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Travers and the -Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net -(This book was produced from scanned images of public -domain material from the Google Print project.) - - - - - - - - - - LES SECRETS DE NOS PÈRES - - RECUEILLIS - - PAR LE BIBLIOPHILE JACOB - - - LA - - CRYPTOGRAPHIE - - OU - - L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES - - - - - PARIS - ADOLPHE DELAHAYS, LIBRAIRE-ÉDITEUR - 4-6, RUE VOLTAIRE, 4-6 - - 1858 - - PARIS.--IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1. - - - - -LA - -CRYPTOGRAPHIE - -OU - -L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES. - - - - -CHAPITRE PREMIER. - -DÉFINITION DE LA CRYPTOGRAPHIE; SON ORIGINE; NOTIONS HISTORIQUES. - - -Nous allons essayer de faire connaître quelques-uns des procédés mis -en usage afin de permettre à des personnes séparées par des distances -souvent considérables, de communiquer entre elles, en recouvrant ces -communications du voile du mystère. - -Ces procédés forment une véritable science qui a reçu, comme tant -d'autres, un nom tiré du grec. - -La Cryptographie ou Stéganographie est l'art d'écrire de façon à -dérober à autrui la connaissance de ce qu'on a tracé. - -On peut s'efforcer de dissimuler l'existence de l'écrit. On emploie, -en ce but, les encres du sympathie dont nous parlerons plus tard, ou -bien l'on tâche de cacher soigneusement le papier auquel on a confié -son secret. - -Mais plus habituellement on a recours aux divers procédés en usage -afin de jeter, sur une dépêche qui peut tomber dans des mains -indiscrètes, un voile qu'on fait de son mieux pour rendre -impénétrable. - -Pour atteindre ce but: - -On abrège les mots d'après un système convenu (c'est la Brachygraphie -ou Sténographie). - -On fait usage des signes dont le sens est arrêté entre les -correspondants: des lettres, des chiffres, des signes employés dans -les mathématiques et dans la chimie, des points, des lignes, des -figures quelconques ou de fantaisie, des couleurs, etc., sont d'une -grande ressource en semblable occasion. - -On emploie des mots et des phrases, auxquels on convient de donner un -sens tout autre que celui qu'on y attache dans le cours ordinaire des -choses. - -Il y a toujours eu, il y aura toujours des secrets, qu'il faudra bien -confier au papier afin de les transmettre à des correspondants dont on -est séparé par des distances plus ou moins grandes; mais on est bien -aise de dérober aux investigations d'une curiosité indiscrète ces -communications mystérieuses. - -Il a donc fallu recourir à des moyens destinés à voiler le sens des -avis qu'on voulait transmettre. De là l'origine de l'écriture en -chiffres. - -De même que tous les arts, celui-ci débute par des essais naïfs et -incomplets. Les écrivains de l'antiquité en ont conservé le souvenir. - - -§ Ier. - - De la Cryptographie chez les peuples de l'antiquité. - -Hérodote nous fait connaître divers procédés un peu primitifs auxquels -eurent recours, faute de mieux, certains personnages plus ou moins -célèbres dans les annales de ces temps reculés. - -C'est d'abord un esclave dont on rase la tête, et sur la peau nue de -son crâne on trace quelques mots laconiques, mais d'un grand sens. On -laisse aux cheveux le temps de repousser, et on expédie cette épître -d'un nouveau genre à l'ami qu'il s'agit d'instruire de choses -importantes. Les perruques n'avaient point été inventées à cette -époque; elles auraient été d'une grande utilité en pareille -circonstance. Il va sans dire qu'un pareil procédé n'est point -susceptible d'une application fréquente. - -Un seigneur de la Cour de Perse, ayant à transmettre à Cyrus un avis -essentiel, s'avisa d'une invention qui ne rentre pas précisément dans -l'écriture chiffrée, mais qu'il est bon de consigner ici; laissons -parler Hérodote: - -«Harpage voulut découvrir à Cyrus son projet, mais, comme ce prince -était en Perse et que les chemins étaient gardés, il ne put trouver, -pour lui en faire part, d'autre expédient que celui-ci: S'étant fait -apporter un lièvre, il ouvrit le ventre de cet animal d'une manière -adroite et sans arracher le poil, et, dans l'état où il était, il y -mit une lettre où il avait écrit ce qu'il avait jugé à propos. L'ayant -ensuite recousu, il le remit à celui de ses domestiques en qui il -avait le plus de confiance, et lui ordonna de le porter à Cyrus, et de -lui dire, en le lui présentant, de l'ouvrir lui-même et sans témoins.» - - -§ II. - - La scytale des Lacédémoniens. - -Le gouvernement de Sparte transmettait ses ordres à ses généraux au -moyen d'une espèce de _courroie_. Voici de quelle façon Plutarque -raconte le fait dans la vie de Lysandre; nous faisons usage de la -traduction naïve du vieil Amyot: - -«Les éphores luy envoyèrent incontinent ce qu'ilz appellent la scytale -(comme qui diroit la courroye), par laquelle ilz luy mandèrent qu'il -eust à s'en retourner aussitost comme il l'auroit reçue. Cette scytale -est une telle chose: quand les éphores envoient à la guerre un général -ou un admiral, ilz font accoustrer deux petits bâtons ronds et les -font entièrement égaler en grosseur et en grandeur; desquelz deux -bastons ilz en retiennent l'un par devers eulx et donnent l'autre à -celuy qu'ilz envoyent. Ilz appellent ces deux petits bastons scytales, -et, quand ilz veulent faire secrètement entendre quelque chose de -conséquence à leurs capitaines, ilz prennent un bandeau de parchemin -long et estroit comme une courroye, qu'ilz entortillent à l'entour de -leur baston rond, sans laisser rien d'espace vuide entre les bords du -bandeau; puis quand ilz sont ainsi bien joints, alors ilz escrivent -sur le parchemin ainsi enrollé ce qu'ils veulent, et, quand ilz ont -achevé d'escrire, ilz desveloppent le parchemin et l'envoyent à leur -capitaine, lequel n'y sçauroit aultrement rien lire ny cognoistre, -parce que les lettres n'ont point de suitte ny de liaison continuée, -mais sont escartées l'une ça, l'autre là, jusqu'à ce que, prenant le -petit rouleau de bois qu'on luy a baillé à son partement, il estend la -courroye de parchemin qu'il a reçue tout à l'entour, tellement que le -tour et le ply du parchemin venant à se retrouver en la mesme couche -qu'il avoit esté plié premièrement, les lettres aussi viennent à se -rencontrer en la suitte continuée qu'elles doivent estre. Ce petit -rouleau de parchemin s'appelle aussi bien scytale comme le rouleau de -bois, ne plus ne moins que nous voyons ailleurs ordinairement que la -chose mesurée s'appelle du mesme nom que fait celle qui mesure.» - -Un poëte latin donne une application conforme à celle de Plutarque; -transcrivons ici les cinq vers qui s'accordent avec le récit du -biographe grec: - - Vel Lacedemoniano scytalem imitare, libelli - Segmina Pergamei, tereti circumdata ligno - Perpetuo inscribens versu: qui deinde solutus - Non respondentes sparso dedit ordine formas: - Donec consimilis ligni replicetur in orbem. - -Nous ferons remarquer, en passant, que la scytale ne devait pas être -bien difficile à deviner. En effet, il était aisé de voir en tâtonnant -un peu, quelle était la ligne qui devait se joindre pour le sens à la -ligne d'en bas du papier; cette seconde ligne connue, tout le reste -était aisé à trouver: en supposant que cette seconde ligne, suite -immédiate de la première dans le sens, fût, par exemple, la cinquième, -il n'y avait qu'à aller de là à la neuvième, à la treizième, à la -dix-septième, et ainsi de suite jusqu'au bout, et l'on trouvait toute -la première ligne du rouleau. Ensuite on n'avait qu'à reprendre la -seconde ligne d'en bas, puis la sixième, la dixième, la quatorzième, -et ainsi de suite. Tout cela est aisé à voir, en considérant qu'une -ligne écrite sur le rouleau devait être formée par des lignes -partielles également distantes les unes des autres. - -Un autre Lacédémonien, réfugié auprès du monarque de l'Asie, trouva -dans son patriotisme les moyens de transmettre à Sparte un avis de la -plus haute importance. C'est encore l'historien que nous avons déjà -nommé qui va nous raconter ce fait. Laissons parler Hérodote: - -«Xerxès s'étant déterminé à faire la guerre aux Grecs, Démocrate, qui -était à Suse, et qui fut informé de ses desseins, voulut en faire part -aux Lacédémoniens. Mais, comme les moyens lui manquaient, parce qu'il -était à craindre qu'on ne le découvrit, il imagina cet artifice. Il -prit des tablettes doubles, en ratissa la cire, et écrivit ensuite -sur le bois de ces tablettes les projets du roi. Après cela, il -couvrit de cire les lettres, afin que, ces tablettes n'étant point -écrites, il ne pût arriver au porteur rien de fâcheux de la part de -ceux qui gardaient les passages. L'envoyé de Démocrate les ayant -rendues aux Lacédémoniens, ils ne purent d'abord former aucune -conjecture; mais Gorgo, femme de Léonidas, imagina, dit-on, ce que ce -pouvait être et leur apprit qu'en enlevant la cire ils trouveraient -des caractères sur le bois. On suivit son conseil, et les caractères -furent trouvés. Les Lacédémoniens lurent ces lettres et les envoyèrent -ensuite au reste des Grecs.» - - -§ III. - - Autres systèmes cryptographiques connus des anciens. - -Blaise de Vigenère, dans son _Traité des chiffres_, livre dont nous -aurons à parler en détail, mentionne quelques-uns des procédés -qu'avaient imaginés les anciens et dont nous venons de fournir des -exemples: - -«Il y en a qui font une incision dans une verge de saulx, estant en -sève dessus l'arbre encore, et la creusent, puis, y ayant inséré les -lettres, la laissent reprendre et reclorre, et coupent la verge. C'est -de l'invention de Théophraste, non des plus spirituelles pour un si -subtil philosophe, joint que cela a besoin de temps, et si la -cicatrice y demeure empreinte tousjours. Le mesme se peut effectuer et -encore plus commodément dans un baston de torche en semblable bois de -sapin creusé, puis enduire la fente avec de la sciure fort subtile et -sassée, de la mesme estoffe destrempée avec de la colle blanche: de -quoy il semble qu'usa Brutus en allant à Delphes, comme le marque -Tite-Live à la fin du premier livre. Et en un autre endroit de la -quatrième Décade, Polycrate et Diognète enfermèrent un brief de plomb -dans une tourte. Il y en a qui enferment leurs lettres dans un caillou -artificiel faict de ceste sorte: On prend des cailloux de rivière -qu'on faict calciner et réduire en poudre passée par un subtil tamis. -Puis on l'incorpore avec sa quarte partie de résine fondue et une de -poix, meslant bien le tout avec un baston, et estant cette composition -encore chaulde et par conséquent molle, enveloppant la lettre dedans, -façonnant le caillou devant le feu à-tout les mains trempées en eau -tiède, de la sorte que bon leur semble; cela faict, on le laisse -sécher.» - -Les Romains empruntèrent à la Grèce toutes les connaissances qu'elle -possédait, mais ils les perfectionnèrent. César employait pour sa -correspondance secrète une méthode que nous aurons occasion de faire -connaître plus tard, et qui aujourd'hui n'arrêterait pas longtemps le -plus novice des déchiffreurs. - -On a attribué à Tullius Tiron, affranchi de Cicéron, l'invention de la -méthode d'écrire en notes tachygraphiques, et on leur a même donné le -nom de _Notes tironiennes_; mais cet art était déjà connu des Grecs. -Tiron a seulement le mérite très-réel d'avoir augmenté le nombre des -signes et de les avoir distribués dans un meilleur ordre. Sa méthode, -perfectionnée par Sénèque et d'autres, s'étendit dans tout l'empire. -On s'en est servi pour les actes publics, en Allemagne, jusqu'à la fin -du dixième siècle; la France y avait renoncé un peu plus tôt. C'est de -là que les officiers publics chargés de la transcription des actes ont -reçu le nom de notaires, qu'ils conservent encore. En cessant de -faire usage des notes tironiennes, on en oublia la signification. -Quelques savants ont entrepris à cet égard des travaux importants; -citons surtout l'_Alphabetum tironianum_ du bénédictin Dom Carpentier -(_Paris_, 1747, in-fol.); on peut recourir également au _Nouveau -Traité de diplomatique_ de D. D. Tassin et Thuilier, ainsi qu'au -_Dictionnaire diplomatique_ de Dom de Vaines. Un ouvrage de J. Gruter, -_Tyronis ac Senecæ notæ_ (1603, in-folio), présente plusieurs milliers -de ces notes; chacune d'elles exprime un mot différent; les traits, -les lignes, les points dont elles se composent, devaient exposer à -bien des méprises, à moins qu'on n'écrivît avec beaucoup de lenteur et -d'attention, et nul doute que pareille écriture ne fût d'un emploi -très-incommode. - -Nous copions cinq notes tironiennes prises au hasard; elles sont un -échantillon fidèle de cette méthode sténographique. - - [Gl.] Clemens. - [Gl.] Mars. - [Gl.] Legitimus. - [Gl.] Imperator. - [Gl.] Patres conscripti. - -Au neuvième siècle, Raban-Maur, archevêque de Mayence, a rapporté deux -exemples d'un chiffre dont les Bénédictins font connaître la clef dans -leur grand _Traité de diplomatique_. Dans le premier exemple, on -supprime les voyelles et on les remplace par des signes convenus; -l'_i_ est désigné par un point, l'_a_ par deux, l'_e_ par trois, l'_o_ -par quatre, l'_u_ par cinq, de telle sorte que, pour écrire: - - _Incipit versus Bonifaciia rchi gloriosique martyris._ - -On mettra - - .Nc.p.t v[Pt.]rs[Pt.]s B::n.f:c.. :rch. gl::r.::s.q[Pt.][Pt.] - m:rt.r.s - -Dans le second exemple, on substitue à chaque voyelle la lettre -suivante. Toutefois les consonnes _b_, _f_, _k_, _p_, _x_, qui, dans -ce système, tiennent lieu de voyelles, conservent aussi leur valeur. - - -§ IV. - - Le chiffre chez les modernes. Anecdotes. - -Nous sommes peu disposé à ajouter foi à l'assertion d'un vieil -historien, d'après lequel le fondateur plus ou moins fabuleux de la -monarchie française aurait été versé dans les mystères de la -Cryptographie. - -«Pharamond, très-puissant roy des François en Germanie, et -quarante-troisième après Marcovir, lorsque par grande puissance il -marchoit sur les limites des Gaules, afin que secrètement il escrivist -de ses affaires, adjousta pour ses secrets des minuties pérégrines et -estranges.» - -Le moyen âge présente peu d'exemples de l'écriture en chiffres; mais, -dès l'époque de la Renaissance, la nécessité de moyens occultes de -communication se fait de plus en plus sentir au milieu des intrigues -diplomatiques qui se croisent en tous sens. Divers auteurs composent -sur pareil sujet de très-gros livres; des éditions multipliées -attestent l'utilité de pareils écrits, et chacun s'efforce de -découvrir les moyens de rendre impuissants tous les efforts des -investigateurs. - -Au dix-septième siècle, les monarques, les ministres, les -ambassadeurs, font constamment, du chiffre, un usage qui n'a cessé de -s'étendre et de se perfectionner jusqu'à nos jours. - -Les dépêches chiffrées qui se sont amoncelées en quantité immense -durant cette période n'ont point été, la chose va sans dire, livrées à -la publicité; elles sont restées ensevelies dans les archives -secrètes des chancelleries; on peut toutefois rencontrer, dans des -recueils de documents éloignés de l'époque contemporaine, divers -exemples de l'emploi de la Cryptographie, divulgués par la voie de -l'impression. - -La correspondance imprimée d'un érudit célèbre qui exerça -d'importantes fonctions diplomatiques, H. Grotius, présente divers -passages écrits en chiffres. Empruntons quelques lignes à une dépêche -adressée au chancelier de Suède, Oxenstiern, dépêche qu'on lit dans -l'édition d'Amsterdam (1687, in-folio) des _Epistolæ H. Grotii_. - -«Is de quo scripseram 60, 37, 81, 73, nomen habens, 80, 60, 74, 20, -70, 6, 10, 72, 66, 81, 47, 31, 10, 33, 66, 14, 106, 10, 33, 31, 217, -246, ab Eusebio Vindiceque auditus.... Egit plurimum cum 79, 59, 76, -72, 13, 42.» - -Henri IV faisait parfois usage d'un chiffre qui ne paraît pas avoir -été fort compliqué; sa _Correspondance inédite avec Maurice le -Savant, landgrave de Hesse_, publiée par M. de Rommel (Paris, 1840, -8º), en offre plusieurs exemples, citons quelques lignes: - -«Je vous assure que je fais grand estime de leur amitié 67, 69, 68, -62, 74, 74, 18, [-63], 4["9], 14, 16, 49, 19, 31, 42, 15, 38 en est -l'entremetteur. - -Je suis adverty que 53, 52, 21, 84, 49, 27, 53.....» - -Quelques chiffres sont surmontés d'un trait ou du deux points; des -lettres grecques et divers signes employés par les chimistes et les -astronomes se mêlent aux chiffres. L'éditeur a reproduit le tout, sans -chercher à découvrir ce que cachait un voile qu'il aurait dû -s'efforcer de soulever. - -Mentionnons, d'après la _Biographie universelle_, une anecdote qui se -rattache à l'époque dont nous parlons: - -À la fin du seizième siècle, les Espagnols voulurent établir des -relations entre les membres épars de leur vaste monarchie, qui -embrassait alors une grande partie de l'Italie, les Pays-Bas, les -Philippines, et d'immenses contrées dans le Nouveau-Monde; car ils -avaient le plus grand intérêt à ce que leurs communications ne pussent -être découvertes: ils imaginèrent un chiffre qu'ils variaient de temps -en temps, afin de déconcerter tous ceux qui avaient tenté de percer -les mystères de leurs correspondances. Ce chiffre, composé de plus de -cinquante signes, leur fut d'une grande utilité pendant les troubles -de la Ligue et les guerres qui désolèrent alors l'Europe. -Quelques-unes de ces dépêches ayant été interceptées, Henri IV les -remit à un géomètre habile, Viete, en le chargeant d'en trouver la -clef. Le mathématicien y réussit, et il parvint même à saisir le -chiffre dans toutes ses variations. La France profita pendant deux ans -de cette découverte. La Cour d'Espagne, déconcertée, accusa le -gouvernement français d'avoir à ses ordres des sorciers et de -recourir au diable afin d'obtenir la révélation des secrets -cryptographiques. Elle demanda que Viete fût jugé comme un négromant: -elle porta ses plaintes à Rome. Une prétention aussi ridicule n'excita -que le rire; le géomètre aurait pu cependant avoir des tracasseries -sérieuses, s'il n'eût été, en cette affaire, soutenu par un puissant -monarque; toute accusation de sorcellerie pouvait, en 1600, avoir des -conséquences extrêmement graves. - -L'histoire conserve le souvenir de diverses anecdotes dont l'emploi -des chiffres a été la cause; nous allons en relater quelques-unes: - -Dans le cours des longues négociations qui firent durer pendant tant -d'années le Congrès de Westphalie, les plénipotentiaires de diverses -puissances demandèrent à connaître les propositions que faisait -l'Empereur d'Allemagne concernant certains points en litige; son -ambassadeur, Isaac Voltmar, s'excusa de ne pouvoir les communiquer, en -alléguant qu'elles étaient écrites en chiffres et qu'il lui fallait -trois semaines pour en avoir la clef. Cette réponse excita un -mécontentement général, et l'envoyé du duc de Savoie s'écria: -«N'avons-nous point parmi nous le nonce du Pape, et n'est-il pas -certain que le Saint-Père a dans ses mains la clef qui lie et qui -délie? (_clavem ligandi et solvendi_). Adressons-nous donc à lui, afin -qu'il nous donne la clef qui est si nécessaire en ce moment.» - -Une autre circonstance originale se montra au commencement du -dix-huitième siècle: - -L'électeur de Brandebourg, Frédéric III, avait formé le projet de -s'élever au rang des têtes couronnées et de convertir en royaume son -duché de Prusse. Il était presque impossible que ce projet pût -s'effectuer sans l'assentiment de l'Empereur d'Allemagne, suzerain du -Corps germanique. Des négociations furent donc ouvertes à Vienne: -elles s'y traînèrent des années entières; des difficultés nombreuses -s'opposaient à l'accomplissement des voeux de l'Électeur. Son ministre -auprès de la cour d'Autriche, le baron de Barthololi, se servait, pour -sa correspondance, d'un chiffre dans lequel chaque lettre de -l'alphabet était représentée par un nombre convenu; d'autres nombres -exprimaient des noms de personnes ou de lieux. - -Cette nomenclature comprenait, entre autres personnages, un jésuite, -le père Wolf, qui avait accompagné à Berlin l'ambassadeur d'Autriche, -en qualité de chapelain, et qui se livrait avec activité à des -intrigues politiques. - -Le nombre 24 signifiait l'Électeur, 110 l'Empereur, 116 le père Wolf. - -Barthololi écrivit, un jour, de Vienne, que, pour faire avancer -l'affaire, il était indispensable que 24 (l'Électeur) adressât une -lettre autographe à 110 (l'Empereur). - -Le 0 de ce dernier nombre, étant tracé à la hâte, fut pris pour un 6, -et l'on en conclut à Berlin qu'il fallait que l'Électeur écrivît de sa -main au père Wolf. - -Frédéric III n'hésita point, et, bien que cette démarche pût lui -paraître étrange et qu'elle choquât son orgueil, il adressa de suite -au père Wolf une longue épître écrite en entier de sa main et dans -laquelle, expliquant, justifiant ses projets, il s'efforçait d'obtenir -l'appui du bon père, auquel il prodiguait les compliments et les -promesses. - -Le jésuite fut aussi surpris que flatté de recevoir une pareille -communication: elle le décida à ne rien épargner pour faire réussir -les vues du prince qui venait ainsi se mettre sous sa protection; il -s'adressa au confesseur de l'Empereur; des lettres allèrent à Rome -trouver le général de la puissante société; bientôt tous les obstacles -qui s'étaient jusqu'alors accumulés s'aplanirent, et, grâce a cette -méprise fortuite dans une dépêche chiffrée, grâce à ce 0 qui parut -transformé en un 6, l'Électeur obtint de la cour de Vienne ce que -peut-être, sans cet incident, elle lui aurait toujours refusé. Autre -chapitre à joindre à la piquante histoire des très-petites causes qui -amènent de grands événements. - - -§ V. - - Cartes mystérieuses de M. de Vergennes. - -Sous le règne de Louis XV et de Louis XVI, l'écriture chiffrée devint -de plus en plus l'indispensable auxiliaire de la diplomatie; les -divers cabinets de l'Europe, engagés dans une interminable -complication d'intrigues politiques, s'efforçaient mutuellement de se -dérober leurs secrets. On enlevait les courriers, on corrompait à -force d'or les employés des chancelleries. Afin de résister aux -tentatives d'une curiosité aussi irritée, il fallut inventer des -raffinements cryptographiques de plus en plus mystérieux. - -Le comte de Vergennes, ministre des affaires étrangères sous Louis -XVI, faisait usage, dans ses relations avec les agents diplomatiques -de la France, de procédés occultes, dont un Allemand, J. F. Opitz, -avait, dit-on, été l'inventeur. Ce chiffre était employé dans les -lettres de recommandation ou dans les passeports qu'on donnait aux -étrangers qui se rendaient en France; il servait à fournir, sur eux et -à leur insu, des renseignements dont ils étaient eux-mêmes porteurs -sans le soupçonner le moins du monde. La patrie, l'âge, la religion, -la profession, le caractère, les vertus et les vices, le signalement -du personnage qu'on désignait ainsi au ministre, les motifs de son -voyage, tous ces détails et bien d'autres encore se trouvaient -indiqués sur une simple carte où rien ne sollicitait l'attention des -profanes qui n'étaient point initiés à de pareils mystères. - -Entrons à ce sujet dans quelques particularités: - -La couleur de la carte désignait la patrie de l'étranger. Le blanc -était affecté au Portugal, le rouge à l'Espagne, le jaune à -l'Angleterre, le vert à la Hollande, le blanc et le jaune à Venise, -rouge et vert à la Suisse, rouge et blanc aux États de l'Église, vert -et jaune à la Suède, vert et rouge à la Turquie, vert et blanc à la -Russie, etc. - -L'âge du porteur était exprimé par la forme de la carte. Si elle était -circulaire, c'était l'indice qu'il avait moins de vingt-cinq ans; de -25 à 30, ovale; de 30 à 45, la carte était octogone; de 45 à 50, elle -était hexagone; de 55 à 60, c'était un carré; au-dessus de 60, un -carré long. - -Deux lignes placées au-dessous du nom du porteur de la carte -indiquaient sa taille. S'il était grand et maigre, les lignes étaient -ondoyantes et parallèles; grand et gros, elles se rapprochaient l'une -de l'autre; une stature moyenne et petite se trouvait signalée par des -lignes droites ou courbes placées à des distances plus ou moins -éloignées. - -L'expression de la physionomie était indiquée au moyen de la figure -d'une fleur placée dans la bordure qui entourait la carte. Une rose -désignait une physionomie ouverte et aimable, une tulipe exprimait un -air pensif et distingué. - -Un ruban était entortillé autour de la bordure, et, selon qu'il -descendait plus ou moins bas, il faisait savoir si le recommandé était -célibataire, marié ou veuf. - -Des points placés également dans la bordure révélaient la position de -fortune. - -La religion du personnage, qu'on signalait de la sorte, était indiquée -au moyen d'un signe de ponctuation placé après son nom. S'il était -catholique, on mettait un point; luthérien, un point et une virgule; -calviniste, une virgule; juif, un trait d'union. S'il passait pour -athée, on ne mettait aucun signe. - -Des points placés au-dessus, au-dessous ou à côté de quelques mots, de -petits signes mis dans les angles de la carte, dans le genre de -ceux-ci: - -[Gl.], [Gl.], [Gl.], [Gl.], - -et qui pouvaient passer pour de simples ornements sans conséquence, -indiquaient les qualités, les défauts, l'instruction du porteur de la -carte. En y jetant un coup d'oeil, le ministre apprenait en une -minute, aussi bien qu'il l'eût fait en lisant une page entière de -raisonnements, si l'individu auquel on avait remis pareil billet, -était joueur, vicieux ou duelliste; s'il venait en France pour se -marier, pour recueillir une succession ou pour se livrer à l'étude; -s'il était médecin, journaliste, homme de lettres; s'il méritait -d'être soumis à une surveillance, ou bien s'il ne devait inspirer -aucun soupçon. Rien ne pouvait faire soupçonner qu'il y eût autant de -secrets dans un simple billet de l'aspect le plus inoffensif, et -conçu, par exemple en ces termes: - - ALPHONSE D'ANGEHA - recommandé à monsieur - le comte de Vergennes par le marquis - de Puysegur, ambassadeur de France - à la cour de Lisbonne. - -Mais les lignes placées au-dessous du nom du porteur, les signes de -ponctuation, les ornemente très-peu multipliés jetés dans les coins de -la carte, étaient gros de révélations que nul n'aurait soupçonnées. - -Tout ceci est d'ailleurs raconté beaucoup plus longuement que nous ne -devons le faire, dans une brochure devenue fort rare et imprimée en -langue allemande vers 1793. Elle a pour titre: «Correspondance de la -police secrète du comte de Vergennes, ministre de l'infortuné roi -Louis XVI.» - - -§ VI. - - La Cryptographie au dix-neuvième siècle. - -Les grands événements dont l'Europe a été le théâtre depuis une -soixantaine d'années, ont fait sentir de plus en plus l'utilité de -l'écriture chiffrée. - -Dans le cours des opérations militaires, les ordres, les dépêches, -sont très-fréquemment interceptés; il peut en résulter les -conséquences les plus graves. L'ennemi apprend de la sorte des choses -qu'il est d'un intérêt immense de lui tenir cachées: si le sens des -lettres dont il s'empare est caché sous un mystère qu'il ne peut -percer, il n'a plus entre les mains qu'un chiffon de papier qui ne lui -est d'aucun secours. - -Quelques lettres de l'empereur Napoléon, écrites dans le cours de ses -campagnes et publiées dans divers ouvrages historiques, montrent que -deux chiffres, le grand et le petit, étaient en usage parmi les -généraux français pour correspondre entre eux et avec l'état-major -général. D'un autre côté, il est certain que beaucoup de dépêches -importantes n'ont jamais été chiffrées. L'_Histoire de la guerre de la -Péninsule_, par le colonel anglais Napier, renferme un grand nombre de -lettres écrites par le roi Joseph, par des maréchaux, par des -ambassadeurs, par le ministre de la guerre à Paris; ces lettres, -remplies de détails importants, furent interceptées par les guérillas -et saisies avec les voitures de la cour lors de la bataille de -Vitoria. Si on avait eu la précaution de les mettre à l'abri sous un -procédé cryptographique habilement choisi, elles n'auraient jamais -figuré à la suite des récits d'un adversaire des armées françaises. - -Nul doute qu'à l'heure actuelle les diplomates n'aient encore, pour -leurs communications les plus intimes et les plus secrètes, recours à -l'art du chiffre. Nous ne saurions dire quels sont maintenant les -systèmes qui obtiennent la préférence, mais nous pensons qu'ils ne -s'imitent pas de ceux dont nos pères faisaient usage et qu'il nous -reste à faire connaître. Il est difficile d'imaginer en ce genre -quelque chose de mieux que ce qui a déjà été découvert. - -Nous avons à passer en revue les écrivains qui ont successivement -exposé les mystères de la Cryptographie. - - - - -CHAPITRE II. - -AUTEURS QUI ONT ÉCRIT SUR LA CRYPTOGRAPHIE. - - -§ Ier. - - L'abbé Trithème. - -Le premier auteur qui ait traité _ex professo_ et en détail l'art -d'écrire en chiffres fut le célèbre Trithème, mort en 1516, abbé de -Saint-Jacques à Wurtzbourg. Polygraphe actif, historien, biographe, -auteur d'un grand nombre de livres ascétiques, il ne nous appartient -que comme ayant mis au jour deux ouvrages, l'un sur la _Polygraphie_, -l'autre sur la _Stéganographie_ (_Steganographia, hoc est, ars per -occultam scripturam animi sui voluntatem absentibus aperiendi certa_). -La Polygraphie fut publiée pour la première fois à Oppenheim, en 1518, -deux ans après la mort de l'auteur; elle a souvent été réimprimée -durant le siècle qui suivit sa mise au jour. Il en existe une -traduction française par Gabriel de Collange, sous le titre de -_Polygraphie et universelle escriture cabalistique, avec la -clavicule_, etc. (_Paris_, 1541. 4º). Ce mot de _Polygraphie_ ne doit -point s'appliquer, comme d'usage, à des mélanges d'écrits de -différents genres ou sur divers sujets: Trithème veut seulement -enseigner à écrire un même mot, de plusieurs manières. Il donne des -alphabets nouveaux, composés, soit de lettres étrangères les unes aux -autres, soit de caractères de convention. Quant à la _Stéganographie_, -les expressions bizarres qui y abondent firent prendre ce traité pour -un livre de magie, et telles furent les clameurs de quelques individus -faciles à épouvanter, que le comte palatin Frédéric II, surnommé -pourtant le Sage, livra aux flammes le manuscrit autographe qui se -conservait dans sa bibliothèque. - -Il est impossible de ne pas convenir que, surchargés de détails -inutiles, accablés d'une foule de réflexions mystiques, de -considérations allégoriques, et se traînant sous le poids d'une -immense érudition cabalistique qui étale hors de tout propos les -rêveries creuses et les imaginations folles des vieux rabbins[1], les -ouvrages de Trithème sont des lectures les plus indigestes et les -plus pénibles auxquelles on puisse se condamner. Il faut du courage et -de l'attention, pour démêler au milieu de toutes ces digressions et de -toutes ces rêveries les procédés de Cryptographie qu'indique l'abbé de -Saint-Jacques. - -[Note 1: Parmi les nombreux écrits qui montrent à quel point Trithème -était infatué de pareilles idées, il faut citer sa _Chronologia -mystica de septem secundeis sive intelligentiis orbes post Deum -moventibus_. Une ancienne doctrine platonique ou cabalistique plaçait -dans chaque sphère céleste une intelligence chargée de la gouverner. -Trithème s'efforce de rattacher, à ce système, des notions historiques -et d'en établir la réalité. Un pareil livre n'eut pas moins de six ou -sept éditions. Il n'est pas surprenant que ces rapsodies -inintelligibles aient trouvé de nombreux lecteurs, et il est -extrêmement probable que le docte abbé ne se comprenait pas toujours -lui-même, lorsqu'il développait ses étranges imaginations.] - -Essayons de donner une analyse succincte des quatre livres dont se -compose la _Stéganographie_. - -Le premier livre comprend trois cent soixante-seize répétitions de -l'alphabet formé de vingt-quatre lettres; à chaque lettre correspond -un mot de la langue; le tout forme un total de neuf mille vingt-quatre -mots. Afin de faire bien comprendre ce système, il convient de -transcrire quelques-uns de ces alphabets; nous reproduirons le -premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23e, -216e et 319e). - - a Jésus, l'amour. - b le Dieu, la dilection. - c le Sauveur, la charité. - d le modérateur, la révérence. - e le pasteur, l'obéissance. - f l'auteur, le service. - g le rédempteur, le zèle. - h le prince, la mémoire. - i le fabricateur, le souvenir. - k le conservateur, la souvenance. - l le gouverneur, la faveur. - m l'empereur, l'affection. - n le roi, la loi. - o le recteur, la foi. - p le juge, l'espérance. - q l'illustrateur, le commandement. - r l'illuminateur, la recordation. - s le consolateur, la parole. - t le Seigneur, la connaissance. - u le dominateur, le saint. - x le créateur, l'amitié. - y le psalmateur, la promesse. - z le souverain, l'ordonnance. - & le protecteur, la bienveillance. - - a fragiles, Europe. - b misérables, Candie. - c ingrats, Hongrie. - d ignorants, Panonie. - e iniques, Pologne. - f injustes, Germanie. - g malheureux, Saxe. - h malicieux, Helvétie. - i obstinés, Suède. - k perdus, Italie. - l pécheurs, Romanie. - m criminels, Lombardie. - n volontaires, Espagne. - o vains, Andalousie. - p mauvais, Castille. - q détestables, Gaule. - r abominables, Bretagne. - s damnables, Normandie. - t immondes, Aquitaine. - u indigents, Guyenne. - x pauvres, Gascogne. - y pusillanimes, Auvergne. - z pervers, Bourgogne. - & abjects, France. - -Vous pouvez, au moyen de ces alphabets, exprimer votre pensée d'une -façon inintelligible pour les non initiés, et voici comment: Écrivez -d'abord sur un morceau de papier, que vous détruirez ensuite, ce que -vous voulez faire savoir, et traduisez, en posant pour la première -lettre le mot qui lui correspond dans le _premier alphabet_; pour la -seconde lettre, cherchez dans le second alphabet le mot à côté duquel -elle est placée; ainsi de suite. On a de la sorte une suite de mots -qui ne présente qu'une série de non-sens, mais, si notre correspondant -est muni (comme il doit l'être) de la copie exacte des alphabets dont -vous avez fait usage, il n'aura nulle peine à découvrir le sens qui se -cache sous cette enfilade de mots, étonnés de s'y trouver placés dans -une série bizarre. - -Trithème rend ceci fort clair au moyen d'un exemple; nous allons le -reproduire exactement: Un méchant vous demande une lettre -d'introduction auprès d'un de vos amis avec lequel il veut se lier. -Vous avez des motifs pour ne pas repousser cette prière; d'un autre -côté, vous voulez transmettre des renseignements exacts sur votre -recommandé. Vous le chargez alors de remettre à celui qu'il va -trouver, un écrit qui présente les phrases suivantes: - -«Le Roi universel exornant les corps manifeste aux languissants sûreté -immortelle avec ses sanctifiés en béatitude Amen. La charité -incompréhensible évangéliquement dénoncée aux hommes, reluctante -d'exhortation, réduit les injustes bannis aux choses profanes, faisant -de vilipender la recordation du Rédempteur des cieux et aussi la -compagnie de la volupté ineffable que poursuivre. Parquoy, ô immondes, -soutenez pureté et serez recueillis aux règnes des déifiés et là -perpétuellement prédestinés. Abolissez donc les dissimulations de -cette charnalité, puisqu'estes heureusement compris aux exaltations du -modérateur tout voyant.» - -Cherchez à quelle lettre du premier alphabet correspond le premier -mot de cette oraison _polygraphique_, et vous trouvez la lettre _n_ à -côté du mot _le roi_. Passant au second alphabet, vous verrez que le -mot _universel_ signifie _e_. Au troisième alphabet, vous remarquerez -la lettre _v_ à côté du mot _exornant_. Au quatrième alphabet vous -noterez la lettre _o_ comme étant en regard de _les corps_: et le -cinquième montrera un _v_ dans la même ligne que le mot _manifeste_. -En continuant de la sorte, vous trouverez que la phrase ci-dessus se -traduit exactement par: - -«Ne vous servez de ce porteur, car il est menteur et larron.» - -Trithème explique qu'avec ce système on peut s'exprimer -très-facilement dans quelque langue que ce soit, il en fournit des -exemples pour l'italien et le latin; la phrase suivante: - -«Imaginez, terriens immondes, très-vite se ruinent terriennes, -ardemment fraudes avez; glace faillirez, présumerez, malheureux, etc.» - -Signifie tout simplement: _Te moneo, amice, ne in hoc negocio -immisceas_. - -L'auteur fait remarquer: - -Qu'il ne faut jamais «qu'en aucun ordre et rang alphabétique une -diction soit doublée, répétée, réitérée, ni mise en écrit par deux -fois.» - -Qu'il ne faut pas qu'il y en ait d'oubliées ni d'omises. - -On ne doit prendre qu'un seul mot dans chaque alphabet, et il est -essentiel de ne pas laisser passer un seul alphabet sans y prendre une -expression. - -Les mots qu'on traduit en langage polygraphique doivent être écrits -tout au long, sans abréviation, distinctement et dûment séparés. - -Il va sans dire que l'individu avec lequel vous correspondez de la -sorte doit posséder un recueil d'alphabets exactement et de tout point -semblable à celui dont vous faites usage. Chacun peut composer en ce -genre un livre analogue à celui de Trithème, et il est bon que les -rois et princes en possèdent un certain nombre, afin de s'entendre -avec leurs ambassadeurs et leurs généraux, d'une manière qui ne soit -pas uniforme. - -On peut aussi convenir qu'on changera ou transportera l'ordre des mots -contenus dans chaque alphabet, et ces transpositions, qu'il y a moyen -de varier à l'infini, augmentent beaucoup la difficulté qu'offre le -déchiffrement d'une lettre écrite selon la méthode polygraphique. - -Il serait possible qu'on trouvât des inconvénients à recourir, soit à -la langue française, soit à tout autre idiome, pour la formation des -alphabets. Trithème a prévu cette difficulté; il s'est efforcé de la -résoudre, en composant des alphabets qui offrent des mots qui, -n'appartenant à aucun dialecte, peuvent servir de langue universelle. -C'est dans un jargon cabalistique ayant avec l'hébreu un certain air -de famille, qu'il est allé puiser ses matériaux. Un exemple devient -nécessaire. - -_Cabalit mossu abru massu basin sophus strabil caffulun_, etc. - -Un travail analogue à celui que nous avons déjà indiqué fera connaître -que «ces mots pérégrins,» ce langage barbare et étrange signifie: - -«Ne venez en cour, car le roi est fort offensé contre vous.» - -Le troisième livre de la _Polygraphie_ est consacré à des séries -d'alphabets de mots cabalistiques, mais il y a ici un raffinement: la -seconde lettre de chaque mot doit être extraite et écrite à la suite -l'une de l'autre; ces lettres réunies donnent le sens qu'on veut -couvrir d'un voile. - -_Anna mesar dvain rosas dumera asion afang lisamar neparo uzafun amar -achiet benadas epalam ronis orrifer olrimech mesarym lucyphus arosan_. - -Un travail dans le genre de celui dont nous avons donné l'idée, -montrera que ceci veut dire: - -«Ne vous fiez à ce porteur.» - -Il va sans dire qu'on peut convenir que la lettre significative sera -la troisième, la quatrième, n'importe enfin laquelle de chaque mot. -L'abbé de Saint-Jacques convient, d'ailleurs, que ce procédé n'est pas -trop sûr et secret, «car tout homme d'esprit et de savoir, par cas -fortuits, tant par sa curiosité que par son labeur et industrie, -pourroit trouver le secret et occulte mystère caché sous cette -écriture.» - -Le quatrième livre expose la méthode bien connue de la transposition -des lettres alphabétiques; «on peut faire et composer autant -d'alphabets différents et dissemblables, qu'il y a d'étoiles au -ciel.» - -Les vingt-quatre lettres répétées de manière à former un carré de la -façon suivante (nous nous bornons à en donner l'esquisse): - - ABCDEFG YZ - Bcdefgh 6A - Cdefghi B - De C - Ef G - Fg : - Gh : - : : - : : - : : - Y : - ZABCD XY - -peuvent former un grand nombre d'alphabets; on peut choisir celui -qu'on veut, et, une fois qu'on s'est mis d'accord, en faire usage pour -la correspondance secrète. - -Trithème passe ensuite à un alphabet numéral, «qui ne sera trouvé -moins sur et secret qu'il est nouveau et moderne.» - - a a 1 g f 7 n ic 13 t ih 19 - b b 2 h g 8 o id 14 u k 20 - c c 3 i h 9 p ie 15 x ka 21 - d d 4 k i 10 q if 16 y kb 22 - c e 5 l ia 11 r if 17 z kc 23 - f f 6 m ib 12 t ig 18 & kd 24 - -Avec ce système, les mots _traître_ et _méchant_ s'énoncent sous la -forme suivante: ih. if. a. h. ig. ih. if. e. kd. ib. e. ig. c. ic. a. -i. ih. - -Cette façon de cacher sa pensée est fort difficile à pénétrer; car, -suivant la remarque de l'auteur, «tous ceux qui verront l'écriture -faicte en ceste sorte et par cest alphabet, penseront et croyront que -ce sera transposition de lettres et travailleront pour néant à la -supputation et recherche d'icelles.» - -Il va sans dire que Trithème n'oublie pas un alphabet formé des -lettres ordinaires distribuées «par ordre confus, irrégulier et sans -ordre ni règle.» Il est aisé d'en composer une foule de ce genre. En -voici un exemple: - - a _o_ g _t_ n _c_ t _e_ - b _p_ h _b_ o _x_ u _k_ - c _q_ i _x_ p _h_ x _n_ - d _r_ k _&_ q _y_ y _m_ - e _i_ l _x_ r _d_ z _l_ - f _s_ m _z_ s _g_ & _f_ - -La lettre placée dans la seconde colonne doit surtout être substituée -à celle qui se trouve dans la première et qui entre dans l'avis à -chiffrer; vous écrirez: - -_Ildicg todri iki xiusizm ci....._ - -Si vous voulez dire: - -«Prends garde que l'ennemy ne...» - -C'est d'un procédé de ce genre qu'usait César pour correspondre avec -Cicéron et autres personnages de l'époque, selon le témoignage de -Suétone, procédé que l'abbé Trithème expose en ces termes: - -«Pour l'intelligence de ce secret, il falloit changer et prendre la -quatrième lettre de l'alphabet, qui est D, pour la première lettre, -qui est A; E, pour B; F, pour C, et ainsi conséquemment transposer et -changer lesdites lettres alphabétiques.» - - -§ II. - - J. B. Porta. - -La diplomatie italienne avait, au seizième siècle, grand besoin -d'invoquer les ressources de la Cryptographie, afin de couvrir d'un -voile impénétrable des secrets souvent terribles et les plus sinistres -combinaisons. Le Conseil des Dix devait tenir à ce que ces dépêches -fussent constamment lettre close, dans toute la rigueur du mot; les -Borgia, les Visconti, les Farnèse, avaient fréquemment à transmettre -des communications qu'il fallait soustraire à tous les yeux. L'art de -l'écriture chiffrée devint une étude des plus importantes à Milan, à -Florence, à Rome. Un Napolitain, dont l'intelligence chercheuse et -l'active curiosité s'exerçaient sur toutes sortes de sujets[2], J. B. -Porta, réunit et discuta, en s'efforçant de les perfectionner, les -diverses méthodes cryptographiques connues alors au delà des Alpes. -L'esprit net et pratique de cet écrivain le préserva complétement des -aberrations tout à fait étrangères à pareil sujet, auxquelles Trithème -s'était abandonné; il s'efforça d'être utile, mais il pécha par excès -d'imagination. À force de vouloir multiplier les procédés d'écriture -secrète, il prit la peine d'en montrer et d'en décrire un grand nombre -qui seraient d'un usage très-incommode et dont il est bien certain que -jamais personne n'a eu l'idée de faire usage. - -[Note 2: L'agriculture, l'optique, la mécanique, la mnémonique, la -météorologie, la physique, furent tour à tour l'objet des méditations -de Porta. Il fut du nombre de ces hommes hardis, conquérants, qui ne -peuvent échapper à l'influence des préjugés de leur époque, mais qui -découvrent ou pressentent de hautes vérités. - -Son traité _de la Physiognomonie humaine_, 1586, a fourni beaucoup -d'idées à Lavater. Son livre _de la Magie humaine_, très-souvent -réimprimé au seizième siècle, renferme, parmi beaucoup de faits -puérils compilés avec peu de jugement, une foule d'observations -importantes sur les miroirs, la lumière, la statique, etc. Les divers -ouvrages de cet écrivain remarquable sont analysés avec étendue dans -la _Notice historique_ de H. G. Duchesne, _sur la vie et les travaux -de Porta_ Paris, 1801, 8º, 383 pages.] - -L'ouvrage dans lequel Porta a développé ses idées, est intitulé: - -_De furtivis litterarum notis, vulgo de ziferis._ On en compte des -éditions assez nombreuses; nous signalerons celles de Naples, 1563, -4º, et 1602, fº; de Montbelliard, 1592, 8º; de Strasbourg, 1606, 8º, -etc. Cet écrit est divisé en trois livres. - -Le premier, après avoir consacré quelques pages aux hiéroglyphes et à -la sténographie en usage parmi les anciens Romains, passe en revue les -diverses manières de se faire comprendre en dérobant toutefois sa -pensée au vulgaire; le langage allégorique, métaphorique ou -énigmatique, les mots amphibologiques ou entrelacés, coupés ou -renversés, les syllabes insignifiantes ajoutées dans le discours, sont -utiles en pareille circonstance. - -On peut aussi communiquer à distance, sans se parler, et par le simple -son, qui, répété, indique le rang que tient dans l'alphabet chaque -lettre des mots qu'on veut porter à une oreille amie; deux corps -frappés l'un contre l'autre, des coups donnés sur une muraille d'après -une manière convenue, servent également d'interprète. - -Les signes muets, tels que les gestes, l'emploi des emblèmes, celui -des signaux au moyen des flambeaux, occupent tour à tour Porta. - -Le douzième et dernier chapitre de son premier livre roule sur une -manière ancienne de désigner les nombres par les doigts, d'après -Bède. On n'ignorait point, dans l'antiquité le moyen de converser -secrètement au moyen des doigts, soit en montrant un nombre de doigts -pareil au rang numérique que les lettres qu'on veut désigner tient -dans l'alphabet, soit en indiquant du doigt celles des parties du -corps dont la première lettre indique la lettre qu'il s'agit -d'exprimer. - -Notre auteur arrive à la bandelette ou scytale lacédémonienne, et il -juge avec raison que ce procédé était facile à découvrir; il signale -un moyen très-peu usité, l'emploi du fil, qui, après avoir reçu -l'écriture, peut être roulé en peloton ou être employé à coudre les -bords d'un vêtement. Il observe qu'on peut écrire sur la tranche d'un -livre obliquement inclinée ou sur un jeu de cartes disposé en biseau -ou sur les plumes des ailes déployées d'un pigeon ou d'un autre oiseau -à plumage blanc. - -Il aborde enfin plus nettement la Cryptographie proprement dite. Ce -qu'il ne dit point, peut s'analyser facilement. - -Les diverses manières de désigner l'écriture peuvent se réduire à -trois: la transposition des lettres, qui comprend le renversement des -mots, le changement des figures des lettres, et le changement de -valeur des lettres. - -La transposition des lettres dans un avis que l'on veut donner, peut -s'effectuer d'une foule de façons différentes; la première de toutes -est aussi la plus simple: elle consiste à écrire sur deux lignes, en -mettant alternativement la 1re lettre sur la 1re ligne; la 2e lettre -sur la 2e ligne; la 3e sur la 1re, et la 4e sur la 2e et ainsi de -suite. La difficulté augmente si l'on écrit sur quatre lignes: la 1re -lettre sur la 1re ligne; la 2e sur la 4e; la 3e au bout de la 1re, la -1re au bout de la 4e; la 5e sur la 2e ligne; la 6e sur la 3e; la 7e -au bout de la 2e; la 8e au bout de la 3e, en suivant ainsi le même -ordre pour le reste. - -Veut-on écrire d'une manière encore plus compliquée? On transporte toutes -les lettres de l'avis qu'on veut donner, sur des cadres de diverses -formes, soit carrés, soit triangulaires, soit parallélépipèdes, soit -sinueux, soit en losange, soit en quinconce, soit en demi-cercle, tous -divisés par des rayons qui forment autant de lignes perpendiculaires sur -des lignes droites ou courbes; et, quand l'avis a été écrit de manière à -imiter symétriquement la figure géométrique convenue, on produit la -transposition des lettres en prenant les rayons de lettres, de bas en -haut et de haut en bas, de droite à gauche ou de gauche à droite, de -manière que ces lettres, ainsi rassemblées, ne présentent aucun sens. - -Vous convient-il d'avoir recours à une autre manière de transposer les -lettres, plus indéchiffrable encore? Transcrivez à part ce que vous -voulez mander secrètement; puis écrivez en interligne, les lettres -au-dessous des lettres, une devise quelconque convenue; celle-ci, par -exemple: _L'amour est un malin enfant_, devise, qu'il faut recommencer -une fois, deux fois, trois fois, jusqu'à ce que les interlignes soient -entièrement remplis. Ensuite on a recopié sa missive secrète, et, au -lieu de transcrire par interligne la devise convenue, on met -au-dessous de chaque lettre de la missive le chiffre qui désigne le -rang que chaque lettre de cette devise tient dans l'alphabet. Ainsi, -au-dessous de la première lettre de la missive, au lieu d'un _l_ on -écrit 10; sous la seconde, au lieu d'un _a_, on écrit 1; sous la 3e, -au lieu d'un _m_, on pose 11. Ces deux opérations faites, on prépare -de la manière suivante la missive qui doit être adressée: chaque ligne -est tracée par des points, entre lesquels est un intervalle suffisant -pour y poser les lettres dans le rang que les chiffres de la devise -indiqueront. On part toujours de la dernière lettre posée, pour -compter le nombre des points à passer, avant d'arriver à l'intervalle -où doit être posée la lettre suivante de la missive; et, quand on est -parvenu en comptant jusqu'au dernier point, on recommence à compter -par les premiers points, jusqu'à ce qu'enfin toutes les lettres de la -missive soient placées dans leur rang, de sorte que la devise sert, -comme l'on voit, de clef pour connaître de quelle manière on doit -trouver, dans cette suite de lettres transposées, celles qui forment -un sens pour les remettre à leur place. - -Porta s'occupe ensuite de la façon de découvrir et d'interpréter les -lettres transposées; il ne s'agit que d'essayer de rassembler les 1re, -3e, 5e, 7e, 9e lettres, ou de 11 en 11, ou autrement, jusqu'à ce qu'on -trouve an mot qui forme un sens; lorsqu'on en aura trouvé un, il -deviendra plus facile d'en trouver un autre, en observant l'ordre que -tient chaque lettre du mot trouvé. On comprend qu'à cet égard il n'est -pas possible de donner aucune règle précise; la variété arbitraire des -combinaisons s'oppose à toute règle. - -Notre auteur ne saurait oublier la substitution de nouveaux caractères -de l'alphabet, de manière que les lettres ne ressemblent à aucune de -celles connues. Pour rendre l'écriture plus indéchiffrable, on peut, -entre ces caractères, en insérer d'autres qui n'ont aucune -signification: on les place, soit au commencement, soit au milieu, -soit à la fin des mots, pour mieux tromper les curieux. Il est -certaines lettres qui peuvent être remplacées par d'autres, _q_ par -_cuu_; _x_ par _cs_; _z_ par _ss_; _y_ par _i_. On peut encore éviter -les mots où se trouvent les lettres _h_, _b_, _d_, _p_, _g_, _f_, _u_. -Il est à propos de ne pas se conformer strictement à l'orthographe. -On peut aussi changer une lettre dans un mot, un _o_ pour un _i_, un -_e_ pour _c_; un _r_ pour un _l_; _par_ pour _pré_. Les monosyllabes, -les voyelles seules, doivent être évitées avec soin; elles présentent -moins de difficultés à un déchiffreur exercé, et elles peuvent le -mettre sur la voie. On peut aussi écrire par abréviation. - -Après avoir exposé toutes ces règles, Porta envisage son sujet sous un -autre point de vue: le déchiffrement des dépêches dont on veut -pénétrer le sens. Il recommande de compter d'abord le nombre de -caractères différents employés dans la missive, lesquels ne peuvent -excéder 21 ou 22; s'il s'en trouve davantage, le déchiffrement est -plus difficile, puisqu'il y aurait alors des caractères superflus ou -inutiles. Lorsque les caractères différents sont au-dessous du nombre -21 ou 22, il faut savoir quelles sont les lettres qui manquent, tâche -délicate à laquelle on ne peut procéder que par conjectures. - -Porta s'occupe des moyens de distinguer des voyelles les consonnes. -D'abord, toute les fois qu'on rencontre dans le cours de la missive -cinq caractères différents et fréquemment répétés, on peut être assuré -que ce sont des voyelles. En second lieu, on peut observer quelles -sont les lettres qui sont répétées le moins fréquemment, ce sont les -consonnes _q_, _x_, _y_ et quelquefois l'_h_; en troisième lieu, les -lettres isolées qui ne tiennent à aucun mot sont assurément des -voyelles. En quatrième lieu, lorsque les mêmes formes de caractères -commencent ou achèvent un mot, on doit présumer qu'il y a des -voyelles, car il n'arrive jamais qu'un mot commence ou finisse par -deux consonnes (n'oublions pas que Porta écrit en latin, et que c'est -à cette langue que s'appliquent tous ses raisonnements). -Cinquièmement, il faut faire attention que, lorsqu'au milieu d'un mot -il se trouve deux consonnes, la lettre qui précède et celle qui suit -sont certainement des voyelles. Cependant les lettres _h_, _l_ et _r_ -font quelquefois exception à cette règle, puisqu'on les trouve placées -en troisième consonne dans le mot. Il faut savoir aussi que deux -voyelles peuvent être à côté l'une de l'autre, et que, par conséquent, -les lettres placées avant et après sont des consonnes. - -Notre auteur dirige ensuite sa perception sur les moyens qu'on peut -employer pour découvrir les places qu'occupent les consonnes. Il peut -s'en trouver quatre de suite dans un même mot, comme _phthisie, -diphthongue_: alors l'_h_ aspirée se trouve placée la seconde et la -quatrième; lorsqu'il y a trois consonnes de suite, comme dans -_phrase_, _thrône_, la lettre _h_ est la seconde; et il n'y a que -trois consonnes qui admettent l'_h_, savoir _c_, _p_, _t_. Il y a -quatre consonnes qu'on appelle liquides ou mouillées, savoir _l_, -_m_, _n_, _r_. La consonne _b_ admet les lettres _l_ et _r_; exemple: -_blanc_, _bras_. La consonne _c_ les admet pareillement; par exemple: -_clair_, _scribe_. L'_r_ n'admet que l'_h_. Il est rare de trouver -ensemble l'_m_ et l'_n_, comme dans _Mnemosyne_; le _g_ et l'_n_ comme -dans _ignare_. - -Porta développe ainsi de longues et minutieuses observations sur le -retour plus ou moins fréquent des voyelles, sur leur combinaison avec -les consonnes, mais ces détails se rattachent à la langue latine et ne -sont pas susceptibles d'une application exacte à d'autres idiomes. - -Dans le quatrième livre de son traité, Porta étudie la mutation de la -valeur des lettres, de façon qu'un même caractère puisse représenter -tantôt un _a_, tantôt un _p_, tantôt un _m_. - -Il faut d'abord se faire des caractères inconnus qui représentent -vingt lettres de l'alphabet (le _k_, l'_x_, le _j_ et le _v_ étant -exclus); on a un triple cadran, dont celui du centre est mobile; tous -trois divisés en 20, 24 ou 28 parties égales, de manière que les -espaces de chacun se correspondent très-exactement. Le grand cadran -contiendra la suite des nombres depuis 1 jusqu'à 20, 24 ou 28. Le -second cadran moyen contiendra la série des vingt lettres de -l'alphabet et quatre ou huit cases en blanc, et le petit cadran -concentrique mobile portera les vingt signes en caractères -représentatifs des lettres de l'alphabet, immédiatement placés -au-dessus d'elles. Il faut d'abord écrire en écriture courante l'avis -secret qu'on veut envoyer; puis, cet écrit est mis en caractères -représentatifs des lettres de l'alphabet; mais, pour rendre cette -écriture très-difficile à découvrir, on fait, à chaque lettre, avancer -d'un cran le cadran mobile, de sorte que le caractère qui représentait -un _d_ représente un _e_; pour la lettre suivante, ce même caractère -représente un _f_; et ainsi des autres. De cette manière, le même -caractère ayant diverses représentations, il est aisé de sentir tout -ce qu'un pareil moyen jette d'obscurité dans une correspondance -secrète; mais il faut que les correspondants aient chacun un -instrument pareil et concertent d'avance entre eux la manière de -s'entendre. - -On comprend que nous ne pouvons entrer ici dans la description -détaillée des combinaisons dont ce procédé est susceptible; on le -trouve, dans l'ouvrage de Porta, accompagné d'exemples et de figures -compliquées. Pour suppléer aux cadrans ci-dessus, il donne une table -de permutation très-propre à changer à volonté les signes -représentatifs. - -Les alphabets, fabriqués à plaisir et n'offrant ainsi aucun trait de -lumière aux investigations des curieux, tiennent une grande place -dans le traité du savant napolitain. - -Voici un des modèles de ces alphabets qu'indique Porta et qu'il -regarde comme indéchiffrables. On partage les lettres en trois groupes -de trois lettres et en six groupes de deux, de la façon suivante: - - +-------+-------+-------+ - | a l u | b m x | c n z | - +-------+-------+-------+ - | d o | e p | f q | - +-------+-------+-------+ - | g r | h s | i t | - +-------+-------+-------+ - -Pour répondre à ces neuf groupes, on forme neuf caractères de la forme -que voici: - - [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] - -et on ajoute à chacun d'eux un, deux ou trois points, afin d'exprimer -la place qu'occupe dans le tableau la lettre de l'alphabet qu'on veut -représenter; ainsi l'_n_ sera représenté par [Forme et point], le _g_ -par [Forme et point], l'_u_ par [Forme et point] et le mot _Rome_ -s'écrira: [Forme et point] [Forme et point] [Forme et point] [Forme et -point] - -On donnera aux neuf caractères telle forme qu'on voudra, et il est de -fait que des signes pareils offriront, à quiconque n'en possède pas la -clef, une énigme absolument indéchiffrable. - -Parmi les divers procédés sur lesquels il s'étend avec une -complaisante prolixité, Porta n'oublie pas la méthode dont Trithème -avait déjà formulé le principe; il propose un alphabet où chaque -lettre est accompagnée d'un mot. - - a Deus. - b creator. - c salvator. - d servator. - e judex. - f Domine. - g redemptor. - h liberator. - i sapiens. - k bone. - l benigne. - m æterne. - n juste. - o clemens. - p sancte. - q caste. - r adjuva. - s tuere. - t libera. - u conserva. - w sustenta. - x protege. - y defende. - z ignosce. - -Au lieu de chaque lettre, il s'agit d'écrire le mot qui correspond à -cette même lettre dans le tableau ci-dessus. Ainsi, pour exprimer le -nom de _Roma_, on mettra: _Adjuva clemens æterne Deus_; et la -traduction du mot _hostis_ (l'ennemi) sera _liberator clemens tuere, -libera sapiens tuere_. - -On comprend, d'ailleurs, que ce procédé n'offrirait pas de bien -grandes difficultés à un déchiffreur un peu sagace et au fait des -ressources de son art. - - -§ III. - - Blaise de Vigenère. - -Profitant des recherches de Trithème et de Porta, un écrivain français -du seizième siècle, plus fécond que judicieux, Blaise de Vigenère[3], -mit au jour un gros volume in-4º, lequel ne renferme pas moins de 600 -pages consacrées à la Cryptographie. L'auteur n'a point su se -préserver de l'écueil contre lequel ses prédécesseurs étaient venus -échouer. Au lieu de poser clairement et nettement des règles précises, -au lieu d'indiquer des procédés faciles à comprendre, il se plonge -dans l'océan des rêveries cabalistiques. Il reproduit, en général, les -inventions cryptographiques de Porta. - -[Note 3: Mort en 1596; il remplit d'importantes fonctions -diplomatiques, et il traduisit un grand nombre d'auteurs grecs et -latins; ses traductions sont aujourd'hui vouées à l'oubli le plus -profond, de même que son _Traité des Comètes_ et son _Traité du feu et -du sel_, quoique ce dernier écrit (c'est un livre d'alchimie) ait -obtenu trois ou quatre éditions en France, et qu'il ait même rencontré -des traducteurs qui l'ont fait passer en latin et en anglais.] - -Parmi les diverses méthodes qu'indique Vigenère, nous allons essayer -de faire comprendre la suivante: - -Dressez un tableau composé de huit colonnes et disposé de la manière -qui suit: - - +---+----+----+----+----+----+----+----+ - | | AA | BB | CC | AB | AC | BC | CB | - +---+----+----+----+----+----+----+----+ - | A | a | d | g | l | o | r | u | - | B | b | e | h | m | p | s | x | - | C | c | f | i | n | q | t | z | - +---+----+----+----+----+----+----+----+ - -On cherche, parmi les petites lettres, celle que l'on veut écrire, et, -à sa place, on pose les deux capitales qui sont dans la case -supérieure correspondante à cette lettre; on y joint la capitale de la -ligne horizontale placée à gauche, et on transcrit ces capitales ou -petites lettres; ainsi, pour écrire _le roi_, on voit que la lettre -_l_ correspond par en haut à AB, et à gauche à la lettre A: on pose -_aba_; l'_e_ sera _bbb_; le mot _roi_ s'exprimera par: _bca_, _aca_, -_ccc_. - -Vigenère n'oublie pas l'usage qu'on peut faire de deux exemplaires -d'un même livre: on convient de recourir à une page, la première -venue; on se met d'accord sur une ou deux lignes de cette page, et on -indique les diverses lettres de l'alphabet par des chiffres -correspondant à l'ordre dans lequel ces lettres se présentent. En -prenant pour exemple la troisième ligne du feuillet 3 de l'ouvrage de -Vigenère lui-même, on opérera sur la phrase suivante: - - «Partie de son âme dont elle constitue la différence.» - -et on dressera le tableau suivant: - - p a r t i e d s o n m l .... - 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 .... - -On aura soin de négliger les lettres répétées et de continuer ce -travail sur la ligne suivante si toutes les lettres de l'alphabet ne -se trouvent pas dans la ligne choisie. - -De cette manière, ces deux mots, _le pape_, seraient représentés par -les chiffres suivants: - - 12.6. 1.2.1.6. - -Le _roi_ s'exprimerait en écrivant: - - 12. 6. 3. 9. 5. - -Vigenère remarque que ce chiffre est inexpugnable, sans la -communication du secret, car que serait-il possible de conjecturer -là-dessus? - -Les vingt-quatre caractères de l'alphabet usuel lui paraissant trop -simples et trop susceptibles d'être devinés, Vigenère invente des -chiffres de 72, de 64, de 48 caractères; chaque lettre est représentée -par deux, trois ou quatre signes imaginés à plaisir et qu'on peut -varier à l'infini. - -Une autre combinaison consiste à indiquer chaque lettre de l'alphabet, -sur un chiffre; mais, afin de dérouter les curieux, on entremêle les -lettres, car les écrire à rebours de la façon suivante: - - Z Y X ... B A - 1 2 3 ... 23 24, - -serait trop naïf. On peut les diviser en deux séries, dont voici un -modèle: - - H I L M A B C D E, - -ou bien les placer de cette manière: - - L A M B N C - 1 2 3 4 5 6, - -ou bien, enfin (car ces arrangements sont susceptibles de -modifications presque infinies), assigner à chaque lettre un chiffre -de convention. - - a 15 - b 9 - c 11 - d 20 - e 3 - f 18 - g 24 - h 19 - i 16 - k 7 - l 9 - m 13 - n 1 - o 23 - p 5 - q 12 - r 8 - s 22 - t 4 - u 10 - v 2 - x 14 - y 17 - z 6 - -De cette manière, _Lyon est pris_, s'exprimerait par: 917 231, 3224, -581622. - -Et certes, quelqu'un qui n'aurait pas le secret du chiffre attribué -arbitrairement à chaque lettre, se trouverait dans l'impossibilité -presque absolue de deviner le sens de ces nombres mystérieux. - -Vigenère n'oublie point «un bel artifice de se réserver un second sens -caché parmy le premier, si l'on estoit surpris et contraint d'exhiber -son chiffre;» mais les explications qu'il donne à cet égard sont -confuses et d'une longueur telles, que, si nous avions la patience de -les transcrire, peu de personnes sans doute auraient celle de les -lire. - -Le défaut de la plupart des procédés qu'indique le _Traité des -chiffres_, c'est une extrême complication: l'auteur fait un usage -immodéré de lettres de diverses couleurs, et il expose, d'une façon -souvent très-peu claire, des systèmes de chiffres tellement -mystérieux, que celui qui voudrait en faire usage se trouverait -peut-être lui-même dans un embarras inextricable pour déchiffrer ce -qu'il aurait écrit. - -Vigenère fait observer que la Cryptographie se retrouve dans la -plupart des professions: - -«Les hommes de tout temps ont esté curieux de se tracer chacun pour -soy quelques notes secrètes pour se receler de la cognoissance des -autres, comme les marchands en leurs marques et papiers de compte; les -médecins, en leurs pieds de mouche; les jurisconsultes, en leurs -paragraphes.» - -Il expose avec complaisance un moyen de transmettre un avis, sans -avoir recours à l'écriture, mais en employant des grains de diverses -matières, accouplés deux a deux et arrangés comme des chapelets. - - grains d'or, d'argent, d'ébène, d'ivoire. - d'or A B C D - d'argent E H I L - d'ébène M N O P - d'ivoire R S T V - -De sorte que le mot _deus_, par exemple, aurait pour expression, en -suivant les lignes horizontales: deux grains d'or et d'ivoire, deux -d'argent et d'or, deux grains d'ivoire, deux d'ivoire et d'argent. - -Après avoir expliqué ce procédé, Vigenère consigne, en son livre, la -réflexion que voici: - -«Au rang des chiffres ou occulte écriture, on peut bien reléguer aussi -les minutes des greffiers, notaires, sergens et semblables manières de -gens de pratique, et encore l'écriture de beaucoup de personnes, qu'à -peine autres qu'eux sçauroient lire, quoiqu'elle ne soit que des -lettres ordinaires, mais difformées de telle sorte, qu'on n'y sçauroit -presque rien discerner. Or, laissant à part ces vicieux chaffourements -qui procèdent d'insuffisance, il y en a d'autres qui consistent en -perspective, car, en y regardant de front, on n'y sçauroit rien -discerner de lisible, mais l'accommodant obliquement en l'assiette qui -luy est propre, ce qui estoit imperceptible apparoist. Il y en a -d'autres qui dépendent de la seule acuité de la vue, la lettre estant -si déliée que l'oeil à peine la peut comprendre: telle que s'est vue -de nostre temps celle d'un gentilhomme siennois, appelé _Spanocchio_, -qui écrivoit sur un velin, sans aucune abréviation, tout l'_In -principio_ de Saint-Jean, en autant ou moins d'espace que ne contient -le petit ongle, d'une lettre si exquise et si bien formée, qu'il ne -seroit pas possible de mieux faire. Pline, d'après Cicéron, allègue -que toute l'_Iliade_ d'Homère, qui contient de quatorze à quinze mille -vers, avoit esté escrite de si menue lettre en velin, qu'elle pouvoit -toute entrer en une coquille de noix.» - -Le célèbre chancelier Bacon a, dans son traité _De dignitate et -augmentis scientiarum_ (livre VI, ch. 1), fait connaître un chiffre, -dont il est l'inventeur, et qui est basé sur les permutations de deux -lettres seules, _a_ et _b_, combinées par groupes de cinq. Ces deux -lettres sont susceptibles de 32 combinaisons de ce genre; il y en a -donc plus qu'il n'en faut pour exprimer l'alphabet tout entier, et -cet _alphabetum liluterarium_ (c'est ainsi que le nomme Bacon) pourra -s'écrire de la façon suivante: - - a aaaaa - b aaaab - c aaaba - d aaabb - e aabaa - f aabab - g aabba - h aabbb - i abaaa - k abaab - l ababa - m ababb - n abbaa - o abbab - p abbba - q abbbb - r baaaa - s baaab - t baaba - u baabb - w babaa - x babab - y babba - z babbb - -On comprend, du reste, qu'au lieu des lettres _a_ et _b_ on peut -prendre toute autre dont on aura envie, ou bien les remplacer par -quelque signe algébrique, ou par une marque quelconque a laquelle on -voudra s'attacher. L'inconvénient de cet alphabet, c'est que tout mot -ordinaire se trouve représenté par cinq fois plus de lettres. _Paris_, -par exemple, se traduira par _abbba aaaaa baaaa abaaa baaab_. -Lorsqu'on voudra écrire _Espagne_, il faudra prendre la peine de -tracer _aabaa baaab abbba aaaaa aabba abbaa aabaa_. Une phrase un peu -longue se trouvera ainsi exiger beaucoup de temps et une attention -fort soutenue, pour être écrite sans que quelque erreur ne vienne s'y -glisser. - -Bacon a prévu que le mystère de son alphabet ne serait pas -très-difficile à découvrir, et il a dû chercher quelques moyens, afin -de mettre sa pensée à l'abri des curieux: il a donc imaginé ce qu'il -appelle l'_alphabetum biforme_. Après avoir déchiffré la dépêche -écrite d'après la méthode que nous venons d'exposer, on n'arrive point -encore au véritable sens: il est enveloppé dans les lettres qui sont -mises en majuscules dans l'alphabet _biforme_, lettres qu'indique à -ceux qui ont la clef de ce procédé les groupes de lettres auxquels -elles correspondent. - -Pour faire comprendre ceci, il est indispensable de transcrire d'abord -ce nouvel alphabet, tel qu'il se montre dans l'ouvrage de Bacon. - - ab ab ab ab ab ab ab ab - AA aa BB bb CC cc DD dd - ab ab ab ab ab ab ab ab - EE ee FF ff GG gg HH hh - ab ab ab ab ab ab ab ab - II ii KK kk LL ll MM mm - ab ab ab ab ab ab ab ab - NN nn OO oo PP pp QQ qq - ab ab ab ab ab ab ab ab - RR rr SS ss TT tt VV vv - ab ab ab ab ab ab ab ab - uu WW ww XX xx YY ab - ZZ zz - -Supposé maintenant qu'on veuille donner avis à quelqu'un de s'enfuir, -en lui faisant passer le mot latin _fuge_, on écrira d'abord la phrase -suivante, qui présente un sens tout opposé: - - _Manere te volo donec venero._ - -En prenant dans l'alphabet ci-dessus les lettres _a_ et _b_ qui -correspondent aux lettres dont est formée cette phrase, on mettra: - - aabab baabb aabba aabaa - Maner etevo lodon ecvenero - -Ces quatre groupes d'_a_ et de _b_ réunis par cinq, indiquent, d'après -les combinaisons de l'Alphabet Biforme, les quatre lettres qui forment -le mot FUGE. - -Il faut reconnaître que les explications trop succinctes et très-peu -claires que donne Bacon à l'égard de ses procédés de chiffres, -laissent beaucoup à désirer. L'idée d'employer les combinaisons des -lettres n'est cependant point indigne d'une attention sérieuse: il y a -le germe de tout un système de chiffres qui n'a pas de limites. - -Remarquons, en effet, que des mathématiciens ont cherché le nombre des -combinaisons que peuvent offrir les 25 lettres de l'alphabet groupées -ensemble de toutes les manières imaginables: ils ont trouvé le chiffre -formidable de 42 quadrillons, 163,840 trillions, 398,198 billions, -058,854 millions, 693,625. Pour saisir toute l'énormité de ce nombre, -il faut se souvenir qu'on a démontré que, pour écrire toutes les -combinaisons qu'il énonce, il serait indispensable de se procurer une -feuille de papier qui aurait 421,300 fois l'étendue de la superficie -de la Terre. - - -§ IV. - - Jérôme Cardan. - -Cet Italien célèbre, qui toucha à toutes les questions[4] et qu'une -vaste érudition, jointe à des talents très-distingués, n'a point -préservé d'une accusation de folie, a dit quelques mots de la -Cryptographie dans son ouvrage _de la Subtilité_; les voici d'après la -vieille traduction française: - -«Prenez deux peaux de parchemin de mesme grandeur et semblablement -réglées et lignées; vous y ferez séparément des trous assez petits, -mais toutefois de la grandeur et hauteur du corps que vous avez -accoutumé faire vostre lettre: l'un de ces pertuis pourra tenir sept -lettres, l'autre trois, l'autre huit ou dix, de sorte que tous les -trous ou pertuis qu'aurez faits pourront tenir ensemble cent vingt -caractères ou lettres. De ces deux peaux, vous donnerez l'une à celuy -auquel vous désirez escrire, et vous retiendrez l'autre à vous; et, -lorsque voudrez escrire le plus brief et succinct que vous pourrez, de -sorte que vostre escriture n'excède pas ledit nombre de cent vingt -caractères ou lettres: qui est tout ce que les espaces et pertuis -susdits pourront comprendre. Et après, sur les pertuis, faits comme je -l'ay dit, vous escrivez, au feuillet de papier qui est dessous, le -sujet et sentence que voudrez; et, après, à un autre feuillet, et -conséquemment au troisième. Cela estant fait, vous remplacez les -espaces et distances qui demeureront vides, ainsi augmentant ou -effaçant jusques à tant que vostre sentence et sujet apparoissent et -se montrent. Vous accomplirez la seconde sentence au second feuillet -de papier, faisant extrait en telle sorte, sur la première, qu'il -semblera et apparoistra que les mots et paroles soient suivants et -consécutifs l'un après l'autre. La troisième adapterez aussi à telle -sorte et manière, que, sans aucune interruption ni intermission des -premières lettres, l'ordre, la sentence, le nombre des paroles avec la -grandeur se trouveront et apparoistront, retenant mesure, sujet et -intelligence. Et après appliquerez, sur ce papier escrit en cette -manière, le parchemin que pour cette cause vous aurez taillé et percé, -faisant en tout et partout, aux extrémitez des trous ou perçures, de -petits et subtils points, jusques à tant que le sujet et intelligence -des lettres parviennent en la sorte que vous désirez les escrire. Et -après, celuy à qui vous les enverrez, mettant sur elles son exemplaire -percé (comme il est dit), entendra subitement et facilement la -conception de vostre volonté.» - -[Note 4: L'édition de ses _Opera omnia_ (Lyon, 1663, 10 vol. in-folio) -ne renferme pas moins de 222 traités en ouvrages divers. On peut -consulter, à l'égard de cet étrange écrivain, Buhle, _Histoire de la -Philosophie_, tom. IV, p. 730-739 de la traduction française; la -_Rétrospective Review_, tom. I, p. 94-112; un article de M. Mercey, -_Revue de Paris_, juin 1841; un mémoire de M. Franck, lu en 1841 à -l'Académie des sciences morales et politiques. Quant au mérite de ses -travaux scientifiques, on peut consulter l'_Histoire des Sciences -mathématiques en Italie_, par M. Libri, tom. III, p. 107, et -l'_Histoire de la Chimie_, par M. Hoefer, tom. Il, p. 99. Cardan a -trouvé deux biographes, l'un en Italie (Mantovani, _Vita di Cardano_, -Milano, 1821, 8º), l'autre en Angleterre (G. I., _the life and times -of G. Cardan_, London, 1836, 2 vol. 8º).] - - -§ V. - - Le duc de Brunswick. - -Au commencement du seizième siècle, un duc de Brunswick-Lunebourg, -Auguste le Jeune, se livrait avec ardeur à l'étude; il publia divers -écrits sous le pseudonyme de Gustave Selenus. _Selenus_, du grec -_Selène_ (la lune), était une espèce de traduction du mot _Lunebourg_; -_Gustave_ est l'anagramme d'_Auguste_. Le jeu des échecs, -l'horticulture, l'art d'écrire en chiffres, occupèrent tour à tour -l'attention de ce prince; son livre sur le sujet que nous traitons ici -a pour titre: _Systema integrum Chryptographiæ_; c'est un in folio de -près de 500 pages. - -Trithème a fourni la majeure partie des procédés décrits dans ce gros -volume, où il se trouve malheureusement beaucoup d'idées -cabalistiques; les exemples étant pour la plupart empruntés à la -langue allemande, il n'y a pas moyen de les reproduire textuellement. - -Parmi les méthodes que décrit le duc Auguste, en voici une dont nous -n'avons pas encore fait mention: - -Formez trois colonnes, en inscrivant, à côté des cinq voyelles -répétées trois fois, les consonnes de l'alphabet: - - a _b_ a _h_ a _p_ - e _c_ e _k_ e _q_ - i _d_ i _l_ i _r_ - o _f_ o _m_ o _s_ - u _g_ u _n_ u _t_ - -Au lieu d'écrire les lettres qui emportent les mots que vous voulez -chiffrer, vous inscrivez celles qui leur correspondent. Vous mettez -par exemple un _i_ en place d'un _r_, _et vice versa_, un _o_ en place -d'un _f_, ainsi de suite. - -Pour écrire _l'empereur d'Autriche_, vous mettrez _icoakitk -iaguieak_. - -Rien n'empêche d'employer à rebours un alphabet ainsi dressé ou de -substituer quelques lettres à d'autres, en suivant une marche dont on -sera convenu: cela augmentera beaucoup les difficultés du -déchiffrement. Au moyen de méthodes semblables, le prince allemand -montre comment les mots suivante: _Cras expectabis adventum meum_, -peuvent se traduire par _zfxubzmsbeugpgeurmiothrha_. - -Les alphabets imaginaires et forgés à plaisir, que fait connaître le -prince, sont, pour la plupart, la reproduction ou l'imitation de ceux -qu'on trouvait déjà dans le livre de Porta; il a pris la peine de -faire graver (page 282) l'alphabet qu'une tradition très-peu -authentique attribue à Salomon, et il n'a point oublié celui dont les -habitants du pays d'Utopie font usage, à ce qu'affirme Thomas Morus. -Il a lui-même inventé un moyen d'exprimer les lettres, au moyen d'un -système de lignes brisées, obliques, parallèles, etc., ou bien grâce à -des groupes de points disposés de diverses manières. Nous pensons -qu'il serait superflu de donner la reproduction de ces alphabets -fantastiques, car le champ des inventions de ce genre est sans -bornes. - - - - -CHAPITRE III. - -RÈGLES ET PROCÉDÉS DE CRYPTOGRAPHIE. - - -§ Ier. - - Préceptes généraux. - -Maintenant laissons de côté les méthodes aujourd'hui abandonnées -qu'exposent les écrivains du seizième siècle, et cherchons à faire -comprendre quelques-unes des règles auxquelles se conformaient, dans -leurs dépêches chiffrées, les diplomates du siècle dernier, règles qui -servent encore habituellement de guide à leurs successeurs. - -Les signes de ponctuation sont supprimés, ou bien, lorsqu'il est -nécessaire d'en faire usage, afin de donner plus de clarté au texte -chiffré, on les indique par une marque particulière. Les accents et le -trait d'union sont abolis. - -On emploie ce qu'on nomme des non-valeurs (_otiosi characteres_), afin -de dérouter les curieux. Par exemple, on peut convenir que tous les -nombres composés entre 200 et 400, entre 825 et 950 ne signifient rien -et qu'il ne faut point en tenir compte dans le déchiffrement. Le -déchiffreur non initié perdra beaucoup de temps à vouloir trouver un -sens là où il n'y en a pas et sera complétement fourvoyé. - -Parfois, on a recours à un chiffre de contre-sens; on convient que les -phrases chiffrées, comprises entre deux marques convenues, telles que -des croix, des parenthèses, des chiffres déterminés à l'avance, etc., -doivent être entendues dans un sens diamétralement opposé à celui -qu'elles présentent. Par exemple, la phrase chiffrée: «Le roi est -malade, mais il va mieux et sa guérison est certaine,» doit être -interprétée ainsi tout autrement: «Sa mort est certaine.» - -Il n'est pas mal d'employer dans une dépêche chiffrée des mots de -diverses langues; le mystère sera encore plus difficile à percer; en -voici un exemple: _L'armée de l'Empereur se réunit aux troupes du -roi_; écrivez, en faisant usage du latin, de l'allemand, du français, -de l'espagnol, de l'anglais; _exercitus der Kayser se réunit à las -tropas of the king_. Chiffrez ensuite, et il sera presque impossible -de découvrir ce que vous avez confié au papier. - -Les mots écrits avec des abréviations convenues à l'avance, présentent -une ressource avantageuse; il est bon de les indiquer au moyen d'un -signe convenu. - -On a vu des hommes d'État employer la méthode d'écriture hébraïque, -c'est-à-dire ranger les chiffres de droite à gauche. - -Un procédé qui n'est pas très-compliqué consiste à dresser le tableau -suivant: - - abcd efgh iklm nopq rstu xyz - 1 2 3 4 5 6 - -et l'on exprime chaque lettre du mot qu'on veut déguiser par un double -chiffre, dont le premier représente le groupe de lettres et le second, -le rang qu'occupe dans ce groupe la lettre qu'on a en vue. Ainsi, -l'_r_ s'exprime par 51, le _g_ par 23; pour écrire _festina lente_, on -mettra: - - 22 21 52 53 31 41 11 33 21 41 53 21 - -Il n'est pas sans exemple qu'on joigne au chiffre convenu pour -représenter telle ou telle lettre, un nombre invariable qui, joint à -ce chiffre, en donne un autre, sur lequel les efforts les plus -opiniâtres n'ont guère de prise, lorsqu'on ne connaît pas le secret. -Supposons qu'on soit convenu que le chiffre 8 représente l'_l_, 74 -l'_é_, 31 l'_r_, 26 l'_o_, 59 l'_i_; pour écrire le _roi_, on -mettrait 8 74 31 26 59; mais, si on ajoute 6 à chacun de ces nombres, -on aura 14 80 37 32 65. - -Il va sans dire qu'au lieu d'ajouter, on est parfaitement maître de -retrancher, de multiplier, de diviser: l'essentiel est que les deux -correspondants se mettent bien d'accord sur la marche qu'ils adoptent. - - -§ II. - - Chiffre imaginé par Mirabeau. - -L'imagination active de Mirabeau touchait à tout; il inventa, dans un -moment de loisir, une méthode de chiffre qui n'est pas sans mérite. -Divisez l'alphabet en cinq parties égales, désignez d'abord chacune -des cinq divisions par un numéro, indiquez ensuite par des numéros -chacune des lettres que vous aurez groupées arbitrairement: - - 1 - c f g u z - 1 2 3 4 5 - - 2 - x n m o k - 1 2 3 4 5 - - 3 - s e h b g - 1 2 3 4 5 - - 4 - d l y q w - 1 2 3 4 5 - - 5 - n i r t v - 1 2 3 4 5 - -Les chiffres 6 à 9 et 0 sont regardés comme non-valeurs. - -On range sur deux lignes les chiffres qui expriment la lettre qu'on -veut représenter; la première de ces lignes désigne le groupe; la -deuxième la place qu'occupe dans ce groupe la lettre en question. On -indiquera donc l'_h_ par 3/3, le _t_ par 5/4, le _d_ par 4/1; à côté -de ces chiffres, tantôt à droite et tantôt a gauche, on mettra des -non-valeurs afin de dérouter; en conséquence, ces mots _le Danube_ -s'exprimeront, si l'on veut, par: - - 74 3948 27 50 16 3639 - 82 2019 26 18 47 4827 - -On comprend de reste, que ceci peut être susceptible d'une multitude -de combinaisons diverses. - - -§ III. - - Dictionnaire de convention. - -Un procédé, très-souvent mis en usage, consiste à former une espèce de -dictionnaire dans lequel des mots sont remplacés par d'autres; en -voici un exemple: - - Allies, lui. - Amiral, quand. - Arriver, être. - Armistice, car. - Attraper, pourquoi. - Attendre, amie. - Avenir, 2 - Balance, oui. - Baron, 3 - Bavarois, amen. - Bois, et. - Camp, 7 - Canon, doit. - Cavalerie, bon. - Conseil, w. - Définitif, mais. - Deux, voir. - Demander, événement. - Descendre, loi. - Division, non. - Dix, art. - Empereur, est. - Entre, tôt. - Événement, demande. - Faux, 8 - Favori, jamais. - Fureur, demain. - Général, 6 - Gloire, 104 - Gouverneur, selon. - Hommes, tard. - Honneur, gagné. - Ici, il. - Inventeur, hier. - Levé, eux. - Lignes, nous. - Maréchal, cerf. - Manoeuvres, fin. - Mille, âne. - Naples, crue. - Nouvelles, quart. - Opération, sot. - Ordre, ni. - Ostracisme, x. - Partis, et cætera. - Peur, z. - Question, ami. - Querelle, troc. - Quand, bleu. - Ravin, grand. - Renfort, son. - Risquer, bas. - Ruiner, loup. - Sottise, vert. - Surseoir, or. - Suisse, froid. - Terrain, fier. - Trois, corde. - Tuer, rond. - Union, Vienne. - Vivres, choix. - Volontaires, lois. - Voyage, Gand. - -Mots perdus qu'on intercale dans les phrases: - -_Assez_, _après_, _beaucoup_, _beauté_, _carré_, _dîner_, _honneur_, -_loterie_, _mer_, _noire_, _port_, etc. - -En se servant de cette table, voici comment on pourra rendre le -passage suivant: - -«Le Conseil n'a rien statué de définitif. Il paraît cependant qu'on ne -balance qu'entre deux partis, celui de risquer la levée du camp et -celui de demander un armistice.» - -«Le _w_ n'a encore rien, _or_ de _mais_. Il paraît cependant qu'on ne -_oui_ que _tôt voir etc._, celui de _bas_ la _eux_ du 7 et celui de -_événement_ un _car_.» - - -§ IV. - - Lettres et mots exprimés par des chiffres. - -Une des méthodes les plus généralement arrêtées consiste à représenter -chaque lettre et un certain nombre de mots, de syllabes et de noms -propres, par des chiffres; afin de mieux dérouter les investigations, -on exprime la même lettre ou le même objet par divers chiffres; les -noms de nombre eux-mêmes se traduisent par des chiffres. On forme -ainsi des tableaux qui portent le nom de _chiffre chiffrant_; en voici -un modèle. - - a 6 19 500 46 - b 8 50 250 20 - c 4 2 125 18 - d 11 41 65 87 - e 31 47 201 900 - f 49 96 113 6998 - g 23 43 68 100 - h 39 93 200 8446 - i 57 89 98 105 - k 64 86 244 9797 - l 51 69 83 111 - m 13 63 92 536 - n 54 102 107 5886 - o 58 79 129 7654 - p 21 95 140 999 - q 35 84 110 1220 - r 59 81 108 548 - s 52 74 103 1370 - t 56 82 104 925 - u 53 97 112 1000 - v 32 94 203 1266 - x 34 114 300 966 - y 67 78 201 6740 - z 42 91 106 120 - -MOTS ET SYLLABES. - - au, 72 99 1150 40 - de, 45 77 66 1777 - en, 1 15 12 1401 - est, 76 1944 30 85 - et, 7 101 1186 90 - été, 27 128 1650 171 - ici, 130 270 29 2224 - le, 9 88 109 1444 - mais, 234 71 489 2991 - non, 127 28 1849 55 - on, 88 887 75 649 - ou, 70 2471 666 48 - pour, 63 b 72 b 740 830 - que, 80 3 25 400 - le roi, 812 699 778 816 - la reine, 770 817 644 555 - le ministre N, 60 44 776 670 - le prince N, 779 61 825 819 - l'armée, 700 790 970 1200 - il est parti, 576 1620 1718 600 - il est de retour, 62 33 892 697 - il est malade, 5699 733 834 690 - il est mort, 671 863 540 4559 - , 2 b 96 b 86 c 88 d - . 9 b 90 b 92 c 98 d - ; 5 x 6 x 11 x 50 x - 1 14 26 20 b 24 - 2 16 73 18 22 - 3 9 188 37 38 - 4 1 10 15 56 - 5 115 132 650 663 - 6 119 138 192 290 - 7 116 134 195 274 - 8 118 189 194 271 - 9 117 136 189 289 - 0 190 280 651 661 - Non-valeurs, 3000 à 4500 - Contre-sens, [Signe] et : [Pt.] - -Supposons qu'on veuille chiffrer les lignes que voici: - -«Le roi est parti le 12 du courant pour l'armée, avec le prince N. et -le ministre N. [Signe] il a de bonnes intentions pour votre Majesté -[Signe]; l'armée, forte de 150,000 hommes, doit passer le Danube.» - -On fera précéder cet avis de quelques mots qui lui donneront -l'apparence d'une missive relative à quelque opération de commerce ou -de banque, et on écrira: - -«Je n'ai pu encore réussir à effectuer l'emprunt que vous désirez -contracter et au sujet duquel vous m'avez écrit. 3000 4499 812 576 9 -14 16 11 53 courant 21 58 53 81 69 6 108 13 31 47 19 32 201 4 3017 779 -7 3778 66 14 b [Signe] 98 83 46 45 20 129 54 102 900 103 105 107 104 -201 5886 925 98 7654 102 52 63b 1266 96 536 90 b [Signe] 700 66 24 18 -190 280 651 661 39 58 13 63 47 74 11 129 98 82 21 6 52 74 201 81 88 65 -500 102 112 5 31. Cette affaire pourrait avoir à Hambourg des chances -de réussite.» - -Les mots, _bonnes intentions_, étant affectés du chiffre de -contre-sens, il faut comprendre: _mauvaises intentions_ ou _peu -favorables_. - - -§ V. - - Théorie des chiffres chiffrants et déchiffrants. - -Les auteurs de l'_Encyclopédie méthodique_ ne pouvaient oublier, dans -leur vaste répertoire de _omni re scibili_, l'art de l'écriture en -chiffre; voici le résumé des notions qu'ils exposent à cet égard: - -Lorsqu'un agent diplomatique part pour une ambassade ou une légation, -le ministère des affaires étrangères lui remet ordinairement trois -_chiffres_, le chiffre chiffrant, le chiffre déchiffrant, et le -chiffre banal. Le chiffre chiffrant, partagé en colonnes, marque dans -la première non-seulement les lettres de l'alphabet, mais aussi les -syllabes, les mots et les phrases dont cet agent aura probablement -besoin dans le cours de sa négociation, les noms des souverains ou -république, de leurs principaux ministres, etc. Cette colonne est -quelquefois imprimée, mais la seconde colonne, remplie en écriture par -le département des affaires étrangères, renferme les nombres, chiffres -ou caractères par lesquels on juge à propos de désigner la lettre, le -mot ou la phrase, comme dans le modèle suivant: - - _Chiffre chiffrant._ - - a 45. 260. 311. 1020. 805 - b 9. 506. 33. 1110. 21 - c 15. 36 444 20 1006 - l'empereur, 44 31 1117 - le roi d'Espagne, 35. 88. 301. 1144 - l'armée des alliés, 80. 95 1022 888 - le pape, 50 302 467 19 - avantage, 18. 75. 63 - brouiller, 22. 79 103 - -On a soin de ranger par ordre alphabétique les noms substantifs, les -verbes et les phrases, selon leurs lettres initiales, pour la -commodité du chiffreur, et l'on emploie divers nombres dont il peut se -servir à son choix, afin de désigner le même mot; grâce à cette -précaution, en cas d'incident, il devient plus difficile de déchiffrer -la dépêche. - -Les articles d'une dépêche qui mérite le secret se chiffrent tout au -long; on n'y met point de mots écrits en caractères ordinaires, parce -que ces mots, quelque indifférents qu'ils puissent paraître, se -trouvant dans le chiffre, peuvent faire deviner une partie du sens ou -du moins découvrir la matière qu'on traite. Il ne faut pas négliger de -distinguer tous les mots par un point, qu'on met derrière chaque -nombre, puisque, sans cette précaution, une dépêche serait -indéchiffrable pour le correspondant, qui ne pourrait se servir de sa -clef et qui verrait les nombres confondus. - -Le chiffre déchiffrant marque, dans la première colonne à gauche, tous -les nombres dont le chiffre chiffrant est composé, depuis le plus bas -jusqu'au plus haut dans leur ordre naturel, et la colonne à droite -contient le mot, la phrase ou la lettre que chaque nombre désigne. -Lorsqu'on veut chiffrer quelque dépêche, on cherche dans ce chiffre -déchiffrant la signification de chaque mot qui se présente, et on -l'écrit au-dessus entre les lignes, qui doivent être espacées -convenablement, de même que les nombres éloignés les uns des autres à -une juste distance. - -En voici un exemple: - - Le ministre d'ici est tout dévoué aux intérêts - 102 23 44 9 1204 76 336 - - de l'Angleterre; c'est le fruit de dix mille - 888 54 21 68 9 - - guinées semées à propos. - 519 1106 718 - - -§ VI. - - Autres systèmes de chiffres. - -Lorsqu'on soupçonne que les chiffres ont été vendus par des commis ou -des serviteurs infidèles, on tâche de tromper les gens qui ont fait -acquisition du chiffre. - -Alors la Cour écrit à son ministre ou bien le ministre mande à sa Cour -le contraire de ses véritables intentions. On exprime en chiffre la -contre-partie des nouvelles qu'on veut transmettre; on met ensuite, -dans la dépêche, un signe, une marque, un caractère, un mot ou une -phrase, dont on est convenu avant le départ du négociateur, indice qui -annule non-seulement tout ce qui vient d'être dit, mais qui désigne -aussi qu'on doit l'entendre dans le sens opposé; c'est ce qu'on -appelle le _chiffre annulant_. Lorsqu'on découvre qu'une puissance -rivale essaye de corrompre nos employés, on lui fait parvenir -adroitement un faux chiffre, et on l'induit en erreur en écrivant des -contre-vérités. - -La Cour donne quelquefois un chiffre différent à chacun de ses -ministres dans les pays étrangers; mais, comme il importe souvent au -bien des affaires générales, que ces ministres lient entre eux des -correspondances, on leur remet un chiffre banal qui leur est commun à -tous et dont ils peuvent se servir. - -Le chiffre à simple clef est celui où l'on se sert toujours d'une même -figure pour désigner une même lettre. - -Le chiffre à double clef est celui dans lequel on change d'alphabet à -chaque mot ou dans lequel on emploie des mots inutiles. - -Une manière plus simple est de convenir d'un même livre peu connu, ou -d'une édition ancienne, imprimée au loin, presque ignorée: on forme -une clef de trois chiffres; le premier marque la page du livre qu'on a -choisi; le second désigne la ligne de cette page; le troisième marque -le mot dont on doit se servir. Cette manière d'écrire ne peut être -devinée que de ceux qui devineront d'abord à quel livre on a recours; -elle présente d'autant plus de difficultés, que, le même mot se -trouvant en diverses pages du livre, il est presque toujours désigné -par différents chiffres; le même chiffre revient rarement désigner le -même terme. - -Nous allons maintenant passer en revue quelques-uns des systèmes de -Cryptographie que développent les auteurs du dix-huitième siècle, -systèmes dont le fond se trouve déjà chez Vigenère et chez Porta, et -qui ne sont pas indignes d'attention, quoique, n'ayant guère été mis -en usage, ils soient demeurés dans des livres condamnés à trouver peu -de lecteurs. - - -§ VII. - - Chiffre par excellence. - -Tel est le nom que Dlandol, dans son _Contre-espion_, donne à un -chiffre, qui réunit, d'après lui, le plus grand nombre d'avantages que -l'on puisse désirer pour une correspondance secrète et qui les -réunirait tous sans exception, s'il n'était pas d'une exécution assez -lente. Cet inconvénient est compensé par l'immense difficulté, par -l'impossibilité même, on peut le dire, de découvrir, lorsqu'on ne -possède pas le mot de clef convenu entre les correspondants, le sens -d'une dépêche écrite de la sorte. - -Pour faire emploi de ce chiffre, il faut d'abord que les deux -correspondants se munissent d'un carré, qui présente pour les lettres -ce que le carré arithmétique présente pour les chiffres, c'est-à-dire -que dans l'un on multiplie des lettres, comme des chiffres dans -l'autre, en cherchant le carré correspondant aux deux termes qui se -servent réciproquement de multiplicande et de multiplicateur. - -Voulez-vous savoir, par exemple, combien font six fois quatre ou -quatre fois six? Cherchez, sur la première ligne horizontale de votre -carré, l'un de ces deux nombres; cherchez ensuite l'autre sur la -première ligne verticale, c'est-à-dire sur la première colonne. Voyez -ensuite quelle est la case qui correspond en même temps à chacune de -celles où sont ces deux nombres. Vous trouvez 24, qui est -effectivement le produit de six ou de quatre multipliés l'un par -l'autre. De même dans le carré de lettres, si vous voulez multiplier F -par M, vous trouverez S à la case qui répond à l'F de la première -ligne et à l'M de la première colonne. Vous trouvez également S à la -case qui correspond à l'M de la première ligne et à l'F de la première -colonne. Ceci posé, n'oublions pas qu'il y a un mot de clef dont les -correspondants conviennent entre eux. Supposons que ce mot de clef -soit _blanc-bec_ (et si nous prenons ce mot pour exemple, c'est qu'il -y a avantage à choisir des expressions peu usuelles et qui déjouent -tous les efforts d'imagination de ceux qui s'efforceraient de les -deviner). Il faut que vous multipliiez constamment, par les lettres du -mot choisi, toutes les lettres de la missive que vous voulez chiffrer; -puis, cela fait, vous placez chacune des lettres de _blanc-bec_ sous -chacune des véritables lettres que vous aurez à écrire, en répétant -sans cesse le mot convenu et en recommençant à l'inscrire aussitôt que -vous l'avez terminé. - -Supposons que vous veuillez, vous, général d'armée, transmettre cet -avis: - -«Nous devons décamper cette nuit:» - -Vous le disposerez de la façon suivante: - -Nous devons décamper cette nuit. - -Blan cbecbl ancblabl ancbe cblan. - -Dans cet arrangement, vous regardez chacune des lettres _vraies_ de la -missive, comme des chiffres d'un multiplicande et chacune des lettres -du mot de clef, comme un multiplicateur. Vous opérez ensuite de la -façon suivante: - -En multipliant N, première lettre _vraie_ de la dépêche, par B, -première lettre du mot de clef, vous trouvez sur votre carré la lettre -P, à la case qui correspond d'un côté à l'N, de l'autre au B. Vous -placez P pour première lettre de la missive chiffrée. - -La seconde vraie lettre est un O, la seconde lettre de la clef est L. -La case qui correspond à O et à L est un A, que vous posez comme -second caractère. - -La troisième vraie lettre est un U, la troisième lettre du mot de clef -un A. La case qui correspond à l'une et à l'autre lettre, vous donne -V, et la case qui correspond ensuite à S (quatrième lettre vraie) et à -N (quatrième lettre du mot de clef), est G. Vous mettez pour troisième -et quatrième caractère de votre dépêche chiffrée: V G. - -Continuant cette opération sur chaque mot de la dépêche vraie, vous -arrivez à la phrase chiffrée que voici: - - pavgggerpcesfcrsgddsxvjqxuu - -Tant qu'on ne possédera pas le mot de clef, il sera impossible de -deviner le sens d'un pareil billet. Votre correspondant déchiffrera -sans peine cette missive, en faisant une opération inverse à celle que -vous avez accomplie. - -Au-dessous du billet chiffré, il écrira chacune des lettres du mot de -clef. Il cherchera ensuite successivement dans la première colonne du -carré chaque lettre du mot de clef, et, à chaque lettre, il cherchera -sur la même ligne la lettre correspondante du billet chiffré. Alors la -lettre qui commence la colonne où se trouve cette lettre de chiffre -est la vraie; c'est celle qu'il faut écrire pour avoir la véritable -missive. - -On remarquera que chaque fois qu'une lettre se présente dans la -dépêche _vraie_, elle donne dans la dépêche chiffrée un résultat -différent; aussi toute investigation demeure-t-elle stérile, lorsqu'on -ne possède pas les mots qui forment la clef d'un pareil chiffre. - -Cette méthode est, au fond, sauf quelques légères différences, la même -que celle qu'expose le père Kircher, qu'il met en oeuvre au moyen d'un -tableau de chiffres (_abacus numeralis_), formé de lettres de -l'alphabet disposées horizontalement d'abord, verticalement ensuite, -et donnant ainsi un carré composé de 576 cases, dans chacune -desquelles est placé un chiffre. Le procédé qu'indique Neyron -(_Principes du droit des gens_, Brunswick, 1783, 8º, p. 170), rentre -dans une catégorie toute semblable. - - -§ VIII. - - Grille en châssis. - -La manière d'écrire en chiffres au moyen d'une grille en châssis est -bien simple et d'un usage facile. Elle réclame peu de temps. Il s'agit -d'avoir un châssis découpé sur la longueur des lignes, comme le -désigne la figure; celui auquel on écrit possède un instrument tout -semblable. - -Chacun des coins du châssis doit porter une marque différente, parce -que ce châssis peut se placer dans divers sens. - -Après l'avoir posé sur une feuille de papier de même grandeur, en -faisant attention aux marques des quatre coins, on transcrit, dans les -ouvertures, l'avis qu'on veut transmettre. La lettre une fois tracée -d'après cette méthode, on lève le châssis, et, dans les intervalles -qui se rencontrent entre chacun des mots, on en écrit d'autres, afin -de remplir les vides; on doit autant que possible les choisir de -manière qu'ils puissent former un sens avec ceux qui ont été écrits -dans les ouvertures du châssis. - -Le correspondant qui reçoit cette épître applique, par-dessus chaque -page, un châssis semblable; alors tous les mots inutiles se trouvent -masqués, et il n'a sous les yeux que les mots qui composent l'avis -qu'on s'est proposé de faire passer. - -La lecture d'une des oeuvres les plus remarquables de M. de Balzac -(_Histoire des Treize_) a révélé l'existence de la _grille_ à bien des -personnes fort peu au fait des procédés de la Cryptographie. Il -s'agit, dans le passage ci-dessous, d'un agent de change, qui, ayant -en main une lettre adressée à sa femme, lettre qui présente un -non-sens continuel, vient consulter un de ses amis, employé au -ministère des affaires étrangères: - -«--C'est une lettre à grille.. Attends. - -«Il laissa Jules seul dans le cabinet, et revint assez promptement. - -«--Niaiserie, mon ami! C'est écrit avec une vieille grille dont se -servait l'ambassadeur de Portugal sous M. de Choiseul, lors du renvoi -des jésuites... Tiens, voici! - -«Jacques superposa un papier à jour, régulièrement découpé comme une -de ces dentelles que les confiseurs mettent sur leurs dragées, et -Jules put alors facilement lire les phrases qui restèrent à -découvert.» - -Donnons un exemple de ce procédé. - -Supposons qu'on veuille mander ceci: - -«Vous me trouverez très-disposé à vous rendre.» - -On écrit ces mots dans l'ordre et à la place que leur assigne la -grille dont on fait usage, et on remplit les intervalles, par d'autres -mots, de façon que le tout présente un sens assez raisonnable. - - Je [=vous=] prie de [=me=] mander si vous - [=trouverez=] bon, mon [=très-=] cher, que je - [=disposé=] dès [=à=] présent des effets que - [=vous=] avez offert de me [=rendre=], etc. - -Voici maintenant le vrai sens rétabli au moyen de la grille: - - [=vous=] [=me=] - [=trouverez=] [=très-=] - [=disposé=] [=à=] - [=vous=] [=rendre=] - - -§ IX. - - Chiffre au moyen d'un cadran. - -Ce procédé est un peu compliqué. Il exige du temps et de l'attention, -mais il présente les plus grandes garanties d'un mystère impénétrable. - -Vous tracez sur un carton un cadran, que vous divisez exactement en -vingt-quatre parties égales et sur chacune desquelles vous transcrivez -une des vingt-quatre lettres de l'alphabet. - -Vous avez un autre cercle de carton mobile ayant un centre commun avec -le premier et pouvant tourner librement sur ce centre. Vous le divisez -en un même nombre de parties, et vous y transcrivez également les -diverses lettres de l'alphabet. Si les lettres sont rangées dans -l'ordre ordinaire sur les deux cadrans, l'emploi de ce moyen de -correspondance devient plus commode. - -Le cadran mobile doit être placé de manière que ses divisions -correspondent exactement à celles du premier cadran. On le dispose de -la manière que l'on veut; et, si la lettre H, par exemple, du cadran -intérieur correspond à la lettre A du cadran extérieur, on place en -tête de la première ligne qu'on écrit les deux lettres H et A: elles -indiquent, à celui avec lequel on correspond, de quelle manière il -doit de son côté placer la machine parfaitement semblable dont il est -muni; sans une pareille indication préliminaire, il serait impossible -de parvenir à s'entendre. - -Une fois les cadrans disposés, on prend la lettre que l'on veut -chiffrer et que l'on a d'avance écrite en caractères ordinaires; au -lieu de chacune des lettres dont les mots sont composés, on place, sur -la dépêche que l'on expédie, les lettres qui y correspondent sur le -cadran intérieur. - -Si le mot que vous voulez chiffrer est celui de _roi_, par exemple, -vous mettrez, au lieu de l'_r_, la lettre _x_ qui y correspond sur le -cadran intérieur, et ensuite, au lieu des lettres _o_ et _i_, les -lettres _v_ et _n_; vous aurez ainsi _xvn_, et le déchiffrement de ce -que vous écrirez de la sorte sera presque impossible à celui qui ne -saura pas que vous vous servez des cadrans, et qui, le sût-il, ne -connaîtra pas quelle disposition vous leur donnez. - -Vous continuez de même pour toutes les lettres dont se composent tous -les mots de la dépêche qu'il s'agit de déguiser. - -Votre correspondant met à profit l'indication H A, dont il vient -d'être question: il donne à ses cadrans une disposition identique à -celle que vous avez adoptée; il cherche successivement sur le cadran -extérieur toutes les lettres qui répondent sur le cadran intérieur à -chacune de celles qu'il trouve dans votre missive, et il arrive ainsi -sans difficulté à traduire la dépêche qu'il a reçue. - - -§ X. - - De l'emploi des signes astronomiques. - -Les signes astronomiques, c'est-à-dire ceux dont on fait usage pour -désigner les planètes et les diverses parties du zodiaque ont été -plusieurs fois mis en usage comme dans la Cryptographie. Supposé que -chaque lettre soit représentée par un de ces signes, il faudra -beaucoup de temps et de peine, pour écrire une dépêche en suivant une -pareille méthode, et le secret ne sera pas mieux caché. Un chiffre de -ce genre ne présente pas plus de difficulté que celui dans lequel -chaque lettre de l'alphabet est représentée par une autre lettre, _a_, -par exemple, étant remplacé par _d_, _b_ par _e_, _c_ par _f_, ainsi -de suite. - -On éprouve moins d'embarras à faire usage d'un chiffre, dans lequel -les signes astronomiques sont mêlés à des lettres empruntées aux -alphabets hébraïque, grec ou latin, ou bien à des chiffres numériques, -à des figures de mathématiques. Chacun de ces signes exprime une -lettre, une syllabe ou un mot. Cette méthode était du goût des anciens -auteurs; mais aujourd'hui elle ne trouve guère de partisans. Vigenère -se plaît à en fournir des exemples qu'il développe avec sa prolixité -habituelle. - -Voici, parmi les procédés de ce genre, le meilleur et le plus simple. -On partage l'alphabet en cinq parties ou plus; on place chacune de ces -sections dans un carré particulier, et on désigne chaque carré par un -signe astronomique convenu. Donnons-en un exemple. - - [=abcd [Gl.]=] [=efgh [Gl.]=] [=iklm [Gl.]=] - - [=nopq [Gl.]=] [=rstuz [Gl.]=] - -Il vaut mieux de ne pas laisser les lettres de l'alphabet rangées dans -l'ordre habituel. Lorsqu'on veut faire usage des tableaux ci-dessus, -il faut, pour exprimer chaque lettre, écrire le signe qui dénote le -carré, et indiquer la lettre qu'on a en vue par un numéro qui -correspond à la place qu'elle occupe. L'_e_ se trouvera donc -représenté par [Gl.]1, l'_m_ par [Gl.]4, l'_o_ par [Gl.]2, etc. Si -l'on veut transmettre l'avis que «l'armée a passé le Danube,» on -mettra: - - [Gl.]3 [Gl.]1 [Gl.]1 [Gl.]4 [Gl.]e [Gl.]e [Gl.]1 [Gl.]3 [Gl.]1 - [Gl.]2 [Gl.]2 [Gl.]1 [Gl.]3 [Gl.]1 [Gl.]4 [Gl.]1 - [Gl.]n [Gl.]4 [Gl.]2 [Gl.]1. - -Ce procédé est un peu long, puisque chaque lettre réclame remploi d'un -signe et d'un numéro; il ne présenterait pas de très-grandes -difficultés à un déchiffreur habile, s'il était mis en usage de la -manière que nous indiquons, mais il est aisé d'y ajouter des -complications qui en déguisent mieux le mystère. - - -§ XI. - - Signes de la mnémonique. - -L'idée d'appliquer à la Cryptographie les signes imaginés pour la -mnémonique ou l'art de la mémoire, s'est naturellement présentée à -quelques imaginations. Jean-Henri Dobel, dans son _Collegium -mnemonicum ou Révolutions d'un nouveau secret de l'art de la pensée_ -(en allemand, Hambourg, 1707, 4º), a travaillé en ce sens. Il désigne -par les numéros 1 à 23 chacune des lettres de l'alphabet; il traduit -ainsi en chiffres chaque phrase contenue dans la dépêche qu'on veut -rendre secrète. Enfin, il transforme ces chiffres en mots que donne sa -mnémonique chiffrée. Il écrit ces mots tout au long. Il arrive ainsi à -des séries de mots latins qui n'offrent aucun sens en apparence. - -Dobel représente, dans ses procédés de mnémonique, les chiffres, par -des consonnes; ainsi 1--b, p, w; 2--c, k, q, x; 3--f ou v; 4--g ou j; -5--l; 6--m; 7--n; 8--r; 9--s; 0--d ou t. Veut-il exprimer -mnémoniquement ces chiffres, il prend des mots latins dans lesquels se -rencontrent les consonnes qui correspondent aux chiffres en question. -C'est ainsi que le nombre 567 aura pour expression les lettres _l_ -_m_ _n_ et pour représenter ces lettres, il a recours aux mots: -_limen_, _lumen_, _lamina_, _columen_. - -Ce procédé exige beaucoup de temps, de peine et de papier. Une page -entière d'écriture chiffrée est nécessaire pour exprimer quelques -lignes de la dépêche qu'il s'agit de transmettre. Ces inconvénients -sont cause qu'on n'a peut-être jamais fait usage de cette méthode -mnémonique, qui est, d'ailleurs, il faut en convenir, une de celles -dont l'interprétation présenterait le plus de difficultés. - - -§ XII. - - Correspondance au moyen d'un jeu de cartes. - -Il faut avoir un jeu de cartes et disposer toutes les figures dans un -ordre quelconque dont on sera convenu avec son correspondant. On doit -également déterminer l'ordre du mélange qui doit se faire de ces -cartes. - -Ces deux choses ayant été réglées, vous écrivez, comme d'ordinaire, -votre lettre sur une feuille de papier, et, arrangeant ensuite le jeu -de cartes dans l'ordre dont vous êtes convenu, vous les mêlez et vous -tracez sur chacune d'elles, en commençant par la première qui se -trouve alors dessus le jeu, successivement toutes les lettres qui -composent ce qui a été écrit sur le papier; lorsque vous avez placé -une lettre sur chacune de ces cartes, vous les mêlez de nouveau, -toujours dans le même ordre et sans y rien changer, et vous continuez -de placer de même toutes les lettres qui suivent; vous réitérez cette -opération jusqu'à ce que vous ayez transcrit toutes les lettres qui -composent ce que vous voulez mander. Ayez l'attention de mettre un -point après chacune des lettres qui terminent un mot, afin d'indiquer -la séparation de tous les mots. - -Supposons qu'on soit convenu de se servir d'un jeu de piquet de -trente-deux cartes, disposé dans l'ordre qui suit, et de mêler ce jeu, -en mettant alternativement à chaque mélange trois cartes au-dessus des -trois premières et trois au-dessous. Le jeu étant remis dans son -premier état, chaque carte sera chargée des lettres ci-après. - -On suppose que la lettre chiffrée contient la phrase suivante: - -«Je connais trop, monsieur, l'intérêt que vous prenez à tout ce qui -peut augmenter ma félicité, pour retarder plus longtemps à vous -confier le dessein que j'ai formé de m'unir par les liens les plus -sacrés à la famille de...» - - ORDRE DES CARTES LETTRES DE LA PHRASE - convenu ci-dessus, - - entre ceux qui s'écrivent. dans l'ordre où elles doivent - se trouver - sur chacune des cartes. - - _Mélange_, 1 2 3 4 5 6 - as de pique, n r t j l e - dix de carreau, s e a n u r - huit de coeur, i n r q s e - roi de pique, p p a n n é - neuf de trèfle, m e f f s s - sept de carreau, o u e i l a - neuf de carreau, e t s t t l - as de trèfle, u a l e e a - valet de coeur, r u v m s f - sept de pique, t e i s n a - dix de trèfle, r s t c l m - dix de coeur, o a. e. o r. i - dame de pique, l u p s m. l - huit de carreau, i s. o s e. l - huit de trèfle, n p u o d e. - sept de coeur, v q p a f d - dame de trèfle, t u l e. o e. - neuf de pique, s. i. u j r. etc. - roi de coeur, t g e e e. - dame de carreau, e m r. r. m - huit de pique, r e m l u - valet de trèfle, o t d p. p - sept de trèfle, n o e s. a - as de coeur, n a r. a. r. - neuf de coeur, c e. r. v l - as de carreau, s o r o j - valet de pique, t. o e u e - dix de pique, J. t. l e. e - roi de carreau, e c i d s - dame de coeur, c e. c e p - roi de trèfle, q n n a s - valet de carreau, n t g y. a - -Toutes les lettres qui composent les mots de la dépêche qu'on veut -chiffrer ayant été séparément transcrites sur ces trente-deux cartes, -comme il vient d'être indiqué, vous mêlerez indistinctement ce jeu de -cartes, et vous l'enverrez à votre correspondant. - - -Manière de lire. - -Celui qui reçoit ce jeu de cartes le dispose d'abord (eu égard à la -figure des cartes) dans l'ordre qui a été convenu; il en fait un -premier mélange, et transcrit successivement et de suite toutes les -lettres qui se trouvent les premières en tête de chacune de ces -trente-deux cartes, en ayant bien attention de ne pas les déranger de -leur ordre; après quoi, il les mêle de nouveau et recommence cette -même opération jusqu'à ce que toutes les lettres soient transcrites: -ces lettres forment naturellement le discours contenu dans la dépêche -en chiffres. - -Une précaution qui n'est pas à dédaigner consiste à écrire en encre -sympathique les caractères tracés sur ces cartes: si elles viennent à -tomber entre des mains indiscrètes, rien n'indique l'existence du -secret qui leur a été confié. - - -§ XIII. - - De l'emploi des lettres nulles, afin de cacher le sens d'une - dépêche. - -On écrit _en clair_ la dépêche qu'on veut transmettre, mais on y mêle -des mots et des syllabes de façon à obtenir une suite de mots -étrangers n'appartenant à aucune langue et qui ne présentent aucun -sens. On partage les mots composés de plusieurs syllabes, et d'un mot -on en fait plusieurs, en ajoutant des lettres que le déchiffreur -regarde comme _nulles_. - -Voici un passage emprunté à la _Germanie_ de Tacite et écrit d'après -un pareil système. - -Dans la première ligne, les trois premiers mots: _Lampsi deso saleu_, -et le dernier: _nous_, sont nuls. - -Dans chacune des lignes suivantes, le premier et le dernier mot le -sont également. - -Dans chacun des autres mots placés dans ces diverses lignes, la -première et la dernière lettre sont nulles. Il va sans dire que le -choix des syllabes et des lettres affectées de nullité est -parfaitement indifférent. - -Ceci posé, on peut écrire la phrase suivante. Nous mettons en -italique, pour plus de clarté, les lettres qu'il faut conserver; mais, -dans la dépêche chiffrée, rien ne doit distinguer ce qui est valable -et ce qui est ajouté. - -Lampsi deso saleu e_rege_su s_ex_a a_nobi_o nous futher c_litate_s -u_duces_n t_ex_t s_uirtute_y ai ma t_sumunt_a. o_nec_t g_regi_o -a_bus_o s_infini_e - -et - -yes a_ta_s s_aut_a a_libe_i st_ra_t s_potes_o e_tas_i, - -par - -la s_et_a s_duce_si sexema oplos s_potius_i sind mio s_quam_e s_impe_t -st_rio_p a_si_o o_promptui_m que - -to e_si_t e_conspi_l a_cui_z. o_si_m s_ante_r s_asi_s do le s_em_o -s_agunt_u s_admi_o e_ratio_x a_ne_s s_prae_t y - -allos o_sunt_y dorche. - -Le passage de Tacite se trouve ainsi très-clairement énoncé: - -_Reges ex nobilitate, duces ex virtute sumunt. Nec regibus infinita -aut libera potestas, et duces potius quam imperio si promptui, si -conspicui, si ante aciem agunt, admiratione præsunt._ - -Comme il serait fort long d'écrire en tête et à la fin de chaque ligne -un grand nombre de mots _nuls_, on simplifie de diverses manières le -système que nous venons d'indiquer. - -On entremêle, aux mots de l'avis qu'on veut transmettre, des lettres -prises au hasard, de façon, par exemple, que chaque lettre vraie est -précédée de deux lettres fausses. Pour écrire _nemo est domi_ -(personne n'est à la maison), vous mettrez: - - ex_n_pt_e_rk_m_bd_o_ vn_e_cs_s_mj_t_ lb_d_ku_o_ph_m_cu_i_. - -Ou bien on mêle aux mots certaines syllabes qui n'ont aucun sens. Pour -dire: _Pater meus non est domi_, vous mettrez: _Pa_ba_t_eb_er_ -_me_beub_us_ _no_bo_n_ eb_est_ _do_lo_mi_bi. _Fababribicabatober_ -voudra dire: _Fabricator_. - -Un procédé du même genre consiste à renverser les mots de l'avis à -transmettre, c'est-à-dire à les inscrire de droite à gauche, en -mettant au commencement et à la fin de chacun deux lettres qui ne -signifient rien; d'après cette méthode, pour écrire: «l'armée est -battue,» on pourra mettre: nb_eemral_xd ve_tse_jb iq_euttab_kf. - -Tout ceci, on le comprend de reste, est susceptible de modifications -très-nombreuses; mais il faut reconnaître également qu'un déchiffreur, -ayant de l'expérience et bien versé dans les mystères de la -Cryptographie, n'aurait pas beaucoup de peine pour découvrir les -secrets cachés sous un pareil voile. - - -§ XIV. - - De la stéganométrographie. - -Ce procédé est décrit en détail dans un ouvrage publié par Mathias -Uken, en 1751. Donnons une idée de ce chiffre, qu'on peut regarder à -juste titre comme un de ceux dont il serait le plus difficile de -trouver la clef. - -Vous écrivez en caractères ordinaires l'avis que vous voulez -transmettre en secret, et vous placez sous chaque lettre un chiffre, -en ayant soin de faire suivre les numéros dans l'ordre habituel. - -Supposons que vous voulez mander la nouvelle de la mort de l'empereur -d'Allemagne, nouvelle que vous exprimez en latin. - - HERI OBIIT - 1234 56789 - - C A R O L U S A U G U S T U S - 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. - - I M P E R A T O R - 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33 - -Vous vous êtes muni d'un certain nombre de tableaux numérotés; chacun -d'eux porte les vingt-quatre lettres de l'alphabet, de A à Z, et, à -côté de chaque lettre se trouve inscrit la moitié d'un vers pentamètre -ou hexamètre. Les tableaux pairs contiennent les premiers hémistiches, -les tableaux impairs les seconds; de sorte qu'en réunissant les -tableaux 1 et 2, 3 et 4, 5 et 6, on obtient les vers entiers. En voici -un exemple: - - _Tableau_ 1. - - a Ne mora te teneat - - b Ne cunctare precor - - h Ne dedigneris - - - _Tableau_ 2. - - a chartæ perfringere gemmam. - - b sua vincula demere chartæ. - - e peregrinam evolvere hartam. - - - _Tableau_ 3. - - r A tibi dilectis - - - _Tableau_ 4. - - i credi venere plagis. - - - _Tableau_ 5. - - o Non tibi damniferos - - - _Tableau_ 6. - - b depinget epistola casus. - - - _Tableau_ 7. - - i Lætitias mentis - - - _Tableau_ 8. - - i demat ut illa. - -Cherchez dans le premier tableau l'hémistiche qui correspond à la -lettre H et dans le second celui qui est placé à côté de la lettre E; -voyez dans le troisième tableau quelle moitié de vers correspond à la -lettre R, et, dans le quatrième, examinez ce que vous donne I. En -écrivant à la place de chaque lettre l'hémistiche qui lui correspond, -vous exprimerez le mot _Heri_ de la manière suivante: - - Ne dedigneris peregrinam evolvere chartam, - A tibi dilectis, credi venire plagis. - -En suivant ce même procédé, vous compléterez facilement votre -dépêche. - -Il convient de se servir d'un assez grand nombre de tableaux, afin de -ne pas se trouver dans le cas de répéter les mêmes vers, si la dépêche -est un peu longue. Uken a pris la peine de dresser quarante-quatre -tableaux qui contiennent 656 hémistiches et qui offrent ainsi le moyen -de chiffrer un avis composé de ce nombre de lettres. - -Le déchiffrement est facile pour votre correspondant. Il prend ses -tableaux, lesquels doivent, cela va sans dire, présenter la -reproduction textuelle des vôtres; il cherche quelle est la lettre qui -correspond à chaque hémistiche, et, en écrivant successivement ces -lettres, il est promptement au fait de ce que vous lui demandez. - -On voit que la stéganométrographie est pour les non initiés une énigme -dont le mot est introuvable; mais elle a l'inconvénient de prendre -beaucoup de temps et d'exiger des écritures considérables, puisque -chaque lettre de l'avis à transmettre se trouve, dans la dépêche -chiffrée, exprimée par plusieurs mots. - - -§ XV. - - Chiffre formé par un système de lettres et de points. - -J. H. à Sunde, dans sa _Steganologia_, indique un chiffre assez -ingénieux, qui consiste dans l'emploi combiné des lettres et des -points. Les lettres sont réunies deux à deux, et, au-dessous de chaque -groupe, on place un système variable de points. La chose se dispose de -la sorte: - - ae io ub cd fg hk lm np qr st vy xz - [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] - -Au lieu de la lettre _a_ dans la dépêche à chiffrer, on place _e_ avec -un point devant; au lieu de l'_e_ on écrit _a_, en plaçant cette fois -le point après; au lieu du _d_ on écrit un _c_, que précèdent quatre -points disposés en carré; ainsi de suite. De cette façon, le mot -_amen_ se trouve exprimé par les lettres et les points qui suivent: - -el [Pt.] a. [Pt.] p - -et le mot _Rhin_ se chiffre de la sorte: - -q [Pts.] [Pt.] h. o [Pt.] p - - -§ XVI. - - De la substitution des lettres les unes aux autres, d'après un - système compliqué. - -Il est un système de cryptographie qui consiste simplement à remplacer -les lettres de la dépêche par d'autres lettres rangées d'après un -ordre convenu. L'opération est longue, mais on obtient ainsi la -presque certitude d'échapper aux investigations, car le grand nombre -de combinaisons dont un pareil procédé est susceptible rend la -découverte de ce secret extrêmement difficile. - -Supposons qu'on se soit mis d'accord pour ranger les chiffres 1 à 10 -dans l'ordre suivant: - - 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 - 4. 7. 2. 9. 1. 10. 5. 3. 6. 8. - -il faut alors que la première lettre de la vraie dépêche soit, dans -l'écrit chiffré, remplacée par la quatrième lettre de cette même -dépêche; la seconde, par la septième; la troisième, par la seconde; la -quatrième, par la neuvième; ainsi de suite. - -On range par décade ou dizaine les mots de la dépêche à chiffrer. - -Supposons qu'on veuille mander: - -«Le roi de Hanovre est très-malade, et il ne peut vivre longtemps.» - -On raisonnera de la sorte: - -La première lettre de la dépêche, _l_, correspond à la quatrième, _o_; -la seconde, _e_, à la septième, _h_; la troisième, _r_, à la seconde, -_e_; la quatrième, _o_, à la neuvième, _n_, etc. On écrira en -conséquence les lettres qui forment successivement la dépêche -chiffrée. - -À la seconde dizaine, on procède de même; la correspondance des -lettres se trouve toute nouvelle. - -Voici comment les vingt premières lettres de la phrase prise pour -exemple se trouveraient chiffrées: - - ohenloirdaetrevsstre - -Il importe de ne placer aucun point, aucun signe, qui indique la -séparation des mots ou la fin des dizaines; on peut très-bien, -d'ailleurs, au lieu de se borner à opérer sur dix lettres, étendre à -vingt ou à trente lettres ce système de remplacement. On peut aussi, à -chaque division nouvelle, employer pour les chiffres un ordre -différent, sur lequel on se sera mis d'accord. De cette manière, on -rendra le problème plus que jamais insoluble pour les non initiés; -mais il faut reconnaître que cette méthode prend du temps, et qu'à -moins d'une attention fort soutenue on est exposé, en chiffrant de la -sorte, à commettre bien des erreurs. - - -§ XVII. - - Chiffre inventé par Hermann. - -Un professeur allemand, Hermann, se vanta, en 1752, d'avoir inventé un -chiffre absolument indéchiffrable; il mit tous les mathématiciens de -l'Europe et toutes les sociétés savantes au défi d'en découvrir la -clef. Un réfugié français, Beguelin, fut assez habile ou assez bien -inspiré pour la trouver dans l'espace de huit jours, et il publia les -détails de sa découverte dans les _Mémoires de l'Académie de Berlin_, -1758. - -Le chiffre d'Hermann se compose de 25 caractères différents et des -neuf chiffres de l'arithmétique, de 1 à 9. À chacun de ces caractères -répond immédiatement au-dessous une lettre de l'alphabet, et chaque -mot est séparé du suivant par un point. Plusieurs de ces caractères en -ont un autre immédiatement au-dessus d'eux, et ces caractères -supérieurs sont en partie les mêmes que les inférieurs; quelques -autres signes, qui ne consistent qu'en points ou en simples lignes, -paraissent affectés à la rangée supérieure et ne se rencontrent nulle -part dans l'inférieure. - -Après bien des tâtonnements et des vérifications, Beguelin reconnut -que le chiffre sur lequel il opérait était soumis à trois lois -particulières: - -1º Tout caractère initial inférieur dont la valeur est au-dessus de 9 -conserve sa valeur constante; - -2º Tout caractère initial inférieur dont la valeur affirmative est -au-dessous de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur -ordinaire. - -3º Tout caractère initial inférieur dont la valeur négative est -au-dessous de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur -ordinaire; plus une unité. - -Diverses lois particulières découlaient de ces lois générales: - -4º Le caractère supérieur initial conserve toujours sa valeur -ordinaire; - -5º Le caractère supérieur ne sert qu'à déterminer par sa valeur la -lettre placée immédiatement au-dessous et nullement celle qui suivra à -droite, à moins que le caractère inférieur ne soit zéro; - -6º Lorsqu'au milieu d'un mot il y a un signe ou un caractère -supérieur, ne fût-ce qu'un point, comme on a alors déjà deux valeurs -requises pour déterminer la lettre, on ne joint pas celle du caractère -qui précède à gauche; - -7º Un point placé sur un caractère qui n'est pas un chiffre -arithmétique augmente toujours sa valeur d'une unité; - -8º Un point placé dans la figure d'un tel caractère le rend -simplement négatif, sans rien ajouter ni diminuer à sa valeur; - -9º Une valeur négative ou soustractive n'est telle que relativement au -caractère qui précède; toute valeur est affirmative ou additive par -rapport au caractère suivant. De là vient que l'initiale inférieure -est toujours affirmative, quoique le caractère soit négatif; - -10º Comme les lettres répondent à des nombres affirmatifs, la -différence entre deux caractères, dont l'un est négatif, est toujours -censée affirmative, quoique la valeur du caractère négatif soit la -plus grande; - -11º Lorsque le caractère à gauche est zéro, il faut ajouter la valeur -du caractère qui précède le zéro. - -Tout cela était assez ingénieux, mais l'accumulation de ces lois rend -un pareil chiffre d'un usage bien peu commode. Il y a de la bizarrerie -dans la détermination de la valeur des lettres alphabétiques; et la -multiplicité des règles, jointe aux divers usages d'un même signe, -donnerait certainement lieu dans la pratique à bien des fautes -d'inadvertance. - -Hermann eut tort d'annoncer son invention d'une manière emphatique; il -n'est guère de chiffre dont on ne puisse venir à bout, dès que l'on en -connaît la langue et que les mots sont distingués; à plus forte raison -laissent-ils échapper leur secret lorsqu'on n'a pas eu le soin -d'éviter le retour des mêmes signes pour exprimer la même lettre. Le -chiffre du professeur allemand roulait sur des valeurs numéraires; il -ne devait donc y entrer aucun chiffre arabe, ou du moins ceux-ci ne -devaient pas y conserver leur valeur connue. - -Donnons maintenant un exemple de la façon dont se présentait le -chiffre en question; la phrase en langue allemande qu'Hermann avait -déguisée au moyen de sa méthode signifie dans une traduction mot à -mot et interlinéaire: «La orientale science, au lieu des lettres, avec -nombres et caractères, d'écrire.» - -_Die orientalische Wissenschaft, anstatt der Buchstaben, mit Zahl und -Caractern zu schreiben._ - -[Illustration: Planche de signes.] - -[Note 5: Voir la planche IX, à la fin du volume de l'Histoire de -l'Académie des sciences et belles-lettres de Berlin en 1758.] - -Il n'a jamais été fait usage de ce chiffre, et il est demeuré dans le -domaine des théories imaginées à plaisir. En le perfectionnant, en -évitant les erreurs qu'avait commises Hermann et qui mirent -l'interprète sur la voie de sa découverte, on pourrait encore obtenir, -sinon un chiffre radicalement inexpugnable (le mot _impossible_ ne -doit pas être admis en cryptographie), du moins on en aurait un qui -présenterait les difficultés les plus formidables; mais une pareille -méthode resterait toujours un simple objet de curiosité, car elle -serait trop compliquée pour que la diplomatie en fît usage. - - -§ XVIII. - - De l'emploi des notes de musique. - -Ce système de cryptographie repose sur le même principe que celui -dont la description se trouve dans la IXe section de ce chapitre. Vous -décrivez sur un carré de carton un cadran divisé en vingt-quatre -parties égales, et dans chacune d'elles vous transcrivez une des -lettres de l'alphabet. Un autre cadran mobile, sur un point central et -concentrique au premier, est divisé de même en un pareil nombre de -parties égales. Il est réglé circulairement, comme un papier de -musique. Vous marquez, dans chacune de ces divisions, des notes du -musique différentes les unes des autres. Vous n'oublierez pas de -tracer les trois clefs de la musique dans l'intérieur du cadran, et -autour de ses divisions les divers chiffres dont les compositeurs font -usage pour exprimer les divers temps ou mesures. - -Vous fixez une des divisions quelconques du cadran extérieur, de -manière qu'elle se trouve vis-à-vis de celle du cadran intérieur: -chaque lettre du premier cadran répond à une note placée sur le -second. - -Prenez ensuite une feuille de papier réglé tel que celui dont on fait -usage pour noter la musique; et, après avoir disposé vos deux cadrans, -placez, en tête de la première ligne de votre dépêche, celle des trois -clefs qui correspond aux mesures indiquées; ceci sert de règle à votre -correspondant, afin qu'il dispose de la même façon, avant -d'entreprendre le déchiffrement, le cadran qu'il a devant lui. -Transcrivez sur le papier réglé la note qui, sur le cadran intérieur, -répond aux lettres dont sont composés les mots de l'avis qu'il s'agit -de transmettre. Votre correspondant, instruit, par la clef de la -musique et par le chiffre qui désigne la mesure, de l'arrangement -qu'il doit donner à ses cadrans, substituera, en place de chaque note, -la consonne ou voyelle qui lui correspond. - -En changeant de clef à plusieurs reprises, on rend le déchiffrement -plus difficile pour les personnes qui n'ont pas le cadran -cryptographique. Changer de clef, c'est disposer le cadran de façon -qu'une des trois clefs de la musique réponde à un temps ou mouvement -différent; ce qui peut s'effectuer à plusieurs reprises dans la même -lettre et ce qu'on indique de la manière ci-dessus signalée. - - - - -CHAPITRE IV. - -DES DIVERSES SORTES D'ÉCRITURE ET DES DIFFÉRENTS LANGAGES DE -CONVENTION QUI SE RATTACHENT À LA CORRESPONDANCE OCCULTE. - - -§ Ier. - - Okygraphie. - -M. H. Blanc, sous-chef du bureau de l'instruction publique à la -préfecture de la Seine, a proposé une écriture chiffrée de son -invention, dans un livre intitulé: - -_Okygraphie, ou l'art de fixer par écrit tous les sons de la parole -avec autant de facilité, de promptitude et de clarté que la bouche -les exprime. Nouvelle méthode applicable à tous les idiomes, -présentant des moyens aussi vastes, aussi sûrs que nouveaux -d'entretenir une correspondance secrète dont les chiffres seront -absolument indéchiffrables._ Paris, 1802, _in_-12. - -Les signes qu'emploie cette méthode sont beaucoup plus simples que -ceux de l'alphabet ordinaire. Ils se réduisent à trois: _i_, _c_, -[Signe]. On les écrit sur du papier réglé dans le genre de celui qui -sert à la musique, mais avec la différence que les lignes rangées à -côté les unes des autres sont au nombre de quatre seulement. Les trois -signes indiquent leur signification, de même que les notes de musique, -d'après la position qui leur est assignée sur les lignes, et, pour -chaque signe, cette position peut se combiner de huit manières -différentes. On obtient ainsi les vingt-quatre lettres de l'alphabet, -qu'on simplifie d'ailleurs en écrivant les mots tels qu'ils se -prononcent. - -En combinant les signes de l'Okygraphie, en se mettant d'accord à -l'avance sur le sens qu'il faut attacher à chacun d'eux placé de telle -ou telle manière, en ayant recours aux non-valeurs et aux divers -stratagèmes bien connus des cryptographes, on peut arriver sans peine -à former un chiffre dont le mystère restera complétement impénétrable. -M. Blanc donne, par exemple, huit alphabets divers qu'il a formés -selon sa méthode, laquelle est susceptible d'en fournir une quantité -infinie. - -L'attention de M. de Talleyrand, alors ministre des affaires -étrangères, fut appelée sur l'avantage qu'offrirait l'Okygraphie pour -la correspondance secrète des ambassades; M. Blanc nous fait savoir -qu'il reçut une lettre très-flatteuse signée de Son Excellence; cette -lettre rendait justice au mérite de l'Okygraphie, mais elle ajoutait -que, dans les bureaux et dans les légations, on était habitué, de -longue date, à des méthodes qui paraissaient satisfaisantes, et qu'il -n'y avait guère moyen d'y introduire l'emploi de procédés tout -nouveaux. - - -§ II. - - Pasigraphie. - -Ce mot se compose de deux mots grecs, [Grec: pasi], _à tous_, [Grec: -graphô], _j'écris_. Écrire même à ceux dont on ignore la langue, au -moyen d'une écriture qui soit l'image de la pensée que chacun rend par -différentes syllabes, c'est ce qu'on nomme _Pasigraphie_. - -Deux personnes, appartenant à deux pays différents et à deux langues -différentes, ne savent chacune que leur idiome; elles apprennent à le -pasigraphier; dès lors, ce que l'une écrit dans sa langue, l'autre -l'entend dans la sienne. Adaptez cette méthode à plusieurs langues, le -même écrit, le même imprimé sera lu en autant de langues, comme les -chiffres de l'arithmétique, les signes de la chimie et les notes de la -musique sont également intelligibles pour tout le monde, de Cadix à -Stockholm, de Boston à Calcutta. - -M. de Maimieux est un des auteurs qui se sont le plus occupés de -Pasigraphie; dans le procédé qu'il emploie, il fait usage de douze -caractères; nous les reproduisons ici: - - [Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.]. - -Il serait très-long et d'un faible intérêt d'expliquer ici comment, -grâce à l'emploi de ces signes, il y aurait moyen de créer une -écriture universelle qui serait entendue de tous les peuples. M. de -Maimieux exprime lui-même en ces termes l'idée qui sert de base à sa -méthode. - -«Le principal fondement de l'art pasigraphique est dans le moyen de -substituer le signe de la place des mots aux syllabes dont toutes les -langues composent leurs mots. Ces syllabes diffèrent d'un idiome à -l'autre, par l'effet de conventions locales qu'un étranger ne peut -connaître qu'après beaucoup d'études et un long usage. Chaque mot -présente des particularités qu'il faut savoir pour bien posséder une -langue, soumise, d'ailleurs, à des règles très-nombreuses, peu fixes, -souvent contradictoires et noyées dans un océan d'exceptions. La place -du mot pasigraphié demeurant la même pour tous les peuples, ceux-ci -s'entendent facilement, puisque les signes de la place du mot, devenus -le corps du mot, restent les mêmes, de quelques lettres que soit formé -le mot placé dans la ligne, si d'ailleurs la méthode est réduite à -douze signes qui n'éprouvent aucune exception.» - -Les signes de la Pasigraphie peuvent être employés dans l'écriture en -chiffres. Parmi les écrivains qui se sont occupés du problème de la -langue universelle, les uns, comme M. de Maimieux, ne font usage que -d'un petit nombre de caractères; d'autres (Becker, notamment, dans sa -_Notitia linguæ universalis_) ont recours à une foule de signes qui -rappellent un peu les notes tironiennes et qui se composent de lignes -droites ou courbes, combinées de diverses manières et de façon que -chaque signe exprime un mot et une idée. L'emploi d'un pareil système -serait évidemment entouré de difficultés multipliées; l'application à -la Cryptographie de signes aussi peu connus n'offrirait que de bien -minces avantages; aussi, dans la pratique, n'a-t-on jamais songé à y -recourir. - - -§ III. - - Hiéroglyphes. - -Nous ne saurions oublier ici divers symboles, dont l'antiquité fit -usage, afin d'énoncer des préceptes, des leçons, des faits qui -demeuraient lettre close pour le vulgaire et dont l'érudition moderne -s'efforce de retrouver la clef perdue depuis bien des siècles. - -Parmi les différents systèmes d'écriture mis en usage dans le but -d'exprimer ces idées qui restaient un mystère pour les non initiés, -les fameux hiéroglyphes de l'ancienne Égypte tiennent le premier rang. - -Diodore de Sicile, au livre III de sa _Bibliothèque historique_, parle -des caractères hiéroglyphiques employés par les Égyptiens. Après avoir -dit que ces caractères offrent à nos yeux des animaux de tout genre, -des parties du corps humain, des ustensiles, des instruments, -principalement ceux dont font usage les artisans, il expose dans les -termes suivants les motifs qui leur ont fait donner ces formes: «Ce -n'est point, en effet, par l'assemblage des syllabes que chez eux -l'écriture exprime le discours, mais c'est au moyen de la figure des -objets retracés et par une interprétation métaphorique basée sur -l'exercice de la mémoire.» - -Le témoignage de cet historien grec est confirmé par celui d'un -historien latin: Ammien Marcellin constate que, «chez les anciens -Égyptiens, chaque lettre représentait un mot et quelquefois même une -phrase entière.» - -Vers la fin du second siècle, saint Clément d'Alexandrie, parlant des -voiles mystérieux dont on s'est plu souvent à entourer la science pour -n'en permettre l'abord qu'aux initiés, observe qu'on ne pouvait -atteindre que par des degrés successifs le terme le plus élevé de -l'instruction, qui était la science des hiéroglyphes. - -Trois sortes d'écritures ont été connues des anciens Égyptiens. Les -hiéroglyphes, qui représentent fidèlement des objets de la nature et -des produits de l'art, ont été regardés comme symboliques; Champollion -a fini par ne plus voir, dans ces signes, que des caractères -idéographiques; et, sans entrer ici dans une discussion qui aurait le -double tort d'être très-longue et de nous éloigner beaucoup du sujet -que nous avons en vue, nous ferons remarquer que, quel que soit -l'éclat des ingénieuses découvertes du savant illustre que nous venons -de nommer, les théories qu'il a formulées soulèvent encore, hors de la -France surtout, de vives objections de la part d'érudits fort -distingués. - -L'écriture _hiératique_ ou sacerdotale est regardée comme une -tachygraphie des hiéroglyphes, et les signes vulgaires ou -_démotiques_, comme une abréviation des hiératiques. - -La fameuse inscription de Thèbes, la seule dont l'explication soit -parvenue jusqu'à nous, exprimait, par les hiéroglyphes d'un enfant, -d'un vieillard, d'un vautour, d'un poisson, d'un hippopotame, la -sentence suivante: «Vous qui naissez et qui devez mourir, sachez que -l'Éternel déteste l'impureté.» - -Voici en quels termes M. Champollion Figeac, le frère du célèbre -créateur des études égyptiennes, résume les notions les plus -généralement reçues au sujet des hiéroglyphes: «L'écriture -hiéroglyphique, proprement dite, se compose de signes représentant des -objets du monde physique, animaux, plantes, arbres, figures de -géométrie, etc.; le tracé est parfois simplement linéaire; quelquefois -il est entièrement terminé et même colorié. Le nombre de ces signes -est d'environ huit cents. - -«L'écriture hiératique est une véritable _tachygraphie_ de la -précédente. Comme les signes hiéroglyphiques ne pouvaient être -convenablement tracés que par des personnes exercées dans l'art du -dessin, on créa un système d'écriture abrégée dont les signes étaient -d'une exécution facile, système qui n'eut d'ailleurs rien -d'arbitraire. Chaque signe hiératique fut un abrégé du signe -hiéroglyphique; au lieu de la figure entière du lion couché, par -exemple, on traça l'esquisse d'une partie de son corps, et cet abrégé -du lion conserva, dans l'écriture, la même valeur que la figure -entière.» - -Dans des pays très-éloignés des rives du Nil, on trouve une écriture -hiéroglyphique, qui offre, à certains égards, des analogies -remarquables avec les procédés des Égyptiens. Les Mexicains, avant la -conquête des Espagnols, avaient également recours à des figures -d'hommes, d'animaux, etc., pour énoncer leurs idées. - -Les noms des villes de Meacuilxochitl, Quauhtinchan et Tchuilojocan -signifient _cinq fleurs_, _maison de l'aigle_ et _lieu des miroirs_. -Pour indiquer ces trois villes, on peignait une fleur placée sur cinq -points, une maison de laquelle sortait la tête d'un aigle, et un -miroir d'obsidienne. - -Divers manuscrits hiéroglyphiques mexicains ont échappé à la -destruction, et ils figurent parmi les objets les plus précieux que -possèdent les grandes bibliothèques de l'Europe. M. de Humboldt en a -copié quelques pages dans son bel ouvrage intitulé: _Vue des -Cordillères_ (Paris, 1819, 2 vol. in-8º). Une magnifique publication -spéciale, faite aux frais d'un riche Anglais, a reproduit tout ce qui -subsiste en ce genre. Voir les _Antiquities of Mexico comprising -fac-similes of ancient mexican paintings and hieroglyphics, by lord -Kingsborough_ (London, 1831, 9 vol. in-fol.). Cet ouvrage a coûté à -son auteur plus de 25,000 livres sterling (un million). Il en est -rendu compte dans le _Bulletin des Sciences historiques_, publié par -M. de Férussac, t. XVII, p. 63, et dans la _Revue encyclopédique_, t. -XLIX, p. 148. - -Ce n'était pas, d'ailleurs, au Mexique seulement, qu'on avait recours -à pareilles images. - -Les indigènes de la Virginie avaient des peintures appelées -_Sagkokok_, qui représentaient, par des caractères symboliques, les -événements qui s'étaient accomplis dans l'espace de soixante ans; -c'étaient de grandes roues divisées en soixante rayons ou en autant de -parties égales. Lederer (_Journal des Savants_, 1681, p. 75) rapporte -avoir vu dans le village de Pommacomck un de ces cycles -hiéroglyphiques, dans lequel l'époque de l'arrivée des blancs sur les -côtes de la Virginie était marquée par la figure d'un cygne vomissant -du feu, pour indiquer à la fois la valeur des Européens, leur arrivée -par eau et le mal que leurs armes à feu avaient fait aux hommes -rouges. - - -§ IV. - - Langage au moyen des gestes. - -Le langage au moyen des gestes peut être regardé comme formant l'une -des branches de la Cryptographie; il permet à celui qui l'emploie de -faire connaître ses idées d'une manière qui échappe aux personnes qui -ne sont pas au fait de pareils secrets. Les anciens connaissaient cet -art. Un écrivain grec, Nicolas de Smyrne, a laissé un petit traité, -intitulé: _De numerorum notatione per gestum digitorum_ (Paris, 1614, -in-8º); cet opuscule est devenu très-rare, mais il a été réimprimé -dans des recueils publiés par Possin et par Fabricius, et plus -récemment dans les _Eclogæ physicæ_ de Schneider. Les Romains -portèrent au plus haut degré les ressources de la pantomime, et l'on -trouve, chez Pétrone, l'expression de _manus loquaces_. - -Au huitième siècle, Bède le Vénérable, célèbre religieux anglais que -l'estime publique a placé presque au rang des Pères de l'Église, -écrivit un traité _De loquela per gestum digitorum_, traité qui est -compris dans le volumineux recueil de ses oeuvres[6]. - -[Note 6: Tome 1er de l'édition de Cologne, 1688, 8 vol. in-folio. Bède -s'appuie sur l'autorité de Plutarque, de Pline, d'Apulée, de Juvénal, -pour prouver que l'art dont il s'occupe d'énoncer les règles était -connu des anciens.] - -Tous les lecteurs de Rabelais se rappellent de quelle façon Panurge -fit _quinault l'Angloys qui arguoyt par signes_. - -D'après un mémoire d'H. Dunbar, inséré dans les Actes de la _Société -philosophique de l'Amérique du Nord_, il se rencontre, parmi les -nombreuses tribus indiennes répandues le long du Mississipi, des -individus qui savent tirer un parti admirable des ressources de la -pantomime pour exprimer leurs idées. Malgré la diversité des langues -en usage chez ces peuplades belliqueuses, ils n'ont jamais besoin -d'interprètes, et ils réussissent toujours à se faire comprendre sans -avoir à prononcer un seul mot, tant leurs gestes, exécutés d'après un -système universellement adopté, sont pleins d'énergie, de netteté et -d'à-propos. - -Nous sortirions des limites de notre sujet, si nous parlions ici du -langage manuel en usage parmi les sourds-muets. Nous nous contenterons -de mentionner un alphabet qu'on peut appeler _alphabet facial_. - -M. Bertin, dans son _Système universel et complet de sténographie_ -(Paris, an XII), fait connaître un alphabet de son invention, d'après -lequel la position des doigts sur le visage sert à transmettre tout -ce qu'on veut faire savoir. Il laisse de côté les voyelles isolées _o_ -et _u_, et il exprime par un même signe les lettres telles que _g_ et -_j_, _q_ et _k_, qui donnent des sons à peu près identiques. - - _Lettres_. _Traits physionomiques_. - - b Doigt placé diagonalement sous l'oeil droit et en - regard du nez. - - d » sur le coin droit de la bouche. - - FV » sur le coin gauche. - - GJ » sur la joue gauche. - - h » au sommet de la tête. - - KQ » sur la lèvre supérieure. - - l » placé diagonalement sur l'oeil gauche. - - m » sur la bouche. - - n » sur la lèvre inférieure. - - p » sur la fossette du menton. - - r Bouche ouverte. - - s Doigt couché horizontalement sur l'intervalle des - lèvres. - - t » sur le nez. - - x » au cou. - - y » à l'intervalle des sourcils. - - on » au front. - - ou » perpendiculairement sous l'oreille droite. - - oui Doigt horizontalement près de l'oreille gauche. - - au » à l'aile droite du nez. - - eu » au sourcil droit. - - ai » à l'aile gauche du nez. - - a » au sourcil gauche. - - i » à la tempe droite. - - e » à la tempe gauche. - - le, la, les, » placé verticalement devant la figure. - - _nom d'homme_, main ouverte. - - _fin de mot_, doigt fermé. - - _fin de phrase_, main fermée. - - _numération sténographique_, emploi du pouce au - lieu du doigt. - -On emploie deux doigts à la fois pour exprimer une lettre qui se -répète. - -Si l'on veut aller plus vite, on emploie encore deux doigts à la fois, -en ayant soin de convenir que le pouce est la première, et l'index la -seconde. - -Vigenère a fait très-succinctement mention de cette méthode, lorsqu'il -dit un mot en passant de «l'entreparler tacitement par les doigts en -les élevant ou les plaquant sur la bouche ou sur l'un des yeux.» - - -§ V. - - Langage des fleurs. - -C'est dans les sérails que l'art ingénieux de correspondre avec des -fleurs a pris naissance; il fait partie des moeurs orientales. «Les -Chinois, dit un écrivain ingénieux, ont un alphabet composé -entièrement avec des plantes et des racines; on lit encore sur les -rochers de l'Égypte les anciennes conquêtes de ces peuples exprimées -avec des végétaux étrangers. Ce langage est donc aussi vieux que le -monde, mais il ne saurait vieillir, car chaque printemps en renouvelle -les caractères, et cependant la liberté de nos moeurs l'a relégué -parmi les amusements des harems. Les belles odalisques s'en servent -souvent pour se venger du tyran qui outrage et méprise leurs charmes; -une simple tige de muguet, jetée comme par hasard, va apprendre à un -jeune icoglan que la sultane favorite, fatiguée d'un amour tyrannique, -veut inspirer, veut partager un sentiment vif et sincère. Si on lui -renvoie une rose, c'est comme si on lui disait que la raison s'oppose -à ses projets, mais une tulipe au coeur noir et aux pétales enflammés -lui donne l'assurance que ses désirs sont compris et partagés; cette -ingénieuse correspondance, qui ne peut jamais ni trahir ni dévoiler un -secret, répand tout à coup la vie, le mouvement et l'intérêt dans ces -tristes lieux qu'habitent ordinairement l'indolence et l'ennui.» - -Dans un pareil langage, la rose signifie une jeune fille: blanche, -elle indique la constance en amour; jaune, elle exprime l'infidélité. - -Un oeillet veut dire un homme, et les couleurs diverses, les variétés -d'espèce de la fleur, caractérisent cet homme au physique comme au -moral. - -L'étoilée exprime l'idée de père ou de mère; si la fleur est rouge, -les parents sont indulgents et bons; si elle est violette, ils sont -rigoureux et sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie. - -Indiquons le sens attaché à d'autres fleurs: - - oreille-d'ours, soeur ou frère. - pensée, veuf ou veuve. - renoncule, soldat. - camomille, médecin. - tubéreuse, supérieur. - fleur d'oranger, richesse. - violette, patrie. - amarante, jour. - pavot, nuit. - cresson, promenade. - jasmin d'Espagne, visite. - marguerite, demande. - pied-d'alouette, voyage. - jasmin, jardin. - myrte, épouser. - romarin, pleurer, s'affliger. - anémone, se réjouir. - basilic, pleurer, s'affliger. - menthe, craindre. - muguet, innocent, bon. - lierre, éternel. - giroflée rouge, aujourd'hui. - » blanche, demain, l'avenir. - » violette, hier, jadis, le passé. - narcisse, je, moi. - ortie, fidèle. - géranium, navire, voyage par mer. - primevère, la mort. - -D'après les règles de cette langue ingénieuse, lorsqu'un jeune -habitant de Constantinople ou de Smyrne veut faire parvenir ce -message: - -«J'irai te rendre visite, chère amie, demain matin de bonne heure dans -le jardin, avec mon frère, homme de bien et distingué, qui t'aime, -belle jeune fille, et qui veut t'épouser.» - -Il envoie les fleurs suivantes avec des numéros d'ordre: Narcisse, -jasmin d'Espagne, réséda, hyacinthe bleue, giroflée blanche, -tournesol, jasmin, marjolaine, oreille-d'ours, oeillet d'un brun -sombre, chèvre-feuille, rose rouge, deux myosotis, myrte. - -Le moyen âge n'ignora point la signification symbolique donnée aux -diverses fleurs; parmi différents exemples que nous pourrions citer, -nous nous bornerons à mentionner un petit vocabulaire que renferme un -manuscrit conservé à la bibliothèque royale de Bruxelles; nous en -reproduisons fidèlement le style suranné: - - giroflée rouge, beaulté. - giroflée blanche, amour chaste. - marjolaine grosse, mensonge. - marjolaine menue, bonté. - thym, persévérance. - thym coupé, vous parviendrez. - fleur de thym, à vous me donne. - laitue, bonnes nouvelles. - lys, foi. - rose blanche, j'ay bon vouloir. - bouton de rose blanche, je vous ayme. - rose rouge, largesse. - bouton de rose rouge, angoisse. - rose musquette, je vous refuse. - rose de province, soyez secret. - rose doublée de rose occasion. - musquette, - rosmarin, congé. - rosmarin coppé au boult, amour sans fin. - violette jaune, contentement. - violette de mars blanche, bon espoir. - violette de mars bleue, douleur. - violette d'oultremer, patience. - violette d'hiver, temps perdu. - ortie, trahison. - chanvre, défiance. - genêt, adresse. - fleur de genêt, pour amour j'endure. - buglosse, légèreté. - bourache, reproche. - lavandre, travers. - saulge grosse, entreprise. - saulge menue, chasteté. - ysope, amertume. - liere, ingratitude. - piment, douleur. - pavost, prison. - -Un écrivain moderne, se basant sur les considérations de la botanique -ou sur les récits de la mythologie, a composé un dictionnaire du -langage des fleurs, pour écrire un billet; transcrivons-en une partie, -en faisant remarquer toutefois que plusieurs de ces significations -sont très-contestables. - - abandon, anémone. - absence, absinthe. - agitation, sainfoin-oscillant. - aigreur, épine-vinette. - amabilité, jasmin blanc. - amertume, douleur, aloès. - amitié, lierre. - amour, myrte. - amour conjugal, tilleul. - amour maternel, mousse. - audace, mélèze. - austérité, chardon. - beauté capricieuse, rose musquée. - bienfaisance, pomme de terre. - bienveillance, jacinthe. - consolation, perce-neige. - constance, pyramidale bleue. - courage, peuplier noir. - cruauté, ortie. - dédain, oeillet jaune. - délicatesse, bluet. - désespoir, soucis et cyprès. - désir, jonquille. - docilité, jonc des champs. - élégance, acacia rose. - fécondité, rose trémière. - félicité, centaurée. - fierté, amaryllis. - franchise, osier. - frugalité, chicorée. - générosité, oranger. - gentillesse, rose pompon. - haine, basilic. - honte, pivoine. - immortalité, amarante. - indépendance, prunier sauvage. - injustice, houblon. - jeunesse, lilas blanc. - naïveté, argentine. - noirceur, ébénier. - prospérité, hêtre. - prudence, cormier. - puissance, impériale. - pureté, épi de la Vierge. - reconnaissance, agrimoine. - sagesse, mûrier blanc. - silence, rose blanche. - simplicité, fougère. - sommeil du coeur, pavot blanc. - temps, peuplier blanc. - tranquillité, alysse des rochers. - vérité, morelle douce-amère. - vice, ivraie. - volupté, tubéreuse. - - -§ VI. - - Des alphabets factices. - -Vigenère, dans son _Traité des chiffres_, Duret, dans son _Trésor des -langues_, et divers autres anciens auteurs ont donné des modèles -d'alphabets attribués à divers personnages célèbres de l'antiquité la -plus reculée; M. Nodier s'exprime à cet égard de la façon suivante: - -«Les alphabets factices de Salomon, d'Apollonius et même d'Adam ne -sont pas si méprisables qu'on se l'imagine, et je n'entends pas par là -qu'ils annoncent une grande puissance d'invention, mais seulement -qu'ils remontent à une haute antiquité et qu'ils révèlent en partie le -secret d'une des opérations les plus curieuses de l'esprit humain. Ce -qui donne du prix aux recueils rares où ces alphabets se rencontrent, -c'est qu'on ne les a jamais reproduits depuis que l'on a fait de la -grammaire positive, parce qu'ils n'appartiennent à aucune langue dont -il soit resté des traditions. Comme débris d'une langue de convention -qui a existé, dont nous avons perdu la clef et qui ne le cédait -peut-être en rien aux langues caractéristiques de Dalgarno, de Wilkins -et de Leibnitz, ces traits grossiers parlent à notre intelligence avec -un tout autre pouvoir que les pierres de Denderah.» - -Formés de signes aux contours bizarres et aux formes singulières, ces -caractères, qui sont, en général, des transformations de l'alphabet -hébreu, n'ont, d'ailleurs, on le comprend de reste, aucune -authenticité. L'alphabet d'Énoch, celui de Moïse et celui de Salomon -sont de pure invention, tout comme celui dont un magicien célèbre, -Honorius le Thébain, se servit, dit-on, pour écrire ses livres de -sorcellerie. Vigenère a conservé les lettres sous lesquelles cet -insigne sorcier (qui n'a jamais existé) dissimulait les arcanes les -plus profonds de la nécromancie. Nous croyons inutile de reproduire -ces signes étranges, auxquels quelques anciens auteurs conseillent de -recourir pour chiffrer, mais dont personne ne fait usage depuis bien -longtemps. - -On peut assimiler aux alphabets factices les figures bizarres dont les -recueils de secrets magiques sont remplis, et les mots inventés à -plaisir et qu'on donnait comme possédant des propriétés surnaturelles -et comme renfermant un sens ignoré du vulgaire. Nous ne nous étendrons -pas sur ce sujet, qui demeure étranger aux idées scientifiques; nous -transcrirons seulement comme échantillon une phrase prise dans un -livre de sortiléges et qui restera sans doute toujours inintelligible: - -«Magabusta Berenada Surmistaras. Gorisgatpa Helotim Latintas aciton -aragiaton Amka jaribai untus gilgar Selingarasch.» - - - - -CHAPITRE V. - -DU RÔLE DE LA CRYPTOGRAPHIE DANS LA LITTÉRATURE. - - -§ Ier. - - Artifices imaginés pour déguiser des dates. - -Il est juste de rapporter à la Cryptographie les artifices qu'ont -employés quelques scribes du moyen âge afin de dissimuler, sous une -forme énigmatique plus ou moins ingénieuse, la date des manuscrits -qu'ils transcrivaient. En voici un exemple que fournit un des -manuscrits français de la Bibliothèque impériale de Paris. - - Ce livre fut tout parfait - Eu jueillet, comme trouverez: - Pour le savoir dimynuerez - Ces diverses lignes par trait. - Vous prandrez la teste d'un moyne, - De deux cordeliers, d'un chanoyne; - Et puis un () party en dux. - Vous lairrez la teste Jhesus, - Sainct Jehan, sainct Jacques et Jacob, - Et prendrez un X à cop. - Puis adjoustez en ceste ryme - Ung [Gl.] prince en algorithme: - Si congnoistrez qu'il fut parfait - Le XXIIIe jueillet. - -On voit que l'auteur indique, par les initiales de plusieurs mots, des -lettres ayant une valeur numérique en chiffres romains, pour former -par leur réunion l'année de l'achèvement de sa transcription. Il s'est -plu à présenter cette indication d'une manière énigmatique par un jeu -assez goûté de son temps. - -La tête d'un _Moyne_, (M) mille. - -Y ajouter celles de deux _Cordeliers_ et d'un _Chanoine_, (CCC) trois -cents. - -Puis, un O partagé en deux, (CC) deux cents. - -Laisser de côté les têtes de Jhesus, de sainct Jehan, de sainct -Jacques et de Jacob (4 à soustraire). - -Prendre ensuite un X (10). - -La difficulté consiste à savoir ce que signifie _ung N prise en -algorithme_. Ce dernier mot, évidemment altéré pour les besoins de la -rime, est _algorisme_, _algorismus_, que le dictionnaire de Du Cange -explique par _arithmetica_, _numerandi ars_. La lettre qu'il s'agit de -considérer numériquement est un N, lettre qui ne joue point en latin -le rôle d'un chiffre. D'après la forme que lui donne le manuscrit, on -voit qu'elle joue, peut se décomposer en un V et un I, ce qui donne en -chiffres: VI (six). Maintenant, en additionnant ces différents -nombres, 1000, 300, 200, 10 et 6, puis en retranchant 4, on trouve -1512. - -Une date semblable, composée par le chanoine Charles de Bovelle, est -citée dans la Notice de M. du Sommerard _sur l'hôtel de Cluny_. - - D'un mouton et de cinq chevaux M. CCCCC - Toutes les têtes prendrez, - Et à icelles sans nuls travaux - La queue d'un veau vous joindrez, V - Et au bout adjouterez - Tous les quatre pieds d'une chatte: IIII - Rassemblez, et vous apprendrez - L'an de ma façon et ma date. - ----------------- - M. CCCCC. V. IIII - (1509) - -Pareilles inventions ne furent pas, d'ailleurs, la propriété exclusive -des copistes antérieurs à l'invention de la typographie; quelques -volumes imprimés au quinzième siècle offrent des particularités du -même genre; mentionnons-en deux exemples: - -Le _Doctrinal du temps présent_, de Pierre Michault, imprimé à Bruges, -par Colard Mansion, s'adresse ainsi au lecteur: - - Un treppier et quatre croissans - Par six croix auec sy nains faire. - Vous feront estre congnoissans, - Sans faillir, de mon miliaire. - -Ce quatrain indique l'année 1466: M. CCCC. XXXXXX. III III. - -Un petit volume très-rare, le _Passe-temps et le Songe du triste_, -publié à Lyon, s'annonce comme ayant été mis au jour: - - L'an de trois croix, cinq croissans, ung trépier. - -Ce qui signifie 1530, les figures étant rangées de droite à gauche: -XXX. CCCCC. M. - - -§ II. - - Des artifices employés par quelques auteurs pour déguiser leurs - noms. - -Il a été de mode parmi certains auteurs du seizième siècle de déguiser -leurs noms sous une devise qui les couvrait du manteau d'une anagramme -plus ou moins ingénieuse, plus ou moins exacte. - -Le _Formulaire fort récréatif de tous contratz_... fait par Bredin, -Lyon, 1594. - -Les mots _Bonté ny soit_, sont en guise de signature à la fin de -l'avis au lecteur; on croit y reconnaître le nom anagrammatisé de -l'auteur: _Benoist (du) Troncy_. - -Noël du Fail, auteur de deux écrits dont les anciennes éditions sont -vivement recherchées des bibliophiles (les _Propos rustiques_ et les -_Baliverneries d'Eutrapel_), cacha son nom sous l'anagramme de _Léon -Ladulfi_; Nicolas Denisot, conteur et poëte contemporain d'Henri II, -donna ses écrits sous la signature du _comte d'Alsinois_. Le chevalier -de Cailly, dont les spirituelles épigrammes ont reparu dans la jolie -_Collection des petits classiques françois_ (1825, 9 vol. in-16), -n'eut guère l'intention de se dérober sérieusement aux regards du -public lorsqu'il se présenta sous le nom d'_Aceilly_. - -Il serait facile de multiplier pareils exemples; nous signalerons -Ancillon, signant du nom de _Ollincan_ son _Traité des eunuques_; nous -mentionnerons Amelot de La Houssaye, d'Orléans, qui ne déguise guère -la paternité de ses pesants commentaires sur Tacite, en les donnant -comme l'oeuvre du sieur _de La Mothes Josseval d'Aronsel_; nous -retrouverions dans Philippe Alcripe, sieur de Neri, auteur d'un -recueil facétieux devenu rare (la _Nouvelle Fabrique des excellens -traits de vérité_), le nom de Philippe Le Picar, sieur de Rien; nous -ne saurions surtout oublier l'immortel auteur du _Gargantua_ et du -_Pantagruel_, maître François Rabelais, qui a changé son nom en celui -d'_Alcofribas Nasier_. - -Les plus impénétrables de ces pseudonymes sont peut-être ceux que des -membres d'académies italiennes se décernèrent, obéissant ainsi à une -mode qui dura un instant pendant le siècle dernier. On ne se -douterait qu'_Euforbo Melesigenio_ désigne Calazo; c'est sous le nom -d'_Eritisco Pilenejo_ que Pagnini livra aux presses élégantes de -Bodoni sa traduction d'Anacréon. - -Un pauvre comédien qui termina ses jours par une mort volontaire, -Caron, auteur et éditeur de livrets facétieux, recherchés des -bibliomanes, s'amusait à avoir recours à l'artifice peu mystérieux de -la disposition rétrograde des mots. Il donna un de ses écrits comme -l'oeuvre du bonze _Esiab-luc_ et comme ayant été imprimé à -_Emeluogna_. - -Un moine italien, François Columna, auteur d'un roman bizarre et -obscur dont les anciennes éditions sont vivement recherchées à cause -des figures sur bois qui les embellissent, a caché son nom et le -secret de son coeur dans une phrase qu'on retrouve, en écrivant, à la -suite les unes des autres, les lettres initiales de chacun des -chapitres de cet ouvrage: - -POLIAM FRATER FRANCISCUS ADAMAVIT. - -L'auteur d'un de ces romans de chevalerie qui firent tourner la tête à -Don Quichotte, l'historien de Palmerin d'Angleterre, s'est également -servi d'un acrostiche du même genre; il l'a consigné dans des stances -placées au commencement du premier volume et dont voici -l'interprétation: _Luis Hurtado, autor, al lector da salud._ - -Un petit poëme de la fin du quinzième siècle, le _Messagier damours_, -révèle par un acrostiche placé dans les huit derniers vers le nom de -l'auteur, Pilvelin. - - -§ III. - - De l'emploi que divers littérateurs ont fait de la Cryptographie. - -Quelques écrivains ont eu recours aux procédés de la Cryptographie, -afin de dérober aux profanes le sens de certains passages de leurs -écrits qu'il leur convenait de couvrir des ombres du mystère; nous -pouvons en citer plusieurs exemples. - -Un poëte du seizième siècle, rimeur peu connu, mais plein d'une verve -qui rappelle parfois celle de Regnier, Marc Papillon, sieur de -Lasphrise, a placé, dans ses _Oeuvres poétiques_ (Paris, 1599), une -tirade assez libre qu'il ne nous convient pas de transcrire en entier -et dont voici le début: - -_Sel semad ed al ruoc te seuqleuq sertua erocne_ - -_Tois enud elliv gruob uo egalliv._ - -Il est facile de reconnaître que l'artifice consiste ici en ce que -chaque mot doit être lu de droite à gauche. - -«Les dames de la cour et quelques autres encore,» etc. - -Nous trouvons, dans le même volume, un sonnet en langue inconnue; il -commence ainsi: - - Cerdis zerom deronty toulpinié - Pareis hurlin linor orifieux. - -Nous laissons le soin de chercher le sens de ces lignes énigmatiques -aux heureux désoeuvrés qui ont assez de temps pour donner des heures à -l'étude des écrits du sieur de Lasphrise et assez de solidité de -jugement pour apprécier tout ce que renferme d'utile et d'intéressant -un pareil emploi des facultés intellectuelles. - -Un poëte latin du seizième siècle, Jean de Cysinge, plus connu sous le -nom de Janus Pannonius, offre des particularités semblables. En -feuilletant l'édition de ses _Poemata_ (Utrecht, 1784, 2 vol. in-8º), -nous avons remarqué que l'épigramme 276 du Ier livre (tom. I, p. 577), -_in meretricem lascivam_, est en partie chiffrée; - -Le second vers est exprimé sous cette forme: - - Conserui et dxoop nfouxmb delituit. - -et le dernier: - - Expecta nondum, Lucia, efgxuxk. - -La _Biographie universelle_, dans l'article consacré au trop célèbre -marquis de Sade, rapporte que, parmi les manuscrits laissés par cet -écrivain qui poussa l'immoralité jusqu'à la démence, il se trouvait un -volumineux journal de sa captivité à la Bastille, écrit, en grande -partie, en chiffres dont il avait seul la clef. - -Nous rencontrons deux ou trois pages _chiffrées_ dans une composition -spirituelle et piquante sortie de la plume d'un des romanciers les -plus féconds et les plus en vogue du dix-neuvième siècle. Ouvrez la -_Physiologie du mariage_, par M. de Balzac; cherchez dans la -Méditation XXV le paragraphe intitulé: _des Religions et de la -Confession considérées dans leur rapport avec le mariage_, vous y -lirez ce qui suit: - -«La Bruyère a dit très-spirituellement: C'est trop contre un mari, que -la dévotion et la galanterie; une femme devrait opter.» - -«L'auteur pense que La Bruyère s'est trompé. En effet: - -«Lsuotru e-ne_d_tnim dbreaus jive_c_ udnt let_t_ em_r_nu eaCmetss -esosi ost pfsaoiylao tt demon sleuiod pne nr unsmneuj eeus_g_ -ienqseuedro_t_e_a_pt...» - -Nous nous garderons bien d'insérer ici en entier cette longue -citation, et nous convenons franchement que nous n'avons pas cherché à -trouver la clef du système cryptographique inventé par le joyeux -physiologiste. Quelques-uns des nombreux lecteurs de la _Physiologie -du mariage_ ont sans doute été plus intrépides et plus heureux que -nous. - -Terminons en mentionnant une autre particularité dans le genre de -celles que nous signalons ici. - -Les _Oeuvres poétiques_ du sieur de La Charnais, gentilhomme -nivernois, renferment 118 énigmes, dont une table, en deux pages, -donne la clef. Cette table est gravée à l'envers, en sorte que, pour -la lire, il faut avoir recours à un miroir. L'auteur a, d'ailleurs, eu -le soin de donner dans sa préface cette explication à ses lecteurs. -C'est une singularité dont il serait sans doute difficile de trouver -d'autres exemples. - -Un écrivain américain, Edgar Poë, auteur de contes pleins de talent et -d'originalité[7], a, dans un de ses récits, le _Scarabée d'or_ (_the -Gold-Bug_), raconté comment un homme, doué d'une intelligence -pénétrante et chercheuse, sut parvenir à la découverte d'un trésor -considérable enfoui par des pirates dans un coin reculé de la -Louisiane, trésor dont le gîte était indiqué par une série de chiffres -sur un vieux morceau de parchemin que le hasard plaça sous ses yeux -habitués à voir juste et loin. Voici quelle était la première ligne de -cet écrit: - - 53 +++ 305) 6*; 4826) 4 +); 808*; 48 + - 8 § 60 [Gl.] 85; 1 + (;1. + * 8) - -[Note 7: Consultez une notice intéressante insérée dans la _Revue des -Deux-Mondes_, octobre 1846. - -«Autant de récits, autant d'énigmes sous diverses formes et avec des -costumes divers. Poésie, invention, effets de style, enchaînement du -drame, tout est subordonné à une bizarre préoccupation qui semble ne -connaître qu'une faculté inspiratoire, celle du raisonnement; qu'une -muse, la logique. L'auteur s'occupe de juger, de classer les -probabilités; et il emploie pour ceci cet instinct, cette sagacité -particulière à l'homme, plus ou moins sûre chez l'un que chez l'autre, -et qui varie de puissance comme de but, suivant les aptitudes et le -métier de chacun.»] - -En examinant quels étaient les signes qui revenaient le plus souvent -et quels étaient ceux qui étaient les plus rares; en constatant que le -caractère 8 se présentait 33 fois, - - ; 26 fois, - 4 19 fois, - +) 16 fois; - -en observant quelles sont les lettres qui, en anglais, entrent le plus -dans la composition des mots; en tenant compte des combinaisons et des -juxtapositions qu'amènent les lois de l'orthographe, le mystère fut -pénétré. Mais laissons les lecteurs chercher eux-mêmes dans les pages -de M. Poë comment s'accomplit ce tour de force. - - - - -CHAPITRE VI. - -DES LIVRES À CLEF. - - -Ils font encore partie du domaine de la Cryptographie, ces livres dans -lesquels on a voulu, au moyen de l'anagramme des noms ou de tout autre -artifice, dépayser le lecteur et lui donner, presque toujours peu -sérieusement, le change sur le véritable sens des pages qu'on mettait -sous ses yeux. - -Les compositions satiriques, les écrits qui ne ménagent nullement la -religion et la décence, forment presque toujours la catégorie où -rentrent les livres à clef. Nous allons en citer quelques-uns. - -Les _Princesses malabares_: ce livre irréligieux, attribué à -Lenglet-Dufresnoy et imprimé à Rouen, en 1724, sous la fausse -indication d'Andrinople, est parfois accompagné d'une clef, dont voici -une partie: - -_Mison_ (Simon), saint Pierre; _Tuotalic_, catholique; _Rasoni_, -raison; _Roligine_, Religion; _Ema_, âme; _Chéterine_, chrétienne; -_Gélise_, église; _Vaddi_, David, etc. On voit que l'auteur a eu -recours au plus vulgaire et au plus facile de tous les moyens de -déguisement, à l'anagramme, procédé bien candide et bien naïf, puisque -les éléments du mot se présentent d'eux-mêmes à qui prend la peine de -les chercher. À côté du livre que nous venons d'indiquer, plaçons: - -Les _Aventures de Pomponius_ (par Labadie), _Rome_ (Hollande), 1725. -Ce récit allégorique, dirigé contre le régent (Philippe d'Orléans) et -ses favoris, présente aussi des noms cachés sous le voile de -l'anagramme: _Relosan_, Orléans; _Lauges_, Gaules; _Cilopang_, -Polignac; _Judosb_, Dubois; _Nedoc_, Condé; _Xeamu_, Meaux. - -Dans les _Veillées du Marais ou Histoire du grand prince Oribeau et de -la vertueuse princesse Oribelle_, par Rétif de la Bretonne, tous les -noms sont travestis: Rousseau devient _Assuero_, et Voltaire -_Iratlove_. - -N'oublions pas les _Soupers de Daphné et les Dortoirs de Lacédémone_ -(par de Querlon), 1740. Une clef imprimée se trouve dans un très-petit -nombre d'exemplaires de cette satire lancée contre la cour de Louis -XV; M. Nodier l'a reproduite dans ses _Mélanges extraits d'une petite -bibliothèque_, où il a également placé la clef d'une _nouvelle_ de -Brémond qui met en scène, sous des noms déguisés, le roi d'Angleterre -Charles II et ses favorites: _Hattigé, ou les Amours du roi de -Tamaran_, Cologne, 1676. - -Les _Amours de Zéokinizul, roi des Korfirans_, présentent un mystère -qu'il est facile de percer; l'anagramme complaisante nomme -d'elle-même: Louis XV, roi des Français. - -Indiquons encore: - -Les _Visites_, par mademoiselle de Kéralio, Paris, 1792, in-8. - -_Voyage du Vallon tranquille_ (par Charpentier), réimprimé en 1796 -avec des notes servant de clef, par Mercier de Saint-Léger et Adry. - -_Histoire de la princesse de Paphlagonie_, par mademoiselle de -Montpensier. - -_Paris, Histoire véridique, anecdotique, morale et poétique_, avec la -clef, par Chevrier, La Haye, 1767. - -_Galerie des États généraux_ (par Mirabeau, de Luchet, etc.). - -Ne laissons pas échapper, dans cette énumération rapide et -nécessairement fort incomplète, un ouvrage célèbre, le _Cymbalum -mundi_, de Bonaventure Des Periers. - -M. Nodier s'est fort occupé de cet écrit, qu'il qualifie de -«production bizarre et hardie, petit chef-d'oeuvre d'esprit et de -raillerie, modèle presque inimitable de style dans le genre familier -et badin, et l'un des plus précieux monuments de la charmante -littérature du seizième siècle.» - -Le _Grand Dictionnaire historique des Précieuses_, par Somaize, 1661, -n'offre qu'une énigme perpétuelle, lorsque la clef n'y est pas jointe. - -Vogt, dans son _Catalogus librorum rariorum_, mentionne un recueil de -poésies, d'une bizarre mysticité, imprimé en 1738 et qui fut défendu. -Les noms y sont anagrammatisés; _Madaavemania_ est l'âme (_anima_) -d'Adam et d'Ève qui délivre Sirchtus (_Christus_); _Rifeluc_ est -Lucifer; _Moscos_ désigne _Cosmos_, le Monde, etc. - -Nous nous garderons bien de tout citer en ce genre; aussi -laisserons-nous de côté un fastidieux roman du chevalier de Mouhy, -intitulé les _Mille et une Faveurs_, 1740, 5 vol. in-18. Dans cette -longue narration, les noms des personnages sont déguisés sous le voile -de l'anagramme, se présentant sous un aspect fort bizarre, tels que -Croselivesgol, Tofmenie, Onveexpic, Lodeorbarli, Coufartoc, Senacso, -Sanistinva, Netosniss, Fonternouesa, Tanitbadan, Veoldafitular; en les -décomposant on y trouve des mots très-propres à inspirer le plus -juste effroi au chaste lecteur. - - - - -CHAPITRE VII. - -DU DÉCHIFFREMENT. - - -Il faut de la patience et de la sagacité pour arriver à la lecture -d'une dépêche chiffrée qui a été interceptée. - -Cette tâche peut offrir les plus graves difficultés, lorsqu'on ignore -dans quelle langue est écrite la dépêche saisie; ou bien lorsque, pour -l'écrire, il a été formé un mélange de divers idiomes; lorsqu'on a -fait emploi de plusieurs alphabets; lorsque les non-valeurs sont -nombreuses et réparties avec intelligence; lorsque les mêmes -syllabes, les mêmes mots, les mêmes noms, se trouvent exprimés par des -signes différents; lorsque les mots sont écrits à la suite les uns des -autres sans séparation, ou lorsqu'ils sont séparés, non comme ils -devaient l'être selon les règles grammaticales, mais d'une façon -arbitraire qui déroute l'observateur. - -Le déchiffreur doit être très-versé dans tous les procédés de la -Cryptographie; s'il n'a lui-même souvent chiffré des dépêches, s'il ne -connaît à fond toutes les ruses de l'art, s'il ne s'est amusé à -vouloir inventer des procédés nouveaux, s'il n'a fait de toutes les -combinaisons cryptographiques une étude sérieuse et patiente, il -échouera dans toutes ses tentatives, quand il se verra en présence -d'un chiffre difficile. - -La première chose à faire est de dresser le catalogue des caractères -qui composent le chiffre et de noter combien chacun est répété de -fois. Ceci fait, on examine leurs combinaisons; on tourne, on -retourne, on dispose de toute façon ces caractères, jusqu'à ce que des -conjectures se présentent avec vraisemblance sur l'attribution de tel -ou tel caractère à telle ou telle lettre. - -Pour arriver à ce but, il faut que la plupart des caractères se -trouvent plus d'une fois dans le chiffre; si l'écrit est fort court, -si une même lettre est désignée par des caractères différents, les -difficultés deviennent de plus en plus sérieuses: - -Nous allons emprunter à un écrivain hollandais judicieux, à -S'Gravesand, un exemple relatif à un chiffre écrit en latin. - - A B C - ----- --- ---- - abcdefghikf:lmkgnekdgeihekf: - - D E F - ----- ----- ---- - bceeficlah fcgfg inebh fbhic eikf: - G H I K - -------- ----- ------ - fmfpimfhiabc qilcb eieacgbfbe bg - L M - ----- --- - pigbgrbkdghikf: smkhitefm. - -Les barres, les lettres majuscules A, B, les signes de ponctuation ne -font pas partie du chiffre; nous les avons ajoutés afin de faciliter -l'explication: Ce chiffre donne: - - 14 f 3 d - 14 i 2 b - 12 b 2 n - 11 e 2 p - 10 g 1 o - 9 c 1 q - 8 h 1 r - 8 k 1 s - 5 m 1 t - 4 a - -Enfin, il y a en tout dix-neuf caractères, dont cinq seulement une -fois. - -Je vois d'abord que _h i k f_ se trouvent en deux endroits (B, M); que -_i k f_ se trouvent en un seul (F); enfin, que _h e k f_ (C) et _h i k -f_ (B, M) ont du rapport entre eux. - -D'où l'on peut conclure qu'il est probable que ce sont des fins de -mots, ce qu'on indique par les deux points: - -Dans le latin, il est ordinaire de trouver des mots où des quatre -dernières lettres les seules antépénultièmes diffèrent; lesquelles, en -ce cas, sont habituellement des voyelles, comme dans _amant_, -_legunt_, _docent_, etc.; donc _i_, _e_ sont probablement des -voyelles. - -Puisque _f m f_ (voyez G) est le commencement d'un mot, on peut -raisonnablement conjecturer que _m_ ou _f_ est voyelle, car un mot n'a -jamais trois consonnes de suite, dont deux soient les mêmes, et il est -probable que c'est _f_ puisque _f_ se trouve quatorze fois et _m_ -seulement cinq; donc _m_ est consonne. - -De là allant à K ou _g b f b c b g_, on voit que, puisque _f_ est -voyelle, _b_ sera consonne dans le _b f b_, par les mêmes raisons que -ci-dessus; donc _c_ sera voyelle, à cause de _b c h_. - -Dans L ou _g b g r b_, _b_ est consonne; _r_ sera consonne, parce -qu'il n'y a qu'un _r_ dans tout l'écrit; donc _g_ est voyelle. - -Dans D ou _f c g f g_, il y aurait donc un mot ou une partie de mots -en cinq voyelles, mais la chose est impossible. Il n'y a point de mot -latin qui présente cette particularité; on se tromperait donc en -prenant _f c g_, pour voyelles; donc ce n'est pas _f_, mais _m_ qui -est voyelle, et _f_ consonne; donc _b_ est voyelle (voyez K). Dans cet -endroit K, on a la voyelle _b_ trois fois, séparée seulement par une -lettre; or on trouve dans le latin des mots où pareille circonstance -se rencontre, tels que _edere_, _legere_, _munere_, _si tibi_, etc., -et comme c'est la voyelle _e_ qui est le plus fréquemment dans ce cas, -il faut en conclure que _b_ correspond probablement à l'_e_, et _i_ à -_r_. - -En opérant successivement de semblable manière sur toute la phrase -chiffrée, on finit par en découvrir le sens, et on trouve que le -chiffre que nous avons reproduit, doit se traduire de la manière -suivante: - -_Perdita sunt bona; Mindarus interiit: urbs strata humi est. Esuriunt -tot quot superfuere vivi; præterea quæ agenda sunt consulito._ - -Les mots composés d'un très-petit nombre de syllabes doivent être les -premiers dont on s'occupe dans les opérations du déchiffrement. Ils -laissent sans trop de peine les voyelles se révéler, et cette -découverte conduit à celle des consonnes. La connaissance exacte des -principes généraux qui régissent l'orthographe des diverses langues -est le fil qu'il faut suivre dans ces opérations minutieuses. - -Indiquons quelques-uns des principes qui servent de guide pour opérer -le déchiffrement d'un écrit en langue française. - -Le signe qui revient le plus souvent, surtout à la fin des mots, -désigne la voyelle _e_. - -Cette lettre est la seule qui, à la fin d'un mot, se répète deux fois, -comme dans _désirée_, _fusée_, etc. Ainsi, lorsqu'on trouve le même -signe placé deux fois à la fin d'un mot, il y a toute probabilité que -ce signe représente l'_e_. La voyelle _e_, dans un mot de deux -lettres, est toujours précédée des consonnes _c d j l m n s t_ ou -suivie de celles _n t_. - -Indépendamment de l'interjection _o_, qui n'est guère employée dans -une dépêche secrète, il n'y a en français que deux lettres qui, -seules, forment un mot complet. Ces lettres sont _a_ et _y_. Si l'on -trouve un signe isolé dans le texte chiffré, il est à croire qu'il -correspond à une de ces deux lettres. - -Dans les mots formés de deux lettres où se trouve la voyelle _a_, elle -précède d'ordinaire les lettres _h_, _i_, _u_, comme dans _ah ai au_, -ou bien elle est après les lettres _l_, _m_, _n_, _s_, _t_, comme dans -_la_, _ma_, _sa_, _ta_. - -Des diphthongues, _ai_, _au_, _eu_, _oi_, _ou_, la dernière est celle -qui revient le plus souvent, surtout dans les mots de quatre -syllabes. - -Lorsque la lettre _e_ est l'avant-dernière d'un mot, ce mot se termine -d'ordinaire par l'une de ces deux consonnes, _r_ ou _s_. - -Lorsque la voyelle est suivie d'une autre voyelle, c'est -habituellement d'un _e_. - -Il est rare qu'un mot finisse par les consonnes _b_, _f_, _g_, _h_, -_p_, _q_. - -Les mots formés de trois lettres sont ceux qui donnent le plus de -peine au déchiffreur, lorsque la même lettre s'y trouve deux fois -comme dans _été_, _ici_, _non_, _ses_. - -Supposons que vous avez découvert le monosyllabe _le_ et que vous ayez -un autre mot de trois lettres dont les premières sont _l_ et _e_, vous -jugerez que la troisième est un _s_, attendu qu'elle est la seule qui, -dans un mot de trois lettres, puisse aller après le monosyllabe _le_ -et former le mot _les_. Dès que vous serez parvenu à connaître ce mot -_les_, si vous trouvez un mot dont les deux premiers signes soient un -_e_ et un _s_, vous en conclurez que le troisième, qui vous est encore -inconnu, doit être la lettre _t_, et que ces trois signes expriment le -mot: _est_. - -Ayant découvert la lettre _s_, vous examinerez si elle ne se trouve -pas précéder un mot de deux lettres, dont la seconde ne soit pas la -lettre _e_, que vous connaissez déjà. Alors ce sera nécessairement un -_a_ ou un _i_. Pour vous en assurer, voyez si, dans d'autres endroits, -ce dernier signe ne précède pas, dans un autre mot de deux lettres, la -lettre _l_; en ce cas, vous serez certain que c'est un _i_. Si, au -contraire, dans un autre mot de deux lettres, ce signe suit la lettre -_l_, vous en conclurez qu'il désigne l'_a_. - -Lorsque ces premières recherches vous auront révélé six signes ou -lettres, savoir les trois voyelles _a e i_, et les trois consonnes _l -s t_, elles vous conduiront à découvrir des mots composés d'un plus -grand nombre de lettres, tels, par exemple, que le mot _lettre_, où -tout se trouvera connu, excepté la lettre _r_, lettre que dès ce -moment vous pourrez ajouter à celles que vous connaissez déjà. Le mot -_cette_, où tout sera connu excepté la lettre _c_, le mot _ville_ où -la lettre _v_ seule était encore un mystère, se révéleront d'une façon -analogue. - -Quand vous serez ainsi parvenu à connaître sept ou huit mots, vous -trouverez sans trop de peine les autres, en recherchant quelles sont -les lettres qu'il convient de mettre entre celles qui sont déjà -connues pour en former des mots. En peu de temps, vous obtiendrez, par -ce procédé, une clef qui servira à déchiffrer aisément toute la -dépêche. - -Disons encore quelques mots à l'égard des principes qu'il s'agit -d'avoir en vue pour divers idiomes européens. - -En anglais, l'_e_ est la voyelle qui revient le plus fréquemment; -elle est assez souvent suivie d'un _a_ comme dans _earl_ (comte), -_great_, _reason_. L'_o_ est commun dans les mots formés de deux -lettres; il est maintes fois accompagné du _w_, comme dans _grow_, -_know_, _narrowly_. L'_y_ se rencontre souvent à la fin des mots et -presque jamais au milieu. L'article indéclinable _the_ (le, la, les) -reparaît fréquemment. Les consonnes doubles que l'on trouve à la fin -des mots, sont _ll_ et _ss_. - -En italien, les mots se terminent le plus souvent par une des quatre -voyelles, _a_, _e_, _i_, _o_; l'_u_ est rare en pareil cas. _Che_ est -le plus fréquent des mots composés de trois lettres, et aucun d'eux, -si ce n'est _gli_, n'offre un _l_ pour lettre du milieu. - -La langue espagnole présente des mots d'une grande étendue, tels que -_arrepentimiento_, _verdaderamente_. La voyelle _o_ est celle qui est -la plus fréquente; à la fin des mots, elle est souvent accompagnée de -l'_s_, comme dans _nosotros_, _votos_. Au milieu des mots, _u_ est -fréquemment suivi d'un _e_; _vuestro_, _ruego_. - -Passons à l'allemand. L'_e_ est la voyelle la plus usitée; elle se -présente fréquemment à l'extrémité des mots de plusieurs syllabes; ils -finissent en _er_, _es_, _en_ ou _et_. L'_n_ est la consonne qui -revient le plus souvent; l'_a_ n'est jamais à la fin d'un mot composé -de trois lettres; la consonne _c_ est toujours liée au _h_ ou au _k_. -Il n'y a qu'un seul mot formé d'une seule lettre, c'est l'exclamation -_o!_ On ne compte que deux mots de quatre lettres qui se terminent en -_enn_, _wenn_ et _denn_. Presque tous les mots de quatre lettres -commencent par une consonne qu'accompagne une voyelle, exemples: -_bald_, _dein_, _doch_, _etwn_, _Hand_. - -C. A. Kortum, dans ses _Principes_ (en allemand) _de la science du -déchiffrement des écrits chiffrés en langue allemande_, donne à ce -sujet de très-longs détails qu'il serait très-superflu de placer ici, -et il soumet aux règles qu'il expose deux dépêches chiffrées. - -La première ne présente que des lettres: - - Efs ekftfo Tabwc efs fsef hkfcu - Fs xbs hftffhopu woe hfmkfcwu.... - -La seconde est plus compliquée; les lettres sont entremêlées de -chiffres et les mots ne sont pas séparés: - -64mf4km134kc4o4kng43e4p m24o4kq25293edk6n4kmm3b13...... - -En étudiant le retour des signes et leur arrangement, on arrive à -découvrir successivement quelques lettres, et, une fois qu'elles sont -connues, elles sont d'un secours pour arriver à connaître les autres. - -Les règles pour le déchiffrement, telles qu'elles ont été exposées -par divers auteurs, reposent, on le voit, sur le plus ou moins -d'abondance de certaines lettres dans les mots, et sur leur -rapprochement. Afin de dérouter les conjectures, il faut, lorsqu'on -chiffre des dépêches, écrire les mots sans aucune séparation, -entremêler des mots pris dans une langue avec d'autres mots empruntés -à un idiome différent et ne point se conformer scrupuleusement aux -règles de l'orthographe. - -En abrégeant les mots ou en les modifiant, il convient toutefois -d'avoir soin de ne pas les dénaturer au point de laisser du doute sur -leur signification; les caractères nuls, intercalés à propos et dont -la non-valeur est inconnue au déchiffreur, peuvent achever de rendre -tous ses efforts infructueux. - -C'est pour avoir négligé pareilles précautions, et pour s'être -bornées à l'emploi de caractères mystérieux et de chiffres rangés dans -l'ordre habituel et orthographique des mots, que des personnes qui -croyaient avoir parfaitement déguisé leur pensée ont été tout étonnées -de voir que leur secret n'en était pas un. - -Voici un fait de ce genre. - -M. Decremps, auteur de la _Magie blanche dévoilée_, se vantait de -parvenir promptement à percer les mystères les plus difficiles. Afin -de l'éprouver, un de ses amis lui adressa un jour quelques lignes -qu'il avait écrites en caractères dont il avait fait choix. M. -Decremps, en étudiant le retour plus ou moins fréquent de ces -caractères, en cherchant de quelle façon ils se montraient groupés -entre eux, reconnut qu'ils représentaient les diverses lettres de -l'alphabet; il trouva successivement qu'un oiseau exprimait la lettre -_a_; que l'_e_ était rendu par une tête vue de profil, et l'_i_ par la -figure d'un verre à patte. Muni de cette clef, il découvrit bien vite -qu'on lui avait adressé copie de quelques vers d'une traduction d'une -des odes d'Anacréon, et il causa à son ami l'étonnement le plus vif, -en prouvant que ce que ce dernier avait cru parfaitement caché était -dévoilé. - - - - -CHAPITRE VIII. - -DES ÉCRITURES OCCULTES. - - -On donne le nom d'_encre de sympathie_ aux substances dont on fait -usage, qui ne laissent point de traces sur le papier et qui -apparaissent derechef, lorsqu'elles sont soumises à l'action de divers -procédés. - -Lorsqu'on veut avoir recours à un pareil moyen, il faut faire -attention à ce que la dépêche ostensible ne mentionne rien qui puisse -donner lieu à quelque soupçon. Le papier doit conserver sa couleur et -son éclat habituels. Les phrases tracées à l'encre ordinaire doivent -être conçues de manière que le lecteur, sous les yeux de qui elles -tomberaient, n'ait aucune raison de croire qu'elles n'expriment pas -réellement la pensée de l'écrivain et qu'elles n'appartiennent pas à -une correspondance sérieuse. On tracera sur les marges, entre les -lignes ou sur le côté du feuillet demeuré blanc, ce que l'on veut -communiquer en secret. - -Il importe que les passages écrits en encre sympathique demeurent -invisibles jusqu'à l'accomplissement des procédés qui doivent les -rendre au jour; il faut qu'après l'application de ces procédés ils -puissent être lus nettement et sans difficulté. - -On convient d'un signe quelconque qui, placé soit sur l'adresse, soit -dans le corps de la lettre, indique, à celui qui la reçoit, qu'il y a -des passages tracés en encre de sympathie. Nous n'avons pas besoin -d'ajouter que ce signe doit être mis de manière à échapper aisément -aux regards des curieux et à n'offrir aucune importance apparente. - -Il est des caractères qui reparaissent, lorsqu'on répand sur eux -quelque poudre. - -On peut tracer sur le papier une écriture invisible de ce genre, avec -tous les sucs glutineux et non colorés des plantes ou des fruits, ou -bien avec de la bière, du lait, des liqueurs grasses ou aqueuses. - -On laisse sécher ce qu'on a écrit. Pour le rendre visible, on frotte -la feuille de papier avec une poudre très-fine et de couleur foncée; -du charbon pilé extrêmement menu, du cinabre, du bleu de Prusse, -peuvent servir à cet usage. La poudre s'attache aux lettres qui ont -été tracées et elle la fait revivre. - -Diverses écritures deviennent visibles, lorsqu'on les expose au grand -jour. - -L'extrait de saturne, étendu d'eau, donne une écriture invisible qui -apparaît et devient noirâtre, lorsqu'elle est livrée à l'action de -l'air. On obtient un résultat semblable avec de l'argent dissous dans -de l'acide nitrique; les caractères tracés avec pareil liquide -deviennent verdâtres, lorsqu'ils sont exposés à l'air; placés de -manière à recevoir les rayons du soleil, ils se montrent d'un noir -rougeâtre. - -On peut aussi se servir de substances qui reparaissent, lorsque le -papier est fortement échauffé. - -Ce qui est écrit avec du lait devient rougeâtre; - -Avec du jus de cerise, verdâtre; - -Avec du jus d'oignon, noirâtre; - -Avec du jus de citron, brun; - -Le vinaigre donne une couleur rouge pâle; - -Le lait, une couleur rousse, ainsi que l'acide vitriolique affaibli -dans une certaine quantité d'eau. - -Le cobalt, le vitriol, et d'autres agents chimiques, ont été employés -avec plus ou moins de succès dans la composition d'encre de sympathie -de différents genres. On a découvert des substances bonnes pour former -des caractères qui ressuscitent, pour ainsi dire, lorsque le papier -auquel on les a confiés est légèrement mouillé ou lorsqu'il est plongé -dans l'eau. Écrivez avec de l'alun dissous dans l'eau, mouillez le -papier dont vous vous êtes servi et présentez-le au jour: vous -distinguerez très-bien ce qui était invisiblement écrit; les -caractères seront beaucoup plus obscurs que le reste du papier, et il -leur faudra bien plus de temps pour s'imbiber. - -En écrivant avec un liquide formé d'une portion d'eau-forte et de -trois portions d'eau, on obtient des caractères qui ne paraissent -pas, lorsque le papier est plongé dans l'eau; à mesure qu'il sèche, -ils disparaissent. Ils pourront devenir visibles une seconde et même -une troisième fois. - -Il est aussi des écritures occultes qui reparaissent, lorsqu'on les -humecte avec un liquide approprié. C'est ainsi qu'une dissolution de -vitriol ou de couperose donne des caractères qui se montrent à l'oeil, -lorsqu'on frotte le papier avec une éponge imbibée d'un liquide, dont -voici la composition: noix de galle concassées et mises dans de l'eau -ou du vin blanc. On obtient le même résultat, en plaçant cette -écriture invisible entre deux papiers légèrement imbibés de cette -dernière dissolution; il faut que le tout soit enfermé et serré dans -un livre pendant quelques moments. - -Un procédé assez ingénieux consiste à masquer l'écriture invisible au -moyen d'autres caractères que l'on trace dessus en se servant d'une -encre formée de paille d'avoine brûlée et délayée dans de l'eau. Quant -on passe l'éponge, cette écriture disparaît et laisse voir à la place -celle qui était invisible. - -L'extrait de saturne donne un marc, avec lequel on trace une écriture, -qui, une fois séchée, ne paraît plus; afin de la rendre visible, il -suffit d'imbiber le papier de jus de citron ou de verjus, et alors -elle paraîtra d'un blanc de lait qui ressortira sur la blancheur du -papier. - -Des caractères tracés avec du bleu de Prusse paraîtront d'un bleu -éclatant, si on les imbibe avec la dissolution acide du vitriol vert. - -Une dissolution d'or fin dans de l'eau végétale, coupée avec de l'eau -pure, fournit une encre sympathique qui disparaît en séchant, -lorsqu'on veille à tenir le papier renfermé et à le soustraire à -l'influence du grand air. Ces mêmes caractères, exposés au soleil, -reparaîtront au bout d'une heure ou deux. - -Disons, une fois pour toutes, que, dans l'écriture occulte, il faut -employer des plumes neuves et affectées à cet usage spécial. - -Les anciens auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie n'ont point -oublié les procédés que nous indiquons. Vigenère explique longuement -qu'il faut «escrire avec de l'alun brûlé, ou du sel ammoniac, ou du -camphre, destrempez en eau, ce qu'estant sec blanchist à pair du -papier, qu'il faut tremper puis après dans de l'eau qui le rend noir -et l'escriture demeure blanche, ou le chauffer devant le feu, tant que -le papier roussisse et l'encre s'offusque; le mesme faict le jus -d'oignon et l'eau encore toute simple. Si l'on trasse quelque chose -sur le bras, un autre endroit du corps, avec du laict ou de l'urine, -en jectant de la cendre dessus, elle y adhère et monstre ce qui y aura -été desseigné. Le sel ammoniac, resouls à part soy à la cave ou autre -lieu humide, si on escrit de ceste liqueur, tout demeure blanc; -frottez le papier avec du coton trempé en eau distillée de vitriol ou -de couperose: l'escriture apparoistra noire. - -«Il y a un autre artifice de faire une petite incision à un oeuf, avec -la pointe d'un tranche-plume bien affilé, par laquelle on fourre -dedans de petits billets de papier escris des deux costez, de la -largeur de l'ouverture, non plus grande que de petit doigt et y en -peult assez tenir. Puis, on la replastre avec de la craye ou ceruse, -et de la chaulx vive empastées avec de la glaise. Si qu'il seroit bien -malaisé d'y rien remarquer ne connoistre, quand bien mesme on les -aurait fait durcir et peller, car cela demeure enclos en leur -substance, sans que rien paroisse dehors. - -«Il y a un autre malin artifice qui se faict avec de l'alun bruslé, -destrempé en eau dont on escrit sur du papier: estant sec, tout -deviendra blanc. On brusle d'autre part de la paille de froment qu'on -estend en un linge, sur quoy on passe de l'eau tiedde par tant de fois -qu'elle ait emporté toute la noirceur de la paille: puis, on escrit de -cette encre, sur l'escriture blanche dessusdite, ce qu'on ne veut pas -tenir secret: et pour lire ce qui est caché, s'effaçant ce qui -apparoit manifeste, il fault avoir de l'eau-de-vie où l'on aye fait -tremper des noix de galle concassées grossièrement, tant que -l'eau-de-vie en ait attiré et embeu la teinture avec du coton mouillé -dedans; l'escriture apparente s'esvanouira et l'occulte viendra à se -descouvrir, noire comme est la commune. En quoy il y a certain secret -qu'il ne m'a pas semblé devoir divulguer, non plus que d'une autre -manière d'encre qui s'efface d'elle-mesme en quinze jours ou trois -sepmaines, composée de pierre de touche, sablon d'Estampes, sang de -pigeon, noix de galle et autres ingrediens, mesme de l'huille de -tartre avec laquelle il fault destremper le tout, y adjoustant un peu -d'encre affoiblie avecques de l'eau.» - -De son côté, Porta indique ce qu'il appelle une manière très-simple -d'écrire sur la peau en caractères ineffaçables: c'est avec de -l'eau-forte imprégnée de cantharides; ou, si l'on veut que l'écriture -ne soit visible que pendant quelques jours, il faut employer, pour -écrire sur la peau, une dissolution d'argent ou de cuivre dans de -l'eau-forte, et cette opération peut se faire sur un homme endormi, -sans qu'il le sache. - -Résumons les autres détails dans lesquels cet auteur et ses émules -entrent à l'égard du sujet qui nous occupe. - -L'écriture faite avec une eau de vitriol ne devient visible, qu'en -passant par-dessus de la décoction de noix de galle. Le sel ammoniac, -avec la chaux ou le savon, donne à l'écriture une couleur blanche. - -Après avoir critiqué l'antique secret des tablettes enduites de cire, -Porta indique les procédés suivants: Écrivez avec de la graisse de -bouc sur du marbre; les lettres, en séchant, deviennent invisibles; -plongez le marbre dans le vinaigre, elles reparaissent sur-le-champ. -Imprimez sur un bois tendre, tel que celui de tilleul, de peuplier ou -autre, des caractères, à la profondeur d'un demi-doigt; aplatissez ce -bois à la presse jusqu'à ce que le creux ait entièrement disparu et -qu'on ne voie plus de traces de lettres; celui à qui vous enverrez ce -morceau de bois lira l'écriture en le plongeant dans l'eau. - -Enduisez un oeuf de cire; écrivez dessus, de manière à pénétrer -jusqu'à la coquille sans l'endommager; tenez l'oeuf pendant une nuit -dans une dissolution d'argent par l'acide nitreux; ensuite, enlevez la -cire, écaillez l'oeuf et mettez la coquille entre votre oeil et la -lumière, les lettres paraissent plus transparentes et très-lisibles. -La même chose a lieu en écrivant avec du jus de citron, qui amollit la -coquille de l'oeuf: faites durcir un oeuf, enduisez-le de cire, gravez -sur la cire des lettres qui laissent la coquille à découvert; mettez -l'oeuf dans une liqueur faite avec des noix de galle et de l'alun -broyés ensemble; ensuite passez-le dans de fort vinaigre: les -caractères pénétreront plus avant; ôtez la coquille, et vous verrez -sur le blanc de l'oeuf de belles lettres couleur de safran. - -Écritures que l'eau rend visibles: Qu'on écrive avec du jus de -citron, ou de coing, ou d'oignon, ou tout autre suc acide; quand ces -lettres sont sèches, on n'aperçoit rien; écrivez, entre les lignes, -avec de l'encre, des choses indifférentes, afin de dérouter tout -soupçon. En approchant la lettre du feu, l'écriture cachée devient -lisible. Broyez du sel ammoniac, mêlez-le dans l'eau, écrivez avec -cette liqueur: l'écriture paraîtra de la même couleur que le papier; -approchez-le du feu, les lettres paraîtront noires. Si l'on écrit avec -du jus de cerises, l'écriture paraîtra verte au feu. - -Il est aussi des écritures qu'on peut rendre visibles par l'emploi de -l'eau seule. Ce que l'on écrit avec une dissolution d'alun devient -invisible, en séchant; il ne faut que plonger le papier dans l'eau -pour faire revivre l'écriture. Une lettre écrite sur du papier avec -une eau de vitriol distillée ne devient visible qu'en plongeant le -papier dans une infusion de noix de galle avec du verjus ou du vin, -On broie aussi de la litharge que l'on met dans du vinaigre mêlé -d'eau; on passe la décoction à la chausse, et on la met à part; on -trace ensuite, sur la pierre, sur quelque partie du corps ou sur toute -autre matière, avec du jus de citron, des caractères, qui, étant secs, -n'ont aucune apparence d'écriture; en passant par-dessus de l'eau de -litharge, les caractères paraissent blancs comme du lait. - -Rabelais dont l'érudition encyclopédique touchait à toutes sortes de -sujets, n'a point oublié les divers procédés de l'écriture occulte; il -fait mention d'une lettre qu'une dame de Paris envoie à Pantagruel, -lettre qui renfermait un anneau d'or, mais dans laquelle il ne se -trouvait rien d'écrit. Panurge s'efforce de découvrir le sens de cette -missive, disant que «la feuille de papier estoyt escripte, mais -l'estoyt par telle subtilité que l'on n'y voyoit point d'escripture. - -«Il la mist auprès du feu pour veoir si l'escripture estoyt faicte -avec du sel ammoniac détrempé en eaue. Puys, la mist dedans l'eaue -pour sçavoir si la lettre estoyt escripte du suc de tithymale. Puys, -la monstra à la chandelle, si elle estoyt point escripte du jus -d'oignons blancz. - -«Puys, en frotta une partie d'huylle de noix, pour veoir si elle -estoyt point escripte de lexif de figuier. Puys, en frotta une part de -laict de femme alaictant sa fille première née, pour veoir si elle -estoyt poinct escripte de sang de rabettes. Puys, en frotta un coing -de cendres d'ung nid d'arondelles, pour veoir si elle estoyt escripte -de rosée qu'on trouve dans les pommes d'alicacahut. Puys, en frotta -ung aultre bout de la sanie des aureilles, pour veoir si elle estoyt -escripte du fiel de corbeau. Puys, la trempa en vinaigre, pour veoir -si elle estoit escripte de laict d'espurge. Puys, la graissa d'axunge -de souris chaulves, pour veoir si elle estoit escripte avec sperme de -baleine, qu'on appelle ambre gris. Puys, la myst tout doulcement dans -un bassin d'eau fraische et soubdain la tira, pour veoir si elle -estoyt escripte avec alun de plume.» - -Rabelais cite, à l'occasion de ces tentatives infructueuses, trois -auteurs auxquels la Cryptographie serait redevable d'importants -travaux: «Messere Francesco di Nianse, le Thuscan, qui ha escript la -manière de lire les lettres non apparentes; Zoroaster, dans son traité -_peri grammaton acriton_, et Calphurnius Bassus, _de litteris -illegibilibus_.» - -Cet auteur Thuscan et ces livres grecs et latins sont tout à fait -inconnus; il faut donc assigner à l'imagination de maître François le -mérite de les avoir créés. - - - - -BIBLIOGRAPHIE - - -Il nous reste à signaler les principaux ouvrages qui se rapportent aux -diverses branches de l'Art d'écrire par chiffres; nous ne prétendons -pas offrir une liste absolument complète; c'est un but qu'on ne -saurait jamais se flatter d'atteindre, mais nous espérons du moins ne -pas avoir oublié d'écrits d'une importance réelle. Nous avons adopté -l'ordre alphabétique comme étant celui qui facilite le mieux les -recherches. - -_Anweisung zum Dechiffriren, oder die Kunst verborgene Schriften -aufzuloesen_, Helmstadt, 1755, in-8. - -BACO (Franc. de Verulamio). _De dignitate et augmentis scientiarum_, -lib. VI, c. I. Voir ses _Opera omnia_. Francof., 1665, folio, pag. -147-151. - -BECHERUS (J. J.). _Character pro notitia linguarum universali, -invenium steganographicum hactenus inauditum_, etc. Francofurti, 1661, -in-8. - -BEGUELIN. _Mémoire sur la découverte des lois d'un chiffre de feu le -professeur Hermann, proposé comme absolument indéchiffrable_. _Voy._ -Mémoires de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de -Berlin, tom. XIV (1765) pag. 369-389. - -BELOT. _L'Oeuvre des oeuvres ou le plus parfait des sciences -stéganographiques_, Paris, 1623, in-8. - -BIELFELD (J. de), _Institutions politiques_ (la Haye, 1760, in-4), -tom. II, pag. 191. - -BREITHAUPT (Chr.). _Disquisitio historica, critica, curiosa de variis -modis occulte scribendi, tum apud veteres quum apud recentiores -usitatis_, Helmstadt, 1727, in-8. - ---_Ars decifratoria sive scientia occultas scripturas solvendi et -legendi_, Helmst., 1737, in-8, 32 et 160 pag. - -BUERGA (A.). _Pasilasie oder Grundriss einer allgemeinen Sprache_, -Berlin, 1808. - -CARLET (J. R. du). La _Cryptographie, contenant la manière d'écrire -secrètement_, Tolose, 1644, in-12. - -COLLETET. _Traittez des langues estrangères, de leurs alphabets et des -chiffres_, Paris, Promé, 1660, in-4.--C'est un abrégé imparfait du -_Traité des chiffres_ de Vigenère, et il aurait tous les caractères du -plagiat si Colletet lui-même n'avait pas prévenu cette accusation avec -une franchise peu commune. - -COLORNI (Abr.). _Scotografia italica_, Praga, 1593, in-4. - -COMIER (d'Ambrun). _Traité de la parole, langues et écritures, -contenant la sténographie impénétrable, ou l'Art d'écrire et de parler -occultement de loin et sans soupçon_. Bruxelles, 1691, in-12. - -CONRADI (Dav. Arn.). _Cryptographia denudata, sive ars deciferandi quæ -occulte scripta sunt in quocunque linguarum genere_, Lugd. Bat., 1739, -in-8, 73 pag. - -COSPI. _L'Interprétation des chiffres, ou Reigle_ (sic) _pour bien -entendre et expliquer facilement toutes sortes de chiffres simples_, -tiré de l'italien du sieur A. M. Cospi, secrétaire du grand-duc de -Toscane. Augmenté et accommodé particulièrement à l'usage des langues -française et espagnole, par F. J. F. N. P. M. Paris, 1641, in-8, 90 -pag. - -CRELLII (L. C.) _Diss. de scytala laconica_, Lipsiæ, 1697, in 4. - -DALGARNO (George). _Ars signorum, vulgo character universalis et -lingua philosophica_, Londini, 1667, in-8. Cet écrit a paru à M. -Nodier extrêmement remarquable (voir les _Mélanges extraits d'une -petite bibliothèque_, pag. 268, et les _Notions de linguistique_, -1834, pag. 31). Les ouvrages de Dalgarno ont été réimprimés à -Edimbourg en 1834; la _Revue d'Edimbourg_, nº 124, juillet 1835, leur -a consacré un article. - -DLANDOL. Le _Contr'espion ou les clefs de toutes les correspondances -secrètes_, Paris, 1794, 66 pag. in-8. - -FIRMAS-PERIÈS (Le comte). _Pasitélégraphie_, Stuttgard, 1811, in-8. - -FORELIUS (H.). _Dissertatio de modis occulte scribendi et præcipue de -scytala laconica_, Holmiæ, 1697, in-8. - -FRIDERICI (J. B.). _Cryptographia, oder geheimer Schriftmund und -wirkliche Correspondenz_, Hamburg, 1684, in-4. - -FUNKS (Chr. B.). _Natürliche Magie_, Berlin, 1783, in-8. (Il s'y -trouve quelques détails sur l'art de déchiffrer.) - -GERRAR (DI). _Siglarium romanum sive explicatio notarum ac -litterarum_, Londres, 1793, in-4. - -GODEVIN (François), évêque d'Hereford, _Nuncius inanimatus Utopiæ_, -1629. L'auteur expose mystérieusement les avantages d'une méthode -secrète de correspondance au moyen de signes convenus. - -S'GRAVESAND, _Introductio in philosophiam_ (Lugd. Bat., 1737). Il y -est question, ch. XXXV, de l'écriture en chiffres. - -GRISCHOW (Aug.). _Introductio in philologiam generalem_, Jenæ, 1704, -in-8. Le chap. IV roule sur l'art d'écrire en chiffres avec rapidité, -et sur les moyens de découvrir pareils secrets. - -HANEDI, _Steganologia et Steganographia nova. Geheime, magische, -natürliche Red- und Schreibekunst_, Nuremberg (sans date), in-8, 299 -pag. Le véritable nom de l'auteur est Daniel Schwenter, professeur de -mathématiques à Altorf, mort en 1636. - -HILLERI (L. H.) _Mysterium artis steganographicæ novissimum_, Ulmæ, -1682, in-8, 478 pag. Un errata de 6 pag. termine le volume. Cette -multitude de fautes contribua sans doute au peu de succès de ce traité -plus ample que celui de Breithaupt, mais moins méthodique. Il ne -s'adapte spécialement qu'au latin, à l'italien, à l'allemand et au -français, et seulement aux chiffres à clef simple ou dont l'alphabet -n'est pas variable. L'auteur avait donné un aperçu de son travail dans -son _Opusculum steganographicum_, publié à Tubingue en 1675. - -HINDENBURG (C. F.). _Archiv der reinen und angewandten Mathematik_. -(Les cahiers 3 et 5 roulent sur l'art de chiffrer.) - -HOTTINGA (Domin. de). _Polygraphie ou méthode universelle de -l'écriture cachée et cabalistique_, Groningue, 1620, in-4. C'est la -reproduction textuelle de la traduction de la _Polygraphie_ de -Trithème, publiée en 1541 par Gabriel de Collange. Hottinga n'a point -hésité à donner ce travail comme étant entièrement son oeuvre, et il -déclare, dans sa préface, qu'il lui a consacré de longues et pénibles -veilles. Il existe peu d'exemples d'un plagiat aussi effronté. - -JONES. _Hieroglyphic or a grammatical introduction to an universal -hieroglyphic language_, London, 1768. - -KALMAR (Georgius). _Præcepta grammatica atque Specimina linguæ -philosophicæ sive universalis ad omne vitæ genus adcommodatæ_. -Berolini, 1772, in-4, 56 pag. - -KIRCHERI (Athan.) _Artificium cryptographicum, seu abacus numeralis_, -dans la _Magia universalis_ de Schott, part. IV, lib. I. - ---_Polygraphia seu artificium linguarum, quocum omnibus totius mundi -populis poterit quis correspondere_, Rome, 1663, in-folio, Amsterd., -1680. Cet ouvrage curieux est divisé en trois parties; la première -offre une pasigraphie en écriture universelle que chacun peut lire -dans sa langue. Le principe d'où il part est un dictionnaire numéroté -tel que Becher l'avait proposé sans l'exécuter; Kircher l'exécuta en -petit sur cinq langues (le latin, le français, l'allemand, l'italien, -l'espagnol). Son vocabulaire a environ 1,600 mots; les formes -variables des noms et des verbes sont exprimées par des signes de -convention. La seconde partie donne une sténographie plus ingénieuse -que celle de Trithème. La troisième partie concerne l'invention d'une -boîte ou bureau stéganographique pour écrire ou lire très-promptement -en chiffre quelconque. - -KLÜBER (Lud.). _Kryptographik, Lehrbuch der Geheimschreibekunst_, -Tubingue, 1809, in-8, 470 p. - -KORTUM (C. A.). _Anfangsgründe der Entzifferungskunst deutscher -Zifferschriften_, Duisburg, 1782, in-8, 144 pag. - -_Langage_ (Le) _muet, ou l'Art de faire l'amour sans se parler, sans -écrire et sans se voir_, Middelbourg, 1688, in-12. - -LATOUR (Charlotte de). Le _Langage des fleurs_, Paris, 1820; 6e éd., -1845, in-12, 328 p. (L'auteur de cet ouvrage, en prose et en vers, est -M. Aimé Martin.) - -LEIBNITZ. _Historia et commendatio linguæ characteristicæ -universalis_, dans ses _Oeuvres posthumes_, éditées par Rashe, 144 -pag. - -(LEMANG). _Die Kunst der Geheimschreiberei_,... im. G. L. Leipzig, -1797, in-4, 40 pag. - -LENNEP (D. J. de). _Dissert. de M. Tullio Tirone_, Amsterdam, 1804. - -LINDNER (Sam.). _Elementa artis decifratoriæ_, Regiomontani, 1770, -in-8. - -_Mysterienbuch alter und neuer Zeit, oder Anleitung geheimer Schriften -zu lesen_, Leipzig, 1797, in-8, 115 pag. - -NEYRIN (J. P.). _Principes du droit des gens_. (Brunswick, 1783, -in-8), pag. 160 et suiv. - -_Nouveau Traité de diplomatique_, par deux religieux bénédictins (D. -Toussaint et D. Tassin). Paris, 1750-65. 6 vol. in-4. _Voy._ tom. III, -p. 499-622. - -NIETHAMMER (J. M.). _Ueber Pasigraphie und Ideographie_, Nurnberg, -1808, in-8. - -_Nouvelle Découverte d'une langue universelle pour les négociants_, -Paris, 1687, in-12. - -_Opus novum, præfectis arcium, imperatoribus exercituum, -exploratoribus, peregrinis, inventoribus, militibus ac omnis industriæ -et litteraturæ studiosis, principibus maxime utilissimum pro cipharis -lingua latina, græca, italica et quavis alia multiformiter -describentibus interpretandisque._ (En latin et en italien, in-8, 44 -feuillets.) À la fin on lit: Impressum Romæ, anno MDXXVI. Au second -feuillet, l'auteur se donne le nom de Jacques Silvestre, citoyen de -Florence. - -OZANAM (Jacques). _Récréations mathématiques et physiques_, 1778, 4 -vol. in-8. On y trouve diverses méthodes de Sténographie. - -PANCIROLLI (Guidonis). _Rerum memorabilium sive deperditarum -commentarius_, 1660, in-4. Il parle des chiffres, pag. 262 et suiv. - -_Polizeischrift, geheime, des Grafen von Vergennes_, 1793, in-8, 46 -pag. - -PORTA (J. B.). _De furtivis litterarum notis vulgo de ziferis libri -quinque_, Neapoli, 1563, in-4. Autres éditions: Londres, 1591, -in-4.--Montbelliard, 1593, in-8.--Naples, 1602, in-folio.--Strasbourg, -1603, in-8. - ---_Magia naturalis_, Naples, 1558.--Anvers, 1561.--Naples, -1589.--Leyde, 1644 et 1651. Il est question, dans le livre XVI, de -l'art de chiffrer. - -PRASSE (M. de). _De reticulis cryptographicis_, Lipsiæ, 1799, in-4, 14 -pag. - -RAMSAY (C. A.). _Art d'écrire aussi vite qu'on parle_, Paris, 1783, -in-12. L'original est en latin; il parut dès 1678 et fut réimprimé -avec une version française (par A. D. G.). Paris, 1681. Depuis cette -dernière date, ce livre a été souvent réimprimé en France et à -l'étranger, dans la fin du dix-septième siècle. Les anciennes -éditions portaient pour titre: _Tacheographie ou l'Art d'écrire_, etc. -On en connaît une traduction allemande, Leipzig, 1745, in-8. - -SARPE, _Prolegomena ad tachygraphiam romanam_, Rostock, 1829, in-4. - -SCHMIDT (J. M.). _Vollstændiges wissenschaftliches -Gedankenverzeichniss zum Behuf einer allgemeinen Schriftsprache_, -Dillingen, 1807, in-8. - ---_Grundsætze für eine allgemeine Schriftlehre_, 1816-1818, 2 vol. -in-8. - -SCHOTT (Gaspard). _Schola steganographica in classes octo distributa_, -Nuremberg, 1665, in-4. D'autres éditions de 1666 et de 1680 sont -indiquées par les bibliographes. - ---_Thaumaturgus physicus seu magia universalis naturæ et artis_, -1657-1659, 4 vol. in-4; 1677. On trouve, dans le quatrième volume de -cet ouvrage curieux, des notions détaillées sur les divers moyens -imaginés par les anciens et les modernes, pour se communiquer leurs -pensées à l'aide de l'écriture secrète. - -SELENI, Gustavi (id est, Augusti, ducis Brunsvicensis), -_Cryptomenyticis et Cryptographiæ libri IX, in quibus et planissima -Steganographiæ J. Trithemii enodatio traditur, inspersis ubique -auctoris et aliorum non contemnendis inventis_, Luneburgi, 1624, -in-folio. - -SOLBRIT (Dav.). _Ratio scribendi per zifras_, 1726, in-8. - ---_Allgemeine Schrift oder Art durch Ziffern zu schreiben_, Coburg, -1736, in-8. C'est la traduction de l'ouvrage latin précédent. - -_Steganographia recens detecta_, Ulm, 1764, in-8, 97 p. Malgré son -titre latin, cet ouvrage est en allemand (semblable circonstance -n'est pas rare pour d'anciens écrits publiés au delà du Rhin). -L'auteur a gardé l'anonyme, mais il a signé la préface des lettres C. -W. P. - -STEIN (A.). _Ueber Schriftsprache und Pasigraphie_, München, 1809, -in-8. - -STIELER (C. von). _Deutsche Secretariatskunst_. Nuremberg, 1678, in-4. -Voir tom. I, pag. 547-555. - -STUBENRAUCH. _Histoire abrégée de la Cryptographie_. Il s'en trouve un -extrait dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, t. I, 1745, p. 105 -et suiv. - -TOD (Al.). _The olive-leafe or an universal A. B. C._, London, 1603, -in-8. - -TRITHEMII (J.). _Polygraphiæ libri VI_, Oppenheim, 1518, -in-folio.--Francof., 1550.--Colon., 1564.--Argent., 1600 et -1613.--Colon., 1671. - ---_Steganographia_, Francof., 1606.--Darmst., 1606,--Francof., -1608.--Darmst., 1621--Colon., 1635. - ---_La Polygraphie et universelle écriture de Trithème_, traduit du -latin par Gabriel de Collange[8], Paris, 1561, 1621, 1625, in-8. - -[Note 8: La triste destinée de Collange mérite qu'on en fasse mention. -Il était valet de chambre du Charles IX, et, quoique catholique zélé, -il fut une des victimes de la Saint-Barthélemi, succombant sans doute -à quelques inimitiés personnelles.] - -Voici les titres de deux ouvrages composés dans le but de défendre la -mémoire de Trithème contre l'accusation de magie dirigée contre lui: - -_Stenographiæ nec non claviculæ Salomonis germani, J. Trithemii, -genuina declaratio, auctore_ J. Caramuele, Colon., 1634, in-4. - -J. TRITHEMII _Stenographia vindicata et illustrata_, auctore W. E. -Heidel, Mayence, 1676, in-4. Une édition de Nuremberg, 1721, in-4, est -citée. - -UKEN (M.). _Steganometrographia, sive artificium novum et inauditum_, -Francof., 1751, in-8, 328 p. Il en existe une traduction allemande, -Ulm, 1759. - -URQUHART (Thomas). _Logopandecteision, or an introduction to the -universal language_, London, 1653, in-4. - -VATER (J. S.). _Pasigraphie und Antipasigraphie... ou sur la -découverte récente d'une langue universelle pouvant servir à tous les -peuples_, Leipzig, 1799, in-12, 268 pag. - -WALLIS (J.). _Opera miscellanea_, Oxoniæ, 1699, in-folio. Dans son -traité _De combinationibus et alternationibus_, ce célèbre -mathématicien donne des exemples de déchiffrement, sans expliquer -toutefois les méthodes dont il fait usage. - -WILDVOGEL (Ch.). _Diss. de scripturis terribilibus_, Francof., 1719, -in-4. - -WILKINS (évêque de Chester). _Mercure ou le Messager secret et prompt -où l'on montre comment on peut communiquer vite et sûrement ses -pensées à un ami éloigné_, Londres, 1641, in-4. (L'ouvrage est en -anglais.) - ---_Essay towards a real charater and a philosophical language_, -Londres, 1668, in-folio. Un extrait de cet ouvrage, devenu fort rare, -se trouve dans les _Transactions philosophiques_, nº 35. - -WOLKE (C. H.). _Erklærung wie wechselseitige Gedankenmittheilunen -aller cultivirten Voelker des Erdkreises, oder die Paxiphrasie möglich -und ausüblich sey, ohne Erlernung irgend einer neuen besondern, oder -einer allgemeinen Wortschrift oder Zeichensprache_, Dessau, 1797. - - -FIN. - - - - -TABLE DES CHAPITRES. - - - CHAPITRE Ier. Définition de la Cryptographie, son origine; - notions historiques. 1 - - CHAP. II. Auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie. 35 - - CHAP. III. Règles et procédés de Cryptographie. 91 - - CHAP. IV. Des diverses sortes d'écritures et des différents - langages de convention qui se rattachent à la correspondance - occulte. 156 - - CHAP. V. Du rôle de la Cryptographie dans la littérature. 186 - - CHAP. VI. Des livres à clef. 202 - - CHAP. VII. Du déchiffrement. 208 - - CHAP. VIII. Des écritures occultes. 225 - - Bibliographie. 242 - - - - -[Notes au lecteur de ce fichier numérique: - ---De nombreuses erreurs ont été imprimées dans cet ouvrage; peu -d'entre elles ont été corrigées lors de la création de ce fichier. - - --page 41: "Un méchant vous demande une lettre d'introduction - auprès d'un de ses amis", "ses amis" a été remplacé par "vos amis". - - --page 144: "La première lettre de la dépêche, l, correspond à la - quatrième, o; la seconde, e, à la quatrième,", "la seconde, e, à - la quatrième," a été remplacé par "la seconde, e, à la septième,". - - --page 197: "Conserui et dxoop nfouxnb delituit", "nfouxnb" a été - remplacé par "nfouxmb". - - --page 220: "la consonne c est toujours liée au c", "liée au c" a - été remplacé par "liée au h". - ---Page 151: La note 5 n'a pas de référence dans le texte. - ---Les mots contenus dans [] sont imprimés dans des cases (ex: page 120). - ---Cet ouvrage contient de nombreux signes qui ne peuvent être reproduit -dans ce fichier; ils ont été remplacés par [Gl.] pour Glyphe, [Pt.] -pour Point, etc. - - --Les signes enclos dans [= =] sont encadrés dans l'ouvrage. - - --Chiffres précédés par [- sont surmontés d'un trait; ceux précédés - par [" de deux points.] - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of La Cryptographie, by Bibliophile Jacob - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA CRYPTOGRAPHIE *** - -***** This file should be named 42297-8.txt or 42297-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/4/2/2/9/42297/ - -Produced by Laurent Vogel, Christine P. Travers and the -Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net -(This book was produced from scanned images of public -domain material from the Google Print project.) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. Special rules, -set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to -copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to -protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project -Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you -charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you -do not charge anything for copies of this eBook, complying with the -rules is very easy. 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