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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 42463 ***
+
+LA VIE
+
+DE
+
+MADAME ÉLISABETH
+
+SOEUR DE LOUIS XVI
+
+Par M. A. de BEAUCHESNE
+
+
+OUVRAGE
+
+ENRICHI DE DEUX PORTRAITS GRAVÉS EN TAILLE-DOUCE
+
+SOUS LA DIRECTION DE M. HENRIQUEL DUPONT
+
+PAR MORSE ET ÉMILE ROUSSEAU
+
+DE FAC-SIMILÉ, D'AUTOGRAPHES ET DE PLANS
+
+
+ET PRÉCÉDÉ D'UNE
+
+LETTRE DE Mgr DUPANLOUP
+
+ÉVÊQUE D'ORLÉANS.
+
+
+TOME SECOND
+
+
+PARIS
+
+HENRI PLON, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
+
+RUE GARANCIÈRE, 10
+
+MDCCCLXIX
+
+_Tous droits réservés._
+
+
+
+
+[Illustration: _Madame Élisabeth._]
+
+
+
+
+MADAME ÉLISABETH.
+
+
+
+
+LIVRE HUITIÈME.
+
+CAPTIVITÉ DE LA FAMILLE ROYALE AU TEMPLE.
+
+DEPUIS LE 13 AOÛT 1792 JUSQU'AU 21 JANVIER 1793.
+
+ «Souvenez-vous de ceux qui sont dans les chaînes, comme si vous
+ étiez vous-mêmes avec eux; et de ceux qui sont affligés, comme
+ étant vous-mêmes dans un corps mortel.»
+
+ _Épître de S. PAUL aux Hébreux_, chap. XIII, v. 3.
+
+ Coup d'oeil rétrospectif sur le 10 août. -- Installation de la
+ famille royale dans la petite tour du Temple; Madame Élisabeth a
+ une cuisine pour demeure. -- Mademoiselle Pauline de Tourzel
+ partage sa chambre. -- Dénûment de cette jeune fille; Madame
+ Élisabeth lui donne une de ses robes, qui, n'allant point à sa
+ taille, est refaite par la Reine, par Madame Élisabeth et par
+ elle-même. -- Toutes les personnes qui ne sont pas membres de la
+ famille royale sont emmenées à la Commune. -- De là la princesse
+ de Lamballe, mesdames de Tourzel, les femmes de chambre de la
+ Reine, d'Élisabeth et des enfants, sont conduites à la Force. --
+ Emploi de la journée au Temple. -- Pénurie. -- Outrages. --
+ Manière dont les nouvelles du dehors arrivent au Roi. -- Tison et
+ sa femme, espions plus que serviteurs de la famille royale. --
+ Hue surprend Élisabeth en prière. -- Prière de la princesse. --
+ Suppression des maisons religieuses. -- Napoléon Bonaparte va
+ réclamer sa soeur à la maison de Saint-Louis, à Saint-Cyr. --
+ Difficultés qu'il éprouve: il réussit enfin. -- Manuel, au
+ Temple, rassure Louis XVI sur la vie de M. Hue. -- Registre de la
+ petite Force, écrou des prisonnières. -- Meurtre de madame de
+ Lamballe. -- Sa tête portée au Temple. -- Témoignages de
+ sympathie donnés à la famille royale, qui apprend que madame de
+ Tourzel, la princesse de Tarente et la marquise de la Roche-Aymon
+ ne sont pas mortes, mais en même temps que les prisonniers de la
+ haute cour d'Orléans, et parmi eux le duc de Brissac et M. de
+ Lessart, ont été massacrés à Versailles. -- Hue fait des
+ démarches pour rentrer au Temple; sa visite à Chaumette. -- La
+ Convention remplace l'Assemblée législative. -- La royauté
+ abolie. -- Madame Élisabeth indique à Cléry la manière dont il
+ doit formuler la demande des objets nécessaires à la famille
+ royale. -- L'armoire de fer découverte. -- On enlève à la famille
+ royale tout moyen d'écrire. -- Le Roi est séparé de sa famille.
+ -- Cléry arrêté et conduit au Palais de justice; il rentre au
+ Temple. -- La Reine et Madame Élisabeth installées dans la grande
+ Tour. -- Description de leur nouvelle demeure. -- Point de
+ changement dans les habitudes de la famille. -- Surveillance plus
+ sévère. -- Le docteur Leclerc, officier municipal de service à la
+ tour, ayant remis à la Reine un remède pour sa fille qui avait
+ une dartre sur la joue, est censuré. -- Avanies. -- Élisabeth
+ sans nouvelles de ses amies. -- Maladie du Roi, du Dauphin, de la
+ Reine, de Madame Royale, de Madame Élisabeth. -- Cléry soigné par
+ la famille royale. -- Dévouement d'Élisabeth. -- Nouvelle
+ municipalité; le nombre des commissaires au Temple est doublé. --
+ Surveillance rigoureuse. -- Madame Cléry apprend à son mari que
+ le Roi sera jugé; Cléry l'apprend au Roi. -- _Louis Capet_. -- Le
+ Roi devant la Convention. -- Paroles de Madame Élisabeth à
+ Cléry. -- Moyen de s'entendre convenu entre eux. -- Le Roi
+ choisit ses conseils. -- Commission de la Convention envoyée au
+ Temple. -- Testament du Roi. -- Le Roi de nouveau devant la
+ Convention. -- Sa défense. -- Le Roi déclaré coupable. -- Message
+ à M. Edgeworth de Firmont. -- Condamnation du Roi. -- Appel à la
+ nation.
+
+
+Entraînée par les événements de la révolution, dont on peut dire
+qu'ils courent plutôt qu'ils ne marchent, l'histoire se précipite au
+dénoûment comme le drame, en laissant derrière elle les agitations
+intellectuelles et morales, les intentions qui ne se sont pas
+traduites en faits, tous ces projets mort-nés, ces combinaisons
+avortées qui font cependant partie de l'histoire, car une époque vit
+par la pensée comme par l'action. Maintenant que le sinistre
+dénoûment, précurseur d'un dénoûment plus sinistre encore, est
+intervenu, et que la famille royale est captive au Temple, le moment
+est arrivé de jeter un regard rétrospectif sur les dernières étapes de
+la route que nous avons si rapidement parcourue, et d'éclaircir une
+question qui se présente à l'esprit du lecteur comme un douloureux
+problème. D'où vient que rien n'a été tenté pour prévenir la
+catastrophe du 10 août? Cette catastrophe, qui, pour nous, a un
+caractère fatal et inévitable, était-elle donc imprévue pour les
+hommes de ce temps-là? Ou bien n'y avait-il plus personne qui songeât
+à sauver la famille royale des périls qui la menaçaient, en mettant,
+s'il le fallait, sa vie pour enjeu dans cette redoutable partie?
+
+L'historien de Madame Élisabeth n'a pas le droit de laisser ces
+questions derrière lui sans chercher à les résoudre, d'autant plus que
+la soeur de Louis XVI, entraînée dans la catastrophe commune, se
+trouva naturellement mêlée aux préoccupations et aux agitations qui la
+précédèrent. Peu à peu le jour se fait non-seulement sur l'ensemble de
+la révolution, mais sur ses détails. Les Mémoires des principaux
+personnages mêlés à ses diverses scènes viennent successivement
+éclairer les points restés dans l'ombre. C'est ainsi que les Mémoires
+de Malouet, récemment publiés par son petit-fils, nous apportent des
+lumières nouvelles sur les questions que nous avons à coeur
+d'éclaircir.
+
+Après la journée du 20 juin 1792, le parti constitutionnel, effrayé à
+son tour de la rapidité avec laquelle la révolution se précipitait
+vers l'anarchie, songea à se rapprocher du Roi et à sauver en même
+temps la Constitution, oeuvre de la veille, et la monarchie
+traditionnelle, oeuvre des siècles. On n'a point oublié la démarche
+que fit le général la Fayette en quittant son armée pour venir
+protester à l'Assemblée contre les violences du 20 juin. Ce n'était là
+que la partie extérieure de sa démarche; lui et les constitutionnels
+auraient voulu faire plus[1]. Leur désir et leur projet étaient de
+décider le Roi à partir pour l'armée, en portant, s'il le fallait, une
+division du général la Fayette sur Compiègne pour favoriser le départ
+de la famille royale, que les gardes suisses et les bataillons les
+plus fidèles de la garde nationale auraient aidée à sortir de Paris,
+malgré l'Assemblée. Ce plan, déjà conçu dans le mois de mai 1792, fut
+repris avec plus d'insistance à la fin de juin; mais il échoua, et il
+devait échouer, parce qu'il y avait trop d'ombrages entre le Roi et
+les chefs du parti constitutionnel; le passé les séparait par des
+souvenirs qui devenaient à la fois des appréhensions et des rancunes.
+Au fond, ce qu'ils proposaient à Louis XVI, c'était de se confier
+d'une manière absolue à leur génie politique, à leur énergie, à leur
+fidélité, et de refaire avec le général la Fayette la seconde édition
+de ce voyage de Varennes qui avait manqué avec un homme bien autrement
+résolu, le comte de Bouillé. Or, le Roi, la Reine et Madame Élisabeth
+croyaient peu au génie politique des constitutionnels, moins encore à
+leur énergie dans l'action, et, si l'on en excepte quelques-uns, comme
+le loyal Malouet, auquel ils accordaient une confiance méritée, ils se
+méfiaient de leur fidélité. En outre, le souvenir du funeste dénoûment
+du voyage de Varennes planait comme une ombre néfaste sur l'esprit du
+Roi, et augmentait ses répugnances. Au moins, à l'époque de ce voyage,
+Louis XVI acceptait les chances périlleuses de la fuite pour aller
+régner; en juin ou en juillet 1792, il ne les eût acceptées que pour
+aller abdiquer[2] son pouvoir entre les mains des constitutionnels,
+parti en général honnête, mais peu pratique, qui ne lui présentait ni
+un homme de gouvernement ni un homme d'action.
+
+[Note 1: «M. la Fayette, qui jugeoit plus sainement alors l'état des
+choses qu'au commencement de la révolution, dit Malouet, étoit de
+bonne foi dans son désir de se consacrer au salut du Roi et de la
+Constitution, après avoir contribué à mettre l'un et l'autre fort en
+péril. Il étoit sûr de son armée et de celle de son collègue Luckner,
+si le Roi consentoit à se mettre à leur tête. Il étoit venu au mois de
+mai à Paris pour lui en faire la proposition, et comme il savoit que
+Sa Majesté avoit confiance en moi, il me fit demander un rendez-vous
+chez madame la princesse d'Hénin, où étoient madame de Poix et madame
+de Simiane.» (_Mémoires de Malouet_, publiés par son petit-fils, t.
+II, p. 143.)]
+
+[Note 2: «Il étoit bien entendu, dit Malouet, que l'adhésion du Roi à
+l'acte constitutionnel et à ceux qui le défendoient seroit franche et
+entière.» Plus loin il ajoute: «Quels que furent les voeux, les
+espérances de la famille royale, rien ne peut justifier l'imprudence
+du Roi de s'être isolé sans défense au milieu de ses ennemis, de
+n'avoir su ni voulu rallier à lui un parti national.»
+
+Malouet, malgré ses bonnes intentions, retombe ici dans la logomachie
+qui fit tant de mal à cette époque. Où était ce parti national?
+Savait-il ce qu'il voulait, ce qu'il faisait? Avant et après Varennes,
+n'avait-il pas traité le Roi en ennemi?]
+
+Voilà la première raison du refus qu'opposa Louis XVI aux propositions
+du parti constitutionnel et du général la Fayette dans le mois qui
+précéda le 10 août, et si Madame Élisabeth n'eut pas à se prononcer
+directement, il est vraisemblable qu'elle donna à la décision de son
+frère une pleine adhésion[3]. Personne moins que cette princesse
+n'avait de confiance dans les esprits chimériques du parti
+constitutionnel, et ne leur reconnaissait moins la puissance de faire
+remonter à la monarchie la pente au bas de laquelle ils avaient tant
+contribué à la précipiter. Il faut ajouter que la manière dont le
+général la Fayette avait été reçu à Paris, et la précipitation avec
+laquelle il avait été obligé de rejoindre son armée, n'étaient pas de
+nature à donner confiance dans sa force[4].
+
+[Note 3: C'est la conviction de l'honnête Malouet: «Croira-t-on,
+dit-il, que le Roi, qui avoit l'esprit juste; que la Reine, qui ne
+manquoit ni de lumière ni de courage; que Madame Élisabeth, qui en
+avoit beaucoup, se réduisissent volontairement, au milieu des plus
+grands dangers, à une complète inaction?»]
+
+[Note 4: La Reine écrivait le 4 juillet au comte de Mercy: «Vous
+connoissez déjà les événements du 20 juin, notre position devient tous
+les jours plus critique. Il n'y a que violence et rage d'un côté,
+foiblesse et inertie de l'autre. On ne peut compter ni sur la garde
+nationale ni sur l'armée; on ne sait s'il faut rester à Paris ou se
+jeter ailleurs.» La journée du 10 août donna tristement raison à la
+Reine pour la garde nationale; la nécessité où fut le général la
+Fayette de s'enfuir et d'émigrer après le 10 août lui donna tristement
+raison pour l'armée. Malouet dit lui-même: «Dans Paris, où la majorité
+constitutionnelle étoit encore plus nombreuse que dans l'Assemblée, ce
+fut la plus vile populace et les scélérats dont elle suivait
+l'impulsion qui se montrèrent les plus forts, et imprimèrent à tous
+les citoyens la terreur qui les a dominés pendant tout le cours de la
+révolution.» (Arneth, _Marie-Antoinette_, Joseph und Leopold, p.
+265.)]
+
+Le second motif qui empêcha le Roi et la famille royale d'accepter le
+plan des constitutionnels, au succès duquel ils ne croyaient pas,
+c'est qu'ils avaient des espérances ailleurs. Malouet indique quelles
+étaient ces espérances. D'abord, la Reine comptait sur une déclaration
+de tous les rois de l'Europe, provoquée par l'Empereur son frère, qui
+rendrait l'Assemblée et Paris responsables de la vie du Roi et de
+celle de sa famille. «Je ne doute pas, dit-il, que la sécurité et les
+espérances de la Reine et de Madame Élisabeth ne se rattachassent aux
+secours des puissances étrangères que le Roi n'a jamais provoqués
+qu'avec beaucoup de circonspection et en se flattant toujours
+d'écarter une guerre nationale.» Puis il ajoute en faisant ressortir
+les inconvénients de cette combinaison, dont les scrupules
+patriotiques du Roi diminuaient encore les chances de réussite:
+«Cette combinaison étoit aussi inconséquente que toutes les autres.
+Il n'y avoit rien de précis, rien de complet dans son plan; les
+pouvoirs secrets donnés au baron de Breteuil étoient éventuels, plus
+vagues qu'illimités; ils n'appeloient point les armées étrangères ni
+les corps d'émigrés rassemblés au dehors; ils tendoient à une
+médiation des alliés de la France.»
+
+Ces observations de Malouet sont justes, excepté dans leur application
+à Madame Élisabeth, qui ne compta jamais sur les secours du dehors;
+mais elles prouvent seulement combien la position du Roi et de sa
+famille était difficile. Quoi qu'il fît, il y avait de graves
+inconvénients à ce qu'il ferait, et la pluralité des moyens entre
+lesquels on hésitait était un inconvénient de plus, parce qu'elle
+divisait les forces et l'attention, et une preuve qu'il n'y avait pas
+de solution qui s'imposât, puisqu'on était ballotté d'expédient en
+expédient. Il y avait en effet, outre la combinaison constitutionnelle
+et la combinaison européenne, une troisième combinaison contre
+laquelle Malouet s'élève avec beaucoup de force: «Je dois le dire en
+le déplorant, s'écrie-t-il, une foule d'intrigants ou de gens
+officieux entouroient la famille royale; leur zèle aveugle, indiscret,
+sans moyens, créoit des espérances de contre-révolution, entretenoit
+au nom du Roi des rapports dangereux avec les plus furieux Jacobins,
+avec divers membres de l'Assemblée. Guadet, Vergniaud, Pétion,
+Santerre, étoient admis à cette correspondance. Nous ne fûmes
+instruits qu'au dernier moment de cette misérable intrigue, et nous
+sûmes par le Roi lui-même, quelques jours avant le 10 août, que Pétion
+et Santerre avoient promis d'empêcher l'insurrection moyennant sept
+cent cinquante mille livres, qui servirent à la payer.»
+
+Ces dernières et curieuses révélations achèvent de caractériser la
+position du Roi et de la famille royale au moment du 10 août, et font
+comprendre les hésitations prolongées de Louis XVI. Les empiriques
+accouraient; chacun avait sa panacée, comme il arrive pour les malades
+désespérés. Malheureusement, et c'est ce que Malouet n'a pu voir, n'a
+pas vu, les constitutionnels, qui n'avaient plus la majorité dans
+l'Assemblée et qui parlaient de faire sortir le Roi de Paris malgré
+elle et de l'entourer de l'armée, dont ils étaient peu sûrs, comme
+l'événement le prouva après le 10 août, n'étaient pas moins empiriques
+que les autres, et leurs moyens n'étaient pas moins aventureux. Une
+circonstance fortifia la répugnance presque insurmontable du Roi à
+quitter Paris. Les chefs du parti extrême, y compris le _vertueux_
+Pétion (Louis XVI l'avait éprouvé), n'étaient pas incorruptibles.
+Sachant que leurs âmes étaient vénales, il crut moins à leur
+fanatisme, et méprisa plus ces conducteurs de la populace qu'il ne les
+craignit[5]. Louis XVI ne calcula pas assez que ces despotes de la rue
+deviennent eux-mêmes les esclaves des passions qu'ils ont surexcitées:
+ils ne conduisent pas, ils marchent devant, parce qu'ils sont poussés.
+
+[Note 5: «Le Roi, dit Malouet, n'avoit pas contre les constitutionnels
+une aversion aussi prononcée que la Reine et Madame Élisabeth; mais il
+ne s'y fioit pas, et croyoit pouvoir éviter de s'en rapprocher. Le
+parti jacobin leur inspiroit plus de mépris que de crainte..... Ils
+supposoient les révolutionnaires plus corrompus que fanatiques. (Tome
+II, page 157.)]
+
+Ce fut ainsi qu'on traversa sans parti pris, parce qu'on en avait
+plusieurs à prendre, les suprêmes journées que la monarchie eut à
+parcourir avant d'aller se briser contre l'écueil qui devenait de plus
+en plus visible pour les yeux clairvoyants. De temps en temps et de
+distance en distance, la voix des vigies s'élevait pour avertir que le
+péril grandissait et qu'on approchait du moment fatal. Ce fut ainsi
+que madame de Staël prit une honorable initiative dont la postérité
+doit tenir compte à sa mémoire. «En 1792, dit Malouet, qui la
+connaissait et l'aimait depuis son enfance, elle en étoit, comme bien
+d'autres, aux regrets et au désir de réparer les torts qui pouvoient
+être reprochés à elle-même ou aux siens. Elle m'écrivit dans les
+premiers jours de juillet pour me prier de passer chez elle; je m'y
+rendis. Je la trouvai fort agitée des scènes horribles qui s'étoient
+passées et de celles qui se préparoient, car nous étions tous
+instruits du projet arrêté pour une insurrection générale contre la
+cour dans le commencement d'août. Après quelques réflexions
+douloureuses sur cet état de choses, madame de Staël me dit avec la
+chaleur qui lui est propre: «Le Roi et la Reine sont perdus, si l'on
+ne vient promptement à leur secours, et je m'offre pour les sauver;
+oui, moi qu'ils considèrent comme une ennemie, je risquerois ma vie
+pour leur salut, et je suis à peu près sûre d'y parvenir sans leur
+faire courir aucun risque ni à moi-même. Écoutez-moi; ils ont
+confiance en vous. Voici mon projet, qui peut s'exécuter dans trois
+semaines en commençant dans deux jours les préliminaires: il y a une
+terre à vendre près de Dieppe[6]; je l'achèterai; je mènerai à chaque
+voyage un homme sûr à moi, ayant à peu près la taille et la figure du
+Roi, une femme de l'âge et de la tournure de la Reine, et mon fils,
+qui est de l'âge du Dauphin. Vous savez de quelle faveur je jouis
+parmi les patriotes. Quand on m'aura vue voyager avec cette suite deux
+fois, il me sera facile d'amener une troisième fois la famille royale,
+car je puis fort bien voyager avec mes deux femmes, et Madame
+Élisabeth sera la seconde. Voyez si vous voulez vous charger de la
+proposition; il n'y a pas de temps à perdre; rendez-moi ce soir ou
+demain la réponse du Roi.»
+
+[Note 6: La terre de Lamotte, appartenant au duc d'Orléans, qui
+cherchait en effet à la vendre. Le parc s'étendait jusqu'au bord de la
+mer.]
+
+Après avoir raconté sa conversation avec madame de Staël, Malouet
+poursuit ainsi: «Le projet me parut excellent, autant que le sentiment
+qui l'avoit suggéré. J'allai sur-le-champ trouver M. de la Porte,
+intendant de la liste civile. En lui confiant ce que je venois
+d'entendre, je l'engageai à me mener par un escalier dérobé chez le
+Roi. Il s'y rendit seul pour m'annoncer, et j'attendois dans un
+cabinet qu'on vînt m'avertir; mais au bout d'une demi-heure, je le vis
+descendre fort triste. Le Roi et la Reine, craignant que j'insistasse
+sur la proposition de madame de Staël, ne demandaient point à me voir.
+M. de la Porte ne me conseilla point de monter; il me dit que le Roi
+et la Reine n'accepteroient jamais aucun service de madame de Staël;
+qu'ils me chargeoient cependant de lui dire qu'ils étoient
+très-sensibles à ce qu'elle vouloit faire pour eux; qu'ils ne
+l'oublieroient jamais; mais qu'ils avoient des raisons pour ne point
+quitter Paris; qu'ils en avoient aussi de ne pas s'y croire dans un
+danger imminent.
+
+»M. de la Porte me confia alors, sans aucun détail, qu'on étoit en
+négociation avec les principaux Jacobins; que, moyennant de l'argent,
+ils se chargeoient de contenir le faubourg Saint-Antoine.»
+
+Ce sont les objections plus haut exposées qui reviennent.
+Non-seulement le Roi et la Reine croyaient de leur dignité de ne pas
+devenir les obligés des personnes qui les avaient offensés, mais ils
+ne croyaient pas encore leur fortune descendue à un tel degré qu'ils
+n'eussent plus qu'à sauver leur vie en renonçant à cette couronne,
+héritage de leur fils. Fuir sur le bord de la mer, c'était bientôt
+émigrer, c'était abdiquer.
+
+Malouet en convient lui-même, comme on va le voir par la suite de son
+récit: «Je fis sentir à M. de la Porte, continue-t-il, combien il
+étoit fou, coupable même de compter sur de telles ressources; que les
+choses en étoient au point qu'il falloit s'assurer de moyens positifs
+de résistance et de salut; que la prépondérance des Jacobins à Paris,
+leurs projets, leur audace et la férocité de la populace
+révolutionnaire menaçoient évidemment la vie du Roi et de la famille
+royale; qu'il n'y avoit aucun moyen de leur échapper si on ne les
+prévenoit avant l'arrivée des Marseillais, que nous savions être
+mandés par le comité de la Commune. Je lui dis qu'au défaut du projet
+de madame de Staël, M. de Montmorin s'étoit assuré de M. de Liancourt,
+qui commandoit à Rouen et qui avoit quatre régiments à ses ordres;
+qu'il seroit facile de les porter à Pontoise, où les gardes suisses
+pouvoient conduire Leurs Majestés. Je n'eus pas de peine à convaincre
+l'honnête et bon de la Porte; nous convînmes que j'écrirois au Roi,
+dans le plus grand détail, tout ce que je pensois des dangers de sa
+position et des mesures à prendre pour en sortir. Il se chargea de lui
+remettre ma lettre; j'allai la concerter avec M. de Montmorin, et je
+n'y oubliai rien. Nous avions depuis le 21 juin arrangé avec
+l'ordonnateur de la marine du Havre, M. de Mistral, dévoué au Roi,
+l'armement d'un yacht qui auroit reçu la famille royale à Rouen, et
+l'eût portée d'abord au Havre, _et, à la dernière extrémité, en
+Angleterre_. Ma lettre étoit forte, pressante, très-détaillée sur les
+dangers qui menaçoient la famille royale et sur les moyens qui nous
+restoient. Je conjurois le Roi, par toutes les raisons qu'il est
+inutile de rappeler ici, de prendre un parti ferme et prompt, de nous
+laisser le soin de préparer son évasion, ainsi que la liberté d'agir
+auprès des royalistes réunis à Paris et des gardes nationales
+dévouées, telles que les bataillons des Filles Saint-Thomas et des
+Petits-Pères.»
+
+On éprouve une douloureuse curiosité de connaître la réponse du Roi à
+cette proposition. La voici; elle est remarquable, parce qu'elle
+indique en deux mots les deux objections capitales que soulève le plan
+de Malouet:
+
+«Ma lettre, continue celui-ci, fut remise au Roi par M. de la Porte
+après son dîner, dans le cabinet de la Reine, où il étoit avec la
+princesse et Madame Élisabeth. Le Roi la lut sans mot dire, sans la
+communiquer, et il se promenoit à grands pas dans la plus vive
+anxiété. La Reine lui demanda de qui étoit cette lettre. Sa Majesté
+répondit: «Elle est de M. Malouet; je ne vous la communique pas, parce
+qu'elle vous troubleroit. Il nous est dévoué, mais il y a de
+l'exagération dans ses inquiétudes et peu de sûreté dans ses moyens...
+Nous verrons; rien ne m'oblige encore à prendre un parti hasardeux.
+L'affaire de Varennes est une leçon.»
+
+Louis XVI se faisait illusion sur un seul point, c'était quand il
+taxait d'exagération les inquiétudes de Malouet sur la gravité de la
+situation. Quant au reste, il avait raison; c'était un parti bien
+hasardeux: il jouait dans une bataille presque inévitable sa couronne
+d'abord, sa vie et celle de sa famille ensuite, et avec combien peu de
+chances de son côté, combien peu de sûreté dans les moyens! Pour que
+ce plan réussît, il fallait supposer l'invraisemblable, presque
+l'impossible; d'abord que tous ces mouvements, faciles à combiner sur
+le papier, s'exécutassent avec la même facilité dans une ville où tous
+les esprits étaient en éveil, où toutes les passions fermentaient, où
+les comités populaires avaient une police qui surveillait le château,
+trahi par des serviteurs infidèles, où l'on soupçonnait des projets de
+fuite, même quand le Roi ne voulait pas fuir;--ensuite, que la garde
+nationale, qui fut si peu nombreuse au 10 août, quand le Roi avait
+pour lui la légalité, la municipalité, le département, et en apparence
+l'Assemblée, se montrât plus nombreuse, plus hardie, en présence d'une
+convocation illégale, en agissant contre la volonté de l'Assemblée en
+dehors de l'initiative de la municipalité et du département. Il
+fallait enfin que les quatre régiments de M. de Liancourt, travaillés
+par les progrès incessants de l'esprit révolutionnaire, fussent plus
+dévoués, plus solides, plus résolus que ne l'avaient été un an
+auparavant, lors de Varennes, les troupes de M. de Bouillé, qui
+avaient montré tant d'hésitation là où elles s'étaient trouvées en
+contact avec la population, parlons plus exactement, qui étaient
+entrées en défection. Disons tout d'un mot: il fallait que la
+résolution, l'initiative, la force, toutes les chances qui
+appartenaient aux révolutionnaires passassent tout d'un coup aux
+constitutionnels; que ceux-ci fissent tout ce qu'il y avait à faire,
+et que ceux-là n'empêchassent point ce qu'il leur était facile
+d'empêcher. Si le Roi se faisait des illusions sur la gravité de la
+situation, Malouet ne s'en faisait donc pas moins sur les chances de
+réussite de son plan et sur les moyens dont disposait le parti
+constitutionnel.
+
+Mais Louis XVI poussait-il la confiance, à la fin du mois de juillet,
+aussi loin que semble le supposer Malouet? La suite du récit de
+celui-ci, dans lequel Madame Élisabeth va paraître, prouve, ce semble,
+le contraire: «La Reine et Madame Élisabeth n'ayant rien répondu (au
+Roi), dit-il, cet état d'embarras et de silence détermina M. de la
+Porte à se retirer, et on le laissa partir sans lui faire une
+question, sans le charger d'une réponse. Lorsqu'il nous rendit à M. de
+Montmorin et à moi tout ce qui s'était passé, celui-ci s'écria: «Il
+faut en prendre son parti, nous serons tous massacrés, et cela ne sera
+pas long!»
+
+»Quelques heures après cette explication, à deux heures du matin, le
+baron de Gilliers arrive fort effrayé dans ma chambre; il avoit la
+confiance de Madame Élisabeth, qui l'envoya chercher à minuit et lui
+dit: «Nous ignorons, la Reine et moi, ce que M. Malouet a écrit au
+Roi; mais il est si troublé, si agité, que nous désirons avoir
+connoissance de cette lettre. Rendez-vous chez M. Malouet, et priez-le
+de ma part de vous la confier, s'il en a la minute, ou de m'en envoyer
+le contenu.» Je remis la minute de ma lettre à M. de Gilliers, qui la
+porta à Madame Élisabeth. Cette princesse, après l'avoir lue, lui dit:
+«Il a raison, je pense comme lui: je préférerois ce parti-là à tout
+autre; mais nous sommes engagés dans d'autres mesures: Dieu sait ce
+qui arrivera!»
+
+Ainsi, Madame Élisabeth, si hasardeux que fût le parti, si peu sûrs
+que fussent les moyens, aurait préféré cette sortie armée de Paris à
+toutes les autres combinaisons; mais elle se soumettait à la volonté
+de son frère, engagé dans d'autres mesures.
+
+Après avoir lu ces détails, il est impossible de ne pas trouver la
+conclusion de Malouet sévère jusqu'à la dureté, jusqu'à l'injustice:
+
+«Ce n'est pas seulement la foiblesse du Roi et son indécision, dit-il,
+qui l'ont perdu, c'est surtout une disposition malheureuse de son
+caractère qui le portoit à une demi-confiance pour tous ceux de ses
+serviteurs qu'il estimoit, mais jamais à une confiance entière pour
+aucun. Madame Élisabeth, qui avoit plus de fermeté et d'esprit que son
+frère, participoit à ce triste défaut, et, chose encore plus
+singulière, la Reine, qui ne manquoit ni d'esprit ni de décision,
+étoit sur ce point à l'unisson avec le Roi et sa belle-soeur. Chacun
+d'eux avoit ses demi-confidents, ses agents, ses négociateurs, qui ne
+pouvoient se concerter sur rien et devoient se contrarier souvent;
+mais ce qui est tout à fait inconcevable quand on connoît bien tout ce
+qu'il y avoit de raison, d'instruction et de bons sentiments dans ces
+augustes personnes, c'est qu'à aucune époque de la révolution elles
+n'aient demandé ni accepté un plan de conduite, et pas même un plan de
+défense dans le dernier moment du péril.»
+
+Ce que ne comprenait point le parti constitutionnel, alors encore
+infatué de ses lumières et convaincu, malgré tant de fautes, de son
+infaillibilité, la postérité le comprendra peut-être. L'esprit du Roi,
+de la Reine et de Madame Élisabeth était perplexe, parce que la
+situation était profondément complexe. Dans cette situation funeste
+et inextricable, où l'on respirait la démence avec l'air, il n'y avait
+pas de plan raisonnable; tous ceux qu'on présentait étaient
+déraisonnables par quelque endroit, celui des constitutionnels comme
+les autres, on l'a vu. Le Roi, la Reine et Madame Élisabeth
+n'accordaient leur confiance entière et complète à personne, parce que
+personne ne la méritait, je ne veux point dire au point de vue du
+coeur (il y avait des coeurs nobles et dévoués à cette époque), mais
+au point de vue de la supériorité transcendante et de la capacité
+politique. Ils hésitaient à l'embranchement de plusieurs chemins qui
+pouvaient les conduire à l'abîme, parce qu'ils ne voyaient pas
+clairement une route de salut, et, au fond, personne ne la voyait
+mieux qu'eux. Quand on leur disait: «Le salut est là», ils
+regardaient; mais ils ne marchaient pas, parce qu'ils n'apercevaient
+pas le salut au bout de la voie où l'on voulait les entraîner. Ils
+prêtaient l'oreille à tous les expédients, parce que personne ne leur
+apportait la solution du problème. Au fond, les fautes de tous les
+partis, les passions et les préventions contraires avaient créé une
+situation insoluble; et quand Malouet vient dire que, «dans la
+position où étoit Louis XVI, il devoit sans doute se confier avant
+tout à l'armée nationale, se mettre à la tête des François qui
+vouloient le défendre et qui pouvoient anéantir une faction
+criminelle», il prouve une fois de plus que les constitutionnels
+prenaient les phrases pour des faits. Où était, en août 1792, l'armée
+nationale à la tête de laquelle le Roi pouvait se mettre? les
+Français, je parle des Français réunis, organisés, qui voulaient le
+défendre et qui étaient capables d'anéantir la faction des Jacobins?
+La journée du 10 août a répondu, la journée du 10 août qui ne fut pas,
+comme Malouet semble le croire, le résultat des tergiversations, des
+hésitations de la famille royale, mais la suite fatale d'une
+progression révolutionnaire dont le premier terme s'appelle les 5 et
+6 octobre, le second le 20 juin, le troisième le 10 août, qui mènera
+au 21 janvier. N'importe, on aime à savoir qu'il y avait à l'approche
+de cette terrible épreuve des coeurs généreux qui s'inquiétaient du
+sort réservé à la famille royale; qui, voyant venir la marée
+révolutionnaire destinée à l'emporter, s'agitaient pour trouver des
+digues, et qui briguaient la permission d'opposer leur poitrine au
+péril. Malouet, et ce sera l'honneur de sa vie, fut un de ces hommes.
+Il a raconté comment, jusqu'au dernier moment, dans la petite réunion
+qui avait lieu chez M. de Montmorin, on s'occupa de plans pour sauver
+la famille royale. «M. de Lally, dit-il, se trouvoit fréquemment de
+nos réunions chez M. de Montmorin, avec MM. de Malesherbes,
+Clermont-Tonnerre, Bertrand, la Tour-du-Pin et Gouverneur-Morris,
+envoyé des États-Unis, pour qui le Roi avait du goût, et qui donnait à
+Sa Majesté, mais aussi inutilement que nous, les conseils les plus
+vigoureux. C'est le 7 août que, pour la dernière fois, nous dînâmes
+ensemble. Au moment de nous séparer, nous nous fîmes tous un dernier
+adieu. Notre conférence avait pour objet de tenter un nouvel effort
+pour faire enlever par les Suisses la famille royale et la conduire à
+Pontoise. Avertis fort en détail de tous les préparatifs du 10 août,
+nous étions assemblés dès le matin chez M. de Montmorin. Il avoit
+écrit au Roi pour lui en faire part, et lui dire qu'il n'y avoit plus
+à reculer; que nous nous trouverions le lendemain avant le jour, au
+nombre de soixante-dix, aux grandes écuries, où l'ordre devoit être
+donné de nous livrer des chevaux de selle; que la garde nationale des
+Tuileries, commandée par Aclocque, aideroit à notre expédition; que
+quatre des compagnies des gardes suisses partiroient à la même heure
+de Courbevoie pour venir à la rencontre du Roi; que nous
+l'escorterions aux Champs-Élysées, où il monteroit en voiture avec sa
+famille. Le porteur de la lettre étant revenu sans réponse, M. de
+Montmorin se rendit sur-le-champ chez le Roi; Madame Élisabeth lui
+apprit que l'insurrection n'auroit point lieu; que Santerre et Pétion
+s'y étoient engagés; qu'ils avoient reçu sept cent cinquante mille
+livres pour l'empêcher et ramener les Marseillais dans le parti de Sa
+Majesté. Le Roi n'en étoit pas moins inquiet, agité, mais décidé à ne
+pas quitter Paris..... Il aimoit mieux s'exposer à tous les dangers
+que de commencer la guerre civile.»
+
+Ce furent les dernières paroles du Roi. Il ne voulait pas commencer la
+guerre civile; il ne voulait point quitter Paris, parce que, il le
+sentait bien: quitter Paris, c'était quitter la France. On a admiré à
+juste titre la trivialité patriotique d'un fougueux révolutionnaire
+répliquant à qui lui conseillait de fuir: «Est-ce qu'on emporte sa
+patrie à la semelle de ses souliers?» Mais si les souliers de Danton
+tenaient à la terre de France, Louis XVI, le descendant de tant de
+rois français, y tenait par toutes les fibres de son coeur. Ainsi, le
+10 août devait s'accomplir; il s'était accompli: Louis XVI et sa
+famille étaient au Temple.
+
+Avant de suivre la famille royale dans son triste séjour, arrêtons un
+moment nos regards sur les triomphateurs du 10 août. Le cynisme
+jacobin, qui devait plus tard envahir l'histoire et faire longtemps
+illusion à la postérité, débordait dans les écrits et dans les
+correspondances de ceux qui avaient pris une part plus ou moins
+directe à cette journée. Elle acquérait dans leur imagination
+échauffée les proportions d'une grande bataille, et les grotesques
+Tyrtées du 10 août chantaient, aux dépens de la vérité et de
+l'orthographe[7], cette victoire que la longanimité de Louis XVI et sa
+résolution inébranlable de ne pas faire couler le sang français
+avaient rendue si facile.
+
+[Note 7: Voir à la fin du volume aux pièces justificatives, nº I.]
+
+La petite tour du Temple, que la révolution assignait pour demeure à
+la famille royale, formait un carré long flanqué de deux tourelles et
+adossé à la grande tour, sans communication intérieure.
+
+La porte d'entrée, précédée de quatre marches extérieures, était
+étroite et basse, donnant sur un palier, au fond duquel s'ouvrait
+l'escalier, taillé en coquille de limaçon. Cette porte, reconnue trop
+frêle, fut raffermie par de fortes traverses et des verrous apportés
+des prisons du Châtelet. A gauche, en entrant, était la loge de deux
+portiers, Risbey et Rocher. Le rez-de-chaussée n'avait que deux
+pièces: une cuisine, dont on ne fit aucun usage, et une grande chambre
+qui servait d'entrepôt aux archives. Le premier se composait d'une
+antichambre et d'une salle à manger communiquant à un cabinet pris
+dans la tourelle, où se trouvait une bibliothèque. Mesdames Thibaud,
+Basire et Navarre couchèrent dans cette salle pendant les sept jours
+qu'elles restèrent dans cette maison d'arrêt.
+
+Au second étage, on entrait dans une antichambre fort sombre, où
+couchait la princesse de Lamballe. A gauche, la Reine occupait avec sa
+fille une chambre dont la fenêtre avait jour sur le jardin; dans cette
+chambre, moins triste que les autres, la famille royale passait
+habituellement presque toute la journée. A droite, dans une même
+chambre, couchaient le jeune prince, madame de Tourzel et madame
+Saint-Brice. On était obligé de traverser cette pièce pour entrer dans
+le cabinet de la tourelle, qui servait de garde-robe à tout ce corps
+de bâtiment, et qui était commun aux municipaux et aux soldats, aussi
+bien qu'à la famille royale.
+
+La distribution du troisième étage était la même que celle du second.
+L'antichambre placée au-dessus de la chambre de madame de Lamballe
+servait de corps de garde. En face, derrière une cloison, se trouvait
+un réduit étroit n'ayant de jour que par un châssis à vitrage adapté
+au toit. Ce fut là que s'établirent Hue et Chamilly. A droite de
+l'antichambre on entrait dans la chambre du Roi, éclairée par deux
+fenêtres dont l'une donnait sur la rotonde du Temple; le lit de Louis
+XVI était placé dans une alcôve à droite en entrant. La petite pièce
+de la tourelle lui servait de cabinet de lecture.
+
+Vis-à-vis de la chambre du Roi, et de l'autre côté de l'antichambre,
+était une ancienne cuisine qui contenait encore les ustensiles
+appropriés à sa première destination, dénoncée en outre par l'affreuse
+malpropreté qui y régnait. On devine que ce fut là le logement de
+Madame Élisabeth, car la plus mauvaise place était toujours la sienne.
+«Cette princesse, qui joignoit, raconte madame de Tourzel, à une vertu
+d'ange une bonté sans pareille, dit sur-le-champ à Pauline qu'elle
+vouloit se charger d'elle, et fit placer dans sa chambre un lit de
+sangle à côté du sien. Nous ne pourrons jamais oublier toutes les
+marques de bonté qu'elle en reçut pendant le temps qu'il nous fut
+permis d'habiter avec elle ce triste séjour.» Madame Élisabeth était
+clairvoyante dans ses affections, et si elle aimait particulièrement
+cette jeune et intéressante personne, c'est qu'elle avait entrevu tout
+ce qu'il y avait de force et de courage dans cette jeune âme.
+
+Afin de donner au lecteur une idée plus précise et plus détaillée de
+ce local, nous mettons sous ses yeux le plan du troisième étage de la
+petite tour, avec la description de son mobilier.
+
+[Illustration: PETITE TOUR.--TROISIÈME ÉTAGE.--_LE ROI_ et _MADAME
+ÉLISABETH_.
+
+ A. Antichambre.
+ B. Chambre et lit de MM. Hue et Chamilly.
+ C. Chambre du Roi.
+ 1. Lit du Roi à deux dossiers, avec ciel de lit de camelot
+ rouge et jaune.
+ 2. Commode en marqueterie, à dessus de marbre blanc.
+ 3. Grand canapé de velours cramoisi.
+ 4. Grande table à manger.
+ 5. Un buffet à quatre ventaux.
+ 6. Un guéridon avec dessus de marbre blanc.
+ Quatre fauteuils de velours d'Utrecht cramoisi.
+ Six chaises de paille.
+ D. Cabinet de lecture du Roi, avec banquettes circulaires
+ de taffetas lilas, en draperie avec franges et glands.
+ E. Cabinet de toilette.
+ 7. Armoire remplie d'estampes.
+ F. Ancienne cuisine, chambre de Madame Élisabeth.
+ 8. Lit de Madame Élisabeth.
+ 9. Lit de mademoiselle Pauline de Tourzel.
+ 10. Table.
+ 11. Un cabriolet de coton rouge, lilas et blanc.
+ Trois chaises.
+ G. Corps de garde.]
+
+Arrivés au Temple dans la soirée du lundi 13 août (et non du 14 comme
+l'ont écrit M. Hue et quelques autres), puis introduits de nuit dans
+la tour, les prisonniers ne purent prendre que le lendemain matin une
+connaissance exacte de la distribution de leur nouvelle demeure. Ils
+apprirent que, d'après les ordres du conseil de la Commune[8], des
+travaux considérables allaient être entrepris pour isoler et
+fortifier leur prison. Dans la journée même, le patriote Palloy,
+accompagné de Sautot, son collègue, et de MM. Poyet et Paris,
+architecte et inspecteur des travaux de la Commune, vint examiner les
+localités. Déjà célèbre pour avoir démoli la Bastille, cette citadelle
+de la tyrannie, ce maçon ambitieux avait brigué la gloire de
+construire la prison du tyran. L'enclos fut livré à ses ouvriers. Les
+bâtiments qui attenaient au massif de la tour, les arbres qui
+l'avoisinaient le plus, disparurent sous la pioche et sous la hache.
+On masqua des fenêtres, on exhaussa les murs d'enceinte, on créa des
+guichets et des corps de garde; des travaux de tout genre entraînèrent
+des dépenses considérables[9].
+
+[Note 8: Séance du 13 août 1792.]
+
+[Note 9: Voir à ce sujet les registres de la Commune et les Archives
+de l'Empire.]
+
+Presque tous les captifs étaient arrivés au Temple dans un dénûment
+absolu. «Tous nos effets, raconte mademoiselle Pauline de Tourzel,
+avoient été pillés dans notre appartement des Tuileries, et je ne
+possédois que la robe que j'avois sur le corps lors de ma sortie du
+château. Madame Élisabeth, à qui l'on venoit d'en envoyer
+quelques-unes, m'en donna une des siennes. Comme elle ne pouvoit aller
+à ma taille, nous nous occupâmes à la découdre pour la refaire. Tous
+les jours, la Reine, Madame et Madame Élisabeth avoient l'extrême
+bonté d'y travailler; mais nous ne pûmes la finir avant de les
+quitter.» Cette privation du nécessaire obligeait les détenus d'avoir
+avec le dehors, tantôt pour un objet, tantôt pour un autre, des
+relations gênées par mille entraves et devenues bientôt suspectes. Les
+personnes honorées du privilége de suivre la famille royale dans le
+malheur furent dénoncées à la Commune, et celle-ci, dans sa séance du
+17 août, ordonna leur enlèvement de la tour. Manuel, touché du chagrin
+que cette mesure causait à la famille royale, essaya vainement de
+faire revenir le conseil général sur son arrêté.
+
+Dans la nuit du 19 au 20 se présentèrent au Temple deux officiers
+municipaux chargés d'emmener _toutes les personnes qui n'étaient pas
+membres de la famille Capet_. «Vers minuit, dit encore mademoiselle
+Pauline, nous entendîmes frapper à la porte de notre chambre. Madame
+Élisabeth se leva sur-le-champ, m'aida même à m'habiller, m'embrassa
+et me conduisit chez la Reine. Nous trouvâmes tout le monde sur
+pied.» La Reine prétendit que madame de Lamballe étant sa parente,
+l'arrêté de la Commune ne pouvait la concerner, mais tous ses efforts
+pour l'empêcher de partir furent inutiles. «Il n'y avoit qu'à obéir
+dans la position où nous étions, dit madame de Tourzel. Je remis entre
+les mains de la Reine ce cher petit Prince, dont on porta le lit dans
+sa chambre sans qu'il se fût réveillé. Je m'abstins de le regarder,
+afin de ne pas ébranler le courage dont nous allions avoir tant
+besoin, pour ne donner aucune prise sur nous, et revenir reprendre,
+s'il étoit possible, une place que nous quittions avec tant de regret.
+La Reine vint sur-le-champ dans la chambre de madame la princesse de
+Lamballe, dont elle se sépara avec une vive douleur. Elle nous
+témoigna, à Pauline et à moi, la sensibilité la plus touchante, et me
+dit tout bas: «Si nous ne sommes pas assez heureux pour vous revoir,
+soignez bien madame de Lamballe. Dans toutes les occasions
+essentielles prenez la parole, et évitez-lui autant que possible
+d'avoir à répondre à des questions captieuses et embarrassantes.»
+Madame étoit tout interdite et bien effrayée de nous voir emmener.
+Madame Élisabeth arriva de son côté, et se joignit à la Reine pour
+nous encourager. Nous embrassâmes pour la dernière fois ces augustes
+princesses, et nous nous arrachâmes, la mort dans l'âme, d'un lieu qui
+nous rendoit si chère la pensée de pouvoir leur être de quelque
+consolation....
+
+»Nous traversâmes les souterrains à la lueur des flambeaux; trois
+fiacres nous attendoient dans la cour. Madame la princesse de
+Lamballe, ma fille Pauline et moi, montâmes dans le premier, les
+femmes de la famille royale dans le second, et MM. de Chamilly et Hue
+dans le troisième. Un municipal étoit dans chaque voiture, qui étoit
+escortée par des gendarmes et entourée de flambeaux. Rien ne
+ressembloit plus à une pompe funèbre que notre translation du Temple
+à l'hôtel de ville.»
+
+Toutes les personnes entraînées ainsi à la barre de la Commune
+espéraient revenir au Temple après leur interrogatoire, les municipaux
+qui les conduisaient semblaient leur en donner l'assurance; mais il
+n'y eut que M. Hue qui, dans la journée du 20 août, fut réintégré à la
+tour. A six heures de l'après-midi, Manuel se présenta; il dit à Louis
+XVI que non-seulement il avait échoué dans ses démarches, mais qu'il
+avait le regret de lui annoncer que madame de Lamballe, madame et
+mademoiselle de Tourzel, Chamilly et les femmes de chambre, avaient
+été conduits à l'hôtel de la Force. Madame Élisabeth se mit aussitôt à
+préparer pour les nouvelles prisonnières de La Force les choses qui
+leur étaient le plus nécessaires; la Reine voulut l'aider, et Manuel
+s'étonna de voir ces deux princesses faire des paquets de linge avec
+une simplicité touchante et un cordial empressement.
+
+Les pénibles nouvelles apportées par le procureur de la Commune
+interdisant tout espoir de revoir au Temple madame de Lamballe et
+mesdames de Tourzel, Madame Élisabeth quitta son logement du troisième
+étage et descendit s'établir dans la chambre déserte du Dauphin. Le
+lit de Marie-Thérèse, qui jusque-là avait passé les nuits près de sa
+mère, fut transporté dans la chambre de sa tante. De ce jour-là la vie
+de la famille royale prit une sorte d'uniformité.
+
+A six heures, Madame Élisabeth se levait; sa nièce ne tardait pas à
+suivre son exemple, et bien qu'elles s'aidassent mutuellement dans le
+soin de leur toilette, Madame Élisabeth apprenait à la jeune fille à se
+passer des mains d'autrui. Dès qu'elles entendaient les pas de M. Hue,
+qui, ayant fait la chambre du Roi, descendait vers huit heures pour
+disposer celle de la Reine, elles ouvraient leur verrou; la Reine, de
+son côté, en faisait autant, et voyait entrer chez elle avec M. Hue les
+commissaires constitués à la garde du Temple par la Commune. Ces
+officiers municipaux passaient la journée dans la chambre même de
+Marie-Antoinette et la nuit dans la pièce précédente, qui séparait cette
+chambre du logement de Madame Élisabeth. A neuf heures, celle-ci suivait
+la Reine et les enfants chez le Roi pour le déjeuner. Après les avoir
+servis, Hue redescendait pour faire les chambres de la Reine et des
+princesses. A dix heures, la famille se réunissait chez la Reine et y
+passait la journée. Louis XVI donnait à son fils des leçons de langue
+française, de langue latine, de géographie et d'histoire;
+Marie-Antoinette s'occupait de l'éducation de sa fille, et Madame
+Élisabeth lui enseignait le calcul et le dessin. Vers une heure, si le
+temps était beau, et quand Santerre était présent, la famille royale,
+accompagnée de quatre officiers municipaux, descendait au jardin;
+pendant la promenade, les enfants jouaient habituellement au palet ou au
+ballon, faible distraction à laquelle assez souvent mettait obstacle
+l'incertitude du temps ou l'absence du chef de la milice nationale. A
+deux heures, on remontait chez le Roi; on dînait; on descendait ensuite
+chez la Reine. C'était le moment de la récréation. Les jeux des enfants
+faisaient luire un rayon de gaieté sur l'horizon de la famille.
+Très-souvent aussi, à cette heure, Madame Élisabeth proposait à son
+frère une partie de piquet ou de tric-trac, afin de l'arracher à ses
+lectures et à son travail, auxquels il était toujours pressé de
+retourner. A sept heures, toute la famille prenait place autour d'une
+table, pour écouter la lecture que faisaient alternativement la Reine et
+Madame Élisabeth d'un livre d'histoire ou de quelque ouvrage choisi pour
+instruire la jeunesse en l'amusant. Il n'était pas rare que des
+rapprochements imprévus avec leur situation vinssent réveiller des
+sentiments pénibles. Ces applications se renouvelèrent souvent à la
+lecture de _Cécilia_ (de mistress d'Arblay). A huit heures, M. Hue
+dressait le souper du Dauphin dans la chambre de Madame Élisabeth; la
+Reine venait y présider, et le reste de la famille suivait. Louis XVI
+lui-même, pour égayer un instant cette dernière heure de la journée, se
+plaisait parfois à proposer des énigmes empruntées à quelques vieux
+_Mercure de France_ qu'il avait trouvés dans la bibliothèque de la tour.
+L'intelligence des enfants surprenait souvent le mot caché, et le sombre
+intérieur s'éclaircissait un instant à leur radieux sourire. Le petit
+Prince faisait ensuite sa prière, et Hue le couchait. La Reine et Madame
+Élisabeth restaient tour à tour auprès de lui. Après avoir servi le
+souper de la famille, Hue portait à manger à celle des deux princesses
+qui était de garde. Louis XVI, en sortant de table, revenait auprès de
+son fils; après quelques moments, il serrait à la dérobée la main de sa
+femme et de sa soeur, leur adressait un muet adieu, recevait les
+caresses de ses enfants, et remontait dans sa chambre. Marie-Antoinette
+et Madame Élisabeth, demeurées ensemble, prenaient pendant quelques
+instants leur ouvrage de tapisserie ou profitaient de l'heure où le Roi
+et les deux enfants reposaient pour réparer les habits de la famille.
+Madame Royale se couchait, et, comme son frère, elle ne tardait pas à
+s'endormir; alors, après un tendre bonsoir, les deux soeurs se
+quittaient pour se reposer. L'un des deux municipaux de service restait
+dans la pièce qui séparait leurs chambres, l'autre avait suivi le Roi.
+Ces commissaires étaient relevés à onze heures du matin, à cinq heures
+du soir et à minuit. Louis attendait pour se coucher que le nouveau
+commissaire fût arrivé, et s'il ne l'avait point encore vu, il priait
+Hue de lui demander son nom; puis la nuit enveloppait le vieux donjon du
+Temple, et le sommeil des prisonniers était souvent aussi paisible que
+leur conscience. Je me trompe: quelquefois, pendant une grande partie de
+la nuit, une femme y veillait en cachette, et à l'insu de tous, excepté
+de Hue, son complice obligé, raccommodait à la lueur d'une bougie le
+seul vêtement que possédaient le Roi et le Dauphin, et que le fidèle
+serviteur lui avait apporté à minuit. Plus d'une fois les commissaires
+de la Commune fouillèrent un vêtement qui sortait à six heures du matin
+de la chambre de Madame Élisabeth.
+
+Cette pénurie n'était pas le seul tourment de la famille royale: des
+vexations et des outrages de tout genre s'y mêlaient. Madame Élisabeth
+ne pouvait voir sans indignation que le Roi et la Reine ne
+descendaient plus au jardin sans être insultés. C'étaient d'abord
+Rocher et Risbey qui, la pipe à la bouche, les regardaient passer au
+guichet entre deux bouffées de fumée.
+
+C'étaient ensuite les gardes du service extérieur, qui, placés au bas
+de la tour, affectaient de se couvrir et de s'asseoir quand ils
+passaient, puis de se lever et de se découvrir quand ils étaient
+passés. La multitude d'ouvriers employés dans l'enceinte du Temple à
+la démolition des maisons et aux constructions des nouveaux murs ne
+permettait de donner pour promenade aux prisonniers qu'une partie de
+l'allée des marronniers. Le petit Prince y trouvait un peu d'exercice;
+mais le prix auquel ce précieux avantage était acheté pour lui par ses
+parents remplissait de larmes le coeur de Madame Élisabeth.
+
+Louis XVI, malgré ses demandes réitérées, n'avait pu obtenir la
+lecture des journaux. Un moyen fut tenté pour suppléer à leur absence.
+Le soir, des colporteurs venaient crier aux abords du Temple le
+sommaire des articles intéressants que contenaient les gazettes qu'ils
+vendaient. Au premier cri qu'il entendait, M. Hue montait dans la
+tourelle; là, se hissant à la hauteur d'une fenêtre aux deux tiers
+bouchée, il s'y cramponnait jusqu'à ce qu'il eût saisi le sens des
+principales nouvelles. Il descendait alors dans l'antichambre de la
+Reine; Madame Élisabeth au même instant passait dans sa chambre; Hue
+l'y suivait sous un prétexte quelconque et lui communiquait ce qu'il
+venait d'apprendre. Rentrée dans la chambre de Marie-Antoinette,
+Madame Élisabeth se plaçait au balcon de la seule fenêtre du Temple
+qui n'avait pas été condamnée dans la majeure partie de son ouverture;
+le Roi, sans que les commissaires en prissent ombrage, allait à cette
+fenêtre comme pour respirer; sa soeur lui transmettait ce que son
+valet de chambre lui avait dit, et c'est ainsi que l'héritier de Louis
+XIV, à force de combinaisons et de subterfuges, parvenait à connaître
+une parcelle des événements qui agitaient son empire. C'est par cette
+voie qu'il fut instruit de la mort de M. de Laporte, intendant de la
+liste civile[10], et de celle de M. Durosoi, rédacteur de _la Gazette
+de Paris_[11]. Disons aussi que parmi ces colporteurs de tristes
+nouvelles se glissaient parfois des crieurs affidés envoyés par
+quelques amis ignorés. Louis XVI entendit un jour chanter dans la rue
+cet air fort connu alors: «Henri, bon Henri, ton fils est prisonnier
+dans Paris»; et Madame Élisabeth ne put imputer qu'à une amitié du
+dehors l'air du _Pauvre Jacques_ que des joueurs de vielle firent plus
+d'une fois arriver à son oreille. Ce chant mélancolique, reflet d'un
+affectueux souvenir, faisait battre son coeur; mais les sons
+s'éteignaient bientôt et s'évanouissaient plus fugitifs que l'émotion
+qu'ils avaient fait naître.
+
+[Note 10: On avait pendu Favras sur la place de Grève, on y avait
+amené les restes palpitants de Flesselles et de de Launay: mais la
+révolution ne voulut pas que le palais du peuple fût souillé du sang
+de ses ennemis. Elle reporta ce spectacle devant le palais des rois.
+Le 24 août, M. de Laporte fut décapité sur la grande place du
+Carrousel, vis-à-vis du château des Tuileries. Il était âgé de
+quarante-neuf ans. C'était lui qui, le 22 juin 1791, avait remis à
+l'Assemblée nationale la déclaration que Louis XVI avait écrite avant
+de partir pour Varennes. Il avait entendu sa condamnation sans
+trouble; il monta sur l'échafaud avec dignité. Là, se tournant vers le
+peuple, il dit avec douceur: «Citoyens, soyez sûrs que je meurs
+innocent; car je ne puis regarder comme un crime ma fidélité à mon
+Roi: puisse mon sang, que vous désirez, vous donner plus de bonheur et
+rendre la paix à ma patrie!»]
+
+[Note 11: Marchant à la mort le 25 août, fête de saint Louis, Durosoi
+s'écria: «Il est beau pour un royaliste comme moi de mourir le jour de
+saint Louis.»]
+
+Le Roi voyant avec regret que le service à la Tour roulait entièrement
+sur M. Hue, et craignant que ses forces cessassent de répondre à son
+dévouement, fit demander au conseil de la Commune d'envoyer au Temple
+un homme propre aux ouvrages de peine. La Commune nomma pour ce
+service un ancien commis aux barrières appelé Tison, homme d'un
+naturel méfiant et dur, imbu, comme la plupart des gens de sa classe,
+de préventions contre la famille royale. Cet homme vint donc habiter
+le Temple avec sa femme, qui paraissait d'un caractère doux et
+compatissant. Il n'était point facile de se tromper longtemps sur la
+nature des services demandés à leur zèle: Madame Élisabeth s'aperçut
+bientôt que c'étaient moins des domestiques que des espions qu'on
+avait introduits dans la tour. Cependant M. Hue s'arrangea de leur
+concours, et n'eut qu'à se louer de leur zèle pendant le peu de temps
+qu'il demeura encore au Temple.
+
+Quelques jours après leur installation, Cléry, valet de chambre
+attaché au Dauphin depuis son enfance, demanda au maire de Paris à
+continuer son service auprès de ce jeune Prince. Pétion accéda à ce
+voeu, et le 26 août, un officier municipal amena Cléry au Temple.
+«Vous servirez mon fils, lui dit la Reine, et vous vous concerterez
+avec M. Hue pour ce qui nous regarde.»
+
+Le nouveau serviteur se conforma à ce programme. Pendant tout le temps
+que M. Hue demeura au Temple, Cléry, presque uniquement occupé du
+Prince royal, n'eut d'autre service auprès du Roi que le soin de le
+coiffer le matin et de rouler ses cheveux le soir. Hue demeura seul
+chargé de pourvoir aux choses nécessaires à la famille royale.
+Confident et ministre des prisonniers, c'est lui qui avait à chaque
+instant à discuter leurs intérêts avec les mandataires de la Commune.
+A combien d'ennuis, de tracasseries, d'insultes, de persécutions
+mesquines l'exposait cette mission difficile! Comme les municipaux
+élevaient souvent la voix, Madame Élisabeth se trouva plus d'une fois
+témoin des avanies que ce généreux serviteur supportait sans se
+plaindre. Plus d'une fois elle guetta l'occasion de le remercier de sa
+résignation. Le Roi, de son côté, ne lui refusait pas cet
+encouragement: «Vous avez eu beaucoup à souffrir aujourd'hui, lui
+dit-il un soir en se couchant[12]; eh bien, pour l'amour de moi,
+continuez de supporter tout, ne répliquez rien.»
+
+[Note 12: Seul moment où il pouvait laisser tomber une parole sans
+qu'elle fût ramassée par le municipal de service.]
+
+Madame Élisabeth subissait la même contrainte. Obsédée par les
+geôliers municipaux, elle ne pouvait qu'à la dérobée exprimer un désir
+à M. Hue ou lui parler de ses peines. Un jour que, à l'heure de son
+service, ce brave homme était entré chez elle, il la trouva en prière;
+son premier mouvement fut de se retirer. «Restez, lui dit-elle, vaquez
+à vos occupations; je n'en serai pas dérangée.»
+
+Voici quelle était la prière de cette femme angélique. M. Hue obtint
+la permission de la copier et nous l'a conservée:
+
+«Que m'arrivera-t-il aujourd'hui, ô mon Dieu! je l'ignore. Tout ce que
+je sais, c'est qu'il n'arrivera rien que vous n'ayez prévu de toute
+éternité. Cela me suffit, ô mon Dieu! pour être tranquille. J'adore
+vos desseins éternels, je m'y soumets de tout mon coeur; je veux tout,
+j'accepte tout, je vous fais un sacrifice de tout; j'unis ce sacrifice
+à celui de votre cher Fils, mon Sauveur, vous demandant par son sacré
+Coeur et par ses mérites infinis la patience dans nos maux et la
+parfaite soumission qui vous est due pour tout ce que vous voudrez et
+permettrez.»
+
+Sa prière achevée: «C'est moins pour le Roi malheureux, dit-elle à M.
+Hue, que pour son peuple égaré, que j'adresse au ciel des prières.
+Daigne le Seigneur se laisser fléchir et jeter sur la France un regard
+de miséricorde!...»
+
+Puis, voyant l'impression que faisaient ses actes et ses paroles:
+«Allons, du courage, ajouta-t-elle, Dieu ne nous envoie jamais plus de
+peines que nous n'en pouvons supporter.»
+
+Il mesura celles de Madame Élisabeth à son courage: c'est pour cela
+qu'il les fit si grandes. Ce courage venu d'en haut imprimait à son
+visage une sérénité telle que ceux qui l'observaient se trompaient
+quelquefois sur l'état réel de son âme. En la voyant si calme et si
+tranquille au milieu de tant de sujets de regret et de douleur, bien
+des gens se disaient: «Sans doute elle connoît les efforts que
+l'Europe absolutiste va tenter pour délivrer son frère; sans doute la
+correspondance des ci-devant princes l'entretient dans cet espoir, et
+elle est persuadée que l'heure de la délivrance approche.» Madame
+Élisabeth n'était persuadée que d'une chose, c'est que Dieu est grand,
+miséricordieux et juste; et bien insensés étaient ceux-là qui
+prenaient sa résignation à tout souffrir pour l'espoir de voir finir
+ses souffrances[13].
+
+[Note 13: La vertu de Madame Élisabeth a produit la même impression
+sur tous ceux qui l'ont connue. Madame Elliot, cette Anglaise qui
+régna tour à tour à la cour du prince de Galles et à celle du duc
+d'Orléans, en parle comme Joseph de Maistre. Lorsqu'il s'agit de
+défendre la Reine contre les calomnies auxquelles cette grande et
+infortunée princesse était en butte, la première pensée qui lui vient
+à l'esprit est celle-ci: «Marie-Antoinette fut l'amie de Madame
+Élisabeth.»--«Que ses ennemis réfléchissent un moment aux personnes
+qui formoient la société la plus intime de la Reine, s'écrie-t-elle.
+C'étoit Madame Élisabeth, soeur du Roi, qui étoit un ange aussi pur
+que la neige. L'attachement de Madame Élisabeth pour la Reine dura
+jusqu'à ses derniers moments, ce qui est une preuve surabondante de
+l'innocence de Marie-Antoinette.» (_Mémoires de madame Elliot sur la
+révolution française_, p. 36.)]
+
+La plupart des couvents d'hommes avaient été fermés à la fin de 1790.
+Quelques communautés de religieuses étaient restées debout à cause de
+certaines réserves contenues dans les décrets qui prescrivaient
+l'abolition générale de ces sortes d'établissements; mais dénoncées
+incessamment à l'Assemblée nationale, ces rares maisons exceptées de
+la proscription étaient représentées comme d'absurdes reliques de
+l'ancien régime, comme des antres de conspirations d'où partaient des
+excitations à la révolte contre le régime nouveau. Enfin, le 7 août
+1792, un décret prescrivit l'évacuation et la vente des édifices
+occupés par les religieuses, à la seule exception des hospices ouverts
+aux pauvres et aux malades. La maison de Saint-Cyr paraissait atteinte
+par ce décret, mais les Dames de Saint-Louis ne bougèrent pas; elles
+refusèrent leur porte aux officiers municipaux, préférant au regret
+humiliant de se rendre le dangereux honneur d'attendre qu'on les
+brisât. «Nous ne comptons nous ébranler, disait madame de Crécy, que
+lorsque nous aurons reçu l'ordre officiel.» Quelques familles
+s'alarmèrent. Mademoiselle de Puisaye fut retirée par ses parents.
+Napoléon de Buonaparte, lieutenant-colonel du 1er bataillon des
+volontaires de Corse, ayant été dénoncé pour avoir réprimé une émeute
+à Ajaccio, était venu à Paris pour se justifier près du ministre de la
+guerre. Injustement éconduit, et ayant reçu l'ordre d'aller reprendre
+son poste en Corse, il se rendit à Saint-Cyr le 1er septembre 1792,
+pour voir avant son départ sa soeur Marie-Anne, jeune personne de
+quinze ans[14], entrée dans la maison de Saint-Louis le 22 juin
+1784[15]. Le jeune officier avait laissé Paris en proie à l'anarchie,
+et, à la veille des massacres des prisons, il avait, sur la route de
+Paris et dans les rues de Versailles, rencontré des détachements de
+volontaires qui partaient pour la frontière en criant _Vive la
+nation!_ Plusieurs fois il avait été arrêté et obligé, malgré ses
+épaulettes, d'exhiber ses papiers et sa carte de civisme. A Saint-Cyr,
+il trouve les mêmes agitations; les cris de désordre qu'il entend dans
+le village, les symptômes de colère et de haine qu'il remarque aux
+portes mêmes de la maison de Saint-Louis, si tranquille encore lors de
+ses deux dernières visites, l'une avant le 20 juin et l'autre au
+commencement d'août, le déterminent à prévenir des éventualités
+redoutables, et à profiter de son retour au foyer paternel pour
+emmener sa soeur avec lui. Madame de Crécy combat son projet.--«Et
+quand bien même, ajoute-t-elle, je serois disposée à le seconder,
+pourrois-je faire que la communauté ne fût point prisonnière? Votre
+soeur ne peut sortir d'ici sans l'avis de la municipalité et sans
+l'ordre du directoire du district.» Napoléon Buonaparte rédige
+aussitôt dans le parloir de madame de Crécy sa pétition au directoire
+du district[16], et court chez Aubrun, épicier par état, maire de la
+Commune par intérêt, car cette dignité populaire et la belle écharpe
+aux trois couleurs qui en était les insignes, avaient donné un relief
+éclatant à son échoppe, située dans la rue basse du village, en face
+de la porte du cimetière de Saint-Louis[17]. Aubrun n'écouta pas
+d'abord sans quelque défiance ce jeune homme qui réclamait une jeune
+fille de quinze ans pour la conduire en Corse; mais ayant causé
+quelques instants avec lui sur les affaires publiques, il ne tarda
+point à subir l'autorité d'une parole nette, brève, ferme et
+accentuée. Quittant bientôt sa boutique, il alla avec son solliciteur,
+accompagné de son secrétaire-greffier, dans la maison de Saint-Louis
+pour constater la présence de mademoiselle de Buonaparte. Puis il fit
+et délivra au jeune lieutenant-colonel un acte appuyant sa demande et
+déclarant nécessaire d'y faire droit[18]. Muni de ces pièces,
+Napoléon, prompt comme l'éclair, retourne à Versailles, s'adresse au
+directoire du district, puis à celui du département, obtient
+l'autorisation qu'il réclame, repart pour Saint-Cyr avec une mauvaise
+voiture de louage, et se présente de nouveau à la maison de
+Saint-Louis. Ce frère dévoué, qui ce jour-là, au milieu des ruines de
+la monarchie, n'était occupé que du salut de sa soeur, ne se doute
+guère que, huit ans après, un décret signé de lui fondera dans cette
+royale demeure de Saint-Cyr le Prytanée français, et que, le 28 juin
+1805, il reviendra lui-même visiter ces lieux au bruit des cris
+enthousiastes de _Vive l'Empereur!_
+
+[Note 14: Elle était née à Ajaccio le 3 janvier 1777. Plus connue sous
+le nom d'Élisa, grande-duchesse, ayant le gouvernement des
+départements de la Toscane, elle épousa, le 5 mai 1797, Félix
+Baciocchi, gentilhomme corse, capitaine d'infanterie, nommé en 1805
+prince de Lucques et de Piombino.]
+
+[Note 15: Son admission avait été accordée dix-sept mois plus tôt:
+
+_Brevet de place à Saint-Cyr pour Mademoiselle de Buonaparte._
+
+«Aujourd'hui 24 novembre 1782, le Roi étant à Versailles, bien informé
+que la demoiselle Marie-Anne de Buonaparte a la naissance, l'âge et
+les qualités requises pour être admise au nombre des Demoiselles qui
+doivent être reçues dans la maison royale de Saint-Louis établie à
+Saint-Cyr, ainsi qu'il est apparu par titres, actes, certificats et
+autres preuves, conformément aux lettres patentes des mois de juin
+1686 et mars 1694, Sa Majesté lui a accordé une des deux cent
+cinquante places de ladite maison, enjoignant à la supérieure de la
+recevoir sans délai, de lui donner des instructions convenables et de
+la faire jouir des mêmes avantages dont jouissent les autres
+Demoiselles, en vertu du présent brevet, que Sa Majesté a, pour
+assurance de sa volonté, signé de sa main, et fait contre-signer par
+moi, ministre et secrétaire d'État et de ses commandements et
+finances.
+
+ »LOUIS.
+ »Le baron DE BRETEUIL.»
+
+Archives de la préfecture de Versailles.]
+
+[Note 16:
+
+ _A Messieurs les administrateurs de Versailles._
+
+«MESSIEURS,
+
+»Buonaparte, frère et tuteur de la Demoiselle Marianne Buonaparte, a
+l'honneur de vous exposer que la loi du 7 août, et particulièrement
+l'article additionnel décrété le 16 du même mois, supprimant la maison
+de Saint-Louis, il vient réclamer l'exécution de la loi, et ramener
+dans sa famille ladite Demoiselle sa soeur. Des affaires
+très-pressantes et de service public l'obligeant à partir de Paris
+sans délai, il vous prie de vouloir bien ordonner qu'elle jouisse du
+bénéfice de la loi du 16, et que le trésorier du district soit
+autorisé à lui escompter les vingt sols par lieue jusqu'à la
+municipalité d'Ajaccio, en Corse, lieu du domicile de ladite
+Demoiselle, et où elle doit se rendre auprès de sa mère.
+
+»Avec respect,
+
+ »BUONAPARTE.
+ »Le 1er septembre 1792.»
+
+»J'ai l'honneur de faire observer à messieurs les administrateurs que
+n'ayant jamais connu d'autre père que mon frère, si ses affaires
+l'obligeoient à partir sans qu'il ne m'amène avec lui, je me
+trouverois dans une impossibilité absolue d'évacuer la maison de
+Saint-Cyr.
+
+»Avec respect,
+
+ »Marianne BUONAPARTE.»]
+
+[Note 17: C'était un paysan sans instruction, mais d'un sens
+très-juste; il a administré pendant trente-huit ans sa commune. Il est
+mort en 1828.]
+
+[Note 18: «Nous, maire et officiers municipaux de Saint-Cyr, district
+de Versailles, département de Seine-et-Oise, nous étant transportés en
+la maison de Saint-Louis établie en ce lieu, et nous étant fait
+représenter les brevets et autres titres, nous avons reconnu que la
+Demoiselle Marie-Anne Buonaparte, née le 3 janvier 1777, est entrée le
+22 juin 1784 comme élève de ladite maison de Saint-Louis, où elle est
+encore dans la même qualité. Elle nous auroit témoigné le désir
+qu'elle auroit de profiter de l'occasion du retour de son frère et
+tuteur pour rentrer dans sa famille.--Vu les différentes choses que
+nous venons d'énoncer et l'embarras où se trouveroit ladite Demoiselle
+de faire un voyage aussi long, seule, et dès lors de l'impossibilité
+absolue où elle seroit d'évacuer la maison de Saint-Louis pour le 1er
+octobre, en conformité de la loi du 7 août dernier, nous n'empêchons,
+et croyons même qu'il est nécessaire de faire droit à la demande
+desdits sieur et demoiselle Buonaparte.
+
+»Fait et délivré à Saint-Cyr, au greffe municipal, cejourd'hui, 1er
+septembre 1792, le quatrième de la Liberté et le premier de l'Égalité.
+
+ »AUBRUN, maire; HOUDIN, secrétaire greffier.»]
+
+Un grand crime allait accroître les souffrances de la famille royale.
+Le 2 septembre, il y avait une vive fermentation autour du Temple;
+cependant le trouble du dehors n'avait point pénétré au dedans; et,
+comme c'était le dimanche et qu'il faisait beau temps, la famille
+royale était descendue après dîner au jardin. Les commissaires
+paraissaient soucieux et parlaient entre eux à voix basse: tout à coup
+on entend battre la générale; les municipaux font rentrer les
+prisonniers. Un instant après M. Hue est arrêté et emmené dans une
+voiture de place à l'hôtel de ville par un des commissaires (nommé
+Mathieu) et deux gendarmes. Louis XVI se demandait en vain ce qu'on
+pouvait reprocher à son fidèle serviteur; il ne trouvait que cette
+réponse: «Il m'était attaché, et c'est un grand crime.» Le lendemain
+matin, en s'habillant, il dit à Cléry, resté seul à son tour pour le
+service de toute la famille: «Savez-vous quelque chose des mouvements
+de Paris, et, avant tout, avez-vous des nouvelles de M. Hue[19]?--J'ai
+pendant la nuit, répondit Cléry, entendu dire vaguement à un municipal
+que le peuple se portait aux prisons; je ne sais rien de plus. Je vais
+chercher à me procurer des renseignements.--Prenez garde de vous
+compromettre, reprit le Roi, car alors nous resterions seuls.» Vers
+onze heures, Manuel vint au Temple, informa Louis que la vie de M. Hue
+n'était pas en péril, mais que le conseil général avait décidé qu'il
+ne rentrerait plus à la Tour, et qu'on y enverrait une autre personne
+à sa place. «Je vous remercie, répondit le Prince, je me servirai du
+valet de chambre de mon fils, et, si le conseil s'y refuse, je me
+servirai moi-même; j'y suis résolu.»
+
+[Note 19: Voici ce qu'était devenu M. Hue:
+
+Entré dans la salle de la Commune, on le plaça auprès du président. A
+quelques pas était Santerre. Ce commandant de la milice parisienne
+écoutait, d'un air grave et capable, les plans que des gens à moitié
+ivres développaient devant lui pour arrêter les armées étrangères: les
+uns, d'un air rusé, expliquaient les roueries différentes de leurs
+opérations stratégiques; les autres prenaient la ligne droite, et,
+tout franchement, proposaient de se lever en masse pour marcher à
+l'ennemi. Au parquet, place ordinaire du procureur de la Commune,
+s'agitait Billaud-Varenne, l'un des substituts, et près de lui
+Robespierre, criant, donnant des ordres et paraissant très-animé.
+
+Dans cette salle et dans les pièces voisines, le tumulte était
+extrême. Au milieu de ce désordre, le président interroge l'accusé.
+Avant que celui-ci puisse répondre, on crie de toutes parts: _A
+l'Abbaye! à la Force!_ Dans ce moment on y massacrait les prisonniers.
+
+Le calme se rétablit, l'interrogatoire commence. Des faits, la plupart
+imaginaires, sont reprochés. «Tu as, dit l'un des municipaux, fait
+entrer dans la tour du Temple une malle renfermant des rubans
+tricolores et divers déguisements; c'était pour faire évader la
+famille royale.--J'ai entendu, s'écrie un autre, le Roi lui dire
+_quarante-cinq_ et la Reine _cinquante-deux_. Ces deux mots lui
+désignaient le prince de Poix et le traître Bouillé.» Un troisième
+prétend qu'il avait commandé une veste et une culotte couleur
+savoyard, preuve certaine d'une intelligence avec le roi de
+Sardaigne[19-A]. Un quatrième revient sur des correspondances
+clandestines au moyen de caractères hiéroglyphiques dont nous avons
+parlé. D'autres l'accusent d'avoir chanté dans la tour l'air et les
+paroles: _O Richard! ô mon roi! l'univers t'abandonne!_ etc., ce qui
+était faux, M. Hue ne chantait jamais; puis enfin de s'être attiré de
+la part de la famille royale un intérêt qu'elle affectait de lui
+témoigner, tandis qu'à peine elle parlait aux commissaires de la
+Commune, ce qui était vrai. A ce dernier reproche, l'accusé reste
+muet. Les clameurs se renouvellent: _A l'Abbaye! à la Force!_ Enfin,
+la fureur contre le coupable est au comble, quand Billaud-Varenne
+s'écrie: «Ce valet, renvoyé au Temple une première fois, a trahi la
+confiance du peuple; il mérite une punition exemplaire.»--Un municipal
+se lève et dit: «Citoyens, cet homme tient les fils de la trame ourdie
+dans la tour. S'assurer de lui, le mettre au secret, en tirer tous les
+renseignements qu'il peut donner, sera plus utile et plus sage que de
+l'envoyer à l'Abbaye ou à la Force.» Quel que fût en ce moment le
+motif du municipal, son observation sauva la vie à M. Hue. Il fut
+décidé que l'accusé serait enfermé dans un des cachots de l'hôtel de
+ville. Remis aussitôt à la garde d'un guichetier, il fut conduit au
+lieu de réclusion qui lui était destiné.]
+
+[Note 19-A: M. Hue avait en effet signé et fait viser par les
+commissaires de garde la demande d'un vêtement semblable pour Tison.]
+
+En reconduisant le procureur-syndic, Cléry lui demanda si la
+fermentation continuait: «Vous vous êtes chargé d'une tâche difficile,
+répondit-il, je vous exhorte au courage.» Ces mots prononcés d'un air
+fort soucieux firent craindre à Cléry que le peuple ne se portât au
+Temple. Manuel savait que les massacres, commencés la veille à deux
+heures et demie dans les prisons, ne se ralentissaient pas. Sans
+doute, n'ayant pu les prévenir, il craignait qu'on ne lui attribuât
+une part de responsabilité dans ces horribles événements. Nous n'en
+présenterons pas ici le tableau.
+
+Peltier, témoin oculaire, a tracé de l'aspect de Paris, dans les
+journées qui précédèrent immédiatement les massacres, une description
+saisissante: «Qu'on se figure, dit-il, des rues populeuses et vivantes
+frappées tout à coup du vide et du silence de la mort avant le coucher
+du soleil, dans une des belles soirées d'été, n'offrant plus ni
+promeneurs ni voitures dans leurs espaces solitaires, et ne présentant
+au contraire dans toute leur étendue que l'aspect du néant. Toutes les
+boutiques sont fermées; chacun, retiré dans son intérieur, tremble
+pour sa vie ou sa propriété; tous sont dans l'attente des événements
+d'une nuit où chaque individu ne peut pas même espérer de ressources
+de son désespoir.»
+
+Quant aux journées de septembre elles-mêmes, c'est dans les Mémoires
+contemporains qu'on en trouvera la tradition dramatique et vivante.
+Madame Elliot[20] surtout, qui, pendant ces journées d'épouvante et
+d'horreur, sauva la vie à Champcenetz à travers d'étranges péripéties
+et par des prodiges de courage et de présence d'esprit, a laissé une
+relation empreinte de toutes ses émotions et de toutes ses anxiétés.
+Elle a raconté cette terrible visite domiciliaire avant laquelle elle
+avait fait étendre entre deux matelas, dans la ruelle de son lit, où
+elle était couchée elle-même, M. de Champcenetz, malade, tremblant la
+fièvre, et à moitié mort de terreur; les propos sanglants et les
+menaces des sicaires; sa double crainte de leur découvrir le
+malheureux proscrit et d'être étendue côte à côte avec un cadavre, car
+Champcenetz ne respirait plus. Elle a dit la consigne inexorable des
+barrières, qui ne laissaient sortir personne; les rues, les quais, les
+boulevards sillonnés de patrouilles; le cours de la Seine gardé; elle
+rencontra même le 3 septembre--avec quelle horreur!--un des plus
+sinistres trophées de ces hideux massacres qu'on portait de la Force
+au Temple. Encore une fois, notre sujet ne nous condamne pas à entrer
+dans ce récit: nous rechercherons seulement ce que sont devenues les
+personnes qui avaient suivi la famille royale des Feuillants au
+Temple, et qui lui ont été arrachées le 19 août.
+
+[Note 20: Madame Elliot est une de ces femmes à la vie légère du
+dix-huitième siècle qui, jusque dans le désordre, conservaient un
+coeur dévoué, une âme forte, le sentiment de l'honneur politique et de
+la foi chrétienne. B.]
+
+Le registre de la petite Force[21] constate qu'à l'époque de ces
+événements, cette prison renfermait cent dix femmes, la plupart
+appartenant à l'écume de la population, amenées là par la prostitution
+ou le vagabondage: malheureuses créatures, de tout âge, accusées
+d'avoir volé du linge ou de la vaisselle aux Tuileries, le 10 août, ou
+dans la nuit du 10 au 11. Parmi ces cent dix femmes, on en remarque
+neuf seulement détenues pour des faits politiques. Voici leur écrou:
+
+A la date du 19 août:
+
+ De l'ordre de M. Pétion, maire, et MM. les commissaires des
+ 48 sections.
+
+ Madame de Navarre, première femme de chambre de Madame Élisabeth,
+ Madame Basire, femme de chambre de Madame Royale,
+ Madame Thibault, première femme de chambre de la Reine,
+ Madame Saint-Brice, femme de chambre du Prince Royal,
+ Madame Tourzel, gouvernante des Enfants du Roi,
+ Mademoiselle Pauline Tourzel, gouvernante des Enfants du Roi,
+ Marie-Thérèse-Louise de _Savoie de Bourbon-Lamballe_,
+
+[Note 21: Conservé dans les archives de la préfecture de police.]
+
+A la date du 30 août:
+
+ Angélique-Euphrasie Peignon, épouse de M. de Septeuil, native de
+ Paris, âgée de vingt et un ans et demi, envoyée dans cette prison
+ pour y être détenue jusqu'à nouvel ordre; de l'ordre de MM. les
+ administrateurs du département de police.
+
+A la date du 2 septembre:
+
+ Madame Mackau, envoyée dans cette prison avec la demoiselle
+ Adélaïde Rotin, sa femme de chambre, prisonnière volontaire
+ auprès de sa maîtresse; de l'ordre de MM. les administrateurs de
+ police, membres de la commission de surveillance et de salut
+ public.
+
+Mademoiselle Pauline de Tourzel et madame Saint-Brice furent
+miraculeusement mises en liberté le 2 septembre. Mesdames Thibaud,
+Navarre, Basire, de Tourzel et Septeuil furent relâchées, le 3, par
+le tribunal populaire qui s'était installé à la Force. Il en fut de
+même de madame de Mackau et de sa femme de chambre, entrées dans cette
+prison la veille[22], au moment même où l'on commençait les
+massacres. Quant à madame de Lamballe, en examinant de près son écrou,
+il est facile de voir qu'une destinée particulière lui était réservée:
+les noms de _Savoie_ et de Bourbon-Lamballe sont écrits en saillie,
+avec une intention évidente; la profession n'y est point indiquée;
+tout semble annoncer le sort funeste qui l'attendait. L'histoire n'a
+pas dit nettement pourquoi elle a été assassinée: elle n'a point nommé
+d'une manière positive ses juges, je veux dire ses proscripteurs et
+ses bourreaux. La main même, la main inconnue qui, sur le registre, a
+complété l'écrou de cette infortunée princesse, s'est bornée à ajouter
+à son nom ces seuls mots, qui étaient un arrêt de mort: «Conduite le 3
+septembre au grand hôtel de la Force.»
+
+[Note 22: Madame Marie-Angélique de Fitte de Soucy, baronne de Mackau,
+sous-gouvernante des Enfants de France, née au château de Soucy le 16
+novembre 1723, est morte à Vitry-sur-Seine le 16 février 1800.
+
+Madame Élisabeth-Louise Le Noir, comtesse de Soucy, belle-soeur de
+madame de Mackau, et comme elle sous-gouvernante des Enfants de
+France, née à Paris le 31 octobre 1729, est morte à Vitry-sur-Seine le
+21 décembre 1813.
+
+Adélaïde Rotin, femme Camille, qui n'avait jamais quitté le service de
+ses deux maîtresses, ne s'éloigna pas d'elles après leur mort; grâce à
+une petite pension que la famille de Mackau lui faisait, elle passa
+ses derniers jours dans ce village, gardienne de deux tombes près
+desquelles elle espérait la sienne. Son voeu a été réalisé le 5
+juillet 1855. Elle était née à Versailles en 1768.
+
+Nous avons visité plus d'une fois cette pauvre femme, que son
+dévouement et sa mémoire rendaient fort intéressante. Voici comment
+elle nous a raconté la manière dont elle avait échappé aux massacres
+de septembre:
+
+«Née à Versailles en 1768, j'avois conséquemment vingt-quatre ans
+lorsque je me constituai prisonnière à la Force, après le 10 août
+1792. On fit beaucoup de difficulté pour m'admettre dans cette prison;
+mais mes instances furent si vives que j'eus le bonheur d'y entrer
+avec ma maîtresse, madame la baronne de Mackau. Elle et moi nous
+couchâmes sur la paille, et fûmes nourries au pain et à l'eau. En face
+de notre cachot étoit celui de la princesse de Lamballe, entrée à la
+Force quelques jours avant nous. La concierge de la prison étoit une
+très-brave femme: elle eut grande pitié de nous, et c'est à elle que
+nous dûmes de ne pas mourir de faim. Elle nous apporta pendant la nuit
+différentes nourritures pour nous soutenir.
+
+»Dans la matinée du 3 septembre, une espèce de tribunal s'installa à la
+Force dans une salle basse. Il y avoit sept ou huit personnes de la
+maison du Roi. On nous interrogea toutes; quand on s'adressa à madame de
+Mackau: «Qu'allez-vous faire? leur dis-je; elle est aliénée, elle ne
+peut vous répondre sur rien.--Prends Dieu à témoin qu'elle est
+aliénée.--Oui, certes, je prends Dieu à témoin qu'elle est aliénée, et
+qu'il lui est impossible de répondre.--Mais elle a des parents
+émigrés?--Elle n'en a aucun, m'écriai-je, bien que je susse pertinemment
+qu'elle en avoit deux.» Mon ton assuré sauva ma maîtresse. Immédiatement
+mise en liberté, elle se réfugia chez madame de Chazet, sa fille.
+Retenue après elle à la Force, on eut la cruauté de me faire assister au
+meurtre de madame de Lamballe. Dès qu'elle eut passé le guichet et mis
+le pied sur le pavé où avoit lieu le massacre général et où le sang
+couloit à flots, elle fut abattue immédiatement; on la dépouilla de tous
+ses vêtements, on lui ouvrit le corps et on lui arracha le coeur. On
+m'avoit entraînée pour être immolée aussi, et c'est ainsi que je fus
+témoin de toutes ces horreurs. Je perdis connoissance, et quand je
+repris mes sens j'étois toute nue moi-même et j'avois été livrée à
+toutes les brutalités. Au moment où on alloit me frapper, un gendarme
+prit intérêt à moi; il pleuroit à chaudes larmes; il me protégea avec
+son sabre, fut blessé au poing, et parvint à m'envelopper de son
+manteau. Plusieurs spectateurs prirent comme lui ma défense. Mon premier
+protecteur me fit aussitôt monter dans une voiture, et la populace, qui
+un instant auparavant avoit demandé ma mort, cria autour de cette
+voiture: «_Vive l'innocence reconnue!_» Les chevaux pouvoient à peine
+traverser les flots de cette multitude, et l'on mit près de deux heures
+à me conduire rue des Boucheries-Saint-Honoré, chez la lingère de madame
+de Mackau. Tout le monde se disputa le moyen de m'apporter des secours.
+Pendant que je devenois ainsi l'objet de soins et d'égards empressés,
+madame de Mackau, qui avoit appris le massacre général des prisonniers,
+ne doutoit pas que je ne fusse moi-même au nombre des victimes, et elle
+me pleuroit.
+
+»La lingère me donna tout ce qu'il me falloit pour me vêtir. Le
+gendarme qui m'avoit sauvée me conduisit chez madame de Chazet, où se
+trouvoit madame de Mackau. Obligées de quitter Paris sur-le-champ,
+nous vînmes demeurer à Vitry chez madame de Soucy.
+
+»Dans ce village où s'est écoulée presque toute mon existence, j'ai
+survécu de longues années à mes deux respectables maîtresses. Ma seule
+pensée de bonheur est de les rejoindre: ma tombe est prête auprès de
+la leur.
+
+ »_Signé_: ADÉLAÏDE CAMILLE.
+
+ »A Vitry-sur-Seine, le mardi 13 juillet 1853.»]
+
+Manuel, en quittant le Temple, y avait laissé de l'inquiétude. Depuis,
+certaines rumeurs avaient accru l'alarme: les municipaux jugèrent à
+propos d'interdire aux prisonniers la promenade du jardin. La famille
+royale, qui venait de sortir de table, se tenait réunie dans la
+chambre de la Reine. Cléry était à dîner avec Tison et sa femme;
+celle-ci jette un grand cri: une tête de femme, pâle et sanglante,
+vient d'apparaître à la croisée. Les assassins, au dehors, croient
+avoir reconnu la voix de la Reine, et accueillent par un rire joyeux
+le cri d'effroi sorti de la Tour. Cléry est remonté précipitamment: il
+prévient à voix basse Madame Élisabeth, mais son visage est tellement
+atterré que le Roi et la Reine s'en aperçoivent. «Qu'avez-vous donc,
+Cléry?» lui dit la Reine. Les deux commissaires de service étaient à
+leur poste; un troisième s'écrie en entrant et en s'adressant au Roi:
+«Les ennemis sont à Verdun; nous périrons tous, mais vous périrez le
+premier.» Un autre municipal survient, encore suivi de quatre hommes
+députés par le peuple; un d'eux demande instamment que les prisonniers
+se montrent à la fenêtre.--«Oh! non, non, de grâce! s'écrie un
+municipal de service[23] en barrant le passage au Roi, n'approchez
+pas! ne regardez pas! quelle horreur!» Voyant l'honorable opposition
+des municipaux, l'orateur de la députation s'écrie d'une voix
+satanique: «On veut vous cacher la tête de la Lamballe que l'on vous
+apportait, pour vous faire voir comment le peuple se venge de ses
+tyrans. Je vous conseille de paraître, si vous ne voulez pas que le
+peuple monte ici.» La Reine tombe évanouie. J'abrége ici le récit de
+ces horribles scènes, que le lecteur peut trouver en détail dans
+l'histoire de Louis XVII.
+
+[Note 23: Du nom de Mennessier.]
+
+Le moindre objet qui avait appartenu à l'infortunée princesse de
+Lamballe devenait pour Marie-Antoinette et pour sa fille un douloureux
+_memento_ et une nouvelle source de larmes. Madame Élisabeth ramassa
+quelques effets laissés par elle à la tour lorsqu'elle en avait été
+enlevée, les serra loin de leurs yeux, et, au premier moment
+favorable, les remit à Cléry en lui recommandant d'en faire un paquet
+et de l'adresser avec une lettre à la première femme de chambre de
+madame de Lamballe. Ni le paquet ni la lettre n'arrivèrent à leur
+destination.
+
+Parmi les commissaires chargés d'inspecter les travaux et les dépenses
+du Temple, le nommé Simon, cordonnier et officier municipal, s'était
+fait remarquer par sa rudesse et sa grossièreté. Un jour, Madame
+Élisabeth, qui avait su que sa femme était malade à l'Hôtel-Dieu, lui
+en demanda des nouvelles. «Dieu merci, elle va mieux, répondit-il, en
+ajoutant: C'est un plaisir de voir actuellement les dames de
+l'Hôtel-Dieu; elles ont bien soin des malades; je voudrais que vous
+les vissiez, elles sont aujourd'hui habillées comme ma femme, comme
+vous, mesdames, ni plus ni moins[24].»
+
+[Note 24: _Mon témoignage sur la détention de Louis XVI et de sa
+famille dans la tour du Temple_, par Ch. GORET, ancien membre de la
+Commune du 10 août 1792.--Paris, Maurille, 1825, in-8º de 71 pages.]
+
+La plupart du temps il y avait entre les municipaux de service, les
+gardes nationaux, les deux geôliers de la petite tour et les maçons
+même employés aux travaux du Temple, un odieux concert pour charger
+d'outrages ces grandeurs tombées. Nous ne redirons pas ces insultes de
+tous les jours que la famille royale eut à subir dans l'intérieur de
+sa prison ou pendant ses promenades au jardin, et qu'elle ne cessa
+d'endurer avec une inaltérable résignation. Nous préférons rappeler
+quelques rares témoignages de sympathie et de compassion qui lui
+furent offerts.
+
+Un commissaire, de garde pour la première fois, entra chez le Roi
+pendant que le petit prince prenait sa leçon de géographie. Interrogé
+par son père, qui lui demandait dans quelle partie du monde était
+située Lunéville, l'enfant répondit: «Dans l'Asie.--Comment! dans
+l'Asie! dit en souriant le municipal; vous ne connaissez pas mieux un
+lieu où vos ancêtres ont régné?» La manière dont le municipal
+relevait l'erreur plut au Roi et à la Reine. Marie-Antoinette entama
+avec lui une conversation à voix basse: «Nous supporterions plus
+facilement nos malheurs, lui dit-elle en terminant, si la plupart de
+vos collègues vous ressemblaient.»
+
+Un garde national placé en faction au bout de l'allée des marronniers
+qui servait de préau, jeune homme d'une intéressante figure, exprimait
+par son attitude et son regard le désir de donner quelques
+renseignements à la famille royale. Madame Élisabeth, dans un second
+tour de promenade, s'approcha de lui assez près pour qu'il lui parlât;
+soit crainte, soit respect, il ne l'osa point, mais quelques larmes
+brillèrent dans ses yeux, et par un signe il indiqua qu'il avait
+déposé à peu de distance un papier dans les décombres. Cléry, en
+feignant de choisir des palets pour le petit Prince, se mit à la
+recherche de ce papier; mais les commissaires l'avertirent qu'il ne
+devait pas approcher des sentinelles et qu'il eût à se retirer. On n'a
+pu deviner quelles étaient les intentions de ce jeune homme.
+
+Ce n'est pas le seul sujet d'émotion que l'heure de la promenade
+offrait aux prisonniers: parmi quelques royalistes qui profitaient
+chaque jour de ce court instant pour les voir, en se plaçant aux
+fenêtres des maisons situées autour de l'enceinte du Temple, Cléry,
+une fois, remarqua une femme qui suivait d'un oeil très-attentif tous
+les mouvements du jeune Prince lorsqu'il s'écartait de ses parents, et
+crut reconnaître en elle madame de Tourzel. Il prévint Madame
+Élisabeth. Au nom de madame de Tourzel, cette princesse, qui la
+croyait une des victimes du 2 septembre, ne put retenir ses larmes.
+«Quoi! dit-elle, elle vivroit encore!» Cléry s'était trompé; les
+renseignements qu'il obtint le lendemain lui apprirent que madame de
+Tourzel était dans une de ses terres[25]. Il apprit aussi que la
+princesse de Tarente et la marquise de la Roche-Aymon, qui, le 10
+août, au moment de l'attaque, se trouvaient dans le palais des
+Tuileries, n'avaient point été comprises dans le massacre. La
+certitude qu'elles vivaient encore fut pour la famille royale, qui les
+avait pleurées, une surprise pleine de joie et comme la résurrection
+d'amis qu'on a crus perdus pour toujours; mais, hélas! elle apprit
+presque aussitôt le meurtre des prisonniers de la haute cour
+d'Orléans, et cette nouvelle affreuse lui causa un vif chagrin. Le duc
+de Brissac et M. de Lessart étaient au nombre de ces serviteurs de la
+royauté qui ne furent pas jugés, mais assassinés à Versailles le 9
+septembre 1792. La population de Versailles put voir la tête de M. de
+Brissac plantée au bout d'une des piques de la grille du château. M.
+de Brissac n'avait jamais voulu s'éloigner du danger. La dissolution
+de son régiment l'avait rendu libre; il aurait pu fuir, Louis XVI l'en
+avait prié; mais le coeur d'un sujet si dévoué était resté sourd aux
+instances d'un prince si malheureux. «Sire, avait répondu M. de
+Brissac, la fuite m'est défendue. On dirait que je suis coupable et
+l'on vous croirait complice: ma conduite serait donc pour vous une
+accusation; j'aime mieux mourir.» Il mourut.
+
+[Note 25: C'était encore une erreur. Madame et mademoiselle P. de
+Tourzel, sauvées de la Force par M. Hardy, avaient été conduites par
+lui dans un petit logement à Vincennes, où elles demeurèrent cachées
+pendant plus de trois mois. B.]
+
+Au nombre des personnes qui venaient aux environs du Temple épier
+l'instant et l'occasion d'apercevoir la famille royale, il faut citer M.
+Hue, qui, après quinze jours environ passés dans les cachots de la
+Commune, avait recouvré la liberté. Le seul adoucissement à ses peines
+était de porter ses pas vers le Temple: sa seule ambition était de
+rentrer à la Tour. Il fit à ce sujet des démarches auprès de Pétion, et
+celui-ci ayant été nommé député à la Convention, il se détermina à
+s'adresser à Chaumette, qui venait de remplacer, comme procureur de la
+Commune, Manuel, devenu aussi représentant du peuple. Il reçut de lui un
+accueil poli et presque bienveillant. Chaumette l'invita à s'asseoir, et
+ayant fait interdire sa porte, s'épancha confidentiellement avec lui,
+lui parla de son origine obscure, de sa jeunesse besoigneuse, des
+obstacles qu'il avait eu à franchir, des rigueurs qu'il avait éprouvées.
+Puis il lui fit des révélations importantes sur les infidélités de
+quelques personnes du service du Roi qui recevaient par jour, pour prix
+de leurs délations, un ou plusieurs louis stipulés payables en or. Ces
+tristes aveux confondaient la loyauté de M. Hue: il se rappela pourtant
+qu'une ou deux fois Madame Élisabeth s'était étonnée de rencontrer dans
+un journal quelques détails d'intérieur sur lesquels l'oeil du dehors
+n'avait pu tomber. Mais si la raison de Madame Élisabeth était
+clairvoyante, sa conscience étroite et scrupuleuse se serait reproché
+d'arrêter un soupçon infamant sur qui que ce fût. Et M. Hue, dans son
+ouvrage sur les _Dernières années du règne et de la vie de Louis XVI_, a
+gardé sur ces traîtres une magnanime réserve, ne devant pas, dit-il,
+mettre à découvert leurs noms quand son vertueux maître les a voulu
+taire, et quand, dans son immortel testament, il a recommandé à son fils
+de ne songer qu'à leurs malheurs.
+
+Portant ensuite l'entretien sur la famille royale, Chaumette laissa
+entrevoir de l'intérêt pour le Dauphin. «Je veux, dit-il, faire donner
+quelque éducation à cet enfant; je l'éloignerai de sa famille pour lui
+faire perdre l'idée de son rang; quant au Roi, il périra. Le Roi vous
+aime.....» A ces mots, M. Hue ne put retenir ses pleurs. «Donnez un
+libre cours à votre douleur, reprit Chaumette; si vous cessiez un
+instant de regretter votre maître, moi-même je vous mépriserais.»
+
+Chaumette s'était montré confiant, mais il demeura inflexible, et M.
+Hue ne put rentrer au Temple.
+
+L'Assemblée législative avait accompli sa tâche. N'ayant ni le courage
+de la vertu ni l'énergie du crime, cette triste assemblée, dominée par
+la Commune insurrectionnelle de Paris, qui disposait de la force
+révolutionnaire, avait amené la victime au Temple. La Convention
+devait l'y venir chercher pour l'immoler. La peur ou la violence avait
+écarté des comices la plus grande partie des électeurs, et un million
+cinq cent mille votes seulement avaient été constatés au scrutin.
+Nommée sous l'impression des massacres, conçue pour ainsi dire dans le
+meurtre et dans le sang, la Convention allait se montrer digne de son
+odieuse origine: dès sa première séance, 21 septembre 1792, elle
+abolit officiellement la royauté, déjà supprimée de fait, et semblable
+à une dérision couronnée. A quatre heures du soir, un officier
+municipal nommé Lubin se rendit au Temple, entouré de gendarmes à
+cheval et d'une nombreuse populace; les trompettes sonnèrent, il se
+fit un grand silence, et Lubin, qui avait une voix de Stentor, donna
+lecture de la proclamation, que la famille royale put entendre
+distinctement:
+
+«La royauté est abolie en France. Tous les actes publics seront datés
+de la première année de la République. Le sceau de l'État portera pour
+légende ces mots: _République de France_. Le sceau national
+représentera une femme assise sur un faisceau d'armes, tenant à la
+main une pique surmontée du bonnet de la Liberté.»
+
+Pendant cette lecture, les municipaux de service[26], assis près de la
+porte de la chambre du Roi, essayaient de saisir sur la physionomie
+des prisonniers les secrètes émotions de leur âme. Louis XVI, qui
+tenait un livre à la main, continua de lire sans que la moindre
+altération parût sur ses traits. Madame Élisabeth, occupée à sa
+tapisserie, ne prit pas garde à ce qui se passait et ne quitta pas
+son ouvrage; la Reine demeura calme et digne, et les deux observateurs
+ne surprirent ni un mot ni un mouvement qui pût accroître leur
+jouissance.
+
+[Note 26: C'étaient Hébert, si connu sous le nom de Père Duchêne, et
+Destournelles, depuis ministre de l'instruction publique.]
+
+Dans la soirée, Cléry informa le Roi du besoin qu'avait son fils de
+rideaux et de couvertures pour son lit, la température s'étant
+très-refroidie depuis deux jours. Louis XVI lui dit d'en faire la
+demande par écrit, et il la signa. Cléry s'était servi des expressions
+qu'il avait jusqu'alors toujours employées: «Le Roi demande pour son
+fils, etc.»--«Vous êtes bien osé, lui dit Destournelles, d'employer
+encore un titre aboli par la volonté du peuple, comme vous venez de
+l'entendre.--J'ai entendu une proclamation, répondit Cléry, mais je
+n'en sais pas l'objet.--C'est, reprit le commissaire, l'abolition de
+la royauté, et vous pouvez dire à _monsieur_ (en montrant Louis XVI)
+de cesser de prendre un titre que le peuple ne reconnoît plus.--Je ne
+puis, dit Cléry, changer ce billet qui est déjà signé; Louis m'en
+demanderait la cause, et ce n'est pas à moi de la lui apprendre.--Vous
+ferez ce que vous voudrez, répliqua le municipal, mais je ne
+certifierai pas votre demande.» Le lendemain, Madame Élisabeth tira
+Cléry d'embarras. «Il ne faut pas, lui dit-elle, faire de cela une
+affaire: épargnons au Roi tout ennui inutile. Je vous conseille,
+Cléry, d'écrire à l'avenir pour ces sortes d'objets de la manière
+suivante: «Il est nécessaire pour le service de Louis XVI..., de
+Marie-Antoinette..., de Louis-Charles..., de Marie-Thérèse..., de
+Marie-Élisabeth..., etc...»
+
+Les travaux du Temple, quoique poussés avec activité, étaient loin
+d'être achevés; cependant le nouvel appartement destiné à Louis XVI,
+dans la grosse tour, était prêt à le recevoir. En même temps, on
+cherchait à grossir de nouveaux griefs l'acte d'accusation que la
+révolution formulait chaque jour contre ce malheureux Prince, afin de
+fournir un nouvel aliment à la colère de la rue. Dans l'embrasure
+d'une porte qui communiquait de sa chambre à celle de son fils, le
+Roi, peu de temps avant le 10 août, avait pratiqué à l'aide d'une
+vrille (seul instrument qu'il pût employer sans bruit) une ouverture
+de vingt-deux pouces de haut sur seize de large: il était parvenu à
+creuser insensiblement dans le mur, sur les mêmes dimensions, un trou
+de huit à neuf pouces de profondeur; chaque matin, il lui avait fallu
+lever le morceau qu'il avait détaché du lambris, et le soir, le
+travail terminé, le rattacher avec quatre fils. L'opération achevée,
+il avait de sa main scellé en plâtre quatre tasseaux sur lesquels il
+avait posé deux rangs de tablettes en bois, et dans cette cachette, il
+avait rangé ses papiers les plus importants. Il avait fait venir le
+serrurier Gamin pour doubler d'une feuille de tôle le morceau de
+lambris qui recouvrait cette ouverture. Cet ouvrier, honoré de la
+confiance du Roi, avait dénoncé à Roland ce fait, qui tout aussitôt
+devint une source d'accusations. La petite cachette prit dans le
+public le nom d'_armoire de fer_, et devait, dit-on, donner le fil
+d'une vaste conspiration. Le 29 septembre, à dix heures du matin, six
+officiers municipaux entrèrent dans la chambre de la Reine, où était
+réunie sa famille. L'un d'eux, nommé Charbonnier, donna lecture d'un
+arrêté du conseil de la Commune qui leur ordonnait «d'enlever papier,
+encre, plumes, crayons, et même les papiers écrits, tant sur la
+personne des détenus que dans leurs chambres, ainsi qu'au valet de
+chambre et autres personnes du service de la tour; de ne leur laisser
+aucune arme quelconque, offensive ou défensive; en un mot, de prendre
+toutes précautions nécessaires pour ôter tout commerce de Louis le
+dernier avec autres personnes que les officiers municipaux[27].» Puis
+arrêtant ses regards sur Louis XVI, le même commissaire ajouta de vive
+voix: «Lorsque vous aurez besoin de quelque chose, Cléry descendra et
+écrira vos demandes sur un registre qui restera dans la salle du
+Conseil.» Sans faire la moindre observation, les captifs se
+fouillèrent, livrèrent leurs papiers, crayons, nécessaires de poche,
+etc. Les commissaires firent ensuite la visite des armoires, des
+coffres, et enlevèrent les objets désignés dans l'arrêté. Un d'eux dit
+à Cléry: «Le ci-devant Roi sera transféré ce soir même dans la tour.»
+Cléry fit part de cette pénible nouvelle à Madame Élisabeth, qui
+trouva le moyen d'en avertir son frère. Après le souper, comme Louis
+XVI quittait la chambre de Marie-Antoinette pour remonter dans la
+sienne, un commissaire lui dit d'attendre un instant, que le conseil
+avait une communication à lui faire. Les six municipaux qui, le matin,
+avaient mis à exécution un arrêté de la Commune, parurent, et
+notifièrent aux détenus un nouvel arrêté qu'ils venaient de recevoir
+du conseil général.
+
+[Note 27: Archives de l'Empire.]
+
+ * * * * *
+
+ Commune de Paris.--Du 29 septembre 1792, l'an IVe de la Liberté
+ et Ier de l'Égalité, Ier de la République française.
+
+_Extrait du registre des délibérations du conseil général._
+
+«La garde des prisonniers du Temple devenant tous les jours plus
+difficile par leur concert et les mesures qu'ils peuvent prendre entre
+eux, la responsabilité du conseil général de la commune lui impose
+l'impérieuse loi de prévenir les abus qui peuvent faciliter l'évasion
+de ces traîtres; il a pris l'arrêté suivant:
+
+»1º Que Louis et Antoinette seront séparés;
+
+»2º Que chaque prisonnier aura un cachot particulier;
+
+»3º Que le valet de chambre sera mis en état d'arrestation;
+
+»4º Adjoint avec les cinq commissaires déjà nommés, le citoyen Hébert;
+
+»5º Les autorise à mettre à exécution l'arrêté de ce soir
+sur-le-champ, même de leur ôter l'argenterie, les accessoires pour la
+bouche; en un mot, le conseil général donne plein pouvoir à ses
+commissaires d'employer tout ce que leur prudence leur prescrira pour
+la sûreté de ces otages[28].»
+
+[Note 28: Archives de l'Empire.]
+
+La Commune, dans ses prescriptions, n'avait point encore revêtu une
+forme aussi acerbe. Quoique préparé à cet événement, Louis en fut
+affecté. Marie-Antoinette et Madame Élisabeth cherchaient à lire dans
+les yeux des commissaires jusqu'où devaient s'étendre les rigueurs de
+leur mission. En recevant les adieux de sa femme et de sa soeur, Louis
+leur prit les mains et les serra avec un sentiment expressif qui
+semblait dire: Résignons-nous. Son départ les laissa dans de vives
+inquiétudes. Toutes deux pleuraient à chaudes larmes. Madame
+Élisabeth, qui trouvait toujours des paroles consolantes pour toutes
+les douleurs, devenait muette devant une infortune qu'elle croyait
+sans bornes, et que pourtant elle voyait croître de jour en jour et
+d'heure en heure.
+
+Levées de bonne heure le lendemain, Madame Élisabeth et Marie-Thérèse
+vinrent frapper chez la Reine un peu plus tôt que de coutume. Comme
+Cléry avait suivi le Roi dans sa nouvelle prison, Madame Élisabeth
+accourait s'offrir pour habiller le jeune prince. L'abattement de ces
+trois pauvres femmes et de cet enfant lui-même était profond; la
+suprême consolation des malheureux est de souffrir ensemble. A dix
+heures, quand il leur fallut se mettre à table pour déjeuner, leurs
+yeux se remplirent de larmes en voyant vide la place du père de
+famille. Elles demandèrent en vain de ses nouvelles aux commissaires
+de service auprès d'elles, aucun n'en put donner; mais quelques
+instants après, un d'eux ayant été conduire dans l'appartement de la
+grosse tour des peintres et des colleurs qui n'y avaient point terminé
+leurs travaux, dit au Roi qu'il venait d'assister au déjeuner de sa
+famille et qu'elle était en bonne santé. «Je vous remercie, répondit
+Louis XVI; je vous prie de lui donner de mes nouvelles et de lui dire
+que je me porte bien. Ne pourrais-je pas, ajouta-t-il, avoir quelques
+livres que j'ai laissés dans la chambre de la Reine? Vous me feriez
+plaisir de me les envoyer.» Puis il indiqua les ouvrages qu'il
+désirait. Le représentant de la Commune fit droit à sa demande; mais
+ne sachant pas lire, il proposa à Cléry de l'accompagner. Heureux de
+l'ignorance de cet homme, Cléry s'empressa de descendre avec lui. Il
+trouva Marie-Antoinette entourée de ses enfants et de sa soeur: leur
+douleur, qui sembla augmenter à sa vue, s'exhala en mille questions
+auxquelles il ne put répondre qu'avec réserve; leurs plaintes, leurs
+paroles touchantes émurent le coeur des commissaires. «Accordez-nous
+du moins, s'écriaient-elles, la consolation de nous réunir au Roi un
+moment dans la journée, ne fût-ce qu'à l'heure des repas!--Eh bien,
+laissons-les dîner ensemble aujourd'hui, dit avec un ton d'autorité un
+municipal; mais comme notre conduite est subordonnée aux arrêtés de la
+Commune, nous ferons demain ce qu'elle aura prescrit.» A ces mots, un
+sentiment qui était presque de la joie vint soulager ces tristes âmes.
+Marie-Antoinette pressant ses enfants dans ses bras, Madame Élisabeth
+les yeux levés vers le ciel, semblaient rendre grâces à Dieu de cette
+faveur inattendue. Quelques commissaires pleuraient malgré eux. Simon
+lui-même était attendri. «Je crois, dit-il tout haut, que ces
+b......... de femmes me feraient pleurer.» Il ajouta: «Quand vous
+assassiniez le peuple au 10 août, dit-il en s'adressant à
+Marie-Antoinette, vous ne pleuriez point.--Le peuple est bien trompé
+sur nos sentiments», répondit tristement la Reine.
+
+On servit le dîner chez Louis XVI à l'heure ordinaire, et on lui amena
+sa famille. Aux transports qu'elle laissa éclater, on put juger des
+craintes qu'elle avait éprouvées. La concession faite par les
+commissaires de ce jour ne pouvant être blâmée par eux devant les
+nouveaux municipaux qui devaient les remplacer, se continua
+naturellement les jours suivants. Il ne fut plus question de l'arrêté
+du 29 septembre; la famille royale se réunit chaque jour aux heures
+des repas ainsi qu'à la promenade, et Cléry la servit comme par le
+passé.
+
+La Reine et Madame Élisabeth témoignèrent, après le dîner, le désir de
+visiter l'appartement qu'on leur préparait au-dessus de celui du Roi.
+Les commissaires les y conduisirent. Elles prièrent les ouvriers de se
+hâter, mais la besogne dura encore trois semaines. Pendant ce
+temps-là, Cléry partagea son temps entre tous les prisonniers, faisant
+leurs chambres, réglant leurs dépenses et cherchant le moyen de
+conserver quelques rapports entre eux. On comprend que ce séjour de la
+famille royale dans deux tours séparées et sans communication
+intérieure, en rendant la surveillance des municipaux plus difficile,
+la rendait aussi plus inquiète. La chose la plus futile et la plus
+insignifiante, dès qu'elle était relative à un membre de la famille
+prisonnière au Temple, empruntait immédiatement à cette circonstance
+un caractère sérieux. Un pauvre vicaire de Fontenay de Vincennes
+adressait à Madame Élisabeth quelques prétendus vers sans rime ni
+raison, et écrits dans une langue qui n'appartient ni à la prose ni à
+la poésie. Ce fatras, portant l'adresse de _Madame Élisabeth au
+Temple_, fut remis au conseil général de la Commune[29], qui le
+transmit à la commission des vingt-quatre. (Voir aux pièces
+justificatives, nº II.)
+
+[Note 29: _Extrait du registre des délibérations du conseil général du
+19 octobre 1792._
+
+«Le conseil général nomme le citoyen Léger, l'un de ses membres,
+qu'_elle_ charge de se transporter au Temple sur-le-champ pour y
+prendre une lettre adressée à Madame Élisabeth par le vicaire de
+Fontenay-sous-Bois, et l'apporter au conseil.
+
+ »_Signé_: DARNAUDERIE, vice-président;
+
+ »COULOMBEAU, secrétaire-greffier par intérim.»
+
+(Archives de l'Empire.)]
+
+On tenait éloignés du Temple les journaux qui racontaient les
+sanglants malheurs de la France, les pamphlets qui pervertissaient la
+conscience publique; mais l'injure, la menace, la calomnie adressées
+directement aux Capets servaient souvent de passe-port aux gazettes
+dans ce lazaret politique et moral où la famille royale prolongeait
+sans fin sa douloureuse quarantaine, et dans lequel on ne laissait
+pénétrer que ce qui pouvait ajouter aux tortures du présent les
+appréhensions d'un plus sinistre avenir. Ces misérables feuilles, dont
+le cynisme et le dévergondage étaient sans bornes, on les plaçait à
+dessein sur une commode ou sur une cheminée dans les appartements. Ni
+l'âge ni la vertu n'étaient épargnés. Une brochure prouvait qu'il
+fallait étouffer _les deux petits louveteaux_, c'est ainsi qu'elle
+appelait les enfants du Roi; une autre versait l'outrage à pleins
+flots sur Madame Élisabeth, cherchant à détruire l'admiration
+qu'inspiraient au public son caractère angélique et son dévouement
+fraternel.
+
+Un petit conflit d'attributions élevé entre Cléry et Tison, leurs
+prétentions jalouses aussi bien que l'habitude que prenait
+individuellement chaque détenu de s'adresser pour un service
+quelconque au commissaire qu'il croyait le mieux disposé en sa faveur,
+firent prendre par le conseil du Temple un arrêté pour réglementer la
+manière dont la famille royale présenterait à l'avenir ses demandes au
+conseil. Le municipal James, qui protégeait Tison, lui dit en lui
+annonçant le résultat de la délibération du conseil: «Sois content, le
+ministère est formé; tu as le département des femmes.»
+
+La séparation complète de la famille royale était pressentie dans cet
+arrêté. Le vendredi 26 octobre, la Reine, ses enfants et Madame
+Élisabeth furent installés dans la grosse tour. Ce moment tant
+souhaité par les prisonniers, et qui semblait leur promettre quelques
+consolations, fut marqué, de la part des municipaux, par un trait
+d'hostilité contre la Reine. Le conseil du Temple, composé de Roché,
+Jérosme, Cochois et Massé, et sur la motion d'un d'entre eux, ennemi
+personnel de Marie-Antoinette, prit un arrêté qui, sous la forme d'une
+mesure de convenance et d'ordre, retirait le jeune Louis-Charles des
+mains de sa mère et le remettait entre celles de son père[30]. Sans
+avoir préalablement notifié cette décision à Marie-Antoinette, le soir
+même de son entrée dans son nouvel appartement, on lui enleva son
+fils. La Commune s'était empressée de ratifier cet arrêté[31]. Dans
+cette même journée, pendant le dîner de la famille royale, un greffier
+et un huissier, tous deux en costume, et suivis de six gendarmes,
+étaient venus chercher Cléry pour le conduire à l'hôtel de ville,
+d'où, après six heures passées au cachot, et un long interrogatoire,
+il fut reconduit, à minuit, au Temple par les quatre officiers
+municipaux désignés pour y prendre le service.
+
+[Note 30: Commune de Paris.--Sûreté du Temple. L'an Ier de la
+République française, le 27 octobre 1792.
+
+_Extrait du registre des délibérations du conseil de service au
+Temple, en date du 26 octobre présent._
+
+«Sur les observations faites par l'un des membres de service au Temple
+que le fils de Louis Capet était jour et nuit sous la direction de
+femmes, mère et tante, considérant que cet enfant est dans l'âge où il
+doit être sous la direction des hommes, le conseil, délibérant sur cet
+objet, a arrêté et arrête qu'à l'instant le fils de Louis Capet sera
+retiré des mains des femmes pour être remis et rester entre celles de
+son père les jours et nuits, excepté qu'après l'heure du dîner il
+montera dans le logement de ses mère et tante, durant le moment où son
+père se repose, et en descendra sur les quatre à cinq heures du soir;
+le tout sous la surveillance et conduite de l'un des commissaires de
+service.
+
+»Fait au Conseil séant au Temple lesdits jour et an que dessus.
+
+ »_Signé_: MASSÉ, JÉROSME, ROCHE, COCHOIS.
+
+ »Pour extrait conforme à l'original:
+ »ROCHÉ, commissaire municipal de service
+ et président au Temple;
+ »COCHOIS, _ségrétère_.»
+
+Délivré au citoyen Cléry, de service auprès de Louis et de sa
+famille.]
+
+[Note 31: Commune de Paris.
+
+_Extrait du registre des délibérations du conseil général, du 26
+octobre 1792._
+
+«Le conseil général approuve l'arrêté pris par les commissaires des
+travaux du Temple et les commissaires du conseil du Temple, relatif à
+la translation des femmes dans la grosse tour, au troisième étage, et
+le fils du ci-devant Roi avec son père.
+
+»Les autorise à faire disposer ses (_sic_) guichets qu'ils croiront
+nécessaires dans cette même tour.
+
+ »_Signé_: BOUCHER-RENÉ, président en l'absence du maire;
+ »COULOMBEAU, secrétaire-greffier par intérim.»]
+
+Avant d'aller plus loin, il convient de mettre sous les yeux du
+lecteur un tableau fidèle du Temple tel qu'il existait au moment où
+les travaux exécutés pour la captivité de la famille royale furent
+terminés. Le plan que nous intercalons à cette page donnera d'abord
+une idée générale et exacte de l'enclos du Temple à cette époque.
+Essayons de faire connaître maintenant la nouvelle demeure que la
+truelle de la révolution venait de restaurer pour Louis XVI et pour sa
+famille dans le vieux donjon des Templiers.
+
+La grosse tour, dont la hauteur dépassait cent cinquante pieds et dont
+les murs avaient neuf pieds d'épaisseur dans leur moyenne proportion,
+formait quatre étages voûtés et soutenus au milieu par un gros pilier
+depuis le bas jusqu'au quatrième étage. L'intérieur était d'environ
+trente-quatre à trente-six pieds en carré.
+
+Le rez-de-chaussée, qui n'avait subi aucun changement, était resté
+avec ses murailles nues; mais par la sévérité même de son
+architecture, par les arêtes de sa voûte, par le fût lourd et
+l'élégant chapiteau de son pilier, et aussi par les quatre lits à
+colonnes torses adossés aux quatre murs de sa vaste salle, il
+rappelait les temps et les choses d'autrefois.
+
+Cette pièce était destinée aux commissaires de la Commune qui
+n'étaient point de service à la porte du Roi et de la Reine. Ils y
+prenaient leurs repas, y couchaient, et s'y assemblaient pour
+délibérer. Aussi appela-t-on cette pièce la _chambre du conseil_. Des
+tourelles placées aux quatre angles, la première contenait l'escalier
+qui allait jusqu'aux créneaux, la seconde servait d'armoire aux
+municipaux, la troisième de bûcher et la quatrième de garde-robe.
+L'entrée de chaque étage était fermée par deux portes, la première en
+bois de chêne garni de clous, la seconde en fer.
+
+Le premier étage, demeuré aussi dans son intégrité première, était la
+répétition du rez-de-chaussée, moins ses lits à colonnes. Il servait
+de corps de garde, et était, après celui du palais du Temple, le poste
+le plus important de l'enclos. Aux deux parois les plus larges de la
+muraille, on avait établi des planches légèrement inclinées formant
+avec quelques matelas un lit de repos pour la garde. Au milieu de la
+salle, autour du pilier, les armes se groupaient en faisceau.
+
+Le second étage, qui ne formait primitivement, comme les autres
+étages, qu'une seule pièce, avait été divisé en quatre chambres par
+des cloisons en planches, avec de faux plafonds de toile. La première
+pièce était une antichambre qui, par trois portes différentes,
+communiquait aux trois autres pièces. En face de la porte d'entrée
+était la chambre du Roi; on y plaça un lit pour son fils. De
+l'antichambre on entrait également dans la salle à manger, qui en
+était séparée par une seule cloison à vitrage. La chambre de Louis XVI
+avait une cheminée; un grand poêle ouvrant dans l'antichambre, mais
+placé au centre du carré de la tour, c'est-à-dire à la place même où
+se trouve le pilier aux étages inférieurs, chauffait les autres
+chambres. Une croisée éclairait chaque pièce, mais les barreaux de fer
+et les abat-jour, scellés et posés en dehors, empêchaient l'air de
+circuler. Les cloisons de l'appartement étaient recouvertes d'un
+papier peint. Celui de l'antichambre représentait des pierres de
+taille superposées comme on les figure au théâtre pour simuler
+l'intérieur d'une prison. A gauche en entrant, on avait placardé au
+milieu du mur la Déclaration des droits de l'homme, écrite en
+très-gros caractères et encadrée dans une large bordure tricolore. Le
+papier de la chambre du Roi était jaune glacé, semé de fleurs
+blanches. En entrant, on voyait la cheminée en face, la fenêtre à main
+droite, ainsi que la tourelle; à main gauche, le lit de Louis XVI, et
+à ses pieds le petit lit de son fils. Sur la console de la cheminée
+était posée une pendule portant gravés sur son cadran de porcelaine
+ces mots: _Lepaute, horloger du Roi_; mais dès l'installation de Louis
+(le 29 septembre) dans la grosse tour, les représentants de la Commune
+avaient collé un pain à cacheter sur le mot _Roi_. Les plaques de
+fonte de la cheminée portaient ces mots: _Liberté_, _égalité_,
+_propriété_, _sûreté_. La tourelle servait à Louis XVI de cabinet de
+lecture et d'oratoire. Ses murs enduits de plâtre étaient revêtus
+d'une peinture gris de lin. On y avait placé un tout petit poêle. Près
+du lit du jeune prince s'ouvrait une porte sur un couloir conduisant à
+gauche dans la chambre de Cléry, et plus loin, en inclinant à droite,
+à la garde-robe placée dans une seconde tourelle. Le lit de Cléry,
+parallèle à celui de son maître, n'en était séparé que par l'épaisseur
+de la cloison. La troisième tourelle, donnant dans la salle à manger,
+servait de bûcher.
+
+[Illustration: TROISIÈME ÉTAGE.
+
+ A. Escalier.
+ 1. Porte de chêne.
+ 2. Porte de fer.
+ B. Antichambre.
+ Une table en noyer.
+ Un lit de repos et des chaises.
+ C. Chambre de la Reine.
+ 3. Lit de la Reine, à colonnes en damas vert avec ses housses,
+ un sommier et deux matelas, un traversin, une couverture piqûre
+ de Marseille.
+ 4. Lit de Madame Royale, couchette à deux dossiers, une paillasse,
+ un sommier, trois matelas, un traversin et deux couvertures
+ en coton.
+ 5. Commode en bois d'acajou, à dessus de marbre, surmontée d'un
+ miroir de toilette.
+ 6. Canapé garni de son carreau et de ses deux oreillers.
+ 7. Cheminée, ornée de la pendule que nous avons indiquée, et
+ d'une glace de 45 pouces sur 36.
+ 8. Un paravent en bois de quatre feuilles, couleur d'acajou.
+ Deux tables de nuit.
+ D. Cabinet de la Reine.
+ E. Chambre de Madame Élisabeth.
+ 9. Lit en fer, garni de sa housse de toile de Jouy doublée de
+ taffetas vert, un sommier, deux matelas, un lit de plume,
+ un traversin et une couverture piqûre de Marseille.
+ 10. Commode en placage, à dessus de marbre.
+ 11. Une table en bois de noyer.
+ 12. Cheminée avec une glace de 45 pouces sur 32.
+ Deux chaises, deux fauteuils couverts en perse.
+ Flambeaux argentés.
+ F. Garde-robe.
+ G. Chambre de Tison.
+ Un lit, une commode en placage, à dessus de marbre. Un miroir
+ de toilette; une pendule de Lepaute posée sur la commode,
+ plusieurs chaises dont deux de canne. Flambeaux argentés.
+ H. Cabinet où fut enfermé Tison en septembre 1793.]
+
+Le troisième étage, contenant le logement de Marie-Antoinette et celui
+de Madame Élisabeth, était la répétition du second moins le couloir.
+La chambre de la Reine était au-dessus de celle du Roi, et son lit
+placé au même endroit que le lit du Roi. Celui de Marie-Thérèse était
+entre la cheminée et la porte du couloir supprimé. Le papier de la
+chambre, aussi bien que celui de la tourelle qui servait de cabinet
+de toilette, était entremêlé de zones vertes et bleues d'une nuance
+extrêmement tendre. La cheminée était ornée d'une pendule
+représentant la Fortune et sa roue,--singulière ironie en présence de
+la grandeur renversée! La chambre de Madame Élisabeth et celle de
+Tison étaient tapissées d'un même papier jaune très-commun. Leur
+ameublement était à peu près le même aussi: un lit de fer, une table
+en bois de noyer, une commode en placage, tels étaient les principaux
+meubles de Madame Élisabeth. Le plan descriptif de cet étage achèvera
+de le faire bien connaître.
+
+Les détails d'ameublement que nous donnons à la suite de ce plan sont
+parfaitement authentiques: ils ont été puisés dans deux inventaires,
+l'un fait à la date du 25 octobre 1792, lors de l'entrée de la famille
+royale dans la grosse tour, et l'autre le 19 janvier 1793[32].
+
+[Note 32: Archives de l'Empire, carton E, nº 6, 206.]
+
+Le quatrième étage, ne devant pas être habité, était resté dans sa
+simplicité première. Sa voûte élevée, l'absence du pilier central, le
+faisaient paraître plus grandiose que les autres étages. Quelques
+vieux meubles de rebut et quantité de planches étaient relégués dans
+les bas-côtés de cette vaste salle. Entre les créneaux et le toit de
+la grande tour régnait une galerie servant quelquefois de promenade.
+Les entre-deux des créneaux furent garnis de planches, jalousies sans
+treillis enlevant au promeneur toute possibilité de voir ou d'être
+vu[33].
+
+[Note 33: Le lecteur trouvera à la fin du volume (Documents et pièces
+justificatives, nº III) une esquisse de la physionomie extérieure du
+Temple, un aperçu du personnel commis à sa garde, et des dispositions
+prises par l'autorité républicaine.]
+
+Les habitudes de la famille ne subirent point de changements par suite
+de sa réunion dans la grosse tour. Louis XVI, en présence d'événements
+qui ne lassaient ni sa patience ni son courage, cherchait le plus
+souvent ses distractions dans la lecture; plus émue que lui,
+Marie-Antoinette s'occupait de ses enfants, demandait en vain au
+travail manuel un apaisement aux troubles de son esprit, et faisait
+matin et soir de courtes prières. Quant à Madame Élisabeth, elle ne
+s'inquiétait plus de la méchanceté des hommes. Quelquefois, dans la
+journée, au milieu des jurements et des blasphèmes, elle s'isolait
+dans sa chambre, s'agenouillait près de son lit avec une ferveur
+angélique, ou, assise sur une chaise, se recueillait dans ses
+méditations avec un calme inaltérable. Souvent, après le dîner, quand
+la promenade au jardin n'avait pas lieu, les enfants jouaient dans
+l'antichambre au siam ou au volant; Madame Élisabeth assistait à leurs
+jeux, assise près d'une table et un livre à la main. Cléry restait
+habituellement dans cette pièce, et, se conformant aux ordres de cette
+princesse, il s'asseyait aussi, et prenait un livre pour paraître
+occupé de son côté. Il était facile de voir que la division de la
+famille, ainsi parquée en deux chambres, contrariait et inquiétait
+parfois les commissaires chargés de ne laisser jamais le Roi et la
+Reine seuls, et ne voulant point se séparer eux-mêmes, tant ils se
+méfiaient l'un de l'autre, espions tout ensemble et espionnés. Madame
+Élisabeth profitait de ce moment pour entrer en communication avec
+Cléry: celui-ci prêtait l'oreille, et, pour ne pas être surpris par
+les municipaux, répondait sans détourner les yeux de sa lecture.
+Marie-Thérèse et son frère, d'accord avec leur tante, facilitaient cet
+entretien par leurs jeux bruyants ou par quelques signes annonçant
+l'entrée des commissaires. Les captifs n'avaient pas moins à se défier
+de Tison, dont les municipaux, plus d'une fois dénoncés par lui,
+avaient aussi à redouter la surveillance.
+
+Du reste, une recrudescence se manifestait dans les rigueurs
+ombrageuses du plus grand nombre des représentants de la Commune, et
+se traduisait par des actes souvent ridicules. A la fin des repas,
+Madame Élisabeth remettait à Cléry un petit couteau à lame d'or pour
+qu'il le nettoyât; un municipal, plus d'une fois, le lui arracha des
+mains, afin d'examiner si quelque papier n'était pas caché au fond de
+la gaîne. Madame Élisabeth avait chargé Cléry de renvoyer un livre de
+piété à la duchesse de Sérent; les municipaux s'emparèrent de ce
+livre, et en coupèrent toutes les marges, de peur qu'on n'y eût écrit
+quelque avis avec de l'encre sympathique. Le linge remis à la
+blanchisseuse était minutieusement inspecté à la sortie; au retour, il
+était déployé pièce par pièce et examiné au grand jour. Le livre de la
+blanchisseuse, tout autre papier servant d'enveloppe, étaient
+présentés au feu, afin de s'assurer s'il n'y avait aucune écriture
+secrète. C'étaient là les moindres avanies de la captivité.
+
+On se ferait difficilement une idée des précautions que le conseil de
+la Commune prenait pour que rien de ce qui se passait au Temple
+n'échappât à sa surveillance. Le docteur Leclerc avait porté à la
+Reine, pour sa fille, un paquet de drogues et une ordonnance de
+médecine. Le conseil général s'alarma de cette démarche, et dans sa
+séance du 27 octobre, réclama le paquet remis à Marie-Antoinette, et
+manda à sa barre M. Leclerc. «La femme de Louis Capet, dit celui-ci,
+me parla de la nécessité de faire des remèdes pour sa fille qui a une
+dartre sur la joue, et me demanda quels étoient ceux qu'elle devoit
+employer: il faut respecter les malheureux, et la fille ne doit pas
+être punie des fautes du père; d'ailleurs elle a une jolie figure, et
+il seroit dommage que cette dartre lui restât, car c'est un
+chef-d'oeuvre de la nature. (Ici l'orateur fut interrompu par le
+président, qui ajouta: _La peau du serpent est aussi un chef-d'oeuvre
+de la nature_; le conseil vous invite à _continuer sans digression_.)
+Je lui ai ordonné, dit alors M. Leclerc, de la squine et de la
+salsepareille, drogues très-simples qui ne peuvent être falsifiées:
+j'ai envoyé ce remède avec l'autorisation des commissaires, et
+l'ordonnance a été signée par eux.»
+
+Le conseil général prit l'arrêté suivant: «Le conseil général,
+prévoyant les conséquences dangereuses qui peuvent résulter de pareils
+procédés, déclare qu'il improuve la conduite du commissaire Leclerc;
+et, pour prévenir de pareils abus qui pourroient compromettre la
+surveillance et la responsabilité de la Commune, défend à toutes les
+personnes qui se trouvent au Temple, pour quelque fonction que ce
+soit, médecins, chirurgiens, pharmaciens, etc., de donner aucun avis
+ni remède de quelque nature qu'il soit, à aucun individu de la famille
+ci-devant royale, sous quelque prétexte que ce puisse être; et dans le
+cas où un membre de la famille royale auroit besoin de secours, le
+conseil déclare qu'il y sera pourvu par les maîtres de l'art reconnus
+par le conseil de la Commune; improuve ledit Leclerc, et le renvoie
+avec ses drogues, son ordonnance et le présent arrêté, au conseil
+général de la Commune.»
+
+Le plus grand tourment de Madame Élisabeth après le chagrin que lui
+causait la situation du Roi et de la Reine, c'était la désolation de
+ses amies, c'était le silence qu'elle était condamnée à garder
+vis-à-vis d'elles pour ne pas les compromettre, c'était l'inquiétude
+où elle était sur leur sort. Si elle reçoit de l'une d'elles une
+preuve de souvenir ou d'attachement, elle, elle craint que ce gage
+d'un bon sentiment ne soit imputé à crime. Aussi croit-elle de son
+devoir de les prier de renoncer, au moins pour un temps, aux
+dangereuses tentatives que leur inspire leur ingénieuse sollicitude
+pour nouer des rapports avec elle. La duchesse de Sérent a le courage
+de désobéir, et ne cesse de lui faire parvenir des témoignages de sa
+constante attention: un de ses messages est surpris. Interrogée par le
+comité révolutionnaire de sa section, madame de Sérent ose répondre
+qu'elle a l'honneur d'être dame de Madame Élisabeth de France, et
+qu'elle ne fait que remplir un devoir sacré en veillant à ce qui peut
+lui être nécessaire.
+
+De longs mois s'écoulèrent sans qu'Élisabeth reçût d'au-delà des
+frontières des nouvelles de sa famille. Son frère, le comte d'Artois,
+assidu à lui écrire régulièrement, se taisait lui-même. Une lettre
+cependant, une seule lettre lui arriva sous les verrous du Temple:
+cette lettre était écrite par sa tante Adélaïde; elle était datée de
+Rome, et relative aux événements de juin. Ce fut Manuel qui la remit
+lui-même à la princesse. Cet acte de bienveillance ne devait pas se
+renouveler. L'ère des perquisitions commença: une surveillance
+minutieuse et tracassière, une inquisition de tous les instants
+rendirent toute correspondance impossible. Les portes de la France
+demeurèrent fermées aussi bien que celles de la tour du Temple.
+
+Le 14 novembre, la maladie vint ajouter à toutes les épreuves de la
+famille royale. Louis XVI, le premier, eut une fluxion qui l'incommoda
+extrêmement. La Reine et Madame Élisabeth demandèrent qu'on fît
+appeler M. Dubois-Foucou, son dentiste; le conseil du Temple s'y
+opposa. Le conseil général de la Commune arrêta que le conseil du
+Temple lui transmettrait tous les matins le bulletin de la santé des
+prisonniers, et, apprenant que la maladie du Roi s'était aggravée, il
+nomma deux commissaires pour aller «instruire la Convention de la
+santé du ci-devant.» La fièvre étant survenue, le 22, la Commune
+avertie s'alarma, permit à M. Le Monnier, ancien premier médecin du
+Roi, d'entrer à la tour, accompagné de M. Robert, chirurgien, et
+réclama chaque jour un bulletin de la santé du malade. L'émotion de M.
+Le Monnier fut grande en revoyant son ancien maître, ainsi que Madame
+Élisabeth, à laquelle il avait voué la plus profonde affection. Il
+vint au Temple deux fois par jour pendant la semaine que dura la
+maladie du Roi. Marie-Antoinette demanda au conseil du Temple qu'il
+lui fût permis de transférer pendant ce temps-là le lit de son fils
+dans sa chambre. Le conseil le lui refusa. L'enfant eut une forte
+coqueluche accompagnée de fièvre; sa mère et Madame Élisabeth
+demandèrent à le veiller: «Vous lui avez refusé la grâce de monter
+auprès de nous, accordez-nous celle de descendre auprès de lui.»
+Prière inutile! La révolution ne se bornait plus à persécuter la
+Reine, elle persécutait la mère. Marie-Antoinette prit elle-même le
+mal qu'elle voulait guérir. La maladie se communiqua aussi à sa fille
+et à Madame Élisabeth, qui eût regretté peut-être d'être exempte du
+fléau qui atteignait tous les siens. Les médecins et les geôliers se
+rencontrèrent chaque jour.
+
+En voyant la maladie entrer dans cette prison, il semble que la
+Providence prenait à tâche d'éprouver cette grande et malheureuse
+famille par tous les genres de souffrance.
+
+Cléry tomba malade à son tour. La fièvre et une forte douleur au côté
+l'obligèrent de garder le lit. Il essaya de se lever pour habiller son
+maître: Louis refusa ses soins, lui ordonna de se coucher, et fit
+lui-même la toilette de son fils. Le petit Prince ayant recouvré la
+santé, se tint pendant une grande partie de la journée dans la chambre
+de Cléry, et de temps en temps lui apportait de la tisane.
+
+Dans la soirée, Louis XVI profita d'un moment où il était moins
+surveillé pour aller voir lui-même son valet de chambre; il le fit
+boire, et il lui dit avec bonté: «Je voudrois vous donner moi-même des
+soins, mais vous savez combien nous sommes observés; prenez courage,
+demain vous verrez mon médecin.»
+
+A l'heure du souper, la famille royale entra chez Cléry, et Madame
+Élisabeth, sans que les commissaires s'en aperçussent, lui remit une
+fiole qui contenait un looch. Cette princesse, qui était extrêmement
+enrhumée, s'en privait pour lui; il voulut refuser, elle insista.
+Après le souper, Marie-Antoinette déshabilla et coucha son fils, et
+Madame Élisabeth roula les cheveux de son frère.
+
+Revenu le lendemain, M. Le Monnier ordonna une saignée à Cléry.
+Celui-ci resta six jours au lit; chaque jour la famille royale allait
+le visiter: Madame Élisabeth lui apportait des drogues qu'elle avait
+demandées comme pour elle. Le malade reprit une partie de ses forces;
+sa fermeté s'emparant de celle dont il était témoin, il lutta avec
+énergie contre un mal qui l'aurait rendu incapable de rendre les
+services qu'il voulait rendre. Le moral a tant d'influence sur le
+physique, qu'on peut croire que cette résolution de guérir à tout prix
+contribua autant que les remèdes à lui rendre la santé.
+
+Un soir, après avoir couché le petit Prince, Cléry se retirait pour
+faire place à la Reine, qui venait, avec les princesses, embrasser son
+fils et lui donner le bonsoir dans son lit. Madame Élisabeth, que la
+surveillance des commissaires avait empêchée de parler à Cléry,
+profita de ce moment pour remettre à l'enfant une petite boîte
+d'ipécacuanha, en lui disant: «Ceci est pour Cléry, je vous prie de le
+lui remettre dès qu'il reviendra.» Les princesses remontèrent dans
+leur chambre, Louis XVI passa dans son cabinet, Cléry alla souper, et
+ne rentra que vers onze heures pour préparer le lit du Roi. Comme il
+était seul dans la chambre (Louis XVI étant encore dans la tourelle),
+le jeune prince l'appela à voix basse. Cléry, étonné qu'il ne dormît
+pas à pareille heure, lui en demanda le motif: »C'est que ma tante m'a
+remis une petite boîte pour vous, lui dit-il, et je n'ai pas voulu
+m'endormir sans vous l'avoir donnée; il étoit temps que vous vinssiez,
+car mes yeux se sont fermés plusieurs fois.»--«Les miens se remplirent
+de larmes, ajoute Cléry en racontant le trait que nous venons de
+rappeler. Le Dauphin s'en aperçut, m'embrassa, et deux minutes après
+il dormoit profondément.»
+
+Quoique placée sur le second plan dans la hiérarchie de la famille, et
+quoique aimant à s'effacer elle-même, Madame Élisabeth, on le voit,
+était toujours au premier rang dès qu'il s'agissait d'être utile ou
+de consoler. C'était un spectacle touchant que celui de cette femme
+angélique réclamant avidement sa part des tortures de sa famille; puis
+suspendant le souvenir de ses propres infortunes pour s'occuper des
+infortunes des autres, et renouvelant auprès d'un serviteur souffrant
+la tradition des exemples de son aïeul saint Louis, dont les mains
+royales se plaisaient à servir, dans les malades et les infirmes, les
+membres mêmes de Jésus-Christ.
+
+Une nouvelle municipalité avait, dans la journée du dimanche 2
+décembre, remplacé la Commune du 10 août. Un assez grand nombre des
+anciens membres avaient été réélus. Il n'y avait eu jusqu'à ce jour
+qu'un seul commissaire auprès du Roi et un auprès de la Reine: la
+nouvelle Commune décida qu'il y en aurait deux à l'avenir.
+Conformément à cet arrêté, huit municipaux se trouvèrent dès le 3
+décembre de service au Temple, quatre, comme nous l'avons dit, en
+surveillance près de la famille royale, et les quatre autres se tenant
+dans la salle du Conseil. Chaque jour, ils se renouvelaient par
+moitié. On arrivait le soir à neuf heures, on soupait, et l'on tirait
+au sort pour savoir qui serait de garde chez le Roi ou chez la Reine.
+On passait tour à tour vingt-quatre heures auprès des détenus,
+vingt-quatre heures dans la salle du Conseil. Ceux que leur billet
+avait désignés pour la nuit montaient après le souper, et restaient
+près des prisonniers jusqu'au lendemain onze heures. Après le dîner,
+ils reprenaient leur poste jusqu'à l'arrivée des nouveaux municipaux.
+C'est à cette époque que l'on commença au rez-de-chaussée de la tour
+des dispositions pour y installer quelques jours après le conseil, qui
+se tenait dans une des salles du château du Temple.
+
+Le nombre des commissaires excita entre eux une émulation de zèle
+révolutionnaire qui se traduisit par un redoublement de rigueurs
+envers les prisonniers.
+
+La surveillance devint plus active, la servitude plus étroite; on
+redoubla de dureté envers Cléry, on renouvela à Turgy, à Chrétien et à
+Marchand, qui avaient obtenu un certificat des anciens municipaux[34],
+la défense expresse de lui parler. Il restait peu d'espoir aux détenus
+de pouvoir désormais apprendre aucune nouvelle. Frappée d'un fatal
+pressentiment, Madame Élisabeth épiait avidement les regards et les
+paroles de Cléry; mais Cléry ne savait plus rien, et craignait tout.
+Cependant il ne désespérait pas tout à fait d'être informé des
+événements du dehors par sa femme, qui, sous le prétexte d'apporter du
+linge et d'autres objets nécessaires, avait obtenu la permission de
+venir au Temple une fois par semaine. Elle était toujours accompagnée
+d'une amie qui passait pour une parente. Le jeudi 6 décembre, madame
+Cléry arriva avec son honnête et courageuse complice. Son mari,
+prévenu, descendit au conseil. Tandis que, pour détourner les soupçons
+des nouveaux commissaires, elle affectait de lui parler à haute voix
+et de lui donner des détails assez oiseux sur ses affaires
+domestiques: «Mardi prochain, disait tout bas son amie, on conduit le
+Roi à la Convention; le procès va commencer; le Roi pourra prendre un
+conseil; tout cela est certain.»
+
+[Note 34: Archives de l'Empire, carton E, nº 6, 206.]
+
+Le soir, Cléry trouva le moyen, au coucher du Roi, de lui rendre compte
+de ce qu'il avait appris. Il lui fit pressentir qu'on avait le projet de
+le séparer de sa famille pendant le procès, et ajouta qu'il ne restait
+plus que quatre jours pour concerter quelque moyen de correspondance
+entre le second et le troisième étage. Le lendemain, après le déjeuner,
+Louis XVI fit part à la Reine des confidences qu'il avait reçues, et la
+Reine les transmit à Madame Élisabeth. Quelques actes semblaient déjà
+confirmer la triste annonce du procès. Le Roi venait de rentrer avec son
+fils dans son appartement, lorsqu'un municipal, à la tête d'une
+députation de la Commune, vint lui lire, d'une voix qui trahissait son
+émotion, l'arrêté qui ordonnait «d'enlever aux détenus du Temple, ainsi
+qu'à ceux qui les servent ou qui les approchent de près, toute espèce
+d'instruments tranchants ou autres armes offensives et défensives, en
+général tout ce dont on prive les autres prisonniers présumés
+criminels.» Louis XVI prit lui-même dans ses poches un couteau et un
+petit nécessaire de maroquin rouge dont il tira des ciseaux et un canif,
+et remit ces objets au commissaire. Les envoyés de la Commune firent des
+recherches dans toutes les pièces du second étage; ils confisquèrent les
+rasoirs, le compas à rouler les cheveux, le couteau de toilette, de
+petits instruments pour nettoyer les dents, et d'autres objets d'or et
+d'argent; puis ils montèrent au troisième, où ils notifièrent le même
+arrêté. «Si ce n'est que ça, dit la Reine avec un dépit marqué, il
+faudrait aussi nous prendre nos aiguilles, car elles piquent bien
+vivement.» Elle en eût peut-être dit davantage si Madame Élisabeth ne
+lui eût fait signe du coude pour l'inviter au silence. Marie-Antoinette
+et ses deux compagnes remirent leurs ciseaux. Les municipaux leur
+prirent jusqu'aux petits meubles utiles à leur travail. «Savez-vous
+bien, leur dit l'un d'eux, que nous avons ordre de vous enlever aussi
+Tison et Cléry, et de goûter à tous les mets que l'on vous sert?»
+
+Il faut le dire, les commissaires ne remplissaient pas à la lettre les
+ordres rigoureux que leur avait transmis le conseil général de la
+Commune. Les fabricateurs des lois ne les feraient pas toujours si
+dures s'ils devaient en être les exécuteurs. Quand vint l'heure du
+dîner, quelques municipaux, sous la pression de l'arrêté dont ils
+avaient donné lecture, voyaient de graves inconvénients à ce que la
+famille royale se servît de fourchettes et de couteaux; d'autres
+consentaient à laisser les fourchettes; la contestation dura quelques
+instants; enfin, l'influence bienveillante dont nous venons de parler
+l'emporta, et la majorité décida qu'aucun changement ne serait fait,
+mais qu'à la fin de chaque repas couteaux et fourchettes seraient
+enlevés.
+
+La privation des petits instruments de travail retirés aux captives
+leur devint d'autant plus pénible qu'elles furent obligées de renoncer
+à différents ouvrages qui jusqu'alors avaient contribué à les
+distraire des longs ennuis de la prison. Un jour, Madame Élisabeth
+cousait les habits de Louis XVI, et n'ayant point de ciseaux, elle
+rompit le fil avec ses dents. «Quel contraste! lui dit le Roi, qui
+fixait sur elle un regard attendri, il ne vous manquait rien dans
+votre jolie maison de Montreuil.--Ah! mon frère, répondit-elle,
+puis-je avoir des regrets quand je partage vos malheurs?»
+
+Le samedi 8 décembre vint au Temple une commission chargée de vérifier
+les dépenses des détenus. Mandé devant elle pour donner des
+explications, Cléry eut l'occasion d'apprendre d'un municipal bien
+intentionné que la séparation de Louis d'avec sa famille, arrêtée
+seulement par la Commune, n'avait point été encore prononcée par la
+Convention. De son côté, Turgy était parvenu à se procurer un journal
+qui contenait le décret portant que _Louis Capet serait traduit à la
+barre de la Convention_; il remit à Cléry ce journal, ainsi qu'un
+mémoire publié par Necker sur le procès du Roi. Le seul moyen que
+trouva Cléry de communiquer ces deux pièces à la famille royale fut de
+les cacher sous un vieux meuble dans le cabinet de garde-robe, et d'en
+prévenir Madame Élisabeth.
+
+La visite de ces deux commissions qui venaient de se succéder à la
+Tour, l'une chargée _d'enlever les armes offensives et défensives_,
+l'autre de régler les dépenses, amena un nouvel arrêté du conseil
+général qui modifia quelques mesures prises antérieurement[35]. A
+dater de ce jour, le conseil du Temple fut transféré d'une salle du
+palais au rez-de-chaussée de la Tour, disposé pour le recevoir. Aux
+aides de cuisine Turgy, Chrétien et Marchand, il fut interdit de
+sortir à l'avenir du Temple; quant aux deux officiers municipaux de
+garde auprès des prisonniers de chaque étage, ils avaient devancé
+l'ordre formel qu'ils reçurent de demeurer tous deux pendant la nuit
+dans l'antichambre: depuis le 2 décembre, ils s'étaient, à cet égard,
+conformés à l'invitation verbale de la Commune.
+
+[Note 35: «Le conseil général arrête:
+
+ »1º Que le citoyen Cléry, valet de chambre des prisonniers, sera logé
+ et couchera dans la Tour, du côté gauche donnant dans la salle à
+ manger, sans qu'il puisse coucher ailleurs sous aucun prétexte;
+
+ »2º Que le conseil du Temple sera placé dans la Tour;
+
+ »3º Que le citoyen Mathey, concierge, aura la surveillance de ladite
+ Tour, et ne pourra en sortir sous aucun prétexte;
+
+ »4º Que les guichetiers actuels, devenant inutiles par la nouvelle
+ disposition, seront réformés immédiatement, après avoir été payés
+ de ce qui leur est dû;
+
+ »5º Que la cuisine sera placée dans la Tour, et que les agents
+ sous-employés ne sortiront point;
+
+ »6º Pendant la nuit, deux officiers municipaux garderont les
+ prisonniers de chaque étage;
+
+ »7º Et enfin la même cuisine servira pour les commissaires du Temple.»
+
+ * * * * *
+
+_Nota._ L'article 1º depuis longtemps était observé; chaque soir les
+municipaux avaient soin de fermer la porte de la chambre de Cléry,
+donnant dans le couloir qui conduisait à la chambre du Roi, et d'en
+emporter la clef. L'article 5º ne fut pas mis à exécution: il y eut
+impossibilité matérielle de placer la cuisine dans la Tour.]
+
+Aux mesures de précaution exercées dans l'intérieur du Temple
+répondaient au dehors les dispositions de police les plus sévères. A
+la veille du jour _où l'on allait juger les attentats portés à la
+souveraineté du peuple et prononcer sur leur auteur_, Roland, ministre
+de l'intérieur, mandait aux administrateurs des départements de Paris
+qu'_il était de leur devoir d'être en séance permanente_. Il les
+prévenait que le _conseil exécutif aurait séances extraordinaires tous
+les jours, matin et soir; qu'il fallait que, sitôt la réception de sa
+lettre, ils lui envoyassent aux Tuileries une députation, à l'effet
+de concerter toutes les mesures que nécessiterait la tranquillité
+publique; qu'il fallait de même qu'à l'instant ils se déclarassent
+aussi en séance permanente, et que leurs bureaux fussent dans une
+perpétuelle activité; qu'ils devaient requérir la même permanence de
+la municipalité, et avoir avec elle et avec le commandant de la force
+publique une correspondance non interrompue_.
+
+Le mardi 11 décembre, dès cinq heures du matin, la générale battait
+dans tous les quartiers de Paris, et peu d'instants après la cavalerie
+et le canon entraient dans la cour du Temple. Ce bruit et cet appareil
+eussent terrifié la famille royale si elle n'en avait pas connu la
+cause. Elle feignit cependant de l'ignorer, et demanda aux municipaux
+des explications qu'elle n'obtint pas. A neuf heures, comme les autres
+jours, Louis XVI et son fils montèrent pour le déjeuner dans
+l'appartement du troisième étage. Ils restèrent pendant une heure
+réunis en famille; mais la présence permanente des commissaires mit
+obstacle à toute confidence et à tout épanchement.
+
+A dix heures, on se sépara: les regards exprimaient seuls ce que les
+lèvres ne pouvaient dire. L'enfant, comme de coutume, descendit avec son
+père. A onze heures, deux municipaux vinrent le chercher pour le
+conduire chez sa mère. Louis XVI demanda le motif de cet enlèvement. Les
+commissaires répondirent qu'ils exécutaient les ordres qu'ils avaient
+reçus. Louis embrassa son fils, et chargea Cléry de l'accompagner. Un
+municipal presque aussitôt rentra chez le Roi pour lui annoncer que le
+maire de Paris était au conseil avec un nombreux cortége, et qu'il
+allait monter. Louis XVI resta pendant deux heures d'attente livré à ses
+tristes pensées. Le secrétaire-greffier de la Commune avait oublié
+l'ampliation du décret de la Convention, et il avait fallu envoyer
+chercher cet acte, afin de pouvoir procéder régulièrement. Ce ne fut
+qu'à une heure que Chambon se présenta, accompagné de Chaumette,
+procureur général de la Commune, de Coulombeau, secrétaire-greffier, de
+Santerre, commandant de la garde nationale; le maire annonça à Louis
+qu'il venait le chercher pour le conduire à la Convention, en vertu d'un
+décret dont le secrétaire-greffier allait lui faire lecture. Coulombeau
+lut le décret. A cette expression: _Louis Capet_ sera traduit, etc.,
+«_Capet_ n'est pas mon nom, dit le Roi; un de mes ancêtres l'a porté,
+mais ce n'est pas celui de ma famille.» Puis, s'adressant à Chambon:
+«J'aurais désiré, monsieur, que les commissaires m'eussent laissé mon
+fils pendant les deux heures que j'ai passées à vous attendre. Au reste,
+ce traitement est une suite de celui que j'éprouve ici depuis quatre
+mois. Je vais vous suivre, non pour obéir à la Convention, mais parce
+que mes ennemis ont la force en main.» Deux minutes après, on entendit
+de la Tour du Temple le bruit de la voiture qui allait jeter devant une
+assemblée arbitrairement érigée en tribunal le Prince de qui, selon les
+lois traditionnelles, émanait toute justice, et au nom duquel, pendant
+plus de dix-huit ans, avaient été rendus tous les arrêts des tribunaux
+en France. On devine les angoisses des prisonnières, n'ayant autour
+d'elles que des surveillants ennemis ou indifférents, condamnés au
+mutisme. Elles virent bientôt entrer chez elles Cléry, amené par un
+commissaire. Ce municipal, homme d'extérieur honnête et de manières
+polies, resté seul avec Cléry après le départ du Roi, lui avait appris
+que Louis ne reverrait plus sa famille, mais que le maire de Paris
+devait encore consulter quelques membres de la Convention sur cette
+séparation. Cléry avait profité du bon vouloir de ce commissaire pour se
+faire conduire près du petit Prince, qui était chez sa mère.
+
+On servit le dîner, comme de coutume, dans la salle à manger du Roi.
+Le repas fut court et silencieux. Les prisonnières remontèrent
+aussitôt chez la Reine. Un seul municipal resta près d'elle après le
+dîner; c'était un jeune homme d'environ vingt-quatre ans, de la
+section du Temple, et de garde à la Tour pour la première fois. Tandis
+que Marie-Antoinette liait conversation avec lui, l'interrogeant sur
+son état, ses parents, etc., Madame Élisabeth passait dans sa chambre
+et faisait signe à Cléry de la suivre. Elle apprit par lui que la
+Commune avait résolu de séparer le Roi de sa famille; que la
+Convention ne s'était pas encore prononcée à cet égard, mais que le
+maire devait en faire la demande, et que probablement cette séparation
+aurait lieu dès le soir même. «La Reine et moi, lui dit Madame
+Élisabeth, nous nous attendons à tout, et nous ne nous faisons aucune
+illusion sur le sort que l'on prépare au Roi; il mourra victime de sa
+bonté et de son amour pour son peuple, au bonheur duquel il n'a cessé
+de travailler depuis son avénement au trône. Qu'il est cruellement
+trompé, ce peuple! La religion du Roi et sa grande confiance dans la
+Providence le soutiendront dans cette suprême adversité.... Enfin,
+Cléry, ajouta Madame Élisabeth, pensant qu'elle parlait à son
+confident pour la dernière fois, vous allez rester seul près de mon
+frère, redoublez, s'il est possible, de soins pour lui; ne négligez
+aucun moyen pour nous faire parvenir de ses nouvelles; mais pour tout
+autre objet, ne vous exposez pas, car alors nous n'aurions plus
+personne à qui nous confier.»
+
+Madame Élisabeth et Cléry cherchèrent ensemble les moyens à employer
+pour entretenir une correspondance. Turgy fut nommé comme seul digne
+d'être admis dans le secret. On convint que Cléry, comme de coutume,
+garderait le linge du petit Prince; que tous les deux jours il
+enverrait ce qui serait nécessaire à cet enfant, et profiterait de
+cette occasion pour donner des nouvelles du Roi. «Si le Roi étoit
+indisposé, ajouta Madame Élisabeth, je tiens essentiellement à en être
+instruite. Prenez ce mouchoir, vous le retiendrez tant que mon frère
+se portera bien; s'il arrivait qu'il fût malade, vous me l'enverriez
+dans le linge de mon neveu. Prenez soin de le plier de cette
+manière-ci si l'indisposition est légère, et de cette manière-là si le
+mal est plus grave. Avez-vous entendu parler de la Reine aux
+municipaux? demanda encore Madame Élisabeth avec une sorte de terreur.
+Savez-vous quel sort on lui réserve? Hélas! que peut-on lui
+reprocher?--Rien, Madame, répondit Cléry; mais que peut-on reprocher
+au Roi?--Oh! rien, rien, dit Madame Élisabeth; mais le Roi, peut-être
+le regardent-ils comme une victime nécessaire à leurs projets, à leur
+sûreté même, tandis que la Reine, au contraire, et ses enfants, ne
+sont pas un obstacle à leur ambition.» Et comme Cléry exprimait
+l'espoir que le Roi ne serait condamné qu'à la déportation: «Oh! je ne
+conserve aucune espérance», répondit Madame Élisabeth en étouffant un
+sanglot.
+
+La crainte d'être surpris par un commissaire mit fin à cet entretien,
+le plus long et le plus libre que Madame Élisabeth ait eu avec le
+serviteur de son frère. Elle rejoignit la Reine. Tison dit alors à
+Cléry: «Vous n'êtes jamais resté si longtemps avec Élisabeth; il est à
+craindre que le municipal ne s'en soit aperçu.--Il n'y a rien à
+craindre, répondit nonchalamment Cléry; Madame Élisabeth me parlait de
+son neveu, lequel probablement demeurera désormais auprès de sa mère.»
+Un instant après, Cléry, rentré chez Marie-Antoinette, était informé
+par un regard de cette princesse qu'elle était déjà instruite des
+arrangements concertés.
+
+A six heures, le conseil du Temple manda Cléry, et lui fit lecture
+d'un arrêté de la Commune lui interdisant toute communication avec la
+femme, la soeur et les enfants de Capet durant le procès.
+
+A six heures et demie, Louis XVI, escorté comme à son départ, revint à
+la Tour. Il demande aussitôt qu'on le conduise auprès de sa famille,
+on s'y refuse. Il insiste pour que du moins on la prévienne de son
+retour; on lui promet que son désir sur ce point sera satisfait. La
+Reine, instruite sur-le-champ de son arrivée, demande à le voir; les
+commissaires répondent qu'ils n'ont pas le droit d'y consentir. Elle
+le fait demander au maire, qui n'a point encore quitté la salle du
+Conseil; Chambon ne donne aucune réponse.
+
+Après les agitations de cette journée, et malgré l'obsession des
+quatre municipaux qui l'environnent, Louis se remet tranquillement à
+sa lecture. A huit heures et demie, prévenu que son souper est prêt,
+il dit aux commissaires: «Ma famille ne descendra-t-elle pas?» Point
+de réponse. «Mais au moins, ajoute-t-il, mon fils passera la nuit chez
+moi, son lit et ses effets sont ici.» Même silence. En se levant de
+table, Louis insiste de nouveau sur le désir de voir sa famille; on
+lui répond qu'on attend la décision de la Convention. Cléry donne
+alors ce qui est nécessaire pour le coucher de l'enfant. Le Roi se
+coucha à la même heure et avec le même calme que de coutume.
+
+La même tranquillité était loin de régner au troisième étage: la Reine
+avait donné son lit à son fils, et resta toute la nuit debout, dans
+une douleur si morne que sa fille et sa soeur ne voulaient pas la
+quitter; mais elle les força de rentrer chez elles en les conjurant de
+se coucher[36], ce qu'elles firent. Marie-Thérèse seule s'endormit
+bientôt: heureux âge où le sommeil a encore plus d'empire que la
+douleur!
+
+[Note 36: Récit de Marie-Thérèse-Charlotte.]
+
+Le lendemain 12 décembre, la famille séparée demanda encore à se
+revoir. Mais on lui répondit encore qu'on attendait les ordres de la
+Convention. Dans la journée, une députation de l'Assemblée apporta au
+Temple le décret qui autorisait Louis XVI à prendre un conseil. Le
+Prince désigna Target, un des principaux rédacteurs de la
+Constitution, à son défaut Tronchet, et les deux s'il lui était
+permis de les prendre. Il ajouta qu'il serait nécessaire qu'on lui
+fournît de l'encre, du papier et des plumes. Les députés firent leur
+rapport à la Convention, qui chargea immédiatement le ministre de la
+justice de transmettre à Target et à Tronchet le choix que Louis avait
+fait d'eux pour le défendre, ordonna que les municipaux de service au
+Temple les laisseraient communiquer librement avec l'accusé, et
+fourniraient à celui-ci de l'encre, des plumes et du papier. Le jeudi
+13, au matin, la députation revint à la Tour, et apprit au Roi le
+refus de Target, qui se trouvait, disait-il, par l'état d'épuisement
+de sa santé, dans l'impossibilité d'accepter une tâche qui aurait
+réclamé toutes ses forces[37]. Elle lui dit qu'on avait envoyé
+chercher M. Tronchet à sa campagne de Palaiseau, et qu'on l'attendait
+dans la journée; puis elle lui donna lecture de plusieurs lettres
+adressées à la Convention, et qui toutes sollicitaient l'honneur que
+Target venait de refuser. Une de ces lettres était de M. de
+Malesherbes[38]. Une foule de Français se présentaient, sollicitant
+aussi la gloire de défendre un prince malheureux. Un grand nombre de
+pétitions arrivaient de tous les points de la France.
+
+[Note 37: Le lecteur doit connaître la lettre de cet avocat,
+ex-constituant, qui avait accepté la défense du méprisable cardinal de
+Rohan et qui refusait son ministère au Roi:
+
+«Depuis le décret de ce matin, il devient embarrassant pour moi
+d'avoir un avis sur les faits imputés à Louis XVI. Je dois au moins
+m'abstenir de le prononcer. Je satisferai ce devoir; mais âgé de près
+de soixante ans, fatigué de maux de nerfs, de douleurs de tête et
+d'étourdissements qui durent depuis quinze ans, qui m'ont fait quitter
+la plaidoirie en 1785, et que quatre années de travaux ont aigris à un
+point insupportable, je conserve à peine les forces suffisantes pour
+remplir pendant six heures dans chaque journée les fonctions paisibles
+de juge, et j'attends avec quelque impatience le moment d'en être
+déchargé par les prochaines élections. C'est dire assez qu'il m'est
+impossible de me charger de la défense de Louis XVI. Je n'ai
+absolument rien de ce qu'il faut pour un tel ministère, et par mon
+impuissance je trahirois à la fois et la confiance du client accusé et
+l'attente publique. C'est à l'instant même que j'apprends cette
+nomination, qu'il m'étoit impossible de prévoir. Un homme libre et
+républicain ne peut pas accepter des fonctions dont il se sent
+entièrement incapable.
+
+ »Le républicain TARGET.»
+
+ * * * * *
+
+Notre impartialité nous oblige à réunir toutes les pièces de ce procès
+sous les yeux du lecteur. Dans une lettre adressée à M. de Lamartine,
+le 22 mars 1847, lors de la publication de l'_Histoire des Girondins_,
+M. P. Target, alors auditeur au conseil d'État, explique ainsi la
+conduite de son grand-père: «M. Target, affaibli par une longue
+maladie, craignit que ses efforts restassent au-dessous de son zèle,
+et il aima mieux décliner l'honneur qui lui était fait que de
+présenter une défense incomplète. Mais s'il ne parla pas, il écrivit.
+Avant les plaidoiries, il fit imprimer, publier, colporter par les
+rues un écrit signé de son nom, et dans lequel il présentait avec
+beaucoup de force les seules raisons qui pussent alors sauver
+l'auguste accusé. Les faits que je viens de rappeler sont en outre
+consignés dans un éloge de mon grand-père prononcé en 1807 par M.
+Muraire, alors premier président à la Cour de cassation. «Lorsque,
+dans cette circonstance difficile, disait M. Muraire, M. Target,
+renonçant à tout ce qu'il eût obtenu, se dévouait à ce qui ne lui
+offrait que du danger, faut-il laisser peser sur sa mémoire
+l'impression fâcheuse et injuste produite par un fait que ses
+détracteurs n'ont pas pris la peine d'approfondir?»]
+
+[Note 38:
+
+ «Paris, 11 décembre 1792.
+
+»Citoyen président, j'ignore si la Convention donnera à Louis XVI un
+conseil pour le défendre et si elle lui en laisse le choix; dans ce
+cas-là, je désire que Louis XVI sache que, s'il me choisit pour cette
+fonction, je suis prêt à m'y dévouer. Je ne vous demande pas de faire
+part à la Convention de mon offre, car je suis bien éloigné de me
+croire un personnage assez important pour qu'elle s'occupe de moi.
+Mais j'ai été appelé deux fois au conseil de celui qui fut mon maître
+dans le temps que cette fonction étoit ambitionnée par tout le monde:
+je lui dois le même service lorsque c'est une fonction que bien des
+gens trouvent dangereuse. Si je connoissois un moyen possible pour lui
+faire connoître mes dispositions, je ne prendrois pas la liberté de
+m'adresser à vous. J'ai pensé que, dans la place que vous occupez,
+vous aurez plus de moyens que personne pour lui faire passer cet avis.
+
+»Je suis avec respect, etc.
+
+ »LAMOIGNON DE MALESHERBES.»]
+
+«Je suis sensible aux offres que me font ces personnes de me servir de
+conseil, répondit Louis XVI, et je vous prie de leur en témoigner ma
+reconnoissance. J'accepte M. de Malesherbes pour mon conseil. Si M.
+Tronchet ne peut me prêter ses services, je me concerterai avec M. de
+Malesherbes pour en choisir un autre.»
+
+Le Roi signa le procès-verbal de son acceptation, et le remit aux
+députés.
+
+Dans la matinée du 14 décembre, Tronchet se présenta au Temple.
+Arrêté, selon la consigne, dans le palais qui sépare la cour du
+jardin, il attendit que les commissaires vinssent l'y reconnaître.
+Conduit par eux dans la salle du Conseil, il y fut fouillé, puis il
+fut introduit dans la chambre de Louis XVI, comme le permettait le
+décret. En présence du jurisconsulte, le Prince se sentant appuyé sur
+son droit, réclama avec force la faculté de voir sa famille. N'osant
+ni accueillir ni repousser cette demande, le conseil du Temple en
+référa au conseil général de la Commune.
+
+Dans la même journée, Malesherbes fut aussi introduit, non sans avoir
+subi les formalités acerbes qui n'épargnaient personne. «Ah! c'est
+vous, mon ami? lui dit Louis XVI en le serrant dans ses bras et en le
+faisant entrer dans la tourelle; vous venez m'aider de vos conseils;
+vous ne craignez pas d'exposer votre vie pour sauver la mienne; mais
+tout sera inutile!--Non, Sire, je n'expose point ma vie, et je veux
+croire que celle de Votre Majesté ne court aucun danger. Sa cause est
+si juste et ses moyens de défense si puissants!--Si! si! ils me feront
+périr; mais ce sera gagner ma cause que de laisser une mémoire sans
+tache. Ma soeur, continua-t-il, m'a donné le nom et la demeure d'un
+prêtre insermenté qui pourrait m'assister dans mes derniers moments.
+Je vous prie de l'aller trouver de ma part, de lui remettre ce mot, et
+de le disposer à m'accorder ses secours. C'est une étrange commission
+pour un philosophe, n'est-ce pas? Ah! mon ami, combien je vous
+souhaiterais de penser comme moi! La religion instruit et console tout
+autrement que la philosophie.--Sire, cette commission n'a rien de si
+pressé, répondit Malesherbes.--Rien ne l'est davantage pour moi,»
+reprit le Roi. Le billet portait cette adresse: _A monsieur Edgeworth
+de Firmont, aux Récollets, à Paris_.
+
+Les deux défenseurs de Louis écrivirent à la Convention pour réclamer
+la communication des chefs d'accusation. Dès le lendemain,
+l'Assemblée, sur le rapport de sa commission des vingt et un, décréta
+que quatre membres de cette commission, nommés par elle-même, «se
+transporteraient sur-le-champ au Temple, remettraient à Louis les
+copies collationnées des pièces probantes de ses crimes, en
+dresseraient procès-verbal, puis placeraient sous ses yeux les
+originaux des pièces qui ne lui avaient point été présentées à la
+barre, et constateraient s'il les a reconnues.»
+
+Dans cette même journée, la Convention s'occupa aussi de la demande
+qu'avait faite le Roi de communiquer avec sa famille. L'autorisation
+fut d'abord accordée sans restriction; Tallien prétendit que la
+Commune de Paris ne se prêterait point à l'exécution d'un tel décret.
+L'Assemblée se sentit blessée par cette observation injurieuse, et
+ordonna que son auteur serait censuré et inscrit nominativement au
+procès-verbal[39]. Cependant l'autorisation déjà donnée fut combattue
+de nouveau; un moyen terme, qui était un refus déguisé, fut adopté, et
+vers une heure, le décret suivant fut apporté à la Tour: «La
+Convention nationale décrète que Louis Capet pourra voir ses enfants,
+lesquels ne pourront, jusqu'à jugement définitif, communiquer avec
+leur mère ni avec leur tante.» Louis XVI dit à Cléry: «Vous voyez dans
+quelle cruelle alternative ils me placent! Je ne puis me résoudre à
+garder mes enfants avec moi: pour ma fille, cela est impossible, et
+pour mon fils, je sens tout le chagrin que la Reine en éprouverait; il
+faut donc consentir à ce nouveau sacrifice. Ainsi, faites transporter
+son lit dans la chambre de sa mère.»
+
+[Note 39: Voir la séance de la Convention du 13 décembre 1792.]
+
+L'ordre généreux du Roi fut exécuté sur-le-champ. Le jeune Prince
+avait passé les trois dernières nuits couché sur un matelas. Cléry
+garda ses habits et son linge, et tous les deux jours il envoyait ce
+qui lui était nécessaire, selon les conventions secrètes arrêtées avec
+Madame Élisabeth.
+
+La députation de la commission des vingt et un, dont nous avons parlé,
+arriva au Temple vers trois heures et demie de l'après-midi. Elle
+était composée de Borie, Dufriche-Valazé, Poulain-Grandprey et Cochon,
+et accompagnée de Gauthier, employé au bureau des procès-verbaux de la
+Convention, nommé secrétaire de la commission; de Varennes, huissier
+de la Convention, et de Devaux, maréchal des logis des grenadiers de
+la gendarmerie nationale, commandant l'escorte des députés. Les
+municipaux vinrent vérifier leurs pouvoirs. L'un d'eux, nommé Périac,
+fit quelques difficultés pour recevoir Gauthier, Varennes et Devaux.
+«Le décret, dit-il, ne fait pas mention d'eux, et nous ne pouvons
+légalement les laisser entrer dans la Tour.» Cet obstacle levé par les
+autres membres de la Commune, la députation elle-même pénétra avec son
+entourage dans l'appartement de Louis XVI. Tronchet était près de ce
+prince. Borie annonça l'objet de la mission dont ses collègues et lui
+étaient chargés. La grande table de l'antichambre fut dressée au
+milieu de la chambre du Roi; on y plaça toutes les pièces du procès.
+Chacun prit place à l'entour: les conventionnels d'un côté, et de
+l'autre Louis XVI et son défenseur. Les deux commissaires de service
+s'assirent aussi dans la chambre; l'un d'eux était Mercereau, qui,
+après avoir travaillé quelque temps au Temple comme tailleur de
+pierre, y apparaissait cette fois comme membre du conseil général de
+la Commune.
+
+Conformément aux dispositions du décret, copie fut remise au Roi des
+pièces qu'on lui avait déjà communiquées à la barre, ainsi qu'une
+copie de l'inventaire énonciatif de ces pièces. Toutes furent
+successivement cotées, puis ensuite parafées par Louis XVI et par deux
+membres de la commission, Grandprey et Cochon. Le parafe du Roi
+n'était autre que la lettre L majuscule. On lui communiqua ensuite les
+originaux des pièces qui ne lui avaient point été présentées à la
+barre, et qui se trouvaient comprises en un second inventaire au
+nombre de cent sept; Gauthier, secrétaire de la commission, en donnait
+lecture; Valazé demandait au Roi: «Avez-vous connaissance, etc.?»
+Louis XVI répondait ordinairement oui ou non, sans autre explication.
+Borie les présentait à sa signature, ainsi que la copie que chaque
+fois Grandprey proposait de lui lire, et dont Louis le dispensait
+toujours. Cochon faisait l'appel par liasse et par numéro, et le
+secrétaire les enregistrait à mesure qu'elles étaient remises au Roi.
+
+Cette opération, commencée avant quatre heures, ne touchait pas encore
+à son terme, lorsqu'à neuf heures et demie Louis XVI interrompit la
+séance pour demander aux députés s'ils voulaient souper. Ils
+acceptèrent. Cléry leur fit aussitôt servir une volaille froide et
+quelques fruits dans la salle à manger. Tronchet ne voulut rien
+prendre, et demeura avec le Roi dans sa chambre. La Convention avait
+beau faire: la majesté du Roi survivait dans l'abaissement de
+l'accusé. Où avait-on vu avant cela un prévenu s'occupant des
+représentants de ses accusateurs comme un hôte s'occupe de ses
+invités, et veillant à ce que rien ne manquât à ceux qui s'occupaient
+de préparer son arrêt de mort?
+
+Après le souper, l'interrogatoire du royal accusé fut repris.
+Quelques-unes des liasses qu'on plaçait sous ses yeux (entre autres
+les numéros 18 et 53) contenaient des projets de constitution
+apostillés de sa main; plusieurs autres pièces (cotées 5, 6, 22, 31,
+78) étaient également annotées par lui, tantôt avec de l'encre, tantôt
+au crayon; la lettre cotée 30, adressée à M. de Bouillé, était tout
+entière de son écriture[40]; calme et presque distrait, il recevait
+toutes ces pièces _comme un grand seigneur reçoit les comptes de son
+intendant_[41]. Minuit sonnait au moment où s'acheva cette longue et
+pénible séance, en laquelle, au fantôme froid et hypocrite des
+procédures légales de la Convention nationale, la royauté déchue et
+accusée n'avait pu opposer que son calme et sa résignation. La
+commission sortit. Louis prit quelque nourriture, et sans se plaindre
+de la fatigue qu'il avait éprouvée, il demanda à Cléry si l'on avait
+retardé le souper de sa famille. Sur sa réponse négative: «J'aurais
+craint que ce retard n'eût inquiété la Reine et ma soeur», dit-il;
+puis il fit sa prière, se coucha, et s'endormit.
+
+[Note 40: Dans cette lettre, le Roi félicitait le général sur la
+conduite qu'il avait tenue à Nancy.]
+
+[Note 41: Séance du conseil général de la Commune du 27 décembre
+1792.]
+
+Malesherbes et Tronchet s'effrayaient, si ce n'est de la gravité, du
+moins du nombre des pièces d'accusation qu'il leur faudrait réfuter
+une à une; ils s'effrayaient davantage en réfléchissant que la
+Convention avait décrété qu'elle entendrait pour la dernière fois
+l'accusé le 26 décembre. Le Roi d'ailleurs s'opposait absolument à ce
+qu'ils sollicitassent aucun délai. Malesherbes le premier, craignant
+d'être vaincu par le temps ou trahi par sa propre force, songea à
+réclamer le concours d'un jeune avocat qui s'était fait un nom
+brillant au barreau de Paris; il proposa M. de Sèze à son collègue, et
+tous deux le proposèrent à Louis XVI. Le Prince ne connaissait M. de
+Sèze que de réputation. «Faites, dit-il en souriant: les médecins
+s'assemblent nombreux quand le danger est grand. Vous me prouvez que
+la maladie est de la dernière gravité; je vous montrerai, moi, que je
+suis bon malade.» Ses conseils demandèrent donc à l'Assemblée que, vu
+la brièveté du délai accordé, M. de Sèze leur fût adjoint dans la
+défense qui leur était confiée. Leur proposition fut accueillie dans
+la séance du lundi 17 décembre. Le jour même, vers les cinq heures du
+soir, les trois défenseurs vinrent au Temple, et depuis ce jour
+jusqu'au 26 décembre, ils virent régulièrement le Roi tous les trois.
+Ce malheureux Prince se sentait encouragé par leur zèle et leur
+dévouement; mais le fond de sa pensée était demeuré le même. Un jour,
+il prit à part M. de Malesherbes, et lui rappela que, dès leur
+première entrevue, il l'avait chargé d'une négociation qui
+l'intéressait vivement. «Si je n'ai pas cru, dit Malesherbes, rendre
+plus tôt compte au Roi de ma mission, je me suis toutefois conformé à
+ses ordres. M. Edgeworth ne demeure point aux Récollets; il a un
+pied-à-terre rue du Bac, mais depuis le mois de septembre il habite
+Choisy-le-Roy. Ne le connaissant point personnellement, je lui donnai
+rendez-vous chez madame de Sénozan, ma soeur. Là, Sire, je lui ai
+remis votre message, qui eût été sans doute une invitation pressante
+pour tout autre, mais qui était et qui est resté un ordre pour un tel
+homme. Il espère comme moi que la perversité humaine n'exigera jamais
+qu'il ait à vous donner une aussi cruelle preuve de dévouement. Il m'a
+chargé de mettre à vos pieds tout ce que lui dictait dans une
+circonstance si pénible un coeur flétri par la douleur.--Remerciez-le
+de ma part, répondit Louis XVI, et priez-le de ne pas quitter Paris
+dans ce moment.»
+
+Cependant Cléry avait trouvé le moyen de faire arriver par Turgy des
+nouvelles du Roi à Madame Élisabeth. Il fut lui-même, dans la journée
+du 17, averti par Turgy que cette princesse, en lui remettant sa
+serviette après le dîner, lui avait glissé dans la main un billet
+écrit avec des piqûres d'épingle, par lequel elle suppliait le Roi de
+lui écrire un mot de sa main. Cléry remit au Roi à son coucher ce
+billet de Madame Élisabeth. Possesseur de papier et d'encre depuis le
+commencement de son procès, Louis, dès le lendemain matin, écrivit à
+sa soeur une lettre qu'il remit décachetée à Cléry. «Il n'y a rien là
+qui puisse vous compromettre, lui dit-il, prenez-en lecture.» Le
+discret serviteur se permit sur ce point de désobéir à son maître, et
+remit la lettre à Turgy. Celui-ci rapporta la réponse dans un peloton
+de fil qu'il fit rouler sous le lit de Cléry en passant près de la
+porte de sa chambre. Ce mode de correspondance, inauguré ainsi,
+continua. Louis remettait des billets à Cléry, Cléry les revêtait de
+fil, de coton ou de laine, et les déposait dans l'armoire où étaient
+les assiettes pour le service de la table; Turgy presque immédiatement
+allait les prendre et les remettait à Madame Élisabeth. Moins observé
+que son camarade, Turgy, pour lui faire parvenir les réponses, avait
+recours à différents moyens; mais Cléry en inventa un qui remédia à
+bien des difficultés et épargna bien des périls. La bougie fournie
+pour le service du Roi était livrée en paquets ficelés; Cléry conserva
+la ficelle, et lorsqu'il en eut une assez grande quantité, il annonça
+à son maître qu'il pouvait à l'avenir rendre sa correspondance plus
+active. La fenêtre de la chambre de Madame Élisabeth répondait
+perpendiculairement à la fenêtre du petit corridor qui communiquait de
+la chambre de Louis XVI à celle de Cléry. En attachant les lettres à
+une ficelle, Madame Élisabeth pouvait donc les laisser glisser de sa
+croisée à celle de l'étage inférieur; l'abat-jour en forme de hotte
+placé à la fenêtre du corridor ne permettait pas de craindre que le
+message pût tomber dans le jardin; la ficelle qui descendrait la
+lettre pourrait remonter la réponse; on pourrait même, par la même
+voie, faire parvenir aux princesses un peu de papier et un peu
+d'encre, ressources dont elles étaient privées. La grande difficulté
+était levée: Cléry possédait la ficelle! Grâce aux intelligences entre
+lui et Turgy, Madame Élisabeth fut bientôt instruite du nouveau mode
+de correspondance qui avait été imaginé. Elle fut mise en possession
+de la ficelle, et, dans la matinée du 20 décembre, elle avertit Louis
+XVI qu'elle en ferait usage à huit heures du soir. C'est ainsi que le
+génie de la captivité inspirait aux membres infortunés de cette
+famille auguste les moyens de triompher de la surveillance haineuse
+qui croyait avoir rendu toute communication entre eux impossible.
+
+Ce jour-là, à quatre heures et demie, la députation de la commission
+des vingt et un, qui s'était présentée au Temple cinq jours
+auparavant, fut de nouveau introduite auprès de Louis, s'installa
+comme la première fois autour d'une table, et donna lecture à ce
+Prince de cinquante et une nouvelles pièces qu'il signa et parafa
+comme les précédentes. Ce travail dura une heure. Les membres de la
+commission et les défenseurs de Louis se rencontrèrent au pied de la
+Tour. Descendus avec les uns, Mathey et un municipal remontèrent avec
+les autres. Les affaires dont ses conseils devaient l'entretenir ne
+faisaient point oublier au Roi l'avis qu'il avait reçu de sa soeur. De
+son côté, Cléry avait tout disposé: il avait fermé la porte de sa
+chambre et celle du corridor, et s'était mis à causer tranquillement
+dans l'antichambre avec les commissaires de la Commune. Dès que
+l'aiguille marqua huit heures à la pendule de sa cheminée, Louis XVI
+se leva et sortit un instant: ses défenseurs ne se doutèrent point, en
+le voyant reparaître trois minutes après, qu'il venait de recevoir des
+nouvelles de sa famille et de lui transmettre lui-même les expressions
+de sa tendresse.
+
+Le Roi fit monter par cette poste aérienne quelques feuilles de papier
+blanc qui lui revinrent avec de douces consolations. C'était toujours
+à huit heures du soir qu'avait lieu cette correspondance.
+
+Louis XVI, depuis quelques jours, souffrait de la longueur de sa
+barbe; Cléry s'adressa aux municipaux pour obtenir des rasoirs. De
+leur côté, les princesses demandaient qu'il leur fût prêté des ciseaux
+pour se couper les ongles. Le conseil du Temple s'assembla pour
+statuer sur ces deux requêtes, et après un long examen, les renvoya à
+la décision de la Commune[42]. Celle-ci prit la résolution suivante:
+
+«Le conseil général, considérant que par l'événement du décret qui
+permet aux conseils de Louis Capet de communiquer librement avec lui,
+le conseil général n'est responsable que de l'évasion du prisonnier,
+consent que les rasoirs et les ciseaux demandés par les prisonniers
+leur soient accordés; arrête en outre que le présent arrêté ainsi que
+celui pris par les commissaires du Temple seront envoyés à la
+Convention.»
+
+[Note 42: _Extrait du registre des délibérations des commissaires de
+la Commune de service au Temple._
+
+ «Du 22 décembre 1792, an Ier de la République française.
+
+»A six heures du soir, le conseil s'est rassemblé pour prendre une
+délibération sur les deux objets ci-après:
+
+»1º Louis Capet paroît embarrassé de la longueur de sa barbe; il l'a
+témoigné diverses fois. On lui a proposé de le faire raser. Il en a
+montré de la répugnance, et a laissé voir le désir de se raser
+lui-même.
+
+»Le conseil pensa hier pouvoir lui donner l'espérance d'accéder
+aujourd'hui à sa demande; mais ce matin, on s'est aperçu que les
+rasoirs de Louis Capet n'étoient pas restés au Temple: on a pris de là
+occasion de discuter de nouveau la matière; elle a été amplement
+controversée, et le résultat a été l'opinion unanime de soumettre la
+question au conseil général de la Commune, qui, dans le cas où il
+jugera convenable de permettre à Louis Capet de se faire lui-même la
+barbe, voudra bien ordonner qu'il lui soit confié un ou deux rasoirs
+dont il fera usage sous les yeux de quatre commissaires auxquels ces
+mêmes rasoirs seront aussitôt rendus, et qui constateront que la
+remise leur en aura été faite.
+
+»2º La femme, la soeur et la fille de Louis Capet ont demandé qu'il
+leur soit prêté des ciseaux pour se couper les ongles.
+
+»Le conseil en ayant délibéré, a pareillement arrêté à l'unanimité que
+cette demande seroit soumise au conseil général de la Commune, qui
+seroit prié, dans le cas où il y donneroit son consentement, de fixer
+aussi le mode à employer à cet égard.
+
+»Arrête que la présente délibération sera envoyée au conseil général
+de la Commune dans le jour et d'assez bonne heure pour que la réponse
+soit connue dès aujourd'hui au conseil du Temple.
+
+»Et ont signé au registre:
+
+ »MAUBERT, DEFRASNE, JON, LANDRAGIN, ROBERT,
+ MALIVOIR et DESTOURNELLES.
+
+»Pour copie conforme, les jour, mois et an que dessus.
+
+ »DESTOURNELLES, officier municipal.»]
+
+Par suite de cet arrêté, le conseil du Temple confia deux rasoirs à
+Louis, à la condition de ne s'en servir que sous les yeux de deux
+municipaux, auxquels les rasoirs seraient tout aussitôt rendus; il en
+fut de même pour les ciseaux prêtés aux princesses.
+
+Noël approchait. Madame Élisabeth se préoccupait de la manière dont
+cette grande fête serait célébrée à Paris. Le lundi soir 24 décembre,
+Toulan et Lepitre se retrouvèrent ensemble de service au Temple. «La
+veille de Noël, raconte ce dernier, Chaumette fit arrêter que la messe
+de minuit ne seroit point célébrée; on lui représenta inutilement que
+cette défense pourroit donner lieu à quelque émeute; que le peuple
+n'étoit pas aussi philosophe que Chaumette et qu'il tenoit encore à
+ses anciens usages. On arrêta que des officiers municipaux ou des
+membres du conseil se rendroient aux différentes paroisses et
+s'opposeraient à ce qu'on ouvrît les portes. Qu'arriva-t-il? les
+membres de la Commune furent bafoués et battus; la messe fut chantée,
+et Chaumette en devint plus furieux contre la religion et ses
+ministres. Le 25 décembre, en entrant chez la Reine, je lui avois
+parlé de cet arrêté de la Commune, dont j'ignorois les suites. Le
+soir, nous vîmes arriver Beugniau, maître maçon, l'un de mes
+collègues, le visage légèrement balafré. Ce fut lui qui nous raconta
+de quelle manière les femmes de la halle l'avoient accueilli à
+Saint-Eustache.» Madame Élisabeth apprit ces détails sans étonnement
+et sans chagrin. «Il est bon, dit-elle, que le peuple sache que ceux
+qui prétendent le rendre libre ne veulent de liberté ni pour sa
+conscience ni pour ses prières.»
+
+Le jour de Noël, Louis, resté seul avec lui-même, écrivit son
+testament. Bien que personne n'ignore ces pages de piété, de clémence
+et de tendresse, nous croyons devoir en reproduire les passages qui se
+rapportent plus directement à notre sujet:
+
+«Je recommande à Dieu ma femme, mes enfants, ma soeur, mes tantes, mes
+frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang ou par
+quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu particulièrement
+de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma soeur,
+qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce
+s'ils viennent à me perdre, et tant qu'ils resteront dans ce monde
+périssable.
+
+»Je prie ma soeur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes
+enfants, et de leur tenir lieu de mère s'ils avoient le malheur de
+perdre la leur.
+
+»Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu'ils doivent à
+Dieu, qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux,
+soumis et obéissants à leur mère, et reconnoissants de tous les soins
+et les peines qu'elle se donne pour eux, et en mémoire de moi, je les
+prie de regarder ma soeur comme une seconde mère.»
+
+Le mercredi 26 décembre, le Roi, de peur que le bruit des tambours et
+le mouvement des troupes n'effrayassent sa famille, pria, dès le lever
+du jour, les commissaires de la prévenir qu'il allait être conduit à
+la barre de la Convention nationale. Il était cinq heures quand la
+voiture et son escorte rentrèrent au Temple: la journée avait été
+longue pour les prisonnières. Devinant leur inquiétude, Louis, dès
+qu'il fut rentré dans son appartement, prit la plume, et sans doute il
+pensa avec tristesse que les mots qu'il traçait avec empressement pour
+les rassurer ne leur parviendraient que trois heures plus tard. Ce ne
+fut en effet qu'à huit heures du soir qu'une lettre passait, par un
+fil invisible, du second au troisième étage de la tour.
+
+Le 1er janvier 1793, Cléry entra avant le jour dans la chambre de son
+maître, et entr'ouvrant les rideaux de son lit, lui demanda à voix
+basse la permission de lui présenter des voeux pour la fin de ses
+malheurs. «Je reçois vos souhaits», lui dit Louis XVI en lui tendant
+une main que Cléry baisa et mouilla de ses larmes. Le Roi se leva,
+poussa la porte entr'ouverte de sa chambre, et pria un commissaire
+d'aller s'informer de sa part de l'état de la santé de sa famille et
+de lui transmettre l'expression de ses voeux pour la nouvelle année.
+Les municipaux furent émus de l'accent avec lequel étaient prononcées
+ces simples paroles, si poignantes dans une telle situation. Le
+municipal chargé de cette mission rentra bientôt chez le Roi. «Votre
+famille, dit-il, vous remercie de vos souhaits, et vous adresse les
+siens.--Quel jour de nouvelle année!» dit Louis XVI.
+
+La jeune Marie-Thérèse tomba malade. Son père fut informé par la
+correspondance nocturne de sa situation; il s'en inquiéta assez pour
+ne plus songer à sa position personnelle. Dans ses épanchements avec
+ses défenseurs, sa parole, ses pensées revenaient sans cesse vers sa
+famille. «Au milieu de toutes mes tribulations, disait-il, la
+Providence m'a ménagé de tendres consolations; ma vie a dû un grand
+charme à mes enfants, à la Reine et à ma soeur. Je ne vous parlerai
+point de mes enfants, déjà si malheureux..... à leur âge!
+continua-t-il avec émotion; ni de ma soeur, dont la vie n'a été
+qu'affection, dévouement et courage. L'Espagne et le Piémont avaient
+paru désirer son alliance; à la mort de Christine de Saxe, les
+chanoinesses de Remiremont lui offrirent de l'élire abbesse; rien n'a
+pu la séparer de moi; elle s'est attachée à mes malheurs comme
+d'autres s'étaient attachés à mes prospérités! Mais je veux vous
+entretenir d'un cruel sujet de peine pour mon coeur; c'est de
+l'injustice des Français pour la Reine.»
+
+Alors il expliqua longuement la conduite de cette princesse, qui,
+ennemie de l'étiquette et de la contrainte, avait été jugée si
+sévèrement. «Ses manières, ajouta-t-il, nouvelles à la cour, se
+rapprochaient trop de mon goût naturel pour que je voulusse les
+contrarier..... D'abord, le public applaudissait à l'abandon des
+anciens usages; ensuite, il en a fait un crime..... Les factieux,
+dit-il en terminant, ne mettent cet acharnement à décrier et à noircir
+la Reine que pour préparer le peuple à la voir périr. Oui, mes amis,
+sa mort est résolue. En lui laissant la vie, on craindrait qu'elle ne
+me vengeât. Infortunée princesse! notre mariage lui promit un trône;
+aujourd'hui, quelle perspective lui offre-t-il?» L'émotion du Prince
+avait gagné ses trois défenseurs.
+
+Cependant Louis XVI était toujours préoccupé de la santé de sa fille.
+Les nouvelles qu'il en recevait chaque soir n'étaient pas entièrement
+satisfaisantes. Un municipal officieusement chargé par lui de
+s'informer de l'état des choses avait gardé le silence. Louis
+craignait que, pour lui épargner de la peine, on ne lui cachât une
+partie de la vérité. Il confia son inquiétude à ses défenseurs.
+Ceux-ci promirent de se plaindre au conseil de ce silence, qui
+devenait une torture de plus pour le Prince captif; mais à huit
+heures, les ayant quittés un instant, le Roi rentra, et comprimant à
+regret la joie de son coeur: «Messieurs, leur dit-il avant de se
+séparer, j'ai réfléchi sur la démarche que vous voulez faire: je vous
+prie de la remettre à demain, et même de ne la point tenter avant de
+m'avoir revu.» A leur arrivée, le lendemain, il leur dit: «Je sais
+maintenant que ma fille est mieux; que Brunyer doit venir la voir, et
+que la Reine est tranquille. Dieu soit loué!» C'était, on l'a deviné,
+une lettre de Madame Élisabeth, qui la veille au soir, avait apporté
+le calme et le bonheur dans l'âme de cet infortuné Prince.
+
+Le procès touchait à sa fin. Le jeudi matin 17 janvier, Paris apprit
+le vote de mort rendu dans la nuit. A neuf heures, les trois
+défenseurs arrivèrent au Temple. Cléry alla au-devant d'eux. «Tout est
+perdu, lui dit Malesherbes, le Roi est condamné.» Louis XVI était
+assis dans sa chambre, le dos tourné vers la porte, les coudes appuyés
+sur une table, le visage couvert de ses deux mains. S'étant levé pour
+recevoir ses visiteurs, il leur dit: «Depuis deux heures, je
+réfléchissais sur le passé; je recherchais dans ma mémoire si, durant
+le cours de mon règne, j'ai donné volontairement à mes sujets un sujet
+de plainte contre moi. Eh bien! je vous le jure en toute sincérité,
+comme un homme qui va paraître devant Dieu, j'ai constamment voulu le
+bonheur de mon peuple, et je n'ai pas formé un seul voeu qui lui fût
+contraire.»
+
+Le contraste des douces paroles du Prince avec l'arrêt de mort qu'on
+lui apportait, avait jeté le trouble dans l'âme de ses défenseurs.
+Malesherbes ne put contenir sa douleur; il se jeta aux pieds du Roi,
+et, suffoqué par les sanglots, il demeura sans voix. Louis XVI le
+releva et le serra dans ses bras avec effusion: «Je m'attendais à ce
+que vos larmes m'apprennent; remettez-vous donc, mon cher Malesherbes.
+Tant mieux; oui, mieux vaut sortir enfin d'incertitude! Si vous
+m'aimez, loin de vous attrister, ne m'enviez pas le seul asile qui me
+reste.» Et comme M. de Malesherbes essayait de lui persuader que tout
+espoir n'était pas perdu: «Non, il n'y a plus d'espoir, dit-il; la
+nation est égarée, et je suis prêt à m'immoler pour elle.--Sire, en
+sortant de la Convention, quelques personnes m'ont entouré, et m'ont
+assuré que de fidèles sujets arracheraient le Roi des mains de ses
+bourreaux ou périront avec lui.--Les connaissez-vous? demanda le
+Roi.--Non, Sire; mais je pourrais les retrouver.--Eh bien, tâchez de
+les rejoindre, et déclarez-leur que je les remercie du zèle qu'ils me
+témoignent. Toute tentative exposerait leurs jours sans sauver les
+miens. Quand l'usage de la force pouvait me conserver le trône et la
+vie, j'ai refusé de m'en servir: voudrais-je aujourd'hui faire couler
+pour moi le sang français!--Du moins, dit Tronchet, le Roi ne peut
+nous empêcher de nous servir de tous les moyens légaux. Nous le prions
+donc d'écrire de sa main et de signer la déclaration que voici.»
+Pressé par les instances de ses trois amis, Louis copia et signa les
+lignes suivantes, que Tronchet venait de rédiger sur le coin de la
+table:
+
+«Je dois à mon honneur, je dois à ma famille, de ne point souscrire à
+un jugement qui m'inculpe d'un crime que je ne puis me reprocher. En
+conséquence, je déclare que j'interjette appel à la nation elle-même
+du jugement de ses représentants, et je donne par ces présentes à mes
+défenseurs le pouvoir spécial, et je charge spécialement leur
+fidélité, de faire connoître cet appel à la Convention nationale par
+tous les moyens qui seront en leur pouvoir, et de demander qu'il en
+soit fait mention dans le procès-verbal de ses séances.
+
+»Fait à la tour du Temple, ce 16 janvier 1793.»
+
+Ayant tracé cet écrit, le Roi hésitait encore à le remettre à ses
+conseils. «Donnez, Sire, dit de Sèze, c'est beaucoup plus dans
+l'intérêt du peuple que dans celui du Roi que nous vous le
+demandons.--Non, reprit Louis XVI avec une bonté souriante qu'il est
+impossible de peindre, c'est beaucoup plus dans mon intérêt que dans
+celui du peuple que vous me le demandez; mais moi, je vous le donne
+dans son intérêt beaucoup plus que dans le mien. Le sacrifice de ma
+vie est si peu de chose auprès de sa gloire ou auprès de son bonheur!
+Et ne croyez pas, messieurs, que la Reine et ma soeur montrent moins
+de force et de résignation que moi. Mourir est préférable à leur
+sort.»
+
+Les défenseurs se retirèrent le coeur brisé, et cependant ils ne se
+doutaient pas qu'ils avaient vu le Roi pour la dernière fois. Le reste
+de la journée s'écoula lentement; la soirée fut encore plus triste.
+Louis XVI, comme de coutume, reçut des nouvelles de sa famille; mais
+les consolations qui s'échangeaient la nuit entre les deux étages se
+tournaient en afflictions profondes: le crieur avait appris au Temple
+la condamnation du Roi: femme, soeur, enfants, tout était plongé dans
+le désespoir.
+
+Guadet appuya l'ajournement demandé par de Sèze, Tronchet et
+Malesherbes. Merlin (de Douai) et Tallien le combattirent, le premier
+au nom du droit, le second par pitié. «C'est, dit Merlin (de Douai),
+dans l'institution des jurés qu'il est question du nombre des voix
+nécessaire pour la condamnation d'un accusé. Mais il n'en est pas
+question dans le Code pénal. C'est là l'erreur de Tronchet; il ne faut
+pas accorder les honneurs de l'ajournement à une erreur aussi
+grossière.» La Convention, convaincue par cet argument équivoque de
+l'auteur de la loi sur les suspects, décréta qu'il n'y avait pas lieu
+à délibérer sur l'ajournement proposé, et ajourna au lendemain la
+question de savoir si, oui ou non, il y aurait sursis à l'exécution du
+décret de mort contre Louis.
+
+Tallien s'opposa à la remise de la séance au lendemain. «Je motive mon
+opinion, s'écria-t-il, sur une raison d'humanité; je le répète, sur
+une raison d'humanité. Louis XVI sait qu'il est condamné; il sait que
+la motion a été faite de surseoir à son exécution; ne prolongeons pas
+les moments de sa souffrance; il est barbare de le laisser plus
+longtemps dans l'agonie; ne lui donnons pas dix fois la mort.» Cet
+homme, qui, après une séance de trente-six heures agitée par les
+passions les plus effrénées, réclamait une solution définitive de la
+question qui tenait la France et l'Europe en émoi, cet homme, qui
+invoquait l'humanité avec des cris de sang, ne fut point écouté: sur
+la demande de la Révellière-Lepaux et de Daunou, l'ajournement pur et
+simple fut prononcé. Mais la nuit ne porta point conseil aux Legendre,
+aux Couthon, aux Duhem, aux Robespierre. Dès la séance du lendemain,
+toute délibération sur le sursis fut écartée par eux et leurs séides.
+Buzot leur dit en vain: «Le défaut de formes vous sera reproché un
+jour si vous ne mettez un intervalle entre votre jugement et son
+exécution; et ce reproche, qui ne vous paraît rien aujourd'hui, vous
+paraîtra terrible lorsque les passions du moment auront fait place aux
+malheurs qui suivront l'exécution de ce jugement rendu, d'ailleurs, à
+une simple majorité de cinq voix.»
+
+Manuel, qui avait aussi donné de terribles gages à la révolution,
+s'indigna tout à coup des violences et des séductions exercées sur la
+conscience des députés. Obsédé de remords et sous le coup de cette
+terreur morale qui se change en courage, il osa, comme l'intrépide
+Lanjuinais, reprocher aux juges du malheureux Roi la violation de
+toutes les formes et de tous les principes. Ses complices s'étonnèrent
+d'un langage nouveau dans sa bouche, et le marquèrent pour le
+bourreau. Révolté de l'acharnement de Robespierre et de ses adhérents
+contre toute délibération sur le sursis, il quitta le bureau; on
+voulut s'opposer à son passage; il sortit néanmoins, et rentra
+quelques minutes après. Mais le soir, comme il se retirait, il fut
+assailli par les mêmes députés, et ses jours coururent le plus grand
+danger. Il ne reparut plus à l'Assemblée, et donna sa démission dans
+des termes qui rachèteront une partie de ses torts aux yeux de la
+postérité[43].
+
+[Note 43:
+
+«Citoyen président,
+
+»Représentant du peuple, je connois mes droits et mes devoirs, et j'ai
+toujours trop bien rempli les uns pour jamais perdre les autres.
+
+»Un délit a été commis en moi contre la nation: ne pas le dénoncer à
+la nation, ce seroit la trahir.
+
+»Secrétaire de la Convention, après une séance de quarante heures, où
+s'est décidé à cinq voix le sort de plus d'un empire, je sortois avec
+le besoin extrême d'un air plus pur, lorsqu'une bande de _juges_ tombe
+sur moi, _sur le député d'un peuple libre_! Mon premier mouvement fut
+de les punir à l'instant; mais j'étois dans la Convention, c'étoit à
+la Convention entière à se venger.
+
+»Représentants, qu'avez-vous fait? Avec la toute-puissance, vous
+n'avez pas celle d'envoyer aux quatre-vingt-quatre départements la
+liste de quelques désorganisateurs qui, par le seul talent de faire du
+bruit, vous ôtent la force de faire du bien.
+
+»La première fois que vous vous êtes laissé avilir, législateurs, vous
+avez exposé la France. Et tels que vous êtes (la vérité m'échappe),
+oui, tels que vous êtes, vous ne pouvez pas la sauver. L'homme de bien
+n'a plus qu'à s'envelopper de son manteau.
+
+»Pour moi, citoyen président, qui, quand je n'espère plus, ne crains
+encore rien, après avoir protesté à la Convention que je me
+précipiterois devant elle dans le gouffre de Curtius pour que le
+peuple fût enfin heureux, je crois devoir à ma conscience et à mes
+principes de la prévenir par ma démission, que je vous prie de
+recevoir, qu'il n'est pas en moi de le servir au poste où il m'a mis.
+
+»Je le servirai mieux dans mes foyers en me consacrant par mes écrits
+et par mes exemples à l'éducation de mes enfants, car il ne manque à
+la révolution que des hommes.»]
+
+Le dimanche 20 janvier, à deux heures, le conseil exécutif vint
+notifier au prisonnier les décrets qui le condamnaient à la peine de
+mort. La lecture de ces décrets lui fut faite par Grouvelle,
+secrétaire du conseil. Le Roi l'entendit sans que la moindre
+altération parût sur ses traits. Il tira de sa poche un portefeuille
+dans lequel il plaça le décret qu'il venait de prendre de la main de
+Grouvelle; puis retirant un autre papier de ce même portefeuille, il
+dit à Garat: «Monsieur le ministre de la justice, je vous prie de
+remettre sur-le-champ cette lettre à la Convention nationale.» Garat
+paraissant hésiter, Louis XVI ajouta: «Je vais vous en faire lecture»;
+et il lut d'une voix ferme ce qui suit:
+
+«Je demande un délai de trois jours pour pouvoir me préparer à
+paroître devant Dieu. Je demande pour cela de pouvoir librement voir
+la personne que j'indiquerai aux commissaires de la Commune, et que
+cette personne soit à l'abri de toute crainte et de toute inquiétude
+pour cet acte de charité qu'elle remplira près de moi.
+
+»Je demande d'être délivré de la surveillance perpétuelle que le
+conseil général a établie depuis quelques jours.
+
+»Je demande, dans cet intervalle, de pouvoir voir ma famille quand je
+le demanderai, et sans témoins. Je désirerois bien que la Convention
+nationale s'occupât tout de suite du sort de ma famille, et qu'elle
+lui permît de se retirer librement où elle le jugeroit à propos.
+
+»Je recommande à la bienfaisance de la nation toutes les personnes qui
+m'étoient attachées: il y en a beaucoup qui avoient mis toute leur
+fortune dans leurs charges, et qui, n'ayant plus d'appointements,
+doivent être dans le besoin, ainsi que d'autres qui ne vivoient que de
+leurs appointements. Dans les pensionnaires, il y a beaucoup de
+vieillards, de femmes et d'enfants, qui n'avoient que cela pour vivre.
+
+»Fait à la tour du Temple, le vingt janvier mil sept cent
+quatre-vingt-treize.
+
+ »LOUIS.»
+
+ * * * * *
+
+Garat assura le Roi qu'il allait remettre sa lettre à la Convention.
+«Monsieur, ajouta Louis XVI, si la Convention accorde ma demande pour
+la personne que je désire, voici son adresse.» Ouvrant alors de
+nouveau son portefeuille, il en tira un papier sur lequel étaient
+écrits ces mots: M. Edgeworth de Firmont, rue du Bac, nº 483. Le Roi
+remit cette adresse à un municipal, et fit quelques pas en arrière;
+Garat et ceux qui l'accompagnaient sortirent[44]. Le ministre se hâta
+de communiquer à ses collègues les dernières demandes du Roi,
+d'appeler sur elles les décisions de la Convention, et d'envoyer
+chercher le prêtre que réclamait le condamné.
+
+[Note 44: Compte rendu à la Convention par le ministre de la justice.]
+
+Il était quatre heures et demie lorsque Garat lui-même rapporta au
+Roi la réponse de la Convention, dont voici les termes: «Il est libre
+à Louis d'appeler tel ministre du culte qu'il jugera à propos, et de
+voir sa famille librement et sans témoin; la nation, toujours grande
+et toujours juste, s'occupera du sort de sa famille; il sera accordé
+aux créanciers de sa maison de justes indemnités; la Convention
+nationale passe à l'ordre du jour sur le sursis de trois jours.»
+
+Louis XVI ne fit aucune observation. Les moments qui lui restent vont
+se partager entre sa famille, objet de ses affections terrestres, et
+son Créateur, qui le rappelle à lui. L'abbé Edgeworth parut bientôt.
+«Arrivé à l'appartement du Roi, dont toutes les portes étoient
+ouvertes, a-t-il écrit lui-même, j'aperçus ce Prince au milieu d'un
+groupe de huit ou dix personnes: c'étoit le ministre de la justice,
+accompagné de quelques membres de la Commune, qui venoit de lui lire
+le fatal décret qui fixoit irrévocablement sa mort au lendemain.
+
+»Il étoit au milieu d'eux calme, tranquille, gracieux même; et pas un
+de ceux qui l'environnoient n'avoit l'air aussi assuré que lui. Dès
+que je parus, il leur fit signe de la main de se retirer; ils
+obéirent; lui-même ferma la porte après eux, et je restai seul dans la
+chambre avec lui. Jusqu'ici j'avois assez bien réussi à concentrer les
+différents mouvements qui agitoient mon âme; mais à la vue de ce
+Prince, autrefois si grand et alors si malheureux, je ne fus plus
+maître de moi-même; mes larmes s'échappèrent malgré moi, et je tombai
+à ses pieds sans pouvoir lui faire entendre d'autre langage que celui
+de ma douleur; cette vue l'attendrit mille fois plus que le décret
+qu'on venoit de lui lire. Il ne répondit d'abord à mes larmes que par
+les siennes; mais bientôt reprenant son courage: «Pardonnez, me
+dit-il, monsieur, pardonnez à ce moment de foiblesse, si toutefois on
+peut le nommer ainsi. Depuis longtemps je vis au milieu de mes
+ennemis, et l'habitude m'a en quelque sorte familiarisé avec eux; mais
+la vue d'un sujet fidèle parle tout autrement à mon coeur; c'est un
+spectacle auquel mes yeux ne sont plus accoutumés, et il m'attendrit
+malgré moi.»
+
+A huit heures, la conversation fut interrompue par un commissaire qui
+prévint le Roi que sa famille allait descendre. Louis XVI ne put
+dissimuler son émotion: «Si l'on ne me permet point de monter chez
+elle, dit-il aux municipaux, je pourrai du moins la voir seule dans ma
+chambre?--Non, répondit l'un d'eux, nous avons arrêté avec le ministre
+de la justice que ce sera dans la salle à manger.--Vous avez entendu,
+répliqua Louis XVI, que le décret de la Convention me permet de la
+voir sans témoin.--Cela est vrai, dirent les commissaires, vous serez
+en particulier; on fermera la porte, mais par le vitrage nous aurons
+les yeux sur vous.--Faites descendre ma famille.» Le Roi entra dans la
+salle à manger; Cléry l'y suivit, et s'occupa à ranger la table de
+côté et à placer des chaises dans le fond. Louis XVI lui dit: «Il
+faudrait apporter un peu d'eau et un verre.» Sur une table se trouvait
+une carafe d'eau à la glace; Cléry n'apporta qu'un verre, qu'il plaça
+près de cette carafe. «Si la Reine buvait de cette eau-là, lui dit le
+Roi, elle pourrait en être incommodée: apportez de l'eau qui ne soit
+pas à la glace. Je craindrais que la vue de M. de Firmont ne fît trop
+de mal à ma famille: priez-le de ne pas sortir de mon cabinet.»
+
+En disant ces mots, Louis XVI prêtait l'oreille au bruit du dehors,
+allait, venait, s'arrêtait à tout moment à la porte d'entrée.....
+Enfin cette porte s'ouvre: Marie-Antoinette paraît la première, tenant
+son fils par la main; ensuite Marie-Thérèse et Madame Élisabeth. Des
+cris de douleur se mêlent seuls aux embrassements qui s'échangent. La
+Reine fait un mouvement comme pour entraîner le Roi dans sa chambre.
+«Non, lui dit celui-ci, passons dans cette salle, c'est là seulement
+que je puis vous voir.» Ils entrent dans la salle à manger, dont les
+commissaires referment la porte, qui, ainsi que la cloison, est en
+vitrage. On s'assied, la Reine à la gauche du Roi, Madame Élisabeth à
+sa droite, la jeune princesse presque en face, et le petit prince
+entre les jambes de son père. Pendant plus d'un quart d'heure, pas une
+parole ne put se faire entendre. Ce n'étaient même pas des larmes, ce
+n'étaient même pas des sanglots: c'était un cri perçant de désespoir
+qui devait être entendu dans les cours, dans le jardin et dans les
+rues voisines. Le Roi, la Reine, leurs enfants, leur soeur, tous se
+lamentaient à la fois. Enfin les larmes coulèrent, et ne s'arrêtèrent
+que lorsqu'on n'eut plus la force d'en répandre. Alors Louis XVI parla
+de son procès comme si c'était le procès d'un autre, excusa ses juges
+et recommanda de leur pardonner. Sa femme demanda avec instance que
+toute la famille passât la nuit avec lui; il se refusa cette
+consolation, en disant qu'il avait besoin de calme et de
+recueillement.
+
+Cette scène inexprimable dura sept quarts d'heure. Le Roi en voulut
+marquer la fin de manière à graver ses derniers sentiments dans le
+coeur de ses enfants. «Mon père, raconte Madame Royale, au moment de
+se séparer de nous pour jamais, nous fit promettre à tous de ne jamais
+songer à venger sa mort. Il était bien assuré que nous regardions
+comme sacré l'accomplissement de sa dernière volonté; mais la grande
+jeunesse de mon frère lui fit désirer de produire sur lui une
+impression encore plus forte. Il le prit sur ses genoux, et lui dit:
+_Mon fils, vous avez entendu ce que je viens de dire; mais comme le
+serment a encore quelque chose de plus sacré que les paroles, jurez en
+levant la main que vous accomplirez la dernière volonté de votre
+père_. Mon frère lui obéit en fondant en larmes, et cette bonté si
+touchante fit encore redoubler les nôtres.»
+
+A dix heures un quart, le Roi se leva le premier; tous s'attachèrent à
+lui: la Reine le prit par le bras droit, Madame Élisabeth par le bras
+gauche; Marie-Thérèse, du même côté que sa tante, mais un peu devant,
+tenait son père embrassé par le milieu du corps; le Dauphin, placé
+devant sa mère, la tenait d'une main et donnait l'autre à son père.
+Tous firent quelques pas vers la porte d'entrée; les gémissements
+redoublèrent. «Je vous assure, dit alors Louis XVI, que je vous verrai
+demain matin à huit heures.--Vous nous le promettez?--Je vous le
+promets.--Pourquoi pas à sept heures? dit Marie-Antoinette.--Eh bien,
+oui, répond le Roi, à sept heures; adieu!...» A ce mot d'adieu, Madame
+Royale tombe évanouie aux pieds de son père. Madame Élisabeth et Cléry
+la relèvent et la soutiennent. Le Roi, pressé de mettre fin à une
+telle scène, leur donne un dernier embrassement et s'arrache de leurs
+bras. Les portes se ferment, mais elles n'empêchent point le Roi
+d'entendre les cris de désespoir des princesses qui remontent
+lentement dans leur chambre. L'exaltation de la Reine avait quelque
+chose de fébrile qui agitait tout son être. Madame Élisabeth, tenant
+ses genoux embrassés et pleurant à chaudes larmes, la conjura de se
+calmer, en faisant à Dieu l'offrande de ses angoisses et en implorant
+sa miséricorde. Dans l'excès de son désespoir, la Reine ne pouvait
+prier, la Reine ne pouvait être consolée. Elle essaya de déshabiller
+son fils, accablé lui-même de fatigue et de chagrin; elle espérait
+qu'à son âge le sommeil s'emparerait bientôt de lui et lui enlèverait
+le sentiment de ses peines. Mais la pauvre mère présumait trop de ses
+propres forces, et peut-être sans l'assistance de sa belle-soeur ne
+serait-elle point parvenue à coucher son enfant.
+
+Dès qu'il fut endormi, Madame Élisabeth et Marie-Thérèse supplièrent
+la Reine de se coucher. La Reine leur résista longtemps; puis, pour
+les tranquilliser, elle finit par se jeter tout habillée sur son lit.
+Mais que cette nuit fut longue et terrible! Depuis onze heures du soir
+jusqu'à cinq heures du matin, sa soeur et sa fille l'entendirent
+incessamment trembler de froid et de terreur. Souvent elles avaient
+prêté l'oreille au bruit de ce qui pouvait se passer dans la tour:
+elles n'avaient rien entendu.
+
+Le 21, avant le jour, Madame Élisabeth se leva et fit une courte
+prière, pendant laquelle la Reine s'habilla. Les deux princesses
+habillèrent alors les enfants. Le rappel commençait à battre dans les
+sections de Paris. Chaque bruit du dehors retentissait au coeur des
+prisonniers du Temple. Marie-Antoinette, Madame Élisabeth, les deux
+enfants, déjà debout, attendaient dans une agitation indicible
+l'époux, le frère, le père qu'ils ne devaient plus revoir. A six
+heures un quart, on ouvrit leur porte, et ce fut pour eux tout
+ensemble comme un rayon d'espoir et un mouvement de terreur. La Reine
+s'informa douloureusement de ce qui se passait. «Ma soeur, lui dit
+Madame Élisabeth, c'est un livre qu'on vient chercher pour la messe du
+Roi. Un instant après, cette sainte princesse se mit à genoux; sa
+nièce s'agenouilla aussitôt à peu de distance d'elle. La Reine, qui
+sanglotait en embrassant son fils, se calma à l'aspect de ces deux
+femmes courbées devant Dieu, et quelques minutes après, elle
+s'agenouilla avec le Dauphin devant une chaise qui les séparait, mais
+sur laquelle leurs mains s'entrelaçaient en se joignant. De temps en
+temps, la Reine levait la tête et regardait la pendule; sa soeur et
+ses enfants en faisaient autant; chaque minute qui s'écoulait ajoutait
+aux tortures de cette famille infortunée. Cette aiguille qui marchait
+allait marquer la mort de ce qu'elles avaient de plus cher au monde.
+Quoi de plus atroce que de pleurer un mari, un père, un frère plein de
+vie, comme s'il n'était déjà plus, sans pouvoir arrêter ni le cours
+inflexible des heures ni la cruauté des hommes aussi implacable que
+le temps! Un redoublement de bruit se fit dans l'enceinte et au dehors
+même du Temple. C'était le moment du départ. Nulle parole ne peut
+rendre la scène déchirante qui se passa alors. De malheureuses femmes
+en proie au désespoir, essayant d'obtenir une pitié impossible; un
+enfant s'échappant de leurs bras et courant, éperdu, égaré, vers les
+commissaires, vers les geôliers, et s'écriant avec des sanglots:
+«Laissez-moi passer, messieurs, laissez-moi passer!--Où veux-tu
+aller?--Parler au peuple pour qu'il ne fasse pas mourir mon père. Au
+nom de Dieu, laissez-moi passer!»
+
+Pauvre enfant! il ignorait que les commissaires étaient sourds, que
+les geôliers étaient insensibles, que le peuple était opprimé, abusé
+ou perverti; il ignorait qu'une minorité audacieuse et perverse
+étouffait tous les élans généreux de la France!
+
+
+
+
+LIVRE NEUVIÈME.
+
+DEPUIS LA MORT DE LOUIS XVI JUSQU'À LA TRANSLATION DE MARIE-ANTOINETTE
+À LA CONCIERGERIE.
+
+21 JANVIER--2 AOÛT 1793.
+
+ «Ne craignez rien de ce que vous avez à souffrir... Soyez fidèles
+ jusqu'à la mort, et je vous donnerai la couronne de vie.»
+
+ _Apocalypse_, chap. II, v. 10.
+
+ La voiture qui emportait Louis XVI s'acheminait vers l'échafaud.
+ -- Angoisses de sa famille. -- La Reine craignant que l'émotion
+ et toute abstinence de nourriture ne fassent défaillir ses
+ enfants, les engage à prendre quelque nourriture. -- Entretien
+ avec Cléry. -- Vêtements de deuil demandés. -- Bruit nocturne. --
+ Paroles de Madame Élisabeth. -- La jeune Marie-Thérèse malade. --
+ Mot touchant de cette princesse. -- Les vêtements de deuil sont
+ apportés. -- Pressentiment de la Reine. -- Exhortation de Madame
+ Élisabeth. -- Lepitre et Toulan de service au Temple. -- Louis
+ XVII chante un couplet adressé à sa tante. -- Soins de celle-ci
+ prodigués aux deux enfants. -- Projet d'évasion proposé à la
+ Reine et à Madame Élisabeth. -- L'exécution est ajournée. --
+ Toulan remet à la Reine l'anneau nuptial et le cachet du Roi. --
+ Sur les instances de Madame Élisabeth, le projet d'évasion est
+ repris. -- Au moment de l'exécution, la Reine refuse, ne voulant
+ pas être sauvée sans ses enfants. -- Elle remercie Toulan, et lui
+ rend l'anneau et le cachet du Roi, le priant de les remettre à M.
+ de Jarjayes. -- Défection de Dumouriez. -- Création du Comité de
+ salut public. -- Louis XVII proclamé roi à l'étranger. --
+ Acrimonie et cruauté des Tison. -- Dénonciation faite par eux à
+ la Commune. -- Hébert se rend à la tour. -- Fouille à laquelle il
+ préside. -- Louis XVII malade. -- Le médecin ordinaire des
+ prisons commis pour lui donner des soins. -- Lutte des Girondins
+ et des Montagnards. -- La commission des douze. -- Les barrières
+ fermées. -- Michonis. -- Graves paroles de Madame Élisabeth et de
+ la Reine. -- Le baron de Batz: complot formé par lui pour
+ délivrer la famille royale. -- Insuccès fortuit que Simon
+ s'approprie. -- Arrêtés du Comité de salut public. -- Louis XVII
+ séparé de sa mère et de sa tante. -- Désespoir de la Reine;
+ consolations que lui prodigue Madame Élisabeth. -- Bruit répandu
+ de l'évasion du petit Capet. -- Députation envoyée au Temple pour
+ s'assurer de ce qu'il y a de vrai dans ce bruit. -- Réclamations
+ stériles adressées par Marie-Antoinette à cette députation. --
+ Manière dont Drouet rend compte de sa mission à la Convention. --
+ Tison converti par les vertus de la Reine et de Madame Élisabeth.
+ -- La femme Tison à leurs pieds est relevée par elles. -- Éloge
+ qu'elle fait d'elles à Meusnier. -- La femme Tison folle et en
+ proie aux convulsions. Elle est soignée par les princesses, puis
+ conduite à l'Hôtel-Dieu, où une femme de police est placée près
+ d'elle, chargée de recueillir tout ce qu'elle pourra dire dans
+ son délire. -- Tison essaye de racheter par son dévouement le mal
+ qu'il a fait aux royales prisonnières, et leur cache avec soin
+ les mauvais traitements que Simon fait subir à leur enfant. -- Il
+ leur apprend que presque tous les jours on le conduit au jardin
+ pour y jouer, et souvent aussi sur la plate-forme de la Tour
+ pour y respirer un bon air. -- Longues stations de sa mère, de sa
+ tante, de sa soeur, au sommet de la Tour pour y apercevoir passer
+ ce cher enfant. Elles le voient, mais pour leur malheur!
+
+
+Le bruit sourd qui avait annoncé la sortie du Roi de la tour du Temple
+se prolongea longtemps, et ce bruit, en s'affaiblissant dans l'espace,
+ne pouvait qu'aggraver encore les angoisses de sa famille; car à
+mesure que ce bruit s'éloignait, le Roi se rapprochait de l'échafaud.
+Marie-Antoinette, craignant que ses enfants, épuisés par le manque de
+nourriture aussi bien que par la privation du sommeil, n'eussent pas
+la force de supporter cette terrible épreuve, les engagea, vers dix
+heures, à prendre quelque nourriture; les pauvres enfants refusèrent,
+en recommençant à pleurer. Une demi-heure après, des cris de joie et
+des détonations d'armes se firent entendre. Madame Élisabeth, levant
+les yeux au ciel, s'écria: «Les monstres! les voilà contents!» A cette
+exclamation, Marie-Thérèse jeta des cris perçants; son petit frère
+fondit en larmes; leur mère, le front baissé, les yeux hagards,
+demeura plongée dans un désespoir morne et immobile qui ressemblait à
+la mort. Dans l'après-midi, la Reine et Madame Élisabeth demandèrent à
+voir Cléry: la vue de cet honnête homme resté dans la tour jusqu'au
+dernier moment avec Louis XVI augmenta tout ensemble et soulagea leur
+douleur: au récit des adieux et des dernières paroles de celui qui
+n'était plus, leurs pleurs coulèrent; elles réclamèrent les objets
+légués par lui, objets précieux dont Cléry venait de faire la
+déclaration au conseil du Temple, et dont nous parlerons plus loin.
+Marie-Antoinette fit demander des vêtements de deuil à ce même
+conseil, qui en référa à la Commune.
+
+Les angoisses de cette journée ne devaient point finir avec elle. Deux
+heures du matin sonnaient, et le repos n'était point encore venu pour
+les trois captives. La jeune Marie-Thérèse, par obéissance, s'était
+couchée, mais elle n'avait point fermé les yeux; sa mère et sa tante,
+assises auprès du lit du petit Prince endormi, causaient, mêlant leurs
+afflictions et leurs larmes. Le sommeil de l'enfant était calme, et
+semblait sourire. «Il a maintenant l'âge qu'avait son frère lorsqu'il
+mourut à Meudon: heureux ceux de notre maison qui sont partis les
+premiers! ils n'ont point assisté à la ruine de notre famille.»
+Surprise d'entendre, à une telle heure, parler chez la Reine, la femme
+Tison s'était levée; elle frappa à la porte, s'enquérant du motif de
+ce nocturne entretien. Son mari, qui venait de réveiller les
+commissaires de service, la suivait de près. Madame Élisabeth
+entr'ouvrit la porte, et leur dit avec douceur: «De grâce,
+laissez-nous pleurer en paix.» L'inquisition s'arrêta désarmée par
+cette voix angélique.
+
+Depuis quelques jours, Marie-Thérèse était indisposée; elle éprouvait
+dans tout le corps une grande fatigue, et ses jambes étaient enflées.
+Le chagrin avait fait empirer son mal, et pendant plusieurs jours ses
+compagnes n'avaient pu obtenir l'entrée de M. Brunyer dans la
+tour[45]. «Heureusement, dit-elle avec une simplicité touchante,
+heureusement le chagrin augmenta ma maladie au point de faire une
+diversion favorable au désespoir de ma mère.» Marie-Antoinette et
+Élisabeth passèrent les nuits à son chevet, dirigeant, appliquant
+elles-mêmes le traitement prescrit par le médecin, autorisé enfin à
+être admis auprès d'elles. Les habits de deuil demandés furent
+accordés le 23[46]. Dans la journée du 27, on en apporta une partie au
+Temple[47]. La Reine ne pouvait voir ses enfants vêtus de noir sans
+que son coeur se brisât. Elle dit un jour à Madame Élisabeth: «Je n'ai
+peut-être pas donné dans le temps au Roi tous les conseils qui
+pouvaient le sauver, mais je le rejoindrai sur l'échafaud; oui, ma
+soeur, j'y monterai aussi.--J'espère que Dieu ne permettra pas un tel
+malheur, répondit Madame Élisabeth; mais soyons prêtes, ma soeur, à
+obéir à sa volonté. Il se montre aujourd'hui sévère dans ses
+châtiments et dans ses vengeances: prions-le de nous donner la force
+d'accomplir tout ce qu'il exigera de nous.»
+
+[Note 45: Le bruit de cette maladie transpira dans Paris. On lit dans
+le _Moniteur universel_ du jeudi 24 janvier 1793:
+
+_Commune de Paris._
+
+«Du 22.--On répand dans les lieux publics et dans les sociétés
+patriotiques que la fille de Louis est morte, que la femme de Louis
+est transférée de l'hôtel de la Force à la Conciergerie. Le conseil
+général m'autorise à démentir tous ces bruits. La fille de Louis n'est
+pas malade; les personnes qu'un décret renferme au Temple y resteront
+aussi longtemps que ce décret ne sera pas rapporté.
+
+ »RÉAL, premier substitut.»]
+
+[Note 46: _Commune de Paris._--Séance du mercredi 23 janvier 1793.
+
+«Le conseil général entend la lecture d'un arrêté du conseil du Temple
+qui renvoie au conseil général à se prononcer sur deux demandes faites
+par Antoinette.
+
+»La première d'un habillement de deuil très-simple pour elle, sa soeur
+et ses enfants. Le conseil général arrête qu'il sera fait droit à
+cette demande.
+
+»Sur la seconde, à ce que Cléry soit placé auprès de son fils, comme
+il l'était primitivement, le conseil général prononce l'ajournement.»]
+
+[Note 47: Voir, à la fin du volume, les Pièces justificatives, nº IV.]
+
+Lepitre et Toulan, ces deux commissaires de la Commune qui s'étaient
+déjà créé par leur zèle des titres à la confiance de la famille
+royale, reparurent bientôt au Temple, et les pauvres recluses purent
+obtenir d'eux les détails qu'elles avaient vainement réclamés de leurs
+collègues. En effet, Toulan et Lepitre avaient pris soin de se munir
+des journaux qui rendaient compte de la mort du Roi, et ces papiers
+furent lus avec cette poignante avidité de la douleur empressée à
+connaître toutes les circonstances les mieux faites pour l'alimenter.
+
+Lepitre, qui avait conçu l'idée d'offrir à la Reine et à Madame
+Élisabeth des consolations prises à la source même de leurs peines,
+leur présenta, le jeudi 7 février, une romance qu'il avait composée
+sur la mort de Louis XVI, et que madame Cléry avait mise en musique.
+Il se trouva de nouveau de service au Temple le 1er mars, trois
+semaines après avoir fait hommage de son oeuvre; il en reçut la plus
+douce récompense que son coeur pût ambitionner: la Reine le fit entrer
+dans la chambre de Madame Élisabeth; Marie-Thérèse se mit au piano, et
+son frère, debout auprès d'elle, chanta la romance[48], dont le
+dernier couplet est adressé à Madame Élisabeth; le voici:
+
+ «Et toi, dont les soins, la tendresse,
+ Ont adouci tant de malheurs,
+ Ta récompense est dans les coeurs
+ Que tu formes à la sagesse...
+ Ah! souviens-toi des derniers voeux
+ Qu'en mourant exprima ton frère;
+ Reste toujours près de ma mère,
+ Et ses enfants en auront deux.»
+
+[Note 48: Voici les quatre premiers couplets de cette oeuvre modeste,
+qui emprunte aux circonstances un touchant intérêt:
+
+LA PIÉTÉ FILIALE.
+
+ Eh quoi! tu pleures, ô ma mère!
+ Dans tes regards fixés sur moi
+ Se peignent l'amour et l'effroi:
+ J'y vois ton âme tout entière.
+ Des maux que ton fils a soufferts
+ Pourquoi te retracer l'image?
+ Puisque ma mère les partage,
+ Puis-je me plaindre de mes fers?
+
+ Des fers! ô Louis! ton courage
+ Les ennoblit en les portant.
+ Ton fils n'a plus, en cet instant,
+ Que tes vertus pour héritage.
+ Trône, palais, pouvoir, grandeur,
+ Tout a fui pour moi sur la terre;
+ Mais je suis auprès de ma mère,
+ Je connais encor le bonheur.
+
+ Un jour, peut-être... l'espérance
+ Doit être permise au malheur;
+ Un jour, en faisant son bonheur,
+ Je me vengerai de la France.
+ Un Dieu favorable à ton fils
+ Bientôt calmera la tempête!
+ L'orage qui courbe leur tête
+ Ne détruira jamais les lis.
+
+ Hélas! si du poids de nos chaînes
+ Le ciel daigne nous affranchir,
+ Nos coeurs doubleront le plaisir
+ Par le souvenir de nos peines.
+ Ton fils, plus heureux qu'aujourd'hui,
+ Saura, dissipant tes alarmes,
+ Effacer la trace des larmes
+ Qu'en ces lieux tu verses pour lui.]
+
+La Reine était assise à côté de son fils, suivant avec attention les
+modulations émues de sa voix et les dirigeant avec soin. M. Lepitre a
+raconté cette scène[49]: «Nos larmes coulèrent, dit-il, et nous
+gardâmes un morne silence. Mais qui pourra peindre le spectacle que
+j'avois sous les yeux? la fille de Louis à son clavecin; sa mère,
+assise auprès d'elle, tenant son fils dans ses bras et les yeux
+mouillés de pleurs, dirigeant avec peine le jeu et la voix de ses
+enfants; Madame Élisabeth, debout à côté de sa soeur, et mêlant ses
+soupirs aux tristes accents de son neveu.»
+
+[Note 49: _Quelques souvenirs ou notes fidèles sur mon service au
+Temple, depuis le 8 décembre 1792 jusqu'au 26 mars 1793._ 2e édition.
+Paris, 1817.]
+
+Madame Élisabeth remarquait avec une satisfaction attendrie que la Reine
+était uniquement occupée de ses enfants, et elle bénissait le ciel du
+repos qu'il laissait à cette pauvre mère dans l'accomplissement de la
+seule tâche qui pouvait lui être chère encore. Madame Élisabeth l'y
+secondait avec tout son dévouement: leur sombre douleur à toutes deux ne
+s'éclairait d'un rayon fugitif qu'à cause de leur tendresse pour leurs
+deux enfants, quoique cette tendresse leur rendît souvent plus poignant
+le sentiment de leurs périls:--leur fille déjà faite aux regrets et aux
+inquiétudes, mais forte, résignée, et recueillant avec courage les
+leçons du malheur; près d'elle, son petit frère, animant tout de sa
+parole et de son sourire. La sollicitude de la Reine et de Madame
+Élisabeth à l'égard de cet enfant devait s'étendre à tous les soins, car
+la prière faite par le Roi en allant au supplice de voir Cléry reprendre
+son service auprès du jeune Prince avait été rejetée par la Commune. Les
+deux institutrices essayaient, par les ressources qu'elles avaient en
+elles-mêmes, de suppléer à l'absence des éléments d'instruction
+nécessaires: l'écriture, la géographie, l'histoire, eurent tant bien que
+mal leurs heures accoutumées. Quant à l'éducation proprement dite, il
+est facile de croire que jamais enfant n'avait été placé à meilleure
+école; car dans quel autre lieu du monde et sous quelle influence plus
+persuasive eût-il pu recevoir de plus généreuses exhortations et de plus
+magnanimes exemples? Les recommandations de son père mourant
+n'étaient-elles pas chaque jour mises en pratique sous ses yeux? Sa mère
+et sa tante perdaient-elles une occasion d'excuser devant lui leurs
+persécuteurs, en les représentant égarés par le vertige des passions
+révolutionnaires bien plus que par le mouvement de leur coeur?
+Non-seulement elles lui prêchaient le pardon des injures, mais encore,
+dans les lectures de l'histoire de France qu'elles lui faisaient
+journellement, elles avaient soin d'exalter les belles actions, les
+traits de clémence ou d'héroïsme qu'elles y rencontraient.
+
+Madame Élisabeth vit se former avec bonheur, mais non sans inquiétude,
+le projet conçu par Toulan de faire évader du Temple la Reine et ses
+enfants; ne songeant jamais à sa propre personne, elle s'effrayait des
+périls d'une entreprise dont le plan, par sa hardiesse même, plaisait
+à Marie-Antoinette: celle-ci toutefois, avant de l'adopter, désira
+qu'il obtînt l'approbation de M. de Jarjayes, homme grave déjà signalé
+à sa confiance par le succès de quelques missions importantes. Après
+deux longues conférences, Jarjayes et Toulan arrêtèrent leur plan, qui
+rendait indispensable l'association d'un second commissaire. Leur
+choix devait naturellement se porter sur Lepitre. Dans une troisième
+conférence, où celui-ci fut appelé, on s'entendit sur les moyens
+d'exécution. M. de Jarjayes se chargea de faire confectionner des
+habits d'homme pour la Reine et pour Madame Élisabeth, et les deux
+municipaux s'engagèrent à introduire ces habits dans la tour en les
+cachant sous la pelisse que l'un et l'autre avaient coutume de mettre
+par-dessus leur vêtement. Les deux princesses, à l'aide de ce
+déguisement, rehaussé de l'écharpe tricolore, devaient sortir munies
+de cartes telles que les avaient les commissaires et toutes personnes
+autorisées à entrer à la tour. La réalisation de ce plan ne paraissait
+point offrir de grandes difficultés; mais l'évasion des deux enfants
+présentait mille dangers aussi insurmontables les uns que les autres.
+Le petit Prince surtout était l'objet d'une surveillance active et
+incessante qui rendait pour lui impossible toute chance de salut. Une
+chance cependant, quoique presque impossible, parut susceptible d'être
+tentée. Un homme du peuple, nommé Jacques, venait le matin à la tour
+nettoyer les quinquets et les réverbères, et revenait le soir les
+allumer. Deux enfants à peu près de l'âge et de la taille des enfants
+de la Reine l'accompagnaient ordinairement et l'aidaient, dans son
+travail. Il n'eût pas été prudent de mettre dans la confidence cet
+employé subalterne qui ne parlait jamais ni aux municipaux ni aux
+geôliers, et ne connaissait au Temple que sa consigne. Mais voici ce
+que Toulan imagina: «Le lampiste, dit-il à ses complices, remplit son
+office entre cinq et six heures; son dernier réverbère est allumé et
+lui-même est déjà sorti du Temple lorsque, à sept heures, les
+sentinelles sont relevées. Dès qu'il se sera retiré et que les
+factionnaires seront relevés, un homme accoutré comme le lampiste,
+passant à la faveur d'une carte d'entrée sous l'oeil des premiers
+guichetiers, arrivera, sa boîte de fer-blanc au bras, à l'appartement
+de la Reine; je me trouverai là, et, le gourmandant hautement de
+n'être pas venu lui-même arranger ses quinquets: «N'avez-vous pas de
+honte, lui dirai-je, d'avoir envoyé vos deux enfants pour faire votre
+besogne à votre place?» Puis alors je lui remettrai les enfants de la
+Reine, et le prétendu lampiste s'en ira avec ses deux jeunes
+apprentis, et tous trois gagneront le coin des boulevards, où les
+attendra M. de Jarjayes.»
+
+Ce plan, qui fut agréé par Jarjayes et Lepitre, rendait nécessaire
+l'adjonction d'un nouveau confident digne d'entrer dans ce généreux
+complot et de jouer le rôle du lampiste. «J'ai un de mes amis,
+continua Toulan, homme discret et courageux, qui acceptera, j'en suis
+certain, sa part de cette périlleuse entreprise. Il se nomme Ricard,
+et est inspecteur des domaines nationaux. Je réponds de lui.»--On
+voit, d'après cet exposé, que Toulan se chargeait de présider
+spécialement aux dispositions relatives à l'évasion de la tour, et
+Jarjayes aux mesures concernant la fuite hors du territoire français.
+
+Chacun se tint prêt. Ricard, averti, se munit d'un costume
+parfaitement semblable à celui du lampiste; Jarjayes s'assura de trois
+cabriolets auxquels, au premier signal et au lieu convenu, devaient
+s'atteler de vigoureux chevaux. Il fut convenu que la Reine et son
+fils monteraient dans la première de ces voitures, conduite par M. de
+Jarjayes; Marie-Thérèse dans la seconde, conduite par Lepitre, et
+Madame Élisabeth dans la troisième, conduite par Toulan. Une fois son
+office rempli, Ricard se serait débarrassé de son déguisement, et
+serait rentré en son domicile sans que personne eût pu soupçonner la
+part heureuse prise par lui à un événement qui allait occuper le
+monde.
+
+Le succès de l'entreprise semblait assuré: Lepitre, président de la
+commission des passe-ports, avait délivré lui-même les passe-ports en
+règle; les incidents étaient calculés de manière qu'on ne pouvait se
+mettre à la poursuite des prisonniers que de longues heures après leur
+départ. Enfin, on avait réuni une somme considérable d'argent, ce nerf
+de toutes les entreprises. On devait gagner les côtes de la Normandie:
+Jarjayes s'était assuré des moyens de passer en Angleterre; un bateau
+se tenait à sa disposition sur un point convenu, près du Havre. Enfin,
+il n'était point impossible d'espérer que des mesures combinées avec
+une habileté qui n'avait rien oublié dans ses prévisions et ses
+calculs, et avec tant d'intelligence et de dévouement, conjureraient
+cette fois les chances fatales qui emportaient vers l'abîme les débris
+de la maison de France. Mais il était écrit qu'en toute circonstance
+la fortune se tournerait contre elle. Cette fois, l'obstacle ne vint
+pas, comme au voyage de Varennes, du zèle inintelligent de ses amis;
+il naquit d'un grand mouvement excité le 7 mars dans Paris par la
+nouvelle du succès des armes étrangères[50] et par la cherté des
+subsistances. Le lendemain 8 avait été le jour fixé pour l'évasion. On
+comprend qu'au milieu des émotions causées dans Paris, tout ensemble
+par l'inquiétude de l'invasion et l'appréhension de la famine,
+l'entreprise de Toulan dut être forcément remise. Les débats enflammés
+de la Convention, la violence de la Commune, le tumulte de la rue,
+tenaient en éveil la sollicitude du gouvernement et provoquaient son
+attention.
+
+[Note 50: Nous avions été contraints d'évacuer Aix-la-Chapelle et de
+lever le siége de Maëstricht.]
+
+Or sa surveillance, aux jours d'émeute, se portait toujours sur la
+prison de la famille royale. Celle-ci, qui entendait parfaitement le
+bruissement tumultueux de la grande ville, ne sachant à quelle cause
+l'attribuer, craignait que le complot ourdi pour sa délivrance n'eût
+été éventé, et que ses amis ne fussent compromis. Sa joie fut vive en
+voyant, le 8, Toulan arriver au Temple, et plus vive encore en
+apprenant de lui qu'aucune ombre de soupçon ne s'était manifestée.
+«J'aurais été désolée, lui dit la veuve de Louis XVI, de quitter ce
+séjour sans en emporter quelques objets qui me sont précieux et qui
+m'ont été légués par une main qui me fut chère et qui m'est sacrée: je
+veux parler de l'anneau nuptial et du cachet que le Roi portait
+toujours, et qu'il avait chargé Cléry de me remettre avec les cheveux
+de ma soeur Élisabeth et de mes enfants.» Toulan ne fit aucune réponse
+à ce sujet; mais il n'ignorait pas que Cléry, le jour où il avait été
+rendu à la liberté, avait, sur les ordres des municipaux, remis au
+conseil du Temple les effets dont le conseil de la Commune l'avait
+laissé dépositaire le 21 janvier, et que ces effets, parmi lesquels se
+trouvaient les objets dont parlait la Reine, avaient été placés sous
+les scellés dans la chambre du feu Roi. Le surlendemain, avant sa
+sortie du Temple, Toulan remit à Marie-Antoinette les objets qu'elle
+avait désirés, et qu'il avait retirés de dessous les scellés.
+
+Il avait eu le temps et l'adresse d'en faire exécuter d'à peu près
+semblables, et l'audace de les substituer aux premiers. On éprouve un
+sentiment qui ressemble à une consolation, à voir que la Reine de
+France, dans tout l'éclat de sa puissance et de sa gloire, à
+Versailles, n'eût point été servie avec plus de zèle et d'habileté.
+
+L'effervescence des esprits était loin de se calmer. Le 12, la conduite
+du général Dumouriez était dénoncée à la Convention par la section
+Poissonnière de Paris; le 13, pour la première fois, la Vendée, déjà
+frémissante depuis quelque temps, levait ouvertement le drapeau; et
+d'ailleurs, le tour de service de Toulan et de Lepitre ne pouvant se
+produire qu'au bout d'un certain nombre de jours, tout projet de
+délivrance se trouva ajourné. Madame Élisabeth ne s'était pas fait
+d'illusion sur les difficultés de la tentative, et cependant elle la
+regretta comme une chance de salut perdue pour la Reine. Les jours
+suivants amenèrent encore des événements qui ne firent que développer le
+système de l'intimidation. La surveillance exercée sur l'enfant royal
+devint extrême. Jarjayes, Toulan et Lepitre, forcés de limiter leur
+entreprise aux bornes du possible, concentrèrent leur pensée de
+délivrance sur la Reine et sur Madame Élisabeth. Mais ici se présentait
+une nouvelle difficulté: comment obtenir de Marie-Antoinette et de
+Madame Élisabeth de se séparer de leurs enfants? Déjà, à une époque
+moins affreuse, la Reine avait déclaré que si on voulait la sauver, il
+fallait sauver ses enfants avec elle. Quant à Madame Élisabeth, on sait
+que cette grande âme s'oubliait en toute occasion. Elle employa toute
+l'éloquence de son coeur à persuader à sa soeur que c'était un devoir
+impérieux pour elle de profiter des ressources qui lui restaient pour
+échapper à ses ennemis. «Vos jours, lui dit-elle, peuvent être menacés,
+tandis que ceux de vos enfants et les miens mêmes ne sont exposés à
+aucun danger. Vos enfants sont couverts par leur âge, et moi par ma
+nullité. Sans doute, ma soeur, les bruits odieux qui ont quelquefois
+troublé votre oreille sont imprégnés de l'exagération populaire; mais
+cependant ils arrivent au vrai lorsqu'ils expriment l'animosité publique
+excitée contre vous. L'égarement du peuple à votre égard est tel que
+vous deviendriez coupable d'en attendre les effets. Vous avez une grande
+confiance en M. de Jarjayes, et, vous le voyez, il vous envoie lui-même
+ses supplications les plus vives pour vous engager à vous prêter à
+l'exécution du nouveau plan dont Toulan vous apporte les détails.
+Peut-être est-ce la main invisible de la Providence qui vous tend cette
+planche dans le naufrage; ne la repoussez pas, je vous en supplie: je
+vous le demande au nom de vos enfants, au nom de celui dont la mémoire
+vous est sainte, et, si vous le permettez, au nom de mon amour pour
+vous.»
+
+La voix pénétrante de Madame Élisabeth se fit route au coeur de la
+Reine. Celle-ci approuva le plan; elle promit de s'y conformer. Le
+jour fut pris, le jour arriva... La veille au soir, la mère et la
+tante étaient assises au chevet du lit du jeune Prince endormi. Sa
+soeur était couchée aussi, mais la porte de sa chambre était ouverte,
+et Marie-Thérèse, occupée de l'air rêveur et triste qu'elle avait vu à
+sa mère toute la journée, n'avait point encore rencontré le sommeil.
+Elle entendit ainsi les paroles que plus tard elle a répétées. Cédant
+au sacrifice qu'on lui avait demandé, Marie-Antoinette était donc
+assise auprès du lit de son fils: «Dieu veuille, dit-elle, que cet
+enfant soit heureux!--Il le sera, ma soeur, répondit Madame Élisabeth
+en montrant à la Reine la figure douce et fière du Dauphin.--Toute
+jeunesse est courte comme toute joie, murmura Marie-Antoinette avec
+un serrement de coeur; on en finit avec le bonheur comme avec toute
+chose.» Puis, se levant, elle fit quelques pas dans sa chambre en
+disant: «Et vous-même, ma bonne soeur, quand et comment vous
+reverrai-je?... C'est impossible! c'est impossible!»
+
+La jeune Marie-Thérèse avait recueilli ces paroles, mais ce n'est que
+quelque temps après que le sens lui en fut expliqué par sa tante.
+Cette exclamation de la Reine n'était autre chose que le rejet du
+moyen de salut qui lui était offert. Son parti était pris: l'amour de
+ses enfants l'emportait sur toute autre considération, sur les prières
+de sa soeur, sur l'instinct de sa propre conservation, sur la parole
+même donnée au dévouement de ses courageux amis. Toutefois, se
+reprochant presque comme un parjure une promesse qu'elle ne voulait
+plus tenir, elle sentit qu'elle devait des explications et une amende
+honorable à ces âmes généreuses, résolues à s'exposer pour elle; et le
+lendemain, aussitôt qu'elle put parler à Toulan, qui arrivait tout ému
+de la grande action qu'il allait accomplir: «Vous allez m'en vouloir,
+lui dit-elle, mais j'ai réfléchi; il n'y a ici que danger: vaut mieux
+mort que remords.» Dans le cours de la journée, elle trouva encore le
+moyen de glisser dans l'oreille de Toulan ces paroles dont se
+souvenait cet homme intrépide en montant sur l'échafaud le 30 juin
+1794: «Je mourrai malheureuse si je n'ai pu vous prouver ma
+gratitude[51].--Et moi, madame, malheureux si je n'ai pu vous montrer
+mon dévouement.--D'après ce qui se passe, dit encore la Reine, comme
+frappée d'une sinistre prévision, je puis m'attendre d'un instant à
+l'autre à me voir privée de toute communication. Voici l'alliance, le
+cachet et le petit paquet de cheveux que je dois à vous seul d'avoir
+recouvrés. Je vous charge de les déposer entre les mains de M. de
+Jarjayes, en le priant de les faire parvenir à Monsieur et au comte
+d'Artois, ainsi que des lettres que ma soeur et moi avons écrites à
+nos frères[52].»
+
+[Note 51: La Reine voulut aussi remercier M. de Jarjayes et lui
+expliquer les motifs de son refus. Elle lui écrivit de sa main le
+billet suivant, qu'elle chargea Toulan de lui remettre; billet
+admirable que M. Chauveau-Lagarde fit, le premier, connaître dans sa
+_Note historique sur les procès de Marie-Antoinette et de Madame
+Élisabeth_.
+
+«_Nous avons fait un beau rêve. Voilà tout. Mais nous y avons beaucoup
+gagné en trouvant dans cette occasion une nouvelle preuve de votre
+entier dévouement pour moi. Ma confiance en vous est sans bornes. Vous
+trouverez toujours en moi du caractère et du courage; mais l'intérêt
+de mon fils est le seul qui me guide. Quelque bonheur que j'eusse
+éprouvé à être hors d'ici, je ne peux consentir à me séparer de lui.
+Je ne pourrais jouir de rien sans mes enfants, et cette idée ne me
+laisse pas même un regret._»]
+
+[Note 52: Le billet de la Reine adressé à Monsieur était ainsi conçu:
+
+«Ayant un être fidèle sur lequel nous pouvons compter, j'en profite
+pour envoyer à mon frère et ami ce dépôt qui ne peut être confié
+qu'entre ses mains. Le porteur vous dira par quel miracle nous avons
+pu avoir ces précieux gages; je me réserve de vous dire moi-même un
+jour le nom de celui qui nous est si utile. L'impossibilité où nous
+avons été jusqu'à présent de pouvoir vous donner de nos nouvelles, et
+l'excès de nos malheurs, nous fait sentir encore plus vivement notre
+cruelle séparation; puisse-t-elle n'être pas longue! Je vous embrasse,
+en attendant, comme je vous aime, et vous savez que c'est de tout mon
+coeur.
+
+ »M. A.»
+
+Au bas de ce billet, Marie-Thérèse écrivit ces deux lignes:
+
+«Je suis chargée pour mon frère et moi de vous embrasser de tout notre
+coeur.
+
+ «M. T.»
+
+Voici le billet adressé par la Reine au comte d'Artois:
+
+«Ayant trouvé enfin le moyen de confier à notre frère un des seuls
+gages qui nous restent de l'être que nous chérissions et pleurons
+tous, j'ai cru que vous seriez bien aise d'avoir quelque chose qui
+vînt de lui; gardez-le en signe de l'amitié la plus tendre, avec
+laquelle je vous embrasse de tout mon coeur.
+
+ «M. A.»]
+
+Madame Élisabeth écrivait ces lignes à Monsieur:
+
+«Je jouis d'avance du plaisir que vous éprouverez en recevant ce gage
+de l'amitié et de la confiance; être réunie avec vous et vous voir
+heureux est tout ce que je désire: vous savez si je vous aime. Je vous
+embrasse de tout mon coeur.
+
+ »E. M.»
+
+Et au comte d'Artois:
+
+«Quel bonheur pour moi, mon cher ami, mon frère, de pouvoir, après un
+si long espace de temps, vous parler de tous mes sentiments! Que j'ai
+souffert pour vous! Un temps viendra, j'espère, où je pourrai vous
+embrasser, et vous dire que jamais vous ne trouverez une amie plus
+vraie et plus tendre que moi; vous n'en doutez pas, j'espère.
+
+ »E. M.»
+
+ * * * * *
+
+Ce ne fut que dans les premiers jours de mai que M. de Jarjayes put
+faire parvenir ces messages à leur destination, le cachet et le paquet
+de cheveux au comte de Provence, et l'anneau et les cheveux de Louis
+XVI au comte d'Artois[53].
+
+[Note 53: M. de Jarjayes se rendit d'abord à Turin, où le roi de
+Sardaigne le retint et l'employa auprès de sa personne. C'est ce
+prince qui envoya lui-même à Monsieur, par un courrier extraordinaire,
+les dépêches de M. de Jarjayes. Monsieur écrivit de sa main à M. de
+Jarjayes une lettre datée de Hamm, le 14 mai 1793, dans laquelle il
+lui exprime ainsi ses sentiments:
+
+«Vous m'avez procuré le bien le plus précieux que j'aie au monde, la
+seule véritable consolation que j'aie éprouvée depuis nos malheurs.
+
+»Combien leur billet et l'autre gage de leur amitié, de leur
+confiance, ont pénétré mon coeur des plus doux sentiments!...
+
+»Je ne puis qu'approuver les raisons qui vous font rester en Piémont.
+Continuez à servir notre jeune et malheureux Roi comme vous avez servi
+le frère que je pleurerai toute ma vie.»]
+
+Le gouvernement révolutionnaire rencontrait dans sa marche obstacle
+sur obstacle. Le midi de la France semblait répondre aux cris de la
+Vendée. Les puissances liguées contre la France, heureuses de voir les
+torches de la guerre civile allumées dans nos provinces, se
+partageaient tranquillement les lambeaux de la Pologne. Dumouriez, qui
+venait de livrer à l'Allemagne le ministre de la guerre et les
+commissaires de la Convention, mettait à l'abri des lignes
+autrichiennes sa tête cotée à trois cent mille francs. L'annonce de
+ces événements dictait à la Commune de nouvelles mesures de
+précaution[54]; elle inspirait à la Convention de nouveaux décrets qui
+faisaient doubler la garde du Temple[55], créaient un comité de salut
+public et mettaient en arrestation toute la famille des Bourbons. Ces
+mouvements, qui agitaient la France et l'Europe, ne troublaient pas le
+morne intérieur de la tour du Temple; et le fils de Louis XVI, reconnu
+Roi de France par l'étranger, proclamé sous le nom de Louis XVII sur
+quelques points du territoire national, n'avait pour palais qu'une
+prison, pour courtisans, pour ministres et pour gardes qu'une mère
+assiégée par toutes les angoisses, mais armée d'un caractère aussi
+grand que ses malheurs; qu'une soeur plus âgée que lui, assez âgée,
+hélas! pour partager les douleurs de sa mère et pour comprendre
+l'abaissement de sa famille; qu'une tante enfin qui, portant le ciel
+dans son coeur, avait le don d'apaiser les plus vives douleurs par le
+baume de sa parole, et de rasséréner les âmes par son regard.
+
+[Note 54: Municipalité de Paris.
+
+_Extrait du registre des délibérations du conseil général du 1er avril
+1793, IIe de la République._
+
+«Sur le réquisitoire du procureur de la Commune,
+
+»Le conseil général arrête:
+
+»1º Qu'aucune personne de garde au Temple ou autrement ne pourra y
+dessiner quoi que ce soit, et que si quelqu'un est saisi en
+contravention au présent arrêté, il sera sur-le-champ mis en état
+d'arrestation et amené au conseil général, faisant en cette partie les
+fonctions de gouverneur;
+
+»2º Enjoint aux commissaires du conseil de service au Temple de ne
+tenir aucune conversation familière avec les personnes détenues, comme
+aussi de ne se charger d'aucune commission pour elles;
+
+»3º Défenses sont pareillement faites auxdits commissaires de rien
+changer ou innover aux anciens règlements pour la police de
+l'intérieur du Temple;
+
+»4º Qu'aucun employé au service du Temple ne pourra entrer dans la
+tour;
+
+»5º Qu'il y aura deux commissaires auprès des prisonniers;
+
+»6º Que Tison ni sa femme ne pourront sortir de la tour ni communiquer
+avec qui que ce soit du dehors;
+
+»7º Qu'aucun commissaire au Temple ne pourra envoyer ou recevoir de
+lettres sans qu'elles aient été préalablement lues au conseil du
+Temple;
+
+»8º Lorsque les prisonniers se promèneront sur la plate-forme de la
+Tour, ils seront toujours accompagnés de trois commissaires et du
+commandant du poste, qui les surveilleront scrupuleusement;
+
+»9º Que, conformément aux précédents arrêtés, les membres du conseil
+qui seront nommés pour faire le service du Temple passeront à la
+censure du conseil général, et sur la réclamation non motivée d'un
+seul membre, ils ne pourront être admis;
+
+»10º Enfin, que le département des travaux publics fera exécuter dans
+le jour de demain les travaux mentionnés dans son arrêté du 26 mars
+dernier.
+
+ »_Signé_: PACHE, maire.
+ »COULOMBEAU, secrétaire greffier.
+
+ »Pour extrait conforme:
+ »COULOMBEAU, secrétaire greffier.
+
+»Copié au registre.
+
+ »YON.»]
+
+[Note 55: _Décret de la Convention nationale du 4 avril 1793, l'an II
+de la République française._
+
+»La Convention nationale décrète que le conseil général de la Commune
+de Paris fera doubler sur-le-champ la garde du Temple.
+
+ »Vérifié par nous, inspecteur des bureaux des procès-verbaux,
+
+ »DELEBOV.
+
+ »Collationné à l'original par nous, président et secrétaire de la
+ Convention nationale,
+
+ »DELMAS, président.
+ »MELLINO, secrétaire.
+
+»Paris, ce 5 avril 1793, an II de la République française.»]
+
+Tison et sa femme remplissaient jusqu'au bout la mission odieuse dont
+ils s'étaient chargés. Le petit Prince, comme s'il les eût pénétrés,
+les avait pris en horreur. Malgré les recommandations de sa mère et de
+sa tante, il lui était impossible de déguiser les sentiments qu'ils
+lui inspiraient. Gourmandés un jour assez vertement par Vincent,
+commissaire de service, les deux Cerbères imputèrent aux dénonciations
+de Louis-Charles la réprimande qu'ils recevaient. Le soir, dès que
+Vincent eut été remplacé, ils entrèrent chez la Reine, et se
+répandirent en récriminations contre l'enfant, en lui jetant les
+épithètes d'_espion_ et de _délateur_, qu'ils auraient pu si justement
+s'appliquer à eux-mêmes. Marie-Antoinette leur répondit avec dignité:
+«Sachez qu'aucun des nôtres n'est d'un caractère à frapper les gens
+dans l'ombre ni moi à le tolérer.» Le ménage Tison se retira blessé au
+vif, vomissant des imprécations contre la Reine et des malédictions
+contre son enfant. Celui-ci protestait avec énergie, avec indignation.
+«Ils sont en colère, lui dit avec douceur Madame Élisabeth;
+pardonnez-leur.» Ces derniers mots furent entendus de Tison; il revint
+sur ses pas comme un furieux: «Pardonnez-leur! cria-t-il; ah çà, où
+sommes-nous? oubliez-vous que c'est le peuple seul qui a le droit de
+pardonner?»
+
+Tison continua avec un redoublement de zèle son rôle d'espionnage. Les
+trames de Toulan, quoique cachées avec une extrême habileté, n'avaient
+point été ourdies de façon que l'ombre de chaque fil fût demeurée
+imperceptible à cet Argus du Temple. Mais suspect aux commissaires
+modérés, il ne recevait jamais d'eux la moindre confidence, et le
+soupçon était entré dans son esprit bien plus par instinct que par
+observation. Il comprit que, pour arriver à tout savoir, il fallait
+capter la confiance des municipaux. Il se fit souple avec les
+inconnus, bienveillant avec les honnêtes, et demeura rude avec les
+rébarbatifs, tout en allant jusqu'à exalter devant les _sensibles_ la
+gentillesse du jeune Capet. Quand l'hypocrite crut avoir conquis la
+sympathie de quelques mandataires de la Commune, bien qu'il n'eût
+encore que de vagues soupçons, il écrivit, de concert avec sa femme,
+le 19 avril, au conseil du Temple, que _la veuve et la soeur du
+dernier tyran avaient gagné quelques officiers municipaux; qu'elles
+étaient instruites par eux de tous les événements; quelles en
+recevaient les papiers publics, et que, par leur moyen, elles
+entretenaient des correspondances_[56]. En témoignage de ce dernier
+fait, la femme Tison apporta au conseil un flambeau trouvé par elle
+dans la chambre de Madame Élisabeth, et fit remarquer aux commissaires
+une goutte de cire à cacheter qui était tombée sur une bobèche. Turgy,
+en effet, raconte[57] que, le matin même, cette princesse lui avait
+remis un billet cacheté en le priant de le faire parvenir à son
+confesseur, l'abbé Edgeworth.
+
+[Note 56: Voici ce qui se passa au conseil général de la Commune à
+l'occasion de cette dénonciation:
+
+Un des commissaires du Temple fait lecture d'un procès-verbal dressé
+au Temple en présence du maire, du procureur de la Commune et des
+commissaires de service.
+
+Ce procès-verbal contient deux déclarations faites l'une par Tison,
+faisant le service du Temple, et l'autre par Anne-Victoire Baudet,
+épouse de Tison, aussi employée au service du Temple.
+
+Il résulte de ces déclarations que quelques membres du conseil,
+savoir: Toulan, Lepitre, Brunot, Moelle, Vincent, entrepreneur de
+bâtiments, et le médecin du Temple, sont suspectés d'avoir eu des
+conférences secrètes avec les prisonniers du Temple; de leur avoir
+fourni de la cire et des pains à cacheter, des crayons, du papier, et
+enfin d'avoir favorisé des correspondances secrètes.
+
+Toulan et Vincent requièrent qu'à l'instant il soit nommé des
+commissaires pour apposer les scellés chez eux.
+
+En conséquence, le conseil général nomme Cailleux et Jérôme pour se
+transporter à l'instant chez le citoyen Toulan, à l'effet d'apposer
+les scellés sur ses papiers.
+
+Nomme pareillement Favanne et Souard pour se transporter à l'instant
+chez le citoyen Vincent, à l'effet d'apposer les scellés sur ses
+papiers, en exceptant ceux qui ont rapport à la commission des blessés
+du 10 août, dont il est chargé.
+
+A la charge par ces quatre commissaires de requérir le juge de paix de
+la section sur laquelle ils se trouveront, pour les assister dans
+leurs opérations.
+
+Quant aux citoyens suspects et absents, savoir: Lepitre, Moelle,
+Brunot et le médecin, le conseil général arrête que les
+administrateurs de police feront à l'instant apposer les scellés sur
+leurs papiers.
+
+Et sur le réquisitoire du procureur de la Commune, le conseil général
+nomme Follope, Minier, Louvet et Benoît, à l'effet de se transporter
+sur-le-champ au Temple, pour, dans les appartements des prisonniers,
+faire toutes visites et recherches qu'ils jugeront convenables, comme
+aussi de fouiller lesdits prisonniers.
+
+Arrête en outre que ces mêmes commissaires lèveront les scellés
+apposés sur l'appartement du défunt Louis Capet, pour y faire
+également toutes recherches nécessaires.
+
+Hébert, substitut du procureur syndic, a été nommé avec les autres
+commissaires pour aller faire des recherches chez les prisonniers du
+Temple.»
+
+(Séance du 20 avril 1793.)]
+
+[Note 57: _Fragments historiques sur la captivité de la famille
+royale_, par TURGY, publiés par Eckard, à la suite de ses _Mémoires
+historiques sur Louis XVII_, troisième édition.]
+
+Hébert se rendit le lendemain à la tour, non pas dans le courant de la
+journée, où la famille royale vivait sur un qui-vive continuel, mais
+à dix heures et demie du soir, quand devait être commencée pour elle
+l'heure de la quiétude intérieure. Espérait-il, en arrivant à
+l'improviste, les prendre en flagrant délit de correspondance
+clandestine? La citoyenne Tison fut requise pour fouiller les femmes.
+Elle trouva sur Marie-Antoinette un portefeuille de maroquin rouge sur
+lequel quelques adresses étaient écrites au crayon, et chez Madame
+Élisabeth, le bâton de cire à cacheter mentionné plus haut, et qui
+était enfermé dans un papier avec de la poudre de buis. Encouragés par
+ces découvertes, les inquisiteurs se remirent à l'oeuvre. Ils
+arrachèrent de son lit l'enfant qui dormait profondément: sa mère le
+prit tout transi de froid dans ses bras. Ils fouillèrent dans les
+matelas, dans les paillasses, dans les vêtements, et ne trouvèrent
+rien. Nous nous trompons: en fouillant dans les effets de
+Marie-Thérèse, ils firent une découverte. «Ils me prirent, dit Madame
+Royale dans le récit qu'elle a laissé de la captivité du Temple, ils
+me prirent un Sacré-Coeur et une prière pour la France.» La visite ne
+se termina qu'à deux heures du matin[58].
+
+[Note 58:
+
+ _Extrait du procès-verbal dressé par les commissaires nommés à
+ l'effet de faire une perquisition exacte chez les prisonniers
+ détenus à la tour du Temple._
+
+«Aujourd'hui 20 avril 1793, à dix heures trois quarts du soir, en
+exécution de l'arrêté du conseil général, nous, soussignés, nous
+sommes transportés à la tour du Temple, où, à l'heure susdite, sommes
+montés à l'appartement tant de Marie-Antoinette, veuve Capet, que de
+ses enfants, pour commencer la visite des meubles et la perquisition
+sur les personnes comme il suit:
+
+»D'abord, entrés dans la chambre de ladite veuve Capet, avons fouillé
+dans les meubles, où nous n'avons trouvé rien de suspect. Sur une
+table de nuit seulement, avons trouvé un petit livre intitulé:
+_Journée du chrétien_, où étoit une image coloriée en rouge,
+représentant d'un côté un coeur embrasé, traversé d'une épée et
+entouré d'étoiles, avec cette légende: «_Cor Mariæ, ora pro nobis_; de
+l'autre côté, une couronne d'épines et une croix au-dessus du coeur
+avec cette légende: _Cor Jesu, miserere nobis_. Avons trouvé de plus
+une feuille imprimée, de quatre pages, intitulée: _Consécration de la
+France au sacré Coeur de Jésus_; elle commence par ces mots: «O
+Jésus-Christ!» On y remarque les passages suivants: «Tous les coeurs
+de ce royaume, depuis le coeur de notre auguste Monarque jusqu'à celui
+du plus pauvre de ses sujets, nous les réunissons par les désirs de la
+charité pour vous les offrir tous ensemble... Oui, Coeur de Jésus,
+nous vous offrons notre patrie tout entière et les coeurs de tous vos
+enfants... O Vierge sainte! ils sont maintenant entre vos mains; nous
+vous les avons remis en nous consacrant à vous comme à notre
+protectrice et à notre mère; aujourd'hui, nous vous en supplions,
+offrez-les au coeur de Jésus... Ah! présentés par vous, il les
+recevra, il leur pardonnera, il les bénira, il les sanctifiera, il
+sauvera la France tout entière, il y fera revivre la sainte religion.
+Ainsi soit-il, ainsi soit-il!»
+
+»Dans les poches de Marie-Antoinette étoit un portefeuille en maroquin
+rouge, où nous n'avons reconnu digne de description qu'un des
+feuillets en peau anglaise, sur lequel étoit écrit au crayon ce qui
+suit: «Brugnier, quai de l'Horloge, nº 65 (et autres noms et demeures
+de différentes personnes dont les prisonniers pouvoient avoir
+besoin).» Plus, dans les mêmes poches, un nécessaire roulé, et dans
+lequel étoit un porte-crayon d'acier non garni de crayon...
+
+»Avons fait ensuite perquisition dans la chambre qu'occupe
+Élisabeth-Marie, soeur de feu Louis Capet, où nous n'avons rien trouvé
+de suspect; seulement avons découvert dans une cassette un bâton de
+cire rouge à cacheter qui avoit déjà servi, avec de la poudre de buis
+dans le même papier... Et environ deux heures après minuit, avons clos
+le présent procès-verbal en présence desdites dames, qui ont signé
+avec nous.
+
+ »_Ainsi signé_: MARIE-ANTOINETTE, ÉLISABETH-MARIE;
+ BENOÎT, etc., etc.»]
+
+Trois jours après, les commissaires de la Commune envoyés au Temple
+pour lever les scellés apposés sur l'appartement de Louis XVI firent
+de nouvelles perquisitions dans celui des prisonnières. Ces
+perquisitions demeurèrent sans résultat; on trouva seulement un
+chapeau d'homme enfermé dans une cassette placée sous le lit de Madame
+Élisabeth. «D'où vient ce chapeau?--C'est un chapeau qui a appartenu à
+mon frère, dit Madame Élisabeth.--Qui vous l'a donné?--Lui-même, quand
+nous habitions ensemble la petite tour.--Pourquoi est-il là, et à quoi
+peut vous servir le chapeau de votre frère?--Je le garde pour
+conserver quelque chose de lui.--Nous, nous allons le conserver dans
+la salle du conseil, comme un témoignage de vos relations avec le
+dehors du Temple; car Capet n'avait qu'un chapeau, et il l'a laissé
+sur les marches de la guillotine.--Je vous assure, messieurs, que ce
+chapeau me vient de mon frère; c'est la seule chose que je possède de
+tout ce qui lui a appartenu.--Je vous fais observer qu'il n'est guère
+d'usage de conserver un chapeau comme un gage de tendresse.--Il m'est
+très-précieux, et je vous prie instamment d'obtenir qu'il me soit
+rendu.»
+
+Cependant les commissaires dénoncés par Tison avaient été suspendus de
+leurs fonctions. Le conseil de la Commune eut plus que jamais l'oeil
+et la main sur le Temple. Toute consolation s'éteignit autour des
+prisonnières. Pour surcroît de tourment, le petit Prince tomba malade
+dans les premiers jours du mois de mai. Marie-Antoinette demanda qu'on
+laissât entrer à la tour M. Brunyer, médecin ordinaire de ses enfants.
+Le conseil du Temple en référa au conseil général de la Commune.
+Celui-ci, «dans sa séance du 10 mai, arrêta que le médecin ordinaire
+des prisons irait soigner le petit Capet, attendu que ce serait
+blesser l'égalité que de lui en envoyer un autre.» Du reste, M.
+Thierry, médecin des prisons, était environné de l'estime publique. Il
+se rendit avec empressement au Temple, et ayant examiné le Dauphin,
+rassura tout d'abord la Reine et Madame Élisabeth sur sa situation. A
+leur prière, il alla conférer avec M. Brunyer, en qui elles avaient
+toute confiance, et pendant plusieurs semaines, revint chaque jour à
+la tour. Cette indisposition, quoique n'offrant pas un danger sérieux,
+ne laissa pas que de tenir en haleine jour et nuit les sollicitudes de
+ces deux coeurs maternels attachés au chevet du jeune malade pendant
+tout le temps que dura le traitement.
+
+La grande lutte des Girondins et des Montagnards, les événements de la
+Vendée, les hécatombes de la guillotine qui allaient se multipliant,
+les cent événements qui remuaient profondément la ville, n'avaient pu
+arracher la Reine et Madame Élisabeth à leurs préoccupations,
+lorsque, le 31 mai, elles entendirent un tel bruit au dehors qu'elles
+se figurèrent que le quartier brûlait. La générale, le tocsin et le
+canon d'alarme ébranlaient la ville: au Luxembourg, à Saint-Lazare, à
+l'Abbaye, dans toutes les prisons d'État, les détenus poussaient des
+cris pitoyables, s'imaginant entendre à leur porte les massacreurs de
+septembre. Madame Élisabeth interroge les municipaux. «Bah! lui
+répondit l'un d'eux, c'est la commission des douze qui cause tout ce
+tapage.» En effet, la cité révolutionnaire était sens dessus dessous:
+une commission de douze députés, chargée de rechercher les complots
+ourdis contre la liberté, était publiquement accusée d'exercer contre
+les meilleurs patriotes la plus inique inquisition. C'était là le
+thème exploité avec ardeur par les séides de Robespierre, qui espérait
+qu'une insurrection le pousserait à la dictature. Le décret qui créait
+cette commission, rendu le 18 mai, cassé par un décret du 27, rétabli
+par un décret du 28, tant étaient rapides le flux et le reflux des
+volontés et des événements dans ces temps de crise, avait fait sortir
+de dessous terre toute la population anarchique de Paris. Les
+barrières furent fermées; un décret d'accusation fut lancé «contre
+tous les députés infidèles au mandat qu'ils avaient reçu de leurs
+commettants, afin de s'emparer des traîtres et de découvrir les
+complots formés pour la perte de la République.» Cette journée, qui
+assurait la prééminence aux Montagnards, fut fertile en dénonciations
+contre les hommes soupçonnés d'être les agents actifs de la famille
+royale ou ses partisans secrets. L'épouvante qu'elle inspirait au
+dehors, la Convention la ressentit au dedans. Elle livra ses chefs
+pour se faire pardonner par la Montagne de les avoir soutenus. La
+chute des Girondins produisit une impression de terreur dans toute la
+France. Ils étaient, relativement à leurs antagonistes, la dernière
+expression des idées modérées. On comprit que leur chute faisait
+arriver les hommes et les théories extrêmes, et on les regretta de
+toute la crainte qu'inspiraient leurs héritiers.
+
+Parmi les membres de la Commune que les dénonciations n'avaient point
+épargnés se trouvait Michonis, qui avait eu l'adresse de traverser
+sans se compromettre les circonstances les plus difficiles, et
+d'écarter par d'habiles apologies des soupçons qui devenaient un arrêt
+de mort. De service au Temple, il instruisit les princesses des
+événements qui venaient de se passer, et essaya de les rassurer sur
+les intentions des Montagnards. «Monsieur Michonis, lui dit Madame
+Élisabeth, les hommes de la révolution qui ont rompu avec l'idée de
+Dieu ne s'appartiennent pas, et ils ignorent eux-mêmes où Dieu les
+mène.» Et comme ce commissaire disait à Marie-Antoinette qu'elle
+serait probablement réclamée par l'Empereur: «Que m'importe! répondit
+la Reine avec une douleur calme et froide; à Vienne, je serais ce que
+je suis ici, ce que j'étais aux Tuileries; mon unique désir est de me
+réunir à mon mari lorsque le Ciel jugera que je ne suis plus
+nécessaire à mes enfants.»
+
+Les graves paroles des deux prisonnières avaient fait une profonde
+impression sur l'esprit de Michonis. Il crut comprendre qu'il n'y
+avait plus de salut pour elles que dans la fuite. Il entra dans un
+complot tendant à enlever de leur prison la veuve, la soeur et les
+enfants de Louis XVI. Le baron de Batz était le chef de cette
+hasardeuse entreprise, dont nous emprunterons le récit à notre
+Histoire de Louis XVII.
+
+«Les recherches dont M. de Batz était l'objet depuis la tentative du
+21 janvier n'avaient point éloigné de Paris cet intrépide serviteur
+d'une cause que le malheur rendait si belle, et qui exerçait en outre
+sur les âmes magnanimes la séduction irrésistible du péril. La lutte
+opiniâtre de cet homme contre le pouvoir redoutable qui opprimait la
+nation est une des merveilles de ce temps. Partout présent et toujours
+invisible, aussi habile à dresser ses embûches qu'à esquiver celles de
+l'ennemi, il avait à sa dévotion les agents les plus prudents, et à
+ses gages les espions les plus actifs. Sa parole était plus insinuante
+encore que sa bourse n'était persuasive; et, avec une admirable
+adresse, il avait gagné plusieurs membres de la Commune et de la
+Convention, qui, si les circonstances ne leur permirent point de lui
+apporter une coopération efficace, lui restèrent du moins fidèles par
+un inviolable silence. Conspirateur acharné, ses entreprises manquées,
+il les recommençait avec une nouvelle ardeur, et il restait
+intrépidement dans cette ville où sa tête était mise à prix. Son nom
+entraînait toujours de graves mesures, des perquisitions sévères.
+L'insaisissable conjuré avait des asiles impénétrables dans Paris et
+dans les environs; mais son gîte le plus habituel et peut-être le plus
+sûr était chez Cortey, épicier, rue de la Loi[59], recommandé par sa
+réputation de _civisme_ aux suffrages de ses concitoyens, qui
+l'avaient nommé capitaine-commandant de la garde nationale de la
+section Lepelletier. Cortey était lié aussi avec Chrétien, qui était
+juré du tribunal révolutionnaire, et dont l'influence était
+toute-puissante dans les comités de cette section. Ce fut grâce à lui
+que Cortey fut compris au nombre des chefs de poste auxquels était
+confiée la garde du Temple, lorsqu'un détachement de leur bataillon y
+faisait partie de la force armée. A couvert sous la bonne renommée
+révolutionnaire de son hôte, et caché dans le fond de sa maison, le
+baron de Batz lui confia ses projets, ainsi qu'à Michonis, et prit de
+concert avec eux toutes les mesures relatives à l'exécution. Après
+cette ouverture, la première fois que Cortey fut de garde au Temple,
+Batz lui demanda de le comprendre, sous un nom supposé, dans la liste
+des hommes que sa compagnie fournissait à ce poste, afin qu'en
+s'introduisant ainsi dans la tour, il pût se faire, au préalable, une
+idée exacte des localités. L'officier se prêta à son désir: il
+l'inscrivit, sous le nom de Forget, au contrôle des hommes de service,
+et le fit ainsi pénétrer dans le Temple, où il monta la garde. Il
+fallait aussi, pour l'exécution du plan arrêté, attendre que le tour
+de garde de Cortey coïncidât avec le tour de service de Michonis. Le
+concours des deux autorités était indispensable, et plusieurs jours
+s'écoulèrent avant que le capitaine et le commissaire civil fussent
+simultanément en fonction. Batz profita de ce temps pour s'assurer,
+conjointement avec son hôte, d'une trentaine d'hommes de la section
+dont ils avaient l'un et l'autre entrevu les sentiments, apprécié le
+caractère ou éprouvé la discrétion. La bonhomie de Cortey séduisit les
+uns, la parole flatteuse de Batz entraîna les autres. Michonis, avec
+sa prudence habituelle, ne parut point de sa personne dans ce
+périlleux embauchage: il se réservait, du reste, un rôle aussi
+courageux en se chargeant de tout diriger dans l'intérieur de la tour.
+
+[Note 59: Rue Richelieu, au coin de la rue des Filles-Saint-Thomas.]
+
+»Le jour attendu arrive: l'officier et le municipal sont ensemble de
+service. Cortey entre au Temple avec son détachement, dans lequel
+figure de Batz, sous son nom de guerre. Le chef du poste arrange le
+mouvement du service de la manière la plus favorable au succès de
+l'entreprise: vingt-huit hommes sur lesquels il peut compter seront,
+depuis minuit jusqu'à deux heures, de faction ou de patrouille; le
+commissaire civil, de son côté, prend ses mesures pour être lui-même
+de garde à la même heure dans l'appartement de la famille royale. Les
+hommes de faction dans l'escalier de la tour auront endossé par-dessus
+leur habit d'amples redingotes d'uniforme; Michonis leur prendra ce
+vêtement surabondant et en revêtira les Princesses, qui, sous ce
+déguisement et l'arme au bras, seront incorporées dans une patrouille
+au milieu de laquelle on enveloppera l'enfant-Roi. Les sentinelles de
+garde dans les cours, initiées au secret, se tairont si la nuit est
+peu noire ou les réverbères peu discrets. Cortey commandera en
+personne la nombreuse patrouille et lui fera ouvrir la grande porte du
+Temple, prérogative qui n'appartient pendant la nuit qu'au commandant
+du poste. Une fois dehors, le salut du Prince et de sa famille est
+assuré: des voitures sont disposées pour une fuite rapide, rue
+Charlot, où la patrouille en passant doit laisser les prisonniers
+ainsi que Batz, Michonis, Cortey, et quelques autres qui comme eux ont
+brûlé leurs vaisseaux.
+
+»La journée, qui s'était passée sans aucun symptôme d'orage, semblait
+présager une nuit heureuse. Il était onze heures et demie. Michonis
+déjà depuis quelque temps était de service dans l'appartement des
+prisonniers, et ses collègues se reposaient ou jouaient dans la salle
+du Conseil, à l'exception de Simon, qui depuis environ une heure était
+sorti de la tour. Tous les hommes qui allaient prendre leur tour de
+garde à minuit étaient au poste. Tout à coup Simon arrive, il entre
+bruyamment au corps de garde, il ordonne d'un ton brusque de faire
+l'appel de tous les hommes présents: «Heureusement que je te vois ici,
+dit-il à Cortey, sans ta présence je ne serois pas tranquille.» M. de
+Batz voit que tout est découvert; la pensée lui vient de brûler la
+cervelle à Simon et de tenter immédiatement l'évasion par la force.
+Maîtrisant son premier mouvement, il a vite compris que l'explosion
+d'une arme à feu, en causant une alerte générale, fera échouer son
+entreprise et aggravera forcément le sort de la famille royale; il a
+compris que, n'étant pas encore maître des postes de la tour et de
+l'escalier, les hommes mêmes qui l'environnent et sur lesquels il
+pouvait compter pour une complicité passive, lui feront peut-être
+défaut s'il s'agit d'une coopération active et énergique, et, après
+tout, d'une mort presque certaine. Batz est demeuré impassible;
+l'appel terminé, Simon est monté à la tour; il exhibe un ordre du
+conseil général qui enjoint à Michonis de lui remettre ses fonctions
+et de se rendre sur-le-champ à la Commune. Michonis écoute sans
+surprise, obéit sans hésitation; il rencontre Cortey dans la première
+cour: «Que signifie tout cela? lui dit-il.--Sois tranquille, lui
+répond tout bas le capitaine, Forget est parti.»
+
+»En effet, le chef du poste n'avait pas perdu une minute. Aussitôt que
+Simon lui eut tourné le dos pour monter à la tour, il avait, sous le
+prétexte d'un bruit entendu dans la rue voisine, lancé au dehors une
+patrouille de huit hommes qui n'étaient revenus que sept. Le
+sang-froid de Batz, la présence d'esprit de Cortey avaient sauvé la
+vie à tous.
+
+»Simon n'était pas resté inactif; il avait fait une perquisition dans
+l'appartement des Princesses, dans les tours et dans toutes les
+dépendances de l'enclos; il avait interrogé tous les préposés: ses
+recherches étaient restées sans résultat. Rien de suspect ne lui était
+apparu dans l'enceinte du Temple; tout y était calme comme de coutume.
+Honteux de l'alarme inutile qu'il a causée, Simon fait après coup
+doubler tous les postes; il cherche ainsi, par les précautions qu'il
+prend, à accréditer l'idée d'un danger auquel il ne croit plus.
+
+»Or, voici ce qui s'était passé d'après le dire de Simon. Un gendarme
+d'ordonnance au Temple avait trouvé le soir, vers neuf heures, gisant
+sur le pavé devant la grande porte, un papier sans adresse, portant
+sous son pli cacheté ces mots: «Michonis vous trahira cette nuit:
+veillez!» Ce papier, ouvert par le gendarme, avait été remis par lui
+à Simon, le seul des six[60] commissaires du jour qu'il connût
+particulièrement. Simon s'était rendu en toute hâte avec ce billet au
+conseil général, qui lui avait intimé l'ordre de relever son collègue
+de ses fonctions et de l'inviter à se rendre sans retard à la barre de
+la Commune.
+
+[Note 60: Il est bon de faire remarquer ici que le nombre des
+municipaux envoyés au Temple varia plusieurs fois. D'abord on en
+envoya quatre, puis huit à l'époque du procès de Louis XVI; six après
+le 21 janvier; plus tard huit encore, ensuite quatre, puis trois. Le
+nombre variait suivant la gravité des circonstances.
+
+Il devint quelquefois si difficile de trouver des commissaires pour
+aller au Temple qu'il fallait recourir à des mesures de rigueur pour
+triompher de la résistance des récalcitrants. L'amende et la
+dénonciation du citoyen peu zélé à sa section ne suffirent pas
+longtemps. Le conseil général se vit contraint de prendre la décision
+suivante, à la date du 12 septembre 1793:
+
+«Le conseil général arrête que lorsqu'un de ses membres auquel il aura
+été écrit pour aller au Temple refusera ce service, deux gendarmes
+seront chargés de l'aller chercher pour le conduire au Temple;
+
+»Arrête en outre que le présent sera mis sur la lettre d'invitation.»
+
+Cette mesure ne tarda pas à trouver son application: «Mercredi, 18
+septembre 1793, le conseil arrête à l'égard de Forestier la stricte
+exécution de son arrêté, qui porte que lorsqu'un membre refusera de se
+rendre au Temple, d'après l'invitation qui lui en aura été faite par
+écrit, il y sera conduit par deux gendarmes;
+
+»Arrête en conséquence que deux gendarmes iront chercher Forestier.»
+
+Conformément à la même décision, deux gendarmes allèrent chercher
+
+ Le municipal Soulès, le 26 septembre 1793;
+ Le municipal Mourette, le 3 novembre;
+ Le municipal Gibert, le 21 novembre;
+ Le municipal Follope, le 13 décembre;
+ Le municipal Laurent, le 21 janvier 1794, etc.]
+
+»Docile à cet appel, Michonis eut à subir le plus minutieux
+interrogatoire. Il répondit à tout avec adresse, réfuta avec une
+bonhomie pleine d'autorité cet écrit anonyme forgé par quelque
+adversaire politique pour le compromettre, et représenta d'ailleurs
+Simon, ce qui était vrai, comme son ennemi personnel. La physionomie
+ouverte et l'apparente candeur du prévenu lui avaient déjà gagné
+l'absolution, lorsque le lendemain matin son antagoniste nocturne
+ayant rendu compte du résultat si stérile de sa mission, le conseil
+général demeura convaincu que si avec son humeur inquiète Simon était
+capable de rêver un complot, Michonis avec son franc caractère était
+incapable d'en former un.»
+
+A quoi tiennent les destinées humaines! Sans ce mot anonyme jeté dans
+un ruisseau et fortuitement trouvé par un gendarme, il est probable
+que la famille royale échappait à ses geôliers, et que la révolution
+française n'eût point été flétrie par le meurtre juridique de deux
+femmes, et par le meurtre plus lent et plus exécrable encore d'un
+enfant de dix ans.
+
+Méconnu par la Commune, Simon chercha ailleurs un appréciateur de son
+zèle. Il instruisit Robespierre de l'avis qu'il avait reçu et des
+machinations qui ne cessaient de se produire au Temple. Les
+dénonciations de Simon trouvaient toute créance de ce côté. Le
+dominateur n'ignorait pas que la conspiration était partout, que le
+nom du fils de Louis XVI était l'objet permanent des espérances
+royalistes aussi bien que le prétexte des récriminations
+révolutionnaires. C'était toujours pour un enfant et contre un enfant
+que se tramaient tous les complots plus ou moins obscurs de cette
+époque; hier c'était un projet d'évasion médité dans l'ombre,
+aujourd'hui une conspiration armée à la tête de laquelle se trouvait
+le général Dillon. Les commérages de la rue s'emparaient de ces bruits
+plus ou moins fondés. Sans chercher à connaître la vérité, le comité
+de salut public arrêta, le 1er juillet 1793:
+
+«Que le maire de Paris demeurerait chargé de prendre toutes les
+mesures convenables pour l'arrestation dudit Arthur Dillon et de ses
+complices présumés;
+
+Qu'il serait de suite procédé à l'apposition des scellés sur leurs
+papiers;
+
+Que le jeune Louis, fils de Capet, serait séparé de sa mère et placé
+dans un appartement à part, le mieux défendu de tout le local du
+Temple[61].»
+
+[Note 61: Cet arrêté est signé Cambon fils aîné,--L. B.
+Guyton,--Jeanbon Saint-André, G. Couthon,--B. Barère,--Danton.
+(Archives de l'Empire, armoire de fer, carton 13.)]
+
+Un autre arrêté du comité de salut public, daté également du 1er
+juillet, portait que le fils de Capet, séparé de sa mère, serait remis
+dans les mains d'un instituteur, au choix du conseil général de la
+Commune.
+
+Ces deux mesures, sanctionnées par la Convention, furent mises à
+exécution le 3 juillet.
+
+Dix heures allaient sonner. Le Dauphin, couché depuis plus d'une
+heure, dormait profondément. Son lit n'avait pas de rideaux; un châle
+tendu par les soins de sa mère mettait seul ses paupières closes à
+l'abri de la lumière. La veillée devait se prolonger plus tard que de
+coutume: la Reine et Madame Élisabeth s'étaient imposé la tâche de
+réparer les vêtements endommagés de la famille. Assise entre elles
+deux, Marie-Thérèse était ce soir-là leur lectrice. Après quelques
+pages du _Dictionnaire historique_[62], la jeune fille avait ouvert
+une _Semaine sainte_, et commençait à y lire des prières tirées des
+saintes Écritures. Ce livre, qui appartenait à Madame Élisabeth, avait
+été introduit dans la tour au mois de mars, quelques jours avant
+Pâques[63]. La Reine et sa soeur, tout en écoutant la lecture, avaient
+l'oreille et les yeux tournés vers le lit qui renfermait l'être si
+cher à leur coeur, et souvent, pour mieux entendre sa respiration,
+elles laissaient tomber l'ouvrage de leurs mains. La veillée allait
+ainsi, lorsque des bruits de pas retentirent. Les portes tournent sur
+leurs gonds, et six commissaires entrent dans la chambre. Un d'eux,
+prenant la parole: «Nous venons vous notifier l'ordre du comité de
+salut public, portant que le fils de Capet sera séparé de sa mère et
+de sa famille.» La Reine à ces mots se lève, et, pâle, tremblante de
+frayeur, elle s'écrie: «M'enlever mon enfant! Non, non, cela n'est pas
+possible.» Marie-Thérèse, debout près de sa mère, semblait repousser
+avec elle un ordre si dur; Madame Élisabeth, le coeur serré, regardait
+muette et immobile, et, les mains étendues sur le livre saint,
+paraissait prendre Dieu à témoin de l'impossibilité d'une pareille
+cruauté.
+
+[Note 62: Demandé le 14 juin, cet ouvrage avait été mis le 23 à la
+disposition des prisonnières.
+
+ «Du vendredi, 14 juin 1793, l'an II de la République française.
+
+»Sur la demande des commissaires de service au Temple, le conseil
+arrête que Baron, garde de la Bibliothèque, fournira sur récépissé
+
+»Les livres ci-après:
+
+ »_Dictionnaire historique_, 4 vol. in-8º, rel.
+ »Les n{os} I, II, III et IV des _Oeuvres de Voltaire_.
+
+ »SILLANS, CAZENAVE, FOUCAUX.
+
+»Nous, membres du conseil général de la Commune, de service au Temple,
+donnons le récépissé de quatre volumes intitulés: _Dictionnaire
+historique_, _Oeuvres de Voltaire_, qui ont été transportés à la Tour.
+
+»Fait au conseil du Temple ce 23 juin 1793, l'an II de la République
+française une et indivisible.
+
+ »MENNESSIER, membre du conseil général;
+ »DANGÉ.»]
+
+[Note 63: _Fragments historiques sur la captivité de la famille
+royale_, par TURGY, publiés par Eckard, à la suite de ses _Mémoires
+historiques sur Louis XVII_, troisième édition.]
+
+Après un moment de silence, la Reine, surmontant le frisson qui
+parcourait tout son être et rendait sa voix frémissante, reprit ainsi:
+«La Commune, messieurs, ne peut songer à me séparer de mon fils; il
+est si jeune, il est si faible, mes soins lui sont si nécessaires!--Le
+comité a pris cet arrêté, répliqua le municipal; la Convention a
+ratifié la mesure, et nous devons en assurer l'exécution immédiate.»
+La malheureuse mère s'écria: «Je ne pourrai jamais me résigner à cette
+séparation; au nom du Ciel, n'exigez pas de moi cette épreuve
+cruelle.» Et Marie-Thérèse pleurait de sa douleur et de celle de sa
+mère. Madame Élisabeth, s'élançant vers le lit du Dauphin, s'écria:
+«Au nom de ce que vous aimez le plus au monde, au nom de vos femmes,
+au nom de vos enfants, n'enlevez pas à cette mère le fils qu'elle
+chérit.» Puis les sanglots étouffaient les plaintes et les
+supplications. Rien ne put attendrir les membres de la Commune: «Ces
+criailleries ne servent à rien, disaient-ils: on ne vous le tuera pas,
+votre enfant, livrez-nous-le de bon gré, ou nous saurons nous en
+rendre maîtres.» Mère, tante et soeur étaient devant le lit; elles en
+défendaient les abords, mais elles furent vaincues par la force
+brutale; violemment agité dans la lutte, le rideau factice se détache,
+et tombant sur la tête de l'enfant, le réveille. Celui-ci voit ce qui
+se passe, il se jette du lit dans les bras de sa mère, et s'écrie:
+«Maman! maman! ne me quittez pas!» Et sa mère le presse sur son sein,
+le rassure, le défend, se cramponne au pilier du lit. «Ne nous battons
+pas contre des femmes, dit un des municipaux resté muet jusqu'à ce
+moment; citoyens, faisons monter la garde.» Et déjà il s'était
+approché du guichetier, demeuré debout près de la porte. «Ne faites
+pas cela, s'écria Madame Élisabeth; ce que vous exigez par la force,
+il faut bien que nous l'acceptions; mais, de grâce, donnez-nous le
+temps de respirer. Cet enfant a besoin de sommeil; ailleurs il ne
+pourrait dormir. Demain matin il vous sera remis. Laissez-le au moins
+passer la nuit dans cette chambre, et obtenez qu'il y soit ramené tous
+les soirs.» A ces mots, prononcés avec l'accent le plus émouvant, le
+silence succéda. La Reine reprit la parole: «Promettez-moi, dit-elle,
+qu'il restera dans l'enceinte de la tour, et que chaque jour il me
+sera permis de le voir, ne fût-ce qu'aux heures du repas.--Nous
+n'avons pas de comptes à te rendre, et il ne t'appartient pas
+d'interroger les intentions de la patrie. Parbleu, parce qu'on
+t'enlève ton enfant, te voilà bien malheureuse! Les nôtres vont bien
+tous les jours se faire casser la tête par les balles des ennemis que
+tu attires sur nos frontières.--Mon fils est trop jeune pour pouvoir
+encore servir son pays, dit la Reine avec douceur; mais j'espère
+qu'un jour, si Dieu le permet, il sera fier de lui consacrer sa vie.»
+
+Prières, supplications, larmes, furent stériles, et elles devaient
+l'être. Il fallut habiller l'enfant. Combien cette toilette fut
+longue, et que de pleurs mouillèrent ces vêtements tournés et
+retournés en tous sens, et passés de mains en mains, afin d'éloigner
+de quelques secondes le moment de la séparation! Madame Élisabeth
+mêlait ses soins à ceux de la Reine, et si le coeur de cette dernière
+était brisé, le sien l'était bien cruellement aussi. Les municipaux
+perdirent patience, et exigèrent la remise de l'enfant. Enfin,
+Marie-Antoinette ayant ramassé au fond de son coeur le peu de force
+qui lui restait, prit son fils devant elle, et s'asseyant sur une
+chaise, elle rapprocha d'elle cet enfant si cher et posa les mains sur
+ses petites épaules; puis calme, immobile, recueillie dans sa douleur,
+sans verser une larme, sans pousser un soupir, elle lui dit d'une voix
+solennelle: «Mon enfant, nous allons nous quitter. Souvenez-vous de
+vos devoirs quand nous ne serons plus près de vous pour vous les
+rappeler. N'oubliez jamais le bon Dieu qui vous éprouve, ni votre mère
+qui vous aime, ni votre tante ni votre soeur, qui vous ont donné tant
+de preuves de tendresse. Soyez sage, patient et honnête, et votre père
+vous bénira du haut du Ciel.» Elle dit, baise son fils au front, et le
+pousse vers sa tante, qui l'embrasse, ainsi que sa soeur. Le pauvre
+enfant revient encore à sa mère, et s'attache à ses genoux de toutes
+ses forces; mais la Reine le regardant d'un air doux et ferme: «Mon
+fils, il faut obéir, il le faut.--Allons, tu n'as plus, j'espère, de
+doctrine à lui faire, dit un commissaire; il faut avouer que tu as
+fièrement abusé de notre patience.--Tu pouvois te dispenser de lui
+faire la leçon», disait un autre; et entraînant violemment l'enfant,
+il sortit avec lui. Le dernier qui quitta la chambre avait gardé le
+silence pendant cette pénible scène. Son maintien était convenable.
+Croyant sans doute rassurer la sollicitude maternelle, il dit à la
+Reine d'un ton qui trahissait une certaine émotion: «Ne vous
+tourmentez pas, la nation est généreuse, elle pourvoira à l'éducation
+de votre fils[64].»
+
+[Note 64: Nous donnons ici sans commentaire l'extrait des registres du
+conseil du Temple relatif à l'enlèvement du Prince.
+
+«Le 3 juillet 1793, neuf heures et demie du soir, nous, commissaires
+de service, sommes entrés dans l'appartement de la veuve Capet, à
+laquelle nous avons notifié l'arrêté du Comité de salut public de la
+Convention nationale du 1er du présent, en l'invitant de s'y
+conformer. Après différentes instances, la veuve Capet s'est enfin
+déterminée à nous remettre son fils, qui a été conduit dans
+l'appartement désigné par l'arrêté du conseil de cejourd'hui, et mis
+entre les mains du citoyen Simon, qui s'en est chargé. Nous observons
+au surplus que la séparation s'est faite avec toute la sensibilité que
+l'on devait attendre dans cette circonstance, où les magistrats du
+peuple ont eu tous les égards compatibles avec la sévérité de leurs
+fonctions.
+
+ »_Signé_: EUDES, GAGNANT, ARNAUD, VÉRON,
+ CELLIER et DEVÈZE.»]
+
+A peine la porte fut-elle refermée que la pauvre mère ne fut plus
+maîtresse de son chagrin: c'étaient des cris de douleur, des sanglots,
+des grincements de dents. L'énergie de son caractère s'était usée dans
+la lutte, et maintenant, tout entière au sentiment de son profond
+malheur, elle se roulait sur la couche déserte de son enfant en
+demandant à Dieu ce qu'elle avait pu faire pour être condamnée à une
+telle torture. Madame Élisabeth reprit son rôle de consolatrice: se
+plaçant sur une chaise près du lit où était la Reine, elle laissa
+passer ces premières explosions du désespoir, et se borna à traduire
+par un serrement de main et un regard bien tendre ce que ses propres
+larmes l'empêchaient elle-même de dire. Mais dès que la Reine fut un
+peu calmée: «Ma soeur, lui dit-elle, j'ai admiré tout à l'heure la
+fermeté de votre âme, et j'ai remercié Dieu de ce témoignage de sa
+grâce. Et certainement, vis-à-vis de Dieu, qui nous regarde et nous
+éprouve, vous n'aurez pas moins de courage que vous n'en avez montré
+vis-à-vis de ces hommes. Ne lui demandons pas pourquoi il nous châtie;
+il le sait, lui, et cela suffit. Sans chercher à sonder ses desseins,
+acceptons la croix qu'il nous envoie et n'hésitons pas à la porter. On
+ne devient pas l'héritier de Jésus-Christ sans avoir été le compagnon
+de ses souffrances. Remettons-nous volontairement entre ses mains et
+supportons tout en pensant à lui.» Ces paroles pleines d'onction
+avaient pénétré dans le coeur de Marie-Antoinette, qui n'y répondit
+qu'en embrassant tendrement sa soeur. Les nerfs de la pauvre mère
+s'étaient un peu détendus, et ses larmes coulèrent plus facilement.
+Quelques instants après, elle se leva; elle embrassa sa fille et lui
+dit de se coucher. Les larmes recommencèrent en se disant bonsoir.
+Puis, comme Madame Élisabeth se mettait à serrer les petits vêtements
+de l'enfant, demeurés sur la table, et qui réclamaient encore le
+travail de leurs mains, les pleurs éclatèrent de nouveau, et les deux
+pauvres mères se jetèrent dans les bras l'une de l'autre.
+
+Les prisonnières ignorèrent ce que le cher enfant était devenu. Elles
+supposaient qu'il n'avait pas quitté le Temple, mais elles ne savaient
+ni dans quelles mains il avait été remis, ni comment il était traité.
+Cette incertitude où elles étaient de son sort augmentait encore
+l'amertume de leurs regrets. Quatre jours s'étaient écoulés, lorsque
+la nouvelle se répandit dans Paris que la conspiration d'Arthur
+Dillon, malgré l'arrestation de ce général, avait eu un plein succès,
+et que Louis XVII, enlevé de la tour, avait été porté en triomphe à
+Saint-Cloud. Pour faire tomber ce bruit qui agitait Paris et amenait
+une foule de monde aux abords du Temple, une députation du comité de
+sûreté générale, dont Drouet et Chabot faisaient partie, y fut
+dépêchée, afin de constater officiellement la présence du petit Capet.
+Après avoir ordonné de le faire descendre dans le jardin, afin qu'il
+puisse être vu de toute la garde montante, les deux députés que nous
+avons nommés ont un entretien à huis clos avec Simon et les municipaux
+dans la chambre du conseil; puis ils se présentent dans l'appartement
+des prisonnières, où, avec l'allure qui leur est propre, ils exercent
+une véritable perquisition. «Nous sommes venus voir, dit Drouet, s'il
+ne vous manque rien ou si vous n'avez rien de trop.--Il me manque mon
+fils, dit la Reine; il est vraiment trop cruel de m'en séparer si
+longtemps.--Votre fils ne manque pas de soins: on lui a donné un
+précepteur patriote, et vous n'avez pas plus à vous plaindre de la
+manière dont on le traite que de celle dont vous êtes ici traitée
+vous-même.--Je ne me plains que d'une chose, monsieur, c'est de
+l'absence d'un enfant qui ne m'avait jamais quittée. Depuis cinq jours
+il m'a été arraché, il ne m'a pas été permis de le voir une seule
+fois, et cependant il est encore malade[65]; il a besoin de mes soins.
+Il m'est impossible de croire que la Convention ne comprenne pas la
+légitimité de mes plaintes.»
+
+[Note 65: Nous possédons les mémoires des médicaments fournis au Temple
+pendant les mois de mai, juin et juillet, pour Marie-Antoinette, ses
+enfants et sa soeur, par le citoyen Robert, apothicaire autorisé par la
+Commune, et par ordonnance du citoyen docteur Thierry; et nous voyons
+que pendant tout le mois de juillet il y eut des remèdes livrés chaque
+jour pour le fils de Marie-Antoinette. (Pièces justificatives, nº V).]
+
+Dans le compte qu'il rendit de cette visite à la Convention nationale,
+Drouet s'exprima ainsi: «Nous sommes montés à l'appartement des
+femmes, et nous avons trouvé Marie-Antoinette, sa fille et sa soeur,
+jouissant d'une parfaite santé. On se plaît encore à répandre chez les
+nations étrangères qu'elles sont maltraitées, et, de leur aveu, fait
+en présence des commissaires de la Commune, rien ne manque à leur
+commodité.»--Et Drouet ne dit pas un mot des plaintes qu'avait élevées
+Marie-Antoinette sur la cruelle séquestration de son fils. La Reine et
+Madame Élisabeth ne cessaient d'interroger municipaux, gardiens,
+geôliers; tous répondaient qu'elles ne devaient pas s'inquiéter de
+l'enfant; qu'il était en bonnes mains, et qu'il ne manquait pas de
+soins. Ces assurances ne pouvaient les satisfaire. Il fallait qu'elles
+vissent leur enfant: elles le demandaient à tous avec des prières
+déchirantes; mais que pouvaient répondre les représentants de la
+Commune, sinon que le gouvernement avait jugé la mesure nécessaire et
+que force était de s'y conformer? Les refus ou le silence que
+rencontraient leurs supplications augmentaient chaque jour leur
+anxiété. Toutefois elles étaient loin de soupçonner dans quelles mains
+le Dauphin était tombé: elles ignoraient qu'on ne le leur avait enlevé
+que pour anéantir en lui tout à la fois et la force physique, et la
+vie intellectuelle, et la beauté morale. Leurs frayeurs à cet égard
+allaient loin, mais elles n'approchaient pas de la vérité. Lasses
+d'implorer la justice des municipaux, elles s'adressèrent à la pitié
+de Tison. Tison ne fut point sourd à leurs plaintes. Gagné depuis
+quelque temps par la résignation et la bonté des prisonnières, il
+s'était beaucoup amendé: placé près d'elles comme un espion,
+insensiblement il devenait pour elles un complice. Sa femme,
+désavouant plus tôt que lui tout son passé, s'était un jour jetée aux
+pieds de la Reine, en s'écriant devant les commissaires et sans faire
+attention à leur présence: «Madame, je demande pardon à Votre Majesté,
+je suis cause de votre mort et de celle de Madame Élisabeth.» Les
+princesses s'empressèrent de la relever et tâchèrent de la calmer;
+mais la fièvre nerveuse qui l'agitait se prolongea quelques jours. Ce
+ne fut plus alors un pardon, ce furent des soins que les princesses
+lui apportèrent. Madame Élisabeth particulièrement l'environna
+d'attentions et de paroles consolantes. La malade disait un jour à
+Meunier: «Je les plains de toute mon âme; c'est une famille généreuse
+que les pauvres ne remplaceront pas. Si vous pouviez comme moi les
+voir de près, vous diriez qu'il n'y a rien d'aussi grand sur la terre.
+Qui les a vues comme vous aux Tuileries n'a rien vu; il faut les avoir
+vues comme moi au Temple.» Les remords de cette pauvre femme avaient
+troublé sa raison[66]. Elle fut en proie à d'affreuses convulsions; on
+lui donna une garde[67]; transportée dans une chambre du palais, il
+fallut plusieurs hommes pour la contenir[68]. Au bout de six jours,
+elle fut conduite à l'Hôtel-Dieu[69]. Elle ne reparut plus au Temple.
+On mit auprès d'elle, dit Marie-Thérèse[70], une femme de la police
+pour recueillir tout ce que, dans son délire, elle pourrait laisser
+échapper sur la famille royale.
+
+[Note 66: «Les commissaires du Temple écrivent que la citoyenne Tison
+a la tête aliénée, ainsi qu'il est constaté par les certificats des
+médecins Thierry et Soupé.
+
+»Le conseil général, d'après les observations du maire, et le
+procureur de la Commune entendu, arrête:
+
+ »1º Que la citoyenne Tison sera traitée dans l'enclos du Temple et
+ hors de la tour;
+
+ »2º Qu'elle aura une garde particulière;
+
+ »3º Le conseil renvoie à l'administration du Temple pour désigner le
+ local.» (Conseil général de la Commune, séance du 29 juin 1793.)
+
+«Le conseil du Temple fait part des mesures qu'il a prises
+relativement à la maladie de la citoyenne Tison.
+
+»Le conseil général en adopte les dispositions.» (Séance du 1er
+juillet 1793.)]
+
+[Note 67: Municipalité de Paris.
+
+_Extrait du registre des délibérations du conseil du Temple._
+
+«Et le même jour, nous nous sommes informés sur-le-champ d'une garde
+pour l'installer provisoirement. L'on nous a enseigné la nommée
+Jeanne-Charlotte Gourlet, demeurant ordinairement au Temple. Nous
+l'avons acceptée, lui avons demandé de prêter le serment de
+discrétion, et de ne communiquer avec personne, ce qu'elle a promis et
+a fait à l'instant, et nous a déclaré ne savoir signer.
+
+ »Pour copie conforme:
+ »MERCIER, DUPAUMIER, QUENET, MACÉ, commissaires.
+
+ »Vu et approuvé par le conseil général de la Commune, ce 1er
+ juillet 1793, l'an II de la République une et indivisible.
+
+ »DORAT-CUBIÈRES.»
+
+ (Archives de l'Empire, carton E, nº 6206.)]
+
+[Note 68: Récit de Turgy.]
+
+[Note 69: «On donne lecture d'une lettre des commissaires de service
+au Temple, accompagnée d'un certificat de chirurgiens et médecins, qui
+attestent que la citoyenne Tison, dont l'esprit est altéré, a besoin
+d'être transférée dans une maison particulière destinée pour le
+traitement de ce genre de maladie. Le conseil général arrête qu'elle
+sera transférée à l'Hôtel-Dieu et soignée aux frais de la Commune.»
+(Conseil général de la Commune, séance du 6 juillet 1793.)]
+
+[Note 70: Récit de la captivité du Temple.]
+
+La conversion du mari, nous l'avons dit, avait suivi celle de la
+femme. Par une conduite toute nouvelle, Tison tâcha de racheter ses
+méfaits. Il se tint à l'affût de tout ce qui pourrait intéresser la
+Reine, et lui apportait presque chaque jour des nouvelles de son fils;
+toutefois le sentiment de respectueuse pitié qui était entré dans son
+âme lui enseignant une délicatesse que ses précédents n'auraient pas
+fait soupçonner, il avait soin de lui cacher les horribles traitements
+que l'enfant subissait, et dont Tison lui-même était indigné. Il parla
+de Simon devant les princesses, mais sans le nommer, sans le
+dépeindre, sans laisser entrevoir que ce mentor donné au Dauphin
+n'était autre que le municipal qui avait toujours affecté devant le
+Roi et devant elles le langage le plus injurieux. Mais il se plaisait
+à leur raconter que l'enfant allait chaque jour prendre ses ébats au
+jardin, et qu'habituellement il y jouait au ballon; que quelquefois on
+le conduisait sur la plate-forme de la tour, où il jouissait d'un air
+excellent, et qu'enfin il avait toutes les apparences de la santé.
+Rassurées sur ce point, les royales confidentes essayaient de se faire
+initier à des détails plus intimes de son éducation. Tison s'arrêta
+prudemment: craignant de détruire dans le coeur de ces pauvres femmes
+le peu de bien qu'y avaient fait les renseignements qu'il venait de
+leur donner, il se borna à répondre qu'il lui était impossible de
+savoir lui-même ce qui se passait dans l'intérieur de l'appartement.
+
+La nouvelle de la promenade sur la plate-forme fit naître un espoir
+auquel les prisonnières se livrèrent avec bonheur. Un petit escalier
+tournant pratiqué dans la garde-robe conduisait aux combles; au faîte
+de ce petit escalier, un jour de souffrance était ouvert dans
+l'épaisseur de la muraille; de là il était possible d'apercevoir, de
+tourelle à tourelle, l'enfant au moment où il arrivait sur la
+plate-forme. Rien ne ressemblait plus à une vision, à un éclair, que
+cette apparition fugitive, et il fallait des yeux maternels pour
+reconnaître ainsi l'enfant. Dans un billet écrit à Turgy, Madame
+Élisabeth fait mention de cette circonstance: «Dites à _Fidèle_, ma
+soeur a voulu que vous le sachiez, que nous voyons tous les jours le
+petit par la fenêtre de l'escalier de la garde-robe; mais que cela ne
+vous empêche pas de nous en donner des nouvelles.»
+
+Cette faible consolation leur laissa entrevoir la possibilité d'un
+bonheur plus réel. La plate-forme se trouvait partagée en deux parties
+par une clôture en bois, et formait ainsi deux promenades, dont l'une
+était assignée au prisonnier du second étage et l'autre aux
+prisonnières du troisième. Les planches de séparation étaient
+disposées de telle manière qu'on ne pouvait se voir qu'à travers les
+fentes, et de loin, mais de plus près cependant que par l'escalier de
+la garde-robe, et surtout un peu plus longtemps. Dès lors, mère, tante
+et soeur n'eurent qu'une pensée, se trouver sur la tour au moment de
+la promenade du petit, comme elles l'appelaient dans leur doux
+langage. Mais comment ménager cette coïncidence? «Nous montions sur la
+tour bien souvent, dit Madame Royale dans son récit, parce que mon
+frère y alloit de son côté, et que le seul plaisir de ma mère étoit de
+le voir passer de loin par une petite fente.» Malheureusement il
+arrivoit bien rarement que l'heure fixée par les commissaires pour la
+promenade des prisonnières se rencontrât avec l'heure arrêtée par
+Simon pour la promenade de l'enfant. La rencontre si vivement désirée
+et si longtemps attendue dépendait donc d'un hasard heureux ou de la
+pitié complaisante des municipaux. «C'est égal, comme le dit
+Marie-Thérèse, on montoit toujours; on ne savoit pas si le petit
+viendroit, mais il pouvoit venir. Que d'heures occupées à saisir son
+passage! Que de fois, l'oreille collée sur la cloison de planches, les
+pauvres recluses, attentives, muettes, ont senti leur coeur battre au
+moindre mouvement qui se faisoit dans l'escalier! Hélas! ce faible
+bruit, avidement recueilli par leur inquiète impatience, étoit presque
+toujours trompeur: un commissaire qui montoit ou descendoit à la salle
+du conseil, un préposé qui faisoit sa ronde, une sentinelle qu'on
+relevoit dans l'escalier, avaient, sans le savoir, agité trois âmes
+d'une ardente espérance et d'un immense regret. Puis, l'heure de la
+récréation étant passée, il fallait redescendre sous les verrous.»
+
+La tentative de la veille était reprise le lendemain: infructueuse
+encore, elle était reprise les jours suivants. L'espérance, fût-elle
+toujours trompée, ne meurt pas au coeur d'une mère.
+
+La persévérance de la Reine obtint enfin son couronnement; mais le
+couronnement d'épines, le seul qu'elle connût depuis plusieurs années.
+Le mardi 30 juillet, il lui fut donné d'entrevoir encore son enfant,
+mais cette ombre de bonheur si longtemps épiée, si pieusement demandée
+au Ciel, le Ciel ne la lui accordait que pour son supplice. Oui, elle
+vit son fils... Il ne portait plus le deuil de son père; il avait sur
+la tête le bonnet rouge; il avait près de lui ce municipal jacobin qui
+s'était signalé devant Louis XVI et devant elle-même par son insolence
+et ses outrages. Par une fatalité singulière, Simon, au moment de
+monter sur la plate-forme, avait appris l'entrée du duc d'York dans
+Valenciennes, et sa colère s'épanchait sur son élève, dont il
+harcelait la marche par des jurements et des blasphèmes. L'infortunée
+Reine, sans jeter un seul cri, tombe dans les bras de sa soeur, témoin
+comme elle de ce spectacle, et toutes deux entraînent Marie-Thérèse,
+qui accourait aussi à la cloison, et dont elles épargnent la jeune âme
+en se donnant par un regard le mutuel conseil de tout lui cacher. «Il
+ne passera pas, disent-elles, il est inutile d'attendre plus
+longtemps.» Et l'on se dirige de l'autre côté de la plate-forme. Au
+bout de quelques minutes, les larmes gagnent la pauvre mère; elle se
+détourne pour les cacher... et pour revenir épier son enfant. Madame
+Élisabeth est demeurée près de sa nièce, afin de laisser la mère
+maîtresse de ses regards. Peu de temps après, en effet, le jeune
+Prince repassa, mais cette fois la tête baissée, et marchant à côté de
+Simon qui ne jurait plus. Le silence du maître, l'attitude de
+soumission de l'enfant, firent presque autant de mal à la Reine que
+les brutalités de Simon. Immobile et muette, elle resta quelques
+instants à la même place; Tison vint l'y trouver. Alors, relevant la
+tête, qu'elle tenait penchée entre ses mains, elle s'écria: «Vous
+m'avez trompée!--Non, Madame, je ne vous ai point trompée; tout ce que
+je vous ai dit est vrai; seulement, par ménagement, je ne voulais pas
+tout vous dire. Maintenant je vous dirai tout, puisque je n'ai plus
+rien à vous cacher.» Madame Élisabeth s'approcha de la Reine avec
+Marie-Thérèse, et par un regard elle l'interrogea sur ce qu'elle
+venait de voir. Un mouvement de paupière, qui traduisait toute la
+douleur enfermée dans son âme, fut la seule réponse de la Reine.
+
+Ainsi fut nettement connu le déplorable état du Dauphin: Simon ne lui
+parlait qu'en jurant, ne lui commandait qu'en le menaçant, et voulait
+le contraindre à chanter des couplets obscènes ou des chansons
+régicides. L'enfant résistait, et les coups n'avaient encore rien
+obtenu de lui. Ces détails restèrent entièrement ignorés de Madame
+Royale, et sa tante fit tous ses efforts pour qu'ils n'arrivassent
+point dans toute leur horreur à la connaissance de la Reine. Elle dit
+à Tison: «De grâce, cachons désormais ces atrocités à ma soeur:
+dites-moi tout à moi, Tison, je saurai adoucir les scènes affligeantes
+et choisir le moment de les lui transmettre. Faites cette
+recommandation, s'il est possible, à tous ceux qui donnent des
+nouvelles de mon neveu. J'espère, Tison, que vous trouverez chez eux
+cette pitié que je réclame de vous pour cette pauvre mère.»
+
+Les longs martyres de la veuve et de la soeur de Louis XVI eurent ici
+leur phase la plus douloureuse. Leur enfant malade, elles ne pouvaient
+le soigner! Malheureux, elles ne pouvaient le consoler! En danger,
+elles ne pouvaient le secourir! Son âme innocente faiblissait
+peut-être, et elles ne pouvaient la soutenir! Est-il un supplice
+comparable à ce supplice?
+
+Le soir, Madame Royale dit à sa tante: «Mon Dieu! comme ma mère a été
+triste aujourd'hui!--Chère enfant, lui répondit Madame Élisabeth,
+votre mère est triste, il est vrai, mais non pas de chagrins nouveaux.
+Ceux que vous lui connaissez, et que toutes deux nous partageons,
+l'ont accablée un peu plus aujourd'hui peut-être que ces jours passés.
+Il est des moments où l'émotion des souvenirs domine l'âme la plus
+forte. Priez, chère enfant, demandez à Dieu que ces souvenirs soient
+moins poignants pour votre mère.»--La jeune fille fit sa prière, et
+s'endormit profondément.
+
+Sa mère et sa tante veillèrent longtemps. Allant et venant, elles
+parcouraient cet humble réduit où, pendant de si longs jours, elle
+l'avaient vu, malgré les privations, les verrous et les injures, si
+vif, si léger, si affectueux et parfois si riant; travaillant,
+chantant et priant; elles rappelaient les pensées, les paroles et les
+actions de coeur du cher petit, et comment, lorsqu'il les voyait
+tristes et souffrantes, il savait trouver, pour les distraire et les
+égayer, quelques étincelles de sa gentille humeur d'autrefois.
+
+Elles remontèrent à la plate-forme le lendemain et le surlendemain.
+Elles y restèrent longtemps: rien ne parut. Oh! pourquoi cette
+terrible révélation leur avait-elle été faite? Marie-Antoinette ne
+revit pas son fils ces jours-là; elle ne devait plus le revoir, et
+elle allait emporter du Temple une source nouvelle et intarissable de
+larmes, d'inquiétudes et de tourments.
+
+Le 1er août, la Convention nationale décréta:
+
+«Marie-Antoinette est envoyée au tribunal extraordinaire; elle sera
+transférée sur-le-champ à la Conciergerie.
+
+»Tous les individus de la famille Capet seront déportés hors du
+territoire de la République, à l'exception des deux enfants de Louis
+Capet et des individus de la famille qui sont sous le glaive de la
+loi.
+
+»Élisabeth Capet ne pourra être déportée qu'après le jugement de
+Marie-Antoinette.
+
+»Les membres de la famille Capet qui sont hors le glaive de la loi
+seront déportés après le jugement, s'ils sont absous.
+
+»La dépense des deux enfants de Louis Capet sera réduite à ce qui est
+nécessaire pour l'entretien et à la nourriture de deux individus.
+
+»Les tombeaux et mausolées des ci-devant rois, élevés dans l'église de
+Saint-Denis, dans les temples et autres lieux, dans toute l'étendue de
+la République, seront détruits le 10 août prochain.»
+
+Le 2 août, à deux heures du matin, on vint éveiller les trois
+prisonnières pour lire à la Reine le décret qui ordonnait sa
+translation à la Conciergerie. Marie-Thérèse nous a laissé le récit
+des derniers instants passés avec sa mère: «Elle entendit, dit-elle,
+la lecture de ce décret sans s'émouvoir et sans dire une seule
+parole.» Mais Madame Élisabeth et Madame Royale se hâtèrent de
+demander à suivre la Reine, ce qui leur fut refusé. Pendant tout le
+temps que la Reine fit le paquet de ses vêtements, les municipaux ne
+la quittèrent point: elle fut même obligée de s'habiller devant eux.
+On lui demanda ses poches, qu'elle donna; ils les fouillèrent et
+prirent tout ce qu'elles contenaient, quoiqu'il n'y eût rien
+d'important. Ils en firent un paquet pour l'envoyer au tribunal
+révolutionnaire, et dirent à la Reine que ce paquet serait ouvert
+devant elle au tribunal. Ils ne lui laissèrent qu'un mouchoir et un
+flacon. Elle partit après avoir embrassé sa fille, en l'engageant à
+conserver tout son courage, et en lui recommandant d'avoir bien soin
+de sa tante et de lui obéir comme à une seconde mère. Puis elle se
+jeta dans les bras de sa soeur et lui recommanda ses enfants. La jeune
+Princesse était tellement saisie et son affliction était si profonde
+de se voir séparée de sa mère, qu'elle n'eut pas la force de lui
+répondre. Enfin Madame Élisabeth ayant adressé quelques mots à
+l'oreille de la Reine, elle partit sans jeter davantage les yeux sur
+sa fille, dans la crainte de perdre sa fermeté. Elle fut obligée de
+s'arrêter au bas de la tour, parce que les municipaux voulurent faire
+un procès-verbal pour la décharge de sa personne. En sortant, elle se
+frappa la tête au guichet, faute de penser à se baisser; et comme on
+lui demanda si elle ne s'était pas fait de mal: «Oh! non, dit-elle,
+rien à présent ne peut plus me faire de mal.»--Elle monta en voiture
+avec un municipal et deux gendarmes.
+
+
+
+
+LIVRE DIXIÈME.
+
+DEPUIS LE DÉPART DE LA REINE JUSQU'À CELUI DE MADAME
+ÉLISABETH.--INTERROGATOIRE DE CETTE PRINCESSE.
+
+2 AOÛT 1793--9 MAI 1794.
+
+ «Le second malheur est passé, et le troisième viendra bientôt.»
+
+ _Apocalypse_, chap. XI, vers. 14.
+
+ Correspondance secrète établie entre la Conciergerie et le
+ Temple. -- M. Hue. -- Madame Richard. -- Eau de Ville-d'Avray
+ adressée à la Conciergerie comme elle l'avait été au Temple. --
+ Rosalie Lamorlière. -- Paquet de linges, hardes et vêtements
+ arrivant du Temple à la Conciergerie. En ouvrant ce paquet et en
+ remarquant le soin avec lequel il avait été composé,
+ Marie-Antoinette s'attendrit et reconnaît les attentions de sa
+ soeur Élisabeth. -- Aiguilles à tricoter demandées par la Reine,
+ point accordées par les municipaux. -- Blasphèmes et jurements de
+ Simon. -- Chansons révolutionnaires auxquelles se mêle la petite
+ voix de Louis XVII. -- Madame Élisabeth conjure les commissaires
+ de la Commune d'obtenir de Simon un peu plus de modération. -- Le
+ municipal Barelle. -- La fille Tison. -- Hébert, accompagné de
+ quatre membres du conseil de la Commune, se présente au Temple le
+ 21 septembre. -- Arrêtés acerbes. -- Nouvelle perquisition le 24.
+ -- Privations noblement supportées. -- La garde-robe de Louis XVI
+ brûlée sur la place de Grève. -- Procès de la Reine. -- Le maire
+ et le procureur de la commune au Temple. -- Odieuse déposition
+ arrachée au jeune Prince. -- Le lendemain, ces deux officiers de
+ la Commune retournent au Temple avec David, membre de la
+ Convention. -- Nouvel interrogatoire, où sont appelés l'enfant
+ royal, sa soeur et sa tante. -- Hue arrêté; plus de nouvelles de
+ la Reine. -- Madame Élisabeth aperçoit Louis XVII. -- Chaumette
+ se plaint au conseil de la Commune des dépenses excessives que
+ nécessite le maintien de trois individus dans la tour du Temple.
+ -- Invention d'un nouveau document pour essayer de compromettre
+ Madame Élisabeth. -- Dernier écrit de la Reine. -- Tison mis au
+ secret. -- Mort de Marie-Antoinette. -- Fournées de victimes. --
+ Terreur. -- Madame Élisabeth indignement calomniée. -- L'huissier
+ Monet au Temple. -- Adieux d'Élisabeth et de Marie-Thérèse. -- La
+ Conciergerie. -- Premier interrogatoire de Madame Élisabeth.
+
+
+Peu de jours après le départ de la Reine, Madame Élisabeth et sa nièce
+parvinrent à se procurer de ses nouvelles par l'entremise de M. Hue,
+qui fut assez heureux pour établir quelque communication entre la
+Conciergerie et la tour du Temple. Cet excellent homme n'avait pas
+tardé à rencontrer un auxiliaire dans une femme préposée à la garde
+même de Marie-Antoinette, madame Richard, désignée sous le nom de
+_Sensible_ dans la correspondance de Madame Élisabeth. Cette femme
+obtint des administrateurs de la police que les bouteilles d'eau de
+Ville-d'Avray qui étaient chaque jour envoyées au Temple pendant la
+captivité de la Reine dans cette demeure lui fussent adressées aussi
+chaque jour à la Conciergerie. Bien que cette attention parût
+contraire à l'esprit d'égalité dont le peuple avait salué
+l'inauguration avec tant d'enthousiasme, cette faveur d'une eau
+privilégiée ne fut point refusée à la _veuve Capet_, dont l'estomac ne
+pouvait supporter une autre eau.
+
+Ce ne fut pas tout. Madame Élisabeth n'ignorait pas le dénûment absolu
+où sa soeur se trouvait à la Conciergerie. Il ne lui suffisait pas de
+consoler l'orphelin, elle essaya d'être utile à la veuve. Une
+déclaration de Rosalie Lamorlière, servante à la Conciergerie durant
+la captivité de Marie-Antoinette, nous a fait savoir ce qui suit: «Le
+2 août, pendant la nuit, quand la Reine arriva du Temple, je
+remarquai, dit-elle, qu'on n'avoit amené avec elle aucune espèce de
+hardes ni de vêtements. Le lendemain et tous les jours suivants, cette
+malheureuse princesse demandait du linge, et madame Richard, craignant
+de se compromettre, n'osoit ni lui en prêter ni lui en fournir. Enfin
+le municipal Michonis, qui dans le coeur étoit honnête homme, se
+transporta au Temple, et, le dixième jour, on apporta du donjon un
+paquet que la Reine ouvrit promptement. C'étoient de belles chemises
+de batiste, des mouchoirs de poche, des fichus, des bas de soie ou de
+filoselle noirs, un déshabillé blanc pour le matin, quelques bonnets
+de nuit et plusieurs bouts de rubans de largeur inégale. Madame
+s'attendrit en parcourant ce linge, et se retournant vers madame
+Richard et moi, elle dit: «A la manière soignée de tout ceci, je
+reconnois les attentions et la main de ma pauvre soeur Élisabeth.»
+
+Au nombre des objets réclamés par la Reine figuraient ses aiguilles à
+tricoter et des bas qu'elle avait commencés pour son fils[71]. Ces
+choses furent remises avec empressement par Madame Élisabeth; mais les
+officiers municipaux prétendirent qu'il était à craindre que la veuve
+Capet ne se servît des aiguilles pour attenter à sa vie, et que par
+conséquent ils devaient s'abstenir de les joindre à l'envoi. La Reine
+fut ainsi trompée dans son espérance de travail; mais elle avait des
+nouvelles de sa fille et de sa soeur, et sa fille et sa soeur avaient
+de ses nouvelles[72]: ce fut un jour de consolation pour les deux
+captivités.
+
+[Note 71: Municipalité de Paris.--Conseil du Temple.
+
+ «Du dimanche quatre août 1793, l'an II de la
+ République une et indivisible.
+
+»CITOYENS COLLÈGUES,
+
+»Le conseil, faisant droit à votre demande de ce jour, vous envoie la
+redingote et la jupe demandées, un jupon de dessous également en
+basin, plus deux paires de bas de filoselle, une paire de chaussettes,
+et le bas à tricoter renfermé dans une corbeille; le tout inclus dans
+une serviette marquée M, coton rouge.
+
+»Il vous plaira donner un reçu desdits effets à l'ordonnance qui vous
+les remettra.
+
+»Vos collègues, les commissaires composant le conseil du Temple.
+
+ »JONQUOY, FORESTIER, SÉGUY, DAUBANCOURT, FARO.»
+
+Département de police.--Commune de Paris.
+
+ «Le 5 août 1793, l'an II de la République
+ française une et indivisible.
+
+»Nous, administrateurs au département de la police, après en avoir
+conféré avec le citoyen Fouquier-Tinville, accusateur public du
+tribunal révolutionnaire, invitons nos collègues les membres du
+conseil général de la Commune formant le conseil du Temple, à faire
+porter chaque jour deux bouteilles d'eau de Ville-d'Avray à la veuve
+Capet, détenue à la maison de justice de la Conciergerie, et sur la
+provision qui vient tous les jours de cette eau au Temple.
+
+ »BAUDRAIS, MARINO.»
+
+ (Archives de l'Empire, carton E, nº 6206.)]
+
+[Note 72: Privée de ses aiguilles, la Reine tira les fils d'une
+vieille tenture, et à l'aide de deux bouts de plume, elle tricota une
+espèce de jarretière, que le sieur Bault, concierge de sa prison,
+recueillit avec soin, et qu'il confia à M. Hue pour en faire hommage à
+Madame Royale, qui le reçut avec un respect religieux. (_Dernières
+années du règne de Louis XVI._)]
+
+Tison, resté avec sa fille à la tour, communiquait à Madame Élisabeth
+les renseignements qu'il pouvait se procurer sur l'état de son neveu.
+Les détails que lui transmettait Tison sur la cruauté de Simon lui
+semblaient toujours exagérés; cette belle âme avait de la peine à
+croire que la férocité humaine pût aller si loin. Mais un jour elle
+fut condamnée à perdre ce reste d'illusion: Simon élevait si haut la
+voix que ses jurements et ses blasphèmes montaient jusqu'à elle, et ce
+qu'il y avait de plus douloureux, c'est que ces jurements et ces
+blasphèmes étaient parfois suivis des cris plaintifs d'un enfant.
+Madame Élisabeth, qui avait tout caché à sa nièce, ne peut plus
+révoquer en doute devant elle la conduite de Simon. La pauvre soeur a
+entendu les lamentations du frère, et, chose plus triste encore, elle
+a distingué le son de sa voix mêlée à celle du ménage Simon dans les
+chansons révolutionnaires. «Nous l'entendions tous les jours, dit-elle
+dans le récit de la captivité du Temple, chanter avec Simon _la
+Carmagnole_ et autres horreurs pareilles... La Reine heureusement ne
+les a pas entendues, elle étoit partie; c'est un supplice dont le Ciel
+l'a préservée.» Le coeur de la jeune fille, partagé entre la pensée de
+sa mère et celle de son frère, éprouvait d'inexprimables angoisses,
+que sa tante essayait en vain de soulager: il y avait des heures où la
+sainte mélancolie de la captivité s'emparait de l'une comme de l'autre
+et attristait leur front. Plus d'une fois les deux prisonnières se
+regardaient comme pour chercher des larmes dans leurs yeux. Les yeux
+de Madame Élisabeth, habitués à regarder le ciel, n'avaient pas de
+larmes. Cette femme forte soutenait sa jeune compagne non-seulement
+par sa parole, mais par son attitude même. La spiritualité d'Élisabeth
+était solide et pratique: la prière et la victoire sur soi-même
+faisaient la base de sa doctrine. On ne dira jamais assez avec quel
+dévouement, avec quelle sollicitude Madame Élisabeth lui prodiguait
+les trésors de sa raison et de son coeur. Réclamant pour elle tous les
+sacrifices, elle usait de précautions infinies, d'un art angélique
+pour écarter des lèvres de ceux qui lui étaient chers le calice dont
+elle se réservait toutes les amertumes. Sa raison persuasive savait
+adoucir les maux pour les rendre plus supportables, et sa piété,
+éclairée par la foi, savait féconder les douleurs et les rendre
+méritoires en les offrant au Ciel. C'est à cette école sacrée, sévère
+apprentissage d'une vie sévère, que la fille de Louis XVI puisa ces
+leçons de foi et d'héroïsme qui ont élevé son âme au-dessus des plus
+hautes infortunes.
+
+Au tourment de savoir le Dauphin dans une telle situation se joignit
+bientôt la douleur de ne pouvoir se procurer aucune nouvelle de la
+Reine[73]. Toute relation avait cessé avec la Conciergerie. La plus
+rigoureuse surveillance aussi bien que la terreur avaient enlevé à
+Madame Élisabeth ces rares intermédiaires par lesquels elle était plus
+d'une fois parvenue à adoucir la position de la Reine en lui faisant
+passer des nouvelles rassurantes sur ses enfants. Elle-même, dès la
+nuit où Marie-Antoinette avait été enlevée du Temple, avait cru, dans
+la crainte de la compromettre, devoir anéantir des crayons et quelques
+petites feuilles de papier qu'elle tenait cachés dans un coin sous le
+papier qui tapissait sa chambre. Tout instrument matériel de
+correspondance lui faisait donc défaut. Mais que ne peut le génie de
+la captivité? La malheureuse Reine parvint à faire réclamer des effets
+qu'elle avait laissés à la tour[74] et dont elle avait, disait-elle,
+le plus pressant besoin. Par ce moyen, la prison du Temple et le
+cachot de la Conciergerie échangèrent encore une fois quelques
+paroles. Celles que Madame Élisabeth envoyait à sa belle-soeur
+donnaient sur le pauvre petit Prince des renseignements qui n'étaient
+pas exacts: il est des situations où la conscience la plus droite se
+fait un devoir de taire la vérité.
+
+[Note 73: On la traitait déjà en condamnée avant même qu'elle fût
+jugée; voici le procès-verbal de la visite que lui firent les
+administrateurs de police pour s'emparer, au nom de la nation, de ces
+objets dont on ne se sépare ordinairement qu'avec la vie.
+
+Département de police.--Commune de Paris.
+
+«Du 10 septembre 1793, l'an IIe de la République française une et
+indivisible.
+
+»Nous, administrateurs au département de police, en vertu de
+l'injonction du comité de sûreté générale de la Convention nationale,
+datée d'hier, nous sommes transportés à la maison de justice de la
+Conciergerie, où étant parvenus à la chambre occupée par la veuve
+Capet, l'avons sommée, au nom de la loi, de nous remettre ses bagues
+et joyaux, ce qu'elle a fait à l'instant, consistant en un anneau d'or
+qui s'ouvre, dans lequel elle a déclaré qu'il y avait des cheveux, et
+sur lequel il y a différents chiffres; une autre à pierre et à
+talisman; une autre à pivot, émaillée, ayant une étoile d'un côté et
+un T et un L de l'autre, laquelle elle a déclaré renfermer aussi des
+cheveux; une autre en forme de petit collier et destinée pour le petit
+doigt; une montre d'or à répétition et à quantième, inventée par
+Bréguet, à Paris, nº 46, quai de l'Horloge, marquée R. A., ensuite A.
+M., avec une autre aiguille dont nous n'avons connu l'usage, laquelle
+est garnie d'une chaîne en acier et à une branche, avec un cachet en
+or s'ouvrant, dont une partie représente un A et un M; un autre cachet
+en acier portant pour empreinte deux flambeaux et pour légende l'amour
+et la fidélité, et différents chiffres sur les côtés simulant un
+almanach; un médaillon en or appendu à une petite chaîne, aussi d'or,
+servant de collier, ledit médaillon renfermant des cheveux entrelacés;
+un bouton à jour qui nous a paru être d'argent.
+
+»Lecture à elle faite du présent, a dit icelui contenir vérité,
+qu'elle y persiste et a signé avec nous et les deux citoyens gendarmes
+de service auprès d'elle, et la citoyenne Harel, aussi de service; le
+citoyen Leblanc, chef du bureau central; la Bussière, secrétaire du
+département de police, et la citoyenne Richard, épouse du citoyen
+Richard, concierge de ladite maison de la Conciergerie; et après
+ladite lecture, nous nous sommes aperçus qu'il était dit dans le
+présent que la montre était à quantième, qu'au contraire elle est à
+secondes.
+
+ »_Signé_ à la minute:
+ »MARIE-ANTOINETTE; DES FRENNES, GILBERT, HEUSSÉE,
+ administrateurs; LEBLANC, LA BUSSIÈRE, RICHARD
+ et HAREL.»
+
+«Et à l'instant, nous, administrateurs et dénommés d'autre part, nous
+sommes transportés au domicile du citoyen Richard, concierge, où étant
+parvenus, nous avons intimé l'ordre aux citoyens des Frennes et
+Gilbert, gendarmes, et à la citoyenne Harel de se retirer à l'instant,
+avec tous les effets qui pourraient leur appartenir, de la chambre
+occupée par la veuve Capet, où ils ont été de garde jusqu'à présent, à
+quoi ils ont obéi à l'instant; et leur avons aussi enjoint de rester
+dans ladite maison de justice jusqu'après notre rapport fait à nos
+collègues; nous avons aussi enjoint au citoyen Richard, concierge, de
+prendre toutes les mesures et précautions envers ladite veuve Capet,
+qu'il est d'usage et d'obligation de prendre envers ceux qui sont
+détenus au secret; avons pareillement enjoint au commandant du poste
+de la gendarmerie, appelé à cet effet, de faire poser à l'instant un
+factionnaire à la porte de ladite chambre de la veuve Capet, et en
+dehors, lequel aura pour consigne de ne laisser parler, ni
+communiquer, ni approcher personne de ladite porte, que le citoyen
+concierge et son épouse, et un autre factionnaire dans la cour, près
+les fenêtres de ladite chambre occupée par la veuve Capet, lequel aura
+pour consigne de ne laisser approcher personne à la distance de dix
+pas, et ne laisser parler ni communiquer qui que ce soit, sous tel
+prétexte que ce puisse être, laquelle consigne a été donnée à
+l'instant, et les factionnaires posés suivant le rapport dudit citoyen
+commandant du poste et du brigadier de service à la grande réserve,
+laquelle consigne ledit citoyen commandant s'oblige de faire exécuter
+de relevée en relevée, et transmettre à celui par qui il sera
+remplacé.
+
+»Lecture à eux faite du présent, ont dit icelui contenir vérité,
+qu'ils satisferaient au contenu, et ont signé avec nous.
+
+ »_Signé_ à la minute:
+ »DE BUSNE, LECOMTE, LEBLANC, HAREL, GILBERT,
+ DES FRENNES, RICHARD, LA BUSSIÈRE et HEUSSÉE,
+ administrateurs.
+
+ »Pour copie conforme à l'original:
+ »N. FROIDURE.»]
+
+[Note 74: «Citoyens collègues, Marie-Antoinette me charge de lui faire
+passer quatre chemises et une paire de souliers non numérotés, dont
+elle a un pressant besoin.
+
+»J'espère que vous voudrez bien les faire remettre au porteur de la
+présente.
+
+»Je suis avec fraternité,
+
+ »MICHONIS.
+
+ »De la Conciergerie, ce 19 août.»
+ (Archives de l'Empire, carton E, nº 6206.)
+
+ * * * * *
+
+Commune de Paris.
+
+ «Le 26 septembre 1793, l'an II de la République une et indivisible.»
+
+«Citoyens, nos collègues, sur la demande qui nous a été faite par la
+veuve Capet de différents objets relatifs à des besoins de vêtements,
+l'administration de police vous invite à faire des recherches dans
+tout ce qui reste d'habillements au Temple à l'usage de la veuve
+Capet, afin de savoir si les articles qui lui sont nécessaires et
+qu'elle demande sont dans la garde-robe qui est au Temple, et, dans le
+cas où ils y seraient, de nous les envoyer de suite, attendu qu'il en
+résultera une économie.
+
+»Nous vous envoyons ci-joint la note des objets.
+
+ »Les administrateurs de police,
+ »MENNESSIER, CAILLEUX.»
+
+ (Archives de l'Empire, carton E, nº 6206.)]
+
+Si nous ne l'avons point dit encore, nos lecteurs ont compris sans
+doute que Madame Élisabeth n'avait rien négligé pour obtenir de Simon
+un peu plus de réserve dans ses paroles et de modération dans ses
+gestes. Bien que, dans la prison du Temple, elle fût moins
+communicative que la Reine, et que, en général, elle montrât plus de
+fierté que sa belle-soeur, parlant beaucoup moins aux mandataires de
+la Commune, pas un municipal de maintien convenable ou de physionomie
+avenante n'était depuis quelque temps venu au Temple sans qu'elle lui
+eût adressé ses plaintes, en le conjurant d'intervenir auprès du
+farouche précepteur. Mais les uns ne voulurent pas examiner ce que ces
+plaintes avaient de fondé, ne se sentant ni le droit ni le pouvoir
+d'improuver la conduite de Simon; les autres, trouvant ces plaintes
+injustes ou tout au moins exagérées, les repoussèrent avec dédain;
+d'autres enfin, plus fanatiques, répondirent à ces plaintes par
+l'éloge de celui-là même contre lequel elles étaient portées. Un seul
+fut accessible aux prières de Madame Élisabeth: ce fut Barelle, maçon
+de son métier, homme simple et sans éducation, mais d'un coeur
+bienveillant; il était père, il porta courageusement quelques
+observations au démagogue acariâtre dont il avait lui-même entendu les
+jurements pendant qu'il était de service chez les Princesses. Ces
+observations, bien que revêtues de formes polies et caressantes,
+furent mal reçues. Simon rejeta sur le caractère roide et indocile de
+son élève les rigueurs dont il était parfois obligé d'user. «Je sais
+ce que je fais et ce que j'ai à faire, ajouta-t-il; à ma place vous
+_iriez_ peut-être plus vite.» L'intervention de Barelle n'eut d'autre
+effet que de rendre plus dure la captivité du jeune Louis.
+
+Le 26 août, la fille de Tison, qui allait quitter le Temple, demanda
+à voir le petit Capet. Faut-il voir dans sa démarche un désir
+personnel de dire adieu au charmant enfant, que, malgré la première
+influence de ses parents, elle n'avait jamais pu voir sans émotion, ou
+faut-il y trouver une suggestion de Madame Élisabeth, dans l'espoir
+d'obtenir quelques renseignements sur son neveu? Quoi qu'il en soit,
+cette démarche n'eut d'autre résultat que de faire passer à l'examen
+le plus minutieux la personne de la jeune fille, ainsi que le paquet
+qu'elle portait à sa mère à l'Hôtel-Dieu[75].
+
+[Note 75: Municipalité de Paris.
+
+»Nous recommandons aux citoyens commandants de la force armée de
+laisser sortir la fille du citoyen Tison avec un paquet dans une
+serviette, contenant des vieux souliers et un vieux paquet de gaze,
+lesquels nous avons vérifiés au Temple, ce 26 août 1793.
+
+ »N. GUÉRIN, ARNAUD, LUBIN, PAQUOTE, commissaires.»]
+
+Le 21 septembre, Hébert, substitut du procureur de la Commune,
+accompagné de Jonquoy, Lelièvre, Camus et Grenard, officiers
+municipaux, se présente à la tour. Marie-Thérèse, assise près de sa
+tante, tenait en main un almanach républicain qu'elle s'empressa de
+refermer. «Si vos saints ne s'y trouvent pas, lui dit Hébert, vous y
+trouverez nos fêtes nationales. Nous aurons demain une cérémonie
+civique en l'honneur de l'anniversaire de la République. Le peuple
+sera notre Dieu: il ne doit point y en avoir d'autre; mais ce n'est
+pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui.»
+
+Il leur déclare alors qu'il est porteur d'un arrêté de la Commune qui
+ordonne de resserrer plus étroitement encore les deux prisonnières, et
+de leur retirer la personne qui les sert. «Dans toutes les maisons de
+détention, leur dit-il, les détenus n'ont personne pour les servir;
+l'exception faite pour vous offense la justice et la moralité
+publiques, l'égalité devant régner dans les prisons comme partout
+ailleurs. A l'avenir, Hanriot et le porteur d'eau auront seuls le
+droit d'entrer ici[76].»
+
+[Note 76: Voici le compte rendu de ce qui s'était passé dans la
+journée au conseil général de la Commune.
+
+«Le substitut du procureur de la Commune demande, comme mesure de
+sûreté et conforme à l'égalité, que demain toute la cuisine du Temple
+soit supprimée et tous les domestiques et valets renvoyés, et que les
+prisonniers qui y sont renfermés ne soient pas traités différemment
+que tous les détenus dans les autres maisons d'arrêt, et que, dès ce
+soir, il sera nommé une commission pour aller faire exécuter cet
+arrêté au Temple. Son réquisitoire est adopté à l'unanimité.
+
+»Les membres nommés pour cette commission sont: Grenard, Lelièvre,
+Camus et Jonquoy.
+
+»Les mêmes mesures sont prises relativement à la veuve Capet; le
+conseil arrête que la nourriture de ladite Capet sera réduite au
+simple nécessaire; que, par respect pour l'égalité, elle sera traitée
+comme tous les autres prisonniers indistinctement, et qu'elle n'aura
+d'autres domestiques que ceux qui servent les prisons, et que cet
+arrêté sera aussi signifié au concierge de la Conciergerie.» (Archives
+de l'hôtel de ville.)]
+
+Le substitut du procureur est obéi. Tison, disgracié, est refoulé dans
+la tourelle qui lui servira de prison. A l'avenir, les deux recluses
+feront leur lit et balayeront leur chambre; leur porte ne s'ouvrira
+plus que pour laisser arriver leurs aliments; elles ne doivent plus
+voir un visage humain ni entendre une voix humaine. Le sombre visiteur
+qu'elles viennent de recevoir provoque des mesures qui rendront plus
+dur encore le régime de leur prison. Les deux arrêtés suivants sont
+pris le lendemain par la Commission du Temple:
+
+ _Du 22 septembre 1793, l'an II de la République une et indivisible._
+
+_Le conseil, considérant que la plus grande économie doit régner et
+être observée, arrête ce qui suit_:
+
+ 1º _Qu'à compter de ce jour, l'usage de la pâtisserie et de la
+ volaille, pour toute table, sera supprimé_;
+
+ 2º _Que les détenues n'auront à leur déjeuner qu'une sorte
+ d'aliment_;
+
+ 3º _Qu'à leur dîner, il ne leur sera donné qu'un potage, un
+ bouilli et un plat quelconque. Il leur sera délivré en outre une
+ demi-bouteille de vin ordinaire, par jour, pour chacune d'elles;_
+
+ 4º _Au souper, elles auront deux plats._
+
+Le second arrêté porte:
+
+ 1º _Qu'à compter de ce jour, il ne sera plus fourni de bougie
+ dans l'intérieur de la tour; que les prisonniers ne seront plus
+ éclairés qu'avec de la chandelle; qu'il ne sera brûlé de bougie
+ qu'au bureau du conseil;_
+
+ 2º _Que l'argenterie, la porcelaine sera interdite, et que l'on
+ ne servira plus que des couverts d'étain et de la faïence
+ commune._
+
+ Les commissaires de service au Temple,
+
+ VIALLARD, ROBIN, TONNELIER, VÉRON.
+
+ * * * * *
+
+Une perquisition plus rigoureuse que les précédentes était faite, le
+24 septembre, chez Madame Élisabeth[77]. L'inauguration du nouveau
+régime prescrit par les arrêtés que nous venons de transcrire avait
+été faite avec un zèle irréprochable. Non-seulement toute délicatesse
+était supprimée dans la nourriture, mais des draps d'écurie en toile
+jaune étaient substitués aux draps blancs, la faïence à la porcelaine,
+l'étain à l'argenterie, la chandelle à la bougie. Madame Élisabeth
+supportait les privations aussi bien que les outrages avec un calme
+impassible et religieux qui étonnait ses gardiens. Elle ne redoutait
+la persécution que pour sa nièce, objet de ses soins et de sa
+tendresse. Elle acceptait avec une sorte de joie le changement apporté
+à ses aliments. Les jours d'abstinence, elle conserva tant qu'elle le
+put l'habitude du maigre, ne mangeant que du pain lorsque la
+nourriture qu'on lui présentait n'était pas conforme aux prescriptions
+de l'Église. On cessa de lui fournir de l'eau de Ville-d'Avray, à
+laquelle elle était accoutumée depuis son jeune âge. Ce fut pour elle
+une privation réelle; mais sa piété reçut comme une mortification le
+refus qu'on lui en fit.
+
+[Note 77: «Un des commissaires nommés par le conseil général pour
+faire perquisition chez les prisonniers du Temple et en retirer tous
+les objets de luxe, rend compte de sa mission.
+
+»Il dit que les commissaires ont retiré et fait mettre sous les
+scellés les porcelaines qu'ils ont trouvées.
+
+»Il a ajouté qu'ils ont trouvé dans une commode appartenant à
+Élisabeth deux rouleaux chacun de quarante pièces d'or de la valeur de
+vingt-quatre livres, que ladite Élisabeth a déclaré lui avoir été
+donnés en dépôt par la veuve Lamballe à l'époque du 10 août 1792, et
+que ces mêmes pièces avaient été confiées à la veuve Lamballe par une
+autre personne.
+
+»Le conseil arrête le dépôt au trésor national des pièces d'or
+ci-dessus mentionnées, ainsi que des mille écus trouvés lors de la
+mort de Capet, ainsi que des différentes décorations qu'il portait de
+son vivant; et a nommé pour commissaires à cet effet les commissaires
+déjà nommés.
+
+»Sur le réquisitoire du procureur de la Commune, le conseil général
+arrête que le lit, les habits et tout ce qui servait au logement et au
+vêtement de Capet sera, dimanche prochain, brûlé en place de Grève;
+les commissaires nommés à cet effet sont Grenard, Lelièvre, etc.
+
+ »LUBIN, vice-président.
+ »DORAT-CUBIÈRES.»
+
+(Séance du mardi 24 septembre 1793.)»]
+
+Au premier repas qui suivit l'arrêté dont nous avons le texte plus
+haut, Madame Élisabeth dit à sa jeune compagne: «C'est le pain du
+pauvre: nous sommes pauvres aussi. Combien d'infortunés en ont moins
+encore!»
+
+Madame Élisabeth ignorait que cette recrudescence de colère ne
+s'arrêtait pas aux vivants: elle s'attaquait à celui qui n'était plus.
+La Commune faisait brûler sur un bûcher, en place de Grève, la
+garde-robe de Louis XVI, placée jusque-là sous les scellés[78].
+
+[Note 78:
+
+_Conseil général de la Commune de Paris._
+
+ (Séance du lundi 30 septembre 1793.)
+
+«Le secrétaire greffier rend compte du brûlement de la garde-robe de
+Capet, qui a eu lieu hier dimanche, 29 du présent.
+
+»Le dimanche 29 septembre 1793, l'an II de la République française, le
+citoyen Camus, commissaire nommé à cet effet par le conseil général,
+ayant fait transporter au dépôt du secrétariat de la maison commune la
+garde-robe de feu Capet, j'ai trouvé qu'elle était enveloppée dans une
+toile cousue et cachetée en six endroits; après avoir reconnu les
+cachets sains et entiers, j'ai fait l'ouverture du paquet, et j'ai
+trouvé les effets suivants, savoir:
+
+»Un chapeau, une boîte d'écaille cassée, un petit paquet de lisières
+et de rubans blancs, six habits, tant de drap que de soie et de petit
+velours; une redingote de drap, huit vestes, tant de drap, petit
+velours, soie que de lin; dix culottes idem, deux robes de chambre
+blanches, une camisole de satin ouatée, cinq pantalons, dix-neuf
+vestes blanches.
+
+»Lesquels effets j'ai fait transporter sur la place de Grève par les
+garçons de bureau, après les avoir préalablement fait vérifier par les
+citoyens Pierre-Jacques Legrand et Étienne-Antoine Souard,
+commissaires, qui se sont transportés avec moi en ladite place, où
+j'ai trouvé un bûcher préparé, sur lequel tous les effets ont été
+rangés, et les commissaires y ayant mis le feu, ils ont été réduits en
+cendres, au désir de l'arrêté du conseil général.
+
+ »_Signé_ à la minute:
+ »LEGRAND, SOUARD, membres de la Commune;
+ »COULOMBEAU, secrétaire greffier.»]
+
+Madame Élisabeth avait eu, dès ses premiers ans, de petites
+incommodités qui n'affectaient point le fond de son tempérament. Les
+chagrins les ayant rendues moins supportables, elle se fit mettre un
+cautère au bras. Longtemps on lui refusa de l'onguent pour le panser.
+Moins inhumain que les autres, un municipal lui en fit donner un jour;
+mais elle ne put jamais obtenir pour sa nièce le jus d'herbes dont
+cette Princesse faisait usage[79].
+
+[Note 79: _Vie de Madame Élisabeth de France_. Paris, Vauquelin, 1814,
+in-24 de 105 pages.]
+
+La Convention était pressée de voir s'instruire le procès de
+Marie-Antoinette; elle sentait derrière elle les impatiences de la
+Commune, bien autrement implacables que les siennes. Le 3 octobre, sur
+la proposition d'un de ses membres, «elle décréta que le tribunal
+révolutionnaire s'occuperoit sans délai et sans interruption du
+jugement de la veuve Capet.» Fouquier, dont la conscience n'était
+cependant pas, comme on sait, très-scrupuleuse, répondit au président
+de la Convention qu'il lui était impossible de s'occuper de ce
+procès, n'en ayant point les pièces élémentaires[80]. Hébert, de
+concert avec Simon et le citoyen Daujon, officier municipal, avait
+conçu le projet de fournir à ce procès une pièce devant laquelle
+devaient pâlir toutes celles du dossier accusateur. Dans la matinée du
+13 vendémiaire an II (4 octobre 1793), Chaumette est prévenu par Simon
+que le petit Capet se trouve disposé à répondre à toutes les questions
+qu'on aurait à lui faire dans l'intérêt de la justice. Le maire et le
+procureur de la Commune annoncent qu'ils se rendront au Temple le
+surlendemain, et le conseil général désigne deux de ses membres pour
+les accompagner[81].
+
+[Note 80:
+
+ «_Paris, ce 5 octobre 1793, l'an IIe de la République une
+ et indivisible._
+
+»CITOYEN PRÉSIDENT,
+
+»_J'ai l'honneur d'informer la Convention que le décret par elle rendu
+le 3 de ce mois, portant que le tribunal révolutionnaire s'occupera
+sans délai et sans interruption du jugement de la veuve Capet, m'a été
+transmis hier soir. Mais jusqu'à ce jour, il ne m'a été transmis
+aucunes pièces relatives à MARIE-ANTOINETTE; de sorte que, quelque
+désir que le tribunal ait d'exécuter les décrets de la Convention, il
+se trouve dans l'impossibilité d'exécuter ce décret tant qu'il n'aura
+pas ces pièces._]
+
+[Note 81: Le conseil général nomme Laurent et Friry, qui s'adjoindront
+au citoyen maire, au procureur de la Commune et aux commissaires déjà
+nommés pour aller au Temple. (Séance du 4 octobre 1793.)]
+
+En effet, le 15 vendémiaire (6 octobre), Pache et Chaumette et les
+deux municipaux arrivent à la tour. Leur entrée dans la chambre de
+Simon impose à l'enfant, dont l'ivresse, préparée avant l'heure,
+commençait à se dissiper. Heussée, administrateur de police, donne
+lecture d'un interrogatoire écrit d'avance, et, si l'on en croit une
+tradition contemporaine, rédigé par Daujon. Dans ce _factum_, produit
+d'une imagination perverse, le petit Prince répond comme on voulait
+qu'il répondît, et à cette heure on vient lui demander de signer comme
+on voulait qu'il signât. Encouragé, poursuivi, harcelé, fatigué par
+ses visiteurs, il signe. Cette signature toute tremblée avec laquelle
+on espérait accuser la Reine n'accuse que ceux qui ont conduit, nous
+voulons dire qui ont égaré la main de l'enfant. L'acte, signé aussi de
+Pache, Chaumette et Hébert; de Friry et Laurent, commissaires du
+conseil général; de Séguy, commissaire de service au Temple; de
+Heussée, administrateur de police, et de Simon, est emporté comme un
+trésor au comité de sûreté générale.
+
+Cependant les ennemis de la Reine se demandent si le poison de la
+calomnie placé sur les lèvres du fils suffit pour tuer l'honneur de la
+mère, et s'il ne convient pas d'appuyer de témoignages sérieux la
+déposition d'un enfant auquel il est facile de faire dire ce qu'on
+veut. Dès le lendemain 16 vendémiaire (7 octobre), Pache et Chaumette
+retournent au Temple; David, ami de Chaumette et membre du comité de
+sûreté générale, demande à les accompagner; il en est de même de
+Daujon, qui, selon la tradition dont j'ai parlé, venait de recevoir au
+sein du comité quelques félicitations au sujet de la pièce dont il
+était le rédacteur. Peut-être espèrent-ils, à l'aide de leurs
+questions captieuses, surprendre à la fille et à la soeur de Louis XVI
+quelques mots qui, interprétés avec adresse, pourront appuyer
+l'échafaudage des calomnies entassées contre la Reine. Pache,
+Chaumette et David, introduits dans la tour, s'installent dans la
+salle du conseil et donnent l'ordre d'y faire descendre la fille de
+Capet. Frappées de stupeur et d'effroi, les deux prisonnières
+demandent instamment qu'on ne les sépare point. La jeune orpheline,
+forcée d'obéir, descend. Pour la première fois depuis qu'elle est
+enfermée dans le Temple, Madame Élisabeth se trouve seule. Le tendre
+et dernier objet de ses affections lui est-il enlevé sans retour?
+Jusqu'à présent ceux qui sont descendus ne sont pas remontés. Le père
+a rencontré en bas le bourreau, et, ce qui est plus effrayant encore,
+le fils y a trouvé Simon. L'esprit de Madame Élisabeth est livré aux
+conjectures les plus cruelles; mais elle est loin de deviner ce qui
+ne s'est vu dans les annales d'aucune nation; et, certes, elle
+taxerait de mensonge l'écho de la tour, s'il lui apportait en ce
+moment ce qui se dit dans la salle du Conseil. Elle-même pourra-t-elle
+le croire quand elle sera condamnée à l'entendre?
+
+Marie-Thérèse, arrivée au bas de l'escalier, avait rencontré son
+frère, et elle le pressait dans ses bras. Simon le lui arracha.
+L'enfant sortait de la salle où David avait demandé à revoir le fils
+du tyran et à l'entendre déclarer qu'il reconnaissait comme exact et
+vrai ce qu'il avait dit et signé la veille. L'enfant déconcerté avait
+fait un signe affirmatif, et, sur l'injonction de son maître, avait
+répondu: «Oui.»
+
+Sa soeur est introduite. Le maire de Paris, le premier, l'interroge
+sur les intelligences de ses parents avec les princes étrangers,
+intelligences qu'elle doit avoir connues. Les réponses de
+Marie-Thérèse sont si nettes et si fermes que les commissaires ne
+jugent pas à propos de pousser plus loin cette banale imputation.
+Chaumette aborde alors les questions qui étaient l'objet sérieux de
+l'interrogatoire. La jeune fille écoute d'abord sans rien comprendre,
+puis tout à coup la rougeur lui monte au visage, et les paroles de
+Chaumette, devenues plus explicites et plus claires, soulèvent de
+mépris et d'horreur tout ce qu'il y avait de sang chrétien et de sang
+filial dans cette angélique enfant. «Chaumette, dit-elle dans sa
+relation, m'interrogea sur mille vilaines choses dont on accusoit ma
+mère et ma tante. Je fus atterrée par une telle horreur, et si
+indignée que, malgré toute la peur que j'éprouvois, je ne pus
+m'empêcher de dire que c'étoit une infamie; malgré mes larmes, ils
+insistèrent beaucoup. Il y a des choses que je n'ai pas comprises,
+mais ce que je comprenois étoit si horrible que je pleurois
+d'indignation.»
+
+Les cyniques accusateurs ne s'arrêtèrent pas devant le cri de la
+nature insultée. Ils rappelèrent le jeune Louis rampant sous la
+domination de son maître; ils établirent entre ces deux témoins la
+confrontation la plus pénible, la contradiction la plus cruelle, et
+firent ainsi, pendant trois heures, en présence d'un frère de huit
+ans, subir à l'innocence d'une jeune fille aussi pure que le lis qui
+sert d'emblème à sa royale maison, l'ignominieux supplice d'un
+interrogatoire que la vertu ne saurait comprendre, et dont
+l'indignation ne suffit pas pour faire justice. Le procès-verbal de
+cet interrogatoire porte encore la signature de Louis-Charles Capet,
+tracée d'une main vacillante; elle est précédée de celle de
+Marie-Thérèse et suivie de celle de leurs interrogateurs.
+
+Madame Royale demanda alors à être réunie à sa mère. «Cela est
+impossible, lui répondit Chaumette; retirez-vous, et ne dites rien à
+votre tante, que nous allons faire descendre.»
+
+Marie-Thérèse se jetait à peine dans les bras de Madame Élisabeth que
+celle-ci lui est enlevée, sans savoir ce qui s'est passé, sans savoir
+ce qu'elle doit espérer ou craindre. Descendue à la salle du Conseil,
+Pache et Chaumette l'interrogent. Comme elle répondait à leurs
+questions avec une sorte de dignité fière, Chaumette s'en offensa au
+point de lui dire: «Baissez un peu le ton; vous êtes devant vos
+magistrats: laissez là vos arrogances de cour.» Madame Élisabeth ne
+répond rien; mais connaissant quelque peu David pour l'avoir vu dans
+plus d'une occasion à Versailles, où son titre de premier peintre du
+Roi lui donnait ses entrées, et lui voyant sa tabatière à la main:
+«Monsieur David, lui dit-elle de ce ton de douceur et de bonté qui lui
+était familier, voudriez-vous me donner une prise de tabac? Je suis
+bien enrhumée du cerveau.» Et en même temps elle faisait un geste
+comme pour la prendre. «Apprenez, lui répond David, que vous n'êtes
+pas faite pour mettre vos doigts dans ma tabatière.» Puis il versa un
+peu de tabac dans le creux que forme le pouce, et l'offrit à Madame
+Élisabeth, qui lui tourna le dos. Après ce lâche outrage fait, je ne
+dirai pas à une princesse, mais à une femme, à une femme prisonnière
+et malheureuse, l'interrogatoire reprit son cours. Il n'avait d'abord
+touché qu'aux choses de la politique, et maintenant il déroule sous
+les yeux de Madame Élisabeth ce long tissu d'infamies dont on a chargé
+la Reine et elle-même. Ses perfides questionneurs voient bientôt
+qu'ils attendraient en vain de ce ferme esprit une phrase ambiguë dont
+il leur deviendrait possible d'abuser. Toutefois, avant de mettre fin
+à leur poursuite, ils confrontent l'enfant avec Madame Élisabeth, afin
+de faire rougir devant lui la vertu de sa tante, comme ils avaient
+fait rougir l'innocence de sa soeur. Cet interrogatoire est signé de
+Madame Élisabeth, de Louis-Charles, de David, de Pache, de Chaumette,
+de Daujon, de Séguy, de Laurent et de Heussée, administrateur de
+police. Nous donnons ici le _fac-simile_ de ces signatures.
+
+L'odieuse épreuve est terminée. Remontée dans sa chambre: «Oh! mon
+enfant!» s'écrie Madame Élisabeth en tendant les bras à sa nièce. Le
+silence seul peut exprimer le bouleversement et la confusion qu'elles
+éprouvent également. Leurs larmes coulent; pour la première fois leurs
+regards s'évitent. Un instant elles demeurent étroitement embrassées,
+puis elles se mettent à genoux, offrant leur humiliation et leur
+douleur au Dieu des humbles et des affligés.
+
+Leurs réponses nettes et exemptes de toute équivoque avaient
+déconcerté les combinaisons des pervers, réduits à s'en tenir au
+procès-verbal attribué à Daujon et adopté par Hébert. La visite des
+commissaires au Temple ne fut pas toutefois sans résultat: les images
+dont on avait souillé l'imagination des pauvres prisonnières
+laissaient un grand trouble dans leur âme; puis la captivité devint
+plus morne et plus dure. Turgy, qui, employé au service intérieur de
+la tour, était le seul qui ne leur fût pas indifférent ou hostile, fut
+expulsé avec un certain nombre de personnes jugées inutiles ou
+devenues suspectes[82]. Voici le dernier billet que Madame Élisabeth
+lui écrivit:
+
+[Note 82: Déjà, depuis un mois, la Commune avait pris un arrêté qui
+expulsait du Temple Turgy, Chrétien, Marchand, et en général toutes
+les personnes suspectées d'incivisme.
+
+«Lecture faite d'un arrêté du conseil du Temple, qui demande le
+remplacement de plusieurs individus occupés maintenant dans cette
+maison, et qui ont appartenu autrefois au ci-devant comte d'Artois;
+
+»Le conseil général en confirme les dispositions; arrête en
+conséquence que les citoyens Piquet et sa famille, portiers;
+Rockentroh et sa famille, lingers; Baron, portier; Gourlet et sa
+femme, guichetiers; Quenel, commissionnaire; Chrétien, Marchand et
+Turgy, garçons servants; la citoyenne Leclerc, femme d'un gendarme
+ci-devant piqueur du comte d'Artois; la femme et les enfants de
+Salmon, ci-devant son valet de pied, et la famille Ango, au nombre de
+quatre personnes, ci-devant garçon d'argenterie, seront expulsés.»]
+
+ «Le 11 octobre 1793, à deux heures un quart.
+
+»Je suis bien affligée. Ménagez-vous pour le temps où nous serons plus
+heureux et où nous pourrons vous récompenser. Emportez la consolation
+d'avoir servi de bons et malheureux maîtres.
+
+»Recommandez à Fidèle (Toulan) de ne pas trop se hasarder pour nos
+signaux (par le cor). Si le hasard vous fait voir madame Mallemain,
+dites-lui de nos nouvelles, et que je pense à elle.
+
+»Adieu, honnête homme et fidèle sujet: que le Dieu auquel vous êtes
+fidèle vous soutienne et vous console dans ce que vous avez à
+souffrir!»
+
+Le 13 octobre, M. Hue fut arrêté. De ce moment, Madame Élisabeth ne
+put rien apprendre de ce qui se passait. Toute intelligence cessa pour
+elle au dehors comme au dedans. Elle n'eut plus de nouvelles de la
+Reine. Nous n'avons point à regretter pour elle cette privation.
+Marie-Antoinette, dont le procès commençait le 14, montait le 16 sur
+l'échafaud. L'ignorance de toute chose où vit Madame Élisabeth peut
+accroître ses inquiétudes, mais elle lui épargne une plus grande
+douleur. Il est à remarquer que les municipaux de service, les
+gardiens, tous les employés, et Simon lui-même, gardèrent en cette
+circonstance une charitable discrétion.
+
+Quelques jours après, vers le soir, Madame Élisabeth entendit un bruit
+de querelle dans l'appartement de Simon. Elle craignit naturellement
+que cette rude voix, qui lui était bien connue, ne s'adressât à la
+victime accoutumée. Cette pensée l'occupa la nuit et le lendemain et
+le surlendemain; n'entendant plus rien et privée de toute nouvelle,
+elle monta au comble de la tourelle par l'escalier de la garde-robe,
+et s'établit en observation à la petite fenêtre que nous avons
+indiquée. Le second jour, elle fut payée de ses peines: le maître et
+l'élève se montrèrent sur la plate-forme; ils s'arrêtèrent même un
+instant, de manière à être vus de la patiente spectatrice, si bien
+qu'elle ne put savoir si elle n'avait point été aperçue elle-même ou
+si elle devait n'attribuer qu'au hasard le regard qu'à leur passage
+l'un et l'autre avaient dirigé de son côté.
+
+Madame Élisabeth et Marie-Thérèse, qui avaient été confrontées avec
+l'enfant dans la scène du 7 octobre, avaient pu se convaincre par leurs
+yeux qu'il était extrêmement changé; mais l'altération de ses traits
+n'était rien auprès de la révolution qui s'était opérée dans ses idées
+et son langage, et c'était ce changement moral qui sans doute avait le
+plus péniblement affecté sa tante. Jamais, on doit le croire, elle ne
+sentit plus vivement la profonde infortune de sa famille. Cependant,
+courbée sous la main de Dieu, qui semblait chaque jour s'appesantir
+davantage, elle s'abandonnait avec résignation à sa volonté, et le
+remerciait des consolations qu'il daignait encore lui permettre; car
+cette prison du Temple, où elle pouvait pleurer tranquillement avec sa
+nièce, pouvait d'un jour à l'autre lui être enlevée!--Chaumette, en
+effet, avait plus d'une fois représenté cette maison d'arrêt comme un
+asile spécial, exceptionnel, aristocratique, contraire au principe
+d'égalité proclamé par la République. Dans le courant du mois de
+novembre, il reprit cette question au point de vue de l'économie, et
+«fit sentir au conseil général de la Commune le ridicule de conserver
+dans la tour du Temple trois individus qui nécessitaient une surcharge
+de service et des dépenses excessives[83].» Faisant droit au
+réquisitoire de son procureur, la Commune arrêta qu'elle se porterait en
+masse à la Convention pour demander la translation des prisonniers du
+Temple dans les prisons ordinaires, et leur assujettissement au
+traitement uniforme de tous les détenus. Plus circonspect que le conseil
+général, le Comité de salut public reçut avec réserve la proposition de
+cette mesure: il manda Chaumette, écouta ses raisons, les discuta, et
+finit par maintenir dans ses priviléges cette dure prison que la Commune
+révolutionnaire chicanait aux enfants des rois émancipateurs des
+communes.
+
+[Note 83: Le procureur de la Commune se récrie sur les dépenses
+énormes que nécessite la garde des individus détenus dans la Tour. Il
+requiert, et le conseil arrête que, le décadi prochain, il se
+transportera en masse à la Convention pour lui demander que les
+prisonniers du Temple soient renvoyés dans les prisons ordinaires et
+traités comme les détenus ordinaires, et que ces individus soient
+jugés dans le plus court délai. (Conseil général de la Commune; séance
+du 26 brumaire an II, 16 novembre 1793.)
+
+Cette résolution fut renouvelée cinq jours après:
+
+«Le conseil général arrête que, le quintidi prochain, il se
+transportera en masse à la Convention pour lui demander à être
+déchargé de la garde du Temple, et que les prisonniers qui y sont
+détenus soient transférés dans les prisons ordinaires, et charge
+Legrand de faire une pétition à cet égard.» (Séance de la Commune du
+1er frimaire an II, 21 novembre 1793.)]
+
+Ces enfants des rois, dans l'abjection, conservaient toute leur
+dignité. Rocher, un des gardiens du Temple, disait le 12 novembre
+1793: «Madame Élisabeth ne voulait pas me saluer; elle y est
+maintenant forcée, parce qu'il faut qu'elle se baisse pour passer sous
+le guichet. Je fume ma pipe, et je lui lâche une bouffée à son
+passage.» La municipalité de Paris ne se tint pas pour battue: elle
+essaya de se venger de l'échec qu'elle venait d'éprouver, et renouvela
+dans les appartements du Temple de rigoureuses perquisitions, avec
+l'espoir d'y découvrir des papiers ou indices quelconques capables de
+compromettre Madame Élisabeth. Elle ne fut pas plus heureuse sur ce
+terrain. Mais il n'y avait pas d'obstacles qui pussent l'empêcher
+d'arriver au but qu'elle voulait atteindre: elle emprunta de nouveau
+la main du pauvre petit orphelin du Temple pour frapper la seconde
+mère qu'elle avait résolu de lui enlever. Simon, dans la fabrication
+de cette nouvelle oeuvre, ne fut secondé ni par les conseils d'Hébert
+ni par la rédaction de Daujon. Aussi le procès-verbal que, seul, il
+fit dresser aux municipaux, se ressent-il de l'absence de complices
+aussi habiles. Nos lecteurs en jugeront.
+
+
+COMMUNE DE PARIS.
+
+«Le cinquième jour du deuxième mois de l'an second de la République
+une et indivisible, à huit heures du soir;
+
+»Le citoyen Simon est venu au conseil du Temple pour lui faire part
+d'une conversation qu'il avoit eue avec le petit Capet, par laquelle
+un membre de la Commune paroissoit avoir eu des intelligences avec sa
+mère. Simon ne voulant pas nommer le membre sans qu'au préalable le
+conseil eût reçu lui-même la déclaration du petit, alors le conseil a
+nommé les citoyens Foloppe et Figuet pour interroger le petit Capet;
+ces deux membres sont de suite montés dans sa chambre, où étant, et en
+présence de la citoyenne Simon, ils ont fait rouler la conversation
+sur différentes choses, et l'amenant insensiblement sur les membres de
+la Commune, il a dit:
+
+»Qu'un jour Simon étant de service au Temple auprès de sa mère avec
+Jobert, ledit Jobert avoit remis ce jour-là deux billets sans que
+Simon fut (_sic_) aperçu; que cette espièglerie avoit fait rire
+beaucoup ces dames, d'autant plus qu'elles avoient trompé la vigilance
+de Simon, mais que lui déclarant n'avoit point vu les billets,
+seulement que ces dames le lui avoient dit.
+
+»Les commissaires dénommés descendus au conseil ont donné lecture de
+la présente déclaration; alors Simon a dit qu'elle étoit conforme à
+celle que le petit Capet lui avoit fait (_sic_) verbalement.
+
+»Lecture faite au petit Capet de la présente déclaration, a dit
+qu'elle contient vérité, y persiste et a signé.
+
+»Et avant de signer, le petit Capet a dit que sa mère craignoit sa
+tante, et que sa tante étoit celle qui exécutoit mieux les complots.»
+
+[Illustration: Fac-similé d'écriture.]
+
+Ce document, qui nous semble plus absurde encore que révoltant, ne
+satisfit pas la Commune; elle demanda des déclarations de faits plus
+explicites et plus graves. Un nouveau procès-verbal fut fabriqué, mais
+n'offrant guère plus de garanties et de preuves que le précédent.
+
+Voici ce procès-verbal:
+
+«Cejourd'hui 13 frimaire, l'an II de la République une et indivisible,
+nous, commissaires de la Commune, de service au Temple, sur
+l'avertissement à nous donné par le citoyen Simon, que Charles Capet
+avoit à dénoncer des faits qu'il nous importoit de connoître pour le
+salut de la République, nous nous sommes transportés, quatre heures de
+relevée, dans l'appartement dudit Charles Capet, qui nous a déclaré ce
+qui suit:
+
+»Que, depuis environ quinze jours ou trois semaines, il entend les
+détenues frapper tous les jours consécutifs, entre six heures et neuf
+heures; que, depuis avant-hier, ce bruit s'est fait un peu plus tard
+et a duré plus longtemps que tous les jours précédents; que ce bruit
+paroît partir de l'endroit correspondant au bûcher; que, de plus, il
+connoît, à la marche qu'il distingue de ce bruit, que, pendant ce
+temps, les détenues quittent la place du bûcher par lui indiquée pour
+se transporter dans l'embrasure de la fenêtre de leur chambre à
+coucher, ce qui fait présumer qu'elles cachent quelques objets dans
+ces embrasures; il pense que ce pourroit être de faux assignats, mais
+qu'il n'en est pas sûr, et qu'elles pourroient les passer par la
+fenêtre pour les communiquer à quelqu'un.
+
+»Ledit Charles nous a également déclaré que, dans le temps qu'il étoit
+avec les détenues, il a vu un morceau de bois garni d'une épingle
+crochue et d'un long ruban, avec lequel il suppose que les détenues
+ont pu communiquer par lettres avec feu Capet.
+
+»Et de plus, que ledit Charles se rappelle qu'il lui a été dit que,
+s'il descendoit avec son père, il lui fit ressouvenir de passer tous
+les jours, à huit heures et demie du soir, dans le passage qui conduit
+à la tourelle, où se trouve une fenêtre de l'appartement des détenues.
+
+»Charles Capet nous a déclaré de plus qu'il étoit fortement persuadé
+que les détenues avoient quelques intelligences ou correspondances
+avec quelqu'un.
+
+»De plus, nous a déclaré qu'il avoit entendu lire dans une lettre que
+Cléry avoit proposé à feu Capet le moyen de correspondance présumé par
+lui déclarant; que Capet avoit répondu à Cléry que cela ne pouvoit se
+pratiquer, et que cette réponse n'avoit été faite à Cléry qu'à la fin
+qu'il ne se doutât pas de ladite correspondance.
+
+»Déclare qu'il a vu les détenues fort inquiètes, parce qu'une de leurs
+lettres étoit tombée dans la cour.
+
+»Ayant demandé au citoyen Simon s'il avoit connoissance du bruit
+ci-dessus énoncé, il a répondu qu'ayant l'ouïe un peu dure, il n'avoit
+rien entendu; mais la citoyenne Simon, son épouse, a confirmé les
+dires dudit Charles Capet relativement au bruit.
+
+»Ledit citoyen Simon nous a dit que, depuis environ huit jours, ledit
+Charles Capet se tourmentoit pour faire sa déclaration aux membres du
+conseil.
+
+»Lecture faite auxdits déclarants, ont reconnu contenir vérité et ont
+signé ledit jour et an que dessus.
+
+ »_Signé_: Charles CAPET, SIMON, femme SIMON,
+ REMY, SÉGUY, ROBIN, SILLANS.]
+
+ * * * * *
+
+Un détail nous frappe, c'est le refus fait par Simon de s'associer à
+sa femme et à son élève dans la première déposition que contient cette
+pièce, et qui est relative au bruit entendu dans l'appartement des
+prisonnières. Dans le prétexte qu'il allègue de sa surdité pour
+n'avoir point connaissance de ce bruit, ne serait-on pas disposé à
+voir plutôt de sa part un calcul raisonné pour donner plus de crédit à
+ses autres allégations, notamment à celle-ci, que, _depuis environ
+huit jours, Charles Capet se tourmentait pour faire sa déclaration aux
+membres du conseil_.
+
+Je ne crois pas que dans la longue suite des méfaits révolutionnaires
+il y ait eu rien de plus odieux que cette intrigue ténébreuse, ourdie
+pour exploiter la peur et l'ignorance d'un enfant qui, vaincu par les
+mauvais traitements, témoigne contre la mémoire de son père, concourt
+à la mort de sa mère, déjà sur les marches de l'échafaud, et contribue
+à pousser vers le même but sa seconde mère, l'angélique Élisabeth.
+Employer l'innocence au crime, n'est-ce pas un plaisir de démon?
+
+La Commune de Paris recula devant l'impossibilité d'asseoir une
+accusation capitale sur de pareils motifs; mais le récit d'un enfant
+_dénonçant lui-même les petites intrigues de sa tante et de sa mère ne
+pouvait que plaire à la moralité du conseil général_[84]. On sait
+combien Marie-Antoinette, jusqu'à ses derniers moments, fut préoccupée
+de la crainte que les paroles odieuses mises dans la bouche de son
+fils ne tombassent sur le coeur meurtri de Madame Élisabeth, ou ne
+fussent même dirigées contre elle comme un moyen de calomnie. «J'ai à
+vous parler, lui dit-elle dans cette lettre admirable qu'elle lui a
+laissée en montant à l'échafaud, et que Madame Élisabeth n'a jamais
+lue, j'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon coeur: je sais
+combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine; pardonnez-lui, ma
+chère soeur; pensez à l'âge qu'il a, et combien il est facile de faire
+dire à un enfant ce qu'on veut, et même ce qu'il ne comprend pas.»
+
+[Note 84: Expression d'un membre du conseil général.]
+
+Madame Élisabeth n'avait point à pardonner: elle n'ignorait pas plus
+que la Reine la source de toutes ces suggestions perfides, et jamais
+elle n'a songé à en accuser un enfant. Les paroles de celui-ci
+pouvaient devenir la cause de sa mort, mais non le sujet du moindre
+ressentiment.
+
+Tison, enfermé, nous l'avons dit, dans la tourelle depuis le 21
+septembre, supportait en silence la captivité comme une expiation de
+sa conduite passée. Cependant, inquiet de sa femme et de sa fille,
+dont il ne pouvait avoir de nouvelles, il se décida, le 10 décembre, à
+solliciter sa liberté. Sa demande fut combattue par Hébert, jaloux de
+conserver sous sa main un témoin capable de fournir d'utiles
+renseignements sur la soeur du tyran. Le Comité de salut public
+ordonna qu'avant de statuer sur la pétition, on interrogerait
+soigneusement le pétitionnaire. L'interrogatoire n'ayant amené aucune
+charge contre Madame Élisabeth, le Comité, loin d'accorder une grâce
+qui n'était point achetée par une délation, arrêta que Tison serait
+mis au secret et réduit au plus strict nécessaire.
+
+A dater de cette époque, Madame Élisabeth entra dans une phase
+d'abandon et de solitude qu'il nous devient impossible de décrire:
+misère monotone, sombre, terne, privée de cet éclat qui rayonne
+d'ordinaire à l'entour des infortunes royales. Mais elle ne se
+plaignait pas: elle n'avait de pitié que pour sa petite compagne, qui
+était dans un âge où le malheur est comme une surprise faite à la
+nature. Madame Élisabeth lui parlait avec cette onction religieuse
+puisée aux sources d'eaux vives de la foi, de l'espérance et de
+l'amour, qui transfigurent l'âme et lui font trouver partout son
+Thabor. «Les souffrances de cette vie, disait-elle, n'ont aucune
+proportion avec la gloire future qu'elles nous font mériter.
+Jésus-Christ n'a-t-il pas marché devant nous chargé de la croix?
+Souvenez-vous, mon enfant, des paroles que votre père vous adressait
+la veille du jour où, pour la première fois, vous alliez recevoir le
+sang de l'Agneau. Il vous disait: La religion est la source du bonheur
+et notre soutien dans l'adversité; ne croyez pas que vous en soyez à
+l'abri: vous ne savez pas, ma fille, à quoi la Providence vous
+destine...»
+
+Les paroles prononcées par le Roi dans son palais prolongeaient ainsi
+leur écho dans une prison qui donnait à leurs accents quelque chose de
+prophétique, et devenait pour sa fille le meilleur des enseignements.
+
+Un jour, Madame Élisabeth ayant ouvert un papier qu'elle portait sur
+elle, et qui contenait des cheveux du Roi son frère et de la Reine
+Marie-Antoinette (Dieu lui envoya-t-il en ce moment le pressentiment
+de sa destinée prochaine?), Madame Élisabeth, dis-je, coupa une tresse
+de ses propres cheveux, la plaça avec les deux autres mèches dans le
+même paquet, et le remettant à sa nièce:
+
+«Gardez, lui dit-elle, ma fille, ces tristes souvenirs: c'est le seul
+héritage que puissent vous transmettre votre père, votre mère, qui
+vous ont tant aimé, et moi qui vous aime aussi bien tendrement. On m'a
+enlevé plumes, papier, crayon: je ne puis rien vous léguer par écrit;
+du moins, ma chère enfant, retenez bien les consolations que je vous
+ai données: elles suppléeront aux livres qui vous manquent. Élevez
+votre âme à Dieu; il nous éprouve parce qu'il nous aime: il nous
+apprend le néant des grandeurs. Ah! mon enfant, dit-elle en pleurant
+et en la serrant dans ses bras, Dieu seul est vrai, Dieu seul est
+grand[85].»
+
+[Note 85: _Les derniers régicides, ou Madame Élisabeth de France et
+Louis XVII_, par M. le Cher de M.... (Brochure in-8º de 109 pages,
+publiée à Londres; J. de Boffe, Gerard street, Soho, 1796.)]
+
+Retranchées, pour ainsi dire, du nombre des vivants, les deux recluses
+passaient leurs jours, occupées l'une de l'autre, s'entretenant de
+leurs souvenirs, de leurs craintes mêlées de bien peu d'espérances,
+mais d'une soumission entière à la volonté de Dieu. Elles n'apprirent
+plus rien de ce qui se passait sur la terre; elles ignorèrent
+l'échafaud dressé par Robespierre et Danton pour immoler Hébert et
+les hébertistes[86]; l'échafaud dressé douze jours après par
+Robespierre pour abattre Danton[87]; puis, huit jours plus tard, pour
+abattre Chaumette[88]. La terreur régnait sur la France. Du haut des
+guillotines, ses sanglantes forteresses, la minorité commandait.
+Devant elle se taisait la nation, la liberté s'agenouillait,
+l'humanité se voilait la face. Les Saint-Just, les Collot d'Herbois,
+les Carrier, les Lebon, allaient porter dans les provinces l'épouvante
+et la mort. La famine désolait le pays; les passions révolutionnaires
+s'agitaient dans les clubs et par les rues, hâtant l'action mortelle
+de la misère. Au front de chaque maison pend un écriteau proclamant la
+liberté ou la mort. Sur chaque porte est affichée la liste des
+habitants de la maison, moyen de contrôle si l'on veut savoir, table
+de proscription si l'on veut tuer[89]. Onze mille quatre cents
+aristocrates sont entassés dans les palais et les couvents de Paris,
+transformés en prisons. Le crime et la peur sont partout; dans les
+rues, on évite de se reconnaître, ou si on s'aborde, on échange deux
+mots à voix basse; on marche vite, à moins qu'un crieur proclamant
+l'arrêt des condamnés, on ne s'arrête pour écouter le nom d'un parent,
+d'un ami, peut-être son propre nom. La nuit est aussi troublée que le
+jour. Des arrestations se font aux flambeaux; des domestiques ont
+dénoncé leurs maîtres à leurs sections, tandis que d'autres servent
+sans gages des maîtres restés sans ressources. Comme si le temps ne
+suffisait pas aux juges pour condamner, on adopte le système des
+jugements en masse. La guillotine en permanence abat les têtes sans
+les compter[90]. Le sang qui coule à flots, loin d'étancher la soif
+des tyrans, semble l'irriter encore. Il n'y a plus de rois à jeter en
+holocauste au sphinx de la révolution, et la nation épouvantée se
+trouve face à face avec la sombre énigme de son existence. Tout est
+tumulte, désordre, vertige et rage: la civilisation et la barbarie se
+cherchent dans les ténèbres pour s'arracher leur secret; duel
+horrible, pareil à celui de ces deux hommes enfermés dans une cave
+avec des poignards, et qui ne se voyaient qu'aux éclairs de leurs
+yeux. La patience des opprimés apparaît dans ces jours horribles comme
+un phénomène aussi inexplicable que la perversité des oppresseurs.
+L'intelligence politique s'était retirée dans quelques âmes
+méditatives qui réfléchissaient à l'écart, ou dans quelques cerveaux
+astucieux qui remuaient la multitude. Le reste n'avait plus de
+confiance en soi-même, et laissait faire, comme courbé sous la main de
+Dieu: tremblant et résigné, tout un peuple attendait dans une muette
+épouvante, pareil à ces Indiens qui, lorsque le tigre apparaît, se
+prosternent, ferment les yeux, et restent immobiles jusqu'à ce que la
+bête rugissante ait choisi sa proie.
+
+[Note 86: Le 4 germinal an II (24 mars 1794), _fournée_ de dix-neuf
+personnes, parmi lesquelles le général Ronsin (ci-devant homme de
+lettres), général de l'armée révolutionnaire; Momoro, imprimeur-libraire
+et administrateur du département de Paris, et Anacharsis Clootz,
+l'orateur du genre humain.]
+
+[Note 87: Le 16 germinal an II (5 avril 1794), _fournée_ de quinze,
+parmi lesquels figurent Fabre d'Églantine, François Chabot, Camille
+Desmoulins, Phelippeaux, Bazire, Hérault de Séchelles, les deux frères
+Frey et le général Westermann.]
+
+[Note 88: Le 24 germinal an II (13 avril 1794), _fournée_ de vingt et
+un. On y remarque le général Arthur Dillon, Gobel, ci-devant évêque de
+Paris, et la jeune veuve de Camille Desmoulins.]
+
+[Note 89: Voici comment, dès le 6 avril 1793, la Commune de Paris
+avait prescrit l'exécution de cette mesure:
+
+«Le conseil général, considérant la négligence que les citoyens
+apportent à l'exécution de la loi concernant l'affiche, à l'extérieur
+des maisons, des noms de tous les individus qui y habitent;
+
+»Arrête que l'instruction suivante sera imprimée, affichée, et que les
+commissaires de police des sections seront tenus, sous leur
+responsabilité, de faire mettre ladite loi à exécution.
+
+_»Instruction relative au tableau qui doit être fait de tous les
+citoyens habitants de Paris, et placé à l'extérieur de chaque maison,
+aux termes du décret du 29 mars dernier._
+
+ »1º Indiquer en tête le nom du propriétaire, s'il habite la
+ maison, ou à son défaut le principal locataire, s'il y en a un,
+ ou du régisseur.
+
+ »2º Diviser par étages de la manière suivante:
+
+ REZ-DE-CHAUSSÉE.
+ N. N.
+ ENTRE-SOL.
+ PREMIER ÉTAGE, ETC.
+
+»L'état doit présenter sans interruption toutes les personnes qui
+logent au même étage, et même toutes celles qui composent un ménage.
+
+Exemple:
+
+ _A tel étage: Le citoyen tel, son épouse, tant d'enfants de tel sexe;
+ ensuite les domestiques._
+
+»Il est nécessaire de mettre les prénoms ou noms de baptême et les
+surnoms, le sexe et l'âge de chacun. Le nom principal à désigner est
+celui que porte ordinairement l'individu et sous lequel il est
+généralement connu, et non celui de sa famille, si ce n'est pas celui
+qu'on lui donne dans le public.
+
+»On ne peut se dispenser de faire connaître l'état de chaque individu
+ou de déclarer qu'il est sans état, car le titre de _citoyen_ ou de
+_citoyenne_ est une désignation trop vague ou plutôt n'en est pas une.
+
+»L'affiche doit être écrite lisiblement, placée au lieu le plus
+apparent à l'extérieur, et de manière que tout le monde puisse
+aisément la parcourir des yeux tout entière sans en perdre un seul
+nom.
+
+»Il ne doit être omis aucune personne; une seule omission enfreint la
+loi et expose à des peines sévères.
+
+»Chaque fois qu'il y a du changement, il faut en faire mention dans
+l'affiche, soit en retranchant le nom des personnes qui ont quitté la
+maison, soit en ajoutant celui des nouveaux locataires et de ceux
+mêmes qui ne logent que momentanément.
+
+»Toutes les contraventions seront imputées aux propriétaires ou
+principaux locataires, ou régisseurs, et seront punies avec sévérité;
+car on ne veut pas que cette mesure de salut public reste sans
+exécution ou soit éludée et tournée en dérision.
+
+»Le conseil général arrête que le double des tableaux d'inscription
+sera visé par les comités des sections;
+
+»Que les commissaires de police vérifieront l'exactitude desdits
+tableaux et prendront les mesures nécessaires pour empêcher qu'ils ne
+soient enlevés ou détériorés.» (Séance du conseil général de la
+Commune de Paris du samedi 6 avril 1793.)]
+
+[Note 90: Au milieu de tant d'immolations, la tristesse de la
+physionomie était devenue une trahison et la gaieté un devoir. Dans la
+séance du 23 ventôse an II (15 mars 1794), Barère disait:
+
+«Allez aujourd'hui dans les rues de Paris, vous y reconnaîtrez les
+aristocrates à leur mine allongée...»
+
+«Oui, ajoutait Couthon, en temps de révolution, tous les bons citoyens
+doivent être physionomistes: c'est sur la physionomie que vous
+reconnaîtrez un conspirateur, le complice des traîtres mis sous la loi
+de la justice; ces hommes ont l'oeil hagard, l'air consterné, des
+mines basses et patibulaires. Bons citoyens, saisissez ces traîtres et
+arrêtez-les!» (Vifs applaudissements.)--(_Moniteur_ du 26 ventôse an
+II, 16 mars 1794.)]
+
+Madame Élisabeth se prosternait aussi, mais c'était les yeux levés
+vers le ciel. Retenue autrefois à la cour par son dévouement pour son
+frère, elle n'y avait vécu que pour prendre sa part des tribulations
+et des larmes. Aujourd'hui, tout ce que l'intérêt a de plus tendre, la
+religion de plus sublime, l'amitié de plus consolateur, elle le met en
+oeuvre pour former l'esprit et le coeur de sa royale nièce. Sans
+désirer la bienvenue de ce grand libérateur qu'on appelle la mort,
+elle se met en mesure de le recevoir dignement; mais sa belle âme,
+quoique impatiente peut-être d'entrer dans les secrets de Dieu, tient
+à ce monde par le malheur qu'elle y partage, par les chagrins qu'elle
+y adoucit. L'état d'incertitude où elle se trouve du sort du Dauphin
+vient accroître l'anxiété que lui cause l'absence de toute nouvelle de
+la Reine. Depuis plusieurs mois, elle n'a entendu ni chansons ni
+jurements retentir dans l'appartement du second étage. Elle est montée
+mainte et mainte fois aux combles par l'escalier de la garde-robe, et
+jamais, depuis la fin de janvier, elle n'a aperçu l'enfant. A-t-il été
+délivré? Habite-t-il une autre partie du Temple? De grands changements
+se préparent-ils?
+
+Oui, un grand changement se préparait. Déjà, dès le quintidi frimaire
+de l'an II (25 novembre 1793), la municipalité de Paris avait adressé
+à la Convention nationale la pétition suivante:
+
+«LÉGISLATEURS,
+
+»Vous avez décrété l'égalité source du bonheur public; elle s'établit
+sur des bases désormais inébranlables; et cependant elle est violée,
+cette égalité, et de la manière la plus révoltante, dans les vils
+restes de la tyrannie, dans les prisonniers du Temple. Pourroient-ils
+encore, ces restes abominables, être comptés pour quelque chose dans
+les circonstances actuelles, ce ne seroit qu'en raison de l'intérêt
+que la patrie auroit d'empêcher qu'ils ne déchirassent son sein et ne
+renouvelassent les atrocités commises par les deux monstres qui leur
+ont donné le jour. Si donc tel est à leur égard le seul et unique
+intérêt de la République, c'est sous sa surveillance entière qu'ils
+doivent être placés, et ils ne sont plus ces temps horribles où une
+faction liberticide, dont le glaive de la loi a fait justice, avoit
+choisi comme moyen de vengeance contre une Commune patriote qu'elle
+abhorroit, une responsabilité qui outrageoit toutes les lois et qui
+pèse depuis plus de quinze mois sur la tête de chacun des membres de
+la Commune de Paris.
+
+»La raison, la justice, l'égalité vous crient, législateurs, de faire
+cesser cette responsabilité.
+
+»Et comme il est plus que temps de rendre à leurs travaux deux cent
+cinquante sans-culottes qu'on emploie injustement chaque jour à la
+garde des prisonniers du Temple, la Commune de Paris attend de votre
+sagesse:
+
+»1º Que vous enverrez au plus tôt l'infâme Élisabeth au tribunal
+révolutionnaire;
+
+»2º Qu'à l'égard de la postérité du tyran, vous prendrez des mesures
+promptes pour la faire transférer dans telle prison que vous aurez
+choisie, pour y être renfermée avec les précautions convenables, à
+l'effet d'y être traitée dans le système de l'égalité et de la même
+manière que les autres détenus dont la République a eu besoin de
+s'assurer.
+
+ »DUNOUY, RENARD, LE CLERC,
+ »LEGRAND, r. de la Commune; DORIGNY.»
+
+ * * * * *
+
+Envoyée à sa date au Comité de sûreté générale, cette adresse y avait
+sommeillé six mois. Mais les voeux qu'elle exprimait n'avaient point
+été mis en oubli dans la région la plus ardente de la révolution.
+
+Ce n'est pas la première fois que cette pensée m'est venue en écrivant
+ce triste récit: si l'on songeait aux infortunes du Temple, si grandes
+et si imméritées, il n'y a pas de malheureux qui ne se réconciliât
+avec son malheur, pas de misérable accablé par sa destinée qui ne
+bénît Dieu sous le poids de son fardeau. Que ceux qui se plaignent de
+la méchanceté des hommes pensent à Madame Élisabeth, et ils cesseront
+de se laisser abattre par le découragement.
+
+«Il n'est pas, écrivait le Père Lenfant dès le mois d'avril 1791, il
+n'est pas jusqu'à la vertu la plus pure, la plus soutenue et la plus
+universellement reconnue, qui ne soit indignement outragée. Madame
+Élisabeth est déchirée par les plus sanglantes et les plus absurdes
+calomnies[91].»
+
+[Note 91: _Mémoires et correspondance secrète du Père Lenfant_. Paris,
+1834, t. I, p. 343.]
+
+Ces outrages s'étaient accrus avec le besoin qu'éprouvaient les
+niveleurs de trouver criminelles toutes les supériorités sociales; ces
+calomnies s'étaient propagées avec l'intérêt qu'avaient les pervers à
+légitimer les tortures exercées contre les personnes de sang royal. La
+moralité de Madame Élisabeth fut insultée dans ce récit immonde que la
+Commune de Paris fit signer au royal Enfant du Temple pour
+compromettre sa mère et sa tante et les envoyer à l'échafaud. La mort
+même ne désarmera point les persécuteurs. Trois ans après l'immolation
+de Madame Élisabeth, sa mémoire sera outragée dans un ouvrage qui aura
+la prétention de donner les _portraits des personnages célèbres de la
+Révolution_[92].
+
+[Note 92: J'ai voulu lire dans le tome III de Bonneville l'article qui
+commence ainsi:
+
+«Huitième et dernier enfant de Louis, Dauphin de France, fils de
+Louis XV, et de Marie-Josèphe _de Saxe_, sa seconde femme,
+Élisabeth-Philippine-Marie-Hélène, dite _de France_, eut bien peu de
+temps à se féliciter du hasard qui avoit placé son berceau à côté du
+trône...» Je n'infligerai pas cet odieux _factum_ à mes lecteurs. Il est
+d'autant plus infâme qu'il est hypocrite. Bonneville procède par
+insinuation et par réticence, et il n'a pas même le triste courage de
+ses ineptes calomnies. Il affecte même quelquefois de prendre la défense
+de Madame Élisabeth contre les attaques inqualifiables qu'il reproduit.
+Il a de la peine, dit-il, à croire qu'elles soient vraies... C'est une
+vipère qui panse avec sa bave la blessure que vient de faire sa dent
+venimeuse.]
+
+Laissez les années se succéder, un temps viendra où les calomnies se
+tairont, où la vérité apparaîtra dans tout son jour.
+
+Madame Élisabeth arrive au terme que Dieu lui a assigné dans ses
+rigueurs comme dans ses miséricordes. Elle avait exprimé la résolution
+de partager les chagrins et les périls de sa famille: elle a tenu
+toutes ses promesses; à Versailles, dans les troubles du 6 octobre; à
+Paris, dans la morne solitude des Tuileries; sur la route de Varennes,
+dans la néfaste journée du 20 juin, dans la nuit sanglante du 10 août,
+dans la loge du Logographe, témoin des affronts et des menaces; dans
+la tour du Temple, témoin des adieux et de l'agonie. Oui, elle a tenu
+toutes les promesses qu'elle avait faites à Dieu: Dieu à cette heure
+va tenir les siennes.
+
+Qu'importe la route quand le ciel est le but! Au-dessus de l'injustice
+des hommes apparaît la justice de Dieu qui récompense, et quand c'est
+la vertu qui meurt, l'échafaud n'est qu'un degré qui rapproche du
+ciel.
+
+Le 20 floréal an II (9 mai 1794), vers sept heures du soir,
+_l'huissier Monet se rendit au Temple accompagné des citoyens
+Fontaine, adjudant général d'artillerie de l'armée parisienne, et
+Saraillée, aide de camp du général Hanriot; il présenta aux membres du
+conseil Mouret, Eudes, Magendie et Godefroi, une lettre de Fouquier,
+accusateur public près le tribunal révolutionnaire, portant invitation
+de remettre entre les mains desdits susnommés la soeur de Louis
+Capet_[93].
+
+[Note 93: Procès-verbal de la translation d'Élisabeth-Marie Capet à la
+Conciergerie.]
+
+Les préliminaires d'usage s'étaient prolongés dans la salle du
+Conseil, et pendant la conversation engagée entre les commissaires et
+leurs sinistres visiteurs, l'heure s'était écoulée: déjà Madame
+Élisabeth et Marie-Thérèse se disposaient à se coucher, lorsqu'elles
+entendirent ouvrir les verrous. Elles se hâtent de passer leur robe,
+qu'elles venaient d'ôter. «Citoyenne, dit un des commissaires en
+ouvrant la porte de Madame Élisabeth, descends tout de suite, on a
+besoin de toi.--Ma nièce reste-t-elle ici?--Cela ne te regarde pas, on
+s'en occupera après.»
+
+Madame Élisabeth embrasse sa jeune compagne, et, pour calmer ses
+inquiétudes, lui dit: «Soyez tranquille, je vais remonter.--Non, tu ne
+remonteras pas, répond le commissaire Eudes[94]; prends ton bonnet et
+descends.» Elle obéit, relève l'orpheline, qui s'affaisse dans ses
+bras, et lui dit: «Allons, ayez du courage et de la fermeté, espérez
+toujours en Dieu, servez-vous des bons principes de religion que vos
+parents vous ont donnés, et soyez fidèle aux dernières recommandations
+de votre père et de votre mère.» La tante et la nièce demeurent un
+instant embrassées; puis s'arrachant brusquement à cette étreinte,
+Madame Élisabeth se dirige d'un pas rapide vers la porte extérieure en
+disant encore: «Pensez à Dieu, mon enfant!»
+
+[Note 94: Guillotiné le 11 thermidor an II.]
+
+Madame Élisabeth descend. On la fait entrer dans la salle du Conseil.
+Là, pendant que l'on rédige le procès-verbal de décharge des geôliers,
+on visite ses poches. Les envoyés de Fouquier signent sur le registre
+du Temple la remise qui leur est faite de la prisonnière. Ils la font
+traverser, sous une pluie battante, le jardin et la première cour; là,
+ils montent dans un fiacre avec elle et la conduisent à la
+Conciergerie, où elle est déposée dans le greffe. Il était en ce
+moment huit heures. A dix heures, on la conduit du greffe dans la
+salle du conseil du tribunal révolutionnaire. Là, par-devant Gabriel
+Deliége, juge, assisté de Ducray, commis greffier, et en présence de
+Fouquier, elle subit son premier interrogatoire.
+
+
+PREMIER INTERROGATOIRE DE MADAME ÉLISABETH.
+
+«_Cejourd'hui, vingt floréal de l'an deux de la République française,
+une et indivisible, nous_, Gabriel Deliége, _juge président du
+tribunal révolutionnaire établi à Paris par la loi du 10 mars 1793,
+sans aucun recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des
+pouvoirs délégués au tribunal par la loi du 5 avril de la même année,
+assisté de_ Anne Ducray, _commis greffier du tribunal, en l'une des
+salles de l'auditoire au palais, et en présence d'_Antoine-Quentin
+Fouquier, _l'accusateur public, avons fait amener de la maison de_ la
+Conciergerie la cy-après nommée, _auquel avons demandé ses noms, âge,
+profession, pays et demeure_;
+
+_A répondu se nommer_ Élisabeth-Marie Capet, soeur de Louis Capet,
+âgée de trente ans, native de Versailles, département de
+Seine-et-Oise.
+
+Avez-vous, avec le dernier tyran, conspiré contre la sûreté et la
+liberté du peuple françois?
+
+J'ignore à qui vous donnez ce titre, mais je n'ai jamais désiré que le
+bonheur des François.
+
+Avez-vous entretenu des correspondances et intelligences avec les
+ennemis intérieurs et extérieurs de la République, notamment avec les
+frères de Capet et les vôtres, et ne leur avez-vous pas fourni des
+secours en argent?
+
+Je n'ai jamais connu que des amis des François; jamais je n'ai fourni
+des secours à mes frères, et, depuis le mois d'août 1792, je n'ai reçu
+de leurs nouvelles ni ne leur ai donné des miennes.
+
+Ne leur avez-vous pas fait passer des diamants?
+
+Non.
+
+Je vous observe que votre réponse n'est point exacte sur l'article des
+diamants, attendu qu'il est notoire que vous avez fait vendre vos
+diamants en Hollande et autres pays étrangers, et que vous en avez
+fait passer le prix en provenant, par vos agents, à vos frères, pour
+les aider à soutenir leur rébellion contre le peuple françois.
+
+Je dénie le fait, parce qu'il est faux.
+
+Je vous observe que dans le procès qui eut lieu en novembre 1792,
+relativement au prétendu vol des diamants fait au ci-devant
+Garde-meuble, il a été établi et prouvé aux débats qu'il avoit été
+distrait une portion de diamants dont vous vous pariez autrefois;
+qu'il a pareillement été prouvé que le prix en avoit été transmis à
+vos frères par vos ordres: pourquoi je vous somme de vous expliquer
+catégoriquement sur ces faits.
+
+J'ignore les vols dont vous venez de me parler. J'étois à cette époque
+au Temple, et je persiste au surplus dans ma précédente dénégation.
+
+N'avez-vous pas eu connoissance que le voyage déterminé par votre
+frère Capet et Marie-Antoinette pour Saint-Cloud, à l'époque du 18
+avril 1791, n'avoit été imaginé que pour saisir l'occasion favorable
+de sortir de France?
+
+Je n'ai eu connoissance de ce voyage que par l'intention qu'avoit mon
+frère de prendre l'air, attendu qu'il n'étoit pas bien portant.
+
+Je vous demande s'il n'est pas vrai au contraire que ce voyage n'a été
+arrêté que par suite des conseils des différentes personnes qui se
+rendoient alors habituellement au ci-devant château des Thuileries,
+notamment de Bonnal, ex-évêque de Clermont, et autres prélats et
+évêques; et vous-même, n'avez-vous pas sollicité le départ de votre
+frère?
+
+Je n'ai point sollicité le départ de mon frère, qui n'a été décidé que
+d'après l'avis des médecins.
+
+N'est-ce pas pareillement a votre sollicitation et à celle de
+Marie-Antoinette, votre belle-soeur, que Capet, votre frère, a fui de
+Paris dans la nuit du 20 au 21 juin 1791?
+
+J'ai appris dans la journée du 20 que nous devions tous partir dans la
+nuit suivante, et je me suis conformée à cet égard aux ordres de mon
+frère.
+
+Le motif de ce voyage n'étoit-il pas de sortir de France et de vous
+réunir aux émigrés et aux ennemis du peuple françois?
+
+Jamais mon frère ni moi n'avions eu l'intention de quitter notre pays.
+
+Je vous observe que cette réponse ne paroît pas exacte, car il est
+notoire que Bouillé avoit donné les ordres à différents corps de
+troupes de se trouver au point convenu pour protéger cette évasion, de
+manière de pouvoir vous faire sortir, ainsi que votre frère et autres,
+du territoire françois, et que même tout étoit préparé à l'abbaye
+d'Orval, située sur le territoire du despote autrichien, pour vous
+recevoir. Je vous observe au surplus que les noms par vous supposés et
+votre frère ne permettent pas de douter de vos intentions.
+
+Mon frère devoit aller à Montmédy, et je ne lui connoissois point
+d'autres intentions.
+
+Avez-vous connoissance qu'il ait été tenu des conciliabules secrets
+chez Marie-Antoinette, ci-devant Reine, lesquels s'appeloient comités
+autrichiens.
+
+J'ai parfaite connoissance qu'il n'y en a jamais eu.
+
+Je vous observe qu'il est cependant notoire que ces conciliabules
+tenoient de deux jours l'un depuis minuit jusqu'à trois heures du
+matin, et que même ceux qui y étoient admis passoient par la pièce que
+l'on appelloit alors la Galerie des tableaux.
+
+Je n'en ai aucune connoissance.
+
+N'étiez-vous pas aux Thuileries le 28 février 1791, 20 juin et 10 août
+1792?
+
+J'étois au château les trois jours, et notamment le 10 août 1792,
+jusqu'au moment où je me suis rendu avec mon frère à l'Assemblée
+nationale.
+
+Ledit jour 28 février, n'avez-vous pas eu connoissance que le
+rassemblement des ci-devant marquis, chevaliers et autres, armés de
+sabres et de pistolets, étoit encore pour favoriser une nouvelle
+évasion de votre frère et de toute la famille, et que l'affaire de
+Vincennes arrivée le même jour n'a été imaginée que pour faire
+diversion?
+
+Je n'en ai aucune connoissance.
+
+Qu'avez-vous fait dans la nuit du 9 au 10 août?
+
+Je suis restée dans la chambre de mon frère, et nous avons veillé.
+
+Je vous observe qu'ayant chacun vos appartements, il paroît étrange
+que vous vous soyez réunis dans celui de votre frère, et sans doute
+cette réunion avoit un motif que je vous interpelle d'expliquer.
+
+Je n'avois d'autre motif que celui de me réunir toujours chez mon
+frère lorsqu'il y avoit du mouvement dans Paris.
+
+Cette même nuit, n'avez-vous pas été avec Marie-Antoinette dans une
+salle où étoient les Suisses occupés à faire des cartouches, et
+notamment n'y avez-vous pas été de neuf heures et demie à dix heures
+du soir?
+
+Je n'y ai pas été, et n'ai nulle connoissance de cette salle.
+
+Je vous observe que cette réponse n'est point exacte, car il est
+encore établi dans différents procès qui ont eu lieu au tribunal du 17
+août 1792, que Marie-Antoinette et vous aviez été plusieurs fois dans
+la nuit trouver les gardes suisses; que vous les aviez fait boire, et
+les aviez engagés à confectionner la fabrication des cartouches, dont
+Marie-Antoinette avoit mordu plusieurs.
+
+Cela n'a pas existé, et je n'en ai aucune connoissance.
+
+Je vous représente que les faits sont trop notoires pour ne pas vous
+rappeler les différentes circonstances relatives à ceux par vous
+déniés, et pour ne pas savoir le motif qui avoit déterminé le
+rassemblement des troupes de tout genre qui se sont trouvées réunies
+cette nuit aux Thuileries. Pourquoi je vous somme de nouveau de
+déclarer si vous persistez dans vos précédentes dénégations, et à nier
+les motifs de ce rassemblement.
+
+Je persiste dans mes précédentes dénégations, et j'ajoute que je ne
+connoissois point de motifs de rassemblement. Je sais seulement, comme
+je l'ai déjà dit, que les corps constitués pour la sûreté de Paris
+étoient venus avertir mon frère qu'il y avoit du mouvement dans les
+faubourgs, et que dans ces occasions la garde nationale se rassembloit
+pour sa sûreté, comme la constitution le prescrivoit.
+
+Lors de l'évasion du 20 juin, n'est-ce pas vous qui avez emmené les
+enfants?
+
+Non, je suis sortie seule.
+
+Avez-vous un défenseur ou voulez-vous en nommer un?
+
+Je n'en connois pas.--Pourquoi lui avons nommé le citoyen Chauveau
+pour conseil.
+
+Lecture du présent interrogatoire, a persisté et a signé avec nous et
+notre greffier.
+
+[Illustration: Signatures.]
+
+Le lecteur doit remarquer que la signature de Madame Élisabeth est ici
+telle qu'elle se trouve dans tous les actes de sa vie. Ses
+interrogateurs n'exigèrent point d'elle, à ce qu'il paraît, d'y
+ajouter ce nom de Capet que la Révolution avoit inventé pour les
+Bourbons, s'imaginant que c'étoit le nom du chef de leur race.
+
+Après avoir mis sa signature au bas de chaque page de cet
+interrogatoire, Élisabeth-Marie fut ramenée dans sa prison. Elle ne se
+faisait aucune illusion sur le sort qui lui était réservé, et elle ne
+songea plus qu'à paraître, non pas devant ses juges de la terre, car
+elle n'avait rien à attendre de ceux-là que la fin de ses tourments,
+mais devant le Juge tout-puissant dont elle espérait sa récompense.
+Elle savait qu'elle eût en vain réclamé l'assistance d'un prêtre
+catholique non assermenté, et elle ne voulut point perdre quelques
+minutes à implorer une faveur qui avait été accordée au Roi son frère,
+mais qui depuis un an eût été regardée comme un crime. Elle se
+résigna, offrit directement au Seigneur miséricordieux le sacrifice de
+sa vie, et puisa dans sa foi vive la force dont elle avait besoin pour
+l'accomplir dignement.
+
+
+
+
+LIVRE ONZIÈME.
+
+MEURTRE DE MADAME ÉLISABETH.
+
+ «Le ciel est mon trône, et la terre est mon marchepied.»
+
+ _Actes des Apôtres_, chap. VIII, v. 49.
+
+ La Conciergerie au mois de mars 1793. -- Ce qu'elle était au mois
+ de mai 1794. -- Madame de la Fayette. -- Haly, concierge de la
+ prison du collége du Plessis. -- Paroles de Fouquier. --
+ Chauveau-Lagarde demande à voir Madame Élisabeth: refus de
+ l'accusateur public, sous le prétexte qu'elle ne sera pas jugée
+ de sitôt. -- Poussé par une anxiété instinctive, Chauveau-Lagarde
+ entre le lendemain dans la salle des assises, et aperçoit Madame
+ Élisabeth au premier rang des accusés. -- Leur interrogatoire. --
+ Le _Moniteur_ n'a point dit qu'Élisabeth fut défendue; elle le
+ fut pourtant, bien qu'elle ne l'eût pas demandé et qu'elle
+ s'inquiétât peu de l'être. -- Résumé des débats; questions posées
+ par le président; verdict des jurés; arrêt de mort. -- Parmi les
+ vingt-cinq condamnés, on signale une femme enceinte; Madame
+ Élisabeth fait avertir les juges, et la sauve. -- Paroles de
+ Fouquier au président; réponse de Dumas. -- Les condamnés sont
+ conduits dans la salle des apprêts suprêmes. -- Influence
+ qu'exerce sur eux Madame Élisabeth; consolations qu'elle leur
+ prodigue; courage qu'elle leur inspire. -- Madame de Sénozan. --
+ MM. de Montmorin et Bullier. -- M. de Brienne, ancien ministre de
+ la guerre et maire de Brienne; paroles que lui adresse Madame
+ Élisabeth. -- Désespoir de madame de Montmorin, puis sa
+ résignation. -- Madame de Crussol d'Amboise. -- Grande
+ satisfaction de Madame Élisabeth: tous ses compagnons d'infortune
+ font résolûment à Dieu le sacrifice de leur vie. -- Dernier
+ appel. -- Madame Élisabeth assise sur la charrette à côté de
+ mesdames de Sénozan et de Crussol. -- A la descente du pont Neuf,
+ le mouchoir qui couvre la tête de Madame Élisabeth tombe aux
+ pieds du bourreau. -- Arrivé à la place de la Révolution,
+ celui-ci lui tend la main comme pour l'aider à descendre;
+ Élisabeth détourne la tête. -- Devant l'échafaud, nul ne
+ défaillit. -- Madame de Crussol appelée la première. -- Comment,
+ dans ce dernier moment, Élisabeth apprend que la Reine n'existe
+ plus. -- Madame Élisabeth immolée la dernière. -- Son corps est
+ jeté dans un panier avec les autres cadavres, et sa tête avec les
+ autres têtes dans un second panier. -- La charrette se met en
+ marche. -- Rues du Rocher et d'Errancis, barrière de Monceaux,
+ _Clos du Christ_. -- Fournées précédentes d'Hébert et des
+ hébertistes, de Danton et des quatorze compagnons de mort que son
+ généreux ami Robespierre lui avait donnés, _de la conspiration
+ des prisons_, puis enfin de Malesherbes et de ses enfants. -- Le
+ cadavre de Madame Élisabeth et les vingt-trois autres sont mis à
+ nu et inhumés ensemble dans une fosse de douze à quinze pieds de
+ largeur et autant de longueur. -- Douleur que produit en Europe
+ le meurtre de Madame Élisabeth, et particulièrement à Turin et au
+ château de Wartegg, près Rorschach, où vivait retirée la famille
+ de Bombelles. -- Madame de Raigecourt adresse ses respectueuses
+ condoléances à la jeune Marie-Thérèse; réponse de celle-ci. --
+ Lettre du comte de Provence à madame des Montiers. -- La commune
+ révolutionnaire de Versailles s'emparant de la maison Élisabeth,
+ Jacques et Marie, mis en prison, y sont oubliés. -- Leur misère
+ éveille la pitié des magistrats; leur détention est déclarée une
+ injustice, mais aucune indemnité ne leur est attribuée. --
+ Retirés à Bulle, ils y passent en paix une quarantaine d'années.
+ -- Fondation d'une manufacture d'horlogerie dans la maison de
+ Montreuil. -- L'entreprise demeure sans succès.
+
+
+On se ferait difficilement une idée de ce qu'étaient les prisons de
+Paris pendant la révolution. Déjà, dans un _Rapport au ministre de
+l'intérieur sur l'état des prisons de la Conciergerie_, à la date du
+17 mars 1793, le citoyen Grandpré s'exprimait ainsi:
+
+«Je viens de faire une nouvelle visite des prisons de la Conciergerie.
+L'impression horrible que j'ai éprouvée à la vue des malheureux
+amoncelés dans cette affreuse demeure est inexprimable, et je ne puis
+concevoir encore la barbarie des officiers de police chargés de la
+surveiller et l'insouciance des tribunaux à absoudre ou condamner les
+accusés. Toutes les prisons ont été vidées à l'époque à jamais
+exécrable des 2 et 3 septembre dernier. Cependant elles contiennent
+aujourd'hui 950 individus. Il y en a 320 à l'hôtel de la Force, 44 à
+Sainte-Pélagie, 206 à Bicêtre, et 380 à la Conciergerie. Cette
+dernière prison, qui, par sa position près du tribunal criminel, a
+toujours été destinée pour les criminels, et qui ne devroit être
+considérée, d'après la nouvelle organisation, que comme maison de
+justice, sert cependant tout à la fois de maison d'arrêt, de maison de
+justice et de force. Il faut toute la surveillance et tout le
+dévouement d'un concierge incorruptible et de guichetiers éprouvés
+tels que ceux qui en ont la garde, pour qu'il n'y arrive pas chaque
+jour des événements sans nombre et des évasions multipliées, comme
+cela arrive journellement dans presque tous les départements. J'y ai
+vu une trentaine d'hommes et femmes condamnés à mort, qui tous se sont
+pourvus en cassation, dont les procès languissent, et qui emploient
+tout le temps qu'on leur laisse à faire toutes sortes de tentatives
+soit pour attenter à leur vie, soit pour opérer un soulèvement au
+dehors ou même au dedans; et leur rassemblement prodigieux, en leur
+montrant leur force, fait craindre à tout moment que leurs projets ne
+réussissent. Ce qui contribue plus à les désespérer et à leur faire
+tout entreprendre, c'est l'inhumanité avec laquelle on les entasse
+dans la même chambre et les tourments incalculables qu'ils éprouvent
+pendant la nuit. Je les ai visitées à l'ouverture, et je ne connois
+point d'expression assez forte pour peindre le sentiment d'horreur que
+j'ai éprouvé en voyant dans une seule pièce 26 hommes rassemblés,
+couchés sur 21 paillasses, respirant l'air le plus infect, et couverts
+de lambeaux à moitié pourris; dans une autre, 45 hommes entassés sur
+10 grabats; dans une troisième, 38 moribonds pressés sur 9 couchettes;
+dans une quatrième, très-petite, 14 hommes ne pouvant trouver de place
+dans 4 cases; enfin, dans une cinquième, sixième et septième pièce, 85
+malheureux se froissant les uns les autres pour pouvoir s'étendre sur
+16 paillasses remplies de vermine, et ne pouvant tous trouver le moyen
+de poser leur tête. Un pareil spectacle m'a fait reculer d'épouvante,
+et je frissonne encore en voulant en donner une idée. Les femmes sont
+traitées de la même manière. 54 d'entre elles sont forcées de se
+coucher sur 19 paillasses ou de se relayer alternativement pour rester
+debout et ne pas étouffer en se mettant les unes sur les autres. Il y
+a dans cette maison 47 hommes et 12 femmes qui ont le privilége d'être
+à la pension et de coucher dans des lits séparés. Cette distinction
+m'a paru barbare, injuste et injurieuse à l'humanité. La loi qui
+distribue le pain également entre chaque détenu ne peut avoir eu
+l'intention de donner à l'homme aisé un asile commode et de mettre
+l'indigent dans un tombeau. Toute inégalité doit disparoître devant
+elle. De quelque état ou condition qu'ils soient, elle voit les
+accusés du même oeil, et leur promet à tous le même traitement
+jusqu'à l'instant de leur jugement. Mais la justice semble endormie;
+ses oracles ne se rendent plus, ou le peu qui lui échappent sont sans
+effet, au moyen du tribunal de cassation, où l'appel en est porté, et
+où les affaires restent en suspens. Cependant les prisons s'engorgent
+chaque jour: presque aucun prisonnier n'en sort; un grand nombre y
+arrive sans cesse; au milieu de cette effroyable quantité, le juré
+d'accusation se tait, ou ne se livre que négligemment à des fonctions
+dont le terme trop éloigné l'effarouche; il choisit les individus dont
+il veut s'occuper de préférence, et des malheureux arrêtés depuis
+plusieurs mois ont la douleur de n'avoir pas encore été interrogés: il
+y en a dans ce cas 34, dont j'indique les noms et la date de
+l'arrestation dans un tableau joint au présent rapport.
+
+»Je dois encore appeler l'attention du ministre sur le sort d'un assez
+grand nombre de malheureux échappés au carnage du mois de septembre,
+et réintégrés depuis dans les prisons, en vertu d'ordres la plupart
+arbitraires et sans cause. La crise perpétuelle où se trouve la
+République, les mouvemens intérieurs et fréquents qui en sont la
+suite, les bruits qu'on ne cesse de répandre d'un nouveau massacre,
+l'image toujours présente de celui qui s'est effectué sous leurs yeux,
+jettent la terreur dans l'âme de ces infortunés; ils souffrent mille
+morts chaque jour et maudissent le moment qui ne leur a sauvé la vie
+que pour les livrer de nouveau au supplice journalier d'une
+incertitude cent fois plus cruelle que tous les genres de mort
+possibles. Regardera-t-on comme une absolution de leurs fautes
+l'épreuve à laquelle ils ont été soumis aux journées de septembre et
+la liberté qui leur a été accordée? C'est une question que le ministre
+Roland a soumise le 16 novembre au ministre de la justice, et sur
+laquelle il seroit important de prononcer. Il n'y a pas de délit qui
+ne doive être effacé pour des gens qui ont été plusieurs jours sous le
+couteau, et la situation pénible où ils se retrouvent en ce moment,
+et dans laquelle ils sont depuis plusieurs mois, les met sans doute
+dans le cas de l'indulgence.
+
+ »Paris, le 17 mars 1793, l'an II de la République française.
+ »GRANDPRÉ.»
+
+ * * * * *
+
+Les choses ne se passaient plus ainsi en mai 1794. La justice n'était
+plus endormie, pour nous servir des termes du rapport qu'on vient de
+lire. Les inquiétudes de l'attente étaient épargnées au suspect et les
+longues terreurs au condamné. Les prisons se remplissaient chaque
+jour, mais chaque jour elles étaient vidées par le bourreau.
+
+Un prisonnier de 1794 nous a laissé la description de la Conciergerie
+telle qu'elle était à cette époque:
+
+«La première entrée, dit-il, est fermée de deux guichets[95]. Ces deux
+guichets sont à peu près à trois pieds l'un de l'autre. Ils sont tenus
+chacun par un porte-clefs. Tous les porte-clefs ne sont pas admis
+indistinctement à l'honneur de ces premiers guichets: on choisit les
+plus vigoureux et ceux qui ont le coup d'oeil plus subtil. Il faut,
+disent-ils, avoir de la tête pour de pareilles fonctions. Aussi les
+postulants attendent-ils quelquefois longtemps. Un bouquet placé
+au-dessus de la porte annonce une nouvelle promotion. Le promu se fait
+coiffer ce jour-là par un perruquier, met ses plus beaux habits. Son
+air satisfait et capable annonce qu'il sent sa dignité et qu'il n'est
+pas au-dessous du choix dont on l'a honoré. Le soir, les flots de vin
+redoublent et terminent un si beau jour.
+
+[Note 95: On appelle guichet une petite porte haute d'environ trois
+pieds et demi, pratiquée dans une porte plus grande. Lorsqu'on entre,
+il faut en même temps hausser le pied et baisser considérablement la
+tête, de manière que si on ne se casse pas le nez sur son genou, on
+court risque de se fendre le crâne contre la pièce de traverse de la
+grande porte, ce qui est arrivé plus d'une fois. On appelle aussi
+guichet la première pièce d'entrée.]
+
+»Dans la première pièce, appelée guichet, au bout d'une grande table,
+sur un fauteuil, est le gouverneur de la maison, ou bien la respectable
+moitié de lui-même, ou bien le plus ancien des porte-clefs, qui les
+représente en ce cas. Ces gouverneurs-là sont devenus, par le temps où
+nous sommes, des personnages très-considérables. Les parents, amis ou
+amies des prisonniers, font ordinairement une cour très-assidue au
+concierge Richard pour se faire entr'ouvrir un guichet. On le salue
+profondément; quand il est de bonne humeur, il sourit; quand au
+contraire il est morose, il fronce le sourcil; c'est Jupiter qui fait
+trembler l'Olympe d'un coup d'oeil. Aussi les prisonniers ont-ils
+toujours l'attention d'épier ses bons moments, et alors on s'évertue à
+présenter humblement le placet.
+
+»C'est de ce fauteuil qu'émanent les ordres pour la police de la
+maison. C'est à ce fauteuil que sont évoquées les querelles des
+guichetiers entre eux et des guichetiers avec les prisonniers. C'est à
+ce fauteuil que les malheureux détenus portent leurs humbles
+réclamations quand ils obtiennent la faveur d'y être admis. C'est de
+ce fauteuil que part quelquefois un regard de protection qui console,
+et souvent un coup d'oeil qui foudroie. Du reste, la femme Richard
+tient sa maison d'une manière étonnante: on n'a ni plus de mémoire, ni
+plus de présence d'esprit, ni une connoissance plus exacte des détails
+les plus minutieux.
+
+»Outre le concierge ou son représentant, il y a dans le guichet un
+ancien porte-clefs qui divague. C'est, sans qu'il y paroisse,
+l'inspecteur des personnes qui entrent ou qui sortent. Quand il a des
+distractions, on entend sortir du fauteuil ces vigilantes paroles:
+«_Allumez le miston!_» (_Allumez_, mot d'argot qui veut dire regarde
+sous le nez, _miston_, de l'individu.) Le guichetier les répète à ses
+camarades qui sont de service aux portes. Lorsqu'il entre un nouveau
+prisonnier, on recommande aux guichetiers d'_allumer le miston_, afin
+qu'il soit généralement connu et ne puisse se donner pour étranger.
+
+»A main gauche en entrant dans le guichet est le greffe. Cette pièce
+est partagée en deux par des barreaux. Une moitié est destinée aux
+écritures, l'autre moitié est le lieu où l'on dépose les condamnés;
+c'est là qu'ils ont quelquefois attendu trente-six heures le moment
+fatal où l'exécuteur des jugements criminels (que les guichetiers
+appellent dans leur langage _tôle_) leur fait subir les redoutables
+apprêts de leur supplice[96].»
+
+[Note 96: Nous reproduisons ici la continuation de ce récit, à la fin
+duquel on verra dans quel état tombaient les âmes qui n'étaient point
+soutenues par la force surnaturelle de la religion: elles se
+dissolvaient pour ainsi dire sous l'excès de la souffrance, et le
+sentiment moral, ce soleil des intelligences, s'y éteignait.
+
+«Du greffe, on entre de plain-pied, en ouvrant toutefois d'énormes
+portes, dans des cachots appelés _la Souricière_. Il faudroit plutôt
+les nommer _la Ratière_. Un citoyen nommé _Beauregard_, homme aussi
+honnête qu'aimable, acquitté par le tribunal révolutionnaire, fut mis
+à son arrivée dans ce cachot. Les rats lui mangèrent en différents
+endroits sa culotte, sans respect pour son derrière; nombre de
+prisonniers ont vu les trous, et il fut obligé de se couvrir toute la
+nuit la figure de ses mains pour sauver son nez et ses oreilles.
+
+»Le jour pénètre à peine dans ces cachots; les pailles dont se compose
+la litière des prisonniers, bientôt corrompues par le défaut d'air et
+par la puanteur des seaux (en terme de prison _griaches_) où les
+prisonniers font leurs besoins, exhalent une infection telle, que dans
+le greffe même on est empoisonné lorsqu'on ouvre les portes.
+
+»En face de la porte d'entrée est le guichet qui conduit à la cour des
+femmes, à l'infirmerie, et en général ce qu'on appelle, je ne sais
+pourquoi, _le côté des douze_. Nous y reviendrons.
+
+»A droite, sur deux angles, sont des fenêtres qui éclairent fort
+imparfaitement deux cabinets où couchent les guichetiers de garde
+pendant la nuit; c'est aussi dans ces cabinets qu'on dépose les femmes
+qui ont été condamnées à mort. Entre ces deux angles est un troisième
+guichet qui conduit au _préau_; c'est le côté le plus recommandable de
+cette prison et le mieux fait pour fixer le regard de l'observateur.
+Il faut pour y arriver franchir quatre guichets. On laisse à gauche la
+chapelle et la chambre du conseil, deux pièces également remplies de
+lits dans ces derniers temps; la seconde étoit occupée par la veuve de
+Capet.
+
+»Je n'entreprendrai point de décrire tous les lieux de cette vaste et
+dégoûtante enceinte. Je remarquerai seulement qu'à droite en entrant
+dans la cour, à l'extrémité d'une espèce de galerie, est une double
+porte, dont l'une entièrement de fer; que ces portes ferment le cachot
+surnommé _de la Bûche nationale_ depuis le massacre du mois de
+septembre 1792 (vieux style), et que l'on traverse ce cachot pour
+arriver dans les salles du palais, au moyen d'un obscur escalier
+dérobé et verrouillé dans deux ou trois endroits différents. Les
+prisonniers sont à la pistole, ou à la paille, ou dans les cachots.
+Ces prisonniers ont un régime différent. Les cachots ne s'ouvrent que
+pour donner la nourriture, faire les visites et vider les _griaches_.
+Les chambres de la paille ne diffèrent des cachots qu'en ce que leurs
+malheureux habitants sont tenus d'en sortir entre huit et neuf heures
+du matin. On les fait rentrer environ une heure avant le soleil
+couché. Pendant la journée, les portes de leurs cachots sont fermées,
+et ils sont obligés de se morfondre dans la cour ou de s'entasser,
+s'il pleut, dans les galeries qui l'entourent, où ils sont infectés de
+l'odeur des urines, etc. Du reste, mêmes incommodités dans ces
+hideuses demeures; point d'air, des pailles pourries.
+
+»Entassés jusqu'à cinquante dans un même trou, le nez sur leurs
+ordures, ils se communiquent les maladies, les malpropretés dont ils
+sont accablés. Allez visiter les cachots qui sont pratiqués dans les
+grosses tours que vous voyez du quai de l'Horloge, ceux qu'on appelle
+_le grand César, Bonbec, Saint-Vincent, Bel-Air_, etc., et dites si la
+mort n'est pas préférable à un pareil séjour.
+
+»Ne croyez pas que les incommodités du logement soient les seules que
+les prisonniers aient à supporter; il faudroit pour juger jusqu'à
+quelle humiliation, jusqu'à quelle dégradation on peut réduire des
+hommes, il faudroit assister à la fermeture des portes et à l'appel
+nominal qui la précède. Figurez-vous trois ou quatre guichetiers
+ivres, avec une demi-douzaine de chiens en arrêt, tenant en main une
+liste incorrecte qu'ils ne peuvent lire. Ils appellent un nom,
+personne ne se reconnoît; ils jurent, tempêtent, menacent; ils
+appellent de nouveau, on s'explique, on les aide, on parvient enfin à
+comprendre qui ils ont voulu nommer. Ils font entrer en comptant le
+troupeau, ils se trompent; alors, avec une colère toujours croissante,
+ils ordonnent de sortir; on sort, on rentre, on se trompe encore, et
+ce n'est quelquefois qu'après trois ou quatre épreuves que leur vue
+brouillée parvient enfin à s'assurer que le nombre est complet.
+
+»Mais quel contraste! Est-ce une bizarrerie de la nature ou un effet
+de sa sagesse? La première lueur d'espérance, l'approche d'un plaisir
+dissipent en un instant les plus noirs chagrins, les plus cruelles
+inquiétudes, et la prison la plus hideuse, l'enfer va se changer en un
+temple de Gnide. Vous entendez dans la cour du préau un éternel
+bourdonnement, un murmure sombre et les cris effrayants des
+guichetiers; ils ont des voix terribles et qui semblent avoir été
+faites exprès. Rien n'est plus fatigant que ce bruit et ce spectacle,
+si vous pouvez y échapper pour revenir au principal guichet.
+
+»Après avoir franchi la première grille, j'ai déjà dit qu'il y en a
+quatre, vous vous trouvez dans une enceinte formée toute de barreaux
+de fer. Lorsque les communications avec l'extérieur subsistoient,
+c'est là que les prisonniers de ce côté voyoient leurs connoissances.
+Les femmes, dont la sensibilité, le courage plus résolu, l'âme plus
+compatissante, plus portée à secourir, à partager le malheur, les
+femmes étoient presque les seules qui osassent y pénétrer....
+
+»Le guichet d'entrée, occupé de même par les prisonniers du côté des
+douze, n'offroit pas un spectacle moins pittoresque. En effet, quoi de
+plus singulier pour l'oeil de l'observateur? des femmes et leurs
+maris, des maîtresses et leurs amants rangés sur des bancs contre les
+murs: les uns s'attendrissent, versent des larmes; d'autres, condamnés
+à mort, quelquefois chantent. Par une fenêtre de ces cabinets, on
+aperçoit sur un lit de douleur une malheureuse femme veillée par un
+gendarme, et qui attend, la pâleur sur le front, l'instant de son
+supplice. Des gendarmes remplissent les guichets; ceux-ci conduisent
+des prisonniers, dont on délie les mains, et que l'on précipite dans
+un cachot; ceux-là demandent d'autres prisonniers pour les transférer,
+les lient et les emmènent, tandis qu'un huissier, à l'oeil hagard, à
+la voix insolente, donne des ordres, se fâche, et se croit un héros
+parce qu'il insulte impunément à des malheureux qui ne peuvent lui
+répondre par des coups de bâton.
+
+»Il n'y a rien d'exagéré dans ce que je viens de dire, et plusieurs
+personnes qui sont venues ou ont vécu dans les prisons se rappelleront
+d'avoir vu tout cela dans le même moment.
+
+»J'ai dit que les chiens jouoient un grand rôle dans ces prisons;
+cependant un fait que j'ai entendu souvent raconter prouvera que leur
+fidélité n'est pas à toute épreuve. Parmi ces chiens, il en est un
+distingué par sa taille, sa force et son intelligence. Ce Cerbère se
+nomme _Ravage_. Il étoit chargé pendant la nuit de la garde de la cour
+du préau. Des prisonniers avoient, pour s'échapper, fait un trou (en
+argot, un _housard_); rien ne s'opposoit plus à leur dessein, sinon la
+vigilance de _Ravage_ et le bruit qu'il pourroit faire. _Ravage_ se
+tait; mais le lendemain matin, on s'aperçut qu'on lui avoit attaché à
+la queue un assignat de cent sous avec un petit billet où étoient
+écrits ces mots: _On peut corrompre Ravage avec un assignat de cent
+sous et un paquet de pieds de mouton_. Ravage promenant et publiant
+ainsi son infamie, fut un peu décontenancé par les attroupements qui
+se formèrent autour de lui et les éclats de rire qui partoient de tous
+côtés. Il en fut quitte, dit-on, pour cette petite humiliation et
+quelques heures de cachot.
+
+»Revenons au côté _des douze_. Ce côté a aussi une cour qu'occupent
+les femmes. La partie occupée par les hommes n'a d'autre promenade
+qu'un corridor obscur, dans lequel il faut tenir le jour le réverbère
+allumé, et un petit vestibule séparé de la cour des femmes par une
+grille. Les hommes peuvent parler aux femmes à travers cette grille,
+et plus d'une fois les tendres épanchements de l'amour y ont fait
+oublier aux malheureux l'horreur de leur demeure.
+
+»Les chambres des femmes sont aussi divisées en chambres à la pistole
+et en chambres à la paille. Les pistoles occupent le premier, les
+chambres des _pailleuses_[96-A] sont au rez-de-chaussée, derrière une
+arcade; elles sont obscures, humides, et aussi malsaines que
+malpropres. Le gouvernement devroit bien s'occuper de les rendre
+salubres, en n'oubliant jamais que l'innocence a été forcée de les
+habiter. Il faudroit aussi un régime qui ne tendît pas à dégrader les
+êtres qui y sont soumis.
+
+»Il n'y a de ce côté pour les hommes que des chambres a la pistole,
+c'est-à-dire que l'on paye le loyer des lits que l'on occupe. Il y a
+autant de lits dans une chambre qu'elle en peut contenir. On payoit
+d'abord pour un lit 27 livres 12 sous le premier mois et 22 livres 10
+sous les mois suivans. On a réduit ce loyer à 15 livres par mois. Le
+même lit a souvent rapporté plusieurs loyers en un mois[96-B]; aussi
+la Conciergerie est-elle le premier hôtel garni de Paris quant au
+produit.
+
+»L'un des grands inconvénients de ce côté étoit le voisinage de
+l'infirmerie; on y a longtemps vécu au milieu des fièvres les plus
+dangereuses. Les malades, entassés deux à deux sur de méchants
+grabats, étoient bien ce que la misère humaine peut offrir de plus
+déplorable: les médecins daignoient à peine les examiner; il sembloit
+qu'il y eût des coeurs faits pour s'endurcir à l'approche du malheur.
+Ils avoient une ou deux _ptisannes_ qui étoient, comme on dit, des
+selles à tous chevaux, et qu'ils appliquoient à toutes maladies,
+encore étoient-elles administrées avec une négligence vraiment
+impardonnable. C'étoit une chose curieuse de voir avec quel dédain et
+quelle suffisance ils faisoient leurs visites. Un jour, le docteur en
+chef s'approche d'un lit et tâte le pouls du malade. «Ah! dit-il, il
+est mieux qu'hier.--Oui, citoyen docteur, répond l'infirmier, il est
+beaucoup mieux, mais ce n'est pas le même; le malade d'hier est mort,
+et celui-ci a pris sa place.--Ah! c'est différent; eh bien, qu'on
+fasse la _ptisanne_.»
+
+»Cette anecdote en rappelle une autre qui eut lieu à peu près dans le
+même temps. On se souvient peut-être d'un individu qui se faisoit
+appeler _Marat-Mauger_, commissaire du pouvoir exécutif à Nancy et
+dans le département de la Meurthe, dénoncé comme ayant usé envers les
+citoyens de toutes sortes de vexations. Ce Mauger donna l'exemple le
+plus terrible de la manière dont un coquin peut être tourmenté par les
+remords. Il rappela les fureurs d'Oreste, et Le Kain auroit pu trouver
+en lui un modèle. Attaqué d'une fièvre très-violente, il se levoit sur
+son lit, et là, avec des convulsions vraiment effrayantes, et d'une
+voix épouvantée, il s'écrioit: «_Voyez-vous dans les ombres de ces
+voûtes la main de mon frère? Il écrit en lettres de sang: Tu as mérité
+la mort!_» Il périt en effet au milieu des transports de cette
+frénésie[96-C].
+
+»Il régnoit parmi les prisonniers de ce côté un genre de courage et de
+gaieté vraiment remarquable; on ne se fera jamais une idée juste d'une
+existence semblable: aussi je n'entreprendrai pas de la dépeindre; je
+me contenterai de citer quelques passages de deux lettres de l'un de
+ces prisonniers à un ami, et que celui-ci a bien voulu me communiquer:
+
+«....... Si je vois avec quelque sang-froid le moment où je perdrois
+la vie, je le dois surtout au spectacle qui se renouvelle à chaque
+instant dans cette maison; elle est l'antichambre de la mort. Nous
+vivons avec elle. On soupe, on rit avec des compagnons d'infortune;
+l'arrêt fatal est dans leur poche. On les appelle le lendemain au
+tribunal; quelques heures après nous apprenons leur condamnation; ils
+nous font faire leurs compliments en nous assurant de leur courage.
+Notre train de vie ne change point pour cela; c'est un mélange
+d'horreur sur ce que nous voyons et d'une gaieté en quelque sorte
+féroce, car nous plaisantons souvent sur les objets les plus
+effrayants, au point que nous démontrions tous les jours à un nouvel
+arrivé de quelle manière cela se fait, par le moyen d'une chaise à qui
+nous faisions faire la bascule. Tiens, dans ce moment, en voici un qui
+chante:
+
+ Quand ils m'auront guillotiné,
+ Je n'aurai plus besoin de né.
+
+»Je dois t'ajouter, pour te prouver combien nous avons de moyens de
+nous endurcir, qu'une malheureuse femme condamnée vient de me faire
+appeler: «_La source de mes larmes est tarie, m'a-t-elle dit, il ne
+m'en est pas échappé une depuis hier soir. La plus sensible des femmes
+n'est plus susceptible d'aucun sentiment; les affections qui faisoient
+le bonheur de ma vie ont perdu toute leur force. Je ne regrette rien,
+et je vois avec indifférence le moment de ma mort._»
+
+»Cette femme est madame _Lariolette de Tournay_: elle dit avoir
+dépensé des sommes énormes pour la cause de la liberté; commissaires
+nationaux, généraux, officiers des armées françoises, ont été
+accueillis dans sa maison avec autant de distinction que de zèle. Elle
+attribue ses malheurs à son mari. Elle s'est fait peindre ces jours-ci
+la main appuyée sur une tête de mort; elle a dû lui envoyer ce
+portrait. L'allégorie est cruelle si le motif en est vrai!...
+
+»Les hommes sont trop méchants, trop inutilement atroces, et je ne
+regretterois pas une existence aussi pénible et qui ne me présente
+qu'un avenir encore plus affreux. Tu vas me croire fou; ma foi, non!
+
+»Je ne fus jamais si raisonnable; j'apprécie les choses ce qu'elles
+valent, et le plus grand bienfait de la nature (la vie, dont tu me
+parles dans une de tes lettres), me paroît à moi une corvée fort
+incommode, que la nature, si toutefois elle n'est pas une force
+aveugle, pouvoit épargner à des êtres qui n'ont pas même assez de
+raison pour apercevoir leurs sottises. Je suis si las de vivre parmi
+les hommes, que je ne serois pas fâché de les quitter. J'ai déjà,
+comme je t'ai dit, essayé l'épreuve; c'est le moment de véritable
+calme que j'aie goûté depuis que je suis ici, etc...»
+
+»C'étoit une chose touchante de voir un nombre de prisonniers prévenus
+de délits contre la patrie ne respirer cependant que pour elle et pour
+sa liberté.»]
+
+[Note 96-A: On appelle _pailleux_ et _pailleuses_ ceux et celles qui,
+n'ayant pas de moyen de payer le loyer d'un lit, sont obligés de
+coucher sur la paille.]
+
+[Note 96-B: Dans les derniers temps de la tyrannie de Robespierre,
+lorsque le tribunal envoyait les victimes à la mort par charretées,
+quarante ou cinquante lits étaient occupés tous les jours par de
+nouveaux hôtes qui payaient quinze livres pour une nuit, ce qui
+donnait par mois un produit de dix-huit à vingt-deux mille livres.]
+
+[Note 96-C: On honore sa mémoire de cette épitaphe:
+
+ Dans un corps sale et pourri
+ Gisait une âme épouvantable.
+ Depuis ce matin, Dieu merci,
+ Et l'âme et le corps sont au diable.]
+
+C'est dans cette pièce que Madame Élisabeth avait passé les deux
+heures qui avaient précédé son interrogatoire.
+
+Peut-être sera-t-on disposé à croire qu'entre cet interrogatoire et
+le jugement il y eut l'intervalle de temps nécessaire pour que
+l'accusée pût réunir ses moyens de défense. Ce serait mal connaître
+l'époque révolutionnaire que de céder à une pareille illusion. Madame
+de la Fayette[97], si admirable par le caractère aussi énergique que
+généreux qu'elle déploya au milieu de ces scènes d'horreur, raconte
+qu'ayant été transférée de la Force au collége du Plessis, Haly,
+concierge de cette dernière prison, lui dit un jour: «Je sors de chez
+Fouquier-Tinville; je l'ai trouvé étendu sur le tapis, pâle, anéanti;
+ses filles le caressoient et essuyoient la sueur de son front. Il me
+répondit lorsque je lui demandai ses ordres pour la liste du
+lendemain: «Laissez-moi, Haly, je n'y suffis pas; quel métier!» Puis,
+comme par instinct, il ajouta: «Voyez mon secrétaire; il m'en faut
+soixante, n'importe lesquels; qu'il les assortisse[98].»
+
+[Note 97: Madame de la Fayette, née Noailles, était un modèle de
+bienveillance, de piété et de dévouement conjugal. La journée du 15
+octobre 1795 fut un des plus beaux jours de sa vie. Ce jour-là, elle
+obtint la faveur de se constituer prisonnière avec ses deux filles
+dans les cachots d'Olmutz, auprès de son mari, dont elle partagea la
+captivité pendant deux ans.
+
+Elle mourut à Paris dans la nuit de Noël (25 décembre) 1807, et fut,
+selon son désir, inhumée à Picpus, funèbre asile qu'elle avait fondé
+avec sa soeur, la marquise de Montaigu. B.]
+
+[Note 98: _Les prisons en 1793_, par madame la comtesse DE BOHME, née
+de Girardin, 1 vol. in-8º, p. 130.]
+
+On le voit, c'est irrégulièrement et au hasard que l'on tuait dans ce
+temps-là. Aussi l'interrogatoire que nous avons donné plus haut n'est
+qu'une comédie dérisoire qui ne présente aucune garantie à
+l'innocence.
+
+On n'impute même à l'accusée aucun grief qui lui soit personnel. Elle
+est la soeur de Louis XVI, l'amie de Marie-Antoinette: voilà ses
+crimes. Si le tribunal est d'avance résolu à tuer la prévenue, la
+prévenue sait elle-même, à n'en pas douter, qu'elle n'a pas de justice
+à attendre du tribunal.
+
+Cependant quelqu'un, se disant autorisé par Madame Élisabeth, restée
+en réalité étrangère à cette démarche, était allé avertir M.
+Chauveau-Lagarde qu'il était désigné pour la défendre. Il se présenta
+aussitôt à la prison, afin de s'entretenir avec elle de son acte
+d'accusation. On ne lui permit point de lui parler. Il réclama près de
+Fouquier-Tinville, qui lui répondit: «Vous ne pouvez la voir
+aujourd'hui; rien ne presse: elle ne sera pas jugée de sitôt.»
+Cependant, malgré la fausse assertion de Fouquier, le procès de madame
+Élisabeth allait bientôt commencer. Je ne sais quel vague
+pressentiment, quelle appréhension et quelle anxiété douloureuse
+poussèrent le lendemain matin M. Chauveau-Lagarde dans la salle des
+assises. Quelle fut sa surprise lorsqu'il aperçut Madame Élisabeth,
+vêtue de blanc, environnée d'un grand nombre d'accusés, assise sur le
+haut des gradins, où on l'avait placée la première pour la mettre plus
+en évidence! Toute conférence avec elle lui était nécessairement
+interdite. Elle ignore même sans doute qu'un homme, dans cette
+enceinte, se lèvera pour la défendre. Parmi les personnes qu'on lui a
+associées, au nombre de vingt-quatre dans l'acte d'accusation, il en
+est quelques-unes qu'elle a quelquefois rencontrées à la cour: la
+marquise de Sénozan, soeur de Malesherbes; madame de Crussol
+d'Amboise; M. de Loménie, ancien ministre de la guerre, et madame de
+Montmorin, veuve de l'ancien ministre des affaires étrangères massacré
+à l'Abbaye le 2 septembre 1792. La soeur de Louis XVI était inconnue
+de presque tous les autres accusés. Cependant, dès le matin,
+quelqu'un, dans les corridors de la Conciergerie, ayant prononcé le
+nom d'Élisabeth, ce nom, du guichet au greffe, de la prison au préau,
+avait couru de bouche en bouche, et l'attention de tous les
+prisonniers s'était portée sur elle. La soeur de Louis XVI n'en fut
+pas troublée: toujours maîtresse d'elle-même, elle avait tant de
+sérénité et de sang-froid qu'elle en communiquait aux âmes les plus
+troublées: elle ne songeait qu'à donner des consolations, la paix du
+coeur et la grâce de Dieu à ces infortunes sans espoir, pour
+lesquelles toutes portes étaient fermées, excepté celle qui ouvrait du
+côté du ciel.
+
+Cependant René-François Dumas, président du tribunal, a ouvert
+l'audience; Gabriel Deliége et Antoine-Marie Maire, juges, sont assis
+à ses côtés.
+
+Gilbert Liendon, substitut de l'accusateur public, soutient
+l'accusation; Charles-Adrien Legris, greffier, rédige le
+procès-verbal.
+
+Les jurés, au nombre de quinze, sont les citoyens Trinchard, Laporte,
+Renaudin, Gravier, Brochet, Auvrest, Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyère,
+Prieur, Besnard, Fiévée, Sambat et Desboisseaux.
+
+Le président Dumas, s'adressant à Madame Élisabeth:
+
+Quel est votre nom?
+
+_R._ Élisabeth-Marie.
+
+ * * * * *
+
+Le _Moniteur_ ne dit pas, mais un grand nombre de personnes présentes
+ont raconté qu'à cette première question Madame Élisabeth répondit:
+«Je me nomme Élisabeth-Marie de France, soeur de Louis XVI, tante de
+Louis XVII, votre Roi.» J'ai connu moi-même une personne digne de foi
+qui m'a assuré avoir entendu ces paroles, et j'ai l'intime conviction
+qu'elles ont été prononcées.
+
+ * * * * *
+
+_D._ Votre âge?
+
+_R._ Trente ans.
+
+_D._ Où êtes-vous née?
+
+_R._ A Versailles.
+
+_D._ Où résidez-vous?
+
+_R._ A Paris.
+
+[Illustration: ACTE D'ACCUSATION.
+
+Antoine-Quentin Fouquier, Accusateur Public du Tribunal
+Révolutionnaire, établi à Paris par décret de la Convention nationale
+du 10 mars 1793, l'an deuxième de la République, sans aucun recours au
+Tribunal de cassation, en vertu du pouvoir à lui donné par l'article
+deux d'un autre décret de la Convention du 5 avril suivant, portant:
+«Que l'Accusateur Public dudit Tribunal est autorisé à faire arrêter,
+poursuivre et juger sur la dénonciation des autorités constituées ou
+des citoyens».
+
+Expose,]
+
+Le greffier donne lecture de l'acte d'accusation, dont la teneur
+suit[99]:
+
+[Note 99: Nous intercalons à cette page le commencement de ce factum,
+reproduisant en _fac-simile_ la pièce imprimée et remplie par
+l'écriture autographe de l'accusateur public.]
+
+«ANTOINE-QUENTIN FOUQUIER,
+
+»Accusateur public du Tribunal Révolutionnaire établi à Paris par
+décret de la Convention Nationale du 10 mars 1793, l'an deuxième de
+la République, sans aucun recours au Tribunal de cassation, en vertu
+du pouvoir à lui donné par l'article deux d'un autre décret de la
+Convention du 5 avril suivant, portant «que l'Accusateur public dudit
+Tribunal est autorisé à faire arrêter, poursuivre et juger, sur la
+dénonciation des autorités constituées ou des citoyens;»
+
+»Expose que, par différents arrêtés du comité de sûreté générale de la
+Convention, des comités révolutionnaires de différentes sections de
+Paris, du département de l'Yonne, et en vertu de mandats d'arrêt
+décernés par l'accusateur public, ont été traduits au Tribunal:
+
+ 1º Marie Élisabeth Capet, soeur de Louis Capet, le dernier des
+ tirans des Français, âgée de trente ans, née à Versailles;
+
+ 2º Anne _Duwaes, veuve de L'aigle_, cy devant marquise, née à
+ Keisnist, dans la campagne de Westphalie, demeurant à Montagne
+ belair, cy devant Saint Germain en Laye, département de Seine et
+ Oise, âgée de cinquante cinq ans;
+
+ 3º Louis Bernardin Leneuf _Sourdeval_, âgé de soixante neuf ans,
+ né à Caen, ex comte, demeurant actuellement à Chatou, département
+ de Seine et Oise, avant demeurant dans le district de Caen,
+ département du Calvados;
+
+ 4º Anne Nicole _Lamoignon_, veuve du cy devant marquis de
+ _Senozan_, âgée de soixante seize ans, né à Paris, y demeurant;
+
+ 5º Claude Louise Angélique _Bersin_, femme séparée de corps et de
+ biens, depuis huit ans, de _Crussol d'Amboise_, âgée de soixante
+ et quatre ans, cy devant marquise, née à Paris, y demeurant;
+
+ 6º Georges _Folloppe_, âgé de soixante quatre ans, officier
+ municipal de la Commune de Paris et pharmacien, né à Écales Alix,
+ près d'Yvetot, demeurant à Paris, rue et porte Honoré;
+
+ 7º Denise _Buard_, fille, âgée de cinquante deux ans, vivant de
+ son bien, née à Paris, y demeurant, rue Florentin, nº 674;
+
+ 8º Louis Pierre Marcel _Letellier_, dit _Bullier_, âgé de 21 ans
+ et demi, cy devant employé à l'habillement, né à Paris, y
+ demeurant, rue Florentin, nº 674;
+
+ 9º Charles _Cressy Champmilon_, âgé de trente trois ans, cy
+ devant noble, ayant servi en qualité de sous lieutenant dans le
+ cy devant régiment de vieille marine, natif de Courlon, près
+ Sens, département de l'Yonne, depuis s'annonçant avoir fait le
+ commerce;
+
+ 10º Théodore _Hall_, âgé de vingt six ans, manufacturier et
+ négotiant, natif de Sens, y demeurant, département de l'Yonne;
+
+ 11º Alexandre François _Lomenie_, âgé de _trente_ six ans, né à
+ Marseille, y demeurant, cy devant colonel du régiment des
+ chasseurs, cy devant Champagne, qu'il a quitté en mil sept cent
+ quatre vingt dix, ex comte, domicilie à Brienne, et arrêté à Sens
+ en visite;
+
+ 12º Louis Marie Athanase _Lomenie_, âgé de soixante quatre ans,
+ né à Paris, ex ministre de la guerre, et depuis la révolution
+ maire de Brienne[100];
+
+[Note 100: Nous possédons quelques pages écrites par lui à la hâte
+pour sa défense, et qu'on ne lui donna point le temps de lire devant
+le tribunal. Voir aux Pièces justificatives, nº VI.]
+
+ 13º Antoine Hugues Calixte _Montmorin_, âgé de vingt deux ans, né
+ à Versailles, sous lieutenant dans le cinquième régiment de
+ chasseurs à cheval, grade dont il a donné sa démission le cinq
+ septembre mil sept cent quatre vingt douze, demeurant à Passy,
+ département de l'Yonne;
+
+ 14º Jean Baptiste _Lhoste_, âgé de quarante sept ans, né à
+ Forges, dans le cy devant Clermontois, agent de Serilly, dont il
+ étoit le domestique, demeurant à Paris;
+
+ 15º Martial _Lomenie_, ex coadjuteur de l'évêché du département
+ de l'Yonne, âgé de trente ans, né à Marseille, demeurant à Sens,
+ ex noble;
+
+ 16º Antoine Jean François _Megret de Serilly_, âgé de quarante
+ huit ans, né à Paris, cy devant trésorier général de la guerre
+ jusqu'en mil sept cent quatre vingt sept, et cultivateur depuis
+ mil sept cent quatre vingt neuf, demeurant à Passy, district de
+ Sens, département (_sic_);
+
+ 17º Antoine Jean Marie _Megret Détigny_, âgé de quarante six ans,
+ né à Paris, cy devant sous aide major des cy devant gardes
+ françaises, qu'il a quitté en mil sept cent quatre vingt sept, ex
+ noble, demeurant à Sens, département de Lyonne;
+
+ 18º Charles _Lomenie_, âgé de trente trois ans, né à Marseille,
+ cy devant chevallier de Saint Louis et de Cincinnatus, domiciliée
+ à Brienne, département de Laube.
+
+ 19º Françoise Gabrielle _Taneffe_, veuve _Montmorin_, ex ministre
+ des affaires étrangères, née à Chadrin, en Auvergne, département
+ du Puy de Dôme, âgée de cinquante sept ans, demeurante, lors de
+ son arrestation, à Passy, département de Lyonne, chez la nommée
+ Serilly;
+
+ 20º Anne Marie Charlotte _Lomenie_, divorcée de l'émigré Canizy,
+ âgée de vingt neuf ans, née à Paris, domiciliée à Sens,
+ département de Lyonne, et à Paris, rue Georges, section du
+ Mont-Blanc, nº 18;
+
+ 21. Marie Anne Catherine _Rosset_, âgée de quarante quatre ans,
+ née à Rochefort, département de la Charente, femme de Charles
+ Christophe Rossel-Cercy, officier de marine émigré, demeurant,
+ lors de son arrestation, à Sens;
+
+ 22. Élisabeth Jacqueline _Lhermitte_, femme de Rosset, âgée de
+ soixante cinq ans, née à Paris, demeurant à Sens. Son mari cy
+ devant lieutenant colonel des carabiniers, maréchal de camp, ex
+ noble, émigré;
+
+ 23. Louis Claude Lhermitte de Chambertrand, âgé de soixante ans,
+ né à Sens, y demeurant, prêtre et ex chanoine de la cy devant
+ cathédrale de Sens, ex noble;
+
+ 24. Anne Marie Louise _Thomas, f{e} Serilly_, âgée de trente un
+ ans, née à Paris, demeurant à Passy, département de Lyonne;
+
+ 25. Et Jean Baptiste _Dubois_, âgé de quarante un ans, né à
+ Merfy, district de Reims, département de la Marne, domestique
+ d'Étigny, qui demeurait chez sa mère, vieille rue du Temple;
+
+»Que c'est à la famille des Capets que le peuple français doit tous
+les maux sous le poids desquels il a gémi pendant tant de siècles.
+
+»C'est au moment où l'excès de l'oppression a forcé le peuple de
+briser ses chaînes, que toute cette famille s'est réunie pour le
+plonger dans un esclavage plus cruel encore que celui dont il vouloit
+sortir. Les crimes de tous genres, les forfaits amoncelés de Capet, de
+la Messaline Antoinette, des deux frères Capet et d'Élisabeth, sont
+trop connus pour qu'il soit nécessaire d'en retracer ici l'horrible
+tableau. Ils sont écrits en caractères de sang dans les annalles de la
+révolution, et les atrocités inouies exercées par les barbares émigrés
+ou les sanguinaires satellites des despotes, les meurtres, les
+incendies, les ravages enfin, ces assassinats inconnus aux monstres
+les plus féroces, qu'ils commettent sur le territoire français, sont
+encore commandés par cette détestable famille, et pour livrer de
+nouveau une grande nation au despotisme et aux fureurs de quelques
+individus.
+
+»Élisabeth a partagé tous ses crimes: elle a coopéré à toutes les
+trames, à tous les complots formés par ses infâmes frères, par la
+scéleratte et impudique Antoinette, et toute la horde des
+conspirateurs qui s'étoient réunis autour d'eux; elle est associée à
+tous leurs projets; elle encourage les assassins de la patrie, les
+complots de juillet mil sept cent quatre vingt neuf, la conjuration du
+six octobre suivant, dont les Destaing et les Villeroy, et d'autres
+qui viennent d'être frappés du glaive de la loi, étoient les agents;
+enfin toute cette chaîne non interrompue de conspirations, pendant
+quatre ans entiers, ont été suivis et secondés de tous les moyens qui
+étoient au pouvoir d'Élisabeth. C'est elle qui, au mois de juin mil
+sept cent quatre vingt onze, fait passer les diamants, qui étoient une
+propriété nationale, a l'infâme d'Artois, son frère, pour le mettre en
+état d'exécuter les projets concertés avec lui, et soudoyer des
+assassins contre la patrie: c'est elle qui entretient avec son autre
+frère, devenu aujourdhuy l'objet de la dérision, du mépris des
+despotes coalisés chez lesquels il est allé déposer son imbécille et
+lourde nullité, la correspondance la plus active; c'est elle qui
+vouloit, par l'orgueil et le dédain le plus insultant, avilir et
+humilier les hommes libres qui consacroient leur temps à garder leur
+tyran; c'est elle enfin qui prodiguoit des soins aux assassins envoyés
+aux Champs élisées par le despote provoquer les braves Marseillois, et
+pansoit les blessures qu'ils avoient reçues dans leur fuite
+précipitée.
+
+»Élisabeth avoit médité avec Capet et Antoinette le massacre des
+citoyens de Paris dans l'immortelle journée du dix aoust. Elle
+veilloit dans l'espoir d'être témoin de ce carnage nocturne. Elle
+aidoit la barbare Antoinette a mordre des balles, et encourageoit par
+ses discours des jeunes personnes que des prêtres fanatiques avoient
+conduites au château pour cette horrible occupation. Enfin, trompée
+dans l'espoir que toute cette horde de conspirateurs avoit que tous
+les citoyens se présenteroient pendant la nuit pour renverser la
+tyrannie, elle fuit au jour avec le tyran et sa femme, et va attendre
+dans le temple de la souveraineté nationale que la horde d'esclaves
+soudoyés et dévoués aux forfaits de cette cour parricide aye noyé dans
+le sang des citoyens la liberté, et lui aye fourni les moyens
+d'égorger ensuite ces représentants, au milieu desquels ils avoient
+été chercher un asile.
+
+»Enfin on l'a vu, depuis le supplice mérité du plus coupable des
+tyrans qui ait déshonoré la nature humaine, provoquer le
+rétablissement de la tyrannie en prodiguant avec Antoinette au fils de
+Capet les hommages de la royauté et les prétendus honneurs du
+throne[101].»
+
+[Note 101: Voir, p. 205, la liste des coaccusés de Madame Élisabeth.]
+
+ * * * * *
+
+En vérité, on se demande si l'on rêve quand on lit ce libelle de
+Fouquier, où les arguments sont des sophismes, où les épithètes sont
+des injures, où les faits relatés sont des mensonges. Mais on se
+souvient que si un tel accusateur pouvait les imaginer, et si un tel
+tribunal était digne de les entendre, Madame Élisabeth aussi était
+capable de les pardonner.
+
+ * * * * *
+
+ _Procès-verbal de la séance du tribunal révolutionnaire, établi
+ par la loi du 10 mars 1793, et en vertu de la loi du 5 avril de
+ la même année, séant à Paris, au palais de justice._
+
+Du vingt et un floréal de l'an second de la République françoise, dix
+heures du matin.
+
+L'audience ouverte au public, le tribunal, composé des citoyens
+René-François Dumas, président; Gabriel Deliége et Antoine-Marie
+Maire, juges; de Gilbert Lieudon, adjoint de l'accusateur public, et
+Charles-Adrien Legris, commis greffier.
+
+Sont entrés:
+
+Les citoyens Trinchard, Laporte, Renaudin, Gravier, Brochet, Auvrest,
+Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyer, Prieur, Besnard, Fiévée, Sambatz et
+Desboisseaux, jurés de jugement; ensuite ont été introduits à la
+barre, libres et sans fers, et placés de manière qu'ils étoient vus et
+entendus du tribunal et des auditeurs: Élisabeth Capet; Anne Duwaes,
+veuve de l'Aigle; Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval; Anne-Nicole
+Lamoignon, veuve Sénozan; Georges Foloppe, Denise Buard,
+Louis-Pierre-Marcel Le Tellier, et dix-huit autres ci-après nommés,
+accusés; et aussi les citoyens Chauveau, la Fleutrie, Boutroux,
+Duchâteau, Julienne, Sezille, leurs conseils et défenseurs officieux,
+qui ont prêté le serment de n'employer que la vérité dans la défense
+des accusés, et de se comporter avec décence et modération; ensuite
+les témoins de l'accusateur public ont été pareillement introduits.
+
+Le président, en présence de tout l'auditoire, composé comme
+ci-dessus, a fait prêter auxdits jurés, à chacun individuellement, le
+serment suivant: «Citoyen, vous jurez et promettez d'examiner avec
+l'attention la plus scrupuleuse les charges portées contre les
+dénommés, accusés présents devant vous (ci-devant nommés), de ne
+communiquer avec personne jusqu'après votre déclaration; de n'écouter
+ni la haine ou la méchanceté, ni la crainte ou l'affection; de vous
+décider d'après les charges et moyens de défense, et suivant votre
+confiance et votre intime conviction, avec l'impartialité et la
+fermeté qui conviennent à un homme libre.» Après avoir prêté ledit
+serment, lesdits jurés se sont placés sur leurs siéges dans
+l'intérieur de l'auditoire, en face des accusés et des témoins.
+
+Le président a dit aux accusés qu'ils pouvoient s'asseoir; après quoi
+il leur a demandé leurs nom, âge, profession, demeure, et le lieu de
+leur naissance.
+
+A quoi ils ont répondu se nommer Élisabeth Capet, soeur de Louis
+Capet, dernier tyran des François, demeurant à Paris.
+
+2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, âgée de
+cinquante-cinq ans, née à Keisnith, en Allemagne, demeurant à la
+montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, département de
+Seine-et-Oise.
+
+3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, âgé de soixante-neuf ans, etc.
+
+[Suit la liste, voir page 205.]
+
+Le président a averti les accusés d'être attentifs à ce qu'ils
+alloient entendre, et il a ordonné au greffier de lire l'acte
+d'accusation. Le greffier a fait ladite lecture, ainsi que la loi
+relative aux faux témoins, à haute et intelligible voix. Le président
+a dit aux accusés: «Voilà de quoi vous êtes accusés; vous allez
+entendre les charges qui vont être produites contre vous.»
+
+Le témoin présenté par l'accusateur public et assigné à sa requête a
+été introduit en l'audience, et après avoir entendu la lecture faite
+par le greffier, s'est retiré.
+
+Le président a ensuite fait appeler le témoin pour faire sa
+déclaration, et avant de la faire il lui a fait prêter le serment
+suivant: «Tu jures et promets de parler sans haine, sans crainte, de
+dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité»; ensuite il lui a
+demandé s'il est parent, ami, allié, serviteur ou domestique des
+accusés ou de l'accusateur public; si c'est des accusés présents
+devant lui, qu'il lui a fait examiner, qu'il entend parler; s'il les
+connoissoit avant le fait qui a donné lieu à l'accusation, à quoi il a
+répondu de la manière et ainsi qu'il suit:
+
+La citoyenne Marie Bocage, femme Journaud, âgée de trente-trois ans,
+née à la montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye,
+domestique, demeurant audit lieu, connoît l'accusée veuve de l'Aigle;
+n'est parente, dépose, etc.
+
+Le président fait les questions suivantes à Madame Élisabeth:
+
+Où étiez-vous dans les journées des 12, 13 et 14 juillet 1789,
+c'est-à-dire aux époques des premiers complots de la cour contre le
+peuple?
+
+J'étois dans le sein de ma famille. Je n'ai connu aucun des complots
+dont vous me parlez; ce sont des événements que j'étois loin de
+prévoir et de seconder.
+
+Lors de la fuite du tyran, votre frère, à Varennes, ne l'avez-vous pas
+accompagné?
+
+Tout m'ordonnoit de suivre mon frère, et je m'en suis fait un devoir
+dans cette occasion comme dans toute autre.
+
+N'avez-vous pas figuré dans l'orgie infâme et scandaleuse des gardes
+du corps, et n'avez-vous pas fait le tour de la table avec
+Marie-Antoinette pour faire répéter à chacun des convives le serment
+affreux d'exterminer les patriotes pour étouffer la liberté dans sa
+naissance et rétablir le trône chancelant?
+
+J'ignore absolument si l'orgie dont il s'agit a eu lieu, mais je
+déclare n'en avoir été aucunement instruite.
+
+Vous ne dites pas la vérité, et votre dénégation ne peut vous être
+d'aucune utilité, lorsqu'elle est démentie d'une part par la notoriété
+publique, et de l'autre par la vraisemblance qui persuade à tout homme
+sensé qu'une femme aussi intimement liée que vous l'étiez avec
+Marie-Antoinette, et par les liens du sang et par ceux de l'amitié la
+plus étroite, n'a pu se dispenser de partager ses machinations, d'en
+avoir eu communication et de les avoir favorisées de tout son pouvoir;
+vous avez nécessairement, d'accord avec la femme du tyran, provoqué le
+serment abominable prêté par les satellites de la cour, d'assassiner
+et anéantir la liberté dans son principe; vous avez également provoqué
+les outrages sanglants faits au signe précieux de la liberté, la
+cocarde tricolore, en la faisant fouler aux pieds par tous vos
+complices?
+
+J'ai déjà déclaré que tous ces laits m'étoient étrangers, je n'y dois
+point d'autre réponse.
+
+Où étiez-vous dans la journée du 10 août 1792?
+
+J'étois au château, ma résidence ordinaire et naturelle depuis quelque
+temps.
+
+N'avez-vous pas passé la nuit du 9 au 10 août dans la chambre de votre
+frère, et n'avez-vous pas eu avec lui des conférences secrètes qui
+vous ont expliqué le but, le motif de tous les mouvements et
+préparatifs qui se faisoient sous vos yeux?
+
+J'ai passé chez mon frère la nuit dont vous me parlez; jamais je ne
+l'ai quitté; il avoit beaucoup de confiance en moi, et cependant je
+n'ai rien remarqué dans sa conduite ni dans ses discours qui pût
+m'annoncer ce qui s'est passé depuis.
+
+Mais votre réponse blesse à la fois la vérité et la vraisemblance, et
+une femme comme vous, qui a manifesté dans tout le cours de la
+révolution une opposition aussi frappante au nouvel ordre de choses,
+ne peut être crue lorsqu'elle veut faire croire qu'elle ignore la
+cause des rassemblements de toute espèce qui se faisoient au château
+la veille du 10 août. Voudriez-vous nous dire ce qui vous a empêchée
+de vous coucher la nuit du 9 au 10 août?
+
+Je ne me suis pas couchée parce que les corps constitués étoient venus
+faire part à mon frère de l'agitation, de la fermentation des
+habitants de Paris, et des dangers qui pouvoient en résulter.
+
+Vous dissimulez en vain, surtout d'après les différents aveux de la
+femme Capet, qui vous a désignée comme ayant assisté à l'orgie des
+gardes du corps, comme l'ayant soutenue dans ses craintes et ses
+alarmes du 10 août sur les jours de Capet et de tout ce qui pouvoit
+l'intéresser. Mais ce que vous nieriez infructueusement, c'est la part
+active que vous avez prise à l'action qui s'est engagée entre les
+patriotes et les satellites de la tyrannie; c'est votre zèle et votre
+ardeur à servir les ennemis du peuple, à leur fournir des balles que
+vous preniez la peine de mâcher, comme devant être dirigées contre les
+patriotes, comme destinées à les moissonner. Ce sont les voeux bien
+publics que vous faisiez pour que la victoire demeurât au pouvoir des
+partisans de votre frère, les encouragements en tout genre que vous
+donniez aux assassins de la patrie: que répondez-vous à ces derniers
+faits?
+
+Tous ces faits qui me sont imputés sont autant d'indignités dont je
+suis bien loin de m'être souillée.
+
+Lors du voyage de Varennes, n'avez-vous pas fait précéder l'évasion
+honteuse du tyran de la soustraction des diamants dits de la couronne,
+appartenant alors à la nation, et ne les avez-vous pas envoyés à
+d'Artois?
+
+Ces diamants n'ont pas été envoyés à d'Artois; je me suis bornée à les
+déposer entre les mains d'une personne de confiance.
+
+Voudriez-vous désigner le dépositaire de ces diamants, nous le nommer?
+
+M. de Choiseul est celui que j'avois choisi pour recevoir ce dépôt.
+
+Que sont devenus les diamants que vous dites avoir confiés à Choiseul?
+
+J'ignore absolument quel a pu être le sort de ces diamants, n'ayant
+pas eu l'occasion de voir M. de Choiseul; je n'en ai point eu
+d'inquiétude et je ne m'en suis nullement occupée.
+
+Vous ne cessez d'en imposer sur toutes les interpellations qui vous
+sont faites, et singulièrement sur le fait des diamants; car un
+procès-verbal du 12 septembre 1792, bien rédigé en connoissance de
+cause par les représentants du peuple lors de l'affaire relative au
+vol de ces diamants, constate d'une manière sans réplique que ces
+diamants ont été envoyés à d'Artois. N'avez-vous pas entretenu des
+correspondances avec votre frère, le ci-devant Monsieur?
+
+Je ne me rappelle pas d'en avoir entretenu, surtout depuis qu'elles
+sont prohibées.
+
+N'avez-vous pas donné des soins en pansant vous-même les blessures des
+assassins envoyés aux Champs-Élysées par votre frère contre les braves
+Marseillois?
+
+Je n'ai jamais su que mon frère eût envoyé des assassins contre qui
+que ce soit; s'il m'est arrivé de donner des secours à quelques
+blessés, l'humanité seule a pu me conduire dans le pansement de leurs
+blessures; je n'ai point eu besoin de m'informer de la cause de leurs
+maux pour m'occuper de leur soulagement; je ne m'en fais pas un
+mérite, et je ne m'imagine pas que l'on puisse m'en faire un crime!
+
+Il est difficile d'accorder ces sentiments d'humanité dont vous vous
+parez avec cette joie cruelle que vous avez montrée en voyant couler
+des flots de sang dans la journée du 10 août. Tout nous autorise à
+croire que vous n'êtes humaine que pour les assassins du peuple, et
+que vous avez toute la férocité des animaux les plus sanguinaires pour
+les défenseurs de la liberté; loin de secourir ces derniers, vous
+provoquiez leur massacre par vos applaudissements; loin de désarmer
+les meurtriers du peuple, vous leur prodiguiez à pleines mains les
+instruments de la mort à l'aide desquels vous vous flattiez, vous et
+vos complices, de rétablir le despotisme et la tyrannie. Voilà
+l'humanité des dominateurs des nations, qui de tout temps ont sacrifié
+des millions d'hommes à leurs caprices, à leur ambition et à leur
+cupidité! L'accusée Élisabeth, dont le plan de défense est de nier
+tout ce qui est à sa charge, aura-t-elle la bonne foi de convenir
+qu'elle a bercé le petit Capet dans l'espoir de succéder au trône de
+son père, et qu'elle a ainsi provoqué la royauté?
+
+Je causois familièrement avec cet infortuné, qui m'étoit cher à plus
+d'un titre, et je lui administrois en conséquence les consolations qui
+me paroissoient capables de le dédommager de la perte de ceux qui lui
+avoient donné le jour.
+
+C'est convenir en d'autres termes que vous nourrissiez le petit Capet
+des projets de vengeance que vous et les vôtres n'avez cessé de former
+contre la liberté, et que vous vous flattiez de relever les débris
+d'un trône brisé en l'inondant du sang des patriotes!
+
+ * * * * *
+
+Le président procède ensuite à l'interrogatoire des autres accusés,
+interrogatoire qui se borne à quelques questions insignifiantes. Le
+_Moniteur_, et après lui les historiens, ne font aucune mention des
+paroles du défenseur de Madame Élisabeth; et ce silence semblerait
+annoncer que Madame Élisabeth ne fut pas défendue. Cependant si le
+débat fut rapide, si tout rapport entre l'accusée et son défenseur a
+été matériellement interdit, il est notoire que Chauveau-Lagarde se
+leva après l'interrogatoire, et fit entendre une courte plaidoirie,
+dont il nous a donné lui-même la substance:
+
+«Je fis observer, dit-il, qu'il n'y avoit au procès qu'un protocole
+banal d'accusation, sans pièces, sans interrogatoire, sans témoins, et
+que par conséquent, là où il n'existoit aucun élément légal de
+conviction, il ne sauroit y avoir de conviction légale.
+
+»J'ajoutai qu'on ne pouvoit donc opposer à l'auguste accusée que ses
+réponses aux questions qu'on venoit de lui faire, puisque c'étoit dans
+ces réponses elles seules que tous les débats consistoient; mais que
+ces réponses elles-mêmes, loin de la condamner, devoient au contraire
+l'honorer à tous les yeux, puisqu'elles ne prouvoient rien autre chose
+que la bonté de son coeur et l'héroïsme de son amitié.
+
+»Puis, après avoir développé ces premières idées, je finis en disant
+qu'au lieu d'une défense je n'aurois plus à présenter pour Madame
+Élisabeth que son apologie; mais que dans l'impuissance où j'étois
+d'en trouver une qui fût digne d'elle, il ne me restoit plus qu'une
+seule observation à faire: c'est que la Princesse qui avoit été à la
+cour de France le plus parfait modèle de toutes les vertus ne pouvoit
+pas être l'ennemie des François.
+
+»Il est impossible de peindre la fureur avec laquelle Dumas
+m'apostropha, en me reprochant d'avoir eu _l'audace de parler_ de ce
+qu'il appeloit _les prétendues vertus de l'accusée, et d'avoir ainsi
+corrompu la morale publique_. Il fut aisé de s'apercevoir que Madame
+Élisabeth, qui jusqu'alors étoit restée calme et comme insensible à
+ses propres dangers, fut émue de ceux auxquels je venois de
+m'exposer.»
+
+Après que l'accusateur public et les défenseurs ont été entendus, le
+président déclare les débats fermés; il fait le résumé du procès, je
+dois dire des différents procès, car il y en avait autant que
+d'accusés; puis il remet au président du jury l'écrit suivant, servant
+de préambule à une question qui est uniformément la même pour chacun
+des accusés:
+
+«Il a existé des complots et conspirations formés par Capet, sa femme,
+sa famille, ses agents et ses complices, par suite desquels des
+provocations à la guerre extérieure de la part des tyrans coalisés, à
+la guerre civile dans l'intérieur, ont été formées, des secours en
+hommes et en argent ont été fournis aux ennemis, des troupes ont été
+rassemblées, des dispositions ont été faites, des chefs nommés pour
+assassiner le peuple, anéantir la liberté et rétablir le despotisme.
+
+»Anne-Élisabeth Capet est-elle complice de ces complots?»
+
+Les jurés, après quelques minutes de délibération, rentrent à la salle
+d'audience, et donnent une déclaration affirmative contre Madame
+Élisabeth et les autres accusés.
+
+Vu par le tribunal révolutionnaire l'acte d'accusation dressé par
+l'accusateur public près icelui,
+
+1. Contre Élisabeth Capet, soeur de Louis Capet, dernier tyran des
+François, née à Paris, y demeurant;
+
+2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, âgée de
+cinquante-cinq ans, née à Keisnith, en Allemagne, demeurant à la
+montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, département de
+Seine-et-Oise.
+
+3. Louis Bernardin Leneuf Sourdeval, etc....
+
+[Suit la liste des 25 accusés précédemment donnée.] et dont la teneur
+suit:
+
+Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public, etc., expose, etc.
+
+[Répétition de l'acte d'accusation.]
+
+L'ordonnance de prise de corps rendue par le tribunal ledit jour
+contre Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, Louis-Bernardin
+Leneuf Sourdeval, etc....
+
+[Suit la liste des 25 accusés.]
+
+Le procès-verbal d'écrou et remise de leurs personnes en la maison de
+justice de la Conciergerie, aussi du même jour; et la déclaration du
+juré du jugement faite individuellement et à haute et intelligible
+voix en l'audience publique du tribunal, portant «qu'il a existé des
+complots et conspirations formés par Capet, etc.»
+
+[Ici répétition de l'ordonnance de prise de corps rendue par le
+tribunal.]
+
+Qu'il est constant que
+
+Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle; Louis-Bernardin Leneuf
+Sourdeval, etc.,
+
+[Liste des 25.]
+
+sont convaincus d'être complices de ces complots;
+
+Le tribunal, après avoir entendu l'accusateur public sur l'application
+de la loi, condamne Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve _de l'Aigle_;
+Louis-Bernard _Leneuf Sourdeval_, Anne-Nicole _Lamoignon, veuve
+Sénozan_; Claude-Louise-Angélique _Bersin, femme Crussol d'Amboise_;
+Georges _Foloppe_, Denise _Buard_, Louis-Pierre-Marcel _Letellier,
+dit Bullier_; Charles _Cressy-Champmilon_, Théodore _Hall_,
+Alexandre-François _Loménie_, Louis-Marie-Athanase _Loménie_,
+Antoine-Hugues-Calixte _Montmorin_, Jean-Baptiste _l'Hoste_, Martial
+_Loménie_, Antoine-Jean-François _Mégret-Sérilly_, Antoine-Jean-Marie
+_Mégret-d'Étigny_, Charles _Loménie_, Françoise-Gabrielle _Taneff,
+veuve Montmorin_; Anne-Marie-Charlotte _Loménie, femme divorcée de
+l'émigré Canilly_; Marie-Anne-Catherine _Rosset, femme Rosset-Cercy_;
+Élisabeth Jacqueline _l'Hermite, femme Rosset_; Louis-Claude
+_l'Hermite-Chambertrand_; Anne-Marie-Louise _Thomas, femme
+Mégret-Sérilly_, et Jean-Baptiste _Dubois_, À LA PEINE DE MORT,
+conformément à l'article quatre de la première section du titre
+premier de la deuxième partie du Code pénal, dont a été fait lecture,
+et lequel est ainsi conçu: «Toute manoeuvre, toute intelligence avec
+les ennemis de la France tendant soit à faciliter leur entrée dans les
+dépendances de l'empire françois, soit à leur livrer des villes,
+forteresses, ports, vaisseaux, magasins ou arsenaux appartenant à la
+France, soit à leur fournir des secours en soldats, argent, vivres ou
+munitions, soit à favoriser d'une manière quelconque le progrès de
+leurs armes sur le territoire françois ou contre nos forces de terre
+ou de mer, soit à ébranler la fidélité des officiers, soldats et des
+autres citoyens envers la nation françoise, seront punis de mort», et
+encore en conformité de l'article deux de la seconde section du titre
+premier de la seconde partie du Code pénal, dont a été pareillement
+fait lecture, et lequel est ainsi conçu: «Toutes conspirations et
+complots tendant à troubler l'État par une guerre civile en armant les
+citoyens les uns contre les autres ou contre l'exercice de l'autorité
+légitime, seront punis de mort»;
+
+Déclare les biens desdits Élisabeth Capet, veuve de l'Aigle, Leneuf
+Sourdeval, etc.,
+
+[Suit la liste.]
+
+acquis à la République. En conséquence de l'article deux du titre
+deux de la loi du dix mars mil sept cent quatre-vingt-treize (vieux
+style), dont a été aussi fait lecture, et lequel est ainsi conçu: «Les
+biens de ceux qui seront condamnés à la peine de mort seront acquis à
+la République, sauf à pourvoir à la subsistance des veuves, enfants,
+s'ils n'ont pas de biens d'ailleurs»,
+
+Ordonne qu'à la diligence de l'accusateur public le présent jugement
+sera exécuté dans les vingt-quatre heures sur la place de la
+Révolution de cette ville, et qu'il sera imprimé, lu, publié et
+affiché dans toute l'étendue de la République.
+
+Fait et prononcé en l'audience publique du tribunal le vingt et unième
+jour de floréal, l'an deuxième de la République françoise une et
+indivisible, par les citoyens René-François Dumas, président; Gabriel
+Deliége et Antoine-Marie Maire, juges, qui ont signé le présent
+jugement avec le greffier.
+
+[Illustration: Signatures.]
+
+En conséquence, ils sont tous condamnés à mort. Comme nos lecteurs ont
+pu le remarquer, les noms de dix femmes figuraient dans l'acte
+d'accusation. Une d'elles, quoique enceinte, avait refusé de se
+soustraire, par sa déclaration, au sort commun. Madame Élisabeth fait
+avertir les juges, et la sauve[102].
+
+[Note 102: Cejourdhuy vingt un floréal, l'an deuxième de la
+République, sur l'avis à nous donné par l'accusateur public qu'une des
+condamnées par jugement du tribunal de cejourd'huy avoit des
+déclarations à faire, nous Pierre André Coffinhal, juge du tribunal,
+en présence de Michel Nicolas Gribauval, l'un des substituts de
+l'accusateur public, et assisté de Anne Ducray, commis greffier, nous
+sommes transporté au greffe de la maison d'arrêt de la Conciergerie,
+où nous avons mandé et fait venir par devant nous la nommée Anne Marie
+Louise Thomas, femme Serilly, âgée de trente un ans, condamnée à la
+peine de mort par jugement du tribunal de cejourdhuy, laquelle nous a
+déclaré quelle étoit enceinte d'environ six semaines, de laquelle
+déclaration lui avons donné acte; en conséquence et ouy l'accusateur
+public, disons quelle sera vue et visitée à l'instant par les
+officiers de santé assermentés près le tribunal, pour, après leur
+rapport sur l'état deladitte f{e} Serilly, être par l'accusateur
+public requis et par le tribunal ordonné ce qu'il appartiendra.
+
+De ce que dessus avons dressé le présent procès verbal, que nous avons
+signé avec laditte f{e} Serilly, l'accusateur public et le commis
+greffier.
+
+ GRIBAUVAL, subst. DUCRAY. THOMAS SERILLY. COFFINHAL.
+
+ * * * * *
+
+Nous, officiers de santé assermentés au tribunal criminel
+révolutionnaire, assiste de la citoyene Paquin, femme sage, pour le
+tribunal;
+
+Sur la réquisitoire de laqusateur publique, nous nous sommes
+transporte en la maison dite de la Conciergerie pour y voir et visiter
+la nomé Anne Marie Louise Thomas, femme Cerilly, condanné à mort
+cejourdhuy par jugement dudit tribunal, afin dy constater létat de
+grossesse de six semaine, conformément à sa déclaration.
+
+Après la visite la plus scrupuleuse tant des parties intérieures
+questerieure, nous avons trouvée le col de la matrice très bas et dure
+et gonflé, le ventre tendue et gonflé, les seins douloureux et peu
+élevé; nous ayant répondue sur les diférentes questions que nous lui
+avons faite sur son état, quel avoit éprouvé quelque uns des simptomes
+et accident qu'éprouvent ordinairements les femmes dans le
+commencement de leurs grossesse. Nous avons reconue que tout ces
+signes annonçoient bien un commencement de grossesse, que depuis près
+de deux mois elle n'avoit pas ses règles. Mais comme tout ces signes
+et simptomes souvent en imposent et ne sont pas sufisans pour porter
+un jugement définitif, nous renvoyons a un termes plus éloigné, qui
+est le cinquième mois, ou la nature n'y les simptomes ne peuvent plus
+en imposer. A Paris, ce vingt un floréal de l'an deux de la République
+françoise une et indivisible.
+
+ PAQUIN, veuve PRIOUX. BAVARD.
+
+ * * * * *
+
+_Tribunal révolutionnaire._
+
+Vu par le tribunal révolutionnaire établi par la loi du 10 mars 1793,
+sans recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des pouvoirs
+délégués au tribunal par la loi du cinq avril de la même année, séant
+au Palais de justice, à Paris, la déclaration faite par Anne Marie
+Louise Thomas, femme Serilly, le vingt-un floréal présent mois,
+l'ordonnance du tribunal étant ensuite; ensemble le rapport des
+officiers de santé et matrone assermentés; ensemble le réquisitoire de
+l'accusateur public; tout considéré,
+
+Le tribunal assemblé en la chambre du conseil, attendu l'incertitude
+sur l'état actuel de la femme Serilly, résultant du rapport des
+officiers de santé du tribunal, ordonne qu'il sera surcis à
+l'exécution du jugement dujourdhuy à l'égard de la femme Serilly,
+jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné.
+
+Fait et jugé en la chambre du conseil, le vingt deux floréal l'an
+deuxième de la République, par les citoyens Subleyrac, vice président,
+Denizot, Ardouin, Deliége et Maire, juges, qui ont signé le présent
+jugement avec le commis greffier.
+
+ SUBLEYRAC.
+ DENIZOT. A. M. MAIRE. ARDOUIN.
+ DELIÉGE.
+
+_Nota_. Anne-Marie-Louise Thomas, femme Megret-Serilly, fut transférée
+à l'Évêché, d'où elle fut mise en liberté après le 9 thermidor. B.]
+
+Les mots de _peine de mort_ et d'_exécution dans les vingt-quatre
+heures_ avaient produit un léger mouvement sur les bancs où sont assis
+les accusés. Mais ces mots, Madame Élisabeth les a entendus sans
+changer de visage. Oublieuse d'elle-même, sa pensée, qui est toute en
+Dieu, se reporte sur ceux qu'on a associés à sa condamnation, et avec
+lesquels elle est ramenée pour quelques instants à la Conciergerie.
+
+Au moment où elle sortait du tribunal, Fouquier dit au président: «Il
+faut avouer cependant qu'elle n'a pas poussé une plainte.--De quoi se
+plaindroit-elle donc, Élisabeth de France[103]? répondit Dumas avec
+une gaieté ironique. Ne lui avons-nous pas formé aujourd'hui une cour
+d'aristocrates digne d'elle? Et rien ne l'empêchera de se croire
+encore dans les salons de Versailles quand elle va se voir, au pied de
+la sainte guillotine, entourée de toute cette fidèle noblesse[104].»
+
+[Note 103: Cette expression ironique _Élisabeth de France_ dans la
+bouche de Dumas, en rappelant la réponse qu'elle lui a faite elle-même
+quand il lui a demandé son nom, apporte, ce me semble, une grande
+force à l'opinion que j'ai émise plus haut. B.]
+
+[Note 104: Ces détails ont été affirmés par des membres du jury et par
+des spectateurs présents au jugement; M. Georges Duval, qui les tenait
+d'eux, les rapporte dans ses _Souvenirs thermidoriens_.]
+
+Ces vingt-quatre personnes marquées pour l'échafaud, défilant
+lentement sous de longues voûtes au milieu des spectateurs, qui, pour
+les voir passer, se rangent en haie avec une inconcevable avidité,
+sont conduites dans la salle des condamnés à mort pour y attendre le
+bourreau. Cette salle, longue, étroite, obscure, n'est séparée du
+greffe que par une porte et une cloison vitrées, et n'a pour tout
+mobilier que des bancs de bois adossés à la muraille.
+
+Réunie à ces infortunés, qu'elle regarde comme autant d'amis qui
+doivent l'accompagner au Ciel, Madame Élisabeth a bientôt pris au
+milieu d'eux la place qui lui appartient: elle leur parle avec un
+calme et une douceur inexprimables; elle domine leurs tortures morales
+par la sérénité de son regard, par la tranquillité de son maintien,
+par l'ascendant de sa parole. Telle nous l'avons vue à Versailles, à
+Montreuil, au milieu de ses amies dévouées qui faisaient le charme de
+sa vie, s'oubliant pour ne songer qu'à elles, prenant intérêt à tout
+ce qui les intéressait, et ne laissant jamais échapper l'occasion de
+jeter dans leur âme une de ces semences évangéliques que récolte le
+divin Moissonneur, telle nous la retrouvons dans ces dernières heures
+à la Conciergerie, au milieu des victimes qui doivent l'accompagner à
+l'échafaud, aussi douce, aussi aimable, aussi calme, mais le front
+déjà rayonnant de l'auréole de son martyre.
+
+Elle excite leur confiance en Celui qui couronne les épreuves
+supportées avec courage, les sacrifices saintement accomplis. Sous
+cette parole pénétrante, Madame de Sénozan, la plus âgée des
+vingt-cinq victimes, se rassure, et offre à Dieu le peu qui lui reste
+de vie avec la même facilité que MM. de Montmorin et Bullier, ces deux
+jeunes gens de vingt ans, font l'abandon des longues perspectives
+ouvertes devant eux dans le temps. M. de Loménie, ancien ministre de
+la guerre et maire de Brienne, que n'ont pu sauver les vives
+réclamations des communes voisines de cette ville, s'indignait avec
+une sorte d'exaltation, non pas d'être condamné, mais de se voir
+imputer à crime, par Fouquier, les témoignages d'affection et de
+gratitude que lui ont conquis les services rendus par lui à son
+département. Madame Élisabeth s'approche de lui, et lui dit avec
+douceur: «S'il est beau de mériter l'estime de ses concitoyens, croyez
+qu'il est encore plus beau de mériter la clémence de Dieu. Vous avez
+montré à vos compatriotes à faire le bien: vous leur montrerez comment
+on meurt quand on a la conscience en paix[105].»
+
+[Note 105: Nous devons ces détails au sieur Ferry, garçon de bureau
+(en 1825) au département des beaux-arts, qui les tenait du sieur
+Geoffroy, son oncle, gardien (en 1794) de la maison d'arrêt de la
+Folie-Renaud, lequel se trouvait à cette heure à la Conciergerie, où
+il venait, selon l'usage, faire le dépôt de la défroque des
+suppliciés.]
+
+Madame de Montmorin, dont presque toute la famille a été mise à mort
+par la révolution, ne peut se faire à l'idée de l'immolation de son
+fils; celui-ci la rassure avec le courage et la tendresse du
+dévouement filial. Le sacrifice exigé semble impossible à cette mère
+désespérée: «Je veux bien mourir, dit-elle en sanglotant, mais je ne
+puis le voir mourir.--Vous aimez votre fils, lui dit alors Madame
+Élisabeth, et vous ne voulez pas qu'il vous accompagne! Vous allez
+trouver les félicités du Ciel, et vous voulez qu'il demeure sur cette
+terre, où il n'y a aujourd'hui que tourments et douleurs!» Sous
+l'impression de ces paroles, le coeur de madame de Montmorin s'ouvre à
+un rayon d'extase; ses fibres se détendent, ses larmes coulent, et
+serrant avec transport son enfant dans ses bras: «Viens, viens,
+s'écrie-t-elle, nous monterons ensemble[106].»
+
+[Note 106: Une sainte fille du nom de _Marguerite_, au service de M.
+le marquis de Fenouil, et qui avait été jetée à la Conciergerie pour
+n'avoir point voulu déposer contre son maître, fut témoin de cette
+scène. Elle connaissait madame de Montmorin, dont son père infirme
+avait reçu plus d'un bienfait. Ayant appris en 1828 que Marguerite
+était au service de M. le marquis de la Suze, grand maréchal des logis
+du Roi, je demandai à la voir, et elle me raconta ces détails, que je
+suis heureux de consigner ici. B.]
+
+Les êtres les plus susceptibles de faiblesse dans le cours ordinaire
+de la vie bravent héroïquement la mort quand un grand sentiment les
+anime. La marquise de Crussol d'Amboise faisait habituellement coucher
+deux de ses femmes dans sa chambre: une araignée lui faisait peur;
+l'idée d'un péril même imaginaire la remplissait d'épouvante.
+L'exemple de Madame Élisabeth la transforme tout à coup: elle est
+calme au tribunal, dans la prison, devant la mort.
+
+L'émotion s'est communiquée à tous les condamnés. Madame Élisabeth
+leur apparaît, à cette heure terrible, illuminée du triple reflet du
+divin Maître; car devant ces coeurs brisés qui l'entouraient, elle
+manifeste la vérité qui éclaire, la douceur qui attire, la sainteté
+qui édifie.
+
+«On n'exige point de nous, dit-elle, comme des anciens martyrs, le
+sacrifice de nos croyances; on ne nous demande que l'abandon de notre
+misérable vie: faisons à Dieu ce faible sacrifice avec résignation.»
+Rien de plus propre à remuer profondément les âmes que ce souffle
+ardent de la foi qui domine le sentiment de la douleur. Jamais cette
+ferme et vivifiante espérance, dont l'Église a fait une vertu, jamais
+la charité, jamais le courage, n'ont inspiré des paroles plus tendres
+et plus héroïques. Quelle paupière ne se mouillerait au cri de cette
+belle âme qui console et qui relève tant d'âmes déchirées ou abattues!
+Élisabeth ne cherche point à combattre et à ne pas mourir, elle ne
+proteste pas contre l'iniquité des hommes, elle n'a pas un mot de
+regret, encore moins un mot de reproche: elle va vers Dieu avec
+confiance; elle ne veut pas y aller seule, elle entraîne ses
+compagnons, et leur montre les bras miséricordieux qui leur sont
+ouverts.
+
+Cette femme angélique rencontrait donc, dans ce dernier moment, un
+grand sujet de joie: elle avait ranimé des âmes endolories ou inertes;
+elle avait fait pénétrer la vigueur de la foi dans les défaillances de
+la nature. Elle avait fait de cette dernière heure d'agonie l'épreuve
+préparatoire du sacrifice; elle avait émoussé l'aiguillon de la mort,
+et fait poindre à des yeux déjà fermés au monde les lueurs anticipées
+de la délivrance.
+
+Le dernier appel se fait bientôt entendre. La toilette funèbre
+s'accomplit. Les portes de la prison s'ouvrent, et les charrettes du
+bourreau, que Barère appelait les _bières des vivants_, reçoivent les
+condamnés. Madame Élisabeth se trouve assise sur la même charrette que
+mesdames de Sénozan et de Crussol d'Amboise, et elle s'entretient avec
+elles pendant le trajet de la Conciergerie à la place Louis XV. Aux
+plaintes qui échappent à quelques-uns des condamnés, elle répond par
+de touchantes exhortations. À la descente du pont Neuf, rapporte un
+témoin oculaire, le mouchoir blanc qui couvre la tête de la Princesse
+se détache et tombe aux pieds de l'exécuteur, qui le ramasse. Dès ce
+moment, Madame Élisabeth, demeurée seule, tête nue, au milieu de ses
+compagnons d'infortune, attire par cela même tous les regards; et
+c'est ainsi que tant de personnes, qui, sans cette circonstance, ne
+l'eussent peut-être point remarquée, ont pu rendre témoignage du calme
+et de la sérénité de ses traits. On arrive à la place de la
+Révolution: Madame descend la première. Le bourreau, comme pour
+l'aider, lui tend la main. La princesse regarde de côté, et ne
+s'appuie pas sur cette main qui s'offre à elle. Les victimes avaient
+trouvé au pied de l'échafaud une banquette sur laquelle on les fit
+asseoir. On présume que cette attention inaccoutumée était due à un
+calcul de prudence: le gouvernement révolutionnaire avait craint,
+a-t-on dit, que la fournée étant considérable, il ne se trouvât
+quelques patients qu'une trop longue attente devant l'instrument de
+mort eût fait défaillir. Aucun ne défaillit[107]. Encouragé par la
+présence et le regard de la soeur de Louis XVI, chaque condamné s'est
+promis de se lever bravement à l'appel de son nom, et d'accomplir sa
+tache avec fermeté. Le premier nom prononcé par l'exécuteur est celui
+de madame de Crussol. Madame de Crussol se lève aussitôt, va
+s'incliner devant Madame Élisabeth, et témoignant hautement le respect
+et l'amour que la princesse lui inspire, elle lui demande la
+permission de l'embrasser. «Bien volontiers, et de tout mon coeur»,
+lui dit Madame Élisabeth avec cette expression d'affabilité qui lui
+était si naturelle; et la royale victime avançant son visage, lui
+donne le baiser d'adieu, de supplice et de gloire[108]. Toutes les
+femmes qui suivirent obtinrent le même témoignage d'affection. Elles
+montèrent ainsi à l'échafaud, sacrées par cet angélique baiser, qui
+rappelle les actes des martyrs, pour la bienheureuse immortalité. Les
+hommes s'honorèrent aussi de leur respect pour Madame Élisabeth, en
+allant, chacun à son tour, courber devant elle la tête qui, une minute
+après, tombait sous le couperet de la guillotine. Déjà plusieurs têtes
+étaient tombées, lorsqu'un homme de la lie du peuple, curieux de
+savoir quelle était la personne qu'on saluait ainsi, parvint à
+apercevoir sa figure, et reconnut Madame Élisabeth. «On a beau lui
+faire des salamalecs, dit-il avec une expression cynique, la voilà
+f..... comme l'Autrichienne.» Cet homme était assez près du banc pour
+que sa parole y fût entendue. Madame Élisabeth, qui n'avait que de
+vagues soupçons sur le meurtre de la Reine, bénit le Ciel en apprenant
+qu'elle avait cessé de souffrir et qu'elle allait la retrouver au sein
+de Dieu. Pendant tout le temps que dura le sacrifice, la sainte femme
+qui semblait y présider ne cessa de dire le _De profundis_. Celle qui
+allait mourir priait pour les morts. Elle était réservée à périr la
+dernière. Les maîtres de la guillotine ne pouvant la tuer qu'une fois,
+voulurent du moins qu'elle se sentît mourir autant de fois qu'elle
+verrait de victimes immolées sous ses yeux. Quand la vingt-troisième
+vint s'incliner devant elle, elle lui dit: «Courage et foi dans la
+miséricorde de Dieu»; puis elle se lève elle-même pour se tenir prête
+à l'appel de l'exécuteur. Elle monte d'un pas ferme les marches de
+l'échafaud; ici encore le bourreau lui tend la main; mais l'attitude
+de la victime lui fait comprendre qu'elle est assez forte pour y
+monter sans secours, et, regardant le ciel, elle se livre à
+l'exécuteur. Son fichu tombant à terre au moment où on l'attache à la
+planche fatale, laisse apercevoir une médaille d'argent représentant
+une Immaculée Conception de la Vierge, qui était, ainsi qu'une petite
+clef de portefeuille, attachée à son cou par un menu cordon de
+soie[109]. L'aide du bourreau se mettant en devoir de lui enlever ce
+signe de piété, elle lui dit: «Au nom de votre mère, monsieur,
+couvrez-moi.» Ce fut le dernier mot de Madame Élisabeth. Jusqu'alors,
+à aucune exécution on n'avait remarqué autant d'émotion autour de la
+guillotine. Il n'y eut pas de cris de Vive la République! Chacun s'en
+alla triste de son côté. Le témoin oculaire dont je tiens ces détails
+ajouta: «Au moment où j'aperçus la charrette sur laquelle on plaçait
+les cadavres et les têtes des victimes, je suis partie comme le
+vent[110].»
+
+[Note 107: S'il était vrai, comme on l'a prétendu, que Fouquier eût
+_fait la proposition de saigner les condamnés pour affaiblir le
+courage qui les accompagnait jusqu'à la mort_, on serait disposé à
+croire qu'il regretta que l'application de cette atroce mesure n'ait
+pu être faite à la fournée du 10 mai 1794.
+
+«Le fait de cette proposition, dit M. Berriat-Saint-Prix, ne figure
+pas dans le compte rendu de Donzelot, mais il n'en est pas moins
+prouvé à mes yeux, et voici mes raisons:--Les questions résolues
+affirmativement par le jury embrassaient vingt-neuf faits distincts, y
+compris celui-là[107-A]; sur ce nombre, vingt-sept se retrouvent dans
+le compte rendu, lequel s'arrête à l'audience du 2 floréal. Il est
+permis de supposer que la proposition de _la saignée_ fut établie sur
+les neuf audiences suivantes, omises par Donzelot. On ne comprend pas,
+en effet, comment le jury aurait sans preuve déclaré constant ce fait
+si étrange, alors qu'il ne constatait les vingt-sept autres que sur
+d'évidentes démonstrations.»
+
+(_La Justice révolutionnaire à Paris_, Cosse et Marchal, place
+Dauphine, 1861.)]
+
+[Note 107-A: Jugement rendu contre Fouquier, in-4º, page 1 à 5.
+Bibliothèque du Louvre.]
+
+[Note 108: Son mari. A. E. F. G. Crussol d'Amboise, âgé de
+soixante-sept ans, ex-membre de l'Assemblée constituante, né à
+Aurillac, département du Cantal, domicilié à Paris, fut condamné à
+mort comme conspirateur, le 8 thermidor an II (26 juillet 1794), par
+le tribunal révolutionnaire de Paris.]
+
+[Note 109: Extrait du registre des dépôts au greffe du tribunal
+révolutionnaire, à la date du 22 floréal.
+
+«Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'exécuteur des jugemens
+criminels, lequel a déposé un médaillon en verre à cercles d'or
+renfermant un crucifix de même métal;
+
+»Un cachet d'or en trois parties représentant l'un les armes de France
+et de Navarre de l'ancien régime, l'autre une colombe, et le dernier
+une tête d'homme;
+
+»Une chaîne de col en or, à laquelle est attaché un coeur renfermant
+des cheveux et une petite croix d'or;
+
+»Une médaille d'argent représentant une Immaculée Conception de la
+ci-devant Vierge, et une petite clef de portefeuille qu'il déclare
+appartenir à Élisabeth Capet, condamnée à mort, et qu'il a trouvée sur
+elle en la conduisant au supplice, et a signé avec moi greffier
+soussigné.
+
+ »DESMOREST, WOLFF.»
+
+Cette déclaration du commis de l'exécuteur est précédée (sur le
+registre des dépôts faits au greffe du tribunal révolutionnaire) de la
+déclaration faite par le concierge de la maison d'arrêt de la
+Conciergerie des objets de garde-robe ou autres appartenant à
+_Élisabeth Capet et à ses complices_. Voir aux Documents, nº VII.]
+
+[Note 110: Le témoin dont il est ici question est madame Marie
+Valienne, femme Hervé, puis femme Baudoin, concierge de l'hospice
+Devillas, rue du Regard.]
+
+[Illustration: Procès-verbal d'exécution de mort.
+
+L'an {quatre} de la République Française, le {vingt un floréal} à la
+requête du citoyen Accusateur-public près le Tribunal Révolutionnaire,
+établi au Palais, à Paris, par la loi du 10 mars 1793, sans aucun
+recours au Tribunal de cassation, lequel fait élection au Greffe dudit
+Tribunal séant au Palais; je me suis {......} Huissier-audiencier
+audit Tribunal, soussigné, transporté en la maison-de-Justice audit
+Tribunal, pour l'exécution du Jugement rendu par le Tribunal
+{Cejourd'huy} contre {Marie Élizabeth Capet} qui {la} condamne à la
+peine de mort, pour les causes énoncées audit jugement, et de suite je
+l'{ai} remis{e} à l'exécuteur des jugemens criminels, et à la
+Gendarmerie qui {l'ont} conduit sur la place de {la révolution} où,
+sur un échaffaud dressé sur ladite place, {laquelle a}, en notre
+présence, subi la peine de mort; et de tout ce que dessus, ai fait et
+rédigé le présent procès-verbal, pour servir et valoir ce que de
+raison, dont acte.
+
+{signature}
+
+Enregistré {gratis}, à Paris, le {23 floréal} l'an {quatre} de la
+République une et indivisible.
+
+{signature}]
+
+«Toutes les relations et tous les mémoires de ce temps s'accordent à
+dire qu'à l'instant où Madame Élisabeth reçut le coup mortel, une
+odeur de rose se répandit sur toute la place Louis XV[111].»
+
+[Note 111: _Mémoires de madame de Genlis_. Paris, Ladvocat, 1825, t.
+VI, p. 117.
+
+Madame de Genlis ajoute en note: «On voit dans la _Vie des saints_ que
+ce miracle d'une odeur suave se répandant tout à coup est arrivé plus
+d'une fois au moment de la mort de saints personnages.»
+
+On trouve dans l'ouvrage de Görres intitulé: _la Mystique divine_, le
+récit d'une multitude de phénomènes identiques. En voici un extrait:
+
+«Lorsqu'on dit de quelqu'un qu'il est en odeur de sainteté, cette
+expression n'est pas seulement une figure, mais elle est fondée sur
+l'expérience. La chambre de la bienheureuse Liduine était, au
+témoignage de Thomas à Kempis, remplie d'un parfum délicieux
+qu'exhalait sa personne, et qui faisait croire à tous ceux qui
+entraient qu'elle avait sur elle quelque aromate.
+
+»Lorsque saint Ménard fut assassiné dans sa solitude, il sortit de son
+cadavre une odeur très-agréable qui se répandit jusque dans la forêt
+environnante. Le corps de saint Dominique exhalait une odeur
+semblable, et elle s'attacha pour longtemps aux mains de ceux qui
+l'avaient enseveli. Après la mort de saint Gandolphe, son corps
+répandit aussi un doux parfum qui remplit la maison pendant quinze
+jours. Ce même phénomène se reproduisit chez le frère Robert, de
+Naples, chez Jeanne de la Croix, chez François de Sainte-Marie et chez
+François de la Conception, quoique tous fussent morts de maladies qui
+ont coutume d'être accompagnées de mauvaises odeurs. Il faut que ce
+parfum de sainteté soit bien pénétrant, puisque les actes de saint
+Trévère rapportent qu'on le sentait à un mille à la ronde lorsqu'on
+ouvrit son tombeau.» (_La Mystique divine, naturelle et diabolique_,
+par GÖRRES, ouvrage traduit de l'allemand par C. Sainte-Foi;
+Poussielgue-Rusand. Paris, 1854. Tome I, chap. IV, p. 292 et 295.)]
+
+A deux pas de la guillotine stationnait une charrette[112] attelée de
+deux chevaux, et contenant deux grands paniers destinés à recevoir
+l'un les corps, l'autre les têtes des suppliciés. L'horreur
+qu'éprouveront ceux qui liront ces détails, je l'éprouve avant eux en
+les écrivant. Lorsque les bourreaux eurent jeté au panier la
+vingt-quatrième tête, qui était celle de Madame Élisabeth, ils
+étendirent son corps, couvert de ses vêtements, sur le monceau de
+cadavres entassés dans l'autre panier; il s'ensuivit que ses vêtements
+étaient à peine ensanglantés, tandis que ceux placés au fond du panier
+semblaient avoir été baignés dans le sang.
+
+[Note 112: Les charrettes qui devaient transporter les condamnés à
+l'échafaud étaient commandées d'avance en nombre suffisant; les places
+des victimes étaient comptées; ces charrettes arrivaient à la porte de
+la Conciergerie vers dix heures du matin, midi au plus tard. Plusieurs
+fois l'audience de la salle de l'_Égalité_ (aujourd'hui la chambre
+civile de la Cour de cassation) ayant été terminée par la condamnation
+de cinq ou six accusés seulement, Fouquier fit ajouter au bas de
+l'ordre pour l'exécuteur, que lui présentait à signer le greffier:
+«L'exécuteur fera amener six ou sept charrettes», ce qui annonçait
+l'espoir que les accusés alors en jugement dans la salle de la
+_Liberté_, au nombre de trente, plus ou moins, seraient également
+condamnés. (Note empruntée au livre de M. Berriat Saint-Prix, _la
+Justice révolutionnaire_.)]
+
+[Illustration: PLAN DU CIMETIÈRE DE MONCEAUX, CONNU SOUS LE NOM DE
+CLOS DU CHRIST.
+
+ PLAN DU CIMETIÈRE DE MONCEAUX, CONNU SOUS LE NOM DE CLOS DU CHRIST.
+
+ A. Rue des Errancis, prolongement de la rue du Rocher.
+ B. Maison du Christ.
+ C. Porte condamnée.
+ D. Porte cochère.
+ E. Porte de la cour au jardin.
+ F. Porte cochère par où entraient les charrettes.
+ G. Endroit où l'on croyait que les restes de Madame Élisabeth
+ étaient enfouis.
+ H. Fosse commune où reposent les victimes du 10 mai 1794.
+ I. Petite porte communiquant du jardin dans le clos du Christ.
+ K. Lieu où M. Viger de Jolival supposait que le duc d'Orléans était
+ inhumé.
+ L. et M. Grande fosse commune où ont été ensevelies les victimes
+ de la réaction thermidorienne.
+ N. Cour.
+ O. Jardin.
+ P. Parc de Monceaux.
+ Q. Maison de l'octroi.
+ R. Chemin de la barrière de Monceaux à celle de Clichy.
+ S. Barrière de Monceaux.]
+
+La charrette se met en marche, escortée par la gendarmerie. La foule
+s'ouvre devant elle. Quelques cris de _Vive la République!_ poussés au
+départ par un reste d'agents de la police municipale, s'éteignent
+bientôt. Le convoi marchant lentement, suit les rues des
+Champs-Élysées, de la Madeleine, de l'Arcade, de la Pologne,
+Saint-Lazare et du Rocher. Le peuple s'arrête pour le voir passer: de
+rares fenêtres légèrement entr'ouvertes laissent apercevoir le front
+de quelques personnes muettes et immobiles, peut-être agenouillées. Le
+cortége gravit très-lentement la rue du Rocher, et s'arrête un instant
+(sans doute pour laisser souffler les chevaux) à l'endroit où finit la
+montée et où cette voie quittait, à cette époque, le nom de rue du
+Rocher pour prendre celui de rue des Errancis, rue n'existant alors
+qu'au tracé et conduisant à la barrière de Monceaux. A cent pas en
+deçà de cette barrière, le convoi passe entre la seule maison qui
+s'élevait sur cette route et un tas de pierres qui lui faisait face à
+droite, servant naguère de piédestal à un calvaire abattu par la
+révolution. Il arrive à la barrière, il la franchit; puis, prenant à
+gauche, il tourne le dos au pavillon de l'octroi, et fait halte devant
+une porte charretière pratiquée dans le mur d'enceinte de la ville et
+marqué par la lettre F dans le plan que nous mettons ici sous les yeux
+du lecteur. Cette porte s'ouvre, et la charrette entre dans un enclos
+qui, depuis deux mois environ, servait de cimetière aux suppliciés du
+tribunal révolutionnaire. Le cimetière de la Madeleine, doublement
+peuplé par la faux naturelle de la mort et par le couperet de la
+guillotine, n'avait plus de terre pour recouvrir les os des
+trépassés. Il y avait longtemps d'ailleurs que les habitants du
+quartier s'étaient plaints des miasmes fétides qui s'exhalaient de ce
+cimetière[113].
+
+[Note 113: Déjà, à l'époque des grandes chaleurs de l'été précédent,
+les habitants du quartier de la Madeleine avaient exprimé des plaintes
+à ce sujet. Un citoyen du quartier du Roule, dans la séance de sa
+section, le 17 juillet 1793, avait proposé d'adresser à cet égard une
+réclamation au conseil de la Commune. Les exigences hygiéniques
+avaient enfin déterminé l'ouverture d'un nouveau cimetière.
+
+«_Séance de la section du Roule du 17 juillet 1793._
+
+»Un membre monte à la tribune, et lit un mémoire signé d'un grand
+nombre de citoyens, tendant à inviter la Commune à donner un autre
+emplacement au cimetière de la paroisse de la Madeleine, dont l'odeur
+cadavéreuse et putréfiante, y est-il dit, devient insupportable aux
+citoyens qui l'avoisinent, et dangereuse à la ville de Paris.
+
+»La section arrête que cette demande sera transmise à la Commune.»
+
+«_Séance du 18._
+
+»À propos de la lecture du procès-verbal, un membre fait observer que
+l'arrêté pris dans la séance précédente est dangereux, impolitique et
+capable d'accréditer les bruits faux que les ennemis du bien public
+font courir en disant que la peste règne dans Paris.
+
+»L'assemblée, considérant qu'il n'est rien que la malveillance
+n'emploie pour éloigner les bons citoyens de Paris, rapporte son
+arrêté.»]
+
+Dès que la charrette est entrée dans le nouvel enclos, la porte se
+referme immédiatement: gendarmes et curieux se retirent; deux
+charretiers et un commissaire de police accompagnent seuls la voiture.
+
+Ce terrain, qui, comme on le voit, s'élargissait en s'étendant vers le
+parc de Monceaux avec lequel il était contigu, était naguère consacré
+à la culture: une moitié était encore en plates-bandes, et l'autre
+conservait la trace de sillons interrompus çà et là par des tranchées
+ouvertes et dont quelques-unes avaient été remplies dans les jours
+précédents, ainsi que l'attestait la terre tout récemment remuée et
+fort mal nivelée en certains endroits, car on était pressé, et le
+triangle de la guillotine allait plus vite que la pioche du
+fossoyeur. Ce champ de repos avait été inauguré le 4 germinal an II
+(24 mars 1794) par cette fournée de victimes que Robespierre et
+Danton, malgré leur antipathie mutuelle, avaient d'un commun accord
+marquées pour l'échafaud, le jour où ils s'étaient aperçus qu'Hébert
+et ses partisans cherchaient à élever la puissance de la Commune
+au-dessus de celle de la Convention[114].
+
+[Note 114: Le lecteur trouvera à la fin de l'Appendice les listes des
+fournées de victimes qui ont précédé, accompagné ou suivi dans
+l'enclos du Christ la dépouille de Madame Élisabeth.]
+
+Danton n'avait pas tardé à rejoindre dans ce lieu les adversaires
+qu'il y avait envoyés, et son cadavre y avait été apporté avec ceux
+des quatorze compagnons de mort que Robespierre lui avait donnés.
+
+Huit jours après, une large tranchée y avait reçu encore une bande de
+vingt et un suppliciés pour lesquels on avait inventé un nouveau
+crime, la _conspiration des prisons_, conspiration dans laquelle
+Chaumette se trouvait être le complice d'Arthur Dillon et de la jeune
+veuve de Camille Desmoulins; puis neuf jours à peine étaient écoulés,
+et de la guillotine était arrivée encore en cet enclos une nouvelle
+colonie funèbre, à la tête de laquelle figurait le vertueux
+Malesherbes, appuyé sur deux générations de ses enfants.
+
+Et maintenant voici que sous cette terre où sont déjà ensevelis
+quelques-uns des juges de son frère, la fille des Rois Très-Chrétiens
+vient dormir son dernier sommeil avec sa nombreuse escorte de martyrs.
+Au bord de la fosse indiquée dans le plan par la lettre H, la
+charrette s'arrête. Cette fosse, d'après les appréciations du
+fossoyeur dont nous aurons occasion de parler plus loin, a été creusée
+sur une largeur de douze à quinze pieds et autant de longueur, à
+quelques pas du petit mur qui sépare l'enclos du jardin. On procède au
+déchargement de la voiture sanglante. D'après la déclaration du
+témoin oculaire que nous venons de citer, le corps de Madame
+Élisabeth, reconnu par les charretiers à ses vêtements et à la place
+qu'il occupait sur le sommet de la charrette, est posé le premier ou
+des premiers sur le bord de la fosse, où il est aussitôt mis à nu, car
+les barbares de ce temps-là ne respectaient ni la vie ni la mort.
+
+Tous les corps sont successivement dépouillés de leurs habits avant
+d'être précipités dans la fosse. Un registre est tenu de ces effets
+divers, qui doivent être ensuite remis à l'Hôtel-Dieu. De temps à
+autre les fossoyeurs descendent dans la fosse pour ranger les
+cadavres, afin qu'ils n'y soient pas trop entassés: ils placent
+alternativement un corps, le tronc tourné du côté du mur, et un autre,
+le tronc vers le milieu de la fosse; il y avait par conséquent, dans
+sa largeur, deux rangs de corps par couche horizontale. Afin de
+ménager l'emplacement, on étend sur ce premier rang horizontal
+d'autres couches de cadavres, placés comme les premiers, c'est-à-dire
+le haut du corps et les pieds en sens opposés; chaque couche de corps
+est recouverte d'environ six pouces de terre, et les fosses sont
+recouvertes d'environ trois pieds de terre dans la partie supérieure.
+Le corps de Madame Élisabeth, toujours d'après le témoignage du
+fossoyeur, doit être couché sur le ventre, dans le fond de la fosse,
+du côté le plus rapproché du mur.
+
+Les têtes ayant été placées indistinctement dans les vides, le
+fossoyeur n'a pu indiquer où pouvait être enfouie celle de Madame
+Élisabeth. On verra dans l'Appendice que nous donnons à la fin du
+volume, avant les Pièces justificatives, la correspondance à laquelle
+ont donné lieu les recherches qui ont été faites en 1817 pour
+retrouver les dépouilles de Madame Élisabeth: ces pièces
+administratives peuvent seules donner une idée des horribles détails
+d'une telle inhumation.
+
+La nouvelle du meurtre de Madame Élisabeth avait ému l'Europe; mais
+chez aucun peuple, dans aucune famille, la douleur n'avait été plus
+profonde qu'à la cour de Turin. Le prince et la princesse de Piémont
+espéraient que le meurtre du Roi et de la Reine de France avait
+assouvi la colère de la révolution, et malgré les épouvantes
+qu'inspirait la tyrannie de la démagogie, ils s'étaient persuadé que
+Madame Élisabeth n'en serait pas victime. S'il était en France une
+personne que l'affection de Clotilde distinguât de toutes les autres,
+c'était assurément sa soeur, sa première amie, qu'elle avait élevée
+par l'exemple autant que madame de Mackau par les conseils. Les
+souvenirs de l'enfance, la communauté de la foi, les déceptions de la
+vie, les terreurs et les deuils des dernières années, tout avait
+concouru à resserrer pour elles les liens du sang, et à les attacher
+plus étroitement l'une à l'autre.
+
+Le prince de Piémont fut instruit avant sa femme du meurtre de Madame
+Élisabeth. Ce prince, qui partageait la piété et tous les sentiments
+de famille de sa compagne, se présente devant elle, le front incliné,
+les yeux humides et le crucifix à la main, et lui dit ces simples
+paroles: «Il faut faire un grand sacrifice.»
+
+Clotilde avait compris. Les déchirements de son coeur lui avaient dit
+que sa soeur n'était plus.
+
+«Clotilde triomphant aussitôt d'elle-même, rapporte l'historien de sa
+vie[115], éleva ses yeux vers le ciel, et adorant Dieu et ses
+incompréhensibles décrets, répondit sans différer, avec une présence
+d'esprit admirable: «Le sacrifice en est fait.» Il est vrai qu'elle
+eut à peine prononcé ces édifiantes paroles qu'elle s'évanouit, et cet
+évanouissement, dont elle ne fut pas la maîtresse, nous paraît être
+une nouvelle preuve de sa force et de sa vertu, puisqu'en attestant sa
+sensibilité, il attestait aussi la violence qu'elle avait dû se faire
+pour étouffer la voix du sang et les plaintes de la nature. Au reste,
+revenue à elle, elle reprit son premier calme, et quelques moments
+après, appelée comme à l'ordinaire pour se mettre à table avec la
+famille royale, elle y alla avec courage et maîtrisa son trouble,
+cacha sous son front serein la tristesse dont elle était pénétrée.
+Tous ceux qui étaient présents en furent attendris et édifiés.
+
+[Note 115: LUDOVICO BOTTIGLIA. Traduction de J. B. Idt, professeur au
+collége royal de Lyon. Lyon et Paris, in-8º, p. 79 à 82.]
+
+»Une procession publique de pénitence avait déjà été annoncée pour ce
+jour-là: on voulait la renvoyer, ou du moins empêcher la princesse d'y
+assister; mais elle ne céda rien, et persista à vouloir la suivre avec
+les autres. La douleur de son âme était peinte sur son visage, et elle
+n'en poursuivait pas moins son chemin avec le plus profond
+recueillement. Ceux qui la voyaient passer pleuraient de tendresse et
+de compassion, tandis que n'accordant rien à l'humanité, elle ne
+versait pas une larme, elle n'interrompait point ses prières. Une de
+ses femmes de chambre marchait derrière elle pour être plus à portée
+de la secourir si elle se trouvait incommodée, comme on avait lieu de
+le craindre; mais elle eut la force de faire toutes les stations, et
+arrivée à l'église des Pères Philippins, elle leur annonça elle-même
+la fin déplorable de sa soeur, et d'un oeil sec, leur demanda pour
+elle l'assistance de leurs prières.
+
+»Il est cependant un degré au-dessus duquel ne put s'élever la vertu:
+Clotilde avait combattu et triomphé; mais ce combat intérieur avait
+été si violent, il lui en avait tant coûté pour remporter la victoire,
+que le tour de la procession terminé, elle se trouva dans un
+épuisement total; ses pieds ne pouvaient plus la soutenir, et, rentrée
+dans son appartement, elle fut obligée de se mettre au lit.
+
+»Dès ce moment elle ne parla plus de Madame Élisabeth que pour
+rappeler les belles qualités dont elle était ornée et faire l'éloge de
+ses vertus. Elle garda aussi sur ses bourreaux un silence profond,
+voyant dans ce tragique événement un de ces coups que la Providence
+divine frappe quelquefois pour purifier les âmes; et étant d'ailleurs
+persuadée que l'esprit humain ne peut sonder les décrets éternels, et
+que souvent ce qui nous fait le plus de peine est précisément ce qui
+doit le plus contribuer à notre bien spirituel. Elle voulut avoir une
+copie de la prière que l'illustre victime avait composée elle-même,
+récitée tous les jours de sa longue captivité, et répétée encore au
+pied de l'horrible échafaud[116].»
+
+[Note 116: L'année 1796 devait la soumettre à de nouvelles épreuves.
+La mort du roi Victor-Amédée appelait son époux au trône de Sardaigne,
+ébranlé depuis quatre ans par la révolution française. La nouvelle
+reine se servit de son autorité pour honorer la religion, protéger les
+arts et soulager les pauvres. Elle ne jouit guère que deux ans de
+cette consolation. Le 6 décembre 1798, le Directoire déclara la guerre
+à Charles-Emmanuel IV, et le força de quitter Turin. La Reine le
+suivit en Toscane, et s'embarqua avec lui à Livourne. Arrivés en
+Sardaigne, ils y passèrent sept mois. Ayant un moment espéré que
+quelques avantages remportés par les Russes pourraient leur ouvrir la
+route de leurs États, ils revinrent sur le continent: la fortune se
+tourna de nouveau contre eux, et les réduisit à changer souvent de
+séjour. Ils habitèrent tour à tour Florence, Rome et Naples. Dans ces
+différentes demeures, les habitudes de la Reine restaient les mêmes:
+elle prodiguait à son mari, souffrant fort souvent d'une névralgie,
+les soins les plus assidus comme les plus affectueux; et le temps
+qu'elle avait de libre après l'accomplissement de ses devoirs, elle le
+consacrait aux pratiques de la religion, au soulagement de la
+souffrance et de la misère, auxquelles elle donnait elle-même
+l'exemple de la douceur, de la patience et de l'humilité.
+
+Ayant appris que le souverain Pontife avait été enlevé de Rome, et se
+trouvait momentanément dans la Chartreuse, près de Florence, le Roi et
+la Reine de Sardaigne, ainsi que le grand-duc de Toscane,
+s'empressèrent de l'aller visiter. On imagine mieux qu'on ne le décrit
+ce que dut avoir de touchant une telle entrevue, dans une circonstance
+qui réunissait des exemples si éclatants de la fragilité des grandeurs
+humaines. En s'inclinant devant le chef suprême de l'Église,
+Charles-Emmanuel lui dit: «J'oublie dans des moments si doux toutes
+mes disgrâces; je ne regrette point le trône que j'ai perdu: je
+retrouve tout à vos pieds.--Hélas! cher Prince, répondit le
+Saint-Père, tout n'est que vanité; nous en sommes, vous et moi, la
+triste preuve. Portons nos regards vers le ciel, c'est là que nous
+attendent des trônes qui ne périront jamais.» Le Roi et la Reine, qui
+se disposaient à retourner en Sardaigne, pressaient le saint vieillard
+de les accompagner. «Venez, venez avec nous, Saint-Père, disait la
+soeur de Madame Élisabeth, nous nous consolerons ensemble: vous
+trouverez dans vos enfants tous les soins respectueux que mérite un si
+tendre père.--Je ne puis accepter vos offres généreuses, répondit le
+Pape, mon grand âge ne le permet pas, mes infirmités le refusent, et
+la crainte d'éveiller le soupçon de nos ennemis le défend.» Leurs
+adieux furent déchirants: c'était la séparation d'amis qui ne doivent
+plus se revoir.
+
+Marie-Clotilde mourut à Naples le 7 mars 1802. Dans tous les lieux
+qu'elle avait habités, la réputation de sa sainteté s'était répandue.
+Le pape Pie VII, qui avait été témoin de ses vertus, la déclara
+vénérable par un décret du 10 avril 1808.]
+
+La fatale nouvelle circulait et faisait partout couler bien des
+larmes, mais nulle part peut-être plus qu'au château de Wartegg, près
+de Rohrschak, dans le canton de Saint-Gall en Suisse[117], où vivait
+retirée la famille de Bombelles. Sans être parfaitement rassurée sur
+le sort de la princesse, elle s'était attachée avec ardeur à cette
+pensée que la perversité humaine s'arrêterait devant un crime
+non-seulement si odieux, mais si inutile.
+
+[Note 117: Le prince Béda, abbé de Saint-Gall, était propriétaire du
+château de Wartegg.
+
+Il avait donné à bail ce manoir à la famille de la Tour-Valsassina,
+qui, au moment de l'émigration française, le loua au marquis de
+Bombelles.
+
+Dans son journal manuscrit, conservé aux archives de Saint-Gall, t.
+284, nous voyons que la famille de Bombelles était installée à Wartegg
+en décembre 1791, et que le 4 janvier 1792 M. de Bombelles vint avec
+toute sa famille à Saint-Gall faire visite au prince abbé et dîner
+avec lui.]
+
+Le journal qui en contient le récit arrive un matin au château, et à
+l'instant le meurtre est su de tout le monde. Madame de Bombelles
+seule, qui est encore au lit, ne le sait pas. Un domestique entre dans
+son appartement; ses larmes et le nom de Madame Élisabeth qu'il
+prononce ont tout fait comprendre. Madame de Bombelles jette un cri et
+tombe sur son oreiller, sans mouvement et sans vie. Son mari accourt,
+l'environne de soins; elle respire et fait un effort pour se relever,
+mais le choc terrible que lui a imprimé la fatale nouvelle a pour
+ainsi dire faussé chez elle les ressorts de la nature, et un rire
+effrayant éclate sur ses lèvres plissées et tordues par la douleur. A
+l'aspect de cet accès de démence, une sorte d'intuition venue du coeur
+inspire à M. de Bombelles le seul moyen peut-être qui pût rappeler la
+nature à elle-même. «Ses enfants! s'écrie-t-il, vite ses
+enfants!»--Ses enfants, qui savent déjà que le bourreau vient de leur
+prendre une mère, accourent et se précipitent sur le lit de celle
+qu'ils sont menacés de perdre encore. Leur effroi, leurs cris, leurs
+larmes, le nom d'Élisabeth prononcé au milieu des sanglots, cette
+scène déchirante où la tendresse et le désespoir mêlent et confondent
+leurs plus douces émotions et leurs plus terribles angoisses,
+finissent par ramener madame de Bombelles au sentiment vrai de son
+inconsolable douleur.
+
+Le château de Wartegg prit le deuil: père, mère, enfants, ne pouvaient
+se regarder sans verser des larmes; le souvenir de Madame Élisabeth
+devint l'entretien incessant de cette famille éplorée. Privée de sa
+fortune par la révolution, elle vivait à l'étranger des libéralités de
+la maison royale de Naples, que le malheur força bientôt à se réduire
+elle-même. Les événements qui suivirent obligèrent madame de Bombelles
+à quitter la Suisse. Elle se rendit dans le village de Menowitz, aux
+environs de Brünn, en Moravie, et peu de temps après dans la ville
+même de Brünn. Les années s'écoulèrent sans adoucir ses regrets, la
+mémoire de sa royale amie remplissait toutes ses pensées et inspirait
+toutes ses actions. Elle avait à peine le nécessaire, et elle trouvait
+le moyen d'ouvrir autour d'elle cette source de bonnes oeuvres dont
+Madame Élisabeth lui avait donné le secret. A la suite d'une couche
+malheureuse, elle mourut au mois de septembre 1800, à l'âge de
+trente-huit ans, dans cette ville de Brünn, témoin de ses vertus et de
+sa charité, et où sa mémoire est demeurée en vénération[118].
+
+[Note 118: _Traduction d'un article de la Gazette de Brünn du mercredi
+1er octobre 1800._
+
+«Le vrai mérite est sans ostentation; il n'appartient qu'à la justice
+de l'histoire de lui ériger un autel incorruptible dans le coeur de
+tout homme de bien. La vertu la plus pure, la piété sans hypocrisie,
+la tendresse conjugale et maternelle portée au plus haut degré, le
+courage et la grandeur d'âme dans les plus grands malheurs, la bonté
+du coeur, une bienfaisance sans bornes dans une situation gênée, un
+esprit cultivé, une amitié noble et constante, toutes ces qualités se
+trouvoient réunies dans une femme: toutes ces qualités firent vénérer
+madame de Bombelles, qu'une mort prématurée arracha des bras de six
+orphelins, à la suite d'une couche malheureuse, dans la
+trente-neuvième année de son âge, et conduisit dans un monde où elle
+reçoit la récompense due à ses souffrances et à ses vertus. Tous ceux
+qui l'ont connue, qui l'ont vue grande et élevée dans le malheur, qui
+l'ont admirée sous les titres respectables de mère, d'épouse et
+d'amie, ne pourront refuser des larmes à sa mémoire, et à ses mânes le
+souhait d'une paix sainte et inaltérable.»
+
+_Traduction d'un autre article de la même gazette, du samedi 4 octobre
+1800._
+
+«Les hommes reconnoissants forment, dans le grand tableau du monde, le
+groupe le plus intéressant; car il n'est aucune vertu, si élevée
+qu'elle soit, à laquelle le céleste sentiment de la reconnoissance ne
+mérite de servir de pendant. Nous fûmes témoin, lundi dernier, d'une
+scène des plus touchantes, des plus sublimes, près du cercueil de la
+défunte madame de Bombelles. La gratitude y célébra une fête digne du
+Ciel, et offrit un laurier à la vertu dans le tombeau. Les habitants
+de Menowitz (village non loin de Brünn, où la défunte habita quelque
+temps) apprirent la mort de cette vénérable femme, et plusieurs
+d'entre eux se hâtèrent d'arriver à la ville et dans la maison du
+deuil. C'étoit le jour des funérailles, et le cercueil étoit déjà
+fermé. Les bonnes gens en demandèrent l'ouverture avec des cris
+déchirants, pour voir encore une fois leur bienfaitrice, leur mère,
+pour baiser encore une fois ses froides mains. Le cercueil fut ouvert;
+et ces créatures reconnoissantes, pâles et plongées dans une douleur
+muette, les yeux baignés de larmes, entourèrent le corps de leur
+bienfaitrice. Ce spectacle étoit digne de compassion, et en même temps
+de l'enthousiasme des âmes sensibles qui savent apprécier le mérite de
+la vertu. Enfin ce chagrin muet éclata en plaintes amères: alors sa
+main glacée fut couverte de baisers brûlants; alors les vêtements de
+la défunte furent arrosés des larmes du sentiment, de ces larmes que
+tous les trésors de la terre ne peuvent acheter sans la vertu, dont
+elles sont le prix. Chacun de ces hommes reconnoissants essaya de
+peindre aux assistants, avec tout le feu renfermé dans ses veines, les
+bienfaits qu'il en avoit reçus: «_Au lit de ma femme malade, elle
+veilloit jour et nuit.--Elle ferma les yeux de ma mère.--Elle me donna
+des drogues de sa propre main et me soigna.--Elle pansa mes plaies, et
+me mit en état de soutenir mes vieux parents._» Ainsi s'écrioient
+ensemble ces coeurs nobles et sensibles; et ils adressoient leurs
+voeux au Ciel pour qu'il accordât la paix éternelle à sa belle âme,
+pour prix de tant de bienfaits. Que sont toutes les louange achetées
+avec de l'or auprès d'un tel éloge funèbre! Oh! celui qui, au récit de
+pareilles scènes, n'aimeroit pas la vertu, n'ouvriroit pas son coeur
+aux malheureux, qui ne répandroit pas des trésors, souvent mal acquis,
+dans le sein des infortunés; celui qui ne cesseroit pas de poursuivre
+la vertu, d'opprimer le mérite, qu'il descende un jour au tombeau sans
+être aimé, sans être pleuré! c'est la plus grande punition, et dont
+il sentira, dans un autre monde seulement, toute l'étendue.»]
+
+On comprend la profonde affliction que durent ressentir les autres
+amies de Madame Élisabeth, et en particulier madame de Raigecourt et
+madame des Montiers. Madame de Raigecourt, qui crut devoir envoyer ses
+respectueuses condoléances à Madame Royale, sortie sept mois après de
+la prison du Temple, reçut d'elle la lettre suivante, datée de Vienne:
+
+ «12 mars 1796.
+
+ »Madame, votre visage ni votre nom assurément ne me sont
+ inconnus; on a du plaisir à se rappeler les personnes fidèles, et
+ vous êtes du nombre: je sais bien l'attachement que vous aviez
+ pour ma vertueuse tante Élisabeth; elle vous aimait beaucoup
+ aussi, et m'a souvent parlé de vous et du chagrin qu'elle avait
+ d'être séparée de vous. Je vous remercie de la joie que vous
+ témoignez de ma délivrance, c'est un miracle que le ciel
+ réservait à l'Empereur, et dont je serai toujours reconnaissante.
+ Je sais que vous n'êtes sortie que par l'ordre de ma tante; je
+ partage tous les tourments que vous avez soufferts, et assurément
+ je prendrai toujours le plus grand intérêt à tout ce qui vous
+ arrive comme à l'amie de ma chère tante Élisabeth. Vous me dites
+ que vous avez un de ses portraits bien ressemblant; je voudrais
+ que vous me le fissiez passer; je vous promets de vous le rendre;
+ je vous prie de l'envoyer sûrement à l'évêque de Nancy, qui est
+ chargé de mes affaires ici.
+
+ »MARIE-THÉRÈSE de France.»
+
+ * * * * *
+
+De son côté madame des Montiers avait écrit au comte de Provence pour
+lui exprimer la part bien vive qu'elle prenait à ses douleurs
+fraternelles. Le prince lui répondit de sa main:
+
+ «A Vérone, ce 30 mai 1794.
+
+«Si je puis éprouver, Madame, quelque consolation dans ma juste et
+profonde douleur, c'est en pensant qu'elle est partagée par les
+personnes qui veulent bien avoir quelque bonté pour moi. Personne ne
+sait mieux que moi combien ma pauvre soeur avoit d'amitié pour vous,
+ni combien vous l'aimiez, et je juge de votre douleur par celle que je
+ressens moi-même. Puisse l'attachement aussi pur qu'invariable que
+vous me connoissez pour vous, vous être de quelque consolation! Soyez
+au moins bien persuadée que c'en sera une pour moi, dans des temps
+plus heureux, de faire tous mes efforts pour vous adoucir la cruelle
+et irréparable perte que nous venons de faire.
+
+»Adieu, Madame, recevez avec votre bonté ordinaire l'assurance des
+tendres et respectueux sentiments que je vous ai voués, et qui
+dureront autant que ma vie.
+
+ »LOUIS-STANISLAS-XAVIER.»
+
+ * * * * *
+
+Les regrets exprimés ici par un frère de Madame Élisabeth ne font pas
+oublier ceux que les plus humbles serviteurs de cette princesse lui
+conservèrent jusqu'à leurs derniers jours. Jacques et Marie n'avaient
+cessé, tant qu'ils l'avaient pu, d'être fidèles à l'ordre établi à
+Montreuil par leur royale maîtresse; mais, après le 10 août, la
+famille royale ayant été conduite au Temple, la Commune
+révolutionnaire de Versailles ne tarda point à s'emparer de cette
+demeure de Montreuil que les pauvres avaient pris coutume de regarder
+comme la maison nourricière de leurs enfants. Jacques et Marie, qui
+savaient peu dissimuler leurs sentiments et dont l'origine helvétique
+était un crime aux yeux des révolutionnaires, furent arrêtés et mis en
+prison, où ils furent longtemps oubliés. Ils en sortirent au mois de
+ventôse an II, et sollicitèrent la bienfaisance des directeurs du
+district de Versailles[119]. Leur extrême misère éveilla la pitié des
+magistrats de ce temps, qui déclarèrent que leur détention avait été
+une injustice et qu'ils avaient droit à des indemnités. Malgré nos
+persévérantes recherches, il nous a été impossible de trouver la
+preuve qu'un secours quelconque leur ait été accordé, et nous ne
+pouvons dire comment ils parvinrent à traverser la France et à
+regagner, avec leur enfant, l'heureuse contrée où ils avaient échangé
+leurs premières paroles d'amour. L'honneur d'avoir appartenu à Madame
+Élisabeth les environna de l'estime et de l'intérêt de tous les
+habitants de Bulle. La révolution, qu'ils avaient cru fuir, vint les
+trouver dans leur pays natal[120]; mais leur union tranquille n'en fut
+pas troublée. Jacques et Marie ne cessèrent point de pleurer leur
+bienfaitrice, sur laquelle chaque jour on se plaisait à les
+interroger. Ils apprirent à leurs enfants à prier pour elle et à bénir
+sa mémoire. Dieu ne voulut pas que ces deux êtres, qui avaient tant
+souffert ici-bas de leur première séparation, fussent séparés
+longtemps dans un monde meilleur. Marie mourut la première; elle
+mourut le 5 janvier 1835[121]; Jacques alla la rejoindre le 2
+septembre de l'année suivante[122].
+
+[Note 119: «_Liste civile._--Bosson et sa femme, ci-devant attachés au
+service d'Élisabeth Capet, réclament de la justice des magistrats
+administrateurs du directoire du district les six derniers mois 1793
+de leurs gages, et jusqu'à l'évacuation de leur logement, pour
+laquelle ils ont obéis à l'instant même que les ordres leur a été
+signifiés, au lieu qu'ils occupoient en la maison du Grand-Montreuil.
+
+»Ils sont sans place et sans pain;--se recommandent à votre
+bienfaisance.
+
+ »BOSSON.»
+
+«Soit communiqué au directeur de l'agence nationale de
+l'enregistrement et des domaines, pour donner des renseignements et
+son avis le plus promptement possible, attendu l'extrême misère où les
+requérants ont été réduits par l'effet d'une détention non méritée.
+Fait au district de Versailles, le trois germinal, l'an second de la
+République.
+
+ «GAUTHIER. MACÉ BAIGNEUX.»
+
+«_Avis du directeur de l'agence nationale de l'enregistrement._--Vû la
+pétition du citoyen Bosson et de sa femme, tendante à obtenir de
+l'administration le payement de leurs gages des six derniers mois de
+1793, comme attachés à la maison du Grand-Montreuil, séquestrée sur
+Élisabeth Capet.
+
+»Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement observe que
+Bosson et sa femme, qui n'ont justifié ny de leur qualité ny de leurs
+droits, étoient l'un vacher et la femme laitière dans la maison
+d'Élisabeth Capet;
+
+»Que les vaches ayant été vendues en octobre 1792, le vacher et la
+laitière sont devenus inutiles; que les dispositions des loix
+concernant les gagistes de la cy devant liste civile sont communes aux
+personnes qui étoient attachées à Élisabeth Capet;
+
+»Qu'ainsi Bosson et sa femme ont dû se regarder comme supprimés à
+compter du 31 décembre 1792; mais qu'ils ont droit aux indemnités ou
+pensions promises par le décret du 27 août 1793, et qu'ils doivent
+être renvoyés devant le citoyen Henry, commissaire-liquidateur de la
+cy-devant liste civile.
+
+»A Versailles, 11 germinal de l'an II de la République françoise, une
+et indivisible.
+
+ »DESCHESNE.»]
+
+[Note 120: Nous en avons trouvé des traces dans le registre des
+archives de la noble bourgeoisie et ville de Bulle:
+
+ «1798.
+
+»Cette année mémorable qui changea la face des affaires en Suisse fut
+précédée par des démonstrations qui furent très-vives dans le pays de
+Vaux déjà dès le commencement du mois de décembre. Le lendemain de la
+foire du mois de janvier 1798 fut le jour où l'arbre de la liberté fut
+arboré sur le Tilleul, à Bulle. Dès lors Bulle se constitua en comité
+central correspondant avec Vevey et Lausanne. Un autre comité central
+s'établit à Grand-Villard, qui correspondit aussi, comme celui de
+Bulle, avec Vevey et Lausanne. Il s'agissait de récupérer les droits
+de l'ancienne patrie de Vaux.
+
+»Parmi les actes de dévouement pour la cause de la liberté, on peut
+citer celui des frères Gex, qui fabriquèrent un canon de bois cerclé
+en fer, et qui figura au camp de Russille, près d'Avry-devant-Pont.
+
+»Les détails de cette révolution se trouveront dans un autre ouvrage.
+L'heure étoit venue où la Suisse devoit aussi avoir son tour, et au 4
+mars les François entrèrent à Fribourg; combat meurtrier à la Singine;
+Berne est prise par Schombourg; les gouvernements aristocratiques
+disparoissent; la Suisse se constitue en une république une et
+indivisible; un directoire, un sénat, un grand conseil, siégent
+d'abord à Arau, ensuite à Lucerne, enfin à Berne, où, après plusieurs
+changements dans ces premières autorités et dans sa forme, le
+gouvernement unitaire fut culbuté par la troupe du général Bachman et
+de son collègue Aufdermour, qui forcèrent le gouvernement unitaire à
+se réfugier à Lausanne, où le général Rapp se trouva et fit connoître
+aux Suisses la volonté de Napoléon, premier consul de France, d'être
+le médiateur de la Suisse. Bachman et sa compagnie mirent bas les
+armes; le gouvernement unitaire fut rétabli à Berne, et une consulte
+fut envoyée à Paris de toute la Suisse, qui en apporta l'acte de
+médiation, qui fut mis en activité par M. le comte Louis d'Affry, en
+sa qualité de premier landamman de la Suisse; avoyer de Fribourg sous
+ce régime, mort d'un coup d'apoplexie, il emporta les regrets de ses
+concitoyens.
+
+»Sous le gouvernement de l'acte de médiation tout comme sous
+l'unitaire, Bulle conserva une préfecture et un tribunal de première
+instance.
+
+ * * * * *
+
+»L'acte de médiation faisoit de Bulle le chef-lieu d'un des cinq
+districts du canton de Fribourg.--Il donna un membre au conseil d'État
+dans la personne de M. Nicolas-André de Castella, dernier banneret de
+Bulle.» (Extrait d'un registre intitulé: _Annalise des Archives de la
+noble bourgeoisie et ville de Bulle_.)]
+
+[Note 121: Voir, aux Pièces justificatives, nº VIII, son acte de
+décès.]
+
+[Note 122: Voir son acte de décès, au nº IX des Pièces
+justificatives.]
+
+Montreuil avait perdu la maison hospitalière où tous les enfants
+étaient assurés de trouver leur nourriture. Le district de Versailles,
+n'ignorant pas le regret et la gêne que causait à tant de familles le
+tarissement de cette source de secours toujours ouverte à leurs
+besoins, crut devoir prendre un arrêté qui convertissait en hospice la
+maison Élisabeth. C'était rendre un hommage involontaire à la bonté de
+cette princesse, qui avait fait de sa demeure le point de mire vers
+lequel se tournaient toutes les souffrances, de sorte qu'on ne faisait
+que continuer ses traditions en la transformant en Hôtel-Dieu. Mais
+cette mesure, fort belle sur le papier, ne reçut aucune exécution;
+l'asile de Montreuil demeura sombre et muet: l'âme de la charité était
+absente.
+
+Dans la maison Élisabeth (c'est ainsi que l'on continuait de
+l'appeler) restèrent installés les anciens serviteurs de la princesse,
+ainsi que les gardiens des scellés que la révolution y avait envoyés.
+
+En vertu d'une loi du 7 messidor an III (jeudi 25 juin 1795), portant
+qu'une horlogerie automatique serait sans délai formée à Versailles,
+Charles Delacroix, représentant du peuple, en mission dans le
+département de Seine-et-Oise, _arrêta, le 29 brumaire an IV_ (20
+novembre 1795), _que la maison dite Élisabeth, l'orangerie et la
+vacherie qui en dépendent, les cours et terrains situés entre lesdits
+bâtiments, seraient affectés_ à cet établissement, placé sous la
+direction des citoyens Lemaire et Glaesner[123].
+
+[Note 123: Voir Pièces justificatives, nº X.]
+
+Malgré la jouissance gratuite de ces bâtiments et terrains concédés
+pendant quinze ans, la manufacture d'horlogerie, qui devait recevoir
+chaque année cent élèves, ne prospéra point; elle fut supprimée par un
+arrêté du Premier Consul, daté du 17 ventôse an IX[124] (8 mars 1801),
+et mise à la disposition de la régie du domaine national et de
+l'enregistrement.
+
+[Note 124: Voir Pièces justificatives, nº X.]
+
+L'architecte du palais national de Versailles ayant déclaré que la
+maison Élisabeth _étoit tellement endommagée qu'il faudroit employer
+une somme de 25,000 francs pour sa réparation, et la régie, de son
+côté, ayant observé que, vu le grand nombre des bâtiments inoccupés
+dans cette ville, les locations de ladite maison y seroient difficiles
+et d'un foible produit_, on en conclut qu'il était plus avantageux de
+la vendre dans l'état où elle se trouvait que de la réparer[125].
+Cette proposition fut agréée par l'autorité supérieure; la vente aux
+enchères fut annoncée pour le 27 messidor de l'an X (vendredi 16
+juillet 1802), et la maison Élisabeth, avec ses dépendances, fut
+adjugée _moyennant les prix et somme de 75,900 francs, au citoyen
+Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant à Paris, rue de
+l'Université, nº 269_[126].
+
+[Note 125: Voir Pièces justificatives, nº X.]
+
+[Note 126: Voir Pièces justificatives, nº X.]
+
+Avant son aliénation définitive, la demeure de Madame Élisabeth avait
+été condamnée à la stérilité. Dès le mois d'octobre 1792, ses vaches
+nourricières avaient été vendues; ses belles fleurs, orgueil de ses
+jardins, avaient été enlevées et dispersées[127]. Sa maison, d'abord
+mais inutilement désignée pour devenir un hospice, puis consacrée à
+une institution industrielle, avait subi des dégradations déplorables,
+sans servir à des travaux utiles.
+
+[Note 127: Voir Pièces justificatives, nº XI.]
+
+Un triste et invincible attrait nous ramène à ce cimetière où gisent
+les restes vénérables de Madame Élisabeth, et qui, pendant la période
+révolutionnaire, était plus connu du charretier du bourreau que du
+conducteur des pompes funèbres. Les inhumations des victimes tombées
+sur l'échafaud de la place du 21 janvier s'y succèdent chaque jour.
+Ennuyé de tuer en détail, le tribunal révolutionnaire, le 29 prairial
+an II (17 juin 1794), avait livré à la guillotine, _par amalgame et en
+masse_, selon l'expression de Fouquier-Tinville, cinquante-quatre
+victimes, différentes de rang et d'opinion, et étrangères les unes aux
+autres. Le 10 thermidor envoya dans ce champ funèbre les principaux
+chefs du parti qui venait de succomber, les deux Robespierre,
+Saint-Just, Couthon, Hanriot, Dumas, et ce Simon dont le nom odieux
+est lié à jamais à celui d'un héroïque enfant. Mais cette _fournée_
+n'était que de vingt-deux hommes.
+
+Le lendemain, 11 thermidor, il y eut une fournée bien autrement
+considérable: les vainqueurs avaient eu le loisir de faire des
+désignations nombreuses, et d'atteindre la plupart des membres de la
+Commune qui avaient longtemps prévalu contre la Convention.
+L'exécution de soixante et onze condamnés envoyés à l'échafaud par
+leurs anciens complices forma un lac de sang sur la place où Madame
+Élisabeth avait été frappée.
+
+Il ne faut pas croire que la guillotine chômât après ces satisfactions
+terribles données aux exigences de la réaction: la recomposition du
+tribunal révolutionnaire, la fermeture du club des Jacobins, la
+dépanthéonisation (expression du temps) des restes de Marat, ne
+suffirent point pour apaiser les indignations de la conscience
+publique. Le sang appelle le sang. Parmi les suppliciés, on ne compta
+pas seulement les criminels auteurs de tant de supplices, les Carrier,
+les Fouquier-Tinville, les Lebon: les vainqueurs du 10 thermidor
+n'étaient guère moins pervers que les vaincus. Ce fut ainsi que la
+réaction atteignit souvent l'innocence et la vertu, qui ne
+désapprenaient pas encore le chemin de l'échafaud.
+
+Ce champ de repos où arrivaient concurremment les cercueils fermés par
+une mort naturelle, aussi bien que les cadavres mutilés par le
+bourreau, ne tarda point à se remplir.
+
+Disons aussi qu'à partir du 26 prairial an II (14 juin 1794),
+l'échafaud fut transporté de la place de la Révolution à la porte
+Saint-Antoine; puis, deux jours après, à la barrière du _Trône
+renversé_, où il resta en permanence jusqu'au 9 thermidor.
+
+Deux ans après, par un arrêté de l'administration centrale du
+département de la Seine, le cimetière de Montmartre fut ouvert[128],
+et celui de Monceaux ne servit plus aux sépultures. La grande porte,
+pratiquée dans le mur d'enceinte de Paris et donnant accès dans le
+champ du Christ, demeura fermée. Les orphelins qu'avait faits la
+révolution n'avaient point assisté aux funérailles de leurs pères; ils
+ignoraient même, pour la plupart, le lieu où elle avait enfoui leurs
+restes. Longtemps la stérile curiosité d'un public dominé par la
+terreur s'inquiéta beaucoup plus des prisons que des cimetières,
+beaucoup plus de la guillotine que de la sépulture. La plupart de ceux
+qui avaient connu le champ du Christ en oublièrent la route. Le
+silence se fit à l'entour comme au dedans. Les années s'écoulèrent,
+emportant avec elles les traditions du passé, abattant quelques
+pauvres croix de bois pourries au milieu des grandes herbes et
+effaçant tout vestige de tombes.
+
+[Note 128: Ce cimetière qui porta d'abord la dénomination de _Champ de
+Repos_, fut créé par un arrêté de l'administration centrale du
+département de la Seine, du 8 messidor an VI (26 juin 1798), dans un
+terrain d'un hectare deux mille sept cent trente-six mètres
+cinquante-sept centimètres, situé au-dessus du boulevard de la
+barrière Blanche, cédé à la ville par le citoyen Aymé pour la somme de
+quatre mille huit cents francs. Par cet arrêté, le cimetière Roch fut
+définitivement fermé.
+
+Le _Champ de Repos_ se trouva bientôt trop petit.
+
+Par un décret, daté du camp impérial d'Ebersdorf, du 28 mai 1809, le
+conseiller d'État, préfet du département de la Seine, fut autorisé à
+acquérir, pour cause d'utilité publique, au nom de la ville de Paris,
+un terrain de quinze hectares, situé à l'entrée de la plaine de
+Clichy, pour servir à l'établissement d'un nouveau lieu de sépulture,
+destiné à remplacer le cimetière Montmartre.
+
+Un autre décret impérial, du 13 août 1811, modifiant ce décret,
+ordonna que le cimetière existant au bas de Montmartre serait agrandi
+dans sa partie nord et nord-ouest, et autorisa la ville de Paris à
+faire acquisition de douze hectares de terrain pour l'agrandissement
+du cimetière, en le prolongeant à travers le chemin des Batignolles,
+qui sera déplacé.
+
+Enfin, un arrêté préfectoral du 10 février 1818 fit procéder
+immédiatement au mesurage des douze hectares de terrain dont
+l'acquisition est ordonnée par le décret susrelaté. B.]
+
+[Illustration:
+
+PLAN DE L'ANCIEN CIMETIÈRE DE LA MADELEINE
+
+Converti en jardin par M. Descloseaux, rue d'Anjou Saint-Honoré, nº
+48,
+
+DANS LEQUEL ONT ÉTÉ DÉPOSÉS
+
+LES RESTES DU ROI LOUIS XVI ET DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE.
+
+_Maison et Jardin de M. Descloseaux._
+
+ I. Fosse dans laquelle ont été inhumés, le 6 juin 1770, cent
+ trente-trois corps des personnes qui ont péri sur la place Louis
+ XV, dans la rue Royale ou à la porte Saint-Honoré, à la suite des
+ fêtes célébrées pour le mariage de M. le Dauphin.
+
+ II. Première fosse, située près du mur mitoyen du jardin
+ Descloseaux, dans laquelle ont été mis les corps de quatre
+ prêtres et d'environ cinq cents Suisses, tués aux Tuileries le 10
+ août 1792.
+
+ III. Deuxième fosse, dans laquelle ont été enterrés cinq cents
+ autres Suisses, également tués aux Tuileries le 10 août 1792.
+
+ IV. Tombeau de Louis XVI, inhumé le 21 janvier 1793, à dix heures
+ et demie du matin. On fit une fosse de huit pieds de profondeur,
+ dans laquelle on mit beaucoup de chaux. Le 16 octobre de la même
+ année, le corps de la Reine fut enterré à côté de celui du Roi.
+
+ V. Fosse de Charlotte Corday.
+
+ VI. Grande fosse ouverte peu de temps après la mort du Roi et
+ comblée en décembre 1794. Le corps de M. le duc d'Orléans y fut
+ déposé, ainsi qu'un très-grand nombre d'autres victimes.
+
+ VII. Grande fosse qui a dû recevoir près de mille victimes.]
+
+En 1790, M. Viger de Jolival, ancien directeur des fermes, avait fait
+l'acquisition de la maison du Christ, du jardin et de l'enclos qui en
+dépendent. La ville de Paris s'empara du petit enclos, contigu au
+jardin, et en fit un cimetière; plus tard, ce même enclos fut loué à
+un habitant de Monceaux qui y fauchait de l'herbe et y semait des
+pommes de terre. M. Viger n'ignorait pas que parmi les victimes qui y
+étaient inhumées se trouvaient les restes de Madame Élisabeth. Il fit
+entourer d'un treillage l'endroit indiqué dans notre plan[129] par la
+lettre G, et y fit poser une pierre tumulaire sur laquelle étaient
+écrits ces deux mots: _Madame Élisabeth_. Mais les déclarations de
+Joly, fossoyeur du cimetière à l'époque du 21 floréal an II (10 mai
+1794) semblent prouver que M. Viger se trompait sur l'emplacement de
+la sépulture de cette princesse. Son erreur était encore plus grave au
+sujet de la dépouille mortelle du duc d'Orléans, qu'il prétendait être
+ensevelie à l'endroit désigné par la lettre K. Les restes de ce prince
+n'avaient point été amenés dans ce cimetière, qui ne fut ouvert que
+cinq mois après sa mort: ils reposaient dans celui de la Madeleine,
+en un coin diamétralement opposé à l'angle où se trouvaient les
+tombes du roi Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette. Les deux
+branches de la maison de Bourbon demeurèrent séparées dans la mort,
+comme elles l'avaient été dans la vie. Nous ne croyons pas nous
+écarter trop de notre sujet en reproduisant ici le plan du cimetière
+de la Madeleine, avec quelques indications qui ne seront peut-être pas
+sans intérêt pour le lecteur.
+
+[Note 129: Voir page 232 de ce volume.]
+
+M. Viger, après avoir fait dans sa propriété de l'enclos du Christ les
+deux réserves dont nous avons parlé, rendit le reste du champ à la
+culture. La porte charretière pratiquée dans le mur d'enceinte et par
+où entraient les charrettes remplies par le bourreau, ne s'ouvrit plus
+qu'à de bien rares intervalles pour laisser passer le laboureur. Un
+homme qui travaillait enfant dans ces lieux, et qui plus d'une fois
+m'y a conduit dans le cours de ces quinze dernières années[130], me
+racontait que son père l'envoyait souvent travailler dans le _champ du
+Christ_, en lui recommandant de ne pas toucher aux terrains marqués
+par une claire-voie.
+
+[Note 130: Le sieur Fauconnier, 12, rue d'Asnières,
+Batignolles-Paris.]
+
+Les choses en étaient là, lorsque s'accomplirent les graves événements
+de 1814. La maison de Bourbon n'avait pu enterrer ses morts après la
+grande bataille de la révolution. Il était naturel qu'en rentrant sur
+le sol de la patrie elle s'occupât de ce soin pieux. D'ailleurs, le
+retour des exilés, ces absents temporaires, rappelait les morts, ces
+absents éternels, ensevelis avec trop peu de larmes, _paucioribus
+lacrymis_, comme l'a écrit le grand historien de Rome; et depuis que
+les roulements de tambour et les fanfares de la victoire ne
+retentissaient plus, il semblait qu'on entendait sortir de ces sillons
+où l'on avait fauché une génération humaine, un bruit de gémissements
+et de sanglots. La restauration de la maison de Bourbon ramenait
+elle-même la pensée publique sur les royales victimes de la
+Révolution.
+
+La loi qui avait consacré un deuil général en expiation du crime
+commis le 21 janvier 1793, avait prescrit qu'un monument serait élevé
+au fils et à la soeur de Louis XVI. Nous avons, dans un ouvrage
+relatif _à la vie, à l'agonie et à la mort de Louis XVII_, exposé les
+motifs qui rendirent stériles, relativement à ce jeune prince, les
+dispositions de cette loi. Les difficultés qui s'était présentées pour
+retrouver les restes de l'orphelin du Temple devenaient plus grandes
+encore pour rechercher ceux de Madame Élisabeth, enfouis dans une
+fosse commune avec les dépouilles des vingt-trois autres personnes
+frappées avec elle sur l'échafaud du 21 floréal. Le gouvernement de la
+Restauration n'avait recueilli que des renseignements inexacts sur la
+sépulture des victimes révolutionnaires.
+
+Un respectable vieillard, M. Descloseaux, propriétaire rue d'Anjou
+d'une maison contiguë au cimetière de la Madeleine, avait été témoin
+oculaire de l'inhumation des restes du roi Louis XVI et de la reine
+Marie-Antoinette dans ce cimetière, et s'était persuadé que tous les
+suppliciés de la place de la Révolution y avaient été également
+ensevelis. Sa déclaration, formulée dans ce sens et signée par lui, le
+4 juin 1814, avait accrédité une erreur que lui-même, mieux informé
+plus tard, s'empressa de réparer par un acte authentique à la date du
+22 mai 1816[131].
+
+[Note 131:
+
+ _Déclaration de M. Descloseaux, chevalier de l'Ordre du Roi,
+ du 22 mai 1816, devant Me Deguingand, notaire à Monceaux_.
+
+Je soussigné, Pierre-Louis OLLIVIER DESCLOSEAUX, chevalier de l'Ordre
+du Roi, demeurant actuellement rue d'Anjou, faubourg Saint-Honoré,
+nº 62, premier arrondissement, déclare erroné le certificat que j'ai
+signé le quatre juin mil huit cent quatorze, étant à la suite d'une
+liste imprimée par Lottin, dans le courant de la même année, ayant
+pour titre: «_Liste des personnes qui ont péri par jugement du
+tribunal révolutionnaire, depuis le vingt-six août dix-sept
+cent quatre-vingt-douze, jusqu'au treize juin dix-sept cent
+quatre-vingt-quatorze (vingt-cinq prairial an deux), laquelle liste
+contient les noms de treize cent quarante-trois victimes._»
+
+Attendu qu'il est constant et hors de doute que, sur la demande des
+propriétaires et habitans de la rue d'Anjou, le cimetière de la
+Madeleine a été fermé antérieurement au vingt-quatre mars dix-sept
+cent quatre-vingt-quatorze (quatre germinal an deux), et que de suite
+il a été ouvert près de la barrière de Monceaux (vulgairement
+Mousseaux) un autre cimetière, dans lequel a été porté HÉBERT, dit le
+_Père Duchesne_, indiqué sous le nº 496 de ladite liste, d'où il
+résulte la preuve, d'après la liste imprimée par Lottin, que huit cent
+quarante-huit victimes ont été portées au cimetière de Monceaux, et
+non à celui de la rue d'Anjou; en conséquence je déclare, moi
+Descloseaux, que c'est par erreur qu'il est dit, dans le certificat
+signé de moi, que toutes les personnes comprises dans cette liste, et
+au nombre de treize cent quarante-trois, ont été inhumées dans le
+cimetière de la rue d'Anjou, et que je n'ai pas entendu y comprendre
+celles qui ont été reçues au cimetière de Monceaux, indiquées sous les
+huit cent quarante-huit derniers numéros. Cette erreur provient de ce
+que j'ai considéré la désignation du cimetière de la Madeleine comme
+étant commune aux deux cimetières de la rue d'Anjou et Monceaux,
+attendu qu'ils avaient successivement servi au même usage.
+
+De ce qui vient d'être dit, il reste constant que les tristes restes
+de MADAME ÉLISABETH, soeur de Sa Majesté Louis XVI, et de M. de
+MALESHERBES, sont déposés dans le cimetière de Monceaux. (Voir les
+n{os} 679 et 901.)
+
+En foi de quoi j'ai signé le présent certificat pour rendre hommage à
+la vérité, consentant qu'il soit déposé par-devant notaire, et qu'il
+en soit délivré toutes copies nécessaires à qui de droit et à mes
+frais.
+
+A Paris, ce dix-neuf mai dix-huit cent seize.
+
+Approuvé le contenu au certificat ci-dessus écrit de la main de M.
+d'Anjou, mon gendre. _Signé_ OLLIVIER DESCLOSEAUX, chevalier de
+l'Ordre du Roi.
+
+En marge est écrit: Enregistré à Neuilly, le vingt-un mai mil huit
+cent seize, fol. 14 recto, cases 1 et 2. Reçu deux francs vingt
+centimes. _Signé_ MAUROY.
+
+«Il est ainsi en ladite déclaration, duement certifiée véritable,
+signée, paraphée et annexée à un acte de dépôt passé devant Me Élie
+DEGUINGAND, notaire à Monceaux, boulevard extérieur de Paris,
+soussigné, le vingt-deux mai mil huit cent seize, enregistré; le tout
+étant en la possession dudit Me DEGUINGAND.» Délivré ces présentes le
+trente juin mil huit cent seize.
+
+ DEGUINGAND.]
+
+L'année suivante, dans les derniers jours du mois de mars, fut dressé
+un acte notarié établissant la notoriété du cimetière de
+Monceaux[132].
+
+[Note 132:
+
+ _Acte de notoriété concernant le cimetière de Monceaux,
+ du 30 et 31 mars 1817, devant Me Deguingand, notaire._
+
+Par-devant Me Élie DEGUINGAND, notaire royal à la résidence de
+Monceaux, boulevard extérieur de Paris, en présence des témoins
+ci-après nommés, soussignés,
+
+SONT COMPARUS:
+
+ 1º M. Philippe CARDINET, marchand de vin traiteur;
+ 2º M. Louis-Auguste POITEVIN, propriétaire et cultivateur;
+ 3º M. François CUREL, propriétaire et marchand épicier;
+ 4º M. Étienne DESGRAIS, propriétaire et cultivateur;
+ 5º M. François CHARLES, propriétaire et cultivateur;
+ 6º M. Étienne-François FAUCONNIER, propriétaire et cultivateur;
+ 7º M. Pierre GILLET, propriétaire et cultivateur;
+ 8º M. Claude LEBERT, cultivateur et propriétaire;
+ 9º Et M. Jacques-Louis CHARLES, propriétaire et paveur;
+
+Tous demeurant à Monceaux, commune de Clichy-la-Garenne, département
+de la Seine;
+
+Lesquels ont attesté pour notoriété constante, et comme étant à leur
+parfaite connaissance, les faits ci-après rapportés;
+
+SAVOIR:
+
+ 1º Que, lors de la fermeture du cimetière de la Madeleine de
+ Paris, c'est-à-dire au mois de mars dix-sept cent
+ quatre-vingt-quatorze, le Gouvernement, existant à cette époque
+ s'est emparé pour le même usage d'un terrain dépendant de la
+ maison dite _du Christ_, située à la barrière de Monceaux
+ (vulgairement _Mousseaux_).
+
+ 2º Que pour l'entrée de ce dernier cimetière on a démoli une
+ partie du mur d'enceinte de Paris, et pratiqué sur le boulevard
+ extérieur, vis-à-vis le bâtiment de la barrière, une ouverture,
+ depuis fermée par une grande porte qui existe encore
+ actuellement.
+
+ 3º Et que c'est dans ce lieu qu'ont été portés, le dix mai
+ dix-sept cent quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de MADAME
+ ÉLISABETH, soeur de Sa Majesté Louis XVIII, roi de France.
+
+Trois jours après, l'ancien concierge du cimetière de Monceaux faisait
+devant le même officier public la déclaration suivante:
+
+Par-devant Me Élie DEGUINGAND, notaire royal, à la résidence de
+Monceaux, boulevard extérieur de Paris, en présence des témoins
+ci-après nommés, soussignés,
+
+EST COMPARU,
+
+Étienne-Pierre JOLY, ancien concierge du cimetière de Monceaux, et
+actuellement concierge du cimetière de Montmartre, demeurant aux
+Batignolles, nº 42, commune de Clichy.
+
+Lequel a attesté pour notoriété constante, et comme étant à sa
+parfaite connaissance, les faits ci-après rapportés;
+
+SAVOIR:
+
+ 1º Que, lors de la fermeture du cimetière de la Madeleine de
+ Paris, c'est-à-dire au mois de mars mil sept cent
+ quatre-vingt-quatorze, le gouvernement existant à cette époque
+ s'est emparé, pour le même usage, d'un terrain actuellement
+ dépendant de la maison dite du _Christ_, situé à la barrière de
+ Monceaux (vulgairement Mousseaux);
+
+ 2º Que pour l'entrée de ce dernier cimetière on a démoli une
+ partie du mur d'enceinte de Paris, et pratiqué sur le boulevard
+ extérieur de Paris, vis-à-vis le bâtiment de la barrière, une
+ ouverture, depuis fermée par une grande porte qui existe encore
+ actuellement;
+
+ 3º Que c'est dans ce lieu qu'ont été portés, le dix mai mil sept
+ cent quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de MADAME
+ ÉLISABETH, soeur de S. M. LOUIS XVIII, ROI de France;
+
+ 4º Et enfin que c'est dans ce lieu qu'ont aussi été apportés tous
+ les corps des personnes qui ont été condamnées par le tribunal
+ révolutionnaire, et exécutées sur la place LOUIS XV, depuis le
+ quatre germinal an deux (vingt-quatre mars mil sept cent
+ quatre-vingt-quatorze) jusqu'à la fermeture dudit cimetière.
+
+Desquelles déclarations il a été dressé le présent acte pour servir et
+valoir ce que de raison.
+
+Fait et passé à Monceaux, en l'étude, l'an mil huit cent dix-sept, le
+trois avril, en présence de Jean-Nicolas Couttard, instituteur, et
+Pierre-Augustin Meigneux, commis marchand épicier, demeurant tous deux
+audit Monceaux, témoins instrumentaires requis conformément à la loi,
+et a le comparant signé avec lesdits témoins et ledit Me DEGUINGAND,
+notaire soussigné, après lecture faite de la minute des présentes,
+demeurée à Me DEGUINGAND, notaire soussigné.
+
+En marge de ladite minute est écrit:
+
+Enregistré à Neuilly, le quatre avril mil huit cent dix-sept, folio
+167 recto, case 7. Reçu deux francs vingt centimes. _Signé_ MAUROY.
+
+Délivré ces présentes le cinq avril mil huit cent dix-sept.
+
+ DEGUINGAND.]
+
+Dès le 11 janvier 1817, M. Bélanger, dessinateur ordinaire du cabinet
+et de la chambre du Roi, avait adressé le rapport suivant à M. de
+Pradel, chargé du portefeuille de la maison de Sa Majesté:
+
+«MONSIEUR LE COMTE,
+
+»Le corps de Madame Élisabeth de France a été porté dans une fosse
+commune, près la barrière de Mousseaux, dans un terrain (_intra
+muros_) qui appartient à M. Viger, ancien directeur des fermes. Ce
+domaine contient environ sept arpents, sur lequel il existe deux
+maisons d'habitation séparées l'une de l'autre.
+
+»Dans la même fosse qui contient les restes de cette auguste et
+infortunée princesse, se trouvent réunis ceux des personnes qui ont
+partagé la gloire de son martyre.
+
+»Toute espèce de translation étant impossible, on peut, ainsi que vous
+l'avez sagement proposé, faire de ce local, sans beaucoup de dépense,
+un lieu d'expiation et de recueillement, dont les dispositions,
+d'après les détails du plan que j'ai l'honneur de vous adresser,
+offriraient l'aspect austère d'une enceinte religieuse, où quelque
+petit monument attesterait aux siècles à venir jusqu'à quel excès de
+déraison et de délire peut se porter un peuple quand il brise ses
+institutions sociales et qu'il rompt le joug salutaire des lois de la
+morale et de la religion.
+
+»J'ai rédigé le projet que j'ai l'honneur de vous adresser sur des
+dispositions d'économie. Une enceinte fermée, plantée de cyprès et
+autres arbres convenables à un champ de repos, une pyramide élevée sur
+la fosse, des cyprès mémoratifs avec quelque inscription, une chapelle
+sépulcrale simple dans ses décors, qui offrirait aux habitants de
+Mousseaux, qui n'ont plus d'église pour la célébration de la messe,
+les jours de fêtes et dimanches, un lieu de recueillement.
+
+»Ce domaine offre la disposition avantageuse de deux maisons
+d'habitation, l'une convenable pour l'ecclésiastique qui desservirait
+la chapelle, et l'autre au concierge qui gardera le champ du repos.
+
+»J'estime toute cette dépense, y compris l'acquisition des sept
+arpents de terre, des deux maisons, des embellissements, des
+plantations et de la construction de la chapelle, à trois cent mille
+francs.
+
+»Des détails plus précis donneraient peut-être des résultats plus
+économiques.
+
+»Je m'estimerai heureux si, témoin de tant de profanations politiques
+et sacrées, je pouvais avoir contribué à la décision qui sera
+prononcée à cet égard.
+
+»J'ai l'honneur d'être avec respect, Monsieur le comte, votre
+très-humble et très-obéissant serviteur,
+
+ »BÉLANGER.»
+
+ »Paris, le 11 janvier 1817.»
+
+ * * * * *
+
+De son côté, M. Viger de Jolival avait, le 25 du même mois, tenté près
+des vicaires généraux du diocèse de Paris une démarche ayant pour but
+de les intéresser à la cession qu'il était disposé à faire de sa
+propriété au gouvernement du Roi, et, le 4 février, il écrivait au
+préfet de la Seine relativement au monument à élever à la mémoire de
+Madame Élisabeth. Il crut aussi devoir adresser une requête analogue à
+M. le vicomte de Montmorency[133]. Ni les propositions de M. Bélanger
+ni celles de M. Viger de Jolival ne furent accueillies. Nous dirons
+dans l'Appendice que nous inscrirons à la fin de ce volume, avant les
+Pièces justificatives, les difficultés, pour ainsi dire
+insurmontables, que rencontrèrent les recherches qui furent tentées
+pour arriver à la découverte certaine des restes de Madame Élisabeth.
+M. Lainé, ministre de l'intérieur, sous l'autorité duquel le préfet de
+police avait dirigé ces lamentables travaux, regarda comme un devoir
+de soumettre au Roi les lettres qui en exposaient les détails. Louis
+XVIII, assez peu crédule de sa nature, et pour qui les reliques de
+Louis XVI et de Marie-Antoinette, malgré les actes publics qui en
+établissaient l'authenticité, paraissaient à peine offrir une garantie
+suffisante, donna l'ordre de s'abstenir de recherches qui,
+lorsqu'elles ne sont pas motivées par des indications certaines,
+ressemblent à une profanation: or celles-ci ne pouvaient avoir pour
+résultat qu'une découverte d'ossements douteux. On renonça donc à
+toute pensée d'exhumation.
+
+[Note 133: Se déclarant _propriétaire et gardien depuis vingt-sept ans
+de l'enceinte où repose la dépouille mortelle de Madame Élisabeth,
+clos inaccessible au public, resté inculte et vierge depuis le 10 mai
+1792_, et ayant pour objet _la possibilité de l'érection d'un monument
+à la mémoire de cette princesse_. (Catalogue Laverdet, mai 1857.)]
+
+On avait voulu trop faire et l'on ne fit point assez. La plus simple
+convenance conseillait d'acquérir ce cimetière et d'y ériger un
+monument. On n'en fit rien. M. Viger de Jolival perdit l'espoir de
+céder au gouvernement royal le terrain qui contenait les restes
+d'Élisabeth, de Malesherbes, des fermiers généraux, des présidents du
+Parlement de Paris et d'une multitude de personnages considérables.
+
+Peut-être l'empressement du propriétaire du terrain à en tirer parti
+diminua-t-il la disposition du gouvernement à l'acquérir, parce que
+celui-ci ne vit qu'une spéculation dans une affaire où il y avait des
+considérations d'un ordre supérieur à envisager. Cependant, si
+l'enquête, poursuivie avec tant de soin, n'avait pu donner
+d'indications précises sur les moyens de discerner les reliques de la
+soeur de Louis XVI au milieu de tant de restes, elle avait mis deux
+points hors de doute: la présence des dépouilles mortelles de la
+princesse dans l'_enclos du Christ_, et l'indication de la fosse où
+elles reposent, avec un grand nombre des plus illustres victimes de la
+révolution, et à quelques pas des proscripteurs les plus redoutables
+de cette époque néfaste, couchés dans la paix du même tombeau. Cela
+suffisait pour que l'enclos marqué de tels souvenirs fût conservé
+comme une de ces pages d'histoire qui, respectées au milieu de tous
+les changements, parlent du passé à l'avenir.
+
+Le temps a marché. Peu à peu la spéculation s'est emparée de ces
+terrains. Quelques chétives maisons s'y sont assises, quelques hangars
+s'y sont élevés; mais ceux qui les habitent ou qui les exploitent ne
+se doutent pas de ce qui s'est passé dans ces lieux. La population,
+qui se renouvelle encore plus vite aux abords des barrières qu'au
+centre même de la cité, ignore tellement à quel usage ces terrains ont
+servi, qu'un terrassier ayant trouvé, il y a quelques années, des
+ossements humains en creusant les fondations d'un bâtiment, mille
+conjectures étranges ont occupé l'imagination des habitants de ce
+quartier. Dans ces derniers temps encore, de nouveaux ossements,
+appartenant à des individus des deux sexes, et remontant, d'après les
+examens de la science, à soixante-dix ou soixante-quinze ans, sont
+apparus en grand nombre sous la pioche des ouvriers occupés à des
+fouilles au boulevard de Monceaux. Ces débris, remplissant plusieurs
+tombereaux, ont été transportés aux Catacombes[134].
+
+[Note 134: C'est par erreur qu'un article du _Droit_ du mois de
+juillet 1865, et après lui plusieurs autres journaux, ont prétendu que
+«cet emplacement faisait autrefois partie du cimetière de la Madeleine
+de la Ville-l'Évêque, où avaient été déposés les corps de Louis XVI et
+de Marie-Antoinette, ainsi que ceux des victimes de la Terreur.» Il y
+avait loin du cimetière de la Madeleine au cimetière de Monceaux. B.]
+
+Ainsi donc, si Madame Élisabeth avait mis tous ses soins à fuir
+l'ostentation pendant sa vie, Dieu a voulu lui ménager jusque dans la
+mort l'obscurité qu'elle avait aimée.
+
+ * * * * *
+
+Madame, après avoir prêché l'humilité devant l'échafaud, vous vous y
+êtes humblement offerte. Vos dépouilles ont été, avec les dépouilles
+de tous vos compagnons funèbres, enfouies pêle-mêle dans la terre, et
+pas une pierre n'en marquera même la place!
+
+Mais les haines qui vous ont persécutée sont éteintes: les calomnies
+qui s'étaient dressées contre vous se sont dissipées comme ces nuées
+qu'amasse un jour d'orage, et que le vent emporte, en détruisant
+l'obstacle passager qui empêchait la terre de jouir de la lumière du
+soleil, dont l'éclat, invisible un moment aux regards des hommes, n'a
+pas cessé de rayonner dans le ciel. C'est l'image de votre sublime
+vertu méconnue un jour sur la terre, toujours connue du regard de
+Dieu.
+
+Vous aviez ému et attendri le monde par l'onction de votre parole.
+Aujourd'hui vous le tiendrez et plus ému et plus attendri encore par
+la douceur de votre souvenir; car vous avez parlé plus haut dans votre
+mort que dans votre vie.
+
+Cédant à une inspiration venue de notre coeur, et soutenu dans notre
+tâche par le culte que nous vous avions voué, nous avons consacré de
+longues journées à rassembler quelques nouveaux détails sur votre
+personne; nous les avons enregistrés dans ce livre avec conscience,
+avec respect; et bien souvent des larmes sont venues obscurcir notre
+vue et arrêter notre plume, en vous surprenant si sévère pour
+vous-même, si soumise aux volontés de Dieu, qui devenaient les vôtres,
+si miséricordieuse envers les faibles, si bonne pour vos amies, si
+généreuse envers vos ennemis, et si douce envers la mort. Mais je ne
+veux plus parler de vous avec ce chagrin amer qui convient mal à
+l'admiration de l'angélique sérénité de votre grande âme; j'ai été à
+la peine en racontant votre martyre, je suis maintenant au triomphe:
+je me reprocherais ma douleur comme une impiété, ne voulant plus voir
+dans votre mort que votre triomphe éternel.
+
+Par une rencontre où nous aimons mieux voir le doigt de la Providence
+qu'un concours de circonstances tout fortuit, la révolution sembla
+exécuter, après votre mort, les ordres que vous-même eussiez donnés,
+si vous eussiez cru pouvoir commander, et devoir être obéie. Les
+vêtements dont vous étiez couverte à votre dernière heure furent
+portés dans un hospice pour servir aux pauvres et aux malades, ces
+membres souffrants de Notre-Seigneur, que vous secouriez pendant votre
+vie; votre maison de Montreuil, que vous aviez tant aimée, garda le
+nom de maison Élisabeth et fut destinée à devenir un hôtel-Dieu;
+enfin, le champ du Christ reçut votre corps, tandis que votre âme
+montait au ciel.
+
+Mais ce n'est point à nous qu'il appartient de vous honorer dignement.
+Sans chercher à devancer le cours des âges, il nous est permis de
+prévoir qu'un hommage bien autrement éclatant sera rendu un jour à
+votre mémoire: il est une autorité sacrée, qui, comme Dieu, n'oublie
+pas les âmes qui sortent victorieuses du siècle, par la simplicité
+dans le courage, par l'humilité dans la vertu, par la candeur dans
+l'héroïsme. Un jour viendra, nous le croyons, où, d'après les
+souvenirs et les témoignages des événements et des hommes, l'Église
+inscrira le nom d'Élisabeth dans ces impérissables légendes où les
+générations chrétiennes vont chercher leurs protecteurs et leurs
+modèles.
+
+
+
+
+APPENDICE.
+
+DOCUMENTS CONCERNANT LES RECHERCHES
+
+QUI ONT ÉTÉ FAITES AUX MOIS DE MARS, D'AVRIL ET DE MAI
+
+POUR RETROUVER ET CONSTATER
+
+LES RESTES DE MADAME ÉLISABETH.
+
+
+Le 22 mars, le ministre de l'intérieur (M. Lainé), en adressant au
+préfet de la Seine (M. de Chabrol) une lettre de M. Viger de Jolival,
+ancien directeur des fermes, lui demandait des renseignements sur
+l'inhumation de Madame Élisabeth.
+
+Cette lettre et cette note furent transmises par le préfet de la
+Seine, en ces termes, au préfet de police:
+
+«M. le comte de Chabrol a l'honneur de transmettre confidentiellement
+à son collègue M. le comte Anglès une note accompagnée d'une lettre à
+la date du 22 mars qu'il vient de recevoir de S. Exc. le ministre de
+l'intérieur, et à laquelle M. le comte Anglès a sans doute plus de
+moyens que lui de répondre d'une manière positive; il le prie de
+vouloir bien réunir tous les renseignements qui peuvent répondre aux
+vues du ministre.
+
+»Il le prie d'agréer l'assurance de sa haute considération.
+
+ »Paris, le 24 mars 1817.»
+
+ * * * * *
+
+Un scrupule administratif occupa les bureaux de la police. Était-il
+dans les convenances que le préfet de police fût mis en action par le
+préfet de la Seine pour une opération dont ce dernier avait été
+chargé confidentiellement par le ministre?
+
+Interrogé sur cette question, un chef de bureau de la préfecture de
+police répondait à M. le comte Anglès:
+
+ «25 mars 1817.
+
+»En proposant à Son Excellence le projet de lettre ci-joint pour le
+ministre de l'intérieur, au sujet des communications de M. le préfet
+du département (reconnaissance du lieu d'inhumation des restes de
+_Madame Élisabeth_), on a l'honneur de lui faire part d'un scrupule
+naturel: le ministre de l'intérieur sera-t-il ou non dans le cas de se
+formaliser d'une communication faite par M. le préfet de la Seine de
+pièces qui lui avaient été adressées à lui seul, et de voir, hors des
+convenances peut-être, M. le préfet de police mis en action par M. le
+préfet de la Seine pour une opération dont ce dernier avait été chargé
+directement et particulièrement par le ministre?
+
+»Le ministre n'a rien transmis, rien demandé à M. le préfet de police;
+ce n'est pas non plus de la part du ministre que M. le préfet du
+département laisse à M. le préfet de police à suivre une opération
+dont il a recueilli et transmis les premiers éléments à S. Exc. le
+ministre de l'intérieur, qui ne les avait demandés qu'à lui, préfet du
+département, et confidentiellement.
+
+»M. le préfet de police n'a-t-il pas à craindre de commettre M. le
+préfet du département avec le ministre par une lettre qui n'est point
+provoquée?
+
+»A considérer la démarcation naturelle des attributions des autorités,
+il semble qu'il y a inconvénient et irrégularité dans la marche
+actuelle de cette affaire; peut-être, pour la suite qu'elle doit avoir
+conformément aux intentions du Roi, prendrait-elle une direction
+claire plutôt des instructions que Son Excellence prendrait
+directement du ministre, que par la voie d'une correspondance dont il
+peut être ou mécontent ou surpris.
+
+ »BOUCHER.»
+
+ * * * * *
+
+La lettre suivante, formulée par M. Boucher, fut adoptée et adressée
+par le ministre d'État, préfet de police, à M. le ministre de
+l'intérieur.
+
+ «25 mars 1817.
+
+»MONSEIGNEUR,
+
+»M. le préfet du département de la Seine m'a transmis
+confidentiellement une lettre que Votre Excellence lui a écrite le 22
+de ce mois pour lui demander les renseignements qu'il pourrait se
+procurer sur l'époque et le lieu de l'inhumation des restes de _Madame
+Élisabeth_.
+
+»Je vois par une note transmise à M. le préfet du département par
+Votre Excellence, et dont il me donne également communication, que M.
+le préfet lui avait adressé déjà des renseignements qu'il avait
+obtenus du sieur Viger de Jolival, propriétaire du terrain où
+l'inhumation avait eu lieu, ainsi que le plan descriptif de la
+propriété avec un aperçu du monument; mais que ces documents ne
+satisfaisaient point Votre Excellence sur la question essentielle,
+celle de l'authenticité.
+
+»M. le préfet du département fonde la communication qu'il me fait par
+une note en date d'hier sur la présomption que j'aurais plus de moyens
+que lui de répondre aux vues de Votre Excellence.
+
+»Comme je n'ai aucune connaissance de ce qui a été fait à cet égard
+dans le principe, et que les premiers renseignements recueillis par M.
+le préfet du département sont entre les mains de Son Excellence, je ne
+puis que la prier de vouloir bien me faire connaître si son intention
+serait que je fisse des recherches et une enquête pour obtenir des
+informations plus positives.
+
+»Dans ce cas, il me serait nécessaire d'avoir toutes les notions
+antérieures qui sont parvenues à Votre Excellence et à M. le préfet du
+département.
+
+»J'ai l'honneur, etc., etc.»
+
+ * * * * *
+
+M. le vicomte Lainé répondit:
+
+ «Paris, le 31 mars 1817.
+
+»Monsieur le comte, M. Viger de Jolival, propriétaire de la maison
+dite du Christ, barrière de Mousseaux, et d'un terrain en dépendant, a
+déclaré que S. A. R. Madame Élisabeth avait été inhumée dans ce
+terrain.
+
+»Le Roi m'a ordonné de faire à ce sujet toutes les recherches
+convenables.
+
+»Je vous serai obligé de me communiquer tous les renseignements que
+vous pourrez vous procurer pour constater ce fait d'une manière
+indubitable et pour faire reconnaître les cendres de Madame Élisabeth,
+que l'on dit avoir été ensevelie en même temps que plusieurs autres
+personnes. Ce doit être là le but des recherches, afin que la
+translation à Saint-Denis puisse être opérée, suivant le degré de
+certitude qui aura été acquis.
+
+»J'ai l'honneur d'être, etc.
+
+ »_Le ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur,_
+
+ »LAINÉ.»
+
+ * * * * *
+
+Cette lettre étant demeurée sans réponse, le ministre de l'intérieur
+en fit le rappel au préfet de police le 18 avril, en ajoutant: «Je
+vous prie de me répondre sur cette demande le plus tôt possible.»
+
+De son côté, M. de Giry, administrateur des affaires ecclésiastiques
+au ministère de l'intérieur, avait, dès le 1er avril, écrit
+officieusement à M. Anglès:
+
+ «Paris, le [1er avril] 1817.
+
+»Voici ce qui est arrivé au sujet des recherches à faire pour
+constater tout ce qui peut avoir trait aux cendres de Madame
+Élisabeth.
+
+»Le ministre me remit, il y a quelques jours, une note portant que M.
+Viger de Jolival, propriétaire d'une maison dite du Christ et jardin
+en dépendant, barrière de Mousseaux, avait fourni à _M. le préfet de
+la Seine_ et à MM. les vicaires généraux des renseignements et un
+projet sur un monument à élever en l'honneur de Madame Élisabeth sur
+le terrain même, après acquisition faite (par la ville de Paris).
+
+»Je finissais le travail ordinaire; le ministre, en me remettant la
+note, qui m'était alors inconnue, n'ajouta que ces mots: «Voyez tout
+ce que l'on peut faire.»
+
+»Averti par la lecture qu'il y avait des antécédents, je me les fis
+remettre. Ils étaient déjà parvenus, avec envoi de M. le préfet, dans
+un bureau qui avait traité sous le rapport d'acquisition (160,000 fr.)
+et de monument. Que pourrait-on faire si l'on n'y mettait encore
+autant et plus, et puis des gardiens dans ce quartier isolé, et puis
+un service journalier, etc.? J'entrevis _quatre à cinq cent mille
+francs_ de dépense.
+
+»J'arrivai au travail avec deux lettres: une aux vicaires généraux
+pour avoir tout ce qui leur avait été communiqué; l'autre est celle
+que M. le comte de Chabrol a renvoyée à M. le comte Anglès. L'avis
+joint était de ma façon, parce que je craignais que M. le préfet ne
+suivît la chose dans le sens du premier projet, et qu'il me paraissait
+qu'on ne pouvait trop appuyer sur la nécessité de _constater_ les
+cendres, de les distinguer et de les transférer alors à Saint-Denis,
+plutôt que de s'arrêter à tout autre plan d'exécution imparfaite et
+dispendieuse.
+
+»Je ne songeai pas dans le moment au préfet de police; le ministre n'y
+songea pas davantage; mais hier, averti ou mieux avisé, il a écrit à
+M. le préfet de police. La lettre, soumise aux formalités du départ,
+se sera croisée.
+
+»Il paraît que l'idée de translation à Saint-Denis, dans le cas où
+l'on réussirait à distinguer les cendres de Madame Élisabeth, est
+conforme à l'intention du Roi.
+
+»Il paraît encore que l'intérêt du propriétaire, déjà bercé de l'idée
+de vendre, pourra rendre la vérification plus difficile. Ce n'est pas
+le cas de parler d'adresse et d'habileté au ministre préfet qui veille
+sur Paris.
+
+»Au surplus, j'ai parlé ce matin à M. Lainé de la question que vous
+m'avez adressée, mon très-honoré et très-cher ministre, et je lui en
+ai parlé comme je devais le faire, et de manière à remplir votre
+commission en entier. Je puis donc vous assurer que l'énoncé de la
+note Jolival, portant que le préfet de la Seine et les vicaires
+généraux de Paris avaient ses premiers renseignements, a été (sans
+autre réflexion) la cause que l'on s'est adressé à cet administrateur
+et à MM. les vicaires généraux.
+
+»Quant aux antécédents, ils sont uniquement relatifs à la dépense à
+mettre à la charge de la ville de Paris. Ils s'étaient passés entre M.
+le préfet et M. le sous-secrétaire d'État en dernier lieu.
+
+»Enfin M. Lainé se défend même d'avoir coopéré à ce qui regarde les
+restes de Molière et de la Fontaine. Il m'a répondu qu'au surplus cela
+avait dû être traité comme objet d'art. M'a-t-il bien ou mal entendu?
+
+»Je n'ai pas voulu insister.
+
+»Mais, j'ose vous le répéter, quoique sans doute la chose soit
+superflue, s'il est reconnu qu'acheter et bâtir serait intempestif,
+que transférer à Saint-Denis serait dans les voeux du Roi, il y aura
+des précautions à prendre pour éluder l'intérêt du propriétaire.
+
+»J'écris de chez moi, les affaires courantes ne me l'ayant pas permis
+dans la journée. Pardon de la prolixité, mais les enfants et les
+grands me détournent également. Demain j'aurai l'honneur de vous
+envoyer le dossier entier.
+
+»Veuillez agréer mon respectueux et profond dévouement,
+
+ »DE GIRY.»
+
+ * * * * *
+
+Le préfet de police autorisa M. de Chanay, chef de la première
+division, à prendre lui-même dans l'enclos du Christ des
+renseignements sur le lieu de l'inhumation du corps de Madame
+Élisabeth.
+
+ «Paris, 18 avril 1817.
+
+»Le ministre d'État, préfet de police, autorisons le sieur de Chanay,
+chef de la première division des bureaux de notre préfecture, à se
+transporter à la barrière de Mousseaux, où est située la maison dite
+du Christ, appartenant à M. Viger de Jolival, et à visiter l'enclos de
+ladite maison, à l'effet de reconnaître les lieux et d'y prendre des
+renseignements sur le lieu de l'inhumation du corps de S. A. R. Madame
+Élisabeth, soeur du Roi, et d'y recevoir en forme la déclaration du
+sieur Joly, ancien concierge de ce local, aujourd'hui concierge du
+cimetière Montmartre, qui sera invité à s'y rendre pour le même
+objet.--Ledit chef de division se fera assister, s'il le juge
+nécessaire, du commissaire de police du quartier du Roule et d'un
+officier de paix, afin de pouvoir faire sur les lieux toutes les
+observations demandées et y recevoir toutes les déclarations qui
+pourraient fournir d'utiles renseignements.
+
+ »_Le ministre d'État, préfet de police,_
+
+ »Comte ANGLÈS.»
+
+ * * * * *
+
+Le 21 avril, M. Boucher, chef de bureau à la préfecture de police,
+soumettait à son chef le rapport suivant:
+
+ «21 avril 1817.
+
+»On a l'honneur de rendre compte à Son Excellence du résultat des
+premières démarches qui ont été faites pour parvenir à des
+renseignements positifs sur la sépulture _distincte_ des restes de Son
+Altesse Royale Madame Élisabeth, soeur du Roi Louis XVI.
+
+»M. de Giry, qui dirige l'administration des affaires ecclésiastiques
+au ministère de l'intérieur, avait expliqué dans une lettre
+particulière à Son Excellence la raison pour laquelle les premières
+communications avaient été faites au département de la Seine. L'enclos
+connu sous le nom de la _maison du Christ_, barrière de Mousseaux,
+dans lequel les dépouilles mortelles de Madame Élisabeth ont été
+déposées avec les restes de beaucoup d'autres victimes des fureurs
+révolutionnaires, est une propriété à M. Viger de Jolival, qui offrait
+de la vendre.
+
+»M. de Giry avait annoncé à Son Excellence l'envoi prochain de pièces
+essentielles pour suivre cette affaire, et qu'il veut bien confier
+aujourd'hui. Ces pièces et les renseignements que j'ai recueillis
+conduiront-ils au but désiré, la connaissance positive de la sépulture
+de Madame Élisabeth, assez positive enfin pour qu'il y fait un moyen
+de la _constater_? On le dit à regret à Son Excellence, on ne le croit
+pas. M. Viger de Jolival le faisait déjà bien entrevoir dans une
+lettre qu'il écrivait à MM. les vicaires généraux au mois de février
+dernier; la phrase est précise: «C'est donc à vous, Messieurs, leur
+dit-il, qu'il appartient de faire connaître publiquement le lieu où
+reposent (mêlés, il est vrai, avec ceux de beaucoup de victimes moins
+illustres, mais non moins innocentes) les restes infortunés de la
+soeur du bon Roi Louis XVI.»
+
+»D'après les intentions de S. Exc. le ministre de l'intérieur, MM. les
+vicaires généraux s'étaient empressés de recueillir des renseignements
+de M. Desclozeaux et de M. Bélanger, architecte, indépendamment de
+ceux qu'ils avaient eus de M. Viger de Jolival.
+
+»Le certificat de M. Desclozeaux ne fait connaître autre chose sinon
+que les restes de Madame Élisabeth ont bien été déposés dans l'enclos
+du Christ, à Mousseaux, et non au cimetière de la rue d'Anjou, comme
+aurait pu le faire croire une liste imprimée des victimes du tribunal
+révolutionnaire.
+
+»Une lettre adressée par M. Bélanger à MM. les vicaires généraux fait
+également présumer qu'il n'y aurait aucun moyen de distinguer les
+restes de Madame Élisabeth, et que toutes les victimes de ce temps
+affreux ont été confondues dans une même fosse.
+
+»M. Bélanger ne parle que _du lieu où gît la fosse_ et du monument
+expiatoire qu'on pourrait élever au-dessus, en forme de pyramide, dont
+il donna le dessin.
+
+»Enfin MM. les vicaires généraux, dans une lettre qu'ils écrivirent au
+ministre de l'intérieur le 26 mars 1817, en lui transmettant ces
+pièces avec quelques autres, firent bien entrevoir la difficulté qu'il
+y aurait de parvenir à séparer les cendres de Madame Élisabeth, qui
+ont été confondues avec celles de tant d'autres victimes. Et M.
+Jalabert, que j'ai eu l'avantage de voir ce matin, n'a pas dissimulé
+qu'il regardait la chose comme impossible; aussi le voeu de MM. les
+vicaires généraux se bornait-il à l'érection d'un monument et d'une
+chapelle expiatoire[135]. M. de Giry m'avait conseillé une démarche
+auprès de M. Desclozeaux, dont la mort ne lui était plus sans doute
+revenue à la mémoire; mais je n'en ai pas moins recueilli de mesdames
+Desclozeaux des détails dont elles avaient été informées comme leur
+père. Il en résulterait que bien avant le 10 mai 1794, jour où périt
+Madame Élisabeth, c'est-à-dire depuis la fin de mars, nombre de
+victimes avaient déjà été précipitées dans une grande fosse, où l'on
+entassait les corps sans ménagement comme sans distinction; que le 10
+mai les vingt-cinq victimes avaient été transportées dans un même
+panier; que depuis ce jour jusqu'à la fin de juin, et sans
+discontinuité dans ce laps de temps, d'autres victimes ont été
+entassées par douzaines dans ce même endroit; que la gaieté
+sanguinaire, la férocité, la monstruosité des êtres qui recevaient les
+corps et faisaient le service de la fosse sont au-dessus de toute
+expression, au point qu'il aurait été fort dangereux d'annoncer
+quelque sensibilité à leurs yeux et de vouloir se livrer à quelque
+devoir d'humanité ou de pitié.
+
+»En un mot, d'après tout ce que les dames Desclozeaux ont su de leur
+père, le projet de parvenir à distinguer les restes de Madame
+Élisabeth dans le mélange de tant de restes ne pourrait jamais
+conduire à un résultat; en un mot, il serait impossible d'en venir à
+_constater_, premier point cependant pour remplir les intentions de Sa
+Majesté.
+
+»Néanmoins il se peut qu'on ait, en termes vagues, donné le nom de
+fosse à un endroit spacieux jusqu'à un certain point, s'il faut s'en
+rapporter au devis estimatif que M. de Jolival a donné de sa
+propriété. Il y est dit que sur dix-neuf cent trente et une toises
+_quarrées_, six cents ont servi aux inhumations. Une inspection du
+terrain deviendrait donc absolument nécessaire pour qu'on put émettre
+une dernière opinion.
+
+»On ne pouvait se permettre de se présenter sans mission et sans
+instructions ni auprès de M. de Jolival ni dans sa propriété. M. de
+Giry a fait entendre à Son Excellence qu'il fallait quelque adresse
+pour une communication à ce propriétaire, qui avait calculé d'avance
+le prix d'une vente, et qui comptait sur l'emploi de son terrain pour
+un monument distingué, surtout M. de Jolival ignorant les intentions
+de Sa Majesté pour qu'il soit fait un transport à Saint-Denis des
+restes de Madame Élisabeth, dispositions, on le sent, qui dérangent
+tous les calculs du propriétaire.
+
+»Il n'y a qu'un ordre de Son Excellence, et un ordre dont les motifs
+ne seraient pas donnés, qui puisse faciliter l'accès dans le terrain;
+peut-être est-ce au propriétaire lui-même qu'il faudrait ensuite
+l'exhiber, à moins que Son Excellence ne pensât que, vu l'urgence, il
+pût être seulement exhibé au concierge ou portier de la maison. Ce
+dernier passe pour connaître assez bien la disposition des lieux.
+
+»L'assistance d'un commissaire de police serait-elle alors nécessaire
+pour qu'il pût verbaliser au besoin? C'est une question que Son
+Excellence est priée de résoudre; mais, au surplus, peut-être ne
+serait-il pas inutile que la personne qui ira visiter le terrain soit
+accompagnée d'un architecte.
+
+»A moins que Son Excellence ne préfère une autre mesure, qui serait
+d'obtenir tous les documents préliminaires par voie secrète et par une
+entremise ménagée auprès du concierge.
+
+»Son Excellence écrirait au ministre de l'intérieur pour lui faire
+connaître que les démarches ont été faites pour obtenir les premiers
+résultats sans lesquels il serait impossible que les intentions de Sa
+Majesté fussent remplies, mais que ce qu'on a pu recueillir de
+renseignements jusqu'à ce moment ne laisse malheureusement entrevoir
+aucun succès; qu'aussitôt qu'on en aura complétement acquis la
+certitude, on s'empressera de l'en informer.
+
+ »BOUCHER.»
+
+[Note 135: MM. les vicaires généraux ont cherché à connaître et à
+retrouver ceux d'entre les ecclésiastiques qui, par pitié comme par
+humanité, suivaient discrètement, encourageaient, consolaient,
+exhortaient des yeux les victimes qu'on traînait à la mort par
+vingtaine et trentaine à la fois, afin de savoir si quelqu'un de ces
+prêtres bienfaisants n'aurait pas quelques lumières à donner sur la
+sépulture de Madame Élisabeth. M. de Sambucy est jusqu'à présent le
+seul qu'ils aient pu découvrir. Mais M. de Sambucy n'a suivi les
+victimes ce jour-là que jusqu'à la place où elles ont été frappées; il
+se rappelle des circonstances de leur supplice, et notamment de celui
+de Madame Élisabeth, qui fut réservée pour la dernière et avait dû
+voir périr conséquemment dix-huit personnes avant elle, suivant M. de
+Sambucy, et vingt-quatre suivant ce qu'ont assuré les dames
+Desclozeaux[135-A]. Sur d'autres indications, MM. les vicaires
+généraux doivent voir encore deux ecclésiastiques, et donner
+connaissance demain au ministre de l'intérieur de ce qu'ils auraient
+pu apprendre.]
+
+[Note 135-A: Il est de notre devoir de rectifier cette note sur deux
+points: 1º Ni M. de Sambucy ni mesdames Desclozeaux n'étaient dans le
+vrai: la fournée du 21 floréal an II (10 mai 1794) se composait de
+vingt-cinq personnes qui toutes, sans exception, furent condamnées à
+mort. Madame Mégret de Sérilly, quoiqu'elle se crût enceinte, ne
+réclama point. Madame Élisabeth, nous l'avons dit plus haut, avertie
+de l'état de cette malheureuse femme, le dénonça au tribunal, qui fit
+suspendre pour elle l'exécution du jugement. Donc le nombre exact des
+victimes de cette journée était de vingt-quatre. 2º Je m'étonne que
+MM. les vicaires généraux n'aient point cité le nom du respectable
+Père Carrichon à côté de celui de M. de Sambucy. Le lecteur trouvera,
+au nº XII des documents mis à la fin de ce volume, un témoignage
+éclatant du dévouement de ce digne prêtre.]
+
+ * * * * *
+
+Sur les données de ce rapport, approuvé par le comte Anglés, la lettre
+suivante fut rédigée et envoyée au ministre:
+
+ «22 avril 1817.
+
+»MONSEIGNEUR,
+
+»Votre Excellence, sur la déclaration de M. Viger de Jolival,
+propriétaire d'une maison dite du Christ, près la barrière de
+Mousseaux, que S. A. R. Madame Élisabeth, soeur du Roi Louis XVI,
+avait été inhumée dans ce terrain, m'a chargé de faire les recherches
+nécessaires pour parvenir à constater le fait d'une manière
+indubitable, afin que les cendres de cette princesse pussent être
+transférées à Saint-Denis suivant les intentions du Roi.
+
+»J'ai fait prendre à cet égard tous les renseignements sur
+l'exactitude desquels on dût compter. Ils s'accordent bien sur la
+notoriété de l'inhumation de Madame Élisabeth au terrain dont il
+s'agit; mais, d'après tous les détails que j'ai recueillis jusqu'à ce
+moment, j'entrevois les plus grands obstacles à faire reconnaître les
+cendres de cette princesse, qui paraissent se trouver confondues avec
+celles du grand nombre de victimes déposées dans le temps en ce même
+lieu sans aucune distinction. Je crains en conséquence, Monseigneur,
+qu'il me soit impossible d'en venir à _constater_ d'abord le lieu
+positif de l'inhumation, et encore moins ensuite l'identité des
+cendres, deux points également importants. Il me paraît que MM. les
+vicaires généraux, dans les indications qu'ils cherchent à se procurer
+de leur côté, ne conçoivent pas plus d'espérance que moi, et ils se
+proposent d'écrire à ce sujet à Votre Excellence.
+
+»Cependant je fais continuer les démarches et les recherches avec le
+plus grand soin, et je m'empresserai d'informer Votre Excellence de
+leur résultat.
+
+»J'ai l'honneur, etc.
+
+ »_Le ministre d'État_, etc.»
+
+ * * * * *
+
+Pendant que les premiers magistrats de la cité réunissaient leurs
+efforts pour découvrir le lieu de la sépulture d'Élisabeth,
+l'archiviste Peuchet, occupé du même objet, confessait de son côté son
+impuissance; mais ses regrets se voilaient aussitôt d'une pieuse
+consolation. «Si ses restes nous échappent, dit-il dans un billet à
+cette date du 22 avril, nous avons d'elle un exemple parfait à suivre
+de piété, de grandeur et de résignation sublime.»
+
+Deux jours après, l'officier de paix Burger adressait à la préfecture
+de police le résultat de sa visite au cimetière de Monceaux.
+
+ «Ce 24 avril 1817.
+
+_»Rapport particulier sur la sépulture de Madame Élisabeth._
+
+»Je me suis transporté hier matin à la barrière de Mousseaux, près de
+laquelle est située la maison dite du Christ, appartenant à M. Viger
+de Jolival. Dans l'enclos de cette propriété se trouve un terrain de
+la forme d'un triangle équilatéral d'une petite dimension; c'est dans
+ce lieu que reposent les restes de cette princesse, avec une grande
+quantité d'autres victimes.
+
+»Le concierge de cette maison s'est d'abord refusé d'acquiescer à la
+demande que je lui fis de visiter le cimetière, sous prétexte que son
+maître a recommandé de ne laisser pénétrer en ces lieux d'autres
+personnes que celles munies de cartes; cependant il ne tint pas contre
+l'offre d'une récompense, et j'obtins ainsi la permission de m'y
+promener.
+
+»J'entrai par la porte D et traversai la cour; de là le concierge me
+conduisit directement au cimetière par la porte I, la seule qui
+communique maintenant avec ce lieu funèbre. Ce terrain est inculte et
+sauvage; il n'a point été travaillé depuis l'époque fatale où il
+servit de sépulture; seulement une seule fois le concierge
+d'aujourd'hui, en fouillant prés de la porte C, trouva un squelette
+qu'il enterra aussitôt.
+
+»Non loin de l'entrée du jardin, à l'endroit indiqué H, le terrain
+s'est affaissé d'environ deux pieds; toutes les années il baisse
+davantage: c'est là que, d'après le dire de tout le monde, repose
+l'infortunée princesse, avec une quantité d'autres victimes. Cette
+fosse, puisque c'en était une, avait à sa base comme à la superficie
+une étendue de trois toises carrées dans tous les sens et dix-huit à
+vingt pieds de profondeur.
+
+»Le concierge me fit remarquer un tertre de gazon, G, sur lequel est
+une pierre avec cette inscription: _Madame Élisabeth_; je lui demandai
+s'il était bien sûr que ce fût effectivement l'endroit où avait été
+déposée la princesse; que j'avais lu qu'elle avait été malheureusement
+confondue avec les autres victimes de la journée du 10 mai. «Le
+fossoyeur, qui existe encore, répliqua-t-il, a eu soin de distinguer
+ces restes précieux; cela est tellement vrai que l'exhumation doit
+avoir lieu le 10 mai prochain et le transport du corps être fait à
+Saint-Denis.» Je vis bien que mon conducteur était peu informé, et je
+le jugeai surtout lorsqu'il m'assura avec la même croyance qu'à la
+fosse H était enterré M. le duc d'Orléans. Je lui demandai encore
+depuis combien de temps il servait M. Viger: il m'a dit cinq ans. Je
+le quittai après lui avoir préalablement fait donner l'adresse du
+fossoyeur en question; il m'indiqua M. Joly, concierge du cimetière de
+Montmartre. Je m'y rendis sur-le-champ, j'eus le bonheur de le
+rencontrer. Cet homme reçut d'abord mes ouvertures avec défiance et
+retenue; je m'efforçai de lui inspirer des sentiments plus favorables,
+en lui persuadant que c'est le gouvernement, justement impatient de
+savoir si l'on pouvait espérer un résultat satisfaisant, qui avait
+ordonné une enquête. M. Joly m'annonça que c'est lui qui, au péril de
+sa vie, avait mis le Roi dans un cercueil, dans le temps qu'il
+exerçait le même emploi au cimetière de la Madeleine; que, transféré
+de là à Mousseaux, il a enterré, le 10 mai 1794, Madame Élisabeth
+avec vingt à vingt-cinq personnes, tant hommes que femmes, et qu'elles
+ont toutes été enfermées dans la même fosse (H). Je lui demandai s'il
+n'y avait pas d'autres témoins de l'enterrement; il dit que hors le
+charretier, qui est mort, et un commissaire de police dont il ignore
+le sort, personne autre n'était présent. Je questionnai M. Joly sur
+diverses circonstances qui ont accompagné cette inhumation et les
+indices qui pourraient aider nos recherches; il me donna les détails
+suivants: le 10 mai dans l'après-midi, une charrette conduisit par la
+porte F les corps de vingt à vingt-cinq malheureux, les têtes toutes
+ensemble dans un panier et les corps pèle-mèle dans un autre. M. Joly
+apprit du charretier que Madame Élisabeth était du nombre des
+victimes. Avant de les jeter dans la fosse (qui ne contenait encore
+aucun cadavre), on dépouilla les corps de leurs vêtements, bijoux ou
+autres marques, et ils furent ainsi ensevelis ensemble, sans
+distinction, et recouverts seulement de trois pieds de terre. Ainsi il
+n'est pas permis d'espérer qu'un signe quelconque puisse aider à
+découvrir l'objet des recherches. Cependant M. Joly, qui seul peut
+donner des renseignements positifs, n'a point paru m'avoir fait une
+entière confidence de ce qu'il sait; et, tout en avouant que la chose
+était bien difficile, il ne détruit pas l'espoir de trouver le corps.
+Il pourrait se faire qu'ayant mis tant de zèle et de dévouement à
+conserver les restes précieux du Roi martyr, il ait rangé le corps de
+Madame Élisabeth de manière à le retrouver lorsque le temps et les
+circonstances le permettraient. Quoi qu'il en soit, M. Joly m'a promis
+de venir chez moi samedi prochain pour m'entretenir de cette affaire
+et nous aider, s'il est possible, pour le succès de cette pieuse
+entreprise.
+
+ »BURGER.»
+
+ * * * * *
+
+Ce récit de Burger, suivi de près d'une nouvelle lettre du ministère
+de l'intérieur, échauffa le zèle préfectoral.
+
+ «Paris, le 26 avril 1817.
+
+»Monsieur le comte, en me prévenant que vos premières démarches pour
+constater l'identité des cendres de S. A. R. Madame Élisabeth, soeur
+du Roi, vous laissent peu d'espoir de réussir, vous m'annoncez que
+vous avez ordonné de nouvelles recherches dont vous me communiquerez
+le résultat.
+
+»Cet objet tient aux affections les plus chères de Sa Majesté et
+appartient à l'histoire. Il est donc convenable qu'il reste au moins
+des témoignages irrécusables que rien n'a été négligé pour arriver au
+plus haut degré de certitude.
+
+»Je vous serai obligé, en conséquence, lorsque vous croirez avoir
+épuisé tous les moyens d'y parvenir, de m'adresser un rapport
+circonstancié des informations prises et des témoignages recueillis.
+
+»J'ai l'honneur, etc.
+
+»_Le ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur,_
+
+ »LAINÉ.»
+
+ * * * * *
+
+Je prie M. de Chanay de recevoir en forme la déclaration du sieur Joly
+et de donner suite à son projet de visiter ce terrain.
+
+ (_Note de M. Anglés._) B.
+
+ * * * * *
+
+Au rapport de Burger, qui laissait entrevoir non pas la probabilité,
+mais la possibilité du succès; à cette lettre du ministre, qui au nom
+du Roi lui-même encourageait l'entreprise, se joignirent les
+dépositions de l'ancien concierge de Monceaux qui permettaient de
+concevoir quelque espérance. Voici dans quels termes M. de Chanay,
+chargé par son chef d'intervenir dans cette affaire, rendait compte au
+préfet du premier interrogatoire qu'il fit subir au sieur Joly:
+
+«_Rapport particulier._
+
+»J'ai entendu le concierge Joly. Cet homme paraît sage et de
+très-bonne foi; il est assuré que le corps de Madame Élisabeth de
+France est dans le lieu qu'il indique. Il sait même comment le corps a
+été placé et dans quelle direction; mais il est à une grande
+profondeur, et une quantité de corps ont été rangés par couches dans
+cette même fosse, que le sieur Joly estime avoir été creusée sur une
+largeur de douze pieds et autant en longueur. La nudité absolue de
+tous les corps ôte tout espoir de retrouver des signes qui puissent
+les faire reconnaître.
+
+»La seule indication de M. Joly qui pût conduire à un résultat, c'est
+qu'il assure que dans la couche où a été placé le corps de Son Altesse
+Royale, il n'y a eu de placés _que des corps masculins_. Si cela était
+bien certain, il se présenterait sans doute de grandes difficultés
+pour parvenir à cette couche; mais enfin ce succès ne semblerait pas
+impossible en y employant du temps, des soins, des précautions et peu
+de monde, et en suivant les indications du sieur Joly assisté d'un
+commissaire spécialement désigné.
+
+»Mais dans tous les cas, soit qu'on ne juge pas à propos de faire
+cette recherche difficile, soit qu'on se borne à vouloir faire
+reconnaître l'emplacement exact de la fosse où cette précieuse victime
+a été placée, il semble qu'il serait convenable de constater la
+dimension de cette fosse et sa situation tandis que le sieur Joly est
+vivant et disposé à donner tous les renseignements que sa mémoire lui
+fournit.
+
+»Il est même probable que la vue des lieux lui rappellerait quelques
+détails qui, s'ils n'étaient pas utiles pour retrouver les restes de
+l'auguste princesse, seraient du moins précieux comme renseignements
+certains sur le lieu où ils sont placés. Il s'est souvenu qu'au moment
+de cette inhumation il tournait le dos au soleil, et il sait à quelle
+distance du mur la fosse a été ouverte, etc.
+
+»Dans cet état de choses, sans avoir plus que M. le préfet l'espoir
+d'un résultat satisfaisant, j'ai l'honneur de lui proposer de
+m'autoriser à y aller avec M. Burger et le concierge Joly et M.
+Rouhaut, comme curieux et en donnant quelque argent au concierge du
+lieu, ou d'y aller avec une invitation officielle au propriétaire de
+laisser examiner les lieux.
+
+»Dans tous les cas, je ferais un rapport avec plus de certitude et
+circonstancié, n'y eût-il d'autre résultat pour Votre Excellence que
+de faire constater l'emplacement de l'inhumation, que le propriétaire
+indique d'ailleurs d'une manière erronée. Ce serait n'avoir perdu ni
+son temps ni sa peine.
+
+»Je prie Son Excellence de vouloir bien faire connaître ses
+intentions.
+
+ »D. CH.»
+
+ * * * * *
+
+M. de Chanay remettait, le 29 avril, au ministre d'État, préfet de
+police, la déclaration et les réponses du sieur Joly, ainsi qu'un
+rapport circonstancié, et de la visite qu'il avait faite sur les
+lieux, et des renseignements qu'il y avait recueillis. Voici ces
+documents:
+
+ «Paris, le 29 avril 1817.
+
+»J'ai l'honneur de transmettre à M. le préfet la déclaration et les
+réponses du sieur Joly, ainsi que mon rapport circonstancié de la
+visite que j'ai faite hier sur les lieux.
+
+»Votre Excellence jugera peut-être convenable, pour éviter toutes les
+indiscrétions, d'en parler elle-même au ministre et de lui communiquer
+confidentiellement ces pièces.
+
+ »CH.»
+
+
+I.
+
+_Déclaration._
+
+«L'an mil huit cent dix-sept, le vingt-huit avril, à onze heures du
+matin, se sont présentés à mon domicile, près et hors la barrière de
+Clichy, nº 42, les sieurs de Chanay, chef de la première division de
+la préfecture de police, et Burger, officier de paix, lesquels m'ayant
+déclaré que, en vertu des ordres de S. Exc. le ministre d'État, préfet
+de police, dont ils sont porteurs, ils sont chargés de visiter le clos
+de la maison du Christ, sis près et en dedans la barrière de
+Mousseaux, afin de recueillir les plus petits détails comme les
+moindres circonstances qui pourraient aider à connaître le lieu de la
+sépulture de S. A. R. Madame Élisabeth, déposée par moi dans ledit
+enclos le 10 mai 1794, avec nombre d'autres victimes suppliciées le
+même jour. A ces causes, ces messieurs m'ont invité à les accompagner
+dans l'enclos dit du Christ, ce à quoi j'ai déféré sur l'heure.
+
+»En sortant de mon domicile, nous descendîmes le boulevard extérieur
+de la barrière de Clichy à celle de Mousseaux, et rentrâmes dans Paris
+par la rue du Rocher, sur laquelle la maison du Christ fait face à
+droite, et frappâmes à l'entrée principale, située rue de Valois. Le
+concierge, après quelques difficultés, nous laissa pénétrer dans
+l'enceinte intérieure; de là nous entrâmes dans le jardin, obliquant à
+droite pour nous porter vers le mur de séparation du jardin d'avec
+l'enclos autrefois destiné aux sépultures. Non loin de la porte de
+communication, j'indiquai à M. Burger, qui se trouvait près de moi,
+l'endroit où doit se trouver la fosse où repose la princesse, et lui
+ajoutai que s'il existait deux fosses, c'était dans celle longeant
+parallèlement le mur de séparation le plus proche de la porte cochère
+donnant sur l'extérieur, par où entraient les victimes, que la
+princesse avait été inhumée.
+
+»En effet, après avoir franchi le terrain qui nous séparait encore de
+ce lieu funèbre, je reconnus parfaitement les lieux que je visitais
+pour la seconde fois depuis l'époque fatale de la révolution. A quatre
+pieds en avant de la porte, nous obliquâmes légèrement à droite, et
+nous distinguâmes facilement l'emplacement d'une fosse par
+l'affaissement des terres; c'est là que M. Viger de Jolival fit élever
+une (_sic_) tertre de gazon et placer une pierre carrée sur laquelle
+on lit _Madame Élisabeth_. Après m'être recueilli, je vis clairement
+que ce n'est point dans cette fosse que repose la princesse; et,
+soutenant mon premier dire, je cherchai la seconde, qui devait être
+située non loin, en approchant perpendiculairement vers la porte
+cochère placée au nord-est de l'enclos. Je n'eus point de peine à
+reconnaître l'emplacement de cette fosse, dont l'affaissement,
+beaucoup plus sensible que dans la première, laissait aisément
+distinguer un espace de douze à quinze pieds carrés, auquel il
+manquait à peu près un pied et demi pour être au niveau du terrain.
+Cette dimension est à quelque chose près la surface de toutes les
+fosses que nous ouvrions en ce lieu. Ainsi, en me rappelant, aussi
+bien qu'un si long espace de temps me permit de le faire, j'avais
+indiqué d'avance et la disposition de la fosse où se trouve la
+princesse, sa grandeur, et distingué la véritable d'entre celles qui
+sont en ce lieu. Une circonstance particulière avait aidé ma mémoire:
+je me rappelai que ma mère, morte environ trois ans après l'inhumation
+de la princesse, je la plaçai dans la même direction de la fosse et
+contre le mur; ma femme fit une croix au-dessus avec une pierre; je
+distinguai encore ce signe, et les sieurs de Chanay et Burger l'ont
+reconnu avec moi.
+
+»Ces détails ne laissant plus aucun doute sur l'endroit de la
+sépulture, je me plaçai sur le côté nord-ouest de la fosse, dans la
+même position où j'étais au moment où la charrette arrivant sur les
+bords, déchargea les cadavres; ma mémoire me confirma alors l'idée,
+que j'avais annoncée d'avance, qu'à l'heure de six et sept heures du
+soir je travaillai le soleil sur le dos et la face tournée du côté du
+mur du jardin. Mon camarade, un commissaire de police et les
+charretiers furent les seuls individus présents à l'inhumation; à
+l'exception du commissaire de police, dont j'ignore le sort, il
+n'existe plus d'autre témoin oculaire. Nous dépouillâmes les corps et
+les jetâmes sans aucun vêtement dans la fosse; je reconnus Madame
+Élisabeth au dire des charretiers et à ses habits; elle a été
+pareillement dépouillée et jetée sans distinction dans la fosse; mais
+je me rappelle qu'après que tous les cadavres furent descendus, nous
+nous plaçâmes dans la fosse pour les ranger par ordre; que Madame
+Élisabeth se trouve au milieu de la première ou de la seconde couche,
+le tronc perpendiculairement posé du côté du mur, et les pieds vers le
+côté nord-ouest de la fosse; je me rappelle également que son corps se
+trouve avec plusieurs corps masculins rangés ainsi que je vais
+l'indiquer, c'est-à-dire que, pour ménager les places, nous placions
+alternativement un tronc et les pieds, de manière qu'une couche de
+cadavres se trouvait serrée sans aucun intervalle de terre. Après
+avoir rempli l'espace vide, nous recouvrions les corps avec environ
+six pouces de terre.
+
+»La fosse que j'indique comme devant renfermer les cendres de Madame
+Élisabeth est la moins profonde du même côté: elle peut avoir de douze
+à quinze pieds de profondeur; ainsi Madame Élisabeth, couchée sur le
+ventre entre plusieurs hommes de la manière que je l'indique, doit se
+trouver au fond ou à quatorze pouces du sol.
+
+»D'après cette déclaration, qui est conforme à l'exacte vérité,
+j'estime que la recherche du corps, quoique pénible et difficile, peut
+être tentée avec quelque apparence de succès. Pour y parvenir, il
+faudrait avec soin ouvrir une tranchée perpendiculairement au mur du
+jardin, au côté nord-est de la fosse, afin de déterminer la profondeur
+et le nombre de couches de cadavres; qu'ensuite, pour déterminer d'une
+manière certaine qu'il n'existe pas d'autre fosse plus près de la
+porte que celle dont il est question, il serait nécessaire d'ouvrir un
+boyau d'une vingtaine de pieds sur six de profondeur, à partir de la
+fosse et longeant parallèlement le mur du jardin.
+
+»Le soussigné déclare en outre qu'il a été nommé en 1789 concierge du
+cimetière de la Madeleine; qu'en l'an II, lors de la fermeture de ce
+cimetière, il a été appelé à Mousseaux, où il est resté jusqu'à la
+fermeture en l'an V; qu'ensuite, nommé à celui de Saint-Roch, il y est
+pareillement resté jusqu'à sa fermeture en l'an VI, et qu'il occupe
+maintenant la même place à Montmartre depuis cette époque.
+
+»De tout quoi j'ai fait la présente déclaration les jour, mois et an
+que dessus.
+
+ »DE CHANAY, chef de la 1re division.
+ »JOLY.
+ »BURGER.»
+
+
+II.
+
+NOUVELLES QUESTIONS EXPLICATIVES
+A FAIRE.
+
+ RÉPONSES AUX QUESTIONS.
+
+1º Pouvez-vous vous rappeler quelle était la
+profondeur de la fosse quand vous y descendîtes le
+10 mai pour y ranger les corps? Vous aviez une
+échelle sans doute?
+
+ 1º M. Joly ne se rappelle précisément ni la profondeur
+ de la fosse à cette époque ni la hauteur de l'échelle
+ dont on se servait pour y descendre.
+
+2º La terre du fond semblait-elle dure comme une
+terre où il n'y a pas eu de précédente et plus
+profonde inhumation?
+
+ 2º M. Joly ne s'en souvient pas.
+
+3º Quand on déchargeait les corps de la charrette,
+les précipitait-on l'un après l'autre après leur
+dépouillement, ou les dépouillait-on tous avant de
+les précipiter?
+
+ 3º Quand la charrette était arrivée sur le bord de la
+ fosse, on procédait au dépouillement des vêtements. (Un
+ registre était tenu de ces effets divers, qui étaient
+ ensuite remis à l'Hôtel-Dieu.) De temps à autre les
+ fossoyeurs descendaient dans la fosse pour ranger les
+ corps afin qu'ils ne fussent pas trop entassés.
+
+4º Puisque vous assurez que le corps de la
+princesse est placé le tronc du côté du mur, il
+faut ou que vous l'ayez reconnu et distingué dans
+la fosse, ou qu'il y ait été précipité le dernier
+ou des derniers, après avoir remarqué par vous et
+votre camarade sur le bord de la fosse.
+
+ 4º Réponse affirmative sur tous les points de la
+ question. A ajouté que le conducteur de la voiture avait
+ dit: Que c'était son corps, qu'il était le dernier ou
+ des derniers placés sur la charrette, par conséquent
+ au-dessus des autres, et les vêtements étaient aussi peu
+ ensanglantés.
+
+ Tous les autres l'étaient beaucoup.
+
+5º Comment ont été placées les têtes des corps?
+
+ 5º Les têtes ont été placées indistinctivement dans les
+ vides.
+
+6º De quelle épaisseur de terre environ étaient
+recouvertes les couches de corps?
+
+ 6º Il est difficile d'estimer même approximativement le
+ nombre des corps de chaque couche: 1º parce que, outre
+ les suppliciés, il arrivait des corps envoyés par l'état
+ civils et des cercueils; ceux-ci tenaient plus de place;
+ 2º parce qu'il y avait des enfants; 3º parce qu'une même
+ couche étant composée de deux rangs, elle n'était pas
+ faite le même jour. A l'égard de 10 mai, le sieur Joly
+ se rappelle très-bien que les suppliciés furent placés
+ dans la partie de la fosse la plus rapprochée du mur;
+ que le même jour la partie antérieure de la fosse ne fut
+ point remplie, et enfin _que le corps de la princesse
+ a été placé vers le milieu de la fosse dans le rang
+ supérieur de la couche et la face antérieure du corps
+ tournée sur le rang inférieur._
+
+7º Combien estimez-vous qu'il pouvait y avoir de
+corps par chaque couche sur toute la surface
+carrée de la fosse?
+
+8º La fosse a-t-elle été remplie jusqu'au niveau
+de la superficie? A quelle profondeur estimez-vous
+qu'on trouve les restes des derniers corps
+inhumés?
+
+ 7º et 8º Les couches des corps étaient chacune
+ recouvertes d'environ six pouces de terre et les fosses
+ recouvertes dans la partie supérieure d'environ trois
+ pieds de terre, de sorte que les premiers corps ou les
+ premiers vestiges qu'on en trouverait devraient être à
+ trois pieds environ au-dessus de la superficie. Il faut
+ cependant remarquer que lorsque le sieur Joly a quitté
+ l'enclos il y avait quelques élévations ou tertres qui
+ ont disparu, soit qu'on ait enlevé des terres restant
+ des remblais, soit que pour cultiver le sol on ait
+ nivelé toutes les inégalités. Ces renseignements ne
+ peuvent être justement donnés que par le propriétaire.
+
+Nous avons signé et parafé les questions et réponses ci-dessus _ne
+varientur_.
+
+ Paris, 29 avril 1817, à la préfecture de police,
+
+ DE CHANAY,
+ Chef de la 1re division.
+
+ JOLY.
+
+
+III.
+
+ _Rapport particulier à S. E. le ministre d'État, préfet de
+ police, sur le résultat d'une visite dans l'enclos du sieur de
+ Jolival, pour constater le lieu de l'inhumation de S. A. R.
+ Madame Élisabeth, soeur du Roi._
+
+«Ce matin, 28 avril 1817, à midi, conformément aux ordres de Votre
+Excellence et pour remplir avec le plus possible d'exactitude et de
+soin les intentions de S. Exc. le ministre de l'intérieur, et donner
+toute la suite convenable aux indications précédemment recueillies, je
+me suis rendu à la barrière de Clichy et au cimetière Montmartre,
+accompagné de l'officier de paix Burger, qui avait pris les premières
+informations et obtenu les premiers documents du nommé Joly,
+anciennement employé aux inhumations de l'enclos de la maison dite du
+Christ près Mousseaux. Là j'ai invité ledit Joly, aujourd'hui
+concierge du cimetière Montmartre, à me suivre dans l'enclos du sieur
+Viger de Jolival, ce qu'il a fait aussitôt avec empressement.
+
+»Arrivés à la grande porte d'entrée de ladite maison, le jardinier
+nous l'a ouverte; j'ai demandé la liberté d'entrer dans le jardin et
+de visiter l'enclos. Ayant reconnu l'officier de paix Burger, il a
+consenti à nous laisser entrer, mais seulement pour peu de temps,
+craignant, a-t-il dit, qu'une trop longue visite ne fût pour lui un
+sujet de reproche.
+
+»Après lui avoir promis de n'y rester que le temps nécessaire pour de
+simples vérifications, nous avons traversé la cour et une partie du
+jardin, nous dirigeant à l'ouest vers le mur qui sépare le jardin du
+petit enclos de l'inhumation. Le jardinier était en avant avec le
+sieur Burger; j'étais à dessein resté en arrière avec le sieur Joly.
+Arrivés à environ trente pas d'une petite porte ouverte sur l'enclos
+dont nous étions encore séparés par le mur, je me suis arrêté et j'ai
+demandé au sieur Joly s'il se remettait parfaitement dans l'esprit la
+disposition du local; aussitôt, me montrant de la main une partie du
+mur à droite de la petite porte qui en peut être éloignée de douze ou
+quinze pas: C'est là derrière, m'a-t-il dit, qu'est _la fosse_. Je
+fais remarquer cette circonstance à Son Excellence, parce qu'elle
+prouve que le sieur Joly connaît bien l'emplacement et parce que cette
+indication donnée sans voir le terrain prouve qu'il en avait un
+souvenir exact. En effet, étant entré dans l'enclos par la petite
+porte et ayant aussitôt regardé à droite vers le point indiqué, j'ai
+vu un terrain couvert de gazon en partie affaissé sur une surface
+carrée de quatorze ou quinze pieds, comme il l'avait annoncé.
+
+»Cette indication est encore essentielle parce qu'il y a évidemment eu
+deux larges fosses, et que le propriétaire même du terrain ayant
+négligé ou cru inutile de consulter le nommé Joly[136] (seul témoin, à
+ce qu'il paraît, des inhumations faites dans ces temps funestes), a
+cru que Madame Élisabeth a été inhumée dans la grande fosse qui est
+presque en face de la petite porte; dans cette persuasion ou plutôt
+cette erreur, il a fait planter sur le terrain affaissé de cette fosse
+plus nouvelle quelques arbustes et arbres verts, et sur un tertre de
+gazon il a fait poser une pierre grise polie où on lit ces mots:
+_Madame Élisabeth_. Ces plantations, cette espèce de monument
+provisoire sont nouveaux, les arbres ne semblent pas avoir deux ans.
+Tout porte à faire penser que les cendres de l'auguste victime ne sont
+point là, mais bien dans l'autre fosse, plus ancienne et moins vaste,
+indiquée par le sieur Joly avant d'être dans l'enclos et indiquée avec
+précision.
+
+[Note 136: Le sieur Joly n'a point été consulté par le propriétaire
+avant qu'il eût désigné par une pierre le lieu où il supposait que
+reposent les cendres de Madame Élisabeth, mais depuis il fut appelé
+par le sieur de Jolival. Celui-ci lui montrant le terrain et
+l'affaissement qu'il avait désignés comme recouvrant les restes de la
+princesse, le concierge Joly lui dit: «Vous vous trompez, elle n'est
+pas là. Mais il ne lui indiqua point, ajouta-t-il, l'endroit où elle
+est réellement.»
+
+Le sieur Joly n'a revu que cette seule fois le terrain de l'enclos,
+qui, étant déjà cultivé, avait bien changé d'aspect.]
+
+»Quelque pénibles que soient ces détails, il est nécessaire que je les
+rapporte pendant qu'ils sont bien présents à mon esprit, parce qu'ils
+donnent dans leur ensemble la preuve de la véracité des indications
+du nommé Joly.
+
+»Dans l'interrogatoire que je lui avais fait deux jours avant, il
+m'avait répondu entre autres circonstances que le 10 mai, à l'heure de
+l'inhumation, quand ils étaient en face de la fosse, ils tournaient le
+dos au soleil couchant; cette position nous a paru à peu près exacte.
+La fosse rapprochée du mur par le côté de l'est ne pouvait être
+abordée que par le côté ouest ou sud-ouest, et les côtés nord et sud
+devaient être occupés par la terre sortie de la fosse.
+
+»Une autre observation doit être placée ici, quoique peu importante,
+c'est que la femme du sieur Joly se souvient que la mère de son mari a
+été inhumée contre le mur et que cette fosse était très-près de la
+fosse où ont été placés les restes de Son Altesse Royale et des autres
+victimes inhumées le même jour que la princesse. Or le lieu de cette
+fosse particulière est indiqué par le sieur Joly et sa femme entre la
+fosse la plus rapprochée du mur et la partie de l'enclos qui la sépare
+de la grande porte par où l'on amenait les corps sur des charrettes.
+
+»Le sieur Joly a constamment assuré qu'il devait y avoir deux fosses,
+visibles par l'affaissement du terrain et situées à gauche en entrant
+par la grande porte de l'enclos: l'une plus près du mur et plus près
+de la grande porte, dont la dimension pouvait être de douze à quinze
+pieds carrés; l'autre plus éloignée de la grande porte et plus au
+milieu du terrain de l'enclos. C'est dans cette seconde fosse que le
+propriétaire a présumé qu'étaient placés les restes de la princesse.
+C'est dans la première que le sieur Joly assure et a la conviction
+entière que Son Altesse Royale a été inhumée.
+
+»Il faut encore avoir le courage d'écrire des détails plus minutieux
+et plus affligeants.
+
+»Le sieur Joly s'est rappelé la position qu'il occupait alors sur ce
+même terrain et pour l'emploi terrible qu'il remplissait à cette
+cruelle époque. Il avait dix-huit ou dix-neuf ans, il était fossoyeur;
+ils étaient deux, l'autre est mort, le charretier également. Nul autre
+individu n'entrait dans l'enclos pour l'inhumation[137]. Des
+gendarmes ou des soldats fermaient la porte quand la charrette était
+entrée, et de peur que des curieux ne vissent à travers la porte, on
+bouchait avec une planche ou une pierre les trous qui se trouvaient
+dans la porte.
+
+[Note 137: A l'exception d'un commissaire ou agent de la Commune,
+quand il s'agissait d'inhumations ordinaires, car il assure que pour
+les suppliciés on ne faisait pas de procès-verbal d'inhumation, que
+l'on se contentait de tenir note de leurs dépouilles.]
+
+»Le local bien reconnu par le sieur Joly, il ne paraît point douteux
+que la fosse indiquée par lui ne soit bien celle où ont été placés les
+corps des victimes immolées le 10 mai 1794.
+
+»Mais voici des détails affreux et plus positifs encore à l'égard de
+l'auguste princesse.
+
+»La soeur de nos rois fut assassinée la dernière parmi les victimes de
+ce jour; sa tête, séparée du corps, fut montrée au peuple et mise avec
+les têtes des autres victimes dans un seul et même panier; mais le corps
+de la princesse, recouvert de ses vêtements, fut placé le dernier sur la
+charrette. Arrivée dans l'enclos de l'inhumation, la charrette fut
+déchargée, le corps de la princesse fut posé le premier ou des premiers
+sur le bord de la fosse; là son corps fut reconnu, dit le sieur Joly,
+désigné et dépouillé de tout vêtement: c'était l'usage ou l'ordre de ces
+barbares, qui ne respectaient ni la vie ni la mort. Tous les corps
+étaient ainsi dépouillés avant d'être précipités dans la fosse; ainsi,
+dans ces remuements successifs, le corps de la princesse devait avoir
+été précipité le dernier ou l'un des derniers. C'est ce qui explique
+comment il se trouve, suivant le témoignage du fossoyeur, placé dans le
+fond de la fosse et du coté le plus rapproché du mur, celui par où les
+fossoyeurs, quand ils étaient descendus, arrangeaient les corps de
+manière à ce qu'ils occupassent le moins d'espace possible, et en outre,
+deux rangs de corps étaient placés immédiatement les uns sur les autres,
+mais horizontalement et recouverts d'une couche de terre, épaisse
+d'environ un demi-pied. Les fossoyeurs plaçaient alternativement un
+corps le tronc du côté du mur et un autre le tronc vers le milieu de la
+fosse, et dans sa largeur il y avait par conséquent deux rangs de corps
+par couche horizontale[138]. Il serait inutile de faire le douloureux
+calcul du nombre de rangs et de couches que comportait une fosse de
+dix-huit pieds environ de profondeur sur douze ou quinze d'ouverture en
+carré. Le fossoyeur Joly n'est pas sûr du nombre qu'elle a reçu, et il
+n'est que trop probable qu'elle a été remplie, puisque plus tard on en a
+rempli une seconde.
+
+[Note 138: Une plus ample explication et des questions réitérées
+faites au sieur Joly font connaître qu'outre le premier rang
+horizontal on plaçait immédiatement un second rang horizontal sur le
+premier, et toujours le haut du corps et les pieds en opposition ou
+sens opposé, ainsi que les faces, afin de ménager l'emplacement. Cette
+observation fait prévoir les plus grandes difficultés à obtenir un
+résultat, mais enfin il faut dire les choses comme elles se passaient
+et comme elles sont.]
+
+»Mais ce qu'il importe de conclure de ces affreux détails, c'est que
+les indications du fossoyeur Joly présentent de grandes probabilités,
+et que les renseignements qu'il donne sont très-vraisemblables.
+
+»Le sieur Joly, soit par conviction produite par le souvenir, soit par
+l'effet de ses calculs sur les dispositions qu'il a faites sur le bord
+et à l'intérieur de la fosse et dans l'enclos, dit:
+
+»1º Je suis assuré que le corps de la princesse est là dans cette
+fosse et non ailleurs.
+
+»2º Je suis assuré que le corps de la princesse est l'un des premiers
+rangés dans la fosse ce jour-là, et par conséquent il est dans la
+partie de la fosse la plus proche du mur et de la grande porte, vers
+le milieu de la couche.
+
+»3º Il assure que ce corps a été rangé le tronc du côté du mur et les
+pieds vers le milieu de la fosse.
+
+»4º Il croit être assuré que les corps placés auprès sont des corps de
+sexe masculin.
+
+»Voilà ce qu'il a constamment répété, comme en ayant la conviction.
+
+»Ce que le sieur Joly ne peut affirmer, c'est la profondeur positive
+de la fosse à l'époque du 10 mai (il croit qu'elle était d'environ
+dix-huit pieds). Il ne se rappelle pas certainement si la fosse était
+nouvellement creusée ou si elle était plus ancienne et s'il y avait
+eu déjà des inhumations.
+
+»Il croit aussi que dans la suite on y a placé des corps enfermés dans
+des cercueils, ce qui diminuerait le nombre des corps qu'elle aurait
+pu contenir.
+
+»Résulte-t-il de ces détails et de ces indications des renseignements
+suffisants et assez sûrs pour que l'on puisse et doive entreprendre
+des recherches et en attendre des résultats certains, ou se
+bornera-t-on à regarder comme certaine l'existence des cendres de
+l'auguste princesse dans cette fosse? Sur le témoignage du fossoyeur
+Joly, qui dans ses indications paraît sage, raisonnable, véridique et
+sûr de son fait, qui paraît d'ailleurs être le seul témoin vivant de
+ces tristes événements, se bornera-t-on à projeter un monument digne
+des vertus de la soeur de nos Rois, pour l'élever sur ce terrain
+consacré par d'aussi cruels souvenirs? C'est ce qu'il appartient au
+Gouvernement de décider.
+
+»Pour moi, Monseigneur, en vous rendant ce compte de la mission
+douloureuse et cependant si intéressante que vous m'avez confiée, je
+crois avoir donné une preuve nouvelle et irrécusable de mon zèle et de
+mon dévouement sans bornes à notre auguste Souverain. Sans la pensée
+qu'un sujet fidèle et dévoué pouvait seul y mettre ces soins et ce vif
+intérêt qui peuvent approcher du succès que vous désiriez obtenir, je
+n'aurais point eu le courage et la présence d'esprit nécessaires pour
+ces recherches.
+
+»S'il m'était permis à la suite de ce rapport de vous exprimer mon
+opinion particulière, je dirais à Votre Excellence avec plus
+d'assurance à présent:
+
+»1º Qu'un succès complet me semble toujours difficile, mais non
+impossible;
+
+»2º Que pour arriver à un résultat, dans le cas où il serait jugé
+possible et même probable, il me semblerait convenable de faire cette
+recherche sans éclat, en silence, discrètement, avec très-peu
+d'ouvriers, en y employant beaucoup de temps et de précautions, et
+après avoir combiné tous les préparatifs de ce travail et les moyens
+de le poursuivre; après avoir consulté quelques personnes habiles et
+pris les arrangements convenables avec le propriétaire du terrain.
+
+»Si Votre Excellence, après avoir rendu ce nouveau compte de nos
+démarches au Ministre de l'intérieur, en recevait l'autorisation de
+faire procéder à une fouille pour vérifier la justesse des indications
+contenues dans la déclaration du sieur Joly, il me semblerait aussi
+prudent de mettre le moins possible de personnes dans le secret de
+cette recherche incertaine[139].
+
+[Note 139: Cependant, afin d'écarter toute possibilité et même tout
+soupçon de fraude et de supercherie, il serait convenable de nommer
+plusieurs commissaires, dont un au moins serait sans cesse présent au
+travail et en dresserait chaque jour une espèce de rapport ou
+procès-verbal.
+
+Il conviendrait aussi, en cas que l'entreprise fût faite, que la fosse
+fût garantie par un toit en planches ou une toile, afin que la pluie
+ne dérangeât point le travail et ne nuisît point aux opérations.]
+
+Le concierge Joly, l'officier de paix Burger, deux ouvriers adroits,
+discrets et intelligents, suffiraient pour cette épreuve. Nous nous
+chargerions avec zèle du soin de découvrir des ouvriers capables de ce
+travail et de consulter des personnes habiles pour les diriger.
+
+»Il faudrait faire une enceinte fermée par des planches dans l'enclos
+même, pour éviter les regards des curieux, empêcher les journaux
+indiscrets d'en occuper le public; et si les indications se trouvaient
+justifiées, alors seulement on appellerait à les reconnaître les
+témoins ou plutôt les juges du succès. Si au contraire les indications
+ne se réalisaient pas, on cesserait les recherches et l'on se
+bornerait à croire le témoignage du fossoyeur Joly, qui affirme que
+les restes de la princesse ont été placés là, mais sans pouvoir les
+reconnaître parmi ceux des autres victimes.
+
+ »DE CHANAY.»
+
+ * * * * *
+
+Pendant le cours de ces investigations, poursuivies avec autant de
+zèle que de persévérance, un service solennel était célébré pour
+Madame Élisabeth dans toutes les paroisses de France le 10 mai, jour
+anniversaire de sa mort.
+
+Le 11 mai, le ministre d'État, préfet de police, mettait sous les yeux
+du ministre de l'intérieur les détails qu'il était parvenu à
+recueillir sur l'inhumation de la princesse:
+
+ Paris, le 11 mai 1817.
+
+«MONSEIGNEUR,
+
+»La lettre que j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Excellence le 22
+avril dernier, en l'informant que les démarches faites jusqu'alors
+pour constater l'identité des cendres de S. A. R. Madame Élisabeth me
+laissaient peu d'espoir de réussir, annonçait que de nouvelles
+recherches devaient avoir lieu par suite des dispositions que j'avais
+prises: je m'empresse de mettre sous les yeux de Votre Excellence,
+conformément à la lettre du 26 du même mois, le détail des
+informations et des témoignages que je suis parvenu jusqu'à présent à
+recueillir.
+
+»Je m'étais assuré qu'il n'existait plus qu'un seul homme, le sieur
+Joly, anciennement employé aux inhumations de l'enclos de la maison
+dite du Christ près Mousseaux, et aujourd'hui concierge du cimetière
+Montmartre, qui pût donner, comme témoin oculaire, les indications
+désirées. Le sieur Joly avait assisté à la sépulture de Madame
+Élisabeth; ses souvenirs, sa présence dans l'enclos où la sépulture
+avait été faite, ses remarques, devaient être constatés avec la plus
+scrupuleuse exactitude. Des questions utiles pouvaient être suggérées
+par ses observations sur le lieu même, et il fallait s'y présenter
+avec beaucoup de précautions, autant à cause du secret que la nature
+des recherches rendait nécessaire que par rapport au propriétaire, qui
+s'était flatté d'abord de tirer un grand parti de son terrain, sur
+lequel on avait proposé d'ériger un monument à la mémoire de l'auguste
+victime: je jugeai donc convenable de remettre à M. de Chanay, chef de
+la première division des bureaux de ma préfecture, le soin de visiter
+l'enclos avec le sieur Joly, et je le fis accompagner d'un officier de
+paix, le sieur Burger, qui déjà avait été chargé de prendre auprès du
+sieur Joly les premiers documents.
+
+»Le 28 avril, à midi, cette visite eut lieu. Après avoir traversé la
+cour et une partie du jardin de M. Viger de Jolival, on s'est dirigé à
+l'ouest vers le mur qui sépare le jardin du petit enclos de
+l'inhumation. A trente pas d'une petite porte ouverte sur l'enclos,
+et avant d'arriver au mur de séparation, Joly, interrogé s'il se
+remettait parfaitement dans l'esprit la disposition du local, montra
+aussitôt de la main une partie de ce mur à droite de la petite porte
+et qui peut en être éloignée de douze à quinze pas, en disant: _C'est
+là derrière qu'est la fosse!_ Cette indication, donnée de loin et sans
+hésiter, prouverait qu'il avait un souvenir exact du lieu de la
+sépulture, et d'autant plus qu'étant entré dans l'enclos par la petite
+porte et ayant aussitôt regardé à droite vers le point indiqué, on a
+vu un terrain en partie couvert de gazon et affaissé sur une surface
+carrée de quatorze à quinze pieds, comme Joly l'avait annoncé.
+
+»L'indication donnée par ce dernier est encore d'autant plus
+essentielle qu'elle a fait reconnaître que ce n'est point dans la
+grande fosse, presque en face de la petite porte, mais dans l'autre
+fosse, plus ancienne et moins vaste, qu'ont dû avoir été déposés les
+restes de S. A. R. Madame Élisabeth. Ainsi M. Viger de Jolival s'était
+évidemment trompé en faisant placer sur le terrain affaissé de la
+première fosse une pierre sur laquelle on lisait l'inscription:
+_Madame Élisabeth_.
+
+»Le sieur Joly a constamment assuré qu'il devait y avoir deux fosses
+visibles par l'affaissement du terrain et situées à gauche en entrant
+par la grande porte de l'enclos, l'une plus près du mur et de la
+grande porte, et dont la dimension pouvait être de douze à quinze
+pieds carrés, l'autre plus éloignée de la grande porte et plus au
+milieu du terrain de l'enclos. C'est dans la première de ces fosses
+que le sieur Joly assure, d'après son entière conviction, que Son
+Altesse Royale a été inhumée.
+
+»On a vérifié une circonstance particulière précédemment énoncée par
+le sieur Joly dans ses interrogatoires à ma préfecture: il avait dit
+que le 10 mai, à l'heure de l'inhumation, lorsque lui et les autres
+personnes qui s'y trouvaient étaient en face de la fosse, ils
+tournaient le dos au soleil couchant; cette position a paru à peu près
+exacte, la fosse, rapprochée du mur par le côté de l'est, ne pouvant
+être abordée que par le côté ouest ou sud-ouest, parce que les côtés
+nord et sud devaient être occupés par les terres extraites de la
+fosse.
+
+»Le local ainsi reconnu d'après les indications du sieur Joly, il
+restait à remplir une tâche bien douloureuse, celle de constater les
+détails qui pouvaient aider à identifier les cendres de l'illustre
+martyre. Quelque affligeants que soient ces détails, il est cependant
+indispensable de les retracer ici.
+
+»Madame Élisabeth fut la dernière des victimes qui périrent le 10 mai
+1794. Cette tête auguste fut mise avec les autres dans un seul et même
+panier. Le corps de la princesse, recouvert de ses vêtements, fut
+placé le dernier sur la charrette. Lorsque la charrette, arrivée dans
+l'enclos, fut déchargée, le corps de la princesse fut posé le premier,
+ou l'un des premiers, sur le bord de la fosse. Là, son corps fut
+reconnu, a dit le sieur Joly, dépouillé de tout vêtement avant d'être
+précipité dans la fosse, où il l'a été probablement le dernier ou l'un
+des derniers, à cause des remuements successifs des autres corps
+dépouillés de même. C'est ce qui expliquerait comment il se trouve
+(suivant le témoignage du fossoyeur, le sieur Joly) placé dans le fond
+de la fosse et du côté le plus rapproché du mur.
+
+»Le sieur Joly assure que le corps de la princesse a été rangé le
+ventre tourné vers la terre, de manière que le tronc se trouve du côté
+du mur et les pieds vers le milieu de la fosse; il croit de plus être
+assuré que les corps placés de l'un et de l'autre côté auprès de celui
+de la princesse sont des corps du sexe masculin. Pour ménager
+l'espace, les corps étaient placés immédiatement les uns sur les
+autres, en ligne horizontale, chaque corps ayant alternativement le
+tronc du côté du mur et le tronc vers le milieu de la fosse. Par
+conséquent il y avait deux rangs de corps par chaque couche
+horizontale. On mettait aussi les pieds et les troncs des corps en
+opposition, de même que les faces, afin de ménager le terrain.
+
+»Ce que le sieur Joly n'a pu affirmer, c'est l'exacte profondeur de la
+fosse à l'époque du 10 mai 1794. Il croit qu'elle était d'environ
+dix-huit pieds de profondeur sur douze à quinze d'ouverture en carré,
+et qu'il y a été fait aussi des inhumations ordinaires de corps
+enfermés dans des cercueils.
+
+»En résultat, les indications du sieur Joly semblent présenter des
+probabilités; qu'il soit aujourd'hui le seul témoin oculaire encore
+existant, c'est ce qu'il est naturel de conclure de l'inutilité des
+recherches qui ont été faites pour en découvrir d'autres que lui, et
+des détails qu'il a donnés sur ce qui se passait à l'époque cruelle
+des exécutions révolutionnaires. Il n'y avait à Mousseaux que deux
+fossoyeurs, lui compris. Ces deux hommes et le conducteur de la fatale
+charrette étaient seuls admis dans l'enclos. Il leur a survécu. Aucun
+agent de la commune n'assistait, s'il faut l'en croire, à l'inhumation
+des victimes, et jamais agent de la commune ou commissaire de police,
+à cette époque[140], n'entrait dans l'enclos que pour constater des
+inhumations ordinaires; mais quant aux victimes des fureurs
+révolutionnaires, il n'était jamais dressé de procès-verbal de leur
+inhumation (toujours suivant les dépositions du sieur Joly), et
+seulement on prenait la note de leurs dépouilles. Des gendarmes ou des
+soldats fermaient la porte de l'enclos dès que la charrette y était
+entrée, et ne laissaient aux curieux aucun moyen de voir ce qui se
+faisait dans l'intérieur, et même les trous qui se trouvaient dans la
+porte étaient bouchés avec une pierre.
+
+[Note 140: Dans sa déclaration du 28 avril, le sieur Joly a dit le
+contraire. B.]
+
+»La déclaration du sieur Joly, en date du 28 avril dernier, a fourni
+la matière des détails dont j'ai l'honneur de rendre compte à Votre
+Excellence.
+
+»Je joins ici une copie de la déclaration du sieur Joly, ainsi qu'un
+plan qui mettra Votre Excellence plus à portée d'en suivre les détails
+topographiques.
+
+»Je regrette vivement de ne pouvoir donner à Votre Excellence, au lieu
+de certitudes, que des probabilités pour le succès des recherches et
+des travaux qui tendraient à faire reconnaître les restes de l'auguste
+princesse parmi ceux de tant d'autres victimes, mais du moins Votre
+Excellence pourra juger de ce qui resterait à faire, et décider si les
+informations dont j'ai l'honneur de lui soumettre les résultats
+présentent assez d'espoir de succès pour donner lieu à des recherches
+ultérieures, et dans ce cas je la prierais de vouloir bien me faire
+connaître ses intentions.
+
+»J'ai l'honneur, etc.
+
+ »LE MINISTRE D'ÉTAT, PRÉFET.»
+
+ * * * * *
+
+Là s'arrêtent les documents relatifs à la sépulture de Madame
+Élisabeth. Il fallut donc perdre l'espoir de retrouver, d'une manière
+certaine, ses précieux restes. Obligé de renoncer à se défaire d'une
+façon lucrative de son enclos, M. Viger de Jolival chercha à se
+dédommager de cet échec.
+
+La lettre suivante initie le lecteur à une démarche que M. Viger tenta
+près du commissaire de police du quartier du Roule. Celui-ci comprit
+tout ce que cette démarche offrait d'inconvenant et d'inadmissible. Il
+la fit connaître en ces termes au préfet de police:
+
+ Paris, ce 20 mai 1817.
+
+«MONSIEUR LE COMTE,
+
+»M. Viger de Jolival, propriétaire d'une maison rue de Valois, nº 15,
+devenu acquéreur d'un terrain qui servit de sépulture à dix-sept cent
+quarante-cinq victimes des fureurs du temps, parmi lesquelles reposent
+les restes de Madame Élisabeth, m'a proposé, comme moyen d'éviter
+l'assujettissement de donner l'entrée de son jardin aux personnes qui
+se présentent assez souvent par curiosité pour visiter ce lieu, de
+l'autoriser à placer sur le mur extérieur, en face de l'endroit où
+l'on pense que le corps de Son Altesse Royale a été inhumé, une
+inscription indicative à ce sujet.
+
+»Avant de soumettre sa demande à Votre Excellence et afin d'être plus
+à même de vous la présenter, j'ai visité le terrain accompagné de son
+jardinier: il résulte de cet examen que deux fosses larges et
+profondes, remarquables par le surbaissement des terres, y ont été
+ouvertes; que celle à droite cache le plus grand nombre de ces
+victimes; que sur la seconde il a été élevé un petit tertre en verdure
+et placé une pierre funéraire portant pour inscription: _Ici repose
+Madame Élisabeth._
+
+»Près du mur de clôture de Paris, il existe un autre surbaissement
+petit, mais visible, au-dessus duquel est un pied de rosier qui paraît
+déjà ancien, et contre l'enduit du mur une rayure qui semble avoir été
+faite avec un corps quelconque et à dessein.
+
+»Ce jardinier a fait sur cet endroit une remarque que son habitude de
+manier la terre lui aura suggérée, et d'après laquelle cette princesse
+et les vingt-quatre personnes qui partagèrent son martyre pourraient
+avoir été déposées: c'est en face de ce même endroit et contre le mur
+extérieur que M. Viger désirerait être autorisé à placer l'inscription
+qu'il a projetée; je lui ferai connaître la réponse de Votre
+Excellence.
+
+»Recevez, Monsieur le comte, l'assurance de mon respect.
+
+ _»Le commissaire de police du quartier du Roule,_
+
+ »BRUZELIN.»
+
+ * * * * *
+
+Une note, conservée aux archives de la préfecture de police, est ainsi
+conçue: «Le 29 mai 1817, écrit à M. le commissaire de police du
+quartier du Roule, de la part de M. de Chanay, que S. Exc. le ministre
+d'État, préfet de police, n'accueillerait point du tout la proposition
+que M. Viger de Jolival paraît avoir l'intention de lui faire.
+
+»M. Boucher a signé la lettre adressée à M. le commissaire de police.»
+
+ * * * * *
+
+Ainsi se termina cette triste et pieuse croisade, dont le résultat
+final n'était malheureusement que trop prévu. Aux regrets du Roi et de
+la famille royale s'associèrent tous les coeurs généreux et
+compatissants. Le Parisien, si vite oublieux, s'étonna d'apprendre que
+dans ce coin de terre obscur et caché à l'extrémité de sa ville la
+petite-fille et la soeur des Rois eût été enterrée sans linceul et
+sans bière. Il ignorait, et il ignore encore le nombre des holocaustes
+dont le dénoûment s'est accompli en cette étroite enceinte,
+aujourd'hui envahie par le boulevard Malesherbes. En publiant ici _in
+extenso_ les _fournées_ de suppliciés dont les restes ont été enfouis
+dans le clos du Christ, c'est en quelque sorte une révélation que nous
+croyons apporter à nos concitoyens. Il est à regretter que l'édilité
+parisienne, habituellement jalouse de concilier ce qui est dû aux
+convenances morales avec les justes exigences des améliorations
+utiles, n'ait pas été avertie à temps, de manière à pouvoir tenir
+compte, dans ses plans, des pieux souvenirs recueillis sur ce point
+obscur de la grande cité, et que, le premier, j'ai mis en lumière.
+Malheureusement, le compas de l'architecte et la truelle du maçon ont
+marché plus vite que l'enquête du chercheur des choses d'autrefois et
+la plume de l'écrivain.
+
+Le 4 germinal an II, le cimetière de la Madeleine fut fermé; celui de
+Monceaux fut ouvert, et reçut ce jour-là les restes mortels d'Hébert
+et des hébertistes. Voici la liste des exécutions et des décès:
+
+Le Tribunal révolutionnaire établi à Paris par décret de la Convention
+nationale du 10 mars 1793, l'an deuxième de la République, sans aucun
+recours au Tribunal de cassation, en vertu du pouvoir à lui donné par
+l'article deux d'un autre décret de la Convention du 5 avril suivant,
+portant «que l'Accusateur public dudit Tribunal est autorisé à faire
+arrêter, poursuivre et juger, sur la dénonciation des autorités
+constituées ou des citoyens:» (le même préambule se retrouve en tête
+de chaque jugement).
+
+Par jugement du 4 germinal an II (24 mars 1794), appert:
+
+ 1. Jacques-René Hébert, substitut de l'agent national de la
+ Commune de Paris, âgé de 35 ans, natif d'Alençon, département de
+ l'Orne, domicilié à Paris, rue Neuve-de-Égalité.
+
+ 2. Charles-Philippe Ronsin, avant la révolution homme de lettres,
+ puis commissaire de guerre ordonnateur, adjoint au ministre de la
+ guerre, général de l'armée révolutionnaire, âgé de 42 ans, natif
+ de Soissons, département de l'Aisne, domicilié à Paris, boulevard
+ Montmartre, nº 27.
+
+ 3. Antoine-François Momoro, imprimeur-libraire et administrateur
+ du département de Paris, âgé de 38 ans, natif de Besançon,
+ département du Doubs, domicilié à Paris, rue de la Harpe, nº 71.
+
+ 4. François-Nicolas Vincent, ci-devant clerc de procureur, puis
+ membre de la Commune, et actuellement secrétaire général du
+ département de la guerre, âgé de 27 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue des Citoyennes, section de Mutius-Scévola.
+
+ 5. Michel Laumur, ci-devant lieutenant-colonel de la marine et
+ colonel d'infanterie au 6e régiment de l'armée du Nord, et
+ général de brigade, âgé de 63 ans, natif de Paris, y domicilié,
+ rue Croix-des-Petits-Champs, nº 42.
+
+ 6. Jean-Conrad Kock, banquier, âgé de 38 ans, natif d'Ulm, en
+ Hollande, habitant en France depuis 1787, demeurant à Passy,
+ près Paris, et encore à Paris, rue Neuve-de-l'Égalité, nº 314.
+
+ 7. Pierre-Jean Proly, négociant, puis rédacteur de journal, âgé
+ de 42 ans, natif de Bruxelles, en France depuis 1782, demeurant à
+ Paris, rue Vivienne, nº 7.
+
+ 8. François Desfieux, marchand de vin de Bordeaux, âgé de 39 ans,
+ natif de Bordeaux, domicilié à Paris, rue des
+ Filles-Saint-Thomas, nº 20.
+
+ 9. Anacharsis Clootz (Jean-Baptiste), homme de lettres, ci-devant
+ député à la Convention nationale, âgé de 38 ans, natif de Clèves,
+ dans la Belgique, habitant en France depuis 27 ans, demeurant à
+ Paris, rue de Mesnard, nº 563.
+
+ 10. Jacob Peyrera, manufacturier de tabac, âgé de 51 ans, natif
+ de Bayonne, département des Basses-Pyrénées, demeurant à Paris,
+ rue Saint-Denis, nº 413, section Bon-Conseil.
+
+ 11. Marie-Anne-Catherine Latreille, âgée de 34 ans, native de
+ Montreuil-Belley, département de Rhône-et-Loire, demeurant à
+ Paris depuis six mois, rue et maison Bussy, femme Questineau.
+
+ 12. Jean-Antoine-Florent Armand, élève en chirurgie, âgé de 26
+ ans, natif de Chaylac, département de l'Ardèche, domicilié à
+ Paris depuis un an, rue et maison Bussy.
+
+ 13. Jean-Baptiste Aucard, employé au comité des recherches du
+ département de Paris, âgé de 52 ans, natif de Grenoble,
+ département de l'Isère, domicilié à Paris, rue des
+ Mauvais-Garçons Saint-Germain, ci-devant coupeur de gants,
+ journalier.
+
+ 14. Frédéric-Pierre Ducroquet, ci-devant perruquier-coiffeur et
+ parfumeur, et depuis commissaire aux accaparements, âgé de 31
+ ans, natif d'Amiens, département de la Somme, demeurant à Paris,
+ rue du Paon, nº 2, section de Marat.
+
+ 15. Armand-Hubert Leclerc, chef de division au bureau de la
+ guerre, âgé de 44 ans, natif de Cany, département de la
+ Seine-Inférieure, domicilié à Paris, rue Grange-Batelière, nº 10,
+ et ancien archiviste du ci-devant évêché de Beauvais.
+
+ 16. Jean-Charles Bourgeois, ci-devant menuisier, employé dans les
+ bureaux de la guerre, et commandant de la force armée de sa
+ section, âgé de 26 ans, natif de Paris, y demeurant, rue des
+ Sans-Culottes, ci-devant Guisarde, section de Mutius-Scévola.
+
+ 17. Albert Mazuel, ancien cordonnier, depuis brodeur, et après
+ aide de camp de Bouchotte, ministre de la guerre, chef d'escadron
+ de la cavalerie révolutionnaire, commandant temporaire de la
+ Ville-Affranchie, âgé de 28 ans, natif de Commune-Affranchie.
+
+ 18. Antoine Descomble, ancien garçon épicier, âgé de 29 ans,
+ natif de Besançon, département du Doubs, domicilié à Paris, rue
+ Sainte-Croix de la Bretonnerie, nº 21, section des
+ Droits-de-l'Homme.
+
+ 19. Pierre-Ulric Dubuisson, homme de lettres, nommé à différentes
+ époques commissaire du pouvoir exécutif, âgé de 48 ans, natif de
+ Laval, département de la Mayenne, domicilié à Paris, rue
+ Saint-Honoré, nº 1447;
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort;--et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, ledit jugement étant signé du président et du greffier.
+
+Par procès-verbal dressé par Tirard et Napier, huissiers du tribunal
+révolutionnaire, appert avoir été constaté que le jugement ci-dessus a
+été exécuté sur la place publique de la Révolution de cette ville, où
+les ci-dessus nommés ont été mis à mort.
+
+Pour extrait conforme, _Signé_: WOLF, commis greffier.
+
+La même clause se retrouve à la fin de chaque jugement. Nous nous
+bornerons, dans tous ceux qui vont suivre, à donner le nom de
+l'huissier du tribunal révolutionnaire qui a été témoin de l'exécution
+à mort des victimes, et le nom du greffier qui en a certifié l'extrait
+conforme.
+
+Le _Moniteur_ du 5 germinal an II dit que «la femme Questineau s'étant
+déclarée enceinte, a obtenu un sursis.» Nous voyons pourtant le nom de
+cette femme parmi ceux des victimes. Le _Moniteur_ ajoute:
+
+«Le citoyen Taboureau, de la section de Marat, est le seul des accusés
+qui ait été acquitté.»
+
+C'est Laboureau qu'il faut lire. Ce Laboureau était un médecin qui fit
+plus tard un rapport sur ce qu'il avait vu et entendu dans la prison
+sur les accusés. En 1790, il avait publié un journal sous ce titre:
+_l'Avocat du peuple._
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 5 germinal an II (25 mars
+1794), appert:
+
+ 1. Joseph-Jacques Rouganne de Vichy, âgé de 63 ans, y demeurant,
+ département de l'Allier, ci-devant inspecteur des marchandises
+ anglaises, demeurant à Vichy, département de l'Allier;
+
+ 2. Jean Rouganne-Desbaradines, âgé de 52 ans, né à Cuny, y
+ demeurant, département de l'Allier, ci-devant garde du dernier
+ tyran;
+
+ 3. Et Pierre Rouganne-Belbat, âgé de 31 ans, natif d'Aigueperse,
+ département du Puy-de-Dôme, y demeurant, vivant de son revenu;
+
+ Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal
+ d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 6 germinal an II (26 mars
+1794), appert:
+
+ 1. Charles-Auguste la Cour-Balleroy, âgé de 74 ans, de la commune
+ de Balleroy, district de Bayeux, y demeurant, ci-devant
+ lieutenant général.
+
+ 2. Et François-Auguste la Cour-Balleroy, son frère, âgé de 67
+ ans, né de Paris, y demeurant, ci-devant commandeur de Malte et
+ maréchal de camp;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Jean-Louis Gouttes, âgé de 54 ans, né de Tulles, département de
+ la Corrèze, ci-devant évêque du département de Seine-et-Loire,
+ demeurant à Autun, chef-lieu du département;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Étienne Thiry, âgé de 24 ans, né à Sedan, maréchal des logis au
+ 8e régiment de hussards, demeurant à Paris, place des
+ Victoires-Nationales;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Denis Loisel, âgé de 42 ans, né de Mondétour, garde des bois
+ nationaux, demeurant à Boississe-le-Bertrand, district de Melun;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 7 germinal an II (27 mars
+1794), appert:
+
+ Marie-Catherine Chamboran, née à Confolent, département de la
+ Haute-Vienne, âgée de 59 ans, ci-devant religieuse carmélite à
+ Saint-Denis (Franciade), y demeurant.
+
+Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Claire-Madeleine Lambertie, femme Villemin, âgée de 41 ans,
+ vivant de son bien, née à Montluçon, demeurant à Paris;
+
+Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Henri Moreau, âgé de 67 ans, né à Montpellier, département de
+ l'Hérault, ci-devant accusateur public, près le point central de
+ l'armée du Nord;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 8 germinal an II (28 mars
+1794), appert:
+
+ Jacques Pernet, âgé de 56 ans, né à Bar-sur-Aube, ci-devant
+ chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine de dragons,
+ cultivateur, demeurant à Tranault, département de l'Aube;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Jean-Baptiste Presselet, ci-devant capucin, né à Acqs,
+ département de la Haute-Saône, demeurant à Gray, même
+ département;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 9 germinal an II (29 mars 1794), appert:
+
+ Jean-Baptiste Colignon, âgé de 61 ans, né de Metz, y demeurant,
+ imprimeur;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Louis-François Poiré, âgé de 36 ans, huissier à la Convention
+ nationale, né d'Autribois, demeurant à Paris, rue
+ Saint-Dominique, section Grenelle;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, huissier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Jean-Valery-Marie Harelle, âgé de 30 ans, né de l'Aigle, y
+ demeurant, négociant;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, 9 germinal an II (29 mars 1794), appert:
+
+ 1. Jacques-Nicolas Adam, âgé de 36 ans, ex-religieux bénédictin,
+ né à Paris, y demeurant, à Saint-Martin-des-Champs;
+
+ 2. Jean-Baptiste Courtin, âgé de 79 ans, né à Rouen, ex-religieux
+ bénédictin, demeurant audit couvent Saint-Martin;
+
+ 3. Et Joseph-Antoine Meffre, âgé de 57 ans, né à Aubignan,
+ district de Carpentras, demeurant audit couvent Saint-Martin;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 11 germinal an II (31 mars 1794), appert:
+
+ Jean-François Hollet, âgé de 34 ans, bijoutier, natif de
+ Luciennes, département de Seine-et-Oise, demeurant à Paris, aux
+ Trois-Bouteilles, marché Saint-Martin;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Louis-François Lavergne-Chanlorier, âgé de 50 ans passés, né à
+ Angoulême, y demeurant ordinairement, commandant de la ville de
+ Longwy;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Philippe-Barthélemy-Simon Gaillard, âgé de 26 ans, né à Cormille,
+ département de Seine-et-Oise, garçon papetier à Paris, y
+ demeurant;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, 11 germinal (31 mars 1794), appert:
+
+ Victoire Regnier, femme Lavergne, âgée d'environ 26 ans, née à
+ Angoulême, demeurant à Paris, rue Traversière, faubourg Germain;
+
+Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Joseph Nègre, âgé de 61 ans, né à Lavergne, département du
+ Lot, ci-devant fermier de Barbotan, demeurant à Julliac;
+
+ 2. Et Joseph-Claire Barbotan, âgé de 75 ans, ex-comte et
+ ex-constituant, né et demeurant à Borner, district de Nogard,
+ département du Gard;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 12 germinal an II (1er avril 1794), appert:
+
+ Louis-Simon Collivet, âgé de 25 ans, natif de Lagny, département
+ de l'Orne, demeurant à Paris, rue de la Verrerie, chez le citoyen
+ Delorme, marchand épicier;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Euloge Schneider, âgé de 37 ans, natif de Winfeld, demeurant à
+ Strasbourg, département du Bas-Rhin, ci-devant accusateur public
+ près le tribunal criminel dudit département;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Charles-Victoire-François Sallabery, âgé de 62 ans, né à Paris,
+ ci-devant noble et président de la chambre des comptes de Paris,
+ juge de paix de la ville de Blois, officier municipal de la même
+ ville, y demeurant;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Antoine Brochet, dit Saint-Prest, âgé de 25 ans, ex-noble et
+ garde de Capet, né à Paris, demeurant à Gray, district de la
+ Ferté-Bernard, département de la Sarthe;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 13 germinal an II (2 avril 1794), appert:
+
+ Jean Marquet, âgé de 27 ans, né à Cyray, département de la
+ Charente, y demeurant, marchand de beurre frais.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 16 germinal an II (5 avril 1794), appert:
+
+ 1. Philippe-François-Nazaire Fabre Déglantine, ci-devant homme de
+ lettres et député à la Convention nationale, âgé de 39 ans, natif
+ de Carcassonne, domicilié à Paris, rue Ville-l'Évêque.
+
+ 2. Joseph Launay, homme de loi et député à la Convention
+ nationale, âgé de 39 ans, natif d'Angers, domicilié ordinairement
+ à Anvers, et à Paris, boulevard Montmartre, nº 5.
+
+ 3. François Chabot, ci-devant capucin et représentant du peuple,
+ âgé de 37 ans, natif de Saint-Geniest, département de l'Aveyron,
+ domicilié à Paris, rue d'Anjou, nº 19.
+
+ 4. Lucie-Simplice-Camille-Benoist Desmoulins, homme de lettres,
+ âgé de 33 ans, natif de Guise, district de Vervins, domicilié à
+ Paris, place du Théâtre-Français.
+
+ 5. Jean-François Lacroix, soldat, capitaine de milice, puis homme
+ de loi et ex-député à la Convention nationale, âgé de 40 ans,
+ natif de Pont-Audemer, département de l'Eure, domicilié à Paris,
+ rue Lazare, nº 6.
+
+ 6. Pierre Phelippeaux, homme de loi et député à la Convention
+ nationale, âgé de 35 ans, natif de Ferrière, département de
+ l'Oise, domicilié à Paris, rue de l'Échelle, nº 3.
+
+ 7. Claude Bazire, commis aux Archives des états de la Bourgogne,
+ commandant de la garde et député à la Convention nationale, âgé
+ de 29 ans, natif de Dijon, département de la Côte-d'Or, domicilié
+ à Paris, rue Saint-Pierre-Montmartre.
+
+ 8. Marie-Jean Hérault de Séchelles, député à la Convention
+ nationale, âgé de 34 ans, natif de Paris, y domicilié, rue
+ Basse-du-Rempart, nº 14.
+
+ 9. Georges-Jacques Danton, député à la Convention nationale, âgé
+ de 34 ans, natif de Darcy-sur-Aube, département de l'Aube,
+ domicilié à Paris, rue et section de Marat.
+
+ 10. Marc-René Sahuguet Despagnac, ci-devant abbé et employé aux
+ fournitures des haras, âgé de 41 ans, natif de Brie, département
+ de la Corrèze, domicilié à Paris, rue de l'Université, près
+ l'ancienne barrière.
+
+ 11. Simon Kotloo Junius Frey, fournisseur à l'armée, âgé de 35
+ ans, natif de Bruyen, en Moravie, domicilié à Paris, rue d'Anjou
+ Saint-Honoré, nº 19.
+
+ 12. André-Marie Gusman, âgé de 41 ans, natif de Grenade, en
+ Espagne, naturalisé Français en 1751.
+
+ 13. Emmanuel Frey, âgé de 27 ans, natif de Bruyen, en Moravie,
+ domicilié à Paris, rue d'Anjou Saint-Honoré, nº 19.
+
+ 14. Jean-Frédéric Deiderinchen, avocat de la cour du roi de
+ Danemark, âgé de 51 ans, natif de Luxembourg, pays de Holstein,
+ en Danemark, domicilié à Paris, rue des Petits-Augustins.
+
+ 15. François-Joseph Westermann, ci-devant aide de camp de
+ Dumouriez, depuis général de division, âgé de 38 ans, natif de
+ Motzheim, département du Bas-Rhin.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 17 germinal an II (6 avril 1794), appert:
+
+ Louis Hannapier des Ormes, âgé de 45 ans, né à Orléans, résidant
+ dans la commune de Saint-Hilaire-Saint-Mesmin, district
+ d'Orléans, département du Loiret, cultivateur et ci-devant maître
+ particulier des eaux et forêts à Beaugency, même département;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Pierre Reignier, âgé de 38 ans, né et demeurant à Pontoise,
+ département de Seine-et-Oise, tailleur d'habits;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Philippe Barron de Channois, ex-noble, âgé de 66 ans, né à
+ Châtillon-sur-Indre, département de l'Indre, propriétaire,
+ demeurant en la commune de Genille, département d'Indre-et-Loire;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 18 germinal an II (7 avril 1794), appert:
+
+ 1. Jean-François Jullien, âgé de 60 ans, né à Loris, département
+ du Loiret, ex-officier municipal de la commune de Montargis, y
+ demeurant, et chirurgien;
+
+ 2. Marie-Joseph-Hippolyte Pelé-Varenues, âgé de 57 ans passés, né
+ à Sens, ci-devant receveur particulier des finances et receveur
+ du district de Montargis, y demeurant;
+
+ 3. François-Joseph Bizot, âgé de 50 ans, né à Besançon, ex-maire
+ de la commune de Montargis, y demeurant;
+
+ 4. Et Charles-Léonard Lavillette, âgé de 45 ans, natif de
+ Clamecy, ci-devant président de l'élection de Montargis, juge du
+ district de Bois-Commun et administrateur du directoire du
+ district de Montargis, y demeurant;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par Tavernier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Antoine-Louis-Claude Saint-Germain d'Apchon, ex-marquis et
+ maréchal de camp, âgé de 45 ans, né à Paris, demeurant rue
+ Saint-Louis, nº 87, section de l'Indivisibilité;
+
+ 2. Et Élisabeth-Thérèse Pacorée, âgée de 69 ans passés, veuve de
+ Pericard, ex-maître des comptes, belle-mère de d'Apchon, née à
+ Paris, même demeure que dessus;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par Tavernier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Jean-Joseph Mouzin, âgé de 28 ans, notaire à Dijon,
+ département de la Côte-d'Or, né et demeurant audit Dijon;
+
+ 2. Et Bernard Perruchot, âgé de 35 ans 1/2, demeurant à Montant,
+ district de Saint-Jean-de-Losne, département de la Côte-d'Or,
+ ci-devant notaire.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par Tavernier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour 18 germinal (7 avril 1794), appert:
+
+ 1. François-Pierre Lamotte-Senonnes, âgé de 36 ans, ci-devant
+ noble, né à Senonnes, département de la Mayenne, demeurant à
+ Bonneuil, district de Bourg-l'Égalité;
+
+ 2. Et Susanne Drouillard, âgée de 33 ans, née à Saint-Domingue,
+ épouse dudit Senonnes;
+
+ Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Tavernier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 19 germinal (8 avril 1794), appert:
+
+ 1. Jean-Pierre Danquechin-Dorval, âgé de 40 ans passés, ex-noble,
+ cultivateur, officier public et municipal de la commune de
+ Montreuil, près Paris, y demeurant;
+
+ 2. Pierre-Saturnin Lardin, âgé de 31 ans, né à Nogent-sur-Marne,
+ demeurant à Montreuil, près Paris, vigneron;
+
+ 3. Et Louise-Adélaïde Danquechin, âgée de 27 ans, femme de Pierre
+ Saturnin Lardin, demeurant avec lui audit Montreuil;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Jeanne Agronde Marsilly, veuve de Pierre-Armand Henique de
+ Chenely, âgée de 47 ans, née à Dijon, département de la
+ Côte-d'Or, demeurant à Paris, rue de la Harpe;
+
+Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Joseph-Louis Gaudron, âgé de 27 ans et 1/2, né à Limeray,
+ district d'Amboise, département d'Indre-et-Loire, ex-curé
+ constitutionnel de Négron, y demeurant, même département;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Guillaume Gemptel, âgé de 26 ans, né à Bousie, dans la ci-devant
+ Normandie, cuisinier, demeurant à Paris, maison ci-devant appelée
+ des Anglais;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Angélique Boiry, femme de Pierre-Antoine Bonfant, âgée de 50 ans,
+ née à Douay, département du Nord, femme de chambre de la femme
+ d'Hervilly, ex-noble, demeurant à Daignecourt, département de la
+ Somme;
+
+Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 23 germinal (12 avril 1794), appert:
+
+ Claude Chouchon, dit Chanson, âgé de 66 ans, né et demeurant à
+ Montélimart, département de la Drôme, ex-général de brigade de
+ l'armée des Pyrénées-Orientales;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 24 germinal (13 avril 1794), appert:
+
+ Louis-Guillaume-André Brossard, âgé de 39 ans passés, né à
+ Terrasson, département de la Dordogne, secrétaire du comité
+ révolutionnaire de la ville de Périgueux, y demeurant;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, exécution du 24 germinal an II (13 avril 1794):
+
+ 1. Philibert Simon, député à la Convention nationale, natif de
+ Rumilly (Mont-Blanc), domicilié à Paris, rue Traversière-Honoré.
+
+ 2. Arthur Dillon, ci-devant général divisionnaire, âgé de 43 ans,
+ natif de Braywick, en Angleterre, domicilié à Paris, rue Jacob,
+ nº 38.
+
+ 3. Jean-Baptiste Gobel, ci-devant évêque de Paris, âgé de 67 ans,
+ natif de Thann, département du Haut-Rhin, domicilié à Paris, île
+ de la Fraternité, quai de l'Égalité, nº 13.
+
+ 4. Jean-Michel Beysser, général de brigade dans l'armée de
+ l'Ouest, âgé de 40 ans, natif de Ribauviller, en Alsace,
+ département du Haut-Rhin, domicilié ordinairement à Lorient.
+
+ 5. Gaspard Chaumette, agent national de la Commune de Paris,
+ ci-devant procureur de ladite Commune, âgé de 31 ans, natif de
+ Nevers (Nièvre), domicilié à Paris, rue de l'Observatoire, aux
+ Visitandines, et avant rue du Paon, section de Marat.
+
+ 6. Marie-Marguerite-Françoise Goupil, âgée de 38 ans, native de
+ Paris, y domiciliée, rue Neuve-de-l'Égalité, cour des Forges,
+ veuve de..... Hébert.
+
+ 7. Jean-Baptiste-Ernest Bucher (de l'Épinois), commandant de la
+ garde nationale de Mesnil-Saint-Denis, âgé de 43 ans, natif
+ d'Amiens, département de la Somme, domicilié à
+ Mesnil-Saint-Denis, district de Versailles, département de
+ Seine-et-Oise.
+
+ 8. Marie-Marc-Antoine Barras, ancien administrateur du district
+ de Toulouse, âgé de 30 ans, natif de Toulouse, département de la
+ Haute-Garonne, y domicilié.
+
+ 9. Jean-Jacques Lacombe, vivant de son revenu, âgé de 33 ans,
+ natif de Cajac (Lot), domicilié à Paris, maison garnie des
+ Français, rue de Thionville, nº 30, section de Marat.
+
+ 10. Jean-Maurice-François Lebrasse, lieutenant de gendarmerie
+ près les tribunaux, âgé de 31 ans, natif de Rennes, département
+ de l'Ille-et-Vilaine, domicilié à Paris, rue Jacques, nº 27.
+
+ 11. Anne-Lucile-Philippe Laridon Duplessis, âgée de 23 ans,
+ native de Paris, y domiciliée, rue du Théâtre-Français, veuve de
+ Lucie-Simplice-Camille-Benoît Desmoulins.
+
+ 12. Antoine Duret, adjudant général de l'armée des Alpes, âgé de
+ 44 ans, natif de Roanne-en-Forez, domicilié à Montbrissey,
+ département de la Loire, lors de son arrestation à Feure.
+
+ 13. Guillaume Lassalle, officier de marine, âgé de 24 ans, natif
+ de Boulogne-sur-Mer, département du Pas-de-Calais, domicilié à
+ Paris, maison de France, rue Neuve-de-l'Égalité.
+
+ 14. Alexandre Nourry Grammont, officier de la cavalerie
+ révolutionnaire, et avant employé au bureau de la guerre, âgé de
+ 19 ans, natif de Limoges, département de la Haute-Vienne,
+ domicilié à Paris, passage des Petits-Pères, nº 3, section de
+ Guillaume-Tell.
+
+ 15. Nourry Grammont, ci-devant artiste du théâtre Montansier,
+ ensuite adjudant général de l'armée révolutionnaire, âgé de 42
+ ans, natif de La Rochelle (Charente-Inférieure), domicilié à
+ Paris, passage des Petits-Pères, section de Guillaume-Tell.
+
+ 16. Jean-Marie Lepallus, juge de la commission révolutionnaire de
+ Feure, âgé de 26 ans, natif de Matour, district de Charonne,
+ département de Saône-et-Loire, domicilié ordinairement à Néardor,
+ département de Rhône-et-Loire.
+
+ 17. Jean-François Lambert, porte-clefs de la maison d'arrêt du
+ Luxembourg, âgé de 25 ans, natif de Boysne, département du
+ Loiret, domicilié à Paris, rue de la Convention.
+
+ 18. Marie-Sébastien Brumeau-Lacroix, membre du comité
+ révolutionnaire de la section de l'Unité, âgé de 26 ans,
+ domicilié à Paris, rue du Colombier.
+
+ 19. Edme Rameau, prêtre, âgé de 41 ans, natif d'Auxerre,
+ département de l'Yonne, domicilié à Paris, rue Sauveur.
+
+ 20. Louis-Guillaume-André Brossard, secrétaire du comité
+ révolutionnaire de la ville de Périgueux, âgé de 32 ans, natif de
+ Terrasson, département de la Dordogne, demeurant à Périgueux.
+
+ 21. Étienne Ragondet, ci-devant marchand de chevaux, commandant
+ du bataillon de la section de la République, et inspecteur dans
+ les charrois des armées, âgé de 46 ans, natif de Paris, demeurant
+ à Capy, près Péronne, département de la Somme.
+
+Vu l'extrait du jugement du tribunal criminel révolutionnaire et du
+procès-verbal d'exécution dressé par (le nom en blanc), en date du 24
+germinal (13 avril).
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 25 germinal (14 avril 1794), appert:
+
+ Jacques-Augustin Labarbery de Refluvel, âgé de 60 ans, ex-noble,
+ ci-devant capitaine dans les gardes françaises, et ci-devant
+ seigneur de Villers-Vermont, né à Paris, y demeurant, rue des
+ Francs-Bourgeois, au Marais;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ François-Charles Gattey, âgé de 38 ans, né à Autun, libraire,
+ demeurant à Paris, maison Égalité, nº 14;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirart.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Henri Morisset, âgé de 39 ans, né à Pereuse, département de
+ l'Yonne, juge au tribunal du district de Montargis, département
+ du Loiret, y demeurant, chapelier et procureur de la commune de
+ Château-Renard;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirart.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 26 germinal (15 avril 1794), appert:
+
+ 1. Aimé Courandin, âgé de 31 ans, né à Angers, département de
+ Maine-et-Loire, ci-devant conseiller du tyran Capet, au présidial
+ d'Angers, et ensuite juge du tribunal du district d'Angers, y
+ demeurant;
+
+ 2. Louis-Étienne Brevet, dit Beaujour, âgé de 30 ans, né à
+ Angers, ci-devant avocat du tyran Capet au présidial d'Angers,
+ ensuite commissaire national près le tribunal du district
+ d'Angers, y demeurant;
+
+ 3. Jean-Baptiste la Réveillière, âgé de 41 ans, né à Montaigu,
+ département de la Vendée, ci-devant conseiller au présidial
+ d'Angers, et ensuite président du tribunal criminel du
+ département de Maine-et-Loire, demeurant à Angers;
+
+ 4. Bieusie Louis Dieusie, âgé de 45 ans, né à Mésange, district
+ d'Ancenis, département de la Loire-Inférieure, ex-noble et député
+ à l'Assemblée constituante, cultivateur, et président du
+ département de Maine-et-Loire, demeurant à Angers;
+
+ 5. Et Joseph-François-Alexandre Teissier Duclozeau, âgé de 40
+ ans, né aux Rosiers, district de Saumur, physicien, ci-devant
+ membre du conseil général du département de Maine-et-Loire, et
+ ensuite volontaire dans le 3e bataillon du même département,
+ demeurant à Vannes;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Victoire Lescale, femme Roger, âgée de 40 ans, sans état, née à
+ Villotte-devant-Loupy, district de Bar-sur-Ornain, département de
+ la Meuse;
+
+Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Chateau.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Marie-Claudine Gattey, âgée de 39 ans, née à Autun, département
+ de la Côte-d'Or, ci-devant religieuse de Saint-Lazare, demeurant
+ à Paris, chez la veuve Leyrand, rue Boucher, nº 14;
+
+Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Gaspard Roger, âgé de 38 ans, né et demeurant à
+ Neuville-sur-Ornain, département de la Meuse, salpêtrier;
+
+ 2. Marie-Jeanne Lescale, âgée de 52 ans, fille vivant de son
+ industrie, née à Villot, même département, demeurant audit
+ Neuville;
+
+ 3. Charles-Mathias d'Alençon, âgé de 67 ans, ex-noble et comte,
+ né à Bar, demeurant audit Neuville;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 27 germinal (16 avril 1794), appert:
+
+ Hugues-Louis-Jean Pelletier Chambure, âgé de 37 ans, natif de
+ Tonnerre, département de l'Yonne, employé dans les subsistances
+ militaires en qualité de sous-directeur, à Arras;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
+
+Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Jean Huet, âgé de 32 ans, né à Orléans, département du Loiret,
+ perruquier, demeurant à Paris, rue Nicaise;
+
+ 2. Pierre Laville, âgé de 31 ans, né à Monpont, district de
+ Mussidan, département de la Dordogne, cordonnier, demeurant à
+ Paris, rue Rohan, nº 33; membre du comité révolutionnaire de la
+ section des Tuileries;
+
+ 3. Et Pierre Lapeyre, âgé de 30 ans, né à Lachaud, district de
+ Périgueux, département de la Dordogne, chirurgien, demeurant à
+ Paris, rue de Rohan, nº 62, et membre du comité révolutionnaire
+ de la section des Tuileries;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ François-Clément Cassegrain, âgé de 76 ans, né à Paris, demeurant
+ à Pithiviers-le-Vieil, département (en blanc), curé de
+ Pithiviers;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Nicolas Lutterot, âgé de 33 ans, né à Sens, département de
+ l'Yonne, charpentier, demeurant à Sens.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire le 28 germinal an II
+(17 avril 1794), etc., appert:
+
+ 1. Charles Acot, dit Thibault, âgé de 23 ans, né à Autigny,
+ département de l'Yonne, marchand de vin, demeurant à Paris, rue
+ de la Vannerie, nº 49;
+
+ 2. Hyacinthe Mermin, âgé de 30 ans, frotteur, né à Avançay,
+ département du Mont-Blanc, demeurant à Paris, rue Saint-Landry,
+ en la Cité, nº 8;
+
+ 3. Pierre-Louis Henry, âgé de 33 ans, marchand de toiles et
+ d'indiennes, né à Méry, département de la Marne, demeurant à
+ Paris, rue de la Vannerie, nº 49;
+
+ 4. Hyacinthe Simille, âgé de 29 ans, frotteur, né à Avançay,
+ département du Mont-Blanc, demeurant à Paris, rue André des Arts;
+
+ 5. Et Jean-Louis Pautone, âgé de 31 ans, né à Buri, département
+ de Seine-et-Oise, garçon pâtissier traiteur, demeurant à Paris,
+ rue Jean Fleury.
+
+ Avoir été condamnés à la peine de mort et ordonné que l'exécution
+ dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution
+ de cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.
+
+Par procès-verbal dressé par Degaiguée, etc., appert que lesdits
+Charles Acot dit Thibault, H. Mermin, Pierre-Louis Henry, Hyacinthe
+Simille, et Jean-Louis Pautone, ont été mis à mort.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Joseph Baudot, âgé de 44 ans, né à Besançon, département du
+ Doubs, ci-devant bénédictin, principal du collége de Toul, et
+ desservant de Tremblecourt, y demeurant, département de la
+ Meurthe.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Jean-Pierre Challot, âgé de 28 ans, né à Château-Roué,
+ département de la Meurthe, ci-devant desservant de la cure de
+ Marsal, même département, y demeurant.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Jean Decous, âgé de 70 ans, né à Treignat, département de la
+ Corrèze, ci-devant curé de la commune de Neuvy, demeurant à
+ Limoges.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 29 germinal (18 avril 1794), appert:
+
+ Brice Prévôt, âgé de 28 ans, né à Saint-Front, département de
+ l'Orne, demeurant à Paris, cul-de-sac Berthault, chapelier.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ François Magny, âgé de 24 ans, tailleur d'habits, né à Limoges, y
+ demeurant, soldat au 6e régiment de Hussards-Cavalerie.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, le 29 germinal, au palais,
+etc. (18 avril 1794), appert:
+
+ 1. Antoine-Grégoire Genest, âgé de 27 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue des Moineaux, banquier;
+
+ 2. Pierre Hariage de Guiberville, âgé de 72 ans, né à Paris, y
+ demeurant, cul-de-sac de Taitbout, ci-devant président au
+ Parlement;
+
+ 3. Marie-Claude Hariage, veuve Debonnaire, âgée de 45 ans,
+ ex-noble, née à Paris, y demeurant, rue Neuve-des-Capucines;
+
+ 4. Marie-Charlotte Debonnaire, femme divorcée de Louis-François
+ le Peletier, ci-devant officier dans le régiment de Capet, âgée
+ de 21 ans, née à Paris, y demeurant;
+
+ 5. Marie la Laurencie-Charras, âgée de 42 ans, native de Charras,
+ département de la Charente, demeurant à Asnières;
+
+ 6. Didier-René-François Mesnard de Chousy, âgé de 64 ans, attaché
+ à la maison Capet, demeurant à Paris, rue de Clichy;
+
+ 7. Jean-Didier-René Mesnard de Chousy, fils, âgé de 35 ans, natif
+ de Versailles, demeurant à Paris, rue Lazare, section du
+ Mont-Blanc;
+
+ 8. Marie-Adrienne Gonnel, veuve Vierville, âgée de 49 ans, native
+ de Paris, y demeurant, rue de Clichy, nº 14;
+
+ 9. Adélaïde-Marguerite Demerle, femme divorcée de Duchilleur,
+ âgée de 41 ans, native de Paris, y demeurant, rue du
+ Faubourg-Montmartre;
+
+ 10. Louis-Georges Gougenot, âgé de 36 ans, natif de Paris,
+ ci-devant syndic de la ci-devant compagnie des Indes, demeurant
+ rue le Peletier;
+
+ 11. Angélique-Michel Destat Bellecourt, âgé de 33 ans, natif de
+ Paris, ci-devant officier au service de la Russie, demeurant rue
+ Basse-du-Rempart;
+
+ 12. Jeanne-Marie Nogué, veuve de Robin Divry, femme
+ d'Angélique-Michel Destat de Bellecourt, native de Bayonne, âgée
+ de 30 ans, demeurant à Paris, rue Basse-du-Rempart, nº 9;
+
+ 13. Sébastien Rollat, ex-noble, âgé de 52 ans, natif de Brujac,
+ département de l'Allier, demeurant à Paris, rue des
+ Filles-Saint-Thomas;
+
+ 14. René Rollat, fils dudit Rollat, né à Paris, âgé de 39 ans,
+ ancien officier à la suite du ci-devant régiment Colonel général
+ dragons, demeurant à Paris, rue des Filles-Saint-Thomas;
+
+ 15. Jean Robin, âgé de 43 ans, officier de maison chez le nommé
+ Hariage Guiberville, natif de Valence, demeurant à Paris,
+ cul-de-sac Taitbout;
+
+ 16. François-Michel Paymal, âgé de 29 ans, natif de Versailles,
+ département de Seine-et-Oise, domestique de la nommée Hariage,
+ demeurant à Paris, rue Neuve-des-Capucines;
+
+ 17. Et Jean-Joseph Laborde, âgé de 70 ans, né à Juca en Espagne,
+ ci-devant banquier du gouvernement, demeurant à Mireville,
+ département de Seine-et-Marne;
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, etc. Par procès-verbal d'exécution, signé par Auvray,
+appert les ci-dessus nommés avoir été mis à mort.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, séant à Paris, au palais,
+le 1er floréal an II (20 avril 1794), appert:
+
+ 1. Louis le Peletier Rozambo, âgé de 46 ans, ex-noble, ci-devant
+ président à mortier au ci-devant parlement de Paris, né à Paris,
+ demeurant à Malesherbes, département du Loiret;
+
+ 2. Urbain-Élisabeth Segla, âgé de 37 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, né à Toulouse,
+ département de la Haute-Garonne, y demeurant;
+
+ 3. Philippe-Joseph-Marie Cussac, âgé de 67 ans, ex-noble,
+ ci-devant conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, né à
+ Toulouse, y demeurant;
+
+ 4. Jean-Jacques Balsac Firmi, âgé de 60 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
+ né à Senergues, département de l'Aveyron, demeurant à Toulouse;
+
+ 5. Jean-François Montaigu, âgé de 64 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
+ né à Toulouse, y demeurant;
+
+ 6. Anne-Joseph Lafont, âgé de 60 ans, ex-noble, et ci-devant
+ conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
+ demeurant à Toulouse;
+
+ 7. Joseph-Julien-Honoré Rigaut, âgé de 45 ans, ex-noble,
+ ci-devant conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, né à
+ Castres, département du Tarn, demeurant à Toulouse;
+
+ 8. Nicolas-Étienne le Noir, âgé de 38 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller au ci-devant parlement de Paris, première chambre des
+ requêtes, né à Paris, y demeurant, rue Apolline;
+
+ 9. François-Matthieu du Port, âgé de 76 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à
+ Paris, y demeurant, rue Saint-Louis, au Marais;
+
+ 10. Louis-Jean-Népomucène-Marie-François Camus Laguibourgère, âgé
+ de 46 ans, né à Rennes, département d'Ille-et-Vilaine, demeurant
+ à Paris, rue Jacques, vis-à-vis des Mathurins;
+
+ 11. Henry-Louis Fredy, âgé de 74 ans, ex-noble, conseiller de
+ grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à Paris, y
+ demeurant, rue Antoine;
+
+ 12. Charles-Jean-Pierre Dupuis de Marée, âgé de 61 ans, ex-noble,
+ ci-devant conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de
+ Paris, né à Paris, y demeurant, rue Michel le Peltier;
+
+ 13. Léonard-Louis Saguier de Mardeuil, âgé de 59 ans, ex-noble,
+ conseiller au ci-devant parlement de Paris, né à Châlons,
+ département de la Marne, demeurant à Paris, rue de la Fraternité;
+
+ 14. Étienne Pasquier, âgé de 58 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à
+ Paris, y demeurant, rue Madeleine, nº 8;
+
+ 15. Pierre-Daniel Bourrée Corberon, âgé de 77 ans, ex-noble,
+ ci-devant président de la première chambre des enquêtes du
+ ci-devant parlement de Paris, né à Paris, demeurant à Toulouse;
+
+ 16. Barthélemy-Gabriel Rolland, âgé de 64 ans, ex-noble,
+ ci-devant président des requêtes du ci-devant parlement de Paris,
+ né à Paris, demeurant à Chambaudouin, département du Loiret;
+
+ 17. Jean-Baptiste Louis Oursain Debure, âgé de 47 ans, ci-devant
+ noble et conseiller des requêtes du palais du ci-devant parlement
+ de Paris, né à Paris, demeurant rue Boucherat;
+
+ 18. Jean-François-Manie Rouhette, âgé de 27 ans, ex-noble,
+ ci-devant conseiller des requêtes du parlement de Paris, né à
+ Paris, y demeurant, rue Paul;
+
+ 19. Antoine-Louis-Hyacinthe Hocquart, âgé de 55 ans, ex-noble,
+ ci-devant premier président de la cy-devant cour des aides à
+ Paris, né à Paris, y demeurant;
+
+ 20. Nicolas-Agnès-François Nort, âgé de 68 ans, ex-noble et
+ ci-devant comte colonel d'infanterie, né à Rennes, département
+ d'Ille-et-Vilaine, demeurant aux Invalides;
+
+ 21. Armand-Guillaume-François de Gourgues, âgé de 57 ans,
+ ex-noble, ci-devant président à mortier au ci-devant parlement de
+ Paris, né à Paris, demeurant à Poissy, département de
+ Seine-et-Oise;
+
+ 22. Jean-Baptiste-Gaspard Bochard Saron, âgé de 64 ans, ex-noble,
+ ci-devant premier président du parlement de Paris, né à Paris, y
+ demeurant, rue de l'Université;
+
+ 23. Édouard-François-Matthieu Molé-Champlatreux, âgé de 34 ans,
+ ex-noble, ci-devant président au ci-devant parlement de Paris, né
+ à Paris, y demeurant, rue Dominique, faubourg Germain;
+
+ 24. Henri-Guy Sallier, âgé de 60 ans, ex-noble, ci-devant
+ président de la ci-devant cour des aides de Paris, né à
+ Rochembray, demeurant à Paris, rue du Grand-Chantier;
+
+ 25. Anne-Louis-François-de-Paule le Fèvre d'Ormesson, âgé de 42
+ ans, ex-noble, ci-devant président du parlement de Paris, né à
+ Paris, y demeurant, rue Guillaume, faubourg Germain,
+ ex-constituant, et commissaire aux monuments publics et
+ ex-bibliothécaire;
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.
+
+Par procès-verbal dressé par Auvray, l'un des huissiers du tribunal
+révolutionnaire, en date du 1er floréal, appert avoir été constaté que
+le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où lesdits ci-dessus nommés ont été mis à
+mort.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, etc., le 1er floréal an II
+(20 avril 1794), appert:
+
+ 1. Nicolas Saint-Blin, âgé de 40 ans, né à Paris, ci-devant noble
+ et comte, demeurant à Villeberny, district de Semur, département
+ de la Côte-d'Or;
+
+ 2. Auguste-Louis-Zacharie Espiard de Dalleray, âgé de 63 ans, né
+ à Dijon et y demeurant, vivant de son revenu, ci-devant
+ conseiller au parlement de Dijon;
+
+ 3. Pierre Guillemin, âgé de 29 ans, né à Dijon et y demeurant,
+ clerc de notaire avant la révolution, et depuis commis aux
+ ponts-et-chaussées;
+
+ 4. Pierre-Jacques-Barthélemy Guénichot, ex-noble, âgé de 27 ans,
+ né à Dijon, demeurant à Nogent, district de Semur, département de
+ la Côte-d'Or;
+
+ 5. Charles-Joseph-Jullien, âgé de 49 ans, né à Joinville,
+ département de la Haute-Marne, ci-devant cordelier et curé
+ d'Autricourt, y demeurant;
+
+ 6. Et Théophile Berlier, âgé de 60 ans, né à Châtillon, ci-devant
+ garde-manteau de la ci-devant maîtrise des eaux et forêts de
+ Châtillon-sur-Seine, y demeurant, département de la Ferre;
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier, etc.
+Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 2 floréal an II
+(21 avril 1794), appert:
+
+ François-Philippe de Caux, âgé de 54 ans, natif de
+ Rouge-Moutiers, district de Pont-Audemer, département de l'Eure,
+ demeurant à Bretot, même district, prêtre et ci-devant titulaire
+ de la chapelle de Bretot;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Alexandre Beaugrand, âgé de 50 ans, né à Sens, département de
+ l'Yonne, demeurant à Orbeaux, district de Pithiviers, département
+ du Loiret;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Pierre Lafargue, âgé de 55 ans, né à Cognac, district de
+ Cognac, département de la Charente, agent de commerce et fermier,
+ demeurant à Paris, rue Neuve de l'Égalité, nº 304;
+
+ 2. Marie-Marguerite-Geneviève-Victoire Lemesle, femme Boulani,
+ âgée de 50 ans, née..., demeurant à Dieppe, département de la
+ Seine-Inférieure;
+
+ 3. André-Guillaume Bellepacaume, âgé de 51 ans, né et demeurant à
+ Paris, place des Trois-Maries, nº 36, section du Muséum,
+ ci-devant marchand mercier, actuellement sans état;
+
+ 4. Jean-François-Joseph Descamps, âgé de 28 ans, natif d'Aire,
+ district de Saint-Omer, département du Pas-de-Calais, imprimeur,
+ demeurant à Douai;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 3 floréal an II (22 avril
+1794), appert:
+
+ 1. Jacques Duval Despréménil, ex-constituant, âgé de 48 ans,
+ natif de Pondichéry, domicilié à Mériffou, commune de La Remuée,
+ département de la Seine-Inférieure.
+
+ 2. Jacques-Guillaume Thouret, ex-constituant, ex-président du
+ tribunal de cassation, âgé de 48 ans, natif de Pont-l'Évêque,
+ département du Calvados, domicilié à Paris, rue des
+ Petits-Augustins, nº 21.
+
+ 3. Isaac-René-Gui Lechappelier, ex-constituant, âgé de 39 ans,
+ natif de Rennes, département de l'Ille-et-Vilaine, y domicilié,
+ et ayant un domicile à Paris, rue Montmartre.
+
+ 4. François Hell, ci-devant procureur général syndic des états
+ d'Alsace, grand bailli de Langres et administrateur du
+ département du Haut-Rhin, âgé de 63 ans, natif de Keseinhem,
+ susdit département, domicilié à Paris, rue Helvétius.
+
+ 5. Chrétien-Guillaume Lamoignon Malesherbes, ex-noble et
+ ex-ministre du tyran, âgé de 72 ans, natif de Paris, domicilié à
+ Malesherbes, département du Loiret.
+
+ 6. Antoinette-Marguerite-Thérèse Lamoignon Malesherbes, native de
+ Paris, domiciliée à Malesherbes, département du Loiret, veuve
+ de..... Lepelletier Rozambo.
+
+ 7. Aline-Thérèse Lepelletier Rozambo, âgée de 23 ans, native de
+ Paris, domiciliée à Malesherbes, département du Loiret, mariée
+ à..... Châteaubriand.
+
+ 8. Jean-Baptiste-Auguste Châteaubriand, ex-noble et ex-capitaine
+ de cavalerie, âgé de 34 ans, natif de Saint-Malo, département de
+ l'Ille-et-Vilaine, domicilié à Malesherbes, département du
+ Loiret.
+
+ 9. Diane-Adélaïde Rochechouart, ex-noble, âgée de 64 ans, native
+ de Paris, y domiciliée, rue Grange-Batelière, veuve de.....
+ Duchatelet.
+
+ 10. Béatrix Choiseul, ex-noble, âgée de 64 ans, native de
+ Lunéville, domiciliée à Paris, rue Grange-Batelière, mariée
+ à..... Grammont.
+
+ 11. Victoire Boucher Rochechouart, ex-noble, âgée de 49 ans,
+ native de Paris, y domiciliée, rue du Mont-Blanc, veuve de.....
+ Pontville.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Tavernier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 12. Louis-Pierre Mousset, charpentier et ci-devant procureur de
+ la Commune de Donnery, âgé de 42 ans, natif de Saint-Marceau
+ d'Orléans, département du Loiret, domicilié audit Donnery.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Tavernier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 4 floréal (23 avril 1794),
+appert:
+
+ François-Abraham Reclesne, âgé de 61 ans, ci-devant noble, né à
+ Lyonne, canton de Cognat, district de Gannat, département de
+ l'Allier, y demeurant.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Louis-Benjamin Calmer, âgé de 44 ans, à la Haye en Hollande,
+ naturalisé Français depuis 1769, ci-devant marchand d'étoffes et
+ ensuite courtier de change, demeurant à Paris, rue Choiseul, nº
+ 13, section le Pelletier;
+
+ 2. François Gallay, âgé de 50 ans, né à Martigny en Suisse,
+ frotteur domestique chez le citoyen Baglion, demeurant rue
+ Dominique-Germain;
+
+ 3. Marguerite Horiout, femme Farizol, âgée de 50 ans, née à
+ Baugon, département de l'Orne, ouvrière, demeurant à Paris, rue
+ de Grenelle, au Gros-Caillou;
+
+ 4. Marie-Louise Coutelet, veuve Neuve-Église, âgée de 36 ans, née
+ à Rennes, chef dans les filatures nationales établies maison des
+ ci-devant Jacobins, rue Jacques;
+
+ 5. Louis Roux, âgé de 50 ans, né à Bourgoing, département de
+ l'Isère, tabletier, demeurant à Paris, rue des Arcis, nº 205;
+
+ 6. Jean Chemin, âgé de 50 ans, né à Logny, département de l'Orne,
+ domestique chez le citoyen Cardinal, demeurant à Paris, rue de
+ Malte, section du Temple.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour 4 floréal an II (23 avril 1794), appert:
+
+ 1. Jeanne-Élisabeth Bertaux, âgée de 48 ans, fille, sage-femme
+ née à Pithiviers, département du Loiret, demeurant à Paris, rue
+ de Bièvre;
+
+ 2. François Bonin, âgé de 47 ans, imprimeur, né à Sonchamp,
+ département de l'Eure, demeurant à Paris, rue Zacharie;
+
+ 3. Matthieu Schwerger, âgé de 40 ans, cordonnier, né à Menzenger
+ en Brisgau, demeurant à Paris, rue de la Harpe;
+
+ 4. Jean Pommeraye, âgé de 40 ans, né à Orléans, ci-devant
+ perruquier et canonnier de la section de la Réunion, casernée à
+ Popincourt;
+
+ 5. Jean-François Noël, âgé de 34 ans, né à Verneuil, district de
+ Beauvais, demeurant à Paris, rue de la Verrerie, maison de Reims.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Antoine Barthélemy, âgé de 40 ans, homme de loi, commissaire du
+ pouvoir exécutif près le tribunal du district de Gannat,
+ département de l'Allier, né à Riom, département du Puy-de-Dôme,
+ ci-devant procureur de la commune de Gannat, y demeurant.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée,
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+_Fournée des habitants de Verdun, immolés le 5 floréal an II_ (24
+avril 1794).
+
+L'âge des _Vierges de Verdun_, accusées d'avoir offert des dragées au
+roi de Prusse, a été l'objet de discussions. On les a rajeunies, on
+les a vieillies, suivant qu'on a interrogé à ce sujet le _Moniteur_ ou
+le bulletin du tribunal révolutionnaire. Ayant eu soin de prendre mes
+vérifications sur la minute même de leur jugement, je puis offrir à
+mes lecteurs des renseignements authentiques:
+
+ 1. Henri-François Croyer, âgé de 52 ans, ci-devant capitaine
+ d'ouvriers d'artillerie, né à Laon (Aisne), demeurant à Verdun;
+
+ 2. Jean-Baptiste Pellegrin, âgé de 52 ans, capitaine de
+ gendarmerie, natif de Gondrecourt (Meuse), demeurant à Verdun;
+
+ 3. Michel Joulin, âgé de 31 ans, gendarme, né à Cornet, en Anjou,
+ demeurant à Verdun;
+
+ 4. Nicolas Milly, âgé de 31 ans, gendarme, natif de Verdun;
+
+ 5. Badillon-Leclerc, âgé de 42 ans, gendarme, né à Thionville,
+ demeurant à Verdun;
+
+ 6. Gérard Desprez, âgé de 50 ans, né à Givet de Saint-Hilaire,
+ Ardennes, demeurant à Verdun, gendarme de la brigade de Verdun;
+
+ 7. Pierre Thuilleur, âgé de 61 ans, né à Verdun, y demeurant;
+
+ 8. Henri-Barthélemy Grimoard, âgé de 70 ans, colonel d'un
+ régiment provincial, de l'artillerie de Metz, natif de Verdun, y
+ demeurant;
+
+ 9. Jean-Baptiste-Philibert Perrin, âgé de 50 ans, droguiste, né
+ et demeurant à Verdun;
+
+ 10. Alexandre-Joseph Neyon, âgé de 57 ans, lieutenant-colonel du
+ 2e bataillon de la Meuse, natif de Soisy, demeurant à Driencourt,
+ même département;
+
+ 11. Jean-Baptiste Barthe, âgé de 60 ans 1/2, receveur de la
+ commune et juge de paix de la ville de Verdun, y demeurant, né à
+ Thierville, Meuse;
+
+ 12. Nicolas Lamele, âgé de 47 ans, avoué, né à Morge-Moulin,
+ district d'Étain, demeurant à Verdun;
+
+ 13. Jacques-Nicolas d'Aubermesnil, âgé de 75 ans, ci-devant major
+ de la citadelle de Verdun, et y demeurant, né à Aubermesnil, près
+ Dieppe;
+
+ 14. Anne Grandfèvre, femme Tabouillot, âgée de 46 ans, née à
+ Verdun, vivant de son revenu, demeurant à Verdun;
+
+ 15. Thérèse Pierson, femme Bestel, cordonnière, âgée de 41 ans,
+ demeurant à Verdun;
+
+ 16. Marie-Françoise Henry, femme Lalance, âgé de 69 ans, née à
+ Verdun, y demeurant;
+
+ 17. Françoise Herbignon, veuve Masson, en son vivant procureur du
+ tyran en la ci-devant maîtrise des eaux et forêts, âgée de 55
+ ans, née près Bar-le-Duc, demeurant à Verdun;
+
+ 18. Susanne Henry, fille de Henry, président du ci-devant
+ bailliage de Verdun, âgée de 26 ans, née et demeurant à Verdun;
+
+ 19. Gabrielle Henry, aussi fille dudit Henry, âgée de 25 ans, née
+ et demeurant à Verdun;
+
+ 20. Marguerite-Angélique Lagirouzière, fille de Lagirouzière,
+ prévôt de campagne, âgée de 48 ans, demeurant à Verdun;
+
+ 21. Geneviève-Élisabeth Dauphin, veuve Brigand, capitaine des
+ grenadiers de France, âgée de 56 ans, demeurant à Verdun;
+
+ 22. Anne Vatrin, fille de défunt Vatrin, ci-devant militaire,
+ âgée de 25 ans, née à Étain, demeurant à Verdun;
+
+ 23. Henriette Vatrin, fille dudit Vatrin, âgée de 23 ans, née à
+ Étain, demeurant à Verdun;
+
+ 24. Hélène Vatrin, aussi fille dudit Vatrin, née à Étain, âgée de
+ 22 ans, demeurant à Verdun;
+
+ 25. Jean Gossin, âgé de 69 ans, ci-devant chanoine de la
+ Madeleine de Verdun, né à Fresne en Lorraine;
+
+ 26. Jean-Michel Colloz, âgé de 72 ans, ci-devant bénédictin,
+ prieur de Saint-Thierry, archiviste et bibliothécaire de Verdun,
+ natif du duché de Bouillon, demeurant à Verdun;
+
+ 27. Guillain Lefebvre, âgé de 62 ans, ci-devant bénédictin, natif
+ de Cartigny, près Péronne (Somme), demeurant à Verdun;
+
+ 28. Claude-Élisabeth Lacordière, âgé de 59 ans 1/2, doyen du
+ chapitre de la cathédrale de Verdun, y demeurant;
+
+ 29. Christophe Herbillon, âgé de 76 ans, ci-devant curé de
+ Saint-Médard de Verdun, né à Boureuil, près Varennes (Meurthe),
+ demeurant à Bar-sur-Ornain;
+
+ 30. Marguerite Croutte, âgée de 48 ans, née à Verdun, horlogère;
+
+ 31. François Chotain fils, âgé de 31 ans, né à Verdun, y
+ demeurant, perruquier;
+
+ 32. François Fortain, âgé de 43 ans, marchand cirier, demeurant à
+ Verdun.
+
+ 33. Jacques Petit, âgé de 50 ans, né et demeurant à Verdun.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+L'âge de Claire Tabouillot et de Barbe Henry, dont les noms figuraient
+sur la liste des accusés, leur fit trouver grâce près de leurs juges,
+qui _se bornèrent_ à les condamner à vingt ans de détention et à six
+heures d'exposition sur l'échafaud!
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 6 floréal an II (23 avril
+1794), appert:
+
+ Jean-Nicolas Lallemand, âgé de 41 ans 1/2, né à Dieuze,
+ département de la Meurthe, ex-curé de la ci-devant paroisse de
+ Houdelmont, même département, y demeurant.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Étienne-Alexandre-Jacques Anisson du Perron, âgé de 44 ans, né
+ à Paris, y demeurant, rue des Orties du Louvre, directeur de
+ l'Imprimerie nationale;
+
+ 2. Louis-Charles-Nicolas-Emmanuel Letoffier, âgé de 68 ans, né à
+ Banon, district de Rethel, département des Ardennes, cultivateur,
+ demeurant à Corbeil;
+
+ 3. François Gourou, âgé de 35 ans, né à Tours, fabricant de
+ papiers, demeurant à Paris, rue Nicaise;
+
+ 4. Jean-Claude Jacquet, âgé de 59 ans, né à Lons-le-Saulnier,
+ homme de loi, demeurant à Paris, rue Feydeau, nº 38;
+
+ 5. Jean-Baptiste le Bault, âgé de 30 ans, né à Paris, receveur
+ des propriétés d'Anisson du Perron, ci-devant secrétaire du
+ district de Corbeil, demeurant à Ris.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 7 floréal an II (26 avril
+1794), appert:
+
+ François-Albert Mangin, âgé de 34 ans, né à Genicourt,
+ département de la Meuse, demeurant à Paris, faubourg
+ Poissonnière, nº 11, ci-devant cocher de place et de particulier.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Armande-Amédée-Victoire Baillard-Trousseboire, femme Bellecise,
+ âgée de 18 ans révolus, née à Paris, y demeurant, rue Thorigny,
+ et à la Motte, district de Cusset, département de l'Allier,
+ ex-noble.
+
+Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Gabriel Trinquelague, demeurant à Uzès, département du Gard,
+ ci-devant capitaine au 34e régiment d'infanterie.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour 7 floréal an II (26 avril 1794), appert:
+
+ 1. Jean-Joseph Duc, âgé de 32 ans, né à Caman, district de Cluse,
+ département du Mont-Blanc, notaire;
+
+ 2. Joseph-Philibert Curton, âgé de 44 ans, né à Samoen, même
+ district, habitant de la commune de Tanninge, même département;
+
+ 3. Jean-Baptiste Bojonet, âgé de 43 ans, né à Tanninge,
+ département du Mont-Blanc, y demeurant;
+
+ 4. Et Claude-François Pralon, âgé de 58 ans, né à Tanninge,
+ département du Mont-Blanc, y demeurant;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 8 floréal an II (27 avril 1794), appert:
+
+ 1. Jean-Pierre Lambert, âgé de 28 ans, né à Guyenne, département
+ de Seine-et-Marne, garçon boucher;
+
+ 2. François-Germain Savoye, âgé de 42 ans, né à Bezet-Germain,
+ district de Château-Thierry, département de l'Ain, y demeurant,
+ postillon et charretier d'artillerie;
+
+ 3. Pierre Guéniot, vigneron, né à Sulpice de Favières,
+ département de Seine-et-Oise, demeurant à Jon-la-Montagne;
+
+ 4. Et Claude-Toussaint Leclerc, âgé de 60 ans, vigneron et
+ cultivateur à Beaunecourt, lieu de sa naissance, y demeurant,
+ département de Seine-et-Oise, assesseur de juge de paix.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 9 floréal an II (28 avril 1794), appert:
+
+ 1. Pierre-Jean Jean, âgé de 20 ans, né à Colmey, département de
+ la Moselle, y demeurant, tisserand;
+
+ 2. Et Jean-Nicolas Nicolas, âgé de 52 ans, né à Archicourt,
+ département de la Moselle, cordonnier, demeurant à Colmey.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 9 floréal an II (28 avril 1794), appert que:
+
+ 1. Gabriel-Louis Neufville, ci-devant duc de Villeroy[141], âgé
+ de 63 ans, natif de Paris, y demeurant, rue de Lille, ci-devant
+ Bourbon, nº 552, ci-devant duc et pair et capitaine de la
+ première compagnie française des gardes du dernier tyran;
+
+[Note 141: «Le ci-devant duc de Villeroy, le plus nul des hommes et le
+plus circonspect, fut une des victimes de la loi des suspects; ses
+domestiques l'accompagnèrent et ne le quittèrent que quand les verrous
+furent tirés sur lui. Personne n'avait fait plus de dons à la nation.
+Sommes immenses, chevaux, équipages, il avait tout offert à son pays.
+Ses gens avaient ordre de ne le plus servir, de faire exactement leur
+service dans la garde nationale; à ces conditions, ils étaient par lui
+nourris, logés et vêtus; il était riche, il faisait le bien, il fut à
+l'échafaud.» (_Mémoires sur les prisons_, t. II, _la Mairie_, _la
+Force_ et _le Plessis_, p. 238.)
+
+«Le duc de Villeroy et le comte de Brienne, lors de leur détention à
+la Conciergerie, refusèrent un jour de faire une partie de piquet,
+parce qu'on leur présentait des cartes qui n'étaient pas
+républicaines. (RIOUFFE, _Mémoires d'un détenu_, p. 85.)
+
+(Détails reproduits dans le _Tribunal révolutionnaire de Paris_, de E.
+CAMPARDON, in-8º, t. I, p. 311.)]
+
+ 2. Louis Thiroux Crosne, âgé de 57 ans, né à Paris, ci-devant
+ lieutenant de police et conseiller d'État, demeurant à Paris, rue
+ de Bracque, au Marais;
+
+ 3. Philippe-Antoine-Gabriel-Victor de la Tour-du-Pin Gouvernet,
+ âgé de 72 ans, natif de Fourent en Champagne, ci-devant marquis
+ et lieutenant général des armées, demeurant à Auteuil lors de son
+ arrestation;
+
+ 4. Jean-Frédéric la Tour-du-Pin, âgé de 67 ans, né à Grenoble,
+ département de l'Isère, ancien lieutenant général des armées, et
+ ci-devant ministre de la guerre, qualifié comte, demeurant, lors
+ de son arrestation, chez la Tour-du-Moulin Gouvernet, son parent,
+ à Auteuil;
+
+ 5. Claude Lemelletier, âgé de 37 ans, né à Commune-Affranchie,
+ département de Rhône-et-Loire, chirurgien, demeurant à Trévoux,
+ département de l'Ain;
+
+ 6. Jean-Marie-Angélique Gabet, âgé de 34 ans, né à
+ Commune-Affranchie, ci-devant membre du tribunal de Trévoux, y
+ demeurant, et lors de son arrestation, à Paris, maison de
+ Varsovie, rue des Bons-Enfants;
+
+ 7. Catherine-Louise Lamoignon, âgée de 78 ans, née à Paris, y
+ demeurant, rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain, ci-devant
+ marquise;
+
+ 8. Denis-François Angrand Dalleray, âgé de 78 ans, né à Paris,
+ demeurant cul-de-sac Pocquet, section de l'Homme-Armé, ci-devant
+ lieutenant civil;
+
+ 9. Charles-Grangier la Ferrière, âgé de 56 ans, né à
+ Pont-Château, département de la Loire-Inférieure, général de
+ brigade, arrêté à Mende;
+
+ 10. Charles-Pierre-César-Prosper Mergot-Moutagon, âgé de 50 ans,
+ natif de Précigné, ex-noble, ci-devant garde du tyran Capet;
+
+ 11. Nicolas-François-Olivier Despalières, ex-noble, âgé de 61
+ ans, natif de Moulins, département de l'Allier, demeurant à
+ Paris, rue du Paon, ci-devant chanoine de Montpellier;
+
+ 12. Marguerite-Marie-Louise Brangelogne, veuve de Paris-Montbrun,
+ âgée de 69 ans, née à Paris, y demeurant, rue Avoye, nº 5,
+ ex-noble;
+
+ 13. Jean-Louis Bravart Deissat Duprat, âgé de 50 ans, né à
+ Boujac, près Riom, en Auvergne, demeurant à Busset, district de
+ Cusset, département de l'Allier, ex-noble et ci-devant comte;
+
+ 14. Marie-Nicole Brangelogne, âgée de 67 ans, née à Paris, y
+ demeurant, rue Avoye, ex-noble et ex-religieuse;
+
+ 15. Madeleine Thouret, âgée de 31 ans, né à Moulins, département
+ de l'Allier, y demeurant;
+
+ 16. Thomas Gouffé, âgé de 50 ans, natif d'Étiolles, département
+ de Seine-et-Marne, homme de loi, demeurant à Paris;
+
+ 17. Charles-Hyacinthe Humbert, âgé de 28 ans, né à Connois,
+ département de la Meurthe, ci-devant sous-lieutenant du 47e
+ régiment ci-devant Lorraine, et actuellement vivant de son
+ revenu;
+
+ 18. François-Joseph Feydeau, âgé de 50 ans, né à Metz, ci-devant
+ capitaine dans le régiment infanterie ci-devant Dauphin,
+ demeurant à Paris, rue Neuve-Eustache, nº 4;
+
+ 19. François-Jean Pichard du Page, âgé de 44 ans, né à
+ Fontenay-le-Peuple, ci-devant homme de loi, ex-procureur général
+ syndic du département de la Vendée, en 1791, actuellement de la
+ commune de Fontenay-le-Peuple, y demeurant;
+
+ 20. Jean Chopinet dit Chevalier, âgé de 23 ans, né à Moulins,
+ département de l'Allier, maréchal des logis du 7e régiment de
+ hussards, demeurant à Paris, rue des Hommes-Libres;
+
+ 21. Paul-Louis Deveylle, ex-noble, âgé de 54 ans, né à
+ Châtillon-les-Nonce, département de l'Ain, demeurant à Garneray;
+
+ 22. Charles-Marc-Antoine Jardin, âgé de 71 ans, ci-devant
+ greffier en chef au Châtelet;
+
+ 23. Alexandre-Benjamin Ropiquet, âgé de 42 ans, marchand de
+ toiles et de tabac, natif de Saint-Longys, département de la
+ Sarthe, demeurant à Paris, rue des Hommes-Libres;
+
+ 24. Jacques-Joseph Jocaille dit Saint-Hilaire, âgé de 50 ans,
+ natif de Cambray, district de Cambray, département du Nord,
+ demeurant audit lieu, ex-noble;
+
+ 25. Pierre Martin, âgé de 55 ans, né à Orléans, y demeurant,
+ département du Loiret;
+
+ 26. Armand-Louis-François-Edme Béthune-Charost, âgé de 23 ans,
+ natif de Paris, demeurant à Calais, même département, ci-devant
+ duc;
+
+ 27. Aymar-Charles-François-Nicolaï, âgé de 57 ans, né à Paris,
+ rue des Enfants-Rouges, ci-devant premier président du grand
+ conseil;
+
+ 28. Marie-Louise-Victoire Sourches, veuve Vallière, née à Paris,
+ y demeurant, rue du Grand-Chantier, nº 11;
+
+ 29. Louise-Antoinette Farjaun, veuve Bussy, âgée de 68 ans, née à
+ Montpellier, ci-devant comtesse, arrêtée à Chartres, demeurant à
+ Paris, rue du Grand-Chantier, nº 11.
+
+ 30. Antoine-Jean Terray, âgé de 44 ans, ci-devant intendant de
+ Lyon, aujourd'hui Commune-Affranchie, ex-noble, né à Paris,
+ demeurant à Lamotte-du-Tilly, district de Nogent-sur-Seine,
+ département de l'Aube;
+
+ 31. Joseph-Fidèle Ginot, âgé de 28 ans, né à Poitiers,
+ département de la Vienne, ci-devant avocat au Parlement de Paris,
+ demeurant rue du Grand-Chantier;
+
+ 32. Marie-Nicole Pernet, femme Terray, âgée de 43 ans, née à
+ Dijon, département de la Côte-d'Or, demeurant audit lieu de
+ Lamotte;
+
+ 33. Charles-Henri Estaing, âgé de 65 ans, natif de Ravel,
+ département du Puy-de-Dôme, ancien amiral et lieutenant général,
+ demeurant à Paris, rue Helvétius, nº 52, section le Peletier;
+
+Ont été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution dudit
+jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de cette
+ville, ledit jugement signé du président et du greffier.
+
+Par procès-verbal dressé par Degaignée, un des huissiers du tribunal
+révolutionnaire, en date du 9 floréal de l'an II de la République
+française, une et indivisible, appert avoir été constaté que le
+jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 12 floréal (1er mai 1794), appert:
+
+ 1. Augustin-Henri Langlois de Pommeuse, âgé de 50 ans, né à
+ Paris, y demeurant, rue Chapon au Marais, ci-devant conseiller au
+ ci-devant parlement de Paris;
+
+ 2. Adélaïde-Sophie Chuppin, femme dudit Langlois de Pommeuse,
+ âgée de 43 ans, née à Paris, y demeurant, rue Chapon, avec son
+ mari;
+
+ 3. Auguste-Louis Langlois de Guérard, âgé de 46 ans, né à Paris,
+ y demeurant, rue des Bons-Enfants, section de la Halle au blé,
+ ci-devant officier aux gardes;
+
+ 4. Étienne Vignié, âgé de 40 ans, né à Rigueux, département de
+ Seine-et-Marne, demeurant à Pommeuse, prêtre et chapelain du
+ nommé Langlois de Pommeuse;
+
+ 5. Claude-Louis Deligny, âgé de 44 ans, né à Boutigny, demeurant
+ à Paris, cultivateur fermier de Langlois de Pommeuse;
+
+ 6. Et Gervais Seurre, âgé de 44 ans, né à Migneville, demeurant à
+ Paris, domestique de Langlois de Pommeuse;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 12 floréal (1er mai 1794), appert:
+
+ 1. Pierre Landois, âgé de 30 ans, né à Saint-Nicolas, département
+ de l'Eure, demeurant à Evreux, huissier;
+
+ 2. Et Jean Glutron, âgé de 39 ans, né à Brovelle, demeurant à
+ Évreux, entrepreneur de convois militaires, aubergiste;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Nappier.
+
+Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Louis-Ignace Chalmeton, âgé de 40 ans, né à Chambonas,
+ département de l'Ardèche, demeurant à Uzès, département du Gard,
+ avocat procureur syndic du district d'Uzès;
+
+ 2. Claude Ancôme Bernard, âgé de 32 ans, né à Besançon,
+ département du Doubs, y demeurant, marchand de bois, notable de
+ la commune, juge au tribunal de commerce, commandant en second de
+ la garde nationale;
+
+ 3. Jean-Antoine Poulet, âgé de 60 ans, né à Besançon, y
+ demeurant, notable et commissaire de section, agent de
+ Beaufremont;
+
+ 4. Guillaume Nogaret, âgé de 46 ans, né à Dijon, département de
+ la Côte-d'Or, demeurant à Besançon, commis marchand;
+
+ 5. François-Joseph Monthon, âgé de 35 ans, né à Turin en Savoye
+ (sic), demeurant à Burginien, département du Mont-Blanc, garde du
+ tyran, Sarde et lieutenant de gendarmerie;
+
+ 6. Et Jacques Rabaut, âgé de 56 ans, né à Jason, département (en
+ blanc), demeurant à Marseille, négociant armateur;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Nappier.
+
+Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 13 floréal an II (2 mai 1798), appert:
+
+ 1. Denis Carbillet, âgé de 52 ans, né à Langres, département de
+ la Haute-Marne, demeurant à Paris, rue des Petites-Écuries,
+ ci-devant menuisier du ci-devant d'Artois, lieutenant du
+ ci-devant bataillon dit Saint-Lazare, section Poissonnière;
+
+ 2. Pierre Diacon, âgé de 50 ans, né à Colombines, près Neufchâtel
+ en Suisse, ancien militaire de la maison de la guerre,
+ actuellement inspecteur des armes à feu à l'Arsenal, à Paris, y
+ demeurant;
+
+ 3. Et Laurent Pétra, âgé de 55 ans, né à la Fère en Tardenois,
+ département de l'Aisne, ci-devant curé de la commune de Lévemont,
+ département de l'Oise, et y demeurant;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 14 floréal (3 mai 1794), appert:
+
+ Denis Repoux Chevagny, âgé de 72 ans, né à Lazy, département de
+ la Nièvre, ci-devant auditeur des comptes de Dôle, demeurant à
+ Lazy;
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, établi par la loi du
+10 mars 1793, l'an II de la République, séant à Paris, au palais, le
+14 floréal (3 mai 1794), appert:
+
+ 1. Gabriel Tassin, dit de l'Étang, âgé de 50 ans, né et demeurant
+ à Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, ci-devant banquier et
+ commandant des Filles Saint-Thomas;
+
+ 2. Louis-Daniel Tassin, âgé de 52 ans, né et demeurant à Paris,
+ rue des Filles-Saint-Thomas, ci-devant banquier, électeur, député
+ suppléant à l'Assemblée constituante, officier municipal et
+ administrateur des vivres à Paris;
+
+ 3. Jean-Philippe Wenmaring, né à Malchem, département du
+ Bas-Rhin, demeurant à Paris, rue de Gramont, ci-devant commis
+ banquier et capitaine des grenadiers du bataillon des
+ Filles-Saint-Thomas;
+
+ 4. Simon Picquet, âgé de 39 ans, né à Strasbourg, demeurant à
+ Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, marchand brocanteur,
+ ci-devant aide de camp de Crillon le cadet à l'armée des
+ Ardennes;
+
+ 5. Pierre-Étienne Engibeau, âgé de 37 ans et demeurant à Paris,
+ rue Vivienne, nº 63, traiteur et ci-devant grenadier des
+ Filles-Saint-Thomas;
+
+ 6. François Parizeau, âgé de 50 ans, né à Ville-Affranchie,
+ demeurant à Paris, rue de la Loi, ci-devant commissaire de la
+ comptabilité, grenadier des Filles-Saint-Thomas et aide de camp
+ de Lafayette;
+
+ 7. Charles-Jean-Baptiste Deschamps Tresfontaines, âgé de 51 ans,
+ né à Rouen, département de la Seine-Inférieure, demeurant à
+ Paris, rue Colbert, employé aux droits d'enregistrement en
+ qualité de sous-chef;
+
+ 8. Joseph-Louis Maulguet, âgé de 46 ans, né à Paris, demeurant à
+ Villers-Cotterets, département de l'Aisne, ci-devant architecte;
+
+ 9. Thomas-Simon Bérard, âgé de 53 ans, né à Commune-Affranchie,
+ demeurant à Paris, rue Gramont, section le Peletier, ci-devant
+ négociant armateur, ex-capitaine de la 3e compagnie du bataillon
+ des Filles-Saint-Thomas;
+
+ 10. Pierre-Jacques Perret, âgé de 36 ans, né à Manteville,
+ département du Calvados, demeurant à Évreux, département de
+ l'Eure, ayant un autre domicile à Paris, rue Dominique, ci-devant
+ agent de change et commandant du bataillon des Petits-Pères;
+
+ 11. Louis-Gabriel d'Hangest, âgé de 48 ans, né à Rumilly,
+ département des Ardennes, demeurant à Paris, rue Chabannais,
+ ci-devant mousquetaire et chevalier de Saint-Louis, et
+ actuellement papetier, grenadier des Filles-Saint-Thomas;
+
+ 12. François-Henri Laurent, âgé de 28 ans, vitrier, né et
+ demeurant à Paris, rue Feydeau;
+
+ 13. Et Étienne-Jacques-Armand Rougemont, né à Coursemont,
+ département de la Sarthe, directeur de la comptabilité des
+ loteries;
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.
+
+Par procès-verbal dressé par Degaignée, l'un des huissiers du tribunal
+révolutionnaire, en date du 14 floréal, appert avoir été constaté que
+le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 15 floréal an II (4 mai 1794), appert:
+
+ 1. François Lacroix, âgé de 52 ans, natif de Nancy, département
+ de la Meurthe, ci-devant employé à la loterie nationale,
+ demeurant à Paris;
+
+ 2. Auguste-Joseph Saintenoy, âgé de 18 ans 1/2, confiseur, né à
+ Orchies, demeurant à Paris;
+
+ 3. Jean-François Durand, âgé de 24 ans, natif de Neufchâteau,
+ gendarme à pied à la 32e division stationnaire à l'armée du Nord;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 15 floréal (4 mai 1794), appert:
+
+ 1. Claude-Antoine Cleriac Labeaume, âgé de 61 ans, né à Nancy,
+ département de la Meurthe, ex-marquis, demeurant à Paris, rue
+ Cérutti, nº 2;
+
+ 2. Antoine Dutailly, âgé de 52 ans, né à Besançon, département du
+ Doubs, y demeurant, homme de loi, agent de Choiseul-la-Beaume;
+
+ 3. Claude-Philippe Moniotte, âgé de 76 ans, né à Besançon, y
+ demeurant, ex-conseiller au présidial et juge du tribunal du
+ district de Besançon;
+
+ 4. Jacques-Louis le Bègue Oyseville, âgé de 58 ans, né à
+ Pithiviers, y demeurant, département du Loiret, ex-noble, maire
+ et président du district de Pithiviers, y demeurant;
+
+ 5. Julien-François Boire, âgé de 68 ans, né à Paris, y demeurant,
+ quai des Tournelles, nº 6, ex-avocat au parlement de Paris;
+
+ 6. Marie-Pierre-Thomas Mauvielle, âgé de 59 ans, né à Coutances,
+ département de la Manche, demeurant à Saint-Lô, même département;
+
+ 7. Georges le Bienlais de Wiesval, âgé de 76 ans, né au Rocher,
+ district d'Avranches, département de la Manche, demeurant à
+ Paris, rue du Four-Germain, nº 52, ex-noble, et
+ lieutenant-colonel de cavalerie et chevalier de Saint-Louis;
+
+ 8. Marc-Antoine Levis, âgé de 55 ans, né à Lugny, département de
+ Saône-et-Loire, ex-comte et chevalier de Saint-Louis, et
+ ex-député à l'Assemblée constituante, demeurant à Paris, rue
+ Helvétius, nº 53;
+
+ 9. Théodore-Joseph Boissard, âgé de 56 ans, né à Pontarlier,
+ département du Doubs, y demeurant, ex-avocat et procureur syndic
+ du district de Pontarlier;
+
+ 10. Et Charles-Jérôme, âgé de 37 ans, né à Paris, y demeurant,
+ rue de Seine, nº 1064, notaire;
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, le jugement signé du président et du greffier.
+
+Par procès-verbal dressé par Degaignée, l'un des huissiers du
+tribunal, en date du 15 floréal, appert avoir été constaté que le
+jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 16 floréal an II (5 mai 1794), appert:
+
+ 1. Jacques-Jean la Bussière, âgé de 53 ans, né de la commune de
+ Dampierre, demeurant à Angelier, département de la Nièvre,
+ ancien capitaine du régiment d'Auvergne, ex-noble;
+
+ 2. Marie-Caconne-Joséphine Thomassine Duverne, âgée de 36 ans,
+ native de Mingot, demeurant à Cosne, département de la Nièvre;
+
+ 3. Jeanne Dreux, femme Lichy, ex-noble, âgée de 62 ans, native de
+ Sauvigny, département de l'Allier, demeurant à Cosne;
+
+ 4. Et Marie-Florence Valori, veuve de François-Étienne Mazin,
+ noble, âgée de 67 ans, native du Quesnoy, demeurant à Dampierre,
+ département de la Nièvre;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 16 floréal (5 mai 1794), appert:
+
+ 1. Claude-Françoise Loisellier, âgée de 47 ans, de Paris, y
+ demeurant, ci-devant faiseuse de modes;
+
+ 2. Félicité-Mélanie Lunouf, âgée de 21 ans, née à Paris,
+ demeurant rue Montmartre, ouvrière en robes;
+
+ 3. Marie-Madeleine Virolle, âgée de 25 ans, née à Angoulême,
+ coiffeuse, demeurant à Paris, rue Coquillière;
+
+ 4. Jacques Duchesne, âgé de 60 ans, né à Verdun, demeurant à
+ Chaillot, facteur militaire de la section des Champs-Élysées;
+
+ 5. Et Jean Sauvage, âgé de 34 ans, armurier et canonnier du
+ Panthéon français;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, etc., le 17 floréal an II
+(6 mai 1794), appert:
+
+ 1. Henri-Jacques Poulet, âgé de 56 ans, natif de Metz,
+ département de la Moselle, ex-noble et ci-devant conseiller au
+ parlement de Metz, et procureur syndic du département de la
+ Moselle;
+
+ 2. Matthieu Sequer, âgé de 65 ans, né à Daillange, district de
+ Briey, département de la Moselle, homme de loi, membre du
+ directoire du département de la Moselle, demeurant à Briey;
+
+ 3. Jean-Christophe Thibault, âgé de 60 ans, né à Isminy, district
+ de Dieuze, département de la Meurthe, employé dans les salines,
+ ex-administrateur du département de la Moselle, demeurant à Metz;
+
+ 4. Martin Baulaire, âgé de 38 ans, né à Rodemack, district de
+ Thionville, département de la Moselle, demeurant à Metz;
+
+ 5. Jean-Claude Géant, âgé de 41 ans, natif de Ravil, district de
+ Boulay, département de la Moselle, maire et aubergiste à
+ Pont-à-Chaussy, ex-administrateur du département de la Moselle;
+
+ 6. François Collin, âgé de 54 ans, né à Metz, département de la
+ Moselle, ex-administrateur dudit département;
+
+ 7. Michel Wagner, âgé de 43 ans, cultivateur et ex-administrateur
+ du département de la Moselle, né à Sarre-Libre;
+
+ 8. Jacques Libre Briand, âgé de 34 ans, né à Paris, demeurant à
+ Buchy, district de Morhange, département de la Moselle, et agent
+ national près le même district;
+
+ 9. Jean-Baptiste-Nicolas Flosse le jeune, âgé de 36 ans, né à
+ Boulay, département de la Moselle, maître de poste et
+ entrepreneur des étapes, membre du directoire du département de
+ la Moselle, demeurant à Boullay;
+
+ 10. Jacques-Libre Pierron, âgé de 32 ans, natif de
+ Villers-la-Montague, district de Longwy, département de la
+ Moselle, juge au tribunal de Briey, y demeurant;
+
+ 11. Et Alexandre-Nicolas Courtois, âgé de 33 ans, natif de
+ Longuyon, district de Longwy, département de la Moselle,
+ suppléant au tribunal du district et ex-administrateur du
+ département de la Moselle;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 17 floréal an II (6 mai 1794), appert:
+
+ 1. Charles-Joseph Lejollivet, âgé de 67 ans, ingénieur vétéran
+ des ponts-et-chaussées et architecte du ci-devant Roi, né à
+ Orléans, demeurant à Dijon;
+
+ 2. Denis Lamugnière, âgé de 65 ans, né à Poiseul-les-Saulx,
+ département de la Côte-d'Or, greffier de la ci-devant maîtrise
+ des eaux et forêts de Dijon, y demeurant;
+
+ 3. Étienne Guelaud, âgé de 60 ans, né à Dijon, département de la
+ Côte-d'or, avoué au tribunal de commerce dudit lieu, y demeurant;
+
+ 4. Joseph Galleton, âgé de 50 ans, perruquier, né à Dijon,
+ département de la Côte-d'Or, y demeurant;
+
+ 5. Jean-Baptiste Thierry, âgé de 29 ans, perruquier, né à Dijon,
+ y demeurant;
+
+ 6. Claude Joudrier, âgé de 36 ans, perruquier, né à Dijon, y
+ demeurant;
+
+ 7. Jacques Testard, âgé de 49 ans, né à Saulieu, département de
+ la Côte-d'Or, ci-devant procureur à Dijon, y demeurant;
+
+ 8. François Bille, âgé de 26 ans, perruquier, né à Dijon, y
+ demeurant;
+
+ 9. Jean-Baptiste Sallez, âgé de 42 ans, né à Mâcon, limonadier,
+ demeurant à Saulieu (Côte-d'Or);
+
+ 10. Jean-Baptiste Guenot, âgé de 46 ans, né à Autun, département
+ de la Haute-Saône, commis dans la régie des cuirs à Dôle avant la
+ révolution, et depuis pour l'approvisionnement des armées,
+ demeurant à Saint-Jean de Losne;
+
+ 11. Claude Chaussier, âgé de 51 ans, marchand de bois pour le
+ service de la marine, né à Dijon, y demeurant;
+
+ 12. Alexandre Jaucourt, âgé de 56 ans, né à Cernay, département
+ du Loiret, ex-marquis, demeurant à Arcomey;
+
+ 13. Et Charlotte-Aimée Damoiseau, femme Montheraut, ex-noble,
+ âgée de 67 ans, née à Vizerny, département de la Côte-d'Or,
+ demeurant à Dijon;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par l'un
+des huissiers du tribunal révolutionnaire.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 18 floréal (7 mai 1794), appert:
+
+ 1. Jean-François Rameau, âgé de 57 ans, ex-député suppléant à
+ l'Assemblée constituante et assesseur du juge de paix de Cosne, y
+ demeurant;
+
+ 2. Jean-Louis-Rameau, âgé de 72 ans, natif de Neuzy, assesseur du
+ juge de paix de Cosne, y demeurant;
+
+ 3. Et Jean-François Guillaumot, âgé de 27 ans, né à Clamecy,
+ département de la Nièvre, demeurant à Cosne, ci-devant clerc de
+ notaire;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ François Petit-Jean, âgé de 48 ans, né à Toul, y demeurant,
+ département de la Meurthe, ci-devant trésorier des dépenses de la
+ guerre;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. François-René-Louis Chevandier, âgé de 32 ans, né à Valdrôme,
+ y demeurant, département de la Drôme, lieutenant dans la
+ gendarmerie nationale;
+
+ 2. Vincent Ferrier, âgé de 33 ans, né à Rieux, département de la
+ Haute-Garonne, demeurant au Buis;
+
+ 3. Joseph Sulpice, âgé de 23 ans, né au Mans, département de la
+ Sarthe, ci-devant domestique chez Duclos Besignan, demeurant
+ commune de ce nom, département de la Drôme;
+
+ 4. Joseph-Hyacinthe Guintrand, âgé de 30 ans environ,
+ matelassier, demeurant à Vezon, ci-devant Comtat, département de
+ la Drôme;
+
+ 5. Jean-Joseph Fity, âgé de 30 ans, né à Nevers, département de
+ la Nièvre, menuisier, demeurant au Buis;
+
+ 6. Et François Paschal, âgé de 30 ans, né à Lecan, département
+ des Basses-Alpes, demeurant au Buis, département de la Drôme;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 19 floréal an II (8 mai 1794), appert:
+
+ 1. Clément de Laage père, âgé de 70 ans, ci-devant fermier
+ général, demeurant à Paris, rue Neuve-Grange-Batelière, né à
+ Saintes, département de la Charente-Inférieure;
+
+ 2. Louis-Balthazar Dangers-Bagneux, âgé de 55 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue des Quatre-Fils, ci-devant fermier général;
+
+ 3. Jacques Paulze, âgé de 71 ans, né à Montbrison, département de
+ Seine-et-Oise, demeurant à Paris, rue des Piques, ci-devant
+ fermier général;
+
+ 4. Antoine-Laurent Lavoisier, âgé de 50 ans, né à Paris, y
+ demeurant, boulevard de la Madeleine, section des Piques,
+ ci-devant fermier général.
+
+ 5. François Puissant, âgé de 59 ans, né au Port de l'Égalité,
+ département du Morbihan, demeurant à Paris, rue Mesnard,
+ ci-devant fermier général;
+
+ 6. Alexandre-Victor Saint-Amand, âgé de 74 ans, né à Marseille,
+ ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue
+ Neuve-des-Petits-Champs, vis-à-vis celle d'Antin;
+
+ 7. Gilbert-Georges Monteloup, âgé de 68 ans, né à Montaigne,
+ département du Puy-de-Dôme, ci-devant fermier général, demeurant
+ à Paris, rue Honoré, nº 88;
+
+ 8. Adam-François-Paul Saint-Christau, âgé de 44 ans, né à Rennes,
+ département d'Ille-et-Vilaine, ci-devant fermier général,
+ demeurant à Paris rue Thévenot, et, à la campagne, à la
+ Ferté-sous-Reuilly, département de l'Indre, district d'Issoudun;
+
+ 9. Jean-Baptiste Boullongne, âgé de 45 ans, né à Paris, y
+ demeurant, place de la Révolution, ci-devant fermier général;
+
+ 10. Louis-Marie le Bas Courmon, âgé de 52 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue Cérutti, ci-devant fermier général, et depuis
+ régisseur général;
+
+ 11. Charles-René Perceval Frileuse, âgé de 35 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue Thérèse, section de la Montagne, et actuellement à
+ Nantes-sur-Seine, ci-devant fermier général;
+
+ 12. Nicolas-Jacques Papillon Dauteroche, âgé de 64 ans, né à
+ Châlons, département de la Marne, district de ce nom, ci-devant
+ fermier général, demeurant à Paris, rue Madeleine-Honoré;
+
+ 13. Jean-Germain Maubert Neuilly, âgé de 64 ans, né à Paris,
+ ci-devant fermier général, demeurant à Noisy-le-Grand;
+
+ 14. Jacques-Joseph Brac la Perrière, âgé de 68 ans, né à
+ Ville-Affranchie, département de Rhône-et-Loire, ci-devant
+ fermier général, demeurant à Mantes-sur-Seine, département de
+ Seine-et-Oise;
+
+ 15. Claude-François Rougeot, âgé de 76 ans, natif de Dijon,
+ département de la Côte-d'Or, ci-devant fermier général, demeurant
+ à Paris, rue de la Révolution, nº 23, ayant un domicile à
+ Fontainebleau;
+
+ 16. François-Jean Vente, âgé de 68 ans, né à Dieppe, département
+ de la Seine-Inférieure, ci-devant fermier général, demeurant à
+ Paris, rue de Gramont;
+
+ 17. Denis-Henri Fabure, âgé de 47 ans, né à Paris, ci devant
+ fermier général, demeurant à Caen, département du Calvados;
+
+ 18. Nicolas Deveile, âgé de 44 ans, natif de Lagrele, département
+ de Rhône-et-Loire, ex-fermier général, demeurant à Paris, place
+ des Piques, section du même nom;
+
+ 19. Clément Cugnat l'Épinay, âgé de 55 ans, né à Paris,
+ ex-fermier général, y demeurant, rue de la Jussienne, section du
+ Contrat-Social;
+
+ 20. Jean-Louis Loiseau Béranger, âgé de 62 ans, né à Paris,
+ ex-fermier général, rue Neuve-Luxembourg, section des Piques;
+
+ 21. Louis-Adrien Prévost d'Arlincourt, âgé de 50 ans, natif
+ d'Évreux, département d'Eure-et-Loir, ex-fermier général,
+ demeurant à Migny-le-Hameau, district de Versailles, département
+ de Seine-et-Oise;
+
+ 22. Jérôme-François-Hector Saleur de Grizian, âgé de 64 ans, né à
+ Paris, ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue des
+ Moulins, section de la Montagne, nº 496;
+
+ 23. Étienne-Marc de Haye, âgé de 36 ans, natif de Paris,
+ ci-devant fermier général, demeurant à Paris, place de la
+ Révolution, nº 3, et dans la commune de Saint-Firmin, district de
+ Senlis, département de l'Oise;
+
+ 24. François-Marie Ménage Pressigny, âgé de 60 ans, natif de
+ Bordeaux, ex-fermier général, demeurant à Paris, rue des
+ Jeûneurs, nº 25, section de Brutus;
+
+ 25. Guillaume Couturier, âgé de 60 ans, natif d'Orléans,
+ ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue de Cléry,
+ section de Brutus;
+
+ 26. Louis-Philippe Durancel, âgé de 40 ans, natif de Paris,
+ ex-fermier général, demeurant à Paris, rue Cadet, nº 8, section
+ du Faubourg-Montmartre;
+
+ 27. Alexandre-Philibert-Pierre Perceval, âgé de 36 ans, né à
+ Paris, ex-fermier général, demeurant à Grainville, district de
+ Caen, département du Calvados;
+
+ 28. Jean-François Didelot, âgé de 59 ans, né à Châlons-sur-Marne,
+ ex-fermier général et régisseur, demeurant à Paris, rue de
+ Buffaut, section du Faubourg-Montmartre;
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.
+
+Par procès-verbal dressé par Leclerc, huissier du tribunal
+révolutionnaire, en date du 19 floréal, appert avoir été constaté que
+le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où les susnommés ont été mis à mort.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 21 floréal an II (10 mai 1794), appert:
+
+ 1. Élisabeth-Marie-Hélène Capet, soeur de Louis Capet, âgée de 30
+ ans, native de Versailles, département de Seine-et-Oise,
+ domiciliée à Paris;
+
+ 2. Anne Duwaes, âgée de 55 ans, native de Keisnith, en Allemagne,
+ domiciliée à la Montagne-du-Bon-Air, département de
+ Seine-et-Oise, veuve de....... Laigle, ci-devant marquis;
+
+ 3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, ex-comte, âgé de 69 ans,
+ natif de Caen, département du Calvados, domicilié à Chatou,
+ département de Seine-et-Oise;
+
+ 4. Anne-Nicole Lamoignon, âgée de 76 ans, native de Paris, y
+ domiciliée, veuve du ci-devant marquis de Senozan;
+
+ 5. Claude-Louise-Angélique Bersin, ex-marquise, âgée de 64 ans,
+ native de Paris, y domiciliée, femme séparée de corps et de biens
+ de Crussol d'Amboise;
+
+ 6. Georges Folloppe, pharmacien, ex-officier municipal de la
+ Commune, âgé de 64 ans, natif de Écalalix, près Yvetot, domicilié
+ à Paris, rue et porte Honoré;
+
+ 7. Denise Buard, âgée de 52 ans, native de Paris, y domiciliée,
+ rue Florentin, nº 674;
+
+ 8. Louis-Pierre-Marcel Letellier, dit Bullier, ci-devant employé
+ à l'habillement des troupes, âgé de 21 ans et demi, natif de
+ Paris, y domicilié, rue Florentin, nº 674;
+
+ 9. Charles Cressy Champmilon, ex-noble et ci-devant officier de
+ marine, âgé de 33 ans, natif de Courton, près Sens, département
+ de l'Yonne, y domicilié;
+
+ 10. Théodore Hall, manufacturier et négociant, âgé de 26 ans,
+ natif de Seuzy, département de l'Yonne, y domicilié;
+
+ 11. Alexandre-François Lomenie, ex-comte, et ci-devant colonel du
+ régiment des chasseurs dit Champagne, âgé de 36 ans, natif de
+ Marseille, domicilié à Brienne, département de l'Aube;
+
+ 12. Louis-Marie-Athanase Lomenie, ex-ministre de la guerre et
+ maire de Brienne, âgé de 64 ans, natif de Paris, domicilié à
+ Brienne, département de l'Aube;
+
+ 13. Antoine-Hugues-Calixte Montmorin, sous-lieutenant dans le 5e
+ régiment des chasseurs à cheval, âgé de 22 ans, natif de
+ Versailles, département de Seine-et-Oise, domicilié à Passy;
+
+ 14. Jean-Baptiste Lhoste, agent et domestique de Megret de
+ Sérilly, âgé de 47 ans, natif de Forgère, domicilié à Paris;
+
+ 15. Martial Lomenie, ex-noble et coadjuteur de l'évêché du
+ département de l'Yonne, âgé de 30 ans, natif de Marseille,
+ domicilié à Sens;
+
+ 16. Antoine-Jean-François Megret de Sérilly, ci-devant trésorier
+ général de la guerre, et depuis cultivateur, âgé de 48 ans, natif
+ de Paris, domicilié à Passy, près Sens;
+
+ 17. Antoine-Jean-Marie Megret Detigny, ex-noble, ci-devant
+ sous-aide-major du régiment des ci-devant gardes françaises, âgé
+ de 46 ans, natif de Paris, domicilié à Sens;
+
+ 18. Charles Lomenie, ci-devant chevalier des ordres dits de
+ Saint-Louis et de Cincinnatus, âgé de 33 ans, natif de Marseille,
+ domicilié à Brienne, département de l'Aube;
+
+ 19. Françoise-Gabrielle Tanneffe, âgée de 50 ans, native de
+ Chadieu, département du Puy-de-Dôme, domiciliée chez Megret
+ Sérilly, à Passy, département de l'Yonne, veuve de Montmorin,
+ ministre des affaires étrangères;
+
+ 20. Anne-Marie-Charlotte Lomenie, âgée de 29 ans, native de
+ Paris, domiciliée à Sens et à Paris, rue Georges, section du
+ Mont-Blanc, nº 18, divorcée de l'émigré Canizy;
+
+ 21. Marie-Anne-Catherine Rosset, âgée de 44 ans, native de
+ Rochefort, département de la Charente, domiciliée à Sens, mariée
+ à Charles-Christophe Rosset Cercy, ci-devant officier de marine,
+ émigré;
+
+ 22. Élisabeth-Jacqueline Lhermitte, âgée de 65 ans, mariée au
+ ci-devant comte Rosset, ex-noble et ci-devant lieutenant-colonel
+ des carabiniers, et maréchal de camp, émigré;
+
+ 23. Louis-Claude Lhermitte Chambertrand, ex-chanoine de la
+ ci-devant cathédrale de Sens, ex-noble, âgé de 60 ans, natif de
+ Sens;
+
+ 24. Anne-Marie-Louise Thomas, âgée de 31 ans, native de Paris,
+ domiciliée à Passy, département de l'Yonne, mariée à Megret
+ Sérilly;
+
+ 25. Jean-Baptiste Dubois, domestique de Megret Detigny, âgé de 41
+ ans, natif de Merfit, district de Reims, département de la Marne,
+ domicilié chez ledit Megret Detigny.
+
+Avoir été condamnés, etc. Vu l'extrait du jugement du tribunal
+révolutionnaire et du procès-verbal d'exécution dressé par Château, en
+date du 21 floréal.
+
+_Signé_: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 22 floréal an II (11 mai 1794), appert:
+
+ 1. Angélique Des Marais, âgée de 59 ans, née à Paris, y
+ demeurant, rue Saint-Étienne, ci-devant religieuse des Filles
+ Saint-Thomas;
+
+ 2. Geneviève-Barbe Guoyon, âgée de 77 ans, née à Paris, demeurant
+ rue Saint-Étienne, couturière;
+
+ 3. Anne-Catherine Aubert, âgée de 39 ans, ex-religieuse,
+ demeurant rue Saint-Étienne;
+
+ 4. Antoine-Louis Desmonceaux, âgé de 37 ans, né à Paris,
+ ci-devant vicaire de Saint-Paul, et actuellement commis des
+ Receveurs de la Ville, demeurant à Paris;
+
+ 5. Et Louis-Paul-François Lecointre, âgé de 73 ans, né à
+ Nogent-le-Rotrou, ex-chanoine du Mans, demeurant à Paris, rue du
+ Paon.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Joseph-Saint-Germain de Villeplat, âgé de 66 ans, ci-devant
+ fermier général, né à Valence, département de la Drôme, demeurant
+ à Fontainebleau;
+
+ 2. Et Marie-Marguerite Pericard, veuve Ressy, âgée de 71 ans, née
+ à Roinville, près Dourdan, demeurant à Paris, cul-de-sac
+ Saint-Pharon;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 23 floréal an II (12 mai 1794), appert:
+
+ 1. Hugues Lastic, âgé de 74 ans, ex-comte et noble, né à
+ Saint-Martin-sous-Liron, district de Saint-Flour, département du
+ Cantal, demeurant à Lescure, près Saint-Flour;
+
+ 2. Pierre Raclet, âgé de 70 ans, né à Dijon, ex-directeur de la
+ Régie générale, demeurant à Sommevoire, département de la
+ Haute-Marne;
+
+ 3. Nicolas-François Bocquenet, âgé de 52 ans, né à Coiffy,
+ département de la Haute-Marne, homme de loi, demeurant à
+ Chaumont, susdit département;
+
+ 4. Alexandre Thomassin, âgé de 44 ans, né à Saint-Dizier,
+ département de la Haute-Marne, ex-noble, demeurant à
+ Saint-Dizier;
+
+ 5. Alexandre-Claudine-Félicité Mandat, femme Thomassin, âgée de
+ 26 ans, née à Neuilly, département de la Haute-Marne, demeurant à
+ Saint-Dizier;
+
+ 6. Et Jean Fougeret, âgé de 60 ans, né à Paris, y demeurant, rue
+ du Grand-Chantier, ex-receveur général des finances.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Joseph-Didier Vailleraut, âgé de 62 ans, né à Langres,
+ département de la Haute-Marne, ci-devant curé de Montargis, y
+ demeurant;
+
+ 2. Et Jean-Baptiste-Benjamin Lambert, âgé de 23 ans, né à Dieppe,
+ département de la Seine-Inférieure, surnuméraire au bureau de
+ l'enregistrement à Dieppe, y demeurant.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 24 floréal an II (13 mai 1794), appert:
+
+ 1. Jacques-Amable-Gilbert Rollet-Davaux, ex-noble, ex-président
+ du ci-devant présidial de la ci-devant sénéchaussée de Riom, né à
+ Riom, département du Puy-de-Dôme, âgé de 68 ans;
+
+ 2. Adrienne-Françoise Vilaine Davaux, femme dudit Rollet, âgée de
+ 59 ans, ex-noble, née à la Châtre, département de l'Indre,
+ demeurant à Riom;
+
+ 3. André Louher, âgé de 67 ans, notaire, etc., procureur fiscal
+ dudit Rollet-Davaux, né à Billy, département de l'Allier,
+ demeurant à Puyredan;
+
+ 4. Jean-Baptiste Vlebeski, âgé de 48 ans, ci-devant contrôleur
+ des vingtièmes, né à Longueville-en-Caux, département de la
+ Seine-Inférieure, actuellement visiteur des rôles, demeurant à
+ Dieppe, même département;
+
+ 5. Et Anne-Joseph Lauloup, âgé de 65 ans, ex-noble et médecin à
+ Saint-Loup, département des Côtes-du-Nord, y demeurant.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Leclerc.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Gilles Joüen, maréchal des logis du régiment ci-devant dragons
+ Conty, demeurant à Pacy, département de l'Eure;
+
+ 2. Et Étienne Mauger, âgé de 40 ans, né à Rouen, ex-bénédictin et
+ curé constitutionnel de Wy, près de Rouen, y demeurant.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Leclerc.
+
+Pour copie conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 25 floréal an II (14 mai 1794), appert:
+
+ 1. Charles-Adrien Prévôt d'Arlincourt, âgé de 73 ans, ci-devant
+ secrétaire de Capet et fermier général, natif de Doullens,
+ département de la Somme, demeurant au Mont-Valérien;
+
+ 2. Louis Mercier, âgé de 78 ans, né à Paris, y demeurant, rue
+ Bergère, ci-devant fermier général;
+
+ 3. Jean-Claude-Doüet, âgé de 73 ans, né à Ville-Affranchie,
+ département de Rhône-et-Loire, ci-devant fermier général,
+ demeurant à Paris, rue Bergère;
+
+ 4. Et Marie-Claude Bataille-Frances, femme Doüet, âgée de 60 ans,
+ née à Strasbourg, département du Bas-Rhin, demeurant à Paris, rue
+ Bergère.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 25 floréal an II (14 mai 1794), appert:
+
+ 1. François Dominique Mory, âgé de 56 ans, ex-noble, né à Nancy,
+ département de la Meurthe, y demeurant, homme de lettres;
+
+ 2. Léopold-Remi-François Mori, âgé de 18 ans et demi, né à
+ Boudonville, près Nancy, pharmacien à l'hospice de Nancy, y
+ demeurant;
+
+ 3. Pierre-Agricole Sagny, âgé de 28 ans, né à Troly-aux-Bois,
+ près Soissons, département de l'Aisne, hussard au 6e régiment, en
+ garnison à Chauny;
+
+ 4. Et Benoît Pinteux-Gournay, âgé de 24 ans, né à Limoges,
+ département de la Haute-Vienne, tisserand, demeurant à Borny,
+ département de l'Eure.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ Jacques Yel, âgé de 47 ans, natif d'Arnouville, département du
+ Cher, ci-devant procureur du ci-devant parlement de Paris,
+ demeurant à La Motte, département du Cher.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 26 floréal an II (15 mai 1794), appert:
+
+ 1. Pierre-Antoine-Joseph Chiavarry, âgé de 38 ans, né à Arles,
+ département des Bouches-du-Rhône, y demeurant, ex-noble et
+ capitaine au ci-devant régiment Dauphin infanterie;
+
+ 2. Antoine-Barthélemy Fassin, âgé de 41 ans, médecin, né à Arles,
+ département des Bouches-du-Rhône, y demeurant;
+
+ 3. Étienne Meynier, âgé de 65 ans, né à Nîmes, département du
+ Gard, y demeurant, ex-noble et ex-constituant;
+
+ 4. Alexandre Fénard, âgé de 44 ans, né à Bitche, département de
+ la Moselle, ex-notaire, procureur syndic du district de Bitche, y
+ demeurant;
+
+ 5. Pierre Henry, âgé de 56 ans, né à Sarreguemines, département
+ de la Moselle, demeurant à Bouquenom, greffier du tribunal de
+ Neuf-Savardin, département du Bas-Rhin, membre du district de
+ Bitche;
+
+ 6. Dominique Knoepffler, âgé de 37 ans, né à Bitche, y demeurant,
+ administrateur du district de Bitche;
+
+ 7. Et Matthieu Blass, âgé de 44 ans, né à Schwatzenhotz,
+ cultivateur, demeurant à Bouquenom, administrateur du district de
+ Bitche.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ François Bertrand, né à Saint-Fleury en Auvergne, département du
+ Puy-de-Dôme, ferblantier, demeurant à Seurre, département de la
+ Côte-d'Or.
+
+Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 27 floréal an II (16 mai 1794), appert:
+
+ 1. Jean-Pierre Gravier, âgé de 56 ans, né à Colmars, département
+ des Basses-Alpes, demeurant à Mons, district de Loudun,
+ département de la Vienne, ci-devant secrétaire du tyran;
+
+ 2. Antoine-Louis Lartigue, âgé de 60 ans, né à Toulouse,
+ département de la Haute-Garonne, demeurant à Fontenay-aux-Roses,
+ curé de ladite commune;
+
+ 3. Jean-Baptiste Aubisso, âgé de 39 ans, né à Bergerac,
+ département de la Dordogne, y demeurant, et à Paris, rue
+ Helvétius, nº 673, commissaire à Tirier;
+
+ 4. Charles Bezard, âgé de 49 ans, né à Montpellier, demeurant à
+ Paris, rue Neuve-des-Capucines, négociant, ex-administrateur de
+ la caisse d'escompte;
+
+ 5. Théodore Moreau, âgé de 28 ans, né à Paris, demeurant à
+ Versailles, professeur de mathématiques, adjoint aux adjudants
+ généraux de l'armée du Nord;
+
+ 6. Et Pierre-Louis Rousselet, âgé de 52 ans, né à Beaugency,
+ département du Loiret, ci-devant bénédictin, et curé
+ constitutionnel de la commune de Damme-Marie-les-Fontaines, y
+ demeurant;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Leclerc.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Jean-Baptiste Toulon, âgé de 36 ans, né à Saint-Martignan,
+ district de Luçon, département de l'Allier, garde des bois
+ nationaux, demeurant à Lonbeau, commune d'Archignac, même
+ département;
+
+ 2. François Toulon, âgé de 33 ans, aussi garde des bois
+ nationaux, né audit Martignan, demeurant à Nocy, département de
+ l'Allier;
+
+ 3. Et Jean-Baptiste Baret, âgé de 33 ans, né à Vicq-sur-Hautbois,
+ district de la Châtre, département de l'Indre, y demeurant,
+ cultivateur, et ci-devant huissier;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Leclerc.
+
+Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 28 floréal an II (17 mai 1794), appert:
+
+ 1. Antoine Labattu, âgé de 48 ans, né à Valence-d'Agen,
+ département de Lot-et-Garonne, demeurant à Paris, rue
+ Bourg-l'Abbé, nº 57, cordonnier soumissionnaire et fournisseur de
+ souliers pour les armées de la République;
+
+ 2. Bertrand Dora, âgé de 38 ans, né à Savignac, demeurant à
+ Orléans, tailleur d'habits, membre du comité militaire de la
+ commune d'Orléans, surveillant d'un atelier d'habillements pour
+ les défenseurs de la République;
+
+ 3. François Ledet, âgé de 28 ans, né à Ganville-d'Aumale,
+ département de Paris, soumissionnaire et fournisseur de la
+ République;
+
+ 4. François Le Roy, âgé de 41 ans, né à Orléans, département du
+ Loiret, y demeurant, tondeur de draps et fournisseur de la
+ République;
+
+ 5. Et Timothée Deligny, âgé de 55 ans, né à Paris, résidant à
+ Rouen, département de la Seine-Inférieure, colleur de papiers.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Claude Rougaune, âgé de 70 ans, ci-devant curé à
+ Clermont-Ferrand, natif d'Écure, département de l'Allier,
+ demeurant au Mont-Valérien, près Paris;
+
+ 2. Guillaume-Jérôme Romé, ex-noble, âgé de 46 ans, né à Fécamp,
+ département de la Seine-Inférieure, demeurant à Paris, rue de la
+ Loi;
+
+ 3. Jean-François-Sixte Isnard, âgé de 29 ans, né à Cygalière,
+ district de Tarascon, département des Bouches-du-Rhône, ex-noble,
+ se disant cultivateur, demeurant à Cygalière;
+
+ 4. Raymond-Gabriel Dusaulnier, ex-noble, âgé de 61 ans, né à
+ Brioude, demeurant à Boursat, département du Puy-de-Dôme;
+
+ 5. Louis Millange, âgé de 45 ans, né à Valroque dans les
+ Cévennes, district du Vigan, département du Gard,
+ quartier-maître-trésorier du premier corps des hussards de la
+ Liberté;
+
+ 6. Et François Périllat, né à Grand-Bouvion, département du
+ Mont-Blanc, demeurant à la Suze, même district.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 29 floréal an II (18 mai 1794), appert:
+
+ 1. André Sabatery, âgé de 33 ans, né à Valréas, département de
+ Vaucluse, maire de la commune de ce nom, demeurant audit Valréas;
+
+ 2. Antoine Mathieu, âgé de 30 ans, né à Saint-Martin de
+ Chichilienne, département de l'Isère, emballeur aux effets de
+ campement de Franciade, département de Paris, y demeurant;
+
+ 3. Jean Porta, âgé de 24 ans, maçon, né à Bansia, dans les États
+ de Venise, demeurant à Paris, caserne Popincourt, canonnier;
+
+ 4. Et Claude Cézeron, âgé de 26 ans, né à Paris, commis de
+ receveur des rentes, demeurant à Paris, rue de l'Échiquier,
+ section Poissonnière.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Philibert-Pierre-Catherine Bourrée-Corberon, âgé de 47 ans, né
+ à Paris, ex-noble, et lieutenant aide-major des gardes
+ françaises, demeurant à Beauvais;
+
+ 2. Jean-Félix Blanquet, âgé de 59 ans, né à Dieppe, département
+ de la Seine-Inférieure, y demeurant, épicier armateur;
+
+ 3. Jean-Louis Dipse, âgé de 56 ans, né district de Dieppe, y
+ demeurant, vivant de son revenu;
+
+ 4. Claude-François Colliez, âgé de 42 ans, né à Paris, agent de
+ Bourrée de Corberon, demeurant à Troissereux, district de
+ Beauvais;
+
+ 5. Denis-Joseph Clerc, âgé de 56 ans, natif de Lacheux, district
+ de Pontarlier, département du Doubs, y demeurant, fileur de
+ laine;
+
+ 6. Pierre-André Teyssert, âgé de 53 ans, né à Marseille,
+ demeurant à Mâcon, département de Saône-et-Loire, teneur de
+ livres de commerce;
+
+ 7. Et Louis Pacot, âgé de 34 ans, né à Couvin, pays de Liége,
+ ex-prêtre, demeurant à Guymenée, dans ledit pays.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
+
+Pour extrait conforme, NEYROT, commis greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 1er prairial (20 mai 1794), appert:
+
+ 1. Jean-Antoine Teyssier, âgé de 50 ans, né à Nîmes, département
+ du Gard, ex-baron, et ex-constituant, et ex-maire de Nîmes,
+ demeurant à Lagny-sur-Marne;
+
+ 2. Jacques-Marie Boyer-Brun, âgé de 39 ans, né à Nîmes, homme de
+ lettres, ex-substitut du procureur de la commune de Nîmes,
+ demeurant à Paris, rue des Fossés-Montmartre, nº 7;
+
+ 3. Jacques-François Descombiers, âgé de 66 ans, né à Nîmes,
+ ex-noble, ancien lieutenant au ci-devant régiment royal
+ d'infanterie, demeurant à Nîmes;
+
+ 4. Jean Filsac, âgé de 36 ans, né à Cahors, département du Lot, y
+ demeurant, homme de loi, et secrétaire général du département du
+ Lot;
+
+ 5. Pierre-Constant La Barthe, âgé de 74 ans, né à Cessac,
+ département du Lot, ci-devant négociant, demeurant à Pradines,
+ près Cahors;
+
+ 6. Jean-Nicolas Burgère, âgé de 41 ans, né à Cahors, y demeurant,
+ ex-notaire et ex-juge du tribunal du district de Cahors;
+
+ 7. Charlotte-Geneviève Saisseval, veuve Dutillet, âgée de 49 ans,
+ née à Paris, demeurant à Provins, département de Seine-et-Marne;
+
+ 8. Et Marie-Thérèse Clerse, femme Rolland, âgée de 48 ans, née à
+ Paris, femme de chambre de la femme Dutillet, demeurant à
+ Provins;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, 1er prairial (20 mars 1794), appert:
+
+ 1. François-Alexandre Suremain, âgé de 38 ans, ex-noble, vivant
+ de ses revenus, natif d'Ossone, département de la Côte-d'Or;
+
+ 2. Marie-Pierrette Heneveux, veuve de Le Pelaprat, âgée de 47
+ ans, native de Paris, libraire, demeurant à Paris, rue du Roule,
+ nº 11;
+
+ 3. Michel Webert, âgé de 25 ans, né à Saverne, département du
+ Bas-Rhin, libraire à Paris, y demeurant, passage du
+ Cloître-Honoré;
+
+ 4. Marie-Claudine Lucas de Blayre, âgée de 27 ans, née à
+ Saint-Domingue, demeurant à Paris, rue Merry;
+
+ 5. Gabriel-Charles Doyen, âgé de 31 ans, né à Versailles,
+ département de Seine-et-Oise, ci-devant cuisinier de la femme du
+ tyran, demeurant à Paris, rue Nicaise, nº 506;
+
+ 6. Joseph Houssaye, dit Laviolette, âgé de 21 ans, né à Amiens,
+ département de la Somme, ci-devant bijoutier et depuis adjudant
+ général de l'armée révolutionnaire, demeurant à Paris, maison de
+ Molière, rue aux Ours;
+
+ 7. Matthieu Marbey, âgé de 27 ans, né à Commune-Affranchie,
+ bonnetier, demeurant à Paris, rue Française;
+
+ 8. Antoine Brezillon, âgé de 40 ans, né à Grandpré, district du
+ même nom, brigadier de gendarmerie nationale, à la résidence de
+ la Chapelle-Égalité, district de Nemours, département de
+ Seine-et-Marne.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 2 prairial (21 mai 1794), appert:
+
+ 1. Claude Simard, âgé de 68 ans, né à Libreval, département du
+ Cher, ex-prêtre, demeurant à Bourges;
+
+ 2. Agate-Élisabeth Ragot, ex-religieuse, âgée de 54 ans, née à
+ Libreval, département du Cher, demeurant à Bourges;
+
+ 3. Et Louis-François Vassal, âgé de 35 ans, ex-noble, né à
+ Fraicenet, département du Lot, demeurant à Paris, rue Thionville.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Tirrard.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. François Tournacos, âgé de 37 ans, né à Metz, se disant baron
+ allemand, demeurant à Luxembourg, en Allemagne;
+
+ 2. Pierre-François Nicolas, né à Longehaut, district d'Ornans,
+ département du Doubs, domestique de Kerry, Irlandais, demeurant à
+ Paris, rue Michodière, section Le Pelletier;
+
+ 3. Caprot Brunel, âgé de 44 ans, né à Capronne, département de la
+ Haute-Loire, domestique chez Kierry, demeurant à Paris, rue
+ Taitbout, section du Mont-Blanc;
+
+ 4. Gabriel Delignon, âgé de 42 ans, né à Villaine, département de
+ la Côte-d'Or, y demeurant, maître d'écriture;
+
+ 5. Et Dominique Lafillard, âgé de 63 ans, ci-devant caissier de
+ la maison d'Artois, argentier de la maison d'Angoulême, et
+ depuis receveur des rentes et agent d'affaires, demeurant à
+ Paris, rue des Fontaines.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Tirrard.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 3 prairial (22 mai 1794), appert:
+
+ 1. Claude-Alexandre Leflot, âgé de 43 ans, né à Nevers,
+ département de la Nièvre, demeurant à Trigésus, capitaine général
+ des douanes de la République;
+
+ 2. Félix Royer, âgé de 28 ans, né à Bagnols, département du Gard,
+ chasseur dans la légion des Alpes;
+
+ 3. Pierre-Gervais Namys, âgé de 47 ans, né à Paris, y demeurant,
+ rue Pagevin, employé aux Fermes, ci-devant capitaine de la
+ section des Petits-Pères;
+
+ 4. Et Louis-Philippe Bourgeois, âgé de 32 ans, né à Uzès,
+ département du Gard, demeurant à Paris, perruquier.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 3 prairial (22 mai 1794), appert:
+
+ 1. Cyr Vasseur, âgé de 42 ans, né à Harly-Pontlieu, département
+ de la Somme, ci-devant caporal dans l'armée révolutionnaire,
+ demeurant à Paris, rue Verneuil;
+
+ 2. Jean-Baptiste Keutschen, âgé de 36 ans, né à Deynieux, dans la
+ Forêt-Noire, en Allemagne, tailleur, demeurant à Paris, rue
+ Croix, chaussée d'Antin, nº 9;
+
+ 3. Jean Jaroufflet, âgé de 51 ans, né à Moulins, département de
+ l'Allier, y demeurant, notaire public;
+
+ 4. Jean Coursin, âgé de 41 ans, né à Carnay, district
+ d'Avranches, département de la Manche, brocanteur, demeurant à
+ Paris, rue de la Licorne;
+
+ 5. Louis Carré, âgé de 31 ans, né à Brienne, département de
+ l'Aube, épicier, demeurant rue de Sartines, section de la Halle
+ au Beurre;
+
+ 6. Maria-Nicolas Gaidon, âgé de 34 ans, né à Méjuive, département
+ du Mont-Blanc, fruitier, demeurant à Paris, rue d'Hauteville,
+ section Poissonnière;
+
+ 7. Pierre Paul, âgé de 40 ans, né à Paris, y demeurant, rue de la
+ Mortellerie, marchand de cannes;
+
+ 8. Et Jean Juery, âgé de 30 ans, né à Perrel, département du
+ Cantal, brocanteur, demeurant à Paris, rue Honoré, en face des
+ Jacobins.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 4 prairial (23 mai 1794), appert:
+
+ 1. Joseph-Antoine Barrême, âgé de 31 ans, né à Tarascon,
+ ex-noble, ex-hussard du premier régiment;
+
+ 2. Joseph-Henri Barrême, âgé de 35 ans, né à Tarascon, ex-noble,
+ hussard et brigadier du premier régiment;
+
+ 3. Joseph-Auguste Barrême, âgé de 32 ans, né à Tarascon,
+ ex-noble, et hussard du premier régiment;
+
+ 4. Anne Ferry, veuve Dupré, âgée de 52 ans, garde-malade, née à
+ Malo, département de la Côte-d'Or, demeurant à Paris, quai de
+ Gèvres, nº 7;
+
+ 5. Jean-Baptiste Lanoue, âgé de 37 ans, peintre en bâtiment, né à
+ Paris, y demeurant, rue Quincampoix, nº 33;
+
+ 6. Nicolas Aubry, âgé de 72 ans, né à Divry, ci-devant Normandie,
+ demeurant à Paris, rue Nicolas-du-Chardonnet, au dépôt des
+ huiles;
+
+ 7. Et Pierre-Louis Didier, âgé de 35 ans, commis papetier à
+ Paris, y demeurant, rue et cul-de-sac Dominique d'Enfer, nº 7.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Jean Canolle père, âgé de 50 ans, né à Benac, en Périgord,
+ minéralogiste, demeurant à Paris, au Gros-Caillou;
+
+ 2. Avoye Paville Costard, fille âgée de 25 ans, travaillant au
+ Journal des Spectacles, née à Paris, y demeurant, rue des
+ Fossés-Montmartre;
+
+ 3. Alexandre Provenchère, âgé de 58 ans, né à Saint-Eubille,
+ département de Seine-et-Oise, ex-administrateur de l'habillement
+ des troupes de la République, demeurant à Paris, place du
+ Chevalier du Guet;
+
+ 4. André Dorly, âgé de 60 ans, né à Versailles, commissaire des
+ guerres jusqu'au 1er juillet 1793, domicilié à Paris, rue Neuve
+ des Petits-Champs, section de la Montagne;
+
+ 5. Gabriel-Joseph Fortin, âgé de 44 ans, né à Paris, y demeurant,
+ rue des Mauvaises-Paroles, ci-devant employé à l'habillement des
+ troupes, et commis chez le nommé Leroux, négociant;
+
+ 6. Antoine-Martin Barth, âgé de 33 ans, né à Paris, y demeurant,
+ rue Denis, et fournisseur de la République;
+
+ 7. Jean-François Lemarcant, âgé de 69 ans, né à... (_en blanc_),
+ ouvrier en guêtres et fournisseur, demeurant à Paris.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 5 prairial (24 mai 1794), appert:
+
+ 1. Jean-Baptiste-Marie-Thomas Domangeville, âgé de 30 ans, né à
+ Paris, ex-noble, ancien capitaine au 5e régiment de cavalerie,
+ demeurant à Vernasal, département de la Haute-Loire;
+
+ 2. Simon Tisserand, âgé de 40 ans, né à Vesoul, département de la
+ Haute-Saône, ci-devant postillon chez Duchâtelet, demeurant à
+ Paris, rue Grenelle-Saint-Germain;
+
+ 3. Et Jean-Baptiste Gauthier, âgé de 50 ans, né à
+ Château-Porcien, département des Ardennes, concierge de la
+ chambre d'arrêt de la mairie, demeurant à Paris, rue Martin.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Jean-Baptiste-Charles Durand, âgé de.... (_en blanc_) ans, né
+ à Paris, employé au magasin des troupes, à Franciade, y
+ demeurant;
+
+ 2. Jean-Antoine Pascal, âgé de 41 ans, lieutenant de gendarmerie
+ nationale, attaché à la force publique de l'armée du Rhin, né à
+ Commune-Affranchie, demeurant à Paris;
+
+ 3. Et François Paulin, âgé de 35 ans, professeur de géographie et
+ de grammaire, né à la Chapelle, département de la Haute-Marne,
+ demeurant à Paris, rue Montmartre, nº 226.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 6 prairial (25 mai 1794), appert:
+
+ 1. François Joly, âgé de 56 ans, ci-devant inspecteur général des
+ rôles du département de la Côte-d'Or, né à Pontarlier-sur-Saône,
+ même département, demeurant à Dijon;
+
+ 2. Pierre Mauclair, âgé de 39 ans, brocanteur et ci-devant
+ marchand de serre-tête, né à Troyes, département de l'Aube,
+ demeurant à Paris, rue des Grands-Degrés, nº 16;
+
+ 3. Et Louis-Claude-Joseph Lancry-Pronleroy, âgé de 26 ans,
+ ci-devant officier des gardes françaises, ex-noble et ex-comte,
+ né à Paris, y demeurant, rue Basse-du-Rempart.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Jean-Baptiste-Charles Piragues Lille-Don, âgé de 58 ans, né à
+ Lille-Don, département du Loiret, ex-noble, et cultivateur,
+ demeurant à Villemandier, district de Montargis, même
+ département;
+
+ 2. Jacques-Jean-Baptiste Cuvier, âgé de 42 ans, ci-devant
+ architecte, et depuis cultivateur et membre du comité
+ révolutionnaire de la commune de Vanves, y demeurant, né à Paris;
+
+ 3. Marie-Anne Demeaux, femme de Joseph Hébert, âgée de 50 ans,
+ née à Notre-Dame de Guem, près Auxerre, département de l'Yonne,
+ demeurant à Paris, rue de la Licorne, corroyeuse;
+
+ 4. Catherine Pérard, âgée de 39 ans, née à Gissé en Bourgogne,
+ près Flavigny, demeurant à Paris, rue du Poirier, blanchisseuse;
+
+ 5. Pierre Prudhomme, âgé de 48 ans, né à Paris, y demeurant, rue
+ et section de la Cité, marchand de poisson.
+
+ 6. Et Françoise Lambert, femme Prudhomme, née à Toul, département
+ d'Indre-et-Loire, âgée de soixante ans, marchande de poisson,
+ demeurant à Paris.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 7 prairial (26 mai 1794), appert:
+
+ 1. Claude-Michel-Louis Milscent, créole, âgé de 54 ans, né à
+ Saint-Domingue, ci-devant capitaine des milices bourgeoises, et
+ se disant homme de lettres et auteur du journal appelé _le
+ Créole_, demeurant à Paris, rue Honoré, nº 120;
+
+ 2. Et Jean-Baptiste-Marie Hannonet, âgé de 51 ans, receveur de la
+ régie des sels, né à Guiscard, département de l'Oise, et receveur
+ du district de Noyon, y demeurant.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Tirrard.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 8 préréal [_sic_] (27 mai 1794), appert:
+
+ 1. Charles-Philibert-Marie-Gaston Lévis-Mirepoix, âgé de 41 ans,
+ né à Saint-Martin d'Estraux, demeurant à Paris, rue de Verneuil,
+ nº 432, ex-noble, ex-constituant et ex-maréchal de camp;
+
+ 2. Matthieu-Jouze Jourdan, âgé de 45 ans, né à Saint-Jean,
+ département de la Haute-Loire, demeurant à Avignon, ci-devant
+ négociant, depuis général de l'armée d'Avignon, et à présent chef
+ d'escadron de la gendarmerie;
+
+ 3. Jean Donnadieu, âgé de 50 ans, né à Arles, département des
+ Bouches-du-Rhône, général de brigade, à l'armée du Bas-Rhin;
+
+ 4. Antoine-Louis-Michel Judde, âgé de 46 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue François, au Marais, ex-conseiller au ci-devant
+ Châtelet de Paris;
+
+ 5. Catherine Mathieu, femme Vigneron, âgée de 41 ans, née à
+ Nancy, y demeurant;
+
+ 6. Susanne Vigneron, âgée de 23 ans, née à Nancy, y demeurant;
+
+ 7. Pierre-Félix Primeau, âgé de 42 ans, né à Vaussais,
+ département des Deux-Sèvres, sous-lieutenant au 17e régiment de
+ cavalerie;
+
+ 8. Nicolas-Jacques Beauregard, âgé de 42 ans, né à Versailles,
+ sous-lieutenant au 17e régiment de cavalerie;
+
+ 9. Jacques-Joseph-Laurent Faret-Preberon, âgé de 44 ans, né à
+ Salins, département du Jura, chef d'escadron du 17e régiment de
+ cavalerie;
+
+ 10. Avocalie-Joseph Daviot-Hery, âgé de 19 ans, né à Chinon,
+ département d'Indre-et-Loire, lieutenant au 17e régiment de
+ cavalerie;
+
+ 11. Étienne Lecandre, âgé de 27 ans, né à Saintes, département de
+ la Charente-Inférieure, capitaine au 17e régiment de cavalerie;
+
+ 12. Jean-François Bugnolot, âgé de 25 ans, né au Petit-Bay,
+ département de la Haute-Saône, chirurgien-major du 17e régiment
+ de cavalerie;
+
+ 13. Joseph Mollet, âgé de 48 ans, né à Saint-Michel, département
+ des Basses-Alpes, sous-lieutenant au 17e régiment de cavalerie;
+
+ 14. Claude Juy, âgé de 26 ans, né à Langres, département de la
+ Haute-Marne, sous-lieutenant au 17e régiment de cavalerie;
+
+ 15. Pierre-Claude-Marie Prihé, âgé de 46 ans, né à Nevers, chef
+ de brigade au 17e régiment;
+
+ 16. Étienne-Philippe Vérillot, âgé de 26 ans, né à Langres,
+ sous-lieutenant au 17e régiment;
+
+ 17. Étienne Jourdeuil, âgé de 29 ans, né à Bussière,
+ sous-lieutenant au 17e régiment;
+
+ 18. Jean Arnaud, âgé de 44 ans, né à Limoges, sous-lieutenant au
+ 17e régiment;
+
+ 19. Claude Bonnot, âgé de 27 ans, né à Genets, adjudant au 17e
+ régiment;
+
+ 20. Et François Poisson, né à Épinal, âgé de 37 ans,
+ sous-lieutenant au 17e régiment.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 8 prairial (27 mai 1794), appert:
+
+ 1. Augustin Binet, âgé de 28 ans, né à Amiens, département de la
+ Somme, y demeurant, coupeur de velours et sergent du 8e bataillon
+ de la Somme;
+
+ 2. Jean-Baptiste Avenet, âgé de 36 ans, né et demeurant à
+ Saint-Germain-la-Campagne, département de l'Eure, dentiste;
+
+ 3. Et Étienne Hourry, âgé de 50 ans, né à Pezé-le-Robert,
+ terrassier.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 9 prairial (28 mai 1794), appert:
+
+ 1. Claude-Joseph Villemin, âgé de 26 ans, journalier, né à Guyans
+ en Venne, département du Doubs, y demeurant;
+
+ 2. Sylvain Dumazet, âgé de 25 ans, ci-devant verrier, depuis
+ colporteur à Paris, rue des Barres, section de l'Arsenal, né à
+ Argenton, département de l'Indre;
+
+ 3. Firmin Baillot, âgé de 37 ans, né à Lironville, département de
+ la Meurthe, ci-devant volontaire du bataillon de la section des
+ Gravilliers, enrôlé pour la Vendée, râpeur de tabac, demeurant à
+ Paris, rue de Crussol, marais du Temple;
+
+ 4. Françoise Chevalier, âgée de 28 ans, née à Besançon,
+ département du Doubs, y demeurant;
+
+ 5. Félix Simon, âgé de 62 ans, cloutier, ensuite domestique de
+ Trivelle, ci-devant conseiller au ci-devant parlement de
+ Besançon, né à Rosureux, département du Doubs, y demeurant.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Pierre-François Fénaux, âgé de 40 ans, né à Dalincourt,
+ département d'Évreux, charretier chez Claude Léger, demeurant à
+ Rosay, département de Seine-et-Oise;
+
+ 2. Claude Léger, âgé de 49 ans, né à Villemur, département de
+ (_en blanc_), demeurant à Rosay;
+
+ 3. Martin Olivier, né à Saint-Martin des Champs, département de
+ Seine-et-Oise, âgé de 58 ans, vigneron et maire de la commune
+ dudit Saint-Martin des Champs, y demeurant;
+
+ 4. Éloy Duhamel, âgé de 54 ans, né à Aix, département de
+ Seine-et-Oise, tuileur et agent national de la commune de
+ Saint-Martin des Champs, y demeurant;
+
+ 5. Nicolas Letellier, âgé de 35 ans, né à Septeuil, département
+ de Seine-et-Oise, vigneron et membre du comité de surveillance de
+ la commune de Saint-Martin des Champs, y demeurant;
+
+ 6. André Rageot, âgé de 36 ans, tailleur d'habits, membre du
+ comité de surveillance de la commune de Saint-Martin des Champs,
+ né à Guerville;
+
+ 7. Jean Petit, âgé de 49 ans, né à Aulnay, département de
+ Seine-et-Oise, tonnelier et maire de la commune d'Aulnay, y
+ demeurant;
+
+ 8. Guillaume Fréron, âgé de 45 ans, né à Arnouville, département
+ de Seine-et-Oise, journalier, demeurant à Saint-Martin des
+ Champs;
+
+ 9. Et Marie-Anne Fréron, femme Rageot, âgée de 40 ans, née à
+ Arnouville, département de Seine-et-Oise, couturière, demeurant à
+ Saint-Martin des Champs;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 11 prairial (30 mai 1794), appert:
+
+ 1. Augustin-François César-Dauphin-Leval, âgé de 49 ans, né à
+ Montferrand, département du Puy-de-Dôme, ci-devant breveté du
+ grade de colonel, et capitaine en second des grenadiers des
+ gardes françaises, demeurant à Moncel-Gelat, même département;
+
+ 2. Jean Joussineau de La Tourdonnois, âgé de 64 ans, né à Sinwit,
+ département de la Corrèze, demeurant à la Rode, département du
+ Puy-de-Dôme, ci-devant capitaine de carabiniers, ex-noble,
+ ex-comte et ex-colonel à la suite de la cavalerie, demeurant à
+ Paris, rue Traversière;
+
+ 3. Claire Nantia, âgée de 41 ans, née à Nantia, département de la
+ Haute-Vienne, ex-noble, demeurant à Rouel, département de la
+ Haute-Vienne;
+
+ 4. Louis-Jacques Ferruyant, âgé de 37 ans, né et demeurant à La
+ Motte Terray, département des Deux-Sèvres, ci-devant trésorier de
+ France;
+
+ 5. Jean Dut, âgé de 24 ans, né à Morillac, département du Cantal,
+ marchand forain, sans domicile fixe;
+
+ 6. Pierre Morillon Dubellay, âgé de 77 ans, marchand de draps et
+ soies, né et demeurant à Poitiers, département de la Vienne;
+
+ 7. Jean-Antoine Guybora, âgé de 24 ans, vigneron, journalier, né
+ et demeurant à Saint-Gerionne, département de la Marne, soldat du
+ 11e régiment de hussards;
+
+ 8. Nicolas-Marie Compin, âgé de 64 ans, né à Malta, département
+ de Saône-et-Loire, cultivateur et agent national de la commune
+ d'Avrai;
+
+ 9. Et Nicolas dit Montpansin, âgé de 65 ans, né à Saint-Pourçain,
+ département de l'Allier, demeurant à Souitte, même département,
+ ex-bailli des lazaristes et ex-subdélégué.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Leclerc.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 11 prairial (30 mai 1794), appert:
+
+ 1. Louis César Bégu, âgé de 40 ans, né à Tours, département
+ d'Indre-et-Loire, ci-devant ....... chef du premier bataillon
+ dudit département, demeurant à Tours;
+
+ 2. Claude Lacroix, âgé de 38 ans, né à Chaource, département de
+ l'Aube, y demeurant, cultivateur, ci-devant garde de bois;
+
+ 3. Pierre-Joseph Lecocq, âgé de 60 ans, né à Querqueville, près
+ Cherbourg, département de la Manche, ex-curé de la commune de
+ Cottençon, district de Provins, département de Seine-et-Marne;
+
+ 4. Et Louis-Julien Moret, âgé de 46 ans, né à Arcis-sur-Aube,
+ département de l'Aube, ex-curé, demeurant à Premier-Fait, même
+ département.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Leclerc.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 12 prairial (31 mai 1794), appert:
+
+ 1. Édouard-Marie Marguerie, âgé de 38 ans, ex-noble, major en
+ second dans le 42e régiment d'infanterie, ex-colonel de la garde
+ constitutionnelle du tyran, né à Bayeux, département du Calvados,
+ résidant à Agy, près Bayeux;
+
+ 2. Louis Duvivier, âgé de 60 ans, né à Paris, y demeurant, rue
+ des Juifs, nº 17, section des Droits de l'homme, employé à
+ l'extraordinaire des guerres;
+
+ 3. Jean-Baptiste-Pierre Bauffre, âgé de 66 ans, né à Châteauneuf,
+ département d'Eure-et-Loir, demeurant à Paris, rue des Martyrs,
+ nº 59, section du Mont-Blanc;
+
+ 4. Amable Chantemerle, âgé de 37 ans, instituteur et homme de
+ lettres, ex-prêtre, né à Thiers, département du Puy-de-Dôme,
+ demeurant à Paris, rue du Mont-Blanc, nº 384;
+
+ 5. Jean Pierson, âgé de 33 ans, né à Beffroy, district de
+ Commercy, département de la Meuse, employé aux bureaux des
+ émigrés, secrétaire de défunt Malesherbes, demeurant à Paris, rue
+ des Martyrs;
+
+ 6. Et Claude-François-Marie Simonet, âgé de 42 ans, né à Dijon,
+ département de la Côte-d'Or, ex-fermier général, demeurant à
+ Dijon.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Joseph Pont, âgé de 51 ans, né à Tournus, département de
+ Saône-et-Loire, ci-devant curé de Courteneau, y demeurant, même
+ département;
+
+ 2. Pierre Saint-Saulieu, âgé de 44 ans, né à Monteau, département
+ de l'Eure, ci-devant feudiste, demeurant à l'abbaye de Cormeil;
+
+ 3. Thomas Casimir Héry, âgé de 25 ans, né à Orléans, département
+ du Loiret, se disant cultivateur, officier dans le 25e régiment,
+ demeurant commune de Fleury, même département;
+
+ 4. Thérèse-Françoise Lamarre, âgée de 60 ans, née à
+ Bar-sur-Ornain, ci-devant noble, demeurant audit Bar;
+
+ 5. Jean-Hyacinthe Caron, âgé de 36 ans, né à Arviny, district de
+ Bar-sur-Ornain, ci-devant curé, demeurant à Moulins, même
+ district;
+
+ 6. Philippe Huguet, âgé de 30 ans, né à Bruxelles, faiseur de
+ bas, demeurant à Paris, rue Pot-de-Fer;
+
+ 7. Sylvain Hugault, âgé de 59 ans, né à Bourges, ci-devant curé
+ d'Issoudun, demeurant à Issoudun, département d'Indre-et-Loire.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 13 prairial (1er juin 1794), appert:
+
+ 1. Alexandre Brillon-Saint-Cyr, âgé de 52 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue de Bercy, au Marais, ex-maître des comptes;
+
+ 2. Louis-Joseph Germain, âgé de 38 ans, né à Paris, y demeurant,
+ rue des Bourdonnais, marchand d'étoffes de soie;
+
+ 3. Thomas-Augustin Bellet, âgé de 37 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue des Blancs-Manteaux, ci-devant auditeur des
+ comptes;
+
+ 4. François-Martin Chauvereau, âgé de 37 ans, né à Tours,
+ département d'Indre-et-Loire, commis marchand chez Germain,
+ demeurant à Paris, rue Cloche-Perche;
+
+ 5. Antoine-Charles Lherbette, âgé de 34 ans, né à
+ Sainte-Menehould, département de la Haute-Marne, ci-devant agent
+ de change, demeurant à Paris, rue des Blancs-Manteaux;
+
+ 6. Louis Bois-Marié, âgé de 23 ans, né à Longny, district de
+ Mortagne, département de l'Orne, demeurant à Paris, rue
+ Jean-Fleury;
+
+ 7. Jérôme-Robert Millin du Perreux, âgé de 62 ans, né à Nevers,
+ département de la Nièvre, demeurant au Perreux, district de
+ l'Égalité, département de Paris, administrateur des loteries;
+
+ 8. Jean Auger, âgé de 23 ans, né à Paris, brigadier-fourrier au
+ 8e régiment de hussards, demeurant à Chaillot;
+
+ 9. Et Jacques-Adrien Mégard, âgé de 26 ans, né à Ratéville,
+ département de la Seine-Inférieure, agent de Thorelli,
+ Napolitain, demeurant à Paris, grande rue du faubourg Antoine.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Leclerc.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Louis Martin-Brille, âgé de 30 ans, né à Limay, département de
+ Seine-et-Oise, marchand de journaux, demeurant à Paris, rue des
+ Lavandières, nº 191;
+
+ 2. Étienne Berthier, âgé de 43 ans, né à Besançon, département du
+ Doubs, fondeur et doreur, demeurant à Dijon;
+
+ 3. Jean Levasseur, âgé de 38 ans, né à Krienne, département de la
+ Seine-Inférieure, ex-curé de la commune de Laumont-la-Poterie,
+ même département;
+
+ 4. Et Jacques Serigny, âgé de 53 ans, né à Bouillant, département
+ de la Côte-d'Or, ex-curé de la commune de Lumigny, même
+ département, y demeurant.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Leclerc.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 14 prairial (2 juin 1794), appert:
+
+ 1. Bonaventure Ferrey, âgé de 32 ans, né à Gray, département de
+ la Haute-Saône, demeurant à Saint-Denis-sur-Sarton, département
+ de l'Orne, prêtre chapelain de l'église de Coutances, puis curé
+ audit Saint-Denis;
+
+ 2. Jean-Baptiste Barré, âgé de 68 ans, né et demeurant à Paris,
+ rue Coq-Héron, nº 424, ci-devant procureur au Châtelet et avoué;
+
+ 3. Philippe Perrin, âgé de 26 ans, né à Cognac, département de la
+ Charente, y demeurant, négociant en eaux-de-vie;
+
+ 4. André-Jacques-Salomon Daniau, âgé de 26 ans, né à Cognac,
+ demeurant à Ecoigneux, district de Saintes, même département,
+ agriculteur;
+
+ 5. Valérie Marentin, femme Pasquet Saint-Projet, âgée de 40 ans,
+ née à la Rochefoucauld, département de la Haute-Charente, y
+ demeurant, et à Perusel, campagne près la Rochefoucauld; son mari
+ garde du tyran;
+
+ 6. Louis-Auguste-François Bongard-d'Aspremont, âgé de 68 ans, né
+ au Val d'Arnois, district de Dieppe, département de la
+ Seine-Inférieure, demeurant à Jaucourt, district des Andelys,
+ département de l'Eure, vivant de son bien, ex-noble et
+ ex-marquis;
+
+ 7. Louis Armand, âgé de 61 ans, né à Lainville, département de
+ Seine-et-Marne, demeurant au Plessis-Mériot, département de
+ Seine-et-Marne, garde-chasse du ci-devant duc de Mortemart, et
+ ensuite vigneron;
+
+ 8. Jean-François-Célestin Lecocq, âgé de 30 ans, né à Lille,
+ département du Nord, y demeurant, ci-devant clerc de notaire, et
+ depuis boulanger;
+
+ 9. Jean-Pierre Maindouze, âgé de 53 ans, né à Toulouse,
+ département de la Haute-Garonne, demeurant à Paris, rue du
+ Théâtre-Français, commis en chef au bureau des affaires
+ étrangères;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Bernard-Louis Cassaigne, âgé de 41 ans, né à Béziers,
+ département de l'Hérault, ex-vicaire de la ci-devant paroisse
+ Saint-Nicolas des Champs, ensuite desservant de la commune de
+ Luneray, près Dieppe, département de la Seine-Inférieure, y
+ demeurant;
+
+ 2. Marie-Joseph-Adrien Bourdet, âgé de 33 ans, né à Saint-Valery,
+ département de l'Oise, ex-vicaire de la ci-devant paroisse
+ Saint-André des Arts, à Paris, rue du Cimetière-André;
+
+ 3. Et Jean-Baptiste Dupain, âgé de 21 ans, marchand de bois, né
+ et demeurant à Paris, rue des Fossés-Saint-Bernard.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 15 prairial (3 juin 1794), appert:
+
+ 1. Claude Lefranc, âgé de 54 ans, chirurgien appointé dans le 7e
+ régiment de hussards, né à Ivry, près Paris, département de
+ Seine-et-Marne, demeurant à Paris, rue du Battoir;
+
+ 2. Philippe Martin, âgé de 65 ans, né à Delu, département de la
+ Meuse, y demeurant, et cordonnier;
+
+ 3. Alexandre Cordelois, âgé de 36 ans, né à Cambray, chirurgien,
+ ci-devant adjudant général de la garde nationale du Quesnoy,
+ demeurant à Wettingue, département du Nord;
+
+ 4. Armand Quidet, âgé de 64 ans, né à Nourval, département des
+ Ardennes, soldat invalide, demeurant à Vouziers;
+
+ 5. Et Jean-Joseph de Flandres, âgé de 58 ans, brigadier de la
+ deuxième division de la gendarmerie, natif d'Hanappe, département
+ de l'Oise, demeurant à Bouchain, département du Nord.
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, 15 prairial (3 juin 1794), appert:
+
+ 1. Louis-George Desrousseaux, âgé de 42 ans, né à Sedan,
+ département des Ardennes, y demeurant, fabricant de draps,
+ cultivateur, ex-maire de la commune de Sedan;
+
+ 2. Jean-Baptiste-Delfine Le Gardeur, âgé de 52 ans, né à Sedan, y
+ demeurant, fabricant, membre de la municipalité de Sedan;
+
+ 3. François-Pierre Le Gardeur, âgé de 60 ans, né à Verdun,
+ département de la Meuse, ci-devant fabricant de draps, ci-devant
+ notable de la commune de Sedan, président du tribunal de commerce
+ et du bureau de paix de la même commune, y demeurant;
+
+ 4. Nicolas Rollin-Hussin père, âgé de 63 ans, né à Sedan, y
+ demeurant, fabricant de draps et officier municipal de la même
+ commune;
+
+ 5. Yvon-Georges-Jacques Saint-Pierre, âgé de 55 ans, né aux
+ Aussieux, département de la Seine-Inférieure, demeurant à Sedan,
+ vivant de son revenu, ci-devant officier municipal de la commune
+ de Sedan;
+
+ 6. Pierre-Charles Fournier, âgé de 42 ans, né à Sedan, y
+ demeurant, officier municipal de ladite commune et épicier;
+
+ 7. Jean-Baptiste Petit, fils, âgé de 50 ans, né à Mézières,
+ département des Ardennes, médecin, officier municipal de la
+ commune de Sedan, y demeurant;
+
+ 8. Louis-François Gigoux Saint-Simon, âgé de 61 ans, avant la
+ révolution aide-major de la place de Sedan, né à Mesle,
+ département des Deux-Sèvres, officier municipal de la commune de
+ Sedan, y demeurant;
+
+ 9. Jean-Louis Lenoir Peyre, âgé de 39 ans, né à Sedan,
+ teinturier, et ci-devant procureur de la commune de Sedan, y
+ demeurant;
+
+ 10. Nicolas Waroguier, âgé de 62 ans, né à Givet, district de
+ Sainte-Menehould, ci-devant notable de la commune de Sedan, y
+ demeurant;
+
+ 11. Augustin Grosselin père, âgé de 66 ans, marchand épicier,
+ ci-devant notable de la commune de Sedan, y demeurant;
+
+ 12. Jean-Charles-Nicolas Lechanteur, âgé de 31 ans, né à
+ Brillangois, district de Sedan, brasseur, ci-devant notable de la
+ commune de Sedan, et actuellement administrateur du district de
+ Sedan, y demeurant;
+
+ 13. Henri Mesmer, âgé de 52 ans, né à Sedan, brasseur, ex-notable
+ de la commune de Sedan, y demeurant;
+
+ 14. Étienne Henneci, âgé de 46 ans, né à Sedan, libraire,
+ ex-notable de la commune de Sedan, y demeurant;
+
+ 15. Louis Edet-Jeames, âgé de 46 ans, né à Sedan, y demeurant,
+ charpentier, et ex-notable de la commune de Sedan;
+
+ 16. Étienne-Nicolas-Joseph Chayaux-Cailloux, âgé de 41 ans, né à
+ Sedan, y demeurant, brasseur, et ex-notable de la commune de
+ Sedan;
+
+ 17. Pierre Gibon-Vermon, âgé de 44 ans, né à Sedan, y demeurant,
+ brasseur, et ex-notable de la commune de Sedan;
+
+ 18. Simon-Jacques Delatre, âgé de 44 ans, né à Sedan, y
+ demeurant, ex-notable de Sedan;
+
+ 19. Louis Edet, âgé de 64 ans, né à Sedan, y demeurant,
+ menuisier, ex-notable de la commune de Sedan;
+
+ 20. Jean-Baptiste Ludet père, âgé de 64 ans, chef armurier, et
+ ex-notable de la commune de Sedan;
+
+ 21. Antoine-Charles Rousseau, âgé de 56 ans, né à Paris,
+ manufacturier de draps, ex-notable de la commune de Sedan, y
+ demeurant;
+
+ 22. Pierre Dalché père, âgé de 63 ans, né à Sedan, y demeurant,
+ orfévre, ex-notable de la commune de Sedan;
+
+ 23. Hermès Servais, âgé de 66 ans, né à Francquemont,
+ manufacturier de poêles, ex-notable de la commune de Sedan, y
+ demeurant;
+
+ 24. Michel Noël, dit Laurent, âgé de 63 ans, né à Sedan, y
+ demeurant, confiseur, et officier municipal de la commune de
+ Sedan;
+
+ 25. Louis-Joseph Béchet, âgé de 60 ans, né à Sedan,
+ manufacturier, ex-officier municipal de la commune de Sedan,
+ demeurant à Philippeville;
+
+ 26. Paul-Stanislas-Édouard Béchet, âgé de 38 ans, né à Sedan,
+ fabricant de draps, administrateur et receveur de l'hôpital de la
+ même commune, et ci-devant officier municipal, demeurant à Sedan;
+
+ 27. Et Claude Faussois, âgé de 65 ans, né à Montfaucon, district
+ de Château-Thierry, département de la Marne, traiteur, ex-notable
+ de la commune de Sedan, demeurant à Lagny-Baugny, département
+ des Ardennes.
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.
+
+Par procès-verbal dressé par Chasteau, huissier du tribunal
+révolutionnaire, le 15 prairial, appert avoir été constaté que le
+jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.
+
+Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 16 prairial an II (4 juin 1794), appert:
+
+ Le tribunal criminel du département de Paris a condamné à la
+ peine de mort Charles Le Brun, âgé de 40 ans, natif de Chelles,
+ département de Seine-et-Marne, sans état, demeurant rue
+ Bourtibourg, nº 15, convaincu de complicité de fabrication et
+ émission de faux assignats.
+
+Il a été exécuté le même jour, à 8 heures 25 minutes du soir, sur la
+_place de la Maison commune_, en présence de Heurtin, l'un des
+huissiers du tribunal, qui en a dressé procès-verbal.
+
+Certifié véritable et délivré par moi, Le Bois, accusateur public
+du tribunal criminel du département de Paris,
+
+ LE BOIS.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. François-Dauphin Goursac, âgé de 61 ans, né à Chassenuit,
+ district de la Rochefoucauld, département de la Charente,
+ ex-noble, ci-devant chevau-léger, retiré lieutenant de cavalerie,
+ demeurant à la Rochefoucauld;
+
+ 2. Thérèse Thomas, veuve de François Goursac, aussi ex-noble,
+ âgée de 80 ans, née à Augoulême, demeurant à Goursac;
+
+ 3. Jeanne-Dauphin Goursac, fille âgée de 54 ans, née à
+ Chasseneuil, demeurant à Goursac, ex-noble;
+
+ 4. Jacquette Gonin, femme divorcée de Pasquier Larevenchère, âgée
+ de 43 ans, née à Chasseneuil, demeurant à la Rochefoucauld;
+
+ 5. Jacques Clément, âgé de 41 ans, né à Derac, district
+ d'Angoulême, ci-devant curé de Vervant, district de la
+ Rochefoucauld, y demeurant;
+
+ 6. Jacques-Dauphin Lapeyre, ex-noble, âgé de 53 ans, né à
+ Roussine, district de la Rochefoucauld, cultivateur, demeurant à
+ Breuil;
+
+ 7. Et Marie-Louise Dufour, fille âgée de 66 ans, née à Limoges,
+ femme de compagnie de Goursac, demeurant à Chasseneuil.
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal d'exécution
+dressé par Auvray, huissier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, appert:
+
+ 1. Étienne-Michel Le Duc Bieville, âgé de 69 ans, ex-noble,
+ ex-conseiller au ci-devant parlement de Rouen, et ex-gentilhomme
+ de la chambre du tyran, né à Rouen, département de Seine-et-Oise
+ (_sic_), demeurant à Paris, rue Grange-Batelière;
+
+ 2. Antoine-Louis Le Duc Bieville fils, âgé de 27 ans, ex-noble et
+ lieutenant dans le ci-devant régiment de chasseurs des Vosges, né
+ à Paris, demeurant à Belleville, près Paris;
+
+ 3. Jean-François Du Fouleur, âgé de 38 ans, né à Paris, demeurant
+ rue Montmartre, notaire;
+
+ 4. Jean-Jacques Meynard, âgé de 46 ans, commis à la comptabilité,
+ né à Alby, département du Tarn, demeurant à Paris, rue
+ Montmartre;
+
+ 5. Alexis Moreuil, âgé de 49 ans, ex-maître d'hôtel du ci-devant
+ duc de la Marck, employé à la liquidation des dettes de la
+ Commune de Paris, né à Ferrières, département de la Somme,
+ demeurant à Paris, rue Faubourg-Honoré;
+
+ 6. Nicolas-Toussaint Leteneur, âgé de 64 ans, ex-noble et
+ ex-chevalier du ci-devant ordre Saint-Louis, né à Breteuil,
+ département de l'Oise, demeurant à Versailles;
+
+ 7. Bernard Sauriel, âgé de 33 ans, ex-lieutenant d'une compagnie
+ de volontaires du 4e bataillon de la Meurthe, à Laronne,
+ département de la Meurthe, demeurant au dépôt, à Nancy;
+
+ 8. Jean-François Thirial, âgé de 40 ans, ex-constituant, médecin,
+ né à Compiègne, département de l'Oise, demeurant à Versailles;
+
+ 9. Grégoire-Philippe Lorenzo, âgé de 29 ans, homme de lettres,
+ fonctionnaire public à Bruxelles comme commissaire, né à
+ Dunkerque, département du Nord;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 17 prairial (5 juin 1794), appert:
+
+ 1. Élisabeth-Marie Guiller, femme de Thomas Guiller, dit _Nonac_,
+ ex-noble et ex-secrétaire du tyran, âgée de 45 ans, née à
+ Châteauneuf, département d'Eure-et-Loir, demeurant à
+ Choisy-sur-Seine;
+
+ 2. Jean-Antoine Méraud, né à l'Écluse, département du
+ Puy-de-Dôme, demeurant à la Meilleraye, département de la Sarthe,
+ ex-curé constitutionnel dudit lieu;
+
+ 3. Louis-Henri Villeneuve-Trans, âgé de 59 ans, né à Marseille,
+ département des Bouches-du-Rhône, ex-noble et ex-colonel du
+ ci-devant régiment de Roussillon infanterie, demeurant à Paris,
+ rue Vivienne, nº 4.
+
+ 4. Joseph Daigue, domestique du ci-devant duc de Luxembourg, âgé
+ de 32 ans, né à Pacy, département du Mont-Blanc, demeurant à
+ Paris, rue Martin, section des Amis de la patrie;
+
+ 5. Paul Mezeray, âgé de 45 ans, né à Montargis, département du
+ Loiret, demeurant à Paris, rue Roquépine, employé aux domaines
+ nationaux;
+
+ 6. Et Marie-Madeleine Perrier, veuve Fontenay, ex-noble, âgée de
+ 57 ans, née à Villiers, département de l'Orne, demeurant à
+ Vincennes, département de Paris;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 18 prairial (6 juin 1794), appert:
+
+ 1. Charles-François Mercier d'Aubeville, âgé de 69 ans, ci-devant
+ président de l'élection de Pithiviers, juge du tribunal du
+ district de Pithiviers, demeurant audit lieu;
+
+ 2. Thomas Roustat, âgé de 57 ans, cultivateur, garde-bois du
+ ci-devant Terray, né à Quincy, département de l'Aube, demeurant à
+ Lamotte, même département;
+
+ 3. Jean Rolland, âgé de 40 ans, né à Lamotte, département de
+ l'Aube, y demeurant;
+
+ 4. Jean Vaudier-Dock, âgé de 25 ans, serrurier, né à Bruges,
+ Flandre, y demeurant; déserteur autrichien;
+
+ 5. Jacques Dauphin-Chadebeau, âgé de 43 ans, manouvrier, natif de
+ la Paque, département de la Charente, demeurant à Goursac, même
+ département;
+
+ 6. Angélique Jacquemont, veuve Padel, âgée de 49 ans, travaillant
+ en linge, née à Saint-Brie, département de l'Yonne, demeurant
+ Pointe-Eustache;
+
+ 7. Nicolas Vial, âgé de 71 ans, né à Commune-Affranchie,
+ département de Rhône-et-Loire, demeurant à Charenton, près Paris,
+ ancien négociant;
+
+ 8. Victoire Leclerc, veuve Labathie, âgée de 34 ans, née à
+ Compiègne, demeurant à Vitry-sur-Marne, département de la Marne;
+
+ 9. Et Denise-Élisabeth Marchais, femme Vial, âgée de 53 ans, née
+ à Paris, demeurant à Charenton;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du même jour 18 prairial an II (6 juin 1794), appert:
+
+ 1. François-Joseph-Élisabeth Thomas Lavalette, âgé de 39 ans, né
+ à Paris, ex-vicomte, ex-officier au ci-devant régiment des gardes
+ françaises en qualité de lieutenant en second, demeurant à Paris,
+ section Le Pelletier, nº 171;
+
+ 2. Joseph Aboulin, âgé de 39 ans, né à Cassade, district de
+ Montauban, département du Lot, lieutenant au 18e régiment de
+ dragons, y demeurant ordinairement;
+
+ 3. Joseph Fournier, âgé de 31 ans, né à Burillier, district de
+ Montagnac, département de la Dordogne, y demeurant, ex-curé
+ constitutionnel et instituteur;
+
+ 4. Thomas Delainey, âgé de 17 ans, Irlandais, déserteur du 9e
+ régiment, domicilié à Paris;
+
+ 5. Patrice Roden, âgé de 28 ans, tisserand, né en Irlande, soldat
+ déserteur dans le régiment de Berne;
+
+ 6. Pierre-Jacques Soubry, âgé de 33 ans, laboureur, né dans la
+ Flandre autrichienne;
+
+ 7. Albert Calvert, âgé de 28 ans, né à Bruges, en Flandre, y
+ demeurant, charpentier;
+
+ 8. Joseph Forrest, âgé de 27 ans, né à Bruges, y demeurant,
+ écrivain;
+
+ 9. Jacques Mordolk, âgé de 20 ans, perruquier, né en Écosse,
+ valet de chambre du comte de Notriock;
+
+ 10. Guillaume-Jacques Cousin, âgé de 45 ans, né à Rouen,
+ département de la Seine-Inférieure, demeurant à Paris, rue de la
+ Loi, nº 206;
+
+ 11. William Newton, âgé de 33 ans, né en Angleterre, colonel de
+ cavalerie à l'École militaire, demeurant à Paris, rue de la Loi;
+
+ 12. Et Élisabeth-Françoise Forceville, âgée de 42 ans, née à
+ Forceville, district d'Amiens, département de la Somme, ex-noble,
+ demeurant à Paris, rue de l'Observatoire;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Chasteau.
+
+Pour extrait conforme: NEIROT, commis greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 19 prairial an II (7 juin 1794), appert:
+
+ 1. Pierre Lecointre, âgé de 18 ans et demi, volontaire dans le
+ 10e régiment d'artillerie légère, né à Saint-Jouy, département de
+ la Seine-Inférieure, y demeurant;
+
+ 2. Guillaume Thezut, âgé de 38 ans, ex-noble, né à Aumont,
+ département de Saône-et-Loire, y demeurant;
+
+ 3. Louis Le Coq, âgé de 30 ans, né à Balancourt, département de
+ Seine-et-Oise, potier de terre, et ci-devant domestique de
+ Roland, ex-ministre, demeurant à Paris, rue de la Tannerie;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Tavernier.
+
+NEIROT, commis greffier.
+
+ * * * * *
+
+Du même jour, 19 prairial (7 juin 1794), appert:
+
+ 1. Charles-François, dit Cadet, âgé de 37 ans, né à
+ Boissy-sur-Marne, département de Seine-et-Marne, cultivateur,
+ demeurant à Champoget, même département;
+
+ 2. Antoine Rayer, âgé de 34 ans, né aux Granges, commune dudit
+ Boissy, y demeurant, cultivateur;
+
+ 3. Pierre-Louis Bachelier, âgé de 44 ans, né à Doux, département
+ de Seine-et-Marne, y demeurant, cultivateur;
+
+ 4. Remy Lecinque, âgé de 50 ans, né à Nancy, département de la
+ Meurthe, commissaire aux ventes, demeurant à Paris, rue de
+ Touraine, nº 3;
+
+ 5. Pierre-Nicolas Domont, âgé de 36 ans, né à Louvancourt,
+ département de la Somme, employé à l'administration des domaines
+ nationaux;
+
+ 6. Joseph-Simon Larget, âgé de 31 ans, né à Ongelat, département
+ du Jura, employé à l'administration des domaines nationaux,
+ demeurant à Paris, rue Chabannais;
+
+ 7. Nicolas-Pierre Boucher, âgé de 45 ans, né à Bar-sur-Bugency, y
+ demeurant, notaire et ex-administrateur du département des
+ Ardennes;
+
+ 8. Jacques Chauzy, âgé de 63 ans, né à Vaudé, département des
+ Ardennes, y demeurant, cultivateur et ex-administrateur dudit
+ département;
+
+ 9. Jean-Baptiste-Antoine Bourgeois, âgé de 34 ans, né à Mézières,
+ département de la Meurthe, y demeurant, administrateur du
+ département des Ardennes;
+
+ 10. Jean-Sulpice Gromaire, âgé de 56 ans, né à Chomery,
+ département des Ardennes, y demeurant, notaire et
+ ex-administrateur du département des Ardennes;
+
+ 11. Étienne Deshayes, âgé de 43 ans, né à Rethel, département des
+ Ardennes, y demeurant, homme de loi, procureur général syndic du
+ département des Ardennes;
+
+ 12. Henry Dessaulty, âgé de 43 ans, né à Bierne, département des
+ Ardennes, ex-noble, cultivateur, membre du conseil général dudit
+ département, demeurant à Montlaurent;
+
+ 13. Pierre Namur, âgé de 60 ans, né à Lugny (?), département des
+ Ardennes, y demeurant, cultivateur, administrateur dudit
+ département;
+
+ 14. Jean Legrand, âgé de 45 ans, né à Gouvellemont, département
+ des Ardennes, y demeurant, ex-administrateur dudit département,
+ cultivateur;
+
+ 15. Jean-Jacques Le Maire, âgé de 66 ans, né à Sainte-Menehould,
+ département des Ardennes, cultivateur, ex-administrateur dudit
+ département, demeurant à Champigneul;
+
+ 16. Jean-Baptiste Blay, âgé de 29 ans, né à Wernencourt,
+ département des Ardennes, y demeurant, laboureur,
+ ex-administrateur dudit département;
+
+ 17. Claude-Jean-Baptiste Gérard, âgé de 49 ans, né à Mouzon,
+ département des Ardennes, ex-administrateur dudit département,
+ demeurant à Sedan;
+
+ 18. Marie-Claude-Gabriel Gérard, âgé de 34 ans, né audit Mouzon,
+ district de Sedan, demeurant audit Sedan, homme de loi,
+ ex-administrateur du département des Ardennes;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Tavernier.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 23 prairial (11 juin 1794), appert:
+
+ 1. Étienne-Hubert-Bonaventure Chaput-Dubost, âgé de 54 ans, né à
+ Cusset, département de l'Allier, ex-subdélégué, ex-procureur du
+ tyran, et depuis son commissaire près le tribunal dudit Cusset;
+
+ 2. Jeanne-Danielle Teyras, femme Chaput-Dubost, âgée de 52 ans,
+ demeurant à Cusset;
+
+ 3. Claude-Gilbert Chaput-Dubost, dit Champcourt, âgé de 26 ans,
+ sans état, né et demeurant à Cusset;
+
+ 4. Cosme-Marie Chaput-Dubost, âgé de 24 ans, sans état, né et
+ demeurant à Cusset;
+
+ 5. Denis Courtin, âgé de 58 ans, né à Saint-James, département du
+ Cher, brigadier de la 32e division de gendarmerie, demeurant à
+ Paris, rue du Théâtre-Français, nº 7;
+
+ 6. Nicolas Jaunin, âgé de 72 ans, né à Dijon, département de la
+ Côte-d'Or, gagne-denier, demeurant à Paris, rue Montorgueil;
+
+ 7. Bon-Jacques-René Hébert, âgé de 23 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue des Tournelles, nº 38, entrepreneur des bois de
+ chauffage pour l'armée;
+
+ 8. Lambert Lamandin, âgé de 38 ans, né à Consart, district
+ d'Avesnes, département du Nord, marchand de chevaux et de bois,
+ fournisseur pour l'armée;
+
+ 9. Saint-Clair Rouillon, âgé de 19 ans, préposé au bois de
+ chauffage, né à Alençon, y demeurant;
+
+ 10. Gabriel Guérin-Lucas, âgé de 41 ans, né à Châteauroux,
+ actuellement _Indreville_, y demeurant, fournisseur
+ soumissionnaire pour l'équipement des volontaires d'Indreville;
+
+ 11. Et Pierre Robert, âgé de 37 ans, né à Saint-Georges-sur-Cher,
+ demeurant à Paris, rue Saint-Gilles, au Marais, nº 91;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 29 prairial an II (17 juin 1794), appert:
+
+ 1. Henry Admiral, âgé de 50 ans, natif de Auzolet, département du
+ Puy-de-Dôme, domicilié à Paris, rue Favart, nº 4, ci-devant
+ domestique, ensuite attaché à la loterie ci-devant royale en
+ qualité de garçon de bureau;
+
+ 2. François Cardinal, instituteur et maître de pension, âgé de 40
+ ans, natif de Bussière, département de la Haute-Marne, domicilié
+ à Paris, rue de Tracy, nº 7;
+
+ 3. Pierre-Balthasard Roussel, âgé de 26 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue Helvétius, nº 70;
+
+ 4. Marie-Susanne Chevalier, âgée de 34 ans, native de
+ Saint-Sauvan, département de la Vienne, domiciliée à Paris, rue
+ Chabannais, nº 47, femme séparée depuis trois ans de......
+ Lamartinière;
+
+ 5. Claude Paindavoine, âgé de 53 ans, natif de Lépine,
+ département de la Marne, domicilié à Paris, rue
+ Neuve-des-Petits-Champs, nº 19, concierge de la maison des
+ ci-devant loteries;
+
+ 6. Aimée-Cécile Renault, âgée de 20 ans, native de Paris, y
+ domiciliée, rue de la Lanterne, fille d'Antoine Renault et
+ de......;
+
+ 7. Antoine Renault, papetier et cartier, âgé de 92 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue de la Lanterne, section de la Cité;
+
+ 8. Antoine-Jacques Renault, papetier, âgé de 31 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue de la Lanterne.....;
+
+ 9. Edme-Jeanne Renault, ex-religieuse, âgée de 60 ans, native de
+ Paris, y domiciliée, rue Babylone, nº 698;
+
+ 10. Jean-Baptiste Porteboeuf, âgé de 43 ans, natif de Thoiré,
+ département de la Seine-Inférieure, domicilié à Paris, rue
+ Honoré, nº 510;
+
+ 11. André Saintanac, élève en chirurgie et employé à l'hôpital
+ militaire de Choisy-sur-Seine, âgé de 22 ans, natif de Bordeaux,
+ département de Bec d'Ambès, domicilié audit Choisy, et
+ précédemment à Paris, rue Quincampoix, maison garnie, ci-devant
+ dite de la Couronne;
+
+ 12. Anne-Madeleine-Lucile Parmentier, âgée de 52 ans, native de
+ Clermont, département de l'Oise, domiciliée à Paris, rue Honoré,
+ nº 510; mariée à Alexandre Lemoine Crécy;
+
+ 13. François Lafosse, chef de la surveillance de police de Paris,
+ âgé de 44 ans, natif de Versailles, département de
+ Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue du Faubourg-du-Temple, nº
+ 32;
+
+ 14. Jean-Louis-Michel Devaux, employé, âgé de 29 ans, natif de
+ Doullens, département de la Somme, domicilié à Paris, rue Barbe,
+ section de Bonne-Nouvelle;
+
+ 15. Louis-Eustache-Joseph Potier (Delille), âgé de 44 ans, natif
+ de Lille, département du Nord, domicilié à Paris, rue Favart,
+ imprimeur et membre du comité révolutionnaire de la section
+ Lepelletier;
+
+ 16. François-Charles Virot Sombreuil, ex-gouverneur des
+ Invalides, âgé de 74 ans, natif de Insishain (_sic_), département
+ du Haut-Rhin, domicilié à la maison nationale des Invalides;
+
+ 17. Stanislas Virot Sombreuil, âgé de 26 ans, natif de
+ Lechoisier, département de la Haute-Vienne, domicilié à Poissy,
+ ex-capitaine de hussards et ex-capitaine de la garde nationale de
+ Poissy;
+
+ 18. Jean-Guet Henoc Rohan-Rochefort, ex-noble, domicilié à
+ Rochefort, département de la Charente-Inférieure;
+
+ 19. Pierre Laval-Montmorency, ex-noble, âgé de 25 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue du Bac;
+
+ 20. Étienne Jardin, âgé de 48 ans, natif de Versailles,
+ département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue Cadet,
+ directeur des transports militaires depuis la révolution, et
+ avant piqueur du tyran;
+
+ 21. Charles-Marie-Antoine Sartine, ex-maître des requêtes, âgé de
+ 34 ans, natif de Paris, y domicilié, rue Vivienne, fils de.....;
+
+ 22. Barthélemy Constant, gendarme, âgé de 42 ans, natif de
+ Grasse, département du Var, domicilié à Paris, rue du
+ Faubourg-Martin, nº 185;
+
+ 23. Joseph-Henry Burlandeux, ex-officier de paix, âgé de 39 ans,
+ natif de Saullier, département du Var, domicilié à Paris, rue du
+ Faubourg-Martin, nº 64;
+
+ 24. Louis-Marie-François Saint-Mauris de Montbarey, ex-prince et
+ ancien militaire, âgé de 38 ans, natif de Paris, y domicilié,
+ faubourg Honoré, nº 49;
+
+ 25. Joseph-Guillaume Lescuyer, musicien, âgé de 46 ans, natif
+ d'Antibes, département du Var, domicilié à Paris, rue
+ Poissonnière, nº 16;
+
+ 26. Achille Viart, ci-devant militaire, âgé de 51 ans, natif
+ de....., en Amérique, domicilié à Mariac, département de Bec
+ d'Ambès;
+
+ 27. Jean-Louis Biret Tissot, domestique de la femme Grandmaison,
+ âgé de 35 ans, natif de Paris, y domicilié, rue de Mesnard;
+
+ 28. Théodore-Jauge, banquier, âgé de 47 ans, natif de Bordeaux,
+ département de Bec d'Ambès, domicilié à Paris, rue du Mont-Blanc;
+
+ 29. Catherine-Susanne Vincent, âgée de 45 ans, native de Paris, y
+ domiciliée, rue de Mesnard, mariée à..... Gryois;
+
+ 30. Françoise-Augustine Santuare, âgée de 40 ans, native de l'île
+ Bourbon, en Afrique, domiciliée à Marefosse, département de la
+ Seine-Inférieure, mariée à..... Desprémenil;
+
+ 31. Charles-Armand-Augustin Depont, ex-noble, âgé de 49 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue Notre-Dame-des-Champs;
+
+ 32. Joseph-Victor Cortey, épicier, âgé de 37 ans, natif de
+ Symphorien, département de la Loire, domicilié à Paris, rue de la
+ Loi;
+
+ 33. François Paumier, ci-devant marchand de bois, âgé de 39 ans,
+ natif de Aunay, département de la Nièvre;
+
+ 34. Jean-François Deshayes, âgé de 68 ans, natif de Herserange,
+ département de la Moselle, domicilié à Luçon, marchand et membre
+ du comité de surveillance dudit lieu;
+
+ 35. François-Augustin Ozanne, ex-officier de paix, âgé de 40 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue de la Vieille-Monnaie;
+
+ 36. Charles-François-René Duhardaz Dauteville, ex-noble, âgé de
+ 23 ans, natif du Mans, département de la Sarthe, domicilié à
+ Paris, rue Basse-du-Rempart, nº 20;
+
+ 37. Louis Comte, négociant, âgé de 49 ans, natif de Varennes,
+ département de Saône-et-Loire, domicilié à Paris, rue Thomas du
+ Louvre, grande maison de France;
+
+ 38. Jean-Baptiste Michonis, limonadier et ex-administrateur de
+ police, âgé de 59 ans, natif de Paris, y domicilié;
+
+ 39. Philippe-Charles-Élysée Baussancourt, sous-lieutenant de
+ carabiniers, âgé de 27 ans, natif de Vitry-le-Français;
+
+ 40. Louis Karadec, agent de change, âgé de 45 ans, natif de
+ Lisieux, département du Calvados, domicilié à Paris, rue du
+ Faubourg-du-Temple;
+
+ 41. Théodore Marsan, âgé de 27 ans, natif de Toulouse,
+ département de la Haute-Garonne, domicilié à Paris, rue de Cléry,
+ nº 95;
+
+ 42. Nicolas-Joseph Egrée, brasseur, âgé de 40 ans, natif de
+ Cateau-Cambrésis, département du Nord, domicilié à Suresnes,
+ département de Paris;
+
+ 43. Henri Menil-Simon, ci-devant capitaine de cavalerie, âgé de
+ 53 ans, natif de Buley, département de la Nièvre, domicilié à
+ Vigneux, département de Seine-et-Oise;
+
+ 44. Jeanne-Françoise-Louise Demier Sainte-Amarante, âgée de 42
+ ans, native de Saintes, département de la Charente, domiciliée à
+ Cercy, département de Seine-et-Oise;
+
+ 45. Charlotte-Rose Sainte-Amarante, âgée de 19 ans, native de
+ Paris, domiciliée à Cercy, département de la Nièvre, mariée à
+ Sartine;
+
+ 46. Louis Sainte-Amarante, âgé de 17 ans, natif de Paris,
+ domicilié à Cercy;
+
+ 47. Gabriel-Jean-Baptiste Briel, ex-prêtre, âgé de 56 ans, natif
+ de Montier-sur-Faulx, département du Mont-Blanc, domicilié à
+ Arcueil, et auparavant à Paris, rue Helvétius;
+
+ 48. Marie Grandmaison, ci-devant Buret, ci-devant actrice des
+ Italiens, âgée de 27 ans, native de Blois, département de
+ Loir-et-Cher, domiciliée à Paris, rue Mesnard, nº 7;
+
+ 49. Marie-Nicole Bouchard, âgée de 18 ans, native de Paris, y
+ domiciliée, rue Mesnard, nº 7;
+
+ 50. Jean-Baptiste Marino, peintre en porcelaine, administrateur
+ de police, âgé de 37 ans, natif de Sceaux, district du Bourg de
+ l'Égalité, domicilié à Paris, rue Helvétius;
+
+ 51. Nicolas-André-Marie Froidure, ex-administrateur de police,
+ âgé de 29 ans, natif de Tours, département d'Indre-et-Loire,
+ domicilié à Paris, rue Honoré, nº 91;
+
+ 52. Antoine-Prosper Soulès, ex-administrateur de police et
+ officier municipal, âgé de 31 ans, natif de Avize, département de
+ la Marne, domicilié à Paris, rue Taranne, nº 38.
+
+ 53. François Dangé, ex-administrateur de police, âgé de 47 ans,
+ natif de Chesey, département de Cher-et-Loir, domicilié à Paris,
+ rue de la Roquette, nº 36;
+
+ 54. Marie-Maximilien-Hercule Rosset, se disant comte de
+ Fleury[142], âgé de 23 ans, domicilié à Paris.
+
+[Note 142: Le jeune comte de Fleury avait été, en 1793, envoyé comme
+suspect dans la prison du Luxembourg. Il conservait, quoique détenu,
+toute la gaieté, tous les goûts de son âge, et jouait pendant une
+bonne partie de la journée à la balle et aux barres dans la cour du
+Luxembourg. Ayant vu périr presque toute sa famille, il écrivit au
+président du tribunal révolutionnaire le billet suivant, que deux ou
+trois feuilles du temps ont publié: «Homme de sang, égorgeur,
+cannibale, monstre, scélérat, tu as fait périr ma famille; tu vas
+envoyer à l'échafaud ceux qui paraissent aujourd'hui devant ton
+tribunal; tu peux me faire subir le même sort, car je te déclare que
+je partage leurs sentiments.» Dumas dit à Fouquier en lui présentant
+le petit papier: «Voilà le billet doux qu'on m'écrit; je t'invite à en
+prendre lecture; que faut-il répondre à celui qui me l'adresse?--Ce
+monsieur me paraît pressé, répond l'accusateur public; eh bien, nous
+allons le satisfaire.» Des gendarmes tout aussitôt furent chercher ce
+jeune homme, que l'on fit monter sur les gradins avec cinquante-trois
+personnes accusées d'être les assassins ou les complices des assassins
+de Collot d'Herbois ou de Maximilien Robespierre. Il n'en connaissait
+aucun. Il n'en fut pas moins, comme les autres, conduit à l'échafaud
+en chemise rouge.]
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal
+d'exécution, en date du 29 prairial.
+
+ _Signé_: LÉCRIVAIN, greffier.
+ CLAUDE-ANTOINE DELTROIT, officier public.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 4 messidor (22 juin 1794), appert:
+
+ 1. Thomas-Thérèse Vanyer, âgé de 61 ans, né à Paris, ex-chanoine
+ de Saint-Quentin, département des Ardennes, y demeurant;
+
+ 2. Pierre-Alexandre Lhuillier, âgé de 33 ans, né et demeurant à
+ Paris, rue de Vendôme, receveur des rentes;
+
+ 3. Remy Carra, âgé de 26 ans, chapelier, né à Saint-Chamond,
+ département de Loire, demeurant à Paris, rue Marguerite,
+ ex-maréchal des logis de la 3e compagnie de la légion allobroge;
+
+ 4. Jean-Baptiste Calmar, âgé de 20 ans, marchand de rubans, né à
+ Bonnet-la-Montagne, département de Loire, demeurant commune
+ d'Armes, ci-devant Saint-Étienne;
+
+ 5. Jean Blanc, âgé de 57 ans, quincaillier, né à la Montagne,
+ département de l'Aveyron, y demeurant;
+
+ 6. Jean-Antoine Tricot, âgé de 55 ans, né à Paris, y demeurant,
+ rue Jacob, ex-prêtre, chanoine de Saint-Quentin, département des
+ Ardennes;
+
+ 7. Et François-René Cucu d'Hérouville, âgé de 69 ans, né et
+ demeurant à Paris, section des Droits de l'Homme, contrôleur des
+ rentes et receveur de l'Hôtel-Dieu;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Leclerc.
+
+Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
+
+ * * * * *
+
+Le passage quotidien des charrettes du tribunal révolutionnaire par la
+longue rue Saint-Honoré, jusqu'à la rue Royale, fatiguait depuis
+longtemps ces quartiers populeux, saisis de dégoût et d'horreur, et,
+chaque jour, obligés de fermer leurs boutiques. Les plaintes des
+habitants, à la fin, avaient été écoutées. Le 21 prairial (9 juin
+1794), les bières vivantes (c'est ainsi qu'on appelait les charrettes
+qui conduisaient les condamnés à la mort) avaient été dirigées sur la
+place Antoine, où la guillotine s'était installée, sur le terrain de
+la Bastille. Elle n'y fonctionna que trois jours: elle eut toutefois
+le temps d'y recevoir sept fournées; puis, sur les réclamations des
+citoyens du quartier, le fatal instrument dut s'éloigner encore
+jusqu'à cette porte de Paris qu'on appela, à cette époque, tour à tour
+la barrière du ci-devant Trône, ou du Trône renversé, ou place de la
+Déchéance, et enfin barrière de Vincennes. Il y eut une seule
+exception faite le 4 messidor (22 juin 1794) pour la construction de
+l'échafaud sur l'ancienne place Louis XV.
+
+On comprend que les solennelles immolations de la grande journée du 10
+thermidor, et celles qui devaient suivre, exigeassent une mise en
+scène plus grandiose et un plus formidable appareil: les vainqueurs ne
+négligèrent rien pour offrir cette satisfaction aux vaincus.
+
+_Exécution du 10 thermidor an II_ (28 juillet 1794).
+
+ 1. Maximilien Robespierre, âgé de 35 ans, natif d'Arras,
+ domicilié à Paris, rue Honoré, section des Piques;
+
+ 2. Georges Couthon, âgé de 38 ans, natif d'Orzay, département du
+ Puy-de-Dôme, domicilié à Paris, cour du Manége;
+
+ 3. Louis-Jean-Baptiste-Thomas Lavalette, âgé de 40 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue Honoré, nº 320;
+
+ 4. François Hauriot, âgé de 35 ans, natif de Nanterre, près
+ Paris, domicilié à Paris, rue de la Clef;
+
+ 5. René-François Dumas, âgé de 37 ans, natif de Jussey,
+ département de la Haute-Saône, domicilié à Paris, rue de
+ Seine-Germain, maison de convenance;
+
+ 6. Antoine Saint-Just, âgé de 26 ans, natif de Lisé, département
+ de la Nièvre, domicilié à Paris, rue Caumartin, nº 3;
+
+ 7. Claude-François Payan, âgé de 27 ans, natif de
+ Saul-les-Fontaines, département de la Drôme, domicilié à Paris,
+ rue de la Liberté, section de Marat;
+
+ 8. Jacques-Claude Bernard, âgé de 34 ans, domicilié à Paris, rue
+ Bernard, section de Montreuil;
+
+ 9. Adrien-Nicolas Gobeau, âgé de 26 ans, natif de Vincennes,
+ département de Paris, domicilié à Paris, rue de la Chaise, nº
+ 530, section de la Croix-Rouge;
+
+ 10. Antoine Gency, profession de tonnelier, âgé de 23 ans, natif
+ de Reims, département de la Marne, domicilié à Paris, rue de
+ Lourcine, faubourg Marcel;
+
+ 11. Nicolas-Joseph Vivier, âgé de 50 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue Germain-Muséum;
+
+ 12. Jean-Baptiste-Edmond Lescot-Fleuriot, profession artiste, âgé
+ de 43 ans, natif de Bruxelles, domicilié à Paris, à la mairie;
+
+ 13. Antoine Simon, cordonnier, âgé de 58 ans, natif de Troyes,
+ département de l'Aube, domicilié à Paris, rue Marat, nº 32;
+
+ 14. Denis-Étienne Laurent, âgé de 32 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue Gît-le-Coeur, nº 13;
+
+ 15. Jacques-Louis-Frédéric Wouarnée, âgé de 29 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue de l'Hirondelle, nº 10;
+
+ 16. Jean-Étienne Forestier, profession fondeur, âgé de 47 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue du Plâtre-Avoye;
+
+ 17. Augustin-Bon-Joseph Robespierre, natif d'Arras, domicilié à
+ Paris, rue Florentin;
+
+ 18. Nicolas Guérin, profession receveur à la ville, âgé de 52
+ ans, natif de Beaumont-sur-Orne, département du Calvados,
+ domicilié à Paris, rue du Faubourg-Montmartre, nº 50;
+
+ 19. Jean-Baptiste-Mathieu Dhazard, profession perruquier, âgé de
+ 36 ans, natif de Paris, y domicilié, rue Honoré, nº 101, section
+ des Gardes-Françaises;
+
+ 20. Christophe Cochefer, profession tapissier, natif de Gonesse,
+ département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue Merry, nº
+ 413;
+
+ 21. Charles-Jacques-Mathieu Bougon, âgé de 57 ans, natif de
+ Trouville, département du Calvados, domicilié à Paris, rue
+ Lazare, nº 64, section du Mont-Blanc;
+
+ 22. Jean-Marie Quenet, profession marchand de bois, natif de
+ Commune-Affranchie, domicilié à Paris, rue de la Mortellerie, nº
+ 78;
+
+ Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal
+ d'exécution dressé par Neirot, commis greffier.
+
+Pour extrait conforme, TRIAL, officier public.
+
+ * * * * *
+
+_Exécution du 11 thermidor an II_ (29 juillet 1794).
+
+Le lendemain, la fournée fut plus considérable: les vainqueurs, qui
+avaient d'abord frappé leurs ennemis les plus redoutés, avaient eu le
+temps de faire des désignations plus nombreuses, et d'atteindre la
+plupart des membres de la Commune, qui avait longtemps prévalu contre
+la Convention. Le lecteur trouvera dans ces listes les noms de
+plusieurs commissaires du Temple.
+
+ 1. Bertrand Arnaud, secrétaire et membre du conseil général de la
+ Commune, âgé de 55 ans, natif de Tigne, département du
+ Mont-Blanc, domicilié à Paris, rue Favart, nº 4;
+
+ 2. Jean-Baptiste Crépin Taillebot, profession maçon, âgé de 58
+ ans, natif de Jouy-le-Peuple, département de Seine-et-Oise,
+ domicilié à Paris, rue du Faubourg-du-Temple;
+
+ 3. Servais-Baudoin Boullanger, profession joaillier, âgé de 38
+ ans, natif de Liége, domicilié à Paris, rue Honoré, nº 59;
+
+ 4. Prosper Sijas, profession commis, âgé de 35 ans, natif de
+ Vire, département du Calvados, domicilié à Paris, rue
+ Grange-Batelière, nº 21;
+
+ 5. Pierre Remy, profession tabletier, âgé de 45 ans, natif de
+ Chaumont, département de la Haute-Marne, domicilié à Paris, rue
+ Louis, nº 595, section de l'Indivisibilité;
+
+ 6. Claude-Antoine Deltroit, profession meunier, âgé de 43 ans,
+ natif de Pontoise, département de Seine-et-Oise, domicilié à
+ Paris, quai de la Mégisserie, nº 21;
+
+ 7. Jean-Guillaume-François Vaucanu, profession mercier, âgé de 37
+ ans, natif de Germain-de-Montgommery, département du Calvados,
+ domicilié à Paris, rue du Monceau;
+
+ 8. Claude Bigant, profession peintre, âgé de 40 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue des Boulangers-Victor, nº 5, section des
+ Sans-Culottes;
+
+ 9. Jean-Charles Lesire, profession cultivateur, âgé de 48 ans,
+ natif de Rosay, département de Seine-et-Marne, domicilié à Paris,
+ quai de l'Union, section de la Fraternité;
+
+ 10. Jean-Baptiste-Emmanuel Legendre, âgé de 62 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue de la Monnaie, nº 515, section du Muséum;
+
+ 11. Jean-Philippe-Victor Charlemagne, profession instituteur, âgé
+ de 26 ans, natif de Paris, y domicilié, rue de Cléry, nº 92;
+
+ 12. Pierre-Nicolas Delacour, profession notaire, âgé de 37 ans,
+ natif de Beauvais, département de l'Oise, domicilié à Paris, rue
+ Neuve-Eustache, section de Brutus;
+
+ 13. Augustin-Germain Jobert, profession négociant, âgé de 50 ans,
+ natif de Montigny-sur-Aube, département de la Côte-d'Or,
+ domicilié à Paris, rue des Prêcheurs;
+
+ 14. Pierre-Louis Paris, âgé de 35 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue des Carmes, nº 27, section du Panthéon;
+
+ 15. Claude Jonquoy, profession tabletier, âgé 44 ans, natif de
+ Massiac, département du Cantal, domicilié à Paris, rue
+ Jean-Robert, nº 15, section des Gravilliers;
+
+ 16. René-Toussaint Daubancourt, profession coffretier, âgé de 53
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue des Petits-Champs, nº 23,
+ section de la Halle aux blés;
+
+ 17. Jean-Baptiste Vincent, profession entrepreneur de bâtiments,
+ âgé de 36 ans, natif de Moutier-Saint-Jean, département de la
+ Côte-d'Or, domicilié à Paris, rue de Cléry, section de
+ Bonne-Nouvelle;
+
+ 18. Martin Wichterich, profession cordonnier, âgé de 45 ans,
+ natif de Cologne, domicilié à Paris, rue de Lappe, section de
+ Popincourt;
+
+ 19. Pierre Henry, profession receveur de loterie, âgé de 48 ans,
+ natif de Riz, département du Var, domicilié à Paris, rue Antoine,
+ section de l'Indivisibilité;
+
+ 20. Jean Cazenave, profession commis marchand, âgé de 38 ans,
+ natif de Belleville, près Paris, domicilié à Paris, rue
+ d'Orléans, section de l'Homme-Armé;
+
+ 21. Jean-Louis Gibert, profession de pâtissier, âgé de 43 ans,
+ natif de Luzancy-la-Marne, département de Seine-et-Marne,
+ domicilié à Paris, faubourg Denis, nº 25, section du Nord;
+
+ 22. Pierre Girod, profession mercier, âgé de 27 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue des Deux-Ponts, nº 10, section de la
+ Fraternité, marié à Antoinette-Adélaïde Rominira;
+
+ 23. François Pelletier, profession marchand de vins, âgé de 33
+ ans, natif de Cheminon, département de la Marne, domicilié à
+ Paris, rue du Faubourg-Denis;
+
+ 24. Nicolas Jérosme, profession tourneur, âgé de 44 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue Jacques-la-Boucherie, nº 213;
+
+ 25. Jean-Baptiste Cochois, profession commis-marchand, âgé de 53
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue de l'Égalité;
+
+ 26. Jean-Léonard Sarrot, profession peintre, âgé de 31 ans, natif
+ de Paris, y domicilié, rue du Faubourg-Franciade, nº 45;
+
+ 27. René Grenard, profession fabricant de papier, âgé de 45 ans,
+ natif de la Garenne, département de Seine-et-Oise, domicilié à
+ Paris, rue et section des Piques;
+
+ 28. Jacques Lasnier, profession homme d'affaires, âgé de 52 ans,
+ natif de Bezoir-Laférière, département de Seine-et-Marne,
+ domicilié à Paris, rue du Four-Germain, nº 286;
+
+ 29. Marc-Martial-André Mercier, profession libraire, âgé de 43
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue Neuve-des-Capucines, nº
+ 188, marié à Anne de By;
+
+ 30. Jean-Pierre Bernard, profession homme de confiance, âgé de 38
+ ans, natif de la Chalade, département de la Meuse, domicilié à
+ Paris, rue Germain-Muséum;
+
+ 31. Étienne-Antoine Souars, âgé de 56 ans, natif d'Aubervilliers,
+ dit les Vertus, district de Franciade, domicilié à Paris, rue des
+ Vieux-Augustins, nº 32;
+
+ 32. Dominique Mettot, profession agent d'affaires, âgé de 45 ans,
+ natif de Nancy, département de la Meurthe, domicilié à Paris, à
+ la maison commune;
+
+ 35. Louis-Joseph Mercier, profession menuisier, âgé de 40 ans,
+ natif de Sacy-le-Grand, département de l'Oise, domicilié à Paris,
+ rue des Trois-Pistolets, nº 14, section de l'Arsenal;
+
+ 34. Jean-Jacques Baurieux, profession horloger, âgé de 45 ans,
+ natif de Dartois, département des Bouches-du-Rhône, domicilié à
+ Paris, rue du Faubourg-Honoré, nº 19;
+
+ 35. Antoine Jametel, âgé de 54 ans, natif de Moissy, département
+ de Seine-et-Marne, domicilié à Paris, rue de la
+ Grande-Truanderie, nº 18; marié à Louise-Pauline Noiseux;
+
+ 36. Ponce Tanchou, profession graveur, âgé de 32 ans, natif de
+ Bourges, département du Cher, domicilié à Paris, cloître
+ Notre-Dame, nº 42; marié à Jeanne-Louise Beliaz;
+
+ 37. Marc-Louis Desvieux, âgé de 44 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue Montorgueil;
+
+ 38. François-Auguste Paff, profession bonnetier, âgé de 41 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue de la Joaillerie, section des
+ Arcis, marié à Catherine-Françoise Bourgain;
+
+ 39. Jacques-Mathurin Lelièvre, profession graveur, âgé de 40 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue Martin, nº 252;
+
+ 40. Louis-François Dorigny, profession de charpentier, âgé de 36
+ ans, natif de Bruyère, département de l'Aisne, domicilié à Paris,
+ rue Popincourt, nº 17;
+
+ 41. Pierre-Alexandre Louvet, profession peintre, âgé de 33 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue des Blancs-Manteaux, nº 52;
+ marié à Françoise Liédé;
+
+ 42. Jean-Jacques Lubin, profession peintre, âgé de 29 ans, natif
+ de Paris, y domicilié, rue de la Révolution, nº 24;
+
+ 43. Jacques-Pierre Coru, profession grainier, âgé de 63 ans,
+ natif de Nocé, département de l'Orne, domicilié à Paris, rue
+ Antoine, nº 229;
+
+ 44. Pierre-Simon-Joseph Jault, profession artiste, âgé de 30 ans,
+ natif de Reims, département de la Marne, domicilié à Paris, rue
+ Claude, nº 371;
+
+ 45. Jean-Baptiste Bergot, profession employé aux cuirs, âgé de 56
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue Française, nº 11;
+
+ 46. Jacques-Nicolas Lumière, profession musicien, âgé de 45 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue Thibautodé, nº 4;
+
+ 47. Jean Paquotte, profession ciseleur, âgé de 48 ans, natif de
+ Troyes, département de l'Aube, domicilié à Paris, à la ci-devant
+ abbaye Germain, nº 1114;
+
+ 48. Jacques-Nicolas Blin, écrivain expert, âgé de 63 ans, natif
+ d'Aubanton, département de l'Aisne, domicilié à Paris, rue Paul,
+ nº 37;
+
+ 49. Marie-François Langlois, profession papetier, âgé de 37 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue Jacques, nº 196;
+
+ 50. Jean-Nicolas-Langlois, profession serrurier, âgé de 49 ans,
+ natif de Rouen, département de la Seine-Inférieure, domicilié à
+ Paris, rue Georges, nº 38;
+
+ 51. Jacques Moine, profession commis teneur de livres, âgé de 39
+ ans, natif de Commune-Affranchie, domicilié à Paris, vieille rue
+ du Temple, nº 78;
+
+ 52. Jean-Baptiste Chavigny, profession commis, âgé de 55 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue du Faubourg-Montmartre, nº 42;
+
+ 53. Charles Huant Desboisseaux, âgé de 39 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue de la Fraternité;
+
+ 54. André Marcel, profession maçon, âgé de 53 ans, natif de
+ Rosny, département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, faubourg
+ Martin;
+
+ 55. Martial Gamory, profession coiffeur, âgé de 46 ans, natif de
+ Guéret, département de la Creuse, domicilié à Paris, rue du
+ Coq-Honoré;
+
+ 56. Pierre Haener, profession imprimeur, âgé de 52 ans, natif de
+ Nancy, département de la Meurthe, domicilié à Paris, rue Martin,
+ nº 34;
+
+ 57. Pierre-Jacques Le Grand, profession homme d'affaires, âgé de
+ 51 ans, natif de Paris, y domicilié, rue d'Enfer, en la Cité, nº
+ 5;
+
+ 58. Pierre-Léon Lamiral, profession fruitier, âgé de 38 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue Beauregard, section de
+ Bonne-Nouvelle, époux de Marie Grain;
+
+ 59. Jean-Pierre Eudes, profession tailleur de pierre, âgé de 31
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue des Juifs, nº 38;
+
+ 60. Edme-Marguerite Lauvin, âgé de 60 ans, natif de Vezelay,
+ département de l'Yonne, domicilié à Paris, rue Geoffroy-Lasnier,
+ nº 23;
+
+ 61. Pierre Dumez, profession ingénieur, âgé de 37 ans, natif de
+ la Ferté-sur-Ourcq, département de l'Aisne, domicilié à Paris,
+ rue de la Harpe, nº 26;
+
+ 62. Denys Dumontier, profession tailleur, âgé de 51 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue de la Poterie;
+
+ 63. Jean-Claude Girardin, profession éventailliste, âgé de 48
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue Transnonain, nº 38;
+
+ 64. Jacques-Louis Cresson, profession ébéniste, âgé de 49 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue des Deux-Écus, nº 38;
+
+ 65. François-Laurent Chatelin, profession professeur de dessin,
+ âgé de 43 ans, natif de Nancy, département de la Meurthe,
+ domicilié à Paris, rue Quincampoix, nº 98;
+
+ 66. Joseph Alavoine, profession tailleur, âgé de 63 ans, natif de
+ la Verrière, département de l'Oise, domicilié à Paris, Grands
+ Piliers de la Tonnellerie;
+
+ 67. Pierre-François Deraux, profession jardinier, âgé de 53 ans,
+ natif de Goupillère, département du Calvados, domicilié à Paris,
+ rue Plumet, section du Bonnet-Rouge; marié à Élisabeth-Charlotte
+ Dive;
+
+ 68. Claude Benard, âgé de 28 ans, natif de Paris, y domicilié,
+ rue Boucher;
+
+ 69. Jacques Morel, profession écrivain, âgé de 55 ans, natif de
+ Vandoeuvre, département de l'Aube, domicilié à Paris, rue de
+ Marché-aux-Poirées, nº 559;
+
+ 70. Nicolas Naudin, profession menuisier, âgé de 35 ans, natif de
+ Ville-sur-Iron, département de la Moselle, domicilié à Paris, rue
+ Charlot, nº 5;
+
+ 71. Joseph Ravel, profession chirurgien, âgé de 48 ans, natif de
+ Tarascon, département des Bouches-du-Rhône, domicilié à Paris,
+ rue Antoine, nº 36;
+
+Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal d'exécution,
+en date du 11 de ce mois.
+
+ _Signé_: NEIROT, commis greffier
+ (jusqu'à Jametel, le 35e sur la liste).
+ DUCRAY, commis greffier
+ (depuis Tanchou, le 36e, jusqu'à la fin).
+
+ * * * * *
+
+On le voit, ce jour-là, soixante et onze individus, déclarés complices
+de la Commune rebelle, montèrent sur l'échafaud de l'homme dont ils
+s'étaient faits les séides. Parmi eux, le lecteur aura remarqué Sijas,
+le président du conseil général dans la nuit du 9 au 10 thermidor;
+Jobert et Bergot, ces tristes administrateurs de police, célèbres par
+leur cruauté envers les détenus; puis Boulanger, ce commandant de la
+garde nationale qui se faisait suivre d'une guillotine. Parmi les
+condamnés, il faut citer encore Besnard, Desboisseaux et le musicien
+Lumière, la terreur de leurs sections.
+
+Le 12 thermidor, le sanglant tribunal tint sa dernière séance. Douze
+démagogues, la plupart membres de la Commune, portèrent leurs têtes
+sur l'échafaud. Au milieu d'eux se dessinent deux hommes affreux,
+Nicolas et Arthur, le premier tout meurtri des coups injurieux dont
+Camille Desmoulins l'avait flagellé dans son _Vieux Cordelier_; le
+second, plus horriblement célèbre encore, pour avoir dévoré, au 10
+août, le coeur d'un soldat suisse assassiné par lui.
+
+Enfin, par un décret conventionnel du 14 thermidor (1er août 1794),
+l'exécrable loi du 22 prairial fut rapportée.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire établi par la loi du
+10 mars 1793, an deuxième de la République française (_sic_), séant à
+Paris, au Palais, le 12 thermidor (30 juillet 1794), appert:
+
+ 1. Charles-Nicolas Leleu, âgé de 40 ans, né à Vitry-sur-Marne,
+ perruquier et membre du conseil général de la Commune, demeurant
+ à Paris, rue Dominique, faubourg Germain, nº 335;
+
+ 2. Léopold Nicolas, imprimeur et juré du tribunal
+ révolutionnaire, âgé de 37 ans, né à Mirecourt, département des
+ Vosges, demeurant à Paris, rue Honoré, nº 355;
+
+ 3. Jean-François Lechenard, âgé de 37 ans, né à Rans, district de
+ Dôle, département du Jura, tailleur et juré au tribunal du 17
+ août, membre du conseil général de la Commune, demeurant à Paris,
+ rue Montorgueil, nº 59;
+
+ 4. François Tortot, horloger et administrateur de police, âgé de
+ 31 ans, né à Paris, y demeurant, rue Bernard, nº 10, faubourg
+ Antoine;
+
+ 5. Pierre-François Guéniard, ébéniste, membre du conseil général
+ de la Commune, né à Paris, y demeurant, rue de la Roquette, nº
+ 68;
+
+ 6. Pierre Cietty, peintre et membre de la Commune, âgé de 41 ans,
+ né à Trafuil, en Lombardie, demeurant à Paris, rue de Montreuil,
+ nº 51;
+
+ 7. Jean-Étienne Lahure, âgé de 38 ans, né à Montreuil,
+ département de Paris, bijoutier, commandant en second de la
+ section de Popincourt, demeurant à Paris, rue de Popincourt;
+
+ 8. François-Henri Camus, né à Paris, âgé de 47 ans, négociant
+ avant la révolution, membre de la Commune de Paris, demeurant à
+ Paris, rue Montmartre, 84;
+
+ 9. Pierre-Eustache Gillet-Marie, âgé de 41 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue de Bourgogne, nº 1465, ex-membre du conseil
+ général de la Commune;
+
+ 10. Antoine Frery, né à Nancy, département de la Meurthe,
+ demeurant à Paris, rue des Vieux-Augustins, âgé de 62 ans, membre
+ du conseil général de la Commune;
+
+ 11. Jean-Jacques Arthur, fabricant de papiers, membre de la
+ Commune, âgé de 33 ans, né à Paris, y demeurant, rue des Piques;
+
+ 12. Jean-Baptiste Grillet, âgé de 67 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue Bertin-Poirée, nº 16, peintre de portraits et
+ membre de la Commune;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Leclerc.
+
+Pour extrait conforme, NOIROT, commis greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 1er fructidor (18 août 1794), appert:
+
+ 1. Antoine-Paul Lavaur, âgé de 31 ans, natif de Montfaucon,
+ département du Lot, homme de loi, y demeurant;
+
+ 2. Et Jean Saumont, dit Labran, âgé de 54 ans, cultivateur, natif
+ de Roussinet, département de la Dordogne, demeurant à Busserole,
+ même département;
+
+Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Leclerc.
+
+Pour extrait conforme, DUCRAY, commis greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 5 fructidor (22 août 1794), appert:
+
+ 1. Jean-Baptiste Mitre Gouard, âgé de 29 ans, natif d'Aix,
+ département des Bouches-du-Rhône, volontaire au premier bataillon
+ des Phocéens, demeurant à Marseille;
+
+ 2. Et François Deschamps, âgé de 29 ans, natif de Crévis,
+ département de l'Aube, agent de la commission du commerce et aide
+ de camp de Hanriot, demeurant à Paris, rue des Petits-Augustins,
+ nº 15;
+
+Avoir été condamnés et exécutés sur la place publique de la Grève et
+de la _Révolution_ (_sic_). Procès-verbal d'exécution dressé par
+Auvray.
+
+Pour extrait conforme, DUCRAY, commis greffier.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du 6 fructidor l'an II (23 août 1794), appert:
+
+ Pierre-André Coffinhal (n'a dit son âge ni le lieu de sa
+ naissance), ex-président du tribunal révolutionnaire et membre de
+ la Commune de Paris, y demeurant rue Regratière, section de la
+ Fraternité;
+
+ Mis hors la loi par décret des 9 et 18 thermidor, a été livré à
+ l'exécuteur des jugements criminels par ordonnance du tribunal en
+ date dudit jour 18 thermidor, et exécuté le même jour sur la
+ place de la Révolution, à six heures quinze minutes du soir, en
+ présence de Heurtin, huissier du tribunal, qui en a dressé
+ procès-verbal.
+
+ * * * * *
+
+Par jugement du tribunal révolutionnaire du 15 fructidor an II
+(1er septembre 1794), appert:
+
+ Julien-Joseph Lemonnier, âgé de 38 ans, né à Paris, y demeurant
+ rue de la Mortellerie, section de la Maison Commune, membre du
+ comité civil et capitaine de la garde nationale;
+
+ Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Leclerc.
+
+Pour extrait conforme, NOIROT, commis greffier.
+
+ * * * * *
+
+Julien-Joseph Lemonnier, si j'en crois les registres de l'Hôtel de
+ville, fut la dernière victime immolée sur la place de la Révolution,
+et, partant, probablement la dernière dont les restes furent inhumés
+dans l'enclos du Christ.
+
+Les condamnés qui vinrent après, et dont le nombre diminua
+insensiblement, furent tous guillotinés en place de Grève. Leurs
+dépouilles furent vraisemblablement inhumées pour la plupart dans les
+cimetières de Sainte-Marguerite ou de Clamart. Quelques morts
+privilégiés furent seulement portés dans l'enclos funèbre de Picpus.
+
+
+
+
+LETTRES
+
+DE
+
+MADAME ÉLISABETH.
+
+
+Je crois devoir faire suivre la vie de Madame Élisabeth d'un certain
+nombre de ses lettres, choisies de manière à faire connaître la
+princesse dans les situations les plus diverses de fortune, d'esprit
+et de coeur. M. Feuillet de Conches, on le sait, a publié récemment la
+correspondance complète de Madame Élisabeth, beau monument élevé, par
+une main habile, à la gloire de cette princesse, et il a enrichi le
+texte de notes explicatives d'un grand intérêt. Les lettres que je
+vais donner, et dont je n'avais pu citer çà et là, dans le cours de
+mon récit, que quelques fragments détachés, seront les meilleures
+pièces justificatives de cet ouvrage. On y verra d'abord la princesse,
+au début de sa belle jeunesse, avec la vivacité d'un esprit pénétrant
+et l'indépendance d'un caractère inclinant à l'espièglerie. Puis on
+assistera aux progrès de son jugement; on verra se lever dans cette
+belle âme toutes les qualités et toutes les vertus, toutes les nobles
+aspirations, et l'on s'étonnera de cette sagesse précoce qui fit de
+Madame Élisabeth la plus utile et la meilleure des amies, comme elle
+était la plus dévouée et la plus courageuse des soeurs.
+
+Sa correspondance avec la marquise de Bombelles et la marquise de
+Raigecourt, dont je dois la communication aux familles de ces deux
+nobles dames si dignes de l'affection que leur témoignait la
+princesse, met dans une vive lumière l'élévation de l'esprit, la
+droiture de la raison, la bonté et l'ouverture de coeur de la soeur de
+Louis XVI. Toujours elle s'occupe des intérêts, de la sécurité, du
+bonheur de ses deux amies, avant de s'occuper de ses propres
+convenances, du bonheur qu'elle aurait à les avoir auprès d'elle. Elle
+les aime mieux éloignées et tranquilles qu'en France exposées et
+menacées.
+
+Ses lettres à madame la marquise des Montiers, plus jeune que ses deux
+autres amies, et dont elle appréciait l'esprit charmant, l'heureux
+naturel, en appréhendant un peu les saillies de son imagination, ont
+un autre caractère. La tendresse est la même, mais elle prend un
+accent presque maternel pour conseiller, avertir, diriger «_son
+démon_», comme elle appelle cette jeune et aimable femme, dans les
+situations difficiles où elle se trouve. Ce que Madame Élisabeth aime
+par-dessus tout dans ses amies, c'est leur âme. Leur dignité et leur
+honneur dans ce monde, leur salut dans l'autre, l'occupent bien
+autrement que leur félicité passagère, quoiqu'elle fasse tout pour y
+contribuer. Elle a pour elles une amitié vraiment chrétienne, et l'on
+voit qu'elle veut continuer éternellement dans le ciel les affections
+commencées ici-bas. Ces lettres à madame la marquise des Montiers sont
+complétement inédites. J'en dois la communication à l'obligeance de M.
+le comte Stanislas des Montiers, heureux comme toute sa famille de
+contribuer à tout ce qui peut servir à mettre en relief la gloire de
+Madame Élisabeth.
+
+Ses lettres à madame Marie de Causans, qui se destinait à la vie
+religieuse, ont un autre caractère. Elles sont pleines d'une haute
+spiritualité, tempérée par cette prudence et ce bon sens qui forment
+comme le fond de la nature de Madame Élisabeth. Personne ne parle
+mieux de la soumission à la volonté de Dieu et de la résignation que
+cette princesse, qui devait pousser cette vertu jusqu'à l'héroïsme.
+En même temps elle prémunit la fille de sa vénérable amie, madame de
+Causans, contre les entraînements de l'imagination qui font
+quelquefois embrasser la vie religieuse à des personnes qui n'ont pas
+les dons nécessaires pour s'y sanctifier, et prennent pour une
+vocation réelle et durable un dégoût passager du monde ou un chagrin
+que le temps emportera avec tout le reste. Madame Élisabeth, si sévère
+pour elle-même, condamne le scrupule. Sa religion est sincère,
+profonde, pleine d'onction, mais éclairée, et elle s'étonne quand
+l'abbé de Lubersac lui donne des détails sur les superstitions que la
+population italienne mêle au catholicisme.
+
+Je ne crois pas que dans toute cette correspondance il y ait des lettres
+plus remarquables que celles qui sont adressées à cet abbé de Lubersac,
+aumônier de Madame Victoire, qui avait émigré à Rome avec Mesdames de
+France, et qui, rentré à Paris dans le mois d'août 1792, périt dans les
+massacres de septembre. L'abbé de Lubersac traînait à l'étranger un noir
+chagrin;--étaient-ce les malheurs qu'il laissait derrière lui,
+étaient-ce ceux qu'il entrevoyait dans les ombres de l'avenir, qui
+plongeaient son esprit dans cette morne tristesse?--Madame Élisabeth,
+dont l'âme était plus fortement trempée, le soutenait par des conseils
+qui prenaient insensiblement la forme d'exhortations. Les rôles
+s'étaient peu à peu intervertis sans que les deux correspondants s'en
+aperçussent. La princesse soutenait le prêtre et l'aidait à porter sa
+croix, faisant ainsi l'apprentissage du rôle sublime qu'elle remplit
+plus tard auprès des compagnons de son funèbre itinéraire de la
+Conciergerie à l'échafaud.
+
+Dans cette correspondance, qui remonte jusqu'à l'ancien régime, et à
+une époque (1778) où la révolution, comme l'a dit Chateaubriand, ne
+frappait pas encore à l'huis de l'histoire, et qui ne se ferme que le
+10 août 1792, journée néfaste après laquelle la famille royale
+prisonnière entra au Temple, on retrouve, à mesure que les événements
+se succèdent, l'impression qu'ils produisent sur Madame Élisabeth, et
+l'appréciation qu'elle porte sur les hommes et sur les choses. La
+convocation des états généraux, le serment du Jeu de paume, le 15
+juillet et la prise de la Bastille, les journées des 5 et 6 octobre,
+avec le lamentable retour à Paris de la famille royale prisonnière, la
+constitution civile du clergé, le fatal voyage à Varennes, la journée
+du 20 juin, cette préface du 10 août, viennent tour à tour jeter un
+sinistre reflet dans les lettres de Madame Élisabeth à ses amies, à
+l'abbé de Lubersac, au comte d'Artois. Une de ses plus remarquables
+lettres est adressée à ce prince, pour lequel elle avait la plus vive
+tendresse, et, si j'ose le dire, une de ces faiblesses de coeur que
+les soeurs sérieuses ont pour celui de leurs frères dont l'impétueuse
+ardeur a besoin d'être dirigée et retenue. Chose remarquable, Madame
+Élisabeth, cette princesse d'un coeur si bienveillant, incline presque
+toujours vers les partis de vigueur. Elle comprend que la faiblesse
+devant une révolution qui ne perd ni une occasion, ni une concession,
+ni une minute, contribue à tout perdre. Elle le répète souvent dans
+ses lettres. La vigueur dans la politique, l'union dans le parti
+royaliste et dans la famille royale, voilà ce que recommande Madame
+Élisabeth; et, dans sa lettre au comte d'Artois, elle insiste de la
+manière la plus forte et la plus raisonnable sur la nécessité de ne
+pas contrarier à Coblentz la politique de Louis XVI.
+
+A mesure que les lettres se rapprochent par leurs dates de la fatale
+journée du 10 août, la faible lueur d'espérance qui jetait çà et là
+quelques reflets lumineux, pâlit et s'éteint. La princesse voit venir
+la catastrophe, mais elle sait où est pour elle le poste du devoir, de
+l'honneur et de la tendresse fraternelle; elle y reste. Advienne que
+pourra! elle remplira jusqu'au bout la sainte et angélique mission que
+la Providence lui a donnée. Les _Sursum corda_ reviennent alors plus
+fréquents sous sa plume dans ses lettres avec ses amies; elle ne
+regarde plus, elle n'espère plus que du côté du ciel.
+
+ * * * * *
+
+I.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+Vous croyez peut-être que je suis consolée, point du tout; d'autant
+plus que moi, qui déteste les explications, je viens d'en avoir une
+avec ma tante. La Reine y a été ce matin pour lui demander ce qu'elle
+avoit hier, et elle lui a dit qu'elle étoit fort mécontente de moi,
+parce que je ne lui avois pas écrit avant mon inoculation, et qu'elle
+devoit m'en parler. J'y ai donc été ce soir: je suis arrivée chez ma
+tante Victoire, qui m'a parlé avec beaucoup d'amitié, et qui m'a dit
+que j'avois eu tort de ne leur pas écrire, ce dont je suis convenue,
+et lui ai demandé pardon. De là, j'ai été chez ma tante Adélaïde, qui,
+le plus aigrement possible, m'a dit: «J'ai parlé à la Reine de vous ce
+matin. Que dites-vous de votre conduite, depuis qu'il est question de
+vous inoculer?--Comment, ma tante, lui ai-je dit, qu'est-ce que j'ai
+fait?--Vous ne nous avez pas seulement remerciées.» Et elle reprit, de
+ce que nous nous enfermions avec vous; et pendant Choisy et Marly nous
+n'avons pas entendu parler de vous.--Je lui représentai qu'entre ses
+deux voyages j'étois venue chez elle et que je l'avois remerciée;
+qu'en cela je n'avois fait que mon devoir, mais que je l'avois fait. A
+cette réponse, elle s'est un peu embarrassée, et m'a dit entre ses
+dents:--Ah! une fois en passant, mais je ne leur avois point
+écrit.--Je lui ai dit qu'en cela j'avois eu tort, et que je leur en
+demandois pardon; que pour la Muette et Meudon, je n'y avois aucune
+part et point de tort.--Elle m'a dit qu'elle ne me parloit point de
+cela; et sur ce elle a changé de conversation, étant toujours
+embarrassée. En sortant de chez elle, je lui ai encore dit que
+j'espérois qu'elle me pardonnoit; elle m'a répondu que ce n'étoit que
+la crainte qu'elle avoit eue d'être oubliée de moi qui l'avoit fâchée,
+m'aimant beaucoup, et qu'elle espéroit que cela ne seroit jamais.--Je
+lui ai dit que je tâcherois de mériter son amitié, et que je lui
+demandois de me conserver toujours la sienne. De là je suis revenue et
+ai mandé cela à la Reine, et puis à mon petit ange. Je ne puis te
+celer que je n'ai que la moitié des torts dont je suis convenue; mais
+il faut mettre la paix dans la maison, et dans ce quartier-là il
+faudroit au moins M. Le Chat pour l'établir bien solidement.
+
+A propos, mon ange, je t'en prie, si tu as le temps, fais chercher
+Campana; fais-toi peindre pour ta petite servante; dis-lui de faire
+ton portrait de la grandeur de ceux des médaillons, et coiffée et
+habillée comme celui qu'il a fait de moi, et qui n'est pas comme le
+tien. Ne va pas l'oublier, car je te tuerois ainsi que ton fils.
+Mande-moi de ses nouvelles, et fais dépêcher Campana. La baronne doit
+revenir aujourd'hui, ainsi je ne te charge de rien pour elle, mais dis
+à madame de Travanet que je meurs d'envie de la voir; et dis aussi à
+la personne qui n'ose se nommer qu'elle ait soin d'acheter des
+polonoises, pour pouvoir rester chez la baronne, quand j'irai, ce qui,
+j'espère, sera bientôt. En vérité, madame Angélique, vous devez être
+bien contente de moi, car mes lettres sont assez longues et les lignes
+assez serrées; je vais arranger mes affaires et tu les trouveras en
+très-bon ordre. Mande-moi toutes les grimaces qu'a faites ta
+belle-soeur pendant le mariage, et toutes les bêtises qu'elle aura
+dites, qui certainement t'ont beaucoup ennuyée si tu les as écoutées,
+et qui m'amuseront beaucoup en les lisant. Adieu, ma petite soeur
+Saint-Ange; il me paroît qu'il y a mille ans que je ne t'ai vue. Je
+t'embrasse de tout mon coeur, et suis de Votre Altesse
+
+ La très-humble et très-obéissante servante et sujette.
+
+ ÉLISABETH DE FRANCE,
+ dite la Folle.
+
+ Ce 27 novembre 1779.
+
+ * * * * *
+
+II.
+
+A LA MARQUISE DE CAUSANS.
+
+ Du 3 septembre 1784.
+
+Je vous ai fait promettre par votre fille de vous rendre un compte
+exact de ma journée de lundi[143]. Nous sommes parties à dix heures du
+matin: il faisait une pluie à verse; mais, malgré cela, tout le monde
+étoit de bonne humeur. Nous sommes arrivées, et avons été sur-le-champ
+à l'église; madame de Brébent y est entrée ensuite. La cérémonie a
+commencé, et tout s'est passé comme à celle de madame de Fontanges,
+excepté qu'elle a communié avec la même hostie sur laquelle elle avoit
+prononcé ses voeux; puis on l'a habillée, et elle a été sous le drap
+mortuaire. A suivi le moment que j'aime le mieux, qui est le baiser de
+paix. Il me fait toujours un effet que je ne puis rendre; c'est de si
+bon coeur que nous nous embrassons, quoique nous ne nous connoissions
+pas, qu'il est impossible de ne pas être attendrie; mais je n'ai
+pourtant pas pleuré: ce n'est pas mon usage. Pour Bombelles, elle
+étoit en sanglots, ce qui a été cause de grandes railleries, qu'elle a
+soutenues avec plus de courage que la migraine qui a suivi. Plusieurs
+de ces dames pleuroient aussi. Ainsi, vous n'eussiez pas été
+embarrassée, malgré les assistants. J'ai été fort heureuse, et voilà
+tout. Mais, le mercredi, j'avois oublié mon bonheur. Celui que je
+goûte ici est tranquille. Je m'occupe beaucoup depuis huit jours que
+j'y suis; j'écris des lettres innombrables: cela ne me plaît guère;
+mais lorsqu'on passe autant d'heures dans la journée sans voir autre
+chose que son chien, ma chère, on n'est pas fâché d'avoir ce genre
+d'occupation. Je vous prie de croire que sans cela j'en aurois
+beaucoup d'autres; par exemple le dessin. Il y a trois jours que je
+crie après M. B.[144] et qu'il ne vient pas: je meurs de peur qu'il ne
+soit mort. Quand je dis que je l'attends depuis trois jours, il faut
+compter que c'est depuis hier. Je vais commencer un petit dessin pour
+les dames de Saint-Cyr; il est charmant. Je n'ai pas dit à [Bombelles]
+que c'étoit pour elles, car je crois que cela l'auroit mise de
+mauvaise humeur.
+
+[Note 143: Madame Élisabeth assistait volontiers aux professions
+religieuses, y trouvant une sorte d'édification.]
+
+[Note 144: M. van Blarenberghe, maître de dessin de Madame Élisabeth
+et des princes, fils du comte d'Artois.]
+
+J'attends avec impatience des nouvelles des courses de vos enfants. Je
+ne doute pas qu'ils n'aient été reçus à merveille; mais je voudrois
+bien qu'il me fût permis de croire à la guérison de votre jambe: je ne
+désire rien tant. Enfin, mon coeur, je juge d'après toutes les
+souffrances que vous éprouvez, que vous faites votre purgatoire dans
+ce monde; car, malgré vos douleurs, votre caractère est toujours le
+même: toujours la même amabilité, la même confiance en Dieu, enfin la
+même résignation, sans compter toutes les vertus qui naissent de cette
+résignation. Comment pouvez-vous, malgré toutes vos douleurs de corps
+et d'esprit, vous croire trop heureuse? C'est une grâce bien
+particulière de Dieu. Je l'en bénis, et de ce qu'il m'a choisie pour
+en être l'instrument. Soyez sûre, mon coeur, que rien ne me peut
+faire plus de plaisir que de penser que j'ai pu adoucir un peu
+l'amertume de vos maux. Que vous êtes bonne de m'associer à vos
+prières! Oui, mon coeur, aucune de vos enfants ne vous oubliera, je
+puis vous en répondre. J'oubliois de vous dire que, malgré le monde,
+j'avois passé quelque temps avec mon dépôt dans la chambre du conseil,
+et une grande partie du reste avec D.[145] et plusieurs autres dames.
+
+[Note 145: La comtesse Diane de Polignac, dame d'honneur de Madame
+Élisabeth.]
+
+Votre fille fera bien d'arriver, car je serois capable de lui enlever
+son trésor. Je sens que je m'y attache beaucoup, et je me propose de
+lui en faire peur.
+
+ * * * * *
+
+III.
+
+A MADAME MARIE DE CAUSANS.
+
+ 8 décembre 1785.
+
+Je suis émue et affligée au dernier point, mon coeur, de l'état de
+votre mère: l'arrêt de Séguy[146] me fait frémir. J'écrirai à madame
+de Lastic[147] pour que l'on trouve des prétextes pour faire rester
+votre soeur à Fontainebleau. Ils seront d'autant plus aisés que,
+quoiqu'elle soit bien, de longtemps elle ne sera en état d'être
+transportée. Si vous ne craignez pas d'attendrir votre mère, dites-lui
+combien je partage ses douleurs, que je voudrois les prendre toutes,
+que je suis bien affligée de ne pouvoir lui rendre les soins que la
+tendre amitié que j'ai pour elle me dicteroit. Il m'en coûte bien,
+depuis trois semaines, d'être princesse: c'est une terrible charge
+souvent, mais jamais elle n'est plus désagréable que lorsqu'elle
+empêche le coeur d'agir.
+
+[Note 146: Médecin du Roi, n'ayant quartier.]
+
+[Note 147: Fille du marquis de Montesquiou-Fezensac, qui avait pris
+dans la révolution un parti dont sa famille était fort affligée.]
+
+Vous avez sous vos yeux, mon coeur, le triomphe de la religion: je ne
+doute pas que vous n'éprouviez, dans l'occasion, qu'elle seule peut
+nous faire supporter le malheur, et, s'il étoit possible, le rendre
+léger. Croyez que vous aurez la grâce d'une résignation parfaite à la
+volonté de Dieu. Il ne faut qu'un véritable désir pour l'obtenir, et
+vous sentez trop combien elle vous est nécessaire pour ne pas la
+désirer vivement. Espérez tout de ce Père qui vous aime si tendrement;
+il vous soutiendra, il partagera votre peine et la rendra moins
+pesante. Pardon, mon coeur, de ce petit morceau de sermon, quoiqu'il
+soit médiocre: dans la position où vous êtes, l'on est toujours bien
+aise d'entendre un peu parler de Dieu. C'est ce qui m'a encouragée à
+cette insolence.
+
+Je prierai certainement les dames de Saint-Cyr de prier pour votre
+mère, et elles le feront de tout leur coeur, car elles aiment beaucoup
+votre mère. Je vous en prie, dites-lui que je prie aussi pour elle.
+J'ai eu peur, le jour que je l'ai vue, qu'elle ne fût fâchée, parce
+que je lui ai dit que je ne priois pas; et quoiqu'elles soient bien
+mauvaises, je les fais depuis ce moment exactement.
+
+Madame de Choiseul[148] n'aura votre lettre que demain, parce que ces
+vilains pots[149] sont d'une inexactitude affreuse et qu'elle n'est
+arrivée que très-tard: le courrier était parti. Adieu, mon coeur;
+j'espère que vous avez un peu d'amitié pour moi: cela me feroit bien
+plaisir, vous aimant beaucoup. Je vous embrasse de tout mon coeur.
+
+[Note 148: Madame la comtesse de Choiseul-Gouffier, femme de
+l'ambassadeur du Roi à Constantinople.]
+
+[Note 149: Voitures du temps qui étaient encore en usage sous la
+Restauration et stationnaient sur la place Louis XV; elles étaient
+alors connues sous le nom de coucous.]
+
+ * * * * *
+
+IV.
+
+A MADAME MARIE DE CAUSANS.
+
+ 14 décembre 1785.
+
+Votre lettre m'a touchée, mon coeur, à un point que je ne puis rendre
+que foiblement: la résignation et le courage de votre mère, son désir
+de recevoir encore Celui qui lui donne la paix et la tranquillité,
+l'état où vous êtes, tout ce que vous me dites, m'a émue à un point
+extrême. J'ai été bien attendrie de son souvenir, je vous l'ai déjà
+dit, mon coeur; mais je ne puis trop le répéter: c'est une vraie peine
+pour moi de ne pouvoir la soigner. Si je n'avois pas craint de
+l'émouvoir, j'aurois au moins été la voir; mais je me suis refusé
+cette consolation. Mais, mon coeur, si elle marquoit le moindre désir
+que j'y allasse, j'espère que vous me le manderiez, et que vous
+n'auriez nulle crainte de me faire voir un spectacle aussi touchant:
+il ne pourroit que m'édifier. Cependant, ne faites point naître ce
+désir: il seroit trop dangereux s'il ne venoit point d'elle.
+
+Il seroit bien difficile que vous ayez des consolations sensibles dans
+le moment où vous êtes; mais votre résignation vous en attirera; et si
+vous voulez bien vous examiner, mon coeur, le calme que vous
+ressentiez ce matin ne vient-il pas de Dieu, peut-être même de la
+lecture que vous avez faite cette nuit, qui ne vous a point fait effet
+dans le moment, mais qui a gravé dans votre coeur les vérités qu'elle
+contient, et dont vous vous faites l'application sans vous en douter?
+Croyez que Dieu a beau avoir l'air sévère, il est toujours plein de
+miséricorde pour ceux qui le servent fidèlement. Ne recherchez point
+des consolations dans ce moment, ce ne seroit pas le moyen d'en
+obtenir; contentez-vous de continuer, comme vous faites, à lui offrir
+à tous moments vos peines et le sacrifice qu'il exige peut-être de
+vous. Regardez en même temps tout ce qui peut être un sujet de
+consolation: jugez votre malheur d'après celui des autres, et vous
+verrez encore que vous êtes moins à plaindre que vos soeurs. Vous
+jouissez au moins des derniers moments où vous pouvez voir, entendre
+votre mère, et lui rendre tous les soins que votre coeur vous dicte;
+au lieu qu'elles joindront au malheur de ne la plus voir celui de ne
+l'avoir pas vue jusqu'au dernier moment. Que cette idée vous fasse
+supporter votre peine, sans vous pénétrer de celle à venir des autres.
+Raigecourt ne saura pas de sitôt nos inquiétudes; je prierai madame de
+Lastic de me mander quand elle voudra revenir, pour que vous y
+envoyiez quelqu'un. On ne m'avoit point mandé qu'elle fût inquiète et
+agitée, mais qu'elle parloit souvent de son fils, et qu'on la
+distrayoit de cette idée. Je n'en suis pas fâchée; cela prouve qu'elle
+recouvre toutes ses facultés. Le pauvre curé qui a eu la bêtise de lui
+dire, en a, dit-on, une attaque de chagrin. Je suis bien aise pour
+votre mère, et pour vous surtout, que l'abbé Lenfant[150] soit venu;
+il vous aura fait du bien par sa morale et sa douceur, qui prêche
+aussi bien que lui.
+
+[Note 150: Né à Lyon le 6 septembre 1726, l'abbé Lenfant, jésuite,
+avait été prédicateur du roi de Pologne Stanislas et de l'empereur
+Joseph II. Rentré en France, il fut choisi par Louis XVI pour son
+confesseur, lorsque l'abbé Poupart, curé de Saint-Eustache, eut prêté
+serment à la constitution civile du clergé. Conduit à l'Abbaye après
+la catastrophe du 10 août, il y fut massacré dans la matinée du 3
+septembre.
+
+«Le lundi 3 septembre, raconte Saint-Méard, à dix heures du matin,
+l'abbé Lenfant et l'abbé de Rastignac parurent dans la tribune de la
+chapelle qui nous servoit de prison. Ils nous annoncèrent que notre
+dernière heure approchoit, et nous invitèrent à nous recueillir pour
+recevoir leur bénédiction. Un mouvement électrique impossible à
+définir nous précipita tous à genoux, et, les mains jointes, nous la
+reçûmes. Ce moment, quoique consolant, fut un des plus terribles que
+nous ayons éprouvés. A la veille de paroître devant l'Être suprême,
+agenouillés devant deux de ses ministres, nous présentions un
+spectacle indéfinissable. L'âge avancé de ces deux vieillards (l'abbé
+Lenfant avait soixante-dix ans), leur position au-dessus de nous, la
+mort planant sur nos têtes et nous environnant de toutes parts, tout
+répandoit sur cette cérémonie une teinte auguste et lugubre; elle nous
+rapprochoit de la Divinité; elle nous rendoit le courage; tout
+raisonnement étoit suspendu, et le plus froid, le plus incrédule en
+reçut autant d'impression que le plus ardent et le plus sensible. Une
+demi-heure après, ces deux prêtres furent massacrés, et nous
+entendîmes leurs cris. (_Agonie de trente-huit heures._)]
+
+J'espère, mon coeur, que vous serez convaincue que dans tous les temps
+vous trouverez en moi une amie prête à vous rendre tous les services
+que cette même amitié exigera, et que je n'oublierai jamais celle que
+votre mère veut bien avoir pour moi, qui en suis peut-être digne par
+le prix que j'y attache et le tendre retour dont je la paye. Je vous
+embrasse mille fois de tout mon coeur. J'espère que vous ne montrez
+mes lettres à personne: elles ne sont bonnes que pour vous, qui voulez
+bien les souffrir.
+
+ * * * * *
+
+V.
+
+A MADAME MARIE DE CAUSANS.
+
+ [Cette lettre est écrite au commencement de l'année 1786, après
+ la réception de celle qui annonçait la mort de madame de Causans,
+ arrivée le 5 janvier 1786.]
+
+Votre lettre m'a pénétrée, mon coeur, et d'admiration et de douleur.
+Oui, certainement, votre mère jouissoit déjà du bonheur qui lui est
+réservé: il est impossible de n'être pas consolé de la voir pénétrée
+de l'amour de Dieu et du désir de le posséder à jamais. Vous êtes bien
+heureuse, mon coeur, d'avoir aussi bien profité des exemples d'un
+aussi bon modèle. Dieu vous en récompensera, en vous accordant les
+grâces dont vous avez besoin dans cette occasion. Ayez confiance en
+lui, mon coeur: il n'abandonnera ni votre soeur ni vous, et lui
+donnera la force de soutenir cet assaut. Votre frère mandera à madame
+de Lastic ce qu'il voudra qu'elle fasse: elle pense qu'il faut
+attendre, pour commencer à lui dire que votre mère est malade, qu'elle
+soit retournée et l'amener à Versailles, sans lui rien dire de plus,
+pour éviter qu'elle retombe malade là-bas. Lorsqu'elle le saura, il me
+semble que rien ne peut vous empêcher de venir la voir. Cependant je
+vous prie de ne pas le faire sans que les médecins aient décidé qu'il
+n'y a pas d'inconvénients. Et soyez sûre que nous hâterons ce moment
+le plus que nous pourrons pour la consolation des deux, car je ne
+doute pas qu'elle ne le désire beaucoup.
+
+Vous n'avez pas besoin de la prier de se souvenir de vous. Soyez sûre,
+mon coeur, qu'elle ne cessera de veiller sur ses enfants, et de
+demander tout ce qui leur sera utile: aussi suis-je bien
+reconnoissante que vous m'ayez mise du nombre. Je redoute, comme vous,
+ces foiblesses qui vous ont effrayée: il faut mettre, à son exemple,
+nos craintes et nos désirs au pied du crucifix; lui seul peut nous
+apprendre à supporter les épreuves auxquelles le Ciel nous destine.
+C'est là le livre des livres, mon coeur: lui seul élève et console
+l'âme affligée. Dieu étoit innocent, et il a souffert plus que nous ne
+pourrons jamais souffrir et dans notre coeur et dans notre corps: ne
+devons-[nous] pas nous trouver heureuses d'être aussi intimement unies
+à Celui qui a tout fait pour nous? Que cette idée nous encourage, mon
+coeur, nous fortifie! Il y a de cruels moments à passer dans la vie;
+mais c'est pour arriver à un bien précieux pour quiconque est un peu
+pénétré d'amour de Dieu: et qui sait si nous n'y serons pas bientôt, à
+cet instant redouté de tant de personnes, et si désiré de votre mère!
+Tâchons de mériter qu'il soit aussi calme et aussi exemplaire.
+
+Quoique je vous exhorte, mon coeur, à la résignation, je puis vous
+assurer que je suis bien loin de l'être et pénétrée des grandes
+vérités dont je vous parle.
+
+Je n'ai point envoyé Loustonneau à Fontainebleau; c'est lui qui, par
+amitié pour votre soeur, y a été: il reviendra demain, l'après-midi.
+Adieu, mon coeur; j'espère que vous êtes convaincue de l'amitié que
+j'ai pour vous, et que je n'ai pas besoin de vous l'assurer davantage.
+
+Si vous allez à Suzy, vous continuerez à m'écrire, lorsque vous en
+aurez envie et besoin. Je n'en sais plus l'adresse. Je vous embrasse
+de tout mon coeur.
+
+ * * * * *
+
+VI.
+
+A MADAME MARIE DE CAUSANS.
+
+ Ce 10 avril 1786.
+
+Enfin, mon coeur, cette lettre vous trouvera à Paris. Je suis une bien
+ingrate créature: vous êtes si généreuse dans vos sacrifices, qu'il
+est indigne à moi de vous parler du bonheur que j'éprouve de sentir
+votre soeur plus près de moi. Je voudrois bien être déjà au mardi de
+Pâques: cela n'est pas trop bien; car cette semaine est bien bonne,
+bien sainte, bien capable de renouveler en nous cette ferveur qui a
+tant de penchant à se refroidir. Vous serez peut-être affligée de vous
+retrouver à Paris, et vous le serez surtout d'entrer à Bellechasse:
+cela est parfaitement simple; mais, mon coeur, vous êtes destinée à y
+vivre; il faut vous y rendre heureuse; et pour cela il faut vous faire
+un plan de vie tout occupée, où le monde n'entre pour rien, dont rien
+ne vous dérange, que vous suiviez du moment même où vous aurez mis le
+pied dans le couvent. Vous allez me trouver bien sévère; mais, mon
+coeur, l'homme est si foible, que nécessairement il se relâche
+toujours dans ses bonnes résolutions; et vous seriez bien étonnée si,
+ne vous ayant pas forcée dans le commencement, malgré tout ce que vous
+vous êtes promis, de découvrir, au bout de deux mois, que vous n'avez
+pas suivi votre plan, et que vous avez une peine presque insurmontable
+à vous y remettre! Je vous en parle par expérience: j'ai été
+très-dissipée cette année; le voyage de Saint-Cloud, et même l'été,
+m'avoient absolument ôté le goût de la vie presque solitaire que je
+mène. Je m'ennuyois, je me déplaisois chez moi; et enfin, si une grâce
+particulière ne fût venue m'aider, j'aurois peut-être fini par haïr
+parfaitement la vie tranquille et douce, loin du tumulte de ce monde,
+qui n'a que trop de charmes pour un coeur qui craint de rentrer en
+lui-même et de se voir tel qu'il est. Vous êtes, Dieu merci, loin de
+cet état; mais vous avouez vous-même que vous aimeriez le monde, le
+spectacle: vous n'y êtes pas destinée; votre état, votre âge, vos
+principes, les ordres de votre mère. Il faut donc éviter tout ce qui
+peut vous faire sentir ce vide, cet abandon, ce besoin que votre coeur
+a d'attachements, toutes armes dont le démon se sert et dont il se
+servira avec bien plus de force et de malice dans le moment où vous
+quitterez votre soeur. Il faut user de votre courage, mon coeur, de
+votre religion. Vous avez le bonheur d'avoir un confesseur en qui vous
+pouvez avoir toute confiance; c'est un grand don du Ciel: profitez-en:
+ouvrez-lui votre coeur sans aucune réserve; la plus petite vous
+priveroit peut-être de bien des grâces; et quel soulagement
+n'éprouve-t-on pas de pouvoir verser toutes ses peines dans le sein
+d'un ami sincère, éclairé, qui vous présentera toujours le véritable
+remède, qui vous entendra parfaitement lorsque vous lui parlerez de
+votre mère, de vos regrets, des lumières que vous trouviez en elle et
+qui vous manquent maintenant; qui vous rappellera les grands exemples
+qu'elle vous a donnés toute sa vie!
+
+J'ai fait mes pâques ce matin; je me suis remis à la mémoire une
+certaine semaine sainte que j'ai passée avec votre mère. Que nous
+étions heureuses! jamais je n'en passerai de pareille. Mais elle m'a
+promis que je persévérerois; elle en sera la cause: ses exemples
+pendant sa vie, cette dernière parole, la lettre qu'elle m'a écrite,
+tout me donne de la confiance. Vous lui avez dit de me regarder au
+nombre de ses enfants: ah! j'y suis bien de coeur, car je l'aimois
+bien tendrement. Mais j'ai peur de vous attendrir en vous rappelant un
+souvenir aussi touchant que pénible pour votre coeur. Je me suis
+laissée aller au désir du mien en parlant d'un objet aussi intéressant
+pour l'un que pour l'autre: n'en parlez pas à votre soeur; sa santé
+exige plus de ménagement. Pardon aussi de mon sermon.
+
+ * * * * *
+
+VII.
+
+A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
+
+ Samedi [vraisemblablement de l'année 1786].
+
+Je possède au monde deux amies, et elles sont toutes deux loin de moi.
+Cela est trop pénible: il faut absolument que l'une de vous revienne.
+Si vous ne revenez pas, j'irai à Saint-Cyr sans vous, et je me
+vengerai encore en mariant notre protégée sans vous. Mon coeur est
+plein du bonheur de cette pauvre enfant qui pleure de joie, et vous
+n'êtes pas là! J'ai visité deux autres familles pauvres sans vous!
+J'ai prié Dieu sans vous! Mais j'ai prié pour vous, car vous avez
+besoin de sa grâce, et j'ai besoin qu'il vous touche, vous qui
+m'abandonnez. Je ne sais pas comment cela se fait, je vous aime
+cependant toujours tendrement.
+
+ ÉLISABETH-MARIE.
+
+ * * * * *
+
+VIII.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Ce 27 novembre 1786.
+
+Tu vois que je t'obéis, mon enfant, car me voilà encore. Tu me gâtes;
+tu m'écris bien exactement, cela me fait bien plaisir; mais j'ai peur
+que tu ne te fasses mal à la tête. Il faut te ménager. Je prêche
+contre mon intérêt, car je suis bien heureuse lorsque je reconnois ton
+écriture; mais je t'aime, et j'aime mieux la santé que tout. Je suis
+bien aise que tu souffres mon bavardage avec tant de patience. Tu dis
+que Fontainebleau ne m'a pas gâtée, j'aime à le croire. Tu trouveras
+peut-être cette phrase un peu orgueilleuse; mais je t'assure, mon
+coeur, que je suis pourtant loin de croire que je puisse en rester là.
+Je sens que j'ai encore bien du chemin à faire pour être bien selon
+Dieu. Le monde juge bien légèrement, et sur peu de chose il vous
+établit une bonne ou mauvaise réputation. Il n'en est pas ainsi de
+Dieu: il ne vous juge que sur l'intérieur; et plus l'on en impose au
+dehors, plus il sera sévère pour le dedans. Je lisois l'autre jour un
+discours de l'abbé Asselin[151], sur la nécessité de se sanctifier,
+chacun dans l'état où le Ciel l'a placé; je vous assure, mon coeur,
+qu'il fait frémir pour ceux qui disent: «Je veux être bien, mais je
+n'ai pas la prétention d'être saint.» Il relève cela avec une force
+qui en prouve le ridicule d'une manière où il n'y a rien à répliquer.
+En tout, ce livre est superbe. Je suis fâchée de ne l'avoir pas connu
+avant ton départ, car je suis sûre qu'il t'auroit fait plaisir. Je ne
+sais si je t'ai dit que tu m'avois redonné du zèle pour l'abbé Nollet.
+Je vais le reprendre avec un peu plus de suite. J'aimerai à m'occuper
+de ta science favorite[152]; mais je n'espère pas y réussir comme
+toi:--Souvent mon esprit est ailleurs.
+
+[Note 151: Ce docteur de Sorbonne, principal du collége d'Harcourt,
+était né à Vire en 1682, et avait pris le goût de la poésie dans la
+compagnie de Thomas Corneille. Ses vers, empreints d'un caractère
+religieux, furent couronnés aux Jeux floraux, voire à l'Académie
+française; ce qui ne l'empêcha pas de mourir presque ignoré dans sa
+retraite, à Issy, le 11 octobre 1767.]
+
+[Note 152: La physique, dont l'abbé Nollet avait fait une étude
+particulière, et dont il avait répandu le goût en France. Ce savant,
+né en 1700 au village de Pimpré, près de Noyon, mourut entre les bras
+de ses élèves le 24 avril 1770, aux galeries du Louvre, où le Roi lui
+avait accordé un logement.]
+
+Je suis convaincue de ce que tu me mandes de tes succès: tu es faite
+pour en avoir. Si en France on a le mauvais goût de ne pas admirer ta
+grâce, au moins tu as la consolation de savoir que l'on t'aime pour de
+meilleures raisons. Je ne serois pas fâchée que la nécessité de faire
+des frais et de te rendre aimable te donne un peu plus d'habitude du
+monde, quoique tu aies ce qu'il faut pour y être bien, et qu'en effet
+tu y sois très-joliment. Un peu plus d'habitude ne te fera pas de mal.
+Je suis bien insolente ou bien mondaine, n'est-il pas vrai, mon coeur?
+Tu me pardonnes, j'espère, le premier, et tu ne crois pas au second.
+Ne va pourtant pas prendre les manières portugaises. Elles peuvent
+être parfaites, mais j'aime que tu ne te formes pas sur elles. Tu es
+bien bête d'avoir eu peur à tes audiences, puisque ton compliment
+étoit fait. Je trouve qu'il n'est embarrassant de parler que lorsque
+l'on ne s'est pas fait un discours. Étoit-il de toi? J'ai bien ri de
+ton _molto obligato_: cela tient beaucoup de l'_effecticement_ de ton
+cher cousin.
+
+J'ai bien envie de savoir des nouvelles de Charles. S'il étoit ici et
+que tu t'avisasses d'être inquiète, je me moquerois bien de toi. Aussi
+ne le suis-je pas; mais je voudrois que tu dormisses; rien n'est plus
+sain pour toi.
+
+Je suis à Montreuil depuis neuf heures; il fait un temps charmant. Je
+me suis promenée avec R...[153] pendant une heure presque trois
+quarts. Lastic est restée avec Amédée, qui est grandie et embellie que
+c'est incroyable. Madame d'Albert de Rioms vient dîner chez moi, ce
+qui fait que ma lettre sera moins longue. Il faut pourtant que je te
+conte que madame du Chastelet est dame d'honneur de ma tante; après
+avoir bien dit qu'elle ne vouloit pas faire planche, elle a accepté.
+Je trouve que c'est complétement ridicule d'avoir fait bien du bruit,
+pour finir par se soumettre à la volonté du Roi, qui ne veut pas la
+titrer, car voilà ce qui lui tenoit au coeur. On est malheureux
+d'être ambitieux. Cela fait faire souvent de grandes bêtises. Ton
+collègue me fait frémir, et je suis bien aise que M. de Bombelles ne
+soit pas tenté de le prendre pour modèle. A propos de lui, la duchesse
+de Duras, que j'ai vue hier (et avec qui je suis comme un bijou), est
+un peu fâchée contre ton mari. Il lui avoit promis des instructions
+pour son fils, devoit les lui porter, ensuite les lui envoyer de
+Brest; mais il en a été comme de mon voyage, il est parti sans les lui
+donner. Elle m'en a parlé d'une manière qui t'auroit touchée, sans
+aucune aigreur; mais les larmes lui sont venues aux yeux en pensant
+que c'étoit un moyen de moins pour préserver son fils des dangers
+auxquels il va être exposé. Que ton mari répare bien vite avec toute
+la grâce dont il est capable. Tu as bien raison, mon coeur, de
+t'appliquer dans les commencements à te vaincre; sans madame de
+Travanet, tu serois perdue si tu cédois une fois, et deux ans sont
+bien longs à passer ensemble. Nous en parlerons plus amplement dans un
+autre moment. Je me dépêche trop pour avoir le sens commun, et je
+griffonne trop. Adieu; ces dames t'embrassent de tout leur coeur, et
+moi aussi. Que n'est-ce vrai!
+
+[Note 153: Madame de Raigecourt.]
+
+ * * * * *
+
+IX.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Ce 9 avril 1787.
+
+ (_Lisez Mathieu Loensberg_[154].)
+
+[Note 154: Ces trois mots, placés en tête de la lettre, sont de la
+main de Madame Élisabeth.]
+
+M. de Calonne est renvoyé d'hier; sa malversation est si prouvée, que
+le Roi s'y est décidé, et que je ne crains pas de te mander la joie
+excessive que j'en ressens et que tout le monde partage. Il a eu ordre
+de rester à Versailles jusqu'au moment où son successeur sera nommé,
+pour lui rendre compte des affaires et de ses projets. On vient de me
+mander que c'étoit M. de Fourqueux qui le remplace. On me mande aussi
+que M. le Garde des sceaux est renvoyé, et M. de La Moignon a sa
+place. Je sais toujours si mal les nouvelles, par des voies si peu au
+fait, que je n'ose pas t'assurer ces dernières. Mais pour M. de
+Calonne, j'en suis bien sûre. Une de mes amies disoit, il y a quelque
+temps, que je ne l'aimois pas, mais que dans peu je changerois. Je ne
+sais si son renvoi y contribuera; il auroit fallu qu'il fît bien des
+choses pour me faire changer sur son compte. Il doit être un peu
+inquiet sur son sort. On dit que ses amis font une très-bonne
+contenance. Je crois que le diable n'y perd rien, et qu'ils sont loin
+d'être satisfaits. C'est M. de Montmorin qui lui a donné son audience
+de congé. J'espère que le baron de Breteuil n'aura pas voulu s'en
+charger; cela lui feroit honneur[155]. L'Assemblée continuera comme
+auparavant et sur les mêmes plans. Les Notables parleront avec plus de
+liberté, quoiqu'ils ne s'en gênassent guère, et j'espère qu'il en
+résultera du bien. Mon frère a de si bonnes intentions, il désire tant
+le bien, de rendre ses peuples heureux; il s'est conservé si pur,
+qu'il est impossible que Dieu ne bénisse pas toutes ses bonnes
+qualités par de grands succès. Il a fait ses pâques aujourd'hui. Dieu
+l'aura encouragé, lui aura fait connoître la bonne voie: j'espère
+beaucoup. Dans son compliment, le prédicateur l'a infiniment encouragé
+à prendre conseil de son coeur. Il avoit bien raison, car il est bien
+bon et bien supérieur à toute la Cour réunie. J'ai l'air d'une vraie
+campagnarde; je te dis que l'on m'a mandé tout cela, c'est que je suis
+à Montreuil depuis midi. J'ai été à vêpres à la paroisse. Elles sont
+aussi longues que l'année passée, et ton cher vicaire chante l'_O
+filii_ d'une manière aussi agréable. Des Es. a pensé éclater, et moi
+de même.
+
+[Note 155: Le baron de Breteuil, alors ministre de la maison du Roi et
+du département de Paris, avait été représentant du Roi près l'électeur
+de Cologne, près Catherine II, près le roi de Suède, puis avait
+remplacé le cardinal Louis de Rohan près l'empereur d'Autriche. Dans
+les phases diverses de sa carrière, il avait conquis l'estime de tous
+les gens de bien.]
+
+Je suis au désespoir du sacrifice que tu me fais de ton singe,
+d'autant que je ne pourrai le garder; ma tante Victoire a une peur
+affreuse de ces animaux et seroit fâchée peut-être que j'en eusse un.
+Ainsi, mon coeur, malgré toutes ses grâces et la main dont il me
+vient, il faudra s'en détacher. Si tu veux, je te le renverrai, sinon
+j'en ferai présent à M. de Guéménée. J'en suis au désespoir, je sens
+que c'est très-maussade, que cela te contrariera beaucoup, et j'en
+suis d'autant plus fâchée. Ce qui me console, c'est qu'à cause de tes
+enfants tu serois peut-être obligée de t'en défaire, parce que cela
+pourroit être dangereux.
+
+Félicie devient très-gentille, sa tache s'efface beaucoup; j'espère
+qu'elle ne paroîtra pas du tout. Avant ton arrivée, quoique je sois
+charmée du départ de M. de Calonne, j'ai peur que la petite ne s'en
+affecte pour son père, quoique pourtant il n'y gagne ni n'y perde, pas
+même un protecteur.
+
+Tu es d'une philosophie qui m'enchante, mon coeur; tu en seras plus
+heureuse, et tu sais si je désire de te le savoir. Je ne comprends pas
+trop pourquoi tu dis que M. de C.[156] est mauvais politique; il me
+semble que l'on est fort content de lui, qu'il a fait d'assez belles
+choses, et que M. de Ségur vient de faire la bêtise la plus pommée que
+l'on puisse voir en accompagnant l'Impératrice sur la route de
+Kherson. Elle remue terriblement, la bonne dame, ce qui me déplaît
+beaucoup: je suis partisante du repos. En conséquence, ce que je t'ai
+mandé pour Minette n'aura, je crois, pas lieu. Ce n'étoit pas un homme
+assez bien né. Pour l'autre, mon coeur, je crois qu'il faut attendre
+comme nous avons déjà fait. Il y a bien des choses à voir et pour elle
+et pour moi. Car il ne suffit pas de trouver des gens qui prêtent; il
+faut voir comment on rendra, et si l'on ne se mettra pas dans
+l'impossibilité de faire d'autre chose nécessaire et pour le moins
+aussi juste. Tout cela, mon coeur, il sera temps d'y penser quand
+j'aurai vingt-cinq ans. Jusque-là.....
+
+[Note 156: Le maréchal de Castries.]
+
+ * * * * *
+
+X.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Ce 8 février 1788[157].
+
+[Note 157: La reproduction de cette lettre et des deux suivantes,
+jusqu'à ce jour inédites, est interdite.]
+
+Ta lettre me fait bien de la peine, ma petite, par l'excessive
+inquiétude où tu étois de la pauvre Félicie. Tu auras su, bientôt
+après, sa mort, et le courage de sa mère; elle va bien à présent:
+l'enfant qu'elle va avoir la distraira de la perte qu'elle a faite,
+surtout nourrissant. Elle t'aura sûrement mandé que tous les avis de
+ce pays étoient contre, et que c'est un médecin de Stuttgard qui l'a
+décidée; j'ai peur qu'elle n'ait pas tout à fait raison. Cependant
+comme elle mènera une vie plus calme qu'à sa première nourriture,
+l'enfant pourra devenir plus fort. Je crois qu'elle ne me pardonneroit
+pas si elle savoit ce que je pense sur cela. Je voudrois bien que tu
+eusses le temps de la voir un peu avant son départ. Je ne t'avois
+point parlé de la maladie de Félicie, parce que ta mère étoit à Paris,
+et que je ne savois pas ce que l'on te mandoit, ce qui a fait que je
+ne t'ai pas écrit aussi la première poste après sa mort.
+
+J'ai montré à ta mère ce que tu me marques pour ton logement; je
+voudrois que tu eusses celui de la Chapelle, mais il ne te convient
+pas, à ce que l'on te dit, et puis il est bien un peu cher, je crois
+qu'il va à cinq mille livres; mais il a l'agrément d'être le plus près
+de la pièce du Dragon, quoiqu'il y ait une très-petite rue à passer;
+enfin, ta mère, ton frère, la Chapelle, amies et Raigecourt, s'en
+occupent tant qu'ils peuvent; ainsi, si tu n'es pas bien logée, ce
+sera faute de s'entendre, plutôt que manque de s'en occuper.
+
+Mon neveu[158] est toujours dans un état très-inquiétant, l'on ne s'en
+doute pas, ce qui me fait espérer qu'il s'en tirera; car, si tu t'en
+souviens, cela lui a porté bonheur dans le temps où il a été à la
+Muette. Cette tranquillité évite bien des peines, mais aussi le coup
+est-il bien plus cruel lorsqu'il est inattendu. Je crois t'avoir déjà
+dit tout cela, mais c'est que j'en suis pénétrée.
+
+[Note 158: Le premier Dauphin.]
+
+Raigecourt est toujours grosse, et je crois que, cette fois-ci, c'est
+pour tout de bon: elle a passé l'époque de sa seconde fausse couche et
+se ménage assez pour croire qu'elle n'aura pas d'accidents; le seul
+qu'elle ait jusqu'à ce moment, ce sont des maux de coeur affreux et
+une peur pas mal grande, qu'elle a dissimulée le plus qu'elle peut,
+mais qui, malgré cela, est très-visible. Si par hasard tu lui écris,
+ne lui en parle pas.
+
+Le Parlement, dit-on, va encore s'assembler pour les lettres de
+cachet. Tout cela est du rabâchage pour ce moment-ci. Je voudrois
+qu'il ne fut plus question de lui lorsque tu reviendras, pour le bien
+que je te veux, car il est bien ennuyeux, presque autant que le temps,
+qui, hier, étoit superbe, doux, un beau soleil; aujourd'hui, il fait
+noir et froid, ce qui, comme tu sais, ne m'empêche pourtant pas de
+sortir. En conséquence je te quitte pour aller rejoindre M. Huvé[159],
+et donner des ordres. Je suis tout étonnée de penser que, l'année
+prochaine, je serai au moment de coucher ici; je sens que cela me
+paroîtra tout drôle. Adieu, ma petite, je t'aime et t'embrasse de tout
+mon coeur.
+
+[Note 159: Architecte des bâtiments royaux, restaurait en ce moment la
+maison de la princesse.]
+
+J'oubliois de te dire que je trouve ton D. un drôle d'homme de
+s'enflammer comme cela pour quelqu'un qu'il n'a jamais vu; tu feras
+très-sagement de traîner cette affaire en longueur, car je ne crois
+pas qu'elle ait lieu, et il vaut mieux que tu sois ici lorsqu'elle
+sera rompue tout à fait. Si tu étois encore en colère lorsque tu auras
+reçu ma lettre, tu l'auras tournée contre moi d'après ce que je te
+mandois, et cette idée m'affecte considérablement. Mon seul espoir est
+que ta fureur n'aura pas été longue. Adieu. Je te quitte tout de bon.
+
+ * * * * *
+
+XI.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Sans date, mais vers 1788 ou 89.
+
+J'en suis à désirer que ton pauvre frère soit délivré de tous ses
+maux, et que sa vie ne se prolonge pas aux dépens de tout ce qu'il
+souffre au physique et au moral. Je suis désespérée de ne pouvoir
+partager les soins, et pense avec bien de la peine à l'état
+d'affliction où tu es en ce moment-ci. J'ai vu, ce matin, le
+baron[160]. J'y ai mené Bombon, qu'il a beaucoup caressé. J'ai été
+fort contente de ma conversation avec lui, et il a fini par me
+promettre de parler à la Reine et à la duchesse de Polignac. La seule
+chose qui m'ait déplu, c'est qu'il m'a dit qu'on vouloit donner
+C.....[161] à M. de la Luzerne. Il veut que je parle aussi à la Reine,
+mais il ne veut pas absolument que je parle de Dresde, prétendant
+qu'il ne faut lui présenter aucunes difficultés qui demandent
+réflexion, et je me suis promis, malgré cela, en me gardant bien de le
+lui dire, que je la prierois de déclarer qu'elle ne vouloit pas que tu
+fusses davantage en Allemagne. Somme toute, je suis contente. Je te
+ferai plus de détails quand je te verrai. Quoique ma lettre ennuie
+beaucoup les personnes qui me la voient écrire, il faut encore que je
+te dise que Rayneval, chez qui j'ai été avec madame Duval, m'a dit que
+le baron sortoit de chez lui, et qu'il lui avoit beaucoup parlé de
+toi. J'ai pensé que mon audience du matin n'y avoit rien gâté. Il faut
+encore que je te dise que j'ai fait un grand éloge au baron de ta
+raison, du froid et de la résignation avec lesquels tu soutenois
+toutes les persécutions que tu avois éprouvées; il est convenu de tout
+cela, et m'a dit qu'il avoit été parfaitement content de la manière
+dont tu lui avois parlé au sujet de tes affaires. Adieu, mon enfant,
+donne-moi de tes nouvelles demain matin; remercie ta soeur de ce
+qu'elle a bien voulu m'écrire, et dis à madame de Bombelles tout ce
+que j'éprouve pour elle dans ce moment-ci.
+
+[Note 160: M. de Breteuil.]
+
+[Note 161: Constantinople. Cette ambassade, dont les émoluments
+étaient considérables, était l'objet de l'ambition de M. de Bombelles,
+qui n'avait point de fortune, avait déjà plusieurs enfants, et était,
+par sa position officielle, obligé à une grande représentation. B.]
+
+ * * * * *
+
+XII.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+Je suis dans l'enchantement de l'énorme gratification qu'on vous a
+donnée; j'ai peur que le Roi ne se ruine avec ces libéralités-là. Si
+j'étois de ton mari, malgré la modestie de cette somme, je la
+laisserois à M. d'Harvelay, pour prouver à M. de Vergennes que vous
+demandez davantage, parce que vous en avez véritablement besoin, et
+pour qu'il voie bien que c'est pour payer vos dettes, et que, puisque
+vous donnez un si petit à-compte, quand vous en aurez davantage, vous
+l'emploierez au même usage. J'espère bien que l'année prochaine il
+vous en donnera un peu plus. J'ai commencé par la lettre de M. de
+Vergennes, je lisois bien vite, parce que je croyois que j'allois
+voir des choses superbes, et j'ai été un peu étonnée. Au reste, après
+avoir bien réfléchi, je ne crois pas que cela soit mauvaise volonté de
+sa part; mais comme on a été obligé de donner des gratifications pour
+les fêtes, elles ont pu gêner et diminuer celle-là.
+
+Adieu, mon coeur, j'espère que votre médecine vous fera du bien;
+tâchez de vous calmer.
+
+ * * * * *
+
+XIII.
+
+A MADAME MARIE DE CAUSANS.
+
+ [Dans les premiers mois de 1789.]
+
+Oui, certes, mon coeur, je vous écrirai avant que vous soyez au
+noviciat; mais j'espère bien qu'il ne vous sera pas défendu de
+recevoir des lettres après. Il est vrai que nous serons plus gênées
+par l'inspection de la maîtresse; mais cela ne m'empêchera pas de vous
+dire tout ce que je pense. Vous serez peut-être étonnée, mon coeur,
+que, d'après toutes les réflexions, consultations et épreuves que vous
+avez faites, je ne sois pas encore assez convaincue de la solidité et
+de la réalité de votre vocation, pour ne pas craindre que vous n'ayez
+pas réfléchi comme il faut. Premièrement, mon coeur, on ne peut
+connoître si une vocation est vraiment l'ouvrage de Dieu, que lorsque
+avec le désir de suivre sa volonté, l'on s'est pourtant permis de
+combattre de bonne foi le penchant qui porte à se consacrer à lui;
+sans cela, l'on court le risque de se méprendre, et de suivre une
+ferveur passagère qui tient souvent au besoin du coeur, qui, n'ayant
+pas d'objets d'attachement, croit se sauver du danger d'en former que
+le Ciel n'approuveroit pas, en se consacrant à Dieu. Ce motif est
+louable, mais il ne suffit pas; il tient à la passion, il tient au
+désir et au besoin que le coeur a de former un lien qui le remplisse,
+dans le moment, tout entier. Mais, je vous le demande, mon coeur, Dieu
+peut-il approuver cette offrande? peut-il être touché du sacrifice
+d'une âme qui ne se donne à lui que pour se débarrasser d'elle-même?
+Vous savez que, pour faire un voeu quelconque, il faut une volonté
+libre, réfléchie, dénuée de toute espèce de passion; il en est de même
+pour celui d'une religieuse, et ces dispositions sont encore plus
+essentielles. Le monde vous étoit odieux; mais étoit-ce dégoût ou
+regret? Ne croyez pas que si ce dernier l'emportoit, votre vocation
+soit naturelle et vraie. Non, mon coeur, le Ciel vous envoyoit une
+tentation, il falloit la supporter, et ne prendre votre résolution de
+vous consacrer à lui que lorsqu'elle auroit été passée.
+
+Deuxièmement, mon coeur, il faut avoir l'esprit bien mortifié pour
+prendre l'engagement que vous voulez prendre. Voilà l'essentiel, la
+véritable vocation. Tout ce qui tient au corps coûte peu, l'on s'y
+accoutume; mais il n'en est pas de même de ce qui tient à l'esprit et
+au coeur.
+
+Vous êtes tranquille sur le compte de d'Ampurie[162] parce que vous
+avez consulté l'archevêque; je rends hommage à ses vertus avec
+plaisir, mais permettez-moi de vous dire que, de l'aveu de ceux qui le
+connoissent le plus, il est impossible d'être moins capable de
+conduire une âme. Je ne vous en parle pas seulement d'après les
+autres, mon coeur, c'est d'après ce que j'ai vu. J'ai été dans le cas
+de connoître un prêtre que l'archevêque avoit laissé prêt à se livrer
+au plus grand désespoir, qu'il n'imaginoit de secourir ni de conseils
+ni de tout ce qui pouvoit contribuer à sa consolation. Cependant, mon
+coeur, ce n'étoit là que son strict devoir. Or, comment voulez-vous,
+d'après cela, que je sois tranquille sur le conseil qu'il vous a donné
+sur un simple aperçu, sans avoir causé avec vous, sans être entré dans
+des détails où il est impossible d'entrer par lettre, que je m'en
+rapporte au conseil du directeur du couvent, qui, tout honnête homme
+qu'il puisse être, ne peut pas être juge impartial dans cette affaire?
+
+[Note 162: Madame la marquise de Causans avait quatre filles:
+
+L'aînée, mademoiselle de Causans, avait épousé M. de Sade;
+
+La seconde, Caroline de Causans, titrée comtesse de Vincens, fut
+mariée au marquis de Raigecourt;
+
+La troisième, Marie de Causans, comtesse de Mauléon, après avoir perdu
+sa mère, était entrée comme novice au Saint-Sépulcre, à Bellechasse.
+Les troubles de la Révolution mirent forcément obstacle à la
+réalisation de son projet d'entrer en religion.
+
+Elle en éprouvait d'autant plus de regrets qu'elle avait sous sa garde
+sa jeune soeur, Françoise de Causans, comtesse d'Ampurie, dont il est
+ici question, et qui plus tard fut mariée au comte de Schulenburg.]
+
+Si d'Ampurie n'est pas mariée dans trois ans, et qu'elle soit obligée
+d'aller à son Chapitre, vous en rapporterez-vous à ses dix-huit ans,
+pour croire qu'elle aura toujours une conduite sage, mesurée, qu'elle
+n'aura pas besoin du conseil d'une amie, d'une soeur qui lui servoit
+de mère, pour qui elle seroit parvenue à en avoir tous les sentiments?
+qu'en l'abandonnant à elle-même, vous remplirez le devoir le plus
+sacré que vous ayez jamais à remplir, celui d'une mère mourante qui
+s'en est rapportée à vous, qui vous a choisie comme celle qui pouvoit
+le plus la remplacer avec succès; d'une mère qui n'auroit certes pas
+abandonné ses enfants à toute la séduction du monde pour se livrer à
+un goût de retraite et de dévotion qu'elle n'auroit pas cru dans la
+règle? Non, mon coeur, il me sera toujours impossible de croire que
+vous remplissez votre devoir, que vous accomplissez la volonté de Dieu
+en vous consacrant à lui dans ce moment. Au nom de ce même Dieu que
+vous voulez servir d'une manière plus parfaite, consultez encore, mon
+coeur, mais consultez des gens plus éclairés, des gens qui n'aient
+aucun intérêt ni pour ni contre le parti que vous voulez prendre;
+exposez-leur votre position; laissez-vous examiner de bonne foi: vous
+seriez aussi coupable en exagérant votre désir comme en le
+dissimulant. Et, mon coeur, si, pendant votre noviciat, vous éprouvez
+la moindre peine, je vous le demande en grâce, consultez les mêmes
+personnes, ne vous en rapportez pas à ceux qui vous diroient que ce ne
+sont que des tentations; il faut les connoître, il faut les peser,
+voir si, lorsque vous serez engagée, elles ne feront pas le malheur de
+votre vie. Enfin, mon coeur, j'ose vous demander, au nom de l'amitié
+que vous avez pour moi, au nom de ce que vous avez de plus cher en ce
+monde, au nom de votre respectable mère, de ne négliger aucune des
+précautions que ceux qui vous sont attachés et qui ont des droits sur
+votre amitié pourront vous suggérer, pour vous assurer de plus en plus
+de la vérité de votre vocation. Ce sera peut-être une croix pour vous,
+mais elle vous attirera plus de grâces par la suite.
+
+Travaillez à me rassurer, mon coeur, en me parlant des épreuves
+auxquelles vous vous êtes livrée. Je ne vous parle pas de celles du
+corps: elles sont absolument nulles pour moi, parce qu'elles ne
+tiennent qu'à l'habitude; mais si vous avez combattu votre vocation;
+si vous vous sentez parfaitement calme et libre de toutes peines
+d'esprit; que ce ne soit pas avec vivacité que vous vous livriez à
+Dieu. Si votre esprit est mortifié, si vous ne vous faites pas un
+tableau parfait du couvent où vous entrez, si vous comptez y trouver
+des gens qu'il vous faudra supporter, des objets de _scandale_[163];
+car ne croyez pas, mon coeur, qu'un couvent en soit exempt aux yeux
+d'une religieuse: plus on est parfait, plus on veut rencontrer dans
+les autres les mêmes sentiments, et vous ne serez pas à l'abri de
+cette tentation; car, j'en conviens, cela en est une, mais qui devient
+une réalité par un excès d'amour de Dieu. Il est bien peu de couvents
+où la charité règne assez pour ne pas connoître ce défaut.
+
+[Note 163: Les petits défauts qui sont à peine remarqués dans le monde
+deviennent un objet de _scandale_ au couvent, où l'on doit vivre de la
+vie parfaite. Les lignes qui suivent expliquent clairement la pensée
+de Madame Élisabeth.]
+
+Enfin, mon coeur, dans quelque position que vous vous trouviez,
+comptez assez sur mon amitié et sur un vif intérêt de ma part, pour me
+parler toujours avec confiance de ce qui vous touche. J'ose dire le
+mériter, par les vrais sentiments que j'ai pour vous, et le tendre
+intérêt que m'inspireront toujours les enfants de votre respectable et
+tendre mère. Je vous embrasse et vous aime de tout mon coeur.
+
+Je vous demande en grâce de ne pas vous contenter de lire une fois ma
+lettre.
+
+ * * * * *
+
+XIV.
+
+A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
+
+ Versailles, le 15 juillet 1789.
+
+Que tu es aimable, mon coeur! Toutes les affreuses nouvelles d'hier
+n'avoient pu parvenir à me faire pleurer; mais la lecture de ta
+lettre, en portant de la consolation dans mon coeur par l'amitié que
+tu me témoignes, m'a fait verser bien des larmes. Il seroit bien
+triste pour moi de partir sans toi. Je ne sais pas si le Roi sortira
+de Versailles. Je ferois ce que tu désires, s'il en étoit question. Je
+ne sais pas ce que je désire sur cela. Dieu sait le meilleur parti à
+prendre. Nous avons un homme pieux à la tête du Conseil[164],
+peut-être l'éclairera-t-il! Priez beaucoup, mon coeur; ménagez-vous
+bien, ne troublez pas votre lait. Vous feriez mal, je crois, de
+sortir. Ainsi, ma petite, je fais le sacrifice de te voir. Sois
+convaincue qu'il en coûte à mon coeur. Je t'aime, ma petite, mieux que
+je ne puis le dire. Dans tous les temps, dans tous les moments, je
+penserai de même. J'espère que le mal n'est pas aussi grand que l'on
+se le figure. Ce qui me le fait croire, c'est le calme de Versailles.
+Il n'étoit pas bien sûr, hier, que M. de Launey fût pendu: on avoit
+pris, dans la journée, un autre homme pour lui. Je m'attacherai, comme
+tu me le conseilles, au char de _Monsieur_, mais je crois que les
+roues n'en valent rien. Adieu, mon coeur, je vous embrasse aussi
+tendrement que je vous aime.
+
+[Note 164: M. le baron de Breteuil.]
+
+ * * * * *
+
+XV.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Versailles, le 5 août 1789.
+
+La joie de vous savoir en bonne santé a été très-grande dans ce
+monde-ci. Les premières nouvelles que nous aurons seront encore mieux
+reçues, et par-dessus tout les quatrièmes. Dans toutes autres
+occasions, il seroit généreux de partager la joie de la petite
+baronne; mais dans celle-ci, elle ne peut pas même nous en savoir bon
+gré. Je vous ai tenu parole, mon enfant; je n'ai pas été fâchée de
+vous dire adieu; mais je ne sais pas si cela vient de là, mais je me
+sens d'une humeur de chien. Ne vous en donnez pourtant pas les gants.
+Oui, je vous le répète, et vous le répéterai et vous le dirai sans
+cesse, je suis charmée que vous alliez nourrir Henri IV dans un pays
+où l'air est plus chaud et par conséquent plus propre à l'éducation
+que vous voulez lui donner. Jouissez bien du bonheur de voir la
+petite; animez-vous l'une l'autre à tout ce qu'il est dans votre âme
+de chercher, pour fortifier votre moral, qui, étant éloigné d'un lieu
+qui vous est cher sous mille rapports, doit un peu souffrir.
+Réjouissez-vous des nouvelles que je vais vous apprendre, si vous ne
+les savez pas encore. D'abord, les ministres sont nommés et paroissent
+approuvés par le public. L'archevêque de Bordeaux[165] a les sceaux,
+celui de Vienne[166] la feuille des bénéfices, M. de la Tour du
+Pin-Paulin[167] la guerre, et le maréchal de Beauvau[168] au Conseil.
+Secondement, la nuit de mardi à mercredi, l'Assemblée a duré jusqu'à
+deux heures. La noblesse, avec un enthousiasme digne du coeur
+françois, a renoncé à tous ses droits féodaux et au droit de chasse.
+La pêche y sera, je crois, comprise. Le clergé a de même renoncé aux
+dîmes, aux casuels et à la possibilité d'avoir plusieurs bénéfices.
+Cet arrêté a été envoyé dans toutes les provinces. J'espère que cela
+fera finir la brûlure des châteaux. Ils se montent à soixante-dix.
+C'étoit à qui feroit le plus de sacrifices: tout le monde étoit
+magnétisé.
+
+[Note 165: M. Champion de Cicé. Ce prélat, député de la sénéchaussée
+de Bordeaux aux états généraux, passa un des premiers à la chambre du
+tiers, fit, le 27 juillet 1789, au nom du comité de constitution, un
+long rapport sur les droits de l'homme et sur la forme à donner au
+Corps législatif. La popularité que ces actes lui acquirent le porta à
+la place de garde des sceaux. Il contre-signa à ce titre le décret de
+la constitution civile du clergé. Il donna sa démission en novembre
+1790, époque à laquelle on déclara que les ministres avaient perdu la
+confiance de la nation. Il passa à l'étranger, revint en France le 18
+brumaire an VIII (9 novembre 1799), fut pourvu en 1802, par le premier
+consul, de l'archevêché d'Aix. Né à Rennes en 1735, il est mort en
+1810. Mademoiselle Champion de Cicé, sa soeur, avait été compromise
+dans le complot du 3 nivôse an IX (24 décembre 1800) (pour avoir donné
+asile à Carbon, dit le petit François, qui conduisait la charrette de
+la machine infernale); mais elle fut acquittée par le tribunal
+criminel de la Seine.]
+
+[Note 166: Né en 1715, ce frère de l'auteur de _Didon_, fort
+recommandable par ses lumières et ses moeurs, étant premier aumônier
+de Louis XV, répondit à ce prince qui lui demandait s'il saurait bien
+dire le _Benedicite_: «Non, Sire, près de Votre Majesté, je ne sais
+que rendre grâce.» D'abord évêque du Puy, puis archevêque de Vienne,
+il combattit les philosophes et les idéologues. Entré au conseil et
+chargé de la feuille des bénéfices, le Pape s'adressa à lui pour
+l'engager à combattre de tous ses efforts toute innovation relative au
+clergé. «Vous êtes, lui disait-il, mieux à même que tout autre de
+rendre le service éminent que je vous demande. Vous avez déjà plus
+d'une fois prouvé votre zèle à sauvegarder la saine doctrine. Le temps
+presse; il n'y a pas un moment à perdre pour sauver la religion, le
+Roi et votre patrie. Vous pourrez certainement engager Sa Majesté à
+refuser cette funeste sanction. La résistance fût-elle pleine de
+dangers, il n'est jamais permis de paroître un instant abandonner la
+foi catholique, même avec le dessein de revenir sur ses pas quand les
+circonstances auront changé.» L'archevêque était affaibli par l'âge,
+et n'avait plus assez de caractère pour faire une telle démarche. Sa
+santé périclitant de jour en jour, il s'éteignit le 29 décembre 1790,
+dans sa soixante-quinzième année.]
+
+[Note 167: La Tour du Pin (Jean-Frédéric, comte de), lieutenant
+général des armées du Roi, fut député de la noblesse de Saintes aux
+états généraux, se rangea du côté de la minorité de son ordre, et fut
+bientôt après appelé au ministère de la guerre. Le 4 août, il informa
+l'Assemblée de sa nomination, protesta de son attachement à ses
+décrets, et présenta un plan pour l'organisation de l'armée. Il donna
+sa démission avec les autres ministres dès qu'ils furent déclarés
+avoir perdu la confiance nationale. Appelé en témoignage dans le
+procès de la Reine, il rendit à cette auguste princesse la justice
+qu'elle méritait et l'entoura des respects qui lui étaient dus.
+Traduit quelques jours après elle, il monta à son tour sur le même
+échafaud. Né à Grenoble en 1728, il périt le 28 avril 1794.]
+
+[Note 168: Si le maréchal Charles-Just de Beauvau eût précédé Bayard,
+on lui eût probablement donné le surnom de cet incomparable chevalier.
+Nommé gouverneur du Languedoc, Beauvau se distingua dans ses nouvelles
+fonctions par la chaleur de son zèle à secourir les tristes victimes
+de la révocation de l'édit de Nantes, et par une persévérance que la
+crainte même d'une disgrâce ne put ébranler. Des femmes protestantes
+qui gémissaient dans les cachots durent à l'humanité du maréchal un
+adoucissement à leurs maux. Le chevalier de Boufflers, qui a fait son
+éloge, raconte la belle réponse faite par M. de Beauvau à quelqu'un
+qui lui adressait une observation à ce sujet: «Le Roi, monsieur, est
+maître de m'ôter le commandement qu'il m'a donné, mais non de
+m'empêcher de remplir mes devoirs selon ma conscience et mon
+honneur.»--Né à Lunéville le 10 septembre 1720, le maréchal de Beauvau
+mourut à Paris le 21 mai 1793.]
+
+Il n'y a jamais eu tant de joie et de cris. On doit chanter un _Te
+Deum_ à la chapelle et donner au Roi le titre de Restaurateur de la
+liberté françoise. On a aussi parlé d'abolir les engagements
+perpétuels, et la noblesse a renoncé aux places, pensions, etc. Cet
+article n'est pourtant pas totalement passé. Je crois, mon coeur, que
+vous serez assez contente des bonnes nouvelles que je vous apprends.
+Je n'ose pas me flatter que mes lettres soient toujours aussi
+intéressantes.
+
+Votre mère, que je quitte dans l'instant....
+
+ * * * * *
+
+XVI.
+
+A L'ABBÉ R. DE LUBERSAC.
+
+ 16 octobre 1789.
+
+Je ne puis résister, Monsieur, au désir de vous donner moi-même de
+mes nouvelles. Je sais l'intérêt que vous voulez bien y prendre; je ne
+doute pas qu'il ne me porte bonheur. Croyez qu'au milieu du trouble et
+de l'horreur qui nous poursuivent, j'ai bien pensé à vous, à la peine
+que vous éprouviez, et que j'ai eu une grande consolation en voyant
+votre écriture. Ah! Monsieur, quelles journées que celles du lundi et
+du mardi[169]! Elles ont fini pourtant beaucoup mieux que les cruautés
+qui s'étoient passées dans la nuit ne pouvoient le faire croire. Une
+fois entrés dans Paris, nous avons pu nous livrer à l'espérance,
+malgré les cris désagréables que nous entendions autour de la voiture:
+ceux de _Vive le Roi! vive la Nation!_ étoient les plus forts. Une
+fois à l'hôtel de ville, ceux de _Vive le Roi!_ furent les seuls qui
+se firent entendre. Les propos de ceux qui entouroient notre voiture
+étoient les meilleurs possibles. La Reine, qui a eu un courage
+incroyable, commence à être mieux vue par le peuple. J'espère qu'avec
+le temps, une conduite soutenue, nous pourrons regagner l'amour des
+Parisiens, qui n'ont été que trompés. Mais les gens de Versailles,
+Monsieur! Avez-vous jamais vu une ingratitude plus affreuse? Non, je
+crois que le Ciel, dans sa colère, a peuplé cette ville de monstres
+sortis des enfers. Qu'il faudra de temps pour leur faire sentir leurs
+torts! Et si j'étois roi, qu'il m'en faudroit pour croire à leur
+repentir! Que d'ingrats pour un honnête homme! Croiriez-vous bien,
+Monsieur, que tous nos malheurs, loin de me ramener à Dieu, me donnent
+un véritable dégoût pour tout ce qui est prière. Demandez au Ciel pour
+moi la grâce de ne pas tout abandonner. Je vous le demande en grâce;
+et prêchez-moi un peu, je vous prie: vous savez la confiance que j'ai
+en vous. Demandez aussi que tous les revers de la France fassent
+rentrer en eux-mêmes ceux qui pourroient peut-être y avoir contribué
+par leur irréligion. Adieu, Monsieur, croyez à toute l'estime que j'ai
+pour vous, et au regret que j'ai d'en être éloignée.
+
+[Note 169: 5 et 6 octobre.]
+
+La personne qui vous remettra cette lettre se chargera de la réponse.
+
+ * * * * *
+
+XVII.
+
+A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
+
+ Ce 8 décembre 1789.
+
+Je suis bien aise, mademoiselle Bombelinette, que vous ayez reçu ma
+lettre, puisqu'elle vous a fait plaisir, et je lui sais très-mauvais
+gré d'avoir été si longtemps en chemin. La vôtre a été beaucoup plus
+aimable. Vous ne pouvez pas vous faire une idée du bruit qu'il y a eu
+aujourd'hui à l'Assemblée. Nous entendions les cris en passant sur la
+terrasse des Feuillants. Cela faisoit horreur. On vouloit revenir sur
+un décret qui avoit passé samedi, non-seulement par assis et levé,
+mais encore par l'appel nominal. La même chose est arrivée ce matin,
+et il faut espérer que l'on ne reviendra plus sur ce décret, qui me
+paroît fort raisonnable: vous l'apprendrez par les gazettes.
+
+Je ne mets point du tout de courage à ne point parler de Montreuil.
+Vous voulez, mon coeur, juger trop avantageusement de moi. Mais c'est
+qu'apparemment je n'y pensois pas lorsque je t'ai écrit. J'en ai
+souvent des nouvelles. Jacques vient tous les jours m'apporter ma
+crème. Flury[170], Coupry[171], Marie[172] et madame Du Coudray
+viennent me voir de temps en temps. Tout cela a l'air de m'aimer
+toujours; et M. Huret, que j'oubliois, n'est pas bien mal..... Venons
+maintenant à la maison. Le salon se meubloit lorsque je l'ai quitté.
+Il étoit disposé à être fort agréable. Jacques est dans son nouveau
+logement. Madame Jacques est grosse, et toutes mes vaches le sont
+aussi. Il y a en ce moment un veau qui vient de naître. Pour les
+poules, je ne vous en parlerai pas, parce que je les ai un peu
+délaissées. Je ne sais si vous aviez vu mon petit cabinet du fond
+meublé. Il est bien joli. Ma bibliothèque est presque finie. Pour la
+chapelle, Corille est tout seul à y travailler; tu juges si cela va
+vite. C'est même par charité pour lui que j'ai permis qu'il continuât
+à y mettre un peu de plâtre. Comme il y est tout seul, cela ne peut
+pas être compté comme une dépense. Je suis fâchée de ne pas y aller,
+tu le croiras facilement; mais les chevaux sont pour moi une bien plus
+grande privation. Cependant, comme je ne puis pas en faire usage, j'y
+pense le moins possible; mais je sens qu'à mesure que mon sang se
+calme, cette privation se fait plus sentir; j'en aurai plus de plaisir
+lorsque je pourrai satisfaire mon goût. Et ce pauvre Saint-Cyr, ah! il
+est bien malheureux! J'ai reçu hier une lettre charmante de
+Draquelonde; je leur parlerai de toi demain, car je compte y écrire.
+Te souviens-tu de Croisard, le fils de la femme de garde-robe de ma
+soeur? Eh bien, il est aujourd'hui attaché à mes pas en qualité de
+capitaine. Je dis _attaché_, parce que l'on ne nous quitte pas plus
+que l'ombre ne fait le corps. Ne crois pas que cela me contrarie.
+Comme mes courses ne sont pas variées, cela m'est bien égal. Au reste,
+je me promène tant que je peux. Sois bien tranquille: encore ce matin
+j'ai marché pendant une grande heure.
+
+[Note 170: Concierge de la maison Élisabeth.]
+
+[Note 171: Maître jardinier, mort le 8 nivôse an II (28 décembre
+1793).]
+
+[Note 172: Marie Magnin, femme de Jacques Bosson.]
+
+Minette et sa mère étoient à Chartres depuis longtemps. Elles y sont
+toujours. La fille dit qu'elle s'ennuie; je ne le crois pas trop,
+parce qu'elle y est plus distraite qu'à Versailles. Elle m'écrit assez
+souvent. Elle m'a mandé hier qu'elle avoit été à confesse, et que cela
+l'avoit tout soulagée, qu'elle vouloit y aller souvent. Je souhaite
+que cela soit vrai. As-tu déjà fait une nouvelle connoissance, et
+comment t'en trouves-tu? Ton curé n'est point content de ce que nous
+avons quitté Versailles. Adieu, ma chère petite; je t'aime et
+t'embrasse de tout mon coeur. Tu es bien gentille d'aimer beaucoup la
+Princesse, qui te le rend bien!
+
+ * * * * *
+
+XVIII.
+
+A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
+
+ Paris, ce 20 février 1890.
+
+Tu n'auras qu'un mot de moi, ma pauvre Bombe; j'ai été avertie trop
+tard qu'il y avoit une occasion, et puis j'ai la tête et le coeur si
+pleins de la journée d'hier, que je n'ai pas trop la possibilité de
+penser à autre chose: le pauvre M. de Favras, dont tu as peut-être
+connu l'affaire par les journaux, a été pendu hier. Je souhaite que
+son sang ne retombe pas sur ses juges; mais personne (à l'exception du
+peuple et de cette classe d'êtres auxquels on ne peut pas donner le
+nom d'hommes, tant ce seroit avilir l'humanité) ne comprend pourquoi
+il a été condamné. Il a eu l'imprudence de vouloir servir son Roi,
+voilà son crime. J'espère que cette injuste exécution fera l'effet des
+persécutions, et que de ses cendres il renaîtra des gens qui aimeront
+encore leur patrie et qui la vengeront des traîtres qui la trompent.
+J'espère aussi que le Ciel, en faveur du courage qu'il a témoigné
+pendant quatre heures qu'il a été à l'hôtel de ville avant son
+exécution, lui aura pardonné ses péchés. Priez Dieu pour lui, mon
+coeur: vous ne pourrez pas faire une plus belle oeuvre. Du reste,
+l'Assemblée est toujours la même: les monstres en sont les maîtres.
+Enfin, le croirois-tu? le Roi n'aura pas encore toute la puissance
+exécutrice nécessaire pour qu'il ne soit pas absolument nul dans son
+royaume. Depuis quatre jours, l'on s'occupe de faire une loi pour
+apaiser les troubles, eh bien! ils ne cessent de s'occuper d'autres
+choses beaucoup moins essentielles pour le bonheur des hommes. Enfin,
+Dieu récompensera les bons dans le Ciel, et punira ceux qui trompent
+le peuple, le Roi, et tous ceux qui, par la droiture de leur
+caractère, ne peuvent pas se résoudre à voir le mal tel qu'il est.
+
+Adieu, ma petite, je me porte bien, je t'aime bien; fais-en autant,
+pour l'amour de ta Princesse, et espérons en un temps plus heureux.
+Ah! comme nous en jouirons! J'embrasse tes petits enfants de tout mon
+coeur.
+
+Tu sais le règlement fait pour les moines et les religieux. N'en dis
+rien à personne, mais l'on dit qu'il sortira bien des gens des
+couvents, et même de religieuses. J'espère que la maison de Saint-Cyr
+n'éprouvera pas de changement. Mais son sort n'est pas encore décidé.
+
+Ta mère se porte bien.
+
+ * * * * *
+
+XIX.
+
+A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
+
+ Paris, ce 1er mai 1790.
+
+Tu es bien plus parfaite que moi; tu crains _la guerre civile_; moi,
+je t'avoue que je la regarde comme nécessaire: premièrement, je crois
+qu'elle existe, parce que toutes les fois qu'un royaume est divisé en
+deux partis, et que le parti le plus foible n'obtient la vie sauve
+qu'en se laissant dépouiller, il m'est impossible de ne pas appeler
+cela une guerre civile. De plus, jamais l'anarchie ne pourra finir
+sans cela; et je crois que plus on retardera, plus il y aura de sang
+répandu. Voilà mon principe. Il peut être faux; cependant, si j'étois
+roi, il seroit mon guide, et peut-être éviteroit-il de grands
+malheurs. Mais comme, Dieu merci, ce n'est pas moi qui gouverne, je
+me contente, tout en approuvant les projets de mon frère, de lui dire
+sans cesse qu'il ne sauroit être trop prudent et qu'il ne faut rien
+hasarder.
+
+Je ne suis pas étonnée que la démarche que le Roi a faite le 4 février
+lui ait fait un grand tort dans l'esprit des étrangers. J'espère
+pourtant qu'elle n'a pas découragé nos alliés, et qu'ils auront enfin
+pitié de nous. Notre séjour ici nuit beaucoup aux affaires. Je
+voudrois pour tout au monde en être dehors, mais c'est bien difficile.
+Cependant, j'espère que cela viendra. Si j'ai cru un moment que nous
+avions bien fait de venir à Paris, depuis longtemps j'ai changé
+d'avis; mais, mon coeur, si nous avions su profiter du moment, croyez
+que nous aurions fait beaucoup de bien. Mais il falloit avoir de la
+fermeté; mais il falloit ne pas avoir peur que les provinces se
+fâchassent contre la capitale; il falloit affronter les dangers: nous
+en serions sortis vainqueurs.
+
+ * * * * *
+
+XX.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Paris, ce 18 mai 1790.
+
+Tu auras vu par les papiers publics, ma chère enfant, qu'il avoit été
+question de ton mari à l'Assemblée, mais tu auras su en même temps que
+l'on n'avoit pas seulement écouté M. de Lameth. Ainsi, mon coeur, cela
+ne doit pas t'inquiéter. Il y avoit quelqu'un qui, à propos du
+discours de M. de Lameth, disoit qu'apparemment il craignoit que ton
+mari ne rendît Venise aristocrate, puisqu'il ne vouloit pas qu'il y
+restât. J'ai trouvé ce propos charmant. Ta mère, qui assurément n'est
+pas froide sur tes intérêts, n'est point agitée de ce qui s'est passé.
+Ainsi, mon coeur, laisse gronder l'orage sans te troubler.
+
+Je t'envoie une lettre pour une femme que tu dois voir dans peu. Tu me
+manderas comment tu l'auras trouvée. Je te vois d'ici te changeant
+toutes les deux en fontaines. Dis à sa nièce bien des choses de ma
+part sur la perte qu'elle vient de faire. Et puis, parle beaucoup,
+avec le mari, de son corps, et tu seras aussi heureuse qu'il soit
+possible de l'être dans ce moment-ci. Pour moi, j'éprouve une vraie
+jouissance lorsque j'en reconnois quelques-uns dans les galeries.
+
+Nous sommes enfin sortis de notre tanière. Le Roi va, je crois, monter
+à cheval pour la troisième fois, et moi j'y ai déjà monté une. Je n'ai
+pas été très-lasse, et je compte recommencer vendredi. Je vais ce
+matin à Bellevue. J'ai le besoin de voir un jardin anglois, et j'y
+vais pour cela. Pendant ce temps-là, l'Assemblée s'occupera d'ôter au
+Roi le droit de faire la paix ou la guerre. Bientôt, je pense qu'on
+lui ôtera le droit de porter sa couronne, car c'est à peu près tout ce
+qui lui reste. Tu sais sans doute ce qui se passe en Dauphiné et dans
+les provinces adjacentes. La mort de De Bossette fait horreur.
+Qu'est-ce qu'il étoit au mari de ta nièce? Adieu, ma petite, je
+t'embrasse et t'aime de tout mon coeur. Comment va ton petit monstre
+d'Henri?
+
+J'oubliois de te parler de la raison de ton mari. J'en suis édifiée,
+touchée et enchantée. Je voudrois savoir ta réforme faite, parce que
+c'est toujours un moment désagréable.
+
+ * * * * *
+
+XXI.
+
+A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
+
+ Ce 27 juin 1790.
+
+Il y a longtemps que je ne vous ai écrit, ma petite Bombelinette.
+Aussi je prends ce soir les avances, afin de n'être pas prise au
+dépourvu par la poste, comme il arrive souvent lorsque l'on a assez de
+goût pour la sainte paresse. Je ne vous parlerai pas de tous les
+décrets que l'on rend à la journée, et surtout de celui d'un certain
+samedi dont je ne sais plus le quantième. Il afflige peu des personnes
+qu'il attaque, mais bien les malveillants et ceux qui l'ont rendu, car
+il est devenu le sujet de la dissipation des sociétés. Pour moi,
+j'espère bien m'appeler mademoiselle Capet, ou Hugues, ou Robert, car
+je ne crois pas que je puisse prendre le véritable, celui de France.
+Cela m'amuse beaucoup; et si ces messieurs vouloient ne rendre que de
+ces décrets-là, je joindrois l'amour au profond respect dont je suis
+pénétrée pour eux. Tu trouveras mon style un peu léger, vu la
+circonstance; mais comme il ne contient pas de contre-révolution, tu
+me le pardonneras. Loin d'y penser, nous allons nous réjouir dans
+quinze jours avec toutes les milices du Royaume pour célébrer les
+fameuses journées du 14 et du 15 juillet, dont peut-être tu as entendu
+parler. On apprête le Champ de Mars. Il pourra contenir six cent mille
+âmes. J'espère, pour leur salut et pour le mien, qu'il ne fera pas le
+chaud qu'il a fait la semaine passée; car je crois que la messe que
+nous entendrons en ce moment pourroit être mal entendue, vu que, pour
+ma part, avec l'amour que j'ai pour le chaud, je crois que j'y
+crèverois. Sans cela, j'espère bien n'y pas laisser mon pauvre corps,
+qui pourroit bien, en quittant cet endroit, ne pas se rafraîchir de
+quelque temps; mais au contraire j'espère bien le ramener tout comme
+il y aura été. Pardonne-moi toutes ces bêtises; mais j'ai tant étouffé
+la semaine passée, et à la revue de la milice, et dans mon petit
+appartement, que j'en suis encore toute saisie. Et puis, il faut bien
+rire un peu, cela fait du bien. Madame d'Aumale me disoit toujours,
+dans mon enfance, qu'il falloit rire, que cela dilatoit les poumons.
+
+J'achève ma lettre à Saint-Cloud. Me voilà rétablie dans le jardin,
+mon écritoire ou mon livre à la main; et là je prends patience et des
+forces pour le reste de ce que j'ai à faire. Ta mère, que je viens de
+quitter, se porte très-joliment. Adieu, je t'aime et t'embrasse de
+tout mon coeur. As-tu sevré ton petit monstre, et comment t'en
+trouves-tu?
+
+ * * * * *
+
+XXII.
+
+A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
+
+ Ce 10 juillet 1790.
+
+J'ai reçu ta lettre par ce Monsieur qui est retourné à Venise, mais
+trop tard pour y pouvoir répondre, en ayant une autre à écrire plus
+pressée. Nous touchons, ma chère enfant, comme le dit la chanson, au
+moment de la crise de la Fédération. Elle aura lieu mercredi; je suis
+bien convaincue qu'il ne s'y passera rien de très-fâcheux. M. le duc
+d'Orléans n'est pas encore ici, peut-être y sera-t-il ce soir ou
+demain; peut-être ne reviendra-t-il jamais. J'ai l'opinion que c'est à
+peu près indifférent. Il est tombé dans un tel mépris que sa présence
+sera cause de peu de mouvement. L'Assemblée paroît décidément séparée
+en deux partis, celui de M. de La Fayette et celui de M. le duc
+d'Orléans, autrement appelé celui des Lameth. Je dis cela parce que le
+public le croit; moi j'ai l'opinion qu'ils ne sont pas aussi mal
+ensemble qu'ils veulent le paroître. Que cela soit ou que cela ne soit
+pas, il paroît que celui de M. de La Fayette est beaucoup plus
+considérable, et cela doit être un bien, parce qu'il est moins
+sanguinaire, et paroît vouloir servir le Roi en consolidant l'ouvrage
+immortel dont Target[173] accoucha le 4 février de l'an 90.
+
+[Note 173: Target passait avec raison pour le membre le plus actif du
+comité de la constitution. Aussi dans le monde n'était-il question que
+des couches de Me Target. On publia _cinq bulletins des couches de Me
+Target, père et mère de la constitution des ci-devant François, conçue
+aux Menus, présentée au Jeu de paume et née au Manège._]
+
+Toutes les réflexions que tu fais sur le séjour du [Roi] sont
+très-justes, il y a longtemps que j'en suis convaincue; celles qui
+suivent sont bonnes à suivre, sont même nécessaires. Mais de tout cela
+il n'en sera rien, à moins que le Ciel ne s'en mêle. Prie-le bien fort
+pour cela, car nous en avons grand besoin. Cela me fait bien de la
+peine, parce que j'ai une certaine frayeur que l'ennui ne gagne tant
+que l'on ne puisse résister au désir de s'amuser un peu, et d'une
+manière qui peut être ou fort utile ou fort malheureuse pour
+l'éternité. Le choix est difficile à faire dans deux choses aussi
+rapprochées que celles-là, quoiqu'au premier coup d'oeil elles
+paroissent fort dissemblables. Mais ton esprit est si fin, si juste,
+qu'il apercevra sans peine le point qui les unit sans que je me donne
+la peine de le démontrer. Si tu me trouves le sens commun, il faut
+convenir que tu seras bien indulgente.
+
+L'Assemblée a décrété hier que le Roi seroit seul avec elle dans la
+Fédération, le président à sa droite; le reste de sa famille sera, je
+crois, aux fenêtres de l'École militaire. Le Roi avoit désiré d'en
+être entouré; mais, comme de raison, on n'a pas pris garde aux désirs
+de celui qui n'a de pouvoir que celui que la Nation lui délègue. Tu
+sais que j'ai le bonheur de connoître beaucoup un des membres de cette
+auguste famille du siècle passé; eh bien, je vous fais part que tout
+cela lui est bien égal: elle n'en est affligée que par rapport à la
+Reine, pour qui c'est un soufflet donné à tour de bras, et d'autant
+mieux appliqué qu'il a été ménagé de loin, et que jusqu'au dernier
+moment on avoit dit au Roi que le contraire passeroit.
+
+Je suis fâchée de penser que tu n'es plus à la campagne, parce que
+cela te fait du bien et du plaisir; mais je suis bien édifiée de ta
+résignation et de ton amour pour tes devoirs. J'espère que tes enfants
+te ressembleront et serviront Dieu et leur maître comme de bons
+chrétiens, et tes enfants doivent servir l'un et l'autre, ayant de si
+bons exemples sous leurs yeux. A propos, je suis bien fâchée que ma
+phrase t'ait déplu, ce n'étoit pas mon intention, comme tu peux bien
+l'imaginer. Je n'ai pensé qu'au temps qu'il y avoit que ton mari ne
+s'étoit occupé de ce métier qui demande un peu de pratique, surtout
+s'il le suivoit dans la position où il est[174]. Mais je te fais
+réparation, et te dirai que je suis convaincue que le zèle que
+certainement il y mettroit pourroit suppléer à ce qui lui manqueroit
+de science, si par hasard il en avoit perdu. Mais je ne puis te
+dissimuler que, malgré la grandeur de tes sentiments, je ne me soucie
+point du tout que ton mari soit appelé. J'ajouterai que je ne crois
+pas qu'il le doive en conscience, parce que son sort est fixé et qu'il
+ne peut le changer sans tout abandonner de bonne volonté ou de force.
+Pèse encore cette réflexion, et sois bien convaincue que je n'ai
+jamais eu le désir de te faire de la peine, notre amitié est trop
+vraie pour que tu puisses en douter. Tes parents se portent bien. Je
+t'embrasse de tout mon coeur; je suis bien fâchée de ce que tu me
+mandes de Font. J'espère que tu te trompes; si cela étoit, que nous
+serions ou bêtes ou malheureuses! etc. Mais plus j'y réfléchis, ainsi
+qu'à ses propos, et moins je le crois.
+
+[Note 174: «Il étoit question de m'employer militairement à la suite
+de M. le comte d'Artois, et Madame Élisabeth le voyoit avec peine.»
+(_Note du marquis de Bombelles._)]
+
+M. de N., je crois, n'avoit pas besoin des conseils de l'homme dont tu
+me parles pour le rejoindre. Je crois que l'autre n'auroit pas
+souffert un séjour plus long, mais c'est toujours fort bien à lui de
+l'avoir senti. S'il pouvoit de même se persuader de rester toujours où
+il est avec l'autre, cela seroit bien heureux pour tout le monde.
+
+ * * * * *
+
+XXIII.
+
+LA MARQUISE DE BOMBELLES.
+
+ Ce 16 août 1790.
+
+Eh bien, ma Bombe, tu es en colère contre moi; tu aurois raison si
+j'avois tort, mais, en conscience, je ne puis pas en convenir. Le
+Monsieur qui t'a apporté une lettre de ta mère en a, je crois, une de
+moi que je charge une autre personne de te remettre, ou si ce n'est
+pas lui, tu en recevras une du même temps; du moins il me semble
+qu'autant que je puis m'en ressouvenir, voilà la raison pour laquelle
+je ne lui en ai pas donné. Si je me trompe, et que je ne t'aie pas
+écrit du tout, c'est sûrement la faute du temps qui me manquoit; car
+tu sais bien que, dans tous les moments, je serai bien aise de causer
+à mon aise avec toi, et que celui-ci étant encore plus intéressant, je
+ne le laisserai pas échapper. Au reste, pour obtenir tout à fait mon
+pardon, je te promets de t'écrire par la première occasion, si
+pourtant j'ai quelque chose à te mander; car je ne crois pas que vous
+désiriez que je vous fasse des contes.
+
+Je ne comprends pas pourquoi tu n'as pas encore reçu ton élixir, car
+Raigecourt te l'a envoyé il y a déjà quelque temps. Elle est à la
+campagne dans ce moment-ci, avec son mari, dans une nouvelle terre
+qu'ils ont achetée. Elle est agréable; mais ne pouvant en jouir pour
+Stani, elle lui fait beaucoup moins de plaisir. Je suis bien aise que
+ton pauvre Henry ne te donne plus d'inquiétude. La description que tu
+me fais de ta campagne fait bien envie. Jouissez-en bien, mon enfant;
+ne vous occupez point d'idées qui puissent rendre nul le bonheur que
+la nature vous offre. Joignez-y le véritable, celui d'une conscience
+bien pure, d'un coeur bien rempli de l'objet qui seul peut consoler
+dans les maux qui accablent notre patrie, et tu pourras te vanter
+d'être philosophe, et philosophe chrétien, bien loin des principes de
+tes anciens amis, que l'expérience doit te faire juger avec des yeux
+moins indulgents.
+
+La mère Bastide vient de terminer sa longue carrière avec le calme
+qu'elle a eu toute sa vie. Je l'ai vue depuis sa mort, elle n'étoit
+pas du tout changée. C'est bien jaune un cadavre, mais cela ne fait
+pas trop d'horreur. Je ne sais plus si tu en as vu, je ne crois pas, à
+moins que cela ne fût la mère Beaugeard[175].
+
+[Note 175: Mère de M. Beaugeard, secrétaire des commandements de la
+Reine _pour les années paires_.]
+
+Nous sommes toujours à Saint-Cloud, toujours dans la même position,
+attendant avec résignation ce que le Ciel nous réserve. Bonsoir, ma
+chère Bombe; je t'embrasse de tout mon coeur, je t'aime beaucoup, et
+je voudrois bien être avec toi dans un petit coin de ta campagne.
+Bitche pense-t-il toujours à moi?
+
+ * * * * *
+
+XXIV.
+
+A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[176].
+
+[Note 176: La reproduction de cette lettre et de la suivante est
+interdite.]
+
+ Ce 29 août 1790.
+
+J'ai reçu votre lettre, mon coeur; elle m'a bien touchée; je n'ai
+jamais douté de vos sentiments pour moi, mais les marques que vous
+m'en donnez me font grand plaisir. Il m'auroit été infiniment agréable
+de vous revoir cet automne, mais je sens la position de votre mari, et
+je consens très-fort au projet qu'il a formé de passer l'hiver en pays
+étranger. Je vous avoue même que votre position me le fait désirer: ce
+pays-ci est tranquille, mais d'un moment à l'autre il peut ne l'être
+plus. Vous êtes trop vive pour vous exposer à faire vos couches dans
+un lieu où l'on peut craindre chaque jour quelque mouvement; votre
+santé n'y résisteroit pas; de plus, avec cette disposition-là, les
+suites de vos couches seroient beaucoup plus fâcheuses. Faites toutes
+ces réflexions pour vous aider, mon coeur, à faire le sacrifice que la
+fortune de votre mari et sa position vis-à-vis de sa mère vous
+obligent de faire. Si de vous dire que je l'approuve peut en effet
+vous le faire un peu mieux supporter, je vous le répéterai sans cesse;
+mais, mon coeur, ce que je ne saurois trop vous répéter, et que je
+voudrois que vous eussiez gravé dans le coeur et dans l'esprit, c'est
+que ce moment-ci doit être décisif pour votre bonheur et votre
+réputation. Vous allez être livrée à vous-même, dans un pays étranger,
+ne pouvant recevoir de conseil que de vous-même. Peut-être y
+rencontrerez-vous des Parisiens dont la réputation ne soit pas
+très-bonne: il est bien difficile dans un autre pays de ne pas voir
+ses compatriotes; mais ne les voyez qu'avec une telle prudence, réglez
+tellement vos démarches sur la raison, que nul ne puisse tenir un
+propos sur vous. Surtout, mon coeur, cherchez à plaire à votre mari;
+quoique vous ne m'ayez jamais parlé de lui, je le connois assez pour
+savoir qu'il a de bonnes qualités, mais qu'il peut en avoir qui ne
+vous plaisent pas autant. Faites-vous la loi de ne jamais vous arrêter
+sur celles-là, et surtout de ne jamais permettre que l'on vous en
+parle; vous le lui devez, vous vous le devez à vous-même. Cherchez à
+fixer son coeur: si vous le possédez bien, vous serez toujours
+heureuse. Rendez-lui sa maison agréable, qu'il y retrouve toujours une
+femme empressée à lui plaire, occupée de ses devoirs, de ses enfants,
+et vous gagnerez par là sa confiance; et si une fois vous l'avez bien,
+vous ferez, avec l'esprit que le Ciel vous a donné, et un peu
+d'adresse, tout ce que vous voudrez. Mais, ma chère enfant, songez
+avant tout à sanctifier toutes vos bonnes qualités par un grand amour
+pour Dieu; pratiquez votre religion, vous y trouverez une force, des
+ressources dans toutes vos peines, des consolations qu'elle seule peut
+faire goûter. Ah! y a-t-il un bonheur plus grand que celui d'être
+toujours bien avec sa conscience? Conservez-le, ce bonheur, et vous
+verrez que les tourments de la vie sont bien peu de chose comparés
+avec les tourments qu'éprouvent les gens livrés à toutes les passions.
+Que la dévotion de votre belle-mère ne vous en dégoûte pas: il est des
+gens à qui le Ciel n'accorde pas la grâce de la connoître sous son
+vrai jour; il faut prier que le Ciel l'éclaire. Je suis bien aise que
+votre mari connoisse ses défauts, mais je serois fâchée que par des
+plaisanteries ou autrement vous les lui fassiez remarquer. Pardon, mon
+coeur, de tout mon bavardage; mais je vous aime trop pour ne pas vous
+dire tout ce que je crois utile à votre bonheur. Vous me dites, avec
+toute l'amabilité dont vous êtes capable, que si vous valez quelque
+chose vous me le devez; prenez-y garde, c'est m'encourager à vous
+ennuyer encore.
+
+Mandez-moi si vous avez reçu une lettre de moi, que je vous ai écrite
+peu de jours après la Fédération; il y en avoit une pour votre
+belle-mère: comme c'est une occasion, elle a été longtemps en chemin.
+Adieu, mon coeur, écrivez-moi tant que vous en aurez le désir. Si vous
+avez besoin d'ouvrir votre coeur, ouvrez-le-moi, et croyez que vous ne
+pouvez pas vous adresser à quelqu'un qui vous aime plus tendrement que
+moi. Vous me manderez votre adresse. J'oubliois de vous répondre pour
+M. d'A. Ne pouvant, vu la position de mes affaires, rien faire pour
+lui dans ce moment, je désire que vous priiez la personne qui vous en
+a parlé, s'il se trouvoit dans une position plus critique, qu'il est
+toujours à craindre que les circonstances amènent, de vous le mander;
+pour lors je ferois ce qu'il me seroit possible, et cela seroit plus
+naturel que de leur envoyer de but en blanc, je craindrois que leur
+amour-propre n'en fût choqué. Dites à votre mari de ma part que
+j'espère que votre économie, et la sienne, fera qu'au printemps je
+pourrai avoir le plaisir de vous voir. Recommandez-lui aussi de me
+donner de vos nouvelles dès que vous serez accouchée. J'embrasse vous
+et votre fils de tout mon coeur.
+
+Dites bien des choses à votre belle-mère; je lui écrirai dans peu.
+Bombe se porte bien. Je suis bien fâchée que le mariage de Pauline ne
+se fasse pas.
+
+ * * * * *
+
+XXV.
+
+A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS.
+
+ Ce 27 septembre 1790.
+
+Te voilà donc à Genève, mon coeur, te voilà à seize lieues de tes
+parents, et ne pouvant pas y aller; je conçois la peine que cela te
+fait, mais je suis enchantée du courage que tu y as mis. Qu'il est
+bien fait d'éviter par des plaintes inutiles de mettre du froid,
+souvent de l'humeur, dans le ménage: une femme doit tout sacrifier
+pour que la paix y règne, et voilà ce que Démon commence à sentir;
+cela me fait un plaisir extrême, car j'aime Démon de tout mon coeur;
+je désire la voir heureuse, mais je veux par-dessus tout la savoir
+remplissant bien tous ses devoirs, ayant une bonne conduite, ferme et
+réfléchie, qui la mette dans le cas de n'avoir jamais de remords; et
+pour lors je serai assurée de son bonheur, parce qu'il consiste,
+par-dessus tout, dans la paix de la conscience, et qu'avec l'aide de
+Dieu, lorsque la conscience ne reproche rien, on supporte facilement
+les peines et les contrariétés dont ce monde est semé. Je ne vous
+gronderai pas, mon petit Démon, d'avoir le coeur serré, il est des
+occasions où il est difficile de lui faire violence, mais j'espérerai
+toujours qu'un courage chrétien vous mettra dans le cas de ne pas le
+montrer. Votre devoir vous fait la loi de respecter les volontés de
+votre mari, soumettez-vous-y, et n'employez jamais vis-à-vis de lui
+d'autres armes que celles de la persuasion.
+
+Non, mon coeur, jamais je ne pourrai assimiler vos sentiments avec
+ceux de la personne dont vous me parlez; je ne doute pas de votre
+attachement, j'aime à croire que vous ne changerez jamais, et me fais
+un plaisir de penser que sous tous les rapports votre conduite me
+mettra dans le cas de vous aimer toujours. Ce seroit une vraie peine
+pour moi d'être obligée de changer; mais, mon coeur, si vous mettez
+quelque prix à mon amitié, songez que c'est à votre bonne conduite que
+vous la devrez. Si vous trouvez une occasion, mandez-moi, je vous en
+prie, ce qui vous a fait quitter si brusquement les Fraises; si vous
+avez eu quelques torts de vivacité, ayez la bonne foi de me les
+avouer, et mandez-moi un peu comment vous êtes avec votre mari. Si je
+vous fais des questions indiscrètes, pardonnez-les, mon coeur, à
+l'intérêt que je prends à tout ce qui vous touche. Vous ferez bien de
+nourrir votre fille (car je suis convaincue que vous en aurez une);
+ménagez-vous bien, calmez votre sang autant que possible, n'exagérez
+en rien l'éducation physique que vous lui donnerez, suivez les
+conseils des gens sages et éclairés, et surtout apprenez à tenir un
+enfant, car au premier jour vous l'étoufferez si vous n'avez pas plus
+de talent que vous n'en aviez pour Stani[177]. Il est bien gentil de
+penser à moi; j'espère que ta petite m'aimera un peu, à l'exemple de
+son frère.
+
+[Note 177: Stanislas, l'aîné de ses enfants, filleul de _Monsieur_ et
+de Madame Élisabeth.]
+
+Que vous faites bien, mon coeur, de ne chercher à vous lier qu'avec
+des femmes raisonnables! Rien de plus dangereux pour une jeune
+personne que des femmes qui n'ont pas de très-bons principes, rien ne
+les perd plus vite. Adieu, mon coeur, je vous embrasse bien
+tendrement; donnez-moi souvent de vos nouvelles.
+
+A propos, j'oubliois de vous dire que l'on est très-sévère pour la
+femme dont nous parlions plus haut; ses principes du moment sont
+mauvais, mais je crois sa conduite intérieure intacte; elle est
+inconséquente, voilà ce qui la perdra de réputation, mais je crois
+pouvoir répondre que son coeur est pur et droit.
+
+ * * * * *
+
+XXVI.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Ce 2 décembre 1790.
+
+Je profite, ma Bombe, du départ de l'ambassadeur[178] pour causer un
+petit moment avec toi, pour gémir sur les malheurs de ma patrie et sur
+le peu de remède qui se présente. La religion plus attaquée que jamais
+me donne lieu de craindre que Dieu ne nous abandonne totalement. On
+dit que les provinces souffrent avec peine l'exécution des décrets sur
+la cessation du service divin dans les cathédrales, mais avec cela
+elles sont fermées. Il en est ainsi de tout: on gémit, mais le mal ne
+s'en opère pas moins. De temps en temps la Providence nous ménage
+quelques rayons d'espoir, mais leur lumière est bien vite effacée.
+Mais ne nous livrons pas à des idées si tristes, parlons de l'oncle de
+la petite-fille de Vitry[179] que tu connois. Sa position est toujours
+critique; il paroît que son commerce se remettroit si ses parents
+vouloient l'aider, mais il a affaire à des gens peu confiants, et ce
+défaut-là est tellement dans leur caractère, qu'ils ne confieroient
+pas la moindre lettre de change aux gens les plus habiles pour la
+faire valoir. J'en ai encore la triste expérience sous mes yeux, et
+cela me fait de la peine, parce que tu sais combien je m'intéresse à
+eux. Et puis, je sens que l'oncle doit être fatigué et ennuyé à
+l'excès de voir sa maison de banque ruinée. Il pouvoit chercher
+d'autres amis que ses parents pour demander conseil, et comme la plus
+grande partie de l'héritage qu'il attend vient d'eux, il seroit ruiné
+à pure perte. Tout cela est affligeant. De tout côté, l'on voit des
+familles dans la désolation, pour les affaires publiques et
+particulières. Bon Dieu, dans quel temps nous avez-vous fait naître!
+Moi qui, il y a quelques années, me réjouissois de n'être pas née dans
+le siècle passé! Grand Dieu! que les lumières des hommes sont bornées,
+même dans les choses qui paroissent les plus simples!
+
+[Note 178: M. de Bombelles retournait à son poste.]
+
+[Note 179: L'Empereur. (_Note de M. de Bombelles._)]
+
+Je n'ai pas été inquiète, comme je l'aurois pu, des dangers qu'a
+courus mon frère; tu sais qu'en général je ne crois au mal que
+lorsqu'il est fait. J'ai conservé ce caractère, quoiqu'une triste
+expérience eût dû me rendre plus craintive. Je crois que c'est une
+grâce du Ciel, car sans cela je n'existerois pas. Il a préservé ma
+famille de tant de maux que je serois ingrate si n'avois pas toute
+confiance en lui. Adieu, ma petite; prie-le bien pour le moment
+présent et pour l'avenir. Mais demande-lui par-dessus tout que la foi
+soit conservée dans ce royaume, et qu'il éloigne de nous les schismes
+qui nous menacent. Adieu, je t'aime de tout mon coeur, et suis par
+conséquent charmée de te savoir bien loin; c'est un des effets de la
+révolution.
+
+Dites à la comtesse D.[180], en cas que cette lettre arrive avant
+celle que je lui écrirai lundi, qu'elle va être payée de ses
+appointements, mais qu'il faudroit qu'elle chargeât quelqu'un de sûr
+de recevoir pour elle, de manière que ses créanciers ne puissent pas
+s'emparer de cet argent.
+
+[Note 180: Diane de Polignac, dame d'honneur de Madame Élisabeth.
+(_Note de M. de Bombelles._)]
+
+ * * * * *
+
+XXVII.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ 30 décembre 1790.
+
+Je vois d'ici _ta perfection_ étant dans une douleur mortelle de
+l'acceptation que le Roi vient de donner. Dieu nous réservoit ce coup:
+qu'il soit le dernier, et qu'il ne permette pas que le schisme
+s'établisse. Voilà tout ce que je demande. La réponse du Pape n'est
+point arrivée, je crois; elle est bien intéressante. Au reste, mon
+coeur, cette acceptation a été donnée le jour de saint Étienne.
+Apparemment que ce bienheureux martyr doit être maintenant notre
+modèle. Tu sais que je n'ai point d'horreur pour les coups de pierres;
+ainsi cela m'arrange assez. On dit qu'il y a sept curés de Paris qui
+ont prêté le serment. Je ne croyois pas que le nombre fut aussi
+considérable. Tout cela fait un très-mauvais effet dans mon âme; car,
+loin de me rendre dévote, cela m'ôte tout espoir que la colère de Dieu
+s'apaise. Tu sens bien que ton curé est bien décidé à suivre la loi de
+l'Évangile, et non celle que l'on veut établir. On dit qu'un membre de
+la commune a voulu gagner celui de Sainte-Marguerite, en lui disant
+que l'estime que l'on avoit pour lui, la prépondérance qu'il avoit
+dans le monde, seroient capables de ramener la paix en entraînant les
+esprits. Le curé lui a répondu: «Monsieur, c'est par toutes les
+raisons que vous venez de me donner que je ne prêterai pas le serment,
+et que je n'agirai pas contre ma conscience.» Une chose que ceci m'a
+fait découvrir et qui fait horreur, c'est combien les curés de
+campagne sont peu instruits.
+
+Je suis confondue de ce que tu m'as mandé de la part de ton mari.
+Tâche de me dire que tu lui as donné cet ordre. Ses affaires ne vont
+pas bien. La personne qui lui a fait connoître celui qui devoit lui
+faire faire cette acquisition lui a envoyé trois paquets avec prière
+d'en accuser réception. Il n'en a pas entendu parler. Demande-lui si
+c'est qu'il ne les a pas reçus, et réponds-moi, parce que je le dirai
+à la personne intéressée.
+
+Adieu, je vous embrasse de tout mon coeur et vous aime de même.
+
+ * * * * *
+
+XXVIII.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ Ce 7 janvier 1791.
+
+Des gens plus diligents que moi vous auront sûrement mandé ce qui
+s'est passé à l'Assemblée mardi: enfin, mon coeur, la Religion s'est
+rendue maîtresse de la peur. Dieu a parlé au coeur des évêques et des
+curés. Ils ont senti tout ce que leur caractère leur inspiroit de
+devoirs, ils ont déclaré qu'ils ne prêteroient pas le serment. Pour le
+moins vingt du côté de gauche se sont rétractés; on n'a pas voulu les
+écouter. Mais Dieu les voyoit, et leur aura pardonné une erreur causée
+par toutes les voies de séduction dont il est possible de se servir.
+Un curé du côté gauche a mis beaucoup de fermeté pour ne pas le
+prêter. On dit que cette journée désappointe bien des gens: tant pis
+pour eux; ils n'ont que ce qu'ils méritent; mais ce qu'il y a de
+triste, c'est qu'ils s'en vengeront, Dieu seul sait comment. Qu'il ne
+nous abandonne pas tout à fait, voilà à quoi nous devons borner nos
+voeux. Je n'ai point de goût pour les martyres; mais je sens que je
+serois très-aise d'avoir la certitude de le souffrir plutôt que
+d'abandonner le moindre article de ma foi. J'espère que si j'y suis
+destinée, Dieu m'en donnera la force. Il est si bon, si bon! C'est un
+père si occupé du véritable bonheur de ses enfants, que nous devons
+avoir toute confiance en lui. As-tu été touchée, le jour des Rois, de
+la bonté de Dieu qui appela les gentils à lui dans ce moment? Ces
+gentils, c'étoit nous. Remercions-le donc bien; soyons fidèles à notre
+foi; ranimons-la; ne perdons jamais de vue ce que nous lui devons, et
+sur tout le reste abandonnons-nous avec une confiance vraiment
+filiale.
+
+J'ai eu, ces jours-ci, une peine bien réelle, que tu partageras sans
+doute: cette pauvre madame de Cimery[181] qui, comme tu sais, avoit
+mal au sein depuis cinq semaines, étoit presque alitée; dans la nuit
+du dimanche au lundi, son âme, après avoir reçu le matin son Créateur,
+a été prendre sa place dans le ciel; car j'espère bien qu'elle est
+heureuse, et qu'elle a reçu la récompense d'une vie entière de vertu
+et de malheur.
+
+[Note 181: Première femme de chambre de la princesse; elle était de
+son nom mademoiselle Antoinette-Jacqueline Brochet.]
+
+Je la regrette vivement: elle étoit d'une grande ressource pour moi;
+et jamais je ne la pourrai remplacer, non pas pour les qualités que je
+puis désirer dans une première femme, mais dans celles qui convenoient
+à mon coeur, à mon esprit et à mes sentiments. Je la regrette comme
+mon amie, mais je la crois heureuse, et cette idée me console.
+
+ * * * * *
+
+XXIX.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Ce 24 janvier 1791.
+
+Enfin, ma Bombe, nous voilà arrivées à l'instant où il faut que je te
+dise ma façon de penser sur la conduite de ton mari. La délicatesse
+de ma conscience m'a empêchée jusqu'à ce moment de t'en parler. Tes
+parents, comme tu sais, désiroient vivement que ton mari se soumît à
+l'ordre de l'Assemblée et du Roi. L'état des affaires de ton mari
+pouvoit être d'un si grand poids, qu'il me paroissoit possible qu'il
+pût l'emporter sur les considérations qui ont décidé ton mari.
+D'autres parleroient de tes quatre enfants. Le sort qui les attend est
+cruel; mais j'avoue que lorsqu'il s'agit d'un serment que la
+conscience, l'opinion, l'attachement à ses maîtres dément, je ne
+trouve pas que leur infortune doive empêcher de le refuser. Il n'y a
+donc que ses dettes qui eussent pu l'engager à le prêter. Par elles,
+il se voyoit forcé; et comme il ne juroit que ce que le Roi a juré
+lui-même, et doit jurer de nouveau à la fin de la Constitution, il
+auroit été possible que ton mari imitât son maître, et suivît le sort
+qui entraîne les malheureux François. Des théologiens ont cette
+opinion. Je crois donc que cela eût été possible. Mais je t'avoue que
+si ton mari avoit seulement eu dix mille livres de rente, je n'aurois
+pas balancé à lui conseiller le refus le plus formel. Tu vois par tout
+ce que je te mande que je ne suis pas bien décidée sur ce que j'aurois
+fait à sa place. L'antique honneur, un certain esprit de noblesse
+chevaleresque qui ne mourra jamais dans les coeurs françois, me font
+estimer l'action de ton mari. Mais le risque qu'il court de manquer à
+ses créanciers, et le scrupule de jurer de maintenir de tout son
+pouvoir ce que dans le fond de l'âme on maudit journellement, tout
+cela se combat si vivement dans mon âme, qu'il ne me reste que la
+possibilité de partager les peines que tu vas éprouver, et d'être
+occupée de ce que tu vas devenir. Comment tes pauvres enfants
+s'habitueront-ils au mal-être, après avoir été élevés dans l'aisance?
+et puis le regret de ne pouvoir faire pour toi tout ce que mon coeur
+me dicte! Mais, ma petite, parle-moi toujours franchement de ta
+position, et sois sûre que je ferai tous les sacrifices possibles pour
+te la rendre moins désagréable. Je ne te promets pas de donner à ta
+pauvre Coty ce que tu lui donnois; mais sois sûre que je la secourrai
+le plus que je pourrai. J'espère que ton mari et toi conserverez la
+paix, la résignation et la douceur chrétiennes qui seules peuvent
+faire soutenir le malheur présent et ceux que l'on craint. Mon frère
+me dit un bien extrême de toi et de ton mari. Il est gentil, mon
+frère; il m'a écrit en arrivant; cela m'a fait bien plaisir. Mais je
+suis désolée de la longueur que les lettres mettent à arriver. Comme
+cela, on n'est plus au courant sur rien. Nous avons eu un peu de bruit
+aujourd'hui à la barrière de la Villette. Il y a eu un combat entre
+des chasseurs et des contrebandiers. Il y a trois hommes de tués, et à
+peu près douze blessés. On prétend que le peuple ne veut plus de
+barrières; cela ne laisseroit pas que d'embarrasser l'Assemblée sur le
+chapitre des impôts. Adieu, ma petite. Je t'embrasse de tout mon coeur
+et t'aime de même. Je laisse à ta mère à te rendre compte de sa
+conversation avec ton ministre.
+
+Envoie cette lettre à mon frère, s'il n'est plus avec toi.
+
+ * * * * *
+
+XXX.
+
+A MADAME DES MONTIERS[182].
+
+[Note 182: La reproduction de cette lettre est interdite.]
+
+ Ce 11 février 1791.
+
+Vous êtes bien aimable, mon Démon, de m'avoir donné de vos nouvelles
+le plus tôt que vous avez pu. Je suis charmée que votre couche ait été
+aussi heureuse, et qu'à ça près d'un peu de mal à la poitrine, vous
+soyez contente de votre santé. Je ne suis pas fâchée que vous n'ayez
+pas nourri, peut-être cette entreprise eût-elle été trop forte pour
+vous. Votre Adolphe est-il nourri chez vous, le voyez-vous souvent,
+vous sentez-vous déjà de la tendresse pour lui? Stani n'en est-il pas
+jaloux? Je sens, mon coeur, la peine très-réelle que vous avez
+éprouvée de n'avoir pas votre mère à vos couches; je la partage par
+toute l'amitié que j'ai pour vous, mais je vous félicite en même temps
+d'avoir eu assez d'empire sur vous pour n'en pas parler, et quoique
+vous en disiez, j'espère que ce sacrifice vous vaudra quelque grâce du
+Ciel. Vous êtes faite pour être bonne chrétienne, mon coeur; les
+malheurs publics et un peu les particuliers doivent vous déterminer à
+prendre ce parti, le meilleur de tous. Je crois vous l'avoir déjà
+mandé, votre mari vous aime, mais il est jaloux des sentiments que
+vous avez pour vos parents; il ne s'agit, pour vous rendre heureuse,
+que de faire vos efforts pour le convaincre que ces sentiments ne
+nuisent nullement à ceux que vous avez pour lui. Vous avez de
+l'esprit, employez-le à cela, et je vous réponds qu'après quelque
+temps d'épreuve vous finirez par être beaucoup plus heureuse que vous
+ne pouvez vous en flatter à présent. Que votre mère s'y prête en
+oubliant les torts de son gendre; un esprit du genre du sien ne peut
+être ramené que par la douceur et un oubli total des torts que son
+amour-propre lui reproche, et dont ce même amour-propre l'empêche de
+convenir. Mais votre conduite, vos complaisances adoucissant ce
+sentiment en lui, et le mettant à son aise avec vous, l'amèneront sans
+qu'il s'en doute à avoir en vous la confiance qu'une conduite sage et
+réfléchie vous aura méritée. Je voudrois pouvoir hâter ce moment; mes
+voeux sont bien vrais pour votre bonheur, et j'aime à être convaincue
+que vous serez heureuse un jour comme vous le mériterez.
+
+Est-il vrai que madame de Staël a demandé publiquement pardon à sa
+mère, à un prêche, de s'être mariée contre son gré? Avez-vous du monde
+qui vous convienne à Genève? Mandez-moi un peu avec qui vous êtes
+liée, et si la vie que vous menez est un peu plus agréable. Votre
+belle-mère me marque que vous allez faire fondre cette grosseur que
+vous avez au cou. Si vous prenez ce parti, ménagez-vous pendant
+longtemps, mon coeur. Ne prendrez-vous pas aussi quelque chose pour
+votre poitrine? Donnez-moi des nouvelles de tout cela. Adieu, mon
+coeur, croyez à la vérité de mon amitié pour vous, au désir que j'ai
+de vous revoir, et au regret que m'inspire l'incertitude du moment où
+j'aurai ce plaisir. Je vous embrasse de tout mon coeur.
+
+ * * * * *
+
+XXXI.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ Ce 12 février 1791.
+
+Je ne t'écris qu'un petit mot aujourd'hui: 1º l'heure de la poste me
+presse; 2º je vais monter à cheval avec la Reine et Lastic à ce triste
+bois de Boulogne. Mais il fait un si beau temps, que cela le rendra
+peut-être un peu plus gai. Je crois l'hiver tout à fait passé, et je
+m'en réjouis, autant que l'on peut prendre part au beau temps dans le
+château des Tuileries. Mes tantes partent de lundi en huit, malgré
+toutes les motions faites au Palais-Royal et au club des Jacobins
+établi à Sèvres. On dit qu'elles seront arrêtées et fouillées en
+chemin; c'est un petit mal auquel je ne crois pas. Je pense que cela a
+été beaucoup dit pour les effrayer et les empêcher de partir; mais
+heureusement on n'en est pas venu à bout. Je ne sais si je t'ai mandé
+que l'abbé Madier alloit avec elles: il partira huit jours après
+elles. Pense un peu, mon coeur, aux angoisses où je serai, la première
+fois que je m'adresserai à un autre prêtre, moi qui ai toujours été à
+l'abbé Madier depuis l'âge de neuf ou dix ans. Je suis à peu près
+décidée: je crois que je prendrai le confesseur de madame
+Doudeauville: on en dit beaucoup de bien, et j'espère qu'il n'est ni
+trop doux ni trop sévère. Je te manderai ce qui en est lorsque j'y
+aurai été. Je suis convaincue que tu enrages un peu dans le fond de
+l'âme de ce que je ne pense pas à ton curé, et tu vas croire que c'est
+parce que je l'ai vu; non, point du tout, c'est tout simplement parce
+que je ne crois pas qu'il me convînt; et puis, dans ce moment, j'aime
+mieux avoir un confesseur dont on parle moins, et que je puisse
+espérer de garder. Au reste, je sens que je vais trôler mon âme de
+confesseur en confesseur, ce qui ne laisse pas que de me déplaire,
+quoique j'en aie bonne envie. Devine, si tu peux, cette énigme. Sur
+ce, je te souhaite le bonsoir, et t'embrasse de tout mon coeur. Je ne
+sais plus quand tu accouches: mande-le-moi.
+
+Dis bien des choses au maréchal de Broglie de ma part, et assure-le de
+l'estime que j'ai pour ses vertus. Parle aussi de moi à ta princesse.
+
+ * * * * *
+
+XXXII.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ Ce 15 février 1791.
+
+J'ai reçu toutes tes lettres, ma pauvre Rage; celle du 25 ne m'est
+parvenue qu'hier, et celle du 7 avant-hier. Mais, avant que d'y
+répondre, il faut que je te demande mille fois pardon de ne t'avoir
+pas écrit depuis dimanche, pour te donner des nouvelles de ton curé;
+mais, par étourderie, je me suis persuadée que la poste partoit le
+dimanche au lieu du lundi. Et jeudi, j'ai eu plusieurs choses à faire
+dans la matinée; l'heure de la poste s'est passée, et je n'ai plus eu
+la possibilité que de me livrer à des regrets. Aussi, aujourd'hui je
+m'y prends à sept heures du matin, pour être bien sûre de n'y pas
+manquer. Lundi, je t'écrirai aussi; mais je puis te dire d'avance
+qu'il ne se passera rien de fâcheux. Ton curé dira la messe de bonne
+heure, et ne fera pas le prône. Les gros bonnets de la paroisse n'y
+seront pas non plus. Il y a un moine qui prêche dans la paroisse, qui
+a proposé au curé de faire le prône, pour empêcher les prêtres de
+courir des risques. Il disoit au curé que si on le tuoit, il n'y
+auroit pas grand mal à cela. C'est un des jeunes prêtres de la
+paroisse qui prêchera. On m'a dit son nom, mais je l'ai oublié.
+
+Toute la communauté a été parfaite pour le curé, et ne l'a pas quitté
+tant qu'il a été dans l'église et la sacristie.
+
+Je suis désolée, mon coeur, de la peur indigne que vous a faite M. Le
+Blond[183]. Nous sommes loin encore de toutes les idées qu'il t'a fait
+venir; je suis bien aise que ton enfant ne s'en soit pas ressenti. Si
+tu n'as pas de bon accoucheur, pourquoi ne ferois-tu pas venir M.
+Piron? C'est une dépense, il est vrai; mais pour ta santé et celle de
+ton enfant, il me semble que tu dois te la permettre. Je suis bien
+fâchée d'être si loin de toi, et de ne pouvoir me permettre de causer
+comme je le voudrois pour toi; mais, mon coeur, calme-toi. Je conçois
+que cette proposition paroisse difficile, mais cela est nécessaire. Tu
+te brûles le sang, tu te rends plus malheureuse encore que tu ne
+devrois: tout cela, mon coeur, n'est pas dans l'ordre de la
+Providence. Il faut se soumettre à ses décrets; il faut que cette
+soumission nous porte au calme, sans cela elle n'est que sur nos
+lèvres et non dans notre coeur.
+
+[Note 183: Il est question de M. Le Blond au premier livre de cet
+ouvrage comme donnant des leçons d'histoire et de géographie à Madame
+Élisabeth.]
+
+Lorsque Jésus-Christ fut trahi, abandonné, il n'y eut que son coeur
+qui souffrit de tant d'outrages; son extérieur étoit calme, et
+prouvoit que Dieu étoit vraiment en lui. Nous devons l'imiter, et Dieu
+doit être en nous. Ainsi, mon coeur, calmez-vous, soumettez-vous, et
+adorez en paix les décrets de la Providence, sans vous permettre de
+porter vos regards sur un avenir affreux pour quiconque ne voit
+qu'avec des yeux humains. Mais heureusement vous n'êtes pas dans ce
+cas-là; et Dieu vous a trop comblée de grâces pour que vous ne mettiez
+pas votre vertu à attendre patiemment la fin de sa colère.
+
+Quant à moi, mon coeur, je suis loin d'être dans votre position. Je ne
+dirai pas que la vertu en soit cause; mais, plus à portée des
+consolations, au milieu de beaucoup de peines, d'inquiétudes, je suis
+calme, et j'espère une éternité heureuse. Ne me crois ni folle ni
+gourmande. J'aime à bien dîner, mais j'aime pourtant encore autre
+chose. Quant à ce que tu me marques sur moi, crois, mon coeur, que je
+ne manquerai jamais à l'honneur, et que je saurai toujours remplir les
+obligations que m'imposent mes principes, ma position, ma réputation;
+et j'espère que Dieu me donnera la lumière nécessaire pour me conduire
+toujours sagement, et ne pas m'écarter de la voie qu'il m'a tracée.
+Mais pour juger de tout cela, mon coeur, il faudroit être près de moi.
+De loin, un acte de chevalerie enchante; vu de près, il n'est souvent
+qu'un mouvement de dépit ou de quelque autre sentiment qui ne vaut pas
+mieux aux yeux des gens sages.
+
+J'ai donné à madame Navarre la place de madame de Cimery. Il m'en
+coûte beaucoup de lui voir prendre son service. Jusqu'à ce moment, il
+me semble que l'autre existe encore; et c'est une si grande perte pour
+moi, que je voudrois me faire illusion le plus possible. Madame
+Navarre est celle de mes femmes qui me convient le mieux; mais ce
+n'est pas et ce ne sera jamais madame de Cimery, car elle réunissoit
+tout. Adieu, mon coeur, je vous embrasse bien tendrement, et vous
+souhaite calme, patience, résignation, courage et confiance. C'est une
+étourderie de cet homme qui est si beau qui l'a forcé de prendre le
+parti qu'il a pris.
+
+Quant aux deux êtres que vous et d'autres redoutez tant, on a tort de
+les croire dans la position que l'on dit: cela n'existera jamais; mais
+j'avoue qu'ils ont toutes les apparences pour eux[184].
+
+[Note 184: Deux députés du côté gauche, que l'excès du mal ramenait à
+de meilleurs principes, et qui avaient eu aux Tuileries des
+conférences pour concerter ce qu'ils voulaient ou pouvaient faire.
+Madame Élisabeth repousse les idées que la méchanceté voulait attacher
+à ces entretiens. (_Note de M. Ferrand._)
+
+Ces deux députés étaient Danton et Guadet. (Voir _Louis XVII_, tome
+1er, livre V, p. 227, 6e édition, in-8º.--Henri Plon.)]
+
+On n'a pas demandé d'augmentation de chevaux pour moi. Ce qui peut
+avoir donné lieu à ce que l'on vous a dit, c'est que je veux avoir
+toujours un page et un écuyer avec moi; je trouve que cela doit être;
+mais cela ne convenoit pas aux gens de l'écurie, ce dont je me moque,
+trouvant indécent d'être avec des piqueurs dans ce moment-ci.
+
+ * * * * *
+
+XXXIII.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Ce 28 février 1791.
+
+Tu sais sans doute que mes tantes sont parties. Tu sais sans doute
+qu'elles ont été arrêtées à Arnay-le-Duc. Tu sais sans doute que
+_Monsieur_ a eu la visite, mardi dernier, des filles de la rue
+Saint-Honoré et de leur société, qui l'ont prié de ne pas sortir du
+royaume. Tu sais sans doute que jeudi, jour où l'on a appris que mes
+tantes étoient arrêtées, l'Assemblée a rendu un décret qui disoit que
+Arnay-le-Duc avoit eu tort, et que le pouvoir exécutif seroit supplié
+de donner des ordres pour qu'elles pussent continuer leur route. Tu
+sais sans doute que les chefs des Jacobins n'étant pas de cet avis, et
+voulant que le président engageât le Roi à les faire revenir, une
+foule de badauds s'est portée sous les fenêtres du Roi, parmi laquelle
+il y avoit peut-être une centaine de femmes qui se sont égosillées
+pendant quatre heures pour voir le Roi et lui faire la même demande
+que les Jacobins. Mais le Roi n'ayant pas paru, et la garde ayant fait
+une très-bonne contenance, il a bien fallu, lorsque l'on a eu la
+permission de la municipalité de repousser la force par la force, que
+le peuple cédât. A peine le tambour a-t-il paru sur la terrasse, que
+tout le monde a pris la fuite. M. de La Fayette et la garde se sont
+conduits parfaitement bien. Le château étoit comble de gens qui
+étoient pleins de bonne volonté. Le Roi a parlé avec force à M.
+Bailly. Enfin tout s'est passé le mieux du monde. Aussi hier n'y
+a-t-il jamais eu tant de monde chez le Roi et chez la Reine. Il y
+avoit longtemps que nous étions un peu seules au jeu; mais, hier, il
+étoit superbe. Je ne puis vous rendre le plaisir que j'ai éprouvé. Ah!
+mon coeur, le sang françois est toujours le même: on lui a donné une
+dose d'opium bien forte; mais elle n'a pas attaqué le fond de leur
+coeur. Il n'est point glacé, et l'on aura beau faire, il ne changera
+jamais. Pour moi, je sens que, depuis trois jours, j'aime ma patrie
+mille fois davantage.
+
+Tout ce que tu me mandes de ton mari me fait grand plaisir. Ah! s'il
+peut parvenir à se débarrasser de l'empirique qui donne de si
+mauvaises drogues[185], cela seroit bien heureux. Les nouvelles que
+j'ai reçues de ses amis éloignés me font craindre qu'il ne le puisse
+pas. Le printemps avance beaucoup; sa santé pourroit bien s'en
+ressentir. A cette époque, les humeurs sont toujours bien plus en
+mouvement, et comme il n'a pas l'habitude de l'exercice, je crains
+qu'elles ne lui jouent un mauvais tour. Convenez qu'il n'y auroit pas
+pour lui de meilleur remède; mais lorsque l'on a été élevé à Paris,
+il semble que l'on soit destiné à ne faire jamais usage de ses jambes.
+Je sens même que, sans y être élevé, pour peu que l'on l'habite, on
+perd le goût de la promenade, ou, pour mieux dire, l'usage.
+
+[Note 185: C'est de M. de Calonne que Madame Élisabeth entend parler
+ici.]
+
+Voilà ta petite belle-soeur débarrassée d'une partie de sa nombreuse
+compagnie. M. le prince de C.[186] est à Worms, et sa fille doit le
+joindre dès qu'elle sera guérie.
+
+[Note 186: Le prince de Condé.]
+
+Notre pauvre Saint-Cyr est plus que jamais dans la position la plus
+critique. On vend leur bien. Ta mère y a été la semaine passée; moi,
+je profiterai d'un jour calme pour y aller: j'en ai envie, et cela me
+coûtera horriblement. Il n'y a rien de pis que de n'avoir aucune
+consolation à présenter à des gens aussi malheureux. Adieu, je vous
+embrasse, ma chère Bombe, et vous aime du plus tendre de mon coeur.
+
+Vous ai-je dit que l'abbé Madier alloit à Rome? La semaine prochaine
+je ferai une nouvelle connoissance, ce qui ne me fait pas grand
+plaisir.
+
+Je crains fort que l'oncle de la petite de Vitry ne se joigne à son
+ami avant que celui-ci ait fait les premières avances. Il seroit
+pourtant bien avantageux qu'il pût venir le voir venir: tout le monde
+le désire; et moi, l'intérêt que j'y prends me le fait souhaiter pour
+son bonheur.
+
+ Ce 1er.
+
+Nous avons eu du train hier. Les gens de bonne volonté, à force d'en
+avoir, ont trouvé le moyen de déplaire à la garde, qui étoit
+parfaitement disposée pour le Roi. On a voulu détruire Vincennes; mais
+la garde est arrivée à temps pour l'empêcher. Tout est calme ce matin.
+Nous nous portons tous bien. L'heure de la poste m'empêche d'entrer
+dans tous les détails que tu pourrois désirer; mais sois tranquille,
+tout est bien.
+
+ * * * * *
+
+XXXIV.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ 11 mars 1791.
+
+J'ai reçu ta lettre, qui ne me fait pas grand plaisir; je ne sais rien
+de ce que tu me mandes. Depuis longtemps, je n'avois point eu de
+nouvelles détaillées, et ce n'étoit qu'à force d'esprit que j'étois au
+courant. Cependant j'approuvois tout ce que tu me mandes. Si tu peux
+entrer un peu en détails sur tout ce que tu pourras; si ton mari est
+avec toi, qu'il écrive sous ta dictée, parce que cela te fatigue.
+Est-ce que tu n'as pas reçu mes crayons? Le Roi est malade depuis huit
+jours: la scène de lundi y a bien contribué[187]. Il va mieux. Adieu,
+je t'embrasse de tout mon coeur.
+
+[Note 187: Les ressorts qui faisaient mouvoir le peuple l'avaient
+dirigé, le lundi 28 février, vers le donjon de Vincennes. Depuis la
+prise de la Bastille, on ne voulait plus de prisons royales: en
+conséquence, rien ne paraissait plus sage et plus juste que de
+détruire celle-là aussi bien que les autres. Pendant que La Fayette se
+portait avec la troupe à la défense du donjon, un flot de peuple
+envahissait le château des Tuileries, d'où l'on tentait, criaient-ils,
+d'enlever le Roi pour le conduire à Metz. De leur côté, environ quatre
+cents jeunes gens armés s'étaient donné rendez-vous au château,
+croyant le Roi en danger. Cette échauffourée reçut le nom de _Journée
+des poignards_.]
+
+ * * * * *
+
+XXXV.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ Ce 3 avril 1791.
+
+Je t'écris dans un moment bien satisfaisant pour quiconque croit en
+Dieu et en son Église. Les curés intrus sont établis ce matin. J'ai
+entendu toutes les cloches de Saint-Roch. Je ne puis vous dissimuler
+que cela m'a mise dans une fureur affreuse; et puis je ne suis pas
+contente de moi. J'aurois dû me piquer de dévotion aujourd'hui, pour
+au moins réparer un peu tout ce que l'on fait contre Dieu: ne
+v'là-t-il pas qu'au lieu de cela j'ai été pis qu'une bûche! Je ne sais
+pas comment le bon Dieu fera pour me sauver, car je ne m'y prête
+guère. Le curé de Saint-Roch a dit sa messe à cinq heures et demie; il
+y a eu beaucoup de communions. Il a fait un fort beau discours, où il
+a parlé de la persécution. Les gens qui communioient étoient fort
+touchés. Sais-tu que Loustonneau est devenu un petit saint? Cela me
+fait plaisir; c'est là le fruit de la charité qu'il a toute sa vie
+exercée. Sais-tu que M. de Bonnay va à confesse au curé, et qu'il est
+dans la grande voie? Cela me fait encore bien plaisir. Tout ceci fait
+rentrer bien des gens en eux-mêmes. Je vois tout ce qui est répandu
+dans la bonne compagnie penser à merveille. J'ai causé, l'autre jour,
+avec M. de Nivernois sur la religion, et j'en fus parfaitement
+contente. Madame de Mirepoix est devenue très-pieuse. La petite de
+Maillé va à merveille; mais malheureusement le peuple et le bourgeois
+ne vont pas si bien. Il y en a beaucoup qui sont affligés, mais ce qui
+paroît, ce qui fait nombre, est bien mauvais. L'archevêque vient de
+donner une ordonnance superbe, mais sévère, sur notre position. Dieu
+veuille qu'elle soit suivie! Un homme qui la lisoit l'autre jour, dit,
+après l'avoir achevée: Si je perdois trois cent mille livres de
+rentes, j'en dirois autant. Et cet homme est pourtant ce que l'on
+appelle un honnête homme.
+
+Je suis contente de mes gens: Deshaies est charmant. Il y en a dans le
+nombre qui ne sont pas aussi parfaits; mais celui-là est vraiment
+distingué. Mademoiselle Bénard, M. de Blaremberg, etc., tout cela est
+parfaitement. C'est une grande jouissance pour moi. Je ne puis penser
+sans frémir à la quinzaine de Pâques. Je voudrois bien ne la point
+passer ici; mais peut-on s'en flatter! Ah! mon coeur, vous avez beau
+grogner, votre grossesse vous a procuré un grand bonheur en vous
+éloignant du schisme et de la division la plus affreuse.
+
+Je suis bien fâchée que tu souffres autant des dents. N'aurois-tu pas
+besoin d'être saignée? tu ne l'as pas été, je crois, depuis que tu es
+grosse. Comme tu as un travail difficile, ne ferois-tu pas bien de
+prendre cette précaution? Je ne demande pas mieux de tenir ta petite,
+si _Monsieur_ le veut. Si tu veux, je lui donnerai le nom d'Hélène. Si
+tu voulois accoucher le 3 de mai, à une heure du matin[188], cela
+seroit très-bien, pourvu pourtant que cela lui promette un avenir plus
+heureux que le mien; qu'elle n'entende jamais parler d'états généraux
+ni de schisme.
+
+[Note 188: Jour et heure de la naissance de Madame Élisabeth. «Comme
+toutes ces petites recherches de l'amitié sont bonnes, simples,
+touchantes! Il n'y a ni étude ni contrainte; c'est un coeur plein qui
+a besoin de s'épancher.» (_Note de M. Ferrand._) Voir aux Pièces
+justificatives, nº XIII, à la fin de ce volume, et autres documents
+concernant Madame Élisabeth.]
+
+Mirabeau a pris le parti d'aller voir dans l'autre monde si la
+révolution y étoit approuvée. Bon Dieu! quel réveil que le sien! On
+dit qu'il a vu une heure son curé. Il est mort avec tranquillité, se
+croyant empoisonné: il n'en avoit pourtant point les symptômes; au
+reste, il doit être ouvert aujourd'hui. On l'a montré au peuple après
+sa mort. Beaucoup en sont fâchés; les aristocrates le regrettent
+beaucoup. Depuis trois mois, il s'étoit montré pour le bon parti: on
+espéroit en ses talents. Pour moi, quoique très-aristocrate, je ne
+puis m'empêcher de regarder sa mort comme un trait de la Providence
+sur ce royaume. Je ne crois pas que ce soit par des gens sans
+principes et sans moeurs que Dieu veuille nous sauver. Je garde cette
+opinion pour moi, parce qu'elle n'est pas politique, mais j'aime mieux
+celles qui sont religieuses. Je suis sûre que tu seras de mon avis.
+
+Le pauvre Lastic va encore éprouver un chagrin: son frère est nommé à
+Dresde et va partir dans trois mois avec femme et enfants. Cela mettra
+un grand vide dans son intérieur, et quand il est aussi triste par
+lui-même, c'est un vrai malheur.
+
+M. d'Albignac[189] vient passer quelques jours ici. Je le verrai
+aujourd'hui; cela me fait bien plaisir. Tu m'avois promis de me donner
+de ses nouvelles, mais tu n'en as rien fait.
+
+[Note 189: Officier des gardes du corps, fort dévoué à la famille
+royale, émigré en 1790; rentré en France après le 18 brumaire, il
+vécut dans la retraite jusqu'à la Restauration. Louis XVIII le nomma
+major général de ses gardes du corps.]
+
+J'ai reçu par une voie sûre des nouvelles de Bombe. Le mari n'est pas
+aussi mal qu'elle le croit avec Ø et son ami [V=][190]. Il croit avoir
+le crédit du bon sens; cela seroit bien heureux; mais, mon coeur, sur
+cela comme sur tout le reste, abandonnons-nous à la Providence.
+
+[Note 190: Dans la _Correspondance de Madame Élisabeth_, page 245, M.
+Feuillet de Conches nous apprend que le signe Ø veut dire le comte
+d'Artois, et le signe [V=] M. de Calonne.]
+
+Hélas! si nous avions la confiance nécessaire, nous serions sauvés;
+notre âme ne seroit pas triste. Que j'en suis loin! il me semble que
+l'air de Trèves n'est pas plus porté à la gaieté que celui-ci.
+Résignons-nous, mon coeur, cela seul peut fléchir la colère de Dieu;
+et demandons pour nos maîtres les dons du Saint-Esprit. De bonnes âmes
+se réunissent au nombre de sept, d'ici à Pâques, pour demander chacune
+un don pour le Roi, dans les communions qu'elles font, ou à la messe.
+Si tu pouvois établir cette dévotion dans les bonnes âmes qui habitent
+Trèves, tu ferois bien.
+
+J'aurai, d'ici à quelques jours, des nouvelles détaillées de ce qui
+nous intéresse. Si je peux, je t'en ferai part.
+
+Adieu, je t'embrasse de tout mon coeur. Le petit de Chamissot est-il
+arrivé à bon port?
+
+Je viens d'apprendre que M. d'André ayant fait une motion pour que
+l'on s'occupât de l'élection des membres de la nouvelle législature,
+cela a été décrété tout d'une voix. Je ne le conçois pas.
+
+ * * * * *
+
+XXXVI.
+
+A MADAME LA MARQUISE DE BOMBELLES,
+
+A L'HÔTEL DE FRANCE, A STUTTGARD.
+
+ Ce 21 avril 1791.
+
+Tu sens, ma Bombe, qu'il faut que je n'aie pas eu absolument le temps
+pour ne t'avoir pas écrit un mot ces jours-ci. Je ne te donnerai point
+de détails de la journée de lundi; je t'avoue que je ne les sais pas
+encore. Tout ce que je sais, c'est que le Roi vouloit aller à
+Saint-Cloud, qu'il s'est campé dans sa voiture où il est resté deux
+heures, que la garde et le peuple ont fermé le passage, et qu'il a été
+obligé de ne pas sortir. J'ignore combien l'on nous retiendra;
+j'imagine que ce sera jusqu'après Pâques. Nous nous portons tous bien;
+je t'écris à la hâte, parce que je fais ma toilette pour aller à
+l'office, car l'on veut bien encore nous permettre d'y assister.
+Adieu; crois que je serai toujours digne des sentiments de ceux qui
+veulent bien avoir de l'estime pour moi, et que quelque chose qu'il
+arrive, je vivrai et mourrai sans avoir rien à me reprocher vis-à-vis
+de Dieu et des hommes.
+
+Je ne te parle pas de la joie que m'a fait éprouver la bonté de la
+Reine de Naples[191]; mais tu me connois assez pour suppléer à tout ce
+que je ne puis exprimer dans le moment, mais que mon coeur sent si
+bien. Je t'embrasse et t'aime de tout mon coeur.
+
+[Note 191: Cette princesse venait de donner sur sa cassette une
+pension de douze mille livres à M. de Bombelles. (Voir la page 240 de
+ce volume.)]
+
+ * * * * *
+
+XXXVII.
+
+A L'ABBÉ DE LUBERSAC.
+
+ 23 mai 1791.
+
+J'ai reçu votre lettre, Monsieur: les détails que vous me faites de
+votre voyage m'ont fait grand plaisir; et si je ne craignois pas de
+vous fatiguer, je vous prierois de les continuer. Les dangers que vous
+avez courus m'ont fait frémir; mais les regrets continuels que vous
+éprouvez me font une peine affreuse. Ah! Monsieur, poussez votre vertu
+jusqu'à vous en rendre maître: vous le devez pour ce Dieu à qui vous
+avez tout sacrifié; vous le devez au soin de votre santé. Songez
+combien votre existence est nécessaire à toute votre famille; et
+prenez sur vous de soutenir sans trop de découragement la nouvelle
+épreuve que le Ciel vous envoie. Il falloit pour votre perfection que
+Dieu vous détachât tout à fait des biens de ce monde, même des plus
+simples. Vous savez, plus que tout autre, combien Dieu donne de force
+pour supporter les maux de ce monde; tâchez donc de ne vous y point
+laisser aller. Ne vous persuadez point que l'air ne vous vaut rien;
+ménagez-vous, mais distrayez-vous par les beautés dont la ville que
+vous habitez est remplie. Après avoir admiré la main sublime qui forma
+ces immenses rochers, et ces torrents qui ont pensé vous entraîner
+dans leurs abîmes, admirez l'industrie que Dieu a donnée à l'homme, et
+comment il peut, grâce à cette industrie, tirer des chefs-d'oeuvre des
+choses les plus brutes. Mais je m'aperçois que je me mêle de ce que je
+n'ai que faire; car je ne fais que rabâcher ce que vous me dites sans
+cesse. Pardonnez, Monsieur, au désir que j'ai de vous voir un peu
+sorti de ce fonds de tristesse qui vous suit partout. Je vous voudrois
+le calme de l'abbé Madier; mais il n'est pas donné à tout le monde:
+c'est une grâce spéciale. Je suis fâchée que vous soyez encore privé
+de sa société; cela eût été une ressource pour vous: j'espère qu'il se
+rétablira parfaitement de sa maladie. D'après l'intérêt que vous
+voulez bien prendre à moi, je vous dirai que le Ciel m'a fait la grâce
+de faire un choix pour le remplacer, qui, sous tous les rapports, me
+convient parfaitement. Il entend ce que je lui dis, et me présente
+toujours un remède efficace aux maux dont je lui fais l'aveu. Il a de
+l'esprit, de la douceur sans foiblesse, une grande connoissance du
+coeur humain et un grand amour pour Dieu. Remerciez ce Dieu pour moi
+de la grâce qu'il m'a faite de m'adresser à lui. Je prierai pour vous,
+puisque vous le désirez, dès demain. Je m'en humilierai; car je vous
+avoue que rien n'y porte tant à l'humilité que d'invoquer le Ciel pour
+des personnes de qui l'on est si éloigné d'approcher pour la vertu. Je
+compte recevoir demain ce Dieu si bon. Ah! Monsieur, que j'en suis
+indigne, et que je suis loin de m'en rendre digne! Cependant j'ai
+bonne envie de me sauver; car au moins faut-il ne pas perdre le fruit
+des épreuves que le Ciel vous envoie: elles sont bien fortes; elles le
+seroient encore plus pour des gens moins légers, et qui les
+sentiroient plus profondément. Mais, de quelque manière qu'elles
+soient senties, il faut qu'elles sauvent; et voilà pourquoi je me
+recommande instamment à vos prières. Je vous quitte à regret; mais il
+est tard, et il faut que ce soit à vous que j'écrive, pour n'avoir pas
+déjà quitté mon écritoire: mais lorsque je cause avec vous, j'éprouve
+une vraie satisfaction. Adieu, Monsieur; ne doutez pas de mes
+sentiments et du plaisir que me font vos lettres; aussi, tant que vos
+yeux n'en seront point fatigués, écrivez-moi, je vous en prie. Nous
+sommes assez tranquilles ici depuis l'affaire du 18 avril[192].
+
+[Note 192: Ce jour-là, le Roi avait formé le projet d'aller à
+Saint-Cloud pour faire ses pâques. On répandit dans le public que ce
+voyage n'était qu'un prétexte pour fuir la capitale. On appuyait ces
+soupçons sur le départ des évêques de Senlis et de Metz, les premiers
+aumôniers de Louis XVI. Une masse de peuple pénétra dans les cours du
+palais. Malgré les cris d'opposition qui s'élevaient, le Roi parut et
+monta en voiture. M. de La Fayette voulut protéger la volonté du Roi,
+la troupe refusa de lui obéir. Plus d'une heure se passe entre la
+volonté du Prince et celle du peuple, entre une partie des troupes qui
+veut obéir et l'autre qui refuse. Ennuyé d'une scène aussi
+scandaleuse, Louis XVI descendit de voiture, et rentra dans son
+palais. Il se rendit au sein de l'Assemblée, et lui fit part de son
+mécontentement avec d'autant plus de raison qu'il eût désiré prouver
+à l'Europe _qu'il était libre dans Paris_.]
+
+ * * * * *
+
+XXXVIII.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Ce 10 juillet 1791.
+
+J'ai reçu votre petite lettre, ma chère Bombe; j'y réponds de même.
+Quoique nous différions d'opinions, les marques d'amitié que vous m'y
+donnez me font un bien grand plaisir. Tu sais qu'en général j'y suis
+sensible, et tu peux juger si, dans un moment comme celui-ci, l'amitié
+ne devient pas mille fois plus précieuse. Tu as une mauvaise tête;
+ménage-la, mon coeur, tranquillise-toi: tout ce qui t'intéresse se
+porte bien. Que la petite trouve dans ce billet tout ce que je ne puis
+exprimer. Le mot qu'elle a mis dans la lettre m'a fait aussi un grand
+plaisir. J'espère qu'elle n'en doute pas. Paris et le Roi sont
+toujours dans la même position: le premier tranquille, et le second
+gardé à vue ainsi que la Reine. Même, hier, on a établi une espèce de
+camp sous leurs fenêtres, de peur qu'ils ne sautent dans le jardin,
+qui est hermétiquement fermé, et qui est rempli de sentinelles, entre
+autres deux ou trois sous ces mêmes fenêtres. Adieu, mon coeur, je
+vous embrasse tendrement ainsi que la petite. On dit que l'affaire du
+Roi sera rapportée bientôt et qu'après il aura sa liberté. La loi pour
+les émigrants est très-sévère; ils payeront les trois cinquièmes de
+leurs biens.
+
+ La fin de la lettre est écrite en encre sympathique.
+
+Non, mon coeur, je suis bien loin de permettre votre retour. Ce n'est
+pas assurément que je ne fusse charmée de vous voir, mais c'est parce
+que je suis convaincue que tu ne serois pas en sûreté ici.
+Conserve-toi pour des moments plus heureux, où nous pourrons peut-être
+jouir en paix de l'amitié qui nous unit. J'ai été bien malheureuse; je
+le suis moins. Si je voyois un terme à tout ceci, je supporterois plus
+facilement ce qui arrive; mais c'est le temps de s'abandonner
+entièrement entre les mains de Dieu, chose en vérité à faire par le
+comte d'Artois. Nous devons même lui écrire pour l'y engager. Nos
+maîtres le veulent. Je ne crois pas que cela le décide. Notre voyage
+avec Barnave et Pétion s'est passé le plus ridiculement. Vous croyez
+sans doute que nous étions au supplice; point du tout. Ils ont été
+bien, surtout le premier, qui a beaucoup d'esprit et qui n'est point
+féroce comme on le dit. J'ai commencé par leur montrer franchement mon
+opinion sur leurs opérations, et nous avons, après, causé le reste du
+voyage, comme si nous étions étrangers à la chose. Barnave a sauvé les
+gardes du corps qui étoient avec nous, que la garde nationale vouloit
+massacrer en arrivant. On dit qu'à... [Là s'arrête le récit.]
+
+ * * * * *
+
+XXXIX.
+
+A L'ABBÉ R. DE LUBERSAC.
+
+ 29 juillet 1791.
+
+J'ai reçu votre lettre ces jours-ci. J'espère, Monsieur, que vous ne
+doutez pas de l'intérêt avec lequel je l'ai lue. Votre santé me paroît
+moins mauvaise; mais je crains que les dernières nouvelles que vous
+avez reçues de votre pays ne vous aient fait une trop vive impression.
+Plus que jamais l'on est dans le cas de dire qu'un coeur sensible est
+un don cruel. Heureux celui qui pourroit être indifférent aux maux de
+sa patrie, de tout ce que l'on a de plus cher! J'ai éprouvé combien
+cet état étoit à désirer pour ce monde, et je vis dans l'espoir que le
+contraire peut être utile pour l'autre. Cependant, je vous l'avouerai,
+je suis bien loin de la résignation que je désirerois avoir. L'abandon
+à la volonté de Dieu n'est encore que dans la superficie de mon
+esprit. Cependant, après avoir été pendant près d'un mois dans un état
+violent, je commence à reprendre un peu mon assiette; les événements
+qui paroissent se calmer en sont cause. Dieu veuille que cela dure un
+peu, et que le Ciel se laisse toucher! Vous ne pouvez imaginer combien
+les âmes ferventes redoublent de zèle; le Ciel ne peut pas être sourd
+à tant de voeux qui lui sont offerts avec tant de confiance. C'est du
+coeur de Jésus que l'on semble attendre toutes les grâces dont on a
+besoin; la ferveur de cette dévotion semble redoubler: plus nos maux
+augmentent, plus on y adresse des voeux. Toutes les communautés font
+de ferventes prières; mais il faudroit que tout le monde s'unît pour
+fléchir le Ciel; et voilà ce qu'il faut commencer par obtenir, et ne
+s'occuper que du bien de la religion. Mais malheureusement il est
+très-aisé de fort bien parler sur tout cela, beaucoup plus que
+d'exécuter; voilà ce que j'éprouve sans cesse, et ce qui m'impatiente,
+au lieu de m'humilier.
+
+Je suis fâchée pour vous que votre frère vous ait quitté; ce devoit
+être pour vous une grande ressource. Ne pourriez-vous pas obtenir de
+demeurer avec...? au moins vous auriez une société agréable; car vous
+me paroissez mener la vie du monde la plus triste et la moins conforme
+à votre santé.
+
+Vous me demandez mon avis sur le projet que vous aviez formé. Si vous
+voulez que je vous parle franchement, je ne prendrois pas le sujet que
+vous aviez choisi. Nous sommes encore trop corrompus pour que des
+vertus auxquelles beaucoup ne croient pas puissent faire effet. De
+plus, il me seroit impossible de vous donner des renseignements sur
+cela; car je n'en ai aucun. Mais je crois que si vous avez le désir
+d'écrire, tout sujet de morale chrétienne sera bien traité par vous;
+et si vous voulez que je vous dise encore mon avis sur cela, je vous
+dirai que je choisirois plutôt un sujet fort de raisonnement que de
+sentiment; cela conviendroit mieux à la situation où se trouve votre
+âme. Songez, en lisant ceci, que vous avez voulu que je vous dise ce
+que je pensois; et ne doutez pas, je vous prie, de la parfaite estime
+que j'ai pour vous, et du plaisir que me font vos lettres.
+
+ * * * * *
+
+XL.
+
+A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[193].
+
+[Note 193: La reproduction de cette lettre est interdite.]
+
+ Ce 30 août 1791.
+
+Je ne puis vous dissimuler, mon cher Démon, que votre silence
+m'étonnoit et m'affligeoit, même la jalousie s'emparoit de moi, car je
+savois que vous aviez trouvé le temps d'écrire à Coblentz; mais enfin
+votre lettre, que j'ai reçue hier au soir, a remis tout dans l'ordre.
+Blanche est en Normandie depuis un mois; je ne sais si elle aura reçu
+vos lettres, elle n'en avoit point eu avant son départ. Je voudrois
+pouvoir me flatter, mon coeur, que votre retour sera aussi prompt que
+je le désire, mais sur cela il n'y a que la Providence qui puisse me
+donner cet espoir; elle est si bonne, que je suis pleine de confiance
+qu'elle me procurera le plaisir de vous revoir, toujours aimable,
+bonne, et conservant de l'amitié pour moi. Je voudrois pouvoir ajouter
+que deux ans auront mis du calme et de la bonne réflexion dans la tête
+de ce Démon que j'aime et embrasse de tout mon coeur.
+
+ * * * * *
+
+XLI.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Ce 8 septembre 1791.
+
+Ce n'est pas, je crois, ma faute, ma Bombe, si tu n'as pas eu de mes
+nouvelles: ta mère m'a donné une adresse qui ne me paroît pas du tout
+devoir mener à ton château; mais elle me soutient qu'elle est bonne,
+il faut bien me soumettre à la croire. Je suis charmée que tu aies
+trouvé un peu de société, car cela fait toujours du bien, quand ce ne
+seroit que pour savoir des nouvelles et pouvoir renouveler un peu ses
+idées, ce dont on a grand besoin. Pour ici, on a beau faire, c'est
+toujours la même chose: la Révolution, ses suites, l'entrée des
+émigrés, voilà sur quoi roulent toutes les conversations des cercles
+de Paris. Tu sais sûrement que la Constitution est entre les mains du
+Roi depuis samedi, et qu'il réfléchit sur la réponse qu'il fera. Le
+temps nous apprendra ce qu'il aura décidé dans sa sagesse. Il faut
+demander à l'Esprit-Saint de lui faire part de quelques-uns de ses
+dons: il en a bon besoin. Je voudrois avoir quelque chose d'amusant à
+te mander; mais nous n'abondons pas dans cette marchandise, d'autant
+que le pain qui commence à renchérir ici, en rappelant un temps fort
+triste, fait craindre pour cet hiver assez de mouvements, sans compter
+tout ce dont on nous menace pour l'automne, ce qui est fort triste,
+car il n'y a plus moyen de se faire illusion, puisque l'Assemblée
+elle-même en parle comme d'un malheur auquel elle s'attend. Il est
+vrai que la force que donne l'amour de la liberté rassure beaucoup; et
+le patriotisme remplacera aisément l'ordre et la subordination des
+troupes. Adieu, je t'embrasse de tout mon coeur.
+
+ * * * * *
+
+XLII.
+
+A MADAME DE BOMBELLES,
+
+SOUS LE NOM DE MADAME DE SCHWARZENGALD.
+
+A RORSCHACH, PAR SAINT-GALL, EN SUISSE.
+
+ Ce 22 septembre 1791.
+
+Je suis charmée, ma petite Bombe, de la recrue que tu as faite pour ta
+société, car on a beau dire, l'hiver on en a un peu besoin, surtout un
+homme qui n'a pas la ressource de l'ouvrage. Je suis fâchée du chagrin
+que tu as éprouvé par la perte de M. de Rosenberg, ce sera une vraie
+consolation pour son frère d'être avec toi; mais je crains que cela
+n'attriste la solitude. Oui, mon coeur, je voudrois pouvoir m'y
+transporter. Que j'y trouverois de douceur! Mais la Providence m'a
+placée où je suis: ce n'est pas moi qui l'ai choisi; tu crois bien,
+qu'elle m'y retient, il faut donc s'y soumettre. Mon sort m'y
+paroîtroit plus doux si je voyois l'union dont je te parlois dans ma
+dernière lettre, et que je trouverois l'hiver court, si, malgré toutes
+les peines qu'il nous annonce, il pouvoit l'amener! Et que n'ai-je ici
+les moyens que j'aurois autre part! car j'y travaillerais avec bien du
+zèle. Mais mettons en Dieu notre confiance: il sait ce qu'il faut à
+chacun de ses enfants; il en aura soin, gardons-nous d'en douter. Nous
+ne sommes pas faits pour vivre heureux dans ce monde. La vue de
+l'éternité devroit soutenir tous et particulièrement ceux qui sont
+comblés de ses grâces. Sois tranquille pour ta mère, ma petite, elle
+se porte bien; je ne crois même pas que tu la trouves changée, si tu
+la voyois. Je ne comprends pas comment l'on peut supporter tout ce que
+l'on a à souffrir dans ce moment, les secousses étant fréquentes. Nous
+en avons éprouvé de bien douces, en revoyant des êtres qui ont couru
+de bien grands dangers, mais qui heureusement sont tous en bonne
+santé. La Providence a bien veillé sur eux; non, elle n'abandonne
+jamais. Oh! que l'on seroit heureux si l'on avoit une foi vive! Ton
+mari est donc allé faire une course légère, et tu es restée dans ta
+solitude, avec tes enfants, tes livres et ta pensée. En voilà bien
+assez pour toi.
+
+Nous sommes toujours tranquilles ici. Il paroît une lettre des
+Princes[194], et une déclaration de l'Empereur et du roi de
+Prusse[195]. La lettre est bien forte; mais le reste ne l'est pas.
+Cependant plusieurs personnes croient y voir les Cieux ouverts. Pour
+moi, qui ne suis pas si crédule, je lève les mains au Ciel, et lui
+demande de nous préserver de maux inutiles. Tu en ferois, je crois,
+tout autant.
+
+[Note 194: Voir aux Pièces justificatives, nº XIV.]
+
+[Note 195: Réunis au château de Pilnitz, en Saxe, où s'était rendu le
+comte d'Artois, l'empereur Léopold II, Frédéric-Guillaume II, roi de
+Prusse, et Frédéric-Auguste, électeur de Saxe, signèrent la célèbre
+déclaration dans laquelle ils signalaient à toutes les cours de
+l'Europe la cause du Roi de France comme la cause commune de toutes
+les têtes couronnées. Ce château royal, détruit en 1818, a été rebâti
+depuis.]
+
+La vicomtesse est chez elle, Tilly et des Essarts en Bourbonnois, et
+Blanche en Normandie. Mais je pense qu'elle reviendra bientôt. Sais-tu
+que l'on nous a menés à l'Opéra mardi, et que lundi nous allons aux
+François! Nous faisons notre coeurs de spectacle. Lorsqu'il sera fini,
+j'en serai charmée.
+
+Adieu, je t'embrasse et t'aime de tout mon coeur.
+
+ * * * * *
+
+XLIII.
+
+A MADAME DE BOMBELLES.
+
+ Ce 6 octobre 1791.
+
+Il y a aujourd'hui deux ans, ma chère Bombe, que nous étions encore
+dans le lieu de ma naissance. C'est vers cette heure-ci qu'il a été
+décidé que nous le quitterions. Cela est un peu triste, car jamais
+l'on ne verra une habitation plus agréable pour moi. Tu me demandes si
+je vais à M.[196] Non, mon coeur, et certes je n'irai pas que la ville
+dans laquelle il est n'ait avoué ses torts. J'en enrage; mais je crois
+le devoir. Quant à Saint-Cyr, je n'ose pas y aller: le village est si
+mal pour ces Dames que je ne puis y aller, dans la crainte que le
+lendemain l'on ne fasse une descente chez elles, disant que j'ai
+apporté une contre-révolution. Cependant, j'ai écrit à Ligondès pour
+la prier de me marquer le moment qu'elle croira que je pourrai avoir
+ce plaisir.
+
+[Note 196: «Montreuil, où Madame Élisabeth avoit une maison de
+campagne, et qui est une sorte de faubourg de Versailles.» (_Note de
+M. de Bombelles._)]
+
+Je suis charmée de ce que tu me marques du bon sens de ton prince
+moine[197]. Si tout le monde avoit comme lui senti la nécessité de
+laisser chacun dans la place où la Providence l'a placé, nous
+n'aurions pas à gémir sur les maux de notre patrie. La nouvelle
+législature a commencé à attaquer les droits que la Constitution avoit
+donnés au Roi. Elle a décrété qu'elle devoit être indépendante de la
+volonté du Roi lorsqu'il y étoit, et qu'en conséquence ils seroient
+assis avant que le Roi s'assoie; qu'il n'auroit pas un fauteuil
+différent de celui du président, et que l'on ne lui donneroit plus le
+titre de _Sire_ ni de _Majesté_; mais qu'en lui parlant on diroit
+toujours _Roi des François_[198]. Tout cela feroit rire, si l'on n'y
+découvroit pas un désir violent de détruire toute la Constitution. On
+dit que Thouret étoit dans une colère affreuse, et M. de Cordorcet
+enchanté.
+
+[Note 197: Clément-Venceslas, prince de Saxe, né le 28 septembre 1739,
+électeur et archevêque de Trèves le 10 février 1768.]
+
+[Note 198: Voici ce décret, qui était l'oeuvre de Couthon:
+
+Article I. Au moment où le Roi entrera dans l'Assemblée, tous les
+membres se tiendront debout et découverts.
+
+Art. II. Le Roi arrivé au bureau, chacun des membres pourra s'asseoir
+et se couvrir.
+
+Art. III. Il y aura au bureau, et sur la même ligne, deux fauteuils
+semblables; celui à gauche du président sera destiné pour le Roi.
+
+Art. IV. Dans le cas où le président ou tout autre membre de
+l'Assemblée auroit été préalablement chargé par l'Assemblée d'adresser
+la parole au Roi, il ne lui donnera, conformément à la Constitution,
+d'autre titre que celui de _Roi des Français_, et il en sera de même
+dans les députations qui pourront être envoyées au Roi.
+
+Art. V. Lorsque le Roi se retirera de l'Assemblée, les membres seront,
+comme à son arrivée, debout et découverts.
+
+Art. VI. Enfin la députation qui recevra et qui reconduira le Roi sera
+de douze membres.
+
+Ce décret, dès qu'il fut connu dans Paris, y produisit le plus fâcheux
+effet; il fut dès le lendemain matin rapporté sur la proposition de M.
+Vosgien.]
+
+Adieu, ma Bombe, voilà le commencement de nos nouvelles. D'ici à un
+mois, je crois qu'il y en aura bien d'autres du même genre. Mais à
+chaque chose suffit son mal. On parle d'un congrès à Aix-la-Chapelle.
+J'imagine que là l'on cherchera à prévoir tout ce que la nouvelle
+législature sera dans le cas d'entreprendre. Sans cela leur but
+manquera, crois-en ma prédiction. Dieu veuille que d'autres y pensent.
+Adieu, je t'embrasse de tout mon coeur.
+
+L'Assemblée a rétracté le décret de la veille. Le Roi y va ce matin
+pour en faire l'ouverture, et leur lâchera un petit discours. J'ignore
+ce qu'il contiendra.
+
+ * * * * *
+
+XLIV.
+
+A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[199].
+
+[Note 199: La reproduction de cette lettre est interdite.]
+
+ Ce 20 octobre 1791.
+
+J'ai reçu votre jolie lettre, mon cher Démon. Non, mon coeur, vous
+auriez bien tort de craindre d'être oubliée, croyez que je n'ai point
+le sort dont on soupçonne bien des gens et que l'absence ne fait point
+de tort à mes sentiments. Non, tant que je ne saurai rien qui puisse
+m'affliger sur Démon, je l'aimerai bien tendrement; ainsi, lorsqu'il
+lui prendra fantaisie de s'inquiéter sur cela, en faisant son examen
+le soir, elle pourra répondre à tout ce que son imagination lui aura
+dit. Je crois lui avoir dit cela cent fois, mais si elle me prend pour
+une rabâcheuse avec quelque raison, elle se dira que c'est encore une
+preuve de la sincère amitié que j'ai pour elle. Je serai charmée, mon
+petit Démon, lorsque vous pourrez me venir voir, mais je n'en prévois
+pas l'époque. Votre mari est-il avec vous, mon coeur, ou êtes-vous
+avec votre mère? Et votre second fils, qu'en avez-vous fait? J'ai vu
+avant-hier votre beau-frère, il n'est pas embelli. On dit que les
+émigrés vont être maltraités par l'Assemblée; le sieur Brissot en fit
+hier la motion, qui doit être discutée. Adieu, mon petit Démon, je
+vous embrasse de tout mon coeur.
+
+ * * * * *
+
+XLV.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ [Vers la fin d'octobre.]
+
+J'ai l'âme toute noire, ma chère Rage. Il faut que tu en prennes ton
+parti, et tu en devineras bien la raison, car je n'aime point du tout
+tout ce que je vois. Lis et entends. Dieu veuille que j'aie tort!
+Sais-tu bien que ce que tu me marques à la fin de ta lettre n'a pas le
+sens commun? Il y a quatre mois, cela eût été fort différent. Mais à
+présent c'est un être de raison que de penser que cela puisse faire le
+plus petit effet. Mais notre sort sera toujours d'être bêtes et
+maladroits, ce dont j'enrage de bon coeur. Quant à ce que tu me
+marques pour une certaine personne de ma connoissance, je te fais part
+qu'elle ne trouve pas que tu aies raison; que son opinion ne sera, je
+crois, jamais douteuse, mais que mille raisons lui font croire qu'elle
+est où elle doit être.--Si tu ne l'approuvois pas, elle en seroit
+bien fâchée. Mais je crois que, si elle pouvoit causer avec toi, elle
+te convaincroit. Lastic est ici d'avant-hier; ce qui a fait un
+sensible plaisir à ta très-humble servante, quoiqu'elle lui ait dit
+bien des choses qui lui font peine. La pauvre petite est bien
+malheureuse, sent bien vivement sa position; mais tout cela est soumis
+à la Providence d'une manière qu'il faudroit imiter. Nous irons
+galoper demain ensemble, et cela me plaît.
+
+Je te fais compliment sur la dent d'Hélène: c'est en avoir de bien
+bonne heure. J'ai peur qu'elle ne te morde beaucoup. Adieu, ma petite.
+Je t'embrasse et t'aime de tout mon coeur. Le bien de ta belle-soeur
+est-il près de Saint-Domingue?
+
+ * * * * *
+
+XLVI.
+
+A MADAME DE BOMBELLES,
+
+SOUS LE NOM DE MADAME DE SCHWARZENGALD.
+
+PAR SAINT-GALL, EN SUISSE, A RORSCHACH.
+
+ Ce 8 novembre 1791.
+
+Sais-tu bien, ma Bombe, que si je ne comptois pas sur ton amitié, sur
+ton indulgence, je serois un peu honteuse du temps qu'il y a que je
+t'ai écrit? Mais que veux-tu? c'est pour mieux faire que j'ai eu tort.
+Je voulois t'écrire un peu longuement, et je ne m'en suis jamais
+trouvé le temps. Heureusement que l'arrivée de M. de Vaines[200]
+t'aura bien occupée et distraite de l'idée de n'avoir pas de nouvelles
+de ta patrie. Ta mère t'a écrit il y a huit jours, cela t'aura prouvé
+que tout étoit encore sur ses pieds; que, malgré tous les blasphèmes
+que l'on n'a cessé de vomir contre Dieu et ses ministres, le Ciel
+n'étoit pas encore tombé sur nous. Après-demain, l'on dit que l'on
+s'occupera des prêtres non assermentés, et de leur assurer paix,
+tranquillité et libre exercice de la religion. Cela te paroît suspect;
+mais patience, attends pour juger que le décret soit rendu.
+
+[Note 200: Lecteur de la Chambre et du Cabinet du Roi.]
+
+Tu sais sans doute les tristes nouvelles des îles, elles sont
+confirmées d'hier par une lettre de M. de Blanchelande[201]. On
+craignoit la famine pour la ville du Cap, et il tenoit ses vaisseaux
+prêts pour faire embarquer les femmes et les enfants et les sauver,
+tandis qu'eux chercheroient à se défendre. Ils avoient envoyé demander
+secours aux Anglois. Voilà le commerce de la France totalement ruiné,
+et ce superbe royaume humilié jusque dans la poussière. Au moins, s'il
+l'étoit de coeur, Dieu pourroit en être touché; mais, hélas! que
+peut-on faire avec des coeurs corrompus, trompés par l'illusion la
+plus adroite et la plus perfide! Mais adieu, je t'aime et t'embrasse
+de tout mon coeur. Il fait, si tu veux le savoir, un froid de loup,
+depuis trois jours particulièrement. Il y a déjà assez de glace dans
+les bassins pour remplir les glacières. Si l'hiver est aussi froid
+qu'il s'annonce, je ne comprends pas ce que les pauvres deviendront.
+
+[Note 201: Philibert-François Rouvel de Blanchelande, gouverneur de
+Saint-Domingue, né à Dijon en 1735, dut tout à lui-même. Resté
+orphelin en bas âge, sans fortune, il entra à douze ans dans un
+régiment d'artillerie, et devint, jeune encore, major au régiment des
+grenadiers de France. S'étant plus tard distingué dans la défense de
+l'île de Saint-Vincent, où avec cent cinquante hommes il força quatre
+mille Anglais à reprendre la mer, il reçut pour récompense le grade de
+brigadier, suivi de près du gouvernement de l'île de Tabago. A
+l'époque de la Révolution, il rentra en France, et se retira dans le
+village de Chaussin, en Franche-Comté; bientôt après il fut arraché au
+repos pour aller reprendre le gouvernement de Saint-Domingue. A cette
+époque, un décret de la Convention affranchissait les nègres;
+Blanchelande ne put conjurer l'orage; il mit quelque temps sa tête à
+l'abri en cherchant un refuge au Cap; dénoncé par Brissot et Lasource,
+il fut amené en France, et sur la proposition de Garnier, de Saintes,
+il fut envoyé au tribunal révolutionnaire, où, malgré les efforts de
+Tronçon-Ducoudray, il fut condamné à mort le 15 avril 1793. Le
+président lui ayant demandé s'il avait quelque chose à dire: «Je jure
+par Dieu que je vais voir tout à l'heure, répondit-il, que je n'ai
+trempé pour rien dans le fait que l'on m'impute.» Il était âgé de
+cinquante-huit ans. Son fils, qui avait été son aide de camp, fut
+traduit aussi devant le tribunal de sang et mis à mort le 2 thermidor
+an II (20 juillet 1794). Il n'avait que vingt ans.]
+
+J'ai eu hier l'avantage de voir ton cher beau-frère. Tu juges toute la
+joie que j'en ai ressentie. Mais, pour le coup, adieu.
+
+ La fin de la lettre est écrite en encre sympathique.
+
+Enfin, ma Bombe, l'on sent ici la nécessité de se rapprocher de
+Coblentz. On va envoyer quelqu'un qui y restera et qui correspondra avec
+le baron de Breteuil[202]. Mais il me reste une crainte dans cette
+démarche, c'est qu'elle ne soit faite que pour arrêter des démarches
+fâcheuses et qui sont fort à craindre, et non pas pour arriver à une
+confiance méritée. Cependant, qu'arrivera-t-il si elle n'existe pas?
+C'est que nous serons la dupe de toutes les puissances de l'Europe.
+Cependant, ma Bombe, le moment est bien intéressant. Je suis d'avis que
+ton mari soit où il est, car je suis sûre qu'il penseroit comme moi, et
+qu'il engageroit le baron de Breteuil à se porter de bonne foi à ce
+nouvel ordre de choses. Nous voilà aux portes de l'hiver, c'est le
+moment des négociations. Elles peuvent avoir une heureuse issue, mais
+seulement si l'on agit d'accord. Si cela n'existe pas, souviens-toi de
+ce que je te dis:--Au printemps, ou la guerre civile la plus affreuse
+s'établira en France, ou chaque province se donnera un maître. Ne crois
+pas la politique de Vienne très-désintéressée: il s'en faut de beaucoup.
+Elle n'oublie pas que l'Alsace lui a appartenu. Toutes les autres sont
+bien aises d'avoir une raison pour nous laisser dans l'humiliation.
+Songe au temps qui s'est passé depuis notre retour de Varennes. Ces
+événements ont-ils remué l'Empereur? N'a-t-il pas été le premier à
+montrer de l'incertitude sur ce qu'il devoit faire? Croire, comme bien
+des gens l'assurent, que c'est la Reine qui l'arrête, me paroît un être
+de raison et presque un crime. Mais je me permets de penser que la
+politique vis-à-vis de cette puissance n'a pas été menée avec assez
+d'habileté. Si cela est, je trouve que l'on a eu tort; mais il seroit
+impardonnable si, d'après le décret qui a été rendu hier sur les
+émigrants, on n'en sentoit pas le danger. Juge à la quantité qui sont là
+s'il sera possible de les retenir, et ce que deviendront la France et
+son chef s'ils prennent ce parti sans secours étranger. Réfléchis à tout
+cela, ma Bombe; et si ton mari trouve qu'il y ait en effet un grand
+danger à.....[203], ou qu'il engage son ami à marcher de bonne foi, je
+m'attends bien que, dans le premier moment, l'homme qui sera chargé
+d'aller à Coblentz éprouvera peut-être quelques difficultés; mais il ne
+faut pas que cela l'alarme, parlant au nom du Roi, et ne mettant aucune
+roideur à soutenir son avis; mais en le raisonnant bien, il y entraînera
+les autres.
+
+[Note 202: «Voilà qui réfute les mensongères assertions de M. de
+Bertrand de Moleville sur ce que le baron de Breteuil n'avoit pas de
+pleins pouvoirs du Roi en novembre 1791.» (_Note du comte de
+Bombelles._)
+
+Voici quelle était la formule des pleins pouvoirs confiés par Louis
+XVI à M. de Breteuil:
+
+«Monsieur le baron de Breteuil, connoissant tout votre zèle et votre
+fidélité, et voulant vous donner une preuve de ma confiance, je vous
+ai choisi pour vous confier les intérêts de ma couronne. Les
+circonstances ne me permettent pas de vous donner des instructions sur
+tel ou tel objet et d'avoir avec vous une correspondance suivie. Je
+vous envoie la présente pour vous servir de pleins pouvoirs et
+d'autorisation vis-à-vis les différentes puissances avec lesquelles
+vous pouvez avoir à traiter pour moi. Vous connoissez mes intentions,
+et je laisse à votre prudence à en faire l'usage que vous jugerez
+nécessaire pour le bien de mon service. J'approuve tout ce que vous
+ferez pour arriver au but que je me propose, qui est le rétablissement
+de mon autorité légitime et le bonheur de mon peuple. Sur ce, je prie
+Dieu, monsieur le baron de Breteuil,» etc.]
+
+[Note 203: Le papier est arraché à cette place.]
+
+Adieu, accuse-moi la réception de cette lettre; et si ton mari fait
+quelques démarches vis-à-vis du baron, qu'il ne sache pas que je l'en
+ai prié, ni même que je t'ai parlé de tout cela.
+
+ * * * * *
+
+XLVII.
+
+A L'ABBÉ DE LUBERSAC.
+
+ 14 novembre 1791.
+
+J'ai vu avec plaisir par votre dernière lettre, Monsieur, que votre
+santé étoit un peu moins mauvaise: l'hiver sera, dans le pays que vous
+habitez, un bien bon temps pour vous. Tous les détails que vous me
+donnez m'ont fait un grand plaisir. La dévotion des Romains ne me
+tente point du tout. Est-il possible qu'il y ait encore tant de
+superstition! Je ne connois rien qui rabaisse l'homme comme de penser
+que dans cette ville qui a été celle des lumières, qui devroit être la
+mieux instruite de la vraie piété, puisque c'est de là que nous
+recevons l'explication des devoirs qui nous sont tracés; que dans
+cette même ville l'on craigne de changer le genre de dévotion du
+peuple, crainte de l'arracher de son coeur; notre exemple
+n'encouragera certes pas sur cela: car, à force de lumières, nous
+sommes parvenus à une incrédulité, à une indifférence bien
+affligeante, et effrayante pour le moment présent et pour ses suites.
+Cependant l'on n'a point encore porté de décret contre les prêtres;
+l'Assemblée paroît vouloir y mettre une grande sévérité. Si vous lisez
+les papiers publics, vous devez voir qu'il n'y a pas d'indécence que
+l'on ne se permette contre eux: cependant Dieu permet que la religion
+se soutienne au milieu de cette demi-persécution. Les couvents,
+ouverts par ordre du département, présentent le spectacle le plus
+édifiant. Les églises sont remplies, les communions sont innombrables,
+et tout cela se passe avec le plus grand calme. Dieu veuille que
+quelques esprits malins ne viennent pas déranger tout cela! ce dont je
+ne serois point étonnée: car, pour nos péchés, Dieu leur a donné un
+bien grand pouvoir sur notre malheureuse patrie.
+
+Il faut que je vous quitte, Monsieur, mais cela ne sera pas sans vous
+prier de ne pas m'oublier, et vous assurer, de mon côté, que je
+n'oublie point votre affaire: mais ce cruel moment, qui retarde tout,
+y met souvent obstacle. Ne vous inquiétez pas, et soyez convaincu de
+mes sentiments pour vous.
+
+ * * * * *
+
+XLVIII.
+
+A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[204].
+
+[Note 204: La reproduction de cette lettre est interdite.]
+
+ Ce 17 janvier 1792.
+
+Je vous fais mon compliment, mon coeur, de ce que votre fils s'est
+bien tiré de sa petite vérole; elle est si mauvaise cette année, que
+l'on doit regarder comme une grâce spéciale de la Providence de s'en
+tirer. Votre Stani est bien aimable de se souvenir de moi, cela sera
+un grand personnage lorsque je le reverrai; j'ai bien envie, mon
+coeur, que ce temps ne soit pas bien éloigné, j'espère que vous n'en
+doutez pas. Vous ne me parlez pas de votre santé; est-elle bonne, la
+ménagez-vous? On dit que vous lui faites faire quelques culbutes en
+phaéton. Je conçois l'indignation que vous avez éprouvée en voyant M.
+des Essarts au bal: il faut le plaindre, mon coeur, il le mérite; il
+n'a pas senti tout ce qu'il perdoit; un jour peut-être il le sentira:
+des Essarts, née pour plaire à tout ce qui savoit l'apprécier, n'a pas
+été heureuse en ce monde comme elle auroit dû l'être, à en juger par
+nos yeux; mais Dieu savoit bien ce qu'il faisoit: étant destinée à
+habiter peu de temps sur cette terre malheureuse, il l'a purifiée par
+mille épreuves diverses, afin de pouvoir la mieux récompenser. La
+pauvre petite jouit maintenant des sacrifices que Dieu a exigés
+d'elle. Sa mère est bien à plaindre, mais sa vertu et son courage
+sont au-dessus de tout ce que l'on peut dire; soumise à la volonté de
+Dieu, elle est calme et résignée à tout ce qu'il demande d'elle. Que
+de réflexions ces événements ne doivent-ils pas faire faire! Si Démon
+n'étoit pas de sa nature si étourdie, je dirois qu'elle en a sûrement
+fait son profit. Je regrette des Essarts de toute mon âme, mais quand
+je pense à ce qu'elle auroit peut-être eu à souffrir, j'admire la
+bonté de Dieu.
+
+Je suis charmée, mon coeur, de ce que vous me dites sur des êtres qui
+me sont bien chers; je désire vivement les voir heureux, et bien
+d'autres encore. Adieu, ma petite Démon, je vous embrasse et vous aime
+de tout mon coeur.
+
+Dites bien des choses à votre mari et à votre beau-frère, et embrassez
+Stani pour moi.
+
+ * * * * *
+
+XLIX.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ Ce 24 janvier 1792.
+
+Tu veux que je te prêche, ma chère Raigecourt. J'en aurois bonne
+envie, si je croyois que cela te fût le moins du monde utile. Mais je
+ne puis te dissimuler que Dieu ne m'a pas accordé grâce pour cela. Si
+j'étois votre directeur, je sais bien ce que je vous dirois, et ce que
+j'exigerois de vous; mais ne l'étant pas, tout ce que je me permettrai
+de te dire, c'est que je ne crois pas que tu sois dans la voie de
+Dieu. Tu te fais illusion par l'humiliation où tu tiens ton esprit;
+sur la douleur que tu reçois toujours de la mort de ton fils. Cette
+humilité nourrit ton amour-propre, aigrit ton coeur, met ton âme à la
+gêne, et nuit au sacrifice que Dieu a exigé de toi, que tu n'as pas
+encore fait et qu'il attend avec toute la patience et la bonté d'un
+père et d'un ami indulgent. Mais, me direz-vous: je dis à Dieu qu'il a
+raison. C'est fort bien; mais je te connois, Raigecourt: cette parole
+ne s'échappe jamais sans un serrement de coeur affreux. Eh bien! si
+j'étois toi, je ne dirois plus cette parole, mais bien celle-ci:
+«Seigneur, je m'abandonne à tout ce qu'il plaira à votre bonté
+d'ordonner pour mon salut. Sauvez-moi, mon Dieu, et que je vous aime:
+voilà tout ce que je désire.»
+
+Je joindrois à cette aspiration le sentiment de l'abandon du coeur, et
+le calme que nécessairement elle doit te faire éprouver. Joins à cela
+de demander à Dieu de faire lui-même pour vous et avec vous ce
+sacrifice que vous n'avez pas encore arraché de votre coeur.
+Joignez-le à celui de Jésus-Christ. Mettez-vous en esprit au pied de
+la Croix. Laissez couler le sang de Jésus-Christ sur vos plaies.
+Demandez-lui de les guérir. Et si après avoir mis tout cela en
+pratique, vous vous trouvez soulagée, et presque froide, prenez bien
+garde d'en remercier Dieu et de ne vous pas faire de reproche
+d'insensibilité, que vous croiriez peu mériter par le contraste de
+votre position. Mais, mon coeur, ne mettez tout ceci en pratique que
+si vous vous y sentez de l'attrait, si votre coeur est touché; car
+s'il ne l'est pas, tout cela ne vaudroit rien. Vis-à-vis de Dieu,
+l'esprit doit être mis totalement de côté, le coeur doit seul agir
+avec la plus grande simplicité et confiance.
+
+J'ai fait remettre ta lettre: on m'a dit que l'on te répondroit. Nous
+avons eu du tapage pour le sucre tous ces jours-ci. Aujourd'hui tout
+est calme; du moins je le crois, car c'est sur le rapport des autres
+que je crois qu'il y en a eu, n'ayant pas vu le moindre mouvement.
+
+La Princesse prend du quinquina. Son écriture n'est pas changée, ce
+qui me prouve qu'elle n'est pas très-affoiblie. Adieu, je t'embrasse
+de tout mon coeur et t'aime de même.
+
+Je t'envoie des pratiques de dévotion que nous commençons samedi
+prochain.
+
+ * * * * *
+
+L.
+
+AU COMTE D'ARTOIS.
+
+ Le 19 février 1792.
+
+Vous savez, mon cher Frère, quelle est mon amitié pour vous, et si je
+me réjouis de vous savoir en bonne santé. Je crois, moi qui suis sur
+les lieux, que vous êtes injuste envers la personne: vous n'avez pas
+au fond de meilleure amie. Je prie Dieu qu'il répande sur vous ses
+bénédictions et ses lumières, et vous jugerez mieux. L'éloignement est
+par tous les côtés une calamité et une souffrance, puisqu'il jette des
+nuages où ne devroit luire que l'amitié. Je vous écrirai plus au long
+sur tout cela par l'occasion que vous savez, et je vous prouverai que
+jamais vous ne trouverez une amie plus vraie et plus tendre et dévouée
+que moi.
+
+ * * * * *
+
+LI.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ Ce 22 février 1792.
+
+Je verrai, mon coeur, dans un moment où ma bourse sera moins vide, ce
+que je pourrai faire pour ces bons et saints Pères de la Vallée
+Sainte[205]. Quelle vie que celle-là! et combien nous devrions rougir
+en lui comparant la nôtre! Cependant une partie de ces saints n'ont
+peut-être pas autant de péchés que nous à expier. Ce qui doit
+consoler, c'est que Dieu n'exige pas de tout le monde ce qu'il exige
+d'eux, et que, pourvu que l'on soit fidèle dans le peu que l'on fait,
+il est content.
+
+[Note 205: Les Trappistes.]
+
+Je te trouve d'une grande sévérité pour Françoise[206]. Je souhaite
+que cela tourne bien. Mais je ne puis te dissimuler que je trouve que
+tu joues gros jeu. Songe qu'elle n'est peut-être pas destinée à vivre
+retirée dans un chapitre; qu'un temps viendra où elle pourra aller au
+bal, et que pour lors elle se livrera avec plus de fureur à ce
+plaisir. Je crois qu'il seroit plus prudent de l'y mener quelquefois,
+et de s'attacher, dans les conversations que tu pourrois avoir avec
+elle, à lui faire sentir le vide des plaisirs de ce bas monde. Au
+reste, mon coeur, je ne sais pas pourquoi je te parle de cela, car
+Dieu, que tu consultes sûrement avec soin, te donne les lumières dont
+tu as besoin pour la bien conduire, et puisque son confesseur est de
+cette sévérité-là, je n'ai rien à dire. Mais, mon coeur, est-ce le
+tien que tu lui as donné? Si cela est, pourquoi ne l'aimes-tu pas? Il
+me semble que ton zèle devroit être satisfait de la pâture qu'on lui
+donne. J'en juge d'après cet échantillon.
+
+[Note 206: Françoise de Causans, comtesse d'Ampurie, soeur de madame
+de Raigecourt.]
+
+La Reine et ses enfants ont été avant-hier à la Comédie. Il y a eu un
+tapage infernal d'applaudissements. Les Jacobins ont voulu faire le
+train; mais ils ont été battus. On a fait répéter quatre fois le duo
+du valet et de la femme de chambre des _Événements imprévus_, où il
+est parlé de l'amour qu'ils ont pour leur maître et leur maîtresse; et
+au moment où ils disent: _Il faut les rendre heureux_, une grande
+partie de la salle s'est écriée: Oui, oui!... Conçois-tu notre nation!
+Il faut convenir qu'elle a de charmants moments. Sur ce, je te
+souhaite le bonsoir et te prie de bien prier Dieu, ce carême, pour
+qu'il nous regarde en pitié; mais, mon coeur, aie soin de ne penser
+qu'à sa gloire, et mets de côté tout ce qui tient au monde. Je
+t'embrasse.
+
+ * * * * *
+
+LII.
+
+AU COMTE D'ARTOIS.
+
+ Le 23 février 1792.
+
+Votre dernière lettre m'a été remise ce matin, mon cher Frère, et j'ai
+été bien heureuse d'y trouver moins d'amertume que dans la précédente.
+Cependant, je vous ai promis d'ajouter quelques mots à ce que je vous
+ai écrit il y a quelques jours, et je suis votre amie trop sincère
+pour ne pas le faire. Je trouve que le fils[207] a trop de sévérité
+pour la belle-mère[208]. Elle n'a pas les défauts qu'on lui reproche.
+Je crois qu'elle a pu écouter des conseils suspects, mais elle
+supporte les maux qui l'accablent avec un courage fort, et il faut
+encore plus la plaindre que la blâmer, car elle a de bonnes
+intentions. Elle cherche à fixer les incertitudes du père[209], qui,
+pour le malheur de sa famille, n'est plus le maître, et je ne sais si
+Dieu voudra que je me trompe, mais je crains bien qu'elle ne soit
+l'une des premières victimes de tout ce qui se passe, et j'ai le coeur
+trop serré à ce pressentiment pour avoir encore du blâme. Dieu est
+bon, il ne voudra pas continuer à laisser subsister le peu d'accord
+qu'il y a dans une famille à qui l'ensemble et la bonne harmonie
+seroient si utiles; j'en frémis quand j'y pense, et cela m'ôte le
+sommeil, car ce désaccord nous tuera tous. Vous savez la différence
+d'habitudes et de sociétés que votre soeur a toujours eue avec la
+belle-mère: malgré cela, on se sentiroit du rapprochement pour elle
+quand on la voit injustement accuser et quand on regarde en face
+l'avenir. C'est bien fâcheux que le fils n'ait rien voulu ou pu faire
+pour gagner l'ami intime[210] du frère de la belle-mère. Ce vieux
+renard la jouoit, et il eût fallu prendre sur soi, s'il avoit été
+possible, et faire le sacrifice de s'entendre avec lui pour le déjouer
+et prévenir le mal devenu effrayant aujourd'hui. De deux maux le
+moindre. Tous les gens de cette sorte me font peur: ils ont de
+l'esprit, mais à quoi leur est-il bon? Avec cela il faut aussi du
+coeur, et ils n'en ont pas. Ils n'ont que de l'intrigue, et c'est bien
+désagréable qu'ils entraînent tant de gens. Il auroit fallu être plus
+fins qu'eux.
+
+[Note 207: Le comte d'Artois.]
+
+[Note 208: La Reine.]
+
+[Note 209: Louis XVI.]
+
+[Note 210: Le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur de l'Empereur près
+le Roi.]
+
+Paris est presque tranquille. L'autre jour il y a eu à la Comédie, où
+étoit la Reine avec ses enfants, un tapage infernal qui a fini par une
+scène étonnante dont beaucoup de gens ont été attendris:--la plus
+grande partie de la salle a crié _Vive le Roi!_ et _Vive la Reine!_ à
+faire tomber les voûtes: on a battu ceux qui n'étoient pas du même
+avis, et on a fait répéter quatre fois un duo qui prêtoit à des
+rapprochements. Mais c'est un moment, un éclair comme en a la nation,
+et Dieu sait si cela continuera.
+
+L'idée de l'Empereur me tourmente; s'il nous fait la guerre, il y aura
+une affreuse explosion. Que Dieu veille sur nous! Il a appesanti sa
+main sur ce royaume d'une manière visible. Prions-le, mon cher frère;
+lui seul connoît les coeurs et il est la seule digne espérance. Je
+vais passer ce carême à lui demander de nous regarder en pitié;
+d'arranger les affaires entre cette famille que j'aime tant; j'ai cela
+bien à coeur, je consacrerois ma vie à le demander à deux genoux, et
+je voudrois être digne d'être exaucée. Ce n'est que lui qui peut
+changer notre sort, faire cesser le vertige de cette nation si bonne
+au fond, et vous donner la santé et le repos. Adieu. Que me
+demandez-vous? Quelles sont mes occupations aujourd'hui? Si je monte
+à cheval et si je vais encore à Saint-Cyr?--A peine ose-t-on faire ses
+devoirs depuis plus d'un an! Je vous embrasse de tout mon coeur.
+_Miserere nobis._
+
+ * * * * *
+
+LIII.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ Ce 6 avril 1792.
+
+Comme je ne veux pas que tu me grondes, je t'écris le Jeudi saint:
+n'est-ce pas beau? Aussi tu n'auras qu'un très-petit mot. Voilà donc
+le roi de Suède assassiné! Chacun à son tour. Il a eu un courage
+incroyable. Nous ignorons encore sa mort; mais il y a à parier qu'il
+l'est, d'après la manière dont le pistolet étoit chargé.
+
+Tu es toute en dévotion. As-tu eu un bel office, un beau reposoir? Ta
+petite te permet-elle d'y aller? Adieu, mon coeur; je t'embrasse bien
+tendrement. Quand tu sèvreras, je m'occuperai de te faire avoir un
+logement, car le tien est donné.
+
+ * * * * *
+
+LIV.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ Ce 18 avril 1792.
+
+Je te fais mon compliment, mon coeur, de ce que ta petite a reçu les
+cérémonies du baptême: ta soeur ne m'a pas envoyé le discours de ton
+saint évêque[211]; j'espère l'avoir sous quelques jours. Tu crois
+peut-être que nous sommes encore dans l'agitation de la fête de
+Châteauvieux, point du tout: tout est fort tranquille. Le peuple a été
+voir dame Liberté tremblotante sur son char de triomphe, mais il
+haussoit les épaules. Trois ou quatre cents sans-culottes suivoient en
+criant: _La Nation! la liberté! les sans-culottes! au diable La
+Fayette!_ Tout cela étoit bruyant, mais triste. Les gardes nationaux
+ne s'en sont point mêlés; au contraire, ils étoient en colère; et
+Pétion est, dit-on, honteux de sa conduite. Le lendemain, une pique et
+un bonnet rouge s'est promené dans le jardin, sans bruit, et n'y est
+pas resté longtemps.
+
+[Note 211: Henri-Louis-René Desnos, sacré le 25 décembre 1769,
+dépossédé en 1790.
+
+A sa place, que rendait vacante son refus de prêter serment à la
+constitution civile du clergé, fut élu Jean-Baptiste Aubry, curé de
+Véel dans le duché de Bar. Le président de l'Assemblée nationale, à
+l'ouverture de la séance du 24 février 1791, annonça la nomination
+d'Aubry comme évêque constitutionnel de la Meuse en même temps que
+celle de Robert Lindet, évêque de l'Eure, et celle de Massieu, évêque
+de l'Oise. Aubry était inconnu. Député du clergé du bailliage de
+Bar-le-Duc aux états généraux, il n'y avait donné aucun signe de vie:
+son silence y fut regardé comme une adhésion aux principes
+révolutionnaires, et les suffrages étaient volontiers allés chercher
+un homme dont l'existence était simple, et paraissait étrangère à
+toute intrigue. Il quitta en 1793 la crosse épiscopale pour exercer la
+profession d'avocat, et devint ensuite administrateur de son
+département.
+
+Lors de la réorganisation des tribunaux, qui eut lieu en 1811, il
+obtint la place de conseiller à la cour impériale de Colmar, qu'il
+occupait encore au moment de la Restauration.]
+
+Oui, mon coeur, je serai bien aise de te revoir; mais il faut voir la
+tournure que tout ceci prendra. La première fois que je t'écrirai, je
+te dirai si j'ai pu te trouver un logement. J'en ai bonne envie; car
+il me déplairoit beaucoup de te savoir à l'autre bout de Paris, et de
+ne pouvoir te voir autant que je le voudrois; au lieu que, si tu étois
+dans le château, nous passerions souvent les matinées ensemble. Je
+t'avoue que cette idée me tourne un peu la tête, et je la voudrois
+déjà voir exécutée; mais patience. Depuis trois ans nous sommes à ce
+régime; peut-être qu'à la fin nous nous en trouverons bien.
+
+Bombe fait faire sa première communion à Louis; il me semble qu'il s'y
+prépare fort bien; elle y met tous ses soins. Tu as encore le temps
+d'attendre avant que d'en être là. Tu es bien heureuse, car cela doit
+bien troubler.
+
+Le gouverneur de _M. le Prince Royal_ est nommé d'aujourd'hui; c'est
+M. de Fleurieu[212], celui qui a été ministre. L'Assemblée, à cette
+nouvelle, a renvoyé la lettre du Roi au comité, pour savoir si c'est
+au Roi ou à elle à le nommer. C'est, dit-on, un honnête homme; pour
+moi, je ne le connois pas. Adieu, mon coeur, je t'embrasse et t'aime
+de tout mon coeur.
+
+[Note 212: Voir la note mise au bas de la page 431 du tome Ier.]
+
+Le Roi de Suède est mort avec beaucoup de courage. Quel dommage qu'il
+ne fût pas catholique! il eût été un vrai héros. Son pays paroît
+tranquille.
+
+ * * * * *
+
+LV.
+
+A L'ABBÉ DE LUBERSAC.
+
+ 15 mai 1792.
+
+Il y a bien longtemps que je ne vous ai écrit, Monsieur; ce n'est pas
+faute d'en avoir envie: mais je mène une vie si coupée, qu'il ne m'est
+pas possible d'écrire comme je le voudrois. Je ne puis vous dire assez
+combien j'ai été touchée de votre lettre. Le désir que vous me
+témoignez de me voir réunie à celles qui ont tant de bontés pour moi,
+m'a fait un grand plaisir; mais il est des positions où l'on ne peut
+pas disposer de soi, et c'est là la mienne: la ligne que je dois
+suivre m'est tracée si clairement par la Providence, qu'il faut bien
+que j'y reste; tout ce que je désire, c'est que vous vouliez bien
+prier pour moi, pour obtenir de la bonté de Dieu que je sois ce qu'il
+désire. S'il me réserve encore dans ma vie des moments de calme, ah!
+je sens que j'en jouirai bien, au lieu de me soumettre aux épreuves
+qu'il m'envoie! J'envie ceux qui, calmes intérieurement et tranquilles
+à l'extérieur, peuvent à tous les instants ramener leurs âmes vers
+Dieu, lui parler, et surtout l'écouter: pour moi, qui suis destinée à
+tout autre chose, cet état me paroît un vrai paradis.
+
+Si Minette vaut quelque chose, c'est bien à vous qu'elle le devra.
+J'en ai été contente dans le court séjour qu'elle a fait ici: elle
+n'est pas heureuse, et c'est une bonne école. Elle a trouvé à Chartres
+un homme de mérite, à en juger d'après ce qu'elle dit, et en qui elle
+paroît avoir confiance. Je l'ai fort engagée à le voir souvent;
+j'espère qu'elle y est exacte.
+
+Je vois avec peine approcher les chaleurs; c'est un mauvais temps pour
+vous: je désire beaucoup qu'elles soient moins fortes que l'année
+passée. Adieu, Monsieur: croyez que vos lettres me font un vrai
+plaisir, et que je serai charmée le jour où je pourrai vous revoir. En
+attendant, priez Dieu pour nous.
+
+J'ai si peu de temps, qu'il m'est difficile de m'unir aux prières que
+l'on fait; mais j'y dresserai quelquefois mon intention, pour
+participer aux grâces qu'elles doivent attirer. Vous voyez que le moi
+n'est point du tout mort en moi.
+
+ * * * * *
+
+LVI.
+
+A L'ABBÉ DE LUBERSAC.
+
+ 22 juin 1792.
+
+Cette lettre sera un peu longtemps en chemin; mais j'aime mieux ne pas
+laisser échapper une occasion de causer avec vous. Je suis persuadée
+que vous avez ressenti presque aussi vivement que nous, Monsieur, le
+coup qui vient de nous frapper[213]; il est d'autant plus affreux,
+qu'il déchire le coeur, et ôte tout repos d'esprit. L'avenir paroît un
+gouffre, d'où l'on ne peut sortir que par un miracle de la Providence;
+et le méritons-nous? A cette demande, on sent tout le courage manquer.
+Qui de nous peut se flatter qu'il lui sera répondu: _Oui, tu le
+mérites!_ Tout le monde souffre; mais, hélas! nul ne fait pénitence;
+on ne retourne point son coeur vers Dieu. Moi-même combien de
+reproches n'ai-je pas à me faire! Entraînée par le tourbillon du
+malheur, je ne m'occupois pas de demander à Dieu les grâces dont nous
+avons besoin; je m'appuyois sur les secours humains, et j'étois plus
+coupable qu'un autre; car qui plus que moi est l'enfant de la
+Providence? Mais ce n'est pas tout de reconnoître ses fautes, il faut
+les réparer; je ne le puis seule, Monsieur: ayez la charité de
+m'aider. Demandez au Ciel, non pas un changement qu'il plaira à Dieu
+de nous envoyer quand il l'aura jugé convenable dans sa sagesse; mais
+bornons-nous à lui demander qu'il éclaire, qu'il touche les coeurs;
+que surtout il parle à deux êtres bien malheureux, mais qui le seront
+encore plus si Dieu ne les appelle à lui. Hélas! le sang de
+Jésus-Christ a coulé pour eux comme pour le solitaire qui pleure sans
+cesse des fautes légères. Dites-lui souvent: _Si vous voulez, vous
+pouvez les guérir;_ et démontrez-lui bien la gloire qu'il en tirera.
+En me lisant, vous allez me croire un peu folle, mais pardonnez à
+l'excès des maux dont mon âme est atteinte: jamais je ne les ai si
+vivement sentis. Dieu les connoît; Dieu sait les remèdes qu'il doit
+appliquer, mais sa bonté permet qu'on lui fasse les demandes dont on a
+besoin: et j'use, comme vous voyez, de cette permission.
+
+[Note 213: Journée du 20 juin.
+
+La même date avait, on le voit, après un an, ramené de nouveaux
+malheurs: le Roi, blessé dans ses droits les plus sacrés par la
+violation de sa propre demeure et les outrages dirigés contre sa
+personne et sa famille, n'obtint d'autres satisfactions que celles
+qu'il se fit à lui-même, en publiant une proclamation pleine de
+sagesse, de courage et de modération. Voir aux Pièces justificatives,
+nº XV.]
+
+Je suis fâchée de vous écrire dans un style aussi noir; mais mon coeur
+l'est tellement, qu'il me seroit bien difficile de parler autrement.
+Ne croyez pas pour cela que ma santé s'en ressente; non, je me porte
+bien: Dieu me fait la grâce de conserver de la gaieté. Je désire
+vivement que la vôtre se conserve; je voudrois la savoir meilleure;
+mais comment l'espérer avec votre sensibilité? Rappelons-nous qu'il
+est une autre vie, où nous serons amplement récompensés des peines de
+celle-ci, et vivons dans l'espoir de nous y réunir un jour, après
+cependant avoir eu encore le plaisir de nous revoir dans celle-ci;
+car, malgré l'excès de ma noirceur, je ne puis croire que tout soit
+désespéré. Adieu, Monsieur: priez pour moi, je vous en prie, après
+avoir prié pour les autres, et donnez-moi souvent de vos nouvelles:
+c'est une consolation pour moi.
+
+ * * * * *
+
+LVII.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ 3 juillet 1792.
+
+Depuis trois jours on comptoit sur un grand mouvement dans Paris; mais
+on croyoit avoir pris les précautions nécessaires pour parer à tous
+les dangers. Mercredi matin, la cour et le jardin étoient pleins de
+troupes. A midi, on apprend que le faubourg Saint-Antoine étoit en
+marche; il portoit une pétition à l'Assemblée, et n'annonçoit pas le
+projet de traverser les Tuileries. Quinze cents hommes défilèrent dans
+l'Assemblée, peu de gardes nationaux, quelques invalides; le reste
+étoit des sans-culottes et des femmes. Trois officiers municipaux
+vinrent demander au Roi de permettre que la troupe défilât dans le
+jardin, disant que l'Assemblée étoit gênée par l'affluence, et les
+passages si encombrés, que les portes pourroient être forcées. Le Roi
+leur dit de s'entendre avec le commandant pour les faire défiler le
+long de la terrasse des Feuillants, et sortir par la porte du Manége.
+Peu de temps après les autres portes du jardin furent ouvertes, malgré
+les ordres donnés. Bientôt le jardin fut rempli. Les piques
+commencèrent à défiler en ordre sous la terrasse de devant le château,
+où il y avoit trois rangs de gardes nationaux; ils sortoient par la
+porte du pont Royal, et avoient l'air de passer sur le Carrousel, pour
+regagner le faubourg Saint-Antoine. A trois heures, ils firent mine de
+vouloir enfoncer la porte de la grande cour. Deux officiers municipaux
+l'ouvrirent. La garde nationale, qui n'avoit pas pu parvenir à obtenir
+des ordres depuis le matin, eut la douleur de les voir traverser la
+cour sans pouvoir leur barrer le chemin. Le département avoit donné
+ordre de repousser la force par la force; mais la municipalité n'en a
+pas tenu compte. Nous étions, dans ce moment, à la fenêtre du Roi. Le
+peu de personnes qui étoient chez son valet de chambre vinrent nous
+rejoindre. On ferme les portes; un moment après nous entendons cogner:
+c'étoient Aclocque et quelques grenadiers et volontaires qu'il
+amenoit; il demanda au Roi de se montrer seul. Le Roi passa dans sa
+première antichambre. Là, M. d'Hervilly vint le joindre avec encore
+trois ou quatre grenadiers qu'il avoit engagés à venir avec lui. Au
+moment où le Roi passoit dans son antichambre, des gens attachés à la
+Reine la firent rentrer de force chez son fils. Plus heureuse qu'elle,
+je ne trouvai personne qui m'arrachât d'auprès du Roi. A peine la
+Reine l'étoit-elle, que la porte fut enfoncée par les piques. Le Roi,
+dans cet instant, monta sur des coffres qui sont dans les fenêtres; le
+maréchal de Mouchy, MM. d'Hervilly, Aclocque et une douzaine de
+grenadiers l'entourèrent. Je restai auprès du panneau, environnée des
+ministres, de M. de Marsilly et de quelques gardes nationaux. Les
+piques entrèrent dans la chambre comme la foudre; ils cherchoient le
+Roi, surtout un, qui, dit-on, tenoit les plus mauvais propos. Un
+grenadier rangea son arme en disant: _Malheureux! c'est ton Roi!_ Ils
+se mirent en même temps à crier: _Vive le Roi!_ Le reste des piques
+répondit machinalement à ce cri; la chambre fut pleine en moins de
+temps que je n'en parle, tous demandant la sanction et le renvoi des
+ministres. Pendant quatre heures, le même cri fut répété. Des membres
+de l'Assemblée vinrent peu de temps après; MM. Vergniaux et Isnard
+parlèrent fort bien au peuple pour leur dire qu'ils avoient tort de
+demander ainsi au Roi la sanction, et les engagèrent à se retirer;
+mais ce fut comme s'ils ne parloient pas. Ils étoient bien longtemps
+avant que de pouvoir se faire entendre; et à peine avoient-ils
+prononcé un mot, que les cris recommençoient. Enfin Pétion et des
+membres de la municipalité arrivèrent; le premier harangua le peuple,
+et, après avoir loué la _dignité_ et l'_ordre_ avec lequel il avoit
+marché, il l'engagea à se retirer dans le _même calme_, afin que l'on
+ne pût lui reprocher de s'être livré à aucun excès dans une fête
+civique. Enfin, le peuple commença à défiler. J'oubliois de vous dire
+que, peu de temps après que le peuple fut entré, des grenadiers
+s'étoient fait jour et l'avoient éloigné du Roi. Pour moi, j'étois
+montée sur la fenêtre du côté de la chambre du Roi. Un grand nombre de
+gens attachés au Roi s'étoient présentés chez lui le matin; il leur
+fit donner ordre de s'éloigner, craignant la journée du _dix-huit
+avril_. Je voudrois m'étendre là-dessus; mais, ne le pouvant, je me
+promets simplement d'y revenir; tout ce que je puis dire, c'est que
+celui qui a donné l'ordre a bien fait, et que la conduite des autres
+est parfaite. Mais revenons à la Reine, que j'ai laissée entraînée
+malgré elle chez mon neveu; on avoit emporté si vite ce dernier dans
+le fond de l'appartement, qu'elle ne le vit plus en entrant chez lui;
+vous pouvez imaginer l'état de désespoir où elle fut. M. Hue,
+huissier, et M. de Vincent, officier, étoient avec lui; enfin on le
+lui ramena. Elle fit tout au monde pour rentrer chez le Roi, mais MM.
+de Choiseul et d'Haussonville, ainsi que nos dames qui étoient là,
+l'en empêchèrent. Un moment après, on entendit enfoncer les portes: il
+n'y en avoit plus qu'une que le peuple ne put trouver; et trompé par
+un des gens de mon neveu, qui lui dit que la Reine étoit à
+l'Assemblée, il se dispersa dans l'appartement. Pendant ce temps-là,
+les grenadiers entrèrent dans la chambre du conseil: on la mit, et les
+enfants, derrière la table du conseil; les grenadiers et d'autres
+personnes bien attachées l'entourèrent, et le peuple défila devant
+elle. Une femme lui mit le bonnet rouge sur la tête, ainsi qu'à mon
+neveu. Le Roi l'avoit presque du premier moment. Santerre, qui
+conduisoit le défilé, vint la haranguer, et lui dit qu'on la trompoit
+en lui disant que le peuple ne l'aimoit pas; quelle l'étoit, et qu'il
+l'assuroit qu'elle n'avoit rien à craindre. «L'on ne craint jamais
+rien, répondit-elle, lorsque l'on est avec de braves gens.» En même
+temps, elle tendit la main aux grenadiers qui étoient auprès d'elle,
+qui se jetèrent tous dessus. Cela fut fort touchant.
+
+Les députés qui étoient venus étoient venus de bonne volonté. Une
+vraie députation arriva et engagea le Roi à rentrer chez lui. Comme on
+me le dit, et que je ne voulois pas me trouver rester dans la foule,
+je sortis environ une heure avant lui; je rejoignis la Reine, et vous
+jugez avec quel plaisir je l'embrassai. J'avois pourtant ignoré les
+risques qu'elle avoit courus. Le Roi rentré dans sa chambre, rien ne
+fut plus touchant que le moment où la Reine et ses enfants se jetèrent
+à son cou. Des députés qui étoient là fondoient en larmes: les
+députations se relevèrent de demi-heure en demi-heure, jusqu'à ce que
+le calme fût rétabli totalement. On leur montra les violences qui
+avoient été commises. Ils furent tous très-bien dans l'appartement du
+Roi, lequel fut parfait pour eux. A dix heures, le château étoit vide,
+et chacun se retira chez soi.
+
+Le lendemain, la garde nationale, après avoir montré la plus grande
+douleur d'avoir eu les mains liées, et d'avoir vu devant ses yeux tout
+ce qui s'étoit passé, obtint de Pétion l'ordre de tirer. A sept
+heures, on dit que les faubourgs marchoient: la garde se mit sous les
+armes avec le plus grand zèle. Des députés de l'Assemblée vinrent de
+bonne volonté demander au Roi s'il croyoit qu'il y eût du danger, pour
+qu'elle se transportât chez lui. Le Roi les remercia. Vous verrez leur
+dialogue dans tous les journaux ainsi que celui de Pétion, qui vint
+dire au Roi que ce n'étoit que peu de monde qui vouloit planter un
+mai[214].
+
+[Note 214: Le 6 juillet, le directoire du département de Paris,
+considérant que Pétion avait manqué à son devoir en n'empêchant point
+les désordres de cette affreuse journée, le suspendit de ses
+fonctions, sans avoir égard à la défense élevée en sa faveur par
+Roederer, procureur général du département.
+
+Le Roi, à la date du 11 juillet, approuva cette mesure; l'Assemblée,
+par un décret daté du 13, leva la suspension, après avoir, par un
+décret du 11, proclamé la patrie en danger.]
+
+ [La lettre jusqu'à cet alinéa est de main étrangère; le dernier
+ paragraphe est seul de la main de Madame Élisabeth.]
+
+Comme je savois que la duchesse de Duras t'avoit donné de mes
+nouvelles, et que je n'ai pas trouvé un instant pour t'écrire, je ne
+me suis pas trop tourmentée; aujourd'hui même, je n'ai qu'un moment.
+Nous sommes jusqu'à ce moment tranquilles; l'arrivée de M. de La
+Fayette fait un peu de mouvement dans les esprits. Les Jacobins
+dorment. Voilà le détail de la journée du 20. Adieu, je me porte bien,
+je t'aime, je t'embrasse, et suis bien aise que tu ne te sois pas
+trouvée dans cette bagarre.
+
+ * * * * *
+
+LVIII.
+
+A MADAME DE RAIGECOURT.
+
+ Ce 8 juillet 1792.
+
+Il faudroit vraiment toute l'éloquence de madame de Sévigné pour
+rendre tout ce qui s'est passé hier; car c'est bien la chose la plus
+surprenante, la plus extraordinaire, la plus grande, la plus petite,
+etc., etc. Mais heureusement l'expérience peut un peu aider la
+compréhension. Enfin, voilà les Jacobins, les Feuillants, les
+Républicains, les Monarchistes, qui, abjurant tous leurs discordes, et
+se réunissant près de l'arbre inébranlable de la Constitution et de la
+liberté, se sont promis bien sincèrement de marcher la loi à la main,
+et de ne pas s'en écarter[215]. Heureusement, le mois d'août
+s'approche, moment où toutes les feuilles étant bien développées,
+l'arbre de la liberté présentera un ombrage plus sûr. Notre ville est
+tranquille et le sera pour la fédération. Je tremble qu'il n'y ait
+quelque cérémonie religieuse: tu connois mon goût pour elles: demande
+à Dieu, mon coeur, qu'il me donne force et conseil. Adieu; je
+t'embrasse et t'aime de tout mon coeur.
+
+[Note 215: Dans la séance du samedi 7 juillet 1792, Lamourette, évêque
+constitutionnel du Rhône, rappela l'Assemblée nationale à l'union et à
+la concorde: «A quoi, dit-il, se réduisent ces défiances? Une partie
+de l'Assemblée attribue à l'autre le dessein séditieux de vouloir
+détruire la monarchie; les autres attribuent à leurs collègues le
+dessein de vouloir la destruction de l'Église constitutionnelle, et le
+gouvernement aristocratique connu sous le nom des deux Chambres. Voilà
+les défiances désastreuses qui divisent l'empire. Eh bien, foudroyons,
+Messieurs, par une exécration commune et par un irrévocable serment,
+foudroyons et la République et les deux Chambres. (La salle retentit
+d'applaudissements unanimes de l'Assemblée et des tribunes, et des
+cris plusieurs fois répétés de: _Oui, oui, nous ne voulons que la
+Constitution!_) Jurons de n'avoir qu'un seul esprit, qu'un seul
+sentiment, de nous confondre en une seule et même masse d'hommes
+libres, également redoutables et à l'anarchie et à l'esprit féodal...
+Je demande que l'Assemblée mette aux voix cette proposition simple:
+_Que ceux qui abjurent également et exècrent la République et les deux
+Chambres se lèvent._ (Les applaudissements des tribunes continuent.
+L'Assemblée se lève tout entière. Tous les membres se confondent et
+s'embrassent.)
+
+Cette scène est connue sous le nom de _Baiser de Lamourette_.]
+
+
+
+
+NOTES, DOCUMENTS
+
+ET
+
+PIÈCES JUSTIFICATIVES.
+
+
+I.
+
+LETTRE ÉCRITE DE PARIS PAR M. REPIQUET,
+
+ _Fédéré d'Autun, district d'Autun, département de Saone et Loire,
+ à M. Repiquet, son frère, citoyen audit Autun, sur les événements
+ du_ 10 _août_ 1792, _l'an 4 de la liberté. Imprimée aux frais de
+ la Société, des Amis de la Constitution de ladite ville._
+
+MON FRAIRE, MON CHER AMI,
+
+Je ne peut pas atantre que les chose soit terminé pour tan faire par,
+ainsi qua toute la société des ami de la constitussion d'Autun, qui
+sont mes fraire, que jesper que tu voudra bien leur témogné la
+fraternité qui ne finira qua la mort envair moi. Je te fait par de la
+bataille que nous avont u yaire vendredi dix aoust, comme je te lavais
+promis, que je ne quiterais Paris que quant le coup serait porté; mais
+se coup ne sera jamais houblié, car il doit aitre ymmortelle.
+
+Ci je te parle, croit que c'est un raive; si j'éxiste, c'est que la
+mort n'a pas voulu de moi. Mon ami, je te diré que la nuit du neuf au
+disse, nous somme sorti des Jacobin à minuit, ayant les hordre de nos
+commissair.
+
+Lhordre était de nous transporter tous les fédérés, les un au
+faubourgt St. Entoine, et les autre au Cordelié ou sont les
+Marsaillois; les autre dans les section les plus patriote, de fasson
+que nous avons passé cette maime nuit sans panser à dormir. Pour
+conquir sa liberté, il ne faut plus panser de fermé les yeux, au
+contraire, il faut les ouvrire, et avoir de bonnes aureille. Moi qui
+ne connais pas assés les section de Paris, je messuis transporté de
+suite avecque quelques un des jeune gens d'Autun, dans le bataillon de
+Marsaille, comme javais ma confiance en eux. Les fédérés de Nime, de
+Monpeillé, de Macon, nous nous somme tous joint, de fasson que nous
+nous somme trouvé aux environ de trois bataillon, tous desterminé à
+périre pour conquir la liberté. Nous lavons juré, nous la
+soutiendront: aprest nous, nos enfant prendront vengensse, et ils
+trionferont. Pour moi, mon ami, jétais chef de ploton, quand nous
+avons entré au tuillerie, il li en avait quelqun qui ne se soussiest
+pas di entrer, parce que les bal commensait desja a pleuvoir; pour les
+en courager dantrer, je leur ai dit courage mes enfent, ce nest pas
+sur nous quon tire.
+
+Je neu pas prononsé ses mot quil en tomba catorse de mon ploton, et
+moi surpri de me voir qua trois de ma section, les gueux nous on tiré
+a mitraille, car ils croyoit nous faire reculer et doné la terreur au
+peuple. Mais des fédéré qui on juré devant leur munisipalité
+respective, qui sacrifirait leur sanc, leur fortune, pour la deffance
+de la patrie, ne peuve pas reculer. Nous ne pouvous pas mourire pour
+la plus bel cose, et moi comme tu sai qui suis acoutumé de mourir, je
+ni pansait pas.
+
+Je nés pas encore vu tous les jeune gensse d'Autun; je les cherche
+tous les jour, tout ce que jan sait, quil se sont bien montré et bien
+ardie au feu: il ni a que Mersié de blessé dans une main, je ne sai
+sil en sera extropié. Je cherché dans les cor mort si je ne trouverai
+pas le petit Migniot, frère du charpantier de Marchau, que lon ma dit
+avoir été tué dans la compagni de Monpellié; mais il ma été impossible
+dans navoir de nouvelle. Comme nous étion tous séparés, il ni avait
+pas possible que nous fussion dans la maime compagnie, dhalleur il
+n'est pas possible de reconnaître personne dans les mort. On fait
+nombre de quatre mille, san conté que la riviere en est presque
+plaine, on dirait du bois a flotter. Le chatau des tuillerie brule
+toujours trai fort, le feu ne peut si éteindre, car sest un enfaire.
+Les diable son sorti et demande pardon au peuple; mais le peuple
+courageux et plaint de bonté, a méprisé ses demon, et les a lessé alé
+à leur malheureu sor. Le cheffe des diable avec proserpine se sont
+sauvé avec leur famille, dans l'assemblé nationalle ou on a commi que
+des péché mortelle; comme tu voi qui se ressemble sasemble. Il navais
+pas malle choisi, car il avait choisi des homme abillé de rouge,
+appelés Suisse, pour desfendre les crime qu'il comaitait dans ces
+enfair.
+
+Enfin, mon ami, nous étion plus de cinq cent mille soldat commandé par
+le dieux de lunivert, nous ne lavons pas vu, mais nous lavon entendu;
+il a parlé dans nos coeur, nous étion tous fraire. Des charbonier, des
+masson, des porte fait, en généralle de toute les langue, nous navion
+que le maime langage; nous nous embrassion tous, et nous ne fesion
+qune maime famile. Jés étés mangés par des charbonnié et par baucoup
+douvrier, de sorte qu'il manbrassait. Enfin mon cher ami il li a eu
+des section de Paris qui ont tiré sur nous comme sur des lou garou,
+mais nous les avons baré par la rue de Grenelle et de la section des
+grenadier des file St. Thomas. Jan on compté 48 étandu, entrautre le
+capitaine qui étais d'une grosseur a faire peur a un enfant trouvé; on
+voyoit bien que ce bougre navais été nourie quau chatau des tuillerie,
+car il ni a que des cochon de cette espaisse. On ne veut pas dire
+combien ce qui li a de mort, car cest tairible: ce nest pas fini, car
+il ni a point de nosse quil ni ai de landemain. Aujourdhui jé vu
+couper au moins trois cent taite; on jette les corp dans la rivier, et
+porte les taite. On ne fini pas; tous les aristocrate i passeront: on
+prent leur non en écri, et il y a des comissaire pour montrer leur
+maison. Mais, mon ami, _je te prie de faire par à tous les patriote_
+DE FAIRE COULER DU SANG LE MOINS QU'IL SERA POSSIBLE _dans notre
+pays_, peut aitre que ces gensse ecaré ne tarderont pas à vous
+demandés pardon: nessités pas à les pardonner, mais faitte leur sentir
+quil sont dans la poussier; Paris leur doit doner exemple.
+
+Toute la cavallerie étais pour nous et l'infanterie, mais il li en a
+eu baucoup de tué par les section aristocrate. Il ni a plus
+daristocrate à Paris, tous crie vive la nation; mais il ne faut pas si
+fié que quant nous en auront curé le ny. A linstant que je técri, on
+bat la généralle de toute par. Je fini vite en courant dans mon
+bataillon qui sont les Marsaillois. Les misérable ont perdu 150 homme,
+tant tué que blaissé, jé vu faire lapelle. Mon amie, tu sai que je né
+point d'ortograffe, et que je ne sé point faire de frase, mais au moin
+il me raiste que je parle de coeur en jurant de vivre libre ou mourir.
+
+ Ton fraire Repiquet.
+
+_Poste scriptome._
+
+Je te diré quil métait arrivé davoir desja tué un Garde du Roi, près
+le pallais royale, et un autre le bras, qui na pas mieux vécu que le
+premier, car il avait lalter coupé, pour avoir dit vive le Roi, et
+merde pour la nation. Il li a un trop lon destaille pour tans faire
+par; tu le saura par les Autunois.
+
+Jés tué quatre Suise dans les cavau des tuillerie, quil sestais cachés
+derrier des taunaux: il était comme des lievre caché. Le premier je
+lui ai coupé un bras, ausito une femme la porté au bout d'une pique.
+Pour ten dire davantage je ne peut; tout ce qui li a, que nous en
+avons tué soixante traise dans les cavos. Actuelment on peut me tué
+quent on voudra; jé tué le nombre que je demandais auparavant; mais
+puisque ji suis, il ne me turont quen ma présence.
+
+ REPIQUET.
+
+ A AUTUN, DE L'IMPRIMERIE DE P. P. DE JUSSIEU, 1792.
+
+ * * * * *
+
+II.
+
+COMMUNE DE PARIS.
+
+ Le 20 octobre 1792, l'an 4e de la liberté, 1er de la République
+ française, et 1er de l'égalité.
+
+SECRÉTAIRE-GREFFIER.
+
+Je joins ici, Citoyens, une lettre adressée à Madame Élisabeth, dont
+ce renvoy par devers vous a été arrêté par le conseil général de la
+Commune.
+
+Je vous prie de m'en accuser réception.
+
+ MÉYÉE.
+
+Les citoyens membres de la Convention nationale et composant la
+commission des 24.
+
+ Notre soeur Élisabeth,
+ Prenez votre chapelet,
+ Il sera la victoire,
+ Toute pleine, de gloire.
+
+ Commencés, par la Croix,
+ C'est le signe, des Roys,
+ Jésus, fils de Marie,
+ Ditte, qu'il vous marie,
+
+ Avec le Roy François,
+ Oh Dieu quelle joye.
+ N'est-ce pas un bon souhait?
+
+ Voilà une bonne proye.
+ Rions, chantons cette fois,
+ L'amour a fait son employe.
+
+ * * * * *
+
+ Je t'ay vu, mon Citron,
+ Dans la Loire, en plongeon;
+ Bien nager quelle gloire?
+ Estre mis dans l'histoire.
+
+ Ah le brave Français,
+ Je ne suis point Anglais,
+ Parti pour l'Allemagne?
+ Oui voilà ma campagne.
+
+ Traître, grand ennemi,
+ Trop infidèle ami!
+ Contre nous porter arme!
+
+ Quelle plus triste allarme!
+ J'aime le Roy François.
+ Comme moy donc, franc sois.
+
+Citron est le chien du prince Louis, que j'ay vu en passant à Tours.
+Il s'amusoit avec luy, à le faire nager dans la Loire. J'ay fait ce
+petit sonnet à sa gloire. A ce titre, s'il pouvoit vous recréer un
+moment, je m'en féliciterois: et ma joye iroit de pair avec le respect
+dans lequel je suis pleinement,
+
+ MADAME,
+
+ Votre serviteur le plus respectueux,
+
+ J. GUILLEMETEAU,
+
+ Curé de Biarge et vic. de Fontenay de Vincennes.
+
+ 7 octobre 1792.
+
+ _A Madame, Madame Élisabeth, dans le Temple, rue du Temple, à Paris._
+
+Madame Élisabeth dit dans une de ses lettres qu'elle était effrayée de
+l'ignorance du bas clergé: elle avait bien raison. B.
+
+ * * * * *
+
+III.
+
+Après avoir esquissé, au livre huitième de cette histoire, la
+distribution intérieure de l'édifice du Temple, essayons de donner une
+idée générale de sa physionomie extérieure, un aperçu du personnel
+commis à sa garde et des dispositions prises par l'autorité
+républicaine.
+
+A la grande porte de la rue du Temple était un portier nommé Darque,
+naguère bedeau du grand prieuré, homme simple et bon, qui n'avait pas
+la prétention de descendre du même sang que la glorieuse vierge
+d'Orléans, quoique souvent cette consonnance de noms lui attirât des
+plaisanteries grossières. Serviteur sexagénaire de l'hôtel de Conti,
+il avait été surpris par la Révolution dans l'exercice de ses
+fonctions paisibles et dans la quiétude de ses vieux jours. Du reste,
+il comprenait peu les choses qui se passaient alors sous ses yeux, et
+c'était un grand bienfait de la Providence; les vicissitudes qui
+entraînaient les hommes et les choses lui avaient laissé un abri sous
+le toit où il avait vieilli, et cela lui suffisait; il se regardait
+comme étant partie intrinsèque du Temple.
+
+Dans la loge de Darque pendait un cordon à sonnette correspondant par
+un fil de fer à l'intérieur de la salle du conseil, située, dès le
+premier jour de la détention du Roi dans l'intérieur du palais du
+Temple, et, à dater du 8 décembre, au rez-de-chaussée de la grosse
+tour. Un nombre de coups convenu révélait aux officiers municipaux
+préposés à la garde du Temple la nature des messages ou l'importance
+des visiteurs. Un carillon prolongé annonçait la venue d'une autorité
+supérieure. A ce bruit, les municipaux venaient eux-mêmes reconnaître
+les personnages puissants et les introduire, s'il y avait lieu. Ces
+membres de la Commune furent d'abord au nombre de huit, jour et nuit
+de service dans l'intérieur du Temple, un près de Louis XVI, un près
+de Marie-Antoinette, et les six autres composant le conseil de la
+garde du Temple. Deux couchaient dans l'antichambre du Roi et deux
+dans celle de la Reine, les quatre autres dans la chambre du conseil.
+Ces huit commissaires, dont le service durait pendant quarante-huit
+heures, se renouvelaient chaque jour quatre par quatre, désignés par
+le sort dans le conseil de la Commune. Étant de service auprès des
+prisonniers, ils étaient tenus de ne répondre qu'aux questions vagues
+et sans importance qu'on leur faisait, et le plus laconiquement
+possible.
+
+A droite et à gauche, dans la cour, s'élevaient plusieurs corps de
+bâtiment affectés à différents services; à droite, était l'appartement
+de Jubaud, ancien concierge du palais; le nouvel économe, du nom de
+Coru, occupa une partie de ce logement.
+
+Dans le bâtiment de gauche, faisant face à l'habitation de Coru,
+demeurait l'ancien suisse du château du Temple, nommé Gachet, protégé
+de M. le comte d'Artois, vieux débris, comme Darque, de cet ancien
+régime sous lequel on buvait et l'on chantait, sans prévoir quel
+terrible visiteur viendrait briser les verres et interrompre les
+chansons. Les orages du temps avaient quelque peu assombri l'humeur
+joviale du vieux Gachet, mais ils n'avaient pas dérangé l'antique
+habitude qu'il avait prise de vendre à boire à ses voisins. Depuis
+1784 sa petite industrie était exploitée par un vieux célibataire
+nommé Lefèvre; assez étranger au grand drame qui se jouait sous ses
+yeux, Lefèvre ne voyait dans le passage au Temple des officiers
+municipaux et de la force armée, qu'une chance heureuse pour son
+commerce, et, sans souhaiter malheur à la famille royale dont il avait
+reçu les bienfaits, il acceptait volontiers un état de choses qui
+achalandait son cabaret. La triste humanité est ainsi faite; quand on
+n'est pas soutenu par un sentiment plus haut, on juge l'histoire
+générale au point de vue de sa propre histoire. On s'assemblait chez
+le père Lefèvre pour savoir ce qui se passait, pour converser sur les
+affaires du jour: c'était le rendez-vous des nouvellistes du
+voisinage.
+
+A gauche également, et sous le même toit que la _buvette du père
+Lefèvre_ (car c'est ainsi qu'on appelait cet établissement), se
+trouvaient les cuisines qui alimentaient non-seulement les
+prisonniers, mais les commissaires de la Commune, les officiers, et
+dans la suite le poste tout entier de la force armée; enfin tous les
+employés tenus par leur service à ne pas sortir du Temple.
+
+Le palais ou château faisait face à la porte d'entrée et fermait dans
+toute sa largeur la première cour. Dans le château était le grand
+poste du Temple. Il résulte des états journaliers du service de cette
+époque, que la garde du Temple se composait de: 1 commandant général,
+1 chef de légion, 1 sous-adjudant général, 1 adjudant-major, 1
+porte-drapeau, 20 artilleurs, 2 pièces de canon, et formait, avec les
+gardes nationaux, en y comprenant les officiers et sous-officiers, un
+effectif de deux cent quatre-vingt-sept hommes. Cette garde était
+fournie chaque jour au Temple tour à tour par les huit divisions de la
+garde nationale parisienne. Après la mort du Roi, cet effectif fut
+réduit à deux cent huit hommes, y compris quatorze canonniers.
+
+On entrait au jardin par l'intérieur du château: ce fut pour obvier à
+cet inconvénient que, d'après l'ombrageuse inspiration de la Commune
+et sous sa surveillance sévère, le patriote Palloy (on ne le nommait
+jamais sans cette qualification) éleva plus tard, au milieu de
+l'espace qui séparait le château de la tour, un gros mur qui forma
+ainsi une nouvelle cour entre le château et le jardin.
+
+Ce nouveau mur avait deux portes, l'une charretière, fermée par une
+forte cloison de chêne, garnie de barres de fer et de verrous, et que
+l'on ne pouvait ouvrir sans le concours de deux guichetiers,
+possesseurs chacun d'une clef différente.
+
+La seconde porte, à gauche et tout à côté de la première, consistait
+en un guichet étroit; deux clefs étaient également nécessaires pour
+en opérer l'ouverture; ces clefs étaient aux mains de deux hommes
+dont les loges étaient situées à côté de ces deux portes, l'une en
+dedans, l'autre en dehors. Un fil de fer et une double sonnette
+ralliaient ces deux cases à travers le mur. Les deux guichetiers
+passaient là les jours et les nuits sans interruption aucune, dérangés
+à toute minute, dépendant l'un de l'autre, et condamnés, comme
+Sisyphe, à une action continuelle. L'un de ces suppliciés s'appelait
+Richard, l'autre Mancel.
+
+Dès qu'on avait franchi ces portes, tous les bâtiments contigus à la
+tour ayant été démolis, le sombre édifice, dépositaire des débris de
+la royauté, apparaissait dans sa libre tristesse, dégagé de toutes
+parts, et renfermé, avec quelques bouquets d'arbres, entre quatre
+murailles nues. Son complet isolement lui imprimait encore un
+caractère plus religieux et plus redoutable. A ses angles, quatre
+tourelles rondes élançaient leurs toits aigus, que dominait de sa
+masse imposante le pignon également aigu du donjon. L'oeil ne
+retrouvait dans leurs girouettes découpées à jour aucunes traces
+d'armoiries; aucun cartouche de pierre n'indiquait non plus, au-dessus
+de la porte d'entrée, la féodalité des âges de foi: le passage des
+templiers n'y était pas inscrit; les écussons des grands maîtres
+n'étalaient point leurs émaux sur un portail guilloché. Tout le
+monument était grave et empreint de la physionomie des temps
+guerriers, mais n'ayant rien d'épique ni de romanesque dans son
+architecture simple et sévère, dépouillée de ces belles fantaisies, de
+ces images capricieuses que le moyen âge taillait dans la pierre.
+
+Depuis que, veuf de ses nobles hôtes, veuf aussi de son arsenal et de
+ses trophées, il avait, silencieux, servi d'asile à de poudreuses
+archives, une sombre mélancolie planait sur lui et semblait annoncer
+qu'il devait un jour servir de prison. On sentait, en effet, en le
+regardant, qu'absente à l'extérieur, la gaieté ne pouvait habiter le
+dedans, et que la main de l'adversité devait seule pousser des
+habitants dans une telle demeure. Théâtre parfaitement approprié à la
+terrible tragédie qui allait s'y accomplir, l'architecte, en le
+faisant si lugubre, semblait l'avoir prédestiné à l'usage qu'il venait
+de recevoir.
+
+Voici l'état nominatif de toutes les personnes employées à la bouche
+et à la sûreté de la maison du Temple pendant les premiers temps de la
+captivité de la famille royale. Nous mettons en regard le traitement
+qui leur était alloué.
+
+ Gagnié[216], chef de cuisine 4,000 fr. par an.
+ Remy, chef d'office 3,000 --
+ Maçon, second chef d'office 2,400 --
+ Nivet, pâtissier 2,100 --
+ Meunier, rôtisseur[217] 2,400 --
+ Mauduit, argentier, homme du garde-manger 2,400 --
+ Penaut, garçon de cuisine 1,500 --
+ Marchand[218], garçon servant 1,500 --
+ Turgy[219], id. 1,500 --
+ Chrétien[220], id. 1,500 --
+ Guillot, garçon d'office 1,200 --
+ Adrien, laveur 1,200 --
+ Fontaine, garçon pour le service de la bouche 600 --
+ Tison, au service de Marie-Antoinette, d'Élisabeth,
+ et de la fille d'Antoinette 6,000 --
+ La femme dudit Tison (Anne-Victoire Baudet) 3,000 --
+ Mathey, concierge de la Tour 6,000 --
+ Rocher, guichetier 6,000 --
+ Risbey, id. 6,000 --
+ Richard-Fontaine[221], gardien du guichet entre le
+ Château et la tour 3,000 --
+ Mancel[222], d'abord balayeur, depuis collègue de
+ Richard-Fontaine, aux gages de 1,000 --
+ Le Baron[223], concierge et gardien des scellés 2,000 --
+ Le Baron, porte-clef 1,200 --
+ Jérôme[224], id. 1,200 --
+ Gourlet[225], id. et garçon du conseil 1,200 --
+ Angot[226], scieur de bois 1,000 --
+ Vincent-Petit Ruffon, scieur et porteur de bois 1,200 --
+ Herse, id. 1,000 --
+ Jean Quenel, commissionnaire 1,000 --
+ Danjout, perruquier 600 --
+ Roekenstroh[227], surveillante de la lingerie 1,000 --
+ Roekenstroh, commis de l'économe (âgé de 15 ans
+ et demi) 1,000 --
+ Darque, portier à la grande porte 1,500 --
+ Picquet[228], portier des écuries 600 --
+
+[Note 216: Ci-devant employé à la bouche du Roi, aux Tuileries.]
+
+[Note 217: Ci-devant employé à la bouche du Roi, aux Tuileries.]
+
+[Note 218: Ci-devant servant aux Tuileries.]
+
+[Note 219: _Id._]
+
+[Note 220: _Id._]
+
+[Note 221: Ci-devant terrassier.]
+
+[Note 222: Ci-devant balayeur à la maison d'Artois. Vieil invalide
+auquel le comte d'Artois avait donné cette retraite.]
+
+[Note 223: Ci-devant frotteur à la maison d'Artois (dont il portait la
+livrée ainsi que Mancel).]
+
+[Note 224: Ci-devant tourneur.]
+
+[Note 225: Ci-devant employé au service du citoyen Jubaud.]
+
+[Note 226: Ci-devant gardien d'argenterie à la maison d'Artois.]
+
+[Note 227: Ci-devant employée en cette qualité à la maison d'Artois.]
+
+[Note 228: Ci-devant employé en cette qualité à la maison d'Artois.]
+
+Ce nombreux personnel fut successivement modifié et diminué; les
+traitements, qui tous étaient imputés sur le fonds de 500,000 francs
+décrété le 12 août 1792 pour la dépense du Roi et de sa famille,
+furent réduits; les abus qui s'étaient glissés dans une première
+organisation furent redressés par l'autorité; plusieurs employés
+furent destitués, d'autres remplacés. C'est ainsi que dès le 12
+décembre 1792 Rocher et Risbey furent renvoyés; que Guillot, Adrien et
+Fontaine furent remplacés par Caron, Lermuzeaux et Vandebourg; que
+plus tard, le 13 octobre 1793, Turgy, Chrétien et Marchand furent
+congédiés; que Coru, l'économe qui avait pris la place de Jubaud, fut
+contraint de la donner à Lelièvre; et que celui-ci, compromis par des
+dénonciations, la perdit un instant, la reprit, et finit par la céder
+à Liénard. C'est sous ce dernier, en fructidor an II, que les grandes
+réformes furent opérées. Liénard en donna lui-même l'exemple, en
+proposant de restreindre son propre traitement à 3,000 francs. Gagnié
+fut remercié et remplacé par Meunier.
+
+Un document indique aussi que Monnier, porte-clefs en chef de la tour
+(qui ne fut, à ce qu'il semble, employé que peu de temps en cette
+qualité, car son nom ne figure même pas sur les contrôles), avait été,
+sur la proposition de l'économe Lelièvre, remplacé par Gourlet le 1er
+ventôse an II.
+
+ * * * * *
+
+IV.
+
+[Orthographe conservée.[229]]
+
+[Note 229: Nous avons cru devoir conserver à ces pièces leur orthographe.]
+
+_Mémoire de madame Marie Antoinette,_
+
+Pare Sainte Foy dite Breton couturier.
+
+ Du 27 janvier 1793.
+
+ Fait un pierrot grand deuille de fleures 24#
+ Fournie les rubans 6#
+ Fournie les busques et bouton 4 10s.
+
+ Le 30. Une robe de même fleurés grand deuille 24
+ Fournie les rubans 6
+ Fournie les busque 2 10
+ Deux jupon de tafetas dHitaly noire 12
+ Fournie les rubans 2
+
+ Le 28 mars refaitte un pierrot et le jupon de fleurés 15
+ Fournie les rubans 6
+ Fournie les busque et bouton 4 10
+ Fournie une aune de fleurés pour les manches à 9# 9#
+
+ Le 3 avrille faitte un pierrot de fleurés grand deuille 24
+ Fournie les rubans 6
+ Fournie les busque et bouton 4
+ Un jupon de tafetas dHitaly noire 6
+
+ 23 mai un pierrot de fleurés grand deuille 15
+ Fournie deux aune un quare de fleürés pour ce
+ pierrot--à 9# laune fait 20# 5
+ Plus une aune et 1 mis de florence pour corsage et
+ doublure des manches à 6# 10s. f. 9# 15
+ Fournie les busque et bouton 4 10
+ ------------
+ 205# 10
+
+Bon pour cent quarante-neuf livres dix sols.
+
+ C. (_Coru._)
+
+ * * * * *
+
+_Mémoire des fournitures d'étoffe de soye faites pour le service de
+Marie-Antoinette._
+
+Par Le Normand, marchand à Paris.
+
+Livré à mademoiselle Bertin:
+
+ Mars. 6 aunes fleuret noir large à 9# 54#
+ 2 voile noir a 3 6
+
+ 28... Livré à madame Chaumet:
+ 21 aunes double florence noir à 6 10 136 10
+
+ Livré à madame Le Breton:
+ 11 aunes fleuret noir large à 10 110
+ 5 aunes 1/2 tafétat noir première
+ qualité à 12. 66
+ 2 aunes 1/2 florence noire à 6 10 16 5
+ -----------
+ 388 15
+
+ * * * * *
+
+_Memoire de madame Élisabeth_,
+
+Pare Sainte Foy dite Breton couturier.
+
+ Du 27 janvier 1793...
+
+ Une redingotte chemise de florence noire hoittés 30#
+ Fournie la hoitte 5
+ Fournie du bougrand pour le collet 2 10 s.
+ Fournie les rubans et bouton 6
+ Fournie les ballene 6 10
+ Un pierrot de fleures grand deüille 24
+ Fournie les rubans et bouton 6
+ Fournie les ballene 6 10
+
+ Le 29 déshoittés la robe de florence noire 15
+
+ Faitte deux jupon de tafetas dHithaly noire 12
+ Fournie les rubans 2
+
+ Le 4 avrille refaite un pierrot et remis des
+ manches neuf 15
+
+ Fournie une aune de fleürés pour manche à 9#, f. 9
+ Plus une aune de florence pour doublure à 6# 10 s. 6 10
+ Fournie les rubans pour le jupon et pierrot 6
+ Fournie les ballene 6 10
+
+ Le 13 une redingotte chemise de florence noire 30
+
+ Fournie du bougrand pour le collet 2 10
+ Fournie les rubans 6
+ Fournie les ballene 6 10
+ Fournie les bouton 1 4
+
+ Total 204# 14
+
+Bon pour cent quarante livres dix sols.
+
+ C.
+
+ * * * * *
+
+_Barbier et Tétard, marchands de toutes sortes d'étoffes de soies d'or
+et d'argent, à la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
+cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris._
+
+Du 26 mars 1793.
+
+Fourni à la fille d'Antoinette:
+
+ 1 aune 1/2 fleuret noir 11# 6# 10s.
+ 1 -- 1/2 florence noir 6 10 19 15
+ 5 avril, 1 aune » fleuret noir. » » 11 »
+ » -- 1/2 florence noir. 6 10 3 5
+ 23. 2 -- » florence noir. 6 10 13 »
+ ----------
+ Total. 63 10s.
+
+Certifié véritable et conforme à mon livret le présent mémoire montant
+à soixante et trois livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.
+
+ BARBIER ET Cie.
+
+ * * * * *
+
+_Barbier et Tétard, marchands de toutes sortes d'étoffes de soie d'or
+et d'argent, à la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
+cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris._
+
+Du 4 avril 1793.
+
+Fourni à Élisabeth Capet:
+
+ 22 aunes florence noir. 6 10s. 143# »
+ 10 -- fleuret noir. 11 » 110 »
+ 6 aunes 1/2 taffetas noir. 11 » 71 10
+ ------------
+ Total. 324# 10
+
+Certifié véritable et conforme à mon livret le présent mémoire montant
+à trois cent vingt-quatre livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.
+
+ BARBIER ET Cie.
+
+(_Archives de l'Empire_, carton E, nº 6,207.)
+
+ * * * * *
+
+V.
+
+_Mémoire des médicaments fournis au Temple pendant le mois de may,
+pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure, par le citoyen Robert
+apothicaire authorisé par la commune et par les ordonnances du citoyen
+docteur Thiery._
+
+Pour Marie Antoinette:
+
+ 1793. Mai 1er. Un bouillon medicinale fait au bain
+ marie composé de veau, poulet, et plantes diverses. 5#
+
+ 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. Chaque jours le même
+ bouillon réitéré 45#
+
+ Plus une boëte de gomme pectorale 3
+
+ 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours
+ le bouillon cy dessus réitéré 50
+
+Pour le fils de Marie Antoinette:
+
+ Mai 12. Douze onces de miel de Narbonne 3 12
+
+ 13. Deux bouteilles de petit lait clarifié 2
+
+ 14. Deux bouteilles idem. 2
+
+ 15. 16. Bouteilles idem. 4
+
+ 17. Une médecine composée de follicules manne
+ choisis, coriandre, et sel de Glauber 3
+
+ La même médecine de précaution 3
+
+ Une bouteille de petit lait 1
+
+ Quatre onces de bayes de genievre 1 4
+
+ 18. Une bouteille de petit lait 1
+
+ Une livre de miel de Narbonne 4 16
+ ----------
+ Suite et montant de l'autre part 128# 12s.
+
+Pour le fils de Marie Antoinette:
+
+ May 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. Chaque
+ jours une bouteille de petit lait 10
+
+ 29. La médecine du 17 réitérée 3
+
+ Idem la même médecine de précaution 3
+
+ 30. 31. Le petit lait réitéré 2
+
+ Un cornet de baye de genievre 1 4
+
+ Une boette de parfums 2
+
+Pour Marie Thérèse Charlotte, fille de Marie Antoinette:
+
+ Mai 1er. Un bouillon médicinal fait au bain marie,
+ composé avec sucs de plantes, sel de Glauber,
+ etc. 4
+
+ 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. Chaque jours le même
+ bouillon réitéré 40
+
+ 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. Chaque jours
+ le bouillon idem. 40
+
+ 22. 23. 24. 25. Le bouillon réitéré 16
+
+ Plus douze onces d'eau de roses 3
+
+ 26. 27. 28. 29. 30. 31. Chaque jours le bouillon id. 24
+
+ Pour Élisabeth soeure de Marie Antoinette:
+
+ May 25. Quatre grands rouleaux de sparadrap de
+ diapalme 20
+ -------
+ 296# 16s.
+
+ * * * * *
+
+_Memoire des medicaments fournis au Temple pendant le courant du mois
+de juin, pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure, par le
+citoyen Robert apothicaire authorisé par la commune et par ordonnance
+du citoyen docteur Thiery._
+
+Pour le fils de Marie Antoinette:
+
+ 1793. Juin 1er. Une bouteille de petit lait clarifié 1
+
+ 2. 3. 4. 5. Chaque jours le petit lait réitéré 4
+
+ Plus fournis un thermometre pour les bains 4
+
+ 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. Chaque jouis une bouteille de
+ petit lait 7
+
+ 13. Un bouillon médicinal fait au bain marie, composé
+ avec cuisses et reins de grenouilles, avec addition
+ de sucs de plantes, et terre folliée minérale 5
+
+ 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon
+ réitéré 35
+
+ 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. Chaque jours le
+ bouillon idem. 50
+
+Pour Marie Thérèse Charlotte, fille de Marie Antoinette.
+
+ Juin 1er. Un bouillon médicinal fait au bain marie
+ (composé avec sucs de plantes, sel de Glauber,
+ etc.) 4
+
+ 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. Chaque jours le bouillon réitéré. 28
+
+ Plus douze onces d'eau de roses. 3
+
+ 9. 10. 11. 12. 13. Chaque jours le bouillon. 20
+
+ 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon
+ réitéré 28
+ ------
+ 189#
+
+ * * * * *
+
+_Memoire des medicaments fournis au Temple pendant le mois de juillet
+pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure par le citoyen Robert
+apothicaire, authorisé par la commune et par ordonnances du citoyen
+docteur Thiery._
+
+Pour Marie Antoinette, sa fille et Élisabethe:
+
+ 1793, l'an IIe de la République.
+
+ Juillet 12. Une chopine d'eau de fleurs d'oranges
+ double distillée au bain marie 12
+
+ Trois flacons de sel volatil de vinaigre camphré 18
+
+ Un cornet de genievre " 12
+
+Pour le fils de Marie Antoinette:
+
+ Juillet 1. Un bouillon medicinal fait au bain marie
+ avec veau, cuisses et reins de grenouilles, suc de
+ plantes et terre folliée 5
+
+ 2. Le bouillon réitéré 5
+
+ Douze onces de miel de Narbonne 4 16
+
+ 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. Chaque jours le
+ bouillon ci-dessus réitéré 50
+
+ 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. Chaque jours
+ le bouillon idem. 50
+
+ 23. 24. 25. Le bouillon idem. 15
+
+ 26. Un lavement composé avec coralline de Corse,
+ suc de citron et huile d'olive 1 10
+
+ Plus fournis une seringue, avec son canon d'yvoir 14
+
+ 27. Un lavement 1 10
+
+ 28. Le lavement idem. 1 10
+
+ Plus 4 onces de sirop vermifuge 1 4
+
+ 29. 30. 31. Chaque jours le lavement 4 10
+
+ Plus 4 onces de sirop vermifuge 1 4
+
+Pour la citoyene Tison:
+
+ Juillet 4. Une potion calmante 2
+
+ 5. La potion idem. 2
+
+ Plus deux pintes de petit lait avec le sirop de
+ violettes 4
+
+ 6. Un rouleau d'orgeat 2 10
+
+ Deux pintes de petit lait réitéré 4
+
+ La potion double réitérée 4
+
+ 7. Une pinte de petit lait 2
+
+ La potion double réitérée 4
+
+ 8 et 9. Chaque jours le petit lait 4
+
+ Plus deux potions 4
+ --------
+ 218# 6s.
+
+(_Archives de l'Empire_, série E, nº 6207.)
+
+ * * * * *
+
+VI.
+
+DÉTAILS DE LA CONDUITE DU CITOYEN LOMÉNIE
+
+ Depuis le 1er mai 1789 jusqu'à ce jour.
+
+Au 1er mai 1789 j'étais à Paris, où je remplissais tous les devoirs
+d'un bon citoyen; j'en suis parti le 18 juin de cette année pour
+Brienne; je n'ai cessé d'y annoncer à mes concitoyens une révolution
+qui devait les rétablir dans leurs droits et faire un jour leur
+bonheur. Je n'ai cessé de prendre à tous les événements publics la
+part que tout bon patriote devait prendre; j'ai envoyé la plus grande
+partie de ma vaisselle, j'ai payé mes dons patriotiques; enfin
+l'établissement des assemblées primaires et des municipalités ayant
+été décrété, mes concitoyens me connaissant, me rendant justice depuis
+longtemps, me proposèrent d'être maire; je l'acceptai avec
+reconnaissance, en leur disant en même temps que s'ils avaient plus de
+confiance en quelque autre, je les priais de le choisir; que je me
+verrais avec le même plaisir un de leurs concitoyens sans charge, et
+que je n'acceptais celle qu'ils me proposaient que par l'espoir de
+pouvoir leur être utile et leur donner des preuves de mon attachement.
+Je fus élu maire à l'unanimité; je fus également électeur, et depuis
+ce moment jusqu'à ce jour je n'ai cessé d'être maire et de recevoir
+chaque jour des marques de la confiance de mes concitoyens. Je ne suis
+pas sorti de Brienne jusqu'au mois de décembre 1791, que pour aller
+passer de temps en temps trois ou quatre jours à Sens et trois fois en
+1790, et deux autres en 1791, pour aller passer à Paris trois ou
+quatre jours chaque fois, en 1790. J'y ai passé un mois au mois de
+janvier. Au mois de décembre 1791 j'ai été à Paris et j'y suis resté
+jusqu'au mois de mai 1792, que je suis revenu à Brienne. Au mois de
+novembre précédent, lors du renouvellement des municipalités, je
+représentai à ma commune que devant aller à Paris où j'avais affaire,
+si elle pensait que mon voyage fût incompatible avec les fonctions de
+ma place de maire, je la priais de ne pas m'y réélire. Elle s'y refusa
+constamment, me réélut de nouveau, et pendant mon séjour à Paris j'ai
+fait deux ou trois petits voyages à Brienne pour venir remplir
+quelquefois les fonctions de ma place. Depuis le mois de mai 1792
+jusqu'à ce jour je ne suis pas sorti de Brienne que pour aller
+quelquefois à Sens, voir trois fois ou quatre fois mon malheureux
+frère, qui vient de mourir victime des mauvais traitements que lui ont
+fait éprouver des hommes qui n'en méritent pas le nom; j'ai fait tous
+les dons patriotiques demandés, et bien au delà. Lors de l'invasion de
+l'ennemi jusqu'à Châlons, à quinze lieues de Brienne, je n'ai cessé
+d'exciter tous mes concitoyens à voler au secours de la patrie. Leur
+bonne volonté ayant été arrêtée par les ordres venus de n'envoyer que
+des hommes armés, j'ai engagé à mes dépens plusieurs citoyens, j'ai
+contribué à leur équipement, armement, et j'ai établi une
+correspondance avec nos armées pour avoir des nouvelles; mes chevaux
+ont été employés à cet usage et au service de la gendarmerie nationale
+et à des patrouilles continuelles pour surveiller les malveillants;
+ils l'ont été au transport des vivres et des fourrages. Je n'ai cessé
+d'exercer jour et nuit mes fonctions avec zèle et activité, et mes
+concitoyens me rendront sur cet objet la justice qui m'est due.
+
+Depuis, je n'ai cessé d'exciter le zèle de mes concitoyens pour entrer
+au service de la patrie, j'en ai engagé près de vingt à mes dépens, et
+donné des gratifications aux autres; tous mes chevaux n'ont pas cessé
+de faire tous les envois utiles à la patrie; lorsque l'on a planté
+l'arbre de la liberté, j'ai parlé à mes concitoyens comme un bon
+patriote doit parler, et tous l'attesteront; j'ai établi à mes frais
+l'autel de la patrie. J'ai contribué à toutes les fêtes civiques et en
+ai presque toujours fait les frais. Je suis honteux de parler de ces
+misères, personne n'est plus persuadé que moi que c'est aux riches à
+faire ces dépenses, qu'ils sont trop heureux d'être en état de les
+faire, et que les égoïstes qui s'y refusent sont des hommes
+méprisables; mais on veut un compte de ma conduite, et je le rends.
+
+L'armée de Mayence a passé à Brienne au mois d'août 1793, j'ai été
+averti de son passage la veille de celui de la première colonne, et
+l'on m'a annoncé que suivant toutes les apparences il faudrait fournir
+du pain; secondé par le zèle de mes concitoyens, auxquels je ne puis
+donner trop d'éloges, j'ai préparé dans la nuit même six mille rations
+de pain, j'en ai fourni à l'armée plus de quinze mille et à un prix
+très-inférieur à celui que payait la nation partout ailleurs; sachant
+la pénurie où était la ville de Troyes pour fournir cette armée, j'ai
+envoyé dix-huit cents rations de pain; la viande, le vin, le logement,
+tout a été fourni abondamment et de manière que les citoyens composant
+cette armée, en passant dans des villes bien plus considérables que
+Brienne, criaient: Vive la commune de Brienne! J'ai passé quatre jours
+et presque quatre.....[230] [Ici s'arrête ce fragment.]
+
+[Note 230: Note conservée au dossier de Madame Élisabeth, Archives de
+l'Empire, W. 363; pièce nº 24:
+
+«Jugement du 21 floréal.
+
+»Acte d'accusation contre Loménie et autres.
+
+»Il y avait au procès une foule de délibérations de communes qui
+attestaient le civisme de Loménie de Brienne, ex-ministre, et
+cependant Fouquier, qui ne pouvait pas ignorer toutes ces
+attestations, lui en fait un crime dans son acte d'accusation.
+
+»_Le jugement a été signé en blanc rempli depuis; un grand blanc est
+rayé, il est signé_ DELIÉGE, DUMAS, MAIRE.
+
+»Dans la même affaire, la femme Maigret de Sérilly s'étant déclarée
+enceinte, il a été sursis à son exécution. Quoiqu'elle ait été
+postérieurement élargie par ordre du comité de sûreté générale, elle
+est néanmoins inscrite au nombre des morts sur les registres de la
+Commune.»
+
+ * * * * *
+
+Madame Maigret de Sérilly, on le voit, ne monta point sur l'échafaud.
+Cependant son nom est inscrit sur les registres de l'état civil comme
+ayant péri avec Madame Élisabeth. Au procès de Fouquier-Tinville, le
+17 floréal an III (6 mai 1795), elle se présenta à l'audience, tenant
+en main son extrait mortuaire, qui lui avait été délivré par la
+municipalité de Paris.
+
+Grandpré fit la déposition suivante dans le procès de
+Fouquier-Tinville:
+
+«Je me rappelle que le tour d'un des Loménie venu, il dit au tribunal:
+«Vous m'accusez d'émigration; je n'ai pas eu le pouvoir de produire
+mes moyens de défense à un défenseur officieux; mais je n'en ai pas
+besoin, j'ai dans ma poche tous mes certificats de résidence qui
+constatent ma présence en France depuis le commencement de la
+Révolution jusqu'au moment de mon incarcération. Ils sont signés, aux
+termes de la loi, de neuf témoins, et ils sont sans interruption.
+Comme je ne suis prévenu que du fait d'émigration, ma défense consiste
+dans la représentation de ces certificats, et je demande au tribunal
+de vouloir bien les faire mettre sous les yeux des jurés.» Ces
+certificats ont été effectivement remis sur-le-champ aux jurés, qui
+les emportèrent, sans les lire, dans la chambre des délibérations, et
+revinrent une demi-heure après, bien convaincus des crimes de tous les
+accusés. Loménie fut condamné comme tous les autres en qualité
+d'émigré.» B.]
+
+ * * * * *
+
+VII.
+
+EXTRAIT DU REGISTRE DES DÉPÔTS
+
+AU GREFFE DU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE.
+
+[Orthographe conservée.]
+
+ Du 22 floréal.
+
+_Femme Crussolle Damboise._
+
+Est comparu le citoyen Richard, lequel a déposé:
+
+ Une tabatière d'agathe, fond vert, à cercles d'or, octogone;
+ Une tabatière de cristal avec un cercle et gorge d'or;
+ Un petit coeur de verre garni en or, dans lequel un petit crucifix;
+ Un étui à dez en or avec un dez d'or;
+ Un étui de nacre à gorge d'or dans sa boîte de chagrin;
+ Un tire-bouchon à queue d'or ou de vermeil;
+ Un chapelet avec médailles d'argent;
+ Un cachet d'argent;
+ Et soixante-dix-huit livres en écus qu'il a déclaré appartenir à
+ la femme Crussolle Damboise, condamnée à mort.
+
+
+_Buart._
+
+ Plus une paire de boucles d'oreilles d'or;
+ Un anneau d'or;
+ Une épingle à chignon d'argent;
+
+Qu'il a déclaré appartenir à Buard, aussi condamné à mort.
+
+
+_Inconnu._
+
+ Plus un couteau garni en or;
+ Une paire de ciseaux garni en or avec étui de galuchat;
+ Deux couteaux à manches garnis en or, dont un à lame d'or;
+
+Qu'il a déclaré appartenir à un des condamnés à mort avec Élisabeth
+Capet, dont il ignore le nom.
+
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+
+
+_Femmes d'Élisabeth._
+
+ Plus deux couverts;
+ Un couteau à lame d'argent;
+ Une cuillère à caffé d'argent;
+
+Qu'il a déclaré appartenir à des femmes condamnées à mort avec la
+femme Élisabeth Capet.
+
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+
+
+_Dubois._
+
+ Plus vingt-cinq livres qu'il a déclaré appartenir à Dubois, aussi
+ condamné à mort.
+
+
+_Inconnu exécuté le_ 21.
+
+ Plus une montre d'argent, du nom de Lecomte, nº 557, qu'il a
+ déclaré appartenir à un particulier exécuté avec Élisabeth
+ Capet, dont il ignore le nom.
+
+ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
+
+
+_Femme Crussolle._
+
+ Plus un peignoir;
+ Une petite boite de sapin;
+ Une chemise;
+ Sept mouchoirs blancs;
+ Trois mouchoirs de mousseline;
+ Un fichu de linon;
+ Une paire de bas de soie blancs;
+ Une paire de poches;
+ Trois serviettes, un torchon, un bandeau, un sac-ouvrage de toile;
+
+Qu'il a déclaré appartenir à la femme Crussolle, aussi condamnée
+à mort;
+
+Déchargé le 25 floréal.
+
+
+_Femme Rosset-Crécy._
+
+ Plus une petite boite;
+ Un peignoir;
+ Dix fichus de mousseline ou linon;
+ Un bonnet monté;
+ Un tabellier;
+ Une taie d'oreiller;
+ Une mantille noire;
+ Sept paires de manchettes;
+ Et un paquet de chiffons qu'il a déclaré appartenir à la femme
+ Rosset-Crécy.
+ Déchargé le 25 floréal.
+
+
+_Aux six femmes complices d'Élisabeth._
+
+ Plus un drap;
+ Neuf chemises de femme;
+ Quatre chemises d'homme;
+ Douze camisoles et corsets;
+ Sept jupons;
+ Quatre gilets blancs et de couleur;
+ Une petite redingotte de toile de couleur rayée;
+ Une autre de drap marron;
+ Une autre de drap mélangé verdâtre;
+ Un jupon de soie vert;
+ Un jupon et son casaquin de toile de coton rayé;
+ Une robe de toile de coton rayé;
+ Un autre jupon aussi rayé;
+ Trois tabliers de différentes couleurs;
+ Cinquante serviettes;
+ Trente-cinq mouchoirs blancs;
+ Trente petits fichus simples et autres;
+ Deux peignoirs;
+ Une paire de poches;
+ Cinq mantilles blanches;
+ Huit bonnets ronds de nuit;
+ Sept paires de bas;
+ Un paquet de chiffons;
+ Un bonnet de coton;
+
+Qu'il a déclaré appartenir à six femmes condamnées à mort avec
+Élisabeth Capet, et dont il ne se souvient pas du nom.
+
+Déchargé le 25 floréal.
+
+
+_Soeur de Capet._
+
+ Plus deux anneaux d'or;
+ Un étui de chagrin vert, contenant deux flacons à bouchons d'or,
+ dont l'un est cassé, avec charnière et bouton d'or;
+ Une montre à boite d'or à répétition, portant sur le mouvement
+ le nº 127, avec une chaîne d'or cassée, garnie d'un cachet
+ d'or à trois compartiments, dont le premier est gravé des
+ armes de France du tems des tirans;
+ Trois cachets en acier;
+ Deux clefs de montre;
+ Et deux clefs de portefeuille aussi en acier;
+ Une bague en or en forme de navette, sur laquelle est incrusté
+ des cheveux et des lettres en perles fines, le cristal cassé;
+ Un portefeuille de maroquin rouge;
+
+Qu'il a déclaré appartenir à ladite Élisabeth Capet, condamnée à
+mort;
+
+Déchargé le 6 pluviôse.
+
+Et a signé avec moi, greffier soussigné.
+
+ WOLFF RICHARD.
+
+
+Du même jour.
+
+Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'exécuteur des jugemens
+criminels, lequel a déposé:
+
+_Élisabeth Capet._
+
+ Un médaillon en verre à cercles d'or renfermant un crucifix de
+ même métal;
+ Un cachet d'or en trois parties représentant l'un les armes de
+ France et de Navarre de l'ancien régime, l'autre une colombe,
+ et le dernier une tête d'homme;
+ Une chaîne de col en or, à laquelle est attachée un coeur renfermant
+ des cheveux et une petite croix d'or;
+ Une médaille d'argent représentant une immaculée conception
+ de la ci-devant Vierge, et une petite clef de portefeuille;
+
+Qu'il déclare appartenir à Élisabeth Capet, condamnée à mort, et
+qu'il a trouvé sur elle en la conduisant au supplice.
+
+Et a signé avec moi, greffier soussigné.
+
+DESMOREST. WOLFF.
+
+ * * * * *
+
+VIII.
+
+ACTE DE DÉCÈS DE MARIE.
+
+Anno millesimo octingentesimo trigesimo quinto, die vero quinta
+januarii, mortua est Maria Francisca, filia Francisci Josephi Magnin,
+ex Marsens, et Claudiæ natæ Bosson, ex loco Riaz, uxor vero Jacobi
+Bosson ex Bellegarde, Bulli habitans, et die septima ejusdem a me
+infra scripto parocho in coemeteria ecclesiæ parochialis Sancti Petri
+ad Vincula urbis Bulli sepulta est.
+
+ Quod conforme sit originali testor:
+
+ J. J. CRAUSAZ, parochus.
+
+ Bulli, die 8{væ} 7{bris} 1861.
+
+Marie-Françoise, fille de François-Joseph Magnin, de Marsens, et de
+Claudie Bosson, du lieu de Riaz, femme de Jacques Bosson, de
+Bellegarde, demeurant à Bulle, y est morte le 5 janvier 1835, et a été
+enterrée le 7 du même mois dans le cimetière de l'église paroissiale
+de Saint-Pierre aux Liens de la ville de Bulle. B.
+
+ * * * * *
+
+IX.
+
+ACTE DE DÉCÈS DE JACQUES.
+
+38. Anno millesimo octingentesimo trigesimo sexto, die vero secunda
+septembris, obiit Jacobus, filius defuncti Jacobi Boschong vel Bosson
+ex Bellegarde [_verbum radiatum_, conju], viduus vero Mariæ-Franciscæ
+natæ Magnin, ex Marsens, defuncto die quinta januarii anno millesimo
+octingentesimo trigesimo quinto, Bulli habitans, et die quarta ejusdem
+mensis a me infra scripto parocho in coemeterio ecclesiæ parochialis
+Sancti Petri ad Vincula urbis Bulli sepultus est.
+
+ Quod conforme sit originali testor.
+
+ J. J. CRAUSAZ, parochus.
+
+ Bulli. die 8{væ} 7{bris} 1861.
+
+L'an 1836, le 2 septembre, mourut Jacques, fils de feu Jacques
+Boschong ou Bosson, de Bellegarde, veuf de Marie-Françoise, née
+Magnin, de Marsens, décédée le 5 janvier 1835, demeurant à Bulle, et
+le quatrième jour du même mois a été enterré dans le cimetière de
+l'église paroissiale de Saint-Pierre aux Liens de la ville de Bulle.
+B.
+
+ * * * * *
+
+X.
+
+MAISON DE MADAME ÉLISABETH.
+
+I.
+
+AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS.
+
+LIBERTÉ, ÉGALITÉ.
+
+Charles DELACROIX, représentant du peuple, en mission dans le
+département de Seine-et-Oise;
+
+Vu la loi du 7 messidor dernier, portant, art. 5, qu'il sera formé
+sans délai à Versailles un établissement d'horlogerie automatique;
+que les citoyens Lemaire et Glaesner y jouiront pendant quinze années
+gratuitement d'une maison nationale qui sera déterminée par le comité
+d'agriculture et des arts et des finances réunis, sur le rapport de la
+commission des arts;
+
+Que cette manufacture prendra chaque année cent élèves dont le régime
+sera le même que pour ceux de Besançon; copie certifiée de l'arrêté du
+comité de salut public, en date du 12 fructidor dernier; la lettre du
+comité d'agriculture et des arts, en date du 22 du courant, par
+laquelle il m'engage, pendant mon séjour à Versailles, à donner tous
+mes soins à l'établissement de ladite manufacture. Instruit qu'il
+avoit été pris un arrêté du comité des finances portant que ladite
+manufacture seroit établie dans la maison nationale du garde-meuble;
+mais que différents obstacles se sont opposés à l'exécution de ce
+projet, ainsi que de ceux qui y avoient substitué le ci-devant couvent
+des Ursulines ou celui des Récollets; qu'il est urgent de destiner à
+cet établissement une maison convenable et qui ne soit occupée par
+aucun établissement public:
+
+Après avoir visité avec lesdits citoyens Lemaire et Glaesner et le
+citoyen Grenus, agent de la commission d'agriculture et des arts, la
+maison d'Élisabeth, située avenue de Paris, et m'être convaincu
+qu'elle présente des emplacements convenables et suffisants pour
+l'établissement des ateliers et le logement des ouvriers, n'exigera
+que des réparations peu considérables, telles que rétablissement de
+quelques cloisons, portes et cheminées, enlevées ou détruites pour
+l'établissement d'un hôpital qui y avoit été formé; j'arrête ce qui
+suit:
+
+ARTICLE 1er. La maison dite d'Élisabeth, l'orangerie et la vacherie
+qui en dépendent, les cours et terrains situés entre lesdits bâtiments
+sont affectés à la manufacture d'horlogerie automatique établie à
+Versailles.
+
+ART. 2. Lesdits terrains seront bornés au levant par un mur qui sera
+construit dans la direction de celui qui ferme le petit jardin de la
+vacherie, au levant, et prolongé jusqu'au mur de clôture du côté de
+l'avenue de Paris.
+
+ART. 3. Les terrains au levant dudit mur resteront à la disposition de
+l'administration du district pour être aliénés. Elle sera tenue
+d'imposer à l'adjudicataire la clause expresse de construire ledit mur
+à ses frais dans six mois, pour tout délai, à compter de
+l'adjudication.
+
+ART. 4. Les citoyens Lemaire et Glaesner seront remis sans délai en
+possession desdits bâtiments et terrains ci-dessus désignés.
+
+ART. 5. Le citoyen Loiseleur, inspecteur des bâtiments nationaux à
+Versailles, est requis de faire le détail et devis estimatif des
+cloisons, cheminées et portes à rétablir dans lesdits bâtiments, et
+des menues réparations à y faire.
+
+ART. 6. Lesdits ouvrages, attendu l'urgence, seront faits par économie
+sous l'inspection et surveillance immédiate dudit citoyen Loiseleur,
+qui rendra compte de l'exécution à l'administration dudit département
+et à la commission d'agriculture et des arts.
+
+ART. 7. Les dépenses qu'exigeront ledit ouvrage seront acquittées par
+le receveur du district de Versailles et imputées sur les fonds mis à
+la disposition de ladite commission.
+
+ART. 8. Le citoyen Loiseleur est autorisé à tirer des magasins des
+bâtiments nationaux les matériaux qui peuvent s'y trouver propres à la
+confection desdits travaux. Il l'est également à se faire délivrer,
+des exploitations qui se font dans le territoire de Versailles, les
+bois de charpente, madriers et planches qui ne se trouveraient pas
+dans les magasins des bâtiments nationaux, et qui seront nécessaires
+tant pour lesdits travaux que pour l'établissement des ateliers.
+
+ART. 9. Il sera libre auxdits citoyens de défricher les bouquets de
+bois existants dans le local ci-dessus désigné, et de les cultiver
+ainsi qu'ils jugeront à propos.
+
+ART. 10. Il sera dressé un état des lieux aussitôt après la confection
+des réparations et rétablissements ci-dessus désignés, lequel sera
+souscrit par lesdits citoyens Lemaire et Glaesner, avec l'obligation
+de les remettre en bon état, au terme prescrit par le décret ci-dessus
+cité pour leur jouissance. Ce terme court à compter du 1er brumaire
+prochain.
+
+ART. 11. Le procureur général syndic du département, et par suite le
+commissaire national près ladite administration, est chargé de
+surveiller l'exécution du présent arrêté, qui sera de suite communiqué
+aux comités de salut public, des finances et d'agriculture et arts
+réunis. A Versailles, le 29 brumaire de l'an IV de la République
+françoise.
+
+ _Signé:_ CH. DELACROIX. Pour copie conforme: CH. DELACROIX.
+
+ Pour copie conforme: FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU.
+
+ * * * * *
+
+II.
+
+_Extrait des registres des délibérations des consuls de la
+République._
+
+ Paris, le 17 ventôse l'an IX de la République française,
+ une et indivisible (8 mars 1801).
+
+Les consuls de la République, sur le rapport du ministre de
+l'intérieur, le conseil d'État entendu, arrêtent:
+
+ARTICLE 1er. Les manufactures d'horlogerie établies à Versailles, sous
+la direction des citoyens Lemaire et Glaësner, et à Grenoble, sous
+celle des citoyens Flaissière et compagnie, sont supprimées.
+
+ART. 2. Le ministre de l'intérieur réglera les indemnités qui peuvent
+être dues, soit aux entrepreneurs de ces horlogeries, en supposant
+qu'ils aient rempli leurs engagements, soit aux autres artistes venus
+de l'étranger pour partager leurs travaux, à la charge par les
+entrepreneurs de rendre compte de l'emploi des fonds qui ont été mis à
+leur disposition. Les fonds nécessaires au payement des indemnités
+seront pris sur ceux accordés annuellement pour l'encouragement des
+arts.
+
+ART. 3. La régie des domaines nationaux fera faire sur-le-champ
+l'inventaire du mobilier appartenant à la nation, dépendant desdites
+manufactures, et elle en prendra possession. Les maisons nationales
+occupées par ces établissements seront rendues à la disposition de la
+régie dans le délai de trois mois.
+
+ART. 4. Les ministres de l'intérieur et des finances sont chargés de
+l'exécution du présent arrêté.
+
+ Le Premier Consul, _signé:_ BONAPARTE.
+
+ Par le Premier Consul, _le secrétaire d'État_,
+
+ _Signé:_ H. B. MARET.
+
+ Pour ampliation,
+
+ _Le ministre de l'intérieur_, CHAPTAL.
+
+ * * * * *
+
+III.
+
+ Paris, le 9 fructidor an VIII de la République une et indivisible
+ (27 août 1800).
+
+_Le conseiller d'État ayant le département des domaines nationaux au
+préfet du département de Seine-et-Oise._
+
+Vous savez, citoyen préfet, qu'un arrêté des consuls du 17 ventôse
+dernier a supprimé la manufacture d'horlogerie établie à Versailles,
+et ordonné que la maison dite Élisabeth, qui étoit affectée à cet
+établissement, seroit mise à la disposition de la régie du domaine
+national et de l'enregistrement dans le délai de trois mois.
+
+L'architecte du palais national de Versailles ayant prévenu le
+ministre de l'intérieur que cette maison étoit tellement endommagée
+qu'il faudroit employer une somme de vingt-cinq mille francs pour la
+réparer, ce ministre, citoyen préfet, vous a demandé votre avis, et
+vous avez pensé, ainsi que le même ministre l'a marqué à celui des
+finances, le 3 floréal dernier, qu'il seroit plus avantageux de vendre
+cette maison, dans l'état où elle se trouve, que de la réparer.
+
+De son côté, la régie des domaines a adressé au ministre des finances,
+le 18 du mois dernier, un devis dressé le 9 par l'architecte des
+bâtiments nationaux. Il en résulte que les frais de réparations
+indispensables s'élèveroient à 10,157 fr. 82 c., dont 4,018 fr. 61 c.
+à la charge des occupants, mais que la totalité de la dépense
+tomberoit vraisemblablement au compte de la République, attendu que
+les occupants jouissoient, soit comme attachés à la manufacture
+d'horlogerie, soit en vertu d'une permission du ministre de
+l'intérieur, et que lors de leur entrée en jouissance l'état des lieux
+n'a pas été constaté.
+
+La régie a observé que, vu le grand nombre des bâtiments inoccupés à
+Versailles, les locations de la maison Élisabeth y seroient difficiles
+et d'un foible produit; qu'en conséquence il étoit plus avantageux
+d'aliéner cette maison.
+
+Tout concourt donc, citoyen préfet, à ce que vous preniez des mesures
+pour l'aliénation de la maison dont il s'agit.
+
+ Je vous salue. J. REGNIER.
+
+ * * * * *
+
+IV.
+
+ VENTE DES DOMAINES NATIONAUX
+
+ en exécution des lois des 15 et 16 floréal an X (5 et 6 mai 1802).
+
+ DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE.--_Commune de Versailles._--3e
+ arrondissement.
+
+L'an X de la République française, le vingt-troisième jour du mois de
+messidor à midi, il a été procédé, devant le préfet du département de
+Seine-et-Oise, en exécution des lois des 15 et 16 floréal an X, à la
+réception des premières enchères pour la vente des biens nationaux
+désignés dans l'affiche approuvée le 8 dudit mois messidor, laquelle a
+été publiée et apposée dans les lieux prescrits par l'article II du
+titre III du décret du 14 mai 1790. En conséquence, il a été annoncé
+que les premières enchères alloient être reçues sur chacun des
+articles de l'affiche, lecture préalablement faite d'icelle et du
+cahier des charges rédigé par le directeur de la régie de
+l'enregistrement, présent à la séance.
+
+ ARTICLE II DE L'AFFICHE 71.
+
+ _Biens provenant de la ci-devant liste civile._
+
+La maison dite _Élisabeth_ et ses dépendances, situées dans la ville
+de Versailles.
+
+Cette propriété est divisée en cinq lots, suivant le procès-verbal
+d'estimation qui en a été dressé par le citoyen Duclos, le 5
+vendémiaire an X, dûment enregistré, lesdits lots désignés et évalués
+ainsi qu'il suit:
+
+PREMIER LOT.
+
+ Le premier lot indiqué par la lettre A au plan annexé audit
+ procès-verbal, consistant dans le bâtiment d'habitation, une
+ portion des deux premières cours et environ un hectare
+ quatre-vingt-quatorze ares soixante centiares de jardin, est
+ estimé valoir en revenu annuel la somme de dix-sept cents
+ francs, ci. 1,700f
+ ========
+ Lequel multiplié par six produit un capital de 10,200
+
+ A quoi ajoutant 10 p. 100 1,020
+ --------
+ Il en résulte une première mise à prix de 11,220f ci. 11,220f
+
+DEUXIÈME LOT.
+
+ Le deuxième lot, coté B au plan, composé des bâtiments
+ dits les écuries et cuisines, des cours qu'ils renferment,
+ d'une portion des deux premières cours, contenant environ
+ un hectare cinquante ares soixante-douze centiares,
+ est estimé valoir au revenu annuel 1,200f
+ ========
+ Et en capital le revenu multiplié comme ci-dessus 7,200
+
+ A quoi ajoutant 10 p. 100 720
+ --------
+ Il en résulte un total de 7,920f ci. 7,920
+
+TROISIÈME LOT.
+
+ Le troisième lot, coté C au plan, composé des bâtiments
+ dits le logement du jardinier, de la cour au-devant, et
+ d'environ soixante-seize ares trente centiares de jardin,
+ est estimé en revenu 240f
+ --------
+ Total à reporter 19,140f
+
+ Report 19,140f
+
+ Et en capital le revenu multiplié par six donne 1,440
+
+ A quoi ajoutant le dixième 144
+
+ Il en résulte une première mise à prix de 1,594f ci. 1,584
+
+QUATRIÈME LOT.
+
+ Le quatrième, coté D au plan, composé du bâtiment dit
+ l'orangerie et de celui connu sous la dénomination de la
+ laiterie, d'une petite cour et d'environ trente-cinq ares
+ cinquante-huit centiares de jardin; le tout estimé valoir
+ un revenu annuel de 160 francs 160f
+ =====
+ Lequel multiplié par six produit un capital de 960
+
+ A quoi ajoutant 10 p. 100 96
+ --------
+ Il en résulte un total de 1,056 ci. 1,056
+
+CINQUIÈME LOT.
+
+ Le cinquième et dernier lot, coté E au plan, composé du
+ bâtiment dit la conciergerie, d'une cour et d'une portion
+ de jardin d'environ quinze ares vingt centiares, estimé,
+ en revenu annuel, la somme de 200f
+ =====
+ Lequel revenu multiplié par six produit un
+ capital de 1,200
+
+ A quoi ajoutant 10 p. 100 120
+ --------
+ Il en résulte une première mise à prix de 1,320f ci. 1,320
+ --------
+ Total 23,100f
+
+_Réserves._
+
+Ne font point partie de la vente les glaces, tablettes, chambranles de
+marbre, bras de cheminées, bronzes incrustés ou tenant au corps
+principal de maçonnerie des cheminées, les jalousies, les poêles,
+bancs de pierre et autres ornements qui pourroient exister dans les
+bâtiments; ces objets sont réputés mobilier et seront vendus comme
+tels.
+
+_Charges particulières._
+
+Dans le cas où la propriété dont il s'agit seroit adjugée
+partiellement, chaque acquéreur sera tenu de se conformer aux clauses
+et conditions insérées au procès-verbal d'estimation annexé au
+présent, et qui lui sont imposées relativement au partage du jardin,
+à la distribution des eaux, à la clôture des terrains respectivement
+affectés à chaque lot, à la mitoyenneté des murs et aux charges
+auxquelles seront spécialement assujettis les acquéreurs.
+
+Pour l'exécution de ces clauses il sera délivré extrait dudit
+procès-verbal à chacun de ces acquéreurs, qui sera également tenu de
+laisser faire au citoyen Hubert, portier de ladite maison, la récolte
+des grains, fruits et légumes, existant actuellement sur les terrains
+dépendants de ladite propriété, sauf cependant à l'indemniser à dire
+d'experts, attendu que ledit Hubert a été autorisé à les cultiver par
+décision du préfet du 24 floréal dernier.
+
+_Nota._ Il ne sera fait aucune coupure à la conduite qui donne l'eau
+au cinquième lot: cette conduite devant subsister telle qu'elle est.
+
+Lecture faite à haute et intelligible voix, par le secrétaire général
+de la préfecture, des charges, clauses et conditions ci-dessus, les
+enchères ont été ouvertes:
+
+ _Savoir:_
+
+ 11,220f montant de la mise à prix du 1er lot.
+
+ 7,920 -- -- 2e lot.
+
+ 1,584 -- -- 3e lot.
+
+ 1,056 -- -- 4e lot.
+
+ 1,320 -- -- 5e lot.
+
+ Et enfin sur celle de 23,100 -- -- de l'ensemble
+
+de la propriété, personne n'ayant enchéri, tant sur la mise à prix de
+chacun de ces lots que sur celle de la totalité du domaine, le préfet
+a renvoyé l'adjudication définitive au 27 du mois de messidor, jour
+indiqué par l'affiche, et le présent procès-verbal a été clos.
+
+Et le vingt-septième jour du mois de messidor l'an X de la République
+française, le préfet du département de Seine-et-Oise, en présence du
+directeur de la régie de l'enregistrement, et lecture préalable faite
+par le secrétaire général du cahier des charges insérées dans le
+procès-verbal ci-dessus, a procédé, en exécution des lois précitées, à
+l'adjudication définitive du bien national (en question); duquel bien
+la désignation a été insérée dans le procès-verbal des premières
+enchères ci-dessus, suivant lequel il n'a point été porté d'enchère
+au-dessus de la mise à prix tant des différents lots que de l'ensemble
+de la propriété; en conséquence il a été allumé des feux, d'abord sur
+le montant de la mise à prix de chacun des lots telle qu'elle est
+établie d'autre part.
+
+PREMIER LOT.
+
+Au huitième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand,
+moyennant 34,600 francs; un neuvième feu s'étant éteint sans que
+pendant sa durée il ait été mis aucune enchère, le préfet en a donné
+acte audit citoyen Durand.
+
+DEUXIÈME LOT.
+
+Au quatrième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand
+pour 17,400 francs. Un cinquième feu s'étant éteint, sans qu'il ait
+été fait aucune offre, le préfet en a pareillement donné acte audit
+Durand.
+
+TROISIÈME LOT.
+
+Au troisième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Boucher
+pour 6,800 francs. Un sixième feu s'étant éteint sans que pendant sa
+durée il ait été mis aucune enchère, le préfet en a aussi donné acte
+au citoyen Boucher.
+
+QUATRIÈME LOT.
+
+Au quatrième feu, la dernière est restée au citoyen Cossin pour 6,750
+francs. Un cinquième feu s'étant éteint sans qu'il ait été fait aucune
+offre, le préfet en a donné acte au citoyen Cossin.
+
+CINQUIÈME LOT.
+
+Au sixième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Boucher pour
+7,850 francs. Un septième feu s'étant éteint sans que pendant sa durée
+il ait été mis aucune enchère, le préfet en a donné acte audit citoyen
+Boucher.
+
+Cette opération terminée, les enchères ont été reçues en la manière
+accoutumée sur l'ensemble du domaine, prenant pour base la somme de
+73,400 francs, montant des offres faites pour acquérir divisément
+cette même propriété.
+
+Au premier feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand,
+moyennant la somme de 75,200 francs; au deuxième, au citoyen Villers
+pour 75,600 francs; au troisième, au même, moyennant 75,900 francs.
+
+Un autre feu ayant été allumé et s'étant éteint sans que pendant sa
+durée il ait été mis aucune enchère, le préfet a déclaré le citoyen
+Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant à Paris, rue de
+l'Université, 269, adjudicataire définitif, et lui a adjugé la
+totalité de la maison dite Élisabeth et ses dépendances, tel que ce
+domaine est ci-devant désigné, moyennant le prix et somme de
+soixante-quinze mille neuf cents francs, aux charges, clauses et
+conditions insérées dans le premier procès-verbal d'enchères, sous
+l'obligation et garantie de tous les biens meubles et immeubles,
+présents et à venir, dudit citoyen Villers, et spécialement les biens
+présentement vendus, sans qu'une obligation déroge à l'autre.
+
+L'acquéreur a déclaré qu'il se réservoit la faculté de nommer son
+command dans les délais prescrits par la loi.
+
+ G. GARNIER.
+
+Enregistré à Versailles, le 7 thermidor an X de la République. Reçu
+seize cent soixante-neuf francs quatre-vingts centimes.
+
+ NOEL.
+
+ Archives de Versailles.
+
+ * * * * *
+
+XI.
+
+DISTRICT DE VERSAILLES.--COMMISSION DES ARTS.--PLANTES.
+
+Nous, commissaire nommé par le Directoire du département de
+Seine-et-Oise, en conformité des loix et lettres ministérielles sur la
+disposition du mobilier national à l'effet d'opérer la distraction des
+objets précieux et particulièrement des plantes rares qui se
+trouveront dans les maisons cy-devant royales, religieuses et des
+émigrés dudit département, pour procéder à l'enlèvement desdits objets
+et les faire transporter au lieu désigné pour le dépôt.
+
+Nous nous sommes transporté à la maison cy-devant à Élisabeth à
+Montreuil, accompagné d'un officier de la municipalité, où étant avons
+sommé le citoyen Coupry, jardinier de ladite maison, de nous
+introduire dans les jardins à l'effet d'y remplir notre mission, ce
+qu'ayant fait, nous avons procédé au triage et estimation des plantes
+de la manière suivante.
+
+OBJETS RÉSERVÉS POUR LE DÉPÔT.
+
+_Plantes d'orangerie._
+
+ 4 Atriplex portulacoïdes.
+ 4 Pistacia Terebinthus.
+ 2 Erica mammosa.
+ 2 Lavatera gallica.
+ 5 Buphthalmum fruticosum.
+ 2 Lycium afrum.
+ 4 Salvia aurea.
+ 2 Conyza glutinosa.
+ 2 Salvia mexicana.
+ 2 Salvia argentea.
+ 3 Salvia paniculata.
+ 1 Salvia pomifera.
+ 1 Salvia canariensis.
+ 2 Salvia macrophylia.
+ 1 Salvia cretica.
+ 6 Teucrium latifolium.
+ 4 Teucrium betonicæfolium.
+ 1 Teucrium fruticans.
+ 5 Teucrium chamædrifolium hirsutum.
+ 4 Artemisia capillaris.
+ 3 Artemisia moxa.
+ 3 Solanum sodomæum.
+ 3 Phillyrea angustifolia.
+ 1 Phillyrea latifolia.
+ 1 Anagyris foetida.
+ 4 Atropa solanacea.
+ 2 Ephedra nova.
+ 2 Cineraria populifolia.
+ 4 Cineraria maritima.
+ 6 Cineraria amelloïdes.
+ 2 Medicago arborea.
+ 1 Medicago marina.
+ 1 Anthyllis barba-Jovis.
+ 2 Anthyllis Hermanniæ.
+ 2 Tarchonanthas camphoratus.
+ 4 Rhus angustifolia.
+ 1 Rhus glabra.
+ 4 Hypericum marylandicum.
+ 1 Marrubium crispum.
+ 2 Vitex agnus castus.
+ 1 Agave americana variegata.
+ 5 Carex plantaginea.
+ 3 Gnaphalium foetidum.
+ 2 Gnaphalium stoechas.
+ 2 Gnaphalium orientalis.
+ 12 Pots d'ixia, différentes espèces.
+ 3 Gladiolas tristis.
+ 1 Cistus populifolius.
+ 1 Cistus purpareus.
+ 2 Cistus laurifolius.
+ 6 Cneorum tricoccum.
+ 1 Asparagus acutifolius.
+ 1 Serratula chamæpeuce.
+ 2 Carthamus salicifolius.
+ 2 Quercus suber.
+ 4 Physalis somnifera.
+ 4 Centaurea sempervirens.
+ 2 Vaccinium oxycoccos.
+ 2 Salicornia fruticosa.
+ 4 Sonchus fruticosus.
+ Cotyledon orbiculata.
+ 2 Echium orientale latifolium.
+ 1 Echium angustifolium.
+ 1 Asclepias fruticosa.
+ 1 Statice mucronata.
+ 1 Statice Limonium.
+ 2 Parietaria arborea.
+ 1 Erigeron foetidum.
+ 1 Cercodia erecta.
+ 1 Sida nova.
+ 1 Aristolochia sempervirens.
+ 2 Rumex Lunaria.
+ 2 Lavandula stoechas.
+ 1 Scabiosa palæstina.
+ 1 Ficus pumila.
+ 1 Statice monopetala latifolia.
+ 1 Psoralea pinnata.
+ 1 Atraphaxis undulata.
+ 1 Athanasia maritima.
+ 1 Eupatorium angustifolium.
+ 2 Oenothera rosea.
+ 6 Oenothera pumila.
+ 1 Urtica nivea.
+ 3 Inula crithmoïdes.
+ 1 Hypoxis japonica.
+ 4 Senecio halimifolia.
+ 1 Tanacetum novum.
+ 1 Polypedium cambricum.
+ 1 Phlomis laciniata.
+ 1 Chrysophyllum glabrum.
+ 3 Arenaria balearica.
+ 3 Linnæa borealis.
+ Arundo donax variegata.
+ 1 Ulmus pumila.
+ 1 Clutia pulchella.
+ 1 Spartium lusitanicum.
+ 2 Mimosa arborea.
+ 2 Sterculia platanifolia.
+ 1 Bignonia crucigera.
+ 1 Baccharis ivæfolia.
+ 3 Scolymus maculatus.
+ 4 Chrysanthemum serotinum.
+ 1 Panicum novum.
+ 1 Lantana odorata.
+ 1 Cassia marylandica.
+ 4 Centaurea ferox.
+ 1 Teucrium novum.
+ 1 Zanthoxylum trifoliatum.
+ 1 Malva Sherardiana.
+ 1 Ceratonia siliqua.
+
+La totalité des plantes en pots réservées pour le dépôt se monte à la
+quantité de deux cent quarante-cinq individus et environ un cent de
+plantes vivaces.
+
+OBJETS DÉSIGNÉS POUR LA VENTE.
+
+_Orangerie._
+
+ 4 Orangers de 39 pouces de caisse.
+ 1 -- de 34 -- --
+ 1 -- de 33 -- --
+
+ 2 Orangers de 31 pouces de caisse.
+ 3 -- de 30 -- --
+ 2 -- de 24 -- --
+
+ Treize Orangers de différentes espèces estimés l'un
+ dans l'autre 60# pièce 780# s.
+
+ 2 Orangers de 18 pouces de caisse.
+ 4 -- de 16 -- --
+ 2 -- de 14 -- --
+
+ Huit Orangers, petites caisses, estimés l'un dans
+ l'autre la somme de 24# 192
+
+ 15 Grenadiers de quinze à vingt-deux pouces de caisse,
+ estimés l'un dans l'autre à 18# 270
+
+ 1 Myrte, caisse 12
+ 2 Oliviers, caisse, à 12# 24
+ 1 Laurier franc, caisse 10
+ 2 Bosia yervamora, à 10# 20
+ 3 Justicia adathoda, à 12# 36
+ 1 Althæa 8
+ 12 Lauriers-roses, à 10# 120
+ 2 Lentisques, à 8# 16
+
+_Plantes d'orangerie en pots._
+
+ 6 Atriplex portulacoïdes, à 8 sols 2 8
+ 2 Buddleia globosa, à 10 sols 1
+ 4 Pistacia Terebinthus, à 15 sols 3
+ 1 Sapindus Saponaria 1
+ 5 Melia azedarach, à 10 sols 2 10
+ 6 Teucrium latifolium, à 10 sols 3
+ 2 Ceanothus africanus, à 15 sols 1 10
+ 34 Solanum pseudo-capsicum, à 10 sols 17
+ 2 Solanum tomentosum, à 15 sols 1 10
+ 4 Solanum sodomæum, à 10 sols 2
+ 4 Solanum bonariense, à 8 sols 1 12
+ 2 Yucca gloriosa, à 1# 2
+ 4 Cupressus sempervirens, à 10 sols 2
+ 6 Cineraria amelloïdes, à 10 sols 3
+ 1 Coronilla glauca 15
+ 5 Viburnum Tinus, à 10 sols 2 10
+ 18 Thlaspi vivaces, à 5 sols 4 10
+ ----------
+ 1,539 05
+
+ 1 Agave americana 1
+ 6 Cneorum tricoccum, à 8 sols 2 8
+ 1 Vitis arborea 8
+ 4 Sonchus fruticosus, à 1# 4
+ 1 Celastrus pyracantha, à 10 sols 10
+ 3 Celastrus buxifolius, à 10 sols 1 10
+ 2 Aloe verrucosa, à 8 sols 16
+ 12 Mesembryanthemum ou ficoïdes de différentes espèces,
+ à 10 sols 6
+ 5 Cacalia laciniata, à 8 sols 2
+ 2 Psoralea palæstina, à 8 sols 16
+ 1 Euphorbia caput Medusæ 10
+ 8 Phlomis fruticosa, à 10 sols 4
+ 2 Inula crithmoïdes, à 18 sols 1 16
+ 6 Leonurus ou Queue de lion, à 10 sols 3
+ 1 Bosia yervamora 10
+ 1 Stachys circinata 8
+ 2 Smilax aspera, à 10 sols 1
+ 1 Sempervivum arboreum 1
+ 2 Crassula orbiculata, à 8 sols 16
+ 2 Physalis somnifera, à 10 sols 1
+ 58 Geranium en pots de différentes espèces, à 8 sols 23 8
+ 8 Geranium dans des vases de faïence, à 6# 48
+ 12 Vases de faïence vides mutilés, à 1# 12
+ 100 pots vides, à 8 sols 40
+
+_Pépinière._
+
+ 300 Pins d'Écosse, à 1# 300
+ 10 Sapinettes, à 1# 10
+ 35 Thuyas, à 5 sols 8 15
+ 40 Marronniers, à 15 sols 30
+ 50 Spiræa populifolia, à 10 sols 25
+ 150 Arbres de Sainte-Lucie, à 8 sols 60
+ 150 Érables à feuilles de frêne, à 10 sols 75
+ 250 Cerisiers à grappes, à 5 sols 62 10
+ 200 Cornouillers sanguins, à 4 sols 40
+ 60 Ébéniers, à 10 sols 30
+ 18 Frênes de différentes espèces, à 10 sols 9
+ 30 Lonicera Diervilla, à 2 sols 3
+ 40 Seringas, à 4 sols 8
+ 80 Lilas, à 10 sols 40
+ ----------
+ Total 2392# 6s.
+
+Il se trouve aussi dans une des cours un dépôt de terre de bruyère que
+l'on peut estimer à soixante tombereaux environ, réserve pour le
+dépôt des plantes à Trianon. Près de cette cour est un grand carré
+planté de différents arbres étrangers pour former une école de
+botanique; on se réserve aussi d'en enlever ce qui conviendra pour
+être transporté audit dépôt.
+
+OBJETS RÉCLAMÉS PAR LA CITOYENNE BROWN,
+
+_ci-devant jardinière du potager à Versailles._
+
+ 28 Orangers en caisse de 14 à 18 pouces.
+ 2 Lauriers-roses.
+ 50 Pots de lilas de Perse.
+ 50 Pots de rosiers.
+ Et différents arbustes et arbres verts.
+
+Cette réclamation est attestée de nombre de citoyens.
+
+Et après avoir fait l'examen général, tant en ce qui concerne les
+plantes d'orangerie que celles de pleine terre, et n'y ayant plus rien
+trouvé, nous avons terminé le présent inventaire et avons signé à
+Versailles, le 8 octobre 1793, l'an deuxième de la République une et
+indivisible.
+
+ COUPRY. F. REMILLY. PERADON, commissaire.
+
+_Nota._ Le commissaire estime qu'il seroit plus avantageux de faire la
+vente de tous ces objets sur le lieu au mois de mars prochain, que de
+transporter une partie à l'orangerie et l'autre à Trianon; que
+d'ailleurs l'orangerie de cette maison est grande et en assez bon état
+pour contenir cette quantité de plantes tant en caisses qu'en pots; en
+y faisant cependant une petite réparation, soit pour ce qui regarde la
+maçonnerie pour poser l'imposte, le vitrier pour six carreaux cassés,
+et les châssis des volets de la porte d'entrée, et le cintre à garnir
+en grosse toile; si l'administration se décide à envoyer le tout tant
+à l'orangerie qu'à Trianon, il faudra nécessairement abattre deux
+parties de mur pour la sortie des orangers. Cette dépense sera
+beaucoup plus considérable que celle pour la réparation de ladite
+orangerie, et l'opération plus longue et plus difficile.
+
+Cette observation a été communiquée au directoire du district.
+
+ PERADON.
+
+ * * * * *
+
+II.
+
+_Rapport du commissaire à la disposition des plantes, relativement au
+jardin d'Élisabeth Capet, à Montreuil._
+
+Le commissaire à la disposition particulière des plantes, d'après
+différents renseignements pris en ce qui concerne le jardin
+appartenant cy-devant à Élisabeth Capet, à Montreuil, et examiné les
+pièces suivantes, particulièrement le rapport du comité de
+surveillance, qui annonce que celui fait par les citoyens Richard et
+Pineaux, nommés commissaires par les représentants du peuple à l'effet
+de rendre compte du produit et des frais d'entretien dudit jardin; que
+ces deux commissaires ont observé qu'il seroit plus avantageux de
+confier à deux cultivateurs l'entretien et le produit de ce jardin,
+c'est-à-dire que Virey seroit chargé de la conduite de l'orangerie et
+plantes rares, et Doré de la partie des fruits et légumes.
+
+Ayant examiné en outre un marché fait par le citoyen Couturier, qui
+accorde à Virey la jouissance en totalité des productions du jardin
+pour lui tenir lieu d'indemnité pour son entretien, indépendamment des
+gages d'un premier garçon qui lui seront accordés, à la charge par lui
+de fournir des légumes à l'infirmerie pour la valeur de 200#[231] à
+son estimation, ainsi qu'il est énoncé audit marché.
+
+[Note 231: Surchargé: il y avait auparavant 150.]
+
+De plus, un autre rapport des citoyens Richard et Pineaux, où il est
+dit que la dépense pour l'entretien du jardin peut être mise en
+compensation avec le produit des fruits et légumes, et que même le
+jardinier pourra fournir à l'infirmerie des légumes pour la valeur de
+200#, ce qui forme, on l'aperçoit, une grande différence avec le
+marché fait par le citoyen Couturier.
+
+D'après toutes ces observations, le commissaire estime que, pour
+l'intérêt de l'administration, aucun des marchés ou arrangements tels
+que ceux susdits ne peuvent avoir lieu.
+
+1º L'entretien desdits jardins, serres et orangeries, ne doit être
+alloué qu'à une seule personne, comme il s'est pratiqué jusqu'à
+présent; 2º que le marché fait par le citoyen Couturier est onéreux à
+l'administration, par la raison qu'il s'est présenté deux
+soumissionnaires, dont l'un, connu autant par sa probité que par son
+talent, s'est offert le premier, et a fait sa soumission d'entretenir
+les jardins, bosquets, orangerie, etc., pour la jouissance du produit
+seulement.
+
+Quant au rapport des citoyens Richard et Pineaux, où il n'est point
+parlé de gages de premier garçon, mais au contraire que le jardinier
+sera encore assez indemnisé en fourniture sur son produit pour la
+somme de 200# de légumes à l'infirmerie, l'administration décidera
+dans sa sagesse sur cet objet; elle voudra bien observer que le
+citoyen Virey est un père de famille, bon patriote et bon cultivateur;
+qu'il occupe maintenant cette place, et semble mériter la préférence,
+en acceptant toutefois les conditions du premier soumissionnaire.
+
+Il existe dans cette maison la quantité de cinquante-huit panneaux,
+dont quelques-uns sont mutilés, et dix-huit arrosoirs en cuivre rouge
+et jaune; l'administration voudra-t-elle accorder quelques-uns de ces
+objets à Virey pour son usage, et vendre l'autre partie, excepté ceux
+qui sont en réquisition?
+
+A Versailles, le 10 ventôse, l'an II de la République une et
+indivisible (28 février 1794).
+
+ PERADON.
+
+ * * * * *
+
+III.
+
+ 14 ventôse l'an II de la République une et indivisible
+ (4 mars 1794).
+
+Suivant le rapport fait à l'administration par le citoyen Peradon,
+commissaire artiste, sur le jardin cy-devant appartenant à Élisabeth
+Capet, à Montreuil, il s'est présenté pour l'entretien de ce jardin
+plusieurs soumissionnaires, également connus par leurs talents et leur
+probité, qui proposent de se charger de la culture du potager, de
+l'orangerie et des jardins sans appointements, moyennant qu'on leur en
+abandonne les produits;
+
+Le citoyen Virey, qui cultive actuellement ce jardin, demande, outre
+la jouissance des fruits, le traitement annuel de premier garçon, qui
+est de 1,000 à 1,200#.
+
+La disproportion qui existe entre ces différentes soumissions est
+d'autant plus sensible que, par un rapport des citoyens Richard et
+Pineaux, où il n'est point fait mention de gages, il est dit que le
+jardinier sera suffisamment indemnisé par le produit du jardin, en
+fournissant même pour 200# de légumes à l'infirmerie.
+
+Quelques égards que mérite le citoyen Virey, on ne peut se dissimuler
+que l'intérêt de la République ne permet pas de faire en sa faveur un
+sacrifice annuel de 1,200#, lorsqu'il est notoire que le jardin peut
+être cultivé par des mains habiles sans qu'il en coûte rien à la
+nation. Tout ce que semble exiger la justice en faveur du citoyen
+Virey, bon patriote et père de famille, c'est de lui accorder la
+préférence dans le cas où il se chargeroit de l'entretien desdits
+jardins aux mêmes conditions que les autres soumissionnaires.
+
+Il existe dans la maison cinquante-huit panneaux et dix-huit arrosoirs
+en cuivre rouge et jaune, dont la commission propose de mettre une
+partie à la disposition du jardinier; il demande à cet égard les
+ordres de l'administration;
+
+Ouï l'agent national en ses conclusions,
+
+L'administration, considérant que l'intérêt de la République lui
+impose impérieusement la loi de mettre dans toutes les parties
+l'économie dont elles sont susceptibles, lorsqu'à cette économie se
+trouvent joints les avantages qui résulteroient d'une plus forte
+dépense, et désirant d'ailleurs concilier les égards dus au citoyen
+Virey avec le bien public, premier objet de ses considérations, estime
+que les potager, orangerie et jardins, cy-devant appartenants à
+Élisabeth Capet, à Montreuil, seront loués à l'enchère en la manière
+accoutumée, et aux charges qui seront prescrites par les cahiers;
+
+Arrête en outre que, sur les cinquante-huit panneaux et dix-huit
+arrosoirs qui se trouvent dans ladite maison, il sera mis à la
+disposition du locataire trente panneaux et dix arrosoirs, dont
+l'estimation sera faite pour qu'il ait à les représenter, lorsqu'il en
+sera requis, tels qu'il les aura reçus, et que les panneaux et
+arrosoirs restants seront mis en réserve pour servir lorsqu'il y aura
+lieu et ainsi que l'administration en ordonnera.
+
+ * * * * *
+
+IV.
+
+ Versailles, le 25 frimaire l'an III de la République une et
+ indivisible (15 décembre 1794).
+
+_Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement et des
+domaines à l'agent national du district de Versailles._
+
+ CITOYEN,
+
+Par une lettre du 15 thermidor dernier, l'administration du district a
+informé la commission des revenus nationaux que, malgré les
+précautions qu'elle avoit prises, elle n'avoit pu empêcher les
+dégradations considérables qui se commettoient journellement dans la
+maison d'Élisabeth Capet, située à Montreuil, et elle a imputé ces
+dégradations aux malades de l'hospice militaire qui avoit été établi
+dans cette maison.
+
+Il résulte des informations prises par la commission des secours
+publics, à laquelle la commission des revenus nationaux avoit porté
+ses plaintes, que ces dégradations ont été principalement commises par
+le citoyen Leblanc, locataire actuel du jardin, qui y laisse
+habituellement pâturer ses vaches.
+
+Ces faits étant consignés dans un procès-verbal, rapporté le 9
+thermidor dernier par les membres du comité de surveillance de
+l'hôpital, je te prie de faire informer sur ce délit, et d'intenter,
+s'il y a lieu, une action contre le locataire, tant en réparations
+qu'en indemnité des dommages qui seront reconnus être procédés de son
+fait. Comme je ne doute nullement qu'avant de mettre le locataire en
+jouissance il n'ait été dressé un état descriptif des lieux, et que le
+cahier des charges de l'adjudication ne l'ait expressément assujetti à
+les entretenir et à les rendre en bon état de culture à l'expiration
+de sa jouissance, il sera facile de l'obliger à réparer les
+dégradations commises.
+
+Salut et fraternité.
+
+ GARNIER-DESCHESNE.
+
+ * * * * *
+
+XII.
+
+RÉCIT DU PÈRE CARRICHON,
+
+PRÊTRE DE LA CONGRÉGATION DE L'ORATOIRE,
+
+ Témoin de la mort de mesdames la maréchale de Noailles, la
+ duchesse d'Ayen, et la vicomtesse de Noailles, condamnées à mort
+ par le tribunal révolutionnaire le 4 thermidor an II (22 juillet
+ 1794).
+
+Mesdames la maréchale de Noailles, la duchesse d'Ayen et la vicomtesse
+de Noailles furent détenues dans leur hôtel depuis le mois de
+septembre 1793 jusqu'en avril 1794. Je connoissois la première de vue
+seulement, et d'une manière particulière les deux autres, que je
+voyois ordinairement une fois la semaine. La Terreur croissoit avec le
+crime. Leurs victimes devenoient plus nombreuses. Un jour qu'on en
+parloit et qu'on s'exhortoit à se préparer à l'être, je leur dis par
+une espèce de pressentiment: «Si vous allez à la guillotine et que
+Dieu m'en donne la force, je vous y accompagnerai.» Elles me prennent
+au mot, ajoutant avec vivacité: «Nous le promettez-vous?» J'hésite un
+moment. «Oui, repris-je, et pour que vous me reconnoissiez bien,
+j'aurai un habit bleu foncé et une veste rouge.» Depuis elles me
+rappelèrent souvent ma promesse. Au mois d'avril, la semaine, je
+crois, après Pâques, elles sont conduites toutes trois au Luxembourg.
+J'en ai souvent des nouvelles par celui qui leur a rendu avec un zèle
+si délicat tant de services et dans leurs personnes et dans celles de
+leurs enfants. Ma promesse est rappelée. Le 27 juin, un vendredi, il
+vient de leur part me prier de rendre au maréchal de Mouchy et à sa
+femme le service que je leur avois promis. Je vais au palais. Je
+parviens à entrer dans la cour. Je les ai sous les yeux et de fort
+près pendant plus d'un quart d'heure. M. et madame de Mouchy, que je
+n'avois vus qu'une fois chez eux et que je connoissois mieux qu'ils ne
+me connoissoient, ne me reconnoissent point. Je fais ce que je peux
+pour eux. Le maréchal étoit singulièrement édifiant et prioit
+vocalement de tout son coeur. La veille il avoit dit, en quittant le
+Luxembourg, à ceux qui lui marquoient de l'intérêt: «A dix-sept ans
+j'ai monté à l'assaut pour mon Roi, à soixante-dix-huit je vais à
+l'échafaud pour mon Dieu; mes amis, je ne suis pas malheureux.»
+J'évite des détails qui deviendroient immenses. Ce jour-là, je crois
+inutile et même je ne me sens point capable d'aller jusqu'à la
+guillotine. J'en augure mal pour la promesse spéciale faite à leurs
+parentes. Que j'aurois à dire sur tous les nombreux convois qui
+précédèrent et suivirent celui du 27, convois fortunés ou infortunés,
+selon les dispositions de ceux qui les formoient, tableaux déchirants
+lors même que les caractères et tous les signes extérieurs annonçoient
+une mort chrétienne, lors même qu'ils étoient accompagnés des grandes
+consolations produites par les vertus chrétiennes; mais bien autrement
+déchirants, lorsqu'ils en fournissoient peu ou point, et que les
+condamnés sembloient passer de l'enfer de ce monde à celui de l'autre!
+
+Le 22 juillet, un mardi, jour de sainte Madeleine, j'étois chez moi,
+et vers onze heures. J'allois sortir. On frappe. J'ouvre et je vois
+les enfants Noailles et leur instituteur; les enfants avec la gaieté
+de leur âge qui couvroit le fond de tristesse que nourrissoit en eux
+la détention de leurs parentes; ils alloient se promener et prendre
+l'air de la campagne: l'instituteur, pâle, défiguré, pensif et
+triste.--Ce contraste me frappe. «Passons, me dit-il, dans votre
+chambre, laissons les enfants dans votre cabinet.» Nous nous séparons;
+les enfants se mettent à jouer; nous entrons dans la chambre. Il se
+jette dans un fauteuil: «C'en est fait, mon ami; ces dames sont au
+tribunal révolutionnaire. Je viens vous sommer de tenir votre parole.
+Je vais les conduire à Vincennes pour y voir la petite Euphémie. Dans
+le bois je préparerai ces malheureux enfants à cette terrible perte
+qu'ils ignorent.» Quelque préparé que je fusse depuis longtemps, je
+suis déconcerté. Toute cette affreuse situation des mères, des
+enfants, de leur digne instituteur, cette gaieté suivie de tant de
+tristesse, la petite Euphémie âgée alors d'environ quatre ans, tout se
+peint à mon imagination en traits de feu inimitables. Je reviens à moi
+à l'instant, et après quelques demandes, réponses et autres lugubres
+détails, je dis: «Partez, je vais changer d'habits. Quelle commission!
+Priez Dieu qu'il me donne la force de l'exécuter.»--Nous nous levons,
+passons dans le cabinet où nous trouvons les enfants, s'amusant, gais
+et contents autant qu'ils pouvoient l'être; ce que nous éprouvions à
+leur vue, ce qu'ils ignoroient, ce qu'ils alloient apprendre, rend le
+contraste plus frappant, me serre le coeur. Je fais bonne contenance
+et les congédie. Resté seul, je me sens épouvanté, fatigué. Mon Dieu,
+ayez pitié d'elles, d'eux et de moi!
+
+Je change d'habits et vais faire quelques courses projetées, avec un
+poids dans l'âme bien accablant. Je les interromps pour aller au
+palais entre une et deux heures. Je veux entrer. Impossibilité. Je
+prends des informations de quelqu'un qui sort, comme doutant encore de
+la réalité de l'annonce; l'illusion de l'espérance est la dernière
+détruite. Par ce qu'il me dit, je ne peux plus douter. Je reprends mes
+courses, elles me conduisent jusqu'au faubourg Saint-Antoine, et avec
+quelle pensée, quelle agitation intérieure, quel effroi secret joint à
+une tête malade! Ayant affaire à une personne de confiance, je
+m'ouvre, elle m'encourage au nom de Dieu. Pour dissiper le mal de
+tête, je la prie de me faire un peu de café. Il me fait quelque bien.
+Je reviens au palais très-lentement, très-pensif, très-irrésolu,
+désirant de ne point arriver, ou de ne point trouver celles qui m'y
+appellent: j'arrive avant cinq heures. Rien n'annonce le départ. Je
+monte tristement les degrés de la Sainte-Chapelle, je me promène dans
+la grande salle, aux environs, je m'assieds, je me lève, je ne parle à
+qui que ce soit, je cache sous un air sérieux un fond très-agité et
+très-chagrin; de temps en temps un triste coup d'oeil sur la cour pour
+voir si le départ s'annonce. Je reviens. Ma fréquente exclamation
+intérieure étoit: Dans deux heures, dans une heure et demie, elles ne
+seront donc plus! Je ne puis exprimer combien cette idée m'affectoit
+et m'a affecté toute la vie quand j'ai pu l'appliquer: jamais heure ne
+m'a paru si longue et si courte que celle qui s'écoula depuis cinq
+heures jusqu'à six, pour divers motifs qui se croisoient, se
+combattoient, se détruisoient et me faisoient passer des illusions du
+vain espoir à des craintes malheureusement trop réelles.
+
+Enfin aux mouvements je juge que les victimes vont sortir de la
+prison. Je descends et vais me placer près de la grille par où elles
+sortent, puisqu'il n'est plus possible depuis quinze jours de pénétrer
+dans la cour. La première charrette se remplit, s'avance vers moi. Il
+y avoit huit dames très-édifiantes, sept pour moi inconnues; la
+dernière, dont j'étois fort proche, étoit la maréchale de Noailles. De
+n'y point voir sa belle-fille et petite-fille, ce fut là un foible et
+dernier rayon d'espérance; car, hélas! sur la deuxième charrette
+montent la mère et la fille. Celle-ci étoit en blanc, qu'elle n'avoit
+quitté depuis la mort de son beau-père et de sa belle-mère; elle
+paroissoit âgée de vingt-quatre ans au plus; celle-là de quarante, en
+déshabillé rayé bleu et blanc. Je les voyois encore de loin. Six
+hommes se placèrent après elles, les deux premiers, je ne sais
+comment, à un peu plus de distance qu'à l'ordinaire, comme pour leur
+donner plus de liberté, et avec un air d'égard et de respect dont je
+leur sus bon gré. A peine sont-elles placées, que la fille témoigne à
+sa mère ce vif et tendre intérêt si connu: j'entends dire auprès de
+moi: «Voyez donc cette jeune fille, comme elle s'agite! comme elle
+parle!»--Elle ne paroît pas triste. Je crois qu'elle me cherche des
+yeux; il me semble entendre tout ce qu'elles se disent: «Il n'y est
+pas.--Regarde encore.--Maman, rien ne m'échappe, je vous l'assure, il
+n'y est pas.» Elles oublient que je leur avois fait annoncer
+l'impossibilité de me trouver là. La première charrette reste près de
+moi au moins un quart d'heure. Elle avance. La deuxième va passer. Je
+m'apprête. Elle passe, ces dames ne me voient pas. Je rentre dans le
+palais, fais un grand détour et viens me placer à l'entrée du pont au
+Change, dans un endroit apparent. Mesdames de Noailles jettent les
+yeux de tous côtés; elles passent et ne me voient pas. Je les suis le
+long du pont, séparé de la foule, cependant assez près d'elles; madame
+de Noailles, toujours cherchant, ne m'aperçoit pas.
+
+L'inquiétude se peint sur la physionomie de madame d'Ayen, sa fille
+redouble d'attention sans succès. Je suis tenté d'y renoncer. J'ai
+fait ce que j'ai pu; partout ailleurs la foule sera plus grande, il
+n'y a pas moyen. Je suis fatigué.--J'allois me retirer. Le ciel se
+couvre, le tonnerre se fait entendre au loin. Tentons encore. Et par
+des chemins détournés j'arrive dans la rue Saint-Antoine, après la rue
+de Fourcy, presque vis-à-vis la trop fameuse Force, avant la
+charrette. Alors souffle un vent violent, l'orage éclate; les éclairs,
+les coups de tonnerre se succèdent rapidement. La pluie commence.
+C'est un torrent. Je me retire sur le seuil d'une boutique qui m'est
+toujours présente et que je ne vois jamais sans attendrissement. En un
+instant la rue est balayée. Plus de monde qu'aux portes, boutiques et
+fenêtres: plus d'ordre dans la marche; les cavaliers, les fantassins
+vont plus vite, comme ils peuvent, les charrettes aussi. Elles sont au
+petit Saint-Antoine et je suis encore indécis: la première passe
+devant moi. Un mouvement précipité et comme involontaire me fait
+quitter la boutique, et me voilà seul tout près de ces dames. Madame
+de Noailles m'aperçoit, et souriant semble dire: «Vous voilà donc
+enfin! Ah! que nous en sommes aises! Nous vous avons bien
+cherché.--Maman, le voilà.» A cet instant madame d'Ayen renaît, et
+toutes mes irrésolutions cessent, je me sens un courage
+extraordinaire. Trempé de sueur et de pluie, je n'y pense plus, je
+continue à marcher près d'elles. Sur les marches de l'église
+Saint-Louis, j'apperçois un ami pénétré pour elles de respect,
+d'attachement, cherchant à leur rendre le même service. Son visage,
+son attitude annoncent tout ce qu'il sent en les voyant. Je lui prends
+la main avec un saisissement d'attendrissement mais aussi tout de
+force. «Bonsoir, mon ami.» Là est une place, plusieurs rues y
+aboutissent. L'orage est au plus haut point, le vent plus impétueux.
+Les dames de la première charrette en sont fort tourmentées, surtout
+la maréchale de Noailles; son grand bonnet renversé laisse voir
+quelques cheveux gris; elle chancelle sur sa misérable planche, sans
+dossier, les mains liées derrière le dos. Aussitôt un tas de gens qui
+se trouvent là, la reconnoissent, ne font attention qu'à elle, et
+augmentent son tourment, qu'elle supporte avec patience, par leurs
+cris insultants. «La voilà donc cette maréchale, menant autrefois si
+grand train et qui alloit dans des beaux carrosses, la voilà dans la
+charrette tout comme les autres!» etc. Rien de plus insupportable pour
+tout être sensible que ces cris de cannibales. Les malheureux sont des
+objets sacrés, surtout quand ils sont innocents. Les cris continuent,
+le ciel est plus noir, la pluie plus forte. Nous voilà à la place qui
+précède le faubourg Saint-Antoine. Je devance, j'examine, et je me
+dis: Voilà le meilleur endroit pour leur accorder ce qu'elles désirent
+tant. La charrette alloit moins vite; je m'arrête, je me tourne vers
+elles: je fais à madame de Noailles un signe qu'elle comprend
+parfaitement.--«... Maman, M. X. va nous donner l'absolution.»
+Aussitôt elles baissent la tête avec un air de piété, de repentance,
+de joie, d'attendrissement qui m'embaume; je lève la main, reste la
+tête couverte, et prononce très-distinctement, et avec une attention
+surnaturelle, la formule entière d'absolution et les paroles qui la
+suivent; elles s'unissent mieux que jamais. Je n'oublierai jamais ce
+ravissant tableau, digne du pinceau d'un Raphaël, après lequel tout ce
+qui reste n'est que baume et consolation.
+
+Dès ce moment l'orage s'apaise, la pluie diminue, il semble n'avoir
+existé que pour le succès si désiré de part et d'autre; j'en bénis
+Dieu, elles en font autant, leur extérieur n'annonce que contentement,
+sérénité, allégresse. En s'avançant dans le faubourg, la foule
+curieuse revient, borde les deux côtés, insulte les premières dames,
+surtout la maréchale, rien à ses deux parentes; la pluie cesse.
+
+Tantôt je devance, tantôt j'accompagne. Après l'abbaye Saint-Antoine,
+j'aperçois auprès de moi un jeune homme, prêtre, dont pour quelques
+motifs je suspecte les sentiments. Il m'embarrasse. Je crains qu'il ne
+me reconnoisse, je rétrograde, j'avance, heureusement il ne me
+reconnoît point; il double le pas et je ne le vois plus.
+
+Enfin nous arrivons au lieu fatal. Ce qui se passe en moi ne peut se
+peindre. Quel moment! Quelle séparation! Quelle douleur dans ces
+enfants, dans ces soeurs, nièces, qui restent dans cette vallée de
+larmes! Je les vois encore pleines de santé. Elles auroient été si
+utiles à leur famille, et dans un instant je ne les verrai plus!.....
+Quelle idée! quel déchirement! mais non sans de grandes consolations
+en les contemplant si résignées. Les charrettes s'arrêtent, l'échafaud
+se présente, je frissonne; les cavaliers et les fantassins
+l'entourent; autour d'eux un cercle plus nombreux de spectateurs, la
+plupart riant et s'amusant de ce désolant spectacle: je suis au milieu
+d'eux dans une situation bien différente. J'aperçois le maître
+bourreau et deux valets, dont il est distingué par la jeunesse, par
+l'air d'un petit-maître manqué et le costume. L'un des valets est
+remarquable par sa taille, son embonpoint, la rose qu'il a à la
+bouche, ses manches retroussées, ses cheveux en queue et crépus, l'air
+de sang-froid et de réflexion avec lequel il agit, enfin une de ces
+physionomies régulières et frappantes, quoique sans élévation, qui ont
+pu servir de modèles aux grands peintres quand ils ont représenté des
+bourreaux dans l'histoire des martyrs. Il faut le dire, soit par un
+fonds d'humanité, soit habitude ou désir d'avoir plus tôt fait, le
+supplice étoit singulièrement adouci par leur promptitude, leur
+attention à descendre tous les condamnés avant de commencer à les
+placer le dos à l'échafaud, de manière qu'ils ne puissent rien voir;
+je leur en sus quelque gré, ainsi que de la décence qu'ils observoient
+et de leur sérieux constant, sans aucun air riant, insultant, tout le
+temps que je les vis.
+
+Pendant qu'ils aident à descendre les dames de la première charrette,
+madame de Noailles me cherche des yeux; elle m'aperçoit: c'est ici le
+pendant ravissant du premier tableau, si ravissant aussi. Que ne me
+dit-elle pas par ses regards, tantôt élevés au ciel, tantôt abaissés
+vers la terre, si doux, si animés, si expressifs, si célestes, tantôt
+fixés sur moi de manière à me faire distinguer si mes compagnons
+tigres avoient été plus réfléchis! J'enfonce mon chapeau sans la
+perdre de vue; je l'entendois: «Mon sacrifice est fait. Que je laisse
+de personnes chères! Mais Dieu m'appelle; nous en avons la douce et
+ferme espérance. Nous ne les oublierons point. Recevez nos tendres
+adieux pour elles, nos remercîments pour vous. Adieu! Puissions-nous
+nous revoir dans le ciel! Adieu!» Il est impossible de rendre des
+signes aussi pieux, aussi vifs, d'une éloquence aussi touchante, qui
+faisoient dire à mes tigres: «Ah! cette jeune, comme elle est
+contente, comme elle lève les yeux au ciel, comme elle prie! Mais à
+quoi cela lui sert-il?» Puis par réflexion: «Ah! les scélérats de
+calottins!» Le dernier adieu prononcé, elles descendent. Je ne me
+sentois plus, à la fois déchiré, attendri et consolé. Combien je
+remercie Dieu de n'avoir pas attendu ce moment pour leur donner
+l'absolution, encore plus quand elles montèrent à l'échafaud! Elles
+n'auroient pas pu s'unir comme elles avoient fait. Je quitte l'endroit
+où j'étois. Je passe d'un autre côté. Pendant qu'on fait descendre les
+autres, je me trouve en face de l'escalier, sur lequel étoit appuyée
+la première victime, qui étoit un vieillard en cheveux blancs, grand,
+l'air d'un bonhomme, qu'on disoit être un fermier général. Auprès de
+lui une dame très-édifiante que je ne connoissois pas; ensuite la
+maréchale, vis-à-vis de moi, en deuil, assise sur un bloc de bois ou
+de pierre qui s'étoit trouvé là, ouvrant des yeux grands, fixes. Tous
+les autres, sur plusieurs lignes, étoient rangés au bas de l'échafaud
+du côté qui regardoit l'ouest ou le faubourg Saint-Antoine. Je cherche
+ces dames. Je ne peux apercevoir que la mère, mais dans cette attitude
+de dévotion simple, noble, résignée, les yeux fermés, plus l'air
+inquiet, en un mot telle qu'elle étoit lorsqu'elle approchoit de la
+table sacrée. Quelle impression j'en reçus! Elle est ineffaçable. Plût
+à Dieu que j'en profitasse! A cet instant me revient à l'idée un
+passage de cette belle lettre des Églises de Vienne et de Lyon sur le
+martyre de saint Pothin et ses compagnons, où il est dit en parlant de
+sainte Blandine, attachée au poteau et exposée aux bêtes: «Ses
+compagnons croyoient voir en la personne de leur soeur Celui qui avoit
+été crucifié pour les sauver.»
+
+Tous sont descendus. Le sacrifice va commencer. La joie, le bruit, les
+affreux quolibets des spectateurs tigres redoublent et accroissent le
+supplice, doux en lui-même, mais atroce par trois coups qu'on entend
+l'un après l'autre, surtout par la quantité de sang versé et la vue de
+cette foule bruyante et tigresse. Le bourreau et ses valets montent,
+arrangent tout. Le premier se revêt, sur ses habits, d'un surtout
+ensanglanté, se place à gauche, à l'ouest, les autres à droite, à
+l'est, regardant Vincennes. Son grand valet est surtout l'objet de
+l'admiration et des éloges des cannibales, par son air capable et
+réfléchi, comme ils disent. Tout étant prêt, le vieillard monte à
+l'aide des bourreaux. Le maître bourreau le prend par le bras gauche,
+le grand valet par le droit, l'autre par les jambes; en un instant il
+est couché sur le ventre, la tête séparée et jetée ensuite avec le
+corps tout habillé dans un vaste tombereau, où tout nage dans le sang.
+Et toujours de même. Quelle horrible boucherie! Comme le coeur bat!
+C'est à ce moment qu'on voudroit être loin! c'est à ce moment qu'on
+voudroit être prêt et monter tout de suite si on étoit bien préparé,
+tant la mort, atroce pour ceux qui restent et qui sont sensibles,
+paroît facile et douce pour ceux qui s'en vont, quand on songe aux
+circonstances où il faut vivre! Combien j'ai regretté de n'avoir pas
+suivi ces victimes, en pensant que plus on avance, plus on reçoit de
+grâces divines, et plus on en abuse!
+
+La maréchale monte la troisième sur l'échafaud; il fallut échancrer le
+haut de son habillement pour lui découvrir le cou. Impatient de m'en
+aller, je voulois avaler le calice jusqu'à la lie et tenir ma parole,
+puisque Dieu me donnoit la force de me posséder au milieu de tant de
+frissonnements. Madame d'Ayen monte la dixième. Qu'elle me parut
+contente de mourir avant sa fille, et la fille de ne pas passer avant
+la mère! Montée, le maître bourreau lui arrache son bonnet. Comme il
+tenoit par une épingle qu'il n'avoit pas eu l'attention d'ôter, les
+cheveux soulevés et tirés avec force lui causèrent une douleur qui se
+peignit sur ses traits. La mère disparoît, et sa digne et tendre fille
+la remplace. Quelle émotion en voyant cette jeune dame tout en blanc,
+paroissant beaucoup plus jeune qu'elle n'étoit, semblable à un doux et
+tendre agneau qu'on va égorger! Je croyois assister au martyre d'une
+de ces jeunes vierges ou saintes femmes telles qu'elles sont
+représentées dans les beaux tableaux du Corrége et du Dominiquin.
+
+Ce qui est arrivé à sa mère lui arrive. Même inattention pour
+l'épingle, même douleur, même signe. Quel sang abondant et vermeil
+sortit de la tête et du cou! Que la voilà bienheureuse! m'écriai-je
+intérieurement quand on jeta son corps dans cet épouvantable cercueil.
+Je m'en vais; mais je suis arrêté un moment par l'air, les traits et
+la taille de celui qui venoit après elle. C'étoit un homme de cinq
+pieds huit à neuf pouces, gros à proportion, d'une figure
+très-imposante. Je l'avois remarqué au bas de l'échafaud. Il s'en
+étoit éloigné pendant qu'on immoloit les autres, afin de voir ce qui
+s'y passoit. Sa grande taille avoit servi sa curiosité. Il monte avec
+fermeté, regarde les bourreaux, le lit et l'instrument de mort avec
+des regards intrépides, trop fiers peut-être. O mon Dieu! dis-je en
+moi-même, faites qu'il n'y ait en lui que christianisme, et non la
+seule philosophie! Quel dommage qu'un si bel homme fût damné!
+ajoutai-je en me rappelant le pape saint Grégoire, qui, en voyant à
+Rome de beaux esclaves anglois, s'écria: «Quel dommage que de si beaux
+visages soient sous l'empire du démon!» Cette vue lui donna la
+première idée de la célèbre mission d'Angleterre, dont il chargea dans
+la suite son disciple saint Augustin.
+
+L'homme dont je viens de parler était Gossin[232] ou Gossuin, qui a
+tant contribué à diviser la France en départements. J'ai entendu dire
+qu'il avoit de la religion, et que ses malheurs, sa prison, en avoient
+ranimé, fortifié tous les sentiments. _Amen._
+
+[Note 232: P. F. Gossin, né à Souilly, arrondissement et à trois
+lieues et demie de Verdun, âgé de quarante ans, un des plus beaux
+hommes de ce temps, ex-lieutenant civil et criminel au bailliage de
+Bar-le-Duc et ex-député aux États généraux, avait été mandé par le roi
+de Prusse à Verdun, après la prise de cette ville, en septembre 1792.
+Il avait d'abord refusé d'obéir; mais ayant fini par céder aux désirs
+du peuple de Bar et aux instances de ses collègues, ses ennemis en
+profitèrent, après la retraite des Prussiens, pour l'accuser de
+trahison. Le 5 septembre, il annonça à l'Assemblée nationale qu'il
+_avait été forcé d'obtempérer à la sommation du duc de Brunswick, pour
+régler les affaires du département_. Un décret le mit en accusation.
+D'abord enfermé au Luxembourg, il fut condamné à mort le 4 thermidor
+an II (22 juillet 1794) par le tribunal révolutionnaire de Paris,
+comme ayant obéi aux ordres du roi de Prusse et comme complice d'une
+conspiration dans la prison où il était détenu. B.]
+
+Après sa mort, je quitte tout, hors de moi-même. Je m'aperçois alors
+que je suis tout glacé, à cause d'une forte transpiration et d'une
+forte pluie que j'avois éprouvées et qui s'étoient séchées; mais,
+grâce à Dieu, je ne me sentois point incommodé. Je double le pas, tout
+rempli de ce déchirant mais bien beau, bien grand, bien consolant,
+bien touchant spectacle. Je répétois ce que j'ai répété souvent: «Non,
+je ne voudrois pas pour cent mille écus n'en avoir pas été témoin. Je
+n'ai rien vu qui approche de cela. Que de profit à en tirer!» Quand je
+le quittai, il étoit près de huit heures. En vingt minutes, on avoit
+fait descendre quarante ou cinquante personnes, et immolé douze.
+
+Bientôt je suis à la rue Saint-Antoine. Je monte dans une maison où
+étoit une respectable famille de ma connoissance, composée du mari, de
+la femme et d'un fils unique charmant d'environ quatre ans. «Vous
+voilà! D'où venez-vous si tard, si loin de chez vous?--Ah! je viens
+d'être témoin d'un spectacle après lequel nous sommes les plus
+insensés des hommes et les plus grands ennemis de nous-mêmes, si nous
+n'en profitons pas pour travailler plus fortement à notre salut.»
+J'entre ensuite dans les détails qui, en produisant leur
+attendrissement, renouvelèrent le mien. J'y soupai, et me retirai fort
+tard. La nuit fut très-agitée; un sommeil entrecoupé ou accompagné de
+tout ce que j'avois vu ou entendu. La fatigue, que j'avois peu sentie,
+se fit sentir les jours suivants, mais, grâce à Dieu, sans
+indisposition. J'étois tout attendri, mais tout embaumé. Ah!
+m'écriois-je souvent, que mon âme vive de la vie des justes et que je
+meure de leur mort! Pendant longtemps la pensée de ce spectacle a
+produit en moi un certain frémissement, surtout lorsque je passois
+dans ces endroits si remarquables par ce que j'y avois vu. Ce
+frémissement venoit de ce que cette pensée étoit accompagnée d'une
+autre sur leur bonheur contrastant avec le vide qu'elles avoient
+laissé, la perte que nous avions faite, les dangers et les malheurs
+toujours renaissants où nous vivions. Le vendredi suivant, 25 juillet,
+je dînois avec et chez deux amis. Après le dîner, nous nous livrions à
+d'intéressants épanchements qui, malgré tous les accents de la
+tristesse, nous paroissoient si doux par les réflexions et
+consolations qui s'y mêloient et par la sage liberté qui y régnoit,
+dans une crise où tout étoit licence pour les méchants, tout étoit
+servitude pour les autres, au point de craindre, pour ainsi dire, que
+les murs ne parlassent. A cinq heures du soir, on frappe, et je vois
+entrer le digne ami qui m'avoit déjà averti deux fois. «Qui vous
+amène?--Je vous cherche depuis deux heures; désespérant de vous
+trouver, à tout hasard je suis venu ici.--Pourquoi?--Pour vous engager
+à rendre aux tantes des enfants, mesdames de Duras et Lafayette, le
+même service que vous avez rendu à leurs mères. Elles vont partir pour
+l'échafaud.--Ah! cher ami, que demandez-vous encore? Je connois peu
+ces dames, et il n'est pas sûr qu'elles me reconnoissent et que je les
+reconnoisse.»
+
+Je combats, il redouble de prières; mes amis se joignent à lui. Je
+cède et je reprends ce triste chemin du palais. Il est temps, les
+charrettes sortent, s'arrêtent en attendant les dernières. Sur la
+première étoient des dames: je n'en reconnois aucune. J'examine,
+considère, tourne, retourne; non, ou je suis bien trompé, les tantes
+n'y sont point, grâce à Dieu. Cependant, pour ne rien omettre,
+j'interroge des spectateurs bien instruits, et avec la douleur que
+nous font éprouver ces inconnues, j'ai la joie de n'y point trouver
+les chères tantes. Dieu vouloit les conserver pour leurs familles qui
+les respectent et les aiment tant et avec tant de raison, me procurer
+l'avantage de les connoître d'une manière aussi particulière que
+celles dont la vie et surtout la mort m'ont tant édifié, et me faire
+trouver dans leur connoissance ce que j'avois perdu dans les autres,
+et dans ma situation, mes chagrins, mes malheurs, dont un irréparable,
+ces marques d'intérêt, d'attachement, et ces consolations que partage
+si bien un beau-frère, ami, et que je chercherois en vain dans
+plusieurs liés cependant avec moi. Puisse le Dieu tout-puissant et
+tout miséricordieux répandre sur leurs familles toutes les
+bénédictions que je lui demande pour la mienne, et nous réunir tous
+avec celles qui nous ont devancés dans ce séjour où il n'y aura plus
+de révolution à craindre ou à espérer, dans cette patrie qui aura,
+comme dit saint Augustin, la vérité pour roi, la charité pour loi, et
+pour mesure l'éternité!
+
+ * * * * *
+
+Le Père Carrichon (Antoine-Philibert), ecclésiastique, prêtre de la
+ci-devant congrégation de l'Oratoire, est décédé le 30 juillet 1818,
+en sa maison, rue Saint-Jacques, nº 277; ses obsèques se firent le 1er
+août, à sept heures du matin, en l'église de Saint-Jacques du
+Haut-Pas, sa paroisse. Il était âgé de soixante-neuf ans. B.
+
+ * * * * *
+
+XIII.
+
+PIÈCES DIVERSES CONCERNANT MADAME ÉLISABETH.
+
+
+I.
+
+ACTE DE BAPTÊME DE MADAME ÉLISABETH.
+
+EXTRAIT DU REGISTRE DES BAPTÊMES _de l'Église Royale et Paroissiale de
+Notre-Dame de Versailles, diocèse de Paris, pour l'année mil sept cent
+soixante-quatre,_ fol. 33.
+
+L'an mil sept cent soixante-quatre, le trois may, très haute et très
+puissante princesse Madame Élizabethe-Philippe-Marie-Heleine de
+France, née d'aujourd'huy, fille de très haut, très puissant et
+excellent prince Louis, Dauphin de France, et de très haute, très
+puissante et excellente princesse Marie-Josèphe, princesse de Saxe,
+Dauphine de France, son épouse, a été baptizée par Monseigneur
+Charle-Antoine de la Roche-Aimon, archevêque-duc de Reims, pair et
+grand aumonier de France, en presence de nous curé soussigné. Le
+parein a été très haut et très puissant prince Dom Philippe, infant
+d'Espagne, duc de Parme, Plaisance et Guastalle; la mareine a été
+très haute, très puissante et très excellente princesse Élizabethe,
+princesse de Parme, Reine doüarière d'Espagne. Le parein représenté
+par très haut et très puissant prince Louis-Auguste de France, duc de
+Berry, et la mareine représentée par très haute et très puissante
+princesse Madame Marie-Adélaïde de France, fille du Roy, qui ont été
+nommés l'un et l'autre à cet effet, Sa Majesté présente au baptême. Et
+ont signés à la minute:
+
+ LOUIS.
+ MARIE.
+ LOUIS.
+ LOUIS-AUGUSTE.
+ LOUIS-STANISLAS-XAVIER.
+ CHARLE-PHILIPPE.
+ MARIE-ADÉLAÏDE.
+ VICTOIRE-LOUISE-MARIE-THÉRÈSE.
+ SOPHIE-PHILIPPE-ÉLIZABETHE-JUSTINE.
+ LOUISE-MARIE.
+ [±] CHARLE-ANTOINE, _archevêque-duc de Reims,
+ grand aumônier de France_, et ALLART, curé.
+
+Nous soussigné, Prêtre de la Congrégation de la Mission, faisant les
+fonctions Curiales en l'Église Royale et Paroissiale de Notre-Dame de
+Versailles, Dépositaire des Registres de la même Église; Certifions le
+présent Extrait véritable et conforme à l'Original. A Versailles, le
+sixième du mois d'aoust mil sept cent soixante-seize.
+
+ COLLIGNON, _prêtre de la Mission_[233].
+
+[Note 233: Archives, section historique, K 147, nº 4.]
+
+ * * * * *
+
+II.
+
+NOURRICE DE MADAME ÉLISABETH.
+
+Marie-Thérèse Hecquet, née le lundi 24 mars 1732, sur la paroisse de
+Saint-Acheul, du légitime mariage de Charles Hecquet, laboureur,
+demeurant au village de Boutillerie, et d'Anne Merelle, ses père et
+mère; baptisée le même jour en l'église paroissiale de Saint-Acheul,
+ayant pour parrain Antoine Hecquet, son oncle paternel, et pour
+marraine Marie-Thérèse Vasseur, sa tante, épouse dudit Antoine
+Hecquet.
+
+L'acte de baptême est signé Demonclot, chanoine régulier et curé de
+Saint-Acheul.
+
+L'extrait de baptême, collationné, délivré le 8 octobre 1779, est
+signé Pelletier, prêtre, docteur en théologie de la Faculté de Paris
+et vicaire de ladite paroisse, dame Marie-Thérèse Hecquet, épouse du
+sieur Jean Levallery, bourgeois de Paris, née le 24 mars 1732, à
+Saint-Acheul, élection et généralité d'Amiens, baptisée [le même jour]
+du même mois dans la paroisse dudit lieu, nourrice de Son Altesse
+Royale Madame Élisabeth de France, demeurant à Paris, au
+Palais-Bourbon, faubourg Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice,
+déclare avoir obtenu du Roi les grâces pécuniaires ci-après,
+
+Savoir:
+
+ Une pension de deux mille quatre cents livres
+ sur le trésor de la Maison de Sa Majesté, de
+ l'échéance de janvier (dont il lui reste dû
+ l'année 1777, l'année 1778 et la portion de
+ temps de l'année 1779), ce qui lui a été
+ accordé en sadite qualité de nourrice sans
+ brevet, ci 2,400#
+
+ Une autre pension de douze cent quinze livres
+ sur le Trésor royal, et payée jusqu'à présent
+ par MM. les gardes dudit Trésor, accordée à
+ ladite dame Levallery, pour lui tenir lieu
+ d'une place de femme de chambre de feu Madame
+ la Dauphine, employée dans l'état du Roi,
+ sous le titre de _Pension du bas âge_, sans
+ brevet, et dû 1778 et 1779, ci 1,215
+
+ Une autre pension de trois cents livres,
+ accordée à la dame Levallery au même titre,
+ pour lui tenir lieu de son logement, dont est
+ dû les années 1777, 1778 et la portion de
+ l'année 1779, ces trois pensions créées en 1765 300
+
+ Une pension de huit cents livres, accordée au
+ sieur Louis-Joseph-Frédéric Levallery, son
+ fils, né le 28 janvier 1764, baptisé le 29 du
+ même mois en la paroisse Saint-Sulpice de
+ Paris, par un brevet de Sa Majesté du 12
+ novembre 1771, payable sur les quittances de
+ la dame Levallery jusqu'à ce que son fils ait
+ atteint l'âge de vingt ans, dont il est dû 800
+ -------
+ Montant général des grâces 4,915#
+
+Il y a, indépendamment de cette déclaration manuscrite des grâces
+pécuniaires accordées à la nourrice de Madame Élisabeth, un brevet
+officiel, en partie imprimé, pareil à celui de la nourrice de
+_Monsieur_, de M. le comte d'Artois, etc. B.
+
+ * * * * *
+
+III.
+
+APPOINTEMENTS DES DAMES DE COMPAGNIE DE MADAME ÉLISABETH.
+
+_État des appointements que le Roi veut et ordonne être payés aux
+dames que Sa Majesté a nommées pour accompagner Madame Élisabeth,
+depuis le 15 mai 1785 jusques et y compris le 14 mai 1786._
+
+Savoir:
+
+ A la dame marquise de Sorans, 4,000#
+ A la dame marquise de Causans, 4,000
+ A la dame comtesse de Canillac, 4,000
+ A la dame comtesse de Bombelles, 4,000
+ A la dame vicomtesse d'Imécourt et la dame comtesse
+ de la Bourdonnaye, adjointe et survivante, 4,000
+ A la dame comtesse de Deux-Ponts, 4,000
+ A la dame comtesse de Clermont-Tonnerre, 4,000
+ A la dame marquise de la Rochefontenille, 4,000
+ A la dame marquise des Essarts, 4,000
+ A la dame comtesse Louise de Causans, 4,000
+ A la dame marquise de Lastic, 4,000
+ A la dame vicomtesse de Blangy, 4,000
+ A la dame Anna-Bella-Henriette de Drummont de Melfort,
+ comtesse de Marguerye, Mémoire.
+ A la dame vicomtesse de Mérinville, surnuméraire sans
+ appointements, Mémoire.
+ A la dame marquise des Montiers, id., Mémoire.
+ Somme totale, cinquante-deux mille livres, cy., 52,000#
+
+Garde de mon Trésor royal, Me Charles-Pierre-Paul Savalette de Langes,
+payez comptant aux dames dénommées au présent état la somme de
+cinquante-deux mille livres pour leurs appointements, en leur qualité
+susdite, depuis le 15 mai 1785 jusques et compris le 14 mai 1786,
+présente année.
+
+ Fait à Versailles, le 1er juin 1786.
+
+ Collationné.
+
+ Le baron de BRETEUIL.
+
+ * * * * *
+
+_État des gages, appointements et pensions que le Roi veut et ordonne
+être payés aux personnes qui servent près Madame Élisabeth pendant le
+quartier de janvier de la présente année 1786._
+
+Savoir:
+
+_Aumônier ordinaire._
+
+ Le sieur Hyacinthe Bonniol de Montégut, attendu
+ qu'il n'a pas d'appointements Mémoire.
+
+_Chevalier d'honneur._
+
+ Au sieur comte de Coigny 225#
+ A lui pour entretennement 900
+
+_Premier écuyer._
+
+ Au sieur comte d'Adhémar 150
+ A lui pour entretennement 900
+
+_Dame d'honneur._
+
+ A la dame comtesse Diane de Polignac, pour gages 300
+ A elle pour sa pension 1,500
+
+_Dame d'atours._
+
+ A la dame marquise de Sorans, pour gages 150
+ A elle pour sa pension 1,000
+
+_Médecin._
+
+ Le sieur Le Monnier, y étant pourvu d'ailleurs Mémoire.
+
+_Chirurgien._
+
+ Le sieur Loustonau, y étant pourvu d'ailleurs Mémoire.
+
+_Secrétaire du cabinet._
+
+ Au sieur de Champfort, à raison de 2,000# par an 500#
+ (Les années 1785 et 1786 ont été expédiées par
+ ordonnance provisoire.)
+
+_Femmes de chambre._
+
+ A la dame Marie-Marguerite Soufflet-Pernot, première,
+ et Marie-Marguerite Pernot, sa fille, épouse du
+ sieur Guichard, en survivance 70
+
+ A elle, pour l'entretien d'un valet 91 5s
+
+ A la dame Antoinette-Jacqueline Brochet, épouse du
+ sieur de Cimery, tant pour gages que pour l'entretien
+ d'un valet 161 5
+
+_Autres._
+
+ A Jeanne-Françoise d'Aigremont-Malivoire 25
+ A Marie-Françoise-Victoire Dousset de Saint-Brice 25
+ A Antoinette-Marie Drivet de Lau 25
+ A Julie-Charlotte-Marie de Cagny[234] 25
+ A Marie-Barbe Besnard 25
+ A Marie-Marguerite Pernot, épouse du sieur Guichard 25
+ A Madeleine-Félicité de Casaubon, veuve Delor
+ femme de Saint-Gand 25
+ A Marie Langaudre-Tergat »
+ A la dame Roube »
+ A Sophie-Léocade le Gagneur »
+ A Marie-Thérèse Lalin de Navarre »
+ A la dame Duprat, épouse du sieur Malmain »
+ La demoiselle Charlotte-Rosalie Damesme, la demoiselle
+ Jeanne-Julie d'Harmeville, la demoiselle de Montgiroux,
+ la demoiselle Malivoire, la demoiselle la Caze,
+ la dame Perronnel, la demoiselle Guéroult de MacCarty,
+ surnuméraires Mémoire.
+
+_Coiffeuses._
+
+ A la demoiselle Jean-Baptiste Jaime 25#
+ A la demoiselle Marguerite Rosalie le Guay 25
+
+_Blanchisseuse._
+
+ A Marie-Thérèse Albert 5
+
+_Empeseuse et faiseuse de collerettes._
+
+ A la demoiselle Marie-Catherine Defforges 5
+ A elle pour façon, fournitures et charbon 300
+
+_Écuyer ordinaire._
+
+ Au sieur Dubourquet de Saint-Pardoux 300
+
+_Porte-manteau._
+
+ Au sieur Martineau 150
+
+_Valets de chambre._
+
+ A Jean Béranger 50
+ A Didier Viard 50
+ A Sorel 50
+ A Renault 50
+
+_Garçons de la chambre._
+
+ A Jean-Pierre Duval 25
+ A Jacques Corset 25
+ A Sébastien Thirgarder Duparc 25
+ A Deshayes 25
+
+_Valet de chambre tapissier._
+
+ A Antoine Jubin 75
+ A lui pour fournitures 75
+
+_Valets de garde-robe._
+
+ A Jean-Baptiste Vatel 25
+ A Nicolas Vatel 25
+
+_Portefaix._
+
+ A François Girard 7 10s
+ A Camille 7 10
+
+_Porte-chaise d'affaires._
+
+ A Catherine-Agathe Lefebvre, femme Longpré 50
+ A elle, pour ses fournitures 15
+
+_Argentier._
+
+ Au sieur de Laulhannier 100
+
+ Somme totale 6,787# 10s
+
+[Note 234: Retirée le 14 janvier en 1787, remplacée par la demoiselle
+Malivoire.]
+
+Garde de mon Trésor royal, Me Charles-Pierre-Paul Savalette de Langes,
+payez comptant au sieur Randon de la Tour la somme de six mille sept
+cent quatre-vingt-sept livres dix sols, pour employer au fait de sa
+charge même, icelle délivrer aux personnes dénommées au présent état,
+pour leurs gages pendant le quartier de janvier de la présente année.
+
+ Fait à Versailles, le 1er avril 1786.
+
+ Collationné.
+
+ Le baron de BRETEUIL.
+
+ * * * * *
+
+IV.
+
+MEUBLES DE L'APPARTEMENT DE MADAME ÉLISABETH AU CHATEAU DE VERSAILLES
+EN 1787.
+
+_Première antichambre._
+
+ 2 banquettes couvertes d'ouvrage de Savonnerie, fond bleu, dessin de
+ diverses couleurs, de 6 pieds de long sur 18 pouces de profondeur,
+ garnies de frange de soie torse de plusieurs couleurs; les bois
+ peints, l'une en rouge et filets dorés, et l'autre en blanc.
+
+ 2 tabourets de panne cramoisie, bois dorés.
+
+ 1 lustre de fer à quatre branches peint en blanc, et binets en
+ cuivre de 18 pouces de haut, avec un cordon de soie cramoisie et or.
+
+ 1 commode de bois de noyer de 3 pieds 1/2 de long, 20 pouces de
+ profondeur et 32 pouces de haut, ayant 4 tiroirs, dont 2 grands et
+ 2 petits, fermant à clef, garnie d'entrées de serrures et portant de
+ bronze en couleur d'or.
+
+ 1 petite table de sapin pliante.
+
+ 1 miroir de toilette à bordure de noyer.
+
+ 1 chaise de paille.
+
+ 1 paravent de 8 feuilles de 20 pouces sur 6 pieds de haut, couvert
+ en toile d'Alençon cramoisie.
+
+ 1 paravent de 6 pieds de haut à 6 feuilles de 20 pouces de large,
+ couvert idem.
+
+_Deuxième antichambre._
+
+ 1 portière du char à or de 2 aunes 1/4 de cours sur 2 aunes 7/8 de
+ haut.
+
+ 1 portière semblable à la précédente.
+
+ 2 tabourets de panne cramoisie à bois dorés.
+
+ 1 tabouret de panne idem, bois peint en rouge et filets dorés.
+
+ 1 paravent de 6 feuilles de 6 pieds de haut, couvert de drap rouge
+ des deux côtés, cloué de cloux dorés sur galon d'or faux.
+
+ 4 parties de rideaux de croisées de 2 lés, chacune de grosdetours
+ cramoisi, sur 11 pieds 6 pouces de haut, bordées de galon de soie.
+
+ 1 grille à 4 branches, pelle et pincette de fer.
+
+ 1 petit lustre de grenailles et petites poires à 8 bobèches, monture
+ dorée, 21 pouces de diamètre sur 32 pouces de haut, avec un cordon
+ de soie cramoisie et or.
+
+ 2 commodes plaquées de bois de rose et violette, chacune de 4 pieds
+ de long, 23 pouces de profondeur sur 31 pouces de haut, ayant 4
+ tiroirs, dont 2 grands et 2 petits, fermant à clef, garnies
+ d'entrées de serrures, portants et chaussons de cuivre doré d'or
+ moulu, avec dessus de marbre brèche d'Alep, dont un cassé par le
+ milieu.
+
+ 1 table ronde ployante de bois d'acajou de 5 pieds de diamètre,
+ couverte de velours verd, pieds tournés.
+
+ 1 petite table à écrire de bois de noyer.
+
+ 1 écritoire en pupitre portatif de bois rose et violet, garnie
+ d'encrier, poudrier et boîte à éponge d'argent, argenterie non
+ numérotée ni poids marqué.
+
+ 1 commode de bois de noyer à 2 grands et 2 petits tiroirs, ornée de
+ portants et entrées de serrures en couleur, avec dessus de marbre de
+ 3 pieds 1/2 de large, 22 pouces de profondeur.
+
+_Pièce à côté pour les garçons de la chambre._
+
+ 1 couchette à 2 chevets de 3 pieds de large, à fond sanglé, garnie
+ de roulettes à galets.--Le coucher composé de: 1 sommier crin et
+ toile à carreaux;
+
+ 2 mattelas de laine et toile idem;
+
+ 1 lit et 1 traversin de plume et coutil;
+
+ 2 couvertures de laine;
+
+ 2 rideaux d'alcôve à 4 lés chaque sur 11 pieds 1/2;
+
+ 1 pente de 6 pieds de long, le tout de fleuret bleu et blanc;
+
+ 2 parties de rideaux de croisée d'un lé chaque de toile de coton sur
+ 6 pieds de haut;
+
+ 1 table de hêtre avec un tiroir à la face de 3 pieds 1/2 de long, 2
+ pieds de profondeur;
+
+ 6 chaises de paille satinée verd et blanc.
+
+_Cabinet, ou Pièces de nobles en été._
+
+ 1 meuble de damas de Gênes cramoisi, orné de grand et petit galon,
+ avec frange et molet en or, consistant en:
+
+ 12 ployants garnis d'un grand galon de 20 lignes et d'un autre de 12
+ lignes, avec frange de 3 pouces, et les bois sculptés dorés;
+
+ 1 paravent de 6 feuilles de 4 pieds de haut, orné des mêmes galons,
+ et cloué à triple rang de cloux dorés sur galon d'or fin et
+ charnières en étoffe;
+
+ 1 écran sculpté et orné idem;
+
+ 6 parties de portières de 3 lés chacune, ornés aux montants et
+ travers du haut de molet et frange d'or par le bas, doublées de
+ taffetas, sur 10 pieds de haut;
+
+ 6 parties de rideaux de croisées de 2 lés chacune de grosdetours
+ cramoisi, avec frange et mollet d'or idem, sur 12 pieds de haut;
+
+ 6 parties de rideaux de vitrage d'un lé 1/2 chaque de mousseline
+ rayée et brodée sur 4 pieds de haut;
+
+ 2 encoignures de marqueterie plaquées en bois satiné et champ de
+ bois d'amaranthe, ouvrant à un venteau dont le devant est orné d'un
+ vase de fleurs plaqué sur fond de bois gris satiné, la frise à
+ tiroir plaqué en bois vert, ornées de moulures, encadrements de
+ panneaux ciselés, rinceaux, pieds et chûtes de pilastres, frise à
+ entrelacs d'ornements, le tout en bronze doré d'or moulu et dessus
+ de marbre fin de 25 pouces de profondeur sur 34 pouces 1/2 de haut;
+
+ 2 lustres à 6 lumières de cristal de Bohême, montures dorées, de 26
+ pouces de diamètre sur 3 pieds 9 pouces de haut, avec:
+
+ 2 cordons et 4 glands en soie cramoisie, ornés de cartisanne et
+ couronnes;
+
+ 4 girandoles à 5 lumières de cristal de Bohême terminées par une
+ fleur de lys, montures de cuivre doré, à trépied et plateaux en
+ bronze doré, 30 pouces de haut, 16 pouces de large;
+
+ 1 feu à 4 branches à recouvrement orné sur le devant de postes et
+ doubles pilastres surmontés de cassollettes et couronne, boucliers
+ posés au centre du recouvrement, le grand socle à consoles surmonté
+ d'un vase à anses, orné de guirlandes, terminé par une flamme de
+ bronze doré, 17 pouces de haut sur 17 de large;
+
+ 2 paires bras de cheminée à trois branches, celles de côté torses et
+ toutes trois fixées sur une gaîne ornée de palmettes, avec frises à
+ entrelacs surmontées d'un vase à cannelure torse et à anses
+ d'ornement terminé par un bouton de graine, 22 pouces de haut, 17
+ pouces de large, bassin à cannelure et festons;
+
+ 1 belle pendule de cheminée en marbre blanc représentant un portique
+ d'architecture orné dans la frise du bas de 3 bas-reliefs, l'un
+ caractérisant la Paix, l'autre l'Abondance, et l'autre la Gloire
+ tenant un buste oval, figure d'Henri IV; le portique orné de
+ pilastres cannelés et moulures au contour du chapiteau à oves et
+ dards, surmonté d'un vase à anses et paquets de laurier sur le
+ ceintre du chapiteau, la pendule placée au centre du portique dans
+ sa boîte à ornements; le tout de bronze doré au mat, ainsi que la
+ lentille, figure de soleil, de 26 pouces de haut sur 15 pouces de
+ face, par Lépine.
+
+_Pièce des nobles en hiver._
+
+ 1 meuble de velours de soie cramoisi doublé de grosdetours cramoisi,
+ orné de 2 galons d'or, dont 1 de 23 lignes et l'autre de 9 lignes
+ 1/2, consistant en:
+
+ 6 parties de portière de 3 lés chacune doublées de grosdetours et
+ ornées des 2 galons, sur 10 pieds 4 pouces de haut;
+
+ 1 paravent de 6 feuilles sur 4 pieds, charnière en étoffe, chaque
+ feuille ornée des 2 galons, 1 rang de cloux dorés au pourtour et 1
+ rang idem sur le champ, sur galon d'or fin;
+
+ 1 écran à coulisse, le châssis orné des 2 côtés des 2 galons d'or
+ avec tresse et galon d'or, le bois sculpté doré;
+
+ 11 pliants ornés des 2 galons et frange de 3 pouces en or, les bois
+ sculptés dorés.
+
+ Les rideaux de croisées servent pour les deux saisons: voyez le
+ meuble d'été à l'Inventaire.
+
+_Chambre à coucher en hiver._
+
+ 4 parties de portières de 3 lés chacune, de velours, doublées de
+ grosdetours cramoisi sur 2 aunes 7/8 de haut, ornées de 2 galons,
+ dont 1 de 23 lignes et l'autre de 9 lignes 1/2 de large.
+
+_Chambre à coucher en été._
+
+ Un meuble de damas de Lyon verd, dessin à palmes, orné de grand et
+ petit galon à la Bourgogne et frange d'or, suivant le détail
+ ci-après, les pentes chantournées et soubassements ornés de
+ broderie d'or.
+
+ 1 tapisserie en 3 pièces galonnées de grand et petit galon d'or,
+ contenant ensemble 47 pieds 9 pouces de cours sur 14 pieds 2
+ pouces de haut, doublée de toile.
+
+ 1 lit à colonnes à 2 chevets de 5 pieds de large, 6 pieds 1/2 de
+ long, 11 pieds 6 pouces de haut, impériale en voussure surmontée
+ d'une corniche sculptée à feuilles d'acanthe et perles; la
+ couchette à 2 dossiers chantournés à bois couvert, ainsi que les
+ soubassements; le bois peint en blanc, ferrures apparentes,
+ double-tringles et agraffes dorées, garniture de roulettes à
+ équerre et chassis du fond sanglé.
+
+ Les étoffes composées d'une impériale et son petit fond à double
+ galon, 4 petites pentes ornées de frange par le bas et petit galon
+ par le haut; 4 grandes pentes ornées de grand et petit galon,
+ frange de 4 pouces brodée en ornements sur le corps, 2 chantournés
+ à double face brodés _idem_ et ornés de grand et petit galon, 3
+ soubassements brodés, galonnés comme les grandes pentes avec
+ frange par le bas; 4 rideaux de 7 lés chaque ornés de grand et
+ petit galon sur les montants travers du bas et cantonnières, 4
+ foureaux des colonnes en damas, 4 embrasse-rideaux en gros cordon
+ d'or avec glands _idem_;
+
+ 1 courtepointe ornée d'un grand et deux rangs de petit galon;
+
+ 2 rideaux d'entour de 7 lés chaque bordés au pourtour de petit
+ galon et double-rang sur les montants des cantonnières du devant
+ seulement en grosdetours verd.
+
+Le coucher composé de:
+
+ 4 malelats laine et futaine;
+
+ 1 lit et 2 traversins de duvet et basin avec souilles de taffetas
+ blanc;
+
+ 4 parties de portières de 4 lés chacune, galonnées d'un grand et
+ petit galon d'or, doublées de grosdetours, sur 10 pieds de haut;
+
+ 2 parties de rideaux de croisées de 2 lés chaque en grosdetours
+ verd, ornées d'un petit galon d'or au pourtour, sur 13 pieds de
+ haut, rempliées à 11 pieds 6 pouces;
+
+ 2 fauteuils pieds à gaine, cannelures torses sculptées de culots
+ enfilés dans la ceinture du siége, _idem_ aux accotoirs avec
+ palmettes, feuilles d'eau à refend au pourtour du dossier, garnis
+ et couverts comme le meuble avec grand et petit galons, cloués de
+ cloux dorés sur galon d'or fin, les bois sculptés dorés;
+
+ 2 carreaux ornés de 1 grand et 2 petits galons avec 4 glands d'or
+ aux coins desdits;
+
+ 8 ployants garnis de large galon et frange d'or; 1 écran garni de
+ large galon et d'un gland d'or avec sa tresse de soie verte; 1
+ paravent de 6 feuilles à bois couvert des 2 côtés, garni d'un
+ grand galon d'or, et triple rang de cloux doré sur galon d'or fin,
+ sur 4 pieds de hauteur; le bois sculpté doré; le tout avec housses
+ de grosdetours;
+
+ 1 marchepied à 2 degrés de damas cramoisi avec sa housse de
+ grosdetours verd;
+
+ 1 commode de marquetterie à dessus de marbre verd campan, ayant 5
+ tiroirs dont 2 grands et 3 petits dans la frise, plaqué en bois
+ verd, 4 paneaux de côté en bois satiné avec filets noir et blanc
+ et champ de bois d'amaranthe, une table saillante au milieu,
+ représentant un trophée pastoral et vase en placage sur fond de
+ bois gris satiné, les arrière-corps en mosaïque de bois ombrés sur
+ fond même bois; ladite commode ornée de socle, pieds à rouleaux et
+ palmettes ornées de gaine, chûtes et paquets de laurier, cadres de
+ panneaux, moulures unies à chapelets et feuilles, rais-de-coeur,
+ et rosettes guirlandes de laurier et chûtes en paquet, portants à
+ ornements et corbeilles, la frise du centre en entrelacs, à
+ rosettes et culots, le tout de bronze doré d'or moulu, longue de 5
+ pieds 1/2 sur 25 pouces de profondeur et 37 pouces de haut;
+
+ 1 feu dont la grille à 4 branches en 2 parties de fer poli de 23
+ pouces de profondeur, ayant chacune sur le devant une forte
+ garniture à recouvrement de bronze ciselé et doré d'or moulu, orné
+ d'entrelacs et rosettes, et sur le dessus d'une volute à palmettes
+ et laurier en paquet, et petit vase à anse de 15 pouces de haut,
+ le grand socle à piédouche orné de guirlandes de fleurs,
+ d'entrelacs dans la frise, surmonté d'un fort vase à cannelures et
+ godrons, guirlandes de laurier à anses et tête de bélier, terminé
+ par un bouton de graine, 22 pouces de haut sur 18 pouces de face,
+ avec pelle, pincette et tenaille garnies de boutons de cuivre
+ ciselés et dorés;
+
+ 1 lustre de cristal de Bohême à 8 lumières accouplées sur double
+ bobèche, monture dorée, 32 pouces de diamètre sur 3 pieds 6 pouces
+ de haut, avec 1 cordon et 2 glands de soie verte et or, orné de
+ cartisanne d'or;
+
+ 2 paires de bras à 3 branches, celles de côté torses, ornées de
+ palmettes et graine, cannelure et godrons, binets à festons, la
+ gaine à palmettes et culots avec frise à entrelacs surmonté d'un
+ bouton de graine, 22 pouces de haut, 18 pouces de large;
+
+ 1 belle pendule de cheminée en marbre blanc, architecture et
+ chapiteau, le socle orné de frises à entrelacs d'ornements, porté
+ par 8 piédouches, une double frise _idem_ avec moulure, ciselés,
+ surmontés de 2 enfants soutenant le chapiteau et portant une
+ guirlande de fruits et fleurs, le dessous du chapiteau orné d'oves
+ et surmonté d'un nuage et de deux enfants, l'un tenant une
+ couronne et l'autre traçant une carte géographique, la pendule
+ placée au centre du chapiteau avec son cadre de bronze ciselé doré
+ d'or mat, 19 pouces de haut, 21 pouces de face;
+
+ 1 écran de bois d'acajou à châssis de taffetas verd;
+
+ 2 rideaux de vitrage d'un lé 1/2 chaque, de mousseline rayée et
+ brodée sur 4 pieds de haut.
+
+_Meuble d'hyver._
+
+ Un meuble de velours de soie cramoisi orné de frange et galon
+ d'or, consistant en:
+
+ 1 lit à la duchesse, composé de trois grandes et 4 petites pentes
+ enrichies de feuilles et ornements de broderie, et de 2 galons
+ d'or garnies de grande frange d'or, fond grand, dossier chantourné
+ aussi brodé en or, bonnes-grâces en dedans et au dehors,
+ courtepointe garnie de sesd. 2 galons et 3 soubassements garnis
+ desd. galons et frange, et 2 rideaux sur 3 au. 1/4 de haut, garnis
+ desd. galons et doublés de grosdetours cramoisi, avec 4 pommes, 4
+ bouquets de plumes et 4 aigrettes.
+
+ Le bois du lit à fond sanglé en 2 parties dont les vis sont
+ dorées, de 5 pieds de large, 6 pieds 4 pouces de long, sur 12
+ pieds 1/2 de haut.
+
+Le coucher:
+
+ 3 fauteuils à carreaux, 12 ployants, 1 écran, 1 paravent de 6
+ feuilles sur 4 pieds de haut; garni d'un galon d'or avec une
+ tresse à l'écran, les bois sculptés dorés;
+
+ 4 portières (pour cet article, voir, page 536, _Chambre à coucher
+ en hiver_: 4 parties de portières, etc.)
+
+ 4 parties de rideaux de croisées de 2 lés chacune de grosdetours
+ cramoisi, garnis de galon d'or sur 13 pieds de haut.
+
+ Pièces tapisserie, dessin de Teniers, de la manufacture de
+ Beauvais.
+
+_Grand cabinet._
+
+ Un meuble de grosdetours fond blanc à bouquets et ruban bleu
+ brochés, encadré de bordures de même étoffe, dessein à treillage
+ verd et fleurs, profilet de milleret verd, et orné d'une crête de
+ soie nuée assortie, consistant en:
+
+ 1 lit de repos de 6 pieds de long et 27 pouces de profondeur,
+ garni à plateforme, 1 matelas portant son soubassement drapé, orné
+ de frange et glands, 3 oreillers avec 4 glands chacun; les
+ oreillers garnis de mouchoirs de taffetas blanc.
+
+ Au dessus dud. lit de repos: 1 pente drapée de 6 pieds de long
+ avec écharpe de 2 pieds 6 pouces, frange et 8 galons doublés de
+ grosdetours blanc, 2 écharpes doubles en bonnes-grâces de 2 lés
+ chaque, encadrées, ornés de molets et frangeou doublées de
+ taffetas blanc avec cordon et 6 glands de 9 pieds de haut;
+
+ 5 cordons de soie nuée, dont 4 avec glands.
+
+ 2 bergères quarrées, 2 bergères ceintrées, 8 fauteuils, 6 chaises,
+ à carreaux, 1 chaise sans carreau, 1 écran à chapeau, garnis de
+ crête, les bois sculptés à rais-de-coeur et perles à la ceinture,
+ pieds à gaine, palmettes et pilastres aux consoles rais-de-coeur,
+ ficelle et pommes de graine au dossier peint en blanc avec
+ mouchoir de taffetas blanc.
+
+ A la croisée: une pente drapée et ses deux écharpes de 3 pieds de
+ long, 2 doubles écharpes en bonnes-grâces encadrées et bordées de
+ molet et frangeou de 12 pieds de haut, garnies de 12 glands,
+ cordon et noeuds d'embrasses;
+
+ 2 parties de rideaux de croisée de 2 lés de grosdetours blanc,
+ avec grande bordure et molet de soie nuée;
+
+ 2 parties de rideau de vitrage de 2 lés chacun de taffetas blanc
+ sur 5 pieds de haut;
+
+ 1 chaise de damas bleu, clouée de cloux dorés sur bois à moulures,
+ pieds à gaine peint en blanc;
+
+ 3 petits écrans de bois d'acajou avec châssis de taffetas
+ cramoisi;
+
+ 1 lustre à 6 lumières de cristal de roche, monture dorée,
+ garniture de grenailles à rosette et en filage et poire depuis 3
+ pouces 1/2 à 2 pouces, la boule de 3 pouces 1/2 de diamètre, le
+ lustre de 25 pouces de diamètre sur 36 pouces de haut, avec 1
+ cordon, 1 rosasse et 1 gland de soie nuée ornés de cartisane;
+
+ 1 feu à 4 branches et à recouvrement avec frise sur le devant
+ ornées à entrelacs à rosettes, culots et cadres de perles, le
+ dessus orné de branches et fruits de vigne, sur le dedans un socle
+ à colonne cannelée sur piedouche, surmonté d'un nuage et de 2
+ tourterelles; le grand socle à cannelures et tigettes avec
+ guirlandes de fleurs et fruits de vigne, surmonté d'un vase à
+ cassolette à trépied et tête de satyre; le corps de la cassolette
+ à cannelures torses, terminé par une flamme, 17 pouces de haut sur
+ 16 pouces de large, bronze doré, pelle, pincette et tenaille à
+ boutons dorés;
+
+ 2 paires de bras à trois branches, celles de côté torses, ornées
+ de palmettes et graine, cannelures et godrons, binets à festons,
+ la gaine à palmettes et culots avec frise à entrelacs surmonté
+ d'un vase à anses et cannelures torses, terminé d'un boulon de
+ graine, 22 pouces de haut, 18 pouces de large.
+
+ A la croisée, 1 store de 6 pieds 6 pouces de large, avec son
+ taffetas de 12 pieds de haut.
+
+_Garde-robe._
+
+ 1 table de nuit de bois d'acajou à 2 tablettes de marbre blanc
+ veiné, ayant un tiroir à droite à bouton et rosette de bronze en
+ couleur.
+
+_Escalier qui conduit du grand cabinet à la bibliothèque._
+
+ Les marches couvertes en moquettes.
+
+ Le mur tendu en gros de tour bleu.
+
+ La rampe garnie et couverte de fleuret bleu.
+
+ 1 cordon d'écuyer en fil bleu.
+
+_Pièce du billard et bibliothèque._
+
+ Un meuble de damas (de Lyon) verd et blanc, dessin à figures à
+ enfants, cascades et fleurs, orné de frange, glands, cordon et
+ crête à la niche.
+
+ 1 pente et 2 doubles écharpes de 6 pieds 4 pouces de haut, le tout
+ de 22 pouces de long, doublées de grosdetours verd avec cordon, 10
+ glands, 2 noeuds et une cocarde.
+
+ 1 banquette à plateforme de 6 pieds 2 pouces de long sur 27 pouces
+ de profondeur, avec son matelas, le devant relevé en draperie avec
+ 8 glands; 3 oreillers garnis de 4 glands chacun, 2 rondins avec 2
+ glands à chacun.
+
+ 1 canapé à joncs fermé de 5 pieds 6 pouces, garni à plateforme
+ avec son matelas, soubassement drapé orné de frange et 6 glands, 2
+ carreaux et 2 rondins garnis de glands; le tout en damas verd et
+ blanc, orné de crête assortie, le bois à moulures peint en blanc.
+
+ 2 bergères, 8 fauteuils, à carreaux, 1 écran à chapeau, couverts
+ dudit damas, ornés de crête assortie clouée, bois à moulures
+ peints en blanc.
+
+ 1 pente drapée formant le ceintre de la croisée, ornée de 8 glands
+ et 1 noeud.
+
+ 1 tapis de pied à moquette, dessin cordon jaune à médaillons de 9
+ lés et 2 bandes, non compris bordure sur 16 pieds.
+
+ 1 embrassement de croisée de 4 lés sans bordure sur 7 pieds 6
+ pouces de long, doublé de toile.
+
+ 1 bureau plaqué de bois satiné et amaranthe de 4 pieds 3 pouces de
+ large, 24 pouces de profondeur et 26 pouces de haut avec roulettes
+ sous les pieds, une tablette entre les pieds, ceintrée, 3 tiroirs
+ par devant, fermant à clef, dans l'un une écritoire portative
+ ornée de bronze de 9 pouces sur 5 pouces 1/2, garnie d'encrier,
+ poudrier, boite à éponge de cuivre doré, les pieds à gaine, le
+ dessus de maroquin verd avec vignette d'or au pourtour, une
+ balustrade à jour par 3 côtés, ainsi que la tablette du dessous,
+ avec cadres de panneaux et des pieds en gaine et anneaux de cuivre
+ ciselé, doré d'or moulu.
+
+ 1 feu à 4 branches et à recouvrement porté sur piédouche orné dans
+ la frise de rinceaux et épis, et sur le dessus d'entrelacs
+ surmontés d'une coque et d'oeufs unis, le grand socle avec frise à
+ épis, surmonté d'un vase uni avec anneaux et chaînes, terminé
+ d'une flamme, 15 pouces de hauteur sur 14 pouces 1/2.
+
+ 2 paires de bras à 3 branches, dont 2 à cannelures, la 3e composée
+ de branches, feuilles et fruits de laurier, le tout lié d'un ruban
+ sur le carquois auquel est réuni un arc, le tout portant 30 pouces
+ de haut sur 13 pouces de large, à carquois et flèches de bronze
+ doré, or moulu.
+
+ 1 billard en bois de chêne couleur d'acajou, 5 pieds 9 pouces sur
+ 11 pieds de long, couvert de son drap vert cloué de cloux dorés
+ sur galon d'or fin, et garni de tous ses accessoirs.
+
+ 1 housse de basanne jaune doublée de toile verte.
+
+ 1 banvole de bois de chêne, cordon de banvole en soie verte et
+ gland au milieu _idem_.
+
+_Cabinet près la pièce des bains._
+
+ Un meuble de damas cramoisi et blanc (de Lyon), dessin à cartouche
+ de fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre,
+ orné de frange, crête et glands.
+
+ 7 pièces de tapisserie produisant ensemble 12 lés sur 7 pieds de
+ haut, bordée chacune d'une crête de soie nuée.
+
+ 4 parties de rideaux de 4 lés 1/2 chacune, doublées de taffetas
+ blanc, bordée de crête sur 10 pieds de haut, avec 4 noeuds et 8
+ glands.
+
+ 1 fauteuil quarré, 4 cabriolets, 2 chaises à la Reine; ces siéges
+ sont à carreaux couverts dud. damas, cloués de cloux dorés à olive
+ avec nervure, les bois sculptés peints en blanc, avec mouchoirs de
+ taffetas blanc.
+
+ 4 rideaux de vitrage d'un lé 1/2 chaque, de mousseline rayée et
+ brodée sur 3 pieds de haut.
+
+ 2 _idem_ de porte-vitrées d'un lé, plissés haut et bas sur 4 pieds
+ de haut.
+
+ 2 autres _idem_ sur 6 pieds 1/2 de haut.
+
+ 2 cordons de sonnette et 2 glands de soie cramoisi et blanc.
+
+ 1 encoignure de marquetterie à 1 venteau plaqué en bois de
+ palixandre, panneau et arrière-corps en mosaïque ombré sur fond de
+ bois gris satiné, la frise du bas en bois gris, celle du haut en
+ bois verd, pilastres des pieds en bois gris à filets; le tout orné
+ de sabots à palmettes, rinceaux et moulures, quart de rond à
+ godrons, cadres, panneaux à rais-de-coeur, rosettes aux angles, la
+ frise du milieu à cannaux et tigettes, celles de côté à entrelacs
+ d'ornements, rosasses de soleil dans les cases, 1 médaillon au
+ milieu du panneau du centre composé de nuages, carquois et
+ tourterelles au cadre, branches de laurier et noeud en ruban, le
+ tout en bronze doré d'or au mat, avec dessus de marbre blanc veiné
+ de 19 pouces de profondeur sur 34 pouces de haut.
+
+ Bras de cheminée à 1 branche garni à cannelures et tigettes, porté
+ par une écharpe liée sur un clou de bronze doré, de 13 pouces de
+ haut.
+
+ 1 feu à 4 branches à recouvrement anglois orné dans la frise
+ d'entrelacs en balustres à jour surmonté de cornes de brandons à
+ cannelures, terminées de flammes, 10 pouces de haut et 10 pouces
+ de large, avec pelle et pincette ornées de boutons.
+
+_Boudoir._
+
+ Un meuble de damas cramoisi et blanc de Lyon, dessin à cartouche
+ de fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre,
+ orné de frange, crête et glands.
+
+ 4 pièces de tapisserie produisant ensemble 8 lés sur 7 pieds de
+ haut, bordée de crête de soie unie.
+
+ 1 lit de repos ou banquette ceintrée dans le pourtour de la
+ croisée, de 6 pieds 8 pouces du derrière et le retour de 4 pieds
+ chaque côté, 9 pouces de hauteur de siége, pieds à gaine cannelés,
+ peint en blanc, garni à plateforme, un carreau de duvet et coutil
+ avec soubassement en draperie garnie de frange avec cordon et 12
+ glands chacun et mouchoirs de taffetas blanc.
+
+ 1 pente et 2 écharpes de 6 pieds 4 pouces de haut doublées en
+ taffetas blanc, ornées de frange avec cordon, 12 glands et 1
+ noeud.
+
+ 2 rideaux de 4 lés chaque, bordés de crête, doublés de taffetas
+ blanc.
+
+ 2 noeuds, cordon et 1 glands.
+
+ 3 grands fauteuils, 1 bergère, 4 chaises, à carreaux couverts
+ _idem_, cloués de cloux dorés à olives avec nervure, les bois
+ sculptés, peints en blanc et mouchoirs de taffetas blanc.
+
+ 4 cordons de sonnette et 4 glands.
+
+ 2 rideaux de vitrage de 2 lés, mousseline rayée et brodée sur 3
+ pieds de haut.
+
+ 2 bras à une branche, garni, à cannelures et tigettes, portés par
+ une écharpe liée sur un clou, de bronze doré de 30 pouces de haut.
+
+ 1 feu à 4 branches à recouvrement porté sur 4 pieds cannelés avec
+ frise en soubassement orné de palmettes et feuillage, surmonté
+ d'un rang de perles, le dessus du socle orné d'un sphinx, et
+ draperie en bronze doré, or moulu, 10 pouces de haut sur 10 pouces
+ 1/2 de large, pelle, pincette ornées de boulons dorés.
+
+PREMIÈRE FEMME DE CHAMBRE.
+
+_Chambre._
+
+ Un meuble de toile peinte, fond dessin courant de roses et
+ diverses fleurs, bordé en galon de soie verd, composé de:
+
+ 2 pièces de tapisserie, ensemble 10 lés, sur 6 pieds 4 pouces de
+ haut;
+
+ 1 lit en niche de lad. toile, composé de 3 dossiers, 1 fond sur
+ son chassis et la tringle, 1 pente de dehors, 4 pentes de dedans,
+ 2 rideaux de 3 lés chacun sur 8 pieds 10 pouces de haut, doublées
+ de toile Laval blanche, 2 chantournés doublés de toile d'Alençon
+ écrue, 1 courtepointe festonnée et 2 mains, le tout de toile Laval
+ bordé de galon de soie verd;
+
+ La couchette peinte en blanc à 2 chantournés, roulettes à galets,
+ coulisses dessous, et fond sanglé de 6 pieds de long, 3 pieds 4
+ pouces de large;
+
+ Le coucher composé d'un sommier crin et toile, 2 malelats laine et
+ futaine, 1 lit et 1 traversin de plume et coutil, un traversin de
+ toile et crin, et 2 couvertures 5 points;
+
+ 1 bergère en cabriolet à carreau, 2 fauteuils en cabriolet garni,
+ 4 chaises à la Reine _idem_, couverts de lad. toile avec crête de
+ soie nuée, bois à moulures, peints en blanc;
+
+ 1 secrétaire en armoire de bois de noyer couleur d'acajou, de 2
+ pieds 1/2 de large sur 4 pieds 1/2 de haut, avec dessus de marbre
+ blanc veiné avec garniture à anneaux dorés d'or moulu;
+
+ 1 commode de bois de noyer couleur d'acajou à 3 grands tiroirs
+ fermant à clef, garnie d'anneaux et entrées de cuivre en couleur
+ d'or de 3 pieds 1/2 sur 22 pouces de profondeur, avec dessus de
+ marbre blanc veiné;
+
+ 1 table à écrire de bois de noyer de 27 pouces de large;
+
+ 1 demi-toilette en bois de noyer et sa garniture complette, de 29
+ pouces de large, 16 pouces 1/2 de profondeur, et garniture
+ complette ordinaire;
+
+ 2 chaises de paille satinée verd et blanc;
+
+ 1 grille à 4 branches, pelle et pincette de fer poli, garniture en
+ cuivre.
+
+_Salon._
+
+ 2 pièces de tapisserie contenant ensemble 7 lés 1/2 de toile
+ peinte sur 7 pieds de haut, pareille à celle du meuble de la
+ chambre.
+
+ 1 canapé à jonc de 6 pieds de long, garni à la plateforme avec un
+ matelas et 2 oreillers de paille à carreaux de fonds et dossiers
+ de lad. toile.
+
+ 1 bergère en bois de tourneur, dossier à carreau et jonc, fermée,
+ fond de paille et plateforme, avec son carreau en plume de lad.
+ toile.
+
+ 2 chaises à la Reine garnies, bois à moulures, peints en blanc,
+ couvertes de lad. toile.
+
+ 1 rideau d'un lé 1/2 de toile de coton sur 3 pieds 1/2 de haut.
+
+ 1 grille de fer à 4 branches avec pelle et pincette de fer poli.
+
+ 1 lit dans une armoire sur un fond sanglé à bascule, garni de 2
+ matelas laine et toile, 1 traversin plume et coutil, 2 couvertures
+ laine blanche.
+
+_Petite pièce à côté._
+
+ 1 commode en bois de noyer à pieds tournés, 2 grands et petits
+ tiroirs, garniture à anneaux ciselés à perles, entrées de serrures
+ de bronze en couleur de 3 pieds 1/2 de large sur 20 pouces.
+
+ 1 miroir de toilette à bordure de noyer, garni d'équerres et
+ charnières de cuivre de 14 pouces sur 12 pouces.
+
+ 1 bidet à planche de bois de noyer. 2 chaises d'affaires en pot à
+ oille en bois _idem_.
+
+ 3 chaises de paille satinée verd et blanc.
+
+ 1 dite à la capucine.
+
+_Garde-robe aux atours._
+
+ 1 lit à colonnes de 4 pieds de large, 6 pieds de long et 6 pieds
+ de haut, en fleuret rayé bleu et blanc.
+
+ Les étoffes composées d'un fond, 4 petites et 3 grandes pentes, un
+ dossier, 2 rideaux de 7 lés chacun, 2 bonnes-grâces d'un lé 1/2
+ sur 6 pieds de haut, 1 chantourné, 1 courtepointe, 2 mains, 4
+ fourreaux de colonnes, 4 petites et 2 grandes pentes.
+
+ La couchette à 1 chevet, fond sanglé et roulettes à galets.
+
+ 2 matelas, dont un de futaine, 1 sommier crin et toile de Flandre,
+ 1 lit de plume en coutil, 1 traversin de _idem_, 2 couvertures de
+ laine blanche, [le tout] de quatre pieds de large.
+
+ Deux parties de rideaux d'un lé et demi chaque, sur 6 pieds 4
+ pouces de haut.
+
+ 4 fauteuils en cabriolet couvert de moquette bleue et blanche, les
+ bois vernis.
+
+ Une table à quadrille pliante, couverte de drap verd; le dessus
+ plaqué en damier en bois de merisier et filet.
+
+ 6 chaises de paille fine.
+
+_Pour domestique._
+
+ 1 lit de sangle de 3 pieds de large, 6 pieds de long, garni de 2
+ matelas laine et toile, 1 traversin de plume et coutil, 2
+ couvertures de laine.
+
+ 1 grille à 4 branches à 2 pommes, le tout de fer poli.
+
+ARGENTERIE MARQUÉE E.
+
+_Chambre._
+
+Vermeil.
+
+ M. Onc. Gros.
+
+ Un crachoir 2 5 6
+ Deux flacons et leurs bouchons 4 3 »
+ Deux boites à poudre couvertes 6 » 2
+ Une tasse couverte et sa soucoupe 6 » 5
+ Deux gobelets couverts et une soucoupe 4 5 7
+ Un pot à l'eau et sa jatte ovale 9 5 »
+ Deux boites à mouches 1 6 2
+ Un coffre aux racines 1 5 6
+ Un pot à pâtes » 5 2
+ Deux couverts composés chacun d'une cuiller,
+ fourchette et couteau, pesant 1 5 2
+ Quatre flambeaux de 7 pouces 1/2 de haut 10 4 5
+ Un petit bougeoir 1 2 6
+ Six assiettes chantournées 16 » 2
+ La garniture du miroir de toilette 9 » »
+ Deux flambeaux de poing 11 7 1
+ Une gantière 6 4 6
+ Un benitier 1 5 1
+ Deux petites cuillers à café » 2 7
+ ------------------------
+ 96 6 4
+
+Argent blanc.
+
+ 12 flambeaux modèle pareil à ceux du Roi,
+ haut de 9 pouces 2 lignes, avec bobêches 42 4 7
+
+
+V.
+
+ÉTAT DES DIAMANTS ET PERLES APPARTENANTS A MADAME ÉLISABETH.
+
+ARTICLE 1er. Une grande paire de girandoles à trois poires composée de
+cent trente-six brillants.
+
+ART. 2. Cinq boucles de corset composées de quatre-vingts brillants.
+
+ART. 3. Une montre avec des cercles en diamants et sa chaîne aussi en
+diamants; la montre et la chaîne sont composées de cent quarante-trois
+brillants.
+
+ART. 4. Une paire d'anneaux montée en chaîne, composés de vingt
+brillants.
+
+ART. 5. Douze gerbes composées de neuf cent soixante-six brillants.
+
+ART. 6. Cent soixante et un châtons de brillants montés à jour.
+
+ART. 7. Un anneau en diamants, monté à jour, composé de treize
+brillants.
+
+ART. 8. Deux bagues formant huit pans avec un gros diamant sur les
+compositions. Plus une bague à cheveux avec un entourage composé de
+seize brillants.
+
+ART. 9. Une chaîne en perles et diamants avec deux barettes; la
+première barette est composée de deux brillants: la grande barette est
+composée de cinq brillants; les glands, la clef et les porte-mousquetons
+de ladite chaîne sont garnis de petits brillants.
+
+
+ÉTAT DES PERLES.
+
+ARTICLE 1er. Une paire d'anneaux enfilée composée de quarante-deux
+perles.
+
+ART. 2. Une paire de catenats, montée en or avec dix perles sur le
+milieu du catenat et trente-six sur les côtés: les douze rangs de
+perles desdits catenats sont composés de deux cent quatre-vingt-huit
+perles.
+
+ART. 3. Cinq boucles de corsets montées en or composées de cent dix
+perles.
+
+ART. 4. Un médaillon avec un portrait entouré de vingt-quatre perles.
+
+ART. 5. Un esclavage composé de cent dix perles.
+
+Plus cinq rangs de perles composés de trois cent trois perles.
+
+Plus un petit rang composé de neuf perles médiocres.
+
+Plus un anneau monté en or avec des perles.
+
+Plus une bague à cheveux avec une perle sur le milieu du cristal.
+
+ * * * * *
+
+VI.
+
+ÉTAT DES DISTRIBUTIONS.
+
+_Étrennes._
+
+ Aux cochers et postillons de la grande écurie 48#
+ Aux grands valets de pied 24
+ Aux petits valets de pied 24
+ Aux cochers de la petite écurie 24
+ Aux postillons de la petite écurie 12
+ Aux palfreniers de la petite écurie 12
+ Aux porteurs du Roi 24
+ Aux valets de pied de la Reine 24
+ Aux cochers et postillons de la Reine 24
+ Aux porteurs de la Reine 12
+
+_Écurie de Monsieur._
+
+ Aux valets de pied 24
+ Aux cochers et postillons 24
+ Aux porteurs 12
+
+_Écurie de Madame._
+
+ Aux valets de pied 24
+ Aux cochers et postillons 24
+ Aux porteurs 12
+
+_Écurie de Mgr comte d'Artois._
+
+ Aux valets de pied 24
+ Aux cochers et postillons 24
+ Aux porteurs 12
+
+_Écurie de Madame comtesse d'Artois._
+
+ Aux valets de pied 24
+ Aux cochers et postillons 24
+ Aux porteurs 12
+
+_Garde-meuble._
+
+ Aux garçons du garde-meuble 48
+ Aux garçons de boutique 18
+ Au suisse du garde-meuble 12
+ Au suisse du côté du Roi 24
+ Au suisse du côté de Madame 24
+ Au suisse de la patrouille 12
+ Au suisse de la chapelle 12
+ Au suisse des cariolles 12
+ Au suisse des bosquets 12
+
+_A plusieurs garçons._
+
+ A l'allumeur 6
+ Au balayeur des cours 6
+ Au garçon des glacières 12
+ Au porteur de bois 12
+ Au fontainier 18
+ Aux deux frotteurs de l'appartement de Madame 24
+ Pour les balais 24
+ Au jardinier de l'Orangerie 9
+ Au facteur 12
+ Aux garçons apothicaires 48
+
+_Aux gardes françoises, suisses et autres._
+
+ A la musique et tambours des gardes françoises 48
+ Aux mêmes des gardes suisses 48
+ Au tambour du guet de Paris 12
+ Au tambour de la ville de Paris 12
+ Au tambour des Invalides 12
+
+_Aux Couvents._
+
+ Aux Capucins de Meudon 12
+ A la Charité de Paris 12
+
+_Gobelet._
+
+ Aux garçons du gobelet 60
+ A l'homme chargé de l'eau de Ville d'Avrai et la glace 12
+
+_Bouche._
+
+ Aux garçons de la bouche 60
+ Aux garçons de vaisselle 24
+ Aux laveurs de vaisselle 12
+ Au linger 24
+ Aux garçons servants 72
+ A Maurice 24
+ Au commissionnaire de la chambre 24
+ A Mme Birebome 24
+ A la jardinière de Sceaux 6
+ Au porte-table 24
+ Aux ramoneurs 12
+ Au courrier de la petite écurie 12
+ A Gedon 6
+ Aux frotteurs du Roi 12
+ A la porteuse d'eau 12
+ Aux ouvriers des latrines 6
+ Aux poissardes de Paris 24
+ Aux poissardes de Versailles 24
+ Aux garçons allumeurs de l'appartement 24
+ Aux commis des bâtiments, pour les réverbères 12
+ Aux gondoliers 72
+ Au domestique de M. Bourdet 12
+ Pour la bûche de Noël 48
+ A l'homme qui monte le charbon chez Madame 12
+ Au boulanger de la Reine 24
+ Au frère carme qui apporte une boëte d'eau 24
+ Pour le Journal de Paris 33
+ A celui qui l'apporte 3
+ Au fontainier qui fournit l'eau des réservoirs des
+ bornes 12
+ Au laveur des marbres pour toute l'année 12
+ A l'homme qui apporte la Gazette 6
+ Au garçon de Mlle Moulliard 6
+ -------
+ Total des étrennes 1743
+
+_Étrennes de la Petite Maison._
+
+ A M. Sulot 240
+ A Mme Fleury 192
+ A Mme Ducoudret 144
+ A sa domestique 24
+ Au frotteur 72
+ Au suisse 72
+ A Coupery, premier garçon jardinier 96
+ Au deuxième garçon 72
+ A la fille de basse-cour 48
+ Au fontainier 12
+ A la soeur de Coupery 48
+ -------
+ Total 1020
+
+ _A la fête des jardiniers, à Coupery_ 72#
+ Au second garçon 48
+ Aux ouvriers 108
+ -------
+ 228
+
+_Pâques._
+
+ Pour la palme 24
+ A Notre-Dame pour la permission de faire gras 120
+ Pour les pâques, à chaque paroisse 120# 240
+ Aux pauvres de Noyon 24
+ Aux 13 couvents de Ste-Claire, à chacun 6# 78
+ Pour la Terre sainte 6
+ Pour la confrairie de Courbevoie 6
+ A l'Ave-Maria d'Alençon 6
+ A l'Ave-Maria de Pont-à-Mousson 6
+ A l'écaillier, à la mi-carême 24
+ -------
+ 534
+
+_Pain béni._
+
+ Pain béni du Roi 12
+ Pain béni de la Reine 12
+ Pain béni de Monsieur 12
+ Pain béni de Madame 12
+ Pain béni de Mgr comte d'Artois 12
+ Pain béni de Mme comtesse d'Artois 12
+ Pain béni de Madame Élisabeth 12
+ Pain béni de Madame Adélaïde 12
+ Pain béni de Madame Victoire 12
+ Pain béni de Monsieur le duc d'Orléans 12
+ Pain béni de Monsieur le duc de Penthièvre 12
+ -------
+ 132
+
+_Mois de février._
+
+ Pour le cierge de la Passion 24
+ Pour celui du Saint-Sépulcre 24
+ Pour celui de Notre-Dame de Bonne délivrance 24
+ -------
+ 72
+
+_Mois de mai._
+
+ Pour les oranges 24
+ Tambours et musique des gardes françoises 48
+ Tambours et musique des gardes suisses 48
+ Tambours du guet de Paris 12
+ Tambours de la ville de Paris 12
+ Tambours des Invalides 12
+ Pour le beurre de mai 18
+ Pour le changement de meuble d'été 24
+ Pour le menuisier 12
+ Pour le serrurier 12
+ Pour le vitrier 12
+ Pour la brioche des tailleurs de pierre 12
+ -------
+ 246
+
+_Mois de juin._
+
+ Pour les pains de fleurs d'orange 24
+ Pour l'eau de fleurs d'orange 24
+ -------
+ 48
+
+_Mois de juillet._
+
+ Pour les brioches au porteur du Roi 24
+ Au porteur de la Reine 12
+ Au porteur de Monsieur 12
+ Au porteur de Madame 12
+ Au porteur de Mgr comte d'Artois 12
+ Au porteur de Mme comtesse d'Artois 12
+ Pour la brioche de la confrairie de St-Christophe 12
+ -------
+ 96
+
+_Mois d'août._
+
+ Pour le pain béni de St-Roch 12
+ Aux Filles de l'Ave-Maria, Capucines de Paris 24
+ Tambours et musique des gardes suisses 48
+ Tambour du guet 12
+ Tambour de la ville de Paris 12
+ Tambour des Invalides 12
+ Aux poissardes de Paris 24
+ Pour le pain béni de la confrairie de St-Roch 12
+ Pour le pain béni de la confrairie de St-Louis 6
+ -------
+ 210
+
+_Mois d'octobre._
+
+ Aux Frères des Bons-Hommes, pour du muscat 6
+ Pour le raisin d'Alexandrie 12
+ Pour le raisin de M. de Talaru 24
+ -------
+ 42
+
+_Mois de novembre._
+
+ Au suisse du garde-meuble pour le changement d'hyver 24
+ Aux Hermites de Sénart 120
+ Au menuisier 12
+ Au serrurier 12
+ Au vitrier 12
+ Aux porteurs de Madame, pour les chaussons 24
+ Pour la confrairie de l'Immaculée Conception, au mois
+ de décembre 24
+ Pour la brioche de Ste-Geneviève 12
+ Pour le pain béni de St-Antoine, au mois de janvier 6
+ -------
+ 246
+
+_Voyage de Marli._
+
+ Au porteur du Roi 24
+ Aux valets de pied 24
+ Aux filles de garde-robe 18
+ Aux premier et second frotteur 24
+ A M. le curé, pour les pauvres 120
+ Au facteur 6
+ Aux porteurs bleùs 12
+ Aux suisses de patrouille 6
+ Aux balayeurs, frotteurs et allumeurs 36
+ Aux Soeurs-Grises 96
+ Au balayeur de la chapelle St-Louis 6
+ Aux gardes-bosquets 12
+
+_Garde-meuble._
+
+ Au concierge 48
+ Au garçon de boutique 9
+ A celui qui entre et ôte les lits 9
+ Au garçon du garde-meuble 48
+ Au Cordelier qui dit la messe 24
+ Au matelassier 6
+ Au garçon de fourière 6
+ Au jardinier 9
+ Au fontainier 12
+ Au petit clerc qui porte l'eau bénite 3
+ Aux suisses qui passent la nuit au salon 12
+ Autre suisse du salon 12
+ Au suisse de la chapelle 12
+ Au suisse de la chapelle du commun 12
+ Au suisse de la paroisse 6
+
+_Gobelet._
+
+ Aux aides du gobelet. 24
+ Au maître d'hôtel qui sert les femmes. 24
+ Au maître d'hôtel des hommes. 12
+ Au garçon de vaisselle. 12
+ Au laveur. 6
+ A la lingerie. 12
+ Au garçon linger. 6
+ A Buffigney, porte-table. 6
+ Au porte-table de Madame. 3
+ ------
+ Total du voyage de Marli 717
+
+_Voyage de Compiègne._
+
+ A M. Bonneval pour les gardes-chasse. 120
+ A la concierge du grand château. 120
+ Aux deux inspecteurs des bâtimens. 120
+ Aux deux suisses du château. 24
+
+_Garde-Meuble._
+
+ Aux garçons du garde-meuble. 72
+ Au suisse du garde-meuble porteur. 24
+ Au garçon de boutique. 12
+ Au commis du garde-meuble mis par M. de Pommery. 48
+
+_A l'Église._
+
+ Au curé de St-Jacques. 48
+ Au curé de St-Antoine. 48
+ Aux Soeurs de la Charité de St-Jacques. 24
+ Aux Soeurs de la Charité de St-Antoine. 24
+ A l'Hôpital général. 24
+ A la tourière des Carmélites. 9
+ A la tourière de St-Marie. 9
+ A la tourière de l'Hôtel-Dieu. 9
+ Aux Jacobins. 9
+ Aux Cordeliers. 9
+ Aux Capucins. 24
+ Aux prisonniers. 24
+ Au suisse de St-Jacques. 12
+ Au bedeau de St-Jacques. 12
+ Aux Frères des écolles. 12
+ Aux Minimes. 9
+ Au suisse de St-Corneille. 9
+ Aux Carmélites. 240
+ Pour la quête des fêtes et grandes messes. 288
+ Pour les quêtes de St-Jacques. 120
+
+_A plusieurs garçons._
+
+ A l'inspecteur pour distribuer aux ouvriers,
+ chacun 6 fr. 60
+ A l'allumeur. 6
+ Au balayeur. 6
+ A celui qui nettoye les privés. 6
+ A l'homme des glacières. 6
+ Au valet de ville. 12
+ Au jardinier. 6
+ Aux tambours de ville. 6
+ Au portier de la terrasse. 6
+ Au frotteur du château. 12
+ Au pompier. 6
+ Au poseur de sonnettes. 6
+ Au facteur. 6
+ Au garçon de fourière. 6
+ Aux deux garçons qui apportent le bois. 6
+
+_Écurie._
+
+ Aux porteurs de Madame. 24
+ Aux valets de pied. 48
+ Aux courriers. 48
+
+_Gobelet._
+
+ Aux aides du gobelet. 24
+ Au garçon de vaisselle. 12
+ Au laveur de vaisselle. 12
+ Au garçon qui apporte la glace. 12
+ Au linger. 6
+
+_Bouche._
+
+ Aux aides de la bouche. 24
+ Aux garçons servants. 24
+ Pour le boudin de sanglier. 18
+
+_Pain béni._
+
+ Celui du Roi. 12
+ Celui de la Reine. 12
+ Celui de Monsieur. 12
+ Celui de Madame. 12
+ Celui de Mgr comte d'Artois. 12
+ Celui de Madame comtesse d'Artois 12
+ Celui de Madame Élisabeth 12
+ Celui de Madame Adélaïde 12
+ Celui de Madame Victoire 12
+ Gratification aux valets de garde-robe 120
+ -------
+ Total du voyage de Compiègne 3720
+
+_Voyage de Fontainebleau._
+
+ Au concierge du grand château, cour royale 120
+ Au concierge de la cour du Cheval blanc 36
+ Au concierge de la cour des cuisines 36
+ A l'inspecteur des bâtimens 96
+ Au suisse du château 18
+ Aux gardes-chasses 96
+ A l'inspecteur des bâtimens, pour distribuer aux
+ ouvriers 60
+ Au balayeur 6
+ Au fontainier et plombier 6
+ Aux frotteurs de Madame Élisabeth 24
+ Au garçon de fourière 6
+ Au porteur d'eau 6
+ A celui qui nettoye les privés 6
+ A l'allumeur 6
+ A celui qui apporte le sucre d'orge de Moret 12
+ Au frotteur de Fontainebleau 12
+ Pour le boudin de sanglier 18
+ Au facteur 6
+ Au jardinier de l'orangerie 12
+ Au jardinier du potager 12
+ Aux paysans de la Fontaine-Madon 48
+ Au ramoneur 6
+ Aux journailliers qui passent les nuits de veille 12
+
+_Garde-meuble._
+
+ Aux garçons du garde-meuble 72
+ Aux garçons de boutique 24
+ Aux portefaix du garde-meuble 24
+ Aux commis du garde-meuble 48
+
+_A l'Église._
+
+ Aux Carmes des Basses-Loges 48
+ Aux Filles bleues 96
+ Au curé de la paroisse 48
+ A la Charité d'Avons 24
+ Aux Soeurs de la Charité 24
+ Aux Soeurs des écoles 24
+ Aux Capucins de Melun 6
+ Aux Recolets de Melun 6
+ Au bedeau et au suisse qui apportent le fruit de la
+ ville 24
+ Au clerc de la chapelle de la cour ovale 6
+ Au bedeau de la chapelle 12
+
+_Gobelet._
+
+ Aux aides du gobelet 24
+ Au garçon de vaisselle 12
+ Au laveur de vaisselle 6
+ Au garçon linger 6
+ A celui qui apporte la glace 6
+
+_Bouche._
+
+ Aux aides de la bouche 24
+ Aux garçons servants 24
+
+_Écurie._
+
+ Aux porteurs 24
+ Aux valets de pied 48
+ Au courrier 48
+ Aux cochers du Roi 96
+
+_Pain béni._
+
+ Pain béni du Roi 12
+ Pain béni de la Reine 12
+ Pain béni de Monsieur 12
+ Pain béni de Madame 12
+ Pain béni de Mgr comte d'Artois 12
+ Pain béni de Madame comtesse d'Artois 12
+ Pain béni de Madame Élisabeth 12
+ Pain béni de Madame Adélaïde 12
+ Pain béni de Madame Victoire 12
+ Gratification aux valets de garde-robe 120
+ -------
+ Tot. du voy. de Fontainebleau 1692
+
+_Voyage de Trianon._
+
+ Au garde-bosquets. 12
+ A l'homme qui nettoye les flambeaux. 6
+ Pour le gobelet à Mrs Grandeau et Bernard. 7
+ ------
+ Total du voyage de Trianon. 384
+
+_Voyage de Saint-Cloud._
+
+ Aux garçons du château. 96
+ A la lingerie. 24
+ Aux filles de garde-robe. 12
+ Aux frotteurs. 24
+ Aux porteurs de lits. 24
+ Au maître d'hôtel des femmes. 24
+ Au maître d'hôtel des hommes. 12
+ Aux hommes qui portent l'eau. 24
+ Aux deux facteurs. 24
+ Aux trois suisses des appartements. 72
+ A Julie. 24
+ A celui qui nettoye les flambeaux. 12
+ Aux aides du gobelet. 72
+ -----
+ Tot. du voyage de Saint-Cloud. 444
+
+ * * * * *
+
+VII.
+
+ÉTAT DES PENSIONS QUE FAIT MADAME et dont madame Desguichard est
+chargée.
+
+ A l'homme qui a soin de Panurge. 288#
+ A Mrs les curés pour aumônes. 1728
+ A M. Boyli. 600
+ A M. Gayette. 600
+ A Mlle Le Gagneur. 400
+ A la protégée de Mme de Tilly. 200
+ A Mme Malivoire. 600
+ A M. Malivoire le fils. 500
+ A Mlle Benard. 600
+ A Mme de Cagny. 600
+ A Mme de l'Eau. 600
+ A Mme de Mongiraud. 1200
+ A Mlle de Loyens, à payer à M. de Gassouville. 300
+ A M. Pernot bon. 200
+ A M. l'abbé de Montaigu, pour M. de Nancré. 400
+ A Mlle Dorival, pour Mlle de Berne, l'aînée. 300
+ A Mlle de Berne, la cadette. 150
+ A la protégée de Mme d'Aumale. 300
+ A Mlle Welfeld. 300
+ A M. Coquelin. 300
+ A M. Noël Offroy, ancien porteur. 144
+ A M. Klein de Vilquoy. 144
+ A la veuve Grandin. 72
+ Aux Filles violettes. 72
+ A Marianne Pinois. 72
+ A Pierre. 200
+ A Joseph Pauleur à Bicêtre, à payer à M. Duval. 150
+ A La Plasse, maçon. 72
+ A la soeur de Coupery. 600
+ Au courrier. 288
+ A la porteuse d'eau. 144
+ A la femme Mercier. 144
+ A Mme de Melardin, pour l'entretien de sa fille. 144
+ A Mlle Le Gagneur, pour l'apprentissage d'un enfant. 72
+ A la veuve Bosserelle. 72
+ Au petit Louis. 36
+ A la nourrice de Mlle Malivoire. 36
+ A Mme Maréchal de Vassant. 200
+ A M. l'abbé Le Sure. 150
+ A Mlle Pierre. 72
+ Pour les enfants Millard. 144
+ A la soeur Françoise, pour la veuve Dubois. 144
+ A la veuve Marquis. 72
+ A la femme Le Rête. 72
+ A la veuve Boissant. 72
+ A la femme Chinevrier. 72
+ Au petit garçon qui est à Paris. 120
+ Au petit garçon de la femme Robinet. 36
+ Au vacher suisse. 1095
+ A M. de Boisgelin pour une place fondée. 300
+ A Mlle de Pelleport, à payer en avril. 300
+ A M. de Jussan, à payer à M. de Béon. 48
+ A Mlle Dorival, pour des pauvres. 72
+ A la boulangerie de pain de seigle. 144
+ -----
+ Total des pensions par année
+ que paye Mme Desguichard. 15741
+
+ Le douzième. 1311# 15s.
+_Pensions par quartier._
+
+ A M. Bolly. 150
+ A Mlle Dorival, pour des pauvres. 18
+ A M. Gayette. 150
+ A Mme Malivoire. 150
+ A M. Malivoire fils. 125
+ A Mlle Bénard. 140
+ A Mme de Lau. 150
+ A Mme de Mongiraud. 300
+ A Mme de Cagny. 150
+ A M. de Gassonville, pour Mlle de Loyens. 75
+ A M. l'abbé de Montaigu, pour M. de Nancré. 100
+ A Mme d'Aumale, pour sa protégée. 75
+ A Mme de Tilly, pour une demoiselle de condition. 50
+ A Mlle Le Gagneur. 100
+ A Mlle Dorival pour Mlles de Berne. 112# 10s
+ A M. Pernot bon. 50
+ A Mme Wilfeld. 75
+ A M. Coquelin. 75
+ A Pierre. 50
+ A M. Klein de Vilquoi. 36
+ A Noël Offroy. 36
+ A M. Duval, pour Joseph Pauleur. 37 10
+ A Marianne Pinois. 18
+ Aux Filles violettes. 18
+ A la veuve Grandin. 18
+ A La Plasse, maçon. 18
+ A Mme Maréchal de Vassant. 50
+ A M. l'abbé Le Sure. 37 10
+ ----------
+ 2374
+
+ Le tiers est de 791# 6s. 8d.
+
+_Pensions à payer par mois._
+
+ A Messieurs les curés 144
+ Au courrier 24
+ A la porteuse d'eau 12
+ A la femme Mercier 12
+ A la soeur de Coupery 50
+ A la veuve Bosserel 6
+ Au petit Louis 3
+ A la nourrice de Mlle Malivoire 3
+ A Mme de Milardin pour l'entretien de sa fille 12
+ A Mlle Le Gagneur, pour l'apprentissage d'un enfant 6
+ A la boulangère de pain de seigle, même époque pour
+ l'année 12
+ A la soeur Françoise, pour la veuve Dubois 12
+ A Mme Royer, pour les enfants de Millard 12
+ A Mlle Dauge, pour Mlle Pierre 6
+ Au vacher suisse 91 5
+ A la femme Le Rête 6
+ A la veuve Boissant 6
+ A la veuve Marquis 6
+ A la femme Chenevrier 6
+ A Foucaut pour le mois du chien 24
+ A l'enfant de la femme Robinet 3
+ Au petit garçon qui est à Paris 10
+ ------
+ 466# 5s.
+
+_Pensions à payer par madame de Cimeri._
+
+ A Mme Sulpice 1200
+ A Marie Micot 200
+ A Mlle Duprat 200
+ A Mme Desforges 200
+ A M. Blaremberg 600
+ A Mlle Malivoire 600
+ A Mlle Testar 400
+ A Mme de Cailus 400
+ A Mme L'Échevin 400
+ A Marianne 72
+ A Vendoulet 192
+ Aux porteurs des femmes 360
+ A Marie 100
+ A Mme Quotrot 250
+ A la petite Pêchés 150
+ A Camille 150
+ A M. de Rousse 864
+
+Payé en janvier.
+
+ A M. du Mignau 150
+ A M. Pascal 70
+ Au garçon du gobelet 12
+ Au suisse de la chapelle 48
+ A M. Pascal en feuvrier 120
+ -------
+ Total des pensions payées
+ Mme de Cimery 7038
+ Le douzième 586# 10s
+ L'abbé Osselin 400
+
+_Pensions à payer par quartier._
+
+ A Mme Sulpice 300
+ A Marie Micot 50
+ A Mlle Duprat 50
+ A Mme Desforges 50
+ A Mme Blaremberg 150
+ A Mlle Malivoire 150
+ A Mme Testar 100
+ A Mme de Cailus 100
+ A Mme L'Échevin 100
+ A Marianne 18
+ A Vandoulet 48
+ Aux porteurs des femmes 90
+ A Marie 25
+ A Mme Quotrot 62 10s
+ A la petite Pechés 112 10
+ A Camille 37 10
+ A M Déroune 216
+ --------
+ 1659 10
+ Le tiers est de 553# 3s 4d
+
+_Récapitulation._
+
+ Étrennes 1743#
+ Étrennes de la petite maison de Madame 1020
+ Pour la fête des jardiniers 228
+ Pour les pâques 534
+ Pour les pains bénis 132
+ Pour le mois de février 72
+ Pour le mois de mai 246
+ Pour le mois de juin 48
+ Pour le mois de juillet 96
+ Pour le mois d'août 210
+ Pour le mois d'octobre 42
+ Pour le mois de novembre 246
+ Pour le voyage de Marli 717
+ Pour le voyage de Compiègne 3720
+ Pour le voyage de Fontainebleau 1692
+ Pour le voyage de Trianon 384
+ Pour le voyage de Saint-Cloud 444
+ Pensions par année payées par madame Desguichards 15741
+ Pensions payées par madame de Cimery 7038
+ ---------
+ Somme totale 34359#
+
+ * * * * *
+
+VIII.
+
+_État des appointements que le Roi veut et ordonne être payés aux
+dames que Sa Majesté a nommées pour accompagner Madame Élisabeth,
+depuis le 15 mai 1789 jusques et compris le 14 mai 1790._
+
+ A la dame marquise de Sorans 4
+ A la dame marquise de Causans 4
+ A la dame comtesse de Canillac 4
+ A la dame comtesse de Bombelles 4
+ A la dame vicomtesse d'Imecourt 4
+ A la dame comtesse de Clermont-Tonnerre 4
+ A la dame marquise des Essarts 4
+ A la dame Louise de Causans, marquise de Raigecourt 4
+ A la dame marquise de Lastic 4
+ A la dame vicomtesse de Blangy 4
+ A la dame Anne Bella Henriette de Drumont de Melfort,
+ comtesse de Marguerie 4
+ A la dame comtesse de la Bourdonnaye 4
+ A la dame marquise de Fournaise 4
+ La dame vicomtesse de Mérinville, surnuméraire
+ sans appointements Mémoire.
+ La dame marquise des Montiers, id. Mémoire.
+ La dame comtesse de Deux-Ponts, id. Mémoire.
+ La dame marquise de La Rochefontenille, id. Mémoire.
+ ----------
+ Somme totale, cinquante-deux mille livres, cy. 52,000#
+
+Administrateur de mon Trésor royal, chargé du département de la
+caisse générale, Me Joseph Durney, payés comptant au sieur Savalete
+de Langes, l'un des administrateurs de mon Trésor royal chargé du
+payement des pensions et autres dépenses énoncées dans mon édit du
+mois de mars 1788, la somme de cinquante-deux mille livres pour les
+appointements des dames dénommées au présent état, depuis le 15 mai
+1789, jusques et compris le 14 mai de la présente année. Fait à Paris,
+le seize mai mil sept cent quatre-vingt-dix.
+
+ LOUIS.
+ Comptant au Trésor royal.
+ _Bon:_ LOUIS.
+ DE SAINT-PRIEST.
+
+ * * * * *
+
+IX.
+
+DÉTAIL DES DÉPENSES EXTRAORDINAIRES DE LA CHAMBRE DE MADAME ÉLISABETH.
+
+ En 1788 elle a coûté 70,585# 17s
+ En 1789 48,592 10
+ En 1790 29,725 12
+ En 1791 17,548 »
+ -------------
+ Total 166,451# 19s
+
+ * * * * *
+
+_Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires de la
+chambre de Madame Élisabeth, pendant l'année 1788._
+
+ A Jubin, tapissier 6,000#
+ A Lenormand, étoffes 3,801
+ A de la Roue, toilette 7,562
+ A Vanot, lingère 3,340 10s
+ A Daguerre, ébéniste 15,583
+ Manufacture de Sève 3,855
+ Moutard, libraire 1,093
+ Grégoire, libraire 1,854
+ Blaizot, libraire 187
+ Le Duc, musique 132
+ Chenu, relieur 427
+ Joly, sculpteur, bordures de portraits 1,551
+ --------------
+ 45,385# 10s
+
+ Desjardins, horloger 152
+ Baince, lait d'ânesse 1,200
+ Bourdet, dentiste 162
+ Massé, orphèvre 81
+ Beaulieu, soyes à broder 500
+ Cabat d'or, soyes à broder 677
+ Guyard, peintre 576
+ Robert, peintre 1,000
+ Bro, racomodeuse de dentelles 671
+ Habillements de deux garçons 920 4
+ Voitures de la cour 1,419
+ Letellier, papier 100 3
+ Traitements et gratifications 17,682
+ ------------
+ 70,585# 17s
+
+ * * * * *
+
+_Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires de la
+chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1789._
+
+ Bertin, modes, pour ancien mémoire 7,761#
+ Le Normand, étoffes 200
+ Jubin, tapissier 2,979
+ Du Buquoy, tapisseries 7,788
+ Crampe, tapisseries 1,945 10s
+ Cabat d'or, soyes à broder 973 6
+ Bro, racomodeuse de dentelles 1,126
+ De la Roue, parasols 168
+ D'aguerre, ébéniste 1,968
+ Joly, bordures de portraits 396
+ Guyard, peintre 388
+ Grégoire, libraire 887
+ Moutard, libraire 942 18
+ Chenu, relieur 447
+ Bourdet, dentiste 162
+ Dujardins, horloger 158
+ Ducis, fayancier 121
+ Habillement des garçons 531
+ Voitures de la cour 2,102 16
+ Traitements et gratifications 17,548
+ ------------
+ 48,592# 10s
+
+ * * * * *
+
+_Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires de la
+chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1790._
+
+ Bertin, intérêts, et reste d'un mémoire 3,125#
+ Le Normand, étoffes 804 15s
+ Jubin, tapissier 1,232 16
+ Cabat d'or, soyes à broder 112 10
+ De la Roue, ébéniste 263
+ Letellier, papetier 411 9
+ Bataille, parfumeur 464 12
+ Moutard, libraire 96
+ Dujardins, horloger 176
+ Chenu, relieur 226
+ Joly, sculpteur, bordures 300
+ Habillement des garçons 531
+ Voitures de la cour 3,983
+ Bourdel, dentiste 162
+ Dépenses du secrétaire de la chambre 289 10
+ Traitements et gratifications 17,548
+ ------------
+ 29,725# 12s
+
+ * * * * *
+
+_État et détail des traitements affectés sur les dépenses annuelles
+extraordinaires de la chambre de Madame Élisabeth._
+
+ Grandin, commissionnaire 900#
+ Birbonne, porte-chaise 600
+ Dauge, baigneuse 1,200
+ Rosni, garde-dentelles 800
+ Léonard, coëffeur 600
+ Quatre garçons de la chambre à 600# 2,400
+ Sorel, surnuméraire 750
+ Quatre valets de chambre à chacun 600# 2,400
+ Merieux, surnuméraire 600
+ Massot, gardien 1,500
+ Deux portéffets à 900# 1,800
+ Deux frotteurs à 700# 1,400
+ Deux feutiers à 300# 600
+ Un suisse 48
+ Desjardins, horloger 150
+ Imbert, secrétaire de la chambre pour tout 1,800
+ ----------
+ 17,548#
+
+ * * * * *
+
+X.
+
+DÉMÉNAGEMENT DES MEUBLES DE LA CHAMBRE DE MADAME ÉLISABETH,
+
+qui ont été transportés au Garde-meuble, rue Neuve-Notre-Dame, nº 9,
+par Jubin, valet de chambre, tapissier.
+
+Sçavoir:
+
+_Première antichambre._
+
+ Un charriot à bois.
+
+ Deux paniers.
+
+_Antichambre des valets de chambre._
+
+ Une grande table des valets de pied.
+
+ Une grande table ronde à manger, faite en bois d'acajou.
+
+ Douze chaises de table, garnies en velours, dont quatre sont à
+ carreau.
+
+ Une bouillotte de verre, garnie en argent, pour faire de
+ l'herbe-aux-charpentiers.
+
+_Chapelle._
+
+La chapelle est composée d'un autel et de deux coffres, dont je n'ai
+pas les clefs.
+
+ Le coffre de l'argenterie de la chambre, dont je n'ai point la
+ clef.
+
+ Un grand panier rempli des pots de chambre de garde-robe.
+
+ Le Couronnement de Louis XVI, en gravure, pris de la chambre des
+ garçons de la chambre.
+
+ Un marchepied d'antichambre.
+
+_Cabinet des nobles._
+
+ Quatre servantes en bois d'acajou, où il manque un sceau argenté.
+
+ Une table ronde du déjeuner de Madame, ayant un dessus de marbre
+ blanc, et couverte en drap.
+
+ Deux voyageuses en bois doré, couvertes de velours vert.
+
+ Une table de tric-trac avec sa garniture en bois de rose.
+
+ Deux chaises carrées pour les femmes, couvertes en velours
+ d'Utrecht cramoisi.
+
+ Deux tables à jouer couvertes en velours, une de piquet, une de
+ quinze.
+
+ Une boîte à livres de la voiture de Madame.
+
+ Deux boîtes à échecs, une d'ivoire et l'autre en bois.
+
+ Le damier de Madame.
+
+ Un jeu d'oie en bois de rose.
+
+ Une boîte en façon de nacre qui en renferme plusieurs petites.
+
+ Un petit coffre en basane rouge.
+
+ Le jeu de loto.
+
+ Un dévidoir des valets de pied.
+
+_Chambre à coucher._
+
+ Le coffre de toilette et son pied, dont je n'ai point la clef.
+
+ La table de toilette.
+
+ Deux vases de dessus la cheminée, tous deux de porcelaine, où sont
+ peints des petits oiseaux, un des deux ayant le bouton de son
+ couvercle cassé.
+
+ Le groupe de Madame, fille du Roi, assise sur un dauphin, sa
+ colonne de stuc, le groupe de plâtre; la figure a le pouce du pied
+ cassé et un doigt de la main gauche.
+
+ Huit écrans en bois d'acajou, un brodé.
+
+ Une boîte, remplie de huit livres, à madame de Clermont.
+
+ Un livre de musique, intitulé _Sargine_.
+
+ Le grand carton à soie, rempli de plusieurs effets, tels que un
+ sac de damas, orné tout autour d'un galon et de deux glands en or,
+ et d'autres menus effets.
+
+ Une petite écritoire noire.
+
+ Trois petits cartons à filets.
+
+ Une grande boîte à poudre en bois d'acajou, avec sa houppe.
+
+ Un petit fouet vert, avec une poignée en or et trois viroles.
+
+ Une grande corbeille du coucher, garnie de taffetas vert et d'une
+ dentelle d'or.
+
+ Deux petites corbeilles.
+
+ Une grosse pelote en satin blanc brodé, qui sert à renfermer les
+ linges de toilette.
+
+ Un petit groupe représentant Madame et Monseigneur le Dauphin,
+ avec son pied de porcelaine.
+
+ Un grand sceau à laver les pieds.
+
+ Un moulin à battre le beurre.
+
+ Deux petits cadres, représentant Monsieur le Dauphin défunt et
+ Madame la Dauphine.
+
+_Garde-robe._
+
+ Un bidet en velours vert avec sa garniture.
+
+ Un bidet sans garniture.
+
+ Un corps de tablettes pour les pots-de-chambre, avant un dessus de
+ marbre et une galerie en cuivre.
+
+ Une table de nuit à dessus de marbre blanc.
+
+_Lieux à l'anglaise._
+
+ Un petit corps de tablettes à dessus de marbre.
+
+ Une garniture de cuivre en forme de galerie.
+
+ Un sceau de faïence à laver les pieds.
+
+ Une lunette en maroquin noir.
+
+ Un marabout de fer-blanc.
+
+ Deux pots-pourris de porcelaine.
+
+ Dix bourdalous en porcelaine.
+
+ Sept bourdalous en faïence.
+
+_Cabinet intérieur._
+
+ Une table en bois de rose garnie de velours, dont je n'ai pas la
+ clef.
+
+ Deux petites chiffonnières rondes à dessus de marbre.
+
+ Une grande pendule avec ses garnitures.
+
+ Le Portrait de Madame de Piémont, en petit.
+
+ Louis XV, en gravure.
+
+ Madame de Piémont, peinte sur un cadre oval.
+
+ Un tableau représentant Jacques Ier, roi de la Grande-Bretagne.
+
+ Un petit chien, dans un cadre oval.
+
+ Le jardin de Trianon, en peinture.
+
+ Une petite table de toilette de lit.
+
+ Une petite table en bois de rose et dessus de marbre.
+
+ Une petite bibliothèque à panneaux grillés, à dessus de marbre
+ commun.
+
+ Un devidoir.
+
+ Un petit coffre de noyer, où il manque un tiroir.
+
+ Un petit coffre de bois d'acajou, garni de cuivre, dont je n'ai
+ pas la clef.
+
+ Deux boîtes renfermant quatre cylindres de la pendule: trois dans
+ une, et une dans l'autre.
+
+ Un verre de microscope monté en cuivre.
+
+ Quatre écrans de cheminée à main.
+
+ Une petite boîte en nacre à parfiler.
+
+ Une autre petite boîte, en forme d'éventail, sans clef.
+
+ Un petit marteau avec une hache.
+
+ Deux petits dévidoirs.
+
+ Quatre cannes et le petit bâton pour peindre.
+
+_Bibliothèque._
+
+ Une écritoire sans fin, composée de plusieurs choses, telles que:
+ un grattoir, un poinçon, un manche de canif d'ivoire, une petite
+ règle d'ébène, un moyen compas et une grande paire de ciseaux.
+
+ Un bureau en bois de rose, de cinq pieds de long, couvert en
+ maroquin vert et orné d'une petite galerie.
+
+ Une petite écritoire dorée, en bois de rose.
+
+ Deux petits globes terrestres; il y en a un qui a quelque chose de
+ cassé.
+
+ Deux petits vases de porcelaine, ornés de bouquets de fleurs en
+ biscuit, et leurs bocaux de verre.
+
+ Deux bras de cheminée en flèche.
+
+ Un feu à vase, pelle et tenaille.
+
+ Deux petits tableaux en bordure de sapin.
+
+ Un moyen tableau représentant la ville et le port de Syra.
+
+ Un marchepied en bois d'acajou.
+
+ La lunette des lieux à l'anglaise.
+
+ Quatre métiers de tapisserie, deux de bois d'acajou et deux de
+ noyer.
+
+CABINET AUX ENTRESOLS.
+
+_Garde-robe._
+
+ Un petit corps de tablettes à pots de chambre.
+
+ Un pot-pourri en porcelaine.
+
+ Un gros globe.
+
+ Une table en bois de hêtre, garnie de dorure.
+
+ Deux petits globes pleins.
+
+ Deux petits vases blancs à tête de bélier, montés en girandole.
+
+ Un feu en galerie, pelle, tenaille et pincette.
+
+ Un tableau représentant saint Labre.
+
+_Cabinet à côté des bains._
+
+ Un feu en galerie, tenaille, pelle et pincette.
+
+ Deux girandoles portées par deux femmes dorées, sur une colonne de
+ marbre blanc.
+
+ Deux tables de mathématique en bois d'acajou, une sans clef, avec
+ deux bougeoirs doubles dorés, et deux petits pupitres.
+
+ Un pupitre à jour en bois de noyer.
+
+ Un violon.
+
+ Deux bras de cheminée ayant chacun une bobèche.
+
+ Le meuble de bains complet.
+
+_Chambre des femmes._
+
+ Une table en bois d'acajou couverte en drap.
+
+ÉTAT DE CE QUI ÉTAIT RENFERMÉ DANS LA COMMMODE DES GARÇONS DE LA
+CHAMBRE.
+
+ Une boîte à fiches.
+
+ Une boîte de loto.
+
+ Une boîte à fiches, où il manque une corbeille.
+
+ Deux sacs de peau, pour mettre des livres.
+
+ Six petits parasols.
+
+ Six petits rateaux.
+
+ Cinq petits paniers, dont quatre garnis.
+
+_Lit des garçons de la chambre._
+
+ Deux matelas.
+
+ Une mauvaise couverture.
+
+_Armoire des galeries._
+
+ Un moyen paravent.
+
+ Cinq petits paravents.
+
+ Un écran.
+
+ Une échelle double.
+
+ Deux pliants en bois, de maroquin vert.
+
+ Une chaise de velours bleu.
+
+ Les deux lits complets de veille des femmes.
+
+ * * * * *
+
+XI.
+
+LISTE DES LIVRES DE MADAME PORTÉS A PARIS.
+
+_In-4º._
+
+ VOL.
+
+ Histoire universelle, par une société de gens de lettres, 43
+ Histoire universelle, par M. de Thou, 16
+ Histoire de l'Église gallicane, 16
+ Histoire de l'Église, par M. l'abbé de Choisy, 11
+ Les Hommes illustres de Plutarque, par M. Dacier, 9
+ Histoire de Polibe, 7
+ Abrégé chronologique de l'histoire de France, par Mezeray, 4
+ Histoire de France, par M. Velly, et continuateurs, 23
+ Histoire de Constantinople, 8
+ Histoire de l'Asie, de l'Affrique et de l'Amérique, 5
+ Recueil de Gazettes de France, 147
+
+_In-8º._
+
+ Offices et traité de Cicéron, 2
+ Pensées de Marc Aurèle, 1
+ Traité des loix civiles, 1
+ Traité de la puissance ecclésiastique, 1
+ Les Quatre âges de la pairie, 2
+ Instruction de Catherine II, 1
+ Histoire du droit naturel, 2
+ Jurisprudence du Grand Conseil, 1
+ Principes de la législation universelle, 2
+ La Trigonométrie, 1
+ Leçons de mathématique, par l'abbé de la Caille et Marie, 1
+ Flore de Bourgogne, 2
+ Manuel de botanique, 1
+ Le Nouveau la Quintinie, 4
+ Des oeuvres du chevalier Linné, 4
+ Oeuvres de Demosthènes, 4
+ Oeuvres de Virgile, par l'abbé Desfontaines, 4
+ L'Iliade, traduite en vers français, 2
+ Numa Pompilius, 1
+ La Henriade, 2
+ Commentaire sur la Henriade par Labeaumelle, 2
+ La Gieresolemme liberata, 2
+ L'Eneïde de Virgile, par Annibal Caro, 2
+ Orlando furioso (8º maximo), 4
+ Saggio sopra l'uomo, par Pope, 1
+ Oeuvres de Pope, 8
+ Oeuvres d'Young, 4
+ Théâtre des Grecs, traduction nouvelle, 10
+ Oeuvres de Racine, édition de Didot, 3
+ La Dunciade, 2
+ Théâtre des jeunes personnes, par Mme de Genlis, 4
+ Proverbes dramatiques, 6
+ Histoire de la poësie, par Brown, 1
+ Oeuvres de Saint-Foix, 6
+ Oeuvres de Mme Ricoboni, 8
+ Oeuvres de Falconet, 6
+ Oeuvres de La Monnoye, 3
+ Vie privée des François, 3
+ Les Histoires d'Elsin, 1
+ Oeuvres de Le Franc de Pompignan, 6
+ Le Théâtre du monde, 4
+ Tableau historique, 4
+ Essai sur les femmes, 1
+ Commerce des grains, 1
+ Loisirs du chevalier Déon, 13
+ Mélanges d'une grande bibliothèque, 58
+ Histoire de la littérature d'Italie, 5
+ Lettres sur l'éducation, par Mme de Genlis, 3
+ Cours d'études, par M. l'abbé de Condillac, 10
+ Dictionnaire historique, 6
+ Dictionnaire des antiquités romaines, 2
+ Histoire d'Espagne, par Ferreras; (les 3 premiers prêtés à
+ M. le Comte), 16
+ Collection des Mémoires sur l'histoire de France, 36
+ Mémoires sur les Isles de ponce, 1
+ Négociations de la France et de l'Angleterre, 1
+ Voyage à l'Isle de France, 2
+ Le Mercure françois, 25
+ Les Chronologies septenaire et novenaire, 4
+ La Satyre Ménippée, 3
+ Mémoires sur l'histoire de France, 2
+ Le Cabinet des fées, 37
+
+_In-12._
+
+ Psaumes du P. Berthier, 8
+ Nouveau Testament, 1
+ Sermons du P. Bourdaloüe, 20
+ Sermons de Massillon, 15
+ L'Année du chrétien, 18
+ L'Année évangélique, 7
+ L'Évangile médité, 12
+ La Religion méditée, 6
+ Quinzaine de Pasques, 1
+ Semaine sainte, 1
+ Prières du P. Sanadon, 1
+ Le Propre de l'oraison, 1
+ Bréviaire de Paris avec le supplément, 9
+ Missel de Paris, 8
+ Livre d'église, 2
+ Missel de Paris, 4
+ Office divin, 1
+ Office de la Vierge, 1
+ Diurnal romain, 1
+ Prières du matin, 1
+ Nouvelles Heures, 1
+ Visites au Saint-Sacrement, 1
+ Recueil de prières, 1
+ Prières durant la messe, 1
+ Essais philosophiques sur l'entendement humain, 4
+ Manuel d'Épictète, 2
+ Essais de Montagne, 5
+ La Sagesse de Charon, 1
+ Entretiens de Phocion, 1
+ Histoire naturelle, générale et particulière, par M. de Buffon, 51
+ Leçons de physique, par l'abbé Nollet, 6
+ Oeuvres d'Homère, traduction par M. Gin, 8
+ P. Virgilii opera, 2
+ C. Julii Cæsaris Commentarios, etc., 2
+ Le Paradis perdu de Milton, 3
+ La Lusiade de Camoëns, 3
+ Oeuvres de Gresset, 2
+ Lettres de Pline, 3
+ Lettres de Mme de Sévigné, 8
+ Lettres d'un François, par l'abbé Le Blanc, 3
+ Traité des études, par M. Rollin, 4
+ École de littérature, 2
+ Oeuvres de Sophocle et autres, 3
+ Terence et Plaute, 6
+ De Metastase, 10
+ Théâtre de P. Corneille, 6
+ -- de Thomas Corneille, 5
+ Oeuvres de Racine, 3
+ -- de Voltaire, 8
+ Théâtre françois, 12
+ Nouveau théâtre françois, 8
+ Histoire du théâtre françois, par MM. Parfait, 15
+ Théâtre anglois, 8
+ Lettre sur le théâtre anglois, 2
+ Dissertation sur la tragédie, 2
+ Remarques sur Racine et la vie du même, 5
+ Oeuvres de Malherbe, 3
+ -- de Racan, 2
+ -- de Sarazia, 1
+ -- de Voiture, 2
+ -- de La Fontaine, 3
+ -- de Lamotte, 10
+ -- de Gedoyn, 1
+ Poésies de Malleville, 1
+ Voyage de Chapelle et Bachaumont, 1
+ De la Bibliothèque des romans, 97
+ Vie du baron de Trenck, 1
+ Oeuvres de Boileau, 5
+ Mémoires politiques et militaires de France, 6
+ Histoire du règne de Henry II, 2
+ Mémoires de Mme de Staal, 3
+ Campagnes de Villars, 2
+ Mémoires de Mlle de Montpensier, 8
+ Mémoires de la duchesse de Nemours, 1
+ Vie du cardinal de Richelieu, 2
+ Anecdotes du cardinal de Richelieu, 2
+ Parallèle du cardinal de Richelieu et du cardinal de Mazarin, 1
+ Vie du duc de Rohan, 2
+ Vie du P. Joseph du Tremblay, 1
+ Vie du brave Crillon, 2
+ Mémoires de Vieilleville, 5
+ Histoire d'Angleterre, par M. Hume, 18
+ Histoire d'Écosse, par Robertson, 3
+ Mémoires d'Anne d'Autriche, 6
+ Histoire de Charles VI, 9
+ Histoire de Charles VII, 2
+ Histoire de M. de Turenne, 1
+ Histoire de Louis XIV, 3
+ Mémoires de Laporte, 1
+ Mémoires de Mme de Lafayette, 2
+ Mémoires de Lenet, 2
+ Histoire du prince de Condé, 4
+ Histoire de la régence de Marie de Médicis, 2
+ Vie de Marie de Médicis, 2
+ Mémoires du comte d'Avaux, 6
+ Mémoires de Montausier, 2
+ Mémoires de Berwick, 2
+ Mémoires du marquis de Feuquières, 3
+ Traité de paix de Nimègue, 2
+ Traité de Westphalie, 6
+ Histoire de Henry le Grand, par Perefixe, 1
+ Vie du cardinal de Richelieu, 6
+ Histoire de Henry IV, 4
+ Mémoires du prince de Tarente, 1
+ Histoire de Tancrède de Rohan, 1
+ Mémoires du duc de Villars, 3
+ Paix de Riswick, 1
+ Mémoires sur la succession d'Espagne, 3
+ Histoire de Russie, par M. Lévêque, 5
+ Histoire du traité des Pyrénées, 2
+ Lettres de Mme de Pompadour, 2
+ Mémoires de Gourville, 2
+ Mémoires du comte de Gramont, 2
+ Histoire de Louis XI, par M. Duclos, 3
+ Géographie moderne, 2
+ Mémoires de la Colonie, 2
+ L'Esprit de la Ligue, 3
+ Ambassades de Messieurs de Noailles, 5
+ Lettres du cardinal d'Ossat, 5
+ Le Courtisan prédestiné, 1
+ Mémoires de Bellièvre, 2
+ Histoire de Louis XIII, 4
+ Le Siècle de Louis XIV, 3
+ Mémoires du maréchal de Berwick, 2
+ Mémoires pour servir à l'histoire de France, 4
+ L'Âme des Bourbons, 2
+ Ambassade de Bassompierre, 4
+ Mémoires de Bassompierre, 3
+ Mémoires de Montrésor, 2
+ Mémoires de Louis XIV, 2
+ Mémoires de Navailles, 1
+ Mémoires de Villegomblain, 2
+ Mémoires sur la paix de Riswick, 5
+ Mémoires d'Omer Talon, 8
+ Vie du maréchal de Villars, 4
+ Journal de Louis XI, 1
+ Histoire de Louis XI, 6
+ Histoire de Louis XII 2
+ Guerre de 1741, 1
+ Campagne de Noailles, 2
+ Campagnes de Coigny, 8
+ Mémoires de Louis XIV, 2
+ Mémoires du cardinal de Retz, 4
+ Mémoires de M. Joly, 3
+ Lettres du cardinal Mazarin, 2
+ Mémoires de Brienne, 2
+ Maisons souveraines, 2
+ Abrégé chronologique du droit public d'Allemagne, 2
+ Histoire du duc d'Epernon, 4
+ Mémoires de Montglat, 4
+ Abrégé chronologique de l'histoire d'Italie, 1
+ Mémoires de Terlon, 2
+ Mémoires du marquis de La Fare, 1
+ Mémoires du comte de Forbin, 2
+ Mémoires de Lahoussaye, 3
+ Mémoires de Condé, 2
+ Mémoires de M. de Tavanes, 1
+ Mémoires de Puységur, 2
+ Mémoires de Tourville, 3
+ Histoire de François Ier, 8
+ Mémoires de Dubellay-Langey, 7
+ Histoire du duc de Montmorency, 1
+ Histoire de Henry, duc de Bouillon, 3
+ Mémoires du comte d'Estrade, 9
+ Mémoires sur la paix d'Utrecht, 6
+ Congrès d'Utrecht, 1
+ Campagne du duc de Vendôme, 1
+ Mémoires du chevalier Temple, 1
+ Mémoires du duc de Guise, 2
+ Histoire de la royne Marguerite, 1
+ Mémoires de Sully, 8
+ Intrigues du cabinet sous Henry IV, 4
+ Lettres et Mémoires de Mme de Maintenon, 15
+ Journal historique de M. de Maupeou, 3
+ La Mémoire artificielle, 2
+ Tables chronologiques de l'abbé Lenglet, 2
+ Abrégé chronologique de l'histoire de France, 5
+ Vie d'Ayder-Ali-kan, 1
+ Lettres édifiantes, 26
+ Anecdotes de la Chine, 6
+ Vie de sainte Thérèse, de Madame Louise et quelques histoires
+ de Maimbourg, 15
+ Mercure de France depuis 1717 jusqu'en 1787, 506
+ Nouvelle traduction des oeuvres de Plutarque (in-8º), 22
+
+Cette liste contient deux mille soixante et quinze volumes. Seyaux
+n'ayant trouvé ni Missel, ni Bréviaire romain en françois, croit
+qu'ils ont été portés à Bellevüe.
+
+ * * * * *
+
+XII.
+
+LIVRES RETIRÉS DE LA BIBLIOTHÈQUE DE MONTREUIL.
+
+Chefs d'oeuvre de P. et de Th. Corneille, le premier tome petit in-12,
+les deux autres manquent.
+
+ Robinson Crusöé, trois vol. in-12.
+ Cleveland, six vol. in-12.
+ Romans de mad. Riccoboni, 2 vol.
+ Amours de Théagenes et Chariclée, 2 vol. in-12.
+ Les mille et une nuits, 6 vol.
+ Cabinet des Fées, 37 vol., dont il manque les tomes 14 et 26.
+ Lettres sur l'éducation ou Adèle et Théodore, 3 vol, in-8º.
+ Télémaque, 2 vol. in-12.
+
+Il manque encore dans la classe des romans:
+
+ Miss Anysie, 1 vol. in-12.
+ Histoire de Marguerite de Valois, Reine de Navarre, 6 vol. in-12.
+ The history of Emily Montague, 4 vol. in-12.
+ Contes des Fées, par mad. d'Aunoy, 4 vol. in-12.
+
+ * * * * *
+
+XIII.
+
+NOUVELLES PUBLICATIONS.
+
+ Observations sur la société et les moyens de ramener l'ordre,
+ 1 vol. in-12.
+ Mémoire sur le mariage des Protestants, 1 vol. in-8º.
+ Discours sur le projet d'accorder un état civil aux Protestants,
+ 1 vol. in-8º.
+ Éclaircissements historiques sur la révocation de l'Édit de Nantes,
+ 1 vol. in-8º.
+ Assemblée des Notables en 1787. Mémoires et observations en 4 divisions,
+ 2 vol. in-4º.
+ Réponse de M. de Calonne à M. Necker, avec les pièces justificatives,
+ 1 vol. in-8º.
+ Des Droits et des Devoirs du Citoyen, par l'abbé de Mably,
+ 1 vol. in-12.
+ Constitution de l'Angleterre, par M. de Lolme,
+ 2 vol. in-8º.
+ Aux Bataves, sur le Statoudhérat, par le comte de Mirabeau,
+ 1 vol. in-8º.
+ Exposition et Défense de notre Constitution monarchique, par M. Moreau,
+ 2 vol. in-8º.
+ Demandes aux États Généraux ou Recueil des Cahiers, 1789,
+ 4 vol. in-8º.
+ Situation politique de la France, et ses rapports actuels avec toutes
+ les puissances de l'Europe, par M. Peyssonnet, 1789, 2 vol. in-8º.
+ Observations sur le Contrat social de J. J. Rousseau, par le P. Berthier,
+ 1789, 1 vol. in-12.
+ Le mal et le remède; mémoire sur la milice de l'armée, 1789,
+ 1 vol. in-8º.
+ Réponse à la motion et au discours de M. l'abbé de Périgord, évêque
+ d'Autun, 1789, 1 vol. in-12.
+ Le vrai Patriote, par M. Putod, 1789, 1 vol. in-8º.
+ Voeu d'un Patriote sur la médecine en France, 1789, 1 vol. in-8º.
+ Maison du Roi, ce qu'elle étoit, ce qu'elle est, ce qu'elle devroit
+ être, 1789, 1 vol. in-4º.
+ Le Déficit vaincu, par M. de Favras, 1789, 1 vol. in-4º broché.
+ Principes opposés au système de M. Necker, par le même, 1 vol.
+ in-4º broché.
+ Appel au Tribunal de l'Opinion publique, par M. Mounier; Genève,
+ 1790, 1 vol. in-8º.
+ Affaires de Nismes des 13, 14 et 15 juin 1790, 1 vol. in-8º.
+ Compte rendu de cette affaire, par M. de Marguerites, député à
+ l'Assemblée et maire de Nismes.
+ L'Art du fabricant d'étoffes de soye, par M. Paulet, 1789,
+ in-fº broché.
+
+(Ouvrage en huit sections; il en faudrait sept pour compléter cet
+objet, Madame n'en ayant qu'une.)
+
+ Plan d'Éducation nationale ou abrégé des études de l'homme fait,
+ 1789, 2 vol. in-8º.
+ Opinions de l'abbé Maury, 1790, 1791, 1 vol. in-8º.
+ Recueil des opinions du comte Stanislas de Clermont-Tonnerre,
+ Paris, 1791 4 vol. in-8º.
+ Réflexions sur les affaires politiques du temps présent de la
+ France, 1790, 1 vol. in-8º.
+ De l'État de la France présent et à venir, par M. de Calonne,
+ 1790, 1 vol. in-8º.
+ Réflexions sur la Révolution de France, par M. Burke, 4e édition,
+ 1791, 1 vol. in-8º.
+ Discours et lettres de M. Burke, 1790 et 1791, 1 vol. in-8º.
+ Discours sur les finances de l'État, par M. Necker, à l'Assemblée,
+ 1 vol. in-4º.
+ Sur l'Administration de M. Necker, par lui-même, 1791, 1 vol. in-8º.
+ Offrande aux François, 1791, 1 vol. in-8º.
+ Le _Naviget antyciras_ ou système sans principes, 1791, 1 vol. in-8º.
+ Situation actuelle de la France, par M. Bonvalet-Desbrosses, 1791,
+ 1 vol. in-8º.
+ Procédure criminelle au Châtelet en 1789 et 1790, 1 vol. in-8º.
+ Justification de M. de Favras, 1791, 1 vol. in-8º.
+
+_Recueil de pièces en 4 volumes_.
+
+Le premier renfermant:
+
+ 1º L'Adresse du Département de Paris au Roi;
+
+ 2º L'Adresse du même Département à l'Assemblée;
+
+ 3º Compte rendu par une partie des membres de l'Assemblée sur le
+ Décret du 28 mars 1791;
+
+ 4º Le Règne de Louis XVI mis sous les yeux de l'Europe;
+
+ 5º Elan du coeur et de la raison, ou Justice rendüe à la Reine;
+
+ 6º Adresse de l'abbé Raynal lüe le 31 mai 1791 à l'Assemblée;
+
+ 7º Triomphe prochain de la Royauté et de la Monarchie françoise;
+
+ 8º Plan d'une constitution libre et heureuse;
+
+ 9º Hommage et Bouquet à Louis XVI;
+
+ 10º Adresse de M. Putod, médecin du Roi;
+
+ 11º Adresse des Bons François au Roi.
+
+Le second renfermant:
+
+ 1º Précis de ce qui s'est passé à la séance de l'Assemblée du 13
+ février 1790;
+
+ 2º Motion sur la suppression des ordres religieux, par M. l'Évêque de
+ Nancy;
+
+ 3º Réflexions sur l'état religieux;
+
+ 4º Discours de M. l'Archevêque d'Aix sur la vente des biens du Clergé;
+
+ 5º Quelle doit être l'influence de l'Assemblée sur les matières
+ ecclésiastiques et religieuses? par l'Évêque de Nancy;
+
+ 6º Insuffisance de la Déclaration de M. l'Evêque de Clermont au sujet
+ du Serment civique;
+
+ 7º Discours de M. l'Évêque de Lisieux aux Officiers municipaux;
+
+ 8º Réflexions sur la Liberté du Culte;
+
+ 9º Courtes observations sur la Liberté des Cultes;
+
+ 10º Lettre de l'Evêque de Rennes aux Électeurs du Département d'Isle
+ et Vilaine;
+
+ 11º Lettre de l'Archevêque d'Aix aux Électeurs du Département des
+ Bouches du Rhône;
+
+ 12º Instruction pastorale de l'Evêque de Boulogne;
+
+ 13º Le Comte Duprat devenu Théologien;
+
+ 14º Mon Apologie;
+
+ 15º Adresse aux vrais Catholiques de France, par M. Pottier;
+
+ 16º Adresse aux Vierges chrétiennes et religieuses de France, par le
+ même.
+
+Le troisième renfermant:
+
+ 1º Lettre du comte de Lally-Tollendal, du 10 octobre 1789;
+
+ 2º Protestation du Prince-Evêque de Spire;
+
+ 3º Lettre du marquis de Laqueuille à ses commettans du ..... février
+ 1790;
+
+ 4º Extrait d'une lettre écrite de Valenciennes, le 8 février 1790, à
+ M. Nicodême, Député;
+
+ 5º Motion de M. Malouet sur le Discours du Roi, du 4 février 1790;
+
+ 6º Opinion de M. Malouet, prononcée le 20 février 1790, sur le
+ rétablissement de l'ordre public;
+
+ 7º Opinion de l'Abbé de Bonneval sur le même sujet;
+
+ 8º Opinion du comte de la Galissonnière sur l'exercice du Droit de la
+ Guerre et de la Paix;
+
+ 9º Opinion du marquis d'Estourmel sur la même question;
+
+ 10º Second compte rendu par M. le marquis d'Estourmel à ses
+ commettans;
+
+ 11º Compte rendu par le même;
+
+ 12º Observations de M. Henry, député, sur une partie du rapport de M.
+ Chabroud;
+
+ 13º Opinion de M. de Guilhermi, député, sur le même rapport;
+
+ 14º Compte par une partie des membres de l'Assemblée sur le même
+ rapport;
+
+ 15º Lettre de M. Guilhermi à ses commettans du 22 octobre 1790;
+
+ 16º Développement des principes de plusieurs Députés laïcs;
+
+ 17º Déclaration d'une partie des Députés aux États Généraux sur l'acte
+ constitutionnel;
+
+ 18º Compte rendu par une partie des Députés à leurs commétans;
+
+ 19º Troisième Lettre de l'Abbé Bonneval à ses commettans;
+
+ 20º Opinion de M. Savary de Lancosme, député, sur la révision des
+ décrets.
+
+Le quatrième volume renfermant:
+
+ 1º Les Cromwels françois démasqués;
+
+ 2º Point d'accomodement;
+
+ 3º Les torts et les intérêts de chacun;
+
+ 4º Réflexions politiques importantes sur la révision des décrets;
+
+ 5º Dénonciation, par le viconte de Mirabeau;
+
+ 6º Des Clubs politiques et des libelles;
+
+ 7º Réflexions d'un Garde National de province;
+
+ 8º Problème à résoudre relativement au serment prêté par M. de
+ Brienne, Archevêque de Sens;
+
+ 9º Trahison découverte du comte de Mirabeau;
+
+ 10º Lettre de M. le Duc de Villequier et de M. le Marquis de Duras;
+
+ 11º Mémoire des Officiers du Corps des Carabiniers;
+
+ 12º Réflexions d'un Militaire au sujet du Serment proposé aux
+ Officiers de l'Armée;
+
+ 13º La Révolution Françoise, pot-pourri.
+
+ * * * * *
+
+XIV.
+
+_Mémoire des ouvrages fait et fournis pour Son Altesse Royale Madame
+Élisabeth de France_,
+
+Par Bourbon, cordonnier, rüe des Vieux Auxgustins, à Paris.
+
+1792.
+
+ Ce 6 avril, une paire de soulle de tafetat noire 9#
+ Le 8 -- id. 9
+ Le 9 -- id. 9
+ Le 14 -- id. 9
+ Ce 16 -- id. 9
+ Ce 21 -- id. 9
+ Le 25 -- id. 9
+ Le 28 -- deux paires de tafetat, un gris, un bleux 18
+ Le 29 -- une paire de taffetat rosse 9
+ Le 2 may, une paire de taffetat gris 9
+ Le 4 -- id. 9
+ Le 7 -- une paire de taffetat violet 9
+ Le 8 -- une paire de taffetat prune glace 9
+ Le 12 -- deux paire de tafetat, une carmelite glace, une
+ gris de ferre 18
+ Le 16 -- deux paire de tafetat, une rosse, une bleux 18
+ Le 20 -- deux paire de tafetat, une gros vert, une puce 18
+ Le 23 -- deux paire de tafetat, une gris de ferre, une bleux 18
+ Le 27 -- deux paire de tafetat, une violet, une puce glaces 18
+ Le 28 -- une paire de tafetat noire 9
+ Le 1er juin, id. 9
+ Le 6 -- id. 9
+ Le 9 -- id. 9
+ Le 12 -- id. 9
+ Le 15 -- id. 9
+ Le 22 -- id. 9
+ Le 27 -- id. 9
+ Le 30 -- id. 9
+ Totale 297#
+
+Il y a dans la même liasse un mémoire des médicaments livrés à madame
+Lejeune à la Garde-robe des atours de Madame Élisabeth de
+France,--mémoire du 11 janvier au 20 décembre 1791, montant à la somme
+de 96# 17 s.,--et acquitté le 30 janvier 1792, à Paris.
+
+ «Pour MM. les apothicaires du Roi: PAILHÉS.»
+
+ * * * * *
+
+DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON ÉLISABETH,
+
+SISE AU GRAND MONTREUIL.
+
+
+I.
+
+_État du produit de la maison et jardin situé près la porte de Buc, à
+Montreuil_.
+
+Année 1790.
+
+ Un millier de bottes de foin évalué au prix de 25#
+ le cent, cy 250#
+ 350 bottes de reguain à 15# 52 10s.
+ 5 septiers d'avoine à 20# 100
+ 4 septiers 1/2 d'orge à 12# 54
+ La pâture des vaches après la récolte est estimée au
+ plus à 24
+ Le fruit n'a pas donné cette année. Ils ont tous
+ manqués au printemps; il n'est restée que quelques
+ pêches de mauvaises qualités et des raisins qui sont
+ mangées par les oiseaux et par les insectes.
+ Total du produit 480# 10s.
+
+La récolte des fruits dans une bonne année ne peut pas excéder la
+valeur de 150 liv.; les arbres étant très-vieux, leur produit ne peut
+que diminuer.
+
+La maison est en très-mauvais état et susceptible de fortes
+réparations.
+
+Les murs de clostures ont le plus grand besoin d'être recrepis pour
+détruire les insectes, et conserver le fruit des espaliers.
+
+L'abondance des fourages en fait baisser le prix, qui, année commune,
+peut être porté au tiers en sus de ceux mentionnés cy-dessus. Il en
+résulte que, année commune, le fruit compris, le produit pourroit être
+de 700#, non compris la maison, dont on pourroit tirer party.
+
+ * * * * *
+
+II.
+
+_Consigne du suisse de garde pour le jardin et bosquets de la maison
+de Madame Élisabeth, à Montreuil._
+
+ Première consigne donné par M. Huvé.
+
+1º Le suisse du jardin s'entendra avec le suisse de la porte pour
+qu'il n'entre personne dans les jardins, sous quelque prétexte que ce
+soit, lorsque Madame y est, et même personne en aucun tems, à moins
+qu'on ne soit accompagné du concierge ou munie d'un billet de Madame.
+
+2º Ne laisser sortir aucun ouvrier par les portes du jardin, à moins
+qu'il ne travail au jardinage. Ils ont les portes des cours ou on
+travaille qui doivent leur suffire.
+
+3º Faire une tournée au moins par nuit et toujours à des heures
+différentes, en observant que s'il se trouve des gens du dehors,
+essayant d'entrer soit en forçant les serures, soit par-dessus les
+murs, de les déposer, si il le peut, chez le suisse, ou du moins de
+bien prendre leur signalement, si ce netoit quelqu'un de la maison;
+alors il en feroit seulement la declaration au sieur Huvé, inspecteur
+des bâtiments, ou à touttes autres personnes que Madame indiqueroit.
+
+4º Enfin le suisse garde-bosquet veilleroit à ce que rien ne fut
+enlevé de nuit ou de jour, qu'il n'en puisse rendre compte, sans
+aucunes conivances ni animosité pour ou contre qui que ce soit.
+
+ * * * * *
+
+III.
+
+_Consigne du suisse de garde pour les jardins et bosquets de la maison
+de Madame Élisabeth, à Montreuil._
+
+ Donné par le s{r} Sulleau, concierge de la maison, comme suplément
+ à celle à lui donné par M. Huvé.
+
+1º Le suisse du jardin, en se conformant exactement à ce qui lui est
+enjoint par la consigne que lui a donné M. Huvé, observera que
+personne ne sorte par le jardin aucuns meubles ou paquets, à moins que
+ce ne soit par l'ordre de Madame ou que le concierge présent ne lui
+dise que cela est nécessaire; cette circonstance excepté, on doit
+toujours passer par la porte du suisse. Si quelqu'un vouloit tenter de
+le faire, il en avertiroit le concierge après les avoir fait retourner
+sur leurs pas.
+
+2º Quelques soient les personnes qui entreront avec permission de
+Madame, et essentiellement si Madame permettoit qu'on entrat les
+dimanches, le suisse observera qu'on ne touche point aux fleurs et
+qu'on ne joue à aucuns jeux; enfin que toutte décence soit observé. Si
+quelqu'un manquoit à cette règle, il leur en feroit l'observation pour
+que cela cessent sur-le-champ.
+
+3º Les personnes de la maison ne doivent en aucun tems faire entrer
+personne dans le jardin, surtout quand Madame est chez elle ou quand
+elle doit y venir. Ils ne doivent jamais y faire entrer de compagnie
+sans la permission de Madame. Cependant la volonté de Madame n'étant
+pas de les empêcher de voir leur famille touttesfois que ce sont gens
+honnêtes, et ce pendant les abcences et voyages, si il leur arivent de
+sortir avec eux, la bonté de Madame peut alors être interprettée, cela
+n'arrivant que rarement et eux ne quittant pas les personnes; alors le
+suisse peut les laisser passer, mais en observant quil n'ayent pas de
+compagnie, et s'il leur arivoit de repetter cela souvent, le suisse
+alors prendroit note des jours et du nombre de personnes qu'ils auroit
+conduit, et la remettroit au concierge, pour quil leur montre la
+circonspection qu'ils doivent avoir, et alors ils seroit
+personnellement privés de voir même leur parent, si ils ne l'observoit
+pas soigneusement.
+
+Les garçons jardiniers ne doivent faire entrer aucune compagnie dans
+le jardin, et si quelques personnes entrent de la part du maître
+jardinier, il doit toujours les accompagner, devant seul répondre des
+motifs pour lesquels il les aura fait entrer.
+
+4º A l'égard de la sortie et entrée des arbres et arbustes, le
+jardinier seul doit répondre de son service; mais lui seul aussi doit
+faire, ou être présent à la sortie, pour justifier que c'est lui qui
+le fait faire.
+
+5º Le suisse doit veiller avec soins à ce que, qui que ce puissent
+être, ne tentent de pêcher dans la rivière du jardin; il saisira et
+emportera tous les ustensiles propre à la pêche, et il fera en sorte
+de savoir qui auroit cherché à en faire usage; il en avertira le
+concierge, qui en rendra compte à Madame.
+
+6º Le suisse observera que tout cela devant se faire pour le bon
+ordre, il ne faut mettre ni humeur ni vivacité toujours déplacée, et
+qui sont blâmables dans tous les cas, en ce qu'elles sont opposées au
+respect düe à Madame et à sa maison.
+
+ * * * * *
+
+IV.
+
+OUVRAGES DE LA BIBLIOTHÈQUE DE MONTREUIL
+
+qui seroient également bien placés dans celle de Paris.
+
+ Entretiens de Cicéron sur la nature des dieux, par l'abbé
+ d'Olivet, 2 vol. in-12.
+ Pensées de Cicéron, trad. par le même, 1 vol. in-12.
+ Offices de Cicéron, trad. par de Barett, 1 vol. in-12.
+ Oeuvres de Sénèque, trad. par La Grange, 6 vol. in-12.
+ Oeuvres morales de Plutarque, trad. par Amyot
+ Traité de l'Amitié, par M. de Sacy, 1 vol. in-12.
+ Panégyrique de Trajan, par Pline le Jeune; trad. par de
+ Sacy, 1 vol. in-12.
+ Philippiques de Démosthènes et Catilinaires de Cicéron,
+ Paris, 1777, par l'abbé d'Olivet, 1 vol. in-12.
+ Traité de l'Orateur de Cicéron, trad. par l'abbé Colin,
+ 1 vol. in-12.
+ Tusculanes de Cicéron, trad. par l'abbé d'Olivet,
+ 1 vol. in-12.
+ La mort d'Abel, poëme de Gessner, 1 vol. in-12.
+ Lettres de Pline le Jeune, 2 vol. in-12.
+ De la Décadence des Lettres et des Moeurs, par M. de Juvigny,
+ 1 vol. in-8º.
+ Abrégé de l'Histoire grecque, 1 vol. in-12.
+ Histoires de Salluste, trad. par M. Beauzée, 1 vol. in-12.
+ Vie d'Alexandre, trad. de Quint-Curce, trad. par Mignot,
+ 2 vol. in-8º.
+ Essai sur les règnes de Claude et de Néron et sur les moeurs
+ et écrits de Sénèque, 1 vol. in-12.
+ Histoire de la Décadence de l'Empire romain, trad. de Gibbon,
+ 4 vol. in-8º.
+ Vie de l'Empereur Julien, par l'abbé de la Bléterie, 1 vol. in-12.
+ Vie de l'Empereur Jovien, par le même, 1 vol. in-12.
+ Histoire de la dernière révolution de Suède, trad. de Schéridan,
+ 1 vol. in-8º.
+
+AUGMENTATIONS PROPOSÉES.
+
+_Théologie_.
+
+ La Sainte Bible, trad. par Le Maistre de Sacy, édition de 1746.
+ (Chés Onfroy.), 31 vol. in-8º.
+ La même, par de Carrières, seulement en françois.
+ Élévations sur les Mystères, de Bossuet.
+ Sermons du même.
+ Sermons du P. Terasson.
+ Sermons du P. Cheminais.
+ Sermons du P. Ségaud.
+ Sermons de l'abbé de Maroles.
+ Sermons de l'abbé Clément.
+ Et bientôt ceux de l'ancien évêque de Senez.
+ Catéchisme du Bougeant
+ 4 vol. in-12.
+ Catéchisme de Paris.
+ L'Influence de la Religion naturelle, par le P. Griffet
+ 2 vol. in-12.
+ Confessions de saint Augustin, trad. par D. J. Martin, 1741
+ 2 vol. in-12.
+ Soliloques et Méditations de saint Augustin.
+ L'Ange conducteur.
+ Mandement de M. l'évêque de Saint-Malo sur les saints Anges, 1757.
+ Traité de la véritable et solide piété, d'après saint François
+ de Sales.
+ Instruction pastorale du cardinal de Luynes contre la Doctrine
+ des incrédules 1 vol. in-12.
+ Le Déisme réfuté par lui-même.
+ Les Fondements de la foy, par Aymé
+ 2 vol.
+ Existence de Dieu, par Fénélon.
+ Lettres sur la Religion, par le même.
+ De l'Éducation des filles, du même.
+ Traité des devoirs de la vie chrétienne, par le P. de Tracy, théatin
+ 2 vol. in-12.
+ Instruction de l'Empereur François Ier aux Princes ses enfants
+ 1 vol. in-8º.
+ L'Esprit de sainte Thérèse, recueilli de ses ouvrages
+ 1 vol. in-8º.
+ Voyes du salut dans les principes de saint Charles
+ 1 vol. in-12.
+ Dictionnaire des Conciles
+ 1 vol. in-8º.
+ Dictionnaire des hérésies, des erreurs et des schismes
+ 2 vol. in-8º.
+ Dictionnaire historique des Auteurs ecclésiastiques
+ 2 vol. in-8º.
+ Institution au droit canonique, de Fleury, avec des notes
+ de Boucher d'Argis.
+
+_Sciences et arts._
+
+ École des Moeurs, par l'abbé Blanchard
+ 3 vol. in-12.
+ Spectacle de la Nature, de Pluche
+ 9 vol. in-12.
+ Histoire du Ciel, du même
+ 2 vol. in-12.
+ Oeuvres de Sigaud de La Fond, physique.
+
+_Belles-Lettres._
+
+ Principes de Littérature, de Le Batteux
+ 5 vol. in-12.
+ Oraisons funèbres de Mascaron.
+ Horace, trad. par M. Binet.
+ Oeuvres de Lefranc de Pompignan.
+
+_Histoire._
+
+ Géographie de Grenet.
+ L'Art de vérifier les dates.
+ Histoire sacrée de Pridaux
+ 6 vol. in-12.
+ Abrégé de l'histoire ecclésiastique de Lhomond
+ 1 vol.
+ Histoire abrégée de la Religion, du même
+ 1 vol.
+ Vie des Saints, par Mezenguy
+ 1 vol.
+ Vie des Saints, trad. de l'anglais, par Godescard
+ 12 vol. in-8º.
+ Vie des Pères du Désert, par le P. Marin
+ 9 vol. in-12.
+ Histoire des Celtes
+ 2 vol. in-12.
+ Histoire de France depuis l'établissement de la monarchie
+ françoise jusqu'à Louis XV, par le P. Daniel,
+ continuée et enrichie de notes par le
+ P. Grifet, 17 vol. in-4º.
+ Tableau de l'histoire de France
+ 2 vol.
+ L'Esprit de la Fronde, par Mailly
+ 5 vol.
+ Mémoires et Réflexions sur les principaux événements
+ du règne de Louis XIV, 1 vol. in-12.
+ Mémoires pour servir à l'histoire de Louis XIV, par
+ l'abbé de Choisy, 1 vol. in-12.
+ Journal historique ou fastes du Règne de Louis XV
+ 1 vol. in-8º.
+ Histoire des Campagnes du maréchal de Maillebois
+ en Italie, en 1745 et 1746, 3 vol. in-4º.
+ Histoire du maréchal de Saxe, par le baron d'Espagnac
+ 3 vol. in-12.
+ Lettres du cardinal d'Ossat.
+ Mémoires de M. de Torcy pour servir à l'histoire
+ des négociations depuis le traité de paix de Riswick
+ jusqu'à la paix d'Utrecht.
+ Histoire des traités de Westphalie, par le P. Bougeant
+ 6 vol. in-12.
+ Histoire de Suède, par le baron de Puffendorff
+ 3 vol. in-12.
+ Histoire de Danemark, par Mallet
+ 6 vol. in-12.
+ Histoire générale de Pologne, par l'abbé de Solignac
+ 5 vol. in-12.
+ Histoire de Jean Sobiesky, Roi de Pologne, par
+ l'abbé Coyer, 2 vol. in-12.
+ Histoire de l'état présent de la Russie depuis 1714
+ jusqu'en 1720, 2 vol. in-12.
+ Révolutions de Corse
+ 2 vol. in-12.
+ Histoire générale de Portugal, par La Clède
+ 2 vol. in-4º.
+ Abrégé chronologique de l'histoire de Lorraine
+ 2 vol. in-8º.
+ Histoire de la vie et du règne de Frédéric-Guillaume,
+ Roi de Prusse, 2 vol. in-12.
+ Histoire de l'Empire ottoman, par M. Mignot, 1771
+ 4 vol. in-12.
+ Histoire des Arabes sous le gouvernement des Califes,
+ par l'abbé de Marigny, 4 vol. in-12.
+ Histoire du Japon, par le P. Charlevoix, 1754
+ 6 vol. in-12.
+ Histoire de Siam, par M. Turpin, 1771
+ 2 vol. in-12.
+ Histoire générale des conjurations et conspirations,
+ par Duport du Tertre, Paris, 1762, 10 vol. in-12.
+ Dictionnaire historique des Grands Hommes
+ 9 vol. in-8º.
+ Dictionnaire historique des Grands Hommes, de
+ l'abbé L'Advocat, 3 vol. in-8º.
+ Histoire de l'Académie françoise depuis son établissement
+ jusqu'en 1652, par Pélisson, 2 vol. in-12.
+ Histoire de l'Académie royale des Belles-Lettres, par
+ M. de Boze, 1740, 3 vol. in-12.
+ Bibliothèque des Anciens Philosophes, trad. par
+ Dacier, 11 vol. in-12.
+
+ * * * * *
+
+V.
+
+L'an second de la République françoise, de l'ère ancienne mil sept
+cent quatre-vingt douze, le 12 mars, à cinq heures de relevée, en
+vertu de l'arrêté du directoire du district de Versailles, en date du
+9 du courant, nous, Jean Gazard, commis de l'administration du
+district, nous sommes transporté avec le citoyen Huvé, inspecteur des
+bâtiments, en cette ville, avenue de Paris, à la maison dite de Madame
+Élisabeth, conformément à la réquisition du citoyen Couturier,
+régisseur du domaine de Versailles, à l'effet de lever et apposer les
+scellés sur plusieurs portes de ladite maison; où étant, nous avons
+levé le scellé apposé sur une porte cochère, donnant de la petite cour
+dudit bâtiment sur l'avenue de Paris, afin de laisser l'usage libre du
+guichet de ladite porte, et l'avons apposé sur le verrouil de ladite
+grande porte; de là nous sommes transportés à deux autres petites
+portes, communiquant du jardin dans une des cours du bâtiment, où nous
+avons également apposé le scellé sur l'entrée des serrures; et,
+n'ayant point le cachet du district, nous nous sommes servi d'un petit
+cachet de montre, ayant pour empreinte un coeur percé de deux flèches,
+surmonté de ces mots: _Je suis blessé_, lequel cachet, nous avons
+remis entre les mains des administrateurs du directoire du district
+pour servir à la confrontation et reconnoissance desdits scellés quand
+le cas le requerra; et du tout, avons dressé le présent procès-verbal,
+les jours et an que d'autre part.
+
+ GAZARD, _commissaire_. HUVÉ.
+
+ * * * * *
+
+VI.
+
+Le citoyen Sulleau, concierge garde-meuble de la maison de Madame
+Élisabeth à Montreuil, a l'honneur d'observer à monsieur le maire et
+messieurs les officiers municipaux de Versailles, qu'il est en sa
+qualité de garde-meuble chargé sur sa responsabilité de tous les
+effets contenus en laditte maison, sous l'inspection général de M.
+Restout, nommé par M. le ministre de l'intérieur à cet effet, et à qui
+il doit rendre compte de tous les objets remis à sa garde et
+responsabilité suivant les inventaires généraux, déposés au
+Garde-meuble.
+
+Le citoyen Sulleau a pour l'aider à la surveillance et manutention de
+sa place le nommé Flury, homme honnête et sûre dont il garantie la
+fidélité et l'honnêteté comme de tous autres gens de la maison qui lui
+sont subordonnés.--Il s'est trouvé de nécessité en 1791 à réclamer la
+justice de messieurs de la municipalité, sur les prétentions et
+démarches du suisse nommé Hubert, et il a eu la satisfaction
+d'éprouver alors une justice satisfaisante.
+
+Aujourd'hui 8 octobre 1792, il vient d'être apposé des scellés sur
+toutes les portes extérieures de la maison, sous prétexte qu'on
+pourrait on sortir des effets; cette précaution ne peut en rien
+augmenter la responsabilité du dépositaire, devient nul pour le
+résultat, mais infiniment sensible et douloureuse pour tous les
+individus attachés à la maison. Ils en ont tous marqué leur douleur au
+citoyen Sulleau, qui bien convaincu de leur honnêteté reconnue depuis
+dix ans, ne peut se refuser de réclamer l'attention de monsieur le
+maire sur un acte qui véritablement ne porte que sur eux seuls, et
+avec d'autant plus d'injustice que cette précaution est sollicité par
+un homme qui n'est responsable de rien, et qui de touts les temps a
+fait preuve du désir de nuire, et cela sans aucun...
+
+ SULLEAU.
+
+Nous, commissaire nommé pour examiner la nécessité de lever le scellé
+sur la porte cochère du côté du jardinier, avons reconnu qu'elle étoit
+réelle, le service des fumiers et autres charois ne pouvant avoir lieu
+que par là. En foi de quoi nous avons signé le présent rapport, à la
+maison commune, le 8 octobre 1792, l'an premier de la République
+françoise.
+
+ HUVÉ.
+
+ * * * * *
+
+VII.
+
+L'an premier de la République françoise, les citoyens Boissy et Borel
+ayant été autorisséz par un réquisitoire de la municipalité de
+Versailles signéz Richaud maire, Couturier procureur de la Commune,
+Gaucher municipal, ce sont transportez en la maison de la soeur du
+ci-devant Roi, avenuë de Paris, est ont apposez les scellés sur toutes
+les portes extérieur de la sudite maison et du jardin. Le sieur
+Heuber, suisse et gardien, nous ayant représentéz de ne point apposéz
+le scelléz sur la porte extérieur de la vacherie en nous disant qu'ils
+étoit nécessaire que les animeaux sortent pour aller aux champs, ce
+que nous avons vûe raisonnable cela ne nous nous (_sic_) a pourtant
+pas empêchéz de les poser sur toutes les portes intérieur qui
+communiquent de la susdite vacherie au jardin, afin d'empêcher toutes
+les communications. Nous nous sommes transportéz de là à une petite
+maison qui n'est séparéz que d'une porte en treilliage fermant à clef,
+n'ayant pas trouvéz cette fermeture suffisante, nous avons voulut
+apposer le scelléz sur la porte de clôture qui donne sur une petite
+rüe. Le citoyen Pélican et la dame Piout cetant présentéz à l'instant
+nous ont exibéz une oppositions de leurs part en nous représentant
+que cette petite maison appartenoit à la ci-devant baronne de Mackau;
+sur les représentations du citoyen Heuber, suisse et gardien qu'il
+sufisoit seulement de poser le scelléz sur la sudite porte de
+treilliage, ce que nous avons fait à l'instant, le sieur Sulleau
+s'étant aussi présentéz avec le jardinier, n'ayant point parût
+satisfaits de notre opération, même nous exibant en plusieurs pièces,
+nous disant qu'ils étoient les ministres de l'intérieur et nous disant
+d'une voix foible qu'ils croyoient être suffisamment autorissez par le
+moyens de ces pieces de s'opposer au scelléz nous avons regardez cela
+comme des mots qui ne peuvent convenirent qu'à des hommes foibles.
+Nous lui avons dits que s'il avoit des droits qui les fassent valoir à
+la maison comune, pour nous, cela ne nous empècheroient pas de
+continuer nos opérations. C'est ce que nous avons fait s'en crainte,
+est avons signées le présent à Versailles, ce 8 octobre 1792, l'an
+premier de République françoise.
+
+ BOISSY. BORET.
+
+Faite en présence des citoyens HEUBER, BONIFACY, _garde-bosquet_.
+
+ * * * * *
+
+VIII.
+
+_État de ce que nous avons trouvéz dans la vacherie._
+
+Cinq vaches est une genise, un cheval est une petite voiture d'osier
+couverte, avec tous ces harnois; nous avons crue devoir prendre ce
+détail à cause que ces animeaux sont sujette à la sortie pour leurs
+subsistance. A Versailles, le 8 octobre 1792, l'an premier de la
+République françoise.
+
+ BOISSY. BORET.
+
+ * * * * *
+
+IX.
+
+Sur la réprésentation que les citoyens Heuber, suisse et gardien,
+Bonifacy, garde-bosquet, que l'on dévastoient tout les jours les
+jardins par la coupe journailliere des arbres et la pêche qui si fait
+continuellement par des gens de la maison, ainsi que des étrangers
+qu'ils introduisent à leurs compagnies, croyant toujours être sous la
+protection de la soeur du ci-devant Roi, nous ont dits qu'ils seroient
+bien aise d'être autorisséz d'un pouvoir de la municipalités qui les
+autorisent à pouvoir empêcher tous ces desordres, est ont signées.
+
+ HEUBER, BONIFACY, _garde-bosquet_,
+
+ PRÉVOT, _commissionnaire du sieur Fleury, garçon tapissier_.
+
+ * * * * *
+
+X.
+
+MESSIEURS,
+
+Noël Gauthier et Julien Gauthier frères, tous deux frotteurs des
+appartements de la petite maison de Madame Élisabeth, avenuë de Paris,
+
+Ont l'honneur de vous représenter que depuis le départ de cette
+princesse, ils sont resté gardien l'un de l'aile droite et l'autre de
+l'aile gauche de laditte maison, couchant dans les appartements,
+ignorent le motif pour lequel M. Suleau concierge vient de nommer et
+faire recevoir deux autres gardiens, au préjudice des exposants qui
+osent se flatter qu'on ne peut rien leur reprocher,
+
+Pendant les trois mois qu'ils ont gardés le premier scellé les jours
+et nuits par ordres du sieur Suleau dont il en ont point été payé.
+
+Ils vous supplient, Messieurs, de vouloir bien leur rendre justice.
+
+ * * * * *
+
+XI.
+
+_Procès-verbal._
+
+Aujourd'hui le 9 octobre 1792, l'an premier de la République, en vertu
+d'un réquisitoire du bureau municipal, signé des citoyens Couturier
+procureur de la commune, Huvé et Gauchez officiers municipaux, qui ont
+nommé les citoyens Boissy et Geoffroy comissaires a l'apposition des
+scellées dans la maison de la Damme Élisabeth, soeur du ci-devant Roi,
+ont pris pour témoins l'apposition desdits scellées, le citoyens Flury,
+attaché à la conciergerie du Garde-meuble de ladite maison, ainsi que le
+nommé Prévot, journallier employé par le citoyen Sulleau, qu'il a été
+posé quatre-vingt et tant de scellées dont quatre-vingt-une clef, il est
+resté ouvert et à la jouissance des personnes dénommées ci-apprès et qui
+sont meublés conformément aux inventaires dont la minute est déposé au
+bureau du Garde-meuble national à Versailles, dont le citoyen le Clerc
+se charge de la représenter à la première réquisition de la
+municipalité; lesdits logements actuellement occuppées par les personnes
+susdites, consiste savoir celui du citoyen Sullau, concierge du
+Garde-meuble; Fleury, garçon du Garde-meuble attaché au concierge, et le
+représentant en son absence; la veuve du Coudray, femme de charge et
+lingerie; la demoiselle Simon, ouvrière; Marie, laitièrre, Prévot,
+journallier; Noël, frotteur, Juillien, second frotteur, Doré, garçon
+jardinier, le suisse de la porte, nommé Ubert, Boniface, suisse
+garde-bosquet; Cadeau, balayeur, demeurant sur l'ancienne cour basse,
+sur l'avenuë, et dans le pavillon, ruë ci-devant Champ-la-Garde; Jaques
+Bosson, vacher; Coupry, maître jardinier.
+
+Lesdits commissaires ont nommé les citoyens Flury et Prévots ci-dessus
+dénommés gardiens de l'intérieur et extérieur de ladite maison, qu'ils
+l'ont acceptés et signés avec nous le présent procès-verbal, et est
+comparu au moment où l'on posoit les scellées, le citoyen Sullau
+ci-devant dénommé, et qui a signé avec nous.
+
+De plus, avons établi les citoyens Ubert suisse des portes, et
+Bonifacy garde-bosquet, a qui nous avons délivré des pouvoirs comme
+gardiens des scellées extérieurs et sureté générale dans leurs postes.
+
+Clos le présent présent (_sic_) procès-verbal en présence des citoyens
+Sullau, Fleury, Prévot, Ubert, Boniface, le Clerc.
+
+ SULLEAU. FLURY. LECLERC. HEUBER.
+
+ BONIFACY, _garde-bosquet_.
+
+ BOISSY. GEOFFROY. HEUBER.
+
+ * * * * *
+
+XII.
+
+ A Versailles, le 5 mars 1793, l'an II de la République.
+
+CITOYEN,
+
+J'ai ordonné ce matin, en conséquence de votre lettre d'hier, la
+fermeture de deux portes à la maison cy-devant de Madame Élisabeth,
+mais on m'a observé que si l'on condamnoit celle de la petite cour
+côté de l'avenuë de Paris, le gardien de ce côté-là ne pourroit plus
+sortir d'aucun côté.
+
+Il n'y auroit d'autre moyen, en persistant de lui interdire le passage
+par le jardin, que de lui faire ouvrir le guichet de la grande porte,
+après en avoir levé les scellés, car ils sont sur toutes les portes
+intérieures qui conduisent à la grande cour; mais il y communiqueroit
+par dehors.
+
+J'ai appris, cher concitoyen, que vous étiez débarassé de votre rhume,
+j'en suis bien aise, mais moi je suis pris par tous les bouts, au pied
+par une reculade imprévue, à la tête par un rhume oppiniâtre, et par
+tout le corps je ne scais pourquoi.
+
+Je suis votre frère en patriotisme,
+
+ _Le maire de Versailles_, HUVÉ.
+
+Vu par nous administrateurs composant le directoire du district de
+Versailles, pour être exécuté par le citoyen inspecteur des bâtiments
+de l'arrondissement, en présence du citoyen Gazard, commis de
+l'administration, chargé de lever et apposer les scellés où besoin
+sera.
+
+A Versailles, 9 mars 1793, l'an deux de la République.
+
+ BOYELLEAU, BÉZARD, _v. p._ DEVEZE, _pr. s._ CHAILLIOU.
+
+ COURRAUT.
+
+ * * * * *
+
+XIII.
+
+ A Versailles, le 7 mars 1793, l'an II de la République.
+
+CITOYEN,
+
+Je vous prévient que Madame Élisabeth, avoit une chien de sûreté a sa
+maison, elle faisoit donner six livres de pain par jour, le citoyen
+Thierry, boulanger du ci-devant Roi, est m'en avoit donnez la garde
+comme étant le gardien de ladite maison, mais trouvant qu'un seul
+chien ne suffisoit pas pour la sûreté de la maison, Madame Élisabeth
+m'a ordonnez en différentes fois d'en élever plusieurs, comme il
+plaisoit à Madame Élisabeth d'en disposer à sa volonté, et quel en
+faisoit des cadots, laqu'elle m'avoit promis un dedomagement, mais
+comme n'étant point revenuë, je n'ai toujours eut que la nouriture du
+premier, dont ledit citoyen Thierry a cessez de fournir le pain le 1er
+mars de la présente année 1793; est je me trouve avoir trois gros
+chiens à ma charge, est des frais d'en avoir elever et nourries
+plusieurs dont deux jusqu'à présent s'en avoir eut aucun dédomagement;
+est ayant prévenüe les citoyens qui ont posez les scellés, comment est
+que je pouroit faire avec ces chiens, s'il falloit m'en défaire, où en
+prévenir la municipalité, ils monts ordonnez de les garder jusqu'à la
+levée des scellés. Mais n'ayant plus le pain est n'ayant aucun
+dédomagement pour les nourirents je ne peut pas garder trois gros
+chiens à ma charge.
+
+ HEUBER, _gardien de la maison ci-devant Madame Élisabeth_.
+
+ * * * * *
+
+_Avis du directeur de la régie nationale de l'enregistrement._
+
+Le directeur de la régie nationale qui a pris communication de la
+pétition de l'autre part, est d'avis:
+
+1º Que le citoyen Hubert soit autorisé à conserver un chien de
+basse-cour pour la garde de la maison Élisabeth Capet, située à
+l'extrémité de l'avenüe de Paris;
+
+2º Qu'il lui soit tenu compte de cet objet de dépense à compter du 1er
+de ce mois, sur le pied qui sera déterminé par le directoire du
+district;
+
+3º Enfin, que ledit Hubert vende, s'il est possible, ou donne les
+autres chiens qui sont inutiles. Le directeur observe au surplus que
+si les meubles existants dans cette maison étoient vendus ou
+transportés ailleurs, on trouveroit sans doute à la louer, ce qui
+produiroit le double avantage de supprimer toute espèce de dépense, et
+de procurer à la République un revenu dont elle est privée.
+
+Versailles, 18 mars 1793, le deuxième de la République françoise.
+
+ DESCHESNE.
+
+ * * * * *
+
+XIV.
+
+_Extrait du registre des délibérations du directoire du département de
+Seine-et-Oise._
+
+ Séance publique du 8 juin 1793, l'an II de la République française.
+
+Vu par le directeur la réclamation de sept ouvriers jardiniers,
+employés au jardin ci-devant appartenant à la soeur de Louis Capet,
+dépendant de la liste civile et situé au grand Montreuil, qui a pour
+objet le payement de trente-six livres chacun, qu'ils déclarent avoir
+ci-devant été dans l'usage de recevoir annuellement à titre de
+gratification, et n'avoir pas touché depuis 1791 inclusivement;
+
+Le certificat du jardinier de ce jardin qui atteste cet usage;
+
+Le renvoi de ladite demande de la part du district au directeur de la
+régie;
+
+L'avis du directeur de la régie du 2 janvier dernier;
+
+L'avis au district de Versailles du 11 dudit mois de janvier;
+
+Ouï le procureur général sindic,
+
+Le directoire, attendû que les sept ouvriers réclamants n'étoient pas
+mis en oeuvre de l'ordre direct de la ci-devant Madame Élisabeth, mais
+bien pour le jardinier personnellement, et que c'est conséquemment à
+celui-ci de pourvoir tant à leurs salaires qu'à leurs gratifications
+s'il le juge à propos;
+
+Arrête qu'il n'y a pas lieu d'accorder les gratifications requises.
+
+Pour expédition, signés Richaud et Bocquet, secrétaire.
+
+ Pour copie conforme:
+
+ GAZARD, _secrétaire_.
+
+ * * * * *
+
+XV.
+
+Aujourd'hui lundi cinq août mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an
+deux de la République une et indivisible, nous, J. M. Musset,
+Claude-Étienne Contant et Nicolas Monjardet, commissaires de la
+Convention nationale du district de Versailles et de la municipalité
+de ladite ville, nous sommes transportés dans la maison ci-devant
+occupée par Élisabeth Capet, avenue de Paris, à l'effet d'examiner si
+les meubles des appartements de cette maison n'étoient point
+endommagés par les vers ou autrement. Nous nous sommes fait
+accompagner dans la visite que nous avons faite de plusieurs de ces
+appartements par le citoyen Hubert, l'épouse du citoyen Fleury et le
+citoyen Prévost, tous trois gardiens des scellés de ladite maison.
+
+Les meubles que nous avons examinés sont ceux des appartements dont
+les portes d'entrée sont numérotées 1 et 2, -- 16 et 17, -- 12 et 13,
+-- 14, 15, -- 18 et 20, desquelles portes nous avons levé les scellés,
+trouvés intacts.
+
+Voyant que ces meubles étoient tout neufs et fort peu endommagés des
+vers, nous avons jugé inutile d'en examiner un plus grand nombre, et
+nous nous sommes bornés à en faire battre plusieurs couchers et
+chaises sortis à cet effet dans la cour, en en prenant note; après
+quoi nous avons fait exactement replacer chacun à sa place, avons fait
+entièrement refermer lesdits appartements, et les scellés ont été
+réapposés par le commissaire du district sur chacune desdites portes.
+
+Ensuite nous avons cru devoir, avant de terminer, visiter aussi les
+meubles de l'appartement d'Élisabeth Capet. Nous avons à cet effet
+levé les scellés mis sur la porte d'entrée, et après avoir entré dans
+l'antichambre, nous avons trouvé déchiré dans le milieu, et vis-à-vis
+la jonction des deux battants de la porte, le papier des scellés mis
+sur la porte à gauche qui est celle de l'appartement; et cette porte
+ouverte, le pesne de la serrure étant hors de la gâche, sur quoi il
+nous a été observé par lesdits gardiens que cette porte, fermée ainsi
+peut-être par inadvertance, pouvoit avoir été la cause du déchirement
+de ce papier dans quelque moment où il y aura eu du vent.
+
+Nous avons vérifié que les meubles de cet appartement, qui sont
+précieux, n'étoient nullement endommagés. Nous avons refermé ladite
+porte trouvée ouverte, mais sans y apposer de nouveaux scellés,
+observant que ceux de la porte d'entrée suffisoient, et les scellés
+ont été réapposés sur celle-ci.
+
+De tout quoi nous avons dressé le présent procès-verbal, fait double
+pour être déposé au district et l'autre entre les mains des
+représentants du peuple, et avons signé avec lesdits gardiens
+présents, l'un d'eux représentés par son épouse, les an, mois et jour
+susdits. Et avons remis à la maison commune les clefs desdits
+appartements où elles étoient déposées.
+
+ MONJARDET, J. M. MUSSET, _commissaire national_, PRÉVOST, COUTANT,
+ _commissaire du district_, HEUBER, Femme FLURY.
+
+ * * * * *
+
+XVI.
+
+_Aux citoyens administrateurs du directoire du district de
+Seine-et-Oise._
+
+CITOYENS,
+
+Coupry, jardinier dans la ci-devant maison d'Élisabeth Capet, est
+décédé hier 8 nivôse à la suite d'une maladie; comme j'ai toujours
+veillié autant qu'il a dependû de moi aux interest de la République,
+si j'ai pû obtenir quelque confiance, je prie les citoyens
+administrateurs de vouloir bien me maintenir dans l'emploi provisoire
+de la surveillance du jardin et orangerie, ou il ce trouve maintenant
+beaucoup de plantes appartenant à la nation auxquelles j'ai toujours
+donné mes soins.
+
+ LACOLONGE.
+
+A Versailles, ce 9 nivôse, l'an second de la République françoise (29
+décembre 1793).
+
+Salut et fraternité.
+
+ * * * * *
+
+_Avis du directeur de la régie nationale._
+
+Le directeur de la régie observe que, vû la vigilance et la probité
+bien reconnues du citoyen Lacolonge, l'administration adoptera une
+mesure fort sage, en lui confiant provisoirement le soin de veiller à
+la conservation des jardins, orangerie, plantes et arbustes de la
+maison d'Élisabeth Capet: il avoit la confiance de Coupry; personne ne
+connoît mieux que lui les détails de cette maison, il n'est donc pas
+possible de faire meilleur choix.
+
+Il est vraisemblable que des anciens ouvriers, qui ont travaillé dans
+le jardin dépendant de ladite maison, feront des démarches pour
+remplacer Coupry; mais il seroit contraire à l'intérêt de la
+République de les laisser s'immiscer dans une administration où il
+régnoit une foule d'abus qu'on a attribués à plusieurs d'entr'eux.
+
+Versailles, ce 21 nivôse de l'an II de la République une et
+indivisible (10 janvier 1794).
+
+ DESCHESNE.
+
+ * * * * *
+
+XVII.
+
+Aujourd'hui sept ventôse, an second de la République françoise une et
+indivisible (25 février 1794), à quatre heures de relevée, moi,
+soussigné, comissaire nommé par l'administration du district de
+Versailles, département de Seine-et-Oise, par comission en datte du 24
+pluviôse, pour la levée des scellés apposés au local du palais
+National et autres lieux dépendants de la ci-devant liste civile,
+assisté du citoyen Tissot, notable, comissaire pour la municipalité,
+nous nous sommes transporté au local dit Maison Élisabeth, où, après
+vérification faite des scellés apposés sur différentes portes
+environnant le jardin et autres issues de la maison, nous en avons
+fait la levée ainsi qu'il suit, savoir:
+
+ Pº A une porte de la cour des cuisines;
+
+ 2º Une grande porte donnant sur l'avenue de Paris;
+
+ 3º Une porte donnant sous la voûte qui conduit à l'avenue de Paris;
+
+ 4º Une porte donnant sur la ruelle, au bout du jardin Lemonier;
+
+ 5º A la porte de communication du jardin dudit Lemonier;
+
+ 6º A la porte de communication du jardin de la citoyenne Makau;
+
+ 7º A la porte donnant à la maison de la femme Diane Polignac;
+
+ 8º A la porte du jardin du petit bâtiment détaché;
+
+ 9º A la porte cochère du petit bâtiment id.
+
+Plus, le citoyen Flury, concierge de laditte maison, nous a fait voir
+des chassis de couche vitré, au nombre de soixante-dix-sept de 4 pieds
+carrés, et huit de 18 pouces sur 4 pieds, dont il a donné note au
+citoyen L'Oiseleur, inspecteur de laditte maison.
+
+La levée des scellés étant terminés, nous donnons décharge aux
+gardiens ci-après dénommés, savoir:
+
+Le citoyen Flury,
+
+Prévost,
+
+Heubert,
+
+Bonifacy.
+
+Et a ledit citoyen Flury signé avec nous, comme restant concierge, ce
+jour et an que dessus.
+
+ TISSOT, _notable_. COSTAR, _commissaire du district_. FLURY.
+
+ * * * * *
+
+XVIII
+
+_Aux citoyens administrateurs composant le directoire du district de
+Versailles._
+
+CITOYENS,
+
+Le citoyen Jean-Philippe Quadot, ci-devant balayeur de la maison de
+ci-devant Élisabeth Capet, soumets sous vos yeux sa triste position,
+etant pere de famille: est peu favorisez de la fortune, il ose espérer
+de votre justices le soutien que tous citoyen doit attendre de vous
+magistrats, lorsque la demande d'un réclamant ce trouve fondé; c'est
+dans cette espoir qu'ils vous soumets les reclamations suivante.
+
+Jean-Philippe Quadot, âgé de soixante ans, pere de famille et
+indigent, a servie sous le règne du tyran Louis quinzième du nom, dans
+le ci-devant régiment de Normandie, où il fit cinq campagne durant les
+guerres d'Hanôvre; sortie du service militaire en 1757 (v. stile) il
+entra l'année ensuite au ci-devant château, en qualité de garçon
+marbrier pour l'entretien et la propreté de toute les marbres qui
+dépendoient des appartements dudit château, ainsi que de ceux de la
+chapelle; ayant de paye vingt sols par jour; ce qui ne pouvoit qu'à
+peine le faire subsanter lui est sa famille, mais dans lespoir où le
+réclamant étoit que l'on prendroit son sort et son ancien service en
+considération fait qu'il a toujours espérez jusqu'en 1789 (v. stile)
+où la ci-devant Élisabeth le prit à son service en qualité de
+balayeur, ordonnant qu'il fut habillez logez chauffez et eclairez, lui
+accordant aussi trente sols par jours de gage. Ce qui ne fut pas
+exécuté t'elle qu'elle l'avoit ordonnée, n'ayant étté logez qu'un an
+après etre entrée à son service, est n'ayant point étté habillez du
+tout, pour les trente sols par jour de gage la première année nayant
+étté payéz par le citoyen Sulleau concierge de la maison qui en etoit
+chargéz à raison de vingt quatre sols la seconde à raison de vingt six
+sols et la troisième à raison de vingt huit sols par jour jusqu'aux
+premier novembre; où ayant fait observer audit citoyen Sulleau que ce
+n'étoit point là les ordres de la maîtresse de le payer depuis vingt
+quatre sols jusqu'à vingt huit sols puisqu'elle avoit ordonné de le
+payer à raison de trente sols par jour; sur quoi le dit concierge lui
+dit qu'il n'étoit jamais content et comment faisoit-il au château
+lorsqu'il n'avoit que vingt sols, à quoi le citoyen Quadot a répondu
+qu'il avoit des Bonnes-âmes qui l'aidoit lui est sa famille, est que
+sa femme travailloit mais que n'étant plus jeune ni lui non plus ils
+seroit bien malheureux qu'ils fussent obligéz d'aller mendier leurs
+pains, tandis que lui concierge ne ce contentant pas de sa place
+cherchoit encor à retenir le salaire d'un malheureux. Cependant
+d'après cette explication il le paya à raison de trente sols par jour
+depuis le mois de novembre 1792 (v. style); quand au bois et la
+chandelle, il n'en avoit pas la moitié de son besoin.
+
+Voici le précis de son état qu'il vous a exposéz.--Actuellement voici
+où ce borne sa demarche auprès de vous citoyens administrateurs.
+
+Le citoyen Flüry garçon du citoyen Sulleau, ordonna le 18 ventôse au
+citoyen Quadot dévacuer le logement qu'il occupe dans la maison de
+rendre les meubles dans le délai de vingt-quatre heures; le malheureux
+Quadot malade d'un coup de pied de cheval qu'il a reçue dans lestomac,
+s'en le sols s'en lit pour ce coucher lui et sa famille...
+
+Je pase sous silence a votre humanité le tableau douloureux d'une
+famille abandonnée, réduite au désespoir.
+
+N'ayant aucunes resources que de votre justices et ayant une conduite
+s'en reproche.
+
+Vous fait la demande de son logement jusqu'au moment où l'on
+disposeroit de la maison autrement: en titre de charité après
+trente-six ans de service; est vous demande aussi de lui faire avoir
+son lit à la prissez un sixième en sus de l'estimation.
+
+Justices qu'il attend de vous citoyens administrateurs ce qui le
+pénétrera de la plus vive reconnoissance.
+
+Le citoyen Quadot ne schachant point signée à fait une
+
+ X
+
+_La demande du sieur Quadot est appuyée ainsi par sa section._
+
+Les président et secrétaires de la treizième section au nom de leurs
+concitoyens atestent que le citoyen Kadot est un bon citoyen, qu'il
+est père de quatre enfans dont trois à sa charge et un dans l'armée
+révolutionnaire, qu'en outre il est privé de toute fortune. En
+conséquence, il invite les membres du district de prendre en
+considération son honnêteté, les besoins de sa famille, et de
+permettre qu'il reste dans le logement qu'il occupe jusqu'à ce qu'il
+plaise à la justice du district d'en ordonner autrement.
+
+Versailles, le 21 ventôse, l'an deuxième de la République une et
+indivisible. (11 mars 1794.)
+
+ TARDIF, _secrétaire_.
+
+Le registre des délibérations de l'administration du district de
+Versailles nous apprend que,
+
+Dans la séance publique du 16 germinal an II (5 avril 1794),
+
+«Ouï l'agent national provisoire,
+
+»L'administration considérant que la position du réclamant exige des
+égards; que l'humanité souffrante ne peut qu'engager à secourir les
+infortunés;
+
+»Considérant que les intérêts de la République ne doivent pas être
+compromis;
+
+»Arrête que le citoyen Kadot jouira provisoirement du logement qu'il
+occupe à la ci-devant maison d'Élisabeth Capet, jusqu'à ce qu'il ait
+été pris un parti par l'administration pour la vente ou la location de
+cette maison.
+
+ »Pour expédition,
+
+ »BOURNIZET, _Américain_.
+
+ »LECLERC, _p._ {le} _s._»
+
+ * * * * *
+
+XIV
+
+LETTRE DES PRINCES AU ROI.
+
+
+SIRE, NOTRE FRÈRE ET SEIGNEUR,
+
+Lorsque l'assemblée qui vous doit l'existence, et qui ne l'a fait
+servir qu'à la destruction de votre pouvoir, se croit au moment de
+consommer sa coupable entreprise; lorsqu'à l'indignité de vous tenir
+captif au milieu de votre capitale, elle ajoute la perfidie de vouloir
+que vous dégradiez votre trône de votre propre main; lorsqu'elle ose
+enfin vous présenter l'option, ou de souscrire des décrets qui
+feroient le malheur de vos peuples, ou de cesser d'être roi, nous nous
+empressons d'apprendre à Votre Majesté que les puissances dont nous
+avons réclamé pour elle le secours, sont déterminées à y employer
+leurs forces; que l'Empereur et le roi de Prusse viennent d'en
+contracter l'engagement mutuel. Le sage Léopold, aussitôt après avoir
+assuré la tranquillité de ses États et amené celle de l'Europe, a
+signé cet engagement à Pilnitz, le 29 du mois dernier, conjointement
+avec le digne successeur du grand Frédéric; ils en ont remis
+l'original entre nos mains, et pour le faire parvenir à votre
+connoissance nous le ferons imprimer à la suite de cette lettre, la
+publicité étant aujourd'hui la seule voie de communication dont vos
+cruels oppresseurs n'aient pu nous priver.
+
+Les autres cours sont dans les mêmes dispositions que celles de Vienne
+et de Berlin. Les princes et États de l'Empire ont déjà protesté, dans
+des actes authentiques, contre les lésions faites à des droits qu'ils
+ont résolu de soutenir avec vigueur. Vous ne sauriez douter, Sire, du
+vif intérêt que les rois Bourbons prennent à votre situation; Leurs
+Majestés Catholique et Sicilienne en ont donné des témoignages non
+équivoques. Les généreux sentiments du roi de Sardaigne, notre
+beau-père, ne peuvent pas être incertains. Vous avez droit de compter
+sur ceux des Suisses, les bons et anciens amis de la France. Jusque
+dans le fond du Nord, un roi magnanime[235] veut aussi contribuer à
+rétablir votre autorité; et l'immortelle Catherine, à qui aucun genre
+de gloire n'est étranger, ne laissera pas échapper celle de défendre
+la cause des souverains.
+
+[Note 235: Le roi de Suède.]
+
+Il n'est point à craindre que la nation britannique, trop généreuse
+pour contrarier ce qu'elle trouve juste, trop éclairée pour ne pas
+désirer ce qui intéresse sa propre tranquillité, veuille s'opposer aux
+vues de cette noble et irrésistible confédération.
+
+Ainsi, dans vos malheurs, Sire, vous avez la consolation de voir les
+puissances conspirer à les faire cesser, et votre fermeté, dans le
+moment critique où vous êtes, aura pour appui l'Europe entière.
+
+Ceux qui savent qu'on n'ébranle vos résolutions qu'en attaquant votre
+sensibilité, voudront sans doute vous faire envisager l'aide des
+puissances étrangères comme pouvant devenir funeste à vos sujets; ce
+qui n'est que vue auxiliaire, ils le travestiront en vue hostile, et
+vous peindront le royaume inondé de sang, déchiré dans toutes ses
+parties, menacé de démembrements. C'est ainsi qu'après avoir toujours
+employé les plus fausses alarmes pour causer les maux les plus réels,
+ils veulent se servir encore du même moyen pour les perpétuer; c'est
+ainsi qu'ils espèrent faire supporter le fléau de leur odieuse
+tyrannie, en faisant croire que tout ce qui la combat conduit au plus
+dur despotisme.
+
+Mais, Sire, les intentions des souverains qui vous donneront des
+secours sont aussi droites, aussi pures que le zèle qui nous les fait
+solliciter; elles n'ont rien d'effrayant ni pour l'État, ni pour vos
+peuples: ce n'est point les attaquer, c'est leur rendre le plus
+signalé de tous les services, que de les arracher au despotisme des
+démagogues, aux calamités de l'anarchie. Vous vouliez assurer plus que
+jamais la liberté de vos sujets, quand des séditieux vous ont ravi la
+vôtre; ce que nous faisons pour parvenir à vous la rendre, avec la
+mesure d'autorité qui vous appartient légitimement, ne peut être
+suspecté de volonté oppressive; c'est au contraire venger la liberté
+que de réprimer la licence; affranchir la nation, que de rétablir la
+force publique, sans laquelle elle ne peut être libre. Ces principes,
+Sire, sont les vôtres; le même esprit de modération et de bienfaisance
+qui caractérise toutes vos actions sera la règle de notre conduite: il
+est l'âme de toutes nos démarches auprès des cours étrangères; et
+dépositaires des témoignages positifs des vues aussi généreuses,
+qu'équitables qui les animent, nous pouvons garantir qu'elles n'ont
+d'autre désir que de vous remettre en possession du gouvernement de
+vos États, pour que vos peuples puissent jouir en paix des bienfaits
+que vous leur avez destinés.
+
+Si les rebelles opposent à ce désir une résistance opiniâtre et
+aveugle, qui force les armées étrangères de pénétrer dans le royaume,
+eux seuls les y auront attirées, sur eux seuls rejailliroit le sang
+coupable qu'il seroit nécessaire de répandre; la guerre seroit leur
+ouvrage. Le but des puissances étrangères n'est que de soutenir la
+partie saine de la nation contre la partie délirante, et d'éteindre au
+sein du royaume le volcan du fanatisme, dont les éruptions propagées
+menacent tous les empires.
+
+D'ailleurs, Sire, il n'y a pas lieu de croire que les François,
+quelque soin qu'on prenne d'enflammer leur bravoure naturelle, en
+exaltant, en électrisant toutes les têtes par des prestiges de
+patriotisme et de liberté, veuillent longtemps sacrifier leur repos,
+leurs biens et leur sang pour soutenir une innovation extravagante qui
+n'a fait que des malheureux. L'ivresse n'a qu'un temps; les succès du
+crime ont des bornes; et on se lasse bientôt des excès, quand on est
+soi-même victime. Bientôt on se demandera pourquoi on se bat, et l'on
+verra que c'est pour servir l'ambition d'une troupe de factieux qu'on
+méprise, contre un roi qui s'est toujours montré juste et humain;
+pourquoi l'on se ruine, et l'on verra que c'est pour assouvir la
+cupidité de ceux qui se sont emparés de toutes les richesses de
+l'État, qui en font le plus détestable usage, et qui, chargés de
+restaurer les finances publiques, les ont précipitées dans un abîme
+épouvantable; pourquoi on viole les devoirs les plus sacrés, et l'on
+verra que c'est pour devenir plus pauvres, plus souffrants, plus
+vexés, plus imposés qu'on ne l'avoit jamais été; pourquoi on
+bouleverse l'ancien gouvernement, et l'on verra que c'est dans le vain
+espoir d'en introduire un qui, s'il étoit praticable, seroit mille
+fois plus abusif, mais dont l'exécution est absolument impossible;
+pourquoi l'on persécute les ministres de Dieu, et l'on verra que c'est
+pour favoriser les desseins d'une secte orgueilleuse qui a résolu de
+détruire toute religion, et par conséquent de déchaîner tous les
+crimes.
+
+Déjà même toutes ces vérités sont devenues sensibles, déjà le voile de
+l'imposture se déchire de toutes parts, et les murmures contre
+l'assemblée qui a usurpé tous les pouvoirs et anéanti tous les droits
+s'étendent d'une extrémité du royaume à l'autre.
+
+Ne jugez pas, Sire, de la disposition du plus grand nombre par le
+mouvement des plus turbulents; ne jugez pas le sentiment national
+d'après l'inaction de la fidélité et son apparente indifférence.
+Lorsque vous fûtes arrêté à Varennes et lorsqu'une troupe de
+satellites vous reconduisit à Paris, l'effroi glaçoit alors tous les
+esprits et faisoit régner un morne silence. Ce qu'on vous cacha, ce
+qui dénote bien mieux le changement qui s'est fait et se fait encore
+de jour en jour dans l'opinion, ce sont les marques de mécontentement
+qui percent de toutes les provinces, et qui n'attendent qu'un appui
+pour éclater davantage; c'est la demande que plusieurs départements
+viennent de former pour que l'Assemblée ait à rendre compte des sommes
+immenses qu'elle a dilapidées depuis sa gestion; c'est la frayeur que
+ses chefs laissent apercevoir, et leurs tentatives réitérées pour
+entrer en accommodement; ce sont les plaintes du commerce et
+l'explosion récente du désespoir de nos colonies; c'est enfin la
+pénurie absolue du numéraire, le refus des contribuables de payer les
+impôts, l'attente d'une banqueroute prochaine, la défection des
+troupes qui, victimes de tous les genres de séduction, commencent à
+s'en indigner, et le progrès toujours croissant des émigrations. Il
+est impossible de se méprendre à de pareils signes, et leur notoriété
+est telle que l'audace même des séducteurs du peuple ne sauroit en
+contester la vérité.
+
+Ne croyez donc pas, Sire, à l'exagération des dangers par lesquels on
+s'efforce de vous effrayer. On sait que, peu sensible à ceux qui ne
+menaceroient que votre personne, vous l'êtes infiniment à ceux qui
+tomberoient sur vos peuples, ou qui pourroient frapper des objets
+chers à votre coeur, et c'est sur eux qu'on a la barbarie de vous
+faire frémir continuellement, en même temps qu'on a l'impudence de
+vanter votre liberté. Mais depuis trop longtemps on abuse de cet
+artifice, et le moment est venu de rejeter sur les factieux qui vous
+outragent l'arme de la terreur qui jusqu'ici a fait toute leur force.
+
+Les grands forfaits ne sont point à craindre lorsqu'il n'y a aucun
+intérêt à les commettre, ni aucun moyen d'éviter, en les commettant,
+une punition terrible. Tout Paris sait, tout Paris doit savoir que si
+une scélératesse fanatique ou soudoyée osoit attenter à vos jours ou à
+ceux de la Reine, des armées puissantes, chassant devant elles une
+milice foible par indicispline, découragée par les remords,
+viendroient aussitôt fondre sur la ville impie qui auroit attiré sur
+elle la vengeance du ciel et l'indignation de l'univers. Aucun des
+coupables ne pourroit échapper aux plus rigoureux supplices; donc
+aucun d'eux ne voudra s'y exposer.
+
+Mais si la plus aveugle fureur armoit un bras parricide, vous verriez,
+Sire, n'en doutez pas, des milliers de citoyens fidèles se précipiter
+autour de la famille royale, vous couvrir, s'il le falloit, de leurs
+corps, et verser tout leur sang pour défendre le vôtre... Eh! pourquoi
+cesseriez-vous de compter sur l'affection d'un peuple dont vous n'avez
+pas cessé un seul moment de vouloir le bonheur?
+
+Le François se laisse facilement égarer, mais facilement aussi il
+rentre dans la route du devoir; ses moeurs sont naturellement trop
+douces pour que ses actions soient longtemps féroces; et son amour
+pour ses rois est trop enraciné dans son coeur, pour qu'une illusion
+funeste ait pu l'en arracher entièrement.
+
+Qui pourroit être plus porté que nous à concevoir des alarmes sur la
+situation d'un frère tendrement chéri? Mais, au dire même de vos plus
+téméraires oppresseurs, ce refus du résumé constitutionnel, que nous
+apprenons vous avoir été présenté par l'Assemblée, le 3 de ce mois, ne
+vous exposeroit qu'au danger d'être destitué par elle de la royauté;
+or ce danger n'en est pas un. Qu'importe que vous cessiez d'être roi
+aux yeux des factieux, lorsque vous le seriez plus glorieusement et
+plus solidement que jamais aux yeux de toute l'Europe et dans le coeur
+de tous vos sujets fidèles? Qu'importe que, par une entreprise
+insensée, on osât vous déclarer déchu du trône de vos ancêtres,
+lorsque les forces combinées de toutes les puissances sont préparées
+pour vous y maintenir et punir les vils usurpateurs qui en auroient
+souillé l'éclat?
+
+Le danger seroit bien plus grand si, en paroissant consentir à la
+dissolution de la monarchie, vous paroissiez affaiblir vos droits
+personnels aux secours de tous les monarques, et si vous sembliez vous
+séparer de la cause des souverains en consacrant une doctrine qu'ils
+sont obligés de proscrire. Le péril augmenteroit en proportion de ce
+que vous montreriez moins de confiance dans les moyens préservateurs;
+il augmenteroit à mesure que l'impression du caractère auguste qui
+fait trembler le crime aux pieds de la majesté royale dignement
+soutenue, perdroit de sa force; il augmenteroit lorsque l'apparence de
+l'abandon des intérêts de la religion pourroit exciter la fermentation
+la plus redoutable; il augmenteroit enfin, si, vous résignant à
+n'avoir plus que le vain titre d'un roi sans pouvoir, vous paroissiez,
+au jugement de l'univers, abdiquer la couronne, dont chacun sait que
+la conservation exige celle des droits inaliénables qui y sont
+essentiellement inhérents.
+
+Le plus sacré des devoirs, Sire, ainsi que le plus vif attachement,
+nous portent à mettre sous vos yeux toutes ces conséquences
+dangereuses de la moindre apparence de foiblesse, en même temps que
+nous vous présentons la masse des forces imposantes qui doit être la
+sauvegarde de votre fermeté.
+
+Nous devons encore vous annoncer, et même nous jurons à vos pieds, que
+si des motifs qu'il nous est impossible d'apercevoir, mais qui ne
+pourroient avoir pour principe que l'excès de la violence et une
+contrainte qui, pour être déguisée, n'en seroit que plus cruelle,
+forçoient votre main de souscrire une acceptation que votre coeur
+rejette, que votre intérêt et celui de vos peuples repoussent, et que
+votre devoir de roi vous interdit expressément, nous protesterions à
+la face de toute la terre, et de la manière la plus solennelle, contre
+cet acte illusoire et tout ce qui pourroit en dépendre; nous
+démontrerions qu'il est nul par lui-même, nul par le défaut de
+liberté, nul par le vice radical de toutes les opérations de
+l'Assemblée usurpatrice, qui, n'étant pas assemblée d'états généraux,
+n'est rien. Nous sommes fondés sur les droits de la nation entière à
+rejeter des décrets diamétralement contraires à son voeu exprimé par
+l'unanimité des cahiers, et nous désavouerions pour elle des
+mandataires infidèles qui, en violant les ordres et transgressant la
+mission qu'elle leur avoit donnée, ont cessé d'être ses représentants;
+nous soutiendrions, ce qui est évident, qu'ayant agi contre leur
+titre, ils ont agi sans pouvoir, et que ce qu'ils n'ont pu faire
+légalement ne peut être accepté validement. Notre protestation, signée
+avec nous par tous les princes de votre sang qui nous sont réunis,
+seroit commune à toute la maison de Bourbon, à qui ses droits
+éventuels à la couronne imposent le devoir d'en défendre l'auguste
+dépôt. Nous protesterions pour vous-même, Sire, en protestant pour vos
+peuples, pour la religion, pour les maximes fondamentales de la
+monarchie et pour tous les ordres de l'État.
+
+Nous protesterions pour vous et en votre nom contre ce qui n'en auroit
+qu'une fausse empreinte. Votre voix étant étouffée par l'oppression,
+nous en serions les organes nécessaires, et nous exprimerions vos
+vrais sentiments, tels qu'ils sont consignés au serment de votre
+avénement au trône, tels qu'ils sont constatés par les actions de
+votre vie entière, tels qu'ils se sont montrés dans la déclaration que
+vous avez faite au moment où vous vous êtes cru libre; vous ne pouvez
+pas, vous ne devez pas en avoir d'autres, et votre volonté n'existe
+que dans les actes où elle respire librement.
+
+Nous protesterions pour vos peuples, qui, dans leur délire, ne peuvent
+apercevoir combien ce fantôme de constitution nouvelle qu'on fait
+briller à leurs yeux et aux pieds duquel on les fait jurer vainement,
+leur deviendroit funeste. Lorsque ces peuples, ne connoissant plus ni
+chef légitime, ni leurs intérêts les plus chers, se laissent entraîner
+à leur perte; lorsque, aveuglés par de trompeuses promesses, ils ne
+voient pas qu'on les anime eux-mêmes à détruire les gages de leur
+sûreté, les soutiens de leur repos, les principes de leur subsistance
+et tous les liens de leur association civile, il faut en réclamer pour
+eux le rétablissement, il faut les sauver de leur propre frénésie.
+
+Nous protesterions pour la religion de nos pères, qui est attaquée
+dans ses dogmes et dans son culte, comme dans ses ministres; et
+suppléant à l'impuissance où vous serez de remplir vous-même vos
+devoirs de fils aîné de l'Église, nous prendrions en votre nom la
+défense de ses droits, nous nous opposerions à des spoliations qui
+tendent à l'avenir; nous nous élèverions avec force contre des actes
+qui menacent le royaume des horreurs du schisme, et nous professerions
+hautement notre attachement inaltérable aux règles ecclésiastiques
+admises dans l'État, desquelles vous avez juré de maintenir
+l'observation.
+
+Nous protesterions pour les maximes fondamentales de la monarchie,
+dont il ne vous est pas permis, Sire, de vous départir, que la nation
+elle-même a déclarées inviolables, et qui seroient totalement
+renversées par les décrets qu'on vous présente, spécialement par ceux
+qui, en excluant le Roi de l'exercice du pouvoir législatif,
+abolissent la royauté même; par ceux qui en détruisent tous les
+soutiens, en supprimant les rangs intermédiaires; par ceux qui, en
+nivelant tous les états, anéantissent jusqu'au principe de
+l'obéissance; par ceux qui enlèvent au monarque les fonctions les plus
+essentielles du gouvernement monarchique, ou qui le rendent subordonné
+dans celles qu'ils lui laissent; par ceux enfin qui ont armé le
+peuple, qui ont annulé la force publique, et qui, en confondant tous
+les pouvoirs, ont introduit en France la tyrannie populaire.
+
+Nous protesterions pour tous les ordres de l'État, parce que,
+indépendamment de la suppression intolérable et impossible prononcée
+contre les deux premiers ordres, tous ont été lésés, vexés,
+dépouillés, et nous aurions à réclamer tout à la fois les droits du
+clergé, qui n'a voulu montrer une ferme et généreuse résistance que
+pour les intérêts du ciel et les fonctions du saint ministère; les
+droits de la noblesse, qui, plus sensible aux outrages faits au trône
+dont elle est l'appui qu'à la persécution qu'elle éprouve, sacrifie
+tout pour manifester par un zèle éclatant qu'aucun obstacle ne peut
+empêcher un chevalier françois de demeurer fidèle à son roi, à sa
+patrie, à son honneur; les droits de la magistrature qui regrette,
+beaucoup plus que la privation de son état, de se voir réduite à gémir
+en silence de l'abandon de la justice, de l'impunité des crimes et de
+la violation des lois dont elle est essentiellement dépositaire;
+enfin, des droits des possesseurs quelconques, puisqu'il n'est point
+en France de propriété qui ait été respectée, point de citoyens
+honnêtes qui n'aient souffert.
+
+Comment pourriez-vous, Sire, donner une approbation sincère et valide
+à la prétendue constitution qui a produit tant de maux!
+
+Dépositaire usufruitier du trône que vous avez hérité de vos aïeux,
+vous ne pouvez ni en aliéner les droits patrimoniaux, ni détruire la
+base constitutive sur laquelle il est assis.
+
+Défenseur-né de la religion de vos États, vous ne pouvez pas consentir
+à ce qui tend à sa ruine, et abandonner ses ministres à l'opprobre.
+
+Débiteur de la justice à vos sujets, vous ne pouvez pas renoncer à la
+fonction essentiellement royale de la leur faire rendre par les
+tribunaux légalement constitués et d'en surveiller vous-même
+l'administration.
+
+Protecteur des droits de tous les ordres et des possessions de tous
+les particuliers, vous ne pouvez pas les laisser violer et anéantir
+par la plus arbitraire des oppressions.
+
+Enfin, père de vos peuples, vous ne pouvez pas les livrer au désordre
+de l'anarchie.
+
+Si le crime qui vous obsède et la violence qui vous lie les mains ne
+vous permettent pas de remplir ces devoirs sacrés, ils n'en sont pas
+moins gravés dans votre coeur en traits ineffaçables, et nous
+accomplirons votre volonté réelle en suppléant, autant qu'il est en
+nous, à l'impuissance où vous êtes de l'exercer. Dussiez-vous même
+nous le défendre, et fussiez-vous forcé de vous dire libre en nous le
+défendant, ces défenses évidemment contraires à vos sentiments,
+puisqu'elles le seroient au premier de vos devoirs; ces défenses
+sorties du sein de votre captivité, qui ne cessera réellement que
+quand vos peuples seront rentrés dans le devoir et vos troupes sous
+votre obéissance; ces défenses qui ne pourroient avoir plus de valeur
+que tout ce que vous avez fait avant votre sortie et que vous avez
+désavoué ensuite; ces défenses enfin, qui seroient imprégnées de la
+même nullité que l'acte approbatif contre lequel nous serions obligés
+de protester, ne pourroient certainement pas nous faire trahir notre
+devoir, sacrifier vos intérêts et manquer à ce que la France auroit
+droit d'exiger de nous en pareille circonstance; nous obéirons, Sire,
+à vos véritables commandements, en résistant à des défenses
+extorquées, et nous serions sûrs de votre approbation en suivant les
+lois de l'honneur. Notre parfaite soumission vous est trop connue pour
+que jamais elle vous paroisse douteuse. Puissions-nous être bientôt au
+moment heureux où, rétabli en pleine liberté, vous nous verrez voler
+dans vos bras, y renouveler l'hommage de notre obéissance et en donner
+l'exemple à tous vos sujets.
+
+Nous sommes, Sire, notre frère et seigneur, de Votre Majesté
+
+ Les très-humbles et très-obéissants frères, serviteurs et sujets,
+
+ LOUIS-STANISLAS-XAVIER. CHARLES-PHILIPPE.
+
+ Au château de Schonburnstust, près Coblentz, le 10 septembre 1791.
+
+ * * * * *
+
+XV
+
+PROCLAMATION DU ROI
+
+A L'OCCASION DE LA JOURNÉE DU 20 JUIN 1792.
+
+Les Français n'auront pas appris sans douleur qu'une multitude égarée
+par quelques factieux est venue à main armée dans l'habitation du Roi,
+a traîné du canon jusque dans la salle des gardes, a enfoncé les
+portes de son appartement à coups de hache, et là, abusant
+audacieusement du nom de la nation, elle a tenté d'obtenir par la
+force la sanction que Sa Majesté a constitutionnellement refusée à
+deux décrets.
+
+Le Roi n'a opposé aux menaces et aux insultes des factieux que sa
+conscience et son amour pour le bien public.
+
+Le Roi ignore quel sera le terme où ils voudront s'arrêter; mais il a
+besoin de dire à la nation française que la violence, à quelque excès
+qu'on veuille la porter, ne lui arrachera jamais un consentement à
+tout ce qu'il trouvera contraire à l'intérêt public. Il expose sans
+regret sa tranquillité, sa sûreté; il sacrifie même sans peine la
+jouissance des droits qui appartiennent à tous les hommes, et que la
+loi devrait faire respecter chez lui, comme chez tous les citoyens;
+mais, comme représentant héréditaire de la nation française, il a des
+devoirs sacrés à remplir; et, s'il peut faire le sacrifice de son
+repos, il ne fera pas le sacrifice de ses devoirs.
+
+Si ceux qui veulent renverser la monarchie ont besoin d'un crime de
+plus, ils peuvent le commettre. Dans l'état de crise où elle se
+trouve, le Roi donnera jusqu'au dernier moment à toutes les autorités
+constituées l'exemple du courage et de la fermeté qui seuls peuvent
+sauver l'empire. En conséquence, il ordonne à tous les corps
+administratifs et municipaux de veiller à la sûreté des personnes et
+des propriétés.
+
+ _Signé:_ LOUIS.
+
+FIN.
+
+
+
+
+TABLE
+
+DU SECOND VOLUME.
+
+ LIVRE VIII. CAPTIVITÉ DE LA FAMILLE ROYALE AU TEMPLE (depuis le
+ 13 août 1792 jusqu'au 21 janvier 1793) 1
+
+ ---- IX. DEPUIS LA MORT DE LOUIS XVI JUSQU'À LA TRANSLATION DE
+ MARIE-ANTOINETTE À LA CONCIERGERIE (21 janvier--2 août 1793) 103
+
+ ---- X. DEPUIS LE DÉPART DE LA REINE JUSQU'À CELUI DE MADAME
+ ÉLISABETH.--INTERROGATOIRE DE CETTE PRINCESSE
+ (2 août 1793--9 mai 1794) 149
+
+ ---- XI. MEURTRE DE MADAME ÉLISABETH 191
+
+ APPENDICE.--DOCUMENTS CONCERNANT LES RECHERCHES QUI ONT ÉTÉ
+ FAITES POUR RETROUVER ET CONSTATER LES RESTES DE
+ MADAME ÉLISABETH 263
+
+ LETTRES DE MADAME ÉLISABETH 371
+
+ NOTES, DOCUMENTS ET PIÈCES JUSTIFICATIVES 477
+
+ I. Lettre écrite de Paris par M. Repiquet, fédéré d'Autun,
+ département de Saône-et-Loire, à M. Repiquet, son frère,
+ citoyen audit Autun, sur les événements du 10 août 477
+
+ II. Lettre du vicaire de Fontenay de Vincennes à Madame
+ Élisabeth 480
+
+ III. Aspect extérieur de la tour du Temple; personnel commis
+ à sa garde; dispositions prises pour la sûreté de cette
+ prison 481
+
+ IV. Mémoire de madame Marie-Antoinette 486
+
+ V. Mémoires des médicaments fournis au Temple pendant les
+ mois de _mai_, _juin_ et _juillet_ 1793 489
+
+ VI. Détails que M. de Loménie de Brienne, ancien ministre
+ de la guerre, n'a pu lire ni faire lire pour sa
+ justification 493
+
+ VII. Extrait du registre des dépôts au greffe du tribunal
+ révolutionnaire 496
+
+ VIII. Acte de décès de Marie Magnin, femme de Jacques Bosson 499
+
+ IX. Acte de décès de Jacques Bosson 500
+
+ X. Maison de Madame Élisabeth 500
+
+ I. Arrêté de Delacroix, affectant à la manufacture
+ d'une horlogerie automatique la maison dite Élisabeth,
+ l'orangerie et la vacherie qui en dépendent, et plaçant
+ cet établissement sous la direction des citoyens
+ Glaesner et Lemaire 500
+
+ II. Arrêté consulaire supprimant la manufacture
+ d'horlogerie de Versailles 503
+
+ III. L'aliénation de la maison Élisabeth est décidée 503
+
+ IV. Vente de la maison Élisabeth 504
+
+ XI.--I. Le 8 octobre 1793, triage, réserve et vente des
+ fleurs du jardin de Montreuil 509
+
+ II. Le 10 ventôse an II (28 février 1794), le commissaire
+ à la disposition des plantes fait son rapport 513
+
+ III. Le 14 ventôse an II (4 mars 1794), l'administration
+ décide que la location des potagers, orangerie et
+ jardins, ci-devant appartenant à Élisabeth Capet,
+ sera mise à l'enchère 515
+
+ IV. Le 25 frimaire an III (15 décembre 1794), le
+ directeur de l'agence nationale de l'enregistrement
+ et des domaines annonce qu'il résulte des informations
+ prises que les dégradations journalières commises dans
+ le jardin Élisabeth sont le fait du citoyen Leblanc,
+ locataire actuel du jardin, qui y laisse habituellement
+ pâturer ses vaches. Il invite l'agent national à intenter
+ au délinquant, s'il y a lieu, une action judiciaire 516
+
+ XII. Récit du Père Carrichon 517
+
+ XIII. Pièces diverses concernant Madame Élisabeth 527
+
+ I. Son acte de baptême 527
+
+ II. Sa nourrice 528
+
+ III. État des appointements de ses dames de compagnie 530
+
+ IV. État des meubles de son appartement au château de
+ Versailles 533
+
+ V. État de ses diamants et perles 547
+
+ VI. État des distributions d'étrennes 548
+
+ VII. Registre des pensions trouvé chez Madame Élisabeth 554
+
+ VIII. Appointements de ses dames de compagnie en 1790 557
+
+ IX. Détail des dépenses extraordinaires de la chambre de
+ Madame Élisabeth 558
+
+ X. Déménagement des meubles de la chambre de Madame
+ Élisabeth, qui ont été transportés au Garde-meuble,
+ rue Neuve-Notre-Dame, nº 9, par Jubin, valet de
+ chambre tapissier 561
+
+ XI. Liste des livres de Madame portés à Paris 565
+
+ XII. Livres retirés de la bibliothèque de Montreuil 569
+
+ XIII. Nouvelles publications 570
+
+ XIV. Mémoire des ouvrages faits et fournis pour S. A. R.
+ Madame Élisabeth de France par Bourbon 574
+
+DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON ÉLISABETH, SISE AU GRAND MONTREUIL.
+
+ I. Maison de Montreuil et son jardin; le produit pendant
+ l'année 1790 575
+
+ II. Consigne du suisse de garde pour le jardin et les
+ bosquets de la maison de Montreuil, donnée par M. Huvé 576
+
+ III. Autre consigne, donnée par le sieur Sulleau 576
+
+ IV. Ouvrages de la bibliothèque de Montreuil qui seraient
+ également bien placés dans celle de Paris 578
+
+ V. Apposition des scellés sur les portes de la maison
+ Élisabeth, 12 mars 1792 581
+
+ VI. 8 octobre 1792. Les individus autorisés à demeurer dans la
+ maison Élisabeth témoignent, par l'organe du citoyen Sulleau,
+ concierge garde-meuble de ladite maison, le désagrément et la
+ gène qu'ils éprouvent de l'apposition des scellés 582
+
+ VII. Les citoyens Boissy et Borel, avec l'autorisation de la
+ commune de Versailles, apposent les scellés sur toutes les
+ portes extérieures de la maison et du jardin Élisabeth,
+ malgré les représentations du sieur Sulleau 583
+
+ VIII. État de la vacherie au mois d'octobre 1792 584
+
+ IX. Heuber, suisse et gardien de la maison Élisabeth, et
+ Bonifacy, garde-bosquets, se plaignent des dégâts qui se
+ font journellement dans l'enclos 584
+
+ X. Réclamations de Noël Gauthier et de Jullien Gauthier
+ frères 585
+
+ XI. Règlement de l'apposition des scellés, noms des personnes
+ employées et autorisées à loger dans la maison Élisabeth 585
+
+ XII. Lettre du maire de Versailles autorisant l'ouverture de la
+ grande porte de la maison: ordre donné à ce sujet par le
+ directoire du district de Versailles 586
+
+ XIII. Heuber, gardien de la maison Élisabeth, n'ayant pas de pain
+ pour nourrir ses trois gros chiens, demande ce qu'il doit en
+ faire.
+
+ Avis du directeur de la régie nationale de l'enregistrement 587
+
+ XIV. Sept ouvriers jardiniers de la maison Élisabeth réclament
+ le payement de trente-six livres chacun, qu'ils recevaient
+ annuellement, à titre de gratification, de l'ordre de la
+ princesse.
+
+ Réponse du directoire du département 588
+
+ XV. Musset, Contant et Monjardet, commissaires de la Convention
+ nationale, du district de Versailles et de la municipalité
+ de ladite ville, visitent la maison Élisabeth, et en examinent
+ les appartements et les meubles 589
+
+ XVI. Le 9 nivôse an II, Lacolonge sollicite la place de jardinier
+ de la maison Élisabeth, laissée vacante par le décès de Coupry.
+ Cette demande est appuyée par le directeur de la régie
+ nationale 590
+
+ XVII. Le 7 ventôse an II (25 février 1794), les scellés sont levés
+ sur toutes les portes extérieures de la propriété 591
+
+ XVIII. Le citoyen Quadot, qui a servi sous le tyran Louis XV, et
+ qui est chargé de famille et sans ressource, réclame la faveur
+ d'être réintégré dans le logement qu'il occupait dans la maison
+ Élisabeth. Sa demande, appuyée par sa section, est couronnée
+ de succès 592
+
+ XIV. Lettre des Princes au Roi 594
+
+ XV. Proclamation du Roi à propos de la journée du 20
+ juin 1792 602
+
+
+PLACEMENT DES GRAVURES ET AUTOGRAPHES.
+
+ Portrait de Madame Élisabeth à vingt-neuf ans Au frontispice.
+
+ Acte d'accusation 204
+
+ Procès-verbal d'exécution de mort 230
+
+ Plan du cimetière de Monceaux 232
+
+ Plan de l'ancien cimetière de la Madeleine 251
+
+
+[Notes au lecteur de ce fichier numérique:
+
+--L'orthographe trouvée dans le livre a été conservée, mais certains
+accents ont été restaurés pour faciliter la lecture.
+
+--Les lettres supérieures inhabituelles sont entre parenthèses.
+
+--Le signe [V=] représente un V avec deux barres horizontales et Ø est
+un O barré horizontalement. Le signe [±] représente une croix.
+
+--Le signe utilisé comme signe monétaire dans ce fichier est différent de
+celui utilisé dans le livre [#].
+
+--Dans l'illustration "Procès-verbal d'exécution de mort", les mots
+entre parenthèses sont manuscrits.]
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of La Vie de Madame Élisabeth, soeur de
+Louis XVI (Volume 2 / 2), by Alcide de Beauchesne
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 42463 ***