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-The Project Gutenberg EBook of La Cryptographie, by Bibliophile Jacob
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
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-
-Title: La Cryptographie
- ou l'art d'écrire en chiffres
-
-Author: Bibliophile Jacob
-
-Release Date: March 10, 2013 [EBook #42297]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA CRYPTOGRAPHIE ***
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-
-Produced by Laurent Vogel, Christine P. Travers and the
-Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
-(This book was produced from scanned images of public
-domain material from the Google Print project.)
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- LES SECRETS DE NOS PÈRES
-
- RECUEILLIS
-
- PAR LE BIBLIOPHILE JACOB
-
-
- LA
-
- CRYPTOGRAPHIE
-
- OU
-
- L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES
-
-
-
-
- PARIS
- ADOLPHE DELAHAYS, LIBRAIRE-ÉDITEUR
- 4-6, RUE VOLTAIRE, 4-6
-
- 1858
-
- PARIS.--IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1.
-
-
-
-
-LA
-
-CRYPTOGRAPHIE
-
-OU
-
-L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES.
-
-
-
-
-CHAPITRE PREMIER.
-
-DÉFINITION DE LA CRYPTOGRAPHIE; SON ORIGINE; NOTIONS HISTORIQUES.
-
-
-Nous allons essayer de faire connaître quelques-uns des procédés mis
-en usage afin de permettre à des personnes séparées par des distances
-souvent considérables, de communiquer entre elles, en recouvrant ces
-communications du voile du mystère.
-
-Ces procédés forment une véritable science qui a reçu, comme tant
-d'autres, un nom tiré du grec.
-
-La Cryptographie ou Stéganographie est l'art d'écrire de façon à
-dérober à autrui la connaissance de ce qu'on a tracé.
-
-On peut s'efforcer de dissimuler l'existence de l'écrit. On emploie,
-en ce but, les encres du sympathie dont nous parlerons plus tard, ou
-bien l'on tâche de cacher soigneusement le papier auquel on a confié
-son secret.
-
-Mais plus habituellement on a recours aux divers procédés en usage
-afin de jeter, sur une dépêche qui peut tomber dans des mains
-indiscrètes, un voile qu'on fait de son mieux pour rendre
-impénétrable.
-
-Pour atteindre ce but:
-
-On abrège les mots d'après un système convenu (c'est la Brachygraphie
-ou Sténographie).
-
-On fait usage des signes dont le sens est arrêté entre les
-correspondants: des lettres, des chiffres, des signes employés dans
-les mathématiques et dans la chimie, des points, des lignes, des
-figures quelconques ou de fantaisie, des couleurs, etc., sont d'une
-grande ressource en semblable occasion.
-
-On emploie des mots et des phrases, auxquels on convient de donner un
-sens tout autre que celui qu'on y attache dans le cours ordinaire des
-choses.
-
-Il y a toujours eu, il y aura toujours des secrets, qu'il faudra bien
-confier au papier afin de les transmettre à des correspondants dont on
-est séparé par des distances plus ou moins grandes; mais on est bien
-aise de dérober aux investigations d'une curiosité indiscrète ces
-communications mystérieuses.
-
-Il a donc fallu recourir à des moyens destinés à voiler le sens des
-avis qu'on voulait transmettre. De là l'origine de l'écriture en
-chiffres.
-
-De même que tous les arts, celui-ci débute par des essais naïfs et
-incomplets. Les écrivains de l'antiquité en ont conservé le souvenir.
-
-
-§ Ier.
-
- De la Cryptographie chez les peuples de l'antiquité.
-
-Hérodote nous fait connaître divers procédés un peu primitifs auxquels
-eurent recours, faute de mieux, certains personnages plus ou moins
-célèbres dans les annales de ces temps reculés.
-
-C'est d'abord un esclave dont on rase la tête, et sur la peau nue de
-son crâne on trace quelques mots laconiques, mais d'un grand sens. On
-laisse aux cheveux le temps de repousser, et on expédie cette épître
-d'un nouveau genre à l'ami qu'il s'agit d'instruire de choses
-importantes. Les perruques n'avaient point été inventées à cette
-époque; elles auraient été d'une grande utilité en pareille
-circonstance. Il va sans dire qu'un pareil procédé n'est point
-susceptible d'une application fréquente.
-
-Un seigneur de la Cour de Perse, ayant à transmettre à Cyrus un avis
-essentiel, s'avisa d'une invention qui ne rentre pas précisément dans
-l'écriture chiffrée, mais qu'il est bon de consigner ici; laissons
-parler Hérodote:
-
-«Harpage voulut découvrir à Cyrus son projet, mais, comme ce prince
-était en Perse et que les chemins étaient gardés, il ne put trouver,
-pour lui en faire part, d'autre expédient que celui-ci: S'étant fait
-apporter un lièvre, il ouvrit le ventre de cet animal d'une manière
-adroite et sans arracher le poil, et, dans l'état où il était, il y
-mit une lettre où il avait écrit ce qu'il avait jugé à propos. L'ayant
-ensuite recousu, il le remit à celui de ses domestiques en qui il
-avait le plus de confiance, et lui ordonna de le porter à Cyrus, et de
-lui dire, en le lui présentant, de l'ouvrir lui-même et sans témoins.»
-
-
-§ II.
-
- La scytale des Lacédémoniens.
-
-Le gouvernement de Sparte transmettait ses ordres à ses généraux au
-moyen d'une espèce de _courroie_. Voici de quelle façon Plutarque
-raconte le fait dans la vie de Lysandre; nous faisons usage de la
-traduction naïve du vieil Amyot:
-
-«Les éphores luy envoyèrent incontinent ce qu'ilz appellent la scytale
-(comme qui diroit la courroye), par laquelle ilz luy mandèrent qu'il
-eust à s'en retourner aussitost comme il l'auroit reçue. Cette scytale
-est une telle chose: quand les éphores envoient à la guerre un général
-ou un admiral, ilz font accoustrer deux petits bâtons ronds et les
-font entièrement égaler en grosseur et en grandeur; desquelz deux
-bastons ilz en retiennent l'un par devers eulx et donnent l'autre à
-celuy qu'ilz envoyent. Ilz appellent ces deux petits bastons scytales,
-et, quand ilz veulent faire secrètement entendre quelque chose de
-conséquence à leurs capitaines, ilz prennent un bandeau de parchemin
-long et estroit comme une courroye, qu'ilz entortillent à l'entour de
-leur baston rond, sans laisser rien d'espace vuide entre les bords du
-bandeau; puis quand ilz sont ainsi bien joints, alors ilz escrivent
-sur le parchemin ainsi enrollé ce qu'ils veulent, et, quand ilz ont
-achevé d'escrire, ilz desveloppent le parchemin et l'envoyent à leur
-capitaine, lequel n'y sçauroit aultrement rien lire ny cognoistre,
-parce que les lettres n'ont point de suitte ny de liaison continuée,
-mais sont escartées l'une ça, l'autre là, jusqu'à ce que, prenant le
-petit rouleau de bois qu'on luy a baillé à son partement, il estend la
-courroye de parchemin qu'il a reçue tout à l'entour, tellement que le
-tour et le ply du parchemin venant à se retrouver en la mesme couche
-qu'il avoit esté plié premièrement, les lettres aussi viennent à se
-rencontrer en la suitte continuée qu'elles doivent estre. Ce petit
-rouleau de parchemin s'appelle aussi bien scytale comme le rouleau de
-bois, ne plus ne moins que nous voyons ailleurs ordinairement que la
-chose mesurée s'appelle du mesme nom que fait celle qui mesure.»
-
-Un poëte latin donne une application conforme à celle de Plutarque;
-transcrivons ici les cinq vers qui s'accordent avec le récit du
-biographe grec:
-
- Vel Lacedemoniano scytalem imitare, libelli
- Segmina Pergamei, tereti circumdata ligno
- Perpetuo inscribens versu: qui deinde solutus
- Non respondentes sparso dedit ordine formas:
- Donec consimilis ligni replicetur in orbem.
-
-Nous ferons remarquer, en passant, que la scytale ne devait pas être
-bien difficile à deviner. En effet, il était aisé de voir en tâtonnant
-un peu, quelle était la ligne qui devait se joindre pour le sens à la
-ligne d'en bas du papier; cette seconde ligne connue, tout le reste
-était aisé à trouver: en supposant que cette seconde ligne, suite
-immédiate de la première dans le sens, fût, par exemple, la cinquième,
-il n'y avait qu'à aller de là à la neuvième, à la treizième, à la
-dix-septième, et ainsi de suite jusqu'au bout, et l'on trouvait toute
-la première ligne du rouleau. Ensuite on n'avait qu'à reprendre la
-seconde ligne d'en bas, puis la sixième, la dixième, la quatorzième,
-et ainsi de suite. Tout cela est aisé à voir, en considérant qu'une
-ligne écrite sur le rouleau devait être formée par des lignes
-partielles également distantes les unes des autres.
-
-Un autre Lacédémonien, réfugié auprès du monarque de l'Asie, trouva
-dans son patriotisme les moyens de transmettre à Sparte un avis de la
-plus haute importance. C'est encore l'historien que nous avons déjà
-nommé qui va nous raconter ce fait. Laissons parler Hérodote:
-
-«Xerxès s'étant déterminé à faire la guerre aux Grecs, Démocrate, qui
-était à Suse, et qui fut informé de ses desseins, voulut en faire part
-aux Lacédémoniens. Mais, comme les moyens lui manquaient, parce qu'il
-était à craindre qu'on ne le découvrit, il imagina cet artifice. Il
-prit des tablettes doubles, en ratissa la cire, et écrivit ensuite
-sur le bois de ces tablettes les projets du roi. Après cela, il
-couvrit de cire les lettres, afin que, ces tablettes n'étant point
-écrites, il ne pût arriver au porteur rien de fâcheux de la part de
-ceux qui gardaient les passages. L'envoyé de Démocrate les ayant
-rendues aux Lacédémoniens, ils ne purent d'abord former aucune
-conjecture; mais Gorgo, femme de Léonidas, imagina, dit-on, ce que ce
-pouvait être et leur apprit qu'en enlevant la cire ils trouveraient
-des caractères sur le bois. On suivit son conseil, et les caractères
-furent trouvés. Les Lacédémoniens lurent ces lettres et les envoyèrent
-ensuite au reste des Grecs.»
-
-
-§ III.
-
- Autres systèmes cryptographiques connus des anciens.
-
-Blaise de Vigenère, dans son _Traité des chiffres_, livre dont nous
-aurons à parler en détail, mentionne quelques-uns des procédés
-qu'avaient imaginés les anciens et dont nous venons de fournir des
-exemples:
-
-«Il y en a qui font une incision dans une verge de saulx, estant en
-sève dessus l'arbre encore, et la creusent, puis, y ayant inséré les
-lettres, la laissent reprendre et reclorre, et coupent la verge. C'est
-de l'invention de Théophraste, non des plus spirituelles pour un si
-subtil philosophe, joint que cela a besoin de temps, et si la
-cicatrice y demeure empreinte tousjours. Le mesme se peut effectuer et
-encore plus commodément dans un baston de torche en semblable bois de
-sapin creusé, puis enduire la fente avec de la sciure fort subtile et
-sassée, de la mesme estoffe destrempée avec de la colle blanche: de
-quoy il semble qu'usa Brutus en allant à Delphes, comme le marque
-Tite-Live à la fin du premier livre. Et en un autre endroit de la
-quatrième Décade, Polycrate et Diognète enfermèrent un brief de plomb
-dans une tourte. Il y en a qui enferment leurs lettres dans un caillou
-artificiel faict de ceste sorte: On prend des cailloux de rivière
-qu'on faict calciner et réduire en poudre passée par un subtil tamis.
-Puis on l'incorpore avec sa quarte partie de résine fondue et une de
-poix, meslant bien le tout avec un baston, et estant cette composition
-encore chaulde et par conséquent molle, enveloppant la lettre dedans,
-façonnant le caillou devant le feu à-tout les mains trempées en eau
-tiède, de la sorte que bon leur semble; cela faict, on le laisse
-sécher.»
-
-Les Romains empruntèrent à la Grèce toutes les connaissances qu'elle
-possédait, mais ils les perfectionnèrent. César employait pour sa
-correspondance secrète une méthode que nous aurons occasion de faire
-connaître plus tard, et qui aujourd'hui n'arrêterait pas longtemps le
-plus novice des déchiffreurs.
-
-On a attribué à Tullius Tiron, affranchi de Cicéron, l'invention de la
-méthode d'écrire en notes tachygraphiques, et on leur a même donné le
-nom de _Notes tironiennes_; mais cet art était déjà connu des Grecs.
-Tiron a seulement le mérite très-réel d'avoir augmenté le nombre des
-signes et de les avoir distribués dans un meilleur ordre. Sa méthode,
-perfectionnée par Sénèque et d'autres, s'étendit dans tout l'empire.
-On s'en est servi pour les actes publics, en Allemagne, jusqu'à la fin
-du dixième siècle; la France y avait renoncé un peu plus tôt. C'est de
-là que les officiers publics chargés de la transcription des actes ont
-reçu le nom de notaires, qu'ils conservent encore. En cessant de
-faire usage des notes tironiennes, on en oublia la signification.
-Quelques savants ont entrepris à cet égard des travaux importants;
-citons surtout l'_Alphabetum tironianum_ du bénédictin Dom Carpentier
-(_Paris_, 1747, in-fol.); on peut recourir également au _Nouveau
-Traité de diplomatique_ de D. D. Tassin et Thuilier, ainsi qu'au
-_Dictionnaire diplomatique_ de Dom de Vaines. Un ouvrage de J. Gruter,
-_Tyronis ac Senecæ notæ_ (1603, in-folio), présente plusieurs milliers
-de ces notes; chacune d'elles exprime un mot différent; les traits,
-les lignes, les points dont elles se composent, devaient exposer à
-bien des méprises, à moins qu'on n'écrivît avec beaucoup de lenteur et
-d'attention, et nul doute que pareille écriture ne fût d'un emploi
-très-incommode.
-
-Nous copions cinq notes tironiennes prises au hasard; elles sont un
-échantillon fidèle de cette méthode sténographique.
-
- [Gl.] Clemens.
- [Gl.] Mars.
- [Gl.] Legitimus.
- [Gl.] Imperator.
- [Gl.] Patres conscripti.
-
-Au neuvième siècle, Raban-Maur, archevêque de Mayence, a rapporté deux
-exemples d'un chiffre dont les Bénédictins font connaître la clef dans
-leur grand _Traité de diplomatique_. Dans le premier exemple, on
-supprime les voyelles et on les remplace par des signes convenus;
-l'_i_ est désigné par un point, l'_a_ par deux, l'_e_ par trois, l'_o_
-par quatre, l'_u_ par cinq, de telle sorte que, pour écrire:
-
- _Incipit versus Bonifaciia rchi gloriosique martyris._
-
-On mettra
-
- .Nc.p.t v[Pt.]rs[Pt.]s B::n.f:c.. :rch. gl::r.::s.q[Pt.][Pt.]
- m:rt.r.s
-
-Dans le second exemple, on substitue à chaque voyelle la lettre
-suivante. Toutefois les consonnes _b_, _f_, _k_, _p_, _x_, qui, dans
-ce système, tiennent lieu de voyelles, conservent aussi leur valeur.
-
-
-§ IV.
-
- Le chiffre chez les modernes. Anecdotes.
-
-Nous sommes peu disposé à ajouter foi à l'assertion d'un vieil
-historien, d'après lequel le fondateur plus ou moins fabuleux de la
-monarchie française aurait été versé dans les mystères de la
-Cryptographie.
-
-«Pharamond, très-puissant roy des François en Germanie, et
-quarante-troisième après Marcovir, lorsque par grande puissance il
-marchoit sur les limites des Gaules, afin que secrètement il escrivist
-de ses affaires, adjousta pour ses secrets des minuties pérégrines et
-estranges.»
-
-Le moyen âge présente peu d'exemples de l'écriture en chiffres; mais,
-dès l'époque de la Renaissance, la nécessité de moyens occultes de
-communication se fait de plus en plus sentir au milieu des intrigues
-diplomatiques qui se croisent en tous sens. Divers auteurs composent
-sur pareil sujet de très-gros livres; des éditions multipliées
-attestent l'utilité de pareils écrits, et chacun s'efforce de
-découvrir les moyens de rendre impuissants tous les efforts des
-investigateurs.
-
-Au dix-septième siècle, les monarques, les ministres, les
-ambassadeurs, font constamment, du chiffre, un usage qui n'a cessé de
-s'étendre et de se perfectionner jusqu'à nos jours.
-
-Les dépêches chiffrées qui se sont amoncelées en quantité immense
-durant cette période n'ont point été, la chose va sans dire, livrées à
-la publicité; elles sont restées ensevelies dans les archives
-secrètes des chancelleries; on peut toutefois rencontrer, dans des
-recueils de documents éloignés de l'époque contemporaine, divers
-exemples de l'emploi de la Cryptographie, divulgués par la voie de
-l'impression.
-
-La correspondance imprimée d'un érudit célèbre qui exerça
-d'importantes fonctions diplomatiques, H. Grotius, présente divers
-passages écrits en chiffres. Empruntons quelques lignes à une dépêche
-adressée au chancelier de Suède, Oxenstiern, dépêche qu'on lit dans
-l'édition d'Amsterdam (1687, in-folio) des _Epistolæ H. Grotii_.
-
-«Is de quo scripseram 60, 37, 81, 73, nomen habens, 80, 60, 74, 20,
-70, 6, 10, 72, 66, 81, 47, 31, 10, 33, 66, 14, 106, 10, 33, 31, 217,
-246, ab Eusebio Vindiceque auditus.... Egit plurimum cum 79, 59, 76,
-72, 13, 42.»
-
-Henri IV faisait parfois usage d'un chiffre qui ne paraît pas avoir
-été fort compliqué; sa _Correspondance inédite avec Maurice le
-Savant, landgrave de Hesse_, publiée par M. de Rommel (Paris, 1840,
-8º), en offre plusieurs exemples, citons quelques lignes:
-
-«Je vous assure que je fais grand estime de leur amitié 67, 69, 68,
-62, 74, 74, 18, [-63], 4["9], 14, 16, 49, 19, 31, 42, 15, 38 en est
-l'entremetteur.
-
-Je suis adverty que 53, 52, 21, 84, 49, 27, 53.....»
-
-Quelques chiffres sont surmontés d'un trait ou du deux points; des
-lettres grecques et divers signes employés par les chimistes et les
-astronomes se mêlent aux chiffres. L'éditeur a reproduit le tout, sans
-chercher à découvrir ce que cachait un voile qu'il aurait dû
-s'efforcer de soulever.
-
-Mentionnons, d'après la _Biographie universelle_, une anecdote qui se
-rattache à l'époque dont nous parlons:
-
-À la fin du seizième siècle, les Espagnols voulurent établir des
-relations entre les membres épars de leur vaste monarchie, qui
-embrassait alors une grande partie de l'Italie, les Pays-Bas, les
-Philippines, et d'immenses contrées dans le Nouveau-Monde; car ils
-avaient le plus grand intérêt à ce que leurs communications ne pussent
-être découvertes: ils imaginèrent un chiffre qu'ils variaient de temps
-en temps, afin de déconcerter tous ceux qui avaient tenté de percer
-les mystères de leurs correspondances. Ce chiffre, composé de plus de
-cinquante signes, leur fut d'une grande utilité pendant les troubles
-de la Ligue et les guerres qui désolèrent alors l'Europe.
-Quelques-unes de ces dépêches ayant été interceptées, Henri IV les
-remit à un géomètre habile, Viete, en le chargeant d'en trouver la
-clef. Le mathématicien y réussit, et il parvint même à saisir le
-chiffre dans toutes ses variations. La France profita pendant deux ans
-de cette découverte. La Cour d'Espagne, déconcertée, accusa le
-gouvernement français d'avoir à ses ordres des sorciers et de
-recourir au diable afin d'obtenir la révélation des secrets
-cryptographiques. Elle demanda que Viete fût jugé comme un négromant:
-elle porta ses plaintes à Rome. Une prétention aussi ridicule n'excita
-que le rire; le géomètre aurait pu cependant avoir des tracasseries
-sérieuses, s'il n'eût été, en cette affaire, soutenu par un puissant
-monarque; toute accusation de sorcellerie pouvait, en 1600, avoir des
-conséquences extrêmement graves.
-
-L'histoire conserve le souvenir de diverses anecdotes dont l'emploi
-des chiffres a été la cause; nous allons en relater quelques-unes:
-
-Dans le cours des longues négociations qui firent durer pendant tant
-d'années le Congrès de Westphalie, les plénipotentiaires de diverses
-puissances demandèrent à connaître les propositions que faisait
-l'Empereur d'Allemagne concernant certains points en litige; son
-ambassadeur, Isaac Voltmar, s'excusa de ne pouvoir les communiquer, en
-alléguant qu'elles étaient écrites en chiffres et qu'il lui fallait
-trois semaines pour en avoir la clef. Cette réponse excita un
-mécontentement général, et l'envoyé du duc de Savoie s'écria:
-«N'avons-nous point parmi nous le nonce du Pape, et n'est-il pas
-certain que le Saint-Père a dans ses mains la clef qui lie et qui
-délie? (_clavem ligandi et solvendi_). Adressons-nous donc à lui, afin
-qu'il nous donne la clef qui est si nécessaire en ce moment.»
-
-Une autre circonstance originale se montra au commencement du
-dix-huitième siècle:
-
-L'électeur de Brandebourg, Frédéric III, avait formé le projet de
-s'élever au rang des têtes couronnées et de convertir en royaume son
-duché de Prusse. Il était presque impossible que ce projet pût
-s'effectuer sans l'assentiment de l'Empereur d'Allemagne, suzerain du
-Corps germanique. Des négociations furent donc ouvertes à Vienne:
-elles s'y traînèrent des années entières; des difficultés nombreuses
-s'opposaient à l'accomplissement des voeux de l'Électeur. Son ministre
-auprès de la cour d'Autriche, le baron de Barthololi, se servait, pour
-sa correspondance, d'un chiffre dans lequel chaque lettre de
-l'alphabet était représentée par un nombre convenu; d'autres nombres
-exprimaient des noms de personnes ou de lieux.
-
-Cette nomenclature comprenait, entre autres personnages, un jésuite,
-le père Wolf, qui avait accompagné à Berlin l'ambassadeur d'Autriche,
-en qualité de chapelain, et qui se livrait avec activité à des
-intrigues politiques.
-
-Le nombre 24 signifiait l'Électeur, 110 l'Empereur, 116 le père Wolf.
-
-Barthololi écrivit, un jour, de Vienne, que, pour faire avancer
-l'affaire, il était indispensable que 24 (l'Électeur) adressât une
-lettre autographe à 110 (l'Empereur).
-
-Le 0 de ce dernier nombre, étant tracé à la hâte, fut pris pour un 6,
-et l'on en conclut à Berlin qu'il fallait que l'Électeur écrivît de sa
-main au père Wolf.
-
-Frédéric III n'hésita point, et, bien que cette démarche pût lui
-paraître étrange et qu'elle choquât son orgueil, il adressa de suite
-au père Wolf une longue épître écrite en entier de sa main et dans
-laquelle, expliquant, justifiant ses projets, il s'efforçait d'obtenir
-l'appui du bon père, auquel il prodiguait les compliments et les
-promesses.
-
-Le jésuite fut aussi surpris que flatté de recevoir une pareille
-communication: elle le décida à ne rien épargner pour faire réussir
-les vues du prince qui venait ainsi se mettre sous sa protection; il
-s'adressa au confesseur de l'Empereur; des lettres allèrent à Rome
-trouver le général de la puissante société; bientôt tous les obstacles
-qui s'étaient jusqu'alors accumulés s'aplanirent, et, grâce a cette
-méprise fortuite dans une dépêche chiffrée, grâce à ce 0 qui parut
-transformé en un 6, l'Électeur obtint de la cour de Vienne ce que
-peut-être, sans cet incident, elle lui aurait toujours refusé. Autre
-chapitre à joindre à la piquante histoire des très-petites causes qui
-amènent de grands événements.
-
-
-§ V.
-
- Cartes mystérieuses de M. de Vergennes.
-
-Sous le règne de Louis XV et de Louis XVI, l'écriture chiffrée devint
-de plus en plus l'indispensable auxiliaire de la diplomatie; les
-divers cabinets de l'Europe, engagés dans une interminable
-complication d'intrigues politiques, s'efforçaient mutuellement de se
-dérober leurs secrets. On enlevait les courriers, on corrompait à
-force d'or les employés des chancelleries. Afin de résister aux
-tentatives d'une curiosité aussi irritée, il fallut inventer des
-raffinements cryptographiques de plus en plus mystérieux.
-
-Le comte de Vergennes, ministre des affaires étrangères sous Louis
-XVI, faisait usage, dans ses relations avec les agents diplomatiques
-de la France, de procédés occultes, dont un Allemand, J. F. Opitz,
-avait, dit-on, été l'inventeur. Ce chiffre était employé dans les
-lettres de recommandation ou dans les passeports qu'on donnait aux
-étrangers qui se rendaient en France; il servait à fournir, sur eux et
-à leur insu, des renseignements dont ils étaient eux-mêmes porteurs
-sans le soupçonner le moins du monde. La patrie, l'âge, la religion,
-la profession, le caractère, les vertus et les vices, le signalement
-du personnage qu'on désignait ainsi au ministre, les motifs de son
-voyage, tous ces détails et bien d'autres encore se trouvaient
-indiqués sur une simple carte où rien ne sollicitait l'attention des
-profanes qui n'étaient point initiés à de pareils mystères.
-
-Entrons à ce sujet dans quelques particularités:
-
-La couleur de la carte désignait la patrie de l'étranger. Le blanc
-était affecté au Portugal, le rouge à l'Espagne, le jaune à
-l'Angleterre, le vert à la Hollande, le blanc et le jaune à Venise,
-rouge et vert à la Suisse, rouge et blanc aux États de l'Église, vert
-et jaune à la Suède, vert et rouge à la Turquie, vert et blanc à la
-Russie, etc.
-
-L'âge du porteur était exprimé par la forme de la carte. Si elle était
-circulaire, c'était l'indice qu'il avait moins de vingt-cinq ans; de
-25 à 30, ovale; de 30 à 45, la carte était octogone; de 45 à 50, elle
-était hexagone; de 55 à 60, c'était un carré; au-dessus de 60, un
-carré long.
-
-Deux lignes placées au-dessous du nom du porteur de la carte
-indiquaient sa taille. S'il était grand et maigre, les lignes étaient
-ondoyantes et parallèles; grand et gros, elles se rapprochaient l'une
-de l'autre; une stature moyenne et petite se trouvait signalée par des
-lignes droites ou courbes placées à des distances plus ou moins
-éloignées.
-
-L'expression de la physionomie était indiquée au moyen de la figure
-d'une fleur placée dans la bordure qui entourait la carte. Une rose
-désignait une physionomie ouverte et aimable, une tulipe exprimait un
-air pensif et distingué.
-
-Un ruban était entortillé autour de la bordure, et, selon qu'il
-descendait plus ou moins bas, il faisait savoir si le recommandé était
-célibataire, marié ou veuf.
-
-Des points placés également dans la bordure révélaient la position de
-fortune.
-
-La religion du personnage, qu'on signalait de la sorte, était indiquée
-au moyen d'un signe de ponctuation placé après son nom. S'il était
-catholique, on mettait un point; luthérien, un point et une virgule;
-calviniste, une virgule; juif, un trait d'union. S'il passait pour
-athée, on ne mettait aucun signe.
-
-Des points placés au-dessus, au-dessous ou à côté de quelques mots, de
-petits signes mis dans les angles de la carte, dans le genre de
-ceux-ci:
-
-[Gl.], [Gl.], [Gl.], [Gl.],
-
-et qui pouvaient passer pour de simples ornements sans conséquence,
-indiquaient les qualités, les défauts, l'instruction du porteur de la
-carte. En y jetant un coup d'oeil, le ministre apprenait en une
-minute, aussi bien qu'il l'eût fait en lisant une page entière de
-raisonnements, si l'individu auquel on avait remis pareil billet,
-était joueur, vicieux ou duelliste; s'il venait en France pour se
-marier, pour recueillir une succession ou pour se livrer à l'étude;
-s'il était médecin, journaliste, homme de lettres; s'il méritait
-d'être soumis à une surveillance, ou bien s'il ne devait inspirer
-aucun soupçon. Rien ne pouvait faire soupçonner qu'il y eût autant de
-secrets dans un simple billet de l'aspect le plus inoffensif, et
-conçu, par exemple en ces termes:
-
- ALPHONSE D'ANGEHA
- recommandé à monsieur
- le comte de Vergennes par le marquis
- de Puysegur, ambassadeur de France
- à la cour de Lisbonne.
-
-Mais les lignes placées au-dessous du nom du porteur, les signes de
-ponctuation, les ornemente très-peu multipliés jetés dans les coins de
-la carte, étaient gros de révélations que nul n'aurait soupçonnées.
-
-Tout ceci est d'ailleurs raconté beaucoup plus longuement que nous ne
-devons le faire, dans une brochure devenue fort rare et imprimée en
-langue allemande vers 1793. Elle a pour titre: «Correspondance de la
-police secrète du comte de Vergennes, ministre de l'infortuné roi
-Louis XVI.»
-
-
-§ VI.
-
- La Cryptographie au dix-neuvième siècle.
-
-Les grands événements dont l'Europe a été le théâtre depuis une
-soixantaine d'années, ont fait sentir de plus en plus l'utilité de
-l'écriture chiffrée.
-
-Dans le cours des opérations militaires, les ordres, les dépêches,
-sont très-fréquemment interceptés; il peut en résulter les
-conséquences les plus graves. L'ennemi apprend de la sorte des choses
-qu'il est d'un intérêt immense de lui tenir cachées: si le sens des
-lettres dont il s'empare est caché sous un mystère qu'il ne peut
-percer, il n'a plus entre les mains qu'un chiffon de papier qui ne lui
-est d'aucun secours.
-
-Quelques lettres de l'empereur Napoléon, écrites dans le cours de ses
-campagnes et publiées dans divers ouvrages historiques, montrent que
-deux chiffres, le grand et le petit, étaient en usage parmi les
-généraux français pour correspondre entre eux et avec l'état-major
-général. D'un autre côté, il est certain que beaucoup de dépêches
-importantes n'ont jamais été chiffrées. L'_Histoire de la guerre de la
-Péninsule_, par le colonel anglais Napier, renferme un grand nombre de
-lettres écrites par le roi Joseph, par des maréchaux, par des
-ambassadeurs, par le ministre de la guerre à Paris; ces lettres,
-remplies de détails importants, furent interceptées par les guérillas
-et saisies avec les voitures de la cour lors de la bataille de
-Vitoria. Si on avait eu la précaution de les mettre à l'abri sous un
-procédé cryptographique habilement choisi, elles n'auraient jamais
-figuré à la suite des récits d'un adversaire des armées françaises.
-
-Nul doute qu'à l'heure actuelle les diplomates n'aient encore, pour
-leurs communications les plus intimes et les plus secrètes, recours à
-l'art du chiffre. Nous ne saurions dire quels sont maintenant les
-systèmes qui obtiennent la préférence, mais nous pensons qu'ils ne
-s'imitent pas de ceux dont nos pères faisaient usage et qu'il nous
-reste à faire connaître. Il est difficile d'imaginer en ce genre
-quelque chose de mieux que ce qui a déjà été découvert.
-
-Nous avons à passer en revue les écrivains qui ont successivement
-exposé les mystères de la Cryptographie.
-
-
-
-
-CHAPITRE II.
-
-AUTEURS QUI ONT ÉCRIT SUR LA CRYPTOGRAPHIE.
-
-
-§ Ier.
-
- L'abbé Trithème.
-
-Le premier auteur qui ait traité _ex professo_ et en détail l'art
-d'écrire en chiffres fut le célèbre Trithème, mort en 1516, abbé de
-Saint-Jacques à Wurtzbourg. Polygraphe actif, historien, biographe,
-auteur d'un grand nombre de livres ascétiques, il ne nous appartient
-que comme ayant mis au jour deux ouvrages, l'un sur la _Polygraphie_,
-l'autre sur la _Stéganographie_ (_Steganographia, hoc est, ars per
-occultam scripturam animi sui voluntatem absentibus aperiendi certa_).
-La Polygraphie fut publiée pour la première fois à Oppenheim, en 1518,
-deux ans après la mort de l'auteur; elle a souvent été réimprimée
-durant le siècle qui suivit sa mise au jour. Il en existe une
-traduction française par Gabriel de Collange, sous le titre de
-_Polygraphie et universelle escriture cabalistique, avec la
-clavicule_, etc. (_Paris_, 1541. 4º). Ce mot de _Polygraphie_ ne doit
-point s'appliquer, comme d'usage, à des mélanges d'écrits de
-différents genres ou sur divers sujets: Trithème veut seulement
-enseigner à écrire un même mot, de plusieurs manières. Il donne des
-alphabets nouveaux, composés, soit de lettres étrangères les unes aux
-autres, soit de caractères de convention. Quant à la _Stéganographie_,
-les expressions bizarres qui y abondent firent prendre ce traité pour
-un livre de magie, et telles furent les clameurs de quelques individus
-faciles à épouvanter, que le comte palatin Frédéric II, surnommé
-pourtant le Sage, livra aux flammes le manuscrit autographe qui se
-conservait dans sa bibliothèque.
-
-Il est impossible de ne pas convenir que, surchargés de détails
-inutiles, accablés d'une foule de réflexions mystiques, de
-considérations allégoriques, et se traînant sous le poids d'une
-immense érudition cabalistique qui étale hors de tout propos les
-rêveries creuses et les imaginations folles des vieux rabbins[1], les
-ouvrages de Trithème sont des lectures les plus indigestes et les
-plus pénibles auxquelles on puisse se condamner. Il faut du courage et
-de l'attention, pour démêler au milieu de toutes ces digressions et de
-toutes ces rêveries les procédés de Cryptographie qu'indique l'abbé de
-Saint-Jacques.
-
-[Note 1: Parmi les nombreux écrits qui montrent à quel point Trithème
-était infatué de pareilles idées, il faut citer sa _Chronologia
-mystica de septem secundeis sive intelligentiis orbes post Deum
-moventibus_. Une ancienne doctrine platonique ou cabalistique plaçait
-dans chaque sphère céleste une intelligence chargée de la gouverner.
-Trithème s'efforce de rattacher, à ce système, des notions historiques
-et d'en établir la réalité. Un pareil livre n'eut pas moins de six ou
-sept éditions. Il n'est pas surprenant que ces rapsodies
-inintelligibles aient trouvé de nombreux lecteurs, et il est
-extrêmement probable que le docte abbé ne se comprenait pas toujours
-lui-même, lorsqu'il développait ses étranges imaginations.]
-
-Essayons de donner une analyse succincte des quatre livres dont se
-compose la _Stéganographie_.
-
-Le premier livre comprend trois cent soixante-seize répétitions de
-l'alphabet formé de vingt-quatre lettres; à chaque lettre correspond
-un mot de la langue; le tout forme un total de neuf mille vingt-quatre
-mots. Afin de faire bien comprendre ce système, il convient de
-transcrire quelques-uns de ces alphabets; nous reproduirons le
-premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23e,
-216e et 319e).
-
- a Jésus, l'amour.
- b le Dieu, la dilection.
- c le Sauveur, la charité.
- d le modérateur, la révérence.
- e le pasteur, l'obéissance.
- f l'auteur, le service.
- g le rédempteur, le zèle.
- h le prince, la mémoire.
- i le fabricateur, le souvenir.
- k le conservateur, la souvenance.
- l le gouverneur, la faveur.
- m l'empereur, l'affection.
- n le roi, la loi.
- o le recteur, la foi.
- p le juge, l'espérance.
- q l'illustrateur, le commandement.
- r l'illuminateur, la recordation.
- s le consolateur, la parole.
- t le Seigneur, la connaissance.
- u le dominateur, le saint.
- x le créateur, l'amitié.
- y le psalmateur, la promesse.
- z le souverain, l'ordonnance.
- & le protecteur, la bienveillance.
-
- a fragiles, Europe.
- b misérables, Candie.
- c ingrats, Hongrie.
- d ignorants, Panonie.
- e iniques, Pologne.
- f injustes, Germanie.
- g malheureux, Saxe.
- h malicieux, Helvétie.
- i obstinés, Suède.
- k perdus, Italie.
- l pécheurs, Romanie.
- m criminels, Lombardie.
- n volontaires, Espagne.
- o vains, Andalousie.
- p mauvais, Castille.
- q détestables, Gaule.
- r abominables, Bretagne.
- s damnables, Normandie.
- t immondes, Aquitaine.
- u indigents, Guyenne.
- x pauvres, Gascogne.
- y pusillanimes, Auvergne.
- z pervers, Bourgogne.
- & abjects, France.
-
-Vous pouvez, au moyen de ces alphabets, exprimer votre pensée d'une
-façon inintelligible pour les non initiés, et voici comment: Écrivez
-d'abord sur un morceau de papier, que vous détruirez ensuite, ce que
-vous voulez faire savoir, et traduisez, en posant pour la première
-lettre le mot qui lui correspond dans le _premier alphabet_; pour la
-seconde lettre, cherchez dans le second alphabet le mot à côté duquel
-elle est placée; ainsi de suite. On a de la sorte une suite de mots
-qui ne présente qu'une série de non-sens, mais, si notre correspondant
-est muni (comme il doit l'être) de la copie exacte des alphabets dont
-vous avez fait usage, il n'aura nulle peine à découvrir le sens qui se
-cache sous cette enfilade de mots, étonnés de s'y trouver placés dans
-une série bizarre.
-
-Trithème rend ceci fort clair au moyen d'un exemple; nous allons le
-reproduire exactement: Un méchant vous demande une lettre
-d'introduction auprès d'un de vos amis avec lequel il veut se lier.
-Vous avez des motifs pour ne pas repousser cette prière; d'un autre
-côté, vous voulez transmettre des renseignements exacts sur votre
-recommandé. Vous le chargez alors de remettre à celui qu'il va
-trouver, un écrit qui présente les phrases suivantes:
-
-«Le Roi universel exornant les corps manifeste aux languissants sûreté
-immortelle avec ses sanctifiés en béatitude Amen. La charité
-incompréhensible évangéliquement dénoncée aux hommes, reluctante
-d'exhortation, réduit les injustes bannis aux choses profanes, faisant
-de vilipender la recordation du Rédempteur des cieux et aussi la
-compagnie de la volupté ineffable que poursuivre. Parquoy, ô immondes,
-soutenez pureté et serez recueillis aux règnes des déifiés et là
-perpétuellement prédestinés. Abolissez donc les dissimulations de
-cette charnalité, puisqu'estes heureusement compris aux exaltations du
-modérateur tout voyant.»
-
-Cherchez à quelle lettre du premier alphabet correspond le premier
-mot de cette oraison _polygraphique_, et vous trouvez la lettre _n_ à
-côté du mot _le roi_. Passant au second alphabet, vous verrez que le
-mot _universel_ signifie _e_. Au troisième alphabet, vous remarquerez
-la lettre _v_ à côté du mot _exornant_. Au quatrième alphabet vous
-noterez la lettre _o_ comme étant en regard de _les corps_: et le
-cinquième montrera un _v_ dans la même ligne que le mot _manifeste_.
-En continuant de la sorte, vous trouverez que la phrase ci-dessus se
-traduit exactement par:
-
-«Ne vous servez de ce porteur, car il est menteur et larron.»
-
-Trithème explique qu'avec ce système on peut s'exprimer
-très-facilement dans quelque langue que ce soit, il en fournit des
-exemples pour l'italien et le latin; la phrase suivante:
-
-«Imaginez, terriens immondes, très-vite se ruinent terriennes,
-ardemment fraudes avez; glace faillirez, présumerez, malheureux, etc.»
-
-Signifie tout simplement: _Te moneo, amice, ne in hoc negocio
-immisceas_.
-
-L'auteur fait remarquer:
-
-Qu'il ne faut jamais «qu'en aucun ordre et rang alphabétique une
-diction soit doublée, répétée, réitérée, ni mise en écrit par deux
-fois.»
-
-Qu'il ne faut pas qu'il y en ait d'oubliées ni d'omises.
-
-On ne doit prendre qu'un seul mot dans chaque alphabet, et il est
-essentiel de ne pas laisser passer un seul alphabet sans y prendre une
-expression.
-
-Les mots qu'on traduit en langage polygraphique doivent être écrits
-tout au long, sans abréviation, distinctement et dûment séparés.
-
-Il va sans dire que l'individu avec lequel vous correspondez de la
-sorte doit posséder un recueil d'alphabets exactement et de tout point
-semblable à celui dont vous faites usage. Chacun peut composer en ce
-genre un livre analogue à celui de Trithème, et il est bon que les
-rois et princes en possèdent un certain nombre, afin de s'entendre
-avec leurs ambassadeurs et leurs généraux, d'une manière qui ne soit
-pas uniforme.
-
-On peut aussi convenir qu'on changera ou transportera l'ordre des mots
-contenus dans chaque alphabet, et ces transpositions, qu'il y a moyen
-de varier à l'infini, augmentent beaucoup la difficulté qu'offre le
-déchiffrement d'une lettre écrite selon la méthode polygraphique.
-
-Il serait possible qu'on trouvât des inconvénients à recourir, soit à
-la langue française, soit à tout autre idiome, pour la formation des
-alphabets. Trithème a prévu cette difficulté; il s'est efforcé de la
-résoudre, en composant des alphabets qui offrent des mots qui,
-n'appartenant à aucun dialecte, peuvent servir de langue universelle.
-C'est dans un jargon cabalistique ayant avec l'hébreu un certain air
-de famille, qu'il est allé puiser ses matériaux. Un exemple devient
-nécessaire.
-
-_Cabalit mossu abru massu basin sophus strabil caffulun_, etc.
-
-Un travail analogue à celui que nous avons déjà indiqué fera connaître
-que «ces mots pérégrins,» ce langage barbare et étrange signifie:
-
-«Ne venez en cour, car le roi est fort offensé contre vous.»
-
-Le troisième livre de la _Polygraphie_ est consacré à des séries
-d'alphabets de mots cabalistiques, mais il y a ici un raffinement: la
-seconde lettre de chaque mot doit être extraite et écrite à la suite
-l'une de l'autre; ces lettres réunies donnent le sens qu'on veut
-couvrir d'un voile.
-
-_Anna mesar dvain rosas dumera asion afang lisamar neparo uzafun amar
-achiet benadas epalam ronis orrifer olrimech mesarym lucyphus arosan_.
-
-Un travail dans le genre de celui dont nous avons donné l'idée,
-montrera que ceci veut dire:
-
-«Ne vous fiez à ce porteur.»
-
-Il va sans dire qu'on peut convenir que la lettre significative sera
-la troisième, la quatrième, n'importe enfin laquelle de chaque mot.
-L'abbé de Saint-Jacques convient, d'ailleurs, que ce procédé n'est pas
-trop sûr et secret, «car tout homme d'esprit et de savoir, par cas
-fortuits, tant par sa curiosité que par son labeur et industrie,
-pourroit trouver le secret et occulte mystère caché sous cette
-écriture.»
-
-Le quatrième livre expose la méthode bien connue de la transposition
-des lettres alphabétiques; «on peut faire et composer autant
-d'alphabets différents et dissemblables, qu'il y a d'étoiles au
-ciel.»
-
-Les vingt-quatre lettres répétées de manière à former un carré de la
-façon suivante (nous nous bornons à en donner l'esquisse):
-
- ABCDEFG YZ
- Bcdefgh 6A
- Cdefghi B
- De C
- Ef G
- Fg :
- Gh :
- : :
- : :
- : :
- Y :
- ZABCD XY
-
-peuvent former un grand nombre d'alphabets; on peut choisir celui
-qu'on veut, et, une fois qu'on s'est mis d'accord, en faire usage pour
-la correspondance secrète.
-
-Trithème passe ensuite à un alphabet numéral, «qui ne sera trouvé
-moins sur et secret qu'il est nouveau et moderne.»
-
- a a 1 g f 7 n ic 13 t ih 19
- b b 2 h g 8 o id 14 u k 20
- c c 3 i h 9 p ie 15 x ka 21
- d d 4 k i 10 q if 16 y kb 22
- c e 5 l ia 11 r if 17 z kc 23
- f f 6 m ib 12 t ig 18 & kd 24
-
-Avec ce système, les mots _traître_ et _méchant_ s'énoncent sous la
-forme suivante: ih. if. a. h. ig. ih. if. e. kd. ib. e. ig. c. ic. a.
-i. ih.
-
-Cette façon de cacher sa pensée est fort difficile à pénétrer; car,
-suivant la remarque de l'auteur, «tous ceux qui verront l'écriture
-faicte en ceste sorte et par cest alphabet, penseront et croyront que
-ce sera transposition de lettres et travailleront pour néant à la
-supputation et recherche d'icelles.»
-
-Il va sans dire que Trithème n'oublie pas un alphabet formé des
-lettres ordinaires distribuées «par ordre confus, irrégulier et sans
-ordre ni règle.» Il est aisé d'en composer une foule de ce genre. En
-voici un exemple:
-
- a _o_ g _t_ n _c_ t _e_
- b _p_ h _b_ o _x_ u _k_
- c _q_ i _x_ p _h_ x _n_
- d _r_ k _&_ q _y_ y _m_
- e _i_ l _x_ r _d_ z _l_
- f _s_ m _z_ s _g_ & _f_
-
-La lettre placée dans la seconde colonne doit surtout être substituée
-à celle qui se trouve dans la première et qui entre dans l'avis à
-chiffrer; vous écrirez:
-
-_Ildicg todri iki xiusizm ci....._
-
-Si vous voulez dire:
-
-«Prends garde que l'ennemy ne...»
-
-C'est d'un procédé de ce genre qu'usait César pour correspondre avec
-Cicéron et autres personnages de l'époque, selon le témoignage de
-Suétone, procédé que l'abbé Trithème expose en ces termes:
-
-«Pour l'intelligence de ce secret, il falloit changer et prendre la
-quatrième lettre de l'alphabet, qui est D, pour la première lettre,
-qui est A; E, pour B; F, pour C, et ainsi conséquemment transposer et
-changer lesdites lettres alphabétiques.»
-
-
-§ II.
-
- J. B. Porta.
-
-La diplomatie italienne avait, au seizième siècle, grand besoin
-d'invoquer les ressources de la Cryptographie, afin de couvrir d'un
-voile impénétrable des secrets souvent terribles et les plus sinistres
-combinaisons. Le Conseil des Dix devait tenir à ce que ces dépêches
-fussent constamment lettre close, dans toute la rigueur du mot; les
-Borgia, les Visconti, les Farnèse, avaient fréquemment à transmettre
-des communications qu'il fallait soustraire à tous les yeux. L'art de
-l'écriture chiffrée devint une étude des plus importantes à Milan, à
-Florence, à Rome. Un Napolitain, dont l'intelligence chercheuse et
-l'active curiosité s'exerçaient sur toutes sortes de sujets[2], J. B.
-Porta, réunit et discuta, en s'efforçant de les perfectionner, les
-diverses méthodes cryptographiques connues alors au delà des Alpes.
-L'esprit net et pratique de cet écrivain le préserva complétement des
-aberrations tout à fait étrangères à pareil sujet, auxquelles Trithème
-s'était abandonné; il s'efforça d'être utile, mais il pécha par excès
-d'imagination. À force de vouloir multiplier les procédés d'écriture
-secrète, il prit la peine d'en montrer et d'en décrire un grand nombre
-qui seraient d'un usage très-incommode et dont il est bien certain que
-jamais personne n'a eu l'idée de faire usage.
-
-[Note 2: L'agriculture, l'optique, la mécanique, la mnémonique, la
-météorologie, la physique, furent tour à tour l'objet des méditations
-de Porta. Il fut du nombre de ces hommes hardis, conquérants, qui ne
-peuvent échapper à l'influence des préjugés de leur époque, mais qui
-découvrent ou pressentent de hautes vérités.
-
-Son traité _de la Physiognomonie humaine_, 1586, a fourni beaucoup
-d'idées à Lavater. Son livre _de la Magie humaine_, très-souvent
-réimprimé au seizième siècle, renferme, parmi beaucoup de faits
-puérils compilés avec peu de jugement, une foule d'observations
-importantes sur les miroirs, la lumière, la statique, etc. Les divers
-ouvrages de cet écrivain remarquable sont analysés avec étendue dans
-la _Notice historique_ de H. G. Duchesne, _sur la vie et les travaux
-de Porta_ Paris, 1801, 8º, 383 pages.]
-
-L'ouvrage dans lequel Porta a développé ses idées, est intitulé:
-
-_De furtivis litterarum notis, vulgo de ziferis._ On en compte des
-éditions assez nombreuses; nous signalerons celles de Naples, 1563,
-4º, et 1602, fº; de Montbelliard, 1592, 8º; de Strasbourg, 1606, 8º,
-etc. Cet écrit est divisé en trois livres.
-
-Le premier, après avoir consacré quelques pages aux hiéroglyphes et à
-la sténographie en usage parmi les anciens Romains, passe en revue les
-diverses manières de se faire comprendre en dérobant toutefois sa
-pensée au vulgaire; le langage allégorique, métaphorique ou
-énigmatique, les mots amphibologiques ou entrelacés, coupés ou
-renversés, les syllabes insignifiantes ajoutées dans le discours, sont
-utiles en pareille circonstance.
-
-On peut aussi communiquer à distance, sans se parler, et par le simple
-son, qui, répété, indique le rang que tient dans l'alphabet chaque
-lettre des mots qu'on veut porter à une oreille amie; deux corps
-frappés l'un contre l'autre, des coups donnés sur une muraille d'après
-une manière convenue, servent également d'interprète.
-
-Les signes muets, tels que les gestes, l'emploi des emblèmes, celui
-des signaux au moyen des flambeaux, occupent tour à tour Porta.
-
-Le douzième et dernier chapitre de son premier livre roule sur une
-manière ancienne de désigner les nombres par les doigts, d'après
-Bède. On n'ignorait point, dans l'antiquité le moyen de converser
-secrètement au moyen des doigts, soit en montrant un nombre de doigts
-pareil au rang numérique que les lettres qu'on veut désigner tient
-dans l'alphabet, soit en indiquant du doigt celles des parties du
-corps dont la première lettre indique la lettre qu'il s'agit
-d'exprimer.
-
-Notre auteur arrive à la bandelette ou scytale lacédémonienne, et il
-juge avec raison que ce procédé était facile à découvrir; il signale
-un moyen très-peu usité, l'emploi du fil, qui, après avoir reçu
-l'écriture, peut être roulé en peloton ou être employé à coudre les
-bords d'un vêtement. Il observe qu'on peut écrire sur la tranche d'un
-livre obliquement inclinée ou sur un jeu de cartes disposé en biseau
-ou sur les plumes des ailes déployées d'un pigeon ou d'un autre oiseau
-à plumage blanc.
-
-Il aborde enfin plus nettement la Cryptographie proprement dite. Ce
-qu'il ne dit point, peut s'analyser facilement.
-
-Les diverses manières de désigner l'écriture peuvent se réduire à
-trois: la transposition des lettres, qui comprend le renversement des
-mots, le changement des figures des lettres, et le changement de
-valeur des lettres.
-
-La transposition des lettres dans un avis que l'on veut donner, peut
-s'effectuer d'une foule de façons différentes; la première de toutes
-est aussi la plus simple: elle consiste à écrire sur deux lignes, en
-mettant alternativement la 1re lettre sur la 1re ligne; la 2e lettre
-sur la 2e ligne; la 3e sur la 1re, et la 4e sur la 2e et ainsi de
-suite. La difficulté augmente si l'on écrit sur quatre lignes: la 1re
-lettre sur la 1re ligne; la 2e sur la 4e; la 3e au bout de la 1re, la
-1re au bout de la 4e; la 5e sur la 2e ligne; la 6e sur la 3e; la 7e
-au bout de la 2e; la 8e au bout de la 3e, en suivant ainsi le même
-ordre pour le reste.
-
-Veut-on écrire d'une manière encore plus compliquée? On transporte toutes
-les lettres de l'avis qu'on veut donner, sur des cadres de diverses
-formes, soit carrés, soit triangulaires, soit parallélépipèdes, soit
-sinueux, soit en losange, soit en quinconce, soit en demi-cercle, tous
-divisés par des rayons qui forment autant de lignes perpendiculaires sur
-des lignes droites ou courbes; et, quand l'avis a été écrit de manière à
-imiter symétriquement la figure géométrique convenue, on produit la
-transposition des lettres en prenant les rayons de lettres, de bas en
-haut et de haut en bas, de droite à gauche ou de gauche à droite, de
-manière que ces lettres, ainsi rassemblées, ne présentent aucun sens.
-
-Vous convient-il d'avoir recours à une autre manière de transposer les
-lettres, plus indéchiffrable encore? Transcrivez à part ce que vous
-voulez mander secrètement; puis écrivez en interligne, les lettres
-au-dessous des lettres, une devise quelconque convenue; celle-ci, par
-exemple: _L'amour est un malin enfant_, devise, qu'il faut recommencer
-une fois, deux fois, trois fois, jusqu'à ce que les interlignes soient
-entièrement remplis. Ensuite on a recopié sa missive secrète, et, au
-lieu de transcrire par interligne la devise convenue, on met
-au-dessous de chaque lettre de la missive le chiffre qui désigne le
-rang que chaque lettre de cette devise tient dans l'alphabet. Ainsi,
-au-dessous de la première lettre de la missive, au lieu d'un _l_ on
-écrit 10; sous la seconde, au lieu d'un _a_, on écrit 1; sous la 3e,
-au lieu d'un _m_, on pose 11. Ces deux opérations faites, on prépare
-de la manière suivante la missive qui doit être adressée: chaque ligne
-est tracée par des points, entre lesquels est un intervalle suffisant
-pour y poser les lettres dans le rang que les chiffres de la devise
-indiqueront. On part toujours de la dernière lettre posée, pour
-compter le nombre des points à passer, avant d'arriver à l'intervalle
-où doit être posée la lettre suivante de la missive; et, quand on est
-parvenu en comptant jusqu'au dernier point, on recommence à compter
-par les premiers points, jusqu'à ce qu'enfin toutes les lettres de la
-missive soient placées dans leur rang, de sorte que la devise sert,
-comme l'on voit, de clef pour connaître de quelle manière on doit
-trouver, dans cette suite de lettres transposées, celles qui forment
-un sens pour les remettre à leur place.
-
-Porta s'occupe ensuite de la façon de découvrir et d'interpréter les
-lettres transposées; il ne s'agit que d'essayer de rassembler les 1re,
-3e, 5e, 7e, 9e lettres, ou de 11 en 11, ou autrement, jusqu'à ce qu'on
-trouve an mot qui forme un sens; lorsqu'on en aura trouvé un, il
-deviendra plus facile d'en trouver un autre, en observant l'ordre que
-tient chaque lettre du mot trouvé. On comprend qu'à cet égard il n'est
-pas possible de donner aucune règle précise; la variété arbitraire des
-combinaisons s'oppose à toute règle.
-
-Notre auteur ne saurait oublier la substitution de nouveaux caractères
-de l'alphabet, de manière que les lettres ne ressemblent à aucune de
-celles connues. Pour rendre l'écriture plus indéchiffrable, on peut,
-entre ces caractères, en insérer d'autres qui n'ont aucune
-signification: on les place, soit au commencement, soit au milieu,
-soit à la fin des mots, pour mieux tromper les curieux. Il est
-certaines lettres qui peuvent être remplacées par d'autres, _q_ par
-_cuu_; _x_ par _cs_; _z_ par _ss_; _y_ par _i_. On peut encore éviter
-les mots où se trouvent les lettres _h_, _b_, _d_, _p_, _g_, _f_, _u_.
-Il est à propos de ne pas se conformer strictement à l'orthographe.
-On peut aussi changer une lettre dans un mot, un _o_ pour un _i_, un
-_e_ pour _c_; un _r_ pour un _l_; _par_ pour _pré_. Les monosyllabes,
-les voyelles seules, doivent être évitées avec soin; elles présentent
-moins de difficultés à un déchiffreur exercé, et elles peuvent le
-mettre sur la voie. On peut aussi écrire par abréviation.
-
-Après avoir exposé toutes ces règles, Porta envisage son sujet sous un
-autre point de vue: le déchiffrement des dépêches dont on veut
-pénétrer le sens. Il recommande de compter d'abord le nombre de
-caractères différents employés dans la missive, lesquels ne peuvent
-excéder 21 ou 22; s'il s'en trouve davantage, le déchiffrement est
-plus difficile, puisqu'il y aurait alors des caractères superflus ou
-inutiles. Lorsque les caractères différents sont au-dessous du nombre
-21 ou 22, il faut savoir quelles sont les lettres qui manquent, tâche
-délicate à laquelle on ne peut procéder que par conjectures.
-
-Porta s'occupe des moyens de distinguer des voyelles les consonnes.
-D'abord, toute les fois qu'on rencontre dans le cours de la missive
-cinq caractères différents et fréquemment répétés, on peut être assuré
-que ce sont des voyelles. En second lieu, on peut observer quelles
-sont les lettres qui sont répétées le moins fréquemment, ce sont les
-consonnes _q_, _x_, _y_ et quelquefois l'_h_; en troisième lieu, les
-lettres isolées qui ne tiennent à aucun mot sont assurément des
-voyelles. En quatrième lieu, lorsque les mêmes formes de caractères
-commencent ou achèvent un mot, on doit présumer qu'il y a des
-voyelles, car il n'arrive jamais qu'un mot commence ou finisse par
-deux consonnes (n'oublions pas que Porta écrit en latin, et que c'est
-à cette langue que s'appliquent tous ses raisonnements).
-Cinquièmement, il faut faire attention que, lorsqu'au milieu d'un mot
-il se trouve deux consonnes, la lettre qui précède et celle qui suit
-sont certainement des voyelles. Cependant les lettres _h_, _l_ et _r_
-font quelquefois exception à cette règle, puisqu'on les trouve placées
-en troisième consonne dans le mot. Il faut savoir aussi que deux
-voyelles peuvent être à côté l'une de l'autre, et que, par conséquent,
-les lettres placées avant et après sont des consonnes.
-
-Notre auteur dirige ensuite sa perception sur les moyens qu'on peut
-employer pour découvrir les places qu'occupent les consonnes. Il peut
-s'en trouver quatre de suite dans un même mot, comme _phthisie,
-diphthongue_: alors l'_h_ aspirée se trouve placée la seconde et la
-quatrième; lorsqu'il y a trois consonnes de suite, comme dans
-_phrase_, _thrône_, la lettre _h_ est la seconde; et il n'y a que
-trois consonnes qui admettent l'_h_, savoir _c_, _p_, _t_. Il y a
-quatre consonnes qu'on appelle liquides ou mouillées, savoir _l_,
-_m_, _n_, _r_. La consonne _b_ admet les lettres _l_ et _r_; exemple:
-_blanc_, _bras_. La consonne _c_ les admet pareillement; par exemple:
-_clair_, _scribe_. L'_r_ n'admet que l'_h_. Il est rare de trouver
-ensemble l'_m_ et l'_n_, comme dans _Mnemosyne_; le _g_ et l'_n_ comme
-dans _ignare_.
-
-Porta développe ainsi de longues et minutieuses observations sur le
-retour plus ou moins fréquent des voyelles, sur leur combinaison avec
-les consonnes, mais ces détails se rattachent à la langue latine et ne
-sont pas susceptibles d'une application exacte à d'autres idiomes.
-
-Dans le quatrième livre de son traité, Porta étudie la mutation de la
-valeur des lettres, de façon qu'un même caractère puisse représenter
-tantôt un _a_, tantôt un _p_, tantôt un _m_.
-
-Il faut d'abord se faire des caractères inconnus qui représentent
-vingt lettres de l'alphabet (le _k_, l'_x_, le _j_ et le _v_ étant
-exclus); on a un triple cadran, dont celui du centre est mobile; tous
-trois divisés en 20, 24 ou 28 parties égales, de manière que les
-espaces de chacun se correspondent très-exactement. Le grand cadran
-contiendra la suite des nombres depuis 1 jusqu'à 20, 24 ou 28. Le
-second cadran moyen contiendra la série des vingt lettres de
-l'alphabet et quatre ou huit cases en blanc, et le petit cadran
-concentrique mobile portera les vingt signes en caractères
-représentatifs des lettres de l'alphabet, immédiatement placés
-au-dessus d'elles. Il faut d'abord écrire en écriture courante l'avis
-secret qu'on veut envoyer; puis, cet écrit est mis en caractères
-représentatifs des lettres de l'alphabet; mais, pour rendre cette
-écriture très-difficile à découvrir, on fait, à chaque lettre, avancer
-d'un cran le cadran mobile, de sorte que le caractère qui représentait
-un _d_ représente un _e_; pour la lettre suivante, ce même caractère
-représente un _f_; et ainsi des autres. De cette manière, le même
-caractère ayant diverses représentations, il est aisé de sentir tout
-ce qu'un pareil moyen jette d'obscurité dans une correspondance
-secrète; mais il faut que les correspondants aient chacun un
-instrument pareil et concertent d'avance entre eux la manière de
-s'entendre.
-
-On comprend que nous ne pouvons entrer ici dans la description
-détaillée des combinaisons dont ce procédé est susceptible; on le
-trouve, dans l'ouvrage de Porta, accompagné d'exemples et de figures
-compliquées. Pour suppléer aux cadrans ci-dessus, il donne une table
-de permutation très-propre à changer à volonté les signes
-représentatifs.
-
-Les alphabets, fabriqués à plaisir et n'offrant ainsi aucun trait de
-lumière aux investigations des curieux, tiennent une grande place
-dans le traité du savant napolitain.
-
-Voici un des modèles de ces alphabets qu'indique Porta et qu'il
-regarde comme indéchiffrables. On partage les lettres en trois groupes
-de trois lettres et en six groupes de deux, de la façon suivante:
-
- +-------+-------+-------+
- | a l u | b m x | c n z |
- +-------+-------+-------+
- | d o | e p | f q |
- +-------+-------+-------+
- | g r | h s | i t |
- +-------+-------+-------+
-
-Pour répondre à ces neuf groupes, on forme neuf caractères de la forme
-que voici:
-
- [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme]
-
-et on ajoute à chacun d'eux un, deux ou trois points, afin d'exprimer
-la place qu'occupe dans le tableau la lettre de l'alphabet qu'on veut
-représenter; ainsi l'_n_ sera représenté par [Forme et point], le _g_
-par [Forme et point], l'_u_ par [Forme et point] et le mot _Rome_
-s'écrira: [Forme et point] [Forme et point] [Forme et point] [Forme et
-point]
-
-On donnera aux neuf caractères telle forme qu'on voudra, et il est de
-fait que des signes pareils offriront, à quiconque n'en possède pas la
-clef, une énigme absolument indéchiffrable.
-
-Parmi les divers procédés sur lesquels il s'étend avec une
-complaisante prolixité, Porta n'oublie pas la méthode dont Trithème
-avait déjà formulé le principe; il propose un alphabet où chaque
-lettre est accompagnée d'un mot.
-
- a Deus.
- b creator.
- c salvator.
- d servator.
- e judex.
- f Domine.
- g redemptor.
- h liberator.
- i sapiens.
- k bone.
- l benigne.
- m æterne.
- n juste.
- o clemens.
- p sancte.
- q caste.
- r adjuva.
- s tuere.
- t libera.
- u conserva.
- w sustenta.
- x protege.
- y defende.
- z ignosce.
-
-Au lieu de chaque lettre, il s'agit d'écrire le mot qui correspond à
-cette même lettre dans le tableau ci-dessus. Ainsi, pour exprimer le
-nom de _Roma_, on mettra: _Adjuva clemens æterne Deus_; et la
-traduction du mot _hostis_ (l'ennemi) sera _liberator clemens tuere,
-libera sapiens tuere_.
-
-On comprend, d'ailleurs, que ce procédé n'offrirait pas de bien
-grandes difficultés à un déchiffreur un peu sagace et au fait des
-ressources de son art.
-
-
-§ III.
-
- Blaise de Vigenère.
-
-Profitant des recherches de Trithème et de Porta, un écrivain français
-du seizième siècle, plus fécond que judicieux, Blaise de Vigenère[3],
-mit au jour un gros volume in-4º, lequel ne renferme pas moins de 600
-pages consacrées à la Cryptographie. L'auteur n'a point su se
-préserver de l'écueil contre lequel ses prédécesseurs étaient venus
-échouer. Au lieu de poser clairement et nettement des règles précises,
-au lieu d'indiquer des procédés faciles à comprendre, il se plonge
-dans l'océan des rêveries cabalistiques. Il reproduit, en général, les
-inventions cryptographiques de Porta.
-
-[Note 3: Mort en 1596; il remplit d'importantes fonctions
-diplomatiques, et il traduisit un grand nombre d'auteurs grecs et
-latins; ses traductions sont aujourd'hui vouées à l'oubli le plus
-profond, de même que son _Traité des Comètes_ et son _Traité du feu et
-du sel_, quoique ce dernier écrit (c'est un livre d'alchimie) ait
-obtenu trois ou quatre éditions en France, et qu'il ait même rencontré
-des traducteurs qui l'ont fait passer en latin et en anglais.]
-
-Parmi les diverses méthodes qu'indique Vigenère, nous allons essayer
-de faire comprendre la suivante:
-
-Dressez un tableau composé de huit colonnes et disposé de la manière
-qui suit:
-
- +---+----+----+----+----+----+----+----+
- | | AA | BB | CC | AB | AC | BC | CB |
- +---+----+----+----+----+----+----+----+
- | A | a | d | g | l | o | r | u |
- | B | b | e | h | m | p | s | x |
- | C | c | f | i | n | q | t | z |
- +---+----+----+----+----+----+----+----+
-
-On cherche, parmi les petites lettres, celle que l'on veut écrire, et,
-à sa place, on pose les deux capitales qui sont dans la case
-supérieure correspondante à cette lettre; on y joint la capitale de la
-ligne horizontale placée à gauche, et on transcrit ces capitales ou
-petites lettres; ainsi, pour écrire _le roi_, on voit que la lettre
-_l_ correspond par en haut à AB, et à gauche à la lettre A: on pose
-_aba_; l'_e_ sera _bbb_; le mot _roi_ s'exprimera par: _bca_, _aca_,
-_ccc_.
-
-Vigenère n'oublie pas l'usage qu'on peut faire de deux exemplaires
-d'un même livre: on convient de recourir à une page, la première
-venue; on se met d'accord sur une ou deux lignes de cette page, et on
-indique les diverses lettres de l'alphabet par des chiffres
-correspondant à l'ordre dans lequel ces lettres se présentent. En
-prenant pour exemple la troisième ligne du feuillet 3 de l'ouvrage de
-Vigenère lui-même, on opérera sur la phrase suivante:
-
- «Partie de son âme dont elle constitue la différence.»
-
-et on dressera le tableau suivant:
-
- p a r t i e d s o n m l ....
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 ....
-
-On aura soin de négliger les lettres répétées et de continuer ce
-travail sur la ligne suivante si toutes les lettres de l'alphabet ne
-se trouvent pas dans la ligne choisie.
-
-De cette manière, ces deux mots, _le pape_, seraient représentés par
-les chiffres suivants:
-
- 12.6. 1.2.1.6.
-
-Le _roi_ s'exprimerait en écrivant:
-
- 12. 6. 3. 9. 5.
-
-Vigenère remarque que ce chiffre est inexpugnable, sans la
-communication du secret, car que serait-il possible de conjecturer
-là-dessus?
-
-Les vingt-quatre caractères de l'alphabet usuel lui paraissant trop
-simples et trop susceptibles d'être devinés, Vigenère invente des
-chiffres de 72, de 64, de 48 caractères; chaque lettre est représentée
-par deux, trois ou quatre signes imaginés à plaisir et qu'on peut
-varier à l'infini.
-
-Une autre combinaison consiste à indiquer chaque lettre de l'alphabet,
-sur un chiffre; mais, afin de dérouter les curieux, on entremêle les
-lettres, car les écrire à rebours de la façon suivante:
-
- Z Y X ... B A
- 1 2 3 ... 23 24,
-
-serait trop naïf. On peut les diviser en deux séries, dont voici un
-modèle:
-
- H I L M A B C D E,
-
-ou bien les placer de cette manière:
-
- L A M B N C
- 1 2 3 4 5 6,
-
-ou bien, enfin (car ces arrangements sont susceptibles de
-modifications presque infinies), assigner à chaque lettre un chiffre
-de convention.
-
- a 15
- b 9
- c 11
- d 20
- e 3
- f 18
- g 24
- h 19
- i 16
- k 7
- l 9
- m 13
- n 1
- o 23
- p 5
- q 12
- r 8
- s 22
- t 4
- u 10
- v 2
- x 14
- y 17
- z 6
-
-De cette manière, _Lyon est pris_, s'exprimerait par: 917 231, 3224,
-581622.
-
-Et certes, quelqu'un qui n'aurait pas le secret du chiffre attribué
-arbitrairement à chaque lettre, se trouverait dans l'impossibilité
-presque absolue de deviner le sens de ces nombres mystérieux.
-
-Vigenère n'oublie point «un bel artifice de se réserver un second sens
-caché parmy le premier, si l'on estoit surpris et contraint d'exhiber
-son chiffre;» mais les explications qu'il donne à cet égard sont
-confuses et d'une longueur telles, que, si nous avions la patience de
-les transcrire, peu de personnes sans doute auraient celle de les
-lire.
-
-Le défaut de la plupart des procédés qu'indique le _Traité des
-chiffres_, c'est une extrême complication: l'auteur fait un usage
-immodéré de lettres de diverses couleurs, et il expose, d'une façon
-souvent très-peu claire, des systèmes de chiffres tellement
-mystérieux, que celui qui voudrait en faire usage se trouverait
-peut-être lui-même dans un embarras inextricable pour déchiffrer ce
-qu'il aurait écrit.
-
-Vigenère fait observer que la Cryptographie se retrouve dans la
-plupart des professions:
-
-«Les hommes de tout temps ont esté curieux de se tracer chacun pour
-soy quelques notes secrètes pour se receler de la cognoissance des
-autres, comme les marchands en leurs marques et papiers de compte; les
-médecins, en leurs pieds de mouche; les jurisconsultes, en leurs
-paragraphes.»
-
-Il expose avec complaisance un moyen de transmettre un avis, sans
-avoir recours à l'écriture, mais en employant des grains de diverses
-matières, accouplés deux a deux et arrangés comme des chapelets.
-
- grains d'or, d'argent, d'ébène, d'ivoire.
- d'or A B C D
- d'argent E H I L
- d'ébène M N O P
- d'ivoire R S T V
-
-De sorte que le mot _deus_, par exemple, aurait pour expression, en
-suivant les lignes horizontales: deux grains d'or et d'ivoire, deux
-d'argent et d'or, deux grains d'ivoire, deux d'ivoire et d'argent.
-
-Après avoir expliqué ce procédé, Vigenère consigne, en son livre, la
-réflexion que voici:
-
-«Au rang des chiffres ou occulte écriture, on peut bien reléguer aussi
-les minutes des greffiers, notaires, sergens et semblables manières de
-gens de pratique, et encore l'écriture de beaucoup de personnes, qu'à
-peine autres qu'eux sçauroient lire, quoiqu'elle ne soit que des
-lettres ordinaires, mais difformées de telle sorte, qu'on n'y sçauroit
-presque rien discerner. Or, laissant à part ces vicieux chaffourements
-qui procèdent d'insuffisance, il y en a d'autres qui consistent en
-perspective, car, en y regardant de front, on n'y sçauroit rien
-discerner de lisible, mais l'accommodant obliquement en l'assiette qui
-luy est propre, ce qui estoit imperceptible apparoist. Il y en a
-d'autres qui dépendent de la seule acuité de la vue, la lettre estant
-si déliée que l'oeil à peine la peut comprendre: telle que s'est vue
-de nostre temps celle d'un gentilhomme siennois, appelé _Spanocchio_,
-qui écrivoit sur un velin, sans aucune abréviation, tout l'_In
-principio_ de Saint-Jean, en autant ou moins d'espace que ne contient
-le petit ongle, d'une lettre si exquise et si bien formée, qu'il ne
-seroit pas possible de mieux faire. Pline, d'après Cicéron, allègue
-que toute l'_Iliade_ d'Homère, qui contient de quatorze à quinze mille
-vers, avoit esté escrite de si menue lettre en velin, qu'elle pouvoit
-toute entrer en une coquille de noix.»
-
-Le célèbre chancelier Bacon a, dans son traité _De dignitate et
-augmentis scientiarum_ (livre VI, ch. 1), fait connaître un chiffre,
-dont il est l'inventeur, et qui est basé sur les permutations de deux
-lettres seules, _a_ et _b_, combinées par groupes de cinq. Ces deux
-lettres sont susceptibles de 32 combinaisons de ce genre; il y en a
-donc plus qu'il n'en faut pour exprimer l'alphabet tout entier, et
-cet _alphabetum liluterarium_ (c'est ainsi que le nomme Bacon) pourra
-s'écrire de la façon suivante:
-
- a aaaaa
- b aaaab
- c aaaba
- d aaabb
- e aabaa
- f aabab
- g aabba
- h aabbb
- i abaaa
- k abaab
- l ababa
- m ababb
- n abbaa
- o abbab
- p abbba
- q abbbb
- r baaaa
- s baaab
- t baaba
- u baabb
- w babaa
- x babab
- y babba
- z babbb
-
-On comprend, du reste, qu'au lieu des lettres _a_ et _b_ on peut
-prendre toute autre dont on aura envie, ou bien les remplacer par
-quelque signe algébrique, ou par une marque quelconque a laquelle on
-voudra s'attacher. L'inconvénient de cet alphabet, c'est que tout mot
-ordinaire se trouve représenté par cinq fois plus de lettres. _Paris_,
-par exemple, se traduira par _abbba aaaaa baaaa abaaa baaab_.
-Lorsqu'on voudra écrire _Espagne_, il faudra prendre la peine de
-tracer _aabaa baaab abbba aaaaa aabba abbaa aabaa_. Une phrase un peu
-longue se trouvera ainsi exiger beaucoup de temps et une attention
-fort soutenue, pour être écrite sans que quelque erreur ne vienne s'y
-glisser.
-
-Bacon a prévu que le mystère de son alphabet ne serait pas
-très-difficile à découvrir, et il a dû chercher quelques moyens, afin
-de mettre sa pensée à l'abri des curieux: il a donc imaginé ce qu'il
-appelle l'_alphabetum biforme_. Après avoir déchiffré la dépêche
-écrite d'après la méthode que nous venons d'exposer, on n'arrive point
-encore au véritable sens: il est enveloppé dans les lettres qui sont
-mises en majuscules dans l'alphabet _biforme_, lettres qu'indique à
-ceux qui ont la clef de ce procédé les groupes de lettres auxquels
-elles correspondent.
-
-Pour faire comprendre ceci, il est indispensable de transcrire d'abord
-ce nouvel alphabet, tel qu'il se montre dans l'ouvrage de Bacon.
-
- ab ab ab ab ab ab ab ab
- AA aa BB bb CC cc DD dd
- ab ab ab ab ab ab ab ab
- EE ee FF ff GG gg HH hh
- ab ab ab ab ab ab ab ab
- II ii KK kk LL ll MM mm
- ab ab ab ab ab ab ab ab
- NN nn OO oo PP pp QQ qq
- ab ab ab ab ab ab ab ab
- RR rr SS ss TT tt VV vv
- ab ab ab ab ab ab ab ab
- uu WW ww XX xx YY ab
- ZZ zz
-
-Supposé maintenant qu'on veuille donner avis à quelqu'un de s'enfuir,
-en lui faisant passer le mot latin _fuge_, on écrira d'abord la phrase
-suivante, qui présente un sens tout opposé:
-
- _Manere te volo donec venero._
-
-En prenant dans l'alphabet ci-dessus les lettres _a_ et _b_ qui
-correspondent aux lettres dont est formée cette phrase, on mettra:
-
- aabab baabb aabba aabaa
- Maner etevo lodon ecvenero
-
-Ces quatre groupes d'_a_ et de _b_ réunis par cinq, indiquent, d'après
-les combinaisons de l'Alphabet Biforme, les quatre lettres qui forment
-le mot FUGE.
-
-Il faut reconnaître que les explications trop succinctes et très-peu
-claires que donne Bacon à l'égard de ses procédés de chiffres,
-laissent beaucoup à désirer. L'idée d'employer les combinaisons des
-lettres n'est cependant point indigne d'une attention sérieuse: il y a
-le germe de tout un système de chiffres qui n'a pas de limites.
-
-Remarquons, en effet, que des mathématiciens ont cherché le nombre des
-combinaisons que peuvent offrir les 25 lettres de l'alphabet groupées
-ensemble de toutes les manières imaginables: ils ont trouvé le chiffre
-formidable de 42 quadrillons, 163,840 trillions, 398,198 billions,
-058,854 millions, 693,625. Pour saisir toute l'énormité de ce nombre,
-il faut se souvenir qu'on a démontré que, pour écrire toutes les
-combinaisons qu'il énonce, il serait indispensable de se procurer une
-feuille de papier qui aurait 421,300 fois l'étendue de la superficie
-de la Terre.
-
-
-§ IV.
-
- Jérôme Cardan.
-
-Cet Italien célèbre, qui toucha à toutes les questions[4] et qu'une
-vaste érudition, jointe à des talents très-distingués, n'a point
-préservé d'une accusation de folie, a dit quelques mots de la
-Cryptographie dans son ouvrage _de la Subtilité_; les voici d'après la
-vieille traduction française:
-
-«Prenez deux peaux de parchemin de mesme grandeur et semblablement
-réglées et lignées; vous y ferez séparément des trous assez petits,
-mais toutefois de la grandeur et hauteur du corps que vous avez
-accoutumé faire vostre lettre: l'un de ces pertuis pourra tenir sept
-lettres, l'autre trois, l'autre huit ou dix, de sorte que tous les
-trous ou pertuis qu'aurez faits pourront tenir ensemble cent vingt
-caractères ou lettres. De ces deux peaux, vous donnerez l'une à celuy
-auquel vous désirez escrire, et vous retiendrez l'autre à vous; et,
-lorsque voudrez escrire le plus brief et succinct que vous pourrez, de
-sorte que vostre escriture n'excède pas ledit nombre de cent vingt
-caractères ou lettres: qui est tout ce que les espaces et pertuis
-susdits pourront comprendre. Et après, sur les pertuis, faits comme je
-l'ay dit, vous escrivez, au feuillet de papier qui est dessous, le
-sujet et sentence que voudrez; et, après, à un autre feuillet, et
-conséquemment au troisième. Cela estant fait, vous remplacez les
-espaces et distances qui demeureront vides, ainsi augmentant ou
-effaçant jusques à tant que vostre sentence et sujet apparoissent et
-se montrent. Vous accomplirez la seconde sentence au second feuillet
-de papier, faisant extrait en telle sorte, sur la première, qu'il
-semblera et apparoistra que les mots et paroles soient suivants et
-consécutifs l'un après l'autre. La troisième adapterez aussi à telle
-sorte et manière, que, sans aucune interruption ni intermission des
-premières lettres, l'ordre, la sentence, le nombre des paroles avec la
-grandeur se trouveront et apparoistront, retenant mesure, sujet et
-intelligence. Et après appliquerez, sur ce papier escrit en cette
-manière, le parchemin que pour cette cause vous aurez taillé et percé,
-faisant en tout et partout, aux extrémitez des trous ou perçures, de
-petits et subtils points, jusques à tant que le sujet et intelligence
-des lettres parviennent en la sorte que vous désirez les escrire. Et
-après, celuy à qui vous les enverrez, mettant sur elles son exemplaire
-percé (comme il est dit), entendra subitement et facilement la
-conception de vostre volonté.»
-
-[Note 4: L'édition de ses _Opera omnia_ (Lyon, 1663, 10 vol. in-folio)
-ne renferme pas moins de 222 traités en ouvrages divers. On peut
-consulter, à l'égard de cet étrange écrivain, Buhle, _Histoire de la
-Philosophie_, tom. IV, p. 730-739 de la traduction française; la
-_Rétrospective Review_, tom. I, p. 94-112; un article de M. Mercey,
-_Revue de Paris_, juin 1841; un mémoire de M. Franck, lu en 1841 à
-l'Académie des sciences morales et politiques. Quant au mérite de ses
-travaux scientifiques, on peut consulter l'_Histoire des Sciences
-mathématiques en Italie_, par M. Libri, tom. III, p. 107, et
-l'_Histoire de la Chimie_, par M. Hoefer, tom. Il, p. 99. Cardan a
-trouvé deux biographes, l'un en Italie (Mantovani, _Vita di Cardano_,
-Milano, 1821, 8º), l'autre en Angleterre (G. I., _the life and times
-of G. Cardan_, London, 1836, 2 vol. 8º).]
-
-
-§ V.
-
- Le duc de Brunswick.
-
-Au commencement du seizième siècle, un duc de Brunswick-Lunebourg,
-Auguste le Jeune, se livrait avec ardeur à l'étude; il publia divers
-écrits sous le pseudonyme de Gustave Selenus. _Selenus_, du grec
-_Selène_ (la lune), était une espèce de traduction du mot _Lunebourg_;
-_Gustave_ est l'anagramme d'_Auguste_. Le jeu des échecs,
-l'horticulture, l'art d'écrire en chiffres, occupèrent tour à tour
-l'attention de ce prince; son livre sur le sujet que nous traitons ici
-a pour titre: _Systema integrum Chryptographiæ_; c'est un in folio de
-près de 500 pages.
-
-Trithème a fourni la majeure partie des procédés décrits dans ce gros
-volume, où il se trouve malheureusement beaucoup d'idées
-cabalistiques; les exemples étant pour la plupart empruntés à la
-langue allemande, il n'y a pas moyen de les reproduire textuellement.
-
-Parmi les méthodes que décrit le duc Auguste, en voici une dont nous
-n'avons pas encore fait mention:
-
-Formez trois colonnes, en inscrivant, à côté des cinq voyelles
-répétées trois fois, les consonnes de l'alphabet:
-
- a _b_ a _h_ a _p_
- e _c_ e _k_ e _q_
- i _d_ i _l_ i _r_
- o _f_ o _m_ o _s_
- u _g_ u _n_ u _t_
-
-Au lieu d'écrire les lettres qui emportent les mots que vous voulez
-chiffrer, vous inscrivez celles qui leur correspondent. Vous mettez
-par exemple un _i_ en place d'un _r_, _et vice versa_, un _o_ en place
-d'un _f_, ainsi de suite.
-
-Pour écrire _l'empereur d'Autriche_, vous mettrez _icoakitk
-iaguieak_.
-
-Rien n'empêche d'employer à rebours un alphabet ainsi dressé ou de
-substituer quelques lettres à d'autres, en suivant une marche dont on
-sera convenu: cela augmentera beaucoup les difficultés du
-déchiffrement. Au moyen de méthodes semblables, le prince allemand
-montre comment les mots suivante: _Cras expectabis adventum meum_,
-peuvent se traduire par _zfxubzmsbeugpgeurmiothrha_.
-
-Les alphabets imaginaires et forgés à plaisir, que fait connaître le
-prince, sont, pour la plupart, la reproduction ou l'imitation de ceux
-qu'on trouvait déjà dans le livre de Porta; il a pris la peine de
-faire graver (page 282) l'alphabet qu'une tradition très-peu
-authentique attribue à Salomon, et il n'a point oublié celui dont les
-habitants du pays d'Utopie font usage, à ce qu'affirme Thomas Morus.
-Il a lui-même inventé un moyen d'exprimer les lettres, au moyen d'un
-système de lignes brisées, obliques, parallèles, etc., ou bien grâce à
-des groupes de points disposés de diverses manières. Nous pensons
-qu'il serait superflu de donner la reproduction de ces alphabets
-fantastiques, car le champ des inventions de ce genre est sans
-bornes.
-
-
-
-
-CHAPITRE III.
-
-RÈGLES ET PROCÉDÉS DE CRYPTOGRAPHIE.
-
-
-§ Ier.
-
- Préceptes généraux.
-
-Maintenant laissons de côté les méthodes aujourd'hui abandonnées
-qu'exposent les écrivains du seizième siècle, et cherchons à faire
-comprendre quelques-unes des règles auxquelles se conformaient, dans
-leurs dépêches chiffrées, les diplomates du siècle dernier, règles qui
-servent encore habituellement de guide à leurs successeurs.
-
-Les signes de ponctuation sont supprimés, ou bien, lorsqu'il est
-nécessaire d'en faire usage, afin de donner plus de clarté au texte
-chiffré, on les indique par une marque particulière. Les accents et le
-trait d'union sont abolis.
-
-On emploie ce qu'on nomme des non-valeurs (_otiosi characteres_), afin
-de dérouter les curieux. Par exemple, on peut convenir que tous les
-nombres composés entre 200 et 400, entre 825 et 950 ne signifient rien
-et qu'il ne faut point en tenir compte dans le déchiffrement. Le
-déchiffreur non initié perdra beaucoup de temps à vouloir trouver un
-sens là où il n'y en a pas et sera complétement fourvoyé.
-
-Parfois, on a recours à un chiffre de contre-sens; on convient que les
-phrases chiffrées, comprises entre deux marques convenues, telles que
-des croix, des parenthèses, des chiffres déterminés à l'avance, etc.,
-doivent être entendues dans un sens diamétralement opposé à celui
-qu'elles présentent. Par exemple, la phrase chiffrée: «Le roi est
-malade, mais il va mieux et sa guérison est certaine,» doit être
-interprétée ainsi tout autrement: «Sa mort est certaine.»
-
-Il n'est pas mal d'employer dans une dépêche chiffrée des mots de
-diverses langues; le mystère sera encore plus difficile à percer; en
-voici un exemple: _L'armée de l'Empereur se réunit aux troupes du
-roi_; écrivez, en faisant usage du latin, de l'allemand, du français,
-de l'espagnol, de l'anglais; _exercitus der Kayser se réunit à las
-tropas of the king_. Chiffrez ensuite, et il sera presque impossible
-de découvrir ce que vous avez confié au papier.
-
-Les mots écrits avec des abréviations convenues à l'avance, présentent
-une ressource avantageuse; il est bon de les indiquer au moyen d'un
-signe convenu.
-
-On a vu des hommes d'État employer la méthode d'écriture hébraïque,
-c'est-à-dire ranger les chiffres de droite à gauche.
-
-Un procédé qui n'est pas très-compliqué consiste à dresser le tableau
-suivant:
-
- abcd efgh iklm nopq rstu xyz
- 1 2 3 4 5 6
-
-et l'on exprime chaque lettre du mot qu'on veut déguiser par un double
-chiffre, dont le premier représente le groupe de lettres et le second,
-le rang qu'occupe dans ce groupe la lettre qu'on a en vue. Ainsi,
-l'_r_ s'exprime par 51, le _g_ par 23; pour écrire _festina lente_, on
-mettra:
-
- 22 21 52 53 31 41 11 33 21 41 53 21
-
-Il n'est pas sans exemple qu'on joigne au chiffre convenu pour
-représenter telle ou telle lettre, un nombre invariable qui, joint à
-ce chiffre, en donne un autre, sur lequel les efforts les plus
-opiniâtres n'ont guère de prise, lorsqu'on ne connaît pas le secret.
-Supposons qu'on soit convenu que le chiffre 8 représente l'_l_, 74
-l'_é_, 31 l'_r_, 26 l'_o_, 59 l'_i_; pour écrire le _roi_, on
-mettrait 8 74 31 26 59; mais, si on ajoute 6 à chacun de ces nombres,
-on aura 14 80 37 32 65.
-
-Il va sans dire qu'au lieu d'ajouter, on est parfaitement maître de
-retrancher, de multiplier, de diviser: l'essentiel est que les deux
-correspondants se mettent bien d'accord sur la marche qu'ils adoptent.
-
-
-§ II.
-
- Chiffre imaginé par Mirabeau.
-
-L'imagination active de Mirabeau touchait à tout; il inventa, dans un
-moment de loisir, une méthode de chiffre qui n'est pas sans mérite.
-Divisez l'alphabet en cinq parties égales, désignez d'abord chacune
-des cinq divisions par un numéro, indiquez ensuite par des numéros
-chacune des lettres que vous aurez groupées arbitrairement:
-
- 1
- c f g u z
- 1 2 3 4 5
-
- 2
- x n m o k
- 1 2 3 4 5
-
- 3
- s e h b g
- 1 2 3 4 5
-
- 4
- d l y q w
- 1 2 3 4 5
-
- 5
- n i r t v
- 1 2 3 4 5
-
-Les chiffres 6 à 9 et 0 sont regardés comme non-valeurs.
-
-On range sur deux lignes les chiffres qui expriment la lettre qu'on
-veut représenter; la première de ces lignes désigne le groupe; la
-deuxième la place qu'occupe dans ce groupe la lettre en question. On
-indiquera donc l'_h_ par 3/3, le _t_ par 5/4, le _d_ par 4/1; à côté
-de ces chiffres, tantôt à droite et tantôt a gauche, on mettra des
-non-valeurs afin de dérouter; en conséquence, ces mots _le Danube_
-s'exprimeront, si l'on veut, par:
-
- 74 3948 27 50 16 3639
- 82 2019 26 18 47 4827
-
-On comprend de reste, que ceci peut être susceptible d'une multitude
-de combinaisons diverses.
-
-
-§ III.
-
- Dictionnaire de convention.
-
-Un procédé, très-souvent mis en usage, consiste à former une espèce de
-dictionnaire dans lequel des mots sont remplacés par d'autres; en
-voici un exemple:
-
- Allies, lui.
- Amiral, quand.
- Arriver, être.
- Armistice, car.
- Attraper, pourquoi.
- Attendre, amie.
- Avenir, 2
- Balance, oui.
- Baron, 3
- Bavarois, amen.
- Bois, et.
- Camp, 7
- Canon, doit.
- Cavalerie, bon.
- Conseil, w.
- Définitif, mais.
- Deux, voir.
- Demander, événement.
- Descendre, loi.
- Division, non.
- Dix, art.
- Empereur, est.
- Entre, tôt.
- Événement, demande.
- Faux, 8
- Favori, jamais.
- Fureur, demain.
- Général, 6
- Gloire, 104
- Gouverneur, selon.
- Hommes, tard.
- Honneur, gagné.
- Ici, il.
- Inventeur, hier.
- Levé, eux.
- Lignes, nous.
- Maréchal, cerf.
- Manoeuvres, fin.
- Mille, âne.
- Naples, crue.
- Nouvelles, quart.
- Opération, sot.
- Ordre, ni.
- Ostracisme, x.
- Partis, et cætera.
- Peur, z.
- Question, ami.
- Querelle, troc.
- Quand, bleu.
- Ravin, grand.
- Renfort, son.
- Risquer, bas.
- Ruiner, loup.
- Sottise, vert.
- Surseoir, or.
- Suisse, froid.
- Terrain, fier.
- Trois, corde.
- Tuer, rond.
- Union, Vienne.
- Vivres, choix.
- Volontaires, lois.
- Voyage, Gand.
-
-Mots perdus qu'on intercale dans les phrases:
-
-_Assez_, _après_, _beaucoup_, _beauté_, _carré_, _dîner_, _honneur_,
-_loterie_, _mer_, _noire_, _port_, etc.
-
-En se servant de cette table, voici comment on pourra rendre le
-passage suivant:
-
-«Le Conseil n'a rien statué de définitif. Il paraît cependant qu'on ne
-balance qu'entre deux partis, celui de risquer la levée du camp et
-celui de demander un armistice.»
-
-«Le _w_ n'a encore rien, _or_ de _mais_. Il paraît cependant qu'on ne
-_oui_ que _tôt voir etc._, celui de _bas_ la _eux_ du 7 et celui de
-_événement_ un _car_.»
-
-
-§ IV.
-
- Lettres et mots exprimés par des chiffres.
-
-Une des méthodes les plus généralement arrêtées consiste à représenter
-chaque lettre et un certain nombre de mots, de syllabes et de noms
-propres, par des chiffres; afin de mieux dérouter les investigations,
-on exprime la même lettre ou le même objet par divers chiffres; les
-noms de nombre eux-mêmes se traduisent par des chiffres. On forme
-ainsi des tableaux qui portent le nom de _chiffre chiffrant_; en voici
-un modèle.
-
- a 6 19 500 46
- b 8 50 250 20
- c 4 2 125 18
- d 11 41 65 87
- e 31 47 201 900
- f 49 96 113 6998
- g 23 43 68 100
- h 39 93 200 8446
- i 57 89 98 105
- k 64 86 244 9797
- l 51 69 83 111
- m 13 63 92 536
- n 54 102 107 5886
- o 58 79 129 7654
- p 21 95 140 999
- q 35 84 110 1220
- r 59 81 108 548
- s 52 74 103 1370
- t 56 82 104 925
- u 53 97 112 1000
- v 32 94 203 1266
- x 34 114 300 966
- y 67 78 201 6740
- z 42 91 106 120
-
-MOTS ET SYLLABES.
-
- au, 72 99 1150 40
- de, 45 77 66 1777
- en, 1 15 12 1401
- est, 76 1944 30 85
- et, 7 101 1186 90
- été, 27 128 1650 171
- ici, 130 270 29 2224
- le, 9 88 109 1444
- mais, 234 71 489 2991
- non, 127 28 1849 55
- on, 88 887 75 649
- ou, 70 2471 666 48
- pour, 63 b 72 b 740 830
- que, 80 3 25 400
- le roi, 812 699 778 816
- la reine, 770 817 644 555
- le ministre N, 60 44 776 670
- le prince N, 779 61 825 819
- l'armée, 700 790 970 1200
- il est parti, 576 1620 1718 600
- il est de retour, 62 33 892 697
- il est malade, 5699 733 834 690
- il est mort, 671 863 540 4559
- , 2 b 96 b 86 c 88 d
- . 9 b 90 b 92 c 98 d
- ; 5 x 6 x 11 x 50 x
- 1 14 26 20 b 24
- 2 16 73 18 22
- 3 9 188 37 38
- 4 1 10 15 56
- 5 115 132 650 663
- 6 119 138 192 290
- 7 116 134 195 274
- 8 118 189 194 271
- 9 117 136 189 289
- 0 190 280 651 661
- Non-valeurs, 3000 à 4500
- Contre-sens, [Signe] et : [Pt.]
-
-Supposons qu'on veuille chiffrer les lignes que voici:
-
-«Le roi est parti le 12 du courant pour l'armée, avec le prince N. et
-le ministre N. [Signe] il a de bonnes intentions pour votre Majesté
-[Signe]; l'armée, forte de 150,000 hommes, doit passer le Danube.»
-
-On fera précéder cet avis de quelques mots qui lui donneront
-l'apparence d'une missive relative à quelque opération de commerce ou
-de banque, et on écrira:
-
-«Je n'ai pu encore réussir à effectuer l'emprunt que vous désirez
-contracter et au sujet duquel vous m'avez écrit. 3000 4499 812 576 9
-14 16 11 53 courant 21 58 53 81 69 6 108 13 31 47 19 32 201 4 3017 779
-7 3778 66 14 b [Signe] 98 83 46 45 20 129 54 102 900 103 105 107 104
-201 5886 925 98 7654 102 52 63b 1266 96 536 90 b [Signe] 700 66 24 18
-190 280 651 661 39 58 13 63 47 74 11 129 98 82 21 6 52 74 201 81 88 65
-500 102 112 5 31. Cette affaire pourrait avoir à Hambourg des chances
-de réussite.»
-
-Les mots, _bonnes intentions_, étant affectés du chiffre de
-contre-sens, il faut comprendre: _mauvaises intentions_ ou _peu
-favorables_.
-
-
-§ V.
-
- Théorie des chiffres chiffrants et déchiffrants.
-
-Les auteurs de l'_Encyclopédie méthodique_ ne pouvaient oublier, dans
-leur vaste répertoire de _omni re scibili_, l'art de l'écriture en
-chiffre; voici le résumé des notions qu'ils exposent à cet égard:
-
-Lorsqu'un agent diplomatique part pour une ambassade ou une légation,
-le ministère des affaires étrangères lui remet ordinairement trois
-_chiffres_, le chiffre chiffrant, le chiffre déchiffrant, et le
-chiffre banal. Le chiffre chiffrant, partagé en colonnes, marque dans
-la première non-seulement les lettres de l'alphabet, mais aussi les
-syllabes, les mots et les phrases dont cet agent aura probablement
-besoin dans le cours de sa négociation, les noms des souverains ou
-république, de leurs principaux ministres, etc. Cette colonne est
-quelquefois imprimée, mais la seconde colonne, remplie en écriture par
-le département des affaires étrangères, renferme les nombres, chiffres
-ou caractères par lesquels on juge à propos de désigner la lettre, le
-mot ou la phrase, comme dans le modèle suivant:
-
- _Chiffre chiffrant._
-
- a 45. 260. 311. 1020. 805
- b 9. 506. 33. 1110. 21
- c 15. 36 444 20 1006
- l'empereur, 44 31 1117
- le roi d'Espagne, 35. 88. 301. 1144
- l'armée des alliés, 80. 95 1022 888
- le pape, 50 302 467 19
- avantage, 18. 75. 63
- brouiller, 22. 79 103
-
-On a soin de ranger par ordre alphabétique les noms substantifs, les
-verbes et les phrases, selon leurs lettres initiales, pour la
-commodité du chiffreur, et l'on emploie divers nombres dont il peut se
-servir à son choix, afin de désigner le même mot; grâce à cette
-précaution, en cas d'incident, il devient plus difficile de déchiffrer
-la dépêche.
-
-Les articles d'une dépêche qui mérite le secret se chiffrent tout au
-long; on n'y met point de mots écrits en caractères ordinaires, parce
-que ces mots, quelque indifférents qu'ils puissent paraître, se
-trouvant dans le chiffre, peuvent faire deviner une partie du sens ou
-du moins découvrir la matière qu'on traite. Il ne faut pas négliger de
-distinguer tous les mots par un point, qu'on met derrière chaque
-nombre, puisque, sans cette précaution, une dépêche serait
-indéchiffrable pour le correspondant, qui ne pourrait se servir de sa
-clef et qui verrait les nombres confondus.
-
-Le chiffre déchiffrant marque, dans la première colonne à gauche, tous
-les nombres dont le chiffre chiffrant est composé, depuis le plus bas
-jusqu'au plus haut dans leur ordre naturel, et la colonne à droite
-contient le mot, la phrase ou la lettre que chaque nombre désigne.
-Lorsqu'on veut chiffrer quelque dépêche, on cherche dans ce chiffre
-déchiffrant la signification de chaque mot qui se présente, et on
-l'écrit au-dessus entre les lignes, qui doivent être espacées
-convenablement, de même que les nombres éloignés les uns des autres à
-une juste distance.
-
-En voici un exemple:
-
- Le ministre d'ici est tout dévoué aux intérêts
- 102 23 44 9 1204 76 336
-
- de l'Angleterre; c'est le fruit de dix mille
- 888 54 21 68 9
-
- guinées semées à propos.
- 519 1106 718
-
-
-§ VI.
-
- Autres systèmes de chiffres.
-
-Lorsqu'on soupçonne que les chiffres ont été vendus par des commis ou
-des serviteurs infidèles, on tâche de tromper les gens qui ont fait
-acquisition du chiffre.
-
-Alors la Cour écrit à son ministre ou bien le ministre mande à sa Cour
-le contraire de ses véritables intentions. On exprime en chiffre la
-contre-partie des nouvelles qu'on veut transmettre; on met ensuite,
-dans la dépêche, un signe, une marque, un caractère, un mot ou une
-phrase, dont on est convenu avant le départ du négociateur, indice qui
-annule non-seulement tout ce qui vient d'être dit, mais qui désigne
-aussi qu'on doit l'entendre dans le sens opposé; c'est ce qu'on
-appelle le _chiffre annulant_. Lorsqu'on découvre qu'une puissance
-rivale essaye de corrompre nos employés, on lui fait parvenir
-adroitement un faux chiffre, et on l'induit en erreur en écrivant des
-contre-vérités.
-
-La Cour donne quelquefois un chiffre différent à chacun de ses
-ministres dans les pays étrangers; mais, comme il importe souvent au
-bien des affaires générales, que ces ministres lient entre eux des
-correspondances, on leur remet un chiffre banal qui leur est commun à
-tous et dont ils peuvent se servir.
-
-Le chiffre à simple clef est celui où l'on se sert toujours d'une même
-figure pour désigner une même lettre.
-
-Le chiffre à double clef est celui dans lequel on change d'alphabet à
-chaque mot ou dans lequel on emploie des mots inutiles.
-
-Une manière plus simple est de convenir d'un même livre peu connu, ou
-d'une édition ancienne, imprimée au loin, presque ignorée: on forme
-une clef de trois chiffres; le premier marque la page du livre qu'on a
-choisi; le second désigne la ligne de cette page; le troisième marque
-le mot dont on doit se servir. Cette manière d'écrire ne peut être
-devinée que de ceux qui devineront d'abord à quel livre on a recours;
-elle présente d'autant plus de difficultés, que, le même mot se
-trouvant en diverses pages du livre, il est presque toujours désigné
-par différents chiffres; le même chiffre revient rarement désigner le
-même terme.
-
-Nous allons maintenant passer en revue quelques-uns des systèmes de
-Cryptographie que développent les auteurs du dix-huitième siècle,
-systèmes dont le fond se trouve déjà chez Vigenère et chez Porta, et
-qui ne sont pas indignes d'attention, quoique, n'ayant guère été mis
-en usage, ils soient demeurés dans des livres condamnés à trouver peu
-de lecteurs.
-
-
-§ VII.
-
- Chiffre par excellence.
-
-Tel est le nom que Dlandol, dans son _Contre-espion_, donne à un
-chiffre, qui réunit, d'après lui, le plus grand nombre d'avantages que
-l'on puisse désirer pour une correspondance secrète et qui les
-réunirait tous sans exception, s'il n'était pas d'une exécution assez
-lente. Cet inconvénient est compensé par l'immense difficulté, par
-l'impossibilité même, on peut le dire, de découvrir, lorsqu'on ne
-possède pas le mot de clef convenu entre les correspondants, le sens
-d'une dépêche écrite de la sorte.
-
-Pour faire emploi de ce chiffre, il faut d'abord que les deux
-correspondants se munissent d'un carré, qui présente pour les lettres
-ce que le carré arithmétique présente pour les chiffres, c'est-à-dire
-que dans l'un on multiplie des lettres, comme des chiffres dans
-l'autre, en cherchant le carré correspondant aux deux termes qui se
-servent réciproquement de multiplicande et de multiplicateur.
-
-Voulez-vous savoir, par exemple, combien font six fois quatre ou
-quatre fois six? Cherchez, sur la première ligne horizontale de votre
-carré, l'un de ces deux nombres; cherchez ensuite l'autre sur la
-première ligne verticale, c'est-à-dire sur la première colonne. Voyez
-ensuite quelle est la case qui correspond en même temps à chacune de
-celles où sont ces deux nombres. Vous trouvez 24, qui est
-effectivement le produit de six ou de quatre multipliés l'un par
-l'autre. De même dans le carré de lettres, si vous voulez multiplier F
-par M, vous trouverez S à la case qui répond à l'F de la première
-ligne et à l'M de la première colonne. Vous trouvez également S à la
-case qui correspond à l'M de la première ligne et à l'F de la première
-colonne. Ceci posé, n'oublions pas qu'il y a un mot de clef dont les
-correspondants conviennent entre eux. Supposons que ce mot de clef
-soit _blanc-bec_ (et si nous prenons ce mot pour exemple, c'est qu'il
-y a avantage à choisir des expressions peu usuelles et qui déjouent
-tous les efforts d'imagination de ceux qui s'efforceraient de les
-deviner). Il faut que vous multipliiez constamment, par les lettres du
-mot choisi, toutes les lettres de la missive que vous voulez chiffrer;
-puis, cela fait, vous placez chacune des lettres de _blanc-bec_ sous
-chacune des véritables lettres que vous aurez à écrire, en répétant
-sans cesse le mot convenu et en recommençant à l'inscrire aussitôt que
-vous l'avez terminé.
-
-Supposons que vous veuillez, vous, général d'armée, transmettre cet
-avis:
-
-«Nous devons décamper cette nuit:»
-
-Vous le disposerez de la façon suivante:
-
-Nous devons décamper cette nuit.
-
-Blan cbecbl ancblabl ancbe cblan.
-
-Dans cet arrangement, vous regardez chacune des lettres _vraies_ de la
-missive, comme des chiffres d'un multiplicande et chacune des lettres
-du mot de clef, comme un multiplicateur. Vous opérez ensuite de la
-façon suivante:
-
-En multipliant N, première lettre _vraie_ de la dépêche, par B,
-première lettre du mot de clef, vous trouvez sur votre carré la lettre
-P, à la case qui correspond d'un côté à l'N, de l'autre au B. Vous
-placez P pour première lettre de la missive chiffrée.
-
-La seconde vraie lettre est un O, la seconde lettre de la clef est L.
-La case qui correspond à O et à L est un A, que vous posez comme
-second caractère.
-
-La troisième vraie lettre est un U, la troisième lettre du mot de clef
-un A. La case qui correspond à l'une et à l'autre lettre, vous donne
-V, et la case qui correspond ensuite à S (quatrième lettre vraie) et à
-N (quatrième lettre du mot de clef), est G. Vous mettez pour troisième
-et quatrième caractère de votre dépêche chiffrée: V G.
-
-Continuant cette opération sur chaque mot de la dépêche vraie, vous
-arrivez à la phrase chiffrée que voici:
-
- pavgggerpcesfcrsgddsxvjqxuu
-
-Tant qu'on ne possédera pas le mot de clef, il sera impossible de
-deviner le sens d'un pareil billet. Votre correspondant déchiffrera
-sans peine cette missive, en faisant une opération inverse à celle que
-vous avez accomplie.
-
-Au-dessous du billet chiffré, il écrira chacune des lettres du mot de
-clef. Il cherchera ensuite successivement dans la première colonne du
-carré chaque lettre du mot de clef, et, à chaque lettre, il cherchera
-sur la même ligne la lettre correspondante du billet chiffré. Alors la
-lettre qui commence la colonne où se trouve cette lettre de chiffre
-est la vraie; c'est celle qu'il faut écrire pour avoir la véritable
-missive.
-
-On remarquera que chaque fois qu'une lettre se présente dans la
-dépêche _vraie_, elle donne dans la dépêche chiffrée un résultat
-différent; aussi toute investigation demeure-t-elle stérile, lorsqu'on
-ne possède pas les mots qui forment la clef d'un pareil chiffre.
-
-Cette méthode est, au fond, sauf quelques légères différences, la même
-que celle qu'expose le père Kircher, qu'il met en oeuvre au moyen d'un
-tableau de chiffres (_abacus numeralis_), formé de lettres de
-l'alphabet disposées horizontalement d'abord, verticalement ensuite,
-et donnant ainsi un carré composé de 576 cases, dans chacune
-desquelles est placé un chiffre. Le procédé qu'indique Neyron
-(_Principes du droit des gens_, Brunswick, 1783, 8º, p. 170), rentre
-dans une catégorie toute semblable.
-
-
-§ VIII.
-
- Grille en châssis.
-
-La manière d'écrire en chiffres au moyen d'une grille en châssis est
-bien simple et d'un usage facile. Elle réclame peu de temps. Il s'agit
-d'avoir un châssis découpé sur la longueur des lignes, comme le
-désigne la figure; celui auquel on écrit possède un instrument tout
-semblable.
-
-Chacun des coins du châssis doit porter une marque différente, parce
-que ce châssis peut se placer dans divers sens.
-
-Après l'avoir posé sur une feuille de papier de même grandeur, en
-faisant attention aux marques des quatre coins, on transcrit, dans les
-ouvertures, l'avis qu'on veut transmettre. La lettre une fois tracée
-d'après cette méthode, on lève le châssis, et, dans les intervalles
-qui se rencontrent entre chacun des mots, on en écrit d'autres, afin
-de remplir les vides; on doit autant que possible les choisir de
-manière qu'ils puissent former un sens avec ceux qui ont été écrits
-dans les ouvertures du châssis.
-
-Le correspondant qui reçoit cette épître applique, par-dessus chaque
-page, un châssis semblable; alors tous les mots inutiles se trouvent
-masqués, et il n'a sous les yeux que les mots qui composent l'avis
-qu'on s'est proposé de faire passer.
-
-La lecture d'une des oeuvres les plus remarquables de M. de Balzac
-(_Histoire des Treize_) a révélé l'existence de la _grille_ à bien des
-personnes fort peu au fait des procédés de la Cryptographie. Il
-s'agit, dans le passage ci-dessous, d'un agent de change, qui, ayant
-en main une lettre adressée à sa femme, lettre qui présente un
-non-sens continuel, vient consulter un de ses amis, employé au
-ministère des affaires étrangères:
-
-«--C'est une lettre à grille.. Attends.
-
-«Il laissa Jules seul dans le cabinet, et revint assez promptement.
-
-«--Niaiserie, mon ami! C'est écrit avec une vieille grille dont se
-servait l'ambassadeur de Portugal sous M. de Choiseul, lors du renvoi
-des jésuites... Tiens, voici!
-
-«Jacques superposa un papier à jour, régulièrement découpé comme une
-de ces dentelles que les confiseurs mettent sur leurs dragées, et
-Jules put alors facilement lire les phrases qui restèrent à
-découvert.»
-
-Donnons un exemple de ce procédé.
-
-Supposons qu'on veuille mander ceci:
-
-«Vous me trouverez très-disposé à vous rendre.»
-
-On écrit ces mots dans l'ordre et à la place que leur assigne la
-grille dont on fait usage, et on remplit les intervalles, par d'autres
-mots, de façon que le tout présente un sens assez raisonnable.
-
- Je [=vous=] prie de [=me=] mander si vous
- [=trouverez=] bon, mon [=très-=] cher, que je
- [=disposé=] dès [=à=] présent des effets que
- [=vous=] avez offert de me [=rendre=], etc.
-
-Voici maintenant le vrai sens rétabli au moyen de la grille:
-
- [=vous=] [=me=]
- [=trouverez=] [=très-=]
- [=disposé=] [=à=]
- [=vous=] [=rendre=]
-
-
-§ IX.
-
- Chiffre au moyen d'un cadran.
-
-Ce procédé est un peu compliqué. Il exige du temps et de l'attention,
-mais il présente les plus grandes garanties d'un mystère impénétrable.
-
-Vous tracez sur un carton un cadran, que vous divisez exactement en
-vingt-quatre parties égales et sur chacune desquelles vous transcrivez
-une des vingt-quatre lettres de l'alphabet.
-
-Vous avez un autre cercle de carton mobile ayant un centre commun avec
-le premier et pouvant tourner librement sur ce centre. Vous le divisez
-en un même nombre de parties, et vous y transcrivez également les
-diverses lettres de l'alphabet. Si les lettres sont rangées dans
-l'ordre ordinaire sur les deux cadrans, l'emploi de ce moyen de
-correspondance devient plus commode.
-
-Le cadran mobile doit être placé de manière que ses divisions
-correspondent exactement à celles du premier cadran. On le dispose de
-la manière que l'on veut; et, si la lettre H, par exemple, du cadran
-intérieur correspond à la lettre A du cadran extérieur, on place en
-tête de la première ligne qu'on écrit les deux lettres H et A: elles
-indiquent, à celui avec lequel on correspond, de quelle manière il
-doit de son côté placer la machine parfaitement semblable dont il est
-muni; sans une pareille indication préliminaire, il serait impossible
-de parvenir à s'entendre.
-
-Une fois les cadrans disposés, on prend la lettre que l'on veut
-chiffrer et que l'on a d'avance écrite en caractères ordinaires; au
-lieu de chacune des lettres dont les mots sont composés, on place, sur
-la dépêche que l'on expédie, les lettres qui y correspondent sur le
-cadran intérieur.
-
-Si le mot que vous voulez chiffrer est celui de _roi_, par exemple,
-vous mettrez, au lieu de l'_r_, la lettre _x_ qui y correspond sur le
-cadran intérieur, et ensuite, au lieu des lettres _o_ et _i_, les
-lettres _v_ et _n_; vous aurez ainsi _xvn_, et le déchiffrement de ce
-que vous écrirez de la sorte sera presque impossible à celui qui ne
-saura pas que vous vous servez des cadrans, et qui, le sût-il, ne
-connaîtra pas quelle disposition vous leur donnez.
-
-Vous continuez de même pour toutes les lettres dont se composent tous
-les mots de la dépêche qu'il s'agit de déguiser.
-
-Votre correspondant met à profit l'indication H A, dont il vient
-d'être question: il donne à ses cadrans une disposition identique à
-celle que vous avez adoptée; il cherche successivement sur le cadran
-extérieur toutes les lettres qui répondent sur le cadran intérieur à
-chacune de celles qu'il trouve dans votre missive, et il arrive ainsi
-sans difficulté à traduire la dépêche qu'il a reçue.
-
-
-§ X.
-
- De l'emploi des signes astronomiques.
-
-Les signes astronomiques, c'est-à-dire ceux dont on fait usage pour
-désigner les planètes et les diverses parties du zodiaque ont été
-plusieurs fois mis en usage comme dans la Cryptographie. Supposé que
-chaque lettre soit représentée par un de ces signes, il faudra
-beaucoup de temps et de peine, pour écrire une dépêche en suivant une
-pareille méthode, et le secret ne sera pas mieux caché. Un chiffre de
-ce genre ne présente pas plus de difficulté que celui dans lequel
-chaque lettre de l'alphabet est représentée par une autre lettre, _a_,
-par exemple, étant remplacé par _d_, _b_ par _e_, _c_ par _f_, ainsi
-de suite.
-
-On éprouve moins d'embarras à faire usage d'un chiffre, dans lequel
-les signes astronomiques sont mêlés à des lettres empruntées aux
-alphabets hébraïque, grec ou latin, ou bien à des chiffres numériques,
-à des figures de mathématiques. Chacun de ces signes exprime une
-lettre, une syllabe ou un mot. Cette méthode était du goût des anciens
-auteurs; mais aujourd'hui elle ne trouve guère de partisans. Vigenère
-se plaît à en fournir des exemples qu'il développe avec sa prolixité
-habituelle.
-
-Voici, parmi les procédés de ce genre, le meilleur et le plus simple.
-On partage l'alphabet en cinq parties ou plus; on place chacune de ces
-sections dans un carré particulier, et on désigne chaque carré par un
-signe astronomique convenu. Donnons-en un exemple.
-
- [=abcd [Gl.]=] [=efgh [Gl.]=] [=iklm [Gl.]=]
-
- [=nopq [Gl.]=] [=rstuz [Gl.]=]
-
-Il vaut mieux de ne pas laisser les lettres de l'alphabet rangées dans
-l'ordre habituel. Lorsqu'on veut faire usage des tableaux ci-dessus,
-il faut, pour exprimer chaque lettre, écrire le signe qui dénote le
-carré, et indiquer la lettre qu'on a en vue par un numéro qui
-correspond à la place qu'elle occupe. L'_e_ se trouvera donc
-représenté par [Gl.]1, l'_m_ par [Gl.]4, l'_o_ par [Gl.]2, etc. Si
-l'on veut transmettre l'avis que «l'armée a passé le Danube,» on
-mettra:
-
- [Gl.]3 [Gl.]1 [Gl.]1 [Gl.]4 [Gl.]e [Gl.]e [Gl.]1 [Gl.]3 [Gl.]1
- [Gl.]2 [Gl.]2 [Gl.]1 [Gl.]3 [Gl.]1 [Gl.]4 [Gl.]1
- [Gl.]n [Gl.]4 [Gl.]2 [Gl.]1.
-
-Ce procédé est un peu long, puisque chaque lettre réclame remploi d'un
-signe et d'un numéro; il ne présenterait pas de très-grandes
-difficultés à un déchiffreur habile, s'il était mis en usage de la
-manière que nous indiquons, mais il est aisé d'y ajouter des
-complications qui en déguisent mieux le mystère.
-
-
-§ XI.
-
- Signes de la mnémonique.
-
-L'idée d'appliquer à la Cryptographie les signes imaginés pour la
-mnémonique ou l'art de la mémoire, s'est naturellement présentée à
-quelques imaginations. Jean-Henri Dobel, dans son _Collegium
-mnemonicum ou Révolutions d'un nouveau secret de l'art de la pensée_
-(en allemand, Hambourg, 1707, 4º), a travaillé en ce sens. Il désigne
-par les numéros 1 à 23 chacune des lettres de l'alphabet; il traduit
-ainsi en chiffres chaque phrase contenue dans la dépêche qu'on veut
-rendre secrète. Enfin, il transforme ces chiffres en mots que donne sa
-mnémonique chiffrée. Il écrit ces mots tout au long. Il arrive ainsi à
-des séries de mots latins qui n'offrent aucun sens en apparence.
-
-Dobel représente, dans ses procédés de mnémonique, les chiffres, par
-des consonnes; ainsi 1--b, p, w; 2--c, k, q, x; 3--f ou v; 4--g ou j;
-5--l; 6--m; 7--n; 8--r; 9--s; 0--d ou t. Veut-il exprimer
-mnémoniquement ces chiffres, il prend des mots latins dans lesquels se
-rencontrent les consonnes qui correspondent aux chiffres en question.
-C'est ainsi que le nombre 567 aura pour expression les lettres _l_
-_m_ _n_ et pour représenter ces lettres, il a recours aux mots:
-_limen_, _lumen_, _lamina_, _columen_.
-
-Ce procédé exige beaucoup de temps, de peine et de papier. Une page
-entière d'écriture chiffrée est nécessaire pour exprimer quelques
-lignes de la dépêche qu'il s'agit de transmettre. Ces inconvénients
-sont cause qu'on n'a peut-être jamais fait usage de cette méthode
-mnémonique, qui est, d'ailleurs, il faut en convenir, une de celles
-dont l'interprétation présenterait le plus de difficultés.
-
-
-§ XII.
-
- Correspondance au moyen d'un jeu de cartes.
-
-Il faut avoir un jeu de cartes et disposer toutes les figures dans un
-ordre quelconque dont on sera convenu avec son correspondant. On doit
-également déterminer l'ordre du mélange qui doit se faire de ces
-cartes.
-
-Ces deux choses ayant été réglées, vous écrivez, comme d'ordinaire,
-votre lettre sur une feuille de papier, et, arrangeant ensuite le jeu
-de cartes dans l'ordre dont vous êtes convenu, vous les mêlez et vous
-tracez sur chacune d'elles, en commençant par la première qui se
-trouve alors dessus le jeu, successivement toutes les lettres qui
-composent ce qui a été écrit sur le papier; lorsque vous avez placé
-une lettre sur chacune de ces cartes, vous les mêlez de nouveau,
-toujours dans le même ordre et sans y rien changer, et vous continuez
-de placer de même toutes les lettres qui suivent; vous réitérez cette
-opération jusqu'à ce que vous ayez transcrit toutes les lettres qui
-composent ce que vous voulez mander. Ayez l'attention de mettre un
-point après chacune des lettres qui terminent un mot, afin d'indiquer
-la séparation de tous les mots.
-
-Supposons qu'on soit convenu de se servir d'un jeu de piquet de
-trente-deux cartes, disposé dans l'ordre qui suit, et de mêler ce jeu,
-en mettant alternativement à chaque mélange trois cartes au-dessus des
-trois premières et trois au-dessous. Le jeu étant remis dans son
-premier état, chaque carte sera chargée des lettres ci-après.
-
-On suppose que la lettre chiffrée contient la phrase suivante:
-
-«Je connais trop, monsieur, l'intérêt que vous prenez à tout ce qui
-peut augmenter ma félicité, pour retarder plus longtemps à vous
-confier le dessein que j'ai formé de m'unir par les liens les plus
-sacrés à la famille de...»
-
- ORDRE DES CARTES LETTRES DE LA PHRASE
- convenu ci-dessus,
-
- entre ceux qui s'écrivent. dans l'ordre où elles doivent
- se trouver
- sur chacune des cartes.
-
- _Mélange_, 1 2 3 4 5 6
- as de pique, n r t j l e
- dix de carreau, s e a n u r
- huit de coeur, i n r q s e
- roi de pique, p p a n n é
- neuf de trèfle, m e f f s s
- sept de carreau, o u e i l a
- neuf de carreau, e t s t t l
- as de trèfle, u a l e e a
- valet de coeur, r u v m s f
- sept de pique, t e i s n a
- dix de trèfle, r s t c l m
- dix de coeur, o a. e. o r. i
- dame de pique, l u p s m. l
- huit de carreau, i s. o s e. l
- huit de trèfle, n p u o d e.
- sept de coeur, v q p a f d
- dame de trèfle, t u l e. o e.
- neuf de pique, s. i. u j r. etc.
- roi de coeur, t g e e e.
- dame de carreau, e m r. r. m
- huit de pique, r e m l u
- valet de trèfle, o t d p. p
- sept de trèfle, n o e s. a
- as de coeur, n a r. a. r.
- neuf de coeur, c e. r. v l
- as de carreau, s o r o j
- valet de pique, t. o e u e
- dix de pique, J. t. l e. e
- roi de carreau, e c i d s
- dame de coeur, c e. c e p
- roi de trèfle, q n n a s
- valet de carreau, n t g y. a
-
-Toutes les lettres qui composent les mots de la dépêche qu'on veut
-chiffrer ayant été séparément transcrites sur ces trente-deux cartes,
-comme il vient d'être indiqué, vous mêlerez indistinctement ce jeu de
-cartes, et vous l'enverrez à votre correspondant.
-
-
-Manière de lire.
-
-Celui qui reçoit ce jeu de cartes le dispose d'abord (eu égard à la
-figure des cartes) dans l'ordre qui a été convenu; il en fait un
-premier mélange, et transcrit successivement et de suite toutes les
-lettres qui se trouvent les premières en tête de chacune de ces
-trente-deux cartes, en ayant bien attention de ne pas les déranger de
-leur ordre; après quoi, il les mêle de nouveau et recommence cette
-même opération jusqu'à ce que toutes les lettres soient transcrites:
-ces lettres forment naturellement le discours contenu dans la dépêche
-en chiffres.
-
-Une précaution qui n'est pas à dédaigner consiste à écrire en encre
-sympathique les caractères tracés sur ces cartes: si elles viennent à
-tomber entre des mains indiscrètes, rien n'indique l'existence du
-secret qui leur a été confié.
-
-
-§ XIII.
-
- De l'emploi des lettres nulles, afin de cacher le sens d'une
- dépêche.
-
-On écrit _en clair_ la dépêche qu'on veut transmettre, mais on y mêle
-des mots et des syllabes de façon à obtenir une suite de mots
-étrangers n'appartenant à aucune langue et qui ne présentent aucun
-sens. On partage les mots composés de plusieurs syllabes, et d'un mot
-on en fait plusieurs, en ajoutant des lettres que le déchiffreur
-regarde comme _nulles_.
-
-Voici un passage emprunté à la _Germanie_ de Tacite et écrit d'après
-un pareil système.
-
-Dans la première ligne, les trois premiers mots: _Lampsi deso saleu_,
-et le dernier: _nous_, sont nuls.
-
-Dans chacune des lignes suivantes, le premier et le dernier mot le
-sont également.
-
-Dans chacun des autres mots placés dans ces diverses lignes, la
-première et la dernière lettre sont nulles. Il va sans dire que le
-choix des syllabes et des lettres affectées de nullité est
-parfaitement indifférent.
-
-Ceci posé, on peut écrire la phrase suivante. Nous mettons en
-italique, pour plus de clarté, les lettres qu'il faut conserver; mais,
-dans la dépêche chiffrée, rien ne doit distinguer ce qui est valable
-et ce qui est ajouté.
-
-Lampsi deso saleu e_rege_su s_ex_a a_nobi_o nous futher c_litate_s
-u_duces_n t_ex_t s_uirtute_y ai ma t_sumunt_a. o_nec_t g_regi_o
-a_bus_o s_infini_e
-
-et
-
-yes a_ta_s s_aut_a a_libe_i st_ra_t s_potes_o e_tas_i,
-
-par
-
-la s_et_a s_duce_si sexema oplos s_potius_i sind mio s_quam_e s_impe_t
-st_rio_p a_si_o o_promptui_m que
-
-to e_si_t e_conspi_l a_cui_z. o_si_m s_ante_r s_asi_s do le s_em_o
-s_agunt_u s_admi_o e_ratio_x a_ne_s s_prae_t y
-
-allos o_sunt_y dorche.
-
-Le passage de Tacite se trouve ainsi très-clairement énoncé:
-
-_Reges ex nobilitate, duces ex virtute sumunt. Nec regibus infinita
-aut libera potestas, et duces potius quam imperio si promptui, si
-conspicui, si ante aciem agunt, admiratione præsunt._
-
-Comme il serait fort long d'écrire en tête et à la fin de chaque ligne
-un grand nombre de mots _nuls_, on simplifie de diverses manières le
-système que nous venons d'indiquer.
-
-On entremêle, aux mots de l'avis qu'on veut transmettre, des lettres
-prises au hasard, de façon, par exemple, que chaque lettre vraie est
-précédée de deux lettres fausses. Pour écrire _nemo est domi_
-(personne n'est à la maison), vous mettrez:
-
- ex_n_pt_e_rk_m_bd_o_ vn_e_cs_s_mj_t_ lb_d_ku_o_ph_m_cu_i_.
-
-Ou bien on mêle aux mots certaines syllabes qui n'ont aucun sens. Pour
-dire: _Pater meus non est domi_, vous mettrez: _Pa_ba_t_eb_er_
-_me_beub_us_ _no_bo_n_ eb_est_ _do_lo_mi_bi. _Fababribicabatober_
-voudra dire: _Fabricator_.
-
-Un procédé du même genre consiste à renverser les mots de l'avis à
-transmettre, c'est-à-dire à les inscrire de droite à gauche, en
-mettant au commencement et à la fin de chacun deux lettres qui ne
-signifient rien; d'après cette méthode, pour écrire: «l'armée est
-battue,» on pourra mettre: nb_eemral_xd ve_tse_jb iq_euttab_kf.
-
-Tout ceci, on le comprend de reste, est susceptible de modifications
-très-nombreuses; mais il faut reconnaître également qu'un déchiffreur,
-ayant de l'expérience et bien versé dans les mystères de la
-Cryptographie, n'aurait pas beaucoup de peine pour découvrir les
-secrets cachés sous un pareil voile.
-
-
-§ XIV.
-
- De la stéganométrographie.
-
-Ce procédé est décrit en détail dans un ouvrage publié par Mathias
-Uken, en 1751. Donnons une idée de ce chiffre, qu'on peut regarder à
-juste titre comme un de ceux dont il serait le plus difficile de
-trouver la clef.
-
-Vous écrivez en caractères ordinaires l'avis que vous voulez
-transmettre en secret, et vous placez sous chaque lettre un chiffre,
-en ayant soin de faire suivre les numéros dans l'ordre habituel.
-
-Supposons que vous voulez mander la nouvelle de la mort de l'empereur
-d'Allemagne, nouvelle que vous exprimez en latin.
-
- HERI OBIIT
- 1234 56789
-
- C A R O L U S A U G U S T U S
- 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24.
-
- I M P E R A T O R
- 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33
-
-Vous vous êtes muni d'un certain nombre de tableaux numérotés; chacun
-d'eux porte les vingt-quatre lettres de l'alphabet, de A à Z, et, à
-côté de chaque lettre se trouve inscrit la moitié d'un vers pentamètre
-ou hexamètre. Les tableaux pairs contiennent les premiers hémistiches,
-les tableaux impairs les seconds; de sorte qu'en réunissant les
-tableaux 1 et 2, 3 et 4, 5 et 6, on obtient les vers entiers. En voici
-un exemple:
-
- _Tableau_ 1.
-
- a Ne mora te teneat
-
- b Ne cunctare precor
-
- h Ne dedigneris
-
-
- _Tableau_ 2.
-
- a chartæ perfringere gemmam.
-
- b sua vincula demere chartæ.
-
- e peregrinam evolvere hartam.
-
-
- _Tableau_ 3.
-
- r A tibi dilectis
-
-
- _Tableau_ 4.
-
- i credi venere plagis.
-
-
- _Tableau_ 5.
-
- o Non tibi damniferos
-
-
- _Tableau_ 6.
-
- b depinget epistola casus.
-
-
- _Tableau_ 7.
-
- i Lætitias mentis
-
-
- _Tableau_ 8.
-
- i demat ut illa.
-
-Cherchez dans le premier tableau l'hémistiche qui correspond à la
-lettre H et dans le second celui qui est placé à côté de la lettre E;
-voyez dans le troisième tableau quelle moitié de vers correspond à la
-lettre R, et, dans le quatrième, examinez ce que vous donne I. En
-écrivant à la place de chaque lettre l'hémistiche qui lui correspond,
-vous exprimerez le mot _Heri_ de la manière suivante:
-
- Ne dedigneris peregrinam evolvere chartam,
- A tibi dilectis, credi venire plagis.
-
-En suivant ce même procédé, vous compléterez facilement votre
-dépêche.
-
-Il convient de se servir d'un assez grand nombre de tableaux, afin de
-ne pas se trouver dans le cas de répéter les mêmes vers, si la dépêche
-est un peu longue. Uken a pris la peine de dresser quarante-quatre
-tableaux qui contiennent 656 hémistiches et qui offrent ainsi le moyen
-de chiffrer un avis composé de ce nombre de lettres.
-
-Le déchiffrement est facile pour votre correspondant. Il prend ses
-tableaux, lesquels doivent, cela va sans dire, présenter la
-reproduction textuelle des vôtres; il cherche quelle est la lettre qui
-correspond à chaque hémistiche, et, en écrivant successivement ces
-lettres, il est promptement au fait de ce que vous lui demandez.
-
-On voit que la stéganométrographie est pour les non initiés une énigme
-dont le mot est introuvable; mais elle a l'inconvénient de prendre
-beaucoup de temps et d'exiger des écritures considérables, puisque
-chaque lettre de l'avis à transmettre se trouve, dans la dépêche
-chiffrée, exprimée par plusieurs mots.
-
-
-§ XV.
-
- Chiffre formé par un système de lettres et de points.
-
-J. H. à Sunde, dans sa _Steganologia_, indique un chiffre assez
-ingénieux, qui consiste dans l'emploi combiné des lettres et des
-points. Les lettres sont réunies deux à deux, et, au-dessous de chaque
-groupe, on place un système variable de points. La chose se dispose de
-la sorte:
-
- ae io ub cd fg hk lm np qr st vy xz
- [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.]
-
-Au lieu de la lettre _a_ dans la dépêche à chiffrer, on place _e_ avec
-un point devant; au lieu de l'_e_ on écrit _a_, en plaçant cette fois
-le point après; au lieu du _d_ on écrit un _c_, que précèdent quatre
-points disposés en carré; ainsi de suite. De cette façon, le mot
-_amen_ se trouve exprimé par les lettres et les points qui suivent:
-
-el [Pt.] a. [Pt.] p
-
-et le mot _Rhin_ se chiffre de la sorte:
-
-q [Pts.] [Pt.] h. o [Pt.] p
-
-
-§ XVI.
-
- De la substitution des lettres les unes aux autres, d'après un
- système compliqué.
-
-Il est un système de cryptographie qui consiste simplement à remplacer
-les lettres de la dépêche par d'autres lettres rangées d'après un
-ordre convenu. L'opération est longue, mais on obtient ainsi la
-presque certitude d'échapper aux investigations, car le grand nombre
-de combinaisons dont un pareil procédé est susceptible rend la
-découverte de ce secret extrêmement difficile.
-
-Supposons qu'on se soit mis d'accord pour ranger les chiffres 1 à 10
-dans l'ordre suivant:
-
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
- 4. 7. 2. 9. 1. 10. 5. 3. 6. 8.
-
-il faut alors que la première lettre de la vraie dépêche soit, dans
-l'écrit chiffré, remplacée par la quatrième lettre de cette même
-dépêche; la seconde, par la septième; la troisième, par la seconde; la
-quatrième, par la neuvième; ainsi de suite.
-
-On range par décade ou dizaine les mots de la dépêche à chiffrer.
-
-Supposons qu'on veuille mander:
-
-«Le roi de Hanovre est très-malade, et il ne peut vivre longtemps.»
-
-On raisonnera de la sorte:
-
-La première lettre de la dépêche, _l_, correspond à la quatrième, _o_;
-la seconde, _e_, à la septième, _h_; la troisième, _r_, à la seconde,
-_e_; la quatrième, _o_, à la neuvième, _n_, etc. On écrira en
-conséquence les lettres qui forment successivement la dépêche
-chiffrée.
-
-À la seconde dizaine, on procède de même; la correspondance des
-lettres se trouve toute nouvelle.
-
-Voici comment les vingt premières lettres de la phrase prise pour
-exemple se trouveraient chiffrées:
-
- ohenloirdaetrevsstre
-
-Il importe de ne placer aucun point, aucun signe, qui indique la
-séparation des mots ou la fin des dizaines; on peut très-bien,
-d'ailleurs, au lieu de se borner à opérer sur dix lettres, étendre à
-vingt ou à trente lettres ce système de remplacement. On peut aussi, à
-chaque division nouvelle, employer pour les chiffres un ordre
-différent, sur lequel on se sera mis d'accord. De cette manière, on
-rendra le problème plus que jamais insoluble pour les non initiés;
-mais il faut reconnaître que cette méthode prend du temps, et qu'à
-moins d'une attention fort soutenue on est exposé, en chiffrant de la
-sorte, à commettre bien des erreurs.
-
-
-§ XVII.
-
- Chiffre inventé par Hermann.
-
-Un professeur allemand, Hermann, se vanta, en 1752, d'avoir inventé un
-chiffre absolument indéchiffrable; il mit tous les mathématiciens de
-l'Europe et toutes les sociétés savantes au défi d'en découvrir la
-clef. Un réfugié français, Beguelin, fut assez habile ou assez bien
-inspiré pour la trouver dans l'espace de huit jours, et il publia les
-détails de sa découverte dans les _Mémoires de l'Académie de Berlin_,
-1758.
-
-Le chiffre d'Hermann se compose de 25 caractères différents et des
-neuf chiffres de l'arithmétique, de 1 à 9. À chacun de ces caractères
-répond immédiatement au-dessous une lettre de l'alphabet, et chaque
-mot est séparé du suivant par un point. Plusieurs de ces caractères en
-ont un autre immédiatement au-dessus d'eux, et ces caractères
-supérieurs sont en partie les mêmes que les inférieurs; quelques
-autres signes, qui ne consistent qu'en points ou en simples lignes,
-paraissent affectés à la rangée supérieure et ne se rencontrent nulle
-part dans l'inférieure.
-
-Après bien des tâtonnements et des vérifications, Beguelin reconnut
-que le chiffre sur lequel il opérait était soumis à trois lois
-particulières:
-
-1º Tout caractère initial inférieur dont la valeur est au-dessus de 9
-conserve sa valeur constante;
-
-2º Tout caractère initial inférieur dont la valeur affirmative est
-au-dessous de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur
-ordinaire.
-
-3º Tout caractère initial inférieur dont la valeur négative est
-au-dessous de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur
-ordinaire; plus une unité.
-
-Diverses lois particulières découlaient de ces lois générales:
-
-4º Le caractère supérieur initial conserve toujours sa valeur
-ordinaire;
-
-5º Le caractère supérieur ne sert qu'à déterminer par sa valeur la
-lettre placée immédiatement au-dessous et nullement celle qui suivra à
-droite, à moins que le caractère inférieur ne soit zéro;
-
-6º Lorsqu'au milieu d'un mot il y a un signe ou un caractère
-supérieur, ne fût-ce qu'un point, comme on a alors déjà deux valeurs
-requises pour déterminer la lettre, on ne joint pas celle du caractère
-qui précède à gauche;
-
-7º Un point placé sur un caractère qui n'est pas un chiffre
-arithmétique augmente toujours sa valeur d'une unité;
-
-8º Un point placé dans la figure d'un tel caractère le rend
-simplement négatif, sans rien ajouter ni diminuer à sa valeur;
-
-9º Une valeur négative ou soustractive n'est telle que relativement au
-caractère qui précède; toute valeur est affirmative ou additive par
-rapport au caractère suivant. De là vient que l'initiale inférieure
-est toujours affirmative, quoique le caractère soit négatif;
-
-10º Comme les lettres répondent à des nombres affirmatifs, la
-différence entre deux caractères, dont l'un est négatif, est toujours
-censée affirmative, quoique la valeur du caractère négatif soit la
-plus grande;
-
-11º Lorsque le caractère à gauche est zéro, il faut ajouter la valeur
-du caractère qui précède le zéro.
-
-Tout cela était assez ingénieux, mais l'accumulation de ces lois rend
-un pareil chiffre d'un usage bien peu commode. Il y a de la bizarrerie
-dans la détermination de la valeur des lettres alphabétiques; et la
-multiplicité des règles, jointe aux divers usages d'un même signe,
-donnerait certainement lieu dans la pratique à bien des fautes
-d'inadvertance.
-
-Hermann eut tort d'annoncer son invention d'une manière emphatique; il
-n'est guère de chiffre dont on ne puisse venir à bout, dès que l'on en
-connaît la langue et que les mots sont distingués; à plus forte raison
-laissent-ils échapper leur secret lorsqu'on n'a pas eu le soin
-d'éviter le retour des mêmes signes pour exprimer la même lettre. Le
-chiffre du professeur allemand roulait sur des valeurs numéraires; il
-ne devait donc y entrer aucun chiffre arabe, ou du moins ceux-ci ne
-devaient pas y conserver leur valeur connue.
-
-Donnons maintenant un exemple de la façon dont se présentait le
-chiffre en question; la phrase en langue allemande qu'Hermann avait
-déguisée au moyen de sa méthode signifie dans une traduction mot à
-mot et interlinéaire: «La orientale science, au lieu des lettres, avec
-nombres et caractères, d'écrire.»
-
-_Die orientalische Wissenschaft, anstatt der Buchstaben, mit Zahl und
-Caractern zu schreiben._
-
-[Illustration: Planche de signes.]
-
-[Note 5: Voir la planche IX, à la fin du volume de l'Histoire de
-l'Académie des sciences et belles-lettres de Berlin en 1758.]
-
-Il n'a jamais été fait usage de ce chiffre, et il est demeuré dans le
-domaine des théories imaginées à plaisir. En le perfectionnant, en
-évitant les erreurs qu'avait commises Hermann et qui mirent
-l'interprète sur la voie de sa découverte, on pourrait encore obtenir,
-sinon un chiffre radicalement inexpugnable (le mot _impossible_ ne
-doit pas être admis en cryptographie), du moins on en aurait un qui
-présenterait les difficultés les plus formidables; mais une pareille
-méthode resterait toujours un simple objet de curiosité, car elle
-serait trop compliquée pour que la diplomatie en fît usage.
-
-
-§ XVIII.
-
- De l'emploi des notes de musique.
-
-Ce système de cryptographie repose sur le même principe que celui
-dont la description se trouve dans la IXe section de ce chapitre. Vous
-décrivez sur un carré de carton un cadran divisé en vingt-quatre
-parties égales, et dans chacune d'elles vous transcrivez une des
-lettres de l'alphabet. Un autre cadran mobile, sur un point central et
-concentrique au premier, est divisé de même en un pareil nombre de
-parties égales. Il est réglé circulairement, comme un papier de
-musique. Vous marquez, dans chacune de ces divisions, des notes du
-musique différentes les unes des autres. Vous n'oublierez pas de
-tracer les trois clefs de la musique dans l'intérieur du cadran, et
-autour de ses divisions les divers chiffres dont les compositeurs font
-usage pour exprimer les divers temps ou mesures.
-
-Vous fixez une des divisions quelconques du cadran extérieur, de
-manière qu'elle se trouve vis-à-vis de celle du cadran intérieur:
-chaque lettre du premier cadran répond à une note placée sur le
-second.
-
-Prenez ensuite une feuille de papier réglé tel que celui dont on fait
-usage pour noter la musique; et, après avoir disposé vos deux cadrans,
-placez, en tête de la première ligne de votre dépêche, celle des trois
-clefs qui correspond aux mesures indiquées; ceci sert de règle à votre
-correspondant, afin qu'il dispose de la même façon, avant
-d'entreprendre le déchiffrement, le cadran qu'il a devant lui.
-Transcrivez sur le papier réglé la note qui, sur le cadran intérieur,
-répond aux lettres dont sont composés les mots de l'avis qu'il s'agit
-de transmettre. Votre correspondant, instruit, par la clef de la
-musique et par le chiffre qui désigne la mesure, de l'arrangement
-qu'il doit donner à ses cadrans, substituera, en place de chaque note,
-la consonne ou voyelle qui lui correspond.
-
-En changeant de clef à plusieurs reprises, on rend le déchiffrement
-plus difficile pour les personnes qui n'ont pas le cadran
-cryptographique. Changer de clef, c'est disposer le cadran de façon
-qu'une des trois clefs de la musique réponde à un temps ou mouvement
-différent; ce qui peut s'effectuer à plusieurs reprises dans la même
-lettre et ce qu'on indique de la manière ci-dessus signalée.
-
-
-
-
-CHAPITRE IV.
-
-DES DIVERSES SORTES D'ÉCRITURE ET DES DIFFÉRENTS LANGAGES DE
-CONVENTION QUI SE RATTACHENT À LA CORRESPONDANCE OCCULTE.
-
-
-§ Ier.
-
- Okygraphie.
-
-M. H. Blanc, sous-chef du bureau de l'instruction publique à la
-préfecture de la Seine, a proposé une écriture chiffrée de son
-invention, dans un livre intitulé:
-
-_Okygraphie, ou l'art de fixer par écrit tous les sons de la parole
-avec autant de facilité, de promptitude et de clarté que la bouche
-les exprime. Nouvelle méthode applicable à tous les idiomes,
-présentant des moyens aussi vastes, aussi sûrs que nouveaux
-d'entretenir une correspondance secrète dont les chiffres seront
-absolument indéchiffrables._ Paris, 1802, _in_-12.
-
-Les signes qu'emploie cette méthode sont beaucoup plus simples que
-ceux de l'alphabet ordinaire. Ils se réduisent à trois: _i_, _c_,
-[Signe]. On les écrit sur du papier réglé dans le genre de celui qui
-sert à la musique, mais avec la différence que les lignes rangées à
-côté les unes des autres sont au nombre de quatre seulement. Les trois
-signes indiquent leur signification, de même que les notes de musique,
-d'après la position qui leur est assignée sur les lignes, et, pour
-chaque signe, cette position peut se combiner de huit manières
-différentes. On obtient ainsi les vingt-quatre lettres de l'alphabet,
-qu'on simplifie d'ailleurs en écrivant les mots tels qu'ils se
-prononcent.
-
-En combinant les signes de l'Okygraphie, en se mettant d'accord à
-l'avance sur le sens qu'il faut attacher à chacun d'eux placé de telle
-ou telle manière, en ayant recours aux non-valeurs et aux divers
-stratagèmes bien connus des cryptographes, on peut arriver sans peine
-à former un chiffre dont le mystère restera complétement impénétrable.
-M. Blanc donne, par exemple, huit alphabets divers qu'il a formés
-selon sa méthode, laquelle est susceptible d'en fournir une quantité
-infinie.
-
-L'attention de M. de Talleyrand, alors ministre des affaires
-étrangères, fut appelée sur l'avantage qu'offrirait l'Okygraphie pour
-la correspondance secrète des ambassades; M. Blanc nous fait savoir
-qu'il reçut une lettre très-flatteuse signée de Son Excellence; cette
-lettre rendait justice au mérite de l'Okygraphie, mais elle ajoutait
-que, dans les bureaux et dans les légations, on était habitué, de
-longue date, à des méthodes qui paraissaient satisfaisantes, et qu'il
-n'y avait guère moyen d'y introduire l'emploi de procédés tout
-nouveaux.
-
-
-§ II.
-
- Pasigraphie.
-
-Ce mot se compose de deux mots grecs, [Grec: pasi], _à tous_, [Grec:
-graphô], _j'écris_. Écrire même à ceux dont on ignore la langue, au
-moyen d'une écriture qui soit l'image de la pensée que chacun rend par
-différentes syllabes, c'est ce qu'on nomme _Pasigraphie_.
-
-Deux personnes, appartenant à deux pays différents et à deux langues
-différentes, ne savent chacune que leur idiome; elles apprennent à le
-pasigraphier; dès lors, ce que l'une écrit dans sa langue, l'autre
-l'entend dans la sienne. Adaptez cette méthode à plusieurs langues, le
-même écrit, le même imprimé sera lu en autant de langues, comme les
-chiffres de l'arithmétique, les signes de la chimie et les notes de la
-musique sont également intelligibles pour tout le monde, de Cadix à
-Stockholm, de Boston à Calcutta.
-
-M. de Maimieux est un des auteurs qui se sont le plus occupés de
-Pasigraphie; dans le procédé qu'il emploie, il fait usage de douze
-caractères; nous les reproduisons ici:
-
- [Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.].
-
-Il serait très-long et d'un faible intérêt d'expliquer ici comment,
-grâce à l'emploi de ces signes, il y aurait moyen de créer une
-écriture universelle qui serait entendue de tous les peuples. M. de
-Maimieux exprime lui-même en ces termes l'idée qui sert de base à sa
-méthode.
-
-«Le principal fondement de l'art pasigraphique est dans le moyen de
-substituer le signe de la place des mots aux syllabes dont toutes les
-langues composent leurs mots. Ces syllabes diffèrent d'un idiome à
-l'autre, par l'effet de conventions locales qu'un étranger ne peut
-connaître qu'après beaucoup d'études et un long usage. Chaque mot
-présente des particularités qu'il faut savoir pour bien posséder une
-langue, soumise, d'ailleurs, à des règles très-nombreuses, peu fixes,
-souvent contradictoires et noyées dans un océan d'exceptions. La place
-du mot pasigraphié demeurant la même pour tous les peuples, ceux-ci
-s'entendent facilement, puisque les signes de la place du mot, devenus
-le corps du mot, restent les mêmes, de quelques lettres que soit formé
-le mot placé dans la ligne, si d'ailleurs la méthode est réduite à
-douze signes qui n'éprouvent aucune exception.»
-
-Les signes de la Pasigraphie peuvent être employés dans l'écriture en
-chiffres. Parmi les écrivains qui se sont occupés du problème de la
-langue universelle, les uns, comme M. de Maimieux, ne font usage que
-d'un petit nombre de caractères; d'autres (Becker, notamment, dans sa
-_Notitia linguæ universalis_) ont recours à une foule de signes qui
-rappellent un peu les notes tironiennes et qui se composent de lignes
-droites ou courbes, combinées de diverses manières et de façon que
-chaque signe exprime un mot et une idée. L'emploi d'un pareil système
-serait évidemment entouré de difficultés multipliées; l'application à
-la Cryptographie de signes aussi peu connus n'offrirait que de bien
-minces avantages; aussi, dans la pratique, n'a-t-on jamais songé à y
-recourir.
-
-
-§ III.
-
- Hiéroglyphes.
-
-Nous ne saurions oublier ici divers symboles, dont l'antiquité fit
-usage, afin d'énoncer des préceptes, des leçons, des faits qui
-demeuraient lettre close pour le vulgaire et dont l'érudition moderne
-s'efforce de retrouver la clef perdue depuis bien des siècles.
-
-Parmi les différents systèmes d'écriture mis en usage dans le but
-d'exprimer ces idées qui restaient un mystère pour les non initiés,
-les fameux hiéroglyphes de l'ancienne Égypte tiennent le premier rang.
-
-Diodore de Sicile, au livre III de sa _Bibliothèque historique_, parle
-des caractères hiéroglyphiques employés par les Égyptiens. Après avoir
-dit que ces caractères offrent à nos yeux des animaux de tout genre,
-des parties du corps humain, des ustensiles, des instruments,
-principalement ceux dont font usage les artisans, il expose dans les
-termes suivants les motifs qui leur ont fait donner ces formes: «Ce
-n'est point, en effet, par l'assemblage des syllabes que chez eux
-l'écriture exprime le discours, mais c'est au moyen de la figure des
-objets retracés et par une interprétation métaphorique basée sur
-l'exercice de la mémoire.»
-
-Le témoignage de cet historien grec est confirmé par celui d'un
-historien latin: Ammien Marcellin constate que, «chez les anciens
-Égyptiens, chaque lettre représentait un mot et quelquefois même une
-phrase entière.»
-
-Vers la fin du second siècle, saint Clément d'Alexandrie, parlant des
-voiles mystérieux dont on s'est plu souvent à entourer la science pour
-n'en permettre l'abord qu'aux initiés, observe qu'on ne pouvait
-atteindre que par des degrés successifs le terme le plus élevé de
-l'instruction, qui était la science des hiéroglyphes.
-
-Trois sortes d'écritures ont été connues des anciens Égyptiens. Les
-hiéroglyphes, qui représentent fidèlement des objets de la nature et
-des produits de l'art, ont été regardés comme symboliques; Champollion
-a fini par ne plus voir, dans ces signes, que des caractères
-idéographiques; et, sans entrer ici dans une discussion qui aurait le
-double tort d'être très-longue et de nous éloigner beaucoup du sujet
-que nous avons en vue, nous ferons remarquer que, quel que soit
-l'éclat des ingénieuses découvertes du savant illustre que nous venons
-de nommer, les théories qu'il a formulées soulèvent encore, hors de la
-France surtout, de vives objections de la part d'érudits fort
-distingués.
-
-L'écriture _hiératique_ ou sacerdotale est regardée comme une
-tachygraphie des hiéroglyphes, et les signes vulgaires ou
-_démotiques_, comme une abréviation des hiératiques.
-
-La fameuse inscription de Thèbes, la seule dont l'explication soit
-parvenue jusqu'à nous, exprimait, par les hiéroglyphes d'un enfant,
-d'un vieillard, d'un vautour, d'un poisson, d'un hippopotame, la
-sentence suivante: «Vous qui naissez et qui devez mourir, sachez que
-l'Éternel déteste l'impureté.»
-
-Voici en quels termes M. Champollion Figeac, le frère du célèbre
-créateur des études égyptiennes, résume les notions les plus
-généralement reçues au sujet des hiéroglyphes: «L'écriture
-hiéroglyphique, proprement dite, se compose de signes représentant des
-objets du monde physique, animaux, plantes, arbres, figures de
-géométrie, etc.; le tracé est parfois simplement linéaire; quelquefois
-il est entièrement terminé et même colorié. Le nombre de ces signes
-est d'environ huit cents.
-
-«L'écriture hiératique est une véritable _tachygraphie_ de la
-précédente. Comme les signes hiéroglyphiques ne pouvaient être
-convenablement tracés que par des personnes exercées dans l'art du
-dessin, on créa un système d'écriture abrégée dont les signes étaient
-d'une exécution facile, système qui n'eut d'ailleurs rien
-d'arbitraire. Chaque signe hiératique fut un abrégé du signe
-hiéroglyphique; au lieu de la figure entière du lion couché, par
-exemple, on traça l'esquisse d'une partie de son corps, et cet abrégé
-du lion conserva, dans l'écriture, la même valeur que la figure
-entière.»
-
-Dans des pays très-éloignés des rives du Nil, on trouve une écriture
-hiéroglyphique, qui offre, à certains égards, des analogies
-remarquables avec les procédés des Égyptiens. Les Mexicains, avant la
-conquête des Espagnols, avaient également recours à des figures
-d'hommes, d'animaux, etc., pour énoncer leurs idées.
-
-Les noms des villes de Meacuilxochitl, Quauhtinchan et Tchuilojocan
-signifient _cinq fleurs_, _maison de l'aigle_ et _lieu des miroirs_.
-Pour indiquer ces trois villes, on peignait une fleur placée sur cinq
-points, une maison de laquelle sortait la tête d'un aigle, et un
-miroir d'obsidienne.
-
-Divers manuscrits hiéroglyphiques mexicains ont échappé à la
-destruction, et ils figurent parmi les objets les plus précieux que
-possèdent les grandes bibliothèques de l'Europe. M. de Humboldt en a
-copié quelques pages dans son bel ouvrage intitulé: _Vue des
-Cordillères_ (Paris, 1819, 2 vol. in-8º). Une magnifique publication
-spéciale, faite aux frais d'un riche Anglais, a reproduit tout ce qui
-subsiste en ce genre. Voir les _Antiquities of Mexico comprising
-fac-similes of ancient mexican paintings and hieroglyphics, by lord
-Kingsborough_ (London, 1831, 9 vol. in-fol.). Cet ouvrage a coûté à
-son auteur plus de 25,000 livres sterling (un million). Il en est
-rendu compte dans le _Bulletin des Sciences historiques_, publié par
-M. de Férussac, t. XVII, p. 63, et dans la _Revue encyclopédique_, t.
-XLIX, p. 148.
-
-Ce n'était pas, d'ailleurs, au Mexique seulement, qu'on avait recours
-à pareilles images.
-
-Les indigènes de la Virginie avaient des peintures appelées
-_Sagkokok_, qui représentaient, par des caractères symboliques, les
-événements qui s'étaient accomplis dans l'espace de soixante ans;
-c'étaient de grandes roues divisées en soixante rayons ou en autant de
-parties égales. Lederer (_Journal des Savants_, 1681, p. 75) rapporte
-avoir vu dans le village de Pommacomck un de ces cycles
-hiéroglyphiques, dans lequel l'époque de l'arrivée des blancs sur les
-côtes de la Virginie était marquée par la figure d'un cygne vomissant
-du feu, pour indiquer à la fois la valeur des Européens, leur arrivée
-par eau et le mal que leurs armes à feu avaient fait aux hommes
-rouges.
-
-
-§ IV.
-
- Langage au moyen des gestes.
-
-Le langage au moyen des gestes peut être regardé comme formant l'une
-des branches de la Cryptographie; il permet à celui qui l'emploie de
-faire connaître ses idées d'une manière qui échappe aux personnes qui
-ne sont pas au fait de pareils secrets. Les anciens connaissaient cet
-art. Un écrivain grec, Nicolas de Smyrne, a laissé un petit traité,
-intitulé: _De numerorum notatione per gestum digitorum_ (Paris, 1614,
-in-8º); cet opuscule est devenu très-rare, mais il a été réimprimé
-dans des recueils publiés par Possin et par Fabricius, et plus
-récemment dans les _Eclogæ physicæ_ de Schneider. Les Romains
-portèrent au plus haut degré les ressources de la pantomime, et l'on
-trouve, chez Pétrone, l'expression de _manus loquaces_.
-
-Au huitième siècle, Bède le Vénérable, célèbre religieux anglais que
-l'estime publique a placé presque au rang des Pères de l'Église,
-écrivit un traité _De loquela per gestum digitorum_, traité qui est
-compris dans le volumineux recueil de ses oeuvres[6].
-
-[Note 6: Tome 1er de l'édition de Cologne, 1688, 8 vol. in-folio. Bède
-s'appuie sur l'autorité de Plutarque, de Pline, d'Apulée, de Juvénal,
-pour prouver que l'art dont il s'occupe d'énoncer les règles était
-connu des anciens.]
-
-Tous les lecteurs de Rabelais se rappellent de quelle façon Panurge
-fit _quinault l'Angloys qui arguoyt par signes_.
-
-D'après un mémoire d'H. Dunbar, inséré dans les Actes de la _Société
-philosophique de l'Amérique du Nord_, il se rencontre, parmi les
-nombreuses tribus indiennes répandues le long du Mississipi, des
-individus qui savent tirer un parti admirable des ressources de la
-pantomime pour exprimer leurs idées. Malgré la diversité des langues
-en usage chez ces peuplades belliqueuses, ils n'ont jamais besoin
-d'interprètes, et ils réussissent toujours à se faire comprendre sans
-avoir à prononcer un seul mot, tant leurs gestes, exécutés d'après un
-système universellement adopté, sont pleins d'énergie, de netteté et
-d'à-propos.
-
-Nous sortirions des limites de notre sujet, si nous parlions ici du
-langage manuel en usage parmi les sourds-muets. Nous nous contenterons
-de mentionner un alphabet qu'on peut appeler _alphabet facial_.
-
-M. Bertin, dans son _Système universel et complet de sténographie_
-(Paris, an XII), fait connaître un alphabet de son invention, d'après
-lequel la position des doigts sur le visage sert à transmettre tout
-ce qu'on veut faire savoir. Il laisse de côté les voyelles isolées _o_
-et _u_, et il exprime par un même signe les lettres telles que _g_ et
-_j_, _q_ et _k_, qui donnent des sons à peu près identiques.
-
- _Lettres_. _Traits physionomiques_.
-
- b Doigt placé diagonalement sous l'oeil droit et en
- regard du nez.
-
- d » sur le coin droit de la bouche.
-
- FV » sur le coin gauche.
-
- GJ » sur la joue gauche.
-
- h » au sommet de la tête.
-
- KQ » sur la lèvre supérieure.
-
- l » placé diagonalement sur l'oeil gauche.
-
- m » sur la bouche.
-
- n » sur la lèvre inférieure.
-
- p » sur la fossette du menton.
-
- r Bouche ouverte.
-
- s Doigt couché horizontalement sur l'intervalle des
- lèvres.
-
- t » sur le nez.
-
- x » au cou.
-
- y » à l'intervalle des sourcils.
-
- on » au front.
-
- ou » perpendiculairement sous l'oreille droite.
-
- oui Doigt horizontalement près de l'oreille gauche.
-
- au » à l'aile droite du nez.
-
- eu » au sourcil droit.
-
- ai » à l'aile gauche du nez.
-
- a » au sourcil gauche.
-
- i » à la tempe droite.
-
- e » à la tempe gauche.
-
- le, la, les, » placé verticalement devant la figure.
-
- _nom d'homme_, main ouverte.
-
- _fin de mot_, doigt fermé.
-
- _fin de phrase_, main fermée.
-
- _numération sténographique_, emploi du pouce au
- lieu du doigt.
-
-On emploie deux doigts à la fois pour exprimer une lettre qui se
-répète.
-
-Si l'on veut aller plus vite, on emploie encore deux doigts à la fois,
-en ayant soin de convenir que le pouce est la première, et l'index la
-seconde.
-
-Vigenère a fait très-succinctement mention de cette méthode, lorsqu'il
-dit un mot en passant de «l'entreparler tacitement par les doigts en
-les élevant ou les plaquant sur la bouche ou sur l'un des yeux.»
-
-
-§ V.
-
- Langage des fleurs.
-
-C'est dans les sérails que l'art ingénieux de correspondre avec des
-fleurs a pris naissance; il fait partie des moeurs orientales. «Les
-Chinois, dit un écrivain ingénieux, ont un alphabet composé
-entièrement avec des plantes et des racines; on lit encore sur les
-rochers de l'Égypte les anciennes conquêtes de ces peuples exprimées
-avec des végétaux étrangers. Ce langage est donc aussi vieux que le
-monde, mais il ne saurait vieillir, car chaque printemps en renouvelle
-les caractères, et cependant la liberté de nos moeurs l'a relégué
-parmi les amusements des harems. Les belles odalisques s'en servent
-souvent pour se venger du tyran qui outrage et méprise leurs charmes;
-une simple tige de muguet, jetée comme par hasard, va apprendre à un
-jeune icoglan que la sultane favorite, fatiguée d'un amour tyrannique,
-veut inspirer, veut partager un sentiment vif et sincère. Si on lui
-renvoie une rose, c'est comme si on lui disait que la raison s'oppose
-à ses projets, mais une tulipe au coeur noir et aux pétales enflammés
-lui donne l'assurance que ses désirs sont compris et partagés; cette
-ingénieuse correspondance, qui ne peut jamais ni trahir ni dévoiler un
-secret, répand tout à coup la vie, le mouvement et l'intérêt dans ces
-tristes lieux qu'habitent ordinairement l'indolence et l'ennui.»
-
-Dans un pareil langage, la rose signifie une jeune fille: blanche,
-elle indique la constance en amour; jaune, elle exprime l'infidélité.
-
-Un oeillet veut dire un homme, et les couleurs diverses, les variétés
-d'espèce de la fleur, caractérisent cet homme au physique comme au
-moral.
-
-L'étoilée exprime l'idée de père ou de mère; si la fleur est rouge,
-les parents sont indulgents et bons; si elle est violette, ils sont
-rigoureux et sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie.
-
-Indiquons le sens attaché à d'autres fleurs:
-
- oreille-d'ours, soeur ou frère.
- pensée, veuf ou veuve.
- renoncule, soldat.
- camomille, médecin.
- tubéreuse, supérieur.
- fleur d'oranger, richesse.
- violette, patrie.
- amarante, jour.
- pavot, nuit.
- cresson, promenade.
- jasmin d'Espagne, visite.
- marguerite, demande.
- pied-d'alouette, voyage.
- jasmin, jardin.
- myrte, épouser.
- romarin, pleurer, s'affliger.
- anémone, se réjouir.
- basilic, pleurer, s'affliger.
- menthe, craindre.
- muguet, innocent, bon.
- lierre, éternel.
- giroflée rouge, aujourd'hui.
- » blanche, demain, l'avenir.
- » violette, hier, jadis, le passé.
- narcisse, je, moi.
- ortie, fidèle.
- géranium, navire, voyage par mer.
- primevère, la mort.
-
-D'après les règles de cette langue ingénieuse, lorsqu'un jeune
-habitant de Constantinople ou de Smyrne veut faire parvenir ce
-message:
-
-«J'irai te rendre visite, chère amie, demain matin de bonne heure dans
-le jardin, avec mon frère, homme de bien et distingué, qui t'aime,
-belle jeune fille, et qui veut t'épouser.»
-
-Il envoie les fleurs suivantes avec des numéros d'ordre: Narcisse,
-jasmin d'Espagne, réséda, hyacinthe bleue, giroflée blanche,
-tournesol, jasmin, marjolaine, oreille-d'ours, oeillet d'un brun
-sombre, chèvre-feuille, rose rouge, deux myosotis, myrte.
-
-Le moyen âge n'ignora point la signification symbolique donnée aux
-diverses fleurs; parmi différents exemples que nous pourrions citer,
-nous nous bornerons à mentionner un petit vocabulaire que renferme un
-manuscrit conservé à la bibliothèque royale de Bruxelles; nous en
-reproduisons fidèlement le style suranné:
-
- giroflée rouge, beaulté.
- giroflée blanche, amour chaste.
- marjolaine grosse, mensonge.
- marjolaine menue, bonté.
- thym, persévérance.
- thym coupé, vous parviendrez.
- fleur de thym, à vous me donne.
- laitue, bonnes nouvelles.
- lys, foi.
- rose blanche, j'ay bon vouloir.
- bouton de rose blanche, je vous ayme.
- rose rouge, largesse.
- bouton de rose rouge, angoisse.
- rose musquette, je vous refuse.
- rose de province, soyez secret.
- rose doublée de rose occasion.
- musquette,
- rosmarin, congé.
- rosmarin coppé au boult, amour sans fin.
- violette jaune, contentement.
- violette de mars blanche, bon espoir.
- violette de mars bleue, douleur.
- violette d'oultremer, patience.
- violette d'hiver, temps perdu.
- ortie, trahison.
- chanvre, défiance.
- genêt, adresse.
- fleur de genêt, pour amour j'endure.
- buglosse, légèreté.
- bourache, reproche.
- lavandre, travers.
- saulge grosse, entreprise.
- saulge menue, chasteté.
- ysope, amertume.
- liere, ingratitude.
- piment, douleur.
- pavost, prison.
-
-Un écrivain moderne, se basant sur les considérations de la botanique
-ou sur les récits de la mythologie, a composé un dictionnaire du
-langage des fleurs, pour écrire un billet; transcrivons-en une partie,
-en faisant remarquer toutefois que plusieurs de ces significations
-sont très-contestables.
-
- abandon, anémone.
- absence, absinthe.
- agitation, sainfoin-oscillant.
- aigreur, épine-vinette.
- amabilité, jasmin blanc.
- amertume, douleur, aloès.
- amitié, lierre.
- amour, myrte.
- amour conjugal, tilleul.
- amour maternel, mousse.
- audace, mélèze.
- austérité, chardon.
- beauté capricieuse, rose musquée.
- bienfaisance, pomme de terre.
- bienveillance, jacinthe.
- consolation, perce-neige.
- constance, pyramidale bleue.
- courage, peuplier noir.
- cruauté, ortie.
- dédain, oeillet jaune.
- délicatesse, bluet.
- désespoir, soucis et cyprès.
- désir, jonquille.
- docilité, jonc des champs.
- élégance, acacia rose.
- fécondité, rose trémière.
- félicité, centaurée.
- fierté, amaryllis.
- franchise, osier.
- frugalité, chicorée.
- générosité, oranger.
- gentillesse, rose pompon.
- haine, basilic.
- honte, pivoine.
- immortalité, amarante.
- indépendance, prunier sauvage.
- injustice, houblon.
- jeunesse, lilas blanc.
- naïveté, argentine.
- noirceur, ébénier.
- prospérité, hêtre.
- prudence, cormier.
- puissance, impériale.
- pureté, épi de la Vierge.
- reconnaissance, agrimoine.
- sagesse, mûrier blanc.
- silence, rose blanche.
- simplicité, fougère.
- sommeil du coeur, pavot blanc.
- temps, peuplier blanc.
- tranquillité, alysse des rochers.
- vérité, morelle douce-amère.
- vice, ivraie.
- volupté, tubéreuse.
-
-
-§ VI.
-
- Des alphabets factices.
-
-Vigenère, dans son _Traité des chiffres_, Duret, dans son _Trésor des
-langues_, et divers autres anciens auteurs ont donné des modèles
-d'alphabets attribués à divers personnages célèbres de l'antiquité la
-plus reculée; M. Nodier s'exprime à cet égard de la façon suivante:
-
-«Les alphabets factices de Salomon, d'Apollonius et même d'Adam ne
-sont pas si méprisables qu'on se l'imagine, et je n'entends pas par là
-qu'ils annoncent une grande puissance d'invention, mais seulement
-qu'ils remontent à une haute antiquité et qu'ils révèlent en partie le
-secret d'une des opérations les plus curieuses de l'esprit humain. Ce
-qui donne du prix aux recueils rares où ces alphabets se rencontrent,
-c'est qu'on ne les a jamais reproduits depuis que l'on a fait de la
-grammaire positive, parce qu'ils n'appartiennent à aucune langue dont
-il soit resté des traditions. Comme débris d'une langue de convention
-qui a existé, dont nous avons perdu la clef et qui ne le cédait
-peut-être en rien aux langues caractéristiques de Dalgarno, de Wilkins
-et de Leibnitz, ces traits grossiers parlent à notre intelligence avec
-un tout autre pouvoir que les pierres de Denderah.»
-
-Formés de signes aux contours bizarres et aux formes singulières, ces
-caractères, qui sont, en général, des transformations de l'alphabet
-hébreu, n'ont, d'ailleurs, on le comprend de reste, aucune
-authenticité. L'alphabet d'Énoch, celui de Moïse et celui de Salomon
-sont de pure invention, tout comme celui dont un magicien célèbre,
-Honorius le Thébain, se servit, dit-on, pour écrire ses livres de
-sorcellerie. Vigenère a conservé les lettres sous lesquelles cet
-insigne sorcier (qui n'a jamais existé) dissimulait les arcanes les
-plus profonds de la nécromancie. Nous croyons inutile de reproduire
-ces signes étranges, auxquels quelques anciens auteurs conseillent de
-recourir pour chiffrer, mais dont personne ne fait usage depuis bien
-longtemps.
-
-On peut assimiler aux alphabets factices les figures bizarres dont les
-recueils de secrets magiques sont remplis, et les mots inventés à
-plaisir et qu'on donnait comme possédant des propriétés surnaturelles
-et comme renfermant un sens ignoré du vulgaire. Nous ne nous étendrons
-pas sur ce sujet, qui demeure étranger aux idées scientifiques; nous
-transcrirons seulement comme échantillon une phrase prise dans un
-livre de sortiléges et qui restera sans doute toujours inintelligible:
-
-«Magabusta Berenada Surmistaras. Gorisgatpa Helotim Latintas aciton
-aragiaton Amka jaribai untus gilgar Selingarasch.»
-
-
-
-
-CHAPITRE V.
-
-DU RÔLE DE LA CRYPTOGRAPHIE DANS LA LITTÉRATURE.
-
-
-§ Ier.
-
- Artifices imaginés pour déguiser des dates.
-
-Il est juste de rapporter à la Cryptographie les artifices qu'ont
-employés quelques scribes du moyen âge afin de dissimuler, sous une
-forme énigmatique plus ou moins ingénieuse, la date des manuscrits
-qu'ils transcrivaient. En voici un exemple que fournit un des
-manuscrits français de la Bibliothèque impériale de Paris.
-
- Ce livre fut tout parfait
- Eu jueillet, comme trouverez:
- Pour le savoir dimynuerez
- Ces diverses lignes par trait.
- Vous prandrez la teste d'un moyne,
- De deux cordeliers, d'un chanoyne;
- Et puis un () party en dux.
- Vous lairrez la teste Jhesus,
- Sainct Jehan, sainct Jacques et Jacob,
- Et prendrez un X à cop.
- Puis adjoustez en ceste ryme
- Ung [Gl.] prince en algorithme:
- Si congnoistrez qu'il fut parfait
- Le XXIIIe jueillet.
-
-On voit que l'auteur indique, par les initiales de plusieurs mots, des
-lettres ayant une valeur numérique en chiffres romains, pour former
-par leur réunion l'année de l'achèvement de sa transcription. Il s'est
-plu à présenter cette indication d'une manière énigmatique par un jeu
-assez goûté de son temps.
-
-La tête d'un _Moyne_, (M) mille.
-
-Y ajouter celles de deux _Cordeliers_ et d'un _Chanoine_, (CCC) trois
-cents.
-
-Puis, un O partagé en deux, (CC) deux cents.
-
-Laisser de côté les têtes de Jhesus, de sainct Jehan, de sainct
-Jacques et de Jacob (4 à soustraire).
-
-Prendre ensuite un X (10).
-
-La difficulté consiste à savoir ce que signifie _ung N prise en
-algorithme_. Ce dernier mot, évidemment altéré pour les besoins de la
-rime, est _algorisme_, _algorismus_, que le dictionnaire de Du Cange
-explique par _arithmetica_, _numerandi ars_. La lettre qu'il s'agit de
-considérer numériquement est un N, lettre qui ne joue point en latin
-le rôle d'un chiffre. D'après la forme que lui donne le manuscrit, on
-voit qu'elle joue, peut se décomposer en un V et un I, ce qui donne en
-chiffres: VI (six). Maintenant, en additionnant ces différents
-nombres, 1000, 300, 200, 10 et 6, puis en retranchant 4, on trouve
-1512.
-
-Une date semblable, composée par le chanoine Charles de Bovelle, est
-citée dans la Notice de M. du Sommerard _sur l'hôtel de Cluny_.
-
- D'un mouton et de cinq chevaux M. CCCCC
- Toutes les têtes prendrez,
- Et à icelles sans nuls travaux
- La queue d'un veau vous joindrez, V
- Et au bout adjouterez
- Tous les quatre pieds d'une chatte: IIII
- Rassemblez, et vous apprendrez
- L'an de ma façon et ma date.
- -----------------
- M. CCCCC. V. IIII
- (1509)
-
-Pareilles inventions ne furent pas, d'ailleurs, la propriété exclusive
-des copistes antérieurs à l'invention de la typographie; quelques
-volumes imprimés au quinzième siècle offrent des particularités du
-même genre; mentionnons-en deux exemples:
-
-Le _Doctrinal du temps présent_, de Pierre Michault, imprimé à Bruges,
-par Colard Mansion, s'adresse ainsi au lecteur:
-
- Un treppier et quatre croissans
- Par six croix auec sy nains faire.
- Vous feront estre congnoissans,
- Sans faillir, de mon miliaire.
-
-Ce quatrain indique l'année 1466: M. CCCC. XXXXXX. III III.
-
-Un petit volume très-rare, le _Passe-temps et le Songe du triste_,
-publié à Lyon, s'annonce comme ayant été mis au jour:
-
- L'an de trois croix, cinq croissans, ung trépier.
-
-Ce qui signifie 1530, les figures étant rangées de droite à gauche:
-XXX. CCCCC. M.
-
-
-§ II.
-
- Des artifices employés par quelques auteurs pour déguiser leurs
- noms.
-
-Il a été de mode parmi certains auteurs du seizième siècle de déguiser
-leurs noms sous une devise qui les couvrait du manteau d'une anagramme
-plus ou moins ingénieuse, plus ou moins exacte.
-
-Le _Formulaire fort récréatif de tous contratz_... fait par Bredin,
-Lyon, 1594.
-
-Les mots _Bonté ny soit_, sont en guise de signature à la fin de
-l'avis au lecteur; on croit y reconnaître le nom anagrammatisé de
-l'auteur: _Benoist (du) Troncy_.
-
-Noël du Fail, auteur de deux écrits dont les anciennes éditions sont
-vivement recherchées des bibliophiles (les _Propos rustiques_ et les
-_Baliverneries d'Eutrapel_), cacha son nom sous l'anagramme de _Léon
-Ladulfi_; Nicolas Denisot, conteur et poëte contemporain d'Henri II,
-donna ses écrits sous la signature du _comte d'Alsinois_. Le chevalier
-de Cailly, dont les spirituelles épigrammes ont reparu dans la jolie
-_Collection des petits classiques françois_ (1825, 9 vol. in-16),
-n'eut guère l'intention de se dérober sérieusement aux regards du
-public lorsqu'il se présenta sous le nom d'_Aceilly_.
-
-Il serait facile de multiplier pareils exemples; nous signalerons
-Ancillon, signant du nom de _Ollincan_ son _Traité des eunuques_; nous
-mentionnerons Amelot de La Houssaye, d'Orléans, qui ne déguise guère
-la paternité de ses pesants commentaires sur Tacite, en les donnant
-comme l'oeuvre du sieur _de La Mothes Josseval d'Aronsel_; nous
-retrouverions dans Philippe Alcripe, sieur de Neri, auteur d'un
-recueil facétieux devenu rare (la _Nouvelle Fabrique des excellens
-traits de vérité_), le nom de Philippe Le Picar, sieur de Rien; nous
-ne saurions surtout oublier l'immortel auteur du _Gargantua_ et du
-_Pantagruel_, maître François Rabelais, qui a changé son nom en celui
-d'_Alcofribas Nasier_.
-
-Les plus impénétrables de ces pseudonymes sont peut-être ceux que des
-membres d'académies italiennes se décernèrent, obéissant ainsi à une
-mode qui dura un instant pendant le siècle dernier. On ne se
-douterait qu'_Euforbo Melesigenio_ désigne Calazo; c'est sous le nom
-d'_Eritisco Pilenejo_ que Pagnini livra aux presses élégantes de
-Bodoni sa traduction d'Anacréon.
-
-Un pauvre comédien qui termina ses jours par une mort volontaire,
-Caron, auteur et éditeur de livrets facétieux, recherchés des
-bibliomanes, s'amusait à avoir recours à l'artifice peu mystérieux de
-la disposition rétrograde des mots. Il donna un de ses écrits comme
-l'oeuvre du bonze _Esiab-luc_ et comme ayant été imprimé à
-_Emeluogna_.
-
-Un moine italien, François Columna, auteur d'un roman bizarre et
-obscur dont les anciennes éditions sont vivement recherchées à cause
-des figures sur bois qui les embellissent, a caché son nom et le
-secret de son coeur dans une phrase qu'on retrouve, en écrivant, à la
-suite les unes des autres, les lettres initiales de chacun des
-chapitres de cet ouvrage:
-
-POLIAM FRATER FRANCISCUS ADAMAVIT.
-
-L'auteur d'un de ces romans de chevalerie qui firent tourner la tête à
-Don Quichotte, l'historien de Palmerin d'Angleterre, s'est également
-servi d'un acrostiche du même genre; il l'a consigné dans des stances
-placées au commencement du premier volume et dont voici
-l'interprétation: _Luis Hurtado, autor, al lector da salud._
-
-Un petit poëme de la fin du quinzième siècle, le _Messagier damours_,
-révèle par un acrostiche placé dans les huit derniers vers le nom de
-l'auteur, Pilvelin.
-
-
-§ III.
-
- De l'emploi que divers littérateurs ont fait de la Cryptographie.
-
-Quelques écrivains ont eu recours aux procédés de la Cryptographie,
-afin de dérober aux profanes le sens de certains passages de leurs
-écrits qu'il leur convenait de couvrir des ombres du mystère; nous
-pouvons en citer plusieurs exemples.
-
-Un poëte du seizième siècle, rimeur peu connu, mais plein d'une verve
-qui rappelle parfois celle de Regnier, Marc Papillon, sieur de
-Lasphrise, a placé, dans ses _Oeuvres poétiques_ (Paris, 1599), une
-tirade assez libre qu'il ne nous convient pas de transcrire en entier
-et dont voici le début:
-
-_Sel semad ed al ruoc te seuqleuq sertua erocne_
-
-_Tois enud elliv gruob uo egalliv._
-
-Il est facile de reconnaître que l'artifice consiste ici en ce que
-chaque mot doit être lu de droite à gauche.
-
-«Les dames de la cour et quelques autres encore,» etc.
-
-Nous trouvons, dans le même volume, un sonnet en langue inconnue; il
-commence ainsi:
-
- Cerdis zerom deronty toulpinié
- Pareis hurlin linor orifieux.
-
-Nous laissons le soin de chercher le sens de ces lignes énigmatiques
-aux heureux désoeuvrés qui ont assez de temps pour donner des heures à
-l'étude des écrits du sieur de Lasphrise et assez de solidité de
-jugement pour apprécier tout ce que renferme d'utile et d'intéressant
-un pareil emploi des facultés intellectuelles.
-
-Un poëte latin du seizième siècle, Jean de Cysinge, plus connu sous le
-nom de Janus Pannonius, offre des particularités semblables. En
-feuilletant l'édition de ses _Poemata_ (Utrecht, 1784, 2 vol. in-8º),
-nous avons remarqué que l'épigramme 276 du Ier livre (tom. I, p. 577),
-_in meretricem lascivam_, est en partie chiffrée;
-
-Le second vers est exprimé sous cette forme:
-
- Conserui et dxoop nfouxmb delituit.
-
-et le dernier:
-
- Expecta nondum, Lucia, efgxuxk.
-
-La _Biographie universelle_, dans l'article consacré au trop célèbre
-marquis de Sade, rapporte que, parmi les manuscrits laissés par cet
-écrivain qui poussa l'immoralité jusqu'à la démence, il se trouvait un
-volumineux journal de sa captivité à la Bastille, écrit, en grande
-partie, en chiffres dont il avait seul la clef.
-
-Nous rencontrons deux ou trois pages _chiffrées_ dans une composition
-spirituelle et piquante sortie de la plume d'un des romanciers les
-plus féconds et les plus en vogue du dix-neuvième siècle. Ouvrez la
-_Physiologie du mariage_, par M. de Balzac; cherchez dans la
-Méditation XXV le paragraphe intitulé: _des Religions et de la
-Confession considérées dans leur rapport avec le mariage_, vous y
-lirez ce qui suit:
-
-«La Bruyère a dit très-spirituellement: C'est trop contre un mari, que
-la dévotion et la galanterie; une femme devrait opter.»
-
-«L'auteur pense que La Bruyère s'est trompé. En effet:
-
-«Lsuotru e-ne_d_tnim dbreaus jive_c_ udnt let_t_ em_r_nu eaCmetss
-esosi ost pfsaoiylao tt demon sleuiod pne nr unsmneuj eeus_g_
-ienqseuedro_t_e_a_pt...»
-
-Nous nous garderons bien d'insérer ici en entier cette longue
-citation, et nous convenons franchement que nous n'avons pas cherché à
-trouver la clef du système cryptographique inventé par le joyeux
-physiologiste. Quelques-uns des nombreux lecteurs de la _Physiologie
-du mariage_ ont sans doute été plus intrépides et plus heureux que
-nous.
-
-Terminons en mentionnant une autre particularité dans le genre de
-celles que nous signalons ici.
-
-Les _Oeuvres poétiques_ du sieur de La Charnais, gentilhomme
-nivernois, renferment 118 énigmes, dont une table, en deux pages,
-donne la clef. Cette table est gravée à l'envers, en sorte que, pour
-la lire, il faut avoir recours à un miroir. L'auteur a, d'ailleurs, eu
-le soin de donner dans sa préface cette explication à ses lecteurs.
-C'est une singularité dont il serait sans doute difficile de trouver
-d'autres exemples.
-
-Un écrivain américain, Edgar Poë, auteur de contes pleins de talent et
-d'originalité[7], a, dans un de ses récits, le _Scarabée d'or_ (_the
-Gold-Bug_), raconté comment un homme, doué d'une intelligence
-pénétrante et chercheuse, sut parvenir à la découverte d'un trésor
-considérable enfoui par des pirates dans un coin reculé de la
-Louisiane, trésor dont le gîte était indiqué par une série de chiffres
-sur un vieux morceau de parchemin que le hasard plaça sous ses yeux
-habitués à voir juste et loin. Voici quelle était la première ligne de
-cet écrit:
-
- 53 +++ 305) 6*; 4826) 4 +); 808*; 48 +
- 8 § 60 [Gl.] 85; 1 + (;1. + * 8)
-
-[Note 7: Consultez une notice intéressante insérée dans la _Revue des
-Deux-Mondes_, octobre 1846.
-
-«Autant de récits, autant d'énigmes sous diverses formes et avec des
-costumes divers. Poésie, invention, effets de style, enchaînement du
-drame, tout est subordonné à une bizarre préoccupation qui semble ne
-connaître qu'une faculté inspiratoire, celle du raisonnement; qu'une
-muse, la logique. L'auteur s'occupe de juger, de classer les
-probabilités; et il emploie pour ceci cet instinct, cette sagacité
-particulière à l'homme, plus ou moins sûre chez l'un que chez l'autre,
-et qui varie de puissance comme de but, suivant les aptitudes et le
-métier de chacun.»]
-
-En examinant quels étaient les signes qui revenaient le plus souvent
-et quels étaient ceux qui étaient les plus rares; en constatant que le
-caractère 8 se présentait 33 fois,
-
- ; 26 fois,
- 4 19 fois,
- +) 16 fois;
-
-en observant quelles sont les lettres qui, en anglais, entrent le plus
-dans la composition des mots; en tenant compte des combinaisons et des
-juxtapositions qu'amènent les lois de l'orthographe, le mystère fut
-pénétré. Mais laissons les lecteurs chercher eux-mêmes dans les pages
-de M. Poë comment s'accomplit ce tour de force.
-
-
-
-
-CHAPITRE VI.
-
-DES LIVRES À CLEF.
-
-
-Ils font encore partie du domaine de la Cryptographie, ces livres dans
-lesquels on a voulu, au moyen de l'anagramme des noms ou de tout autre
-artifice, dépayser le lecteur et lui donner, presque toujours peu
-sérieusement, le change sur le véritable sens des pages qu'on mettait
-sous ses yeux.
-
-Les compositions satiriques, les écrits qui ne ménagent nullement la
-religion et la décence, forment presque toujours la catégorie où
-rentrent les livres à clef. Nous allons en citer quelques-uns.
-
-Les _Princesses malabares_: ce livre irréligieux, attribué à
-Lenglet-Dufresnoy et imprimé à Rouen, en 1724, sous la fausse
-indication d'Andrinople, est parfois accompagné d'une clef, dont voici
-une partie:
-
-_Mison_ (Simon), saint Pierre; _Tuotalic_, catholique; _Rasoni_,
-raison; _Roligine_, Religion; _Ema_, âme; _Chéterine_, chrétienne;
-_Gélise_, église; _Vaddi_, David, etc. On voit que l'auteur a eu
-recours au plus vulgaire et au plus facile de tous les moyens de
-déguisement, à l'anagramme, procédé bien candide et bien naïf, puisque
-les éléments du mot se présentent d'eux-mêmes à qui prend la peine de
-les chercher. À côté du livre que nous venons d'indiquer, plaçons:
-
-Les _Aventures de Pomponius_ (par Labadie), _Rome_ (Hollande), 1725.
-Ce récit allégorique, dirigé contre le régent (Philippe d'Orléans) et
-ses favoris, présente aussi des noms cachés sous le voile de
-l'anagramme: _Relosan_, Orléans; _Lauges_, Gaules; _Cilopang_,
-Polignac; _Judosb_, Dubois; _Nedoc_, Condé; _Xeamu_, Meaux.
-
-Dans les _Veillées du Marais ou Histoire du grand prince Oribeau et de
-la vertueuse princesse Oribelle_, par Rétif de la Bretonne, tous les
-noms sont travestis: Rousseau devient _Assuero_, et Voltaire
-_Iratlove_.
-
-N'oublions pas les _Soupers de Daphné et les Dortoirs de Lacédémone_
-(par de Querlon), 1740. Une clef imprimée se trouve dans un très-petit
-nombre d'exemplaires de cette satire lancée contre la cour de Louis
-XV; M. Nodier l'a reproduite dans ses _Mélanges extraits d'une petite
-bibliothèque_, où il a également placé la clef d'une _nouvelle_ de
-Brémond qui met en scène, sous des noms déguisés, le roi d'Angleterre
-Charles II et ses favorites: _Hattigé, ou les Amours du roi de
-Tamaran_, Cologne, 1676.
-
-Les _Amours de Zéokinizul, roi des Korfirans_, présentent un mystère
-qu'il est facile de percer; l'anagramme complaisante nomme
-d'elle-même: Louis XV, roi des Français.
-
-Indiquons encore:
-
-Les _Visites_, par mademoiselle de Kéralio, Paris, 1792, in-8.
-
-_Voyage du Vallon tranquille_ (par Charpentier), réimprimé en 1796
-avec des notes servant de clef, par Mercier de Saint-Léger et Adry.
-
-_Histoire de la princesse de Paphlagonie_, par mademoiselle de
-Montpensier.
-
-_Paris, Histoire véridique, anecdotique, morale et poétique_, avec la
-clef, par Chevrier, La Haye, 1767.
-
-_Galerie des États généraux_ (par Mirabeau, de Luchet, etc.).
-
-Ne laissons pas échapper, dans cette énumération rapide et
-nécessairement fort incomplète, un ouvrage célèbre, le _Cymbalum
-mundi_, de Bonaventure Des Periers.
-
-M. Nodier s'est fort occupé de cet écrit, qu'il qualifie de
-«production bizarre et hardie, petit chef-d'oeuvre d'esprit et de
-raillerie, modèle presque inimitable de style dans le genre familier
-et badin, et l'un des plus précieux monuments de la charmante
-littérature du seizième siècle.»
-
-Le _Grand Dictionnaire historique des Précieuses_, par Somaize, 1661,
-n'offre qu'une énigme perpétuelle, lorsque la clef n'y est pas jointe.
-
-Vogt, dans son _Catalogus librorum rariorum_, mentionne un recueil de
-poésies, d'une bizarre mysticité, imprimé en 1738 et qui fut défendu.
-Les noms y sont anagrammatisés; _Madaavemania_ est l'âme (_anima_)
-d'Adam et d'Ève qui délivre Sirchtus (_Christus_); _Rifeluc_ est
-Lucifer; _Moscos_ désigne _Cosmos_, le Monde, etc.
-
-Nous nous garderons bien de tout citer en ce genre; aussi
-laisserons-nous de côté un fastidieux roman du chevalier de Mouhy,
-intitulé les _Mille et une Faveurs_, 1740, 5 vol. in-18. Dans cette
-longue narration, les noms des personnages sont déguisés sous le voile
-de l'anagramme, se présentant sous un aspect fort bizarre, tels que
-Croselivesgol, Tofmenie, Onveexpic, Lodeorbarli, Coufartoc, Senacso,
-Sanistinva, Netosniss, Fonternouesa, Tanitbadan, Veoldafitular; en les
-décomposant on y trouve des mots très-propres à inspirer le plus
-juste effroi au chaste lecteur.
-
-
-
-
-CHAPITRE VII.
-
-DU DÉCHIFFREMENT.
-
-
-Il faut de la patience et de la sagacité pour arriver à la lecture
-d'une dépêche chiffrée qui a été interceptée.
-
-Cette tâche peut offrir les plus graves difficultés, lorsqu'on ignore
-dans quelle langue est écrite la dépêche saisie; ou bien lorsque, pour
-l'écrire, il a été formé un mélange de divers idiomes; lorsqu'on a
-fait emploi de plusieurs alphabets; lorsque les non-valeurs sont
-nombreuses et réparties avec intelligence; lorsque les mêmes
-syllabes, les mêmes mots, les mêmes noms, se trouvent exprimés par des
-signes différents; lorsque les mots sont écrits à la suite les uns des
-autres sans séparation, ou lorsqu'ils sont séparés, non comme ils
-devaient l'être selon les règles grammaticales, mais d'une façon
-arbitraire qui déroute l'observateur.
-
-Le déchiffreur doit être très-versé dans tous les procédés de la
-Cryptographie; s'il n'a lui-même souvent chiffré des dépêches, s'il ne
-connaît à fond toutes les ruses de l'art, s'il ne s'est amusé à
-vouloir inventer des procédés nouveaux, s'il n'a fait de toutes les
-combinaisons cryptographiques une étude sérieuse et patiente, il
-échouera dans toutes ses tentatives, quand il se verra en présence
-d'un chiffre difficile.
-
-La première chose à faire est de dresser le catalogue des caractères
-qui composent le chiffre et de noter combien chacun est répété de
-fois. Ceci fait, on examine leurs combinaisons; on tourne, on
-retourne, on dispose de toute façon ces caractères, jusqu'à ce que des
-conjectures se présentent avec vraisemblance sur l'attribution de tel
-ou tel caractère à telle ou telle lettre.
-
-Pour arriver à ce but, il faut que la plupart des caractères se
-trouvent plus d'une fois dans le chiffre; si l'écrit est fort court,
-si une même lettre est désignée par des caractères différents, les
-difficultés deviennent de plus en plus sérieuses:
-
-Nous allons emprunter à un écrivain hollandais judicieux, à
-S'Gravesand, un exemple relatif à un chiffre écrit en latin.
-
- A B C
- ----- --- ----
- abcdefghikf:lmkgnekdgeihekf:
-
- D E F
- ----- ----- ----
- bceeficlah fcgfg inebh fbhic eikf:
- G H I K
- -------- ----- ------
- fmfpimfhiabc qilcb eieacgbfbe bg
- L M
- ----- ---
- pigbgrbkdghikf: smkhitefm.
-
-Les barres, les lettres majuscules A, B, les signes de ponctuation ne
-font pas partie du chiffre; nous les avons ajoutés afin de faciliter
-l'explication: Ce chiffre donne:
-
- 14 f 3 d
- 14 i 2 b
- 12 b 2 n
- 11 e 2 p
- 10 g 1 o
- 9 c 1 q
- 8 h 1 r
- 8 k 1 s
- 5 m 1 t
- 4 a
-
-Enfin, il y a en tout dix-neuf caractères, dont cinq seulement une
-fois.
-
-Je vois d'abord que _h i k f_ se trouvent en deux endroits (B, M); que
-_i k f_ se trouvent en un seul (F); enfin, que _h e k f_ (C) et _h i k
-f_ (B, M) ont du rapport entre eux.
-
-D'où l'on peut conclure qu'il est probable que ce sont des fins de
-mots, ce qu'on indique par les deux points:
-
-Dans le latin, il est ordinaire de trouver des mots où des quatre
-dernières lettres les seules antépénultièmes diffèrent; lesquelles, en
-ce cas, sont habituellement des voyelles, comme dans _amant_,
-_legunt_, _docent_, etc.; donc _i_, _e_ sont probablement des
-voyelles.
-
-Puisque _f m f_ (voyez G) est le commencement d'un mot, on peut
-raisonnablement conjecturer que _m_ ou _f_ est voyelle, car un mot n'a
-jamais trois consonnes de suite, dont deux soient les mêmes, et il est
-probable que c'est _f_ puisque _f_ se trouve quatorze fois et _m_
-seulement cinq; donc _m_ est consonne.
-
-De là allant à K ou _g b f b c b g_, on voit que, puisque _f_ est
-voyelle, _b_ sera consonne dans le _b f b_, par les mêmes raisons que
-ci-dessus; donc _c_ sera voyelle, à cause de _b c h_.
-
-Dans L ou _g b g r b_, _b_ est consonne; _r_ sera consonne, parce
-qu'il n'y a qu'un _r_ dans tout l'écrit; donc _g_ est voyelle.
-
-Dans D ou _f c g f g_, il y aurait donc un mot ou une partie de mots
-en cinq voyelles, mais la chose est impossible. Il n'y a point de mot
-latin qui présente cette particularité; on se tromperait donc en
-prenant _f c g_, pour voyelles; donc ce n'est pas _f_, mais _m_ qui
-est voyelle, et _f_ consonne; donc _b_ est voyelle (voyez K). Dans cet
-endroit K, on a la voyelle _b_ trois fois, séparée seulement par une
-lettre; or on trouve dans le latin des mots où pareille circonstance
-se rencontre, tels que _edere_, _legere_, _munere_, _si tibi_, etc.,
-et comme c'est la voyelle _e_ qui est le plus fréquemment dans ce cas,
-il faut en conclure que _b_ correspond probablement à l'_e_, et _i_ à
-_r_.
-
-En opérant successivement de semblable manière sur toute la phrase
-chiffrée, on finit par en découvrir le sens, et on trouve que le
-chiffre que nous avons reproduit, doit se traduire de la manière
-suivante:
-
-_Perdita sunt bona; Mindarus interiit: urbs strata humi est. Esuriunt
-tot quot superfuere vivi; præterea quæ agenda sunt consulito._
-
-Les mots composés d'un très-petit nombre de syllabes doivent être les
-premiers dont on s'occupe dans les opérations du déchiffrement. Ils
-laissent sans trop de peine les voyelles se révéler, et cette
-découverte conduit à celle des consonnes. La connaissance exacte des
-principes généraux qui régissent l'orthographe des diverses langues
-est le fil qu'il faut suivre dans ces opérations minutieuses.
-
-Indiquons quelques-uns des principes qui servent de guide pour opérer
-le déchiffrement d'un écrit en langue française.
-
-Le signe qui revient le plus souvent, surtout à la fin des mots,
-désigne la voyelle _e_.
-
-Cette lettre est la seule qui, à la fin d'un mot, se répète deux fois,
-comme dans _désirée_, _fusée_, etc. Ainsi, lorsqu'on trouve le même
-signe placé deux fois à la fin d'un mot, il y a toute probabilité que
-ce signe représente l'_e_. La voyelle _e_, dans un mot de deux
-lettres, est toujours précédée des consonnes _c d j l m n s t_ ou
-suivie de celles _n t_.
-
-Indépendamment de l'interjection _o_, qui n'est guère employée dans
-une dépêche secrète, il n'y a en français que deux lettres qui,
-seules, forment un mot complet. Ces lettres sont _a_ et _y_. Si l'on
-trouve un signe isolé dans le texte chiffré, il est à croire qu'il
-correspond à une de ces deux lettres.
-
-Dans les mots formés de deux lettres où se trouve la voyelle _a_, elle
-précède d'ordinaire les lettres _h_, _i_, _u_, comme dans _ah ai au_,
-ou bien elle est après les lettres _l_, _m_, _n_, _s_, _t_, comme dans
-_la_, _ma_, _sa_, _ta_.
-
-Des diphthongues, _ai_, _au_, _eu_, _oi_, _ou_, la dernière est celle
-qui revient le plus souvent, surtout dans les mots de quatre
-syllabes.
-
-Lorsque la lettre _e_ est l'avant-dernière d'un mot, ce mot se termine
-d'ordinaire par l'une de ces deux consonnes, _r_ ou _s_.
-
-Lorsque la voyelle est suivie d'une autre voyelle, c'est
-habituellement d'un _e_.
-
-Il est rare qu'un mot finisse par les consonnes _b_, _f_, _g_, _h_,
-_p_, _q_.
-
-Les mots formés de trois lettres sont ceux qui donnent le plus de
-peine au déchiffreur, lorsque la même lettre s'y trouve deux fois
-comme dans _été_, _ici_, _non_, _ses_.
-
-Supposons que vous avez découvert le monosyllabe _le_ et que vous ayez
-un autre mot de trois lettres dont les premières sont _l_ et _e_, vous
-jugerez que la troisième est un _s_, attendu qu'elle est la seule qui,
-dans un mot de trois lettres, puisse aller après le monosyllabe _le_
-et former le mot _les_. Dès que vous serez parvenu à connaître ce mot
-_les_, si vous trouvez un mot dont les deux premiers signes soient un
-_e_ et un _s_, vous en conclurez que le troisième, qui vous est encore
-inconnu, doit être la lettre _t_, et que ces trois signes expriment le
-mot: _est_.
-
-Ayant découvert la lettre _s_, vous examinerez si elle ne se trouve
-pas précéder un mot de deux lettres, dont la seconde ne soit pas la
-lettre _e_, que vous connaissez déjà. Alors ce sera nécessairement un
-_a_ ou un _i_. Pour vous en assurer, voyez si, dans d'autres endroits,
-ce dernier signe ne précède pas, dans un autre mot de deux lettres, la
-lettre _l_; en ce cas, vous serez certain que c'est un _i_. Si, au
-contraire, dans un autre mot de deux lettres, ce signe suit la lettre
-_l_, vous en conclurez qu'il désigne l'_a_.
-
-Lorsque ces premières recherches vous auront révélé six signes ou
-lettres, savoir les trois voyelles _a e i_, et les trois consonnes _l
-s t_, elles vous conduiront à découvrir des mots composés d'un plus
-grand nombre de lettres, tels, par exemple, que le mot _lettre_, où
-tout se trouvera connu, excepté la lettre _r_, lettre que dès ce
-moment vous pourrez ajouter à celles que vous connaissez déjà. Le mot
-_cette_, où tout sera connu excepté la lettre _c_, le mot _ville_ où
-la lettre _v_ seule était encore un mystère, se révéleront d'une façon
-analogue.
-
-Quand vous serez ainsi parvenu à connaître sept ou huit mots, vous
-trouverez sans trop de peine les autres, en recherchant quelles sont
-les lettres qu'il convient de mettre entre celles qui sont déjà
-connues pour en former des mots. En peu de temps, vous obtiendrez, par
-ce procédé, une clef qui servira à déchiffrer aisément toute la
-dépêche.
-
-Disons encore quelques mots à l'égard des principes qu'il s'agit
-d'avoir en vue pour divers idiomes européens.
-
-En anglais, l'_e_ est la voyelle qui revient le plus fréquemment;
-elle est assez souvent suivie d'un _a_ comme dans _earl_ (comte),
-_great_, _reason_. L'_o_ est commun dans les mots formés de deux
-lettres; il est maintes fois accompagné du _w_, comme dans _grow_,
-_know_, _narrowly_. L'_y_ se rencontre souvent à la fin des mots et
-presque jamais au milieu. L'article indéclinable _the_ (le, la, les)
-reparaît fréquemment. Les consonnes doubles que l'on trouve à la fin
-des mots, sont _ll_ et _ss_.
-
-En italien, les mots se terminent le plus souvent par une des quatre
-voyelles, _a_, _e_, _i_, _o_; l'_u_ est rare en pareil cas. _Che_ est
-le plus fréquent des mots composés de trois lettres, et aucun d'eux,
-si ce n'est _gli_, n'offre un _l_ pour lettre du milieu.
-
-La langue espagnole présente des mots d'une grande étendue, tels que
-_arrepentimiento_, _verdaderamente_. La voyelle _o_ est celle qui est
-la plus fréquente; à la fin des mots, elle est souvent accompagnée de
-l'_s_, comme dans _nosotros_, _votos_. Au milieu des mots, _u_ est
-fréquemment suivi d'un _e_; _vuestro_, _ruego_.
-
-Passons à l'allemand. L'_e_ est la voyelle la plus usitée; elle se
-présente fréquemment à l'extrémité des mots de plusieurs syllabes; ils
-finissent en _er_, _es_, _en_ ou _et_. L'_n_ est la consonne qui
-revient le plus souvent; l'_a_ n'est jamais à la fin d'un mot composé
-de trois lettres; la consonne _c_ est toujours liée au _h_ ou au _k_.
-Il n'y a qu'un seul mot formé d'une seule lettre, c'est l'exclamation
-_o!_ On ne compte que deux mots de quatre lettres qui se terminent en
-_enn_, _wenn_ et _denn_. Presque tous les mots de quatre lettres
-commencent par une consonne qu'accompagne une voyelle, exemples:
-_bald_, _dein_, _doch_, _etwn_, _Hand_.
-
-C. A. Kortum, dans ses _Principes_ (en allemand) _de la science du
-déchiffrement des écrits chiffrés en langue allemande_, donne à ce
-sujet de très-longs détails qu'il serait très-superflu de placer ici,
-et il soumet aux règles qu'il expose deux dépêches chiffrées.
-
-La première ne présente que des lettres:
-
- Efs ekftfo Tabwc efs fsef hkfcu
- Fs xbs hftffhopu woe hfmkfcwu....
-
-La seconde est plus compliquée; les lettres sont entremêlées de
-chiffres et les mots ne sont pas séparés:
-
-64mf4km134kc4o4kng43e4p m24o4kq25293edk6n4kmm3b13......
-
-En étudiant le retour des signes et leur arrangement, on arrive à
-découvrir successivement quelques lettres, et, une fois qu'elles sont
-connues, elles sont d'un secours pour arriver à connaître les autres.
-
-Les règles pour le déchiffrement, telles qu'elles ont été exposées
-par divers auteurs, reposent, on le voit, sur le plus ou moins
-d'abondance de certaines lettres dans les mots, et sur leur
-rapprochement. Afin de dérouter les conjectures, il faut, lorsqu'on
-chiffre des dépêches, écrire les mots sans aucune séparation,
-entremêler des mots pris dans une langue avec d'autres mots empruntés
-à un idiome différent et ne point se conformer scrupuleusement aux
-règles de l'orthographe.
-
-En abrégeant les mots ou en les modifiant, il convient toutefois
-d'avoir soin de ne pas les dénaturer au point de laisser du doute sur
-leur signification; les caractères nuls, intercalés à propos et dont
-la non-valeur est inconnue au déchiffreur, peuvent achever de rendre
-tous ses efforts infructueux.
-
-C'est pour avoir négligé pareilles précautions, et pour s'être
-bornées à l'emploi de caractères mystérieux et de chiffres rangés dans
-l'ordre habituel et orthographique des mots, que des personnes qui
-croyaient avoir parfaitement déguisé leur pensée ont été tout étonnées
-de voir que leur secret n'en était pas un.
-
-Voici un fait de ce genre.
-
-M. Decremps, auteur de la _Magie blanche dévoilée_, se vantait de
-parvenir promptement à percer les mystères les plus difficiles. Afin
-de l'éprouver, un de ses amis lui adressa un jour quelques lignes
-qu'il avait écrites en caractères dont il avait fait choix. M.
-Decremps, en étudiant le retour plus ou moins fréquent de ces
-caractères, en cherchant de quelle façon ils se montraient groupés
-entre eux, reconnut qu'ils représentaient les diverses lettres de
-l'alphabet; il trouva successivement qu'un oiseau exprimait la lettre
-_a_; que l'_e_ était rendu par une tête vue de profil, et l'_i_ par la
-figure d'un verre à patte. Muni de cette clef, il découvrit bien vite
-qu'on lui avait adressé copie de quelques vers d'une traduction d'une
-des odes d'Anacréon, et il causa à son ami l'étonnement le plus vif,
-en prouvant que ce que ce dernier avait cru parfaitement caché était
-dévoilé.
-
-
-
-
-CHAPITRE VIII.
-
-DES ÉCRITURES OCCULTES.
-
-
-On donne le nom d'_encre de sympathie_ aux substances dont on fait
-usage, qui ne laissent point de traces sur le papier et qui
-apparaissent derechef, lorsqu'elles sont soumises à l'action de divers
-procédés.
-
-Lorsqu'on veut avoir recours à un pareil moyen, il faut faire
-attention à ce que la dépêche ostensible ne mentionne rien qui puisse
-donner lieu à quelque soupçon. Le papier doit conserver sa couleur et
-son éclat habituels. Les phrases tracées à l'encre ordinaire doivent
-être conçues de manière que le lecteur, sous les yeux de qui elles
-tomberaient, n'ait aucune raison de croire qu'elles n'expriment pas
-réellement la pensée de l'écrivain et qu'elles n'appartiennent pas à
-une correspondance sérieuse. On tracera sur les marges, entre les
-lignes ou sur le côté du feuillet demeuré blanc, ce que l'on veut
-communiquer en secret.
-
-Il importe que les passages écrits en encre sympathique demeurent
-invisibles jusqu'à l'accomplissement des procédés qui doivent les
-rendre au jour; il faut qu'après l'application de ces procédés ils
-puissent être lus nettement et sans difficulté.
-
-On convient d'un signe quelconque qui, placé soit sur l'adresse, soit
-dans le corps de la lettre, indique, à celui qui la reçoit, qu'il y a
-des passages tracés en encre de sympathie. Nous n'avons pas besoin
-d'ajouter que ce signe doit être mis de manière à échapper aisément
-aux regards des curieux et à n'offrir aucune importance apparente.
-
-Il est des caractères qui reparaissent, lorsqu'on répand sur eux
-quelque poudre.
-
-On peut tracer sur le papier une écriture invisible de ce genre, avec
-tous les sucs glutineux et non colorés des plantes ou des fruits, ou
-bien avec de la bière, du lait, des liqueurs grasses ou aqueuses.
-
-On laisse sécher ce qu'on a écrit. Pour le rendre visible, on frotte
-la feuille de papier avec une poudre très-fine et de couleur foncée;
-du charbon pilé extrêmement menu, du cinabre, du bleu de Prusse,
-peuvent servir à cet usage. La poudre s'attache aux lettres qui ont
-été tracées et elle la fait revivre.
-
-Diverses écritures deviennent visibles, lorsqu'on les expose au grand
-jour.
-
-L'extrait de saturne, étendu d'eau, donne une écriture invisible qui
-apparaît et devient noirâtre, lorsqu'elle est livrée à l'action de
-l'air. On obtient un résultat semblable avec de l'argent dissous dans
-de l'acide nitrique; les caractères tracés avec pareil liquide
-deviennent verdâtres, lorsqu'ils sont exposés à l'air; placés de
-manière à recevoir les rayons du soleil, ils se montrent d'un noir
-rougeâtre.
-
-On peut aussi se servir de substances qui reparaissent, lorsque le
-papier est fortement échauffé.
-
-Ce qui est écrit avec du lait devient rougeâtre;
-
-Avec du jus de cerise, verdâtre;
-
-Avec du jus d'oignon, noirâtre;
-
-Avec du jus de citron, brun;
-
-Le vinaigre donne une couleur rouge pâle;
-
-Le lait, une couleur rousse, ainsi que l'acide vitriolique affaibli
-dans une certaine quantité d'eau.
-
-Le cobalt, le vitriol, et d'autres agents chimiques, ont été employés
-avec plus ou moins de succès dans la composition d'encre de sympathie
-de différents genres. On a découvert des substances bonnes pour former
-des caractères qui ressuscitent, pour ainsi dire, lorsque le papier
-auquel on les a confiés est légèrement mouillé ou lorsqu'il est plongé
-dans l'eau. Écrivez avec de l'alun dissous dans l'eau, mouillez le
-papier dont vous vous êtes servi et présentez-le au jour: vous
-distinguerez très-bien ce qui était invisiblement écrit; les
-caractères seront beaucoup plus obscurs que le reste du papier, et il
-leur faudra bien plus de temps pour s'imbiber.
-
-En écrivant avec un liquide formé d'une portion d'eau-forte et de
-trois portions d'eau, on obtient des caractères qui ne paraissent
-pas, lorsque le papier est plongé dans l'eau; à mesure qu'il sèche,
-ils disparaissent. Ils pourront devenir visibles une seconde et même
-une troisième fois.
-
-Il est aussi des écritures occultes qui reparaissent, lorsqu'on les
-humecte avec un liquide approprié. C'est ainsi qu'une dissolution de
-vitriol ou de couperose donne des caractères qui se montrent à l'oeil,
-lorsqu'on frotte le papier avec une éponge imbibée d'un liquide, dont
-voici la composition: noix de galle concassées et mises dans de l'eau
-ou du vin blanc. On obtient le même résultat, en plaçant cette
-écriture invisible entre deux papiers légèrement imbibés de cette
-dernière dissolution; il faut que le tout soit enfermé et serré dans
-un livre pendant quelques moments.
-
-Un procédé assez ingénieux consiste à masquer l'écriture invisible au
-moyen d'autres caractères que l'on trace dessus en se servant d'une
-encre formée de paille d'avoine brûlée et délayée dans de l'eau. Quant
-on passe l'éponge, cette écriture disparaît et laisse voir à la place
-celle qui était invisible.
-
-L'extrait de saturne donne un marc, avec lequel on trace une écriture,
-qui, une fois séchée, ne paraît plus; afin de la rendre visible, il
-suffit d'imbiber le papier de jus de citron ou de verjus, et alors
-elle paraîtra d'un blanc de lait qui ressortira sur la blancheur du
-papier.
-
-Des caractères tracés avec du bleu de Prusse paraîtront d'un bleu
-éclatant, si on les imbibe avec la dissolution acide du vitriol vert.
-
-Une dissolution d'or fin dans de l'eau végétale, coupée avec de l'eau
-pure, fournit une encre sympathique qui disparaît en séchant,
-lorsqu'on veille à tenir le papier renfermé et à le soustraire à
-l'influence du grand air. Ces mêmes caractères, exposés au soleil,
-reparaîtront au bout d'une heure ou deux.
-
-Disons, une fois pour toutes, que, dans l'écriture occulte, il faut
-employer des plumes neuves et affectées à cet usage spécial.
-
-Les anciens auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie n'ont point
-oublié les procédés que nous indiquons. Vigenère explique longuement
-qu'il faut «escrire avec de l'alun brûlé, ou du sel ammoniac, ou du
-camphre, destrempez en eau, ce qu'estant sec blanchist à pair du
-papier, qu'il faut tremper puis après dans de l'eau qui le rend noir
-et l'escriture demeure blanche, ou le chauffer devant le feu, tant que
-le papier roussisse et l'encre s'offusque; le mesme faict le jus
-d'oignon et l'eau encore toute simple. Si l'on trasse quelque chose
-sur le bras, un autre endroit du corps, avec du laict ou de l'urine,
-en jectant de la cendre dessus, elle y adhère et monstre ce qui y aura
-été desseigné. Le sel ammoniac, resouls à part soy à la cave ou autre
-lieu humide, si on escrit de ceste liqueur, tout demeure blanc;
-frottez le papier avec du coton trempé en eau distillée de vitriol ou
-de couperose: l'escriture apparoistra noire.
-
-«Il y a un autre artifice de faire une petite incision à un oeuf, avec
-la pointe d'un tranche-plume bien affilé, par laquelle on fourre
-dedans de petits billets de papier escris des deux costez, de la
-largeur de l'ouverture, non plus grande que de petit doigt et y en
-peult assez tenir. Puis, on la replastre avec de la craye ou ceruse,
-et de la chaulx vive empastées avec de la glaise. Si qu'il seroit bien
-malaisé d'y rien remarquer ne connoistre, quand bien mesme on les
-aurait fait durcir et peller, car cela demeure enclos en leur
-substance, sans que rien paroisse dehors.
-
-«Il y a un autre malin artifice qui se faict avec de l'alun bruslé,
-destrempé en eau dont on escrit sur du papier: estant sec, tout
-deviendra blanc. On brusle d'autre part de la paille de froment qu'on
-estend en un linge, sur quoy on passe de l'eau tiedde par tant de fois
-qu'elle ait emporté toute la noirceur de la paille: puis, on escrit de
-cette encre, sur l'escriture blanche dessusdite, ce qu'on ne veut pas
-tenir secret: et pour lire ce qui est caché, s'effaçant ce qui
-apparoit manifeste, il fault avoir de l'eau-de-vie où l'on aye fait
-tremper des noix de galle concassées grossièrement, tant que
-l'eau-de-vie en ait attiré et embeu la teinture avec du coton mouillé
-dedans; l'escriture apparente s'esvanouira et l'occulte viendra à se
-descouvrir, noire comme est la commune. En quoy il y a certain secret
-qu'il ne m'a pas semblé devoir divulguer, non plus que d'une autre
-manière d'encre qui s'efface d'elle-mesme en quinze jours ou trois
-sepmaines, composée de pierre de touche, sablon d'Estampes, sang de
-pigeon, noix de galle et autres ingrediens, mesme de l'huille de
-tartre avec laquelle il fault destremper le tout, y adjoustant un peu
-d'encre affoiblie avecques de l'eau.»
-
-De son côté, Porta indique ce qu'il appelle une manière très-simple
-d'écrire sur la peau en caractères ineffaçables: c'est avec de
-l'eau-forte imprégnée de cantharides; ou, si l'on veut que l'écriture
-ne soit visible que pendant quelques jours, il faut employer, pour
-écrire sur la peau, une dissolution d'argent ou de cuivre dans de
-l'eau-forte, et cette opération peut se faire sur un homme endormi,
-sans qu'il le sache.
-
-Résumons les autres détails dans lesquels cet auteur et ses émules
-entrent à l'égard du sujet qui nous occupe.
-
-L'écriture faite avec une eau de vitriol ne devient visible, qu'en
-passant par-dessus de la décoction de noix de galle. Le sel ammoniac,
-avec la chaux ou le savon, donne à l'écriture une couleur blanche.
-
-Après avoir critiqué l'antique secret des tablettes enduites de cire,
-Porta indique les procédés suivants: Écrivez avec de la graisse de
-bouc sur du marbre; les lettres, en séchant, deviennent invisibles;
-plongez le marbre dans le vinaigre, elles reparaissent sur-le-champ.
-Imprimez sur un bois tendre, tel que celui de tilleul, de peuplier ou
-autre, des caractères, à la profondeur d'un demi-doigt; aplatissez ce
-bois à la presse jusqu'à ce que le creux ait entièrement disparu et
-qu'on ne voie plus de traces de lettres; celui à qui vous enverrez ce
-morceau de bois lira l'écriture en le plongeant dans l'eau.
-
-Enduisez un oeuf de cire; écrivez dessus, de manière à pénétrer
-jusqu'à la coquille sans l'endommager; tenez l'oeuf pendant une nuit
-dans une dissolution d'argent par l'acide nitreux; ensuite, enlevez la
-cire, écaillez l'oeuf et mettez la coquille entre votre oeil et la
-lumière, les lettres paraissent plus transparentes et très-lisibles.
-La même chose a lieu en écrivant avec du jus de citron, qui amollit la
-coquille de l'oeuf: faites durcir un oeuf, enduisez-le de cire, gravez
-sur la cire des lettres qui laissent la coquille à découvert; mettez
-l'oeuf dans une liqueur faite avec des noix de galle et de l'alun
-broyés ensemble; ensuite passez-le dans de fort vinaigre: les
-caractères pénétreront plus avant; ôtez la coquille, et vous verrez
-sur le blanc de l'oeuf de belles lettres couleur de safran.
-
-Écritures que l'eau rend visibles: Qu'on écrive avec du jus de
-citron, ou de coing, ou d'oignon, ou tout autre suc acide; quand ces
-lettres sont sèches, on n'aperçoit rien; écrivez, entre les lignes,
-avec de l'encre, des choses indifférentes, afin de dérouter tout
-soupçon. En approchant la lettre du feu, l'écriture cachée devient
-lisible. Broyez du sel ammoniac, mêlez-le dans l'eau, écrivez avec
-cette liqueur: l'écriture paraîtra de la même couleur que le papier;
-approchez-le du feu, les lettres paraîtront noires. Si l'on écrit avec
-du jus de cerises, l'écriture paraîtra verte au feu.
-
-Il est aussi des écritures qu'on peut rendre visibles par l'emploi de
-l'eau seule. Ce que l'on écrit avec une dissolution d'alun devient
-invisible, en séchant; il ne faut que plonger le papier dans l'eau
-pour faire revivre l'écriture. Une lettre écrite sur du papier avec
-une eau de vitriol distillée ne devient visible qu'en plongeant le
-papier dans une infusion de noix de galle avec du verjus ou du vin,
-On broie aussi de la litharge que l'on met dans du vinaigre mêlé
-d'eau; on passe la décoction à la chausse, et on la met à part; on
-trace ensuite, sur la pierre, sur quelque partie du corps ou sur toute
-autre matière, avec du jus de citron, des caractères, qui, étant secs,
-n'ont aucune apparence d'écriture; en passant par-dessus de l'eau de
-litharge, les caractères paraissent blancs comme du lait.
-
-Rabelais dont l'érudition encyclopédique touchait à toutes sortes de
-sujets, n'a point oublié les divers procédés de l'écriture occulte; il
-fait mention d'une lettre qu'une dame de Paris envoie à Pantagruel,
-lettre qui renfermait un anneau d'or, mais dans laquelle il ne se
-trouvait rien d'écrit. Panurge s'efforce de découvrir le sens de cette
-missive, disant que «la feuille de papier estoyt escripte, mais
-l'estoyt par telle subtilité que l'on n'y voyoit point d'escripture.
-
-«Il la mist auprès du feu pour veoir si l'escripture estoyt faicte
-avec du sel ammoniac détrempé en eaue. Puys, la mist dedans l'eaue
-pour sçavoir si la lettre estoyt escripte du suc de tithymale. Puys,
-la monstra à la chandelle, si elle estoyt point escripte du jus
-d'oignons blancz.
-
-«Puys, en frotta une partie d'huylle de noix, pour veoir si elle
-estoyt point escripte de lexif de figuier. Puys, en frotta une part de
-laict de femme alaictant sa fille première née, pour veoir si elle
-estoyt poinct escripte de sang de rabettes. Puys, en frotta un coing
-de cendres d'ung nid d'arondelles, pour veoir si elle estoyt escripte
-de rosée qu'on trouve dans les pommes d'alicacahut. Puys, en frotta
-ung aultre bout de la sanie des aureilles, pour veoir si elle estoyt
-escripte du fiel de corbeau. Puys, la trempa en vinaigre, pour veoir
-si elle estoit escripte de laict d'espurge. Puys, la graissa d'axunge
-de souris chaulves, pour veoir si elle estoit escripte avec sperme de
-baleine, qu'on appelle ambre gris. Puys, la myst tout doulcement dans
-un bassin d'eau fraische et soubdain la tira, pour veoir si elle
-estoyt escripte avec alun de plume.»
-
-Rabelais cite, à l'occasion de ces tentatives infructueuses, trois
-auteurs auxquels la Cryptographie serait redevable d'importants
-travaux: «Messere Francesco di Nianse, le Thuscan, qui ha escript la
-manière de lire les lettres non apparentes; Zoroaster, dans son traité
-_peri grammaton acriton_, et Calphurnius Bassus, _de litteris
-illegibilibus_.»
-
-Cet auteur Thuscan et ces livres grecs et latins sont tout à fait
-inconnus; il faut donc assigner à l'imagination de maître François le
-mérite de les avoir créés.
-
-
-
-
-BIBLIOGRAPHIE
-
-
-Il nous reste à signaler les principaux ouvrages qui se rapportent aux
-diverses branches de l'Art d'écrire par chiffres; nous ne prétendons
-pas offrir une liste absolument complète; c'est un but qu'on ne
-saurait jamais se flatter d'atteindre, mais nous espérons du moins ne
-pas avoir oublié d'écrits d'une importance réelle. Nous avons adopté
-l'ordre alphabétique comme étant celui qui facilite le mieux les
-recherches.
-
-_Anweisung zum Dechiffriren, oder die Kunst verborgene Schriften
-aufzuloesen_, Helmstadt, 1755, in-8.
-
-BACO (Franc. de Verulamio). _De dignitate et augmentis scientiarum_,
-lib. VI, c. I. Voir ses _Opera omnia_. Francof., 1665, folio, pag.
-147-151.
-
-BECHERUS (J. J.). _Character pro notitia linguarum universali,
-invenium steganographicum hactenus inauditum_, etc. Francofurti, 1661,
-in-8.
-
-BEGUELIN. _Mémoire sur la découverte des lois d'un chiffre de feu le
-professeur Hermann, proposé comme absolument indéchiffrable_. _Voy._
-Mémoires de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de
-Berlin, tom. XIV (1765) pag. 369-389.
-
-BELOT. _L'Oeuvre des oeuvres ou le plus parfait des sciences
-stéganographiques_, Paris, 1623, in-8.
-
-BIELFELD (J. de), _Institutions politiques_ (la Haye, 1760, in-4),
-tom. II, pag. 191.
-
-BREITHAUPT (Chr.). _Disquisitio historica, critica, curiosa de variis
-modis occulte scribendi, tum apud veteres quum apud recentiores
-usitatis_, Helmstadt, 1727, in-8.
-
---_Ars decifratoria sive scientia occultas scripturas solvendi et
-legendi_, Helmst., 1737, in-8, 32 et 160 pag.
-
-BUERGA (A.). _Pasilasie oder Grundriss einer allgemeinen Sprache_,
-Berlin, 1808.
-
-CARLET (J. R. du). La _Cryptographie, contenant la manière d'écrire
-secrètement_, Tolose, 1644, in-12.
-
-COLLETET. _Traittez des langues estrangères, de leurs alphabets et des
-chiffres_, Paris, Promé, 1660, in-4.--C'est un abrégé imparfait du
-_Traité des chiffres_ de Vigenère, et il aurait tous les caractères du
-plagiat si Colletet lui-même n'avait pas prévenu cette accusation avec
-une franchise peu commune.
-
-COLORNI (Abr.). _Scotografia italica_, Praga, 1593, in-4.
-
-COMIER (d'Ambrun). _Traité de la parole, langues et écritures,
-contenant la sténographie impénétrable, ou l'Art d'écrire et de parler
-occultement de loin et sans soupçon_. Bruxelles, 1691, in-12.
-
-CONRADI (Dav. Arn.). _Cryptographia denudata, sive ars deciferandi quæ
-occulte scripta sunt in quocunque linguarum genere_, Lugd. Bat., 1739,
-in-8, 73 pag.
-
-COSPI. _L'Interprétation des chiffres, ou Reigle_ (sic) _pour bien
-entendre et expliquer facilement toutes sortes de chiffres simples_,
-tiré de l'italien du sieur A. M. Cospi, secrétaire du grand-duc de
-Toscane. Augmenté et accommodé particulièrement à l'usage des langues
-française et espagnole, par F. J. F. N. P. M. Paris, 1641, in-8, 90
-pag.
-
-CRELLII (L. C.) _Diss. de scytala laconica_, Lipsiæ, 1697, in 4.
-
-DALGARNO (George). _Ars signorum, vulgo character universalis et
-lingua philosophica_, Londini, 1667, in-8. Cet écrit a paru à M.
-Nodier extrêmement remarquable (voir les _Mélanges extraits d'une
-petite bibliothèque_, pag. 268, et les _Notions de linguistique_,
-1834, pag. 31). Les ouvrages de Dalgarno ont été réimprimés à
-Edimbourg en 1834; la _Revue d'Edimbourg_, nº 124, juillet 1835, leur
-a consacré un article.
-
-DLANDOL. Le _Contr'espion ou les clefs de toutes les correspondances
-secrètes_, Paris, 1794, 66 pag. in-8.
-
-FIRMAS-PERIÈS (Le comte). _Pasitélégraphie_, Stuttgard, 1811, in-8.
-
-FORELIUS (H.). _Dissertatio de modis occulte scribendi et præcipue de
-scytala laconica_, Holmiæ, 1697, in-8.
-
-FRIDERICI (J. B.). _Cryptographia, oder geheimer Schriftmund und
-wirkliche Correspondenz_, Hamburg, 1684, in-4.
-
-FUNKS (Chr. B.). _Natürliche Magie_, Berlin, 1783, in-8. (Il s'y
-trouve quelques détails sur l'art de déchiffrer.)
-
-GERRAR (DI). _Siglarium romanum sive explicatio notarum ac
-litterarum_, Londres, 1793, in-4.
-
-GODEVIN (François), évêque d'Hereford, _Nuncius inanimatus Utopiæ_,
-1629. L'auteur expose mystérieusement les avantages d'une méthode
-secrète de correspondance au moyen de signes convenus.
-
-S'GRAVESAND, _Introductio in philosophiam_ (Lugd. Bat., 1737). Il y
-est question, ch. XXXV, de l'écriture en chiffres.
-
-GRISCHOW (Aug.). _Introductio in philologiam generalem_, Jenæ, 1704,
-in-8. Le chap. IV roule sur l'art d'écrire en chiffres avec rapidité,
-et sur les moyens de découvrir pareils secrets.
-
-HANEDI, _Steganologia et Steganographia nova. Geheime, magische,
-natürliche Red- und Schreibekunst_, Nuremberg (sans date), in-8, 299
-pag. Le véritable nom de l'auteur est Daniel Schwenter, professeur de
-mathématiques à Altorf, mort en 1636.
-
-HILLERI (L. H.) _Mysterium artis steganographicæ novissimum_, Ulmæ,
-1682, in-8, 478 pag. Un errata de 6 pag. termine le volume. Cette
-multitude de fautes contribua sans doute au peu de succès de ce traité
-plus ample que celui de Breithaupt, mais moins méthodique. Il ne
-s'adapte spécialement qu'au latin, à l'italien, à l'allemand et au
-français, et seulement aux chiffres à clef simple ou dont l'alphabet
-n'est pas variable. L'auteur avait donné un aperçu de son travail dans
-son _Opusculum steganographicum_, publié à Tubingue en 1675.
-
-HINDENBURG (C. F.). _Archiv der reinen und angewandten Mathematik_.
-(Les cahiers 3 et 5 roulent sur l'art de chiffrer.)
-
-HOTTINGA (Domin. de). _Polygraphie ou méthode universelle de
-l'écriture cachée et cabalistique_, Groningue, 1620, in-4. C'est la
-reproduction textuelle de la traduction de la _Polygraphie_ de
-Trithème, publiée en 1541 par Gabriel de Collange. Hottinga n'a point
-hésité à donner ce travail comme étant entièrement son oeuvre, et il
-déclare, dans sa préface, qu'il lui a consacré de longues et pénibles
-veilles. Il existe peu d'exemples d'un plagiat aussi effronté.
-
-JONES. _Hieroglyphic or a grammatical introduction to an universal
-hieroglyphic language_, London, 1768.
-
-KALMAR (Georgius). _Præcepta grammatica atque Specimina linguæ
-philosophicæ sive universalis ad omne vitæ genus adcommodatæ_.
-Berolini, 1772, in-4, 56 pag.
-
-KIRCHERI (Athan.) _Artificium cryptographicum, seu abacus numeralis_,
-dans la _Magia universalis_ de Schott, part. IV, lib. I.
-
---_Polygraphia seu artificium linguarum, quocum omnibus totius mundi
-populis poterit quis correspondere_, Rome, 1663, in-folio, Amsterd.,
-1680. Cet ouvrage curieux est divisé en trois parties; la première
-offre une pasigraphie en écriture universelle que chacun peut lire
-dans sa langue. Le principe d'où il part est un dictionnaire numéroté
-tel que Becher l'avait proposé sans l'exécuter; Kircher l'exécuta en
-petit sur cinq langues (le latin, le français, l'allemand, l'italien,
-l'espagnol). Son vocabulaire a environ 1,600 mots; les formes
-variables des noms et des verbes sont exprimées par des signes de
-convention. La seconde partie donne une sténographie plus ingénieuse
-que celle de Trithème. La troisième partie concerne l'invention d'une
-boîte ou bureau stéganographique pour écrire ou lire très-promptement
-en chiffre quelconque.
-
-KLÜBER (Lud.). _Kryptographik, Lehrbuch der Geheimschreibekunst_,
-Tubingue, 1809, in-8, 470 p.
-
-KORTUM (C. A.). _Anfangsgründe der Entzifferungskunst deutscher
-Zifferschriften_, Duisburg, 1782, in-8, 144 pag.
-
-_Langage_ (Le) _muet, ou l'Art de faire l'amour sans se parler, sans
-écrire et sans se voir_, Middelbourg, 1688, in-12.
-
-LATOUR (Charlotte de). Le _Langage des fleurs_, Paris, 1820; 6e éd.,
-1845, in-12, 328 p. (L'auteur de cet ouvrage, en prose et en vers, est
-M. Aimé Martin.)
-
-LEIBNITZ. _Historia et commendatio linguæ characteristicæ
-universalis_, dans ses _Oeuvres posthumes_, éditées par Rashe, 144
-pag.
-
-(LEMANG). _Die Kunst der Geheimschreiberei_,... im. G. L. Leipzig,
-1797, in-4, 40 pag.
-
-LENNEP (D. J. de). _Dissert. de M. Tullio Tirone_, Amsterdam, 1804.
-
-LINDNER (Sam.). _Elementa artis decifratoriæ_, Regiomontani, 1770,
-in-8.
-
-_Mysterienbuch alter und neuer Zeit, oder Anleitung geheimer Schriften
-zu lesen_, Leipzig, 1797, in-8, 115 pag.
-
-NEYRIN (J. P.). _Principes du droit des gens_. (Brunswick, 1783,
-in-8), pag. 160 et suiv.
-
-_Nouveau Traité de diplomatique_, par deux religieux bénédictins (D.
-Toussaint et D. Tassin). Paris, 1750-65. 6 vol. in-4. _Voy._ tom. III,
-p. 499-622.
-
-NIETHAMMER (J. M.). _Ueber Pasigraphie und Ideographie_, Nurnberg,
-1808, in-8.
-
-_Nouvelle Découverte d'une langue universelle pour les négociants_,
-Paris, 1687, in-12.
-
-_Opus novum, præfectis arcium, imperatoribus exercituum,
-exploratoribus, peregrinis, inventoribus, militibus ac omnis industriæ
-et litteraturæ studiosis, principibus maxime utilissimum pro cipharis
-lingua latina, græca, italica et quavis alia multiformiter
-describentibus interpretandisque._ (En latin et en italien, in-8, 44
-feuillets.) À la fin on lit: Impressum Romæ, anno MDXXVI. Au second
-feuillet, l'auteur se donne le nom de Jacques Silvestre, citoyen de
-Florence.
-
-OZANAM (Jacques). _Récréations mathématiques et physiques_, 1778, 4
-vol. in-8. On y trouve diverses méthodes de Sténographie.
-
-PANCIROLLI (Guidonis). _Rerum memorabilium sive deperditarum
-commentarius_, 1660, in-4. Il parle des chiffres, pag. 262 et suiv.
-
-_Polizeischrift, geheime, des Grafen von Vergennes_, 1793, in-8, 46
-pag.
-
-PORTA (J. B.). _De furtivis litterarum notis vulgo de ziferis libri
-quinque_, Neapoli, 1563, in-4. Autres éditions: Londres, 1591,
-in-4.--Montbelliard, 1593, in-8.--Naples, 1602, in-folio.--Strasbourg,
-1603, in-8.
-
---_Magia naturalis_, Naples, 1558.--Anvers, 1561.--Naples,
-1589.--Leyde, 1644 et 1651. Il est question, dans le livre XVI, de
-l'art de chiffrer.
-
-PRASSE (M. de). _De reticulis cryptographicis_, Lipsiæ, 1799, in-4, 14
-pag.
-
-RAMSAY (C. A.). _Art d'écrire aussi vite qu'on parle_, Paris, 1783,
-in-12. L'original est en latin; il parut dès 1678 et fut réimprimé
-avec une version française (par A. D. G.). Paris, 1681. Depuis cette
-dernière date, ce livre a été souvent réimprimé en France et à
-l'étranger, dans la fin du dix-septième siècle. Les anciennes
-éditions portaient pour titre: _Tacheographie ou l'Art d'écrire_, etc.
-On en connaît une traduction allemande, Leipzig, 1745, in-8.
-
-SARPE, _Prolegomena ad tachygraphiam romanam_, Rostock, 1829, in-4.
-
-SCHMIDT (J. M.). _Vollstændiges wissenschaftliches
-Gedankenverzeichniss zum Behuf einer allgemeinen Schriftsprache_,
-Dillingen, 1807, in-8.
-
---_Grundsætze für eine allgemeine Schriftlehre_, 1816-1818, 2 vol.
-in-8.
-
-SCHOTT (Gaspard). _Schola steganographica in classes octo distributa_,
-Nuremberg, 1665, in-4. D'autres éditions de 1666 et de 1680 sont
-indiquées par les bibliographes.
-
---_Thaumaturgus physicus seu magia universalis naturæ et artis_,
-1657-1659, 4 vol. in-4; 1677. On trouve, dans le quatrième volume de
-cet ouvrage curieux, des notions détaillées sur les divers moyens
-imaginés par les anciens et les modernes, pour se communiquer leurs
-pensées à l'aide de l'écriture secrète.
-
-SELENI, Gustavi (id est, Augusti, ducis Brunsvicensis),
-_Cryptomenyticis et Cryptographiæ libri IX, in quibus et planissima
-Steganographiæ J. Trithemii enodatio traditur, inspersis ubique
-auctoris et aliorum non contemnendis inventis_, Luneburgi, 1624,
-in-folio.
-
-SOLBRIT (Dav.). _Ratio scribendi per zifras_, 1726, in-8.
-
---_Allgemeine Schrift oder Art durch Ziffern zu schreiben_, Coburg,
-1736, in-8. C'est la traduction de l'ouvrage latin précédent.
-
-_Steganographia recens detecta_, Ulm, 1764, in-8, 97 p. Malgré son
-titre latin, cet ouvrage est en allemand (semblable circonstance
-n'est pas rare pour d'anciens écrits publiés au delà du Rhin).
-L'auteur a gardé l'anonyme, mais il a signé la préface des lettres C.
-W. P.
-
-STEIN (A.). _Ueber Schriftsprache und Pasigraphie_, München, 1809,
-in-8.
-
-STIELER (C. von). _Deutsche Secretariatskunst_. Nuremberg, 1678, in-4.
-Voir tom. I, pag. 547-555.
-
-STUBENRAUCH. _Histoire abrégée de la Cryptographie_. Il s'en trouve un
-extrait dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, t. I, 1745, p. 105
-et suiv.
-
-TOD (Al.). _The olive-leafe or an universal A. B. C._, London, 1603,
-in-8.
-
-TRITHEMII (J.). _Polygraphiæ libri VI_, Oppenheim, 1518,
-in-folio.--Francof., 1550.--Colon., 1564.--Argent., 1600 et
-1613.--Colon., 1671.
-
---_Steganographia_, Francof., 1606.--Darmst., 1606,--Francof.,
-1608.--Darmst., 1621--Colon., 1635.
-
---_La Polygraphie et universelle écriture de Trithème_, traduit du
-latin par Gabriel de Collange[8], Paris, 1561, 1621, 1625, in-8.
-
-[Note 8: La triste destinée de Collange mérite qu'on en fasse mention.
-Il était valet de chambre du Charles IX, et, quoique catholique zélé,
-il fut une des victimes de la Saint-Barthélemi, succombant sans doute
-à quelques inimitiés personnelles.]
-
-Voici les titres de deux ouvrages composés dans le but de défendre la
-mémoire de Trithème contre l'accusation de magie dirigée contre lui:
-
-_Stenographiæ nec non claviculæ Salomonis germani, J. Trithemii,
-genuina declaratio, auctore_ J. Caramuele, Colon., 1634, in-4.
-
-J. TRITHEMII _Stenographia vindicata et illustrata_, auctore W. E.
-Heidel, Mayence, 1676, in-4. Une édition de Nuremberg, 1721, in-4, est
-citée.
-
-UKEN (M.). _Steganometrographia, sive artificium novum et inauditum_,
-Francof., 1751, in-8, 328 p. Il en existe une traduction allemande,
-Ulm, 1759.
-
-URQUHART (Thomas). _Logopandecteision, or an introduction to the
-universal language_, London, 1653, in-4.
-
-VATER (J. S.). _Pasigraphie und Antipasigraphie... ou sur la
-découverte récente d'une langue universelle pouvant servir à tous les
-peuples_, Leipzig, 1799, in-12, 268 pag.
-
-WALLIS (J.). _Opera miscellanea_, Oxoniæ, 1699, in-folio. Dans son
-traité _De combinationibus et alternationibus_, ce célèbre
-mathématicien donne des exemples de déchiffrement, sans expliquer
-toutefois les méthodes dont il fait usage.
-
-WILDVOGEL (Ch.). _Diss. de scripturis terribilibus_, Francof., 1719,
-in-4.
-
-WILKINS (évêque de Chester). _Mercure ou le Messager secret et prompt
-où l'on montre comment on peut communiquer vite et sûrement ses
-pensées à un ami éloigné_, Londres, 1641, in-4. (L'ouvrage est en
-anglais.)
-
---_Essay towards a real charater and a philosophical language_,
-Londres, 1668, in-folio. Un extrait de cet ouvrage, devenu fort rare,
-se trouve dans les _Transactions philosophiques_, nº 35.
-
-WOLKE (C. H.). _Erklærung wie wechselseitige Gedankenmittheilunen
-aller cultivirten Voelker des Erdkreises, oder die Paxiphrasie möglich
-und ausüblich sey, ohne Erlernung irgend einer neuen besondern, oder
-einer allgemeinen Wortschrift oder Zeichensprache_, Dessau, 1797.
-
-
-FIN.
-
-
-
-
-TABLE DES CHAPITRES.
-
-
- CHAPITRE Ier. Définition de la Cryptographie, son origine;
- notions historiques. 1
-
- CHAP. II. Auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie. 35
-
- CHAP. III. Règles et procédés de Cryptographie. 91
-
- CHAP. IV. Des diverses sortes d'écritures et des différents
- langages de convention qui se rattachent à la correspondance
- occulte. 156
-
- CHAP. V. Du rôle de la Cryptographie dans la littérature. 186
-
- CHAP. VI. Des livres à clef. 202
-
- CHAP. VII. Du déchiffrement. 208
-
- CHAP. VIII. Des écritures occultes. 225
-
- Bibliographie. 242
-
-
-
-
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-
---De nombreuses erreurs ont été imprimées dans cet ouvrage; peu
-d'entre elles ont été corrigées lors de la création de ce fichier.
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- --page 41: "Un méchant vous demande une lettre d'introduction
- auprès d'un de ses amis", "ses amis" a été remplacé par "vos amis".
-
- --page 144: "La première lettre de la dépêche, l, correspond à la
- quatrième, o; la seconde, e, à la quatrième,", "la seconde, e, à
- la quatrième," a été remplacé par "la seconde, e, à la septième,".
-
- --page 197: "Conserui et dxoop nfouxnb delituit", "nfouxnb" a été
- remplacé par "nfouxmb".
-
- --page 220: "la consonne c est toujours liée au c", "liée au c" a
- été remplacé par "liée au h".
-
---Page 151: La note 5 n'a pas de référence dans le texte.
-
---Les mots contenus dans [] sont imprimés dans des cases (ex: page 120).
-
---Cet ouvrage contient de nombreux signes qui ne peuvent être reproduit
-dans ce fichier; ils ont été remplacés par [Gl.] pour Glyphe, [Pt.]
-pour Point, etc.
-
- --Les signes enclos dans [= =] sont encadrés dans l'ouvrage.
-
- --Chiffres précédés par [- sont surmontés d'un trait; ceux précédés
- par [" de deux points.]
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of La Cryptographie, by Bibliophile Jacob
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA CRYPTOGRAPHIE ***
-
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