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<html lang="fr">
<head>
-<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">
-<title>The Project Gutenberg e-Book of La Cryptographie ou l'Art d'Écrire en Chiffres; Author: Jacob.</title>
+<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=UTF-8">
+<title>The Project Gutenberg e-Book of La Cryptographie ou l'Art d'Écrire en Chiffres; Author: Jacob.</title>
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</head>
<body>
+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 42297 ***</div>
-
-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of La Cryptographie, by Bibliophile Jacob
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: La Cryptographie
- ou l'art d'écrire en chiffres
-
-Author: Bibliophile Jacob
-
-Release Date: March 10, 2013 [EBook #42297]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA CRYPTOGRAPHIE ***
-
-
-
-
-Produced by Laurent Vogel, Christine P. Travers and the
-Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
-(This book was produced from scanned images of public
-domain material from the Google Print project.)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
-
-<p class="p4 center">LES SECRETS DE NOS PÈRES<br>
+<p class="p4 center">LES SECRETS DE NOS PÈRES<br>
<span class="smaller">RECUEILLIS</span><br>
PAR LE BIBLIOPHILE JACOB</p>
<p class="center">LA<br>
CRYPTOGRAPHIE<br>
<span class="smaller">OU<br>
- L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES</span></p>
+ L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES</span></p>
<p class="p4 smaller center">PARIS<br>
- ADOLPHE DELAHAYS, LIBRAIRE-ÉDITEUR<br>
+ ADOLPHE DELAHAYS, LIBRAIRE-ÉDITEUR<br>
4-6, RUE VOLTAIRE, 4-6<br>
1858</p>
-<p class="p2 smaller center">PARIS.&mdash;IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1.</p>
+<p class="p2 smaller center">PARIS.&mdash;IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1.</p>
<h1><span class="pagenum"><a id="page1" name="page1"></a>(p. 1)</span> LA<br>
CRYPTOGRAPHIE<br>
OU<br>
-L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES.</h1>
+L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES.</h1>
<h2>CHAPITRE PREMIER.<br>
-<span class="smaller">DÉFINITION DE LA CRYPTOGRAPHIE; SON ORIGINE; NOTIONS HISTORIQUES.</span></h2>
+<span class="smaller">DÉFINITION DE LA CRYPTOGRAPHIE; SON ORIGINE; NOTIONS HISTORIQUES.</span></h2>
-<p>Nous allons essayer de faire connaître quelques-uns des procédés mis en
-usage afin de permettre à des personnes séparées par des distances
-souvent considérables, de communiquer entre elles, en recouvrant <span class="pagenum"><a id="page2" name="page2"></a>(p. 2)</span>
-ces communications du voile du mystère.</p>
+<p>Nous allons essayer de faire connaître quelques-uns des procédés mis en
+usage afin de permettre à des personnes séparées par des distances
+souvent considérables, de communiquer entre elles, en recouvrant <span class="pagenum"><a id="page2" name="page2"></a>(p. 2)</span>
+ces communications du voile du mystère.</p>
-<p>Ces procédés forment une véritable science qui a reçu, comme tant
-d'autres, un nom tiré du grec.</p>
+<p>Ces procédés forment une véritable science qui a reçu, comme tant
+d'autres, un nom tiré du grec.</p>
-<p>La Cryptographie ou Stéganographie est l'art d'écrire de façon à dérober
-à autrui la connaissance de ce qu'on a tracé.</p>
+<p>La Cryptographie ou Stéganographie est l'art d'écrire de façon à dérober
+à autrui la connaissance de ce qu'on a tracé.</p>
-<p>On peut s'efforcer de dissimuler l'existence de l'écrit. On emploie, en
+<p>On peut s'efforcer de dissimuler l'existence de l'écrit. On emploie, en
ce but, les encres du sympathie dont nous parlerons plus tard, ou bien
-l'on tâche de cacher soigneusement le papier auquel on a confié son
+l'on tâche de cacher soigneusement le papier auquel on a confié son
secret.</p>
-<p>Mais plus habituellement on a recours aux divers procédés en usage afin
-de jeter, sur une dépêche qui peut tomber dans des mains indiscrètes, un
-voile qu'on fait de son mieux pour rendre impénétrable.</p>
+<p>Mais plus habituellement on a recours aux divers procédés en usage afin
+de jeter, sur une dépêche qui peut tomber dans des mains indiscrètes, un
+voile qu'on fait de son mieux pour rendre impénétrable.</p>
<p>Pour atteindre ce but:</p>
-<p>On abrège les mots d'après un système convenu (c'est la Brachygraphie
-ou Sténographie).</p>
+<p>On abrège les mots d'après un système convenu (c'est la Brachygraphie
+ou Sténographie).</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page3" name="page3"></a>(p. 3)</span> On fait usage des signes dont le sens est arrêté entre les
-correspondants: des lettres, des chiffres, des signes employés dans les
-mathématiques et dans la chimie, des points, des lignes, des figures
+<p><span class="pagenum"><a id="page3" name="page3"></a>(p. 3)</span> On fait usage des signes dont le sens est arrêté entre les
+correspondants: des lettres, des chiffres, des signes employés dans les
+mathématiques et dans la chimie, des points, des lignes, des figures
quelconques ou de fantaisie, des couleurs, etc., sont d'une grande
ressource en semblable occasion.</p>
@@ -194,89 +155,89 @@ sens tout autre que celui qu'on y attache dans le cours ordinaire des
choses.</p>
<p>Il y a toujours eu, il y aura toujours des secrets, qu'il faudra bien
-confier au papier afin de les transmettre à des correspondants dont on
-est séparé par des distances plus ou moins grandes; mais on est bien
-aise de dérober aux investigations d'une curiosité indiscrète ces
-communications mystérieuses.</p>
+confier au papier afin de les transmettre à des correspondants dont on
+est séparé par des distances plus ou moins grandes; mais on est bien
+aise de dérober aux investigations d'une curiosité indiscrète ces
+communications mystérieuses.</p>
-<p>Il a donc fallu recourir à des moyens destinés à voiler le sens des
-avis qu'on <span class="pagenum"><a id="page4" name="page4"></a>(p. 4)</span> voulait transmettre. De là l'origine de l'écriture en
+<p>Il a donc fallu recourir à des moyens destinés à voiler le sens des
+avis qu'on <span class="pagenum"><a id="page4" name="page4"></a>(p. 4)</span> voulait transmettre. De là l'origine de l'écriture en
chiffres.</p>
-<p>De même que tous les arts, celui-ci débute par des essais naïfs et
-incomplets. Les écrivains de l'antiquité en ont conservé le souvenir.</p>
+<p>De même que tous les arts, celui-ci débute par des essais naïfs et
+incomplets. Les écrivains de l'antiquité en ont conservé le souvenir.</p>
-<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3>
+<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3>
-<p class="h3title">De la Cryptographie chez les peuples de l'antiquité.</p>
+<p class="h3title">De la Cryptographie chez les peuples de l'antiquité.</p>
-<p>Hérodote nous fait connaître divers procédés un peu primitifs auxquels
+<p>Hérodote nous fait connaître divers procédés un peu primitifs auxquels
eurent recours, faute de mieux, certains personnages plus ou moins
-célèbres dans les annales de ces temps reculés.</p>
-
-<p>C'est d'abord un esclave dont on rase la tête, et sur la peau nue de son
-crâne on trace quelques mots laconiques, mais d'un grand sens. On laisse
-aux cheveux le temps de repousser, et on expédie cette épître d'un
-nouveau genre à l'ami qu'il <span class="pagenum"><a id="page5" name="page5"></a>(p. 5)</span> s'agit d'instruire de choses
-importantes. Les perruques n'avaient point été inventées à cette époque;
-elles auraient été d'une grande utilité en pareille circonstance. Il va
-sans dire qu'un pareil procédé n'est point susceptible d'une application
-fréquente.</p>
-
-<p>Un seigneur de la Cour de Perse, ayant à transmettre à Cyrus un avis
-essentiel, s'avisa d'une invention qui ne rentre pas précisément dans
-l'écriture chiffrée, mais qu'il est bon de consigner ici; laissons
-parler Hérodote:</p>
-
-<p>«Harpage voulut découvrir à Cyrus son projet, mais, comme ce prince
-était en Perse et que les chemins étaient gardés, il ne put trouver,
-pour lui en faire part, d'autre expédient que celui-ci: S'étant fait
-apporter un lièvre, il ouvrit le ventre de cet animal d'une manière
-adroite et sans arracher le poil, et, dans l'état où il était, il y mit
-une lettre où <span class="pagenum"><a id="page6" name="page6"></a>(p. 6)</span> il avait écrit ce qu'il avait jugé à propos.
-L'ayant ensuite recousu, il le remit à celui de ses domestiques en qui
-il avait le plus de confiance, et lui ordonna de le porter à Cyrus, et
-de lui dire, en le lui présentant, de l'ouvrir lui-même et sans
-témoins.»</p>
-
-<h3>§ II.</h3>
-
-<p class="h3title">La scytale des Lacédémoniens.</p>
-
-<p>Le gouvernement de Sparte transmettait ses ordres à ses généraux au
-moyen d'une espèce de <em>courroie</em>. Voici de quelle façon Plutarque
+célèbres dans les annales de ces temps reculés.</p>
+
+<p>C'est d'abord un esclave dont on rase la tête, et sur la peau nue de son
+crâne on trace quelques mots laconiques, mais d'un grand sens. On laisse
+aux cheveux le temps de repousser, et on expédie cette épître d'un
+nouveau genre à l'ami qu'il <span class="pagenum"><a id="page5" name="page5"></a>(p. 5)</span> s'agit d'instruire de choses
+importantes. Les perruques n'avaient point été inventées à cette époque;
+elles auraient été d'une grande utilité en pareille circonstance. Il va
+sans dire qu'un pareil procédé n'est point susceptible d'une application
+fréquente.</p>
+
+<p>Un seigneur de la Cour de Perse, ayant à transmettre à Cyrus un avis
+essentiel, s'avisa d'une invention qui ne rentre pas précisément dans
+l'écriture chiffrée, mais qu'il est bon de consigner ici; laissons
+parler Hérodote:</p>
+
+<p>«Harpage voulut découvrir à Cyrus son projet, mais, comme ce prince
+était en Perse et que les chemins étaient gardés, il ne put trouver,
+pour lui en faire part, d'autre expédient que celui-ci: S'étant fait
+apporter un lièvre, il ouvrit le ventre de cet animal d'une manière
+adroite et sans arracher le poil, et, dans l'état où il était, il y mit
+une lettre où <span class="pagenum"><a id="page6" name="page6"></a>(p. 6)</span> il avait écrit ce qu'il avait jugé à propos.
+L'ayant ensuite recousu, il le remit à celui de ses domestiques en qui
+il avait le plus de confiance, et lui ordonna de le porter à Cyrus, et
+de lui dire, en le lui présentant, de l'ouvrir lui-même et sans
+témoins.»</p>
+
+<h3>§ II.</h3>
+
+<p class="h3title">La scytale des Lacédémoniens.</p>
+
+<p>Le gouvernement de Sparte transmettait ses ordres à ses généraux au
+moyen d'une espèce de <em>courroie</em>. Voici de quelle façon Plutarque
raconte le fait dans la vie de Lysandre; nous faisons usage de la
-traduction naïve du vieil Amyot:</p>
-
-<p>«Les éphores luy envoyèrent incontinent ce qu'ilz appellent la scytale
-(comme qui diroit la courroye), par laquelle ilz luy mandèrent qu'il
-eust à s'en retourner aussitost comme il l'auroit <span class="pagenum"><a id="page7" name="page7"></a>(p. 7)</span> reçue. Cette
-scytale est une telle chose: quand les éphores envoient à la guerre un
-général ou un admiral, ilz font accoustrer deux petits bâtons ronds et
-les font entièrement égaler en grosseur et en grandeur; desquelz deux
-bastons ilz en retiennent l'un par devers eulx et donnent l'autre à
+traduction naïve du vieil Amyot:</p>
+
+<p>«Les éphores luy envoyèrent incontinent ce qu'ilz appellent la scytale
+(comme qui diroit la courroye), par laquelle ilz luy mandèrent qu'il
+eust à s'en retourner aussitost comme il l'auroit <span class="pagenum"><a id="page7" name="page7"></a>(p. 7)</span> reçue. Cette
+scytale est une telle chose: quand les éphores envoient à la guerre un
+général ou un admiral, ilz font accoustrer deux petits bâtons ronds et
+les font entièrement égaler en grosseur et en grandeur; desquelz deux
+bastons ilz en retiennent l'un par devers eulx et donnent l'autre à
celuy qu'ilz envoyent. Ilz appellent ces deux petits bastons scytales,
-et, quand ilz veulent faire secrètement entendre quelque chose de
-conséquence à leurs capitaines, ilz prennent un bandeau de parchemin
-long et estroit comme une courroye, qu'ilz entortillent à l'entour de
+et, quand ilz veulent faire secrètement entendre quelque chose de
+conséquence à leurs capitaines, ilz prennent un bandeau de parchemin
+long et estroit comme une courroye, qu'ilz entortillent à l'entour de
leur baston rond, sans laisser rien d'espace vuide entre les bords du
bandeau; puis quand ilz sont ainsi bien joints, alors ilz escrivent sur
-le parchemin ainsi enrollé ce qu'ils veulent, et, quand ilz ont achevé
-d'escrire, ilz desveloppent le parchemin et l'envoyent à leur capitaine,
-<span class="pagenum"><a id="page8" name="page8"></a>(p. 8)</span> lequel n'y sçauroit aultrement rien lire ny cognoistre, parce que
-les lettres n'ont point de suitte ny de liaison continuée, mais sont
-escartées l'une ça, l'autre là, jusqu'à ce que, prenant le petit rouleau
-de bois qu'on luy a baillé à son partement, il estend la courroye de
-parchemin qu'il a reçue tout à l'entour, tellement que le tour et le ply
-du parchemin venant à se retrouver en la mesme couche qu'il avoit esté
-plié premièrement, les lettres aussi viennent à se rencontrer en la
-suitte continuée qu'elles doivent estre. Ce petit rouleau de parchemin
+le parchemin ainsi enrollé ce qu'ils veulent, et, quand ilz ont achevé
+d'escrire, ilz desveloppent le parchemin et l'envoyent à leur capitaine,
+<span class="pagenum"><a id="page8" name="page8"></a>(p. 8)</span> lequel n'y sçauroit aultrement rien lire ny cognoistre, parce que
+les lettres n'ont point de suitte ny de liaison continuée, mais sont
+escartées l'une ça, l'autre là, jusqu'à ce que, prenant le petit rouleau
+de bois qu'on luy a baillé à son partement, il estend la courroye de
+parchemin qu'il a reçue tout à l'entour, tellement que le tour et le ply
+du parchemin venant à se retrouver en la mesme couche qu'il avoit esté
+plié premièrement, les lettres aussi viennent à se rencontrer en la
+suitte continuée qu'elles doivent estre. Ce petit rouleau de parchemin
s'appelle aussi bien scytale comme le rouleau de bois, ne plus ne moins
-que nous voyons ailleurs ordinairement que la chose mesurée s'appelle du
-mesme nom que fait celle qui mesure.»</p>
+que nous voyons ailleurs ordinairement que la chose mesurée s'appelle du
+mesme nom que fait celle qui mesure.»</p>
-<p>Un poëte latin donne une application conforme à celle de Plutarque;
-transcrivons <span class="pagenum"><a id="page9" name="page9"></a>(p. 9)</span> ici les cinq vers qui s'accordent avec le récit du
+<p>Un poëte latin donne une application conforme à celle de Plutarque;
+transcrivons <span class="pagenum"><a id="page9" name="page9"></a>(p. 9)</span> ici les cinq vers qui s'accordent avec le récit du
biographe grec:</p>
<p class="poem10">
@@ -286,101 +247,101 @@ biographe grec:</p>
Non respondentes sparso dedit ordine formas:<br>
Donec consimilis ligni replicetur in orbem.</p>
-<p>Nous ferons remarquer, en passant, que la scytale ne devait pas être
-bien difficile à deviner. En effet, il était aisé de voir en tâtonnant
-un peu, quelle était la ligne qui devait se joindre pour le sens à la
+<p>Nous ferons remarquer, en passant, que la scytale ne devait pas être
+bien difficile à deviner. En effet, il était aisé de voir en tâtonnant
+un peu, quelle était la ligne qui devait se joindre pour le sens à la
ligne d'en bas du papier; cette seconde ligne connue, tout le reste
-était aisé à trouver: en supposant que cette seconde ligne, suite
-immédiate de la première dans le sens, fût, par exemple, la cinquième,
-il n'y avait qu'à aller de là à la neuvième, à la treizième, à la
-dix-septième, et ainsi de suite jusqu'au bout, et l'on trouvait toute la
-première ligne du rouleau. Ensuite on n'avait qu'à reprendre la seconde
-<span class="pagenum"><a id="page10" name="page10"></a>(p. 10)</span> ligne d'en bas, puis la sixième, la dixième, la quatorzième, et
-ainsi de suite. Tout cela est aisé à voir, en considérant qu'une ligne
-écrite sur le rouleau devait être formée par des lignes partielles
-également distantes les unes des autres.</p>
-
-<p>Un autre Lacédémonien, réfugié auprès du monarque de l'Asie, trouva dans
-son patriotisme les moyens de transmettre à Sparte un avis de la plus
-haute importance. C'est encore l'historien que nous avons déjà nommé qui
-va nous raconter ce fait. Laissons parler Hérodote:</p>
-
-<p>«Xerxès s'étant déterminé à faire la guerre aux Grecs, Démocrate, qui
-était à Suse, et qui fut informé de ses desseins, voulut en faire part
-aux Lacédémoniens. Mais, comme les moyens lui manquaient, parce qu'il
-était à craindre qu'on ne le découvrit, il imagina cet artifice. Il prit
-des tablettes doubles, en ratissa la cire, et écrivit ensuite sur le
-<span class="pagenum"><a id="page11" name="page11"></a>(p. 11)</span> bois de ces tablettes les projets du roi. Après cela, il couvrit
-de cire les lettres, afin que, ces tablettes n'étant point écrites, il
-ne pût arriver au porteur rien de fâcheux de la part de ceux qui
-gardaient les passages. L'envoyé de Démocrate les ayant rendues aux
-Lacédémoniens, ils ne purent d'abord former aucune conjecture; mais
-Gorgo, femme de Léonidas, imagina, dit-on, ce que ce pouvait être et
-leur apprit qu'en enlevant la cire ils trouveraient des caractères sur
-le bois. On suivit son conseil, et les caractères furent trouvés. Les
-Lacédémoniens lurent ces lettres et les envoyèrent ensuite au reste des
-Grecs.»</p>
-
-<h3>§ III.</h3>
-
-<p class="h3title">Autres systèmes cryptographiques connus des anciens.</p>
-
-<p>Blaise de Vigenère, dans son <cite>Traité des chiffres</cite>, livre dont nous
-aurons à parler <span class="pagenum"><a id="page12" name="page12"></a>(p. 12)</span> en détail, mentionne quelques-uns des procédés
-qu'avaient imaginés les anciens et dont nous venons de fournir des
+était aisé à trouver: en supposant que cette seconde ligne, suite
+immédiate de la première dans le sens, fût, par exemple, la cinquième,
+il n'y avait qu'à aller de là à la neuvième, à la treizième, à la
+dix-septième, et ainsi de suite jusqu'au bout, et l'on trouvait toute la
+première ligne du rouleau. Ensuite on n'avait qu'à reprendre la seconde
+<span class="pagenum"><a id="page10" name="page10"></a>(p. 10)</span> ligne d'en bas, puis la sixième, la dixième, la quatorzième, et
+ainsi de suite. Tout cela est aisé à voir, en considérant qu'une ligne
+écrite sur le rouleau devait être formée par des lignes partielles
+également distantes les unes des autres.</p>
+
+<p>Un autre Lacédémonien, réfugié auprès du monarque de l'Asie, trouva dans
+son patriotisme les moyens de transmettre à Sparte un avis de la plus
+haute importance. C'est encore l'historien que nous avons déjà nommé qui
+va nous raconter ce fait. Laissons parler Hérodote:</p>
+
+<p>«Xerxès s'étant déterminé à faire la guerre aux Grecs, Démocrate, qui
+était à Suse, et qui fut informé de ses desseins, voulut en faire part
+aux Lacédémoniens. Mais, comme les moyens lui manquaient, parce qu'il
+était à craindre qu'on ne le découvrit, il imagina cet artifice. Il prit
+des tablettes doubles, en ratissa la cire, et écrivit ensuite sur le
+<span class="pagenum"><a id="page11" name="page11"></a>(p. 11)</span> bois de ces tablettes les projets du roi. Après cela, il couvrit
+de cire les lettres, afin que, ces tablettes n'étant point écrites, il
+ne pût arriver au porteur rien de fâcheux de la part de ceux qui
+gardaient les passages. L'envoyé de Démocrate les ayant rendues aux
+Lacédémoniens, ils ne purent d'abord former aucune conjecture; mais
+Gorgo, femme de Léonidas, imagina, dit-on, ce que ce pouvait être et
+leur apprit qu'en enlevant la cire ils trouveraient des caractères sur
+le bois. On suivit son conseil, et les caractères furent trouvés. Les
+Lacédémoniens lurent ces lettres et les envoyèrent ensuite au reste des
+Grecs.»</p>
+
+<h3>§ III.</h3>
+
+<p class="h3title">Autres systèmes cryptographiques connus des anciens.</p>
+
+<p>Blaise de Vigenère, dans son <cite>Traité des chiffres</cite>, livre dont nous
+aurons à parler <span class="pagenum"><a id="page12" name="page12"></a>(p. 12)</span> en détail, mentionne quelques-uns des procédés
+qu'avaient imaginés les anciens et dont nous venons de fournir des
exemples:</p>
-<p>«Il y en a qui font une incision dans une verge de saulx, estant en sève
-dessus l'arbre encore, et la creusent, puis, y ayant inséré les lettres,
+<p>«Il y en a qui font une incision dans une verge de saulx, estant en sève
+dessus l'arbre encore, et la creusent, puis, y ayant inséré les lettres,
la laissent reprendre et reclorre, et coupent la verge. C'est de
-l'invention de Théophraste, non des plus spirituelles pour un si subtil
+l'invention de Théophraste, non des plus spirituelles pour un si subtil
philosophe, joint que cela a besoin de temps, et si la cicatrice y
demeure empreinte tousjours. Le mesme se peut effectuer et encore plus
-commodément dans un baston de torche en semblable bois de sapin creusé,
-puis enduire la fente avec de la sciure fort subtile et sassée, de la
-mesme estoffe destrempée avec de la colle blanche: de quoy il semble
-qu'usa Brutus en allant à Delphes, comme le marque <span class="pagenum"><a id="page13" name="page13"></a>(p. 13)</span> Tite-Live à
-la fin du premier livre. Et en un autre endroit de la quatrième Décade,
-Polycrate et Diognète enfermèrent un brief de plomb dans une tourte. Il
+commodément dans un baston de torche en semblable bois de sapin creusé,
+puis enduire la fente avec de la sciure fort subtile et sassée, de la
+mesme estoffe destrempée avec de la colle blanche: de quoy il semble
+qu'usa Brutus en allant à Delphes, comme le marque <span class="pagenum"><a id="page13" name="page13"></a>(p. 13)</span> Tite-Live à
+la fin du premier livre. Et en un autre endroit de la quatrième Décade,
+Polycrate et Diognète enfermèrent un brief de plomb dans une tourte. Il
y en a qui enferment leurs lettres dans un caillou artificiel faict de
-ceste sorte: On prend des cailloux de rivière qu'on faict calciner et
-réduire en poudre passée par un subtil tamis. Puis on l'incorpore avec
-sa quarte partie de résine fondue et une de poix, meslant bien le tout
+ceste sorte: On prend des cailloux de rivière qu'on faict calciner et
+réduire en poudre passée par un subtil tamis. Puis on l'incorpore avec
+sa quarte partie de résine fondue et une de poix, meslant bien le tout
avec un baston, et estant cette composition encore chaulde et par
-conséquent molle, enveloppant la lettre dedans, façonnant le caillou
-devant le feu à-tout les mains trempées en eau tiède, de la sorte que
-bon leur semble; cela faict, on le laisse sécher.»</p>
-
-<p>Les Romains empruntèrent à la Grèce toutes les connaissances qu'elle
-possédait, mais ils les perfectionnèrent. César employait <span class="pagenum"><a id="page14" name="page14"></a>(p. 14)</span> pour
-sa correspondance secrète une méthode que nous aurons occasion de faire
-connaître plus tard, et qui aujourd'hui n'arrêterait pas longtemps le
-plus novice des déchiffreurs.</p>
-
-<p>On a attribué à Tullius Tiron, affranchi de Cicéron, l'invention de la
-méthode d'écrire en notes tachygraphiques, et on leur a même donné le
-nom de <em>Notes tironiennes</em>; mais cet art était déjà connu des Grecs.
-Tiron a seulement le mérite très-réel d'avoir augmenté le nombre des
-signes et de les avoir distribués dans un meilleur ordre. Sa méthode,
-perfectionnée par Sénèque et d'autres, s'étendit dans tout l'empire. On
-s'en est servi pour les actes publics, en Allemagne, jusqu'à la fin du
-dixième siècle; la France y avait renoncé un peu plus tôt. C'est de là
-que les officiers publics chargés de la transcription des actes ont reçu
+conséquent molle, enveloppant la lettre dedans, façonnant le caillou
+devant le feu à-tout les mains trempées en eau tiède, de la sorte que
+bon leur semble; cela faict, on le laisse sécher.»</p>
+
+<p>Les Romains empruntèrent à la Grèce toutes les connaissances qu'elle
+possédait, mais ils les perfectionnèrent. César employait <span class="pagenum"><a id="page14" name="page14"></a>(p. 14)</span> pour
+sa correspondance secrète une méthode que nous aurons occasion de faire
+connaître plus tard, et qui aujourd'hui n'arrêterait pas longtemps le
+plus novice des déchiffreurs.</p>
+
+<p>On a attribué à Tullius Tiron, affranchi de Cicéron, l'invention de la
+méthode d'écrire en notes tachygraphiques, et on leur a même donné le
+nom de <em>Notes tironiennes</em>; mais cet art était déjà connu des Grecs.
+Tiron a seulement le mérite très-réel d'avoir augmenté le nombre des
+signes et de les avoir distribués dans un meilleur ordre. Sa méthode,
+perfectionnée par Sénèque et d'autres, s'étendit dans tout l'empire. On
+s'en est servi pour les actes publics, en Allemagne, jusqu'à la fin du
+dixième siècle; la France y avait renoncé un peu plus tôt. C'est de là
+que les officiers publics chargés de la transcription des actes ont reçu
le nom de notaires, qu'ils conservent encore. En cessant de <span class="pagenum"><a id="page15" name="page15"></a>(p. 15)</span>
faire usage des notes tironiennes, on en oublia la signification.
-Quelques savants ont entrepris à cet égard des travaux importants;
-citons surtout l'<cite>Alphabetum tironianum</cite> du bénédictin Dom Carpentier
-(<i>Paris</i>, 1747, in-fol.); on peut recourir également au <cite>Nouveau Traité
+Quelques savants ont entrepris à cet égard des travaux importants;
+citons surtout l'<cite>Alphabetum tironianum</cite> du bénédictin Dom Carpentier
+(<i>Paris</i>, 1747, in-fol.); on peut recourir également au <cite>Nouveau Traité
de diplomatique</cite> de D. D. Tassin et Thuilier, ainsi qu'au <cite>Dictionnaire
diplomatique</cite> de Dom de Vaines. Un ouvrage de J. Gruter, <cite>Tyronis ac
-Senecæ notæ</cite> (1603, in-folio), présente plusieurs milliers de ces notes;
-chacune d'elles exprime un mot différent; les traits, les lignes, les
-points dont elles se composent, devaient exposer à bien des méprises, à
-moins qu'on n'écrivît avec beaucoup de lenteur et d'attention, et nul
-doute que pareille écriture ne fût d'un emploi très-incommode.</p>
+Senecæ notæ</cite> (1603, in-folio), présente plusieurs milliers de ces notes;
+chacune d'elles exprime un mot différent; les traits, les lignes, les
+points dont elles se composent, devaient exposer à bien des méprises, à
+moins qu'on n'écrivît avec beaucoup de lenteur et d'attention, et nul
+doute que pareille écriture ne fût d'un emploi très-incommode.</p>
<p>Nous copions cinq notes tironiennes prises au hasard; elles sont un
-échantillon fidèle de cette méthode sténographique.</p>
+échantillon fidèle de cette méthode sténographique.</p>
<span class="pagenum"><a id="page16" name="page16"></a>(p. 16)</span>
@@ -411,12 +372,12 @@ doute que pareille écriture ne fût d'un emploi très-incommode.</p>
</tr>
</table>
-<p>Au neuvième siècle, Raban-Maur, archevêque de Mayence, a rapporté deux
-exemples d'un chiffre dont les Bénédictins font connaître la clef dans
-leur grand <cite>Traité de diplomatique</cite>. Dans le premier exemple, on
+<p>Au neuvième siècle, Raban-Maur, archevêque de Mayence, a rapporté deux
+exemples d'un chiffre dont les Bénédictins font connaître la clef dans
+leur grand <cite>Traité de diplomatique</cite>. Dans le premier exemple, on
supprime les voyelles et on les remplace par des signes convenus; l'<em>i</em>
-est désigné par un point, l'<em>a</em> par deux, l'<em>e</em> par trois, l'<em>o</em> par
-quatre, l'<em>u</em> par cinq, de telle sorte que, pour écrire:</p>
+est désigné par un point, l'<em>a</em> par deux, l'<em>e</em> par trois, l'<em>o</em> par
+quatre, l'<em>u</em> par cinq, de telle sorte que, pour écrire:</p>
<p class="quote"><i>Incipit versus Bonifaciia rchi gloriosique
martyris.</i></p>
@@ -428,354 +389,354 @@ quatre, l'<em>u</em> par cinq, de telle sorte que, pour écrire:</p>
B::n.f:c.. :rch. gl::r.::s.q<img src="images/img007_u.jpg" width="15" height="11" alt="Point" title=""><img src="images/img006_e.jpg" width="10" height="11" alt="Point" title="">
m:rt.r.s</p>
-<p>Dans le second exemple, on substitue <span class="pagenum"><a id="page17" name="page17"></a>(p. 17)</span> à chaque voyelle la lettre
+<p>Dans le second exemple, on substitue <span class="pagenum"><a id="page17" name="page17"></a>(p. 17)</span> à chaque voyelle la lettre
suivante. Toutefois les consonnes <em>b</em>, <em>f</em>, <em>k</em>, <em>p</em>, <em>x</em>, qui, dans ce
-système, tiennent lieu de voyelles, conservent aussi leur valeur.</p>
+système, tiennent lieu de voyelles, conservent aussi leur valeur.</p>
-<h3>§ IV.</h3>
+<h3>§ IV.</h3>
<p class="h3title">Le chiffre chez les modernes. Anecdotes.</p>
-<p>Nous sommes peu disposé à ajouter foi à l'assertion d'un vieil
-historien, d'après lequel le fondateur plus ou moins fabuleux de la
-monarchie française aurait été versé dans les mystères de la
+<p>Nous sommes peu disposé à ajouter foi à l'assertion d'un vieil
+historien, d'après lequel le fondateur plus ou moins fabuleux de la
+monarchie française aurait été versé dans les mystères de la
Cryptographie.</p>
-<p>«Pharamond, très-puissant roy des François en Germanie, et
-quarante-troisième après Marcovir, lorsque par grande puissance il
-marchoit sur les limites des Gaules, afin que secrètement il escrivist
-de ses affaires, adjousta pour ses secrets des minuties pérégrines et
-estranges.»</p>
+<p>«Pharamond, très-puissant roy des François en Germanie, et
+quarante-troisième après Marcovir, lorsque par grande puissance il
+marchoit sur les limites des Gaules, afin que secrètement il escrivist
+de ses affaires, adjousta pour ses secrets des minuties pérégrines et
+estranges.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page18" name="page18"></a>(p. 18)</span> Le moyen âge présente peu d'exemples de l'écriture en chiffres;
-mais, dès l'époque de la Renaissance, la nécessité de moyens occultes de
+<p><span class="pagenum"><a id="page18" name="page18"></a>(p. 18)</span> Le moyen âge présente peu d'exemples de l'écriture en chiffres;
+mais, dès l'époque de la Renaissance, la nécessité de moyens occultes de
communication se fait de plus en plus sentir au milieu des intrigues
diplomatiques qui se croisent en tous sens. Divers auteurs composent sur
-pareil sujet de très-gros livres; des éditions multipliées attestent
-l'utilité de pareils écrits, et chacun s'efforce de découvrir les moyens
+pareil sujet de très-gros livres; des éditions multipliées attestent
+l'utilité de pareils écrits, et chacun s'efforce de découvrir les moyens
de rendre impuissants tous les efforts des investigateurs.</p>
-<p>Au dix-septième siècle, les monarques, les ministres, les ambassadeurs,
-font constamment, du chiffre, un usage qui n'a cessé de s'étendre et de
-se perfectionner jusqu'à nos jours.</p>
+<p>Au dix-septième siècle, les monarques, les ministres, les ambassadeurs,
+font constamment, du chiffre, un usage qui n'a cessé de s'étendre et de
+se perfectionner jusqu'à nos jours.</p>
-<p>Les dépêches chiffrées qui se sont amoncelées en quantité immense durant
-cette période n'ont point été, la chose va sans dire, livrées à la
-publicité; elles sont restées ensevelies dans les archives secrètes
+<p>Les dépêches chiffrées qui se sont amoncelées en quantité immense durant
+cette période n'ont point été, la chose va sans dire, livrées à la
+publicité; elles sont restées ensevelies dans les archives secrètes
<span class="pagenum"><a id="page19" name="page19"></a>(p. 19)</span> des chancelleries; on peut toutefois rencontrer, dans des
-recueils de documents éloignés de l'époque contemporaine, divers
-exemples de l'emploi de la Cryptographie, divulgués par la voie de
+recueils de documents éloignés de l'époque contemporaine, divers
+exemples de l'emploi de la Cryptographie, divulgués par la voie de
l'impression.</p>
-<p>La correspondance imprimée d'un érudit célèbre qui exerça d'importantes
-fonctions diplomatiques, H. Grotius, présente divers passages écrits en
-chiffres. Empruntons quelques lignes à une dépêche adressée au
-chancelier de Suède, Oxenstiern, dépêche qu'on lit dans l'édition
-d'Amsterdam (1687, in-folio) des <cite>Epistolæ H. Grotii</cite>.</p>
+<p>La correspondance imprimée d'un érudit célèbre qui exerça d'importantes
+fonctions diplomatiques, H. Grotius, présente divers passages écrits en
+chiffres. Empruntons quelques lignes à une dépêche adressée au
+chancelier de Suède, Oxenstiern, dépêche qu'on lit dans l'édition
+d'Amsterdam (1687, in-folio) des <cite>Epistolæ H. Grotii</cite>.</p>
-<p>«Is de quo scripseram 60, 37, 81, 73, nomen habens, 80, 60, 74, 20, 70,
+<p>«Is de quo scripseram 60, 37, 81, 73, nomen habens, 80, 60, 74, 20, 70,
6, 10, 72, 66, 81, 47, 31, 10, 33, 66, 14, 106, 10, 33, 31, 217, 246, ab
Eusebio Vindiceque auditus.... Egit plurimum cum 79, 59, 76, 72, 13,
-42.»</p>
+42.»</p>
-<p>Henri IV faisait parfois usage d'un chiffre qui ne paraît pas avoir été
-fort compliqué; sa <cite>Correspondance inédite avec Maurice <span class="pagenum"><a id="page20" name="page20"></a>(p. 20)</span> le
-Savant, landgrave de Hesse</cite>, publiée par M. de Rommel (Paris, 1840,
+<p>Henri IV faisait parfois usage d'un chiffre qui ne paraît pas avoir été
+fort compliqué; sa <cite>Correspondance inédite avec Maurice <span class="pagenum"><a id="page20" name="page20"></a>(p. 20)</span> le
+Savant, landgrave de Hesse</cite>, publiée par M. de Rommel (Paris, 1840,
8<sup>o</sup>), en offre plusieurs exemples, citons quelques lignes:</p>
-<p>«Je vous assure que je fais grand estime de leur amitié 67, 69, 68, 62,
-74, 74, 18, <span class="over">63</span>, 4[¨9], 14, 16, 49, 19, 31, 42, 15, 38 en est
+<p>«Je vous assure que je fais grand estime de leur amitié 67, 69, 68, 62,
+74, 74, 18, <span class="over">63</span>, 4[¨9], 14, 16, 49, 19, 31, 42, 15, 38 en est
l'entremetteur.</p>
-<p>Je suis adverty que 53, 52, 21, 84, 49, 27, 53.....»</p>
+<p>Je suis adverty que 53, 52, 21, 84, 49, 27, 53.....»</p>
-<p>Quelques chiffres sont surmontés d'un trait ou du deux points; des
-lettres grecques et divers signes employés par les chimistes et les
-astronomes se mêlent aux chiffres. L'éditeur a reproduit le tout, sans
-chercher à découvrir ce que cachait un voile qu'il aurait dû s'efforcer
+<p>Quelques chiffres sont surmontés d'un trait ou du deux points; des
+lettres grecques et divers signes employés par les chimistes et les
+astronomes se mêlent aux chiffres. L'éditeur a reproduit le tout, sans
+chercher à découvrir ce que cachait un voile qu'il aurait dû s'efforcer
de soulever.</p>
-<p>Mentionnons, d'après la <cite>Biographie universelle</cite>, une anecdote qui se
-rattache à l'époque dont nous parlons:</p>
+<p>Mentionnons, d'après la <cite>Biographie universelle</cite>, une anecdote qui se
+rattache à l'époque dont nous parlons:</p>
-<p>À la fin du seizième siècle, les Espagnols voulurent établir des
-relations entre les membres épars de leur vaste monarchie, <span class="pagenum"><a id="page21" name="page21"></a>(p. 21)</span> qui
+<p>À la fin du seizième siècle, les Espagnols voulurent établir des
+relations entre les membres épars de leur vaste monarchie, <span class="pagenum"><a id="page21" name="page21"></a>(p. 21)</span> qui
embrassait alors une grande partie de l'Italie, les Pays-Bas, les
-Philippines, et d'immenses contrées dans le Nouveau-Monde; car ils
-avaient le plus grand intérêt à ce que leurs communications ne pussent
-être découvertes: ils imaginèrent un chiffre qu'ils variaient de temps
-en temps, afin de déconcerter tous ceux qui avaient tenté de percer les
-mystères de leurs correspondances. Ce chiffre, composé de plus de
-cinquante signes, leur fut d'une grande utilité pendant les troubles de
-la Ligue et les guerres qui désolèrent alors l'Europe. Quelques-unes de
-ces dépêches ayant été interceptées, Henri IV les remit à un géomètre
-habile, Viete, en le chargeant d'en trouver la clef. Le mathématicien y
-réussit, et il parvint même à saisir le chiffre dans toutes ses
-variations. La France profita pendant deux ans de cette découverte. La
-Cour d'Espagne, déconcertée, accusa le gouvernement français d'avoir à
+Philippines, et d'immenses contrées dans le Nouveau-Monde; car ils
+avaient le plus grand intérêt à ce que leurs communications ne pussent
+être découvertes: ils imaginèrent un chiffre qu'ils variaient de temps
+en temps, afin de déconcerter tous ceux qui avaient tenté de percer les
+mystères de leurs correspondances. Ce chiffre, composé de plus de
+cinquante signes, leur fut d'une grande utilité pendant les troubles de
+la Ligue et les guerres qui désolèrent alors l'Europe. Quelques-unes de
+ces dépêches ayant été interceptées, Henri IV les remit à un géomètre
+habile, Viete, en le chargeant d'en trouver la clef. Le mathématicien y
+réussit, et il parvint même à saisir le chiffre dans toutes ses
+variations. La France profita pendant deux ans de cette découverte. La
+Cour d'Espagne, déconcertée, accusa le gouvernement français d'avoir à
ses ordres <span class="pagenum"><a id="page22" name="page22"></a>(p. 22)</span> des sorciers et de recourir au diable afin d'obtenir
-la révélation des secrets cryptographiques. Elle demanda que Viete fût
-jugé comme un négromant: elle porta ses plaintes à Rome. Une prétention
-aussi ridicule n'excita que le rire; le géomètre aurait pu cependant
-avoir des tracasseries sérieuses, s'il n'eût été, en cette affaire,
+la révélation des secrets cryptographiques. Elle demanda que Viete fût
+jugé comme un négromant: elle porta ses plaintes à Rome. Une prétention
+aussi ridicule n'excita que le rire; le géomètre aurait pu cependant
+avoir des tracasseries sérieuses, s'il n'eût été, en cette affaire,
soutenu par un puissant monarque; toute accusation de sorcellerie
-pouvait, en 1600, avoir des conséquences extrêmement graves.</p>
+pouvait, en 1600, avoir des conséquences extrêmement graves.</p>
<p>L'histoire conserve le souvenir de diverses anecdotes dont l'emploi des
-chiffres a été la cause; nous allons en relater quelques-unes:</p>
+chiffres a été la cause; nous allons en relater quelques-unes:</p>
-<p>Dans le cours des longues négociations qui firent durer pendant tant
-d'années le Congrès de Westphalie, les plénipotentiaires de diverses
-puissances demandèrent à connaître les propositions que faisait
+<p>Dans le cours des longues négociations qui firent durer pendant tant
+d'années le Congrès de Westphalie, les plénipotentiaires de diverses
+puissances demandèrent à connaître les propositions que faisait
l'Empereur d'Allemagne concernant certains points en litige; son
ambassadeur, <span class="pagenum"><a id="page23" name="page23"></a>(p. 23)</span> Isaac Voltmar, s'excusa de ne pouvoir les
-communiquer, en alléguant qu'elles étaient écrites en chiffres et qu'il
-lui fallait trois semaines pour en avoir la clef. Cette réponse excita
-un mécontentement général, et l'envoyé du duc de Savoie s'écria:
-«N'avons-nous point parmi nous le nonce du Pape, et n'est-il pas certain
-que le Saint-Père a dans ses mains la clef qui lie et qui délie?
-(<i>clavem ligandi et solvendi</i>). Adressons-nous donc à lui, afin qu'il
-nous donne la clef qui est si nécessaire en ce moment.»</p>
+communiquer, en alléguant qu'elles étaient écrites en chiffres et qu'il
+lui fallait trois semaines pour en avoir la clef. Cette réponse excita
+un mécontentement général, et l'envoyé du duc de Savoie s'écria:
+«N'avons-nous point parmi nous le nonce du Pape, et n'est-il pas certain
+que le Saint-Père a dans ses mains la clef qui lie et qui délie?
+(<i>clavem ligandi et solvendi</i>). Adressons-nous donc à lui, afin qu'il
+nous donne la clef qui est si nécessaire en ce moment.»</p>
<p>Une autre circonstance originale se montra au commencement du
-dix-huitième siècle:</p>
+dix-huitième siècle:</p>
-<p>L'électeur de Brandebourg, Frédéric III, avait formé le projet de
-s'élever au rang des têtes couronnées et de convertir en royaume son
-duché de Prusse. Il était presque impossible que ce projet pût
+<p>L'électeur de Brandebourg, Frédéric III, avait formé le projet de
+s'élever au rang des têtes couronnées et de convertir en royaume son
+duché de Prusse. Il était presque impossible que ce projet pût
s'effectuer sans l'assentiment de l'Empereur d'Allemagne, suzerain du
-Corps germanique. <span class="pagenum"><a id="page24" name="page24"></a>(p. 24)</span> Des négociations furent donc ouvertes à
-Vienne: elles s'y traînèrent des années entières; des difficultés
-nombreuses s'opposaient à l'accomplissement des v&oelig;ux de l'Électeur.
-Son ministre auprès de la cour d'Autriche, le baron de Barthololi, se
+Corps germanique. <span class="pagenum"><a id="page24" name="page24"></a>(p. 24)</span> Des négociations furent donc ouvertes à
+Vienne: elles s'y traînèrent des années entières; des difficultés
+nombreuses s'opposaient à l'accomplissement des v&oelig;ux de l'Électeur.
+Son ministre auprès de la cour d'Autriche, le baron de Barthololi, se
servait, pour sa correspondance, d'un chiffre dans lequel chaque lettre
-de l'alphabet était représentée par un nombre convenu; d'autres nombres
+de l'alphabet était représentée par un nombre convenu; d'autres nombres
exprimaient des noms de personnes ou de lieux.</p>
-<p>Cette nomenclature comprenait, entre autres personnages, un jésuite, le
-père Wolf, qui avait accompagné à Berlin l'ambassadeur d'Autriche, en
-qualité de chapelain, et qui se livrait avec activité à des intrigues
+<p>Cette nomenclature comprenait, entre autres personnages, un jésuite, le
+père Wolf, qui avait accompagné à Berlin l'ambassadeur d'Autriche, en
+qualité de chapelain, et qui se livrait avec activité à des intrigues
politiques.</p>
-<p>Le nombre 24 signifiait l'Électeur, 110 l'Empereur, 116 le père Wolf.</p>
+<p>Le nombre 24 signifiait l'Électeur, 110 l'Empereur, 116 le père Wolf.</p>
-<p>Barthololi écrivit, un jour, de Vienne, que, pour faire avancer
-l'affaire, il était indispensable que 24 (l'Électeur) adressât une
-<span class="pagenum"><a id="page25" name="page25"></a>(p. 25)</span> lettre autographe à 110 (l'Empereur).</p>
+<p>Barthololi écrivit, un jour, de Vienne, que, pour faire avancer
+l'affaire, il était indispensable que 24 (l'Électeur) adressât une
+<span class="pagenum"><a id="page25" name="page25"></a>(p. 25)</span> lettre autographe à 110 (l'Empereur).</p>
-<p>Le 0 de ce dernier nombre, étant tracé à la hâte, fut pris pour un 6, et
-l'on en conclut à Berlin qu'il fallait que l'Électeur écrivît de sa main
-au père Wolf.</p>
+<p>Le 0 de ce dernier nombre, étant tracé à la hâte, fut pris pour un 6, et
+l'on en conclut à Berlin qu'il fallait que l'Électeur écrivît de sa main
+au père Wolf.</p>
-<p>Frédéric III n'hésita point, et, bien que cette démarche pût lui
-paraître étrange et qu'elle choquât son orgueil, il adressa de suite au
-père Wolf une longue épître écrite en entier de sa main et dans
-laquelle, expliquant, justifiant ses projets, il s'efforçait d'obtenir
-l'appui du bon père, auquel il prodiguait les compliments et les
+<p>Frédéric III n'hésita point, et, bien que cette démarche pût lui
+paraître étrange et qu'elle choquât son orgueil, il adressa de suite au
+père Wolf une longue épître écrite en entier de sa main et dans
+laquelle, expliquant, justifiant ses projets, il s'efforçait d'obtenir
+l'appui du bon père, auquel il prodiguait les compliments et les
promesses.</p>
-<p>Le jésuite fut aussi surpris que flatté de recevoir une pareille
-communication: elle le décida à ne rien épargner pour faire réussir les
+<p>Le jésuite fut aussi surpris que flatté de recevoir une pareille
+communication: elle le décida à ne rien épargner pour faire réussir les
vues du prince qui venait ainsi se mettre sous sa protection; il
-s'adressa au confesseur de l'Empereur; des lettres allèrent à Rome
-trouver le général de la puissante société; bientôt tous les obstacles
-qui s'étaient jusqu'alors accumulés <span class="pagenum"><a id="page26" name="page26"></a>(p. 26)</span> s'aplanirent, et, grâce a
-cette méprise fortuite dans une dépêche chiffrée, grâce à ce 0 qui parut
-transformé en un 6, l'Électeur obtint de la cour de Vienne ce que
-peut-être, sans cet incident, elle lui aurait toujours refusé. Autre
-chapitre à joindre à la piquante histoire des très-petites causes qui
-amènent de grands événements.</p>
+s'adressa au confesseur de l'Empereur; des lettres allèrent à Rome
+trouver le général de la puissante société; bientôt tous les obstacles
+qui s'étaient jusqu'alors accumulés <span class="pagenum"><a id="page26" name="page26"></a>(p. 26)</span> s'aplanirent, et, grâce a
+cette méprise fortuite dans une dépêche chiffrée, grâce à ce 0 qui parut
+transformé en un 6, l'Électeur obtint de la cour de Vienne ce que
+peut-être, sans cet incident, elle lui aurait toujours refusé. Autre
+chapitre à joindre à la piquante histoire des très-petites causes qui
+amènent de grands événements.</p>
-<h3>§ V.</h3>
+<h3>§ V.</h3>
-<p class="h3title">Cartes mystérieuses de M. de Vergennes.</p>
+<p class="h3title">Cartes mystérieuses de M. de Vergennes.</p>
-<p>Sous le règne de Louis XV et de Louis XVI, l'écriture chiffrée devint de
+<p>Sous le règne de Louis XV et de Louis XVI, l'écriture chiffrée devint de
plus en plus l'indispensable auxiliaire de la diplomatie; les divers
-cabinets de l'Europe, engagés dans une interminable complication
-d'intrigues politiques, s'efforçaient mutuellement de se dérober leurs
-secrets. On enlevait les courriers, on corrompait à force d'or les
-employés des <span class="pagenum"><a id="page27" name="page27"></a>(p. 27)</span> chancelleries. Afin de résister aux tentatives
-d'une curiosité aussi irritée, il fallut inventer des raffinements
-cryptographiques de plus en plus mystérieux.</p>
-
-<p>Le comte de Vergennes, ministre des affaires étrangères sous Louis XVI,
+cabinets de l'Europe, engagés dans une interminable complication
+d'intrigues politiques, s'efforçaient mutuellement de se dérober leurs
+secrets. On enlevait les courriers, on corrompait à force d'or les
+employés des <span class="pagenum"><a id="page27" name="page27"></a>(p. 27)</span> chancelleries. Afin de résister aux tentatives
+d'une curiosité aussi irritée, il fallut inventer des raffinements
+cryptographiques de plus en plus mystérieux.</p>
+
+<p>Le comte de Vergennes, ministre des affaires étrangères sous Louis XVI,
faisait usage, dans ses relations avec les agents diplomatiques de la
-France, de procédés occultes, dont un Allemand, J. F. Opitz, avait,
-dit-on, été l'inventeur. Ce chiffre était employé dans les lettres de
-recommandation ou dans les passeports qu'on donnait aux étrangers qui se
-rendaient en France; il servait à fournir, sur eux et à leur insu, des
-renseignements dont ils étaient eux-mêmes porteurs sans le soupçonner le
-moins du monde. La patrie, l'âge, la religion, la profession, le
-caractère, les vertus et les vices, le signalement du personnage qu'on
-désignait ainsi au ministre, les motifs de son voyage, tous ces détails
-et bien d'autres encore se trouvaient <span class="pagenum"><a id="page28" name="page28"></a>(p. 28)</span> indiqués sur une simple
-carte où rien ne sollicitait l'attention des profanes qui n'étaient
-point initiés à de pareils mystères.</p>
-
-<p>Entrons à ce sujet dans quelques particularités:</p>
-
-<p>La couleur de la carte désignait la patrie de l'étranger. Le blanc était
-affecté au Portugal, le rouge à l'Espagne, le jaune à l'Angleterre, le
-vert à la Hollande, le blanc et le jaune à Venise, rouge et vert à la
-Suisse, rouge et blanc aux États de l'Église, vert et jaune à la Suède,
-vert et rouge à la Turquie, vert et blanc à la Russie, etc.</p>
-
-<p>L'âge du porteur était exprimé par la forme de la carte. Si elle était
-circulaire, c'était l'indice qu'il avait moins de vingt-cinq ans; de 25
-à 30, ovale; de 30 à 45, la carte était octogone; de 45 à 50, elle était
-hexagone; de 55 à 60, c'était un carré; au-dessus de 60, un carré long.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page29" name="page29"></a>(p. 29)</span> Deux lignes placées au-dessous du nom du porteur de la carte
-indiquaient sa taille. S'il était grand et maigre, les lignes étaient
-ondoyantes et parallèles; grand et gros, elles se rapprochaient l'une de
-l'autre; une stature moyenne et petite se trouvait signalée par des
-lignes droites ou courbes placées à des distances plus ou moins
-éloignées.</p>
-
-<p>L'expression de la physionomie était indiquée au moyen de la figure
-d'une fleur placée dans la bordure qui entourait la carte. Une rose
-désignait une physionomie ouverte et aimable, une tulipe exprimait un
-air pensif et distingué.</p>
-
-<p>Un ruban était entortillé autour de la bordure, et, selon qu'il
-descendait plus ou moins bas, il faisait savoir si le recommandé était
-célibataire, marié ou veuf.</p>
-
-<p>Des points placés également dans la bordure révélaient la position de
+France, de procédés occultes, dont un Allemand, J. F. Opitz, avait,
+dit-on, été l'inventeur. Ce chiffre était employé dans les lettres de
+recommandation ou dans les passeports qu'on donnait aux étrangers qui se
+rendaient en France; il servait à fournir, sur eux et à leur insu, des
+renseignements dont ils étaient eux-mêmes porteurs sans le soupçonner le
+moins du monde. La patrie, l'âge, la religion, la profession, le
+caractère, les vertus et les vices, le signalement du personnage qu'on
+désignait ainsi au ministre, les motifs de son voyage, tous ces détails
+et bien d'autres encore se trouvaient <span class="pagenum"><a id="page28" name="page28"></a>(p. 28)</span> indiqués sur une simple
+carte où rien ne sollicitait l'attention des profanes qui n'étaient
+point initiés à de pareils mystères.</p>
+
+<p>Entrons à ce sujet dans quelques particularités:</p>
+
+<p>La couleur de la carte désignait la patrie de l'étranger. Le blanc était
+affecté au Portugal, le rouge à l'Espagne, le jaune à l'Angleterre, le
+vert à la Hollande, le blanc et le jaune à Venise, rouge et vert à la
+Suisse, rouge et blanc aux États de l'Église, vert et jaune à la Suède,
+vert et rouge à la Turquie, vert et blanc à la Russie, etc.</p>
+
+<p>L'âge du porteur était exprimé par la forme de la carte. Si elle était
+circulaire, c'était l'indice qu'il avait moins de vingt-cinq ans; de 25
+à 30, ovale; de 30 à 45, la carte était octogone; de 45 à 50, elle était
+hexagone; de 55 à 60, c'était un carré; au-dessus de 60, un carré long.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page29" name="page29"></a>(p. 29)</span> Deux lignes placées au-dessous du nom du porteur de la carte
+indiquaient sa taille. S'il était grand et maigre, les lignes étaient
+ondoyantes et parallèles; grand et gros, elles se rapprochaient l'une de
+l'autre; une stature moyenne et petite se trouvait signalée par des
+lignes droites ou courbes placées à des distances plus ou moins
+éloignées.</p>
+
+<p>L'expression de la physionomie était indiquée au moyen de la figure
+d'une fleur placée dans la bordure qui entourait la carte. Une rose
+désignait une physionomie ouverte et aimable, une tulipe exprimait un
+air pensif et distingué.</p>
+
+<p>Un ruban était entortillé autour de la bordure, et, selon qu'il
+descendait plus ou moins bas, il faisait savoir si le recommandé était
+célibataire, marié ou veuf.</p>
+
+<p>Des points placés également dans la bordure révélaient la position de
fortune.</p>
-<p>La religion du personnage, qu'on signalait <span class="pagenum"><a id="page30" name="page30"></a>(p. 30)</span> de la sorte, était
-indiquée au moyen d'un signe de ponctuation placé après son nom. S'il
-était catholique, on mettait un point; luthérien, un point et une
+<p>La religion du personnage, qu'on signalait <span class="pagenum"><a id="page30" name="page30"></a>(p. 30)</span> de la sorte, était
+indiquée au moyen d'un signe de ponctuation placé après son nom. S'il
+était catholique, on mettait un point; luthérien, un point et une
virgule; calviniste, une virgule; juif, un trait d'union. S'il passait
-pour athée, on ne mettait aucun signe.</p>
+pour athée, on ne mettait aucun signe.</p>
-<p>Des points placés au-dessus, au-dessous ou à côté de quelques mots, de
+<p>Des points placés au-dessus, au-dessous ou à côté de quelques mots, de
petits signes mis dans les angles de la carte, dans le genre de ceux-ci:</p>
<p class="center"><img src="images/img008.jpg" width="400" height="50" alt="Point" title="">,</p>
-<p class="noindent">et qui pouvaient passer pour de simples ornements sans conséquence,
-indiquaient les qualités, les défauts, l'instruction du porteur de la
+<p class="noindent">et qui pouvaient passer pour de simples ornements sans conséquence,
+indiquaient les qualités, les défauts, l'instruction du porteur de la
carte. En y jetant un coup d'&oelig;il, le ministre apprenait en une
-minute, aussi bien qu'il l'eût fait en lisant une page entière de
-raisonnements, si l'individu auquel on avait remis pareil billet, était
+minute, aussi bien qu'il l'eût fait en lisant une page entière de
+raisonnements, si l'individu auquel on avait remis pareil billet, était
joueur, vicieux ou duelliste; <span class="pagenum"><a id="page31" name="page31"></a>(p. 31)</span> s'il venait en France pour se
-marier, pour recueillir une succession ou pour se livrer à l'étude; s'il
-était médecin, journaliste, homme de lettres; s'il méritait d'être
-soumis à une surveillance, ou bien s'il ne devait inspirer aucun
-soupçon. Rien ne pouvait faire soupçonner qu'il y eût autant de secrets
-dans un simple billet de l'aspect le plus inoffensif, et conçu, par
+marier, pour recueillir une succession ou pour se livrer à l'étude; s'il
+était médecin, journaliste, homme de lettres; s'il méritait d'être
+soumis à une surveillance, ou bien s'il ne devait inspirer aucun
+soupçon. Rien ne pouvait faire soupçonner qu'il y eût autant de secrets
+dans un simple billet de l'aspect le plus inoffensif, et conçu, par
exemple en ces termes:</p>
<p class="quote center">
ALPHONSE D'ANGEHA<br>
- recommandé à monsieur<br>
+ recommandé à monsieur<br>
le comte de Vergennes par le marquis<br>
de Puysegur, ambassadeur de France<br>
- à la cour de Lisbonne.</p>
+ à la cour de Lisbonne.</p>
-<p>Mais les lignes placées au-dessous du nom du porteur, les signes de
-ponctuation, les ornemente très-peu multipliés jetés dans les coins de
-la carte, étaient gros de révélations que nul n'aurait soupçonnées.</p>
+<p>Mais les lignes placées au-dessous du nom du porteur, les signes de
+ponctuation, les ornemente très-peu multipliés jetés dans les coins de
+la carte, étaient gros de révélations que nul n'aurait soupçonnées.</p>
-<p>Tout ceci est d'ailleurs raconté beaucoup <span class="pagenum"><a id="page32" name="page32"></a>(p. 32)</span> plus longuement que
-nous ne devons le faire, dans une brochure devenue fort rare et imprimée
-en langue allemande vers 1793. Elle a pour titre: «Correspondance de la
-police secrète du comte de Vergennes, ministre de l'infortuné roi Louis
-XVI.»</p>
+<p>Tout ceci est d'ailleurs raconté beaucoup <span class="pagenum"><a id="page32" name="page32"></a>(p. 32)</span> plus longuement que
+nous ne devons le faire, dans une brochure devenue fort rare et imprimée
+en langue allemande vers 1793. Elle a pour titre: «Correspondance de la
+police secrète du comte de Vergennes, ministre de l'infortuné roi Louis
+XVI.»</p>
-<h3>§ VI.</h3>
+<h3>§ VI.</h3>
-<p class="h3title">La Cryptographie au dix-neuvième siècle.</p>
+<p class="h3title">La Cryptographie au dix-neuvième siècle.</p>
-<p>Les grands événements dont l'Europe a été le théâtre depuis une
-soixantaine d'années, ont fait sentir de plus en plus l'utilité de
-l'écriture chiffrée.</p>
+<p>Les grands événements dont l'Europe a été le théâtre depuis une
+soixantaine d'années, ont fait sentir de plus en plus l'utilité de
+l'écriture chiffrée.</p>
-<p>Dans le cours des opérations militaires, les ordres, les dépêches, sont
-très-fréquemment interceptés; il peut en résulter les conséquences les
+<p>Dans le cours des opérations militaires, les ordres, les dépêches, sont
+très-fréquemment interceptés; il peut en résulter les conséquences les
plus graves. L'ennemi apprend de la sorte des choses qu'il est d'un
-intérêt immense de lui tenir cachées: si le sens des lettres dont il
-s'empare est <span class="pagenum"><a id="page33" name="page33"></a>(p. 33)</span> caché sous un mystère qu'il ne peut percer, il n'a
+intérêt immense de lui tenir cachées: si le sens des lettres dont il
+s'empare est <span class="pagenum"><a id="page33" name="page33"></a>(p. 33)</span> caché sous un mystère qu'il ne peut percer, il n'a
plus entre les mains qu'un chiffon de papier qui ne lui est d'aucun
secours.</p>
-<p>Quelques lettres de l'empereur Napoléon, écrites dans le cours de ses
-campagnes et publiées dans divers ouvrages historiques, montrent que
-deux chiffres, le grand et le petit, étaient en usage parmi les généraux
-français pour correspondre entre eux et avec l'état-major général. D'un
-autre côté, il est certain que beaucoup de dépêches importantes n'ont
-jamais été chiffrées. L'<cite>Histoire de la guerre de la Péninsule</cite>, par le
-colonel anglais Napier, renferme un grand nombre de lettres écrites par
-le roi Joseph, par des maréchaux, par des ambassadeurs, par le ministre
-de la guerre à Paris; ces lettres, remplies de détails importants,
-furent interceptées par les guérillas et saisies avec les voitures de
+<p>Quelques lettres de l'empereur Napoléon, écrites dans le cours de ses
+campagnes et publiées dans divers ouvrages historiques, montrent que
+deux chiffres, le grand et le petit, étaient en usage parmi les généraux
+français pour correspondre entre eux et avec l'état-major général. D'un
+autre côté, il est certain que beaucoup de dépêches importantes n'ont
+jamais été chiffrées. L'<cite>Histoire de la guerre de la Péninsule</cite>, par le
+colonel anglais Napier, renferme un grand nombre de lettres écrites par
+le roi Joseph, par des maréchaux, par des ambassadeurs, par le ministre
+de la guerre à Paris; ces lettres, remplies de détails importants,
+furent interceptées par les guérillas et saisies avec les voitures de
la cour lors de la bataille <span class="pagenum"><a id="page34" name="page34"></a>(p. 34)</span> de Vitoria. Si on avait eu la
-précaution de les mettre à l'abri sous un procédé cryptographique
-habilement choisi, elles n'auraient jamais figuré à la suite des récits
-d'un adversaire des armées françaises.</p>
+précaution de les mettre à l'abri sous un procédé cryptographique
+habilement choisi, elles n'auraient jamais figuré à la suite des récits
+d'un adversaire des armées françaises.</p>
-<p>Nul doute qu'à l'heure actuelle les diplomates n'aient encore, pour
-leurs communications les plus intimes et les plus secrètes, recours à
+<p>Nul doute qu'à l'heure actuelle les diplomates n'aient encore, pour
+leurs communications les plus intimes et les plus secrètes, recours à
l'art du chiffre. Nous ne saurions dire quels sont maintenant les
-systèmes qui obtiennent la préférence, mais nous pensons qu'ils ne
-s'imitent pas de ceux dont nos pères faisaient usage et qu'il nous reste
-à faire connaître. Il est difficile d'imaginer en ce genre quelque chose
-de mieux que ce qui a déjà été découvert.</p>
+systèmes qui obtiennent la préférence, mais nous pensons qu'ils ne
+s'imitent pas de ceux dont nos pères faisaient usage et qu'il nous reste
+à faire connaître. Il est difficile d'imaginer en ce genre quelque chose
+de mieux que ce qui a déjà été découvert.</p>
-<p>Nous avons à passer en revue les écrivains qui ont successivement exposé
-les mystères de la Cryptographie.</p>
+<p>Nous avons à passer en revue les écrivains qui ont successivement exposé
+les mystères de la Cryptographie.</p>
<h2><span class="pagenum"><a id="page35" name="page35"></a>(p. 35)</span> CHAPITRE II.<br>
-<span class="smaller">AUTEURS QUI ONT ÉCRIT SUR LA CRYPTOGRAPHIE.</span></h2>
+<span class="smaller">AUTEURS QUI ONT ÉCRIT SUR LA CRYPTOGRAPHIE.</span></h2>
-<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3>
+<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3>
-<p class="h3title">L'abbé Trithème.</p>
+<p class="h3title">L'abbé Trithème.</p>
-<p>Le premier auteur qui ait traité <i>ex professo</i> et en détail l'art
-d'écrire en chiffres fut le célèbre Trithème, mort en 1516, abbé de
-Saint-Jacques à Wurtzbourg. Polygraphe actif, historien, biographe,
-auteur d'un grand nombre de livres ascétiques, il ne nous appartient que
+<p>Le premier auteur qui ait traité <i>ex professo</i> et en détail l'art
+d'écrire en chiffres fut le célèbre Trithème, mort en 1516, abbé de
+Saint-Jacques à Wurtzbourg. Polygraphe actif, historien, biographe,
+auteur d'un grand nombre de livres ascétiques, il ne nous appartient que
comme ayant mis au jour deux ouvrages, l'un sur la <cite>Polygraphie</cite>,
-l'autre sur la <cite>Stéganographie</cite> (<i>Steganographia, <span class="pagenum"><a id="page36" name="page36"></a>(p. 36)</span> hoc est, ars
+l'autre sur la <cite>Stéganographie</cite> (<i>Steganographia, <span class="pagenum"><a id="page36" name="page36"></a>(p. 36)</span> hoc est, ars
per occultam scripturam animi sui voluntatem absentibus aperiendi
-certa</i>). La Polygraphie fut publiée pour la première fois à Oppenheim,
-en 1518, deux ans après la mort de l'auteur; elle a souvent été
-réimprimée durant le siècle qui suivit sa mise au jour. Il en existe une
-traduction française par Gabriel de Collange, sous le titre de
+certa</i>). La Polygraphie fut publiée pour la première fois à Oppenheim,
+en 1518, deux ans après la mort de l'auteur; elle a souvent été
+réimprimée durant le siècle qui suivit sa mise au jour. Il en existe une
+traduction française par Gabriel de Collange, sous le titre de
<cite>Polygraphie et universelle escriture cabalistique, avec la clavicule</cite>,
etc. (<i>Paris</i>, 1541. 4<sup>o</sup>). Ce mot de <em>Polygraphie</em> ne doit point
-s'appliquer, comme d'usage, à des mélanges d'écrits de différents genres
-ou sur divers sujets: Trithème veut seulement enseigner à écrire un même
-mot, de plusieurs manières. Il donne des alphabets nouveaux, composés,
-soit de lettres étrangères les unes aux autres, soit de caractères de
-convention. Quant à la <cite>Stéganographie</cite>, les expressions bizarres qui y
-abondent firent prendre ce traité pour un <span class="pagenum"><a id="page37" name="page37"></a>(p. 37)</span> livre de magie, et
-telles furent les clameurs de quelques individus faciles à épouvanter,
-que le comte palatin Frédéric II, surnommé pourtant le Sage, livra aux
-flammes le manuscrit autographe qui se conservait dans sa bibliothèque.</p>
-
-<p>Il est impossible de ne pas convenir que, surchargés de détails
-inutiles, accablés d'une foule de réflexions mystiques, de
-considérations allégoriques, et se traînant sous le poids d'une immense
-érudition cabalistique qui étale hors de tout propos les rêveries
+s'appliquer, comme d'usage, à des mélanges d'écrits de différents genres
+ou sur divers sujets: Trithème veut seulement enseigner à écrire un même
+mot, de plusieurs manières. Il donne des alphabets nouveaux, composés,
+soit de lettres étrangères les unes aux autres, soit de caractères de
+convention. Quant à la <cite>Stéganographie</cite>, les expressions bizarres qui y
+abondent firent prendre ce traité pour un <span class="pagenum"><a id="page37" name="page37"></a>(p. 37)</span> livre de magie, et
+telles furent les clameurs de quelques individus faciles à épouvanter,
+que le comte palatin Frédéric II, surnommé pourtant le Sage, livra aux
+flammes le manuscrit autographe qui se conservait dans sa bibliothèque.</p>
+
+<p>Il est impossible de ne pas convenir que, surchargés de détails
+inutiles, accablés d'une foule de réflexions mystiques, de
+considérations allégoriques, et se traînant sous le poids d'une immense
+érudition cabalistique qui étale hors de tout propos les rêveries
creuses et les imaginations folles des vieux rabbins<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1" title="Go to footnote 1"><span class="smaller">[1]</span></a>, les ouvrages
-<span class="pagenum"><a id="page38" name="page38"></a>(p. 38)</span> de Trithème sont des lectures les plus indigestes et les plus
-pénibles auxquelles on puisse se condamner. Il faut du courage et de
-l'attention, pour démêler au milieu de toutes ces digressions et de
-toutes ces rêveries les procédés de Cryptographie qu'indique l'abbé de
+<span class="pagenum"><a id="page38" name="page38"></a>(p. 38)</span> de Trithème sont des lectures les plus indigestes et les plus
+pénibles auxquelles on puisse se condamner. Il faut du courage et de
+l'attention, pour démêler au milieu de toutes ces digressions et de
+toutes ces rêveries les procédés de Cryptographie qu'indique l'abbé de
Saint-Jacques.</p>
<p>Essayons de donner une analyse succincte des quatre livres dont se
-compose la <cite>Stéganographie</cite>.</p>
+compose la <cite>Stéganographie</cite>.</p>
-<p>Le premier livre comprend trois cent soixante-seize répétitions de
-l'alphabet formé de vingt-quatre lettres; à chaque lettre correspond un
+<p>Le premier livre comprend trois cent soixante-seize répétitions de
+l'alphabet formé de vingt-quatre lettres; à chaque lettre correspond un
mot de la langue; le tout forme un total de neuf mille vingt-quatre
-mots. Afin de faire bien comprendre ce système, il convient de
+mots. Afin de faire bien comprendre ce système, il convient de
transcrire <span class="pagenum"><a id="page39" name="page39"></a>(p. 39)</span> quelques-uns de ces alphabets; nous reproduirons le
premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>,
216<sup>e</sup> et 319<sup>e</sup>).</p>
@@ -788,7 +749,7 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>,
</colgroup>
<tr>
<td><b>a</b></td>
-<td>Jésus,</td>
+<td>Jésus,</td>
<td>l'amour.</td>
</tr>
<tr>
@@ -799,17 +760,17 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>,
<tr>
<td><b>c</b></td>
<td>le Sauveur,</td>
-<td>la charité.</td>
+<td>la charité.</td>
</tr>
<tr>
<td><b>d</b></td>
-<td>le modérateur,</td>
-<td>la révérence.</td>
+<td>le modérateur,</td>
+<td>la révérence.</td>
</tr>
<tr>
<td><b>e</b></td>
<td>le pasteur,</td>
-<td>l'obéissance.</td>
+<td>l'obéissance.</td>
</tr>
<tr>
<td><b>f</b></td>
@@ -818,13 +779,13 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>,
</tr>
<tr>
<td><b>g</b></td>
-<td>le rédempteur,</td>
-<td>le zèle.</td>
+<td>le rédempteur,</td>
+<td>le zèle.</td>
</tr>
<tr>
<td><b>h</b></td>
<td>le prince,</td>
-<td>la mémoire.</td>
+<td>la mémoire.</td>
</tr>
<tr>
<td><b>i</b></td>
@@ -859,7 +820,7 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>,
<tr>
<td><b>p</b></td>
<td>le juge,</td>
-<td>l'espérance.</td>
+<td>l'espérance.</td>
</tr>
<tr>
<td><b>q</b></td>
@@ -888,8 +849,8 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>,
</tr>
<tr>
<td><b>x</b></td>
-<td>le créateur,</td>
-<td>l'amitié.</td>
+<td>le créateur,</td>
+<td>l'amitié.</td>
</tr>
<tr>
<td><b>y</b></td>
@@ -915,7 +876,7 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>,
</tr>
<tr>
<td><b>b</b></td>
-<td>misérables,</td>
+<td>misérables,</td>
<td>Candie.</td>
</tr>
<tr>
@@ -946,12 +907,12 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>,
<tr>
<td><b>h</b></td>
<td>malicieux,</td>
-<td>Helvétie.</td>
+<td>Helvétie.</td>
</tr>
<tr>
<td><b>i</b></td>
-<td>obstinés,</td>
-<td>Suède.</td>
+<td>obstinés,</td>
+<td>Suède.</td>
</tr>
<tr>
<td><b>k</b></td>
@@ -960,7 +921,7 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>,
</tr>
<tr>
<td><b>l</b></td>
-<td>pécheurs,</td>
+<td>pécheurs,</td>
<td>Romanie.</td>
</tr>
<tr>
@@ -985,7 +946,7 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>,
</tr>
<tr>
<td><b>q</b></td>
-<td>détestables,</td>
+<td>détestables,</td>
<td>Gaule.</td>
</tr>
<tr>
@@ -1030,132 +991,132 @@ premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23<sup>e</sup>,
</tr>
</table>
-<p>Vous pouvez, au moyen de ces alphabets, exprimer votre pensée d'une
-façon inintelligible pour les non initiés, et voici comment: Écrivez
-d'abord sur un morceau <span class="pagenum"><a id="page41" name="page41"></a>(p. 41)</span> de papier, que vous détruirez ensuite, ce
-que vous voulez faire savoir, et traduisez, en posant pour la première
+<p>Vous pouvez, au moyen de ces alphabets, exprimer votre pensée d'une
+façon inintelligible pour les non initiés, et voici comment: Écrivez
+d'abord sur un morceau <span class="pagenum"><a id="page41" name="page41"></a>(p. 41)</span> de papier, que vous détruirez ensuite, ce
+que vous voulez faire savoir, et traduisez, en posant pour la première
lettre le mot qui lui correspond dans le <em>premier alphabet</em>; pour la
-seconde lettre, cherchez dans le second alphabet le mot à côté duquel
-elle est placée; ainsi de suite. On a de la sorte une suite de mots qui
-ne présente qu'une série de non-sens, mais, si notre correspondant est
-muni (comme il doit l'être) de la copie exacte des alphabets dont vous
-avez fait usage, il n'aura nulle peine à découvrir le sens qui se cache
-sous cette enfilade de mots, étonnés de s'y trouver placés dans une
-série bizarre.</p>
-
-<p>Trithème rend ceci fort clair au moyen d'un exemple; nous allons le
-reproduire exactement: Un méchant vous demande une lettre d'introduction
-auprès d'un de vos amis avec lequel il veut se lier. Vous avez des
-motifs pour ne pas repousser cette prière; d'un autre côté, vous voulez
-<span class="pagenum"><a id="page42" name="page42"></a>(p. 42)</span> transmettre des renseignements exacts sur votre recommandé. Vous
-le chargez alors de remettre à celui qu'il va trouver, un écrit qui
-présente les phrases suivantes:</p>
-
-<p>«Le Roi universel exornant les corps manifeste aux languissants sûreté
-immortelle avec ses sanctifiés en béatitude Amen. La charité
-incompréhensible évangéliquement dénoncée aux hommes, reluctante
-d'exhortation, réduit les injustes bannis aux choses profanes, faisant
-de vilipender la recordation du Rédempteur des cieux et aussi la
-compagnie de la volupté ineffable que poursuivre. Parquoy, ô immondes,
-soutenez pureté et serez recueillis aux règnes des déifiés et là
-perpétuellement prédestinés. Abolissez donc les dissimulations de cette
-charnalité, puisqu'estes heureusement compris aux exaltations du
-modérateur tout voyant.»</p>
-
-<p>Cherchez à quelle lettre du premier <span class="pagenum"><a id="page43" name="page43"></a>(p. 43)</span> alphabet correspond le
+seconde lettre, cherchez dans le second alphabet le mot à côté duquel
+elle est placée; ainsi de suite. On a de la sorte une suite de mots qui
+ne présente qu'une série de non-sens, mais, si notre correspondant est
+muni (comme il doit l'être) de la copie exacte des alphabets dont vous
+avez fait usage, il n'aura nulle peine à découvrir le sens qui se cache
+sous cette enfilade de mots, étonnés de s'y trouver placés dans une
+série bizarre.</p>
+
+<p>Trithème rend ceci fort clair au moyen d'un exemple; nous allons le
+reproduire exactement: Un méchant vous demande une lettre d'introduction
+auprès d'un de vos amis avec lequel il veut se lier. Vous avez des
+motifs pour ne pas repousser cette prière; d'un autre côté, vous voulez
+<span class="pagenum"><a id="page42" name="page42"></a>(p. 42)</span> transmettre des renseignements exacts sur votre recommandé. Vous
+le chargez alors de remettre à celui qu'il va trouver, un écrit qui
+présente les phrases suivantes:</p>
+
+<p>«Le Roi universel exornant les corps manifeste aux languissants sûreté
+immortelle avec ses sanctifiés en béatitude Amen. La charité
+incompréhensible évangéliquement dénoncée aux hommes, reluctante
+d'exhortation, réduit les injustes bannis aux choses profanes, faisant
+de vilipender la recordation du Rédempteur des cieux et aussi la
+compagnie de la volupté ineffable que poursuivre. Parquoy, ô immondes,
+soutenez pureté et serez recueillis aux règnes des déifiés et là
+perpétuellement prédestinés. Abolissez donc les dissimulations de cette
+charnalité, puisqu'estes heureusement compris aux exaltations du
+modérateur tout voyant.»</p>
+
+<p>Cherchez à quelle lettre du premier <span class="pagenum"><a id="page43" name="page43"></a>(p. 43)</span> alphabet correspond le
premier mot de cette oraison <em>polygraphique</em>, et vous trouvez la lettre
-<em>n</em> à côté du mot <em>le roi</em>. Passant au second alphabet, vous verrez que
-le mot <em>universel</em> signifie <em>e</em>. Au troisième alphabet, vous remarquerez
-la lettre <em>v</em> à côté du mot <em>exornant</em>. Au quatrième alphabet vous
-noterez la lettre <em>o</em> comme étant en regard de <em>les corps</em>: et le
-cinquième montrera un <em>v</em> dans la même ligne que le mot <em>manifeste</em>. En
+<em>n</em> à côté du mot <em>le roi</em>. Passant au second alphabet, vous verrez que
+le mot <em>universel</em> signifie <em>e</em>. Au troisième alphabet, vous remarquerez
+la lettre <em>v</em> à côté du mot <em>exornant</em>. Au quatrième alphabet vous
+noterez la lettre <em>o</em> comme étant en regard de <em>les corps</em>: et le
+cinquième montrera un <em>v</em> dans la même ligne que le mot <em>manifeste</em>. En
continuant de la sorte, vous trouverez que la phrase ci-dessus se
traduit exactement par:</p>
-<p>«Ne vous servez de ce porteur, car il est menteur et larron.»</p>
+<p>«Ne vous servez de ce porteur, car il est menteur et larron.»</p>
-<p>Trithème explique qu'avec ce système on peut s'exprimer très-facilement
+<p>Trithème explique qu'avec ce système on peut s'exprimer très-facilement
dans quelque langue que ce soit, il en fournit des exemples pour
l'italien et le latin; la phrase suivante:</p>
-<p>«Imaginez, terriens immondes, très-vite se ruinent terriennes,
-ardemment <span class="pagenum"><a id="page44" name="page44"></a>(p. 44)</span> fraudes avez; glace faillirez, présumerez, malheureux,
-etc.»</p>
+<p>«Imaginez, terriens immondes, très-vite se ruinent terriennes,
+ardemment <span class="pagenum"><a id="page44" name="page44"></a>(p. 44)</span> fraudes avez; glace faillirez, présumerez, malheureux,
+etc.»</p>
<p>Signifie tout simplement: <i>Te moneo, amice, ne in hoc negocio
immisceas</i>.</p>
<p>L'auteur fait remarquer:</p>
-<p>Qu'il ne faut jamais «qu'en aucun ordre et rang alphabétique une diction
-soit doublée, répétée, réitérée, ni mise en écrit par deux fois.»</p>
+<p>Qu'il ne faut jamais «qu'en aucun ordre et rang alphabétique une diction
+soit doublée, répétée, réitérée, ni mise en écrit par deux fois.»</p>
-<p>Qu'il ne faut pas qu'il y en ait d'oubliées ni d'omises.</p>
+<p>Qu'il ne faut pas qu'il y en ait d'oubliées ni d'omises.</p>
<p>On ne doit prendre qu'un seul mot dans chaque alphabet, et il est
essentiel de ne pas laisser passer un seul alphabet sans y prendre une
expression.</p>
-<p>Les mots qu'on traduit en langage polygraphique doivent être écrits tout
-au long, sans abréviation, distinctement et dûment séparés.</p>
+<p>Les mots qu'on traduit en langage polygraphique doivent être écrits tout
+au long, sans abréviation, distinctement et dûment séparés.</p>
<p>Il va sans dire que l'individu avec lequel vous correspondez de la
-sorte doit posséder un recueil d'alphabets exactement <span class="pagenum"><a id="page45" name="page45"></a>(p. 45)</span> et de tout
-point semblable à celui dont vous faites usage. Chacun peut composer en
-ce genre un livre analogue à celui de Trithème, et il est bon que les
-rois et princes en possèdent un certain nombre, afin de s'entendre avec
-leurs ambassadeurs et leurs généraux, d'une manière qui ne soit pas
+sorte doit posséder un recueil d'alphabets exactement <span class="pagenum"><a id="page45" name="page45"></a>(p. 45)</span> et de tout
+point semblable à celui dont vous faites usage. Chacun peut composer en
+ce genre un livre analogue à celui de Trithème, et il est bon que les
+rois et princes en possèdent un certain nombre, afin de s'entendre avec
+leurs ambassadeurs et leurs généraux, d'une manière qui ne soit pas
uniforme.</p>
<p>On peut aussi convenir qu'on changera ou transportera l'ordre des mots
contenus dans chaque alphabet, et ces transpositions, qu'il y a moyen de
-varier à l'infini, augmentent beaucoup la difficulté qu'offre le
-déchiffrement d'une lettre écrite selon la méthode polygraphique.</p>
-
-<p>Il serait possible qu'on trouvât des inconvénients à recourir, soit à la
-langue française, soit à tout autre idiome, pour la formation des
-alphabets. Trithème a prévu cette difficulté; il s'est efforcé de la
-résoudre, en composant des alphabets qui offrent des mots qui,
-n'appartenant à <span class="pagenum"><a id="page46" name="page46"></a>(p. 46)</span> aucun dialecte, peuvent servir de langue
-universelle. C'est dans un jargon cabalistique ayant avec l'hébreu un
-certain air de famille, qu'il est allé puiser ses matériaux. Un exemple
-devient nécessaire.</p>
+varier à l'infini, augmentent beaucoup la difficulté qu'offre le
+déchiffrement d'une lettre écrite selon la méthode polygraphique.</p>
+
+<p>Il serait possible qu'on trouvât des inconvénients à recourir, soit à la
+langue française, soit à tout autre idiome, pour la formation des
+alphabets. Trithème a prévu cette difficulté; il s'est efforcé de la
+résoudre, en composant des alphabets qui offrent des mots qui,
+n'appartenant à <span class="pagenum"><a id="page46" name="page46"></a>(p. 46)</span> aucun dialecte, peuvent servir de langue
+universelle. C'est dans un jargon cabalistique ayant avec l'hébreu un
+certain air de famille, qu'il est allé puiser ses matériaux. Un exemple
+devient nécessaire.</p>
<p><i>Cabalit mossu abru massu basin sophus strabil caffulun</i>, etc.</p>
-<p>Un travail analogue à celui que nous avons déjà indiqué fera connaître
-que «ces mots pérégrins,» ce langage barbare et étrange signifie:</p>
+<p>Un travail analogue à celui que nous avons déjà indiqué fera connaître
+que «ces mots pérégrins,» ce langage barbare et étrange signifie:</p>
-<p>«Ne venez en cour, car le roi est fort offensé contre vous.»</p>
+<p>«Ne venez en cour, car le roi est fort offensé contre vous.»</p>
-<p>Le troisième livre de la <cite>Polygraphie</cite> est consacré à des séries
+<p>Le troisième livre de la <cite>Polygraphie</cite> est consacré à des séries
d'alphabets de mots cabalistiques, mais il y a ici un raffinement: la
-seconde lettre de chaque mot doit être extraite et écrite à la suite
-l'une de l'autre; ces lettres réunies donnent le sens qu'on veut couvrir
+seconde lettre de chaque mot doit être extraite et écrite à la suite
+l'une de l'autre; ces lettres réunies donnent le sens qu'on veut couvrir
d'un voile.</p>
<p><i>Anna mesar dvain rosas dumera asion afang lisamar neparo uzafun amar
<span class="pagenum"><a id="page47" name="page47"></a>(p. 47)</span> achiet benadas epalam ronis orrifer olrimech mesarym lucyphus
arosan</i>.</p>
-<p>Un travail dans le genre de celui dont nous avons donné l'idée, montrera
+<p>Un travail dans le genre de celui dont nous avons donné l'idée, montrera
que ceci veut dire:</p>
-<p>«Ne vous fiez à ce porteur.»</p>
+<p>«Ne vous fiez à ce porteur.»</p>
<p>Il va sans dire qu'on peut convenir que la lettre significative sera la
-troisième, la quatrième, n'importe enfin laquelle de chaque mot. L'abbé
-de Saint-Jacques convient, d'ailleurs, que ce procédé n'est pas trop sûr
-et secret, «car tout homme d'esprit et de savoir, par cas fortuits, tant
-par sa curiosité que par son labeur et industrie, pourroit trouver le
-secret et occulte mystère caché sous cette écriture.»</p>
+troisième, la quatrième, n'importe enfin laquelle de chaque mot. L'abbé
+de Saint-Jacques convient, d'ailleurs, que ce procédé n'est pas trop sûr
+et secret, «car tout homme d'esprit et de savoir, par cas fortuits, tant
+par sa curiosité que par son labeur et industrie, pourroit trouver le
+secret et occulte mystère caché sous cette écriture.»</p>
-<p>Le quatrième livre expose la méthode bien connue de la transposition des
-lettres alphabétiques; «on peut faire et composer autant d'alphabets
-différents et dissemblables, qu'il y a d'étoiles au ciel.»</p>
+<p>Le quatrième livre expose la méthode bien connue de la transposition des
+lettres alphabétiques; «on peut faire et composer autant d'alphabets
+différents et dissemblables, qu'il y a d'étoiles au ciel.»</p>
-<p>Les vingt-quatre lettres répétées de manière <span class="pagenum"><a id="page48" name="page48"></a>(p. 48)</span> à former un carré
-de la façon suivante (nous nous bornons à en donner l'esquisse):</p>
+<p>Les vingt-quatre lettres répétées de manière <span class="pagenum"><a id="page48" name="page48"></a>(p. 48)</span> à former un carré
+de la façon suivante (nous nous bornons à en donner l'esquisse):</p>
<table style="width: 50%;" border="0" cellpadding="2" summary="Esquisse.">
<colgroup>
@@ -1214,12 +1175,12 @@ de la façon suivante (nous nous bornons à en donner l'esquisse):</p>
<p class="noindent">peuvent former un grand nombre d'alphabets; on peut choisir celui qu'on
veut, et, une fois qu'on s'est mis d'accord, en faire usage pour la
-correspondance secrète.</p>
+correspondance secrète.</p>
-<p>Trithème passe ensuite à un alphabet numéral, «qui ne sera trouvé moins
-sur et secret qu'il est nouveau et moderne.»</p>
+<p>Trithème passe ensuite à un alphabet numéral, «qui ne sera trouvé moins
+sur et secret qu'il est nouveau et moderne.»</p>
-<table style="width: 70%;" border="0" cellpadding="2" summary="Alphabet numéral.">
+<table style="width: 70%;" border="0" cellpadding="2" summary="Alphabet numéral.">
<tr>
<td class="right">a</td>
<td class="right">a</td>
@@ -1324,19 +1285,19 @@ sur et secret qu'il est nouveau et moderne.»</p>
</tr>
</table>
-<p><span class="pagenum"><a id="page49" name="page49"></a>(p. 49)</span> Avec ce système, les mots <em>traître</em> et <em>méchant</em> s'énoncent sous
+<p><span class="pagenum"><a id="page49" name="page49"></a>(p. 49)</span> Avec ce système, les mots <em>traître</em> et <em>méchant</em> s'énoncent sous
la forme suivante: ih. if. a. h. ig. ih. if. e. kd. ib. e. ig. c. ic. a.
i. ih.</p>
-<p>Cette façon de cacher sa pensée est fort difficile à pénétrer; car,
-suivant la remarque de l'auteur, «tous ceux qui verront l'écriture
+<p>Cette façon de cacher sa pensée est fort difficile à pénétrer; car,
+suivant la remarque de l'auteur, «tous ceux qui verront l'écriture
faicte en ceste sorte et par cest alphabet, penseront et croyront que ce
-sera transposition de lettres et travailleront pour néant à la
-supputation et recherche d'icelles.»</p>
+sera transposition de lettres et travailleront pour néant à la
+supputation et recherche d'icelles.»</p>
-<p>Il va sans dire que Trithème n'oublie pas un alphabet formé des lettres
-ordinaires distribuées «par ordre confus, irrégulier et sans ordre ni
-règle.» Il est aisé d'en composer une foule de ce genre. En voici un
+<p>Il va sans dire que Trithème n'oublie pas un alphabet formé des lettres
+ordinaires distribuées «par ordre confus, irrégulier et sans ordre ni
+règle.» Il est aisé d'en composer une foule de ce genre. En voici un
exemple:</p>
<table style="width: 50%;" border="0" cellpadding="2" summary="Alphabet.">
@@ -1414,261 +1375,261 @@ exemple:</p>
<td><i>f</i>
</table>
-<p><span class="pagenum"><a id="page50" name="page50"></a>(p. 50)</span> La lettre placée dans la seconde colonne doit surtout être
-substituée à celle qui se trouve dans la première et qui entre dans
-l'avis à chiffrer; vous écrirez:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page50" name="page50"></a>(p. 50)</span> La lettre placée dans la seconde colonne doit surtout être
+substituée à celle qui se trouve dans la première et qui entre dans
+l'avis à chiffrer; vous écrirez:</p>
<p class="quote"><i>Ildicg todri iki xiusizm ci.....</i></p>
<p>Si vous voulez dire:</p>
-<p class="quote">«Prends garde que l'ennemy ne...»</p>
+<p class="quote">«Prends garde que l'ennemy ne...»</p>
-<p>C'est d'un procédé de ce genre qu'usait César pour correspondre avec
-Cicéron et autres personnages de l'époque, selon le témoignage de
-Suétone, procédé que l'abbé Trithème expose en ces termes:</p>
+<p>C'est d'un procédé de ce genre qu'usait César pour correspondre avec
+Cicéron et autres personnages de l'époque, selon le témoignage de
+Suétone, procédé que l'abbé Trithème expose en ces termes:</p>
-<p>«Pour l'intelligence de ce secret, il falloit changer et prendre la
-quatrième lettre de l'alphabet, qui est D, pour la première lettre, qui
-est A; E, pour B; F, pour C, et ainsi conséquemment transposer et
-changer lesdites lettres alphabétiques.»</p>
+<p>«Pour l'intelligence de ce secret, il falloit changer et prendre la
+quatrième lettre de l'alphabet, qui est D, pour la première lettre, qui
+est A; E, pour B; F, pour C, et ainsi conséquemment transposer et
+changer lesdites lettres alphabétiques.»</p>
-<h3><span class="pagenum"><a id="page51" name="page51"></a>(p. 51)</span> § II.</h3>
+<h3><span class="pagenum"><a id="page51" name="page51"></a>(p. 51)</span> § II.</h3>
<p class="h3title">J. B. Porta.</p>
-<p>La diplomatie italienne avait, au seizième siècle, grand besoin
+<p>La diplomatie italienne avait, au seizième siècle, grand besoin
d'invoquer les ressources de la Cryptographie, afin de couvrir d'un
-voile impénétrable des secrets souvent terribles et les plus sinistres
-combinaisons. Le Conseil des Dix devait tenir à ce que ces dépêches
+voile impénétrable des secrets souvent terribles et les plus sinistres
+combinaisons. Le Conseil des Dix devait tenir à ce que ces dépêches
fussent constamment lettre close, dans toute la rigueur du mot; les
-Borgia, les Visconti, les Farnèse, avaient fréquemment à transmettre des
-communications qu'il fallait soustraire à tous les yeux. L'art de
-l'écriture chiffrée devint une étude des plus importantes à Milan, à
-Florence, à Rome. Un Napolitain, dont l'intelligence chercheuse et
-l'active curiosité s'exerçaient sur <span class="pagenum"><a id="page52" name="page52"></a>(p. 52)</span> toutes sortes de sujets<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2" title="Go to footnote 2"><span class="smaller">[2]</span></a>,
-J. B. Porta, réunit et discuta, en s'efforçant de les perfectionner, les
-diverses méthodes cryptographiques connues alors au delà des Alpes.
-L'esprit net et pratique de cet écrivain le préserva complétement des
-aberrations tout à fait étrangères à pareil sujet, auxquelles Trithème
-s'était abandonné; il <span class="pagenum"><a id="page53" name="page53"></a>(p. 53)</span> s'efforça d'être utile, mais il pécha par
-excès d'imagination. À force de vouloir multiplier les procédés
-d'écriture secrète, il prit la peine d'en montrer et d'en décrire un
-grand nombre qui seraient d'un usage très-incommode et dont il est bien
-certain que jamais personne n'a eu l'idée de faire usage.</p>
-
-<p>L'ouvrage dans lequel Porta a développé ses idées, est intitulé:</p>
+Borgia, les Visconti, les Farnèse, avaient fréquemment à transmettre des
+communications qu'il fallait soustraire à tous les yeux. L'art de
+l'écriture chiffrée devint une étude des plus importantes à Milan, à
+Florence, à Rome. Un Napolitain, dont l'intelligence chercheuse et
+l'active curiosité s'exerçaient sur <span class="pagenum"><a id="page52" name="page52"></a>(p. 52)</span> toutes sortes de sujets<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2" title="Go to footnote 2"><span class="smaller">[2]</span></a>,
+J. B. Porta, réunit et discuta, en s'efforçant de les perfectionner, les
+diverses méthodes cryptographiques connues alors au delà des Alpes.
+L'esprit net et pratique de cet écrivain le préserva complétement des
+aberrations tout à fait étrangères à pareil sujet, auxquelles Trithème
+s'était abandonné; il <span class="pagenum"><a id="page53" name="page53"></a>(p. 53)</span> s'efforça d'être utile, mais il pécha par
+excès d'imagination. À force de vouloir multiplier les procédés
+d'écriture secrète, il prit la peine d'en montrer et d'en décrire un
+grand nombre qui seraient d'un usage très-incommode et dont il est bien
+certain que jamais personne n'a eu l'idée de faire usage.</p>
+
+<p>L'ouvrage dans lequel Porta a développé ses idées, est intitulé:</p>
<p><i>De furtivis litterarum notis, vulgo de ziferis.</i> On en compte des
-éditions assez nombreuses; nous signalerons celles de Naples, 1563,
+éditions assez nombreuses; nous signalerons celles de Naples, 1563,
4<sup>o</sup>, et 1602, f<sup>o</sup>; de Montbelliard, 1592, 8<sup>o</sup>; de Strasbourg,
-1606, 8<sup>o</sup>, etc. Cet écrit est divisé en trois livres.</p>
-
-<p>Le premier, après avoir consacré quelques pages aux hiéroglyphes et à la
-sténographie en usage parmi les anciens Romains, passe en revue les
-diverses manières de se faire comprendre en dérobant toutefois sa
-pensée au vulgaire; le langage <span class="pagenum"><a id="page54" name="page54"></a>(p. 54)</span> allégorique, métaphorique ou
-énigmatique, les mots amphibologiques ou entrelacés, coupés ou
-renversés, les syllabes insignifiantes ajoutées dans le discours, sont
+1606, 8<sup>o</sup>, etc. Cet écrit est divisé en trois livres.</p>
+
+<p>Le premier, après avoir consacré quelques pages aux hiéroglyphes et à la
+sténographie en usage parmi les anciens Romains, passe en revue les
+diverses manières de se faire comprendre en dérobant toutefois sa
+pensée au vulgaire; le langage <span class="pagenum"><a id="page54" name="page54"></a>(p. 54)</span> allégorique, métaphorique ou
+énigmatique, les mots amphibologiques ou entrelacés, coupés ou
+renversés, les syllabes insignifiantes ajoutées dans le discours, sont
utiles en pareille circonstance.</p>
-<p>On peut aussi communiquer à distance, sans se parler, et par le simple
-son, qui, répété, indique le rang que tient dans l'alphabet chaque
-lettre des mots qu'on veut porter à une oreille amie; deux corps frappés
-l'un contre l'autre, des coups donnés sur une muraille d'après une
-manière convenue, servent également d'interprète.</p>
+<p>On peut aussi communiquer à distance, sans se parler, et par le simple
+son, qui, répété, indique le rang que tient dans l'alphabet chaque
+lettre des mots qu'on veut porter à une oreille amie; deux corps frappés
+l'un contre l'autre, des coups donnés sur une muraille d'après une
+manière convenue, servent également d'interprète.</p>
-<p>Les signes muets, tels que les gestes, l'emploi des emblèmes, celui des
-signaux au moyen des flambeaux, occupent tour à tour Porta.</p>
+<p>Les signes muets, tels que les gestes, l'emploi des emblèmes, celui des
+signaux au moyen des flambeaux, occupent tour à tour Porta.</p>
-<p>Le douzième et dernier chapitre de son premier livre roule sur une
-manière ancienne de désigner les nombres par les doigts, d'après Bède.
-On n'ignorait point, <span class="pagenum"><a id="page55" name="page55"></a>(p. 55)</span> dans l'antiquité le moyen de converser
-secrètement au moyen des doigts, soit en montrant un nombre de doigts
-pareil au rang numérique que les lettres qu'on veut désigner tient dans
+<p>Le douzième et dernier chapitre de son premier livre roule sur une
+manière ancienne de désigner les nombres par les doigts, d'après Bède.
+On n'ignorait point, <span class="pagenum"><a id="page55" name="page55"></a>(p. 55)</span> dans l'antiquité le moyen de converser
+secrètement au moyen des doigts, soit en montrant un nombre de doigts
+pareil au rang numérique que les lettres qu'on veut désigner tient dans
l'alphabet, soit en indiquant du doigt celles des parties du corps dont
-la première lettre indique la lettre qu'il s'agit d'exprimer.</p>
-
-<p>Notre auteur arrive à la bandelette ou scytale lacédémonienne, et il
-juge avec raison que ce procédé était facile à découvrir; il signale un
-moyen très-peu usité, l'emploi du fil, qui, après avoir reçu l'écriture,
-peut être roulé en peloton ou être employé à coudre les bords d'un
-vêtement. Il observe qu'on peut écrire sur la tranche d'un livre
-obliquement inclinée ou sur un jeu de cartes disposé en biseau ou sur
-les plumes des ailes déployées d'un pigeon ou d'un autre oiseau à
+la première lettre indique la lettre qu'il s'agit d'exprimer.</p>
+
+<p>Notre auteur arrive à la bandelette ou scytale lacédémonienne, et il
+juge avec raison que ce procédé était facile à découvrir; il signale un
+moyen très-peu usité, l'emploi du fil, qui, après avoir reçu l'écriture,
+peut être roulé en peloton ou être employé à coudre les bords d'un
+vêtement. Il observe qu'on peut écrire sur la tranche d'un livre
+obliquement inclinée ou sur un jeu de cartes disposé en biseau ou sur
+les plumes des ailes déployées d'un pigeon ou d'un autre oiseau à
plumage blanc.</p>
<p>Il aborde enfin plus nettement la Cryptographie <span class="pagenum"><a id="page56" name="page56"></a>(p. 56)</span> proprement dite.
Ce qu'il ne dit point, peut s'analyser facilement.</p>
-<p>Les diverses manières de désigner l'écriture peuvent se réduire à trois:
+<p>Les diverses manières de désigner l'écriture peuvent se réduire à trois:
la transposition des lettres, qui comprend le renversement des mots, le
changement des figures des lettres, et le changement de valeur des
lettres.</p>
<p>La transposition des lettres dans un avis que l'on veut donner, peut
-s'effectuer d'une foule de façons différentes; la première de toutes est
-aussi la plus simple: elle consiste à écrire sur deux lignes, en mettant
+s'effectuer d'une foule de façons différentes; la première de toutes est
+aussi la plus simple: elle consiste à écrire sur deux lignes, en mettant
alternativement la 1<sup>re</sup> lettre sur la 1<sup>re</sup> ligne; la 2<sup>e</sup> lettre sur
la 2<sup>e</sup> ligne; la 3<sup>e</sup> sur la 1<sup>re</sup>, et la 4<sup>e</sup> sur la 2<sup>e</sup> et ainsi de
-suite. La difficulté augmente si l'on écrit sur quatre lignes: la 1<sup>re</sup>
+suite. La difficulté augmente si l'on écrit sur quatre lignes: la 1<sup>re</sup>
lettre sur la 1<sup>re</sup> ligne; la 2<sup>e</sup> sur la 4<sup>e</sup>; la 3<sup>e</sup> au bout de la
1<sup>re</sup>, la 1<sup>re</sup> au bout de la 4<sup>e</sup>; la 5<sup>e</sup> sur la 2<sup>e</sup> ligne; la 6<sup>e</sup>
sur la 3<sup>e</sup>; la 7<sup>e</sup> au bout de la 2<sup>e</sup>; la 8<sup>e</sup> au bout de la 3<sup>e</sup>, en
-suivant <span class="pagenum"><a id="page57" name="page57"></a>(p. 57)</span> ainsi le même ordre pour le reste.</p>
+suivant <span class="pagenum"><a id="page57" name="page57"></a>(p. 57)</span> ainsi le même ordre pour le reste.</p>
-<p>Veut-on écrire d'une manière encore plus compliquée? On transporte
+<p>Veut-on écrire d'une manière encore plus compliquée? On transporte
toutes les lettres de l'avis qu'on veut donner, sur des cadres de
-diverses formes, soit carrés, soit triangulaires, soit parallélépipèdes,
+diverses formes, soit carrés, soit triangulaires, soit parallélépipèdes,
soit sinueux, soit en losange, soit en quinconce, soit en demi-cercle,
-tous divisés par des rayons qui forment autant de lignes
+tous divisés par des rayons qui forment autant de lignes
perpendiculaires sur des lignes droites ou courbes; et, quand l'avis a
-été écrit de manière à imiter symétriquement la figure géométrique
+été écrit de manière à imiter symétriquement la figure géométrique
convenue, on produit la transposition des lettres en prenant les rayons
-de lettres, de bas en haut et de haut en bas, de droite à gauche ou de
-gauche à droite, de manière que ces lettres, ainsi rassemblées, ne
-présentent aucun sens.</p>
+de lettres, de bas en haut et de haut en bas, de droite à gauche ou de
+gauche à droite, de manière que ces lettres, ainsi rassemblées, ne
+présentent aucun sens.</p>
-<p>Vous convient-il d'avoir recours à une autre manière de transposer les
-lettres, plus indéchiffrable encore? Transcrivez à part ce que vous
-voulez mander secrètement; <span class="pagenum"><a id="page58" name="page58"></a>(p. 58)</span> puis écrivez en interligne, les
+<p>Vous convient-il d'avoir recours à une autre manière de transposer les
+lettres, plus indéchiffrable encore? Transcrivez à part ce que vous
+voulez mander secrètement; <span class="pagenum"><a id="page58" name="page58"></a>(p. 58)</span> puis écrivez en interligne, les
lettres au-dessous des lettres, une devise quelconque convenue;
celle-ci, par exemple: <em>L'amour est un malin enfant</em>, devise, qu'il faut
-recommencer une fois, deux fois, trois fois, jusqu'à ce que les
-interlignes soient entièrement remplis. Ensuite on a recopié sa missive
-secrète, et, au lieu de transcrire par interligne la devise convenue, on
-met au-dessous de chaque lettre de la missive le chiffre qui désigne le
+recommencer une fois, deux fois, trois fois, jusqu'à ce que les
+interlignes soient entièrement remplis. Ensuite on a recopié sa missive
+secrète, et, au lieu de transcrire par interligne la devise convenue, on
+met au-dessous de chaque lettre de la missive le chiffre qui désigne le
rang que chaque lettre de cette devise tient dans l'alphabet. Ainsi,
-au-dessous de la première lettre de la missive, au lieu d'un <em>l</em> on
-écrit 10; sous la seconde, au lieu d'un <em>a</em>, on écrit 1; sous la 3<sup>e</sup>,
-au lieu d'un <em>m</em>, on pose 11. Ces deux opérations faites, on prépare de
-la manière suivante la missive qui doit être adressée: chaque ligne est
-tracée par des points, entre lesquels est un intervalle suffisant pour y
+au-dessous de la première lettre de la missive, au lieu d'un <em>l</em> on
+écrit 10; sous la seconde, au lieu d'un <em>a</em>, on écrit 1; sous la 3<sup>e</sup>,
+au lieu d'un <em>m</em>, on pose 11. Ces deux opérations faites, on prépare de
+la manière suivante la missive qui doit être adressée: chaque ligne est
+tracée par des points, entre lesquels est un intervalle suffisant pour y
poser les lettres dans le rang que les chiffres de la devise
-indiqueront. <span class="pagenum"><a id="page59" name="page59"></a>(p. 59)</span> On part toujours de la dernière lettre posée, pour
-compter le nombre des points à passer, avant d'arriver à l'intervalle où
-doit être posée la lettre suivante de la missive; et, quand on est
-parvenu en comptant jusqu'au dernier point, on recommence à compter par
-les premiers points, jusqu'à ce qu'enfin toutes les lettres de la
-missive soient placées dans leur rang, de sorte que la devise sert,
-comme l'on voit, de clef pour connaître de quelle manière on doit
-trouver, dans cette suite de lettres transposées, celles qui forment un
-sens pour les remettre à leur place.</p>
-
-<p>Porta s'occupe ensuite de la façon de découvrir et d'interpréter les
-lettres transposées; il ne s'agit que d'essayer de rassembler les
-1<sup>re</sup>, 3<sup>e</sup>, 5<sup>e</sup>, 7<sup>e</sup>, 9<sup>e</sup> lettres, ou de 11 en 11, ou autrement, jusqu'à
-ce qu'on trouve an mot qui forme un sens; lorsqu'on en aura trouvé un,
+indiqueront. <span class="pagenum"><a id="page59" name="page59"></a>(p. 59)</span> On part toujours de la dernière lettre posée, pour
+compter le nombre des points à passer, avant d'arriver à l'intervalle où
+doit être posée la lettre suivante de la missive; et, quand on est
+parvenu en comptant jusqu'au dernier point, on recommence à compter par
+les premiers points, jusqu'à ce qu'enfin toutes les lettres de la
+missive soient placées dans leur rang, de sorte que la devise sert,
+comme l'on voit, de clef pour connaître de quelle manière on doit
+trouver, dans cette suite de lettres transposées, celles qui forment un
+sens pour les remettre à leur place.</p>
+
+<p>Porta s'occupe ensuite de la façon de découvrir et d'interpréter les
+lettres transposées; il ne s'agit que d'essayer de rassembler les
+1<sup>re</sup>, 3<sup>e</sup>, 5<sup>e</sup>, 7<sup>e</sup>, 9<sup>e</sup> lettres, ou de 11 en 11, ou autrement, jusqu'à
+ce qu'on trouve an mot qui forme un sens; lorsqu'on en aura trouvé un,
il deviendra plus facile d'en trouver un autre, en observant <span class="pagenum"><a id="page60" name="page60"></a>(p. 60)</span>
-l'ordre que tient chaque lettre du mot trouvé. On comprend qu'à cet
-égard il n'est pas possible de donner aucune règle précise; la variété
-arbitraire des combinaisons s'oppose à toute règle.</p>
-
-<p>Notre auteur ne saurait oublier la substitution de nouveaux caractères
-de l'alphabet, de manière que les lettres ne ressemblent à aucune de
-celles connues. Pour rendre l'écriture plus indéchiffrable, on peut,
-entre ces caractères, en insérer d'autres qui n'ont aucune
+l'ordre que tient chaque lettre du mot trouvé. On comprend qu'à cet
+égard il n'est pas possible de donner aucune règle précise; la variété
+arbitraire des combinaisons s'oppose à toute règle.</p>
+
+<p>Notre auteur ne saurait oublier la substitution de nouveaux caractères
+de l'alphabet, de manière que les lettres ne ressemblent à aucune de
+celles connues. Pour rendre l'écriture plus indéchiffrable, on peut,
+entre ces caractères, en insérer d'autres qui n'ont aucune
signification: on les place, soit au commencement, soit au milieu, soit
-à la fin des mots, pour mieux tromper les curieux. Il est certaines
-lettres qui peuvent être remplacées par d'autres, <em>q</em> par <em>cuu</em>; <em>x</em> par
-<em>cs</em>; <em>z</em> par <em>ss</em>; <em>y</em> par <em>i</em>. On peut encore éviter les mots où se
-trouvent les lettres <em>h</em>, <em>b</em>, <em>d</em>, <em>p</em>, <em>g</em>, <em>f</em>, <em>u</em>. Il est à propos de
-ne pas se conformer strictement à l'orthographe. On peut aussi changer
+à la fin des mots, pour mieux tromper les curieux. Il est certaines
+lettres qui peuvent être remplacées par d'autres, <em>q</em> par <em>cuu</em>; <em>x</em> par
+<em>cs</em>; <em>z</em> par <em>ss</em>; <em>y</em> par <em>i</em>. On peut encore éviter les mots où se
+trouvent les lettres <em>h</em>, <em>b</em>, <em>d</em>, <em>p</em>, <em>g</em>, <em>f</em>, <em>u</em>. Il est à propos de
+ne pas se conformer strictement à l'orthographe. On peut aussi changer
une lettre dans un <span class="pagenum"><a id="page61" name="page61"></a>(p. 61)</span> mot, un <em>o</em> pour un <em>i</em>, un <em>e</em> pour <em>c</em>; un
-<em>r</em> pour un <em>l</em>; <em>par</em> pour <em>pré</em>. Les monosyllabes, les voyelles
-seules, doivent être évitées avec soin; elles présentent moins de
-difficultés à un déchiffreur exercé, et elles peuvent le mettre sur la
-voie. On peut aussi écrire par abréviation.</p>
-
-<p>Après avoir exposé toutes ces règles, Porta envisage son sujet sous un
-autre point de vue: le déchiffrement des dépêches dont on veut pénétrer
-le sens. Il recommande de compter d'abord le nombre de caractères
-différents employés dans la missive, lesquels ne peuvent excéder 21 ou
-22; s'il s'en trouve davantage, le déchiffrement est plus difficile,
-puisqu'il y aurait alors des caractères superflus ou inutiles. Lorsque
-les caractères différents sont au-dessous du nombre 21 ou 22, il faut
-savoir quelles sont les lettres qui manquent, tâche délicate à laquelle
-on ne peut procéder que par conjectures.</p>
+<em>r</em> pour un <em>l</em>; <em>par</em> pour <em>pré</em>. Les monosyllabes, les voyelles
+seules, doivent être évitées avec soin; elles présentent moins de
+difficultés à un déchiffreur exercé, et elles peuvent le mettre sur la
+voie. On peut aussi écrire par abréviation.</p>
+
+<p>Après avoir exposé toutes ces règles, Porta envisage son sujet sous un
+autre point de vue: le déchiffrement des dépêches dont on veut pénétrer
+le sens. Il recommande de compter d'abord le nombre de caractères
+différents employés dans la missive, lesquels ne peuvent excéder 21 ou
+22; s'il s'en trouve davantage, le déchiffrement est plus difficile,
+puisqu'il y aurait alors des caractères superflus ou inutiles. Lorsque
+les caractères différents sont au-dessous du nombre 21 ou 22, il faut
+savoir quelles sont les lettres qui manquent, tâche délicate à laquelle
+on ne peut procéder que par conjectures.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page62" name="page62"></a>(p. 62)</span> Porta s'occupe des moyens de distinguer des voyelles les
consonnes. D'abord, toute les fois qu'on rencontre dans le cours de la
-missive cinq caractères différents et fréquemment répétés, on peut être
-assuré que ce sont des voyelles. En second lieu, on peut observer
-quelles sont les lettres qui sont répétées le moins fréquemment, ce sont
-les consonnes <em>q</em>, <em>x</em>, <em>y</em> et quelquefois l'<em>h</em>; en troisième lieu, les
-lettres isolées qui ne tiennent à aucun mot sont assurément des
-voyelles. En quatrième lieu, lorsque les mêmes formes de caractères
-commencent ou achèvent un mot, on doit présumer qu'il y a des voyelles,
+missive cinq caractères différents et fréquemment répétés, on peut être
+assuré que ce sont des voyelles. En second lieu, on peut observer
+quelles sont les lettres qui sont répétées le moins fréquemment, ce sont
+les consonnes <em>q</em>, <em>x</em>, <em>y</em> et quelquefois l'<em>h</em>; en troisième lieu, les
+lettres isolées qui ne tiennent à aucun mot sont assurément des
+voyelles. En quatrième lieu, lorsque les mêmes formes de caractères
+commencent ou achèvent un mot, on doit présumer qu'il y a des voyelles,
car il n'arrive jamais qu'un mot commence ou finisse par deux consonnes
-(n'oublions pas que Porta écrit en latin, et que c'est à cette langue
-que s'appliquent tous ses raisonnements). Cinquièmement, il faut faire
+(n'oublions pas que Porta écrit en latin, et que c'est à cette langue
+que s'appliquent tous ses raisonnements). Cinquièmement, il faut faire
attention que, lorsqu'au milieu d'un mot il se trouve deux consonnes,
-la lettre qui <span class="pagenum"><a id="page63" name="page63"></a>(p. 63)</span> précède et celle qui suit sont certainement des
+la lettre qui <span class="pagenum"><a id="page63" name="page63"></a>(p. 63)</span> précède et celle qui suit sont certainement des
voyelles. Cependant les lettres <em>h</em>, <em>l</em> et <em>r</em> font quelquefois
-exception à cette règle, puisqu'on les trouve placées en troisième
+exception à cette règle, puisqu'on les trouve placées en troisième
consonne dans le mot. Il faut savoir aussi que deux voyelles peuvent
-être à côté l'une de l'autre, et que, par conséquent, les lettres
-placées avant et après sont des consonnes.</p>
+être à côté l'une de l'autre, et que, par conséquent, les lettres
+placées avant et après sont des consonnes.</p>
<p>Notre auteur dirige ensuite sa perception sur les moyens qu'on peut
-employer pour découvrir les places qu'occupent les consonnes. Il peut
-s'en trouver quatre de suite dans un même mot, comme <em>phthisie,
-diphthongue</em>: alors l'<em>h</em> aspirée se trouve placée la seconde et la
-quatrième; lorsqu'il y a trois consonnes de suite, comme dans <em>phrase</em>,
-<em>thrône</em>, la lettre <em>h</em> est la seconde; et il n'y a que trois consonnes
+employer pour découvrir les places qu'occupent les consonnes. Il peut
+s'en trouver quatre de suite dans un même mot, comme <em>phthisie,
+diphthongue</em>: alors l'<em>h</em> aspirée se trouve placée la seconde et la
+quatrième; lorsqu'il y a trois consonnes de suite, comme dans <em>phrase</em>,
+<em>thrône</em>, la lettre <em>h</em> est la seconde; et il n'y a que trois consonnes
qui admettent l'<em>h</em>, savoir <em>c</em>, <em>p</em>, <em>t</em>. Il y a quatre consonnes qu'on
-appelle liquides ou mouillées, savoir <em>l</em>, <em>m</em>, <em>n</em>, <em>r</em>. La consonne
+appelle liquides ou mouillées, savoir <em>l</em>, <em>m</em>, <em>n</em>, <em>r</em>. La consonne
<em>b</em> admet <span class="pagenum"><a id="page64" name="page64"></a>(p. 64)</span> les lettres <em>l</em> et <em>r</em>; exemple: <em>blanc</em>, <em>bras</em>. La
consonne <em>c</em> les admet pareillement; par exemple: <em>clair</em>, <em>scribe</em>.
L'<em>r</em> n'admet que l'<em>h</em>. Il est rare de trouver ensemble l'<em>m</em> et l'<em>n</em>,
comme dans <em>Mnemosyne</em>; le <em>g</em> et l'<em>n</em> comme dans <em>ignare</em>.</p>
-<p>Porta développe ainsi de longues et minutieuses observations sur le
-retour plus ou moins fréquent des voyelles, sur leur combinaison avec
-les consonnes, mais ces détails se rattachent à la langue latine et ne
-sont pas susceptibles d'une application exacte à d'autres idiomes.</p>
+<p>Porta développe ainsi de longues et minutieuses observations sur le
+retour plus ou moins fréquent des voyelles, sur leur combinaison avec
+les consonnes, mais ces détails se rattachent à la langue latine et ne
+sont pas susceptibles d'une application exacte à d'autres idiomes.</p>
-<p>Dans le quatrième livre de son traité, Porta étudie la mutation de la
-valeur des lettres, de façon qu'un même caractère puisse représenter
-tantôt un <em>a</em>, tantôt un <em>p</em>, tantôt un <em>m</em>.</p>
+<p>Dans le quatrième livre de son traité, Porta étudie la mutation de la
+valeur des lettres, de façon qu'un même caractère puisse représenter
+tantôt un <em>a</em>, tantôt un <em>p</em>, tantôt un <em>m</em>.</p>
-<p>Il faut d'abord se faire des caractères inconnus qui représentent vingt
-lettres de l'alphabet (le <em>k</em>, l'<em>x</em>, le <em>j</em> et le <em>v</em> étant exclus);
+<p>Il faut d'abord se faire des caractères inconnus qui représentent vingt
+lettres de l'alphabet (le <em>k</em>, l'<em>x</em>, le <em>j</em> et le <em>v</em> étant exclus);
on a un triple cadran, dont celui du <span class="pagenum"><a id="page65" name="page65"></a>(p. 65)</span> centre est mobile; tous
-trois divisés en 20, 24 ou 28 parties égales, de manière que les espaces
-de chacun se correspondent très-exactement. Le grand cadran contiendra
-la suite des nombres depuis 1 jusqu'à 20, 24 ou 28. Le second cadran
-moyen contiendra la série des vingt lettres de l'alphabet et quatre ou
+trois divisés en 20, 24 ou 28 parties égales, de manière que les espaces
+de chacun se correspondent très-exactement. Le grand cadran contiendra
+la suite des nombres depuis 1 jusqu'à 20, 24 ou 28. Le second cadran
+moyen contiendra la série des vingt lettres de l'alphabet et quatre ou
huit cases en blanc, et le petit cadran concentrique mobile portera les
-vingt signes en caractères représentatifs des lettres de l'alphabet,
-immédiatement placés au-dessus d'elles. Il faut d'abord écrire en
-écriture courante l'avis secret qu'on veut envoyer; puis, cet écrit est
-mis en caractères représentatifs des lettres de l'alphabet; mais, pour
-rendre cette écriture très-difficile à découvrir, on fait, à chaque
-lettre, avancer d'un cran le cadran mobile, de sorte que le caractère
-qui représentait un <em>d</em> représente un <em>e</em>; pour la lettre suivante, ce
-même caractère représente un <em>f</em>; et ainsi des autres. <span class="pagenum"><a id="page66" name="page66"></a>(p. 66)</span> De cette
-manière, le même caractère ayant diverses représentations, il est aisé
-de sentir tout ce qu'un pareil moyen jette d'obscurité dans une
-correspondance secrète; mais il faut que les correspondants aient chacun
-un instrument pareil et concertent d'avance entre eux la manière de
+vingt signes en caractères représentatifs des lettres de l'alphabet,
+immédiatement placés au-dessus d'elles. Il faut d'abord écrire en
+écriture courante l'avis secret qu'on veut envoyer; puis, cet écrit est
+mis en caractères représentatifs des lettres de l'alphabet; mais, pour
+rendre cette écriture très-difficile à découvrir, on fait, à chaque
+lettre, avancer d'un cran le cadran mobile, de sorte que le caractère
+qui représentait un <em>d</em> représente un <em>e</em>; pour la lettre suivante, ce
+même caractère représente un <em>f</em>; et ainsi des autres. <span class="pagenum"><a id="page66" name="page66"></a>(p. 66)</span> De cette
+manière, le même caractère ayant diverses représentations, il est aisé
+de sentir tout ce qu'un pareil moyen jette d'obscurité dans une
+correspondance secrète; mais il faut que les correspondants aient chacun
+un instrument pareil et concertent d'avance entre eux la manière de
s'entendre.</p>
-<p>On comprend que nous ne pouvons entrer ici dans la description détaillée
-des combinaisons dont ce procédé est susceptible; on le trouve, dans
-l'ouvrage de Porta, accompagné d'exemples et de figures compliquées.
-Pour suppléer aux cadrans ci-dessus, il donne une table de permutation
-très-propre à changer à volonté les signes représentatifs.</p>
+<p>On comprend que nous ne pouvons entrer ici dans la description détaillée
+des combinaisons dont ce procédé est susceptible; on le trouve, dans
+l'ouvrage de Porta, accompagné d'exemples et de figures compliquées.
+Pour suppléer aux cadrans ci-dessus, il donne une table de permutation
+très-propre à changer à volonté les signes représentatifs.</p>
-<p>Les alphabets, fabriqués à plaisir et n'offrant ainsi aucun trait de
-lumière aux investigations des curieux, tiennent une grande place dans
-le traité du savant napolitain.</p>
+<p>Les alphabets, fabriqués à plaisir et n'offrant ainsi aucun trait de
+lumière aux investigations des curieux, tiennent une grande place dans
+le traité du savant napolitain.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page67" name="page67"></a>(p. 67)</span> Voici un des modèles de ces alphabets qu'indique Porta et qu'il
-regarde comme indéchiffrables. On partage les lettres en trois groupes
-de trois lettres et en six groupes de deux, de la façon suivante:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page67" name="page67"></a>(p. 67)</span> Voici un des modèles de ces alphabets qu'indique Porta et qu'il
+regarde comme indéchiffrables. On partage les lettres en trois groupes
+de trois lettres et en six groupes de deux, de la façon suivante:</p>
-<table style="width: 40%;" border="1" cellpadding="2" summary="Modèle.">
+<table style="width: 40%;" border="1" cellpadding="2" summary="Modèle.">
<tr>
<td class="center">a l u</td>
<td class="center">b m x</td>
@@ -1686,30 +1647,30 @@ de trois lettres et en six groupes de deux, de la façon suivante:</p>
</tr>
</table>
-<p>Pour répondre à ces neuf groupes, on forme neuf caractères de la forme
+<p>Pour répondre à ces neuf groupes, on forme neuf caractères de la forme
que voici:</p>
<p class="center"><img src="images/img009.jpg" width="400" height="50" alt="Trait" title="">,</p>
-<p class="noindent">et on ajoute à chacun d'eux un, deux ou trois points, afin d'exprimer la
+<p class="noindent">et on ajoute à chacun d'eux un, deux ou trois points, afin d'exprimer la
place qu'occupe dans le tableau la lettre de l'alphabet qu'on veut
-représenter; ainsi l'<em>n</em> sera <span class="pagenum"><a id="page68" name="page68"></a>(p. 68)</span>
-représenté par <img src="images/img010.jpg" width="20" height="23" alt="Trait" title="">,
+représenter; ainsi l'<em>n</em> sera <span class="pagenum"><a id="page68" name="page68"></a>(p. 68)</span>
+représenté par <img src="images/img010.jpg" width="20" height="23" alt="Trait" title="">,
le <em>g</em> par <img src="images/img011.jpg" width="20" height="22" alt="Trait" title="">,
l'<em>u</em> par <img src="images/img012.jpg" width="20" height="19" alt="Trait" title="">
-et le mot <em>Rome</em> s'écrira:
+et le mot <em>Rome</em> s'écrira:
<img src="images/img013.jpg" width="71" height="20" alt="Trait" title=""></p>
-<p>On donnera aux neuf caractères telle forme qu'on voudra, et il est de
-fait que des signes pareils offriront, à quiconque n'en possède pas la
-clef, une énigme absolument indéchiffrable.</p>
+<p>On donnera aux neuf caractères telle forme qu'on voudra, et il est de
+fait que des signes pareils offriront, à quiconque n'en possède pas la
+clef, une énigme absolument indéchiffrable.</p>
-<p>Parmi les divers procédés sur lesquels il s'étend avec une complaisante
-prolixité, Porta n'oublie pas la méthode dont Trithème avait déjà
-formulé le principe; il propose un alphabet où chaque lettre est
-accompagnée d'un mot.</p>
+<p>Parmi les divers procédés sur lesquels il s'étend avec une complaisante
+prolixité, Porta n'oublie pas la méthode dont Trithème avait déjà
+formulé le principe; il propose un alphabet où chaque lettre est
+accompagnée d'un mot.</p>
-<table style="width: 25%;" border="0" cellpadding="2" summary="Modèle.">
+<table style="width: 25%;" border="0" cellpadding="2" summary="Modèle.">
<tr>
<td><b>a</b></td>
<td>Deus.</td>
@@ -1756,7 +1717,7 @@ accompagnée d'un mot.</p>
</tr>
<tr>
<td><b>m</b></td>
-<td>æterne.</td>
+<td>æterne.</td>
</tr>
<tr>
<td><b>n</b></td>
@@ -1808,34 +1769,34 @@ accompagnée d'un mot.</p>
</tr>
</table>
-<p><span class="pagenum"><a id="page69" name="page69"></a>(p. 69)</span> Au lieu de chaque lettre, il s'agit d'écrire le mot qui
-correspond à cette même lettre dans le tableau ci-dessus. Ainsi, pour
-exprimer le nom de <em>Roma</em>, on mettra: <i>Adjuva clemens æterne Deus</i>; et
+<p><span class="pagenum"><a id="page69" name="page69"></a>(p. 69)</span> Au lieu de chaque lettre, il s'agit d'écrire le mot qui
+correspond à cette même lettre dans le tableau ci-dessus. Ainsi, pour
+exprimer le nom de <em>Roma</em>, on mettra: <i>Adjuva clemens æterne Deus</i>; et
la traduction du mot <em>hostis</em> (l'ennemi) sera <i>liberator clemens tuere,
libera sapiens tuere</i>.</p>
-<p>On comprend, d'ailleurs, que ce procédé n'offrirait pas de bien grandes
-difficultés à un déchiffreur un peu sagace et au fait des ressources de
+<p>On comprend, d'ailleurs, que ce procédé n'offrirait pas de bien grandes
+difficultés à un déchiffreur un peu sagace et au fait des ressources de
son art.</p>
-<h3>§ III.</h3>
+<h3>§ III.</h3>
-<p class="h3title">Blaise de Vigenère.</p>
+<p class="h3title">Blaise de Vigenère.</p>
-<p>Profitant des recherches de Trithème et de Porta, un écrivain français
-du seizième siècle, plus fécond que judicieux, Blaise de Vigenère<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3" title="Go to footnote 3"><span class="smaller">[3]</span></a>,
+<p>Profitant des recherches de Trithème et de Porta, un écrivain français
+du seizième siècle, plus fécond que judicieux, Blaise de Vigenère<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3" title="Go to footnote 3"><span class="smaller">[3]</span></a>,
mit au jour un gros volume <span class="pagenum"><a id="page70" name="page70"></a>(p. 70)</span> in-4<sup>o</sup>, lequel ne renferme pas
-moins de 600 pages consacrées à la Cryptographie. L'auteur n'a point su
-se préserver de l'écueil contre lequel ses prédécesseurs étaient venus
-échouer. Au lieu de poser clairement et nettement des règles précises,
-au lieu d'indiquer des procédés faciles à comprendre, il se plonge dans
-l'océan des rêveries cabalistiques. Il reproduit, en général, les
+moins de 600 pages consacrées à la Cryptographie. L'auteur n'a point su
+se préserver de l'écueil contre lequel ses prédécesseurs étaient venus
+échouer. Au lieu de poser clairement et nettement des règles précises,
+au lieu d'indiquer des procédés faciles à comprendre, il se plonge dans
+l'océan des rêveries cabalistiques. Il reproduit, en général, les
inventions cryptographiques de Porta.</p>
-<p>Parmi les diverses méthodes qu'indique Vigenère, nous allons essayer de
+<p>Parmi les diverses méthodes qu'indique Vigenère, nous allons essayer de
faire comprendre la suivante:</p>
-<p>Dressez un tableau composé de huit colonnes et disposé de la manière
+<p>Dressez un tableau composé de huit colonnes et disposé de la manière
qui suit:</p>
<span class="pagenum"><a id="page71" name="page71"></a>(p. 71)</span>
@@ -1883,23 +1844,23 @@ qui suit:</p>
</tr>
</table>
-<p>On cherche, parmi les petites lettres, celle que l'on veut écrire, et, à
-sa place, on pose les deux capitales qui sont dans la case supérieure
-correspondante à cette lettre; on y joint la capitale de la ligne
-horizontale placée à gauche, et on transcrit ces capitales ou petites
-lettres; ainsi, pour écrire <em>le roi</em>, on voit que la lettre <em>l</em>
-correspond par en haut à AB, et à gauche à la lettre A: on pose <em>aba</em>;
+<p>On cherche, parmi les petites lettres, celle que l'on veut écrire, et, à
+sa place, on pose les deux capitales qui sont dans la case supérieure
+correspondante à cette lettre; on y joint la capitale de la ligne
+horizontale placée à gauche, et on transcrit ces capitales ou petites
+lettres; ainsi, pour écrire <em>le roi</em>, on voit que la lettre <em>l</em>
+correspond par en haut à AB, et à gauche à la lettre A: on pose <em>aba</em>;
l'<em>e</em> sera <em>bbb</em>; le mot <em>roi</em> s'exprimera par: <em>bca</em>, <em>aca</em>, <em>ccc</em>.</p>
-<p>Vigenère n'oublie pas l'usage qu'on peut faire de deux exemplaires d'un
-même livre: on convient de recourir à une page, la première venue; on
+<p>Vigenère n'oublie pas l'usage qu'on peut faire de deux exemplaires d'un
+même livre: on convient de recourir à une page, la première venue; on
se met d'accord sur une ou deux lignes de cette page, et on indique
<span class="pagenum"><a id="page72" name="page72"></a>(p. 72)</span> les diverses lettres de l'alphabet par des chiffres
-correspondant à l'ordre dans lequel ces lettres se présentent. En
-prenant pour exemple la troisième ligne du feuillet 3 de l'ouvrage de
-Vigenère lui-même, on opérera sur la phrase suivante:</p>
+correspondant à l'ordre dans lequel ces lettres se présentent. En
+prenant pour exemple la troisième ligne du feuillet 3 de l'ouvrage de
+Vigenère lui-même, on opérera sur la phrase suivante:</p>
-<p class="quote">«Partie de son âme dont elle constitue la différence.»</p>
+<p class="quote">«Partie de son âme dont elle constitue la différence.»</p>
<p class="noindent">et on dressera le tableau suivant:</p>
@@ -1936,32 +1897,32 @@ Vigenère lui-même, on opérera sur la phrase suivante:</p>
</tr>
</table>
-<p>On aura soin de négliger les lettres répétées et de continuer ce travail
+<p>On aura soin de négliger les lettres répétées et de continuer ce travail
sur la ligne suivante si toutes les lettres de l'alphabet ne se trouvent
pas dans la ligne choisie.</p>
-<p>De cette manière, ces deux mots, <em>le pape</em>, seraient représentés par les
+<p>De cette manière, ces deux mots, <em>le pape</em>, seraient représentés par les
chiffres suivants:</p>
<p class="quote">12.6. <span class="add2em">1.2.1.6.</span></p>
-<p>Le <em>roi</em> s'exprimerait en écrivant:</p>
+<p>Le <em>roi</em> s'exprimerait en écrivant:</p>
<p class="quote">12. 6. 3. 9. 5.</p>
-<p>Vigenère remarque que ce chiffre est <span class="pagenum"><a id="page73" name="page73"></a>(p. 73)</span> inexpugnable, sans la
+<p>Vigenère remarque que ce chiffre est <span class="pagenum"><a id="page73" name="page73"></a>(p. 73)</span> inexpugnable, sans la
communication du secret, car que serait-il possible de conjecturer
-là-dessus?</p>
+là-dessus?</p>
-<p>Les vingt-quatre caractères de l'alphabet usuel lui paraissant trop
-simples et trop susceptibles d'être devinés, Vigenère invente des
-chiffres de 72, de 64, de 48 caractères; chaque lettre est représentée
-par deux, trois ou quatre signes imaginés à plaisir et qu'on peut varier
-à l'infini.</p>
+<p>Les vingt-quatre caractères de l'alphabet usuel lui paraissant trop
+simples et trop susceptibles d'être devinés, Vigenère invente des
+chiffres de 72, de 64, de 48 caractères; chaque lettre est représentée
+par deux, trois ou quatre signes imaginés à plaisir et qu'on peut varier
+à l'infini.</p>
-<p>Une autre combinaison consiste à indiquer chaque lettre de l'alphabet,
-sur un chiffre; mais, afin de dérouter les curieux, on entremêle les
-lettres, car les écrire à rebours de la façon suivante:</p>
+<p>Une autre combinaison consiste à indiquer chaque lettre de l'alphabet,
+sur un chiffre; mais, afin de dérouter les curieux, on entremêle les
+lettres, car les écrire à rebours de la façon suivante:</p>
<table style="width: 30%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Combinaison.">
<tr>
@@ -1982,12 +1943,12 @@ lettres, car les écrire à rebours de la façon suivante:</p>
</tr>
</table>
-<p class="noindent">serait trop naïf. On peut les diviser en deux séries, dont voici un
-modèle:</p>
+<p class="noindent">serait trop naïf. On peut les diviser en deux séries, dont voici un
+modèle:</p>
<p class="quote">H I L M A B C D E,</p>
-<p class="noindent">ou bien les placer de cette manière:</p>
+<p class="noindent">ou bien les placer de cette manière:</p>
<table style="width: 20%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Combinaison.">
<tr>
@@ -2009,7 +1970,7 @@ modèle:</p>
</table>
<p class="noindent"><span class="pagenum"><a id="page74" name="page74"></a>(p. 74)</span> ou bien, enfin (car ces arrangements sont susceptibles de
-modifications presque infinies), assigner à chaque lettre un chiffre de
+modifications presque infinies), assigner à chaque lettre un chiffre de
convention.</p>
<table style="width: 15%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Convention.">
@@ -2111,46 +2072,46 @@ convention.</p>
</tr>
</table>
-<p>De cette manière, <em>Lyon est pris</em>, s'exprimerait par: 917 231, 3224,
+<p>De cette manière, <em>Lyon est pris</em>, s'exprimerait par: 917 231, 3224,
581622.</p>
-<p>Et certes, quelqu'un qui n'aurait pas le secret du chiffre attribué
-arbitrairement à chaque lettre, se trouverait dans l'impossibilité
-presque absolue de deviner le sens de ces nombres mystérieux.</p>
+<p>Et certes, quelqu'un qui n'aurait pas le secret du chiffre attribué
+arbitrairement à chaque lettre, se trouverait dans l'impossibilité
+presque absolue de deviner le sens de ces nombres mystérieux.</p>
-<p>Vigenère n'oublie point «un bel artifice de se réserver un second sens
-caché parmy le premier, si l'on estoit surpris et <span class="pagenum"><a id="page75" name="page75"></a>(p. 75)</span> contraint
-d'exhiber son chiffre;» mais les explications qu'il donne à cet égard
+<p>Vigenère n'oublie point «un bel artifice de se réserver un second sens
+caché parmy le premier, si l'on estoit surpris et <span class="pagenum"><a id="page75" name="page75"></a>(p. 75)</span> contraint
+d'exhiber son chiffre;» mais les explications qu'il donne à cet égard
sont confuses et d'une longueur telles, que, si nous avions la patience
de les transcrire, peu de personnes sans doute auraient celle de les
lire.</p>
-<p>Le défaut de la plupart des procédés qu'indique le <cite>Traité des
-chiffres</cite>, c'est une extrême complication: l'auteur fait un usage
-immodéré de lettres de diverses couleurs, et il expose, d'une façon
-souvent très-peu claire, des systèmes de chiffres tellement mystérieux,
-que celui qui voudrait en faire usage se trouverait peut-être lui-même
-dans un embarras inextricable pour déchiffrer ce qu'il aurait écrit.</p>
+<p>Le défaut de la plupart des procédés qu'indique le <cite>Traité des
+chiffres</cite>, c'est une extrême complication: l'auteur fait un usage
+immodéré de lettres de diverses couleurs, et il expose, d'une façon
+souvent très-peu claire, des systèmes de chiffres tellement mystérieux,
+que celui qui voudrait en faire usage se trouverait peut-être lui-même
+dans un embarras inextricable pour déchiffrer ce qu'il aurait écrit.</p>
-<p>Vigenère fait observer que la Cryptographie se retrouve dans la plupart
+<p>Vigenère fait observer que la Cryptographie se retrouve dans la plupart
des professions:</p>
-<p>«Les hommes de tout temps ont esté curieux de se tracer chacun pour soy
-quelques notes secrètes pour se receler <span class="pagenum"><a id="page76" name="page76"></a>(p. 76)</span> de la cognoissance des
+<p>«Les hommes de tout temps ont esté curieux de se tracer chacun pour soy
+quelques notes secrètes pour se receler <span class="pagenum"><a id="page76" name="page76"></a>(p. 76)</span> de la cognoissance des
autres, comme les marchands en leurs marques et papiers de compte; les
-médecins, en leurs pieds de mouche; les jurisconsultes, en leurs
-paragraphes.»</p>
+médecins, en leurs pieds de mouche; les jurisconsultes, en leurs
+paragraphes.»</p>
<p>Il expose avec complaisance un moyen de transmettre un avis, sans avoir
-recours à l'écriture, mais en employant des grains de diverses matières,
-accouplés deux a deux et arrangés comme des chapelets.</p>
+recours à l'écriture, mais en employant des grains de diverses matières,
+accouplés deux a deux et arrangés comme des chapelets.</p>
<table style="width: 60%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Grains.">
<tr>
<td class="left">grains</td>
<td>d'or,</td>
<td>d'argent,</td>
-<td>d'ébène,</td>
+<td>d'ébène,</td>
<td>d'ivoire.</td>
</tr>
<tr>
@@ -2168,7 +2129,7 @@ accouplés deux a deux et arrangés comme des chapelets.</p>
<td>L</td>
</tr>
<tr>
-<td class="left">d'ébène</td>
+<td class="left">d'ébène</td>
<td>M</td>
<td>N</td>
<td>O</td>
@@ -2187,38 +2148,38 @@ accouplés deux a deux et arrangés comme des chapelets.</p>
suivant les lignes horizontales: deux grains d'or et d'ivoire, deux
d'argent et d'or, deux grains d'ivoire, deux d'ivoire et d'argent.</p>
-<p>Après avoir expliqué ce procédé, Vigenère consigne, en son livre, la
-réflexion que voici:</p>
+<p>Après avoir expliqué ce procédé, Vigenère consigne, en son livre, la
+réflexion que voici:</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page77" name="page77"></a>(p. 77)</span> «Au rang des chiffres ou occulte écriture, on peut bien reléguer
+<p><span class="pagenum"><a id="page77" name="page77"></a>(p. 77)</span> «Au rang des chiffres ou occulte écriture, on peut bien reléguer
aussi les minutes des greffiers, notaires, sergens et semblables
-manières de gens de pratique, et encore l'écriture de beaucoup de
-personnes, qu'à peine autres qu'eux sçauroient lire, quoiqu'elle ne soit
-que des lettres ordinaires, mais difformées de telle sorte, qu'on n'y
-sçauroit presque rien discerner. Or, laissant à part ces vicieux
-chaffourements qui procèdent d'insuffisance, il y en a d'autres qui
-consistent en perspective, car, en y regardant de front, on n'y sçauroit
+manières de gens de pratique, et encore l'écriture de beaucoup de
+personnes, qu'à peine autres qu'eux sçauroient lire, quoiqu'elle ne soit
+que des lettres ordinaires, mais difformées de telle sorte, qu'on n'y
+sçauroit presque rien discerner. Or, laissant à part ces vicieux
+chaffourements qui procèdent d'insuffisance, il y en a d'autres qui
+consistent en perspective, car, en y regardant de front, on n'y sçauroit
rien discerner de lisible, mais l'accommodant obliquement en l'assiette
qui luy est propre, ce qui estoit imperceptible apparoist. Il y en a
-d'autres qui dépendent de la seule acuité de la vue, la lettre estant si
-déliée que l'&oelig;il à peine la peut comprendre: telle que s'est vue de
-nostre temps celle d'un gentilhomme siennois, <span class="pagenum"><a id="page78" name="page78"></a>(p. 78)</span> appelé
-<em>Spanocchio</em>, qui écrivoit sur un velin, sans aucune abréviation, tout
+d'autres qui dépendent de la seule acuité de la vue, la lettre estant si
+déliée que l'&oelig;il à peine la peut comprendre: telle que s'est vue de
+nostre temps celle d'un gentilhomme siennois, <span class="pagenum"><a id="page78" name="page78"></a>(p. 78)</span> appelé
+<em>Spanocchio</em>, qui écrivoit sur un velin, sans aucune abréviation, tout
l'<cite>In principio</cite> de Saint-Jean, en autant ou moins d'espace que ne
-contient le petit ongle, d'une lettre si exquise et si bien formée,
-qu'il ne seroit pas possible de mieux faire. Pline, d'après Cicéron,
-allègue que toute l'<cite>Iliade</cite> d'Homère, qui contient de quatorze à quinze
-mille vers, avoit esté escrite de si menue lettre en velin, qu'elle
-pouvoit toute entrer en une coquille de noix.»</p>
-
-<p>Le célèbre chancelier Bacon a, dans son traité <i>De dignitate et
-augmentis scientiarum</i> (livre VI, ch. 1), fait connaître un chiffre,
-dont il est l'inventeur, et qui est basé sur les permutations de deux
-lettres seules, <em>a</em> et <em>b</em>, combinées par groupes de cinq. Ces deux
+contient le petit ongle, d'une lettre si exquise et si bien formée,
+qu'il ne seroit pas possible de mieux faire. Pline, d'après Cicéron,
+allègue que toute l'<cite>Iliade</cite> d'Homère, qui contient de quatorze à quinze
+mille vers, avoit esté escrite de si menue lettre en velin, qu'elle
+pouvoit toute entrer en une coquille de noix.»</p>
+
+<p>Le célèbre chancelier Bacon a, dans son traité <i>De dignitate et
+augmentis scientiarum</i> (livre VI, ch. 1), fait connaître un chiffre,
+dont il est l'inventeur, et qui est basé sur les permutations de deux
+lettres seules, <em>a</em> et <em>b</em>, combinées par groupes de cinq. Ces deux
lettres sont susceptibles de 32 combinaisons de ce genre; il y en a donc
plus qu'il n'en faut pour exprimer l'alphabet tout entier, et cet
<cite>alphabetum <span class="pagenum"><a id="page79" name="page79"></a>(p. 79)</span> liluterarium</cite> (c'est ainsi que le nomme Bacon)
-pourra s'écrire de la façon suivante:</p>
+pourra s'écrire de la façon suivante:</p>
<table style="width: 25%;" border="0" cellpadding="1" summary="Alphabetum.">
<tr>
@@ -2321,23 +2282,23 @@ pourra s'écrire de la façon suivante:</p>
<p>On comprend, du reste, qu'au lieu des lettres <em>a</em> et <em>b</em> on peut prendre
toute autre dont on aura envie, ou bien les remplacer par quelque signe
-algébrique, ou par une marque quelconque a laquelle on voudra
-s'attacher. L'inconvénient de cet alphabet, c'est que tout mot ordinaire
-se trouve représenté par cinq fois plus de lettres. <em>Paris</em>, par
+algébrique, ou par une marque quelconque a laquelle on voudra
+s'attacher. L'inconvénient de cet alphabet, c'est que tout mot ordinaire
+se trouve représenté par cinq fois plus de lettres. <em>Paris</em>, par
exemple, se traduira par <em>abbba aaaaa baaaa abaaa baaab</em>. <span class="pagenum"><a id="page80" name="page80"></a>(p. 80)</span>
-Lorsqu'on voudra écrire <em>Espagne</em>, il faudra prendre la peine de tracer
+Lorsqu'on voudra écrire <em>Espagne</em>, il faudra prendre la peine de tracer
<em>aabaa baaab abbba aaaaa aabba abbaa aabaa</em>. Une phrase un peu longue se
trouvera ainsi exiger beaucoup de temps et une attention fort soutenue,
-pour être écrite sans que quelque erreur ne vienne s'y glisser.</p>
-
-<p>Bacon a prévu que le mystère de son alphabet ne serait pas
-très-difficile à découvrir, et il a dû chercher quelques moyens, afin de
-mettre sa pensée à l'abri des curieux: il a donc imaginé ce qu'il
-appelle l'<cite>alphabetum biforme</cite>. Après avoir déchiffré la dépêche écrite
-d'après la méthode que nous venons d'exposer, on n'arrive point encore
-au véritable sens: il est enveloppé dans les lettres qui sont mises en
-majuscules dans l'alphabet <em>biforme</em>, lettres qu'indique à ceux qui ont
-la clef de ce procédé les groupes de lettres auxquels elles
+pour être écrite sans que quelque erreur ne vienne s'y glisser.</p>
+
+<p>Bacon a prévu que le mystère de son alphabet ne serait pas
+très-difficile à découvrir, et il a dû chercher quelques moyens, afin de
+mettre sa pensée à l'abri des curieux: il a donc imaginé ce qu'il
+appelle l'<cite>alphabetum biforme</cite>. Après avoir déchiffré la dépêche écrite
+d'après la méthode que nous venons d'exposer, on n'arrive point encore
+au véritable sens: il est enveloppé dans les lettres qui sont mises en
+majuscules dans l'alphabet <em>biforme</em>, lettres qu'indique à ceux qui ont
+la clef de ce procédé les groupes de lettres auxquels elles
correspondent.</p>
<p>Pour faire comprendre ceci, il est indispensable <span class="pagenum"><a id="page81" name="page81"></a>(p. 81)</span> de transcrire
@@ -2471,14 +2432,14 @@ d'abord ce nouvel alphabet, tel qu'il se montre dans l'ouvrage de Bacon.</p>
</tr>
</table>
-<p>Supposé maintenant qu'on veuille donner avis à quelqu'un de s'enfuir, en
-lui faisant passer le mot latin <em>fuge</em>, on écrira d'abord la phrase
-suivante, qui présente un sens tout opposé:</p>
+<p>Supposé maintenant qu'on veuille donner avis à quelqu'un de s'enfuir, en
+lui faisant passer le mot latin <em>fuge</em>, on écrira d'abord la phrase
+suivante, qui présente un sens tout opposé:</p>
<p class="quote"><i>Manere te volo donec venero.</i></p>
<p>En prenant dans l'alphabet ci-dessus les lettres <em>a</em> et <em>b</em> qui
-correspondent aux lettres <span class="pagenum"><a id="page82" name="page82"></a>(p. 82)</span> dont est formée cette phrase, on
+correspondent aux lettres <span class="pagenum"><a id="page82" name="page82"></a>(p. 82)</span> dont est formée cette phrase, on
mettra:</p>
<table style="width: 40%;" border="0" cellpadding="1" summary="Exemple.">
@@ -2496,94 +2457,94 @@ mettra:</p>
</tr>
</table>
-<p>Ces quatre groupes d'<em>a</em> et de <em>b</em> réunis par cinq, indiquent, d'après
+<p>Ces quatre groupes d'<em>a</em> et de <em>b</em> réunis par cinq, indiquent, d'après
les combinaisons de l'Alphabet Biforme, les quatre lettres qui forment
le mot FUGE.</p>
-<p>Il faut reconnaître que les explications trop succinctes et très-peu
-claires que donne Bacon à l'égard de ses procédés de chiffres, laissent
-beaucoup à désirer. L'idée d'employer les combinaisons des lettres n'est
-cependant point indigne d'une attention sérieuse: il y a le germe de
-tout un système de chiffres qui n'a pas de limites.</p>
+<p>Il faut reconnaître que les explications trop succinctes et très-peu
+claires que donne Bacon à l'égard de ses procédés de chiffres, laissent
+beaucoup à désirer. L'idée d'employer les combinaisons des lettres n'est
+cependant point indigne d'une attention sérieuse: il y a le germe de
+tout un système de chiffres qui n'a pas de limites.</p>
-<p>Remarquons, en effet, que des mathématiciens ont cherché le nombre des
-combinaisons que peuvent offrir les 25 lettres de l'alphabet groupées
-ensemble de toutes les manières imaginables: ils ont trouvé le chiffre
+<p>Remarquons, en effet, que des mathématiciens ont cherché le nombre des
+combinaisons que peuvent offrir les 25 lettres de l'alphabet groupées
+ensemble de toutes les manières imaginables: ils ont trouvé le chiffre
formidable de 42 quadrillons, 163,840 trillions, 398,198 billions,
-<span class="pagenum"><a id="page83" name="page83"></a>(p. 83)</span> 058,854 millions, 693,625. Pour saisir toute l'énormité de ce
-nombre, il faut se souvenir qu'on a démontré que, pour écrire toutes les
-combinaisons qu'il énonce, il serait indispensable de se procurer une
-feuille de papier qui aurait 421,300 fois l'étendue de la superficie de
+<span class="pagenum"><a id="page83" name="page83"></a>(p. 83)</span> 058,854 millions, 693,625. Pour saisir toute l'énormité de ce
+nombre, il faut se souvenir qu'on a démontré que, pour écrire toutes les
+combinaisons qu'il énonce, il serait indispensable de se procurer une
+feuille de papier qui aurait 421,300 fois l'étendue de la superficie de
la Terre.</p>
-<h3>§ IV.</h3>
+<h3>§ IV.</h3>
-<p class="h3title">Jérôme Cardan.</p>
+<p class="h3title">Jérôme Cardan.</p>
-<p>Cet Italien célèbre, qui toucha à toutes les questions<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4" title="Go to footnote 4"><span class="smaller">[4]</span></a> et qu'une
-vaste érudition, <span class="pagenum"><a id="page84" name="page84"></a>(p. 84)</span> jointe à des talents très-distingués, n'a
-point préservé d'une accusation de folie, a dit quelques mots de la
-Cryptographie dans son ouvrage <cite>de la Subtilité</cite>; les voici d'après la
-vieille traduction française:</p>
+<p>Cet Italien célèbre, qui toucha à toutes les questions<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4" title="Go to footnote 4"><span class="smaller">[4]</span></a> et qu'une
+vaste érudition, <span class="pagenum"><a id="page84" name="page84"></a>(p. 84)</span> jointe à des talents très-distingués, n'a
+point préservé d'une accusation de folie, a dit quelques mots de la
+Cryptographie dans son ouvrage <cite>de la Subtilité</cite>; les voici d'après la
+vieille traduction française:</p>
-<p>«Prenez deux peaux de parchemin de mesme grandeur et semblablement
-réglées et lignées; vous y ferez séparément des trous assez petits, mais
-toutefois de la grandeur et hauteur du corps que vous avez accoutumé
+<p>«Prenez deux peaux de parchemin de mesme grandeur et semblablement
+réglées et lignées; vous y ferez séparément des trous assez petits, mais
+toutefois de la grandeur et hauteur du corps que vous avez accoutumé
faire vostre lettre: l'un de ces pertuis pourra tenir sept lettres,
l'autre trois, l'autre huit ou dix, de sorte que tous les trous ou
-pertuis qu'aurez faits pourront tenir ensemble cent vingt caractères ou
-lettres. De ces <span class="pagenum"><a id="page85" name="page85"></a>(p. 85)</span> deux peaux, vous donnerez l'une à celuy auquel
-vous désirez escrire, et vous retiendrez l'autre à vous; et, lorsque
+pertuis qu'aurez faits pourront tenir ensemble cent vingt caractères ou
+lettres. De ces <span class="pagenum"><a id="page85" name="page85"></a>(p. 85)</span> deux peaux, vous donnerez l'une à celuy auquel
+vous désirez escrire, et vous retiendrez l'autre à vous; et, lorsque
voudrez escrire le plus brief et succinct que vous pourrez, de sorte que
-vostre escriture n'excède pas ledit nombre de cent vingt caractères ou
+vostre escriture n'excède pas ledit nombre de cent vingt caractères ou
lettres: qui est tout ce que les espaces et pertuis susdits pourront
-comprendre. Et après, sur les pertuis, faits comme je l'ay dit, vous
+comprendre. Et après, sur les pertuis, faits comme je l'ay dit, vous
escrivez, au feuillet de papier qui est dessous, le sujet et sentence
-que voudrez; et, après, à un autre feuillet, et conséquemment au
-troisième. Cela estant fait, vous remplacez les espaces et distances qui
-demeureront vides, ainsi augmentant ou effaçant jusques à tant que
+que voudrez; et, après, à un autre feuillet, et conséquemment au
+troisième. Cela estant fait, vous remplacez les espaces et distances qui
+demeureront vides, ainsi augmentant ou effaçant jusques à tant que
vostre sentence et sujet apparoissent et se montrent. Vous accomplirez
la seconde sentence au second feuillet de papier, faisant extrait en
-telle sorte, sur la première, qu'il semblera <span class="pagenum"><a id="page86" name="page86"></a>(p. 86)</span> et apparoistra que
-les mots et paroles soient suivants et consécutifs l'un après l'autre.
-La troisième adapterez aussi à telle sorte et manière, que, sans aucune
-interruption ni intermission des premières lettres, l'ordre, la
+telle sorte, sur la première, qu'il semblera <span class="pagenum"><a id="page86" name="page86"></a>(p. 86)</span> et apparoistra que
+les mots et paroles soient suivants et consécutifs l'un après l'autre.
+La troisième adapterez aussi à telle sorte et manière, que, sans aucune
+interruption ni intermission des premières lettres, l'ordre, la
sentence, le nombre des paroles avec la grandeur se trouveront et
-apparoistront, retenant mesure, sujet et intelligence. Et après
-appliquerez, sur ce papier escrit en cette manière, le parchemin que
-pour cette cause vous aurez taillé et percé, faisant en tout et partout,
-aux extrémitez des trous ou perçures, de petits et subtils points,
-jusques à tant que le sujet et intelligence des lettres parviennent en
-la sorte que vous désirez les escrire. Et après, celuy à qui vous les
-enverrez, mettant sur elles son exemplaire percé (comme il est dit),
-entendra subitement et facilement la conception de vostre volonté.»</p>
+apparoistront, retenant mesure, sujet et intelligence. Et après
+appliquerez, sur ce papier escrit en cette manière, le parchemin que
+pour cette cause vous aurez taillé et percé, faisant en tout et partout,
+aux extrémitez des trous ou perçures, de petits et subtils points,
+jusques à tant que le sujet et intelligence des lettres parviennent en
+la sorte que vous désirez les escrire. Et après, celuy à qui vous les
+enverrez, mettant sur elles son exemplaire percé (comme il est dit),
+entendra subitement et facilement la conception de vostre volonté.»</p>
-<h3><span class="pagenum"><a id="page87" name="page87"></a>(p. 87)</span> § V.</h3>
+<h3><span class="pagenum"><a id="page87" name="page87"></a>(p. 87)</span> § V.</h3>
<p class="h3title">Le duc de Brunswick.</p>
-<p>Au commencement du seizième siècle, un duc de Brunswick-Lunebourg,
-Auguste le Jeune, se livrait avec ardeur à l'étude; il publia divers
-écrits sous le pseudonyme de Gustave Selenus. <em>Selenus</em>, du grec
-<em>Selène</em> (la lune), était une espèce de traduction du mot <em>Lunebourg</em>;
-<em>Gustave</em> est l'anagramme d'<em>Auguste</em>. Le jeu des échecs,
-l'horticulture, l'art d'écrire en chiffres, occupèrent tour à tour
+<p>Au commencement du seizième siècle, un duc de Brunswick-Lunebourg,
+Auguste le Jeune, se livrait avec ardeur à l'étude; il publia divers
+écrits sous le pseudonyme de Gustave Selenus. <em>Selenus</em>, du grec
+<em>Selène</em> (la lune), était une espèce de traduction du mot <em>Lunebourg</em>;
+<em>Gustave</em> est l'anagramme d'<em>Auguste</em>. Le jeu des échecs,
+l'horticulture, l'art d'écrire en chiffres, occupèrent tour à tour
l'attention de ce prince; son livre sur le sujet que nous traitons ici a
-pour titre: <cite>Systema integrum Chryptographiæ</cite>; c'est un in folio de près
+pour titre: <cite>Systema integrum Chryptographiæ</cite>; c'est un in folio de près
de 500 pages.</p>
-<p>Trithème a fourni la majeure partie des procédés décrits dans ce gros
-volume, où il se trouve malheureusement beaucoup d'idées cabalistiques;
-les exemples étant <span class="pagenum"><a id="page88" name="page88"></a>(p. 88)</span> pour la plupart empruntés à la langue
+<p>Trithème a fourni la majeure partie des procédés décrits dans ce gros
+volume, où il se trouve malheureusement beaucoup d'idées cabalistiques;
+les exemples étant <span class="pagenum"><a id="page88" name="page88"></a>(p. 88)</span> pour la plupart empruntés à la langue
allemande, il n'y a pas moyen de les reproduire textuellement.</p>
-<p>Parmi les méthodes que décrit le duc Auguste, en voici une dont nous
+<p>Parmi les méthodes que décrit le duc Auguste, en voici une dont nous
n'avons pas encore fait mention:</p>
-<p>Formez trois colonnes, en inscrivant, à côté des cinq voyelles répétées
+<p>Formez trois colonnes, en inscrivant, à côté des cinq voyelles répétées
trois fois, les consonnes de l'alphabet:</p>
-<table style="width: 40%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Méthode.">
+<table style="width: 40%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Méthode.">
<tr>
<td>a</td>
<td><i>b</i></td>
@@ -2636,84 +2597,84 @@ trois fois, les consonnes de l'alphabet:</p>
</tr>
</table>
-<p>Au lieu d'écrire les lettres qui emportent les mots que vous voulez
+<p>Au lieu d'écrire les lettres qui emportent les mots que vous voulez
chiffrer, vous inscrivez celles qui leur correspondent. Vous mettez par
exemple un <em>i</em> en place d'un <em>r</em>, <i>et vice versa</i>, un <em>o</em> en place d'un
<em>f</em>, ainsi de suite.</p>
-<p>Pour écrire <em>l'empereur d'Autriche</em>, vous mettrez <em>icoakitk iaguieak</em>.</p>
+<p>Pour écrire <em>l'empereur d'Autriche</em>, vous mettrez <em>icoakitk iaguieak</em>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page89" name="page89"></a>(p. 89)</span> Rien n'empêche d'employer à rebours un alphabet ainsi dressé ou
-de substituer quelques lettres à d'autres, en suivant une marche dont on
-sera convenu: cela augmentera beaucoup les difficultés du déchiffrement.
-Au moyen de méthodes semblables, le prince allemand montre comment les
+<p><span class="pagenum"><a id="page89" name="page89"></a>(p. 89)</span> Rien n'empêche d'employer à rebours un alphabet ainsi dressé ou
+de substituer quelques lettres à d'autres, en suivant une marche dont on
+sera convenu: cela augmentera beaucoup les difficultés du déchiffrement.
+Au moyen de méthodes semblables, le prince allemand montre comment les
mots suivante: <em>Cras expectabis adventum meum</em>, peuvent se traduire par
<em>zfxubzmsbeugpgeurmiothrha</em>.</p>
-<p>Les alphabets imaginaires et forgés à plaisir, que fait connaître le
+<p>Les alphabets imaginaires et forgés à plaisir, que fait connaître le
prince, sont, pour la plupart, la reproduction ou l'imitation de ceux
-qu'on trouvait déjà dans le livre de Porta; il a pris la peine de faire
-graver (page 282) l'alphabet qu'une tradition très-peu authentique
-attribue à Salomon, et il n'a point oublié celui dont les habitants du
-pays d'Utopie font usage, à ce qu'affirme Thomas Morus. Il a lui-même
-inventé un moyen d'exprimer les lettres, au moyen d'un système de
-lignes <span class="pagenum"><a id="page90" name="page90"></a>(p. 90)</span> brisées, obliques, parallèles, etc., ou bien grâce à des
-groupes de points disposés de diverses manières. Nous pensons qu'il
+qu'on trouvait déjà dans le livre de Porta; il a pris la peine de faire
+graver (page 282) l'alphabet qu'une tradition très-peu authentique
+attribue à Salomon, et il n'a point oublié celui dont les habitants du
+pays d'Utopie font usage, à ce qu'affirme Thomas Morus. Il a lui-même
+inventé un moyen d'exprimer les lettres, au moyen d'un système de
+lignes <span class="pagenum"><a id="page90" name="page90"></a>(p. 90)</span> brisées, obliques, parallèles, etc., ou bien grâce à des
+groupes de points disposés de diverses manières. Nous pensons qu'il
serait superflu de donner la reproduction de ces alphabets fantastiques,
car le champ des inventions de ce genre est sans bornes.</p>
<h2><span class="pagenum"><a id="page91" name="page91"></a>(p. 91)</span> CHAPITRE III.<br>
-<span class="smaller">RÈGLES ET PROCÉDÉS DE CRYPTOGRAPHIE.</span></h2>
+<span class="smaller">RÈGLES ET PROCÉDÉS DE CRYPTOGRAPHIE.</span></h2>
-<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3>
+<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3>
-<p class="h3title">Préceptes généraux.</p>
+<p class="h3title">Préceptes généraux.</p>
-<p>Maintenant laissons de côté les méthodes aujourd'hui abandonnées
-qu'exposent les écrivains du seizième siècle, et cherchons à faire
-comprendre quelques-unes des règles auxquelles se conformaient, dans
-leurs dépêches chiffrées, les diplomates du siècle dernier, règles qui
-servent encore habituellement de guide à leurs successeurs.</p>
+<p>Maintenant laissons de côté les méthodes aujourd'hui abandonnées
+qu'exposent les écrivains du seizième siècle, et cherchons à faire
+comprendre quelques-unes des règles auxquelles se conformaient, dans
+leurs dépêches chiffrées, les diplomates du siècle dernier, règles qui
+servent encore habituellement de guide à leurs successeurs.</p>
-<p>Les signes de ponctuation sont supprimés, ou bien, lorsqu'il est
-nécessaire d'en faire usage, afin de donner plus de <span class="pagenum"><a id="page92" name="page92"></a>(p. 92)</span> clarté au
-texte chiffré, on les indique par une marque particulière. Les accents
+<p>Les signes de ponctuation sont supprimés, ou bien, lorsqu'il est
+nécessaire d'en faire usage, afin de donner plus de <span class="pagenum"><a id="page92" name="page92"></a>(p. 92)</span> clarté au
+texte chiffré, on les indique par une marque particulière. Les accents
et le trait d'union sont abolis.</p>
<p>On emploie ce qu'on nomme des non-valeurs (<em>otiosi characteres</em>), afin
-de dérouter les curieux. Par exemple, on peut convenir que tous les
-nombres composés entre 200 et 400, entre 825 et 950 ne signifient rien
-et qu'il ne faut point en tenir compte dans le déchiffrement. Le
-déchiffreur non initié perdra beaucoup de temps à vouloir trouver un
-sens là où il n'y en a pas et sera complétement fourvoyé.</p>
-
-<p>Parfois, on a recours à un chiffre de contre-sens; on convient que les
-phrases chiffrées, comprises entre deux marques convenues, telles que
-des croix, des parenthèses, des chiffres déterminés à l'avance, etc.,
-doivent être entendues dans un sens diamétralement opposé à celui
-qu'elles présentent. Par exemple, la phrase chiffrée: «Le roi est
-malade, mais il va <span class="pagenum"><a id="page93" name="page93"></a>(p. 93)</span> mieux et sa guérison est certaine,» doit être
-interprétée ainsi tout autrement: «Sa mort est certaine.»</p>
-
-<p>Il n'est pas mal d'employer dans une dépêche chiffrée des mots de
-diverses langues; le mystère sera encore plus difficile à percer; en
-voici un exemple: <i>L'armée de l'Empereur se réunit aux troupes du roi</i>;
-écrivez, en faisant usage du latin, de l'allemand, du français, de
-l'espagnol, de l'anglais; <i>exercitus der Kayser se réunit à las tropas
+de dérouter les curieux. Par exemple, on peut convenir que tous les
+nombres composés entre 200 et 400, entre 825 et 950 ne signifient rien
+et qu'il ne faut point en tenir compte dans le déchiffrement. Le
+déchiffreur non initié perdra beaucoup de temps à vouloir trouver un
+sens là où il n'y en a pas et sera complétement fourvoyé.</p>
+
+<p>Parfois, on a recours à un chiffre de contre-sens; on convient que les
+phrases chiffrées, comprises entre deux marques convenues, telles que
+des croix, des parenthèses, des chiffres déterminés à l'avance, etc.,
+doivent être entendues dans un sens diamétralement opposé à celui
+qu'elles présentent. Par exemple, la phrase chiffrée: «Le roi est
+malade, mais il va <span class="pagenum"><a id="page93" name="page93"></a>(p. 93)</span> mieux et sa guérison est certaine,» doit être
+interprétée ainsi tout autrement: «Sa mort est certaine.»</p>
+
+<p>Il n'est pas mal d'employer dans une dépêche chiffrée des mots de
+diverses langues; le mystère sera encore plus difficile à percer; en
+voici un exemple: <i>L'armée de l'Empereur se réunit aux troupes du roi</i>;
+écrivez, en faisant usage du latin, de l'allemand, du français, de
+l'espagnol, de l'anglais; <i>exercitus der Kayser se réunit à las tropas
of the king</i>. Chiffrez ensuite, et il sera presque impossible de
-découvrir ce que vous avez confié au papier.</p>
+découvrir ce que vous avez confié au papier.</p>
-<p>Les mots écrits avec des abréviations convenues à l'avance, présentent
+<p>Les mots écrits avec des abréviations convenues à l'avance, présentent
une ressource avantageuse; il est bon de les indiquer au moyen d'un
signe convenu.</p>
-<p>On a vu des hommes d'État employer la méthode d'écriture hébraïque,
-c'est-à-dire ranger les chiffres de droite à gauche.</p>
+<p>On a vu des hommes d'État employer la méthode d'écriture hébraïque,
+c'est-à-dire ranger les chiffres de droite à gauche.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page94" name="page94"></a>(p. 94)</span> Un procédé qui n'est pas très-compliqué consiste à dresser le
+<p><span class="pagenum"><a id="page94" name="page94"></a>(p. 94)</span> Un procédé qui n'est pas très-compliqué consiste à dresser le
tableau suivant:</p>
-<table style="width: 50%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Méthode.">
+<table style="width: 50%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Méthode.">
<tr>
<td>abcd</td>
<td>efgh</td>
@@ -2732,38 +2693,38 @@ tableau suivant:</p>
</tr>
</table>
-<p class="noindent">et l'on exprime chaque lettre du mot qu'on veut déguiser par un double
-chiffre, dont le premier représente le groupe de lettres et le second,
+<p class="noindent">et l'on exprime chaque lettre du mot qu'on veut déguiser par un double
+chiffre, dont le premier représente le groupe de lettres et le second,
le rang qu'occupe dans ce groupe la lettre qu'on a en vue. Ainsi, l'<em>r</em>
-s'exprime par 51, le <em>g</em> par 23; pour écrire <em>festina lente</em>, on mettra:</p>
+s'exprime par 51, le <em>g</em> par 23; pour écrire <em>festina lente</em>, on mettra:</p>
<p class="quote">
22 21 52 53 31 41 11 33 21 41 53 21</p>
<p>Il n'est pas sans exemple qu'on joigne au chiffre convenu pour
-représenter telle ou telle lettre, un nombre invariable qui, joint à ce
-chiffre, en donne un autre, sur lequel les efforts les plus opiniâtres
-n'ont guère de prise, lorsqu'on ne connaît pas le secret. Supposons
-qu'on soit convenu que le chiffre 8 représente l'<em>l</em>, 74 l'<em>é</em>, 31
-l'<em>r</em>, 26 l'<em>o</em>, 59 l'<em>i</em>; pour écrire le <em>roi</em>, on mettrait 8 <span class="pagenum"><a id="page95" name="page95"></a>(p. 95)</span>
-74 31 26 59; mais, si on ajoute 6 à chacun de ces nombres, on aura 14 80
+représenter telle ou telle lettre, un nombre invariable qui, joint à ce
+chiffre, en donne un autre, sur lequel les efforts les plus opiniâtres
+n'ont guère de prise, lorsqu'on ne connaît pas le secret. Supposons
+qu'on soit convenu que le chiffre 8 représente l'<em>l</em>, 74 l'<em>é</em>, 31
+l'<em>r</em>, 26 l'<em>o</em>, 59 l'<em>i</em>; pour écrire le <em>roi</em>, on mettrait 8 <span class="pagenum"><a id="page95" name="page95"></a>(p. 95)</span>
+74 31 26 59; mais, si on ajoute 6 à chacun de ces nombres, on aura 14 80
37 32 65.</p>
-<p>Il va sans dire qu'au lieu d'ajouter, on est parfaitement maître de
+<p>Il va sans dire qu'au lieu d'ajouter, on est parfaitement maître de
retrancher, de multiplier, de diviser: l'essentiel est que les deux
correspondants se mettent bien d'accord sur la marche qu'ils adoptent.</p>
-<h3>§ II.</h3>
+<h3>§ II.</h3>
-<p class="h3title">Chiffre imaginé par Mirabeau.</p>
+<p class="h3title">Chiffre imaginé par Mirabeau.</p>
-<p>L'imagination active de Mirabeau touchait à tout; il inventa, dans un
-moment de loisir, une méthode de chiffre qui n'est pas sans mérite.
-Divisez l'alphabet en cinq parties égales, désignez d'abord chacune des
-cinq divisions par un numéro, indiquez ensuite par des numéros chacune
-des lettres que vous aurez groupées arbitrairement:</p>
+<p>L'imagination active de Mirabeau touchait à tout; il inventa, dans un
+moment de loisir, une méthode de chiffre qui n'est pas sans mérite.
+Divisez l'alphabet en cinq parties égales, désignez d'abord chacune des
+cinq divisions par un numéro, indiquez ensuite par des numéros chacune
+des lettres que vous aurez groupées arbitrairement:</p>
-<table style="width: 20%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Méthode.">
+<table style="width: 20%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Méthode.">
<tr><td colspan="5">1</td></tr>
<tr><td>c</td><td>f</td><td>g</td><td>u</td><td>z</td></tr>
<tr><td>1</td><td>2</td><td>3</td><td>4</td><td>5</td></tr>
@@ -2786,22 +2747,22 @@ des lettres que vous aurez groupées arbitrairement:</p>
<tr><td>1</td><td>2</td><td>3</td><td>4</td><td>5</td></tr>
</table>
-<p>Les chiffres 6 à 9 et 0 sont regardés comme non-valeurs.</p>
+<p>Les chiffres 6 à 9 et 0 sont regardés comme non-valeurs.</p>
<p>On range sur deux lignes les chiffres qui expriment la lettre qu'on veut
-représenter; la première de ces lignes désigne le groupe; la deuxième la
+représenter; la première de ces lignes désigne le groupe; la deuxième la
place qu'occupe dans ce groupe la lettre en question. On indiquera donc
l'<em>h</em> par <img src="images/img014.jpg" width="7" height="20" alt="3/3" title="">,
le <em>t</em> par <img src="images/img015.jpg" width="9" height="20" alt="5/4" title="">,
le <em>d</em> par <img src="images/img016.jpg" width="8" height="20" alt="4/1" title="">;
-à côté de ces
-chiffres, tantôt à droite et tantôt a gauche, on mettra des non-valeurs
-afin de dérouter; en conséquence, ces mots <i>le Danube</i> s'exprimeront, si
+à côté de ces
+chiffres, tantôt à droite et tantôt a gauche, on mettra des non-valeurs
+afin de dérouter; en conséquence, ces mots <i>le Danube</i> s'exprimeront, si
l'on veut, par:</p>
<span class="pagenum"><a id="page97" name="page97"></a>(p. 97)</span>
-<table style="width: 40%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Méthode.">
+<table style="width: 40%; text-align: center;" border="0" cellpadding="1" summary="Méthode.">
<tr>
<td>74</td>
<td>3948</td>
@@ -2820,15 +2781,15 @@ l'on veut, par:</p>
</tr>
</table>
-<p>On comprend de reste, que ceci peut être susceptible d'une multitude de
+<p>On comprend de reste, que ceci peut être susceptible d'une multitude de
combinaisons diverses.</p>
-<h3>§ III.</h3>
+<h3>§ III.</h3>
<p class="h3title">Dictionnaire de convention.</p>
-<p>Un procédé, très-souvent mis en usage, consiste à former une espèce de
-dictionnaire dans lequel des mots sont remplacés par d'autres; en voici
+<p>Un procédé, très-souvent mis en usage, consiste à former une espèce de
+dictionnaire dans lequel des mots sont remplacés par d'autres; en voici
un exemple:</p>
<table style="width: 40%;" border="0" cellpadding="1" summary="Liste.">
@@ -2842,7 +2803,7 @@ un exemple:</p>
</tr>
<tr>
<td>Arriver,</td>
-<td>être.</td>
+<td>être.</td>
</tr>
<tr>
<td>Armistice,</td>
@@ -2893,7 +2854,7 @@ un exemple:</p>
<td>w.</td>
</tr>
<tr>
-<td>Définitif,</td>
+<td>Définitif,</td>
<td>mais.</td>
</tr>
<tr>
@@ -2902,7 +2863,7 @@ un exemple:</p>
</tr>
<tr>
<td>Demander,</td>
-<td>événement.</td>
+<td>événement.</td>
</tr>
<tr>
<td>Descendre,</td>
@@ -2923,10 +2884,10 @@ un exemple:</p>
<tr>
<td><span class="pagenum"><a id="page98" name="page98"></a>(p. 98)</span>
Entre,</td>
-<td>tôt.</td>
+<td>tôt.</td>
</tr>
<tr>
-<td>Événement,</td>
+<td>Événement,</td>
<td>demande.</td>
</tr>
<tr>
@@ -2942,7 +2903,7 @@ Entre,</td>
<td>demain.</td>
</tr>
<tr>
-<td>Général,</td>
+<td>Général,</td>
<td>6</td>
</tr>
<tr>
@@ -2959,7 +2920,7 @@ Entre,</td>
</tr>
<tr>
<td>Honneur,</td>
-<td>gagné.</td>
+<td>gagné.</td>
</tr>
<tr>
<td>Ici,</td>
@@ -2970,7 +2931,7 @@ Entre,</td>
<td>hier.</td>
</tr>
<tr>
-<td>Levé,</td>
+<td>Levé,</td>
<td>eux.</td>
</tr>
<tr>
@@ -2978,7 +2939,7 @@ Entre,</td>
<td>nous.</td>
</tr>
<tr>
-<td>Maréchal,</td>
+<td>Maréchal,</td>
<td>cerf.</td>
</tr>
<tr>
@@ -2987,7 +2948,7 @@ Entre,</td>
</tr>
<tr>
<td>Mille,</td>
-<td>âne.</td>
+<td>âne.</td>
</tr>
<tr>
<td>Naples,</td>
@@ -2998,7 +2959,7 @@ Entre,</td>
<td>quart.</td>
</tr>
<tr>
-<td>Opération,</td>
+<td>Opération,</td>
<td>sot.</td>
</tr>
<tr>
@@ -3011,7 +2972,7 @@ Entre,</td>
</tr>
<tr>
<td>Partis,</td>
-<td>et cætera.</td>
+<td>et cætera.</td>
</tr>
<tr>
<td>Peur,</td>
@@ -3089,33 +3050,33 @@ Entre,</td>
<p>Mots perdus qu'on intercale dans les phrases:</p>
-<p><i>Assez</i>, <i>après</i>, <i>beaucoup</i>, <i>beauté</i>, <i>carré</i>, <i>dîner</i>, <i>honneur</i>,
+<p><i>Assez</i>, <i>après</i>, <i>beaucoup</i>, <i>beauté</i>, <i>carré</i>, <i>dîner</i>, <i>honneur</i>,
<i>loterie</i>, <i>mer</i>, <i>noire</i>, <i>port</i>, etc.</p>
<p>En se servant de cette table, voici <span class="pagenum"><a id="page99" name="page99"></a>(p. 99)</span> comment on pourra rendre le
passage suivant:</p>
-<p>«Le Conseil n'a rien statué de définitif. Il paraît cependant qu'on ne
-balance qu'entre deux partis, celui de risquer la levée du camp et celui
-de demander un armistice.»</p>
+<p>«Le Conseil n'a rien statué de définitif. Il paraît cependant qu'on ne
+balance qu'entre deux partis, celui de risquer la levée du camp et celui
+de demander un armistice.»</p>
-<p>«Le <em>w</em> n'a encore rien, <em>or</em> de <em>mais</em>. Il paraît cependant qu'on ne
-<em>oui</em> que <em>tôt voir etc.</em>, celui de <em>bas</em> la <em>eux</em> du 7 et celui de
-<em>événement</em> un <em>car</em>.»</p>
+<p>«Le <em>w</em> n'a encore rien, <em>or</em> de <em>mais</em>. Il paraît cependant qu'on ne
+<em>oui</em> que <em>tôt voir etc.</em>, celui de <em>bas</em> la <em>eux</em> du 7 et celui de
+<em>événement</em> un <em>car</em>.»</p>
-<h3>§ IV.</h3>
+<h3>§ IV.</h3>
-<p class="h3title">Lettres et mots exprimés par des chiffres.</p>
+<p class="h3title">Lettres et mots exprimés par des chiffres.</p>
-<p>Une des méthodes les plus généralement arrêtées consiste à représenter
+<p>Une des méthodes les plus généralement arrêtées consiste à représenter
chaque lettre et un certain nombre de mots, de syllabes et de noms
-propres, par des chiffres; afin de mieux dérouter les investigations, on
-exprime la même lettre ou le même objet par divers chiffres; les noms
-<span class="pagenum"><a id="page100" name="page100"></a>(p. 100)</span> de nombre eux-mêmes se traduisent par des chiffres. On forme
+propres, par des chiffres; afin de mieux dérouter les investigations, on
+exprime la même lettre ou le même objet par divers chiffres; les noms
+<span class="pagenum"><a id="page100" name="page100"></a>(p. 100)</span> de nombre eux-mêmes se traduisent par des chiffres. On forme
ainsi des tableaux qui portent le nom de <em>chiffre chiffrant</em>; en voici
-un modèle.</p>
+un modèle.</p>
-<table class="auto" style="width: 40%;" border="0" cellpadding="1" summary="Modèle.">
+<table class="auto" style="width: 40%;" border="0" cellpadding="1" summary="Modèle.">
<tr>
<td>a</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -3355,7 +3316,7 @@ un modèle.</p>
<td class="right">90</td>
</tr>
<tr>
-<td>été,</td>
+<td>été,</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">27</td>
<td class="right">128</td>
@@ -3459,7 +3420,7 @@ un modèle.</p>
<td class="right">819</td>
</tr>
<tr>
-<td>l'armée,</td>
+<td>l'armée,</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">700</td>
<td class="right">790</td>
@@ -3606,7 +3567,7 @@ un modèle.</p>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">Non-valeurs,</td>
-<td colspan="4">3000 à 4500</td>
+<td colspan="4">3000 à 4500</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">Contre-sens,</td>
@@ -3617,47 +3578,47 @@ un modèle.</p>
<p>Supposons qu'on veuille chiffrer les lignes que voici:</p>
-<p>«Le roi est parti le 12 du courant pour l'armée, avec le prince N. et le
-ministre N. <span class="font200">+</span> il a de bonnes intentions pour votre Majesté <span class="font200">+</span>;
-l'armée, forte de 150,000 hommes, doit passer le Danube.»</p>
+<p>«Le roi est parti le 12 du courant pour l'armée, avec le prince N. et le
+ministre N. <span class="font200">+</span> il a de bonnes intentions pour votre Majesté <span class="font200">+</span>;
+l'armée, forte de 150,000 hommes, doit passer le Danube.»</p>
-<p>On fera précéder cet avis de quelques mots qui lui donneront l'apparence
-d'une missive relative à quelque opération de commerce ou de banque, et
-on écrira:</p>
+<p>On fera précéder cet avis de quelques mots qui lui donneront l'apparence
+d'une missive relative à quelque opération de commerce ou de banque, et
+on écrira:</p>
-<p>«Je n'ai pu encore réussir à effectuer l'emprunt que vous désirez
-contracter et au sujet duquel vous m'avez écrit. 3000 4499 812 576 9 14
+<p>«Je n'ai pu encore réussir à effectuer l'emprunt que vous désirez
+contracter et au sujet duquel vous m'avez écrit. 3000 4499 812 576 9 14
16 11 53 <span class="pagenum"><a id="page103" name="page103"></a>(p. 103)</span> courant 21 58 53 81 69 6 108 13 31 47 19 32 201 4 3017
779 7 3778 66 14 b <span class="font200">+</span> 98 83 46 45 20 129 54 102 900 103 105 107 104 201
5886 925 98 7654 102 52 63b 1266 96 536 90 b <span class="font200">+</span> 700 66 24 18 190 280
651 661 39 58 13 63 47 74 11 129 98 82 21 6 52 74 201 81 88 65 500 102
-112 5 31. Cette affaire pourrait avoir à Hambourg des chances de
-réussite.»</p>
+112 5 31. Cette affaire pourrait avoir à Hambourg des chances de
+réussite.»</p>
-<p>Les mots, <em>bonnes intentions</em>, étant affectés du chiffre de contre-sens,
+<p>Les mots, <em>bonnes intentions</em>, étant affectés du chiffre de contre-sens,
il faut comprendre: <em>mauvaises intentions</em> ou <em>peu favorables</em>.</p>
-<h3>§ V.</h3>
+<h3>§ V.</h3>
-<p class="h3title">Théorie des chiffres chiffrants et déchiffrants.</p>
+<p class="h3title">Théorie des chiffres chiffrants et déchiffrants.</p>
-<p>Les auteurs de l'<cite>Encyclopédie méthodique</cite> ne pouvaient oublier, dans
-leur vaste répertoire de <i>omni re scibili</i>, l'art de <span class="pagenum"><a id="page104" name="page104"></a>(p. 104)</span>
-l'écriture en chiffre; voici le résumé des notions qu'ils exposent à cet
-égard:</p>
+<p>Les auteurs de l'<cite>Encyclopédie méthodique</cite> ne pouvaient oublier, dans
+leur vaste répertoire de <i>omni re scibili</i>, l'art de <span class="pagenum"><a id="page104" name="page104"></a>(p. 104)</span>
+l'écriture en chiffre; voici le résumé des notions qu'ils exposent à cet
+égard:</p>
-<p>Lorsqu'un agent diplomatique part pour une ambassade ou une légation, le
-ministère des affaires étrangères lui remet ordinairement trois
-<em>chiffres</em>, le chiffre chiffrant, le chiffre déchiffrant, et le chiffre
-banal. Le chiffre chiffrant, partagé en colonnes, marque dans la
-première non-seulement les lettres de l'alphabet, mais aussi les
+<p>Lorsqu'un agent diplomatique part pour une ambassade ou une légation, le
+ministère des affaires étrangères lui remet ordinairement trois
+<em>chiffres</em>, le chiffre chiffrant, le chiffre déchiffrant, et le chiffre
+banal. Le chiffre chiffrant, partagé en colonnes, marque dans la
+première non-seulement les lettres de l'alphabet, mais aussi les
syllabes, les mots et les phrases dont cet agent aura probablement
-besoin dans le cours de sa négociation, les noms des souverains ou
-république, de leurs principaux ministres, etc. Cette colonne est
-quelquefois imprimée, mais la seconde colonne, remplie en écriture par
-le département des affaires étrangères, renferme les nombres, chiffres
-ou caractères par lesquels on juge à propos de désigner la lettre, le
-mot ou la phrase, comme dans le modèle suivant:</p>
+besoin dans le cours de sa négociation, les noms des souverains ou
+république, de leurs principaux ministres, etc. Cette colonne est
+quelquefois imprimée, mais la seconde colonne, remplie en écriture par
+le département des affaires étrangères, renferme les nombres, chiffres
+ou caractères par lesquels on juge à propos de désigner la lettre, le
+mot ou la phrase, comme dans le modèle suivant:</p>
<span class="pagenum"><a id="page105" name="page105"></a>(p. 105)</span>
@@ -3705,7 +3666,7 @@ mot ou la phrase, comme dans le modèle suivant:</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>l'armée des alliés,</td>
+<td>l'armée des alliés,</td>
<td class="right">80.</td>
<td class="right">95</td>
<td class="right">1022</td>
@@ -3736,31 +3697,31 @@ mot ou la phrase, comme dans le modèle suivant:</p>
</tr>
</table>
-<p>On a soin de ranger par ordre alphabétique les noms substantifs, les
-verbes et les phrases, selon leurs lettres initiales, pour la commodité
-du chiffreur, et l'on emploie divers nombres dont il peut se servir à
-son choix, afin de désigner le même mot; grâce à cette précaution, en
-cas d'incident, il devient plus difficile de déchiffrer la dépêche.</p>
+<p>On a soin de ranger par ordre alphabétique les noms substantifs, les
+verbes et les phrases, selon leurs lettres initiales, pour la commodité
+du chiffreur, et l'on emploie divers nombres dont il peut se servir à
+son choix, afin de désigner le même mot; grâce à cette précaution, en
+cas d'incident, il devient plus difficile de déchiffrer la dépêche.</p>
-<p>Les articles d'une dépêche qui mérite le secret se chiffrent tout au
-long; on n'y met point de mots écrits en caractères ordinaires, parce
-que ces mots, quelque indifférents <span class="pagenum"><a id="page106" name="page106"></a>(p. 106)</span> qu'ils puissent paraître, se
+<p>Les articles d'une dépêche qui mérite le secret se chiffrent tout au
+long; on n'y met point de mots écrits en caractères ordinaires, parce
+que ces mots, quelque indifférents <span class="pagenum"><a id="page106" name="page106"></a>(p. 106)</span> qu'ils puissent paraître, se
trouvant dans le chiffre, peuvent faire deviner une partie du sens ou du
-moins découvrir la matière qu'on traite. Il ne faut pas négliger de
-distinguer tous les mots par un point, qu'on met derrière chaque nombre,
-puisque, sans cette précaution, une dépêche serait indéchiffrable pour
+moins découvrir la matière qu'on traite. Il ne faut pas négliger de
+distinguer tous les mots par un point, qu'on met derrière chaque nombre,
+puisque, sans cette précaution, une dépêche serait indéchiffrable pour
le correspondant, qui ne pourrait se servir de sa clef et qui verrait
les nombres confondus.</p>
-<p>Le chiffre déchiffrant marque, dans la première colonne à gauche, tous
-les nombres dont le chiffre chiffrant est composé, depuis le plus bas
-jusqu'au plus haut dans leur ordre naturel, et la colonne à droite
-contient le mot, la phrase ou la lettre que chaque nombre désigne.
-Lorsqu'on veut chiffrer quelque dépêche, on cherche dans ce chiffre
-déchiffrant la signification de chaque mot qui se présente, et on
-l'écrit au-dessus entre les lignes, qui doivent être espacées
-convenablement, de même <span class="pagenum"><a id="page107" name="page107"></a>(p. 107)</span> que les nombres éloignés les uns des
-autres à une juste distance.</p>
+<p>Le chiffre déchiffrant marque, dans la première colonne à gauche, tous
+les nombres dont le chiffre chiffrant est composé, depuis le plus bas
+jusqu'au plus haut dans leur ordre naturel, et la colonne à droite
+contient le mot, la phrase ou la lettre que chaque nombre désigne.
+Lorsqu'on veut chiffrer quelque dépêche, on cherche dans ce chiffre
+déchiffrant la signification de chaque mot qui se présente, et on
+l'écrit au-dessus entre les lignes, qui doivent être espacées
+convenablement, de même <span class="pagenum"><a id="page107" name="page107"></a>(p. 107)</span> que les nombres éloignés les uns des
+autres à une juste distance.</p>
<p>En voici un exemple:</p>
@@ -3771,9 +3732,9 @@ autres à une juste distance.</p>
<td>d'ici</td>
<td>est</td>
<td>tout</td>
-<td>dévoué</td>
+<td>dévoué</td>
<td>aux</td>
-<td>intérêts</td>
+<td>intérêts</td>
</tr>
<tr>
<td>102</td>
@@ -3808,9 +3769,9 @@ autres à une juste distance.</p>
</tr>
<tr><td colspan="8">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>guinées</td>
-<td>semées</td>
-<td>à</td>
+<td>guinées</td>
+<td>semées</td>
+<td>à</td>
<td>propos.</td>
<td colspan="4">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -3823,306 +3784,306 @@ autres à une juste distance.</p>
</tr>
</table>
-<h3>§ VI.</h3>
+<h3>§ VI.</h3>
-<p class="h3title">Autres systèmes de chiffres.</p>
+<p class="h3title">Autres systèmes de chiffres.</p>
-<p>Lorsqu'on soupçonne que les chiffres ont été vendus par des commis ou
-des serviteurs infidèles, on tâche de tromper les gens qui ont fait
+<p>Lorsqu'on soupçonne que les chiffres ont été vendus par des commis ou
+des serviteurs infidèles, on tâche de tromper les gens qui ont fait
acquisition du chiffre.</p>
-<p>Alors la Cour écrit à son ministre ou bien le ministre mande à sa Cour
-le contraire de ses véritables intentions. On exprime en chiffre la
+<p>Alors la Cour écrit à son ministre ou bien le ministre mande à sa Cour
+le contraire de ses véritables intentions. On exprime en chiffre la
contre-partie des nouvelles qu'on veut transmettre; on met ensuite, dans
-la dépêche, un signe, une marque, un caractère, un mot ou une <span class="pagenum"><a id="page108" name="page108"></a>(p. 108)</span>
-phrase, dont on est convenu avant le départ du négociateur, indice qui
-annule non-seulement tout ce qui vient d'être dit, mais qui désigne
-aussi qu'on doit l'entendre dans le sens opposé; c'est ce qu'on appelle
-le <em>chiffre annulant</em>. Lorsqu'on découvre qu'une puissance rivale essaye
-de corrompre nos employés, on lui fait parvenir adroitement un faux
-chiffre, et on l'induit en erreur en écrivant des contre-vérités.</p>
-
-<p>La Cour donne quelquefois un chiffre différent à chacun de ses ministres
-dans les pays étrangers; mais, comme il importe souvent au bien des
-affaires générales, que ces ministres lient entre eux des
-correspondances, on leur remet un chiffre banal qui leur est commun à
+la dépêche, un signe, une marque, un caractère, un mot ou une <span class="pagenum"><a id="page108" name="page108"></a>(p. 108)</span>
+phrase, dont on est convenu avant le départ du négociateur, indice qui
+annule non-seulement tout ce qui vient d'être dit, mais qui désigne
+aussi qu'on doit l'entendre dans le sens opposé; c'est ce qu'on appelle
+le <em>chiffre annulant</em>. Lorsqu'on découvre qu'une puissance rivale essaye
+de corrompre nos employés, on lui fait parvenir adroitement un faux
+chiffre, et on l'induit en erreur en écrivant des contre-vérités.</p>
+
+<p>La Cour donne quelquefois un chiffre différent à chacun de ses ministres
+dans les pays étrangers; mais, comme il importe souvent au bien des
+affaires générales, que ces ministres lient entre eux des
+correspondances, on leur remet un chiffre banal qui leur est commun à
tous et dont ils peuvent se servir.</p>
-<p>Le chiffre à simple clef est celui où l'on se sert toujours d'une même
-figure pour désigner une même lettre.</p>
+<p>Le chiffre à simple clef est celui où l'on se sert toujours d'une même
+figure pour désigner une même lettre.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page109" name="page109"></a>(p. 109)</span> Le chiffre à double clef est celui dans lequel on change
-d'alphabet à chaque mot ou dans lequel on emploie des mots inutiles.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page109" name="page109"></a>(p. 109)</span> Le chiffre à double clef est celui dans lequel on change
+d'alphabet à chaque mot ou dans lequel on emploie des mots inutiles.</p>
-<p>Une manière plus simple est de convenir d'un même livre peu connu, ou
-d'une édition ancienne, imprimée au loin, presque ignorée: on forme une
+<p>Une manière plus simple est de convenir d'un même livre peu connu, ou
+d'une édition ancienne, imprimée au loin, presque ignorée: on forme une
clef de trois chiffres; le premier marque la page du livre qu'on a
-choisi; le second désigne la ligne de cette page; le troisième marque le
-mot dont on doit se servir. Cette manière d'écrire ne peut être devinée
-que de ceux qui devineront d'abord à quel livre on a recours; elle
-présente d'autant plus de difficultés, que, le même mot se trouvant en
-diverses pages du livre, il est presque toujours désigné par différents
-chiffres; le même chiffre revient rarement désigner le même terme.</p>
-
-<p>Nous allons maintenant passer en revue quelques-uns des systèmes de
-Cryptographie <span class="pagenum"><a id="page110" name="page110"></a>(p. 110)</span> que développent les auteurs du dix-huitième
-siècle, systèmes dont le fond se trouve déjà chez Vigenère et chez
-Porta, et qui ne sont pas indignes d'attention, quoique, n'ayant guère
-été mis en usage, ils soient demeurés dans des livres condamnés à
+choisi; le second désigne la ligne de cette page; le troisième marque le
+mot dont on doit se servir. Cette manière d'écrire ne peut être devinée
+que de ceux qui devineront d'abord à quel livre on a recours; elle
+présente d'autant plus de difficultés, que, le même mot se trouvant en
+diverses pages du livre, il est presque toujours désigné par différents
+chiffres; le même chiffre revient rarement désigner le même terme.</p>
+
+<p>Nous allons maintenant passer en revue quelques-uns des systèmes de
+Cryptographie <span class="pagenum"><a id="page110" name="page110"></a>(p. 110)</span> que développent les auteurs du dix-huitième
+siècle, systèmes dont le fond se trouve déjà chez Vigenère et chez
+Porta, et qui ne sont pas indignes d'attention, quoique, n'ayant guère
+été mis en usage, ils soient demeurés dans des livres condamnés à
trouver peu de lecteurs.</p>
-<h3>§ VII.</h3>
+<h3>§ VII.</h3>
<p class="h3title">Chiffre par excellence.</p>
-<p>Tel est le nom que Dlandol, dans son <cite>Contre-espion</cite>, donne à un
-chiffre, qui réunit, d'après lui, le plus grand nombre d'avantages que
-l'on puisse désirer pour une correspondance secrète et qui les réunirait
-tous sans exception, s'il n'était pas d'une exécution assez lente. Cet
-inconvénient est compensé par l'immense difficulté, par l'impossibilité
-même, on peut le dire, de découvrir, lorsqu'on ne possède pas le mot de
-clef convenu entre les correspondants, <span class="pagenum"><a id="page111" name="page111"></a>(p. 111)</span> le sens d'une dépêche
-écrite de la sorte.</p>
+<p>Tel est le nom que Dlandol, dans son <cite>Contre-espion</cite>, donne à un
+chiffre, qui réunit, d'après lui, le plus grand nombre d'avantages que
+l'on puisse désirer pour une correspondance secrète et qui les réunirait
+tous sans exception, s'il n'était pas d'une exécution assez lente. Cet
+inconvénient est compensé par l'immense difficulté, par l'impossibilité
+même, on peut le dire, de découvrir, lorsqu'on ne possède pas le mot de
+clef convenu entre les correspondants, <span class="pagenum"><a id="page111" name="page111"></a>(p. 111)</span> le sens d'une dépêche
+écrite de la sorte.</p>
<p>Pour faire emploi de ce chiffre, il faut d'abord que les deux
-correspondants se munissent d'un carré, qui présente pour les lettres ce
-que le carré arithmétique présente pour les chiffres, c'est-à-dire que
+correspondants se munissent d'un carré, qui présente pour les lettres ce
+que le carré arithmétique présente pour les chiffres, c'est-à-dire que
dans l'un on multiplie des lettres, comme des chiffres dans l'autre, en
-cherchant le carré correspondant aux deux termes qui se servent
-réciproquement de multiplicande et de multiplicateur.</p>
+cherchant le carré correspondant aux deux termes qui se servent
+réciproquement de multiplicande et de multiplicateur.</p>
<p>Voulez-vous savoir, par exemple, combien font six fois quatre ou quatre
-fois six? Cherchez, sur la première ligne horizontale de votre carré,
-l'un de ces deux nombres; cherchez ensuite l'autre sur la première ligne
-verticale, c'est-à-dire sur la première colonne. Voyez ensuite quelle
-est la case qui correspond en même temps à chacune de celles où sont ces
+fois six? Cherchez, sur la première ligne horizontale de votre carré,
+l'un de ces deux nombres; cherchez ensuite l'autre sur la première ligne
+verticale, c'est-à-dire sur la première colonne. Voyez ensuite quelle
+est la case qui correspond en même temps à chacune de celles où sont ces
deux nombres. Vous trouvez 24, qui est effectivement <span class="pagenum"><a id="page112" name="page112"></a>(p. 112)</span> le
-produit de six ou de quatre multipliés l'un par l'autre. De même dans le
-carré de lettres, si vous voulez multiplier F par M, vous trouverez S à
-la case qui répond à l'F de la première ligne et à l'M de la première
-colonne. Vous trouvez également S à la case qui correspond à l'M de la
-première ligne et à l'F de la première colonne. Ceci posé, n'oublions
+produit de six ou de quatre multipliés l'un par l'autre. De même dans le
+carré de lettres, si vous voulez multiplier F par M, vous trouverez S à
+la case qui répond à l'F de la première ligne et à l'M de la première
+colonne. Vous trouvez également S à la case qui correspond à l'M de la
+première ligne et à l'F de la première colonne. Ceci posé, n'oublions
pas qu'il y a un mot de clef dont les correspondants conviennent entre
eux. Supposons que ce mot de clef soit <em>blanc-bec</em> (et si nous prenons
-ce mot pour exemple, c'est qu'il y a avantage à choisir des expressions
-peu usuelles et qui déjouent tous les efforts d'imagination de ceux qui
+ce mot pour exemple, c'est qu'il y a avantage à choisir des expressions
+peu usuelles et qui déjouent tous les efforts d'imagination de ceux qui
s'efforceraient de les deviner). Il faut que vous multipliiez
constamment, par les lettres du mot choisi, toutes les lettres de la
missive que vous voulez chiffrer; puis, cela fait, vous placez chacune
-des lettres de <em>blanc-bec</em> sous chacune des véritables lettres <span class="pagenum"><a id="page113" name="page113"></a>(p. 113)</span>
-que vous aurez à écrire, en répétant sans cesse le mot convenu et en
-recommençant à l'inscrire aussitôt que vous l'avez terminé.</p>
+des lettres de <em>blanc-bec</em> sous chacune des véritables lettres <span class="pagenum"><a id="page113" name="page113"></a>(p. 113)</span>
+que vous aurez à écrire, en répétant sans cesse le mot convenu et en
+recommençant à l'inscrire aussitôt que vous l'avez terminé.</p>
-<p>Supposons que vous veuillez, vous, général d'armée, transmettre cet
+<p>Supposons que vous veuillez, vous, général d'armée, transmettre cet
avis:</p>
-<p>«Nous devons décamper cette nuit:»</p>
+<p>«Nous devons décamper cette nuit:»</p>
-<p>Vous le disposerez de la façon suivante:</p>
+<p>Vous le disposerez de la façon suivante:</p>
-<p>Nous devons décamper cette nuit.</p>
+<p>Nous devons décamper cette nuit.</p>
<p>Blan cbecbl ancblabl ancbe cblan.</p>
<p>Dans cet arrangement, vous regardez chacune des lettres <em>vraies</em> de la
missive, comme des chiffres d'un multiplicande et chacune des lettres du
-mot de clef, comme un multiplicateur. Vous opérez ensuite de la façon
+mot de clef, comme un multiplicateur. Vous opérez ensuite de la façon
suivante:</p>
-<p>En multipliant N, première lettre <em>vraie</em> de la dépêche, par B, première
-lettre du mot de clef, vous trouvez sur votre carré la lettre P, à la
-case qui correspond d'un côté à l'N, de l'autre au B. Vous placez P
-<span class="pagenum"><a id="page114" name="page114"></a>(p. 114)</span> pour première lettre de la missive chiffrée.</p>
+<p>En multipliant N, première lettre <em>vraie</em> de la dépêche, par B, première
+lettre du mot de clef, vous trouvez sur votre carré la lettre P, à la
+case qui correspond d'un côté à l'N, de l'autre au B. Vous placez P
+<span class="pagenum"><a id="page114" name="page114"></a>(p. 114)</span> pour première lettre de la missive chiffrée.</p>
<p>La seconde vraie lettre est un O, la seconde lettre de la clef est L. La
-case qui correspond à O et à L est un A, que vous posez comme second
-caractère.</p>
+case qui correspond à O et à L est un A, que vous posez comme second
+caractère.</p>
-<p>La troisième vraie lettre est un U, la troisième lettre du mot de clef
-un A. La case qui correspond à l'une et à l'autre lettre, vous donne V,
-et la case qui correspond ensuite à S (quatrième lettre vraie) et à N
-(quatrième lettre du mot de clef), est G. Vous mettez pour troisième et
-quatrième caractère de votre dépêche chiffrée: V G.</p>
+<p>La troisième vraie lettre est un U, la troisième lettre du mot de clef
+un A. La case qui correspond à l'une et à l'autre lettre, vous donne V,
+et la case qui correspond ensuite à S (quatrième lettre vraie) et à N
+(quatrième lettre du mot de clef), est G. Vous mettez pour troisième et
+quatrième caractère de votre dépêche chiffrée: V G.</p>
-<p>Continuant cette opération sur chaque mot de la dépêche vraie, vous
-arrivez à la phrase chiffrée que voici:</p>
+<p>Continuant cette opération sur chaque mot de la dépêche vraie, vous
+arrivez à la phrase chiffrée que voici:</p>
<p class="quote">pavgggerpcesfcrsgddsxvjqxuu</p>
-<p>Tant qu'on ne possédera pas le mot de clef, il sera impossible de
+<p>Tant qu'on ne possédera pas le mot de clef, il sera impossible de
deviner le sens d'un pareil billet. Votre correspondant <span class="pagenum"><a id="page115" name="page115"></a>(p. 115)</span>
-déchiffrera sans peine cette missive, en faisant une opération inverse à
+déchiffrera sans peine cette missive, en faisant une opération inverse à
celle que vous avez accomplie.</p>
-<p>Au-dessous du billet chiffré, il écrira chacune des lettres du mot de
-clef. Il cherchera ensuite successivement dans la première colonne du
-carré chaque lettre du mot de clef, et, à chaque lettre, il cherchera
-sur la même ligne la lettre correspondante du billet chiffré. Alors la
-lettre qui commence la colonne où se trouve cette lettre de chiffre est
-la vraie; c'est celle qu'il faut écrire pour avoir la véritable missive.</p>
+<p>Au-dessous du billet chiffré, il écrira chacune des lettres du mot de
+clef. Il cherchera ensuite successivement dans la première colonne du
+carré chaque lettre du mot de clef, et, à chaque lettre, il cherchera
+sur la même ligne la lettre correspondante du billet chiffré. Alors la
+lettre qui commence la colonne où se trouve cette lettre de chiffre est
+la vraie; c'est celle qu'il faut écrire pour avoir la véritable missive.</p>
-<p>On remarquera que chaque fois qu'une lettre se présente dans la dépêche
-<em>vraie</em>, elle donne dans la dépêche chiffrée un résultat différent;
-aussi toute investigation demeure-t-elle stérile, lorsqu'on ne possède
+<p>On remarquera que chaque fois qu'une lettre se présente dans la dépêche
+<em>vraie</em>, elle donne dans la dépêche chiffrée un résultat différent;
+aussi toute investigation demeure-t-elle stérile, lorsqu'on ne possède
pas les mots qui forment la clef d'un pareil chiffre.</p>
-<p>Cette méthode est, au fond, sauf quelques <span class="pagenum"><a id="page116" name="page116"></a>(p. 116)</span> légères différences,
-la même que celle qu'expose le père Kircher, qu'il met en &oelig;uvre au
-moyen d'un tableau de chiffres (<i>abacus numeralis</i>), formé de lettres de
-l'alphabet disposées horizontalement d'abord, verticalement ensuite, et
-donnant ainsi un carré composé de 576 cases, dans chacune desquelles est
-placé un chiffre. Le procédé qu'indique Neyron (<i>Principes du droit des
-gens</i>, Brunswick, 1783, 8<sup>o</sup>, p. 170), rentre dans une catégorie toute
+<p>Cette méthode est, au fond, sauf quelques <span class="pagenum"><a id="page116" name="page116"></a>(p. 116)</span> légères différences,
+la même que celle qu'expose le père Kircher, qu'il met en &oelig;uvre au
+moyen d'un tableau de chiffres (<i>abacus numeralis</i>), formé de lettres de
+l'alphabet disposées horizontalement d'abord, verticalement ensuite, et
+donnant ainsi un carré composé de 576 cases, dans chacune desquelles est
+placé un chiffre. Le procédé qu'indique Neyron (<i>Principes du droit des
+gens</i>, Brunswick, 1783, 8<sup>o</sup>, p. 170), rentre dans une catégorie toute
semblable.</p>
-<h3><span class="pagenum"><a id="page117" name="page117"></a>(p. 117)</span> § VIII.</h3>
+<h3><span class="pagenum"><a id="page117" name="page117"></a>(p. 117)</span> § VIII.</h3>
-<p class="h3title">Grille en châssis.</p>
+<p class="h3title">Grille en châssis.</p>
-<p>La manière d'écrire en chiffres au moyen d'une grille en châssis est
-bien simple et d'un usage facile. Elle réclame peu de temps. Il s'agit
-d'avoir un châssis découpé sur la longueur des lignes, comme le désigne
-la figure; celui auquel on écrit possède un instrument tout semblable.</p>
+<p>La manière d'écrire en chiffres au moyen d'une grille en châssis est
+bien simple et d'un usage facile. Elle réclame peu de temps. Il s'agit
+d'avoir un châssis découpé sur la longueur des lignes, comme le désigne
+la figure; celui auquel on écrit possède un instrument tout semblable.</p>
-<p>Chacun des coins du châssis doit porter une marque différente, parce que
-ce châssis peut se placer dans divers sens.</p>
+<p>Chacun des coins du châssis doit porter une marque différente, parce que
+ce châssis peut se placer dans divers sens.</p>
-<p>Après l'avoir posé sur une feuille de papier de même grandeur, en
+<p>Après l'avoir posé sur une feuille de papier de même grandeur, en
faisant attention aux marques des quatre coins, on transcrit, dans les
-ouvertures, l'avis qu'on veut transmettre. La lettre une fois tracée
-d'après cette méthode, on lève le châssis, et, dans les intervalles qui
-se rencontrent entre chacun des mots, on en <span class="pagenum"><a id="page118" name="page118"></a>(p. 118)</span> écrit d'autres,
+ouvertures, l'avis qu'on veut transmettre. La lettre une fois tracée
+d'après cette méthode, on lève le châssis, et, dans les intervalles qui
+se rencontrent entre chacun des mots, on en <span class="pagenum"><a id="page118" name="page118"></a>(p. 118)</span> écrit d'autres,
afin de remplir les vides; on doit autant que possible les choisir de
-manière qu'ils puissent former un sens avec ceux qui ont été écrits dans
-les ouvertures du châssis.</p>
+manière qu'ils puissent former un sens avec ceux qui ont été écrits dans
+les ouvertures du châssis.</p>
-<p>Le correspondant qui reçoit cette épître applique, par-dessus chaque
-page, un châssis semblable; alors tous les mots inutiles se trouvent
-masqués, et il n'a sous les yeux que les mots qui composent l'avis qu'on
-s'est proposé de faire passer.</p>
+<p>Le correspondant qui reçoit cette épître applique, par-dessus chaque
+page, un châssis semblable; alors tous les mots inutiles se trouvent
+masqués, et il n'a sous les yeux que les mots qui composent l'avis qu'on
+s'est proposé de faire passer.</p>
<p>La lecture d'une des &oelig;uvres les plus remarquables de M. de Balzac
-(<cite>Histoire des Treize</cite>) a révélé l'existence de la <em>grille</em> à bien des
-personnes fort peu au fait des procédés de la Cryptographie. Il s'agit,
+(<cite>Histoire des Treize</cite>) a révélé l'existence de la <em>grille</em> à bien des
+personnes fort peu au fait des procédés de la Cryptographie. Il s'agit,
dans le passage ci-dessous, d'un agent de change, qui, ayant en main une
-lettre adressée à sa femme, lettre qui présente un non-sens continuel,
-vient consulter un de ses amis, employé au ministère des affaires
-étrangères:</p>
+lettre adressée à sa femme, lettre qui présente un non-sens continuel,
+vient consulter un de ses amis, employé au ministère des affaires
+étrangères:</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page119" name="page119"></a>(p. 119)</span> «&mdash;C'est une lettre à grille.. Attends.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page119" name="page119"></a>(p. 119)</span> «&mdash;C'est une lettre à grille.. Attends.</p>
-<p>«Il laissa Jules seul dans le cabinet, et revint assez promptement.</p>
+<p>«Il laissa Jules seul dans le cabinet, et revint assez promptement.</p>
-<p>«&mdash;Niaiserie, mon ami! C'est écrit avec une vieille grille dont se
+<p>«&mdash;Niaiserie, mon ami! C'est écrit avec une vieille grille dont se
servait l'ambassadeur de Portugal sous M. de Choiseul, lors du renvoi
-des jésuites... Tiens, voici!</p>
+des jésuites... Tiens, voici!</p>
-<p>«Jacques superposa un papier à jour, régulièrement découpé comme une de
-ces dentelles que les confiseurs mettent sur leurs dragées, et Jules put
-alors facilement lire les phrases qui restèrent à découvert.»</p>
+<p>«Jacques superposa un papier à jour, régulièrement découpé comme une de
+ces dentelles que les confiseurs mettent sur leurs dragées, et Jules put
+alors facilement lire les phrases qui restèrent à découvert.»</p>
-<p>Donnons un exemple de ce procédé.</p>
+<p>Donnons un exemple de ce procédé.</p>
<p>Supposons qu'on veuille mander ceci:</p>
-<p>«Vous me trouverez très-disposé à vous rendre.»</p>
+<p>«Vous me trouverez très-disposé à vous rendre.»</p>
-<p>On écrit ces mots dans l'ordre et à la place que leur assigne la grille
+<p>On écrit ces mots dans l'ordre et à la place que leur assigne la grille
dont on fait usage, et on remplit les intervalles, par d'autres mots, de
-façon que le tout présente un sens assez raisonnable.</p>
+façon que le tout présente un sens assez raisonnable.</p>
<p class="high">
<span class="pagenum"><a id="page120" name="page120"></a>(p. 120)</span> Je <span class="box">vous</span> prie de <span class="box">me</span> mander si vous<br>
- <span class="box">trouverez</span> bon, mon <span class="box">très-</span> cher, que je<br>
- <span class="box">disposé</span> dès <span class="box">à</span> présent des effets que<br>
+ <span class="box">trouverez</span> bon, mon <span class="box">très-</span> cher, que je<br>
+ <span class="box">disposé</span> dès <span class="box">à</span> présent des effets que<br>
<span class="box">vous</span> avez offert de me <span class="box">rendre</span>, etc.</p>
-<p>Voici maintenant le vrai sens rétabli au moyen de la grille:</p>
+<p>Voici maintenant le vrai sens rétabli au moyen de la grille:</p>
<p class="high">
<span class="invis">Je</span> <span class="box">vous</span> <span class="invis">prie de</span> <span class="box">me</span> <span class="invis">mander si vous</span><br>
- <span class="box">trouverez</span> <span class="invis">bon, mon</span> <span class="box">très-</span> <span class="invis">cher, que je</span><br>
- <span class="box">disposé</span> <span class="invis">dès</span> <span class="box">à</span> <span class="invis">présent des effets que</span><br>
+ <span class="box">trouverez</span> <span class="invis">bon, mon</span> <span class="box">très-</span> <span class="invis">cher, que je</span><br>
+ <span class="box">disposé</span> <span class="invis">dès</span> <span class="box">à</span> <span class="invis">présent des effets que</span><br>
<span class="box">vous</span> <span class="invis">avez offert de me</span> <span class="box">rendre</span>, <span class="invis">etc.</span></p>
-<h3>§ IX.</h3>
+<h3>§ IX.</h3>
<p class="h3title">Chiffre au moyen d'un cadran.</p>
-<p>Ce procédé est un peu compliqué. Il exige du temps et de l'attention,
-mais il <span class="pagenum"><a id="page121" name="page121"></a>(p. 121)</span> présente les plus grandes garanties d'un mystère
-impénétrable.</p>
+<p>Ce procédé est un peu compliqué. Il exige du temps et de l'attention,
+mais il <span class="pagenum"><a id="page121" name="page121"></a>(p. 121)</span> présente les plus grandes garanties d'un mystère
+impénétrable.</p>
<p>Vous tracez sur un carton un cadran, que vous divisez exactement en
-vingt-quatre parties égales et sur chacune desquelles vous transcrivez
+vingt-quatre parties égales et sur chacune desquelles vous transcrivez
une des vingt-quatre lettres de l'alphabet.</p>
<p>Vous avez un autre cercle de carton mobile ayant un centre commun avec
le premier et pouvant tourner librement sur ce centre. Vous le divisez
-en un même nombre de parties, et vous y transcrivez également les
-diverses lettres de l'alphabet. Si les lettres sont rangées dans l'ordre
+en un même nombre de parties, et vous y transcrivez également les
+diverses lettres de l'alphabet. Si les lettres sont rangées dans l'ordre
ordinaire sur les deux cadrans, l'emploi de ce moyen de correspondance
devient plus commode.</p>
-<p>Le cadran mobile doit être placé de manière que ses divisions
-correspondent exactement à celles du premier cadran. On le dispose de la
-manière que l'on veut; et, si la lettre H, par exemple, du cadran
-<span class="pagenum"><a id="page122" name="page122"></a>(p. 122)</span> intérieur correspond à la lettre A du cadran extérieur, on
-place en tête de la première ligne qu'on écrit les deux lettres H et A:
-elles indiquent, à celui avec lequel on correspond, de quelle manière il
-doit de son côté placer la machine parfaitement semblable dont il est
-muni; sans une pareille indication préliminaire, il serait impossible de
-parvenir à s'entendre.</p>
-
-<p>Une fois les cadrans disposés, on prend la lettre que l'on veut chiffrer
-et que l'on a d'avance écrite en caractères ordinaires; au lieu de
-chacune des lettres dont les mots sont composés, on place, sur la
-dépêche que l'on expédie, les lettres qui y correspondent sur le cadran
-intérieur.</p>
+<p>Le cadran mobile doit être placé de manière que ses divisions
+correspondent exactement à celles du premier cadran. On le dispose de la
+manière que l'on veut; et, si la lettre H, par exemple, du cadran
+<span class="pagenum"><a id="page122" name="page122"></a>(p. 122)</span> intérieur correspond à la lettre A du cadran extérieur, on
+place en tête de la première ligne qu'on écrit les deux lettres H et A:
+elles indiquent, à celui avec lequel on correspond, de quelle manière il
+doit de son côté placer la machine parfaitement semblable dont il est
+muni; sans une pareille indication préliminaire, il serait impossible de
+parvenir à s'entendre.</p>
+
+<p>Une fois les cadrans disposés, on prend la lettre que l'on veut chiffrer
+et que l'on a d'avance écrite en caractères ordinaires; au lieu de
+chacune des lettres dont les mots sont composés, on place, sur la
+dépêche que l'on expédie, les lettres qui y correspondent sur le cadran
+intérieur.</p>
<p>Si le mot que vous voulez chiffrer est celui de <em>roi</em>, par exemple, vous
mettrez, au lieu de l'<em>r</em>, la lettre <em>x</em> qui y correspond sur le cadran
-intérieur, et ensuite, au lieu des lettres <em>o</em> et <em>i</em>, les lettres <em>v</em>
-et <em>n</em>; vous aurez ainsi <em>xvn</em>, et le déchiffrement <span class="pagenum"><a id="page123" name="page123"></a>(p. 123)</span> de ce que
-vous écrirez de la sorte sera presque impossible à celui qui ne saura
-pas que vous vous servez des cadrans, et qui, le sût-il, ne connaîtra
+intérieur, et ensuite, au lieu des lettres <em>o</em> et <em>i</em>, les lettres <em>v</em>
+et <em>n</em>; vous aurez ainsi <em>xvn</em>, et le déchiffrement <span class="pagenum"><a id="page123" name="page123"></a>(p. 123)</span> de ce que
+vous écrirez de la sorte sera presque impossible à celui qui ne saura
+pas que vous vous servez des cadrans, et qui, le sût-il, ne connaîtra
pas quelle disposition vous leur donnez.</p>
-<p>Vous continuez de même pour toutes les lettres dont se composent tous
-les mots de la dépêche qu'il s'agit de déguiser.</p>
+<p>Vous continuez de même pour toutes les lettres dont se composent tous
+les mots de la dépêche qu'il s'agit de déguiser.</p>
-<p>Votre correspondant met à profit l'indication H A, dont il vient d'être
-question: il donne à ses cadrans une disposition identique à celle que
-vous avez adoptée; il cherche successivement sur le cadran extérieur
-toutes les lettres qui répondent sur le cadran intérieur à chacune de
+<p>Votre correspondant met à profit l'indication H A, dont il vient d'être
+question: il donne à ses cadrans une disposition identique à celle que
+vous avez adoptée; il cherche successivement sur le cadran extérieur
+toutes les lettres qui répondent sur le cadran intérieur à chacune de
celles qu'il trouve dans votre missive, et il arrive ainsi sans
-difficulté à traduire la dépêche qu'il a reçue.</p>
+difficulté à traduire la dépêche qu'il a reçue.</p>
-<h3><span class="pagenum"><a id="page124" name="page124"></a>(p. 124)</span> § X.</h3>
+<h3><span class="pagenum"><a id="page124" name="page124"></a>(p. 124)</span> § X.</h3>
<p class="h3title">De l'emploi des signes astronomiques.</p>
-<p>Les signes astronomiques, c'est-à-dire ceux dont on fait usage pour
-désigner les planètes et les diverses parties du zodiaque ont été
-plusieurs fois mis en usage comme dans la Cryptographie. Supposé que
-chaque lettre soit représentée par un de ces signes, il faudra beaucoup
-de temps et de peine, pour écrire une dépêche en suivant une pareille
-méthode, et le secret ne sera pas mieux caché. Un chiffre de ce genre ne
-présente pas plus de difficulté que celui dans lequel chaque lettre de
-l'alphabet est représentée par une autre lettre, <em>a</em>, par exemple, étant
-remplacé par <em>d</em>, <em>b</em> par <em>e</em>, <em>c</em> par <em>f</em>, ainsi de suite.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page125" name="page125"></a>(p. 125)</span> On éprouve moins d'embarras à faire usage d'un chiffre, dans
-lequel les signes astronomiques sont mêlés à des lettres empruntées aux
-alphabets hébraïque, grec ou latin, ou bien à des chiffres numériques, à
-des figures de mathématiques. Chacun de ces signes exprime une lettre,
-une syllabe ou un mot. Cette méthode était du goût des anciens auteurs;
-mais aujourd'hui elle ne trouve guère de partisans. Vigenère se plaît à
-en fournir des exemples qu'il développe avec sa prolixité habituelle.</p>
-
-<p>Voici, parmi les procédés de ce genre, le meilleur et le plus simple. On
+<p>Les signes astronomiques, c'est-à-dire ceux dont on fait usage pour
+désigner les planètes et les diverses parties du zodiaque ont été
+plusieurs fois mis en usage comme dans la Cryptographie. Supposé que
+chaque lettre soit représentée par un de ces signes, il faudra beaucoup
+de temps et de peine, pour écrire une dépêche en suivant une pareille
+méthode, et le secret ne sera pas mieux caché. Un chiffre de ce genre ne
+présente pas plus de difficulté que celui dans lequel chaque lettre de
+l'alphabet est représentée par une autre lettre, <em>a</em>, par exemple, étant
+remplacé par <em>d</em>, <em>b</em> par <em>e</em>, <em>c</em> par <em>f</em>, ainsi de suite.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page125" name="page125"></a>(p. 125)</span> On éprouve moins d'embarras à faire usage d'un chiffre, dans
+lequel les signes astronomiques sont mêlés à des lettres empruntées aux
+alphabets hébraïque, grec ou latin, ou bien à des chiffres numériques, à
+des figures de mathématiques. Chacun de ces signes exprime une lettre,
+une syllabe ou un mot. Cette méthode était du goût des anciens auteurs;
+mais aujourd'hui elle ne trouve guère de partisans. Vigenère se plaît à
+en fournir des exemples qu'il développe avec sa prolixité habituelle.</p>
+
+<p>Voici, parmi les procédés de ce genre, le meilleur et le plus simple. On
partage l'alphabet en cinq parties ou plus; on place chacune de ces
-sections dans un carré particulier, et on désigne chaque carré par un
+sections dans un carré particulier, et on désigne chaque carré par un
signe astronomique convenu. Donnons-en un exemple.</p>
<span class="pagenum"><a id="page126" name="page126"></a>(p. 126)</span>
@@ -4152,16 +4113,16 @@ signe astronomique convenu. Donnons-en un exemple.</p>
</tr>
</table>
-<p>Il vaut mieux de ne pas laisser les lettres de l'alphabet rangées dans
+<p>Il vaut mieux de ne pas laisser les lettres de l'alphabet rangées dans
l'ordre habituel. Lorsqu'on veut faire usage des tableaux ci-dessus, il
-faut, pour exprimer chaque lettre, écrire le signe qui dénote le carré,
-et indiquer la lettre qu'on a en vue par un numéro qui correspond à la
+faut, pour exprimer chaque lettre, écrire le signe qui dénote le carré,
+et indiquer la lettre qu'on a en vue par un numéro qui correspond à la
place qu'elle occupe.
-L'<em>e</em> se trouvera donc représenté par <img src="images/img019.jpg" width="30" height="30" alt="Signe" title="">1,
+L'<em>e</em> se trouvera donc représenté par <img src="images/img019.jpg" width="30" height="30" alt="Signe" title="">1,
l'<em>m</em> par <img src="images/img020.jpg" width="30" height="30" alt="Signe" title="">4,
l'<em>o</em> par <img src="images/img021.jpg" width="30" height="33" alt="Signe" title="">2,
etc. Si l'on veut transmettre l'avis que
-«l'armée a passé le Danube,» on mettra:</p>
+«l'armée a passé le Danube,» on mettra:</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page127" name="page127"></a>(p. 127)</span>
<a href="#tn1">[Voir note.]</a></p>
@@ -4187,78 +4148,78 @@ etc. Si l'on veut transmettre l'avis que
<span class="font150">O</span>2
<span class="font150">&#390;</span>1.</p>
-<p>Ce procédé est un peu long, puisque chaque lettre réclame remploi d'un
-signe et d'un numéro; il ne présenterait pas de très-grandes difficultés
-à un déchiffreur habile, s'il était mis en usage de la manière que nous
-indiquons, mais il est aisé d'y ajouter des complications qui en
-déguisent mieux le mystère.</p>
+<p>Ce procédé est un peu long, puisque chaque lettre réclame remploi d'un
+signe et d'un numéro; il ne présenterait pas de très-grandes difficultés
+à un déchiffreur habile, s'il était mis en usage de la manière que nous
+indiquons, mais il est aisé d'y ajouter des complications qui en
+déguisent mieux le mystère.</p>
-<h3>§ XI.</h3>
+<h3>§ XI.</h3>
-<p class="h3title">Signes de la mnémonique.</p>
+<p class="h3title">Signes de la mnémonique.</p>
-<p>L'idée d'appliquer à la Cryptographie les signes imaginés pour la
-mnémonique ou l'art de la mémoire, s'est naturellement présentée à
+<p>L'idée d'appliquer à la Cryptographie les signes imaginés pour la
+mnémonique ou l'art de la mémoire, s'est naturellement présentée à
quelques imaginations. Jean-Henri Dobel, dans son <i>Collegium mnemonicum
-ou Révolutions d'un nouveau <span class="pagenum"><a id="page128" name="page128"></a>(p. 128)</span> secret de l'art de la pensée</i> (en
-allemand, Hambourg, 1707, 4<sup>o</sup>), a travaillé en ce sens. Il désigne par
-les numéros 1 à 23 chacune des lettres de l'alphabet; il traduit ainsi
-en chiffres chaque phrase contenue dans la dépêche qu'on veut rendre
-secrète. Enfin, il transforme ces chiffres en mots que donne sa
-mnémonique chiffrée. Il écrit ces mots tout au long. Il arrive ainsi à
-des séries de mots latins qui n'offrent aucun sens en apparence.</p>
-
-<p>Dobel représente, dans ses procédés de mnémonique, les chiffres, par des
+ou Révolutions d'un nouveau <span class="pagenum"><a id="page128" name="page128"></a>(p. 128)</span> secret de l'art de la pensée</i> (en
+allemand, Hambourg, 1707, 4<sup>o</sup>), a travaillé en ce sens. Il désigne par
+les numéros 1 à 23 chacune des lettres de l'alphabet; il traduit ainsi
+en chiffres chaque phrase contenue dans la dépêche qu'on veut rendre
+secrète. Enfin, il transforme ces chiffres en mots que donne sa
+mnémonique chiffrée. Il écrit ces mots tout au long. Il arrive ainsi à
+des séries de mots latins qui n'offrent aucun sens en apparence.</p>
+
+<p>Dobel représente, dans ses procédés de mnémonique, les chiffres, par des
consonnes; ainsi 1&mdash;b, p, w; 2&mdash;c, k, q, x; 3&mdash;f ou v; 4&mdash;g ou j; 5&mdash;l;
-6&mdash;m; 7&mdash;n; 8&mdash;r; 9&mdash;s; 0&mdash;d ou t. Veut-il exprimer mnémoniquement ces
+6&mdash;m; 7&mdash;n; 8&mdash;r; 9&mdash;s; 0&mdash;d ou t. Veut-il exprimer mnémoniquement ces
chiffres, il prend des mots latins dans lesquels se rencontrent les
consonnes qui correspondent aux chiffres en question. C'est ainsi que
le nombre 567 aura pour expression les lettres <em>l</em> <em>m</em> <em>n</em> et pour
-représenter <span class="pagenum"><a id="page129" name="page129"></a>(p. 129)</span> ces lettres, il a recours aux mots: <em>limen</em>,
+représenter <span class="pagenum"><a id="page129" name="page129"></a>(p. 129)</span> ces lettres, il a recours aux mots: <em>limen</em>,
<em>lumen</em>, <em>lamina</em>, <em>columen</em>.</p>
-<p>Ce procédé exige beaucoup de temps, de peine et de papier. Une page
-entière d'écriture chiffrée est nécessaire pour exprimer quelques lignes
-de la dépêche qu'il s'agit de transmettre. Ces inconvénients sont cause
-qu'on n'a peut-être jamais fait usage de cette méthode mnémonique, qui
+<p>Ce procédé exige beaucoup de temps, de peine et de papier. Une page
+entière d'écriture chiffrée est nécessaire pour exprimer quelques lignes
+de la dépêche qu'il s'agit de transmettre. Ces inconvénients sont cause
+qu'on n'a peut-être jamais fait usage de cette méthode mnémonique, qui
est, d'ailleurs, il faut en convenir, une de celles dont
-l'interprétation présenterait le plus de difficultés.</p>
+l'interprétation présenterait le plus de difficultés.</p>
-<h3>§ XII.</h3>
+<h3>§ XII.</h3>
<p class="h3title">Correspondance au moyen d'un jeu de cartes.</p>
<p>Il faut avoir un jeu de cartes et disposer toutes les figures dans un
ordre quelconque dont on sera convenu avec son correspondant. On doit
-également déterminer l'ordre du mélange qui doit se faire de ces
+également déterminer l'ordre du mélange qui doit se faire de ces
cartes.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page130" name="page130"></a>(p. 130)</span> Ces deux choses ayant été réglées, vous écrivez, comme
+<p><span class="pagenum"><a id="page130" name="page130"></a>(p. 130)</span> Ces deux choses ayant été réglées, vous écrivez, comme
d'ordinaire, votre lettre sur une feuille de papier, et, arrangeant
-ensuite le jeu de cartes dans l'ordre dont vous êtes convenu, vous les
-mêlez et vous tracez sur chacune d'elles, en commençant par la première
+ensuite le jeu de cartes dans l'ordre dont vous êtes convenu, vous les
+mêlez et vous tracez sur chacune d'elles, en commençant par la première
qui se trouve alors dessus le jeu, successivement toutes les lettres qui
-composent ce qui a été écrit sur le papier; lorsque vous avez placé une
-lettre sur chacune de ces cartes, vous les mêlez de nouveau, toujours
-dans le même ordre et sans y rien changer, et vous continuez de placer
-de même toutes les lettres qui suivent; vous réitérez cette opération
-jusqu'à ce que vous ayez transcrit toutes les lettres qui composent ce
-que vous voulez mander. Ayez l'attention de mettre un point après
-chacune des lettres qui terminent un mot, afin d'indiquer la séparation
+composent ce qui a été écrit sur le papier; lorsque vous avez placé une
+lettre sur chacune de ces cartes, vous les mêlez de nouveau, toujours
+dans le même ordre et sans y rien changer, et vous continuez de placer
+de même toutes les lettres qui suivent; vous réitérez cette opération
+jusqu'à ce que vous ayez transcrit toutes les lettres qui composent ce
+que vous voulez mander. Ayez l'attention de mettre un point après
+chacune des lettres qui terminent un mot, afin d'indiquer la séparation
de tous les mots.</p>
<p>Supposons qu'on soit convenu de se servir <span class="pagenum"><a id="page131" name="page131"></a>(p. 131)</span> d'un jeu de piquet de
-trente-deux cartes, disposé dans l'ordre qui suit, et de mêler ce jeu,
-en mettant alternativement à chaque mélange trois cartes au-dessus des
-trois premières et trois au-dessous. Le jeu étant remis dans son premier
-état, chaque carte sera chargée des lettres ci-après.</p>
+trente-deux cartes, disposé dans l'ordre qui suit, et de mêler ce jeu,
+en mettant alternativement à chaque mélange trois cartes au-dessus des
+trois premières et trois au-dessous. Le jeu étant remis dans son premier
+état, chaque carte sera chargée des lettres ci-après.</p>
-<p>On suppose que la lettre chiffrée contient la phrase suivante:</p>
+<p>On suppose que la lettre chiffrée contient la phrase suivante:</p>
-<p>«Je connais trop, monsieur, l'intérêt que vous prenez à tout ce qui peut
-augmenter ma félicité, pour retarder plus longtemps à vous confier le
-dessein que j'ai formé de m'unir par les liens les plus sacrés à la
-famille de...»</p>
+<p>«Je connais trop, monsieur, l'intérêt que vous prenez à tout ce qui peut
+augmenter ma félicité, pour retarder plus longtemps à vous confier le
+dessein que j'ai formé de m'unir par les liens les plus sacrés à la
+famille de...»</p>
<table class="auto" style="width: 60%;" border="0" cellpadding="1" summary="Cartes.">
<colgroup>
@@ -4271,15 +4232,15 @@ famille de...»</p>
<col width="10%">
</colgroup>
<tr>
-<td class="center">ORDRE DES CARTES<br> convenu<br> entre ceux qui s'écrivent.</td>
+<td class="center">ORDRE DES CARTES<br> convenu<br> entre ceux qui s'écrivent.</td>
<td class="center" colspan="6">LETTRES DE LA PHRASE<br> ci-dessus,<br>
-dans l'ordre où elles doivent<br> se trouver<br> sur chacune des cartes.</td>
+dans l'ordre où elles doivent<br> se trouver<br> sur chacune des cartes.</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="7">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td class="center"><i>Mélange</i>,</td>
+<td class="center"><i>Mélange</i>,</td>
<td class="right">1</td>
<td class="right">2</td>
<td class="right">3</td>
@@ -4325,10 +4286,10 @@ roi de pique,</td>
<td class="right">a</td>
<td class="right">n</td>
<td class="right">n</td>
-<td class="right">é</td>
+<td class="right">é</td>
</tr>
<tr>
-<td>neuf de trèfle,</td>
+<td>neuf de trèfle,</td>
<td class="right">m</td>
<td class="right">e</td>
<td class="right">f</td>
@@ -4355,7 +4316,7 @@ roi de pique,</td>
<td class="right">l</td>
</tr>
<tr>
-<td>as de trèfle,</td>
+<td>as de trèfle,</td>
<td class="right">u</td>
<td class="right">a</td>
<td class="right">l</td>
@@ -4382,7 +4343,7 @@ roi de pique,</td>
<td class="right">a</td>
</tr>
<tr>
-<td>dix de trèfle,</td>
+<td>dix de trèfle,</td>
<td class="right">r</td>
<td class="right">s</td>
<td class="right">t</td>
@@ -4418,7 +4379,7 @@ roi de pique,</td>
<td class="right">l</td>
</tr>
<tr>
-<td>huit de trèfle,</td>
+<td>huit de trèfle,</td>
<td class="right">n</td>
<td class="right">p</td>
<td class="right">u</td>
@@ -4436,7 +4397,7 @@ roi de pique,</td>
<td class="right">d</td>
</tr>
<tr>
-<td>dame de trèfle,</td>
+<td>dame de trèfle,</td>
<td class="right">t</td>
<td class="right">u</td>
<td class="right">l</td>
@@ -4481,7 +4442,7 @@ roi de pique,</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>valet de trèfle,</td>
+<td>valet de trèfle,</td>
<td class="right">o</td>
<td class="right">t</td>
<td class="right">d</td>
@@ -4490,7 +4451,7 @@ roi de pique,</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>sept de trèfle,</td>
+<td>sept de trèfle,</td>
<td class="right">n</td>
<td class="right">o</td>
<td class="right">e</td>
@@ -4562,7 +4523,7 @@ roi de pique,</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>roi de trèfle,</td>
+<td>roi de trèfle,</td>
<td class="right">q</td>
<td class="right">n</td>
<td class="right">n</td>
@@ -4581,57 +4542,57 @@ roi de pique,</td>
</tr>
</table>
-<p><span class="pagenum"><a id="page133" name="page133"></a>(p. 133)</span> Toutes les lettres qui composent les mots de la dépêche qu'on
-veut chiffrer ayant été séparément transcrites sur ces trente-deux
-cartes, comme il vient d'être indiqué, vous mêlerez indistinctement ce
-jeu de cartes, et vous l'enverrez à votre correspondant.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page133" name="page133"></a>(p. 133)</span> Toutes les lettres qui composent les mots de la dépêche qu'on
+veut chiffrer ayant été séparément transcrites sur ces trente-deux
+cartes, comme il vient d'être indiqué, vous mêlerez indistinctement ce
+jeu de cartes, et vous l'enverrez à votre correspondant.</p>
-<h4>Manière de lire.</h4>
+<h4>Manière de lire.</h4>
-<p>Celui qui reçoit ce jeu de cartes le dispose d'abord (eu égard à la
-figure des cartes) dans l'ordre qui a été convenu; il en fait un premier
-mélange, et transcrit successivement et de suite toutes les lettres qui
-se trouvent les premières en tête de chacune de ces trente-deux cartes,
-en ayant bien attention de ne pas les déranger de leur ordre; après
-quoi, il les mêle de nouveau et recommence cette même opération jusqu'à
+<p>Celui qui reçoit ce jeu de cartes le dispose d'abord (eu égard à la
+figure des cartes) dans l'ordre qui a été convenu; il en fait un premier
+mélange, et transcrit successivement et de suite toutes les lettres qui
+se trouvent les premières en tête de chacune de ces trente-deux cartes,
+en ayant bien attention de ne pas les déranger de leur ordre; après
+quoi, il les mêle de nouveau et recommence cette même opération jusqu'à
ce que toutes les lettres soient transcrites: ces lettres forment
-naturellement le discours contenu dans la dépêche en chiffres.</p>
+naturellement le discours contenu dans la dépêche en chiffres.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page134" name="page134"></a>(p. 134)</span> Une précaution qui n'est pas à dédaigner consiste à écrire en
-encre sympathique les caractères tracés sur ces cartes: si elles
-viennent à tomber entre des mains indiscrètes, rien n'indique
-l'existence du secret qui leur a été confié.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page134" name="page134"></a>(p. 134)</span> Une précaution qui n'est pas à dédaigner consiste à écrire en
+encre sympathique les caractères tracés sur ces cartes: si elles
+viennent à tomber entre des mains indiscrètes, rien n'indique
+l'existence du secret qui leur a été confié.</p>
-<h3>§ XIII.</h3>
+<h3>§ XIII.</h3>
<p class="h3title">De l'emploi des lettres nulles, afin de cacher le sens d'une
- dépêche.</p>
+ dépêche.</p>
-<p>On écrit <em>en clair</em> la dépêche qu'on veut transmettre, mais on y mêle
-des mots et des syllabes de façon à obtenir une suite de mots étrangers
-n'appartenant à aucune langue et qui ne présentent aucun sens. On
-partage les mots composés de plusieurs syllabes, et d'un mot on en fait
-plusieurs, en ajoutant des lettres que le déchiffreur regarde comme
+<p>On écrit <em>en clair</em> la dépêche qu'on veut transmettre, mais on y mêle
+des mots et des syllabes de façon à obtenir une suite de mots étrangers
+n'appartenant à aucune langue et qui ne présentent aucun sens. On
+partage les mots composés de plusieurs syllabes, et d'un mot on en fait
+plusieurs, en ajoutant des lettres que le déchiffreur regarde comme
<em>nulles</em>.</p>
-<p>Voici un passage emprunté à la <cite>Germanie</cite> de Tacite et écrit d'après un
-pareil système.</p>
+<p>Voici un passage emprunté à la <cite>Germanie</cite> de Tacite et écrit d'après un
+pareil système.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page135" name="page135"></a>(p. 135)</span> Dans la première ligne, les trois premiers mots: <i>Lampsi deso
+<p><span class="pagenum"><a id="page135" name="page135"></a>(p. 135)</span> Dans la première ligne, les trois premiers mots: <i>Lampsi deso
saleu</i>, et le dernier: <em>nous</em>, sont nuls.</p>
<p>Dans chacune des lignes suivantes, le premier et le dernier mot le sont
-également.</p>
+également.</p>
-<p>Dans chacun des autres mots placés dans ces diverses lignes, la première
-et la dernière lettre sont nulles. Il va sans dire que le choix des
-syllabes et des lettres affectées de nullité est parfaitement
-indifférent.</p>
+<p>Dans chacun des autres mots placés dans ces diverses lignes, la première
+et la dernière lettre sont nulles. Il va sans dire que le choix des
+syllabes et des lettres affectées de nullité est parfaitement
+indifférent.</p>
-<p>Ceci posé, on peut écrire la phrase suivante. Nous mettons en italique,
-pour plus de clarté, les lettres qu'il faut conserver; mais, dans la
-dépêche chiffrée, rien ne doit distinguer ce qui est valable et ce qui
-est ajouté.</p>
+<p>Ceci posé, on peut écrire la phrase suivante. Nous mettons en italique,
+pour plus de clarté, les lettres qu'il faut conserver; mais, dans la
+dépêche chiffrée, rien ne doit distinguer ce qui est valable et ce qui
+est ajouté.</p>
<p class="noindent">Lampsi deso saleu e<i>rege</i>su s<i>ex</i>a a<i>nobi</i>o nous futher c<i>litate</i>s
u<i>duces</i>n t<i>ex</i>t s<i>uirtute</i>y ai ma t<i>sumunt</i>a. o<i>nec</i>t g<i>regi</i>o a<i>bus</i>o
@@ -4651,54 +4612,54 @@ s<i>agunt</i>u s<i>admi</i>o e<i>ratio</i>x a<i>ne</i>s s<i>prae</i>t y</p>
<p class="noindent">allos o<i>sunt</i>y dorche.</p>
-<p>Le passage de Tacite se trouve ainsi très-clairement énoncé:</p>
+<p>Le passage de Tacite se trouve ainsi très-clairement énoncé:</p>
<p><i>Reges ex nobilitate, duces ex virtute sumunt. Nec regibus infinita aut
libera potestas, et duces potius quam imperio si promptui, si conspicui,
-si ante aciem agunt, admiratione præsunt.</i></p>
+si ante aciem agunt, admiratione præsunt.</i></p>
-<p>Comme il serait fort long d'écrire en tête et à la fin de chaque ligne
-un grand nombre de mots <em>nuls</em>, on simplifie de diverses manières le
-système que nous venons d'indiquer.</p>
+<p>Comme il serait fort long d'écrire en tête et à la fin de chaque ligne
+un grand nombre de mots <em>nuls</em>, on simplifie de diverses manières le
+système que nous venons d'indiquer.</p>
-<p>On entremêle, aux mots de l'avis qu'on veut transmettre, des lettres
-prises au hasard, de façon, par exemple, que chaque lettre vraie est
-précédée de deux lettres <span class="pagenum"><a id="page137" name="page137"></a>(p. 137)</span> fausses. Pour écrire <i>nemo est domi</i>
-(personne n'est à la maison), vous mettrez:</p>
+<p>On entremêle, aux mots de l'avis qu'on veut transmettre, des lettres
+prises au hasard, de façon, par exemple, que chaque lettre vraie est
+précédée de deux lettres <span class="pagenum"><a id="page137" name="page137"></a>(p. 137)</span> fausses. Pour écrire <i>nemo est domi</i>
+(personne n'est à la maison), vous mettrez:</p>
<p class="quote">ex<i>n</i>pt<i>e</i>rk<i>m</i>bd<i>o</i>
vn<i>e</i>cs<i>s</i>mj<i>t</i>
lb<i>d</i>ku<i>o</i>ph<i>m</i>cu<i>i</i>.</p>
-<p>Ou bien on mêle aux mots certaines syllabes qui n'ont aucun sens. Pour
+<p>Ou bien on mêle aux mots certaines syllabes qui n'ont aucun sens. Pour
dire: <i>Pater meus non est domi</i>, vous mettrez: <i>Pa</i>ba<i>t</i>eb<i>er</i>
<i>me</i>beub<i>us</i> <i>no</i>bo<i>n</i> eb<i>est</i> <i>do</i>lo<i>mi</i>bi. <i>Fababribicabatober</i> voudra
dire: <i>Fabricator</i>.</p>
-<p>Un procédé du même genre consiste à renverser les mots de l'avis à
-transmettre, c'est-à-dire à les inscrire de droite à gauche, en mettant
-au commencement et à la fin de chacun deux lettres qui ne signifient
-rien; d'après cette méthode, pour écrire: «l'armée est battue,» on
+<p>Un procédé du même genre consiste à renverser les mots de l'avis à
+transmettre, c'est-à-dire à les inscrire de droite à gauche, en mettant
+au commencement et à la fin de chacun deux lettres qui ne signifient
+rien; d'après cette méthode, pour écrire: «l'armée est battue,» on
pourra mettre: nb<i>eemral</i>xd ve<i>tse</i>jb iq<i>euttab</i>kf.</p>
<p>Tout ceci, on le comprend de reste, est susceptible de modifications
-très-nombreuses; mais il faut reconnaître également qu'un déchiffreur,
-ayant de l'expérience et bien versé dans les mystères de <span class="pagenum"><a id="page138" name="page138"></a>(p. 138)</span> la
-Cryptographie, n'aurait pas beaucoup de peine pour découvrir les secrets
-cachés sous un pareil voile.</p>
+très-nombreuses; mais il faut reconnaître également qu'un déchiffreur,
+ayant de l'expérience et bien versé dans les mystères de <span class="pagenum"><a id="page138" name="page138"></a>(p. 138)</span> la
+Cryptographie, n'aurait pas beaucoup de peine pour découvrir les secrets
+cachés sous un pareil voile.</p>
-<h3>§ XIV.</h3>
+<h3>§ XIV.</h3>
-<p class="h3title">De la stéganométrographie.</p>
+<p class="h3title">De la stéganométrographie.</p>
-<p>Ce procédé est décrit en détail dans un ouvrage publié par Mathias Uken,
-en 1751. Donnons une idée de ce chiffre, qu'on peut regarder à juste
+<p>Ce procédé est décrit en détail dans un ouvrage publié par Mathias Uken,
+en 1751. Donnons une idée de ce chiffre, qu'on peut regarder à juste
titre comme un de ceux dont il serait le plus difficile de trouver la
clef.</p>
-<p>Vous écrivez en caractères ordinaires l'avis que vous voulez transmettre
+<p>Vous écrivez en caractères ordinaires l'avis que vous voulez transmettre
en secret, et vous placez sous chaque lettre un chiffre, en ayant soin
-de faire suivre les numéros dans l'ordre habituel.</p>
+de faire suivre les numéros dans l'ordre habituel.</p>
<p>Supposons que vous voulez mander la nouvelle de la mort de l'empereur
d'Allemagne, <span class="pagenum"><a id="page139" name="page139"></a>(p. 139)</span> nouvelle que vous exprimez en latin.</p>
@@ -4780,11 +4741,11 @@ d'Allemagne, <span class="pagenum"><a id="page139" name="page139"></a>(p. 139)</
</tr>
</table>
-<p>Vous vous êtes muni d'un certain nombre de tableaux numérotés; chacun
-d'eux porte les vingt-quatre lettres de l'alphabet, de A à Z, et, à côté
-de chaque lettre se trouve inscrit la moitié d'un vers pentamètre ou
-hexamètre. Les tableaux pairs contiennent les premiers hémistiches, les
-tableaux impairs les seconds; de sorte qu'en réunissant les tableaux 1
+<p>Vous vous êtes muni d'un certain nombre de tableaux numérotés; chacun
+d'eux porte les vingt-quatre lettres de l'alphabet, de A à Z, et, à côté
+de chaque lettre se trouve inscrit la moitié d'un vers pentamètre ou
+hexamètre. Les tableaux pairs contiennent les premiers hémistiches, les
+tableaux impairs les seconds; de sorte qu'en réunissant les tableaux 1
et 2, 3 et 4, 5 et 6, on obtient les vers entiers. En voici un exemple:</p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="1" summary="Exemple.">
@@ -4798,14 +4759,14 @@ et 2, 3 et 4, 5 et 6, on obtient les vers entiers. En voici un exemple:</p>
<td>Ne mora te teneat</td>
<td>&nbsp;</td>
<td><b>a</b></td>
-<td>chartæ perfringere gemmam.</td>
+<td>chartæ perfringere gemmam.</td>
</tr>
<tr>
<td><b>b</b></td>
<td>Ne cunctare precor</td>
<td>&nbsp;</td>
<td><b>b</b></td>
-<td>sua vincula demere chartæ.</td>
+<td>sua vincula demere chartæ.</td>
</tr>
<tr>
<td><span class="pagenum"><a id="page140" name="page140"></a>(p. 140)</span>
@@ -4849,52 +4810,52 @@ et 2, 3 et 4, 5 et 6, on obtient les vers entiers. En voici un exemple:</p>
</tr>
<tr>
<td><b>i</b></td>
-<td>Lætitias mentis</td>
+<td>Lætitias mentis</td>
<td>&nbsp;</td>
<td><b>i</b></td>
<td>demat ut illa.</td>
</tr>
</table>
-<p>Cherchez dans le premier tableau l'hémistiche qui correspond à la lettre
-H et dans le second celui qui est placé à côté de la lettre E; voyez
-dans le troisième tableau quelle moitié de vers correspond à la lettre
-R, et, dans le quatrième, examinez ce que vous donne I. En écrivant à la
-place de chaque lettre l'hémistiche qui lui correspond, vous exprimerez
-le mot <em>Heri</em> de la manière suivante:</p>
+<p>Cherchez dans le premier tableau l'hémistiche qui correspond à la lettre
+H et dans le second celui qui est placé à côté de la lettre E; voyez
+dans le troisième tableau quelle moitié de vers correspond à la lettre
+R, et, dans le quatrième, examinez ce que vous donne I. En écrivant à la
+place de chaque lettre l'hémistiche qui lui correspond, vous exprimerez
+le mot <em>Heri</em> de la manière suivante:</p>
<p class="poem10">
Ne dedigneris peregrinam evolvere chartam,<br>
A tibi dilectis, credi venire plagis.</p>
-<p>En suivant ce même procédé, vous compléterez facilement votre dépêche.</p>
+<p>En suivant ce même procédé, vous compléterez facilement votre dépêche.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page141" name="page141"></a>(p. 141)</span> Il convient de se servir d'un assez grand nombre de tableaux,
-afin de ne pas se trouver dans le cas de répéter les mêmes vers, si la
-dépêche est un peu longue. Uken a pris la peine de dresser
-quarante-quatre tableaux qui contiennent 656 hémistiches et qui offrent
-ainsi le moyen de chiffrer un avis composé de ce nombre de lettres.</p>
-
-<p>Le déchiffrement est facile pour votre correspondant. Il prend ses
-tableaux, lesquels doivent, cela va sans dire, présenter la reproduction
-textuelle des vôtres; il cherche quelle est la lettre qui correspond à
-chaque hémistiche, et, en écrivant successivement ces lettres, il est
+afin de ne pas se trouver dans le cas de répéter les mêmes vers, si la
+dépêche est un peu longue. Uken a pris la peine de dresser
+quarante-quatre tableaux qui contiennent 656 hémistiches et qui offrent
+ainsi le moyen de chiffrer un avis composé de ce nombre de lettres.</p>
+
+<p>Le déchiffrement est facile pour votre correspondant. Il prend ses
+tableaux, lesquels doivent, cela va sans dire, présenter la reproduction
+textuelle des vôtres; il cherche quelle est la lettre qui correspond à
+chaque hémistiche, et, en écrivant successivement ces lettres, il est
promptement au fait de ce que vous lui demandez.</p>
-<p>On voit que la stéganométrographie est pour les non initiés une énigme
-dont le mot est introuvable; mais elle a l'inconvénient de prendre
-beaucoup de temps et <span class="pagenum"><a id="page142" name="page142"></a>(p. 142)</span> d'exiger des écritures considérables,
-puisque chaque lettre de l'avis à transmettre se trouve, dans la dépêche
-chiffrée, exprimée par plusieurs mots.</p>
+<p>On voit que la stéganométrographie est pour les non initiés une énigme
+dont le mot est introuvable; mais elle a l'inconvénient de prendre
+beaucoup de temps et <span class="pagenum"><a id="page142" name="page142"></a>(p. 142)</span> d'exiger des écritures considérables,
+puisque chaque lettre de l'avis à transmettre se trouve, dans la dépêche
+chiffrée, exprimée par plusieurs mots.</p>
-<h3>§ XV.</h3>
+<h3>§ XV.</h3>
-<p class="h3title">Chiffre formé par un système de lettres et de points.</p>
+<p class="h3title">Chiffre formé par un système de lettres et de points.</p>
-<p>J. H. à Sunde, dans sa <cite>Steganologia</cite>, indique un chiffre assez
-ingénieux, qui consiste dans l'emploi combiné des lettres et des points.
-Les lettres sont réunies deux à deux, et, au-dessous de chaque groupe,
-on place un système variable de points. La chose se dispose de la sorte:</p>
+<p>J. H. à Sunde, dans sa <cite>Steganologia</cite>, indique un chiffre assez
+ingénieux, qui consiste dans l'emploi combiné des lettres et des points.
+Les lettres sont réunies deux à deux, et, au-dessous de chaque groupe,
+on place un système variable de points. La chose se dispose de la sorte:</p>
<table class="center" style="line-height: 0.5em;" border="0" cellpadding="2" summary="Points.">
<tr>
@@ -4927,11 +4888,11 @@ on place un système variable de points. La chose se dispose de la sorte:</p>
</tr>
</table>
-<p>Au lieu de la lettre <em>a</em> dans la dépêche à chiffrer, on place <em>e</em> avec
-un point devant; au lieu de l'<em>e</em> on écrit <em>a</em>, en plaçant cette
-<span class="pagenum"><a id="page143" name="page143"></a>(p. 143)</span> fois le point après; au lieu du <em>d</em> on écrit un <em>c</em>, que
-précèdent quatre points disposés en carré; ainsi de suite. De cette
-façon, le mot <em>amen</em> se trouve exprimé par les lettres et les points qui
+<p>Au lieu de la lettre <em>a</em> dans la dépêche à chiffrer, on place <em>e</em> avec
+un point devant; au lieu de l'<em>e</em> on écrit <em>a</em>, en plaçant cette
+<span class="pagenum"><a id="page143" name="page143"></a>(p. 143)</span> fois le point après; au lieu du <em>d</em> on écrit un <em>c</em>, que
+précèdent quatre points disposés en carré; ainsi de suite. De cette
+façon, le mot <em>amen</em> se trouve exprimé par les lettres et les points qui
suivent:</p>
<table class="center" style="width: 30%; line-height: 0.5em;" border="0" cellpadding="2" summary="Points.">
@@ -4956,21 +4917,21 @@ suivent:</p>
<td>p</td>
</table>
-<h3>§ XVI.</h3>
+<h3>§ XVI.</h3>
-<p class="h3title">De la substitution des lettres les unes aux autres, d'après un
- système compliqué.</p>
+<p class="h3title">De la substitution des lettres les unes aux autres, d'après un
+ système compliqué.</p>
-<p>Il est un système de cryptographie qui consiste simplement à remplacer
-les lettres de la dépêche par d'autres lettres rangées d'après un ordre
-convenu. L'opération est longue, mais on obtient ainsi la presque
-certitude d'échapper aux investigations, car le grand nombre de
-combinaisons dont un pareil procédé est susceptible rend la découverte
-de ce secret extrêmement difficile.</p>
+<p>Il est un système de cryptographie qui consiste simplement à remplacer
+les lettres de la dépêche par d'autres lettres rangées d'après un ordre
+convenu. L'opération est longue, mais on obtient ainsi la presque
+certitude d'échapper aux investigations, car le grand nombre de
+combinaisons dont un pareil procédé est susceptible rend la découverte
+de ce secret extrêmement difficile.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page144" name="page144"></a>(p. 144)</span>
Supposons qu'on se soit mis d'accord pour ranger les chiffres 1
-à 10 dans l'ordre suivant:</p>
+à 10 dans l'ordre suivant:</p>
<table class="center" style="width: 50%;" border="0" cellpadding="1" summary="Chiffres.">
<tr>
@@ -4999,454 +4960,454 @@ Supposons qu'on se soit mis d'accord pour ranger les chiffres 1
</tr>
</table>
-<p class="noindent">il faut alors que la première lettre de la vraie dépêche soit, dans
-l'écrit chiffré, remplacée par la quatrième lettre de cette même
-dépêche; la seconde, par la septième; la troisième, par la seconde; la
-quatrième, par la neuvième; ainsi de suite.</p>
+<p class="noindent">il faut alors que la première lettre de la vraie dépêche soit, dans
+l'écrit chiffré, remplacée par la quatrième lettre de cette même
+dépêche; la seconde, par la septième; la troisième, par la seconde; la
+quatrième, par la neuvième; ainsi de suite.</p>
-<p>On range par décade ou dizaine les mots de la dépêche à chiffrer.</p>
+<p>On range par décade ou dizaine les mots de la dépêche à chiffrer.</p>
<p>Supposons qu'on veuille mander:</p>
-<p class="quote">«Le roi de Hanovre est très-malade, et il ne peut vivre longtemps.»</p>
+<p class="quote">«Le roi de Hanovre est très-malade, et il ne peut vivre longtemps.»</p>
<p>On raisonnera de la sorte:</p>
-<p>La première lettre de la dépêche, <em>l</em>, correspond à la quatrième, <em>o</em>;
-la seconde, <em>e</em>, à la septième, <em>h</em>; la troisième, <em>r</em>, à la seconde,
-<em>e</em>; la quatrième, <em>o</em>, à la neuvième, <em>n</em>, etc. On écrira en
-conséquence les lettres qui <span class="pagenum"><a id="page145" name="page145"></a>(p. 145)</span> forment successivement la dépêche
-chiffrée.</p>
+<p>La première lettre de la dépêche, <em>l</em>, correspond à la quatrième, <em>o</em>;
+la seconde, <em>e</em>, à la septième, <em>h</em>; la troisième, <em>r</em>, à la seconde,
+<em>e</em>; la quatrième, <em>o</em>, à la neuvième, <em>n</em>, etc. On écrira en
+conséquence les lettres qui <span class="pagenum"><a id="page145" name="page145"></a>(p. 145)</span> forment successivement la dépêche
+chiffrée.</p>
-<p>À la seconde dizaine, on procède de même; la correspondance des lettres
+<p>À la seconde dizaine, on procède de même; la correspondance des lettres
se trouve toute nouvelle.</p>
-<p>Voici comment les vingt premières lettres de la phrase prise pour
-exemple se trouveraient chiffrées:</p>
+<p>Voici comment les vingt premières lettres de la phrase prise pour
+exemple se trouveraient chiffrées:</p>
<p class="quote">ohenloirdaetrevsstre</p>
<p>Il importe de ne placer aucun point, aucun signe, qui indique la
-séparation des mots ou la fin des dizaines; on peut très-bien,
-d'ailleurs, au lieu de se borner à opérer sur dix lettres, étendre à
-vingt ou à trente lettres ce système de remplacement. On peut aussi, à
-chaque division nouvelle, employer pour les chiffres un ordre différent,
-sur lequel on se sera mis d'accord. De cette manière, on rendra le
-problème plus que jamais insoluble pour les non initiés; mais il faut
-reconnaître que cette méthode prend du temps, et qu'à moins d'une
-attention <span class="pagenum"><a id="page146" name="page146"></a>(p. 146)</span> fort soutenue on est exposé, en chiffrant de la
-sorte, à commettre bien des erreurs.</p>
-
-<h3>§ XVII.</h3>
-
-<p class="h3title">Chiffre inventé par Hermann.</p>
-
-<p>Un professeur allemand, Hermann, se vanta, en 1752, d'avoir inventé un
-chiffre absolument indéchiffrable; il mit tous les mathématiciens de
-l'Europe et toutes les sociétés savantes au défi d'en découvrir la clef.
-Un réfugié français, Beguelin, fut assez habile ou assez bien inspiré
-pour la trouver dans l'espace de huit jours, et il publia les détails de
-sa découverte dans les <cite>Mémoires de l'Académie de Berlin</cite>, 1758.</p>
-
-<p>Le chiffre d'Hermann se compose de 25 caractères différents et des neuf
-chiffres de l'arithmétique, de 1 à 9. À chacun de ces <span class="pagenum"><a id="page147" name="page147"></a>(p. 147)</span>
-caractères répond immédiatement au-dessous une lettre de l'alphabet, et
-chaque mot est séparé du suivant par un point. Plusieurs de ces
-caractères en ont un autre immédiatement au-dessus d'eux, et ces
-caractères supérieurs sont en partie les mêmes que les inférieurs;
+séparation des mots ou la fin des dizaines; on peut très-bien,
+d'ailleurs, au lieu de se borner à opérer sur dix lettres, étendre à
+vingt ou à trente lettres ce système de remplacement. On peut aussi, à
+chaque division nouvelle, employer pour les chiffres un ordre différent,
+sur lequel on se sera mis d'accord. De cette manière, on rendra le
+problème plus que jamais insoluble pour les non initiés; mais il faut
+reconnaître que cette méthode prend du temps, et qu'à moins d'une
+attention <span class="pagenum"><a id="page146" name="page146"></a>(p. 146)</span> fort soutenue on est exposé, en chiffrant de la
+sorte, à commettre bien des erreurs.</p>
+
+<h3>§ XVII.</h3>
+
+<p class="h3title">Chiffre inventé par Hermann.</p>
+
+<p>Un professeur allemand, Hermann, se vanta, en 1752, d'avoir inventé un
+chiffre absolument indéchiffrable; il mit tous les mathématiciens de
+l'Europe et toutes les sociétés savantes au défi d'en découvrir la clef.
+Un réfugié français, Beguelin, fut assez habile ou assez bien inspiré
+pour la trouver dans l'espace de huit jours, et il publia les détails de
+sa découverte dans les <cite>Mémoires de l'Académie de Berlin</cite>, 1758.</p>
+
+<p>Le chiffre d'Hermann se compose de 25 caractères différents et des neuf
+chiffres de l'arithmétique, de 1 à 9. À chacun de ces <span class="pagenum"><a id="page147" name="page147"></a>(p. 147)</span>
+caractères répond immédiatement au-dessous une lettre de l'alphabet, et
+chaque mot est séparé du suivant par un point. Plusieurs de ces
+caractères en ont un autre immédiatement au-dessus d'eux, et ces
+caractères supérieurs sont en partie les mêmes que les inférieurs;
quelques autres signes, qui ne consistent qu'en points ou en simples
-lignes, paraissent affectés à la rangée supérieure et ne se rencontrent
-nulle part dans l'inférieure.</p>
+lignes, paraissent affectés à la rangée supérieure et ne se rencontrent
+nulle part dans l'inférieure.</p>
-<p>Après bien des tâtonnements et des vérifications, Beguelin reconnut que
-le chiffre sur lequel il opérait était soumis à trois lois
-particulières:</p>
+<p>Après bien des tâtonnements et des vérifications, Beguelin reconnut que
+le chiffre sur lequel il opérait était soumis à trois lois
+particulières:</p>
-<p>1<sup>o</sup> Tout caractère initial inférieur dont la valeur est au-dessus de 9
+<p>1<sup>o</sup> Tout caractère initial inférieur dont la valeur est au-dessus de 9
conserve sa valeur constante;</p>
-<p>2<sup>o</sup> Tout caractère initial inférieur dont la valeur affirmative est
+<p>2<sup>o</sup> Tout caractère initial inférieur dont la valeur affirmative est
au-dessous de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur
ordinaire.</p>
-<p>3<sup>o</sup> Tout caractère initial inférieur dont <span class="pagenum"><a id="page148" name="page148"></a>(p. 148)</span> la valeur négative
+<p>3<sup>o</sup> Tout caractère initial inférieur dont <span class="pagenum"><a id="page148" name="page148"></a>(p. 148)</span> la valeur négative
est au-dessous de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur
-ordinaire; plus une unité.</p>
+ordinaire; plus une unité.</p>
-<p>Diverses lois particulières découlaient de ces lois générales:</p>
+<p>Diverses lois particulières découlaient de ces lois générales:</p>
-<p>4<sup>o</sup> Le caractère supérieur initial conserve toujours sa valeur
+<p>4<sup>o</sup> Le caractère supérieur initial conserve toujours sa valeur
ordinaire;</p>
-<p>5<sup>o</sup> Le caractère supérieur ne sert qu'à déterminer par sa valeur la
-lettre placée immédiatement au-dessous et nullement celle qui suivra à
-droite, à moins que le caractère inférieur ne soit zéro;</p>
+<p>5<sup>o</sup> Le caractère supérieur ne sert qu'à déterminer par sa valeur la
+lettre placée immédiatement au-dessous et nullement celle qui suivra à
+droite, à moins que le caractère inférieur ne soit zéro;</p>
-<p>6<sup>o</sup> Lorsqu'au milieu d'un mot il y a un signe ou un caractère supérieur,
-ne fût-ce qu'un point, comme on a alors déjà deux valeurs requises pour
-déterminer la lettre, on ne joint pas celle du caractère qui précède à
+<p>6<sup>o</sup> Lorsqu'au milieu d'un mot il y a un signe ou un caractère supérieur,
+ne fût-ce qu'un point, comme on a alors déjà deux valeurs requises pour
+déterminer la lettre, on ne joint pas celle du caractère qui précède à
gauche;</p>
-<p>7<sup>o</sup> Un point placé sur un caractère qui n'est pas un chiffre
-arithmétique augmente toujours sa valeur d'une unité;</p>
+<p>7<sup>o</sup> Un point placé sur un caractère qui n'est pas un chiffre
+arithmétique augmente toujours sa valeur d'une unité;</p>
-<p>8<sup>o</sup> Un point placé dans la figure d'un tel caractère le rend simplement
-négatif, <span class="pagenum"><a id="page149" name="page149"></a>(p. 149)</span> sans rien ajouter ni diminuer à sa valeur;</p>
+<p>8<sup>o</sup> Un point placé dans la figure d'un tel caractère le rend simplement
+négatif, <span class="pagenum"><a id="page149" name="page149"></a>(p. 149)</span> sans rien ajouter ni diminuer à sa valeur;</p>
-<p>9<sup>o</sup> Une valeur négative ou soustractive n'est telle que relativement au
-caractère qui précède; toute valeur est affirmative ou additive par
-rapport au caractère suivant. De là vient que l'initiale inférieure est
-toujours affirmative, quoique le caractère soit négatif;</p>
+<p>9<sup>o</sup> Une valeur négative ou soustractive n'est telle que relativement au
+caractère qui précède; toute valeur est affirmative ou additive par
+rapport au caractère suivant. De là vient que l'initiale inférieure est
+toujours affirmative, quoique le caractère soit négatif;</p>
-<p>10<sup>o</sup> Comme les lettres répondent à des nombres affirmatifs, la
-différence entre deux caractères, dont l'un est négatif, est toujours
-censée affirmative, quoique la valeur du caractère négatif soit la plus
+<p>10<sup>o</sup> Comme les lettres répondent à des nombres affirmatifs, la
+différence entre deux caractères, dont l'un est négatif, est toujours
+censée affirmative, quoique la valeur du caractère négatif soit la plus
grande;</p>
-<p>11<sup>o</sup> Lorsque le caractère à gauche est zéro, il faut ajouter la valeur
-du caractère qui précède le zéro.</p>
+<p>11<sup>o</sup> Lorsque le caractère à gauche est zéro, il faut ajouter la valeur
+du caractère qui précède le zéro.</p>
-<p>Tout cela était assez ingénieux, mais l'accumulation de ces lois rend un
+<p>Tout cela était assez ingénieux, mais l'accumulation de ces lois rend un
pareil chiffre d'un usage bien peu commode. Il y a de la bizarrerie dans
-la détermination de la valeur des lettres alphabétiques; et la
-multiplicité des règles, jointe aux divers <span class="pagenum"><a id="page150" name="page150"></a>(p. 150)</span> usages d'un même
-signe, donnerait certainement lieu dans la pratique à bien des fautes
+la détermination de la valeur des lettres alphabétiques; et la
+multiplicité des règles, jointe aux divers <span class="pagenum"><a id="page150" name="page150"></a>(p. 150)</span> usages d'un même
+signe, donnerait certainement lieu dans la pratique à bien des fautes
d'inadvertance.</p>
-<p>Hermann eut tort d'annoncer son invention d'une manière emphatique; il
-n'est guère de chiffre dont on ne puisse venir à bout, dès que l'on en
-connaît la langue et que les mots sont distingués; à plus forte raison
-laissent-ils échapper leur secret lorsqu'on n'a pas eu le soin d'éviter
-le retour des mêmes signes pour exprimer la même lettre. Le chiffre du
-professeur allemand roulait sur des valeurs numéraires; il ne devait
+<p>Hermann eut tort d'annoncer son invention d'une manière emphatique; il
+n'est guère de chiffre dont on ne puisse venir à bout, dès que l'on en
+connaît la langue et que les mots sont distingués; à plus forte raison
+laissent-ils échapper leur secret lorsqu'on n'a pas eu le soin d'éviter
+le retour des mêmes signes pour exprimer la même lettre. Le chiffre du
+professeur allemand roulait sur des valeurs numéraires; il ne devait
donc y entrer aucun chiffre arabe, ou du moins ceux-ci ne devaient pas y
conserver leur valeur connue.</p>
-<p>Donnons maintenant un exemple de la façon dont se présentait le chiffre
-en question; la phrase en langue allemande qu'Hermann avait déguisée au
-moyen de sa méthode signifie dans une traduction mot à mot et
-interlinéaire: «La orientale <span class="pagenum"><a id="page151" name="page151"></a>(p. 151)</span> science, au lieu des lettres, avec
-nombres et caractères, d'écrire.»</p>
+<p>Donnons maintenant un exemple de la façon dont se présentait le chiffre
+en question; la phrase en langue allemande qu'Hermann avait déguisée au
+moyen de sa méthode signifie dans une traduction mot à mot et
+interlinéaire: «La orientale <span class="pagenum"><a id="page151" name="page151"></a>(p. 151)</span> science, au lieu des lettres, avec
+nombres et caractères, d'écrire.»</p>
<p><i>Die orientalische Wissenschaft, anstatt der Buchstaben, mit Zahl und
Caractern zu schreiben.</i></p>
<p class="figcenter"><img src="images/img023.jpg" width="400" height="421" alt="Signes" title=""></p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page152" name="page152"></a>(p. 152)</span> Il n'a jamais été fait usage de ce chiffre, et il est demeuré
-dans le domaine des théories imaginées à plaisir. En le perfectionnant,
-en évitant les erreurs qu'avait commises Hermann et qui mirent
-l'interprète sur la voie de sa découverte, on pourrait encore obtenir,
+<p><span class="pagenum"><a id="page152" name="page152"></a>(p. 152)</span> Il n'a jamais été fait usage de ce chiffre, et il est demeuré
+dans le domaine des théories imaginées à plaisir. En le perfectionnant,
+en évitant les erreurs qu'avait commises Hermann et qui mirent
+l'interprète sur la voie de sa découverte, on pourrait encore obtenir,
sinon un chiffre radicalement inexpugnable (le mot <em>impossible</em> ne doit
-pas être admis en cryptographie), du moins on en aurait un qui
-présenterait les difficultés les plus formidables; mais une pareille
-méthode resterait toujours un simple objet de curiosité, car elle serait
-trop compliquée pour que la diplomatie en fît usage.</p>
+pas être admis en cryptographie), du moins on en aurait un qui
+présenterait les difficultés les plus formidables; mais une pareille
+méthode resterait toujours un simple objet de curiosité, car elle serait
+trop compliquée pour que la diplomatie en fît usage.</p>
-<h3>§ XVIII.</h3>
+<h3>§ XVIII.</h3>
<p class="h3title">De l'emploi des notes de musique.</p>
-<p>Ce système de cryptographie repose sur <span class="pagenum"><a id="page153" name="page153"></a>(p. 153)</span> le même principe que
+<p>Ce système de cryptographie repose sur <span class="pagenum"><a id="page153" name="page153"></a>(p. 153)</span> le même principe que
celui dont la description se trouve dans la IX<sup>e</sup> section de ce chapitre.
-Vous décrivez sur un carré de carton un cadran divisé en vingt-quatre
-parties égales, et dans chacune d'elles vous transcrivez une des lettres
+Vous décrivez sur un carré de carton un cadran divisé en vingt-quatre
+parties égales, et dans chacune d'elles vous transcrivez une des lettres
de l'alphabet. Un autre cadran mobile, sur un point central et
-concentrique au premier, est divisé de même en un pareil nombre de
-parties égales. Il est réglé circulairement, comme un papier de musique.
+concentrique au premier, est divisé de même en un pareil nombre de
+parties égales. Il est réglé circulairement, comme un papier de musique.
Vous marquez, dans chacune de ces divisions, des notes du musique
-différentes les unes des autres. Vous n'oublierez pas de tracer les
-trois clefs de la musique dans l'intérieur du cadran, et autour de ses
+différentes les unes des autres. Vous n'oublierez pas de tracer les
+trois clefs de la musique dans l'intérieur du cadran, et autour de ses
divisions les divers chiffres dont les compositeurs font usage pour
exprimer les divers temps ou mesures.</p>
-<p>Vous fixez une des divisions quelconques du cadran extérieur, de manière
-qu'elle se trouve vis-à-vis de celle du cadran intérieur: chaque lettre
-du premier <span class="pagenum"><a id="page154" name="page154"></a>(p. 154)</span> cadran répond à une note placée sur le second.</p>
-
-<p>Prenez ensuite une feuille de papier réglé tel que celui dont on fait
-usage pour noter la musique; et, après avoir disposé vos deux cadrans,
-placez, en tête de la première ligne de votre dépêche, celle des trois
-clefs qui correspond aux mesures indiquées; ceci sert de règle à votre
-correspondant, afin qu'il dispose de la même façon, avant d'entreprendre
-le déchiffrement, le cadran qu'il a devant lui. Transcrivez sur le
-papier réglé la note qui, sur le cadran intérieur, répond aux lettres
-dont sont composés les mots de l'avis qu'il s'agit de transmettre. Votre
+<p>Vous fixez une des divisions quelconques du cadran extérieur, de manière
+qu'elle se trouve vis-à-vis de celle du cadran intérieur: chaque lettre
+du premier <span class="pagenum"><a id="page154" name="page154"></a>(p. 154)</span> cadran répond à une note placée sur le second.</p>
+
+<p>Prenez ensuite une feuille de papier réglé tel que celui dont on fait
+usage pour noter la musique; et, après avoir disposé vos deux cadrans,
+placez, en tête de la première ligne de votre dépêche, celle des trois
+clefs qui correspond aux mesures indiquées; ceci sert de règle à votre
+correspondant, afin qu'il dispose de la même façon, avant d'entreprendre
+le déchiffrement, le cadran qu'il a devant lui. Transcrivez sur le
+papier réglé la note qui, sur le cadran intérieur, répond aux lettres
+dont sont composés les mots de l'avis qu'il s'agit de transmettre. Votre
correspondant, instruit, par la clef de la musique et par le chiffre qui
-désigne la mesure, de l'arrangement qu'il doit donner à ses cadrans,
+désigne la mesure, de l'arrangement qu'il doit donner à ses cadrans,
substituera, en place de chaque note, la consonne ou voyelle qui lui
correspond.</p>
-<p>En changeant de clef à plusieurs reprises, <span class="pagenum"><a id="page155" name="page155"></a>(p. 155)</span> on rend le
-déchiffrement plus difficile pour les personnes qui n'ont pas le cadran
-cryptographique. Changer de clef, c'est disposer le cadran de façon
-qu'une des trois clefs de la musique réponde à un temps ou mouvement
-différent; ce qui peut s'effectuer à plusieurs reprises dans la même
-lettre et ce qu'on indique de la manière ci-dessus signalée.</p>
+<p>En changeant de clef à plusieurs reprises, <span class="pagenum"><a id="page155" name="page155"></a>(p. 155)</span> on rend le
+déchiffrement plus difficile pour les personnes qui n'ont pas le cadran
+cryptographique. Changer de clef, c'est disposer le cadran de façon
+qu'une des trois clefs de la musique réponde à un temps ou mouvement
+différent; ce qui peut s'effectuer à plusieurs reprises dans la même
+lettre et ce qu'on indique de la manière ci-dessus signalée.</p>
<h2><span class="pagenum"><a id="page156" name="page156"></a>(p. 156)</span> CHAPITRE IV.<br>
-<span class="smaller">DES DIVERSES SORTES D'ÉCRITURE ET DES DIFFÉRENTS LANGAGES DE CONVENTION
-QUI SE RATTACHENT À LA CORRESPONDANCE OCCULTE.</span></h2>
+<span class="smaller">DES DIVERSES SORTES D'ÉCRITURE ET DES DIFFÉRENTS LANGAGES DE CONVENTION
+QUI SE RATTACHENT À LA CORRESPONDANCE OCCULTE.</span></h2>
-<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3>
+<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3>
<p class="h3title">Okygraphie.</p>
-<p>M. H. Blanc, sous-chef du bureau de l'instruction publique à la
-préfecture de la Seine, a proposé une écriture chiffrée de son
-invention, dans un livre intitulé:</p>
-
-<p><i>Okygraphie, ou l'art de fixer par écrit tous les sons de la parole avec
-autant de facilité, de promptitude et de clarté que la bouche les
-exprime. Nouvelle méthode applicable à tous les idiomes, présentant
-<span class="pagenum"><a id="page157" name="page157"></a>(p. 157)</span> des moyens aussi vastes, aussi sûrs que nouveaux d'entretenir
-une correspondance secrète dont les chiffres seront absolument
-indéchiffrables.</i> Paris, 1802, <i>in</i>-12.</p>
-
-<p>Les signes qu'emploie cette méthode sont beaucoup plus simples que ceux
-de l'alphabet ordinaire. Ils se réduisent à trois: <em>i</em>, <em>c</em>, <em>&#390;</em>.
-On les écrit sur du papier réglé dans le genre de celui qui
-sert à la musique, mais avec la différence que les lignes rangées à côté
+<p>M. H. Blanc, sous-chef du bureau de l'instruction publique à la
+préfecture de la Seine, a proposé une écriture chiffrée de son
+invention, dans un livre intitulé:</p>
+
+<p><i>Okygraphie, ou l'art de fixer par écrit tous les sons de la parole avec
+autant de facilité, de promptitude et de clarté que la bouche les
+exprime. Nouvelle méthode applicable à tous les idiomes, présentant
+<span class="pagenum"><a id="page157" name="page157"></a>(p. 157)</span> des moyens aussi vastes, aussi sûrs que nouveaux d'entretenir
+une correspondance secrète dont les chiffres seront absolument
+indéchiffrables.</i> Paris, 1802, <i>in</i>-12.</p>
+
+<p>Les signes qu'emploie cette méthode sont beaucoup plus simples que ceux
+de l'alphabet ordinaire. Ils se réduisent à trois: <em>i</em>, <em>c</em>, <em>&#390;</em>.
+On les écrit sur du papier réglé dans le genre de celui qui
+sert à la musique, mais avec la différence que les lignes rangées à côté
les unes des autres sont au nombre de quatre seulement. Les trois signes
-indiquent leur signification, de même que les notes de musique, d'après
-la position qui leur est assignée sur les lignes, et, pour chaque signe,
-cette position peut se combiner de huit manières différentes. On obtient
+indiquent leur signification, de même que les notes de musique, d'après
+la position qui leur est assignée sur les lignes, et, pour chaque signe,
+cette position peut se combiner de huit manières différentes. On obtient
ainsi les vingt-quatre lettres de l'alphabet, qu'on simplifie d'ailleurs
-en écrivant les mots tels qu'ils se prononcent.</p>
+en écrivant les mots tels qu'ils se prononcent.</p>
<p>En combinant les signes de l'Okygraphie, <span class="pagenum"><a id="page158" name="page158"></a>(p. 158)</span> en se mettant d'accord
-à l'avance sur le sens qu'il faut attacher à chacun d'eux placé de telle
-ou telle manière, en ayant recours aux non-valeurs et aux divers
-stratagèmes bien connus des cryptographes, on peut arriver sans peine à
-former un chiffre dont le mystère restera complétement impénétrable. M.
-Blanc donne, par exemple, huit alphabets divers qu'il a formés selon sa
-méthode, laquelle est susceptible d'en fournir une quantité infinie.</p>
-
-<p>L'attention de M. de Talleyrand, alors ministre des affaires étrangères,
-fut appelée sur l'avantage qu'offrirait l'Okygraphie pour la
-correspondance secrète des ambassades; M. Blanc nous fait savoir qu'il
-reçut une lettre très-flatteuse signée de Son Excellence; cette lettre
-rendait justice au mérite de l'Okygraphie, mais elle ajoutait que, dans
-les bureaux et dans les légations, on était habitué, de longue date, à
-des méthodes qui paraissaient satisfaisantes, <span class="pagenum"><a id="page159" name="page159"></a>(p. 159)</span> et qu'il n'y
-avait guère moyen d'y introduire l'emploi de procédés tout nouveaux.</p>
-
-<h3>§ II.</h3>
+à l'avance sur le sens qu'il faut attacher à chacun d'eux placé de telle
+ou telle manière, en ayant recours aux non-valeurs et aux divers
+stratagèmes bien connus des cryptographes, on peut arriver sans peine à
+former un chiffre dont le mystère restera complétement impénétrable. M.
+Blanc donne, par exemple, huit alphabets divers qu'il a formés selon sa
+méthode, laquelle est susceptible d'en fournir une quantité infinie.</p>
+
+<p>L'attention de M. de Talleyrand, alors ministre des affaires étrangères,
+fut appelée sur l'avantage qu'offrirait l'Okygraphie pour la
+correspondance secrète des ambassades; M. Blanc nous fait savoir qu'il
+reçut une lettre très-flatteuse signée de Son Excellence; cette lettre
+rendait justice au mérite de l'Okygraphie, mais elle ajoutait que, dans
+les bureaux et dans les légations, on était habitué, de longue date, à
+des méthodes qui paraissaient satisfaisantes, <span class="pagenum"><a id="page159" name="page159"></a>(p. 159)</span> et qu'il n'y
+avait guère moyen d'y introduire l'emploi de procédés tout nouveaux.</p>
+
+<h3>§ II.</h3>
<p class="h3title">Pasigraphie.</p>
-<p>Ce mot se compose de deux mots grecs, &#960;&#945;&#963;&#953;, <em>à tous</em>,
-&#947;&#961;&#945;&#966;&#969;, <em>j'écris</em>. Écrire même à ceux dont on ignore la langue, au
-moyen d'une écriture qui soit l'image de la pensée que chacun rend par
-différentes syllabes, c'est ce qu'on nomme <cite>Pasigraphie</cite>.</p>
+<p>Ce mot se compose de deux mots grecs, &#960;&#945;&#963;&#953;, <em>à tous</em>,
+&#947;&#961;&#945;&#966;&#969;, <em>j'écris</em>. Écrire même à ceux dont on ignore la langue, au
+moyen d'une écriture qui soit l'image de la pensée que chacun rend par
+différentes syllabes, c'est ce qu'on nomme <cite>Pasigraphie</cite>.</p>
-<p>Deux personnes, appartenant à deux pays différents et à deux langues
-différentes, ne savent chacune que leur idiome; elles apprennent à le
-pasigraphier; dès lors, ce que l'une écrit dans sa langue, l'autre
-l'entend dans la sienne. Adaptez cette méthode à plusieurs langues, le
-même écrit, le même imprimé sera lu en autant de langues, comme les
-chiffres de l'arithmétique, les signes de la chimie et les notes de la
-musique <span class="pagenum"><a id="page160" name="page160"></a>(p. 160)</span> sont également intelligibles pour tout le monde, de
-Cadix à Stockholm, de Boston à Calcutta.</p>
+<p>Deux personnes, appartenant à deux pays différents et à deux langues
+différentes, ne savent chacune que leur idiome; elles apprennent à le
+pasigraphier; dès lors, ce que l'une écrit dans sa langue, l'autre
+l'entend dans la sienne. Adaptez cette méthode à plusieurs langues, le
+même écrit, le même imprimé sera lu en autant de langues, comme les
+chiffres de l'arithmétique, les signes de la chimie et les notes de la
+musique <span class="pagenum"><a id="page160" name="page160"></a>(p. 160)</span> sont également intelligibles pour tout le monde, de
+Cadix à Stockholm, de Boston à Calcutta.</p>
-<p>M. de Maimieux est un des auteurs qui se sont le plus occupés de
-Pasigraphie; dans le procédé qu'il emploie, il fait usage de douze
-caractères; nous les reproduisons ici:</p>
+<p>M. de Maimieux est un des auteurs qui se sont le plus occupés de
+Pasigraphie; dans le procédé qu'il emploie, il fait usage de douze
+caractères; nous les reproduisons ici:</p>
<p class="figcenter"><img src="images/img024.jpg" width="400" height="44" alt="Signes" title=""></p>
-<p>Il serait très-long et d'un faible intérêt d'expliquer ici comment,
-grâce à l'emploi de ces signes, il y aurait moyen de créer une écriture
+<p>Il serait très-long et d'un faible intérêt d'expliquer ici comment,
+grâce à l'emploi de ces signes, il y aurait moyen de créer une écriture
universelle qui serait entendue de tous les peuples. M. de Maimieux
-exprime lui-même en ces termes l'idée qui sert de base à sa méthode.</p>
+exprime lui-même en ces termes l'idée qui sert de base à sa méthode.</p>
-<p>«Le principal fondement de l'art pasigraphique est dans le moyen de
+<p>«Le principal fondement de l'art pasigraphique est dans le moyen de
substituer le signe de la place des mots aux syllabes dont toutes les
-langues composent leurs mots. Ces syllabes diffèrent <span class="pagenum"><a id="page161" name="page161"></a>(p. 161)</span> d'un
-idiome à l'autre, par l'effet de conventions locales qu'un étranger ne
-peut connaître qu'après beaucoup d'études et un long usage. Chaque mot
-présente des particularités qu'il faut savoir pour bien posséder une
-langue, soumise, d'ailleurs, à des règles très-nombreuses, peu fixes,
-souvent contradictoires et noyées dans un océan d'exceptions. La place
-du mot pasigraphié demeurant la même pour tous les peuples, ceux-ci
+langues composent leurs mots. Ces syllabes diffèrent <span class="pagenum"><a id="page161" name="page161"></a>(p. 161)</span> d'un
+idiome à l'autre, par l'effet de conventions locales qu'un étranger ne
+peut connaître qu'après beaucoup d'études et un long usage. Chaque mot
+présente des particularités qu'il faut savoir pour bien posséder une
+langue, soumise, d'ailleurs, à des règles très-nombreuses, peu fixes,
+souvent contradictoires et noyées dans un océan d'exceptions. La place
+du mot pasigraphié demeurant la même pour tous les peuples, ceux-ci
s'entendent facilement, puisque les signes de la place du mot, devenus
-le corps du mot, restent les mêmes, de quelques lettres que soit formé
-le mot placé dans la ligne, si d'ailleurs la méthode est réduite à douze
-signes qui n'éprouvent aucune exception.»</p>
+le corps du mot, restent les mêmes, de quelques lettres que soit formé
+le mot placé dans la ligne, si d'ailleurs la méthode est réduite à douze
+signes qui n'éprouvent aucune exception.»</p>
-<p>Les signes de la Pasigraphie peuvent être employés dans l'écriture en
-chiffres. Parmi les écrivains qui se sont occupés du problème de la
+<p>Les signes de la Pasigraphie peuvent être employés dans l'écriture en
+chiffres. Parmi les écrivains qui se sont occupés du problème de la
langue universelle, les <span class="pagenum"><a id="page162" name="page162"></a>(p. 162)</span> uns, comme M. de Maimieux, ne font
-usage que d'un petit nombre de caractères; d'autres (Becker, notamment,
-dans sa <cite>Notitia linguæ universalis</cite>) ont recours à une foule de signes
+usage que d'un petit nombre de caractères; d'autres (Becker, notamment,
+dans sa <cite>Notitia linguæ universalis</cite>) ont recours à une foule de signes
qui rappellent un peu les notes tironiennes et qui se composent de
-lignes droites ou courbes, combinées de diverses manières et de façon
-que chaque signe exprime un mot et une idée. L'emploi d'un pareil
-système serait évidemment entouré de difficultés multipliées;
-l'application à la Cryptographie de signes aussi peu connus n'offrirait
+lignes droites ou courbes, combinées de diverses manières et de façon
+que chaque signe exprime un mot et une idée. L'emploi d'un pareil
+système serait évidemment entouré de difficultés multipliées;
+l'application à la Cryptographie de signes aussi peu connus n'offrirait
que de bien minces avantages; aussi, dans la pratique, n'a-t-on jamais
-songé à y recourir.</p>
+songé à y recourir.</p>
-<h3>§ III.</h3>
+<h3>§ III.</h3>
-<p class="h3title">Hiéroglyphes.</p>
+<p class="h3title">Hiéroglyphes.</p>
-<p>Nous ne saurions oublier ici divers symboles, dont l'antiquité fit
-usage, afin d'énoncer <span class="pagenum"><a id="page163" name="page163"></a>(p. 163)</span> des préceptes, des leçons, des faits qui
-demeuraient lettre close pour le vulgaire et dont l'érudition moderne
-s'efforce de retrouver la clef perdue depuis bien des siècles.</p>
+<p>Nous ne saurions oublier ici divers symboles, dont l'antiquité fit
+usage, afin d'énoncer <span class="pagenum"><a id="page163" name="page163"></a>(p. 163)</span> des préceptes, des leçons, des faits qui
+demeuraient lettre close pour le vulgaire et dont l'érudition moderne
+s'efforce de retrouver la clef perdue depuis bien des siècles.</p>
-<p>Parmi les différents systèmes d'écriture mis en usage dans le but
-d'exprimer ces idées qui restaient un mystère pour les non initiés, les
-fameux hiéroglyphes de l'ancienne Égypte tiennent le premier rang.</p>
+<p>Parmi les différents systèmes d'écriture mis en usage dans le but
+d'exprimer ces idées qui restaient un mystère pour les non initiés, les
+fameux hiéroglyphes de l'ancienne Égypte tiennent le premier rang.</p>
-<p>Diodore de Sicile, au livre III de sa <cite>Bibliothèque historique</cite>, parle
-des caractères hiéroglyphiques employés par les Égyptiens. Après avoir
-dit que ces caractères offrent à nos yeux des animaux de tout genre, des
+<p>Diodore de Sicile, au livre III de sa <cite>Bibliothèque historique</cite>, parle
+des caractères hiéroglyphiques employés par les Égyptiens. Après avoir
+dit que ces caractères offrent à nos yeux des animaux de tout genre, des
parties du corps humain, des ustensiles, des instruments, principalement
ceux dont font usage les artisans, il expose dans les termes suivants
-les motifs qui leur ont fait donner ces formes: «Ce n'est point, en
-effet, par l'assemblage <span class="pagenum"><a id="page164" name="page164"></a>(p. 164)</span> des syllabes que chez eux l'écriture
+les motifs qui leur ont fait donner ces formes: «Ce n'est point, en
+effet, par l'assemblage <span class="pagenum"><a id="page164" name="page164"></a>(p. 164)</span> des syllabes que chez eux l'écriture
exprime le discours, mais c'est au moyen de la figure des objets
-retracés et par une interprétation métaphorique basée sur l'exercice de
-la mémoire.»</p>
-
-<p>Le témoignage de cet historien grec est confirmé par celui d'un
-historien latin: Ammien Marcellin constate que, «chez les anciens
-Égyptiens, chaque lettre représentait un mot et quelquefois même une
-phrase entière.»</p>
-
-<p>Vers la fin du second siècle, saint Clément d'Alexandrie, parlant des
-voiles mystérieux dont on s'est plu souvent à entourer la science pour
-n'en permettre l'abord qu'aux initiés, observe qu'on ne pouvait
-atteindre que par des degrés successifs le terme le plus élevé de
-l'instruction, qui était la science des hiéroglyphes.</p>
-
-<p>Trois sortes d'écritures ont été connues des anciens Égyptiens. Les
-hiéroglyphes, qui représentent fidèlement des objets de <span class="pagenum"><a id="page165" name="page165"></a>(p. 165)</span> la
-nature et des produits de l'art, ont été regardés comme symboliques;
-Champollion a fini par ne plus voir, dans ces signes, que des caractères
-idéographiques; et, sans entrer ici dans une discussion qui aurait le
-double tort d'être très-longue et de nous éloigner beaucoup du sujet que
-nous avons en vue, nous ferons remarquer que, quel que soit l'éclat des
-ingénieuses découvertes du savant illustre que nous venons de nommer,
-les théories qu'il a formulées soulèvent encore, hors de la France
-surtout, de vives objections de la part d'érudits fort distingués.</p>
-
-<p>L'écriture <em>hiératique</em> ou sacerdotale est regardée comme une
-tachygraphie des hiéroglyphes, et les signes vulgaires ou <em>démotiques</em>,
-comme une abréviation des hiératiques.</p>
-
-<p>La fameuse inscription de Thèbes, la seule dont l'explication soit
-parvenue jusqu'à nous, exprimait, par les hiéroglyphes <span class="pagenum"><a id="page166" name="page166"></a>(p. 166)</span> d'un
+retracés et par une interprétation métaphorique basée sur l'exercice de
+la mémoire.»</p>
+
+<p>Le témoignage de cet historien grec est confirmé par celui d'un
+historien latin: Ammien Marcellin constate que, «chez les anciens
+Égyptiens, chaque lettre représentait un mot et quelquefois même une
+phrase entière.»</p>
+
+<p>Vers la fin du second siècle, saint Clément d'Alexandrie, parlant des
+voiles mystérieux dont on s'est plu souvent à entourer la science pour
+n'en permettre l'abord qu'aux initiés, observe qu'on ne pouvait
+atteindre que par des degrés successifs le terme le plus élevé de
+l'instruction, qui était la science des hiéroglyphes.</p>
+
+<p>Trois sortes d'écritures ont été connues des anciens Égyptiens. Les
+hiéroglyphes, qui représentent fidèlement des objets de <span class="pagenum"><a id="page165" name="page165"></a>(p. 165)</span> la
+nature et des produits de l'art, ont été regardés comme symboliques;
+Champollion a fini par ne plus voir, dans ces signes, que des caractères
+idéographiques; et, sans entrer ici dans une discussion qui aurait le
+double tort d'être très-longue et de nous éloigner beaucoup du sujet que
+nous avons en vue, nous ferons remarquer que, quel que soit l'éclat des
+ingénieuses découvertes du savant illustre que nous venons de nommer,
+les théories qu'il a formulées soulèvent encore, hors de la France
+surtout, de vives objections de la part d'érudits fort distingués.</p>
+
+<p>L'écriture <em>hiératique</em> ou sacerdotale est regardée comme une
+tachygraphie des hiéroglyphes, et les signes vulgaires ou <em>démotiques</em>,
+comme une abréviation des hiératiques.</p>
+
+<p>La fameuse inscription de Thèbes, la seule dont l'explication soit
+parvenue jusqu'à nous, exprimait, par les hiéroglyphes <span class="pagenum"><a id="page166" name="page166"></a>(p. 166)</span> d'un
enfant, d'un vieillard, d'un vautour, d'un poisson, d'un hippopotame, la
-sentence suivante: «Vous qui naissez et qui devez mourir, sachez que
-l'Éternel déteste l'impureté.»</p>
+sentence suivante: «Vous qui naissez et qui devez mourir, sachez que
+l'Éternel déteste l'impureté.»</p>
-<p>Voici en quels termes M. Champollion Figeac, le frère du célèbre
-créateur des études égyptiennes, résume les notions les plus
-généralement reçues au sujet des hiéroglyphes: «L'écriture
-hiéroglyphique, proprement dite, se compose de signes représentant des
+<p>Voici en quels termes M. Champollion Figeac, le frère du célèbre
+créateur des études égyptiennes, résume les notions les plus
+généralement reçues au sujet des hiéroglyphes: «L'écriture
+hiéroglyphique, proprement dite, se compose de signes représentant des
objets du monde physique, animaux, plantes, arbres, figures de
-géométrie, etc.; le tracé est parfois simplement linéaire; quelquefois
-il est entièrement terminé et même colorié. Le nombre de ces signes est
+géométrie, etc.; le tracé est parfois simplement linéaire; quelquefois
+il est entièrement terminé et même colorié. Le nombre de ces signes est
d'environ huit cents.</p>
-<p>«L'écriture hiératique est une véritable <em>tachygraphie</em> de la
-précédente. Comme les signes hiéroglyphiques ne pouvaient être
-convenablement tracés que par des <span class="pagenum"><a id="page167" name="page167"></a>(p. 167)</span> personnes exercées dans l'art
-du dessin, on créa un système d'écriture abrégée dont les signes étaient
-d'une exécution facile, système qui n'eut d'ailleurs rien d'arbitraire.
-Chaque signe hiératique fut un abrégé du signe hiéroglyphique; au lieu
-de la figure entière du lion couché, par exemple, on traça l'esquisse
-d'une partie de son corps, et cet abrégé du lion conserva, dans
-l'écriture, la même valeur que la figure entière.»</p>
-
-<p>Dans des pays très-éloignés des rives du Nil, on trouve une écriture
-hiéroglyphique, qui offre, à certains égards, des analogies remarquables
-avec les procédés des Égyptiens. Les Mexicains, avant la conquête des
-Espagnols, avaient également recours à des figures d'hommes, d'animaux,
-etc., pour énoncer leurs idées.</p>
+<p>«L'écriture hiératique est une véritable <em>tachygraphie</em> de la
+précédente. Comme les signes hiéroglyphiques ne pouvaient être
+convenablement tracés que par des <span class="pagenum"><a id="page167" name="page167"></a>(p. 167)</span> personnes exercées dans l'art
+du dessin, on créa un système d'écriture abrégée dont les signes étaient
+d'une exécution facile, système qui n'eut d'ailleurs rien d'arbitraire.
+Chaque signe hiératique fut un abrégé du signe hiéroglyphique; au lieu
+de la figure entière du lion couché, par exemple, on traça l'esquisse
+d'une partie de son corps, et cet abrégé du lion conserva, dans
+l'écriture, la même valeur que la figure entière.»</p>
+
+<p>Dans des pays très-éloignés des rives du Nil, on trouve une écriture
+hiéroglyphique, qui offre, à certains égards, des analogies remarquables
+avec les procédés des Égyptiens. Les Mexicains, avant la conquête des
+Espagnols, avaient également recours à des figures d'hommes, d'animaux,
+etc., pour énoncer leurs idées.</p>
<p>Les noms des villes de Meacuilxochitl, Quauhtinchan et Tchuilojocan
signifient <em>cinq fleurs</em>, <em>maison de l'aigle</em> et <em>lieu des <span class="pagenum"><a id="page168" name="page168"></a>(p. 168)</span>
-miroirs</em>. Pour indiquer ces trois villes, on peignait une fleur placée
-sur cinq points, une maison de laquelle sortait la tête d'un aigle, et
+miroirs</em>. Pour indiquer ces trois villes, on peignait une fleur placée
+sur cinq points, une maison de laquelle sortait la tête d'un aigle, et
un miroir d'obsidienne.</p>
-<p>Divers manuscrits hiéroglyphiques mexicains ont échappé à la
-destruction, et ils figurent parmi les objets les plus précieux que
-possèdent les grandes bibliothèques de l'Europe. M. de Humboldt en a
-copié quelques pages dans son bel ouvrage intitulé: <cite>Vue des
-Cordillères</cite> (Paris, 1819, 2 vol. in-8<sup>o</sup>). Une magnifique publication
-spéciale, faite aux frais d'un riche Anglais, a reproduit tout ce qui
+<p>Divers manuscrits hiéroglyphiques mexicains ont échappé à la
+destruction, et ils figurent parmi les objets les plus précieux que
+possèdent les grandes bibliothèques de l'Europe. M. de Humboldt en a
+copié quelques pages dans son bel ouvrage intitulé: <cite>Vue des
+Cordillères</cite> (Paris, 1819, 2 vol. in-8<sup>o</sup>). Une magnifique publication
+spéciale, faite aux frais d'un riche Anglais, a reproduit tout ce qui
subsiste en ce genre. Voir les <i>Antiquities of Mexico comprising
fac-similes of ancient mexican paintings and hieroglyphics, by lord
-Kingsborough</i> (London, 1831, 9 vol. in-fol.). Cet ouvrage a coûté à son
+Kingsborough</i> (London, 1831, 9 vol. in-fol.). Cet ouvrage a coûté à son
auteur plus de 25,000 livres sterling (un million). Il en est rendu
-compte dans le <cite>Bulletin des Sciences historiques</cite>, publié <span class="pagenum"><a id="page169" name="page169"></a>(p. 169)</span> par
-M. de Férussac, t. XVII, p. 63, et dans la <cite>Revue encyclopédique</cite>, t.
+compte dans le <cite>Bulletin des Sciences historiques</cite>, publié <span class="pagenum"><a id="page169" name="page169"></a>(p. 169)</span> par
+M. de Férussac, t. XVII, p. 63, et dans la <cite>Revue encyclopédique</cite>, t.
XLIX, p. 148.</p>
-<p>Ce n'était pas, d'ailleurs, au Mexique seulement, qu'on avait recours à
+<p>Ce n'était pas, d'ailleurs, au Mexique seulement, qu'on avait recours à
pareilles images.</p>
-<p>Les indigènes de la Virginie avaient des peintures appelées <em>Sagkokok</em>,
-qui représentaient, par des caractères symboliques, les événements qui
-s'étaient accomplis dans l'espace de soixante ans; c'étaient de grandes
-roues divisées en soixante rayons ou en autant de parties égales.
+<p>Les indigènes de la Virginie avaient des peintures appelées <em>Sagkokok</em>,
+qui représentaient, par des caractères symboliques, les événements qui
+s'étaient accomplis dans l'espace de soixante ans; c'étaient de grandes
+roues divisées en soixante rayons ou en autant de parties égales.
Lederer (<cite>Journal des Savants</cite>, 1681, p. 75) rapporte avoir vu dans le
-village de Pommacomck un de ces cycles hiéroglyphiques, dans lequel
-l'époque de l'arrivée des blancs sur les côtes de la Virginie était
-marquée par la figure d'un cygne vomissant du feu, pour indiquer à la
-fois la valeur des Européens, leur arrivée par eau et le mal que leurs
-armes à feu avaient fait aux hommes rouges.</p>
+village de Pommacomck un de ces cycles hiéroglyphiques, dans lequel
+l'époque de l'arrivée des blancs sur les côtes de la Virginie était
+marquée par la figure d'un cygne vomissant du feu, pour indiquer à la
+fois la valeur des Européens, leur arrivée par eau et le mal que leurs
+armes à feu avaient fait aux hommes rouges.</p>
-<h3><span class="pagenum"><a id="page170" name="page170"></a>(p. 170)</span> § IV.</h3>
+<h3><span class="pagenum"><a id="page170" name="page170"></a>(p. 170)</span> § IV.</h3>
<p class="h3title">Langage au moyen des gestes.</p>
-<p>Le langage au moyen des gestes peut être regardé comme formant l'une des
-branches de la Cryptographie; il permet à celui qui l'emploie de faire
-connaître ses idées d'une manière qui échappe aux personnes qui ne sont
+<p>Le langage au moyen des gestes peut être regardé comme formant l'une des
+branches de la Cryptographie; il permet à celui qui l'emploie de faire
+connaître ses idées d'une manière qui échappe aux personnes qui ne sont
pas au fait de pareils secrets. Les anciens connaissaient cet art. Un
-écrivain grec, Nicolas de Smyrne, a laissé un petit traité, intitulé:
+écrivain grec, Nicolas de Smyrne, a laissé un petit traité, intitulé:
<cite>De numerorum notatione per gestum digitorum</cite> (Paris, 1614, in-8<sup>o</sup>); cet
-opuscule est devenu très-rare, mais il a été réimprimé dans des recueils
-publiés par Possin et par Fabricius, et plus récemment dans les <i>Eclogæ
-physicæ</i> de Schneider. Les Romains portèrent au plus haut degré les
-ressources de la pantomime, et l'on trouve, <span class="pagenum"><a id="page171" name="page171"></a>(p. 171)</span> chez Pétrone,
+opuscule est devenu très-rare, mais il a été réimprimé dans des recueils
+publiés par Possin et par Fabricius, et plus récemment dans les <i>Eclogæ
+physicæ</i> de Schneider. Les Romains portèrent au plus haut degré les
+ressources de la pantomime, et l'on trouve, <span class="pagenum"><a id="page171" name="page171"></a>(p. 171)</span> chez Pétrone,
l'expression de <em>manus loquaces</em>.</p>
-<p>Au huitième siècle, Bède le Vénérable, célèbre religieux anglais que
-l'estime publique a placé presque au rang des Pères de l'Église, écrivit
-un traité <cite>De loquela per gestum digitorum</cite>, traité qui est compris dans
+<p>Au huitième siècle, Bède le Vénérable, célèbre religieux anglais que
+l'estime publique a placé presque au rang des Pères de l'Église, écrivit
+un traité <cite>De loquela per gestum digitorum</cite>, traité qui est compris dans
le volumineux recueil de ses &oelig;uvres<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6" title="Go to footnote 6"><span class="smaller">[6]</span></a>.</p>
-<p>Tous les lecteurs de Rabelais se rappellent de quelle façon Panurge fit
+<p>Tous les lecteurs de Rabelais se rappellent de quelle façon Panurge fit
<em>quinault l'Angloys qui arguoyt par signes</em>.</p>
-<p>D'après un mémoire d'H. Dunbar, inséré dans les Actes de la <i>Société
-philosophique de l'Amérique du Nord</i>, il se rencontre, parmi les
-nombreuses tribus indiennes répandues le long du Mississipi, des
+<p>D'après un mémoire d'H. Dunbar, inséré dans les Actes de la <i>Société
+philosophique de l'Amérique du Nord</i>, il se rencontre, parmi les
+nombreuses tribus indiennes répandues le long du Mississipi, des
individus qui savent tirer un parti admirable <span class="pagenum"><a id="page172" name="page172"></a>(p. 172)</span> des ressources
-de la pantomime pour exprimer leurs idées. Malgré la diversité des
+de la pantomime pour exprimer leurs idées. Malgré la diversité des
langues en usage chez ces peuplades belliqueuses, ils n'ont jamais
-besoin d'interprètes, et ils réussissent toujours à se faire comprendre
-sans avoir à prononcer un seul mot, tant leurs gestes, exécutés d'après
-un système universellement adopté, sont pleins d'énergie, de netteté et
-d'à-propos.</p>
+besoin d'interprètes, et ils réussissent toujours à se faire comprendre
+sans avoir à prononcer un seul mot, tant leurs gestes, exécutés d'après
+un système universellement adopté, sont pleins d'énergie, de netteté et
+d'à-propos.</p>
<p>Nous sortirions des limites de notre sujet, si nous parlions ici du
langage manuel en usage parmi les sourds-muets. Nous nous contenterons
de mentionner un alphabet qu'on peut appeler <em>alphabet facial</em>.</p>
-<p>M. Bertin, dans son <cite>Système universel et complet de sténographie</cite>
-(Paris, an XII), fait connaître un alphabet de son invention, d'après
-lequel la position des doigts sur le visage sert à transmettre tout ce
-qu'on veut faire savoir. Il laisse de <span class="pagenum"><a id="page173" name="page173"></a>(p. 173)</span> côté les voyelles isolées
-<em>o</em> et <em>u</em>, et il exprime par un même signe les lettres telles que <em>g</em>
-et <em>j</em>, <em>q</em> et <em>k</em>, qui donnent des sons à peu près identiques.</p>
+<p>M. Bertin, dans son <cite>Système universel et complet de sténographie</cite>
+(Paris, an XII), fait connaître un alphabet de son invention, d'après
+lequel la position des doigts sur le visage sert à transmettre tout ce
+qu'on veut faire savoir. Il laisse de <span class="pagenum"><a id="page173" name="page173"></a>(p. 173)</span> côté les voyelles isolées
+<em>o</em> et <em>u</em>, et il exprime par un même signe les lettres telles que <em>g</em>
+et <em>j</em>, <em>q</em> et <em>k</em>, qui donnent des sons à peu près identiques.</p>
<table border="0" cellpadding="0" summary="Alphabet facial.">
<colgroup>
@@ -5460,52 +5421,52 @@ et <em>j</em>, <em>q</em> et <em>k</em>, qui donnent des sons à peu près identiq
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>b</b></td>
-<td colspan="2">Doigt placé diagonalement sous
+<td colspan="2">Doigt placé diagonalement sous
l'&oelig;il droit et en regard du nez.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>d</b></td>
-<td class="center">»</td>
+<td class="center">»</td>
<td>sur le coin droit de la bouche.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>FV</b></td>
-<td class="center">»</td>
+<td class="center">»</td>
<td>sur le coin gauche.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>GJ</b></td>
-<td class="center">»</td>
+<td class="center">»</td>
<td>sur la joue gauche.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>h</b></td>
-<td class="center">»</td>
-<td>au sommet de la tête.</td>
+<td class="center">»</td>
+<td>au sommet de la tête.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>KQ</b></td>
-<td class="center">»</td>
-<td>sur la lèvre supérieure.</td>
+<td class="center">»</td>
+<td>sur la lèvre supérieure.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>l</b></td>
-<td class="center">»</td>
-<td>placé diagonalement sur l'&oelig;il gauche.</td>
+<td class="center">»</td>
+<td>placé diagonalement sur l'&oelig;il gauche.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>m</b></td>
-<td class="center">»</td>
+<td class="center">»</td>
<td>sur la bouche.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>n</b></td>
-<td class="center">»</td>
-<td>sur la lèvre inférieure.</td>
+<td class="center">»</td>
+<td>sur la lèvre inférieure.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>p</b></td>
-<td class="center">»</td>
+<td class="center">»</td>
<td>sur la fossette du menton.</td>
</tr>
<tr>
@@ -5514,71 +5475,71 @@ l'&oelig;il droit et en regard du nez.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>s</b></td>
-<td colspan="2">Doigt couché horizontalement sur l'intervalle des lèvres.</td>
+<td colspan="2">Doigt couché horizontalement sur l'intervalle des lèvres.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>t</b></td>
-<td class="center">»</td>
+<td class="center">»</td>
<td>sur le nez.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>x</b></td>
-<td class="center">»</td>
+<td class="center">»</td>
<td>au cou.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>y</b></td>
-<td class="center">»</td>
-<td>à l'intervalle des sourcils.</td>
+<td class="center">»</td>
+<td>à l'intervalle des sourcils.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>on</b></td>
-<td class="center">»</td>
+<td class="center">»</td>
<td>au front.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>ou</b></td>
-<td class="center">»</td>
+<td class="center">»</td>
<td>perpendiculairement sous l'oreille droite.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><span class="pagenum"><a id="page174" name="page174"></a>(p. 174)</span> <b>oui</b></td>
-<td colspan="2">Doigt horizontalement près de l'oreille gauche.</td>
+<td colspan="2">Doigt horizontalement près de l'oreille gauche.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>au</b></td>
-<td class="center">»</td>
-<td>à l'aile droite du nez.</td>
+<td class="center">»</td>
+<td>à l'aile droite du nez.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>eu</b></td>
-<td class="center">»</td>
+<td class="center">»</td>
<td>au sourcil droit.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>ai</b></td>
-<td class="center">»</td>
-<td>à l'aile gauche du nez.</td>
+<td class="center">»</td>
+<td>à l'aile gauche du nez.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>a</b></td>
-<td class="center">»</td>
+<td class="center">»</td>
<td>au sourcil gauche.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>i</b></td>
-<td class="center">»</td>
-<td>à la tempe droite.</td>
+<td class="center">»</td>
+<td>à la tempe droite.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>e</b></td>
-<td class="center">»</td>
-<td>à la tempe gauche.</td>
+<td class="center">»</td>
+<td>à la tempe gauche.</td>
</tr>
<tr>
<td class="center"><b>le, la, les</b>,</td>
-<td class="center">»</td>
-<td>placé verticalement devant la figure.</td>
+<td class="center">»</td>
+<td>placé verticalement devant la figure.</td>
</tr>
<tr>
<td><i>nom d'homme</i>,</td>
@@ -5586,72 +5547,72 @@ l'&oelig;il droit et en regard du nez.</td>
</tr>
<tr>
<td><i>fin de mot</i>,</td>
-<td colspan="2">doigt fermé.</td>
+<td colspan="2">doigt fermé.</td>
</tr>
<tr>
<td><i>fin de phrase</i>,</td>
-<td colspan="2">main fermée.</td>
+<td colspan="2">main fermée.</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="3"><i>numération sténographique</i>, emploi du pouce au lieu du doigt.</td>
+<td colspan="3"><i>numération sténographique</i>, emploi du pouce au lieu du doigt.</td>
</tr>
</table>
-<p>On emploie deux doigts à la fois pour exprimer une lettre qui se répète.</p>
+<p>On emploie deux doigts à la fois pour exprimer une lettre qui se répète.</p>
-<p>Si l'on veut aller plus vite, on emploie encore deux doigts à la fois,
-en ayant soin de convenir que le pouce est la première, et l'index la
+<p>Si l'on veut aller plus vite, on emploie encore deux doigts à la fois,
+en ayant soin de convenir que le pouce est la première, et l'index la
seconde.</p>
-<p>Vigenère a fait très-succinctement mention de cette méthode, lorsqu'il
-dit un mot en passant de «l'entreparler tacitement par les doigts en
-les élevant ou les <span class="pagenum"><a id="page175" name="page175"></a>(p. 175)</span> plaquant sur la bouche ou sur l'un des
-yeux.»</p>
+<p>Vigenère a fait très-succinctement mention de cette méthode, lorsqu'il
+dit un mot en passant de «l'entreparler tacitement par les doigts en
+les élevant ou les <span class="pagenum"><a id="page175" name="page175"></a>(p. 175)</span> plaquant sur la bouche ou sur l'un des
+yeux.»</p>
-<h3>§ V.</h3>
+<h3>§ V.</h3>
<p class="h3title">Langage des fleurs.</p>
-<p>C'est dans les sérails que l'art ingénieux de correspondre avec des
-fleurs a pris naissance; il fait partie des m&oelig;urs orientales. «Les
-Chinois, dit un écrivain ingénieux, ont un alphabet composé entièrement
+<p>C'est dans les sérails que l'art ingénieux de correspondre avec des
+fleurs a pris naissance; il fait partie des m&oelig;urs orientales. «Les
+Chinois, dit un écrivain ingénieux, ont un alphabet composé entièrement
avec des plantes et des racines; on lit encore sur les rochers de
-l'Égypte les anciennes conquêtes de ces peuples exprimées avec des
-végétaux étrangers. Ce langage est donc aussi vieux que le monde, mais
+l'Égypte les anciennes conquêtes de ces peuples exprimées avec des
+végétaux étrangers. Ce langage est donc aussi vieux que le monde, mais
il ne saurait vieillir, car chaque printemps en renouvelle les
-caractères, et cependant la liberté de nos m&oelig;urs l'a relégué parmi
+caractères, et cependant la liberté de nos m&oelig;urs l'a relégué parmi
les amusements des harems. Les belles odalisques s'en servent souvent
-pour se venger du tyran qui outrage et méprise leurs charmes; <span class="pagenum"><a id="page176" name="page176"></a>(p. 176)</span>
-une simple tige de muguet, jetée comme par hasard, va apprendre à un
-jeune icoglan que la sultane favorite, fatiguée d'un amour tyrannique,
-veut inspirer, veut partager un sentiment vif et sincère. Si on lui
-renvoie une rose, c'est comme si on lui disait que la raison s'oppose à
-ses projets, mais une tulipe au c&oelig;ur noir et aux pétales enflammés
-lui donne l'assurance que ses désirs sont compris et partagés; cette
-ingénieuse correspondance, qui ne peut jamais ni trahir ni dévoiler un
-secret, répand tout à coup la vie, le mouvement et l'intérêt dans ces
-tristes lieux qu'habitent ordinairement l'indolence et l'ennui.»</p>
+pour se venger du tyran qui outrage et méprise leurs charmes; <span class="pagenum"><a id="page176" name="page176"></a>(p. 176)</span>
+une simple tige de muguet, jetée comme par hasard, va apprendre à un
+jeune icoglan que la sultane favorite, fatiguée d'un amour tyrannique,
+veut inspirer, veut partager un sentiment vif et sincère. Si on lui
+renvoie une rose, c'est comme si on lui disait que la raison s'oppose à
+ses projets, mais une tulipe au c&oelig;ur noir et aux pétales enflammés
+lui donne l'assurance que ses désirs sont compris et partagés; cette
+ingénieuse correspondance, qui ne peut jamais ni trahir ni dévoiler un
+secret, répand tout à coup la vie, le mouvement et l'intérêt dans ces
+tristes lieux qu'habitent ordinairement l'indolence et l'ennui.»</p>
<p>Dans un pareil langage, la rose signifie une jeune fille: blanche, elle
-indique la constance en amour; jaune, elle exprime l'infidélité.</p>
+indique la constance en amour; jaune, elle exprime l'infidélité.</p>
-<p>Un &oelig;illet veut dire un homme, et les couleurs diverses, les variétés
-d'espèce de la fleur, caractérisent cet homme au physique comme au
+<p>Un &oelig;illet veut dire un homme, et les couleurs diverses, les variétés
+d'espèce de la fleur, caractérisent cet homme au physique comme au
moral.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page177" name="page177"></a>(p. 177)</span> L'étoilée exprime l'idée de père ou de mère; si la fleur est
+<p><span class="pagenum"><a id="page177" name="page177"></a>(p. 177)</span> L'étoilée exprime l'idée de père ou de mère; si la fleur est
rouge, les parents sont indulgents et bons; si elle est violette, ils
-sont rigoureux et sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie.</p>
+sont rigoureux et sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie.</p>
-<p>Indiquons le sens attaché à d'autres fleurs:</p>
+<p>Indiquons le sens attaché à d'autres fleurs:</p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="0" summary="Sens.">
<tr>
<td>oreille-d'ours,</td>
-<td>s&oelig;ur ou frère.</td>
+<td>s&oelig;ur ou frère.</td>
</tr>
<tr>
-<td>pensée,</td>
+<td>pensée,</td>
<td>veuf ou veuve.</td>
</tr>
<tr>
@@ -5660,11 +5621,11 @@ sont rigoureux et sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie.</p>
</tr>
<tr>
<td>camomille,</td>
-<td>médecin.</td>
+<td>médecin.</td>
</tr>
<tr>
-<td>tubéreuse,</td>
-<td>supérieur.</td>
+<td>tubéreuse,</td>
+<td>supérieur.</td>
</tr>
<tr>
<td>fleur d'oranger,</td>
@@ -5704,15 +5665,15 @@ sont rigoureux et sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie.</p>
</tr>
<tr>
<td>myrte,</td>
-<td>épouser.</td>
+<td>épouser.</td>
</tr>
<tr>
<td>romarin,</td>
<td>pleurer, s'affliger.</td>
</tr>
<tr>
-<td>anémone,</td>
-<td>se réjouir.</td>
+<td>anémone,</td>
+<td>se réjouir.</td>
</tr>
<tr>
<td>basilic,</td>
@@ -5728,19 +5689,19 @@ sont rigoureux et sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie.</p>
</tr>
<tr>
<td><span class="pagenum"><a id="page178" name="page178"></a>(p. 178)</span> lierre,</td>
-<td>éternel.</td>
+<td>éternel.</td>
</tr>
<tr>
-<td>giroflée rouge,</td>
+<td>giroflée rouge,</td>
<td>aujourd'hui.</td>
</tr>
<tr>
-<td>» blanche,</td>
+<td>» blanche,</td>
<td>demain, l'avenir.</td>
</tr>
<tr>
-<td>» violette,</td>
-<td>hier, jadis, le passé.</td>
+<td>» violette,</td>
+<td>hier, jadis, le passé.</td>
</tr>
<tr>
<td>narcisse,</td>
@@ -5748,43 +5709,43 @@ sont rigoureux et sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie.</p>
</tr>
<tr>
<td>ortie,</td>
-<td>fidèle.</td>
+<td>fidèle.</td>
</tr>
<tr>
-<td>géranium,</td>
+<td>géranium,</td>
<td>navire, voyage par mer.</td>
</tr>
<tr>
-<td>primevère,</td>
+<td>primevère,</td>
<td>la mort.</td>
</tr>
</table>
-<p>D'après les règles de cette langue ingénieuse, lorsqu'un jeune habitant
+<p>D'après les règles de cette langue ingénieuse, lorsqu'un jeune habitant
de Constantinople ou de Smyrne veut faire parvenir ce message:</p>
-<p>«J'irai te rendre visite, chère amie, demain matin de bonne heure dans
-le jardin, avec mon frère, homme de bien et distingué, qui t'aime, belle
-jeune fille, et qui veut t'épouser.»</p>
+<p>«J'irai te rendre visite, chère amie, demain matin de bonne heure dans
+le jardin, avec mon frère, homme de bien et distingué, qui t'aime, belle
+jeune fille, et qui veut t'épouser.»</p>
-<p>Il envoie les fleurs suivantes avec des numéros d'ordre: Narcisse,
-jasmin d'Espagne, réséda, hyacinthe bleue, giroflée blanche, tournesol,
+<p>Il envoie les fleurs suivantes avec des numéros d'ordre: Narcisse,
+jasmin d'Espagne, réséda, hyacinthe bleue, giroflée blanche, tournesol,
jasmin, marjolaine, oreille-d'ours, &oelig;illet d'un brun sombre,
-chèvre-feuille, rose rouge, deux myosotis, myrte.</p>
+chèvre-feuille, rose rouge, deux myosotis, myrte.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page179" name="page179"></a>(p. 179)</span> Le moyen âge n'ignora point la signification symbolique donnée
-aux diverses fleurs; parmi différents exemples que nous pourrions citer,
-nous nous bornerons à mentionner un petit vocabulaire que renferme un
-manuscrit conservé à la bibliothèque royale de Bruxelles; nous en
-reproduisons fidèlement le style suranné:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page179" name="page179"></a>(p. 179)</span> Le moyen âge n'ignora point la signification symbolique donnée
+aux diverses fleurs; parmi différents exemples que nous pourrions citer,
+nous nous bornerons à mentionner un petit vocabulaire que renferme un
+manuscrit conservé à la bibliothèque royale de Bruxelles; nous en
+reproduisons fidèlement le style suranné:</p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="0" summary="Sens.">
<tr>
-<td>giroflée rouge,</td>
-<td>beaulté.</td>
+<td>giroflée rouge,</td>
+<td>beaulté.</td>
</tr>
<tr>
-<td>giroflée blanche,</td>
+<td>giroflée blanche,</td>
<td>amour chaste.</td>
</tr>
<tr>
@@ -5793,19 +5754,19 @@ reproduisons fidèlement le style suranné:</p>
</tr>
<tr>
<td>marjolaine menue,</td>
-<td>bonté.</td>
+<td>bonté.</td>
</tr>
<tr>
<td>thym,</td>
-<td>persévérance.</td>
+<td>persévérance.</td>
</tr>
<tr>
-<td>thym coupé,</td>
+<td>thym coupé,</td>
<td>vous parviendrez.</td>
</tr>
<tr>
<td>fleur de thym,</td>
-<td>à vous me donne.</td>
+<td>à vous me donne.</td>
</tr>
<tr>
<td>laitue,</td>
@@ -5840,15 +5801,15 @@ reproduisons fidèlement le style suranné:</p>
<td>soyez secret.</td>
</tr>
<tr>
-<td>rose doublée de rose musquette,</td>
+<td>rose doublée de rose musquette,</td>
<td>occasion.</td>
</tr>
<tr>
<td>rosmarin,</td>
-<td>congé.</td>
+<td>congé.</td>
</tr>
<tr>
-<td>rosmarin coppé au boult,</td>
+<td>rosmarin coppé au boult,</td>
<td>amour sans fin.</td>
</tr>
<tr>
@@ -5877,19 +5838,19 @@ reproduisons fidèlement le style suranné:</p>
</tr>
<tr>
<td>chanvre,</td>
-<td>défiance.</td>
+<td>défiance.</td>
</tr>
<tr>
-<td>genêt,</td>
+<td>genêt,</td>
<td>adresse.</td>
</tr>
<tr>
-<td>fleur de genêt,</td>
+<td>fleur de genêt,</td>
<td>pour amour j'endure.</td>
</tr>
<tr>
<td>buglosse,</td>
-<td>légèreté.</td>
+<td>légèreté.</td>
</tr>
<tr>
<td>bourache,</td>
@@ -5905,7 +5866,7 @@ reproduisons fidèlement le style suranné:</p>
</tr>
<tr>
<td>saulge menue,</td>
-<td>chasteté.</td>
+<td>chasteté.</td>
</tr>
<tr>
<td>ysope,</td>
@@ -5925,16 +5886,16 @@ reproduisons fidèlement le style suranné:</p>
</tr>
</table>
-<p>Un écrivain moderne, se basant sur les considérations de la botanique ou
-sur les récits de la mythologie, a composé un dictionnaire du langage
-des fleurs, pour écrire un billet; transcrivons-en une partie, en
+<p>Un écrivain moderne, se basant sur les considérations de la botanique ou
+sur les récits de la mythologie, a composé un dictionnaire du langage
+des fleurs, pour écrire un billet; transcrivons-en une partie, en
faisant remarquer toutefois que plusieurs de ces significations sont
-très-contestables.</p>
+très-contestables.</p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="0" summary="Sens.">
<tr>
<td>abandon,</td>
-<td>anémone.</td>
+<td>anémone.</td>
</tr>
<tr>
<td>absence,</td>
@@ -5946,18 +5907,18 @@ très-contestables.</p>
</tr>
<tr>
<td>aigreur,</td>
-<td>épine-vinette.</td>
+<td>épine-vinette.</td>
</tr>
<tr>
-<td>amabilité,</td>
+<td>amabilité,</td>
<td>jasmin blanc.</td>
</tr>
<tr>
<td>amertume, douleur,</td>
-<td>aloès.</td>
+<td>aloès.</td>
</tr>
<tr>
-<td>amitié,</td>
+<td>amitié,</td>
<td>lierre.</td>
</tr>
<tr>
@@ -5974,15 +5935,15 @@ très-contestables.</p>
</tr>
<tr>
<td>audace,</td>
-<td>mélèze.</td>
+<td>mélèze.</td>
</tr>
<tr>
-<td>austérité,</td>
+<td>austérité,</td>
<td>chardon.</td>
</tr>
<tr>
-<td>beauté capricieuse,</td>
-<td>rose musquée.</td>
+<td>beauté capricieuse,</td>
+<td>rose musquée.</td>
</tr>
<tr>
<td>bienfaisance,</td>
@@ -6005,43 +5966,43 @@ très-contestables.</p>
<td>peuplier noir.</td>
</tr>
<tr>
-<td>cruauté,</td>
+<td>cruauté,</td>
<td>ortie.</td>
</tr>
<tr>
-<td>dédain,</td>
+<td>dédain,</td>
<td>&oelig;illet jaune.</td>
</tr>
<tr>
-<td>délicatesse,</td>
+<td>délicatesse,</td>
<td>bluet.</td>
</tr>
<tr>
-<td>désespoir,</td>
-<td>soucis et cyprès.</td>
+<td>désespoir,</td>
+<td>soucis et cyprès.</td>
</tr>
<tr>
-<td>désir,</td>
+<td>désir,</td>
<td>jonquille.</td>
</tr>
<tr>
-<td>docilité,</td>
+<td>docilité,</td>
<td>jonc des champs.</td>
</tr>
<tr>
-<td>élégance,</td>
+<td>élégance,</td>
<td>acacia rose.</td>
</tr>
<tr>
-<td>fécondité,</td>
-<td>rose trémière.</td>
+<td>fécondité,</td>
+<td>rose trémière.</td>
</tr>
<tr>
-<td>félicité,</td>
-<td>centaurée.</td>
+<td>félicité,</td>
+<td>centaurée.</td>
</tr>
<tr>
-<td>fierté,</td>
+<td>fierté,</td>
<td>amaryllis.</td>
</tr>
<tr>
@@ -6049,11 +6010,11 @@ très-contestables.</p>
<td>osier.</td>
</tr>
<tr>
-<td>frugalité,</td>
-<td>chicorée.</td>
+<td>frugalité,</td>
+<td>chicorée.</td>
</tr>
<tr>
-<td>générosité,</td>
+<td>générosité,</td>
<td>oranger.</td>
</tr>
<tr>
@@ -6069,11 +6030,11 @@ très-contestables.</p>
<td>pivoine.</td>
</tr>
<tr>
-<td>immortalité,</td>
+<td>immortalité,</td>
<td>amarante.</td>
</tr>
<tr>
-<td>indépendance,</td>
+<td>indépendance,</td>
<td>prunier sauvage.</td>
</tr>
<tr>
@@ -6085,16 +6046,16 @@ très-contestables.</p>
<td>lilas blanc.</td>
</tr>
<tr>
-<td>naïveté,</td>
+<td>naïveté,</td>
<td>argentine.</td>
</tr>
<tr>
<td>noirceur,</td>
-<td>ébénier.</td>
+<td>ébénier.</td>
</tr>
<tr>
-<td>prospérité,</td>
-<td>hêtre.</td>
+<td>prospérité,</td>
+<td>hêtre.</td>
</tr>
<tr>
<td>prudence,</td>
@@ -6102,11 +6063,11 @@ très-contestables.</p>
</tr>
<tr>
<td>puissance,</td>
-<td>impériale.</td>
+<td>impériale.</td>
</tr>
<tr>
-<td>pureté,</td>
-<td>épi de la Vierge.</td>
+<td>pureté,</td>
+<td>épi de la Vierge.</td>
</tr>
<tr>
<td>reconnaissance,</td>
@@ -6114,15 +6075,15 @@ très-contestables.</p>
</tr>
<tr>
<td>sagesse,</td>
-<td>mûrier blanc.</td>
+<td>mûrier blanc.</td>
</tr>
<tr>
<td>silence,</td>
<td>rose blanche.</td>
</tr>
<tr>
-<td>simplicité,</td>
-<td>fougère.</td>
+<td>simplicité,</td>
+<td>fougère.</td>
</tr>
<tr>
<td>sommeil du c&oelig;ur,</td>
@@ -6133,82 +6094,82 @@ très-contestables.</p>
<td>peuplier blanc.</td>
</tr>
<tr>
-<td>tranquillité,</td>
+<td>tranquillité,</td>
<td>alysse des rochers.</td>
</tr>
<tr>
-<td>vérité,</td>
-<td>morelle douce-amère.</td>
+<td>vérité,</td>
+<td>morelle douce-amère.</td>
</tr>
<tr>
<td>vice,</td>
<td>ivraie.</td>
</tr>
<tr>
-<td>volupté,</td>
-<td>tubéreuse.</td>
+<td>volupté,</td>
+<td>tubéreuse.</td>
</tr>
</table>
-<h3>§ VI.</h3>
+<h3>§ VI.</h3>
<p class="h3title">Des alphabets factices.</p>
-<p>Vigenère, dans son <cite>Traité des chiffres</cite>, Duret, dans son <cite>Trésor des
-langues</cite>, et divers <span class="pagenum"><a id="page183" name="page183"></a>(p. 183)</span> autres anciens auteurs ont donné des
-modèles d'alphabets attribués à divers personnages célèbres de
-l'antiquité la plus reculée; M. Nodier s'exprime à cet égard de la façon
+<p>Vigenère, dans son <cite>Traité des chiffres</cite>, Duret, dans son <cite>Trésor des
+langues</cite>, et divers <span class="pagenum"><a id="page183" name="page183"></a>(p. 183)</span> autres anciens auteurs ont donné des
+modèles d'alphabets attribués à divers personnages célèbres de
+l'antiquité la plus reculée; M. Nodier s'exprime à cet égard de la façon
suivante:</p>
-<p>«Les alphabets factices de Salomon, d'Apollonius et même d'Adam ne sont
-pas si méprisables qu'on se l'imagine, et je n'entends pas par là qu'ils
+<p>«Les alphabets factices de Salomon, d'Apollonius et même d'Adam ne sont
+pas si méprisables qu'on se l'imagine, et je n'entends pas par là qu'ils
annoncent une grande puissance d'invention, mais seulement qu'ils
-remontent à une haute antiquité et qu'ils révèlent en partie le secret
-d'une des opérations les plus curieuses de l'esprit humain. Ce qui donne
-du prix aux recueils rares où ces alphabets se rencontrent, c'est qu'on
+remontent à une haute antiquité et qu'ils révèlent en partie le secret
+d'une des opérations les plus curieuses de l'esprit humain. Ce qui donne
+du prix aux recueils rares où ces alphabets se rencontrent, c'est qu'on
ne les a jamais reproduits depuis que l'on a fait de la grammaire
-positive, parce qu'ils n'appartiennent à aucune langue dont il soit
-resté des traditions. Comme débris d'une langue de convention qui a
-existé, dont nous avons perdu la clef et <span class="pagenum"><a id="page184" name="page184"></a>(p. 184)</span> qui ne le cédait
-peut-être en rien aux langues caractéristiques de Dalgarno, de Wilkins
-et de Leibnitz, ces traits grossiers parlent à notre intelligence avec
-un tout autre pouvoir que les pierres de Denderah.»</p>
-
-<p>Formés de signes aux contours bizarres et aux formes singulières, ces
-caractères, qui sont, en général, des transformations de l'alphabet
-hébreu, n'ont, d'ailleurs, on le comprend de reste, aucune authenticité.
-L'alphabet d'Énoch, celui de Moïse et celui de Salomon sont de pure
-invention, tout comme celui dont un magicien célèbre, Honorius le
-Thébain, se servit, dit-on, pour écrire ses livres de sorcellerie.
-Vigenère a conservé les lettres sous lesquelles cet insigne sorcier (qui
-n'a jamais existé) dissimulait les arcanes les plus profonds de la
-nécromancie. Nous croyons inutile de reproduire ces signes étranges,
+positive, parce qu'ils n'appartiennent à aucune langue dont il soit
+resté des traditions. Comme débris d'une langue de convention qui a
+existé, dont nous avons perdu la clef et <span class="pagenum"><a id="page184" name="page184"></a>(p. 184)</span> qui ne le cédait
+peut-être en rien aux langues caractéristiques de Dalgarno, de Wilkins
+et de Leibnitz, ces traits grossiers parlent à notre intelligence avec
+un tout autre pouvoir que les pierres de Denderah.»</p>
+
+<p>Formés de signes aux contours bizarres et aux formes singulières, ces
+caractères, qui sont, en général, des transformations de l'alphabet
+hébreu, n'ont, d'ailleurs, on le comprend de reste, aucune authenticité.
+L'alphabet d'Énoch, celui de Moïse et celui de Salomon sont de pure
+invention, tout comme celui dont un magicien célèbre, Honorius le
+Thébain, se servit, dit-on, pour écrire ses livres de sorcellerie.
+Vigenère a conservé les lettres sous lesquelles cet insigne sorcier (qui
+n'a jamais existé) dissimulait les arcanes les plus profonds de la
+nécromancie. Nous croyons inutile de reproduire ces signes étranges,
auxquels quelques anciens auteurs conseillent de <span class="pagenum"><a id="page185" name="page185"></a>(p. 185)</span> recourir pour
chiffrer, mais dont personne ne fait usage depuis bien longtemps.</p>
<p>On peut assimiler aux alphabets factices les figures bizarres dont les
-recueils de secrets magiques sont remplis, et les mots inventés à
-plaisir et qu'on donnait comme possédant des propriétés surnaturelles et
-comme renfermant un sens ignoré du vulgaire. Nous ne nous étendrons pas
-sur ce sujet, qui demeure étranger aux idées scientifiques; nous
-transcrirons seulement comme échantillon une phrase prise dans un livre
-de sortiléges et qui restera sans doute toujours inintelligible:</p>
+recueils de secrets magiques sont remplis, et les mots inventés à
+plaisir et qu'on donnait comme possédant des propriétés surnaturelles et
+comme renfermant un sens ignoré du vulgaire. Nous ne nous étendrons pas
+sur ce sujet, qui demeure étranger aux idées scientifiques; nous
+transcrirons seulement comme échantillon une phrase prise dans un livre
+de sortiléges et qui restera sans doute toujours inintelligible:</p>
-<p>«Magabusta Berenada Surmistaras. Gorisgatpa Helotim Latintas aciton
-aragiaton Amka jaribai untus gilgar Selingarasch.»</p>
+<p>«Magabusta Berenada Surmistaras. Gorisgatpa Helotim Latintas aciton
+aragiaton Amka jaribai untus gilgar Selingarasch.»</p>
<h2><span class="pagenum"><a id="page186" name="page186"></a>(p. 186)</span> CHAPITRE V.<br>
-<span class="smaller">DU RÔLE DE LA CRYPTOGRAPHIE DANS LA LITTÉRATURE.</span></h2>
+<span class="smaller">DU RÔLE DE LA CRYPTOGRAPHIE DANS LA LITTÉRATURE.</span></h2>
-<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3>
+<h3>§ I<sup>er</sup>.</h3>
-<p class="h3title">Artifices imaginés pour déguiser des dates.</p>
+<p class="h3title">Artifices imaginés pour déguiser des dates.</p>
-<p>Il est juste de rapporter à la Cryptographie les artifices qu'ont
-employés quelques scribes du moyen âge afin de dissimuler, sous une
-forme énigmatique plus ou moins ingénieuse, la date des manuscrits
+<p>Il est juste de rapporter à la Cryptographie les artifices qu'ont
+employés quelques scribes du moyen âge afin de dissimuler, sous une
+forme énigmatique plus ou moins ingénieuse, la date des manuscrits
qu'ils transcrivaient. En voici un exemple que fournit un des manuscrits
-français de la Bibliothèque impériale de Paris.</p>
+français de la Bibliothèque impériale de Paris.</p>
<p class="poem10">
<span class="pagenum"><a id="page187" name="page187"></a>(p. 187)</span> Ce livre fut tout parfait<br>
@@ -6220,55 +6181,55 @@ français de la Bibliothèque impériale de Paris.</p>
Et puis un () party en dux.<br>
Vous lairrez la teste Jhesus,<br>
Sainct Jehan, sainct Jacques et Jacob,<br>
- Et prendrez un X à cop.<br>
+ Et prendrez un X à cop.<br>
Puis adjoustez en ceste ryme<br>
Ung <img src="images/img025.jpg" width="30" height="22" alt="Signe" title=""> prince en algorithme:<br>
Si congnoistrez qu'il fut parfait<br>
Le XXIII<sup>e</sup> jueillet.</p>
<p>On voit que l'auteur indique, par les initiales de plusieurs mots, des
-lettres ayant une valeur numérique en chiffres romains, pour former par
-leur réunion l'année de l'achèvement de sa transcription. Il s'est plu à
-présenter cette indication d'une manière énigmatique par un jeu assez
-goûté de son temps.</p>
+lettres ayant une valeur numérique en chiffres romains, pour former par
+leur réunion l'année de l'achèvement de sa transcription. Il s'est plu à
+présenter cette indication d'une manière énigmatique par un jeu assez
+goûté de son temps.</p>
-<p>La tête d'un <em>Moyne</em>, (M) mille.</p>
+<p>La tête d'un <em>Moyne</em>, (M) mille.</p>
<p>Y ajouter celles de deux <em>Cordeliers</em> et d'un <em>Chanoine</em>, (CCC) trois
cents.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page188" name="page188"></a>(p. 188)</span> Puis, un O partagé en deux, (CC) deux cents.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page188" name="page188"></a>(p. 188)</span> Puis, un O partagé en deux, (CC) deux cents.</p>
-<p>Laisser de côté les têtes de Jhesus, de sainct Jehan, de sainct Jacques
-et de Jacob (4 à soustraire).</p>
+<p>Laisser de côté les têtes de Jhesus, de sainct Jehan, de sainct Jacques
+et de Jacob (4 à soustraire).</p>
<p>Prendre ensuite un X (10).</p>
-<p>La difficulté consiste à savoir ce que signifie <i>ung N prise en
-algorithme</i>. Ce dernier mot, évidemment altéré pour les besoins de la
+<p>La difficulté consiste à savoir ce que signifie <i>ung N prise en
+algorithme</i>. Ce dernier mot, évidemment altéré pour les besoins de la
rime, est <em>algorisme</em>, <em>algorismus</em>, que le dictionnaire de Du Cange
explique par <em>arithmetica</em>, <em>numerandi ars</em>. La lettre qu'il s'agit de
-considérer numériquement est un N, lettre qui ne joue point en latin le
-rôle d'un chiffre. D'après la forme que lui donne le manuscrit, on voit
-qu'elle joue, peut se décomposer en un V et un I, ce qui donne en
-chiffres: VI (six). Maintenant, en additionnant ces différents nombres,
+considérer numériquement est un N, lettre qui ne joue point en latin le
+rôle d'un chiffre. D'après la forme que lui donne le manuscrit, on voit
+qu'elle joue, peut se décomposer en un V et un I, ce qui donne en
+chiffres: VI (six). Maintenant, en additionnant ces différents nombres,
1000, 300, 200, 10 et 6, puis en retranchant 4, on trouve 1512.</p>
-<p>Une date semblable, composée par le <span class="pagenum"><a id="page189" name="page189"></a>(p. 189)</span> chanoine Charles de
-Bovelle, est citée dans la Notice de M. du Sommerard <cite>sur l'hôtel de
+<p>Une date semblable, composée par le <span class="pagenum"><a id="page189" name="page189"></a>(p. 189)</span> chanoine Charles de
+Bovelle, est citée dans la Notice de M. du Sommerard <cite>sur l'hôtel de
Cluny</cite>.</p>
-<table border="0" cellpadding="1" summary="Poème.">
+<table border="0" cellpadding="1" summary="Poème.">
<tr>
<td>D'un mouton et de cinq chevaux</td>
<td class="right">M. CCCCC</td>
</tr>
<tr>
-<td>Toutes les têtes prendrez,</td>
+<td>Toutes les têtes prendrez,</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Et à icelles sans nuls travaux</td>
+<td>Et à icelles sans nuls travaux</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -6288,7 +6249,7 @@ Cluny</cite>.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>L'an de ma façon et ma date.</td>
+<td>L'an de ma façon et ma date.</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -6304,12 +6265,12 @@ Cluny</cite>.</p>
</tr>
</table>
-<p>Pareilles inventions ne furent pas, d'ailleurs, la propriété exclusive
-des copistes antérieurs à l'invention de la typographie; quelques
-volumes imprimés au quinzième siècle offrent des particularités du même
+<p>Pareilles inventions ne furent pas, d'ailleurs, la propriété exclusive
+des copistes antérieurs à l'invention de la typographie; quelques
+volumes imprimés au quinzième siècle offrent des particularités du même
genre; mentionnons-en deux exemples:</p>
-<p>Le <cite>Doctrinal du temps présent</cite>, de Pierre Michault, imprimé à Bruges,
+<p>Le <cite>Doctrinal du temps présent</cite>, de Pierre Michault, imprimé à Bruges,
par Colard Mansion, s'adresse ainsi au lecteur:</p>
<p class="poem10">
@@ -6318,130 +6279,130 @@ par Colard Mansion, s'adresse ainsi au lecteur:</p>
<span class="pagenum"><a id="page190" name="page190"></a>(p. 190)</span> Vous feront estre congnoissans,<br>
Sans faillir, de mon miliaire.</p>
-<p>Ce quatrain indique l'année 1466: M. CCCC. XXXXXX. III III.</p>
+<p>Ce quatrain indique l'année 1466: M. CCCC. XXXXXX. III III.</p>
-<p>Un petit volume très-rare, le <cite>Passe-temps et le Songe du triste</cite>,
-publié à Lyon, s'annonce comme ayant été mis au jour:</p>
+<p>Un petit volume très-rare, le <cite>Passe-temps et le Songe du triste</cite>,
+publié à Lyon, s'annonce comme ayant été mis au jour:</p>
-<p class="quote">L'an de trois croix, cinq croissans, ung trépier.</p>
+<p class="quote">L'an de trois croix, cinq croissans, ung trépier.</p>
-<p>Ce qui signifie 1530, les figures étant rangées de droite à gauche: XXX.
+<p>Ce qui signifie 1530, les figures étant rangées de droite à gauche: XXX.
CCCCC. M.</p>
-<h3>§ II.</h3>
+<h3>§ II.</h3>
-<p class="h3title">Des artifices employés par quelques auteurs pour déguiser leurs
+<p class="h3title">Des artifices employés par quelques auteurs pour déguiser leurs
noms.</p>
-<p>Il a été de mode parmi certains auteurs du seizième siècle de déguiser
+<p>Il a été de mode parmi certains auteurs du seizième siècle de déguiser
leurs noms sous une devise qui les couvrait du manteau d'une anagramme
-plus ou moins ingénieuse, plus ou moins exacte.</p>
+plus ou moins ingénieuse, plus ou moins exacte.</p>
-<p>Le <cite>Formulaire fort récréatif de tous <span class="pagenum"><a id="page191" name="page191"></a>(p. 191)</span> contratz</cite>... fait par
+<p>Le <cite>Formulaire fort récréatif de tous <span class="pagenum"><a id="page191" name="page191"></a>(p. 191)</span> contratz</cite>... fait par
Bredin, Lyon, 1594.</p>
-<p>Les mots <em>Bonté ny soit</em>, sont en guise de signature à la fin de l'avis
-au lecteur; on croit y reconnaître le nom anagrammatisé de l'auteur:
+<p>Les mots <em>Bonté ny soit</em>, sont en guise de signature à la fin de l'avis
+au lecteur; on croit y reconnaître le nom anagrammatisé de l'auteur:
<em>Benoist (du) Troncy</em>.</p>
-<p>Noël du Fail, auteur de deux écrits dont les anciennes éditions sont
-vivement recherchées des bibliophiles (les <cite>Propos rustiques</cite> et les
-<cite>Baliverneries d'Eutrapel</cite>), cacha son nom sous l'anagramme de <i>Léon
-Ladulfi</i>; Nicolas Denisot, conteur et poëte contemporain d'Henri II,
-donna ses écrits sous la signature du <em>comte d'Alsinois</em>. Le chevalier
-de Cailly, dont les spirituelles épigrammes ont reparu dans la jolie
-<cite>Collection des petits classiques françois</cite> (1825, 9 vol. in-16), n'eut
-guère l'intention de se dérober sérieusement aux regards du public
-lorsqu'il se présenta sous le nom d'<em>Aceilly</em>.</p>
+<p>Noël du Fail, auteur de deux écrits dont les anciennes éditions sont
+vivement recherchées des bibliophiles (les <cite>Propos rustiques</cite> et les
+<cite>Baliverneries d'Eutrapel</cite>), cacha son nom sous l'anagramme de <i>Léon
+Ladulfi</i>; Nicolas Denisot, conteur et poëte contemporain d'Henri II,
+donna ses écrits sous la signature du <em>comte d'Alsinois</em>. Le chevalier
+de Cailly, dont les spirituelles épigrammes ont reparu dans la jolie
+<cite>Collection des petits classiques françois</cite> (1825, 9 vol. in-16), n'eut
+guère l'intention de se dérober sérieusement aux regards du public
+lorsqu'il se présenta sous le nom d'<em>Aceilly</em>.</p>
<p>Il serait facile de multiplier pareils exemples; nous signalerons
-Ancillon, signant <span class="pagenum"><a id="page192" name="page192"></a>(p. 192)</span> du nom de <em>Ollincan</em> son <cite>Traité des
-eunuques</cite>; nous mentionnerons Amelot de La Houssaye, d'Orléans, qui ne
-déguise guère la paternité de ses pesants commentaires sur Tacite, en
+Ancillon, signant <span class="pagenum"><a id="page192" name="page192"></a>(p. 192)</span> du nom de <em>Ollincan</em> son <cite>Traité des
+eunuques</cite>; nous mentionnerons Amelot de La Houssaye, d'Orléans, qui ne
+déguise guère la paternité de ses pesants commentaires sur Tacite, en
les donnant comme l'&oelig;uvre du sieur <em>de La Mothes Josseval d'Aronsel</em>;
nous retrouverions dans Philippe Alcripe, sieur de Neri, auteur d'un
-recueil facétieux devenu rare (la <cite>Nouvelle Fabrique des excellens
-traits de vérité</cite>), le nom de Philippe Le Picar, sieur de Rien; nous ne
+recueil facétieux devenu rare (la <cite>Nouvelle Fabrique des excellens
+traits de vérité</cite>), le nom de Philippe Le Picar, sieur de Rien; nous ne
saurions surtout oublier l'immortel auteur du <cite>Gargantua</cite> et du
-<cite>Pantagruel</cite>, maître François Rabelais, qui a changé son nom en celui
+<cite>Pantagruel</cite>, maître François Rabelais, qui a changé son nom en celui
d'<em>Alcofribas Nasier</em>.</p>
-<p>Les plus impénétrables de ces pseudonymes sont peut-être ceux que des
-membres d'académies italiennes se décernèrent, obéissant ainsi à une
-mode qui dura un instant pendant le siècle dernier. On ne se douterait
-qu'<em>Euforbo Melesigenio</em> <span class="pagenum"><a id="page193" name="page193"></a>(p. 193)</span> désigne Calazo; c'est sous le nom
-d'<em>Eritisco Pilenejo</em> que Pagnini livra aux presses élégantes de Bodoni
-sa traduction d'Anacréon.</p>
-
-<p>Un pauvre comédien qui termina ses jours par une mort volontaire, Caron,
-auteur et éditeur de livrets facétieux, recherchés des bibliomanes,
-s'amusait à avoir recours à l'artifice peu mystérieux de la disposition
-rétrograde des mots. Il donna un de ses écrits comme l'&oelig;uvre du bonze
-<em>Esiab-luc</em> et comme ayant été imprimé à <em>Emeluogna</em>.</p>
-
-<p>Un moine italien, François Columna, auteur d'un roman bizarre et obscur
-dont les anciennes éditions sont vivement recherchées à cause des
-figures sur bois qui les embellissent, a caché son nom et le secret de
-son c&oelig;ur dans une phrase qu'on retrouve, en écrivant, à la suite les
+<p>Les plus impénétrables de ces pseudonymes sont peut-être ceux que des
+membres d'académies italiennes se décernèrent, obéissant ainsi à une
+mode qui dura un instant pendant le siècle dernier. On ne se douterait
+qu'<em>Euforbo Melesigenio</em> <span class="pagenum"><a id="page193" name="page193"></a>(p. 193)</span> désigne Calazo; c'est sous le nom
+d'<em>Eritisco Pilenejo</em> que Pagnini livra aux presses élégantes de Bodoni
+sa traduction d'Anacréon.</p>
+
+<p>Un pauvre comédien qui termina ses jours par une mort volontaire, Caron,
+auteur et éditeur de livrets facétieux, recherchés des bibliomanes,
+s'amusait à avoir recours à l'artifice peu mystérieux de la disposition
+rétrograde des mots. Il donna un de ses écrits comme l'&oelig;uvre du bonze
+<em>Esiab-luc</em> et comme ayant été imprimé à <em>Emeluogna</em>.</p>
+
+<p>Un moine italien, François Columna, auteur d'un roman bizarre et obscur
+dont les anciennes éditions sont vivement recherchées à cause des
+figures sur bois qui les embellissent, a caché son nom et le secret de
+son c&oelig;ur dans une phrase qu'on retrouve, en écrivant, à la suite les
unes des autres, les lettres initiales de chacun des chapitres de cet
ouvrage:</p>
<p class="quote smcap">POLIAM FRATER FRANCISCUS ADAMAVIT.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page194" name="page194"></a>(p. 194)</span> L'auteur d'un de ces romans de chevalerie qui firent tourner la
-tête à Don Quichotte, l'historien de Palmerin d'Angleterre, s'est
-également servi d'un acrostiche du même genre; il l'a consigné dans des
-stances placées au commencement du premier volume et dont voici
-l'interprétation: <em>Luis Hurtado, autor, al lector da salud.</em></p>
+tête à Don Quichotte, l'historien de Palmerin d'Angleterre, s'est
+également servi d'un acrostiche du même genre; il l'a consigné dans des
+stances placées au commencement du premier volume et dont voici
+l'interprétation: <em>Luis Hurtado, autor, al lector da salud.</em></p>
-<p>Un petit poëme de la fin du quinzième siècle, le <cite>Messagier damours</cite>,
-révèle par un acrostiche placé dans les huit derniers vers le nom de
+<p>Un petit poëme de la fin du quinzième siècle, le <cite>Messagier damours</cite>,
+révèle par un acrostiche placé dans les huit derniers vers le nom de
l'auteur, Pilvelin.</p>
-<h3>§ III.</h3>
+<h3>§ III.</h3>
-<p class="h3title">De l'emploi que divers littérateurs ont fait de la Cryptographie.</p>
+<p class="h3title">De l'emploi que divers littérateurs ont fait de la Cryptographie.</p>
-<p>Quelques écrivains ont eu recours aux procédés de la Cryptographie,
-afin de dérober <span class="pagenum"><a id="page195" name="page195"></a>(p. 195)</span> aux profanes le sens de certains passages de
-leurs écrits qu'il leur convenait de couvrir des ombres du mystère; nous
+<p>Quelques écrivains ont eu recours aux procédés de la Cryptographie,
+afin de dérober <span class="pagenum"><a id="page195" name="page195"></a>(p. 195)</span> aux profanes le sens de certains passages de
+leurs écrits qu'il leur convenait de couvrir des ombres du mystère; nous
pouvons en citer plusieurs exemples.</p>
-<p>Un poëte du seizième siècle, rimeur peu connu, mais plein d'une verve
+<p>Un poëte du seizième siècle, rimeur peu connu, mais plein d'une verve
qui rappelle parfois celle de Regnier, Marc Papillon, sieur de
-Lasphrise, a placé, dans ses <cite>&OElig;uvres poétiques</cite> (Paris, 1599), une
+Lasphrise, a placé, dans ses <cite>&OElig;uvres poétiques</cite> (Paris, 1599), une
tirade assez libre qu'il ne nous convient pas de transcrire en entier et
-dont voici le début:</p>
+dont voici le début:</p>
<p><em>Sel semad ed al ruoc te seuqleuq sertua erocne</em></p>
<p><em>Tois enud elliv gruob uo egalliv.</em></p>
-<p>Il est facile de reconnaître que l'artifice consiste ici en ce que
-chaque mot doit être lu de droite à gauche.</p>
+<p>Il est facile de reconnaître que l'artifice consiste ici en ce que
+chaque mot doit être lu de droite à gauche.</p>
-<p>«Les dames de la cour et quelques autres encore,» etc.</p>
+<p>«Les dames de la cour et quelques autres encore,» etc.</p>
-<p>Nous trouvons, dans le même volume, <span class="pagenum"><a id="page196" name="page196"></a>(p. 196)</span> un sonnet en langue
+<p>Nous trouvons, dans le même volume, <span class="pagenum"><a id="page196" name="page196"></a>(p. 196)</span> un sonnet en langue
inconnue; il commence ainsi:</p>
<p class="poem10">
- Cerdis zerom deronty toulpinié<br>
+ Cerdis zerom deronty toulpinié<br>
Pareis hurlin linor orifieux.</p>
-<p>Nous laissons le soin de chercher le sens de ces lignes énigmatiques aux
-heureux dés&oelig;uvrés qui ont assez de temps pour donner des heures à
-l'étude des écrits du sieur de Lasphrise et assez de solidité de
-jugement pour apprécier tout ce que renferme d'utile et d'intéressant un
-pareil emploi des facultés intellectuelles.</p>
+<p>Nous laissons le soin de chercher le sens de ces lignes énigmatiques aux
+heureux dés&oelig;uvrés qui ont assez de temps pour donner des heures à
+l'étude des écrits du sieur de Lasphrise et assez de solidité de
+jugement pour apprécier tout ce que renferme d'utile et d'intéressant un
+pareil emploi des facultés intellectuelles.</p>
-<p>Un poëte latin du seizième siècle, Jean de Cysinge, plus connu sous le
-nom de Janus Pannonius, offre des particularités semblables. En
-feuilletant l'édition de ses <cite>Poemata</cite> (Utrecht, 1784, 2 vol. in-8<sup>o</sup>),
-nous avons remarqué que l'épigramme 276 du I<sup>er</sup> livre (tom. I, p.
-577), <em>in meretricem lascivam</em>, est en partie chiffrée;</p>
+<p>Un poëte latin du seizième siècle, Jean de Cysinge, plus connu sous le
+nom de Janus Pannonius, offre des particularités semblables. En
+feuilletant l'édition de ses <cite>Poemata</cite> (Utrecht, 1784, 2 vol. in-8<sup>o</sup>),
+nous avons remarqué que l'épigramme 276 du I<sup>er</sup> livre (tom. I, p.
+577), <em>in meretricem lascivam</em>, est en partie chiffrée;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page197" name="page197"></a>(p. 197)</span> Le second vers est exprimé sous cette forme:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page197" name="page197"></a>(p. 197)</span> Le second vers est exprimé sous cette forme:</p>
<p class="poem10">
Conserui et dxoop nfouxmb delituit.</p>
@@ -6451,62 +6412,62 @@ nous avons remarqué que l'épigramme 276 du I<sup>er</sup> livre (tom. I, p.
<p class="poem10">
Expecta nondum, Lucia, efgxuxk.</p>
-<p>La <cite>Biographie universelle</cite>, dans l'article consacré au trop célèbre
-marquis de Sade, rapporte que, parmi les manuscrits laissés par cet
-écrivain qui poussa l'immoralité jusqu'à la démence, il se trouvait un
-volumineux journal de sa captivité à la Bastille, écrit, en grande
+<p>La <cite>Biographie universelle</cite>, dans l'article consacré au trop célèbre
+marquis de Sade, rapporte que, parmi les manuscrits laissés par cet
+écrivain qui poussa l'immoralité jusqu'à la démence, il se trouvait un
+volumineux journal de sa captivité à la Bastille, écrit, en grande
partie, en chiffres dont il avait seul la clef.</p>
-<p>Nous rencontrons deux ou trois pages <em>chiffrées</em> dans une composition
+<p>Nous rencontrons deux ou trois pages <em>chiffrées</em> dans une composition
spirituelle et piquante sortie de la plume d'un des romanciers les plus
-féconds et les plus en vogue du dix-neuvième siècle. Ouvrez la
-<cite>Physiologie du mariage</cite>, par M. de Balzac; cherchez dans la Méditation
-XXV le <span class="pagenum"><a id="page198" name="page198"></a>(p. 198)</span> paragraphe intitulé: <i>des Religions et de la Confession
-considérées dans leur rapport avec le mariage</i>, vous y lirez ce qui
+féconds et les plus en vogue du dix-neuvième siècle. Ouvrez la
+<cite>Physiologie du mariage</cite>, par M. de Balzac; cherchez dans la Méditation
+XXV le <span class="pagenum"><a id="page198" name="page198"></a>(p. 198)</span> paragraphe intitulé: <i>des Religions et de la Confession
+considérées dans leur rapport avec le mariage</i>, vous y lirez ce qui
suit:</p>
-<p>«La Bruyère a dit très-spirituellement: C'est trop contre un mari, que
-la dévotion et la galanterie; une femme devrait opter.»</p>
+<p>«La Bruyère a dit très-spirituellement: C'est trop contre un mari, que
+la dévotion et la galanterie; une femme devrait opter.»</p>
-<p>«L'auteur pense que La Bruyère s'est trompé. En effet:</p>
+<p>«L'auteur pense que La Bruyère s'est trompé. En effet:</p>
-<p>«Lsuotru e-ne<i>d</i>tnim dbreaus jive<i>c</i> udnt let<i>t</i> em<i>r</i>nu eaCmetss esosi
+<p>«Lsuotru e-ne<i>d</i>tnim dbreaus jive<i>c</i> udnt let<i>t</i> em<i>r</i>nu eaCmetss esosi
ost pfsaoiylao tt demon sleuiod pne nr unsmneuj eeus<i>g</i>
-ienqseuedro<i>t</i>e<i>a</i>pt...»</p>
+ienqseuedro<i>t</i>e<i>a</i>pt...»</p>
-<p>Nous nous garderons bien d'insérer ici en entier cette longue citation,
-et nous convenons franchement que nous n'avons pas cherché à trouver la
-clef du système cryptographique inventé par le joyeux physiologiste.
+<p>Nous nous garderons bien d'insérer ici en entier cette longue citation,
+et nous convenons franchement que nous n'avons pas cherché à trouver la
+clef du système cryptographique inventé par le joyeux physiologiste.
Quelques-uns des nombreux lecteurs de la <cite>Physiologie du mariage</cite> ont
-sans doute été plus intrépides et plus heureux que nous.</p>
+sans doute été plus intrépides et plus heureux que nous.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page199" name="page199"></a>(p. 199)</span> Terminons en mentionnant une autre particularité dans le genre
+<p><span class="pagenum"><a id="page199" name="page199"></a>(p. 199)</span> Terminons en mentionnant une autre particularité dans le genre
de celles que nous signalons ici.</p>
-<p>Les <cite>&OElig;uvres poétiques</cite> du sieur de La Charnais, gentilhomme
-nivernois, renferment 118 énigmes, dont une table, en deux pages, donne
-la clef. Cette table est gravée à l'envers, en sorte que, pour la lire,
-il faut avoir recours à un miroir. L'auteur a, d'ailleurs, eu le soin de
-donner dans sa préface cette explication à ses lecteurs. C'est une
-singularité dont il serait sans doute difficile de trouver d'autres
+<p>Les <cite>&OElig;uvres poétiques</cite> du sieur de La Charnais, gentilhomme
+nivernois, renferment 118 énigmes, dont une table, en deux pages, donne
+la clef. Cette table est gravée à l'envers, en sorte que, pour la lire,
+il faut avoir recours à un miroir. L'auteur a, d'ailleurs, eu le soin de
+donner dans sa préface cette explication à ses lecteurs. C'est une
+singularité dont il serait sans doute difficile de trouver d'autres
exemples.</p>
-<p>Un écrivain américain, Edgar Poë, auteur de contes pleins de talent et
-d'originalité<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7" title="Go to footnote 7"><span class="smaller">[7]</span></a>, a, dans un de ses récits, le <cite>Scarabée <span class="pagenum"><a id="page200" name="page200"></a>(p. 200)</span> d'or</cite>
-(<cite>the Gold-Bug</cite>), raconté comment un homme, doué d'une intelligence
-pénétrante et chercheuse, sut parvenir à la découverte d'un trésor
-considérable enfoui par des pirates dans un coin reculé de la Louisiane,
-trésor dont le gîte était indiqué par une série de chiffres sur un vieux
-morceau de parchemin que le hasard plaça sous ses yeux habitués à voir
-juste et loin. Voici quelle était la première ligne de cet écrit:</p>
+<p>Un écrivain américain, Edgar Poë, auteur de contes pleins de talent et
+d'originalité<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7" title="Go to footnote 7"><span class="smaller">[7]</span></a>, a, dans un de ses récits, le <cite>Scarabée <span class="pagenum"><a id="page200" name="page200"></a>(p. 200)</span> d'or</cite>
+(<cite>the Gold-Bug</cite>), raconté comment un homme, doué d'une intelligence
+pénétrante et chercheuse, sut parvenir à la découverte d'un trésor
+considérable enfoui par des pirates dans un coin reculé de la Louisiane,
+trésor dont le gîte était indiqué par une série de chiffres sur un vieux
+morceau de parchemin que le hasard plaça sous ses yeux habitués à voir
+juste et loin. Voici quelle était la première ligne de cet écrit:</p>
<p class="center">
53 +++ 305) 6*; 4826) 4 +); 808*; 48 +<br>
- 8 § 60 &#390; 85; 1 + (;1. + * 8)</p>
+ 8 § 60 &#390; 85; 1 + (;1. + * 8)</p>
-<p>En examinant quels étaient les signes <span class="pagenum"><a id="page201" name="page201"></a>(p. 201)</span> qui revenaient le plus
-souvent et quels étaient ceux qui étaient les plus rares; en constatant
-que le caractère 8 se présentait 33 fois,</p>
+<p>En examinant quels étaient les signes <span class="pagenum"><a id="page201" name="page201"></a>(p. 201)</span> qui revenaient le plus
+souvent et quels étaient ceux qui étaient les plus rares; en constatant
+que le caractère 8 se présentait 33 fois,</p>
<table border="0" style="width: 25%;" cellpadding="2" summary="Signes.">
<tr>
@@ -6525,140 +6486,140 @@ que le caractère 8 se présentait 33 fois,</p>
<p class="noindent">en observant quelles sont les lettres qui, en anglais, entrent le plus
dans la composition des mots; en tenant compte des combinaisons et des
-juxtapositions qu'amènent les lois de l'orthographe, le mystère fut
-pénétré. Mais laissons les lecteurs chercher eux-mêmes dans les pages de
-M. Poë comment s'accomplit ce tour de force.</p>
+juxtapositions qu'amènent les lois de l'orthographe, le mystère fut
+pénétré. Mais laissons les lecteurs chercher eux-mêmes dans les pages de
+M. Poë comment s'accomplit ce tour de force.</p>
<h2><span class="pagenum"><a id="page202" name="page202"></a>(p. 202)</span> CHAPITRE VI.<br>
-<span class="smaller">DES LIVRES À CLEF.</span></h2>
+<span class="smaller">DES LIVRES À CLEF.</span></h2>
<p>Ils font encore partie du domaine de la Cryptographie, ces livres dans
lesquels on a voulu, au moyen de l'anagramme des noms ou de tout autre
-artifice, dépayser le lecteur et lui donner, presque toujours peu
-sérieusement, le change sur le véritable sens des pages qu'on mettait
+artifice, dépayser le lecteur et lui donner, presque toujours peu
+sérieusement, le change sur le véritable sens des pages qu'on mettait
sous ses yeux.</p>
-<p>Les compositions satiriques, les écrits qui ne ménagent nullement la
-religion et la décence, forment presque toujours la catégorie <span class="pagenum"><a id="page203" name="page203"></a>(p. 203)</span>
-où rentrent les livres à clef. Nous allons en citer quelques-uns.</p>
+<p>Les compositions satiriques, les écrits qui ne ménagent nullement la
+religion et la décence, forment presque toujours la catégorie <span class="pagenum"><a id="page203" name="page203"></a>(p. 203)</span>
+où rentrent les livres à clef. Nous allons en citer quelques-uns.</p>
-<p>Les <cite>Princesses malabares</cite>: ce livre irréligieux, attribué à
-Lenglet-Dufresnoy et imprimé à Rouen, en 1724, sous la fausse indication
-d'Andrinople, est parfois accompagné d'une clef, dont voici une partie:</p>
+<p>Les <cite>Princesses malabares</cite>: ce livre irréligieux, attribué à
+Lenglet-Dufresnoy et imprimé à Rouen, en 1724, sous la fausse indication
+d'Andrinople, est parfois accompagné d'une clef, dont voici une partie:</p>
<p><em>Mison</em> (Simon), saint Pierre; <em>Tuotalic</em>, catholique; <em>Rasoni</em>, raison;
-<em>Roligine</em>, Religion; <em>Ema</em>, âme; <em>Chéterine</em>, chrétienne; <em>Gélise</em>,
-église; <em>Vaddi</em>, David, etc. On voit que l'auteur a eu recours au plus
-vulgaire et au plus facile de tous les moyens de déguisement, à
-l'anagramme, procédé bien candide et bien naïf, puisque les éléments du
-mot se présentent d'eux-mêmes à qui prend la peine de les chercher. À
-côté du livre que nous venons d'indiquer, plaçons:</p>
+<em>Roligine</em>, Religion; <em>Ema</em>, âme; <em>Chéterine</em>, chrétienne; <em>Gélise</em>,
+église; <em>Vaddi</em>, David, etc. On voit que l'auteur a eu recours au plus
+vulgaire et au plus facile de tous les moyens de déguisement, à
+l'anagramme, procédé bien candide et bien naïf, puisque les éléments du
+mot se présentent d'eux-mêmes à qui prend la peine de les chercher. À
+côté du livre que nous venons d'indiquer, plaçons:</p>
<p>Les <cite>Aventures de Pomponius</cite> (par Labadie), <em>Rome</em> (Hollande), 1725. Ce
-récit <span class="pagenum"><a id="page204" name="page204"></a>(p. 204)</span> allégorique, dirigé contre le régent (Philippe d'Orléans)
-et ses favoris, présente aussi des noms cachés sous le voile de
-l'anagramme: <em>Relosan</em>, Orléans; <em>Lauges</em>, Gaules; <em>Cilopang</em>, Polignac;
-<em>Judosb</em>, Dubois; <em>Nedoc</em>, Condé; <em>Xeamu</em>, Meaux.</p>
+récit <span class="pagenum"><a id="page204" name="page204"></a>(p. 204)</span> allégorique, dirigé contre le régent (Philippe d'Orléans)
+et ses favoris, présente aussi des noms cachés sous le voile de
+l'anagramme: <em>Relosan</em>, Orléans; <em>Lauges</em>, Gaules; <em>Cilopang</em>, Polignac;
+<em>Judosb</em>, Dubois; <em>Nedoc</em>, Condé; <em>Xeamu</em>, Meaux.</p>
-<p>Dans les <i>Veillées du Marais ou Histoire du grand prince Oribeau et de
-la vertueuse princesse Oribelle</i>, par Rétif de la Bretonne, tous les
+<p>Dans les <i>Veillées du Marais ou Histoire du grand prince Oribeau et de
+la vertueuse princesse Oribelle</i>, par Rétif de la Bretonne, tous les
noms sont travestis: Rousseau devient <em>Assuero</em>, et Voltaire <em>Iratlove</em>.</p>
-<p>N'oublions pas les <cite>Soupers de Daphné et les Dortoirs de Lacédémone</cite>
-(par de Querlon), 1740. Une clef imprimée se trouve dans un très-petit
-nombre d'exemplaires de cette satire lancée contre la cour de Louis XV;
-M. Nodier l'a reproduite dans ses <i>Mélanges extraits d'une petite
-bibliothèque</i>, où il a également placé la clef d'une <em>nouvelle</em> de
-Brémond qui met en scène, sous des noms déguisés, le roi <span class="pagenum"><a id="page205" name="page205"></a>(p. 205)</span>
-d'Angleterre Charles II et ses favorites: <i>Hattigé, ou les Amours du roi
+<p>N'oublions pas les <cite>Soupers de Daphné et les Dortoirs de Lacédémone</cite>
+(par de Querlon), 1740. Une clef imprimée se trouve dans un très-petit
+nombre d'exemplaires de cette satire lancée contre la cour de Louis XV;
+M. Nodier l'a reproduite dans ses <i>Mélanges extraits d'une petite
+bibliothèque</i>, où il a également placé la clef d'une <em>nouvelle</em> de
+Brémond qui met en scène, sous des noms déguisés, le roi <span class="pagenum"><a id="page205" name="page205"></a>(p. 205)</span>
+d'Angleterre Charles II et ses favorites: <i>Hattigé, ou les Amours du roi
de Tamaran</i>, Cologne, 1676.</p>
-<p>Les <cite>Amours de Zéokinizul, roi des Korfirans</cite>, présentent un mystère
-qu'il est facile de percer; l'anagramme complaisante nomme d'elle-même:
-Louis XV, roi des Français.</p>
+<p>Les <cite>Amours de Zéokinizul, roi des Korfirans</cite>, présentent un mystère
+qu'il est facile de percer; l'anagramme complaisante nomme d'elle-même:
+Louis XV, roi des Français.</p>
<p>Indiquons encore:</p>
-<p>Les <cite>Visites</cite>, par mademoiselle de Kéralio, Paris, 1792, in-8.</p>
+<p>Les <cite>Visites</cite>, par mademoiselle de Kéralio, Paris, 1792, in-8.</p>
-<p><cite>Voyage du Vallon tranquille</cite> (par Charpentier), réimprimé en 1796 avec
-des notes servant de clef, par Mercier de Saint-Léger et Adry.</p>
+<p><cite>Voyage du Vallon tranquille</cite> (par Charpentier), réimprimé en 1796 avec
+des notes servant de clef, par Mercier de Saint-Léger et Adry.</p>
<p><cite>Histoire de la princesse de Paphlagonie</cite>, par mademoiselle de
Montpensier.</p>
-<p><cite>Paris, Histoire véridique, anecdotique, morale et poétique</cite>, avec la
+<p><cite>Paris, Histoire véridique, anecdotique, morale et poétique</cite>, avec la
clef, par Chevrier, La Haye, 1767.</p>
-<p><cite>Galerie des États généraux</cite> (par Mirabeau, de Luchet, etc.).</p>
+<p><cite>Galerie des États généraux</cite> (par Mirabeau, de Luchet, etc.).</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page206" name="page206"></a>(p. 206)</span> Ne laissons pas échapper, dans cette énumération rapide et
-nécessairement fort incomplète, un ouvrage célèbre, le <cite>Cymbalum mundi</cite>,
+<p><span class="pagenum"><a id="page206" name="page206"></a>(p. 206)</span> Ne laissons pas échapper, dans cette énumération rapide et
+nécessairement fort incomplète, un ouvrage célèbre, le <cite>Cymbalum mundi</cite>,
de Bonaventure Des Periers.</p>
-<p>M. Nodier s'est fort occupé de cet écrit, qu'il qualifie de «production
+<p>M. Nodier s'est fort occupé de cet écrit, qu'il qualifie de «production
bizarre et hardie, petit chef-d'&oelig;uvre d'esprit et de raillerie,
-modèle presque inimitable de style dans le genre familier et badin, et
-l'un des plus précieux monuments de la charmante littérature du seizième
-siècle.»</p>
+modèle presque inimitable de style dans le genre familier et badin, et
+l'un des plus précieux monuments de la charmante littérature du seizième
+siècle.»</p>
-<p>Le <cite>Grand Dictionnaire historique des Précieuses</cite>, par Somaize, 1661,
-n'offre qu'une énigme perpétuelle, lorsque la clef n'y est pas jointe.</p>
+<p>Le <cite>Grand Dictionnaire historique des Précieuses</cite>, par Somaize, 1661,
+n'offre qu'une énigme perpétuelle, lorsque la clef n'y est pas jointe.</p>
<p>Vogt, dans son <cite>Catalogus librorum rariorum</cite>, mentionne un recueil de
-poésies, d'une bizarre mysticité, imprimé en 1738 et qui fut défendu.
-Les noms y sont anagrammatisés; <em>Madaavemania</em> est l'âme (<em>anima</em>)
-d'Adam et d'Ève qui délivre Sirchtus <span class="pagenum"><a id="page207" name="page207"></a>(p. 207)</span> (<em>Christus</em>); <em>Rifeluc</em>
-est Lucifer; <em>Moscos</em> désigne <em>Cosmos</em>, le Monde, etc.</p>
+poésies, d'une bizarre mysticité, imprimé en 1738 et qui fut défendu.
+Les noms y sont anagrammatisés; <em>Madaavemania</em> est l'âme (<em>anima</em>)
+d'Adam et d'Ève qui délivre Sirchtus <span class="pagenum"><a id="page207" name="page207"></a>(p. 207)</span> (<em>Christus</em>); <em>Rifeluc</em>
+est Lucifer; <em>Moscos</em> désigne <em>Cosmos</em>, le Monde, etc.</p>
<p>Nous nous garderons bien de tout citer en ce genre; aussi
-laisserons-nous de côté un fastidieux roman du chevalier de Mouhy,
-intitulé les <cite>Mille et une Faveurs</cite>, 1740, 5 vol. in-18. Dans cette
-longue narration, les noms des personnages sont déguisés sous le voile
-de l'anagramme, se présentant sous un aspect fort bizarre, tels que
+laisserons-nous de côté un fastidieux roman du chevalier de Mouhy,
+intitulé les <cite>Mille et une Faveurs</cite>, 1740, 5 vol. in-18. Dans cette
+longue narration, les noms des personnages sont déguisés sous le voile
+de l'anagramme, se présentant sous un aspect fort bizarre, tels que
Croselivesgol, Tofmenie, Onveexpic, Lodeorbarli, Coufartoc, Senacso,
Sanistinva, Netosniss, Fonternouesa, Tanitbadan, Veoldafitular; en les
-décomposant on y trouve des mots très-propres à inspirer le plus juste
+décomposant on y trouve des mots très-propres à inspirer le plus juste
effroi au chaste lecteur.</p>
<h2><span class="pagenum"><a id="page208" name="page208"></a>(p. 208)</span> CHAPITRE VII.<br>
-<span class="smaller">DU DÉCHIFFREMENT.</span></h2>
+<span class="smaller">DU DÉCHIFFREMENT.</span></h2>
-<p>Il faut de la patience et de la sagacité pour arriver à la lecture d'une
-dépêche chiffrée qui a été interceptée.</p>
+<p>Il faut de la patience et de la sagacité pour arriver à la lecture d'une
+dépêche chiffrée qui a été interceptée.</p>
-<p>Cette tâche peut offrir les plus graves difficultés, lorsqu'on ignore
-dans quelle langue est écrite la dépêche saisie; ou bien lorsque, pour
-l'écrire, il a été formé un mélange de divers idiomes; lorsqu'on a fait
+<p>Cette tâche peut offrir les plus graves difficultés, lorsqu'on ignore
+dans quelle langue est écrite la dépêche saisie; ou bien lorsque, pour
+l'écrire, il a été formé un mélange de divers idiomes; lorsqu'on a fait
emploi de plusieurs alphabets; lorsque les non-valeurs sont nombreuses
-et réparties avec intelligence; lorsque les <span class="pagenum"><a id="page209" name="page209"></a>(p. 209)</span> mêmes syllabes,
-les mêmes mots, les mêmes noms, se trouvent exprimés par des signes
-différents; lorsque les mots sont écrits à la suite les uns des autres
-sans séparation, ou lorsqu'ils sont séparés, non comme ils devaient
-l'être selon les règles grammaticales, mais d'une façon arbitraire qui
-déroute l'observateur.</p>
-
-<p>Le déchiffreur doit être très-versé dans tous les procédés de la
-Cryptographie; s'il n'a lui-même souvent chiffré des dépêches, s'il ne
-connaît à fond toutes les ruses de l'art, s'il ne s'est amusé à vouloir
-inventer des procédés nouveaux, s'il n'a fait de toutes les combinaisons
-cryptographiques une étude sérieuse et patiente, il échouera dans toutes
-ses tentatives, quand il se verra en présence d'un chiffre difficile.</p>
-
-<p>La première chose à faire est de dresser le catalogue des caractères qui
-composent le chiffre et de noter combien chacun est répété de fois.
+et réparties avec intelligence; lorsque les <span class="pagenum"><a id="page209" name="page209"></a>(p. 209)</span> mêmes syllabes,
+les mêmes mots, les mêmes noms, se trouvent exprimés par des signes
+différents; lorsque les mots sont écrits à la suite les uns des autres
+sans séparation, ou lorsqu'ils sont séparés, non comme ils devaient
+l'être selon les règles grammaticales, mais d'une façon arbitraire qui
+déroute l'observateur.</p>
+
+<p>Le déchiffreur doit être très-versé dans tous les procédés de la
+Cryptographie; s'il n'a lui-même souvent chiffré des dépêches, s'il ne
+connaît à fond toutes les ruses de l'art, s'il ne s'est amusé à vouloir
+inventer des procédés nouveaux, s'il n'a fait de toutes les combinaisons
+cryptographiques une étude sérieuse et patiente, il échouera dans toutes
+ses tentatives, quand il se verra en présence d'un chiffre difficile.</p>
+
+<p>La première chose à faire est de dresser le catalogue des caractères qui
+composent le chiffre et de noter combien chacun est répété de fois.
Ceci fait, on examine leurs <span class="pagenum"><a id="page210" name="page210"></a>(p. 210)</span> combinaisons; on tourne, on
-retourne, on dispose de toute façon ces caractères, jusqu'à ce que des
-conjectures se présentent avec vraisemblance sur l'attribution de tel ou
-tel caractère à telle ou telle lettre.</p>
+retourne, on dispose de toute façon ces caractères, jusqu'à ce que des
+conjectures se présentent avec vraisemblance sur l'attribution de tel ou
+tel caractère à telle ou telle lettre.</p>
-<p>Pour arriver à ce but, il faut que la plupart des caractères se trouvent
-plus d'une fois dans le chiffre; si l'écrit est fort court, si une même
-lettre est désignée par des caractères différents, les difficultés
-deviennent de plus en plus sérieuses:</p>
+<p>Pour arriver à ce but, il faut que la plupart des caractères se trouvent
+plus d'une fois dans le chiffre; si l'écrit est fort court, si une même
+lettre est désignée par des caractères différents, les difficultés
+deviennent de plus en plus sérieuses:</p>
-<p>Nous allons emprunter à un écrivain hollandais judicieux, à S'Gravesand,
-un exemple relatif à un chiffre écrit en latin.</p>
+<p>Nous allons emprunter à un écrivain hollandais judicieux, à S'Gravesand,
+un exemple relatif à un chiffre écrit en latin.</p>
<p class="noindent margin10">
<span class="add1em">A</span>
@@ -6682,7 +6643,7 @@ f<span class="over">mfpimfhi</span>abc <span class="over">qilcb</span> eiea<span
pi<span class="over">gbgrb</span>kdg<span class="over">hik</span>f: smkhitefm.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page211" name="page211"></a>(p. 211)</span> Les barres, les lettres majuscules A, B, les signes de
-ponctuation ne font pas partie du chiffre; nous les avons ajoutés afin
+ponctuation ne font pas partie du chiffre; nous les avons ajoutés afin
de faciliter l'explication: Ce chiffre donne:</p>
<table style="width: 30%;" border="0" cellpadding="2" summary="Chiffre.">
@@ -6747,87 +6708,87 @@ de faciliter l'explication: Ce chiffre donne:</p>
</tr>
</table>
-<p>Enfin, il y a en tout dix-neuf caractères, dont cinq seulement une fois.</p>
+<p>Enfin, il y a en tout dix-neuf caractères, dont cinq seulement une fois.</p>
<p>Je vois d'abord que <em>h i k f</em> se trouvent en deux endroits (B, M); que
<em>i k f</em> se trouvent en un seul (F); enfin, que <em>h e k f</em> (C) et <i>h i k
f</i> (B, M) ont du rapport entre eux.</p>
-<p>D'où l'on peut conclure qu'il est probable que ce sont des fins de mots,
+<p>D'où l'on peut conclure qu'il est probable que ce sont des fins de mots,
ce qu'on indique par les deux points:</p>
-<p>Dans le latin, il est ordinaire de trouver <span class="pagenum"><a id="page212" name="page212"></a>(p. 212)</span> des mots où des
-quatre dernières lettres les seules antépénultièmes diffèrent;
+<p>Dans le latin, il est ordinaire de trouver <span class="pagenum"><a id="page212" name="page212"></a>(p. 212)</span> des mots où des
+quatre dernières lettres les seules antépénultièmes diffèrent;
lesquelles, en ce cas, sont habituellement des voyelles, comme dans
<em>amant</em>, <em>legunt</em>, <em>docent</em>, etc.; donc <em>i</em>, <em>e</em> sont probablement des
voyelles.</p>
<p>Puisque <em>f m f</em> (voyez G) est le commencement d'un mot, on peut
raisonnablement conjecturer que <em>m</em> ou <em>f</em> est voyelle, car un mot n'a
-jamais trois consonnes de suite, dont deux soient les mêmes, et il est
+jamais trois consonnes de suite, dont deux soient les mêmes, et il est
probable que c'est <em>f</em> puisque <em>f</em> se trouve quatorze fois et <em>m</em>
seulement cinq; donc <em>m</em> est consonne.</p>
-<p>De là allant à K ou <em>g b f b c b g</em>, on voit que, puisque <em>f</em> est
-voyelle, <em>b</em> sera consonne dans le <em>b f b</em>, par les mêmes raisons que
-ci-dessus; donc <em>c</em> sera voyelle, à cause de <em>b c h</em>.</p>
+<p>De là allant à K ou <em>g b f b c b g</em>, on voit que, puisque <em>f</em> est
+voyelle, <em>b</em> sera consonne dans le <em>b f b</em>, par les mêmes raisons que
+ci-dessus; donc <em>c</em> sera voyelle, à cause de <em>b c h</em>.</p>
<p>Dans L ou <em>g b g r b</em>, <em>b</em> est consonne; <em>r</em> sera consonne, parce qu'il
-n'y a qu'un <em>r</em> dans tout l'écrit; donc <em>g</em> est voyelle.</p>
+n'y a qu'un <em>r</em> dans tout l'écrit; donc <em>g</em> est voyelle.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page213" name="page213"></a>(p. 213)</span> Dans D ou <em>f c g f g</em>, il y aurait donc un mot ou une partie de
mots en cinq voyelles, mais la chose est impossible. Il n'y a point de
-mot latin qui présente cette particularité; on se tromperait donc en
+mot latin qui présente cette particularité; on se tromperait donc en
prenant <em>f c g</em>, pour voyelles; donc ce n'est pas <em>f</em>, mais <em>m</em> qui est
voyelle, et <em>f</em> consonne; donc <em>b</em> est voyelle (voyez K). Dans cet
-endroit K, on a la voyelle <em>b</em> trois fois, séparée seulement par une
-lettre; or on trouve dans le latin des mots où pareille circonstance se
+endroit K, on a la voyelle <em>b</em> trois fois, séparée seulement par une
+lettre; or on trouve dans le latin des mots où pareille circonstance se
rencontre, tels que <em>edere</em>, <em>legere</em>, <em>munere</em>, <em>si tibi</em>, etc., et
-comme c'est la voyelle <em>e</em> qui est le plus fréquemment dans ce cas, il
-faut en conclure que <em>b</em> correspond probablement à l'<em>e</em>, et <em>i</em> à <em>r</em>.</p>
+comme c'est la voyelle <em>e</em> qui est le plus fréquemment dans ce cas, il
+faut en conclure que <em>b</em> correspond probablement à l'<em>e</em>, et <em>i</em> à <em>r</em>.</p>
-<p>En opérant successivement de semblable manière sur toute la phrase
-chiffrée, on finit par en découvrir le sens, et on trouve que le chiffre
-que nous avons reproduit, doit se traduire de la manière suivante:</p>
+<p>En opérant successivement de semblable manière sur toute la phrase
+chiffrée, on finit par en découvrir le sens, et on trouve que le chiffre
+que nous avons reproduit, doit se traduire de la manière suivante:</p>
<p><i>Perdita sunt bona; Mindarus interiit: <span class="pagenum"><a id="page214" name="page214"></a>(p. 214)</span> urbs strata humi est.
-Esuriunt tot quot superfuere vivi; præterea quæ agenda sunt consulito.</i></p>
+Esuriunt tot quot superfuere vivi; præterea quæ agenda sunt consulito.</i></p>
-<p>Les mots composés d'un très-petit nombre de syllabes doivent être les
-premiers dont on s'occupe dans les opérations du déchiffrement. Ils
-laissent sans trop de peine les voyelles se révéler, et cette découverte
-conduit à celle des consonnes. La connaissance exacte des principes
-généraux qui régissent l'orthographe des diverses langues est le fil
-qu'il faut suivre dans ces opérations minutieuses.</p>
+<p>Les mots composés d'un très-petit nombre de syllabes doivent être les
+premiers dont on s'occupe dans les opérations du déchiffrement. Ils
+laissent sans trop de peine les voyelles se révéler, et cette découverte
+conduit à celle des consonnes. La connaissance exacte des principes
+généraux qui régissent l'orthographe des diverses langues est le fil
+qu'il faut suivre dans ces opérations minutieuses.</p>
-<p>Indiquons quelques-uns des principes qui servent de guide pour opérer le
-déchiffrement d'un écrit en langue française.</p>
+<p>Indiquons quelques-uns des principes qui servent de guide pour opérer le
+déchiffrement d'un écrit en langue française.</p>
-<p>Le signe qui revient le plus souvent, surtout à la fin des mots, désigne
+<p>Le signe qui revient le plus souvent, surtout à la fin des mots, désigne
la voyelle <em>e</em>.</p>
-<p>Cette lettre est la seule qui, à la fin d'un mot, se répète deux fois,
-comme dans <em>désirée</em>, <em>fusée</em>, etc. Ainsi, lorsqu'on trouve le <span class="pagenum"><a id="page215" name="page215"></a>(p. 215)</span>
-même signe placé deux fois à la fin d'un mot, il y a toute probabilité
-que ce signe représente l'<em>e</em>. La voyelle <em>e</em>, dans un mot de deux
-lettres, est toujours précédée des consonnes <em>c d j l m n s t</em> ou suivie
+<p>Cette lettre est la seule qui, à la fin d'un mot, se répète deux fois,
+comme dans <em>désirée</em>, <em>fusée</em>, etc. Ainsi, lorsqu'on trouve le <span class="pagenum"><a id="page215" name="page215"></a>(p. 215)</span>
+même signe placé deux fois à la fin d'un mot, il y a toute probabilité
+que ce signe représente l'<em>e</em>. La voyelle <em>e</em>, dans un mot de deux
+lettres, est toujours précédée des consonnes <em>c d j l m n s t</em> ou suivie
de celles <em>n t</em>.</p>
-<p>Indépendamment de l'interjection <em>o</em>, qui n'est guère employée dans une
-dépêche secrète, il n'y a en français que deux lettres qui, seules,
+<p>Indépendamment de l'interjection <em>o</em>, qui n'est guère employée dans une
+dépêche secrète, il n'y a en français que deux lettres qui, seules,
forment un mot complet. Ces lettres sont <em>a</em> et <em>y</em>. Si l'on trouve un
-signe isolé dans le texte chiffré, il est à croire qu'il correspond à
+signe isolé dans le texte chiffré, il est à croire qu'il correspond à
une de ces deux lettres.</p>
-<p>Dans les mots formés de deux lettres où se trouve la voyelle <em>a</em>, elle
-précède d'ordinaire les lettres <em>h</em>, <em>i</em>, <em>u</em>, comme dans <em>ah ai au</em>, ou
-bien elle est après les lettres <em>l</em>, <em>m</em>, <em>n</em>, <em>s</em>, <em>t</em>, comme dans
+<p>Dans les mots formés de deux lettres où se trouve la voyelle <em>a</em>, elle
+précède d'ordinaire les lettres <em>h</em>, <em>i</em>, <em>u</em>, comme dans <em>ah ai au</em>, ou
+bien elle est après les lettres <em>l</em>, <em>m</em>, <em>n</em>, <em>s</em>, <em>t</em>, comme dans
<em>la</em>, <em>ma</em>, <em>sa</em>, <em>ta</em>.</p>
-<p>Des diphthongues, <em>ai</em>, <em>au</em>, <em>eu</em>, <em>oi</em>, <em>ou</em>, la dernière est celle
+<p>Des diphthongues, <em>ai</em>, <em>au</em>, <em>eu</em>, <em>oi</em>, <em>ou</em>, la dernière est celle
qui revient le plus souvent, surtout dans les mots de quatre syllabes.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page216" name="page216"></a>(p. 216)</span> Lorsque la lettre <em>e</em> est l'avant-dernière d'un mot, ce mot se
+<p><span class="pagenum"><a id="page216" name="page216"></a>(p. 216)</span> Lorsque la lettre <em>e</em> est l'avant-dernière d'un mot, ce mot se
termine d'ordinaire par l'une de ces deux consonnes, <em>r</em> ou <em>s</em>.</p>
<p>Lorsque la voyelle est suivie d'une autre voyelle, c'est habituellement
@@ -6836,379 +6797,379 @@ d'un <em>e</em>.</p>
<p>Il est rare qu'un mot finisse par les consonnes <em>b</em>, <em>f</em>, <em>g</em>, <em>h</em>, <em>p</em>,
<em>q</em>.</p>
-<p>Les mots formés de trois lettres sont ceux qui donnent le plus de peine
-au déchiffreur, lorsque la même lettre s'y trouve deux fois comme dans
-<em>été</em>, <em>ici</em>, <em>non</em>, <em>ses</em>.</p>
+<p>Les mots formés de trois lettres sont ceux qui donnent le plus de peine
+au déchiffreur, lorsque la même lettre s'y trouve deux fois comme dans
+<em>été</em>, <em>ici</em>, <em>non</em>, <em>ses</em>.</p>
-<p>Supposons que vous avez découvert le monosyllabe <em>le</em> et que vous ayez
-un autre mot de trois lettres dont les premières sont <em>l</em> et <em>e</em>, vous
-jugerez que la troisième est un <em>s</em>, attendu qu'elle est la seule qui,
-dans un mot de trois lettres, puisse aller après le monosyllabe <em>le</em> et
-former le mot <em>les</em>. Dès que vous serez parvenu à connaître ce mot
+<p>Supposons que vous avez découvert le monosyllabe <em>le</em> et que vous ayez
+un autre mot de trois lettres dont les premières sont <em>l</em> et <em>e</em>, vous
+jugerez que la troisième est un <em>s</em>, attendu qu'elle est la seule qui,
+dans un mot de trois lettres, puisse aller après le monosyllabe <em>le</em> et
+former le mot <em>les</em>. Dès que vous serez parvenu à connaître ce mot
<em>les</em>, si vous trouvez un mot dont les deux premiers signes soient un
-<span class="pagenum"><a id="page217" name="page217"></a>(p. 217)</span> <em>e</em> et un <em>s</em>, vous en conclurez que le troisième, qui vous est
-encore inconnu, doit être la lettre <em>t</em>, et que ces trois signes
+<span class="pagenum"><a id="page217" name="page217"></a>(p. 217)</span> <em>e</em> et un <em>s</em>, vous en conclurez que le troisième, qui vous est
+encore inconnu, doit être la lettre <em>t</em>, et que ces trois signes
expriment le mot: <em>est</em>.</p>
-<p>Ayant découvert la lettre <em>s</em>, vous examinerez si elle ne se trouve pas
-précéder un mot de deux lettres, dont la seconde ne soit pas la lettre
-<em>e</em>, que vous connaissez déjà. Alors ce sera nécessairement un <em>a</em> ou un
+<p>Ayant découvert la lettre <em>s</em>, vous examinerez si elle ne se trouve pas
+précéder un mot de deux lettres, dont la seconde ne soit pas la lettre
+<em>e</em>, que vous connaissez déjà. Alors ce sera nécessairement un <em>a</em> ou un
<em>i</em>. Pour vous en assurer, voyez si, dans d'autres endroits, ce dernier
-signe ne précède pas, dans un autre mot de deux lettres, la lettre <em>l</em>;
+signe ne précède pas, dans un autre mot de deux lettres, la lettre <em>l</em>;
en ce cas, vous serez certain que c'est un <em>i</em>. Si, au contraire, dans
un autre mot de deux lettres, ce signe suit la lettre <em>l</em>, vous en
-conclurez qu'il désigne l'<em>a</em>.</p>
+conclurez qu'il désigne l'<em>a</em>.</p>
-<p>Lorsque ces premières recherches vous auront révélé six signes ou
+<p>Lorsque ces premières recherches vous auront révélé six signes ou
lettres, savoir les trois voyelles <em>a e i</em>, et les trois consonnes <i>l s
-t</i>, elles vous conduiront à découvrir des mots composés d'un plus grand
-<span class="pagenum"><a id="page218" name="page218"></a>(p. 218)</span> nombre de lettres, tels, par exemple, que le mot <em>lettre</em>, où
-tout se trouvera connu, excepté la lettre <em>r</em>, lettre que dès ce moment
-vous pourrez ajouter à celles que vous connaissez déjà. Le mot <em>cette</em>,
-où tout sera connu excepté la lettre <em>c</em>, le mot <em>ville</em> où la lettre
-<em>v</em> seule était encore un mystère, se révéleront d'une façon analogue.</p>
-
-<p>Quand vous serez ainsi parvenu à connaître sept ou huit mots, vous
+t</i>, elles vous conduiront à découvrir des mots composés d'un plus grand
+<span class="pagenum"><a id="page218" name="page218"></a>(p. 218)</span> nombre de lettres, tels, par exemple, que le mot <em>lettre</em>, où
+tout se trouvera connu, excepté la lettre <em>r</em>, lettre que dès ce moment
+vous pourrez ajouter à celles que vous connaissez déjà. Le mot <em>cette</em>,
+où tout sera connu excepté la lettre <em>c</em>, le mot <em>ville</em> où la lettre
+<em>v</em> seule était encore un mystère, se révéleront d'une façon analogue.</p>
+
+<p>Quand vous serez ainsi parvenu à connaître sept ou huit mots, vous
trouverez sans trop de peine les autres, en recherchant quelles sont les
-lettres qu'il convient de mettre entre celles qui sont déjà connues pour
-en former des mots. En peu de temps, vous obtiendrez, par ce procédé,
-une clef qui servira à déchiffrer aisément toute la dépêche.</p>
+lettres qu'il convient de mettre entre celles qui sont déjà connues pour
+en former des mots. En peu de temps, vous obtiendrez, par ce procédé,
+une clef qui servira à déchiffrer aisément toute la dépêche.</p>
-<p>Disons encore quelques mots à l'égard des principes qu'il s'agit d'avoir
-en vue pour divers idiomes européens.</p>
+<p>Disons encore quelques mots à l'égard des principes qu'il s'agit d'avoir
+en vue pour divers idiomes européens.</p>
<p>En anglais, l'<em>e</em> est la voyelle qui revient <span class="pagenum"><a id="page219" name="page219"></a>(p. 219)</span> le plus
-fréquemment; elle est assez souvent suivie d'un <em>a</em> comme dans <em>earl</em>
-(comte), <em>great</em>, <em>reason</em>. L'<em>o</em> est commun dans les mots formés de
-deux lettres; il est maintes fois accompagné du <em>w</em>, comme dans <em>grow</em>,
-<em>know</em>, <em>narrowly</em>. L'<em>y</em> se rencontre souvent à la fin des mots et
-presque jamais au milieu. L'article indéclinable <em>the</em> (le, la, les)
-reparaît fréquemment. Les consonnes doubles que l'on trouve à la fin des
+fréquemment; elle est assez souvent suivie d'un <em>a</em> comme dans <em>earl</em>
+(comte), <em>great</em>, <em>reason</em>. L'<em>o</em> est commun dans les mots formés de
+deux lettres; il est maintes fois accompagné du <em>w</em>, comme dans <em>grow</em>,
+<em>know</em>, <em>narrowly</em>. L'<em>y</em> se rencontre souvent à la fin des mots et
+presque jamais au milieu. L'article indéclinable <em>the</em> (le, la, les)
+reparaît fréquemment. Les consonnes doubles que l'on trouve à la fin des
mots, sont <em>ll</em> et <em>ss</em>.</p>
<p>En italien, les mots se terminent le plus souvent par une des quatre
voyelles, <em>a</em>, <em>e</em>, <em>i</em>, <em>o</em>; l'<em>u</em> est rare en pareil cas. <em>Che</em> est le
-plus fréquent des mots composés de trois lettres, et aucun d'eux, si ce
+plus fréquent des mots composés de trois lettres, et aucun d'eux, si ce
n'est <em>gli</em>, n'offre un <em>l</em> pour lettre du milieu.</p>
-<p>La langue espagnole présente des mots d'une grande étendue, tels que
+<p>La langue espagnole présente des mots d'une grande étendue, tels que
<em>arrepentimiento</em>, <em>verdaderamente</em>. La voyelle <em>o</em> est celle qui est
-la plus fréquente; à la fin <span class="pagenum"><a id="page220" name="page220"></a>(p. 220)</span> des mots, elle est souvent
-accompagnée de l'<em>s</em>, comme dans <em>nosotros</em>, <em>votos</em>. Au milieu des
-mots, <em>u</em> est fréquemment suivi d'un <em>e</em>; <em>vuestro</em>, <em>ruego</em>.</p>
+la plus fréquente; à la fin <span class="pagenum"><a id="page220" name="page220"></a>(p. 220)</span> des mots, elle est souvent
+accompagnée de l'<em>s</em>, comme dans <em>nosotros</em>, <em>votos</em>. Au milieu des
+mots, <em>u</em> est fréquemment suivi d'un <em>e</em>; <em>vuestro</em>, <em>ruego</em>.</p>
-<p>Passons à l'allemand. L'<em>e</em> est la voyelle la plus usitée; elle se
-présente fréquemment à l'extrémité des mots de plusieurs syllabes; ils
+<p>Passons à l'allemand. L'<em>e</em> est la voyelle la plus usitée; elle se
+présente fréquemment à l'extrémité des mots de plusieurs syllabes; ils
finissent en <em>er</em>, <em>es</em>, <em>en</em> ou <em>et</em>. L'<em>n</em> est la consonne qui revient
-le plus souvent; l'<em>a</em> n'est jamais à la fin d'un mot composé de trois
-lettres; la consonne <em>c</em> est toujours liée au <em>h</em> ou au <em>k</em>. Il n'y a
-qu'un seul mot formé d'une seule lettre, c'est l'exclamation <em>o!</em> On ne
+le plus souvent; l'<em>a</em> n'est jamais à la fin d'un mot composé de trois
+lettres; la consonne <em>c</em> est toujours liée au <em>h</em> ou au <em>k</em>. Il n'y a
+qu'un seul mot formé d'une seule lettre, c'est l'exclamation <em>o!</em> On ne
compte que deux mots de quatre lettres qui se terminent en <em>enn</em>, <em>wenn</em>
et <em>denn</em>. Presque tous les mots de quatre lettres commencent par une
consonne qu'accompagne une voyelle, exemples: <em>bald</em>, <em>dein</em>, <em>doch</em>,
<em>etwn</em>, <em>Hand</em>.</p>
<p>C. A. Kortum, dans ses <cite>Principes</cite> (en allemand) <i>de la science du
-déchiffrement <span class="pagenum"><a id="page221" name="page221"></a>(p. 221)</span> des écrits chiffrés en langue allemande</i>, donne à
-ce sujet de très-longs détails qu'il serait très-superflu de placer ici,
-et il soumet aux règles qu'il expose deux dépêches chiffrées.</p>
+déchiffrement <span class="pagenum"><a id="page221" name="page221"></a>(p. 221)</span> des écrits chiffrés en langue allemande</i>, donne à
+ce sujet de très-longs détails qu'il serait très-superflu de placer ici,
+et il soumet aux règles qu'il expose deux dépêches chiffrées.</p>
-<p>La première ne présente que des lettres:</p>
+<p>La première ne présente que des lettres:</p>
<p class="poem10">
Efs ekftfo Tabwc efs fsef hkfcu<br>
Fs xbs hftffhopu woe hfmkfcwu....</p>
-<p>La seconde est plus compliquée; les lettres sont entremêlées de chiffres
-et les mots ne sont pas séparés:</p>
+<p>La seconde est plus compliquée; les lettres sont entremêlées de chiffres
+et les mots ne sont pas séparés:</p>
<p class="quote">64mf4km134kc4o4kng43e4p m24o4kq25293edk6n4kmm3b13......</p>
-<p>En étudiant le retour des signes et leur arrangement, on arrive à
-découvrir successivement quelques lettres, et, une fois qu'elles sont
-connues, elles sont d'un secours pour arriver à connaître les autres.</p>
+<p>En étudiant le retour des signes et leur arrangement, on arrive à
+découvrir successivement quelques lettres, et, une fois qu'elles sont
+connues, elles sont d'un secours pour arriver à connaître les autres.</p>
-<p>Les règles pour le déchiffrement, telles <span class="pagenum"><a id="page222" name="page222"></a>(p. 222)</span> qu'elles ont été
-exposées par divers auteurs, reposent, on le voit, sur le plus ou moins
+<p>Les règles pour le déchiffrement, telles <span class="pagenum"><a id="page222" name="page222"></a>(p. 222)</span> qu'elles ont été
+exposées par divers auteurs, reposent, on le voit, sur le plus ou moins
d'abondance de certaines lettres dans les mots, et sur leur
-rapprochement. Afin de dérouter les conjectures, il faut, lorsqu'on
-chiffre des dépêches, écrire les mots sans aucune séparation, entremêler
-des mots pris dans une langue avec d'autres mots empruntés à un idiome
-différent et ne point se conformer scrupuleusement aux règles de
+rapprochement. Afin de dérouter les conjectures, il faut, lorsqu'on
+chiffre des dépêches, écrire les mots sans aucune séparation, entremêler
+des mots pris dans une langue avec d'autres mots empruntés à un idiome
+différent et ne point se conformer scrupuleusement aux règles de
l'orthographe.</p>
-<p>En abrégeant les mots ou en les modifiant, il convient toutefois d'avoir
-soin de ne pas les dénaturer au point de laisser du doute sur leur
-signification; les caractères nuls, intercalés à propos et dont la
-non-valeur est inconnue au déchiffreur, peuvent achever de rendre tous
+<p>En abrégeant les mots ou en les modifiant, il convient toutefois d'avoir
+soin de ne pas les dénaturer au point de laisser du doute sur leur
+signification; les caractères nuls, intercalés à propos et dont la
+non-valeur est inconnue au déchiffreur, peuvent achever de rendre tous
ses efforts infructueux.</p>
-<p>C'est pour avoir négligé pareilles précautions, et pour s'être bornées
-à l'emploi de caractères mystérieux et de chiffres rangés <span class="pagenum"><a id="page223" name="page223"></a>(p. 223)</span> dans
+<p>C'est pour avoir négligé pareilles précautions, et pour s'être bornées
+à l'emploi de caractères mystérieux et de chiffres rangés <span class="pagenum"><a id="page223" name="page223"></a>(p. 223)</span> dans
l'ordre habituel et orthographique des mots, que des personnes qui
-croyaient avoir parfaitement déguisé leur pensée ont été tout étonnées
-de voir que leur secret n'en était pas un.</p>
+croyaient avoir parfaitement déguisé leur pensée ont été tout étonnées
+de voir que leur secret n'en était pas un.</p>
<p>Voici un fait de ce genre.</p>
-<p>M. Decremps, auteur de la <cite>Magie blanche dévoilée</cite>, se vantait de
-parvenir promptement à percer les mystères les plus difficiles. Afin de
-l'éprouver, un de ses amis lui adressa un jour quelques lignes qu'il
-avait écrites en caractères dont il avait fait choix. M. Decremps, en
-étudiant le retour plus ou moins fréquent de ces caractères, en
-cherchant de quelle façon ils se montraient groupés entre eux, reconnut
-qu'ils représentaient les diverses lettres de l'alphabet; il trouva
-successivement qu'un oiseau exprimait la lettre <em>a</em>; que l'<em>e</em> était
-rendu par une tête vue de profil, et l'<em>i</em> par la figure d'un verre à
-patte. Muni de cette clef, il découvrit <span class="pagenum"><a id="page224" name="page224"></a>(p. 224)</span> bien vite qu'on lui
-avait adressé copie de quelques vers d'une traduction d'une des odes
-d'Anacréon, et il causa à son ami l'étonnement le plus vif, en prouvant
-que ce que ce dernier avait cru parfaitement caché était dévoilé.</p>
+<p>M. Decremps, auteur de la <cite>Magie blanche dévoilée</cite>, se vantait de
+parvenir promptement à percer les mystères les plus difficiles. Afin de
+l'éprouver, un de ses amis lui adressa un jour quelques lignes qu'il
+avait écrites en caractères dont il avait fait choix. M. Decremps, en
+étudiant le retour plus ou moins fréquent de ces caractères, en
+cherchant de quelle façon ils se montraient groupés entre eux, reconnut
+qu'ils représentaient les diverses lettres de l'alphabet; il trouva
+successivement qu'un oiseau exprimait la lettre <em>a</em>; que l'<em>e</em> était
+rendu par une tête vue de profil, et l'<em>i</em> par la figure d'un verre à
+patte. Muni de cette clef, il découvrit <span class="pagenum"><a id="page224" name="page224"></a>(p. 224)</span> bien vite qu'on lui
+avait adressé copie de quelques vers d'une traduction d'une des odes
+d'Anacréon, et il causa à son ami l'étonnement le plus vif, en prouvant
+que ce que ce dernier avait cru parfaitement caché était dévoilé.</p>
<h2><span class="pagenum"><a id="page225" name="page225"></a>(p. 225)</span> CHAPITRE VIII.<br>
-<span class="smaller">DES ÉCRITURES OCCULTES.</span></h2>
+<span class="smaller">DES ÉCRITURES OCCULTES.</span></h2>
<p>On donne le nom d'<em>encre de sympathie</em> aux substances dont on fait
usage, qui ne laissent point de traces sur le papier et qui apparaissent
-derechef, lorsqu'elles sont soumises à l'action de divers procédés.</p>
+derechef, lorsqu'elles sont soumises à l'action de divers procédés.</p>
-<p>Lorsqu'on veut avoir recours à un pareil moyen, il faut faire attention
-à ce que la dépêche ostensible ne mentionne rien qui puisse donner lieu
-à quelque soupçon. <span class="pagenum"><a id="page226" name="page226"></a>(p. 226)</span> Le papier doit conserver sa couleur et son
-éclat habituels. Les phrases tracées à l'encre ordinaire doivent être
-conçues de manière que le lecteur, sous les yeux de qui elles
+<p>Lorsqu'on veut avoir recours à un pareil moyen, il faut faire attention
+à ce que la dépêche ostensible ne mentionne rien qui puisse donner lieu
+à quelque soupçon. <span class="pagenum"><a id="page226" name="page226"></a>(p. 226)</span> Le papier doit conserver sa couleur et son
+éclat habituels. Les phrases tracées à l'encre ordinaire doivent être
+conçues de manière que le lecteur, sous les yeux de qui elles
tomberaient, n'ait aucune raison de croire qu'elles n'expriment pas
-réellement la pensée de l'écrivain et qu'elles n'appartiennent pas à une
-correspondance sérieuse. On tracera sur les marges, entre les lignes ou
-sur le côté du feuillet demeuré blanc, ce que l'on veut communiquer en
+réellement la pensée de l'écrivain et qu'elles n'appartiennent pas à une
+correspondance sérieuse. On tracera sur les marges, entre les lignes ou
+sur le côté du feuillet demeuré blanc, ce que l'on veut communiquer en
secret.</p>
-<p>Il importe que les passages écrits en encre sympathique demeurent
-invisibles jusqu'à l'accomplissement des procédés qui doivent les rendre
-au jour; il faut qu'après l'application de ces procédés ils puissent
-être lus nettement et sans difficulté.</p>
+<p>Il importe que les passages écrits en encre sympathique demeurent
+invisibles jusqu'à l'accomplissement des procédés qui doivent les rendre
+au jour; il faut qu'après l'application de ces procédés ils puissent
+être lus nettement et sans difficulté.</p>
-<p>On convient d'un signe quelconque qui, placé soit sur l'adresse, soit
-dans le corps de la lettre, indique, à celui qui la reçoit, qu'il y a
-des passages tracés en encre de <span class="pagenum"><a id="page227" name="page227"></a>(p. 227)</span> sympathie. Nous n'avons pas
-besoin d'ajouter que ce signe doit être mis de manière à échapper
-aisément aux regards des curieux et à n'offrir aucune importance
+<p>On convient d'un signe quelconque qui, placé soit sur l'adresse, soit
+dans le corps de la lettre, indique, à celui qui la reçoit, qu'il y a
+des passages tracés en encre de <span class="pagenum"><a id="page227" name="page227"></a>(p. 227)</span> sympathie. Nous n'avons pas
+besoin d'ajouter que ce signe doit être mis de manière à échapper
+aisément aux regards des curieux et à n'offrir aucune importance
apparente.</p>
-<p>Il est des caractères qui reparaissent, lorsqu'on répand sur eux quelque
+<p>Il est des caractères qui reparaissent, lorsqu'on répand sur eux quelque
poudre.</p>
-<p>On peut tracer sur le papier une écriture invisible de ce genre, avec
-tous les sucs glutineux et non colorés des plantes ou des fruits, ou
-bien avec de la bière, du lait, des liqueurs grasses ou aqueuses.</p>
+<p>On peut tracer sur le papier une écriture invisible de ce genre, avec
+tous les sucs glutineux et non colorés des plantes ou des fruits, ou
+bien avec de la bière, du lait, des liqueurs grasses ou aqueuses.</p>
-<p>On laisse sécher ce qu'on a écrit. Pour le rendre visible, on frotte la
-feuille de papier avec une poudre très-fine et de couleur foncée; du
-charbon pilé extrêmement menu, du cinabre, du bleu de Prusse, peuvent
-servir à cet usage. La poudre s'attache aux lettres qui ont été tracées
+<p>On laisse sécher ce qu'on a écrit. Pour le rendre visible, on frotte la
+feuille de papier avec une poudre très-fine et de couleur foncée; du
+charbon pilé extrêmement menu, du cinabre, du bleu de Prusse, peuvent
+servir à cet usage. La poudre s'attache aux lettres qui ont été tracées
et elle la fait revivre.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page228" name="page228"></a>(p. 228)</span> Diverses écritures deviennent visibles, lorsqu'on les expose au
+<p><span class="pagenum"><a id="page228" name="page228"></a>(p. 228)</span> Diverses écritures deviennent visibles, lorsqu'on les expose au
grand jour.</p>
-<p>L'extrait de saturne, étendu d'eau, donne une écriture invisible qui
-apparaît et devient noirâtre, lorsqu'elle est livrée à l'action de
-l'air. On obtient un résultat semblable avec de l'argent dissous dans de
-l'acide nitrique; les caractères tracés avec pareil liquide deviennent
-verdâtres, lorsqu'ils sont exposés à l'air; placés de manière à recevoir
-les rayons du soleil, ils se montrent d'un noir rougeâtre.</p>
+<p>L'extrait de saturne, étendu d'eau, donne une écriture invisible qui
+apparaît et devient noirâtre, lorsqu'elle est livrée à l'action de
+l'air. On obtient un résultat semblable avec de l'argent dissous dans de
+l'acide nitrique; les caractères tracés avec pareil liquide deviennent
+verdâtres, lorsqu'ils sont exposés à l'air; placés de manière à recevoir
+les rayons du soleil, ils se montrent d'un noir rougeâtre.</p>
<p>On peut aussi se servir de substances qui reparaissent, lorsque le
-papier est fortement échauffé.</p>
+papier est fortement échauffé.</p>
-<p>Ce qui est écrit avec du lait devient rougeâtre;</p>
+<p>Ce qui est écrit avec du lait devient rougeâtre;</p>
-<p>Avec du jus de cerise, verdâtre;</p>
+<p>Avec du jus de cerise, verdâtre;</p>
-<p>Avec du jus d'oignon, noirâtre;</p>
+<p>Avec du jus d'oignon, noirâtre;</p>
<p>Avec du jus de citron, brun;</p>
-<p>Le vinaigre donne une couleur rouge pâle;</p>
+<p>Le vinaigre donne une couleur rouge pâle;</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page229" name="page229"></a>(p. 229)</span> Le lait, une couleur rousse, ainsi que l'acide vitriolique
-affaibli dans une certaine quantité d'eau.</p>
-
-<p>Le cobalt, le vitriol, et d'autres agents chimiques, ont été employés
-avec plus ou moins de succès dans la composition d'encre de sympathie de
-différents genres. On a découvert des substances bonnes pour former des
-caractères qui ressuscitent, pour ainsi dire, lorsque le papier auquel
-on les a confiés est légèrement mouillé ou lorsqu'il est plongé dans
-l'eau. Écrivez avec de l'alun dissous dans l'eau, mouillez le papier
-dont vous vous êtes servi et présentez-le au jour: vous distinguerez
-très-bien ce qui était invisiblement écrit; les caractères seront
+affaibli dans une certaine quantité d'eau.</p>
+
+<p>Le cobalt, le vitriol, et d'autres agents chimiques, ont été employés
+avec plus ou moins de succès dans la composition d'encre de sympathie de
+différents genres. On a découvert des substances bonnes pour former des
+caractères qui ressuscitent, pour ainsi dire, lorsque le papier auquel
+on les a confiés est légèrement mouillé ou lorsqu'il est plongé dans
+l'eau. Écrivez avec de l'alun dissous dans l'eau, mouillez le papier
+dont vous vous êtes servi et présentez-le au jour: vous distinguerez
+très-bien ce qui était invisiblement écrit; les caractères seront
beaucoup plus obscurs que le reste du papier, et il leur faudra bien
plus de temps pour s'imbiber.</p>
-<p>En écrivant avec un liquide formé d'une portion d'eau-forte et de trois
-portions d'eau, on obtient des caractères qui ne <span class="pagenum"><a id="page230" name="page230"></a>(p. 230)</span> paraissent
-pas, lorsque le papier est plongé dans l'eau; à mesure qu'il sèche, ils
-disparaissent. Ils pourront devenir visibles une seconde et même une
-troisième fois.</p>
-
-<p>Il est aussi des écritures occultes qui reparaissent, lorsqu'on les
-humecte avec un liquide approprié. C'est ainsi qu'une dissolution de
-vitriol ou de couperose donne des caractères qui se montrent à l'&oelig;il,
-lorsqu'on frotte le papier avec une éponge imbibée d'un liquide, dont
-voici la composition: noix de galle concassées et mises dans de l'eau ou
-du vin blanc. On obtient le même résultat, en plaçant cette écriture
-invisible entre deux papiers légèrement imbibés de cette dernière
-dissolution; il faut que le tout soit enfermé et serré dans un livre
+<p>En écrivant avec un liquide formé d'une portion d'eau-forte et de trois
+portions d'eau, on obtient des caractères qui ne <span class="pagenum"><a id="page230" name="page230"></a>(p. 230)</span> paraissent
+pas, lorsque le papier est plongé dans l'eau; à mesure qu'il sèche, ils
+disparaissent. Ils pourront devenir visibles une seconde et même une
+troisième fois.</p>
+
+<p>Il est aussi des écritures occultes qui reparaissent, lorsqu'on les
+humecte avec un liquide approprié. C'est ainsi qu'une dissolution de
+vitriol ou de couperose donne des caractères qui se montrent à l'&oelig;il,
+lorsqu'on frotte le papier avec une éponge imbibée d'un liquide, dont
+voici la composition: noix de galle concassées et mises dans de l'eau ou
+du vin blanc. On obtient le même résultat, en plaçant cette écriture
+invisible entre deux papiers légèrement imbibés de cette dernière
+dissolution; il faut que le tout soit enfermé et serré dans un livre
pendant quelques moments.</p>
-<p>Un procédé assez ingénieux consiste à masquer l'écriture invisible au
-moyen d'autres caractères que l'on trace dessus <span class="pagenum"><a id="page231" name="page231"></a>(p. 231)</span> en se servant
-d'une encre formée de paille d'avoine brûlée et délayée dans de l'eau.
-Quant on passe l'éponge, cette écriture disparaît et laisse voir à la
-place celle qui était invisible.</p>
+<p>Un procédé assez ingénieux consiste à masquer l'écriture invisible au
+moyen d'autres caractères que l'on trace dessus <span class="pagenum"><a id="page231" name="page231"></a>(p. 231)</span> en se servant
+d'une encre formée de paille d'avoine brûlée et délayée dans de l'eau.
+Quant on passe l'éponge, cette écriture disparaît et laisse voir à la
+place celle qui était invisible.</p>
-<p>L'extrait de saturne donne un marc, avec lequel on trace une écriture,
-qui, une fois séchée, ne paraît plus; afin de la rendre visible, il
+<p>L'extrait de saturne donne un marc, avec lequel on trace une écriture,
+qui, une fois séchée, ne paraît plus; afin de la rendre visible, il
suffit d'imbiber le papier de jus de citron ou de verjus, et alors elle
-paraîtra d'un blanc de lait qui ressortira sur la blancheur du papier.</p>
+paraîtra d'un blanc de lait qui ressortira sur la blancheur du papier.</p>
-<p>Des caractères tracés avec du bleu de Prusse paraîtront d'un bleu
-éclatant, si on les imbibe avec la dissolution acide du vitriol vert.</p>
+<p>Des caractères tracés avec du bleu de Prusse paraîtront d'un bleu
+éclatant, si on les imbibe avec la dissolution acide du vitriol vert.</p>
-<p>Une dissolution d'or fin dans de l'eau végétale, coupée avec de l'eau
-pure, fournit une encre sympathique qui disparaît en séchant, lorsqu'on
-veille à tenir le papier renfermé et à le soustraire à l'influence du
-grand air. Ces mêmes caractères, exposés <span class="pagenum"><a id="page232" name="page232"></a>(p. 232)</span> au soleil,
-reparaîtront au bout d'une heure ou deux.</p>
+<p>Une dissolution d'or fin dans de l'eau végétale, coupée avec de l'eau
+pure, fournit une encre sympathique qui disparaît en séchant, lorsqu'on
+veille à tenir le papier renfermé et à le soustraire à l'influence du
+grand air. Ces mêmes caractères, exposés <span class="pagenum"><a id="page232" name="page232"></a>(p. 232)</span> au soleil,
+reparaîtront au bout d'une heure ou deux.</p>
-<p>Disons, une fois pour toutes, que, dans l'écriture occulte, il faut
-employer des plumes neuves et affectées à cet usage spécial.</p>
+<p>Disons, une fois pour toutes, que, dans l'écriture occulte, il faut
+employer des plumes neuves et affectées à cet usage spécial.</p>
-<p>Les anciens auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie n'ont point
-oublié les procédés que nous indiquons. Vigenère explique longuement
-qu'il faut «escrire avec de l'alun brûlé, ou du sel ammoniac, ou du
-camphre, destrempez en eau, ce qu'estant sec blanchist à pair du papier,
-qu'il faut tremper puis après dans de l'eau qui le rend noir et
+<p>Les anciens auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie n'ont point
+oublié les procédés que nous indiquons. Vigenère explique longuement
+qu'il faut «escrire avec de l'alun brûlé, ou du sel ammoniac, ou du
+camphre, destrempez en eau, ce qu'estant sec blanchist à pair du papier,
+qu'il faut tremper puis après dans de l'eau qui le rend noir et
l'escriture demeure blanche, ou le chauffer devant le feu, tant que le
papier roussisse et l'encre s'offusque; le mesme faict le jus d'oignon
et l'eau encore toute simple. Si l'on trasse quelque chose sur le bras,
un autre endroit du corps, avec du laict ou de l'urine, en jectant de
-la cendre <span class="pagenum"><a id="page233" name="page233"></a>(p. 233)</span> dessus, elle y adhère et monstre ce qui y aura été
-desseigné. Le sel ammoniac, resouls à part soy à la cave ou autre lieu
+la cendre <span class="pagenum"><a id="page233" name="page233"></a>(p. 233)</span> dessus, elle y adhère et monstre ce qui y aura été
+desseigné. Le sel ammoniac, resouls à part soy à la cave ou autre lieu
humide, si on escrit de ceste liqueur, tout demeure blanc; frottez le
-papier avec du coton trempé en eau distillée de vitriol ou de couperose:
+papier avec du coton trempé en eau distillée de vitriol ou de couperose:
l'escriture apparoistra noire.</p>
-<p>«Il y a un autre artifice de faire une petite incision à un &oelig;uf, avec
-la pointe d'un tranche-plume bien affilé, par laquelle on fourre dedans
+<p>«Il y a un autre artifice de faire une petite incision à un &oelig;uf, avec
+la pointe d'un tranche-plume bien affilé, par laquelle on fourre dedans
de petits billets de papier escris des deux costez, de la largeur de
l'ouverture, non plus grande que de petit doigt et y en peult assez
tenir. Puis, on la replastre avec de la craye ou ceruse, et de la chaulx
-vive empastées avec de la glaise. Si qu'il seroit bien malaisé d'y rien
+vive empastées avec de la glaise. Si qu'il seroit bien malaisé d'y rien
remarquer ne connoistre, quand bien mesme on les aurait fait durcir et
peller, car cela demeure enclos en leur <span class="pagenum"><a id="page234" name="page234"></a>(p. 234)</span> substance, sans que
rien paroisse dehors.</p>
-<p>«Il y a un autre malin artifice qui se faict avec de l'alun bruslé,
-destrempé en eau dont on escrit sur du papier: estant sec, tout
+<p>«Il y a un autre malin artifice qui se faict avec de l'alun bruslé,
+destrempé en eau dont on escrit sur du papier: estant sec, tout
deviendra blanc. On brusle d'autre part de la paille de froment qu'on
estend en un linge, sur quoy on passe de l'eau tiedde par tant de fois
-qu'elle ait emporté toute la noirceur de la paille: puis, on escrit de
+qu'elle ait emporté toute la noirceur de la paille: puis, on escrit de
cette encre, sur l'escriture blanche dessusdite, ce qu'on ne veut pas
-tenir secret: et pour lire ce qui est caché, s'effaçant ce qui apparoit
-manifeste, il fault avoir de l'eau-de-vie où l'on aye fait tremper des
-noix de galle concassées grossièrement, tant que l'eau-de-vie en ait
-attiré et embeu la teinture avec du coton mouillé dedans; l'escriture
-apparente s'esvanouira et l'occulte viendra à se descouvrir, noire comme
+tenir secret: et pour lire ce qui est caché, s'effaçant ce qui apparoit
+manifeste, il fault avoir de l'eau-de-vie où l'on aye fait tremper des
+noix de galle concassées grossièrement, tant que l'eau-de-vie en ait
+attiré et embeu la teinture avec du coton mouillé dedans; l'escriture
+apparente s'esvanouira et l'occulte viendra à se descouvrir, noire comme
est la commune. En quoy il y a certain secret qu'il ne m'a pas <span class="pagenum"><a id="page235" name="page235"></a>(p. 235)</span>
-semblé devoir divulguer, non plus que d'une autre manière d'encre qui
-s'efface d'elle-mesme en quinze jours ou trois sepmaines, composée de
+semblé devoir divulguer, non plus que d'une autre manière d'encre qui
+s'efface d'elle-mesme en quinze jours ou trois sepmaines, composée de
pierre de touche, sablon d'Estampes, sang de pigeon, noix de galle et
autres ingrediens, mesme de l'huille de tartre avec laquelle il fault
destremper le tout, y adjoustant un peu d'encre affoiblie avecques de
-l'eau.»</p>
+l'eau.»</p>
-<p>De son côté, Porta indique ce qu'il appelle une manière très-simple
-d'écrire sur la peau en caractères ineffaçables: c'est avec de
-l'eau-forte imprégnée de cantharides; ou, si l'on veut que l'écriture ne
-soit visible que pendant quelques jours, il faut employer, pour écrire
+<p>De son côté, Porta indique ce qu'il appelle une manière très-simple
+d'écrire sur la peau en caractères ineffaçables: c'est avec de
+l'eau-forte imprégnée de cantharides; ou, si l'on veut que l'écriture ne
+soit visible que pendant quelques jours, il faut employer, pour écrire
sur la peau, une dissolution d'argent ou de cuivre dans de l'eau-forte,
-et cette opération peut se faire sur un homme endormi, sans qu'il le
+et cette opération peut se faire sur un homme endormi, sans qu'il le
sache.</p>
-<p>Résumons les autres détails dans lesquels <span class="pagenum"><a id="page236" name="page236"></a>(p. 236)</span> cet auteur et ses
-émules entrent à l'égard du sujet qui nous occupe.</p>
+<p>Résumons les autres détails dans lesquels <span class="pagenum"><a id="page236" name="page236"></a>(p. 236)</span> cet auteur et ses
+émules entrent à l'égard du sujet qui nous occupe.</p>
-<p>L'écriture faite avec une eau de vitriol ne devient visible, qu'en
-passant par-dessus de la décoction de noix de galle. Le sel ammoniac,
-avec la chaux ou le savon, donne à l'écriture une couleur blanche.</p>
+<p>L'écriture faite avec une eau de vitriol ne devient visible, qu'en
+passant par-dessus de la décoction de noix de galle. Le sel ammoniac,
+avec la chaux ou le savon, donne à l'écriture une couleur blanche.</p>
-<p>Après avoir critiqué l'antique secret des tablettes enduites de cire,
-Porta indique les procédés suivants: Écrivez avec de la graisse de bouc
-sur du marbre; les lettres, en séchant, deviennent invisibles; plongez
+<p>Après avoir critiqué l'antique secret des tablettes enduites de cire,
+Porta indique les procédés suivants: Écrivez avec de la graisse de bouc
+sur du marbre; les lettres, en séchant, deviennent invisibles; plongez
le marbre dans le vinaigre, elles reparaissent sur-le-champ. Imprimez
sur un bois tendre, tel que celui de tilleul, de peuplier ou autre, des
-caractères, à la profondeur d'un demi-doigt; aplatissez ce bois à la
-presse jusqu'à ce que le creux ait entièrement disparu et qu'on ne voie
-plus de traces de lettres; celui à qui vous enverrez ce morceau de bois
-lira l'écriture en le plongeant dans l'eau.</p>
+caractères, à la profondeur d'un demi-doigt; aplatissez ce bois à la
+presse jusqu'à ce que le creux ait entièrement disparu et qu'on ne voie
+plus de traces de lettres; celui à qui vous enverrez ce morceau de bois
+lira l'écriture en le plongeant dans l'eau.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page237" name="page237"></a>(p. 237)</span> Enduisez un &oelig;uf de cire; écrivez dessus, de manière à
-pénétrer jusqu'à la coquille sans l'endommager; tenez l'&oelig;uf pendant
+<p><span class="pagenum"><a id="page237" name="page237"></a>(p. 237)</span> Enduisez un &oelig;uf de cire; écrivez dessus, de manière à
+pénétrer jusqu'à la coquille sans l'endommager; tenez l'&oelig;uf pendant
une nuit dans une dissolution d'argent par l'acide nitreux; ensuite,
-enlevez la cire, écaillez l'&oelig;uf et mettez la coquille entre votre
-&oelig;il et la lumière, les lettres paraissent plus transparentes et
-très-lisibles. La même chose a lieu en écrivant avec du jus de citron,
+enlevez la cire, écaillez l'&oelig;uf et mettez la coquille entre votre
+&oelig;il et la lumière, les lettres paraissent plus transparentes et
+très-lisibles. La même chose a lieu en écrivant avec du jus de citron,
qui amollit la coquille de l'&oelig;uf: faites durcir un &oelig;uf,
enduisez-le de cire, gravez sur la cire des lettres qui laissent la
-coquille à découvert; mettez l'&oelig;uf dans une liqueur faite avec des
-noix de galle et de l'alun broyés ensemble; ensuite passez-le dans de
-fort vinaigre: les caractères pénétreront plus avant; ôtez la coquille,
+coquille à découvert; mettez l'&oelig;uf dans une liqueur faite avec des
+noix de galle et de l'alun broyés ensemble; ensuite passez-le dans de
+fort vinaigre: les caractères pénétreront plus avant; ôtez la coquille,
et vous verrez sur le blanc de l'&oelig;uf de belles lettres couleur de
safran.</p>
-<p>Écritures que l'eau rend visibles: Qu'on écrive avec du jus de citron,
+<p>Écritures que l'eau rend visibles: Qu'on écrive avec du jus de citron,
ou de coing, <span class="pagenum"><a id="page238" name="page238"></a>(p. 238)</span> ou d'oignon, ou tout autre suc acide; quand ces
-lettres sont sèches, on n'aperçoit rien; écrivez, entre les lignes, avec
-de l'encre, des choses indifférentes, afin de dérouter tout soupçon. En
-approchant la lettre du feu, l'écriture cachée devient lisible. Broyez
-du sel ammoniac, mêlez-le dans l'eau, écrivez avec cette liqueur:
-l'écriture paraîtra de la même couleur que le papier; approchez-le du
-feu, les lettres paraîtront noires. Si l'on écrit avec du jus de
-cerises, l'écriture paraîtra verte au feu.</p>
-
-<p>Il est aussi des écritures qu'on peut rendre visibles par l'emploi de
-l'eau seule. Ce que l'on écrit avec une dissolution d'alun devient
-invisible, en séchant; il ne faut que plonger le papier dans l'eau pour
-faire revivre l'écriture. Une lettre écrite sur du papier avec une eau
-de vitriol distillée ne devient visible qu'en plongeant le papier dans
+lettres sont sèches, on n'aperçoit rien; écrivez, entre les lignes, avec
+de l'encre, des choses indifférentes, afin de dérouter tout soupçon. En
+approchant la lettre du feu, l'écriture cachée devient lisible. Broyez
+du sel ammoniac, mêlez-le dans l'eau, écrivez avec cette liqueur:
+l'écriture paraîtra de la même couleur que le papier; approchez-le du
+feu, les lettres paraîtront noires. Si l'on écrit avec du jus de
+cerises, l'écriture paraîtra verte au feu.</p>
+
+<p>Il est aussi des écritures qu'on peut rendre visibles par l'emploi de
+l'eau seule. Ce que l'on écrit avec une dissolution d'alun devient
+invisible, en séchant; il ne faut que plonger le papier dans l'eau pour
+faire revivre l'écriture. Une lettre écrite sur du papier avec une eau
+de vitriol distillée ne devient visible qu'en plongeant le papier dans
une infusion de noix de galle avec du verjus ou du vin, <span class="pagenum"><a id="page239" name="page239"></a>(p. 239)</span> On
-broie aussi de la litharge que l'on met dans du vinaigre mêlé d'eau; on
-passe la décoction à la chausse, et on la met à part; on trace ensuite,
-sur la pierre, sur quelque partie du corps ou sur toute autre matière,
-avec du jus de citron, des caractères, qui, étant secs, n'ont aucune
-apparence d'écriture; en passant par-dessus de l'eau de litharge, les
-caractères paraissent blancs comme du lait.</p>
-
-<p>Rabelais dont l'érudition encyclopédique touchait à toutes sortes de
-sujets, n'a point oublié les divers procédés de l'écriture occulte; il
-fait mention d'une lettre qu'une dame de Paris envoie à Pantagruel,
+broie aussi de la litharge que l'on met dans du vinaigre mêlé d'eau; on
+passe la décoction à la chausse, et on la met à part; on trace ensuite,
+sur la pierre, sur quelque partie du corps ou sur toute autre matière,
+avec du jus de citron, des caractères, qui, étant secs, n'ont aucune
+apparence d'écriture; en passant par-dessus de l'eau de litharge, les
+caractères paraissent blancs comme du lait.</p>
+
+<p>Rabelais dont l'érudition encyclopédique touchait à toutes sortes de
+sujets, n'a point oublié les divers procédés de l'écriture occulte; il
+fait mention d'une lettre qu'une dame de Paris envoie à Pantagruel,
lettre qui renfermait un anneau d'or, mais dans laquelle il ne se
-trouvait rien d'écrit. Panurge s'efforce de découvrir le sens de cette
-missive, disant que «la feuille de papier estoyt escripte, mais l'estoyt
-par telle subtilité que l'on n'y voyoit point d'escripture.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page240" name="page240"></a>(p. 240)</span> «Il la mist auprès du feu pour veoir si l'escripture estoyt
-faicte avec du sel ammoniac détrempé en eaue. Puys, la mist dedans
-l'eaue pour sçavoir si la lettre estoyt escripte du suc de tithymale.
-Puys, la monstra à la chandelle, si elle estoyt point escripte du jus
+trouvait rien d'écrit. Panurge s'efforce de découvrir le sens de cette
+missive, disant que «la feuille de papier estoyt escripte, mais l'estoyt
+par telle subtilité que l'on n'y voyoit point d'escripture.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page240" name="page240"></a>(p. 240)</span> «Il la mist auprès du feu pour veoir si l'escripture estoyt
+faicte avec du sel ammoniac détrempé en eaue. Puys, la mist dedans
+l'eaue pour sçavoir si la lettre estoyt escripte du suc de tithymale.
+Puys, la monstra à la chandelle, si elle estoyt point escripte du jus
d'oignons blancz.</p>
-<p>«Puys, en frotta une partie d'huylle de noix, pour veoir si elle estoyt
+<p>«Puys, en frotta une partie d'huylle de noix, pour veoir si elle estoyt
point escripte de lexif de figuier. Puys, en frotta une part de laict de
-femme alaictant sa fille première née, pour veoir si elle estoyt poinct
+femme alaictant sa fille première née, pour veoir si elle estoyt poinct
escripte de sang de rabettes. Puys, en frotta un coing de cendres d'ung
-nid d'arondelles, pour veoir si elle estoyt escripte de rosée qu'on
+nid d'arondelles, pour veoir si elle estoyt escripte de rosée qu'on
trouve dans les pommes d'alicacahut. Puys, en frotta ung aultre bout de
la sanie des aureilles, pour veoir si elle estoyt escripte du fiel de
corbeau. Puys, la trempa en vinaigre, pour veoir si elle <span class="pagenum"><a id="page241" name="page241"></a>(p. 241)</span>
@@ -7216,26 +7177,26 @@ estoit escripte de laict d'espurge. Puys, la graissa d'axunge de souris
chaulves, pour veoir si elle estoit escripte avec sperme de baleine,
qu'on appelle ambre gris. Puys, la myst tout doulcement dans un bassin
d'eau fraische et soubdain la tira, pour veoir si elle estoyt escripte
-avec alun de plume.»</p>
+avec alun de plume.»</p>
-<p>Rabelais cite, à l'occasion de ces tentatives infructueuses, trois
+<p>Rabelais cite, à l'occasion de ces tentatives infructueuses, trois
auteurs auxquels la Cryptographie serait redevable d'importants travaux:
-«Messere Francesco di Nianse, le Thuscan, qui ha escript la manière de
-lire les lettres non apparentes; Zoroaster, dans son traité <cite>peri
-grammaton acriton</cite>, et Calphurnius Bassus, <cite>de litteris illegibilibus</cite>.»</p>
+«Messere Francesco di Nianse, le Thuscan, qui ha escript la manière de
+lire les lettres non apparentes; Zoroaster, dans son traité <cite>peri
+grammaton acriton</cite>, et Calphurnius Bassus, <cite>de litteris illegibilibus</cite>.»</p>
-<p>Cet auteur Thuscan et ces livres grecs et latins sont tout à fait
-inconnus; il faut donc assigner à l'imagination de maître François le
-mérite de les avoir créés.</p>
+<p>Cet auteur Thuscan et ces livres grecs et latins sont tout à fait
+inconnus; il faut donc assigner à l'imagination de maître François le
+mérite de les avoir créés.</p>
<h2><span class="pagenum"><a id="page242" name="page242"></a>(p. 242)</span> BIBLIOGRAPHIE</h2>
-<p>Il nous reste à signaler les principaux ouvrages qui se rapportent aux
-diverses branches de l'Art d'écrire par chiffres; nous ne prétendons pas
-offrir une liste absolument complète; c'est un but qu'on ne saurait
-jamais se flatter d'atteindre, mais nous espérons du moins ne pas avoir
-oublié d'écrits d'une importance réelle. Nous avons adopté l'ordre
-alphabétique comme étant celui qui facilite le mieux les recherches.</p>
+<p>Il nous reste à signaler les principaux ouvrages qui se rapportent aux
+diverses branches de l'Art d'écrire par chiffres; nous ne prétendons pas
+offrir une liste absolument complète; c'est un but qu'on ne saurait
+jamais se flatter d'atteindre, mais nous espérons du moins ne pas avoir
+oublié d'écrits d'une importance réelle. Nous avons adopté l'ordre
+alphabétique comme étant celui qui facilite le mieux les recherches.</p>
<div class="biblio">
<p><i>Anweisung zum Dechiffriren, oder die Kunst verborgene Schriften
@@ -7248,13 +7209,13 @@ lib. VI, c. I. Voir ses <cite>Opera omnia</cite>. Francof., 1665, folio, pag.
<p><span class="smcap">Becherus</span> (J. J.). <i>Character pro notitia linguarum universali, invenium
steganographicum hactenus inauditum</i>, etc. Francofurti, 1661, in-8.</p>
-<p><span class="smcap">Beguelin</span>. <i>Mémoire sur la découverte des lois d'un chiffre de feu le
-professeur Hermann, proposé comme absolument indéchiffrable</i>. <i>Voy.</i>
-Mémoires de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de Berlin,
+<p><span class="smcap">Beguelin</span>. <i>Mémoire sur la découverte des lois d'un chiffre de feu le
+professeur Hermann, proposé comme absolument indéchiffrable</i>. <i>Voy.</i>
+Mémoires de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de Berlin,
tom. XIV (1765) pag. 369-389.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page243" name="page243"></a>(p. 243)</span> <span class="smcap">Belot</span>. <i>L'&OElig;uvre des &oelig;uvres ou le plus parfait des
-sciences stéganographiques</i>, Paris, 1623, in-8.</p>
+sciences stéganographiques</i>, Paris, 1623, in-8.</p>
<p><span class="smcap">Bielfeld</span> (J. de), <cite>Institutions politiques</cite> (la Haye, 1760, in-4), tom.
II, pag. 191.</p>
@@ -7269,99 +7230,99 @@ legendi</i>, Helmst., 1737, in-8, 32 et 160 pag.</p>
<p><span class="smcap">Buerga</span> (A.). <cite>Pasilasie oder Grundriss einer allgemeinen Sprache</cite>,
Berlin, 1808.</p>
-<p><span class="smcap">Carlet</span> (J. R. du). La <i>Cryptographie, contenant la manière d'écrire
-secrètement</i>, Tolose, 1644, in-12.</p>
+<p><span class="smcap">Carlet</span> (J. R. du). La <i>Cryptographie, contenant la manière d'écrire
+secrètement</i>, Tolose, 1644, in-12.</p>
-<p><span class="smcap">Colletet</span>. <i>Traittez des langues estrangères, de leurs alphabets et des
-chiffres</i>, Paris, Promé, 1660, in-4.&mdash;C'est un abrégé imparfait du
-<cite>Traité des chiffres</cite> de Vigenère, et il aurait tous les caractères du
-plagiat si Colletet lui-même n'avait pas prévenu cette accusation avec
+<p><span class="smcap">Colletet</span>. <i>Traittez des langues estrangères, de leurs alphabets et des
+chiffres</i>, Paris, Promé, 1660, in-4.&mdash;C'est un abrégé imparfait du
+<cite>Traité des chiffres</cite> de Vigenère, et il aurait tous les caractères du
+plagiat si Colletet lui-même n'avait pas prévenu cette accusation avec
une franchise peu commune.</p>
<p><span class="smcap">Colorni</span> (Abr.). <cite>Scotografia italica</cite>, Praga, 1593, in-4.</p>
-<p><span class="smcap">Comier</span> (d'Ambrun). <i>Traité de la parole, langues et écritures, contenant
-la sténographie impénétrable, ou l'Art d'écrire et de parler occultement
-de loin et sans soupçon</i>. Bruxelles, 1691, in-12.</p>
+<p><span class="smcap">Comier</span> (d'Ambrun). <i>Traité de la parole, langues et écritures, contenant
+la sténographie impénétrable, ou l'Art d'écrire et de parler occultement
+de loin et sans soupçon</i>. Bruxelles, 1691, in-12.</p>
-<p><span class="smcap">Conradi</span> (Dav. Arn.). <i>Cryptographia denudata, sive ars deciferandi quæ
+<p><span class="smcap">Conradi</span> (Dav. Arn.). <i>Cryptographia denudata, sive ars deciferandi quæ
occulte scripta sunt in quocunque linguarum genere</i>, Lugd. Bat., 1739,
in-8, 73 pag.</p>
-<p><span class="smcap">Cospi</span>. <cite>L'Interprétation des chiffres, ou Reigle</cite> (sic) <span class="pagenum"><a id="page244" name="page244"></a>(p. 244)</span> <i>pour
+<p><span class="smcap">Cospi</span>. <cite>L'Interprétation des chiffres, ou Reigle</cite> (sic) <span class="pagenum"><a id="page244" name="page244"></a>(p. 244)</span> <i>pour
bien entendre et expliquer facilement toutes sortes de chiffres
-simples</i>, tiré de l'italien du sieur A. M. Cospi, secrétaire du
-grand-duc de Toscane. Augmenté et accommodé particulièrement à l'usage
-des langues française et espagnole, par F. J. F. N. P. M. Paris, 1641,
+simples</i>, tiré de l'italien du sieur A. M. Cospi, secrétaire du
+grand-duc de Toscane. Augmenté et accommodé particulièrement à l'usage
+des langues française et espagnole, par F. J. F. N. P. M. Paris, 1641,
in-8, 90 pag.</p>
-<p><span class="smcap">Crellii</span> (L. C.) <cite>Diss. de scytala laconica</cite>, Lipsiæ, 1697, in 4.</p>
+<p><span class="smcap">Crellii</span> (L. C.) <cite>Diss. de scytala laconica</cite>, Lipsiæ, 1697, in 4.</p>
<p><span class="smcap">Dalgarno</span> (George). <i>Ars signorum, vulgo character universalis et lingua
-philosophica</i>, Londini, 1667, in-8. Cet écrit a paru à M. Nodier
-extrêmement remarquable (voir les <i>Mélanges extraits d'une petite
-bibliothèque</i>, pag. 268, et les <cite>Notions de linguistique</cite>, 1834, pag.
-31). Les ouvrages de Dalgarno ont été réimprimés à Edimbourg en 1834; la
-<cite>Revue d'Edimbourg</cite>, n<sup>o</sup> 124, juillet 1835, leur a consacré un article.</p>
+philosophica</i>, Londini, 1667, in-8. Cet écrit a paru à M. Nodier
+extrêmement remarquable (voir les <i>Mélanges extraits d'une petite
+bibliothèque</i>, pag. 268, et les <cite>Notions de linguistique</cite>, 1834, pag.
+31). Les ouvrages de Dalgarno ont été réimprimés à Edimbourg en 1834; la
+<cite>Revue d'Edimbourg</cite>, n<sup>o</sup> 124, juillet 1835, leur a consacré un article.</p>
<p><span class="smcap">Dlandol</span>. Le <i>Contr'espion ou les clefs de toutes les correspondances
-secrètes</i>, Paris, 1794, 66 pag. in-8.</p>
+secrètes</i>, Paris, 1794, 66 pag. in-8.</p>
-<p><span class="smcap">Firmas-Periès</span> (Le comte). <cite>Pasitélégraphie</cite>, Stuttgard, 1811, in-8.</p>
+<p><span class="smcap">Firmas-Periès</span> (Le comte). <cite>Pasitélégraphie</cite>, Stuttgard, 1811, in-8.</p>
-<p><span class="smcap">Forelius</span> (H.). <i>Dissertatio de modis occulte scribendi et præcipue de
-scytala laconica</i>, Holmiæ, 1697, in-8.</p>
+<p><span class="smcap">Forelius</span> (H.). <i>Dissertatio de modis occulte scribendi et præcipue de
+scytala laconica</i>, Holmiæ, 1697, in-8.</p>
<p><span class="smcap">Friderici</span> (J. B.). <i>Cryptographia, oder geheimer Schriftmund und
wirkliche Correspondenz</i>, Hamburg, 1684, in-4.</p>
-<p><span class="smcap">Funks</span> (Chr. B.). <cite>Natürliche Magie</cite>, Berlin, 1783, in-8. (Il s'y trouve
-quelques détails sur l'art de déchiffrer.)</p>
+<p><span class="smcap">Funks</span> (Chr. B.). <cite>Natürliche Magie</cite>, Berlin, 1783, in-8. (Il s'y trouve
+quelques détails sur l'art de déchiffrer.)</p>
<p><span class="smcap">Gerrar</span> (<span class="smcap">di</span>). <cite>Siglarium romanum sive explicatio notarum ac litterarum</cite>,
Londres, 1793, in-4.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page245" name="page245"></a>(p. 245)</span> <span class="smcap">Godevin</span> (François), évêque d'Hereford, <cite>Nuncius inanimatus
-Utopiæ</cite>, 1629. L'auteur expose mystérieusement les avantages d'une
-méthode secrète de correspondance au moyen de signes convenus.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page245" name="page245"></a>(p. 245)</span> <span class="smcap">Godevin</span> (François), évêque d'Hereford, <cite>Nuncius inanimatus
+Utopiæ</cite>, 1629. L'auteur expose mystérieusement les avantages d'une
+méthode secrète de correspondance au moyen de signes convenus.</p>
<p><span class="smcap">S'Gravesand</span>, <cite>Introductio in philosophiam</cite> (Lugd. Bat., 1737). Il y est
-question, ch. <span class="smcap">XXXV</span>, de l'écriture en chiffres.</p>
+question, ch. <span class="smcap">XXXV</span>, de l'écriture en chiffres.</p>
-<p><span class="smcap">Grischow</span> (Aug.). <cite>Introductio in philologiam generalem</cite>, Jenæ, 1704,
-in-8. Le chap. <span class="smcap">IV</span> roule sur l'art d'écrire en chiffres avec rapidité, et
-sur les moyens de découvrir pareils secrets.</p>
+<p><span class="smcap">Grischow</span> (Aug.). <cite>Introductio in philologiam generalem</cite>, Jenæ, 1704,
+in-8. Le chap. <span class="smcap">IV</span> roule sur l'art d'écrire en chiffres avec rapidité, et
+sur les moyens de découvrir pareils secrets.</p>
<p><span class="smcap">Hanedi</span>, <i>Steganologia et Steganographia nova. Geheime, magische,
-natürliche Red- und Schreibekunst</i>, Nuremberg (sans date), in-8, 299
-pag. Le véritable nom de l'auteur est Daniel Schwenter, professeur de
-mathématiques à Altorf, mort en 1636.</p>
+natürliche Red- und Schreibekunst</i>, Nuremberg (sans date), in-8, 299
+pag. Le véritable nom de l'auteur est Daniel Schwenter, professeur de
+mathématiques à Altorf, mort en 1636.</p>
-<p><span class="smcap">Hilleri</span> (L. H.) <cite>Mysterium artis steganographicæ novissimum</cite>, Ulmæ,
+<p><span class="smcap">Hilleri</span> (L. H.) <cite>Mysterium artis steganographicæ novissimum</cite>, Ulmæ,
1682, in-8, 478 pag. Un errata de 6 pag. termine le volume. Cette
-multitude de fautes contribua sans doute au peu de succès de ce traité
-plus ample que celui de Breithaupt, mais moins méthodique. Il ne
-s'adapte spécialement qu'au latin, à l'italien, à l'allemand et au
-français, et seulement aux chiffres à clef simple ou dont l'alphabet
-n'est pas variable. L'auteur avait donné un aperçu de son travail dans
-son <cite>Opusculum steganographicum</cite>, publié à Tubingue en 1675.</p>
+multitude de fautes contribua sans doute au peu de succès de ce traité
+plus ample que celui de Breithaupt, mais moins méthodique. Il ne
+s'adapte spécialement qu'au latin, à l'italien, à l'allemand et au
+français, et seulement aux chiffres à clef simple ou dont l'alphabet
+n'est pas variable. L'auteur avait donné un aperçu de son travail dans
+son <cite>Opusculum steganographicum</cite>, publié à Tubingue en 1675.</p>
<p><span class="smcap">Hindenburg</span> (C. F.). <cite>Archiv der reinen und angewandten Mathematik</cite>. (Les
cahiers 3 et 5 roulent sur l'art de chiffrer.)</p>
-<p><span class="smcap">Hottinga</span> (Domin. de). <i>Polygraphie ou méthode universelle de l'écriture
-cachée et cabalistique</i>, <span class="pagenum"><a id="page246" name="page246"></a>(p. 246)</span> Groningue, 1620, in-4. C'est la
-reproduction textuelle de la traduction de la <cite>Polygraphie</cite> de Trithème,
-publiée en 1541 par Gabriel de Collange. Hottinga n'a point hésité à
-donner ce travail comme étant entièrement son &oelig;uvre, et il déclare,
-dans sa préface, qu'il lui a consacré de longues et pénibles veilles. Il
-existe peu d'exemples d'un plagiat aussi effronté.</p>
+<p><span class="smcap">Hottinga</span> (Domin. de). <i>Polygraphie ou méthode universelle de l'écriture
+cachée et cabalistique</i>, <span class="pagenum"><a id="page246" name="page246"></a>(p. 246)</span> Groningue, 1620, in-4. C'est la
+reproduction textuelle de la traduction de la <cite>Polygraphie</cite> de Trithème,
+publiée en 1541 par Gabriel de Collange. Hottinga n'a point hésité à
+donner ce travail comme étant entièrement son &oelig;uvre, et il déclare,
+dans sa préface, qu'il lui a consacré de longues et pénibles veilles. Il
+existe peu d'exemples d'un plagiat aussi effronté.</p>
<p><span class="smcap">Jones</span>. <i>Hieroglyphic or a grammatical introduction to an universal
hieroglyphic language</i>, London, 1768.</p>
-<p><span class="smcap">Kalmar</span> (Georgius). <i>Præcepta grammatica atque Specimina linguæ
-philosophicæ sive universalis ad omne vitæ genus adcommodatæ</i>. Berolini,
+<p><span class="smcap">Kalmar</span> (Georgius). <i>Præcepta grammatica atque Specimina linguæ
+philosophicæ sive universalis ad omne vitæ genus adcommodatæ</i>. Berolini,
1772, in-4, 56 pag.</p>
<p><span class="smcap">Kircheri</span> (Athan.) <cite>Artificium cryptographicum, seu abacus numeralis</cite>,
@@ -7369,40 +7330,40 @@ dans la <cite>Magia universalis</cite> de Schott, part. IV, lib. I.</p>
<p>&mdash;<i>Polygraphia seu artificium linguarum, quocum omnibus totius mundi
populis poterit quis correspondere</i>, Rome, 1663, in-folio, Amsterd.,
-1680. Cet ouvrage curieux est divisé en trois parties; la première offre
-une pasigraphie en écriture universelle que chacun peut lire dans sa
-langue. Le principe d'où il part est un dictionnaire numéroté tel que
-Becher l'avait proposé sans l'exécuter; Kircher l'exécuta en petit sur
-cinq langues (le latin, le français, l'allemand, l'italien, l'espagnol).
+1680. Cet ouvrage curieux est divisé en trois parties; la première offre
+une pasigraphie en écriture universelle que chacun peut lire dans sa
+langue. Le principe d'où il part est un dictionnaire numéroté tel que
+Becher l'avait proposé sans l'exécuter; Kircher l'exécuta en petit sur
+cinq langues (le latin, le français, l'allemand, l'italien, l'espagnol).
Son vocabulaire a environ 1,600 mots; les formes variables des noms et
-des verbes sont exprimées par des signes de convention. La seconde
-partie donne une sténographie plus ingénieuse que celle de Trithème. La
-troisième partie concerne l'invention d'une boîte ou bureau
-stéganographique <span class="pagenum"><a id="page247" name="page247"></a>(p. 247)</span> pour écrire ou lire très-promptement en
+des verbes sont exprimées par des signes de convention. La seconde
+partie donne une sténographie plus ingénieuse que celle de Trithème. La
+troisième partie concerne l'invention d'une boîte ou bureau
+stéganographique <span class="pagenum"><a id="page247" name="page247"></a>(p. 247)</span> pour écrire ou lire très-promptement en
chiffre quelconque.</p>
-<p><span class="smcap">Klüber</span> (Lud.). <cite>Kryptographik, Lehrbuch der Geheimschreibekunst</cite>,
+<p><span class="smcap">Klüber</span> (Lud.). <cite>Kryptographik, Lehrbuch der Geheimschreibekunst</cite>,
Tubingue, 1809, in-8, 470 p.</p>
-<p><span class="smcap">Kortum</span> (C. A.). <i>Anfangsgründe der Entzifferungskunst deutscher
+<p><span class="smcap">Kortum</span> (C. A.). <i>Anfangsgründe der Entzifferungskunst deutscher
Zifferschriften</i>, Duisburg, 1782, in-8, 144 pag.</p>
<p><cite>Langage</cite> (Le) <i>muet, ou l'Art de faire l'amour sans se parler, sans
-écrire et sans se voir</i>, Middelbourg, 1688, in-12.</p>
+écrire et sans se voir</i>, Middelbourg, 1688, in-12.</p>
-<p><span class="smcap">Latour</span> (Charlotte de). Le <cite>Langage des fleurs</cite>, Paris, 1820; 6<sup>e</sup> éd.,
+<p><span class="smcap">Latour</span> (Charlotte de). Le <cite>Langage des fleurs</cite>, Paris, 1820; 6<sup>e</sup> éd.,
1845, in-12, 328 p. (L'auteur de cet ouvrage, en prose et en vers, est
-M. Aimé Martin.)</p>
+M. Aimé Martin.)</p>
-<p><span class="smcap">Leibnitz</span>. <cite>Historia et commendatio linguæ characteristicæ universalis</cite>,
-dans ses <cite>&OElig;uvres posthumes</cite>, éditées par Rashe, 144 pag.</p>
+<p><span class="smcap">Leibnitz</span>. <cite>Historia et commendatio linguæ characteristicæ universalis</cite>,
+dans ses <cite>&OElig;uvres posthumes</cite>, éditées par Rashe, 144 pag.</p>
<p>(<span class="smcap">Lemang</span>). <cite>Die Kunst der Geheimschreiberei</cite>,... im. G. L. Leipzig, 1797,
in-4, 40 pag.</p>
<p><span class="smcap">Lennep</span> (D. J. de). <cite>Dissert. de M. Tullio Tirone</cite>, Amsterdam, 1804.</p>
-<p><span class="smcap">Lindner</span> (Sam.). <cite>Elementa artis decifratoriæ</cite>, Regiomontani, 1770, in-8.</p>
+<p><span class="smcap">Lindner</span> (Sam.). <cite>Elementa artis decifratoriæ</cite>, Regiomontani, 1770, in-8.</p>
<p><i>Mysterienbuch alter und neuer Zeit, oder Anleitung geheimer Schriften
zu lesen</i>, Leipzig, 1797, in-8, 115 pag.</p>
@@ -7410,27 +7371,27 @@ zu lesen</i>, Leipzig, 1797, in-8, 115 pag.</p>
<p><span class="smcap">Neyrin</span> (J. P.). <cite>Principes du droit des gens</cite>. (Brunswick, 1783, in-8),
pag. 160 et suiv.</p>
-<p><cite>Nouveau Traité de diplomatique</cite>, par deux religieux bénédictins (D.
+<p><cite>Nouveau Traité de diplomatique</cite>, par deux religieux bénédictins (D.
Toussaint et D. Tassin). Paris, 1750-65. 6 vol. in-4. <i>Voy.</i> tom. III,
p. 499-622.</p>
<p><span class="smcap">Niethammer</span> (J. M.). <cite>Ueber Pasigraphie und Ideographie</cite>, Nurnberg, 1808,
in-8.</p>
-<p><cite>Nouvelle Découverte d'une langue universelle pour les négociants</cite>,
+<p><cite>Nouvelle Découverte d'une langue universelle pour les négociants</cite>,
Paris, 1687, in-12.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page248" name="page248"></a>(p. 248)</span> <i>Opus novum, præfectis arcium, imperatoribus exercituum,
-exploratoribus, peregrinis, inventoribus, militibus ac omnis industriæ
-et litteraturæ studiosis, principibus maxime utilissimum pro cipharis
-lingua latina, græca, italica et quavis alia multiformiter
+<p><span class="pagenum"><a id="page248" name="page248"></a>(p. 248)</span> <i>Opus novum, præfectis arcium, imperatoribus exercituum,
+exploratoribus, peregrinis, inventoribus, militibus ac omnis industriæ
+et litteraturæ studiosis, principibus maxime utilissimum pro cipharis
+lingua latina, græca, italica et quavis alia multiformiter
describentibus interpretandisque.</i> (En latin et en italien, in-8, 44
-feuillets.) À la fin on lit: Impressum Romæ, anno MDXXVI. Au second
+feuillets.) À la fin on lit: Impressum Romæ, anno MDXXVI. Au second
feuillet, l'auteur se donne le nom de Jacques Silvestre, citoyen de
Florence.</p>
-<p><span class="smcap">Ozanam</span> (Jacques). <cite>Récréations mathématiques et physiques</cite>, 1778, 4 vol.
-in-8. On y trouve diverses méthodes de Sténographie.</p>
+<p><span class="smcap">Ozanam</span> (Jacques). <cite>Récréations mathématiques et physiques</cite>, 1778, 4 vol.
+in-8. On y trouve diverses méthodes de Sténographie.</p>
<p><span class="smcap">Pancirolli</span> (Guidonis). <i>Rerum memorabilium sive deperditarum
commentarius</i>, 1660, in-4. Il parle des chiffres, pag. 262 et suiv.</p>
@@ -7438,7 +7399,7 @@ commentarius</i>, 1660, in-4. Il parle des chiffres, pag. 262 et suiv.</p>
<p><cite>Polizeischrift, geheime, des Grafen von Vergennes</cite>, 1793, in-8, 46 pag.</p>
<p><span class="smcap">Porta</span> (J. B.). <i>De furtivis litterarum notis vulgo de ziferis libri
-quinque</i>, Neapoli, 1563, in-4. Autres éditions: Londres, 1591,
+quinque</i>, Neapoli, 1563, in-4. Autres éditions: Londres, 1591,
in-4.&mdash;Montbelliard, 1593, in-8.&mdash;Naples, 1602, in-folio.&mdash;Strasbourg,
1603, in-8.</p>
@@ -7446,83 +7407,83 @@ in-4.&mdash;Montbelliard, 1593, in-8.&mdash;Naples, 1602, in-folio.&mdash;Strasb
1589.&mdash;Leyde, 1644 et 1651. Il est question, dans le livre XVI, de l'art
de chiffrer.</p>
-<p><span class="smcap">Prasse</span> (M. de). <cite>De reticulis cryptographicis</cite>, Lipsiæ, 1799, in-4, 14
+<p><span class="smcap">Prasse</span> (M. de). <cite>De reticulis cryptographicis</cite>, Lipsiæ, 1799, in-4, 14
pag.</p>
-<p><span class="smcap">Ramsay</span> (C. A.). <cite>Art d'écrire aussi vite qu'on parle</cite>, Paris, 1783,
-in-12. L'original est en latin; il parut dès 1678 et fut réimprimé avec
-une version française (par A. D. G.). Paris, 1681. Depuis cette dernière
-date, ce livre a été souvent réimprimé en France et à l'étranger, dans
-la fin du dix-septième siècle. Les anciennes éditions <span class="pagenum"><a id="page249" name="page249"></a>(p. 249)</span>
-portaient pour titre: <cite>Tacheographie ou l'Art d'écrire</cite>, etc. On en
-connaît une traduction allemande, Leipzig, 1745, in-8.</p>
+<p><span class="smcap">Ramsay</span> (C. A.). <cite>Art d'écrire aussi vite qu'on parle</cite>, Paris, 1783,
+in-12. L'original est en latin; il parut dès 1678 et fut réimprimé avec
+une version française (par A. D. G.). Paris, 1681. Depuis cette dernière
+date, ce livre a été souvent réimprimé en France et à l'étranger, dans
+la fin du dix-septième siècle. Les anciennes éditions <span class="pagenum"><a id="page249" name="page249"></a>(p. 249)</span>
+portaient pour titre: <cite>Tacheographie ou l'Art d'écrire</cite>, etc. On en
+connaît une traduction allemande, Leipzig, 1745, in-8.</p>
<p><span class="smcap">Sarpe</span>, <cite>Prolegomena ad tachygraphiam romanam</cite>, Rostock, 1829, in-4.</p>
-<p><span class="smcap">Schmidt</span> (J. M.). <i>Vollstændiges wissenschaftliches Gedankenverzeichniss
+<p><span class="smcap">Schmidt</span> (J. M.). <i>Vollstændiges wissenschaftliches Gedankenverzeichniss
zum Behuf einer allgemeinen Schriftsprache</i>, Dillingen, 1807, in-8.</p>
-<p>&mdash; <cite>Grundsætze für eine allgemeine Schriftlehre</cite>, 1816-1818, 2 vol.
+<p>&mdash; <cite>Grundsætze für eine allgemeine Schriftlehre</cite>, 1816-1818, 2 vol.
in-8.</p>
<p><span class="smcap">Schott</span> (Gaspard). <cite>Schola steganographica in classes octo distributa</cite>,
-Nuremberg, 1665, in-4. D'autres éditions de 1666 et de 1680 sont
-indiquées par les bibliographes.</p>
+Nuremberg, 1665, in-4. D'autres éditions de 1666 et de 1680 sont
+indiquées par les bibliographes.</p>
-<p>&mdash; <cite>Thaumaturgus physicus seu magia universalis naturæ et artis</cite>,
-1657-1659, 4 vol. in-4; 1677. On trouve, dans le quatrième volume de cet
-ouvrage curieux, des notions détaillées sur les divers moyens imaginés
-par les anciens et les modernes, pour se communiquer leurs pensées à
-l'aide de l'écriture secrète.</p>
+<p>&mdash; <cite>Thaumaturgus physicus seu magia universalis naturæ et artis</cite>,
+1657-1659, 4 vol. in-4; 1677. On trouve, dans le quatrième volume de cet
+ouvrage curieux, des notions détaillées sur les divers moyens imaginés
+par les anciens et les modernes, pour se communiquer leurs pensées à
+l'aide de l'écriture secrète.</p>
<p><span class="smcap">Seleni</span>, Gustavi (id est, Augusti, ducis Brunsvicensis), <i>Cryptomenyticis
-et Cryptographiæ libri IX, in quibus et planissima Steganographiæ J.
+et Cryptographiæ libri IX, in quibus et planissima Steganographiæ J.
Trithemii enodatio traditur, inspersis ubique auctoris et aliorum non
contemnendis inventis</i>, Luneburgi, 1624, in-folio.</p>
<p><span class="smcap">Solbrit</span> (Dav.). <cite>Ratio scribendi per zifras</cite>, 1726, in-8.</p>
<p>&mdash; <cite>Allgemeine Schrift oder Art durch Ziffern zu schreiben</cite>, Coburg,
-1736, in-8. C'est la traduction de l'ouvrage latin précédent.</p>
+1736, in-8. C'est la traduction de l'ouvrage latin précédent.</p>
-<p><cite>Steganographia recens detecta</cite>, Ulm, 1764, in-8, 97 p. Malgré son titre
+<p><cite>Steganographia recens detecta</cite>, Ulm, 1764, in-8, 97 p. Malgré son titre
latin, cet ouvrage est en allemand (semblable circonstance n'est pas
-rare <span class="pagenum"><a id="page250" name="page250"></a>(p. 250)</span> pour d'anciens écrits publiés au delà du Rhin). L'auteur a
-gardé l'anonyme, mais il a signé la préface des lettres C. W. P.</p>
+rare <span class="pagenum"><a id="page250" name="page250"></a>(p. 250)</span> pour d'anciens écrits publiés au delà du Rhin). L'auteur a
+gardé l'anonyme, mais il a signé la préface des lettres C. W. P.</p>
-<p><span class="smcap">Stein</span> (A.). <cite>Ueber Schriftsprache und Pasigraphie</cite>, München, 1809, in-8.</p>
+<p><span class="smcap">Stein</span> (A.). <cite>Ueber Schriftsprache und Pasigraphie</cite>, München, 1809, in-8.</p>
<p><span class="smcap">Stieler</span> (C. von). <cite>Deutsche Secretariatskunst</cite>. Nuremberg, 1678, in-4.
Voir tom. I, pag. 547-555.</p>
-<p><span class="smcap">Stubenrauch</span>. <cite>Histoire abrégée de la Cryptographie</cite>. Il s'en trouve un
-extrait dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, t. I, 1745, p. 105 et
+<p><span class="smcap">Stubenrauch</span>. <cite>Histoire abrégée de la Cryptographie</cite>. Il s'en trouve un
+extrait dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, t. I, 1745, p. 105 et
suiv.</p>
<p><span class="smcap">Tod</span> (Al.). <cite>The olive-leafe or an universal A. B. C.</cite>, London, 1603,
in-8.</p>
-<p><span class="smcap">Trithemii</span> (J.). <cite>Polygraphiæ libri VI</cite>, Oppenheim, 1518,
+<p><span class="smcap">Trithemii</span> (J.). <cite>Polygraphiæ libri VI</cite>, Oppenheim, 1518,
in-folio.&mdash;Francof., 1550.&mdash;Colon., 1564.&mdash;Argent., 1600 et
1613.&mdash;Colon., 1671.</p>
<p>&mdash; <cite>Steganographia</cite>, Francof., 1606.&mdash;Darmst., 1606,&mdash;Francof.,
1608.&mdash;Darmst., 1621&mdash;Colon., 1635.</p>
-<p>&mdash; <cite>La Polygraphie et universelle écriture de Trithème</cite>, traduit du
+<p>&mdash; <cite>La Polygraphie et universelle écriture de Trithème</cite>, traduit du
latin par Gabriel de Collange<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8" title="Go to footnote 8"><span class="smaller">[8]</span></a>, Paris, 1561, 1621, 1625, in-8.</p>
</div>
-<p>Voici les titres de deux ouvrages composés dans le but de défendre la
-mémoire de Trithème contre l'accusation de magie dirigée contre lui:</p>
+<p>Voici les titres de deux ouvrages composés dans le but de défendre la
+mémoire de Trithème contre l'accusation de magie dirigée contre lui:</p>
<div class="biblio">
-<p><i>Stenographiæ nec non claviculæ Salomonis germani, J. Trithemii, genuina
+<p><i>Stenographiæ nec non claviculæ Salomonis germani, J. Trithemii, genuina
declaratio, auctore</i> J. Caramuele, Colon., 1634, in-4.</p>
<p>J. <span class="smcap">Trithemii</span> <cite>Stenographia vindicata et illustrata</cite>, auctore W. E.
-Heidel, Mayence, 1676, in-4. Une édition de Nuremberg, 1721, in-4, est
-citée.</p>
+Heidel, Mayence, 1676, in-4. Une édition de Nuremberg, 1721, in-4, est
+citée.</p>
<p><span class="smcap">Uken</span> (M.). <i>Steganometrographia, sive artificium <span class="pagenum"><a id="page251" name="page251"></a>(p. 251)</span> novum et
inauditum</i>, Francof., 1751, in-8, 328 p. Il en existe une traduction
@@ -7531,29 +7492,29 @@ allemande, Ulm, 1759.</p>
<p><span class="smcap">Urquhart</span> (Thomas). <i>Logopandecteision, or an introduction to the
universal language</i>, London, 1653, in-4.</p>
-<p><span class="smcap">Vater</span> (J. S.). <i>Pasigraphie und Antipasigraphie... ou sur la découverte
-récente d'une langue universelle pouvant servir à tous les peuples</i>,
+<p><span class="smcap">Vater</span> (J. S.). <i>Pasigraphie und Antipasigraphie... ou sur la découverte
+récente d'une langue universelle pouvant servir à tous les peuples</i>,
Leipzig, 1799, in-12, 268 pag.</p>
-<p><span class="smcap">Wallis</span> (J.). <cite>Opera miscellanea</cite>, Oxoniæ, 1699, in-folio. Dans son
-traité <cite>De combinationibus et alternationibus</cite>, ce célèbre mathématicien
-donne des exemples de déchiffrement, sans expliquer toutefois les
-méthodes dont il fait usage.</p>
+<p><span class="smcap">Wallis</span> (J.). <cite>Opera miscellanea</cite>, Oxoniæ, 1699, in-folio. Dans son
+traité <cite>De combinationibus et alternationibus</cite>, ce célèbre mathématicien
+donne des exemples de déchiffrement, sans expliquer toutefois les
+méthodes dont il fait usage.</p>
<p><span class="smcap">Wildvogel</span> (Ch.). <cite>Diss. de scripturis terribilibus</cite>, Francof., 1719,
in-4.</p>
-<p><span class="smcap">Wilkins</span> (évêque de Chester). <i>Mercure ou le Messager secret et prompt où
-l'on montre comment on peut communiquer vite et sûrement ses pensées à
-un ami éloigné</i>, Londres, 1641, in-4. (L'ouvrage est en anglais.)</p>
+<p><span class="smcap">Wilkins</span> (évêque de Chester). <i>Mercure ou le Messager secret et prompt où
+l'on montre comment on peut communiquer vite et sûrement ses pensées à
+un ami éloigné</i>, Londres, 1641, in-4. (L'ouvrage est en anglais.)</p>
<p>&mdash; <cite>Essay towards a real charater and a philosophical language</cite>,
Londres, 1668, in-folio. Un extrait de cet ouvrage, devenu fort rare, se
trouve dans les <cite>Transactions philosophiques</cite>, n<sup>o</sup> 35.</p>
-<p><span class="smcap">Wolke</span> (C. H.). <i>Erklærung wie wechselseitige Gedankenmittheilunen aller
-cultivirten V&oelig;lker des Erdkreises, oder die Paxiphrasie möglich und
-ausüblich sey, ohne Erlernung irgend einer neuen besondern, oder einer
+<p><span class="smcap">Wolke</span> (C. H.). <i>Erklærung wie wechselseitige Gedankenmittheilunen aller
+cultivirten V&oelig;lker des Erdkreises, oder die Paxiphrasie möglich und
+ausüblich sey, ohne Erlernung irgend einer neuen besondern, oder einer
allgemeinen Wortschrift oder Zeichensprache</i>, Dessau, 1797.</p>
</div>
@@ -7562,33 +7523,33 @@ allgemeinen Wortschrift oder Zeichensprache</i>, Dessau, 1797.</p>
<h2><span class="pagenum"><a id="page252" name="page252"></a>(p. 252)</span> TABLE DES CHAPITRES.</h2>
<ul class="toc">
-<li><span class="smcap">Chapitre</span> I<sup>er</sup>. Définition de la Cryptographie,
+<li><span class="smcap">Chapitre</span> I<sup>er</sup>. Définition de la Cryptographie,
son origine; notions historiques.
<span class="ralign"><a href="#page1">1</a></span></li>
-<li><span class="smcap">Chap.</span> II. Auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie.
+<li><span class="smcap">Chap.</span> II. Auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie.
<span class="ralign"><a href="#page35">35</a></span></li>
-<li><span class="smcap">Chap.</span> III. Règles et procédés de Cryptographie.
+<li><span class="smcap">Chap.</span> III. Règles et procédés de Cryptographie.
<span class="ralign"><a href="#page91">91</a></span></li>
-<li><span class="smcap">Chap.</span> IV. Des diverses sortes d'écritures et
- des différents langages de convention
- qui se rattachent à la correspondance
+<li><span class="smcap">Chap.</span> IV. Des diverses sortes d'écritures et
+ des différents langages de convention
+ qui se rattachent à la correspondance
occulte.
<span class="ralign"><a href="#page156">156</a></span></li>
-<li><span class="smcap">Chap.</span> V. Du rôle de la Cryptographie dans
- la littérature.
+<li><span class="smcap">Chap.</span> V. Du rôle de la Cryptographie dans
+ la littérature.
<span class="ralign"><a href="#page186">186</a></span></li>
-<li><span class="smcap">Chap.</span> VI. Des livres à clef.
+<li><span class="smcap">Chap.</span> VI. Des livres à clef.
<span class="ralign"><a href="#page202">202</a></span></li>
-<li><span class="smcap">Chap.</span> VII. Du déchiffrement.
+<li><span class="smcap">Chap.</span> VII. Du déchiffrement.
<span class="ralign"><a href="#page208">208</a></span></li>
-<li><span class="smcap">Chap.</span> VIII. Des écritures occultes.
+<li><span class="smcap">Chap.</span> VIII. Des écritures occultes.
<span class="ralign"><a href="#page225">225</a></span></li>
<li>Bibliographie.
@@ -7599,113 +7560,113 @@ allgemeinen Wortschrift oder Zeichensprache</i>, Dessau, 1797.</p>
<div class="footnote">
<p><a id="footnote1" name="footnote1"></a>
-<b><a href="#footnotetag1">1</a></b>: Parmi les nombreux écrits qui montrent à quel point
-Trithème était infatué de pareilles idées, il faut citer sa <i>Chronologia
+<b><a href="#footnotetag1">1</a></b>: Parmi les nombreux écrits qui montrent à quel point
+Trithème était infatué de pareilles idées, il faut citer sa <i>Chronologia
mystica de septem secundeis sive intelligentiis orbes post Deum
-moventibus</i>. Une ancienne doctrine platonique ou cabalistique plaçait
-dans chaque sphère céleste une intelligence chargée de la gouverner.
-Trithème s'efforce de rattacher, à ce système, des notions historiques
-et d'en établir la réalité. Un pareil livre n'eut pas moins de six ou
-sept éditions. Il n'est pas surprenant que ces rapsodies inintelligibles
-aient trouvé de nombreux lecteurs, et il est extrêmement probable que le
-docte abbé ne se comprenait pas toujours lui-même, lorsqu'il développait
-ses étranges imaginations.</p>
+moventibus</i>. Une ancienne doctrine platonique ou cabalistique plaçait
+dans chaque sphère céleste une intelligence chargée de la gouverner.
+Trithème s'efforce de rattacher, à ce système, des notions historiques
+et d'en établir la réalité. Un pareil livre n'eut pas moins de six ou
+sept éditions. Il n'est pas surprenant que ces rapsodies inintelligibles
+aient trouvé de nombreux lecteurs, et il est extrêmement probable que le
+docte abbé ne se comprenait pas toujours lui-même, lorsqu'il développait
+ses étranges imaginations.</p>
<p><a id="footnote2" name="footnote2"></a>
-<b><a href="#footnotetag2">2</a></b>: L'agriculture, l'optique, la mécanique, la mnémonique, la
-météorologie, la physique, furent tour à tour l'objet des méditations de
-Porta. Il fut du nombre de ces hommes hardis, conquérants, qui ne
-peuvent échapper à l'influence des préjugés de leur époque, mais qui
-découvrent ou pressentent de hautes vérités.</p>
-
-<p>Son traité <cite>de la Physiognomonie humaine</cite>, 1586, a fourni beaucoup
-d'idées à Lavater. Son livre <cite>de la Magie humaine</cite>, très-souvent
-réimprimé au seizième siècle, renferme, parmi beaucoup de faits puérils
-compilés avec peu de jugement, une foule d'observations importantes sur
-les miroirs, la lumière, la statique, etc. Les divers ouvrages de cet
-écrivain remarquable sont analysés avec étendue dans la <cite>Notice
+<b><a href="#footnotetag2">2</a></b>: L'agriculture, l'optique, la mécanique, la mnémonique, la
+météorologie, la physique, furent tour à tour l'objet des méditations de
+Porta. Il fut du nombre de ces hommes hardis, conquérants, qui ne
+peuvent échapper à l'influence des préjugés de leur époque, mais qui
+découvrent ou pressentent de hautes vérités.</p>
+
+<p>Son traité <cite>de la Physiognomonie humaine</cite>, 1586, a fourni beaucoup
+d'idées à Lavater. Son livre <cite>de la Magie humaine</cite>, très-souvent
+réimprimé au seizième siècle, renferme, parmi beaucoup de faits puérils
+compilés avec peu de jugement, une foule d'observations importantes sur
+les miroirs, la lumière, la statique, etc. Les divers ouvrages de cet
+écrivain remarquable sont analysés avec étendue dans la <cite>Notice
historique</cite> de H. G. Duchesne, <cite>sur la vie et les travaux de Porta</cite>
Paris, 1801, 8<sup>o</sup>, 383 pages.</p>
<p><a id="footnote3" name="footnote3"></a>
<b><a href="#footnotetag3">3</a></b>: Mort en 1596; il remplit d'importantes fonctions
diplomatiques, et il traduisit un grand nombre d'auteurs grecs et
-latins; ses traductions sont aujourd'hui vouées à l'oubli le plus
-profond, de même que son <cite>Traité des Comètes</cite> et son <i>Traité du feu et
-du sel</i>, quoique ce dernier écrit (c'est un livre d'alchimie) ait obtenu
-trois ou quatre éditions en France, et qu'il ait même rencontré des
+latins; ses traductions sont aujourd'hui vouées à l'oubli le plus
+profond, de même que son <cite>Traité des Comètes</cite> et son <i>Traité du feu et
+du sel</i>, quoique ce dernier écrit (c'est un livre d'alchimie) ait obtenu
+trois ou quatre éditions en France, et qu'il ait même rencontré des
traducteurs qui l'ont fait passer en latin et en anglais.</p>
<p><a id="footnote4" name="footnote4"></a>
-<b><a href="#footnotetag4">4</a></b>: L'édition de ses <cite>Opera omnia</cite> (Lyon, 1663, 10 vol.
-in-folio) ne renferme pas moins de 222 traités en ouvrages divers. On
-peut consulter, à l'égard de cet étrange écrivain, Buhle, <cite>Histoire de
-la Philosophie</cite>, tom. IV, p. 730-739 de la traduction française; la
-<cite>Rétrospective Review</cite>, tom. I, p. 94-112; un article de M. Mercey,
-<cite>Revue de Paris</cite>, juin 1841; un mémoire de M. Franck, lu en 1841 à
-l'Académie des sciences morales et politiques. Quant au mérite de ses
+<b><a href="#footnotetag4">4</a></b>: L'édition de ses <cite>Opera omnia</cite> (Lyon, 1663, 10 vol.
+in-folio) ne renferme pas moins de 222 traités en ouvrages divers. On
+peut consulter, à l'égard de cet étrange écrivain, Buhle, <cite>Histoire de
+la Philosophie</cite>, tom. IV, p. 730-739 de la traduction française; la
+<cite>Rétrospective Review</cite>, tom. I, p. 94-112; un article de M. Mercey,
+<cite>Revue de Paris</cite>, juin 1841; un mémoire de M. Franck, lu en 1841 à
+l'Académie des sciences morales et politiques. Quant au mérite de ses
travaux scientifiques, on peut consulter l'<i>Histoire des Sciences
-mathématiques en Italie</i>, par M. Libri, tom. III, p. 107, et l'<cite>Histoire
-de la Chimie</cite>, par M. Hoefer, tom. Il, p. 99. Cardan a trouvé deux
+mathématiques en Italie</i>, par M. Libri, tom. III, p. 107, et l'<cite>Histoire
+de la Chimie</cite>, par M. Hoefer, tom. Il, p. 99. Cardan a trouvé deux
biographes, l'un en Italie (Mantovani, <cite>Vita di Cardano</cite>, Milano, 1821,
8<sup>o</sup>), l'autre en Angleterre (G. I., <cite>the life and times of G. Cardan</cite>,
London, 1836, 2 vol. 8<sup>o</sup>).</p>
<p><a id="footnote5" name="footnote5"></a>
-<b>5</b>: Voir la planche IX, à la fin du volume de l'Histoire de
-l'Académie des sciences et belles-lettres de Berlin en 1758.</p>
+<b>5</b>: Voir la planche IX, à la fin du volume de l'Histoire de
+l'Académie des sciences et belles-lettres de Berlin en 1758.</p>
<p><a id="footnote6" name="footnote6"></a>
-<b><a href="#footnotetag6">6</a></b>: Tome 1<sup>er</sup> de l'édition de Cologne, 1688, 8 vol. in-folio.
-Bède s'appuie sur l'autorité de Plutarque, de Pline, d'Apulée, de
-Juvénal, pour prouver que l'art dont il s'occupe d'énoncer les règles
-était connu des anciens.</p>
+<b><a href="#footnotetag6">6</a></b>: Tome 1<sup>er</sup> de l'édition de Cologne, 1688, 8 vol. in-folio.
+Bède s'appuie sur l'autorité de Plutarque, de Pline, d'Apulée, de
+Juvénal, pour prouver que l'art dont il s'occupe d'énoncer les règles
+était connu des anciens.</p>
<p><a id="footnote7" name="footnote7"></a>
-<b><a href="#footnotetag7">7</a></b>: Consultez une notice intéressante insérée dans la <cite>Revue
+<b><a href="#footnotetag7">7</a></b>: Consultez une notice intéressante insérée dans la <cite>Revue
des Deux-Mondes</cite>, octobre 1846.</p>
-<p>«Autant de récits, autant d'énigmes sous diverses formes et avec des
-costumes divers. Poésie, invention, effets de style, enchaînement du
-drame, tout est subordonné à une bizarre préoccupation qui semble ne
-connaître qu'une faculté inspiratoire, celle du raisonnement; qu'une
+<p>«Autant de récits, autant d'énigmes sous diverses formes et avec des
+costumes divers. Poésie, invention, effets de style, enchaînement du
+drame, tout est subordonné à une bizarre préoccupation qui semble ne
+connaître qu'une faculté inspiratoire, celle du raisonnement; qu'une
muse, la logique. L'auteur s'occupe de juger, de classer les
-probabilités; et il emploie pour ceci cet instinct, cette sagacité
-particulière à l'homme, plus ou moins sûre chez l'un que chez l'autre,
+probabilités; et il emploie pour ceci cet instinct, cette sagacité
+particulière à l'homme, plus ou moins sûre chez l'un que chez l'autre,
et qui varie de puissance comme de but, suivant les aptitudes et le
-métier de chacun.»</p>
+métier de chacun.»</p>
<p><a id="footnote8" name="footnote8"></a>
-<b><a href="#footnotetag8">8</a></b>: La triste destinée de Collange mérite qu'on en fasse
-mention. Il était valet de chambre du Charles IX, et, quoique catholique
-zélé, il fut une des victimes de la Saint-Barthélemi, succombant sans
-doute à quelques inimitiés personnelles.</p>
+<b><a href="#footnotetag8">8</a></b>: La triste destinée de Collange mérite qu'on en fasse
+mention. Il était valet de chambre du Charles IX, et, quoique catholique
+zélé, il fut une des victimes de la Saint-Barthélemi, succombant sans
+doute à quelques inimitiés personnelles.</p>
</div>
<div class="p4 tn">
-<p>Notes au lecteur de ce fichier numérique:</p>
+<p>Notes au lecteur de ce fichier numérique:</p>
-<p>&mdash;De nombreuses erreurs ont été imprimées dans cet ouvrage; peu d'entre
-elles ont été corrigées lors de la création de ce fichier.</p>
+<p>&mdash;De nombreuses erreurs ont été imprimées dans cet ouvrage; peu d'entre
+elles ont été corrigées lors de la création de ce fichier.</p>
-<p>&mdash;Page <a href="#page20">20</a>: [¨9] représente un 9 surmonté d'un tréma.</p>
+<p>&mdash;Page <a href="#page20">20</a>: [¨9] représente un 9 surmonté d'un tréma.</p>
-<p>&mdash;Page <a href="#page41">41</a>: "Un méchant vous demande une lettre d'introduction auprès d'un de ses amis",
- "ses amis" a été remplacé par "vos amis".</p>
+<p>&mdash;Page <a href="#page41">41</a>: "Un méchant vous demande une lettre d'introduction auprès d'un de ses amis",
+ "ses amis" a été remplacé par "vos amis".</p>
-<p>&mdash;Page <a href="#page144">144</a>: "La première lettre de la dépêche, l, correspond
- à la quatrième, o; la seconde, e, à la quatrième,"; "la seconde, e, à la quatrième," a été
- remplacé par "la seconde, e, à la septième,".</p>
+<p>&mdash;Page <a href="#page144">144</a>: "La première lettre de la dépêche, l, correspond
+ à la quatrième, o; la seconde, e, à la quatrième,"; "la seconde, e, à la quatrième," a été
+ remplacé par "la seconde, e, à la septième,".</p>
-<p>&mdash;Page <a href="#page151">151</a>: La note 5 n'a pas de référence dans le texte.</p>
+<p>&mdash;Page <a href="#page151">151</a>: La note 5 n'a pas de référence dans le texte.</p>
-<p>&mdash;Page <a href="#page197">197</a>: "Conserui et dxoop nfouxnb delituit", "nfouxnb" a été remplacé par "nfouxmb".</p>
+<p>&mdash;Page <a href="#page197">197</a>: "Conserui et dxoop nfouxnb delituit", "nfouxnb" a été remplacé par "nfouxmb".</p>
-<p>&mdash;Page <a href="#page220">220</a>: "la consonne c est toujours liée au c", "liée au c" a été remplacé par "liée au h".</p>
+<p>&mdash;Page <a href="#page220">220</a>: "la consonne c est toujours liée au c", "liée au c" a été remplacé par "liée au h".</p>
<a id="tn1" name="tn1"></a>
-<p>&mdash;Page <a href="#page127">127</a>: Pour rendre la lecture de la note plus simple, les signes du tableau page 126 ont été
-remplacés par les caractères suivants:</p>
+<p>&mdash;Page <a href="#page127">127</a>: Pour rendre la lecture de la note plus simple, les signes du tableau page 126 ont été
+remplacés par les caractères suivants:</p>
<p><img src="images/img018.jpg" width="30" height="30" alt="Signe" title=""> par <span class="font150">O</span></p>
<p><img src="images/img019.jpg" width="30" height="30" alt="Signe" title=""> par <span class="font150">&#390;</span></p>
<p><img src="images/img020.jpg" width="30" height="30" alt="Signe" title=""> par <span class="font150">Z</span></p>
@@ -7713,382 +7674,6 @@ remplacés par les caractères suivants:</p>
<p><img src="images/img022.jpg" width="30" height="32" alt="Signe" title=""> par <span class="font150">&#9792;</span></p>
</div>
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of La Cryptographie, by Bibliophile Jacob
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA CRYPTOGRAPHIE ***
-
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-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
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-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
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-including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
-because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
-people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
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-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
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-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation information page at www.gutenberg.org
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
-permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
-throughout numerous locations. Its business office is located at 809
-North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email
-contact links and up to date contact information can be found at the
-Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact
-
-For additional contact information:
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
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-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
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-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
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-ways including checks, online payments and credit card donations.
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-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
-works.
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For forty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
-unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
-keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
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+<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 42297 ***</div>
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