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-The Project Gutenberg EBook of La Vie de Madame Élisabeth, soeur de Louis
-XVI (Volume 2 / 2), by Alcide de Beauchesne
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: La Vie de Madame Élisabeth, soeur de Louis XVI (Volume 2 / 2)
-
-Author: Alcide de Beauchesne
-
-Commentator: Monseigneur Dupanloup
-
-Illustrator: Morse et Emile Rousseau
-
-Release Date: April 3, 2013 [EBook #42463]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VIE DE MADAME ELISABETH, VOL 2 ***
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-Produced by Mireille Harmelin, wagner, Christine P. Travers
-and the Online Distributed Proofreading Team at
-http://www.pgdp.net (This book was created from images of
-public domain material made available by the University
-of Toronto Libraries
-(http://link.library.utoronto.ca/booksonline/).)
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-LA VIE
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-DE
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-MADAME ÉLISABETH
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-SOEUR DE LOUIS XVI
-
-Par M. A. de BEAUCHESNE
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-
-OUVRAGE
-
-ENRICHI DE DEUX PORTRAITS GRAVÉS EN TAILLE-DOUCE
-
-SOUS LA DIRECTION DE M. HENRIQUEL DUPONT
-
-PAR MORSE ET ÉMILE ROUSSEAU
-
-DE FAC-SIMILÉ, D'AUTOGRAPHES ET DE PLANS
-
-
-ET PRÉCÉDÉ D'UNE
-
-LETTRE DE Mgr DUPANLOUP
-
-ÉVÊQUE D'ORLÉANS.
-
-
-TOME SECOND
-
-
-PARIS
-
-HENRI PLON, IMPRIMEUR-ÉDITEUR
-
-RUE GARANCIÈRE, 10
-
-MDCCCLXIX
-
-_Tous droits réservés._
-
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-
-[Illustration: _Madame Élisabeth._]
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-
-MADAME ÉLISABETH.
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-LIVRE HUITIÈME.
-
-CAPTIVITÉ DE LA FAMILLE ROYALE AU TEMPLE.
-
-DEPUIS LE 13 AOÛT 1792 JUSQU'AU 21 JANVIER 1793.
-
- «Souvenez-vous de ceux qui sont dans les chaînes, comme si vous
- étiez vous-mêmes avec eux; et de ceux qui sont affligés, comme
- étant vous-mêmes dans un corps mortel.»
-
- _Épître de S. PAUL aux Hébreux_, chap. XIII, v. 3.
-
- Coup d'oeil rétrospectif sur le 10 août. -- Installation de la
- famille royale dans la petite tour du Temple; Madame Élisabeth a
- une cuisine pour demeure. -- Mademoiselle Pauline de Tourzel
- partage sa chambre. -- Dénûment de cette jeune fille; Madame
- Élisabeth lui donne une de ses robes, qui, n'allant point à sa
- taille, est refaite par la Reine, par Madame Élisabeth et par
- elle-même. -- Toutes les personnes qui ne sont pas membres de la
- famille royale sont emmenées à la Commune. -- De là la princesse
- de Lamballe, mesdames de Tourzel, les femmes de chambre de la
- Reine, d'Élisabeth et des enfants, sont conduites à la Force. --
- Emploi de la journée au Temple. -- Pénurie. -- Outrages. --
- Manière dont les nouvelles du dehors arrivent au Roi. -- Tison et
- sa femme, espions plus que serviteurs de la famille royale. --
- Hue surprend Élisabeth en prière. -- Prière de la princesse. --
- Suppression des maisons religieuses. -- Napoléon Bonaparte va
- réclamer sa soeur à la maison de Saint-Louis, à Saint-Cyr. --
- Difficultés qu'il éprouve: il réussit enfin. -- Manuel, au
- Temple, rassure Louis XVI sur la vie de M. Hue. -- Registre de la
- petite Force, écrou des prisonnières. -- Meurtre de madame de
- Lamballe. -- Sa tête portée au Temple. -- Témoignages de
- sympathie donnés à la famille royale, qui apprend que madame de
- Tourzel, la princesse de Tarente et la marquise de la Roche-Aymon
- ne sont pas mortes, mais en même temps que les prisonniers de la
- haute cour d'Orléans, et parmi eux le duc de Brissac et M. de
- Lessart, ont été massacrés à Versailles. -- Hue fait des
- démarches pour rentrer au Temple; sa visite à Chaumette. -- La
- Convention remplace l'Assemblée législative. -- La royauté
- abolie. -- Madame Élisabeth indique à Cléry la manière dont il
- doit formuler la demande des objets nécessaires à la famille
- royale. -- L'armoire de fer découverte. -- On enlève à la famille
- royale tout moyen d'écrire. -- Le Roi est séparé de sa famille.
- -- Cléry arrêté et conduit au Palais de justice; il rentre au
- Temple. -- La Reine et Madame Élisabeth installées dans la grande
- Tour. -- Description de leur nouvelle demeure. -- Point de
- changement dans les habitudes de la famille. -- Surveillance plus
- sévère. -- Le docteur Leclerc, officier municipal de service à la
- tour, ayant remis à la Reine un remède pour sa fille qui avait
- une dartre sur la joue, est censuré. -- Avanies. -- Élisabeth
- sans nouvelles de ses amies. -- Maladie du Roi, du Dauphin, de la
- Reine, de Madame Royale, de Madame Élisabeth. -- Cléry soigné par
- la famille royale. -- Dévouement d'Élisabeth. -- Nouvelle
- municipalité; le nombre des commissaires au Temple est doublé. --
- Surveillance rigoureuse. -- Madame Cléry apprend à son mari que
- le Roi sera jugé; Cléry l'apprend au Roi. -- _Louis Capet_. -- Le
- Roi devant la Convention. -- Paroles de Madame Élisabeth à
- Cléry. -- Moyen de s'entendre convenu entre eux. -- Le Roi
- choisit ses conseils. -- Commission de la Convention envoyée au
- Temple. -- Testament du Roi. -- Le Roi de nouveau devant la
- Convention. -- Sa défense. -- Le Roi déclaré coupable. -- Message
- à M. Edgeworth de Firmont. -- Condamnation du Roi. -- Appel à la
- nation.
-
-
-Entraînée par les événements de la révolution, dont on peut dire
-qu'ils courent plutôt qu'ils ne marchent, l'histoire se précipite au
-dénoûment comme le drame, en laissant derrière elle les agitations
-intellectuelles et morales, les intentions qui ne se sont pas
-traduites en faits, tous ces projets mort-nés, ces combinaisons
-avortées qui font cependant partie de l'histoire, car une époque vit
-par la pensée comme par l'action. Maintenant que le sinistre
-dénoûment, précurseur d'un dénoûment plus sinistre encore, est
-intervenu, et que la famille royale est captive au Temple, le moment
-est arrivé de jeter un regard rétrospectif sur les dernières étapes de
-la route que nous avons si rapidement parcourue, et d'éclaircir une
-question qui se présente à l'esprit du lecteur comme un douloureux
-problème. D'où vient que rien n'a été tenté pour prévenir la
-catastrophe du 10 août? Cette catastrophe, qui, pour nous, a un
-caractère fatal et inévitable, était-elle donc imprévue pour les
-hommes de ce temps-là? Ou bien n'y avait-il plus personne qui songeât
-à sauver la famille royale des périls qui la menaçaient, en mettant,
-s'il le fallait, sa vie pour enjeu dans cette redoutable partie?
-
-L'historien de Madame Élisabeth n'a pas le droit de laisser ces
-questions derrière lui sans chercher à les résoudre, d'autant plus que
-la soeur de Louis XVI, entraînée dans la catastrophe commune, se
-trouva naturellement mêlée aux préoccupations et aux agitations qui la
-précédèrent. Peu à peu le jour se fait non-seulement sur l'ensemble de
-la révolution, mais sur ses détails. Les Mémoires des principaux
-personnages mêlés à ses diverses scènes viennent successivement
-éclairer les points restés dans l'ombre. C'est ainsi que les Mémoires
-de Malouet, récemment publiés par son petit-fils, nous apportent des
-lumières nouvelles sur les questions que nous avons à coeur
-d'éclaircir.
-
-Après la journée du 20 juin 1792, le parti constitutionnel, effrayé à
-son tour de la rapidité avec laquelle la révolution se précipitait
-vers l'anarchie, songea à se rapprocher du Roi et à sauver en même
-temps la Constitution, oeuvre de la veille, et la monarchie
-traditionnelle, oeuvre des siècles. On n'a point oublié la démarche
-que fit le général la Fayette en quittant son armée pour venir
-protester à l'Assemblée contre les violences du 20 juin. Ce n'était là
-que la partie extérieure de sa démarche; lui et les constitutionnels
-auraient voulu faire plus[1]. Leur désir et leur projet étaient de
-décider le Roi à partir pour l'armée, en portant, s'il le fallait, une
-division du général la Fayette sur Compiègne pour favoriser le départ
-de la famille royale, que les gardes suisses et les bataillons les
-plus fidèles de la garde nationale auraient aidée à sortir de Paris,
-malgré l'Assemblée. Ce plan, déjà conçu dans le mois de mai 1792, fut
-repris avec plus d'insistance à la fin de juin; mais il échoua, et il
-devait échouer, parce qu'il y avait trop d'ombrages entre le Roi et
-les chefs du parti constitutionnel; le passé les séparait par des
-souvenirs qui devenaient à la fois des appréhensions et des rancunes.
-Au fond, ce qu'ils proposaient à Louis XVI, c'était de se confier
-d'une manière absolue à leur génie politique, à leur énergie, à leur
-fidélité, et de refaire avec le général la Fayette la seconde édition
-de ce voyage de Varennes qui avait manqué avec un homme bien autrement
-résolu, le comte de Bouillé. Or, le Roi, la Reine et Madame Élisabeth
-croyaient peu au génie politique des constitutionnels, moins encore à
-leur énergie dans l'action, et, si l'on en excepte quelques-uns, comme
-le loyal Malouet, auquel ils accordaient une confiance méritée, ils se
-méfiaient de leur fidélité. En outre, le souvenir du funeste dénoûment
-du voyage de Varennes planait comme une ombre néfaste sur l'esprit du
-Roi, et augmentait ses répugnances. Au moins, à l'époque de ce voyage,
-Louis XVI acceptait les chances périlleuses de la fuite pour aller
-régner; en juin ou en juillet 1792, il ne les eût acceptées que pour
-aller abdiquer[2] son pouvoir entre les mains des constitutionnels,
-parti en général honnête, mais peu pratique, qui ne lui présentait ni
-un homme de gouvernement ni un homme d'action.
-
-[Note 1: «M. la Fayette, qui jugeoit plus sainement alors l'état des
-choses qu'au commencement de la révolution, dit Malouet, étoit de
-bonne foi dans son désir de se consacrer au salut du Roi et de la
-Constitution, après avoir contribué à mettre l'un et l'autre fort en
-péril. Il étoit sûr de son armée et de celle de son collègue Luckner,
-si le Roi consentoit à se mettre à leur tête. Il étoit venu au mois de
-mai à Paris pour lui en faire la proposition, et comme il savoit que
-Sa Majesté avoit confiance en moi, il me fit demander un rendez-vous
-chez madame la princesse d'Hénin, où étoient madame de Poix et madame
-de Simiane.» (_Mémoires de Malouet_, publiés par son petit-fils, t.
-II, p. 143.)]
-
-[Note 2: «Il étoit bien entendu, dit Malouet, que l'adhésion du Roi à
-l'acte constitutionnel et à ceux qui le défendoient seroit franche et
-entière.» Plus loin il ajoute: «Quels que furent les voeux, les
-espérances de la famille royale, rien ne peut justifier l'imprudence
-du Roi de s'être isolé sans défense au milieu de ses ennemis, de
-n'avoir su ni voulu rallier à lui un parti national.»
-
-Malouet, malgré ses bonnes intentions, retombe ici dans la logomachie
-qui fit tant de mal à cette époque. Où était ce parti national?
-Savait-il ce qu'il voulait, ce qu'il faisait? Avant et après Varennes,
-n'avait-il pas traité le Roi en ennemi?]
-
-Voilà la première raison du refus qu'opposa Louis XVI aux propositions
-du parti constitutionnel et du général la Fayette dans le mois qui
-précéda le 10 août, et si Madame Élisabeth n'eut pas à se prononcer
-directement, il est vraisemblable qu'elle donna à la décision de son
-frère une pleine adhésion[3]. Personne moins que cette princesse
-n'avait de confiance dans les esprits chimériques du parti
-constitutionnel, et ne leur reconnaissait moins la puissance de faire
-remonter à la monarchie la pente au bas de laquelle ils avaient tant
-contribué à la précipiter. Il faut ajouter que la manière dont le
-général la Fayette avait été reçu à Paris, et la précipitation avec
-laquelle il avait été obligé de rejoindre son armée, n'étaient pas de
-nature à donner confiance dans sa force[4].
-
-[Note 3: C'est la conviction de l'honnête Malouet: «Croira-t-on,
-dit-il, que le Roi, qui avoit l'esprit juste; que la Reine, qui ne
-manquoit ni de lumière ni de courage; que Madame Élisabeth, qui en
-avoit beaucoup, se réduisissent volontairement, au milieu des plus
-grands dangers, à une complète inaction?»]
-
-[Note 4: La Reine écrivait le 4 juillet au comte de Mercy: «Vous
-connoissez déjà les événements du 20 juin, notre position devient tous
-les jours plus critique. Il n'y a que violence et rage d'un côté,
-foiblesse et inertie de l'autre. On ne peut compter ni sur la garde
-nationale ni sur l'armée; on ne sait s'il faut rester à Paris ou se
-jeter ailleurs.» La journée du 10 août donna tristement raison à la
-Reine pour la garde nationale; la nécessité où fut le général la
-Fayette de s'enfuir et d'émigrer après le 10 août lui donna tristement
-raison pour l'armée. Malouet dit lui-même: «Dans Paris, où la majorité
-constitutionnelle étoit encore plus nombreuse que dans l'Assemblée, ce
-fut la plus vile populace et les scélérats dont elle suivait
-l'impulsion qui se montrèrent les plus forts, et imprimèrent à tous
-les citoyens la terreur qui les a dominés pendant tout le cours de la
-révolution.» (Arneth, _Marie-Antoinette_, Joseph und Leopold, p.
-265.)]
-
-Le second motif qui empêcha le Roi et la famille royale d'accepter le
-plan des constitutionnels, au succès duquel ils ne croyaient pas,
-c'est qu'ils avaient des espérances ailleurs. Malouet indique quelles
-étaient ces espérances. D'abord, la Reine comptait sur une déclaration
-de tous les rois de l'Europe, provoquée par l'Empereur son frère, qui
-rendrait l'Assemblée et Paris responsables de la vie du Roi et de
-celle de sa famille. «Je ne doute pas, dit-il, que la sécurité et les
-espérances de la Reine et de Madame Élisabeth ne se rattachassent aux
-secours des puissances étrangères que le Roi n'a jamais provoqués
-qu'avec beaucoup de circonspection et en se flattant toujours
-d'écarter une guerre nationale.» Puis il ajoute en faisant ressortir
-les inconvénients de cette combinaison, dont les scrupules
-patriotiques du Roi diminuaient encore les chances de réussite:
-«Cette combinaison étoit aussi inconséquente que toutes les autres.
-Il n'y avoit rien de précis, rien de complet dans son plan; les
-pouvoirs secrets donnés au baron de Breteuil étoient éventuels, plus
-vagues qu'illimités; ils n'appeloient point les armées étrangères ni
-les corps d'émigrés rassemblés au dehors; ils tendoient à une
-médiation des alliés de la France.»
-
-Ces observations de Malouet sont justes, excepté dans leur application
-à Madame Élisabeth, qui ne compta jamais sur les secours du dehors;
-mais elles prouvent seulement combien la position du Roi et de sa
-famille était difficile. Quoi qu'il fît, il y avait de graves
-inconvénients à ce qu'il ferait, et la pluralité des moyens entre
-lesquels on hésitait était un inconvénient de plus, parce qu'elle
-divisait les forces et l'attention, et une preuve qu'il n'y avait pas
-de solution qui s'imposât, puisqu'on était ballotté d'expédient en
-expédient. Il y avait en effet, outre la combinaison constitutionnelle
-et la combinaison européenne, une troisième combinaison contre
-laquelle Malouet s'élève avec beaucoup de force: «Je dois le dire en
-le déplorant, s'écrie-t-il, une foule d'intrigants ou de gens
-officieux entouroient la famille royale; leur zèle aveugle, indiscret,
-sans moyens, créoit des espérances de contre-révolution, entretenoit
-au nom du Roi des rapports dangereux avec les plus furieux Jacobins,
-avec divers membres de l'Assemblée. Guadet, Vergniaud, Pétion,
-Santerre, étoient admis à cette correspondance. Nous ne fûmes
-instruits qu'au dernier moment de cette misérable intrigue, et nous
-sûmes par le Roi lui-même, quelques jours avant le 10 août, que Pétion
-et Santerre avoient promis d'empêcher l'insurrection moyennant sept
-cent cinquante mille livres, qui servirent à la payer.»
-
-Ces dernières et curieuses révélations achèvent de caractériser la
-position du Roi et de la famille royale au moment du 10 août, et font
-comprendre les hésitations prolongées de Louis XVI. Les empiriques
-accouraient; chacun avait sa panacée, comme il arrive pour les malades
-désespérés. Malheureusement, et c'est ce que Malouet n'a pu voir, n'a
-pas vu, les constitutionnels, qui n'avaient plus la majorité dans
-l'Assemblée et qui parlaient de faire sortir le Roi de Paris malgré
-elle et de l'entourer de l'armée, dont ils étaient peu sûrs, comme
-l'événement le prouva après le 10 août, n'étaient pas moins empiriques
-que les autres, et leurs moyens n'étaient pas moins aventureux. Une
-circonstance fortifia la répugnance presque insurmontable du Roi à
-quitter Paris. Les chefs du parti extrême, y compris le _vertueux_
-Pétion (Louis XVI l'avait éprouvé), n'étaient pas incorruptibles.
-Sachant que leurs âmes étaient vénales, il crut moins à leur
-fanatisme, et méprisa plus ces conducteurs de la populace qu'il ne les
-craignit[5]. Louis XVI ne calcula pas assez que ces despotes de la rue
-deviennent eux-mêmes les esclaves des passions qu'ils ont surexcitées:
-ils ne conduisent pas, ils marchent devant, parce qu'ils sont poussés.
-
-[Note 5: «Le Roi, dit Malouet, n'avoit pas contre les constitutionnels
-une aversion aussi prononcée que la Reine et Madame Élisabeth; mais il
-ne s'y fioit pas, et croyoit pouvoir éviter de s'en rapprocher. Le
-parti jacobin leur inspiroit plus de mépris que de crainte..... Ils
-supposoient les révolutionnaires plus corrompus que fanatiques. (Tome
-II, page 157.)]
-
-Ce fut ainsi qu'on traversa sans parti pris, parce qu'on en avait
-plusieurs à prendre, les suprêmes journées que la monarchie eut à
-parcourir avant d'aller se briser contre l'écueil qui devenait de plus
-en plus visible pour les yeux clairvoyants. De temps en temps et de
-distance en distance, la voix des vigies s'élevait pour avertir que le
-péril grandissait et qu'on approchait du moment fatal. Ce fut ainsi
-que madame de Staël prit une honorable initiative dont la postérité
-doit tenir compte à sa mémoire. «En 1792, dit Malouet, qui la
-connaissait et l'aimait depuis son enfance, elle en étoit, comme bien
-d'autres, aux regrets et au désir de réparer les torts qui pouvoient
-être reprochés à elle-même ou aux siens. Elle m'écrivit dans les
-premiers jours de juillet pour me prier de passer chez elle; je m'y
-rendis. Je la trouvai fort agitée des scènes horribles qui s'étoient
-passées et de celles qui se préparoient, car nous étions tous
-instruits du projet arrêté pour une insurrection générale contre la
-cour dans le commencement d'août. Après quelques réflexions
-douloureuses sur cet état de choses, madame de Staël me dit avec la
-chaleur qui lui est propre: «Le Roi et la Reine sont perdus, si l'on
-ne vient promptement à leur secours, et je m'offre pour les sauver;
-oui, moi qu'ils considèrent comme une ennemie, je risquerois ma vie
-pour leur salut, et je suis à peu près sûre d'y parvenir sans leur
-faire courir aucun risque ni à moi-même. Écoutez-moi; ils ont
-confiance en vous. Voici mon projet, qui peut s'exécuter dans trois
-semaines en commençant dans deux jours les préliminaires: il y a une
-terre à vendre près de Dieppe[6]; je l'achèterai; je mènerai à chaque
-voyage un homme sûr à moi, ayant à peu près la taille et la figure du
-Roi, une femme de l'âge et de la tournure de la Reine, et mon fils,
-qui est de l'âge du Dauphin. Vous savez de quelle faveur je jouis
-parmi les patriotes. Quand on m'aura vue voyager avec cette suite deux
-fois, il me sera facile d'amener une troisième fois la famille royale,
-car je puis fort bien voyager avec mes deux femmes, et Madame
-Élisabeth sera la seconde. Voyez si vous voulez vous charger de la
-proposition; il n'y a pas de temps à perdre; rendez-moi ce soir ou
-demain la réponse du Roi.»
-
-[Note 6: La terre de Lamotte, appartenant au duc d'Orléans, qui
-cherchait en effet à la vendre. Le parc s'étendait jusqu'au bord de la
-mer.]
-
-Après avoir raconté sa conversation avec madame de Staël, Malouet
-poursuit ainsi: «Le projet me parut excellent, autant que le sentiment
-qui l'avoit suggéré. J'allai sur-le-champ trouver M. de la Porte,
-intendant de la liste civile. En lui confiant ce que je venois
-d'entendre, je l'engageai à me mener par un escalier dérobé chez le
-Roi. Il s'y rendit seul pour m'annoncer, et j'attendois dans un
-cabinet qu'on vînt m'avertir; mais au bout d'une demi-heure, je le vis
-descendre fort triste. Le Roi et la Reine, craignant que j'insistasse
-sur la proposition de madame de Staël, ne demandaient point à me voir.
-M. de la Porte ne me conseilla point de monter; il me dit que le Roi
-et la Reine n'accepteroient jamais aucun service de madame de Staël;
-qu'ils me chargeoient cependant de lui dire qu'ils étoient
-très-sensibles à ce qu'elle vouloit faire pour eux; qu'ils ne
-l'oublieroient jamais; mais qu'ils avoient des raisons pour ne point
-quitter Paris; qu'ils en avoient aussi de ne pas s'y croire dans un
-danger imminent.
-
-»M. de la Porte me confia alors, sans aucun détail, qu'on étoit en
-négociation avec les principaux Jacobins; que, moyennant de l'argent,
-ils se chargeoient de contenir le faubourg Saint-Antoine.»
-
-Ce sont les objections plus haut exposées qui reviennent.
-Non-seulement le Roi et la Reine croyaient de leur dignité de ne pas
-devenir les obligés des personnes qui les avaient offensés, mais ils
-ne croyaient pas encore leur fortune descendue à un tel degré qu'ils
-n'eussent plus qu'à sauver leur vie en renonçant à cette couronne,
-héritage de leur fils. Fuir sur le bord de la mer, c'était bientôt
-émigrer, c'était abdiquer.
-
-Malouet en convient lui-même, comme on va le voir par la suite de son
-récit: «Je fis sentir à M. de la Porte, continue-t-il, combien il
-étoit fou, coupable même de compter sur de telles ressources; que les
-choses en étoient au point qu'il falloit s'assurer de moyens positifs
-de résistance et de salut; que la prépondérance des Jacobins à Paris,
-leurs projets, leur audace et la férocité de la populace
-révolutionnaire menaçoient évidemment la vie du Roi et de la famille
-royale; qu'il n'y avoit aucun moyen de leur échapper si on ne les
-prévenoit avant l'arrivée des Marseillais, que nous savions être
-mandés par le comité de la Commune. Je lui dis qu'au défaut du projet
-de madame de Staël, M. de Montmorin s'étoit assuré de M. de Liancourt,
-qui commandoit à Rouen et qui avoit quatre régiments à ses ordres;
-qu'il seroit facile de les porter à Pontoise, où les gardes suisses
-pouvoient conduire Leurs Majestés. Je n'eus pas de peine à convaincre
-l'honnête et bon de la Porte; nous convînmes que j'écrirois au Roi,
-dans le plus grand détail, tout ce que je pensois des dangers de sa
-position et des mesures à prendre pour en sortir. Il se chargea de lui
-remettre ma lettre; j'allai la concerter avec M. de Montmorin, et je
-n'y oubliai rien. Nous avions depuis le 21 juin arrangé avec
-l'ordonnateur de la marine du Havre, M. de Mistral, dévoué au Roi,
-l'armement d'un yacht qui auroit reçu la famille royale à Rouen, et
-l'eût portée d'abord au Havre, _et, à la dernière extrémité, en
-Angleterre_. Ma lettre étoit forte, pressante, très-détaillée sur les
-dangers qui menaçoient la famille royale et sur les moyens qui nous
-restoient. Je conjurois le Roi, par toutes les raisons qu'il est
-inutile de rappeler ici, de prendre un parti ferme et prompt, de nous
-laisser le soin de préparer son évasion, ainsi que la liberté d'agir
-auprès des royalistes réunis à Paris et des gardes nationales
-dévouées, telles que les bataillons des Filles Saint-Thomas et des
-Petits-Pères.»
-
-On éprouve une douloureuse curiosité de connaître la réponse du Roi à
-cette proposition. La voici; elle est remarquable, parce qu'elle
-indique en deux mots les deux objections capitales que soulève le plan
-de Malouet:
-
-«Ma lettre, continue celui-ci, fut remise au Roi par M. de la Porte
-après son dîner, dans le cabinet de la Reine, où il étoit avec la
-princesse et Madame Élisabeth. Le Roi la lut sans mot dire, sans la
-communiquer, et il se promenoit à grands pas dans la plus vive
-anxiété. La Reine lui demanda de qui étoit cette lettre. Sa Majesté
-répondit: «Elle est de M. Malouet; je ne vous la communique pas, parce
-qu'elle vous troubleroit. Il nous est dévoué, mais il y a de
-l'exagération dans ses inquiétudes et peu de sûreté dans ses moyens...
-Nous verrons; rien ne m'oblige encore à prendre un parti hasardeux.
-L'affaire de Varennes est une leçon.»
-
-Louis XVI se faisait illusion sur un seul point, c'était quand il
-taxait d'exagération les inquiétudes de Malouet sur la gravité de la
-situation. Quant au reste, il avait raison; c'était un parti bien
-hasardeux: il jouait dans une bataille presque inévitable sa couronne
-d'abord, sa vie et celle de sa famille ensuite, et avec combien peu de
-chances de son côté, combien peu de sûreté dans les moyens! Pour que
-ce plan réussît, il fallait supposer l'invraisemblable, presque
-l'impossible; d'abord que tous ces mouvements, faciles à combiner sur
-le papier, s'exécutassent avec la même facilité dans une ville où tous
-les esprits étaient en éveil, où toutes les passions fermentaient, où
-les comités populaires avaient une police qui surveillait le château,
-trahi par des serviteurs infidèles, où l'on soupçonnait des projets de
-fuite, même quand le Roi ne voulait pas fuir;--ensuite, que la garde
-nationale, qui fut si peu nombreuse au 10 août, quand le Roi avait
-pour lui la légalité, la municipalité, le département, et en apparence
-l'Assemblée, se montrât plus nombreuse, plus hardie, en présence d'une
-convocation illégale, en agissant contre la volonté de l'Assemblée en
-dehors de l'initiative de la municipalité et du département. Il
-fallait enfin que les quatre régiments de M. de Liancourt, travaillés
-par les progrès incessants de l'esprit révolutionnaire, fussent plus
-dévoués, plus solides, plus résolus que ne l'avaient été un an
-auparavant, lors de Varennes, les troupes de M. de Bouillé, qui
-avaient montré tant d'hésitation là où elles s'étaient trouvées en
-contact avec la population, parlons plus exactement, qui étaient
-entrées en défection. Disons tout d'un mot: il fallait que la
-résolution, l'initiative, la force, toutes les chances qui
-appartenaient aux révolutionnaires passassent tout d'un coup aux
-constitutionnels; que ceux-ci fissent tout ce qu'il y avait à faire,
-et que ceux-là n'empêchassent point ce qu'il leur était facile
-d'empêcher. Si le Roi se faisait des illusions sur la gravité de la
-situation, Malouet ne s'en faisait donc pas moins sur les chances de
-réussite de son plan et sur les moyens dont disposait le parti
-constitutionnel.
-
-Mais Louis XVI poussait-il la confiance, à la fin du mois de juillet,
-aussi loin que semble le supposer Malouet? La suite du récit de
-celui-ci, dans lequel Madame Élisabeth va paraître, prouve, ce semble,
-le contraire: «La Reine et Madame Élisabeth n'ayant rien répondu (au
-Roi), dit-il, cet état d'embarras et de silence détermina M. de la
-Porte à se retirer, et on le laissa partir sans lui faire une
-question, sans le charger d'une réponse. Lorsqu'il nous rendit à M. de
-Montmorin et à moi tout ce qui s'était passé, celui-ci s'écria: «Il
-faut en prendre son parti, nous serons tous massacrés, et cela ne sera
-pas long!»
-
-»Quelques heures après cette explication, à deux heures du matin, le
-baron de Gilliers arrive fort effrayé dans ma chambre; il avoit la
-confiance de Madame Élisabeth, qui l'envoya chercher à minuit et lui
-dit: «Nous ignorons, la Reine et moi, ce que M. Malouet a écrit au
-Roi; mais il est si troublé, si agité, que nous désirons avoir
-connoissance de cette lettre. Rendez-vous chez M. Malouet, et priez-le
-de ma part de vous la confier, s'il en a la minute, ou de m'en envoyer
-le contenu.» Je remis la minute de ma lettre à M. de Gilliers, qui la
-porta à Madame Élisabeth. Cette princesse, après l'avoir lue, lui dit:
-«Il a raison, je pense comme lui: je préférerois ce parti-là à tout
-autre; mais nous sommes engagés dans d'autres mesures: Dieu sait ce
-qui arrivera!»
-
-Ainsi, Madame Élisabeth, si hasardeux que fût le parti, si peu sûrs
-que fussent les moyens, aurait préféré cette sortie armée de Paris à
-toutes les autres combinaisons; mais elle se soumettait à la volonté
-de son frère, engagé dans d'autres mesures.
-
-Après avoir lu ces détails, il est impossible de ne pas trouver la
-conclusion de Malouet sévère jusqu'à la dureté, jusqu'à l'injustice:
-
-«Ce n'est pas seulement la foiblesse du Roi et son indécision, dit-il,
-qui l'ont perdu, c'est surtout une disposition malheureuse de son
-caractère qui le portoit à une demi-confiance pour tous ceux de ses
-serviteurs qu'il estimoit, mais jamais à une confiance entière pour
-aucun. Madame Élisabeth, qui avoit plus de fermeté et d'esprit que son
-frère, participoit à ce triste défaut, et, chose encore plus
-singulière, la Reine, qui ne manquoit ni d'esprit ni de décision,
-étoit sur ce point à l'unisson avec le Roi et sa belle-soeur. Chacun
-d'eux avoit ses demi-confidents, ses agents, ses négociateurs, qui ne
-pouvoient se concerter sur rien et devoient se contrarier souvent;
-mais ce qui est tout à fait inconcevable quand on connoît bien tout ce
-qu'il y avoit de raison, d'instruction et de bons sentiments dans ces
-augustes personnes, c'est qu'à aucune époque de la révolution elles
-n'aient demandé ni accepté un plan de conduite, et pas même un plan de
-défense dans le dernier moment du péril.»
-
-Ce que ne comprenait point le parti constitutionnel, alors encore
-infatué de ses lumières et convaincu, malgré tant de fautes, de son
-infaillibilité, la postérité le comprendra peut-être. L'esprit du Roi,
-de la Reine et de Madame Élisabeth était perplexe, parce que la
-situation était profondément complexe. Dans cette situation funeste
-et inextricable, où l'on respirait la démence avec l'air, il n'y avait
-pas de plan raisonnable; tous ceux qu'on présentait étaient
-déraisonnables par quelque endroit, celui des constitutionnels comme
-les autres, on l'a vu. Le Roi, la Reine et Madame Élisabeth
-n'accordaient leur confiance entière et complète à personne, parce que
-personne ne la méritait, je ne veux point dire au point de vue du
-coeur (il y avait des coeurs nobles et dévoués à cette époque), mais
-au point de vue de la supériorité transcendante et de la capacité
-politique. Ils hésitaient à l'embranchement de plusieurs chemins qui
-pouvaient les conduire à l'abîme, parce qu'ils ne voyaient pas
-clairement une route de salut, et, au fond, personne ne la voyait
-mieux qu'eux. Quand on leur disait: «Le salut est là», ils
-regardaient; mais ils ne marchaient pas, parce qu'ils n'apercevaient
-pas le salut au bout de la voie où l'on voulait les entraîner. Ils
-prêtaient l'oreille à tous les expédients, parce que personne ne leur
-apportait la solution du problème. Au fond, les fautes de tous les
-partis, les passions et les préventions contraires avaient créé une
-situation insoluble; et quand Malouet vient dire que, «dans la
-position où étoit Louis XVI, il devoit sans doute se confier avant
-tout à l'armée nationale, se mettre à la tête des François qui
-vouloient le défendre et qui pouvoient anéantir une faction
-criminelle», il prouve une fois de plus que les constitutionnels
-prenaient les phrases pour des faits. Où était, en août 1792, l'armée
-nationale à la tête de laquelle le Roi pouvait se mettre? les
-Français, je parle des Français réunis, organisés, qui voulaient le
-défendre et qui étaient capables d'anéantir la faction des Jacobins?
-La journée du 10 août a répondu, la journée du 10 août qui ne fut pas,
-comme Malouet semble le croire, le résultat des tergiversations, des
-hésitations de la famille royale, mais la suite fatale d'une
-progression révolutionnaire dont le premier terme s'appelle les 5 et
-6 octobre, le second le 20 juin, le troisième le 10 août, qui mènera
-au 21 janvier. N'importe, on aime à savoir qu'il y avait à l'approche
-de cette terrible épreuve des coeurs généreux qui s'inquiétaient du
-sort réservé à la famille royale; qui, voyant venir la marée
-révolutionnaire destinée à l'emporter, s'agitaient pour trouver des
-digues, et qui briguaient la permission d'opposer leur poitrine au
-péril. Malouet, et ce sera l'honneur de sa vie, fut un de ces hommes.
-Il a raconté comment, jusqu'au dernier moment, dans la petite réunion
-qui avait lieu chez M. de Montmorin, on s'occupa de plans pour sauver
-la famille royale. «M. de Lally, dit-il, se trouvoit fréquemment de
-nos réunions chez M. de Montmorin, avec MM. de Malesherbes,
-Clermont-Tonnerre, Bertrand, la Tour-du-Pin et Gouverneur-Morris,
-envoyé des États-Unis, pour qui le Roi avait du goût, et qui donnait à
-Sa Majesté, mais aussi inutilement que nous, les conseils les plus
-vigoureux. C'est le 7 août que, pour la dernière fois, nous dînâmes
-ensemble. Au moment de nous séparer, nous nous fîmes tous un dernier
-adieu. Notre conférence avait pour objet de tenter un nouvel effort
-pour faire enlever par les Suisses la famille royale et la conduire à
-Pontoise. Avertis fort en détail de tous les préparatifs du 10 août,
-nous étions assemblés dès le matin chez M. de Montmorin. Il avoit
-écrit au Roi pour lui en faire part, et lui dire qu'il n'y avoit plus
-à reculer; que nous nous trouverions le lendemain avant le jour, au
-nombre de soixante-dix, aux grandes écuries, où l'ordre devoit être
-donné de nous livrer des chevaux de selle; que la garde nationale des
-Tuileries, commandée par Aclocque, aideroit à notre expédition; que
-quatre des compagnies des gardes suisses partiroient à la même heure
-de Courbevoie pour venir à la rencontre du Roi; que nous
-l'escorterions aux Champs-Élysées, où il monteroit en voiture avec sa
-famille. Le porteur de la lettre étant revenu sans réponse, M. de
-Montmorin se rendit sur-le-champ chez le Roi; Madame Élisabeth lui
-apprit que l'insurrection n'auroit point lieu; que Santerre et Pétion
-s'y étoient engagés; qu'ils avoient reçu sept cent cinquante mille
-livres pour l'empêcher et ramener les Marseillais dans le parti de Sa
-Majesté. Le Roi n'en étoit pas moins inquiet, agité, mais décidé à ne
-pas quitter Paris..... Il aimoit mieux s'exposer à tous les dangers
-que de commencer la guerre civile.»
-
-Ce furent les dernières paroles du Roi. Il ne voulait pas commencer la
-guerre civile; il ne voulait point quitter Paris, parce que, il le
-sentait bien: quitter Paris, c'était quitter la France. On a admiré à
-juste titre la trivialité patriotique d'un fougueux révolutionnaire
-répliquant à qui lui conseillait de fuir: «Est-ce qu'on emporte sa
-patrie à la semelle de ses souliers?» Mais si les souliers de Danton
-tenaient à la terre de France, Louis XVI, le descendant de tant de
-rois français, y tenait par toutes les fibres de son coeur. Ainsi, le
-10 août devait s'accomplir; il s'était accompli: Louis XVI et sa
-famille étaient au Temple.
-
-Avant de suivre la famille royale dans son triste séjour, arrêtons un
-moment nos regards sur les triomphateurs du 10 août. Le cynisme
-jacobin, qui devait plus tard envahir l'histoire et faire longtemps
-illusion à la postérité, débordait dans les écrits et dans les
-correspondances de ceux qui avaient pris une part plus ou moins
-directe à cette journée. Elle acquérait dans leur imagination
-échauffée les proportions d'une grande bataille, et les grotesques
-Tyrtées du 10 août chantaient, aux dépens de la vérité et de
-l'orthographe[7], cette victoire que la longanimité de Louis XVI et sa
-résolution inébranlable de ne pas faire couler le sang français
-avaient rendue si facile.
-
-[Note 7: Voir à la fin du volume aux pièces justificatives, nº I.]
-
-La petite tour du Temple, que la révolution assignait pour demeure à
-la famille royale, formait un carré long flanqué de deux tourelles et
-adossé à la grande tour, sans communication intérieure.
-
-La porte d'entrée, précédée de quatre marches extérieures, était
-étroite et basse, donnant sur un palier, au fond duquel s'ouvrait
-l'escalier, taillé en coquille de limaçon. Cette porte, reconnue trop
-frêle, fut raffermie par de fortes traverses et des verrous apportés
-des prisons du Châtelet. A gauche, en entrant, était la loge de deux
-portiers, Risbey et Rocher. Le rez-de-chaussée n'avait que deux
-pièces: une cuisine, dont on ne fit aucun usage, et une grande chambre
-qui servait d'entrepôt aux archives. Le premier se composait d'une
-antichambre et d'une salle à manger communiquant à un cabinet pris
-dans la tourelle, où se trouvait une bibliothèque. Mesdames Thibaud,
-Basire et Navarre couchèrent dans cette salle pendant les sept jours
-qu'elles restèrent dans cette maison d'arrêt.
-
-Au second étage, on entrait dans une antichambre fort sombre, où
-couchait la princesse de Lamballe. A gauche, la Reine occupait avec sa
-fille une chambre dont la fenêtre avait jour sur le jardin; dans cette
-chambre, moins triste que les autres, la famille royale passait
-habituellement presque toute la journée. A droite, dans une même
-chambre, couchaient le jeune prince, madame de Tourzel et madame
-Saint-Brice. On était obligé de traverser cette pièce pour entrer dans
-le cabinet de la tourelle, qui servait de garde-robe à tout ce corps
-de bâtiment, et qui était commun aux municipaux et aux soldats, aussi
-bien qu'à la famille royale.
-
-La distribution du troisième étage était la même que celle du second.
-L'antichambre placée au-dessus de la chambre de madame de Lamballe
-servait de corps de garde. En face, derrière une cloison, se trouvait
-un réduit étroit n'ayant de jour que par un châssis à vitrage adapté
-au toit. Ce fut là que s'établirent Hue et Chamilly. A droite de
-l'antichambre on entrait dans la chambre du Roi, éclairée par deux
-fenêtres dont l'une donnait sur la rotonde du Temple; le lit de Louis
-XVI était placé dans une alcôve à droite en entrant. La petite pièce
-de la tourelle lui servait de cabinet de lecture.
-
-Vis-à-vis de la chambre du Roi, et de l'autre côté de l'antichambre,
-était une ancienne cuisine qui contenait encore les ustensiles
-appropriés à sa première destination, dénoncée en outre par l'affreuse
-malpropreté qui y régnait. On devine que ce fut là le logement de
-Madame Élisabeth, car la plus mauvaise place était toujours la sienne.
-«Cette princesse, qui joignoit, raconte madame de Tourzel, à une vertu
-d'ange une bonté sans pareille, dit sur-le-champ à Pauline qu'elle
-vouloit se charger d'elle, et fit placer dans sa chambre un lit de
-sangle à côté du sien. Nous ne pourrons jamais oublier toutes les
-marques de bonté qu'elle en reçut pendant le temps qu'il nous fut
-permis d'habiter avec elle ce triste séjour.» Madame Élisabeth était
-clairvoyante dans ses affections, et si elle aimait particulièrement
-cette jeune et intéressante personne, c'est qu'elle avait entrevu tout
-ce qu'il y avait de force et de courage dans cette jeune âme.
-
-Afin de donner au lecteur une idée plus précise et plus détaillée de
-ce local, nous mettons sous ses yeux le plan du troisième étage de la
-petite tour, avec la description de son mobilier.
-
-[Illustration: PETITE TOUR.--TROISIÈME ÉTAGE.--_LE ROI_ et _MADAME
-ÉLISABETH_.
-
- A. Antichambre.
- B. Chambre et lit de MM. Hue et Chamilly.
- C. Chambre du Roi.
- 1. Lit du Roi à deux dossiers, avec ciel de lit de camelot
- rouge et jaune.
- 2. Commode en marqueterie, à dessus de marbre blanc.
- 3. Grand canapé de velours cramoisi.
- 4. Grande table à manger.
- 5. Un buffet à quatre ventaux.
- 6. Un guéridon avec dessus de marbre blanc.
- Quatre fauteuils de velours d'Utrecht cramoisi.
- Six chaises de paille.
- D. Cabinet de lecture du Roi, avec banquettes circulaires
- de taffetas lilas, en draperie avec franges et glands.
- E. Cabinet de toilette.
- 7. Armoire remplie d'estampes.
- F. Ancienne cuisine, chambre de Madame Élisabeth.
- 8. Lit de Madame Élisabeth.
- 9. Lit de mademoiselle Pauline de Tourzel.
- 10. Table.
- 11. Un cabriolet de coton rouge, lilas et blanc.
- Trois chaises.
- G. Corps de garde.]
-
-Arrivés au Temple dans la soirée du lundi 13 août (et non du 14 comme
-l'ont écrit M. Hue et quelques autres), puis introduits de nuit dans
-la tour, les prisonniers ne purent prendre que le lendemain matin une
-connaissance exacte de la distribution de leur nouvelle demeure. Ils
-apprirent que, d'après les ordres du conseil de la Commune[8], des
-travaux considérables allaient être entrepris pour isoler et
-fortifier leur prison. Dans la journée même, le patriote Palloy,
-accompagné de Sautot, son collègue, et de MM. Poyet et Paris,
-architecte et inspecteur des travaux de la Commune, vint examiner les
-localités. Déjà célèbre pour avoir démoli la Bastille, cette citadelle
-de la tyrannie, ce maçon ambitieux avait brigué la gloire de
-construire la prison du tyran. L'enclos fut livré à ses ouvriers. Les
-bâtiments qui attenaient au massif de la tour, les arbres qui
-l'avoisinaient le plus, disparurent sous la pioche et sous la hache.
-On masqua des fenêtres, on exhaussa les murs d'enceinte, on créa des
-guichets et des corps de garde; des travaux de tout genre entraînèrent
-des dépenses considérables[9].
-
-[Note 8: Séance du 13 août 1792.]
-
-[Note 9: Voir à ce sujet les registres de la Commune et les Archives
-de l'Empire.]
-
-Presque tous les captifs étaient arrivés au Temple dans un dénûment
-absolu. «Tous nos effets, raconte mademoiselle Pauline de Tourzel,
-avoient été pillés dans notre appartement des Tuileries, et je ne
-possédois que la robe que j'avois sur le corps lors de ma sortie du
-château. Madame Élisabeth, à qui l'on venoit d'en envoyer
-quelques-unes, m'en donna une des siennes. Comme elle ne pouvoit aller
-à ma taille, nous nous occupâmes à la découdre pour la refaire. Tous
-les jours, la Reine, Madame et Madame Élisabeth avoient l'extrême
-bonté d'y travailler; mais nous ne pûmes la finir avant de les
-quitter.» Cette privation du nécessaire obligeait les détenus d'avoir
-avec le dehors, tantôt pour un objet, tantôt pour un autre, des
-relations gênées par mille entraves et devenues bientôt suspectes. Les
-personnes honorées du privilége de suivre la famille royale dans le
-malheur furent dénoncées à la Commune, et celle-ci, dans sa séance du
-17 août, ordonna leur enlèvement de la tour. Manuel, touché du chagrin
-que cette mesure causait à la famille royale, essaya vainement de
-faire revenir le conseil général sur son arrêté.
-
-Dans la nuit du 19 au 20 se présentèrent au Temple deux officiers
-municipaux chargés d'emmener _toutes les personnes qui n'étaient pas
-membres de la famille Capet_. «Vers minuit, dit encore mademoiselle
-Pauline, nous entendîmes frapper à la porte de notre chambre. Madame
-Élisabeth se leva sur-le-champ, m'aida même à m'habiller, m'embrassa
-et me conduisit chez la Reine. Nous trouvâmes tout le monde sur
-pied.» La Reine prétendit que madame de Lamballe étant sa parente,
-l'arrêté de la Commune ne pouvait la concerner, mais tous ses efforts
-pour l'empêcher de partir furent inutiles. «Il n'y avoit qu'à obéir
-dans la position où nous étions, dit madame de Tourzel. Je remis entre
-les mains de la Reine ce cher petit Prince, dont on porta le lit dans
-sa chambre sans qu'il se fût réveillé. Je m'abstins de le regarder,
-afin de ne pas ébranler le courage dont nous allions avoir tant
-besoin, pour ne donner aucune prise sur nous, et revenir reprendre,
-s'il étoit possible, une place que nous quittions avec tant de regret.
-La Reine vint sur-le-champ dans la chambre de madame la princesse de
-Lamballe, dont elle se sépara avec une vive douleur. Elle nous
-témoigna, à Pauline et à moi, la sensibilité la plus touchante, et me
-dit tout bas: «Si nous ne sommes pas assez heureux pour vous revoir,
-soignez bien madame de Lamballe. Dans toutes les occasions
-essentielles prenez la parole, et évitez-lui autant que possible
-d'avoir à répondre à des questions captieuses et embarrassantes.»
-Madame étoit tout interdite et bien effrayée de nous voir emmener.
-Madame Élisabeth arriva de son côté, et se joignit à la Reine pour
-nous encourager. Nous embrassâmes pour la dernière fois ces augustes
-princesses, et nous nous arrachâmes, la mort dans l'âme, d'un lieu qui
-nous rendoit si chère la pensée de pouvoir leur être de quelque
-consolation....
-
-»Nous traversâmes les souterrains à la lueur des flambeaux; trois
-fiacres nous attendoient dans la cour. Madame la princesse de
-Lamballe, ma fille Pauline et moi, montâmes dans le premier, les
-femmes de la famille royale dans le second, et MM. de Chamilly et Hue
-dans le troisième. Un municipal étoit dans chaque voiture, qui étoit
-escortée par des gendarmes et entourée de flambeaux. Rien ne
-ressembloit plus à une pompe funèbre que notre translation du Temple
-à l'hôtel de ville.»
-
-Toutes les personnes entraînées ainsi à la barre de la Commune
-espéraient revenir au Temple après leur interrogatoire, les municipaux
-qui les conduisaient semblaient leur en donner l'assurance; mais il
-n'y eut que M. Hue qui, dans la journée du 20 août, fut réintégré à la
-tour. A six heures de l'après-midi, Manuel se présenta; il dit à Louis
-XVI que non-seulement il avait échoué dans ses démarches, mais qu'il
-avait le regret de lui annoncer que madame de Lamballe, madame et
-mademoiselle de Tourzel, Chamilly et les femmes de chambre, avaient
-été conduits à l'hôtel de la Force. Madame Élisabeth se mit aussitôt à
-préparer pour les nouvelles prisonnières de La Force les choses qui
-leur étaient le plus nécessaires; la Reine voulut l'aider, et Manuel
-s'étonna de voir ces deux princesses faire des paquets de linge avec
-une simplicité touchante et un cordial empressement.
-
-Les pénibles nouvelles apportées par le procureur de la Commune
-interdisant tout espoir de revoir au Temple madame de Lamballe et
-mesdames de Tourzel, Madame Élisabeth quitta son logement du troisième
-étage et descendit s'établir dans la chambre déserte du Dauphin. Le
-lit de Marie-Thérèse, qui jusque-là avait passé les nuits près de sa
-mère, fut transporté dans la chambre de sa tante. De ce jour-là la vie
-de la famille royale prit une sorte d'uniformité.
-
-A six heures, Madame Élisabeth se levait; sa nièce ne tardait pas à
-suivre son exemple, et bien qu'elles s'aidassent mutuellement dans le
-soin de leur toilette, Madame Élisabeth apprenait à la jeune fille à se
-passer des mains d'autrui. Dès qu'elles entendaient les pas de M. Hue,
-qui, ayant fait la chambre du Roi, descendait vers huit heures pour
-disposer celle de la Reine, elles ouvraient leur verrou; la Reine, de
-son côté, en faisait autant, et voyait entrer chez elle avec M. Hue les
-commissaires constitués à la garde du Temple par la Commune. Ces
-officiers municipaux passaient la journée dans la chambre même de
-Marie-Antoinette et la nuit dans la pièce précédente, qui séparait cette
-chambre du logement de Madame Élisabeth. A neuf heures, celle-ci suivait
-la Reine et les enfants chez le Roi pour le déjeuner. Après les avoir
-servis, Hue redescendait pour faire les chambres de la Reine et des
-princesses. A dix heures, la famille se réunissait chez la Reine et y
-passait la journée. Louis XVI donnait à son fils des leçons de langue
-française, de langue latine, de géographie et d'histoire;
-Marie-Antoinette s'occupait de l'éducation de sa fille, et Madame
-Élisabeth lui enseignait le calcul et le dessin. Vers une heure, si le
-temps était beau, et quand Santerre était présent, la famille royale,
-accompagnée de quatre officiers municipaux, descendait au jardin;
-pendant la promenade, les enfants jouaient habituellement au palet ou au
-ballon, faible distraction à laquelle assez souvent mettait obstacle
-l'incertitude du temps ou l'absence du chef de la milice nationale. A
-deux heures, on remontait chez le Roi; on dînait; on descendait ensuite
-chez la Reine. C'était le moment de la récréation. Les jeux des enfants
-faisaient luire un rayon de gaieté sur l'horizon de la famille.
-Très-souvent aussi, à cette heure, Madame Élisabeth proposait à son
-frère une partie de piquet ou de tric-trac, afin de l'arracher à ses
-lectures et à son travail, auxquels il était toujours pressé de
-retourner. A sept heures, toute la famille prenait place autour d'une
-table, pour écouter la lecture que faisaient alternativement la Reine et
-Madame Élisabeth d'un livre d'histoire ou de quelque ouvrage choisi pour
-instruire la jeunesse en l'amusant. Il n'était pas rare que des
-rapprochements imprévus avec leur situation vinssent réveiller des
-sentiments pénibles. Ces applications se renouvelèrent souvent à la
-lecture de _Cécilia_ (de mistress d'Arblay). A huit heures, M. Hue
-dressait le souper du Dauphin dans la chambre de Madame Élisabeth; la
-Reine venait y présider, et le reste de la famille suivait. Louis XVI
-lui-même, pour égayer un instant cette dernière heure de la journée, se
-plaisait parfois à proposer des énigmes empruntées à quelques vieux
-_Mercure de France_ qu'il avait trouvés dans la bibliothèque de la tour.
-L'intelligence des enfants surprenait souvent le mot caché, et le sombre
-intérieur s'éclaircissait un instant à leur radieux sourire. Le petit
-Prince faisait ensuite sa prière, et Hue le couchait. La Reine et Madame
-Élisabeth restaient tour à tour auprès de lui. Après avoir servi le
-souper de la famille, Hue portait à manger à celle des deux princesses
-qui était de garde. Louis XVI, en sortant de table, revenait auprès de
-son fils; après quelques moments, il serrait à la dérobée la main de sa
-femme et de sa soeur, leur adressait un muet adieu, recevait les
-caresses de ses enfants, et remontait dans sa chambre. Marie-Antoinette
-et Madame Élisabeth, demeurées ensemble, prenaient pendant quelques
-instants leur ouvrage de tapisserie ou profitaient de l'heure où le Roi
-et les deux enfants reposaient pour réparer les habits de la famille.
-Madame Royale se couchait, et, comme son frère, elle ne tardait pas à
-s'endormir; alors, après un tendre bonsoir, les deux soeurs se
-quittaient pour se reposer. L'un des deux municipaux de service restait
-dans la pièce qui séparait leurs chambres, l'autre avait suivi le Roi.
-Ces commissaires étaient relevés à onze heures du matin, à cinq heures
-du soir et à minuit. Louis attendait pour se coucher que le nouveau
-commissaire fût arrivé, et s'il ne l'avait point encore vu, il priait
-Hue de lui demander son nom; puis la nuit enveloppait le vieux donjon du
-Temple, et le sommeil des prisonniers était souvent aussi paisible que
-leur conscience. Je me trompe: quelquefois, pendant une grande partie de
-la nuit, une femme y veillait en cachette, et à l'insu de tous, excepté
-de Hue, son complice obligé, raccommodait à la lueur d'une bougie le
-seul vêtement que possédaient le Roi et le Dauphin, et que le fidèle
-serviteur lui avait apporté à minuit. Plus d'une fois les commissaires
-de la Commune fouillèrent un vêtement qui sortait à six heures du matin
-de la chambre de Madame Élisabeth.
-
-Cette pénurie n'était pas le seul tourment de la famille royale: des
-vexations et des outrages de tout genre s'y mêlaient. Madame Élisabeth
-ne pouvait voir sans indignation que le Roi et la Reine ne
-descendaient plus au jardin sans être insultés. C'étaient d'abord
-Rocher et Risbey qui, la pipe à la bouche, les regardaient passer au
-guichet entre deux bouffées de fumée.
-
-C'étaient ensuite les gardes du service extérieur, qui, placés au bas
-de la tour, affectaient de se couvrir et de s'asseoir quand ils
-passaient, puis de se lever et de se découvrir quand ils étaient
-passés. La multitude d'ouvriers employés dans l'enceinte du Temple à
-la démolition des maisons et aux constructions des nouveaux murs ne
-permettait de donner pour promenade aux prisonniers qu'une partie de
-l'allée des marronniers. Le petit Prince y trouvait un peu d'exercice;
-mais le prix auquel ce précieux avantage était acheté pour lui par ses
-parents remplissait de larmes le coeur de Madame Élisabeth.
-
-Louis XVI, malgré ses demandes réitérées, n'avait pu obtenir la
-lecture des journaux. Un moyen fut tenté pour suppléer à leur absence.
-Le soir, des colporteurs venaient crier aux abords du Temple le
-sommaire des articles intéressants que contenaient les gazettes qu'ils
-vendaient. Au premier cri qu'il entendait, M. Hue montait dans la
-tourelle; là, se hissant à la hauteur d'une fenêtre aux deux tiers
-bouchée, il s'y cramponnait jusqu'à ce qu'il eût saisi le sens des
-principales nouvelles. Il descendait alors dans l'antichambre de la
-Reine; Madame Élisabeth au même instant passait dans sa chambre; Hue
-l'y suivait sous un prétexte quelconque et lui communiquait ce qu'il
-venait d'apprendre. Rentrée dans la chambre de Marie-Antoinette,
-Madame Élisabeth se plaçait au balcon de la seule fenêtre du Temple
-qui n'avait pas été condamnée dans la majeure partie de son ouverture;
-le Roi, sans que les commissaires en prissent ombrage, allait à cette
-fenêtre comme pour respirer; sa soeur lui transmettait ce que son
-valet de chambre lui avait dit, et c'est ainsi que l'héritier de Louis
-XIV, à force de combinaisons et de subterfuges, parvenait à connaître
-une parcelle des événements qui agitaient son empire. C'est par cette
-voie qu'il fut instruit de la mort de M. de Laporte, intendant de la
-liste civile[10], et de celle de M. Durosoi, rédacteur de _la Gazette
-de Paris_[11]. Disons aussi que parmi ces colporteurs de tristes
-nouvelles se glissaient parfois des crieurs affidés envoyés par
-quelques amis ignorés. Louis XVI entendit un jour chanter dans la rue
-cet air fort connu alors: «Henri, bon Henri, ton fils est prisonnier
-dans Paris»; et Madame Élisabeth ne put imputer qu'à une amitié du
-dehors l'air du _Pauvre Jacques_ que des joueurs de vielle firent plus
-d'une fois arriver à son oreille. Ce chant mélancolique, reflet d'un
-affectueux souvenir, faisait battre son coeur; mais les sons
-s'éteignaient bientôt et s'évanouissaient plus fugitifs que l'émotion
-qu'ils avaient fait naître.
-
-[Note 10: On avait pendu Favras sur la place de Grève, on y avait
-amené les restes palpitants de Flesselles et de de Launay: mais la
-révolution ne voulut pas que le palais du peuple fût souillé du sang
-de ses ennemis. Elle reporta ce spectacle devant le palais des rois.
-Le 24 août, M. de Laporte fut décapité sur la grande place du
-Carrousel, vis-à-vis du château des Tuileries. Il était âgé de
-quarante-neuf ans. C'était lui qui, le 22 juin 1791, avait remis à
-l'Assemblée nationale la déclaration que Louis XVI avait écrite avant
-de partir pour Varennes. Il avait entendu sa condamnation sans
-trouble; il monta sur l'échafaud avec dignité. Là, se tournant vers le
-peuple, il dit avec douceur: «Citoyens, soyez sûrs que je meurs
-innocent; car je ne puis regarder comme un crime ma fidélité à mon
-Roi: puisse mon sang, que vous désirez, vous donner plus de bonheur et
-rendre la paix à ma patrie!»]
-
-[Note 11: Marchant à la mort le 25 août, fête de saint Louis, Durosoi
-s'écria: «Il est beau pour un royaliste comme moi de mourir le jour de
-saint Louis.»]
-
-Le Roi voyant avec regret que le service à la Tour roulait entièrement
-sur M. Hue, et craignant que ses forces cessassent de répondre à son
-dévouement, fit demander au conseil de la Commune d'envoyer au Temple
-un homme propre aux ouvrages de peine. La Commune nomma pour ce
-service un ancien commis aux barrières appelé Tison, homme d'un
-naturel méfiant et dur, imbu, comme la plupart des gens de sa classe,
-de préventions contre la famille royale. Cet homme vint donc habiter
-le Temple avec sa femme, qui paraissait d'un caractère doux et
-compatissant. Il n'était point facile de se tromper longtemps sur la
-nature des services demandés à leur zèle: Madame Élisabeth s'aperçut
-bientôt que c'étaient moins des domestiques que des espions qu'on
-avait introduits dans la tour. Cependant M. Hue s'arrangea de leur
-concours, et n'eut qu'à se louer de leur zèle pendant le peu de temps
-qu'il demeura encore au Temple.
-
-Quelques jours après leur installation, Cléry, valet de chambre
-attaché au Dauphin depuis son enfance, demanda au maire de Paris à
-continuer son service auprès de ce jeune Prince. Pétion accéda à ce
-voeu, et le 26 août, un officier municipal amena Cléry au Temple.
-«Vous servirez mon fils, lui dit la Reine, et vous vous concerterez
-avec M. Hue pour ce qui nous regarde.»
-
-Le nouveau serviteur se conforma à ce programme. Pendant tout le temps
-que M. Hue demeura au Temple, Cléry, presque uniquement occupé du
-Prince royal, n'eut d'autre service auprès du Roi que le soin de le
-coiffer le matin et de rouler ses cheveux le soir. Hue demeura seul
-chargé de pourvoir aux choses nécessaires à la famille royale.
-Confident et ministre des prisonniers, c'est lui qui avait à chaque
-instant à discuter leurs intérêts avec les mandataires de la Commune.
-A combien d'ennuis, de tracasseries, d'insultes, de persécutions
-mesquines l'exposait cette mission difficile! Comme les municipaux
-élevaient souvent la voix, Madame Élisabeth se trouva plus d'une fois
-témoin des avanies que ce généreux serviteur supportait sans se
-plaindre. Plus d'une fois elle guetta l'occasion de le remercier de sa
-résignation. Le Roi, de son côté, ne lui refusait pas cet
-encouragement: «Vous avez eu beaucoup à souffrir aujourd'hui, lui
-dit-il un soir en se couchant[12]; eh bien, pour l'amour de moi,
-continuez de supporter tout, ne répliquez rien.»
-
-[Note 12: Seul moment où il pouvait laisser tomber une parole sans
-qu'elle fût ramassée par le municipal de service.]
-
-Madame Élisabeth subissait la même contrainte. Obsédée par les
-geôliers municipaux, elle ne pouvait qu'à la dérobée exprimer un désir
-à M. Hue ou lui parler de ses peines. Un jour que, à l'heure de son
-service, ce brave homme était entré chez elle, il la trouva en prière;
-son premier mouvement fut de se retirer. «Restez, lui dit-elle, vaquez
-à vos occupations; je n'en serai pas dérangée.»
-
-Voici quelle était la prière de cette femme angélique. M. Hue obtint
-la permission de la copier et nous l'a conservée:
-
-«Que m'arrivera-t-il aujourd'hui, ô mon Dieu! je l'ignore. Tout ce que
-je sais, c'est qu'il n'arrivera rien que vous n'ayez prévu de toute
-éternité. Cela me suffit, ô mon Dieu! pour être tranquille. J'adore
-vos desseins éternels, je m'y soumets de tout mon coeur; je veux tout,
-j'accepte tout, je vous fais un sacrifice de tout; j'unis ce sacrifice
-à celui de votre cher Fils, mon Sauveur, vous demandant par son sacré
-Coeur et par ses mérites infinis la patience dans nos maux et la
-parfaite soumission qui vous est due pour tout ce que vous voudrez et
-permettrez.»
-
-Sa prière achevée: «C'est moins pour le Roi malheureux, dit-elle à M.
-Hue, que pour son peuple égaré, que j'adresse au ciel des prières.
-Daigne le Seigneur se laisser fléchir et jeter sur la France un regard
-de miséricorde!...»
-
-Puis, voyant l'impression que faisaient ses actes et ses paroles:
-«Allons, du courage, ajouta-t-elle, Dieu ne nous envoie jamais plus de
-peines que nous n'en pouvons supporter.»
-
-Il mesura celles de Madame Élisabeth à son courage: c'est pour cela
-qu'il les fit si grandes. Ce courage venu d'en haut imprimait à son
-visage une sérénité telle que ceux qui l'observaient se trompaient
-quelquefois sur l'état réel de son âme. En la voyant si calme et si
-tranquille au milieu de tant de sujets de regret et de douleur, bien
-des gens se disaient: «Sans doute elle connoît les efforts que
-l'Europe absolutiste va tenter pour délivrer son frère; sans doute la
-correspondance des ci-devant princes l'entretient dans cet espoir, et
-elle est persuadée que l'heure de la délivrance approche.» Madame
-Élisabeth n'était persuadée que d'une chose, c'est que Dieu est grand,
-miséricordieux et juste; et bien insensés étaient ceux-là qui
-prenaient sa résignation à tout souffrir pour l'espoir de voir finir
-ses souffrances[13].
-
-[Note 13: La vertu de Madame Élisabeth a produit la même impression
-sur tous ceux qui l'ont connue. Madame Elliot, cette Anglaise qui
-régna tour à tour à la cour du prince de Galles et à celle du duc
-d'Orléans, en parle comme Joseph de Maistre. Lorsqu'il s'agit de
-défendre la Reine contre les calomnies auxquelles cette grande et
-infortunée princesse était en butte, la première pensée qui lui vient
-à l'esprit est celle-ci: «Marie-Antoinette fut l'amie de Madame
-Élisabeth.»--«Que ses ennemis réfléchissent un moment aux personnes
-qui formoient la société la plus intime de la Reine, s'écrie-t-elle.
-C'étoit Madame Élisabeth, soeur du Roi, qui étoit un ange aussi pur
-que la neige. L'attachement de Madame Élisabeth pour la Reine dura
-jusqu'à ses derniers moments, ce qui est une preuve surabondante de
-l'innocence de Marie-Antoinette.» (_Mémoires de madame Elliot sur la
-révolution française_, p. 36.)]
-
-La plupart des couvents d'hommes avaient été fermés à la fin de 1790.
-Quelques communautés de religieuses étaient restées debout à cause de
-certaines réserves contenues dans les décrets qui prescrivaient
-l'abolition générale de ces sortes d'établissements; mais dénoncées
-incessamment à l'Assemblée nationale, ces rares maisons exceptées de
-la proscription étaient représentées comme d'absurdes reliques de
-l'ancien régime, comme des antres de conspirations d'où partaient des
-excitations à la révolte contre le régime nouveau. Enfin, le 7 août
-1792, un décret prescrivit l'évacuation et la vente des édifices
-occupés par les religieuses, à la seule exception des hospices ouverts
-aux pauvres et aux malades. La maison de Saint-Cyr paraissait atteinte
-par ce décret, mais les Dames de Saint-Louis ne bougèrent pas; elles
-refusèrent leur porte aux officiers municipaux, préférant au regret
-humiliant de se rendre le dangereux honneur d'attendre qu'on les
-brisât. «Nous ne comptons nous ébranler, disait madame de Crécy, que
-lorsque nous aurons reçu l'ordre officiel.» Quelques familles
-s'alarmèrent. Mademoiselle de Puisaye fut retirée par ses parents.
-Napoléon de Buonaparte, lieutenant-colonel du 1er bataillon des
-volontaires de Corse, ayant été dénoncé pour avoir réprimé une émeute
-à Ajaccio, était venu à Paris pour se justifier près du ministre de la
-guerre. Injustement éconduit, et ayant reçu l'ordre d'aller reprendre
-son poste en Corse, il se rendit à Saint-Cyr le 1er septembre 1792,
-pour voir avant son départ sa soeur Marie-Anne, jeune personne de
-quinze ans[14], entrée dans la maison de Saint-Louis le 22 juin
-1784[15]. Le jeune officier avait laissé Paris en proie à l'anarchie,
-et, à la veille des massacres des prisons, il avait, sur la route de
-Paris et dans les rues de Versailles, rencontré des détachements de
-volontaires qui partaient pour la frontière en criant _Vive la
-nation!_ Plusieurs fois il avait été arrêté et obligé, malgré ses
-épaulettes, d'exhiber ses papiers et sa carte de civisme. A Saint-Cyr,
-il trouve les mêmes agitations; les cris de désordre qu'il entend dans
-le village, les symptômes de colère et de haine qu'il remarque aux
-portes mêmes de la maison de Saint-Louis, si tranquille encore lors de
-ses deux dernières visites, l'une avant le 20 juin et l'autre au
-commencement d'août, le déterminent à prévenir des éventualités
-redoutables, et à profiter de son retour au foyer paternel pour
-emmener sa soeur avec lui. Madame de Crécy combat son projet.--«Et
-quand bien même, ajoute-t-elle, je serois disposée à le seconder,
-pourrois-je faire que la communauté ne fût point prisonnière? Votre
-soeur ne peut sortir d'ici sans l'avis de la municipalité et sans
-l'ordre du directoire du district.» Napoléon Buonaparte rédige
-aussitôt dans le parloir de madame de Crécy sa pétition au directoire
-du district[16], et court chez Aubrun, épicier par état, maire de la
-Commune par intérêt, car cette dignité populaire et la belle écharpe
-aux trois couleurs qui en était les insignes, avaient donné un relief
-éclatant à son échoppe, située dans la rue basse du village, en face
-de la porte du cimetière de Saint-Louis[17]. Aubrun n'écouta pas
-d'abord sans quelque défiance ce jeune homme qui réclamait une jeune
-fille de quinze ans pour la conduire en Corse; mais ayant causé
-quelques instants avec lui sur les affaires publiques, il ne tarda
-point à subir l'autorité d'une parole nette, brève, ferme et
-accentuée. Quittant bientôt sa boutique, il alla avec son solliciteur,
-accompagné de son secrétaire-greffier, dans la maison de Saint-Louis
-pour constater la présence de mademoiselle de Buonaparte. Puis il fit
-et délivra au jeune lieutenant-colonel un acte appuyant sa demande et
-déclarant nécessaire d'y faire droit[18]. Muni de ces pièces,
-Napoléon, prompt comme l'éclair, retourne à Versailles, s'adresse au
-directoire du district, puis à celui du département, obtient
-l'autorisation qu'il réclame, repart pour Saint-Cyr avec une mauvaise
-voiture de louage, et se présente de nouveau à la maison de
-Saint-Louis. Ce frère dévoué, qui ce jour-là, au milieu des ruines de
-la monarchie, n'était occupé que du salut de sa soeur, ne se doute
-guère que, huit ans après, un décret signé de lui fondera dans cette
-royale demeure de Saint-Cyr le Prytanée français, et que, le 28 juin
-1805, il reviendra lui-même visiter ces lieux au bruit des cris
-enthousiastes de _Vive l'Empereur!_
-
-[Note 14: Elle était née à Ajaccio le 3 janvier 1777. Plus connue sous
-le nom d'Élisa, grande-duchesse, ayant le gouvernement des
-départements de la Toscane, elle épousa, le 5 mai 1797, Félix
-Baciocchi, gentilhomme corse, capitaine d'infanterie, nommé en 1805
-prince de Lucques et de Piombino.]
-
-[Note 15: Son admission avait été accordée dix-sept mois plus tôt:
-
-_Brevet de place à Saint-Cyr pour Mademoiselle de Buonaparte._
-
-«Aujourd'hui 24 novembre 1782, le Roi étant à Versailles, bien informé
-que la demoiselle Marie-Anne de Buonaparte a la naissance, l'âge et
-les qualités requises pour être admise au nombre des Demoiselles qui
-doivent être reçues dans la maison royale de Saint-Louis établie à
-Saint-Cyr, ainsi qu'il est apparu par titres, actes, certificats et
-autres preuves, conformément aux lettres patentes des mois de juin
-1686 et mars 1694, Sa Majesté lui a accordé une des deux cent
-cinquante places de ladite maison, enjoignant à la supérieure de la
-recevoir sans délai, de lui donner des instructions convenables et de
-la faire jouir des mêmes avantages dont jouissent les autres
-Demoiselles, en vertu du présent brevet, que Sa Majesté a, pour
-assurance de sa volonté, signé de sa main, et fait contre-signer par
-moi, ministre et secrétaire d'État et de ses commandements et
-finances.
-
- »LOUIS.
- »Le baron DE BRETEUIL.»
-
-Archives de la préfecture de Versailles.]
-
-[Note 16:
-
- _A Messieurs les administrateurs de Versailles._
-
-«MESSIEURS,
-
-»Buonaparte, frère et tuteur de la Demoiselle Marianne Buonaparte, a
-l'honneur de vous exposer que la loi du 7 août, et particulièrement
-l'article additionnel décrété le 16 du même mois, supprimant la maison
-de Saint-Louis, il vient réclamer l'exécution de la loi, et ramener
-dans sa famille ladite Demoiselle sa soeur. Des affaires
-très-pressantes et de service public l'obligeant à partir de Paris
-sans délai, il vous prie de vouloir bien ordonner qu'elle jouisse du
-bénéfice de la loi du 16, et que le trésorier du district soit
-autorisé à lui escompter les vingt sols par lieue jusqu'à la
-municipalité d'Ajaccio, en Corse, lieu du domicile de ladite
-Demoiselle, et où elle doit se rendre auprès de sa mère.
-
-»Avec respect,
-
- »BUONAPARTE.
- »Le 1er septembre 1792.»
-
-»J'ai l'honneur de faire observer à messieurs les administrateurs que
-n'ayant jamais connu d'autre père que mon frère, si ses affaires
-l'obligeoient à partir sans qu'il ne m'amène avec lui, je me
-trouverois dans une impossibilité absolue d'évacuer la maison de
-Saint-Cyr.
-
-»Avec respect,
-
- »Marianne BUONAPARTE.»]
-
-[Note 17: C'était un paysan sans instruction, mais d'un sens
-très-juste; il a administré pendant trente-huit ans sa commune. Il est
-mort en 1828.]
-
-[Note 18: «Nous, maire et officiers municipaux de Saint-Cyr, district
-de Versailles, département de Seine-et-Oise, nous étant transportés en
-la maison de Saint-Louis établie en ce lieu, et nous étant fait
-représenter les brevets et autres titres, nous avons reconnu que la
-Demoiselle Marie-Anne Buonaparte, née le 3 janvier 1777, est entrée le
-22 juin 1784 comme élève de ladite maison de Saint-Louis, où elle est
-encore dans la même qualité. Elle nous auroit témoigné le désir
-qu'elle auroit de profiter de l'occasion du retour de son frère et
-tuteur pour rentrer dans sa famille.--Vu les différentes choses que
-nous venons d'énoncer et l'embarras où se trouveroit ladite Demoiselle
-de faire un voyage aussi long, seule, et dès lors de l'impossibilité
-absolue où elle seroit d'évacuer la maison de Saint-Louis pour le 1er
-octobre, en conformité de la loi du 7 août dernier, nous n'empêchons,
-et croyons même qu'il est nécessaire de faire droit à la demande
-desdits sieur et demoiselle Buonaparte.
-
-»Fait et délivré à Saint-Cyr, au greffe municipal, cejourd'hui, 1er
-septembre 1792, le quatrième de la Liberté et le premier de l'Égalité.
-
- »AUBRUN, maire; HOUDIN, secrétaire greffier.»]
-
-Un grand crime allait accroître les souffrances de la famille royale.
-Le 2 septembre, il y avait une vive fermentation autour du Temple;
-cependant le trouble du dehors n'avait point pénétré au dedans; et,
-comme c'était le dimanche et qu'il faisait beau temps, la famille
-royale était descendue après dîner au jardin. Les commissaires
-paraissaient soucieux et parlaient entre eux à voix basse: tout à coup
-on entend battre la générale; les municipaux font rentrer les
-prisonniers. Un instant après M. Hue est arrêté et emmené dans une
-voiture de place à l'hôtel de ville par un des commissaires (nommé
-Mathieu) et deux gendarmes. Louis XVI se demandait en vain ce qu'on
-pouvait reprocher à son fidèle serviteur; il ne trouvait que cette
-réponse: «Il m'était attaché, et c'est un grand crime.» Le lendemain
-matin, en s'habillant, il dit à Cléry, resté seul à son tour pour le
-service de toute la famille: «Savez-vous quelque chose des mouvements
-de Paris, et, avant tout, avez-vous des nouvelles de M. Hue[19]?--J'ai
-pendant la nuit, répondit Cléry, entendu dire vaguement à un municipal
-que le peuple se portait aux prisons; je ne sais rien de plus. Je vais
-chercher à me procurer des renseignements.--Prenez garde de vous
-compromettre, reprit le Roi, car alors nous resterions seuls.» Vers
-onze heures, Manuel vint au Temple, informa Louis que la vie de M. Hue
-n'était pas en péril, mais que le conseil général avait décidé qu'il
-ne rentrerait plus à la Tour, et qu'on y enverrait une autre personne
-à sa place. «Je vous remercie, répondit le Prince, je me servirai du
-valet de chambre de mon fils, et, si le conseil s'y refuse, je me
-servirai moi-même; j'y suis résolu.»
-
-[Note 19: Voici ce qu'était devenu M. Hue:
-
-Entré dans la salle de la Commune, on le plaça auprès du président. A
-quelques pas était Santerre. Ce commandant de la milice parisienne
-écoutait, d'un air grave et capable, les plans que des gens à moitié
-ivres développaient devant lui pour arrêter les armées étrangères: les
-uns, d'un air rusé, expliquaient les roueries différentes de leurs
-opérations stratégiques; les autres prenaient la ligne droite, et,
-tout franchement, proposaient de se lever en masse pour marcher à
-l'ennemi. Au parquet, place ordinaire du procureur de la Commune,
-s'agitait Billaud-Varenne, l'un des substituts, et près de lui
-Robespierre, criant, donnant des ordres et paraissant très-animé.
-
-Dans cette salle et dans les pièces voisines, le tumulte était
-extrême. Au milieu de ce désordre, le président interroge l'accusé.
-Avant que celui-ci puisse répondre, on crie de toutes parts: _A
-l'Abbaye! à la Force!_ Dans ce moment on y massacrait les prisonniers.
-
-Le calme se rétablit, l'interrogatoire commence. Des faits, la plupart
-imaginaires, sont reprochés. «Tu as, dit l'un des municipaux, fait
-entrer dans la tour du Temple une malle renfermant des rubans
-tricolores et divers déguisements; c'était pour faire évader la
-famille royale.--J'ai entendu, s'écrie un autre, le Roi lui dire
-_quarante-cinq_ et la Reine _cinquante-deux_. Ces deux mots lui
-désignaient le prince de Poix et le traître Bouillé.» Un troisième
-prétend qu'il avait commandé une veste et une culotte couleur
-savoyard, preuve certaine d'une intelligence avec le roi de
-Sardaigne[19-A]. Un quatrième revient sur des correspondances
-clandestines au moyen de caractères hiéroglyphiques dont nous avons
-parlé. D'autres l'accusent d'avoir chanté dans la tour l'air et les
-paroles: _O Richard! ô mon roi! l'univers t'abandonne!_ etc., ce qui
-était faux, M. Hue ne chantait jamais; puis enfin de s'être attiré de
-la part de la famille royale un intérêt qu'elle affectait de lui
-témoigner, tandis qu'à peine elle parlait aux commissaires de la
-Commune, ce qui était vrai. A ce dernier reproche, l'accusé reste
-muet. Les clameurs se renouvellent: _A l'Abbaye! à la Force!_ Enfin,
-la fureur contre le coupable est au comble, quand Billaud-Varenne
-s'écrie: «Ce valet, renvoyé au Temple une première fois, a trahi la
-confiance du peuple; il mérite une punition exemplaire.»--Un municipal
-se lève et dit: «Citoyens, cet homme tient les fils de la trame ourdie
-dans la tour. S'assurer de lui, le mettre au secret, en tirer tous les
-renseignements qu'il peut donner, sera plus utile et plus sage que de
-l'envoyer à l'Abbaye ou à la Force.» Quel que fût en ce moment le
-motif du municipal, son observation sauva la vie à M. Hue. Il fut
-décidé que l'accusé serait enfermé dans un des cachots de l'hôtel de
-ville. Remis aussitôt à la garde d'un guichetier, il fut conduit au
-lieu de réclusion qui lui était destiné.]
-
-[Note 19-A: M. Hue avait en effet signé et fait viser par les
-commissaires de garde la demande d'un vêtement semblable pour Tison.]
-
-En reconduisant le procureur-syndic, Cléry lui demanda si la
-fermentation continuait: «Vous vous êtes chargé d'une tâche difficile,
-répondit-il, je vous exhorte au courage.» Ces mots prononcés d'un air
-fort soucieux firent craindre à Cléry que le peuple ne se portât au
-Temple. Manuel savait que les massacres, commencés la veille à deux
-heures et demie dans les prisons, ne se ralentissaient pas. Sans
-doute, n'ayant pu les prévenir, il craignait qu'on ne lui attribuât
-une part de responsabilité dans ces horribles événements. Nous n'en
-présenterons pas ici le tableau.
-
-Peltier, témoin oculaire, a tracé de l'aspect de Paris, dans les
-journées qui précédèrent immédiatement les massacres, une description
-saisissante: «Qu'on se figure, dit-il, des rues populeuses et vivantes
-frappées tout à coup du vide et du silence de la mort avant le coucher
-du soleil, dans une des belles soirées d'été, n'offrant plus ni
-promeneurs ni voitures dans leurs espaces solitaires, et ne présentant
-au contraire dans toute leur étendue que l'aspect du néant. Toutes les
-boutiques sont fermées; chacun, retiré dans son intérieur, tremble
-pour sa vie ou sa propriété; tous sont dans l'attente des événements
-d'une nuit où chaque individu ne peut pas même espérer de ressources
-de son désespoir.»
-
-Quant aux journées de septembre elles-mêmes, c'est dans les Mémoires
-contemporains qu'on en trouvera la tradition dramatique et vivante.
-Madame Elliot[20] surtout, qui, pendant ces journées d'épouvante et
-d'horreur, sauva la vie à Champcenetz à travers d'étranges péripéties
-et par des prodiges de courage et de présence d'esprit, a laissé une
-relation empreinte de toutes ses émotions et de toutes ses anxiétés.
-Elle a raconté cette terrible visite domiciliaire avant laquelle elle
-avait fait étendre entre deux matelas, dans la ruelle de son lit, où
-elle était couchée elle-même, M. de Champcenetz, malade, tremblant la
-fièvre, et à moitié mort de terreur; les propos sanglants et les
-menaces des sicaires; sa double crainte de leur découvrir le
-malheureux proscrit et d'être étendue côte à côte avec un cadavre, car
-Champcenetz ne respirait plus. Elle a dit la consigne inexorable des
-barrières, qui ne laissaient sortir personne; les rues, les quais, les
-boulevards sillonnés de patrouilles; le cours de la Seine gardé; elle
-rencontra même le 3 septembre--avec quelle horreur!--un des plus
-sinistres trophées de ces hideux massacres qu'on portait de la Force
-au Temple. Encore une fois, notre sujet ne nous condamne pas à entrer
-dans ce récit: nous rechercherons seulement ce que sont devenues les
-personnes qui avaient suivi la famille royale des Feuillants au
-Temple, et qui lui ont été arrachées le 19 août.
-
-[Note 20: Madame Elliot est une de ces femmes à la vie légère du
-dix-huitième siècle qui, jusque dans le désordre, conservaient un
-coeur dévoué, une âme forte, le sentiment de l'honneur politique et de
-la foi chrétienne. B.]
-
-Le registre de la petite Force[21] constate qu'à l'époque de ces
-événements, cette prison renfermait cent dix femmes, la plupart
-appartenant à l'écume de la population, amenées là par la prostitution
-ou le vagabondage: malheureuses créatures, de tout âge, accusées
-d'avoir volé du linge ou de la vaisselle aux Tuileries, le 10 août, ou
-dans la nuit du 10 au 11. Parmi ces cent dix femmes, on en remarque
-neuf seulement détenues pour des faits politiques. Voici leur écrou:
-
-A la date du 19 août:
-
- De l'ordre de M. Pétion, maire, et MM. les commissaires des
- 48 sections.
-
- Madame de Navarre, première femme de chambre de Madame Élisabeth,
- Madame Basire, femme de chambre de Madame Royale,
- Madame Thibault, première femme de chambre de la Reine,
- Madame Saint-Brice, femme de chambre du Prince Royal,
- Madame Tourzel, gouvernante des Enfants du Roi,
- Mademoiselle Pauline Tourzel, gouvernante des Enfants du Roi,
- Marie-Thérèse-Louise de _Savoie de Bourbon-Lamballe_,
-
-[Note 21: Conservé dans les archives de la préfecture de police.]
-
-A la date du 30 août:
-
- Angélique-Euphrasie Peignon, épouse de M. de Septeuil, native de
- Paris, âgée de vingt et un ans et demi, envoyée dans cette prison
- pour y être détenue jusqu'à nouvel ordre; de l'ordre de MM. les
- administrateurs du département de police.
-
-A la date du 2 septembre:
-
- Madame Mackau, envoyée dans cette prison avec la demoiselle
- Adélaïde Rotin, sa femme de chambre, prisonnière volontaire
- auprès de sa maîtresse; de l'ordre de MM. les administrateurs de
- police, membres de la commission de surveillance et de salut
- public.
-
-Mademoiselle Pauline de Tourzel et madame Saint-Brice furent
-miraculeusement mises en liberté le 2 septembre. Mesdames Thibaud,
-Navarre, Basire, de Tourzel et Septeuil furent relâchées, le 3, par
-le tribunal populaire qui s'était installé à la Force. Il en fut de
-même de madame de Mackau et de sa femme de chambre, entrées dans cette
-prison la veille[22], au moment même où l'on commençait les
-massacres. Quant à madame de Lamballe, en examinant de près son écrou,
-il est facile de voir qu'une destinée particulière lui était réservée:
-les noms de _Savoie_ et de Bourbon-Lamballe sont écrits en saillie,
-avec une intention évidente; la profession n'y est point indiquée;
-tout semble annoncer le sort funeste qui l'attendait. L'histoire n'a
-pas dit nettement pourquoi elle a été assassinée: elle n'a point nommé
-d'une manière positive ses juges, je veux dire ses proscripteurs et
-ses bourreaux. La main même, la main inconnue qui, sur le registre, a
-complété l'écrou de cette infortunée princesse, s'est bornée à ajouter
-à son nom ces seuls mots, qui étaient un arrêt de mort: «Conduite le 3
-septembre au grand hôtel de la Force.»
-
-[Note 22: Madame Marie-Angélique de Fitte de Soucy, baronne de Mackau,
-sous-gouvernante des Enfants de France, née au château de Soucy le 16
-novembre 1723, est morte à Vitry-sur-Seine le 16 février 1800.
-
-Madame Élisabeth-Louise Le Noir, comtesse de Soucy, belle-soeur de
-madame de Mackau, et comme elle sous-gouvernante des Enfants de
-France, née à Paris le 31 octobre 1729, est morte à Vitry-sur-Seine le
-21 décembre 1813.
-
-Adélaïde Rotin, femme Camille, qui n'avait jamais quitté le service de
-ses deux maîtresses, ne s'éloigna pas d'elles après leur mort; grâce à
-une petite pension que la famille de Mackau lui faisait, elle passa
-ses derniers jours dans ce village, gardienne de deux tombes près
-desquelles elle espérait la sienne. Son voeu a été réalisé le 5
-juillet 1855. Elle était née à Versailles en 1768.
-
-Nous avons visité plus d'une fois cette pauvre femme, que son
-dévouement et sa mémoire rendaient fort intéressante. Voici comment
-elle nous a raconté la manière dont elle avait échappé aux massacres
-de septembre:
-
-«Née à Versailles en 1768, j'avois conséquemment vingt-quatre ans
-lorsque je me constituai prisonnière à la Force, après le 10 août
-1792. On fit beaucoup de difficulté pour m'admettre dans cette prison;
-mais mes instances furent si vives que j'eus le bonheur d'y entrer
-avec ma maîtresse, madame la baronne de Mackau. Elle et moi nous
-couchâmes sur la paille, et fûmes nourries au pain et à l'eau. En face
-de notre cachot étoit celui de la princesse de Lamballe, entrée à la
-Force quelques jours avant nous. La concierge de la prison étoit une
-très-brave femme: elle eut grande pitié de nous, et c'est à elle que
-nous dûmes de ne pas mourir de faim. Elle nous apporta pendant la nuit
-différentes nourritures pour nous soutenir.
-
-»Dans la matinée du 3 septembre, une espèce de tribunal s'installa à la
-Force dans une salle basse. Il y avoit sept ou huit personnes de la
-maison du Roi. On nous interrogea toutes; quand on s'adressa à madame de
-Mackau: «Qu'allez-vous faire? leur dis-je; elle est aliénée, elle ne
-peut vous répondre sur rien.--Prends Dieu à témoin qu'elle est
-aliénée.--Oui, certes, je prends Dieu à témoin qu'elle est aliénée, et
-qu'il lui est impossible de répondre.--Mais elle a des parents
-émigrés?--Elle n'en a aucun, m'écriai-je, bien que je susse pertinemment
-qu'elle en avoit deux.» Mon ton assuré sauva ma maîtresse. Immédiatement
-mise en liberté, elle se réfugia chez madame de Chazet, sa fille.
-Retenue après elle à la Force, on eut la cruauté de me faire assister au
-meurtre de madame de Lamballe. Dès qu'elle eut passé le guichet et mis
-le pied sur le pavé où avoit lieu le massacre général et où le sang
-couloit à flots, elle fut abattue immédiatement; on la dépouilla de tous
-ses vêtements, on lui ouvrit le corps et on lui arracha le coeur. On
-m'avoit entraînée pour être immolée aussi, et c'est ainsi que je fus
-témoin de toutes ces horreurs. Je perdis connoissance, et quand je
-repris mes sens j'étois toute nue moi-même et j'avois été livrée à
-toutes les brutalités. Au moment où on alloit me frapper, un gendarme
-prit intérêt à moi; il pleuroit à chaudes larmes; il me protégea avec
-son sabre, fut blessé au poing, et parvint à m'envelopper de son
-manteau. Plusieurs spectateurs prirent comme lui ma défense. Mon premier
-protecteur me fit aussitôt monter dans une voiture, et la populace, qui
-un instant auparavant avoit demandé ma mort, cria autour de cette
-voiture: «_Vive l'innocence reconnue!_» Les chevaux pouvoient à peine
-traverser les flots de cette multitude, et l'on mit près de deux heures
-à me conduire rue des Boucheries-Saint-Honoré, chez la lingère de madame
-de Mackau. Tout le monde se disputa le moyen de m'apporter des secours.
-Pendant que je devenois ainsi l'objet de soins et d'égards empressés,
-madame de Mackau, qui avoit appris le massacre général des prisonniers,
-ne doutoit pas que je ne fusse moi-même au nombre des victimes, et elle
-me pleuroit.
-
-»La lingère me donna tout ce qu'il me falloit pour me vêtir. Le
-gendarme qui m'avoit sauvée me conduisit chez madame de Chazet, où se
-trouvoit madame de Mackau. Obligées de quitter Paris sur-le-champ,
-nous vînmes demeurer à Vitry chez madame de Soucy.
-
-»Dans ce village où s'est écoulée presque toute mon existence, j'ai
-survécu de longues années à mes deux respectables maîtresses. Ma seule
-pensée de bonheur est de les rejoindre: ma tombe est prête auprès de
-la leur.
-
- »_Signé_: ADÉLAÏDE CAMILLE.
-
- »A Vitry-sur-Seine, le mardi 13 juillet 1853.»]
-
-Manuel, en quittant le Temple, y avait laissé de l'inquiétude. Depuis,
-certaines rumeurs avaient accru l'alarme: les municipaux jugèrent à
-propos d'interdire aux prisonniers la promenade du jardin. La famille
-royale, qui venait de sortir de table, se tenait réunie dans la
-chambre de la Reine. Cléry était à dîner avec Tison et sa femme;
-celle-ci jette un grand cri: une tête de femme, pâle et sanglante,
-vient d'apparaître à la croisée. Les assassins, au dehors, croient
-avoir reconnu la voix de la Reine, et accueillent par un rire joyeux
-le cri d'effroi sorti de la Tour. Cléry est remonté précipitamment: il
-prévient à voix basse Madame Élisabeth, mais son visage est tellement
-atterré que le Roi et la Reine s'en aperçoivent. «Qu'avez-vous donc,
-Cléry?» lui dit la Reine. Les deux commissaires de service étaient à
-leur poste; un troisième s'écrie en entrant et en s'adressant au Roi:
-«Les ennemis sont à Verdun; nous périrons tous, mais vous périrez le
-premier.» Un autre municipal survient, encore suivi de quatre hommes
-députés par le peuple; un d'eux demande instamment que les prisonniers
-se montrent à la fenêtre.--«Oh! non, non, de grâce! s'écrie un
-municipal de service[23] en barrant le passage au Roi, n'approchez
-pas! ne regardez pas! quelle horreur!» Voyant l'honorable opposition
-des municipaux, l'orateur de la députation s'écrie d'une voix
-satanique: «On veut vous cacher la tête de la Lamballe que l'on vous
-apportait, pour vous faire voir comment le peuple se venge de ses
-tyrans. Je vous conseille de paraître, si vous ne voulez pas que le
-peuple monte ici.» La Reine tombe évanouie. J'abrége ici le récit de
-ces horribles scènes, que le lecteur peut trouver en détail dans
-l'histoire de Louis XVII.
-
-[Note 23: Du nom de Mennessier.]
-
-Le moindre objet qui avait appartenu à l'infortunée princesse de
-Lamballe devenait pour Marie-Antoinette et pour sa fille un douloureux
-_memento_ et une nouvelle source de larmes. Madame Élisabeth ramassa
-quelques effets laissés par elle à la tour lorsqu'elle en avait été
-enlevée, les serra loin de leurs yeux, et, au premier moment
-favorable, les remit à Cléry en lui recommandant d'en faire un paquet
-et de l'adresser avec une lettre à la première femme de chambre de
-madame de Lamballe. Ni le paquet ni la lettre n'arrivèrent à leur
-destination.
-
-Parmi les commissaires chargés d'inspecter les travaux et les dépenses
-du Temple, le nommé Simon, cordonnier et officier municipal, s'était
-fait remarquer par sa rudesse et sa grossièreté. Un jour, Madame
-Élisabeth, qui avait su que sa femme était malade à l'Hôtel-Dieu, lui
-en demanda des nouvelles. «Dieu merci, elle va mieux, répondit-il, en
-ajoutant: C'est un plaisir de voir actuellement les dames de
-l'Hôtel-Dieu; elles ont bien soin des malades; je voudrais que vous
-les vissiez, elles sont aujourd'hui habillées comme ma femme, comme
-vous, mesdames, ni plus ni moins[24].»
-
-[Note 24: _Mon témoignage sur la détention de Louis XVI et de sa
-famille dans la tour du Temple_, par Ch. GORET, ancien membre de la
-Commune du 10 août 1792.--Paris, Maurille, 1825, in-8º de 71 pages.]
-
-La plupart du temps il y avait entre les municipaux de service, les
-gardes nationaux, les deux geôliers de la petite tour et les maçons
-même employés aux travaux du Temple, un odieux concert pour charger
-d'outrages ces grandeurs tombées. Nous ne redirons pas ces insultes de
-tous les jours que la famille royale eut à subir dans l'intérieur de
-sa prison ou pendant ses promenades au jardin, et qu'elle ne cessa
-d'endurer avec une inaltérable résignation. Nous préférons rappeler
-quelques rares témoignages de sympathie et de compassion qui lui
-furent offerts.
-
-Un commissaire, de garde pour la première fois, entra chez le Roi
-pendant que le petit prince prenait sa leçon de géographie. Interrogé
-par son père, qui lui demandait dans quelle partie du monde était
-située Lunéville, l'enfant répondit: «Dans l'Asie.--Comment! dans
-l'Asie! dit en souriant le municipal; vous ne connaissez pas mieux un
-lieu où vos ancêtres ont régné?» La manière dont le municipal
-relevait l'erreur plut au Roi et à la Reine. Marie-Antoinette entama
-avec lui une conversation à voix basse: «Nous supporterions plus
-facilement nos malheurs, lui dit-elle en terminant, si la plupart de
-vos collègues vous ressemblaient.»
-
-Un garde national placé en faction au bout de l'allée des marronniers
-qui servait de préau, jeune homme d'une intéressante figure, exprimait
-par son attitude et son regard le désir de donner quelques
-renseignements à la famille royale. Madame Élisabeth, dans un second
-tour de promenade, s'approcha de lui assez près pour qu'il lui parlât;
-soit crainte, soit respect, il ne l'osa point, mais quelques larmes
-brillèrent dans ses yeux, et par un signe il indiqua qu'il avait
-déposé à peu de distance un papier dans les décombres. Cléry, en
-feignant de choisir des palets pour le petit Prince, se mit à la
-recherche de ce papier; mais les commissaires l'avertirent qu'il ne
-devait pas approcher des sentinelles et qu'il eût à se retirer. On n'a
-pu deviner quelles étaient les intentions de ce jeune homme.
-
-Ce n'est pas le seul sujet d'émotion que l'heure de la promenade
-offrait aux prisonniers: parmi quelques royalistes qui profitaient
-chaque jour de ce court instant pour les voir, en se plaçant aux
-fenêtres des maisons situées autour de l'enceinte du Temple, Cléry,
-une fois, remarqua une femme qui suivait d'un oeil très-attentif tous
-les mouvements du jeune Prince lorsqu'il s'écartait de ses parents, et
-crut reconnaître en elle madame de Tourzel. Il prévint Madame
-Élisabeth. Au nom de madame de Tourzel, cette princesse, qui la
-croyait une des victimes du 2 septembre, ne put retenir ses larmes.
-«Quoi! dit-elle, elle vivroit encore!» Cléry s'était trompé; les
-renseignements qu'il obtint le lendemain lui apprirent que madame de
-Tourzel était dans une de ses terres[25]. Il apprit aussi que la
-princesse de Tarente et la marquise de la Roche-Aymon, qui, le 10
-août, au moment de l'attaque, se trouvaient dans le palais des
-Tuileries, n'avaient point été comprises dans le massacre. La
-certitude qu'elles vivaient encore fut pour la famille royale, qui les
-avait pleurées, une surprise pleine de joie et comme la résurrection
-d'amis qu'on a crus perdus pour toujours; mais, hélas! elle apprit
-presque aussitôt le meurtre des prisonniers de la haute cour
-d'Orléans, et cette nouvelle affreuse lui causa un vif chagrin. Le duc
-de Brissac et M. de Lessart étaient au nombre de ces serviteurs de la
-royauté qui ne furent pas jugés, mais assassinés à Versailles le 9
-septembre 1792. La population de Versailles put voir la tête de M. de
-Brissac plantée au bout d'une des piques de la grille du château. M.
-de Brissac n'avait jamais voulu s'éloigner du danger. La dissolution
-de son régiment l'avait rendu libre; il aurait pu fuir, Louis XVI l'en
-avait prié; mais le coeur d'un sujet si dévoué était resté sourd aux
-instances d'un prince si malheureux. «Sire, avait répondu M. de
-Brissac, la fuite m'est défendue. On dirait que je suis coupable et
-l'on vous croirait complice: ma conduite serait donc pour vous une
-accusation; j'aime mieux mourir.» Il mourut.
-
-[Note 25: C'était encore une erreur. Madame et mademoiselle P. de
-Tourzel, sauvées de la Force par M. Hardy, avaient été conduites par
-lui dans un petit logement à Vincennes, où elles demeurèrent cachées
-pendant plus de trois mois. B.]
-
-Au nombre des personnes qui venaient aux environs du Temple épier
-l'instant et l'occasion d'apercevoir la famille royale, il faut citer M.
-Hue, qui, après quinze jours environ passés dans les cachots de la
-Commune, avait recouvré la liberté. Le seul adoucissement à ses peines
-était de porter ses pas vers le Temple: sa seule ambition était de
-rentrer à la Tour. Il fit à ce sujet des démarches auprès de Pétion, et
-celui-ci ayant été nommé député à la Convention, il se détermina à
-s'adresser à Chaumette, qui venait de remplacer, comme procureur de la
-Commune, Manuel, devenu aussi représentant du peuple. Il reçut de lui un
-accueil poli et presque bienveillant. Chaumette l'invita à s'asseoir, et
-ayant fait interdire sa porte, s'épancha confidentiellement avec lui,
-lui parla de son origine obscure, de sa jeunesse besoigneuse, des
-obstacles qu'il avait eu à franchir, des rigueurs qu'il avait éprouvées.
-Puis il lui fit des révélations importantes sur les infidélités de
-quelques personnes du service du Roi qui recevaient par jour, pour prix
-de leurs délations, un ou plusieurs louis stipulés payables en or. Ces
-tristes aveux confondaient la loyauté de M. Hue: il se rappela pourtant
-qu'une ou deux fois Madame Élisabeth s'était étonnée de rencontrer dans
-un journal quelques détails d'intérieur sur lesquels l'oeil du dehors
-n'avait pu tomber. Mais si la raison de Madame Élisabeth était
-clairvoyante, sa conscience étroite et scrupuleuse se serait reproché
-d'arrêter un soupçon infamant sur qui que ce fût. Et M. Hue, dans son
-ouvrage sur les _Dernières années du règne et de la vie de Louis XVI_, a
-gardé sur ces traîtres une magnanime réserve, ne devant pas, dit-il,
-mettre à découvert leurs noms quand son vertueux maître les a voulu
-taire, et quand, dans son immortel testament, il a recommandé à son fils
-de ne songer qu'à leurs malheurs.
-
-Portant ensuite l'entretien sur la famille royale, Chaumette laissa
-entrevoir de l'intérêt pour le Dauphin. «Je veux, dit-il, faire donner
-quelque éducation à cet enfant; je l'éloignerai de sa famille pour lui
-faire perdre l'idée de son rang; quant au Roi, il périra. Le Roi vous
-aime.....» A ces mots, M. Hue ne put retenir ses pleurs. «Donnez un
-libre cours à votre douleur, reprit Chaumette; si vous cessiez un
-instant de regretter votre maître, moi-même je vous mépriserais.»
-
-Chaumette s'était montré confiant, mais il demeura inflexible, et M.
-Hue ne put rentrer au Temple.
-
-L'Assemblée législative avait accompli sa tâche. N'ayant ni le courage
-de la vertu ni l'énergie du crime, cette triste assemblée, dominée par
-la Commune insurrectionnelle de Paris, qui disposait de la force
-révolutionnaire, avait amené la victime au Temple. La Convention
-devait l'y venir chercher pour l'immoler. La peur ou la violence avait
-écarté des comices la plus grande partie des électeurs, et un million
-cinq cent mille votes seulement avaient été constatés au scrutin.
-Nommée sous l'impression des massacres, conçue pour ainsi dire dans le
-meurtre et dans le sang, la Convention allait se montrer digne de son
-odieuse origine: dès sa première séance, 21 septembre 1792, elle
-abolit officiellement la royauté, déjà supprimée de fait, et semblable
-à une dérision couronnée. A quatre heures du soir, un officier
-municipal nommé Lubin se rendit au Temple, entouré de gendarmes à
-cheval et d'une nombreuse populace; les trompettes sonnèrent, il se
-fit un grand silence, et Lubin, qui avait une voix de Stentor, donna
-lecture de la proclamation, que la famille royale put entendre
-distinctement:
-
-«La royauté est abolie en France. Tous les actes publics seront datés
-de la première année de la République. Le sceau de l'État portera pour
-légende ces mots: _République de France_. Le sceau national
-représentera une femme assise sur un faisceau d'armes, tenant à la
-main une pique surmontée du bonnet de la Liberté.»
-
-Pendant cette lecture, les municipaux de service[26], assis près de la
-porte de la chambre du Roi, essayaient de saisir sur la physionomie
-des prisonniers les secrètes émotions de leur âme. Louis XVI, qui
-tenait un livre à la main, continua de lire sans que la moindre
-altération parût sur ses traits. Madame Élisabeth, occupée à sa
-tapisserie, ne prit pas garde à ce qui se passait et ne quitta pas
-son ouvrage; la Reine demeura calme et digne, et les deux observateurs
-ne surprirent ni un mot ni un mouvement qui pût accroître leur
-jouissance.
-
-[Note 26: C'étaient Hébert, si connu sous le nom de Père Duchêne, et
-Destournelles, depuis ministre de l'instruction publique.]
-
-Dans la soirée, Cléry informa le Roi du besoin qu'avait son fils de
-rideaux et de couvertures pour son lit, la température s'étant
-très-refroidie depuis deux jours. Louis XVI lui dit d'en faire la
-demande par écrit, et il la signa. Cléry s'était servi des expressions
-qu'il avait jusqu'alors toujours employées: «Le Roi demande pour son
-fils, etc.»--«Vous êtes bien osé, lui dit Destournelles, d'employer
-encore un titre aboli par la volonté du peuple, comme vous venez de
-l'entendre.--J'ai entendu une proclamation, répondit Cléry, mais je
-n'en sais pas l'objet.--C'est, reprit le commissaire, l'abolition de
-la royauté, et vous pouvez dire à _monsieur_ (en montrant Louis XVI)
-de cesser de prendre un titre que le peuple ne reconnoît plus.--Je ne
-puis, dit Cléry, changer ce billet qui est déjà signé; Louis m'en
-demanderait la cause, et ce n'est pas à moi de la lui apprendre.--Vous
-ferez ce que vous voudrez, répliqua le municipal, mais je ne
-certifierai pas votre demande.» Le lendemain, Madame Élisabeth tira
-Cléry d'embarras. «Il ne faut pas, lui dit-elle, faire de cela une
-affaire: épargnons au Roi tout ennui inutile. Je vous conseille,
-Cléry, d'écrire à l'avenir pour ces sortes d'objets de la manière
-suivante: «Il est nécessaire pour le service de Louis XVI..., de
-Marie-Antoinette..., de Louis-Charles..., de Marie-Thérèse..., de
-Marie-Élisabeth..., etc...»
-
-Les travaux du Temple, quoique poussés avec activité, étaient loin
-d'être achevés; cependant le nouvel appartement destiné à Louis XVI,
-dans la grosse tour, était prêt à le recevoir. En même temps, on
-cherchait à grossir de nouveaux griefs l'acte d'accusation que la
-révolution formulait chaque jour contre ce malheureux Prince, afin de
-fournir un nouvel aliment à la colère de la rue. Dans l'embrasure
-d'une porte qui communiquait de sa chambre à celle de son fils, le
-Roi, peu de temps avant le 10 août, avait pratiqué à l'aide d'une
-vrille (seul instrument qu'il pût employer sans bruit) une ouverture
-de vingt-deux pouces de haut sur seize de large: il était parvenu à
-creuser insensiblement dans le mur, sur les mêmes dimensions, un trou
-de huit à neuf pouces de profondeur; chaque matin, il lui avait fallu
-lever le morceau qu'il avait détaché du lambris, et le soir, le
-travail terminé, le rattacher avec quatre fils. L'opération achevée,
-il avait de sa main scellé en plâtre quatre tasseaux sur lesquels il
-avait posé deux rangs de tablettes en bois, et dans cette cachette, il
-avait rangé ses papiers les plus importants. Il avait fait venir le
-serrurier Gamin pour doubler d'une feuille de tôle le morceau de
-lambris qui recouvrait cette ouverture. Cet ouvrier, honoré de la
-confiance du Roi, avait dénoncé à Roland ce fait, qui tout aussitôt
-devint une source d'accusations. La petite cachette prit dans le
-public le nom d'_armoire de fer_, et devait, dit-on, donner le fil
-d'une vaste conspiration. Le 29 septembre, à dix heures du matin, six
-officiers municipaux entrèrent dans la chambre de la Reine, où était
-réunie sa famille. L'un d'eux, nommé Charbonnier, donna lecture d'un
-arrêté du conseil de la Commune qui leur ordonnait «d'enlever papier,
-encre, plumes, crayons, et même les papiers écrits, tant sur la
-personne des détenus que dans leurs chambres, ainsi qu'au valet de
-chambre et autres personnes du service de la tour; de ne leur laisser
-aucune arme quelconque, offensive ou défensive; en un mot, de prendre
-toutes précautions nécessaires pour ôter tout commerce de Louis le
-dernier avec autres personnes que les officiers municipaux[27].» Puis
-arrêtant ses regards sur Louis XVI, le même commissaire ajouta de vive
-voix: «Lorsque vous aurez besoin de quelque chose, Cléry descendra et
-écrira vos demandes sur un registre qui restera dans la salle du
-Conseil.» Sans faire la moindre observation, les captifs se
-fouillèrent, livrèrent leurs papiers, crayons, nécessaires de poche,
-etc. Les commissaires firent ensuite la visite des armoires, des
-coffres, et enlevèrent les objets désignés dans l'arrêté. Un d'eux dit
-à Cléry: «Le ci-devant Roi sera transféré ce soir même dans la tour.»
-Cléry fit part de cette pénible nouvelle à Madame Élisabeth, qui
-trouva le moyen d'en avertir son frère. Après le souper, comme Louis
-XVI quittait la chambre de Marie-Antoinette pour remonter dans la
-sienne, un commissaire lui dit d'attendre un instant, que le conseil
-avait une communication à lui faire. Les six municipaux qui, le matin,
-avaient mis à exécution un arrêté de la Commune, parurent, et
-notifièrent aux détenus un nouvel arrêté qu'ils venaient de recevoir
-du conseil général.
-
-[Note 27: Archives de l'Empire.]
-
- * * * * *
-
- Commune de Paris.--Du 29 septembre 1792, l'an IVe de la Liberté
- et Ier de l'Égalité, Ier de la République française.
-
-_Extrait du registre des délibérations du conseil général._
-
-«La garde des prisonniers du Temple devenant tous les jours plus
-difficile par leur concert et les mesures qu'ils peuvent prendre entre
-eux, la responsabilité du conseil général de la commune lui impose
-l'impérieuse loi de prévenir les abus qui peuvent faciliter l'évasion
-de ces traîtres; il a pris l'arrêté suivant:
-
-»1º Que Louis et Antoinette seront séparés;
-
-»2º Que chaque prisonnier aura un cachot particulier;
-
-»3º Que le valet de chambre sera mis en état d'arrestation;
-
-»4º Adjoint avec les cinq commissaires déjà nommés, le citoyen Hébert;
-
-»5º Les autorise à mettre à exécution l'arrêté de ce soir
-sur-le-champ, même de leur ôter l'argenterie, les accessoires pour la
-bouche; en un mot, le conseil général donne plein pouvoir à ses
-commissaires d'employer tout ce que leur prudence leur prescrira pour
-la sûreté de ces otages[28].»
-
-[Note 28: Archives de l'Empire.]
-
-La Commune, dans ses prescriptions, n'avait point encore revêtu une
-forme aussi acerbe. Quoique préparé à cet événement, Louis en fut
-affecté. Marie-Antoinette et Madame Élisabeth cherchaient à lire dans
-les yeux des commissaires jusqu'où devaient s'étendre les rigueurs de
-leur mission. En recevant les adieux de sa femme et de sa soeur, Louis
-leur prit les mains et les serra avec un sentiment expressif qui
-semblait dire: Résignons-nous. Son départ les laissa dans de vives
-inquiétudes. Toutes deux pleuraient à chaudes larmes. Madame
-Élisabeth, qui trouvait toujours des paroles consolantes pour toutes
-les douleurs, devenait muette devant une infortune qu'elle croyait
-sans bornes, et que pourtant elle voyait croître de jour en jour et
-d'heure en heure.
-
-Levées de bonne heure le lendemain, Madame Élisabeth et Marie-Thérèse
-vinrent frapper chez la Reine un peu plus tôt que de coutume. Comme
-Cléry avait suivi le Roi dans sa nouvelle prison, Madame Élisabeth
-accourait s'offrir pour habiller le jeune prince. L'abattement de ces
-trois pauvres femmes et de cet enfant lui-même était profond; la
-suprême consolation des malheureux est de souffrir ensemble. A dix
-heures, quand il leur fallut se mettre à table pour déjeuner, leurs
-yeux se remplirent de larmes en voyant vide la place du père de
-famille. Elles demandèrent en vain de ses nouvelles aux commissaires
-de service auprès d'elles, aucun n'en put donner; mais quelques
-instants après, un d'eux ayant été conduire dans l'appartement de la
-grosse tour des peintres et des colleurs qui n'y avaient point terminé
-leurs travaux, dit au Roi qu'il venait d'assister au déjeuner de sa
-famille et qu'elle était en bonne santé. «Je vous remercie, répondit
-Louis XVI; je vous prie de lui donner de mes nouvelles et de lui dire
-que je me porte bien. Ne pourrais-je pas, ajouta-t-il, avoir quelques
-livres que j'ai laissés dans la chambre de la Reine? Vous me feriez
-plaisir de me les envoyer.» Puis il indiqua les ouvrages qu'il
-désirait. Le représentant de la Commune fit droit à sa demande; mais
-ne sachant pas lire, il proposa à Cléry de l'accompagner. Heureux de
-l'ignorance de cet homme, Cléry s'empressa de descendre avec lui. Il
-trouva Marie-Antoinette entourée de ses enfants et de sa soeur: leur
-douleur, qui sembla augmenter à sa vue, s'exhala en mille questions
-auxquelles il ne put répondre qu'avec réserve; leurs plaintes, leurs
-paroles touchantes émurent le coeur des commissaires. «Accordez-nous
-du moins, s'écriaient-elles, la consolation de nous réunir au Roi un
-moment dans la journée, ne fût-ce qu'à l'heure des repas!--Eh bien,
-laissons-les dîner ensemble aujourd'hui, dit avec un ton d'autorité un
-municipal; mais comme notre conduite est subordonnée aux arrêtés de la
-Commune, nous ferons demain ce qu'elle aura prescrit.» A ces mots, un
-sentiment qui était presque de la joie vint soulager ces tristes âmes.
-Marie-Antoinette pressant ses enfants dans ses bras, Madame Élisabeth
-les yeux levés vers le ciel, semblaient rendre grâces à Dieu de cette
-faveur inattendue. Quelques commissaires pleuraient malgré eux. Simon
-lui-même était attendri. «Je crois, dit-il tout haut, que ces
-b......... de femmes me feraient pleurer.» Il ajouta: «Quand vous
-assassiniez le peuple au 10 août, dit-il en s'adressant à
-Marie-Antoinette, vous ne pleuriez point.--Le peuple est bien trompé
-sur nos sentiments», répondit tristement la Reine.
-
-On servit le dîner chez Louis XVI à l'heure ordinaire, et on lui amena
-sa famille. Aux transports qu'elle laissa éclater, on put juger des
-craintes qu'elle avait éprouvées. La concession faite par les
-commissaires de ce jour ne pouvant être blâmée par eux devant les
-nouveaux municipaux qui devaient les remplacer, se continua
-naturellement les jours suivants. Il ne fut plus question de l'arrêté
-du 29 septembre; la famille royale se réunit chaque jour aux heures
-des repas ainsi qu'à la promenade, et Cléry la servit comme par le
-passé.
-
-La Reine et Madame Élisabeth témoignèrent, après le dîner, le désir de
-visiter l'appartement qu'on leur préparait au-dessus de celui du Roi.
-Les commissaires les y conduisirent. Elles prièrent les ouvriers de se
-hâter, mais la besogne dura encore trois semaines. Pendant ce
-temps-là, Cléry partagea son temps entre tous les prisonniers, faisant
-leurs chambres, réglant leurs dépenses et cherchant le moyen de
-conserver quelques rapports entre eux. On comprend que ce séjour de la
-famille royale dans deux tours séparées et sans communication
-intérieure, en rendant la surveillance des municipaux plus difficile,
-la rendait aussi plus inquiète. La chose la plus futile et la plus
-insignifiante, dès qu'elle était relative à un membre de la famille
-prisonnière au Temple, empruntait immédiatement à cette circonstance
-un caractère sérieux. Un pauvre vicaire de Fontenay de Vincennes
-adressait à Madame Élisabeth quelques prétendus vers sans rime ni
-raison, et écrits dans une langue qui n'appartient ni à la prose ni à
-la poésie. Ce fatras, portant l'adresse de _Madame Élisabeth au
-Temple_, fut remis au conseil général de la Commune[29], qui le
-transmit à la commission des vingt-quatre. (Voir aux pièces
-justificatives, nº II.)
-
-[Note 29: _Extrait du registre des délibérations du conseil général du
-19 octobre 1792._
-
-«Le conseil général nomme le citoyen Léger, l'un de ses membres,
-qu'_elle_ charge de se transporter au Temple sur-le-champ pour y
-prendre une lettre adressée à Madame Élisabeth par le vicaire de
-Fontenay-sous-Bois, et l'apporter au conseil.
-
- »_Signé_: DARNAUDERIE, vice-président;
-
- »COULOMBEAU, secrétaire-greffier par intérim.»
-
-(Archives de l'Empire.)]
-
-On tenait éloignés du Temple les journaux qui racontaient les
-sanglants malheurs de la France, les pamphlets qui pervertissaient la
-conscience publique; mais l'injure, la menace, la calomnie adressées
-directement aux Capets servaient souvent de passe-port aux gazettes
-dans ce lazaret politique et moral où la famille royale prolongeait
-sans fin sa douloureuse quarantaine, et dans lequel on ne laissait
-pénétrer que ce qui pouvait ajouter aux tortures du présent les
-appréhensions d'un plus sinistre avenir. Ces misérables feuilles, dont
-le cynisme et le dévergondage étaient sans bornes, on les plaçait à
-dessein sur une commode ou sur une cheminée dans les appartements. Ni
-l'âge ni la vertu n'étaient épargnés. Une brochure prouvait qu'il
-fallait étouffer _les deux petits louveteaux_, c'est ainsi qu'elle
-appelait les enfants du Roi; une autre versait l'outrage à pleins
-flots sur Madame Élisabeth, cherchant à détruire l'admiration
-qu'inspiraient au public son caractère angélique et son dévouement
-fraternel.
-
-Un petit conflit d'attributions élevé entre Cléry et Tison, leurs
-prétentions jalouses aussi bien que l'habitude que prenait
-individuellement chaque détenu de s'adresser pour un service
-quelconque au commissaire qu'il croyait le mieux disposé en sa faveur,
-firent prendre par le conseil du Temple un arrêté pour réglementer la
-manière dont la famille royale présenterait à l'avenir ses demandes au
-conseil. Le municipal James, qui protégeait Tison, lui dit en lui
-annonçant le résultat de la délibération du conseil: «Sois content, le
-ministère est formé; tu as le département des femmes.»
-
-La séparation complète de la famille royale était pressentie dans cet
-arrêté. Le vendredi 26 octobre, la Reine, ses enfants et Madame
-Élisabeth furent installés dans la grosse tour. Ce moment tant
-souhaité par les prisonniers, et qui semblait leur promettre quelques
-consolations, fut marqué, de la part des municipaux, par un trait
-d'hostilité contre la Reine. Le conseil du Temple, composé de Roché,
-Jérosme, Cochois et Massé, et sur la motion d'un d'entre eux, ennemi
-personnel de Marie-Antoinette, prit un arrêté qui, sous la forme d'une
-mesure de convenance et d'ordre, retirait le jeune Louis-Charles des
-mains de sa mère et le remettait entre celles de son père[30]. Sans
-avoir préalablement notifié cette décision à Marie-Antoinette, le soir
-même de son entrée dans son nouvel appartement, on lui enleva son
-fils. La Commune s'était empressée de ratifier cet arrêté[31]. Dans
-cette même journée, pendant le dîner de la famille royale, un greffier
-et un huissier, tous deux en costume, et suivis de six gendarmes,
-étaient venus chercher Cléry pour le conduire à l'hôtel de ville,
-d'où, après six heures passées au cachot, et un long interrogatoire,
-il fut reconduit, à minuit, au Temple par les quatre officiers
-municipaux désignés pour y prendre le service.
-
-[Note 30: Commune de Paris.--Sûreté du Temple. L'an Ier de la
-République française, le 27 octobre 1792.
-
-_Extrait du registre des délibérations du conseil de service au
-Temple, en date du 26 octobre présent._
-
-«Sur les observations faites par l'un des membres de service au Temple
-que le fils de Louis Capet était jour et nuit sous la direction de
-femmes, mère et tante, considérant que cet enfant est dans l'âge où il
-doit être sous la direction des hommes, le conseil, délibérant sur cet
-objet, a arrêté et arrête qu'à l'instant le fils de Louis Capet sera
-retiré des mains des femmes pour être remis et rester entre celles de
-son père les jours et nuits, excepté qu'après l'heure du dîner il
-montera dans le logement de ses mère et tante, durant le moment où son
-père se repose, et en descendra sur les quatre à cinq heures du soir;
-le tout sous la surveillance et conduite de l'un des commissaires de
-service.
-
-»Fait au Conseil séant au Temple lesdits jour et an que dessus.
-
- »_Signé_: MASSÉ, JÉROSME, ROCHE, COCHOIS.
-
- »Pour extrait conforme à l'original:
- »ROCHÉ, commissaire municipal de service
- et président au Temple;
- »COCHOIS, _ségrétère_.»
-
-Délivré au citoyen Cléry, de service auprès de Louis et de sa
-famille.]
-
-[Note 31: Commune de Paris.
-
-_Extrait du registre des délibérations du conseil général, du 26
-octobre 1792._
-
-«Le conseil général approuve l'arrêté pris par les commissaires des
-travaux du Temple et les commissaires du conseil du Temple, relatif à
-la translation des femmes dans la grosse tour, au troisième étage, et
-le fils du ci-devant Roi avec son père.
-
-»Les autorise à faire disposer ses (_sic_) guichets qu'ils croiront
-nécessaires dans cette même tour.
-
- »_Signé_: BOUCHER-RENÉ, président en l'absence du maire;
- »COULOMBEAU, secrétaire-greffier par intérim.»]
-
-Avant d'aller plus loin, il convient de mettre sous les yeux du
-lecteur un tableau fidèle du Temple tel qu'il existait au moment où
-les travaux exécutés pour la captivité de la famille royale furent
-terminés. Le plan que nous intercalons à cette page donnera d'abord
-une idée générale et exacte de l'enclos du Temple à cette époque.
-Essayons de faire connaître maintenant la nouvelle demeure que la
-truelle de la révolution venait de restaurer pour Louis XVI et pour sa
-famille dans le vieux donjon des Templiers.
-
-La grosse tour, dont la hauteur dépassait cent cinquante pieds et dont
-les murs avaient neuf pieds d'épaisseur dans leur moyenne proportion,
-formait quatre étages voûtés et soutenus au milieu par un gros pilier
-depuis le bas jusqu'au quatrième étage. L'intérieur était d'environ
-trente-quatre à trente-six pieds en carré.
-
-Le rez-de-chaussée, qui n'avait subi aucun changement, était resté
-avec ses murailles nues; mais par la sévérité même de son
-architecture, par les arêtes de sa voûte, par le fût lourd et
-l'élégant chapiteau de son pilier, et aussi par les quatre lits à
-colonnes torses adossés aux quatre murs de sa vaste salle, il
-rappelait les temps et les choses d'autrefois.
-
-Cette pièce était destinée aux commissaires de la Commune qui
-n'étaient point de service à la porte du Roi et de la Reine. Ils y
-prenaient leurs repas, y couchaient, et s'y assemblaient pour
-délibérer. Aussi appela-t-on cette pièce la _chambre du conseil_. Des
-tourelles placées aux quatre angles, la première contenait l'escalier
-qui allait jusqu'aux créneaux, la seconde servait d'armoire aux
-municipaux, la troisième de bûcher et la quatrième de garde-robe.
-L'entrée de chaque étage était fermée par deux portes, la première en
-bois de chêne garni de clous, la seconde en fer.
-
-Le premier étage, demeuré aussi dans son intégrité première, était la
-répétition du rez-de-chaussée, moins ses lits à colonnes. Il servait
-de corps de garde, et était, après celui du palais du Temple, le poste
-le plus important de l'enclos. Aux deux parois les plus larges de la
-muraille, on avait établi des planches légèrement inclinées formant
-avec quelques matelas un lit de repos pour la garde. Au milieu de la
-salle, autour du pilier, les armes se groupaient en faisceau.
-
-Le second étage, qui ne formait primitivement, comme les autres
-étages, qu'une seule pièce, avait été divisé en quatre chambres par
-des cloisons en planches, avec de faux plafonds de toile. La première
-pièce était une antichambre qui, par trois portes différentes,
-communiquait aux trois autres pièces. En face de la porte d'entrée
-était la chambre du Roi; on y plaça un lit pour son fils. De
-l'antichambre on entrait également dans la salle à manger, qui en
-était séparée par une seule cloison à vitrage. La chambre de Louis XVI
-avait une cheminée; un grand poêle ouvrant dans l'antichambre, mais
-placé au centre du carré de la tour, c'est-à-dire à la place même où
-se trouve le pilier aux étages inférieurs, chauffait les autres
-chambres. Une croisée éclairait chaque pièce, mais les barreaux de fer
-et les abat-jour, scellés et posés en dehors, empêchaient l'air de
-circuler. Les cloisons de l'appartement étaient recouvertes d'un
-papier peint. Celui de l'antichambre représentait des pierres de
-taille superposées comme on les figure au théâtre pour simuler
-l'intérieur d'une prison. A gauche en entrant, on avait placardé au
-milieu du mur la Déclaration des droits de l'homme, écrite en
-très-gros caractères et encadrée dans une large bordure tricolore. Le
-papier de la chambre du Roi était jaune glacé, semé de fleurs
-blanches. En entrant, on voyait la cheminée en face, la fenêtre à main
-droite, ainsi que la tourelle; à main gauche, le lit de Louis XVI, et
-à ses pieds le petit lit de son fils. Sur la console de la cheminée
-était posée une pendule portant gravés sur son cadran de porcelaine
-ces mots: _Lepaute, horloger du Roi_; mais dès l'installation de Louis
-(le 29 septembre) dans la grosse tour, les représentants de la Commune
-avaient collé un pain à cacheter sur le mot _Roi_. Les plaques de
-fonte de la cheminée portaient ces mots: _Liberté_, _égalité_,
-_propriété_, _sûreté_. La tourelle servait à Louis XVI de cabinet de
-lecture et d'oratoire. Ses murs enduits de plâtre étaient revêtus
-d'une peinture gris de lin. On y avait placé un tout petit poêle. Près
-du lit du jeune prince s'ouvrait une porte sur un couloir conduisant à
-gauche dans la chambre de Cléry, et plus loin, en inclinant à droite,
-à la garde-robe placée dans une seconde tourelle. Le lit de Cléry,
-parallèle à celui de son maître, n'en était séparé que par l'épaisseur
-de la cloison. La troisième tourelle, donnant dans la salle à manger,
-servait de bûcher.
-
-[Illustration: TROISIÈME ÉTAGE.
-
- A. Escalier.
- 1. Porte de chêne.
- 2. Porte de fer.
- B. Antichambre.
- Une table en noyer.
- Un lit de repos et des chaises.
- C. Chambre de la Reine.
- 3. Lit de la Reine, à colonnes en damas vert avec ses housses,
- un sommier et deux matelas, un traversin, une couverture piqûre
- de Marseille.
- 4. Lit de Madame Royale, couchette à deux dossiers, une paillasse,
- un sommier, trois matelas, un traversin et deux couvertures
- en coton.
- 5. Commode en bois d'acajou, à dessus de marbre, surmontée d'un
- miroir de toilette.
- 6. Canapé garni de son carreau et de ses deux oreillers.
- 7. Cheminée, ornée de la pendule que nous avons indiquée, et
- d'une glace de 45 pouces sur 36.
- 8. Un paravent en bois de quatre feuilles, couleur d'acajou.
- Deux tables de nuit.
- D. Cabinet de la Reine.
- E. Chambre de Madame Élisabeth.
- 9. Lit en fer, garni de sa housse de toile de Jouy doublée de
- taffetas vert, un sommier, deux matelas, un lit de plume,
- un traversin et une couverture piqûre de Marseille.
- 10. Commode en placage, à dessus de marbre.
- 11. Une table en bois de noyer.
- 12. Cheminée avec une glace de 45 pouces sur 32.
- Deux chaises, deux fauteuils couverts en perse.
- Flambeaux argentés.
- F. Garde-robe.
- G. Chambre de Tison.
- Un lit, une commode en placage, à dessus de marbre. Un miroir
- de toilette; une pendule de Lepaute posée sur la commode,
- plusieurs chaises dont deux de canne. Flambeaux argentés.
- H. Cabinet où fut enfermé Tison en septembre 1793.]
-
-Le troisième étage, contenant le logement de Marie-Antoinette et celui
-de Madame Élisabeth, était la répétition du second moins le couloir.
-La chambre de la Reine était au-dessus de celle du Roi, et son lit
-placé au même endroit que le lit du Roi. Celui de Marie-Thérèse était
-entre la cheminée et la porte du couloir supprimé. Le papier de la
-chambre, aussi bien que celui de la tourelle qui servait de cabinet
-de toilette, était entremêlé de zones vertes et bleues d'une nuance
-extrêmement tendre. La cheminée était ornée d'une pendule
-représentant la Fortune et sa roue,--singulière ironie en présence de
-la grandeur renversée! La chambre de Madame Élisabeth et celle de
-Tison étaient tapissées d'un même papier jaune très-commun. Leur
-ameublement était à peu près le même aussi: un lit de fer, une table
-en bois de noyer, une commode en placage, tels étaient les principaux
-meubles de Madame Élisabeth. Le plan descriptif de cet étage achèvera
-de le faire bien connaître.
-
-Les détails d'ameublement que nous donnons à la suite de ce plan sont
-parfaitement authentiques: ils ont été puisés dans deux inventaires,
-l'un fait à la date du 25 octobre 1792, lors de l'entrée de la famille
-royale dans la grosse tour, et l'autre le 19 janvier 1793[32].
-
-[Note 32: Archives de l'Empire, carton E, nº 6, 206.]
-
-Le quatrième étage, ne devant pas être habité, était resté dans sa
-simplicité première. Sa voûte élevée, l'absence du pilier central, le
-faisaient paraître plus grandiose que les autres étages. Quelques
-vieux meubles de rebut et quantité de planches étaient relégués dans
-les bas-côtés de cette vaste salle. Entre les créneaux et le toit de
-la grande tour régnait une galerie servant quelquefois de promenade.
-Les entre-deux des créneaux furent garnis de planches, jalousies sans
-treillis enlevant au promeneur toute possibilité de voir ou d'être
-vu[33].
-
-[Note 33: Le lecteur trouvera à la fin du volume (Documents et pièces
-justificatives, nº III) une esquisse de la physionomie extérieure du
-Temple, un aperçu du personnel commis à sa garde, et des dispositions
-prises par l'autorité républicaine.]
-
-Les habitudes de la famille ne subirent point de changements par suite
-de sa réunion dans la grosse tour. Louis XVI, en présence d'événements
-qui ne lassaient ni sa patience ni son courage, cherchait le plus
-souvent ses distractions dans la lecture; plus émue que lui,
-Marie-Antoinette s'occupait de ses enfants, demandait en vain au
-travail manuel un apaisement aux troubles de son esprit, et faisait
-matin et soir de courtes prières. Quant à Madame Élisabeth, elle ne
-s'inquiétait plus de la méchanceté des hommes. Quelquefois, dans la
-journée, au milieu des jurements et des blasphèmes, elle s'isolait
-dans sa chambre, s'agenouillait près de son lit avec une ferveur
-angélique, ou, assise sur une chaise, se recueillait dans ses
-méditations avec un calme inaltérable. Souvent, après le dîner, quand
-la promenade au jardin n'avait pas lieu, les enfants jouaient dans
-l'antichambre au siam ou au volant; Madame Élisabeth assistait à leurs
-jeux, assise près d'une table et un livre à la main. Cléry restait
-habituellement dans cette pièce, et, se conformant aux ordres de cette
-princesse, il s'asseyait aussi, et prenait un livre pour paraître
-occupé de son côté. Il était facile de voir que la division de la
-famille, ainsi parquée en deux chambres, contrariait et inquiétait
-parfois les commissaires chargés de ne laisser jamais le Roi et la
-Reine seuls, et ne voulant point se séparer eux-mêmes, tant ils se
-méfiaient l'un de l'autre, espions tout ensemble et espionnés. Madame
-Élisabeth profitait de ce moment pour entrer en communication avec
-Cléry: celui-ci prêtait l'oreille, et, pour ne pas être surpris par
-les municipaux, répondait sans détourner les yeux de sa lecture.
-Marie-Thérèse et son frère, d'accord avec leur tante, facilitaient cet
-entretien par leurs jeux bruyants ou par quelques signes annonçant
-l'entrée des commissaires. Les captifs n'avaient pas moins à se défier
-de Tison, dont les municipaux, plus d'une fois dénoncés par lui,
-avaient aussi à redouter la surveillance.
-
-Du reste, une recrudescence se manifestait dans les rigueurs
-ombrageuses du plus grand nombre des représentants de la Commune, et
-se traduisait par des actes souvent ridicules. A la fin des repas,
-Madame Élisabeth remettait à Cléry un petit couteau à lame d'or pour
-qu'il le nettoyât; un municipal, plus d'une fois, le lui arracha des
-mains, afin d'examiner si quelque papier n'était pas caché au fond de
-la gaîne. Madame Élisabeth avait chargé Cléry de renvoyer un livre de
-piété à la duchesse de Sérent; les municipaux s'emparèrent de ce
-livre, et en coupèrent toutes les marges, de peur qu'on n'y eût écrit
-quelque avis avec de l'encre sympathique. Le linge remis à la
-blanchisseuse était minutieusement inspecté à la sortie; au retour, il
-était déployé pièce par pièce et examiné au grand jour. Le livre de la
-blanchisseuse, tout autre papier servant d'enveloppe, étaient
-présentés au feu, afin de s'assurer s'il n'y avait aucune écriture
-secrète. C'étaient là les moindres avanies de la captivité.
-
-On se ferait difficilement une idée des précautions que le conseil de
-la Commune prenait pour que rien de ce qui se passait au Temple
-n'échappât à sa surveillance. Le docteur Leclerc avait porté à la
-Reine, pour sa fille, un paquet de drogues et une ordonnance de
-médecine. Le conseil général s'alarma de cette démarche, et dans sa
-séance du 27 octobre, réclama le paquet remis à Marie-Antoinette, et
-manda à sa barre M. Leclerc. «La femme de Louis Capet, dit celui-ci,
-me parla de la nécessité de faire des remèdes pour sa fille qui a une
-dartre sur la joue, et me demanda quels étoient ceux qu'elle devoit
-employer: il faut respecter les malheureux, et la fille ne doit pas
-être punie des fautes du père; d'ailleurs elle a une jolie figure, et
-il seroit dommage que cette dartre lui restât, car c'est un
-chef-d'oeuvre de la nature. (Ici l'orateur fut interrompu par le
-président, qui ajouta: _La peau du serpent est aussi un chef-d'oeuvre
-de la nature_; le conseil vous invite à _continuer sans digression_.)
-Je lui ai ordonné, dit alors M. Leclerc, de la squine et de la
-salsepareille, drogues très-simples qui ne peuvent être falsifiées:
-j'ai envoyé ce remède avec l'autorisation des commissaires, et
-l'ordonnance a été signée par eux.»
-
-Le conseil général prit l'arrêté suivant: «Le conseil général,
-prévoyant les conséquences dangereuses qui peuvent résulter de pareils
-procédés, déclare qu'il improuve la conduite du commissaire Leclerc;
-et, pour prévenir de pareils abus qui pourroient compromettre la
-surveillance et la responsabilité de la Commune, défend à toutes les
-personnes qui se trouvent au Temple, pour quelque fonction que ce
-soit, médecins, chirurgiens, pharmaciens, etc., de donner aucun avis
-ni remède de quelque nature qu'il soit, à aucun individu de la famille
-ci-devant royale, sous quelque prétexte que ce puisse être; et dans le
-cas où un membre de la famille royale auroit besoin de secours, le
-conseil déclare qu'il y sera pourvu par les maîtres de l'art reconnus
-par le conseil de la Commune; improuve ledit Leclerc, et le renvoie
-avec ses drogues, son ordonnance et le présent arrêté, au conseil
-général de la Commune.»
-
-Le plus grand tourment de Madame Élisabeth après le chagrin que lui
-causait la situation du Roi et de la Reine, c'était la désolation de
-ses amies, c'était le silence qu'elle était condamnée à garder
-vis-à-vis d'elles pour ne pas les compromettre, c'était l'inquiétude
-où elle était sur leur sort. Si elle reçoit de l'une d'elles une
-preuve de souvenir ou d'attachement, elle, elle craint que ce gage
-d'un bon sentiment ne soit imputé à crime. Aussi croit-elle de son
-devoir de les prier de renoncer, au moins pour un temps, aux
-dangereuses tentatives que leur inspire leur ingénieuse sollicitude
-pour nouer des rapports avec elle. La duchesse de Sérent a le courage
-de désobéir, et ne cesse de lui faire parvenir des témoignages de sa
-constante attention: un de ses messages est surpris. Interrogée par le
-comité révolutionnaire de sa section, madame de Sérent ose répondre
-qu'elle a l'honneur d'être dame de Madame Élisabeth de France, et
-qu'elle ne fait que remplir un devoir sacré en veillant à ce qui peut
-lui être nécessaire.
-
-De longs mois s'écoulèrent sans qu'Élisabeth reçût d'au-delà des
-frontières des nouvelles de sa famille. Son frère, le comte d'Artois,
-assidu à lui écrire régulièrement, se taisait lui-même. Une lettre
-cependant, une seule lettre lui arriva sous les verrous du Temple:
-cette lettre était écrite par sa tante Adélaïde; elle était datée de
-Rome, et relative aux événements de juin. Ce fut Manuel qui la remit
-lui-même à la princesse. Cet acte de bienveillance ne devait pas se
-renouveler. L'ère des perquisitions commença: une surveillance
-minutieuse et tracassière, une inquisition de tous les instants
-rendirent toute correspondance impossible. Les portes de la France
-demeurèrent fermées aussi bien que celles de la tour du Temple.
-
-Le 14 novembre, la maladie vint ajouter à toutes les épreuves de la
-famille royale. Louis XVI, le premier, eut une fluxion qui l'incommoda
-extrêmement. La Reine et Madame Élisabeth demandèrent qu'on fît
-appeler M. Dubois-Foucou, son dentiste; le conseil du Temple s'y
-opposa. Le conseil général de la Commune arrêta que le conseil du
-Temple lui transmettrait tous les matins le bulletin de la santé des
-prisonniers, et, apprenant que la maladie du Roi s'était aggravée, il
-nomma deux commissaires pour aller «instruire la Convention de la
-santé du ci-devant.» La fièvre étant survenue, le 22, la Commune
-avertie s'alarma, permit à M. Le Monnier, ancien premier médecin du
-Roi, d'entrer à la tour, accompagné de M. Robert, chirurgien, et
-réclama chaque jour un bulletin de la santé du malade. L'émotion de M.
-Le Monnier fut grande en revoyant son ancien maître, ainsi que Madame
-Élisabeth, à laquelle il avait voué la plus profonde affection. Il
-vint au Temple deux fois par jour pendant la semaine que dura la
-maladie du Roi. Marie-Antoinette demanda au conseil du Temple qu'il
-lui fût permis de transférer pendant ce temps-là le lit de son fils
-dans sa chambre. Le conseil le lui refusa. L'enfant eut une forte
-coqueluche accompagnée de fièvre; sa mère et Madame Élisabeth
-demandèrent à le veiller: «Vous lui avez refusé la grâce de monter
-auprès de nous, accordez-nous celle de descendre auprès de lui.»
-Prière inutile! La révolution ne se bornait plus à persécuter la
-Reine, elle persécutait la mère. Marie-Antoinette prit elle-même le
-mal qu'elle voulait guérir. La maladie se communiqua aussi à sa fille
-et à Madame Élisabeth, qui eût regretté peut-être d'être exempte du
-fléau qui atteignait tous les siens. Les médecins et les geôliers se
-rencontrèrent chaque jour.
-
-En voyant la maladie entrer dans cette prison, il semble que la
-Providence prenait à tâche d'éprouver cette grande et malheureuse
-famille par tous les genres de souffrance.
-
-Cléry tomba malade à son tour. La fièvre et une forte douleur au côté
-l'obligèrent de garder le lit. Il essaya de se lever pour habiller son
-maître: Louis refusa ses soins, lui ordonna de se coucher, et fit
-lui-même la toilette de son fils. Le petit Prince ayant recouvré la
-santé, se tint pendant une grande partie de la journée dans la chambre
-de Cléry, et de temps en temps lui apportait de la tisane.
-
-Dans la soirée, Louis XVI profita d'un moment où il était moins
-surveillé pour aller voir lui-même son valet de chambre; il le fit
-boire, et il lui dit avec bonté: «Je voudrois vous donner moi-même des
-soins, mais vous savez combien nous sommes observés; prenez courage,
-demain vous verrez mon médecin.»
-
-A l'heure du souper, la famille royale entra chez Cléry, et Madame
-Élisabeth, sans que les commissaires s'en aperçussent, lui remit une
-fiole qui contenait un looch. Cette princesse, qui était extrêmement
-enrhumée, s'en privait pour lui; il voulut refuser, elle insista.
-Après le souper, Marie-Antoinette déshabilla et coucha son fils, et
-Madame Élisabeth roula les cheveux de son frère.
-
-Revenu le lendemain, M. Le Monnier ordonna une saignée à Cléry.
-Celui-ci resta six jours au lit; chaque jour la famille royale allait
-le visiter: Madame Élisabeth lui apportait des drogues qu'elle avait
-demandées comme pour elle. Le malade reprit une partie de ses forces;
-sa fermeté s'emparant de celle dont il était témoin, il lutta avec
-énergie contre un mal qui l'aurait rendu incapable de rendre les
-services qu'il voulait rendre. Le moral a tant d'influence sur le
-physique, qu'on peut croire que cette résolution de guérir à tout prix
-contribua autant que les remèdes à lui rendre la santé.
-
-Un soir, après avoir couché le petit Prince, Cléry se retirait pour
-faire place à la Reine, qui venait, avec les princesses, embrasser son
-fils et lui donner le bonsoir dans son lit. Madame Élisabeth, que la
-surveillance des commissaires avait empêchée de parler à Cléry,
-profita de ce moment pour remettre à l'enfant une petite boîte
-d'ipécacuanha, en lui disant: «Ceci est pour Cléry, je vous prie de le
-lui remettre dès qu'il reviendra.» Les princesses remontèrent dans
-leur chambre, Louis XVI passa dans son cabinet, Cléry alla souper, et
-ne rentra que vers onze heures pour préparer le lit du Roi. Comme il
-était seul dans la chambre (Louis XVI étant encore dans la tourelle),
-le jeune prince l'appela à voix basse. Cléry, étonné qu'il ne dormît
-pas à pareille heure, lui en demanda le motif: »C'est que ma tante m'a
-remis une petite boîte pour vous, lui dit-il, et je n'ai pas voulu
-m'endormir sans vous l'avoir donnée; il étoit temps que vous vinssiez,
-car mes yeux se sont fermés plusieurs fois.»--«Les miens se remplirent
-de larmes, ajoute Cléry en racontant le trait que nous venons de
-rappeler. Le Dauphin s'en aperçut, m'embrassa, et deux minutes après
-il dormoit profondément.»
-
-Quoique placée sur le second plan dans la hiérarchie de la famille, et
-quoique aimant à s'effacer elle-même, Madame Élisabeth, on le voit,
-était toujours au premier rang dès qu'il s'agissait d'être utile ou
-de consoler. C'était un spectacle touchant que celui de cette femme
-angélique réclamant avidement sa part des tortures de sa famille; puis
-suspendant le souvenir de ses propres infortunes pour s'occuper des
-infortunes des autres, et renouvelant auprès d'un serviteur souffrant
-la tradition des exemples de son aïeul saint Louis, dont les mains
-royales se plaisaient à servir, dans les malades et les infirmes, les
-membres mêmes de Jésus-Christ.
-
-Une nouvelle municipalité avait, dans la journée du dimanche 2
-décembre, remplacé la Commune du 10 août. Un assez grand nombre des
-anciens membres avaient été réélus. Il n'y avait eu jusqu'à ce jour
-qu'un seul commissaire auprès du Roi et un auprès de la Reine: la
-nouvelle Commune décida qu'il y en aurait deux à l'avenir.
-Conformément à cet arrêté, huit municipaux se trouvèrent dès le 3
-décembre de service au Temple, quatre, comme nous l'avons dit, en
-surveillance près de la famille royale, et les quatre autres se tenant
-dans la salle du Conseil. Chaque jour, ils se renouvelaient par
-moitié. On arrivait le soir à neuf heures, on soupait, et l'on tirait
-au sort pour savoir qui serait de garde chez le Roi ou chez la Reine.
-On passait tour à tour vingt-quatre heures auprès des détenus,
-vingt-quatre heures dans la salle du Conseil. Ceux que leur billet
-avait désignés pour la nuit montaient après le souper, et restaient
-près des prisonniers jusqu'au lendemain onze heures. Après le dîner,
-ils reprenaient leur poste jusqu'à l'arrivée des nouveaux municipaux.
-C'est à cette époque que l'on commença au rez-de-chaussée de la tour
-des dispositions pour y installer quelques jours après le conseil, qui
-se tenait dans une des salles du château du Temple.
-
-Le nombre des commissaires excita entre eux une émulation de zèle
-révolutionnaire qui se traduisit par un redoublement de rigueurs
-envers les prisonniers.
-
-La surveillance devint plus active, la servitude plus étroite; on
-redoubla de dureté envers Cléry, on renouvela à Turgy, à Chrétien et à
-Marchand, qui avaient obtenu un certificat des anciens municipaux[34],
-la défense expresse de lui parler. Il restait peu d'espoir aux détenus
-de pouvoir désormais apprendre aucune nouvelle. Frappée d'un fatal
-pressentiment, Madame Élisabeth épiait avidement les regards et les
-paroles de Cléry; mais Cléry ne savait plus rien, et craignait tout.
-Cependant il ne désespérait pas tout à fait d'être informé des
-événements du dehors par sa femme, qui, sous le prétexte d'apporter du
-linge et d'autres objets nécessaires, avait obtenu la permission de
-venir au Temple une fois par semaine. Elle était toujours accompagnée
-d'une amie qui passait pour une parente. Le jeudi 6 décembre, madame
-Cléry arriva avec son honnête et courageuse complice. Son mari,
-prévenu, descendit au conseil. Tandis que, pour détourner les soupçons
-des nouveaux commissaires, elle affectait de lui parler à haute voix
-et de lui donner des détails assez oiseux sur ses affaires
-domestiques: «Mardi prochain, disait tout bas son amie, on conduit le
-Roi à la Convention; le procès va commencer; le Roi pourra prendre un
-conseil; tout cela est certain.»
-
-[Note 34: Archives de l'Empire, carton E, nº 6, 206.]
-
-Le soir, Cléry trouva le moyen, au coucher du Roi, de lui rendre compte
-de ce qu'il avait appris. Il lui fit pressentir qu'on avait le projet de
-le séparer de sa famille pendant le procès, et ajouta qu'il ne restait
-plus que quatre jours pour concerter quelque moyen de correspondance
-entre le second et le troisième étage. Le lendemain, après le déjeuner,
-Louis XVI fit part à la Reine des confidences qu'il avait reçues, et la
-Reine les transmit à Madame Élisabeth. Quelques actes semblaient déjà
-confirmer la triste annonce du procès. Le Roi venait de rentrer avec son
-fils dans son appartement, lorsqu'un municipal, à la tête d'une
-députation de la Commune, vint lui lire, d'une voix qui trahissait son
-émotion, l'arrêté qui ordonnait «d'enlever aux détenus du Temple, ainsi
-qu'à ceux qui les servent ou qui les approchent de près, toute espèce
-d'instruments tranchants ou autres armes offensives et défensives, en
-général tout ce dont on prive les autres prisonniers présumés
-criminels.» Louis XVI prit lui-même dans ses poches un couteau et un
-petit nécessaire de maroquin rouge dont il tira des ciseaux et un canif,
-et remit ces objets au commissaire. Les envoyés de la Commune firent des
-recherches dans toutes les pièces du second étage; ils confisquèrent les
-rasoirs, le compas à rouler les cheveux, le couteau de toilette, de
-petits instruments pour nettoyer les dents, et d'autres objets d'or et
-d'argent; puis ils montèrent au troisième, où ils notifièrent le même
-arrêté. «Si ce n'est que ça, dit la Reine avec un dépit marqué, il
-faudrait aussi nous prendre nos aiguilles, car elles piquent bien
-vivement.» Elle en eût peut-être dit davantage si Madame Élisabeth ne
-lui eût fait signe du coude pour l'inviter au silence. Marie-Antoinette
-et ses deux compagnes remirent leurs ciseaux. Les municipaux leur
-prirent jusqu'aux petits meubles utiles à leur travail. «Savez-vous
-bien, leur dit l'un d'eux, que nous avons ordre de vous enlever aussi
-Tison et Cléry, et de goûter à tous les mets que l'on vous sert?»
-
-Il faut le dire, les commissaires ne remplissaient pas à la lettre les
-ordres rigoureux que leur avait transmis le conseil général de la
-Commune. Les fabricateurs des lois ne les feraient pas toujours si
-dures s'ils devaient en être les exécuteurs. Quand vint l'heure du
-dîner, quelques municipaux, sous la pression de l'arrêté dont ils
-avaient donné lecture, voyaient de graves inconvénients à ce que la
-famille royale se servît de fourchettes et de couteaux; d'autres
-consentaient à laisser les fourchettes; la contestation dura quelques
-instants; enfin, l'influence bienveillante dont nous venons de parler
-l'emporta, et la majorité décida qu'aucun changement ne serait fait,
-mais qu'à la fin de chaque repas couteaux et fourchettes seraient
-enlevés.
-
-La privation des petits instruments de travail retirés aux captives
-leur devint d'autant plus pénible qu'elles furent obligées de renoncer
-à différents ouvrages qui jusqu'alors avaient contribué à les
-distraire des longs ennuis de la prison. Un jour, Madame Élisabeth
-cousait les habits de Louis XVI, et n'ayant point de ciseaux, elle
-rompit le fil avec ses dents. «Quel contraste! lui dit le Roi, qui
-fixait sur elle un regard attendri, il ne vous manquait rien dans
-votre jolie maison de Montreuil.--Ah! mon frère, répondit-elle,
-puis-je avoir des regrets quand je partage vos malheurs?»
-
-Le samedi 8 décembre vint au Temple une commission chargée de vérifier
-les dépenses des détenus. Mandé devant elle pour donner des
-explications, Cléry eut l'occasion d'apprendre d'un municipal bien
-intentionné que la séparation de Louis d'avec sa famille, arrêtée
-seulement par la Commune, n'avait point été encore prononcée par la
-Convention. De son côté, Turgy était parvenu à se procurer un journal
-qui contenait le décret portant que _Louis Capet serait traduit à la
-barre de la Convention_; il remit à Cléry ce journal, ainsi qu'un
-mémoire publié par Necker sur le procès du Roi. Le seul moyen que
-trouva Cléry de communiquer ces deux pièces à la famille royale fut de
-les cacher sous un vieux meuble dans le cabinet de garde-robe, et d'en
-prévenir Madame Élisabeth.
-
-La visite de ces deux commissions qui venaient de se succéder à la
-Tour, l'une chargée _d'enlever les armes offensives et défensives_,
-l'autre de régler les dépenses, amena un nouvel arrêté du conseil
-général qui modifia quelques mesures prises antérieurement[35]. A
-dater de ce jour, le conseil du Temple fut transféré d'une salle du
-palais au rez-de-chaussée de la Tour, disposé pour le recevoir. Aux
-aides de cuisine Turgy, Chrétien et Marchand, il fut interdit de
-sortir à l'avenir du Temple; quant aux deux officiers municipaux de
-garde auprès des prisonniers de chaque étage, ils avaient devancé
-l'ordre formel qu'ils reçurent de demeurer tous deux pendant la nuit
-dans l'antichambre: depuis le 2 décembre, ils s'étaient, à cet égard,
-conformés à l'invitation verbale de la Commune.
-
-[Note 35: «Le conseil général arrête:
-
- »1º Que le citoyen Cléry, valet de chambre des prisonniers, sera logé
- et couchera dans la Tour, du côté gauche donnant dans la salle à
- manger, sans qu'il puisse coucher ailleurs sous aucun prétexte;
-
- »2º Que le conseil du Temple sera placé dans la Tour;
-
- »3º Que le citoyen Mathey, concierge, aura la surveillance de ladite
- Tour, et ne pourra en sortir sous aucun prétexte;
-
- »4º Que les guichetiers actuels, devenant inutiles par la nouvelle
- disposition, seront réformés immédiatement, après avoir été payés
- de ce qui leur est dû;
-
- »5º Que la cuisine sera placée dans la Tour, et que les agents
- sous-employés ne sortiront point;
-
- »6º Pendant la nuit, deux officiers municipaux garderont les
- prisonniers de chaque étage;
-
- »7º Et enfin la même cuisine servira pour les commissaires du Temple.»
-
- * * * * *
-
-_Nota._ L'article 1º depuis longtemps était observé; chaque soir les
-municipaux avaient soin de fermer la porte de la chambre de Cléry,
-donnant dans le couloir qui conduisait à la chambre du Roi, et d'en
-emporter la clef. L'article 5º ne fut pas mis à exécution: il y eut
-impossibilité matérielle de placer la cuisine dans la Tour.]
-
-Aux mesures de précaution exercées dans l'intérieur du Temple
-répondaient au dehors les dispositions de police les plus sévères. A
-la veille du jour _où l'on allait juger les attentats portés à la
-souveraineté du peuple et prononcer sur leur auteur_, Roland, ministre
-de l'intérieur, mandait aux administrateurs des départements de Paris
-qu'_il était de leur devoir d'être en séance permanente_. Il les
-prévenait que le _conseil exécutif aurait séances extraordinaires tous
-les jours, matin et soir; qu'il fallait que, sitôt la réception de sa
-lettre, ils lui envoyassent aux Tuileries une députation, à l'effet
-de concerter toutes les mesures que nécessiterait la tranquillité
-publique; qu'il fallait de même qu'à l'instant ils se déclarassent
-aussi en séance permanente, et que leurs bureaux fussent dans une
-perpétuelle activité; qu'ils devaient requérir la même permanence de
-la municipalité, et avoir avec elle et avec le commandant de la force
-publique une correspondance non interrompue_.
-
-Le mardi 11 décembre, dès cinq heures du matin, la générale battait
-dans tous les quartiers de Paris, et peu d'instants après la cavalerie
-et le canon entraient dans la cour du Temple. Ce bruit et cet appareil
-eussent terrifié la famille royale si elle n'en avait pas connu la
-cause. Elle feignit cependant de l'ignorer, et demanda aux municipaux
-des explications qu'elle n'obtint pas. A neuf heures, comme les autres
-jours, Louis XVI et son fils montèrent pour le déjeuner dans
-l'appartement du troisième étage. Ils restèrent pendant une heure
-réunis en famille; mais la présence permanente des commissaires mit
-obstacle à toute confidence et à tout épanchement.
-
-A dix heures, on se sépara: les regards exprimaient seuls ce que les
-lèvres ne pouvaient dire. L'enfant, comme de coutume, descendit avec son
-père. A onze heures, deux municipaux vinrent le chercher pour le
-conduire chez sa mère. Louis XVI demanda le motif de cet enlèvement. Les
-commissaires répondirent qu'ils exécutaient les ordres qu'ils avaient
-reçus. Louis embrassa son fils, et chargea Cléry de l'accompagner. Un
-municipal presque aussitôt rentra chez le Roi pour lui annoncer que le
-maire de Paris était au conseil avec un nombreux cortége, et qu'il
-allait monter. Louis XVI resta pendant deux heures d'attente livré à ses
-tristes pensées. Le secrétaire-greffier de la Commune avait oublié
-l'ampliation du décret de la Convention, et il avait fallu envoyer
-chercher cet acte, afin de pouvoir procéder régulièrement. Ce ne fut
-qu'à une heure que Chambon se présenta, accompagné de Chaumette,
-procureur général de la Commune, de Coulombeau, secrétaire-greffier, de
-Santerre, commandant de la garde nationale; le maire annonça à Louis
-qu'il venait le chercher pour le conduire à la Convention, en vertu d'un
-décret dont le secrétaire-greffier allait lui faire lecture. Coulombeau
-lut le décret. A cette expression: _Louis Capet_ sera traduit, etc.,
-«_Capet_ n'est pas mon nom, dit le Roi; un de mes ancêtres l'a porté,
-mais ce n'est pas celui de ma famille.» Puis, s'adressant à Chambon:
-«J'aurais désiré, monsieur, que les commissaires m'eussent laissé mon
-fils pendant les deux heures que j'ai passées à vous attendre. Au reste,
-ce traitement est une suite de celui que j'éprouve ici depuis quatre
-mois. Je vais vous suivre, non pour obéir à la Convention, mais parce
-que mes ennemis ont la force en main.» Deux minutes après, on entendit
-de la Tour du Temple le bruit de la voiture qui allait jeter devant une
-assemblée arbitrairement érigée en tribunal le Prince de qui, selon les
-lois traditionnelles, émanait toute justice, et au nom duquel, pendant
-plus de dix-huit ans, avaient été rendus tous les arrêts des tribunaux
-en France. On devine les angoisses des prisonnières, n'ayant autour
-d'elles que des surveillants ennemis ou indifférents, condamnés au
-mutisme. Elles virent bientôt entrer chez elles Cléry, amené par un
-commissaire. Ce municipal, homme d'extérieur honnête et de manières
-polies, resté seul avec Cléry après le départ du Roi, lui avait appris
-que Louis ne reverrait plus sa famille, mais que le maire de Paris
-devait encore consulter quelques membres de la Convention sur cette
-séparation. Cléry avait profité du bon vouloir de ce commissaire pour se
-faire conduire près du petit Prince, qui était chez sa mère.
-
-On servit le dîner, comme de coutume, dans la salle à manger du Roi.
-Le repas fut court et silencieux. Les prisonnières remontèrent
-aussitôt chez la Reine. Un seul municipal resta près d'elle après le
-dîner; c'était un jeune homme d'environ vingt-quatre ans, de la
-section du Temple, et de garde à la Tour pour la première fois. Tandis
-que Marie-Antoinette liait conversation avec lui, l'interrogeant sur
-son état, ses parents, etc., Madame Élisabeth passait dans sa chambre
-et faisait signe à Cléry de la suivre. Elle apprit par lui que la
-Commune avait résolu de séparer le Roi de sa famille; que la
-Convention ne s'était pas encore prononcée à cet égard, mais que le
-maire devait en faire la demande, et que probablement cette séparation
-aurait lieu dès le soir même. «La Reine et moi, lui dit Madame
-Élisabeth, nous nous attendons à tout, et nous ne nous faisons aucune
-illusion sur le sort que l'on prépare au Roi; il mourra victime de sa
-bonté et de son amour pour son peuple, au bonheur duquel il n'a cessé
-de travailler depuis son avénement au trône. Qu'il est cruellement
-trompé, ce peuple! La religion du Roi et sa grande confiance dans la
-Providence le soutiendront dans cette suprême adversité.... Enfin,
-Cléry, ajouta Madame Élisabeth, pensant qu'elle parlait à son
-confident pour la dernière fois, vous allez rester seul près de mon
-frère, redoublez, s'il est possible, de soins pour lui; ne négligez
-aucun moyen pour nous faire parvenir de ses nouvelles; mais pour tout
-autre objet, ne vous exposez pas, car alors nous n'aurions plus
-personne à qui nous confier.»
-
-Madame Élisabeth et Cléry cherchèrent ensemble les moyens à employer
-pour entretenir une correspondance. Turgy fut nommé comme seul digne
-d'être admis dans le secret. On convint que Cléry, comme de coutume,
-garderait le linge du petit Prince; que tous les deux jours il
-enverrait ce qui serait nécessaire à cet enfant, et profiterait de
-cette occasion pour donner des nouvelles du Roi. «Si le Roi étoit
-indisposé, ajouta Madame Élisabeth, je tiens essentiellement à en être
-instruite. Prenez ce mouchoir, vous le retiendrez tant que mon frère
-se portera bien; s'il arrivait qu'il fût malade, vous me l'enverriez
-dans le linge de mon neveu. Prenez soin de le plier de cette
-manière-ci si l'indisposition est légère, et de cette manière-là si le
-mal est plus grave. Avez-vous entendu parler de la Reine aux
-municipaux? demanda encore Madame Élisabeth avec une sorte de terreur.
-Savez-vous quel sort on lui réserve? Hélas! que peut-on lui
-reprocher?--Rien, Madame, répondit Cléry; mais que peut-on reprocher
-au Roi?--Oh! rien, rien, dit Madame Élisabeth; mais le Roi, peut-être
-le regardent-ils comme une victime nécessaire à leurs projets, à leur
-sûreté même, tandis que la Reine, au contraire, et ses enfants, ne
-sont pas un obstacle à leur ambition.» Et comme Cléry exprimait
-l'espoir que le Roi ne serait condamné qu'à la déportation: «Oh! je ne
-conserve aucune espérance», répondit Madame Élisabeth en étouffant un
-sanglot.
-
-La crainte d'être surpris par un commissaire mit fin à cet entretien,
-le plus long et le plus libre que Madame Élisabeth ait eu avec le
-serviteur de son frère. Elle rejoignit la Reine. Tison dit alors à
-Cléry: «Vous n'êtes jamais resté si longtemps avec Élisabeth; il est à
-craindre que le municipal ne s'en soit aperçu.--Il n'y a rien à
-craindre, répondit nonchalamment Cléry; Madame Élisabeth me parlait de
-son neveu, lequel probablement demeurera désormais auprès de sa mère.»
-Un instant après, Cléry, rentré chez Marie-Antoinette, était informé
-par un regard de cette princesse qu'elle était déjà instruite des
-arrangements concertés.
-
-A six heures, le conseil du Temple manda Cléry, et lui fit lecture
-d'un arrêté de la Commune lui interdisant toute communication avec la
-femme, la soeur et les enfants de Capet durant le procès.
-
-A six heures et demie, Louis XVI, escorté comme à son départ, revint à
-la Tour. Il demande aussitôt qu'on le conduise auprès de sa famille,
-on s'y refuse. Il insiste pour que du moins on la prévienne de son
-retour; on lui promet que son désir sur ce point sera satisfait. La
-Reine, instruite sur-le-champ de son arrivée, demande à le voir; les
-commissaires répondent qu'ils n'ont pas le droit d'y consentir. Elle
-le fait demander au maire, qui n'a point encore quitté la salle du
-Conseil; Chambon ne donne aucune réponse.
-
-Après les agitations de cette journée, et malgré l'obsession des
-quatre municipaux qui l'environnent, Louis se remet tranquillement à
-sa lecture. A huit heures et demie, prévenu que son souper est prêt,
-il dit aux commissaires: «Ma famille ne descendra-t-elle pas?» Point
-de réponse. «Mais au moins, ajoute-t-il, mon fils passera la nuit chez
-moi, son lit et ses effets sont ici.» Même silence. En se levant de
-table, Louis insiste de nouveau sur le désir de voir sa famille; on
-lui répond qu'on attend la décision de la Convention. Cléry donne
-alors ce qui est nécessaire pour le coucher de l'enfant. Le Roi se
-coucha à la même heure et avec le même calme que de coutume.
-
-La même tranquillité était loin de régner au troisième étage: la Reine
-avait donné son lit à son fils, et resta toute la nuit debout, dans
-une douleur si morne que sa fille et sa soeur ne voulaient pas la
-quitter; mais elle les força de rentrer chez elles en les conjurant de
-se coucher[36], ce qu'elles firent. Marie-Thérèse seule s'endormit
-bientôt: heureux âge où le sommeil a encore plus d'empire que la
-douleur!
-
-[Note 36: Récit de Marie-Thérèse-Charlotte.]
-
-Le lendemain 12 décembre, la famille séparée demanda encore à se
-revoir. Mais on lui répondit encore qu'on attendait les ordres de la
-Convention. Dans la journée, une députation de l'Assemblée apporta au
-Temple le décret qui autorisait Louis XVI à prendre un conseil. Le
-Prince désigna Target, un des principaux rédacteurs de la
-Constitution, à son défaut Tronchet, et les deux s'il lui était
-permis de les prendre. Il ajouta qu'il serait nécessaire qu'on lui
-fournît de l'encre, du papier et des plumes. Les députés firent leur
-rapport à la Convention, qui chargea immédiatement le ministre de la
-justice de transmettre à Target et à Tronchet le choix que Louis avait
-fait d'eux pour le défendre, ordonna que les municipaux de service au
-Temple les laisseraient communiquer librement avec l'accusé, et
-fourniraient à celui-ci de l'encre, des plumes et du papier. Le jeudi
-13, au matin, la députation revint à la Tour, et apprit au Roi le
-refus de Target, qui se trouvait, disait-il, par l'état d'épuisement
-de sa santé, dans l'impossibilité d'accepter une tâche qui aurait
-réclamé toutes ses forces[37]. Elle lui dit qu'on avait envoyé
-chercher M. Tronchet à sa campagne de Palaiseau, et qu'on l'attendait
-dans la journée; puis elle lui donna lecture de plusieurs lettres
-adressées à la Convention, et qui toutes sollicitaient l'honneur que
-Target venait de refuser. Une de ces lettres était de M. de
-Malesherbes[38]. Une foule de Français se présentaient, sollicitant
-aussi la gloire de défendre un prince malheureux. Un grand nombre de
-pétitions arrivaient de tous les points de la France.
-
-[Note 37: Le lecteur doit connaître la lettre de cet avocat,
-ex-constituant, qui avait accepté la défense du méprisable cardinal de
-Rohan et qui refusait son ministère au Roi:
-
-«Depuis le décret de ce matin, il devient embarrassant pour moi
-d'avoir un avis sur les faits imputés à Louis XVI. Je dois au moins
-m'abstenir de le prononcer. Je satisferai ce devoir; mais âgé de près
-de soixante ans, fatigué de maux de nerfs, de douleurs de tête et
-d'étourdissements qui durent depuis quinze ans, qui m'ont fait quitter
-la plaidoirie en 1785, et que quatre années de travaux ont aigris à un
-point insupportable, je conserve à peine les forces suffisantes pour
-remplir pendant six heures dans chaque journée les fonctions paisibles
-de juge, et j'attends avec quelque impatience le moment d'en être
-déchargé par les prochaines élections. C'est dire assez qu'il m'est
-impossible de me charger de la défense de Louis XVI. Je n'ai
-absolument rien de ce qu'il faut pour un tel ministère, et par mon
-impuissance je trahirois à la fois et la confiance du client accusé et
-l'attente publique. C'est à l'instant même que j'apprends cette
-nomination, qu'il m'étoit impossible de prévoir. Un homme libre et
-républicain ne peut pas accepter des fonctions dont il se sent
-entièrement incapable.
-
- »Le républicain TARGET.»
-
- * * * * *
-
-Notre impartialité nous oblige à réunir toutes les pièces de ce procès
-sous les yeux du lecteur. Dans une lettre adressée à M. de Lamartine,
-le 22 mars 1847, lors de la publication de l'_Histoire des Girondins_,
-M. P. Target, alors auditeur au conseil d'État, explique ainsi la
-conduite de son grand-père: «M. Target, affaibli par une longue
-maladie, craignit que ses efforts restassent au-dessous de son zèle,
-et il aima mieux décliner l'honneur qui lui était fait que de
-présenter une défense incomplète. Mais s'il ne parla pas, il écrivit.
-Avant les plaidoiries, il fit imprimer, publier, colporter par les
-rues un écrit signé de son nom, et dans lequel il présentait avec
-beaucoup de force les seules raisons qui pussent alors sauver
-l'auguste accusé. Les faits que je viens de rappeler sont en outre
-consignés dans un éloge de mon grand-père prononcé en 1807 par M.
-Muraire, alors premier président à la Cour de cassation. «Lorsque,
-dans cette circonstance difficile, disait M. Muraire, M. Target,
-renonçant à tout ce qu'il eût obtenu, se dévouait à ce qui ne lui
-offrait que du danger, faut-il laisser peser sur sa mémoire
-l'impression fâcheuse et injuste produite par un fait que ses
-détracteurs n'ont pas pris la peine d'approfondir?»]
-
-[Note 38:
-
- «Paris, 11 décembre 1792.
-
-»Citoyen président, j'ignore si la Convention donnera à Louis XVI un
-conseil pour le défendre et si elle lui en laisse le choix; dans ce
-cas-là, je désire que Louis XVI sache que, s'il me choisit pour cette
-fonction, je suis prêt à m'y dévouer. Je ne vous demande pas de faire
-part à la Convention de mon offre, car je suis bien éloigné de me
-croire un personnage assez important pour qu'elle s'occupe de moi.
-Mais j'ai été appelé deux fois au conseil de celui qui fut mon maître
-dans le temps que cette fonction étoit ambitionnée par tout le monde:
-je lui dois le même service lorsque c'est une fonction que bien des
-gens trouvent dangereuse. Si je connoissois un moyen possible pour lui
-faire connoître mes dispositions, je ne prendrois pas la liberté de
-m'adresser à vous. J'ai pensé que, dans la place que vous occupez,
-vous aurez plus de moyens que personne pour lui faire passer cet avis.
-
-»Je suis avec respect, etc.
-
- »LAMOIGNON DE MALESHERBES.»]
-
-«Je suis sensible aux offres que me font ces personnes de me servir de
-conseil, répondit Louis XVI, et je vous prie de leur en témoigner ma
-reconnoissance. J'accepte M. de Malesherbes pour mon conseil. Si M.
-Tronchet ne peut me prêter ses services, je me concerterai avec M. de
-Malesherbes pour en choisir un autre.»
-
-Le Roi signa le procès-verbal de son acceptation, et le remit aux
-députés.
-
-Dans la matinée du 14 décembre, Tronchet se présenta au Temple.
-Arrêté, selon la consigne, dans le palais qui sépare la cour du
-jardin, il attendit que les commissaires vinssent l'y reconnaître.
-Conduit par eux dans la salle du Conseil, il y fut fouillé, puis il
-fut introduit dans la chambre de Louis XVI, comme le permettait le
-décret. En présence du jurisconsulte, le Prince se sentant appuyé sur
-son droit, réclama avec force la faculté de voir sa famille. N'osant
-ni accueillir ni repousser cette demande, le conseil du Temple en
-référa au conseil général de la Commune.
-
-Dans la même journée, Malesherbes fut aussi introduit, non sans avoir
-subi les formalités acerbes qui n'épargnaient personne. «Ah! c'est
-vous, mon ami? lui dit Louis XVI en le serrant dans ses bras et en le
-faisant entrer dans la tourelle; vous venez m'aider de vos conseils;
-vous ne craignez pas d'exposer votre vie pour sauver la mienne; mais
-tout sera inutile!--Non, Sire, je n'expose point ma vie, et je veux
-croire que celle de Votre Majesté ne court aucun danger. Sa cause est
-si juste et ses moyens de défense si puissants!--Si! si! ils me feront
-périr; mais ce sera gagner ma cause que de laisser une mémoire sans
-tache. Ma soeur, continua-t-il, m'a donné le nom et la demeure d'un
-prêtre insermenté qui pourrait m'assister dans mes derniers moments.
-Je vous prie de l'aller trouver de ma part, de lui remettre ce mot, et
-de le disposer à m'accorder ses secours. C'est une étrange commission
-pour un philosophe, n'est-ce pas? Ah! mon ami, combien je vous
-souhaiterais de penser comme moi! La religion instruit et console tout
-autrement que la philosophie.--Sire, cette commission n'a rien de si
-pressé, répondit Malesherbes.--Rien ne l'est davantage pour moi,»
-reprit le Roi. Le billet portait cette adresse: _A monsieur Edgeworth
-de Firmont, aux Récollets, à Paris_.
-
-Les deux défenseurs de Louis écrivirent à la Convention pour réclamer
-la communication des chefs d'accusation. Dès le lendemain,
-l'Assemblée, sur le rapport de sa commission des vingt et un, décréta
-que quatre membres de cette commission, nommés par elle-même, «se
-transporteraient sur-le-champ au Temple, remettraient à Louis les
-copies collationnées des pièces probantes de ses crimes, en
-dresseraient procès-verbal, puis placeraient sous ses yeux les
-originaux des pièces qui ne lui avaient point été présentées à la
-barre, et constateraient s'il les a reconnues.»
-
-Dans cette même journée, la Convention s'occupa aussi de la demande
-qu'avait faite le Roi de communiquer avec sa famille. L'autorisation
-fut d'abord accordée sans restriction; Tallien prétendit que la
-Commune de Paris ne se prêterait point à l'exécution d'un tel décret.
-L'Assemblée se sentit blessée par cette observation injurieuse, et
-ordonna que son auteur serait censuré et inscrit nominativement au
-procès-verbal[39]. Cependant l'autorisation déjà donnée fut combattue
-de nouveau; un moyen terme, qui était un refus déguisé, fut adopté, et
-vers une heure, le décret suivant fut apporté à la Tour: «La
-Convention nationale décrète que Louis Capet pourra voir ses enfants,
-lesquels ne pourront, jusqu'à jugement définitif, communiquer avec
-leur mère ni avec leur tante.» Louis XVI dit à Cléry: «Vous voyez dans
-quelle cruelle alternative ils me placent! Je ne puis me résoudre à
-garder mes enfants avec moi: pour ma fille, cela est impossible, et
-pour mon fils, je sens tout le chagrin que la Reine en éprouverait; il
-faut donc consentir à ce nouveau sacrifice. Ainsi, faites transporter
-son lit dans la chambre de sa mère.»
-
-[Note 39: Voir la séance de la Convention du 13 décembre 1792.]
-
-L'ordre généreux du Roi fut exécuté sur-le-champ. Le jeune Prince
-avait passé les trois dernières nuits couché sur un matelas. Cléry
-garda ses habits et son linge, et tous les deux jours il envoyait ce
-qui lui était nécessaire, selon les conventions secrètes arrêtées avec
-Madame Élisabeth.
-
-La députation de la commission des vingt et un, dont nous avons parlé,
-arriva au Temple vers trois heures et demie de l'après-midi. Elle
-était composée de Borie, Dufriche-Valazé, Poulain-Grandprey et Cochon,
-et accompagnée de Gauthier, employé au bureau des procès-verbaux de la
-Convention, nommé secrétaire de la commission; de Varennes, huissier
-de la Convention, et de Devaux, maréchal des logis des grenadiers de
-la gendarmerie nationale, commandant l'escorte des députés. Les
-municipaux vinrent vérifier leurs pouvoirs. L'un d'eux, nommé Périac,
-fit quelques difficultés pour recevoir Gauthier, Varennes et Devaux.
-«Le décret, dit-il, ne fait pas mention d'eux, et nous ne pouvons
-légalement les laisser entrer dans la Tour.» Cet obstacle levé par les
-autres membres de la Commune, la députation elle-même pénétra avec son
-entourage dans l'appartement de Louis XVI. Tronchet était près de ce
-prince. Borie annonça l'objet de la mission dont ses collègues et lui
-étaient chargés. La grande table de l'antichambre fut dressée au
-milieu de la chambre du Roi; on y plaça toutes les pièces du procès.
-Chacun prit place à l'entour: les conventionnels d'un côté, et de
-l'autre Louis XVI et son défenseur. Les deux commissaires de service
-s'assirent aussi dans la chambre; l'un d'eux était Mercereau, qui,
-après avoir travaillé quelque temps au Temple comme tailleur de
-pierre, y apparaissait cette fois comme membre du conseil général de
-la Commune.
-
-Conformément aux dispositions du décret, copie fut remise au Roi des
-pièces qu'on lui avait déjà communiquées à la barre, ainsi qu'une
-copie de l'inventaire énonciatif de ces pièces. Toutes furent
-successivement cotées, puis ensuite parafées par Louis XVI et par deux
-membres de la commission, Grandprey et Cochon. Le parafe du Roi
-n'était autre que la lettre L majuscule. On lui communiqua ensuite les
-originaux des pièces qui ne lui avaient point été présentées à la
-barre, et qui se trouvaient comprises en un second inventaire au
-nombre de cent sept; Gauthier, secrétaire de la commission, en donnait
-lecture; Valazé demandait au Roi: «Avez-vous connaissance, etc.?»
-Louis XVI répondait ordinairement oui ou non, sans autre explication.
-Borie les présentait à sa signature, ainsi que la copie que chaque
-fois Grandprey proposait de lui lire, et dont Louis le dispensait
-toujours. Cochon faisait l'appel par liasse et par numéro, et le
-secrétaire les enregistrait à mesure qu'elles étaient remises au Roi.
-
-Cette opération, commencée avant quatre heures, ne touchait pas encore
-à son terme, lorsqu'à neuf heures et demie Louis XVI interrompit la
-séance pour demander aux députés s'ils voulaient souper. Ils
-acceptèrent. Cléry leur fit aussitôt servir une volaille froide et
-quelques fruits dans la salle à manger. Tronchet ne voulut rien
-prendre, et demeura avec le Roi dans sa chambre. La Convention avait
-beau faire: la majesté du Roi survivait dans l'abaissement de
-l'accusé. Où avait-on vu avant cela un prévenu s'occupant des
-représentants de ses accusateurs comme un hôte s'occupe de ses
-invités, et veillant à ce que rien ne manquât à ceux qui s'occupaient
-de préparer son arrêt de mort?
-
-Après le souper, l'interrogatoire du royal accusé fut repris.
-Quelques-unes des liasses qu'on plaçait sous ses yeux (entre autres
-les numéros 18 et 53) contenaient des projets de constitution
-apostillés de sa main; plusieurs autres pièces (cotées 5, 6, 22, 31,
-78) étaient également annotées par lui, tantôt avec de l'encre, tantôt
-au crayon; la lettre cotée 30, adressée à M. de Bouillé, était tout
-entière de son écriture[40]; calme et presque distrait, il recevait
-toutes ces pièces _comme un grand seigneur reçoit les comptes de son
-intendant_[41]. Minuit sonnait au moment où s'acheva cette longue et
-pénible séance, en laquelle, au fantôme froid et hypocrite des
-procédures légales de la Convention nationale, la royauté déchue et
-accusée n'avait pu opposer que son calme et sa résignation. La
-commission sortit. Louis prit quelque nourriture, et sans se plaindre
-de la fatigue qu'il avait éprouvée, il demanda à Cléry si l'on avait
-retardé le souper de sa famille. Sur sa réponse négative: «J'aurais
-craint que ce retard n'eût inquiété la Reine et ma soeur», dit-il;
-puis il fit sa prière, se coucha, et s'endormit.
-
-[Note 40: Dans cette lettre, le Roi félicitait le général sur la
-conduite qu'il avait tenue à Nancy.]
-
-[Note 41: Séance du conseil général de la Commune du 27 décembre
-1792.]
-
-Malesherbes et Tronchet s'effrayaient, si ce n'est de la gravité, du
-moins du nombre des pièces d'accusation qu'il leur faudrait réfuter
-une à une; ils s'effrayaient davantage en réfléchissant que la
-Convention avait décrété qu'elle entendrait pour la dernière fois
-l'accusé le 26 décembre. Le Roi d'ailleurs s'opposait absolument à ce
-qu'ils sollicitassent aucun délai. Malesherbes le premier, craignant
-d'être vaincu par le temps ou trahi par sa propre force, songea à
-réclamer le concours d'un jeune avocat qui s'était fait un nom
-brillant au barreau de Paris; il proposa M. de Sèze à son collègue, et
-tous deux le proposèrent à Louis XVI. Le Prince ne connaissait M. de
-Sèze que de réputation. «Faites, dit-il en souriant: les médecins
-s'assemblent nombreux quand le danger est grand. Vous me prouvez que
-la maladie est de la dernière gravité; je vous montrerai, moi, que je
-suis bon malade.» Ses conseils demandèrent donc à l'Assemblée que, vu
-la brièveté du délai accordé, M. de Sèze leur fût adjoint dans la
-défense qui leur était confiée. Leur proposition fut accueillie dans
-la séance du lundi 17 décembre. Le jour même, vers les cinq heures du
-soir, les trois défenseurs vinrent au Temple, et depuis ce jour
-jusqu'au 26 décembre, ils virent régulièrement le Roi tous les trois.
-Ce malheureux Prince se sentait encouragé par leur zèle et leur
-dévouement; mais le fond de sa pensée était demeuré le même. Un jour,
-il prit à part M. de Malesherbes, et lui rappela que, dès leur
-première entrevue, il l'avait chargé d'une négociation qui
-l'intéressait vivement. «Si je n'ai pas cru, dit Malesherbes, rendre
-plus tôt compte au Roi de ma mission, je me suis toutefois conformé à
-ses ordres. M. Edgeworth ne demeure point aux Récollets; il a un
-pied-à-terre rue du Bac, mais depuis le mois de septembre il habite
-Choisy-le-Roy. Ne le connaissant point personnellement, je lui donnai
-rendez-vous chez madame de Sénozan, ma soeur. Là, Sire, je lui ai
-remis votre message, qui eût été sans doute une invitation pressante
-pour tout autre, mais qui était et qui est resté un ordre pour un tel
-homme. Il espère comme moi que la perversité humaine n'exigera jamais
-qu'il ait à vous donner une aussi cruelle preuve de dévouement. Il m'a
-chargé de mettre à vos pieds tout ce que lui dictait dans une
-circonstance si pénible un coeur flétri par la douleur.--Remerciez-le
-de ma part, répondit Louis XVI, et priez-le de ne pas quitter Paris
-dans ce moment.»
-
-Cependant Cléry avait trouvé le moyen de faire arriver par Turgy des
-nouvelles du Roi à Madame Élisabeth. Il fut lui-même, dans la journée
-du 17, averti par Turgy que cette princesse, en lui remettant sa
-serviette après le dîner, lui avait glissé dans la main un billet
-écrit avec des piqûres d'épingle, par lequel elle suppliait le Roi de
-lui écrire un mot de sa main. Cléry remit au Roi à son coucher ce
-billet de Madame Élisabeth. Possesseur de papier et d'encre depuis le
-commencement de son procès, Louis, dès le lendemain matin, écrivit à
-sa soeur une lettre qu'il remit décachetée à Cléry. «Il n'y a rien là
-qui puisse vous compromettre, lui dit-il, prenez-en lecture.» Le
-discret serviteur se permit sur ce point de désobéir à son maître, et
-remit la lettre à Turgy. Celui-ci rapporta la réponse dans un peloton
-de fil qu'il fit rouler sous le lit de Cléry en passant près de la
-porte de sa chambre. Ce mode de correspondance, inauguré ainsi,
-continua. Louis remettait des billets à Cléry, Cléry les revêtait de
-fil, de coton ou de laine, et les déposait dans l'armoire où étaient
-les assiettes pour le service de la table; Turgy presque immédiatement
-allait les prendre et les remettait à Madame Élisabeth. Moins observé
-que son camarade, Turgy, pour lui faire parvenir les réponses, avait
-recours à différents moyens; mais Cléry en inventa un qui remédia à
-bien des difficultés et épargna bien des périls. La bougie fournie
-pour le service du Roi était livrée en paquets ficelés; Cléry conserva
-la ficelle, et lorsqu'il en eut une assez grande quantité, il annonça
-à son maître qu'il pouvait à l'avenir rendre sa correspondance plus
-active. La fenêtre de la chambre de Madame Élisabeth répondait
-perpendiculairement à la fenêtre du petit corridor qui communiquait de
-la chambre de Louis XVI à celle de Cléry. En attachant les lettres à
-une ficelle, Madame Élisabeth pouvait donc les laisser glisser de sa
-croisée à celle de l'étage inférieur; l'abat-jour en forme de hotte
-placé à la fenêtre du corridor ne permettait pas de craindre que le
-message pût tomber dans le jardin; la ficelle qui descendrait la
-lettre pourrait remonter la réponse; on pourrait même, par la même
-voie, faire parvenir aux princesses un peu de papier et un peu
-d'encre, ressources dont elles étaient privées. La grande difficulté
-était levée: Cléry possédait la ficelle! Grâce aux intelligences entre
-lui et Turgy, Madame Élisabeth fut bientôt instruite du nouveau mode
-de correspondance qui avait été imaginé. Elle fut mise en possession
-de la ficelle, et, dans la matinée du 20 décembre, elle avertit Louis
-XVI qu'elle en ferait usage à huit heures du soir. C'est ainsi que le
-génie de la captivité inspirait aux membres infortunés de cette
-famille auguste les moyens de triompher de la surveillance haineuse
-qui croyait avoir rendu toute communication entre eux impossible.
-
-Ce jour-là, à quatre heures et demie, la députation de la commission
-des vingt et un, qui s'était présentée au Temple cinq jours
-auparavant, fut de nouveau introduite auprès de Louis, s'installa
-comme la première fois autour d'une table, et donna lecture à ce
-Prince de cinquante et une nouvelles pièces qu'il signa et parafa
-comme les précédentes. Ce travail dura une heure. Les membres de la
-commission et les défenseurs de Louis se rencontrèrent au pied de la
-Tour. Descendus avec les uns, Mathey et un municipal remontèrent avec
-les autres. Les affaires dont ses conseils devaient l'entretenir ne
-faisaient point oublier au Roi l'avis qu'il avait reçu de sa soeur. De
-son côté, Cléry avait tout disposé: il avait fermé la porte de sa
-chambre et celle du corridor, et s'était mis à causer tranquillement
-dans l'antichambre avec les commissaires de la Commune. Dès que
-l'aiguille marqua huit heures à la pendule de sa cheminée, Louis XVI
-se leva et sortit un instant: ses défenseurs ne se doutèrent point, en
-le voyant reparaître trois minutes après, qu'il venait de recevoir des
-nouvelles de sa famille et de lui transmettre lui-même les expressions
-de sa tendresse.
-
-Le Roi fit monter par cette poste aérienne quelques feuilles de papier
-blanc qui lui revinrent avec de douces consolations. C'était toujours
-à huit heures du soir qu'avait lieu cette correspondance.
-
-Louis XVI, depuis quelques jours, souffrait de la longueur de sa
-barbe; Cléry s'adressa aux municipaux pour obtenir des rasoirs. De
-leur côté, les princesses demandaient qu'il leur fût prêté des ciseaux
-pour se couper les ongles. Le conseil du Temple s'assembla pour
-statuer sur ces deux requêtes, et après un long examen, les renvoya à
-la décision de la Commune[42]. Celle-ci prit la résolution suivante:
-
-«Le conseil général, considérant que par l'événement du décret qui
-permet aux conseils de Louis Capet de communiquer librement avec lui,
-le conseil général n'est responsable que de l'évasion du prisonnier,
-consent que les rasoirs et les ciseaux demandés par les prisonniers
-leur soient accordés; arrête en outre que le présent arrêté ainsi que
-celui pris par les commissaires du Temple seront envoyés à la
-Convention.»
-
-[Note 42: _Extrait du registre des délibérations des commissaires de
-la Commune de service au Temple._
-
- «Du 22 décembre 1792, an Ier de la République française.
-
-»A six heures du soir, le conseil s'est rassemblé pour prendre une
-délibération sur les deux objets ci-après:
-
-»1º Louis Capet paroît embarrassé de la longueur de sa barbe; il l'a
-témoigné diverses fois. On lui a proposé de le faire raser. Il en a
-montré de la répugnance, et a laissé voir le désir de se raser
-lui-même.
-
-»Le conseil pensa hier pouvoir lui donner l'espérance d'accéder
-aujourd'hui à sa demande; mais ce matin, on s'est aperçu que les
-rasoirs de Louis Capet n'étoient pas restés au Temple: on a pris de là
-occasion de discuter de nouveau la matière; elle a été amplement
-controversée, et le résultat a été l'opinion unanime de soumettre la
-question au conseil général de la Commune, qui, dans le cas où il
-jugera convenable de permettre à Louis Capet de se faire lui-même la
-barbe, voudra bien ordonner qu'il lui soit confié un ou deux rasoirs
-dont il fera usage sous les yeux de quatre commissaires auxquels ces
-mêmes rasoirs seront aussitôt rendus, et qui constateront que la
-remise leur en aura été faite.
-
-»2º La femme, la soeur et la fille de Louis Capet ont demandé qu'il
-leur soit prêté des ciseaux pour se couper les ongles.
-
-»Le conseil en ayant délibéré, a pareillement arrêté à l'unanimité que
-cette demande seroit soumise au conseil général de la Commune, qui
-seroit prié, dans le cas où il y donneroit son consentement, de fixer
-aussi le mode à employer à cet égard.
-
-»Arrête que la présente délibération sera envoyée au conseil général
-de la Commune dans le jour et d'assez bonne heure pour que la réponse
-soit connue dès aujourd'hui au conseil du Temple.
-
-»Et ont signé au registre:
-
- »MAUBERT, DEFRASNE, JON, LANDRAGIN, ROBERT,
- MALIVOIR et DESTOURNELLES.
-
-»Pour copie conforme, les jour, mois et an que dessus.
-
- »DESTOURNELLES, officier municipal.»]
-
-Par suite de cet arrêté, le conseil du Temple confia deux rasoirs à
-Louis, à la condition de ne s'en servir que sous les yeux de deux
-municipaux, auxquels les rasoirs seraient tout aussitôt rendus; il en
-fut de même pour les ciseaux prêtés aux princesses.
-
-Noël approchait. Madame Élisabeth se préoccupait de la manière dont
-cette grande fête serait célébrée à Paris. Le lundi soir 24 décembre,
-Toulan et Lepitre se retrouvèrent ensemble de service au Temple. «La
-veille de Noël, raconte ce dernier, Chaumette fit arrêter que la messe
-de minuit ne seroit point célébrée; on lui représenta inutilement que
-cette défense pourroit donner lieu à quelque émeute; que le peuple
-n'étoit pas aussi philosophe que Chaumette et qu'il tenoit encore à
-ses anciens usages. On arrêta que des officiers municipaux ou des
-membres du conseil se rendroient aux différentes paroisses et
-s'opposeraient à ce qu'on ouvrît les portes. Qu'arriva-t-il? les
-membres de la Commune furent bafoués et battus; la messe fut chantée,
-et Chaumette en devint plus furieux contre la religion et ses
-ministres. Le 25 décembre, en entrant chez la Reine, je lui avois
-parlé de cet arrêté de la Commune, dont j'ignorois les suites. Le
-soir, nous vîmes arriver Beugniau, maître maçon, l'un de mes
-collègues, le visage légèrement balafré. Ce fut lui qui nous raconta
-de quelle manière les femmes de la halle l'avoient accueilli à
-Saint-Eustache.» Madame Élisabeth apprit ces détails sans étonnement
-et sans chagrin. «Il est bon, dit-elle, que le peuple sache que ceux
-qui prétendent le rendre libre ne veulent de liberté ni pour sa
-conscience ni pour ses prières.»
-
-Le jour de Noël, Louis, resté seul avec lui-même, écrivit son
-testament. Bien que personne n'ignore ces pages de piété, de clémence
-et de tendresse, nous croyons devoir en reproduire les passages qui se
-rapportent plus directement à notre sujet:
-
-«Je recommande à Dieu ma femme, mes enfants, ma soeur, mes tantes, mes
-frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang ou par
-quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu particulièrement
-de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma soeur,
-qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce
-s'ils viennent à me perdre, et tant qu'ils resteront dans ce monde
-périssable.
-
-»Je prie ma soeur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes
-enfants, et de leur tenir lieu de mère s'ils avoient le malheur de
-perdre la leur.
-
-»Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu'ils doivent à
-Dieu, qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux,
-soumis et obéissants à leur mère, et reconnoissants de tous les soins
-et les peines qu'elle se donne pour eux, et en mémoire de moi, je les
-prie de regarder ma soeur comme une seconde mère.»
-
-Le mercredi 26 décembre, le Roi, de peur que le bruit des tambours et
-le mouvement des troupes n'effrayassent sa famille, pria, dès le lever
-du jour, les commissaires de la prévenir qu'il allait être conduit à
-la barre de la Convention nationale. Il était cinq heures quand la
-voiture et son escorte rentrèrent au Temple: la journée avait été
-longue pour les prisonnières. Devinant leur inquiétude, Louis, dès
-qu'il fut rentré dans son appartement, prit la plume, et sans doute il
-pensa avec tristesse que les mots qu'il traçait avec empressement pour
-les rassurer ne leur parviendraient que trois heures plus tard. Ce ne
-fut en effet qu'à huit heures du soir qu'une lettre passait, par un
-fil invisible, du second au troisième étage de la tour.
-
-Le 1er janvier 1793, Cléry entra avant le jour dans la chambre de son
-maître, et entr'ouvrant les rideaux de son lit, lui demanda à voix
-basse la permission de lui présenter des voeux pour la fin de ses
-malheurs. «Je reçois vos souhaits», lui dit Louis XVI en lui tendant
-une main que Cléry baisa et mouilla de ses larmes. Le Roi se leva,
-poussa la porte entr'ouverte de sa chambre, et pria un commissaire
-d'aller s'informer de sa part de l'état de la santé de sa famille et
-de lui transmettre l'expression de ses voeux pour la nouvelle année.
-Les municipaux furent émus de l'accent avec lequel étaient prononcées
-ces simples paroles, si poignantes dans une telle situation. Le
-municipal chargé de cette mission rentra bientôt chez le Roi. «Votre
-famille, dit-il, vous remercie de vos souhaits, et vous adresse les
-siens.--Quel jour de nouvelle année!» dit Louis XVI.
-
-La jeune Marie-Thérèse tomba malade. Son père fut informé par la
-correspondance nocturne de sa situation; il s'en inquiéta assez pour
-ne plus songer à sa position personnelle. Dans ses épanchements avec
-ses défenseurs, sa parole, ses pensées revenaient sans cesse vers sa
-famille. «Au milieu de toutes mes tribulations, disait-il, la
-Providence m'a ménagé de tendres consolations; ma vie a dû un grand
-charme à mes enfants, à la Reine et à ma soeur. Je ne vous parlerai
-point de mes enfants, déjà si malheureux..... à leur âge!
-continua-t-il avec émotion; ni de ma soeur, dont la vie n'a été
-qu'affection, dévouement et courage. L'Espagne et le Piémont avaient
-paru désirer son alliance; à la mort de Christine de Saxe, les
-chanoinesses de Remiremont lui offrirent de l'élire abbesse; rien n'a
-pu la séparer de moi; elle s'est attachée à mes malheurs comme
-d'autres s'étaient attachés à mes prospérités! Mais je veux vous
-entretenir d'un cruel sujet de peine pour mon coeur; c'est de
-l'injustice des Français pour la Reine.»
-
-Alors il expliqua longuement la conduite de cette princesse, qui,
-ennemie de l'étiquette et de la contrainte, avait été jugée si
-sévèrement. «Ses manières, ajouta-t-il, nouvelles à la cour, se
-rapprochaient trop de mon goût naturel pour que je voulusse les
-contrarier..... D'abord, le public applaudissait à l'abandon des
-anciens usages; ensuite, il en a fait un crime..... Les factieux,
-dit-il en terminant, ne mettent cet acharnement à décrier et à noircir
-la Reine que pour préparer le peuple à la voir périr. Oui, mes amis,
-sa mort est résolue. En lui laissant la vie, on craindrait qu'elle ne
-me vengeât. Infortunée princesse! notre mariage lui promit un trône;
-aujourd'hui, quelle perspective lui offre-t-il?» L'émotion du Prince
-avait gagné ses trois défenseurs.
-
-Cependant Louis XVI était toujours préoccupé de la santé de sa fille.
-Les nouvelles qu'il en recevait chaque soir n'étaient pas entièrement
-satisfaisantes. Un municipal officieusement chargé par lui de
-s'informer de l'état des choses avait gardé le silence. Louis
-craignait que, pour lui épargner de la peine, on ne lui cachât une
-partie de la vérité. Il confia son inquiétude à ses défenseurs.
-Ceux-ci promirent de se plaindre au conseil de ce silence, qui
-devenait une torture de plus pour le Prince captif; mais à huit
-heures, les ayant quittés un instant, le Roi rentra, et comprimant à
-regret la joie de son coeur: «Messieurs, leur dit-il avant de se
-séparer, j'ai réfléchi sur la démarche que vous voulez faire: je vous
-prie de la remettre à demain, et même de ne la point tenter avant de
-m'avoir revu.» A leur arrivée, le lendemain, il leur dit: «Je sais
-maintenant que ma fille est mieux; que Brunyer doit venir la voir, et
-que la Reine est tranquille. Dieu soit loué!» C'était, on l'a deviné,
-une lettre de Madame Élisabeth, qui la veille au soir, avait apporté
-le calme et le bonheur dans l'âme de cet infortuné Prince.
-
-Le procès touchait à sa fin. Le jeudi matin 17 janvier, Paris apprit
-le vote de mort rendu dans la nuit. A neuf heures, les trois
-défenseurs arrivèrent au Temple. Cléry alla au-devant d'eux. «Tout est
-perdu, lui dit Malesherbes, le Roi est condamné.» Louis XVI était
-assis dans sa chambre, le dos tourné vers la porte, les coudes appuyés
-sur une table, le visage couvert de ses deux mains. S'étant levé pour
-recevoir ses visiteurs, il leur dit: «Depuis deux heures, je
-réfléchissais sur le passé; je recherchais dans ma mémoire si, durant
-le cours de mon règne, j'ai donné volontairement à mes sujets un sujet
-de plainte contre moi. Eh bien! je vous le jure en toute sincérité,
-comme un homme qui va paraître devant Dieu, j'ai constamment voulu le
-bonheur de mon peuple, et je n'ai pas formé un seul voeu qui lui fût
-contraire.»
-
-Le contraste des douces paroles du Prince avec l'arrêt de mort qu'on
-lui apportait, avait jeté le trouble dans l'âme de ses défenseurs.
-Malesherbes ne put contenir sa douleur; il se jeta aux pieds du Roi,
-et, suffoqué par les sanglots, il demeura sans voix. Louis XVI le
-releva et le serra dans ses bras avec effusion: «Je m'attendais à ce
-que vos larmes m'apprennent; remettez-vous donc, mon cher Malesherbes.
-Tant mieux; oui, mieux vaut sortir enfin d'incertitude! Si vous
-m'aimez, loin de vous attrister, ne m'enviez pas le seul asile qui me
-reste.» Et comme M. de Malesherbes essayait de lui persuader que tout
-espoir n'était pas perdu: «Non, il n'y a plus d'espoir, dit-il; la
-nation est égarée, et je suis prêt à m'immoler pour elle.--Sire, en
-sortant de la Convention, quelques personnes m'ont entouré, et m'ont
-assuré que de fidèles sujets arracheraient le Roi des mains de ses
-bourreaux ou périront avec lui.--Les connaissez-vous? demanda le
-Roi.--Non, Sire; mais je pourrais les retrouver.--Eh bien, tâchez de
-les rejoindre, et déclarez-leur que je les remercie du zèle qu'ils me
-témoignent. Toute tentative exposerait leurs jours sans sauver les
-miens. Quand l'usage de la force pouvait me conserver le trône et la
-vie, j'ai refusé de m'en servir: voudrais-je aujourd'hui faire couler
-pour moi le sang français!--Du moins, dit Tronchet, le Roi ne peut
-nous empêcher de nous servir de tous les moyens légaux. Nous le prions
-donc d'écrire de sa main et de signer la déclaration que voici.»
-Pressé par les instances de ses trois amis, Louis copia et signa les
-lignes suivantes, que Tronchet venait de rédiger sur le coin de la
-table:
-
-«Je dois à mon honneur, je dois à ma famille, de ne point souscrire à
-un jugement qui m'inculpe d'un crime que je ne puis me reprocher. En
-conséquence, je déclare que j'interjette appel à la nation elle-même
-du jugement de ses représentants, et je donne par ces présentes à mes
-défenseurs le pouvoir spécial, et je charge spécialement leur
-fidélité, de faire connoître cet appel à la Convention nationale par
-tous les moyens qui seront en leur pouvoir, et de demander qu'il en
-soit fait mention dans le procès-verbal de ses séances.
-
-»Fait à la tour du Temple, ce 16 janvier 1793.»
-
-Ayant tracé cet écrit, le Roi hésitait encore à le remettre à ses
-conseils. «Donnez, Sire, dit de Sèze, c'est beaucoup plus dans
-l'intérêt du peuple que dans celui du Roi que nous vous le
-demandons.--Non, reprit Louis XVI avec une bonté souriante qu'il est
-impossible de peindre, c'est beaucoup plus dans mon intérêt que dans
-celui du peuple que vous me le demandez; mais moi, je vous le donne
-dans son intérêt beaucoup plus que dans le mien. Le sacrifice de ma
-vie est si peu de chose auprès de sa gloire ou auprès de son bonheur!
-Et ne croyez pas, messieurs, que la Reine et ma soeur montrent moins
-de force et de résignation que moi. Mourir est préférable à leur
-sort.»
-
-Les défenseurs se retirèrent le coeur brisé, et cependant ils ne se
-doutaient pas qu'ils avaient vu le Roi pour la dernière fois. Le reste
-de la journée s'écoula lentement; la soirée fut encore plus triste.
-Louis XVI, comme de coutume, reçut des nouvelles de sa famille; mais
-les consolations qui s'échangeaient la nuit entre les deux étages se
-tournaient en afflictions profondes: le crieur avait appris au Temple
-la condamnation du Roi: femme, soeur, enfants, tout était plongé dans
-le désespoir.
-
-Guadet appuya l'ajournement demandé par de Sèze, Tronchet et
-Malesherbes. Merlin (de Douai) et Tallien le combattirent, le premier
-au nom du droit, le second par pitié. «C'est, dit Merlin (de Douai),
-dans l'institution des jurés qu'il est question du nombre des voix
-nécessaire pour la condamnation d'un accusé. Mais il n'en est pas
-question dans le Code pénal. C'est là l'erreur de Tronchet; il ne faut
-pas accorder les honneurs de l'ajournement à une erreur aussi
-grossière.» La Convention, convaincue par cet argument équivoque de
-l'auteur de la loi sur les suspects, décréta qu'il n'y avait pas lieu
-à délibérer sur l'ajournement proposé, et ajourna au lendemain la
-question de savoir si, oui ou non, il y aurait sursis à l'exécution du
-décret de mort contre Louis.
-
-Tallien s'opposa à la remise de la séance au lendemain. «Je motive mon
-opinion, s'écria-t-il, sur une raison d'humanité; je le répète, sur
-une raison d'humanité. Louis XVI sait qu'il est condamné; il sait que
-la motion a été faite de surseoir à son exécution; ne prolongeons pas
-les moments de sa souffrance; il est barbare de le laisser plus
-longtemps dans l'agonie; ne lui donnons pas dix fois la mort.» Cet
-homme, qui, après une séance de trente-six heures agitée par les
-passions les plus effrénées, réclamait une solution définitive de la
-question qui tenait la France et l'Europe en émoi, cet homme, qui
-invoquait l'humanité avec des cris de sang, ne fut point écouté: sur
-la demande de la Révellière-Lepaux et de Daunou, l'ajournement pur et
-simple fut prononcé. Mais la nuit ne porta point conseil aux Legendre,
-aux Couthon, aux Duhem, aux Robespierre. Dès la séance du lendemain,
-toute délibération sur le sursis fut écartée par eux et leurs séides.
-Buzot leur dit en vain: «Le défaut de formes vous sera reproché un
-jour si vous ne mettez un intervalle entre votre jugement et son
-exécution; et ce reproche, qui ne vous paraît rien aujourd'hui, vous
-paraîtra terrible lorsque les passions du moment auront fait place aux
-malheurs qui suivront l'exécution de ce jugement rendu, d'ailleurs, à
-une simple majorité de cinq voix.»
-
-Manuel, qui avait aussi donné de terribles gages à la révolution,
-s'indigna tout à coup des violences et des séductions exercées sur la
-conscience des députés. Obsédé de remords et sous le coup de cette
-terreur morale qui se change en courage, il osa, comme l'intrépide
-Lanjuinais, reprocher aux juges du malheureux Roi la violation de
-toutes les formes et de tous les principes. Ses complices s'étonnèrent
-d'un langage nouveau dans sa bouche, et le marquèrent pour le
-bourreau. Révolté de l'acharnement de Robespierre et de ses adhérents
-contre toute délibération sur le sursis, il quitta le bureau; on
-voulut s'opposer à son passage; il sortit néanmoins, et rentra
-quelques minutes après. Mais le soir, comme il se retirait, il fut
-assailli par les mêmes députés, et ses jours coururent le plus grand
-danger. Il ne reparut plus à l'Assemblée, et donna sa démission dans
-des termes qui rachèteront une partie de ses torts aux yeux de la
-postérité[43].
-
-[Note 43:
-
-«Citoyen président,
-
-»Représentant du peuple, je connois mes droits et mes devoirs, et j'ai
-toujours trop bien rempli les uns pour jamais perdre les autres.
-
-»Un délit a été commis en moi contre la nation: ne pas le dénoncer à
-la nation, ce seroit la trahir.
-
-»Secrétaire de la Convention, après une séance de quarante heures, où
-s'est décidé à cinq voix le sort de plus d'un empire, je sortois avec
-le besoin extrême d'un air plus pur, lorsqu'une bande de _juges_ tombe
-sur moi, _sur le député d'un peuple libre_! Mon premier mouvement fut
-de les punir à l'instant; mais j'étois dans la Convention, c'étoit à
-la Convention entière à se venger.
-
-»Représentants, qu'avez-vous fait? Avec la toute-puissance, vous
-n'avez pas celle d'envoyer aux quatre-vingt-quatre départements la
-liste de quelques désorganisateurs qui, par le seul talent de faire du
-bruit, vous ôtent la force de faire du bien.
-
-»La première fois que vous vous êtes laissé avilir, législateurs, vous
-avez exposé la France. Et tels que vous êtes (la vérité m'échappe),
-oui, tels que vous êtes, vous ne pouvez pas la sauver. L'homme de bien
-n'a plus qu'à s'envelopper de son manteau.
-
-»Pour moi, citoyen président, qui, quand je n'espère plus, ne crains
-encore rien, après avoir protesté à la Convention que je me
-précipiterois devant elle dans le gouffre de Curtius pour que le
-peuple fût enfin heureux, je crois devoir à ma conscience et à mes
-principes de la prévenir par ma démission, que je vous prie de
-recevoir, qu'il n'est pas en moi de le servir au poste où il m'a mis.
-
-»Je le servirai mieux dans mes foyers en me consacrant par mes écrits
-et par mes exemples à l'éducation de mes enfants, car il ne manque à
-la révolution que des hommes.»]
-
-Le dimanche 20 janvier, à deux heures, le conseil exécutif vint
-notifier au prisonnier les décrets qui le condamnaient à la peine de
-mort. La lecture de ces décrets lui fut faite par Grouvelle,
-secrétaire du conseil. Le Roi l'entendit sans que la moindre
-altération parût sur ses traits. Il tira de sa poche un portefeuille
-dans lequel il plaça le décret qu'il venait de prendre de la main de
-Grouvelle; puis retirant un autre papier de ce même portefeuille, il
-dit à Garat: «Monsieur le ministre de la justice, je vous prie de
-remettre sur-le-champ cette lettre à la Convention nationale.» Garat
-paraissant hésiter, Louis XVI ajouta: «Je vais vous en faire lecture»;
-et il lut d'une voix ferme ce qui suit:
-
-«Je demande un délai de trois jours pour pouvoir me préparer à
-paroître devant Dieu. Je demande pour cela de pouvoir librement voir
-la personne que j'indiquerai aux commissaires de la Commune, et que
-cette personne soit à l'abri de toute crainte et de toute inquiétude
-pour cet acte de charité qu'elle remplira près de moi.
-
-»Je demande d'être délivré de la surveillance perpétuelle que le
-conseil général a établie depuis quelques jours.
-
-»Je demande, dans cet intervalle, de pouvoir voir ma famille quand je
-le demanderai, et sans témoins. Je désirerois bien que la Convention
-nationale s'occupât tout de suite du sort de ma famille, et qu'elle
-lui permît de se retirer librement où elle le jugeroit à propos.
-
-»Je recommande à la bienfaisance de la nation toutes les personnes qui
-m'étoient attachées: il y en a beaucoup qui avoient mis toute leur
-fortune dans leurs charges, et qui, n'ayant plus d'appointements,
-doivent être dans le besoin, ainsi que d'autres qui ne vivoient que de
-leurs appointements. Dans les pensionnaires, il y a beaucoup de
-vieillards, de femmes et d'enfants, qui n'avoient que cela pour vivre.
-
-»Fait à la tour du Temple, le vingt janvier mil sept cent
-quatre-vingt-treize.
-
- »LOUIS.»
-
- * * * * *
-
-Garat assura le Roi qu'il allait remettre sa lettre à la Convention.
-«Monsieur, ajouta Louis XVI, si la Convention accorde ma demande pour
-la personne que je désire, voici son adresse.» Ouvrant alors de
-nouveau son portefeuille, il en tira un papier sur lequel étaient
-écrits ces mots: M. Edgeworth de Firmont, rue du Bac, nº 483. Le Roi
-remit cette adresse à un municipal, et fit quelques pas en arrière;
-Garat et ceux qui l'accompagnaient sortirent[44]. Le ministre se hâta
-de communiquer à ses collègues les dernières demandes du Roi,
-d'appeler sur elles les décisions de la Convention, et d'envoyer
-chercher le prêtre que réclamait le condamné.
-
-[Note 44: Compte rendu à la Convention par le ministre de la justice.]
-
-Il était quatre heures et demie lorsque Garat lui-même rapporta au
-Roi la réponse de la Convention, dont voici les termes: «Il est libre
-à Louis d'appeler tel ministre du culte qu'il jugera à propos, et de
-voir sa famille librement et sans témoin; la nation, toujours grande
-et toujours juste, s'occupera du sort de sa famille; il sera accordé
-aux créanciers de sa maison de justes indemnités; la Convention
-nationale passe à l'ordre du jour sur le sursis de trois jours.»
-
-Louis XVI ne fit aucune observation. Les moments qui lui restent vont
-se partager entre sa famille, objet de ses affections terrestres, et
-son Créateur, qui le rappelle à lui. L'abbé Edgeworth parut bientôt.
-«Arrivé à l'appartement du Roi, dont toutes les portes étoient
-ouvertes, a-t-il écrit lui-même, j'aperçus ce Prince au milieu d'un
-groupe de huit ou dix personnes: c'étoit le ministre de la justice,
-accompagné de quelques membres de la Commune, qui venoit de lui lire
-le fatal décret qui fixoit irrévocablement sa mort au lendemain.
-
-»Il étoit au milieu d'eux calme, tranquille, gracieux même; et pas un
-de ceux qui l'environnoient n'avoit l'air aussi assuré que lui. Dès
-que je parus, il leur fit signe de la main de se retirer; ils
-obéirent; lui-même ferma la porte après eux, et je restai seul dans la
-chambre avec lui. Jusqu'ici j'avois assez bien réussi à concentrer les
-différents mouvements qui agitoient mon âme; mais à la vue de ce
-Prince, autrefois si grand et alors si malheureux, je ne fus plus
-maître de moi-même; mes larmes s'échappèrent malgré moi, et je tombai
-à ses pieds sans pouvoir lui faire entendre d'autre langage que celui
-de ma douleur; cette vue l'attendrit mille fois plus que le décret
-qu'on venoit de lui lire. Il ne répondit d'abord à mes larmes que par
-les siennes; mais bientôt reprenant son courage: «Pardonnez, me
-dit-il, monsieur, pardonnez à ce moment de foiblesse, si toutefois on
-peut le nommer ainsi. Depuis longtemps je vis au milieu de mes
-ennemis, et l'habitude m'a en quelque sorte familiarisé avec eux; mais
-la vue d'un sujet fidèle parle tout autrement à mon coeur; c'est un
-spectacle auquel mes yeux ne sont plus accoutumés, et il m'attendrit
-malgré moi.»
-
-A huit heures, la conversation fut interrompue par un commissaire qui
-prévint le Roi que sa famille allait descendre. Louis XVI ne put
-dissimuler son émotion: «Si l'on ne me permet point de monter chez
-elle, dit-il aux municipaux, je pourrai du moins la voir seule dans ma
-chambre?--Non, répondit l'un d'eux, nous avons arrêté avec le ministre
-de la justice que ce sera dans la salle à manger.--Vous avez entendu,
-répliqua Louis XVI, que le décret de la Convention me permet de la
-voir sans témoin.--Cela est vrai, dirent les commissaires, vous serez
-en particulier; on fermera la porte, mais par le vitrage nous aurons
-les yeux sur vous.--Faites descendre ma famille.» Le Roi entra dans la
-salle à manger; Cléry l'y suivit, et s'occupa à ranger la table de
-côté et à placer des chaises dans le fond. Louis XVI lui dit: «Il
-faudrait apporter un peu d'eau et un verre.» Sur une table se trouvait
-une carafe d'eau à la glace; Cléry n'apporta qu'un verre, qu'il plaça
-près de cette carafe. «Si la Reine buvait de cette eau-là, lui dit le
-Roi, elle pourrait en être incommodée: apportez de l'eau qui ne soit
-pas à la glace. Je craindrais que la vue de M. de Firmont ne fît trop
-de mal à ma famille: priez-le de ne pas sortir de mon cabinet.»
-
-En disant ces mots, Louis XVI prêtait l'oreille au bruit du dehors,
-allait, venait, s'arrêtait à tout moment à la porte d'entrée.....
-Enfin cette porte s'ouvre: Marie-Antoinette paraît la première, tenant
-son fils par la main; ensuite Marie-Thérèse et Madame Élisabeth. Des
-cris de douleur se mêlent seuls aux embrassements qui s'échangent. La
-Reine fait un mouvement comme pour entraîner le Roi dans sa chambre.
-«Non, lui dit celui-ci, passons dans cette salle, c'est là seulement
-que je puis vous voir.» Ils entrent dans la salle à manger, dont les
-commissaires referment la porte, qui, ainsi que la cloison, est en
-vitrage. On s'assied, la Reine à la gauche du Roi, Madame Élisabeth à
-sa droite, la jeune princesse presque en face, et le petit prince
-entre les jambes de son père. Pendant plus d'un quart d'heure, pas une
-parole ne put se faire entendre. Ce n'étaient même pas des larmes, ce
-n'étaient même pas des sanglots: c'était un cri perçant de désespoir
-qui devait être entendu dans les cours, dans le jardin et dans les
-rues voisines. Le Roi, la Reine, leurs enfants, leur soeur, tous se
-lamentaient à la fois. Enfin les larmes coulèrent, et ne s'arrêtèrent
-que lorsqu'on n'eut plus la force d'en répandre. Alors Louis XVI parla
-de son procès comme si c'était le procès d'un autre, excusa ses juges
-et recommanda de leur pardonner. Sa femme demanda avec instance que
-toute la famille passât la nuit avec lui; il se refusa cette
-consolation, en disant qu'il avait besoin de calme et de
-recueillement.
-
-Cette scène inexprimable dura sept quarts d'heure. Le Roi en voulut
-marquer la fin de manière à graver ses derniers sentiments dans le
-coeur de ses enfants. «Mon père, raconte Madame Royale, au moment de
-se séparer de nous pour jamais, nous fit promettre à tous de ne jamais
-songer à venger sa mort. Il était bien assuré que nous regardions
-comme sacré l'accomplissement de sa dernière volonté; mais la grande
-jeunesse de mon frère lui fit désirer de produire sur lui une
-impression encore plus forte. Il le prit sur ses genoux, et lui dit:
-_Mon fils, vous avez entendu ce que je viens de dire; mais comme le
-serment a encore quelque chose de plus sacré que les paroles, jurez en
-levant la main que vous accomplirez la dernière volonté de votre
-père_. Mon frère lui obéit en fondant en larmes, et cette bonté si
-touchante fit encore redoubler les nôtres.»
-
-A dix heures un quart, le Roi se leva le premier; tous s'attachèrent à
-lui: la Reine le prit par le bras droit, Madame Élisabeth par le bras
-gauche; Marie-Thérèse, du même côté que sa tante, mais un peu devant,
-tenait son père embrassé par le milieu du corps; le Dauphin, placé
-devant sa mère, la tenait d'une main et donnait l'autre à son père.
-Tous firent quelques pas vers la porte d'entrée; les gémissements
-redoublèrent. «Je vous assure, dit alors Louis XVI, que je vous verrai
-demain matin à huit heures.--Vous nous le promettez?--Je vous le
-promets.--Pourquoi pas à sept heures? dit Marie-Antoinette.--Eh bien,
-oui, répond le Roi, à sept heures; adieu!...» A ce mot d'adieu, Madame
-Royale tombe évanouie aux pieds de son père. Madame Élisabeth et Cléry
-la relèvent et la soutiennent. Le Roi, pressé de mettre fin à une
-telle scène, leur donne un dernier embrassement et s'arrache de leurs
-bras. Les portes se ferment, mais elles n'empêchent point le Roi
-d'entendre les cris de désespoir des princesses qui remontent
-lentement dans leur chambre. L'exaltation de la Reine avait quelque
-chose de fébrile qui agitait tout son être. Madame Élisabeth, tenant
-ses genoux embrassés et pleurant à chaudes larmes, la conjura de se
-calmer, en faisant à Dieu l'offrande de ses angoisses et en implorant
-sa miséricorde. Dans l'excès de son désespoir, la Reine ne pouvait
-prier, la Reine ne pouvait être consolée. Elle essaya de déshabiller
-son fils, accablé lui-même de fatigue et de chagrin; elle espérait
-qu'à son âge le sommeil s'emparerait bientôt de lui et lui enlèverait
-le sentiment de ses peines. Mais la pauvre mère présumait trop de ses
-propres forces, et peut-être sans l'assistance de sa belle-soeur ne
-serait-elle point parvenue à coucher son enfant.
-
-Dès qu'il fut endormi, Madame Élisabeth et Marie-Thérèse supplièrent
-la Reine de se coucher. La Reine leur résista longtemps; puis, pour
-les tranquilliser, elle finit par se jeter tout habillée sur son lit.
-Mais que cette nuit fut longue et terrible! Depuis onze heures du soir
-jusqu'à cinq heures du matin, sa soeur et sa fille l'entendirent
-incessamment trembler de froid et de terreur. Souvent elles avaient
-prêté l'oreille au bruit de ce qui pouvait se passer dans la tour:
-elles n'avaient rien entendu.
-
-Le 21, avant le jour, Madame Élisabeth se leva et fit une courte
-prière, pendant laquelle la Reine s'habilla. Les deux princesses
-habillèrent alors les enfants. Le rappel commençait à battre dans les
-sections de Paris. Chaque bruit du dehors retentissait au coeur des
-prisonniers du Temple. Marie-Antoinette, Madame Élisabeth, les deux
-enfants, déjà debout, attendaient dans une agitation indicible
-l'époux, le frère, le père qu'ils ne devaient plus revoir. A six
-heures un quart, on ouvrit leur porte, et ce fut pour eux tout
-ensemble comme un rayon d'espoir et un mouvement de terreur. La Reine
-s'informa douloureusement de ce qui se passait. «Ma soeur, lui dit
-Madame Élisabeth, c'est un livre qu'on vient chercher pour la messe du
-Roi. Un instant après, cette sainte princesse se mit à genoux; sa
-nièce s'agenouilla aussitôt à peu de distance d'elle. La Reine, qui
-sanglotait en embrassant son fils, se calma à l'aspect de ces deux
-femmes courbées devant Dieu, et quelques minutes après, elle
-s'agenouilla avec le Dauphin devant une chaise qui les séparait, mais
-sur laquelle leurs mains s'entrelaçaient en se joignant. De temps en
-temps, la Reine levait la tête et regardait la pendule; sa soeur et
-ses enfants en faisaient autant; chaque minute qui s'écoulait ajoutait
-aux tortures de cette famille infortunée. Cette aiguille qui marchait
-allait marquer la mort de ce qu'elles avaient de plus cher au monde.
-Quoi de plus atroce que de pleurer un mari, un père, un frère plein de
-vie, comme s'il n'était déjà plus, sans pouvoir arrêter ni le cours
-inflexible des heures ni la cruauté des hommes aussi implacable que
-le temps! Un redoublement de bruit se fit dans l'enceinte et au dehors
-même du Temple. C'était le moment du départ. Nulle parole ne peut
-rendre la scène déchirante qui se passa alors. De malheureuses femmes
-en proie au désespoir, essayant d'obtenir une pitié impossible; un
-enfant s'échappant de leurs bras et courant, éperdu, égaré, vers les
-commissaires, vers les geôliers, et s'écriant avec des sanglots:
-«Laissez-moi passer, messieurs, laissez-moi passer!--Où veux-tu
-aller?--Parler au peuple pour qu'il ne fasse pas mourir mon père. Au
-nom de Dieu, laissez-moi passer!»
-
-Pauvre enfant! il ignorait que les commissaires étaient sourds, que
-les geôliers étaient insensibles, que le peuple était opprimé, abusé
-ou perverti; il ignorait qu'une minorité audacieuse et perverse
-étouffait tous les élans généreux de la France!
-
-
-
-
-LIVRE NEUVIÈME.
-
-DEPUIS LA MORT DE LOUIS XVI JUSQU'À LA TRANSLATION DE MARIE-ANTOINETTE
-À LA CONCIERGERIE.
-
-21 JANVIER--2 AOÛT 1793.
-
- «Ne craignez rien de ce que vous avez à souffrir... Soyez fidèles
- jusqu'à la mort, et je vous donnerai la couronne de vie.»
-
- _Apocalypse_, chap. II, v. 10.
-
- La voiture qui emportait Louis XVI s'acheminait vers l'échafaud.
- -- Angoisses de sa famille. -- La Reine craignant que l'émotion
- et toute abstinence de nourriture ne fassent défaillir ses
- enfants, les engage à prendre quelque nourriture. -- Entretien
- avec Cléry. -- Vêtements de deuil demandés. -- Bruit nocturne. --
- Paroles de Madame Élisabeth. -- La jeune Marie-Thérèse malade. --
- Mot touchant de cette princesse. -- Les vêtements de deuil sont
- apportés. -- Pressentiment de la Reine. -- Exhortation de Madame
- Élisabeth. -- Lepitre et Toulan de service au Temple. -- Louis
- XVII chante un couplet adressé à sa tante. -- Soins de celle-ci
- prodigués aux deux enfants. -- Projet d'évasion proposé à la
- Reine et à Madame Élisabeth. -- L'exécution est ajournée. --
- Toulan remet à la Reine l'anneau nuptial et le cachet du Roi. --
- Sur les instances de Madame Élisabeth, le projet d'évasion est
- repris. -- Au moment de l'exécution, la Reine refuse, ne voulant
- pas être sauvée sans ses enfants. -- Elle remercie Toulan, et lui
- rend l'anneau et le cachet du Roi, le priant de les remettre à M.
- de Jarjayes. -- Défection de Dumouriez. -- Création du Comité de
- salut public. -- Louis XVII proclamé roi à l'étranger. --
- Acrimonie et cruauté des Tison. -- Dénonciation faite par eux à
- la Commune. -- Hébert se rend à la tour. -- Fouille à laquelle il
- préside. -- Louis XVII malade. -- Le médecin ordinaire des
- prisons commis pour lui donner des soins. -- Lutte des Girondins
- et des Montagnards. -- La commission des douze. -- Les barrières
- fermées. -- Michonis. -- Graves paroles de Madame Élisabeth et de
- la Reine. -- Le baron de Batz: complot formé par lui pour
- délivrer la famille royale. -- Insuccès fortuit que Simon
- s'approprie. -- Arrêtés du Comité de salut public. -- Louis XVII
- séparé de sa mère et de sa tante. -- Désespoir de la Reine;
- consolations que lui prodigue Madame Élisabeth. -- Bruit répandu
- de l'évasion du petit Capet. -- Députation envoyée au Temple pour
- s'assurer de ce qu'il y a de vrai dans ce bruit. -- Réclamations
- stériles adressées par Marie-Antoinette à cette députation. --
- Manière dont Drouet rend compte de sa mission à la Convention. --
- Tison converti par les vertus de la Reine et de Madame Élisabeth.
- -- La femme Tison à leurs pieds est relevée par elles. -- Éloge
- qu'elle fait d'elles à Meusnier. -- La femme Tison folle et en
- proie aux convulsions. Elle est soignée par les princesses, puis
- conduite à l'Hôtel-Dieu, où une femme de police est placée près
- d'elle, chargée de recueillir tout ce qu'elle pourra dire dans
- son délire. -- Tison essaye de racheter par son dévouement le mal
- qu'il a fait aux royales prisonnières, et leur cache avec soin
- les mauvais traitements que Simon fait subir à leur enfant. -- Il
- leur apprend que presque tous les jours on le conduit au jardin
- pour y jouer, et souvent aussi sur la plate-forme de la Tour
- pour y respirer un bon air. -- Longues stations de sa mère, de sa
- tante, de sa soeur, au sommet de la Tour pour y apercevoir passer
- ce cher enfant. Elles le voient, mais pour leur malheur!
-
-
-Le bruit sourd qui avait annoncé la sortie du Roi de la tour du Temple
-se prolongea longtemps, et ce bruit, en s'affaiblissant dans l'espace,
-ne pouvait qu'aggraver encore les angoisses de sa famille; car à
-mesure que ce bruit s'éloignait, le Roi se rapprochait de l'échafaud.
-Marie-Antoinette, craignant que ses enfants, épuisés par le manque de
-nourriture aussi bien que par la privation du sommeil, n'eussent pas
-la force de supporter cette terrible épreuve, les engagea, vers dix
-heures, à prendre quelque nourriture; les pauvres enfants refusèrent,
-en recommençant à pleurer. Une demi-heure après, des cris de joie et
-des détonations d'armes se firent entendre. Madame Élisabeth, levant
-les yeux au ciel, s'écria: «Les monstres! les voilà contents!» A cette
-exclamation, Marie-Thérèse jeta des cris perçants; son petit frère
-fondit en larmes; leur mère, le front baissé, les yeux hagards,
-demeura plongée dans un désespoir morne et immobile qui ressemblait à
-la mort. Dans l'après-midi, la Reine et Madame Élisabeth demandèrent à
-voir Cléry: la vue de cet honnête homme resté dans la tour jusqu'au
-dernier moment avec Louis XVI augmenta tout ensemble et soulagea leur
-douleur: au récit des adieux et des dernières paroles de celui qui
-n'était plus, leurs pleurs coulèrent; elles réclamèrent les objets
-légués par lui, objets précieux dont Cléry venait de faire la
-déclaration au conseil du Temple, et dont nous parlerons plus loin.
-Marie-Antoinette fit demander des vêtements de deuil à ce même
-conseil, qui en référa à la Commune.
-
-Les angoisses de cette journée ne devaient point finir avec elle. Deux
-heures du matin sonnaient, et le repos n'était point encore venu pour
-les trois captives. La jeune Marie-Thérèse, par obéissance, s'était
-couchée, mais elle n'avait point fermé les yeux; sa mère et sa tante,
-assises auprès du lit du petit Prince endormi, causaient, mêlant leurs
-afflictions et leurs larmes. Le sommeil de l'enfant était calme, et
-semblait sourire. «Il a maintenant l'âge qu'avait son frère lorsqu'il
-mourut à Meudon: heureux ceux de notre maison qui sont partis les
-premiers! ils n'ont point assisté à la ruine de notre famille.»
-Surprise d'entendre, à une telle heure, parler chez la Reine, la femme
-Tison s'était levée; elle frappa à la porte, s'enquérant du motif de
-ce nocturne entretien. Son mari, qui venait de réveiller les
-commissaires de service, la suivait de près. Madame Élisabeth
-entr'ouvrit la porte, et leur dit avec douceur: «De grâce,
-laissez-nous pleurer en paix.» L'inquisition s'arrêta désarmée par
-cette voix angélique.
-
-Depuis quelques jours, Marie-Thérèse était indisposée; elle éprouvait
-dans tout le corps une grande fatigue, et ses jambes étaient enflées.
-Le chagrin avait fait empirer son mal, et pendant plusieurs jours ses
-compagnes n'avaient pu obtenir l'entrée de M. Brunyer dans la
-tour[45]. «Heureusement, dit-elle avec une simplicité touchante,
-heureusement le chagrin augmenta ma maladie au point de faire une
-diversion favorable au désespoir de ma mère.» Marie-Antoinette et
-Élisabeth passèrent les nuits à son chevet, dirigeant, appliquant
-elles-mêmes le traitement prescrit par le médecin, autorisé enfin à
-être admis auprès d'elles. Les habits de deuil demandés furent
-accordés le 23[46]. Dans la journée du 27, on en apporta une partie au
-Temple[47]. La Reine ne pouvait voir ses enfants vêtus de noir sans
-que son coeur se brisât. Elle dit un jour à Madame Élisabeth: «Je n'ai
-peut-être pas donné dans le temps au Roi tous les conseils qui
-pouvaient le sauver, mais je le rejoindrai sur l'échafaud; oui, ma
-soeur, j'y monterai aussi.--J'espère que Dieu ne permettra pas un tel
-malheur, répondit Madame Élisabeth; mais soyons prêtes, ma soeur, à
-obéir à sa volonté. Il se montre aujourd'hui sévère dans ses
-châtiments et dans ses vengeances: prions-le de nous donner la force
-d'accomplir tout ce qu'il exigera de nous.»
-
-[Note 45: Le bruit de cette maladie transpira dans Paris. On lit dans
-le _Moniteur universel_ du jeudi 24 janvier 1793:
-
-_Commune de Paris._
-
-«Du 22.--On répand dans les lieux publics et dans les sociétés
-patriotiques que la fille de Louis est morte, que la femme de Louis
-est transférée de l'hôtel de la Force à la Conciergerie. Le conseil
-général m'autorise à démentir tous ces bruits. La fille de Louis n'est
-pas malade; les personnes qu'un décret renferme au Temple y resteront
-aussi longtemps que ce décret ne sera pas rapporté.
-
- »RÉAL, premier substitut.»]
-
-[Note 46: _Commune de Paris._--Séance du mercredi 23 janvier 1793.
-
-«Le conseil général entend la lecture d'un arrêté du conseil du Temple
-qui renvoie au conseil général à se prononcer sur deux demandes faites
-par Antoinette.
-
-»La première d'un habillement de deuil très-simple pour elle, sa soeur
-et ses enfants. Le conseil général arrête qu'il sera fait droit à
-cette demande.
-
-»Sur la seconde, à ce que Cléry soit placé auprès de son fils, comme
-il l'était primitivement, le conseil général prononce l'ajournement.»]
-
-[Note 47: Voir, à la fin du volume, les Pièces justificatives, nº IV.]
-
-Lepitre et Toulan, ces deux commissaires de la Commune qui s'étaient
-déjà créé par leur zèle des titres à la confiance de la famille
-royale, reparurent bientôt au Temple, et les pauvres recluses purent
-obtenir d'eux les détails qu'elles avaient vainement réclamés de leurs
-collègues. En effet, Toulan et Lepitre avaient pris soin de se munir
-des journaux qui rendaient compte de la mort du Roi, et ces papiers
-furent lus avec cette poignante avidité de la douleur empressée à
-connaître toutes les circonstances les mieux faites pour l'alimenter.
-
-Lepitre, qui avait conçu l'idée d'offrir à la Reine et à Madame
-Élisabeth des consolations prises à la source même de leurs peines,
-leur présenta, le jeudi 7 février, une romance qu'il avait composée
-sur la mort de Louis XVI, et que madame Cléry avait mise en musique.
-Il se trouva de nouveau de service au Temple le 1er mars, trois
-semaines après avoir fait hommage de son oeuvre; il en reçut la plus
-douce récompense que son coeur pût ambitionner: la Reine le fit entrer
-dans la chambre de Madame Élisabeth; Marie-Thérèse se mit au piano, et
-son frère, debout auprès d'elle, chanta la romance[48], dont le
-dernier couplet est adressé à Madame Élisabeth; le voici:
-
- «Et toi, dont les soins, la tendresse,
- Ont adouci tant de malheurs,
- Ta récompense est dans les coeurs
- Que tu formes à la sagesse...
- Ah! souviens-toi des derniers voeux
- Qu'en mourant exprima ton frère;
- Reste toujours près de ma mère,
- Et ses enfants en auront deux.»
-
-[Note 48: Voici les quatre premiers couplets de cette oeuvre modeste,
-qui emprunte aux circonstances un touchant intérêt:
-
-LA PIÉTÉ FILIALE.
-
- Eh quoi! tu pleures, ô ma mère!
- Dans tes regards fixés sur moi
- Se peignent l'amour et l'effroi:
- J'y vois ton âme tout entière.
- Des maux que ton fils a soufferts
- Pourquoi te retracer l'image?
- Puisque ma mère les partage,
- Puis-je me plaindre de mes fers?
-
- Des fers! ô Louis! ton courage
- Les ennoblit en les portant.
- Ton fils n'a plus, en cet instant,
- Que tes vertus pour héritage.
- Trône, palais, pouvoir, grandeur,
- Tout a fui pour moi sur la terre;
- Mais je suis auprès de ma mère,
- Je connais encor le bonheur.
-
- Un jour, peut-être... l'espérance
- Doit être permise au malheur;
- Un jour, en faisant son bonheur,
- Je me vengerai de la France.
- Un Dieu favorable à ton fils
- Bientôt calmera la tempête!
- L'orage qui courbe leur tête
- Ne détruira jamais les lis.
-
- Hélas! si du poids de nos chaînes
- Le ciel daigne nous affranchir,
- Nos coeurs doubleront le plaisir
- Par le souvenir de nos peines.
- Ton fils, plus heureux qu'aujourd'hui,
- Saura, dissipant tes alarmes,
- Effacer la trace des larmes
- Qu'en ces lieux tu verses pour lui.]
-
-La Reine était assise à côté de son fils, suivant avec attention les
-modulations émues de sa voix et les dirigeant avec soin. M. Lepitre a
-raconté cette scène[49]: «Nos larmes coulèrent, dit-il, et nous
-gardâmes un morne silence. Mais qui pourra peindre le spectacle que
-j'avois sous les yeux? la fille de Louis à son clavecin; sa mère,
-assise auprès d'elle, tenant son fils dans ses bras et les yeux
-mouillés de pleurs, dirigeant avec peine le jeu et la voix de ses
-enfants; Madame Élisabeth, debout à côté de sa soeur, et mêlant ses
-soupirs aux tristes accents de son neveu.»
-
-[Note 49: _Quelques souvenirs ou notes fidèles sur mon service au
-Temple, depuis le 8 décembre 1792 jusqu'au 26 mars 1793._ 2e édition.
-Paris, 1817.]
-
-Madame Élisabeth remarquait avec une satisfaction attendrie que la Reine
-était uniquement occupée de ses enfants, et elle bénissait le ciel du
-repos qu'il laissait à cette pauvre mère dans l'accomplissement de la
-seule tâche qui pouvait lui être chère encore. Madame Élisabeth l'y
-secondait avec tout son dévouement: leur sombre douleur à toutes deux ne
-s'éclairait d'un rayon fugitif qu'à cause de leur tendresse pour leurs
-deux enfants, quoique cette tendresse leur rendît souvent plus poignant
-le sentiment de leurs périls:--leur fille déjà faite aux regrets et aux
-inquiétudes, mais forte, résignée, et recueillant avec courage les
-leçons du malheur; près d'elle, son petit frère, animant tout de sa
-parole et de son sourire. La sollicitude de la Reine et de Madame
-Élisabeth à l'égard de cet enfant devait s'étendre à tous les soins, car
-la prière faite par le Roi en allant au supplice de voir Cléry reprendre
-son service auprès du jeune Prince avait été rejetée par la Commune. Les
-deux institutrices essayaient, par les ressources qu'elles avaient en
-elles-mêmes, de suppléer à l'absence des éléments d'instruction
-nécessaires: l'écriture, la géographie, l'histoire, eurent tant bien que
-mal leurs heures accoutumées. Quant à l'éducation proprement dite, il
-est facile de croire que jamais enfant n'avait été placé à meilleure
-école; car dans quel autre lieu du monde et sous quelle influence plus
-persuasive eût-il pu recevoir de plus généreuses exhortations et de plus
-magnanimes exemples? Les recommandations de son père mourant
-n'étaient-elles pas chaque jour mises en pratique sous ses yeux? Sa mère
-et sa tante perdaient-elles une occasion d'excuser devant lui leurs
-persécuteurs, en les représentant égarés par le vertige des passions
-révolutionnaires bien plus que par le mouvement de leur coeur?
-Non-seulement elles lui prêchaient le pardon des injures, mais encore,
-dans les lectures de l'histoire de France qu'elles lui faisaient
-journellement, elles avaient soin d'exalter les belles actions, les
-traits de clémence ou d'héroïsme qu'elles y rencontraient.
-
-Madame Élisabeth vit se former avec bonheur, mais non sans inquiétude,
-le projet conçu par Toulan de faire évader du Temple la Reine et ses
-enfants; ne songeant jamais à sa propre personne, elle s'effrayait des
-périls d'une entreprise dont le plan, par sa hardiesse même, plaisait
-à Marie-Antoinette: celle-ci toutefois, avant de l'adopter, désira
-qu'il obtînt l'approbation de M. de Jarjayes, homme grave déjà signalé
-à sa confiance par le succès de quelques missions importantes. Après
-deux longues conférences, Jarjayes et Toulan arrêtèrent leur plan, qui
-rendait indispensable l'association d'un second commissaire. Leur
-choix devait naturellement se porter sur Lepitre. Dans une troisième
-conférence, où celui-ci fut appelé, on s'entendit sur les moyens
-d'exécution. M. de Jarjayes se chargea de faire confectionner des
-habits d'homme pour la Reine et pour Madame Élisabeth, et les deux
-municipaux s'engagèrent à introduire ces habits dans la tour en les
-cachant sous la pelisse que l'un et l'autre avaient coutume de mettre
-par-dessus leur vêtement. Les deux princesses, à l'aide de ce
-déguisement, rehaussé de l'écharpe tricolore, devaient sortir munies
-de cartes telles que les avaient les commissaires et toutes personnes
-autorisées à entrer à la tour. La réalisation de ce plan ne paraissait
-point offrir de grandes difficultés; mais l'évasion des deux enfants
-présentait mille dangers aussi insurmontables les uns que les autres.
-Le petit Prince surtout était l'objet d'une surveillance active et
-incessante qui rendait pour lui impossible toute chance de salut. Une
-chance cependant, quoique presque impossible, parut susceptible d'être
-tentée. Un homme du peuple, nommé Jacques, venait le matin à la tour
-nettoyer les quinquets et les réverbères, et revenait le soir les
-allumer. Deux enfants à peu près de l'âge et de la taille des enfants
-de la Reine l'accompagnaient ordinairement et l'aidaient, dans son
-travail. Il n'eût pas été prudent de mettre dans la confidence cet
-employé subalterne qui ne parlait jamais ni aux municipaux ni aux
-geôliers, et ne connaissait au Temple que sa consigne. Mais voici ce
-que Toulan imagina: «Le lampiste, dit-il à ses complices, remplit son
-office entre cinq et six heures; son dernier réverbère est allumé et
-lui-même est déjà sorti du Temple lorsque, à sept heures, les
-sentinelles sont relevées. Dès qu'il se sera retiré et que les
-factionnaires seront relevés, un homme accoutré comme le lampiste,
-passant à la faveur d'une carte d'entrée sous l'oeil des premiers
-guichetiers, arrivera, sa boîte de fer-blanc au bras, à l'appartement
-de la Reine; je me trouverai là, et, le gourmandant hautement de
-n'être pas venu lui-même arranger ses quinquets: «N'avez-vous pas de
-honte, lui dirai-je, d'avoir envoyé vos deux enfants pour faire votre
-besogne à votre place?» Puis alors je lui remettrai les enfants de la
-Reine, et le prétendu lampiste s'en ira avec ses deux jeunes
-apprentis, et tous trois gagneront le coin des boulevards, où les
-attendra M. de Jarjayes.»
-
-Ce plan, qui fut agréé par Jarjayes et Lepitre, rendait nécessaire
-l'adjonction d'un nouveau confident digne d'entrer dans ce généreux
-complot et de jouer le rôle du lampiste. «J'ai un de mes amis,
-continua Toulan, homme discret et courageux, qui acceptera, j'en suis
-certain, sa part de cette périlleuse entreprise. Il se nomme Ricard,
-et est inspecteur des domaines nationaux. Je réponds de lui.»--On
-voit, d'après cet exposé, que Toulan se chargeait de présider
-spécialement aux dispositions relatives à l'évasion de la tour, et
-Jarjayes aux mesures concernant la fuite hors du territoire français.
-
-Chacun se tint prêt. Ricard, averti, se munit d'un costume
-parfaitement semblable à celui du lampiste; Jarjayes s'assura de trois
-cabriolets auxquels, au premier signal et au lieu convenu, devaient
-s'atteler de vigoureux chevaux. Il fut convenu que la Reine et son
-fils monteraient dans la première de ces voitures, conduite par M. de
-Jarjayes; Marie-Thérèse dans la seconde, conduite par Lepitre, et
-Madame Élisabeth dans la troisième, conduite par Toulan. Une fois son
-office rempli, Ricard se serait débarrassé de son déguisement, et
-serait rentré en son domicile sans que personne eût pu soupçonner la
-part heureuse prise par lui à un événement qui allait occuper le
-monde.
-
-Le succès de l'entreprise semblait assuré: Lepitre, président de la
-commission des passe-ports, avait délivré lui-même les passe-ports en
-règle; les incidents étaient calculés de manière qu'on ne pouvait se
-mettre à la poursuite des prisonniers que de longues heures après leur
-départ. Enfin, on avait réuni une somme considérable d'argent, ce nerf
-de toutes les entreprises. On devait gagner les côtes de la Normandie:
-Jarjayes s'était assuré des moyens de passer en Angleterre; un bateau
-se tenait à sa disposition sur un point convenu, près du Havre. Enfin,
-il n'était point impossible d'espérer que des mesures combinées avec
-une habileté qui n'avait rien oublié dans ses prévisions et ses
-calculs, et avec tant d'intelligence et de dévouement, conjureraient
-cette fois les chances fatales qui emportaient vers l'abîme les débris
-de la maison de France. Mais il était écrit qu'en toute circonstance
-la fortune se tournerait contre elle. Cette fois, l'obstacle ne vint
-pas, comme au voyage de Varennes, du zèle inintelligent de ses amis;
-il naquit d'un grand mouvement excité le 7 mars dans Paris par la
-nouvelle du succès des armes étrangères[50] et par la cherté des
-subsistances. Le lendemain 8 avait été le jour fixé pour l'évasion. On
-comprend qu'au milieu des émotions causées dans Paris, tout ensemble
-par l'inquiétude de l'invasion et l'appréhension de la famine,
-l'entreprise de Toulan dut être forcément remise. Les débats enflammés
-de la Convention, la violence de la Commune, le tumulte de la rue,
-tenaient en éveil la sollicitude du gouvernement et provoquaient son
-attention.
-
-[Note 50: Nous avions été contraints d'évacuer Aix-la-Chapelle et de
-lever le siége de Maëstricht.]
-
-Or sa surveillance, aux jours d'émeute, se portait toujours sur la
-prison de la famille royale. Celle-ci, qui entendait parfaitement le
-bruissement tumultueux de la grande ville, ne sachant à quelle cause
-l'attribuer, craignait que le complot ourdi pour sa délivrance n'eût
-été éventé, et que ses amis ne fussent compromis. Sa joie fut vive en
-voyant, le 8, Toulan arriver au Temple, et plus vive encore en
-apprenant de lui qu'aucune ombre de soupçon ne s'était manifestée.
-«J'aurais été désolée, lui dit la veuve de Louis XVI, de quitter ce
-séjour sans en emporter quelques objets qui me sont précieux et qui
-m'ont été légués par une main qui me fut chère et qui m'est sacrée: je
-veux parler de l'anneau nuptial et du cachet que le Roi portait
-toujours, et qu'il avait chargé Cléry de me remettre avec les cheveux
-de ma soeur Élisabeth et de mes enfants.» Toulan ne fit aucune réponse
-à ce sujet; mais il n'ignorait pas que Cléry, le jour où il avait été
-rendu à la liberté, avait, sur les ordres des municipaux, remis au
-conseil du Temple les effets dont le conseil de la Commune l'avait
-laissé dépositaire le 21 janvier, et que ces effets, parmi lesquels se
-trouvaient les objets dont parlait la Reine, avaient été placés sous
-les scellés dans la chambre du feu Roi. Le surlendemain, avant sa
-sortie du Temple, Toulan remit à Marie-Antoinette les objets qu'elle
-avait désirés, et qu'il avait retirés de dessous les scellés.
-
-Il avait eu le temps et l'adresse d'en faire exécuter d'à peu près
-semblables, et l'audace de les substituer aux premiers. On éprouve un
-sentiment qui ressemble à une consolation, à voir que la Reine de
-France, dans tout l'éclat de sa puissance et de sa gloire, à
-Versailles, n'eût point été servie avec plus de zèle et d'habileté.
-
-L'effervescence des esprits était loin de se calmer. Le 12, la conduite
-du général Dumouriez était dénoncée à la Convention par la section
-Poissonnière de Paris; le 13, pour la première fois, la Vendée, déjà
-frémissante depuis quelque temps, levait ouvertement le drapeau; et
-d'ailleurs, le tour de service de Toulan et de Lepitre ne pouvant se
-produire qu'au bout d'un certain nombre de jours, tout projet de
-délivrance se trouva ajourné. Madame Élisabeth ne s'était pas fait
-d'illusion sur les difficultés de la tentative, et cependant elle la
-regretta comme une chance de salut perdue pour la Reine. Les jours
-suivants amenèrent encore des événements qui ne firent que développer le
-système de l'intimidation. La surveillance exercée sur l'enfant royal
-devint extrême. Jarjayes, Toulan et Lepitre, forcés de limiter leur
-entreprise aux bornes du possible, concentrèrent leur pensée de
-délivrance sur la Reine et sur Madame Élisabeth. Mais ici se présentait
-une nouvelle difficulté: comment obtenir de Marie-Antoinette et de
-Madame Élisabeth de se séparer de leurs enfants? Déjà, à une époque
-moins affreuse, la Reine avait déclaré que si on voulait la sauver, il
-fallait sauver ses enfants avec elle. Quant à Madame Élisabeth, on sait
-que cette grande âme s'oubliait en toute occasion. Elle employa toute
-l'éloquence de son coeur à persuader à sa soeur que c'était un devoir
-impérieux pour elle de profiter des ressources qui lui restaient pour
-échapper à ses ennemis. «Vos jours, lui dit-elle, peuvent être menacés,
-tandis que ceux de vos enfants et les miens mêmes ne sont exposés à
-aucun danger. Vos enfants sont couverts par leur âge, et moi par ma
-nullité. Sans doute, ma soeur, les bruits odieux qui ont quelquefois
-troublé votre oreille sont imprégnés de l'exagération populaire; mais
-cependant ils arrivent au vrai lorsqu'ils expriment l'animosité publique
-excitée contre vous. L'égarement du peuple à votre égard est tel que
-vous deviendriez coupable d'en attendre les effets. Vous avez une grande
-confiance en M. de Jarjayes, et, vous le voyez, il vous envoie lui-même
-ses supplications les plus vives pour vous engager à vous prêter à
-l'exécution du nouveau plan dont Toulan vous apporte les détails.
-Peut-être est-ce la main invisible de la Providence qui vous tend cette
-planche dans le naufrage; ne la repoussez pas, je vous en supplie: je
-vous le demande au nom de vos enfants, au nom de celui dont la mémoire
-vous est sainte, et, si vous le permettez, au nom de mon amour pour
-vous.»
-
-La voix pénétrante de Madame Élisabeth se fit route au coeur de la
-Reine. Celle-ci approuva le plan; elle promit de s'y conformer. Le
-jour fut pris, le jour arriva... La veille au soir, la mère et la
-tante étaient assises au chevet du lit du jeune Prince endormi. Sa
-soeur était couchée aussi, mais la porte de sa chambre était ouverte,
-et Marie-Thérèse, occupée de l'air rêveur et triste qu'elle avait vu à
-sa mère toute la journée, n'avait point encore rencontré le sommeil.
-Elle entendit ainsi les paroles que plus tard elle a répétées. Cédant
-au sacrifice qu'on lui avait demandé, Marie-Antoinette était donc
-assise auprès du lit de son fils: «Dieu veuille, dit-elle, que cet
-enfant soit heureux!--Il le sera, ma soeur, répondit Madame Élisabeth
-en montrant à la Reine la figure douce et fière du Dauphin.--Toute
-jeunesse est courte comme toute joie, murmura Marie-Antoinette avec
-un serrement de coeur; on en finit avec le bonheur comme avec toute
-chose.» Puis, se levant, elle fit quelques pas dans sa chambre en
-disant: «Et vous-même, ma bonne soeur, quand et comment vous
-reverrai-je?... C'est impossible! c'est impossible!»
-
-La jeune Marie-Thérèse avait recueilli ces paroles, mais ce n'est que
-quelque temps après que le sens lui en fut expliqué par sa tante.
-Cette exclamation de la Reine n'était autre chose que le rejet du
-moyen de salut qui lui était offert. Son parti était pris: l'amour de
-ses enfants l'emportait sur toute autre considération, sur les prières
-de sa soeur, sur l'instinct de sa propre conservation, sur la parole
-même donnée au dévouement de ses courageux amis. Toutefois, se
-reprochant presque comme un parjure une promesse qu'elle ne voulait
-plus tenir, elle sentit qu'elle devait des explications et une amende
-honorable à ces âmes généreuses, résolues à s'exposer pour elle; et le
-lendemain, aussitôt qu'elle put parler à Toulan, qui arrivait tout ému
-de la grande action qu'il allait accomplir: «Vous allez m'en vouloir,
-lui dit-elle, mais j'ai réfléchi; il n'y a ici que danger: vaut mieux
-mort que remords.» Dans le cours de la journée, elle trouva encore le
-moyen de glisser dans l'oreille de Toulan ces paroles dont se
-souvenait cet homme intrépide en montant sur l'échafaud le 30 juin
-1794: «Je mourrai malheureuse si je n'ai pu vous prouver ma
-gratitude[51].--Et moi, madame, malheureux si je n'ai pu vous montrer
-mon dévouement.--D'après ce qui se passe, dit encore la Reine, comme
-frappée d'une sinistre prévision, je puis m'attendre d'un instant à
-l'autre à me voir privée de toute communication. Voici l'alliance, le
-cachet et le petit paquet de cheveux que je dois à vous seul d'avoir
-recouvrés. Je vous charge de les déposer entre les mains de M. de
-Jarjayes, en le priant de les faire parvenir à Monsieur et au comte
-d'Artois, ainsi que des lettres que ma soeur et moi avons écrites à
-nos frères[52].»
-
-[Note 51: La Reine voulut aussi remercier M. de Jarjayes et lui
-expliquer les motifs de son refus. Elle lui écrivit de sa main le
-billet suivant, qu'elle chargea Toulan de lui remettre; billet
-admirable que M. Chauveau-Lagarde fit, le premier, connaître dans sa
-_Note historique sur les procès de Marie-Antoinette et de Madame
-Élisabeth_.
-
-«_Nous avons fait un beau rêve. Voilà tout. Mais nous y avons beaucoup
-gagné en trouvant dans cette occasion une nouvelle preuve de votre
-entier dévouement pour moi. Ma confiance en vous est sans bornes. Vous
-trouverez toujours en moi du caractère et du courage; mais l'intérêt
-de mon fils est le seul qui me guide. Quelque bonheur que j'eusse
-éprouvé à être hors d'ici, je ne peux consentir à me séparer de lui.
-Je ne pourrais jouir de rien sans mes enfants, et cette idée ne me
-laisse pas même un regret._»]
-
-[Note 52: Le billet de la Reine adressé à Monsieur était ainsi conçu:
-
-«Ayant un être fidèle sur lequel nous pouvons compter, j'en profite
-pour envoyer à mon frère et ami ce dépôt qui ne peut être confié
-qu'entre ses mains. Le porteur vous dira par quel miracle nous avons
-pu avoir ces précieux gages; je me réserve de vous dire moi-même un
-jour le nom de celui qui nous est si utile. L'impossibilité où nous
-avons été jusqu'à présent de pouvoir vous donner de nos nouvelles, et
-l'excès de nos malheurs, nous fait sentir encore plus vivement notre
-cruelle séparation; puisse-t-elle n'être pas longue! Je vous embrasse,
-en attendant, comme je vous aime, et vous savez que c'est de tout mon
-coeur.
-
- »M. A.»
-
-Au bas de ce billet, Marie-Thérèse écrivit ces deux lignes:
-
-«Je suis chargée pour mon frère et moi de vous embrasser de tout notre
-coeur.
-
- «M. T.»
-
-Voici le billet adressé par la Reine au comte d'Artois:
-
-«Ayant trouvé enfin le moyen de confier à notre frère un des seuls
-gages qui nous restent de l'être que nous chérissions et pleurons
-tous, j'ai cru que vous seriez bien aise d'avoir quelque chose qui
-vînt de lui; gardez-le en signe de l'amitié la plus tendre, avec
-laquelle je vous embrasse de tout mon coeur.
-
- «M. A.»]
-
-Madame Élisabeth écrivait ces lignes à Monsieur:
-
-«Je jouis d'avance du plaisir que vous éprouverez en recevant ce gage
-de l'amitié et de la confiance; être réunie avec vous et vous voir
-heureux est tout ce que je désire: vous savez si je vous aime. Je vous
-embrasse de tout mon coeur.
-
- »E. M.»
-
-Et au comte d'Artois:
-
-«Quel bonheur pour moi, mon cher ami, mon frère, de pouvoir, après un
-si long espace de temps, vous parler de tous mes sentiments! Que j'ai
-souffert pour vous! Un temps viendra, j'espère, où je pourrai vous
-embrasser, et vous dire que jamais vous ne trouverez une amie plus
-vraie et plus tendre que moi; vous n'en doutez pas, j'espère.
-
- »E. M.»
-
- * * * * *
-
-Ce ne fut que dans les premiers jours de mai que M. de Jarjayes put
-faire parvenir ces messages à leur destination, le cachet et le paquet
-de cheveux au comte de Provence, et l'anneau et les cheveux de Louis
-XVI au comte d'Artois[53].
-
-[Note 53: M. de Jarjayes se rendit d'abord à Turin, où le roi de
-Sardaigne le retint et l'employa auprès de sa personne. C'est ce
-prince qui envoya lui-même à Monsieur, par un courrier extraordinaire,
-les dépêches de M. de Jarjayes. Monsieur écrivit de sa main à M. de
-Jarjayes une lettre datée de Hamm, le 14 mai 1793, dans laquelle il
-lui exprime ainsi ses sentiments:
-
-«Vous m'avez procuré le bien le plus précieux que j'aie au monde, la
-seule véritable consolation que j'aie éprouvée depuis nos malheurs.
-
-»Combien leur billet et l'autre gage de leur amitié, de leur
-confiance, ont pénétré mon coeur des plus doux sentiments!...
-
-»Je ne puis qu'approuver les raisons qui vous font rester en Piémont.
-Continuez à servir notre jeune et malheureux Roi comme vous avez servi
-le frère que je pleurerai toute ma vie.»]
-
-Le gouvernement révolutionnaire rencontrait dans sa marche obstacle
-sur obstacle. Le midi de la France semblait répondre aux cris de la
-Vendée. Les puissances liguées contre la France, heureuses de voir les
-torches de la guerre civile allumées dans nos provinces, se
-partageaient tranquillement les lambeaux de la Pologne. Dumouriez, qui
-venait de livrer à l'Allemagne le ministre de la guerre et les
-commissaires de la Convention, mettait à l'abri des lignes
-autrichiennes sa tête cotée à trois cent mille francs. L'annonce de
-ces événements dictait à la Commune de nouvelles mesures de
-précaution[54]; elle inspirait à la Convention de nouveaux décrets qui
-faisaient doubler la garde du Temple[55], créaient un comité de salut
-public et mettaient en arrestation toute la famille des Bourbons. Ces
-mouvements, qui agitaient la France et l'Europe, ne troublaient pas le
-morne intérieur de la tour du Temple; et le fils de Louis XVI, reconnu
-Roi de France par l'étranger, proclamé sous le nom de Louis XVII sur
-quelques points du territoire national, n'avait pour palais qu'une
-prison, pour courtisans, pour ministres et pour gardes qu'une mère
-assiégée par toutes les angoisses, mais armée d'un caractère aussi
-grand que ses malheurs; qu'une soeur plus âgée que lui, assez âgée,
-hélas! pour partager les douleurs de sa mère et pour comprendre
-l'abaissement de sa famille; qu'une tante enfin qui, portant le ciel
-dans son coeur, avait le don d'apaiser les plus vives douleurs par le
-baume de sa parole, et de rasséréner les âmes par son regard.
-
-[Note 54: Municipalité de Paris.
-
-_Extrait du registre des délibérations du conseil général du 1er avril
-1793, IIe de la République._
-
-«Sur le réquisitoire du procureur de la Commune,
-
-»Le conseil général arrête:
-
-»1º Qu'aucune personne de garde au Temple ou autrement ne pourra y
-dessiner quoi que ce soit, et que si quelqu'un est saisi en
-contravention au présent arrêté, il sera sur-le-champ mis en état
-d'arrestation et amené au conseil général, faisant en cette partie les
-fonctions de gouverneur;
-
-»2º Enjoint aux commissaires du conseil de service au Temple de ne
-tenir aucune conversation familière avec les personnes détenues, comme
-aussi de ne se charger d'aucune commission pour elles;
-
-»3º Défenses sont pareillement faites auxdits commissaires de rien
-changer ou innover aux anciens règlements pour la police de
-l'intérieur du Temple;
-
-»4º Qu'aucun employé au service du Temple ne pourra entrer dans la
-tour;
-
-»5º Qu'il y aura deux commissaires auprès des prisonniers;
-
-»6º Que Tison ni sa femme ne pourront sortir de la tour ni communiquer
-avec qui que ce soit du dehors;
-
-»7º Qu'aucun commissaire au Temple ne pourra envoyer ou recevoir de
-lettres sans qu'elles aient été préalablement lues au conseil du
-Temple;
-
-»8º Lorsque les prisonniers se promèneront sur la plate-forme de la
-Tour, ils seront toujours accompagnés de trois commissaires et du
-commandant du poste, qui les surveilleront scrupuleusement;
-
-»9º Que, conformément aux précédents arrêtés, les membres du conseil
-qui seront nommés pour faire le service du Temple passeront à la
-censure du conseil général, et sur la réclamation non motivée d'un
-seul membre, ils ne pourront être admis;
-
-»10º Enfin, que le département des travaux publics fera exécuter dans
-le jour de demain les travaux mentionnés dans son arrêté du 26 mars
-dernier.
-
- »_Signé_: PACHE, maire.
- »COULOMBEAU, secrétaire greffier.
-
- »Pour extrait conforme:
- »COULOMBEAU, secrétaire greffier.
-
-»Copié au registre.
-
- »YON.»]
-
-[Note 55: _Décret de la Convention nationale du 4 avril 1793, l'an II
-de la République française._
-
-»La Convention nationale décrète que le conseil général de la Commune
-de Paris fera doubler sur-le-champ la garde du Temple.
-
- »Vérifié par nous, inspecteur des bureaux des procès-verbaux,
-
- »DELEBOV.
-
- »Collationné à l'original par nous, président et secrétaire de la
- Convention nationale,
-
- »DELMAS, président.
- »MELLINO, secrétaire.
-
-»Paris, ce 5 avril 1793, an II de la République française.»]
-
-Tison et sa femme remplissaient jusqu'au bout la mission odieuse dont
-ils s'étaient chargés. Le petit Prince, comme s'il les eût pénétrés,
-les avait pris en horreur. Malgré les recommandations de sa mère et de
-sa tante, il lui était impossible de déguiser les sentiments qu'ils
-lui inspiraient. Gourmandés un jour assez vertement par Vincent,
-commissaire de service, les deux Cerbères imputèrent aux dénonciations
-de Louis-Charles la réprimande qu'ils recevaient. Le soir, dès que
-Vincent eut été remplacé, ils entrèrent chez la Reine, et se
-répandirent en récriminations contre l'enfant, en lui jetant les
-épithètes d'_espion_ et de _délateur_, qu'ils auraient pu si justement
-s'appliquer à eux-mêmes. Marie-Antoinette leur répondit avec dignité:
-«Sachez qu'aucun des nôtres n'est d'un caractère à frapper les gens
-dans l'ombre ni moi à le tolérer.» Le ménage Tison se retira blessé au
-vif, vomissant des imprécations contre la Reine et des malédictions
-contre son enfant. Celui-ci protestait avec énergie, avec indignation.
-«Ils sont en colère, lui dit avec douceur Madame Élisabeth;
-pardonnez-leur.» Ces derniers mots furent entendus de Tison; il revint
-sur ses pas comme un furieux: «Pardonnez-leur! cria-t-il; ah çà, où
-sommes-nous? oubliez-vous que c'est le peuple seul qui a le droit de
-pardonner?»
-
-Tison continua avec un redoublement de zèle son rôle d'espionnage. Les
-trames de Toulan, quoique cachées avec une extrême habileté, n'avaient
-point été ourdies de façon que l'ombre de chaque fil fût demeurée
-imperceptible à cet Argus du Temple. Mais suspect aux commissaires
-modérés, il ne recevait jamais d'eux la moindre confidence, et le
-soupçon était entré dans son esprit bien plus par instinct que par
-observation. Il comprit que, pour arriver à tout savoir, il fallait
-capter la confiance des municipaux. Il se fit souple avec les
-inconnus, bienveillant avec les honnêtes, et demeura rude avec les
-rébarbatifs, tout en allant jusqu'à exalter devant les _sensibles_ la
-gentillesse du jeune Capet. Quand l'hypocrite crut avoir conquis la
-sympathie de quelques mandataires de la Commune, bien qu'il n'eût
-encore que de vagues soupçons, il écrivit, de concert avec sa femme,
-le 19 avril, au conseil du Temple, que _la veuve et la soeur du
-dernier tyran avaient gagné quelques officiers municipaux; qu'elles
-étaient instruites par eux de tous les événements; quelles en
-recevaient les papiers publics, et que, par leur moyen, elles
-entretenaient des correspondances_[56]. En témoignage de ce dernier
-fait, la femme Tison apporta au conseil un flambeau trouvé par elle
-dans la chambre de Madame Élisabeth, et fit remarquer aux commissaires
-une goutte de cire à cacheter qui était tombée sur une bobèche. Turgy,
-en effet, raconte[57] que, le matin même, cette princesse lui avait
-remis un billet cacheté en le priant de le faire parvenir à son
-confesseur, l'abbé Edgeworth.
-
-[Note 56: Voici ce qui se passa au conseil général de la Commune à
-l'occasion de cette dénonciation:
-
-Un des commissaires du Temple fait lecture d'un procès-verbal dressé
-au Temple en présence du maire, du procureur de la Commune et des
-commissaires de service.
-
-Ce procès-verbal contient deux déclarations faites l'une par Tison,
-faisant le service du Temple, et l'autre par Anne-Victoire Baudet,
-épouse de Tison, aussi employée au service du Temple.
-
-Il résulte de ces déclarations que quelques membres du conseil,
-savoir: Toulan, Lepitre, Brunot, Moelle, Vincent, entrepreneur de
-bâtiments, et le médecin du Temple, sont suspectés d'avoir eu des
-conférences secrètes avec les prisonniers du Temple; de leur avoir
-fourni de la cire et des pains à cacheter, des crayons, du papier, et
-enfin d'avoir favorisé des correspondances secrètes.
-
-Toulan et Vincent requièrent qu'à l'instant il soit nommé des
-commissaires pour apposer les scellés chez eux.
-
-En conséquence, le conseil général nomme Cailleux et Jérôme pour se
-transporter à l'instant chez le citoyen Toulan, à l'effet d'apposer
-les scellés sur ses papiers.
-
-Nomme pareillement Favanne et Souard pour se transporter à l'instant
-chez le citoyen Vincent, à l'effet d'apposer les scellés sur ses
-papiers, en exceptant ceux qui ont rapport à la commission des blessés
-du 10 août, dont il est chargé.
-
-A la charge par ces quatre commissaires de requérir le juge de paix de
-la section sur laquelle ils se trouveront, pour les assister dans
-leurs opérations.
-
-Quant aux citoyens suspects et absents, savoir: Lepitre, Moelle,
-Brunot et le médecin, le conseil général arrête que les
-administrateurs de police feront à l'instant apposer les scellés sur
-leurs papiers.
-
-Et sur le réquisitoire du procureur de la Commune, le conseil général
-nomme Follope, Minier, Louvet et Benoît, à l'effet de se transporter
-sur-le-champ au Temple, pour, dans les appartements des prisonniers,
-faire toutes visites et recherches qu'ils jugeront convenables, comme
-aussi de fouiller lesdits prisonniers.
-
-Arrête en outre que ces mêmes commissaires lèveront les scellés
-apposés sur l'appartement du défunt Louis Capet, pour y faire
-également toutes recherches nécessaires.
-
-Hébert, substitut du procureur syndic, a été nommé avec les autres
-commissaires pour aller faire des recherches chez les prisonniers du
-Temple.»
-
-(Séance du 20 avril 1793.)]
-
-[Note 57: _Fragments historiques sur la captivité de la famille
-royale_, par TURGY, publiés par Eckard, à la suite de ses _Mémoires
-historiques sur Louis XVII_, troisième édition.]
-
-Hébert se rendit le lendemain à la tour, non pas dans le courant de la
-journée, où la famille royale vivait sur un qui-vive continuel, mais
-à dix heures et demie du soir, quand devait être commencée pour elle
-l'heure de la quiétude intérieure. Espérait-il, en arrivant à
-l'improviste, les prendre en flagrant délit de correspondance
-clandestine? La citoyenne Tison fut requise pour fouiller les femmes.
-Elle trouva sur Marie-Antoinette un portefeuille de maroquin rouge sur
-lequel quelques adresses étaient écrites au crayon, et chez Madame
-Élisabeth, le bâton de cire à cacheter mentionné plus haut, et qui
-était enfermé dans un papier avec de la poudre de buis. Encouragés par
-ces découvertes, les inquisiteurs se remirent à l'oeuvre. Ils
-arrachèrent de son lit l'enfant qui dormait profondément: sa mère le
-prit tout transi de froid dans ses bras. Ils fouillèrent dans les
-matelas, dans les paillasses, dans les vêtements, et ne trouvèrent
-rien. Nous nous trompons: en fouillant dans les effets de
-Marie-Thérèse, ils firent une découverte. «Ils me prirent, dit Madame
-Royale dans le récit qu'elle a laissé de la captivité du Temple, ils
-me prirent un Sacré-Coeur et une prière pour la France.» La visite ne
-se termina qu'à deux heures du matin[58].
-
-[Note 58:
-
- _Extrait du procès-verbal dressé par les commissaires nommés à
- l'effet de faire une perquisition exacte chez les prisonniers
- détenus à la tour du Temple._
-
-«Aujourd'hui 20 avril 1793, à dix heures trois quarts du soir, en
-exécution de l'arrêté du conseil général, nous, soussignés, nous
-sommes transportés à la tour du Temple, où, à l'heure susdite, sommes
-montés à l'appartement tant de Marie-Antoinette, veuve Capet, que de
-ses enfants, pour commencer la visite des meubles et la perquisition
-sur les personnes comme il suit:
-
-»D'abord, entrés dans la chambre de ladite veuve Capet, avons fouillé
-dans les meubles, où nous n'avons trouvé rien de suspect. Sur une
-table de nuit seulement, avons trouvé un petit livre intitulé:
-_Journée du chrétien_, où étoit une image coloriée en rouge,
-représentant d'un côté un coeur embrasé, traversé d'une épée et
-entouré d'étoiles, avec cette légende: «_Cor Mariæ, ora pro nobis_; de
-l'autre côté, une couronne d'épines et une croix au-dessus du coeur
-avec cette légende: _Cor Jesu, miserere nobis_. Avons trouvé de plus
-une feuille imprimée, de quatre pages, intitulée: _Consécration de la
-France au sacré Coeur de Jésus_; elle commence par ces mots: «O
-Jésus-Christ!» On y remarque les passages suivants: «Tous les coeurs
-de ce royaume, depuis le coeur de notre auguste Monarque jusqu'à celui
-du plus pauvre de ses sujets, nous les réunissons par les désirs de la
-charité pour vous les offrir tous ensemble... Oui, Coeur de Jésus,
-nous vous offrons notre patrie tout entière et les coeurs de tous vos
-enfants... O Vierge sainte! ils sont maintenant entre vos mains; nous
-vous les avons remis en nous consacrant à vous comme à notre
-protectrice et à notre mère; aujourd'hui, nous vous en supplions,
-offrez-les au coeur de Jésus... Ah! présentés par vous, il les
-recevra, il leur pardonnera, il les bénira, il les sanctifiera, il
-sauvera la France tout entière, il y fera revivre la sainte religion.
-Ainsi soit-il, ainsi soit-il!»
-
-»Dans les poches de Marie-Antoinette étoit un portefeuille en maroquin
-rouge, où nous n'avons reconnu digne de description qu'un des
-feuillets en peau anglaise, sur lequel étoit écrit au crayon ce qui
-suit: «Brugnier, quai de l'Horloge, nº 65 (et autres noms et demeures
-de différentes personnes dont les prisonniers pouvoient avoir
-besoin).» Plus, dans les mêmes poches, un nécessaire roulé, et dans
-lequel étoit un porte-crayon d'acier non garni de crayon...
-
-»Avons fait ensuite perquisition dans la chambre qu'occupe
-Élisabeth-Marie, soeur de feu Louis Capet, où nous n'avons rien trouvé
-de suspect; seulement avons découvert dans une cassette un bâton de
-cire rouge à cacheter qui avoit déjà servi, avec de la poudre de buis
-dans le même papier... Et environ deux heures après minuit, avons clos
-le présent procès-verbal en présence desdites dames, qui ont signé
-avec nous.
-
- »_Ainsi signé_: MARIE-ANTOINETTE, ÉLISABETH-MARIE;
- BENOÎT, etc., etc.»]
-
-Trois jours après, les commissaires de la Commune envoyés au Temple
-pour lever les scellés apposés sur l'appartement de Louis XVI firent
-de nouvelles perquisitions dans celui des prisonnières. Ces
-perquisitions demeurèrent sans résultat; on trouva seulement un
-chapeau d'homme enfermé dans une cassette placée sous le lit de Madame
-Élisabeth. «D'où vient ce chapeau?--C'est un chapeau qui a appartenu à
-mon frère, dit Madame Élisabeth.--Qui vous l'a donné?--Lui-même, quand
-nous habitions ensemble la petite tour.--Pourquoi est-il là, et à quoi
-peut vous servir le chapeau de votre frère?--Je le garde pour
-conserver quelque chose de lui.--Nous, nous allons le conserver dans
-la salle du conseil, comme un témoignage de vos relations avec le
-dehors du Temple; car Capet n'avait qu'un chapeau, et il l'a laissé
-sur les marches de la guillotine.--Je vous assure, messieurs, que ce
-chapeau me vient de mon frère; c'est la seule chose que je possède de
-tout ce qui lui a appartenu.--Je vous fais observer qu'il n'est guère
-d'usage de conserver un chapeau comme un gage de tendresse.--Il m'est
-très-précieux, et je vous prie instamment d'obtenir qu'il me soit
-rendu.»
-
-Cependant les commissaires dénoncés par Tison avaient été suspendus de
-leurs fonctions. Le conseil de la Commune eut plus que jamais l'oeil
-et la main sur le Temple. Toute consolation s'éteignit autour des
-prisonnières. Pour surcroît de tourment, le petit Prince tomba malade
-dans les premiers jours du mois de mai. Marie-Antoinette demanda qu'on
-laissât entrer à la tour M. Brunyer, médecin ordinaire de ses enfants.
-Le conseil du Temple en référa au conseil général de la Commune.
-Celui-ci, «dans sa séance du 10 mai, arrêta que le médecin ordinaire
-des prisons irait soigner le petit Capet, attendu que ce serait
-blesser l'égalité que de lui en envoyer un autre.» Du reste, M.
-Thierry, médecin des prisons, était environné de l'estime publique. Il
-se rendit avec empressement au Temple, et ayant examiné le Dauphin,
-rassura tout d'abord la Reine et Madame Élisabeth sur sa situation. A
-leur prière, il alla conférer avec M. Brunyer, en qui elles avaient
-toute confiance, et pendant plusieurs semaines, revint chaque jour à
-la tour. Cette indisposition, quoique n'offrant pas un danger sérieux,
-ne laissa pas que de tenir en haleine jour et nuit les sollicitudes de
-ces deux coeurs maternels attachés au chevet du jeune malade pendant
-tout le temps que dura le traitement.
-
-La grande lutte des Girondins et des Montagnards, les événements de la
-Vendée, les hécatombes de la guillotine qui allaient se multipliant,
-les cent événements qui remuaient profondément la ville, n'avaient pu
-arracher la Reine et Madame Élisabeth à leurs préoccupations,
-lorsque, le 31 mai, elles entendirent un tel bruit au dehors qu'elles
-se figurèrent que le quartier brûlait. La générale, le tocsin et le
-canon d'alarme ébranlaient la ville: au Luxembourg, à Saint-Lazare, à
-l'Abbaye, dans toutes les prisons d'État, les détenus poussaient des
-cris pitoyables, s'imaginant entendre à leur porte les massacreurs de
-septembre. Madame Élisabeth interroge les municipaux. «Bah! lui
-répondit l'un d'eux, c'est la commission des douze qui cause tout ce
-tapage.» En effet, la cité révolutionnaire était sens dessus dessous:
-une commission de douze députés, chargée de rechercher les complots
-ourdis contre la liberté, était publiquement accusée d'exercer contre
-les meilleurs patriotes la plus inique inquisition. C'était là le
-thème exploité avec ardeur par les séides de Robespierre, qui espérait
-qu'une insurrection le pousserait à la dictature. Le décret qui créait
-cette commission, rendu le 18 mai, cassé par un décret du 27, rétabli
-par un décret du 28, tant étaient rapides le flux et le reflux des
-volontés et des événements dans ces temps de crise, avait fait sortir
-de dessous terre toute la population anarchique de Paris. Les
-barrières furent fermées; un décret d'accusation fut lancé «contre
-tous les députés infidèles au mandat qu'ils avaient reçu de leurs
-commettants, afin de s'emparer des traîtres et de découvrir les
-complots formés pour la perte de la République.» Cette journée, qui
-assurait la prééminence aux Montagnards, fut fertile en dénonciations
-contre les hommes soupçonnés d'être les agents actifs de la famille
-royale ou ses partisans secrets. L'épouvante qu'elle inspirait au
-dehors, la Convention la ressentit au dedans. Elle livra ses chefs
-pour se faire pardonner par la Montagne de les avoir soutenus. La
-chute des Girondins produisit une impression de terreur dans toute la
-France. Ils étaient, relativement à leurs antagonistes, la dernière
-expression des idées modérées. On comprit que leur chute faisait
-arriver les hommes et les théories extrêmes, et on les regretta de
-toute la crainte qu'inspiraient leurs héritiers.
-
-Parmi les membres de la Commune que les dénonciations n'avaient point
-épargnés se trouvait Michonis, qui avait eu l'adresse de traverser
-sans se compromettre les circonstances les plus difficiles, et
-d'écarter par d'habiles apologies des soupçons qui devenaient un arrêt
-de mort. De service au Temple, il instruisit les princesses des
-événements qui venaient de se passer, et essaya de les rassurer sur
-les intentions des Montagnards. «Monsieur Michonis, lui dit Madame
-Élisabeth, les hommes de la révolution qui ont rompu avec l'idée de
-Dieu ne s'appartiennent pas, et ils ignorent eux-mêmes où Dieu les
-mène.» Et comme ce commissaire disait à Marie-Antoinette qu'elle
-serait probablement réclamée par l'Empereur: «Que m'importe! répondit
-la Reine avec une douleur calme et froide; à Vienne, je serais ce que
-je suis ici, ce que j'étais aux Tuileries; mon unique désir est de me
-réunir à mon mari lorsque le Ciel jugera que je ne suis plus
-nécessaire à mes enfants.»
-
-Les graves paroles des deux prisonnières avaient fait une profonde
-impression sur l'esprit de Michonis. Il crut comprendre qu'il n'y
-avait plus de salut pour elles que dans la fuite. Il entra dans un
-complot tendant à enlever de leur prison la veuve, la soeur et les
-enfants de Louis XVI. Le baron de Batz était le chef de cette
-hasardeuse entreprise, dont nous emprunterons le récit à notre
-Histoire de Louis XVII.
-
-«Les recherches dont M. de Batz était l'objet depuis la tentative du
-21 janvier n'avaient point éloigné de Paris cet intrépide serviteur
-d'une cause que le malheur rendait si belle, et qui exerçait en outre
-sur les âmes magnanimes la séduction irrésistible du péril. La lutte
-opiniâtre de cet homme contre le pouvoir redoutable qui opprimait la
-nation est une des merveilles de ce temps. Partout présent et toujours
-invisible, aussi habile à dresser ses embûches qu'à esquiver celles de
-l'ennemi, il avait à sa dévotion les agents les plus prudents, et à
-ses gages les espions les plus actifs. Sa parole était plus insinuante
-encore que sa bourse n'était persuasive; et, avec une admirable
-adresse, il avait gagné plusieurs membres de la Commune et de la
-Convention, qui, si les circonstances ne leur permirent point de lui
-apporter une coopération efficace, lui restèrent du moins fidèles par
-un inviolable silence. Conspirateur acharné, ses entreprises manquées,
-il les recommençait avec une nouvelle ardeur, et il restait
-intrépidement dans cette ville où sa tête était mise à prix. Son nom
-entraînait toujours de graves mesures, des perquisitions sévères.
-L'insaisissable conjuré avait des asiles impénétrables dans Paris et
-dans les environs; mais son gîte le plus habituel et peut-être le plus
-sûr était chez Cortey, épicier, rue de la Loi[59], recommandé par sa
-réputation de _civisme_ aux suffrages de ses concitoyens, qui
-l'avaient nommé capitaine-commandant de la garde nationale de la
-section Lepelletier. Cortey était lié aussi avec Chrétien, qui était
-juré du tribunal révolutionnaire, et dont l'influence était
-toute-puissante dans les comités de cette section. Ce fut grâce à lui
-que Cortey fut compris au nombre des chefs de poste auxquels était
-confiée la garde du Temple, lorsqu'un détachement de leur bataillon y
-faisait partie de la force armée. A couvert sous la bonne renommée
-révolutionnaire de son hôte, et caché dans le fond de sa maison, le
-baron de Batz lui confia ses projets, ainsi qu'à Michonis, et prit de
-concert avec eux toutes les mesures relatives à l'exécution. Après
-cette ouverture, la première fois que Cortey fut de garde au Temple,
-Batz lui demanda de le comprendre, sous un nom supposé, dans la liste
-des hommes que sa compagnie fournissait à ce poste, afin qu'en
-s'introduisant ainsi dans la tour, il pût se faire, au préalable, une
-idée exacte des localités. L'officier se prêta à son désir: il
-l'inscrivit, sous le nom de Forget, au contrôle des hommes de service,
-et le fit ainsi pénétrer dans le Temple, où il monta la garde. Il
-fallait aussi, pour l'exécution du plan arrêté, attendre que le tour
-de garde de Cortey coïncidât avec le tour de service de Michonis. Le
-concours des deux autorités était indispensable, et plusieurs jours
-s'écoulèrent avant que le capitaine et le commissaire civil fussent
-simultanément en fonction. Batz profita de ce temps pour s'assurer,
-conjointement avec son hôte, d'une trentaine d'hommes de la section
-dont ils avaient l'un et l'autre entrevu les sentiments, apprécié le
-caractère ou éprouvé la discrétion. La bonhomie de Cortey séduisit les
-uns, la parole flatteuse de Batz entraîna les autres. Michonis, avec
-sa prudence habituelle, ne parut point de sa personne dans ce
-périlleux embauchage: il se réservait, du reste, un rôle aussi
-courageux en se chargeant de tout diriger dans l'intérieur de la tour.
-
-[Note 59: Rue Richelieu, au coin de la rue des Filles-Saint-Thomas.]
-
-»Le jour attendu arrive: l'officier et le municipal sont ensemble de
-service. Cortey entre au Temple avec son détachement, dans lequel
-figure de Batz, sous son nom de guerre. Le chef du poste arrange le
-mouvement du service de la manière la plus favorable au succès de
-l'entreprise: vingt-huit hommes sur lesquels il peut compter seront,
-depuis minuit jusqu'à deux heures, de faction ou de patrouille; le
-commissaire civil, de son côté, prend ses mesures pour être lui-même
-de garde à la même heure dans l'appartement de la famille royale. Les
-hommes de faction dans l'escalier de la tour auront endossé par-dessus
-leur habit d'amples redingotes d'uniforme; Michonis leur prendra ce
-vêtement surabondant et en revêtira les Princesses, qui, sous ce
-déguisement et l'arme au bras, seront incorporées dans une patrouille
-au milieu de laquelle on enveloppera l'enfant-Roi. Les sentinelles de
-garde dans les cours, initiées au secret, se tairont si la nuit est
-peu noire ou les réverbères peu discrets. Cortey commandera en
-personne la nombreuse patrouille et lui fera ouvrir la grande porte du
-Temple, prérogative qui n'appartient pendant la nuit qu'au commandant
-du poste. Une fois dehors, le salut du Prince et de sa famille est
-assuré: des voitures sont disposées pour une fuite rapide, rue
-Charlot, où la patrouille en passant doit laisser les prisonniers
-ainsi que Batz, Michonis, Cortey, et quelques autres qui comme eux ont
-brûlé leurs vaisseaux.
-
-»La journée, qui s'était passée sans aucun symptôme d'orage, semblait
-présager une nuit heureuse. Il était onze heures et demie. Michonis
-déjà depuis quelque temps était de service dans l'appartement des
-prisonniers, et ses collègues se reposaient ou jouaient dans la salle
-du Conseil, à l'exception de Simon, qui depuis environ une heure était
-sorti de la tour. Tous les hommes qui allaient prendre leur tour de
-garde à minuit étaient au poste. Tout à coup Simon arrive, il entre
-bruyamment au corps de garde, il ordonne d'un ton brusque de faire
-l'appel de tous les hommes présents: «Heureusement que je te vois ici,
-dit-il à Cortey, sans ta présence je ne serois pas tranquille.» M. de
-Batz voit que tout est découvert; la pensée lui vient de brûler la
-cervelle à Simon et de tenter immédiatement l'évasion par la force.
-Maîtrisant son premier mouvement, il a vite compris que l'explosion
-d'une arme à feu, en causant une alerte générale, fera échouer son
-entreprise et aggravera forcément le sort de la famille royale; il a
-compris que, n'étant pas encore maître des postes de la tour et de
-l'escalier, les hommes mêmes qui l'environnent et sur lesquels il
-pouvait compter pour une complicité passive, lui feront peut-être
-défaut s'il s'agit d'une coopération active et énergique, et, après
-tout, d'une mort presque certaine. Batz est demeuré impassible;
-l'appel terminé, Simon est monté à la tour; il exhibe un ordre du
-conseil général qui enjoint à Michonis de lui remettre ses fonctions
-et de se rendre sur-le-champ à la Commune. Michonis écoute sans
-surprise, obéit sans hésitation; il rencontre Cortey dans la première
-cour: «Que signifie tout cela? lui dit-il.--Sois tranquille, lui
-répond tout bas le capitaine, Forget est parti.»
-
-»En effet, le chef du poste n'avait pas perdu une minute. Aussitôt que
-Simon lui eut tourné le dos pour monter à la tour, il avait, sous le
-prétexte d'un bruit entendu dans la rue voisine, lancé au dehors une
-patrouille de huit hommes qui n'étaient revenus que sept. Le
-sang-froid de Batz, la présence d'esprit de Cortey avaient sauvé la
-vie à tous.
-
-»Simon n'était pas resté inactif; il avait fait une perquisition dans
-l'appartement des Princesses, dans les tours et dans toutes les
-dépendances de l'enclos; il avait interrogé tous les préposés: ses
-recherches étaient restées sans résultat. Rien de suspect ne lui était
-apparu dans l'enceinte du Temple; tout y était calme comme de coutume.
-Honteux de l'alarme inutile qu'il a causée, Simon fait après coup
-doubler tous les postes; il cherche ainsi, par les précautions qu'il
-prend, à accréditer l'idée d'un danger auquel il ne croit plus.
-
-»Or, voici ce qui s'était passé d'après le dire de Simon. Un gendarme
-d'ordonnance au Temple avait trouvé le soir, vers neuf heures, gisant
-sur le pavé devant la grande porte, un papier sans adresse, portant
-sous son pli cacheté ces mots: «Michonis vous trahira cette nuit:
-veillez!» Ce papier, ouvert par le gendarme, avait été remis par lui
-à Simon, le seul des six[60] commissaires du jour qu'il connût
-particulièrement. Simon s'était rendu en toute hâte avec ce billet au
-conseil général, qui lui avait intimé l'ordre de relever son collègue
-de ses fonctions et de l'inviter à se rendre sans retard à la barre de
-la Commune.
-
-[Note 60: Il est bon de faire remarquer ici que le nombre des
-municipaux envoyés au Temple varia plusieurs fois. D'abord on en
-envoya quatre, puis huit à l'époque du procès de Louis XVI; six après
-le 21 janvier; plus tard huit encore, ensuite quatre, puis trois. Le
-nombre variait suivant la gravité des circonstances.
-
-Il devint quelquefois si difficile de trouver des commissaires pour
-aller au Temple qu'il fallait recourir à des mesures de rigueur pour
-triompher de la résistance des récalcitrants. L'amende et la
-dénonciation du citoyen peu zélé à sa section ne suffirent pas
-longtemps. Le conseil général se vit contraint de prendre la décision
-suivante, à la date du 12 septembre 1793:
-
-«Le conseil général arrête que lorsqu'un de ses membres auquel il aura
-été écrit pour aller au Temple refusera ce service, deux gendarmes
-seront chargés de l'aller chercher pour le conduire au Temple;
-
-»Arrête en outre que le présent sera mis sur la lettre d'invitation.»
-
-Cette mesure ne tarda pas à trouver son application: «Mercredi, 18
-septembre 1793, le conseil arrête à l'égard de Forestier la stricte
-exécution de son arrêté, qui porte que lorsqu'un membre refusera de se
-rendre au Temple, d'après l'invitation qui lui en aura été faite par
-écrit, il y sera conduit par deux gendarmes;
-
-»Arrête en conséquence que deux gendarmes iront chercher Forestier.»
-
-Conformément à la même décision, deux gendarmes allèrent chercher
-
- Le municipal Soulès, le 26 septembre 1793;
- Le municipal Mourette, le 3 novembre;
- Le municipal Gibert, le 21 novembre;
- Le municipal Follope, le 13 décembre;
- Le municipal Laurent, le 21 janvier 1794, etc.]
-
-»Docile à cet appel, Michonis eut à subir le plus minutieux
-interrogatoire. Il répondit à tout avec adresse, réfuta avec une
-bonhomie pleine d'autorité cet écrit anonyme forgé par quelque
-adversaire politique pour le compromettre, et représenta d'ailleurs
-Simon, ce qui était vrai, comme son ennemi personnel. La physionomie
-ouverte et l'apparente candeur du prévenu lui avaient déjà gagné
-l'absolution, lorsque le lendemain matin son antagoniste nocturne
-ayant rendu compte du résultat si stérile de sa mission, le conseil
-général demeura convaincu que si avec son humeur inquiète Simon était
-capable de rêver un complot, Michonis avec son franc caractère était
-incapable d'en former un.»
-
-A quoi tiennent les destinées humaines! Sans ce mot anonyme jeté dans
-un ruisseau et fortuitement trouvé par un gendarme, il est probable
-que la famille royale échappait à ses geôliers, et que la révolution
-française n'eût point été flétrie par le meurtre juridique de deux
-femmes, et par le meurtre plus lent et plus exécrable encore d'un
-enfant de dix ans.
-
-Méconnu par la Commune, Simon chercha ailleurs un appréciateur de son
-zèle. Il instruisit Robespierre de l'avis qu'il avait reçu et des
-machinations qui ne cessaient de se produire au Temple. Les
-dénonciations de Simon trouvaient toute créance de ce côté. Le
-dominateur n'ignorait pas que la conspiration était partout, que le
-nom du fils de Louis XVI était l'objet permanent des espérances
-royalistes aussi bien que le prétexte des récriminations
-révolutionnaires. C'était toujours pour un enfant et contre un enfant
-que se tramaient tous les complots plus ou moins obscurs de cette
-époque; hier c'était un projet d'évasion médité dans l'ombre,
-aujourd'hui une conspiration armée à la tête de laquelle se trouvait
-le général Dillon. Les commérages de la rue s'emparaient de ces bruits
-plus ou moins fondés. Sans chercher à connaître la vérité, le comité
-de salut public arrêta, le 1er juillet 1793:
-
-«Que le maire de Paris demeurerait chargé de prendre toutes les
-mesures convenables pour l'arrestation dudit Arthur Dillon et de ses
-complices présumés;
-
-Qu'il serait de suite procédé à l'apposition des scellés sur leurs
-papiers;
-
-Que le jeune Louis, fils de Capet, serait séparé de sa mère et placé
-dans un appartement à part, le mieux défendu de tout le local du
-Temple[61].»
-
-[Note 61: Cet arrêté est signé Cambon fils aîné,--L. B.
-Guyton,--Jeanbon Saint-André, G. Couthon,--B. Barère,--Danton.
-(Archives de l'Empire, armoire de fer, carton 13.)]
-
-Un autre arrêté du comité de salut public, daté également du 1er
-juillet, portait que le fils de Capet, séparé de sa mère, serait remis
-dans les mains d'un instituteur, au choix du conseil général de la
-Commune.
-
-Ces deux mesures, sanctionnées par la Convention, furent mises à
-exécution le 3 juillet.
-
-Dix heures allaient sonner. Le Dauphin, couché depuis plus d'une
-heure, dormait profondément. Son lit n'avait pas de rideaux; un châle
-tendu par les soins de sa mère mettait seul ses paupières closes à
-l'abri de la lumière. La veillée devait se prolonger plus tard que de
-coutume: la Reine et Madame Élisabeth s'étaient imposé la tâche de
-réparer les vêtements endommagés de la famille. Assise entre elles
-deux, Marie-Thérèse était ce soir-là leur lectrice. Après quelques
-pages du _Dictionnaire historique_[62], la jeune fille avait ouvert
-une _Semaine sainte_, et commençait à y lire des prières tirées des
-saintes Écritures. Ce livre, qui appartenait à Madame Élisabeth, avait
-été introduit dans la tour au mois de mars, quelques jours avant
-Pâques[63]. La Reine et sa soeur, tout en écoutant la lecture, avaient
-l'oreille et les yeux tournés vers le lit qui renfermait l'être si
-cher à leur coeur, et souvent, pour mieux entendre sa respiration,
-elles laissaient tomber l'ouvrage de leurs mains. La veillée allait
-ainsi, lorsque des bruits de pas retentirent. Les portes tournent sur
-leurs gonds, et six commissaires entrent dans la chambre. Un d'eux,
-prenant la parole: «Nous venons vous notifier l'ordre du comité de
-salut public, portant que le fils de Capet sera séparé de sa mère et
-de sa famille.» La Reine à ces mots se lève, et, pâle, tremblante de
-frayeur, elle s'écrie: «M'enlever mon enfant! Non, non, cela n'est pas
-possible.» Marie-Thérèse, debout près de sa mère, semblait repousser
-avec elle un ordre si dur; Madame Élisabeth, le coeur serré, regardait
-muette et immobile, et, les mains étendues sur le livre saint,
-paraissait prendre Dieu à témoin de l'impossibilité d'une pareille
-cruauté.
-
-[Note 62: Demandé le 14 juin, cet ouvrage avait été mis le 23 à la
-disposition des prisonnières.
-
- «Du vendredi, 14 juin 1793, l'an II de la République française.
-
-»Sur la demande des commissaires de service au Temple, le conseil
-arrête que Baron, garde de la Bibliothèque, fournira sur récépissé
-
-»Les livres ci-après:
-
- »_Dictionnaire historique_, 4 vol. in-8º, rel.
- »Les n{os} I, II, III et IV des _Oeuvres de Voltaire_.
-
- »SILLANS, CAZENAVE, FOUCAUX.
-
-»Nous, membres du conseil général de la Commune, de service au Temple,
-donnons le récépissé de quatre volumes intitulés: _Dictionnaire
-historique_, _Oeuvres de Voltaire_, qui ont été transportés à la Tour.
-
-»Fait au conseil du Temple ce 23 juin 1793, l'an II de la République
-française une et indivisible.
-
- »MENNESSIER, membre du conseil général;
- »DANGÉ.»]
-
-[Note 63: _Fragments historiques sur la captivité de la famille
-royale_, par TURGY, publiés par Eckard, à la suite de ses _Mémoires
-historiques sur Louis XVII_, troisième édition.]
-
-Après un moment de silence, la Reine, surmontant le frisson qui
-parcourait tout son être et rendait sa voix frémissante, reprit ainsi:
-«La Commune, messieurs, ne peut songer à me séparer de mon fils; il
-est si jeune, il est si faible, mes soins lui sont si nécessaires!--Le
-comité a pris cet arrêté, répliqua le municipal; la Convention a
-ratifié la mesure, et nous devons en assurer l'exécution immédiate.»
-La malheureuse mère s'écria: «Je ne pourrai jamais me résigner à cette
-séparation; au nom du Ciel, n'exigez pas de moi cette épreuve
-cruelle.» Et Marie-Thérèse pleurait de sa douleur et de celle de sa
-mère. Madame Élisabeth, s'élançant vers le lit du Dauphin, s'écria:
-«Au nom de ce que vous aimez le plus au monde, au nom de vos femmes,
-au nom de vos enfants, n'enlevez pas à cette mère le fils qu'elle
-chérit.» Puis les sanglots étouffaient les plaintes et les
-supplications. Rien ne put attendrir les membres de la Commune: «Ces
-criailleries ne servent à rien, disaient-ils: on ne vous le tuera pas,
-votre enfant, livrez-nous-le de bon gré, ou nous saurons nous en
-rendre maîtres.» Mère, tante et soeur étaient devant le lit; elles en
-défendaient les abords, mais elles furent vaincues par la force
-brutale; violemment agité dans la lutte, le rideau factice se détache,
-et tombant sur la tête de l'enfant, le réveille. Celui-ci voit ce qui
-se passe, il se jette du lit dans les bras de sa mère, et s'écrie:
-«Maman! maman! ne me quittez pas!» Et sa mère le presse sur son sein,
-le rassure, le défend, se cramponne au pilier du lit. «Ne nous battons
-pas contre des femmes, dit un des municipaux resté muet jusqu'à ce
-moment; citoyens, faisons monter la garde.» Et déjà il s'était
-approché du guichetier, demeuré debout près de la porte. «Ne faites
-pas cela, s'écria Madame Élisabeth; ce que vous exigez par la force,
-il faut bien que nous l'acceptions; mais, de grâce, donnez-nous le
-temps de respirer. Cet enfant a besoin de sommeil; ailleurs il ne
-pourrait dormir. Demain matin il vous sera remis. Laissez-le au moins
-passer la nuit dans cette chambre, et obtenez qu'il y soit ramené tous
-les soirs.» A ces mots, prononcés avec l'accent le plus émouvant, le
-silence succéda. La Reine reprit la parole: «Promettez-moi, dit-elle,
-qu'il restera dans l'enceinte de la tour, et que chaque jour il me
-sera permis de le voir, ne fût-ce qu'aux heures du repas.--Nous
-n'avons pas de comptes à te rendre, et il ne t'appartient pas
-d'interroger les intentions de la patrie. Parbleu, parce qu'on
-t'enlève ton enfant, te voilà bien malheureuse! Les nôtres vont bien
-tous les jours se faire casser la tête par les balles des ennemis que
-tu attires sur nos frontières.--Mon fils est trop jeune pour pouvoir
-encore servir son pays, dit la Reine avec douceur; mais j'espère
-qu'un jour, si Dieu le permet, il sera fier de lui consacrer sa vie.»
-
-Prières, supplications, larmes, furent stériles, et elles devaient
-l'être. Il fallut habiller l'enfant. Combien cette toilette fut
-longue, et que de pleurs mouillèrent ces vêtements tournés et
-retournés en tous sens, et passés de mains en mains, afin d'éloigner
-de quelques secondes le moment de la séparation! Madame Élisabeth
-mêlait ses soins à ceux de la Reine, et si le coeur de cette dernière
-était brisé, le sien l'était bien cruellement aussi. Les municipaux
-perdirent patience, et exigèrent la remise de l'enfant. Enfin,
-Marie-Antoinette ayant ramassé au fond de son coeur le peu de force
-qui lui restait, prit son fils devant elle, et s'asseyant sur une
-chaise, elle rapprocha d'elle cet enfant si cher et posa les mains sur
-ses petites épaules; puis calme, immobile, recueillie dans sa douleur,
-sans verser une larme, sans pousser un soupir, elle lui dit d'une voix
-solennelle: «Mon enfant, nous allons nous quitter. Souvenez-vous de
-vos devoirs quand nous ne serons plus près de vous pour vous les
-rappeler. N'oubliez jamais le bon Dieu qui vous éprouve, ni votre mère
-qui vous aime, ni votre tante ni votre soeur, qui vous ont donné tant
-de preuves de tendresse. Soyez sage, patient et honnête, et votre père
-vous bénira du haut du Ciel.» Elle dit, baise son fils au front, et le
-pousse vers sa tante, qui l'embrasse, ainsi que sa soeur. Le pauvre
-enfant revient encore à sa mère, et s'attache à ses genoux de toutes
-ses forces; mais la Reine le regardant d'un air doux et ferme: «Mon
-fils, il faut obéir, il le faut.--Allons, tu n'as plus, j'espère, de
-doctrine à lui faire, dit un commissaire; il faut avouer que tu as
-fièrement abusé de notre patience.--Tu pouvois te dispenser de lui
-faire la leçon», disait un autre; et entraînant violemment l'enfant,
-il sortit avec lui. Le dernier qui quitta la chambre avait gardé le
-silence pendant cette pénible scène. Son maintien était convenable.
-Croyant sans doute rassurer la sollicitude maternelle, il dit à la
-Reine d'un ton qui trahissait une certaine émotion: «Ne vous
-tourmentez pas, la nation est généreuse, elle pourvoira à l'éducation
-de votre fils[64].»
-
-[Note 64: Nous donnons ici sans commentaire l'extrait des registres du
-conseil du Temple relatif à l'enlèvement du Prince.
-
-«Le 3 juillet 1793, neuf heures et demie du soir, nous, commissaires
-de service, sommes entrés dans l'appartement de la veuve Capet, à
-laquelle nous avons notifié l'arrêté du Comité de salut public de la
-Convention nationale du 1er du présent, en l'invitant de s'y
-conformer. Après différentes instances, la veuve Capet s'est enfin
-déterminée à nous remettre son fils, qui a été conduit dans
-l'appartement désigné par l'arrêté du conseil de cejourd'hui, et mis
-entre les mains du citoyen Simon, qui s'en est chargé. Nous observons
-au surplus que la séparation s'est faite avec toute la sensibilité que
-l'on devait attendre dans cette circonstance, où les magistrats du
-peuple ont eu tous les égards compatibles avec la sévérité de leurs
-fonctions.
-
- »_Signé_: EUDES, GAGNANT, ARNAUD, VÉRON,
- CELLIER et DEVÈZE.»]
-
-A peine la porte fut-elle refermée que la pauvre mère ne fut plus
-maîtresse de son chagrin: c'étaient des cris de douleur, des sanglots,
-des grincements de dents. L'énergie de son caractère s'était usée dans
-la lutte, et maintenant, tout entière au sentiment de son profond
-malheur, elle se roulait sur la couche déserte de son enfant en
-demandant à Dieu ce qu'elle avait pu faire pour être condamnée à une
-telle torture. Madame Élisabeth reprit son rôle de consolatrice: se
-plaçant sur une chaise près du lit où était la Reine, elle laissa
-passer ces premières explosions du désespoir, et se borna à traduire
-par un serrement de main et un regard bien tendre ce que ses propres
-larmes l'empêchaient elle-même de dire. Mais dès que la Reine fut un
-peu calmée: «Ma soeur, lui dit-elle, j'ai admiré tout à l'heure la
-fermeté de votre âme, et j'ai remercié Dieu de ce témoignage de sa
-grâce. Et certainement, vis-à-vis de Dieu, qui nous regarde et nous
-éprouve, vous n'aurez pas moins de courage que vous n'en avez montré
-vis-à-vis de ces hommes. Ne lui demandons pas pourquoi il nous châtie;
-il le sait, lui, et cela suffit. Sans chercher à sonder ses desseins,
-acceptons la croix qu'il nous envoie et n'hésitons pas à la porter. On
-ne devient pas l'héritier de Jésus-Christ sans avoir été le compagnon
-de ses souffrances. Remettons-nous volontairement entre ses mains et
-supportons tout en pensant à lui.» Ces paroles pleines d'onction
-avaient pénétré dans le coeur de Marie-Antoinette, qui n'y répondit
-qu'en embrassant tendrement sa soeur. Les nerfs de la pauvre mère
-s'étaient un peu détendus, et ses larmes coulèrent plus facilement.
-Quelques instants après, elle se leva; elle embrassa sa fille et lui
-dit de se coucher. Les larmes recommencèrent en se disant bonsoir.
-Puis, comme Madame Élisabeth se mettait à serrer les petits vêtements
-de l'enfant, demeurés sur la table, et qui réclamaient encore le
-travail de leurs mains, les pleurs éclatèrent de nouveau, et les deux
-pauvres mères se jetèrent dans les bras l'une de l'autre.
-
-Les prisonnières ignorèrent ce que le cher enfant était devenu. Elles
-supposaient qu'il n'avait pas quitté le Temple, mais elles ne savaient
-ni dans quelles mains il avait été remis, ni comment il était traité.
-Cette incertitude où elles étaient de son sort augmentait encore
-l'amertume de leurs regrets. Quatre jours s'étaient écoulés, lorsque
-la nouvelle se répandit dans Paris que la conspiration d'Arthur
-Dillon, malgré l'arrestation de ce général, avait eu un plein succès,
-et que Louis XVII, enlevé de la tour, avait été porté en triomphe à
-Saint-Cloud. Pour faire tomber ce bruit qui agitait Paris et amenait
-une foule de monde aux abords du Temple, une députation du comité de
-sûreté générale, dont Drouet et Chabot faisaient partie, y fut
-dépêchée, afin de constater officiellement la présence du petit Capet.
-Après avoir ordonné de le faire descendre dans le jardin, afin qu'il
-puisse être vu de toute la garde montante, les deux députés que nous
-avons nommés ont un entretien à huis clos avec Simon et les municipaux
-dans la chambre du conseil; puis ils se présentent dans l'appartement
-des prisonnières, où, avec l'allure qui leur est propre, ils exercent
-une véritable perquisition. «Nous sommes venus voir, dit Drouet, s'il
-ne vous manque rien ou si vous n'avez rien de trop.--Il me manque mon
-fils, dit la Reine; il est vraiment trop cruel de m'en séparer si
-longtemps.--Votre fils ne manque pas de soins: on lui a donné un
-précepteur patriote, et vous n'avez pas plus à vous plaindre de la
-manière dont on le traite que de celle dont vous êtes ici traitée
-vous-même.--Je ne me plains que d'une chose, monsieur, c'est de
-l'absence d'un enfant qui ne m'avait jamais quittée. Depuis cinq jours
-il m'a été arraché, il ne m'a pas été permis de le voir une seule
-fois, et cependant il est encore malade[65]; il a besoin de mes soins.
-Il m'est impossible de croire que la Convention ne comprenne pas la
-légitimité de mes plaintes.»
-
-[Note 65: Nous possédons les mémoires des médicaments fournis au Temple
-pendant les mois de mai, juin et juillet, pour Marie-Antoinette, ses
-enfants et sa soeur, par le citoyen Robert, apothicaire autorisé par la
-Commune, et par ordonnance du citoyen docteur Thierry; et nous voyons
-que pendant tout le mois de juillet il y eut des remèdes livrés chaque
-jour pour le fils de Marie-Antoinette. (Pièces justificatives, nº V).]
-
-Dans le compte qu'il rendit de cette visite à la Convention nationale,
-Drouet s'exprima ainsi: «Nous sommes montés à l'appartement des
-femmes, et nous avons trouvé Marie-Antoinette, sa fille et sa soeur,
-jouissant d'une parfaite santé. On se plaît encore à répandre chez les
-nations étrangères qu'elles sont maltraitées, et, de leur aveu, fait
-en présence des commissaires de la Commune, rien ne manque à leur
-commodité.»--Et Drouet ne dit pas un mot des plaintes qu'avait élevées
-Marie-Antoinette sur la cruelle séquestration de son fils. La Reine et
-Madame Élisabeth ne cessaient d'interroger municipaux, gardiens,
-geôliers; tous répondaient qu'elles ne devaient pas s'inquiéter de
-l'enfant; qu'il était en bonnes mains, et qu'il ne manquait pas de
-soins. Ces assurances ne pouvaient les satisfaire. Il fallait qu'elles
-vissent leur enfant: elles le demandaient à tous avec des prières
-déchirantes; mais que pouvaient répondre les représentants de la
-Commune, sinon que le gouvernement avait jugé la mesure nécessaire et
-que force était de s'y conformer? Les refus ou le silence que
-rencontraient leurs supplications augmentaient chaque jour leur
-anxiété. Toutefois elles étaient loin de soupçonner dans quelles mains
-le Dauphin était tombé: elles ignoraient qu'on ne le leur avait enlevé
-que pour anéantir en lui tout à la fois et la force physique, et la
-vie intellectuelle, et la beauté morale. Leurs frayeurs à cet égard
-allaient loin, mais elles n'approchaient pas de la vérité. Lasses
-d'implorer la justice des municipaux, elles s'adressèrent à la pitié
-de Tison. Tison ne fut point sourd à leurs plaintes. Gagné depuis
-quelque temps par la résignation et la bonté des prisonnières, il
-s'était beaucoup amendé: placé près d'elles comme un espion,
-insensiblement il devenait pour elles un complice. Sa femme,
-désavouant plus tôt que lui tout son passé, s'était un jour jetée aux
-pieds de la Reine, en s'écriant devant les commissaires et sans faire
-attention à leur présence: «Madame, je demande pardon à Votre Majesté,
-je suis cause de votre mort et de celle de Madame Élisabeth.» Les
-princesses s'empressèrent de la relever et tâchèrent de la calmer;
-mais la fièvre nerveuse qui l'agitait se prolongea quelques jours. Ce
-ne fut plus alors un pardon, ce furent des soins que les princesses
-lui apportèrent. Madame Élisabeth particulièrement l'environna
-d'attentions et de paroles consolantes. La malade disait un jour à
-Meunier: «Je les plains de toute mon âme; c'est une famille généreuse
-que les pauvres ne remplaceront pas. Si vous pouviez comme moi les
-voir de près, vous diriez qu'il n'y a rien d'aussi grand sur la terre.
-Qui les a vues comme vous aux Tuileries n'a rien vu; il faut les avoir
-vues comme moi au Temple.» Les remords de cette pauvre femme avaient
-troublé sa raison[66]. Elle fut en proie à d'affreuses convulsions; on
-lui donna une garde[67]; transportée dans une chambre du palais, il
-fallut plusieurs hommes pour la contenir[68]. Au bout de six jours,
-elle fut conduite à l'Hôtel-Dieu[69]. Elle ne reparut plus au Temple.
-On mit auprès d'elle, dit Marie-Thérèse[70], une femme de la police
-pour recueillir tout ce que, dans son délire, elle pourrait laisser
-échapper sur la famille royale.
-
-[Note 66: «Les commissaires du Temple écrivent que la citoyenne Tison
-a la tête aliénée, ainsi qu'il est constaté par les certificats des
-médecins Thierry et Soupé.
-
-»Le conseil général, d'après les observations du maire, et le
-procureur de la Commune entendu, arrête:
-
- »1º Que la citoyenne Tison sera traitée dans l'enclos du Temple et
- hors de la tour;
-
- »2º Qu'elle aura une garde particulière;
-
- »3º Le conseil renvoie à l'administration du Temple pour désigner le
- local.» (Conseil général de la Commune, séance du 29 juin 1793.)
-
-«Le conseil du Temple fait part des mesures qu'il a prises
-relativement à la maladie de la citoyenne Tison.
-
-»Le conseil général en adopte les dispositions.» (Séance du 1er
-juillet 1793.)]
-
-[Note 67: Municipalité de Paris.
-
-_Extrait du registre des délibérations du conseil du Temple._
-
-«Et le même jour, nous nous sommes informés sur-le-champ d'une garde
-pour l'installer provisoirement. L'on nous a enseigné la nommée
-Jeanne-Charlotte Gourlet, demeurant ordinairement au Temple. Nous
-l'avons acceptée, lui avons demandé de prêter le serment de
-discrétion, et de ne communiquer avec personne, ce qu'elle a promis et
-a fait à l'instant, et nous a déclaré ne savoir signer.
-
- »Pour copie conforme:
- »MERCIER, DUPAUMIER, QUENET, MACÉ, commissaires.
-
- »Vu et approuvé par le conseil général de la Commune, ce 1er
- juillet 1793, l'an II de la République une et indivisible.
-
- »DORAT-CUBIÈRES.»
-
- (Archives de l'Empire, carton E, nº 6206.)]
-
-[Note 68: Récit de Turgy.]
-
-[Note 69: «On donne lecture d'une lettre des commissaires de service
-au Temple, accompagnée d'un certificat de chirurgiens et médecins, qui
-attestent que la citoyenne Tison, dont l'esprit est altéré, a besoin
-d'être transférée dans une maison particulière destinée pour le
-traitement de ce genre de maladie. Le conseil général arrête qu'elle
-sera transférée à l'Hôtel-Dieu et soignée aux frais de la Commune.»
-(Conseil général de la Commune, séance du 6 juillet 1793.)]
-
-[Note 70: Récit de la captivité du Temple.]
-
-La conversion du mari, nous l'avons dit, avait suivi celle de la
-femme. Par une conduite toute nouvelle, Tison tâcha de racheter ses
-méfaits. Il se tint à l'affût de tout ce qui pourrait intéresser la
-Reine, et lui apportait presque chaque jour des nouvelles de son fils;
-toutefois le sentiment de respectueuse pitié qui était entré dans son
-âme lui enseignant une délicatesse que ses précédents n'auraient pas
-fait soupçonner, il avait soin de lui cacher les horribles traitements
-que l'enfant subissait, et dont Tison lui-même était indigné. Il parla
-de Simon devant les princesses, mais sans le nommer, sans le
-dépeindre, sans laisser entrevoir que ce mentor donné au Dauphin
-n'était autre que le municipal qui avait toujours affecté devant le
-Roi et devant elles le langage le plus injurieux. Mais il se plaisait
-à leur raconter que l'enfant allait chaque jour prendre ses ébats au
-jardin, et qu'habituellement il y jouait au ballon; que quelquefois on
-le conduisait sur la plate-forme de la tour, où il jouissait d'un air
-excellent, et qu'enfin il avait toutes les apparences de la santé.
-Rassurées sur ce point, les royales confidentes essayaient de se faire
-initier à des détails plus intimes de son éducation. Tison s'arrêta
-prudemment: craignant de détruire dans le coeur de ces pauvres femmes
-le peu de bien qu'y avaient fait les renseignements qu'il venait de
-leur donner, il se borna à répondre qu'il lui était impossible de
-savoir lui-même ce qui se passait dans l'intérieur de l'appartement.
-
-La nouvelle de la promenade sur la plate-forme fit naître un espoir
-auquel les prisonnières se livrèrent avec bonheur. Un petit escalier
-tournant pratiqué dans la garde-robe conduisait aux combles; au faîte
-de ce petit escalier, un jour de souffrance était ouvert dans
-l'épaisseur de la muraille; de là il était possible d'apercevoir, de
-tourelle à tourelle, l'enfant au moment où il arrivait sur la
-plate-forme. Rien ne ressemblait plus à une vision, à un éclair, que
-cette apparition fugitive, et il fallait des yeux maternels pour
-reconnaître ainsi l'enfant. Dans un billet écrit à Turgy, Madame
-Élisabeth fait mention de cette circonstance: «Dites à _Fidèle_, ma
-soeur a voulu que vous le sachiez, que nous voyons tous les jours le
-petit par la fenêtre de l'escalier de la garde-robe; mais que cela ne
-vous empêche pas de nous en donner des nouvelles.»
-
-Cette faible consolation leur laissa entrevoir la possibilité d'un
-bonheur plus réel. La plate-forme se trouvait partagée en deux parties
-par une clôture en bois, et formait ainsi deux promenades, dont l'une
-était assignée au prisonnier du second étage et l'autre aux
-prisonnières du troisième. Les planches de séparation étaient
-disposées de telle manière qu'on ne pouvait se voir qu'à travers les
-fentes, et de loin, mais de plus près cependant que par l'escalier de
-la garde-robe, et surtout un peu plus longtemps. Dès lors, mère, tante
-et soeur n'eurent qu'une pensée, se trouver sur la tour au moment de
-la promenade du petit, comme elles l'appelaient dans leur doux
-langage. Mais comment ménager cette coïncidence? «Nous montions sur la
-tour bien souvent, dit Madame Royale dans son récit, parce que mon
-frère y alloit de son côté, et que le seul plaisir de ma mère étoit de
-le voir passer de loin par une petite fente.» Malheureusement il
-arrivoit bien rarement que l'heure fixée par les commissaires pour la
-promenade des prisonnières se rencontrât avec l'heure arrêtée par
-Simon pour la promenade de l'enfant. La rencontre si vivement désirée
-et si longtemps attendue dépendait donc d'un hasard heureux ou de la
-pitié complaisante des municipaux. «C'est égal, comme le dit
-Marie-Thérèse, on montoit toujours; on ne savoit pas si le petit
-viendroit, mais il pouvoit venir. Que d'heures occupées à saisir son
-passage! Que de fois, l'oreille collée sur la cloison de planches, les
-pauvres recluses, attentives, muettes, ont senti leur coeur battre au
-moindre mouvement qui se faisoit dans l'escalier! Hélas! ce faible
-bruit, avidement recueilli par leur inquiète impatience, étoit presque
-toujours trompeur: un commissaire qui montoit ou descendoit à la salle
-du conseil, un préposé qui faisoit sa ronde, une sentinelle qu'on
-relevoit dans l'escalier, avaient, sans le savoir, agité trois âmes
-d'une ardente espérance et d'un immense regret. Puis, l'heure de la
-récréation étant passée, il fallait redescendre sous les verrous.»
-
-La tentative de la veille était reprise le lendemain: infructueuse
-encore, elle était reprise les jours suivants. L'espérance, fût-elle
-toujours trompée, ne meurt pas au coeur d'une mère.
-
-La persévérance de la Reine obtint enfin son couronnement; mais le
-couronnement d'épines, le seul qu'elle connût depuis plusieurs années.
-Le mardi 30 juillet, il lui fut donné d'entrevoir encore son enfant,
-mais cette ombre de bonheur si longtemps épiée, si pieusement demandée
-au Ciel, le Ciel ne la lui accordait que pour son supplice. Oui, elle
-vit son fils... Il ne portait plus le deuil de son père; il avait sur
-la tête le bonnet rouge; il avait près de lui ce municipal jacobin qui
-s'était signalé devant Louis XVI et devant elle-même par son insolence
-et ses outrages. Par une fatalité singulière, Simon, au moment de
-monter sur la plate-forme, avait appris l'entrée du duc d'York dans
-Valenciennes, et sa colère s'épanchait sur son élève, dont il
-harcelait la marche par des jurements et des blasphèmes. L'infortunée
-Reine, sans jeter un seul cri, tombe dans les bras de sa soeur, témoin
-comme elle de ce spectacle, et toutes deux entraînent Marie-Thérèse,
-qui accourait aussi à la cloison, et dont elles épargnent la jeune âme
-en se donnant par un regard le mutuel conseil de tout lui cacher. «Il
-ne passera pas, disent-elles, il est inutile d'attendre plus
-longtemps.» Et l'on se dirige de l'autre côté de la plate-forme. Au
-bout de quelques minutes, les larmes gagnent la pauvre mère; elle se
-détourne pour les cacher... et pour revenir épier son enfant. Madame
-Élisabeth est demeurée près de sa nièce, afin de laisser la mère
-maîtresse de ses regards. Peu de temps après, en effet, le jeune
-Prince repassa, mais cette fois la tête baissée, et marchant à côté de
-Simon qui ne jurait plus. Le silence du maître, l'attitude de
-soumission de l'enfant, firent presque autant de mal à la Reine que
-les brutalités de Simon. Immobile et muette, elle resta quelques
-instants à la même place; Tison vint l'y trouver. Alors, relevant la
-tête, qu'elle tenait penchée entre ses mains, elle s'écria: «Vous
-m'avez trompée!--Non, Madame, je ne vous ai point trompée; tout ce que
-je vous ai dit est vrai; seulement, par ménagement, je ne voulais pas
-tout vous dire. Maintenant je vous dirai tout, puisque je n'ai plus
-rien à vous cacher.» Madame Élisabeth s'approcha de la Reine avec
-Marie-Thérèse, et par un regard elle l'interrogea sur ce qu'elle
-venait de voir. Un mouvement de paupière, qui traduisait toute la
-douleur enfermée dans son âme, fut la seule réponse de la Reine.
-
-Ainsi fut nettement connu le déplorable état du Dauphin: Simon ne lui
-parlait qu'en jurant, ne lui commandait qu'en le menaçant, et voulait
-le contraindre à chanter des couplets obscènes ou des chansons
-régicides. L'enfant résistait, et les coups n'avaient encore rien
-obtenu de lui. Ces détails restèrent entièrement ignorés de Madame
-Royale, et sa tante fit tous ses efforts pour qu'ils n'arrivassent
-point dans toute leur horreur à la connaissance de la Reine. Elle dit
-à Tison: «De grâce, cachons désormais ces atrocités à ma soeur:
-dites-moi tout à moi, Tison, je saurai adoucir les scènes affligeantes
-et choisir le moment de les lui transmettre. Faites cette
-recommandation, s'il est possible, à tous ceux qui donnent des
-nouvelles de mon neveu. J'espère, Tison, que vous trouverez chez eux
-cette pitié que je réclame de vous pour cette pauvre mère.»
-
-Les longs martyres de la veuve et de la soeur de Louis XVI eurent ici
-leur phase la plus douloureuse. Leur enfant malade, elles ne pouvaient
-le soigner! Malheureux, elles ne pouvaient le consoler! En danger,
-elles ne pouvaient le secourir! Son âme innocente faiblissait
-peut-être, et elles ne pouvaient la soutenir! Est-il un supplice
-comparable à ce supplice?
-
-Le soir, Madame Royale dit à sa tante: «Mon Dieu! comme ma mère a été
-triste aujourd'hui!--Chère enfant, lui répondit Madame Élisabeth,
-votre mère est triste, il est vrai, mais non pas de chagrins nouveaux.
-Ceux que vous lui connaissez, et que toutes deux nous partageons,
-l'ont accablée un peu plus aujourd'hui peut-être que ces jours passés.
-Il est des moments où l'émotion des souvenirs domine l'âme la plus
-forte. Priez, chère enfant, demandez à Dieu que ces souvenirs soient
-moins poignants pour votre mère.»--La jeune fille fit sa prière, et
-s'endormit profondément.
-
-Sa mère et sa tante veillèrent longtemps. Allant et venant, elles
-parcouraient cet humble réduit où, pendant de si longs jours, elle
-l'avaient vu, malgré les privations, les verrous et les injures, si
-vif, si léger, si affectueux et parfois si riant; travaillant,
-chantant et priant; elles rappelaient les pensées, les paroles et les
-actions de coeur du cher petit, et comment, lorsqu'il les voyait
-tristes et souffrantes, il savait trouver, pour les distraire et les
-égayer, quelques étincelles de sa gentille humeur d'autrefois.
-
-Elles remontèrent à la plate-forme le lendemain et le surlendemain.
-Elles y restèrent longtemps: rien ne parut. Oh! pourquoi cette
-terrible révélation leur avait-elle été faite? Marie-Antoinette ne
-revit pas son fils ces jours-là; elle ne devait plus le revoir, et
-elle allait emporter du Temple une source nouvelle et intarissable de
-larmes, d'inquiétudes et de tourments.
-
-Le 1er août, la Convention nationale décréta:
-
-«Marie-Antoinette est envoyée au tribunal extraordinaire; elle sera
-transférée sur-le-champ à la Conciergerie.
-
-»Tous les individus de la famille Capet seront déportés hors du
-territoire de la République, à l'exception des deux enfants de Louis
-Capet et des individus de la famille qui sont sous le glaive de la
-loi.
-
-»Élisabeth Capet ne pourra être déportée qu'après le jugement de
-Marie-Antoinette.
-
-»Les membres de la famille Capet qui sont hors le glaive de la loi
-seront déportés après le jugement, s'ils sont absous.
-
-»La dépense des deux enfants de Louis Capet sera réduite à ce qui est
-nécessaire pour l'entretien et à la nourriture de deux individus.
-
-»Les tombeaux et mausolées des ci-devant rois, élevés dans l'église de
-Saint-Denis, dans les temples et autres lieux, dans toute l'étendue de
-la République, seront détruits le 10 août prochain.»
-
-Le 2 août, à deux heures du matin, on vint éveiller les trois
-prisonnières pour lire à la Reine le décret qui ordonnait sa
-translation à la Conciergerie. Marie-Thérèse nous a laissé le récit
-des derniers instants passés avec sa mère: «Elle entendit, dit-elle,
-la lecture de ce décret sans s'émouvoir et sans dire une seule
-parole.» Mais Madame Élisabeth et Madame Royale se hâtèrent de
-demander à suivre la Reine, ce qui leur fut refusé. Pendant tout le
-temps que la Reine fit le paquet de ses vêtements, les municipaux ne
-la quittèrent point: elle fut même obligée de s'habiller devant eux.
-On lui demanda ses poches, qu'elle donna; ils les fouillèrent et
-prirent tout ce qu'elles contenaient, quoiqu'il n'y eût rien
-d'important. Ils en firent un paquet pour l'envoyer au tribunal
-révolutionnaire, et dirent à la Reine que ce paquet serait ouvert
-devant elle au tribunal. Ils ne lui laissèrent qu'un mouchoir et un
-flacon. Elle partit après avoir embrassé sa fille, en l'engageant à
-conserver tout son courage, et en lui recommandant d'avoir bien soin
-de sa tante et de lui obéir comme à une seconde mère. Puis elle se
-jeta dans les bras de sa soeur et lui recommanda ses enfants. La jeune
-Princesse était tellement saisie et son affliction était si profonde
-de se voir séparée de sa mère, qu'elle n'eut pas la force de lui
-répondre. Enfin Madame Élisabeth ayant adressé quelques mots à
-l'oreille de la Reine, elle partit sans jeter davantage les yeux sur
-sa fille, dans la crainte de perdre sa fermeté. Elle fut obligée de
-s'arrêter au bas de la tour, parce que les municipaux voulurent faire
-un procès-verbal pour la décharge de sa personne. En sortant, elle se
-frappa la tête au guichet, faute de penser à se baisser; et comme on
-lui demanda si elle ne s'était pas fait de mal: «Oh! non, dit-elle,
-rien à présent ne peut plus me faire de mal.»--Elle monta en voiture
-avec un municipal et deux gendarmes.
-
-
-
-
-LIVRE DIXIÈME.
-
-DEPUIS LE DÉPART DE LA REINE JUSQU'À CELUI DE MADAME
-ÉLISABETH.--INTERROGATOIRE DE CETTE PRINCESSE.
-
-2 AOÛT 1793--9 MAI 1794.
-
- «Le second malheur est passé, et le troisième viendra bientôt.»
-
- _Apocalypse_, chap. XI, vers. 14.
-
- Correspondance secrète établie entre la Conciergerie et le
- Temple. -- M. Hue. -- Madame Richard. -- Eau de Ville-d'Avray
- adressée à la Conciergerie comme elle l'avait été au Temple. --
- Rosalie Lamorlière. -- Paquet de linges, hardes et vêtements
- arrivant du Temple à la Conciergerie. En ouvrant ce paquet et en
- remarquant le soin avec lequel il avait été composé,
- Marie-Antoinette s'attendrit et reconnaît les attentions de sa
- soeur Élisabeth. -- Aiguilles à tricoter demandées par la Reine,
- point accordées par les municipaux. -- Blasphèmes et jurements de
- Simon. -- Chansons révolutionnaires auxquelles se mêle la petite
- voix de Louis XVII. -- Madame Élisabeth conjure les commissaires
- de la Commune d'obtenir de Simon un peu plus de modération. -- Le
- municipal Barelle. -- La fille Tison. -- Hébert, accompagné de
- quatre membres du conseil de la Commune, se présente au Temple le
- 21 septembre. -- Arrêtés acerbes. -- Nouvelle perquisition le 24.
- -- Privations noblement supportées. -- La garde-robe de Louis XVI
- brûlée sur la place de Grève. -- Procès de la Reine. -- Le maire
- et le procureur de la commune au Temple. -- Odieuse déposition
- arrachée au jeune Prince. -- Le lendemain, ces deux officiers de
- la Commune retournent au Temple avec David, membre de la
- Convention. -- Nouvel interrogatoire, où sont appelés l'enfant
- royal, sa soeur et sa tante. -- Hue arrêté; plus de nouvelles de
- la Reine. -- Madame Élisabeth aperçoit Louis XVII. -- Chaumette
- se plaint au conseil de la Commune des dépenses excessives que
- nécessite le maintien de trois individus dans la tour du Temple.
- -- Invention d'un nouveau document pour essayer de compromettre
- Madame Élisabeth. -- Dernier écrit de la Reine. -- Tison mis au
- secret. -- Mort de Marie-Antoinette. -- Fournées de victimes. --
- Terreur. -- Madame Élisabeth indignement calomniée. -- L'huissier
- Monet au Temple. -- Adieux d'Élisabeth et de Marie-Thérèse. -- La
- Conciergerie. -- Premier interrogatoire de Madame Élisabeth.
-
-
-Peu de jours après le départ de la Reine, Madame Élisabeth et sa nièce
-parvinrent à se procurer de ses nouvelles par l'entremise de M. Hue,
-qui fut assez heureux pour établir quelque communication entre la
-Conciergerie et la tour du Temple. Cet excellent homme n'avait pas
-tardé à rencontrer un auxiliaire dans une femme préposée à la garde
-même de Marie-Antoinette, madame Richard, désignée sous le nom de
-_Sensible_ dans la correspondance de Madame Élisabeth. Cette femme
-obtint des administrateurs de la police que les bouteilles d'eau de
-Ville-d'Avray qui étaient chaque jour envoyées au Temple pendant la
-captivité de la Reine dans cette demeure lui fussent adressées aussi
-chaque jour à la Conciergerie. Bien que cette attention parût
-contraire à l'esprit d'égalité dont le peuple avait salué
-l'inauguration avec tant d'enthousiasme, cette faveur d'une eau
-privilégiée ne fut point refusée à la _veuve Capet_, dont l'estomac ne
-pouvait supporter une autre eau.
-
-Ce ne fut pas tout. Madame Élisabeth n'ignorait pas le dénûment absolu
-où sa soeur se trouvait à la Conciergerie. Il ne lui suffisait pas de
-consoler l'orphelin, elle essaya d'être utile à la veuve. Une
-déclaration de Rosalie Lamorlière, servante à la Conciergerie durant
-la captivité de Marie-Antoinette, nous a fait savoir ce qui suit: «Le
-2 août, pendant la nuit, quand la Reine arriva du Temple, je
-remarquai, dit-elle, qu'on n'avoit amené avec elle aucune espèce de
-hardes ni de vêtements. Le lendemain et tous les jours suivants, cette
-malheureuse princesse demandait du linge, et madame Richard, craignant
-de se compromettre, n'osoit ni lui en prêter ni lui en fournir. Enfin
-le municipal Michonis, qui dans le coeur étoit honnête homme, se
-transporta au Temple, et, le dixième jour, on apporta du donjon un
-paquet que la Reine ouvrit promptement. C'étoient de belles chemises
-de batiste, des mouchoirs de poche, des fichus, des bas de soie ou de
-filoselle noirs, un déshabillé blanc pour le matin, quelques bonnets
-de nuit et plusieurs bouts de rubans de largeur inégale. Madame
-s'attendrit en parcourant ce linge, et se retournant vers madame
-Richard et moi, elle dit: «A la manière soignée de tout ceci, je
-reconnois les attentions et la main de ma pauvre soeur Élisabeth.»
-
-Au nombre des objets réclamés par la Reine figuraient ses aiguilles à
-tricoter et des bas qu'elle avait commencés pour son fils[71]. Ces
-choses furent remises avec empressement par Madame Élisabeth; mais les
-officiers municipaux prétendirent qu'il était à craindre que la veuve
-Capet ne se servît des aiguilles pour attenter à sa vie, et que par
-conséquent ils devaient s'abstenir de les joindre à l'envoi. La Reine
-fut ainsi trompée dans son espérance de travail; mais elle avait des
-nouvelles de sa fille et de sa soeur, et sa fille et sa soeur avaient
-de ses nouvelles[72]: ce fut un jour de consolation pour les deux
-captivités.
-
-[Note 71: Municipalité de Paris.--Conseil du Temple.
-
- «Du dimanche quatre août 1793, l'an II de la
- République une et indivisible.
-
-»CITOYENS COLLÈGUES,
-
-»Le conseil, faisant droit à votre demande de ce jour, vous envoie la
-redingote et la jupe demandées, un jupon de dessous également en
-basin, plus deux paires de bas de filoselle, une paire de chaussettes,
-et le bas à tricoter renfermé dans une corbeille; le tout inclus dans
-une serviette marquée M, coton rouge.
-
-»Il vous plaira donner un reçu desdits effets à l'ordonnance qui vous
-les remettra.
-
-»Vos collègues, les commissaires composant le conseil du Temple.
-
- »JONQUOY, FORESTIER, SÉGUY, DAUBANCOURT, FARO.»
-
-Département de police.--Commune de Paris.
-
- «Le 5 août 1793, l'an II de la République
- française une et indivisible.
-
-»Nous, administrateurs au département de la police, après en avoir
-conféré avec le citoyen Fouquier-Tinville, accusateur public du
-tribunal révolutionnaire, invitons nos collègues les membres du
-conseil général de la Commune formant le conseil du Temple, à faire
-porter chaque jour deux bouteilles d'eau de Ville-d'Avray à la veuve
-Capet, détenue à la maison de justice de la Conciergerie, et sur la
-provision qui vient tous les jours de cette eau au Temple.
-
- »BAUDRAIS, MARINO.»
-
- (Archives de l'Empire, carton E, nº 6206.)]
-
-[Note 72: Privée de ses aiguilles, la Reine tira les fils d'une
-vieille tenture, et à l'aide de deux bouts de plume, elle tricota une
-espèce de jarretière, que le sieur Bault, concierge de sa prison,
-recueillit avec soin, et qu'il confia à M. Hue pour en faire hommage à
-Madame Royale, qui le reçut avec un respect religieux. (_Dernières
-années du règne de Louis XVI._)]
-
-Tison, resté avec sa fille à la tour, communiquait à Madame Élisabeth
-les renseignements qu'il pouvait se procurer sur l'état de son neveu.
-Les détails que lui transmettait Tison sur la cruauté de Simon lui
-semblaient toujours exagérés; cette belle âme avait de la peine à
-croire que la férocité humaine pût aller si loin. Mais un jour elle
-fut condamnée à perdre ce reste d'illusion: Simon élevait si haut la
-voix que ses jurements et ses blasphèmes montaient jusqu'à elle, et ce
-qu'il y avait de plus douloureux, c'est que ces jurements et ces
-blasphèmes étaient parfois suivis des cris plaintifs d'un enfant.
-Madame Élisabeth, qui avait tout caché à sa nièce, ne peut plus
-révoquer en doute devant elle la conduite de Simon. La pauvre soeur a
-entendu les lamentations du frère, et, chose plus triste encore, elle
-a distingué le son de sa voix mêlée à celle du ménage Simon dans les
-chansons révolutionnaires. «Nous l'entendions tous les jours, dit-elle
-dans le récit de la captivité du Temple, chanter avec Simon _la
-Carmagnole_ et autres horreurs pareilles... La Reine heureusement ne
-les a pas entendues, elle étoit partie; c'est un supplice dont le Ciel
-l'a préservée.» Le coeur de la jeune fille, partagé entre la pensée de
-sa mère et celle de son frère, éprouvait d'inexprimables angoisses,
-que sa tante essayait en vain de soulager: il y avait des heures où la
-sainte mélancolie de la captivité s'emparait de l'une comme de l'autre
-et attristait leur front. Plus d'une fois les deux prisonnières se
-regardaient comme pour chercher des larmes dans leurs yeux. Les yeux
-de Madame Élisabeth, habitués à regarder le ciel, n'avaient pas de
-larmes. Cette femme forte soutenait sa jeune compagne non-seulement
-par sa parole, mais par son attitude même. La spiritualité d'Élisabeth
-était solide et pratique: la prière et la victoire sur soi-même
-faisaient la base de sa doctrine. On ne dira jamais assez avec quel
-dévouement, avec quelle sollicitude Madame Élisabeth lui prodiguait
-les trésors de sa raison et de son coeur. Réclamant pour elle tous les
-sacrifices, elle usait de précautions infinies, d'un art angélique
-pour écarter des lèvres de ceux qui lui étaient chers le calice dont
-elle se réservait toutes les amertumes. Sa raison persuasive savait
-adoucir les maux pour les rendre plus supportables, et sa piété,
-éclairée par la foi, savait féconder les douleurs et les rendre
-méritoires en les offrant au Ciel. C'est à cette école sacrée, sévère
-apprentissage d'une vie sévère, que la fille de Louis XVI puisa ces
-leçons de foi et d'héroïsme qui ont élevé son âme au-dessus des plus
-hautes infortunes.
-
-Au tourment de savoir le Dauphin dans une telle situation se joignit
-bientôt la douleur de ne pouvoir se procurer aucune nouvelle de la
-Reine[73]. Toute relation avait cessé avec la Conciergerie. La plus
-rigoureuse surveillance aussi bien que la terreur avaient enlevé à
-Madame Élisabeth ces rares intermédiaires par lesquels elle était plus
-d'une fois parvenue à adoucir la position de la Reine en lui faisant
-passer des nouvelles rassurantes sur ses enfants. Elle-même, dès la
-nuit où Marie-Antoinette avait été enlevée du Temple, avait cru, dans
-la crainte de la compromettre, devoir anéantir des crayons et quelques
-petites feuilles de papier qu'elle tenait cachés dans un coin sous le
-papier qui tapissait sa chambre. Tout instrument matériel de
-correspondance lui faisait donc défaut. Mais que ne peut le génie de
-la captivité? La malheureuse Reine parvint à faire réclamer des effets
-qu'elle avait laissés à la tour[74] et dont elle avait, disait-elle,
-le plus pressant besoin. Par ce moyen, la prison du Temple et le
-cachot de la Conciergerie échangèrent encore une fois quelques
-paroles. Celles que Madame Élisabeth envoyait à sa belle-soeur
-donnaient sur le pauvre petit Prince des renseignements qui n'étaient
-pas exacts: il est des situations où la conscience la plus droite se
-fait un devoir de taire la vérité.
-
-[Note 73: On la traitait déjà en condamnée avant même qu'elle fût
-jugée; voici le procès-verbal de la visite que lui firent les
-administrateurs de police pour s'emparer, au nom de la nation, de ces
-objets dont on ne se sépare ordinairement qu'avec la vie.
-
-Département de police.--Commune de Paris.
-
-«Du 10 septembre 1793, l'an IIe de la République française une et
-indivisible.
-
-»Nous, administrateurs au département de police, en vertu de
-l'injonction du comité de sûreté générale de la Convention nationale,
-datée d'hier, nous sommes transportés à la maison de justice de la
-Conciergerie, où étant parvenus à la chambre occupée par la veuve
-Capet, l'avons sommée, au nom de la loi, de nous remettre ses bagues
-et joyaux, ce qu'elle a fait à l'instant, consistant en un anneau d'or
-qui s'ouvre, dans lequel elle a déclaré qu'il y avait des cheveux, et
-sur lequel il y a différents chiffres; une autre à pierre et à
-talisman; une autre à pivot, émaillée, ayant une étoile d'un côté et
-un T et un L de l'autre, laquelle elle a déclaré renfermer aussi des
-cheveux; une autre en forme de petit collier et destinée pour le petit
-doigt; une montre d'or à répétition et à quantième, inventée par
-Bréguet, à Paris, nº 46, quai de l'Horloge, marquée R. A., ensuite A.
-M., avec une autre aiguille dont nous n'avons connu l'usage, laquelle
-est garnie d'une chaîne en acier et à une branche, avec un cachet en
-or s'ouvrant, dont une partie représente un A et un M; un autre cachet
-en acier portant pour empreinte deux flambeaux et pour légende l'amour
-et la fidélité, et différents chiffres sur les côtés simulant un
-almanach; un médaillon en or appendu à une petite chaîne, aussi d'or,
-servant de collier, ledit médaillon renfermant des cheveux entrelacés;
-un bouton à jour qui nous a paru être d'argent.
-
-»Lecture à elle faite du présent, a dit icelui contenir vérité,
-qu'elle y persiste et a signé avec nous et les deux citoyens gendarmes
-de service auprès d'elle, et la citoyenne Harel, aussi de service; le
-citoyen Leblanc, chef du bureau central; la Bussière, secrétaire du
-département de police, et la citoyenne Richard, épouse du citoyen
-Richard, concierge de ladite maison de la Conciergerie; et après
-ladite lecture, nous nous sommes aperçus qu'il était dit dans le
-présent que la montre était à quantième, qu'au contraire elle est à
-secondes.
-
- »_Signé_ à la minute:
- »MARIE-ANTOINETTE; DES FRENNES, GILBERT, HEUSSÉE,
- administrateurs; LEBLANC, LA BUSSIÈRE, RICHARD
- et HAREL.»
-
-«Et à l'instant, nous, administrateurs et dénommés d'autre part, nous
-sommes transportés au domicile du citoyen Richard, concierge, où étant
-parvenus, nous avons intimé l'ordre aux citoyens des Frennes et
-Gilbert, gendarmes, et à la citoyenne Harel de se retirer à l'instant,
-avec tous les effets qui pourraient leur appartenir, de la chambre
-occupée par la veuve Capet, où ils ont été de garde jusqu'à présent, à
-quoi ils ont obéi à l'instant; et leur avons aussi enjoint de rester
-dans ladite maison de justice jusqu'après notre rapport fait à nos
-collègues; nous avons aussi enjoint au citoyen Richard, concierge, de
-prendre toutes les mesures et précautions envers ladite veuve Capet,
-qu'il est d'usage et d'obligation de prendre envers ceux qui sont
-détenus au secret; avons pareillement enjoint au commandant du poste
-de la gendarmerie, appelé à cet effet, de faire poser à l'instant un
-factionnaire à la porte de ladite chambre de la veuve Capet, et en
-dehors, lequel aura pour consigne de ne laisser parler, ni
-communiquer, ni approcher personne de ladite porte, que le citoyen
-concierge et son épouse, et un autre factionnaire dans la cour, près
-les fenêtres de ladite chambre occupée par la veuve Capet, lequel aura
-pour consigne de ne laisser approcher personne à la distance de dix
-pas, et ne laisser parler ni communiquer qui que ce soit, sous tel
-prétexte que ce puisse être, laquelle consigne a été donnée à
-l'instant, et les factionnaires posés suivant le rapport dudit citoyen
-commandant du poste et du brigadier de service à la grande réserve,
-laquelle consigne ledit citoyen commandant s'oblige de faire exécuter
-de relevée en relevée, et transmettre à celui par qui il sera
-remplacé.
-
-»Lecture à eux faite du présent, ont dit icelui contenir vérité,
-qu'ils satisferaient au contenu, et ont signé avec nous.
-
- »_Signé_ à la minute:
- »DE BUSNE, LECOMTE, LEBLANC, HAREL, GILBERT,
- DES FRENNES, RICHARD, LA BUSSIÈRE et HEUSSÉE,
- administrateurs.
-
- »Pour copie conforme à l'original:
- »N. FROIDURE.»]
-
-[Note 74: «Citoyens collègues, Marie-Antoinette me charge de lui faire
-passer quatre chemises et une paire de souliers non numérotés, dont
-elle a un pressant besoin.
-
-»J'espère que vous voudrez bien les faire remettre au porteur de la
-présente.
-
-»Je suis avec fraternité,
-
- »MICHONIS.
-
- »De la Conciergerie, ce 19 août.»
- (Archives de l'Empire, carton E, nº 6206.)
-
- * * * * *
-
-Commune de Paris.
-
- «Le 26 septembre 1793, l'an II de la République une et indivisible.»
-
-«Citoyens, nos collègues, sur la demande qui nous a été faite par la
-veuve Capet de différents objets relatifs à des besoins de vêtements,
-l'administration de police vous invite à faire des recherches dans
-tout ce qui reste d'habillements au Temple à l'usage de la veuve
-Capet, afin de savoir si les articles qui lui sont nécessaires et
-qu'elle demande sont dans la garde-robe qui est au Temple, et, dans le
-cas où ils y seraient, de nous les envoyer de suite, attendu qu'il en
-résultera une économie.
-
-»Nous vous envoyons ci-joint la note des objets.
-
- »Les administrateurs de police,
- »MENNESSIER, CAILLEUX.»
-
- (Archives de l'Empire, carton E, nº 6206.)]
-
-Si nous ne l'avons point dit encore, nos lecteurs ont compris sans
-doute que Madame Élisabeth n'avait rien négligé pour obtenir de Simon
-un peu plus de réserve dans ses paroles et de modération dans ses
-gestes. Bien que, dans la prison du Temple, elle fût moins
-communicative que la Reine, et que, en général, elle montrât plus de
-fierté que sa belle-soeur, parlant beaucoup moins aux mandataires de
-la Commune, pas un municipal de maintien convenable ou de physionomie
-avenante n'était depuis quelque temps venu au Temple sans qu'elle lui
-eût adressé ses plaintes, en le conjurant d'intervenir auprès du
-farouche précepteur. Mais les uns ne voulurent pas examiner ce que ces
-plaintes avaient de fondé, ne se sentant ni le droit ni le pouvoir
-d'improuver la conduite de Simon; les autres, trouvant ces plaintes
-injustes ou tout au moins exagérées, les repoussèrent avec dédain;
-d'autres enfin, plus fanatiques, répondirent à ces plaintes par
-l'éloge de celui-là même contre lequel elles étaient portées. Un seul
-fut accessible aux prières de Madame Élisabeth: ce fut Barelle, maçon
-de son métier, homme simple et sans éducation, mais d'un coeur
-bienveillant; il était père, il porta courageusement quelques
-observations au démagogue acariâtre dont il avait lui-même entendu les
-jurements pendant qu'il était de service chez les Princesses. Ces
-observations, bien que revêtues de formes polies et caressantes,
-furent mal reçues. Simon rejeta sur le caractère roide et indocile de
-son élève les rigueurs dont il était parfois obligé d'user. «Je sais
-ce que je fais et ce que j'ai à faire, ajouta-t-il; à ma place vous
-_iriez_ peut-être plus vite.» L'intervention de Barelle n'eut d'autre
-effet que de rendre plus dure la captivité du jeune Louis.
-
-Le 26 août, la fille de Tison, qui allait quitter le Temple, demanda
-à voir le petit Capet. Faut-il voir dans sa démarche un désir
-personnel de dire adieu au charmant enfant, que, malgré la première
-influence de ses parents, elle n'avait jamais pu voir sans émotion, ou
-faut-il y trouver une suggestion de Madame Élisabeth, dans l'espoir
-d'obtenir quelques renseignements sur son neveu? Quoi qu'il en soit,
-cette démarche n'eut d'autre résultat que de faire passer à l'examen
-le plus minutieux la personne de la jeune fille, ainsi que le paquet
-qu'elle portait à sa mère à l'Hôtel-Dieu[75].
-
-[Note 75: Municipalité de Paris.
-
-»Nous recommandons aux citoyens commandants de la force armée de
-laisser sortir la fille du citoyen Tison avec un paquet dans une
-serviette, contenant des vieux souliers et un vieux paquet de gaze,
-lesquels nous avons vérifiés au Temple, ce 26 août 1793.
-
- »N. GUÉRIN, ARNAUD, LUBIN, PAQUOTE, commissaires.»]
-
-Le 21 septembre, Hébert, substitut du procureur de la Commune,
-accompagné de Jonquoy, Lelièvre, Camus et Grenard, officiers
-municipaux, se présente à la tour. Marie-Thérèse, assise près de sa
-tante, tenait en main un almanach républicain qu'elle s'empressa de
-refermer. «Si vos saints ne s'y trouvent pas, lui dit Hébert, vous y
-trouverez nos fêtes nationales. Nous aurons demain une cérémonie
-civique en l'honneur de l'anniversaire de la République. Le peuple
-sera notre Dieu: il ne doit point y en avoir d'autre; mais ce n'est
-pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui.»
-
-Il leur déclare alors qu'il est porteur d'un arrêté de la Commune qui
-ordonne de resserrer plus étroitement encore les deux prisonnières, et
-de leur retirer la personne qui les sert. «Dans toutes les maisons de
-détention, leur dit-il, les détenus n'ont personne pour les servir;
-l'exception faite pour vous offense la justice et la moralité
-publiques, l'égalité devant régner dans les prisons comme partout
-ailleurs. A l'avenir, Hanriot et le porteur d'eau auront seuls le
-droit d'entrer ici[76].»
-
-[Note 76: Voici le compte rendu de ce qui s'était passé dans la
-journée au conseil général de la Commune.
-
-«Le substitut du procureur de la Commune demande, comme mesure de
-sûreté et conforme à l'égalité, que demain toute la cuisine du Temple
-soit supprimée et tous les domestiques et valets renvoyés, et que les
-prisonniers qui y sont renfermés ne soient pas traités différemment
-que tous les détenus dans les autres maisons d'arrêt, et que, dès ce
-soir, il sera nommé une commission pour aller faire exécuter cet
-arrêté au Temple. Son réquisitoire est adopté à l'unanimité.
-
-»Les membres nommés pour cette commission sont: Grenard, Lelièvre,
-Camus et Jonquoy.
-
-»Les mêmes mesures sont prises relativement à la veuve Capet; le
-conseil arrête que la nourriture de ladite Capet sera réduite au
-simple nécessaire; que, par respect pour l'égalité, elle sera traitée
-comme tous les autres prisonniers indistinctement, et qu'elle n'aura
-d'autres domestiques que ceux qui servent les prisons, et que cet
-arrêté sera aussi signifié au concierge de la Conciergerie.» (Archives
-de l'hôtel de ville.)]
-
-Le substitut du procureur est obéi. Tison, disgracié, est refoulé dans
-la tourelle qui lui servira de prison. A l'avenir, les deux recluses
-feront leur lit et balayeront leur chambre; leur porte ne s'ouvrira
-plus que pour laisser arriver leurs aliments; elles ne doivent plus
-voir un visage humain ni entendre une voix humaine. Le sombre visiteur
-qu'elles viennent de recevoir provoque des mesures qui rendront plus
-dur encore le régime de leur prison. Les deux arrêtés suivants sont
-pris le lendemain par la Commission du Temple:
-
- _Du 22 septembre 1793, l'an II de la République une et indivisible._
-
-_Le conseil, considérant que la plus grande économie doit régner et
-être observée, arrête ce qui suit_:
-
- 1º _Qu'à compter de ce jour, l'usage de la pâtisserie et de la
- volaille, pour toute table, sera supprimé_;
-
- 2º _Que les détenues n'auront à leur déjeuner qu'une sorte
- d'aliment_;
-
- 3º _Qu'à leur dîner, il ne leur sera donné qu'un potage, un
- bouilli et un plat quelconque. Il leur sera délivré en outre une
- demi-bouteille de vin ordinaire, par jour, pour chacune d'elles;_
-
- 4º _Au souper, elles auront deux plats._
-
-Le second arrêté porte:
-
- 1º _Qu'à compter de ce jour, il ne sera plus fourni de bougie
- dans l'intérieur de la tour; que les prisonniers ne seront plus
- éclairés qu'avec de la chandelle; qu'il ne sera brûlé de bougie
- qu'au bureau du conseil;_
-
- 2º _Que l'argenterie, la porcelaine sera interdite, et que l'on
- ne servira plus que des couverts d'étain et de la faïence
- commune._
-
- Les commissaires de service au Temple,
-
- VIALLARD, ROBIN, TONNELIER, VÉRON.
-
- * * * * *
-
-Une perquisition plus rigoureuse que les précédentes était faite, le
-24 septembre, chez Madame Élisabeth[77]. L'inauguration du nouveau
-régime prescrit par les arrêtés que nous venons de transcrire avait
-été faite avec un zèle irréprochable. Non-seulement toute délicatesse
-était supprimée dans la nourriture, mais des draps d'écurie en toile
-jaune étaient substitués aux draps blancs, la faïence à la porcelaine,
-l'étain à l'argenterie, la chandelle à la bougie. Madame Élisabeth
-supportait les privations aussi bien que les outrages avec un calme
-impassible et religieux qui étonnait ses gardiens. Elle ne redoutait
-la persécution que pour sa nièce, objet de ses soins et de sa
-tendresse. Elle acceptait avec une sorte de joie le changement apporté
-à ses aliments. Les jours d'abstinence, elle conserva tant qu'elle le
-put l'habitude du maigre, ne mangeant que du pain lorsque la
-nourriture qu'on lui présentait n'était pas conforme aux prescriptions
-de l'Église. On cessa de lui fournir de l'eau de Ville-d'Avray, à
-laquelle elle était accoutumée depuis son jeune âge. Ce fut pour elle
-une privation réelle; mais sa piété reçut comme une mortification le
-refus qu'on lui en fit.
-
-[Note 77: «Un des commissaires nommés par le conseil général pour
-faire perquisition chez les prisonniers du Temple et en retirer tous
-les objets de luxe, rend compte de sa mission.
-
-»Il dit que les commissaires ont retiré et fait mettre sous les
-scellés les porcelaines qu'ils ont trouvées.
-
-»Il a ajouté qu'ils ont trouvé dans une commode appartenant à
-Élisabeth deux rouleaux chacun de quarante pièces d'or de la valeur de
-vingt-quatre livres, que ladite Élisabeth a déclaré lui avoir été
-donnés en dépôt par la veuve Lamballe à l'époque du 10 août 1792, et
-que ces mêmes pièces avaient été confiées à la veuve Lamballe par une
-autre personne.
-
-»Le conseil arrête le dépôt au trésor national des pièces d'or
-ci-dessus mentionnées, ainsi que des mille écus trouvés lors de la
-mort de Capet, ainsi que des différentes décorations qu'il portait de
-son vivant; et a nommé pour commissaires à cet effet les commissaires
-déjà nommés.
-
-»Sur le réquisitoire du procureur de la Commune, le conseil général
-arrête que le lit, les habits et tout ce qui servait au logement et au
-vêtement de Capet sera, dimanche prochain, brûlé en place de Grève;
-les commissaires nommés à cet effet sont Grenard, Lelièvre, etc.
-
- »LUBIN, vice-président.
- »DORAT-CUBIÈRES.»
-
-(Séance du mardi 24 septembre 1793.)»]
-
-Au premier repas qui suivit l'arrêté dont nous avons le texte plus
-haut, Madame Élisabeth dit à sa jeune compagne: «C'est le pain du
-pauvre: nous sommes pauvres aussi. Combien d'infortunés en ont moins
-encore!»
-
-Madame Élisabeth ignorait que cette recrudescence de colère ne
-s'arrêtait pas aux vivants: elle s'attaquait à celui qui n'était plus.
-La Commune faisait brûler sur un bûcher, en place de Grève, la
-garde-robe de Louis XVI, placée jusque-là sous les scellés[78].
-
-[Note 78:
-
-_Conseil général de la Commune de Paris._
-
- (Séance du lundi 30 septembre 1793.)
-
-«Le secrétaire greffier rend compte du brûlement de la garde-robe de
-Capet, qui a eu lieu hier dimanche, 29 du présent.
-
-»Le dimanche 29 septembre 1793, l'an II de la République française, le
-citoyen Camus, commissaire nommé à cet effet par le conseil général,
-ayant fait transporter au dépôt du secrétariat de la maison commune la
-garde-robe de feu Capet, j'ai trouvé qu'elle était enveloppée dans une
-toile cousue et cachetée en six endroits; après avoir reconnu les
-cachets sains et entiers, j'ai fait l'ouverture du paquet, et j'ai
-trouvé les effets suivants, savoir:
-
-»Un chapeau, une boîte d'écaille cassée, un petit paquet de lisières
-et de rubans blancs, six habits, tant de drap que de soie et de petit
-velours; une redingote de drap, huit vestes, tant de drap, petit
-velours, soie que de lin; dix culottes idem, deux robes de chambre
-blanches, une camisole de satin ouatée, cinq pantalons, dix-neuf
-vestes blanches.
-
-»Lesquels effets j'ai fait transporter sur la place de Grève par les
-garçons de bureau, après les avoir préalablement fait vérifier par les
-citoyens Pierre-Jacques Legrand et Étienne-Antoine Souard,
-commissaires, qui se sont transportés avec moi en ladite place, où
-j'ai trouvé un bûcher préparé, sur lequel tous les effets ont été
-rangés, et les commissaires y ayant mis le feu, ils ont été réduits en
-cendres, au désir de l'arrêté du conseil général.
-
- »_Signé_ à la minute:
- »LEGRAND, SOUARD, membres de la Commune;
- »COULOMBEAU, secrétaire greffier.»]
-
-Madame Élisabeth avait eu, dès ses premiers ans, de petites
-incommodités qui n'affectaient point le fond de son tempérament. Les
-chagrins les ayant rendues moins supportables, elle se fit mettre un
-cautère au bras. Longtemps on lui refusa de l'onguent pour le panser.
-Moins inhumain que les autres, un municipal lui en fit donner un jour;
-mais elle ne put jamais obtenir pour sa nièce le jus d'herbes dont
-cette Princesse faisait usage[79].
-
-[Note 79: _Vie de Madame Élisabeth de France_. Paris, Vauquelin, 1814,
-in-24 de 105 pages.]
-
-La Convention était pressée de voir s'instruire le procès de
-Marie-Antoinette; elle sentait derrière elle les impatiences de la
-Commune, bien autrement implacables que les siennes. Le 3 octobre, sur
-la proposition d'un de ses membres, «elle décréta que le tribunal
-révolutionnaire s'occuperoit sans délai et sans interruption du
-jugement de la veuve Capet.» Fouquier, dont la conscience n'était
-cependant pas, comme on sait, très-scrupuleuse, répondit au président
-de la Convention qu'il lui était impossible de s'occuper de ce
-procès, n'en ayant point les pièces élémentaires[80]. Hébert, de
-concert avec Simon et le citoyen Daujon, officier municipal, avait
-conçu le projet de fournir à ce procès une pièce devant laquelle
-devaient pâlir toutes celles du dossier accusateur. Dans la matinée du
-13 vendémiaire an II (4 octobre 1793), Chaumette est prévenu par Simon
-que le petit Capet se trouve disposé à répondre à toutes les questions
-qu'on aurait à lui faire dans l'intérêt de la justice. Le maire et le
-procureur de la Commune annoncent qu'ils se rendront au Temple le
-surlendemain, et le conseil général désigne deux de ses membres pour
-les accompagner[81].
-
-[Note 80:
-
- «_Paris, ce 5 octobre 1793, l'an IIe de la République une
- et indivisible._
-
-»CITOYEN PRÉSIDENT,
-
-»_J'ai l'honneur d'informer la Convention que le décret par elle rendu
-le 3 de ce mois, portant que le tribunal révolutionnaire s'occupera
-sans délai et sans interruption du jugement de la veuve Capet, m'a été
-transmis hier soir. Mais jusqu'à ce jour, il ne m'a été transmis
-aucunes pièces relatives à MARIE-ANTOINETTE; de sorte que, quelque
-désir que le tribunal ait d'exécuter les décrets de la Convention, il
-se trouve dans l'impossibilité d'exécuter ce décret tant qu'il n'aura
-pas ces pièces._]
-
-[Note 81: Le conseil général nomme Laurent et Friry, qui s'adjoindront
-au citoyen maire, au procureur de la Commune et aux commissaires déjà
-nommés pour aller au Temple. (Séance du 4 octobre 1793.)]
-
-En effet, le 15 vendémiaire (6 octobre), Pache et Chaumette et les
-deux municipaux arrivent à la tour. Leur entrée dans la chambre de
-Simon impose à l'enfant, dont l'ivresse, préparée avant l'heure,
-commençait à se dissiper. Heussée, administrateur de police, donne
-lecture d'un interrogatoire écrit d'avance, et, si l'on en croit une
-tradition contemporaine, rédigé par Daujon. Dans ce _factum_, produit
-d'une imagination perverse, le petit Prince répond comme on voulait
-qu'il répondît, et à cette heure on vient lui demander de signer comme
-on voulait qu'il signât. Encouragé, poursuivi, harcelé, fatigué par
-ses visiteurs, il signe. Cette signature toute tremblée avec laquelle
-on espérait accuser la Reine n'accuse que ceux qui ont conduit, nous
-voulons dire qui ont égaré la main de l'enfant. L'acte, signé aussi de
-Pache, Chaumette et Hébert; de Friry et Laurent, commissaires du
-conseil général; de Séguy, commissaire de service au Temple; de
-Heussée, administrateur de police, et de Simon, est emporté comme un
-trésor au comité de sûreté générale.
-
-Cependant les ennemis de la Reine se demandent si le poison de la
-calomnie placé sur les lèvres du fils suffit pour tuer l'honneur de la
-mère, et s'il ne convient pas d'appuyer de témoignages sérieux la
-déposition d'un enfant auquel il est facile de faire dire ce qu'on
-veut. Dès le lendemain 16 vendémiaire (7 octobre), Pache et Chaumette
-retournent au Temple; David, ami de Chaumette et membre du comité de
-sûreté générale, demande à les accompagner; il en est de même de
-Daujon, qui, selon la tradition dont j'ai parlé, venait de recevoir au
-sein du comité quelques félicitations au sujet de la pièce dont il
-était le rédacteur. Peut-être espèrent-ils, à l'aide de leurs
-questions captieuses, surprendre à la fille et à la soeur de Louis XVI
-quelques mots qui, interprétés avec adresse, pourront appuyer
-l'échafaudage des calomnies entassées contre la Reine. Pache,
-Chaumette et David, introduits dans la tour, s'installent dans la
-salle du conseil et donnent l'ordre d'y faire descendre la fille de
-Capet. Frappées de stupeur et d'effroi, les deux prisonnières
-demandent instamment qu'on ne les sépare point. La jeune orpheline,
-forcée d'obéir, descend. Pour la première fois depuis qu'elle est
-enfermée dans le Temple, Madame Élisabeth se trouve seule. Le tendre
-et dernier objet de ses affections lui est-il enlevé sans retour?
-Jusqu'à présent ceux qui sont descendus ne sont pas remontés. Le père
-a rencontré en bas le bourreau, et, ce qui est plus effrayant encore,
-le fils y a trouvé Simon. L'esprit de Madame Élisabeth est livré aux
-conjectures les plus cruelles; mais elle est loin de deviner ce qui
-ne s'est vu dans les annales d'aucune nation; et, certes, elle
-taxerait de mensonge l'écho de la tour, s'il lui apportait en ce
-moment ce qui se dit dans la salle du Conseil. Elle-même pourra-t-elle
-le croire quand elle sera condamnée à l'entendre?
-
-Marie-Thérèse, arrivée au bas de l'escalier, avait rencontré son
-frère, et elle le pressait dans ses bras. Simon le lui arracha.
-L'enfant sortait de la salle où David avait demandé à revoir le fils
-du tyran et à l'entendre déclarer qu'il reconnaissait comme exact et
-vrai ce qu'il avait dit et signé la veille. L'enfant déconcerté avait
-fait un signe affirmatif, et, sur l'injonction de son maître, avait
-répondu: «Oui.»
-
-Sa soeur est introduite. Le maire de Paris, le premier, l'interroge
-sur les intelligences de ses parents avec les princes étrangers,
-intelligences qu'elle doit avoir connues. Les réponses de
-Marie-Thérèse sont si nettes et si fermes que les commissaires ne
-jugent pas à propos de pousser plus loin cette banale imputation.
-Chaumette aborde alors les questions qui étaient l'objet sérieux de
-l'interrogatoire. La jeune fille écoute d'abord sans rien comprendre,
-puis tout à coup la rougeur lui monte au visage, et les paroles de
-Chaumette, devenues plus explicites et plus claires, soulèvent de
-mépris et d'horreur tout ce qu'il y avait de sang chrétien et de sang
-filial dans cette angélique enfant. «Chaumette, dit-elle dans sa
-relation, m'interrogea sur mille vilaines choses dont on accusoit ma
-mère et ma tante. Je fus atterrée par une telle horreur, et si
-indignée que, malgré toute la peur que j'éprouvois, je ne pus
-m'empêcher de dire que c'étoit une infamie; malgré mes larmes, ils
-insistèrent beaucoup. Il y a des choses que je n'ai pas comprises,
-mais ce que je comprenois étoit si horrible que je pleurois
-d'indignation.»
-
-Les cyniques accusateurs ne s'arrêtèrent pas devant le cri de la
-nature insultée. Ils rappelèrent le jeune Louis rampant sous la
-domination de son maître; ils établirent entre ces deux témoins la
-confrontation la plus pénible, la contradiction la plus cruelle, et
-firent ainsi, pendant trois heures, en présence d'un frère de huit
-ans, subir à l'innocence d'une jeune fille aussi pure que le lis qui
-sert d'emblème à sa royale maison, l'ignominieux supplice d'un
-interrogatoire que la vertu ne saurait comprendre, et dont
-l'indignation ne suffit pas pour faire justice. Le procès-verbal de
-cet interrogatoire porte encore la signature de Louis-Charles Capet,
-tracée d'une main vacillante; elle est précédée de celle de
-Marie-Thérèse et suivie de celle de leurs interrogateurs.
-
-Madame Royale demanda alors à être réunie à sa mère. «Cela est
-impossible, lui répondit Chaumette; retirez-vous, et ne dites rien à
-votre tante, que nous allons faire descendre.»
-
-Marie-Thérèse se jetait à peine dans les bras de Madame Élisabeth que
-celle-ci lui est enlevée, sans savoir ce qui s'est passé, sans savoir
-ce qu'elle doit espérer ou craindre. Descendue à la salle du Conseil,
-Pache et Chaumette l'interrogent. Comme elle répondait à leurs
-questions avec une sorte de dignité fière, Chaumette s'en offensa au
-point de lui dire: «Baissez un peu le ton; vous êtes devant vos
-magistrats: laissez là vos arrogances de cour.» Madame Élisabeth ne
-répond rien; mais connaissant quelque peu David pour l'avoir vu dans
-plus d'une occasion à Versailles, où son titre de premier peintre du
-Roi lui donnait ses entrées, et lui voyant sa tabatière à la main:
-«Monsieur David, lui dit-elle de ce ton de douceur et de bonté qui lui
-était familier, voudriez-vous me donner une prise de tabac? Je suis
-bien enrhumée du cerveau.» Et en même temps elle faisait un geste
-comme pour la prendre. «Apprenez, lui répond David, que vous n'êtes
-pas faite pour mettre vos doigts dans ma tabatière.» Puis il versa un
-peu de tabac dans le creux que forme le pouce, et l'offrit à Madame
-Élisabeth, qui lui tourna le dos. Après ce lâche outrage fait, je ne
-dirai pas à une princesse, mais à une femme, à une femme prisonnière
-et malheureuse, l'interrogatoire reprit son cours. Il n'avait d'abord
-touché qu'aux choses de la politique, et maintenant il déroule sous
-les yeux de Madame Élisabeth ce long tissu d'infamies dont on a chargé
-la Reine et elle-même. Ses perfides questionneurs voient bientôt
-qu'ils attendraient en vain de ce ferme esprit une phrase ambiguë dont
-il leur deviendrait possible d'abuser. Toutefois, avant de mettre fin
-à leur poursuite, ils confrontent l'enfant avec Madame Élisabeth, afin
-de faire rougir devant lui la vertu de sa tante, comme ils avaient
-fait rougir l'innocence de sa soeur. Cet interrogatoire est signé de
-Madame Élisabeth, de Louis-Charles, de David, de Pache, de Chaumette,
-de Daujon, de Séguy, de Laurent et de Heussée, administrateur de
-police. Nous donnons ici le _fac-simile_ de ces signatures.
-
-L'odieuse épreuve est terminée. Remontée dans sa chambre: «Oh! mon
-enfant!» s'écrie Madame Élisabeth en tendant les bras à sa nièce. Le
-silence seul peut exprimer le bouleversement et la confusion qu'elles
-éprouvent également. Leurs larmes coulent; pour la première fois leurs
-regards s'évitent. Un instant elles demeurent étroitement embrassées,
-puis elles se mettent à genoux, offrant leur humiliation et leur
-douleur au Dieu des humbles et des affligés.
-
-Leurs réponses nettes et exemptes de toute équivoque avaient
-déconcerté les combinaisons des pervers, réduits à s'en tenir au
-procès-verbal attribué à Daujon et adopté par Hébert. La visite des
-commissaires au Temple ne fut pas toutefois sans résultat: les images
-dont on avait souillé l'imagination des pauvres prisonnières
-laissaient un grand trouble dans leur âme; puis la captivité devint
-plus morne et plus dure. Turgy, qui, employé au service intérieur de
-la tour, était le seul qui ne leur fût pas indifférent ou hostile, fut
-expulsé avec un certain nombre de personnes jugées inutiles ou
-devenues suspectes[82]. Voici le dernier billet que Madame Élisabeth
-lui écrivit:
-
-[Note 82: Déjà, depuis un mois, la Commune avait pris un arrêté qui
-expulsait du Temple Turgy, Chrétien, Marchand, et en général toutes
-les personnes suspectées d'incivisme.
-
-«Lecture faite d'un arrêté du conseil du Temple, qui demande le
-remplacement de plusieurs individus occupés maintenant dans cette
-maison, et qui ont appartenu autrefois au ci-devant comte d'Artois;
-
-»Le conseil général en confirme les dispositions; arrête en
-conséquence que les citoyens Piquet et sa famille, portiers;
-Rockentroh et sa famille, lingers; Baron, portier; Gourlet et sa
-femme, guichetiers; Quenel, commissionnaire; Chrétien, Marchand et
-Turgy, garçons servants; la citoyenne Leclerc, femme d'un gendarme
-ci-devant piqueur du comte d'Artois; la femme et les enfants de
-Salmon, ci-devant son valet de pied, et la famille Ango, au nombre de
-quatre personnes, ci-devant garçon d'argenterie, seront expulsés.»]
-
- «Le 11 octobre 1793, à deux heures un quart.
-
-»Je suis bien affligée. Ménagez-vous pour le temps où nous serons plus
-heureux et où nous pourrons vous récompenser. Emportez la consolation
-d'avoir servi de bons et malheureux maîtres.
-
-»Recommandez à Fidèle (Toulan) de ne pas trop se hasarder pour nos
-signaux (par le cor). Si le hasard vous fait voir madame Mallemain,
-dites-lui de nos nouvelles, et que je pense à elle.
-
-»Adieu, honnête homme et fidèle sujet: que le Dieu auquel vous êtes
-fidèle vous soutienne et vous console dans ce que vous avez à
-souffrir!»
-
-Le 13 octobre, M. Hue fut arrêté. De ce moment, Madame Élisabeth ne
-put rien apprendre de ce qui se passait. Toute intelligence cessa pour
-elle au dehors comme au dedans. Elle n'eut plus de nouvelles de la
-Reine. Nous n'avons point à regretter pour elle cette privation.
-Marie-Antoinette, dont le procès commençait le 14, montait le 16 sur
-l'échafaud. L'ignorance de toute chose où vit Madame Élisabeth peut
-accroître ses inquiétudes, mais elle lui épargne une plus grande
-douleur. Il est à remarquer que les municipaux de service, les
-gardiens, tous les employés, et Simon lui-même, gardèrent en cette
-circonstance une charitable discrétion.
-
-Quelques jours après, vers le soir, Madame Élisabeth entendit un bruit
-de querelle dans l'appartement de Simon. Elle craignit naturellement
-que cette rude voix, qui lui était bien connue, ne s'adressât à la
-victime accoutumée. Cette pensée l'occupa la nuit et le lendemain et
-le surlendemain; n'entendant plus rien et privée de toute nouvelle,
-elle monta au comble de la tourelle par l'escalier de la garde-robe,
-et s'établit en observation à la petite fenêtre que nous avons
-indiquée. Le second jour, elle fut payée de ses peines: le maître et
-l'élève se montrèrent sur la plate-forme; ils s'arrêtèrent même un
-instant, de manière à être vus de la patiente spectatrice, si bien
-qu'elle ne put savoir si elle n'avait point été aperçue elle-même ou
-si elle devait n'attribuer qu'au hasard le regard qu'à leur passage
-l'un et l'autre avaient dirigé de son côté.
-
-Madame Élisabeth et Marie-Thérèse, qui avaient été confrontées avec
-l'enfant dans la scène du 7 octobre, avaient pu se convaincre par leurs
-yeux qu'il était extrêmement changé; mais l'altération de ses traits
-n'était rien auprès de la révolution qui s'était opérée dans ses idées
-et son langage, et c'était ce changement moral qui sans doute avait le
-plus péniblement affecté sa tante. Jamais, on doit le croire, elle ne
-sentit plus vivement la profonde infortune de sa famille. Cependant,
-courbée sous la main de Dieu, qui semblait chaque jour s'appesantir
-davantage, elle s'abandonnait avec résignation à sa volonté, et le
-remerciait des consolations qu'il daignait encore lui permettre; car
-cette prison du Temple, où elle pouvait pleurer tranquillement avec sa
-nièce, pouvait d'un jour à l'autre lui être enlevée!--Chaumette, en
-effet, avait plus d'une fois représenté cette maison d'arrêt comme un
-asile spécial, exceptionnel, aristocratique, contraire au principe
-d'égalité proclamé par la République. Dans le courant du mois de
-novembre, il reprit cette question au point de vue de l'économie, et
-«fit sentir au conseil général de la Commune le ridicule de conserver
-dans la tour du Temple trois individus qui nécessitaient une surcharge
-de service et des dépenses excessives[83].» Faisant droit au
-réquisitoire de son procureur, la Commune arrêta qu'elle se porterait en
-masse à la Convention pour demander la translation des prisonniers du
-Temple dans les prisons ordinaires, et leur assujettissement au
-traitement uniforme de tous les détenus. Plus circonspect que le conseil
-général, le Comité de salut public reçut avec réserve la proposition de
-cette mesure: il manda Chaumette, écouta ses raisons, les discuta, et
-finit par maintenir dans ses priviléges cette dure prison que la Commune
-révolutionnaire chicanait aux enfants des rois émancipateurs des
-communes.
-
-[Note 83: Le procureur de la Commune se récrie sur les dépenses
-énormes que nécessite la garde des individus détenus dans la Tour. Il
-requiert, et le conseil arrête que, le décadi prochain, il se
-transportera en masse à la Convention pour lui demander que les
-prisonniers du Temple soient renvoyés dans les prisons ordinaires et
-traités comme les détenus ordinaires, et que ces individus soient
-jugés dans le plus court délai. (Conseil général de la Commune; séance
-du 26 brumaire an II, 16 novembre 1793.)
-
-Cette résolution fut renouvelée cinq jours après:
-
-«Le conseil général arrête que, le quintidi prochain, il se
-transportera en masse à la Convention pour lui demander à être
-déchargé de la garde du Temple, et que les prisonniers qui y sont
-détenus soient transférés dans les prisons ordinaires, et charge
-Legrand de faire une pétition à cet égard.» (Séance de la Commune du
-1er frimaire an II, 21 novembre 1793.)]
-
-Ces enfants des rois, dans l'abjection, conservaient toute leur
-dignité. Rocher, un des gardiens du Temple, disait le 12 novembre
-1793: «Madame Élisabeth ne voulait pas me saluer; elle y est
-maintenant forcée, parce qu'il faut qu'elle se baisse pour passer sous
-le guichet. Je fume ma pipe, et je lui lâche une bouffée à son
-passage.» La municipalité de Paris ne se tint pas pour battue: elle
-essaya de se venger de l'échec qu'elle venait d'éprouver, et renouvela
-dans les appartements du Temple de rigoureuses perquisitions, avec
-l'espoir d'y découvrir des papiers ou indices quelconques capables de
-compromettre Madame Élisabeth. Elle ne fut pas plus heureuse sur ce
-terrain. Mais il n'y avait pas d'obstacles qui pussent l'empêcher
-d'arriver au but qu'elle voulait atteindre: elle emprunta de nouveau
-la main du pauvre petit orphelin du Temple pour frapper la seconde
-mère qu'elle avait résolu de lui enlever. Simon, dans la fabrication
-de cette nouvelle oeuvre, ne fut secondé ni par les conseils d'Hébert
-ni par la rédaction de Daujon. Aussi le procès-verbal que, seul, il
-fit dresser aux municipaux, se ressent-il de l'absence de complices
-aussi habiles. Nos lecteurs en jugeront.
-
-
-COMMUNE DE PARIS.
-
-«Le cinquième jour du deuxième mois de l'an second de la République
-une et indivisible, à huit heures du soir;
-
-»Le citoyen Simon est venu au conseil du Temple pour lui faire part
-d'une conversation qu'il avoit eue avec le petit Capet, par laquelle
-un membre de la Commune paroissoit avoir eu des intelligences avec sa
-mère. Simon ne voulant pas nommer le membre sans qu'au préalable le
-conseil eût reçu lui-même la déclaration du petit, alors le conseil a
-nommé les citoyens Foloppe et Figuet pour interroger le petit Capet;
-ces deux membres sont de suite montés dans sa chambre, où étant, et en
-présence de la citoyenne Simon, ils ont fait rouler la conversation
-sur différentes choses, et l'amenant insensiblement sur les membres de
-la Commune, il a dit:
-
-»Qu'un jour Simon étant de service au Temple auprès de sa mère avec
-Jobert, ledit Jobert avoit remis ce jour-là deux billets sans que
-Simon fut (_sic_) aperçu; que cette espièglerie avoit fait rire
-beaucoup ces dames, d'autant plus qu'elles avoient trompé la vigilance
-de Simon, mais que lui déclarant n'avoit point vu les billets,
-seulement que ces dames le lui avoient dit.
-
-»Les commissaires dénommés descendus au conseil ont donné lecture de
-la présente déclaration; alors Simon a dit qu'elle étoit conforme à
-celle que le petit Capet lui avoit fait (_sic_) verbalement.
-
-»Lecture faite au petit Capet de la présente déclaration, a dit
-qu'elle contient vérité, y persiste et a signé.
-
-»Et avant de signer, le petit Capet a dit que sa mère craignoit sa
-tante, et que sa tante étoit celle qui exécutoit mieux les complots.»
-
-[Illustration: Fac-similé d'écriture.]
-
-Ce document, qui nous semble plus absurde encore que révoltant, ne
-satisfit pas la Commune; elle demanda des déclarations de faits plus
-explicites et plus graves. Un nouveau procès-verbal fut fabriqué, mais
-n'offrant guère plus de garanties et de preuves que le précédent.
-
-Voici ce procès-verbal:
-
-«Cejourd'hui 13 frimaire, l'an II de la République une et indivisible,
-nous, commissaires de la Commune, de service au Temple, sur
-l'avertissement à nous donné par le citoyen Simon, que Charles Capet
-avoit à dénoncer des faits qu'il nous importoit de connoître pour le
-salut de la République, nous nous sommes transportés, quatre heures de
-relevée, dans l'appartement dudit Charles Capet, qui nous a déclaré ce
-qui suit:
-
-»Que, depuis environ quinze jours ou trois semaines, il entend les
-détenues frapper tous les jours consécutifs, entre six heures et neuf
-heures; que, depuis avant-hier, ce bruit s'est fait un peu plus tard
-et a duré plus longtemps que tous les jours précédents; que ce bruit
-paroît partir de l'endroit correspondant au bûcher; que, de plus, il
-connoît, à la marche qu'il distingue de ce bruit, que, pendant ce
-temps, les détenues quittent la place du bûcher par lui indiquée pour
-se transporter dans l'embrasure de la fenêtre de leur chambre à
-coucher, ce qui fait présumer qu'elles cachent quelques objets dans
-ces embrasures; il pense que ce pourroit être de faux assignats, mais
-qu'il n'en est pas sûr, et qu'elles pourroient les passer par la
-fenêtre pour les communiquer à quelqu'un.
-
-»Ledit Charles nous a également déclaré que, dans le temps qu'il étoit
-avec les détenues, il a vu un morceau de bois garni d'une épingle
-crochue et d'un long ruban, avec lequel il suppose que les détenues
-ont pu communiquer par lettres avec feu Capet.
-
-»Et de plus, que ledit Charles se rappelle qu'il lui a été dit que,
-s'il descendoit avec son père, il lui fit ressouvenir de passer tous
-les jours, à huit heures et demie du soir, dans le passage qui conduit
-à la tourelle, où se trouve une fenêtre de l'appartement des détenues.
-
-»Charles Capet nous a déclaré de plus qu'il étoit fortement persuadé
-que les détenues avoient quelques intelligences ou correspondances
-avec quelqu'un.
-
-»De plus, nous a déclaré qu'il avoit entendu lire dans une lettre que
-Cléry avoit proposé à feu Capet le moyen de correspondance présumé par
-lui déclarant; que Capet avoit répondu à Cléry que cela ne pouvoit se
-pratiquer, et que cette réponse n'avoit été faite à Cléry qu'à la fin
-qu'il ne se doutât pas de ladite correspondance.
-
-»Déclare qu'il a vu les détenues fort inquiètes, parce qu'une de leurs
-lettres étoit tombée dans la cour.
-
-»Ayant demandé au citoyen Simon s'il avoit connoissance du bruit
-ci-dessus énoncé, il a répondu qu'ayant l'ouïe un peu dure, il n'avoit
-rien entendu; mais la citoyenne Simon, son épouse, a confirmé les
-dires dudit Charles Capet relativement au bruit.
-
-»Ledit citoyen Simon nous a dit que, depuis environ huit jours, ledit
-Charles Capet se tourmentoit pour faire sa déclaration aux membres du
-conseil.
-
-»Lecture faite auxdits déclarants, ont reconnu contenir vérité et ont
-signé ledit jour et an que dessus.
-
- »_Signé_: Charles CAPET, SIMON, femme SIMON,
- REMY, SÉGUY, ROBIN, SILLANS.]
-
- * * * * *
-
-Un détail nous frappe, c'est le refus fait par Simon de s'associer à
-sa femme et à son élève dans la première déposition que contient cette
-pièce, et qui est relative au bruit entendu dans l'appartement des
-prisonnières. Dans le prétexte qu'il allègue de sa surdité pour
-n'avoir point connaissance de ce bruit, ne serait-on pas disposé à
-voir plutôt de sa part un calcul raisonné pour donner plus de crédit à
-ses autres allégations, notamment à celle-ci, que, _depuis environ
-huit jours, Charles Capet se tourmentait pour faire sa déclaration aux
-membres du conseil_.
-
-Je ne crois pas que dans la longue suite des méfaits révolutionnaires
-il y ait eu rien de plus odieux que cette intrigue ténébreuse, ourdie
-pour exploiter la peur et l'ignorance d'un enfant qui, vaincu par les
-mauvais traitements, témoigne contre la mémoire de son père, concourt
-à la mort de sa mère, déjà sur les marches de l'échafaud, et contribue
-à pousser vers le même but sa seconde mère, l'angélique Élisabeth.
-Employer l'innocence au crime, n'est-ce pas un plaisir de démon?
-
-La Commune de Paris recula devant l'impossibilité d'asseoir une
-accusation capitale sur de pareils motifs; mais le récit d'un enfant
-_dénonçant lui-même les petites intrigues de sa tante et de sa mère ne
-pouvait que plaire à la moralité du conseil général_[84]. On sait
-combien Marie-Antoinette, jusqu'à ses derniers moments, fut préoccupée
-de la crainte que les paroles odieuses mises dans la bouche de son
-fils ne tombassent sur le coeur meurtri de Madame Élisabeth, ou ne
-fussent même dirigées contre elle comme un moyen de calomnie. «J'ai à
-vous parler, lui dit-elle dans cette lettre admirable qu'elle lui a
-laissée en montant à l'échafaud, et que Madame Élisabeth n'a jamais
-lue, j'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon coeur: je sais
-combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine; pardonnez-lui, ma
-chère soeur; pensez à l'âge qu'il a, et combien il est facile de faire
-dire à un enfant ce qu'on veut, et même ce qu'il ne comprend pas.»
-
-[Note 84: Expression d'un membre du conseil général.]
-
-Madame Élisabeth n'avait point à pardonner: elle n'ignorait pas plus
-que la Reine la source de toutes ces suggestions perfides, et jamais
-elle n'a songé à en accuser un enfant. Les paroles de celui-ci
-pouvaient devenir la cause de sa mort, mais non le sujet du moindre
-ressentiment.
-
-Tison, enfermé, nous l'avons dit, dans la tourelle depuis le 21
-septembre, supportait en silence la captivité comme une expiation de
-sa conduite passée. Cependant, inquiet de sa femme et de sa fille,
-dont il ne pouvait avoir de nouvelles, il se décida, le 10 décembre, à
-solliciter sa liberté. Sa demande fut combattue par Hébert, jaloux de
-conserver sous sa main un témoin capable de fournir d'utiles
-renseignements sur la soeur du tyran. Le Comité de salut public
-ordonna qu'avant de statuer sur la pétition, on interrogerait
-soigneusement le pétitionnaire. L'interrogatoire n'ayant amené aucune
-charge contre Madame Élisabeth, le Comité, loin d'accorder une grâce
-qui n'était point achetée par une délation, arrêta que Tison serait
-mis au secret et réduit au plus strict nécessaire.
-
-A dater de cette époque, Madame Élisabeth entra dans une phase
-d'abandon et de solitude qu'il nous devient impossible de décrire:
-misère monotone, sombre, terne, privée de cet éclat qui rayonne
-d'ordinaire à l'entour des infortunes royales. Mais elle ne se
-plaignait pas: elle n'avait de pitié que pour sa petite compagne, qui
-était dans un âge où le malheur est comme une surprise faite à la
-nature. Madame Élisabeth lui parlait avec cette onction religieuse
-puisée aux sources d'eaux vives de la foi, de l'espérance et de
-l'amour, qui transfigurent l'âme et lui font trouver partout son
-Thabor. «Les souffrances de cette vie, disait-elle, n'ont aucune
-proportion avec la gloire future qu'elles nous font mériter.
-Jésus-Christ n'a-t-il pas marché devant nous chargé de la croix?
-Souvenez-vous, mon enfant, des paroles que votre père vous adressait
-la veille du jour où, pour la première fois, vous alliez recevoir le
-sang de l'Agneau. Il vous disait: La religion est la source du bonheur
-et notre soutien dans l'adversité; ne croyez pas que vous en soyez à
-l'abri: vous ne savez pas, ma fille, à quoi la Providence vous
-destine...»
-
-Les paroles prononcées par le Roi dans son palais prolongeaient ainsi
-leur écho dans une prison qui donnait à leurs accents quelque chose de
-prophétique, et devenait pour sa fille le meilleur des enseignements.
-
-Un jour, Madame Élisabeth ayant ouvert un papier qu'elle portait sur
-elle, et qui contenait des cheveux du Roi son frère et de la Reine
-Marie-Antoinette (Dieu lui envoya-t-il en ce moment le pressentiment
-de sa destinée prochaine?), Madame Élisabeth, dis-je, coupa une tresse
-de ses propres cheveux, la plaça avec les deux autres mèches dans le
-même paquet, et le remettant à sa nièce:
-
-«Gardez, lui dit-elle, ma fille, ces tristes souvenirs: c'est le seul
-héritage que puissent vous transmettre votre père, votre mère, qui
-vous ont tant aimé, et moi qui vous aime aussi bien tendrement. On m'a
-enlevé plumes, papier, crayon: je ne puis rien vous léguer par écrit;
-du moins, ma chère enfant, retenez bien les consolations que je vous
-ai données: elles suppléeront aux livres qui vous manquent. Élevez
-votre âme à Dieu; il nous éprouve parce qu'il nous aime: il nous
-apprend le néant des grandeurs. Ah! mon enfant, dit-elle en pleurant
-et en la serrant dans ses bras, Dieu seul est vrai, Dieu seul est
-grand[85].»
-
-[Note 85: _Les derniers régicides, ou Madame Élisabeth de France et
-Louis XVII_, par M. le Cher de M.... (Brochure in-8º de 109 pages,
-publiée à Londres; J. de Boffe, Gerard street, Soho, 1796.)]
-
-Retranchées, pour ainsi dire, du nombre des vivants, les deux recluses
-passaient leurs jours, occupées l'une de l'autre, s'entretenant de
-leurs souvenirs, de leurs craintes mêlées de bien peu d'espérances,
-mais d'une soumission entière à la volonté de Dieu. Elles n'apprirent
-plus rien de ce qui se passait sur la terre; elles ignorèrent
-l'échafaud dressé par Robespierre et Danton pour immoler Hébert et
-les hébertistes[86]; l'échafaud dressé douze jours après par
-Robespierre pour abattre Danton[87]; puis, huit jours plus tard, pour
-abattre Chaumette[88]. La terreur régnait sur la France. Du haut des
-guillotines, ses sanglantes forteresses, la minorité commandait.
-Devant elle se taisait la nation, la liberté s'agenouillait,
-l'humanité se voilait la face. Les Saint-Just, les Collot d'Herbois,
-les Carrier, les Lebon, allaient porter dans les provinces l'épouvante
-et la mort. La famine désolait le pays; les passions révolutionnaires
-s'agitaient dans les clubs et par les rues, hâtant l'action mortelle
-de la misère. Au front de chaque maison pend un écriteau proclamant la
-liberté ou la mort. Sur chaque porte est affichée la liste des
-habitants de la maison, moyen de contrôle si l'on veut savoir, table
-de proscription si l'on veut tuer[89]. Onze mille quatre cents
-aristocrates sont entassés dans les palais et les couvents de Paris,
-transformés en prisons. Le crime et la peur sont partout; dans les
-rues, on évite de se reconnaître, ou si on s'aborde, on échange deux
-mots à voix basse; on marche vite, à moins qu'un crieur proclamant
-l'arrêt des condamnés, on ne s'arrête pour écouter le nom d'un parent,
-d'un ami, peut-être son propre nom. La nuit est aussi troublée que le
-jour. Des arrestations se font aux flambeaux; des domestiques ont
-dénoncé leurs maîtres à leurs sections, tandis que d'autres servent
-sans gages des maîtres restés sans ressources. Comme si le temps ne
-suffisait pas aux juges pour condamner, on adopte le système des
-jugements en masse. La guillotine en permanence abat les têtes sans
-les compter[90]. Le sang qui coule à flots, loin d'étancher la soif
-des tyrans, semble l'irriter encore. Il n'y a plus de rois à jeter en
-holocauste au sphinx de la révolution, et la nation épouvantée se
-trouve face à face avec la sombre énigme de son existence. Tout est
-tumulte, désordre, vertige et rage: la civilisation et la barbarie se
-cherchent dans les ténèbres pour s'arracher leur secret; duel
-horrible, pareil à celui de ces deux hommes enfermés dans une cave
-avec des poignards, et qui ne se voyaient qu'aux éclairs de leurs
-yeux. La patience des opprimés apparaît dans ces jours horribles comme
-un phénomène aussi inexplicable que la perversité des oppresseurs.
-L'intelligence politique s'était retirée dans quelques âmes
-méditatives qui réfléchissaient à l'écart, ou dans quelques cerveaux
-astucieux qui remuaient la multitude. Le reste n'avait plus de
-confiance en soi-même, et laissait faire, comme courbé sous la main de
-Dieu: tremblant et résigné, tout un peuple attendait dans une muette
-épouvante, pareil à ces Indiens qui, lorsque le tigre apparaît, se
-prosternent, ferment les yeux, et restent immobiles jusqu'à ce que la
-bête rugissante ait choisi sa proie.
-
-[Note 86: Le 4 germinal an II (24 mars 1794), _fournée_ de dix-neuf
-personnes, parmi lesquelles le général Ronsin (ci-devant homme de
-lettres), général de l'armée révolutionnaire; Momoro, imprimeur-libraire
-et administrateur du département de Paris, et Anacharsis Clootz,
-l'orateur du genre humain.]
-
-[Note 87: Le 16 germinal an II (5 avril 1794), _fournée_ de quinze,
-parmi lesquels figurent Fabre d'Églantine, François Chabot, Camille
-Desmoulins, Phelippeaux, Bazire, Hérault de Séchelles, les deux frères
-Frey et le général Westermann.]
-
-[Note 88: Le 24 germinal an II (13 avril 1794), _fournée_ de vingt et
-un. On y remarque le général Arthur Dillon, Gobel, ci-devant évêque de
-Paris, et la jeune veuve de Camille Desmoulins.]
-
-[Note 89: Voici comment, dès le 6 avril 1793, la Commune de Paris
-avait prescrit l'exécution de cette mesure:
-
-«Le conseil général, considérant la négligence que les citoyens
-apportent à l'exécution de la loi concernant l'affiche, à l'extérieur
-des maisons, des noms de tous les individus qui y habitent;
-
-»Arrête que l'instruction suivante sera imprimée, affichée, et que les
-commissaires de police des sections seront tenus, sous leur
-responsabilité, de faire mettre ladite loi à exécution.
-
-_»Instruction relative au tableau qui doit être fait de tous les
-citoyens habitants de Paris, et placé à l'extérieur de chaque maison,
-aux termes du décret du 29 mars dernier._
-
- »1º Indiquer en tête le nom du propriétaire, s'il habite la
- maison, ou à son défaut le principal locataire, s'il y en a un,
- ou du régisseur.
-
- »2º Diviser par étages de la manière suivante:
-
- REZ-DE-CHAUSSÉE.
- N. N.
- ENTRE-SOL.
- PREMIER ÉTAGE, ETC.
-
-»L'état doit présenter sans interruption toutes les personnes qui
-logent au même étage, et même toutes celles qui composent un ménage.
-
-Exemple:
-
- _A tel étage: Le citoyen tel, son épouse, tant d'enfants de tel sexe;
- ensuite les domestiques._
-
-»Il est nécessaire de mettre les prénoms ou noms de baptême et les
-surnoms, le sexe et l'âge de chacun. Le nom principal à désigner est
-celui que porte ordinairement l'individu et sous lequel il est
-généralement connu, et non celui de sa famille, si ce n'est pas celui
-qu'on lui donne dans le public.
-
-»On ne peut se dispenser de faire connaître l'état de chaque individu
-ou de déclarer qu'il est sans état, car le titre de _citoyen_ ou de
-_citoyenne_ est une désignation trop vague ou plutôt n'en est pas une.
-
-»L'affiche doit être écrite lisiblement, placée au lieu le plus
-apparent à l'extérieur, et de manière que tout le monde puisse
-aisément la parcourir des yeux tout entière sans en perdre un seul
-nom.
-
-»Il ne doit être omis aucune personne; une seule omission enfreint la
-loi et expose à des peines sévères.
-
-»Chaque fois qu'il y a du changement, il faut en faire mention dans
-l'affiche, soit en retranchant le nom des personnes qui ont quitté la
-maison, soit en ajoutant celui des nouveaux locataires et de ceux
-mêmes qui ne logent que momentanément.
-
-»Toutes les contraventions seront imputées aux propriétaires ou
-principaux locataires, ou régisseurs, et seront punies avec sévérité;
-car on ne veut pas que cette mesure de salut public reste sans
-exécution ou soit éludée et tournée en dérision.
-
-»Le conseil général arrête que le double des tableaux d'inscription
-sera visé par les comités des sections;
-
-»Que les commissaires de police vérifieront l'exactitude desdits
-tableaux et prendront les mesures nécessaires pour empêcher qu'ils ne
-soient enlevés ou détériorés.» (Séance du conseil général de la
-Commune de Paris du samedi 6 avril 1793.)]
-
-[Note 90: Au milieu de tant d'immolations, la tristesse de la
-physionomie était devenue une trahison et la gaieté un devoir. Dans la
-séance du 23 ventôse an II (15 mars 1794), Barère disait:
-
-«Allez aujourd'hui dans les rues de Paris, vous y reconnaîtrez les
-aristocrates à leur mine allongée...»
-
-«Oui, ajoutait Couthon, en temps de révolution, tous les bons citoyens
-doivent être physionomistes: c'est sur la physionomie que vous
-reconnaîtrez un conspirateur, le complice des traîtres mis sous la loi
-de la justice; ces hommes ont l'oeil hagard, l'air consterné, des
-mines basses et patibulaires. Bons citoyens, saisissez ces traîtres et
-arrêtez-les!» (Vifs applaudissements.)--(_Moniteur_ du 26 ventôse an
-II, 16 mars 1794.)]
-
-Madame Élisabeth se prosternait aussi, mais c'était les yeux levés
-vers le ciel. Retenue autrefois à la cour par son dévouement pour son
-frère, elle n'y avait vécu que pour prendre sa part des tribulations
-et des larmes. Aujourd'hui, tout ce que l'intérêt a de plus tendre, la
-religion de plus sublime, l'amitié de plus consolateur, elle le met en
-oeuvre pour former l'esprit et le coeur de sa royale nièce. Sans
-désirer la bienvenue de ce grand libérateur qu'on appelle la mort,
-elle se met en mesure de le recevoir dignement; mais sa belle âme,
-quoique impatiente peut-être d'entrer dans les secrets de Dieu, tient
-à ce monde par le malheur qu'elle y partage, par les chagrins qu'elle
-y adoucit. L'état d'incertitude où elle se trouve du sort du Dauphin
-vient accroître l'anxiété que lui cause l'absence de toute nouvelle de
-la Reine. Depuis plusieurs mois, elle n'a entendu ni chansons ni
-jurements retentir dans l'appartement du second étage. Elle est montée
-mainte et mainte fois aux combles par l'escalier de la garde-robe, et
-jamais, depuis la fin de janvier, elle n'a aperçu l'enfant. A-t-il été
-délivré? Habite-t-il une autre partie du Temple? De grands changements
-se préparent-ils?
-
-Oui, un grand changement se préparait. Déjà, dès le quintidi frimaire
-de l'an II (25 novembre 1793), la municipalité de Paris avait adressé
-à la Convention nationale la pétition suivante:
-
-«LÉGISLATEURS,
-
-»Vous avez décrété l'égalité source du bonheur public; elle s'établit
-sur des bases désormais inébranlables; et cependant elle est violée,
-cette égalité, et de la manière la plus révoltante, dans les vils
-restes de la tyrannie, dans les prisonniers du Temple. Pourroient-ils
-encore, ces restes abominables, être comptés pour quelque chose dans
-les circonstances actuelles, ce ne seroit qu'en raison de l'intérêt
-que la patrie auroit d'empêcher qu'ils ne déchirassent son sein et ne
-renouvelassent les atrocités commises par les deux monstres qui leur
-ont donné le jour. Si donc tel est à leur égard le seul et unique
-intérêt de la République, c'est sous sa surveillance entière qu'ils
-doivent être placés, et ils ne sont plus ces temps horribles où une
-faction liberticide, dont le glaive de la loi a fait justice, avoit
-choisi comme moyen de vengeance contre une Commune patriote qu'elle
-abhorroit, une responsabilité qui outrageoit toutes les lois et qui
-pèse depuis plus de quinze mois sur la tête de chacun des membres de
-la Commune de Paris.
-
-»La raison, la justice, l'égalité vous crient, législateurs, de faire
-cesser cette responsabilité.
-
-»Et comme il est plus que temps de rendre à leurs travaux deux cent
-cinquante sans-culottes qu'on emploie injustement chaque jour à la
-garde des prisonniers du Temple, la Commune de Paris attend de votre
-sagesse:
-
-»1º Que vous enverrez au plus tôt l'infâme Élisabeth au tribunal
-révolutionnaire;
-
-»2º Qu'à l'égard de la postérité du tyran, vous prendrez des mesures
-promptes pour la faire transférer dans telle prison que vous aurez
-choisie, pour y être renfermée avec les précautions convenables, à
-l'effet d'y être traitée dans le système de l'égalité et de la même
-manière que les autres détenus dont la République a eu besoin de
-s'assurer.
-
- »DUNOUY, RENARD, LE CLERC,
- »LEGRAND, r. de la Commune; DORIGNY.»
-
- * * * * *
-
-Envoyée à sa date au Comité de sûreté générale, cette adresse y avait
-sommeillé six mois. Mais les voeux qu'elle exprimait n'avaient point
-été mis en oubli dans la région la plus ardente de la révolution.
-
-Ce n'est pas la première fois que cette pensée m'est venue en écrivant
-ce triste récit: si l'on songeait aux infortunes du Temple, si grandes
-et si imméritées, il n'y a pas de malheureux qui ne se réconciliât
-avec son malheur, pas de misérable accablé par sa destinée qui ne
-bénît Dieu sous le poids de son fardeau. Que ceux qui se plaignent de
-la méchanceté des hommes pensent à Madame Élisabeth, et ils cesseront
-de se laisser abattre par le découragement.
-
-«Il n'est pas, écrivait le Père Lenfant dès le mois d'avril 1791, il
-n'est pas jusqu'à la vertu la plus pure, la plus soutenue et la plus
-universellement reconnue, qui ne soit indignement outragée. Madame
-Élisabeth est déchirée par les plus sanglantes et les plus absurdes
-calomnies[91].»
-
-[Note 91: _Mémoires et correspondance secrète du Père Lenfant_. Paris,
-1834, t. I, p. 343.]
-
-Ces outrages s'étaient accrus avec le besoin qu'éprouvaient les
-niveleurs de trouver criminelles toutes les supériorités sociales; ces
-calomnies s'étaient propagées avec l'intérêt qu'avaient les pervers à
-légitimer les tortures exercées contre les personnes de sang royal. La
-moralité de Madame Élisabeth fut insultée dans ce récit immonde que la
-Commune de Paris fit signer au royal Enfant du Temple pour
-compromettre sa mère et sa tante et les envoyer à l'échafaud. La mort
-même ne désarmera point les persécuteurs. Trois ans après l'immolation
-de Madame Élisabeth, sa mémoire sera outragée dans un ouvrage qui aura
-la prétention de donner les _portraits des personnages célèbres de la
-Révolution_[92].
-
-[Note 92: J'ai voulu lire dans le tome III de Bonneville l'article qui
-commence ainsi:
-
-«Huitième et dernier enfant de Louis, Dauphin de France, fils de
-Louis XV, et de Marie-Josèphe _de Saxe_, sa seconde femme,
-Élisabeth-Philippine-Marie-Hélène, dite _de France_, eut bien peu de
-temps à se féliciter du hasard qui avoit placé son berceau à côté du
-trône...» Je n'infligerai pas cet odieux _factum_ à mes lecteurs. Il est
-d'autant plus infâme qu'il est hypocrite. Bonneville procède par
-insinuation et par réticence, et il n'a pas même le triste courage de
-ses ineptes calomnies. Il affecte même quelquefois de prendre la défense
-de Madame Élisabeth contre les attaques inqualifiables qu'il reproduit.
-Il a de la peine, dit-il, à croire qu'elles soient vraies... C'est une
-vipère qui panse avec sa bave la blessure que vient de faire sa dent
-venimeuse.]
-
-Laissez les années se succéder, un temps viendra où les calomnies se
-tairont, où la vérité apparaîtra dans tout son jour.
-
-Madame Élisabeth arrive au terme que Dieu lui a assigné dans ses
-rigueurs comme dans ses miséricordes. Elle avait exprimé la résolution
-de partager les chagrins et les périls de sa famille: elle a tenu
-toutes ses promesses; à Versailles, dans les troubles du 6 octobre; à
-Paris, dans la morne solitude des Tuileries; sur la route de Varennes,
-dans la néfaste journée du 20 juin, dans la nuit sanglante du 10 août,
-dans la loge du Logographe, témoin des affronts et des menaces; dans
-la tour du Temple, témoin des adieux et de l'agonie. Oui, elle a tenu
-toutes les promesses qu'elle avait faites à Dieu: Dieu à cette heure
-va tenir les siennes.
-
-Qu'importe la route quand le ciel est le but! Au-dessus de l'injustice
-des hommes apparaît la justice de Dieu qui récompense, et quand c'est
-la vertu qui meurt, l'échafaud n'est qu'un degré qui rapproche du
-ciel.
-
-Le 20 floréal an II (9 mai 1794), vers sept heures du soir,
-_l'huissier Monet se rendit au Temple accompagné des citoyens
-Fontaine, adjudant général d'artillerie de l'armée parisienne, et
-Saraillée, aide de camp du général Hanriot; il présenta aux membres du
-conseil Mouret, Eudes, Magendie et Godefroi, une lettre de Fouquier,
-accusateur public près le tribunal révolutionnaire, portant invitation
-de remettre entre les mains desdits susnommés la soeur de Louis
-Capet_[93].
-
-[Note 93: Procès-verbal de la translation d'Élisabeth-Marie Capet à la
-Conciergerie.]
-
-Les préliminaires d'usage s'étaient prolongés dans la salle du
-Conseil, et pendant la conversation engagée entre les commissaires et
-leurs sinistres visiteurs, l'heure s'était écoulée: déjà Madame
-Élisabeth et Marie-Thérèse se disposaient à se coucher, lorsqu'elles
-entendirent ouvrir les verrous. Elles se hâtent de passer leur robe,
-qu'elles venaient d'ôter. «Citoyenne, dit un des commissaires en
-ouvrant la porte de Madame Élisabeth, descends tout de suite, on a
-besoin de toi.--Ma nièce reste-t-elle ici?--Cela ne te regarde pas, on
-s'en occupera après.»
-
-Madame Élisabeth embrasse sa jeune compagne, et, pour calmer ses
-inquiétudes, lui dit: «Soyez tranquille, je vais remonter.--Non, tu ne
-remonteras pas, répond le commissaire Eudes[94]; prends ton bonnet et
-descends.» Elle obéit, relève l'orpheline, qui s'affaisse dans ses
-bras, et lui dit: «Allons, ayez du courage et de la fermeté, espérez
-toujours en Dieu, servez-vous des bons principes de religion que vos
-parents vous ont donnés, et soyez fidèle aux dernières recommandations
-de votre père et de votre mère.» La tante et la nièce demeurent un
-instant embrassées; puis s'arrachant brusquement à cette étreinte,
-Madame Élisabeth se dirige d'un pas rapide vers la porte extérieure en
-disant encore: «Pensez à Dieu, mon enfant!»
-
-[Note 94: Guillotiné le 11 thermidor an II.]
-
-Madame Élisabeth descend. On la fait entrer dans la salle du Conseil.
-Là, pendant que l'on rédige le procès-verbal de décharge des geôliers,
-on visite ses poches. Les envoyés de Fouquier signent sur le registre
-du Temple la remise qui leur est faite de la prisonnière. Ils la font
-traverser, sous une pluie battante, le jardin et la première cour; là,
-ils montent dans un fiacre avec elle et la conduisent à la
-Conciergerie, où elle est déposée dans le greffe. Il était en ce
-moment huit heures. A dix heures, on la conduit du greffe dans la
-salle du conseil du tribunal révolutionnaire. Là, par-devant Gabriel
-Deliége, juge, assisté de Ducray, commis greffier, et en présence de
-Fouquier, elle subit son premier interrogatoire.
-
-
-PREMIER INTERROGATOIRE DE MADAME ÉLISABETH.
-
-«_Cejourd'hui, vingt floréal de l'an deux de la République française,
-une et indivisible, nous_, Gabriel Deliége, _juge président du
-tribunal révolutionnaire établi à Paris par la loi du 10 mars 1793,
-sans aucun recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des
-pouvoirs délégués au tribunal par la loi du 5 avril de la même année,
-assisté de_ Anne Ducray, _commis greffier du tribunal, en l'une des
-salles de l'auditoire au palais, et en présence d'_Antoine-Quentin
-Fouquier, _l'accusateur public, avons fait amener de la maison de_ la
-Conciergerie la cy-après nommée, _auquel avons demandé ses noms, âge,
-profession, pays et demeure_;
-
-_A répondu se nommer_ Élisabeth-Marie Capet, soeur de Louis Capet,
-âgée de trente ans, native de Versailles, département de
-Seine-et-Oise.
-
-Avez-vous, avec le dernier tyran, conspiré contre la sûreté et la
-liberté du peuple françois?
-
-J'ignore à qui vous donnez ce titre, mais je n'ai jamais désiré que le
-bonheur des François.
-
-Avez-vous entretenu des correspondances et intelligences avec les
-ennemis intérieurs et extérieurs de la République, notamment avec les
-frères de Capet et les vôtres, et ne leur avez-vous pas fourni des
-secours en argent?
-
-Je n'ai jamais connu que des amis des François; jamais je n'ai fourni
-des secours à mes frères, et, depuis le mois d'août 1792, je n'ai reçu
-de leurs nouvelles ni ne leur ai donné des miennes.
-
-Ne leur avez-vous pas fait passer des diamants?
-
-Non.
-
-Je vous observe que votre réponse n'est point exacte sur l'article des
-diamants, attendu qu'il est notoire que vous avez fait vendre vos
-diamants en Hollande et autres pays étrangers, et que vous en avez
-fait passer le prix en provenant, par vos agents, à vos frères, pour
-les aider à soutenir leur rébellion contre le peuple françois.
-
-Je dénie le fait, parce qu'il est faux.
-
-Je vous observe que dans le procès qui eut lieu en novembre 1792,
-relativement au prétendu vol des diamants fait au ci-devant
-Garde-meuble, il a été établi et prouvé aux débats qu'il avoit été
-distrait une portion de diamants dont vous vous pariez autrefois;
-qu'il a pareillement été prouvé que le prix en avoit été transmis à
-vos frères par vos ordres: pourquoi je vous somme de vous expliquer
-catégoriquement sur ces faits.
-
-J'ignore les vols dont vous venez de me parler. J'étois à cette époque
-au Temple, et je persiste au surplus dans ma précédente dénégation.
-
-N'avez-vous pas eu connoissance que le voyage déterminé par votre
-frère Capet et Marie-Antoinette pour Saint-Cloud, à l'époque du 18
-avril 1791, n'avoit été imaginé que pour saisir l'occasion favorable
-de sortir de France?
-
-Je n'ai eu connoissance de ce voyage que par l'intention qu'avoit mon
-frère de prendre l'air, attendu qu'il n'étoit pas bien portant.
-
-Je vous demande s'il n'est pas vrai au contraire que ce voyage n'a été
-arrêté que par suite des conseils des différentes personnes qui se
-rendoient alors habituellement au ci-devant château des Thuileries,
-notamment de Bonnal, ex-évêque de Clermont, et autres prélats et
-évêques; et vous-même, n'avez-vous pas sollicité le départ de votre
-frère?
-
-Je n'ai point sollicité le départ de mon frère, qui n'a été décidé que
-d'après l'avis des médecins.
-
-N'est-ce pas pareillement a votre sollicitation et à celle de
-Marie-Antoinette, votre belle-soeur, que Capet, votre frère, a fui de
-Paris dans la nuit du 20 au 21 juin 1791?
-
-J'ai appris dans la journée du 20 que nous devions tous partir dans la
-nuit suivante, et je me suis conformée à cet égard aux ordres de mon
-frère.
-
-Le motif de ce voyage n'étoit-il pas de sortir de France et de vous
-réunir aux émigrés et aux ennemis du peuple françois?
-
-Jamais mon frère ni moi n'avions eu l'intention de quitter notre pays.
-
-Je vous observe que cette réponse ne paroît pas exacte, car il est
-notoire que Bouillé avoit donné les ordres à différents corps de
-troupes de se trouver au point convenu pour protéger cette évasion, de
-manière de pouvoir vous faire sortir, ainsi que votre frère et autres,
-du territoire françois, et que même tout étoit préparé à l'abbaye
-d'Orval, située sur le territoire du despote autrichien, pour vous
-recevoir. Je vous observe au surplus que les noms par vous supposés et
-votre frère ne permettent pas de douter de vos intentions.
-
-Mon frère devoit aller à Montmédy, et je ne lui connoissois point
-d'autres intentions.
-
-Avez-vous connoissance qu'il ait été tenu des conciliabules secrets
-chez Marie-Antoinette, ci-devant Reine, lesquels s'appeloient comités
-autrichiens.
-
-J'ai parfaite connoissance qu'il n'y en a jamais eu.
-
-Je vous observe qu'il est cependant notoire que ces conciliabules
-tenoient de deux jours l'un depuis minuit jusqu'à trois heures du
-matin, et que même ceux qui y étoient admis passoient par la pièce que
-l'on appelloit alors la Galerie des tableaux.
-
-Je n'en ai aucune connoissance.
-
-N'étiez-vous pas aux Thuileries le 28 février 1791, 20 juin et 10 août
-1792?
-
-J'étois au château les trois jours, et notamment le 10 août 1792,
-jusqu'au moment où je me suis rendu avec mon frère à l'Assemblée
-nationale.
-
-Ledit jour 28 février, n'avez-vous pas eu connoissance que le
-rassemblement des ci-devant marquis, chevaliers et autres, armés de
-sabres et de pistolets, étoit encore pour favoriser une nouvelle
-évasion de votre frère et de toute la famille, et que l'affaire de
-Vincennes arrivée le même jour n'a été imaginée que pour faire
-diversion?
-
-Je n'en ai aucune connoissance.
-
-Qu'avez-vous fait dans la nuit du 9 au 10 août?
-
-Je suis restée dans la chambre de mon frère, et nous avons veillé.
-
-Je vous observe qu'ayant chacun vos appartements, il paroît étrange
-que vous vous soyez réunis dans celui de votre frère, et sans doute
-cette réunion avoit un motif que je vous interpelle d'expliquer.
-
-Je n'avois d'autre motif que celui de me réunir toujours chez mon
-frère lorsqu'il y avoit du mouvement dans Paris.
-
-Cette même nuit, n'avez-vous pas été avec Marie-Antoinette dans une
-salle où étoient les Suisses occupés à faire des cartouches, et
-notamment n'y avez-vous pas été de neuf heures et demie à dix heures
-du soir?
-
-Je n'y ai pas été, et n'ai nulle connoissance de cette salle.
-
-Je vous observe que cette réponse n'est point exacte, car il est
-encore établi dans différents procès qui ont eu lieu au tribunal du 17
-août 1792, que Marie-Antoinette et vous aviez été plusieurs fois dans
-la nuit trouver les gardes suisses; que vous les aviez fait boire, et
-les aviez engagés à confectionner la fabrication des cartouches, dont
-Marie-Antoinette avoit mordu plusieurs.
-
-Cela n'a pas existé, et je n'en ai aucune connoissance.
-
-Je vous représente que les faits sont trop notoires pour ne pas vous
-rappeler les différentes circonstances relatives à ceux par vous
-déniés, et pour ne pas savoir le motif qui avoit déterminé le
-rassemblement des troupes de tout genre qui se sont trouvées réunies
-cette nuit aux Thuileries. Pourquoi je vous somme de nouveau de
-déclarer si vous persistez dans vos précédentes dénégations, et à nier
-les motifs de ce rassemblement.
-
-Je persiste dans mes précédentes dénégations, et j'ajoute que je ne
-connoissois point de motifs de rassemblement. Je sais seulement, comme
-je l'ai déjà dit, que les corps constitués pour la sûreté de Paris
-étoient venus avertir mon frère qu'il y avoit du mouvement dans les
-faubourgs, et que dans ces occasions la garde nationale se rassembloit
-pour sa sûreté, comme la constitution le prescrivoit.
-
-Lors de l'évasion du 20 juin, n'est-ce pas vous qui avez emmené les
-enfants?
-
-Non, je suis sortie seule.
-
-Avez-vous un défenseur ou voulez-vous en nommer un?
-
-Je n'en connois pas.--Pourquoi lui avons nommé le citoyen Chauveau
-pour conseil.
-
-Lecture du présent interrogatoire, a persisté et a signé avec nous et
-notre greffier.
-
-[Illustration: Signatures.]
-
-Le lecteur doit remarquer que la signature de Madame Élisabeth est ici
-telle qu'elle se trouve dans tous les actes de sa vie. Ses
-interrogateurs n'exigèrent point d'elle, à ce qu'il paraît, d'y
-ajouter ce nom de Capet que la Révolution avoit inventé pour les
-Bourbons, s'imaginant que c'étoit le nom du chef de leur race.
-
-Après avoir mis sa signature au bas de chaque page de cet
-interrogatoire, Élisabeth-Marie fut ramenée dans sa prison. Elle ne se
-faisait aucune illusion sur le sort qui lui était réservé, et elle ne
-songea plus qu'à paraître, non pas devant ses juges de la terre, car
-elle n'avait rien à attendre de ceux-là que la fin de ses tourments,
-mais devant le Juge tout-puissant dont elle espérait sa récompense.
-Elle savait qu'elle eût en vain réclamé l'assistance d'un prêtre
-catholique non assermenté, et elle ne voulut point perdre quelques
-minutes à implorer une faveur qui avait été accordée au Roi son frère,
-mais qui depuis un an eût été regardée comme un crime. Elle se
-résigna, offrit directement au Seigneur miséricordieux le sacrifice de
-sa vie, et puisa dans sa foi vive la force dont elle avait besoin pour
-l'accomplir dignement.
-
-
-
-
-LIVRE ONZIÈME.
-
-MEURTRE DE MADAME ÉLISABETH.
-
- «Le ciel est mon trône, et la terre est mon marchepied.»
-
- _Actes des Apôtres_, chap. VIII, v. 49.
-
- La Conciergerie au mois de mars 1793. -- Ce qu'elle était au mois
- de mai 1794. -- Madame de la Fayette. -- Haly, concierge de la
- prison du collége du Plessis. -- Paroles de Fouquier. --
- Chauveau-Lagarde demande à voir Madame Élisabeth: refus de
- l'accusateur public, sous le prétexte qu'elle ne sera pas jugée
- de sitôt. -- Poussé par une anxiété instinctive, Chauveau-Lagarde
- entre le lendemain dans la salle des assises, et aperçoit Madame
- Élisabeth au premier rang des accusés. -- Leur interrogatoire. --
- Le _Moniteur_ n'a point dit qu'Élisabeth fut défendue; elle le
- fut pourtant, bien qu'elle ne l'eût pas demandé et qu'elle
- s'inquiétât peu de l'être. -- Résumé des débats; questions posées
- par le président; verdict des jurés; arrêt de mort. -- Parmi les
- vingt-cinq condamnés, on signale une femme enceinte; Madame
- Élisabeth fait avertir les juges, et la sauve. -- Paroles de
- Fouquier au président; réponse de Dumas. -- Les condamnés sont
- conduits dans la salle des apprêts suprêmes. -- Influence
- qu'exerce sur eux Madame Élisabeth; consolations qu'elle leur
- prodigue; courage qu'elle leur inspire. -- Madame de Sénozan. --
- MM. de Montmorin et Bullier. -- M. de Brienne, ancien ministre de
- la guerre et maire de Brienne; paroles que lui adresse Madame
- Élisabeth. -- Désespoir de madame de Montmorin, puis sa
- résignation. -- Madame de Crussol d'Amboise. -- Grande
- satisfaction de Madame Élisabeth: tous ses compagnons d'infortune
- font résolûment à Dieu le sacrifice de leur vie. -- Dernier
- appel. -- Madame Élisabeth assise sur la charrette à côté de
- mesdames de Sénozan et de Crussol. -- A la descente du pont Neuf,
- le mouchoir qui couvre la tête de Madame Élisabeth tombe aux
- pieds du bourreau. -- Arrivé à la place de la Révolution,
- celui-ci lui tend la main comme pour l'aider à descendre;
- Élisabeth détourne la tête. -- Devant l'échafaud, nul ne
- défaillit. -- Madame de Crussol appelée la première. -- Comment,
- dans ce dernier moment, Élisabeth apprend que la Reine n'existe
- plus. -- Madame Élisabeth immolée la dernière. -- Son corps est
- jeté dans un panier avec les autres cadavres, et sa tête avec les
- autres têtes dans un second panier. -- La charrette se met en
- marche. -- Rues du Rocher et d'Errancis, barrière de Monceaux,
- _Clos du Christ_. -- Fournées précédentes d'Hébert et des
- hébertistes, de Danton et des quatorze compagnons de mort que son
- généreux ami Robespierre lui avait donnés, _de la conspiration
- des prisons_, puis enfin de Malesherbes et de ses enfants. -- Le
- cadavre de Madame Élisabeth et les vingt-trois autres sont mis à
- nu et inhumés ensemble dans une fosse de douze à quinze pieds de
- largeur et autant de longueur. -- Douleur que produit en Europe
- le meurtre de Madame Élisabeth, et particulièrement à Turin et au
- château de Wartegg, près Rorschach, où vivait retirée la famille
- de Bombelles. -- Madame de Raigecourt adresse ses respectueuses
- condoléances à la jeune Marie-Thérèse; réponse de celle-ci. --
- Lettre du comte de Provence à madame des Montiers. -- La commune
- révolutionnaire de Versailles s'emparant de la maison Élisabeth,
- Jacques et Marie, mis en prison, y sont oubliés. -- Leur misère
- éveille la pitié des magistrats; leur détention est déclarée une
- injustice, mais aucune indemnité ne leur est attribuée. --
- Retirés à Bulle, ils y passent en paix une quarantaine d'années.
- -- Fondation d'une manufacture d'horlogerie dans la maison de
- Montreuil. -- L'entreprise demeure sans succès.
-
-
-On se ferait difficilement une idée de ce qu'étaient les prisons de
-Paris pendant la révolution. Déjà, dans un _Rapport au ministre de
-l'intérieur sur l'état des prisons de la Conciergerie_, à la date du
-17 mars 1793, le citoyen Grandpré s'exprimait ainsi:
-
-«Je viens de faire une nouvelle visite des prisons de la Conciergerie.
-L'impression horrible que j'ai éprouvée à la vue des malheureux
-amoncelés dans cette affreuse demeure est inexprimable, et je ne puis
-concevoir encore la barbarie des officiers de police chargés de la
-surveiller et l'insouciance des tribunaux à absoudre ou condamner les
-accusés. Toutes les prisons ont été vidées à l'époque à jamais
-exécrable des 2 et 3 septembre dernier. Cependant elles contiennent
-aujourd'hui 950 individus. Il y en a 320 à l'hôtel de la Force, 44 à
-Sainte-Pélagie, 206 à Bicêtre, et 380 à la Conciergerie. Cette
-dernière prison, qui, par sa position près du tribunal criminel, a
-toujours été destinée pour les criminels, et qui ne devroit être
-considérée, d'après la nouvelle organisation, que comme maison de
-justice, sert cependant tout à la fois de maison d'arrêt, de maison de
-justice et de force. Il faut toute la surveillance et tout le
-dévouement d'un concierge incorruptible et de guichetiers éprouvés
-tels que ceux qui en ont la garde, pour qu'il n'y arrive pas chaque
-jour des événements sans nombre et des évasions multipliées, comme
-cela arrive journellement dans presque tous les départements. J'y ai
-vu une trentaine d'hommes et femmes condamnés à mort, qui tous se sont
-pourvus en cassation, dont les procès languissent, et qui emploient
-tout le temps qu'on leur laisse à faire toutes sortes de tentatives
-soit pour attenter à leur vie, soit pour opérer un soulèvement au
-dehors ou même au dedans; et leur rassemblement prodigieux, en leur
-montrant leur force, fait craindre à tout moment que leurs projets ne
-réussissent. Ce qui contribue plus à les désespérer et à leur faire
-tout entreprendre, c'est l'inhumanité avec laquelle on les entasse
-dans la même chambre et les tourments incalculables qu'ils éprouvent
-pendant la nuit. Je les ai visitées à l'ouverture, et je ne connois
-point d'expression assez forte pour peindre le sentiment d'horreur que
-j'ai éprouvé en voyant dans une seule pièce 26 hommes rassemblés,
-couchés sur 21 paillasses, respirant l'air le plus infect, et couverts
-de lambeaux à moitié pourris; dans une autre, 45 hommes entassés sur
-10 grabats; dans une troisième, 38 moribonds pressés sur 9 couchettes;
-dans une quatrième, très-petite, 14 hommes ne pouvant trouver de place
-dans 4 cases; enfin, dans une cinquième, sixième et septième pièce, 85
-malheureux se froissant les uns les autres pour pouvoir s'étendre sur
-16 paillasses remplies de vermine, et ne pouvant tous trouver le moyen
-de poser leur tête. Un pareil spectacle m'a fait reculer d'épouvante,
-et je frissonne encore en voulant en donner une idée. Les femmes sont
-traitées de la même manière. 54 d'entre elles sont forcées de se
-coucher sur 19 paillasses ou de se relayer alternativement pour rester
-debout et ne pas étouffer en se mettant les unes sur les autres. Il y
-a dans cette maison 47 hommes et 12 femmes qui ont le privilége d'être
-à la pension et de coucher dans des lits séparés. Cette distinction
-m'a paru barbare, injuste et injurieuse à l'humanité. La loi qui
-distribue le pain également entre chaque détenu ne peut avoir eu
-l'intention de donner à l'homme aisé un asile commode et de mettre
-l'indigent dans un tombeau. Toute inégalité doit disparoître devant
-elle. De quelque état ou condition qu'ils soient, elle voit les
-accusés du même oeil, et leur promet à tous le même traitement
-jusqu'à l'instant de leur jugement. Mais la justice semble endormie;
-ses oracles ne se rendent plus, ou le peu qui lui échappent sont sans
-effet, au moyen du tribunal de cassation, où l'appel en est porté, et
-où les affaires restent en suspens. Cependant les prisons s'engorgent
-chaque jour: presque aucun prisonnier n'en sort; un grand nombre y
-arrive sans cesse; au milieu de cette effroyable quantité, le juré
-d'accusation se tait, ou ne se livre que négligemment à des fonctions
-dont le terme trop éloigné l'effarouche; il choisit les individus dont
-il veut s'occuper de préférence, et des malheureux arrêtés depuis
-plusieurs mois ont la douleur de n'avoir pas encore été interrogés: il
-y en a dans ce cas 34, dont j'indique les noms et la date de
-l'arrestation dans un tableau joint au présent rapport.
-
-»Je dois encore appeler l'attention du ministre sur le sort d'un assez
-grand nombre de malheureux échappés au carnage du mois de septembre,
-et réintégrés depuis dans les prisons, en vertu d'ordres la plupart
-arbitraires et sans cause. La crise perpétuelle où se trouve la
-République, les mouvemens intérieurs et fréquents qui en sont la
-suite, les bruits qu'on ne cesse de répandre d'un nouveau massacre,
-l'image toujours présente de celui qui s'est effectué sous leurs yeux,
-jettent la terreur dans l'âme de ces infortunés; ils souffrent mille
-morts chaque jour et maudissent le moment qui ne leur a sauvé la vie
-que pour les livrer de nouveau au supplice journalier d'une
-incertitude cent fois plus cruelle que tous les genres de mort
-possibles. Regardera-t-on comme une absolution de leurs fautes
-l'épreuve à laquelle ils ont été soumis aux journées de septembre et
-la liberté qui leur a été accordée? C'est une question que le ministre
-Roland a soumise le 16 novembre au ministre de la justice, et sur
-laquelle il seroit important de prononcer. Il n'y a pas de délit qui
-ne doive être effacé pour des gens qui ont été plusieurs jours sous le
-couteau, et la situation pénible où ils se retrouvent en ce moment,
-et dans laquelle ils sont depuis plusieurs mois, les met sans doute
-dans le cas de l'indulgence.
-
- »Paris, le 17 mars 1793, l'an II de la République française.
- »GRANDPRÉ.»
-
- * * * * *
-
-Les choses ne se passaient plus ainsi en mai 1794. La justice n'était
-plus endormie, pour nous servir des termes du rapport qu'on vient de
-lire. Les inquiétudes de l'attente étaient épargnées au suspect et les
-longues terreurs au condamné. Les prisons se remplissaient chaque
-jour, mais chaque jour elles étaient vidées par le bourreau.
-
-Un prisonnier de 1794 nous a laissé la description de la Conciergerie
-telle qu'elle était à cette époque:
-
-«La première entrée, dit-il, est fermée de deux guichets[95]. Ces deux
-guichets sont à peu près à trois pieds l'un de l'autre. Ils sont tenus
-chacun par un porte-clefs. Tous les porte-clefs ne sont pas admis
-indistinctement à l'honneur de ces premiers guichets: on choisit les
-plus vigoureux et ceux qui ont le coup d'oeil plus subtil. Il faut,
-disent-ils, avoir de la tête pour de pareilles fonctions. Aussi les
-postulants attendent-ils quelquefois longtemps. Un bouquet placé
-au-dessus de la porte annonce une nouvelle promotion. Le promu se fait
-coiffer ce jour-là par un perruquier, met ses plus beaux habits. Son
-air satisfait et capable annonce qu'il sent sa dignité et qu'il n'est
-pas au-dessous du choix dont on l'a honoré. Le soir, les flots de vin
-redoublent et terminent un si beau jour.
-
-[Note 95: On appelle guichet une petite porte haute d'environ trois
-pieds et demi, pratiquée dans une porte plus grande. Lorsqu'on entre,
-il faut en même temps hausser le pied et baisser considérablement la
-tête, de manière que si on ne se casse pas le nez sur son genou, on
-court risque de se fendre le crâne contre la pièce de traverse de la
-grande porte, ce qui est arrivé plus d'une fois. On appelle aussi
-guichet la première pièce d'entrée.]
-
-»Dans la première pièce, appelée guichet, au bout d'une grande table,
-sur un fauteuil, est le gouverneur de la maison, ou bien la respectable
-moitié de lui-même, ou bien le plus ancien des porte-clefs, qui les
-représente en ce cas. Ces gouverneurs-là sont devenus, par le temps où
-nous sommes, des personnages très-considérables. Les parents, amis ou
-amies des prisonniers, font ordinairement une cour très-assidue au
-concierge Richard pour se faire entr'ouvrir un guichet. On le salue
-profondément; quand il est de bonne humeur, il sourit; quand au
-contraire il est morose, il fronce le sourcil; c'est Jupiter qui fait
-trembler l'Olympe d'un coup d'oeil. Aussi les prisonniers ont-ils
-toujours l'attention d'épier ses bons moments, et alors on s'évertue à
-présenter humblement le placet.
-
-»C'est de ce fauteuil qu'émanent les ordres pour la police de la
-maison. C'est à ce fauteuil que sont évoquées les querelles des
-guichetiers entre eux et des guichetiers avec les prisonniers. C'est à
-ce fauteuil que les malheureux détenus portent leurs humbles
-réclamations quand ils obtiennent la faveur d'y être admis. C'est de
-ce fauteuil que part quelquefois un regard de protection qui console,
-et souvent un coup d'oeil qui foudroie. Du reste, la femme Richard
-tient sa maison d'une manière étonnante: on n'a ni plus de mémoire, ni
-plus de présence d'esprit, ni une connoissance plus exacte des détails
-les plus minutieux.
-
-»Outre le concierge ou son représentant, il y a dans le guichet un
-ancien porte-clefs qui divague. C'est, sans qu'il y paroisse,
-l'inspecteur des personnes qui entrent ou qui sortent. Quand il a des
-distractions, on entend sortir du fauteuil ces vigilantes paroles:
-«_Allumez le miston!_» (_Allumez_, mot d'argot qui veut dire regarde
-sous le nez, _miston_, de l'individu.) Le guichetier les répète à ses
-camarades qui sont de service aux portes. Lorsqu'il entre un nouveau
-prisonnier, on recommande aux guichetiers d'_allumer le miston_, afin
-qu'il soit généralement connu et ne puisse se donner pour étranger.
-
-»A main gauche en entrant dans le guichet est le greffe. Cette pièce
-est partagée en deux par des barreaux. Une moitié est destinée aux
-écritures, l'autre moitié est le lieu où l'on dépose les condamnés;
-c'est là qu'ils ont quelquefois attendu trente-six heures le moment
-fatal où l'exécuteur des jugements criminels (que les guichetiers
-appellent dans leur langage _tôle_) leur fait subir les redoutables
-apprêts de leur supplice[96].»
-
-[Note 96: Nous reproduisons ici la continuation de ce récit, à la fin
-duquel on verra dans quel état tombaient les âmes qui n'étaient point
-soutenues par la force surnaturelle de la religion: elles se
-dissolvaient pour ainsi dire sous l'excès de la souffrance, et le
-sentiment moral, ce soleil des intelligences, s'y éteignait.
-
-«Du greffe, on entre de plain-pied, en ouvrant toutefois d'énormes
-portes, dans des cachots appelés _la Souricière_. Il faudroit plutôt
-les nommer _la Ratière_. Un citoyen nommé _Beauregard_, homme aussi
-honnête qu'aimable, acquitté par le tribunal révolutionnaire, fut mis
-à son arrivée dans ce cachot. Les rats lui mangèrent en différents
-endroits sa culotte, sans respect pour son derrière; nombre de
-prisonniers ont vu les trous, et il fut obligé de se couvrir toute la
-nuit la figure de ses mains pour sauver son nez et ses oreilles.
-
-»Le jour pénètre à peine dans ces cachots; les pailles dont se compose
-la litière des prisonniers, bientôt corrompues par le défaut d'air et
-par la puanteur des seaux (en terme de prison _griaches_) où les
-prisonniers font leurs besoins, exhalent une infection telle, que dans
-le greffe même on est empoisonné lorsqu'on ouvre les portes.
-
-»En face de la porte d'entrée est le guichet qui conduit à la cour des
-femmes, à l'infirmerie, et en général ce qu'on appelle, je ne sais
-pourquoi, _le côté des douze_. Nous y reviendrons.
-
-»A droite, sur deux angles, sont des fenêtres qui éclairent fort
-imparfaitement deux cabinets où couchent les guichetiers de garde
-pendant la nuit; c'est aussi dans ces cabinets qu'on dépose les femmes
-qui ont été condamnées à mort. Entre ces deux angles est un troisième
-guichet qui conduit au _préau_; c'est le côté le plus recommandable de
-cette prison et le mieux fait pour fixer le regard de l'observateur.
-Il faut pour y arriver franchir quatre guichets. On laisse à gauche la
-chapelle et la chambre du conseil, deux pièces également remplies de
-lits dans ces derniers temps; la seconde étoit occupée par la veuve de
-Capet.
-
-»Je n'entreprendrai point de décrire tous les lieux de cette vaste et
-dégoûtante enceinte. Je remarquerai seulement qu'à droite en entrant
-dans la cour, à l'extrémité d'une espèce de galerie, est une double
-porte, dont l'une entièrement de fer; que ces portes ferment le cachot
-surnommé _de la Bûche nationale_ depuis le massacre du mois de
-septembre 1792 (vieux style), et que l'on traverse ce cachot pour
-arriver dans les salles du palais, au moyen d'un obscur escalier
-dérobé et verrouillé dans deux ou trois endroits différents. Les
-prisonniers sont à la pistole, ou à la paille, ou dans les cachots.
-Ces prisonniers ont un régime différent. Les cachots ne s'ouvrent que
-pour donner la nourriture, faire les visites et vider les _griaches_.
-Les chambres de la paille ne diffèrent des cachots qu'en ce que leurs
-malheureux habitants sont tenus d'en sortir entre huit et neuf heures
-du matin. On les fait rentrer environ une heure avant le soleil
-couché. Pendant la journée, les portes de leurs cachots sont fermées,
-et ils sont obligés de se morfondre dans la cour ou de s'entasser,
-s'il pleut, dans les galeries qui l'entourent, où ils sont infectés de
-l'odeur des urines, etc. Du reste, mêmes incommodités dans ces
-hideuses demeures; point d'air, des pailles pourries.
-
-»Entassés jusqu'à cinquante dans un même trou, le nez sur leurs
-ordures, ils se communiquent les maladies, les malpropretés dont ils
-sont accablés. Allez visiter les cachots qui sont pratiqués dans les
-grosses tours que vous voyez du quai de l'Horloge, ceux qu'on appelle
-_le grand César, Bonbec, Saint-Vincent, Bel-Air_, etc., et dites si la
-mort n'est pas préférable à un pareil séjour.
-
-»Ne croyez pas que les incommodités du logement soient les seules que
-les prisonniers aient à supporter; il faudroit pour juger jusqu'à
-quelle humiliation, jusqu'à quelle dégradation on peut réduire des
-hommes, il faudroit assister à la fermeture des portes et à l'appel
-nominal qui la précède. Figurez-vous trois ou quatre guichetiers
-ivres, avec une demi-douzaine de chiens en arrêt, tenant en main une
-liste incorrecte qu'ils ne peuvent lire. Ils appellent un nom,
-personne ne se reconnoît; ils jurent, tempêtent, menacent; ils
-appellent de nouveau, on s'explique, on les aide, on parvient enfin à
-comprendre qui ils ont voulu nommer. Ils font entrer en comptant le
-troupeau, ils se trompent; alors, avec une colère toujours croissante,
-ils ordonnent de sortir; on sort, on rentre, on se trompe encore, et
-ce n'est quelquefois qu'après trois ou quatre épreuves que leur vue
-brouillée parvient enfin à s'assurer que le nombre est complet.
-
-»Mais quel contraste! Est-ce une bizarrerie de la nature ou un effet
-de sa sagesse? La première lueur d'espérance, l'approche d'un plaisir
-dissipent en un instant les plus noirs chagrins, les plus cruelles
-inquiétudes, et la prison la plus hideuse, l'enfer va se changer en un
-temple de Gnide. Vous entendez dans la cour du préau un éternel
-bourdonnement, un murmure sombre et les cris effrayants des
-guichetiers; ils ont des voix terribles et qui semblent avoir été
-faites exprès. Rien n'est plus fatigant que ce bruit et ce spectacle,
-si vous pouvez y échapper pour revenir au principal guichet.
-
-»Après avoir franchi la première grille, j'ai déjà dit qu'il y en a
-quatre, vous vous trouvez dans une enceinte formée toute de barreaux
-de fer. Lorsque les communications avec l'extérieur subsistoient,
-c'est là que les prisonniers de ce côté voyoient leurs connoissances.
-Les femmes, dont la sensibilité, le courage plus résolu, l'âme plus
-compatissante, plus portée à secourir, à partager le malheur, les
-femmes étoient presque les seules qui osassent y pénétrer....
-
-»Le guichet d'entrée, occupé de même par les prisonniers du côté des
-douze, n'offroit pas un spectacle moins pittoresque. En effet, quoi de
-plus singulier pour l'oeil de l'observateur? des femmes et leurs
-maris, des maîtresses et leurs amants rangés sur des bancs contre les
-murs: les uns s'attendrissent, versent des larmes; d'autres, condamnés
-à mort, quelquefois chantent. Par une fenêtre de ces cabinets, on
-aperçoit sur un lit de douleur une malheureuse femme veillée par un
-gendarme, et qui attend, la pâleur sur le front, l'instant de son
-supplice. Des gendarmes remplissent les guichets; ceux-ci conduisent
-des prisonniers, dont on délie les mains, et que l'on précipite dans
-un cachot; ceux-là demandent d'autres prisonniers pour les transférer,
-les lient et les emmènent, tandis qu'un huissier, à l'oeil hagard, à
-la voix insolente, donne des ordres, se fâche, et se croit un héros
-parce qu'il insulte impunément à des malheureux qui ne peuvent lui
-répondre par des coups de bâton.
-
-»Il n'y a rien d'exagéré dans ce que je viens de dire, et plusieurs
-personnes qui sont venues ou ont vécu dans les prisons se rappelleront
-d'avoir vu tout cela dans le même moment.
-
-»J'ai dit que les chiens jouoient un grand rôle dans ces prisons;
-cependant un fait que j'ai entendu souvent raconter prouvera que leur
-fidélité n'est pas à toute épreuve. Parmi ces chiens, il en est un
-distingué par sa taille, sa force et son intelligence. Ce Cerbère se
-nomme _Ravage_. Il étoit chargé pendant la nuit de la garde de la cour
-du préau. Des prisonniers avoient, pour s'échapper, fait un trou (en
-argot, un _housard_); rien ne s'opposoit plus à leur dessein, sinon la
-vigilance de _Ravage_ et le bruit qu'il pourroit faire. _Ravage_ se
-tait; mais le lendemain matin, on s'aperçut qu'on lui avoit attaché à
-la queue un assignat de cent sous avec un petit billet où étoient
-écrits ces mots: _On peut corrompre Ravage avec un assignat de cent
-sous et un paquet de pieds de mouton_. Ravage promenant et publiant
-ainsi son infamie, fut un peu décontenancé par les attroupements qui
-se formèrent autour de lui et les éclats de rire qui partoient de tous
-côtés. Il en fut quitte, dit-on, pour cette petite humiliation et
-quelques heures de cachot.
-
-»Revenons au côté _des douze_. Ce côté a aussi une cour qu'occupent
-les femmes. La partie occupée par les hommes n'a d'autre promenade
-qu'un corridor obscur, dans lequel il faut tenir le jour le réverbère
-allumé, et un petit vestibule séparé de la cour des femmes par une
-grille. Les hommes peuvent parler aux femmes à travers cette grille,
-et plus d'une fois les tendres épanchements de l'amour y ont fait
-oublier aux malheureux l'horreur de leur demeure.
-
-»Les chambres des femmes sont aussi divisées en chambres à la pistole
-et en chambres à la paille. Les pistoles occupent le premier, les
-chambres des _pailleuses_[96-A] sont au rez-de-chaussée, derrière une
-arcade; elles sont obscures, humides, et aussi malsaines que
-malpropres. Le gouvernement devroit bien s'occuper de les rendre
-salubres, en n'oubliant jamais que l'innocence a été forcée de les
-habiter. Il faudroit aussi un régime qui ne tendît pas à dégrader les
-êtres qui y sont soumis.
-
-»Il n'y a de ce côté pour les hommes que des chambres a la pistole,
-c'est-à-dire que l'on paye le loyer des lits que l'on occupe. Il y a
-autant de lits dans une chambre qu'elle en peut contenir. On payoit
-d'abord pour un lit 27 livres 12 sous le premier mois et 22 livres 10
-sous les mois suivans. On a réduit ce loyer à 15 livres par mois. Le
-même lit a souvent rapporté plusieurs loyers en un mois[96-B]; aussi
-la Conciergerie est-elle le premier hôtel garni de Paris quant au
-produit.
-
-»L'un des grands inconvénients de ce côté étoit le voisinage de
-l'infirmerie; on y a longtemps vécu au milieu des fièvres les plus
-dangereuses. Les malades, entassés deux à deux sur de méchants
-grabats, étoient bien ce que la misère humaine peut offrir de plus
-déplorable: les médecins daignoient à peine les examiner; il sembloit
-qu'il y eût des coeurs faits pour s'endurcir à l'approche du malheur.
-Ils avoient une ou deux _ptisannes_ qui étoient, comme on dit, des
-selles à tous chevaux, et qu'ils appliquoient à toutes maladies,
-encore étoient-elles administrées avec une négligence vraiment
-impardonnable. C'étoit une chose curieuse de voir avec quel dédain et
-quelle suffisance ils faisoient leurs visites. Un jour, le docteur en
-chef s'approche d'un lit et tâte le pouls du malade. «Ah! dit-il, il
-est mieux qu'hier.--Oui, citoyen docteur, répond l'infirmier, il est
-beaucoup mieux, mais ce n'est pas le même; le malade d'hier est mort,
-et celui-ci a pris sa place.--Ah! c'est différent; eh bien, qu'on
-fasse la _ptisanne_.»
-
-»Cette anecdote en rappelle une autre qui eut lieu à peu près dans le
-même temps. On se souvient peut-être d'un individu qui se faisoit
-appeler _Marat-Mauger_, commissaire du pouvoir exécutif à Nancy et
-dans le département de la Meurthe, dénoncé comme ayant usé envers les
-citoyens de toutes sortes de vexations. Ce Mauger donna l'exemple le
-plus terrible de la manière dont un coquin peut être tourmenté par les
-remords. Il rappela les fureurs d'Oreste, et Le Kain auroit pu trouver
-en lui un modèle. Attaqué d'une fièvre très-violente, il se levoit sur
-son lit, et là, avec des convulsions vraiment effrayantes, et d'une
-voix épouvantée, il s'écrioit: «_Voyez-vous dans les ombres de ces
-voûtes la main de mon frère? Il écrit en lettres de sang: Tu as mérité
-la mort!_» Il périt en effet au milieu des transports de cette
-frénésie[96-C].
-
-»Il régnoit parmi les prisonniers de ce côté un genre de courage et de
-gaieté vraiment remarquable; on ne se fera jamais une idée juste d'une
-existence semblable: aussi je n'entreprendrai pas de la dépeindre; je
-me contenterai de citer quelques passages de deux lettres de l'un de
-ces prisonniers à un ami, et que celui-ci a bien voulu me communiquer:
-
-«....... Si je vois avec quelque sang-froid le moment où je perdrois
-la vie, je le dois surtout au spectacle qui se renouvelle à chaque
-instant dans cette maison; elle est l'antichambre de la mort. Nous
-vivons avec elle. On soupe, on rit avec des compagnons d'infortune;
-l'arrêt fatal est dans leur poche. On les appelle le lendemain au
-tribunal; quelques heures après nous apprenons leur condamnation; ils
-nous font faire leurs compliments en nous assurant de leur courage.
-Notre train de vie ne change point pour cela; c'est un mélange
-d'horreur sur ce que nous voyons et d'une gaieté en quelque sorte
-féroce, car nous plaisantons souvent sur les objets les plus
-effrayants, au point que nous démontrions tous les jours à un nouvel
-arrivé de quelle manière cela se fait, par le moyen d'une chaise à qui
-nous faisions faire la bascule. Tiens, dans ce moment, en voici un qui
-chante:
-
- Quand ils m'auront guillotiné,
- Je n'aurai plus besoin de né.
-
-»Je dois t'ajouter, pour te prouver combien nous avons de moyens de
-nous endurcir, qu'une malheureuse femme condamnée vient de me faire
-appeler: «_La source de mes larmes est tarie, m'a-t-elle dit, il ne
-m'en est pas échappé une depuis hier soir. La plus sensible des femmes
-n'est plus susceptible d'aucun sentiment; les affections qui faisoient
-le bonheur de ma vie ont perdu toute leur force. Je ne regrette rien,
-et je vois avec indifférence le moment de ma mort._»
-
-»Cette femme est madame _Lariolette de Tournay_: elle dit avoir
-dépensé des sommes énormes pour la cause de la liberté; commissaires
-nationaux, généraux, officiers des armées françoises, ont été
-accueillis dans sa maison avec autant de distinction que de zèle. Elle
-attribue ses malheurs à son mari. Elle s'est fait peindre ces jours-ci
-la main appuyée sur une tête de mort; elle a dû lui envoyer ce
-portrait. L'allégorie est cruelle si le motif en est vrai!...
-
-»Les hommes sont trop méchants, trop inutilement atroces, et je ne
-regretterois pas une existence aussi pénible et qui ne me présente
-qu'un avenir encore plus affreux. Tu vas me croire fou; ma foi, non!
-
-»Je ne fus jamais si raisonnable; j'apprécie les choses ce qu'elles
-valent, et le plus grand bienfait de la nature (la vie, dont tu me
-parles dans une de tes lettres), me paroît à moi une corvée fort
-incommode, que la nature, si toutefois elle n'est pas une force
-aveugle, pouvoit épargner à des êtres qui n'ont pas même assez de
-raison pour apercevoir leurs sottises. Je suis si las de vivre parmi
-les hommes, que je ne serois pas fâché de les quitter. J'ai déjà,
-comme je t'ai dit, essayé l'épreuve; c'est le moment de véritable
-calme que j'aie goûté depuis que je suis ici, etc...»
-
-»C'étoit une chose touchante de voir un nombre de prisonniers prévenus
-de délits contre la patrie ne respirer cependant que pour elle et pour
-sa liberté.»]
-
-[Note 96-A: On appelle _pailleux_ et _pailleuses_ ceux et celles qui,
-n'ayant pas de moyen de payer le loyer d'un lit, sont obligés de
-coucher sur la paille.]
-
-[Note 96-B: Dans les derniers temps de la tyrannie de Robespierre,
-lorsque le tribunal envoyait les victimes à la mort par charretées,
-quarante ou cinquante lits étaient occupés tous les jours par de
-nouveaux hôtes qui payaient quinze livres pour une nuit, ce qui
-donnait par mois un produit de dix-huit à vingt-deux mille livres.]
-
-[Note 96-C: On honore sa mémoire de cette épitaphe:
-
- Dans un corps sale et pourri
- Gisait une âme épouvantable.
- Depuis ce matin, Dieu merci,
- Et l'âme et le corps sont au diable.]
-
-C'est dans cette pièce que Madame Élisabeth avait passé les deux
-heures qui avaient précédé son interrogatoire.
-
-Peut-être sera-t-on disposé à croire qu'entre cet interrogatoire et
-le jugement il y eut l'intervalle de temps nécessaire pour que
-l'accusée pût réunir ses moyens de défense. Ce serait mal connaître
-l'époque révolutionnaire que de céder à une pareille illusion. Madame
-de la Fayette[97], si admirable par le caractère aussi énergique que
-généreux qu'elle déploya au milieu de ces scènes d'horreur, raconte
-qu'ayant été transférée de la Force au collége du Plessis, Haly,
-concierge de cette dernière prison, lui dit un jour: «Je sors de chez
-Fouquier-Tinville; je l'ai trouvé étendu sur le tapis, pâle, anéanti;
-ses filles le caressoient et essuyoient la sueur de son front. Il me
-répondit lorsque je lui demandai ses ordres pour la liste du
-lendemain: «Laissez-moi, Haly, je n'y suffis pas; quel métier!» Puis,
-comme par instinct, il ajouta: «Voyez mon secrétaire; il m'en faut
-soixante, n'importe lesquels; qu'il les assortisse[98].»
-
-[Note 97: Madame de la Fayette, née Noailles, était un modèle de
-bienveillance, de piété et de dévouement conjugal. La journée du 15
-octobre 1795 fut un des plus beaux jours de sa vie. Ce jour-là, elle
-obtint la faveur de se constituer prisonnière avec ses deux filles
-dans les cachots d'Olmutz, auprès de son mari, dont elle partagea la
-captivité pendant deux ans.
-
-Elle mourut à Paris dans la nuit de Noël (25 décembre) 1807, et fut,
-selon son désir, inhumée à Picpus, funèbre asile qu'elle avait fondé
-avec sa soeur, la marquise de Montaigu. B.]
-
-[Note 98: _Les prisons en 1793_, par madame la comtesse DE BOHME, née
-de Girardin, 1 vol. in-8º, p. 130.]
-
-On le voit, c'est irrégulièrement et au hasard que l'on tuait dans ce
-temps-là. Aussi l'interrogatoire que nous avons donné plus haut n'est
-qu'une comédie dérisoire qui ne présente aucune garantie à
-l'innocence.
-
-On n'impute même à l'accusée aucun grief qui lui soit personnel. Elle
-est la soeur de Louis XVI, l'amie de Marie-Antoinette: voilà ses
-crimes. Si le tribunal est d'avance résolu à tuer la prévenue, la
-prévenue sait elle-même, à n'en pas douter, qu'elle n'a pas de justice
-à attendre du tribunal.
-
-Cependant quelqu'un, se disant autorisé par Madame Élisabeth, restée
-en réalité étrangère à cette démarche, était allé avertir M.
-Chauveau-Lagarde qu'il était désigné pour la défendre. Il se présenta
-aussitôt à la prison, afin de s'entretenir avec elle de son acte
-d'accusation. On ne lui permit point de lui parler. Il réclama près de
-Fouquier-Tinville, qui lui répondit: «Vous ne pouvez la voir
-aujourd'hui; rien ne presse: elle ne sera pas jugée de sitôt.»
-Cependant, malgré la fausse assertion de Fouquier, le procès de madame
-Élisabeth allait bientôt commencer. Je ne sais quel vague
-pressentiment, quelle appréhension et quelle anxiété douloureuse
-poussèrent le lendemain matin M. Chauveau-Lagarde dans la salle des
-assises. Quelle fut sa surprise lorsqu'il aperçut Madame Élisabeth,
-vêtue de blanc, environnée d'un grand nombre d'accusés, assise sur le
-haut des gradins, où on l'avait placée la première pour la mettre plus
-en évidence! Toute conférence avec elle lui était nécessairement
-interdite. Elle ignore même sans doute qu'un homme, dans cette
-enceinte, se lèvera pour la défendre. Parmi les personnes qu'on lui a
-associées, au nombre de vingt-quatre dans l'acte d'accusation, il en
-est quelques-unes qu'elle a quelquefois rencontrées à la cour: la
-marquise de Sénozan, soeur de Malesherbes; madame de Crussol
-d'Amboise; M. de Loménie, ancien ministre de la guerre, et madame de
-Montmorin, veuve de l'ancien ministre des affaires étrangères massacré
-à l'Abbaye le 2 septembre 1792. La soeur de Louis XVI était inconnue
-de presque tous les autres accusés. Cependant, dès le matin,
-quelqu'un, dans les corridors de la Conciergerie, ayant prononcé le
-nom d'Élisabeth, ce nom, du guichet au greffe, de la prison au préau,
-avait couru de bouche en bouche, et l'attention de tous les
-prisonniers s'était portée sur elle. La soeur de Louis XVI n'en fut
-pas troublée: toujours maîtresse d'elle-même, elle avait tant de
-sérénité et de sang-froid qu'elle en communiquait aux âmes les plus
-troublées: elle ne songeait qu'à donner des consolations, la paix du
-coeur et la grâce de Dieu à ces infortunes sans espoir, pour
-lesquelles toutes portes étaient fermées, excepté celle qui ouvrait du
-côté du ciel.
-
-Cependant René-François Dumas, président du tribunal, a ouvert
-l'audience; Gabriel Deliége et Antoine-Marie Maire, juges, sont assis
-à ses côtés.
-
-Gilbert Liendon, substitut de l'accusateur public, soutient
-l'accusation; Charles-Adrien Legris, greffier, rédige le
-procès-verbal.
-
-Les jurés, au nombre de quinze, sont les citoyens Trinchard, Laporte,
-Renaudin, Gravier, Brochet, Auvrest, Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyère,
-Prieur, Besnard, Fiévée, Sambat et Desboisseaux.
-
-Le président Dumas, s'adressant à Madame Élisabeth:
-
-Quel est votre nom?
-
-_R._ Élisabeth-Marie.
-
- * * * * *
-
-Le _Moniteur_ ne dit pas, mais un grand nombre de personnes présentes
-ont raconté qu'à cette première question Madame Élisabeth répondit:
-«Je me nomme Élisabeth-Marie de France, soeur de Louis XVI, tante de
-Louis XVII, votre Roi.» J'ai connu moi-même une personne digne de foi
-qui m'a assuré avoir entendu ces paroles, et j'ai l'intime conviction
-qu'elles ont été prononcées.
-
- * * * * *
-
-_D._ Votre âge?
-
-_R._ Trente ans.
-
-_D._ Où êtes-vous née?
-
-_R._ A Versailles.
-
-_D._ Où résidez-vous?
-
-_R._ A Paris.
-
-[Illustration: ACTE D'ACCUSATION.
-
-Antoine-Quentin Fouquier, Accusateur Public du Tribunal
-Révolutionnaire, établi à Paris par décret de la Convention nationale
-du 10 mars 1793, l'an deuxième de la République, sans aucun recours au
-Tribunal de cassation, en vertu du pouvoir à lui donné par l'article
-deux d'un autre décret de la Convention du 5 avril suivant, portant:
-«Que l'Accusateur Public dudit Tribunal est autorisé à faire arrêter,
-poursuivre et juger sur la dénonciation des autorités constituées ou
-des citoyens».
-
-Expose,]
-
-Le greffier donne lecture de l'acte d'accusation, dont la teneur
-suit[99]:
-
-[Note 99: Nous intercalons à cette page le commencement de ce factum,
-reproduisant en _fac-simile_ la pièce imprimée et remplie par
-l'écriture autographe de l'accusateur public.]
-
-«ANTOINE-QUENTIN FOUQUIER,
-
-»Accusateur public du Tribunal Révolutionnaire établi à Paris par
-décret de la Convention Nationale du 10 mars 1793, l'an deuxième de
-la République, sans aucun recours au Tribunal de cassation, en vertu
-du pouvoir à lui donné par l'article deux d'un autre décret de la
-Convention du 5 avril suivant, portant «que l'Accusateur public dudit
-Tribunal est autorisé à faire arrêter, poursuivre et juger, sur la
-dénonciation des autorités constituées ou des citoyens;»
-
-»Expose que, par différents arrêtés du comité de sûreté générale de la
-Convention, des comités révolutionnaires de différentes sections de
-Paris, du département de l'Yonne, et en vertu de mandats d'arrêt
-décernés par l'accusateur public, ont été traduits au Tribunal:
-
- 1º Marie Élisabeth Capet, soeur de Louis Capet, le dernier des
- tirans des Français, âgée de trente ans, née à Versailles;
-
- 2º Anne _Duwaes, veuve de L'aigle_, cy devant marquise, née à
- Keisnist, dans la campagne de Westphalie, demeurant à Montagne
- belair, cy devant Saint Germain en Laye, département de Seine et
- Oise, âgée de cinquante cinq ans;
-
- 3º Louis Bernardin Leneuf _Sourdeval_, âgé de soixante neuf ans,
- né à Caen, ex comte, demeurant actuellement à Chatou, département
- de Seine et Oise, avant demeurant dans le district de Caen,
- département du Calvados;
-
- 4º Anne Nicole _Lamoignon_, veuve du cy devant marquis de
- _Senozan_, âgée de soixante seize ans, né à Paris, y demeurant;
-
- 5º Claude Louise Angélique _Bersin_, femme séparée de corps et de
- biens, depuis huit ans, de _Crussol d'Amboise_, âgée de soixante
- et quatre ans, cy devant marquise, née à Paris, y demeurant;
-
- 6º Georges _Folloppe_, âgé de soixante quatre ans, officier
- municipal de la Commune de Paris et pharmacien, né à Écales Alix,
- près d'Yvetot, demeurant à Paris, rue et porte Honoré;
-
- 7º Denise _Buard_, fille, âgée de cinquante deux ans, vivant de
- son bien, née à Paris, y demeurant, rue Florentin, nº 674;
-
- 8º Louis Pierre Marcel _Letellier_, dit _Bullier_, âgé de 21 ans
- et demi, cy devant employé à l'habillement, né à Paris, y
- demeurant, rue Florentin, nº 674;
-
- 9º Charles _Cressy Champmilon_, âgé de trente trois ans, cy
- devant noble, ayant servi en qualité de sous lieutenant dans le
- cy devant régiment de vieille marine, natif de Courlon, près
- Sens, département de l'Yonne, depuis s'annonçant avoir fait le
- commerce;
-
- 10º Théodore _Hall_, âgé de vingt six ans, manufacturier et
- négotiant, natif de Sens, y demeurant, département de l'Yonne;
-
- 11º Alexandre François _Lomenie_, âgé de _trente_ six ans, né à
- Marseille, y demeurant, cy devant colonel du régiment des
- chasseurs, cy devant Champagne, qu'il a quitté en mil sept cent
- quatre vingt dix, ex comte, domicilie à Brienne, et arrêté à Sens
- en visite;
-
- 12º Louis Marie Athanase _Lomenie_, âgé de soixante quatre ans,
- né à Paris, ex ministre de la guerre, et depuis la révolution
- maire de Brienne[100];
-
-[Note 100: Nous possédons quelques pages écrites par lui à la hâte
-pour sa défense, et qu'on ne lui donna point le temps de lire devant
-le tribunal. Voir aux Pièces justificatives, nº VI.]
-
- 13º Antoine Hugues Calixte _Montmorin_, âgé de vingt deux ans, né
- à Versailles, sous lieutenant dans le cinquième régiment de
- chasseurs à cheval, grade dont il a donné sa démission le cinq
- septembre mil sept cent quatre vingt douze, demeurant à Passy,
- département de l'Yonne;
-
- 14º Jean Baptiste _Lhoste_, âgé de quarante sept ans, né à
- Forges, dans le cy devant Clermontois, agent de Serilly, dont il
- étoit le domestique, demeurant à Paris;
-
- 15º Martial _Lomenie_, ex coadjuteur de l'évêché du département
- de l'Yonne, âgé de trente ans, né à Marseille, demeurant à Sens,
- ex noble;
-
- 16º Antoine Jean François _Megret de Serilly_, âgé de quarante
- huit ans, né à Paris, cy devant trésorier général de la guerre
- jusqu'en mil sept cent quatre vingt sept, et cultivateur depuis
- mil sept cent quatre vingt neuf, demeurant à Passy, district de
- Sens, département (_sic_);
-
- 17º Antoine Jean Marie _Megret Détigny_, âgé de quarante six ans,
- né à Paris, cy devant sous aide major des cy devant gardes
- françaises, qu'il a quitté en mil sept cent quatre vingt sept, ex
- noble, demeurant à Sens, département de Lyonne;
-
- 18º Charles _Lomenie_, âgé de trente trois ans, né à Marseille,
- cy devant chevallier de Saint Louis et de Cincinnatus, domiciliée
- à Brienne, département de Laube.
-
- 19º Françoise Gabrielle _Taneffe_, veuve _Montmorin_, ex ministre
- des affaires étrangères, née à Chadrin, en Auvergne, département
- du Puy de Dôme, âgée de cinquante sept ans, demeurante, lors de
- son arrestation, à Passy, département de Lyonne, chez la nommée
- Serilly;
-
- 20º Anne Marie Charlotte _Lomenie_, divorcée de l'émigré Canizy,
- âgée de vingt neuf ans, née à Paris, domiciliée à Sens,
- département de Lyonne, et à Paris, rue Georges, section du
- Mont-Blanc, nº 18;
-
- 21. Marie Anne Catherine _Rosset_, âgée de quarante quatre ans,
- née à Rochefort, département de la Charente, femme de Charles
- Christophe Rossel-Cercy, officier de marine émigré, demeurant,
- lors de son arrestation, à Sens;
-
- 22. Élisabeth Jacqueline _Lhermitte_, femme de Rosset, âgée de
- soixante cinq ans, née à Paris, demeurant à Sens. Son mari cy
- devant lieutenant colonel des carabiniers, maréchal de camp, ex
- noble, émigré;
-
- 23. Louis Claude Lhermitte de Chambertrand, âgé de soixante ans,
- né à Sens, y demeurant, prêtre et ex chanoine de la cy devant
- cathédrale de Sens, ex noble;
-
- 24. Anne Marie Louise _Thomas, f{e} Serilly_, âgée de trente un
- ans, née à Paris, demeurant à Passy, département de Lyonne;
-
- 25. Et Jean Baptiste _Dubois_, âgé de quarante un ans, né à
- Merfy, district de Reims, département de la Marne, domestique
- d'Étigny, qui demeurait chez sa mère, vieille rue du Temple;
-
-»Que c'est à la famille des Capets que le peuple français doit tous
-les maux sous le poids desquels il a gémi pendant tant de siècles.
-
-»C'est au moment où l'excès de l'oppression a forcé le peuple de
-briser ses chaînes, que toute cette famille s'est réunie pour le
-plonger dans un esclavage plus cruel encore que celui dont il vouloit
-sortir. Les crimes de tous genres, les forfaits amoncelés de Capet, de
-la Messaline Antoinette, des deux frères Capet et d'Élisabeth, sont
-trop connus pour qu'il soit nécessaire d'en retracer ici l'horrible
-tableau. Ils sont écrits en caractères de sang dans les annalles de la
-révolution, et les atrocités inouies exercées par les barbares émigrés
-ou les sanguinaires satellites des despotes, les meurtres, les
-incendies, les ravages enfin, ces assassinats inconnus aux monstres
-les plus féroces, qu'ils commettent sur le territoire français, sont
-encore commandés par cette détestable famille, et pour livrer de
-nouveau une grande nation au despotisme et aux fureurs de quelques
-individus.
-
-»Élisabeth a partagé tous ses crimes: elle a coopéré à toutes les
-trames, à tous les complots formés par ses infâmes frères, par la
-scéleratte et impudique Antoinette, et toute la horde des
-conspirateurs qui s'étoient réunis autour d'eux; elle est associée à
-tous leurs projets; elle encourage les assassins de la patrie, les
-complots de juillet mil sept cent quatre vingt neuf, la conjuration du
-six octobre suivant, dont les Destaing et les Villeroy, et d'autres
-qui viennent d'être frappés du glaive de la loi, étoient les agents;
-enfin toute cette chaîne non interrompue de conspirations, pendant
-quatre ans entiers, ont été suivis et secondés de tous les moyens qui
-étoient au pouvoir d'Élisabeth. C'est elle qui, au mois de juin mil
-sept cent quatre vingt onze, fait passer les diamants, qui étoient une
-propriété nationale, a l'infâme d'Artois, son frère, pour le mettre en
-état d'exécuter les projets concertés avec lui, et soudoyer des
-assassins contre la patrie: c'est elle qui entretient avec son autre
-frère, devenu aujourdhuy l'objet de la dérision, du mépris des
-despotes coalisés chez lesquels il est allé déposer son imbécille et
-lourde nullité, la correspondance la plus active; c'est elle qui
-vouloit, par l'orgueil et le dédain le plus insultant, avilir et
-humilier les hommes libres qui consacroient leur temps à garder leur
-tyran; c'est elle enfin qui prodiguoit des soins aux assassins envoyés
-aux Champs élisées par le despote provoquer les braves Marseillois, et
-pansoit les blessures qu'ils avoient reçues dans leur fuite
-précipitée.
-
-»Élisabeth avoit médité avec Capet et Antoinette le massacre des
-citoyens de Paris dans l'immortelle journée du dix aoust. Elle
-veilloit dans l'espoir d'être témoin de ce carnage nocturne. Elle
-aidoit la barbare Antoinette a mordre des balles, et encourageoit par
-ses discours des jeunes personnes que des prêtres fanatiques avoient
-conduites au château pour cette horrible occupation. Enfin, trompée
-dans l'espoir que toute cette horde de conspirateurs avoit que tous
-les citoyens se présenteroient pendant la nuit pour renverser la
-tyrannie, elle fuit au jour avec le tyran et sa femme, et va attendre
-dans le temple de la souveraineté nationale que la horde d'esclaves
-soudoyés et dévoués aux forfaits de cette cour parricide aye noyé dans
-le sang des citoyens la liberté, et lui aye fourni les moyens
-d'égorger ensuite ces représentants, au milieu desquels ils avoient
-été chercher un asile.
-
-»Enfin on l'a vu, depuis le supplice mérité du plus coupable des
-tyrans qui ait déshonoré la nature humaine, provoquer le
-rétablissement de la tyrannie en prodiguant avec Antoinette au fils de
-Capet les hommages de la royauté et les prétendus honneurs du
-throne[101].»
-
-[Note 101: Voir, p. 205, la liste des coaccusés de Madame Élisabeth.]
-
- * * * * *
-
-En vérité, on se demande si l'on rêve quand on lit ce libelle de
-Fouquier, où les arguments sont des sophismes, où les épithètes sont
-des injures, où les faits relatés sont des mensonges. Mais on se
-souvient que si un tel accusateur pouvait les imaginer, et si un tel
-tribunal était digne de les entendre, Madame Élisabeth aussi était
-capable de les pardonner.
-
- * * * * *
-
- _Procès-verbal de la séance du tribunal révolutionnaire, établi
- par la loi du 10 mars 1793, et en vertu de la loi du 5 avril de
- la même année, séant à Paris, au palais de justice._
-
-Du vingt et un floréal de l'an second de la République françoise, dix
-heures du matin.
-
-L'audience ouverte au public, le tribunal, composé des citoyens
-René-François Dumas, président; Gabriel Deliége et Antoine-Marie
-Maire, juges; de Gilbert Lieudon, adjoint de l'accusateur public, et
-Charles-Adrien Legris, commis greffier.
-
-Sont entrés:
-
-Les citoyens Trinchard, Laporte, Renaudin, Gravier, Brochet, Auvrest,
-Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyer, Prieur, Besnard, Fiévée, Sambatz et
-Desboisseaux, jurés de jugement; ensuite ont été introduits à la
-barre, libres et sans fers, et placés de manière qu'ils étoient vus et
-entendus du tribunal et des auditeurs: Élisabeth Capet; Anne Duwaes,
-veuve de l'Aigle; Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval; Anne-Nicole
-Lamoignon, veuve Sénozan; Georges Foloppe, Denise Buard,
-Louis-Pierre-Marcel Le Tellier, et dix-huit autres ci-après nommés,
-accusés; et aussi les citoyens Chauveau, la Fleutrie, Boutroux,
-Duchâteau, Julienne, Sezille, leurs conseils et défenseurs officieux,
-qui ont prêté le serment de n'employer que la vérité dans la défense
-des accusés, et de se comporter avec décence et modération; ensuite
-les témoins de l'accusateur public ont été pareillement introduits.
-
-Le président, en présence de tout l'auditoire, composé comme
-ci-dessus, a fait prêter auxdits jurés, à chacun individuellement, le
-serment suivant: «Citoyen, vous jurez et promettez d'examiner avec
-l'attention la plus scrupuleuse les charges portées contre les
-dénommés, accusés présents devant vous (ci-devant nommés), de ne
-communiquer avec personne jusqu'après votre déclaration; de n'écouter
-ni la haine ou la méchanceté, ni la crainte ou l'affection; de vous
-décider d'après les charges et moyens de défense, et suivant votre
-confiance et votre intime conviction, avec l'impartialité et la
-fermeté qui conviennent à un homme libre.» Après avoir prêté ledit
-serment, lesdits jurés se sont placés sur leurs siéges dans
-l'intérieur de l'auditoire, en face des accusés et des témoins.
-
-Le président a dit aux accusés qu'ils pouvoient s'asseoir; après quoi
-il leur a demandé leurs nom, âge, profession, demeure, et le lieu de
-leur naissance.
-
-A quoi ils ont répondu se nommer Élisabeth Capet, soeur de Louis
-Capet, dernier tyran des François, demeurant à Paris.
-
-2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, âgée de
-cinquante-cinq ans, née à Keisnith, en Allemagne, demeurant à la
-montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, département de
-Seine-et-Oise.
-
-3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, âgé de soixante-neuf ans, etc.
-
-[Suit la liste, voir page 205.]
-
-Le président a averti les accusés d'être attentifs à ce qu'ils
-alloient entendre, et il a ordonné au greffier de lire l'acte
-d'accusation. Le greffier a fait ladite lecture, ainsi que la loi
-relative aux faux témoins, à haute et intelligible voix. Le président
-a dit aux accusés: «Voilà de quoi vous êtes accusés; vous allez
-entendre les charges qui vont être produites contre vous.»
-
-Le témoin présenté par l'accusateur public et assigné à sa requête a
-été introduit en l'audience, et après avoir entendu la lecture faite
-par le greffier, s'est retiré.
-
-Le président a ensuite fait appeler le témoin pour faire sa
-déclaration, et avant de la faire il lui a fait prêter le serment
-suivant: «Tu jures et promets de parler sans haine, sans crainte, de
-dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité»; ensuite il lui a
-demandé s'il est parent, ami, allié, serviteur ou domestique des
-accusés ou de l'accusateur public; si c'est des accusés présents
-devant lui, qu'il lui a fait examiner, qu'il entend parler; s'il les
-connoissoit avant le fait qui a donné lieu à l'accusation, à quoi il a
-répondu de la manière et ainsi qu'il suit:
-
-La citoyenne Marie Bocage, femme Journaud, âgée de trente-trois ans,
-née à la montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye,
-domestique, demeurant audit lieu, connoît l'accusée veuve de l'Aigle;
-n'est parente, dépose, etc.
-
-Le président fait les questions suivantes à Madame Élisabeth:
-
-Où étiez-vous dans les journées des 12, 13 et 14 juillet 1789,
-c'est-à-dire aux époques des premiers complots de la cour contre le
-peuple?
-
-J'étois dans le sein de ma famille. Je n'ai connu aucun des complots
-dont vous me parlez; ce sont des événements que j'étois loin de
-prévoir et de seconder.
-
-Lors de la fuite du tyran, votre frère, à Varennes, ne l'avez-vous pas
-accompagné?
-
-Tout m'ordonnoit de suivre mon frère, et je m'en suis fait un devoir
-dans cette occasion comme dans toute autre.
-
-N'avez-vous pas figuré dans l'orgie infâme et scandaleuse des gardes
-du corps, et n'avez-vous pas fait le tour de la table avec
-Marie-Antoinette pour faire répéter à chacun des convives le serment
-affreux d'exterminer les patriotes pour étouffer la liberté dans sa
-naissance et rétablir le trône chancelant?
-
-J'ignore absolument si l'orgie dont il s'agit a eu lieu, mais je
-déclare n'en avoir été aucunement instruite.
-
-Vous ne dites pas la vérité, et votre dénégation ne peut vous être
-d'aucune utilité, lorsqu'elle est démentie d'une part par la notoriété
-publique, et de l'autre par la vraisemblance qui persuade à tout homme
-sensé qu'une femme aussi intimement liée que vous l'étiez avec
-Marie-Antoinette, et par les liens du sang et par ceux de l'amitié la
-plus étroite, n'a pu se dispenser de partager ses machinations, d'en
-avoir eu communication et de les avoir favorisées de tout son pouvoir;
-vous avez nécessairement, d'accord avec la femme du tyran, provoqué le
-serment abominable prêté par les satellites de la cour, d'assassiner
-et anéantir la liberté dans son principe; vous avez également provoqué
-les outrages sanglants faits au signe précieux de la liberté, la
-cocarde tricolore, en la faisant fouler aux pieds par tous vos
-complices?
-
-J'ai déjà déclaré que tous ces laits m'étoient étrangers, je n'y dois
-point d'autre réponse.
-
-Où étiez-vous dans la journée du 10 août 1792?
-
-J'étois au château, ma résidence ordinaire et naturelle depuis quelque
-temps.
-
-N'avez-vous pas passé la nuit du 9 au 10 août dans la chambre de votre
-frère, et n'avez-vous pas eu avec lui des conférences secrètes qui
-vous ont expliqué le but, le motif de tous les mouvements et
-préparatifs qui se faisoient sous vos yeux?
-
-J'ai passé chez mon frère la nuit dont vous me parlez; jamais je ne
-l'ai quitté; il avoit beaucoup de confiance en moi, et cependant je
-n'ai rien remarqué dans sa conduite ni dans ses discours qui pût
-m'annoncer ce qui s'est passé depuis.
-
-Mais votre réponse blesse à la fois la vérité et la vraisemblance, et
-une femme comme vous, qui a manifesté dans tout le cours de la
-révolution une opposition aussi frappante au nouvel ordre de choses,
-ne peut être crue lorsqu'elle veut faire croire qu'elle ignore la
-cause des rassemblements de toute espèce qui se faisoient au château
-la veille du 10 août. Voudriez-vous nous dire ce qui vous a empêchée
-de vous coucher la nuit du 9 au 10 août?
-
-Je ne me suis pas couchée parce que les corps constitués étoient venus
-faire part à mon frère de l'agitation, de la fermentation des
-habitants de Paris, et des dangers qui pouvoient en résulter.
-
-Vous dissimulez en vain, surtout d'après les différents aveux de la
-femme Capet, qui vous a désignée comme ayant assisté à l'orgie des
-gardes du corps, comme l'ayant soutenue dans ses craintes et ses
-alarmes du 10 août sur les jours de Capet et de tout ce qui pouvoit
-l'intéresser. Mais ce que vous nieriez infructueusement, c'est la part
-active que vous avez prise à l'action qui s'est engagée entre les
-patriotes et les satellites de la tyrannie; c'est votre zèle et votre
-ardeur à servir les ennemis du peuple, à leur fournir des balles que
-vous preniez la peine de mâcher, comme devant être dirigées contre les
-patriotes, comme destinées à les moissonner. Ce sont les voeux bien
-publics que vous faisiez pour que la victoire demeurât au pouvoir des
-partisans de votre frère, les encouragements en tout genre que vous
-donniez aux assassins de la patrie: que répondez-vous à ces derniers
-faits?
-
-Tous ces faits qui me sont imputés sont autant d'indignités dont je
-suis bien loin de m'être souillée.
-
-Lors du voyage de Varennes, n'avez-vous pas fait précéder l'évasion
-honteuse du tyran de la soustraction des diamants dits de la couronne,
-appartenant alors à la nation, et ne les avez-vous pas envoyés à
-d'Artois?
-
-Ces diamants n'ont pas été envoyés à d'Artois; je me suis bornée à les
-déposer entre les mains d'une personne de confiance.
-
-Voudriez-vous désigner le dépositaire de ces diamants, nous le nommer?
-
-M. de Choiseul est celui que j'avois choisi pour recevoir ce dépôt.
-
-Que sont devenus les diamants que vous dites avoir confiés à Choiseul?
-
-J'ignore absolument quel a pu être le sort de ces diamants, n'ayant
-pas eu l'occasion de voir M. de Choiseul; je n'en ai point eu
-d'inquiétude et je ne m'en suis nullement occupée.
-
-Vous ne cessez d'en imposer sur toutes les interpellations qui vous
-sont faites, et singulièrement sur le fait des diamants; car un
-procès-verbal du 12 septembre 1792, bien rédigé en connoissance de
-cause par les représentants du peuple lors de l'affaire relative au
-vol de ces diamants, constate d'une manière sans réplique que ces
-diamants ont été envoyés à d'Artois. N'avez-vous pas entretenu des
-correspondances avec votre frère, le ci-devant Monsieur?
-
-Je ne me rappelle pas d'en avoir entretenu, surtout depuis qu'elles
-sont prohibées.
-
-N'avez-vous pas donné des soins en pansant vous-même les blessures des
-assassins envoyés aux Champs-Élysées par votre frère contre les braves
-Marseillois?
-
-Je n'ai jamais su que mon frère eût envoyé des assassins contre qui
-que ce soit; s'il m'est arrivé de donner des secours à quelques
-blessés, l'humanité seule a pu me conduire dans le pansement de leurs
-blessures; je n'ai point eu besoin de m'informer de la cause de leurs
-maux pour m'occuper de leur soulagement; je ne m'en fais pas un
-mérite, et je ne m'imagine pas que l'on puisse m'en faire un crime!
-
-Il est difficile d'accorder ces sentiments d'humanité dont vous vous
-parez avec cette joie cruelle que vous avez montrée en voyant couler
-des flots de sang dans la journée du 10 août. Tout nous autorise à
-croire que vous n'êtes humaine que pour les assassins du peuple, et
-que vous avez toute la férocité des animaux les plus sanguinaires pour
-les défenseurs de la liberté; loin de secourir ces derniers, vous
-provoquiez leur massacre par vos applaudissements; loin de désarmer
-les meurtriers du peuple, vous leur prodiguiez à pleines mains les
-instruments de la mort à l'aide desquels vous vous flattiez, vous et
-vos complices, de rétablir le despotisme et la tyrannie. Voilà
-l'humanité des dominateurs des nations, qui de tout temps ont sacrifié
-des millions d'hommes à leurs caprices, à leur ambition et à leur
-cupidité! L'accusée Élisabeth, dont le plan de défense est de nier
-tout ce qui est à sa charge, aura-t-elle la bonne foi de convenir
-qu'elle a bercé le petit Capet dans l'espoir de succéder au trône de
-son père, et qu'elle a ainsi provoqué la royauté?
-
-Je causois familièrement avec cet infortuné, qui m'étoit cher à plus
-d'un titre, et je lui administrois en conséquence les consolations qui
-me paroissoient capables de le dédommager de la perte de ceux qui lui
-avoient donné le jour.
-
-C'est convenir en d'autres termes que vous nourrissiez le petit Capet
-des projets de vengeance que vous et les vôtres n'avez cessé de former
-contre la liberté, et que vous vous flattiez de relever les débris
-d'un trône brisé en l'inondant du sang des patriotes!
-
- * * * * *
-
-Le président procède ensuite à l'interrogatoire des autres accusés,
-interrogatoire qui se borne à quelques questions insignifiantes. Le
-_Moniteur_, et après lui les historiens, ne font aucune mention des
-paroles du défenseur de Madame Élisabeth; et ce silence semblerait
-annoncer que Madame Élisabeth ne fut pas défendue. Cependant si le
-débat fut rapide, si tout rapport entre l'accusée et son défenseur a
-été matériellement interdit, il est notoire que Chauveau-Lagarde se
-leva après l'interrogatoire, et fit entendre une courte plaidoirie,
-dont il nous a donné lui-même la substance:
-
-«Je fis observer, dit-il, qu'il n'y avoit au procès qu'un protocole
-banal d'accusation, sans pièces, sans interrogatoire, sans témoins, et
-que par conséquent, là où il n'existoit aucun élément légal de
-conviction, il ne sauroit y avoir de conviction légale.
-
-»J'ajoutai qu'on ne pouvoit donc opposer à l'auguste accusée que ses
-réponses aux questions qu'on venoit de lui faire, puisque c'étoit dans
-ces réponses elles seules que tous les débats consistoient; mais que
-ces réponses elles-mêmes, loin de la condamner, devoient au contraire
-l'honorer à tous les yeux, puisqu'elles ne prouvoient rien autre chose
-que la bonté de son coeur et l'héroïsme de son amitié.
-
-»Puis, après avoir développé ces premières idées, je finis en disant
-qu'au lieu d'une défense je n'aurois plus à présenter pour Madame
-Élisabeth que son apologie; mais que dans l'impuissance où j'étois
-d'en trouver une qui fût digne d'elle, il ne me restoit plus qu'une
-seule observation à faire: c'est que la Princesse qui avoit été à la
-cour de France le plus parfait modèle de toutes les vertus ne pouvoit
-pas être l'ennemie des François.
-
-»Il est impossible de peindre la fureur avec laquelle Dumas
-m'apostropha, en me reprochant d'avoir eu _l'audace de parler_ de ce
-qu'il appeloit _les prétendues vertus de l'accusée, et d'avoir ainsi
-corrompu la morale publique_. Il fut aisé de s'apercevoir que Madame
-Élisabeth, qui jusqu'alors étoit restée calme et comme insensible à
-ses propres dangers, fut émue de ceux auxquels je venois de
-m'exposer.»
-
-Après que l'accusateur public et les défenseurs ont été entendus, le
-président déclare les débats fermés; il fait le résumé du procès, je
-dois dire des différents procès, car il y en avait autant que
-d'accusés; puis il remet au président du jury l'écrit suivant, servant
-de préambule à une question qui est uniformément la même pour chacun
-des accusés:
-
-«Il a existé des complots et conspirations formés par Capet, sa femme,
-sa famille, ses agents et ses complices, par suite desquels des
-provocations à la guerre extérieure de la part des tyrans coalisés, à
-la guerre civile dans l'intérieur, ont été formées, des secours en
-hommes et en argent ont été fournis aux ennemis, des troupes ont été
-rassemblées, des dispositions ont été faites, des chefs nommés pour
-assassiner le peuple, anéantir la liberté et rétablir le despotisme.
-
-»Anne-Élisabeth Capet est-elle complice de ces complots?»
-
-Les jurés, après quelques minutes de délibération, rentrent à la salle
-d'audience, et donnent une déclaration affirmative contre Madame
-Élisabeth et les autres accusés.
-
-Vu par le tribunal révolutionnaire l'acte d'accusation dressé par
-l'accusateur public près icelui,
-
-1. Contre Élisabeth Capet, soeur de Louis Capet, dernier tyran des
-François, née à Paris, y demeurant;
-
-2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, âgée de
-cinquante-cinq ans, née à Keisnith, en Allemagne, demeurant à la
-montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, département de
-Seine-et-Oise.
-
-3. Louis Bernardin Leneuf Sourdeval, etc....
-
-[Suit la liste des 25 accusés précédemment donnée.] et dont la teneur
-suit:
-
-Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public, etc., expose, etc.
-
-[Répétition de l'acte d'accusation.]
-
-L'ordonnance de prise de corps rendue par le tribunal ledit jour
-contre Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, Louis-Bernardin
-Leneuf Sourdeval, etc....
-
-[Suit la liste des 25 accusés.]
-
-Le procès-verbal d'écrou et remise de leurs personnes en la maison de
-justice de la Conciergerie, aussi du même jour; et la déclaration du
-juré du jugement faite individuellement et à haute et intelligible
-voix en l'audience publique du tribunal, portant «qu'il a existé des
-complots et conspirations formés par Capet, etc.»
-
-[Ici répétition de l'ordonnance de prise de corps rendue par le
-tribunal.]
-
-Qu'il est constant que
-
-Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle; Louis-Bernardin Leneuf
-Sourdeval, etc.,
-
-[Liste des 25.]
-
-sont convaincus d'être complices de ces complots;
-
-Le tribunal, après avoir entendu l'accusateur public sur l'application
-de la loi, condamne Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve _de l'Aigle_;
-Louis-Bernard _Leneuf Sourdeval_, Anne-Nicole _Lamoignon, veuve
-Sénozan_; Claude-Louise-Angélique _Bersin, femme Crussol d'Amboise_;
-Georges _Foloppe_, Denise _Buard_, Louis-Pierre-Marcel _Letellier,
-dit Bullier_; Charles _Cressy-Champmilon_, Théodore _Hall_,
-Alexandre-François _Loménie_, Louis-Marie-Athanase _Loménie_,
-Antoine-Hugues-Calixte _Montmorin_, Jean-Baptiste _l'Hoste_, Martial
-_Loménie_, Antoine-Jean-François _Mégret-Sérilly_, Antoine-Jean-Marie
-_Mégret-d'Étigny_, Charles _Loménie_, Françoise-Gabrielle _Taneff,
-veuve Montmorin_; Anne-Marie-Charlotte _Loménie, femme divorcée de
-l'émigré Canilly_; Marie-Anne-Catherine _Rosset, femme Rosset-Cercy_;
-Élisabeth Jacqueline _l'Hermite, femme Rosset_; Louis-Claude
-_l'Hermite-Chambertrand_; Anne-Marie-Louise _Thomas, femme
-Mégret-Sérilly_, et Jean-Baptiste _Dubois_, À LA PEINE DE MORT,
-conformément à l'article quatre de la première section du titre
-premier de la deuxième partie du Code pénal, dont a été fait lecture,
-et lequel est ainsi conçu: «Toute manoeuvre, toute intelligence avec
-les ennemis de la France tendant soit à faciliter leur entrée dans les
-dépendances de l'empire françois, soit à leur livrer des villes,
-forteresses, ports, vaisseaux, magasins ou arsenaux appartenant à la
-France, soit à leur fournir des secours en soldats, argent, vivres ou
-munitions, soit à favoriser d'une manière quelconque le progrès de
-leurs armes sur le territoire françois ou contre nos forces de terre
-ou de mer, soit à ébranler la fidélité des officiers, soldats et des
-autres citoyens envers la nation françoise, seront punis de mort», et
-encore en conformité de l'article deux de la seconde section du titre
-premier de la seconde partie du Code pénal, dont a été pareillement
-fait lecture, et lequel est ainsi conçu: «Toutes conspirations et
-complots tendant à troubler l'État par une guerre civile en armant les
-citoyens les uns contre les autres ou contre l'exercice de l'autorité
-légitime, seront punis de mort»;
-
-Déclare les biens desdits Élisabeth Capet, veuve de l'Aigle, Leneuf
-Sourdeval, etc.,
-
-[Suit la liste.]
-
-acquis à la République. En conséquence de l'article deux du titre
-deux de la loi du dix mars mil sept cent quatre-vingt-treize (vieux
-style), dont a été aussi fait lecture, et lequel est ainsi conçu: «Les
-biens de ceux qui seront condamnés à la peine de mort seront acquis à
-la République, sauf à pourvoir à la subsistance des veuves, enfants,
-s'ils n'ont pas de biens d'ailleurs»,
-
-Ordonne qu'à la diligence de l'accusateur public le présent jugement
-sera exécuté dans les vingt-quatre heures sur la place de la
-Révolution de cette ville, et qu'il sera imprimé, lu, publié et
-affiché dans toute l'étendue de la République.
-
-Fait et prononcé en l'audience publique du tribunal le vingt et unième
-jour de floréal, l'an deuxième de la République françoise une et
-indivisible, par les citoyens René-François Dumas, président; Gabriel
-Deliége et Antoine-Marie Maire, juges, qui ont signé le présent
-jugement avec le greffier.
-
-[Illustration: Signatures.]
-
-En conséquence, ils sont tous condamnés à mort. Comme nos lecteurs ont
-pu le remarquer, les noms de dix femmes figuraient dans l'acte
-d'accusation. Une d'elles, quoique enceinte, avait refusé de se
-soustraire, par sa déclaration, au sort commun. Madame Élisabeth fait
-avertir les juges, et la sauve[102].
-
-[Note 102: Cejourdhuy vingt un floréal, l'an deuxième de la
-République, sur l'avis à nous donné par l'accusateur public qu'une des
-condamnées par jugement du tribunal de cejourd'huy avoit des
-déclarations à faire, nous Pierre André Coffinhal, juge du tribunal,
-en présence de Michel Nicolas Gribauval, l'un des substituts de
-l'accusateur public, et assisté de Anne Ducray, commis greffier, nous
-sommes transporté au greffe de la maison d'arrêt de la Conciergerie,
-où nous avons mandé et fait venir par devant nous la nommée Anne Marie
-Louise Thomas, femme Serilly, âgée de trente un ans, condamnée à la
-peine de mort par jugement du tribunal de cejourdhuy, laquelle nous a
-déclaré quelle étoit enceinte d'environ six semaines, de laquelle
-déclaration lui avons donné acte; en conséquence et ouy l'accusateur
-public, disons quelle sera vue et visitée à l'instant par les
-officiers de santé assermentés près le tribunal, pour, après leur
-rapport sur l'état deladitte f{e} Serilly, être par l'accusateur
-public requis et par le tribunal ordonné ce qu'il appartiendra.
-
-De ce que dessus avons dressé le présent procès verbal, que nous avons
-signé avec laditte f{e} Serilly, l'accusateur public et le commis
-greffier.
-
- GRIBAUVAL, subst. DUCRAY. THOMAS SERILLY. COFFINHAL.
-
- * * * * *
-
-Nous, officiers de santé assermentés au tribunal criminel
-révolutionnaire, assiste de la citoyene Paquin, femme sage, pour le
-tribunal;
-
-Sur la réquisitoire de laqusateur publique, nous nous sommes
-transporte en la maison dite de la Conciergerie pour y voir et visiter
-la nomé Anne Marie Louise Thomas, femme Cerilly, condanné à mort
-cejourdhuy par jugement dudit tribunal, afin dy constater létat de
-grossesse de six semaine, conformément à sa déclaration.
-
-Après la visite la plus scrupuleuse tant des parties intérieures
-questerieure, nous avons trouvée le col de la matrice très bas et dure
-et gonflé, le ventre tendue et gonflé, les seins douloureux et peu
-élevé; nous ayant répondue sur les diférentes questions que nous lui
-avons faite sur son état, quel avoit éprouvé quelque uns des simptomes
-et accident qu'éprouvent ordinairements les femmes dans le
-commencement de leurs grossesse. Nous avons reconue que tout ces
-signes annonçoient bien un commencement de grossesse, que depuis près
-de deux mois elle n'avoit pas ses règles. Mais comme tout ces signes
-et simptomes souvent en imposent et ne sont pas sufisans pour porter
-un jugement définitif, nous renvoyons a un termes plus éloigné, qui
-est le cinquième mois, ou la nature n'y les simptomes ne peuvent plus
-en imposer. A Paris, ce vingt un floréal de l'an deux de la République
-françoise une et indivisible.
-
- PAQUIN, veuve PRIOUX. BAVARD.
-
- * * * * *
-
-_Tribunal révolutionnaire._
-
-Vu par le tribunal révolutionnaire établi par la loi du 10 mars 1793,
-sans recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des pouvoirs
-délégués au tribunal par la loi du cinq avril de la même année, séant
-au Palais de justice, à Paris, la déclaration faite par Anne Marie
-Louise Thomas, femme Serilly, le vingt-un floréal présent mois,
-l'ordonnance du tribunal étant ensuite; ensemble le rapport des
-officiers de santé et matrone assermentés; ensemble le réquisitoire de
-l'accusateur public; tout considéré,
-
-Le tribunal assemblé en la chambre du conseil, attendu l'incertitude
-sur l'état actuel de la femme Serilly, résultant du rapport des
-officiers de santé du tribunal, ordonne qu'il sera surcis à
-l'exécution du jugement dujourdhuy à l'égard de la femme Serilly,
-jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné.
-
-Fait et jugé en la chambre du conseil, le vingt deux floréal l'an
-deuxième de la République, par les citoyens Subleyrac, vice président,
-Denizot, Ardouin, Deliége et Maire, juges, qui ont signé le présent
-jugement avec le commis greffier.
-
- SUBLEYRAC.
- DENIZOT. A. M. MAIRE. ARDOUIN.
- DELIÉGE.
-
-_Nota_. Anne-Marie-Louise Thomas, femme Megret-Serilly, fut transférée
-à l'Évêché, d'où elle fut mise en liberté après le 9 thermidor. B.]
-
-Les mots de _peine de mort_ et d'_exécution dans les vingt-quatre
-heures_ avaient produit un léger mouvement sur les bancs où sont assis
-les accusés. Mais ces mots, Madame Élisabeth les a entendus sans
-changer de visage. Oublieuse d'elle-même, sa pensée, qui est toute en
-Dieu, se reporte sur ceux qu'on a associés à sa condamnation, et avec
-lesquels elle est ramenée pour quelques instants à la Conciergerie.
-
-Au moment où elle sortait du tribunal, Fouquier dit au président: «Il
-faut avouer cependant qu'elle n'a pas poussé une plainte.--De quoi se
-plaindroit-elle donc, Élisabeth de France[103]? répondit Dumas avec
-une gaieté ironique. Ne lui avons-nous pas formé aujourd'hui une cour
-d'aristocrates digne d'elle? Et rien ne l'empêchera de se croire
-encore dans les salons de Versailles quand elle va se voir, au pied de
-la sainte guillotine, entourée de toute cette fidèle noblesse[104].»
-
-[Note 103: Cette expression ironique _Élisabeth de France_ dans la
-bouche de Dumas, en rappelant la réponse qu'elle lui a faite elle-même
-quand il lui a demandé son nom, apporte, ce me semble, une grande
-force à l'opinion que j'ai émise plus haut. B.]
-
-[Note 104: Ces détails ont été affirmés par des membres du jury et par
-des spectateurs présents au jugement; M. Georges Duval, qui les tenait
-d'eux, les rapporte dans ses _Souvenirs thermidoriens_.]
-
-Ces vingt-quatre personnes marquées pour l'échafaud, défilant
-lentement sous de longues voûtes au milieu des spectateurs, qui, pour
-les voir passer, se rangent en haie avec une inconcevable avidité,
-sont conduites dans la salle des condamnés à mort pour y attendre le
-bourreau. Cette salle, longue, étroite, obscure, n'est séparée du
-greffe que par une porte et une cloison vitrées, et n'a pour tout
-mobilier que des bancs de bois adossés à la muraille.
-
-Réunie à ces infortunés, qu'elle regarde comme autant d'amis qui
-doivent l'accompagner au Ciel, Madame Élisabeth a bientôt pris au
-milieu d'eux la place qui lui appartient: elle leur parle avec un
-calme et une douceur inexprimables; elle domine leurs tortures morales
-par la sérénité de son regard, par la tranquillité de son maintien,
-par l'ascendant de sa parole. Telle nous l'avons vue à Versailles, à
-Montreuil, au milieu de ses amies dévouées qui faisaient le charme de
-sa vie, s'oubliant pour ne songer qu'à elles, prenant intérêt à tout
-ce qui les intéressait, et ne laissant jamais échapper l'occasion de
-jeter dans leur âme une de ces semences évangéliques que récolte le
-divin Moissonneur, telle nous la retrouvons dans ces dernières heures
-à la Conciergerie, au milieu des victimes qui doivent l'accompagner à
-l'échafaud, aussi douce, aussi aimable, aussi calme, mais le front
-déjà rayonnant de l'auréole de son martyre.
-
-Elle excite leur confiance en Celui qui couronne les épreuves
-supportées avec courage, les sacrifices saintement accomplis. Sous
-cette parole pénétrante, Madame de Sénozan, la plus âgée des
-vingt-cinq victimes, se rassure, et offre à Dieu le peu qui lui reste
-de vie avec la même facilité que MM. de Montmorin et Bullier, ces deux
-jeunes gens de vingt ans, font l'abandon des longues perspectives
-ouvertes devant eux dans le temps. M. de Loménie, ancien ministre de
-la guerre et maire de Brienne, que n'ont pu sauver les vives
-réclamations des communes voisines de cette ville, s'indignait avec
-une sorte d'exaltation, non pas d'être condamné, mais de se voir
-imputer à crime, par Fouquier, les témoignages d'affection et de
-gratitude que lui ont conquis les services rendus par lui à son
-département. Madame Élisabeth s'approche de lui, et lui dit avec
-douceur: «S'il est beau de mériter l'estime de ses concitoyens, croyez
-qu'il est encore plus beau de mériter la clémence de Dieu. Vous avez
-montré à vos compatriotes à faire le bien: vous leur montrerez comment
-on meurt quand on a la conscience en paix[105].»
-
-[Note 105: Nous devons ces détails au sieur Ferry, garçon de bureau
-(en 1825) au département des beaux-arts, qui les tenait du sieur
-Geoffroy, son oncle, gardien (en 1794) de la maison d'arrêt de la
-Folie-Renaud, lequel se trouvait à cette heure à la Conciergerie, où
-il venait, selon l'usage, faire le dépôt de la défroque des
-suppliciés.]
-
-Madame de Montmorin, dont presque toute la famille a été mise à mort
-par la révolution, ne peut se faire à l'idée de l'immolation de son
-fils; celui-ci la rassure avec le courage et la tendresse du
-dévouement filial. Le sacrifice exigé semble impossible à cette mère
-désespérée: «Je veux bien mourir, dit-elle en sanglotant, mais je ne
-puis le voir mourir.--Vous aimez votre fils, lui dit alors Madame
-Élisabeth, et vous ne voulez pas qu'il vous accompagne! Vous allez
-trouver les félicités du Ciel, et vous voulez qu'il demeure sur cette
-terre, où il n'y a aujourd'hui que tourments et douleurs!» Sous
-l'impression de ces paroles, le coeur de madame de Montmorin s'ouvre à
-un rayon d'extase; ses fibres se détendent, ses larmes coulent, et
-serrant avec transport son enfant dans ses bras: «Viens, viens,
-s'écrie-t-elle, nous monterons ensemble[106].»
-
-[Note 106: Une sainte fille du nom de _Marguerite_, au service de M.
-le marquis de Fenouil, et qui avait été jetée à la Conciergerie pour
-n'avoir point voulu déposer contre son maître, fut témoin de cette
-scène. Elle connaissait madame de Montmorin, dont son père infirme
-avait reçu plus d'un bienfait. Ayant appris en 1828 que Marguerite
-était au service de M. le marquis de la Suze, grand maréchal des logis
-du Roi, je demandai à la voir, et elle me raconta ces détails, que je
-suis heureux de consigner ici. B.]
-
-Les êtres les plus susceptibles de faiblesse dans le cours ordinaire
-de la vie bravent héroïquement la mort quand un grand sentiment les
-anime. La marquise de Crussol d'Amboise faisait habituellement coucher
-deux de ses femmes dans sa chambre: une araignée lui faisait peur;
-l'idée d'un péril même imaginaire la remplissait d'épouvante.
-L'exemple de Madame Élisabeth la transforme tout à coup: elle est
-calme au tribunal, dans la prison, devant la mort.
-
-L'émotion s'est communiquée à tous les condamnés. Madame Élisabeth
-leur apparaît, à cette heure terrible, illuminée du triple reflet du
-divin Maître; car devant ces coeurs brisés qui l'entouraient, elle
-manifeste la vérité qui éclaire, la douceur qui attire, la sainteté
-qui édifie.
-
-«On n'exige point de nous, dit-elle, comme des anciens martyrs, le
-sacrifice de nos croyances; on ne nous demande que l'abandon de notre
-misérable vie: faisons à Dieu ce faible sacrifice avec résignation.»
-Rien de plus propre à remuer profondément les âmes que ce souffle
-ardent de la foi qui domine le sentiment de la douleur. Jamais cette
-ferme et vivifiante espérance, dont l'Église a fait une vertu, jamais
-la charité, jamais le courage, n'ont inspiré des paroles plus tendres
-et plus héroïques. Quelle paupière ne se mouillerait au cri de cette
-belle âme qui console et qui relève tant d'âmes déchirées ou abattues!
-Élisabeth ne cherche point à combattre et à ne pas mourir, elle ne
-proteste pas contre l'iniquité des hommes, elle n'a pas un mot de
-regret, encore moins un mot de reproche: elle va vers Dieu avec
-confiance; elle ne veut pas y aller seule, elle entraîne ses
-compagnons, et leur montre les bras miséricordieux qui leur sont
-ouverts.
-
-Cette femme angélique rencontrait donc, dans ce dernier moment, un
-grand sujet de joie: elle avait ranimé des âmes endolories ou inertes;
-elle avait fait pénétrer la vigueur de la foi dans les défaillances de
-la nature. Elle avait fait de cette dernière heure d'agonie l'épreuve
-préparatoire du sacrifice; elle avait émoussé l'aiguillon de la mort,
-et fait poindre à des yeux déjà fermés au monde les lueurs anticipées
-de la délivrance.
-
-Le dernier appel se fait bientôt entendre. La toilette funèbre
-s'accomplit. Les portes de la prison s'ouvrent, et les charrettes du
-bourreau, que Barère appelait les _bières des vivants_, reçoivent les
-condamnés. Madame Élisabeth se trouve assise sur la même charrette que
-mesdames de Sénozan et de Crussol d'Amboise, et elle s'entretient avec
-elles pendant le trajet de la Conciergerie à la place Louis XV. Aux
-plaintes qui échappent à quelques-uns des condamnés, elle répond par
-de touchantes exhortations. À la descente du pont Neuf, rapporte un
-témoin oculaire, le mouchoir blanc qui couvre la tête de la Princesse
-se détache et tombe aux pieds de l'exécuteur, qui le ramasse. Dès ce
-moment, Madame Élisabeth, demeurée seule, tête nue, au milieu de ses
-compagnons d'infortune, attire par cela même tous les regards; et
-c'est ainsi que tant de personnes, qui, sans cette circonstance, ne
-l'eussent peut-être point remarquée, ont pu rendre témoignage du calme
-et de la sérénité de ses traits. On arrive à la place de la
-Révolution: Madame descend la première. Le bourreau, comme pour
-l'aider, lui tend la main. La princesse regarde de côté, et ne
-s'appuie pas sur cette main qui s'offre à elle. Les victimes avaient
-trouvé au pied de l'échafaud une banquette sur laquelle on les fit
-asseoir. On présume que cette attention inaccoutumée était due à un
-calcul de prudence: le gouvernement révolutionnaire avait craint,
-a-t-on dit, que la fournée étant considérable, il ne se trouvât
-quelques patients qu'une trop longue attente devant l'instrument de
-mort eût fait défaillir. Aucun ne défaillit[107]. Encouragé par la
-présence et le regard de la soeur de Louis XVI, chaque condamné s'est
-promis de se lever bravement à l'appel de son nom, et d'accomplir sa
-tache avec fermeté. Le premier nom prononcé par l'exécuteur est celui
-de madame de Crussol. Madame de Crussol se lève aussitôt, va
-s'incliner devant Madame Élisabeth, et témoignant hautement le respect
-et l'amour que la princesse lui inspire, elle lui demande la
-permission de l'embrasser. «Bien volontiers, et de tout mon coeur»,
-lui dit Madame Élisabeth avec cette expression d'affabilité qui lui
-était si naturelle; et la royale victime avançant son visage, lui
-donne le baiser d'adieu, de supplice et de gloire[108]. Toutes les
-femmes qui suivirent obtinrent le même témoignage d'affection. Elles
-montèrent ainsi à l'échafaud, sacrées par cet angélique baiser, qui
-rappelle les actes des martyrs, pour la bienheureuse immortalité. Les
-hommes s'honorèrent aussi de leur respect pour Madame Élisabeth, en
-allant, chacun à son tour, courber devant elle la tête qui, une minute
-après, tombait sous le couperet de la guillotine. Déjà plusieurs têtes
-étaient tombées, lorsqu'un homme de la lie du peuple, curieux de
-savoir quelle était la personne qu'on saluait ainsi, parvint à
-apercevoir sa figure, et reconnut Madame Élisabeth. «On a beau lui
-faire des salamalecs, dit-il avec une expression cynique, la voilà
-f..... comme l'Autrichienne.» Cet homme était assez près du banc pour
-que sa parole y fût entendue. Madame Élisabeth, qui n'avait que de
-vagues soupçons sur le meurtre de la Reine, bénit le Ciel en apprenant
-qu'elle avait cessé de souffrir et qu'elle allait la retrouver au sein
-de Dieu. Pendant tout le temps que dura le sacrifice, la sainte femme
-qui semblait y présider ne cessa de dire le _De profundis_. Celle qui
-allait mourir priait pour les morts. Elle était réservée à périr la
-dernière. Les maîtres de la guillotine ne pouvant la tuer qu'une fois,
-voulurent du moins qu'elle se sentît mourir autant de fois qu'elle
-verrait de victimes immolées sous ses yeux. Quand la vingt-troisième
-vint s'incliner devant elle, elle lui dit: «Courage et foi dans la
-miséricorde de Dieu»; puis elle se lève elle-même pour se tenir prête
-à l'appel de l'exécuteur. Elle monte d'un pas ferme les marches de
-l'échafaud; ici encore le bourreau lui tend la main; mais l'attitude
-de la victime lui fait comprendre qu'elle est assez forte pour y
-monter sans secours, et, regardant le ciel, elle se livre à
-l'exécuteur. Son fichu tombant à terre au moment où on l'attache à la
-planche fatale, laisse apercevoir une médaille d'argent représentant
-une Immaculée Conception de la Vierge, qui était, ainsi qu'une petite
-clef de portefeuille, attachée à son cou par un menu cordon de
-soie[109]. L'aide du bourreau se mettant en devoir de lui enlever ce
-signe de piété, elle lui dit: «Au nom de votre mère, monsieur,
-couvrez-moi.» Ce fut le dernier mot de Madame Élisabeth. Jusqu'alors,
-à aucune exécution on n'avait remarqué autant d'émotion autour de la
-guillotine. Il n'y eut pas de cris de Vive la République! Chacun s'en
-alla triste de son côté. Le témoin oculaire dont je tiens ces détails
-ajouta: «Au moment où j'aperçus la charrette sur laquelle on plaçait
-les cadavres et les têtes des victimes, je suis partie comme le
-vent[110].»
-
-[Note 107: S'il était vrai, comme on l'a prétendu, que Fouquier eût
-_fait la proposition de saigner les condamnés pour affaiblir le
-courage qui les accompagnait jusqu'à la mort_, on serait disposé à
-croire qu'il regretta que l'application de cette atroce mesure n'ait
-pu être faite à la fournée du 10 mai 1794.
-
-«Le fait de cette proposition, dit M. Berriat-Saint-Prix, ne figure
-pas dans le compte rendu de Donzelot, mais il n'en est pas moins
-prouvé à mes yeux, et voici mes raisons:--Les questions résolues
-affirmativement par le jury embrassaient vingt-neuf faits distincts, y
-compris celui-là[107-A]; sur ce nombre, vingt-sept se retrouvent dans
-le compte rendu, lequel s'arrête à l'audience du 2 floréal. Il est
-permis de supposer que la proposition de _la saignée_ fut établie sur
-les neuf audiences suivantes, omises par Donzelot. On ne comprend pas,
-en effet, comment le jury aurait sans preuve déclaré constant ce fait
-si étrange, alors qu'il ne constatait les vingt-sept autres que sur
-d'évidentes démonstrations.»
-
-(_La Justice révolutionnaire à Paris_, Cosse et Marchal, place
-Dauphine, 1861.)]
-
-[Note 107-A: Jugement rendu contre Fouquier, in-4º, page 1 à 5.
-Bibliothèque du Louvre.]
-
-[Note 108: Son mari. A. E. F. G. Crussol d'Amboise, âgé de
-soixante-sept ans, ex-membre de l'Assemblée constituante, né à
-Aurillac, département du Cantal, domicilié à Paris, fut condamné à
-mort comme conspirateur, le 8 thermidor an II (26 juillet 1794), par
-le tribunal révolutionnaire de Paris.]
-
-[Note 109: Extrait du registre des dépôts au greffe du tribunal
-révolutionnaire, à la date du 22 floréal.
-
-«Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'exécuteur des jugemens
-criminels, lequel a déposé un médaillon en verre à cercles d'or
-renfermant un crucifix de même métal;
-
-»Un cachet d'or en trois parties représentant l'un les armes de France
-et de Navarre de l'ancien régime, l'autre une colombe, et le dernier
-une tête d'homme;
-
-»Une chaîne de col en or, à laquelle est attaché un coeur renfermant
-des cheveux et une petite croix d'or;
-
-»Une médaille d'argent représentant une Immaculée Conception de la
-ci-devant Vierge, et une petite clef de portefeuille qu'il déclare
-appartenir à Élisabeth Capet, condamnée à mort, et qu'il a trouvée sur
-elle en la conduisant au supplice, et a signé avec moi greffier
-soussigné.
-
- »DESMOREST, WOLFF.»
-
-Cette déclaration du commis de l'exécuteur est précédée (sur le
-registre des dépôts faits au greffe du tribunal révolutionnaire) de la
-déclaration faite par le concierge de la maison d'arrêt de la
-Conciergerie des objets de garde-robe ou autres appartenant à
-_Élisabeth Capet et à ses complices_. Voir aux Documents, nº VII.]
-
-[Note 110: Le témoin dont il est ici question est madame Marie
-Valienne, femme Hervé, puis femme Baudoin, concierge de l'hospice
-Devillas, rue du Regard.]
-
-[Illustration: Procès-verbal d'exécution de mort.
-
-L'an {quatre} de la République Française, le {vingt un floréal} à la
-requête du citoyen Accusateur-public près le Tribunal Révolutionnaire,
-établi au Palais, à Paris, par la loi du 10 mars 1793, sans aucun
-recours au Tribunal de cassation, lequel fait élection au Greffe dudit
-Tribunal séant au Palais; je me suis {......} Huissier-audiencier
-audit Tribunal, soussigné, transporté en la maison-de-Justice audit
-Tribunal, pour l'exécution du Jugement rendu par le Tribunal
-{Cejourd'huy} contre {Marie Élizabeth Capet} qui {la} condamne à la
-peine de mort, pour les causes énoncées audit jugement, et de suite je
-l'{ai} remis{e} à l'exécuteur des jugemens criminels, et à la
-Gendarmerie qui {l'ont} conduit sur la place de {la révolution} où,
-sur un échaffaud dressé sur ladite place, {laquelle a}, en notre
-présence, subi la peine de mort; et de tout ce que dessus, ai fait et
-rédigé le présent procès-verbal, pour servir et valoir ce que de
-raison, dont acte.
-
-{signature}
-
-Enregistré {gratis}, à Paris, le {23 floréal} l'an {quatre} de la
-République une et indivisible.
-
-{signature}]
-
-«Toutes les relations et tous les mémoires de ce temps s'accordent à
-dire qu'à l'instant où Madame Élisabeth reçut le coup mortel, une
-odeur de rose se répandit sur toute la place Louis XV[111].»
-
-[Note 111: _Mémoires de madame de Genlis_. Paris, Ladvocat, 1825, t.
-VI, p. 117.
-
-Madame de Genlis ajoute en note: «On voit dans la _Vie des saints_ que
-ce miracle d'une odeur suave se répandant tout à coup est arrivé plus
-d'une fois au moment de la mort de saints personnages.»
-
-On trouve dans l'ouvrage de Görres intitulé: _la Mystique divine_, le
-récit d'une multitude de phénomènes identiques. En voici un extrait:
-
-«Lorsqu'on dit de quelqu'un qu'il est en odeur de sainteté, cette
-expression n'est pas seulement une figure, mais elle est fondée sur
-l'expérience. La chambre de la bienheureuse Liduine était, au
-témoignage de Thomas à Kempis, remplie d'un parfum délicieux
-qu'exhalait sa personne, et qui faisait croire à tous ceux qui
-entraient qu'elle avait sur elle quelque aromate.
-
-»Lorsque saint Ménard fut assassiné dans sa solitude, il sortit de son
-cadavre une odeur très-agréable qui se répandit jusque dans la forêt
-environnante. Le corps de saint Dominique exhalait une odeur
-semblable, et elle s'attacha pour longtemps aux mains de ceux qui
-l'avaient enseveli. Après la mort de saint Gandolphe, son corps
-répandit aussi un doux parfum qui remplit la maison pendant quinze
-jours. Ce même phénomène se reproduisit chez le frère Robert, de
-Naples, chez Jeanne de la Croix, chez François de Sainte-Marie et chez
-François de la Conception, quoique tous fussent morts de maladies qui
-ont coutume d'être accompagnées de mauvaises odeurs. Il faut que ce
-parfum de sainteté soit bien pénétrant, puisque les actes de saint
-Trévère rapportent qu'on le sentait à un mille à la ronde lorsqu'on
-ouvrit son tombeau.» (_La Mystique divine, naturelle et diabolique_,
-par GÖRRES, ouvrage traduit de l'allemand par C. Sainte-Foi;
-Poussielgue-Rusand. Paris, 1854. Tome I, chap. IV, p. 292 et 295.)]
-
-A deux pas de la guillotine stationnait une charrette[112] attelée de
-deux chevaux, et contenant deux grands paniers destinés à recevoir
-l'un les corps, l'autre les têtes des suppliciés. L'horreur
-qu'éprouveront ceux qui liront ces détails, je l'éprouve avant eux en
-les écrivant. Lorsque les bourreaux eurent jeté au panier la
-vingt-quatrième tête, qui était celle de Madame Élisabeth, ils
-étendirent son corps, couvert de ses vêtements, sur le monceau de
-cadavres entassés dans l'autre panier; il s'ensuivit que ses vêtements
-étaient à peine ensanglantés, tandis que ceux placés au fond du panier
-semblaient avoir été baignés dans le sang.
-
-[Note 112: Les charrettes qui devaient transporter les condamnés à
-l'échafaud étaient commandées d'avance en nombre suffisant; les places
-des victimes étaient comptées; ces charrettes arrivaient à la porte de
-la Conciergerie vers dix heures du matin, midi au plus tard. Plusieurs
-fois l'audience de la salle de l'_Égalité_ (aujourd'hui la chambre
-civile de la Cour de cassation) ayant été terminée par la condamnation
-de cinq ou six accusés seulement, Fouquier fit ajouter au bas de
-l'ordre pour l'exécuteur, que lui présentait à signer le greffier:
-«L'exécuteur fera amener six ou sept charrettes», ce qui annonçait
-l'espoir que les accusés alors en jugement dans la salle de la
-_Liberté_, au nombre de trente, plus ou moins, seraient également
-condamnés. (Note empruntée au livre de M. Berriat Saint-Prix, _la
-Justice révolutionnaire_.)]
-
-[Illustration: PLAN DU CIMETIÈRE DE MONCEAUX, CONNU SOUS LE NOM DE
-CLOS DU CHRIST.
-
- PLAN DU CIMETIÈRE DE MONCEAUX, CONNU SOUS LE NOM DE CLOS DU CHRIST.
-
- A. Rue des Errancis, prolongement de la rue du Rocher.
- B. Maison du Christ.
- C. Porte condamnée.
- D. Porte cochère.
- E. Porte de la cour au jardin.
- F. Porte cochère par où entraient les charrettes.
- G. Endroit où l'on croyait que les restes de Madame Élisabeth
- étaient enfouis.
- H. Fosse commune où reposent les victimes du 10 mai 1794.
- I. Petite porte communiquant du jardin dans le clos du Christ.
- K. Lieu où M. Viger de Jolival supposait que le duc d'Orléans était
- inhumé.
- L. et M. Grande fosse commune où ont été ensevelies les victimes
- de la réaction thermidorienne.
- N. Cour.
- O. Jardin.
- P. Parc de Monceaux.
- Q. Maison de l'octroi.
- R. Chemin de la barrière de Monceaux à celle de Clichy.
- S. Barrière de Monceaux.]
-
-La charrette se met en marche, escortée par la gendarmerie. La foule
-s'ouvre devant elle. Quelques cris de _Vive la République!_ poussés au
-départ par un reste d'agents de la police municipale, s'éteignent
-bientôt. Le convoi marchant lentement, suit les rues des
-Champs-Élysées, de la Madeleine, de l'Arcade, de la Pologne,
-Saint-Lazare et du Rocher. Le peuple s'arrête pour le voir passer: de
-rares fenêtres légèrement entr'ouvertes laissent apercevoir le front
-de quelques personnes muettes et immobiles, peut-être agenouillées. Le
-cortége gravit très-lentement la rue du Rocher, et s'arrête un instant
-(sans doute pour laisser souffler les chevaux) à l'endroit où finit la
-montée et où cette voie quittait, à cette époque, le nom de rue du
-Rocher pour prendre celui de rue des Errancis, rue n'existant alors
-qu'au tracé et conduisant à la barrière de Monceaux. A cent pas en
-deçà de cette barrière, le convoi passe entre la seule maison qui
-s'élevait sur cette route et un tas de pierres qui lui faisait face à
-droite, servant naguère de piédestal à un calvaire abattu par la
-révolution. Il arrive à la barrière, il la franchit; puis, prenant à
-gauche, il tourne le dos au pavillon de l'octroi, et fait halte devant
-une porte charretière pratiquée dans le mur d'enceinte de la ville et
-marqué par la lettre F dans le plan que nous mettons ici sous les yeux
-du lecteur. Cette porte s'ouvre, et la charrette entre dans un enclos
-qui, depuis deux mois environ, servait de cimetière aux suppliciés du
-tribunal révolutionnaire. Le cimetière de la Madeleine, doublement
-peuplé par la faux naturelle de la mort et par le couperet de la
-guillotine, n'avait plus de terre pour recouvrir les os des
-trépassés. Il y avait longtemps d'ailleurs que les habitants du
-quartier s'étaient plaints des miasmes fétides qui s'exhalaient de ce
-cimetière[113].
-
-[Note 113: Déjà, à l'époque des grandes chaleurs de l'été précédent,
-les habitants du quartier de la Madeleine avaient exprimé des plaintes
-à ce sujet. Un citoyen du quartier du Roule, dans la séance de sa
-section, le 17 juillet 1793, avait proposé d'adresser à cet égard une
-réclamation au conseil de la Commune. Les exigences hygiéniques
-avaient enfin déterminé l'ouverture d'un nouveau cimetière.
-
-«_Séance de la section du Roule du 17 juillet 1793._
-
-»Un membre monte à la tribune, et lit un mémoire signé d'un grand
-nombre de citoyens, tendant à inviter la Commune à donner un autre
-emplacement au cimetière de la paroisse de la Madeleine, dont l'odeur
-cadavéreuse et putréfiante, y est-il dit, devient insupportable aux
-citoyens qui l'avoisinent, et dangereuse à la ville de Paris.
-
-»La section arrête que cette demande sera transmise à la Commune.»
-
-«_Séance du 18._
-
-»À propos de la lecture du procès-verbal, un membre fait observer que
-l'arrêté pris dans la séance précédente est dangereux, impolitique et
-capable d'accréditer les bruits faux que les ennemis du bien public
-font courir en disant que la peste règne dans Paris.
-
-»L'assemblée, considérant qu'il n'est rien que la malveillance
-n'emploie pour éloigner les bons citoyens de Paris, rapporte son
-arrêté.»]
-
-Dès que la charrette est entrée dans le nouvel enclos, la porte se
-referme immédiatement: gendarmes et curieux se retirent; deux
-charretiers et un commissaire de police accompagnent seuls la voiture.
-
-Ce terrain, qui, comme on le voit, s'élargissait en s'étendant vers le
-parc de Monceaux avec lequel il était contigu, était naguère consacré
-à la culture: une moitié était encore en plates-bandes, et l'autre
-conservait la trace de sillons interrompus çà et là par des tranchées
-ouvertes et dont quelques-unes avaient été remplies dans les jours
-précédents, ainsi que l'attestait la terre tout récemment remuée et
-fort mal nivelée en certains endroits, car on était pressé, et le
-triangle de la guillotine allait plus vite que la pioche du
-fossoyeur. Ce champ de repos avait été inauguré le 4 germinal an II
-(24 mars 1794) par cette fournée de victimes que Robespierre et
-Danton, malgré leur antipathie mutuelle, avaient d'un commun accord
-marquées pour l'échafaud, le jour où ils s'étaient aperçus qu'Hébert
-et ses partisans cherchaient à élever la puissance de la Commune
-au-dessus de celle de la Convention[114].
-
-[Note 114: Le lecteur trouvera à la fin de l'Appendice les listes des
-fournées de victimes qui ont précédé, accompagné ou suivi dans
-l'enclos du Christ la dépouille de Madame Élisabeth.]
-
-Danton n'avait pas tardé à rejoindre dans ce lieu les adversaires
-qu'il y avait envoyés, et son cadavre y avait été apporté avec ceux
-des quatorze compagnons de mort que Robespierre lui avait donnés.
-
-Huit jours après, une large tranchée y avait reçu encore une bande de
-vingt et un suppliciés pour lesquels on avait inventé un nouveau
-crime, la _conspiration des prisons_, conspiration dans laquelle
-Chaumette se trouvait être le complice d'Arthur Dillon et de la jeune
-veuve de Camille Desmoulins; puis neuf jours à peine étaient écoulés,
-et de la guillotine était arrivée encore en cet enclos une nouvelle
-colonie funèbre, à la tête de laquelle figurait le vertueux
-Malesherbes, appuyé sur deux générations de ses enfants.
-
-Et maintenant voici que sous cette terre où sont déjà ensevelis
-quelques-uns des juges de son frère, la fille des Rois Très-Chrétiens
-vient dormir son dernier sommeil avec sa nombreuse escorte de martyrs.
-Au bord de la fosse indiquée dans le plan par la lettre H, la
-charrette s'arrête. Cette fosse, d'après les appréciations du
-fossoyeur dont nous aurons occasion de parler plus loin, a été creusée
-sur une largeur de douze à quinze pieds et autant de longueur, à
-quelques pas du petit mur qui sépare l'enclos du jardin. On procède au
-déchargement de la voiture sanglante. D'après la déclaration du
-témoin oculaire que nous venons de citer, le corps de Madame
-Élisabeth, reconnu par les charretiers à ses vêtements et à la place
-qu'il occupait sur le sommet de la charrette, est posé le premier ou
-des premiers sur le bord de la fosse, où il est aussitôt mis à nu, car
-les barbares de ce temps-là ne respectaient ni la vie ni la mort.
-
-Tous les corps sont successivement dépouillés de leurs habits avant
-d'être précipités dans la fosse. Un registre est tenu de ces effets
-divers, qui doivent être ensuite remis à l'Hôtel-Dieu. De temps à
-autre les fossoyeurs descendent dans la fosse pour ranger les
-cadavres, afin qu'ils n'y soient pas trop entassés: ils placent
-alternativement un corps, le tronc tourné du côté du mur, et un autre,
-le tronc vers le milieu de la fosse; il y avait par conséquent, dans
-sa largeur, deux rangs de corps par couche horizontale. Afin de
-ménager l'emplacement, on étend sur ce premier rang horizontal
-d'autres couches de cadavres, placés comme les premiers, c'est-à-dire
-le haut du corps et les pieds en sens opposés; chaque couche de corps
-est recouverte d'environ six pouces de terre, et les fosses sont
-recouvertes d'environ trois pieds de terre dans la partie supérieure.
-Le corps de Madame Élisabeth, toujours d'après le témoignage du
-fossoyeur, doit être couché sur le ventre, dans le fond de la fosse,
-du côté le plus rapproché du mur.
-
-Les têtes ayant été placées indistinctement dans les vides, le
-fossoyeur n'a pu indiquer où pouvait être enfouie celle de Madame
-Élisabeth. On verra dans l'Appendice que nous donnons à la fin du
-volume, avant les Pièces justificatives, la correspondance à laquelle
-ont donné lieu les recherches qui ont été faites en 1817 pour
-retrouver les dépouilles de Madame Élisabeth: ces pièces
-administratives peuvent seules donner une idée des horribles détails
-d'une telle inhumation.
-
-La nouvelle du meurtre de Madame Élisabeth avait ému l'Europe; mais
-chez aucun peuple, dans aucune famille, la douleur n'avait été plus
-profonde qu'à la cour de Turin. Le prince et la princesse de Piémont
-espéraient que le meurtre du Roi et de la Reine de France avait
-assouvi la colère de la révolution, et malgré les épouvantes
-qu'inspirait la tyrannie de la démagogie, ils s'étaient persuadé que
-Madame Élisabeth n'en serait pas victime. S'il était en France une
-personne que l'affection de Clotilde distinguât de toutes les autres,
-c'était assurément sa soeur, sa première amie, qu'elle avait élevée
-par l'exemple autant que madame de Mackau par les conseils. Les
-souvenirs de l'enfance, la communauté de la foi, les déceptions de la
-vie, les terreurs et les deuils des dernières années, tout avait
-concouru à resserrer pour elles les liens du sang, et à les attacher
-plus étroitement l'une à l'autre.
-
-Le prince de Piémont fut instruit avant sa femme du meurtre de Madame
-Élisabeth. Ce prince, qui partageait la piété et tous les sentiments
-de famille de sa compagne, se présente devant elle, le front incliné,
-les yeux humides et le crucifix à la main, et lui dit ces simples
-paroles: «Il faut faire un grand sacrifice.»
-
-Clotilde avait compris. Les déchirements de son coeur lui avaient dit
-que sa soeur n'était plus.
-
-«Clotilde triomphant aussitôt d'elle-même, rapporte l'historien de sa
-vie[115], éleva ses yeux vers le ciel, et adorant Dieu et ses
-incompréhensibles décrets, répondit sans différer, avec une présence
-d'esprit admirable: «Le sacrifice en est fait.» Il est vrai qu'elle
-eut à peine prononcé ces édifiantes paroles qu'elle s'évanouit, et cet
-évanouissement, dont elle ne fut pas la maîtresse, nous paraît être
-une nouvelle preuve de sa force et de sa vertu, puisqu'en attestant sa
-sensibilité, il attestait aussi la violence qu'elle avait dû se faire
-pour étouffer la voix du sang et les plaintes de la nature. Au reste,
-revenue à elle, elle reprit son premier calme, et quelques moments
-après, appelée comme à l'ordinaire pour se mettre à table avec la
-famille royale, elle y alla avec courage et maîtrisa son trouble,
-cacha sous son front serein la tristesse dont elle était pénétrée.
-Tous ceux qui étaient présents en furent attendris et édifiés.
-
-[Note 115: LUDOVICO BOTTIGLIA. Traduction de J. B. Idt, professeur au
-collége royal de Lyon. Lyon et Paris, in-8º, p. 79 à 82.]
-
-»Une procession publique de pénitence avait déjà été annoncée pour ce
-jour-là: on voulait la renvoyer, ou du moins empêcher la princesse d'y
-assister; mais elle ne céda rien, et persista à vouloir la suivre avec
-les autres. La douleur de son âme était peinte sur son visage, et elle
-n'en poursuivait pas moins son chemin avec le plus profond
-recueillement. Ceux qui la voyaient passer pleuraient de tendresse et
-de compassion, tandis que n'accordant rien à l'humanité, elle ne
-versait pas une larme, elle n'interrompait point ses prières. Une de
-ses femmes de chambre marchait derrière elle pour être plus à portée
-de la secourir si elle se trouvait incommodée, comme on avait lieu de
-le craindre; mais elle eut la force de faire toutes les stations, et
-arrivée à l'église des Pères Philippins, elle leur annonça elle-même
-la fin déplorable de sa soeur, et d'un oeil sec, leur demanda pour
-elle l'assistance de leurs prières.
-
-»Il est cependant un degré au-dessus duquel ne put s'élever la vertu:
-Clotilde avait combattu et triomphé; mais ce combat intérieur avait
-été si violent, il lui en avait tant coûté pour remporter la victoire,
-que le tour de la procession terminé, elle se trouva dans un
-épuisement total; ses pieds ne pouvaient plus la soutenir, et, rentrée
-dans son appartement, elle fut obligée de se mettre au lit.
-
-»Dès ce moment elle ne parla plus de Madame Élisabeth que pour
-rappeler les belles qualités dont elle était ornée et faire l'éloge de
-ses vertus. Elle garda aussi sur ses bourreaux un silence profond,
-voyant dans ce tragique événement un de ces coups que la Providence
-divine frappe quelquefois pour purifier les âmes; et étant d'ailleurs
-persuadée que l'esprit humain ne peut sonder les décrets éternels, et
-que souvent ce qui nous fait le plus de peine est précisément ce qui
-doit le plus contribuer à notre bien spirituel. Elle voulut avoir une
-copie de la prière que l'illustre victime avait composée elle-même,
-récitée tous les jours de sa longue captivité, et répétée encore au
-pied de l'horrible échafaud[116].»
-
-[Note 116: L'année 1796 devait la soumettre à de nouvelles épreuves.
-La mort du roi Victor-Amédée appelait son époux au trône de Sardaigne,
-ébranlé depuis quatre ans par la révolution française. La nouvelle
-reine se servit de son autorité pour honorer la religion, protéger les
-arts et soulager les pauvres. Elle ne jouit guère que deux ans de
-cette consolation. Le 6 décembre 1798, le Directoire déclara la guerre
-à Charles-Emmanuel IV, et le força de quitter Turin. La Reine le
-suivit en Toscane, et s'embarqua avec lui à Livourne. Arrivés en
-Sardaigne, ils y passèrent sept mois. Ayant un moment espéré que
-quelques avantages remportés par les Russes pourraient leur ouvrir la
-route de leurs États, ils revinrent sur le continent: la fortune se
-tourna de nouveau contre eux, et les réduisit à changer souvent de
-séjour. Ils habitèrent tour à tour Florence, Rome et Naples. Dans ces
-différentes demeures, les habitudes de la Reine restaient les mêmes:
-elle prodiguait à son mari, souffrant fort souvent d'une névralgie,
-les soins les plus assidus comme les plus affectueux; et le temps
-qu'elle avait de libre après l'accomplissement de ses devoirs, elle le
-consacrait aux pratiques de la religion, au soulagement de la
-souffrance et de la misère, auxquelles elle donnait elle-même
-l'exemple de la douceur, de la patience et de l'humilité.
-
-Ayant appris que le souverain Pontife avait été enlevé de Rome, et se
-trouvait momentanément dans la Chartreuse, près de Florence, le Roi et
-la Reine de Sardaigne, ainsi que le grand-duc de Toscane,
-s'empressèrent de l'aller visiter. On imagine mieux qu'on ne le décrit
-ce que dut avoir de touchant une telle entrevue, dans une circonstance
-qui réunissait des exemples si éclatants de la fragilité des grandeurs
-humaines. En s'inclinant devant le chef suprême de l'Église,
-Charles-Emmanuel lui dit: «J'oublie dans des moments si doux toutes
-mes disgrâces; je ne regrette point le trône que j'ai perdu: je
-retrouve tout à vos pieds.--Hélas! cher Prince, répondit le
-Saint-Père, tout n'est que vanité; nous en sommes, vous et moi, la
-triste preuve. Portons nos regards vers le ciel, c'est là que nous
-attendent des trônes qui ne périront jamais.» Le Roi et la Reine, qui
-se disposaient à retourner en Sardaigne, pressaient le saint vieillard
-de les accompagner. «Venez, venez avec nous, Saint-Père, disait la
-soeur de Madame Élisabeth, nous nous consolerons ensemble: vous
-trouverez dans vos enfants tous les soins respectueux que mérite un si
-tendre père.--Je ne puis accepter vos offres généreuses, répondit le
-Pape, mon grand âge ne le permet pas, mes infirmités le refusent, et
-la crainte d'éveiller le soupçon de nos ennemis le défend.» Leurs
-adieux furent déchirants: c'était la séparation d'amis qui ne doivent
-plus se revoir.
-
-Marie-Clotilde mourut à Naples le 7 mars 1802. Dans tous les lieux
-qu'elle avait habités, la réputation de sa sainteté s'était répandue.
-Le pape Pie VII, qui avait été témoin de ses vertus, la déclara
-vénérable par un décret du 10 avril 1808.]
-
-La fatale nouvelle circulait et faisait partout couler bien des
-larmes, mais nulle part peut-être plus qu'au château de Wartegg, près
-de Rohrschak, dans le canton de Saint-Gall en Suisse[117], où vivait
-retirée la famille de Bombelles. Sans être parfaitement rassurée sur
-le sort de la princesse, elle s'était attachée avec ardeur à cette
-pensée que la perversité humaine s'arrêterait devant un crime
-non-seulement si odieux, mais si inutile.
-
-[Note 117: Le prince Béda, abbé de Saint-Gall, était propriétaire du
-château de Wartegg.
-
-Il avait donné à bail ce manoir à la famille de la Tour-Valsassina,
-qui, au moment de l'émigration française, le loua au marquis de
-Bombelles.
-
-Dans son journal manuscrit, conservé aux archives de Saint-Gall, t.
-284, nous voyons que la famille de Bombelles était installée à Wartegg
-en décembre 1791, et que le 4 janvier 1792 M. de Bombelles vint avec
-toute sa famille à Saint-Gall faire visite au prince abbé et dîner
-avec lui.]
-
-Le journal qui en contient le récit arrive un matin au château, et à
-l'instant le meurtre est su de tout le monde. Madame de Bombelles
-seule, qui est encore au lit, ne le sait pas. Un domestique entre dans
-son appartement; ses larmes et le nom de Madame Élisabeth qu'il
-prononce ont tout fait comprendre. Madame de Bombelles jette un cri et
-tombe sur son oreiller, sans mouvement et sans vie. Son mari accourt,
-l'environne de soins; elle respire et fait un effort pour se relever,
-mais le choc terrible que lui a imprimé la fatale nouvelle a pour
-ainsi dire faussé chez elle les ressorts de la nature, et un rire
-effrayant éclate sur ses lèvres plissées et tordues par la douleur. A
-l'aspect de cet accès de démence, une sorte d'intuition venue du coeur
-inspire à M. de Bombelles le seul moyen peut-être qui pût rappeler la
-nature à elle-même. «Ses enfants! s'écrie-t-il, vite ses
-enfants!»--Ses enfants, qui savent déjà que le bourreau vient de leur
-prendre une mère, accourent et se précipitent sur le lit de celle
-qu'ils sont menacés de perdre encore. Leur effroi, leurs cris, leurs
-larmes, le nom d'Élisabeth prononcé au milieu des sanglots, cette
-scène déchirante où la tendresse et le désespoir mêlent et confondent
-leurs plus douces émotions et leurs plus terribles angoisses,
-finissent par ramener madame de Bombelles au sentiment vrai de son
-inconsolable douleur.
-
-Le château de Wartegg prit le deuil: père, mère, enfants, ne pouvaient
-se regarder sans verser des larmes; le souvenir de Madame Élisabeth
-devint l'entretien incessant de cette famille éplorée. Privée de sa
-fortune par la révolution, elle vivait à l'étranger des libéralités de
-la maison royale de Naples, que le malheur força bientôt à se réduire
-elle-même. Les événements qui suivirent obligèrent madame de Bombelles
-à quitter la Suisse. Elle se rendit dans le village de Menowitz, aux
-environs de Brünn, en Moravie, et peu de temps après dans la ville
-même de Brünn. Les années s'écoulèrent sans adoucir ses regrets, la
-mémoire de sa royale amie remplissait toutes ses pensées et inspirait
-toutes ses actions. Elle avait à peine le nécessaire, et elle trouvait
-le moyen d'ouvrir autour d'elle cette source de bonnes oeuvres dont
-Madame Élisabeth lui avait donné le secret. A la suite d'une couche
-malheureuse, elle mourut au mois de septembre 1800, à l'âge de
-trente-huit ans, dans cette ville de Brünn, témoin de ses vertus et de
-sa charité, et où sa mémoire est demeurée en vénération[118].
-
-[Note 118: _Traduction d'un article de la Gazette de Brünn du mercredi
-1er octobre 1800._
-
-«Le vrai mérite est sans ostentation; il n'appartient qu'à la justice
-de l'histoire de lui ériger un autel incorruptible dans le coeur de
-tout homme de bien. La vertu la plus pure, la piété sans hypocrisie,
-la tendresse conjugale et maternelle portée au plus haut degré, le
-courage et la grandeur d'âme dans les plus grands malheurs, la bonté
-du coeur, une bienfaisance sans bornes dans une situation gênée, un
-esprit cultivé, une amitié noble et constante, toutes ces qualités se
-trouvoient réunies dans une femme: toutes ces qualités firent vénérer
-madame de Bombelles, qu'une mort prématurée arracha des bras de six
-orphelins, à la suite d'une couche malheureuse, dans la
-trente-neuvième année de son âge, et conduisit dans un monde où elle
-reçoit la récompense due à ses souffrances et à ses vertus. Tous ceux
-qui l'ont connue, qui l'ont vue grande et élevée dans le malheur, qui
-l'ont admirée sous les titres respectables de mère, d'épouse et
-d'amie, ne pourront refuser des larmes à sa mémoire, et à ses mânes le
-souhait d'une paix sainte et inaltérable.»
-
-_Traduction d'un autre article de la même gazette, du samedi 4 octobre
-1800._
-
-«Les hommes reconnoissants forment, dans le grand tableau du monde, le
-groupe le plus intéressant; car il n'est aucune vertu, si élevée
-qu'elle soit, à laquelle le céleste sentiment de la reconnoissance ne
-mérite de servir de pendant. Nous fûmes témoin, lundi dernier, d'une
-scène des plus touchantes, des plus sublimes, près du cercueil de la
-défunte madame de Bombelles. La gratitude y célébra une fête digne du
-Ciel, et offrit un laurier à la vertu dans le tombeau. Les habitants
-de Menowitz (village non loin de Brünn, où la défunte habita quelque
-temps) apprirent la mort de cette vénérable femme, et plusieurs
-d'entre eux se hâtèrent d'arriver à la ville et dans la maison du
-deuil. C'étoit le jour des funérailles, et le cercueil étoit déjà
-fermé. Les bonnes gens en demandèrent l'ouverture avec des cris
-déchirants, pour voir encore une fois leur bienfaitrice, leur mère,
-pour baiser encore une fois ses froides mains. Le cercueil fut ouvert;
-et ces créatures reconnoissantes, pâles et plongées dans une douleur
-muette, les yeux baignés de larmes, entourèrent le corps de leur
-bienfaitrice. Ce spectacle étoit digne de compassion, et en même temps
-de l'enthousiasme des âmes sensibles qui savent apprécier le mérite de
-la vertu. Enfin ce chagrin muet éclata en plaintes amères: alors sa
-main glacée fut couverte de baisers brûlants; alors les vêtements de
-la défunte furent arrosés des larmes du sentiment, de ces larmes que
-tous les trésors de la terre ne peuvent acheter sans la vertu, dont
-elles sont le prix. Chacun de ces hommes reconnoissants essaya de
-peindre aux assistants, avec tout le feu renfermé dans ses veines, les
-bienfaits qu'il en avoit reçus: «_Au lit de ma femme malade, elle
-veilloit jour et nuit.--Elle ferma les yeux de ma mère.--Elle me donna
-des drogues de sa propre main et me soigna.--Elle pansa mes plaies, et
-me mit en état de soutenir mes vieux parents._» Ainsi s'écrioient
-ensemble ces coeurs nobles et sensibles; et ils adressoient leurs
-voeux au Ciel pour qu'il accordât la paix éternelle à sa belle âme,
-pour prix de tant de bienfaits. Que sont toutes les louange achetées
-avec de l'or auprès d'un tel éloge funèbre! Oh! celui qui, au récit de
-pareilles scènes, n'aimeroit pas la vertu, n'ouvriroit pas son coeur
-aux malheureux, qui ne répandroit pas des trésors, souvent mal acquis,
-dans le sein des infortunés; celui qui ne cesseroit pas de poursuivre
-la vertu, d'opprimer le mérite, qu'il descende un jour au tombeau sans
-être aimé, sans être pleuré! c'est la plus grande punition, et dont
-il sentira, dans un autre monde seulement, toute l'étendue.»]
-
-On comprend la profonde affliction que durent ressentir les autres
-amies de Madame Élisabeth, et en particulier madame de Raigecourt et
-madame des Montiers. Madame de Raigecourt, qui crut devoir envoyer ses
-respectueuses condoléances à Madame Royale, sortie sept mois après de
-la prison du Temple, reçut d'elle la lettre suivante, datée de Vienne:
-
- «12 mars 1796.
-
- »Madame, votre visage ni votre nom assurément ne me sont
- inconnus; on a du plaisir à se rappeler les personnes fidèles, et
- vous êtes du nombre: je sais bien l'attachement que vous aviez
- pour ma vertueuse tante Élisabeth; elle vous aimait beaucoup
- aussi, et m'a souvent parlé de vous et du chagrin qu'elle avait
- d'être séparée de vous. Je vous remercie de la joie que vous
- témoignez de ma délivrance, c'est un miracle que le ciel
- réservait à l'Empereur, et dont je serai toujours reconnaissante.
- Je sais que vous n'êtes sortie que par l'ordre de ma tante; je
- partage tous les tourments que vous avez soufferts, et assurément
- je prendrai toujours le plus grand intérêt à tout ce qui vous
- arrive comme à l'amie de ma chère tante Élisabeth. Vous me dites
- que vous avez un de ses portraits bien ressemblant; je voudrais
- que vous me le fissiez passer; je vous promets de vous le rendre;
- je vous prie de l'envoyer sûrement à l'évêque de Nancy, qui est
- chargé de mes affaires ici.
-
- »MARIE-THÉRÈSE de France.»
-
- * * * * *
-
-De son côté madame des Montiers avait écrit au comte de Provence pour
-lui exprimer la part bien vive qu'elle prenait à ses douleurs
-fraternelles. Le prince lui répondit de sa main:
-
- «A Vérone, ce 30 mai 1794.
-
-«Si je puis éprouver, Madame, quelque consolation dans ma juste et
-profonde douleur, c'est en pensant qu'elle est partagée par les
-personnes qui veulent bien avoir quelque bonté pour moi. Personne ne
-sait mieux que moi combien ma pauvre soeur avoit d'amitié pour vous,
-ni combien vous l'aimiez, et je juge de votre douleur par celle que je
-ressens moi-même. Puisse l'attachement aussi pur qu'invariable que
-vous me connoissez pour vous, vous être de quelque consolation! Soyez
-au moins bien persuadée que c'en sera une pour moi, dans des temps
-plus heureux, de faire tous mes efforts pour vous adoucir la cruelle
-et irréparable perte que nous venons de faire.
-
-»Adieu, Madame, recevez avec votre bonté ordinaire l'assurance des
-tendres et respectueux sentiments que je vous ai voués, et qui
-dureront autant que ma vie.
-
- »LOUIS-STANISLAS-XAVIER.»
-
- * * * * *
-
-Les regrets exprimés ici par un frère de Madame Élisabeth ne font pas
-oublier ceux que les plus humbles serviteurs de cette princesse lui
-conservèrent jusqu'à leurs derniers jours. Jacques et Marie n'avaient
-cessé, tant qu'ils l'avaient pu, d'être fidèles à l'ordre établi à
-Montreuil par leur royale maîtresse; mais, après le 10 août, la
-famille royale ayant été conduite au Temple, la Commune
-révolutionnaire de Versailles ne tarda point à s'emparer de cette
-demeure de Montreuil que les pauvres avaient pris coutume de regarder
-comme la maison nourricière de leurs enfants. Jacques et Marie, qui
-savaient peu dissimuler leurs sentiments et dont l'origine helvétique
-était un crime aux yeux des révolutionnaires, furent arrêtés et mis en
-prison, où ils furent longtemps oubliés. Ils en sortirent au mois de
-ventôse an II, et sollicitèrent la bienfaisance des directeurs du
-district de Versailles[119]. Leur extrême misère éveilla la pitié des
-magistrats de ce temps, qui déclarèrent que leur détention avait été
-une injustice et qu'ils avaient droit à des indemnités. Malgré nos
-persévérantes recherches, il nous a été impossible de trouver la
-preuve qu'un secours quelconque leur ait été accordé, et nous ne
-pouvons dire comment ils parvinrent à traverser la France et à
-regagner, avec leur enfant, l'heureuse contrée où ils avaient échangé
-leurs premières paroles d'amour. L'honneur d'avoir appartenu à Madame
-Élisabeth les environna de l'estime et de l'intérêt de tous les
-habitants de Bulle. La révolution, qu'ils avaient cru fuir, vint les
-trouver dans leur pays natal[120]; mais leur union tranquille n'en fut
-pas troublée. Jacques et Marie ne cessèrent point de pleurer leur
-bienfaitrice, sur laquelle chaque jour on se plaisait à les
-interroger. Ils apprirent à leurs enfants à prier pour elle et à bénir
-sa mémoire. Dieu ne voulut pas que ces deux êtres, qui avaient tant
-souffert ici-bas de leur première séparation, fussent séparés
-longtemps dans un monde meilleur. Marie mourut la première; elle
-mourut le 5 janvier 1835[121]; Jacques alla la rejoindre le 2
-septembre de l'année suivante[122].
-
-[Note 119: «_Liste civile._--Bosson et sa femme, ci-devant attachés au
-service d'Élisabeth Capet, réclament de la justice des magistrats
-administrateurs du directoire du district les six derniers mois 1793
-de leurs gages, et jusqu'à l'évacuation de leur logement, pour
-laquelle ils ont obéis à l'instant même que les ordres leur a été
-signifiés, au lieu qu'ils occupoient en la maison du Grand-Montreuil.
-
-»Ils sont sans place et sans pain;--se recommandent à votre
-bienfaisance.
-
- »BOSSON.»
-
-«Soit communiqué au directeur de l'agence nationale de
-l'enregistrement et des domaines, pour donner des renseignements et
-son avis le plus promptement possible, attendu l'extrême misère où les
-requérants ont été réduits par l'effet d'une détention non méritée.
-Fait au district de Versailles, le trois germinal, l'an second de la
-République.
-
- «GAUTHIER. MACÉ BAIGNEUX.»
-
-«_Avis du directeur de l'agence nationale de l'enregistrement._--Vû la
-pétition du citoyen Bosson et de sa femme, tendante à obtenir de
-l'administration le payement de leurs gages des six derniers mois de
-1793, comme attachés à la maison du Grand-Montreuil, séquestrée sur
-Élisabeth Capet.
-
-»Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement observe que
-Bosson et sa femme, qui n'ont justifié ny de leur qualité ny de leurs
-droits, étoient l'un vacher et la femme laitière dans la maison
-d'Élisabeth Capet;
-
-»Que les vaches ayant été vendues en octobre 1792, le vacher et la
-laitière sont devenus inutiles; que les dispositions des loix
-concernant les gagistes de la cy devant liste civile sont communes aux
-personnes qui étoient attachées à Élisabeth Capet;
-
-»Qu'ainsi Bosson et sa femme ont dû se regarder comme supprimés à
-compter du 31 décembre 1792; mais qu'ils ont droit aux indemnités ou
-pensions promises par le décret du 27 août 1793, et qu'ils doivent
-être renvoyés devant le citoyen Henry, commissaire-liquidateur de la
-cy-devant liste civile.
-
-»A Versailles, 11 germinal de l'an II de la République françoise, une
-et indivisible.
-
- »DESCHESNE.»]
-
-[Note 120: Nous en avons trouvé des traces dans le registre des
-archives de la noble bourgeoisie et ville de Bulle:
-
- «1798.
-
-»Cette année mémorable qui changea la face des affaires en Suisse fut
-précédée par des démonstrations qui furent très-vives dans le pays de
-Vaux déjà dès le commencement du mois de décembre. Le lendemain de la
-foire du mois de janvier 1798 fut le jour où l'arbre de la liberté fut
-arboré sur le Tilleul, à Bulle. Dès lors Bulle se constitua en comité
-central correspondant avec Vevey et Lausanne. Un autre comité central
-s'établit à Grand-Villard, qui correspondit aussi, comme celui de
-Bulle, avec Vevey et Lausanne. Il s'agissait de récupérer les droits
-de l'ancienne patrie de Vaux.
-
-»Parmi les actes de dévouement pour la cause de la liberté, on peut
-citer celui des frères Gex, qui fabriquèrent un canon de bois cerclé
-en fer, et qui figura au camp de Russille, près d'Avry-devant-Pont.
-
-»Les détails de cette révolution se trouveront dans un autre ouvrage.
-L'heure étoit venue où la Suisse devoit aussi avoir son tour, et au 4
-mars les François entrèrent à Fribourg; combat meurtrier à la Singine;
-Berne est prise par Schombourg; les gouvernements aristocratiques
-disparoissent; la Suisse se constitue en une république une et
-indivisible; un directoire, un sénat, un grand conseil, siégent
-d'abord à Arau, ensuite à Lucerne, enfin à Berne, où, après plusieurs
-changements dans ces premières autorités et dans sa forme, le
-gouvernement unitaire fut culbuté par la troupe du général Bachman et
-de son collègue Aufdermour, qui forcèrent le gouvernement unitaire à
-se réfugier à Lausanne, où le général Rapp se trouva et fit connoître
-aux Suisses la volonté de Napoléon, premier consul de France, d'être
-le médiateur de la Suisse. Bachman et sa compagnie mirent bas les
-armes; le gouvernement unitaire fut rétabli à Berne, et une consulte
-fut envoyée à Paris de toute la Suisse, qui en apporta l'acte de
-médiation, qui fut mis en activité par M. le comte Louis d'Affry, en
-sa qualité de premier landamman de la Suisse; avoyer de Fribourg sous
-ce régime, mort d'un coup d'apoplexie, il emporta les regrets de ses
-concitoyens.
-
-»Sous le gouvernement de l'acte de médiation tout comme sous
-l'unitaire, Bulle conserva une préfecture et un tribunal de première
-instance.
-
- * * * * *
-
-»L'acte de médiation faisoit de Bulle le chef-lieu d'un des cinq
-districts du canton de Fribourg.--Il donna un membre au conseil d'État
-dans la personne de M. Nicolas-André de Castella, dernier banneret de
-Bulle.» (Extrait d'un registre intitulé: _Annalise des Archives de la
-noble bourgeoisie et ville de Bulle_.)]
-
-[Note 121: Voir, aux Pièces justificatives, nº VIII, son acte de
-décès.]
-
-[Note 122: Voir son acte de décès, au nº IX des Pièces
-justificatives.]
-
-Montreuil avait perdu la maison hospitalière où tous les enfants
-étaient assurés de trouver leur nourriture. Le district de Versailles,
-n'ignorant pas le regret et la gêne que causait à tant de familles le
-tarissement de cette source de secours toujours ouverte à leurs
-besoins, crut devoir prendre un arrêté qui convertissait en hospice la
-maison Élisabeth. C'était rendre un hommage involontaire à la bonté de
-cette princesse, qui avait fait de sa demeure le point de mire vers
-lequel se tournaient toutes les souffrances, de sorte qu'on ne faisait
-que continuer ses traditions en la transformant en Hôtel-Dieu. Mais
-cette mesure, fort belle sur le papier, ne reçut aucune exécution;
-l'asile de Montreuil demeura sombre et muet: l'âme de la charité était
-absente.
-
-Dans la maison Élisabeth (c'est ainsi que l'on continuait de
-l'appeler) restèrent installés les anciens serviteurs de la princesse,
-ainsi que les gardiens des scellés que la révolution y avait envoyés.
-
-En vertu d'une loi du 7 messidor an III (jeudi 25 juin 1795), portant
-qu'une horlogerie automatique serait sans délai formée à Versailles,
-Charles Delacroix, représentant du peuple, en mission dans le
-département de Seine-et-Oise, _arrêta, le 29 brumaire an IV_ (20
-novembre 1795), _que la maison dite Élisabeth, l'orangerie et la
-vacherie qui en dépendent, les cours et terrains situés entre lesdits
-bâtiments, seraient affectés_ à cet établissement, placé sous la
-direction des citoyens Lemaire et Glaesner[123].
-
-[Note 123: Voir Pièces justificatives, nº X.]
-
-Malgré la jouissance gratuite de ces bâtiments et terrains concédés
-pendant quinze ans, la manufacture d'horlogerie, qui devait recevoir
-chaque année cent élèves, ne prospéra point; elle fut supprimée par un
-arrêté du Premier Consul, daté du 17 ventôse an IX[124] (8 mars 1801),
-et mise à la disposition de la régie du domaine national et de
-l'enregistrement.
-
-[Note 124: Voir Pièces justificatives, nº X.]
-
-L'architecte du palais national de Versailles ayant déclaré que la
-maison Élisabeth _étoit tellement endommagée qu'il faudroit employer
-une somme de 25,000 francs pour sa réparation, et la régie, de son
-côté, ayant observé que, vu le grand nombre des bâtiments inoccupés
-dans cette ville, les locations de ladite maison y seroient difficiles
-et d'un foible produit_, on en conclut qu'il était plus avantageux de
-la vendre dans l'état où elle se trouvait que de la réparer[125].
-Cette proposition fut agréée par l'autorité supérieure; la vente aux
-enchères fut annoncée pour le 27 messidor de l'an X (vendredi 16
-juillet 1802), et la maison Élisabeth, avec ses dépendances, fut
-adjugée _moyennant les prix et somme de 75,900 francs, au citoyen
-Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant à Paris, rue de
-l'Université, nº 269_[126].
-
-[Note 125: Voir Pièces justificatives, nº X.]
-
-[Note 126: Voir Pièces justificatives, nº X.]
-
-Avant son aliénation définitive, la demeure de Madame Élisabeth avait
-été condamnée à la stérilité. Dès le mois d'octobre 1792, ses vaches
-nourricières avaient été vendues; ses belles fleurs, orgueil de ses
-jardins, avaient été enlevées et dispersées[127]. Sa maison, d'abord
-mais inutilement désignée pour devenir un hospice, puis consacrée à
-une institution industrielle, avait subi des dégradations déplorables,
-sans servir à des travaux utiles.
-
-[Note 127: Voir Pièces justificatives, nº XI.]
-
-Un triste et invincible attrait nous ramène à ce cimetière où gisent
-les restes vénérables de Madame Élisabeth, et qui, pendant la période
-révolutionnaire, était plus connu du charretier du bourreau que du
-conducteur des pompes funèbres. Les inhumations des victimes tombées
-sur l'échafaud de la place du 21 janvier s'y succèdent chaque jour.
-Ennuyé de tuer en détail, le tribunal révolutionnaire, le 29 prairial
-an II (17 juin 1794), avait livré à la guillotine, _par amalgame et en
-masse_, selon l'expression de Fouquier-Tinville, cinquante-quatre
-victimes, différentes de rang et d'opinion, et étrangères les unes aux
-autres. Le 10 thermidor envoya dans ce champ funèbre les principaux
-chefs du parti qui venait de succomber, les deux Robespierre,
-Saint-Just, Couthon, Hanriot, Dumas, et ce Simon dont le nom odieux
-est lié à jamais à celui d'un héroïque enfant. Mais cette _fournée_
-n'était que de vingt-deux hommes.
-
-Le lendemain, 11 thermidor, il y eut une fournée bien autrement
-considérable: les vainqueurs avaient eu le loisir de faire des
-désignations nombreuses, et d'atteindre la plupart des membres de la
-Commune qui avaient longtemps prévalu contre la Convention.
-L'exécution de soixante et onze condamnés envoyés à l'échafaud par
-leurs anciens complices forma un lac de sang sur la place où Madame
-Élisabeth avait été frappée.
-
-Il ne faut pas croire que la guillotine chômât après ces satisfactions
-terribles données aux exigences de la réaction: la recomposition du
-tribunal révolutionnaire, la fermeture du club des Jacobins, la
-dépanthéonisation (expression du temps) des restes de Marat, ne
-suffirent point pour apaiser les indignations de la conscience
-publique. Le sang appelle le sang. Parmi les suppliciés, on ne compta
-pas seulement les criminels auteurs de tant de supplices, les Carrier,
-les Fouquier-Tinville, les Lebon: les vainqueurs du 10 thermidor
-n'étaient guère moins pervers que les vaincus. Ce fut ainsi que la
-réaction atteignit souvent l'innocence et la vertu, qui ne
-désapprenaient pas encore le chemin de l'échafaud.
-
-Ce champ de repos où arrivaient concurremment les cercueils fermés par
-une mort naturelle, aussi bien que les cadavres mutilés par le
-bourreau, ne tarda point à se remplir.
-
-Disons aussi qu'à partir du 26 prairial an II (14 juin 1794),
-l'échafaud fut transporté de la place de la Révolution à la porte
-Saint-Antoine; puis, deux jours après, à la barrière du _Trône
-renversé_, où il resta en permanence jusqu'au 9 thermidor.
-
-Deux ans après, par un arrêté de l'administration centrale du
-département de la Seine, le cimetière de Montmartre fut ouvert[128],
-et celui de Monceaux ne servit plus aux sépultures. La grande porte,
-pratiquée dans le mur d'enceinte de Paris et donnant accès dans le
-champ du Christ, demeura fermée. Les orphelins qu'avait faits la
-révolution n'avaient point assisté aux funérailles de leurs pères; ils
-ignoraient même, pour la plupart, le lieu où elle avait enfoui leurs
-restes. Longtemps la stérile curiosité d'un public dominé par la
-terreur s'inquiéta beaucoup plus des prisons que des cimetières,
-beaucoup plus de la guillotine que de la sépulture. La plupart de ceux
-qui avaient connu le champ du Christ en oublièrent la route. Le
-silence se fit à l'entour comme au dedans. Les années s'écoulèrent,
-emportant avec elles les traditions du passé, abattant quelques
-pauvres croix de bois pourries au milieu des grandes herbes et
-effaçant tout vestige de tombes.
-
-[Note 128: Ce cimetière qui porta d'abord la dénomination de _Champ de
-Repos_, fut créé par un arrêté de l'administration centrale du
-département de la Seine, du 8 messidor an VI (26 juin 1798), dans un
-terrain d'un hectare deux mille sept cent trente-six mètres
-cinquante-sept centimètres, situé au-dessus du boulevard de la
-barrière Blanche, cédé à la ville par le citoyen Aymé pour la somme de
-quatre mille huit cents francs. Par cet arrêté, le cimetière Roch fut
-définitivement fermé.
-
-Le _Champ de Repos_ se trouva bientôt trop petit.
-
-Par un décret, daté du camp impérial d'Ebersdorf, du 28 mai 1809, le
-conseiller d'État, préfet du département de la Seine, fut autorisé à
-acquérir, pour cause d'utilité publique, au nom de la ville de Paris,
-un terrain de quinze hectares, situé à l'entrée de la plaine de
-Clichy, pour servir à l'établissement d'un nouveau lieu de sépulture,
-destiné à remplacer le cimetière Montmartre.
-
-Un autre décret impérial, du 13 août 1811, modifiant ce décret,
-ordonna que le cimetière existant au bas de Montmartre serait agrandi
-dans sa partie nord et nord-ouest, et autorisa la ville de Paris à
-faire acquisition de douze hectares de terrain pour l'agrandissement
-du cimetière, en le prolongeant à travers le chemin des Batignolles,
-qui sera déplacé.
-
-Enfin, un arrêté préfectoral du 10 février 1818 fit procéder
-immédiatement au mesurage des douze hectares de terrain dont
-l'acquisition est ordonnée par le décret susrelaté. B.]
-
-[Illustration:
-
-PLAN DE L'ANCIEN CIMETIÈRE DE LA MADELEINE
-
-Converti en jardin par M. Descloseaux, rue d'Anjou Saint-Honoré, nº
-48,
-
-DANS LEQUEL ONT ÉTÉ DÉPOSÉS
-
-LES RESTES DU ROI LOUIS XVI ET DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE.
-
-_Maison et Jardin de M. Descloseaux._
-
- I. Fosse dans laquelle ont été inhumés, le 6 juin 1770, cent
- trente-trois corps des personnes qui ont péri sur la place Louis
- XV, dans la rue Royale ou à la porte Saint-Honoré, à la suite des
- fêtes célébrées pour le mariage de M. le Dauphin.
-
- II. Première fosse, située près du mur mitoyen du jardin
- Descloseaux, dans laquelle ont été mis les corps de quatre
- prêtres et d'environ cinq cents Suisses, tués aux Tuileries le 10
- août 1792.
-
- III. Deuxième fosse, dans laquelle ont été enterrés cinq cents
- autres Suisses, également tués aux Tuileries le 10 août 1792.
-
- IV. Tombeau de Louis XVI, inhumé le 21 janvier 1793, à dix heures
- et demie du matin. On fit une fosse de huit pieds de profondeur,
- dans laquelle on mit beaucoup de chaux. Le 16 octobre de la même
- année, le corps de la Reine fut enterré à côté de celui du Roi.
-
- V. Fosse de Charlotte Corday.
-
- VI. Grande fosse ouverte peu de temps après la mort du Roi et
- comblée en décembre 1794. Le corps de M. le duc d'Orléans y fut
- déposé, ainsi qu'un très-grand nombre d'autres victimes.
-
- VII. Grande fosse qui a dû recevoir près de mille victimes.]
-
-En 1790, M. Viger de Jolival, ancien directeur des fermes, avait fait
-l'acquisition de la maison du Christ, du jardin et de l'enclos qui en
-dépendent. La ville de Paris s'empara du petit enclos, contigu au
-jardin, et en fit un cimetière; plus tard, ce même enclos fut loué à
-un habitant de Monceaux qui y fauchait de l'herbe et y semait des
-pommes de terre. M. Viger n'ignorait pas que parmi les victimes qui y
-étaient inhumées se trouvaient les restes de Madame Élisabeth. Il fit
-entourer d'un treillage l'endroit indiqué dans notre plan[129] par la
-lettre G, et y fit poser une pierre tumulaire sur laquelle étaient
-écrits ces deux mots: _Madame Élisabeth_. Mais les déclarations de
-Joly, fossoyeur du cimetière à l'époque du 21 floréal an II (10 mai
-1794) semblent prouver que M. Viger se trompait sur l'emplacement de
-la sépulture de cette princesse. Son erreur était encore plus grave au
-sujet de la dépouille mortelle du duc d'Orléans, qu'il prétendait être
-ensevelie à l'endroit désigné par la lettre K. Les restes de ce prince
-n'avaient point été amenés dans ce cimetière, qui ne fut ouvert que
-cinq mois après sa mort: ils reposaient dans celui de la Madeleine,
-en un coin diamétralement opposé à l'angle où se trouvaient les
-tombes du roi Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette. Les deux
-branches de la maison de Bourbon demeurèrent séparées dans la mort,
-comme elles l'avaient été dans la vie. Nous ne croyons pas nous
-écarter trop de notre sujet en reproduisant ici le plan du cimetière
-de la Madeleine, avec quelques indications qui ne seront peut-être pas
-sans intérêt pour le lecteur.
-
-[Note 129: Voir page 232 de ce volume.]
-
-M. Viger, après avoir fait dans sa propriété de l'enclos du Christ les
-deux réserves dont nous avons parlé, rendit le reste du champ à la
-culture. La porte charretière pratiquée dans le mur d'enceinte et par
-où entraient les charrettes remplies par le bourreau, ne s'ouvrit plus
-qu'à de bien rares intervalles pour laisser passer le laboureur. Un
-homme qui travaillait enfant dans ces lieux, et qui plus d'une fois
-m'y a conduit dans le cours de ces quinze dernières années[130], me
-racontait que son père l'envoyait souvent travailler dans le _champ du
-Christ_, en lui recommandant de ne pas toucher aux terrains marqués
-par une claire-voie.
-
-[Note 130: Le sieur Fauconnier, 12, rue d'Asnières,
-Batignolles-Paris.]
-
-Les choses en étaient là, lorsque s'accomplirent les graves événements
-de 1814. La maison de Bourbon n'avait pu enterrer ses morts après la
-grande bataille de la révolution. Il était naturel qu'en rentrant sur
-le sol de la patrie elle s'occupât de ce soin pieux. D'ailleurs, le
-retour des exilés, ces absents temporaires, rappelait les morts, ces
-absents éternels, ensevelis avec trop peu de larmes, _paucioribus
-lacrymis_, comme l'a écrit le grand historien de Rome; et depuis que
-les roulements de tambour et les fanfares de la victoire ne
-retentissaient plus, il semblait qu'on entendait sortir de ces sillons
-où l'on avait fauché une génération humaine, un bruit de gémissements
-et de sanglots. La restauration de la maison de Bourbon ramenait
-elle-même la pensée publique sur les royales victimes de la
-Révolution.
-
-La loi qui avait consacré un deuil général en expiation du crime
-commis le 21 janvier 1793, avait prescrit qu'un monument serait élevé
-au fils et à la soeur de Louis XVI. Nous avons, dans un ouvrage
-relatif _à la vie, à l'agonie et à la mort de Louis XVII_, exposé les
-motifs qui rendirent stériles, relativement à ce jeune prince, les
-dispositions de cette loi. Les difficultés qui s'était présentées pour
-retrouver les restes de l'orphelin du Temple devenaient plus grandes
-encore pour rechercher ceux de Madame Élisabeth, enfouis dans une
-fosse commune avec les dépouilles des vingt-trois autres personnes
-frappées avec elle sur l'échafaud du 21 floréal. Le gouvernement de la
-Restauration n'avait recueilli que des renseignements inexacts sur la
-sépulture des victimes révolutionnaires.
-
-Un respectable vieillard, M. Descloseaux, propriétaire rue d'Anjou
-d'une maison contiguë au cimetière de la Madeleine, avait été témoin
-oculaire de l'inhumation des restes du roi Louis XVI et de la reine
-Marie-Antoinette dans ce cimetière, et s'était persuadé que tous les
-suppliciés de la place de la Révolution y avaient été également
-ensevelis. Sa déclaration, formulée dans ce sens et signée par lui, le
-4 juin 1814, avait accrédité une erreur que lui-même, mieux informé
-plus tard, s'empressa de réparer par un acte authentique à la date du
-22 mai 1816[131].
-
-[Note 131:
-
- _Déclaration de M. Descloseaux, chevalier de l'Ordre du Roi,
- du 22 mai 1816, devant Me Deguingand, notaire à Monceaux_.
-
-Je soussigné, Pierre-Louis OLLIVIER DESCLOSEAUX, chevalier de l'Ordre
-du Roi, demeurant actuellement rue d'Anjou, faubourg Saint-Honoré,
-nº 62, premier arrondissement, déclare erroné le certificat que j'ai
-signé le quatre juin mil huit cent quatorze, étant à la suite d'une
-liste imprimée par Lottin, dans le courant de la même année, ayant
-pour titre: «_Liste des personnes qui ont péri par jugement du
-tribunal révolutionnaire, depuis le vingt-six août dix-sept
-cent quatre-vingt-douze, jusqu'au treize juin dix-sept cent
-quatre-vingt-quatorze (vingt-cinq prairial an deux), laquelle liste
-contient les noms de treize cent quarante-trois victimes._»
-
-Attendu qu'il est constant et hors de doute que, sur la demande des
-propriétaires et habitans de la rue d'Anjou, le cimetière de la
-Madeleine a été fermé antérieurement au vingt-quatre mars dix-sept
-cent quatre-vingt-quatorze (quatre germinal an deux), et que de suite
-il a été ouvert près de la barrière de Monceaux (vulgairement
-Mousseaux) un autre cimetière, dans lequel a été porté HÉBERT, dit le
-_Père Duchesne_, indiqué sous le nº 496 de ladite liste, d'où il
-résulte la preuve, d'après la liste imprimée par Lottin, que huit cent
-quarante-huit victimes ont été portées au cimetière de Monceaux, et
-non à celui de la rue d'Anjou; en conséquence je déclare, moi
-Descloseaux, que c'est par erreur qu'il est dit, dans le certificat
-signé de moi, que toutes les personnes comprises dans cette liste, et
-au nombre de treize cent quarante-trois, ont été inhumées dans le
-cimetière de la rue d'Anjou, et que je n'ai pas entendu y comprendre
-celles qui ont été reçues au cimetière de Monceaux, indiquées sous les
-huit cent quarante-huit derniers numéros. Cette erreur provient de ce
-que j'ai considéré la désignation du cimetière de la Madeleine comme
-étant commune aux deux cimetières de la rue d'Anjou et Monceaux,
-attendu qu'ils avaient successivement servi au même usage.
-
-De ce qui vient d'être dit, il reste constant que les tristes restes
-de MADAME ÉLISABETH, soeur de Sa Majesté Louis XVI, et de M. de
-MALESHERBES, sont déposés dans le cimetière de Monceaux. (Voir les
-n{os} 679 et 901.)
-
-En foi de quoi j'ai signé le présent certificat pour rendre hommage à
-la vérité, consentant qu'il soit déposé par-devant notaire, et qu'il
-en soit délivré toutes copies nécessaires à qui de droit et à mes
-frais.
-
-A Paris, ce dix-neuf mai dix-huit cent seize.
-
-Approuvé le contenu au certificat ci-dessus écrit de la main de M.
-d'Anjou, mon gendre. _Signé_ OLLIVIER DESCLOSEAUX, chevalier de
-l'Ordre du Roi.
-
-En marge est écrit: Enregistré à Neuilly, le vingt-un mai mil huit
-cent seize, fol. 14 recto, cases 1 et 2. Reçu deux francs vingt
-centimes. _Signé_ MAUROY.
-
-«Il est ainsi en ladite déclaration, duement certifiée véritable,
-signée, paraphée et annexée à un acte de dépôt passé devant Me Élie
-DEGUINGAND, notaire à Monceaux, boulevard extérieur de Paris,
-soussigné, le vingt-deux mai mil huit cent seize, enregistré; le tout
-étant en la possession dudit Me DEGUINGAND.» Délivré ces présentes le
-trente juin mil huit cent seize.
-
- DEGUINGAND.]
-
-L'année suivante, dans les derniers jours du mois de mars, fut dressé
-un acte notarié établissant la notoriété du cimetière de
-Monceaux[132].
-
-[Note 132:
-
- _Acte de notoriété concernant le cimetière de Monceaux,
- du 30 et 31 mars 1817, devant Me Deguingand, notaire._
-
-Par-devant Me Élie DEGUINGAND, notaire royal à la résidence de
-Monceaux, boulevard extérieur de Paris, en présence des témoins
-ci-après nommés, soussignés,
-
-SONT COMPARUS:
-
- 1º M. Philippe CARDINET, marchand de vin traiteur;
- 2º M. Louis-Auguste POITEVIN, propriétaire et cultivateur;
- 3º M. François CUREL, propriétaire et marchand épicier;
- 4º M. Étienne DESGRAIS, propriétaire et cultivateur;
- 5º M. François CHARLES, propriétaire et cultivateur;
- 6º M. Étienne-François FAUCONNIER, propriétaire et cultivateur;
- 7º M. Pierre GILLET, propriétaire et cultivateur;
- 8º M. Claude LEBERT, cultivateur et propriétaire;
- 9º Et M. Jacques-Louis CHARLES, propriétaire et paveur;
-
-Tous demeurant à Monceaux, commune de Clichy-la-Garenne, département
-de la Seine;
-
-Lesquels ont attesté pour notoriété constante, et comme étant à leur
-parfaite connaissance, les faits ci-après rapportés;
-
-SAVOIR:
-
- 1º Que, lors de la fermeture du cimetière de la Madeleine de
- Paris, c'est-à-dire au mois de mars dix-sept cent
- quatre-vingt-quatorze, le Gouvernement, existant à cette époque
- s'est emparé pour le même usage d'un terrain dépendant de la
- maison dite _du Christ_, située à la barrière de Monceaux
- (vulgairement _Mousseaux_).
-
- 2º Que pour l'entrée de ce dernier cimetière on a démoli une
- partie du mur d'enceinte de Paris, et pratiqué sur le boulevard
- extérieur, vis-à-vis le bâtiment de la barrière, une ouverture,
- depuis fermée par une grande porte qui existe encore
- actuellement.
-
- 3º Et que c'est dans ce lieu qu'ont été portés, le dix mai
- dix-sept cent quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de MADAME
- ÉLISABETH, soeur de Sa Majesté Louis XVIII, roi de France.
-
-Trois jours après, l'ancien concierge du cimetière de Monceaux faisait
-devant le même officier public la déclaration suivante:
-
-Par-devant Me Élie DEGUINGAND, notaire royal, à la résidence de
-Monceaux, boulevard extérieur de Paris, en présence des témoins
-ci-après nommés, soussignés,
-
-EST COMPARU,
-
-Étienne-Pierre JOLY, ancien concierge du cimetière de Monceaux, et
-actuellement concierge du cimetière de Montmartre, demeurant aux
-Batignolles, nº 42, commune de Clichy.
-
-Lequel a attesté pour notoriété constante, et comme étant à sa
-parfaite connaissance, les faits ci-après rapportés;
-
-SAVOIR:
-
- 1º Que, lors de la fermeture du cimetière de la Madeleine de
- Paris, c'est-à-dire au mois de mars mil sept cent
- quatre-vingt-quatorze, le gouvernement existant à cette époque
- s'est emparé, pour le même usage, d'un terrain actuellement
- dépendant de la maison dite du _Christ_, situé à la barrière de
- Monceaux (vulgairement Mousseaux);
-
- 2º Que pour l'entrée de ce dernier cimetière on a démoli une
- partie du mur d'enceinte de Paris, et pratiqué sur le boulevard
- extérieur de Paris, vis-à-vis le bâtiment de la barrière, une
- ouverture, depuis fermée par une grande porte qui existe encore
- actuellement;
-
- 3º Que c'est dans ce lieu qu'ont été portés, le dix mai mil sept
- cent quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de MADAME
- ÉLISABETH, soeur de S. M. LOUIS XVIII, ROI de France;
-
- 4º Et enfin que c'est dans ce lieu qu'ont aussi été apportés tous
- les corps des personnes qui ont été condamnées par le tribunal
- révolutionnaire, et exécutées sur la place LOUIS XV, depuis le
- quatre germinal an deux (vingt-quatre mars mil sept cent
- quatre-vingt-quatorze) jusqu'à la fermeture dudit cimetière.
-
-Desquelles déclarations il a été dressé le présent acte pour servir et
-valoir ce que de raison.
-
-Fait et passé à Monceaux, en l'étude, l'an mil huit cent dix-sept, le
-trois avril, en présence de Jean-Nicolas Couttard, instituteur, et
-Pierre-Augustin Meigneux, commis marchand épicier, demeurant tous deux
-audit Monceaux, témoins instrumentaires requis conformément à la loi,
-et a le comparant signé avec lesdits témoins et ledit Me DEGUINGAND,
-notaire soussigné, après lecture faite de la minute des présentes,
-demeurée à Me DEGUINGAND, notaire soussigné.
-
-En marge de ladite minute est écrit:
-
-Enregistré à Neuilly, le quatre avril mil huit cent dix-sept, folio
-167 recto, case 7. Reçu deux francs vingt centimes. _Signé_ MAUROY.
-
-Délivré ces présentes le cinq avril mil huit cent dix-sept.
-
- DEGUINGAND.]
-
-Dès le 11 janvier 1817, M. Bélanger, dessinateur ordinaire du cabinet
-et de la chambre du Roi, avait adressé le rapport suivant à M. de
-Pradel, chargé du portefeuille de la maison de Sa Majesté:
-
-«MONSIEUR LE COMTE,
-
-»Le corps de Madame Élisabeth de France a été porté dans une fosse
-commune, près la barrière de Mousseaux, dans un terrain (_intra
-muros_) qui appartient à M. Viger, ancien directeur des fermes. Ce
-domaine contient environ sept arpents, sur lequel il existe deux
-maisons d'habitation séparées l'une de l'autre.
-
-»Dans la même fosse qui contient les restes de cette auguste et
-infortunée princesse, se trouvent réunis ceux des personnes qui ont
-partagé la gloire de son martyre.
-
-»Toute espèce de translation étant impossible, on peut, ainsi que vous
-l'avez sagement proposé, faire de ce local, sans beaucoup de dépense,
-un lieu d'expiation et de recueillement, dont les dispositions,
-d'après les détails du plan que j'ai l'honneur de vous adresser,
-offriraient l'aspect austère d'une enceinte religieuse, où quelque
-petit monument attesterait aux siècles à venir jusqu'à quel excès de
-déraison et de délire peut se porter un peuple quand il brise ses
-institutions sociales et qu'il rompt le joug salutaire des lois de la
-morale et de la religion.
-
-»J'ai rédigé le projet que j'ai l'honneur de vous adresser sur des
-dispositions d'économie. Une enceinte fermée, plantée de cyprès et
-autres arbres convenables à un champ de repos, une pyramide élevée sur
-la fosse, des cyprès mémoratifs avec quelque inscription, une chapelle
-sépulcrale simple dans ses décors, qui offrirait aux habitants de
-Mousseaux, qui n'ont plus d'église pour la célébration de la messe,
-les jours de fêtes et dimanches, un lieu de recueillement.
-
-»Ce domaine offre la disposition avantageuse de deux maisons
-d'habitation, l'une convenable pour l'ecclésiastique qui desservirait
-la chapelle, et l'autre au concierge qui gardera le champ du repos.
-
-»J'estime toute cette dépense, y compris l'acquisition des sept
-arpents de terre, des deux maisons, des embellissements, des
-plantations et de la construction de la chapelle, à trois cent mille
-francs.
-
-»Des détails plus précis donneraient peut-être des résultats plus
-économiques.
-
-»Je m'estimerai heureux si, témoin de tant de profanations politiques
-et sacrées, je pouvais avoir contribué à la décision qui sera
-prononcée à cet égard.
-
-»J'ai l'honneur d'être avec respect, Monsieur le comte, votre
-très-humble et très-obéissant serviteur,
-
- »BÉLANGER.»
-
- »Paris, le 11 janvier 1817.»
-
- * * * * *
-
-De son côté, M. Viger de Jolival avait, le 25 du même mois, tenté près
-des vicaires généraux du diocèse de Paris une démarche ayant pour but
-de les intéresser à la cession qu'il était disposé à faire de sa
-propriété au gouvernement du Roi, et, le 4 février, il écrivait au
-préfet de la Seine relativement au monument à élever à la mémoire de
-Madame Élisabeth. Il crut aussi devoir adresser une requête analogue à
-M. le vicomte de Montmorency[133]. Ni les propositions de M. Bélanger
-ni celles de M. Viger de Jolival ne furent accueillies. Nous dirons
-dans l'Appendice que nous inscrirons à la fin de ce volume, avant les
-Pièces justificatives, les difficultés, pour ainsi dire
-insurmontables, que rencontrèrent les recherches qui furent tentées
-pour arriver à la découverte certaine des restes de Madame Élisabeth.
-M. Lainé, ministre de l'intérieur, sous l'autorité duquel le préfet de
-police avait dirigé ces lamentables travaux, regarda comme un devoir
-de soumettre au Roi les lettres qui en exposaient les détails. Louis
-XVIII, assez peu crédule de sa nature, et pour qui les reliques de
-Louis XVI et de Marie-Antoinette, malgré les actes publics qui en
-établissaient l'authenticité, paraissaient à peine offrir une garantie
-suffisante, donna l'ordre de s'abstenir de recherches qui,
-lorsqu'elles ne sont pas motivées par des indications certaines,
-ressemblent à une profanation: or celles-ci ne pouvaient avoir pour
-résultat qu'une découverte d'ossements douteux. On renonça donc à
-toute pensée d'exhumation.
-
-[Note 133: Se déclarant _propriétaire et gardien depuis vingt-sept ans
-de l'enceinte où repose la dépouille mortelle de Madame Élisabeth,
-clos inaccessible au public, resté inculte et vierge depuis le 10 mai
-1792_, et ayant pour objet _la possibilité de l'érection d'un monument
-à la mémoire de cette princesse_. (Catalogue Laverdet, mai 1857.)]
-
-On avait voulu trop faire et l'on ne fit point assez. La plus simple
-convenance conseillait d'acquérir ce cimetière et d'y ériger un
-monument. On n'en fit rien. M. Viger de Jolival perdit l'espoir de
-céder au gouvernement royal le terrain qui contenait les restes
-d'Élisabeth, de Malesherbes, des fermiers généraux, des présidents du
-Parlement de Paris et d'une multitude de personnages considérables.
-
-Peut-être l'empressement du propriétaire du terrain à en tirer parti
-diminua-t-il la disposition du gouvernement à l'acquérir, parce que
-celui-ci ne vit qu'une spéculation dans une affaire où il y avait des
-considérations d'un ordre supérieur à envisager. Cependant, si
-l'enquête, poursuivie avec tant de soin, n'avait pu donner
-d'indications précises sur les moyens de discerner les reliques de la
-soeur de Louis XVI au milieu de tant de restes, elle avait mis deux
-points hors de doute: la présence des dépouilles mortelles de la
-princesse dans l'_enclos du Christ_, et l'indication de la fosse où
-elles reposent, avec un grand nombre des plus illustres victimes de la
-révolution, et à quelques pas des proscripteurs les plus redoutables
-de cette époque néfaste, couchés dans la paix du même tombeau. Cela
-suffisait pour que l'enclos marqué de tels souvenirs fût conservé
-comme une de ces pages d'histoire qui, respectées au milieu de tous
-les changements, parlent du passé à l'avenir.
-
-Le temps a marché. Peu à peu la spéculation s'est emparée de ces
-terrains. Quelques chétives maisons s'y sont assises, quelques hangars
-s'y sont élevés; mais ceux qui les habitent ou qui les exploitent ne
-se doutent pas de ce qui s'est passé dans ces lieux. La population,
-qui se renouvelle encore plus vite aux abords des barrières qu'au
-centre même de la cité, ignore tellement à quel usage ces terrains ont
-servi, qu'un terrassier ayant trouvé, il y a quelques années, des
-ossements humains en creusant les fondations d'un bâtiment, mille
-conjectures étranges ont occupé l'imagination des habitants de ce
-quartier. Dans ces derniers temps encore, de nouveaux ossements,
-appartenant à des individus des deux sexes, et remontant, d'après les
-examens de la science, à soixante-dix ou soixante-quinze ans, sont
-apparus en grand nombre sous la pioche des ouvriers occupés à des
-fouilles au boulevard de Monceaux. Ces débris, remplissant plusieurs
-tombereaux, ont été transportés aux Catacombes[134].
-
-[Note 134: C'est par erreur qu'un article du _Droit_ du mois de
-juillet 1865, et après lui plusieurs autres journaux, ont prétendu que
-«cet emplacement faisait autrefois partie du cimetière de la Madeleine
-de la Ville-l'Évêque, où avaient été déposés les corps de Louis XVI et
-de Marie-Antoinette, ainsi que ceux des victimes de la Terreur.» Il y
-avait loin du cimetière de la Madeleine au cimetière de Monceaux. B.]
-
-Ainsi donc, si Madame Élisabeth avait mis tous ses soins à fuir
-l'ostentation pendant sa vie, Dieu a voulu lui ménager jusque dans la
-mort l'obscurité qu'elle avait aimée.
-
- * * * * *
-
-Madame, après avoir prêché l'humilité devant l'échafaud, vous vous y
-êtes humblement offerte. Vos dépouilles ont été, avec les dépouilles
-de tous vos compagnons funèbres, enfouies pêle-mêle dans la terre, et
-pas une pierre n'en marquera même la place!
-
-Mais les haines qui vous ont persécutée sont éteintes: les calomnies
-qui s'étaient dressées contre vous se sont dissipées comme ces nuées
-qu'amasse un jour d'orage, et que le vent emporte, en détruisant
-l'obstacle passager qui empêchait la terre de jouir de la lumière du
-soleil, dont l'éclat, invisible un moment aux regards des hommes, n'a
-pas cessé de rayonner dans le ciel. C'est l'image de votre sublime
-vertu méconnue un jour sur la terre, toujours connue du regard de
-Dieu.
-
-Vous aviez ému et attendri le monde par l'onction de votre parole.
-Aujourd'hui vous le tiendrez et plus ému et plus attendri encore par
-la douceur de votre souvenir; car vous avez parlé plus haut dans votre
-mort que dans votre vie.
-
-Cédant à une inspiration venue de notre coeur, et soutenu dans notre
-tâche par le culte que nous vous avions voué, nous avons consacré de
-longues journées à rassembler quelques nouveaux détails sur votre
-personne; nous les avons enregistrés dans ce livre avec conscience,
-avec respect; et bien souvent des larmes sont venues obscurcir notre
-vue et arrêter notre plume, en vous surprenant si sévère pour
-vous-même, si soumise aux volontés de Dieu, qui devenaient les vôtres,
-si miséricordieuse envers les faibles, si bonne pour vos amies, si
-généreuse envers vos ennemis, et si douce envers la mort. Mais je ne
-veux plus parler de vous avec ce chagrin amer qui convient mal à
-l'admiration de l'angélique sérénité de votre grande âme; j'ai été à
-la peine en racontant votre martyre, je suis maintenant au triomphe:
-je me reprocherais ma douleur comme une impiété, ne voulant plus voir
-dans votre mort que votre triomphe éternel.
-
-Par une rencontre où nous aimons mieux voir le doigt de la Providence
-qu'un concours de circonstances tout fortuit, la révolution sembla
-exécuter, après votre mort, les ordres que vous-même eussiez donnés,
-si vous eussiez cru pouvoir commander, et devoir être obéie. Les
-vêtements dont vous étiez couverte à votre dernière heure furent
-portés dans un hospice pour servir aux pauvres et aux malades, ces
-membres souffrants de Notre-Seigneur, que vous secouriez pendant votre
-vie; votre maison de Montreuil, que vous aviez tant aimée, garda le
-nom de maison Élisabeth et fut destinée à devenir un hôtel-Dieu;
-enfin, le champ du Christ reçut votre corps, tandis que votre âme
-montait au ciel.
-
-Mais ce n'est point à nous qu'il appartient de vous honorer dignement.
-Sans chercher à devancer le cours des âges, il nous est permis de
-prévoir qu'un hommage bien autrement éclatant sera rendu un jour à
-votre mémoire: il est une autorité sacrée, qui, comme Dieu, n'oublie
-pas les âmes qui sortent victorieuses du siècle, par la simplicité
-dans le courage, par l'humilité dans la vertu, par la candeur dans
-l'héroïsme. Un jour viendra, nous le croyons, où, d'après les
-souvenirs et les témoignages des événements et des hommes, l'Église
-inscrira le nom d'Élisabeth dans ces impérissables légendes où les
-générations chrétiennes vont chercher leurs protecteurs et leurs
-modèles.
-
-
-
-
-APPENDICE.
-
-DOCUMENTS CONCERNANT LES RECHERCHES
-
-QUI ONT ÉTÉ FAITES AUX MOIS DE MARS, D'AVRIL ET DE MAI
-
-POUR RETROUVER ET CONSTATER
-
-LES RESTES DE MADAME ÉLISABETH.
-
-
-Le 22 mars, le ministre de l'intérieur (M. Lainé), en adressant au
-préfet de la Seine (M. de Chabrol) une lettre de M. Viger de Jolival,
-ancien directeur des fermes, lui demandait des renseignements sur
-l'inhumation de Madame Élisabeth.
-
-Cette lettre et cette note furent transmises par le préfet de la
-Seine, en ces termes, au préfet de police:
-
-«M. le comte de Chabrol a l'honneur de transmettre confidentiellement
-à son collègue M. le comte Anglès une note accompagnée d'une lettre à
-la date du 22 mars qu'il vient de recevoir de S. Exc. le ministre de
-l'intérieur, et à laquelle M. le comte Anglès a sans doute plus de
-moyens que lui de répondre d'une manière positive; il le prie de
-vouloir bien réunir tous les renseignements qui peuvent répondre aux
-vues du ministre.
-
-»Il le prie d'agréer l'assurance de sa haute considération.
-
- »Paris, le 24 mars 1817.»
-
- * * * * *
-
-Un scrupule administratif occupa les bureaux de la police. Était-il
-dans les convenances que le préfet de police fût mis en action par le
-préfet de la Seine pour une opération dont ce dernier avait été
-chargé confidentiellement par le ministre?
-
-Interrogé sur cette question, un chef de bureau de la préfecture de
-police répondait à M. le comte Anglès:
-
- «25 mars 1817.
-
-»En proposant à Son Excellence le projet de lettre ci-joint pour le
-ministre de l'intérieur, au sujet des communications de M. le préfet
-du département (reconnaissance du lieu d'inhumation des restes de
-_Madame Élisabeth_), on a l'honneur de lui faire part d'un scrupule
-naturel: le ministre de l'intérieur sera-t-il ou non dans le cas de se
-formaliser d'une communication faite par M. le préfet de la Seine de
-pièces qui lui avaient été adressées à lui seul, et de voir, hors des
-convenances peut-être, M. le préfet de police mis en action par M. le
-préfet de la Seine pour une opération dont ce dernier avait été chargé
-directement et particulièrement par le ministre?
-
-»Le ministre n'a rien transmis, rien demandé à M. le préfet de police;
-ce n'est pas non plus de la part du ministre que M. le préfet du
-département laisse à M. le préfet de police à suivre une opération
-dont il a recueilli et transmis les premiers éléments à S. Exc. le
-ministre de l'intérieur, qui ne les avait demandés qu'à lui, préfet du
-département, et confidentiellement.
-
-»M. le préfet de police n'a-t-il pas à craindre de commettre M. le
-préfet du département avec le ministre par une lettre qui n'est point
-provoquée?
-
-»A considérer la démarcation naturelle des attributions des autorités,
-il semble qu'il y a inconvénient et irrégularité dans la marche
-actuelle de cette affaire; peut-être, pour la suite qu'elle doit avoir
-conformément aux intentions du Roi, prendrait-elle une direction
-claire plutôt des instructions que Son Excellence prendrait
-directement du ministre, que par la voie d'une correspondance dont il
-peut être ou mécontent ou surpris.
-
- »BOUCHER.»
-
- * * * * *
-
-La lettre suivante, formulée par M. Boucher, fut adoptée et adressée
-par le ministre d'État, préfet de police, à M. le ministre de
-l'intérieur.
-
- «25 mars 1817.
-
-»MONSEIGNEUR,
-
-»M. le préfet du département de la Seine m'a transmis
-confidentiellement une lettre que Votre Excellence lui a écrite le 22
-de ce mois pour lui demander les renseignements qu'il pourrait se
-procurer sur l'époque et le lieu de l'inhumation des restes de _Madame
-Élisabeth_.
-
-»Je vois par une note transmise à M. le préfet du département par
-Votre Excellence, et dont il me donne également communication, que M.
-le préfet lui avait adressé déjà des renseignements qu'il avait
-obtenus du sieur Viger de Jolival, propriétaire du terrain où
-l'inhumation avait eu lieu, ainsi que le plan descriptif de la
-propriété avec un aperçu du monument; mais que ces documents ne
-satisfaisaient point Votre Excellence sur la question essentielle,
-celle de l'authenticité.
-
-»M. le préfet du département fonde la communication qu'il me fait par
-une note en date d'hier sur la présomption que j'aurais plus de moyens
-que lui de répondre aux vues de Votre Excellence.
-
-»Comme je n'ai aucune connaissance de ce qui a été fait à cet égard
-dans le principe, et que les premiers renseignements recueillis par M.
-le préfet du département sont entre les mains de Son Excellence, je ne
-puis que la prier de vouloir bien me faire connaître si son intention
-serait que je fisse des recherches et une enquête pour obtenir des
-informations plus positives.
-
-»Dans ce cas, il me serait nécessaire d'avoir toutes les notions
-antérieures qui sont parvenues à Votre Excellence et à M. le préfet du
-département.
-
-»J'ai l'honneur, etc., etc.»
-
- * * * * *
-
-M. le vicomte Lainé répondit:
-
- «Paris, le 31 mars 1817.
-
-»Monsieur le comte, M. Viger de Jolival, propriétaire de la maison
-dite du Christ, barrière de Mousseaux, et d'un terrain en dépendant, a
-déclaré que S. A. R. Madame Élisabeth avait été inhumée dans ce
-terrain.
-
-»Le Roi m'a ordonné de faire à ce sujet toutes les recherches
-convenables.
-
-»Je vous serai obligé de me communiquer tous les renseignements que
-vous pourrez vous procurer pour constater ce fait d'une manière
-indubitable et pour faire reconnaître les cendres de Madame Élisabeth,
-que l'on dit avoir été ensevelie en même temps que plusieurs autres
-personnes. Ce doit être là le but des recherches, afin que la
-translation à Saint-Denis puisse être opérée, suivant le degré de
-certitude qui aura été acquis.
-
-»J'ai l'honneur d'être, etc.
-
- »_Le ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur,_
-
- »LAINÉ.»
-
- * * * * *
-
-Cette lettre étant demeurée sans réponse, le ministre de l'intérieur
-en fit le rappel au préfet de police le 18 avril, en ajoutant: «Je
-vous prie de me répondre sur cette demande le plus tôt possible.»
-
-De son côté, M. de Giry, administrateur des affaires ecclésiastiques
-au ministère de l'intérieur, avait, dès le 1er avril, écrit
-officieusement à M. Anglès:
-
- «Paris, le [1er avril] 1817.
-
-»Voici ce qui est arrivé au sujet des recherches à faire pour
-constater tout ce qui peut avoir trait aux cendres de Madame
-Élisabeth.
-
-»Le ministre me remit, il y a quelques jours, une note portant que M.
-Viger de Jolival, propriétaire d'une maison dite du Christ et jardin
-en dépendant, barrière de Mousseaux, avait fourni à _M. le préfet de
-la Seine_ et à MM. les vicaires généraux des renseignements et un
-projet sur un monument à élever en l'honneur de Madame Élisabeth sur
-le terrain même, après acquisition faite (par la ville de Paris).
-
-»Je finissais le travail ordinaire; le ministre, en me remettant la
-note, qui m'était alors inconnue, n'ajouta que ces mots: «Voyez tout
-ce que l'on peut faire.»
-
-»Averti par la lecture qu'il y avait des antécédents, je me les fis
-remettre. Ils étaient déjà parvenus, avec envoi de M. le préfet, dans
-un bureau qui avait traité sous le rapport d'acquisition (160,000 fr.)
-et de monument. Que pourrait-on faire si l'on n'y mettait encore
-autant et plus, et puis des gardiens dans ce quartier isolé, et puis
-un service journalier, etc.? J'entrevis _quatre à cinq cent mille
-francs_ de dépense.
-
-»J'arrivai au travail avec deux lettres: une aux vicaires généraux
-pour avoir tout ce qui leur avait été communiqué; l'autre est celle
-que M. le comte de Chabrol a renvoyée à M. le comte Anglès. L'avis
-joint était de ma façon, parce que je craignais que M. le préfet ne
-suivît la chose dans le sens du premier projet, et qu'il me paraissait
-qu'on ne pouvait trop appuyer sur la nécessité de _constater_ les
-cendres, de les distinguer et de les transférer alors à Saint-Denis,
-plutôt que de s'arrêter à tout autre plan d'exécution imparfaite et
-dispendieuse.
-
-»Je ne songeai pas dans le moment au préfet de police; le ministre n'y
-songea pas davantage; mais hier, averti ou mieux avisé, il a écrit à
-M. le préfet de police. La lettre, soumise aux formalités du départ,
-se sera croisée.
-
-»Il paraît que l'idée de translation à Saint-Denis, dans le cas où
-l'on réussirait à distinguer les cendres de Madame Élisabeth, est
-conforme à l'intention du Roi.
-
-»Il paraît encore que l'intérêt du propriétaire, déjà bercé de l'idée
-de vendre, pourra rendre la vérification plus difficile. Ce n'est pas
-le cas de parler d'adresse et d'habileté au ministre préfet qui veille
-sur Paris.
-
-»Au surplus, j'ai parlé ce matin à M. Lainé de la question que vous
-m'avez adressée, mon très-honoré et très-cher ministre, et je lui en
-ai parlé comme je devais le faire, et de manière à remplir votre
-commission en entier. Je puis donc vous assurer que l'énoncé de la
-note Jolival, portant que le préfet de la Seine et les vicaires
-généraux de Paris avaient ses premiers renseignements, a été (sans
-autre réflexion) la cause que l'on s'est adressé à cet administrateur
-et à MM. les vicaires généraux.
-
-»Quant aux antécédents, ils sont uniquement relatifs à la dépense à
-mettre à la charge de la ville de Paris. Ils s'étaient passés entre M.
-le préfet et M. le sous-secrétaire d'État en dernier lieu.
-
-»Enfin M. Lainé se défend même d'avoir coopéré à ce qui regarde les
-restes de Molière et de la Fontaine. Il m'a répondu qu'au surplus cela
-avait dû être traité comme objet d'art. M'a-t-il bien ou mal entendu?
-
-»Je n'ai pas voulu insister.
-
-»Mais, j'ose vous le répéter, quoique sans doute la chose soit
-superflue, s'il est reconnu qu'acheter et bâtir serait intempestif,
-que transférer à Saint-Denis serait dans les voeux du Roi, il y aura
-des précautions à prendre pour éluder l'intérêt du propriétaire.
-
-»J'écris de chez moi, les affaires courantes ne me l'ayant pas permis
-dans la journée. Pardon de la prolixité, mais les enfants et les
-grands me détournent également. Demain j'aurai l'honneur de vous
-envoyer le dossier entier.
-
-»Veuillez agréer mon respectueux et profond dévouement,
-
- »DE GIRY.»
-
- * * * * *
-
-Le préfet de police autorisa M. de Chanay, chef de la première
-division, à prendre lui-même dans l'enclos du Christ des
-renseignements sur le lieu de l'inhumation du corps de Madame
-Élisabeth.
-
- «Paris, 18 avril 1817.
-
-»Le ministre d'État, préfet de police, autorisons le sieur de Chanay,
-chef de la première division des bureaux de notre préfecture, à se
-transporter à la barrière de Mousseaux, où est située la maison dite
-du Christ, appartenant à M. Viger de Jolival, et à visiter l'enclos de
-ladite maison, à l'effet de reconnaître les lieux et d'y prendre des
-renseignements sur le lieu de l'inhumation du corps de S. A. R. Madame
-Élisabeth, soeur du Roi, et d'y recevoir en forme la déclaration du
-sieur Joly, ancien concierge de ce local, aujourd'hui concierge du
-cimetière Montmartre, qui sera invité à s'y rendre pour le même
-objet.--Ledit chef de division se fera assister, s'il le juge
-nécessaire, du commissaire de police du quartier du Roule et d'un
-officier de paix, afin de pouvoir faire sur les lieux toutes les
-observations demandées et y recevoir toutes les déclarations qui
-pourraient fournir d'utiles renseignements.
-
- »_Le ministre d'État, préfet de police,_
-
- »Comte ANGLÈS.»
-
- * * * * *
-
-Le 21 avril, M. Boucher, chef de bureau à la préfecture de police,
-soumettait à son chef le rapport suivant:
-
- «21 avril 1817.
-
-»On a l'honneur de rendre compte à Son Excellence du résultat des
-premières démarches qui ont été faites pour parvenir à des
-renseignements positifs sur la sépulture _distincte_ des restes de Son
-Altesse Royale Madame Élisabeth, soeur du Roi Louis XVI.
-
-»M. de Giry, qui dirige l'administration des affaires ecclésiastiques
-au ministère de l'intérieur, avait expliqué dans une lettre
-particulière à Son Excellence la raison pour laquelle les premières
-communications avaient été faites au département de la Seine. L'enclos
-connu sous le nom de la _maison du Christ_, barrière de Mousseaux,
-dans lequel les dépouilles mortelles de Madame Élisabeth ont été
-déposées avec les restes de beaucoup d'autres victimes des fureurs
-révolutionnaires, est une propriété à M. Viger de Jolival, qui offrait
-de la vendre.
-
-»M. de Giry avait annoncé à Son Excellence l'envoi prochain de pièces
-essentielles pour suivre cette affaire, et qu'il veut bien confier
-aujourd'hui. Ces pièces et les renseignements que j'ai recueillis
-conduiront-ils au but désiré, la connaissance positive de la sépulture
-de Madame Élisabeth, assez positive enfin pour qu'il y fait un moyen
-de la _constater_? On le dit à regret à Son Excellence, on ne le croit
-pas. M. Viger de Jolival le faisait déjà bien entrevoir dans une
-lettre qu'il écrivait à MM. les vicaires généraux au mois de février
-dernier; la phrase est précise: «C'est donc à vous, Messieurs, leur
-dit-il, qu'il appartient de faire connaître publiquement le lieu où
-reposent (mêlés, il est vrai, avec ceux de beaucoup de victimes moins
-illustres, mais non moins innocentes) les restes infortunés de la
-soeur du bon Roi Louis XVI.»
-
-»D'après les intentions de S. Exc. le ministre de l'intérieur, MM. les
-vicaires généraux s'étaient empressés de recueillir des renseignements
-de M. Desclozeaux et de M. Bélanger, architecte, indépendamment de
-ceux qu'ils avaient eus de M. Viger de Jolival.
-
-»Le certificat de M. Desclozeaux ne fait connaître autre chose sinon
-que les restes de Madame Élisabeth ont bien été déposés dans l'enclos
-du Christ, à Mousseaux, et non au cimetière de la rue d'Anjou, comme
-aurait pu le faire croire une liste imprimée des victimes du tribunal
-révolutionnaire.
-
-»Une lettre adressée par M. Bélanger à MM. les vicaires généraux fait
-également présumer qu'il n'y aurait aucun moyen de distinguer les
-restes de Madame Élisabeth, et que toutes les victimes de ce temps
-affreux ont été confondues dans une même fosse.
-
-»M. Bélanger ne parle que _du lieu où gît la fosse_ et du monument
-expiatoire qu'on pourrait élever au-dessus, en forme de pyramide, dont
-il donna le dessin.
-
-»Enfin MM. les vicaires généraux, dans une lettre qu'ils écrivirent au
-ministre de l'intérieur le 26 mars 1817, en lui transmettant ces
-pièces avec quelques autres, firent bien entrevoir la difficulté qu'il
-y aurait de parvenir à séparer les cendres de Madame Élisabeth, qui
-ont été confondues avec celles de tant d'autres victimes. Et M.
-Jalabert, que j'ai eu l'avantage de voir ce matin, n'a pas dissimulé
-qu'il regardait la chose comme impossible; aussi le voeu de MM. les
-vicaires généraux se bornait-il à l'érection d'un monument et d'une
-chapelle expiatoire[135]. M. de Giry m'avait conseillé une démarche
-auprès de M. Desclozeaux, dont la mort ne lui était plus sans doute
-revenue à la mémoire; mais je n'en ai pas moins recueilli de mesdames
-Desclozeaux des détails dont elles avaient été informées comme leur
-père. Il en résulterait que bien avant le 10 mai 1794, jour où périt
-Madame Élisabeth, c'est-à-dire depuis la fin de mars, nombre de
-victimes avaient déjà été précipitées dans une grande fosse, où l'on
-entassait les corps sans ménagement comme sans distinction; que le 10
-mai les vingt-cinq victimes avaient été transportées dans un même
-panier; que depuis ce jour jusqu'à la fin de juin, et sans
-discontinuité dans ce laps de temps, d'autres victimes ont été
-entassées par douzaines dans ce même endroit; que la gaieté
-sanguinaire, la férocité, la monstruosité des êtres qui recevaient les
-corps et faisaient le service de la fosse sont au-dessus de toute
-expression, au point qu'il aurait été fort dangereux d'annoncer
-quelque sensibilité à leurs yeux et de vouloir se livrer à quelque
-devoir d'humanité ou de pitié.
-
-»En un mot, d'après tout ce que les dames Desclozeaux ont su de leur
-père, le projet de parvenir à distinguer les restes de Madame
-Élisabeth dans le mélange de tant de restes ne pourrait jamais
-conduire à un résultat; en un mot, il serait impossible d'en venir à
-_constater_, premier point cependant pour remplir les intentions de Sa
-Majesté.
-
-»Néanmoins il se peut qu'on ait, en termes vagues, donné le nom de
-fosse à un endroit spacieux jusqu'à un certain point, s'il faut s'en
-rapporter au devis estimatif que M. de Jolival a donné de sa
-propriété. Il y est dit que sur dix-neuf cent trente et une toises
-_quarrées_, six cents ont servi aux inhumations. Une inspection du
-terrain deviendrait donc absolument nécessaire pour qu'on put émettre
-une dernière opinion.
-
-»On ne pouvait se permettre de se présenter sans mission et sans
-instructions ni auprès de M. de Jolival ni dans sa propriété. M. de
-Giry a fait entendre à Son Excellence qu'il fallait quelque adresse
-pour une communication à ce propriétaire, qui avait calculé d'avance
-le prix d'une vente, et qui comptait sur l'emploi de son terrain pour
-un monument distingué, surtout M. de Jolival ignorant les intentions
-de Sa Majesté pour qu'il soit fait un transport à Saint-Denis des
-restes de Madame Élisabeth, dispositions, on le sent, qui dérangent
-tous les calculs du propriétaire.
-
-»Il n'y a qu'un ordre de Son Excellence, et un ordre dont les motifs
-ne seraient pas donnés, qui puisse faciliter l'accès dans le terrain;
-peut-être est-ce au propriétaire lui-même qu'il faudrait ensuite
-l'exhiber, à moins que Son Excellence ne pensât que, vu l'urgence, il
-pût être seulement exhibé au concierge ou portier de la maison. Ce
-dernier passe pour connaître assez bien la disposition des lieux.
-
-»L'assistance d'un commissaire de police serait-elle alors nécessaire
-pour qu'il pût verbaliser au besoin? C'est une question que Son
-Excellence est priée de résoudre; mais, au surplus, peut-être ne
-serait-il pas inutile que la personne qui ira visiter le terrain soit
-accompagnée d'un architecte.
-
-»A moins que Son Excellence ne préfère une autre mesure, qui serait
-d'obtenir tous les documents préliminaires par voie secrète et par une
-entremise ménagée auprès du concierge.
-
-»Son Excellence écrirait au ministre de l'intérieur pour lui faire
-connaître que les démarches ont été faites pour obtenir les premiers
-résultats sans lesquels il serait impossible que les intentions de Sa
-Majesté fussent remplies, mais que ce qu'on a pu recueillir de
-renseignements jusqu'à ce moment ne laisse malheureusement entrevoir
-aucun succès; qu'aussitôt qu'on en aura complétement acquis la
-certitude, on s'empressera de l'en informer.
-
- »BOUCHER.»
-
-[Note 135: MM. les vicaires généraux ont cherché à connaître et à
-retrouver ceux d'entre les ecclésiastiques qui, par pitié comme par
-humanité, suivaient discrètement, encourageaient, consolaient,
-exhortaient des yeux les victimes qu'on traînait à la mort par
-vingtaine et trentaine à la fois, afin de savoir si quelqu'un de ces
-prêtres bienfaisants n'aurait pas quelques lumières à donner sur la
-sépulture de Madame Élisabeth. M. de Sambucy est jusqu'à présent le
-seul qu'ils aient pu découvrir. Mais M. de Sambucy n'a suivi les
-victimes ce jour-là que jusqu'à la place où elles ont été frappées; il
-se rappelle des circonstances de leur supplice, et notamment de celui
-de Madame Élisabeth, qui fut réservée pour la dernière et avait dû
-voir périr conséquemment dix-huit personnes avant elle, suivant M. de
-Sambucy, et vingt-quatre suivant ce qu'ont assuré les dames
-Desclozeaux[135-A]. Sur d'autres indications, MM. les vicaires
-généraux doivent voir encore deux ecclésiastiques, et donner
-connaissance demain au ministre de l'intérieur de ce qu'ils auraient
-pu apprendre.]
-
-[Note 135-A: Il est de notre devoir de rectifier cette note sur deux
-points: 1º Ni M. de Sambucy ni mesdames Desclozeaux n'étaient dans le
-vrai: la fournée du 21 floréal an II (10 mai 1794) se composait de
-vingt-cinq personnes qui toutes, sans exception, furent condamnées à
-mort. Madame Mégret de Sérilly, quoiqu'elle se crût enceinte, ne
-réclama point. Madame Élisabeth, nous l'avons dit plus haut, avertie
-de l'état de cette malheureuse femme, le dénonça au tribunal, qui fit
-suspendre pour elle l'exécution du jugement. Donc le nombre exact des
-victimes de cette journée était de vingt-quatre. 2º Je m'étonne que
-MM. les vicaires généraux n'aient point cité le nom du respectable
-Père Carrichon à côté de celui de M. de Sambucy. Le lecteur trouvera,
-au nº XII des documents mis à la fin de ce volume, un témoignage
-éclatant du dévouement de ce digne prêtre.]
-
- * * * * *
-
-Sur les données de ce rapport, approuvé par le comte Anglés, la lettre
-suivante fut rédigée et envoyée au ministre:
-
- «22 avril 1817.
-
-»MONSEIGNEUR,
-
-»Votre Excellence, sur la déclaration de M. Viger de Jolival,
-propriétaire d'une maison dite du Christ, près la barrière de
-Mousseaux, que S. A. R. Madame Élisabeth, soeur du Roi Louis XVI,
-avait été inhumée dans ce terrain, m'a chargé de faire les recherches
-nécessaires pour parvenir à constater le fait d'une manière
-indubitable, afin que les cendres de cette princesse pussent être
-transférées à Saint-Denis suivant les intentions du Roi.
-
-»J'ai fait prendre à cet égard tous les renseignements sur
-l'exactitude desquels on dût compter. Ils s'accordent bien sur la
-notoriété de l'inhumation de Madame Élisabeth au terrain dont il
-s'agit; mais, d'après tous les détails que j'ai recueillis jusqu'à ce
-moment, j'entrevois les plus grands obstacles à faire reconnaître les
-cendres de cette princesse, qui paraissent se trouver confondues avec
-celles du grand nombre de victimes déposées dans le temps en ce même
-lieu sans aucune distinction. Je crains en conséquence, Monseigneur,
-qu'il me soit impossible d'en venir à _constater_ d'abord le lieu
-positif de l'inhumation, et encore moins ensuite l'identité des
-cendres, deux points également importants. Il me paraît que MM. les
-vicaires généraux, dans les indications qu'ils cherchent à se procurer
-de leur côté, ne conçoivent pas plus d'espérance que moi, et ils se
-proposent d'écrire à ce sujet à Votre Excellence.
-
-»Cependant je fais continuer les démarches et les recherches avec le
-plus grand soin, et je m'empresserai d'informer Votre Excellence de
-leur résultat.
-
-»J'ai l'honneur, etc.
-
- »_Le ministre d'État_, etc.»
-
- * * * * *
-
-Pendant que les premiers magistrats de la cité réunissaient leurs
-efforts pour découvrir le lieu de la sépulture d'Élisabeth,
-l'archiviste Peuchet, occupé du même objet, confessait de son côté son
-impuissance; mais ses regrets se voilaient aussitôt d'une pieuse
-consolation. «Si ses restes nous échappent, dit-il dans un billet à
-cette date du 22 avril, nous avons d'elle un exemple parfait à suivre
-de piété, de grandeur et de résignation sublime.»
-
-Deux jours après, l'officier de paix Burger adressait à la préfecture
-de police le résultat de sa visite au cimetière de Monceaux.
-
- «Ce 24 avril 1817.
-
-_»Rapport particulier sur la sépulture de Madame Élisabeth._
-
-»Je me suis transporté hier matin à la barrière de Mousseaux, près de
-laquelle est située la maison dite du Christ, appartenant à M. Viger
-de Jolival. Dans l'enclos de cette propriété se trouve un terrain de
-la forme d'un triangle équilatéral d'une petite dimension; c'est dans
-ce lieu que reposent les restes de cette princesse, avec une grande
-quantité d'autres victimes.
-
-»Le concierge de cette maison s'est d'abord refusé d'acquiescer à la
-demande que je lui fis de visiter le cimetière, sous prétexte que son
-maître a recommandé de ne laisser pénétrer en ces lieux d'autres
-personnes que celles munies de cartes; cependant il ne tint pas contre
-l'offre d'une récompense, et j'obtins ainsi la permission de m'y
-promener.
-
-»J'entrai par la porte D et traversai la cour; de là le concierge me
-conduisit directement au cimetière par la porte I, la seule qui
-communique maintenant avec ce lieu funèbre. Ce terrain est inculte et
-sauvage; il n'a point été travaillé depuis l'époque fatale où il
-servit de sépulture; seulement une seule fois le concierge
-d'aujourd'hui, en fouillant prés de la porte C, trouva un squelette
-qu'il enterra aussitôt.
-
-»Non loin de l'entrée du jardin, à l'endroit indiqué H, le terrain
-s'est affaissé d'environ deux pieds; toutes les années il baisse
-davantage: c'est là que, d'après le dire de tout le monde, repose
-l'infortunée princesse, avec une quantité d'autres victimes. Cette
-fosse, puisque c'en était une, avait à sa base comme à la superficie
-une étendue de trois toises carrées dans tous les sens et dix-huit à
-vingt pieds de profondeur.
-
-»Le concierge me fit remarquer un tertre de gazon, G, sur lequel est
-une pierre avec cette inscription: _Madame Élisabeth_; je lui demandai
-s'il était bien sûr que ce fût effectivement l'endroit où avait été
-déposée la princesse; que j'avais lu qu'elle avait été malheureusement
-confondue avec les autres victimes de la journée du 10 mai. «Le
-fossoyeur, qui existe encore, répliqua-t-il, a eu soin de distinguer
-ces restes précieux; cela est tellement vrai que l'exhumation doit
-avoir lieu le 10 mai prochain et le transport du corps être fait à
-Saint-Denis.» Je vis bien que mon conducteur était peu informé, et je
-le jugeai surtout lorsqu'il m'assura avec la même croyance qu'à la
-fosse H était enterré M. le duc d'Orléans. Je lui demandai encore
-depuis combien de temps il servait M. Viger: il m'a dit cinq ans. Je
-le quittai après lui avoir préalablement fait donner l'adresse du
-fossoyeur en question; il m'indiqua M. Joly, concierge du cimetière de
-Montmartre. Je m'y rendis sur-le-champ, j'eus le bonheur de le
-rencontrer. Cet homme reçut d'abord mes ouvertures avec défiance et
-retenue; je m'efforçai de lui inspirer des sentiments plus favorables,
-en lui persuadant que c'est le gouvernement, justement impatient de
-savoir si l'on pouvait espérer un résultat satisfaisant, qui avait
-ordonné une enquête. M. Joly m'annonça que c'est lui qui, au péril de
-sa vie, avait mis le Roi dans un cercueil, dans le temps qu'il
-exerçait le même emploi au cimetière de la Madeleine; que, transféré
-de là à Mousseaux, il a enterré, le 10 mai 1794, Madame Élisabeth
-avec vingt à vingt-cinq personnes, tant hommes que femmes, et qu'elles
-ont toutes été enfermées dans la même fosse (H). Je lui demandai s'il
-n'y avait pas d'autres témoins de l'enterrement; il dit que hors le
-charretier, qui est mort, et un commissaire de police dont il ignore
-le sort, personne autre n'était présent. Je questionnai M. Joly sur
-diverses circonstances qui ont accompagné cette inhumation et les
-indices qui pourraient aider nos recherches; il me donna les détails
-suivants: le 10 mai dans l'après-midi, une charrette conduisit par la
-porte F les corps de vingt à vingt-cinq malheureux, les têtes toutes
-ensemble dans un panier et les corps pèle-mèle dans un autre. M. Joly
-apprit du charretier que Madame Élisabeth était du nombre des
-victimes. Avant de les jeter dans la fosse (qui ne contenait encore
-aucun cadavre), on dépouilla les corps de leurs vêtements, bijoux ou
-autres marques, et ils furent ainsi ensevelis ensemble, sans
-distinction, et recouverts seulement de trois pieds de terre. Ainsi il
-n'est pas permis d'espérer qu'un signe quelconque puisse aider à
-découvrir l'objet des recherches. Cependant M. Joly, qui seul peut
-donner des renseignements positifs, n'a point paru m'avoir fait une
-entière confidence de ce qu'il sait; et, tout en avouant que la chose
-était bien difficile, il ne détruit pas l'espoir de trouver le corps.
-Il pourrait se faire qu'ayant mis tant de zèle et de dévouement à
-conserver les restes précieux du Roi martyr, il ait rangé le corps de
-Madame Élisabeth de manière à le retrouver lorsque le temps et les
-circonstances le permettraient. Quoi qu'il en soit, M. Joly m'a promis
-de venir chez moi samedi prochain pour m'entretenir de cette affaire
-et nous aider, s'il est possible, pour le succès de cette pieuse
-entreprise.
-
- »BURGER.»
-
- * * * * *
-
-Ce récit de Burger, suivi de près d'une nouvelle lettre du ministère
-de l'intérieur, échauffa le zèle préfectoral.
-
- «Paris, le 26 avril 1817.
-
-»Monsieur le comte, en me prévenant que vos premières démarches pour
-constater l'identité des cendres de S. A. R. Madame Élisabeth, soeur
-du Roi, vous laissent peu d'espoir de réussir, vous m'annoncez que
-vous avez ordonné de nouvelles recherches dont vous me communiquerez
-le résultat.
-
-»Cet objet tient aux affections les plus chères de Sa Majesté et
-appartient à l'histoire. Il est donc convenable qu'il reste au moins
-des témoignages irrécusables que rien n'a été négligé pour arriver au
-plus haut degré de certitude.
-
-»Je vous serai obligé, en conséquence, lorsque vous croirez avoir
-épuisé tous les moyens d'y parvenir, de m'adresser un rapport
-circonstancié des informations prises et des témoignages recueillis.
-
-»J'ai l'honneur, etc.
-
-»_Le ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur,_
-
- »LAINÉ.»
-
- * * * * *
-
-Je prie M. de Chanay de recevoir en forme la déclaration du sieur Joly
-et de donner suite à son projet de visiter ce terrain.
-
- (_Note de M. Anglés._) B.
-
- * * * * *
-
-Au rapport de Burger, qui laissait entrevoir non pas la probabilité,
-mais la possibilité du succès; à cette lettre du ministre, qui au nom
-du Roi lui-même encourageait l'entreprise, se joignirent les
-dépositions de l'ancien concierge de Monceaux qui permettaient de
-concevoir quelque espérance. Voici dans quels termes M. de Chanay,
-chargé par son chef d'intervenir dans cette affaire, rendait compte au
-préfet du premier interrogatoire qu'il fit subir au sieur Joly:
-
-«_Rapport particulier._
-
-»J'ai entendu le concierge Joly. Cet homme paraît sage et de
-très-bonne foi; il est assuré que le corps de Madame Élisabeth de
-France est dans le lieu qu'il indique. Il sait même comment le corps a
-été placé et dans quelle direction; mais il est à une grande
-profondeur, et une quantité de corps ont été rangés par couches dans
-cette même fosse, que le sieur Joly estime avoir été creusée sur une
-largeur de douze pieds et autant en longueur. La nudité absolue de
-tous les corps ôte tout espoir de retrouver des signes qui puissent
-les faire reconnaître.
-
-»La seule indication de M. Joly qui pût conduire à un résultat, c'est
-qu'il assure que dans la couche où a été placé le corps de Son Altesse
-Royale, il n'y a eu de placés _que des corps masculins_. Si cela était
-bien certain, il se présenterait sans doute de grandes difficultés
-pour parvenir à cette couche; mais enfin ce succès ne semblerait pas
-impossible en y employant du temps, des soins, des précautions et peu
-de monde, et en suivant les indications du sieur Joly assisté d'un
-commissaire spécialement désigné.
-
-»Mais dans tous les cas, soit qu'on ne juge pas à propos de faire
-cette recherche difficile, soit qu'on se borne à vouloir faire
-reconnaître l'emplacement exact de la fosse où cette précieuse victime
-a été placée, il semble qu'il serait convenable de constater la
-dimension de cette fosse et sa situation tandis que le sieur Joly est
-vivant et disposé à donner tous les renseignements que sa mémoire lui
-fournit.
-
-»Il est même probable que la vue des lieux lui rappellerait quelques
-détails qui, s'ils n'étaient pas utiles pour retrouver les restes de
-l'auguste princesse, seraient du moins précieux comme renseignements
-certains sur le lieu où ils sont placés. Il s'est souvenu qu'au moment
-de cette inhumation il tournait le dos au soleil, et il sait à quelle
-distance du mur la fosse a été ouverte, etc.
-
-»Dans cet état de choses, sans avoir plus que M. le préfet l'espoir
-d'un résultat satisfaisant, j'ai l'honneur de lui proposer de
-m'autoriser à y aller avec M. Burger et le concierge Joly et M.
-Rouhaut, comme curieux et en donnant quelque argent au concierge du
-lieu, ou d'y aller avec une invitation officielle au propriétaire de
-laisser examiner les lieux.
-
-»Dans tous les cas, je ferais un rapport avec plus de certitude et
-circonstancié, n'y eût-il d'autre résultat pour Votre Excellence que
-de faire constater l'emplacement de l'inhumation, que le propriétaire
-indique d'ailleurs d'une manière erronée. Ce serait n'avoir perdu ni
-son temps ni sa peine.
-
-»Je prie Son Excellence de vouloir bien faire connaître ses
-intentions.
-
- »D. CH.»
-
- * * * * *
-
-M. de Chanay remettait, le 29 avril, au ministre d'État, préfet de
-police, la déclaration et les réponses du sieur Joly, ainsi qu'un
-rapport circonstancié, et de la visite qu'il avait faite sur les
-lieux, et des renseignements qu'il y avait recueillis. Voici ces
-documents:
-
- «Paris, le 29 avril 1817.
-
-»J'ai l'honneur de transmettre à M. le préfet la déclaration et les
-réponses du sieur Joly, ainsi que mon rapport circonstancié de la
-visite que j'ai faite hier sur les lieux.
-
-»Votre Excellence jugera peut-être convenable, pour éviter toutes les
-indiscrétions, d'en parler elle-même au ministre et de lui communiquer
-confidentiellement ces pièces.
-
- »CH.»
-
-
-I.
-
-_Déclaration._
-
-«L'an mil huit cent dix-sept, le vingt-huit avril, à onze heures du
-matin, se sont présentés à mon domicile, près et hors la barrière de
-Clichy, nº 42, les sieurs de Chanay, chef de la première division de
-la préfecture de police, et Burger, officier de paix, lesquels m'ayant
-déclaré que, en vertu des ordres de S. Exc. le ministre d'État, préfet
-de police, dont ils sont porteurs, ils sont chargés de visiter le clos
-de la maison du Christ, sis près et en dedans la barrière de
-Mousseaux, afin de recueillir les plus petits détails comme les
-moindres circonstances qui pourraient aider à connaître le lieu de la
-sépulture de S. A. R. Madame Élisabeth, déposée par moi dans ledit
-enclos le 10 mai 1794, avec nombre d'autres victimes suppliciées le
-même jour. A ces causes, ces messieurs m'ont invité à les accompagner
-dans l'enclos dit du Christ, ce à quoi j'ai déféré sur l'heure.
-
-»En sortant de mon domicile, nous descendîmes le boulevard extérieur
-de la barrière de Clichy à celle de Mousseaux, et rentrâmes dans Paris
-par la rue du Rocher, sur laquelle la maison du Christ fait face à
-droite, et frappâmes à l'entrée principale, située rue de Valois. Le
-concierge, après quelques difficultés, nous laissa pénétrer dans
-l'enceinte intérieure; de là nous entrâmes dans le jardin, obliquant à
-droite pour nous porter vers le mur de séparation du jardin d'avec
-l'enclos autrefois destiné aux sépultures. Non loin de la porte de
-communication, j'indiquai à M. Burger, qui se trouvait près de moi,
-l'endroit où doit se trouver la fosse où repose la princesse, et lui
-ajoutai que s'il existait deux fosses, c'était dans celle longeant
-parallèlement le mur de séparation le plus proche de la porte cochère
-donnant sur l'extérieur, par où entraient les victimes, que la
-princesse avait été inhumée.
-
-»En effet, après avoir franchi le terrain qui nous séparait encore de
-ce lieu funèbre, je reconnus parfaitement les lieux que je visitais
-pour la seconde fois depuis l'époque fatale de la révolution. A quatre
-pieds en avant de la porte, nous obliquâmes légèrement à droite, et
-nous distinguâmes facilement l'emplacement d'une fosse par
-l'affaissement des terres; c'est là que M. Viger de Jolival fit élever
-une (_sic_) tertre de gazon et placer une pierre carrée sur laquelle
-on lit _Madame Élisabeth_. Après m'être recueilli, je vis clairement
-que ce n'est point dans cette fosse que repose la princesse; et,
-soutenant mon premier dire, je cherchai la seconde, qui devait être
-située non loin, en approchant perpendiculairement vers la porte
-cochère placée au nord-est de l'enclos. Je n'eus point de peine à
-reconnaître l'emplacement de cette fosse, dont l'affaissement,
-beaucoup plus sensible que dans la première, laissait aisément
-distinguer un espace de douze à quinze pieds carrés, auquel il
-manquait à peu près un pied et demi pour être au niveau du terrain.
-Cette dimension est à quelque chose près la surface de toutes les
-fosses que nous ouvrions en ce lieu. Ainsi, en me rappelant, aussi
-bien qu'un si long espace de temps me permit de le faire, j'avais
-indiqué d'avance et la disposition de la fosse où se trouve la
-princesse, sa grandeur, et distingué la véritable d'entre celles qui
-sont en ce lieu. Une circonstance particulière avait aidé ma mémoire:
-je me rappelai que ma mère, morte environ trois ans après l'inhumation
-de la princesse, je la plaçai dans la même direction de la fosse et
-contre le mur; ma femme fit une croix au-dessus avec une pierre; je
-distinguai encore ce signe, et les sieurs de Chanay et Burger l'ont
-reconnu avec moi.
-
-»Ces détails ne laissant plus aucun doute sur l'endroit de la
-sépulture, je me plaçai sur le côté nord-ouest de la fosse, dans la
-même position où j'étais au moment où la charrette arrivant sur les
-bords, déchargea les cadavres; ma mémoire me confirma alors l'idée,
-que j'avais annoncée d'avance, qu'à l'heure de six et sept heures du
-soir je travaillai le soleil sur le dos et la face tournée du côté du
-mur du jardin. Mon camarade, un commissaire de police et les
-charretiers furent les seuls individus présents à l'inhumation; à
-l'exception du commissaire de police, dont j'ignore le sort, il
-n'existe plus d'autre témoin oculaire. Nous dépouillâmes les corps et
-les jetâmes sans aucun vêtement dans la fosse; je reconnus Madame
-Élisabeth au dire des charretiers et à ses habits; elle a été
-pareillement dépouillée et jetée sans distinction dans la fosse; mais
-je me rappelle qu'après que tous les cadavres furent descendus, nous
-nous plaçâmes dans la fosse pour les ranger par ordre; que Madame
-Élisabeth se trouve au milieu de la première ou de la seconde couche,
-le tronc perpendiculairement posé du côté du mur, et les pieds vers le
-côté nord-ouest de la fosse; je me rappelle également que son corps se
-trouve avec plusieurs corps masculins rangés ainsi que je vais
-l'indiquer, c'est-à-dire que, pour ménager les places, nous placions
-alternativement un tronc et les pieds, de manière qu'une couche de
-cadavres se trouvait serrée sans aucun intervalle de terre. Après
-avoir rempli l'espace vide, nous recouvrions les corps avec environ
-six pouces de terre.
-
-»La fosse que j'indique comme devant renfermer les cendres de Madame
-Élisabeth est la moins profonde du même côté: elle peut avoir de douze
-à quinze pieds de profondeur; ainsi Madame Élisabeth, couchée sur le
-ventre entre plusieurs hommes de la manière que je l'indique, doit se
-trouver au fond ou à quatorze pouces du sol.
-
-»D'après cette déclaration, qui est conforme à l'exacte vérité,
-j'estime que la recherche du corps, quoique pénible et difficile, peut
-être tentée avec quelque apparence de succès. Pour y parvenir, il
-faudrait avec soin ouvrir une tranchée perpendiculairement au mur du
-jardin, au côté nord-est de la fosse, afin de déterminer la profondeur
-et le nombre de couches de cadavres; qu'ensuite, pour déterminer d'une
-manière certaine qu'il n'existe pas d'autre fosse plus près de la
-porte que celle dont il est question, il serait nécessaire d'ouvrir un
-boyau d'une vingtaine de pieds sur six de profondeur, à partir de la
-fosse et longeant parallèlement le mur du jardin.
-
-»Le soussigné déclare en outre qu'il a été nommé en 1789 concierge du
-cimetière de la Madeleine; qu'en l'an II, lors de la fermeture de ce
-cimetière, il a été appelé à Mousseaux, où il est resté jusqu'à la
-fermeture en l'an V; qu'ensuite, nommé à celui de Saint-Roch, il y est
-pareillement resté jusqu'à sa fermeture en l'an VI, et qu'il occupe
-maintenant la même place à Montmartre depuis cette époque.
-
-»De tout quoi j'ai fait la présente déclaration les jour, mois et an
-que dessus.
-
- »DE CHANAY, chef de la 1re division.
- »JOLY.
- »BURGER.»
-
-
-II.
-
-NOUVELLES QUESTIONS EXPLICATIVES
-A FAIRE.
-
- RÉPONSES AUX QUESTIONS.
-
-1º Pouvez-vous vous rappeler quelle était la
-profondeur de la fosse quand vous y descendîtes le
-10 mai pour y ranger les corps? Vous aviez une
-échelle sans doute?
-
- 1º M. Joly ne se rappelle précisément ni la profondeur
- de la fosse à cette époque ni la hauteur de l'échelle
- dont on se servait pour y descendre.
-
-2º La terre du fond semblait-elle dure comme une
-terre où il n'y a pas eu de précédente et plus
-profonde inhumation?
-
- 2º M. Joly ne s'en souvient pas.
-
-3º Quand on déchargeait les corps de la charrette,
-les précipitait-on l'un après l'autre après leur
-dépouillement, ou les dépouillait-on tous avant de
-les précipiter?
-
- 3º Quand la charrette était arrivée sur le bord de la
- fosse, on procédait au dépouillement des vêtements. (Un
- registre était tenu de ces effets divers, qui étaient
- ensuite remis à l'Hôtel-Dieu.) De temps à autre les
- fossoyeurs descendaient dans la fosse pour ranger les
- corps afin qu'ils ne fussent pas trop entassés.
-
-4º Puisque vous assurez que le corps de la
-princesse est placé le tronc du côté du mur, il
-faut ou que vous l'ayez reconnu et distingué dans
-la fosse, ou qu'il y ait été précipité le dernier
-ou des derniers, après avoir remarqué par vous et
-votre camarade sur le bord de la fosse.
-
- 4º Réponse affirmative sur tous les points de la
- question. A ajouté que le conducteur de la voiture avait
- dit: Que c'était son corps, qu'il était le dernier ou
- des derniers placés sur la charrette, par conséquent
- au-dessus des autres, et les vêtements étaient aussi peu
- ensanglantés.
-
- Tous les autres l'étaient beaucoup.
-
-5º Comment ont été placées les têtes des corps?
-
- 5º Les têtes ont été placées indistinctivement dans les
- vides.
-
-6º De quelle épaisseur de terre environ étaient
-recouvertes les couches de corps?
-
- 6º Il est difficile d'estimer même approximativement le
- nombre des corps de chaque couche: 1º parce que, outre
- les suppliciés, il arrivait des corps envoyés par l'état
- civils et des cercueils; ceux-ci tenaient plus de place;
- 2º parce qu'il y avait des enfants; 3º parce qu'une même
- couche étant composée de deux rangs, elle n'était pas
- faite le même jour. A l'égard de 10 mai, le sieur Joly
- se rappelle très-bien que les suppliciés furent placés
- dans la partie de la fosse la plus rapprochée du mur;
- que le même jour la partie antérieure de la fosse ne fut
- point remplie, et enfin _que le corps de la princesse
- a été placé vers le milieu de la fosse dans le rang
- supérieur de la couche et la face antérieure du corps
- tournée sur le rang inférieur._
-
-7º Combien estimez-vous qu'il pouvait y avoir de
-corps par chaque couche sur toute la surface
-carrée de la fosse?
-
-8º La fosse a-t-elle été remplie jusqu'au niveau
-de la superficie? A quelle profondeur estimez-vous
-qu'on trouve les restes des derniers corps
-inhumés?
-
- 7º et 8º Les couches des corps étaient chacune
- recouvertes d'environ six pouces de terre et les fosses
- recouvertes dans la partie supérieure d'environ trois
- pieds de terre, de sorte que les premiers corps ou les
- premiers vestiges qu'on en trouverait devraient être à
- trois pieds environ au-dessus de la superficie. Il faut
- cependant remarquer que lorsque le sieur Joly a quitté
- l'enclos il y avait quelques élévations ou tertres qui
- ont disparu, soit qu'on ait enlevé des terres restant
- des remblais, soit que pour cultiver le sol on ait
- nivelé toutes les inégalités. Ces renseignements ne
- peuvent être justement donnés que par le propriétaire.
-
-Nous avons signé et parafé les questions et réponses ci-dessus _ne
-varientur_.
-
- Paris, 29 avril 1817, à la préfecture de police,
-
- DE CHANAY,
- Chef de la 1re division.
-
- JOLY.
-
-
-III.
-
- _Rapport particulier à S. E. le ministre d'État, préfet de
- police, sur le résultat d'une visite dans l'enclos du sieur de
- Jolival, pour constater le lieu de l'inhumation de S. A. R.
- Madame Élisabeth, soeur du Roi._
-
-«Ce matin, 28 avril 1817, à midi, conformément aux ordres de Votre
-Excellence et pour remplir avec le plus possible d'exactitude et de
-soin les intentions de S. Exc. le ministre de l'intérieur, et donner
-toute la suite convenable aux indications précédemment recueillies, je
-me suis rendu à la barrière de Clichy et au cimetière Montmartre,
-accompagné de l'officier de paix Burger, qui avait pris les premières
-informations et obtenu les premiers documents du nommé Joly,
-anciennement employé aux inhumations de l'enclos de la maison dite du
-Christ près Mousseaux. Là j'ai invité ledit Joly, aujourd'hui
-concierge du cimetière Montmartre, à me suivre dans l'enclos du sieur
-Viger de Jolival, ce qu'il a fait aussitôt avec empressement.
-
-»Arrivés à la grande porte d'entrée de ladite maison, le jardinier
-nous l'a ouverte; j'ai demandé la liberté d'entrer dans le jardin et
-de visiter l'enclos. Ayant reconnu l'officier de paix Burger, il a
-consenti à nous laisser entrer, mais seulement pour peu de temps,
-craignant, a-t-il dit, qu'une trop longue visite ne fût pour lui un
-sujet de reproche.
-
-»Après lui avoir promis de n'y rester que le temps nécessaire pour de
-simples vérifications, nous avons traversé la cour et une partie du
-jardin, nous dirigeant à l'ouest vers le mur qui sépare le jardin du
-petit enclos de l'inhumation. Le jardinier était en avant avec le
-sieur Burger; j'étais à dessein resté en arrière avec le sieur Joly.
-Arrivés à environ trente pas d'une petite porte ouverte sur l'enclos
-dont nous étions encore séparés par le mur, je me suis arrêté et j'ai
-demandé au sieur Joly s'il se remettait parfaitement dans l'esprit la
-disposition du local; aussitôt, me montrant de la main une partie du
-mur à droite de la petite porte qui en peut être éloignée de douze ou
-quinze pas: C'est là derrière, m'a-t-il dit, qu'est _la fosse_. Je
-fais remarquer cette circonstance à Son Excellence, parce qu'elle
-prouve que le sieur Joly connaît bien l'emplacement et parce que cette
-indication donnée sans voir le terrain prouve qu'il en avait un
-souvenir exact. En effet, étant entré dans l'enclos par la petite
-porte et ayant aussitôt regardé à droite vers le point indiqué, j'ai
-vu un terrain couvert de gazon en partie affaissé sur une surface
-carrée de quatorze ou quinze pieds, comme il l'avait annoncé.
-
-»Cette indication est encore essentielle parce qu'il y a évidemment eu
-deux larges fosses, et que le propriétaire même du terrain ayant
-négligé ou cru inutile de consulter le nommé Joly[136] (seul témoin, à
-ce qu'il paraît, des inhumations faites dans ces temps funestes), a
-cru que Madame Élisabeth a été inhumée dans la grande fosse qui est
-presque en face de la petite porte; dans cette persuasion ou plutôt
-cette erreur, il a fait planter sur le terrain affaissé de cette fosse
-plus nouvelle quelques arbustes et arbres verts, et sur un tertre de
-gazon il a fait poser une pierre grise polie où on lit ces mots:
-_Madame Élisabeth_. Ces plantations, cette espèce de monument
-provisoire sont nouveaux, les arbres ne semblent pas avoir deux ans.
-Tout porte à faire penser que les cendres de l'auguste victime ne sont
-point là, mais bien dans l'autre fosse, plus ancienne et moins vaste,
-indiquée par le sieur Joly avant d'être dans l'enclos et indiquée avec
-précision.
-
-[Note 136: Le sieur Joly n'a point été consulté par le propriétaire
-avant qu'il eût désigné par une pierre le lieu où il supposait que
-reposent les cendres de Madame Élisabeth, mais depuis il fut appelé
-par le sieur de Jolival. Celui-ci lui montrant le terrain et
-l'affaissement qu'il avait désignés comme recouvrant les restes de la
-princesse, le concierge Joly lui dit: «Vous vous trompez, elle n'est
-pas là. Mais il ne lui indiqua point, ajouta-t-il, l'endroit où elle
-est réellement.»
-
-Le sieur Joly n'a revu que cette seule fois le terrain de l'enclos,
-qui, étant déjà cultivé, avait bien changé d'aspect.]
-
-»Quelque pénibles que soient ces détails, il est nécessaire que je les
-rapporte pendant qu'ils sont bien présents à mon esprit, parce qu'ils
-donnent dans leur ensemble la preuve de la véracité des indications
-du nommé Joly.
-
-»Dans l'interrogatoire que je lui avais fait deux jours avant, il
-m'avait répondu entre autres circonstances que le 10 mai, à l'heure de
-l'inhumation, quand ils étaient en face de la fosse, ils tournaient le
-dos au soleil couchant; cette position nous a paru à peu près exacte.
-La fosse rapprochée du mur par le côté de l'est ne pouvait être
-abordée que par le côté ouest ou sud-ouest, et les côtés nord et sud
-devaient être occupés par la terre sortie de la fosse.
-
-»Une autre observation doit être placée ici, quoique peu importante,
-c'est que la femme du sieur Joly se souvient que la mère de son mari a
-été inhumée contre le mur et que cette fosse était très-près de la
-fosse où ont été placés les restes de Son Altesse Royale et des autres
-victimes inhumées le même jour que la princesse. Or le lieu de cette
-fosse particulière est indiqué par le sieur Joly et sa femme entre la
-fosse la plus rapprochée du mur et la partie de l'enclos qui la sépare
-de la grande porte par où l'on amenait les corps sur des charrettes.
-
-»Le sieur Joly a constamment assuré qu'il devait y avoir deux fosses,
-visibles par l'affaissement du terrain et situées à gauche en entrant
-par la grande porte de l'enclos: l'une plus près du mur et plus près
-de la grande porte, dont la dimension pouvait être de douze à quinze
-pieds carrés; l'autre plus éloignée de la grande porte et plus au
-milieu du terrain de l'enclos. C'est dans cette seconde fosse que le
-propriétaire a présumé qu'étaient placés les restes de la princesse.
-C'est dans la première que le sieur Joly assure et a la conviction
-entière que Son Altesse Royale a été inhumée.
-
-»Il faut encore avoir le courage d'écrire des détails plus minutieux
-et plus affligeants.
-
-»Le sieur Joly s'est rappelé la position qu'il occupait alors sur ce
-même terrain et pour l'emploi terrible qu'il remplissait à cette
-cruelle époque. Il avait dix-huit ou dix-neuf ans, il était fossoyeur;
-ils étaient deux, l'autre est mort, le charretier également. Nul autre
-individu n'entrait dans l'enclos pour l'inhumation[137]. Des
-gendarmes ou des soldats fermaient la porte quand la charrette était
-entrée, et de peur que des curieux ne vissent à travers la porte, on
-bouchait avec une planche ou une pierre les trous qui se trouvaient
-dans la porte.
-
-[Note 137: A l'exception d'un commissaire ou agent de la Commune,
-quand il s'agissait d'inhumations ordinaires, car il assure que pour
-les suppliciés on ne faisait pas de procès-verbal d'inhumation, que
-l'on se contentait de tenir note de leurs dépouilles.]
-
-»Le local bien reconnu par le sieur Joly, il ne paraît point douteux
-que la fosse indiquée par lui ne soit bien celle où ont été placés les
-corps des victimes immolées le 10 mai 1794.
-
-»Mais voici des détails affreux et plus positifs encore à l'égard de
-l'auguste princesse.
-
-»La soeur de nos rois fut assassinée la dernière parmi les victimes de
-ce jour; sa tête, séparée du corps, fut montrée au peuple et mise avec
-les têtes des autres victimes dans un seul et même panier; mais le corps
-de la princesse, recouvert de ses vêtements, fut placé le dernier sur la
-charrette. Arrivée dans l'enclos de l'inhumation, la charrette fut
-déchargée, le corps de la princesse fut posé le premier ou des premiers
-sur le bord de la fosse; là son corps fut reconnu, dit le sieur Joly,
-désigné et dépouillé de tout vêtement: c'était l'usage ou l'ordre de ces
-barbares, qui ne respectaient ni la vie ni la mort. Tous les corps
-étaient ainsi dépouillés avant d'être précipités dans la fosse; ainsi,
-dans ces remuements successifs, le corps de la princesse devait avoir
-été précipité le dernier ou l'un des derniers. C'est ce qui explique
-comment il se trouve, suivant le témoignage du fossoyeur, placé dans le
-fond de la fosse et du coté le plus rapproché du mur, celui par où les
-fossoyeurs, quand ils étaient descendus, arrangeaient les corps de
-manière à ce qu'ils occupassent le moins d'espace possible, et en outre,
-deux rangs de corps étaient placés immédiatement les uns sur les autres,
-mais horizontalement et recouverts d'une couche de terre, épaisse
-d'environ un demi-pied. Les fossoyeurs plaçaient alternativement un
-corps le tronc du côté du mur et un autre le tronc vers le milieu de la
-fosse, et dans sa largeur il y avait par conséquent deux rangs de corps
-par couche horizontale[138]. Il serait inutile de faire le douloureux
-calcul du nombre de rangs et de couches que comportait une fosse de
-dix-huit pieds environ de profondeur sur douze ou quinze d'ouverture en
-carré. Le fossoyeur Joly n'est pas sûr du nombre qu'elle a reçu, et il
-n'est que trop probable qu'elle a été remplie, puisque plus tard on en a
-rempli une seconde.
-
-[Note 138: Une plus ample explication et des questions réitérées
-faites au sieur Joly font connaître qu'outre le premier rang
-horizontal on plaçait immédiatement un second rang horizontal sur le
-premier, et toujours le haut du corps et les pieds en opposition ou
-sens opposé, ainsi que les faces, afin de ménager l'emplacement. Cette
-observation fait prévoir les plus grandes difficultés à obtenir un
-résultat, mais enfin il faut dire les choses comme elles se passaient
-et comme elles sont.]
-
-»Mais ce qu'il importe de conclure de ces affreux détails, c'est que
-les indications du fossoyeur Joly présentent de grandes probabilités,
-et que les renseignements qu'il donne sont très-vraisemblables.
-
-»Le sieur Joly, soit par conviction produite par le souvenir, soit par
-l'effet de ses calculs sur les dispositions qu'il a faites sur le bord
-et à l'intérieur de la fosse et dans l'enclos, dit:
-
-»1º Je suis assuré que le corps de la princesse est là dans cette
-fosse et non ailleurs.
-
-»2º Je suis assuré que le corps de la princesse est l'un des premiers
-rangés dans la fosse ce jour-là, et par conséquent il est dans la
-partie de la fosse la plus proche du mur et de la grande porte, vers
-le milieu de la couche.
-
-»3º Il assure que ce corps a été rangé le tronc du côté du mur et les
-pieds vers le milieu de la fosse.
-
-»4º Il croit être assuré que les corps placés auprès sont des corps de
-sexe masculin.
-
-»Voilà ce qu'il a constamment répété, comme en ayant la conviction.
-
-»Ce que le sieur Joly ne peut affirmer, c'est la profondeur positive
-de la fosse à l'époque du 10 mai (il croit qu'elle était d'environ
-dix-huit pieds). Il ne se rappelle pas certainement si la fosse était
-nouvellement creusée ou si elle était plus ancienne et s'il y avait
-eu déjà des inhumations.
-
-»Il croit aussi que dans la suite on y a placé des corps enfermés dans
-des cercueils, ce qui diminuerait le nombre des corps qu'elle aurait
-pu contenir.
-
-»Résulte-t-il de ces détails et de ces indications des renseignements
-suffisants et assez sûrs pour que l'on puisse et doive entreprendre
-des recherches et en attendre des résultats certains, ou se
-bornera-t-on à regarder comme certaine l'existence des cendres de
-l'auguste princesse dans cette fosse? Sur le témoignage du fossoyeur
-Joly, qui dans ses indications paraît sage, raisonnable, véridique et
-sûr de son fait, qui paraît d'ailleurs être le seul témoin vivant de
-ces tristes événements, se bornera-t-on à projeter un monument digne
-des vertus de la soeur de nos Rois, pour l'élever sur ce terrain
-consacré par d'aussi cruels souvenirs? C'est ce qu'il appartient au
-Gouvernement de décider.
-
-»Pour moi, Monseigneur, en vous rendant ce compte de la mission
-douloureuse et cependant si intéressante que vous m'avez confiée, je
-crois avoir donné une preuve nouvelle et irrécusable de mon zèle et de
-mon dévouement sans bornes à notre auguste Souverain. Sans la pensée
-qu'un sujet fidèle et dévoué pouvait seul y mettre ces soins et ce vif
-intérêt qui peuvent approcher du succès que vous désiriez obtenir, je
-n'aurais point eu le courage et la présence d'esprit nécessaires pour
-ces recherches.
-
-»S'il m'était permis à la suite de ce rapport de vous exprimer mon
-opinion particulière, je dirais à Votre Excellence avec plus
-d'assurance à présent:
-
-»1º Qu'un succès complet me semble toujours difficile, mais non
-impossible;
-
-»2º Que pour arriver à un résultat, dans le cas où il serait jugé
-possible et même probable, il me semblerait convenable de faire cette
-recherche sans éclat, en silence, discrètement, avec très-peu
-d'ouvriers, en y employant beaucoup de temps et de précautions, et
-après avoir combiné tous les préparatifs de ce travail et les moyens
-de le poursuivre; après avoir consulté quelques personnes habiles et
-pris les arrangements convenables avec le propriétaire du terrain.
-
-»Si Votre Excellence, après avoir rendu ce nouveau compte de nos
-démarches au Ministre de l'intérieur, en recevait l'autorisation de
-faire procéder à une fouille pour vérifier la justesse des indications
-contenues dans la déclaration du sieur Joly, il me semblerait aussi
-prudent de mettre le moins possible de personnes dans le secret de
-cette recherche incertaine[139].
-
-[Note 139: Cependant, afin d'écarter toute possibilité et même tout
-soupçon de fraude et de supercherie, il serait convenable de nommer
-plusieurs commissaires, dont un au moins serait sans cesse présent au
-travail et en dresserait chaque jour une espèce de rapport ou
-procès-verbal.
-
-Il conviendrait aussi, en cas que l'entreprise fût faite, que la fosse
-fût garantie par un toit en planches ou une toile, afin que la pluie
-ne dérangeât point le travail et ne nuisît point aux opérations.]
-
-Le concierge Joly, l'officier de paix Burger, deux ouvriers adroits,
-discrets et intelligents, suffiraient pour cette épreuve. Nous nous
-chargerions avec zèle du soin de découvrir des ouvriers capables de ce
-travail et de consulter des personnes habiles pour les diriger.
-
-»Il faudrait faire une enceinte fermée par des planches dans l'enclos
-même, pour éviter les regards des curieux, empêcher les journaux
-indiscrets d'en occuper le public; et si les indications se trouvaient
-justifiées, alors seulement on appellerait à les reconnaître les
-témoins ou plutôt les juges du succès. Si au contraire les indications
-ne se réalisaient pas, on cesserait les recherches et l'on se
-bornerait à croire le témoignage du fossoyeur Joly, qui affirme que
-les restes de la princesse ont été placés là, mais sans pouvoir les
-reconnaître parmi ceux des autres victimes.
-
- »DE CHANAY.»
-
- * * * * *
-
-Pendant le cours de ces investigations, poursuivies avec autant de
-zèle que de persévérance, un service solennel était célébré pour
-Madame Élisabeth dans toutes les paroisses de France le 10 mai, jour
-anniversaire de sa mort.
-
-Le 11 mai, le ministre d'État, préfet de police, mettait sous les yeux
-du ministre de l'intérieur les détails qu'il était parvenu à
-recueillir sur l'inhumation de la princesse:
-
- Paris, le 11 mai 1817.
-
-«MONSEIGNEUR,
-
-»La lettre que j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Excellence le 22
-avril dernier, en l'informant que les démarches faites jusqu'alors
-pour constater l'identité des cendres de S. A. R. Madame Élisabeth me
-laissaient peu d'espoir de réussir, annonçait que de nouvelles
-recherches devaient avoir lieu par suite des dispositions que j'avais
-prises: je m'empresse de mettre sous les yeux de Votre Excellence,
-conformément à la lettre du 26 du même mois, le détail des
-informations et des témoignages que je suis parvenu jusqu'à présent à
-recueillir.
-
-»Je m'étais assuré qu'il n'existait plus qu'un seul homme, le sieur
-Joly, anciennement employé aux inhumations de l'enclos de la maison
-dite du Christ près Mousseaux, et aujourd'hui concierge du cimetière
-Montmartre, qui pût donner, comme témoin oculaire, les indications
-désirées. Le sieur Joly avait assisté à la sépulture de Madame
-Élisabeth; ses souvenirs, sa présence dans l'enclos où la sépulture
-avait été faite, ses remarques, devaient être constatés avec la plus
-scrupuleuse exactitude. Des questions utiles pouvaient être suggérées
-par ses observations sur le lieu même, et il fallait s'y présenter
-avec beaucoup de précautions, autant à cause du secret que la nature
-des recherches rendait nécessaire que par rapport au propriétaire, qui
-s'était flatté d'abord de tirer un grand parti de son terrain, sur
-lequel on avait proposé d'ériger un monument à la mémoire de l'auguste
-victime: je jugeai donc convenable de remettre à M. de Chanay, chef de
-la première division des bureaux de ma préfecture, le soin de visiter
-l'enclos avec le sieur Joly, et je le fis accompagner d'un officier de
-paix, le sieur Burger, qui déjà avait été chargé de prendre auprès du
-sieur Joly les premiers documents.
-
-»Le 28 avril, à midi, cette visite eut lieu. Après avoir traversé la
-cour et une partie du jardin de M. Viger de Jolival, on s'est dirigé à
-l'ouest vers le mur qui sépare le jardin du petit enclos de
-l'inhumation. A trente pas d'une petite porte ouverte sur l'enclos,
-et avant d'arriver au mur de séparation, Joly, interrogé s'il se
-remettait parfaitement dans l'esprit la disposition du local, montra
-aussitôt de la main une partie de ce mur à droite de la petite porte
-et qui peut en être éloignée de douze à quinze pas, en disant: _C'est
-là derrière qu'est la fosse!_ Cette indication, donnée de loin et sans
-hésiter, prouverait qu'il avait un souvenir exact du lieu de la
-sépulture, et d'autant plus qu'étant entré dans l'enclos par la petite
-porte et ayant aussitôt regardé à droite vers le point indiqué, on a
-vu un terrain en partie couvert de gazon et affaissé sur une surface
-carrée de quatorze à quinze pieds, comme Joly l'avait annoncé.
-
-»L'indication donnée par ce dernier est encore d'autant plus
-essentielle qu'elle a fait reconnaître que ce n'est point dans la
-grande fosse, presque en face de la petite porte, mais dans l'autre
-fosse, plus ancienne et moins vaste, qu'ont dû avoir été déposés les
-restes de S. A. R. Madame Élisabeth. Ainsi M. Viger de Jolival s'était
-évidemment trompé en faisant placer sur le terrain affaissé de la
-première fosse une pierre sur laquelle on lisait l'inscription:
-_Madame Élisabeth_.
-
-»Le sieur Joly a constamment assuré qu'il devait y avoir deux fosses
-visibles par l'affaissement du terrain et situées à gauche en entrant
-par la grande porte de l'enclos, l'une plus près du mur et de la
-grande porte, et dont la dimension pouvait être de douze à quinze
-pieds carrés, l'autre plus éloignée de la grande porte et plus au
-milieu du terrain de l'enclos. C'est dans la première de ces fosses
-que le sieur Joly assure, d'après son entière conviction, que Son
-Altesse Royale a été inhumée.
-
-»On a vérifié une circonstance particulière précédemment énoncée par
-le sieur Joly dans ses interrogatoires à ma préfecture: il avait dit
-que le 10 mai, à l'heure de l'inhumation, lorsque lui et les autres
-personnes qui s'y trouvaient étaient en face de la fosse, ils
-tournaient le dos au soleil couchant; cette position a paru à peu près
-exacte, la fosse, rapprochée du mur par le côté de l'est, ne pouvant
-être abordée que par le côté ouest ou sud-ouest, parce que les côtés
-nord et sud devaient être occupés par les terres extraites de la
-fosse.
-
-»Le local ainsi reconnu d'après les indications du sieur Joly, il
-restait à remplir une tâche bien douloureuse, celle de constater les
-détails qui pouvaient aider à identifier les cendres de l'illustre
-martyre. Quelque affligeants que soient ces détails, il est cependant
-indispensable de les retracer ici.
-
-»Madame Élisabeth fut la dernière des victimes qui périrent le 10 mai
-1794. Cette tête auguste fut mise avec les autres dans un seul et même
-panier. Le corps de la princesse, recouvert de ses vêtements, fut
-placé le dernier sur la charrette. Lorsque la charrette, arrivée dans
-l'enclos, fut déchargée, le corps de la princesse fut posé le premier,
-ou l'un des premiers, sur le bord de la fosse. Là, son corps fut
-reconnu, a dit le sieur Joly, dépouillé de tout vêtement avant d'être
-précipité dans la fosse, où il l'a été probablement le dernier ou l'un
-des derniers, à cause des remuements successifs des autres corps
-dépouillés de même. C'est ce qui expliquerait comment il se trouve
-(suivant le témoignage du fossoyeur, le sieur Joly) placé dans le fond
-de la fosse et du côté le plus rapproché du mur.
-
-»Le sieur Joly assure que le corps de la princesse a été rangé le
-ventre tourné vers la terre, de manière que le tronc se trouve du côté
-du mur et les pieds vers le milieu de la fosse; il croit de plus être
-assuré que les corps placés de l'un et de l'autre côté auprès de celui
-de la princesse sont des corps du sexe masculin. Pour ménager
-l'espace, les corps étaient placés immédiatement les uns sur les
-autres, en ligne horizontale, chaque corps ayant alternativement le
-tronc du côté du mur et le tronc vers le milieu de la fosse. Par
-conséquent il y avait deux rangs de corps par chaque couche
-horizontale. On mettait aussi les pieds et les troncs des corps en
-opposition, de même que les faces, afin de ménager le terrain.
-
-»Ce que le sieur Joly n'a pu affirmer, c'est l'exacte profondeur de la
-fosse à l'époque du 10 mai 1794. Il croit qu'elle était d'environ
-dix-huit pieds de profondeur sur douze à quinze d'ouverture en carré,
-et qu'il y a été fait aussi des inhumations ordinaires de corps
-enfermés dans des cercueils.
-
-»En résultat, les indications du sieur Joly semblent présenter des
-probabilités; qu'il soit aujourd'hui le seul témoin oculaire encore
-existant, c'est ce qu'il est naturel de conclure de l'inutilité des
-recherches qui ont été faites pour en découvrir d'autres que lui, et
-des détails qu'il a donnés sur ce qui se passait à l'époque cruelle
-des exécutions révolutionnaires. Il n'y avait à Mousseaux que deux
-fossoyeurs, lui compris. Ces deux hommes et le conducteur de la fatale
-charrette étaient seuls admis dans l'enclos. Il leur a survécu. Aucun
-agent de la commune n'assistait, s'il faut l'en croire, à l'inhumation
-des victimes, et jamais agent de la commune ou commissaire de police,
-à cette époque[140], n'entrait dans l'enclos que pour constater des
-inhumations ordinaires; mais quant aux victimes des fureurs
-révolutionnaires, il n'était jamais dressé de procès-verbal de leur
-inhumation (toujours suivant les dépositions du sieur Joly), et
-seulement on prenait la note de leurs dépouilles. Des gendarmes ou des
-soldats fermaient la porte de l'enclos dès que la charrette y était
-entrée, et ne laissaient aux curieux aucun moyen de voir ce qui se
-faisait dans l'intérieur, et même les trous qui se trouvaient dans la
-porte étaient bouchés avec une pierre.
-
-[Note 140: Dans sa déclaration du 28 avril, le sieur Joly a dit le
-contraire. B.]
-
-»La déclaration du sieur Joly, en date du 28 avril dernier, a fourni
-la matière des détails dont j'ai l'honneur de rendre compte à Votre
-Excellence.
-
-»Je joins ici une copie de la déclaration du sieur Joly, ainsi qu'un
-plan qui mettra Votre Excellence plus à portée d'en suivre les détails
-topographiques.
-
-»Je regrette vivement de ne pouvoir donner à Votre Excellence, au lieu
-de certitudes, que des probabilités pour le succès des recherches et
-des travaux qui tendraient à faire reconnaître les restes de l'auguste
-princesse parmi ceux de tant d'autres victimes, mais du moins Votre
-Excellence pourra juger de ce qui resterait à faire, et décider si les
-informations dont j'ai l'honneur de lui soumettre les résultats
-présentent assez d'espoir de succès pour donner lieu à des recherches
-ultérieures, et dans ce cas je la prierais de vouloir bien me faire
-connaître ses intentions.
-
-»J'ai l'honneur, etc.
-
- »LE MINISTRE D'ÉTAT, PRÉFET.»
-
- * * * * *
-
-Là s'arrêtent les documents relatifs à la sépulture de Madame
-Élisabeth. Il fallut donc perdre l'espoir de retrouver, d'une manière
-certaine, ses précieux restes. Obligé de renoncer à se défaire d'une
-façon lucrative de son enclos, M. Viger de Jolival chercha à se
-dédommager de cet échec.
-
-La lettre suivante initie le lecteur à une démarche que M. Viger tenta
-près du commissaire de police du quartier du Roule. Celui-ci comprit
-tout ce que cette démarche offrait d'inconvenant et d'inadmissible. Il
-la fit connaître en ces termes au préfet de police:
-
- Paris, ce 20 mai 1817.
-
-«MONSIEUR LE COMTE,
-
-»M. Viger de Jolival, propriétaire d'une maison rue de Valois, nº 15,
-devenu acquéreur d'un terrain qui servit de sépulture à dix-sept cent
-quarante-cinq victimes des fureurs du temps, parmi lesquelles reposent
-les restes de Madame Élisabeth, m'a proposé, comme moyen d'éviter
-l'assujettissement de donner l'entrée de son jardin aux personnes qui
-se présentent assez souvent par curiosité pour visiter ce lieu, de
-l'autoriser à placer sur le mur extérieur, en face de l'endroit où
-l'on pense que le corps de Son Altesse Royale a été inhumé, une
-inscription indicative à ce sujet.
-
-»Avant de soumettre sa demande à Votre Excellence et afin d'être plus
-à même de vous la présenter, j'ai visité le terrain accompagné de son
-jardinier: il résulte de cet examen que deux fosses larges et
-profondes, remarquables par le surbaissement des terres, y ont été
-ouvertes; que celle à droite cache le plus grand nombre de ces
-victimes; que sur la seconde il a été élevé un petit tertre en verdure
-et placé une pierre funéraire portant pour inscription: _Ici repose
-Madame Élisabeth._
-
-»Près du mur de clôture de Paris, il existe un autre surbaissement
-petit, mais visible, au-dessus duquel est un pied de rosier qui paraît
-déjà ancien, et contre l'enduit du mur une rayure qui semble avoir été
-faite avec un corps quelconque et à dessein.
-
-»Ce jardinier a fait sur cet endroit une remarque que son habitude de
-manier la terre lui aura suggérée, et d'après laquelle cette princesse
-et les vingt-quatre personnes qui partagèrent son martyre pourraient
-avoir été déposées: c'est en face de ce même endroit et contre le mur
-extérieur que M. Viger désirerait être autorisé à placer l'inscription
-qu'il a projetée; je lui ferai connaître la réponse de Votre
-Excellence.
-
-»Recevez, Monsieur le comte, l'assurance de mon respect.
-
- _»Le commissaire de police du quartier du Roule,_
-
- »BRUZELIN.»
-
- * * * * *
-
-Une note, conservée aux archives de la préfecture de police, est ainsi
-conçue: «Le 29 mai 1817, écrit à M. le commissaire de police du
-quartier du Roule, de la part de M. de Chanay, que S. Exc. le ministre
-d'État, préfet de police, n'accueillerait point du tout la proposition
-que M. Viger de Jolival paraît avoir l'intention de lui faire.
-
-»M. Boucher a signé la lettre adressée à M. le commissaire de police.»
-
- * * * * *
-
-Ainsi se termina cette triste et pieuse croisade, dont le résultat
-final n'était malheureusement que trop prévu. Aux regrets du Roi et de
-la famille royale s'associèrent tous les coeurs généreux et
-compatissants. Le Parisien, si vite oublieux, s'étonna d'apprendre que
-dans ce coin de terre obscur et caché à l'extrémité de sa ville la
-petite-fille et la soeur des Rois eût été enterrée sans linceul et
-sans bière. Il ignorait, et il ignore encore le nombre des holocaustes
-dont le dénoûment s'est accompli en cette étroite enceinte,
-aujourd'hui envahie par le boulevard Malesherbes. En publiant ici _in
-extenso_ les _fournées_ de suppliciés dont les restes ont été enfouis
-dans le clos du Christ, c'est en quelque sorte une révélation que nous
-croyons apporter à nos concitoyens. Il est à regretter que l'édilité
-parisienne, habituellement jalouse de concilier ce qui est dû aux
-convenances morales avec les justes exigences des améliorations
-utiles, n'ait pas été avertie à temps, de manière à pouvoir tenir
-compte, dans ses plans, des pieux souvenirs recueillis sur ce point
-obscur de la grande cité, et que, le premier, j'ai mis en lumière.
-Malheureusement, le compas de l'architecte et la truelle du maçon ont
-marché plus vite que l'enquête du chercheur des choses d'autrefois et
-la plume de l'écrivain.
-
-Le 4 germinal an II, le cimetière de la Madeleine fut fermé; celui de
-Monceaux fut ouvert, et reçut ce jour-là les restes mortels d'Hébert
-et des hébertistes. Voici la liste des exécutions et des décès:
-
-Le Tribunal révolutionnaire établi à Paris par décret de la Convention
-nationale du 10 mars 1793, l'an deuxième de la République, sans aucun
-recours au Tribunal de cassation, en vertu du pouvoir à lui donné par
-l'article deux d'un autre décret de la Convention du 5 avril suivant,
-portant «que l'Accusateur public dudit Tribunal est autorisé à faire
-arrêter, poursuivre et juger, sur la dénonciation des autorités
-constituées ou des citoyens:» (le même préambule se retrouve en tête
-de chaque jugement).
-
-Par jugement du 4 germinal an II (24 mars 1794), appert:
-
- 1. Jacques-René Hébert, substitut de l'agent national de la
- Commune de Paris, âgé de 35 ans, natif d'Alençon, département de
- l'Orne, domicilié à Paris, rue Neuve-de-Égalité.
-
- 2. Charles-Philippe Ronsin, avant la révolution homme de lettres,
- puis commissaire de guerre ordonnateur, adjoint au ministre de la
- guerre, général de l'armée révolutionnaire, âgé de 42 ans, natif
- de Soissons, département de l'Aisne, domicilié à Paris, boulevard
- Montmartre, nº 27.
-
- 3. Antoine-François Momoro, imprimeur-libraire et administrateur
- du département de Paris, âgé de 38 ans, natif de Besançon,
- département du Doubs, domicilié à Paris, rue de la Harpe, nº 71.
-
- 4. François-Nicolas Vincent, ci-devant clerc de procureur, puis
- membre de la Commune, et actuellement secrétaire général du
- département de la guerre, âgé de 27 ans, natif de Paris, y
- domicilié, rue des Citoyennes, section de Mutius-Scévola.
-
- 5. Michel Laumur, ci-devant lieutenant-colonel de la marine et
- colonel d'infanterie au 6e régiment de l'armée du Nord, et
- général de brigade, âgé de 63 ans, natif de Paris, y domicilié,
- rue Croix-des-Petits-Champs, nº 42.
-
- 6. Jean-Conrad Kock, banquier, âgé de 38 ans, natif d'Ulm, en
- Hollande, habitant en France depuis 1787, demeurant à Passy,
- près Paris, et encore à Paris, rue Neuve-de-l'Égalité, nº 314.
-
- 7. Pierre-Jean Proly, négociant, puis rédacteur de journal, âgé
- de 42 ans, natif de Bruxelles, en France depuis 1782, demeurant à
- Paris, rue Vivienne, nº 7.
-
- 8. François Desfieux, marchand de vin de Bordeaux, âgé de 39 ans,
- natif de Bordeaux, domicilié à Paris, rue des
- Filles-Saint-Thomas, nº 20.
-
- 9. Anacharsis Clootz (Jean-Baptiste), homme de lettres, ci-devant
- député à la Convention nationale, âgé de 38 ans, natif de Clèves,
- dans la Belgique, habitant en France depuis 27 ans, demeurant à
- Paris, rue de Mesnard, nº 563.
-
- 10. Jacob Peyrera, manufacturier de tabac, âgé de 51 ans, natif
- de Bayonne, département des Basses-Pyrénées, demeurant à Paris,
- rue Saint-Denis, nº 413, section Bon-Conseil.
-
- 11. Marie-Anne-Catherine Latreille, âgée de 34 ans, native de
- Montreuil-Belley, département de Rhône-et-Loire, demeurant à
- Paris depuis six mois, rue et maison Bussy, femme Questineau.
-
- 12. Jean-Antoine-Florent Armand, élève en chirurgie, âgé de 26
- ans, natif de Chaylac, département de l'Ardèche, domicilié à
- Paris depuis un an, rue et maison Bussy.
-
- 13. Jean-Baptiste Aucard, employé au comité des recherches du
- département de Paris, âgé de 52 ans, natif de Grenoble,
- département de l'Isère, domicilié à Paris, rue des
- Mauvais-Garçons Saint-Germain, ci-devant coupeur de gants,
- journalier.
-
- 14. Frédéric-Pierre Ducroquet, ci-devant perruquier-coiffeur et
- parfumeur, et depuis commissaire aux accaparements, âgé de 31
- ans, natif d'Amiens, département de la Somme, demeurant à Paris,
- rue du Paon, nº 2, section de Marat.
-
- 15. Armand-Hubert Leclerc, chef de division au bureau de la
- guerre, âgé de 44 ans, natif de Cany, département de la
- Seine-Inférieure, domicilié à Paris, rue Grange-Batelière, nº 10,
- et ancien archiviste du ci-devant évêché de Beauvais.
-
- 16. Jean-Charles Bourgeois, ci-devant menuisier, employé dans les
- bureaux de la guerre, et commandant de la force armée de sa
- section, âgé de 26 ans, natif de Paris, y demeurant, rue des
- Sans-Culottes, ci-devant Guisarde, section de Mutius-Scévola.
-
- 17. Albert Mazuel, ancien cordonnier, depuis brodeur, et après
- aide de camp de Bouchotte, ministre de la guerre, chef d'escadron
- de la cavalerie révolutionnaire, commandant temporaire de la
- Ville-Affranchie, âgé de 28 ans, natif de Commune-Affranchie.
-
- 18. Antoine Descomble, ancien garçon épicier, âgé de 29 ans,
- natif de Besançon, département du Doubs, domicilié à Paris, rue
- Sainte-Croix de la Bretonnerie, nº 21, section des
- Droits-de-l'Homme.
-
- 19. Pierre-Ulric Dubuisson, homme de lettres, nommé à différentes
- époques commissaire du pouvoir exécutif, âgé de 48 ans, natif de
- Laval, département de la Mayenne, domicilié à Paris, rue
- Saint-Honoré, nº 1447;
-
-Avoir été condamnés à la peine de mort;--et ordonné que l'exécution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
-cette ville, ledit jugement étant signé du président et du greffier.
-
-Par procès-verbal dressé par Tirard et Napier, huissiers du tribunal
-révolutionnaire, appert avoir été constaté que le jugement ci-dessus a
-été exécuté sur la place publique de la Révolution de cette ville, où
-les ci-dessus nommés ont été mis à mort.
-
-Pour extrait conforme, _Signé_: WOLF, commis greffier.
-
-La même clause se retrouve à la fin de chaque jugement. Nous nous
-bornerons, dans tous ceux qui vont suivre, à donner le nom de
-l'huissier du tribunal révolutionnaire qui a été témoin de l'exécution
-à mort des victimes, et le nom du greffier qui en a certifié l'extrait
-conforme.
-
-Le _Moniteur_ du 5 germinal an II dit que «la femme Questineau s'étant
-déclarée enceinte, a obtenu un sursis.» Nous voyons pourtant le nom de
-cette femme parmi ceux des victimes. Le _Moniteur_ ajoute:
-
-«Le citoyen Taboureau, de la section de Marat, est le seul des accusés
-qui ait été acquitté.»
-
-C'est Laboureau qu'il faut lire. Ce Laboureau était un médecin qui fit
-plus tard un rapport sur ce qu'il avait vu et entendu dans la prison
-sur les accusés. En 1790, il avait publié un journal sous ce titre:
-_l'Avocat du peuple._
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal révolutionnaire du 5 germinal an II (25 mars
-1794), appert:
-
- 1. Joseph-Jacques Rouganne de Vichy, âgé de 63 ans, y demeurant,
- département de l'Allier, ci-devant inspecteur des marchandises
- anglaises, demeurant à Vichy, département de l'Allier;
-
- 2. Jean Rouganne-Desbaradines, âgé de 52 ans, né à Cuny, y
- demeurant, département de l'Allier, ci-devant garde du dernier
- tyran;
-
- 3. Et Pierre Rouganne-Belbat, âgé de 31 ans, natif d'Aigueperse,
- département du Puy-de-Dôme, y demeurant, vivant de son revenu;
-
- Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal
- d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal révolutionnaire du 6 germinal an II (26 mars
-1794), appert:
-
- 1. Charles-Auguste la Cour-Balleroy, âgé de 74 ans, de la commune
- de Balleroy, district de Bayeux, y demeurant, ci-devant
- lieutenant général.
-
- 2. Et François-Auguste la Cour-Balleroy, son frère, âgé de 67
- ans, né de Paris, y demeurant, ci-devant commandeur de Malte et
- maréchal de camp;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Jean-Louis Gouttes, âgé de 54 ans, né de Tulles, département de
- la Corrèze, ci-devant évêque du département de Seine-et-Loire,
- demeurant à Autun, chef-lieu du département;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Étienne Thiry, âgé de 24 ans, né à Sedan, maréchal des logis au
- 8e régiment de hussards, demeurant à Paris, place des
- Victoires-Nationales;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Denis Loisel, âgé de 42 ans, né de Mondétour, garde des bois
- nationaux, demeurant à Boississe-le-Bertrand, district de Melun;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal révolutionnaire du 7 germinal an II (27 mars
-1794), appert:
-
- Marie-Catherine Chamboran, née à Confolent, département de la
- Haute-Vienne, âgée de 59 ans, ci-devant religieuse carmélite à
- Saint-Denis (Franciade), y demeurant.
-
-Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Claire-Madeleine Lambertie, femme Villemin, âgée de 41 ans,
- vivant de son bien, née à Montluçon, demeurant à Paris;
-
-Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Henri Moreau, âgé de 67 ans, né à Montpellier, département de
- l'Hérault, ci-devant accusateur public, près le point central de
- l'armée du Nord;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal révolutionnaire du 8 germinal an II (28 mars
-1794), appert:
-
- Jacques Pernet, âgé de 56 ans, né à Bar-sur-Aube, ci-devant
- chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine de dragons,
- cultivateur, demeurant à Tranault, département de l'Aube;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Jean-Baptiste Presselet, ci-devant capucin, né à Acqs,
- département de la Haute-Saône, demeurant à Gray, même
- département;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 9 germinal an II (29 mars 1794), appert:
-
- Jean-Baptiste Colignon, âgé de 61 ans, né de Metz, y demeurant,
- imprimeur;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Louis-François Poiré, âgé de 36 ans, huissier à la Convention
- nationale, né d'Autribois, demeurant à Paris, rue
- Saint-Dominique, section Grenelle;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, huissier.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Jean-Valery-Marie Harelle, âgé de 30 ans, né de l'Aigle, y
- demeurant, négociant;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, 9 germinal an II (29 mars 1794), appert:
-
- 1. Jacques-Nicolas Adam, âgé de 36 ans, ex-religieux bénédictin,
- né à Paris, y demeurant, à Saint-Martin-des-Champs;
-
- 2. Jean-Baptiste Courtin, âgé de 79 ans, né à Rouen, ex-religieux
- bénédictin, demeurant audit couvent Saint-Martin;
-
- 3. Et Joseph-Antoine Meffre, âgé de 57 ans, né à Aubignan,
- district de Carpentras, demeurant audit couvent Saint-Martin;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 11 germinal an II (31 mars 1794), appert:
-
- Jean-François Hollet, âgé de 34 ans, bijoutier, natif de
- Luciennes, département de Seine-et-Oise, demeurant à Paris, aux
- Trois-Bouteilles, marché Saint-Martin;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Louis-François Lavergne-Chanlorier, âgé de 50 ans passés, né à
- Angoulême, y demeurant ordinairement, commandant de la ville de
- Longwy;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Philippe-Barthélemy-Simon Gaillard, âgé de 26 ans, né à Cormille,
- département de Seine-et-Oise, garçon papetier à Paris, y
- demeurant;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, 11 germinal (31 mars 1794), appert:
-
- Victoire Regnier, femme Lavergne, âgée d'environ 26 ans, née à
- Angoulême, demeurant à Paris, rue Traversière, faubourg Germain;
-
-Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Joseph Nègre, âgé de 61 ans, né à Lavergne, département du
- Lot, ci-devant fermier de Barbotan, demeurant à Julliac;
-
- 2. Et Joseph-Claire Barbotan, âgé de 75 ans, ex-comte et
- ex-constituant, né et demeurant à Borner, district de Nogard,
- département du Gard;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 12 germinal an II (1er avril 1794), appert:
-
- Louis-Simon Collivet, âgé de 25 ans, natif de Lagny, département
- de l'Orne, demeurant à Paris, rue de la Verrerie, chez le citoyen
- Delorme, marchand épicier;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Euloge Schneider, âgé de 37 ans, natif de Winfeld, demeurant à
- Strasbourg, département du Bas-Rhin, ci-devant accusateur public
- près le tribunal criminel dudit département;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Charles-Victoire-François Sallabery, âgé de 62 ans, né à Paris,
- ci-devant noble et président de la chambre des comptes de Paris,
- juge de paix de la ville de Blois, officier municipal de la même
- ville, y demeurant;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Antoine Brochet, dit Saint-Prest, âgé de 25 ans, ex-noble et
- garde de Capet, né à Paris, demeurant à Gray, district de la
- Ferté-Bernard, département de la Sarthe;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 13 germinal an II (2 avril 1794), appert:
-
- Jean Marquet, âgé de 27 ans, né à Cyray, département de la
- Charente, y demeurant, marchand de beurre frais.
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 16 germinal an II (5 avril 1794), appert:
-
- 1. Philippe-François-Nazaire Fabre Déglantine, ci-devant homme de
- lettres et député à la Convention nationale, âgé de 39 ans, natif
- de Carcassonne, domicilié à Paris, rue Ville-l'Évêque.
-
- 2. Joseph Launay, homme de loi et député à la Convention
- nationale, âgé de 39 ans, natif d'Angers, domicilié ordinairement
- à Anvers, et à Paris, boulevard Montmartre, nº 5.
-
- 3. François Chabot, ci-devant capucin et représentant du peuple,
- âgé de 37 ans, natif de Saint-Geniest, département de l'Aveyron,
- domicilié à Paris, rue d'Anjou, nº 19.
-
- 4. Lucie-Simplice-Camille-Benoist Desmoulins, homme de lettres,
- âgé de 33 ans, natif de Guise, district de Vervins, domicilié à
- Paris, place du Théâtre-Français.
-
- 5. Jean-François Lacroix, soldat, capitaine de milice, puis homme
- de loi et ex-député à la Convention nationale, âgé de 40 ans,
- natif de Pont-Audemer, département de l'Eure, domicilié à Paris,
- rue Lazare, nº 6.
-
- 6. Pierre Phelippeaux, homme de loi et député à la Convention
- nationale, âgé de 35 ans, natif de Ferrière, département de
- l'Oise, domicilié à Paris, rue de l'Échelle, nº 3.
-
- 7. Claude Bazire, commis aux Archives des états de la Bourgogne,
- commandant de la garde et député à la Convention nationale, âgé
- de 29 ans, natif de Dijon, département de la Côte-d'Or, domicilié
- à Paris, rue Saint-Pierre-Montmartre.
-
- 8. Marie-Jean Hérault de Séchelles, député à la Convention
- nationale, âgé de 34 ans, natif de Paris, y domicilié, rue
- Basse-du-Rempart, nº 14.
-
- 9. Georges-Jacques Danton, député à la Convention nationale, âgé
- de 34 ans, natif de Darcy-sur-Aube, département de l'Aube,
- domicilié à Paris, rue et section de Marat.
-
- 10. Marc-René Sahuguet Despagnac, ci-devant abbé et employé aux
- fournitures des haras, âgé de 41 ans, natif de Brie, département
- de la Corrèze, domicilié à Paris, rue de l'Université, près
- l'ancienne barrière.
-
- 11. Simon Kotloo Junius Frey, fournisseur à l'armée, âgé de 35
- ans, natif de Bruyen, en Moravie, domicilié à Paris, rue d'Anjou
- Saint-Honoré, nº 19.
-
- 12. André-Marie Gusman, âgé de 41 ans, natif de Grenade, en
- Espagne, naturalisé Français en 1751.
-
- 13. Emmanuel Frey, âgé de 27 ans, natif de Bruyen, en Moravie,
- domicilié à Paris, rue d'Anjou Saint-Honoré, nº 19.
-
- 14. Jean-Frédéric Deiderinchen, avocat de la cour du roi de
- Danemark, âgé de 51 ans, natif de Luxembourg, pays de Holstein,
- en Danemark, domicilié à Paris, rue des Petits-Augustins.
-
- 15. François-Joseph Westermann, ci-devant aide de camp de
- Dumouriez, depuis général de division, âgé de 38 ans, natif de
- Motzheim, département du Bas-Rhin.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 17 germinal an II (6 avril 1794), appert:
-
- Louis Hannapier des Ormes, âgé de 45 ans, né à Orléans, résidant
- dans la commune de Saint-Hilaire-Saint-Mesmin, district
- d'Orléans, département du Loiret, cultivateur et ci-devant maître
- particulier des eaux et forêts à Beaugency, même département;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Pierre Reignier, âgé de 38 ans, né et demeurant à Pontoise,
- département de Seine-et-Oise, tailleur d'habits;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Philippe Barron de Channois, ex-noble, âgé de 66 ans, né à
- Châtillon-sur-Indre, département de l'Indre, propriétaire,
- demeurant en la commune de Genille, département d'Indre-et-Loire;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 18 germinal an II (7 avril 1794), appert:
-
- 1. Jean-François Jullien, âgé de 60 ans, né à Loris, département
- du Loiret, ex-officier municipal de la commune de Montargis, y
- demeurant, et chirurgien;
-
- 2. Marie-Joseph-Hippolyte Pelé-Varenues, âgé de 57 ans passés, né
- à Sens, ci-devant receveur particulier des finances et receveur
- du district de Montargis, y demeurant;
-
- 3. François-Joseph Bizot, âgé de 50 ans, né à Besançon, ex-maire
- de la commune de Montargis, y demeurant;
-
- 4. Et Charles-Léonard Lavillette, âgé de 45 ans, natif de
- Clamecy, ci-devant président de l'élection de Montargis, juge du
- district de Bois-Commun et administrateur du directoire du
- district de Montargis, y demeurant;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par Tavernier.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Antoine-Louis-Claude Saint-Germain d'Apchon, ex-marquis et
- maréchal de camp, âgé de 45 ans, né à Paris, demeurant rue
- Saint-Louis, nº 87, section de l'Indivisibilité;
-
- 2. Et Élisabeth-Thérèse Pacorée, âgée de 69 ans passés, veuve de
- Pericard, ex-maître des comptes, belle-mère de d'Apchon, née à
- Paris, même demeure que dessus;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par Tavernier.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Jean-Joseph Mouzin, âgé de 28 ans, notaire à Dijon,
- département de la Côte-d'Or, né et demeurant audit Dijon;
-
- 2. Et Bernard Perruchot, âgé de 35 ans 1/2, demeurant à Montant,
- district de Saint-Jean-de-Losne, département de la Côte-d'Or,
- ci-devant notaire.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par Tavernier.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour 18 germinal (7 avril 1794), appert:
-
- 1. François-Pierre Lamotte-Senonnes, âgé de 36 ans, ci-devant
- noble, né à Senonnes, département de la Mayenne, demeurant à
- Bonneuil, district de Bourg-l'Égalité;
-
- 2. Et Susanne Drouillard, âgée de 33 ans, née à Saint-Domingue,
- épouse dudit Senonnes;
-
- Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Tavernier.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 19 germinal (8 avril 1794), appert:
-
- 1. Jean-Pierre Danquechin-Dorval, âgé de 40 ans passés, ex-noble,
- cultivateur, officier public et municipal de la commune de
- Montreuil, près Paris, y demeurant;
-
- 2. Pierre-Saturnin Lardin, âgé de 31 ans, né à Nogent-sur-Marne,
- demeurant à Montreuil, près Paris, vigneron;
-
- 3. Et Louise-Adélaïde Danquechin, âgée de 27 ans, femme de Pierre
- Saturnin Lardin, demeurant avec lui audit Montreuil;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Jeanne Agronde Marsilly, veuve de Pierre-Armand Henique de
- Chenely, âgée de 47 ans, née à Dijon, département de la
- Côte-d'Or, demeurant à Paris, rue de la Harpe;
-
-Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Joseph-Louis Gaudron, âgé de 27 ans et 1/2, né à Limeray,
- district d'Amboise, département d'Indre-et-Loire, ex-curé
- constitutionnel de Négron, y demeurant, même département;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Guillaume Gemptel, âgé de 26 ans, né à Bousie, dans la ci-devant
- Normandie, cuisinier, demeurant à Paris, maison ci-devant appelée
- des Anglais;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Angélique Boiry, femme de Pierre-Antoine Bonfant, âgée de 50 ans,
- née à Douay, département du Nord, femme de chambre de la femme
- d'Hervilly, ex-noble, demeurant à Daignecourt, département de la
- Somme;
-
-Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 23 germinal (12 avril 1794), appert:
-
- Claude Chouchon, dit Chanson, âgé de 66 ans, né et demeurant à
- Montélimart, département de la Drôme, ex-général de brigade de
- l'armée des Pyrénées-Orientales;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 24 germinal (13 avril 1794), appert:
-
- Louis-Guillaume-André Brossard, âgé de 39 ans passés, né à
- Terrasson, département de la Dordogne, secrétaire du comité
- révolutionnaire de la ville de Périgueux, y demeurant;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, exécution du 24 germinal an II (13 avril 1794):
-
- 1. Philibert Simon, député à la Convention nationale, natif de
- Rumilly (Mont-Blanc), domicilié à Paris, rue Traversière-Honoré.
-
- 2. Arthur Dillon, ci-devant général divisionnaire, âgé de 43 ans,
- natif de Braywick, en Angleterre, domicilié à Paris, rue Jacob,
- nº 38.
-
- 3. Jean-Baptiste Gobel, ci-devant évêque de Paris, âgé de 67 ans,
- natif de Thann, département du Haut-Rhin, domicilié à Paris, île
- de la Fraternité, quai de l'Égalité, nº 13.
-
- 4. Jean-Michel Beysser, général de brigade dans l'armée de
- l'Ouest, âgé de 40 ans, natif de Ribauviller, en Alsace,
- département du Haut-Rhin, domicilié ordinairement à Lorient.
-
- 5. Gaspard Chaumette, agent national de la Commune de Paris,
- ci-devant procureur de ladite Commune, âgé de 31 ans, natif de
- Nevers (Nièvre), domicilié à Paris, rue de l'Observatoire, aux
- Visitandines, et avant rue du Paon, section de Marat.
-
- 6. Marie-Marguerite-Françoise Goupil, âgée de 38 ans, native de
- Paris, y domiciliée, rue Neuve-de-l'Égalité, cour des Forges,
- veuve de..... Hébert.
-
- 7. Jean-Baptiste-Ernest Bucher (de l'Épinois), commandant de la
- garde nationale de Mesnil-Saint-Denis, âgé de 43 ans, natif
- d'Amiens, département de la Somme, domicilié à
- Mesnil-Saint-Denis, district de Versailles, département de
- Seine-et-Oise.
-
- 8. Marie-Marc-Antoine Barras, ancien administrateur du district
- de Toulouse, âgé de 30 ans, natif de Toulouse, département de la
- Haute-Garonne, y domicilié.
-
- 9. Jean-Jacques Lacombe, vivant de son revenu, âgé de 33 ans,
- natif de Cajac (Lot), domicilié à Paris, maison garnie des
- Français, rue de Thionville, nº 30, section de Marat.
-
- 10. Jean-Maurice-François Lebrasse, lieutenant de gendarmerie
- près les tribunaux, âgé de 31 ans, natif de Rennes, département
- de l'Ille-et-Vilaine, domicilié à Paris, rue Jacques, nº 27.
-
- 11. Anne-Lucile-Philippe Laridon Duplessis, âgée de 23 ans,
- native de Paris, y domiciliée, rue du Théâtre-Français, veuve de
- Lucie-Simplice-Camille-Benoît Desmoulins.
-
- 12. Antoine Duret, adjudant général de l'armée des Alpes, âgé de
- 44 ans, natif de Roanne-en-Forez, domicilié à Montbrissey,
- département de la Loire, lors de son arrestation à Feure.
-
- 13. Guillaume Lassalle, officier de marine, âgé de 24 ans, natif
- de Boulogne-sur-Mer, département du Pas-de-Calais, domicilié à
- Paris, maison de France, rue Neuve-de-l'Égalité.
-
- 14. Alexandre Nourry Grammont, officier de la cavalerie
- révolutionnaire, et avant employé au bureau de la guerre, âgé de
- 19 ans, natif de Limoges, département de la Haute-Vienne,
- domicilié à Paris, passage des Petits-Pères, nº 3, section de
- Guillaume-Tell.
-
- 15. Nourry Grammont, ci-devant artiste du théâtre Montansier,
- ensuite adjudant général de l'armée révolutionnaire, âgé de 42
- ans, natif de La Rochelle (Charente-Inférieure), domicilié à
- Paris, passage des Petits-Pères, section de Guillaume-Tell.
-
- 16. Jean-Marie Lepallus, juge de la commission révolutionnaire de
- Feure, âgé de 26 ans, natif de Matour, district de Charonne,
- département de Saône-et-Loire, domicilié ordinairement à Néardor,
- département de Rhône-et-Loire.
-
- 17. Jean-François Lambert, porte-clefs de la maison d'arrêt du
- Luxembourg, âgé de 25 ans, natif de Boysne, département du
- Loiret, domicilié à Paris, rue de la Convention.
-
- 18. Marie-Sébastien Brumeau-Lacroix, membre du comité
- révolutionnaire de la section de l'Unité, âgé de 26 ans,
- domicilié à Paris, rue du Colombier.
-
- 19. Edme Rameau, prêtre, âgé de 41 ans, natif d'Auxerre,
- département de l'Yonne, domicilié à Paris, rue Sauveur.
-
- 20. Louis-Guillaume-André Brossard, secrétaire du comité
- révolutionnaire de la ville de Périgueux, âgé de 32 ans, natif de
- Terrasson, département de la Dordogne, demeurant à Périgueux.
-
- 21. Étienne Ragondet, ci-devant marchand de chevaux, commandant
- du bataillon de la section de la République, et inspecteur dans
- les charrois des armées, âgé de 46 ans, natif de Paris, demeurant
- à Capy, près Péronne, département de la Somme.
-
-Vu l'extrait du jugement du tribunal criminel révolutionnaire et du
-procès-verbal d'exécution dressé par (le nom en blanc), en date du 24
-germinal (13 avril).
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 25 germinal (14 avril 1794), appert:
-
- Jacques-Augustin Labarbery de Refluvel, âgé de 60 ans, ex-noble,
- ci-devant capitaine dans les gardes françaises, et ci-devant
- seigneur de Villers-Vermont, né à Paris, y demeurant, rue des
- Francs-Bourgeois, au Marais;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- François-Charles Gattey, âgé de 38 ans, né à Autun, libraire,
- demeurant à Paris, maison Égalité, nº 14;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirart.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Henri Morisset, âgé de 39 ans, né à Pereuse, département de
- l'Yonne, juge au tribunal du district de Montargis, département
- du Loiret, y demeurant, chapelier et procureur de la commune de
- Château-Renard;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirart.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 26 germinal (15 avril 1794), appert:
-
- 1. Aimé Courandin, âgé de 31 ans, né à Angers, département de
- Maine-et-Loire, ci-devant conseiller du tyran Capet, au présidial
- d'Angers, et ensuite juge du tribunal du district d'Angers, y
- demeurant;
-
- 2. Louis-Étienne Brevet, dit Beaujour, âgé de 30 ans, né à
- Angers, ci-devant avocat du tyran Capet au présidial d'Angers,
- ensuite commissaire national près le tribunal du district
- d'Angers, y demeurant;
-
- 3. Jean-Baptiste la Réveillière, âgé de 41 ans, né à Montaigu,
- département de la Vendée, ci-devant conseiller au présidial
- d'Angers, et ensuite président du tribunal criminel du
- département de Maine-et-Loire, demeurant à Angers;
-
- 4. Bieusie Louis Dieusie, âgé de 45 ans, né à Mésange, district
- d'Ancenis, département de la Loire-Inférieure, ex-noble et député
- à l'Assemblée constituante, cultivateur, et président du
- département de Maine-et-Loire, demeurant à Angers;
-
- 5. Et Joseph-François-Alexandre Teissier Duclozeau, âgé de 40
- ans, né aux Rosiers, district de Saumur, physicien, ci-devant
- membre du conseil général du département de Maine-et-Loire, et
- ensuite volontaire dans le 3e bataillon du même département,
- demeurant à Vannes;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Victoire Lescale, femme Roger, âgée de 40 ans, sans état, née à
- Villotte-devant-Loupy, district de Bar-sur-Ornain, département de
- la Meuse;
-
-Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Chateau.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Marie-Claudine Gattey, âgée de 39 ans, née à Autun, département
- de la Côte-d'Or, ci-devant religieuse de Saint-Lazare, demeurant
- à Paris, chez la veuve Leyrand, rue Boucher, nº 14;
-
-Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Gaspard Roger, âgé de 38 ans, né et demeurant à
- Neuville-sur-Ornain, département de la Meuse, salpêtrier;
-
- 2. Marie-Jeanne Lescale, âgée de 52 ans, fille vivant de son
- industrie, née à Villot, même département, demeurant audit
- Neuville;
-
- 3. Charles-Mathias d'Alençon, âgé de 67 ans, ex-noble et comte,
- né à Bar, demeurant audit Neuville;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 27 germinal (16 avril 1794), appert:
-
- Hugues-Louis-Jean Pelletier Chambure, âgé de 37 ans, natif de
- Tonnerre, département de l'Yonne, employé dans les subsistances
- militaires en qualité de sous-directeur, à Arras;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
-
-Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Jean Huet, âgé de 32 ans, né à Orléans, département du Loiret,
- perruquier, demeurant à Paris, rue Nicaise;
-
- 2. Pierre Laville, âgé de 31 ans, né à Monpont, district de
- Mussidan, département de la Dordogne, cordonnier, demeurant à
- Paris, rue Rohan, nº 33; membre du comité révolutionnaire de la
- section des Tuileries;
-
- 3. Et Pierre Lapeyre, âgé de 30 ans, né à Lachaud, district de
- Périgueux, département de la Dordogne, chirurgien, demeurant à
- Paris, rue de Rohan, nº 62, et membre du comité révolutionnaire
- de la section des Tuileries;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- François-Clément Cassegrain, âgé de 76 ans, né à Paris, demeurant
- à Pithiviers-le-Vieil, département (en blanc), curé de
- Pithiviers;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Nicolas Lutterot, âgé de 33 ans, né à Sens, département de
- l'Yonne, charpentier, demeurant à Sens.
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire le 28 germinal an II
-(17 avril 1794), etc., appert:
-
- 1. Charles Acot, dit Thibault, âgé de 23 ans, né à Autigny,
- département de l'Yonne, marchand de vin, demeurant à Paris, rue
- de la Vannerie, nº 49;
-
- 2. Hyacinthe Mermin, âgé de 30 ans, frotteur, né à Avançay,
- département du Mont-Blanc, demeurant à Paris, rue Saint-Landry,
- en la Cité, nº 8;
-
- 3. Pierre-Louis Henry, âgé de 33 ans, marchand de toiles et
- d'indiennes, né à Méry, département de la Marne, demeurant à
- Paris, rue de la Vannerie, nº 49;
-
- 4. Hyacinthe Simille, âgé de 29 ans, frotteur, né à Avançay,
- département du Mont-Blanc, demeurant à Paris, rue André des Arts;
-
- 5. Et Jean-Louis Pautone, âgé de 31 ans, né à Buri, département
- de Seine-et-Oise, garçon pâtissier traiteur, demeurant à Paris,
- rue Jean Fleury.
-
- Avoir été condamnés à la peine de mort et ordonné que l'exécution
- dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution
- de cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.
-
-Par procès-verbal dressé par Degaiguée, etc., appert que lesdits
-Charles Acot dit Thibault, H. Mermin, Pierre-Louis Henry, Hyacinthe
-Simille, et Jean-Louis Pautone, ont été mis à mort.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Joseph Baudot, âgé de 44 ans, né à Besançon, département du
- Doubs, ci-devant bénédictin, principal du collége de Toul, et
- desservant de Tremblecourt, y demeurant, département de la
- Meurthe.
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Jean-Pierre Challot, âgé de 28 ans, né à Château-Roué,
- département de la Meurthe, ci-devant desservant de la cure de
- Marsal, même département, y demeurant.
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
-
-Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Jean Decous, âgé de 70 ans, né à Treignat, département de la
- Corrèze, ci-devant curé de la commune de Neuvy, demeurant à
- Limoges.
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 29 germinal (18 avril 1794), appert:
-
- Brice Prévôt, âgé de 28 ans, né à Saint-Front, département de
- l'Orne, demeurant à Paris, cul-de-sac Berthault, chapelier.
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- François Magny, âgé de 24 ans, tailleur d'habits, né à Limoges, y
- demeurant, soldat au 6e régiment de Hussards-Cavalerie.
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, le 29 germinal, au palais,
-etc. (18 avril 1794), appert:
-
- 1. Antoine-Grégoire Genest, âgé de 27 ans, né à Paris, y
- demeurant, rue des Moineaux, banquier;
-
- 2. Pierre Hariage de Guiberville, âgé de 72 ans, né à Paris, y
- demeurant, cul-de-sac de Taitbout, ci-devant président au
- Parlement;
-
- 3. Marie-Claude Hariage, veuve Debonnaire, âgée de 45 ans,
- ex-noble, née à Paris, y demeurant, rue Neuve-des-Capucines;
-
- 4. Marie-Charlotte Debonnaire, femme divorcée de Louis-François
- le Peletier, ci-devant officier dans le régiment de Capet, âgée
- de 21 ans, née à Paris, y demeurant;
-
- 5. Marie la Laurencie-Charras, âgée de 42 ans, native de Charras,
- département de la Charente, demeurant à Asnières;
-
- 6. Didier-René-François Mesnard de Chousy, âgé de 64 ans, attaché
- à la maison Capet, demeurant à Paris, rue de Clichy;
-
- 7. Jean-Didier-René Mesnard de Chousy, fils, âgé de 35 ans, natif
- de Versailles, demeurant à Paris, rue Lazare, section du
- Mont-Blanc;
-
- 8. Marie-Adrienne Gonnel, veuve Vierville, âgée de 49 ans, native
- de Paris, y demeurant, rue de Clichy, nº 14;
-
- 9. Adélaïde-Marguerite Demerle, femme divorcée de Duchilleur,
- âgée de 41 ans, native de Paris, y demeurant, rue du
- Faubourg-Montmartre;
-
- 10. Louis-Georges Gougenot, âgé de 36 ans, natif de Paris,
- ci-devant syndic de la ci-devant compagnie des Indes, demeurant
- rue le Peletier;
-
- 11. Angélique-Michel Destat Bellecourt, âgé de 33 ans, natif de
- Paris, ci-devant officier au service de la Russie, demeurant rue
- Basse-du-Rempart;
-
- 12. Jeanne-Marie Nogué, veuve de Robin Divry, femme
- d'Angélique-Michel Destat de Bellecourt, native de Bayonne, âgée
- de 30 ans, demeurant à Paris, rue Basse-du-Rempart, nº 9;
-
- 13. Sébastien Rollat, ex-noble, âgé de 52 ans, natif de Brujac,
- département de l'Allier, demeurant à Paris, rue des
- Filles-Saint-Thomas;
-
- 14. René Rollat, fils dudit Rollat, né à Paris, âgé de 39 ans,
- ancien officier à la suite du ci-devant régiment Colonel général
- dragons, demeurant à Paris, rue des Filles-Saint-Thomas;
-
- 15. Jean Robin, âgé de 43 ans, officier de maison chez le nommé
- Hariage Guiberville, natif de Valence, demeurant à Paris,
- cul-de-sac Taitbout;
-
- 16. François-Michel Paymal, âgé de 29 ans, natif de Versailles,
- département de Seine-et-Oise, domestique de la nommée Hariage,
- demeurant à Paris, rue Neuve-des-Capucines;
-
- 17. Et Jean-Joseph Laborde, âgé de 70 ans, né à Juca en Espagne,
- ci-devant banquier du gouvernement, demeurant à Mireville,
- département de Seine-et-Marne;
-
-Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
-cette ville, etc. Par procès-verbal d'exécution, signé par Auvray,
-appert les ci-dessus nommés avoir été mis à mort.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, séant à Paris, au palais,
-le 1er floréal an II (20 avril 1794), appert:
-
- 1. Louis le Peletier Rozambo, âgé de 46 ans, ex-noble, ci-devant
- président à mortier au ci-devant parlement de Paris, né à Paris,
- demeurant à Malesherbes, département du Loiret;
-
- 2. Urbain-Élisabeth Segla, âgé de 37 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, né à Toulouse,
- département de la Haute-Garonne, y demeurant;
-
- 3. Philippe-Joseph-Marie Cussac, âgé de 67 ans, ex-noble,
- ci-devant conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, né à
- Toulouse, y demeurant;
-
- 4. Jean-Jacques Balsac Firmi, âgé de 60 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
- né à Senergues, département de l'Aveyron, demeurant à Toulouse;
-
- 5. Jean-François Montaigu, âgé de 64 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
- né à Toulouse, y demeurant;
-
- 6. Anne-Joseph Lafont, âgé de 60 ans, ex-noble, et ci-devant
- conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
- demeurant à Toulouse;
-
- 7. Joseph-Julien-Honoré Rigaut, âgé de 45 ans, ex-noble,
- ci-devant conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, né à
- Castres, département du Tarn, demeurant à Toulouse;
-
- 8. Nicolas-Étienne le Noir, âgé de 38 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller au ci-devant parlement de Paris, première chambre des
- requêtes, né à Paris, y demeurant, rue Apolline;
-
- 9. François-Matthieu du Port, âgé de 76 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à
- Paris, y demeurant, rue Saint-Louis, au Marais;
-
- 10. Louis-Jean-Népomucène-Marie-François Camus Laguibourgère, âgé
- de 46 ans, né à Rennes, département d'Ille-et-Vilaine, demeurant
- à Paris, rue Jacques, vis-à-vis des Mathurins;
-
- 11. Henry-Louis Fredy, âgé de 74 ans, ex-noble, conseiller de
- grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à Paris, y
- demeurant, rue Antoine;
-
- 12. Charles-Jean-Pierre Dupuis de Marée, âgé de 61 ans, ex-noble,
- ci-devant conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de
- Paris, né à Paris, y demeurant, rue Michel le Peltier;
-
- 13. Léonard-Louis Saguier de Mardeuil, âgé de 59 ans, ex-noble,
- conseiller au ci-devant parlement de Paris, né à Châlons,
- département de la Marne, demeurant à Paris, rue de la Fraternité;
-
- 14. Étienne Pasquier, âgé de 58 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à
- Paris, y demeurant, rue Madeleine, nº 8;
-
- 15. Pierre-Daniel Bourrée Corberon, âgé de 77 ans, ex-noble,
- ci-devant président de la première chambre des enquêtes du
- ci-devant parlement de Paris, né à Paris, demeurant à Toulouse;
-
- 16. Barthélemy-Gabriel Rolland, âgé de 64 ans, ex-noble,
- ci-devant président des requêtes du ci-devant parlement de Paris,
- né à Paris, demeurant à Chambaudouin, département du Loiret;
-
- 17. Jean-Baptiste Louis Oursain Debure, âgé de 47 ans, ci-devant
- noble et conseiller des requêtes du palais du ci-devant parlement
- de Paris, né à Paris, demeurant rue Boucherat;
-
- 18. Jean-François-Manie Rouhette, âgé de 27 ans, ex-noble,
- ci-devant conseiller des requêtes du parlement de Paris, né à
- Paris, y demeurant, rue Paul;
-
- 19. Antoine-Louis-Hyacinthe Hocquart, âgé de 55 ans, ex-noble,
- ci-devant premier président de la cy-devant cour des aides à
- Paris, né à Paris, y demeurant;
-
- 20. Nicolas-Agnès-François Nort, âgé de 68 ans, ex-noble et
- ci-devant comte colonel d'infanterie, né à Rennes, département
- d'Ille-et-Vilaine, demeurant aux Invalides;
-
- 21. Armand-Guillaume-François de Gourgues, âgé de 57 ans,
- ex-noble, ci-devant président à mortier au ci-devant parlement de
- Paris, né à Paris, demeurant à Poissy, département de
- Seine-et-Oise;
-
- 22. Jean-Baptiste-Gaspard Bochard Saron, âgé de 64 ans, ex-noble,
- ci-devant premier président du parlement de Paris, né à Paris, y
- demeurant, rue de l'Université;
-
- 23. Édouard-François-Matthieu Molé-Champlatreux, âgé de 34 ans,
- ex-noble, ci-devant président au ci-devant parlement de Paris, né
- à Paris, y demeurant, rue Dominique, faubourg Germain;
-
- 24. Henri-Guy Sallier, âgé de 60 ans, ex-noble, ci-devant
- président de la ci-devant cour des aides de Paris, né à
- Rochembray, demeurant à Paris, rue du Grand-Chantier;
-
- 25. Anne-Louis-François-de-Paule le Fèvre d'Ormesson, âgé de 42
- ans, ex-noble, ci-devant président du parlement de Paris, né à
- Paris, y demeurant, rue Guillaume, faubourg Germain,
- ex-constituant, et commissaire aux monuments publics et
- ex-bibliothécaire;
-
-Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
-cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.
-
-Par procès-verbal dressé par Auvray, l'un des huissiers du tribunal
-révolutionnaire, en date du 1er floréal, appert avoir été constaté que
-le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
-Révolution de cette ville, où lesdits ci-dessus nommés ont été mis à
-mort.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, etc., le 1er floréal an II
-(20 avril 1794), appert:
-
- 1. Nicolas Saint-Blin, âgé de 40 ans, né à Paris, ci-devant noble
- et comte, demeurant à Villeberny, district de Semur, département
- de la Côte-d'Or;
-
- 2. Auguste-Louis-Zacharie Espiard de Dalleray, âgé de 63 ans, né
- à Dijon et y demeurant, vivant de son revenu, ci-devant
- conseiller au parlement de Dijon;
-
- 3. Pierre Guillemin, âgé de 29 ans, né à Dijon et y demeurant,
- clerc de notaire avant la révolution, et depuis commis aux
- ponts-et-chaussées;
-
- 4. Pierre-Jacques-Barthélemy Guénichot, ex-noble, âgé de 27 ans,
- né à Dijon, demeurant à Nogent, district de Semur, département de
- la Côte-d'Or;
-
- 5. Charles-Joseph-Jullien, âgé de 49 ans, né à Joinville,
- département de la Haute-Marne, ci-devant cordelier et curé
- d'Autricourt, y demeurant;
-
- 6. Et Théophile Berlier, âgé de 60 ans, né à Châtillon, ci-devant
- garde-manteau de la ci-devant maîtrise des eaux et forêts de
- Châtillon-sur-Seine, y demeurant, département de la Ferre;
-
-Avoir été condamnés à la peine de mort et ordonné que l'exécution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
-cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier, etc.
-Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal révolutionnaire du 2 floréal an II
-(21 avril 1794), appert:
-
- François-Philippe de Caux, âgé de 54 ans, natif de
- Rouge-Moutiers, district de Pont-Audemer, département de l'Eure,
- demeurant à Bretot, même district, prêtre et ci-devant titulaire
- de la chapelle de Bretot;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Alexandre Beaugrand, âgé de 50 ans, né à Sens, département de
- l'Yonne, demeurant à Orbeaux, district de Pithiviers, département
- du Loiret;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Pierre Lafargue, âgé de 55 ans, né à Cognac, district de
- Cognac, département de la Charente, agent de commerce et fermier,
- demeurant à Paris, rue Neuve de l'Égalité, nº 304;
-
- 2. Marie-Marguerite-Geneviève-Victoire Lemesle, femme Boulani,
- âgée de 50 ans, née..., demeurant à Dieppe, département de la
- Seine-Inférieure;
-
- 3. André-Guillaume Bellepacaume, âgé de 51 ans, né et demeurant à
- Paris, place des Trois-Maries, nº 36, section du Muséum,
- ci-devant marchand mercier, actuellement sans état;
-
- 4. Jean-François-Joseph Descamps, âgé de 28 ans, natif d'Aire,
- district de Saint-Omer, département du Pas-de-Calais, imprimeur,
- demeurant à Douai;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal révolutionnaire du 3 floréal an II (22 avril
-1794), appert:
-
- 1. Jacques Duval Despréménil, ex-constituant, âgé de 48 ans,
- natif de Pondichéry, domicilié à Mériffou, commune de La Remuée,
- département de la Seine-Inférieure.
-
- 2. Jacques-Guillaume Thouret, ex-constituant, ex-président du
- tribunal de cassation, âgé de 48 ans, natif de Pont-l'Évêque,
- département du Calvados, domicilié à Paris, rue des
- Petits-Augustins, nº 21.
-
- 3. Isaac-René-Gui Lechappelier, ex-constituant, âgé de 39 ans,
- natif de Rennes, département de l'Ille-et-Vilaine, y domicilié,
- et ayant un domicile à Paris, rue Montmartre.
-
- 4. François Hell, ci-devant procureur général syndic des états
- d'Alsace, grand bailli de Langres et administrateur du
- département du Haut-Rhin, âgé de 63 ans, natif de Keseinhem,
- susdit département, domicilié à Paris, rue Helvétius.
-
- 5. Chrétien-Guillaume Lamoignon Malesherbes, ex-noble et
- ex-ministre du tyran, âgé de 72 ans, natif de Paris, domicilié à
- Malesherbes, département du Loiret.
-
- 6. Antoinette-Marguerite-Thérèse Lamoignon Malesherbes, native de
- Paris, domiciliée à Malesherbes, département du Loiret, veuve
- de..... Lepelletier Rozambo.
-
- 7. Aline-Thérèse Lepelletier Rozambo, âgée de 23 ans, native de
- Paris, domiciliée à Malesherbes, département du Loiret, mariée
- à..... Châteaubriand.
-
- 8. Jean-Baptiste-Auguste Châteaubriand, ex-noble et ex-capitaine
- de cavalerie, âgé de 34 ans, natif de Saint-Malo, département de
- l'Ille-et-Vilaine, domicilié à Malesherbes, département du
- Loiret.
-
- 9. Diane-Adélaïde Rochechouart, ex-noble, âgée de 64 ans, native
- de Paris, y domiciliée, rue Grange-Batelière, veuve de.....
- Duchatelet.
-
- 10. Béatrix Choiseul, ex-noble, âgée de 64 ans, native de
- Lunéville, domiciliée à Paris, rue Grange-Batelière, mariée
- à..... Grammont.
-
- 11. Victoire Boucher Rochechouart, ex-noble, âgée de 49 ans,
- native de Paris, y domiciliée, rue du Mont-Blanc, veuve de.....
- Pontville.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Tavernier.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 12. Louis-Pierre Mousset, charpentier et ci-devant procureur de
- la Commune de Donnery, âgé de 42 ans, natif de Saint-Marceau
- d'Orléans, département du Loiret, domicilié audit Donnery.
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Tavernier.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal révolutionnaire du 4 floréal (23 avril 1794),
-appert:
-
- François-Abraham Reclesne, âgé de 61 ans, ci-devant noble, né à
- Lyonne, canton de Cognat, district de Gannat, département de
- l'Allier, y demeurant.
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Louis-Benjamin Calmer, âgé de 44 ans, à la Haye en Hollande,
- naturalisé Français depuis 1769, ci-devant marchand d'étoffes et
- ensuite courtier de change, demeurant à Paris, rue Choiseul, nº
- 13, section le Pelletier;
-
- 2. François Gallay, âgé de 50 ans, né à Martigny en Suisse,
- frotteur domestique chez le citoyen Baglion, demeurant rue
- Dominique-Germain;
-
- 3. Marguerite Horiout, femme Farizol, âgée de 50 ans, née à
- Baugon, département de l'Orne, ouvrière, demeurant à Paris, rue
- de Grenelle, au Gros-Caillou;
-
- 4. Marie-Louise Coutelet, veuve Neuve-Église, âgée de 36 ans, née
- à Rennes, chef dans les filatures nationales établies maison des
- ci-devant Jacobins, rue Jacques;
-
- 5. Louis Roux, âgé de 50 ans, né à Bourgoing, département de
- l'Isère, tabletier, demeurant à Paris, rue des Arcis, nº 205;
-
- 6. Jean Chemin, âgé de 50 ans, né à Logny, département de l'Orne,
- domestique chez le citoyen Cardinal, demeurant à Paris, rue de
- Malte, section du Temple.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour 4 floréal an II (23 avril 1794), appert:
-
- 1. Jeanne-Élisabeth Bertaux, âgée de 48 ans, fille, sage-femme
- née à Pithiviers, département du Loiret, demeurant à Paris, rue
- de Bièvre;
-
- 2. François Bonin, âgé de 47 ans, imprimeur, né à Sonchamp,
- département de l'Eure, demeurant à Paris, rue Zacharie;
-
- 3. Matthieu Schwerger, âgé de 40 ans, cordonnier, né à Menzenger
- en Brisgau, demeurant à Paris, rue de la Harpe;
-
- 4. Jean Pommeraye, âgé de 40 ans, né à Orléans, ci-devant
- perruquier et canonnier de la section de la Réunion, casernée à
- Popincourt;
-
- 5. Jean-François Noël, âgé de 34 ans, né à Verneuil, district de
- Beauvais, demeurant à Paris, rue de la Verrerie, maison de Reims.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Antoine Barthélemy, âgé de 40 ans, homme de loi, commissaire du
- pouvoir exécutif près le tribunal du district de Gannat,
- département de l'Allier, né à Riom, département du Puy-de-Dôme,
- ci-devant procureur de la commune de Gannat, y demeurant.
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée,
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-_Fournée des habitants de Verdun, immolés le 5 floréal an II_ (24
-avril 1794).
-
-L'âge des _Vierges de Verdun_, accusées d'avoir offert des dragées au
-roi de Prusse, a été l'objet de discussions. On les a rajeunies, on
-les a vieillies, suivant qu'on a interrogé à ce sujet le _Moniteur_ ou
-le bulletin du tribunal révolutionnaire. Ayant eu soin de prendre mes
-vérifications sur la minute même de leur jugement, je puis offrir à
-mes lecteurs des renseignements authentiques:
-
- 1. Henri-François Croyer, âgé de 52 ans, ci-devant capitaine
- d'ouvriers d'artillerie, né à Laon (Aisne), demeurant à Verdun;
-
- 2. Jean-Baptiste Pellegrin, âgé de 52 ans, capitaine de
- gendarmerie, natif de Gondrecourt (Meuse), demeurant à Verdun;
-
- 3. Michel Joulin, âgé de 31 ans, gendarme, né à Cornet, en Anjou,
- demeurant à Verdun;
-
- 4. Nicolas Milly, âgé de 31 ans, gendarme, natif de Verdun;
-
- 5. Badillon-Leclerc, âgé de 42 ans, gendarme, né à Thionville,
- demeurant à Verdun;
-
- 6. Gérard Desprez, âgé de 50 ans, né à Givet de Saint-Hilaire,
- Ardennes, demeurant à Verdun, gendarme de la brigade de Verdun;
-
- 7. Pierre Thuilleur, âgé de 61 ans, né à Verdun, y demeurant;
-
- 8. Henri-Barthélemy Grimoard, âgé de 70 ans, colonel d'un
- régiment provincial, de l'artillerie de Metz, natif de Verdun, y
- demeurant;
-
- 9. Jean-Baptiste-Philibert Perrin, âgé de 50 ans, droguiste, né
- et demeurant à Verdun;
-
- 10. Alexandre-Joseph Neyon, âgé de 57 ans, lieutenant-colonel du
- 2e bataillon de la Meuse, natif de Soisy, demeurant à Driencourt,
- même département;
-
- 11. Jean-Baptiste Barthe, âgé de 60 ans 1/2, receveur de la
- commune et juge de paix de la ville de Verdun, y demeurant, né à
- Thierville, Meuse;
-
- 12. Nicolas Lamele, âgé de 47 ans, avoué, né à Morge-Moulin,
- district d'Étain, demeurant à Verdun;
-
- 13. Jacques-Nicolas d'Aubermesnil, âgé de 75 ans, ci-devant major
- de la citadelle de Verdun, et y demeurant, né à Aubermesnil, près
- Dieppe;
-
- 14. Anne Grandfèvre, femme Tabouillot, âgée de 46 ans, née à
- Verdun, vivant de son revenu, demeurant à Verdun;
-
- 15. Thérèse Pierson, femme Bestel, cordonnière, âgée de 41 ans,
- demeurant à Verdun;
-
- 16. Marie-Françoise Henry, femme Lalance, âgé de 69 ans, née à
- Verdun, y demeurant;
-
- 17. Françoise Herbignon, veuve Masson, en son vivant procureur du
- tyran en la ci-devant maîtrise des eaux et forêts, âgée de 55
- ans, née près Bar-le-Duc, demeurant à Verdun;
-
- 18. Susanne Henry, fille de Henry, président du ci-devant
- bailliage de Verdun, âgée de 26 ans, née et demeurant à Verdun;
-
- 19. Gabrielle Henry, aussi fille dudit Henry, âgée de 25 ans, née
- et demeurant à Verdun;
-
- 20. Marguerite-Angélique Lagirouzière, fille de Lagirouzière,
- prévôt de campagne, âgée de 48 ans, demeurant à Verdun;
-
- 21. Geneviève-Élisabeth Dauphin, veuve Brigand, capitaine des
- grenadiers de France, âgée de 56 ans, demeurant à Verdun;
-
- 22. Anne Vatrin, fille de défunt Vatrin, ci-devant militaire,
- âgée de 25 ans, née à Étain, demeurant à Verdun;
-
- 23. Henriette Vatrin, fille dudit Vatrin, âgée de 23 ans, née à
- Étain, demeurant à Verdun;
-
- 24. Hélène Vatrin, aussi fille dudit Vatrin, née à Étain, âgée de
- 22 ans, demeurant à Verdun;
-
- 25. Jean Gossin, âgé de 69 ans, ci-devant chanoine de la
- Madeleine de Verdun, né à Fresne en Lorraine;
-
- 26. Jean-Michel Colloz, âgé de 72 ans, ci-devant bénédictin,
- prieur de Saint-Thierry, archiviste et bibliothécaire de Verdun,
- natif du duché de Bouillon, demeurant à Verdun;
-
- 27. Guillain Lefebvre, âgé de 62 ans, ci-devant bénédictin, natif
- de Cartigny, près Péronne (Somme), demeurant à Verdun;
-
- 28. Claude-Élisabeth Lacordière, âgé de 59 ans 1/2, doyen du
- chapitre de la cathédrale de Verdun, y demeurant;
-
- 29. Christophe Herbillon, âgé de 76 ans, ci-devant curé de
- Saint-Médard de Verdun, né à Boureuil, près Varennes (Meurthe),
- demeurant à Bar-sur-Ornain;
-
- 30. Marguerite Croutte, âgée de 48 ans, née à Verdun, horlogère;
-
- 31. François Chotain fils, âgé de 31 ans, né à Verdun, y
- demeurant, perruquier;
-
- 32. François Fortain, âgé de 43 ans, marchand cirier, demeurant à
- Verdun.
-
- 33. Jacques Petit, âgé de 50 ans, né et demeurant à Verdun.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
-L'âge de Claire Tabouillot et de Barbe Henry, dont les noms figuraient
-sur la liste des accusés, leur fit trouver grâce près de leurs juges,
-qui _se bornèrent_ à les condamner à vingt ans de détention et à six
-heures d'exposition sur l'échafaud!
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal révolutionnaire du 6 floréal an II (23 avril
-1794), appert:
-
- Jean-Nicolas Lallemand, âgé de 41 ans 1/2, né à Dieuze,
- département de la Meurthe, ex-curé de la ci-devant paroisse de
- Houdelmont, même département, y demeurant.
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Étienne-Alexandre-Jacques Anisson du Perron, âgé de 44 ans, né
- à Paris, y demeurant, rue des Orties du Louvre, directeur de
- l'Imprimerie nationale;
-
- 2. Louis-Charles-Nicolas-Emmanuel Letoffier, âgé de 68 ans, né à
- Banon, district de Rethel, département des Ardennes, cultivateur,
- demeurant à Corbeil;
-
- 3. François Gourou, âgé de 35 ans, né à Tours, fabricant de
- papiers, demeurant à Paris, rue Nicaise;
-
- 4. Jean-Claude Jacquet, âgé de 59 ans, né à Lons-le-Saulnier,
- homme de loi, demeurant à Paris, rue Feydeau, nº 38;
-
- 5. Jean-Baptiste le Bault, âgé de 30 ans, né à Paris, receveur
- des propriétés d'Anisson du Perron, ci-devant secrétaire du
- district de Corbeil, demeurant à Ris.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal révolutionnaire du 7 floréal an II (26 avril
-1794), appert:
-
- François-Albert Mangin, âgé de 34 ans, né à Genicourt,
- département de la Meuse, demeurant à Paris, faubourg
- Poissonnière, nº 11, ci-devant cocher de place et de particulier.
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Armande-Amédée-Victoire Baillard-Trousseboire, femme Bellecise,
- âgée de 18 ans révolus, née à Paris, y demeurant, rue Thorigny,
- et à la Motte, district de Cusset, département de l'Allier,
- ex-noble.
-
-Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Gabriel Trinquelague, demeurant à Uzès, département du Gard,
- ci-devant capitaine au 34e régiment d'infanterie.
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour 7 floréal an II (26 avril 1794), appert:
-
- 1. Jean-Joseph Duc, âgé de 32 ans, né à Caman, district de Cluse,
- département du Mont-Blanc, notaire;
-
- 2. Joseph-Philibert Curton, âgé de 44 ans, né à Samoen, même
- district, habitant de la commune de Tanninge, même département;
-
- 3. Jean-Baptiste Bojonet, âgé de 43 ans, né à Tanninge,
- département du Mont-Blanc, y demeurant;
-
- 4. Et Claude-François Pralon, âgé de 58 ans, né à Tanninge,
- département du Mont-Blanc, y demeurant;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 8 floréal an II (27 avril 1794), appert:
-
- 1. Jean-Pierre Lambert, âgé de 28 ans, né à Guyenne, département
- de Seine-et-Marne, garçon boucher;
-
- 2. François-Germain Savoye, âgé de 42 ans, né à Bezet-Germain,
- district de Château-Thierry, département de l'Ain, y demeurant,
- postillon et charretier d'artillerie;
-
- 3. Pierre Guéniot, vigneron, né à Sulpice de Favières,
- département de Seine-et-Oise, demeurant à Jon-la-Montagne;
-
- 4. Et Claude-Toussaint Leclerc, âgé de 60 ans, vigneron et
- cultivateur à Beaunecourt, lieu de sa naissance, y demeurant,
- département de Seine-et-Oise, assesseur de juge de paix.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 9 floréal an II (28 avril 1794), appert:
-
- 1. Pierre-Jean Jean, âgé de 20 ans, né à Colmey, département de
- la Moselle, y demeurant, tisserand;
-
- 2. Et Jean-Nicolas Nicolas, âgé de 52 ans, né à Archicourt,
- département de la Moselle, cordonnier, demeurant à Colmey.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 9 floréal an II (28 avril 1794), appert que:
-
- 1. Gabriel-Louis Neufville, ci-devant duc de Villeroy[141], âgé
- de 63 ans, natif de Paris, y demeurant, rue de Lille, ci-devant
- Bourbon, nº 552, ci-devant duc et pair et capitaine de la
- première compagnie française des gardes du dernier tyran;
-
-[Note 141: «Le ci-devant duc de Villeroy, le plus nul des hommes et le
-plus circonspect, fut une des victimes de la loi des suspects; ses
-domestiques l'accompagnèrent et ne le quittèrent que quand les verrous
-furent tirés sur lui. Personne n'avait fait plus de dons à la nation.
-Sommes immenses, chevaux, équipages, il avait tout offert à son pays.
-Ses gens avaient ordre de ne le plus servir, de faire exactement leur
-service dans la garde nationale; à ces conditions, ils étaient par lui
-nourris, logés et vêtus; il était riche, il faisait le bien, il fut à
-l'échafaud.» (_Mémoires sur les prisons_, t. II, _la Mairie_, _la
-Force_ et _le Plessis_, p. 238.)
-
-«Le duc de Villeroy et le comte de Brienne, lors de leur détention à
-la Conciergerie, refusèrent un jour de faire une partie de piquet,
-parce qu'on leur présentait des cartes qui n'étaient pas
-républicaines. (RIOUFFE, _Mémoires d'un détenu_, p. 85.)
-
-(Détails reproduits dans le _Tribunal révolutionnaire de Paris_, de E.
-CAMPARDON, in-8º, t. I, p. 311.)]
-
- 2. Louis Thiroux Crosne, âgé de 57 ans, né à Paris, ci-devant
- lieutenant de police et conseiller d'État, demeurant à Paris, rue
- de Bracque, au Marais;
-
- 3. Philippe-Antoine-Gabriel-Victor de la Tour-du-Pin Gouvernet,
- âgé de 72 ans, natif de Fourent en Champagne, ci-devant marquis
- et lieutenant général des armées, demeurant à Auteuil lors de son
- arrestation;
-
- 4. Jean-Frédéric la Tour-du-Pin, âgé de 67 ans, né à Grenoble,
- département de l'Isère, ancien lieutenant général des armées, et
- ci-devant ministre de la guerre, qualifié comte, demeurant, lors
- de son arrestation, chez la Tour-du-Moulin Gouvernet, son parent,
- à Auteuil;
-
- 5. Claude Lemelletier, âgé de 37 ans, né à Commune-Affranchie,
- département de Rhône-et-Loire, chirurgien, demeurant à Trévoux,
- département de l'Ain;
-
- 6. Jean-Marie-Angélique Gabet, âgé de 34 ans, né à
- Commune-Affranchie, ci-devant membre du tribunal de Trévoux, y
- demeurant, et lors de son arrestation, à Paris, maison de
- Varsovie, rue des Bons-Enfants;
-
- 7. Catherine-Louise Lamoignon, âgée de 78 ans, née à Paris, y
- demeurant, rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain, ci-devant
- marquise;
-
- 8. Denis-François Angrand Dalleray, âgé de 78 ans, né à Paris,
- demeurant cul-de-sac Pocquet, section de l'Homme-Armé, ci-devant
- lieutenant civil;
-
- 9. Charles-Grangier la Ferrière, âgé de 56 ans, né à
- Pont-Château, département de la Loire-Inférieure, général de
- brigade, arrêté à Mende;
-
- 10. Charles-Pierre-César-Prosper Mergot-Moutagon, âgé de 50 ans,
- natif de Précigné, ex-noble, ci-devant garde du tyran Capet;
-
- 11. Nicolas-François-Olivier Despalières, ex-noble, âgé de 61
- ans, natif de Moulins, département de l'Allier, demeurant à
- Paris, rue du Paon, ci-devant chanoine de Montpellier;
-
- 12. Marguerite-Marie-Louise Brangelogne, veuve de Paris-Montbrun,
- âgée de 69 ans, née à Paris, y demeurant, rue Avoye, nº 5,
- ex-noble;
-
- 13. Jean-Louis Bravart Deissat Duprat, âgé de 50 ans, né à
- Boujac, près Riom, en Auvergne, demeurant à Busset, district de
- Cusset, département de l'Allier, ex-noble et ci-devant comte;
-
- 14. Marie-Nicole Brangelogne, âgée de 67 ans, née à Paris, y
- demeurant, rue Avoye, ex-noble et ex-religieuse;
-
- 15. Madeleine Thouret, âgée de 31 ans, né à Moulins, département
- de l'Allier, y demeurant;
-
- 16. Thomas Gouffé, âgé de 50 ans, natif d'Étiolles, département
- de Seine-et-Marne, homme de loi, demeurant à Paris;
-
- 17. Charles-Hyacinthe Humbert, âgé de 28 ans, né à Connois,
- département de la Meurthe, ci-devant sous-lieutenant du 47e
- régiment ci-devant Lorraine, et actuellement vivant de son
- revenu;
-
- 18. François-Joseph Feydeau, âgé de 50 ans, né à Metz, ci-devant
- capitaine dans le régiment infanterie ci-devant Dauphin,
- demeurant à Paris, rue Neuve-Eustache, nº 4;
-
- 19. François-Jean Pichard du Page, âgé de 44 ans, né à
- Fontenay-le-Peuple, ci-devant homme de loi, ex-procureur général
- syndic du département de la Vendée, en 1791, actuellement de la
- commune de Fontenay-le-Peuple, y demeurant;
-
- 20. Jean Chopinet dit Chevalier, âgé de 23 ans, né à Moulins,
- département de l'Allier, maréchal des logis du 7e régiment de
- hussards, demeurant à Paris, rue des Hommes-Libres;
-
- 21. Paul-Louis Deveylle, ex-noble, âgé de 54 ans, né à
- Châtillon-les-Nonce, département de l'Ain, demeurant à Garneray;
-
- 22. Charles-Marc-Antoine Jardin, âgé de 71 ans, ci-devant
- greffier en chef au Châtelet;
-
- 23. Alexandre-Benjamin Ropiquet, âgé de 42 ans, marchand de
- toiles et de tabac, natif de Saint-Longys, département de la
- Sarthe, demeurant à Paris, rue des Hommes-Libres;
-
- 24. Jacques-Joseph Jocaille dit Saint-Hilaire, âgé de 50 ans,
- natif de Cambray, district de Cambray, département du Nord,
- demeurant audit lieu, ex-noble;
-
- 25. Pierre Martin, âgé de 55 ans, né à Orléans, y demeurant,
- département du Loiret;
-
- 26. Armand-Louis-François-Edme Béthune-Charost, âgé de 23 ans,
- natif de Paris, demeurant à Calais, même département, ci-devant
- duc;
-
- 27. Aymar-Charles-François-Nicolaï, âgé de 57 ans, né à Paris,
- rue des Enfants-Rouges, ci-devant premier président du grand
- conseil;
-
- 28. Marie-Louise-Victoire Sourches, veuve Vallière, née à Paris,
- y demeurant, rue du Grand-Chantier, nº 11;
-
- 29. Louise-Antoinette Farjaun, veuve Bussy, âgée de 68 ans, née à
- Montpellier, ci-devant comtesse, arrêtée à Chartres, demeurant à
- Paris, rue du Grand-Chantier, nº 11.
-
- 30. Antoine-Jean Terray, âgé de 44 ans, ci-devant intendant de
- Lyon, aujourd'hui Commune-Affranchie, ex-noble, né à Paris,
- demeurant à Lamotte-du-Tilly, district de Nogent-sur-Seine,
- département de l'Aube;
-
- 31. Joseph-Fidèle Ginot, âgé de 28 ans, né à Poitiers,
- département de la Vienne, ci-devant avocat au Parlement de Paris,
- demeurant rue du Grand-Chantier;
-
- 32. Marie-Nicole Pernet, femme Terray, âgée de 43 ans, née à
- Dijon, département de la Côte-d'Or, demeurant audit lieu de
- Lamotte;
-
- 33. Charles-Henri Estaing, âgé de 65 ans, natif de Ravel,
- département du Puy-de-Dôme, ancien amiral et lieutenant général,
- demeurant à Paris, rue Helvétius, nº 52, section le Peletier;
-
-Ont été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution dudit
-jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de cette
-ville, ledit jugement signé du président et du greffier.
-
-Par procès-verbal dressé par Degaignée, un des huissiers du tribunal
-révolutionnaire, en date du 9 floréal de l'an II de la République
-française, une et indivisible, appert avoir été constaté que le
-jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
-Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 12 floréal (1er mai 1794), appert:
-
- 1. Augustin-Henri Langlois de Pommeuse, âgé de 50 ans, né à
- Paris, y demeurant, rue Chapon au Marais, ci-devant conseiller au
- ci-devant parlement de Paris;
-
- 2. Adélaïde-Sophie Chuppin, femme dudit Langlois de Pommeuse,
- âgée de 43 ans, née à Paris, y demeurant, rue Chapon, avec son
- mari;
-
- 3. Auguste-Louis Langlois de Guérard, âgé de 46 ans, né à Paris,
- y demeurant, rue des Bons-Enfants, section de la Halle au blé,
- ci-devant officier aux gardes;
-
- 4. Étienne Vignié, âgé de 40 ans, né à Rigueux, département de
- Seine-et-Marne, demeurant à Pommeuse, prêtre et chapelain du
- nommé Langlois de Pommeuse;
-
- 5. Claude-Louis Deligny, âgé de 44 ans, né à Boutigny, demeurant
- à Paris, cultivateur fermier de Langlois de Pommeuse;
-
- 6. Et Gervais Seurre, âgé de 44 ans, né à Migneville, demeurant à
- Paris, domestique de Langlois de Pommeuse;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 12 floréal (1er mai 1794), appert:
-
- 1. Pierre Landois, âgé de 30 ans, né à Saint-Nicolas, département
- de l'Eure, demeurant à Evreux, huissier;
-
- 2. Et Jean Glutron, âgé de 39 ans, né à Brovelle, demeurant à
- Évreux, entrepreneur de convois militaires, aubergiste;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Nappier.
-
-Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Louis-Ignace Chalmeton, âgé de 40 ans, né à Chambonas,
- département de l'Ardèche, demeurant à Uzès, département du Gard,
- avocat procureur syndic du district d'Uzès;
-
- 2. Claude Ancôme Bernard, âgé de 32 ans, né à Besançon,
- département du Doubs, y demeurant, marchand de bois, notable de
- la commune, juge au tribunal de commerce, commandant en second de
- la garde nationale;
-
- 3. Jean-Antoine Poulet, âgé de 60 ans, né à Besançon, y
- demeurant, notable et commissaire de section, agent de
- Beaufremont;
-
- 4. Guillaume Nogaret, âgé de 46 ans, né à Dijon, département de
- la Côte-d'Or, demeurant à Besançon, commis marchand;
-
- 5. François-Joseph Monthon, âgé de 35 ans, né à Turin en Savoye
- (sic), demeurant à Burginien, département du Mont-Blanc, garde du
- tyran, Sarde et lieutenant de gendarmerie;
-
- 6. Et Jacques Rabaut, âgé de 56 ans, né à Jason, département (en
- blanc), demeurant à Marseille, négociant armateur;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Nappier.
-
-Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 13 floréal an II (2 mai 1798), appert:
-
- 1. Denis Carbillet, âgé de 52 ans, né à Langres, département de
- la Haute-Marne, demeurant à Paris, rue des Petites-Écuries,
- ci-devant menuisier du ci-devant d'Artois, lieutenant du
- ci-devant bataillon dit Saint-Lazare, section Poissonnière;
-
- 2. Pierre Diacon, âgé de 50 ans, né à Colombines, près Neufchâtel
- en Suisse, ancien militaire de la maison de la guerre,
- actuellement inspecteur des armes à feu à l'Arsenal, à Paris, y
- demeurant;
-
- 3. Et Laurent Pétra, âgé de 55 ans, né à la Fère en Tardenois,
- département de l'Aisne, ci-devant curé de la commune de Lévemont,
- département de l'Oise, et y demeurant;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 14 floréal (3 mai 1794), appert:
-
- Denis Repoux Chevagny, âgé de 72 ans, né à Lazy, département de
- la Nièvre, ci-devant auditeur des comptes de Dôle, demeurant à
- Lazy;
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, établi par la loi du
-10 mars 1793, l'an II de la République, séant à Paris, au palais, le
-14 floréal (3 mai 1794), appert:
-
- 1. Gabriel Tassin, dit de l'Étang, âgé de 50 ans, né et demeurant
- à Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, ci-devant banquier et
- commandant des Filles Saint-Thomas;
-
- 2. Louis-Daniel Tassin, âgé de 52 ans, né et demeurant à Paris,
- rue des Filles-Saint-Thomas, ci-devant banquier, électeur, député
- suppléant à l'Assemblée constituante, officier municipal et
- administrateur des vivres à Paris;
-
- 3. Jean-Philippe Wenmaring, né à Malchem, département du
- Bas-Rhin, demeurant à Paris, rue de Gramont, ci-devant commis
- banquier et capitaine des grenadiers du bataillon des
- Filles-Saint-Thomas;
-
- 4. Simon Picquet, âgé de 39 ans, né à Strasbourg, demeurant à
- Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, marchand brocanteur,
- ci-devant aide de camp de Crillon le cadet à l'armée des
- Ardennes;
-
- 5. Pierre-Étienne Engibeau, âgé de 37 ans et demeurant à Paris,
- rue Vivienne, nº 63, traiteur et ci-devant grenadier des
- Filles-Saint-Thomas;
-
- 6. François Parizeau, âgé de 50 ans, né à Ville-Affranchie,
- demeurant à Paris, rue de la Loi, ci-devant commissaire de la
- comptabilité, grenadier des Filles-Saint-Thomas et aide de camp
- de Lafayette;
-
- 7. Charles-Jean-Baptiste Deschamps Tresfontaines, âgé de 51 ans,
- né à Rouen, département de la Seine-Inférieure, demeurant à
- Paris, rue Colbert, employé aux droits d'enregistrement en
- qualité de sous-chef;
-
- 8. Joseph-Louis Maulguet, âgé de 46 ans, né à Paris, demeurant à
- Villers-Cotterets, département de l'Aisne, ci-devant architecte;
-
- 9. Thomas-Simon Bérard, âgé de 53 ans, né à Commune-Affranchie,
- demeurant à Paris, rue Gramont, section le Peletier, ci-devant
- négociant armateur, ex-capitaine de la 3e compagnie du bataillon
- des Filles-Saint-Thomas;
-
- 10. Pierre-Jacques Perret, âgé de 36 ans, né à Manteville,
- département du Calvados, demeurant à Évreux, département de
- l'Eure, ayant un autre domicile à Paris, rue Dominique, ci-devant
- agent de change et commandant du bataillon des Petits-Pères;
-
- 11. Louis-Gabriel d'Hangest, âgé de 48 ans, né à Rumilly,
- département des Ardennes, demeurant à Paris, rue Chabannais,
- ci-devant mousquetaire et chevalier de Saint-Louis, et
- actuellement papetier, grenadier des Filles-Saint-Thomas;
-
- 12. François-Henri Laurent, âgé de 28 ans, vitrier, né et
- demeurant à Paris, rue Feydeau;
-
- 13. Et Étienne-Jacques-Armand Rougemont, né à Coursemont,
- département de la Sarthe, directeur de la comptabilité des
- loteries;
-
-Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
-cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.
-
-Par procès-verbal dressé par Degaignée, l'un des huissiers du tribunal
-révolutionnaire, en date du 14 floréal, appert avoir été constaté que
-le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
-Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 15 floréal an II (4 mai 1794), appert:
-
- 1. François Lacroix, âgé de 52 ans, natif de Nancy, département
- de la Meurthe, ci-devant employé à la loterie nationale,
- demeurant à Paris;
-
- 2. Auguste-Joseph Saintenoy, âgé de 18 ans 1/2, confiseur, né à
- Orchies, demeurant à Paris;
-
- 3. Jean-François Durand, âgé de 24 ans, natif de Neufchâteau,
- gendarme à pied à la 32e division stationnaire à l'armée du Nord;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 15 floréal (4 mai 1794), appert:
-
- 1. Claude-Antoine Cleriac Labeaume, âgé de 61 ans, né à Nancy,
- département de la Meurthe, ex-marquis, demeurant à Paris, rue
- Cérutti, nº 2;
-
- 2. Antoine Dutailly, âgé de 52 ans, né à Besançon, département du
- Doubs, y demeurant, homme de loi, agent de Choiseul-la-Beaume;
-
- 3. Claude-Philippe Moniotte, âgé de 76 ans, né à Besançon, y
- demeurant, ex-conseiller au présidial et juge du tribunal du
- district de Besançon;
-
- 4. Jacques-Louis le Bègue Oyseville, âgé de 58 ans, né à
- Pithiviers, y demeurant, département du Loiret, ex-noble, maire
- et président du district de Pithiviers, y demeurant;
-
- 5. Julien-François Boire, âgé de 68 ans, né à Paris, y demeurant,
- quai des Tournelles, nº 6, ex-avocat au parlement de Paris;
-
- 6. Marie-Pierre-Thomas Mauvielle, âgé de 59 ans, né à Coutances,
- département de la Manche, demeurant à Saint-Lô, même département;
-
- 7. Georges le Bienlais de Wiesval, âgé de 76 ans, né au Rocher,
- district d'Avranches, département de la Manche, demeurant à
- Paris, rue du Four-Germain, nº 52, ex-noble, et
- lieutenant-colonel de cavalerie et chevalier de Saint-Louis;
-
- 8. Marc-Antoine Levis, âgé de 55 ans, né à Lugny, département de
- Saône-et-Loire, ex-comte et chevalier de Saint-Louis, et
- ex-député à l'Assemblée constituante, demeurant à Paris, rue
- Helvétius, nº 53;
-
- 9. Théodore-Joseph Boissard, âgé de 56 ans, né à Pontarlier,
- département du Doubs, y demeurant, ex-avocat et procureur syndic
- du district de Pontarlier;
-
- 10. Et Charles-Jérôme, âgé de 37 ans, né à Paris, y demeurant,
- rue de Seine, nº 1064, notaire;
-
-Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
-cette ville, le jugement signé du président et du greffier.
-
-Par procès-verbal dressé par Degaignée, l'un des huissiers du
-tribunal, en date du 15 floréal, appert avoir été constaté que le
-jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
-Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 16 floréal an II (5 mai 1794), appert:
-
- 1. Jacques-Jean la Bussière, âgé de 53 ans, né de la commune de
- Dampierre, demeurant à Angelier, département de la Nièvre,
- ancien capitaine du régiment d'Auvergne, ex-noble;
-
- 2. Marie-Caconne-Joséphine Thomassine Duverne, âgée de 36 ans,
- native de Mingot, demeurant à Cosne, département de la Nièvre;
-
- 3. Jeanne Dreux, femme Lichy, ex-noble, âgée de 62 ans, native de
- Sauvigny, département de l'Allier, demeurant à Cosne;
-
- 4. Et Marie-Florence Valori, veuve de François-Étienne Mazin,
- noble, âgée de 67 ans, native du Quesnoy, demeurant à Dampierre,
- département de la Nièvre;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 16 floréal (5 mai 1794), appert:
-
- 1. Claude-Françoise Loisellier, âgée de 47 ans, de Paris, y
- demeurant, ci-devant faiseuse de modes;
-
- 2. Félicité-Mélanie Lunouf, âgée de 21 ans, née à Paris,
- demeurant rue Montmartre, ouvrière en robes;
-
- 3. Marie-Madeleine Virolle, âgée de 25 ans, née à Angoulême,
- coiffeuse, demeurant à Paris, rue Coquillière;
-
- 4. Jacques Duchesne, âgé de 60 ans, né à Verdun, demeurant à
- Chaillot, facteur militaire de la section des Champs-Élysées;
-
- 5. Et Jean Sauvage, âgé de 34 ans, armurier et canonnier du
- Panthéon français;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, etc., le 17 floréal an II
-(6 mai 1794), appert:
-
- 1. Henri-Jacques Poulet, âgé de 56 ans, natif de Metz,
- département de la Moselle, ex-noble et ci-devant conseiller au
- parlement de Metz, et procureur syndic du département de la
- Moselle;
-
- 2. Matthieu Sequer, âgé de 65 ans, né à Daillange, district de
- Briey, département de la Moselle, homme de loi, membre du
- directoire du département de la Moselle, demeurant à Briey;
-
- 3. Jean-Christophe Thibault, âgé de 60 ans, né à Isminy, district
- de Dieuze, département de la Meurthe, employé dans les salines,
- ex-administrateur du département de la Moselle, demeurant à Metz;
-
- 4. Martin Baulaire, âgé de 38 ans, né à Rodemack, district de
- Thionville, département de la Moselle, demeurant à Metz;
-
- 5. Jean-Claude Géant, âgé de 41 ans, natif de Ravil, district de
- Boulay, département de la Moselle, maire et aubergiste à
- Pont-à-Chaussy, ex-administrateur du département de la Moselle;
-
- 6. François Collin, âgé de 54 ans, né à Metz, département de la
- Moselle, ex-administrateur dudit département;
-
- 7. Michel Wagner, âgé de 43 ans, cultivateur et ex-administrateur
- du département de la Moselle, né à Sarre-Libre;
-
- 8. Jacques Libre Briand, âgé de 34 ans, né à Paris, demeurant à
- Buchy, district de Morhange, département de la Moselle, et agent
- national près le même district;
-
- 9. Jean-Baptiste-Nicolas Flosse le jeune, âgé de 36 ans, né à
- Boulay, département de la Moselle, maître de poste et
- entrepreneur des étapes, membre du directoire du département de
- la Moselle, demeurant à Boullay;
-
- 10. Jacques-Libre Pierron, âgé de 32 ans, natif de
- Villers-la-Montague, district de Longwy, département de la
- Moselle, juge au tribunal de Briey, y demeurant;
-
- 11. Et Alexandre-Nicolas Courtois, âgé de 33 ans, natif de
- Longuyon, district de Longwy, département de la Moselle,
- suppléant au tribunal du district et ex-administrateur du
- département de la Moselle;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 17 floréal an II (6 mai 1794), appert:
-
- 1. Charles-Joseph Lejollivet, âgé de 67 ans, ingénieur vétéran
- des ponts-et-chaussées et architecte du ci-devant Roi, né à
- Orléans, demeurant à Dijon;
-
- 2. Denis Lamugnière, âgé de 65 ans, né à Poiseul-les-Saulx,
- département de la Côte-d'Or, greffier de la ci-devant maîtrise
- des eaux et forêts de Dijon, y demeurant;
-
- 3. Étienne Guelaud, âgé de 60 ans, né à Dijon, département de la
- Côte-d'or, avoué au tribunal de commerce dudit lieu, y demeurant;
-
- 4. Joseph Galleton, âgé de 50 ans, perruquier, né à Dijon,
- département de la Côte-d'Or, y demeurant;
-
- 5. Jean-Baptiste Thierry, âgé de 29 ans, perruquier, né à Dijon,
- y demeurant;
-
- 6. Claude Joudrier, âgé de 36 ans, perruquier, né à Dijon, y
- demeurant;
-
- 7. Jacques Testard, âgé de 49 ans, né à Saulieu, département de
- la Côte-d'Or, ci-devant procureur à Dijon, y demeurant;
-
- 8. François Bille, âgé de 26 ans, perruquier, né à Dijon, y
- demeurant;
-
- 9. Jean-Baptiste Sallez, âgé de 42 ans, né à Mâcon, limonadier,
- demeurant à Saulieu (Côte-d'Or);
-
- 10. Jean-Baptiste Guenot, âgé de 46 ans, né à Autun, département
- de la Haute-Saône, commis dans la régie des cuirs à Dôle avant la
- révolution, et depuis pour l'approvisionnement des armées,
- demeurant à Saint-Jean de Losne;
-
- 11. Claude Chaussier, âgé de 51 ans, marchand de bois pour le
- service de la marine, né à Dijon, y demeurant;
-
- 12. Alexandre Jaucourt, âgé de 56 ans, né à Cernay, département
- du Loiret, ex-marquis, demeurant à Arcomey;
-
- 13. Et Charlotte-Aimée Damoiseau, femme Montheraut, ex-noble,
- âgée de 67 ans, née à Vizerny, département de la Côte-d'Or,
- demeurant à Dijon;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par l'un
-des huissiers du tribunal révolutionnaire.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 18 floréal (7 mai 1794), appert:
-
- 1. Jean-François Rameau, âgé de 57 ans, ex-député suppléant à
- l'Assemblée constituante et assesseur du juge de paix de Cosne, y
- demeurant;
-
- 2. Jean-Louis-Rameau, âgé de 72 ans, natif de Neuzy, assesseur du
- juge de paix de Cosne, y demeurant;
-
- 3. Et Jean-François Guillaumot, âgé de 27 ans, né à Clamecy,
- département de la Nièvre, demeurant à Cosne, ci-devant clerc de
- notaire;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- François Petit-Jean, âgé de 48 ans, né à Toul, y demeurant,
- département de la Meurthe, ci-devant trésorier des dépenses de la
- guerre;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. François-René-Louis Chevandier, âgé de 32 ans, né à Valdrôme,
- y demeurant, département de la Drôme, lieutenant dans la
- gendarmerie nationale;
-
- 2. Vincent Ferrier, âgé de 33 ans, né à Rieux, département de la
- Haute-Garonne, demeurant au Buis;
-
- 3. Joseph Sulpice, âgé de 23 ans, né au Mans, département de la
- Sarthe, ci-devant domestique chez Duclos Besignan, demeurant
- commune de ce nom, département de la Drôme;
-
- 4. Joseph-Hyacinthe Guintrand, âgé de 30 ans environ,
- matelassier, demeurant à Vezon, ci-devant Comtat, département de
- la Drôme;
-
- 5. Jean-Joseph Fity, âgé de 30 ans, né à Nevers, département de
- la Nièvre, menuisier, demeurant au Buis;
-
- 6. Et François Paschal, âgé de 30 ans, né à Lecan, département
- des Basses-Alpes, demeurant au Buis, département de la Drôme;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 19 floréal an II (8 mai 1794), appert:
-
- 1. Clément de Laage père, âgé de 70 ans, ci-devant fermier
- général, demeurant à Paris, rue Neuve-Grange-Batelière, né à
- Saintes, département de la Charente-Inférieure;
-
- 2. Louis-Balthazar Dangers-Bagneux, âgé de 55 ans, né à Paris, y
- demeurant, rue des Quatre-Fils, ci-devant fermier général;
-
- 3. Jacques Paulze, âgé de 71 ans, né à Montbrison, département de
- Seine-et-Oise, demeurant à Paris, rue des Piques, ci-devant
- fermier général;
-
- 4. Antoine-Laurent Lavoisier, âgé de 50 ans, né à Paris, y
- demeurant, boulevard de la Madeleine, section des Piques,
- ci-devant fermier général.
-
- 5. François Puissant, âgé de 59 ans, né au Port de l'Égalité,
- département du Morbihan, demeurant à Paris, rue Mesnard,
- ci-devant fermier général;
-
- 6. Alexandre-Victor Saint-Amand, âgé de 74 ans, né à Marseille,
- ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue
- Neuve-des-Petits-Champs, vis-à-vis celle d'Antin;
-
- 7. Gilbert-Georges Monteloup, âgé de 68 ans, né à Montaigne,
- département du Puy-de-Dôme, ci-devant fermier général, demeurant
- à Paris, rue Honoré, nº 88;
-
- 8. Adam-François-Paul Saint-Christau, âgé de 44 ans, né à Rennes,
- département d'Ille-et-Vilaine, ci-devant fermier général,
- demeurant à Paris rue Thévenot, et, à la campagne, à la
- Ferté-sous-Reuilly, département de l'Indre, district d'Issoudun;
-
- 9. Jean-Baptiste Boullongne, âgé de 45 ans, né à Paris, y
- demeurant, place de la Révolution, ci-devant fermier général;
-
- 10. Louis-Marie le Bas Courmon, âgé de 52 ans, né à Paris, y
- demeurant, rue Cérutti, ci-devant fermier général, et depuis
- régisseur général;
-
- 11. Charles-René Perceval Frileuse, âgé de 35 ans, né à Paris, y
- demeurant, rue Thérèse, section de la Montagne, et actuellement à
- Nantes-sur-Seine, ci-devant fermier général;
-
- 12. Nicolas-Jacques Papillon Dauteroche, âgé de 64 ans, né à
- Châlons, département de la Marne, district de ce nom, ci-devant
- fermier général, demeurant à Paris, rue Madeleine-Honoré;
-
- 13. Jean-Germain Maubert Neuilly, âgé de 64 ans, né à Paris,
- ci-devant fermier général, demeurant à Noisy-le-Grand;
-
- 14. Jacques-Joseph Brac la Perrière, âgé de 68 ans, né à
- Ville-Affranchie, département de Rhône-et-Loire, ci-devant
- fermier général, demeurant à Mantes-sur-Seine, département de
- Seine-et-Oise;
-
- 15. Claude-François Rougeot, âgé de 76 ans, natif de Dijon,
- département de la Côte-d'Or, ci-devant fermier général, demeurant
- à Paris, rue de la Révolution, nº 23, ayant un domicile à
- Fontainebleau;
-
- 16. François-Jean Vente, âgé de 68 ans, né à Dieppe, département
- de la Seine-Inférieure, ci-devant fermier général, demeurant à
- Paris, rue de Gramont;
-
- 17. Denis-Henri Fabure, âgé de 47 ans, né à Paris, ci devant
- fermier général, demeurant à Caen, département du Calvados;
-
- 18. Nicolas Deveile, âgé de 44 ans, natif de Lagrele, département
- de Rhône-et-Loire, ex-fermier général, demeurant à Paris, place
- des Piques, section du même nom;
-
- 19. Clément Cugnat l'Épinay, âgé de 55 ans, né à Paris,
- ex-fermier général, y demeurant, rue de la Jussienne, section du
- Contrat-Social;
-
- 20. Jean-Louis Loiseau Béranger, âgé de 62 ans, né à Paris,
- ex-fermier général, rue Neuve-Luxembourg, section des Piques;
-
- 21. Louis-Adrien Prévost d'Arlincourt, âgé de 50 ans, natif
- d'Évreux, département d'Eure-et-Loir, ex-fermier général,
- demeurant à Migny-le-Hameau, district de Versailles, département
- de Seine-et-Oise;
-
- 22. Jérôme-François-Hector Saleur de Grizian, âgé de 64 ans, né à
- Paris, ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue des
- Moulins, section de la Montagne, nº 496;
-
- 23. Étienne-Marc de Haye, âgé de 36 ans, natif de Paris,
- ci-devant fermier général, demeurant à Paris, place de la
- Révolution, nº 3, et dans la commune de Saint-Firmin, district de
- Senlis, département de l'Oise;
-
- 24. François-Marie Ménage Pressigny, âgé de 60 ans, natif de
- Bordeaux, ex-fermier général, demeurant à Paris, rue des
- Jeûneurs, nº 25, section de Brutus;
-
- 25. Guillaume Couturier, âgé de 60 ans, natif d'Orléans,
- ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue de Cléry,
- section de Brutus;
-
- 26. Louis-Philippe Durancel, âgé de 40 ans, natif de Paris,
- ex-fermier général, demeurant à Paris, rue Cadet, nº 8, section
- du Faubourg-Montmartre;
-
- 27. Alexandre-Philibert-Pierre Perceval, âgé de 36 ans, né à
- Paris, ex-fermier général, demeurant à Grainville, district de
- Caen, département du Calvados;
-
- 28. Jean-François Didelot, âgé de 59 ans, né à Châlons-sur-Marne,
- ex-fermier général et régisseur, demeurant à Paris, rue de
- Buffaut, section du Faubourg-Montmartre;
-
-Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
-cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.
-
-Par procès-verbal dressé par Leclerc, huissier du tribunal
-révolutionnaire, en date du 19 floréal, appert avoir été constaté que
-le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
-Révolution de cette ville, où les susnommés ont été mis à mort.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 21 floréal an II (10 mai 1794), appert:
-
- 1. Élisabeth-Marie-Hélène Capet, soeur de Louis Capet, âgée de 30
- ans, native de Versailles, département de Seine-et-Oise,
- domiciliée à Paris;
-
- 2. Anne Duwaes, âgée de 55 ans, native de Keisnith, en Allemagne,
- domiciliée à la Montagne-du-Bon-Air, département de
- Seine-et-Oise, veuve de....... Laigle, ci-devant marquis;
-
- 3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, ex-comte, âgé de 69 ans,
- natif de Caen, département du Calvados, domicilié à Chatou,
- département de Seine-et-Oise;
-
- 4. Anne-Nicole Lamoignon, âgée de 76 ans, native de Paris, y
- domiciliée, veuve du ci-devant marquis de Senozan;
-
- 5. Claude-Louise-Angélique Bersin, ex-marquise, âgée de 64 ans,
- native de Paris, y domiciliée, femme séparée de corps et de biens
- de Crussol d'Amboise;
-
- 6. Georges Folloppe, pharmacien, ex-officier municipal de la
- Commune, âgé de 64 ans, natif de Écalalix, près Yvetot, domicilié
- à Paris, rue et porte Honoré;
-
- 7. Denise Buard, âgée de 52 ans, native de Paris, y domiciliée,
- rue Florentin, nº 674;
-
- 8. Louis-Pierre-Marcel Letellier, dit Bullier, ci-devant employé
- à l'habillement des troupes, âgé de 21 ans et demi, natif de
- Paris, y domicilié, rue Florentin, nº 674;
-
- 9. Charles Cressy Champmilon, ex-noble et ci-devant officier de
- marine, âgé de 33 ans, natif de Courton, près Sens, département
- de l'Yonne, y domicilié;
-
- 10. Théodore Hall, manufacturier et négociant, âgé de 26 ans,
- natif de Seuzy, département de l'Yonne, y domicilié;
-
- 11. Alexandre-François Lomenie, ex-comte, et ci-devant colonel du
- régiment des chasseurs dit Champagne, âgé de 36 ans, natif de
- Marseille, domicilié à Brienne, département de l'Aube;
-
- 12. Louis-Marie-Athanase Lomenie, ex-ministre de la guerre et
- maire de Brienne, âgé de 64 ans, natif de Paris, domicilié à
- Brienne, département de l'Aube;
-
- 13. Antoine-Hugues-Calixte Montmorin, sous-lieutenant dans le 5e
- régiment des chasseurs à cheval, âgé de 22 ans, natif de
- Versailles, département de Seine-et-Oise, domicilié à Passy;
-
- 14. Jean-Baptiste Lhoste, agent et domestique de Megret de
- Sérilly, âgé de 47 ans, natif de Forgère, domicilié à Paris;
-
- 15. Martial Lomenie, ex-noble et coadjuteur de l'évêché du
- département de l'Yonne, âgé de 30 ans, natif de Marseille,
- domicilié à Sens;
-
- 16. Antoine-Jean-François Megret de Sérilly, ci-devant trésorier
- général de la guerre, et depuis cultivateur, âgé de 48 ans, natif
- de Paris, domicilié à Passy, près Sens;
-
- 17. Antoine-Jean-Marie Megret Detigny, ex-noble, ci-devant
- sous-aide-major du régiment des ci-devant gardes françaises, âgé
- de 46 ans, natif de Paris, domicilié à Sens;
-
- 18. Charles Lomenie, ci-devant chevalier des ordres dits de
- Saint-Louis et de Cincinnatus, âgé de 33 ans, natif de Marseille,
- domicilié à Brienne, département de l'Aube;
-
- 19. Françoise-Gabrielle Tanneffe, âgée de 50 ans, native de
- Chadieu, département du Puy-de-Dôme, domiciliée chez Megret
- Sérilly, à Passy, département de l'Yonne, veuve de Montmorin,
- ministre des affaires étrangères;
-
- 20. Anne-Marie-Charlotte Lomenie, âgée de 29 ans, native de
- Paris, domiciliée à Sens et à Paris, rue Georges, section du
- Mont-Blanc, nº 18, divorcée de l'émigré Canizy;
-
- 21. Marie-Anne-Catherine Rosset, âgée de 44 ans, native de
- Rochefort, département de la Charente, domiciliée à Sens, mariée
- à Charles-Christophe Rosset Cercy, ci-devant officier de marine,
- émigré;
-
- 22. Élisabeth-Jacqueline Lhermitte, âgée de 65 ans, mariée au
- ci-devant comte Rosset, ex-noble et ci-devant lieutenant-colonel
- des carabiniers, et maréchal de camp, émigré;
-
- 23. Louis-Claude Lhermitte Chambertrand, ex-chanoine de la
- ci-devant cathédrale de Sens, ex-noble, âgé de 60 ans, natif de
- Sens;
-
- 24. Anne-Marie-Louise Thomas, âgée de 31 ans, native de Paris,
- domiciliée à Passy, département de l'Yonne, mariée à Megret
- Sérilly;
-
- 25. Jean-Baptiste Dubois, domestique de Megret Detigny, âgé de 41
- ans, natif de Merfit, district de Reims, département de la Marne,
- domicilié chez ledit Megret Detigny.
-
-Avoir été condamnés, etc. Vu l'extrait du jugement du tribunal
-révolutionnaire et du procès-verbal d'exécution dressé par Château, en
-date du 21 floréal.
-
-_Signé_: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 22 floréal an II (11 mai 1794), appert:
-
- 1. Angélique Des Marais, âgée de 59 ans, née à Paris, y
- demeurant, rue Saint-Étienne, ci-devant religieuse des Filles
- Saint-Thomas;
-
- 2. Geneviève-Barbe Guoyon, âgée de 77 ans, née à Paris, demeurant
- rue Saint-Étienne, couturière;
-
- 3. Anne-Catherine Aubert, âgée de 39 ans, ex-religieuse,
- demeurant rue Saint-Étienne;
-
- 4. Antoine-Louis Desmonceaux, âgé de 37 ans, né à Paris,
- ci-devant vicaire de Saint-Paul, et actuellement commis des
- Receveurs de la Ville, demeurant à Paris;
-
- 5. Et Louis-Paul-François Lecointre, âgé de 73 ans, né à
- Nogent-le-Rotrou, ex-chanoine du Mans, demeurant à Paris, rue du
- Paon.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Joseph-Saint-Germain de Villeplat, âgé de 66 ans, ci-devant
- fermier général, né à Valence, département de la Drôme, demeurant
- à Fontainebleau;
-
- 2. Et Marie-Marguerite Pericard, veuve Ressy, âgée de 71 ans, née
- à Roinville, près Dourdan, demeurant à Paris, cul-de-sac
- Saint-Pharon;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 23 floréal an II (12 mai 1794), appert:
-
- 1. Hugues Lastic, âgé de 74 ans, ex-comte et noble, né à
- Saint-Martin-sous-Liron, district de Saint-Flour, département du
- Cantal, demeurant à Lescure, près Saint-Flour;
-
- 2. Pierre Raclet, âgé de 70 ans, né à Dijon, ex-directeur de la
- Régie générale, demeurant à Sommevoire, département de la
- Haute-Marne;
-
- 3. Nicolas-François Bocquenet, âgé de 52 ans, né à Coiffy,
- département de la Haute-Marne, homme de loi, demeurant à
- Chaumont, susdit département;
-
- 4. Alexandre Thomassin, âgé de 44 ans, né à Saint-Dizier,
- département de la Haute-Marne, ex-noble, demeurant à
- Saint-Dizier;
-
- 5. Alexandre-Claudine-Félicité Mandat, femme Thomassin, âgée de
- 26 ans, née à Neuilly, département de la Haute-Marne, demeurant à
- Saint-Dizier;
-
- 6. Et Jean Fougeret, âgé de 60 ans, né à Paris, y demeurant, rue
- du Grand-Chantier, ex-receveur général des finances.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Joseph-Didier Vailleraut, âgé de 62 ans, né à Langres,
- département de la Haute-Marne, ci-devant curé de Montargis, y
- demeurant;
-
- 2. Et Jean-Baptiste-Benjamin Lambert, âgé de 23 ans, né à Dieppe,
- département de la Seine-Inférieure, surnuméraire au bureau de
- l'enregistrement à Dieppe, y demeurant.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 24 floréal an II (13 mai 1794), appert:
-
- 1. Jacques-Amable-Gilbert Rollet-Davaux, ex-noble, ex-président
- du ci-devant présidial de la ci-devant sénéchaussée de Riom, né à
- Riom, département du Puy-de-Dôme, âgé de 68 ans;
-
- 2. Adrienne-Françoise Vilaine Davaux, femme dudit Rollet, âgée de
- 59 ans, ex-noble, née à la Châtre, département de l'Indre,
- demeurant à Riom;
-
- 3. André Louher, âgé de 67 ans, notaire, etc., procureur fiscal
- dudit Rollet-Davaux, né à Billy, département de l'Allier,
- demeurant à Puyredan;
-
- 4. Jean-Baptiste Vlebeski, âgé de 48 ans, ci-devant contrôleur
- des vingtièmes, né à Longueville-en-Caux, département de la
- Seine-Inférieure, actuellement visiteur des rôles, demeurant à
- Dieppe, même département;
-
- 5. Et Anne-Joseph Lauloup, âgé de 65 ans, ex-noble et médecin à
- Saint-Loup, département des Côtes-du-Nord, y demeurant.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Leclerc.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Gilles Joüen, maréchal des logis du régiment ci-devant dragons
- Conty, demeurant à Pacy, département de l'Eure;
-
- 2. Et Étienne Mauger, âgé de 40 ans, né à Rouen, ex-bénédictin et
- curé constitutionnel de Wy, près de Rouen, y demeurant.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Leclerc.
-
-Pour copie conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 25 floréal an II (14 mai 1794), appert:
-
- 1. Charles-Adrien Prévôt d'Arlincourt, âgé de 73 ans, ci-devant
- secrétaire de Capet et fermier général, natif de Doullens,
- département de la Somme, demeurant au Mont-Valérien;
-
- 2. Louis Mercier, âgé de 78 ans, né à Paris, y demeurant, rue
- Bergère, ci-devant fermier général;
-
- 3. Jean-Claude-Doüet, âgé de 73 ans, né à Ville-Affranchie,
- département de Rhône-et-Loire, ci-devant fermier général,
- demeurant à Paris, rue Bergère;
-
- 4. Et Marie-Claude Bataille-Frances, femme Doüet, âgée de 60 ans,
- née à Strasbourg, département du Bas-Rhin, demeurant à Paris, rue
- Bergère.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 25 floréal an II (14 mai 1794), appert:
-
- 1. François Dominique Mory, âgé de 56 ans, ex-noble, né à Nancy,
- département de la Meurthe, y demeurant, homme de lettres;
-
- 2. Léopold-Remi-François Mori, âgé de 18 ans et demi, né à
- Boudonville, près Nancy, pharmacien à l'hospice de Nancy, y
- demeurant;
-
- 3. Pierre-Agricole Sagny, âgé de 28 ans, né à Troly-aux-Bois,
- près Soissons, département de l'Aisne, hussard au 6e régiment, en
- garnison à Chauny;
-
- 4. Et Benoît Pinteux-Gournay, âgé de 24 ans, né à Limoges,
- département de la Haute-Vienne, tisserand, demeurant à Borny,
- département de l'Eure.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- Jacques Yel, âgé de 47 ans, natif d'Arnouville, département du
- Cher, ci-devant procureur du ci-devant parlement de Paris,
- demeurant à La Motte, département du Cher.
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 26 floréal an II (15 mai 1794), appert:
-
- 1. Pierre-Antoine-Joseph Chiavarry, âgé de 38 ans, né à Arles,
- département des Bouches-du-Rhône, y demeurant, ex-noble et
- capitaine au ci-devant régiment Dauphin infanterie;
-
- 2. Antoine-Barthélemy Fassin, âgé de 41 ans, médecin, né à Arles,
- département des Bouches-du-Rhône, y demeurant;
-
- 3. Étienne Meynier, âgé de 65 ans, né à Nîmes, département du
- Gard, y demeurant, ex-noble et ex-constituant;
-
- 4. Alexandre Fénard, âgé de 44 ans, né à Bitche, département de
- la Moselle, ex-notaire, procureur syndic du district de Bitche, y
- demeurant;
-
- 5. Pierre Henry, âgé de 56 ans, né à Sarreguemines, département
- de la Moselle, demeurant à Bouquenom, greffier du tribunal de
- Neuf-Savardin, département du Bas-Rhin, membre du district de
- Bitche;
-
- 6. Dominique Knoepffler, âgé de 37 ans, né à Bitche, y demeurant,
- administrateur du district de Bitche;
-
- 7. Et Matthieu Blass, âgé de 44 ans, né à Schwatzenhotz,
- cultivateur, demeurant à Bouquenom, administrateur du district de
- Bitche.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- François Bertrand, né à Saint-Fleury en Auvergne, département du
- Puy-de-Dôme, ferblantier, demeurant à Seurre, département de la
- Côte-d'Or.
-
-Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 27 floréal an II (16 mai 1794), appert:
-
- 1. Jean-Pierre Gravier, âgé de 56 ans, né à Colmars, département
- des Basses-Alpes, demeurant à Mons, district de Loudun,
- département de la Vienne, ci-devant secrétaire du tyran;
-
- 2. Antoine-Louis Lartigue, âgé de 60 ans, né à Toulouse,
- département de la Haute-Garonne, demeurant à Fontenay-aux-Roses,
- curé de ladite commune;
-
- 3. Jean-Baptiste Aubisso, âgé de 39 ans, né à Bergerac,
- département de la Dordogne, y demeurant, et à Paris, rue
- Helvétius, nº 673, commissaire à Tirier;
-
- 4. Charles Bezard, âgé de 49 ans, né à Montpellier, demeurant à
- Paris, rue Neuve-des-Capucines, négociant, ex-administrateur de
- la caisse d'escompte;
-
- 5. Théodore Moreau, âgé de 28 ans, né à Paris, demeurant à
- Versailles, professeur de mathématiques, adjoint aux adjudants
- généraux de l'armée du Nord;
-
- 6. Et Pierre-Louis Rousselet, âgé de 52 ans, né à Beaugency,
- département du Loiret, ci-devant bénédictin, et curé
- constitutionnel de la commune de Damme-Marie-les-Fontaines, y
- demeurant;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Leclerc.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Jean-Baptiste Toulon, âgé de 36 ans, né à Saint-Martignan,
- district de Luçon, département de l'Allier, garde des bois
- nationaux, demeurant à Lonbeau, commune d'Archignac, même
- département;
-
- 2. François Toulon, âgé de 33 ans, aussi garde des bois
- nationaux, né audit Martignan, demeurant à Nocy, département de
- l'Allier;
-
- 3. Et Jean-Baptiste Baret, âgé de 33 ans, né à Vicq-sur-Hautbois,
- district de la Châtre, département de l'Indre, y demeurant,
- cultivateur, et ci-devant huissier;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Leclerc.
-
-Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 28 floréal an II (17 mai 1794), appert:
-
- 1. Antoine Labattu, âgé de 48 ans, né à Valence-d'Agen,
- département de Lot-et-Garonne, demeurant à Paris, rue
- Bourg-l'Abbé, nº 57, cordonnier soumissionnaire et fournisseur de
- souliers pour les armées de la République;
-
- 2. Bertrand Dora, âgé de 38 ans, né à Savignac, demeurant à
- Orléans, tailleur d'habits, membre du comité militaire de la
- commune d'Orléans, surveillant d'un atelier d'habillements pour
- les défenseurs de la République;
-
- 3. François Ledet, âgé de 28 ans, né à Ganville-d'Aumale,
- département de Paris, soumissionnaire et fournisseur de la
- République;
-
- 4. François Le Roy, âgé de 41 ans, né à Orléans, département du
- Loiret, y demeurant, tondeur de draps et fournisseur de la
- République;
-
- 5. Et Timothée Deligny, âgé de 55 ans, né à Paris, résidant à
- Rouen, département de la Seine-Inférieure, colleur de papiers.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Claude Rougaune, âgé de 70 ans, ci-devant curé à
- Clermont-Ferrand, natif d'Écure, département de l'Allier,
- demeurant au Mont-Valérien, près Paris;
-
- 2. Guillaume-Jérôme Romé, ex-noble, âgé de 46 ans, né à Fécamp,
- département de la Seine-Inférieure, demeurant à Paris, rue de la
- Loi;
-
- 3. Jean-François-Sixte Isnard, âgé de 29 ans, né à Cygalière,
- district de Tarascon, département des Bouches-du-Rhône, ex-noble,
- se disant cultivateur, demeurant à Cygalière;
-
- 4. Raymond-Gabriel Dusaulnier, ex-noble, âgé de 61 ans, né à
- Brioude, demeurant à Boursat, département du Puy-de-Dôme;
-
- 5. Louis Millange, âgé de 45 ans, né à Valroque dans les
- Cévennes, district du Vigan, département du Gard,
- quartier-maître-trésorier du premier corps des hussards de la
- Liberté;
-
- 6. Et François Périllat, né à Grand-Bouvion, département du
- Mont-Blanc, demeurant à la Suze, même district.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, WOLFF, greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 29 floréal an II (18 mai 1794), appert:
-
- 1. André Sabatery, âgé de 33 ans, né à Valréas, département de
- Vaucluse, maire de la commune de ce nom, demeurant audit Valréas;
-
- 2. Antoine Mathieu, âgé de 30 ans, né à Saint-Martin de
- Chichilienne, département de l'Isère, emballeur aux effets de
- campement de Franciade, département de Paris, y demeurant;
-
- 3. Jean Porta, âgé de 24 ans, maçon, né à Bansia, dans les États
- de Venise, demeurant à Paris, caserne Popincourt, canonnier;
-
- 4. Et Claude Cézeron, âgé de 26 ans, né à Paris, commis de
- receveur des rentes, demeurant à Paris, rue de l'Échiquier,
- section Poissonnière.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Philibert-Pierre-Catherine Bourrée-Corberon, âgé de 47 ans, né
- à Paris, ex-noble, et lieutenant aide-major des gardes
- françaises, demeurant à Beauvais;
-
- 2. Jean-Félix Blanquet, âgé de 59 ans, né à Dieppe, département
- de la Seine-Inférieure, y demeurant, épicier armateur;
-
- 3. Jean-Louis Dipse, âgé de 56 ans, né district de Dieppe, y
- demeurant, vivant de son revenu;
-
- 4. Claude-François Colliez, âgé de 42 ans, né à Paris, agent de
- Bourrée de Corberon, demeurant à Troissereux, district de
- Beauvais;
-
- 5. Denis-Joseph Clerc, âgé de 56 ans, natif de Lacheux, district
- de Pontarlier, département du Doubs, y demeurant, fileur de
- laine;
-
- 6. Pierre-André Teyssert, âgé de 53 ans, né à Marseille,
- demeurant à Mâcon, département de Saône-et-Loire, teneur de
- livres de commerce;
-
- 7. Et Louis Pacot, âgé de 34 ans, né à Couvin, pays de Liége,
- ex-prêtre, demeurant à Guymenée, dans ledit pays.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.
-
-Pour extrait conforme, NEYROT, commis greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 1er prairial (20 mai 1794), appert:
-
- 1. Jean-Antoine Teyssier, âgé de 50 ans, né à Nîmes, département
- du Gard, ex-baron, et ex-constituant, et ex-maire de Nîmes,
- demeurant à Lagny-sur-Marne;
-
- 2. Jacques-Marie Boyer-Brun, âgé de 39 ans, né à Nîmes, homme de
- lettres, ex-substitut du procureur de la commune de Nîmes,
- demeurant à Paris, rue des Fossés-Montmartre, nº 7;
-
- 3. Jacques-François Descombiers, âgé de 66 ans, né à Nîmes,
- ex-noble, ancien lieutenant au ci-devant régiment royal
- d'infanterie, demeurant à Nîmes;
-
- 4. Jean Filsac, âgé de 36 ans, né à Cahors, département du Lot, y
- demeurant, homme de loi, et secrétaire général du département du
- Lot;
-
- 5. Pierre-Constant La Barthe, âgé de 74 ans, né à Cessac,
- département du Lot, ci-devant négociant, demeurant à Pradines,
- près Cahors;
-
- 6. Jean-Nicolas Burgère, âgé de 41 ans, né à Cahors, y demeurant,
- ex-notaire et ex-juge du tribunal du district de Cahors;
-
- 7. Charlotte-Geneviève Saisseval, veuve Dutillet, âgée de 49 ans,
- née à Paris, demeurant à Provins, département de Seine-et-Marne;
-
- 8. Et Marie-Thérèse Clerse, femme Rolland, âgée de 48 ans, née à
- Paris, femme de chambre de la femme Dutillet, demeurant à
- Provins;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, 1er prairial (20 mars 1794), appert:
-
- 1. François-Alexandre Suremain, âgé de 38 ans, ex-noble, vivant
- de ses revenus, natif d'Ossone, département de la Côte-d'Or;
-
- 2. Marie-Pierrette Heneveux, veuve de Le Pelaprat, âgée de 47
- ans, native de Paris, libraire, demeurant à Paris, rue du Roule,
- nº 11;
-
- 3. Michel Webert, âgé de 25 ans, né à Saverne, département du
- Bas-Rhin, libraire à Paris, y demeurant, passage du
- Cloître-Honoré;
-
- 4. Marie-Claudine Lucas de Blayre, âgée de 27 ans, née à
- Saint-Domingue, demeurant à Paris, rue Merry;
-
- 5. Gabriel-Charles Doyen, âgé de 31 ans, né à Versailles,
- département de Seine-et-Oise, ci-devant cuisinier de la femme du
- tyran, demeurant à Paris, rue Nicaise, nº 506;
-
- 6. Joseph Houssaye, dit Laviolette, âgé de 21 ans, né à Amiens,
- département de la Somme, ci-devant bijoutier et depuis adjudant
- général de l'armée révolutionnaire, demeurant à Paris, maison de
- Molière, rue aux Ours;
-
- 7. Matthieu Marbey, âgé de 27 ans, né à Commune-Affranchie,
- bonnetier, demeurant à Paris, rue Française;
-
- 8. Antoine Brezillon, âgé de 40 ans, né à Grandpré, district du
- même nom, brigadier de gendarmerie nationale, à la résidence de
- la Chapelle-Égalité, district de Nemours, département de
- Seine-et-Marne.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 2 prairial (21 mai 1794), appert:
-
- 1. Claude Simard, âgé de 68 ans, né à Libreval, département du
- Cher, ex-prêtre, demeurant à Bourges;
-
- 2. Agate-Élisabeth Ragot, ex-religieuse, âgée de 54 ans, née à
- Libreval, département du Cher, demeurant à Bourges;
-
- 3. Et Louis-François Vassal, âgé de 35 ans, ex-noble, né à
- Fraicenet, département du Lot, demeurant à Paris, rue Thionville.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Tirrard.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. François Tournacos, âgé de 37 ans, né à Metz, se disant baron
- allemand, demeurant à Luxembourg, en Allemagne;
-
- 2. Pierre-François Nicolas, né à Longehaut, district d'Ornans,
- département du Doubs, domestique de Kerry, Irlandais, demeurant à
- Paris, rue Michodière, section Le Pelletier;
-
- 3. Caprot Brunel, âgé de 44 ans, né à Capronne, département de la
- Haute-Loire, domestique chez Kierry, demeurant à Paris, rue
- Taitbout, section du Mont-Blanc;
-
- 4. Gabriel Delignon, âgé de 42 ans, né à Villaine, département de
- la Côte-d'Or, y demeurant, maître d'écriture;
-
- 5. Et Dominique Lafillard, âgé de 63 ans, ci-devant caissier de
- la maison d'Artois, argentier de la maison d'Angoulême, et
- depuis receveur des rentes et agent d'affaires, demeurant à
- Paris, rue des Fontaines.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Tirrard.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 3 prairial (22 mai 1794), appert:
-
- 1. Claude-Alexandre Leflot, âgé de 43 ans, né à Nevers,
- département de la Nièvre, demeurant à Trigésus, capitaine général
- des douanes de la République;
-
- 2. Félix Royer, âgé de 28 ans, né à Bagnols, département du Gard,
- chasseur dans la légion des Alpes;
-
- 3. Pierre-Gervais Namys, âgé de 47 ans, né à Paris, y demeurant,
- rue Pagevin, employé aux Fermes, ci-devant capitaine de la
- section des Petits-Pères;
-
- 4. Et Louis-Philippe Bourgeois, âgé de 32 ans, né à Uzès,
- département du Gard, demeurant à Paris, perruquier.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 3 prairial (22 mai 1794), appert:
-
- 1. Cyr Vasseur, âgé de 42 ans, né à Harly-Pontlieu, département
- de la Somme, ci-devant caporal dans l'armée révolutionnaire,
- demeurant à Paris, rue Verneuil;
-
- 2. Jean-Baptiste Keutschen, âgé de 36 ans, né à Deynieux, dans la
- Forêt-Noire, en Allemagne, tailleur, demeurant à Paris, rue
- Croix, chaussée d'Antin, nº 9;
-
- 3. Jean Jaroufflet, âgé de 51 ans, né à Moulins, département de
- l'Allier, y demeurant, notaire public;
-
- 4. Jean Coursin, âgé de 41 ans, né à Carnay, district
- d'Avranches, département de la Manche, brocanteur, demeurant à
- Paris, rue de la Licorne;
-
- 5. Louis Carré, âgé de 31 ans, né à Brienne, département de
- l'Aube, épicier, demeurant rue de Sartines, section de la Halle
- au Beurre;
-
- 6. Maria-Nicolas Gaidon, âgé de 34 ans, né à Méjuive, département
- du Mont-Blanc, fruitier, demeurant à Paris, rue d'Hauteville,
- section Poissonnière;
-
- 7. Pierre Paul, âgé de 40 ans, né à Paris, y demeurant, rue de la
- Mortellerie, marchand de cannes;
-
- 8. Et Jean Juery, âgé de 30 ans, né à Perrel, département du
- Cantal, brocanteur, demeurant à Paris, rue Honoré, en face des
- Jacobins.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 4 prairial (23 mai 1794), appert:
-
- 1. Joseph-Antoine Barrême, âgé de 31 ans, né à Tarascon,
- ex-noble, ex-hussard du premier régiment;
-
- 2. Joseph-Henri Barrême, âgé de 35 ans, né à Tarascon, ex-noble,
- hussard et brigadier du premier régiment;
-
- 3. Joseph-Auguste Barrême, âgé de 32 ans, né à Tarascon,
- ex-noble, et hussard du premier régiment;
-
- 4. Anne Ferry, veuve Dupré, âgée de 52 ans, garde-malade, née à
- Malo, département de la Côte-d'Or, demeurant à Paris, quai de
- Gèvres, nº 7;
-
- 5. Jean-Baptiste Lanoue, âgé de 37 ans, peintre en bâtiment, né à
- Paris, y demeurant, rue Quincampoix, nº 33;
-
- 6. Nicolas Aubry, âgé de 72 ans, né à Divry, ci-devant Normandie,
- demeurant à Paris, rue Nicolas-du-Chardonnet, au dépôt des
- huiles;
-
- 7. Et Pierre-Louis Didier, âgé de 35 ans, commis papetier à
- Paris, y demeurant, rue et cul-de-sac Dominique d'Enfer, nº 7.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Jean Canolle père, âgé de 50 ans, né à Benac, en Périgord,
- minéralogiste, demeurant à Paris, au Gros-Caillou;
-
- 2. Avoye Paville Costard, fille âgée de 25 ans, travaillant au
- Journal des Spectacles, née à Paris, y demeurant, rue des
- Fossés-Montmartre;
-
- 3. Alexandre Provenchère, âgé de 58 ans, né à Saint-Eubille,
- département de Seine-et-Oise, ex-administrateur de l'habillement
- des troupes de la République, demeurant à Paris, place du
- Chevalier du Guet;
-
- 4. André Dorly, âgé de 60 ans, né à Versailles, commissaire des
- guerres jusqu'au 1er juillet 1793, domicilié à Paris, rue Neuve
- des Petits-Champs, section de la Montagne;
-
- 5. Gabriel-Joseph Fortin, âgé de 44 ans, né à Paris, y demeurant,
- rue des Mauvaises-Paroles, ci-devant employé à l'habillement des
- troupes, et commis chez le nommé Leroux, négociant;
-
- 6. Antoine-Martin Barth, âgé de 33 ans, né à Paris, y demeurant,
- rue Denis, et fournisseur de la République;
-
- 7. Jean-François Lemarcant, âgé de 69 ans, né à... (_en blanc_),
- ouvrier en guêtres et fournisseur, demeurant à Paris.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 5 prairial (24 mai 1794), appert:
-
- 1. Jean-Baptiste-Marie-Thomas Domangeville, âgé de 30 ans, né à
- Paris, ex-noble, ancien capitaine au 5e régiment de cavalerie,
- demeurant à Vernasal, département de la Haute-Loire;
-
- 2. Simon Tisserand, âgé de 40 ans, né à Vesoul, département de la
- Haute-Saône, ci-devant postillon chez Duchâtelet, demeurant à
- Paris, rue Grenelle-Saint-Germain;
-
- 3. Et Jean-Baptiste Gauthier, âgé de 50 ans, né à
- Château-Porcien, département des Ardennes, concierge de la
- chambre d'arrêt de la mairie, demeurant à Paris, rue Martin.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Jean-Baptiste-Charles Durand, âgé de.... (_en blanc_) ans, né
- à Paris, employé au magasin des troupes, à Franciade, y
- demeurant;
-
- 2. Jean-Antoine Pascal, âgé de 41 ans, lieutenant de gendarmerie
- nationale, attaché à la force publique de l'armée du Rhin, né à
- Commune-Affranchie, demeurant à Paris;
-
- 3. Et François Paulin, âgé de 35 ans, professeur de géographie et
- de grammaire, né à la Chapelle, département de la Haute-Marne,
- demeurant à Paris, rue Montmartre, nº 226.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 6 prairial (25 mai 1794), appert:
-
- 1. François Joly, âgé de 56 ans, ci-devant inspecteur général des
- rôles du département de la Côte-d'Or, né à Pontarlier-sur-Saône,
- même département, demeurant à Dijon;
-
- 2. Pierre Mauclair, âgé de 39 ans, brocanteur et ci-devant
- marchand de serre-tête, né à Troyes, département de l'Aube,
- demeurant à Paris, rue des Grands-Degrés, nº 16;
-
- 3. Et Louis-Claude-Joseph Lancry-Pronleroy, âgé de 26 ans,
- ci-devant officier des gardes françaises, ex-noble et ex-comte,
- né à Paris, y demeurant, rue Basse-du-Rempart.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Jean-Baptiste-Charles Piragues Lille-Don, âgé de 58 ans, né à
- Lille-Don, département du Loiret, ex-noble, et cultivateur,
- demeurant à Villemandier, district de Montargis, même
- département;
-
- 2. Jacques-Jean-Baptiste Cuvier, âgé de 42 ans, ci-devant
- architecte, et depuis cultivateur et membre du comité
- révolutionnaire de la commune de Vanves, y demeurant, né à Paris;
-
- 3. Marie-Anne Demeaux, femme de Joseph Hébert, âgée de 50 ans,
- née à Notre-Dame de Guem, près Auxerre, département de l'Yonne,
- demeurant à Paris, rue de la Licorne, corroyeuse;
-
- 4. Catherine Pérard, âgée de 39 ans, née à Gissé en Bourgogne,
- près Flavigny, demeurant à Paris, rue du Poirier, blanchisseuse;
-
- 5. Pierre Prudhomme, âgé de 48 ans, né à Paris, y demeurant, rue
- et section de la Cité, marchand de poisson.
-
- 6. Et Françoise Lambert, femme Prudhomme, née à Toul, département
- d'Indre-et-Loire, âgée de soixante ans, marchande de poisson,
- demeurant à Paris.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 7 prairial (26 mai 1794), appert:
-
- 1. Claude-Michel-Louis Milscent, créole, âgé de 54 ans, né à
- Saint-Domingue, ci-devant capitaine des milices bourgeoises, et
- se disant homme de lettres et auteur du journal appelé _le
- Créole_, demeurant à Paris, rue Honoré, nº 120;
-
- 2. Et Jean-Baptiste-Marie Hannonet, âgé de 51 ans, receveur de la
- régie des sels, né à Guiscard, département de l'Oise, et receveur
- du district de Noyon, y demeurant.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Tirrard.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 8 préréal [_sic_] (27 mai 1794), appert:
-
- 1. Charles-Philibert-Marie-Gaston Lévis-Mirepoix, âgé de 41 ans,
- né à Saint-Martin d'Estraux, demeurant à Paris, rue de Verneuil,
- nº 432, ex-noble, ex-constituant et ex-maréchal de camp;
-
- 2. Matthieu-Jouze Jourdan, âgé de 45 ans, né à Saint-Jean,
- département de la Haute-Loire, demeurant à Avignon, ci-devant
- négociant, depuis général de l'armée d'Avignon, et à présent chef
- d'escadron de la gendarmerie;
-
- 3. Jean Donnadieu, âgé de 50 ans, né à Arles, département des
- Bouches-du-Rhône, général de brigade, à l'armée du Bas-Rhin;
-
- 4. Antoine-Louis-Michel Judde, âgé de 46 ans, né à Paris, y
- demeurant, rue François, au Marais, ex-conseiller au ci-devant
- Châtelet de Paris;
-
- 5. Catherine Mathieu, femme Vigneron, âgée de 41 ans, née à
- Nancy, y demeurant;
-
- 6. Susanne Vigneron, âgée de 23 ans, née à Nancy, y demeurant;
-
- 7. Pierre-Félix Primeau, âgé de 42 ans, né à Vaussais,
- département des Deux-Sèvres, sous-lieutenant au 17e régiment de
- cavalerie;
-
- 8. Nicolas-Jacques Beauregard, âgé de 42 ans, né à Versailles,
- sous-lieutenant au 17e régiment de cavalerie;
-
- 9. Jacques-Joseph-Laurent Faret-Preberon, âgé de 44 ans, né à
- Salins, département du Jura, chef d'escadron du 17e régiment de
- cavalerie;
-
- 10. Avocalie-Joseph Daviot-Hery, âgé de 19 ans, né à Chinon,
- département d'Indre-et-Loire, lieutenant au 17e régiment de
- cavalerie;
-
- 11. Étienne Lecandre, âgé de 27 ans, né à Saintes, département de
- la Charente-Inférieure, capitaine au 17e régiment de cavalerie;
-
- 12. Jean-François Bugnolot, âgé de 25 ans, né au Petit-Bay,
- département de la Haute-Saône, chirurgien-major du 17e régiment
- de cavalerie;
-
- 13. Joseph Mollet, âgé de 48 ans, né à Saint-Michel, département
- des Basses-Alpes, sous-lieutenant au 17e régiment de cavalerie;
-
- 14. Claude Juy, âgé de 26 ans, né à Langres, département de la
- Haute-Marne, sous-lieutenant au 17e régiment de cavalerie;
-
- 15. Pierre-Claude-Marie Prihé, âgé de 46 ans, né à Nevers, chef
- de brigade au 17e régiment;
-
- 16. Étienne-Philippe Vérillot, âgé de 26 ans, né à Langres,
- sous-lieutenant au 17e régiment;
-
- 17. Étienne Jourdeuil, âgé de 29 ans, né à Bussière,
- sous-lieutenant au 17e régiment;
-
- 18. Jean Arnaud, âgé de 44 ans, né à Limoges, sous-lieutenant au
- 17e régiment;
-
- 19. Claude Bonnot, âgé de 27 ans, né à Genets, adjudant au 17e
- régiment;
-
- 20. Et François Poisson, né à Épinal, âgé de 37 ans,
- sous-lieutenant au 17e régiment.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 8 prairial (27 mai 1794), appert:
-
- 1. Augustin Binet, âgé de 28 ans, né à Amiens, département de la
- Somme, y demeurant, coupeur de velours et sergent du 8e bataillon
- de la Somme;
-
- 2. Jean-Baptiste Avenet, âgé de 36 ans, né et demeurant à
- Saint-Germain-la-Campagne, département de l'Eure, dentiste;
-
- 3. Et Étienne Hourry, âgé de 50 ans, né à Pezé-le-Robert,
- terrassier.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 9 prairial (28 mai 1794), appert:
-
- 1. Claude-Joseph Villemin, âgé de 26 ans, journalier, né à Guyans
- en Venne, département du Doubs, y demeurant;
-
- 2. Sylvain Dumazet, âgé de 25 ans, ci-devant verrier, depuis
- colporteur à Paris, rue des Barres, section de l'Arsenal, né à
- Argenton, département de l'Indre;
-
- 3. Firmin Baillot, âgé de 37 ans, né à Lironville, département de
- la Meurthe, ci-devant volontaire du bataillon de la section des
- Gravilliers, enrôlé pour la Vendée, râpeur de tabac, demeurant à
- Paris, rue de Crussol, marais du Temple;
-
- 4. Françoise Chevalier, âgée de 28 ans, née à Besançon,
- département du Doubs, y demeurant;
-
- 5. Félix Simon, âgé de 62 ans, cloutier, ensuite domestique de
- Trivelle, ci-devant conseiller au ci-devant parlement de
- Besançon, né à Rosureux, département du Doubs, y demeurant.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Pierre-François Fénaux, âgé de 40 ans, né à Dalincourt,
- département d'Évreux, charretier chez Claude Léger, demeurant à
- Rosay, département de Seine-et-Oise;
-
- 2. Claude Léger, âgé de 49 ans, né à Villemur, département de
- (_en blanc_), demeurant à Rosay;
-
- 3. Martin Olivier, né à Saint-Martin des Champs, département de
- Seine-et-Oise, âgé de 58 ans, vigneron et maire de la commune
- dudit Saint-Martin des Champs, y demeurant;
-
- 4. Éloy Duhamel, âgé de 54 ans, né à Aix, département de
- Seine-et-Oise, tuileur et agent national de la commune de
- Saint-Martin des Champs, y demeurant;
-
- 5. Nicolas Letellier, âgé de 35 ans, né à Septeuil, département
- de Seine-et-Oise, vigneron et membre du comité de surveillance de
- la commune de Saint-Martin des Champs, y demeurant;
-
- 6. André Rageot, âgé de 36 ans, tailleur d'habits, membre du
- comité de surveillance de la commune de Saint-Martin des Champs,
- né à Guerville;
-
- 7. Jean Petit, âgé de 49 ans, né à Aulnay, département de
- Seine-et-Oise, tonnelier et maire de la commune d'Aulnay, y
- demeurant;
-
- 8. Guillaume Fréron, âgé de 45 ans, né à Arnouville, département
- de Seine-et-Oise, journalier, demeurant à Saint-Martin des
- Champs;
-
- 9. Et Marie-Anne Fréron, femme Rageot, âgée de 40 ans, née à
- Arnouville, département de Seine-et-Oise, couturière, demeurant à
- Saint-Martin des Champs;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 11 prairial (30 mai 1794), appert:
-
- 1. Augustin-François César-Dauphin-Leval, âgé de 49 ans, né à
- Montferrand, département du Puy-de-Dôme, ci-devant breveté du
- grade de colonel, et capitaine en second des grenadiers des
- gardes françaises, demeurant à Moncel-Gelat, même département;
-
- 2. Jean Joussineau de La Tourdonnois, âgé de 64 ans, né à Sinwit,
- département de la Corrèze, demeurant à la Rode, département du
- Puy-de-Dôme, ci-devant capitaine de carabiniers, ex-noble,
- ex-comte et ex-colonel à la suite de la cavalerie, demeurant à
- Paris, rue Traversière;
-
- 3. Claire Nantia, âgée de 41 ans, née à Nantia, département de la
- Haute-Vienne, ex-noble, demeurant à Rouel, département de la
- Haute-Vienne;
-
- 4. Louis-Jacques Ferruyant, âgé de 37 ans, né et demeurant à La
- Motte Terray, département des Deux-Sèvres, ci-devant trésorier de
- France;
-
- 5. Jean Dut, âgé de 24 ans, né à Morillac, département du Cantal,
- marchand forain, sans domicile fixe;
-
- 6. Pierre Morillon Dubellay, âgé de 77 ans, marchand de draps et
- soies, né et demeurant à Poitiers, département de la Vienne;
-
- 7. Jean-Antoine Guybora, âgé de 24 ans, vigneron, journalier, né
- et demeurant à Saint-Gerionne, département de la Marne, soldat du
- 11e régiment de hussards;
-
- 8. Nicolas-Marie Compin, âgé de 64 ans, né à Malta, département
- de Saône-et-Loire, cultivateur et agent national de la commune
- d'Avrai;
-
- 9. Et Nicolas dit Montpansin, âgé de 65 ans, né à Saint-Pourçain,
- département de l'Allier, demeurant à Souitte, même département,
- ex-bailli des lazaristes et ex-subdélégué.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Leclerc.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 11 prairial (30 mai 1794), appert:
-
- 1. Louis César Bégu, âgé de 40 ans, né à Tours, département
- d'Indre-et-Loire, ci-devant ....... chef du premier bataillon
- dudit département, demeurant à Tours;
-
- 2. Claude Lacroix, âgé de 38 ans, né à Chaource, département de
- l'Aube, y demeurant, cultivateur, ci-devant garde de bois;
-
- 3. Pierre-Joseph Lecocq, âgé de 60 ans, né à Querqueville, près
- Cherbourg, département de la Manche, ex-curé de la commune de
- Cottençon, district de Provins, département de Seine-et-Marne;
-
- 4. Et Louis-Julien Moret, âgé de 46 ans, né à Arcis-sur-Aube,
- département de l'Aube, ex-curé, demeurant à Premier-Fait, même
- département.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Leclerc.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 12 prairial (31 mai 1794), appert:
-
- 1. Édouard-Marie Marguerie, âgé de 38 ans, ex-noble, major en
- second dans le 42e régiment d'infanterie, ex-colonel de la garde
- constitutionnelle du tyran, né à Bayeux, département du Calvados,
- résidant à Agy, près Bayeux;
-
- 2. Louis Duvivier, âgé de 60 ans, né à Paris, y demeurant, rue
- des Juifs, nº 17, section des Droits de l'homme, employé à
- l'extraordinaire des guerres;
-
- 3. Jean-Baptiste-Pierre Bauffre, âgé de 66 ans, né à Châteauneuf,
- département d'Eure-et-Loir, demeurant à Paris, rue des Martyrs,
- nº 59, section du Mont-Blanc;
-
- 4. Amable Chantemerle, âgé de 37 ans, instituteur et homme de
- lettres, ex-prêtre, né à Thiers, département du Puy-de-Dôme,
- demeurant à Paris, rue du Mont-Blanc, nº 384;
-
- 5. Jean Pierson, âgé de 33 ans, né à Beffroy, district de
- Commercy, département de la Meuse, employé aux bureaux des
- émigrés, secrétaire de défunt Malesherbes, demeurant à Paris, rue
- des Martyrs;
-
- 6. Et Claude-François-Marie Simonet, âgé de 42 ans, né à Dijon,
- département de la Côte-d'Or, ex-fermier général, demeurant à
- Dijon.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Joseph Pont, âgé de 51 ans, né à Tournus, département de
- Saône-et-Loire, ci-devant curé de Courteneau, y demeurant, même
- département;
-
- 2. Pierre Saint-Saulieu, âgé de 44 ans, né à Monteau, département
- de l'Eure, ci-devant feudiste, demeurant à l'abbaye de Cormeil;
-
- 3. Thomas Casimir Héry, âgé de 25 ans, né à Orléans, département
- du Loiret, se disant cultivateur, officier dans le 25e régiment,
- demeurant commune de Fleury, même département;
-
- 4. Thérèse-Françoise Lamarre, âgée de 60 ans, née à
- Bar-sur-Ornain, ci-devant noble, demeurant audit Bar;
-
- 5. Jean-Hyacinthe Caron, âgé de 36 ans, né à Arviny, district de
- Bar-sur-Ornain, ci-devant curé, demeurant à Moulins, même
- district;
-
- 6. Philippe Huguet, âgé de 30 ans, né à Bruxelles, faiseur de
- bas, demeurant à Paris, rue Pot-de-Fer;
-
- 7. Sylvain Hugault, âgé de 59 ans, né à Bourges, ci-devant curé
- d'Issoudun, demeurant à Issoudun, département d'Indre-et-Loire.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 13 prairial (1er juin 1794), appert:
-
- 1. Alexandre Brillon-Saint-Cyr, âgé de 52 ans, né à Paris, y
- demeurant, rue de Bercy, au Marais, ex-maître des comptes;
-
- 2. Louis-Joseph Germain, âgé de 38 ans, né à Paris, y demeurant,
- rue des Bourdonnais, marchand d'étoffes de soie;
-
- 3. Thomas-Augustin Bellet, âgé de 37 ans, né à Paris, y
- demeurant, rue des Blancs-Manteaux, ci-devant auditeur des
- comptes;
-
- 4. François-Martin Chauvereau, âgé de 37 ans, né à Tours,
- département d'Indre-et-Loire, commis marchand chez Germain,
- demeurant à Paris, rue Cloche-Perche;
-
- 5. Antoine-Charles Lherbette, âgé de 34 ans, né à
- Sainte-Menehould, département de la Haute-Marne, ci-devant agent
- de change, demeurant à Paris, rue des Blancs-Manteaux;
-
- 6. Louis Bois-Marié, âgé de 23 ans, né à Longny, district de
- Mortagne, département de l'Orne, demeurant à Paris, rue
- Jean-Fleury;
-
- 7. Jérôme-Robert Millin du Perreux, âgé de 62 ans, né à Nevers,
- département de la Nièvre, demeurant au Perreux, district de
- l'Égalité, département de Paris, administrateur des loteries;
-
- 8. Jean Auger, âgé de 23 ans, né à Paris, brigadier-fourrier au
- 8e régiment de hussards, demeurant à Chaillot;
-
- 9. Et Jacques-Adrien Mégard, âgé de 26 ans, né à Ratéville,
- département de la Seine-Inférieure, agent de Thorelli,
- Napolitain, demeurant à Paris, grande rue du faubourg Antoine.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Leclerc.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Louis Martin-Brille, âgé de 30 ans, né à Limay, département de
- Seine-et-Oise, marchand de journaux, demeurant à Paris, rue des
- Lavandières, nº 191;
-
- 2. Étienne Berthier, âgé de 43 ans, né à Besançon, département du
- Doubs, fondeur et doreur, demeurant à Dijon;
-
- 3. Jean Levasseur, âgé de 38 ans, né à Krienne, département de la
- Seine-Inférieure, ex-curé de la commune de Laumont-la-Poterie,
- même département;
-
- 4. Et Jacques Serigny, âgé de 53 ans, né à Bouillant, département
- de la Côte-d'Or, ex-curé de la commune de Lumigny, même
- département, y demeurant.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Leclerc.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 14 prairial (2 juin 1794), appert:
-
- 1. Bonaventure Ferrey, âgé de 32 ans, né à Gray, département de
- la Haute-Saône, demeurant à Saint-Denis-sur-Sarton, département
- de l'Orne, prêtre chapelain de l'église de Coutances, puis curé
- audit Saint-Denis;
-
- 2. Jean-Baptiste Barré, âgé de 68 ans, né et demeurant à Paris,
- rue Coq-Héron, nº 424, ci-devant procureur au Châtelet et avoué;
-
- 3. Philippe Perrin, âgé de 26 ans, né à Cognac, département de la
- Charente, y demeurant, négociant en eaux-de-vie;
-
- 4. André-Jacques-Salomon Daniau, âgé de 26 ans, né à Cognac,
- demeurant à Ecoigneux, district de Saintes, même département,
- agriculteur;
-
- 5. Valérie Marentin, femme Pasquet Saint-Projet, âgée de 40 ans,
- née à la Rochefoucauld, département de la Haute-Charente, y
- demeurant, et à Perusel, campagne près la Rochefoucauld; son mari
- garde du tyran;
-
- 6. Louis-Auguste-François Bongard-d'Aspremont, âgé de 68 ans, né
- au Val d'Arnois, district de Dieppe, département de la
- Seine-Inférieure, demeurant à Jaucourt, district des Andelys,
- département de l'Eure, vivant de son bien, ex-noble et
- ex-marquis;
-
- 7. Louis Armand, âgé de 61 ans, né à Lainville, département de
- Seine-et-Marne, demeurant au Plessis-Mériot, département de
- Seine-et-Marne, garde-chasse du ci-devant duc de Mortemart, et
- ensuite vigneron;
-
- 8. Jean-François-Célestin Lecocq, âgé de 30 ans, né à Lille,
- département du Nord, y demeurant, ci-devant clerc de notaire, et
- depuis boulanger;
-
- 9. Jean-Pierre Maindouze, âgé de 53 ans, né à Toulouse,
- département de la Haute-Garonne, demeurant à Paris, rue du
- Théâtre-Français, commis en chef au bureau des affaires
- étrangères;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Bernard-Louis Cassaigne, âgé de 41 ans, né à Béziers,
- département de l'Hérault, ex-vicaire de la ci-devant paroisse
- Saint-Nicolas des Champs, ensuite desservant de la commune de
- Luneray, près Dieppe, département de la Seine-Inférieure, y
- demeurant;
-
- 2. Marie-Joseph-Adrien Bourdet, âgé de 33 ans, né à Saint-Valery,
- département de l'Oise, ex-vicaire de la ci-devant paroisse
- Saint-André des Arts, à Paris, rue du Cimetière-André;
-
- 3. Et Jean-Baptiste Dupain, âgé de 21 ans, marchand de bois, né
- et demeurant à Paris, rue des Fossés-Saint-Bernard.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 15 prairial (3 juin 1794), appert:
-
- 1. Claude Lefranc, âgé de 54 ans, chirurgien appointé dans le 7e
- régiment de hussards, né à Ivry, près Paris, département de
- Seine-et-Marne, demeurant à Paris, rue du Battoir;
-
- 2. Philippe Martin, âgé de 65 ans, né à Delu, département de la
- Meuse, y demeurant, et cordonnier;
-
- 3. Alexandre Cordelois, âgé de 36 ans, né à Cambray, chirurgien,
- ci-devant adjudant général de la garde nationale du Quesnoy,
- demeurant à Wettingue, département du Nord;
-
- 4. Armand Quidet, âgé de 64 ans, né à Nourval, département des
- Ardennes, soldat invalide, demeurant à Vouziers;
-
- 5. Et Jean-Joseph de Flandres, âgé de 58 ans, brigadier de la
- deuxième division de la gendarmerie, natif d'Hanappe, département
- de l'Oise, demeurant à Bouchain, département du Nord.
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, 15 prairial (3 juin 1794), appert:
-
- 1. Louis-George Desrousseaux, âgé de 42 ans, né à Sedan,
- département des Ardennes, y demeurant, fabricant de draps,
- cultivateur, ex-maire de la commune de Sedan;
-
- 2. Jean-Baptiste-Delfine Le Gardeur, âgé de 52 ans, né à Sedan, y
- demeurant, fabricant, membre de la municipalité de Sedan;
-
- 3. François-Pierre Le Gardeur, âgé de 60 ans, né à Verdun,
- département de la Meuse, ci-devant fabricant de draps, ci-devant
- notable de la commune de Sedan, président du tribunal de commerce
- et du bureau de paix de la même commune, y demeurant;
-
- 4. Nicolas Rollin-Hussin père, âgé de 63 ans, né à Sedan, y
- demeurant, fabricant de draps et officier municipal de la même
- commune;
-
- 5. Yvon-Georges-Jacques Saint-Pierre, âgé de 55 ans, né aux
- Aussieux, département de la Seine-Inférieure, demeurant à Sedan,
- vivant de son revenu, ci-devant officier municipal de la commune
- de Sedan;
-
- 6. Pierre-Charles Fournier, âgé de 42 ans, né à Sedan, y
- demeurant, officier municipal de ladite commune et épicier;
-
- 7. Jean-Baptiste Petit, fils, âgé de 50 ans, né à Mézières,
- département des Ardennes, médecin, officier municipal de la
- commune de Sedan, y demeurant;
-
- 8. Louis-François Gigoux Saint-Simon, âgé de 61 ans, avant la
- révolution aide-major de la place de Sedan, né à Mesle,
- département des Deux-Sèvres, officier municipal de la commune de
- Sedan, y demeurant;
-
- 9. Jean-Louis Lenoir Peyre, âgé de 39 ans, né à Sedan,
- teinturier, et ci-devant procureur de la commune de Sedan, y
- demeurant;
-
- 10. Nicolas Waroguier, âgé de 62 ans, né à Givet, district de
- Sainte-Menehould, ci-devant notable de la commune de Sedan, y
- demeurant;
-
- 11. Augustin Grosselin père, âgé de 66 ans, marchand épicier,
- ci-devant notable de la commune de Sedan, y demeurant;
-
- 12. Jean-Charles-Nicolas Lechanteur, âgé de 31 ans, né à
- Brillangois, district de Sedan, brasseur, ci-devant notable de la
- commune de Sedan, et actuellement administrateur du district de
- Sedan, y demeurant;
-
- 13. Henri Mesmer, âgé de 52 ans, né à Sedan, brasseur, ex-notable
- de la commune de Sedan, y demeurant;
-
- 14. Étienne Henneci, âgé de 46 ans, né à Sedan, libraire,
- ex-notable de la commune de Sedan, y demeurant;
-
- 15. Louis Edet-Jeames, âgé de 46 ans, né à Sedan, y demeurant,
- charpentier, et ex-notable de la commune de Sedan;
-
- 16. Étienne-Nicolas-Joseph Chayaux-Cailloux, âgé de 41 ans, né à
- Sedan, y demeurant, brasseur, et ex-notable de la commune de
- Sedan;
-
- 17. Pierre Gibon-Vermon, âgé de 44 ans, né à Sedan, y demeurant,
- brasseur, et ex-notable de la commune de Sedan;
-
- 18. Simon-Jacques Delatre, âgé de 44 ans, né à Sedan, y
- demeurant, ex-notable de Sedan;
-
- 19. Louis Edet, âgé de 64 ans, né à Sedan, y demeurant,
- menuisier, ex-notable de la commune de Sedan;
-
- 20. Jean-Baptiste Ludet père, âgé de 64 ans, chef armurier, et
- ex-notable de la commune de Sedan;
-
- 21. Antoine-Charles Rousseau, âgé de 56 ans, né à Paris,
- manufacturier de draps, ex-notable de la commune de Sedan, y
- demeurant;
-
- 22. Pierre Dalché père, âgé de 63 ans, né à Sedan, y demeurant,
- orfévre, ex-notable de la commune de Sedan;
-
- 23. Hermès Servais, âgé de 66 ans, né à Francquemont,
- manufacturier de poêles, ex-notable de la commune de Sedan, y
- demeurant;
-
- 24. Michel Noël, dit Laurent, âgé de 63 ans, né à Sedan, y
- demeurant, confiseur, et officier municipal de la commune de
- Sedan;
-
- 25. Louis-Joseph Béchet, âgé de 60 ans, né à Sedan,
- manufacturier, ex-officier municipal de la commune de Sedan,
- demeurant à Philippeville;
-
- 26. Paul-Stanislas-Édouard Béchet, âgé de 38 ans, né à Sedan,
- fabricant de draps, administrateur et receveur de l'hôpital de la
- même commune, et ci-devant officier municipal, demeurant à Sedan;
-
- 27. Et Claude Faussois, âgé de 65 ans, né à Montfaucon, district
- de Château-Thierry, département de la Marne, traiteur, ex-notable
- de la commune de Sedan, demeurant à Lagny-Baugny, département
- des Ardennes.
-
-Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
-cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.
-
-Par procès-verbal dressé par Chasteau, huissier du tribunal
-révolutionnaire, le 15 prairial, appert avoir été constaté que le
-jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
-Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.
-
-Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 16 prairial an II (4 juin 1794), appert:
-
- Le tribunal criminel du département de Paris a condamné à la
- peine de mort Charles Le Brun, âgé de 40 ans, natif de Chelles,
- département de Seine-et-Marne, sans état, demeurant rue
- Bourtibourg, nº 15, convaincu de complicité de fabrication et
- émission de faux assignats.
-
-Il a été exécuté le même jour, à 8 heures 25 minutes du soir, sur la
-_place de la Maison commune_, en présence de Heurtin, l'un des
-huissiers du tribunal, qui en a dressé procès-verbal.
-
-Certifié véritable et délivré par moi, Le Bois, accusateur public
-du tribunal criminel du département de Paris,
-
- LE BOIS.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. François-Dauphin Goursac, âgé de 61 ans, né à Chassenuit,
- district de la Rochefoucauld, département de la Charente,
- ex-noble, ci-devant chevau-léger, retiré lieutenant de cavalerie,
- demeurant à la Rochefoucauld;
-
- 2. Thérèse Thomas, veuve de François Goursac, aussi ex-noble,
- âgée de 80 ans, née à Augoulême, demeurant à Goursac;
-
- 3. Jeanne-Dauphin Goursac, fille âgée de 54 ans, née à
- Chasseneuil, demeurant à Goursac, ex-noble;
-
- 4. Jacquette Gonin, femme divorcée de Pasquier Larevenchère, âgée
- de 43 ans, née à Chasseneuil, demeurant à la Rochefoucauld;
-
- 5. Jacques Clément, âgé de 41 ans, né à Derac, district
- d'Angoulême, ci-devant curé de Vervant, district de la
- Rochefoucauld, y demeurant;
-
- 6. Jacques-Dauphin Lapeyre, ex-noble, âgé de 53 ans, né à
- Roussine, district de la Rochefoucauld, cultivateur, demeurant à
- Breuil;
-
- 7. Et Marie-Louise Dufour, fille âgée de 66 ans, née à Limoges,
- femme de compagnie de Goursac, demeurant à Chasseneuil.
-
-Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal d'exécution
-dressé par Auvray, huissier.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, appert:
-
- 1. Étienne-Michel Le Duc Bieville, âgé de 69 ans, ex-noble,
- ex-conseiller au ci-devant parlement de Rouen, et ex-gentilhomme
- de la chambre du tyran, né à Rouen, département de Seine-et-Oise
- (_sic_), demeurant à Paris, rue Grange-Batelière;
-
- 2. Antoine-Louis Le Duc Bieville fils, âgé de 27 ans, ex-noble et
- lieutenant dans le ci-devant régiment de chasseurs des Vosges, né
- à Paris, demeurant à Belleville, près Paris;
-
- 3. Jean-François Du Fouleur, âgé de 38 ans, né à Paris, demeurant
- rue Montmartre, notaire;
-
- 4. Jean-Jacques Meynard, âgé de 46 ans, commis à la comptabilité,
- né à Alby, département du Tarn, demeurant à Paris, rue
- Montmartre;
-
- 5. Alexis Moreuil, âgé de 49 ans, ex-maître d'hôtel du ci-devant
- duc de la Marck, employé à la liquidation des dettes de la
- Commune de Paris, né à Ferrières, département de la Somme,
- demeurant à Paris, rue Faubourg-Honoré;
-
- 6. Nicolas-Toussaint Leteneur, âgé de 64 ans, ex-noble et
- ex-chevalier du ci-devant ordre Saint-Louis, né à Breteuil,
- département de l'Oise, demeurant à Versailles;
-
- 7. Bernard Sauriel, âgé de 33 ans, ex-lieutenant d'une compagnie
- de volontaires du 4e bataillon de la Meurthe, à Laronne,
- département de la Meurthe, demeurant au dépôt, à Nancy;
-
- 8. Jean-François Thirial, âgé de 40 ans, ex-constituant, médecin,
- né à Compiègne, département de l'Oise, demeurant à Versailles;
-
- 9. Grégoire-Philippe Lorenzo, âgé de 29 ans, homme de lettres,
- fonctionnaire public à Bruxelles comme commissaire, né à
- Dunkerque, département du Nord;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 17 prairial (5 juin 1794), appert:
-
- 1. Élisabeth-Marie Guiller, femme de Thomas Guiller, dit _Nonac_,
- ex-noble et ex-secrétaire du tyran, âgée de 45 ans, née à
- Châteauneuf, département d'Eure-et-Loir, demeurant à
- Choisy-sur-Seine;
-
- 2. Jean-Antoine Méraud, né à l'Écluse, département du
- Puy-de-Dôme, demeurant à la Meilleraye, département de la Sarthe,
- ex-curé constitutionnel dudit lieu;
-
- 3. Louis-Henri Villeneuve-Trans, âgé de 59 ans, né à Marseille,
- département des Bouches-du-Rhône, ex-noble et ex-colonel du
- ci-devant régiment de Roussillon infanterie, demeurant à Paris,
- rue Vivienne, nº 4.
-
- 4. Joseph Daigue, domestique du ci-devant duc de Luxembourg, âgé
- de 32 ans, né à Pacy, département du Mont-Blanc, demeurant à
- Paris, rue Martin, section des Amis de la patrie;
-
- 5. Paul Mezeray, âgé de 45 ans, né à Montargis, département du
- Loiret, demeurant à Paris, rue Roquépine, employé aux domaines
- nationaux;
-
- 6. Et Marie-Madeleine Perrier, veuve Fontenay, ex-noble, âgée de
- 57 ans, née à Villiers, département de l'Orne, demeurant à
- Vincennes, département de Paris;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 18 prairial (6 juin 1794), appert:
-
- 1. Charles-François Mercier d'Aubeville, âgé de 69 ans, ci-devant
- président de l'élection de Pithiviers, juge du tribunal du
- district de Pithiviers, demeurant audit lieu;
-
- 2. Thomas Roustat, âgé de 57 ans, cultivateur, garde-bois du
- ci-devant Terray, né à Quincy, département de l'Aube, demeurant à
- Lamotte, même département;
-
- 3. Jean Rolland, âgé de 40 ans, né à Lamotte, département de
- l'Aube, y demeurant;
-
- 4. Jean Vaudier-Dock, âgé de 25 ans, serrurier, né à Bruges,
- Flandre, y demeurant; déserteur autrichien;
-
- 5. Jacques Dauphin-Chadebeau, âgé de 43 ans, manouvrier, natif de
- la Paque, département de la Charente, demeurant à Goursac, même
- département;
-
- 6. Angélique Jacquemont, veuve Padel, âgée de 49 ans, travaillant
- en linge, née à Saint-Brie, département de l'Yonne, demeurant
- Pointe-Eustache;
-
- 7. Nicolas Vial, âgé de 71 ans, né à Commune-Affranchie,
- département de Rhône-et-Loire, demeurant à Charenton, près Paris,
- ancien négociant;
-
- 8. Victoire Leclerc, veuve Labathie, âgée de 34 ans, née à
- Compiègne, demeurant à Vitry-sur-Marne, département de la Marne;
-
- 9. Et Denise-Élisabeth Marchais, femme Vial, âgée de 53 ans, née
- à Paris, demeurant à Charenton;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du même jour 18 prairial an II (6 juin 1794), appert:
-
- 1. François-Joseph-Élisabeth Thomas Lavalette, âgé de 39 ans, né
- à Paris, ex-vicomte, ex-officier au ci-devant régiment des gardes
- françaises en qualité de lieutenant en second, demeurant à Paris,
- section Le Pelletier, nº 171;
-
- 2. Joseph Aboulin, âgé de 39 ans, né à Cassade, district de
- Montauban, département du Lot, lieutenant au 18e régiment de
- dragons, y demeurant ordinairement;
-
- 3. Joseph Fournier, âgé de 31 ans, né à Burillier, district de
- Montagnac, département de la Dordogne, y demeurant, ex-curé
- constitutionnel et instituteur;
-
- 4. Thomas Delainey, âgé de 17 ans, Irlandais, déserteur du 9e
- régiment, domicilié à Paris;
-
- 5. Patrice Roden, âgé de 28 ans, tisserand, né en Irlande, soldat
- déserteur dans le régiment de Berne;
-
- 6. Pierre-Jacques Soubry, âgé de 33 ans, laboureur, né dans la
- Flandre autrichienne;
-
- 7. Albert Calvert, âgé de 28 ans, né à Bruges, en Flandre, y
- demeurant, charpentier;
-
- 8. Joseph Forrest, âgé de 27 ans, né à Bruges, y demeurant,
- écrivain;
-
- 9. Jacques Mordolk, âgé de 20 ans, perruquier, né en Écosse,
- valet de chambre du comte de Notriock;
-
- 10. Guillaume-Jacques Cousin, âgé de 45 ans, né à Rouen,
- département de la Seine-Inférieure, demeurant à Paris, rue de la
- Loi, nº 206;
-
- 11. William Newton, âgé de 33 ans, né en Angleterre, colonel de
- cavalerie à l'École militaire, demeurant à Paris, rue de la Loi;
-
- 12. Et Élisabeth-Françoise Forceville, âgée de 42 ans, née à
- Forceville, district d'Amiens, département de la Somme, ex-noble,
- demeurant à Paris, rue de l'Observatoire;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Chasteau.
-
-Pour extrait conforme: NEIROT, commis greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 19 prairial an II (7 juin 1794), appert:
-
- 1. Pierre Lecointre, âgé de 18 ans et demi, volontaire dans le
- 10e régiment d'artillerie légère, né à Saint-Jouy, département de
- la Seine-Inférieure, y demeurant;
-
- 2. Guillaume Thezut, âgé de 38 ans, ex-noble, né à Aumont,
- département de Saône-et-Loire, y demeurant;
-
- 3. Louis Le Coq, âgé de 30 ans, né à Balancourt, département de
- Seine-et-Oise, potier de terre, et ci-devant domestique de
- Roland, ex-ministre, demeurant à Paris, rue de la Tannerie;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Tavernier.
-
-NEIROT, commis greffier.
-
- * * * * *
-
-Du même jour, 19 prairial (7 juin 1794), appert:
-
- 1. Charles-François, dit Cadet, âgé de 37 ans, né à
- Boissy-sur-Marne, département de Seine-et-Marne, cultivateur,
- demeurant à Champoget, même département;
-
- 2. Antoine Rayer, âgé de 34 ans, né aux Granges, commune dudit
- Boissy, y demeurant, cultivateur;
-
- 3. Pierre-Louis Bachelier, âgé de 44 ans, né à Doux, département
- de Seine-et-Marne, y demeurant, cultivateur;
-
- 4. Remy Lecinque, âgé de 50 ans, né à Nancy, département de la
- Meurthe, commissaire aux ventes, demeurant à Paris, rue de
- Touraine, nº 3;
-
- 5. Pierre-Nicolas Domont, âgé de 36 ans, né à Louvancourt,
- département de la Somme, employé à l'administration des domaines
- nationaux;
-
- 6. Joseph-Simon Larget, âgé de 31 ans, né à Ongelat, département
- du Jura, employé à l'administration des domaines nationaux,
- demeurant à Paris, rue Chabannais;
-
- 7. Nicolas-Pierre Boucher, âgé de 45 ans, né à Bar-sur-Bugency, y
- demeurant, notaire et ex-administrateur du département des
- Ardennes;
-
- 8. Jacques Chauzy, âgé de 63 ans, né à Vaudé, département des
- Ardennes, y demeurant, cultivateur et ex-administrateur dudit
- département;
-
- 9. Jean-Baptiste-Antoine Bourgeois, âgé de 34 ans, né à Mézières,
- département de la Meurthe, y demeurant, administrateur du
- département des Ardennes;
-
- 10. Jean-Sulpice Gromaire, âgé de 56 ans, né à Chomery,
- département des Ardennes, y demeurant, notaire et
- ex-administrateur du département des Ardennes;
-
- 11. Étienne Deshayes, âgé de 43 ans, né à Rethel, département des
- Ardennes, y demeurant, homme de loi, procureur général syndic du
- département des Ardennes;
-
- 12. Henry Dessaulty, âgé de 43 ans, né à Bierne, département des
- Ardennes, ex-noble, cultivateur, membre du conseil général dudit
- département, demeurant à Montlaurent;
-
- 13. Pierre Namur, âgé de 60 ans, né à Lugny (?), département des
- Ardennes, y demeurant, cultivateur, administrateur dudit
- département;
-
- 14. Jean Legrand, âgé de 45 ans, né à Gouvellemont, département
- des Ardennes, y demeurant, ex-administrateur dudit département,
- cultivateur;
-
- 15. Jean-Jacques Le Maire, âgé de 66 ans, né à Sainte-Menehould,
- département des Ardennes, cultivateur, ex-administrateur dudit
- département, demeurant à Champigneul;
-
- 16. Jean-Baptiste Blay, âgé de 29 ans, né à Wernencourt,
- département des Ardennes, y demeurant, laboureur,
- ex-administrateur dudit département;
-
- 17. Claude-Jean-Baptiste Gérard, âgé de 49 ans, né à Mouzon,
- département des Ardennes, ex-administrateur dudit département,
- demeurant à Sedan;
-
- 18. Marie-Claude-Gabriel Gérard, âgé de 34 ans, né audit Mouzon,
- district de Sedan, demeurant audit Sedan, homme de loi,
- ex-administrateur du département des Ardennes;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Tavernier.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 23 prairial (11 juin 1794), appert:
-
- 1. Étienne-Hubert-Bonaventure Chaput-Dubost, âgé de 54 ans, né à
- Cusset, département de l'Allier, ex-subdélégué, ex-procureur du
- tyran, et depuis son commissaire près le tribunal dudit Cusset;
-
- 2. Jeanne-Danielle Teyras, femme Chaput-Dubost, âgée de 52 ans,
- demeurant à Cusset;
-
- 3. Claude-Gilbert Chaput-Dubost, dit Champcourt, âgé de 26 ans,
- sans état, né et demeurant à Cusset;
-
- 4. Cosme-Marie Chaput-Dubost, âgé de 24 ans, sans état, né et
- demeurant à Cusset;
-
- 5. Denis Courtin, âgé de 58 ans, né à Saint-James, département du
- Cher, brigadier de la 32e division de gendarmerie, demeurant à
- Paris, rue du Théâtre-Français, nº 7;
-
- 6. Nicolas Jaunin, âgé de 72 ans, né à Dijon, département de la
- Côte-d'Or, gagne-denier, demeurant à Paris, rue Montorgueil;
-
- 7. Bon-Jacques-René Hébert, âgé de 23 ans, né à Paris, y
- demeurant, rue des Tournelles, nº 38, entrepreneur des bois de
- chauffage pour l'armée;
-
- 8. Lambert Lamandin, âgé de 38 ans, né à Consart, district
- d'Avesnes, département du Nord, marchand de chevaux et de bois,
- fournisseur pour l'armée;
-
- 9. Saint-Clair Rouillon, âgé de 19 ans, préposé au bois de
- chauffage, né à Alençon, y demeurant;
-
- 10. Gabriel Guérin-Lucas, âgé de 41 ans, né à Châteauroux,
- actuellement _Indreville_, y demeurant, fournisseur
- soumissionnaire pour l'équipement des volontaires d'Indreville;
-
- 11. Et Pierre Robert, âgé de 37 ans, né à Saint-Georges-sur-Cher,
- demeurant à Paris, rue Saint-Gilles, au Marais, nº 91;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 29 prairial an II (17 juin 1794), appert:
-
- 1. Henry Admiral, âgé de 50 ans, natif de Auzolet, département du
- Puy-de-Dôme, domicilié à Paris, rue Favart, nº 4, ci-devant
- domestique, ensuite attaché à la loterie ci-devant royale en
- qualité de garçon de bureau;
-
- 2. François Cardinal, instituteur et maître de pension, âgé de 40
- ans, natif de Bussière, département de la Haute-Marne, domicilié
- à Paris, rue de Tracy, nº 7;
-
- 3. Pierre-Balthasard Roussel, âgé de 26 ans, natif de Paris, y
- domicilié, rue Helvétius, nº 70;
-
- 4. Marie-Susanne Chevalier, âgée de 34 ans, native de
- Saint-Sauvan, département de la Vienne, domiciliée à Paris, rue
- Chabannais, nº 47, femme séparée depuis trois ans de......
- Lamartinière;
-
- 5. Claude Paindavoine, âgé de 53 ans, natif de Lépine,
- département de la Marne, domicilié à Paris, rue
- Neuve-des-Petits-Champs, nº 19, concierge de la maison des
- ci-devant loteries;
-
- 6. Aimée-Cécile Renault, âgée de 20 ans, native de Paris, y
- domiciliée, rue de la Lanterne, fille d'Antoine Renault et
- de......;
-
- 7. Antoine Renault, papetier et cartier, âgé de 92 ans, natif de
- Paris, y domicilié, rue de la Lanterne, section de la Cité;
-
- 8. Antoine-Jacques Renault, papetier, âgé de 31 ans, natif de
- Paris, y domicilié, rue de la Lanterne.....;
-
- 9. Edme-Jeanne Renault, ex-religieuse, âgée de 60 ans, native de
- Paris, y domiciliée, rue Babylone, nº 698;
-
- 10. Jean-Baptiste Porteboeuf, âgé de 43 ans, natif de Thoiré,
- département de la Seine-Inférieure, domicilié à Paris, rue
- Honoré, nº 510;
-
- 11. André Saintanac, élève en chirurgie et employé à l'hôpital
- militaire de Choisy-sur-Seine, âgé de 22 ans, natif de Bordeaux,
- département de Bec d'Ambès, domicilié audit Choisy, et
- précédemment à Paris, rue Quincampoix, maison garnie, ci-devant
- dite de la Couronne;
-
- 12. Anne-Madeleine-Lucile Parmentier, âgée de 52 ans, native de
- Clermont, département de l'Oise, domiciliée à Paris, rue Honoré,
- nº 510; mariée à Alexandre Lemoine Crécy;
-
- 13. François Lafosse, chef de la surveillance de police de Paris,
- âgé de 44 ans, natif de Versailles, département de
- Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue du Faubourg-du-Temple, nº
- 32;
-
- 14. Jean-Louis-Michel Devaux, employé, âgé de 29 ans, natif de
- Doullens, département de la Somme, domicilié à Paris, rue Barbe,
- section de Bonne-Nouvelle;
-
- 15. Louis-Eustache-Joseph Potier (Delille), âgé de 44 ans, natif
- de Lille, département du Nord, domicilié à Paris, rue Favart,
- imprimeur et membre du comité révolutionnaire de la section
- Lepelletier;
-
- 16. François-Charles Virot Sombreuil, ex-gouverneur des
- Invalides, âgé de 74 ans, natif de Insishain (_sic_), département
- du Haut-Rhin, domicilié à la maison nationale des Invalides;
-
- 17. Stanislas Virot Sombreuil, âgé de 26 ans, natif de
- Lechoisier, département de la Haute-Vienne, domicilié à Poissy,
- ex-capitaine de hussards et ex-capitaine de la garde nationale de
- Poissy;
-
- 18. Jean-Guet Henoc Rohan-Rochefort, ex-noble, domicilié à
- Rochefort, département de la Charente-Inférieure;
-
- 19. Pierre Laval-Montmorency, ex-noble, âgé de 25 ans, natif de
- Paris, y domicilié, rue du Bac;
-
- 20. Étienne Jardin, âgé de 48 ans, natif de Versailles,
- département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue Cadet,
- directeur des transports militaires depuis la révolution, et
- avant piqueur du tyran;
-
- 21. Charles-Marie-Antoine Sartine, ex-maître des requêtes, âgé de
- 34 ans, natif de Paris, y domicilié, rue Vivienne, fils de.....;
-
- 22. Barthélemy Constant, gendarme, âgé de 42 ans, natif de
- Grasse, département du Var, domicilié à Paris, rue du
- Faubourg-Martin, nº 185;
-
- 23. Joseph-Henry Burlandeux, ex-officier de paix, âgé de 39 ans,
- natif de Saullier, département du Var, domicilié à Paris, rue du
- Faubourg-Martin, nº 64;
-
- 24. Louis-Marie-François Saint-Mauris de Montbarey, ex-prince et
- ancien militaire, âgé de 38 ans, natif de Paris, y domicilié,
- faubourg Honoré, nº 49;
-
- 25. Joseph-Guillaume Lescuyer, musicien, âgé de 46 ans, natif
- d'Antibes, département du Var, domicilié à Paris, rue
- Poissonnière, nº 16;
-
- 26. Achille Viart, ci-devant militaire, âgé de 51 ans, natif
- de....., en Amérique, domicilié à Mariac, département de Bec
- d'Ambès;
-
- 27. Jean-Louis Biret Tissot, domestique de la femme Grandmaison,
- âgé de 35 ans, natif de Paris, y domicilié, rue de Mesnard;
-
- 28. Théodore-Jauge, banquier, âgé de 47 ans, natif de Bordeaux,
- département de Bec d'Ambès, domicilié à Paris, rue du Mont-Blanc;
-
- 29. Catherine-Susanne Vincent, âgée de 45 ans, native de Paris, y
- domiciliée, rue de Mesnard, mariée à..... Gryois;
-
- 30. Françoise-Augustine Santuare, âgée de 40 ans, native de l'île
- Bourbon, en Afrique, domiciliée à Marefosse, département de la
- Seine-Inférieure, mariée à..... Desprémenil;
-
- 31. Charles-Armand-Augustin Depont, ex-noble, âgé de 49 ans,
- natif de Paris, y domicilié, rue Notre-Dame-des-Champs;
-
- 32. Joseph-Victor Cortey, épicier, âgé de 37 ans, natif de
- Symphorien, département de la Loire, domicilié à Paris, rue de la
- Loi;
-
- 33. François Paumier, ci-devant marchand de bois, âgé de 39 ans,
- natif de Aunay, département de la Nièvre;
-
- 34. Jean-François Deshayes, âgé de 68 ans, natif de Herserange,
- département de la Moselle, domicilié à Luçon, marchand et membre
- du comité de surveillance dudit lieu;
-
- 35. François-Augustin Ozanne, ex-officier de paix, âgé de 40 ans,
- natif de Paris, y domicilié, rue de la Vieille-Monnaie;
-
- 36. Charles-François-René Duhardaz Dauteville, ex-noble, âgé de
- 23 ans, natif du Mans, département de la Sarthe, domicilié à
- Paris, rue Basse-du-Rempart, nº 20;
-
- 37. Louis Comte, négociant, âgé de 49 ans, natif de Varennes,
- département de Saône-et-Loire, domicilié à Paris, rue Thomas du
- Louvre, grande maison de France;
-
- 38. Jean-Baptiste Michonis, limonadier et ex-administrateur de
- police, âgé de 59 ans, natif de Paris, y domicilié;
-
- 39. Philippe-Charles-Élysée Baussancourt, sous-lieutenant de
- carabiniers, âgé de 27 ans, natif de Vitry-le-Français;
-
- 40. Louis Karadec, agent de change, âgé de 45 ans, natif de
- Lisieux, département du Calvados, domicilié à Paris, rue du
- Faubourg-du-Temple;
-
- 41. Théodore Marsan, âgé de 27 ans, natif de Toulouse,
- département de la Haute-Garonne, domicilié à Paris, rue de Cléry,
- nº 95;
-
- 42. Nicolas-Joseph Egrée, brasseur, âgé de 40 ans, natif de
- Cateau-Cambrésis, département du Nord, domicilié à Suresnes,
- département de Paris;
-
- 43. Henri Menil-Simon, ci-devant capitaine de cavalerie, âgé de
- 53 ans, natif de Buley, département de la Nièvre, domicilié à
- Vigneux, département de Seine-et-Oise;
-
- 44. Jeanne-Françoise-Louise Demier Sainte-Amarante, âgée de 42
- ans, native de Saintes, département de la Charente, domiciliée à
- Cercy, département de Seine-et-Oise;
-
- 45. Charlotte-Rose Sainte-Amarante, âgée de 19 ans, native de
- Paris, domiciliée à Cercy, département de la Nièvre, mariée à
- Sartine;
-
- 46. Louis Sainte-Amarante, âgé de 17 ans, natif de Paris,
- domicilié à Cercy;
-
- 47. Gabriel-Jean-Baptiste Briel, ex-prêtre, âgé de 56 ans, natif
- de Montier-sur-Faulx, département du Mont-Blanc, domicilié à
- Arcueil, et auparavant à Paris, rue Helvétius;
-
- 48. Marie Grandmaison, ci-devant Buret, ci-devant actrice des
- Italiens, âgée de 27 ans, native de Blois, département de
- Loir-et-Cher, domiciliée à Paris, rue Mesnard, nº 7;
-
- 49. Marie-Nicole Bouchard, âgée de 18 ans, native de Paris, y
- domiciliée, rue Mesnard, nº 7;
-
- 50. Jean-Baptiste Marino, peintre en porcelaine, administrateur
- de police, âgé de 37 ans, natif de Sceaux, district du Bourg de
- l'Égalité, domicilié à Paris, rue Helvétius;
-
- 51. Nicolas-André-Marie Froidure, ex-administrateur de police,
- âgé de 29 ans, natif de Tours, département d'Indre-et-Loire,
- domicilié à Paris, rue Honoré, nº 91;
-
- 52. Antoine-Prosper Soulès, ex-administrateur de police et
- officier municipal, âgé de 31 ans, natif de Avize, département de
- la Marne, domicilié à Paris, rue Taranne, nº 38.
-
- 53. François Dangé, ex-administrateur de police, âgé de 47 ans,
- natif de Chesey, département de Cher-et-Loir, domicilié à Paris,
- rue de la Roquette, nº 36;
-
- 54. Marie-Maximilien-Hercule Rosset, se disant comte de
- Fleury[142], âgé de 23 ans, domicilié à Paris.
-
-[Note 142: Le jeune comte de Fleury avait été, en 1793, envoyé comme
-suspect dans la prison du Luxembourg. Il conservait, quoique détenu,
-toute la gaieté, tous les goûts de son âge, et jouait pendant une
-bonne partie de la journée à la balle et aux barres dans la cour du
-Luxembourg. Ayant vu périr presque toute sa famille, il écrivit au
-président du tribunal révolutionnaire le billet suivant, que deux ou
-trois feuilles du temps ont publié: «Homme de sang, égorgeur,
-cannibale, monstre, scélérat, tu as fait périr ma famille; tu vas
-envoyer à l'échafaud ceux qui paraissent aujourd'hui devant ton
-tribunal; tu peux me faire subir le même sort, car je te déclare que
-je partage leurs sentiments.» Dumas dit à Fouquier en lui présentant
-le petit papier: «Voilà le billet doux qu'on m'écrit; je t'invite à en
-prendre lecture; que faut-il répondre à celui qui me l'adresse?--Ce
-monsieur me paraît pressé, répond l'accusateur public; eh bien, nous
-allons le satisfaire.» Des gendarmes tout aussitôt furent chercher ce
-jeune homme, que l'on fit monter sur les gradins avec cinquante-trois
-personnes accusées d'être les assassins ou les complices des assassins
-de Collot d'Herbois ou de Maximilien Robespierre. Il n'en connaissait
-aucun. Il n'en fut pas moins, comme les autres, conduit à l'échafaud
-en chemise rouge.]
-
-Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal
-d'exécution, en date du 29 prairial.
-
- _Signé_: LÉCRIVAIN, greffier.
- CLAUDE-ANTOINE DELTROIT, officier public.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 4 messidor (22 juin 1794), appert:
-
- 1. Thomas-Thérèse Vanyer, âgé de 61 ans, né à Paris, ex-chanoine
- de Saint-Quentin, département des Ardennes, y demeurant;
-
- 2. Pierre-Alexandre Lhuillier, âgé de 33 ans, né et demeurant à
- Paris, rue de Vendôme, receveur des rentes;
-
- 3. Remy Carra, âgé de 26 ans, chapelier, né à Saint-Chamond,
- département de Loire, demeurant à Paris, rue Marguerite,
- ex-maréchal des logis de la 3e compagnie de la légion allobroge;
-
- 4. Jean-Baptiste Calmar, âgé de 20 ans, marchand de rubans, né à
- Bonnet-la-Montagne, département de Loire, demeurant commune
- d'Armes, ci-devant Saint-Étienne;
-
- 5. Jean Blanc, âgé de 57 ans, quincaillier, né à la Montagne,
- département de l'Aveyron, y demeurant;
-
- 6. Jean-Antoine Tricot, âgé de 55 ans, né à Paris, y demeurant,
- rue Jacob, ex-prêtre, chanoine de Saint-Quentin, département des
- Ardennes;
-
- 7. Et François-René Cucu d'Hérouville, âgé de 69 ans, né et
- demeurant à Paris, section des Droits de l'Homme, contrôleur des
- rentes et receveur de l'Hôtel-Dieu;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Leclerc.
-
-Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef.
-
- * * * * *
-
-Le passage quotidien des charrettes du tribunal révolutionnaire par la
-longue rue Saint-Honoré, jusqu'à la rue Royale, fatiguait depuis
-longtemps ces quartiers populeux, saisis de dégoût et d'horreur, et,
-chaque jour, obligés de fermer leurs boutiques. Les plaintes des
-habitants, à la fin, avaient été écoutées. Le 21 prairial (9 juin
-1794), les bières vivantes (c'est ainsi qu'on appelait les charrettes
-qui conduisaient les condamnés à la mort) avaient été dirigées sur la
-place Antoine, où la guillotine s'était installée, sur le terrain de
-la Bastille. Elle n'y fonctionna que trois jours: elle eut toutefois
-le temps d'y recevoir sept fournées; puis, sur les réclamations des
-citoyens du quartier, le fatal instrument dut s'éloigner encore
-jusqu'à cette porte de Paris qu'on appela, à cette époque, tour à tour
-la barrière du ci-devant Trône, ou du Trône renversé, ou place de la
-Déchéance, et enfin barrière de Vincennes. Il y eut une seule
-exception faite le 4 messidor (22 juin 1794) pour la construction de
-l'échafaud sur l'ancienne place Louis XV.
-
-On comprend que les solennelles immolations de la grande journée du 10
-thermidor, et celles qui devaient suivre, exigeassent une mise en
-scène plus grandiose et un plus formidable appareil: les vainqueurs ne
-négligèrent rien pour offrir cette satisfaction aux vaincus.
-
-_Exécution du 10 thermidor an II_ (28 juillet 1794).
-
- 1. Maximilien Robespierre, âgé de 35 ans, natif d'Arras,
- domicilié à Paris, rue Honoré, section des Piques;
-
- 2. Georges Couthon, âgé de 38 ans, natif d'Orzay, département du
- Puy-de-Dôme, domicilié à Paris, cour du Manége;
-
- 3. Louis-Jean-Baptiste-Thomas Lavalette, âgé de 40 ans, natif de
- Paris, y domicilié, rue Honoré, nº 320;
-
- 4. François Hauriot, âgé de 35 ans, natif de Nanterre, près
- Paris, domicilié à Paris, rue de la Clef;
-
- 5. René-François Dumas, âgé de 37 ans, natif de Jussey,
- département de la Haute-Saône, domicilié à Paris, rue de
- Seine-Germain, maison de convenance;
-
- 6. Antoine Saint-Just, âgé de 26 ans, natif de Lisé, département
- de la Nièvre, domicilié à Paris, rue Caumartin, nº 3;
-
- 7. Claude-François Payan, âgé de 27 ans, natif de
- Saul-les-Fontaines, département de la Drôme, domicilié à Paris,
- rue de la Liberté, section de Marat;
-
- 8. Jacques-Claude Bernard, âgé de 34 ans, domicilié à Paris, rue
- Bernard, section de Montreuil;
-
- 9. Adrien-Nicolas Gobeau, âgé de 26 ans, natif de Vincennes,
- département de Paris, domicilié à Paris, rue de la Chaise, nº
- 530, section de la Croix-Rouge;
-
- 10. Antoine Gency, profession de tonnelier, âgé de 23 ans, natif
- de Reims, département de la Marne, domicilié à Paris, rue de
- Lourcine, faubourg Marcel;
-
- 11. Nicolas-Joseph Vivier, âgé de 50 ans, natif de Paris, y
- domicilié, rue Germain-Muséum;
-
- 12. Jean-Baptiste-Edmond Lescot-Fleuriot, profession artiste, âgé
- de 43 ans, natif de Bruxelles, domicilié à Paris, à la mairie;
-
- 13. Antoine Simon, cordonnier, âgé de 58 ans, natif de Troyes,
- département de l'Aube, domicilié à Paris, rue Marat, nº 32;
-
- 14. Denis-Étienne Laurent, âgé de 32 ans, natif de Paris, y
- domicilié, rue Gît-le-Coeur, nº 13;
-
- 15. Jacques-Louis-Frédéric Wouarnée, âgé de 29 ans, natif de
- Paris, y domicilié, rue de l'Hirondelle, nº 10;
-
- 16. Jean-Étienne Forestier, profession fondeur, âgé de 47 ans,
- natif de Paris, y domicilié, rue du Plâtre-Avoye;
-
- 17. Augustin-Bon-Joseph Robespierre, natif d'Arras, domicilié à
- Paris, rue Florentin;
-
- 18. Nicolas Guérin, profession receveur à la ville, âgé de 52
- ans, natif de Beaumont-sur-Orne, département du Calvados,
- domicilié à Paris, rue du Faubourg-Montmartre, nº 50;
-
- 19. Jean-Baptiste-Mathieu Dhazard, profession perruquier, âgé de
- 36 ans, natif de Paris, y domicilié, rue Honoré, nº 101, section
- des Gardes-Françaises;
-
- 20. Christophe Cochefer, profession tapissier, natif de Gonesse,
- département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue Merry, nº
- 413;
-
- 21. Charles-Jacques-Mathieu Bougon, âgé de 57 ans, natif de
- Trouville, département du Calvados, domicilié à Paris, rue
- Lazare, nº 64, section du Mont-Blanc;
-
- 22. Jean-Marie Quenet, profession marchand de bois, natif de
- Commune-Affranchie, domicilié à Paris, rue de la Mortellerie, nº
- 78;
-
- Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal
- d'exécution dressé par Neirot, commis greffier.
-
-Pour extrait conforme, TRIAL, officier public.
-
- * * * * *
-
-_Exécution du 11 thermidor an II_ (29 juillet 1794).
-
-Le lendemain, la fournée fut plus considérable: les vainqueurs, qui
-avaient d'abord frappé leurs ennemis les plus redoutés, avaient eu le
-temps de faire des désignations plus nombreuses, et d'atteindre la
-plupart des membres de la Commune, qui avait longtemps prévalu contre
-la Convention. Le lecteur trouvera dans ces listes les noms de
-plusieurs commissaires du Temple.
-
- 1. Bertrand Arnaud, secrétaire et membre du conseil général de la
- Commune, âgé de 55 ans, natif de Tigne, département du
- Mont-Blanc, domicilié à Paris, rue Favart, nº 4;
-
- 2. Jean-Baptiste Crépin Taillebot, profession maçon, âgé de 58
- ans, natif de Jouy-le-Peuple, département de Seine-et-Oise,
- domicilié à Paris, rue du Faubourg-du-Temple;
-
- 3. Servais-Baudoin Boullanger, profession joaillier, âgé de 38
- ans, natif de Liége, domicilié à Paris, rue Honoré, nº 59;
-
- 4. Prosper Sijas, profession commis, âgé de 35 ans, natif de
- Vire, département du Calvados, domicilié à Paris, rue
- Grange-Batelière, nº 21;
-
- 5. Pierre Remy, profession tabletier, âgé de 45 ans, natif de
- Chaumont, département de la Haute-Marne, domicilié à Paris, rue
- Louis, nº 595, section de l'Indivisibilité;
-
- 6. Claude-Antoine Deltroit, profession meunier, âgé de 43 ans,
- natif de Pontoise, département de Seine-et-Oise, domicilié à
- Paris, quai de la Mégisserie, nº 21;
-
- 7. Jean-Guillaume-François Vaucanu, profession mercier, âgé de 37
- ans, natif de Germain-de-Montgommery, département du Calvados,
- domicilié à Paris, rue du Monceau;
-
- 8. Claude Bigant, profession peintre, âgé de 40 ans, natif de
- Paris, y domicilié, rue des Boulangers-Victor, nº 5, section des
- Sans-Culottes;
-
- 9. Jean-Charles Lesire, profession cultivateur, âgé de 48 ans,
- natif de Rosay, département de Seine-et-Marne, domicilié à Paris,
- quai de l'Union, section de la Fraternité;
-
- 10. Jean-Baptiste-Emmanuel Legendre, âgé de 62 ans, natif de
- Paris, y domicilié, rue de la Monnaie, nº 515, section du Muséum;
-
- 11. Jean-Philippe-Victor Charlemagne, profession instituteur, âgé
- de 26 ans, natif de Paris, y domicilié, rue de Cléry, nº 92;
-
- 12. Pierre-Nicolas Delacour, profession notaire, âgé de 37 ans,
- natif de Beauvais, département de l'Oise, domicilié à Paris, rue
- Neuve-Eustache, section de Brutus;
-
- 13. Augustin-Germain Jobert, profession négociant, âgé de 50 ans,
- natif de Montigny-sur-Aube, département de la Côte-d'Or,
- domicilié à Paris, rue des Prêcheurs;
-
- 14. Pierre-Louis Paris, âgé de 35 ans, natif de Paris, y
- domicilié, rue des Carmes, nº 27, section du Panthéon;
-
- 15. Claude Jonquoy, profession tabletier, âgé 44 ans, natif de
- Massiac, département du Cantal, domicilié à Paris, rue
- Jean-Robert, nº 15, section des Gravilliers;
-
- 16. René-Toussaint Daubancourt, profession coffretier, âgé de 53
- ans, natif de Paris, y domicilié, rue des Petits-Champs, nº 23,
- section de la Halle aux blés;
-
- 17. Jean-Baptiste Vincent, profession entrepreneur de bâtiments,
- âgé de 36 ans, natif de Moutier-Saint-Jean, département de la
- Côte-d'Or, domicilié à Paris, rue de Cléry, section de
- Bonne-Nouvelle;
-
- 18. Martin Wichterich, profession cordonnier, âgé de 45 ans,
- natif de Cologne, domicilié à Paris, rue de Lappe, section de
- Popincourt;
-
- 19. Pierre Henry, profession receveur de loterie, âgé de 48 ans,
- natif de Riz, département du Var, domicilié à Paris, rue Antoine,
- section de l'Indivisibilité;
-
- 20. Jean Cazenave, profession commis marchand, âgé de 38 ans,
- natif de Belleville, près Paris, domicilié à Paris, rue
- d'Orléans, section de l'Homme-Armé;
-
- 21. Jean-Louis Gibert, profession de pâtissier, âgé de 43 ans,
- natif de Luzancy-la-Marne, département de Seine-et-Marne,
- domicilié à Paris, faubourg Denis, nº 25, section du Nord;
-
- 22. Pierre Girod, profession mercier, âgé de 27 ans, natif de
- Paris, y domicilié, rue des Deux-Ponts, nº 10, section de la
- Fraternité, marié à Antoinette-Adélaïde Rominira;
-
- 23. François Pelletier, profession marchand de vins, âgé de 33
- ans, natif de Cheminon, département de la Marne, domicilié à
- Paris, rue du Faubourg-Denis;
-
- 24. Nicolas Jérosme, profession tourneur, âgé de 44 ans, natif de
- Paris, y domicilié, rue Jacques-la-Boucherie, nº 213;
-
- 25. Jean-Baptiste Cochois, profession commis-marchand, âgé de 53
- ans, natif de Paris, y domicilié, rue de l'Égalité;
-
- 26. Jean-Léonard Sarrot, profession peintre, âgé de 31 ans, natif
- de Paris, y domicilié, rue du Faubourg-Franciade, nº 45;
-
- 27. René Grenard, profession fabricant de papier, âgé de 45 ans,
- natif de la Garenne, département de Seine-et-Oise, domicilié à
- Paris, rue et section des Piques;
-
- 28. Jacques Lasnier, profession homme d'affaires, âgé de 52 ans,
- natif de Bezoir-Laférière, département de Seine-et-Marne,
- domicilié à Paris, rue du Four-Germain, nº 286;
-
- 29. Marc-Martial-André Mercier, profession libraire, âgé de 43
- ans, natif de Paris, y domicilié, rue Neuve-des-Capucines, nº
- 188, marié à Anne de By;
-
- 30. Jean-Pierre Bernard, profession homme de confiance, âgé de 38
- ans, natif de la Chalade, département de la Meuse, domicilié à
- Paris, rue Germain-Muséum;
-
- 31. Étienne-Antoine Souars, âgé de 56 ans, natif d'Aubervilliers,
- dit les Vertus, district de Franciade, domicilié à Paris, rue des
- Vieux-Augustins, nº 32;
-
- 32. Dominique Mettot, profession agent d'affaires, âgé de 45 ans,
- natif de Nancy, département de la Meurthe, domicilié à Paris, à
- la maison commune;
-
- 35. Louis-Joseph Mercier, profession menuisier, âgé de 40 ans,
- natif de Sacy-le-Grand, département de l'Oise, domicilié à Paris,
- rue des Trois-Pistolets, nº 14, section de l'Arsenal;
-
- 34. Jean-Jacques Baurieux, profession horloger, âgé de 45 ans,
- natif de Dartois, département des Bouches-du-Rhône, domicilié à
- Paris, rue du Faubourg-Honoré, nº 19;
-
- 35. Antoine Jametel, âgé de 54 ans, natif de Moissy, département
- de Seine-et-Marne, domicilié à Paris, rue de la
- Grande-Truanderie, nº 18; marié à Louise-Pauline Noiseux;
-
- 36. Ponce Tanchou, profession graveur, âgé de 32 ans, natif de
- Bourges, département du Cher, domicilié à Paris, cloître
- Notre-Dame, nº 42; marié à Jeanne-Louise Beliaz;
-
- 37. Marc-Louis Desvieux, âgé de 44 ans, natif de Paris, y
- domicilié, rue Montorgueil;
-
- 38. François-Auguste Paff, profession bonnetier, âgé de 41 ans,
- natif de Paris, y domicilié, rue de la Joaillerie, section des
- Arcis, marié à Catherine-Françoise Bourgain;
-
- 39. Jacques-Mathurin Lelièvre, profession graveur, âgé de 40 ans,
- natif de Paris, y domicilié, rue Martin, nº 252;
-
- 40. Louis-François Dorigny, profession de charpentier, âgé de 36
- ans, natif de Bruyère, département de l'Aisne, domicilié à Paris,
- rue Popincourt, nº 17;
-
- 41. Pierre-Alexandre Louvet, profession peintre, âgé de 33 ans,
- natif de Paris, y domicilié, rue des Blancs-Manteaux, nº 52;
- marié à Françoise Liédé;
-
- 42. Jean-Jacques Lubin, profession peintre, âgé de 29 ans, natif
- de Paris, y domicilié, rue de la Révolution, nº 24;
-
- 43. Jacques-Pierre Coru, profession grainier, âgé de 63 ans,
- natif de Nocé, département de l'Orne, domicilié à Paris, rue
- Antoine, nº 229;
-
- 44. Pierre-Simon-Joseph Jault, profession artiste, âgé de 30 ans,
- natif de Reims, département de la Marne, domicilié à Paris, rue
- Claude, nº 371;
-
- 45. Jean-Baptiste Bergot, profession employé aux cuirs, âgé de 56
- ans, natif de Paris, y domicilié, rue Française, nº 11;
-
- 46. Jacques-Nicolas Lumière, profession musicien, âgé de 45 ans,
- natif de Paris, y domicilié, rue Thibautodé, nº 4;
-
- 47. Jean Paquotte, profession ciseleur, âgé de 48 ans, natif de
- Troyes, département de l'Aube, domicilié à Paris, à la ci-devant
- abbaye Germain, nº 1114;
-
- 48. Jacques-Nicolas Blin, écrivain expert, âgé de 63 ans, natif
- d'Aubanton, département de l'Aisne, domicilié à Paris, rue Paul,
- nº 37;
-
- 49. Marie-François Langlois, profession papetier, âgé de 37 ans,
- natif de Paris, y domicilié, rue Jacques, nº 196;
-
- 50. Jean-Nicolas-Langlois, profession serrurier, âgé de 49 ans,
- natif de Rouen, département de la Seine-Inférieure, domicilié à
- Paris, rue Georges, nº 38;
-
- 51. Jacques Moine, profession commis teneur de livres, âgé de 39
- ans, natif de Commune-Affranchie, domicilié à Paris, vieille rue
- du Temple, nº 78;
-
- 52. Jean-Baptiste Chavigny, profession commis, âgé de 55 ans,
- natif de Paris, y domicilié, rue du Faubourg-Montmartre, nº 42;
-
- 53. Charles Huant Desboisseaux, âgé de 39 ans, natif de Paris, y
- domicilié, rue de la Fraternité;
-
- 54. André Marcel, profession maçon, âgé de 53 ans, natif de
- Rosny, département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, faubourg
- Martin;
-
- 55. Martial Gamory, profession coiffeur, âgé de 46 ans, natif de
- Guéret, département de la Creuse, domicilié à Paris, rue du
- Coq-Honoré;
-
- 56. Pierre Haener, profession imprimeur, âgé de 52 ans, natif de
- Nancy, département de la Meurthe, domicilié à Paris, rue Martin,
- nº 34;
-
- 57. Pierre-Jacques Le Grand, profession homme d'affaires, âgé de
- 51 ans, natif de Paris, y domicilié, rue d'Enfer, en la Cité, nº
- 5;
-
- 58. Pierre-Léon Lamiral, profession fruitier, âgé de 38 ans,
- natif de Paris, y domicilié, rue Beauregard, section de
- Bonne-Nouvelle, époux de Marie Grain;
-
- 59. Jean-Pierre Eudes, profession tailleur de pierre, âgé de 31
- ans, natif de Paris, y domicilié, rue des Juifs, nº 38;
-
- 60. Edme-Marguerite Lauvin, âgé de 60 ans, natif de Vezelay,
- département de l'Yonne, domicilié à Paris, rue Geoffroy-Lasnier,
- nº 23;
-
- 61. Pierre Dumez, profession ingénieur, âgé de 37 ans, natif de
- la Ferté-sur-Ourcq, département de l'Aisne, domicilié à Paris,
- rue de la Harpe, nº 26;
-
- 62. Denys Dumontier, profession tailleur, âgé de 51 ans, natif de
- Paris, y domicilié, rue de la Poterie;
-
- 63. Jean-Claude Girardin, profession éventailliste, âgé de 48
- ans, natif de Paris, y domicilié, rue Transnonain, nº 38;
-
- 64. Jacques-Louis Cresson, profession ébéniste, âgé de 49 ans,
- natif de Paris, y domicilié, rue des Deux-Écus, nº 38;
-
- 65. François-Laurent Chatelin, profession professeur de dessin,
- âgé de 43 ans, natif de Nancy, département de la Meurthe,
- domicilié à Paris, rue Quincampoix, nº 98;
-
- 66. Joseph Alavoine, profession tailleur, âgé de 63 ans, natif de
- la Verrière, département de l'Oise, domicilié à Paris, Grands
- Piliers de la Tonnellerie;
-
- 67. Pierre-François Deraux, profession jardinier, âgé de 53 ans,
- natif de Goupillère, département du Calvados, domicilié à Paris,
- rue Plumet, section du Bonnet-Rouge; marié à Élisabeth-Charlotte
- Dive;
-
- 68. Claude Benard, âgé de 28 ans, natif de Paris, y domicilié,
- rue Boucher;
-
- 69. Jacques Morel, profession écrivain, âgé de 55 ans, natif de
- Vandoeuvre, département de l'Aube, domicilié à Paris, rue de
- Marché-aux-Poirées, nº 559;
-
- 70. Nicolas Naudin, profession menuisier, âgé de 35 ans, natif de
- Ville-sur-Iron, département de la Moselle, domicilié à Paris, rue
- Charlot, nº 5;
-
- 71. Joseph Ravel, profession chirurgien, âgé de 48 ans, natif de
- Tarascon, département des Bouches-du-Rhône, domicilié à Paris,
- rue Antoine, nº 36;
-
-Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal d'exécution,
-en date du 11 de ce mois.
-
- _Signé_: NEIROT, commis greffier
- (jusqu'à Jametel, le 35e sur la liste).
- DUCRAY, commis greffier
- (depuis Tanchou, le 36e, jusqu'à la fin).
-
- * * * * *
-
-On le voit, ce jour-là, soixante et onze individus, déclarés complices
-de la Commune rebelle, montèrent sur l'échafaud de l'homme dont ils
-s'étaient faits les séides. Parmi eux, le lecteur aura remarqué Sijas,
-le président du conseil général dans la nuit du 9 au 10 thermidor;
-Jobert et Bergot, ces tristes administrateurs de police, célèbres par
-leur cruauté envers les détenus; puis Boulanger, ce commandant de la
-garde nationale qui se faisait suivre d'une guillotine. Parmi les
-condamnés, il faut citer encore Besnard, Desboisseaux et le musicien
-Lumière, la terreur de leurs sections.
-
-Le 12 thermidor, le sanglant tribunal tint sa dernière séance. Douze
-démagogues, la plupart membres de la Commune, portèrent leurs têtes
-sur l'échafaud. Au milieu d'eux se dessinent deux hommes affreux,
-Nicolas et Arthur, le premier tout meurtri des coups injurieux dont
-Camille Desmoulins l'avait flagellé dans son _Vieux Cordelier_; le
-second, plus horriblement célèbre encore, pour avoir dévoré, au 10
-août, le coeur d'un soldat suisse assassiné par lui.
-
-Enfin, par un décret conventionnel du 14 thermidor (1er août 1794),
-l'exécrable loi du 22 prairial fut rapportée.
-
- * * * * *
-
-Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire établi par la loi du
-10 mars 1793, an deuxième de la République française (_sic_), séant à
-Paris, au Palais, le 12 thermidor (30 juillet 1794), appert:
-
- 1. Charles-Nicolas Leleu, âgé de 40 ans, né à Vitry-sur-Marne,
- perruquier et membre du conseil général de la Commune, demeurant
- à Paris, rue Dominique, faubourg Germain, nº 335;
-
- 2. Léopold Nicolas, imprimeur et juré du tribunal
- révolutionnaire, âgé de 37 ans, né à Mirecourt, département des
- Vosges, demeurant à Paris, rue Honoré, nº 355;
-
- 3. Jean-François Lechenard, âgé de 37 ans, né à Rans, district de
- Dôle, département du Jura, tailleur et juré au tribunal du 17
- août, membre du conseil général de la Commune, demeurant à Paris,
- rue Montorgueil, nº 59;
-
- 4. François Tortot, horloger et administrateur de police, âgé de
- 31 ans, né à Paris, y demeurant, rue Bernard, nº 10, faubourg
- Antoine;
-
- 5. Pierre-François Guéniard, ébéniste, membre du conseil général
- de la Commune, né à Paris, y demeurant, rue de la Roquette, nº
- 68;
-
- 6. Pierre Cietty, peintre et membre de la Commune, âgé de 41 ans,
- né à Trafuil, en Lombardie, demeurant à Paris, rue de Montreuil,
- nº 51;
-
- 7. Jean-Étienne Lahure, âgé de 38 ans, né à Montreuil,
- département de Paris, bijoutier, commandant en second de la
- section de Popincourt, demeurant à Paris, rue de Popincourt;
-
- 8. François-Henri Camus, né à Paris, âgé de 47 ans, négociant
- avant la révolution, membre de la Commune de Paris, demeurant à
- Paris, rue Montmartre, 84;
-
- 9. Pierre-Eustache Gillet-Marie, âgé de 41 ans, né à Paris, y
- demeurant, rue de Bourgogne, nº 1465, ex-membre du conseil
- général de la Commune;
-
- 10. Antoine Frery, né à Nancy, département de la Meurthe,
- demeurant à Paris, rue des Vieux-Augustins, âgé de 62 ans, membre
- du conseil général de la Commune;
-
- 11. Jean-Jacques Arthur, fabricant de papiers, membre de la
- Commune, âgé de 33 ans, né à Paris, y demeurant, rue des Piques;
-
- 12. Jean-Baptiste Grillet, âgé de 67 ans, né à Paris, y
- demeurant, rue Bertin-Poirée, nº 16, peintre de portraits et
- membre de la Commune;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Leclerc.
-
-Pour extrait conforme, NOIROT, commis greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 1er fructidor (18 août 1794), appert:
-
- 1. Antoine-Paul Lavaur, âgé de 31 ans, natif de Montfaucon,
- département du Lot, homme de loi, y demeurant;
-
- 2. Et Jean Saumont, dit Labran, âgé de 54 ans, cultivateur, natif
- de Roussinet, département de la Dordogne, demeurant à Busserole,
- même département;
-
-Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Leclerc.
-
-Pour extrait conforme, DUCRAY, commis greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 5 fructidor (22 août 1794), appert:
-
- 1. Jean-Baptiste Mitre Gouard, âgé de 29 ans, natif d'Aix,
- département des Bouches-du-Rhône, volontaire au premier bataillon
- des Phocéens, demeurant à Marseille;
-
- 2. Et François Deschamps, âgé de 29 ans, natif de Crévis,
- département de l'Aube, agent de la commission du commerce et aide
- de camp de Hanriot, demeurant à Paris, rue des Petits-Augustins,
- nº 15;
-
-Avoir été condamnés et exécutés sur la place publique de la Grève et
-de la _Révolution_ (_sic_). Procès-verbal d'exécution dressé par
-Auvray.
-
-Pour extrait conforme, DUCRAY, commis greffier.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du 6 fructidor l'an II (23 août 1794), appert:
-
- Pierre-André Coffinhal (n'a dit son âge ni le lieu de sa
- naissance), ex-président du tribunal révolutionnaire et membre de
- la Commune de Paris, y demeurant rue Regratière, section de la
- Fraternité;
-
- Mis hors la loi par décret des 9 et 18 thermidor, a été livré à
- l'exécuteur des jugements criminels par ordonnance du tribunal en
- date dudit jour 18 thermidor, et exécuté le même jour sur la
- place de la Révolution, à six heures quinze minutes du soir, en
- présence de Heurtin, huissier du tribunal, qui en a dressé
- procès-verbal.
-
- * * * * *
-
-Par jugement du tribunal révolutionnaire du 15 fructidor an II
-(1er septembre 1794), appert:
-
- Julien-Joseph Lemonnier, âgé de 38 ans, né à Paris, y demeurant
- rue de la Mortellerie, section de la Maison Commune, membre du
- comité civil et capitaine de la garde nationale;
-
- Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Leclerc.
-
-Pour extrait conforme, NOIROT, commis greffier.
-
- * * * * *
-
-Julien-Joseph Lemonnier, si j'en crois les registres de l'Hôtel de
-ville, fut la dernière victime immolée sur la place de la Révolution,
-et, partant, probablement la dernière dont les restes furent inhumés
-dans l'enclos du Christ.
-
-Les condamnés qui vinrent après, et dont le nombre diminua
-insensiblement, furent tous guillotinés en place de Grève. Leurs
-dépouilles furent vraisemblablement inhumées pour la plupart dans les
-cimetières de Sainte-Marguerite ou de Clamart. Quelques morts
-privilégiés furent seulement portés dans l'enclos funèbre de Picpus.
-
-
-
-
-LETTRES
-
-DE
-
-MADAME ÉLISABETH.
-
-
-Je crois devoir faire suivre la vie de Madame Élisabeth d'un certain
-nombre de ses lettres, choisies de manière à faire connaître la
-princesse dans les situations les plus diverses de fortune, d'esprit
-et de coeur. M. Feuillet de Conches, on le sait, a publié récemment la
-correspondance complète de Madame Élisabeth, beau monument élevé, par
-une main habile, à la gloire de cette princesse, et il a enrichi le
-texte de notes explicatives d'un grand intérêt. Les lettres que je
-vais donner, et dont je n'avais pu citer çà et là, dans le cours de
-mon récit, que quelques fragments détachés, seront les meilleures
-pièces justificatives de cet ouvrage. On y verra d'abord la princesse,
-au début de sa belle jeunesse, avec la vivacité d'un esprit pénétrant
-et l'indépendance d'un caractère inclinant à l'espièglerie. Puis on
-assistera aux progrès de son jugement; on verra se lever dans cette
-belle âme toutes les qualités et toutes les vertus, toutes les nobles
-aspirations, et l'on s'étonnera de cette sagesse précoce qui fit de
-Madame Élisabeth la plus utile et la meilleure des amies, comme elle
-était la plus dévouée et la plus courageuse des soeurs.
-
-Sa correspondance avec la marquise de Bombelles et la marquise de
-Raigecourt, dont je dois la communication aux familles de ces deux
-nobles dames si dignes de l'affection que leur témoignait la
-princesse, met dans une vive lumière l'élévation de l'esprit, la
-droiture de la raison, la bonté et l'ouverture de coeur de la soeur de
-Louis XVI. Toujours elle s'occupe des intérêts, de la sécurité, du
-bonheur de ses deux amies, avant de s'occuper de ses propres
-convenances, du bonheur qu'elle aurait à les avoir auprès d'elle. Elle
-les aime mieux éloignées et tranquilles qu'en France exposées et
-menacées.
-
-Ses lettres à madame la marquise des Montiers, plus jeune que ses deux
-autres amies, et dont elle appréciait l'esprit charmant, l'heureux
-naturel, en appréhendant un peu les saillies de son imagination, ont
-un autre caractère. La tendresse est la même, mais elle prend un
-accent presque maternel pour conseiller, avertir, diriger «_son
-démon_», comme elle appelle cette jeune et aimable femme, dans les
-situations difficiles où elle se trouve. Ce que Madame Élisabeth aime
-par-dessus tout dans ses amies, c'est leur âme. Leur dignité et leur
-honneur dans ce monde, leur salut dans l'autre, l'occupent bien
-autrement que leur félicité passagère, quoiqu'elle fasse tout pour y
-contribuer. Elle a pour elles une amitié vraiment chrétienne, et l'on
-voit qu'elle veut continuer éternellement dans le ciel les affections
-commencées ici-bas. Ces lettres à madame la marquise des Montiers sont
-complétement inédites. J'en dois la communication à l'obligeance de M.
-le comte Stanislas des Montiers, heureux comme toute sa famille de
-contribuer à tout ce qui peut servir à mettre en relief la gloire de
-Madame Élisabeth.
-
-Ses lettres à madame Marie de Causans, qui se destinait à la vie
-religieuse, ont un autre caractère. Elles sont pleines d'une haute
-spiritualité, tempérée par cette prudence et ce bon sens qui forment
-comme le fond de la nature de Madame Élisabeth. Personne ne parle
-mieux de la soumission à la volonté de Dieu et de la résignation que
-cette princesse, qui devait pousser cette vertu jusqu'à l'héroïsme.
-En même temps elle prémunit la fille de sa vénérable amie, madame de
-Causans, contre les entraînements de l'imagination qui font
-quelquefois embrasser la vie religieuse à des personnes qui n'ont pas
-les dons nécessaires pour s'y sanctifier, et prennent pour une
-vocation réelle et durable un dégoût passager du monde ou un chagrin
-que le temps emportera avec tout le reste. Madame Élisabeth, si sévère
-pour elle-même, condamne le scrupule. Sa religion est sincère,
-profonde, pleine d'onction, mais éclairée, et elle s'étonne quand
-l'abbé de Lubersac lui donne des détails sur les superstitions que la
-population italienne mêle au catholicisme.
-
-Je ne crois pas que dans toute cette correspondance il y ait des lettres
-plus remarquables que celles qui sont adressées à cet abbé de Lubersac,
-aumônier de Madame Victoire, qui avait émigré à Rome avec Mesdames de
-France, et qui, rentré à Paris dans le mois d'août 1792, périt dans les
-massacres de septembre. L'abbé de Lubersac traînait à l'étranger un noir
-chagrin;--étaient-ce les malheurs qu'il laissait derrière lui,
-étaient-ce ceux qu'il entrevoyait dans les ombres de l'avenir, qui
-plongeaient son esprit dans cette morne tristesse?--Madame Élisabeth,
-dont l'âme était plus fortement trempée, le soutenait par des conseils
-qui prenaient insensiblement la forme d'exhortations. Les rôles
-s'étaient peu à peu intervertis sans que les deux correspondants s'en
-aperçussent. La princesse soutenait le prêtre et l'aidait à porter sa
-croix, faisant ainsi l'apprentissage du rôle sublime qu'elle remplit
-plus tard auprès des compagnons de son funèbre itinéraire de la
-Conciergerie à l'échafaud.
-
-Dans cette correspondance, qui remonte jusqu'à l'ancien régime, et à
-une époque (1778) où la révolution, comme l'a dit Chateaubriand, ne
-frappait pas encore à l'huis de l'histoire, et qui ne se ferme que le
-10 août 1792, journée néfaste après laquelle la famille royale
-prisonnière entra au Temple, on retrouve, à mesure que les événements
-se succèdent, l'impression qu'ils produisent sur Madame Élisabeth, et
-l'appréciation qu'elle porte sur les hommes et sur les choses. La
-convocation des états généraux, le serment du Jeu de paume, le 15
-juillet et la prise de la Bastille, les journées des 5 et 6 octobre,
-avec le lamentable retour à Paris de la famille royale prisonnière, la
-constitution civile du clergé, le fatal voyage à Varennes, la journée
-du 20 juin, cette préface du 10 août, viennent tour à tour jeter un
-sinistre reflet dans les lettres de Madame Élisabeth à ses amies, à
-l'abbé de Lubersac, au comte d'Artois. Une de ses plus remarquables
-lettres est adressée à ce prince, pour lequel elle avait la plus vive
-tendresse, et, si j'ose le dire, une de ces faiblesses de coeur que
-les soeurs sérieuses ont pour celui de leurs frères dont l'impétueuse
-ardeur a besoin d'être dirigée et retenue. Chose remarquable, Madame
-Élisabeth, cette princesse d'un coeur si bienveillant, incline presque
-toujours vers les partis de vigueur. Elle comprend que la faiblesse
-devant une révolution qui ne perd ni une occasion, ni une concession,
-ni une minute, contribue à tout perdre. Elle le répète souvent dans
-ses lettres. La vigueur dans la politique, l'union dans le parti
-royaliste et dans la famille royale, voilà ce que recommande Madame
-Élisabeth; et, dans sa lettre au comte d'Artois, elle insiste de la
-manière la plus forte et la plus raisonnable sur la nécessité de ne
-pas contrarier à Coblentz la politique de Louis XVI.
-
-A mesure que les lettres se rapprochent par leurs dates de la fatale
-journée du 10 août, la faible lueur d'espérance qui jetait çà et là
-quelques reflets lumineux, pâlit et s'éteint. La princesse voit venir
-la catastrophe, mais elle sait où est pour elle le poste du devoir, de
-l'honneur et de la tendresse fraternelle; elle y reste. Advienne que
-pourra! elle remplira jusqu'au bout la sainte et angélique mission que
-la Providence lui a donnée. Les _Sursum corda_ reviennent alors plus
-fréquents sous sa plume dans ses lettres avec ses amies; elle ne
-regarde plus, elle n'espère plus que du côté du ciel.
-
- * * * * *
-
-I.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
-Vous croyez peut-être que je suis consolée, point du tout; d'autant
-plus que moi, qui déteste les explications, je viens d'en avoir une
-avec ma tante. La Reine y a été ce matin pour lui demander ce qu'elle
-avoit hier, et elle lui a dit qu'elle étoit fort mécontente de moi,
-parce que je ne lui avois pas écrit avant mon inoculation, et qu'elle
-devoit m'en parler. J'y ai donc été ce soir: je suis arrivée chez ma
-tante Victoire, qui m'a parlé avec beaucoup d'amitié, et qui m'a dit
-que j'avois eu tort de ne leur pas écrire, ce dont je suis convenue,
-et lui ai demandé pardon. De là, j'ai été chez ma tante Adélaïde, qui,
-le plus aigrement possible, m'a dit: «J'ai parlé à la Reine de vous ce
-matin. Que dites-vous de votre conduite, depuis qu'il est question de
-vous inoculer?--Comment, ma tante, lui ai-je dit, qu'est-ce que j'ai
-fait?--Vous ne nous avez pas seulement remerciées.» Et elle reprit, de
-ce que nous nous enfermions avec vous; et pendant Choisy et Marly nous
-n'avons pas entendu parler de vous.--Je lui représentai qu'entre ses
-deux voyages j'étois venue chez elle et que je l'avois remerciée;
-qu'en cela je n'avois fait que mon devoir, mais que je l'avois fait. A
-cette réponse, elle s'est un peu embarrassée, et m'a dit entre ses
-dents:--Ah! une fois en passant, mais je ne leur avois point
-écrit.--Je lui ai dit qu'en cela j'avois eu tort, et que je leur en
-demandois pardon; que pour la Muette et Meudon, je n'y avois aucune
-part et point de tort.--Elle m'a dit qu'elle ne me parloit point de
-cela; et sur ce elle a changé de conversation, étant toujours
-embarrassée. En sortant de chez elle, je lui ai encore dit que
-j'espérois qu'elle me pardonnoit; elle m'a répondu que ce n'étoit que
-la crainte qu'elle avoit eue d'être oubliée de moi qui l'avoit fâchée,
-m'aimant beaucoup, et qu'elle espéroit que cela ne seroit jamais.--Je
-lui ai dit que je tâcherois de mériter son amitié, et que je lui
-demandois de me conserver toujours la sienne. De là je suis revenue et
-ai mandé cela à la Reine, et puis à mon petit ange. Je ne puis te
-celer que je n'ai que la moitié des torts dont je suis convenue; mais
-il faut mettre la paix dans la maison, et dans ce quartier-là il
-faudroit au moins M. Le Chat pour l'établir bien solidement.
-
-A propos, mon ange, je t'en prie, si tu as le temps, fais chercher
-Campana; fais-toi peindre pour ta petite servante; dis-lui de faire
-ton portrait de la grandeur de ceux des médaillons, et coiffée et
-habillée comme celui qu'il a fait de moi, et qui n'est pas comme le
-tien. Ne va pas l'oublier, car je te tuerois ainsi que ton fils.
-Mande-moi de ses nouvelles, et fais dépêcher Campana. La baronne doit
-revenir aujourd'hui, ainsi je ne te charge de rien pour elle, mais dis
-à madame de Travanet que je meurs d'envie de la voir; et dis aussi à
-la personne qui n'ose se nommer qu'elle ait soin d'acheter des
-polonoises, pour pouvoir rester chez la baronne, quand j'irai, ce qui,
-j'espère, sera bientôt. En vérité, madame Angélique, vous devez être
-bien contente de moi, car mes lettres sont assez longues et les lignes
-assez serrées; je vais arranger mes affaires et tu les trouveras en
-très-bon ordre. Mande-moi toutes les grimaces qu'a faites ta
-belle-soeur pendant le mariage, et toutes les bêtises qu'elle aura
-dites, qui certainement t'ont beaucoup ennuyée si tu les as écoutées,
-et qui m'amuseront beaucoup en les lisant. Adieu, ma petite soeur
-Saint-Ange; il me paroît qu'il y a mille ans que je ne t'ai vue. Je
-t'embrasse de tout mon coeur, et suis de Votre Altesse
-
- La très-humble et très-obéissante servante et sujette.
-
- ÉLISABETH DE FRANCE,
- dite la Folle.
-
- Ce 27 novembre 1779.
-
- * * * * *
-
-II.
-
-A LA MARQUISE DE CAUSANS.
-
- Du 3 septembre 1784.
-
-Je vous ai fait promettre par votre fille de vous rendre un compte
-exact de ma journée de lundi[143]. Nous sommes parties à dix heures du
-matin: il faisait une pluie à verse; mais, malgré cela, tout le monde
-étoit de bonne humeur. Nous sommes arrivées, et avons été sur-le-champ
-à l'église; madame de Brébent y est entrée ensuite. La cérémonie a
-commencé, et tout s'est passé comme à celle de madame de Fontanges,
-excepté qu'elle a communié avec la même hostie sur laquelle elle avoit
-prononcé ses voeux; puis on l'a habillée, et elle a été sous le drap
-mortuaire. A suivi le moment que j'aime le mieux, qui est le baiser de
-paix. Il me fait toujours un effet que je ne puis rendre; c'est de si
-bon coeur que nous nous embrassons, quoique nous ne nous connoissions
-pas, qu'il est impossible de ne pas être attendrie; mais je n'ai
-pourtant pas pleuré: ce n'est pas mon usage. Pour Bombelles, elle
-étoit en sanglots, ce qui a été cause de grandes railleries, qu'elle a
-soutenues avec plus de courage que la migraine qui a suivi. Plusieurs
-de ces dames pleuroient aussi. Ainsi, vous n'eussiez pas été
-embarrassée, malgré les assistants. J'ai été fort heureuse, et voilà
-tout. Mais, le mercredi, j'avois oublié mon bonheur. Celui que je
-goûte ici est tranquille. Je m'occupe beaucoup depuis huit jours que
-j'y suis; j'écris des lettres innombrables: cela ne me plaît guère;
-mais lorsqu'on passe autant d'heures dans la journée sans voir autre
-chose que son chien, ma chère, on n'est pas fâché d'avoir ce genre
-d'occupation. Je vous prie de croire que sans cela j'en aurois
-beaucoup d'autres; par exemple le dessin. Il y a trois jours que je
-crie après M. B.[144] et qu'il ne vient pas: je meurs de peur qu'il ne
-soit mort. Quand je dis que je l'attends depuis trois jours, il faut
-compter que c'est depuis hier. Je vais commencer un petit dessin pour
-les dames de Saint-Cyr; il est charmant. Je n'ai pas dit à [Bombelles]
-que c'étoit pour elles, car je crois que cela l'auroit mise de
-mauvaise humeur.
-
-[Note 143: Madame Élisabeth assistait volontiers aux professions
-religieuses, y trouvant une sorte d'édification.]
-
-[Note 144: M. van Blarenberghe, maître de dessin de Madame Élisabeth
-et des princes, fils du comte d'Artois.]
-
-J'attends avec impatience des nouvelles des courses de vos enfants. Je
-ne doute pas qu'ils n'aient été reçus à merveille; mais je voudrois
-bien qu'il me fût permis de croire à la guérison de votre jambe: je ne
-désire rien tant. Enfin, mon coeur, je juge d'après toutes les
-souffrances que vous éprouvez, que vous faites votre purgatoire dans
-ce monde; car, malgré vos douleurs, votre caractère est toujours le
-même: toujours la même amabilité, la même confiance en Dieu, enfin la
-même résignation, sans compter toutes les vertus qui naissent de cette
-résignation. Comment pouvez-vous, malgré toutes vos douleurs de corps
-et d'esprit, vous croire trop heureuse? C'est une grâce bien
-particulière de Dieu. Je l'en bénis, et de ce qu'il m'a choisie pour
-en être l'instrument. Soyez sûre, mon coeur, que rien ne me peut
-faire plus de plaisir que de penser que j'ai pu adoucir un peu
-l'amertume de vos maux. Que vous êtes bonne de m'associer à vos
-prières! Oui, mon coeur, aucune de vos enfants ne vous oubliera, je
-puis vous en répondre. J'oubliois de vous dire que, malgré le monde,
-j'avois passé quelque temps avec mon dépôt dans la chambre du conseil,
-et une grande partie du reste avec D.[145] et plusieurs autres dames.
-
-[Note 145: La comtesse Diane de Polignac, dame d'honneur de Madame
-Élisabeth.]
-
-Votre fille fera bien d'arriver, car je serois capable de lui enlever
-son trésor. Je sens que je m'y attache beaucoup, et je me propose de
-lui en faire peur.
-
- * * * * *
-
-III.
-
-A MADAME MARIE DE CAUSANS.
-
- 8 décembre 1785.
-
-Je suis émue et affligée au dernier point, mon coeur, de l'état de
-votre mère: l'arrêt de Séguy[146] me fait frémir. J'écrirai à madame
-de Lastic[147] pour que l'on trouve des prétextes pour faire rester
-votre soeur à Fontainebleau. Ils seront d'autant plus aisés que,
-quoiqu'elle soit bien, de longtemps elle ne sera en état d'être
-transportée. Si vous ne craignez pas d'attendrir votre mère, dites-lui
-combien je partage ses douleurs, que je voudrois les prendre toutes,
-que je suis bien affligée de ne pouvoir lui rendre les soins que la
-tendre amitié que j'ai pour elle me dicteroit. Il m'en coûte bien,
-depuis trois semaines, d'être princesse: c'est une terrible charge
-souvent, mais jamais elle n'est plus désagréable que lorsqu'elle
-empêche le coeur d'agir.
-
-[Note 146: Médecin du Roi, n'ayant quartier.]
-
-[Note 147: Fille du marquis de Montesquiou-Fezensac, qui avait pris
-dans la révolution un parti dont sa famille était fort affligée.]
-
-Vous avez sous vos yeux, mon coeur, le triomphe de la religion: je ne
-doute pas que vous n'éprouviez, dans l'occasion, qu'elle seule peut
-nous faire supporter le malheur, et, s'il étoit possible, le rendre
-léger. Croyez que vous aurez la grâce d'une résignation parfaite à la
-volonté de Dieu. Il ne faut qu'un véritable désir pour l'obtenir, et
-vous sentez trop combien elle vous est nécessaire pour ne pas la
-désirer vivement. Espérez tout de ce Père qui vous aime si tendrement;
-il vous soutiendra, il partagera votre peine et la rendra moins
-pesante. Pardon, mon coeur, de ce petit morceau de sermon, quoiqu'il
-soit médiocre: dans la position où vous êtes, l'on est toujours bien
-aise d'entendre un peu parler de Dieu. C'est ce qui m'a encouragée à
-cette insolence.
-
-Je prierai certainement les dames de Saint-Cyr de prier pour votre
-mère, et elles le feront de tout leur coeur, car elles aiment beaucoup
-votre mère. Je vous en prie, dites-lui que je prie aussi pour elle.
-J'ai eu peur, le jour que je l'ai vue, qu'elle ne fût fâchée, parce
-que je lui ai dit que je ne priois pas; et quoiqu'elles soient bien
-mauvaises, je les fais depuis ce moment exactement.
-
-Madame de Choiseul[148] n'aura votre lettre que demain, parce que ces
-vilains pots[149] sont d'une inexactitude affreuse et qu'elle n'est
-arrivée que très-tard: le courrier était parti. Adieu, mon coeur;
-j'espère que vous avez un peu d'amitié pour moi: cela me feroit bien
-plaisir, vous aimant beaucoup. Je vous embrasse de tout mon coeur.
-
-[Note 148: Madame la comtesse de Choiseul-Gouffier, femme de
-l'ambassadeur du Roi à Constantinople.]
-
-[Note 149: Voitures du temps qui étaient encore en usage sous la
-Restauration et stationnaient sur la place Louis XV; elles étaient
-alors connues sous le nom de coucous.]
-
- * * * * *
-
-IV.
-
-A MADAME MARIE DE CAUSANS.
-
- 14 décembre 1785.
-
-Votre lettre m'a touchée, mon coeur, à un point que je ne puis rendre
-que foiblement: la résignation et le courage de votre mère, son désir
-de recevoir encore Celui qui lui donne la paix et la tranquillité,
-l'état où vous êtes, tout ce que vous me dites, m'a émue à un point
-extrême. J'ai été bien attendrie de son souvenir, je vous l'ai déjà
-dit, mon coeur; mais je ne puis trop le répéter: c'est une vraie peine
-pour moi de ne pouvoir la soigner. Si je n'avois pas craint de
-l'émouvoir, j'aurois au moins été la voir; mais je me suis refusé
-cette consolation. Mais, mon coeur, si elle marquoit le moindre désir
-que j'y allasse, j'espère que vous me le manderiez, et que vous
-n'auriez nulle crainte de me faire voir un spectacle aussi touchant:
-il ne pourroit que m'édifier. Cependant, ne faites point naître ce
-désir: il seroit trop dangereux s'il ne venoit point d'elle.
-
-Il seroit bien difficile que vous ayez des consolations sensibles dans
-le moment où vous êtes; mais votre résignation vous en attirera; et si
-vous voulez bien vous examiner, mon coeur, le calme que vous
-ressentiez ce matin ne vient-il pas de Dieu, peut-être même de la
-lecture que vous avez faite cette nuit, qui ne vous a point fait effet
-dans le moment, mais qui a gravé dans votre coeur les vérités qu'elle
-contient, et dont vous vous faites l'application sans vous en douter?
-Croyez que Dieu a beau avoir l'air sévère, il est toujours plein de
-miséricorde pour ceux qui le servent fidèlement. Ne recherchez point
-des consolations dans ce moment, ce ne seroit pas le moyen d'en
-obtenir; contentez-vous de continuer, comme vous faites, à lui offrir
-à tous moments vos peines et le sacrifice qu'il exige peut-être de
-vous. Regardez en même temps tout ce qui peut être un sujet de
-consolation: jugez votre malheur d'après celui des autres, et vous
-verrez encore que vous êtes moins à plaindre que vos soeurs. Vous
-jouissez au moins des derniers moments où vous pouvez voir, entendre
-votre mère, et lui rendre tous les soins que votre coeur vous dicte;
-au lieu qu'elles joindront au malheur de ne la plus voir celui de ne
-l'avoir pas vue jusqu'au dernier moment. Que cette idée vous fasse
-supporter votre peine, sans vous pénétrer de celle à venir des autres.
-Raigecourt ne saura pas de sitôt nos inquiétudes; je prierai madame de
-Lastic de me mander quand elle voudra revenir, pour que vous y
-envoyiez quelqu'un. On ne m'avoit point mandé qu'elle fût inquiète et
-agitée, mais qu'elle parloit souvent de son fils, et qu'on la
-distrayoit de cette idée. Je n'en suis pas fâchée; cela prouve qu'elle
-recouvre toutes ses facultés. Le pauvre curé qui a eu la bêtise de lui
-dire, en a, dit-on, une attaque de chagrin. Je suis bien aise pour
-votre mère, et pour vous surtout, que l'abbé Lenfant[150] soit venu;
-il vous aura fait du bien par sa morale et sa douceur, qui prêche
-aussi bien que lui.
-
-[Note 150: Né à Lyon le 6 septembre 1726, l'abbé Lenfant, jésuite,
-avait été prédicateur du roi de Pologne Stanislas et de l'empereur
-Joseph II. Rentré en France, il fut choisi par Louis XVI pour son
-confesseur, lorsque l'abbé Poupart, curé de Saint-Eustache, eut prêté
-serment à la constitution civile du clergé. Conduit à l'Abbaye après
-la catastrophe du 10 août, il y fut massacré dans la matinée du 3
-septembre.
-
-«Le lundi 3 septembre, raconte Saint-Méard, à dix heures du matin,
-l'abbé Lenfant et l'abbé de Rastignac parurent dans la tribune de la
-chapelle qui nous servoit de prison. Ils nous annoncèrent que notre
-dernière heure approchoit, et nous invitèrent à nous recueillir pour
-recevoir leur bénédiction. Un mouvement électrique impossible à
-définir nous précipita tous à genoux, et, les mains jointes, nous la
-reçûmes. Ce moment, quoique consolant, fut un des plus terribles que
-nous ayons éprouvés. A la veille de paroître devant l'Être suprême,
-agenouillés devant deux de ses ministres, nous présentions un
-spectacle indéfinissable. L'âge avancé de ces deux vieillards (l'abbé
-Lenfant avait soixante-dix ans), leur position au-dessus de nous, la
-mort planant sur nos têtes et nous environnant de toutes parts, tout
-répandoit sur cette cérémonie une teinte auguste et lugubre; elle nous
-rapprochoit de la Divinité; elle nous rendoit le courage; tout
-raisonnement étoit suspendu, et le plus froid, le plus incrédule en
-reçut autant d'impression que le plus ardent et le plus sensible. Une
-demi-heure après, ces deux prêtres furent massacrés, et nous
-entendîmes leurs cris. (_Agonie de trente-huit heures._)]
-
-J'espère, mon coeur, que vous serez convaincue que dans tous les temps
-vous trouverez en moi une amie prête à vous rendre tous les services
-que cette même amitié exigera, et que je n'oublierai jamais celle que
-votre mère veut bien avoir pour moi, qui en suis peut-être digne par
-le prix que j'y attache et le tendre retour dont je la paye. Je vous
-embrasse mille fois de tout mon coeur. J'espère que vous ne montrez
-mes lettres à personne: elles ne sont bonnes que pour vous, qui voulez
-bien les souffrir.
-
- * * * * *
-
-V.
-
-A MADAME MARIE DE CAUSANS.
-
- [Cette lettre est écrite au commencement de l'année 1786, après
- la réception de celle qui annonçait la mort de madame de Causans,
- arrivée le 5 janvier 1786.]
-
-Votre lettre m'a pénétrée, mon coeur, et d'admiration et de douleur.
-Oui, certainement, votre mère jouissoit déjà du bonheur qui lui est
-réservé: il est impossible de n'être pas consolé de la voir pénétrée
-de l'amour de Dieu et du désir de le posséder à jamais. Vous êtes bien
-heureuse, mon coeur, d'avoir aussi bien profité des exemples d'un
-aussi bon modèle. Dieu vous en récompensera, en vous accordant les
-grâces dont vous avez besoin dans cette occasion. Ayez confiance en
-lui, mon coeur: il n'abandonnera ni votre soeur ni vous, et lui
-donnera la force de soutenir cet assaut. Votre frère mandera à madame
-de Lastic ce qu'il voudra qu'elle fasse: elle pense qu'il faut
-attendre, pour commencer à lui dire que votre mère est malade, qu'elle
-soit retournée et l'amener à Versailles, sans lui rien dire de plus,
-pour éviter qu'elle retombe malade là-bas. Lorsqu'elle le saura, il me
-semble que rien ne peut vous empêcher de venir la voir. Cependant je
-vous prie de ne pas le faire sans que les médecins aient décidé qu'il
-n'y a pas d'inconvénients. Et soyez sûre que nous hâterons ce moment
-le plus que nous pourrons pour la consolation des deux, car je ne
-doute pas qu'elle ne le désire beaucoup.
-
-Vous n'avez pas besoin de la prier de se souvenir de vous. Soyez sûre,
-mon coeur, qu'elle ne cessera de veiller sur ses enfants, et de
-demander tout ce qui leur sera utile: aussi suis-je bien
-reconnoissante que vous m'ayez mise du nombre. Je redoute, comme vous,
-ces foiblesses qui vous ont effrayée: il faut mettre, à son exemple,
-nos craintes et nos désirs au pied du crucifix; lui seul peut nous
-apprendre à supporter les épreuves auxquelles le Ciel nous destine.
-C'est là le livre des livres, mon coeur: lui seul élève et console
-l'âme affligée. Dieu étoit innocent, et il a souffert plus que nous ne
-pourrons jamais souffrir et dans notre coeur et dans notre corps: ne
-devons-[nous] pas nous trouver heureuses d'être aussi intimement unies
-à Celui qui a tout fait pour nous? Que cette idée nous encourage, mon
-coeur, nous fortifie! Il y a de cruels moments à passer dans la vie;
-mais c'est pour arriver à un bien précieux pour quiconque est un peu
-pénétré d'amour de Dieu: et qui sait si nous n'y serons pas bientôt, à
-cet instant redouté de tant de personnes, et si désiré de votre mère!
-Tâchons de mériter qu'il soit aussi calme et aussi exemplaire.
-
-Quoique je vous exhorte, mon coeur, à la résignation, je puis vous
-assurer que je suis bien loin de l'être et pénétrée des grandes
-vérités dont je vous parle.
-
-Je n'ai point envoyé Loustonneau à Fontainebleau; c'est lui qui, par
-amitié pour votre soeur, y a été: il reviendra demain, l'après-midi.
-Adieu, mon coeur; j'espère que vous êtes convaincue de l'amitié que
-j'ai pour vous, et que je n'ai pas besoin de vous l'assurer davantage.
-
-Si vous allez à Suzy, vous continuerez à m'écrire, lorsque vous en
-aurez envie et besoin. Je n'en sais plus l'adresse. Je vous embrasse
-de tout mon coeur.
-
- * * * * *
-
-VI.
-
-A MADAME MARIE DE CAUSANS.
-
- Ce 10 avril 1786.
-
-Enfin, mon coeur, cette lettre vous trouvera à Paris. Je suis une bien
-ingrate créature: vous êtes si généreuse dans vos sacrifices, qu'il
-est indigne à moi de vous parler du bonheur que j'éprouve de sentir
-votre soeur plus près de moi. Je voudrois bien être déjà au mardi de
-Pâques: cela n'est pas trop bien; car cette semaine est bien bonne,
-bien sainte, bien capable de renouveler en nous cette ferveur qui a
-tant de penchant à se refroidir. Vous serez peut-être affligée de vous
-retrouver à Paris, et vous le serez surtout d'entrer à Bellechasse:
-cela est parfaitement simple; mais, mon coeur, vous êtes destinée à y
-vivre; il faut vous y rendre heureuse; et pour cela il faut vous faire
-un plan de vie tout occupée, où le monde n'entre pour rien, dont rien
-ne vous dérange, que vous suiviez du moment même où vous aurez mis le
-pied dans le couvent. Vous allez me trouver bien sévère; mais, mon
-coeur, l'homme est si foible, que nécessairement il se relâche
-toujours dans ses bonnes résolutions; et vous seriez bien étonnée si,
-ne vous ayant pas forcée dans le commencement, malgré tout ce que vous
-vous êtes promis, de découvrir, au bout de deux mois, que vous n'avez
-pas suivi votre plan, et que vous avez une peine presque insurmontable
-à vous y remettre! Je vous en parle par expérience: j'ai été
-très-dissipée cette année; le voyage de Saint-Cloud, et même l'été,
-m'avoient absolument ôté le goût de la vie presque solitaire que je
-mène. Je m'ennuyois, je me déplaisois chez moi; et enfin, si une grâce
-particulière ne fût venue m'aider, j'aurois peut-être fini par haïr
-parfaitement la vie tranquille et douce, loin du tumulte de ce monde,
-qui n'a que trop de charmes pour un coeur qui craint de rentrer en
-lui-même et de se voir tel qu'il est. Vous êtes, Dieu merci, loin de
-cet état; mais vous avouez vous-même que vous aimeriez le monde, le
-spectacle: vous n'y êtes pas destinée; votre état, votre âge, vos
-principes, les ordres de votre mère. Il faut donc éviter tout ce qui
-peut vous faire sentir ce vide, cet abandon, ce besoin que votre coeur
-a d'attachements, toutes armes dont le démon se sert et dont il se
-servira avec bien plus de force et de malice dans le moment où vous
-quitterez votre soeur. Il faut user de votre courage, mon coeur, de
-votre religion. Vous avez le bonheur d'avoir un confesseur en qui vous
-pouvez avoir toute confiance; c'est un grand don du Ciel: profitez-en:
-ouvrez-lui votre coeur sans aucune réserve; la plus petite vous
-priveroit peut-être de bien des grâces; et quel soulagement
-n'éprouve-t-on pas de pouvoir verser toutes ses peines dans le sein
-d'un ami sincère, éclairé, qui vous présentera toujours le véritable
-remède, qui vous entendra parfaitement lorsque vous lui parlerez de
-votre mère, de vos regrets, des lumières que vous trouviez en elle et
-qui vous manquent maintenant; qui vous rappellera les grands exemples
-qu'elle vous a donnés toute sa vie!
-
-J'ai fait mes pâques ce matin; je me suis remis à la mémoire une
-certaine semaine sainte que j'ai passée avec votre mère. Que nous
-étions heureuses! jamais je n'en passerai de pareille. Mais elle m'a
-promis que je persévérerois; elle en sera la cause: ses exemples
-pendant sa vie, cette dernière parole, la lettre qu'elle m'a écrite,
-tout me donne de la confiance. Vous lui avez dit de me regarder au
-nombre de ses enfants: ah! j'y suis bien de coeur, car je l'aimois
-bien tendrement. Mais j'ai peur de vous attendrir en vous rappelant un
-souvenir aussi touchant que pénible pour votre coeur. Je me suis
-laissée aller au désir du mien en parlant d'un objet aussi intéressant
-pour l'un que pour l'autre: n'en parlez pas à votre soeur; sa santé
-exige plus de ménagement. Pardon aussi de mon sermon.
-
- * * * * *
-
-VII.
-
-A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
-
- Samedi [vraisemblablement de l'année 1786].
-
-Je possède au monde deux amies, et elles sont toutes deux loin de moi.
-Cela est trop pénible: il faut absolument que l'une de vous revienne.
-Si vous ne revenez pas, j'irai à Saint-Cyr sans vous, et je me
-vengerai encore en mariant notre protégée sans vous. Mon coeur est
-plein du bonheur de cette pauvre enfant qui pleure de joie, et vous
-n'êtes pas là! J'ai visité deux autres familles pauvres sans vous!
-J'ai prié Dieu sans vous! Mais j'ai prié pour vous, car vous avez
-besoin de sa grâce, et j'ai besoin qu'il vous touche, vous qui
-m'abandonnez. Je ne sais pas comment cela se fait, je vous aime
-cependant toujours tendrement.
-
- ÉLISABETH-MARIE.
-
- * * * * *
-
-VIII.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Ce 27 novembre 1786.
-
-Tu vois que je t'obéis, mon enfant, car me voilà encore. Tu me gâtes;
-tu m'écris bien exactement, cela me fait bien plaisir; mais j'ai peur
-que tu ne te fasses mal à la tête. Il faut te ménager. Je prêche
-contre mon intérêt, car je suis bien heureuse lorsque je reconnois ton
-écriture; mais je t'aime, et j'aime mieux la santé que tout. Je suis
-bien aise que tu souffres mon bavardage avec tant de patience. Tu dis
-que Fontainebleau ne m'a pas gâtée, j'aime à le croire. Tu trouveras
-peut-être cette phrase un peu orgueilleuse; mais je t'assure, mon
-coeur, que je suis pourtant loin de croire que je puisse en rester là.
-Je sens que j'ai encore bien du chemin à faire pour être bien selon
-Dieu. Le monde juge bien légèrement, et sur peu de chose il vous
-établit une bonne ou mauvaise réputation. Il n'en est pas ainsi de
-Dieu: il ne vous juge que sur l'intérieur; et plus l'on en impose au
-dehors, plus il sera sévère pour le dedans. Je lisois l'autre jour un
-discours de l'abbé Asselin[151], sur la nécessité de se sanctifier,
-chacun dans l'état où le Ciel l'a placé; je vous assure, mon coeur,
-qu'il fait frémir pour ceux qui disent: «Je veux être bien, mais je
-n'ai pas la prétention d'être saint.» Il relève cela avec une force
-qui en prouve le ridicule d'une manière où il n'y a rien à répliquer.
-En tout, ce livre est superbe. Je suis fâchée de ne l'avoir pas connu
-avant ton départ, car je suis sûre qu'il t'auroit fait plaisir. Je ne
-sais si je t'ai dit que tu m'avois redonné du zèle pour l'abbé Nollet.
-Je vais le reprendre avec un peu plus de suite. J'aimerai à m'occuper
-de ta science favorite[152]; mais je n'espère pas y réussir comme
-toi:--Souvent mon esprit est ailleurs.
-
-[Note 151: Ce docteur de Sorbonne, principal du collége d'Harcourt,
-était né à Vire en 1682, et avait pris le goût de la poésie dans la
-compagnie de Thomas Corneille. Ses vers, empreints d'un caractère
-religieux, furent couronnés aux Jeux floraux, voire à l'Académie
-française; ce qui ne l'empêcha pas de mourir presque ignoré dans sa
-retraite, à Issy, le 11 octobre 1767.]
-
-[Note 152: La physique, dont l'abbé Nollet avait fait une étude
-particulière, et dont il avait répandu le goût en France. Ce savant,
-né en 1700 au village de Pimpré, près de Noyon, mourut entre les bras
-de ses élèves le 24 avril 1770, aux galeries du Louvre, où le Roi lui
-avait accordé un logement.]
-
-Je suis convaincue de ce que tu me mandes de tes succès: tu es faite
-pour en avoir. Si en France on a le mauvais goût de ne pas admirer ta
-grâce, au moins tu as la consolation de savoir que l'on t'aime pour de
-meilleures raisons. Je ne serois pas fâchée que la nécessité de faire
-des frais et de te rendre aimable te donne un peu plus d'habitude du
-monde, quoique tu aies ce qu'il faut pour y être bien, et qu'en effet
-tu y sois très-joliment. Un peu plus d'habitude ne te fera pas de mal.
-Je suis bien insolente ou bien mondaine, n'est-il pas vrai, mon coeur?
-Tu me pardonnes, j'espère, le premier, et tu ne crois pas au second.
-Ne va pourtant pas prendre les manières portugaises. Elles peuvent
-être parfaites, mais j'aime que tu ne te formes pas sur elles. Tu es
-bien bête d'avoir eu peur à tes audiences, puisque ton compliment
-étoit fait. Je trouve qu'il n'est embarrassant de parler que lorsque
-l'on ne s'est pas fait un discours. Étoit-il de toi? J'ai bien ri de
-ton _molto obligato_: cela tient beaucoup de l'_effecticement_ de ton
-cher cousin.
-
-J'ai bien envie de savoir des nouvelles de Charles. S'il étoit ici et
-que tu t'avisasses d'être inquiète, je me moquerois bien de toi. Aussi
-ne le suis-je pas; mais je voudrois que tu dormisses; rien n'est plus
-sain pour toi.
-
-Je suis à Montreuil depuis neuf heures; il fait un temps charmant. Je
-me suis promenée avec R...[153] pendant une heure presque trois
-quarts. Lastic est restée avec Amédée, qui est grandie et embellie que
-c'est incroyable. Madame d'Albert de Rioms vient dîner chez moi, ce
-qui fait que ma lettre sera moins longue. Il faut pourtant que je te
-conte que madame du Chastelet est dame d'honneur de ma tante; après
-avoir bien dit qu'elle ne vouloit pas faire planche, elle a accepté.
-Je trouve que c'est complétement ridicule d'avoir fait bien du bruit,
-pour finir par se soumettre à la volonté du Roi, qui ne veut pas la
-titrer, car voilà ce qui lui tenoit au coeur. On est malheureux
-d'être ambitieux. Cela fait faire souvent de grandes bêtises. Ton
-collègue me fait frémir, et je suis bien aise que M. de Bombelles ne
-soit pas tenté de le prendre pour modèle. A propos de lui, la duchesse
-de Duras, que j'ai vue hier (et avec qui je suis comme un bijou), est
-un peu fâchée contre ton mari. Il lui avoit promis des instructions
-pour son fils, devoit les lui porter, ensuite les lui envoyer de
-Brest; mais il en a été comme de mon voyage, il est parti sans les lui
-donner. Elle m'en a parlé d'une manière qui t'auroit touchée, sans
-aucune aigreur; mais les larmes lui sont venues aux yeux en pensant
-que c'étoit un moyen de moins pour préserver son fils des dangers
-auxquels il va être exposé. Que ton mari répare bien vite avec toute
-la grâce dont il est capable. Tu as bien raison, mon coeur, de
-t'appliquer dans les commencements à te vaincre; sans madame de
-Travanet, tu serois perdue si tu cédois une fois, et deux ans sont
-bien longs à passer ensemble. Nous en parlerons plus amplement dans un
-autre moment. Je me dépêche trop pour avoir le sens commun, et je
-griffonne trop. Adieu; ces dames t'embrassent de tout leur coeur, et
-moi aussi. Que n'est-ce vrai!
-
-[Note 153: Madame de Raigecourt.]
-
- * * * * *
-
-IX.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Ce 9 avril 1787.
-
- (_Lisez Mathieu Loensberg_[154].)
-
-[Note 154: Ces trois mots, placés en tête de la lettre, sont de la
-main de Madame Élisabeth.]
-
-M. de Calonne est renvoyé d'hier; sa malversation est si prouvée, que
-le Roi s'y est décidé, et que je ne crains pas de te mander la joie
-excessive que j'en ressens et que tout le monde partage. Il a eu ordre
-de rester à Versailles jusqu'au moment où son successeur sera nommé,
-pour lui rendre compte des affaires et de ses projets. On vient de me
-mander que c'étoit M. de Fourqueux qui le remplace. On me mande aussi
-que M. le Garde des sceaux est renvoyé, et M. de La Moignon a sa
-place. Je sais toujours si mal les nouvelles, par des voies si peu au
-fait, que je n'ose pas t'assurer ces dernières. Mais pour M. de
-Calonne, j'en suis bien sûre. Une de mes amies disoit, il y a quelque
-temps, que je ne l'aimois pas, mais que dans peu je changerois. Je ne
-sais si son renvoi y contribuera; il auroit fallu qu'il fît bien des
-choses pour me faire changer sur son compte. Il doit être un peu
-inquiet sur son sort. On dit que ses amis font une très-bonne
-contenance. Je crois que le diable n'y perd rien, et qu'ils sont loin
-d'être satisfaits. C'est M. de Montmorin qui lui a donné son audience
-de congé. J'espère que le baron de Breteuil n'aura pas voulu s'en
-charger; cela lui feroit honneur[155]. L'Assemblée continuera comme
-auparavant et sur les mêmes plans. Les Notables parleront avec plus de
-liberté, quoiqu'ils ne s'en gênassent guère, et j'espère qu'il en
-résultera du bien. Mon frère a de si bonnes intentions, il désire tant
-le bien, de rendre ses peuples heureux; il s'est conservé si pur,
-qu'il est impossible que Dieu ne bénisse pas toutes ses bonnes
-qualités par de grands succès. Il a fait ses pâques aujourd'hui. Dieu
-l'aura encouragé, lui aura fait connoître la bonne voie: j'espère
-beaucoup. Dans son compliment, le prédicateur l'a infiniment encouragé
-à prendre conseil de son coeur. Il avoit bien raison, car il est bien
-bon et bien supérieur à toute la Cour réunie. J'ai l'air d'une vraie
-campagnarde; je te dis que l'on m'a mandé tout cela, c'est que je suis
-à Montreuil depuis midi. J'ai été à vêpres à la paroisse. Elles sont
-aussi longues que l'année passée, et ton cher vicaire chante l'_O
-filii_ d'une manière aussi agréable. Des Es. a pensé éclater, et moi
-de même.
-
-[Note 155: Le baron de Breteuil, alors ministre de la maison du Roi et
-du département de Paris, avait été représentant du Roi près l'électeur
-de Cologne, près Catherine II, près le roi de Suède, puis avait
-remplacé le cardinal Louis de Rohan près l'empereur d'Autriche. Dans
-les phases diverses de sa carrière, il avait conquis l'estime de tous
-les gens de bien.]
-
-Je suis au désespoir du sacrifice que tu me fais de ton singe,
-d'autant que je ne pourrai le garder; ma tante Victoire a une peur
-affreuse de ces animaux et seroit fâchée peut-être que j'en eusse un.
-Ainsi, mon coeur, malgré toutes ses grâces et la main dont il me
-vient, il faudra s'en détacher. Si tu veux, je te le renverrai, sinon
-j'en ferai présent à M. de Guéménée. J'en suis au désespoir, je sens
-que c'est très-maussade, que cela te contrariera beaucoup, et j'en
-suis d'autant plus fâchée. Ce qui me console, c'est qu'à cause de tes
-enfants tu serois peut-être obligée de t'en défaire, parce que cela
-pourroit être dangereux.
-
-Félicie devient très-gentille, sa tache s'efface beaucoup; j'espère
-qu'elle ne paroîtra pas du tout. Avant ton arrivée, quoique je sois
-charmée du départ de M. de Calonne, j'ai peur que la petite ne s'en
-affecte pour son père, quoique pourtant il n'y gagne ni n'y perde, pas
-même un protecteur.
-
-Tu es d'une philosophie qui m'enchante, mon coeur; tu en seras plus
-heureuse, et tu sais si je désire de te le savoir. Je ne comprends pas
-trop pourquoi tu dis que M. de C.[156] est mauvais politique; il me
-semble que l'on est fort content de lui, qu'il a fait d'assez belles
-choses, et que M. de Ségur vient de faire la bêtise la plus pommée que
-l'on puisse voir en accompagnant l'Impératrice sur la route de
-Kherson. Elle remue terriblement, la bonne dame, ce qui me déplaît
-beaucoup: je suis partisante du repos. En conséquence, ce que je t'ai
-mandé pour Minette n'aura, je crois, pas lieu. Ce n'étoit pas un homme
-assez bien né. Pour l'autre, mon coeur, je crois qu'il faut attendre
-comme nous avons déjà fait. Il y a bien des choses à voir et pour elle
-et pour moi. Car il ne suffit pas de trouver des gens qui prêtent; il
-faut voir comment on rendra, et si l'on ne se mettra pas dans
-l'impossibilité de faire d'autre chose nécessaire et pour le moins
-aussi juste. Tout cela, mon coeur, il sera temps d'y penser quand
-j'aurai vingt-cinq ans. Jusque-là.....
-
-[Note 156: Le maréchal de Castries.]
-
- * * * * *
-
-X.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Ce 8 février 1788[157].
-
-[Note 157: La reproduction de cette lettre et des deux suivantes,
-jusqu'à ce jour inédites, est interdite.]
-
-Ta lettre me fait bien de la peine, ma petite, par l'excessive
-inquiétude où tu étois de la pauvre Félicie. Tu auras su, bientôt
-après, sa mort, et le courage de sa mère; elle va bien à présent:
-l'enfant qu'elle va avoir la distraira de la perte qu'elle a faite,
-surtout nourrissant. Elle t'aura sûrement mandé que tous les avis de
-ce pays étoient contre, et que c'est un médecin de Stuttgard qui l'a
-décidée; j'ai peur qu'elle n'ait pas tout à fait raison. Cependant
-comme elle mènera une vie plus calme qu'à sa première nourriture,
-l'enfant pourra devenir plus fort. Je crois qu'elle ne me pardonneroit
-pas si elle savoit ce que je pense sur cela. Je voudrois bien que tu
-eusses le temps de la voir un peu avant son départ. Je ne t'avois
-point parlé de la maladie de Félicie, parce que ta mère étoit à Paris,
-et que je ne savois pas ce que l'on te mandoit, ce qui a fait que je
-ne t'ai pas écrit aussi la première poste après sa mort.
-
-J'ai montré à ta mère ce que tu me marques pour ton logement; je
-voudrois que tu eusses celui de la Chapelle, mais il ne te convient
-pas, à ce que l'on te dit, et puis il est bien un peu cher, je crois
-qu'il va à cinq mille livres; mais il a l'agrément d'être le plus près
-de la pièce du Dragon, quoiqu'il y ait une très-petite rue à passer;
-enfin, ta mère, ton frère, la Chapelle, amies et Raigecourt, s'en
-occupent tant qu'ils peuvent; ainsi, si tu n'es pas bien logée, ce
-sera faute de s'entendre, plutôt que manque de s'en occuper.
-
-Mon neveu[158] est toujours dans un état très-inquiétant, l'on ne s'en
-doute pas, ce qui me fait espérer qu'il s'en tirera; car, si tu t'en
-souviens, cela lui a porté bonheur dans le temps où il a été à la
-Muette. Cette tranquillité évite bien des peines, mais aussi le coup
-est-il bien plus cruel lorsqu'il est inattendu. Je crois t'avoir déjà
-dit tout cela, mais c'est que j'en suis pénétrée.
-
-[Note 158: Le premier Dauphin.]
-
-Raigecourt est toujours grosse, et je crois que, cette fois-ci, c'est
-pour tout de bon: elle a passé l'époque de sa seconde fausse couche et
-se ménage assez pour croire qu'elle n'aura pas d'accidents; le seul
-qu'elle ait jusqu'à ce moment, ce sont des maux de coeur affreux et
-une peur pas mal grande, qu'elle a dissimulée le plus qu'elle peut,
-mais qui, malgré cela, est très-visible. Si par hasard tu lui écris,
-ne lui en parle pas.
-
-Le Parlement, dit-on, va encore s'assembler pour les lettres de
-cachet. Tout cela est du rabâchage pour ce moment-ci. Je voudrois
-qu'il ne fut plus question de lui lorsque tu reviendras, pour le bien
-que je te veux, car il est bien ennuyeux, presque autant que le temps,
-qui, hier, étoit superbe, doux, un beau soleil; aujourd'hui, il fait
-noir et froid, ce qui, comme tu sais, ne m'empêche pourtant pas de
-sortir. En conséquence je te quitte pour aller rejoindre M. Huvé[159],
-et donner des ordres. Je suis tout étonnée de penser que, l'année
-prochaine, je serai au moment de coucher ici; je sens que cela me
-paroîtra tout drôle. Adieu, ma petite, je t'aime et t'embrasse de tout
-mon coeur.
-
-[Note 159: Architecte des bâtiments royaux, restaurait en ce moment la
-maison de la princesse.]
-
-J'oubliois de te dire que je trouve ton D. un drôle d'homme de
-s'enflammer comme cela pour quelqu'un qu'il n'a jamais vu; tu feras
-très-sagement de traîner cette affaire en longueur, car je ne crois
-pas qu'elle ait lieu, et il vaut mieux que tu sois ici lorsqu'elle
-sera rompue tout à fait. Si tu étois encore en colère lorsque tu auras
-reçu ma lettre, tu l'auras tournée contre moi d'après ce que je te
-mandois, et cette idée m'affecte considérablement. Mon seul espoir est
-que ta fureur n'aura pas été longue. Adieu. Je te quitte tout de bon.
-
- * * * * *
-
-XI.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Sans date, mais vers 1788 ou 89.
-
-J'en suis à désirer que ton pauvre frère soit délivré de tous ses
-maux, et que sa vie ne se prolonge pas aux dépens de tout ce qu'il
-souffre au physique et au moral. Je suis désespérée de ne pouvoir
-partager les soins, et pense avec bien de la peine à l'état
-d'affliction où tu es en ce moment-ci. J'ai vu, ce matin, le
-baron[160]. J'y ai mené Bombon, qu'il a beaucoup caressé. J'ai été
-fort contente de ma conversation avec lui, et il a fini par me
-promettre de parler à la Reine et à la duchesse de Polignac. La seule
-chose qui m'ait déplu, c'est qu'il m'a dit qu'on vouloit donner
-C.....[161] à M. de la Luzerne. Il veut que je parle aussi à la Reine,
-mais il ne veut pas absolument que je parle de Dresde, prétendant
-qu'il ne faut lui présenter aucunes difficultés qui demandent
-réflexion, et je me suis promis, malgré cela, en me gardant bien de le
-lui dire, que je la prierois de déclarer qu'elle ne vouloit pas que tu
-fusses davantage en Allemagne. Somme toute, je suis contente. Je te
-ferai plus de détails quand je te verrai. Quoique ma lettre ennuie
-beaucoup les personnes qui me la voient écrire, il faut encore que je
-te dise que Rayneval, chez qui j'ai été avec madame Duval, m'a dit que
-le baron sortoit de chez lui, et qu'il lui avoit beaucoup parlé de
-toi. J'ai pensé que mon audience du matin n'y avoit rien gâté. Il faut
-encore que je te dise que j'ai fait un grand éloge au baron de ta
-raison, du froid et de la résignation avec lesquels tu soutenois
-toutes les persécutions que tu avois éprouvées; il est convenu de tout
-cela, et m'a dit qu'il avoit été parfaitement content de la manière
-dont tu lui avois parlé au sujet de tes affaires. Adieu, mon enfant,
-donne-moi de tes nouvelles demain matin; remercie ta soeur de ce
-qu'elle a bien voulu m'écrire, et dis à madame de Bombelles tout ce
-que j'éprouve pour elle dans ce moment-ci.
-
-[Note 160: M. de Breteuil.]
-
-[Note 161: Constantinople. Cette ambassade, dont les émoluments
-étaient considérables, était l'objet de l'ambition de M. de Bombelles,
-qui n'avait point de fortune, avait déjà plusieurs enfants, et était,
-par sa position officielle, obligé à une grande représentation. B.]
-
- * * * * *
-
-XII.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
-Je suis dans l'enchantement de l'énorme gratification qu'on vous a
-donnée; j'ai peur que le Roi ne se ruine avec ces libéralités-là. Si
-j'étois de ton mari, malgré la modestie de cette somme, je la
-laisserois à M. d'Harvelay, pour prouver à M. de Vergennes que vous
-demandez davantage, parce que vous en avez véritablement besoin, et
-pour qu'il voie bien que c'est pour payer vos dettes, et que, puisque
-vous donnez un si petit à-compte, quand vous en aurez davantage, vous
-l'emploierez au même usage. J'espère bien que l'année prochaine il
-vous en donnera un peu plus. J'ai commencé par la lettre de M. de
-Vergennes, je lisois bien vite, parce que je croyois que j'allois
-voir des choses superbes, et j'ai été un peu étonnée. Au reste, après
-avoir bien réfléchi, je ne crois pas que cela soit mauvaise volonté de
-sa part; mais comme on a été obligé de donner des gratifications pour
-les fêtes, elles ont pu gêner et diminuer celle-là.
-
-Adieu, mon coeur, j'espère que votre médecine vous fera du bien;
-tâchez de vous calmer.
-
- * * * * *
-
-XIII.
-
-A MADAME MARIE DE CAUSANS.
-
- [Dans les premiers mois de 1789.]
-
-Oui, certes, mon coeur, je vous écrirai avant que vous soyez au
-noviciat; mais j'espère bien qu'il ne vous sera pas défendu de
-recevoir des lettres après. Il est vrai que nous serons plus gênées
-par l'inspection de la maîtresse; mais cela ne m'empêchera pas de vous
-dire tout ce que je pense. Vous serez peut-être étonnée, mon coeur,
-que, d'après toutes les réflexions, consultations et épreuves que vous
-avez faites, je ne sois pas encore assez convaincue de la solidité et
-de la réalité de votre vocation, pour ne pas craindre que vous n'ayez
-pas réfléchi comme il faut. Premièrement, mon coeur, on ne peut
-connoître si une vocation est vraiment l'ouvrage de Dieu, que lorsque
-avec le désir de suivre sa volonté, l'on s'est pourtant permis de
-combattre de bonne foi le penchant qui porte à se consacrer à lui;
-sans cela, l'on court le risque de se méprendre, et de suivre une
-ferveur passagère qui tient souvent au besoin du coeur, qui, n'ayant
-pas d'objets d'attachement, croit se sauver du danger d'en former que
-le Ciel n'approuveroit pas, en se consacrant à Dieu. Ce motif est
-louable, mais il ne suffit pas; il tient à la passion, il tient au
-désir et au besoin que le coeur a de former un lien qui le remplisse,
-dans le moment, tout entier. Mais, je vous le demande, mon coeur, Dieu
-peut-il approuver cette offrande? peut-il être touché du sacrifice
-d'une âme qui ne se donne à lui que pour se débarrasser d'elle-même?
-Vous savez que, pour faire un voeu quelconque, il faut une volonté
-libre, réfléchie, dénuée de toute espèce de passion; il en est de même
-pour celui d'une religieuse, et ces dispositions sont encore plus
-essentielles. Le monde vous étoit odieux; mais étoit-ce dégoût ou
-regret? Ne croyez pas que si ce dernier l'emportoit, votre vocation
-soit naturelle et vraie. Non, mon coeur, le Ciel vous envoyoit une
-tentation, il falloit la supporter, et ne prendre votre résolution de
-vous consacrer à lui que lorsqu'elle auroit été passée.
-
-Deuxièmement, mon coeur, il faut avoir l'esprit bien mortifié pour
-prendre l'engagement que vous voulez prendre. Voilà l'essentiel, la
-véritable vocation. Tout ce qui tient au corps coûte peu, l'on s'y
-accoutume; mais il n'en est pas de même de ce qui tient à l'esprit et
-au coeur.
-
-Vous êtes tranquille sur le compte de d'Ampurie[162] parce que vous
-avez consulté l'archevêque; je rends hommage à ses vertus avec
-plaisir, mais permettez-moi de vous dire que, de l'aveu de ceux qui le
-connoissent le plus, il est impossible d'être moins capable de
-conduire une âme. Je ne vous en parle pas seulement d'après les
-autres, mon coeur, c'est d'après ce que j'ai vu. J'ai été dans le cas
-de connoître un prêtre que l'archevêque avoit laissé prêt à se livrer
-au plus grand désespoir, qu'il n'imaginoit de secourir ni de conseils
-ni de tout ce qui pouvoit contribuer à sa consolation. Cependant, mon
-coeur, ce n'étoit là que son strict devoir. Or, comment voulez-vous,
-d'après cela, que je sois tranquille sur le conseil qu'il vous a donné
-sur un simple aperçu, sans avoir causé avec vous, sans être entré dans
-des détails où il est impossible d'entrer par lettre, que je m'en
-rapporte au conseil du directeur du couvent, qui, tout honnête homme
-qu'il puisse être, ne peut pas être juge impartial dans cette affaire?
-
-[Note 162: Madame la marquise de Causans avait quatre filles:
-
-L'aînée, mademoiselle de Causans, avait épousé M. de Sade;
-
-La seconde, Caroline de Causans, titrée comtesse de Vincens, fut
-mariée au marquis de Raigecourt;
-
-La troisième, Marie de Causans, comtesse de Mauléon, après avoir perdu
-sa mère, était entrée comme novice au Saint-Sépulcre, à Bellechasse.
-Les troubles de la Révolution mirent forcément obstacle à la
-réalisation de son projet d'entrer en religion.
-
-Elle en éprouvait d'autant plus de regrets qu'elle avait sous sa garde
-sa jeune soeur, Françoise de Causans, comtesse d'Ampurie, dont il est
-ici question, et qui plus tard fut mariée au comte de Schulenburg.]
-
-Si d'Ampurie n'est pas mariée dans trois ans, et qu'elle soit obligée
-d'aller à son Chapitre, vous en rapporterez-vous à ses dix-huit ans,
-pour croire qu'elle aura toujours une conduite sage, mesurée, qu'elle
-n'aura pas besoin du conseil d'une amie, d'une soeur qui lui servoit
-de mère, pour qui elle seroit parvenue à en avoir tous les sentiments?
-qu'en l'abandonnant à elle-même, vous remplirez le devoir le plus
-sacré que vous ayez jamais à remplir, celui d'une mère mourante qui
-s'en est rapportée à vous, qui vous a choisie comme celle qui pouvoit
-le plus la remplacer avec succès; d'une mère qui n'auroit certes pas
-abandonné ses enfants à toute la séduction du monde pour se livrer à
-un goût de retraite et de dévotion qu'elle n'auroit pas cru dans la
-règle? Non, mon coeur, il me sera toujours impossible de croire que
-vous remplissez votre devoir, que vous accomplissez la volonté de Dieu
-en vous consacrant à lui dans ce moment. Au nom de ce même Dieu que
-vous voulez servir d'une manière plus parfaite, consultez encore, mon
-coeur, mais consultez des gens plus éclairés, des gens qui n'aient
-aucun intérêt ni pour ni contre le parti que vous voulez prendre;
-exposez-leur votre position; laissez-vous examiner de bonne foi: vous
-seriez aussi coupable en exagérant votre désir comme en le
-dissimulant. Et, mon coeur, si, pendant votre noviciat, vous éprouvez
-la moindre peine, je vous le demande en grâce, consultez les mêmes
-personnes, ne vous en rapportez pas à ceux qui vous diroient que ce ne
-sont que des tentations; il faut les connoître, il faut les peser,
-voir si, lorsque vous serez engagée, elles ne feront pas le malheur de
-votre vie. Enfin, mon coeur, j'ose vous demander, au nom de l'amitié
-que vous avez pour moi, au nom de ce que vous avez de plus cher en ce
-monde, au nom de votre respectable mère, de ne négliger aucune des
-précautions que ceux qui vous sont attachés et qui ont des droits sur
-votre amitié pourront vous suggérer, pour vous assurer de plus en plus
-de la vérité de votre vocation. Ce sera peut-être une croix pour vous,
-mais elle vous attirera plus de grâces par la suite.
-
-Travaillez à me rassurer, mon coeur, en me parlant des épreuves
-auxquelles vous vous êtes livrée. Je ne vous parle pas de celles du
-corps: elles sont absolument nulles pour moi, parce qu'elles ne
-tiennent qu'à l'habitude; mais si vous avez combattu votre vocation;
-si vous vous sentez parfaitement calme et libre de toutes peines
-d'esprit; que ce ne soit pas avec vivacité que vous vous livriez à
-Dieu. Si votre esprit est mortifié, si vous ne vous faites pas un
-tableau parfait du couvent où vous entrez, si vous comptez y trouver
-des gens qu'il vous faudra supporter, des objets de _scandale_[163];
-car ne croyez pas, mon coeur, qu'un couvent en soit exempt aux yeux
-d'une religieuse: plus on est parfait, plus on veut rencontrer dans
-les autres les mêmes sentiments, et vous ne serez pas à l'abri de
-cette tentation; car, j'en conviens, cela en est une, mais qui devient
-une réalité par un excès d'amour de Dieu. Il est bien peu de couvents
-où la charité règne assez pour ne pas connoître ce défaut.
-
-[Note 163: Les petits défauts qui sont à peine remarqués dans le monde
-deviennent un objet de _scandale_ au couvent, où l'on doit vivre de la
-vie parfaite. Les lignes qui suivent expliquent clairement la pensée
-de Madame Élisabeth.]
-
-Enfin, mon coeur, dans quelque position que vous vous trouviez,
-comptez assez sur mon amitié et sur un vif intérêt de ma part, pour me
-parler toujours avec confiance de ce qui vous touche. J'ose dire le
-mériter, par les vrais sentiments que j'ai pour vous, et le tendre
-intérêt que m'inspireront toujours les enfants de votre respectable et
-tendre mère. Je vous embrasse et vous aime de tout mon coeur.
-
-Je vous demande en grâce de ne pas vous contenter de lire une fois ma
-lettre.
-
- * * * * *
-
-XIV.
-
-A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
-
- Versailles, le 15 juillet 1789.
-
-Que tu es aimable, mon coeur! Toutes les affreuses nouvelles d'hier
-n'avoient pu parvenir à me faire pleurer; mais la lecture de ta
-lettre, en portant de la consolation dans mon coeur par l'amitié que
-tu me témoignes, m'a fait verser bien des larmes. Il seroit bien
-triste pour moi de partir sans toi. Je ne sais pas si le Roi sortira
-de Versailles. Je ferois ce que tu désires, s'il en étoit question. Je
-ne sais pas ce que je désire sur cela. Dieu sait le meilleur parti à
-prendre. Nous avons un homme pieux à la tête du Conseil[164],
-peut-être l'éclairera-t-il! Priez beaucoup, mon coeur; ménagez-vous
-bien, ne troublez pas votre lait. Vous feriez mal, je crois, de
-sortir. Ainsi, ma petite, je fais le sacrifice de te voir. Sois
-convaincue qu'il en coûte à mon coeur. Je t'aime, ma petite, mieux que
-je ne puis le dire. Dans tous les temps, dans tous les moments, je
-penserai de même. J'espère que le mal n'est pas aussi grand que l'on
-se le figure. Ce qui me le fait croire, c'est le calme de Versailles.
-Il n'étoit pas bien sûr, hier, que M. de Launey fût pendu: on avoit
-pris, dans la journée, un autre homme pour lui. Je m'attacherai, comme
-tu me le conseilles, au char de _Monsieur_, mais je crois que les
-roues n'en valent rien. Adieu, mon coeur, je vous embrasse aussi
-tendrement que je vous aime.
-
-[Note 164: M. le baron de Breteuil.]
-
- * * * * *
-
-XV.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Versailles, le 5 août 1789.
-
-La joie de vous savoir en bonne santé a été très-grande dans ce
-monde-ci. Les premières nouvelles que nous aurons seront encore mieux
-reçues, et par-dessus tout les quatrièmes. Dans toutes autres
-occasions, il seroit généreux de partager la joie de la petite
-baronne; mais dans celle-ci, elle ne peut pas même nous en savoir bon
-gré. Je vous ai tenu parole, mon enfant; je n'ai pas été fâchée de
-vous dire adieu; mais je ne sais pas si cela vient de là, mais je me
-sens d'une humeur de chien. Ne vous en donnez pourtant pas les gants.
-Oui, je vous le répète, et vous le répéterai et vous le dirai sans
-cesse, je suis charmée que vous alliez nourrir Henri IV dans un pays
-où l'air est plus chaud et par conséquent plus propre à l'éducation
-que vous voulez lui donner. Jouissez bien du bonheur de voir la
-petite; animez-vous l'une l'autre à tout ce qu'il est dans votre âme
-de chercher, pour fortifier votre moral, qui, étant éloigné d'un lieu
-qui vous est cher sous mille rapports, doit un peu souffrir.
-Réjouissez-vous des nouvelles que je vais vous apprendre, si vous ne
-les savez pas encore. D'abord, les ministres sont nommés et paroissent
-approuvés par le public. L'archevêque de Bordeaux[165] a les sceaux,
-celui de Vienne[166] la feuille des bénéfices, M. de la Tour du
-Pin-Paulin[167] la guerre, et le maréchal de Beauvau[168] au Conseil.
-Secondement, la nuit de mardi à mercredi, l'Assemblée a duré jusqu'à
-deux heures. La noblesse, avec un enthousiasme digne du coeur
-françois, a renoncé à tous ses droits féodaux et au droit de chasse.
-La pêche y sera, je crois, comprise. Le clergé a de même renoncé aux
-dîmes, aux casuels et à la possibilité d'avoir plusieurs bénéfices.
-Cet arrêté a été envoyé dans toutes les provinces. J'espère que cela
-fera finir la brûlure des châteaux. Ils se montent à soixante-dix.
-C'étoit à qui feroit le plus de sacrifices: tout le monde étoit
-magnétisé.
-
-[Note 165: M. Champion de Cicé. Ce prélat, député de la sénéchaussée
-de Bordeaux aux états généraux, passa un des premiers à la chambre du
-tiers, fit, le 27 juillet 1789, au nom du comité de constitution, un
-long rapport sur les droits de l'homme et sur la forme à donner au
-Corps législatif. La popularité que ces actes lui acquirent le porta à
-la place de garde des sceaux. Il contre-signa à ce titre le décret de
-la constitution civile du clergé. Il donna sa démission en novembre
-1790, époque à laquelle on déclara que les ministres avaient perdu la
-confiance de la nation. Il passa à l'étranger, revint en France le 18
-brumaire an VIII (9 novembre 1799), fut pourvu en 1802, par le premier
-consul, de l'archevêché d'Aix. Né à Rennes en 1735, il est mort en
-1810. Mademoiselle Champion de Cicé, sa soeur, avait été compromise
-dans le complot du 3 nivôse an IX (24 décembre 1800) (pour avoir donné
-asile à Carbon, dit le petit François, qui conduisait la charrette de
-la machine infernale); mais elle fut acquittée par le tribunal
-criminel de la Seine.]
-
-[Note 166: Né en 1715, ce frère de l'auteur de _Didon_, fort
-recommandable par ses lumières et ses moeurs, étant premier aumônier
-de Louis XV, répondit à ce prince qui lui demandait s'il saurait bien
-dire le _Benedicite_: «Non, Sire, près de Votre Majesté, je ne sais
-que rendre grâce.» D'abord évêque du Puy, puis archevêque de Vienne,
-il combattit les philosophes et les idéologues. Entré au conseil et
-chargé de la feuille des bénéfices, le Pape s'adressa à lui pour
-l'engager à combattre de tous ses efforts toute innovation relative au
-clergé. «Vous êtes, lui disait-il, mieux à même que tout autre de
-rendre le service éminent que je vous demande. Vous avez déjà plus
-d'une fois prouvé votre zèle à sauvegarder la saine doctrine. Le temps
-presse; il n'y a pas un moment à perdre pour sauver la religion, le
-Roi et votre patrie. Vous pourrez certainement engager Sa Majesté à
-refuser cette funeste sanction. La résistance fût-elle pleine de
-dangers, il n'est jamais permis de paroître un instant abandonner la
-foi catholique, même avec le dessein de revenir sur ses pas quand les
-circonstances auront changé.» L'archevêque était affaibli par l'âge,
-et n'avait plus assez de caractère pour faire une telle démarche. Sa
-santé périclitant de jour en jour, il s'éteignit le 29 décembre 1790,
-dans sa soixante-quinzième année.]
-
-[Note 167: La Tour du Pin (Jean-Frédéric, comte de), lieutenant
-général des armées du Roi, fut député de la noblesse de Saintes aux
-états généraux, se rangea du côté de la minorité de son ordre, et fut
-bientôt après appelé au ministère de la guerre. Le 4 août, il informa
-l'Assemblée de sa nomination, protesta de son attachement à ses
-décrets, et présenta un plan pour l'organisation de l'armée. Il donna
-sa démission avec les autres ministres dès qu'ils furent déclarés
-avoir perdu la confiance nationale. Appelé en témoignage dans le
-procès de la Reine, il rendit à cette auguste princesse la justice
-qu'elle méritait et l'entoura des respects qui lui étaient dus.
-Traduit quelques jours après elle, il monta à son tour sur le même
-échafaud. Né à Grenoble en 1728, il périt le 28 avril 1794.]
-
-[Note 168: Si le maréchal Charles-Just de Beauvau eût précédé Bayard,
-on lui eût probablement donné le surnom de cet incomparable chevalier.
-Nommé gouverneur du Languedoc, Beauvau se distingua dans ses nouvelles
-fonctions par la chaleur de son zèle à secourir les tristes victimes
-de la révocation de l'édit de Nantes, et par une persévérance que la
-crainte même d'une disgrâce ne put ébranler. Des femmes protestantes
-qui gémissaient dans les cachots durent à l'humanité du maréchal un
-adoucissement à leurs maux. Le chevalier de Boufflers, qui a fait son
-éloge, raconte la belle réponse faite par M. de Beauvau à quelqu'un
-qui lui adressait une observation à ce sujet: «Le Roi, monsieur, est
-maître de m'ôter le commandement qu'il m'a donné, mais non de
-m'empêcher de remplir mes devoirs selon ma conscience et mon
-honneur.»--Né à Lunéville le 10 septembre 1720, le maréchal de Beauvau
-mourut à Paris le 21 mai 1793.]
-
-Il n'y a jamais eu tant de joie et de cris. On doit chanter un _Te
-Deum_ à la chapelle et donner au Roi le titre de Restaurateur de la
-liberté françoise. On a aussi parlé d'abolir les engagements
-perpétuels, et la noblesse a renoncé aux places, pensions, etc. Cet
-article n'est pourtant pas totalement passé. Je crois, mon coeur, que
-vous serez assez contente des bonnes nouvelles que je vous apprends.
-Je n'ose pas me flatter que mes lettres soient toujours aussi
-intéressantes.
-
-Votre mère, que je quitte dans l'instant....
-
- * * * * *
-
-XVI.
-
-A L'ABBÉ R. DE LUBERSAC.
-
- 16 octobre 1789.
-
-Je ne puis résister, Monsieur, au désir de vous donner moi-même de
-mes nouvelles. Je sais l'intérêt que vous voulez bien y prendre; je ne
-doute pas qu'il ne me porte bonheur. Croyez qu'au milieu du trouble et
-de l'horreur qui nous poursuivent, j'ai bien pensé à vous, à la peine
-que vous éprouviez, et que j'ai eu une grande consolation en voyant
-votre écriture. Ah! Monsieur, quelles journées que celles du lundi et
-du mardi[169]! Elles ont fini pourtant beaucoup mieux que les cruautés
-qui s'étoient passées dans la nuit ne pouvoient le faire croire. Une
-fois entrés dans Paris, nous avons pu nous livrer à l'espérance,
-malgré les cris désagréables que nous entendions autour de la voiture:
-ceux de _Vive le Roi! vive la Nation!_ étoient les plus forts. Une
-fois à l'hôtel de ville, ceux de _Vive le Roi!_ furent les seuls qui
-se firent entendre. Les propos de ceux qui entouroient notre voiture
-étoient les meilleurs possibles. La Reine, qui a eu un courage
-incroyable, commence à être mieux vue par le peuple. J'espère qu'avec
-le temps, une conduite soutenue, nous pourrons regagner l'amour des
-Parisiens, qui n'ont été que trompés. Mais les gens de Versailles,
-Monsieur! Avez-vous jamais vu une ingratitude plus affreuse? Non, je
-crois que le Ciel, dans sa colère, a peuplé cette ville de monstres
-sortis des enfers. Qu'il faudra de temps pour leur faire sentir leurs
-torts! Et si j'étois roi, qu'il m'en faudroit pour croire à leur
-repentir! Que d'ingrats pour un honnête homme! Croiriez-vous bien,
-Monsieur, que tous nos malheurs, loin de me ramener à Dieu, me donnent
-un véritable dégoût pour tout ce qui est prière. Demandez au Ciel pour
-moi la grâce de ne pas tout abandonner. Je vous le demande en grâce;
-et prêchez-moi un peu, je vous prie: vous savez la confiance que j'ai
-en vous. Demandez aussi que tous les revers de la France fassent
-rentrer en eux-mêmes ceux qui pourroient peut-être y avoir contribué
-par leur irréligion. Adieu, Monsieur, croyez à toute l'estime que j'ai
-pour vous, et au regret que j'ai d'en être éloignée.
-
-[Note 169: 5 et 6 octobre.]
-
-La personne qui vous remettra cette lettre se chargera de la réponse.
-
- * * * * *
-
-XVII.
-
-A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
-
- Ce 8 décembre 1789.
-
-Je suis bien aise, mademoiselle Bombelinette, que vous ayez reçu ma
-lettre, puisqu'elle vous a fait plaisir, et je lui sais très-mauvais
-gré d'avoir été si longtemps en chemin. La vôtre a été beaucoup plus
-aimable. Vous ne pouvez pas vous faire une idée du bruit qu'il y a eu
-aujourd'hui à l'Assemblée. Nous entendions les cris en passant sur la
-terrasse des Feuillants. Cela faisoit horreur. On vouloit revenir sur
-un décret qui avoit passé samedi, non-seulement par assis et levé,
-mais encore par l'appel nominal. La même chose est arrivée ce matin,
-et il faut espérer que l'on ne reviendra plus sur ce décret, qui me
-paroît fort raisonnable: vous l'apprendrez par les gazettes.
-
-Je ne mets point du tout de courage à ne point parler de Montreuil.
-Vous voulez, mon coeur, juger trop avantageusement de moi. Mais c'est
-qu'apparemment je n'y pensois pas lorsque je t'ai écrit. J'en ai
-souvent des nouvelles. Jacques vient tous les jours m'apporter ma
-crème. Flury[170], Coupry[171], Marie[172] et madame Du Coudray
-viennent me voir de temps en temps. Tout cela a l'air de m'aimer
-toujours; et M. Huret, que j'oubliois, n'est pas bien mal..... Venons
-maintenant à la maison. Le salon se meubloit lorsque je l'ai quitté.
-Il étoit disposé à être fort agréable. Jacques est dans son nouveau
-logement. Madame Jacques est grosse, et toutes mes vaches le sont
-aussi. Il y a en ce moment un veau qui vient de naître. Pour les
-poules, je ne vous en parlerai pas, parce que je les ai un peu
-délaissées. Je ne sais si vous aviez vu mon petit cabinet du fond
-meublé. Il est bien joli. Ma bibliothèque est presque finie. Pour la
-chapelle, Corille est tout seul à y travailler; tu juges si cela va
-vite. C'est même par charité pour lui que j'ai permis qu'il continuât
-à y mettre un peu de plâtre. Comme il y est tout seul, cela ne peut
-pas être compté comme une dépense. Je suis fâchée de ne pas y aller,
-tu le croiras facilement; mais les chevaux sont pour moi une bien plus
-grande privation. Cependant, comme je ne puis pas en faire usage, j'y
-pense le moins possible; mais je sens qu'à mesure que mon sang se
-calme, cette privation se fait plus sentir; j'en aurai plus de plaisir
-lorsque je pourrai satisfaire mon goût. Et ce pauvre Saint-Cyr, ah! il
-est bien malheureux! J'ai reçu hier une lettre charmante de
-Draquelonde; je leur parlerai de toi demain, car je compte y écrire.
-Te souviens-tu de Croisard, le fils de la femme de garde-robe de ma
-soeur? Eh bien, il est aujourd'hui attaché à mes pas en qualité de
-capitaine. Je dis _attaché_, parce que l'on ne nous quitte pas plus
-que l'ombre ne fait le corps. Ne crois pas que cela me contrarie.
-Comme mes courses ne sont pas variées, cela m'est bien égal. Au reste,
-je me promène tant que je peux. Sois bien tranquille: encore ce matin
-j'ai marché pendant une grande heure.
-
-[Note 170: Concierge de la maison Élisabeth.]
-
-[Note 171: Maître jardinier, mort le 8 nivôse an II (28 décembre
-1793).]
-
-[Note 172: Marie Magnin, femme de Jacques Bosson.]
-
-Minette et sa mère étoient à Chartres depuis longtemps. Elles y sont
-toujours. La fille dit qu'elle s'ennuie; je ne le crois pas trop,
-parce qu'elle y est plus distraite qu'à Versailles. Elle m'écrit assez
-souvent. Elle m'a mandé hier qu'elle avoit été à confesse, et que cela
-l'avoit tout soulagée, qu'elle vouloit y aller souvent. Je souhaite
-que cela soit vrai. As-tu déjà fait une nouvelle connoissance, et
-comment t'en trouves-tu? Ton curé n'est point content de ce que nous
-avons quitté Versailles. Adieu, ma chère petite; je t'aime et
-t'embrasse de tout mon coeur. Tu es bien gentille d'aimer beaucoup la
-Princesse, qui te le rend bien!
-
- * * * * *
-
-XVIII.
-
-A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
-
- Paris, ce 20 février 1890.
-
-Tu n'auras qu'un mot de moi, ma pauvre Bombe; j'ai été avertie trop
-tard qu'il y avoit une occasion, et puis j'ai la tête et le coeur si
-pleins de la journée d'hier, que je n'ai pas trop la possibilité de
-penser à autre chose: le pauvre M. de Favras, dont tu as peut-être
-connu l'affaire par les journaux, a été pendu hier. Je souhaite que
-son sang ne retombe pas sur ses juges; mais personne (à l'exception du
-peuple et de cette classe d'êtres auxquels on ne peut pas donner le
-nom d'hommes, tant ce seroit avilir l'humanité) ne comprend pourquoi
-il a été condamné. Il a eu l'imprudence de vouloir servir son Roi,
-voilà son crime. J'espère que cette injuste exécution fera l'effet des
-persécutions, et que de ses cendres il renaîtra des gens qui aimeront
-encore leur patrie et qui la vengeront des traîtres qui la trompent.
-J'espère aussi que le Ciel, en faveur du courage qu'il a témoigné
-pendant quatre heures qu'il a été à l'hôtel de ville avant son
-exécution, lui aura pardonné ses péchés. Priez Dieu pour lui, mon
-coeur: vous ne pourrez pas faire une plus belle oeuvre. Du reste,
-l'Assemblée est toujours la même: les monstres en sont les maîtres.
-Enfin, le croirois-tu? le Roi n'aura pas encore toute la puissance
-exécutrice nécessaire pour qu'il ne soit pas absolument nul dans son
-royaume. Depuis quatre jours, l'on s'occupe de faire une loi pour
-apaiser les troubles, eh bien! ils ne cessent de s'occuper d'autres
-choses beaucoup moins essentielles pour le bonheur des hommes. Enfin,
-Dieu récompensera les bons dans le Ciel, et punira ceux qui trompent
-le peuple, le Roi, et tous ceux qui, par la droiture de leur
-caractère, ne peuvent pas se résoudre à voir le mal tel qu'il est.
-
-Adieu, ma petite, je me porte bien, je t'aime bien; fais-en autant,
-pour l'amour de ta Princesse, et espérons en un temps plus heureux.
-Ah! comme nous en jouirons! J'embrasse tes petits enfants de tout mon
-coeur.
-
-Tu sais le règlement fait pour les moines et les religieux. N'en dis
-rien à personne, mais l'on dit qu'il sortira bien des gens des
-couvents, et même de religieuses. J'espère que la maison de Saint-Cyr
-n'éprouvera pas de changement. Mais son sort n'est pas encore décidé.
-
-Ta mère se porte bien.
-
- * * * * *
-
-XIX.
-
-A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
-
- Paris, ce 1er mai 1790.
-
-Tu es bien plus parfaite que moi; tu crains _la guerre civile_; moi,
-je t'avoue que je la regarde comme nécessaire: premièrement, je crois
-qu'elle existe, parce que toutes les fois qu'un royaume est divisé en
-deux partis, et que le parti le plus foible n'obtient la vie sauve
-qu'en se laissant dépouiller, il m'est impossible de ne pas appeler
-cela une guerre civile. De plus, jamais l'anarchie ne pourra finir
-sans cela; et je crois que plus on retardera, plus il y aura de sang
-répandu. Voilà mon principe. Il peut être faux; cependant, si j'étois
-roi, il seroit mon guide, et peut-être éviteroit-il de grands
-malheurs. Mais comme, Dieu merci, ce n'est pas moi qui gouverne, je
-me contente, tout en approuvant les projets de mon frère, de lui dire
-sans cesse qu'il ne sauroit être trop prudent et qu'il ne faut rien
-hasarder.
-
-Je ne suis pas étonnée que la démarche que le Roi a faite le 4 février
-lui ait fait un grand tort dans l'esprit des étrangers. J'espère
-pourtant qu'elle n'a pas découragé nos alliés, et qu'ils auront enfin
-pitié de nous. Notre séjour ici nuit beaucoup aux affaires. Je
-voudrois pour tout au monde en être dehors, mais c'est bien difficile.
-Cependant, j'espère que cela viendra. Si j'ai cru un moment que nous
-avions bien fait de venir à Paris, depuis longtemps j'ai changé
-d'avis; mais, mon coeur, si nous avions su profiter du moment, croyez
-que nous aurions fait beaucoup de bien. Mais il falloit avoir de la
-fermeté; mais il falloit ne pas avoir peur que les provinces se
-fâchassent contre la capitale; il falloit affronter les dangers: nous
-en serions sortis vainqueurs.
-
- * * * * *
-
-XX.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Paris, ce 18 mai 1790.
-
-Tu auras vu par les papiers publics, ma chère enfant, qu'il avoit été
-question de ton mari à l'Assemblée, mais tu auras su en même temps que
-l'on n'avoit pas seulement écouté M. de Lameth. Ainsi, mon coeur, cela
-ne doit pas t'inquiéter. Il y avoit quelqu'un qui, à propos du
-discours de M. de Lameth, disoit qu'apparemment il craignoit que ton
-mari ne rendît Venise aristocrate, puisqu'il ne vouloit pas qu'il y
-restât. J'ai trouvé ce propos charmant. Ta mère, qui assurément n'est
-pas froide sur tes intérêts, n'est point agitée de ce qui s'est passé.
-Ainsi, mon coeur, laisse gronder l'orage sans te troubler.
-
-Je t'envoie une lettre pour une femme que tu dois voir dans peu. Tu me
-manderas comment tu l'auras trouvée. Je te vois d'ici te changeant
-toutes les deux en fontaines. Dis à sa nièce bien des choses de ma
-part sur la perte qu'elle vient de faire. Et puis, parle beaucoup,
-avec le mari, de son corps, et tu seras aussi heureuse qu'il soit
-possible de l'être dans ce moment-ci. Pour moi, j'éprouve une vraie
-jouissance lorsque j'en reconnois quelques-uns dans les galeries.
-
-Nous sommes enfin sortis de notre tanière. Le Roi va, je crois, monter
-à cheval pour la troisième fois, et moi j'y ai déjà monté une. Je n'ai
-pas été très-lasse, et je compte recommencer vendredi. Je vais ce
-matin à Bellevue. J'ai le besoin de voir un jardin anglois, et j'y
-vais pour cela. Pendant ce temps-là, l'Assemblée s'occupera d'ôter au
-Roi le droit de faire la paix ou la guerre. Bientôt, je pense qu'on
-lui ôtera le droit de porter sa couronne, car c'est à peu près tout ce
-qui lui reste. Tu sais sans doute ce qui se passe en Dauphiné et dans
-les provinces adjacentes. La mort de De Bossette fait horreur.
-Qu'est-ce qu'il étoit au mari de ta nièce? Adieu, ma petite, je
-t'embrasse et t'aime de tout mon coeur. Comment va ton petit monstre
-d'Henri?
-
-J'oubliois de te parler de la raison de ton mari. J'en suis édifiée,
-touchée et enchantée. Je voudrois savoir ta réforme faite, parce que
-c'est toujours un moment désagréable.
-
- * * * * *
-
-XXI.
-
-A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
-
- Ce 27 juin 1790.
-
-Il y a longtemps que je ne vous ai écrit, ma petite Bombelinette.
-Aussi je prends ce soir les avances, afin de n'être pas prise au
-dépourvu par la poste, comme il arrive souvent lorsque l'on a assez de
-goût pour la sainte paresse. Je ne vous parlerai pas de tous les
-décrets que l'on rend à la journée, et surtout de celui d'un certain
-samedi dont je ne sais plus le quantième. Il afflige peu des personnes
-qu'il attaque, mais bien les malveillants et ceux qui l'ont rendu, car
-il est devenu le sujet de la dissipation des sociétés. Pour moi,
-j'espère bien m'appeler mademoiselle Capet, ou Hugues, ou Robert, car
-je ne crois pas que je puisse prendre le véritable, celui de France.
-Cela m'amuse beaucoup; et si ces messieurs vouloient ne rendre que de
-ces décrets-là, je joindrois l'amour au profond respect dont je suis
-pénétrée pour eux. Tu trouveras mon style un peu léger, vu la
-circonstance; mais comme il ne contient pas de contre-révolution, tu
-me le pardonneras. Loin d'y penser, nous allons nous réjouir dans
-quinze jours avec toutes les milices du Royaume pour célébrer les
-fameuses journées du 14 et du 15 juillet, dont peut-être tu as entendu
-parler. On apprête le Champ de Mars. Il pourra contenir six cent mille
-âmes. J'espère, pour leur salut et pour le mien, qu'il ne fera pas le
-chaud qu'il a fait la semaine passée; car je crois que la messe que
-nous entendrons en ce moment pourroit être mal entendue, vu que, pour
-ma part, avec l'amour que j'ai pour le chaud, je crois que j'y
-crèverois. Sans cela, j'espère bien n'y pas laisser mon pauvre corps,
-qui pourroit bien, en quittant cet endroit, ne pas se rafraîchir de
-quelque temps; mais au contraire j'espère bien le ramener tout comme
-il y aura été. Pardonne-moi toutes ces bêtises; mais j'ai tant étouffé
-la semaine passée, et à la revue de la milice, et dans mon petit
-appartement, que j'en suis encore toute saisie. Et puis, il faut bien
-rire un peu, cela fait du bien. Madame d'Aumale me disoit toujours,
-dans mon enfance, qu'il falloit rire, que cela dilatoit les poumons.
-
-J'achève ma lettre à Saint-Cloud. Me voilà rétablie dans le jardin,
-mon écritoire ou mon livre à la main; et là je prends patience et des
-forces pour le reste de ce que j'ai à faire. Ta mère, que je viens de
-quitter, se porte très-joliment. Adieu, je t'aime et t'embrasse de
-tout mon coeur. As-tu sevré ton petit monstre, et comment t'en
-trouves-tu?
-
- * * * * *
-
-XXII.
-
-A LA MARQUISE DE BOMBELLES.
-
- Ce 10 juillet 1790.
-
-J'ai reçu ta lettre par ce Monsieur qui est retourné à Venise, mais
-trop tard pour y pouvoir répondre, en ayant une autre à écrire plus
-pressée. Nous touchons, ma chère enfant, comme le dit la chanson, au
-moment de la crise de la Fédération. Elle aura lieu mercredi; je suis
-bien convaincue qu'il ne s'y passera rien de très-fâcheux. M. le duc
-d'Orléans n'est pas encore ici, peut-être y sera-t-il ce soir ou
-demain; peut-être ne reviendra-t-il jamais. J'ai l'opinion que c'est à
-peu près indifférent. Il est tombé dans un tel mépris que sa présence
-sera cause de peu de mouvement. L'Assemblée paroît décidément séparée
-en deux partis, celui de M. de La Fayette et celui de M. le duc
-d'Orléans, autrement appelé celui des Lameth. Je dis cela parce que le
-public le croit; moi j'ai l'opinion qu'ils ne sont pas aussi mal
-ensemble qu'ils veulent le paroître. Que cela soit ou que cela ne soit
-pas, il paroît que celui de M. de La Fayette est beaucoup plus
-considérable, et cela doit être un bien, parce qu'il est moins
-sanguinaire, et paroît vouloir servir le Roi en consolidant l'ouvrage
-immortel dont Target[173] accoucha le 4 février de l'an 90.
-
-[Note 173: Target passait avec raison pour le membre le plus actif du
-comité de la constitution. Aussi dans le monde n'était-il question que
-des couches de Me Target. On publia _cinq bulletins des couches de Me
-Target, père et mère de la constitution des ci-devant François, conçue
-aux Menus, présentée au Jeu de paume et née au Manège._]
-
-Toutes les réflexions que tu fais sur le séjour du [Roi] sont
-très-justes, il y a longtemps que j'en suis convaincue; celles qui
-suivent sont bonnes à suivre, sont même nécessaires. Mais de tout cela
-il n'en sera rien, à moins que le Ciel ne s'en mêle. Prie-le bien fort
-pour cela, car nous en avons grand besoin. Cela me fait bien de la
-peine, parce que j'ai une certaine frayeur que l'ennui ne gagne tant
-que l'on ne puisse résister au désir de s'amuser un peu, et d'une
-manière qui peut être ou fort utile ou fort malheureuse pour
-l'éternité. Le choix est difficile à faire dans deux choses aussi
-rapprochées que celles-là, quoiqu'au premier coup d'oeil elles
-paroissent fort dissemblables. Mais ton esprit est si fin, si juste,
-qu'il apercevra sans peine le point qui les unit sans que je me donne
-la peine de le démontrer. Si tu me trouves le sens commun, il faut
-convenir que tu seras bien indulgente.
-
-L'Assemblée a décrété hier que le Roi seroit seul avec elle dans la
-Fédération, le président à sa droite; le reste de sa famille sera, je
-crois, aux fenêtres de l'École militaire. Le Roi avoit désiré d'en
-être entouré; mais, comme de raison, on n'a pas pris garde aux désirs
-de celui qui n'a de pouvoir que celui que la Nation lui délègue. Tu
-sais que j'ai le bonheur de connoître beaucoup un des membres de cette
-auguste famille du siècle passé; eh bien, je vous fais part que tout
-cela lui est bien égal: elle n'en est affligée que par rapport à la
-Reine, pour qui c'est un soufflet donné à tour de bras, et d'autant
-mieux appliqué qu'il a été ménagé de loin, et que jusqu'au dernier
-moment on avoit dit au Roi que le contraire passeroit.
-
-Je suis fâchée de penser que tu n'es plus à la campagne, parce que
-cela te fait du bien et du plaisir; mais je suis bien édifiée de ta
-résignation et de ton amour pour tes devoirs. J'espère que tes enfants
-te ressembleront et serviront Dieu et leur maître comme de bons
-chrétiens, et tes enfants doivent servir l'un et l'autre, ayant de si
-bons exemples sous leurs yeux. A propos, je suis bien fâchée que ma
-phrase t'ait déplu, ce n'étoit pas mon intention, comme tu peux bien
-l'imaginer. Je n'ai pensé qu'au temps qu'il y avoit que ton mari ne
-s'étoit occupé de ce métier qui demande un peu de pratique, surtout
-s'il le suivoit dans la position où il est[174]. Mais je te fais
-réparation, et te dirai que je suis convaincue que le zèle que
-certainement il y mettroit pourroit suppléer à ce qui lui manqueroit
-de science, si par hasard il en avoit perdu. Mais je ne puis te
-dissimuler que, malgré la grandeur de tes sentiments, je ne me soucie
-point du tout que ton mari soit appelé. J'ajouterai que je ne crois
-pas qu'il le doive en conscience, parce que son sort est fixé et qu'il
-ne peut le changer sans tout abandonner de bonne volonté ou de force.
-Pèse encore cette réflexion, et sois bien convaincue que je n'ai
-jamais eu le désir de te faire de la peine, notre amitié est trop
-vraie pour que tu puisses en douter. Tes parents se portent bien. Je
-t'embrasse de tout mon coeur; je suis bien fâchée de ce que tu me
-mandes de Font. J'espère que tu te trompes; si cela étoit, que nous
-serions ou bêtes ou malheureuses! etc. Mais plus j'y réfléchis, ainsi
-qu'à ses propos, et moins je le crois.
-
-[Note 174: «Il étoit question de m'employer militairement à la suite
-de M. le comte d'Artois, et Madame Élisabeth le voyoit avec peine.»
-(_Note du marquis de Bombelles._)]
-
-M. de N., je crois, n'avoit pas besoin des conseils de l'homme dont tu
-me parles pour le rejoindre. Je crois que l'autre n'auroit pas
-souffert un séjour plus long, mais c'est toujours fort bien à lui de
-l'avoir senti. S'il pouvoit de même se persuader de rester toujours où
-il est avec l'autre, cela seroit bien heureux pour tout le monde.
-
- * * * * *
-
-XXIII.
-
-LA MARQUISE DE BOMBELLES.
-
- Ce 16 août 1790.
-
-Eh bien, ma Bombe, tu es en colère contre moi; tu aurois raison si
-j'avois tort, mais, en conscience, je ne puis pas en convenir. Le
-Monsieur qui t'a apporté une lettre de ta mère en a, je crois, une de
-moi que je charge une autre personne de te remettre, ou si ce n'est
-pas lui, tu en recevras une du même temps; du moins il me semble
-qu'autant que je puis m'en ressouvenir, voilà la raison pour laquelle
-je ne lui en ai pas donné. Si je me trompe, et que je ne t'aie pas
-écrit du tout, c'est sûrement la faute du temps qui me manquoit; car
-tu sais bien que, dans tous les moments, je serai bien aise de causer
-à mon aise avec toi, et que celui-ci étant encore plus intéressant, je
-ne le laisserai pas échapper. Au reste, pour obtenir tout à fait mon
-pardon, je te promets de t'écrire par la première occasion, si
-pourtant j'ai quelque chose à te mander; car je ne crois pas que vous
-désiriez que je vous fasse des contes.
-
-Je ne comprends pas pourquoi tu n'as pas encore reçu ton élixir, car
-Raigecourt te l'a envoyé il y a déjà quelque temps. Elle est à la
-campagne dans ce moment-ci, avec son mari, dans une nouvelle terre
-qu'ils ont achetée. Elle est agréable; mais ne pouvant en jouir pour
-Stani, elle lui fait beaucoup moins de plaisir. Je suis bien aise que
-ton pauvre Henry ne te donne plus d'inquiétude. La description que tu
-me fais de ta campagne fait bien envie. Jouissez-en bien, mon enfant;
-ne vous occupez point d'idées qui puissent rendre nul le bonheur que
-la nature vous offre. Joignez-y le véritable, celui d'une conscience
-bien pure, d'un coeur bien rempli de l'objet qui seul peut consoler
-dans les maux qui accablent notre patrie, et tu pourras te vanter
-d'être philosophe, et philosophe chrétien, bien loin des principes de
-tes anciens amis, que l'expérience doit te faire juger avec des yeux
-moins indulgents.
-
-La mère Bastide vient de terminer sa longue carrière avec le calme
-qu'elle a eu toute sa vie. Je l'ai vue depuis sa mort, elle n'étoit
-pas du tout changée. C'est bien jaune un cadavre, mais cela ne fait
-pas trop d'horreur. Je ne sais plus si tu en as vu, je ne crois pas, à
-moins que cela ne fût la mère Beaugeard[175].
-
-[Note 175: Mère de M. Beaugeard, secrétaire des commandements de la
-Reine _pour les années paires_.]
-
-Nous sommes toujours à Saint-Cloud, toujours dans la même position,
-attendant avec résignation ce que le Ciel nous réserve. Bonsoir, ma
-chère Bombe; je t'embrasse de tout mon coeur, je t'aime beaucoup, et
-je voudrois bien être avec toi dans un petit coin de ta campagne.
-Bitche pense-t-il toujours à moi?
-
- * * * * *
-
-XXIV.
-
-A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[176].
-
-[Note 176: La reproduction de cette lettre et de la suivante est
-interdite.]
-
- Ce 29 août 1790.
-
-J'ai reçu votre lettre, mon coeur; elle m'a bien touchée; je n'ai
-jamais douté de vos sentiments pour moi, mais les marques que vous
-m'en donnez me font grand plaisir. Il m'auroit été infiniment agréable
-de vous revoir cet automne, mais je sens la position de votre mari, et
-je consens très-fort au projet qu'il a formé de passer l'hiver en pays
-étranger. Je vous avoue même que votre position me le fait désirer: ce
-pays-ci est tranquille, mais d'un moment à l'autre il peut ne l'être
-plus. Vous êtes trop vive pour vous exposer à faire vos couches dans
-un lieu où l'on peut craindre chaque jour quelque mouvement; votre
-santé n'y résisteroit pas; de plus, avec cette disposition-là, les
-suites de vos couches seroient beaucoup plus fâcheuses. Faites toutes
-ces réflexions pour vous aider, mon coeur, à faire le sacrifice que la
-fortune de votre mari et sa position vis-à-vis de sa mère vous
-obligent de faire. Si de vous dire que je l'approuve peut en effet
-vous le faire un peu mieux supporter, je vous le répéterai sans cesse;
-mais, mon coeur, ce que je ne saurois trop vous répéter, et que je
-voudrois que vous eussiez gravé dans le coeur et dans l'esprit, c'est
-que ce moment-ci doit être décisif pour votre bonheur et votre
-réputation. Vous allez être livrée à vous-même, dans un pays étranger,
-ne pouvant recevoir de conseil que de vous-même. Peut-être y
-rencontrerez-vous des Parisiens dont la réputation ne soit pas
-très-bonne: il est bien difficile dans un autre pays de ne pas voir
-ses compatriotes; mais ne les voyez qu'avec une telle prudence, réglez
-tellement vos démarches sur la raison, que nul ne puisse tenir un
-propos sur vous. Surtout, mon coeur, cherchez à plaire à votre mari;
-quoique vous ne m'ayez jamais parlé de lui, je le connois assez pour
-savoir qu'il a de bonnes qualités, mais qu'il peut en avoir qui ne
-vous plaisent pas autant. Faites-vous la loi de ne jamais vous arrêter
-sur celles-là, et surtout de ne jamais permettre que l'on vous en
-parle; vous le lui devez, vous vous le devez à vous-même. Cherchez à
-fixer son coeur: si vous le possédez bien, vous serez toujours
-heureuse. Rendez-lui sa maison agréable, qu'il y retrouve toujours une
-femme empressée à lui plaire, occupée de ses devoirs, de ses enfants,
-et vous gagnerez par là sa confiance; et si une fois vous l'avez bien,
-vous ferez, avec l'esprit que le Ciel vous a donné, et un peu
-d'adresse, tout ce que vous voudrez. Mais, ma chère enfant, songez
-avant tout à sanctifier toutes vos bonnes qualités par un grand amour
-pour Dieu; pratiquez votre religion, vous y trouverez une force, des
-ressources dans toutes vos peines, des consolations qu'elle seule peut
-faire goûter. Ah! y a-t-il un bonheur plus grand que celui d'être
-toujours bien avec sa conscience? Conservez-le, ce bonheur, et vous
-verrez que les tourments de la vie sont bien peu de chose comparés
-avec les tourments qu'éprouvent les gens livrés à toutes les passions.
-Que la dévotion de votre belle-mère ne vous en dégoûte pas: il est des
-gens à qui le Ciel n'accorde pas la grâce de la connoître sous son
-vrai jour; il faut prier que le Ciel l'éclaire. Je suis bien aise que
-votre mari connoisse ses défauts, mais je serois fâchée que par des
-plaisanteries ou autrement vous les lui fassiez remarquer. Pardon, mon
-coeur, de tout mon bavardage; mais je vous aime trop pour ne pas vous
-dire tout ce que je crois utile à votre bonheur. Vous me dites, avec
-toute l'amabilité dont vous êtes capable, que si vous valez quelque
-chose vous me le devez; prenez-y garde, c'est m'encourager à vous
-ennuyer encore.
-
-Mandez-moi si vous avez reçu une lettre de moi, que je vous ai écrite
-peu de jours après la Fédération; il y en avoit une pour votre
-belle-mère: comme c'est une occasion, elle a été longtemps en chemin.
-Adieu, mon coeur, écrivez-moi tant que vous en aurez le désir. Si vous
-avez besoin d'ouvrir votre coeur, ouvrez-le-moi, et croyez que vous ne
-pouvez pas vous adresser à quelqu'un qui vous aime plus tendrement que
-moi. Vous me manderez votre adresse. J'oubliois de vous répondre pour
-M. d'A. Ne pouvant, vu la position de mes affaires, rien faire pour
-lui dans ce moment, je désire que vous priiez la personne qui vous en
-a parlé, s'il se trouvoit dans une position plus critique, qu'il est
-toujours à craindre que les circonstances amènent, de vous le mander;
-pour lors je ferois ce qu'il me seroit possible, et cela seroit plus
-naturel que de leur envoyer de but en blanc, je craindrois que leur
-amour-propre n'en fût choqué. Dites à votre mari de ma part que
-j'espère que votre économie, et la sienne, fera qu'au printemps je
-pourrai avoir le plaisir de vous voir. Recommandez-lui aussi de me
-donner de vos nouvelles dès que vous serez accouchée. J'embrasse vous
-et votre fils de tout mon coeur.
-
-Dites bien des choses à votre belle-mère; je lui écrirai dans peu.
-Bombe se porte bien. Je suis bien fâchée que le mariage de Pauline ne
-se fasse pas.
-
- * * * * *
-
-XXV.
-
-A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS.
-
- Ce 27 septembre 1790.
-
-Te voilà donc à Genève, mon coeur, te voilà à seize lieues de tes
-parents, et ne pouvant pas y aller; je conçois la peine que cela te
-fait, mais je suis enchantée du courage que tu y as mis. Qu'il est
-bien fait d'éviter par des plaintes inutiles de mettre du froid,
-souvent de l'humeur, dans le ménage: une femme doit tout sacrifier
-pour que la paix y règne, et voilà ce que Démon commence à sentir;
-cela me fait un plaisir extrême, car j'aime Démon de tout mon coeur;
-je désire la voir heureuse, mais je veux par-dessus tout la savoir
-remplissant bien tous ses devoirs, ayant une bonne conduite, ferme et
-réfléchie, qui la mette dans le cas de n'avoir jamais de remords; et
-pour lors je serai assurée de son bonheur, parce qu'il consiste,
-par-dessus tout, dans la paix de la conscience, et qu'avec l'aide de
-Dieu, lorsque la conscience ne reproche rien, on supporte facilement
-les peines et les contrariétés dont ce monde est semé. Je ne vous
-gronderai pas, mon petit Démon, d'avoir le coeur serré, il est des
-occasions où il est difficile de lui faire violence, mais j'espérerai
-toujours qu'un courage chrétien vous mettra dans le cas de ne pas le
-montrer. Votre devoir vous fait la loi de respecter les volontés de
-votre mari, soumettez-vous-y, et n'employez jamais vis-à-vis de lui
-d'autres armes que celles de la persuasion.
-
-Non, mon coeur, jamais je ne pourrai assimiler vos sentiments avec
-ceux de la personne dont vous me parlez; je ne doute pas de votre
-attachement, j'aime à croire que vous ne changerez jamais, et me fais
-un plaisir de penser que sous tous les rapports votre conduite me
-mettra dans le cas de vous aimer toujours. Ce seroit une vraie peine
-pour moi d'être obligée de changer; mais, mon coeur, si vous mettez
-quelque prix à mon amitié, songez que c'est à votre bonne conduite que
-vous la devrez. Si vous trouvez une occasion, mandez-moi, je vous en
-prie, ce qui vous a fait quitter si brusquement les Fraises; si vous
-avez eu quelques torts de vivacité, ayez la bonne foi de me les
-avouer, et mandez-moi un peu comment vous êtes avec votre mari. Si je
-vous fais des questions indiscrètes, pardonnez-les, mon coeur, à
-l'intérêt que je prends à tout ce qui vous touche. Vous ferez bien de
-nourrir votre fille (car je suis convaincue que vous en aurez une);
-ménagez-vous bien, calmez votre sang autant que possible, n'exagérez
-en rien l'éducation physique que vous lui donnerez, suivez les
-conseils des gens sages et éclairés, et surtout apprenez à tenir un
-enfant, car au premier jour vous l'étoufferez si vous n'avez pas plus
-de talent que vous n'en aviez pour Stani[177]. Il est bien gentil de
-penser à moi; j'espère que ta petite m'aimera un peu, à l'exemple de
-son frère.
-
-[Note 177: Stanislas, l'aîné de ses enfants, filleul de _Monsieur_ et
-de Madame Élisabeth.]
-
-Que vous faites bien, mon coeur, de ne chercher à vous lier qu'avec
-des femmes raisonnables! Rien de plus dangereux pour une jeune
-personne que des femmes qui n'ont pas de très-bons principes, rien ne
-les perd plus vite. Adieu, mon coeur, je vous embrasse bien
-tendrement; donnez-moi souvent de vos nouvelles.
-
-A propos, j'oubliois de vous dire que l'on est très-sévère pour la
-femme dont nous parlions plus haut; ses principes du moment sont
-mauvais, mais je crois sa conduite intérieure intacte; elle est
-inconséquente, voilà ce qui la perdra de réputation, mais je crois
-pouvoir répondre que son coeur est pur et droit.
-
- * * * * *
-
-XXVI.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Ce 2 décembre 1790.
-
-Je profite, ma Bombe, du départ de l'ambassadeur[178] pour causer un
-petit moment avec toi, pour gémir sur les malheurs de ma patrie et sur
-le peu de remède qui se présente. La religion plus attaquée que jamais
-me donne lieu de craindre que Dieu ne nous abandonne totalement. On
-dit que les provinces souffrent avec peine l'exécution des décrets sur
-la cessation du service divin dans les cathédrales, mais avec cela
-elles sont fermées. Il en est ainsi de tout: on gémit, mais le mal ne
-s'en opère pas moins. De temps en temps la Providence nous ménage
-quelques rayons d'espoir, mais leur lumière est bien vite effacée.
-Mais ne nous livrons pas à des idées si tristes, parlons de l'oncle de
-la petite-fille de Vitry[179] que tu connois. Sa position est toujours
-critique; il paroît que son commerce se remettroit si ses parents
-vouloient l'aider, mais il a affaire à des gens peu confiants, et ce
-défaut-là est tellement dans leur caractère, qu'ils ne confieroient
-pas la moindre lettre de change aux gens les plus habiles pour la
-faire valoir. J'en ai encore la triste expérience sous mes yeux, et
-cela me fait de la peine, parce que tu sais combien je m'intéresse à
-eux. Et puis, je sens que l'oncle doit être fatigué et ennuyé à
-l'excès de voir sa maison de banque ruinée. Il pouvoit chercher
-d'autres amis que ses parents pour demander conseil, et comme la plus
-grande partie de l'héritage qu'il attend vient d'eux, il seroit ruiné
-à pure perte. Tout cela est affligeant. De tout côté, l'on voit des
-familles dans la désolation, pour les affaires publiques et
-particulières. Bon Dieu, dans quel temps nous avez-vous fait naître!
-Moi qui, il y a quelques années, me réjouissois de n'être pas née dans
-le siècle passé! Grand Dieu! que les lumières des hommes sont bornées,
-même dans les choses qui paroissent les plus simples!
-
-[Note 178: M. de Bombelles retournait à son poste.]
-
-[Note 179: L'Empereur. (_Note de M. de Bombelles._)]
-
-Je n'ai pas été inquiète, comme je l'aurois pu, des dangers qu'a
-courus mon frère; tu sais qu'en général je ne crois au mal que
-lorsqu'il est fait. J'ai conservé ce caractère, quoiqu'une triste
-expérience eût dû me rendre plus craintive. Je crois que c'est une
-grâce du Ciel, car sans cela je n'existerois pas. Il a préservé ma
-famille de tant de maux que je serois ingrate si n'avois pas toute
-confiance en lui. Adieu, ma petite; prie-le bien pour le moment
-présent et pour l'avenir. Mais demande-lui par-dessus tout que la foi
-soit conservée dans ce royaume, et qu'il éloigne de nous les schismes
-qui nous menacent. Adieu, je t'aime de tout mon coeur, et suis par
-conséquent charmée de te savoir bien loin; c'est un des effets de la
-révolution.
-
-Dites à la comtesse D.[180], en cas que cette lettre arrive avant
-celle que je lui écrirai lundi, qu'elle va être payée de ses
-appointements, mais qu'il faudroit qu'elle chargeât quelqu'un de sûr
-de recevoir pour elle, de manière que ses créanciers ne puissent pas
-s'emparer de cet argent.
-
-[Note 180: Diane de Polignac, dame d'honneur de Madame Élisabeth.
-(_Note de M. de Bombelles._)]
-
- * * * * *
-
-XXVII.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- 30 décembre 1790.
-
-Je vois d'ici _ta perfection_ étant dans une douleur mortelle de
-l'acceptation que le Roi vient de donner. Dieu nous réservoit ce coup:
-qu'il soit le dernier, et qu'il ne permette pas que le schisme
-s'établisse. Voilà tout ce que je demande. La réponse du Pape n'est
-point arrivée, je crois; elle est bien intéressante. Au reste, mon
-coeur, cette acceptation a été donnée le jour de saint Étienne.
-Apparemment que ce bienheureux martyr doit être maintenant notre
-modèle. Tu sais que je n'ai point d'horreur pour les coups de pierres;
-ainsi cela m'arrange assez. On dit qu'il y a sept curés de Paris qui
-ont prêté le serment. Je ne croyois pas que le nombre fut aussi
-considérable. Tout cela fait un très-mauvais effet dans mon âme; car,
-loin de me rendre dévote, cela m'ôte tout espoir que la colère de Dieu
-s'apaise. Tu sens bien que ton curé est bien décidé à suivre la loi de
-l'Évangile, et non celle que l'on veut établir. On dit qu'un membre de
-la commune a voulu gagner celui de Sainte-Marguerite, en lui disant
-que l'estime que l'on avoit pour lui, la prépondérance qu'il avoit
-dans le monde, seroient capables de ramener la paix en entraînant les
-esprits. Le curé lui a répondu: «Monsieur, c'est par toutes les
-raisons que vous venez de me donner que je ne prêterai pas le serment,
-et que je n'agirai pas contre ma conscience.» Une chose que ceci m'a
-fait découvrir et qui fait horreur, c'est combien les curés de
-campagne sont peu instruits.
-
-Je suis confondue de ce que tu m'as mandé de la part de ton mari.
-Tâche de me dire que tu lui as donné cet ordre. Ses affaires ne vont
-pas bien. La personne qui lui a fait connoître celui qui devoit lui
-faire faire cette acquisition lui a envoyé trois paquets avec prière
-d'en accuser réception. Il n'en a pas entendu parler. Demande-lui si
-c'est qu'il ne les a pas reçus, et réponds-moi, parce que je le dirai
-à la personne intéressée.
-
-Adieu, je vous embrasse de tout mon coeur et vous aime de même.
-
- * * * * *
-
-XXVIII.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- Ce 7 janvier 1791.
-
-Des gens plus diligents que moi vous auront sûrement mandé ce qui
-s'est passé à l'Assemblée mardi: enfin, mon coeur, la Religion s'est
-rendue maîtresse de la peur. Dieu a parlé au coeur des évêques et des
-curés. Ils ont senti tout ce que leur caractère leur inspiroit de
-devoirs, ils ont déclaré qu'ils ne prêteroient pas le serment. Pour le
-moins vingt du côté de gauche se sont rétractés; on n'a pas voulu les
-écouter. Mais Dieu les voyoit, et leur aura pardonné une erreur causée
-par toutes les voies de séduction dont il est possible de se servir.
-Un curé du côté gauche a mis beaucoup de fermeté pour ne pas le
-prêter. On dit que cette journée désappointe bien des gens: tant pis
-pour eux; ils n'ont que ce qu'ils méritent; mais ce qu'il y a de
-triste, c'est qu'ils s'en vengeront, Dieu seul sait comment. Qu'il ne
-nous abandonne pas tout à fait, voilà à quoi nous devons borner nos
-voeux. Je n'ai point de goût pour les martyres; mais je sens que je
-serois très-aise d'avoir la certitude de le souffrir plutôt que
-d'abandonner le moindre article de ma foi. J'espère que si j'y suis
-destinée, Dieu m'en donnera la force. Il est si bon, si bon! C'est un
-père si occupé du véritable bonheur de ses enfants, que nous devons
-avoir toute confiance en lui. As-tu été touchée, le jour des Rois, de
-la bonté de Dieu qui appela les gentils à lui dans ce moment? Ces
-gentils, c'étoit nous. Remercions-le donc bien; soyons fidèles à notre
-foi; ranimons-la; ne perdons jamais de vue ce que nous lui devons, et
-sur tout le reste abandonnons-nous avec une confiance vraiment
-filiale.
-
-J'ai eu, ces jours-ci, une peine bien réelle, que tu partageras sans
-doute: cette pauvre madame de Cimery[181] qui, comme tu sais, avoit
-mal au sein depuis cinq semaines, étoit presque alitée; dans la nuit
-du dimanche au lundi, son âme, après avoir reçu le matin son Créateur,
-a été prendre sa place dans le ciel; car j'espère bien qu'elle est
-heureuse, et qu'elle a reçu la récompense d'une vie entière de vertu
-et de malheur.
-
-[Note 181: Première femme de chambre de la princesse; elle était de
-son nom mademoiselle Antoinette-Jacqueline Brochet.]
-
-Je la regrette vivement: elle étoit d'une grande ressource pour moi;
-et jamais je ne la pourrai remplacer, non pas pour les qualités que je
-puis désirer dans une première femme, mais dans celles qui convenoient
-à mon coeur, à mon esprit et à mes sentiments. Je la regrette comme
-mon amie, mais je la crois heureuse, et cette idée me console.
-
- * * * * *
-
-XXIX.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Ce 24 janvier 1791.
-
-Enfin, ma Bombe, nous voilà arrivées à l'instant où il faut que je te
-dise ma façon de penser sur la conduite de ton mari. La délicatesse
-de ma conscience m'a empêchée jusqu'à ce moment de t'en parler. Tes
-parents, comme tu sais, désiroient vivement que ton mari se soumît à
-l'ordre de l'Assemblée et du Roi. L'état des affaires de ton mari
-pouvoit être d'un si grand poids, qu'il me paroissoit possible qu'il
-pût l'emporter sur les considérations qui ont décidé ton mari.
-D'autres parleroient de tes quatre enfants. Le sort qui les attend est
-cruel; mais j'avoue que lorsqu'il s'agit d'un serment que la
-conscience, l'opinion, l'attachement à ses maîtres dément, je ne
-trouve pas que leur infortune doive empêcher de le refuser. Il n'y a
-donc que ses dettes qui eussent pu l'engager à le prêter. Par elles,
-il se voyoit forcé; et comme il ne juroit que ce que le Roi a juré
-lui-même, et doit jurer de nouveau à la fin de la Constitution, il
-auroit été possible que ton mari imitât son maître, et suivît le sort
-qui entraîne les malheureux François. Des théologiens ont cette
-opinion. Je crois donc que cela eût été possible. Mais je t'avoue que
-si ton mari avoit seulement eu dix mille livres de rente, je n'aurois
-pas balancé à lui conseiller le refus le plus formel. Tu vois par tout
-ce que je te mande que je ne suis pas bien décidée sur ce que j'aurois
-fait à sa place. L'antique honneur, un certain esprit de noblesse
-chevaleresque qui ne mourra jamais dans les coeurs françois, me font
-estimer l'action de ton mari. Mais le risque qu'il court de manquer à
-ses créanciers, et le scrupule de jurer de maintenir de tout son
-pouvoir ce que dans le fond de l'âme on maudit journellement, tout
-cela se combat si vivement dans mon âme, qu'il ne me reste que la
-possibilité de partager les peines que tu vas éprouver, et d'être
-occupée de ce que tu vas devenir. Comment tes pauvres enfants
-s'habitueront-ils au mal-être, après avoir été élevés dans l'aisance?
-et puis le regret de ne pouvoir faire pour toi tout ce que mon coeur
-me dicte! Mais, ma petite, parle-moi toujours franchement de ta
-position, et sois sûre que je ferai tous les sacrifices possibles pour
-te la rendre moins désagréable. Je ne te promets pas de donner à ta
-pauvre Coty ce que tu lui donnois; mais sois sûre que je la secourrai
-le plus que je pourrai. J'espère que ton mari et toi conserverez la
-paix, la résignation et la douceur chrétiennes qui seules peuvent
-faire soutenir le malheur présent et ceux que l'on craint. Mon frère
-me dit un bien extrême de toi et de ton mari. Il est gentil, mon
-frère; il m'a écrit en arrivant; cela m'a fait bien plaisir. Mais je
-suis désolée de la longueur que les lettres mettent à arriver. Comme
-cela, on n'est plus au courant sur rien. Nous avons eu un peu de bruit
-aujourd'hui à la barrière de la Villette. Il y a eu un combat entre
-des chasseurs et des contrebandiers. Il y a trois hommes de tués, et à
-peu près douze blessés. On prétend que le peuple ne veut plus de
-barrières; cela ne laisseroit pas que d'embarrasser l'Assemblée sur le
-chapitre des impôts. Adieu, ma petite. Je t'embrasse de tout mon coeur
-et t'aime de même. Je laisse à ta mère à te rendre compte de sa
-conversation avec ton ministre.
-
-Envoie cette lettre à mon frère, s'il n'est plus avec toi.
-
- * * * * *
-
-XXX.
-
-A MADAME DES MONTIERS[182].
-
-[Note 182: La reproduction de cette lettre est interdite.]
-
- Ce 11 février 1791.
-
-Vous êtes bien aimable, mon Démon, de m'avoir donné de vos nouvelles
-le plus tôt que vous avez pu. Je suis charmée que votre couche ait été
-aussi heureuse, et qu'à ça près d'un peu de mal à la poitrine, vous
-soyez contente de votre santé. Je ne suis pas fâchée que vous n'ayez
-pas nourri, peut-être cette entreprise eût-elle été trop forte pour
-vous. Votre Adolphe est-il nourri chez vous, le voyez-vous souvent,
-vous sentez-vous déjà de la tendresse pour lui? Stani n'en est-il pas
-jaloux? Je sens, mon coeur, la peine très-réelle que vous avez
-éprouvée de n'avoir pas votre mère à vos couches; je la partage par
-toute l'amitié que j'ai pour vous, mais je vous félicite en même temps
-d'avoir eu assez d'empire sur vous pour n'en pas parler, et quoique
-vous en disiez, j'espère que ce sacrifice vous vaudra quelque grâce du
-Ciel. Vous êtes faite pour être bonne chrétienne, mon coeur; les
-malheurs publics et un peu les particuliers doivent vous déterminer à
-prendre ce parti, le meilleur de tous. Je crois vous l'avoir déjà
-mandé, votre mari vous aime, mais il est jaloux des sentiments que
-vous avez pour vos parents; il ne s'agit, pour vous rendre heureuse,
-que de faire vos efforts pour le convaincre que ces sentiments ne
-nuisent nullement à ceux que vous avez pour lui. Vous avez de
-l'esprit, employez-le à cela, et je vous réponds qu'après quelque
-temps d'épreuve vous finirez par être beaucoup plus heureuse que vous
-ne pouvez vous en flatter à présent. Que votre mère s'y prête en
-oubliant les torts de son gendre; un esprit du genre du sien ne peut
-être ramené que par la douceur et un oubli total des torts que son
-amour-propre lui reproche, et dont ce même amour-propre l'empêche de
-convenir. Mais votre conduite, vos complaisances adoucissant ce
-sentiment en lui, et le mettant à son aise avec vous, l'amèneront sans
-qu'il s'en doute à avoir en vous la confiance qu'une conduite sage et
-réfléchie vous aura méritée. Je voudrois pouvoir hâter ce moment; mes
-voeux sont bien vrais pour votre bonheur, et j'aime à être convaincue
-que vous serez heureuse un jour comme vous le mériterez.
-
-Est-il vrai que madame de Staël a demandé publiquement pardon à sa
-mère, à un prêche, de s'être mariée contre son gré? Avez-vous du monde
-qui vous convienne à Genève? Mandez-moi un peu avec qui vous êtes
-liée, et si la vie que vous menez est un peu plus agréable. Votre
-belle-mère me marque que vous allez faire fondre cette grosseur que
-vous avez au cou. Si vous prenez ce parti, ménagez-vous pendant
-longtemps, mon coeur. Ne prendrez-vous pas aussi quelque chose pour
-votre poitrine? Donnez-moi des nouvelles de tout cela. Adieu, mon
-coeur, croyez à la vérité de mon amitié pour vous, au désir que j'ai
-de vous revoir, et au regret que m'inspire l'incertitude du moment où
-j'aurai ce plaisir. Je vous embrasse de tout mon coeur.
-
- * * * * *
-
-XXXI.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- Ce 12 février 1791.
-
-Je ne t'écris qu'un petit mot aujourd'hui: 1º l'heure de la poste me
-presse; 2º je vais monter à cheval avec la Reine et Lastic à ce triste
-bois de Boulogne. Mais il fait un si beau temps, que cela le rendra
-peut-être un peu plus gai. Je crois l'hiver tout à fait passé, et je
-m'en réjouis, autant que l'on peut prendre part au beau temps dans le
-château des Tuileries. Mes tantes partent de lundi en huit, malgré
-toutes les motions faites au Palais-Royal et au club des Jacobins
-établi à Sèvres. On dit qu'elles seront arrêtées et fouillées en
-chemin; c'est un petit mal auquel je ne crois pas. Je pense que cela a
-été beaucoup dit pour les effrayer et les empêcher de partir; mais
-heureusement on n'en est pas venu à bout. Je ne sais si je t'ai mandé
-que l'abbé Madier alloit avec elles: il partira huit jours après
-elles. Pense un peu, mon coeur, aux angoisses où je serai, la première
-fois que je m'adresserai à un autre prêtre, moi qui ai toujours été à
-l'abbé Madier depuis l'âge de neuf ou dix ans. Je suis à peu près
-décidée: je crois que je prendrai le confesseur de madame
-Doudeauville: on en dit beaucoup de bien, et j'espère qu'il n'est ni
-trop doux ni trop sévère. Je te manderai ce qui en est lorsque j'y
-aurai été. Je suis convaincue que tu enrages un peu dans le fond de
-l'âme de ce que je ne pense pas à ton curé, et tu vas croire que c'est
-parce que je l'ai vu; non, point du tout, c'est tout simplement parce
-que je ne crois pas qu'il me convînt; et puis, dans ce moment, j'aime
-mieux avoir un confesseur dont on parle moins, et que je puisse
-espérer de garder. Au reste, je sens que je vais trôler mon âme de
-confesseur en confesseur, ce qui ne laisse pas que de me déplaire,
-quoique j'en aie bonne envie. Devine, si tu peux, cette énigme. Sur
-ce, je te souhaite le bonsoir, et t'embrasse de tout mon coeur. Je ne
-sais plus quand tu accouches: mande-le-moi.
-
-Dis bien des choses au maréchal de Broglie de ma part, et assure-le de
-l'estime que j'ai pour ses vertus. Parle aussi de moi à ta princesse.
-
- * * * * *
-
-XXXII.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- Ce 15 février 1791.
-
-J'ai reçu toutes tes lettres, ma pauvre Rage; celle du 25 ne m'est
-parvenue qu'hier, et celle du 7 avant-hier. Mais, avant que d'y
-répondre, il faut que je te demande mille fois pardon de ne t'avoir
-pas écrit depuis dimanche, pour te donner des nouvelles de ton curé;
-mais, par étourderie, je me suis persuadée que la poste partoit le
-dimanche au lieu du lundi. Et jeudi, j'ai eu plusieurs choses à faire
-dans la matinée; l'heure de la poste s'est passée, et je n'ai plus eu
-la possibilité que de me livrer à des regrets. Aussi, aujourd'hui je
-m'y prends à sept heures du matin, pour être bien sûre de n'y pas
-manquer. Lundi, je t'écrirai aussi; mais je puis te dire d'avance
-qu'il ne se passera rien de fâcheux. Ton curé dira la messe de bonne
-heure, et ne fera pas le prône. Les gros bonnets de la paroisse n'y
-seront pas non plus. Il y a un moine qui prêche dans la paroisse, qui
-a proposé au curé de faire le prône, pour empêcher les prêtres de
-courir des risques. Il disoit au curé que si on le tuoit, il n'y
-auroit pas grand mal à cela. C'est un des jeunes prêtres de la
-paroisse qui prêchera. On m'a dit son nom, mais je l'ai oublié.
-
-Toute la communauté a été parfaite pour le curé, et ne l'a pas quitté
-tant qu'il a été dans l'église et la sacristie.
-
-Je suis désolée, mon coeur, de la peur indigne que vous a faite M. Le
-Blond[183]. Nous sommes loin encore de toutes les idées qu'il t'a fait
-venir; je suis bien aise que ton enfant ne s'en soit pas ressenti. Si
-tu n'as pas de bon accoucheur, pourquoi ne ferois-tu pas venir M.
-Piron? C'est une dépense, il est vrai; mais pour ta santé et celle de
-ton enfant, il me semble que tu dois te la permettre. Je suis bien
-fâchée d'être si loin de toi, et de ne pouvoir me permettre de causer
-comme je le voudrois pour toi; mais, mon coeur, calme-toi. Je conçois
-que cette proposition paroisse difficile, mais cela est nécessaire. Tu
-te brûles le sang, tu te rends plus malheureuse encore que tu ne
-devrois: tout cela, mon coeur, n'est pas dans l'ordre de la
-Providence. Il faut se soumettre à ses décrets; il faut que cette
-soumission nous porte au calme, sans cela elle n'est que sur nos
-lèvres et non dans notre coeur.
-
-[Note 183: Il est question de M. Le Blond au premier livre de cet
-ouvrage comme donnant des leçons d'histoire et de géographie à Madame
-Élisabeth.]
-
-Lorsque Jésus-Christ fut trahi, abandonné, il n'y eut que son coeur
-qui souffrit de tant d'outrages; son extérieur étoit calme, et
-prouvoit que Dieu étoit vraiment en lui. Nous devons l'imiter, et Dieu
-doit être en nous. Ainsi, mon coeur, calmez-vous, soumettez-vous, et
-adorez en paix les décrets de la Providence, sans vous permettre de
-porter vos regards sur un avenir affreux pour quiconque ne voit
-qu'avec des yeux humains. Mais heureusement vous n'êtes pas dans ce
-cas-là; et Dieu vous a trop comblée de grâces pour que vous ne mettiez
-pas votre vertu à attendre patiemment la fin de sa colère.
-
-Quant à moi, mon coeur, je suis loin d'être dans votre position. Je ne
-dirai pas que la vertu en soit cause; mais, plus à portée des
-consolations, au milieu de beaucoup de peines, d'inquiétudes, je suis
-calme, et j'espère une éternité heureuse. Ne me crois ni folle ni
-gourmande. J'aime à bien dîner, mais j'aime pourtant encore autre
-chose. Quant à ce que tu me marques sur moi, crois, mon coeur, que je
-ne manquerai jamais à l'honneur, et que je saurai toujours remplir les
-obligations que m'imposent mes principes, ma position, ma réputation;
-et j'espère que Dieu me donnera la lumière nécessaire pour me conduire
-toujours sagement, et ne pas m'écarter de la voie qu'il m'a tracée.
-Mais pour juger de tout cela, mon coeur, il faudroit être près de moi.
-De loin, un acte de chevalerie enchante; vu de près, il n'est souvent
-qu'un mouvement de dépit ou de quelque autre sentiment qui ne vaut pas
-mieux aux yeux des gens sages.
-
-J'ai donné à madame Navarre la place de madame de Cimery. Il m'en
-coûte beaucoup de lui voir prendre son service. Jusqu'à ce moment, il
-me semble que l'autre existe encore; et c'est une si grande perte pour
-moi, que je voudrois me faire illusion le plus possible. Madame
-Navarre est celle de mes femmes qui me convient le mieux; mais ce
-n'est pas et ce ne sera jamais madame de Cimery, car elle réunissoit
-tout. Adieu, mon coeur, je vous embrasse bien tendrement, et vous
-souhaite calme, patience, résignation, courage et confiance. C'est une
-étourderie de cet homme qui est si beau qui l'a forcé de prendre le
-parti qu'il a pris.
-
-Quant aux deux êtres que vous et d'autres redoutez tant, on a tort de
-les croire dans la position que l'on dit: cela n'existera jamais; mais
-j'avoue qu'ils ont toutes les apparences pour eux[184].
-
-[Note 184: Deux députés du côté gauche, que l'excès du mal ramenait à
-de meilleurs principes, et qui avaient eu aux Tuileries des
-conférences pour concerter ce qu'ils voulaient ou pouvaient faire.
-Madame Élisabeth repousse les idées que la méchanceté voulait attacher
-à ces entretiens. (_Note de M. Ferrand._)
-
-Ces deux députés étaient Danton et Guadet. (Voir _Louis XVII_, tome
-1er, livre V, p. 227, 6e édition, in-8º.--Henri Plon.)]
-
-On n'a pas demandé d'augmentation de chevaux pour moi. Ce qui peut
-avoir donné lieu à ce que l'on vous a dit, c'est que je veux avoir
-toujours un page et un écuyer avec moi; je trouve que cela doit être;
-mais cela ne convenoit pas aux gens de l'écurie, ce dont je me moque,
-trouvant indécent d'être avec des piqueurs dans ce moment-ci.
-
- * * * * *
-
-XXXIII.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Ce 28 février 1791.
-
-Tu sais sans doute que mes tantes sont parties. Tu sais sans doute
-qu'elles ont été arrêtées à Arnay-le-Duc. Tu sais sans doute que
-_Monsieur_ a eu la visite, mardi dernier, des filles de la rue
-Saint-Honoré et de leur société, qui l'ont prié de ne pas sortir du
-royaume. Tu sais sans doute que jeudi, jour où l'on a appris que mes
-tantes étoient arrêtées, l'Assemblée a rendu un décret qui disoit que
-Arnay-le-Duc avoit eu tort, et que le pouvoir exécutif seroit supplié
-de donner des ordres pour qu'elles pussent continuer leur route. Tu
-sais sans doute que les chefs des Jacobins n'étant pas de cet avis, et
-voulant que le président engageât le Roi à les faire revenir, une
-foule de badauds s'est portée sous les fenêtres du Roi, parmi laquelle
-il y avoit peut-être une centaine de femmes qui se sont égosillées
-pendant quatre heures pour voir le Roi et lui faire la même demande
-que les Jacobins. Mais le Roi n'ayant pas paru, et la garde ayant fait
-une très-bonne contenance, il a bien fallu, lorsque l'on a eu la
-permission de la municipalité de repousser la force par la force, que
-le peuple cédât. A peine le tambour a-t-il paru sur la terrasse, que
-tout le monde a pris la fuite. M. de La Fayette et la garde se sont
-conduits parfaitement bien. Le château étoit comble de gens qui
-étoient pleins de bonne volonté. Le Roi a parlé avec force à M.
-Bailly. Enfin tout s'est passé le mieux du monde. Aussi hier n'y
-a-t-il jamais eu tant de monde chez le Roi et chez la Reine. Il y
-avoit longtemps que nous étions un peu seules au jeu; mais, hier, il
-étoit superbe. Je ne puis vous rendre le plaisir que j'ai éprouvé. Ah!
-mon coeur, le sang françois est toujours le même: on lui a donné une
-dose d'opium bien forte; mais elle n'a pas attaqué le fond de leur
-coeur. Il n'est point glacé, et l'on aura beau faire, il ne changera
-jamais. Pour moi, je sens que, depuis trois jours, j'aime ma patrie
-mille fois davantage.
-
-Tout ce que tu me mandes de ton mari me fait grand plaisir. Ah! s'il
-peut parvenir à se débarrasser de l'empirique qui donne de si
-mauvaises drogues[185], cela seroit bien heureux. Les nouvelles que
-j'ai reçues de ses amis éloignés me font craindre qu'il ne le puisse
-pas. Le printemps avance beaucoup; sa santé pourroit bien s'en
-ressentir. A cette époque, les humeurs sont toujours bien plus en
-mouvement, et comme il n'a pas l'habitude de l'exercice, je crains
-qu'elles ne lui jouent un mauvais tour. Convenez qu'il n'y auroit pas
-pour lui de meilleur remède; mais lorsque l'on a été élevé à Paris,
-il semble que l'on soit destiné à ne faire jamais usage de ses jambes.
-Je sens même que, sans y être élevé, pour peu que l'on l'habite, on
-perd le goût de la promenade, ou, pour mieux dire, l'usage.
-
-[Note 185: C'est de M. de Calonne que Madame Élisabeth entend parler
-ici.]
-
-Voilà ta petite belle-soeur débarrassée d'une partie de sa nombreuse
-compagnie. M. le prince de C.[186] est à Worms, et sa fille doit le
-joindre dès qu'elle sera guérie.
-
-[Note 186: Le prince de Condé.]
-
-Notre pauvre Saint-Cyr est plus que jamais dans la position la plus
-critique. On vend leur bien. Ta mère y a été la semaine passée; moi,
-je profiterai d'un jour calme pour y aller: j'en ai envie, et cela me
-coûtera horriblement. Il n'y a rien de pis que de n'avoir aucune
-consolation à présenter à des gens aussi malheureux. Adieu, je vous
-embrasse, ma chère Bombe, et vous aime du plus tendre de mon coeur.
-
-Vous ai-je dit que l'abbé Madier alloit à Rome? La semaine prochaine
-je ferai une nouvelle connoissance, ce qui ne me fait pas grand
-plaisir.
-
-Je crains fort que l'oncle de la petite de Vitry ne se joigne à son
-ami avant que celui-ci ait fait les premières avances. Il seroit
-pourtant bien avantageux qu'il pût venir le voir venir: tout le monde
-le désire; et moi, l'intérêt que j'y prends me le fait souhaiter pour
-son bonheur.
-
- Ce 1er.
-
-Nous avons eu du train hier. Les gens de bonne volonté, à force d'en
-avoir, ont trouvé le moyen de déplaire à la garde, qui étoit
-parfaitement disposée pour le Roi. On a voulu détruire Vincennes; mais
-la garde est arrivée à temps pour l'empêcher. Tout est calme ce matin.
-Nous nous portons tous bien. L'heure de la poste m'empêche d'entrer
-dans tous les détails que tu pourrois désirer; mais sois tranquille,
-tout est bien.
-
- * * * * *
-
-XXXIV.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- 11 mars 1791.
-
-J'ai reçu ta lettre, qui ne me fait pas grand plaisir; je ne sais rien
-de ce que tu me mandes. Depuis longtemps, je n'avois point eu de
-nouvelles détaillées, et ce n'étoit qu'à force d'esprit que j'étois au
-courant. Cependant j'approuvois tout ce que tu me mandes. Si tu peux
-entrer un peu en détails sur tout ce que tu pourras; si ton mari est
-avec toi, qu'il écrive sous ta dictée, parce que cela te fatigue.
-Est-ce que tu n'as pas reçu mes crayons? Le Roi est malade depuis huit
-jours: la scène de lundi y a bien contribué[187]. Il va mieux. Adieu,
-je t'embrasse de tout mon coeur.
-
-[Note 187: Les ressorts qui faisaient mouvoir le peuple l'avaient
-dirigé, le lundi 28 février, vers le donjon de Vincennes. Depuis la
-prise de la Bastille, on ne voulait plus de prisons royales: en
-conséquence, rien ne paraissait plus sage et plus juste que de
-détruire celle-là aussi bien que les autres. Pendant que La Fayette se
-portait avec la troupe à la défense du donjon, un flot de peuple
-envahissait le château des Tuileries, d'où l'on tentait, criaient-ils,
-d'enlever le Roi pour le conduire à Metz. De leur côté, environ quatre
-cents jeunes gens armés s'étaient donné rendez-vous au château,
-croyant le Roi en danger. Cette échauffourée reçut le nom de _Journée
-des poignards_.]
-
- * * * * *
-
-XXXV.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- Ce 3 avril 1791.
-
-Je t'écris dans un moment bien satisfaisant pour quiconque croit en
-Dieu et en son Église. Les curés intrus sont établis ce matin. J'ai
-entendu toutes les cloches de Saint-Roch. Je ne puis vous dissimuler
-que cela m'a mise dans une fureur affreuse; et puis je ne suis pas
-contente de moi. J'aurois dû me piquer de dévotion aujourd'hui, pour
-au moins réparer un peu tout ce que l'on fait contre Dieu: ne
-v'là-t-il pas qu'au lieu de cela j'ai été pis qu'une bûche! Je ne sais
-pas comment le bon Dieu fera pour me sauver, car je ne m'y prête
-guère. Le curé de Saint-Roch a dit sa messe à cinq heures et demie; il
-y a eu beaucoup de communions. Il a fait un fort beau discours, où il
-a parlé de la persécution. Les gens qui communioient étoient fort
-touchés. Sais-tu que Loustonneau est devenu un petit saint? Cela me
-fait plaisir; c'est là le fruit de la charité qu'il a toute sa vie
-exercée. Sais-tu que M. de Bonnay va à confesse au curé, et qu'il est
-dans la grande voie? Cela me fait encore bien plaisir. Tout ceci fait
-rentrer bien des gens en eux-mêmes. Je vois tout ce qui est répandu
-dans la bonne compagnie penser à merveille. J'ai causé, l'autre jour,
-avec M. de Nivernois sur la religion, et j'en fus parfaitement
-contente. Madame de Mirepoix est devenue très-pieuse. La petite de
-Maillé va à merveille; mais malheureusement le peuple et le bourgeois
-ne vont pas si bien. Il y en a beaucoup qui sont affligés, mais ce qui
-paroît, ce qui fait nombre, est bien mauvais. L'archevêque vient de
-donner une ordonnance superbe, mais sévère, sur notre position. Dieu
-veuille qu'elle soit suivie! Un homme qui la lisoit l'autre jour, dit,
-après l'avoir achevée: Si je perdois trois cent mille livres de
-rentes, j'en dirois autant. Et cet homme est pourtant ce que l'on
-appelle un honnête homme.
-
-Je suis contente de mes gens: Deshaies est charmant. Il y en a dans le
-nombre qui ne sont pas aussi parfaits; mais celui-là est vraiment
-distingué. Mademoiselle Bénard, M. de Blaremberg, etc., tout cela est
-parfaitement. C'est une grande jouissance pour moi. Je ne puis penser
-sans frémir à la quinzaine de Pâques. Je voudrois bien ne la point
-passer ici; mais peut-on s'en flatter! Ah! mon coeur, vous avez beau
-grogner, votre grossesse vous a procuré un grand bonheur en vous
-éloignant du schisme et de la division la plus affreuse.
-
-Je suis bien fâchée que tu souffres autant des dents. N'aurois-tu pas
-besoin d'être saignée? tu ne l'as pas été, je crois, depuis que tu es
-grosse. Comme tu as un travail difficile, ne ferois-tu pas bien de
-prendre cette précaution? Je ne demande pas mieux de tenir ta petite,
-si _Monsieur_ le veut. Si tu veux, je lui donnerai le nom d'Hélène. Si
-tu voulois accoucher le 3 de mai, à une heure du matin[188], cela
-seroit très-bien, pourvu pourtant que cela lui promette un avenir plus
-heureux que le mien; qu'elle n'entende jamais parler d'états généraux
-ni de schisme.
-
-[Note 188: Jour et heure de la naissance de Madame Élisabeth. «Comme
-toutes ces petites recherches de l'amitié sont bonnes, simples,
-touchantes! Il n'y a ni étude ni contrainte; c'est un coeur plein qui
-a besoin de s'épancher.» (_Note de M. Ferrand._) Voir aux Pièces
-justificatives, nº XIII, à la fin de ce volume, et autres documents
-concernant Madame Élisabeth.]
-
-Mirabeau a pris le parti d'aller voir dans l'autre monde si la
-révolution y étoit approuvée. Bon Dieu! quel réveil que le sien! On
-dit qu'il a vu une heure son curé. Il est mort avec tranquillité, se
-croyant empoisonné: il n'en avoit pourtant point les symptômes; au
-reste, il doit être ouvert aujourd'hui. On l'a montré au peuple après
-sa mort. Beaucoup en sont fâchés; les aristocrates le regrettent
-beaucoup. Depuis trois mois, il s'étoit montré pour le bon parti: on
-espéroit en ses talents. Pour moi, quoique très-aristocrate, je ne
-puis m'empêcher de regarder sa mort comme un trait de la Providence
-sur ce royaume. Je ne crois pas que ce soit par des gens sans
-principes et sans moeurs que Dieu veuille nous sauver. Je garde cette
-opinion pour moi, parce qu'elle n'est pas politique, mais j'aime mieux
-celles qui sont religieuses. Je suis sûre que tu seras de mon avis.
-
-Le pauvre Lastic va encore éprouver un chagrin: son frère est nommé à
-Dresde et va partir dans trois mois avec femme et enfants. Cela mettra
-un grand vide dans son intérieur, et quand il est aussi triste par
-lui-même, c'est un vrai malheur.
-
-M. d'Albignac[189] vient passer quelques jours ici. Je le verrai
-aujourd'hui; cela me fait bien plaisir. Tu m'avois promis de me donner
-de ses nouvelles, mais tu n'en as rien fait.
-
-[Note 189: Officier des gardes du corps, fort dévoué à la famille
-royale, émigré en 1790; rentré en France après le 18 brumaire, il
-vécut dans la retraite jusqu'à la Restauration. Louis XVIII le nomma
-major général de ses gardes du corps.]
-
-J'ai reçu par une voie sûre des nouvelles de Bombe. Le mari n'est pas
-aussi mal qu'elle le croit avec Ø et son ami [V=][190]. Il croit avoir
-le crédit du bon sens; cela seroit bien heureux; mais, mon coeur, sur
-cela comme sur tout le reste, abandonnons-nous à la Providence.
-
-[Note 190: Dans la _Correspondance de Madame Élisabeth_, page 245, M.
-Feuillet de Conches nous apprend que le signe Ø veut dire le comte
-d'Artois, et le signe [V=] M. de Calonne.]
-
-Hélas! si nous avions la confiance nécessaire, nous serions sauvés;
-notre âme ne seroit pas triste. Que j'en suis loin! il me semble que
-l'air de Trèves n'est pas plus porté à la gaieté que celui-ci.
-Résignons-nous, mon coeur, cela seul peut fléchir la colère de Dieu;
-et demandons pour nos maîtres les dons du Saint-Esprit. De bonnes âmes
-se réunissent au nombre de sept, d'ici à Pâques, pour demander chacune
-un don pour le Roi, dans les communions qu'elles font, ou à la messe.
-Si tu pouvois établir cette dévotion dans les bonnes âmes qui habitent
-Trèves, tu ferois bien.
-
-J'aurai, d'ici à quelques jours, des nouvelles détaillées de ce qui
-nous intéresse. Si je peux, je t'en ferai part.
-
-Adieu, je t'embrasse de tout mon coeur. Le petit de Chamissot est-il
-arrivé à bon port?
-
-Je viens d'apprendre que M. d'André ayant fait une motion pour que
-l'on s'occupât de l'élection des membres de la nouvelle législature,
-cela a été décrété tout d'une voix. Je ne le conçois pas.
-
- * * * * *
-
-XXXVI.
-
-A MADAME LA MARQUISE DE BOMBELLES,
-
-A L'HÔTEL DE FRANCE, A STUTTGARD.
-
- Ce 21 avril 1791.
-
-Tu sens, ma Bombe, qu'il faut que je n'aie pas eu absolument le temps
-pour ne t'avoir pas écrit un mot ces jours-ci. Je ne te donnerai point
-de détails de la journée de lundi; je t'avoue que je ne les sais pas
-encore. Tout ce que je sais, c'est que le Roi vouloit aller à
-Saint-Cloud, qu'il s'est campé dans sa voiture où il est resté deux
-heures, que la garde et le peuple ont fermé le passage, et qu'il a été
-obligé de ne pas sortir. J'ignore combien l'on nous retiendra;
-j'imagine que ce sera jusqu'après Pâques. Nous nous portons tous bien;
-je t'écris à la hâte, parce que je fais ma toilette pour aller à
-l'office, car l'on veut bien encore nous permettre d'y assister.
-Adieu; crois que je serai toujours digne des sentiments de ceux qui
-veulent bien avoir de l'estime pour moi, et que quelque chose qu'il
-arrive, je vivrai et mourrai sans avoir rien à me reprocher vis-à-vis
-de Dieu et des hommes.
-
-Je ne te parle pas de la joie que m'a fait éprouver la bonté de la
-Reine de Naples[191]; mais tu me connois assez pour suppléer à tout ce
-que je ne puis exprimer dans le moment, mais que mon coeur sent si
-bien. Je t'embrasse et t'aime de tout mon coeur.
-
-[Note 191: Cette princesse venait de donner sur sa cassette une
-pension de douze mille livres à M. de Bombelles. (Voir la page 240 de
-ce volume.)]
-
- * * * * *
-
-XXXVII.
-
-A L'ABBÉ DE LUBERSAC.
-
- 23 mai 1791.
-
-J'ai reçu votre lettre, Monsieur: les détails que vous me faites de
-votre voyage m'ont fait grand plaisir; et si je ne craignois pas de
-vous fatiguer, je vous prierois de les continuer. Les dangers que vous
-avez courus m'ont fait frémir; mais les regrets continuels que vous
-éprouvez me font une peine affreuse. Ah! Monsieur, poussez votre vertu
-jusqu'à vous en rendre maître: vous le devez pour ce Dieu à qui vous
-avez tout sacrifié; vous le devez au soin de votre santé. Songez
-combien votre existence est nécessaire à toute votre famille; et
-prenez sur vous de soutenir sans trop de découragement la nouvelle
-épreuve que le Ciel vous envoie. Il falloit pour votre perfection que
-Dieu vous détachât tout à fait des biens de ce monde, même des plus
-simples. Vous savez, plus que tout autre, combien Dieu donne de force
-pour supporter les maux de ce monde; tâchez donc de ne vous y point
-laisser aller. Ne vous persuadez point que l'air ne vous vaut rien;
-ménagez-vous, mais distrayez-vous par les beautés dont la ville que
-vous habitez est remplie. Après avoir admiré la main sublime qui forma
-ces immenses rochers, et ces torrents qui ont pensé vous entraîner
-dans leurs abîmes, admirez l'industrie que Dieu a donnée à l'homme, et
-comment il peut, grâce à cette industrie, tirer des chefs-d'oeuvre des
-choses les plus brutes. Mais je m'aperçois que je me mêle de ce que je
-n'ai que faire; car je ne fais que rabâcher ce que vous me dites sans
-cesse. Pardonnez, Monsieur, au désir que j'ai de vous voir un peu
-sorti de ce fonds de tristesse qui vous suit partout. Je vous voudrois
-le calme de l'abbé Madier; mais il n'est pas donné à tout le monde:
-c'est une grâce spéciale. Je suis fâchée que vous soyez encore privé
-de sa société; cela eût été une ressource pour vous: j'espère qu'il se
-rétablira parfaitement de sa maladie. D'après l'intérêt que vous
-voulez bien prendre à moi, je vous dirai que le Ciel m'a fait la grâce
-de faire un choix pour le remplacer, qui, sous tous les rapports, me
-convient parfaitement. Il entend ce que je lui dis, et me présente
-toujours un remède efficace aux maux dont je lui fais l'aveu. Il a de
-l'esprit, de la douceur sans foiblesse, une grande connoissance du
-coeur humain et un grand amour pour Dieu. Remerciez ce Dieu pour moi
-de la grâce qu'il m'a faite de m'adresser à lui. Je prierai pour vous,
-puisque vous le désirez, dès demain. Je m'en humilierai; car je vous
-avoue que rien n'y porte tant à l'humilité que d'invoquer le Ciel pour
-des personnes de qui l'on est si éloigné d'approcher pour la vertu. Je
-compte recevoir demain ce Dieu si bon. Ah! Monsieur, que j'en suis
-indigne, et que je suis loin de m'en rendre digne! Cependant j'ai
-bonne envie de me sauver; car au moins faut-il ne pas perdre le fruit
-des épreuves que le Ciel vous envoie: elles sont bien fortes; elles le
-seroient encore plus pour des gens moins légers, et qui les
-sentiroient plus profondément. Mais, de quelque manière qu'elles
-soient senties, il faut qu'elles sauvent; et voilà pourquoi je me
-recommande instamment à vos prières. Je vous quitte à regret; mais il
-est tard, et il faut que ce soit à vous que j'écrive, pour n'avoir pas
-déjà quitté mon écritoire: mais lorsque je cause avec vous, j'éprouve
-une vraie satisfaction. Adieu, Monsieur; ne doutez pas de mes
-sentiments et du plaisir que me font vos lettres; aussi, tant que vos
-yeux n'en seront point fatigués, écrivez-moi, je vous en prie. Nous
-sommes assez tranquilles ici depuis l'affaire du 18 avril[192].
-
-[Note 192: Ce jour-là, le Roi avait formé le projet d'aller à
-Saint-Cloud pour faire ses pâques. On répandit dans le public que ce
-voyage n'était qu'un prétexte pour fuir la capitale. On appuyait ces
-soupçons sur le départ des évêques de Senlis et de Metz, les premiers
-aumôniers de Louis XVI. Une masse de peuple pénétra dans les cours du
-palais. Malgré les cris d'opposition qui s'élevaient, le Roi parut et
-monta en voiture. M. de La Fayette voulut protéger la volonté du Roi,
-la troupe refusa de lui obéir. Plus d'une heure se passe entre la
-volonté du Prince et celle du peuple, entre une partie des troupes qui
-veut obéir et l'autre qui refuse. Ennuyé d'une scène aussi
-scandaleuse, Louis XVI descendit de voiture, et rentra dans son
-palais. Il se rendit au sein de l'Assemblée, et lui fit part de son
-mécontentement avec d'autant plus de raison qu'il eût désiré prouver
-à l'Europe _qu'il était libre dans Paris_.]
-
- * * * * *
-
-XXXVIII.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Ce 10 juillet 1791.
-
-J'ai reçu votre petite lettre, ma chère Bombe; j'y réponds de même.
-Quoique nous différions d'opinions, les marques d'amitié que vous m'y
-donnez me font un bien grand plaisir. Tu sais qu'en général j'y suis
-sensible, et tu peux juger si, dans un moment comme celui-ci, l'amitié
-ne devient pas mille fois plus précieuse. Tu as une mauvaise tête;
-ménage-la, mon coeur, tranquillise-toi: tout ce qui t'intéresse se
-porte bien. Que la petite trouve dans ce billet tout ce que je ne puis
-exprimer. Le mot qu'elle a mis dans la lettre m'a fait aussi un grand
-plaisir. J'espère qu'elle n'en doute pas. Paris et le Roi sont
-toujours dans la même position: le premier tranquille, et le second
-gardé à vue ainsi que la Reine. Même, hier, on a établi une espèce de
-camp sous leurs fenêtres, de peur qu'ils ne sautent dans le jardin,
-qui est hermétiquement fermé, et qui est rempli de sentinelles, entre
-autres deux ou trois sous ces mêmes fenêtres. Adieu, mon coeur, je
-vous embrasse tendrement ainsi que la petite. On dit que l'affaire du
-Roi sera rapportée bientôt et qu'après il aura sa liberté. La loi pour
-les émigrants est très-sévère; ils payeront les trois cinquièmes de
-leurs biens.
-
- La fin de la lettre est écrite en encre sympathique.
-
-Non, mon coeur, je suis bien loin de permettre votre retour. Ce n'est
-pas assurément que je ne fusse charmée de vous voir, mais c'est parce
-que je suis convaincue que tu ne serois pas en sûreté ici.
-Conserve-toi pour des moments plus heureux, où nous pourrons peut-être
-jouir en paix de l'amitié qui nous unit. J'ai été bien malheureuse; je
-le suis moins. Si je voyois un terme à tout ceci, je supporterois plus
-facilement ce qui arrive; mais c'est le temps de s'abandonner
-entièrement entre les mains de Dieu, chose en vérité à faire par le
-comte d'Artois. Nous devons même lui écrire pour l'y engager. Nos
-maîtres le veulent. Je ne crois pas que cela le décide. Notre voyage
-avec Barnave et Pétion s'est passé le plus ridiculement. Vous croyez
-sans doute que nous étions au supplice; point du tout. Ils ont été
-bien, surtout le premier, qui a beaucoup d'esprit et qui n'est point
-féroce comme on le dit. J'ai commencé par leur montrer franchement mon
-opinion sur leurs opérations, et nous avons, après, causé le reste du
-voyage, comme si nous étions étrangers à la chose. Barnave a sauvé les
-gardes du corps qui étoient avec nous, que la garde nationale vouloit
-massacrer en arrivant. On dit qu'à... [Là s'arrête le récit.]
-
- * * * * *
-
-XXXIX.
-
-A L'ABBÉ R. DE LUBERSAC.
-
- 29 juillet 1791.
-
-J'ai reçu votre lettre ces jours-ci. J'espère, Monsieur, que vous ne
-doutez pas de l'intérêt avec lequel je l'ai lue. Votre santé me paroît
-moins mauvaise; mais je crains que les dernières nouvelles que vous
-avez reçues de votre pays ne vous aient fait une trop vive impression.
-Plus que jamais l'on est dans le cas de dire qu'un coeur sensible est
-un don cruel. Heureux celui qui pourroit être indifférent aux maux de
-sa patrie, de tout ce que l'on a de plus cher! J'ai éprouvé combien
-cet état étoit à désirer pour ce monde, et je vis dans l'espoir que le
-contraire peut être utile pour l'autre. Cependant, je vous l'avouerai,
-je suis bien loin de la résignation que je désirerois avoir. L'abandon
-à la volonté de Dieu n'est encore que dans la superficie de mon
-esprit. Cependant, après avoir été pendant près d'un mois dans un état
-violent, je commence à reprendre un peu mon assiette; les événements
-qui paroissent se calmer en sont cause. Dieu veuille que cela dure un
-peu, et que le Ciel se laisse toucher! Vous ne pouvez imaginer combien
-les âmes ferventes redoublent de zèle; le Ciel ne peut pas être sourd
-à tant de voeux qui lui sont offerts avec tant de confiance. C'est du
-coeur de Jésus que l'on semble attendre toutes les grâces dont on a
-besoin; la ferveur de cette dévotion semble redoubler: plus nos maux
-augmentent, plus on y adresse des voeux. Toutes les communautés font
-de ferventes prières; mais il faudroit que tout le monde s'unît pour
-fléchir le Ciel; et voilà ce qu'il faut commencer par obtenir, et ne
-s'occuper que du bien de la religion. Mais malheureusement il est
-très-aisé de fort bien parler sur tout cela, beaucoup plus que
-d'exécuter; voilà ce que j'éprouve sans cesse, et ce qui m'impatiente,
-au lieu de m'humilier.
-
-Je suis fâchée pour vous que votre frère vous ait quitté; ce devoit
-être pour vous une grande ressource. Ne pourriez-vous pas obtenir de
-demeurer avec...? au moins vous auriez une société agréable; car vous
-me paroissez mener la vie du monde la plus triste et la moins conforme
-à votre santé.
-
-Vous me demandez mon avis sur le projet que vous aviez formé. Si vous
-voulez que je vous parle franchement, je ne prendrois pas le sujet que
-vous aviez choisi. Nous sommes encore trop corrompus pour que des
-vertus auxquelles beaucoup ne croient pas puissent faire effet. De
-plus, il me seroit impossible de vous donner des renseignements sur
-cela; car je n'en ai aucun. Mais je crois que si vous avez le désir
-d'écrire, tout sujet de morale chrétienne sera bien traité par vous;
-et si vous voulez que je vous dise encore mon avis sur cela, je vous
-dirai que je choisirois plutôt un sujet fort de raisonnement que de
-sentiment; cela conviendroit mieux à la situation où se trouve votre
-âme. Songez, en lisant ceci, que vous avez voulu que je vous dise ce
-que je pensois; et ne doutez pas, je vous prie, de la parfaite estime
-que j'ai pour vous, et du plaisir que me font vos lettres.
-
- * * * * *
-
-XL.
-
-A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[193].
-
-[Note 193: La reproduction de cette lettre est interdite.]
-
- Ce 30 août 1791.
-
-Je ne puis vous dissimuler, mon cher Démon, que votre silence
-m'étonnoit et m'affligeoit, même la jalousie s'emparoit de moi, car je
-savois que vous aviez trouvé le temps d'écrire à Coblentz; mais enfin
-votre lettre, que j'ai reçue hier au soir, a remis tout dans l'ordre.
-Blanche est en Normandie depuis un mois; je ne sais si elle aura reçu
-vos lettres, elle n'en avoit point eu avant son départ. Je voudrois
-pouvoir me flatter, mon coeur, que votre retour sera aussi prompt que
-je le désire, mais sur cela il n'y a que la Providence qui puisse me
-donner cet espoir; elle est si bonne, que je suis pleine de confiance
-qu'elle me procurera le plaisir de vous revoir, toujours aimable,
-bonne, et conservant de l'amitié pour moi. Je voudrois pouvoir ajouter
-que deux ans auront mis du calme et de la bonne réflexion dans la tête
-de ce Démon que j'aime et embrasse de tout mon coeur.
-
- * * * * *
-
-XLI.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Ce 8 septembre 1791.
-
-Ce n'est pas, je crois, ma faute, ma Bombe, si tu n'as pas eu de mes
-nouvelles: ta mère m'a donné une adresse qui ne me paroît pas du tout
-devoir mener à ton château; mais elle me soutient qu'elle est bonne,
-il faut bien me soumettre à la croire. Je suis charmée que tu aies
-trouvé un peu de société, car cela fait toujours du bien, quand ce ne
-seroit que pour savoir des nouvelles et pouvoir renouveler un peu ses
-idées, ce dont on a grand besoin. Pour ici, on a beau faire, c'est
-toujours la même chose: la Révolution, ses suites, l'entrée des
-émigrés, voilà sur quoi roulent toutes les conversations des cercles
-de Paris. Tu sais sûrement que la Constitution est entre les mains du
-Roi depuis samedi, et qu'il réfléchit sur la réponse qu'il fera. Le
-temps nous apprendra ce qu'il aura décidé dans sa sagesse. Il faut
-demander à l'Esprit-Saint de lui faire part de quelques-uns de ses
-dons: il en a bon besoin. Je voudrois avoir quelque chose d'amusant à
-te mander; mais nous n'abondons pas dans cette marchandise, d'autant
-que le pain qui commence à renchérir ici, en rappelant un temps fort
-triste, fait craindre pour cet hiver assez de mouvements, sans compter
-tout ce dont on nous menace pour l'automne, ce qui est fort triste,
-car il n'y a plus moyen de se faire illusion, puisque l'Assemblée
-elle-même en parle comme d'un malheur auquel elle s'attend. Il est
-vrai que la force que donne l'amour de la liberté rassure beaucoup; et
-le patriotisme remplacera aisément l'ordre et la subordination des
-troupes. Adieu, je t'embrasse de tout mon coeur.
-
- * * * * *
-
-XLII.
-
-A MADAME DE BOMBELLES,
-
-SOUS LE NOM DE MADAME DE SCHWARZENGALD.
-
-A RORSCHACH, PAR SAINT-GALL, EN SUISSE.
-
- Ce 22 septembre 1791.
-
-Je suis charmée, ma petite Bombe, de la recrue que tu as faite pour ta
-société, car on a beau dire, l'hiver on en a un peu besoin, surtout un
-homme qui n'a pas la ressource de l'ouvrage. Je suis fâchée du chagrin
-que tu as éprouvé par la perte de M. de Rosenberg, ce sera une vraie
-consolation pour son frère d'être avec toi; mais je crains que cela
-n'attriste la solitude. Oui, mon coeur, je voudrois pouvoir m'y
-transporter. Que j'y trouverois de douceur! Mais la Providence m'a
-placée où je suis: ce n'est pas moi qui l'ai choisi; tu crois bien,
-qu'elle m'y retient, il faut donc s'y soumettre. Mon sort m'y
-paroîtroit plus doux si je voyois l'union dont je te parlois dans ma
-dernière lettre, et que je trouverois l'hiver court, si, malgré toutes
-les peines qu'il nous annonce, il pouvoit l'amener! Et que n'ai-je ici
-les moyens que j'aurois autre part! car j'y travaillerais avec bien du
-zèle. Mais mettons en Dieu notre confiance: il sait ce qu'il faut à
-chacun de ses enfants; il en aura soin, gardons-nous d'en douter. Nous
-ne sommes pas faits pour vivre heureux dans ce monde. La vue de
-l'éternité devroit soutenir tous et particulièrement ceux qui sont
-comblés de ses grâces. Sois tranquille pour ta mère, ma petite, elle
-se porte bien; je ne crois même pas que tu la trouves changée, si tu
-la voyois. Je ne comprends pas comment l'on peut supporter tout ce que
-l'on a à souffrir dans ce moment, les secousses étant fréquentes. Nous
-en avons éprouvé de bien douces, en revoyant des êtres qui ont couru
-de bien grands dangers, mais qui heureusement sont tous en bonne
-santé. La Providence a bien veillé sur eux; non, elle n'abandonne
-jamais. Oh! que l'on seroit heureux si l'on avoit une foi vive! Ton
-mari est donc allé faire une course légère, et tu es restée dans ta
-solitude, avec tes enfants, tes livres et ta pensée. En voilà bien
-assez pour toi.
-
-Nous sommes toujours tranquilles ici. Il paroît une lettre des
-Princes[194], et une déclaration de l'Empereur et du roi de
-Prusse[195]. La lettre est bien forte; mais le reste ne l'est pas.
-Cependant plusieurs personnes croient y voir les Cieux ouverts. Pour
-moi, qui ne suis pas si crédule, je lève les mains au Ciel, et lui
-demande de nous préserver de maux inutiles. Tu en ferois, je crois,
-tout autant.
-
-[Note 194: Voir aux Pièces justificatives, nº XIV.]
-
-[Note 195: Réunis au château de Pilnitz, en Saxe, où s'était rendu le
-comte d'Artois, l'empereur Léopold II, Frédéric-Guillaume II, roi de
-Prusse, et Frédéric-Auguste, électeur de Saxe, signèrent la célèbre
-déclaration dans laquelle ils signalaient à toutes les cours de
-l'Europe la cause du Roi de France comme la cause commune de toutes
-les têtes couronnées. Ce château royal, détruit en 1818, a été rebâti
-depuis.]
-
-La vicomtesse est chez elle, Tilly et des Essarts en Bourbonnois, et
-Blanche en Normandie. Mais je pense qu'elle reviendra bientôt. Sais-tu
-que l'on nous a menés à l'Opéra mardi, et que lundi nous allons aux
-François! Nous faisons notre coeurs de spectacle. Lorsqu'il sera fini,
-j'en serai charmée.
-
-Adieu, je t'embrasse et t'aime de tout mon coeur.
-
- * * * * *
-
-XLIII.
-
-A MADAME DE BOMBELLES.
-
- Ce 6 octobre 1791.
-
-Il y a aujourd'hui deux ans, ma chère Bombe, que nous étions encore
-dans le lieu de ma naissance. C'est vers cette heure-ci qu'il a été
-décidé que nous le quitterions. Cela est un peu triste, car jamais
-l'on ne verra une habitation plus agréable pour moi. Tu me demandes si
-je vais à M.[196] Non, mon coeur, et certes je n'irai pas que la ville
-dans laquelle il est n'ait avoué ses torts. J'en enrage; mais je crois
-le devoir. Quant à Saint-Cyr, je n'ose pas y aller: le village est si
-mal pour ces Dames que je ne puis y aller, dans la crainte que le
-lendemain l'on ne fasse une descente chez elles, disant que j'ai
-apporté une contre-révolution. Cependant, j'ai écrit à Ligondès pour
-la prier de me marquer le moment qu'elle croira que je pourrai avoir
-ce plaisir.
-
-[Note 196: «Montreuil, où Madame Élisabeth avoit une maison de
-campagne, et qui est une sorte de faubourg de Versailles.» (_Note de
-M. de Bombelles._)]
-
-Je suis charmée de ce que tu me marques du bon sens de ton prince
-moine[197]. Si tout le monde avoit comme lui senti la nécessité de
-laisser chacun dans la place où la Providence l'a placé, nous
-n'aurions pas à gémir sur les maux de notre patrie. La nouvelle
-législature a commencé à attaquer les droits que la Constitution avoit
-donnés au Roi. Elle a décrété qu'elle devoit être indépendante de la
-volonté du Roi lorsqu'il y étoit, et qu'en conséquence ils seroient
-assis avant que le Roi s'assoie; qu'il n'auroit pas un fauteuil
-différent de celui du président, et que l'on ne lui donneroit plus le
-titre de _Sire_ ni de _Majesté_; mais qu'en lui parlant on diroit
-toujours _Roi des François_[198]. Tout cela feroit rire, si l'on n'y
-découvroit pas un désir violent de détruire toute la Constitution. On
-dit que Thouret étoit dans une colère affreuse, et M. de Cordorcet
-enchanté.
-
-[Note 197: Clément-Venceslas, prince de Saxe, né le 28 septembre 1739,
-électeur et archevêque de Trèves le 10 février 1768.]
-
-[Note 198: Voici ce décret, qui était l'oeuvre de Couthon:
-
-Article I. Au moment où le Roi entrera dans l'Assemblée, tous les
-membres se tiendront debout et découverts.
-
-Art. II. Le Roi arrivé au bureau, chacun des membres pourra s'asseoir
-et se couvrir.
-
-Art. III. Il y aura au bureau, et sur la même ligne, deux fauteuils
-semblables; celui à gauche du président sera destiné pour le Roi.
-
-Art. IV. Dans le cas où le président ou tout autre membre de
-l'Assemblée auroit été préalablement chargé par l'Assemblée d'adresser
-la parole au Roi, il ne lui donnera, conformément à la Constitution,
-d'autre titre que celui de _Roi des Français_, et il en sera de même
-dans les députations qui pourront être envoyées au Roi.
-
-Art. V. Lorsque le Roi se retirera de l'Assemblée, les membres seront,
-comme à son arrivée, debout et découverts.
-
-Art. VI. Enfin la députation qui recevra et qui reconduira le Roi sera
-de douze membres.
-
-Ce décret, dès qu'il fut connu dans Paris, y produisit le plus fâcheux
-effet; il fut dès le lendemain matin rapporté sur la proposition de M.
-Vosgien.]
-
-Adieu, ma Bombe, voilà le commencement de nos nouvelles. D'ici à un
-mois, je crois qu'il y en aura bien d'autres du même genre. Mais à
-chaque chose suffit son mal. On parle d'un congrès à Aix-la-Chapelle.
-J'imagine que là l'on cherchera à prévoir tout ce que la nouvelle
-législature sera dans le cas d'entreprendre. Sans cela leur but
-manquera, crois-en ma prédiction. Dieu veuille que d'autres y pensent.
-Adieu, je t'embrasse de tout mon coeur.
-
-L'Assemblée a rétracté le décret de la veille. Le Roi y va ce matin
-pour en faire l'ouverture, et leur lâchera un petit discours. J'ignore
-ce qu'il contiendra.
-
- * * * * *
-
-XLIV.
-
-A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[199].
-
-[Note 199: La reproduction de cette lettre est interdite.]
-
- Ce 20 octobre 1791.
-
-J'ai reçu votre jolie lettre, mon cher Démon. Non, mon coeur, vous
-auriez bien tort de craindre d'être oubliée, croyez que je n'ai point
-le sort dont on soupçonne bien des gens et que l'absence ne fait point
-de tort à mes sentiments. Non, tant que je ne saurai rien qui puisse
-m'affliger sur Démon, je l'aimerai bien tendrement; ainsi, lorsqu'il
-lui prendra fantaisie de s'inquiéter sur cela, en faisant son examen
-le soir, elle pourra répondre à tout ce que son imagination lui aura
-dit. Je crois lui avoir dit cela cent fois, mais si elle me prend pour
-une rabâcheuse avec quelque raison, elle se dira que c'est encore une
-preuve de la sincère amitié que j'ai pour elle. Je serai charmée, mon
-petit Démon, lorsque vous pourrez me venir voir, mais je n'en prévois
-pas l'époque. Votre mari est-il avec vous, mon coeur, ou êtes-vous
-avec votre mère? Et votre second fils, qu'en avez-vous fait? J'ai vu
-avant-hier votre beau-frère, il n'est pas embelli. On dit que les
-émigrés vont être maltraités par l'Assemblée; le sieur Brissot en fit
-hier la motion, qui doit être discutée. Adieu, mon petit Démon, je
-vous embrasse de tout mon coeur.
-
- * * * * *
-
-XLV.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- [Vers la fin d'octobre.]
-
-J'ai l'âme toute noire, ma chère Rage. Il faut que tu en prennes ton
-parti, et tu en devineras bien la raison, car je n'aime point du tout
-tout ce que je vois. Lis et entends. Dieu veuille que j'aie tort!
-Sais-tu bien que ce que tu me marques à la fin de ta lettre n'a pas le
-sens commun? Il y a quatre mois, cela eût été fort différent. Mais à
-présent c'est un être de raison que de penser que cela puisse faire le
-plus petit effet. Mais notre sort sera toujours d'être bêtes et
-maladroits, ce dont j'enrage de bon coeur. Quant à ce que tu me
-marques pour une certaine personne de ma connoissance, je te fais part
-qu'elle ne trouve pas que tu aies raison; que son opinion ne sera, je
-crois, jamais douteuse, mais que mille raisons lui font croire qu'elle
-est où elle doit être.--Si tu ne l'approuvois pas, elle en seroit
-bien fâchée. Mais je crois que, si elle pouvoit causer avec toi, elle
-te convaincroit. Lastic est ici d'avant-hier; ce qui a fait un
-sensible plaisir à ta très-humble servante, quoiqu'elle lui ait dit
-bien des choses qui lui font peine. La pauvre petite est bien
-malheureuse, sent bien vivement sa position; mais tout cela est soumis
-à la Providence d'une manière qu'il faudroit imiter. Nous irons
-galoper demain ensemble, et cela me plaît.
-
-Je te fais compliment sur la dent d'Hélène: c'est en avoir de bien
-bonne heure. J'ai peur qu'elle ne te morde beaucoup. Adieu, ma petite.
-Je t'embrasse et t'aime de tout mon coeur. Le bien de ta belle-soeur
-est-il près de Saint-Domingue?
-
- * * * * *
-
-XLVI.
-
-A MADAME DE BOMBELLES,
-
-SOUS LE NOM DE MADAME DE SCHWARZENGALD.
-
-PAR SAINT-GALL, EN SUISSE, A RORSCHACH.
-
- Ce 8 novembre 1791.
-
-Sais-tu bien, ma Bombe, que si je ne comptois pas sur ton amitié, sur
-ton indulgence, je serois un peu honteuse du temps qu'il y a que je
-t'ai écrit? Mais que veux-tu? c'est pour mieux faire que j'ai eu tort.
-Je voulois t'écrire un peu longuement, et je ne m'en suis jamais
-trouvé le temps. Heureusement que l'arrivée de M. de Vaines[200]
-t'aura bien occupée et distraite de l'idée de n'avoir pas de nouvelles
-de ta patrie. Ta mère t'a écrit il y a huit jours, cela t'aura prouvé
-que tout étoit encore sur ses pieds; que, malgré tous les blasphèmes
-que l'on n'a cessé de vomir contre Dieu et ses ministres, le Ciel
-n'étoit pas encore tombé sur nous. Après-demain, l'on dit que l'on
-s'occupera des prêtres non assermentés, et de leur assurer paix,
-tranquillité et libre exercice de la religion. Cela te paroît suspect;
-mais patience, attends pour juger que le décret soit rendu.
-
-[Note 200: Lecteur de la Chambre et du Cabinet du Roi.]
-
-Tu sais sans doute les tristes nouvelles des îles, elles sont
-confirmées d'hier par une lettre de M. de Blanchelande[201]. On
-craignoit la famine pour la ville du Cap, et il tenoit ses vaisseaux
-prêts pour faire embarquer les femmes et les enfants et les sauver,
-tandis qu'eux chercheroient à se défendre. Ils avoient envoyé demander
-secours aux Anglois. Voilà le commerce de la France totalement ruiné,
-et ce superbe royaume humilié jusque dans la poussière. Au moins, s'il
-l'étoit de coeur, Dieu pourroit en être touché; mais, hélas! que
-peut-on faire avec des coeurs corrompus, trompés par l'illusion la
-plus adroite et la plus perfide! Mais adieu, je t'aime et t'embrasse
-de tout mon coeur. Il fait, si tu veux le savoir, un froid de loup,
-depuis trois jours particulièrement. Il y a déjà assez de glace dans
-les bassins pour remplir les glacières. Si l'hiver est aussi froid
-qu'il s'annonce, je ne comprends pas ce que les pauvres deviendront.
-
-[Note 201: Philibert-François Rouvel de Blanchelande, gouverneur de
-Saint-Domingue, né à Dijon en 1735, dut tout à lui-même. Resté
-orphelin en bas âge, sans fortune, il entra à douze ans dans un
-régiment d'artillerie, et devint, jeune encore, major au régiment des
-grenadiers de France. S'étant plus tard distingué dans la défense de
-l'île de Saint-Vincent, où avec cent cinquante hommes il força quatre
-mille Anglais à reprendre la mer, il reçut pour récompense le grade de
-brigadier, suivi de près du gouvernement de l'île de Tabago. A
-l'époque de la Révolution, il rentra en France, et se retira dans le
-village de Chaussin, en Franche-Comté; bientôt après il fut arraché au
-repos pour aller reprendre le gouvernement de Saint-Domingue. A cette
-époque, un décret de la Convention affranchissait les nègres;
-Blanchelande ne put conjurer l'orage; il mit quelque temps sa tête à
-l'abri en cherchant un refuge au Cap; dénoncé par Brissot et Lasource,
-il fut amené en France, et sur la proposition de Garnier, de Saintes,
-il fut envoyé au tribunal révolutionnaire, où, malgré les efforts de
-Tronçon-Ducoudray, il fut condamné à mort le 15 avril 1793. Le
-président lui ayant demandé s'il avait quelque chose à dire: «Je jure
-par Dieu que je vais voir tout à l'heure, répondit-il, que je n'ai
-trempé pour rien dans le fait que l'on m'impute.» Il était âgé de
-cinquante-huit ans. Son fils, qui avait été son aide de camp, fut
-traduit aussi devant le tribunal de sang et mis à mort le 2 thermidor
-an II (20 juillet 1794). Il n'avait que vingt ans.]
-
-J'ai eu hier l'avantage de voir ton cher beau-frère. Tu juges toute la
-joie que j'en ai ressentie. Mais, pour le coup, adieu.
-
- La fin de la lettre est écrite en encre sympathique.
-
-Enfin, ma Bombe, l'on sent ici la nécessité de se rapprocher de
-Coblentz. On va envoyer quelqu'un qui y restera et qui correspondra avec
-le baron de Breteuil[202]. Mais il me reste une crainte dans cette
-démarche, c'est qu'elle ne soit faite que pour arrêter des démarches
-fâcheuses et qui sont fort à craindre, et non pas pour arriver à une
-confiance méritée. Cependant, qu'arrivera-t-il si elle n'existe pas?
-C'est que nous serons la dupe de toutes les puissances de l'Europe.
-Cependant, ma Bombe, le moment est bien intéressant. Je suis d'avis que
-ton mari soit où il est, car je suis sûre qu'il penseroit comme moi, et
-qu'il engageroit le baron de Breteuil à se porter de bonne foi à ce
-nouvel ordre de choses. Nous voilà aux portes de l'hiver, c'est le
-moment des négociations. Elles peuvent avoir une heureuse issue, mais
-seulement si l'on agit d'accord. Si cela n'existe pas, souviens-toi de
-ce que je te dis:--Au printemps, ou la guerre civile la plus affreuse
-s'établira en France, ou chaque province se donnera un maître. Ne crois
-pas la politique de Vienne très-désintéressée: il s'en faut de beaucoup.
-Elle n'oublie pas que l'Alsace lui a appartenu. Toutes les autres sont
-bien aises d'avoir une raison pour nous laisser dans l'humiliation.
-Songe au temps qui s'est passé depuis notre retour de Varennes. Ces
-événements ont-ils remué l'Empereur? N'a-t-il pas été le premier à
-montrer de l'incertitude sur ce qu'il devoit faire? Croire, comme bien
-des gens l'assurent, que c'est la Reine qui l'arrête, me paroît un être
-de raison et presque un crime. Mais je me permets de penser que la
-politique vis-à-vis de cette puissance n'a pas été menée avec assez
-d'habileté. Si cela est, je trouve que l'on a eu tort; mais il seroit
-impardonnable si, d'après le décret qui a été rendu hier sur les
-émigrants, on n'en sentoit pas le danger. Juge à la quantité qui sont là
-s'il sera possible de les retenir, et ce que deviendront la France et
-son chef s'ils prennent ce parti sans secours étranger. Réfléchis à tout
-cela, ma Bombe; et si ton mari trouve qu'il y ait en effet un grand
-danger à.....[203], ou qu'il engage son ami à marcher de bonne foi, je
-m'attends bien que, dans le premier moment, l'homme qui sera chargé
-d'aller à Coblentz éprouvera peut-être quelques difficultés; mais il ne
-faut pas que cela l'alarme, parlant au nom du Roi, et ne mettant aucune
-roideur à soutenir son avis; mais en le raisonnant bien, il y entraînera
-les autres.
-
-[Note 202: «Voilà qui réfute les mensongères assertions de M. de
-Bertrand de Moleville sur ce que le baron de Breteuil n'avoit pas de
-pleins pouvoirs du Roi en novembre 1791.» (_Note du comte de
-Bombelles._)
-
-Voici quelle était la formule des pleins pouvoirs confiés par Louis
-XVI à M. de Breteuil:
-
-«Monsieur le baron de Breteuil, connoissant tout votre zèle et votre
-fidélité, et voulant vous donner une preuve de ma confiance, je vous
-ai choisi pour vous confier les intérêts de ma couronne. Les
-circonstances ne me permettent pas de vous donner des instructions sur
-tel ou tel objet et d'avoir avec vous une correspondance suivie. Je
-vous envoie la présente pour vous servir de pleins pouvoirs et
-d'autorisation vis-à-vis les différentes puissances avec lesquelles
-vous pouvez avoir à traiter pour moi. Vous connoissez mes intentions,
-et je laisse à votre prudence à en faire l'usage que vous jugerez
-nécessaire pour le bien de mon service. J'approuve tout ce que vous
-ferez pour arriver au but que je me propose, qui est le rétablissement
-de mon autorité légitime et le bonheur de mon peuple. Sur ce, je prie
-Dieu, monsieur le baron de Breteuil,» etc.]
-
-[Note 203: Le papier est arraché à cette place.]
-
-Adieu, accuse-moi la réception de cette lettre; et si ton mari fait
-quelques démarches vis-à-vis du baron, qu'il ne sache pas que je l'en
-ai prié, ni même que je t'ai parlé de tout cela.
-
- * * * * *
-
-XLVII.
-
-A L'ABBÉ DE LUBERSAC.
-
- 14 novembre 1791.
-
-J'ai vu avec plaisir par votre dernière lettre, Monsieur, que votre
-santé étoit un peu moins mauvaise: l'hiver sera, dans le pays que vous
-habitez, un bien bon temps pour vous. Tous les détails que vous me
-donnez m'ont fait un grand plaisir. La dévotion des Romains ne me
-tente point du tout. Est-il possible qu'il y ait encore tant de
-superstition! Je ne connois rien qui rabaisse l'homme comme de penser
-que dans cette ville qui a été celle des lumières, qui devroit être la
-mieux instruite de la vraie piété, puisque c'est de là que nous
-recevons l'explication des devoirs qui nous sont tracés; que dans
-cette même ville l'on craigne de changer le genre de dévotion du
-peuple, crainte de l'arracher de son coeur; notre exemple
-n'encouragera certes pas sur cela: car, à force de lumières, nous
-sommes parvenus à une incrédulité, à une indifférence bien
-affligeante, et effrayante pour le moment présent et pour ses suites.
-Cependant l'on n'a point encore porté de décret contre les prêtres;
-l'Assemblée paroît vouloir y mettre une grande sévérité. Si vous lisez
-les papiers publics, vous devez voir qu'il n'y a pas d'indécence que
-l'on ne se permette contre eux: cependant Dieu permet que la religion
-se soutienne au milieu de cette demi-persécution. Les couvents,
-ouverts par ordre du département, présentent le spectacle le plus
-édifiant. Les églises sont remplies, les communions sont innombrables,
-et tout cela se passe avec le plus grand calme. Dieu veuille que
-quelques esprits malins ne viennent pas déranger tout cela! ce dont je
-ne serois point étonnée: car, pour nos péchés, Dieu leur a donné un
-bien grand pouvoir sur notre malheureuse patrie.
-
-Il faut que je vous quitte, Monsieur, mais cela ne sera pas sans vous
-prier de ne pas m'oublier, et vous assurer, de mon côté, que je
-n'oublie point votre affaire: mais ce cruel moment, qui retarde tout,
-y met souvent obstacle. Ne vous inquiétez pas, et soyez convaincu de
-mes sentiments pour vous.
-
- * * * * *
-
-XLVIII.
-
-A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[204].
-
-[Note 204: La reproduction de cette lettre est interdite.]
-
- Ce 17 janvier 1792.
-
-Je vous fais mon compliment, mon coeur, de ce que votre fils s'est
-bien tiré de sa petite vérole; elle est si mauvaise cette année, que
-l'on doit regarder comme une grâce spéciale de la Providence de s'en
-tirer. Votre Stani est bien aimable de se souvenir de moi, cela sera
-un grand personnage lorsque je le reverrai; j'ai bien envie, mon
-coeur, que ce temps ne soit pas bien éloigné, j'espère que vous n'en
-doutez pas. Vous ne me parlez pas de votre santé; est-elle bonne, la
-ménagez-vous? On dit que vous lui faites faire quelques culbutes en
-phaéton. Je conçois l'indignation que vous avez éprouvée en voyant M.
-des Essarts au bal: il faut le plaindre, mon coeur, il le mérite; il
-n'a pas senti tout ce qu'il perdoit; un jour peut-être il le sentira:
-des Essarts, née pour plaire à tout ce qui savoit l'apprécier, n'a pas
-été heureuse en ce monde comme elle auroit dû l'être, à en juger par
-nos yeux; mais Dieu savoit bien ce qu'il faisoit: étant destinée à
-habiter peu de temps sur cette terre malheureuse, il l'a purifiée par
-mille épreuves diverses, afin de pouvoir la mieux récompenser. La
-pauvre petite jouit maintenant des sacrifices que Dieu a exigés
-d'elle. Sa mère est bien à plaindre, mais sa vertu et son courage
-sont au-dessus de tout ce que l'on peut dire; soumise à la volonté de
-Dieu, elle est calme et résignée à tout ce qu'il demande d'elle. Que
-de réflexions ces événements ne doivent-ils pas faire faire! Si Démon
-n'étoit pas de sa nature si étourdie, je dirois qu'elle en a sûrement
-fait son profit. Je regrette des Essarts de toute mon âme, mais quand
-je pense à ce qu'elle auroit peut-être eu à souffrir, j'admire la
-bonté de Dieu.
-
-Je suis charmée, mon coeur, de ce que vous me dites sur des êtres qui
-me sont bien chers; je désire vivement les voir heureux, et bien
-d'autres encore. Adieu, ma petite Démon, je vous embrasse et vous aime
-de tout mon coeur.
-
-Dites bien des choses à votre mari et à votre beau-frère, et embrassez
-Stani pour moi.
-
- * * * * *
-
-XLIX.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- Ce 24 janvier 1792.
-
-Tu veux que je te prêche, ma chère Raigecourt. J'en aurois bonne
-envie, si je croyois que cela te fût le moins du monde utile. Mais je
-ne puis te dissimuler que Dieu ne m'a pas accordé grâce pour cela. Si
-j'étois votre directeur, je sais bien ce que je vous dirois, et ce que
-j'exigerois de vous; mais ne l'étant pas, tout ce que je me permettrai
-de te dire, c'est que je ne crois pas que tu sois dans la voie de
-Dieu. Tu te fais illusion par l'humiliation où tu tiens ton esprit;
-sur la douleur que tu reçois toujours de la mort de ton fils. Cette
-humilité nourrit ton amour-propre, aigrit ton coeur, met ton âme à la
-gêne, et nuit au sacrifice que Dieu a exigé de toi, que tu n'as pas
-encore fait et qu'il attend avec toute la patience et la bonté d'un
-père et d'un ami indulgent. Mais, me direz-vous: je dis à Dieu qu'il a
-raison. C'est fort bien; mais je te connois, Raigecourt: cette parole
-ne s'échappe jamais sans un serrement de coeur affreux. Eh bien! si
-j'étois toi, je ne dirois plus cette parole, mais bien celle-ci:
-«Seigneur, je m'abandonne à tout ce qu'il plaira à votre bonté
-d'ordonner pour mon salut. Sauvez-moi, mon Dieu, et que je vous aime:
-voilà tout ce que je désire.»
-
-Je joindrois à cette aspiration le sentiment de l'abandon du coeur, et
-le calme que nécessairement elle doit te faire éprouver. Joins à cela
-de demander à Dieu de faire lui-même pour vous et avec vous ce
-sacrifice que vous n'avez pas encore arraché de votre coeur.
-Joignez-le à celui de Jésus-Christ. Mettez-vous en esprit au pied de
-la Croix. Laissez couler le sang de Jésus-Christ sur vos plaies.
-Demandez-lui de les guérir. Et si après avoir mis tout cela en
-pratique, vous vous trouvez soulagée, et presque froide, prenez bien
-garde d'en remercier Dieu et de ne vous pas faire de reproche
-d'insensibilité, que vous croiriez peu mériter par le contraste de
-votre position. Mais, mon coeur, ne mettez tout ceci en pratique que
-si vous vous y sentez de l'attrait, si votre coeur est touché; car
-s'il ne l'est pas, tout cela ne vaudroit rien. Vis-à-vis de Dieu,
-l'esprit doit être mis totalement de côté, le coeur doit seul agir
-avec la plus grande simplicité et confiance.
-
-J'ai fait remettre ta lettre: on m'a dit que l'on te répondroit. Nous
-avons eu du tapage pour le sucre tous ces jours-ci. Aujourd'hui tout
-est calme; du moins je le crois, car c'est sur le rapport des autres
-que je crois qu'il y en a eu, n'ayant pas vu le moindre mouvement.
-
-La Princesse prend du quinquina. Son écriture n'est pas changée, ce
-qui me prouve qu'elle n'est pas très-affoiblie. Adieu, je t'embrasse
-de tout mon coeur et t'aime de même.
-
-Je t'envoie des pratiques de dévotion que nous commençons samedi
-prochain.
-
- * * * * *
-
-L.
-
-AU COMTE D'ARTOIS.
-
- Le 19 février 1792.
-
-Vous savez, mon cher Frère, quelle est mon amitié pour vous, et si je
-me réjouis de vous savoir en bonne santé. Je crois, moi qui suis sur
-les lieux, que vous êtes injuste envers la personne: vous n'avez pas
-au fond de meilleure amie. Je prie Dieu qu'il répande sur vous ses
-bénédictions et ses lumières, et vous jugerez mieux. L'éloignement est
-par tous les côtés une calamité et une souffrance, puisqu'il jette des
-nuages où ne devroit luire que l'amitié. Je vous écrirai plus au long
-sur tout cela par l'occasion que vous savez, et je vous prouverai que
-jamais vous ne trouverez une amie plus vraie et plus tendre et dévouée
-que moi.
-
- * * * * *
-
-LI.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- Ce 22 février 1792.
-
-Je verrai, mon coeur, dans un moment où ma bourse sera moins vide, ce
-que je pourrai faire pour ces bons et saints Pères de la Vallée
-Sainte[205]. Quelle vie que celle-là! et combien nous devrions rougir
-en lui comparant la nôtre! Cependant une partie de ces saints n'ont
-peut-être pas autant de péchés que nous à expier. Ce qui doit
-consoler, c'est que Dieu n'exige pas de tout le monde ce qu'il exige
-d'eux, et que, pourvu que l'on soit fidèle dans le peu que l'on fait,
-il est content.
-
-[Note 205: Les Trappistes.]
-
-Je te trouve d'une grande sévérité pour Françoise[206]. Je souhaite
-que cela tourne bien. Mais je ne puis te dissimuler que je trouve que
-tu joues gros jeu. Songe qu'elle n'est peut-être pas destinée à vivre
-retirée dans un chapitre; qu'un temps viendra où elle pourra aller au
-bal, et que pour lors elle se livrera avec plus de fureur à ce
-plaisir. Je crois qu'il seroit plus prudent de l'y mener quelquefois,
-et de s'attacher, dans les conversations que tu pourrois avoir avec
-elle, à lui faire sentir le vide des plaisirs de ce bas monde. Au
-reste, mon coeur, je ne sais pas pourquoi je te parle de cela, car
-Dieu, que tu consultes sûrement avec soin, te donne les lumières dont
-tu as besoin pour la bien conduire, et puisque son confesseur est de
-cette sévérité-là, je n'ai rien à dire. Mais, mon coeur, est-ce le
-tien que tu lui as donné? Si cela est, pourquoi ne l'aimes-tu pas? Il
-me semble que ton zèle devroit être satisfait de la pâture qu'on lui
-donne. J'en juge d'après cet échantillon.
-
-[Note 206: Françoise de Causans, comtesse d'Ampurie, soeur de madame
-de Raigecourt.]
-
-La Reine et ses enfants ont été avant-hier à la Comédie. Il y a eu un
-tapage infernal d'applaudissements. Les Jacobins ont voulu faire le
-train; mais ils ont été battus. On a fait répéter quatre fois le duo
-du valet et de la femme de chambre des _Événements imprévus_, où il
-est parlé de l'amour qu'ils ont pour leur maître et leur maîtresse; et
-au moment où ils disent: _Il faut les rendre heureux_, une grande
-partie de la salle s'est écriée: Oui, oui!... Conçois-tu notre nation!
-Il faut convenir qu'elle a de charmants moments. Sur ce, je te
-souhaite le bonsoir et te prie de bien prier Dieu, ce carême, pour
-qu'il nous regarde en pitié; mais, mon coeur, aie soin de ne penser
-qu'à sa gloire, et mets de côté tout ce qui tient au monde. Je
-t'embrasse.
-
- * * * * *
-
-LII.
-
-AU COMTE D'ARTOIS.
-
- Le 23 février 1792.
-
-Votre dernière lettre m'a été remise ce matin, mon cher Frère, et j'ai
-été bien heureuse d'y trouver moins d'amertume que dans la précédente.
-Cependant, je vous ai promis d'ajouter quelques mots à ce que je vous
-ai écrit il y a quelques jours, et je suis votre amie trop sincère
-pour ne pas le faire. Je trouve que le fils[207] a trop de sévérité
-pour la belle-mère[208]. Elle n'a pas les défauts qu'on lui reproche.
-Je crois qu'elle a pu écouter des conseils suspects, mais elle
-supporte les maux qui l'accablent avec un courage fort, et il faut
-encore plus la plaindre que la blâmer, car elle a de bonnes
-intentions. Elle cherche à fixer les incertitudes du père[209], qui,
-pour le malheur de sa famille, n'est plus le maître, et je ne sais si
-Dieu voudra que je me trompe, mais je crains bien qu'elle ne soit
-l'une des premières victimes de tout ce qui se passe, et j'ai le coeur
-trop serré à ce pressentiment pour avoir encore du blâme. Dieu est
-bon, il ne voudra pas continuer à laisser subsister le peu d'accord
-qu'il y a dans une famille à qui l'ensemble et la bonne harmonie
-seroient si utiles; j'en frémis quand j'y pense, et cela m'ôte le
-sommeil, car ce désaccord nous tuera tous. Vous savez la différence
-d'habitudes et de sociétés que votre soeur a toujours eue avec la
-belle-mère: malgré cela, on se sentiroit du rapprochement pour elle
-quand on la voit injustement accuser et quand on regarde en face
-l'avenir. C'est bien fâcheux que le fils n'ait rien voulu ou pu faire
-pour gagner l'ami intime[210] du frère de la belle-mère. Ce vieux
-renard la jouoit, et il eût fallu prendre sur soi, s'il avoit été
-possible, et faire le sacrifice de s'entendre avec lui pour le déjouer
-et prévenir le mal devenu effrayant aujourd'hui. De deux maux le
-moindre. Tous les gens de cette sorte me font peur: ils ont de
-l'esprit, mais à quoi leur est-il bon? Avec cela il faut aussi du
-coeur, et ils n'en ont pas. Ils n'ont que de l'intrigue, et c'est bien
-désagréable qu'ils entraînent tant de gens. Il auroit fallu être plus
-fins qu'eux.
-
-[Note 207: Le comte d'Artois.]
-
-[Note 208: La Reine.]
-
-[Note 209: Louis XVI.]
-
-[Note 210: Le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur de l'Empereur près
-le Roi.]
-
-Paris est presque tranquille. L'autre jour il y a eu à la Comédie, où
-étoit la Reine avec ses enfants, un tapage infernal qui a fini par une
-scène étonnante dont beaucoup de gens ont été attendris:--la plus
-grande partie de la salle a crié _Vive le Roi!_ et _Vive la Reine!_ à
-faire tomber les voûtes: on a battu ceux qui n'étoient pas du même
-avis, et on a fait répéter quatre fois un duo qui prêtoit à des
-rapprochements. Mais c'est un moment, un éclair comme en a la nation,
-et Dieu sait si cela continuera.
-
-L'idée de l'Empereur me tourmente; s'il nous fait la guerre, il y aura
-une affreuse explosion. Que Dieu veille sur nous! Il a appesanti sa
-main sur ce royaume d'une manière visible. Prions-le, mon cher frère;
-lui seul connoît les coeurs et il est la seule digne espérance. Je
-vais passer ce carême à lui demander de nous regarder en pitié;
-d'arranger les affaires entre cette famille que j'aime tant; j'ai cela
-bien à coeur, je consacrerois ma vie à le demander à deux genoux, et
-je voudrois être digne d'être exaucée. Ce n'est que lui qui peut
-changer notre sort, faire cesser le vertige de cette nation si bonne
-au fond, et vous donner la santé et le repos. Adieu. Que me
-demandez-vous? Quelles sont mes occupations aujourd'hui? Si je monte
-à cheval et si je vais encore à Saint-Cyr?--A peine ose-t-on faire ses
-devoirs depuis plus d'un an! Je vous embrasse de tout mon coeur.
-_Miserere nobis._
-
- * * * * *
-
-LIII.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- Ce 6 avril 1792.
-
-Comme je ne veux pas que tu me grondes, je t'écris le Jeudi saint:
-n'est-ce pas beau? Aussi tu n'auras qu'un très-petit mot. Voilà donc
-le roi de Suède assassiné! Chacun à son tour. Il a eu un courage
-incroyable. Nous ignorons encore sa mort; mais il y a à parier qu'il
-l'est, d'après la manière dont le pistolet étoit chargé.
-
-Tu es toute en dévotion. As-tu eu un bel office, un beau reposoir? Ta
-petite te permet-elle d'y aller? Adieu, mon coeur; je t'embrasse bien
-tendrement. Quand tu sèvreras, je m'occuperai de te faire avoir un
-logement, car le tien est donné.
-
- * * * * *
-
-LIV.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- Ce 18 avril 1792.
-
-Je te fais mon compliment, mon coeur, de ce que ta petite a reçu les
-cérémonies du baptême: ta soeur ne m'a pas envoyé le discours de ton
-saint évêque[211]; j'espère l'avoir sous quelques jours. Tu crois
-peut-être que nous sommes encore dans l'agitation de la fête de
-Châteauvieux, point du tout: tout est fort tranquille. Le peuple a été
-voir dame Liberté tremblotante sur son char de triomphe, mais il
-haussoit les épaules. Trois ou quatre cents sans-culottes suivoient en
-criant: _La Nation! la liberté! les sans-culottes! au diable La
-Fayette!_ Tout cela étoit bruyant, mais triste. Les gardes nationaux
-ne s'en sont point mêlés; au contraire, ils étoient en colère; et
-Pétion est, dit-on, honteux de sa conduite. Le lendemain, une pique et
-un bonnet rouge s'est promené dans le jardin, sans bruit, et n'y est
-pas resté longtemps.
-
-[Note 211: Henri-Louis-René Desnos, sacré le 25 décembre 1769,
-dépossédé en 1790.
-
-A sa place, que rendait vacante son refus de prêter serment à la
-constitution civile du clergé, fut élu Jean-Baptiste Aubry, curé de
-Véel dans le duché de Bar. Le président de l'Assemblée nationale, à
-l'ouverture de la séance du 24 février 1791, annonça la nomination
-d'Aubry comme évêque constitutionnel de la Meuse en même temps que
-celle de Robert Lindet, évêque de l'Eure, et celle de Massieu, évêque
-de l'Oise. Aubry était inconnu. Député du clergé du bailliage de
-Bar-le-Duc aux états généraux, il n'y avait donné aucun signe de vie:
-son silence y fut regardé comme une adhésion aux principes
-révolutionnaires, et les suffrages étaient volontiers allés chercher
-un homme dont l'existence était simple, et paraissait étrangère à
-toute intrigue. Il quitta en 1793 la crosse épiscopale pour exercer la
-profession d'avocat, et devint ensuite administrateur de son
-département.
-
-Lors de la réorganisation des tribunaux, qui eut lieu en 1811, il
-obtint la place de conseiller à la cour impériale de Colmar, qu'il
-occupait encore au moment de la Restauration.]
-
-Oui, mon coeur, je serai bien aise de te revoir; mais il faut voir la
-tournure que tout ceci prendra. La première fois que je t'écrirai, je
-te dirai si j'ai pu te trouver un logement. J'en ai bonne envie; car
-il me déplairoit beaucoup de te savoir à l'autre bout de Paris, et de
-ne pouvoir te voir autant que je le voudrois; au lieu que, si tu étois
-dans le château, nous passerions souvent les matinées ensemble. Je
-t'avoue que cette idée me tourne un peu la tête, et je la voudrois
-déjà voir exécutée; mais patience. Depuis trois ans nous sommes à ce
-régime; peut-être qu'à la fin nous nous en trouverons bien.
-
-Bombe fait faire sa première communion à Louis; il me semble qu'il s'y
-prépare fort bien; elle y met tous ses soins. Tu as encore le temps
-d'attendre avant que d'en être là. Tu es bien heureuse, car cela doit
-bien troubler.
-
-Le gouverneur de _M. le Prince Royal_ est nommé d'aujourd'hui; c'est
-M. de Fleurieu[212], celui qui a été ministre. L'Assemblée, à cette
-nouvelle, a renvoyé la lettre du Roi au comité, pour savoir si c'est
-au Roi ou à elle à le nommer. C'est, dit-on, un honnête homme; pour
-moi, je ne le connois pas. Adieu, mon coeur, je t'embrasse et t'aime
-de tout mon coeur.
-
-[Note 212: Voir la note mise au bas de la page 431 du tome Ier.]
-
-Le Roi de Suède est mort avec beaucoup de courage. Quel dommage qu'il
-ne fût pas catholique! il eût été un vrai héros. Son pays paroît
-tranquille.
-
- * * * * *
-
-LV.
-
-A L'ABBÉ DE LUBERSAC.
-
- 15 mai 1792.
-
-Il y a bien longtemps que je ne vous ai écrit, Monsieur; ce n'est pas
-faute d'en avoir envie: mais je mène une vie si coupée, qu'il ne m'est
-pas possible d'écrire comme je le voudrois. Je ne puis vous dire assez
-combien j'ai été touchée de votre lettre. Le désir que vous me
-témoignez de me voir réunie à celles qui ont tant de bontés pour moi,
-m'a fait un grand plaisir; mais il est des positions où l'on ne peut
-pas disposer de soi, et c'est là la mienne: la ligne que je dois
-suivre m'est tracée si clairement par la Providence, qu'il faut bien
-que j'y reste; tout ce que je désire, c'est que vous vouliez bien
-prier pour moi, pour obtenir de la bonté de Dieu que je sois ce qu'il
-désire. S'il me réserve encore dans ma vie des moments de calme, ah!
-je sens que j'en jouirai bien, au lieu de me soumettre aux épreuves
-qu'il m'envoie! J'envie ceux qui, calmes intérieurement et tranquilles
-à l'extérieur, peuvent à tous les instants ramener leurs âmes vers
-Dieu, lui parler, et surtout l'écouter: pour moi, qui suis destinée à
-tout autre chose, cet état me paroît un vrai paradis.
-
-Si Minette vaut quelque chose, c'est bien à vous qu'elle le devra.
-J'en ai été contente dans le court séjour qu'elle a fait ici: elle
-n'est pas heureuse, et c'est une bonne école. Elle a trouvé à Chartres
-un homme de mérite, à en juger d'après ce qu'elle dit, et en qui elle
-paroît avoir confiance. Je l'ai fort engagée à le voir souvent;
-j'espère qu'elle y est exacte.
-
-Je vois avec peine approcher les chaleurs; c'est un mauvais temps pour
-vous: je désire beaucoup qu'elles soient moins fortes que l'année
-passée. Adieu, Monsieur: croyez que vos lettres me font un vrai
-plaisir, et que je serai charmée le jour où je pourrai vous revoir. En
-attendant, priez Dieu pour nous.
-
-J'ai si peu de temps, qu'il m'est difficile de m'unir aux prières que
-l'on fait; mais j'y dresserai quelquefois mon intention, pour
-participer aux grâces qu'elles doivent attirer. Vous voyez que le moi
-n'est point du tout mort en moi.
-
- * * * * *
-
-LVI.
-
-A L'ABBÉ DE LUBERSAC.
-
- 22 juin 1792.
-
-Cette lettre sera un peu longtemps en chemin; mais j'aime mieux ne pas
-laisser échapper une occasion de causer avec vous. Je suis persuadée
-que vous avez ressenti presque aussi vivement que nous, Monsieur, le
-coup qui vient de nous frapper[213]; il est d'autant plus affreux,
-qu'il déchire le coeur, et ôte tout repos d'esprit. L'avenir paroît un
-gouffre, d'où l'on ne peut sortir que par un miracle de la Providence;
-et le méritons-nous? A cette demande, on sent tout le courage manquer.
-Qui de nous peut se flatter qu'il lui sera répondu: _Oui, tu le
-mérites!_ Tout le monde souffre; mais, hélas! nul ne fait pénitence;
-on ne retourne point son coeur vers Dieu. Moi-même combien de
-reproches n'ai-je pas à me faire! Entraînée par le tourbillon du
-malheur, je ne m'occupois pas de demander à Dieu les grâces dont nous
-avons besoin; je m'appuyois sur les secours humains, et j'étois plus
-coupable qu'un autre; car qui plus que moi est l'enfant de la
-Providence? Mais ce n'est pas tout de reconnoître ses fautes, il faut
-les réparer; je ne le puis seule, Monsieur: ayez la charité de
-m'aider. Demandez au Ciel, non pas un changement qu'il plaira à Dieu
-de nous envoyer quand il l'aura jugé convenable dans sa sagesse; mais
-bornons-nous à lui demander qu'il éclaire, qu'il touche les coeurs;
-que surtout il parle à deux êtres bien malheureux, mais qui le seront
-encore plus si Dieu ne les appelle à lui. Hélas! le sang de
-Jésus-Christ a coulé pour eux comme pour le solitaire qui pleure sans
-cesse des fautes légères. Dites-lui souvent: _Si vous voulez, vous
-pouvez les guérir;_ et démontrez-lui bien la gloire qu'il en tirera.
-En me lisant, vous allez me croire un peu folle, mais pardonnez à
-l'excès des maux dont mon âme est atteinte: jamais je ne les ai si
-vivement sentis. Dieu les connoît; Dieu sait les remèdes qu'il doit
-appliquer, mais sa bonté permet qu'on lui fasse les demandes dont on a
-besoin: et j'use, comme vous voyez, de cette permission.
-
-[Note 213: Journée du 20 juin.
-
-La même date avait, on le voit, après un an, ramené de nouveaux
-malheurs: le Roi, blessé dans ses droits les plus sacrés par la
-violation de sa propre demeure et les outrages dirigés contre sa
-personne et sa famille, n'obtint d'autres satisfactions que celles
-qu'il se fit à lui-même, en publiant une proclamation pleine de
-sagesse, de courage et de modération. Voir aux Pièces justificatives,
-nº XV.]
-
-Je suis fâchée de vous écrire dans un style aussi noir; mais mon coeur
-l'est tellement, qu'il me seroit bien difficile de parler autrement.
-Ne croyez pas pour cela que ma santé s'en ressente; non, je me porte
-bien: Dieu me fait la grâce de conserver de la gaieté. Je désire
-vivement que la vôtre se conserve; je voudrois la savoir meilleure;
-mais comment l'espérer avec votre sensibilité? Rappelons-nous qu'il
-est une autre vie, où nous serons amplement récompensés des peines de
-celle-ci, et vivons dans l'espoir de nous y réunir un jour, après
-cependant avoir eu encore le plaisir de nous revoir dans celle-ci;
-car, malgré l'excès de ma noirceur, je ne puis croire que tout soit
-désespéré. Adieu, Monsieur: priez pour moi, je vous en prie, après
-avoir prié pour les autres, et donnez-moi souvent de vos nouvelles:
-c'est une consolation pour moi.
-
- * * * * *
-
-LVII.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- 3 juillet 1792.
-
-Depuis trois jours on comptoit sur un grand mouvement dans Paris; mais
-on croyoit avoir pris les précautions nécessaires pour parer à tous
-les dangers. Mercredi matin, la cour et le jardin étoient pleins de
-troupes. A midi, on apprend que le faubourg Saint-Antoine étoit en
-marche; il portoit une pétition à l'Assemblée, et n'annonçoit pas le
-projet de traverser les Tuileries. Quinze cents hommes défilèrent dans
-l'Assemblée, peu de gardes nationaux, quelques invalides; le reste
-étoit des sans-culottes et des femmes. Trois officiers municipaux
-vinrent demander au Roi de permettre que la troupe défilât dans le
-jardin, disant que l'Assemblée étoit gênée par l'affluence, et les
-passages si encombrés, que les portes pourroient être forcées. Le Roi
-leur dit de s'entendre avec le commandant pour les faire défiler le
-long de la terrasse des Feuillants, et sortir par la porte du Manége.
-Peu de temps après les autres portes du jardin furent ouvertes, malgré
-les ordres donnés. Bientôt le jardin fut rempli. Les piques
-commencèrent à défiler en ordre sous la terrasse de devant le château,
-où il y avoit trois rangs de gardes nationaux; ils sortoient par la
-porte du pont Royal, et avoient l'air de passer sur le Carrousel, pour
-regagner le faubourg Saint-Antoine. A trois heures, ils firent mine de
-vouloir enfoncer la porte de la grande cour. Deux officiers municipaux
-l'ouvrirent. La garde nationale, qui n'avoit pas pu parvenir à obtenir
-des ordres depuis le matin, eut la douleur de les voir traverser la
-cour sans pouvoir leur barrer le chemin. Le département avoit donné
-ordre de repousser la force par la force; mais la municipalité n'en a
-pas tenu compte. Nous étions, dans ce moment, à la fenêtre du Roi. Le
-peu de personnes qui étoient chez son valet de chambre vinrent nous
-rejoindre. On ferme les portes; un moment après nous entendons cogner:
-c'étoient Aclocque et quelques grenadiers et volontaires qu'il
-amenoit; il demanda au Roi de se montrer seul. Le Roi passa dans sa
-première antichambre. Là, M. d'Hervilly vint le joindre avec encore
-trois ou quatre grenadiers qu'il avoit engagés à venir avec lui. Au
-moment où le Roi passoit dans son antichambre, des gens attachés à la
-Reine la firent rentrer de force chez son fils. Plus heureuse qu'elle,
-je ne trouvai personne qui m'arrachât d'auprès du Roi. A peine la
-Reine l'étoit-elle, que la porte fut enfoncée par les piques. Le Roi,
-dans cet instant, monta sur des coffres qui sont dans les fenêtres; le
-maréchal de Mouchy, MM. d'Hervilly, Aclocque et une douzaine de
-grenadiers l'entourèrent. Je restai auprès du panneau, environnée des
-ministres, de M. de Marsilly et de quelques gardes nationaux. Les
-piques entrèrent dans la chambre comme la foudre; ils cherchoient le
-Roi, surtout un, qui, dit-on, tenoit les plus mauvais propos. Un
-grenadier rangea son arme en disant: _Malheureux! c'est ton Roi!_ Ils
-se mirent en même temps à crier: _Vive le Roi!_ Le reste des piques
-répondit machinalement à ce cri; la chambre fut pleine en moins de
-temps que je n'en parle, tous demandant la sanction et le renvoi des
-ministres. Pendant quatre heures, le même cri fut répété. Des membres
-de l'Assemblée vinrent peu de temps après; MM. Vergniaux et Isnard
-parlèrent fort bien au peuple pour leur dire qu'ils avoient tort de
-demander ainsi au Roi la sanction, et les engagèrent à se retirer;
-mais ce fut comme s'ils ne parloient pas. Ils étoient bien longtemps
-avant que de pouvoir se faire entendre; et à peine avoient-ils
-prononcé un mot, que les cris recommençoient. Enfin Pétion et des
-membres de la municipalité arrivèrent; le premier harangua le peuple,
-et, après avoir loué la _dignité_ et l'_ordre_ avec lequel il avoit
-marché, il l'engagea à se retirer dans le _même calme_, afin que l'on
-ne pût lui reprocher de s'être livré à aucun excès dans une fête
-civique. Enfin, le peuple commença à défiler. J'oubliois de vous dire
-que, peu de temps après que le peuple fut entré, des grenadiers
-s'étoient fait jour et l'avoient éloigné du Roi. Pour moi, j'étois
-montée sur la fenêtre du côté de la chambre du Roi. Un grand nombre de
-gens attachés au Roi s'étoient présentés chez lui le matin; il leur
-fit donner ordre de s'éloigner, craignant la journée du _dix-huit
-avril_. Je voudrois m'étendre là-dessus; mais, ne le pouvant, je me
-promets simplement d'y revenir; tout ce que je puis dire, c'est que
-celui qui a donné l'ordre a bien fait, et que la conduite des autres
-est parfaite. Mais revenons à la Reine, que j'ai laissée entraînée
-malgré elle chez mon neveu; on avoit emporté si vite ce dernier dans
-le fond de l'appartement, qu'elle ne le vit plus en entrant chez lui;
-vous pouvez imaginer l'état de désespoir où elle fut. M. Hue,
-huissier, et M. de Vincent, officier, étoient avec lui; enfin on le
-lui ramena. Elle fit tout au monde pour rentrer chez le Roi, mais MM.
-de Choiseul et d'Haussonville, ainsi que nos dames qui étoient là,
-l'en empêchèrent. Un moment après, on entendit enfoncer les portes: il
-n'y en avoit plus qu'une que le peuple ne put trouver; et trompé par
-un des gens de mon neveu, qui lui dit que la Reine étoit à
-l'Assemblée, il se dispersa dans l'appartement. Pendant ce temps-là,
-les grenadiers entrèrent dans la chambre du conseil: on la mit, et les
-enfants, derrière la table du conseil; les grenadiers et d'autres
-personnes bien attachées l'entourèrent, et le peuple défila devant
-elle. Une femme lui mit le bonnet rouge sur la tête, ainsi qu'à mon
-neveu. Le Roi l'avoit presque du premier moment. Santerre, qui
-conduisoit le défilé, vint la haranguer, et lui dit qu'on la trompoit
-en lui disant que le peuple ne l'aimoit pas; quelle l'étoit, et qu'il
-l'assuroit qu'elle n'avoit rien à craindre. «L'on ne craint jamais
-rien, répondit-elle, lorsque l'on est avec de braves gens.» En même
-temps, elle tendit la main aux grenadiers qui étoient auprès d'elle,
-qui se jetèrent tous dessus. Cela fut fort touchant.
-
-Les députés qui étoient venus étoient venus de bonne volonté. Une
-vraie députation arriva et engagea le Roi à rentrer chez lui. Comme on
-me le dit, et que je ne voulois pas me trouver rester dans la foule,
-je sortis environ une heure avant lui; je rejoignis la Reine, et vous
-jugez avec quel plaisir je l'embrassai. J'avois pourtant ignoré les
-risques qu'elle avoit courus. Le Roi rentré dans sa chambre, rien ne
-fut plus touchant que le moment où la Reine et ses enfants se jetèrent
-à son cou. Des députés qui étoient là fondoient en larmes: les
-députations se relevèrent de demi-heure en demi-heure, jusqu'à ce que
-le calme fût rétabli totalement. On leur montra les violences qui
-avoient été commises. Ils furent tous très-bien dans l'appartement du
-Roi, lequel fut parfait pour eux. A dix heures, le château étoit vide,
-et chacun se retira chez soi.
-
-Le lendemain, la garde nationale, après avoir montré la plus grande
-douleur d'avoir eu les mains liées, et d'avoir vu devant ses yeux tout
-ce qui s'étoit passé, obtint de Pétion l'ordre de tirer. A sept
-heures, on dit que les faubourgs marchoient: la garde se mit sous les
-armes avec le plus grand zèle. Des députés de l'Assemblée vinrent de
-bonne volonté demander au Roi s'il croyoit qu'il y eût du danger, pour
-qu'elle se transportât chez lui. Le Roi les remercia. Vous verrez leur
-dialogue dans tous les journaux ainsi que celui de Pétion, qui vint
-dire au Roi que ce n'étoit que peu de monde qui vouloit planter un
-mai[214].
-
-[Note 214: Le 6 juillet, le directoire du département de Paris,
-considérant que Pétion avait manqué à son devoir en n'empêchant point
-les désordres de cette affreuse journée, le suspendit de ses
-fonctions, sans avoir égard à la défense élevée en sa faveur par
-Roederer, procureur général du département.
-
-Le Roi, à la date du 11 juillet, approuva cette mesure; l'Assemblée,
-par un décret daté du 13, leva la suspension, après avoir, par un
-décret du 11, proclamé la patrie en danger.]
-
- [La lettre jusqu'à cet alinéa est de main étrangère; le dernier
- paragraphe est seul de la main de Madame Élisabeth.]
-
-Comme je savois que la duchesse de Duras t'avoit donné de mes
-nouvelles, et que je n'ai pas trouvé un instant pour t'écrire, je ne
-me suis pas trop tourmentée; aujourd'hui même, je n'ai qu'un moment.
-Nous sommes jusqu'à ce moment tranquilles; l'arrivée de M. de La
-Fayette fait un peu de mouvement dans les esprits. Les Jacobins
-dorment. Voilà le détail de la journée du 20. Adieu, je me porte bien,
-je t'aime, je t'embrasse, et suis bien aise que tu ne te sois pas
-trouvée dans cette bagarre.
-
- * * * * *
-
-LVIII.
-
-A MADAME DE RAIGECOURT.
-
- Ce 8 juillet 1792.
-
-Il faudroit vraiment toute l'éloquence de madame de Sévigné pour
-rendre tout ce qui s'est passé hier; car c'est bien la chose la plus
-surprenante, la plus extraordinaire, la plus grande, la plus petite,
-etc., etc. Mais heureusement l'expérience peut un peu aider la
-compréhension. Enfin, voilà les Jacobins, les Feuillants, les
-Républicains, les Monarchistes, qui, abjurant tous leurs discordes, et
-se réunissant près de l'arbre inébranlable de la Constitution et de la
-liberté, se sont promis bien sincèrement de marcher la loi à la main,
-et de ne pas s'en écarter[215]. Heureusement, le mois d'août
-s'approche, moment où toutes les feuilles étant bien développées,
-l'arbre de la liberté présentera un ombrage plus sûr. Notre ville est
-tranquille et le sera pour la fédération. Je tremble qu'il n'y ait
-quelque cérémonie religieuse: tu connois mon goût pour elles: demande
-à Dieu, mon coeur, qu'il me donne force et conseil. Adieu; je
-t'embrasse et t'aime de tout mon coeur.
-
-[Note 215: Dans la séance du samedi 7 juillet 1792, Lamourette, évêque
-constitutionnel du Rhône, rappela l'Assemblée nationale à l'union et à
-la concorde: «A quoi, dit-il, se réduisent ces défiances? Une partie
-de l'Assemblée attribue à l'autre le dessein séditieux de vouloir
-détruire la monarchie; les autres attribuent à leurs collègues le
-dessein de vouloir la destruction de l'Église constitutionnelle, et le
-gouvernement aristocratique connu sous le nom des deux Chambres. Voilà
-les défiances désastreuses qui divisent l'empire. Eh bien, foudroyons,
-Messieurs, par une exécration commune et par un irrévocable serment,
-foudroyons et la République et les deux Chambres. (La salle retentit
-d'applaudissements unanimes de l'Assemblée et des tribunes, et des
-cris plusieurs fois répétés de: _Oui, oui, nous ne voulons que la
-Constitution!_) Jurons de n'avoir qu'un seul esprit, qu'un seul
-sentiment, de nous confondre en une seule et même masse d'hommes
-libres, également redoutables et à l'anarchie et à l'esprit féodal...
-Je demande que l'Assemblée mette aux voix cette proposition simple:
-_Que ceux qui abjurent également et exècrent la République et les deux
-Chambres se lèvent._ (Les applaudissements des tribunes continuent.
-L'Assemblée se lève tout entière. Tous les membres se confondent et
-s'embrassent.)
-
-Cette scène est connue sous le nom de _Baiser de Lamourette_.]
-
-
-
-
-NOTES, DOCUMENTS
-
-ET
-
-PIÈCES JUSTIFICATIVES.
-
-
-I.
-
-LETTRE ÉCRITE DE PARIS PAR M. REPIQUET,
-
- _Fédéré d'Autun, district d'Autun, département de Saone et Loire,
- à M. Repiquet, son frère, citoyen audit Autun, sur les événements
- du_ 10 _août_ 1792, _l'an 4 de la liberté. Imprimée aux frais de
- la Société, des Amis de la Constitution de ladite ville._
-
-MON FRAIRE, MON CHER AMI,
-
-Je ne peut pas atantre que les chose soit terminé pour tan faire par,
-ainsi qua toute la société des ami de la constitussion d'Autun, qui
-sont mes fraire, que jesper que tu voudra bien leur témogné la
-fraternité qui ne finira qua la mort envair moi. Je te fait par de la
-bataille que nous avont u yaire vendredi dix aoust, comme je te lavais
-promis, que je ne quiterais Paris que quant le coup serait porté; mais
-se coup ne sera jamais houblié, car il doit aitre ymmortelle.
-
-Ci je te parle, croit que c'est un raive; si j'éxiste, c'est que la
-mort n'a pas voulu de moi. Mon ami, je te diré que la nuit du neuf au
-disse, nous somme sorti des Jacobin à minuit, ayant les hordre de nos
-commissair.
-
-Lhordre était de nous transporter tous les fédérés, les un au
-faubourgt St. Entoine, et les autre au Cordelié ou sont les
-Marsaillois; les autre dans les section les plus patriote, de fasson
-que nous avons passé cette maime nuit sans panser à dormir. Pour
-conquir sa liberté, il ne faut plus panser de fermé les yeux, au
-contraire, il faut les ouvrire, et avoir de bonnes aureille. Moi qui
-ne connais pas assés les section de Paris, je messuis transporté de
-suite avecque quelques un des jeune gens d'Autun, dans le bataillon de
-Marsaille, comme javais ma confiance en eux. Les fédérés de Nime, de
-Monpeillé, de Macon, nous nous somme tous joint, de fasson que nous
-nous somme trouvé aux environ de trois bataillon, tous desterminé à
-périre pour conquir la liberté. Nous lavons juré, nous la
-soutiendront: aprest nous, nos enfant prendront vengensse, et ils
-trionferont. Pour moi, mon ami, jétais chef de ploton, quand nous
-avons entré au tuillerie, il li en avait quelqun qui ne se soussiest
-pas di entrer, parce que les bal commensait desja a pleuvoir; pour les
-en courager dantrer, je leur ai dit courage mes enfent, ce nest pas
-sur nous quon tire.
-
-Je neu pas prononsé ses mot quil en tomba catorse de mon ploton, et
-moi surpri de me voir qua trois de ma section, les gueux nous on tiré
-a mitraille, car ils croyoit nous faire reculer et doné la terreur au
-peuple. Mais des fédéré qui on juré devant leur munisipalité
-respective, qui sacrifirait leur sanc, leur fortune, pour la deffance
-de la patrie, ne peuve pas reculer. Nous ne pouvous pas mourire pour
-la plus bel cose, et moi comme tu sai qui suis acoutumé de mourir, je
-ni pansait pas.
-
-Je nés pas encore vu tous les jeune gensse d'Autun; je les cherche
-tous les jour, tout ce que jan sait, quil se sont bien montré et bien
-ardie au feu: il ni a que Mersié de blessé dans une main, je ne sai
-sil en sera extropié. Je cherché dans les cor mort si je ne trouverai
-pas le petit Migniot, frère du charpantier de Marchau, que lon ma dit
-avoir été tué dans la compagni de Monpellié; mais il ma été impossible
-dans navoir de nouvelle. Comme nous étion tous séparés, il ni avait
-pas possible que nous fussion dans la maime compagnie, dhalleur il
-n'est pas possible de reconnaître personne dans les mort. On fait
-nombre de quatre mille, san conté que la riviere en est presque
-plaine, on dirait du bois a flotter. Le chatau des tuillerie brule
-toujours trai fort, le feu ne peut si éteindre, car sest un enfaire.
-Les diable son sorti et demande pardon au peuple; mais le peuple
-courageux et plaint de bonté, a méprisé ses demon, et les a lessé alé
-à leur malheureu sor. Le cheffe des diable avec proserpine se sont
-sauvé avec leur famille, dans l'assemblé nationalle ou on a commi que
-des péché mortelle; comme tu voi qui se ressemble sasemble. Il navais
-pas malle choisi, car il avait choisi des homme abillé de rouge,
-appelés Suisse, pour desfendre les crime qu'il comaitait dans ces
-enfair.
-
-Enfin, mon ami, nous étion plus de cinq cent mille soldat commandé par
-le dieux de lunivert, nous ne lavons pas vu, mais nous lavon entendu;
-il a parlé dans nos coeur, nous étion tous fraire. Des charbonier, des
-masson, des porte fait, en généralle de toute les langue, nous navion
-que le maime langage; nous nous embrassion tous, et nous ne fesion
-qune maime famile. Jés étés mangés par des charbonnié et par baucoup
-douvrier, de sorte qu'il manbrassait. Enfin mon cher ami il li a eu
-des section de Paris qui ont tiré sur nous comme sur des lou garou,
-mais nous les avons baré par la rue de Grenelle et de la section des
-grenadier des file St. Thomas. Jan on compté 48 étandu, entrautre le
-capitaine qui étais d'une grosseur a faire peur a un enfant trouvé; on
-voyoit bien que ce bougre navais été nourie quau chatau des tuillerie,
-car il ni a que des cochon de cette espaisse. On ne veut pas dire
-combien ce qui li a de mort, car cest tairible: ce nest pas fini, car
-il ni a point de nosse quil ni ai de landemain. Aujourdhui jé vu
-couper au moins trois cent taite; on jette les corp dans la rivier, et
-porte les taite. On ne fini pas; tous les aristocrate i passeront: on
-prent leur non en écri, et il y a des comissaire pour montrer leur
-maison. Mais, mon ami, _je te prie de faire par à tous les patriote_
-DE FAIRE COULER DU SANG LE MOINS QU'IL SERA POSSIBLE _dans notre
-pays_, peut aitre que ces gensse ecaré ne tarderont pas à vous
-demandés pardon: nessités pas à les pardonner, mais faitte leur sentir
-quil sont dans la poussier; Paris leur doit doner exemple.
-
-Toute la cavallerie étais pour nous et l'infanterie, mais il li en a
-eu baucoup de tué par les section aristocrate. Il ni a plus
-daristocrate à Paris, tous crie vive la nation; mais il ne faut pas si
-fié que quant nous en auront curé le ny. A linstant que je técri, on
-bat la généralle de toute par. Je fini vite en courant dans mon
-bataillon qui sont les Marsaillois. Les misérable ont perdu 150 homme,
-tant tué que blaissé, jé vu faire lapelle. Mon amie, tu sai que je né
-point d'ortograffe, et que je ne sé point faire de frase, mais au moin
-il me raiste que je parle de coeur en jurant de vivre libre ou mourir.
-
- Ton fraire Repiquet.
-
-_Poste scriptome._
-
-Je te diré quil métait arrivé davoir desja tué un Garde du Roi, près
-le pallais royale, et un autre le bras, qui na pas mieux vécu que le
-premier, car il avait lalter coupé, pour avoir dit vive le Roi, et
-merde pour la nation. Il li a un trop lon destaille pour tans faire
-par; tu le saura par les Autunois.
-
-Jés tué quatre Suise dans les cavau des tuillerie, quil sestais cachés
-derrier des taunaux: il était comme des lievre caché. Le premier je
-lui ai coupé un bras, ausito une femme la porté au bout d'une pique.
-Pour ten dire davantage je ne peut; tout ce qui li a, que nous en
-avons tué soixante traise dans les cavos. Actuelment on peut me tué
-quent on voudra; jé tué le nombre que je demandais auparavant; mais
-puisque ji suis, il ne me turont quen ma présence.
-
- REPIQUET.
-
- A AUTUN, DE L'IMPRIMERIE DE P. P. DE JUSSIEU, 1792.
-
- * * * * *
-
-II.
-
-COMMUNE DE PARIS.
-
- Le 20 octobre 1792, l'an 4e de la liberté, 1er de la République
- française, et 1er de l'égalité.
-
-SECRÉTAIRE-GREFFIER.
-
-Je joins ici, Citoyens, une lettre adressée à Madame Élisabeth, dont
-ce renvoy par devers vous a été arrêté par le conseil général de la
-Commune.
-
-Je vous prie de m'en accuser réception.
-
- MÉYÉE.
-
-Les citoyens membres de la Convention nationale et composant la
-commission des 24.
-
- Notre soeur Élisabeth,
- Prenez votre chapelet,
- Il sera la victoire,
- Toute pleine, de gloire.
-
- Commencés, par la Croix,
- C'est le signe, des Roys,
- Jésus, fils de Marie,
- Ditte, qu'il vous marie,
-
- Avec le Roy François,
- Oh Dieu quelle joye.
- N'est-ce pas un bon souhait?
-
- Voilà une bonne proye.
- Rions, chantons cette fois,
- L'amour a fait son employe.
-
- * * * * *
-
- Je t'ay vu, mon Citron,
- Dans la Loire, en plongeon;
- Bien nager quelle gloire?
- Estre mis dans l'histoire.
-
- Ah le brave Français,
- Je ne suis point Anglais,
- Parti pour l'Allemagne?
- Oui voilà ma campagne.
-
- Traître, grand ennemi,
- Trop infidèle ami!
- Contre nous porter arme!
-
- Quelle plus triste allarme!
- J'aime le Roy François.
- Comme moy donc, franc sois.
-
-Citron est le chien du prince Louis, que j'ay vu en passant à Tours.
-Il s'amusoit avec luy, à le faire nager dans la Loire. J'ay fait ce
-petit sonnet à sa gloire. A ce titre, s'il pouvoit vous recréer un
-moment, je m'en féliciterois: et ma joye iroit de pair avec le respect
-dans lequel je suis pleinement,
-
- MADAME,
-
- Votre serviteur le plus respectueux,
-
- J. GUILLEMETEAU,
-
- Curé de Biarge et vic. de Fontenay de Vincennes.
-
- 7 octobre 1792.
-
- _A Madame, Madame Élisabeth, dans le Temple, rue du Temple, à Paris._
-
-Madame Élisabeth dit dans une de ses lettres qu'elle était effrayée de
-l'ignorance du bas clergé: elle avait bien raison. B.
-
- * * * * *
-
-III.
-
-Après avoir esquissé, au livre huitième de cette histoire, la
-distribution intérieure de l'édifice du Temple, essayons de donner une
-idée générale de sa physionomie extérieure, un aperçu du personnel
-commis à sa garde et des dispositions prises par l'autorité
-républicaine.
-
-A la grande porte de la rue du Temple était un portier nommé Darque,
-naguère bedeau du grand prieuré, homme simple et bon, qui n'avait pas
-la prétention de descendre du même sang que la glorieuse vierge
-d'Orléans, quoique souvent cette consonnance de noms lui attirât des
-plaisanteries grossières. Serviteur sexagénaire de l'hôtel de Conti,
-il avait été surpris par la Révolution dans l'exercice de ses
-fonctions paisibles et dans la quiétude de ses vieux jours. Du reste,
-il comprenait peu les choses qui se passaient alors sous ses yeux, et
-c'était un grand bienfait de la Providence; les vicissitudes qui
-entraînaient les hommes et les choses lui avaient laissé un abri sous
-le toit où il avait vieilli, et cela lui suffisait; il se regardait
-comme étant partie intrinsèque du Temple.
-
-Dans la loge de Darque pendait un cordon à sonnette correspondant par
-un fil de fer à l'intérieur de la salle du conseil, située, dès le
-premier jour de la détention du Roi dans l'intérieur du palais du
-Temple, et, à dater du 8 décembre, au rez-de-chaussée de la grosse
-tour. Un nombre de coups convenu révélait aux officiers municipaux
-préposés à la garde du Temple la nature des messages ou l'importance
-des visiteurs. Un carillon prolongé annonçait la venue d'une autorité
-supérieure. A ce bruit, les municipaux venaient eux-mêmes reconnaître
-les personnages puissants et les introduire, s'il y avait lieu. Ces
-membres de la Commune furent d'abord au nombre de huit, jour et nuit
-de service dans l'intérieur du Temple, un près de Louis XVI, un près
-de Marie-Antoinette, et les six autres composant le conseil de la
-garde du Temple. Deux couchaient dans l'antichambre du Roi et deux
-dans celle de la Reine, les quatre autres dans la chambre du conseil.
-Ces huit commissaires, dont le service durait pendant quarante-huit
-heures, se renouvelaient chaque jour quatre par quatre, désignés par
-le sort dans le conseil de la Commune. Étant de service auprès des
-prisonniers, ils étaient tenus de ne répondre qu'aux questions vagues
-et sans importance qu'on leur faisait, et le plus laconiquement
-possible.
-
-A droite et à gauche, dans la cour, s'élevaient plusieurs corps de
-bâtiment affectés à différents services; à droite, était l'appartement
-de Jubaud, ancien concierge du palais; le nouvel économe, du nom de
-Coru, occupa une partie de ce logement.
-
-Dans le bâtiment de gauche, faisant face à l'habitation de Coru,
-demeurait l'ancien suisse du château du Temple, nommé Gachet, protégé
-de M. le comte d'Artois, vieux débris, comme Darque, de cet ancien
-régime sous lequel on buvait et l'on chantait, sans prévoir quel
-terrible visiteur viendrait briser les verres et interrompre les
-chansons. Les orages du temps avaient quelque peu assombri l'humeur
-joviale du vieux Gachet, mais ils n'avaient pas dérangé l'antique
-habitude qu'il avait prise de vendre à boire à ses voisins. Depuis
-1784 sa petite industrie était exploitée par un vieux célibataire
-nommé Lefèvre; assez étranger au grand drame qui se jouait sous ses
-yeux, Lefèvre ne voyait dans le passage au Temple des officiers
-municipaux et de la force armée, qu'une chance heureuse pour son
-commerce, et, sans souhaiter malheur à la famille royale dont il avait
-reçu les bienfaits, il acceptait volontiers un état de choses qui
-achalandait son cabaret. La triste humanité est ainsi faite; quand on
-n'est pas soutenu par un sentiment plus haut, on juge l'histoire
-générale au point de vue de sa propre histoire. On s'assemblait chez
-le père Lefèvre pour savoir ce qui se passait, pour converser sur les
-affaires du jour: c'était le rendez-vous des nouvellistes du
-voisinage.
-
-A gauche également, et sous le même toit que la _buvette du père
-Lefèvre_ (car c'est ainsi qu'on appelait cet établissement), se
-trouvaient les cuisines qui alimentaient non-seulement les
-prisonniers, mais les commissaires de la Commune, les officiers, et
-dans la suite le poste tout entier de la force armée; enfin tous les
-employés tenus par leur service à ne pas sortir du Temple.
-
-Le palais ou château faisait face à la porte d'entrée et fermait dans
-toute sa largeur la première cour. Dans le château était le grand
-poste du Temple. Il résulte des états journaliers du service de cette
-époque, que la garde du Temple se composait de: 1 commandant général,
-1 chef de légion, 1 sous-adjudant général, 1 adjudant-major, 1
-porte-drapeau, 20 artilleurs, 2 pièces de canon, et formait, avec les
-gardes nationaux, en y comprenant les officiers et sous-officiers, un
-effectif de deux cent quatre-vingt-sept hommes. Cette garde était
-fournie chaque jour au Temple tour à tour par les huit divisions de la
-garde nationale parisienne. Après la mort du Roi, cet effectif fut
-réduit à deux cent huit hommes, y compris quatorze canonniers.
-
-On entrait au jardin par l'intérieur du château: ce fut pour obvier à
-cet inconvénient que, d'après l'ombrageuse inspiration de la Commune
-et sous sa surveillance sévère, le patriote Palloy (on ne le nommait
-jamais sans cette qualification) éleva plus tard, au milieu de
-l'espace qui séparait le château de la tour, un gros mur qui forma
-ainsi une nouvelle cour entre le château et le jardin.
-
-Ce nouveau mur avait deux portes, l'une charretière, fermée par une
-forte cloison de chêne, garnie de barres de fer et de verrous, et que
-l'on ne pouvait ouvrir sans le concours de deux guichetiers,
-possesseurs chacun d'une clef différente.
-
-La seconde porte, à gauche et tout à côté de la première, consistait
-en un guichet étroit; deux clefs étaient également nécessaires pour
-en opérer l'ouverture; ces clefs étaient aux mains de deux hommes
-dont les loges étaient situées à côté de ces deux portes, l'une en
-dedans, l'autre en dehors. Un fil de fer et une double sonnette
-ralliaient ces deux cases à travers le mur. Les deux guichetiers
-passaient là les jours et les nuits sans interruption aucune, dérangés
-à toute minute, dépendant l'un de l'autre, et condamnés, comme
-Sisyphe, à une action continuelle. L'un de ces suppliciés s'appelait
-Richard, l'autre Mancel.
-
-Dès qu'on avait franchi ces portes, tous les bâtiments contigus à la
-tour ayant été démolis, le sombre édifice, dépositaire des débris de
-la royauté, apparaissait dans sa libre tristesse, dégagé de toutes
-parts, et renfermé, avec quelques bouquets d'arbres, entre quatre
-murailles nues. Son complet isolement lui imprimait encore un
-caractère plus religieux et plus redoutable. A ses angles, quatre
-tourelles rondes élançaient leurs toits aigus, que dominait de sa
-masse imposante le pignon également aigu du donjon. L'oeil ne
-retrouvait dans leurs girouettes découpées à jour aucunes traces
-d'armoiries; aucun cartouche de pierre n'indiquait non plus, au-dessus
-de la porte d'entrée, la féodalité des âges de foi: le passage des
-templiers n'y était pas inscrit; les écussons des grands maîtres
-n'étalaient point leurs émaux sur un portail guilloché. Tout le
-monument était grave et empreint de la physionomie des temps
-guerriers, mais n'ayant rien d'épique ni de romanesque dans son
-architecture simple et sévère, dépouillée de ces belles fantaisies, de
-ces images capricieuses que le moyen âge taillait dans la pierre.
-
-Depuis que, veuf de ses nobles hôtes, veuf aussi de son arsenal et de
-ses trophées, il avait, silencieux, servi d'asile à de poudreuses
-archives, une sombre mélancolie planait sur lui et semblait annoncer
-qu'il devait un jour servir de prison. On sentait, en effet, en le
-regardant, qu'absente à l'extérieur, la gaieté ne pouvait habiter le
-dedans, et que la main de l'adversité devait seule pousser des
-habitants dans une telle demeure. Théâtre parfaitement approprié à la
-terrible tragédie qui allait s'y accomplir, l'architecte, en le
-faisant si lugubre, semblait l'avoir prédestiné à l'usage qu'il venait
-de recevoir.
-
-Voici l'état nominatif de toutes les personnes employées à la bouche
-et à la sûreté de la maison du Temple pendant les premiers temps de la
-captivité de la famille royale. Nous mettons en regard le traitement
-qui leur était alloué.
-
- Gagnié[216], chef de cuisine 4,000 fr. par an.
- Remy, chef d'office 3,000 --
- Maçon, second chef d'office 2,400 --
- Nivet, pâtissier 2,100 --
- Meunier, rôtisseur[217] 2,400 --
- Mauduit, argentier, homme du garde-manger 2,400 --
- Penaut, garçon de cuisine 1,500 --
- Marchand[218], garçon servant 1,500 --
- Turgy[219], id. 1,500 --
- Chrétien[220], id. 1,500 --
- Guillot, garçon d'office 1,200 --
- Adrien, laveur 1,200 --
- Fontaine, garçon pour le service de la bouche 600 --
- Tison, au service de Marie-Antoinette, d'Élisabeth,
- et de la fille d'Antoinette 6,000 --
- La femme dudit Tison (Anne-Victoire Baudet) 3,000 --
- Mathey, concierge de la Tour 6,000 --
- Rocher, guichetier 6,000 --
- Risbey, id. 6,000 --
- Richard-Fontaine[221], gardien du guichet entre le
- Château et la tour 3,000 --
- Mancel[222], d'abord balayeur, depuis collègue de
- Richard-Fontaine, aux gages de 1,000 --
- Le Baron[223], concierge et gardien des scellés 2,000 --
- Le Baron, porte-clef 1,200 --
- Jérôme[224], id. 1,200 --
- Gourlet[225], id. et garçon du conseil 1,200 --
- Angot[226], scieur de bois 1,000 --
- Vincent-Petit Ruffon, scieur et porteur de bois 1,200 --
- Herse, id. 1,000 --
- Jean Quenel, commissionnaire 1,000 --
- Danjout, perruquier 600 --
- Roekenstroh[227], surveillante de la lingerie 1,000 --
- Roekenstroh, commis de l'économe (âgé de 15 ans
- et demi) 1,000 --
- Darque, portier à la grande porte 1,500 --
- Picquet[228], portier des écuries 600 --
-
-[Note 216: Ci-devant employé à la bouche du Roi, aux Tuileries.]
-
-[Note 217: Ci-devant employé à la bouche du Roi, aux Tuileries.]
-
-[Note 218: Ci-devant servant aux Tuileries.]
-
-[Note 219: _Id._]
-
-[Note 220: _Id._]
-
-[Note 221: Ci-devant terrassier.]
-
-[Note 222: Ci-devant balayeur à la maison d'Artois. Vieil invalide
-auquel le comte d'Artois avait donné cette retraite.]
-
-[Note 223: Ci-devant frotteur à la maison d'Artois (dont il portait la
-livrée ainsi que Mancel).]
-
-[Note 224: Ci-devant tourneur.]
-
-[Note 225: Ci-devant employé au service du citoyen Jubaud.]
-
-[Note 226: Ci-devant gardien d'argenterie à la maison d'Artois.]
-
-[Note 227: Ci-devant employée en cette qualité à la maison d'Artois.]
-
-[Note 228: Ci-devant employé en cette qualité à la maison d'Artois.]
-
-Ce nombreux personnel fut successivement modifié et diminué; les
-traitements, qui tous étaient imputés sur le fonds de 500,000 francs
-décrété le 12 août 1792 pour la dépense du Roi et de sa famille,
-furent réduits; les abus qui s'étaient glissés dans une première
-organisation furent redressés par l'autorité; plusieurs employés
-furent destitués, d'autres remplacés. C'est ainsi que dès le 12
-décembre 1792 Rocher et Risbey furent renvoyés; que Guillot, Adrien et
-Fontaine furent remplacés par Caron, Lermuzeaux et Vandebourg; que
-plus tard, le 13 octobre 1793, Turgy, Chrétien et Marchand furent
-congédiés; que Coru, l'économe qui avait pris la place de Jubaud, fut
-contraint de la donner à Lelièvre; et que celui-ci, compromis par des
-dénonciations, la perdit un instant, la reprit, et finit par la céder
-à Liénard. C'est sous ce dernier, en fructidor an II, que les grandes
-réformes furent opérées. Liénard en donna lui-même l'exemple, en
-proposant de restreindre son propre traitement à 3,000 francs. Gagnié
-fut remercié et remplacé par Meunier.
-
-Un document indique aussi que Monnier, porte-clefs en chef de la tour
-(qui ne fut, à ce qu'il semble, employé que peu de temps en cette
-qualité, car son nom ne figure même pas sur les contrôles), avait été,
-sur la proposition de l'économe Lelièvre, remplacé par Gourlet le 1er
-ventôse an II.
-
- * * * * *
-
-IV.
-
-[Orthographe conservée.[229]]
-
-[Note 229: Nous avons cru devoir conserver à ces pièces leur orthographe.]
-
-_Mémoire de madame Marie Antoinette,_
-
-Pare Sainte Foy dite Breton couturier.
-
- Du 27 janvier 1793.
-
- Fait un pierrot grand deuille de fleures 24#
- Fournie les rubans 6#
- Fournie les busques et bouton 4 10s.
-
- Le 30. Une robe de même fleurés grand deuille 24
- Fournie les rubans 6
- Fournie les busque 2 10
- Deux jupon de tafetas dHitaly noire 12
- Fournie les rubans 2
-
- Le 28 mars refaitte un pierrot et le jupon de fleurés 15
- Fournie les rubans 6
- Fournie les busque et bouton 4 10
- Fournie une aune de fleurés pour les manches à 9# 9#
-
- Le 3 avrille faitte un pierrot de fleurés grand deuille 24
- Fournie les rubans 6
- Fournie les busque et bouton 4
- Un jupon de tafetas dHitaly noire 6
-
- 23 mai un pierrot de fleurés grand deuille 15
- Fournie deux aune un quare de fleürés pour ce
- pierrot--à 9# laune fait 20# 5
- Plus une aune et 1 mis de florence pour corsage et
- doublure des manches à 6# 10s. f. 9# 15
- Fournie les busque et bouton 4 10
- ------------
- 205# 10
-
-Bon pour cent quarante-neuf livres dix sols.
-
- C. (_Coru._)
-
- * * * * *
-
-_Mémoire des fournitures d'étoffe de soye faites pour le service de
-Marie-Antoinette._
-
-Par Le Normand, marchand à Paris.
-
-Livré à mademoiselle Bertin:
-
- Mars. 6 aunes fleuret noir large à 9# 54#
- 2 voile noir a 3 6
-
- 28... Livré à madame Chaumet:
- 21 aunes double florence noir à 6 10 136 10
-
- Livré à madame Le Breton:
- 11 aunes fleuret noir large à 10 110
- 5 aunes 1/2 tafétat noir première
- qualité à 12. 66
- 2 aunes 1/2 florence noire à 6 10 16 5
- -----------
- 388 15
-
- * * * * *
-
-_Memoire de madame Élisabeth_,
-
-Pare Sainte Foy dite Breton couturier.
-
- Du 27 janvier 1793...
-
- Une redingotte chemise de florence noire hoittés 30#
- Fournie la hoitte 5
- Fournie du bougrand pour le collet 2 10 s.
- Fournie les rubans et bouton 6
- Fournie les ballene 6 10
- Un pierrot de fleures grand deüille 24
- Fournie les rubans et bouton 6
- Fournie les ballene 6 10
-
- Le 29 déshoittés la robe de florence noire 15
-
- Faitte deux jupon de tafetas dHithaly noire 12
- Fournie les rubans 2
-
- Le 4 avrille refaite un pierrot et remis des
- manches neuf 15
-
- Fournie une aune de fleürés pour manche à 9#, f. 9
- Plus une aune de florence pour doublure à 6# 10 s. 6 10
- Fournie les rubans pour le jupon et pierrot 6
- Fournie les ballene 6 10
-
- Le 13 une redingotte chemise de florence noire 30
-
- Fournie du bougrand pour le collet 2 10
- Fournie les rubans 6
- Fournie les ballene 6 10
- Fournie les bouton 1 4
-
- Total 204# 14
-
-Bon pour cent quarante livres dix sols.
-
- C.
-
- * * * * *
-
-_Barbier et Tétard, marchands de toutes sortes d'étoffes de soies d'or
-et d'argent, à la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
-cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris._
-
-Du 26 mars 1793.
-
-Fourni à la fille d'Antoinette:
-
- 1 aune 1/2 fleuret noir 11# 6# 10s.
- 1 -- 1/2 florence noir 6 10 19 15
- 5 avril, 1 aune » fleuret noir. » » 11 »
- » -- 1/2 florence noir. 6 10 3 5
- 23. 2 -- » florence noir. 6 10 13 »
- ----------
- Total. 63 10s.
-
-Certifié véritable et conforme à mon livret le présent mémoire montant
-à soixante et trois livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.
-
- BARBIER ET Cie.
-
- * * * * *
-
-_Barbier et Tétard, marchands de toutes sortes d'étoffes de soie d'or
-et d'argent, à la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
-cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris._
-
-Du 4 avril 1793.
-
-Fourni à Élisabeth Capet:
-
- 22 aunes florence noir. 6 10s. 143# »
- 10 -- fleuret noir. 11 » 110 »
- 6 aunes 1/2 taffetas noir. 11 » 71 10
- ------------
- Total. 324# 10
-
-Certifié véritable et conforme à mon livret le présent mémoire montant
-à trois cent vingt-quatre livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.
-
- BARBIER ET Cie.
-
-(_Archives de l'Empire_, carton E, nº 6,207.)
-
- * * * * *
-
-V.
-
-_Mémoire des médicaments fournis au Temple pendant le mois de may,
-pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure, par le citoyen Robert
-apothicaire authorisé par la commune et par les ordonnances du citoyen
-docteur Thiery._
-
-Pour Marie Antoinette:
-
- 1793. Mai 1er. Un bouillon medicinale fait au bain
- marie composé de veau, poulet, et plantes diverses. 5#
-
- 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. Chaque jours le même
- bouillon réitéré 45#
-
- Plus une boëte de gomme pectorale 3
-
- 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours
- le bouillon cy dessus réitéré 50
-
-Pour le fils de Marie Antoinette:
-
- Mai 12. Douze onces de miel de Narbonne 3 12
-
- 13. Deux bouteilles de petit lait clarifié 2
-
- 14. Deux bouteilles idem. 2
-
- 15. 16. Bouteilles idem. 4
-
- 17. Une médecine composée de follicules manne
- choisis, coriandre, et sel de Glauber 3
-
- La même médecine de précaution 3
-
- Une bouteille de petit lait 1
-
- Quatre onces de bayes de genievre 1 4
-
- 18. Une bouteille de petit lait 1
-
- Une livre de miel de Narbonne 4 16
- ----------
- Suite et montant de l'autre part 128# 12s.
-
-Pour le fils de Marie Antoinette:
-
- May 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. Chaque
- jours une bouteille de petit lait 10
-
- 29. La médecine du 17 réitérée 3
-
- Idem la même médecine de précaution 3
-
- 30. 31. Le petit lait réitéré 2
-
- Un cornet de baye de genievre 1 4
-
- Une boette de parfums 2
-
-Pour Marie Thérèse Charlotte, fille de Marie Antoinette:
-
- Mai 1er. Un bouillon médicinal fait au bain marie,
- composé avec sucs de plantes, sel de Glauber,
- etc. 4
-
- 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. Chaque jours le même
- bouillon réitéré 40
-
- 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. Chaque jours
- le bouillon idem. 40
-
- 22. 23. 24. 25. Le bouillon réitéré 16
-
- Plus douze onces d'eau de roses 3
-
- 26. 27. 28. 29. 30. 31. Chaque jours le bouillon id. 24
-
- Pour Élisabeth soeure de Marie Antoinette:
-
- May 25. Quatre grands rouleaux de sparadrap de
- diapalme 20
- -------
- 296# 16s.
-
- * * * * *
-
-_Memoire des medicaments fournis au Temple pendant le courant du mois
-de juin, pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure, par le
-citoyen Robert apothicaire authorisé par la commune et par ordonnance
-du citoyen docteur Thiery._
-
-Pour le fils de Marie Antoinette:
-
- 1793. Juin 1er. Une bouteille de petit lait clarifié 1
-
- 2. 3. 4. 5. Chaque jours le petit lait réitéré 4
-
- Plus fournis un thermometre pour les bains 4
-
- 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. Chaque jouis une bouteille de
- petit lait 7
-
- 13. Un bouillon médicinal fait au bain marie, composé
- avec cuisses et reins de grenouilles, avec addition
- de sucs de plantes, et terre folliée minérale 5
-
- 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon
- réitéré 35
-
- 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. Chaque jours le
- bouillon idem. 50
-
-Pour Marie Thérèse Charlotte, fille de Marie Antoinette.
-
- Juin 1er. Un bouillon médicinal fait au bain marie
- (composé avec sucs de plantes, sel de Glauber,
- etc.) 4
-
- 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. Chaque jours le bouillon réitéré. 28
-
- Plus douze onces d'eau de roses. 3
-
- 9. 10. 11. 12. 13. Chaque jours le bouillon. 20
-
- 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon
- réitéré 28
- ------
- 189#
-
- * * * * *
-
-_Memoire des medicaments fournis au Temple pendant le mois de juillet
-pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure par le citoyen Robert
-apothicaire, authorisé par la commune et par ordonnances du citoyen
-docteur Thiery._
-
-Pour Marie Antoinette, sa fille et Élisabethe:
-
- 1793, l'an IIe de la République.
-
- Juillet 12. Une chopine d'eau de fleurs d'oranges
- double distillée au bain marie 12
-
- Trois flacons de sel volatil de vinaigre camphré 18
-
- Un cornet de genievre " 12
-
-Pour le fils de Marie Antoinette:
-
- Juillet 1. Un bouillon medicinal fait au bain marie
- avec veau, cuisses et reins de grenouilles, suc de
- plantes et terre folliée 5
-
- 2. Le bouillon réitéré 5
-
- Douze onces de miel de Narbonne 4 16
-
- 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. Chaque jours le
- bouillon ci-dessus réitéré 50
-
- 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. Chaque jours
- le bouillon idem. 50
-
- 23. 24. 25. Le bouillon idem. 15
-
- 26. Un lavement composé avec coralline de Corse,
- suc de citron et huile d'olive 1 10
-
- Plus fournis une seringue, avec son canon d'yvoir 14
-
- 27. Un lavement 1 10
-
- 28. Le lavement idem. 1 10
-
- Plus 4 onces de sirop vermifuge 1 4
-
- 29. 30. 31. Chaque jours le lavement 4 10
-
- Plus 4 onces de sirop vermifuge 1 4
-
-Pour la citoyene Tison:
-
- Juillet 4. Une potion calmante 2
-
- 5. La potion idem. 2
-
- Plus deux pintes de petit lait avec le sirop de
- violettes 4
-
- 6. Un rouleau d'orgeat 2 10
-
- Deux pintes de petit lait réitéré 4
-
- La potion double réitérée 4
-
- 7. Une pinte de petit lait 2
-
- La potion double réitérée 4
-
- 8 et 9. Chaque jours le petit lait 4
-
- Plus deux potions 4
- --------
- 218# 6s.
-
-(_Archives de l'Empire_, série E, nº 6207.)
-
- * * * * *
-
-VI.
-
-DÉTAILS DE LA CONDUITE DU CITOYEN LOMÉNIE
-
- Depuis le 1er mai 1789 jusqu'à ce jour.
-
-Au 1er mai 1789 j'étais à Paris, où je remplissais tous les devoirs
-d'un bon citoyen; j'en suis parti le 18 juin de cette année pour
-Brienne; je n'ai cessé d'y annoncer à mes concitoyens une révolution
-qui devait les rétablir dans leurs droits et faire un jour leur
-bonheur. Je n'ai cessé de prendre à tous les événements publics la
-part que tout bon patriote devait prendre; j'ai envoyé la plus grande
-partie de ma vaisselle, j'ai payé mes dons patriotiques; enfin
-l'établissement des assemblées primaires et des municipalités ayant
-été décrété, mes concitoyens me connaissant, me rendant justice depuis
-longtemps, me proposèrent d'être maire; je l'acceptai avec
-reconnaissance, en leur disant en même temps que s'ils avaient plus de
-confiance en quelque autre, je les priais de le choisir; que je me
-verrais avec le même plaisir un de leurs concitoyens sans charge, et
-que je n'acceptais celle qu'ils me proposaient que par l'espoir de
-pouvoir leur être utile et leur donner des preuves de mon attachement.
-Je fus élu maire à l'unanimité; je fus également électeur, et depuis
-ce moment jusqu'à ce jour je n'ai cessé d'être maire et de recevoir
-chaque jour des marques de la confiance de mes concitoyens. Je ne suis
-pas sorti de Brienne jusqu'au mois de décembre 1791, que pour aller
-passer de temps en temps trois ou quatre jours à Sens et trois fois en
-1790, et deux autres en 1791, pour aller passer à Paris trois ou
-quatre jours chaque fois, en 1790. J'y ai passé un mois au mois de
-janvier. Au mois de décembre 1791 j'ai été à Paris et j'y suis resté
-jusqu'au mois de mai 1792, que je suis revenu à Brienne. Au mois de
-novembre précédent, lors du renouvellement des municipalités, je
-représentai à ma commune que devant aller à Paris où j'avais affaire,
-si elle pensait que mon voyage fût incompatible avec les fonctions de
-ma place de maire, je la priais de ne pas m'y réélire. Elle s'y refusa
-constamment, me réélut de nouveau, et pendant mon séjour à Paris j'ai
-fait deux ou trois petits voyages à Brienne pour venir remplir
-quelquefois les fonctions de ma place. Depuis le mois de mai 1792
-jusqu'à ce jour je ne suis pas sorti de Brienne que pour aller
-quelquefois à Sens, voir trois fois ou quatre fois mon malheureux
-frère, qui vient de mourir victime des mauvais traitements que lui ont
-fait éprouver des hommes qui n'en méritent pas le nom; j'ai fait tous
-les dons patriotiques demandés, et bien au delà. Lors de l'invasion de
-l'ennemi jusqu'à Châlons, à quinze lieues de Brienne, je n'ai cessé
-d'exciter tous mes concitoyens à voler au secours de la patrie. Leur
-bonne volonté ayant été arrêtée par les ordres venus de n'envoyer que
-des hommes armés, j'ai engagé à mes dépens plusieurs citoyens, j'ai
-contribué à leur équipement, armement, et j'ai établi une
-correspondance avec nos armées pour avoir des nouvelles; mes chevaux
-ont été employés à cet usage et au service de la gendarmerie nationale
-et à des patrouilles continuelles pour surveiller les malveillants;
-ils l'ont été au transport des vivres et des fourrages. Je n'ai cessé
-d'exercer jour et nuit mes fonctions avec zèle et activité, et mes
-concitoyens me rendront sur cet objet la justice qui m'est due.
-
-Depuis, je n'ai cessé d'exciter le zèle de mes concitoyens pour entrer
-au service de la patrie, j'en ai engagé près de vingt à mes dépens, et
-donné des gratifications aux autres; tous mes chevaux n'ont pas cessé
-de faire tous les envois utiles à la patrie; lorsque l'on a planté
-l'arbre de la liberté, j'ai parlé à mes concitoyens comme un bon
-patriote doit parler, et tous l'attesteront; j'ai établi à mes frais
-l'autel de la patrie. J'ai contribué à toutes les fêtes civiques et en
-ai presque toujours fait les frais. Je suis honteux de parler de ces
-misères, personne n'est plus persuadé que moi que c'est aux riches à
-faire ces dépenses, qu'ils sont trop heureux d'être en état de les
-faire, et que les égoïstes qui s'y refusent sont des hommes
-méprisables; mais on veut un compte de ma conduite, et je le rends.
-
-L'armée de Mayence a passé à Brienne au mois d'août 1793, j'ai été
-averti de son passage la veille de celui de la première colonne, et
-l'on m'a annoncé que suivant toutes les apparences il faudrait fournir
-du pain; secondé par le zèle de mes concitoyens, auxquels je ne puis
-donner trop d'éloges, j'ai préparé dans la nuit même six mille rations
-de pain, j'en ai fourni à l'armée plus de quinze mille et à un prix
-très-inférieur à celui que payait la nation partout ailleurs; sachant
-la pénurie où était la ville de Troyes pour fournir cette armée, j'ai
-envoyé dix-huit cents rations de pain; la viande, le vin, le logement,
-tout a été fourni abondamment et de manière que les citoyens composant
-cette armée, en passant dans des villes bien plus considérables que
-Brienne, criaient: Vive la commune de Brienne! J'ai passé quatre jours
-et presque quatre.....[230] [Ici s'arrête ce fragment.]
-
-[Note 230: Note conservée au dossier de Madame Élisabeth, Archives de
-l'Empire, W. 363; pièce nº 24:
-
-«Jugement du 21 floréal.
-
-»Acte d'accusation contre Loménie et autres.
-
-»Il y avait au procès une foule de délibérations de communes qui
-attestaient le civisme de Loménie de Brienne, ex-ministre, et
-cependant Fouquier, qui ne pouvait pas ignorer toutes ces
-attestations, lui en fait un crime dans son acte d'accusation.
-
-»_Le jugement a été signé en blanc rempli depuis; un grand blanc est
-rayé, il est signé_ DELIÉGE, DUMAS, MAIRE.
-
-»Dans la même affaire, la femme Maigret de Sérilly s'étant déclarée
-enceinte, il a été sursis à son exécution. Quoiqu'elle ait été
-postérieurement élargie par ordre du comité de sûreté générale, elle
-est néanmoins inscrite au nombre des morts sur les registres de la
-Commune.»
-
- * * * * *
-
-Madame Maigret de Sérilly, on le voit, ne monta point sur l'échafaud.
-Cependant son nom est inscrit sur les registres de l'état civil comme
-ayant péri avec Madame Élisabeth. Au procès de Fouquier-Tinville, le
-17 floréal an III (6 mai 1795), elle se présenta à l'audience, tenant
-en main son extrait mortuaire, qui lui avait été délivré par la
-municipalité de Paris.
-
-Grandpré fit la déposition suivante dans le procès de
-Fouquier-Tinville:
-
-«Je me rappelle que le tour d'un des Loménie venu, il dit au tribunal:
-«Vous m'accusez d'émigration; je n'ai pas eu le pouvoir de produire
-mes moyens de défense à un défenseur officieux; mais je n'en ai pas
-besoin, j'ai dans ma poche tous mes certificats de résidence qui
-constatent ma présence en France depuis le commencement de la
-Révolution jusqu'au moment de mon incarcération. Ils sont signés, aux
-termes de la loi, de neuf témoins, et ils sont sans interruption.
-Comme je ne suis prévenu que du fait d'émigration, ma défense consiste
-dans la représentation de ces certificats, et je demande au tribunal
-de vouloir bien les faire mettre sous les yeux des jurés.» Ces
-certificats ont été effectivement remis sur-le-champ aux jurés, qui
-les emportèrent, sans les lire, dans la chambre des délibérations, et
-revinrent une demi-heure après, bien convaincus des crimes de tous les
-accusés. Loménie fut condamné comme tous les autres en qualité
-d'émigré.» B.]
-
- * * * * *
-
-VII.
-
-EXTRAIT DU REGISTRE DES DÉPÔTS
-
-AU GREFFE DU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE.
-
-[Orthographe conservée.]
-
- Du 22 floréal.
-
-_Femme Crussolle Damboise._
-
-Est comparu le citoyen Richard, lequel a déposé:
-
- Une tabatière d'agathe, fond vert, à cercles d'or, octogone;
- Une tabatière de cristal avec un cercle et gorge d'or;
- Un petit coeur de verre garni en or, dans lequel un petit crucifix;
- Un étui à dez en or avec un dez d'or;
- Un étui de nacre à gorge d'or dans sa boîte de chagrin;
- Un tire-bouchon à queue d'or ou de vermeil;
- Un chapelet avec médailles d'argent;
- Un cachet d'argent;
- Et soixante-dix-huit livres en écus qu'il a déclaré appartenir à
- la femme Crussolle Damboise, condamnée à mort.
-
-
-_Buart._
-
- Plus une paire de boucles d'oreilles d'or;
- Un anneau d'or;
- Une épingle à chignon d'argent;
-
-Qu'il a déclaré appartenir à Buard, aussi condamné à mort.
-
-
-_Inconnu._
-
- Plus un couteau garni en or;
- Une paire de ciseaux garni en or avec étui de galuchat;
- Deux couteaux à manches garnis en or, dont un à lame d'or;
-
-Qu'il a déclaré appartenir à un des condamnés à mort avec Élisabeth
-Capet, dont il ignore le nom.
-
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-_Femmes d'Élisabeth._
-
- Plus deux couverts;
- Un couteau à lame d'argent;
- Une cuillère à caffé d'argent;
-
-Qu'il a déclaré appartenir à des femmes condamnées à mort avec la
-femme Élisabeth Capet.
-
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-_Dubois._
-
- Plus vingt-cinq livres qu'il a déclaré appartenir à Dubois, aussi
- condamné à mort.
-
-
-_Inconnu exécuté le_ 21.
-
- Plus une montre d'argent, du nom de Lecomte, nº 557, qu'il a
- déclaré appartenir à un particulier exécuté avec Élisabeth
- Capet, dont il ignore le nom.
-
- . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
-
-
-_Femme Crussolle._
-
- Plus un peignoir;
- Une petite boite de sapin;
- Une chemise;
- Sept mouchoirs blancs;
- Trois mouchoirs de mousseline;
- Un fichu de linon;
- Une paire de bas de soie blancs;
- Une paire de poches;
- Trois serviettes, un torchon, un bandeau, un sac-ouvrage de toile;
-
-Qu'il a déclaré appartenir à la femme Crussolle, aussi condamnée
-à mort;
-
-Déchargé le 25 floréal.
-
-
-_Femme Rosset-Crécy._
-
- Plus une petite boite;
- Un peignoir;
- Dix fichus de mousseline ou linon;
- Un bonnet monté;
- Un tabellier;
- Une taie d'oreiller;
- Une mantille noire;
- Sept paires de manchettes;
- Et un paquet de chiffons qu'il a déclaré appartenir à la femme
- Rosset-Crécy.
- Déchargé le 25 floréal.
-
-
-_Aux six femmes complices d'Élisabeth._
-
- Plus un drap;
- Neuf chemises de femme;
- Quatre chemises d'homme;
- Douze camisoles et corsets;
- Sept jupons;
- Quatre gilets blancs et de couleur;
- Une petite redingotte de toile de couleur rayée;
- Une autre de drap marron;
- Une autre de drap mélangé verdâtre;
- Un jupon de soie vert;
- Un jupon et son casaquin de toile de coton rayé;
- Une robe de toile de coton rayé;
- Un autre jupon aussi rayé;
- Trois tabliers de différentes couleurs;
- Cinquante serviettes;
- Trente-cinq mouchoirs blancs;
- Trente petits fichus simples et autres;
- Deux peignoirs;
- Une paire de poches;
- Cinq mantilles blanches;
- Huit bonnets ronds de nuit;
- Sept paires de bas;
- Un paquet de chiffons;
- Un bonnet de coton;
-
-Qu'il a déclaré appartenir à six femmes condamnées à mort avec
-Élisabeth Capet, et dont il ne se souvient pas du nom.
-
-Déchargé le 25 floréal.
-
-
-_Soeur de Capet._
-
- Plus deux anneaux d'or;
- Un étui de chagrin vert, contenant deux flacons à bouchons d'or,
- dont l'un est cassé, avec charnière et bouton d'or;
- Une montre à boite d'or à répétition, portant sur le mouvement
- le nº 127, avec une chaîne d'or cassée, garnie d'un cachet
- d'or à trois compartiments, dont le premier est gravé des
- armes de France du tems des tirans;
- Trois cachets en acier;
- Deux clefs de montre;
- Et deux clefs de portefeuille aussi en acier;
- Une bague en or en forme de navette, sur laquelle est incrusté
- des cheveux et des lettres en perles fines, le cristal cassé;
- Un portefeuille de maroquin rouge;
-
-Qu'il a déclaré appartenir à ladite Élisabeth Capet, condamnée à
-mort;
-
-Déchargé le 6 pluviôse.
-
-Et a signé avec moi, greffier soussigné.
-
- WOLFF RICHARD.
-
-
-Du même jour.
-
-Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'exécuteur des jugemens
-criminels, lequel a déposé:
-
-_Élisabeth Capet._
-
- Un médaillon en verre à cercles d'or renfermant un crucifix de
- même métal;
- Un cachet d'or en trois parties représentant l'un les armes de
- France et de Navarre de l'ancien régime, l'autre une colombe,
- et le dernier une tête d'homme;
- Une chaîne de col en or, à laquelle est attachée un coeur renfermant
- des cheveux et une petite croix d'or;
- Une médaille d'argent représentant une immaculée conception
- de la ci-devant Vierge, et une petite clef de portefeuille;
-
-Qu'il déclare appartenir à Élisabeth Capet, condamnée à mort, et
-qu'il a trouvé sur elle en la conduisant au supplice.
-
-Et a signé avec moi, greffier soussigné.
-
-DESMOREST. WOLFF.
-
- * * * * *
-
-VIII.
-
-ACTE DE DÉCÈS DE MARIE.
-
-Anno millesimo octingentesimo trigesimo quinto, die vero quinta
-januarii, mortua est Maria Francisca, filia Francisci Josephi Magnin,
-ex Marsens, et Claudiæ natæ Bosson, ex loco Riaz, uxor vero Jacobi
-Bosson ex Bellegarde, Bulli habitans, et die septima ejusdem a me
-infra scripto parocho in coemeteria ecclesiæ parochialis Sancti Petri
-ad Vincula urbis Bulli sepulta est.
-
- Quod conforme sit originali testor:
-
- J. J. CRAUSAZ, parochus.
-
- Bulli, die 8{væ} 7{bris} 1861.
-
-Marie-Françoise, fille de François-Joseph Magnin, de Marsens, et de
-Claudie Bosson, du lieu de Riaz, femme de Jacques Bosson, de
-Bellegarde, demeurant à Bulle, y est morte le 5 janvier 1835, et a été
-enterrée le 7 du même mois dans le cimetière de l'église paroissiale
-de Saint-Pierre aux Liens de la ville de Bulle. B.
-
- * * * * *
-
-IX.
-
-ACTE DE DÉCÈS DE JACQUES.
-
-38. Anno millesimo octingentesimo trigesimo sexto, die vero secunda
-septembris, obiit Jacobus, filius defuncti Jacobi Boschong vel Bosson
-ex Bellegarde [_verbum radiatum_, conju], viduus vero Mariæ-Franciscæ
-natæ Magnin, ex Marsens, defuncto die quinta januarii anno millesimo
-octingentesimo trigesimo quinto, Bulli habitans, et die quarta ejusdem
-mensis a me infra scripto parocho in coemeterio ecclesiæ parochialis
-Sancti Petri ad Vincula urbis Bulli sepultus est.
-
- Quod conforme sit originali testor.
-
- J. J. CRAUSAZ, parochus.
-
- Bulli. die 8{væ} 7{bris} 1861.
-
-L'an 1836, le 2 septembre, mourut Jacques, fils de feu Jacques
-Boschong ou Bosson, de Bellegarde, veuf de Marie-Françoise, née
-Magnin, de Marsens, décédée le 5 janvier 1835, demeurant à Bulle, et
-le quatrième jour du même mois a été enterré dans le cimetière de
-l'église paroissiale de Saint-Pierre aux Liens de la ville de Bulle.
-B.
-
- * * * * *
-
-X.
-
-MAISON DE MADAME ÉLISABETH.
-
-I.
-
-AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS.
-
-LIBERTÉ, ÉGALITÉ.
-
-Charles DELACROIX, représentant du peuple, en mission dans le
-département de Seine-et-Oise;
-
-Vu la loi du 7 messidor dernier, portant, art. 5, qu'il sera formé
-sans délai à Versailles un établissement d'horlogerie automatique;
-que les citoyens Lemaire et Glaesner y jouiront pendant quinze années
-gratuitement d'une maison nationale qui sera déterminée par le comité
-d'agriculture et des arts et des finances réunis, sur le rapport de la
-commission des arts;
-
-Que cette manufacture prendra chaque année cent élèves dont le régime
-sera le même que pour ceux de Besançon; copie certifiée de l'arrêté du
-comité de salut public, en date du 12 fructidor dernier; la lettre du
-comité d'agriculture et des arts, en date du 22 du courant, par
-laquelle il m'engage, pendant mon séjour à Versailles, à donner tous
-mes soins à l'établissement de ladite manufacture. Instruit qu'il
-avoit été pris un arrêté du comité des finances portant que ladite
-manufacture seroit établie dans la maison nationale du garde-meuble;
-mais que différents obstacles se sont opposés à l'exécution de ce
-projet, ainsi que de ceux qui y avoient substitué le ci-devant couvent
-des Ursulines ou celui des Récollets; qu'il est urgent de destiner à
-cet établissement une maison convenable et qui ne soit occupée par
-aucun établissement public:
-
-Après avoir visité avec lesdits citoyens Lemaire et Glaesner et le
-citoyen Grenus, agent de la commission d'agriculture et des arts, la
-maison d'Élisabeth, située avenue de Paris, et m'être convaincu
-qu'elle présente des emplacements convenables et suffisants pour
-l'établissement des ateliers et le logement des ouvriers, n'exigera
-que des réparations peu considérables, telles que rétablissement de
-quelques cloisons, portes et cheminées, enlevées ou détruites pour
-l'établissement d'un hôpital qui y avoit été formé; j'arrête ce qui
-suit:
-
-ARTICLE 1er. La maison dite d'Élisabeth, l'orangerie et la vacherie
-qui en dépendent, les cours et terrains situés entre lesdits bâtiments
-sont affectés à la manufacture d'horlogerie automatique établie à
-Versailles.
-
-ART. 2. Lesdits terrains seront bornés au levant par un mur qui sera
-construit dans la direction de celui qui ferme le petit jardin de la
-vacherie, au levant, et prolongé jusqu'au mur de clôture du côté de
-l'avenue de Paris.
-
-ART. 3. Les terrains au levant dudit mur resteront à la disposition de
-l'administration du district pour être aliénés. Elle sera tenue
-d'imposer à l'adjudicataire la clause expresse de construire ledit mur
-à ses frais dans six mois, pour tout délai, à compter de
-l'adjudication.
-
-ART. 4. Les citoyens Lemaire et Glaesner seront remis sans délai en
-possession desdits bâtiments et terrains ci-dessus désignés.
-
-ART. 5. Le citoyen Loiseleur, inspecteur des bâtiments nationaux à
-Versailles, est requis de faire le détail et devis estimatif des
-cloisons, cheminées et portes à rétablir dans lesdits bâtiments, et
-des menues réparations à y faire.
-
-ART. 6. Lesdits ouvrages, attendu l'urgence, seront faits par économie
-sous l'inspection et surveillance immédiate dudit citoyen Loiseleur,
-qui rendra compte de l'exécution à l'administration dudit département
-et à la commission d'agriculture et des arts.
-
-ART. 7. Les dépenses qu'exigeront ledit ouvrage seront acquittées par
-le receveur du district de Versailles et imputées sur les fonds mis à
-la disposition de ladite commission.
-
-ART. 8. Le citoyen Loiseleur est autorisé à tirer des magasins des
-bâtiments nationaux les matériaux qui peuvent s'y trouver propres à la
-confection desdits travaux. Il l'est également à se faire délivrer,
-des exploitations qui se font dans le territoire de Versailles, les
-bois de charpente, madriers et planches qui ne se trouveraient pas
-dans les magasins des bâtiments nationaux, et qui seront nécessaires
-tant pour lesdits travaux que pour l'établissement des ateliers.
-
-ART. 9. Il sera libre auxdits citoyens de défricher les bouquets de
-bois existants dans le local ci-dessus désigné, et de les cultiver
-ainsi qu'ils jugeront à propos.
-
-ART. 10. Il sera dressé un état des lieux aussitôt après la confection
-des réparations et rétablissements ci-dessus désignés, lequel sera
-souscrit par lesdits citoyens Lemaire et Glaesner, avec l'obligation
-de les remettre en bon état, au terme prescrit par le décret ci-dessus
-cité pour leur jouissance. Ce terme court à compter du 1er brumaire
-prochain.
-
-ART. 11. Le procureur général syndic du département, et par suite le
-commissaire national près ladite administration, est chargé de
-surveiller l'exécution du présent arrêté, qui sera de suite communiqué
-aux comités de salut public, des finances et d'agriculture et arts
-réunis. A Versailles, le 29 brumaire de l'an IV de la République
-françoise.
-
- _Signé:_ CH. DELACROIX. Pour copie conforme: CH. DELACROIX.
-
- Pour copie conforme: FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU.
-
- * * * * *
-
-II.
-
-_Extrait des registres des délibérations des consuls de la
-République._
-
- Paris, le 17 ventôse l'an IX de la République française,
- une et indivisible (8 mars 1801).
-
-Les consuls de la République, sur le rapport du ministre de
-l'intérieur, le conseil d'État entendu, arrêtent:
-
-ARTICLE 1er. Les manufactures d'horlogerie établies à Versailles, sous
-la direction des citoyens Lemaire et Glaësner, et à Grenoble, sous
-celle des citoyens Flaissière et compagnie, sont supprimées.
-
-ART. 2. Le ministre de l'intérieur réglera les indemnités qui peuvent
-être dues, soit aux entrepreneurs de ces horlogeries, en supposant
-qu'ils aient rempli leurs engagements, soit aux autres artistes venus
-de l'étranger pour partager leurs travaux, à la charge par les
-entrepreneurs de rendre compte de l'emploi des fonds qui ont été mis à
-leur disposition. Les fonds nécessaires au payement des indemnités
-seront pris sur ceux accordés annuellement pour l'encouragement des
-arts.
-
-ART. 3. La régie des domaines nationaux fera faire sur-le-champ
-l'inventaire du mobilier appartenant à la nation, dépendant desdites
-manufactures, et elle en prendra possession. Les maisons nationales
-occupées par ces établissements seront rendues à la disposition de la
-régie dans le délai de trois mois.
-
-ART. 4. Les ministres de l'intérieur et des finances sont chargés de
-l'exécution du présent arrêté.
-
- Le Premier Consul, _signé:_ BONAPARTE.
-
- Par le Premier Consul, _le secrétaire d'État_,
-
- _Signé:_ H. B. MARET.
-
- Pour ampliation,
-
- _Le ministre de l'intérieur_, CHAPTAL.
-
- * * * * *
-
-III.
-
- Paris, le 9 fructidor an VIII de la République une et indivisible
- (27 août 1800).
-
-_Le conseiller d'État ayant le département des domaines nationaux au
-préfet du département de Seine-et-Oise._
-
-Vous savez, citoyen préfet, qu'un arrêté des consuls du 17 ventôse
-dernier a supprimé la manufacture d'horlogerie établie à Versailles,
-et ordonné que la maison dite Élisabeth, qui étoit affectée à cet
-établissement, seroit mise à la disposition de la régie du domaine
-national et de l'enregistrement dans le délai de trois mois.
-
-L'architecte du palais national de Versailles ayant prévenu le
-ministre de l'intérieur que cette maison étoit tellement endommagée
-qu'il faudroit employer une somme de vingt-cinq mille francs pour la
-réparer, ce ministre, citoyen préfet, vous a demandé votre avis, et
-vous avez pensé, ainsi que le même ministre l'a marqué à celui des
-finances, le 3 floréal dernier, qu'il seroit plus avantageux de vendre
-cette maison, dans l'état où elle se trouve, que de la réparer.
-
-De son côté, la régie des domaines a adressé au ministre des finances,
-le 18 du mois dernier, un devis dressé le 9 par l'architecte des
-bâtiments nationaux. Il en résulte que les frais de réparations
-indispensables s'élèveroient à 10,157 fr. 82 c., dont 4,018 fr. 61 c.
-à la charge des occupants, mais que la totalité de la dépense
-tomberoit vraisemblablement au compte de la République, attendu que
-les occupants jouissoient, soit comme attachés à la manufacture
-d'horlogerie, soit en vertu d'une permission du ministre de
-l'intérieur, et que lors de leur entrée en jouissance l'état des lieux
-n'a pas été constaté.
-
-La régie a observé que, vu le grand nombre des bâtiments inoccupés à
-Versailles, les locations de la maison Élisabeth y seroient difficiles
-et d'un foible produit; qu'en conséquence il étoit plus avantageux
-d'aliéner cette maison.
-
-Tout concourt donc, citoyen préfet, à ce que vous preniez des mesures
-pour l'aliénation de la maison dont il s'agit.
-
- Je vous salue. J. REGNIER.
-
- * * * * *
-
-IV.
-
- VENTE DES DOMAINES NATIONAUX
-
- en exécution des lois des 15 et 16 floréal an X (5 et 6 mai 1802).
-
- DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE.--_Commune de Versailles._--3e
- arrondissement.
-
-L'an X de la République française, le vingt-troisième jour du mois de
-messidor à midi, il a été procédé, devant le préfet du département de
-Seine-et-Oise, en exécution des lois des 15 et 16 floréal an X, à la
-réception des premières enchères pour la vente des biens nationaux
-désignés dans l'affiche approuvée le 8 dudit mois messidor, laquelle a
-été publiée et apposée dans les lieux prescrits par l'article II du
-titre III du décret du 14 mai 1790. En conséquence, il a été annoncé
-que les premières enchères alloient être reçues sur chacun des
-articles de l'affiche, lecture préalablement faite d'icelle et du
-cahier des charges rédigé par le directeur de la régie de
-l'enregistrement, présent à la séance.
-
- ARTICLE II DE L'AFFICHE 71.
-
- _Biens provenant de la ci-devant liste civile._
-
-La maison dite _Élisabeth_ et ses dépendances, situées dans la ville
-de Versailles.
-
-Cette propriété est divisée en cinq lots, suivant le procès-verbal
-d'estimation qui en a été dressé par le citoyen Duclos, le 5
-vendémiaire an X, dûment enregistré, lesdits lots désignés et évalués
-ainsi qu'il suit:
-
-PREMIER LOT.
-
- Le premier lot indiqué par la lettre A au plan annexé audit
- procès-verbal, consistant dans le bâtiment d'habitation, une
- portion des deux premières cours et environ un hectare
- quatre-vingt-quatorze ares soixante centiares de jardin, est
- estimé valoir en revenu annuel la somme de dix-sept cents
- francs, ci. 1,700f
- ========
- Lequel multiplié par six produit un capital de 10,200
-
- A quoi ajoutant 10 p. 100 1,020
- --------
- Il en résulte une première mise à prix de 11,220f ci. 11,220f
-
-DEUXIÈME LOT.
-
- Le deuxième lot, coté B au plan, composé des bâtiments
- dits les écuries et cuisines, des cours qu'ils renferment,
- d'une portion des deux premières cours, contenant environ
- un hectare cinquante ares soixante-douze centiares,
- est estimé valoir au revenu annuel 1,200f
- ========
- Et en capital le revenu multiplié comme ci-dessus 7,200
-
- A quoi ajoutant 10 p. 100 720
- --------
- Il en résulte un total de 7,920f ci. 7,920
-
-TROISIÈME LOT.
-
- Le troisième lot, coté C au plan, composé des bâtiments
- dits le logement du jardinier, de la cour au-devant, et
- d'environ soixante-seize ares trente centiares de jardin,
- est estimé en revenu 240f
- --------
- Total à reporter 19,140f
-
- Report 19,140f
-
- Et en capital le revenu multiplié par six donne 1,440
-
- A quoi ajoutant le dixième 144
-
- Il en résulte une première mise à prix de 1,594f ci. 1,584
-
-QUATRIÈME LOT.
-
- Le quatrième, coté D au plan, composé du bâtiment dit
- l'orangerie et de celui connu sous la dénomination de la
- laiterie, d'une petite cour et d'environ trente-cinq ares
- cinquante-huit centiares de jardin; le tout estimé valoir
- un revenu annuel de 160 francs 160f
- =====
- Lequel multiplié par six produit un capital de 960
-
- A quoi ajoutant 10 p. 100 96
- --------
- Il en résulte un total de 1,056 ci. 1,056
-
-CINQUIÈME LOT.
-
- Le cinquième et dernier lot, coté E au plan, composé du
- bâtiment dit la conciergerie, d'une cour et d'une portion
- de jardin d'environ quinze ares vingt centiares, estimé,
- en revenu annuel, la somme de 200f
- =====
- Lequel revenu multiplié par six produit un
- capital de 1,200
-
- A quoi ajoutant 10 p. 100 120
- --------
- Il en résulte une première mise à prix de 1,320f ci. 1,320
- --------
- Total 23,100f
-
-_Réserves._
-
-Ne font point partie de la vente les glaces, tablettes, chambranles de
-marbre, bras de cheminées, bronzes incrustés ou tenant au corps
-principal de maçonnerie des cheminées, les jalousies, les poêles,
-bancs de pierre et autres ornements qui pourroient exister dans les
-bâtiments; ces objets sont réputés mobilier et seront vendus comme
-tels.
-
-_Charges particulières._
-
-Dans le cas où la propriété dont il s'agit seroit adjugée
-partiellement, chaque acquéreur sera tenu de se conformer aux clauses
-et conditions insérées au procès-verbal d'estimation annexé au
-présent, et qui lui sont imposées relativement au partage du jardin,
-à la distribution des eaux, à la clôture des terrains respectivement
-affectés à chaque lot, à la mitoyenneté des murs et aux charges
-auxquelles seront spécialement assujettis les acquéreurs.
-
-Pour l'exécution de ces clauses il sera délivré extrait dudit
-procès-verbal à chacun de ces acquéreurs, qui sera également tenu de
-laisser faire au citoyen Hubert, portier de ladite maison, la récolte
-des grains, fruits et légumes, existant actuellement sur les terrains
-dépendants de ladite propriété, sauf cependant à l'indemniser à dire
-d'experts, attendu que ledit Hubert a été autorisé à les cultiver par
-décision du préfet du 24 floréal dernier.
-
-_Nota._ Il ne sera fait aucune coupure à la conduite qui donne l'eau
-au cinquième lot: cette conduite devant subsister telle qu'elle est.
-
-Lecture faite à haute et intelligible voix, par le secrétaire général
-de la préfecture, des charges, clauses et conditions ci-dessus, les
-enchères ont été ouvertes:
-
- _Savoir:_
-
- 11,220f montant de la mise à prix du 1er lot.
-
- 7,920 -- -- 2e lot.
-
- 1,584 -- -- 3e lot.
-
- 1,056 -- -- 4e lot.
-
- 1,320 -- -- 5e lot.
-
- Et enfin sur celle de 23,100 -- -- de l'ensemble
-
-de la propriété, personne n'ayant enchéri, tant sur la mise à prix de
-chacun de ces lots que sur celle de la totalité du domaine, le préfet
-a renvoyé l'adjudication définitive au 27 du mois de messidor, jour
-indiqué par l'affiche, et le présent procès-verbal a été clos.
-
-Et le vingt-septième jour du mois de messidor l'an X de la République
-française, le préfet du département de Seine-et-Oise, en présence du
-directeur de la régie de l'enregistrement, et lecture préalable faite
-par le secrétaire général du cahier des charges insérées dans le
-procès-verbal ci-dessus, a procédé, en exécution des lois précitées, à
-l'adjudication définitive du bien national (en question); duquel bien
-la désignation a été insérée dans le procès-verbal des premières
-enchères ci-dessus, suivant lequel il n'a point été porté d'enchère
-au-dessus de la mise à prix tant des différents lots que de l'ensemble
-de la propriété; en conséquence il a été allumé des feux, d'abord sur
-le montant de la mise à prix de chacun des lots telle qu'elle est
-établie d'autre part.
-
-PREMIER LOT.
-
-Au huitième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand,
-moyennant 34,600 francs; un neuvième feu s'étant éteint sans que
-pendant sa durée il ait été mis aucune enchère, le préfet en a donné
-acte audit citoyen Durand.
-
-DEUXIÈME LOT.
-
-Au quatrième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand
-pour 17,400 francs. Un cinquième feu s'étant éteint, sans qu'il ait
-été fait aucune offre, le préfet en a pareillement donné acte audit
-Durand.
-
-TROISIÈME LOT.
-
-Au troisième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Boucher
-pour 6,800 francs. Un sixième feu s'étant éteint sans que pendant sa
-durée il ait été mis aucune enchère, le préfet en a aussi donné acte
-au citoyen Boucher.
-
-QUATRIÈME LOT.
-
-Au quatrième feu, la dernière est restée au citoyen Cossin pour 6,750
-francs. Un cinquième feu s'étant éteint sans qu'il ait été fait aucune
-offre, le préfet en a donné acte au citoyen Cossin.
-
-CINQUIÈME LOT.
-
-Au sixième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Boucher pour
-7,850 francs. Un septième feu s'étant éteint sans que pendant sa durée
-il ait été mis aucune enchère, le préfet en a donné acte audit citoyen
-Boucher.
-
-Cette opération terminée, les enchères ont été reçues en la manière
-accoutumée sur l'ensemble du domaine, prenant pour base la somme de
-73,400 francs, montant des offres faites pour acquérir divisément
-cette même propriété.
-
-Au premier feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand,
-moyennant la somme de 75,200 francs; au deuxième, au citoyen Villers
-pour 75,600 francs; au troisième, au même, moyennant 75,900 francs.
-
-Un autre feu ayant été allumé et s'étant éteint sans que pendant sa
-durée il ait été mis aucune enchère, le préfet a déclaré le citoyen
-Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant à Paris, rue de
-l'Université, 269, adjudicataire définitif, et lui a adjugé la
-totalité de la maison dite Élisabeth et ses dépendances, tel que ce
-domaine est ci-devant désigné, moyennant le prix et somme de
-soixante-quinze mille neuf cents francs, aux charges, clauses et
-conditions insérées dans le premier procès-verbal d'enchères, sous
-l'obligation et garantie de tous les biens meubles et immeubles,
-présents et à venir, dudit citoyen Villers, et spécialement les biens
-présentement vendus, sans qu'une obligation déroge à l'autre.
-
-L'acquéreur a déclaré qu'il se réservoit la faculté de nommer son
-command dans les délais prescrits par la loi.
-
- G. GARNIER.
-
-Enregistré à Versailles, le 7 thermidor an X de la République. Reçu
-seize cent soixante-neuf francs quatre-vingts centimes.
-
- NOEL.
-
- Archives de Versailles.
-
- * * * * *
-
-XI.
-
-DISTRICT DE VERSAILLES.--COMMISSION DES ARTS.--PLANTES.
-
-Nous, commissaire nommé par le Directoire du département de
-Seine-et-Oise, en conformité des loix et lettres ministérielles sur la
-disposition du mobilier national à l'effet d'opérer la distraction des
-objets précieux et particulièrement des plantes rares qui se
-trouveront dans les maisons cy-devant royales, religieuses et des
-émigrés dudit département, pour procéder à l'enlèvement desdits objets
-et les faire transporter au lieu désigné pour le dépôt.
-
-Nous nous sommes transporté à la maison cy-devant à Élisabeth à
-Montreuil, accompagné d'un officier de la municipalité, où étant avons
-sommé le citoyen Coupry, jardinier de ladite maison, de nous
-introduire dans les jardins à l'effet d'y remplir notre mission, ce
-qu'ayant fait, nous avons procédé au triage et estimation des plantes
-de la manière suivante.
-
-OBJETS RÉSERVÉS POUR LE DÉPÔT.
-
-_Plantes d'orangerie._
-
- 4 Atriplex portulacoïdes.
- 4 Pistacia Terebinthus.
- 2 Erica mammosa.
- 2 Lavatera gallica.
- 5 Buphthalmum fruticosum.
- 2 Lycium afrum.
- 4 Salvia aurea.
- 2 Conyza glutinosa.
- 2 Salvia mexicana.
- 2 Salvia argentea.
- 3 Salvia paniculata.
- 1 Salvia pomifera.
- 1 Salvia canariensis.
- 2 Salvia macrophylia.
- 1 Salvia cretica.
- 6 Teucrium latifolium.
- 4 Teucrium betonicæfolium.
- 1 Teucrium fruticans.
- 5 Teucrium chamædrifolium hirsutum.
- 4 Artemisia capillaris.
- 3 Artemisia moxa.
- 3 Solanum sodomæum.
- 3 Phillyrea angustifolia.
- 1 Phillyrea latifolia.
- 1 Anagyris foetida.
- 4 Atropa solanacea.
- 2 Ephedra nova.
- 2 Cineraria populifolia.
- 4 Cineraria maritima.
- 6 Cineraria amelloïdes.
- 2 Medicago arborea.
- 1 Medicago marina.
- 1 Anthyllis barba-Jovis.
- 2 Anthyllis Hermanniæ.
- 2 Tarchonanthas camphoratus.
- 4 Rhus angustifolia.
- 1 Rhus glabra.
- 4 Hypericum marylandicum.
- 1 Marrubium crispum.
- 2 Vitex agnus castus.
- 1 Agave americana variegata.
- 5 Carex plantaginea.
- 3 Gnaphalium foetidum.
- 2 Gnaphalium stoechas.
- 2 Gnaphalium orientalis.
- 12 Pots d'ixia, différentes espèces.
- 3 Gladiolas tristis.
- 1 Cistus populifolius.
- 1 Cistus purpareus.
- 2 Cistus laurifolius.
- 6 Cneorum tricoccum.
- 1 Asparagus acutifolius.
- 1 Serratula chamæpeuce.
- 2 Carthamus salicifolius.
- 2 Quercus suber.
- 4 Physalis somnifera.
- 4 Centaurea sempervirens.
- 2 Vaccinium oxycoccos.
- 2 Salicornia fruticosa.
- 4 Sonchus fruticosus.
- Cotyledon orbiculata.
- 2 Echium orientale latifolium.
- 1 Echium angustifolium.
- 1 Asclepias fruticosa.
- 1 Statice mucronata.
- 1 Statice Limonium.
- 2 Parietaria arborea.
- 1 Erigeron foetidum.
- 1 Cercodia erecta.
- 1 Sida nova.
- 1 Aristolochia sempervirens.
- 2 Rumex Lunaria.
- 2 Lavandula stoechas.
- 1 Scabiosa palæstina.
- 1 Ficus pumila.
- 1 Statice monopetala latifolia.
- 1 Psoralea pinnata.
- 1 Atraphaxis undulata.
- 1 Athanasia maritima.
- 1 Eupatorium angustifolium.
- 2 Oenothera rosea.
- 6 Oenothera pumila.
- 1 Urtica nivea.
- 3 Inula crithmoïdes.
- 1 Hypoxis japonica.
- 4 Senecio halimifolia.
- 1 Tanacetum novum.
- 1 Polypedium cambricum.
- 1 Phlomis laciniata.
- 1 Chrysophyllum glabrum.
- 3 Arenaria balearica.
- 3 Linnæa borealis.
- Arundo donax variegata.
- 1 Ulmus pumila.
- 1 Clutia pulchella.
- 1 Spartium lusitanicum.
- 2 Mimosa arborea.
- 2 Sterculia platanifolia.
- 1 Bignonia crucigera.
- 1 Baccharis ivæfolia.
- 3 Scolymus maculatus.
- 4 Chrysanthemum serotinum.
- 1 Panicum novum.
- 1 Lantana odorata.
- 1 Cassia marylandica.
- 4 Centaurea ferox.
- 1 Teucrium novum.
- 1 Zanthoxylum trifoliatum.
- 1 Malva Sherardiana.
- 1 Ceratonia siliqua.
-
-La totalité des plantes en pots réservées pour le dépôt se monte à la
-quantité de deux cent quarante-cinq individus et environ un cent de
-plantes vivaces.
-
-OBJETS DÉSIGNÉS POUR LA VENTE.
-
-_Orangerie._
-
- 4 Orangers de 39 pouces de caisse.
- 1 -- de 34 -- --
- 1 -- de 33 -- --
-
- 2 Orangers de 31 pouces de caisse.
- 3 -- de 30 -- --
- 2 -- de 24 -- --
-
- Treize Orangers de différentes espèces estimés l'un
- dans l'autre 60# pièce 780# s.
-
- 2 Orangers de 18 pouces de caisse.
- 4 -- de 16 -- --
- 2 -- de 14 -- --
-
- Huit Orangers, petites caisses, estimés l'un dans
- l'autre la somme de 24# 192
-
- 15 Grenadiers de quinze à vingt-deux pouces de caisse,
- estimés l'un dans l'autre à 18# 270
-
- 1 Myrte, caisse 12
- 2 Oliviers, caisse, à 12# 24
- 1 Laurier franc, caisse 10
- 2 Bosia yervamora, à 10# 20
- 3 Justicia adathoda, à 12# 36
- 1 Althæa 8
- 12 Lauriers-roses, à 10# 120
- 2 Lentisques, à 8# 16
-
-_Plantes d'orangerie en pots._
-
- 6 Atriplex portulacoïdes, à 8 sols 2 8
- 2 Buddleia globosa, à 10 sols 1
- 4 Pistacia Terebinthus, à 15 sols 3
- 1 Sapindus Saponaria 1
- 5 Melia azedarach, à 10 sols 2 10
- 6 Teucrium latifolium, à 10 sols 3
- 2 Ceanothus africanus, à 15 sols 1 10
- 34 Solanum pseudo-capsicum, à 10 sols 17
- 2 Solanum tomentosum, à 15 sols 1 10
- 4 Solanum sodomæum, à 10 sols 2
- 4 Solanum bonariense, à 8 sols 1 12
- 2 Yucca gloriosa, à 1# 2
- 4 Cupressus sempervirens, à 10 sols 2
- 6 Cineraria amelloïdes, à 10 sols 3
- 1 Coronilla glauca 15
- 5 Viburnum Tinus, à 10 sols 2 10
- 18 Thlaspi vivaces, à 5 sols 4 10
- ----------
- 1,539 05
-
- 1 Agave americana 1
- 6 Cneorum tricoccum, à 8 sols 2 8
- 1 Vitis arborea 8
- 4 Sonchus fruticosus, à 1# 4
- 1 Celastrus pyracantha, à 10 sols 10
- 3 Celastrus buxifolius, à 10 sols 1 10
- 2 Aloe verrucosa, à 8 sols 16
- 12 Mesembryanthemum ou ficoïdes de différentes espèces,
- à 10 sols 6
- 5 Cacalia laciniata, à 8 sols 2
- 2 Psoralea palæstina, à 8 sols 16
- 1 Euphorbia caput Medusæ 10
- 8 Phlomis fruticosa, à 10 sols 4
- 2 Inula crithmoïdes, à 18 sols 1 16
- 6 Leonurus ou Queue de lion, à 10 sols 3
- 1 Bosia yervamora 10
- 1 Stachys circinata 8
- 2 Smilax aspera, à 10 sols 1
- 1 Sempervivum arboreum 1
- 2 Crassula orbiculata, à 8 sols 16
- 2 Physalis somnifera, à 10 sols 1
- 58 Geranium en pots de différentes espèces, à 8 sols 23 8
- 8 Geranium dans des vases de faïence, à 6# 48
- 12 Vases de faïence vides mutilés, à 1# 12
- 100 pots vides, à 8 sols 40
-
-_Pépinière._
-
- 300 Pins d'Écosse, à 1# 300
- 10 Sapinettes, à 1# 10
- 35 Thuyas, à 5 sols 8 15
- 40 Marronniers, à 15 sols 30
- 50 Spiræa populifolia, à 10 sols 25
- 150 Arbres de Sainte-Lucie, à 8 sols 60
- 150 Érables à feuilles de frêne, à 10 sols 75
- 250 Cerisiers à grappes, à 5 sols 62 10
- 200 Cornouillers sanguins, à 4 sols 40
- 60 Ébéniers, à 10 sols 30
- 18 Frênes de différentes espèces, à 10 sols 9
- 30 Lonicera Diervilla, à 2 sols 3
- 40 Seringas, à 4 sols 8
- 80 Lilas, à 10 sols 40
- ----------
- Total 2392# 6s.
-
-Il se trouve aussi dans une des cours un dépôt de terre de bruyère que
-l'on peut estimer à soixante tombereaux environ, réserve pour le
-dépôt des plantes à Trianon. Près de cette cour est un grand carré
-planté de différents arbres étrangers pour former une école de
-botanique; on se réserve aussi d'en enlever ce qui conviendra pour
-être transporté audit dépôt.
-
-OBJETS RÉCLAMÉS PAR LA CITOYENNE BROWN,
-
-_ci-devant jardinière du potager à Versailles._
-
- 28 Orangers en caisse de 14 à 18 pouces.
- 2 Lauriers-roses.
- 50 Pots de lilas de Perse.
- 50 Pots de rosiers.
- Et différents arbustes et arbres verts.
-
-Cette réclamation est attestée de nombre de citoyens.
-
-Et après avoir fait l'examen général, tant en ce qui concerne les
-plantes d'orangerie que celles de pleine terre, et n'y ayant plus rien
-trouvé, nous avons terminé le présent inventaire et avons signé à
-Versailles, le 8 octobre 1793, l'an deuxième de la République une et
-indivisible.
-
- COUPRY. F. REMILLY. PERADON, commissaire.
-
-_Nota._ Le commissaire estime qu'il seroit plus avantageux de faire la
-vente de tous ces objets sur le lieu au mois de mars prochain, que de
-transporter une partie à l'orangerie et l'autre à Trianon; que
-d'ailleurs l'orangerie de cette maison est grande et en assez bon état
-pour contenir cette quantité de plantes tant en caisses qu'en pots; en
-y faisant cependant une petite réparation, soit pour ce qui regarde la
-maçonnerie pour poser l'imposte, le vitrier pour six carreaux cassés,
-et les châssis des volets de la porte d'entrée, et le cintre à garnir
-en grosse toile; si l'administration se décide à envoyer le tout tant
-à l'orangerie qu'à Trianon, il faudra nécessairement abattre deux
-parties de mur pour la sortie des orangers. Cette dépense sera
-beaucoup plus considérable que celle pour la réparation de ladite
-orangerie, et l'opération plus longue et plus difficile.
-
-Cette observation a été communiquée au directoire du district.
-
- PERADON.
-
- * * * * *
-
-II.
-
-_Rapport du commissaire à la disposition des plantes, relativement au
-jardin d'Élisabeth Capet, à Montreuil._
-
-Le commissaire à la disposition particulière des plantes, d'après
-différents renseignements pris en ce qui concerne le jardin
-appartenant cy-devant à Élisabeth Capet, à Montreuil, et examiné les
-pièces suivantes, particulièrement le rapport du comité de
-surveillance, qui annonce que celui fait par les citoyens Richard et
-Pineaux, nommés commissaires par les représentants du peuple à l'effet
-de rendre compte du produit et des frais d'entretien dudit jardin; que
-ces deux commissaires ont observé qu'il seroit plus avantageux de
-confier à deux cultivateurs l'entretien et le produit de ce jardin,
-c'est-à-dire que Virey seroit chargé de la conduite de l'orangerie et
-plantes rares, et Doré de la partie des fruits et légumes.
-
-Ayant examiné en outre un marché fait par le citoyen Couturier, qui
-accorde à Virey la jouissance en totalité des productions du jardin
-pour lui tenir lieu d'indemnité pour son entretien, indépendamment des
-gages d'un premier garçon qui lui seront accordés, à la charge par lui
-de fournir des légumes à l'infirmerie pour la valeur de 200#[231] à
-son estimation, ainsi qu'il est énoncé audit marché.
-
-[Note 231: Surchargé: il y avait auparavant 150.]
-
-De plus, un autre rapport des citoyens Richard et Pineaux, où il est
-dit que la dépense pour l'entretien du jardin peut être mise en
-compensation avec le produit des fruits et légumes, et que même le
-jardinier pourra fournir à l'infirmerie des légumes pour la valeur de
-200#, ce qui forme, on l'aperçoit, une grande différence avec le
-marché fait par le citoyen Couturier.
-
-D'après toutes ces observations, le commissaire estime que, pour
-l'intérêt de l'administration, aucun des marchés ou arrangements tels
-que ceux susdits ne peuvent avoir lieu.
-
-1º L'entretien desdits jardins, serres et orangeries, ne doit être
-alloué qu'à une seule personne, comme il s'est pratiqué jusqu'à
-présent; 2º que le marché fait par le citoyen Couturier est onéreux à
-l'administration, par la raison qu'il s'est présenté deux
-soumissionnaires, dont l'un, connu autant par sa probité que par son
-talent, s'est offert le premier, et a fait sa soumission d'entretenir
-les jardins, bosquets, orangerie, etc., pour la jouissance du produit
-seulement.
-
-Quant au rapport des citoyens Richard et Pineaux, où il n'est point
-parlé de gages de premier garçon, mais au contraire que le jardinier
-sera encore assez indemnisé en fourniture sur son produit pour la
-somme de 200# de légumes à l'infirmerie, l'administration décidera
-dans sa sagesse sur cet objet; elle voudra bien observer que le
-citoyen Virey est un père de famille, bon patriote et bon cultivateur;
-qu'il occupe maintenant cette place, et semble mériter la préférence,
-en acceptant toutefois les conditions du premier soumissionnaire.
-
-Il existe dans cette maison la quantité de cinquante-huit panneaux,
-dont quelques-uns sont mutilés, et dix-huit arrosoirs en cuivre rouge
-et jaune; l'administration voudra-t-elle accorder quelques-uns de ces
-objets à Virey pour son usage, et vendre l'autre partie, excepté ceux
-qui sont en réquisition?
-
-A Versailles, le 10 ventôse, l'an II de la République une et
-indivisible (28 février 1794).
-
- PERADON.
-
- * * * * *
-
-III.
-
- 14 ventôse l'an II de la République une et indivisible
- (4 mars 1794).
-
-Suivant le rapport fait à l'administration par le citoyen Peradon,
-commissaire artiste, sur le jardin cy-devant appartenant à Élisabeth
-Capet, à Montreuil, il s'est présenté pour l'entretien de ce jardin
-plusieurs soumissionnaires, également connus par leurs talents et leur
-probité, qui proposent de se charger de la culture du potager, de
-l'orangerie et des jardins sans appointements, moyennant qu'on leur en
-abandonne les produits;
-
-Le citoyen Virey, qui cultive actuellement ce jardin, demande, outre
-la jouissance des fruits, le traitement annuel de premier garçon, qui
-est de 1,000 à 1,200#.
-
-La disproportion qui existe entre ces différentes soumissions est
-d'autant plus sensible que, par un rapport des citoyens Richard et
-Pineaux, où il n'est point fait mention de gages, il est dit que le
-jardinier sera suffisamment indemnisé par le produit du jardin, en
-fournissant même pour 200# de légumes à l'infirmerie.
-
-Quelques égards que mérite le citoyen Virey, on ne peut se dissimuler
-que l'intérêt de la République ne permet pas de faire en sa faveur un
-sacrifice annuel de 1,200#, lorsqu'il est notoire que le jardin peut
-être cultivé par des mains habiles sans qu'il en coûte rien à la
-nation. Tout ce que semble exiger la justice en faveur du citoyen
-Virey, bon patriote et père de famille, c'est de lui accorder la
-préférence dans le cas où il se chargeroit de l'entretien desdits
-jardins aux mêmes conditions que les autres soumissionnaires.
-
-Il existe dans la maison cinquante-huit panneaux et dix-huit arrosoirs
-en cuivre rouge et jaune, dont la commission propose de mettre une
-partie à la disposition du jardinier; il demande à cet égard les
-ordres de l'administration;
-
-Ouï l'agent national en ses conclusions,
-
-L'administration, considérant que l'intérêt de la République lui
-impose impérieusement la loi de mettre dans toutes les parties
-l'économie dont elles sont susceptibles, lorsqu'à cette économie se
-trouvent joints les avantages qui résulteroient d'une plus forte
-dépense, et désirant d'ailleurs concilier les égards dus au citoyen
-Virey avec le bien public, premier objet de ses considérations, estime
-que les potager, orangerie et jardins, cy-devant appartenants à
-Élisabeth Capet, à Montreuil, seront loués à l'enchère en la manière
-accoutumée, et aux charges qui seront prescrites par les cahiers;
-
-Arrête en outre que, sur les cinquante-huit panneaux et dix-huit
-arrosoirs qui se trouvent dans ladite maison, il sera mis à la
-disposition du locataire trente panneaux et dix arrosoirs, dont
-l'estimation sera faite pour qu'il ait à les représenter, lorsqu'il en
-sera requis, tels qu'il les aura reçus, et que les panneaux et
-arrosoirs restants seront mis en réserve pour servir lorsqu'il y aura
-lieu et ainsi que l'administration en ordonnera.
-
- * * * * *
-
-IV.
-
- Versailles, le 25 frimaire l'an III de la République une et
- indivisible (15 décembre 1794).
-
-_Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement et des
-domaines à l'agent national du district de Versailles._
-
- CITOYEN,
-
-Par une lettre du 15 thermidor dernier, l'administration du district a
-informé la commission des revenus nationaux que, malgré les
-précautions qu'elle avoit prises, elle n'avoit pu empêcher les
-dégradations considérables qui se commettoient journellement dans la
-maison d'Élisabeth Capet, située à Montreuil, et elle a imputé ces
-dégradations aux malades de l'hospice militaire qui avoit été établi
-dans cette maison.
-
-Il résulte des informations prises par la commission des secours
-publics, à laquelle la commission des revenus nationaux avoit porté
-ses plaintes, que ces dégradations ont été principalement commises par
-le citoyen Leblanc, locataire actuel du jardin, qui y laisse
-habituellement pâturer ses vaches.
-
-Ces faits étant consignés dans un procès-verbal, rapporté le 9
-thermidor dernier par les membres du comité de surveillance de
-l'hôpital, je te prie de faire informer sur ce délit, et d'intenter,
-s'il y a lieu, une action contre le locataire, tant en réparations
-qu'en indemnité des dommages qui seront reconnus être procédés de son
-fait. Comme je ne doute nullement qu'avant de mettre le locataire en
-jouissance il n'ait été dressé un état descriptif des lieux, et que le
-cahier des charges de l'adjudication ne l'ait expressément assujetti à
-les entretenir et à les rendre en bon état de culture à l'expiration
-de sa jouissance, il sera facile de l'obliger à réparer les
-dégradations commises.
-
-Salut et fraternité.
-
- GARNIER-DESCHESNE.
-
- * * * * *
-
-XII.
-
-RÉCIT DU PÈRE CARRICHON,
-
-PRÊTRE DE LA CONGRÉGATION DE L'ORATOIRE,
-
- Témoin de la mort de mesdames la maréchale de Noailles, la
- duchesse d'Ayen, et la vicomtesse de Noailles, condamnées à mort
- par le tribunal révolutionnaire le 4 thermidor an II (22 juillet
- 1794).
-
-Mesdames la maréchale de Noailles, la duchesse d'Ayen et la vicomtesse
-de Noailles furent détenues dans leur hôtel depuis le mois de
-septembre 1793 jusqu'en avril 1794. Je connoissois la première de vue
-seulement, et d'une manière particulière les deux autres, que je
-voyois ordinairement une fois la semaine. La Terreur croissoit avec le
-crime. Leurs victimes devenoient plus nombreuses. Un jour qu'on en
-parloit et qu'on s'exhortoit à se préparer à l'être, je leur dis par
-une espèce de pressentiment: «Si vous allez à la guillotine et que
-Dieu m'en donne la force, je vous y accompagnerai.» Elles me prennent
-au mot, ajoutant avec vivacité: «Nous le promettez-vous?» J'hésite un
-moment. «Oui, repris-je, et pour que vous me reconnoissiez bien,
-j'aurai un habit bleu foncé et une veste rouge.» Depuis elles me
-rappelèrent souvent ma promesse. Au mois d'avril, la semaine, je
-crois, après Pâques, elles sont conduites toutes trois au Luxembourg.
-J'en ai souvent des nouvelles par celui qui leur a rendu avec un zèle
-si délicat tant de services et dans leurs personnes et dans celles de
-leurs enfants. Ma promesse est rappelée. Le 27 juin, un vendredi, il
-vient de leur part me prier de rendre au maréchal de Mouchy et à sa
-femme le service que je leur avois promis. Je vais au palais. Je
-parviens à entrer dans la cour. Je les ai sous les yeux et de fort
-près pendant plus d'un quart d'heure. M. et madame de Mouchy, que je
-n'avois vus qu'une fois chez eux et que je connoissois mieux qu'ils ne
-me connoissoient, ne me reconnoissent point. Je fais ce que je peux
-pour eux. Le maréchal étoit singulièrement édifiant et prioit
-vocalement de tout son coeur. La veille il avoit dit, en quittant le
-Luxembourg, à ceux qui lui marquoient de l'intérêt: «A dix-sept ans
-j'ai monté à l'assaut pour mon Roi, à soixante-dix-huit je vais à
-l'échafaud pour mon Dieu; mes amis, je ne suis pas malheureux.»
-J'évite des détails qui deviendroient immenses. Ce jour-là, je crois
-inutile et même je ne me sens point capable d'aller jusqu'à la
-guillotine. J'en augure mal pour la promesse spéciale faite à leurs
-parentes. Que j'aurois à dire sur tous les nombreux convois qui
-précédèrent et suivirent celui du 27, convois fortunés ou infortunés,
-selon les dispositions de ceux qui les formoient, tableaux déchirants
-lors même que les caractères et tous les signes extérieurs annonçoient
-une mort chrétienne, lors même qu'ils étoient accompagnés des grandes
-consolations produites par les vertus chrétiennes; mais bien autrement
-déchirants, lorsqu'ils en fournissoient peu ou point, et que les
-condamnés sembloient passer de l'enfer de ce monde à celui de l'autre!
-
-Le 22 juillet, un mardi, jour de sainte Madeleine, j'étois chez moi,
-et vers onze heures. J'allois sortir. On frappe. J'ouvre et je vois
-les enfants Noailles et leur instituteur; les enfants avec la gaieté
-de leur âge qui couvroit le fond de tristesse que nourrissoit en eux
-la détention de leurs parentes; ils alloient se promener et prendre
-l'air de la campagne: l'instituteur, pâle, défiguré, pensif et
-triste.--Ce contraste me frappe. «Passons, me dit-il, dans votre
-chambre, laissons les enfants dans votre cabinet.» Nous nous séparons;
-les enfants se mettent à jouer; nous entrons dans la chambre. Il se
-jette dans un fauteuil: «C'en est fait, mon ami; ces dames sont au
-tribunal révolutionnaire. Je viens vous sommer de tenir votre parole.
-Je vais les conduire à Vincennes pour y voir la petite Euphémie. Dans
-le bois je préparerai ces malheureux enfants à cette terrible perte
-qu'ils ignorent.» Quelque préparé que je fusse depuis longtemps, je
-suis déconcerté. Toute cette affreuse situation des mères, des
-enfants, de leur digne instituteur, cette gaieté suivie de tant de
-tristesse, la petite Euphémie âgée alors d'environ quatre ans, tout se
-peint à mon imagination en traits de feu inimitables. Je reviens à moi
-à l'instant, et après quelques demandes, réponses et autres lugubres
-détails, je dis: «Partez, je vais changer d'habits. Quelle commission!
-Priez Dieu qu'il me donne la force de l'exécuter.»--Nous nous levons,
-passons dans le cabinet où nous trouvons les enfants, s'amusant, gais
-et contents autant qu'ils pouvoient l'être; ce que nous éprouvions à
-leur vue, ce qu'ils ignoroient, ce qu'ils alloient apprendre, rend le
-contraste plus frappant, me serre le coeur. Je fais bonne contenance
-et les congédie. Resté seul, je me sens épouvanté, fatigué. Mon Dieu,
-ayez pitié d'elles, d'eux et de moi!
-
-Je change d'habits et vais faire quelques courses projetées, avec un
-poids dans l'âme bien accablant. Je les interromps pour aller au
-palais entre une et deux heures. Je veux entrer. Impossibilité. Je
-prends des informations de quelqu'un qui sort, comme doutant encore de
-la réalité de l'annonce; l'illusion de l'espérance est la dernière
-détruite. Par ce qu'il me dit, je ne peux plus douter. Je reprends mes
-courses, elles me conduisent jusqu'au faubourg Saint-Antoine, et avec
-quelle pensée, quelle agitation intérieure, quel effroi secret joint à
-une tête malade! Ayant affaire à une personne de confiance, je
-m'ouvre, elle m'encourage au nom de Dieu. Pour dissiper le mal de
-tête, je la prie de me faire un peu de café. Il me fait quelque bien.
-Je reviens au palais très-lentement, très-pensif, très-irrésolu,
-désirant de ne point arriver, ou de ne point trouver celles qui m'y
-appellent: j'arrive avant cinq heures. Rien n'annonce le départ. Je
-monte tristement les degrés de la Sainte-Chapelle, je me promène dans
-la grande salle, aux environs, je m'assieds, je me lève, je ne parle à
-qui que ce soit, je cache sous un air sérieux un fond très-agité et
-très-chagrin; de temps en temps un triste coup d'oeil sur la cour pour
-voir si le départ s'annonce. Je reviens. Ma fréquente exclamation
-intérieure étoit: Dans deux heures, dans une heure et demie, elles ne
-seront donc plus! Je ne puis exprimer combien cette idée m'affectoit
-et m'a affecté toute la vie quand j'ai pu l'appliquer: jamais heure ne
-m'a paru si longue et si courte que celle qui s'écoula depuis cinq
-heures jusqu'à six, pour divers motifs qui se croisoient, se
-combattoient, se détruisoient et me faisoient passer des illusions du
-vain espoir à des craintes malheureusement trop réelles.
-
-Enfin aux mouvements je juge que les victimes vont sortir de la
-prison. Je descends et vais me placer près de la grille par où elles
-sortent, puisqu'il n'est plus possible depuis quinze jours de pénétrer
-dans la cour. La première charrette se remplit, s'avance vers moi. Il
-y avoit huit dames très-édifiantes, sept pour moi inconnues; la
-dernière, dont j'étois fort proche, étoit la maréchale de Noailles. De
-n'y point voir sa belle-fille et petite-fille, ce fut là un foible et
-dernier rayon d'espérance; car, hélas! sur la deuxième charrette
-montent la mère et la fille. Celle-ci étoit en blanc, qu'elle n'avoit
-quitté depuis la mort de son beau-père et de sa belle-mère; elle
-paroissoit âgée de vingt-quatre ans au plus; celle-là de quarante, en
-déshabillé rayé bleu et blanc. Je les voyois encore de loin. Six
-hommes se placèrent après elles, les deux premiers, je ne sais
-comment, à un peu plus de distance qu'à l'ordinaire, comme pour leur
-donner plus de liberté, et avec un air d'égard et de respect dont je
-leur sus bon gré. A peine sont-elles placées, que la fille témoigne à
-sa mère ce vif et tendre intérêt si connu: j'entends dire auprès de
-moi: «Voyez donc cette jeune fille, comme elle s'agite! comme elle
-parle!»--Elle ne paroît pas triste. Je crois qu'elle me cherche des
-yeux; il me semble entendre tout ce qu'elles se disent: «Il n'y est
-pas.--Regarde encore.--Maman, rien ne m'échappe, je vous l'assure, il
-n'y est pas.» Elles oublient que je leur avois fait annoncer
-l'impossibilité de me trouver là. La première charrette reste près de
-moi au moins un quart d'heure. Elle avance. La deuxième va passer. Je
-m'apprête. Elle passe, ces dames ne me voient pas. Je rentre dans le
-palais, fais un grand détour et viens me placer à l'entrée du pont au
-Change, dans un endroit apparent. Mesdames de Noailles jettent les
-yeux de tous côtés; elles passent et ne me voient pas. Je les suis le
-long du pont, séparé de la foule, cependant assez près d'elles; madame
-de Noailles, toujours cherchant, ne m'aperçoit pas.
-
-L'inquiétude se peint sur la physionomie de madame d'Ayen, sa fille
-redouble d'attention sans succès. Je suis tenté d'y renoncer. J'ai
-fait ce que j'ai pu; partout ailleurs la foule sera plus grande, il
-n'y a pas moyen. Je suis fatigué.--J'allois me retirer. Le ciel se
-couvre, le tonnerre se fait entendre au loin. Tentons encore. Et par
-des chemins détournés j'arrive dans la rue Saint-Antoine, après la rue
-de Fourcy, presque vis-à-vis la trop fameuse Force, avant la
-charrette. Alors souffle un vent violent, l'orage éclate; les éclairs,
-les coups de tonnerre se succèdent rapidement. La pluie commence.
-C'est un torrent. Je me retire sur le seuil d'une boutique qui m'est
-toujours présente et que je ne vois jamais sans attendrissement. En un
-instant la rue est balayée. Plus de monde qu'aux portes, boutiques et
-fenêtres: plus d'ordre dans la marche; les cavaliers, les fantassins
-vont plus vite, comme ils peuvent, les charrettes aussi. Elles sont au
-petit Saint-Antoine et je suis encore indécis: la première passe
-devant moi. Un mouvement précipité et comme involontaire me fait
-quitter la boutique, et me voilà seul tout près de ces dames. Madame
-de Noailles m'aperçoit, et souriant semble dire: «Vous voilà donc
-enfin! Ah! que nous en sommes aises! Nous vous avons bien
-cherché.--Maman, le voilà.» A cet instant madame d'Ayen renaît, et
-toutes mes irrésolutions cessent, je me sens un courage
-extraordinaire. Trempé de sueur et de pluie, je n'y pense plus, je
-continue à marcher près d'elles. Sur les marches de l'église
-Saint-Louis, j'apperçois un ami pénétré pour elles de respect,
-d'attachement, cherchant à leur rendre le même service. Son visage,
-son attitude annoncent tout ce qu'il sent en les voyant. Je lui prends
-la main avec un saisissement d'attendrissement mais aussi tout de
-force. «Bonsoir, mon ami.» Là est une place, plusieurs rues y
-aboutissent. L'orage est au plus haut point, le vent plus impétueux.
-Les dames de la première charrette en sont fort tourmentées, surtout
-la maréchale de Noailles; son grand bonnet renversé laisse voir
-quelques cheveux gris; elle chancelle sur sa misérable planche, sans
-dossier, les mains liées derrière le dos. Aussitôt un tas de gens qui
-se trouvent là, la reconnoissent, ne font attention qu'à elle, et
-augmentent son tourment, qu'elle supporte avec patience, par leurs
-cris insultants. «La voilà donc cette maréchale, menant autrefois si
-grand train et qui alloit dans des beaux carrosses, la voilà dans la
-charrette tout comme les autres!» etc. Rien de plus insupportable pour
-tout être sensible que ces cris de cannibales. Les malheureux sont des
-objets sacrés, surtout quand ils sont innocents. Les cris continuent,
-le ciel est plus noir, la pluie plus forte. Nous voilà à la place qui
-précède le faubourg Saint-Antoine. Je devance, j'examine, et je me
-dis: Voilà le meilleur endroit pour leur accorder ce qu'elles désirent
-tant. La charrette alloit moins vite; je m'arrête, je me tourne vers
-elles: je fais à madame de Noailles un signe qu'elle comprend
-parfaitement.--«... Maman, M. X. va nous donner l'absolution.»
-Aussitôt elles baissent la tête avec un air de piété, de repentance,
-de joie, d'attendrissement qui m'embaume; je lève la main, reste la
-tête couverte, et prononce très-distinctement, et avec une attention
-surnaturelle, la formule entière d'absolution et les paroles qui la
-suivent; elles s'unissent mieux que jamais. Je n'oublierai jamais ce
-ravissant tableau, digne du pinceau d'un Raphaël, après lequel tout ce
-qui reste n'est que baume et consolation.
-
-Dès ce moment l'orage s'apaise, la pluie diminue, il semble n'avoir
-existé que pour le succès si désiré de part et d'autre; j'en bénis
-Dieu, elles en font autant, leur extérieur n'annonce que contentement,
-sérénité, allégresse. En s'avançant dans le faubourg, la foule
-curieuse revient, borde les deux côtés, insulte les premières dames,
-surtout la maréchale, rien à ses deux parentes; la pluie cesse.
-
-Tantôt je devance, tantôt j'accompagne. Après l'abbaye Saint-Antoine,
-j'aperçois auprès de moi un jeune homme, prêtre, dont pour quelques
-motifs je suspecte les sentiments. Il m'embarrasse. Je crains qu'il ne
-me reconnoisse, je rétrograde, j'avance, heureusement il ne me
-reconnoît point; il double le pas et je ne le vois plus.
-
-Enfin nous arrivons au lieu fatal. Ce qui se passe en moi ne peut se
-peindre. Quel moment! Quelle séparation! Quelle douleur dans ces
-enfants, dans ces soeurs, nièces, qui restent dans cette vallée de
-larmes! Je les vois encore pleines de santé. Elles auroient été si
-utiles à leur famille, et dans un instant je ne les verrai plus!.....
-Quelle idée! quel déchirement! mais non sans de grandes consolations
-en les contemplant si résignées. Les charrettes s'arrêtent, l'échafaud
-se présente, je frissonne; les cavaliers et les fantassins
-l'entourent; autour d'eux un cercle plus nombreux de spectateurs, la
-plupart riant et s'amusant de ce désolant spectacle: je suis au milieu
-d'eux dans une situation bien différente. J'aperçois le maître
-bourreau et deux valets, dont il est distingué par la jeunesse, par
-l'air d'un petit-maître manqué et le costume. L'un des valets est
-remarquable par sa taille, son embonpoint, la rose qu'il a à la
-bouche, ses manches retroussées, ses cheveux en queue et crépus, l'air
-de sang-froid et de réflexion avec lequel il agit, enfin une de ces
-physionomies régulières et frappantes, quoique sans élévation, qui ont
-pu servir de modèles aux grands peintres quand ils ont représenté des
-bourreaux dans l'histoire des martyrs. Il faut le dire, soit par un
-fonds d'humanité, soit habitude ou désir d'avoir plus tôt fait, le
-supplice étoit singulièrement adouci par leur promptitude, leur
-attention à descendre tous les condamnés avant de commencer à les
-placer le dos à l'échafaud, de manière qu'ils ne puissent rien voir;
-je leur en sus quelque gré, ainsi que de la décence qu'ils observoient
-et de leur sérieux constant, sans aucun air riant, insultant, tout le
-temps que je les vis.
-
-Pendant qu'ils aident à descendre les dames de la première charrette,
-madame de Noailles me cherche des yeux; elle m'aperçoit: c'est ici le
-pendant ravissant du premier tableau, si ravissant aussi. Que ne me
-dit-elle pas par ses regards, tantôt élevés au ciel, tantôt abaissés
-vers la terre, si doux, si animés, si expressifs, si célestes, tantôt
-fixés sur moi de manière à me faire distinguer si mes compagnons
-tigres avoient été plus réfléchis! J'enfonce mon chapeau sans la
-perdre de vue; je l'entendois: «Mon sacrifice est fait. Que je laisse
-de personnes chères! Mais Dieu m'appelle; nous en avons la douce et
-ferme espérance. Nous ne les oublierons point. Recevez nos tendres
-adieux pour elles, nos remercîments pour vous. Adieu! Puissions-nous
-nous revoir dans le ciel! Adieu!» Il est impossible de rendre des
-signes aussi pieux, aussi vifs, d'une éloquence aussi touchante, qui
-faisoient dire à mes tigres: «Ah! cette jeune, comme elle est
-contente, comme elle lève les yeux au ciel, comme elle prie! Mais à
-quoi cela lui sert-il?» Puis par réflexion: «Ah! les scélérats de
-calottins!» Le dernier adieu prononcé, elles descendent. Je ne me
-sentois plus, à la fois déchiré, attendri et consolé. Combien je
-remercie Dieu de n'avoir pas attendu ce moment pour leur donner
-l'absolution, encore plus quand elles montèrent à l'échafaud! Elles
-n'auroient pas pu s'unir comme elles avoient fait. Je quitte l'endroit
-où j'étois. Je passe d'un autre côté. Pendant qu'on fait descendre les
-autres, je me trouve en face de l'escalier, sur lequel étoit appuyée
-la première victime, qui étoit un vieillard en cheveux blancs, grand,
-l'air d'un bonhomme, qu'on disoit être un fermier général. Auprès de
-lui une dame très-édifiante que je ne connoissois pas; ensuite la
-maréchale, vis-à-vis de moi, en deuil, assise sur un bloc de bois ou
-de pierre qui s'étoit trouvé là, ouvrant des yeux grands, fixes. Tous
-les autres, sur plusieurs lignes, étoient rangés au bas de l'échafaud
-du côté qui regardoit l'ouest ou le faubourg Saint-Antoine. Je cherche
-ces dames. Je ne peux apercevoir que la mère, mais dans cette attitude
-de dévotion simple, noble, résignée, les yeux fermés, plus l'air
-inquiet, en un mot telle qu'elle étoit lorsqu'elle approchoit de la
-table sacrée. Quelle impression j'en reçus! Elle est ineffaçable. Plût
-à Dieu que j'en profitasse! A cet instant me revient à l'idée un
-passage de cette belle lettre des Églises de Vienne et de Lyon sur le
-martyre de saint Pothin et ses compagnons, où il est dit en parlant de
-sainte Blandine, attachée au poteau et exposée aux bêtes: «Ses
-compagnons croyoient voir en la personne de leur soeur Celui qui avoit
-été crucifié pour les sauver.»
-
-Tous sont descendus. Le sacrifice va commencer. La joie, le bruit, les
-affreux quolibets des spectateurs tigres redoublent et accroissent le
-supplice, doux en lui-même, mais atroce par trois coups qu'on entend
-l'un après l'autre, surtout par la quantité de sang versé et la vue de
-cette foule bruyante et tigresse. Le bourreau et ses valets montent,
-arrangent tout. Le premier se revêt, sur ses habits, d'un surtout
-ensanglanté, se place à gauche, à l'ouest, les autres à droite, à
-l'est, regardant Vincennes. Son grand valet est surtout l'objet de
-l'admiration et des éloges des cannibales, par son air capable et
-réfléchi, comme ils disent. Tout étant prêt, le vieillard monte à
-l'aide des bourreaux. Le maître bourreau le prend par le bras gauche,
-le grand valet par le droit, l'autre par les jambes; en un instant il
-est couché sur le ventre, la tête séparée et jetée ensuite avec le
-corps tout habillé dans un vaste tombereau, où tout nage dans le sang.
-Et toujours de même. Quelle horrible boucherie! Comme le coeur bat!
-C'est à ce moment qu'on voudroit être loin! c'est à ce moment qu'on
-voudroit être prêt et monter tout de suite si on étoit bien préparé,
-tant la mort, atroce pour ceux qui restent et qui sont sensibles,
-paroît facile et douce pour ceux qui s'en vont, quand on songe aux
-circonstances où il faut vivre! Combien j'ai regretté de n'avoir pas
-suivi ces victimes, en pensant que plus on avance, plus on reçoit de
-grâces divines, et plus on en abuse!
-
-La maréchale monte la troisième sur l'échafaud; il fallut échancrer le
-haut de son habillement pour lui découvrir le cou. Impatient de m'en
-aller, je voulois avaler le calice jusqu'à la lie et tenir ma parole,
-puisque Dieu me donnoit la force de me posséder au milieu de tant de
-frissonnements. Madame d'Ayen monte la dixième. Qu'elle me parut
-contente de mourir avant sa fille, et la fille de ne pas passer avant
-la mère! Montée, le maître bourreau lui arrache son bonnet. Comme il
-tenoit par une épingle qu'il n'avoit pas eu l'attention d'ôter, les
-cheveux soulevés et tirés avec force lui causèrent une douleur qui se
-peignit sur ses traits. La mère disparoît, et sa digne et tendre fille
-la remplace. Quelle émotion en voyant cette jeune dame tout en blanc,
-paroissant beaucoup plus jeune qu'elle n'étoit, semblable à un doux et
-tendre agneau qu'on va égorger! Je croyois assister au martyre d'une
-de ces jeunes vierges ou saintes femmes telles qu'elles sont
-représentées dans les beaux tableaux du Corrége et du Dominiquin.
-
-Ce qui est arrivé à sa mère lui arrive. Même inattention pour
-l'épingle, même douleur, même signe. Quel sang abondant et vermeil
-sortit de la tête et du cou! Que la voilà bienheureuse! m'écriai-je
-intérieurement quand on jeta son corps dans cet épouvantable cercueil.
-Je m'en vais; mais je suis arrêté un moment par l'air, les traits et
-la taille de celui qui venoit après elle. C'étoit un homme de cinq
-pieds huit à neuf pouces, gros à proportion, d'une figure
-très-imposante. Je l'avois remarqué au bas de l'échafaud. Il s'en
-étoit éloigné pendant qu'on immoloit les autres, afin de voir ce qui
-s'y passoit. Sa grande taille avoit servi sa curiosité. Il monte avec
-fermeté, regarde les bourreaux, le lit et l'instrument de mort avec
-des regards intrépides, trop fiers peut-être. O mon Dieu! dis-je en
-moi-même, faites qu'il n'y ait en lui que christianisme, et non la
-seule philosophie! Quel dommage qu'un si bel homme fût damné!
-ajoutai-je en me rappelant le pape saint Grégoire, qui, en voyant à
-Rome de beaux esclaves anglois, s'écria: «Quel dommage que de si beaux
-visages soient sous l'empire du démon!» Cette vue lui donna la
-première idée de la célèbre mission d'Angleterre, dont il chargea dans
-la suite son disciple saint Augustin.
-
-L'homme dont je viens de parler était Gossin[232] ou Gossuin, qui a
-tant contribué à diviser la France en départements. J'ai entendu dire
-qu'il avoit de la religion, et que ses malheurs, sa prison, en avoient
-ranimé, fortifié tous les sentiments. _Amen._
-
-[Note 232: P. F. Gossin, né à Souilly, arrondissement et à trois
-lieues et demie de Verdun, âgé de quarante ans, un des plus beaux
-hommes de ce temps, ex-lieutenant civil et criminel au bailliage de
-Bar-le-Duc et ex-député aux États généraux, avait été mandé par le roi
-de Prusse à Verdun, après la prise de cette ville, en septembre 1792.
-Il avait d'abord refusé d'obéir; mais ayant fini par céder aux désirs
-du peuple de Bar et aux instances de ses collègues, ses ennemis en
-profitèrent, après la retraite des Prussiens, pour l'accuser de
-trahison. Le 5 septembre, il annonça à l'Assemblée nationale qu'il
-_avait été forcé d'obtempérer à la sommation du duc de Brunswick, pour
-régler les affaires du département_. Un décret le mit en accusation.
-D'abord enfermé au Luxembourg, il fut condamné à mort le 4 thermidor
-an II (22 juillet 1794) par le tribunal révolutionnaire de Paris,
-comme ayant obéi aux ordres du roi de Prusse et comme complice d'une
-conspiration dans la prison où il était détenu. B.]
-
-Après sa mort, je quitte tout, hors de moi-même. Je m'aperçois alors
-que je suis tout glacé, à cause d'une forte transpiration et d'une
-forte pluie que j'avois éprouvées et qui s'étoient séchées; mais,
-grâce à Dieu, je ne me sentois point incommodé. Je double le pas, tout
-rempli de ce déchirant mais bien beau, bien grand, bien consolant,
-bien touchant spectacle. Je répétois ce que j'ai répété souvent: «Non,
-je ne voudrois pas pour cent mille écus n'en avoir pas été témoin. Je
-n'ai rien vu qui approche de cela. Que de profit à en tirer!» Quand je
-le quittai, il étoit près de huit heures. En vingt minutes, on avoit
-fait descendre quarante ou cinquante personnes, et immolé douze.
-
-Bientôt je suis à la rue Saint-Antoine. Je monte dans une maison où
-étoit une respectable famille de ma connoissance, composée du mari, de
-la femme et d'un fils unique charmant d'environ quatre ans. «Vous
-voilà! D'où venez-vous si tard, si loin de chez vous?--Ah! je viens
-d'être témoin d'un spectacle après lequel nous sommes les plus
-insensés des hommes et les plus grands ennemis de nous-mêmes, si nous
-n'en profitons pas pour travailler plus fortement à notre salut.»
-J'entre ensuite dans les détails qui, en produisant leur
-attendrissement, renouvelèrent le mien. J'y soupai, et me retirai fort
-tard. La nuit fut très-agitée; un sommeil entrecoupé ou accompagné de
-tout ce que j'avois vu ou entendu. La fatigue, que j'avois peu sentie,
-se fit sentir les jours suivants, mais, grâce à Dieu, sans
-indisposition. J'étois tout attendri, mais tout embaumé. Ah!
-m'écriois-je souvent, que mon âme vive de la vie des justes et que je
-meure de leur mort! Pendant longtemps la pensée de ce spectacle a
-produit en moi un certain frémissement, surtout lorsque je passois
-dans ces endroits si remarquables par ce que j'y avois vu. Ce
-frémissement venoit de ce que cette pensée étoit accompagnée d'une
-autre sur leur bonheur contrastant avec le vide qu'elles avoient
-laissé, la perte que nous avions faite, les dangers et les malheurs
-toujours renaissants où nous vivions. Le vendredi suivant, 25 juillet,
-je dînois avec et chez deux amis. Après le dîner, nous nous livrions à
-d'intéressants épanchements qui, malgré tous les accents de la
-tristesse, nous paroissoient si doux par les réflexions et
-consolations qui s'y mêloient et par la sage liberté qui y régnoit,
-dans une crise où tout étoit licence pour les méchants, tout étoit
-servitude pour les autres, au point de craindre, pour ainsi dire, que
-les murs ne parlassent. A cinq heures du soir, on frappe, et je vois
-entrer le digne ami qui m'avoit déjà averti deux fois. «Qui vous
-amène?--Je vous cherche depuis deux heures; désespérant de vous
-trouver, à tout hasard je suis venu ici.--Pourquoi?--Pour vous engager
-à rendre aux tantes des enfants, mesdames de Duras et Lafayette, le
-même service que vous avez rendu à leurs mères. Elles vont partir pour
-l'échafaud.--Ah! cher ami, que demandez-vous encore? Je connois peu
-ces dames, et il n'est pas sûr qu'elles me reconnoissent et que je les
-reconnoisse.»
-
-Je combats, il redouble de prières; mes amis se joignent à lui. Je
-cède et je reprends ce triste chemin du palais. Il est temps, les
-charrettes sortent, s'arrêtent en attendant les dernières. Sur la
-première étoient des dames: je n'en reconnois aucune. J'examine,
-considère, tourne, retourne; non, ou je suis bien trompé, les tantes
-n'y sont point, grâce à Dieu. Cependant, pour ne rien omettre,
-j'interroge des spectateurs bien instruits, et avec la douleur que
-nous font éprouver ces inconnues, j'ai la joie de n'y point trouver
-les chères tantes. Dieu vouloit les conserver pour leurs familles qui
-les respectent et les aiment tant et avec tant de raison, me procurer
-l'avantage de les connoître d'une manière aussi particulière que
-celles dont la vie et surtout la mort m'ont tant édifié, et me faire
-trouver dans leur connoissance ce que j'avois perdu dans les autres,
-et dans ma situation, mes chagrins, mes malheurs, dont un irréparable,
-ces marques d'intérêt, d'attachement, et ces consolations que partage
-si bien un beau-frère, ami, et que je chercherois en vain dans
-plusieurs liés cependant avec moi. Puisse le Dieu tout-puissant et
-tout miséricordieux répandre sur leurs familles toutes les
-bénédictions que je lui demande pour la mienne, et nous réunir tous
-avec celles qui nous ont devancés dans ce séjour où il n'y aura plus
-de révolution à craindre ou à espérer, dans cette patrie qui aura,
-comme dit saint Augustin, la vérité pour roi, la charité pour loi, et
-pour mesure l'éternité!
-
- * * * * *
-
-Le Père Carrichon (Antoine-Philibert), ecclésiastique, prêtre de la
-ci-devant congrégation de l'Oratoire, est décédé le 30 juillet 1818,
-en sa maison, rue Saint-Jacques, nº 277; ses obsèques se firent le 1er
-août, à sept heures du matin, en l'église de Saint-Jacques du
-Haut-Pas, sa paroisse. Il était âgé de soixante-neuf ans. B.
-
- * * * * *
-
-XIII.
-
-PIÈCES DIVERSES CONCERNANT MADAME ÉLISABETH.
-
-
-I.
-
-ACTE DE BAPTÊME DE MADAME ÉLISABETH.
-
-EXTRAIT DU REGISTRE DES BAPTÊMES _de l'Église Royale et Paroissiale de
-Notre-Dame de Versailles, diocèse de Paris, pour l'année mil sept cent
-soixante-quatre,_ fol. 33.
-
-L'an mil sept cent soixante-quatre, le trois may, très haute et très
-puissante princesse Madame Élizabethe-Philippe-Marie-Heleine de
-France, née d'aujourd'huy, fille de très haut, très puissant et
-excellent prince Louis, Dauphin de France, et de très haute, très
-puissante et excellente princesse Marie-Josèphe, princesse de Saxe,
-Dauphine de France, son épouse, a été baptizée par Monseigneur
-Charle-Antoine de la Roche-Aimon, archevêque-duc de Reims, pair et
-grand aumonier de France, en presence de nous curé soussigné. Le
-parein a été très haut et très puissant prince Dom Philippe, infant
-d'Espagne, duc de Parme, Plaisance et Guastalle; la mareine a été
-très haute, très puissante et très excellente princesse Élizabethe,
-princesse de Parme, Reine doüarière d'Espagne. Le parein représenté
-par très haut et très puissant prince Louis-Auguste de France, duc de
-Berry, et la mareine représentée par très haute et très puissante
-princesse Madame Marie-Adélaïde de France, fille du Roy, qui ont été
-nommés l'un et l'autre à cet effet, Sa Majesté présente au baptême. Et
-ont signés à la minute:
-
- LOUIS.
- MARIE.
- LOUIS.
- LOUIS-AUGUSTE.
- LOUIS-STANISLAS-XAVIER.
- CHARLE-PHILIPPE.
- MARIE-ADÉLAÏDE.
- VICTOIRE-LOUISE-MARIE-THÉRÈSE.
- SOPHIE-PHILIPPE-ÉLIZABETHE-JUSTINE.
- LOUISE-MARIE.
- [±] CHARLE-ANTOINE, _archevêque-duc de Reims,
- grand aumônier de France_, et ALLART, curé.
-
-Nous soussigné, Prêtre de la Congrégation de la Mission, faisant les
-fonctions Curiales en l'Église Royale et Paroissiale de Notre-Dame de
-Versailles, Dépositaire des Registres de la même Église; Certifions le
-présent Extrait véritable et conforme à l'Original. A Versailles, le
-sixième du mois d'aoust mil sept cent soixante-seize.
-
- COLLIGNON, _prêtre de la Mission_[233].
-
-[Note 233: Archives, section historique, K 147, nº 4.]
-
- * * * * *
-
-II.
-
-NOURRICE DE MADAME ÉLISABETH.
-
-Marie-Thérèse Hecquet, née le lundi 24 mars 1732, sur la paroisse de
-Saint-Acheul, du légitime mariage de Charles Hecquet, laboureur,
-demeurant au village de Boutillerie, et d'Anne Merelle, ses père et
-mère; baptisée le même jour en l'église paroissiale de Saint-Acheul,
-ayant pour parrain Antoine Hecquet, son oncle paternel, et pour
-marraine Marie-Thérèse Vasseur, sa tante, épouse dudit Antoine
-Hecquet.
-
-L'acte de baptême est signé Demonclot, chanoine régulier et curé de
-Saint-Acheul.
-
-L'extrait de baptême, collationné, délivré le 8 octobre 1779, est
-signé Pelletier, prêtre, docteur en théologie de la Faculté de Paris
-et vicaire de ladite paroisse, dame Marie-Thérèse Hecquet, épouse du
-sieur Jean Levallery, bourgeois de Paris, née le 24 mars 1732, à
-Saint-Acheul, élection et généralité d'Amiens, baptisée [le même jour]
-du même mois dans la paroisse dudit lieu, nourrice de Son Altesse
-Royale Madame Élisabeth de France, demeurant à Paris, au
-Palais-Bourbon, faubourg Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice,
-déclare avoir obtenu du Roi les grâces pécuniaires ci-après,
-
-Savoir:
-
- Une pension de deux mille quatre cents livres
- sur le trésor de la Maison de Sa Majesté, de
- l'échéance de janvier (dont il lui reste dû
- l'année 1777, l'année 1778 et la portion de
- temps de l'année 1779), ce qui lui a été
- accordé en sadite qualité de nourrice sans
- brevet, ci 2,400#
-
- Une autre pension de douze cent quinze livres
- sur le Trésor royal, et payée jusqu'à présent
- par MM. les gardes dudit Trésor, accordée à
- ladite dame Levallery, pour lui tenir lieu
- d'une place de femme de chambre de feu Madame
- la Dauphine, employée dans l'état du Roi,
- sous le titre de _Pension du bas âge_, sans
- brevet, et dû 1778 et 1779, ci 1,215
-
- Une autre pension de trois cents livres,
- accordée à la dame Levallery au même titre,
- pour lui tenir lieu de son logement, dont est
- dû les années 1777, 1778 et la portion de
- l'année 1779, ces trois pensions créées en 1765 300
-
- Une pension de huit cents livres, accordée au
- sieur Louis-Joseph-Frédéric Levallery, son
- fils, né le 28 janvier 1764, baptisé le 29 du
- même mois en la paroisse Saint-Sulpice de
- Paris, par un brevet de Sa Majesté du 12
- novembre 1771, payable sur les quittances de
- la dame Levallery jusqu'à ce que son fils ait
- atteint l'âge de vingt ans, dont il est dû 800
- -------
- Montant général des grâces 4,915#
-
-Il y a, indépendamment de cette déclaration manuscrite des grâces
-pécuniaires accordées à la nourrice de Madame Élisabeth, un brevet
-officiel, en partie imprimé, pareil à celui de la nourrice de
-_Monsieur_, de M. le comte d'Artois, etc. B.
-
- * * * * *
-
-III.
-
-APPOINTEMENTS DES DAMES DE COMPAGNIE DE MADAME ÉLISABETH.
-
-_État des appointements que le Roi veut et ordonne être payés aux
-dames que Sa Majesté a nommées pour accompagner Madame Élisabeth,
-depuis le 15 mai 1785 jusques et y compris le 14 mai 1786._
-
-Savoir:
-
- A la dame marquise de Sorans, 4,000#
- A la dame marquise de Causans, 4,000
- A la dame comtesse de Canillac, 4,000
- A la dame comtesse de Bombelles, 4,000
- A la dame vicomtesse d'Imécourt et la dame comtesse
- de la Bourdonnaye, adjointe et survivante, 4,000
- A la dame comtesse de Deux-Ponts, 4,000
- A la dame comtesse de Clermont-Tonnerre, 4,000
- A la dame marquise de la Rochefontenille, 4,000
- A la dame marquise des Essarts, 4,000
- A la dame comtesse Louise de Causans, 4,000
- A la dame marquise de Lastic, 4,000
- A la dame vicomtesse de Blangy, 4,000
- A la dame Anna-Bella-Henriette de Drummont de Melfort,
- comtesse de Marguerye, Mémoire.
- A la dame vicomtesse de Mérinville, surnuméraire sans
- appointements, Mémoire.
- A la dame marquise des Montiers, id., Mémoire.
- Somme totale, cinquante-deux mille livres, cy., 52,000#
-
-Garde de mon Trésor royal, Me Charles-Pierre-Paul Savalette de Langes,
-payez comptant aux dames dénommées au présent état la somme de
-cinquante-deux mille livres pour leurs appointements, en leur qualité
-susdite, depuis le 15 mai 1785 jusques et compris le 14 mai 1786,
-présente année.
-
- Fait à Versailles, le 1er juin 1786.
-
- Collationné.
-
- Le baron de BRETEUIL.
-
- * * * * *
-
-_État des gages, appointements et pensions que le Roi veut et ordonne
-être payés aux personnes qui servent près Madame Élisabeth pendant le
-quartier de janvier de la présente année 1786._
-
-Savoir:
-
-_Aumônier ordinaire._
-
- Le sieur Hyacinthe Bonniol de Montégut, attendu
- qu'il n'a pas d'appointements Mémoire.
-
-_Chevalier d'honneur._
-
- Au sieur comte de Coigny 225#
- A lui pour entretennement 900
-
-_Premier écuyer._
-
- Au sieur comte d'Adhémar 150
- A lui pour entretennement 900
-
-_Dame d'honneur._
-
- A la dame comtesse Diane de Polignac, pour gages 300
- A elle pour sa pension 1,500
-
-_Dame d'atours._
-
- A la dame marquise de Sorans, pour gages 150
- A elle pour sa pension 1,000
-
-_Médecin._
-
- Le sieur Le Monnier, y étant pourvu d'ailleurs Mémoire.
-
-_Chirurgien._
-
- Le sieur Loustonau, y étant pourvu d'ailleurs Mémoire.
-
-_Secrétaire du cabinet._
-
- Au sieur de Champfort, à raison de 2,000# par an 500#
- (Les années 1785 et 1786 ont été expédiées par
- ordonnance provisoire.)
-
-_Femmes de chambre._
-
- A la dame Marie-Marguerite Soufflet-Pernot, première,
- et Marie-Marguerite Pernot, sa fille, épouse du
- sieur Guichard, en survivance 70
-
- A elle, pour l'entretien d'un valet 91 5s
-
- A la dame Antoinette-Jacqueline Brochet, épouse du
- sieur de Cimery, tant pour gages que pour l'entretien
- d'un valet 161 5
-
-_Autres._
-
- A Jeanne-Françoise d'Aigremont-Malivoire 25
- A Marie-Françoise-Victoire Dousset de Saint-Brice 25
- A Antoinette-Marie Drivet de Lau 25
- A Julie-Charlotte-Marie de Cagny[234] 25
- A Marie-Barbe Besnard 25
- A Marie-Marguerite Pernot, épouse du sieur Guichard 25
- A Madeleine-Félicité de Casaubon, veuve Delor
- femme de Saint-Gand 25
- A Marie Langaudre-Tergat »
- A la dame Roube »
- A Sophie-Léocade le Gagneur »
- A Marie-Thérèse Lalin de Navarre »
- A la dame Duprat, épouse du sieur Malmain »
- La demoiselle Charlotte-Rosalie Damesme, la demoiselle
- Jeanne-Julie d'Harmeville, la demoiselle de Montgiroux,
- la demoiselle Malivoire, la demoiselle la Caze,
- la dame Perronnel, la demoiselle Guéroult de MacCarty,
- surnuméraires Mémoire.
-
-_Coiffeuses._
-
- A la demoiselle Jean-Baptiste Jaime 25#
- A la demoiselle Marguerite Rosalie le Guay 25
-
-_Blanchisseuse._
-
- A Marie-Thérèse Albert 5
-
-_Empeseuse et faiseuse de collerettes._
-
- A la demoiselle Marie-Catherine Defforges 5
- A elle pour façon, fournitures et charbon 300
-
-_Écuyer ordinaire._
-
- Au sieur Dubourquet de Saint-Pardoux 300
-
-_Porte-manteau._
-
- Au sieur Martineau 150
-
-_Valets de chambre._
-
- A Jean Béranger 50
- A Didier Viard 50
- A Sorel 50
- A Renault 50
-
-_Garçons de la chambre._
-
- A Jean-Pierre Duval 25
- A Jacques Corset 25
- A Sébastien Thirgarder Duparc 25
- A Deshayes 25
-
-_Valet de chambre tapissier._
-
- A Antoine Jubin 75
- A lui pour fournitures 75
-
-_Valets de garde-robe._
-
- A Jean-Baptiste Vatel 25
- A Nicolas Vatel 25
-
-_Portefaix._
-
- A François Girard 7 10s
- A Camille 7 10
-
-_Porte-chaise d'affaires._
-
- A Catherine-Agathe Lefebvre, femme Longpré 50
- A elle, pour ses fournitures 15
-
-_Argentier._
-
- Au sieur de Laulhannier 100
-
- Somme totale 6,787# 10s
-
-[Note 234: Retirée le 14 janvier en 1787, remplacée par la demoiselle
-Malivoire.]
-
-Garde de mon Trésor royal, Me Charles-Pierre-Paul Savalette de Langes,
-payez comptant au sieur Randon de la Tour la somme de six mille sept
-cent quatre-vingt-sept livres dix sols, pour employer au fait de sa
-charge même, icelle délivrer aux personnes dénommées au présent état,
-pour leurs gages pendant le quartier de janvier de la présente année.
-
- Fait à Versailles, le 1er avril 1786.
-
- Collationné.
-
- Le baron de BRETEUIL.
-
- * * * * *
-
-IV.
-
-MEUBLES DE L'APPARTEMENT DE MADAME ÉLISABETH AU CHATEAU DE VERSAILLES
-EN 1787.
-
-_Première antichambre._
-
- 2 banquettes couvertes d'ouvrage de Savonnerie, fond bleu, dessin de
- diverses couleurs, de 6 pieds de long sur 18 pouces de profondeur,
- garnies de frange de soie torse de plusieurs couleurs; les bois
- peints, l'une en rouge et filets dorés, et l'autre en blanc.
-
- 2 tabourets de panne cramoisie, bois dorés.
-
- 1 lustre de fer à quatre branches peint en blanc, et binets en
- cuivre de 18 pouces de haut, avec un cordon de soie cramoisie et or.
-
- 1 commode de bois de noyer de 3 pieds 1/2 de long, 20 pouces de
- profondeur et 32 pouces de haut, ayant 4 tiroirs, dont 2 grands et
- 2 petits, fermant à clef, garnie d'entrées de serrures et portant de
- bronze en couleur d'or.
-
- 1 petite table de sapin pliante.
-
- 1 miroir de toilette à bordure de noyer.
-
- 1 chaise de paille.
-
- 1 paravent de 8 feuilles de 20 pouces sur 6 pieds de haut, couvert
- en toile d'Alençon cramoisie.
-
- 1 paravent de 6 pieds de haut à 6 feuilles de 20 pouces de large,
- couvert idem.
-
-_Deuxième antichambre._
-
- 1 portière du char à or de 2 aunes 1/4 de cours sur 2 aunes 7/8 de
- haut.
-
- 1 portière semblable à la précédente.
-
- 2 tabourets de panne cramoisie à bois dorés.
-
- 1 tabouret de panne idem, bois peint en rouge et filets dorés.
-
- 1 paravent de 6 feuilles de 6 pieds de haut, couvert de drap rouge
- des deux côtés, cloué de cloux dorés sur galon d'or faux.
-
- 4 parties de rideaux de croisées de 2 lés, chacune de grosdetours
- cramoisi, sur 11 pieds 6 pouces de haut, bordées de galon de soie.
-
- 1 grille à 4 branches, pelle et pincette de fer.
-
- 1 petit lustre de grenailles et petites poires à 8 bobèches, monture
- dorée, 21 pouces de diamètre sur 32 pouces de haut, avec un cordon
- de soie cramoisie et or.
-
- 2 commodes plaquées de bois de rose et violette, chacune de 4 pieds
- de long, 23 pouces de profondeur sur 31 pouces de haut, ayant 4
- tiroirs, dont 2 grands et 2 petits, fermant à clef, garnies
- d'entrées de serrures, portants et chaussons de cuivre doré d'or
- moulu, avec dessus de marbre brèche d'Alep, dont un cassé par le
- milieu.
-
- 1 table ronde ployante de bois d'acajou de 5 pieds de diamètre,
- couverte de velours verd, pieds tournés.
-
- 1 petite table à écrire de bois de noyer.
-
- 1 écritoire en pupitre portatif de bois rose et violet, garnie
- d'encrier, poudrier et boîte à éponge d'argent, argenterie non
- numérotée ni poids marqué.
-
- 1 commode de bois de noyer à 2 grands et 2 petits tiroirs, ornée de
- portants et entrées de serrures en couleur, avec dessus de marbre de
- 3 pieds 1/2 de large, 22 pouces de profondeur.
-
-_Pièce à côté pour les garçons de la chambre._
-
- 1 couchette à 2 chevets de 3 pieds de large, à fond sanglé, garnie
- de roulettes à galets.--Le coucher composé de: 1 sommier crin et
- toile à carreaux;
-
- 2 mattelas de laine et toile idem;
-
- 1 lit et 1 traversin de plume et coutil;
-
- 2 couvertures de laine;
-
- 2 rideaux d'alcôve à 4 lés chaque sur 11 pieds 1/2;
-
- 1 pente de 6 pieds de long, le tout de fleuret bleu et blanc;
-
- 2 parties de rideaux de croisée d'un lé chaque de toile de coton sur
- 6 pieds de haut;
-
- 1 table de hêtre avec un tiroir à la face de 3 pieds 1/2 de long, 2
- pieds de profondeur;
-
- 6 chaises de paille satinée verd et blanc.
-
-_Cabinet, ou Pièces de nobles en été._
-
- 1 meuble de damas de Gênes cramoisi, orné de grand et petit galon,
- avec frange et molet en or, consistant en:
-
- 12 ployants garnis d'un grand galon de 20 lignes et d'un autre de 12
- lignes, avec frange de 3 pouces, et les bois sculptés dorés;
-
- 1 paravent de 6 feuilles de 4 pieds de haut, orné des mêmes galons,
- et cloué à triple rang de cloux dorés sur galon d'or fin et
- charnières en étoffe;
-
- 1 écran sculpté et orné idem;
-
- 6 parties de portières de 3 lés chacune, ornés aux montants et
- travers du haut de molet et frange d'or par le bas, doublées de
- taffetas, sur 10 pieds de haut;
-
- 6 parties de rideaux de croisées de 2 lés chacune de grosdetours
- cramoisi, avec frange et mollet d'or idem, sur 12 pieds de haut;
-
- 6 parties de rideaux de vitrage d'un lé 1/2 chaque de mousseline
- rayée et brodée sur 4 pieds de haut;
-
- 2 encoignures de marqueterie plaquées en bois satiné et champ de
- bois d'amaranthe, ouvrant à un venteau dont le devant est orné d'un
- vase de fleurs plaqué sur fond de bois gris satiné, la frise à
- tiroir plaqué en bois vert, ornées de moulures, encadrements de
- panneaux ciselés, rinceaux, pieds et chûtes de pilastres, frise à
- entrelacs d'ornements, le tout en bronze doré d'or moulu et dessus
- de marbre fin de 25 pouces de profondeur sur 34 pouces 1/2 de haut;
-
- 2 lustres à 6 lumières de cristal de Bohême, montures dorées, de 26
- pouces de diamètre sur 3 pieds 9 pouces de haut, avec:
-
- 2 cordons et 4 glands en soie cramoisie, ornés de cartisanne et
- couronnes;
-
- 4 girandoles à 5 lumières de cristal de Bohême terminées par une
- fleur de lys, montures de cuivre doré, à trépied et plateaux en
- bronze doré, 30 pouces de haut, 16 pouces de large;
-
- 1 feu à 4 branches à recouvrement orné sur le devant de postes et
- doubles pilastres surmontés de cassollettes et couronne, boucliers
- posés au centre du recouvrement, le grand socle à consoles surmonté
- d'un vase à anses, orné de guirlandes, terminé par une flamme de
- bronze doré, 17 pouces de haut sur 17 de large;
-
- 2 paires bras de cheminée à trois branches, celles de côté torses et
- toutes trois fixées sur une gaîne ornée de palmettes, avec frises à
- entrelacs surmontées d'un vase à cannelure torse et à anses
- d'ornement terminé par un bouton de graine, 22 pouces de haut, 17
- pouces de large, bassin à cannelure et festons;
-
- 1 belle pendule de cheminée en marbre blanc représentant un portique
- d'architecture orné dans la frise du bas de 3 bas-reliefs, l'un
- caractérisant la Paix, l'autre l'Abondance, et l'autre la Gloire
- tenant un buste oval, figure d'Henri IV; le portique orné de
- pilastres cannelés et moulures au contour du chapiteau à oves et
- dards, surmonté d'un vase à anses et paquets de laurier sur le
- ceintre du chapiteau, la pendule placée au centre du portique dans
- sa boîte à ornements; le tout de bronze doré au mat, ainsi que la
- lentille, figure de soleil, de 26 pouces de haut sur 15 pouces de
- face, par Lépine.
-
-_Pièce des nobles en hiver._
-
- 1 meuble de velours de soie cramoisi doublé de grosdetours cramoisi,
- orné de 2 galons d'or, dont 1 de 23 lignes et l'autre de 9 lignes
- 1/2, consistant en:
-
- 6 parties de portière de 3 lés chacune doublées de grosdetours et
- ornées des 2 galons, sur 10 pieds 4 pouces de haut;
-
- 1 paravent de 6 feuilles sur 4 pieds, charnière en étoffe, chaque
- feuille ornée des 2 galons, 1 rang de cloux dorés au pourtour et 1
- rang idem sur le champ, sur galon d'or fin;
-
- 1 écran à coulisse, le châssis orné des 2 côtés des 2 galons d'or
- avec tresse et galon d'or, le bois sculpté doré;
-
- 11 pliants ornés des 2 galons et frange de 3 pouces en or, les bois
- sculptés dorés.
-
- Les rideaux de croisées servent pour les deux saisons: voyez le
- meuble d'été à l'Inventaire.
-
-_Chambre à coucher en hiver._
-
- 4 parties de portières de 3 lés chacune, de velours, doublées de
- grosdetours cramoisi sur 2 aunes 7/8 de haut, ornées de 2 galons,
- dont 1 de 23 lignes et l'autre de 9 lignes 1/2 de large.
-
-_Chambre à coucher en été._
-
- Un meuble de damas de Lyon verd, dessin à palmes, orné de grand et
- petit galon à la Bourgogne et frange d'or, suivant le détail
- ci-après, les pentes chantournées et soubassements ornés de
- broderie d'or.
-
- 1 tapisserie en 3 pièces galonnées de grand et petit galon d'or,
- contenant ensemble 47 pieds 9 pouces de cours sur 14 pieds 2
- pouces de haut, doublée de toile.
-
- 1 lit à colonnes à 2 chevets de 5 pieds de large, 6 pieds 1/2 de
- long, 11 pieds 6 pouces de haut, impériale en voussure surmontée
- d'une corniche sculptée à feuilles d'acanthe et perles; la
- couchette à 2 dossiers chantournés à bois couvert, ainsi que les
- soubassements; le bois peint en blanc, ferrures apparentes,
- double-tringles et agraffes dorées, garniture de roulettes à
- équerre et chassis du fond sanglé.
-
- Les étoffes composées d'une impériale et son petit fond à double
- galon, 4 petites pentes ornées de frange par le bas et petit galon
- par le haut; 4 grandes pentes ornées de grand et petit galon,
- frange de 4 pouces brodée en ornements sur le corps, 2 chantournés
- à double face brodés _idem_ et ornés de grand et petit galon, 3
- soubassements brodés, galonnés comme les grandes pentes avec
- frange par le bas; 4 rideaux de 7 lés chaque ornés de grand et
- petit galon sur les montants travers du bas et cantonnières, 4
- foureaux des colonnes en damas, 4 embrasse-rideaux en gros cordon
- d'or avec glands _idem_;
-
- 1 courtepointe ornée d'un grand et deux rangs de petit galon;
-
- 2 rideaux d'entour de 7 lés chaque bordés au pourtour de petit
- galon et double-rang sur les montants des cantonnières du devant
- seulement en grosdetours verd.
-
-Le coucher composé de:
-
- 4 malelats laine et futaine;
-
- 1 lit et 2 traversins de duvet et basin avec souilles de taffetas
- blanc;
-
- 4 parties de portières de 4 lés chacune, galonnées d'un grand et
- petit galon d'or, doublées de grosdetours, sur 10 pieds de haut;
-
- 2 parties de rideaux de croisées de 2 lés chaque en grosdetours
- verd, ornées d'un petit galon d'or au pourtour, sur 13 pieds de
- haut, rempliées à 11 pieds 6 pouces;
-
- 2 fauteuils pieds à gaine, cannelures torses sculptées de culots
- enfilés dans la ceinture du siége, _idem_ aux accotoirs avec
- palmettes, feuilles d'eau à refend au pourtour du dossier, garnis
- et couverts comme le meuble avec grand et petit galons, cloués de
- cloux dorés sur galon d'or fin, les bois sculptés dorés;
-
- 2 carreaux ornés de 1 grand et 2 petits galons avec 4 glands d'or
- aux coins desdits;
-
- 8 ployants garnis de large galon et frange d'or; 1 écran garni de
- large galon et d'un gland d'or avec sa tresse de soie verte; 1
- paravent de 6 feuilles à bois couvert des 2 côtés, garni d'un
- grand galon d'or, et triple rang de cloux doré sur galon d'or fin,
- sur 4 pieds de hauteur; le bois sculpté doré; le tout avec housses
- de grosdetours;
-
- 1 marchepied à 2 degrés de damas cramoisi avec sa housse de
- grosdetours verd;
-
- 1 commode de marquetterie à dessus de marbre verd campan, ayant 5
- tiroirs dont 2 grands et 3 petits dans la frise, plaqué en bois
- verd, 4 paneaux de côté en bois satiné avec filets noir et blanc
- et champ de bois d'amaranthe, une table saillante au milieu,
- représentant un trophée pastoral et vase en placage sur fond de
- bois gris satiné, les arrière-corps en mosaïque de bois ombrés sur
- fond même bois; ladite commode ornée de socle, pieds à rouleaux et
- palmettes ornées de gaine, chûtes et paquets de laurier, cadres de
- panneaux, moulures unies à chapelets et feuilles, rais-de-coeur,
- et rosettes guirlandes de laurier et chûtes en paquet, portants à
- ornements et corbeilles, la frise du centre en entrelacs, à
- rosettes et culots, le tout de bronze doré d'or moulu, longue de 5
- pieds 1/2 sur 25 pouces de profondeur et 37 pouces de haut;
-
- 1 feu dont la grille à 4 branches en 2 parties de fer poli de 23
- pouces de profondeur, ayant chacune sur le devant une forte
- garniture à recouvrement de bronze ciselé et doré d'or moulu, orné
- d'entrelacs et rosettes, et sur le dessus d'une volute à palmettes
- et laurier en paquet, et petit vase à anse de 15 pouces de haut,
- le grand socle à piédouche orné de guirlandes de fleurs,
- d'entrelacs dans la frise, surmonté d'un fort vase à cannelures et
- godrons, guirlandes de laurier à anses et tête de bélier, terminé
- par un bouton de graine, 22 pouces de haut sur 18 pouces de face,
- avec pelle, pincette et tenaille garnies de boutons de cuivre
- ciselés et dorés;
-
- 1 lustre de cristal de Bohême à 8 lumières accouplées sur double
- bobèche, monture dorée, 32 pouces de diamètre sur 3 pieds 6 pouces
- de haut, avec 1 cordon et 2 glands de soie verte et or, orné de
- cartisanne d'or;
-
- 2 paires de bras à 3 branches, celles de côté torses, ornées de
- palmettes et graine, cannelure et godrons, binets à festons, la
- gaine à palmettes et culots avec frise à entrelacs surmonté d'un
- bouton de graine, 22 pouces de haut, 18 pouces de large;
-
- 1 belle pendule de cheminée en marbre blanc, architecture et
- chapiteau, le socle orné de frises à entrelacs d'ornements, porté
- par 8 piédouches, une double frise _idem_ avec moulure, ciselés,
- surmontés de 2 enfants soutenant le chapiteau et portant une
- guirlande de fruits et fleurs, le dessous du chapiteau orné d'oves
- et surmonté d'un nuage et de deux enfants, l'un tenant une
- couronne et l'autre traçant une carte géographique, la pendule
- placée au centre du chapiteau avec son cadre de bronze ciselé doré
- d'or mat, 19 pouces de haut, 21 pouces de face;
-
- 1 écran de bois d'acajou à châssis de taffetas verd;
-
- 2 rideaux de vitrage d'un lé 1/2 chaque, de mousseline rayée et
- brodée sur 4 pieds de haut.
-
-_Meuble d'hyver._
-
- Un meuble de velours de soie cramoisi orné de frange et galon
- d'or, consistant en:
-
- 1 lit à la duchesse, composé de trois grandes et 4 petites pentes
- enrichies de feuilles et ornements de broderie, et de 2 galons
- d'or garnies de grande frange d'or, fond grand, dossier chantourné
- aussi brodé en or, bonnes-grâces en dedans et au dehors,
- courtepointe garnie de sesd. 2 galons et 3 soubassements garnis
- desd. galons et frange, et 2 rideaux sur 3 au. 1/4 de haut, garnis
- desd. galons et doublés de grosdetours cramoisi, avec 4 pommes, 4
- bouquets de plumes et 4 aigrettes.
-
- Le bois du lit à fond sanglé en 2 parties dont les vis sont
- dorées, de 5 pieds de large, 6 pieds 4 pouces de long, sur 12
- pieds 1/2 de haut.
-
-Le coucher:
-
- 3 fauteuils à carreaux, 12 ployants, 1 écran, 1 paravent de 6
- feuilles sur 4 pieds de haut; garni d'un galon d'or avec une
- tresse à l'écran, les bois sculptés dorés;
-
- 4 portières (pour cet article, voir, page 536, _Chambre à coucher
- en hiver_: 4 parties de portières, etc.)
-
- 4 parties de rideaux de croisées de 2 lés chacune de grosdetours
- cramoisi, garnis de galon d'or sur 13 pieds de haut.
-
- Pièces tapisserie, dessin de Teniers, de la manufacture de
- Beauvais.
-
-_Grand cabinet._
-
- Un meuble de grosdetours fond blanc à bouquets et ruban bleu
- brochés, encadré de bordures de même étoffe, dessein à treillage
- verd et fleurs, profilet de milleret verd, et orné d'une crête de
- soie nuée assortie, consistant en:
-
- 1 lit de repos de 6 pieds de long et 27 pouces de profondeur,
- garni à plateforme, 1 matelas portant son soubassement drapé, orné
- de frange et glands, 3 oreillers avec 4 glands chacun; les
- oreillers garnis de mouchoirs de taffetas blanc.
-
- Au dessus dud. lit de repos: 1 pente drapée de 6 pieds de long
- avec écharpe de 2 pieds 6 pouces, frange et 8 galons doublés de
- grosdetours blanc, 2 écharpes doubles en bonnes-grâces de 2 lés
- chaque, encadrées, ornés de molets et frangeou doublées de
- taffetas blanc avec cordon et 6 glands de 9 pieds de haut;
-
- 5 cordons de soie nuée, dont 4 avec glands.
-
- 2 bergères quarrées, 2 bergères ceintrées, 8 fauteuils, 6 chaises,
- à carreaux, 1 chaise sans carreau, 1 écran à chapeau, garnis de
- crête, les bois sculptés à rais-de-coeur et perles à la ceinture,
- pieds à gaine, palmettes et pilastres aux consoles rais-de-coeur,
- ficelle et pommes de graine au dossier peint en blanc avec
- mouchoir de taffetas blanc.
-
- A la croisée: une pente drapée et ses deux écharpes de 3 pieds de
- long, 2 doubles écharpes en bonnes-grâces encadrées et bordées de
- molet et frangeou de 12 pieds de haut, garnies de 12 glands,
- cordon et noeuds d'embrasses;
-
- 2 parties de rideaux de croisée de 2 lés de grosdetours blanc,
- avec grande bordure et molet de soie nuée;
-
- 2 parties de rideau de vitrage de 2 lés chacun de taffetas blanc
- sur 5 pieds de haut;
-
- 1 chaise de damas bleu, clouée de cloux dorés sur bois à moulures,
- pieds à gaine peint en blanc;
-
- 3 petits écrans de bois d'acajou avec châssis de taffetas
- cramoisi;
-
- 1 lustre à 6 lumières de cristal de roche, monture dorée,
- garniture de grenailles à rosette et en filage et poire depuis 3
- pouces 1/2 à 2 pouces, la boule de 3 pouces 1/2 de diamètre, le
- lustre de 25 pouces de diamètre sur 36 pouces de haut, avec 1
- cordon, 1 rosasse et 1 gland de soie nuée ornés de cartisane;
-
- 1 feu à 4 branches et à recouvrement avec frise sur le devant
- ornées à entrelacs à rosettes, culots et cadres de perles, le
- dessus orné de branches et fruits de vigne, sur le dedans un socle
- à colonne cannelée sur piedouche, surmonté d'un nuage et de 2
- tourterelles; le grand socle à cannelures et tigettes avec
- guirlandes de fleurs et fruits de vigne, surmonté d'un vase à
- cassolette à trépied et tête de satyre; le corps de la cassolette
- à cannelures torses, terminé par une flamme, 17 pouces de haut sur
- 16 pouces de large, bronze doré, pelle, pincette et tenaille à
- boutons dorés;
-
- 2 paires de bras à trois branches, celles de côté torses, ornées
- de palmettes et graine, cannelures et godrons, binets à festons,
- la gaine à palmettes et culots avec frise à entrelacs surmonté
- d'un vase à anses et cannelures torses, terminé d'un boulon de
- graine, 22 pouces de haut, 18 pouces de large.
-
- A la croisée, 1 store de 6 pieds 6 pouces de large, avec son
- taffetas de 12 pieds de haut.
-
-_Garde-robe._
-
- 1 table de nuit de bois d'acajou à 2 tablettes de marbre blanc
- veiné, ayant un tiroir à droite à bouton et rosette de bronze en
- couleur.
-
-_Escalier qui conduit du grand cabinet à la bibliothèque._
-
- Les marches couvertes en moquettes.
-
- Le mur tendu en gros de tour bleu.
-
- La rampe garnie et couverte de fleuret bleu.
-
- 1 cordon d'écuyer en fil bleu.
-
-_Pièce du billard et bibliothèque._
-
- Un meuble de damas (de Lyon) verd et blanc, dessin à figures à
- enfants, cascades et fleurs, orné de frange, glands, cordon et
- crête à la niche.
-
- 1 pente et 2 doubles écharpes de 6 pieds 4 pouces de haut, le tout
- de 22 pouces de long, doublées de grosdetours verd avec cordon, 10
- glands, 2 noeuds et une cocarde.
-
- 1 banquette à plateforme de 6 pieds 2 pouces de long sur 27 pouces
- de profondeur, avec son matelas, le devant relevé en draperie avec
- 8 glands; 3 oreillers garnis de 4 glands chacun, 2 rondins avec 2
- glands à chacun.
-
- 1 canapé à joncs fermé de 5 pieds 6 pouces, garni à plateforme
- avec son matelas, soubassement drapé orné de frange et 6 glands, 2
- carreaux et 2 rondins garnis de glands; le tout en damas verd et
- blanc, orné de crête assortie, le bois à moulures peint en blanc.
-
- 2 bergères, 8 fauteuils, à carreaux, 1 écran à chapeau, couverts
- dudit damas, ornés de crête assortie clouée, bois à moulures
- peints en blanc.
-
- 1 pente drapée formant le ceintre de la croisée, ornée de 8 glands
- et 1 noeud.
-
- 1 tapis de pied à moquette, dessin cordon jaune à médaillons de 9
- lés et 2 bandes, non compris bordure sur 16 pieds.
-
- 1 embrassement de croisée de 4 lés sans bordure sur 7 pieds 6
- pouces de long, doublé de toile.
-
- 1 bureau plaqué de bois satiné et amaranthe de 4 pieds 3 pouces de
- large, 24 pouces de profondeur et 26 pouces de haut avec roulettes
- sous les pieds, une tablette entre les pieds, ceintrée, 3 tiroirs
- par devant, fermant à clef, dans l'un une écritoire portative
- ornée de bronze de 9 pouces sur 5 pouces 1/2, garnie d'encrier,
- poudrier, boite à éponge de cuivre doré, les pieds à gaine, le
- dessus de maroquin verd avec vignette d'or au pourtour, une
- balustrade à jour par 3 côtés, ainsi que la tablette du dessous,
- avec cadres de panneaux et des pieds en gaine et anneaux de cuivre
- ciselé, doré d'or moulu.
-
- 1 feu à 4 branches et à recouvrement porté sur piédouche orné dans
- la frise de rinceaux et épis, et sur le dessus d'entrelacs
- surmontés d'une coque et d'oeufs unis, le grand socle avec frise à
- épis, surmonté d'un vase uni avec anneaux et chaînes, terminé
- d'une flamme, 15 pouces de hauteur sur 14 pouces 1/2.
-
- 2 paires de bras à 3 branches, dont 2 à cannelures, la 3e composée
- de branches, feuilles et fruits de laurier, le tout lié d'un ruban
- sur le carquois auquel est réuni un arc, le tout portant 30 pouces
- de haut sur 13 pouces de large, à carquois et flèches de bronze
- doré, or moulu.
-
- 1 billard en bois de chêne couleur d'acajou, 5 pieds 9 pouces sur
- 11 pieds de long, couvert de son drap vert cloué de cloux dorés
- sur galon d'or fin, et garni de tous ses accessoirs.
-
- 1 housse de basanne jaune doublée de toile verte.
-
- 1 banvole de bois de chêne, cordon de banvole en soie verte et
- gland au milieu _idem_.
-
-_Cabinet près la pièce des bains._
-
- Un meuble de damas cramoisi et blanc (de Lyon), dessin à cartouche
- de fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre,
- orné de frange, crête et glands.
-
- 7 pièces de tapisserie produisant ensemble 12 lés sur 7 pieds de
- haut, bordée chacune d'une crête de soie nuée.
-
- 4 parties de rideaux de 4 lés 1/2 chacune, doublées de taffetas
- blanc, bordée de crête sur 10 pieds de haut, avec 4 noeuds et 8
- glands.
-
- 1 fauteuil quarré, 4 cabriolets, 2 chaises à la Reine; ces siéges
- sont à carreaux couverts dud. damas, cloués de cloux dorés à olive
- avec nervure, les bois sculptés peints en blanc, avec mouchoirs de
- taffetas blanc.
-
- 4 rideaux de vitrage d'un lé 1/2 chaque, de mousseline rayée et
- brodée sur 3 pieds de haut.
-
- 2 _idem_ de porte-vitrées d'un lé, plissés haut et bas sur 4 pieds
- de haut.
-
- 2 autres _idem_ sur 6 pieds 1/2 de haut.
-
- 2 cordons de sonnette et 2 glands de soie cramoisi et blanc.
-
- 1 encoignure de marquetterie à 1 venteau plaqué en bois de
- palixandre, panneau et arrière-corps en mosaïque ombré sur fond de
- bois gris satiné, la frise du bas en bois gris, celle du haut en
- bois verd, pilastres des pieds en bois gris à filets; le tout orné
- de sabots à palmettes, rinceaux et moulures, quart de rond à
- godrons, cadres, panneaux à rais-de-coeur, rosettes aux angles, la
- frise du milieu à cannaux et tigettes, celles de côté à entrelacs
- d'ornements, rosasses de soleil dans les cases, 1 médaillon au
- milieu du panneau du centre composé de nuages, carquois et
- tourterelles au cadre, branches de laurier et noeud en ruban, le
- tout en bronze doré d'or au mat, avec dessus de marbre blanc veiné
- de 19 pouces de profondeur sur 34 pouces de haut.
-
- Bras de cheminée à 1 branche garni à cannelures et tigettes, porté
- par une écharpe liée sur un clou de bronze doré, de 13 pouces de
- haut.
-
- 1 feu à 4 branches à recouvrement anglois orné dans la frise
- d'entrelacs en balustres à jour surmonté de cornes de brandons à
- cannelures, terminées de flammes, 10 pouces de haut et 10 pouces
- de large, avec pelle et pincette ornées de boutons.
-
-_Boudoir._
-
- Un meuble de damas cramoisi et blanc de Lyon, dessin à cartouche
- de fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre,
- orné de frange, crête et glands.
-
- 4 pièces de tapisserie produisant ensemble 8 lés sur 7 pieds de
- haut, bordée de crête de soie unie.
-
- 1 lit de repos ou banquette ceintrée dans le pourtour de la
- croisée, de 6 pieds 8 pouces du derrière et le retour de 4 pieds
- chaque côté, 9 pouces de hauteur de siége, pieds à gaine cannelés,
- peint en blanc, garni à plateforme, un carreau de duvet et coutil
- avec soubassement en draperie garnie de frange avec cordon et 12
- glands chacun et mouchoirs de taffetas blanc.
-
- 1 pente et 2 écharpes de 6 pieds 4 pouces de haut doublées en
- taffetas blanc, ornées de frange avec cordon, 12 glands et 1
- noeud.
-
- 2 rideaux de 4 lés chaque, bordés de crête, doublés de taffetas
- blanc.
-
- 2 noeuds, cordon et 1 glands.
-
- 3 grands fauteuils, 1 bergère, 4 chaises, à carreaux couverts
- _idem_, cloués de cloux dorés à olives avec nervure, les bois
- sculptés, peints en blanc et mouchoirs de taffetas blanc.
-
- 4 cordons de sonnette et 4 glands.
-
- 2 rideaux de vitrage de 2 lés, mousseline rayée et brodée sur 3
- pieds de haut.
-
- 2 bras à une branche, garni, à cannelures et tigettes, portés par
- une écharpe liée sur un clou, de bronze doré de 30 pouces de haut.
-
- 1 feu à 4 branches à recouvrement porté sur 4 pieds cannelés avec
- frise en soubassement orné de palmettes et feuillage, surmonté
- d'un rang de perles, le dessus du socle orné d'un sphinx, et
- draperie en bronze doré, or moulu, 10 pouces de haut sur 10 pouces
- 1/2 de large, pelle, pincette ornées de boulons dorés.
-
-PREMIÈRE FEMME DE CHAMBRE.
-
-_Chambre._
-
- Un meuble de toile peinte, fond dessin courant de roses et
- diverses fleurs, bordé en galon de soie verd, composé de:
-
- 2 pièces de tapisserie, ensemble 10 lés, sur 6 pieds 4 pouces de
- haut;
-
- 1 lit en niche de lad. toile, composé de 3 dossiers, 1 fond sur
- son chassis et la tringle, 1 pente de dehors, 4 pentes de dedans,
- 2 rideaux de 3 lés chacun sur 8 pieds 10 pouces de haut, doublées
- de toile Laval blanche, 2 chantournés doublés de toile d'Alençon
- écrue, 1 courtepointe festonnée et 2 mains, le tout de toile Laval
- bordé de galon de soie verd;
-
- La couchette peinte en blanc à 2 chantournés, roulettes à galets,
- coulisses dessous, et fond sanglé de 6 pieds de long, 3 pieds 4
- pouces de large;
-
- Le coucher composé d'un sommier crin et toile, 2 malelats laine et
- futaine, 1 lit et 1 traversin de plume et coutil, un traversin de
- toile et crin, et 2 couvertures 5 points;
-
- 1 bergère en cabriolet à carreau, 2 fauteuils en cabriolet garni,
- 4 chaises à la Reine _idem_, couverts de lad. toile avec crête de
- soie nuée, bois à moulures, peints en blanc;
-
- 1 secrétaire en armoire de bois de noyer couleur d'acajou, de 2
- pieds 1/2 de large sur 4 pieds 1/2 de haut, avec dessus de marbre
- blanc veiné avec garniture à anneaux dorés d'or moulu;
-
- 1 commode de bois de noyer couleur d'acajou à 3 grands tiroirs
- fermant à clef, garnie d'anneaux et entrées de cuivre en couleur
- d'or de 3 pieds 1/2 sur 22 pouces de profondeur, avec dessus de
- marbre blanc veiné;
-
- 1 table à écrire de bois de noyer de 27 pouces de large;
-
- 1 demi-toilette en bois de noyer et sa garniture complette, de 29
- pouces de large, 16 pouces 1/2 de profondeur, et garniture
- complette ordinaire;
-
- 2 chaises de paille satinée verd et blanc;
-
- 1 grille à 4 branches, pelle et pincette de fer poli, garniture en
- cuivre.
-
-_Salon._
-
- 2 pièces de tapisserie contenant ensemble 7 lés 1/2 de toile
- peinte sur 7 pieds de haut, pareille à celle du meuble de la
- chambre.
-
- 1 canapé à jonc de 6 pieds de long, garni à la plateforme avec un
- matelas et 2 oreillers de paille à carreaux de fonds et dossiers
- de lad. toile.
-
- 1 bergère en bois de tourneur, dossier à carreau et jonc, fermée,
- fond de paille et plateforme, avec son carreau en plume de lad.
- toile.
-
- 2 chaises à la Reine garnies, bois à moulures, peints en blanc,
- couvertes de lad. toile.
-
- 1 rideau d'un lé 1/2 de toile de coton sur 3 pieds 1/2 de haut.
-
- 1 grille de fer à 4 branches avec pelle et pincette de fer poli.
-
- 1 lit dans une armoire sur un fond sanglé à bascule, garni de 2
- matelas laine et toile, 1 traversin plume et coutil, 2 couvertures
- laine blanche.
-
-_Petite pièce à côté._
-
- 1 commode en bois de noyer à pieds tournés, 2 grands et petits
- tiroirs, garniture à anneaux ciselés à perles, entrées de serrures
- de bronze en couleur de 3 pieds 1/2 de large sur 20 pouces.
-
- 1 miroir de toilette à bordure de noyer, garni d'équerres et
- charnières de cuivre de 14 pouces sur 12 pouces.
-
- 1 bidet à planche de bois de noyer. 2 chaises d'affaires en pot à
- oille en bois _idem_.
-
- 3 chaises de paille satinée verd et blanc.
-
- 1 dite à la capucine.
-
-_Garde-robe aux atours._
-
- 1 lit à colonnes de 4 pieds de large, 6 pieds de long et 6 pieds
- de haut, en fleuret rayé bleu et blanc.
-
- Les étoffes composées d'un fond, 4 petites et 3 grandes pentes, un
- dossier, 2 rideaux de 7 lés chacun, 2 bonnes-grâces d'un lé 1/2
- sur 6 pieds de haut, 1 chantourné, 1 courtepointe, 2 mains, 4
- fourreaux de colonnes, 4 petites et 2 grandes pentes.
-
- La couchette à 1 chevet, fond sanglé et roulettes à galets.
-
- 2 matelas, dont un de futaine, 1 sommier crin et toile de Flandre,
- 1 lit de plume en coutil, 1 traversin de _idem_, 2 couvertures de
- laine blanche, [le tout] de quatre pieds de large.
-
- Deux parties de rideaux d'un lé et demi chaque, sur 6 pieds 4
- pouces de haut.
-
- 4 fauteuils en cabriolet couvert de moquette bleue et blanche, les
- bois vernis.
-
- Une table à quadrille pliante, couverte de drap verd; le dessus
- plaqué en damier en bois de merisier et filet.
-
- 6 chaises de paille fine.
-
-_Pour domestique._
-
- 1 lit de sangle de 3 pieds de large, 6 pieds de long, garni de 2
- matelas laine et toile, 1 traversin de plume et coutil, 2
- couvertures de laine.
-
- 1 grille à 4 branches à 2 pommes, le tout de fer poli.
-
-ARGENTERIE MARQUÉE E.
-
-_Chambre._
-
-Vermeil.
-
- M. Onc. Gros.
-
- Un crachoir 2 5 6
- Deux flacons et leurs bouchons 4 3 »
- Deux boites à poudre couvertes 6 » 2
- Une tasse couverte et sa soucoupe 6 » 5
- Deux gobelets couverts et une soucoupe 4 5 7
- Un pot à l'eau et sa jatte ovale 9 5 »
- Deux boites à mouches 1 6 2
- Un coffre aux racines 1 5 6
- Un pot à pâtes » 5 2
- Deux couverts composés chacun d'une cuiller,
- fourchette et couteau, pesant 1 5 2
- Quatre flambeaux de 7 pouces 1/2 de haut 10 4 5
- Un petit bougeoir 1 2 6
- Six assiettes chantournées 16 » 2
- La garniture du miroir de toilette 9 » »
- Deux flambeaux de poing 11 7 1
- Une gantière 6 4 6
- Un benitier 1 5 1
- Deux petites cuillers à café » 2 7
- ------------------------
- 96 6 4
-
-Argent blanc.
-
- 12 flambeaux modèle pareil à ceux du Roi,
- haut de 9 pouces 2 lignes, avec bobêches 42 4 7
-
-
-V.
-
-ÉTAT DES DIAMANTS ET PERLES APPARTENANTS A MADAME ÉLISABETH.
-
-ARTICLE 1er. Une grande paire de girandoles à trois poires composée de
-cent trente-six brillants.
-
-ART. 2. Cinq boucles de corset composées de quatre-vingts brillants.
-
-ART. 3. Une montre avec des cercles en diamants et sa chaîne aussi en
-diamants; la montre et la chaîne sont composées de cent quarante-trois
-brillants.
-
-ART. 4. Une paire d'anneaux montée en chaîne, composés de vingt
-brillants.
-
-ART. 5. Douze gerbes composées de neuf cent soixante-six brillants.
-
-ART. 6. Cent soixante et un châtons de brillants montés à jour.
-
-ART. 7. Un anneau en diamants, monté à jour, composé de treize
-brillants.
-
-ART. 8. Deux bagues formant huit pans avec un gros diamant sur les
-compositions. Plus une bague à cheveux avec un entourage composé de
-seize brillants.
-
-ART. 9. Une chaîne en perles et diamants avec deux barettes; la
-première barette est composée de deux brillants: la grande barette est
-composée de cinq brillants; les glands, la clef et les porte-mousquetons
-de ladite chaîne sont garnis de petits brillants.
-
-
-ÉTAT DES PERLES.
-
-ARTICLE 1er. Une paire d'anneaux enfilée composée de quarante-deux
-perles.
-
-ART. 2. Une paire de catenats, montée en or avec dix perles sur le
-milieu du catenat et trente-six sur les côtés: les douze rangs de
-perles desdits catenats sont composés de deux cent quatre-vingt-huit
-perles.
-
-ART. 3. Cinq boucles de corsets montées en or composées de cent dix
-perles.
-
-ART. 4. Un médaillon avec un portrait entouré de vingt-quatre perles.
-
-ART. 5. Un esclavage composé de cent dix perles.
-
-Plus cinq rangs de perles composés de trois cent trois perles.
-
-Plus un petit rang composé de neuf perles médiocres.
-
-Plus un anneau monté en or avec des perles.
-
-Plus une bague à cheveux avec une perle sur le milieu du cristal.
-
- * * * * *
-
-VI.
-
-ÉTAT DES DISTRIBUTIONS.
-
-_Étrennes._
-
- Aux cochers et postillons de la grande écurie 48#
- Aux grands valets de pied 24
- Aux petits valets de pied 24
- Aux cochers de la petite écurie 24
- Aux postillons de la petite écurie 12
- Aux palfreniers de la petite écurie 12
- Aux porteurs du Roi 24
- Aux valets de pied de la Reine 24
- Aux cochers et postillons de la Reine 24
- Aux porteurs de la Reine 12
-
-_Écurie de Monsieur._
-
- Aux valets de pied 24
- Aux cochers et postillons 24
- Aux porteurs 12
-
-_Écurie de Madame._
-
- Aux valets de pied 24
- Aux cochers et postillons 24
- Aux porteurs 12
-
-_Écurie de Mgr comte d'Artois._
-
- Aux valets de pied 24
- Aux cochers et postillons 24
- Aux porteurs 12
-
-_Écurie de Madame comtesse d'Artois._
-
- Aux valets de pied 24
- Aux cochers et postillons 24
- Aux porteurs 12
-
-_Garde-meuble._
-
- Aux garçons du garde-meuble 48
- Aux garçons de boutique 18
- Au suisse du garde-meuble 12
- Au suisse du côté du Roi 24
- Au suisse du côté de Madame 24
- Au suisse de la patrouille 12
- Au suisse de la chapelle 12
- Au suisse des cariolles 12
- Au suisse des bosquets 12
-
-_A plusieurs garçons._
-
- A l'allumeur 6
- Au balayeur des cours 6
- Au garçon des glacières 12
- Au porteur de bois 12
- Au fontainier 18
- Aux deux frotteurs de l'appartement de Madame 24
- Pour les balais 24
- Au jardinier de l'Orangerie 9
- Au facteur 12
- Aux garçons apothicaires 48
-
-_Aux gardes françoises, suisses et autres._
-
- A la musique et tambours des gardes françoises 48
- Aux mêmes des gardes suisses 48
- Au tambour du guet de Paris 12
- Au tambour de la ville de Paris 12
- Au tambour des Invalides 12
-
-_Aux Couvents._
-
- Aux Capucins de Meudon 12
- A la Charité de Paris 12
-
-_Gobelet._
-
- Aux garçons du gobelet 60
- A l'homme chargé de l'eau de Ville d'Avrai et la glace 12
-
-_Bouche._
-
- Aux garçons de la bouche 60
- Aux garçons de vaisselle 24
- Aux laveurs de vaisselle 12
- Au linger 24
- Aux garçons servants 72
- A Maurice 24
- Au commissionnaire de la chambre 24
- A Mme Birebome 24
- A la jardinière de Sceaux 6
- Au porte-table 24
- Aux ramoneurs 12
- Au courrier de la petite écurie 12
- A Gedon 6
- Aux frotteurs du Roi 12
- A la porteuse d'eau 12
- Aux ouvriers des latrines 6
- Aux poissardes de Paris 24
- Aux poissardes de Versailles 24
- Aux garçons allumeurs de l'appartement 24
- Aux commis des bâtiments, pour les réverbères 12
- Aux gondoliers 72
- Au domestique de M. Bourdet 12
- Pour la bûche de Noël 48
- A l'homme qui monte le charbon chez Madame 12
- Au boulanger de la Reine 24
- Au frère carme qui apporte une boëte d'eau 24
- Pour le Journal de Paris 33
- A celui qui l'apporte 3
- Au fontainier qui fournit l'eau des réservoirs des
- bornes 12
- Au laveur des marbres pour toute l'année 12
- A l'homme qui apporte la Gazette 6
- Au garçon de Mlle Moulliard 6
- -------
- Total des étrennes 1743
-
-_Étrennes de la Petite Maison._
-
- A M. Sulot 240
- A Mme Fleury 192
- A Mme Ducoudret 144
- A sa domestique 24
- Au frotteur 72
- Au suisse 72
- A Coupery, premier garçon jardinier 96
- Au deuxième garçon 72
- A la fille de basse-cour 48
- Au fontainier 12
- A la soeur de Coupery 48
- -------
- Total 1020
-
- _A la fête des jardiniers, à Coupery_ 72#
- Au second garçon 48
- Aux ouvriers 108
- -------
- 228
-
-_Pâques._
-
- Pour la palme 24
- A Notre-Dame pour la permission de faire gras 120
- Pour les pâques, à chaque paroisse 120# 240
- Aux pauvres de Noyon 24
- Aux 13 couvents de Ste-Claire, à chacun 6# 78
- Pour la Terre sainte 6
- Pour la confrairie de Courbevoie 6
- A l'Ave-Maria d'Alençon 6
- A l'Ave-Maria de Pont-à-Mousson 6
- A l'écaillier, à la mi-carême 24
- -------
- 534
-
-_Pain béni._
-
- Pain béni du Roi 12
- Pain béni de la Reine 12
- Pain béni de Monsieur 12
- Pain béni de Madame 12
- Pain béni de Mgr comte d'Artois 12
- Pain béni de Mme comtesse d'Artois 12
- Pain béni de Madame Élisabeth 12
- Pain béni de Madame Adélaïde 12
- Pain béni de Madame Victoire 12
- Pain béni de Monsieur le duc d'Orléans 12
- Pain béni de Monsieur le duc de Penthièvre 12
- -------
- 132
-
-_Mois de février._
-
- Pour le cierge de la Passion 24
- Pour celui du Saint-Sépulcre 24
- Pour celui de Notre-Dame de Bonne délivrance 24
- -------
- 72
-
-_Mois de mai._
-
- Pour les oranges 24
- Tambours et musique des gardes françoises 48
- Tambours et musique des gardes suisses 48
- Tambours du guet de Paris 12
- Tambours de la ville de Paris 12
- Tambours des Invalides 12
- Pour le beurre de mai 18
- Pour le changement de meuble d'été 24
- Pour le menuisier 12
- Pour le serrurier 12
- Pour le vitrier 12
- Pour la brioche des tailleurs de pierre 12
- -------
- 246
-
-_Mois de juin._
-
- Pour les pains de fleurs d'orange 24
- Pour l'eau de fleurs d'orange 24
- -------
- 48
-
-_Mois de juillet._
-
- Pour les brioches au porteur du Roi 24
- Au porteur de la Reine 12
- Au porteur de Monsieur 12
- Au porteur de Madame 12
- Au porteur de Mgr comte d'Artois 12
- Au porteur de Mme comtesse d'Artois 12
- Pour la brioche de la confrairie de St-Christophe 12
- -------
- 96
-
-_Mois d'août._
-
- Pour le pain béni de St-Roch 12
- Aux Filles de l'Ave-Maria, Capucines de Paris 24
- Tambours et musique des gardes suisses 48
- Tambour du guet 12
- Tambour de la ville de Paris 12
- Tambour des Invalides 12
- Aux poissardes de Paris 24
- Pour le pain béni de la confrairie de St-Roch 12
- Pour le pain béni de la confrairie de St-Louis 6
- -------
- 210
-
-_Mois d'octobre._
-
- Aux Frères des Bons-Hommes, pour du muscat 6
- Pour le raisin d'Alexandrie 12
- Pour le raisin de M. de Talaru 24
- -------
- 42
-
-_Mois de novembre._
-
- Au suisse du garde-meuble pour le changement d'hyver 24
- Aux Hermites de Sénart 120
- Au menuisier 12
- Au serrurier 12
- Au vitrier 12
- Aux porteurs de Madame, pour les chaussons 24
- Pour la confrairie de l'Immaculée Conception, au mois
- de décembre 24
- Pour la brioche de Ste-Geneviève 12
- Pour le pain béni de St-Antoine, au mois de janvier 6
- -------
- 246
-
-_Voyage de Marli._
-
- Au porteur du Roi 24
- Aux valets de pied 24
- Aux filles de garde-robe 18
- Aux premier et second frotteur 24
- A M. le curé, pour les pauvres 120
- Au facteur 6
- Aux porteurs bleùs 12
- Aux suisses de patrouille 6
- Aux balayeurs, frotteurs et allumeurs 36
- Aux Soeurs-Grises 96
- Au balayeur de la chapelle St-Louis 6
- Aux gardes-bosquets 12
-
-_Garde-meuble._
-
- Au concierge 48
- Au garçon de boutique 9
- A celui qui entre et ôte les lits 9
- Au garçon du garde-meuble 48
- Au Cordelier qui dit la messe 24
- Au matelassier 6
- Au garçon de fourière 6
- Au jardinier 9
- Au fontainier 12
- Au petit clerc qui porte l'eau bénite 3
- Aux suisses qui passent la nuit au salon 12
- Autre suisse du salon 12
- Au suisse de la chapelle 12
- Au suisse de la chapelle du commun 12
- Au suisse de la paroisse 6
-
-_Gobelet._
-
- Aux aides du gobelet. 24
- Au maître d'hôtel qui sert les femmes. 24
- Au maître d'hôtel des hommes. 12
- Au garçon de vaisselle. 12
- Au laveur. 6
- A la lingerie. 12
- Au garçon linger. 6
- A Buffigney, porte-table. 6
- Au porte-table de Madame. 3
- ------
- Total du voyage de Marli 717
-
-_Voyage de Compiègne._
-
- A M. Bonneval pour les gardes-chasse. 120
- A la concierge du grand château. 120
- Aux deux inspecteurs des bâtimens. 120
- Aux deux suisses du château. 24
-
-_Garde-Meuble._
-
- Aux garçons du garde-meuble. 72
- Au suisse du garde-meuble porteur. 24
- Au garçon de boutique. 12
- Au commis du garde-meuble mis par M. de Pommery. 48
-
-_A l'Église._
-
- Au curé de St-Jacques. 48
- Au curé de St-Antoine. 48
- Aux Soeurs de la Charité de St-Jacques. 24
- Aux Soeurs de la Charité de St-Antoine. 24
- A l'Hôpital général. 24
- A la tourière des Carmélites. 9
- A la tourière de St-Marie. 9
- A la tourière de l'Hôtel-Dieu. 9
- Aux Jacobins. 9
- Aux Cordeliers. 9
- Aux Capucins. 24
- Aux prisonniers. 24
- Au suisse de St-Jacques. 12
- Au bedeau de St-Jacques. 12
- Aux Frères des écolles. 12
- Aux Minimes. 9
- Au suisse de St-Corneille. 9
- Aux Carmélites. 240
- Pour la quête des fêtes et grandes messes. 288
- Pour les quêtes de St-Jacques. 120
-
-_A plusieurs garçons._
-
- A l'inspecteur pour distribuer aux ouvriers,
- chacun 6 fr. 60
- A l'allumeur. 6
- Au balayeur. 6
- A celui qui nettoye les privés. 6
- A l'homme des glacières. 6
- Au valet de ville. 12
- Au jardinier. 6
- Aux tambours de ville. 6
- Au portier de la terrasse. 6
- Au frotteur du château. 12
- Au pompier. 6
- Au poseur de sonnettes. 6
- Au facteur. 6
- Au garçon de fourière. 6
- Aux deux garçons qui apportent le bois. 6
-
-_Écurie._
-
- Aux porteurs de Madame. 24
- Aux valets de pied. 48
- Aux courriers. 48
-
-_Gobelet._
-
- Aux aides du gobelet. 24
- Au garçon de vaisselle. 12
- Au laveur de vaisselle. 12
- Au garçon qui apporte la glace. 12
- Au linger. 6
-
-_Bouche._
-
- Aux aides de la bouche. 24
- Aux garçons servants. 24
- Pour le boudin de sanglier. 18
-
-_Pain béni._
-
- Celui du Roi. 12
- Celui de la Reine. 12
- Celui de Monsieur. 12
- Celui de Madame. 12
- Celui de Mgr comte d'Artois. 12
- Celui de Madame comtesse d'Artois 12
- Celui de Madame Élisabeth 12
- Celui de Madame Adélaïde 12
- Celui de Madame Victoire 12
- Gratification aux valets de garde-robe 120
- -------
- Total du voyage de Compiègne 3720
-
-_Voyage de Fontainebleau._
-
- Au concierge du grand château, cour royale 120
- Au concierge de la cour du Cheval blanc 36
- Au concierge de la cour des cuisines 36
- A l'inspecteur des bâtimens 96
- Au suisse du château 18
- Aux gardes-chasses 96
- A l'inspecteur des bâtimens, pour distribuer aux
- ouvriers 60
- Au balayeur 6
- Au fontainier et plombier 6
- Aux frotteurs de Madame Élisabeth 24
- Au garçon de fourière 6
- Au porteur d'eau 6
- A celui qui nettoye les privés 6
- A l'allumeur 6
- A celui qui apporte le sucre d'orge de Moret 12
- Au frotteur de Fontainebleau 12
- Pour le boudin de sanglier 18
- Au facteur 6
- Au jardinier de l'orangerie 12
- Au jardinier du potager 12
- Aux paysans de la Fontaine-Madon 48
- Au ramoneur 6
- Aux journailliers qui passent les nuits de veille 12
-
-_Garde-meuble._
-
- Aux garçons du garde-meuble 72
- Aux garçons de boutique 24
- Aux portefaix du garde-meuble 24
- Aux commis du garde-meuble 48
-
-_A l'Église._
-
- Aux Carmes des Basses-Loges 48
- Aux Filles bleues 96
- Au curé de la paroisse 48
- A la Charité d'Avons 24
- Aux Soeurs de la Charité 24
- Aux Soeurs des écoles 24
- Aux Capucins de Melun 6
- Aux Recolets de Melun 6
- Au bedeau et au suisse qui apportent le fruit de la
- ville 24
- Au clerc de la chapelle de la cour ovale 6
- Au bedeau de la chapelle 12
-
-_Gobelet._
-
- Aux aides du gobelet 24
- Au garçon de vaisselle 12
- Au laveur de vaisselle 6
- Au garçon linger 6
- A celui qui apporte la glace 6
-
-_Bouche._
-
- Aux aides de la bouche 24
- Aux garçons servants 24
-
-_Écurie._
-
- Aux porteurs 24
- Aux valets de pied 48
- Au courrier 48
- Aux cochers du Roi 96
-
-_Pain béni._
-
- Pain béni du Roi 12
- Pain béni de la Reine 12
- Pain béni de Monsieur 12
- Pain béni de Madame 12
- Pain béni de Mgr comte d'Artois 12
- Pain béni de Madame comtesse d'Artois 12
- Pain béni de Madame Élisabeth 12
- Pain béni de Madame Adélaïde 12
- Pain béni de Madame Victoire 12
- Gratification aux valets de garde-robe 120
- -------
- Tot. du voy. de Fontainebleau 1692
-
-_Voyage de Trianon._
-
- Au garde-bosquets. 12
- A l'homme qui nettoye les flambeaux. 6
- Pour le gobelet à Mrs Grandeau et Bernard. 7
- ------
- Total du voyage de Trianon. 384
-
-_Voyage de Saint-Cloud._
-
- Aux garçons du château. 96
- A la lingerie. 24
- Aux filles de garde-robe. 12
- Aux frotteurs. 24
- Aux porteurs de lits. 24
- Au maître d'hôtel des femmes. 24
- Au maître d'hôtel des hommes. 12
- Aux hommes qui portent l'eau. 24
- Aux deux facteurs. 24
- Aux trois suisses des appartements. 72
- A Julie. 24
- A celui qui nettoye les flambeaux. 12
- Aux aides du gobelet. 72
- -----
- Tot. du voyage de Saint-Cloud. 444
-
- * * * * *
-
-VII.
-
-ÉTAT DES PENSIONS QUE FAIT MADAME et dont madame Desguichard est
-chargée.
-
- A l'homme qui a soin de Panurge. 288#
- A Mrs les curés pour aumônes. 1728
- A M. Boyli. 600
- A M. Gayette. 600
- A Mlle Le Gagneur. 400
- A la protégée de Mme de Tilly. 200
- A Mme Malivoire. 600
- A M. Malivoire le fils. 500
- A Mlle Benard. 600
- A Mme de Cagny. 600
- A Mme de l'Eau. 600
- A Mme de Mongiraud. 1200
- A Mlle de Loyens, à payer à M. de Gassouville. 300
- A M. Pernot bon. 200
- A M. l'abbé de Montaigu, pour M. de Nancré. 400
- A Mlle Dorival, pour Mlle de Berne, l'aînée. 300
- A Mlle de Berne, la cadette. 150
- A la protégée de Mme d'Aumale. 300
- A Mlle Welfeld. 300
- A M. Coquelin. 300
- A M. Noël Offroy, ancien porteur. 144
- A M. Klein de Vilquoy. 144
- A la veuve Grandin. 72
- Aux Filles violettes. 72
- A Marianne Pinois. 72
- A Pierre. 200
- A Joseph Pauleur à Bicêtre, à payer à M. Duval. 150
- A La Plasse, maçon. 72
- A la soeur de Coupery. 600
- Au courrier. 288
- A la porteuse d'eau. 144
- A la femme Mercier. 144
- A Mme de Melardin, pour l'entretien de sa fille. 144
- A Mlle Le Gagneur, pour l'apprentissage d'un enfant. 72
- A la veuve Bosserelle. 72
- Au petit Louis. 36
- A la nourrice de Mlle Malivoire. 36
- A Mme Maréchal de Vassant. 200
- A M. l'abbé Le Sure. 150
- A Mlle Pierre. 72
- Pour les enfants Millard. 144
- A la soeur Françoise, pour la veuve Dubois. 144
- A la veuve Marquis. 72
- A la femme Le Rête. 72
- A la veuve Boissant. 72
- A la femme Chinevrier. 72
- Au petit garçon qui est à Paris. 120
- Au petit garçon de la femme Robinet. 36
- Au vacher suisse. 1095
- A M. de Boisgelin pour une place fondée. 300
- A Mlle de Pelleport, à payer en avril. 300
- A M. de Jussan, à payer à M. de Béon. 48
- A Mlle Dorival, pour des pauvres. 72
- A la boulangerie de pain de seigle. 144
- -----
- Total des pensions par année
- que paye Mme Desguichard. 15741
-
- Le douzième. 1311# 15s.
-_Pensions par quartier._
-
- A M. Bolly. 150
- A Mlle Dorival, pour des pauvres. 18
- A M. Gayette. 150
- A Mme Malivoire. 150
- A M. Malivoire fils. 125
- A Mlle Bénard. 140
- A Mme de Lau. 150
- A Mme de Mongiraud. 300
- A Mme de Cagny. 150
- A M. de Gassonville, pour Mlle de Loyens. 75
- A M. l'abbé de Montaigu, pour M. de Nancré. 100
- A Mme d'Aumale, pour sa protégée. 75
- A Mme de Tilly, pour une demoiselle de condition. 50
- A Mlle Le Gagneur. 100
- A Mlle Dorival pour Mlles de Berne. 112# 10s
- A M. Pernot bon. 50
- A Mme Wilfeld. 75
- A M. Coquelin. 75
- A Pierre. 50
- A M. Klein de Vilquoi. 36
- A Noël Offroy. 36
- A M. Duval, pour Joseph Pauleur. 37 10
- A Marianne Pinois. 18
- Aux Filles violettes. 18
- A la veuve Grandin. 18
- A La Plasse, maçon. 18
- A Mme Maréchal de Vassant. 50
- A M. l'abbé Le Sure. 37 10
- ----------
- 2374
-
- Le tiers est de 791# 6s. 8d.
-
-_Pensions à payer par mois._
-
- A Messieurs les curés 144
- Au courrier 24
- A la porteuse d'eau 12
- A la femme Mercier 12
- A la soeur de Coupery 50
- A la veuve Bosserel 6
- Au petit Louis 3
- A la nourrice de Mlle Malivoire 3
- A Mme de Milardin pour l'entretien de sa fille 12
- A Mlle Le Gagneur, pour l'apprentissage d'un enfant 6
- A la boulangère de pain de seigle, même époque pour
- l'année 12
- A la soeur Françoise, pour la veuve Dubois 12
- A Mme Royer, pour les enfants de Millard 12
- A Mlle Dauge, pour Mlle Pierre 6
- Au vacher suisse 91 5
- A la femme Le Rête 6
- A la veuve Boissant 6
- A la veuve Marquis 6
- A la femme Chenevrier 6
- A Foucaut pour le mois du chien 24
- A l'enfant de la femme Robinet 3
- Au petit garçon qui est à Paris 10
- ------
- 466# 5s.
-
-_Pensions à payer par madame de Cimeri._
-
- A Mme Sulpice 1200
- A Marie Micot 200
- A Mlle Duprat 200
- A Mme Desforges 200
- A M. Blaremberg 600
- A Mlle Malivoire 600
- A Mlle Testar 400
- A Mme de Cailus 400
- A Mme L'Échevin 400
- A Marianne 72
- A Vendoulet 192
- Aux porteurs des femmes 360
- A Marie 100
- A Mme Quotrot 250
- A la petite Pêchés 150
- A Camille 150
- A M. de Rousse 864
-
-Payé en janvier.
-
- A M. du Mignau 150
- A M. Pascal 70
- Au garçon du gobelet 12
- Au suisse de la chapelle 48
- A M. Pascal en feuvrier 120
- -------
- Total des pensions payées
- Mme de Cimery 7038
- Le douzième 586# 10s
- L'abbé Osselin 400
-
-_Pensions à payer par quartier._
-
- A Mme Sulpice 300
- A Marie Micot 50
- A Mlle Duprat 50
- A Mme Desforges 50
- A Mme Blaremberg 150
- A Mlle Malivoire 150
- A Mme Testar 100
- A Mme de Cailus 100
- A Mme L'Échevin 100
- A Marianne 18
- A Vandoulet 48
- Aux porteurs des femmes 90
- A Marie 25
- A Mme Quotrot 62 10s
- A la petite Pechés 112 10
- A Camille 37 10
- A M Déroune 216
- --------
- 1659 10
- Le tiers est de 553# 3s 4d
-
-_Récapitulation._
-
- Étrennes 1743#
- Étrennes de la petite maison de Madame 1020
- Pour la fête des jardiniers 228
- Pour les pâques 534
- Pour les pains bénis 132
- Pour le mois de février 72
- Pour le mois de mai 246
- Pour le mois de juin 48
- Pour le mois de juillet 96
- Pour le mois d'août 210
- Pour le mois d'octobre 42
- Pour le mois de novembre 246
- Pour le voyage de Marli 717
- Pour le voyage de Compiègne 3720
- Pour le voyage de Fontainebleau 1692
- Pour le voyage de Trianon 384
- Pour le voyage de Saint-Cloud 444
- Pensions par année payées par madame Desguichards 15741
- Pensions payées par madame de Cimery 7038
- ---------
- Somme totale 34359#
-
- * * * * *
-
-VIII.
-
-_État des appointements que le Roi veut et ordonne être payés aux
-dames que Sa Majesté a nommées pour accompagner Madame Élisabeth,
-depuis le 15 mai 1789 jusques et compris le 14 mai 1790._
-
- A la dame marquise de Sorans 4
- A la dame marquise de Causans 4
- A la dame comtesse de Canillac 4
- A la dame comtesse de Bombelles 4
- A la dame vicomtesse d'Imecourt 4
- A la dame comtesse de Clermont-Tonnerre 4
- A la dame marquise des Essarts 4
- A la dame Louise de Causans, marquise de Raigecourt 4
- A la dame marquise de Lastic 4
- A la dame vicomtesse de Blangy 4
- A la dame Anne Bella Henriette de Drumont de Melfort,
- comtesse de Marguerie 4
- A la dame comtesse de la Bourdonnaye 4
- A la dame marquise de Fournaise 4
- La dame vicomtesse de Mérinville, surnuméraire
- sans appointements Mémoire.
- La dame marquise des Montiers, id. Mémoire.
- La dame comtesse de Deux-Ponts, id. Mémoire.
- La dame marquise de La Rochefontenille, id. Mémoire.
- ----------
- Somme totale, cinquante-deux mille livres, cy. 52,000#
-
-Administrateur de mon Trésor royal, chargé du département de la
-caisse générale, Me Joseph Durney, payés comptant au sieur Savalete
-de Langes, l'un des administrateurs de mon Trésor royal chargé du
-payement des pensions et autres dépenses énoncées dans mon édit du
-mois de mars 1788, la somme de cinquante-deux mille livres pour les
-appointements des dames dénommées au présent état, depuis le 15 mai
-1789, jusques et compris le 14 mai de la présente année. Fait à Paris,
-le seize mai mil sept cent quatre-vingt-dix.
-
- LOUIS.
- Comptant au Trésor royal.
- _Bon:_ LOUIS.
- DE SAINT-PRIEST.
-
- * * * * *
-
-IX.
-
-DÉTAIL DES DÉPENSES EXTRAORDINAIRES DE LA CHAMBRE DE MADAME ÉLISABETH.
-
- En 1788 elle a coûté 70,585# 17s
- En 1789 48,592 10
- En 1790 29,725 12
- En 1791 17,548 »
- -------------
- Total 166,451# 19s
-
- * * * * *
-
-_Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires de la
-chambre de Madame Élisabeth, pendant l'année 1788._
-
- A Jubin, tapissier 6,000#
- A Lenormand, étoffes 3,801
- A de la Roue, toilette 7,562
- A Vanot, lingère 3,340 10s
- A Daguerre, ébéniste 15,583
- Manufacture de Sève 3,855
- Moutard, libraire 1,093
- Grégoire, libraire 1,854
- Blaizot, libraire 187
- Le Duc, musique 132
- Chenu, relieur 427
- Joly, sculpteur, bordures de portraits 1,551
- --------------
- 45,385# 10s
-
- Desjardins, horloger 152
- Baince, lait d'ânesse 1,200
- Bourdet, dentiste 162
- Massé, orphèvre 81
- Beaulieu, soyes à broder 500
- Cabat d'or, soyes à broder 677
- Guyard, peintre 576
- Robert, peintre 1,000
- Bro, racomodeuse de dentelles 671
- Habillements de deux garçons 920 4
- Voitures de la cour 1,419
- Letellier, papier 100 3
- Traitements et gratifications 17,682
- ------------
- 70,585# 17s
-
- * * * * *
-
-_Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires de la
-chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1789._
-
- Bertin, modes, pour ancien mémoire 7,761#
- Le Normand, étoffes 200
- Jubin, tapissier 2,979
- Du Buquoy, tapisseries 7,788
- Crampe, tapisseries 1,945 10s
- Cabat d'or, soyes à broder 973 6
- Bro, racomodeuse de dentelles 1,126
- De la Roue, parasols 168
- D'aguerre, ébéniste 1,968
- Joly, bordures de portraits 396
- Guyard, peintre 388
- Grégoire, libraire 887
- Moutard, libraire 942 18
- Chenu, relieur 447
- Bourdet, dentiste 162
- Dujardins, horloger 158
- Ducis, fayancier 121
- Habillement des garçons 531
- Voitures de la cour 2,102 16
- Traitements et gratifications 17,548
- ------------
- 48,592# 10s
-
- * * * * *
-
-_Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires de la
-chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1790._
-
- Bertin, intérêts, et reste d'un mémoire 3,125#
- Le Normand, étoffes 804 15s
- Jubin, tapissier 1,232 16
- Cabat d'or, soyes à broder 112 10
- De la Roue, ébéniste 263
- Letellier, papetier 411 9
- Bataille, parfumeur 464 12
- Moutard, libraire 96
- Dujardins, horloger 176
- Chenu, relieur 226
- Joly, sculpteur, bordures 300
- Habillement des garçons 531
- Voitures de la cour 3,983
- Bourdel, dentiste 162
- Dépenses du secrétaire de la chambre 289 10
- Traitements et gratifications 17,548
- ------------
- 29,725# 12s
-
- * * * * *
-
-_État et détail des traitements affectés sur les dépenses annuelles
-extraordinaires de la chambre de Madame Élisabeth._
-
- Grandin, commissionnaire 900#
- Birbonne, porte-chaise 600
- Dauge, baigneuse 1,200
- Rosni, garde-dentelles 800
- Léonard, coëffeur 600
- Quatre garçons de la chambre à 600# 2,400
- Sorel, surnuméraire 750
- Quatre valets de chambre à chacun 600# 2,400
- Merieux, surnuméraire 600
- Massot, gardien 1,500
- Deux portéffets à 900# 1,800
- Deux frotteurs à 700# 1,400
- Deux feutiers à 300# 600
- Un suisse 48
- Desjardins, horloger 150
- Imbert, secrétaire de la chambre pour tout 1,800
- ----------
- 17,548#
-
- * * * * *
-
-X.
-
-DÉMÉNAGEMENT DES MEUBLES DE LA CHAMBRE DE MADAME ÉLISABETH,
-
-qui ont été transportés au Garde-meuble, rue Neuve-Notre-Dame, nº 9,
-par Jubin, valet de chambre, tapissier.
-
-Sçavoir:
-
-_Première antichambre._
-
- Un charriot à bois.
-
- Deux paniers.
-
-_Antichambre des valets de chambre._
-
- Une grande table des valets de pied.
-
- Une grande table ronde à manger, faite en bois d'acajou.
-
- Douze chaises de table, garnies en velours, dont quatre sont à
- carreau.
-
- Une bouillotte de verre, garnie en argent, pour faire de
- l'herbe-aux-charpentiers.
-
-_Chapelle._
-
-La chapelle est composée d'un autel et de deux coffres, dont je n'ai
-pas les clefs.
-
- Le coffre de l'argenterie de la chambre, dont je n'ai point la
- clef.
-
- Un grand panier rempli des pots de chambre de garde-robe.
-
- Le Couronnement de Louis XVI, en gravure, pris de la chambre des
- garçons de la chambre.
-
- Un marchepied d'antichambre.
-
-_Cabinet des nobles._
-
- Quatre servantes en bois d'acajou, où il manque un sceau argenté.
-
- Une table ronde du déjeuner de Madame, ayant un dessus de marbre
- blanc, et couverte en drap.
-
- Deux voyageuses en bois doré, couvertes de velours vert.
-
- Une table de tric-trac avec sa garniture en bois de rose.
-
- Deux chaises carrées pour les femmes, couvertes en velours
- d'Utrecht cramoisi.
-
- Deux tables à jouer couvertes en velours, une de piquet, une de
- quinze.
-
- Une boîte à livres de la voiture de Madame.
-
- Deux boîtes à échecs, une d'ivoire et l'autre en bois.
-
- Le damier de Madame.
-
- Un jeu d'oie en bois de rose.
-
- Une boîte en façon de nacre qui en renferme plusieurs petites.
-
- Un petit coffre en basane rouge.
-
- Le jeu de loto.
-
- Un dévidoir des valets de pied.
-
-_Chambre à coucher._
-
- Le coffre de toilette et son pied, dont je n'ai point la clef.
-
- La table de toilette.
-
- Deux vases de dessus la cheminée, tous deux de porcelaine, où sont
- peints des petits oiseaux, un des deux ayant le bouton de son
- couvercle cassé.
-
- Le groupe de Madame, fille du Roi, assise sur un dauphin, sa
- colonne de stuc, le groupe de plâtre; la figure a le pouce du pied
- cassé et un doigt de la main gauche.
-
- Huit écrans en bois d'acajou, un brodé.
-
- Une boîte, remplie de huit livres, à madame de Clermont.
-
- Un livre de musique, intitulé _Sargine_.
-
- Le grand carton à soie, rempli de plusieurs effets, tels que un
- sac de damas, orné tout autour d'un galon et de deux glands en or,
- et d'autres menus effets.
-
- Une petite écritoire noire.
-
- Trois petits cartons à filets.
-
- Une grande boîte à poudre en bois d'acajou, avec sa houppe.
-
- Un petit fouet vert, avec une poignée en or et trois viroles.
-
- Une grande corbeille du coucher, garnie de taffetas vert et d'une
- dentelle d'or.
-
- Deux petites corbeilles.
-
- Une grosse pelote en satin blanc brodé, qui sert à renfermer les
- linges de toilette.
-
- Un petit groupe représentant Madame et Monseigneur le Dauphin,
- avec son pied de porcelaine.
-
- Un grand sceau à laver les pieds.
-
- Un moulin à battre le beurre.
-
- Deux petits cadres, représentant Monsieur le Dauphin défunt et
- Madame la Dauphine.
-
-_Garde-robe._
-
- Un bidet en velours vert avec sa garniture.
-
- Un bidet sans garniture.
-
- Un corps de tablettes pour les pots-de-chambre, avant un dessus de
- marbre et une galerie en cuivre.
-
- Une table de nuit à dessus de marbre blanc.
-
-_Lieux à l'anglaise._
-
- Un petit corps de tablettes à dessus de marbre.
-
- Une garniture de cuivre en forme de galerie.
-
- Un sceau de faïence à laver les pieds.
-
- Une lunette en maroquin noir.
-
- Un marabout de fer-blanc.
-
- Deux pots-pourris de porcelaine.
-
- Dix bourdalous en porcelaine.
-
- Sept bourdalous en faïence.
-
-_Cabinet intérieur._
-
- Une table en bois de rose garnie de velours, dont je n'ai pas la
- clef.
-
- Deux petites chiffonnières rondes à dessus de marbre.
-
- Une grande pendule avec ses garnitures.
-
- Le Portrait de Madame de Piémont, en petit.
-
- Louis XV, en gravure.
-
- Madame de Piémont, peinte sur un cadre oval.
-
- Un tableau représentant Jacques Ier, roi de la Grande-Bretagne.
-
- Un petit chien, dans un cadre oval.
-
- Le jardin de Trianon, en peinture.
-
- Une petite table de toilette de lit.
-
- Une petite table en bois de rose et dessus de marbre.
-
- Une petite bibliothèque à panneaux grillés, à dessus de marbre
- commun.
-
- Un devidoir.
-
- Un petit coffre de noyer, où il manque un tiroir.
-
- Un petit coffre de bois d'acajou, garni de cuivre, dont je n'ai
- pas la clef.
-
- Deux boîtes renfermant quatre cylindres de la pendule: trois dans
- une, et une dans l'autre.
-
- Un verre de microscope monté en cuivre.
-
- Quatre écrans de cheminée à main.
-
- Une petite boîte en nacre à parfiler.
-
- Une autre petite boîte, en forme d'éventail, sans clef.
-
- Un petit marteau avec une hache.
-
- Deux petits dévidoirs.
-
- Quatre cannes et le petit bâton pour peindre.
-
-_Bibliothèque._
-
- Une écritoire sans fin, composée de plusieurs choses, telles que:
- un grattoir, un poinçon, un manche de canif d'ivoire, une petite
- règle d'ébène, un moyen compas et une grande paire de ciseaux.
-
- Un bureau en bois de rose, de cinq pieds de long, couvert en
- maroquin vert et orné d'une petite galerie.
-
- Une petite écritoire dorée, en bois de rose.
-
- Deux petits globes terrestres; il y en a un qui a quelque chose de
- cassé.
-
- Deux petits vases de porcelaine, ornés de bouquets de fleurs en
- biscuit, et leurs bocaux de verre.
-
- Deux bras de cheminée en flèche.
-
- Un feu à vase, pelle et tenaille.
-
- Deux petits tableaux en bordure de sapin.
-
- Un moyen tableau représentant la ville et le port de Syra.
-
- Un marchepied en bois d'acajou.
-
- La lunette des lieux à l'anglaise.
-
- Quatre métiers de tapisserie, deux de bois d'acajou et deux de
- noyer.
-
-CABINET AUX ENTRESOLS.
-
-_Garde-robe._
-
- Un petit corps de tablettes à pots de chambre.
-
- Un pot-pourri en porcelaine.
-
- Un gros globe.
-
- Une table en bois de hêtre, garnie de dorure.
-
- Deux petits globes pleins.
-
- Deux petits vases blancs à tête de bélier, montés en girandole.
-
- Un feu en galerie, pelle, tenaille et pincette.
-
- Un tableau représentant saint Labre.
-
-_Cabinet à côté des bains._
-
- Un feu en galerie, tenaille, pelle et pincette.
-
- Deux girandoles portées par deux femmes dorées, sur une colonne de
- marbre blanc.
-
- Deux tables de mathématique en bois d'acajou, une sans clef, avec
- deux bougeoirs doubles dorés, et deux petits pupitres.
-
- Un pupitre à jour en bois de noyer.
-
- Un violon.
-
- Deux bras de cheminée ayant chacun une bobèche.
-
- Le meuble de bains complet.
-
-_Chambre des femmes._
-
- Une table en bois d'acajou couverte en drap.
-
-ÉTAT DE CE QUI ÉTAIT RENFERMÉ DANS LA COMMMODE DES GARÇONS DE LA
-CHAMBRE.
-
- Une boîte à fiches.
-
- Une boîte de loto.
-
- Une boîte à fiches, où il manque une corbeille.
-
- Deux sacs de peau, pour mettre des livres.
-
- Six petits parasols.
-
- Six petits rateaux.
-
- Cinq petits paniers, dont quatre garnis.
-
-_Lit des garçons de la chambre._
-
- Deux matelas.
-
- Une mauvaise couverture.
-
-_Armoire des galeries._
-
- Un moyen paravent.
-
- Cinq petits paravents.
-
- Un écran.
-
- Une échelle double.
-
- Deux pliants en bois, de maroquin vert.
-
- Une chaise de velours bleu.
-
- Les deux lits complets de veille des femmes.
-
- * * * * *
-
-XI.
-
-LISTE DES LIVRES DE MADAME PORTÉS A PARIS.
-
-_In-4º._
-
- VOL.
-
- Histoire universelle, par une société de gens de lettres, 43
- Histoire universelle, par M. de Thou, 16
- Histoire de l'Église gallicane, 16
- Histoire de l'Église, par M. l'abbé de Choisy, 11
- Les Hommes illustres de Plutarque, par M. Dacier, 9
- Histoire de Polibe, 7
- Abrégé chronologique de l'histoire de France, par Mezeray, 4
- Histoire de France, par M. Velly, et continuateurs, 23
- Histoire de Constantinople, 8
- Histoire de l'Asie, de l'Affrique et de l'Amérique, 5
- Recueil de Gazettes de France, 147
-
-_In-8º._
-
- Offices et traité de Cicéron, 2
- Pensées de Marc Aurèle, 1
- Traité des loix civiles, 1
- Traité de la puissance ecclésiastique, 1
- Les Quatre âges de la pairie, 2
- Instruction de Catherine II, 1
- Histoire du droit naturel, 2
- Jurisprudence du Grand Conseil, 1
- Principes de la législation universelle, 2
- La Trigonométrie, 1
- Leçons de mathématique, par l'abbé de la Caille et Marie, 1
- Flore de Bourgogne, 2
- Manuel de botanique, 1
- Le Nouveau la Quintinie, 4
- Des oeuvres du chevalier Linné, 4
- Oeuvres de Demosthènes, 4
- Oeuvres de Virgile, par l'abbé Desfontaines, 4
- L'Iliade, traduite en vers français, 2
- Numa Pompilius, 1
- La Henriade, 2
- Commentaire sur la Henriade par Labeaumelle, 2
- La Gieresolemme liberata, 2
- L'Eneïde de Virgile, par Annibal Caro, 2
- Orlando furioso (8º maximo), 4
- Saggio sopra l'uomo, par Pope, 1
- Oeuvres de Pope, 8
- Oeuvres d'Young, 4
- Théâtre des Grecs, traduction nouvelle, 10
- Oeuvres de Racine, édition de Didot, 3
- La Dunciade, 2
- Théâtre des jeunes personnes, par Mme de Genlis, 4
- Proverbes dramatiques, 6
- Histoire de la poësie, par Brown, 1
- Oeuvres de Saint-Foix, 6
- Oeuvres de Mme Ricoboni, 8
- Oeuvres de Falconet, 6
- Oeuvres de La Monnoye, 3
- Vie privée des François, 3
- Les Histoires d'Elsin, 1
- Oeuvres de Le Franc de Pompignan, 6
- Le Théâtre du monde, 4
- Tableau historique, 4
- Essai sur les femmes, 1
- Commerce des grains, 1
- Loisirs du chevalier Déon, 13
- Mélanges d'une grande bibliothèque, 58
- Histoire de la littérature d'Italie, 5
- Lettres sur l'éducation, par Mme de Genlis, 3
- Cours d'études, par M. l'abbé de Condillac, 10
- Dictionnaire historique, 6
- Dictionnaire des antiquités romaines, 2
- Histoire d'Espagne, par Ferreras; (les 3 premiers prêtés à
- M. le Comte), 16
- Collection des Mémoires sur l'histoire de France, 36
- Mémoires sur les Isles de ponce, 1
- Négociations de la France et de l'Angleterre, 1
- Voyage à l'Isle de France, 2
- Le Mercure françois, 25
- Les Chronologies septenaire et novenaire, 4
- La Satyre Ménippée, 3
- Mémoires sur l'histoire de France, 2
- Le Cabinet des fées, 37
-
-_In-12._
-
- Psaumes du P. Berthier, 8
- Nouveau Testament, 1
- Sermons du P. Bourdaloüe, 20
- Sermons de Massillon, 15
- L'Année du chrétien, 18
- L'Année évangélique, 7
- L'Évangile médité, 12
- La Religion méditée, 6
- Quinzaine de Pasques, 1
- Semaine sainte, 1
- Prières du P. Sanadon, 1
- Le Propre de l'oraison, 1
- Bréviaire de Paris avec le supplément, 9
- Missel de Paris, 8
- Livre d'église, 2
- Missel de Paris, 4
- Office divin, 1
- Office de la Vierge, 1
- Diurnal romain, 1
- Prières du matin, 1
- Nouvelles Heures, 1
- Visites au Saint-Sacrement, 1
- Recueil de prières, 1
- Prières durant la messe, 1
- Essais philosophiques sur l'entendement humain, 4
- Manuel d'Épictète, 2
- Essais de Montagne, 5
- La Sagesse de Charon, 1
- Entretiens de Phocion, 1
- Histoire naturelle, générale et particulière, par M. de Buffon, 51
- Leçons de physique, par l'abbé Nollet, 6
- Oeuvres d'Homère, traduction par M. Gin, 8
- P. Virgilii opera, 2
- C. Julii Cæsaris Commentarios, etc., 2
- Le Paradis perdu de Milton, 3
- La Lusiade de Camoëns, 3
- Oeuvres de Gresset, 2
- Lettres de Pline, 3
- Lettres de Mme de Sévigné, 8
- Lettres d'un François, par l'abbé Le Blanc, 3
- Traité des études, par M. Rollin, 4
- École de littérature, 2
- Oeuvres de Sophocle et autres, 3
- Terence et Plaute, 6
- De Metastase, 10
- Théâtre de P. Corneille, 6
- -- de Thomas Corneille, 5
- Oeuvres de Racine, 3
- -- de Voltaire, 8
- Théâtre françois, 12
- Nouveau théâtre françois, 8
- Histoire du théâtre françois, par MM. Parfait, 15
- Théâtre anglois, 8
- Lettre sur le théâtre anglois, 2
- Dissertation sur la tragédie, 2
- Remarques sur Racine et la vie du même, 5
- Oeuvres de Malherbe, 3
- -- de Racan, 2
- -- de Sarazia, 1
- -- de Voiture, 2
- -- de La Fontaine, 3
- -- de Lamotte, 10
- -- de Gedoyn, 1
- Poésies de Malleville, 1
- Voyage de Chapelle et Bachaumont, 1
- De la Bibliothèque des romans, 97
- Vie du baron de Trenck, 1
- Oeuvres de Boileau, 5
- Mémoires politiques et militaires de France, 6
- Histoire du règne de Henry II, 2
- Mémoires de Mme de Staal, 3
- Campagnes de Villars, 2
- Mémoires de Mlle de Montpensier, 8
- Mémoires de la duchesse de Nemours, 1
- Vie du cardinal de Richelieu, 2
- Anecdotes du cardinal de Richelieu, 2
- Parallèle du cardinal de Richelieu et du cardinal de Mazarin, 1
- Vie du duc de Rohan, 2
- Vie du P. Joseph du Tremblay, 1
- Vie du brave Crillon, 2
- Mémoires de Vieilleville, 5
- Histoire d'Angleterre, par M. Hume, 18
- Histoire d'Écosse, par Robertson, 3
- Mémoires d'Anne d'Autriche, 6
- Histoire de Charles VI, 9
- Histoire de Charles VII, 2
- Histoire de M. de Turenne, 1
- Histoire de Louis XIV, 3
- Mémoires de Laporte, 1
- Mémoires de Mme de Lafayette, 2
- Mémoires de Lenet, 2
- Histoire du prince de Condé, 4
- Histoire de la régence de Marie de Médicis, 2
- Vie de Marie de Médicis, 2
- Mémoires du comte d'Avaux, 6
- Mémoires de Montausier, 2
- Mémoires de Berwick, 2
- Mémoires du marquis de Feuquières, 3
- Traité de paix de Nimègue, 2
- Traité de Westphalie, 6
- Histoire de Henry le Grand, par Perefixe, 1
- Vie du cardinal de Richelieu, 6
- Histoire de Henry IV, 4
- Mémoires du prince de Tarente, 1
- Histoire de Tancrède de Rohan, 1
- Mémoires du duc de Villars, 3
- Paix de Riswick, 1
- Mémoires sur la succession d'Espagne, 3
- Histoire de Russie, par M. Lévêque, 5
- Histoire du traité des Pyrénées, 2
- Lettres de Mme de Pompadour, 2
- Mémoires de Gourville, 2
- Mémoires du comte de Gramont, 2
- Histoire de Louis XI, par M. Duclos, 3
- Géographie moderne, 2
- Mémoires de la Colonie, 2
- L'Esprit de la Ligue, 3
- Ambassades de Messieurs de Noailles, 5
- Lettres du cardinal d'Ossat, 5
- Le Courtisan prédestiné, 1
- Mémoires de Bellièvre, 2
- Histoire de Louis XIII, 4
- Le Siècle de Louis XIV, 3
- Mémoires du maréchal de Berwick, 2
- Mémoires pour servir à l'histoire de France, 4
- L'Âme des Bourbons, 2
- Ambassade de Bassompierre, 4
- Mémoires de Bassompierre, 3
- Mémoires de Montrésor, 2
- Mémoires de Louis XIV, 2
- Mémoires de Navailles, 1
- Mémoires de Villegomblain, 2
- Mémoires sur la paix de Riswick, 5
- Mémoires d'Omer Talon, 8
- Vie du maréchal de Villars, 4
- Journal de Louis XI, 1
- Histoire de Louis XI, 6
- Histoire de Louis XII 2
- Guerre de 1741, 1
- Campagne de Noailles, 2
- Campagnes de Coigny, 8
- Mémoires de Louis XIV, 2
- Mémoires du cardinal de Retz, 4
- Mémoires de M. Joly, 3
- Lettres du cardinal Mazarin, 2
- Mémoires de Brienne, 2
- Maisons souveraines, 2
- Abrégé chronologique du droit public d'Allemagne, 2
- Histoire du duc d'Epernon, 4
- Mémoires de Montglat, 4
- Abrégé chronologique de l'histoire d'Italie, 1
- Mémoires de Terlon, 2
- Mémoires du marquis de La Fare, 1
- Mémoires du comte de Forbin, 2
- Mémoires de Lahoussaye, 3
- Mémoires de Condé, 2
- Mémoires de M. de Tavanes, 1
- Mémoires de Puységur, 2
- Mémoires de Tourville, 3
- Histoire de François Ier, 8
- Mémoires de Dubellay-Langey, 7
- Histoire du duc de Montmorency, 1
- Histoire de Henry, duc de Bouillon, 3
- Mémoires du comte d'Estrade, 9
- Mémoires sur la paix d'Utrecht, 6
- Congrès d'Utrecht, 1
- Campagne du duc de Vendôme, 1
- Mémoires du chevalier Temple, 1
- Mémoires du duc de Guise, 2
- Histoire de la royne Marguerite, 1
- Mémoires de Sully, 8
- Intrigues du cabinet sous Henry IV, 4
- Lettres et Mémoires de Mme de Maintenon, 15
- Journal historique de M. de Maupeou, 3
- La Mémoire artificielle, 2
- Tables chronologiques de l'abbé Lenglet, 2
- Abrégé chronologique de l'histoire de France, 5
- Vie d'Ayder-Ali-kan, 1
- Lettres édifiantes, 26
- Anecdotes de la Chine, 6
- Vie de sainte Thérèse, de Madame Louise et quelques histoires
- de Maimbourg, 15
- Mercure de France depuis 1717 jusqu'en 1787, 506
- Nouvelle traduction des oeuvres de Plutarque (in-8º), 22
-
-Cette liste contient deux mille soixante et quinze volumes. Seyaux
-n'ayant trouvé ni Missel, ni Bréviaire romain en françois, croit
-qu'ils ont été portés à Bellevüe.
-
- * * * * *
-
-XII.
-
-LIVRES RETIRÉS DE LA BIBLIOTHÈQUE DE MONTREUIL.
-
-Chefs d'oeuvre de P. et de Th. Corneille, le premier tome petit in-12,
-les deux autres manquent.
-
- Robinson Crusöé, trois vol. in-12.
- Cleveland, six vol. in-12.
- Romans de mad. Riccoboni, 2 vol.
- Amours de Théagenes et Chariclée, 2 vol. in-12.
- Les mille et une nuits, 6 vol.
- Cabinet des Fées, 37 vol., dont il manque les tomes 14 et 26.
- Lettres sur l'éducation ou Adèle et Théodore, 3 vol, in-8º.
- Télémaque, 2 vol. in-12.
-
-Il manque encore dans la classe des romans:
-
- Miss Anysie, 1 vol. in-12.
- Histoire de Marguerite de Valois, Reine de Navarre, 6 vol. in-12.
- The history of Emily Montague, 4 vol. in-12.
- Contes des Fées, par mad. d'Aunoy, 4 vol. in-12.
-
- * * * * *
-
-XIII.
-
-NOUVELLES PUBLICATIONS.
-
- Observations sur la société et les moyens de ramener l'ordre,
- 1 vol. in-12.
- Mémoire sur le mariage des Protestants, 1 vol. in-8º.
- Discours sur le projet d'accorder un état civil aux Protestants,
- 1 vol. in-8º.
- Éclaircissements historiques sur la révocation de l'Édit de Nantes,
- 1 vol. in-8º.
- Assemblée des Notables en 1787. Mémoires et observations en 4 divisions,
- 2 vol. in-4º.
- Réponse de M. de Calonne à M. Necker, avec les pièces justificatives,
- 1 vol. in-8º.
- Des Droits et des Devoirs du Citoyen, par l'abbé de Mably,
- 1 vol. in-12.
- Constitution de l'Angleterre, par M. de Lolme,
- 2 vol. in-8º.
- Aux Bataves, sur le Statoudhérat, par le comte de Mirabeau,
- 1 vol. in-8º.
- Exposition et Défense de notre Constitution monarchique, par M. Moreau,
- 2 vol. in-8º.
- Demandes aux États Généraux ou Recueil des Cahiers, 1789,
- 4 vol. in-8º.
- Situation politique de la France, et ses rapports actuels avec toutes
- les puissances de l'Europe, par M. Peyssonnet, 1789, 2 vol. in-8º.
- Observations sur le Contrat social de J. J. Rousseau, par le P. Berthier,
- 1789, 1 vol. in-12.
- Le mal et le remède; mémoire sur la milice de l'armée, 1789,
- 1 vol. in-8º.
- Réponse à la motion et au discours de M. l'abbé de Périgord, évêque
- d'Autun, 1789, 1 vol. in-12.
- Le vrai Patriote, par M. Putod, 1789, 1 vol. in-8º.
- Voeu d'un Patriote sur la médecine en France, 1789, 1 vol. in-8º.
- Maison du Roi, ce qu'elle étoit, ce qu'elle est, ce qu'elle devroit
- être, 1789, 1 vol. in-4º.
- Le Déficit vaincu, par M. de Favras, 1789, 1 vol. in-4º broché.
- Principes opposés au système de M. Necker, par le même, 1 vol.
- in-4º broché.
- Appel au Tribunal de l'Opinion publique, par M. Mounier; Genève,
- 1790, 1 vol. in-8º.
- Affaires de Nismes des 13, 14 et 15 juin 1790, 1 vol. in-8º.
- Compte rendu de cette affaire, par M. de Marguerites, député à
- l'Assemblée et maire de Nismes.
- L'Art du fabricant d'étoffes de soye, par M. Paulet, 1789,
- in-fº broché.
-
-(Ouvrage en huit sections; il en faudrait sept pour compléter cet
-objet, Madame n'en ayant qu'une.)
-
- Plan d'Éducation nationale ou abrégé des études de l'homme fait,
- 1789, 2 vol. in-8º.
- Opinions de l'abbé Maury, 1790, 1791, 1 vol. in-8º.
- Recueil des opinions du comte Stanislas de Clermont-Tonnerre,
- Paris, 1791 4 vol. in-8º.
- Réflexions sur les affaires politiques du temps présent de la
- France, 1790, 1 vol. in-8º.
- De l'État de la France présent et à venir, par M. de Calonne,
- 1790, 1 vol. in-8º.
- Réflexions sur la Révolution de France, par M. Burke, 4e édition,
- 1791, 1 vol. in-8º.
- Discours et lettres de M. Burke, 1790 et 1791, 1 vol. in-8º.
- Discours sur les finances de l'État, par M. Necker, à l'Assemblée,
- 1 vol. in-4º.
- Sur l'Administration de M. Necker, par lui-même, 1791, 1 vol. in-8º.
- Offrande aux François, 1791, 1 vol. in-8º.
- Le _Naviget antyciras_ ou système sans principes, 1791, 1 vol. in-8º.
- Situation actuelle de la France, par M. Bonvalet-Desbrosses, 1791,
- 1 vol. in-8º.
- Procédure criminelle au Châtelet en 1789 et 1790, 1 vol. in-8º.
- Justification de M. de Favras, 1791, 1 vol. in-8º.
-
-_Recueil de pièces en 4 volumes_.
-
-Le premier renfermant:
-
- 1º L'Adresse du Département de Paris au Roi;
-
- 2º L'Adresse du même Département à l'Assemblée;
-
- 3º Compte rendu par une partie des membres de l'Assemblée sur le
- Décret du 28 mars 1791;
-
- 4º Le Règne de Louis XVI mis sous les yeux de l'Europe;
-
- 5º Elan du coeur et de la raison, ou Justice rendüe à la Reine;
-
- 6º Adresse de l'abbé Raynal lüe le 31 mai 1791 à l'Assemblée;
-
- 7º Triomphe prochain de la Royauté et de la Monarchie françoise;
-
- 8º Plan d'une constitution libre et heureuse;
-
- 9º Hommage et Bouquet à Louis XVI;
-
- 10º Adresse de M. Putod, médecin du Roi;
-
- 11º Adresse des Bons François au Roi.
-
-Le second renfermant:
-
- 1º Précis de ce qui s'est passé à la séance de l'Assemblée du 13
- février 1790;
-
- 2º Motion sur la suppression des ordres religieux, par M. l'Évêque de
- Nancy;
-
- 3º Réflexions sur l'état religieux;
-
- 4º Discours de M. l'Archevêque d'Aix sur la vente des biens du Clergé;
-
- 5º Quelle doit être l'influence de l'Assemblée sur les matières
- ecclésiastiques et religieuses? par l'Évêque de Nancy;
-
- 6º Insuffisance de la Déclaration de M. l'Evêque de Clermont au sujet
- du Serment civique;
-
- 7º Discours de M. l'Évêque de Lisieux aux Officiers municipaux;
-
- 8º Réflexions sur la Liberté du Culte;
-
- 9º Courtes observations sur la Liberté des Cultes;
-
- 10º Lettre de l'Evêque de Rennes aux Électeurs du Département d'Isle
- et Vilaine;
-
- 11º Lettre de l'Archevêque d'Aix aux Électeurs du Département des
- Bouches du Rhône;
-
- 12º Instruction pastorale de l'Evêque de Boulogne;
-
- 13º Le Comte Duprat devenu Théologien;
-
- 14º Mon Apologie;
-
- 15º Adresse aux vrais Catholiques de France, par M. Pottier;
-
- 16º Adresse aux Vierges chrétiennes et religieuses de France, par le
- même.
-
-Le troisième renfermant:
-
- 1º Lettre du comte de Lally-Tollendal, du 10 octobre 1789;
-
- 2º Protestation du Prince-Evêque de Spire;
-
- 3º Lettre du marquis de Laqueuille à ses commettans du ..... février
- 1790;
-
- 4º Extrait d'une lettre écrite de Valenciennes, le 8 février 1790, à
- M. Nicodême, Député;
-
- 5º Motion de M. Malouet sur le Discours du Roi, du 4 février 1790;
-
- 6º Opinion de M. Malouet, prononcée le 20 février 1790, sur le
- rétablissement de l'ordre public;
-
- 7º Opinion de l'Abbé de Bonneval sur le même sujet;
-
- 8º Opinion du comte de la Galissonnière sur l'exercice du Droit de la
- Guerre et de la Paix;
-
- 9º Opinion du marquis d'Estourmel sur la même question;
-
- 10º Second compte rendu par M. le marquis d'Estourmel à ses
- commettans;
-
- 11º Compte rendu par le même;
-
- 12º Observations de M. Henry, député, sur une partie du rapport de M.
- Chabroud;
-
- 13º Opinion de M. de Guilhermi, député, sur le même rapport;
-
- 14º Compte par une partie des membres de l'Assemblée sur le même
- rapport;
-
- 15º Lettre de M. Guilhermi à ses commettans du 22 octobre 1790;
-
- 16º Développement des principes de plusieurs Députés laïcs;
-
- 17º Déclaration d'une partie des Députés aux États Généraux sur l'acte
- constitutionnel;
-
- 18º Compte rendu par une partie des Députés à leurs commétans;
-
- 19º Troisième Lettre de l'Abbé Bonneval à ses commettans;
-
- 20º Opinion de M. Savary de Lancosme, député, sur la révision des
- décrets.
-
-Le quatrième volume renfermant:
-
- 1º Les Cromwels françois démasqués;
-
- 2º Point d'accomodement;
-
- 3º Les torts et les intérêts de chacun;
-
- 4º Réflexions politiques importantes sur la révision des décrets;
-
- 5º Dénonciation, par le viconte de Mirabeau;
-
- 6º Des Clubs politiques et des libelles;
-
- 7º Réflexions d'un Garde National de province;
-
- 8º Problème à résoudre relativement au serment prêté par M. de
- Brienne, Archevêque de Sens;
-
- 9º Trahison découverte du comte de Mirabeau;
-
- 10º Lettre de M. le Duc de Villequier et de M. le Marquis de Duras;
-
- 11º Mémoire des Officiers du Corps des Carabiniers;
-
- 12º Réflexions d'un Militaire au sujet du Serment proposé aux
- Officiers de l'Armée;
-
- 13º La Révolution Françoise, pot-pourri.
-
- * * * * *
-
-XIV.
-
-_Mémoire des ouvrages fait et fournis pour Son Altesse Royale Madame
-Élisabeth de France_,
-
-Par Bourbon, cordonnier, rüe des Vieux Auxgustins, à Paris.
-
-1792.
-
- Ce 6 avril, une paire de soulle de tafetat noire 9#
- Le 8 -- id. 9
- Le 9 -- id. 9
- Le 14 -- id. 9
- Ce 16 -- id. 9
- Ce 21 -- id. 9
- Le 25 -- id. 9
- Le 28 -- deux paires de tafetat, un gris, un bleux 18
- Le 29 -- une paire de taffetat rosse 9
- Le 2 may, une paire de taffetat gris 9
- Le 4 -- id. 9
- Le 7 -- une paire de taffetat violet 9
- Le 8 -- une paire de taffetat prune glace 9
- Le 12 -- deux paire de tafetat, une carmelite glace, une
- gris de ferre 18
- Le 16 -- deux paire de tafetat, une rosse, une bleux 18
- Le 20 -- deux paire de tafetat, une gros vert, une puce 18
- Le 23 -- deux paire de tafetat, une gris de ferre, une bleux 18
- Le 27 -- deux paire de tafetat, une violet, une puce glaces 18
- Le 28 -- une paire de tafetat noire 9
- Le 1er juin, id. 9
- Le 6 -- id. 9
- Le 9 -- id. 9
- Le 12 -- id. 9
- Le 15 -- id. 9
- Le 22 -- id. 9
- Le 27 -- id. 9
- Le 30 -- id. 9
- Totale 297#
-
-Il y a dans la même liasse un mémoire des médicaments livrés à madame
-Lejeune à la Garde-robe des atours de Madame Élisabeth de
-France,--mémoire du 11 janvier au 20 décembre 1791, montant à la somme
-de 96# 17 s.,--et acquitté le 30 janvier 1792, à Paris.
-
- «Pour MM. les apothicaires du Roi: PAILHÉS.»
-
- * * * * *
-
-DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON ÉLISABETH,
-
-SISE AU GRAND MONTREUIL.
-
-
-I.
-
-_État du produit de la maison et jardin situé près la porte de Buc, à
-Montreuil_.
-
-Année 1790.
-
- Un millier de bottes de foin évalué au prix de 25#
- le cent, cy 250#
- 350 bottes de reguain à 15# 52 10s.
- 5 septiers d'avoine à 20# 100
- 4 septiers 1/2 d'orge à 12# 54
- La pâture des vaches après la récolte est estimée au
- plus à 24
- Le fruit n'a pas donné cette année. Ils ont tous
- manqués au printemps; il n'est restée que quelques
- pêches de mauvaises qualités et des raisins qui sont
- mangées par les oiseaux et par les insectes.
- Total du produit 480# 10s.
-
-La récolte des fruits dans une bonne année ne peut pas excéder la
-valeur de 150 liv.; les arbres étant très-vieux, leur produit ne peut
-que diminuer.
-
-La maison est en très-mauvais état et susceptible de fortes
-réparations.
-
-Les murs de clostures ont le plus grand besoin d'être recrepis pour
-détruire les insectes, et conserver le fruit des espaliers.
-
-L'abondance des fourages en fait baisser le prix, qui, année commune,
-peut être porté au tiers en sus de ceux mentionnés cy-dessus. Il en
-résulte que, année commune, le fruit compris, le produit pourroit être
-de 700#, non compris la maison, dont on pourroit tirer party.
-
- * * * * *
-
-II.
-
-_Consigne du suisse de garde pour le jardin et bosquets de la maison
-de Madame Élisabeth, à Montreuil._
-
- Première consigne donné par M. Huvé.
-
-1º Le suisse du jardin s'entendra avec le suisse de la porte pour
-qu'il n'entre personne dans les jardins, sous quelque prétexte que ce
-soit, lorsque Madame y est, et même personne en aucun tems, à moins
-qu'on ne soit accompagné du concierge ou munie d'un billet de Madame.
-
-2º Ne laisser sortir aucun ouvrier par les portes du jardin, à moins
-qu'il ne travail au jardinage. Ils ont les portes des cours ou on
-travaille qui doivent leur suffire.
-
-3º Faire une tournée au moins par nuit et toujours à des heures
-différentes, en observant que s'il se trouve des gens du dehors,
-essayant d'entrer soit en forçant les serures, soit par-dessus les
-murs, de les déposer, si il le peut, chez le suisse, ou du moins de
-bien prendre leur signalement, si ce netoit quelqu'un de la maison;
-alors il en feroit seulement la declaration au sieur Huvé, inspecteur
-des bâtiments, ou à touttes autres personnes que Madame indiqueroit.
-
-4º Enfin le suisse garde-bosquet veilleroit à ce que rien ne fut
-enlevé de nuit ou de jour, qu'il n'en puisse rendre compte, sans
-aucunes conivances ni animosité pour ou contre qui que ce soit.
-
- * * * * *
-
-III.
-
-_Consigne du suisse de garde pour les jardins et bosquets de la maison
-de Madame Élisabeth, à Montreuil._
-
- Donné par le s{r} Sulleau, concierge de la maison, comme suplément
- à celle à lui donné par M. Huvé.
-
-1º Le suisse du jardin, en se conformant exactement à ce qui lui est
-enjoint par la consigne que lui a donné M. Huvé, observera que
-personne ne sorte par le jardin aucuns meubles ou paquets, à moins que
-ce ne soit par l'ordre de Madame ou que le concierge présent ne lui
-dise que cela est nécessaire; cette circonstance excepté, on doit
-toujours passer par la porte du suisse. Si quelqu'un vouloit tenter de
-le faire, il en avertiroit le concierge après les avoir fait retourner
-sur leurs pas.
-
-2º Quelques soient les personnes qui entreront avec permission de
-Madame, et essentiellement si Madame permettoit qu'on entrat les
-dimanches, le suisse observera qu'on ne touche point aux fleurs et
-qu'on ne joue à aucuns jeux; enfin que toutte décence soit observé. Si
-quelqu'un manquoit à cette règle, il leur en feroit l'observation pour
-que cela cessent sur-le-champ.
-
-3º Les personnes de la maison ne doivent en aucun tems faire entrer
-personne dans le jardin, surtout quand Madame est chez elle ou quand
-elle doit y venir. Ils ne doivent jamais y faire entrer de compagnie
-sans la permission de Madame. Cependant la volonté de Madame n'étant
-pas de les empêcher de voir leur famille touttesfois que ce sont gens
-honnêtes, et ce pendant les abcences et voyages, si il leur arivent de
-sortir avec eux, la bonté de Madame peut alors être interprettée, cela
-n'arrivant que rarement et eux ne quittant pas les personnes; alors le
-suisse peut les laisser passer, mais en observant quil n'ayent pas de
-compagnie, et s'il leur arivoit de repetter cela souvent, le suisse
-alors prendroit note des jours et du nombre de personnes qu'ils auroit
-conduit, et la remettroit au concierge, pour quil leur montre la
-circonspection qu'ils doivent avoir, et alors ils seroit
-personnellement privés de voir même leur parent, si ils ne l'observoit
-pas soigneusement.
-
-Les garçons jardiniers ne doivent faire entrer aucune compagnie dans
-le jardin, et si quelques personnes entrent de la part du maître
-jardinier, il doit toujours les accompagner, devant seul répondre des
-motifs pour lesquels il les aura fait entrer.
-
-4º A l'égard de la sortie et entrée des arbres et arbustes, le
-jardinier seul doit répondre de son service; mais lui seul aussi doit
-faire, ou être présent à la sortie, pour justifier que c'est lui qui
-le fait faire.
-
-5º Le suisse doit veiller avec soins à ce que, qui que ce puissent
-être, ne tentent de pêcher dans la rivière du jardin; il saisira et
-emportera tous les ustensiles propre à la pêche, et il fera en sorte
-de savoir qui auroit cherché à en faire usage; il en avertira le
-concierge, qui en rendra compte à Madame.
-
-6º Le suisse observera que tout cela devant se faire pour le bon
-ordre, il ne faut mettre ni humeur ni vivacité toujours déplacée, et
-qui sont blâmables dans tous les cas, en ce qu'elles sont opposées au
-respect düe à Madame et à sa maison.
-
- * * * * *
-
-IV.
-
-OUVRAGES DE LA BIBLIOTHÈQUE DE MONTREUIL
-
-qui seroient également bien placés dans celle de Paris.
-
- Entretiens de Cicéron sur la nature des dieux, par l'abbé
- d'Olivet, 2 vol. in-12.
- Pensées de Cicéron, trad. par le même, 1 vol. in-12.
- Offices de Cicéron, trad. par de Barett, 1 vol. in-12.
- Oeuvres de Sénèque, trad. par La Grange, 6 vol. in-12.
- Oeuvres morales de Plutarque, trad. par Amyot
- Traité de l'Amitié, par M. de Sacy, 1 vol. in-12.
- Panégyrique de Trajan, par Pline le Jeune; trad. par de
- Sacy, 1 vol. in-12.
- Philippiques de Démosthènes et Catilinaires de Cicéron,
- Paris, 1777, par l'abbé d'Olivet, 1 vol. in-12.
- Traité de l'Orateur de Cicéron, trad. par l'abbé Colin,
- 1 vol. in-12.
- Tusculanes de Cicéron, trad. par l'abbé d'Olivet,
- 1 vol. in-12.
- La mort d'Abel, poëme de Gessner, 1 vol. in-12.
- Lettres de Pline le Jeune, 2 vol. in-12.
- De la Décadence des Lettres et des Moeurs, par M. de Juvigny,
- 1 vol. in-8º.
- Abrégé de l'Histoire grecque, 1 vol. in-12.
- Histoires de Salluste, trad. par M. Beauzée, 1 vol. in-12.
- Vie d'Alexandre, trad. de Quint-Curce, trad. par Mignot,
- 2 vol. in-8º.
- Essai sur les règnes de Claude et de Néron et sur les moeurs
- et écrits de Sénèque, 1 vol. in-12.
- Histoire de la Décadence de l'Empire romain, trad. de Gibbon,
- 4 vol. in-8º.
- Vie de l'Empereur Julien, par l'abbé de la Bléterie, 1 vol. in-12.
- Vie de l'Empereur Jovien, par le même, 1 vol. in-12.
- Histoire de la dernière révolution de Suède, trad. de Schéridan,
- 1 vol. in-8º.
-
-AUGMENTATIONS PROPOSÉES.
-
-_Théologie_.
-
- La Sainte Bible, trad. par Le Maistre de Sacy, édition de 1746.
- (Chés Onfroy.), 31 vol. in-8º.
- La même, par de Carrières, seulement en françois.
- Élévations sur les Mystères, de Bossuet.
- Sermons du même.
- Sermons du P. Terasson.
- Sermons du P. Cheminais.
- Sermons du P. Ségaud.
- Sermons de l'abbé de Maroles.
- Sermons de l'abbé Clément.
- Et bientôt ceux de l'ancien évêque de Senez.
- Catéchisme du Bougeant
- 4 vol. in-12.
- Catéchisme de Paris.
- L'Influence de la Religion naturelle, par le P. Griffet
- 2 vol. in-12.
- Confessions de saint Augustin, trad. par D. J. Martin, 1741
- 2 vol. in-12.
- Soliloques et Méditations de saint Augustin.
- L'Ange conducteur.
- Mandement de M. l'évêque de Saint-Malo sur les saints Anges, 1757.
- Traité de la véritable et solide piété, d'après saint François
- de Sales.
- Instruction pastorale du cardinal de Luynes contre la Doctrine
- des incrédules 1 vol. in-12.
- Le Déisme réfuté par lui-même.
- Les Fondements de la foy, par Aymé
- 2 vol.
- Existence de Dieu, par Fénélon.
- Lettres sur la Religion, par le même.
- De l'Éducation des filles, du même.
- Traité des devoirs de la vie chrétienne, par le P. de Tracy, théatin
- 2 vol. in-12.
- Instruction de l'Empereur François Ier aux Princes ses enfants
- 1 vol. in-8º.
- L'Esprit de sainte Thérèse, recueilli de ses ouvrages
- 1 vol. in-8º.
- Voyes du salut dans les principes de saint Charles
- 1 vol. in-12.
- Dictionnaire des Conciles
- 1 vol. in-8º.
- Dictionnaire des hérésies, des erreurs et des schismes
- 2 vol. in-8º.
- Dictionnaire historique des Auteurs ecclésiastiques
- 2 vol. in-8º.
- Institution au droit canonique, de Fleury, avec des notes
- de Boucher d'Argis.
-
-_Sciences et arts._
-
- École des Moeurs, par l'abbé Blanchard
- 3 vol. in-12.
- Spectacle de la Nature, de Pluche
- 9 vol. in-12.
- Histoire du Ciel, du même
- 2 vol. in-12.
- Oeuvres de Sigaud de La Fond, physique.
-
-_Belles-Lettres._
-
- Principes de Littérature, de Le Batteux
- 5 vol. in-12.
- Oraisons funèbres de Mascaron.
- Horace, trad. par M. Binet.
- Oeuvres de Lefranc de Pompignan.
-
-_Histoire._
-
- Géographie de Grenet.
- L'Art de vérifier les dates.
- Histoire sacrée de Pridaux
- 6 vol. in-12.
- Abrégé de l'histoire ecclésiastique de Lhomond
- 1 vol.
- Histoire abrégée de la Religion, du même
- 1 vol.
- Vie des Saints, par Mezenguy
- 1 vol.
- Vie des Saints, trad. de l'anglais, par Godescard
- 12 vol. in-8º.
- Vie des Pères du Désert, par le P. Marin
- 9 vol. in-12.
- Histoire des Celtes
- 2 vol. in-12.
- Histoire de France depuis l'établissement de la monarchie
- françoise jusqu'à Louis XV, par le P. Daniel,
- continuée et enrichie de notes par le
- P. Grifet, 17 vol. in-4º.
- Tableau de l'histoire de France
- 2 vol.
- L'Esprit de la Fronde, par Mailly
- 5 vol.
- Mémoires et Réflexions sur les principaux événements
- du règne de Louis XIV, 1 vol. in-12.
- Mémoires pour servir à l'histoire de Louis XIV, par
- l'abbé de Choisy, 1 vol. in-12.
- Journal historique ou fastes du Règne de Louis XV
- 1 vol. in-8º.
- Histoire des Campagnes du maréchal de Maillebois
- en Italie, en 1745 et 1746, 3 vol. in-4º.
- Histoire du maréchal de Saxe, par le baron d'Espagnac
- 3 vol. in-12.
- Lettres du cardinal d'Ossat.
- Mémoires de M. de Torcy pour servir à l'histoire
- des négociations depuis le traité de paix de Riswick
- jusqu'à la paix d'Utrecht.
- Histoire des traités de Westphalie, par le P. Bougeant
- 6 vol. in-12.
- Histoire de Suède, par le baron de Puffendorff
- 3 vol. in-12.
- Histoire de Danemark, par Mallet
- 6 vol. in-12.
- Histoire générale de Pologne, par l'abbé de Solignac
- 5 vol. in-12.
- Histoire de Jean Sobiesky, Roi de Pologne, par
- l'abbé Coyer, 2 vol. in-12.
- Histoire de l'état présent de la Russie depuis 1714
- jusqu'en 1720, 2 vol. in-12.
- Révolutions de Corse
- 2 vol. in-12.
- Histoire générale de Portugal, par La Clède
- 2 vol. in-4º.
- Abrégé chronologique de l'histoire de Lorraine
- 2 vol. in-8º.
- Histoire de la vie et du règne de Frédéric-Guillaume,
- Roi de Prusse, 2 vol. in-12.
- Histoire de l'Empire ottoman, par M. Mignot, 1771
- 4 vol. in-12.
- Histoire des Arabes sous le gouvernement des Califes,
- par l'abbé de Marigny, 4 vol. in-12.
- Histoire du Japon, par le P. Charlevoix, 1754
- 6 vol. in-12.
- Histoire de Siam, par M. Turpin, 1771
- 2 vol. in-12.
- Histoire générale des conjurations et conspirations,
- par Duport du Tertre, Paris, 1762, 10 vol. in-12.
- Dictionnaire historique des Grands Hommes
- 9 vol. in-8º.
- Dictionnaire historique des Grands Hommes, de
- l'abbé L'Advocat, 3 vol. in-8º.
- Histoire de l'Académie françoise depuis son établissement
- jusqu'en 1652, par Pélisson, 2 vol. in-12.
- Histoire de l'Académie royale des Belles-Lettres, par
- M. de Boze, 1740, 3 vol. in-12.
- Bibliothèque des Anciens Philosophes, trad. par
- Dacier, 11 vol. in-12.
-
- * * * * *
-
-V.
-
-L'an second de la République françoise, de l'ère ancienne mil sept
-cent quatre-vingt douze, le 12 mars, à cinq heures de relevée, en
-vertu de l'arrêté du directoire du district de Versailles, en date du
-9 du courant, nous, Jean Gazard, commis de l'administration du
-district, nous sommes transporté avec le citoyen Huvé, inspecteur des
-bâtiments, en cette ville, avenue de Paris, à la maison dite de Madame
-Élisabeth, conformément à la réquisition du citoyen Couturier,
-régisseur du domaine de Versailles, à l'effet de lever et apposer les
-scellés sur plusieurs portes de ladite maison; où étant, nous avons
-levé le scellé apposé sur une porte cochère, donnant de la petite cour
-dudit bâtiment sur l'avenue de Paris, afin de laisser l'usage libre du
-guichet de ladite porte, et l'avons apposé sur le verrouil de ladite
-grande porte; de là nous sommes transportés à deux autres petites
-portes, communiquant du jardin dans une des cours du bâtiment, où nous
-avons également apposé le scellé sur l'entrée des serrures; et,
-n'ayant point le cachet du district, nous nous sommes servi d'un petit
-cachet de montre, ayant pour empreinte un coeur percé de deux flèches,
-surmonté de ces mots: _Je suis blessé_, lequel cachet, nous avons
-remis entre les mains des administrateurs du directoire du district
-pour servir à la confrontation et reconnoissance desdits scellés quand
-le cas le requerra; et du tout, avons dressé le présent procès-verbal,
-les jours et an que d'autre part.
-
- GAZARD, _commissaire_. HUVÉ.
-
- * * * * *
-
-VI.
-
-Le citoyen Sulleau, concierge garde-meuble de la maison de Madame
-Élisabeth à Montreuil, a l'honneur d'observer à monsieur le maire et
-messieurs les officiers municipaux de Versailles, qu'il est en sa
-qualité de garde-meuble chargé sur sa responsabilité de tous les
-effets contenus en laditte maison, sous l'inspection général de M.
-Restout, nommé par M. le ministre de l'intérieur à cet effet, et à qui
-il doit rendre compte de tous les objets remis à sa garde et
-responsabilité suivant les inventaires généraux, déposés au
-Garde-meuble.
-
-Le citoyen Sulleau a pour l'aider à la surveillance et manutention de
-sa place le nommé Flury, homme honnête et sûre dont il garantie la
-fidélité et l'honnêteté comme de tous autres gens de la maison qui lui
-sont subordonnés.--Il s'est trouvé de nécessité en 1791 à réclamer la
-justice de messieurs de la municipalité, sur les prétentions et
-démarches du suisse nommé Hubert, et il a eu la satisfaction
-d'éprouver alors une justice satisfaisante.
-
-Aujourd'hui 8 octobre 1792, il vient d'être apposé des scellés sur
-toutes les portes extérieures de la maison, sous prétexte qu'on
-pourrait on sortir des effets; cette précaution ne peut en rien
-augmenter la responsabilité du dépositaire, devient nul pour le
-résultat, mais infiniment sensible et douloureuse pour tous les
-individus attachés à la maison. Ils en ont tous marqué leur douleur au
-citoyen Sulleau, qui bien convaincu de leur honnêteté reconnue depuis
-dix ans, ne peut se refuser de réclamer l'attention de monsieur le
-maire sur un acte qui véritablement ne porte que sur eux seuls, et
-avec d'autant plus d'injustice que cette précaution est sollicité par
-un homme qui n'est responsable de rien, et qui de touts les temps a
-fait preuve du désir de nuire, et cela sans aucun...
-
- SULLEAU.
-
-Nous, commissaire nommé pour examiner la nécessité de lever le scellé
-sur la porte cochère du côté du jardinier, avons reconnu qu'elle étoit
-réelle, le service des fumiers et autres charois ne pouvant avoir lieu
-que par là. En foi de quoi nous avons signé le présent rapport, à la
-maison commune, le 8 octobre 1792, l'an premier de la République
-françoise.
-
- HUVÉ.
-
- * * * * *
-
-VII.
-
-L'an premier de la République françoise, les citoyens Boissy et Borel
-ayant été autorisséz par un réquisitoire de la municipalité de
-Versailles signéz Richaud maire, Couturier procureur de la Commune,
-Gaucher municipal, ce sont transportez en la maison de la soeur du
-ci-devant Roi, avenuë de Paris, est ont apposez les scellés sur toutes
-les portes extérieur de la sudite maison et du jardin. Le sieur
-Heuber, suisse et gardien, nous ayant représentéz de ne point apposéz
-le scelléz sur la porte extérieur de la vacherie en nous disant qu'ils
-étoit nécessaire que les animeaux sortent pour aller aux champs, ce
-que nous avons vûe raisonnable cela ne nous nous (_sic_) a pourtant
-pas empêchéz de les poser sur toutes les portes intérieur qui
-communiquent de la susdite vacherie au jardin, afin d'empêcher toutes
-les communications. Nous nous sommes transportéz de là à une petite
-maison qui n'est séparéz que d'une porte en treilliage fermant à clef,
-n'ayant pas trouvéz cette fermeture suffisante, nous avons voulut
-apposer le scelléz sur la porte de clôture qui donne sur une petite
-rüe. Le citoyen Pélican et la dame Piout cetant présentéz à l'instant
-nous ont exibéz une oppositions de leurs part en nous représentant
-que cette petite maison appartenoit à la ci-devant baronne de Mackau;
-sur les représentations du citoyen Heuber, suisse et gardien qu'il
-sufisoit seulement de poser le scelléz sur la sudite porte de
-treilliage, ce que nous avons fait à l'instant, le sieur Sulleau
-s'étant aussi présentéz avec le jardinier, n'ayant point parût
-satisfaits de notre opération, même nous exibant en plusieurs pièces,
-nous disant qu'ils étoient les ministres de l'intérieur et nous disant
-d'une voix foible qu'ils croyoient être suffisamment autorissez par le
-moyens de ces pieces de s'opposer au scelléz nous avons regardez cela
-comme des mots qui ne peuvent convenirent qu'à des hommes foibles.
-Nous lui avons dits que s'il avoit des droits qui les fassent valoir à
-la maison comune, pour nous, cela ne nous empècheroient pas de
-continuer nos opérations. C'est ce que nous avons fait s'en crainte,
-est avons signées le présent à Versailles, ce 8 octobre 1792, l'an
-premier de République françoise.
-
- BOISSY. BORET.
-
-Faite en présence des citoyens HEUBER, BONIFACY, _garde-bosquet_.
-
- * * * * *
-
-VIII.
-
-_État de ce que nous avons trouvéz dans la vacherie._
-
-Cinq vaches est une genise, un cheval est une petite voiture d'osier
-couverte, avec tous ces harnois; nous avons crue devoir prendre ce
-détail à cause que ces animeaux sont sujette à la sortie pour leurs
-subsistance. A Versailles, le 8 octobre 1792, l'an premier de la
-République françoise.
-
- BOISSY. BORET.
-
- * * * * *
-
-IX.
-
-Sur la réprésentation que les citoyens Heuber, suisse et gardien,
-Bonifacy, garde-bosquet, que l'on dévastoient tout les jours les
-jardins par la coupe journailliere des arbres et la pêche qui si fait
-continuellement par des gens de la maison, ainsi que des étrangers
-qu'ils introduisent à leurs compagnies, croyant toujours être sous la
-protection de la soeur du ci-devant Roi, nous ont dits qu'ils seroient
-bien aise d'être autorisséz d'un pouvoir de la municipalités qui les
-autorisent à pouvoir empêcher tous ces desordres, est ont signées.
-
- HEUBER, BONIFACY, _garde-bosquet_,
-
- PRÉVOT, _commissionnaire du sieur Fleury, garçon tapissier_.
-
- * * * * *
-
-X.
-
-MESSIEURS,
-
-Noël Gauthier et Julien Gauthier frères, tous deux frotteurs des
-appartements de la petite maison de Madame Élisabeth, avenuë de Paris,
-
-Ont l'honneur de vous représenter que depuis le départ de cette
-princesse, ils sont resté gardien l'un de l'aile droite et l'autre de
-l'aile gauche de laditte maison, couchant dans les appartements,
-ignorent le motif pour lequel M. Suleau concierge vient de nommer et
-faire recevoir deux autres gardiens, au préjudice des exposants qui
-osent se flatter qu'on ne peut rien leur reprocher,
-
-Pendant les trois mois qu'ils ont gardés le premier scellé les jours
-et nuits par ordres du sieur Suleau dont il en ont point été payé.
-
-Ils vous supplient, Messieurs, de vouloir bien leur rendre justice.
-
- * * * * *
-
-XI.
-
-_Procès-verbal._
-
-Aujourd'hui le 9 octobre 1792, l'an premier de la République, en vertu
-d'un réquisitoire du bureau municipal, signé des citoyens Couturier
-procureur de la commune, Huvé et Gauchez officiers municipaux, qui ont
-nommé les citoyens Boissy et Geoffroy comissaires a l'apposition des
-scellées dans la maison de la Damme Élisabeth, soeur du ci-devant Roi,
-ont pris pour témoins l'apposition desdits scellées, le citoyens Flury,
-attaché à la conciergerie du Garde-meuble de ladite maison, ainsi que le
-nommé Prévot, journallier employé par le citoyen Sulleau, qu'il a été
-posé quatre-vingt et tant de scellées dont quatre-vingt-une clef, il est
-resté ouvert et à la jouissance des personnes dénommées ci-apprès et qui
-sont meublés conformément aux inventaires dont la minute est déposé au
-bureau du Garde-meuble national à Versailles, dont le citoyen le Clerc
-se charge de la représenter à la première réquisition de la
-municipalité; lesdits logements actuellement occuppées par les personnes
-susdites, consiste savoir celui du citoyen Sullau, concierge du
-Garde-meuble; Fleury, garçon du Garde-meuble attaché au concierge, et le
-représentant en son absence; la veuve du Coudray, femme de charge et
-lingerie; la demoiselle Simon, ouvrière; Marie, laitièrre, Prévot,
-journallier; Noël, frotteur, Juillien, second frotteur, Doré, garçon
-jardinier, le suisse de la porte, nommé Ubert, Boniface, suisse
-garde-bosquet; Cadeau, balayeur, demeurant sur l'ancienne cour basse,
-sur l'avenuë, et dans le pavillon, ruë ci-devant Champ-la-Garde; Jaques
-Bosson, vacher; Coupry, maître jardinier.
-
-Lesdits commissaires ont nommé les citoyens Flury et Prévots ci-dessus
-dénommés gardiens de l'intérieur et extérieur de ladite maison, qu'ils
-l'ont acceptés et signés avec nous le présent procès-verbal, et est
-comparu au moment où l'on posoit les scellées, le citoyen Sullau
-ci-devant dénommé, et qui a signé avec nous.
-
-De plus, avons établi les citoyens Ubert suisse des portes, et
-Bonifacy garde-bosquet, a qui nous avons délivré des pouvoirs comme
-gardiens des scellées extérieurs et sureté générale dans leurs postes.
-
-Clos le présent présent (_sic_) procès-verbal en présence des citoyens
-Sullau, Fleury, Prévot, Ubert, Boniface, le Clerc.
-
- SULLEAU. FLURY. LECLERC. HEUBER.
-
- BONIFACY, _garde-bosquet_.
-
- BOISSY. GEOFFROY. HEUBER.
-
- * * * * *
-
-XII.
-
- A Versailles, le 5 mars 1793, l'an II de la République.
-
-CITOYEN,
-
-J'ai ordonné ce matin, en conséquence de votre lettre d'hier, la
-fermeture de deux portes à la maison cy-devant de Madame Élisabeth,
-mais on m'a observé que si l'on condamnoit celle de la petite cour
-côté de l'avenuë de Paris, le gardien de ce côté-là ne pourroit plus
-sortir d'aucun côté.
-
-Il n'y auroit d'autre moyen, en persistant de lui interdire le passage
-par le jardin, que de lui faire ouvrir le guichet de la grande porte,
-après en avoir levé les scellés, car ils sont sur toutes les portes
-intérieures qui conduisent à la grande cour; mais il y communiqueroit
-par dehors.
-
-J'ai appris, cher concitoyen, que vous étiez débarassé de votre rhume,
-j'en suis bien aise, mais moi je suis pris par tous les bouts, au pied
-par une reculade imprévue, à la tête par un rhume oppiniâtre, et par
-tout le corps je ne scais pourquoi.
-
-Je suis votre frère en patriotisme,
-
- _Le maire de Versailles_, HUVÉ.
-
-Vu par nous administrateurs composant le directoire du district de
-Versailles, pour être exécuté par le citoyen inspecteur des bâtiments
-de l'arrondissement, en présence du citoyen Gazard, commis de
-l'administration, chargé de lever et apposer les scellés où besoin
-sera.
-
-A Versailles, 9 mars 1793, l'an deux de la République.
-
- BOYELLEAU, BÉZARD, _v. p._ DEVEZE, _pr. s._ CHAILLIOU.
-
- COURRAUT.
-
- * * * * *
-
-XIII.
-
- A Versailles, le 7 mars 1793, l'an II de la République.
-
-CITOYEN,
-
-Je vous prévient que Madame Élisabeth, avoit une chien de sûreté a sa
-maison, elle faisoit donner six livres de pain par jour, le citoyen
-Thierry, boulanger du ci-devant Roi, est m'en avoit donnez la garde
-comme étant le gardien de ladite maison, mais trouvant qu'un seul
-chien ne suffisoit pas pour la sûreté de la maison, Madame Élisabeth
-m'a ordonnez en différentes fois d'en élever plusieurs, comme il
-plaisoit à Madame Élisabeth d'en disposer à sa volonté, et quel en
-faisoit des cadots, laqu'elle m'avoit promis un dedomagement, mais
-comme n'étant point revenuë, je n'ai toujours eut que la nouriture du
-premier, dont ledit citoyen Thierry a cessez de fournir le pain le 1er
-mars de la présente année 1793; est je me trouve avoir trois gros
-chiens à ma charge, est des frais d'en avoir elever et nourries
-plusieurs dont deux jusqu'à présent s'en avoir eut aucun dédomagement;
-est ayant prévenüe les citoyens qui ont posez les scellés, comment est
-que je pouroit faire avec ces chiens, s'il falloit m'en défaire, où en
-prévenir la municipalité, ils monts ordonnez de les garder jusqu'à la
-levée des scellés. Mais n'ayant plus le pain est n'ayant aucun
-dédomagement pour les nourirents je ne peut pas garder trois gros
-chiens à ma charge.
-
- HEUBER, _gardien de la maison ci-devant Madame Élisabeth_.
-
- * * * * *
-
-_Avis du directeur de la régie nationale de l'enregistrement._
-
-Le directeur de la régie nationale qui a pris communication de la
-pétition de l'autre part, est d'avis:
-
-1º Que le citoyen Hubert soit autorisé à conserver un chien de
-basse-cour pour la garde de la maison Élisabeth Capet, située à
-l'extrémité de l'avenüe de Paris;
-
-2º Qu'il lui soit tenu compte de cet objet de dépense à compter du 1er
-de ce mois, sur le pied qui sera déterminé par le directoire du
-district;
-
-3º Enfin, que ledit Hubert vende, s'il est possible, ou donne les
-autres chiens qui sont inutiles. Le directeur observe au surplus que
-si les meubles existants dans cette maison étoient vendus ou
-transportés ailleurs, on trouveroit sans doute à la louer, ce qui
-produiroit le double avantage de supprimer toute espèce de dépense, et
-de procurer à la République un revenu dont elle est privée.
-
-Versailles, 18 mars 1793, le deuxième de la République françoise.
-
- DESCHESNE.
-
- * * * * *
-
-XIV.
-
-_Extrait du registre des délibérations du directoire du département de
-Seine-et-Oise._
-
- Séance publique du 8 juin 1793, l'an II de la République française.
-
-Vu par le directeur la réclamation de sept ouvriers jardiniers,
-employés au jardin ci-devant appartenant à la soeur de Louis Capet,
-dépendant de la liste civile et situé au grand Montreuil, qui a pour
-objet le payement de trente-six livres chacun, qu'ils déclarent avoir
-ci-devant été dans l'usage de recevoir annuellement à titre de
-gratification, et n'avoir pas touché depuis 1791 inclusivement;
-
-Le certificat du jardinier de ce jardin qui atteste cet usage;
-
-Le renvoi de ladite demande de la part du district au directeur de la
-régie;
-
-L'avis du directeur de la régie du 2 janvier dernier;
-
-L'avis au district de Versailles du 11 dudit mois de janvier;
-
-Ouï le procureur général sindic,
-
-Le directoire, attendû que les sept ouvriers réclamants n'étoient pas
-mis en oeuvre de l'ordre direct de la ci-devant Madame Élisabeth, mais
-bien pour le jardinier personnellement, et que c'est conséquemment à
-celui-ci de pourvoir tant à leurs salaires qu'à leurs gratifications
-s'il le juge à propos;
-
-Arrête qu'il n'y a pas lieu d'accorder les gratifications requises.
-
-Pour expédition, signés Richaud et Bocquet, secrétaire.
-
- Pour copie conforme:
-
- GAZARD, _secrétaire_.
-
- * * * * *
-
-XV.
-
-Aujourd'hui lundi cinq août mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an
-deux de la République une et indivisible, nous, J. M. Musset,
-Claude-Étienne Contant et Nicolas Monjardet, commissaires de la
-Convention nationale du district de Versailles et de la municipalité
-de ladite ville, nous sommes transportés dans la maison ci-devant
-occupée par Élisabeth Capet, avenue de Paris, à l'effet d'examiner si
-les meubles des appartements de cette maison n'étoient point
-endommagés par les vers ou autrement. Nous nous sommes fait
-accompagner dans la visite que nous avons faite de plusieurs de ces
-appartements par le citoyen Hubert, l'épouse du citoyen Fleury et le
-citoyen Prévost, tous trois gardiens des scellés de ladite maison.
-
-Les meubles que nous avons examinés sont ceux des appartements dont
-les portes d'entrée sont numérotées 1 et 2, -- 16 et 17, -- 12 et 13,
--- 14, 15, -- 18 et 20, desquelles portes nous avons levé les scellés,
-trouvés intacts.
-
-Voyant que ces meubles étoient tout neufs et fort peu endommagés des
-vers, nous avons jugé inutile d'en examiner un plus grand nombre, et
-nous nous sommes bornés à en faire battre plusieurs couchers et
-chaises sortis à cet effet dans la cour, en en prenant note; après
-quoi nous avons fait exactement replacer chacun à sa place, avons fait
-entièrement refermer lesdits appartements, et les scellés ont été
-réapposés par le commissaire du district sur chacune desdites portes.
-
-Ensuite nous avons cru devoir, avant de terminer, visiter aussi les
-meubles de l'appartement d'Élisabeth Capet. Nous avons à cet effet
-levé les scellés mis sur la porte d'entrée, et après avoir entré dans
-l'antichambre, nous avons trouvé déchiré dans le milieu, et vis-à-vis
-la jonction des deux battants de la porte, le papier des scellés mis
-sur la porte à gauche qui est celle de l'appartement; et cette porte
-ouverte, le pesne de la serrure étant hors de la gâche, sur quoi il
-nous a été observé par lesdits gardiens que cette porte, fermée ainsi
-peut-être par inadvertance, pouvoit avoir été la cause du déchirement
-de ce papier dans quelque moment où il y aura eu du vent.
-
-Nous avons vérifié que les meubles de cet appartement, qui sont
-précieux, n'étoient nullement endommagés. Nous avons refermé ladite
-porte trouvée ouverte, mais sans y apposer de nouveaux scellés,
-observant que ceux de la porte d'entrée suffisoient, et les scellés
-ont été réapposés sur celle-ci.
-
-De tout quoi nous avons dressé le présent procès-verbal, fait double
-pour être déposé au district et l'autre entre les mains des
-représentants du peuple, et avons signé avec lesdits gardiens
-présents, l'un d'eux représentés par son épouse, les an, mois et jour
-susdits. Et avons remis à la maison commune les clefs desdits
-appartements où elles étoient déposées.
-
- MONJARDET, J. M. MUSSET, _commissaire national_, PRÉVOST, COUTANT,
- _commissaire du district_, HEUBER, Femme FLURY.
-
- * * * * *
-
-XVI.
-
-_Aux citoyens administrateurs du directoire du district de
-Seine-et-Oise._
-
-CITOYENS,
-
-Coupry, jardinier dans la ci-devant maison d'Élisabeth Capet, est
-décédé hier 8 nivôse à la suite d'une maladie; comme j'ai toujours
-veillié autant qu'il a dependû de moi aux interest de la République,
-si j'ai pû obtenir quelque confiance, je prie les citoyens
-administrateurs de vouloir bien me maintenir dans l'emploi provisoire
-de la surveillance du jardin et orangerie, ou il ce trouve maintenant
-beaucoup de plantes appartenant à la nation auxquelles j'ai toujours
-donné mes soins.
-
- LACOLONGE.
-
-A Versailles, ce 9 nivôse, l'an second de la République françoise (29
-décembre 1793).
-
-Salut et fraternité.
-
- * * * * *
-
-_Avis du directeur de la régie nationale._
-
-Le directeur de la régie observe que, vû la vigilance et la probité
-bien reconnues du citoyen Lacolonge, l'administration adoptera une
-mesure fort sage, en lui confiant provisoirement le soin de veiller à
-la conservation des jardins, orangerie, plantes et arbustes de la
-maison d'Élisabeth Capet: il avoit la confiance de Coupry; personne ne
-connoît mieux que lui les détails de cette maison, il n'est donc pas
-possible de faire meilleur choix.
-
-Il est vraisemblable que des anciens ouvriers, qui ont travaillé dans
-le jardin dépendant de ladite maison, feront des démarches pour
-remplacer Coupry; mais il seroit contraire à l'intérêt de la
-République de les laisser s'immiscer dans une administration où il
-régnoit une foule d'abus qu'on a attribués à plusieurs d'entr'eux.
-
-Versailles, ce 21 nivôse de l'an II de la République une et
-indivisible (10 janvier 1794).
-
- DESCHESNE.
-
- * * * * *
-
-XVII.
-
-Aujourd'hui sept ventôse, an second de la République françoise une et
-indivisible (25 février 1794), à quatre heures de relevée, moi,
-soussigné, comissaire nommé par l'administration du district de
-Versailles, département de Seine-et-Oise, par comission en datte du 24
-pluviôse, pour la levée des scellés apposés au local du palais
-National et autres lieux dépendants de la ci-devant liste civile,
-assisté du citoyen Tissot, notable, comissaire pour la municipalité,
-nous nous sommes transporté au local dit Maison Élisabeth, où, après
-vérification faite des scellés apposés sur différentes portes
-environnant le jardin et autres issues de la maison, nous en avons
-fait la levée ainsi qu'il suit, savoir:
-
- Pº A une porte de la cour des cuisines;
-
- 2º Une grande porte donnant sur l'avenue de Paris;
-
- 3º Une porte donnant sous la voûte qui conduit à l'avenue de Paris;
-
- 4º Une porte donnant sur la ruelle, au bout du jardin Lemonier;
-
- 5º A la porte de communication du jardin dudit Lemonier;
-
- 6º A la porte de communication du jardin de la citoyenne Makau;
-
- 7º A la porte donnant à la maison de la femme Diane Polignac;
-
- 8º A la porte du jardin du petit bâtiment détaché;
-
- 9º A la porte cochère du petit bâtiment id.
-
-Plus, le citoyen Flury, concierge de laditte maison, nous a fait voir
-des chassis de couche vitré, au nombre de soixante-dix-sept de 4 pieds
-carrés, et huit de 18 pouces sur 4 pieds, dont il a donné note au
-citoyen L'Oiseleur, inspecteur de laditte maison.
-
-La levée des scellés étant terminés, nous donnons décharge aux
-gardiens ci-après dénommés, savoir:
-
-Le citoyen Flury,
-
-Prévost,
-
-Heubert,
-
-Bonifacy.
-
-Et a ledit citoyen Flury signé avec nous, comme restant concierge, ce
-jour et an que dessus.
-
- TISSOT, _notable_. COSTAR, _commissaire du district_. FLURY.
-
- * * * * *
-
-XVIII
-
-_Aux citoyens administrateurs composant le directoire du district de
-Versailles._
-
-CITOYENS,
-
-Le citoyen Jean-Philippe Quadot, ci-devant balayeur de la maison de
-ci-devant Élisabeth Capet, soumets sous vos yeux sa triste position,
-etant pere de famille: est peu favorisez de la fortune, il ose espérer
-de votre justices le soutien que tous citoyen doit attendre de vous
-magistrats, lorsque la demande d'un réclamant ce trouve fondé; c'est
-dans cette espoir qu'ils vous soumets les reclamations suivante.
-
-Jean-Philippe Quadot, âgé de soixante ans, pere de famille et
-indigent, a servie sous le règne du tyran Louis quinzième du nom, dans
-le ci-devant régiment de Normandie, où il fit cinq campagne durant les
-guerres d'Hanôvre; sortie du service militaire en 1757 (v. stile) il
-entra l'année ensuite au ci-devant château, en qualité de garçon
-marbrier pour l'entretien et la propreté de toute les marbres qui
-dépendoient des appartements dudit château, ainsi que de ceux de la
-chapelle; ayant de paye vingt sols par jour; ce qui ne pouvoit qu'à
-peine le faire subsanter lui est sa famille, mais dans lespoir où le
-réclamant étoit que l'on prendroit son sort et son ancien service en
-considération fait qu'il a toujours espérez jusqu'en 1789 (v. stile)
-où la ci-devant Élisabeth le prit à son service en qualité de
-balayeur, ordonnant qu'il fut habillez logez chauffez et eclairez, lui
-accordant aussi trente sols par jours de gage. Ce qui ne fut pas
-exécuté t'elle qu'elle l'avoit ordonnée, n'ayant étté logez qu'un an
-après etre entrée à son service, est n'ayant point étté habillez du
-tout, pour les trente sols par jour de gage la première année nayant
-étté payéz par le citoyen Sulleau concierge de la maison qui en etoit
-chargéz à raison de vingt quatre sols la seconde à raison de vingt six
-sols et la troisième à raison de vingt huit sols par jour jusqu'aux
-premier novembre; où ayant fait observer audit citoyen Sulleau que ce
-n'étoit point là les ordres de la maîtresse de le payer depuis vingt
-quatre sols jusqu'à vingt huit sols puisqu'elle avoit ordonné de le
-payer à raison de trente sols par jour; sur quoi le dit concierge lui
-dit qu'il n'étoit jamais content et comment faisoit-il au château
-lorsqu'il n'avoit que vingt sols, à quoi le citoyen Quadot a répondu
-qu'il avoit des Bonnes-âmes qui l'aidoit lui est sa famille, est que
-sa femme travailloit mais que n'étant plus jeune ni lui non plus ils
-seroit bien malheureux qu'ils fussent obligéz d'aller mendier leurs
-pains, tandis que lui concierge ne ce contentant pas de sa place
-cherchoit encor à retenir le salaire d'un malheureux. Cependant
-d'après cette explication il le paya à raison de trente sols par jour
-depuis le mois de novembre 1792 (v. style); quand au bois et la
-chandelle, il n'en avoit pas la moitié de son besoin.
-
-Voici le précis de son état qu'il vous a exposéz.--Actuellement voici
-où ce borne sa demarche auprès de vous citoyens administrateurs.
-
-Le citoyen Flüry garçon du citoyen Sulleau, ordonna le 18 ventôse au
-citoyen Quadot dévacuer le logement qu'il occupe dans la maison de
-rendre les meubles dans le délai de vingt-quatre heures; le malheureux
-Quadot malade d'un coup de pied de cheval qu'il a reçue dans lestomac,
-s'en le sols s'en lit pour ce coucher lui et sa famille...
-
-Je pase sous silence a votre humanité le tableau douloureux d'une
-famille abandonnée, réduite au désespoir.
-
-N'ayant aucunes resources que de votre justices et ayant une conduite
-s'en reproche.
-
-Vous fait la demande de son logement jusqu'au moment où l'on
-disposeroit de la maison autrement: en titre de charité après
-trente-six ans de service; est vous demande aussi de lui faire avoir
-son lit à la prissez un sixième en sus de l'estimation.
-
-Justices qu'il attend de vous citoyens administrateurs ce qui le
-pénétrera de la plus vive reconnoissance.
-
-Le citoyen Quadot ne schachant point signée à fait une
-
- X
-
-_La demande du sieur Quadot est appuyée ainsi par sa section._
-
-Les président et secrétaires de la treizième section au nom de leurs
-concitoyens atestent que le citoyen Kadot est un bon citoyen, qu'il
-est père de quatre enfans dont trois à sa charge et un dans l'armée
-révolutionnaire, qu'en outre il est privé de toute fortune. En
-conséquence, il invite les membres du district de prendre en
-considération son honnêteté, les besoins de sa famille, et de
-permettre qu'il reste dans le logement qu'il occupe jusqu'à ce qu'il
-plaise à la justice du district d'en ordonner autrement.
-
-Versailles, le 21 ventôse, l'an deuxième de la République une et
-indivisible. (11 mars 1794.)
-
- TARDIF, _secrétaire_.
-
-Le registre des délibérations de l'administration du district de
-Versailles nous apprend que,
-
-Dans la séance publique du 16 germinal an II (5 avril 1794),
-
-«Ouï l'agent national provisoire,
-
-»L'administration considérant que la position du réclamant exige des
-égards; que l'humanité souffrante ne peut qu'engager à secourir les
-infortunés;
-
-»Considérant que les intérêts de la République ne doivent pas être
-compromis;
-
-»Arrête que le citoyen Kadot jouira provisoirement du logement qu'il
-occupe à la ci-devant maison d'Élisabeth Capet, jusqu'à ce qu'il ait
-été pris un parti par l'administration pour la vente ou la location de
-cette maison.
-
- »Pour expédition,
-
- »BOURNIZET, _Américain_.
-
- »LECLERC, _p._ {le} _s._»
-
- * * * * *
-
-XIV
-
-LETTRE DES PRINCES AU ROI.
-
-
-SIRE, NOTRE FRÈRE ET SEIGNEUR,
-
-Lorsque l'assemblée qui vous doit l'existence, et qui ne l'a fait
-servir qu'à la destruction de votre pouvoir, se croit au moment de
-consommer sa coupable entreprise; lorsqu'à l'indignité de vous tenir
-captif au milieu de votre capitale, elle ajoute la perfidie de vouloir
-que vous dégradiez votre trône de votre propre main; lorsqu'elle ose
-enfin vous présenter l'option, ou de souscrire des décrets qui
-feroient le malheur de vos peuples, ou de cesser d'être roi, nous nous
-empressons d'apprendre à Votre Majesté que les puissances dont nous
-avons réclamé pour elle le secours, sont déterminées à y employer
-leurs forces; que l'Empereur et le roi de Prusse viennent d'en
-contracter l'engagement mutuel. Le sage Léopold, aussitôt après avoir
-assuré la tranquillité de ses États et amené celle de l'Europe, a
-signé cet engagement à Pilnitz, le 29 du mois dernier, conjointement
-avec le digne successeur du grand Frédéric; ils en ont remis
-l'original entre nos mains, et pour le faire parvenir à votre
-connoissance nous le ferons imprimer à la suite de cette lettre, la
-publicité étant aujourd'hui la seule voie de communication dont vos
-cruels oppresseurs n'aient pu nous priver.
-
-Les autres cours sont dans les mêmes dispositions que celles de Vienne
-et de Berlin. Les princes et États de l'Empire ont déjà protesté, dans
-des actes authentiques, contre les lésions faites à des droits qu'ils
-ont résolu de soutenir avec vigueur. Vous ne sauriez douter, Sire, du
-vif intérêt que les rois Bourbons prennent à votre situation; Leurs
-Majestés Catholique et Sicilienne en ont donné des témoignages non
-équivoques. Les généreux sentiments du roi de Sardaigne, notre
-beau-père, ne peuvent pas être incertains. Vous avez droit de compter
-sur ceux des Suisses, les bons et anciens amis de la France. Jusque
-dans le fond du Nord, un roi magnanime[235] veut aussi contribuer à
-rétablir votre autorité; et l'immortelle Catherine, à qui aucun genre
-de gloire n'est étranger, ne laissera pas échapper celle de défendre
-la cause des souverains.
-
-[Note 235: Le roi de Suède.]
-
-Il n'est point à craindre que la nation britannique, trop généreuse
-pour contrarier ce qu'elle trouve juste, trop éclairée pour ne pas
-désirer ce qui intéresse sa propre tranquillité, veuille s'opposer aux
-vues de cette noble et irrésistible confédération.
-
-Ainsi, dans vos malheurs, Sire, vous avez la consolation de voir les
-puissances conspirer à les faire cesser, et votre fermeté, dans le
-moment critique où vous êtes, aura pour appui l'Europe entière.
-
-Ceux qui savent qu'on n'ébranle vos résolutions qu'en attaquant votre
-sensibilité, voudront sans doute vous faire envisager l'aide des
-puissances étrangères comme pouvant devenir funeste à vos sujets; ce
-qui n'est que vue auxiliaire, ils le travestiront en vue hostile, et
-vous peindront le royaume inondé de sang, déchiré dans toutes ses
-parties, menacé de démembrements. C'est ainsi qu'après avoir toujours
-employé les plus fausses alarmes pour causer les maux les plus réels,
-ils veulent se servir encore du même moyen pour les perpétuer; c'est
-ainsi qu'ils espèrent faire supporter le fléau de leur odieuse
-tyrannie, en faisant croire que tout ce qui la combat conduit au plus
-dur despotisme.
-
-Mais, Sire, les intentions des souverains qui vous donneront des
-secours sont aussi droites, aussi pures que le zèle qui nous les fait
-solliciter; elles n'ont rien d'effrayant ni pour l'État, ni pour vos
-peuples: ce n'est point les attaquer, c'est leur rendre le plus
-signalé de tous les services, que de les arracher au despotisme des
-démagogues, aux calamités de l'anarchie. Vous vouliez assurer plus que
-jamais la liberté de vos sujets, quand des séditieux vous ont ravi la
-vôtre; ce que nous faisons pour parvenir à vous la rendre, avec la
-mesure d'autorité qui vous appartient légitimement, ne peut être
-suspecté de volonté oppressive; c'est au contraire venger la liberté
-que de réprimer la licence; affranchir la nation, que de rétablir la
-force publique, sans laquelle elle ne peut être libre. Ces principes,
-Sire, sont les vôtres; le même esprit de modération et de bienfaisance
-qui caractérise toutes vos actions sera la règle de notre conduite: il
-est l'âme de toutes nos démarches auprès des cours étrangères; et
-dépositaires des témoignages positifs des vues aussi généreuses,
-qu'équitables qui les animent, nous pouvons garantir qu'elles n'ont
-d'autre désir que de vous remettre en possession du gouvernement de
-vos États, pour que vos peuples puissent jouir en paix des bienfaits
-que vous leur avez destinés.
-
-Si les rebelles opposent à ce désir une résistance opiniâtre et
-aveugle, qui force les armées étrangères de pénétrer dans le royaume,
-eux seuls les y auront attirées, sur eux seuls rejailliroit le sang
-coupable qu'il seroit nécessaire de répandre; la guerre seroit leur
-ouvrage. Le but des puissances étrangères n'est que de soutenir la
-partie saine de la nation contre la partie délirante, et d'éteindre au
-sein du royaume le volcan du fanatisme, dont les éruptions propagées
-menacent tous les empires.
-
-D'ailleurs, Sire, il n'y a pas lieu de croire que les François,
-quelque soin qu'on prenne d'enflammer leur bravoure naturelle, en
-exaltant, en électrisant toutes les têtes par des prestiges de
-patriotisme et de liberté, veuillent longtemps sacrifier leur repos,
-leurs biens et leur sang pour soutenir une innovation extravagante qui
-n'a fait que des malheureux. L'ivresse n'a qu'un temps; les succès du
-crime ont des bornes; et on se lasse bientôt des excès, quand on est
-soi-même victime. Bientôt on se demandera pourquoi on se bat, et l'on
-verra que c'est pour servir l'ambition d'une troupe de factieux qu'on
-méprise, contre un roi qui s'est toujours montré juste et humain;
-pourquoi l'on se ruine, et l'on verra que c'est pour assouvir la
-cupidité de ceux qui se sont emparés de toutes les richesses de
-l'État, qui en font le plus détestable usage, et qui, chargés de
-restaurer les finances publiques, les ont précipitées dans un abîme
-épouvantable; pourquoi on viole les devoirs les plus sacrés, et l'on
-verra que c'est pour devenir plus pauvres, plus souffrants, plus
-vexés, plus imposés qu'on ne l'avoit jamais été; pourquoi on
-bouleverse l'ancien gouvernement, et l'on verra que c'est dans le vain
-espoir d'en introduire un qui, s'il étoit praticable, seroit mille
-fois plus abusif, mais dont l'exécution est absolument impossible;
-pourquoi l'on persécute les ministres de Dieu, et l'on verra que c'est
-pour favoriser les desseins d'une secte orgueilleuse qui a résolu de
-détruire toute religion, et par conséquent de déchaîner tous les
-crimes.
-
-Déjà même toutes ces vérités sont devenues sensibles, déjà le voile de
-l'imposture se déchire de toutes parts, et les murmures contre
-l'assemblée qui a usurpé tous les pouvoirs et anéanti tous les droits
-s'étendent d'une extrémité du royaume à l'autre.
-
-Ne jugez pas, Sire, de la disposition du plus grand nombre par le
-mouvement des plus turbulents; ne jugez pas le sentiment national
-d'après l'inaction de la fidélité et son apparente indifférence.
-Lorsque vous fûtes arrêté à Varennes et lorsqu'une troupe de
-satellites vous reconduisit à Paris, l'effroi glaçoit alors tous les
-esprits et faisoit régner un morne silence. Ce qu'on vous cacha, ce
-qui dénote bien mieux le changement qui s'est fait et se fait encore
-de jour en jour dans l'opinion, ce sont les marques de mécontentement
-qui percent de toutes les provinces, et qui n'attendent qu'un appui
-pour éclater davantage; c'est la demande que plusieurs départements
-viennent de former pour que l'Assemblée ait à rendre compte des sommes
-immenses qu'elle a dilapidées depuis sa gestion; c'est la frayeur que
-ses chefs laissent apercevoir, et leurs tentatives réitérées pour
-entrer en accommodement; ce sont les plaintes du commerce et
-l'explosion récente du désespoir de nos colonies; c'est enfin la
-pénurie absolue du numéraire, le refus des contribuables de payer les
-impôts, l'attente d'une banqueroute prochaine, la défection des
-troupes qui, victimes de tous les genres de séduction, commencent à
-s'en indigner, et le progrès toujours croissant des émigrations. Il
-est impossible de se méprendre à de pareils signes, et leur notoriété
-est telle que l'audace même des séducteurs du peuple ne sauroit en
-contester la vérité.
-
-Ne croyez donc pas, Sire, à l'exagération des dangers par lesquels on
-s'efforce de vous effrayer. On sait que, peu sensible à ceux qui ne
-menaceroient que votre personne, vous l'êtes infiniment à ceux qui
-tomberoient sur vos peuples, ou qui pourroient frapper des objets
-chers à votre coeur, et c'est sur eux qu'on a la barbarie de vous
-faire frémir continuellement, en même temps qu'on a l'impudence de
-vanter votre liberté. Mais depuis trop longtemps on abuse de cet
-artifice, et le moment est venu de rejeter sur les factieux qui vous
-outragent l'arme de la terreur qui jusqu'ici a fait toute leur force.
-
-Les grands forfaits ne sont point à craindre lorsqu'il n'y a aucun
-intérêt à les commettre, ni aucun moyen d'éviter, en les commettant,
-une punition terrible. Tout Paris sait, tout Paris doit savoir que si
-une scélératesse fanatique ou soudoyée osoit attenter à vos jours ou à
-ceux de la Reine, des armées puissantes, chassant devant elles une
-milice foible par indicispline, découragée par les remords,
-viendroient aussitôt fondre sur la ville impie qui auroit attiré sur
-elle la vengeance du ciel et l'indignation de l'univers. Aucun des
-coupables ne pourroit échapper aux plus rigoureux supplices; donc
-aucun d'eux ne voudra s'y exposer.
-
-Mais si la plus aveugle fureur armoit un bras parricide, vous verriez,
-Sire, n'en doutez pas, des milliers de citoyens fidèles se précipiter
-autour de la famille royale, vous couvrir, s'il le falloit, de leurs
-corps, et verser tout leur sang pour défendre le vôtre... Eh! pourquoi
-cesseriez-vous de compter sur l'affection d'un peuple dont vous n'avez
-pas cessé un seul moment de vouloir le bonheur?
-
-Le François se laisse facilement égarer, mais facilement aussi il
-rentre dans la route du devoir; ses moeurs sont naturellement trop
-douces pour que ses actions soient longtemps féroces; et son amour
-pour ses rois est trop enraciné dans son coeur, pour qu'une illusion
-funeste ait pu l'en arracher entièrement.
-
-Qui pourroit être plus porté que nous à concevoir des alarmes sur la
-situation d'un frère tendrement chéri? Mais, au dire même de vos plus
-téméraires oppresseurs, ce refus du résumé constitutionnel, que nous
-apprenons vous avoir été présenté par l'Assemblée, le 3 de ce mois, ne
-vous exposeroit qu'au danger d'être destitué par elle de la royauté;
-or ce danger n'en est pas un. Qu'importe que vous cessiez d'être roi
-aux yeux des factieux, lorsque vous le seriez plus glorieusement et
-plus solidement que jamais aux yeux de toute l'Europe et dans le coeur
-de tous vos sujets fidèles? Qu'importe que, par une entreprise
-insensée, on osât vous déclarer déchu du trône de vos ancêtres,
-lorsque les forces combinées de toutes les puissances sont préparées
-pour vous y maintenir et punir les vils usurpateurs qui en auroient
-souillé l'éclat?
-
-Le danger seroit bien plus grand si, en paroissant consentir à la
-dissolution de la monarchie, vous paroissiez affaiblir vos droits
-personnels aux secours de tous les monarques, et si vous sembliez vous
-séparer de la cause des souverains en consacrant une doctrine qu'ils
-sont obligés de proscrire. Le péril augmenteroit en proportion de ce
-que vous montreriez moins de confiance dans les moyens préservateurs;
-il augmenteroit à mesure que l'impression du caractère auguste qui
-fait trembler le crime aux pieds de la majesté royale dignement
-soutenue, perdroit de sa force; il augmenteroit lorsque l'apparence de
-l'abandon des intérêts de la religion pourroit exciter la fermentation
-la plus redoutable; il augmenteroit enfin, si, vous résignant à
-n'avoir plus que le vain titre d'un roi sans pouvoir, vous paroissiez,
-au jugement de l'univers, abdiquer la couronne, dont chacun sait que
-la conservation exige celle des droits inaliénables qui y sont
-essentiellement inhérents.
-
-Le plus sacré des devoirs, Sire, ainsi que le plus vif attachement,
-nous portent à mettre sous vos yeux toutes ces conséquences
-dangereuses de la moindre apparence de foiblesse, en même temps que
-nous vous présentons la masse des forces imposantes qui doit être la
-sauvegarde de votre fermeté.
-
-Nous devons encore vous annoncer, et même nous jurons à vos pieds, que
-si des motifs qu'il nous est impossible d'apercevoir, mais qui ne
-pourroient avoir pour principe que l'excès de la violence et une
-contrainte qui, pour être déguisée, n'en seroit que plus cruelle,
-forçoient votre main de souscrire une acceptation que votre coeur
-rejette, que votre intérêt et celui de vos peuples repoussent, et que
-votre devoir de roi vous interdit expressément, nous protesterions à
-la face de toute la terre, et de la manière la plus solennelle, contre
-cet acte illusoire et tout ce qui pourroit en dépendre; nous
-démontrerions qu'il est nul par lui-même, nul par le défaut de
-liberté, nul par le vice radical de toutes les opérations de
-l'Assemblée usurpatrice, qui, n'étant pas assemblée d'états généraux,
-n'est rien. Nous sommes fondés sur les droits de la nation entière à
-rejeter des décrets diamétralement contraires à son voeu exprimé par
-l'unanimité des cahiers, et nous désavouerions pour elle des
-mandataires infidèles qui, en violant les ordres et transgressant la
-mission qu'elle leur avoit donnée, ont cessé d'être ses représentants;
-nous soutiendrions, ce qui est évident, qu'ayant agi contre leur
-titre, ils ont agi sans pouvoir, et que ce qu'ils n'ont pu faire
-légalement ne peut être accepté validement. Notre protestation, signée
-avec nous par tous les princes de votre sang qui nous sont réunis,
-seroit commune à toute la maison de Bourbon, à qui ses droits
-éventuels à la couronne imposent le devoir d'en défendre l'auguste
-dépôt. Nous protesterions pour vous-même, Sire, en protestant pour vos
-peuples, pour la religion, pour les maximes fondamentales de la
-monarchie et pour tous les ordres de l'État.
-
-Nous protesterions pour vous et en votre nom contre ce qui n'en auroit
-qu'une fausse empreinte. Votre voix étant étouffée par l'oppression,
-nous en serions les organes nécessaires, et nous exprimerions vos
-vrais sentiments, tels qu'ils sont consignés au serment de votre
-avénement au trône, tels qu'ils sont constatés par les actions de
-votre vie entière, tels qu'ils se sont montrés dans la déclaration que
-vous avez faite au moment où vous vous êtes cru libre; vous ne pouvez
-pas, vous ne devez pas en avoir d'autres, et votre volonté n'existe
-que dans les actes où elle respire librement.
-
-Nous protesterions pour vos peuples, qui, dans leur délire, ne peuvent
-apercevoir combien ce fantôme de constitution nouvelle qu'on fait
-briller à leurs yeux et aux pieds duquel on les fait jurer vainement,
-leur deviendroit funeste. Lorsque ces peuples, ne connoissant plus ni
-chef légitime, ni leurs intérêts les plus chers, se laissent entraîner
-à leur perte; lorsque, aveuglés par de trompeuses promesses, ils ne
-voient pas qu'on les anime eux-mêmes à détruire les gages de leur
-sûreté, les soutiens de leur repos, les principes de leur subsistance
-et tous les liens de leur association civile, il faut en réclamer pour
-eux le rétablissement, il faut les sauver de leur propre frénésie.
-
-Nous protesterions pour la religion de nos pères, qui est attaquée
-dans ses dogmes et dans son culte, comme dans ses ministres; et
-suppléant à l'impuissance où vous serez de remplir vous-même vos
-devoirs de fils aîné de l'Église, nous prendrions en votre nom la
-défense de ses droits, nous nous opposerions à des spoliations qui
-tendent à l'avenir; nous nous élèverions avec force contre des actes
-qui menacent le royaume des horreurs du schisme, et nous professerions
-hautement notre attachement inaltérable aux règles ecclésiastiques
-admises dans l'État, desquelles vous avez juré de maintenir
-l'observation.
-
-Nous protesterions pour les maximes fondamentales de la monarchie,
-dont il ne vous est pas permis, Sire, de vous départir, que la nation
-elle-même a déclarées inviolables, et qui seroient totalement
-renversées par les décrets qu'on vous présente, spécialement par ceux
-qui, en excluant le Roi de l'exercice du pouvoir législatif,
-abolissent la royauté même; par ceux qui en détruisent tous les
-soutiens, en supprimant les rangs intermédiaires; par ceux qui, en
-nivelant tous les états, anéantissent jusqu'au principe de
-l'obéissance; par ceux qui enlèvent au monarque les fonctions les plus
-essentielles du gouvernement monarchique, ou qui le rendent subordonné
-dans celles qu'ils lui laissent; par ceux enfin qui ont armé le
-peuple, qui ont annulé la force publique, et qui, en confondant tous
-les pouvoirs, ont introduit en France la tyrannie populaire.
-
-Nous protesterions pour tous les ordres de l'État, parce que,
-indépendamment de la suppression intolérable et impossible prononcée
-contre les deux premiers ordres, tous ont été lésés, vexés,
-dépouillés, et nous aurions à réclamer tout à la fois les droits du
-clergé, qui n'a voulu montrer une ferme et généreuse résistance que
-pour les intérêts du ciel et les fonctions du saint ministère; les
-droits de la noblesse, qui, plus sensible aux outrages faits au trône
-dont elle est l'appui qu'à la persécution qu'elle éprouve, sacrifie
-tout pour manifester par un zèle éclatant qu'aucun obstacle ne peut
-empêcher un chevalier françois de demeurer fidèle à son roi, à sa
-patrie, à son honneur; les droits de la magistrature qui regrette,
-beaucoup plus que la privation de son état, de se voir réduite à gémir
-en silence de l'abandon de la justice, de l'impunité des crimes et de
-la violation des lois dont elle est essentiellement dépositaire;
-enfin, des droits des possesseurs quelconques, puisqu'il n'est point
-en France de propriété qui ait été respectée, point de citoyens
-honnêtes qui n'aient souffert.
-
-Comment pourriez-vous, Sire, donner une approbation sincère et valide
-à la prétendue constitution qui a produit tant de maux!
-
-Dépositaire usufruitier du trône que vous avez hérité de vos aïeux,
-vous ne pouvez ni en aliéner les droits patrimoniaux, ni détruire la
-base constitutive sur laquelle il est assis.
-
-Défenseur-né de la religion de vos États, vous ne pouvez pas consentir
-à ce qui tend à sa ruine, et abandonner ses ministres à l'opprobre.
-
-Débiteur de la justice à vos sujets, vous ne pouvez pas renoncer à la
-fonction essentiellement royale de la leur faire rendre par les
-tribunaux légalement constitués et d'en surveiller vous-même
-l'administration.
-
-Protecteur des droits de tous les ordres et des possessions de tous
-les particuliers, vous ne pouvez pas les laisser violer et anéantir
-par la plus arbitraire des oppressions.
-
-Enfin, père de vos peuples, vous ne pouvez pas les livrer au désordre
-de l'anarchie.
-
-Si le crime qui vous obsède et la violence qui vous lie les mains ne
-vous permettent pas de remplir ces devoirs sacrés, ils n'en sont pas
-moins gravés dans votre coeur en traits ineffaçables, et nous
-accomplirons votre volonté réelle en suppléant, autant qu'il est en
-nous, à l'impuissance où vous êtes de l'exercer. Dussiez-vous même
-nous le défendre, et fussiez-vous forcé de vous dire libre en nous le
-défendant, ces défenses évidemment contraires à vos sentiments,
-puisqu'elles le seroient au premier de vos devoirs; ces défenses
-sorties du sein de votre captivité, qui ne cessera réellement que
-quand vos peuples seront rentrés dans le devoir et vos troupes sous
-votre obéissance; ces défenses qui ne pourroient avoir plus de valeur
-que tout ce que vous avez fait avant votre sortie et que vous avez
-désavoué ensuite; ces défenses enfin, qui seroient imprégnées de la
-même nullité que l'acte approbatif contre lequel nous serions obligés
-de protester, ne pourroient certainement pas nous faire trahir notre
-devoir, sacrifier vos intérêts et manquer à ce que la France auroit
-droit d'exiger de nous en pareille circonstance; nous obéirons, Sire,
-à vos véritables commandements, en résistant à des défenses
-extorquées, et nous serions sûrs de votre approbation en suivant les
-lois de l'honneur. Notre parfaite soumission vous est trop connue pour
-que jamais elle vous paroisse douteuse. Puissions-nous être bientôt au
-moment heureux où, rétabli en pleine liberté, vous nous verrez voler
-dans vos bras, y renouveler l'hommage de notre obéissance et en donner
-l'exemple à tous vos sujets.
-
-Nous sommes, Sire, notre frère et seigneur, de Votre Majesté
-
- Les très-humbles et très-obéissants frères, serviteurs et sujets,
-
- LOUIS-STANISLAS-XAVIER. CHARLES-PHILIPPE.
-
- Au château de Schonburnstust, près Coblentz, le 10 septembre 1791.
-
- * * * * *
-
-XV
-
-PROCLAMATION DU ROI
-
-A L'OCCASION DE LA JOURNÉE DU 20 JUIN 1792.
-
-Les Français n'auront pas appris sans douleur qu'une multitude égarée
-par quelques factieux est venue à main armée dans l'habitation du Roi,
-a traîné du canon jusque dans la salle des gardes, a enfoncé les
-portes de son appartement à coups de hache, et là, abusant
-audacieusement du nom de la nation, elle a tenté d'obtenir par la
-force la sanction que Sa Majesté a constitutionnellement refusée à
-deux décrets.
-
-Le Roi n'a opposé aux menaces et aux insultes des factieux que sa
-conscience et son amour pour le bien public.
-
-Le Roi ignore quel sera le terme où ils voudront s'arrêter; mais il a
-besoin de dire à la nation française que la violence, à quelque excès
-qu'on veuille la porter, ne lui arrachera jamais un consentement à
-tout ce qu'il trouvera contraire à l'intérêt public. Il expose sans
-regret sa tranquillité, sa sûreté; il sacrifie même sans peine la
-jouissance des droits qui appartiennent à tous les hommes, et que la
-loi devrait faire respecter chez lui, comme chez tous les citoyens;
-mais, comme représentant héréditaire de la nation française, il a des
-devoirs sacrés à remplir; et, s'il peut faire le sacrifice de son
-repos, il ne fera pas le sacrifice de ses devoirs.
-
-Si ceux qui veulent renverser la monarchie ont besoin d'un crime de
-plus, ils peuvent le commettre. Dans l'état de crise où elle se
-trouve, le Roi donnera jusqu'au dernier moment à toutes les autorités
-constituées l'exemple du courage et de la fermeté qui seuls peuvent
-sauver l'empire. En conséquence, il ordonne à tous les corps
-administratifs et municipaux de veiller à la sûreté des personnes et
-des propriétés.
-
- _Signé:_ LOUIS.
-
-FIN.
-
-
-
-
-TABLE
-
-DU SECOND VOLUME.
-
- LIVRE VIII. CAPTIVITÉ DE LA FAMILLE ROYALE AU TEMPLE (depuis le
- 13 août 1792 jusqu'au 21 janvier 1793) 1
-
- ---- IX. DEPUIS LA MORT DE LOUIS XVI JUSQU'À LA TRANSLATION DE
- MARIE-ANTOINETTE À LA CONCIERGERIE (21 janvier--2 août 1793) 103
-
- ---- X. DEPUIS LE DÉPART DE LA REINE JUSQU'À CELUI DE MADAME
- ÉLISABETH.--INTERROGATOIRE DE CETTE PRINCESSE
- (2 août 1793--9 mai 1794) 149
-
- ---- XI. MEURTRE DE MADAME ÉLISABETH 191
-
- APPENDICE.--DOCUMENTS CONCERNANT LES RECHERCHES QUI ONT ÉTÉ
- FAITES POUR RETROUVER ET CONSTATER LES RESTES DE
- MADAME ÉLISABETH 263
-
- LETTRES DE MADAME ÉLISABETH 371
-
- NOTES, DOCUMENTS ET PIÈCES JUSTIFICATIVES 477
-
- I. Lettre écrite de Paris par M. Repiquet, fédéré d'Autun,
- département de Saône-et-Loire, à M. Repiquet, son frère,
- citoyen audit Autun, sur les événements du 10 août 477
-
- II. Lettre du vicaire de Fontenay de Vincennes à Madame
- Élisabeth 480
-
- III. Aspect extérieur de la tour du Temple; personnel commis
- à sa garde; dispositions prises pour la sûreté de cette
- prison 481
-
- IV. Mémoire de madame Marie-Antoinette 486
-
- V. Mémoires des médicaments fournis au Temple pendant les
- mois de _mai_, _juin_ et _juillet_ 1793 489
-
- VI. Détails que M. de Loménie de Brienne, ancien ministre
- de la guerre, n'a pu lire ni faire lire pour sa
- justification 493
-
- VII. Extrait du registre des dépôts au greffe du tribunal
- révolutionnaire 496
-
- VIII. Acte de décès de Marie Magnin, femme de Jacques Bosson 499
-
- IX. Acte de décès de Jacques Bosson 500
-
- X. Maison de Madame Élisabeth 500
-
- I. Arrêté de Delacroix, affectant à la manufacture
- d'une horlogerie automatique la maison dite Élisabeth,
- l'orangerie et la vacherie qui en dépendent, et plaçant
- cet établissement sous la direction des citoyens
- Glaesner et Lemaire 500
-
- II. Arrêté consulaire supprimant la manufacture
- d'horlogerie de Versailles 503
-
- III. L'aliénation de la maison Élisabeth est décidée 503
-
- IV. Vente de la maison Élisabeth 504
-
- XI.--I. Le 8 octobre 1793, triage, réserve et vente des
- fleurs du jardin de Montreuil 509
-
- II. Le 10 ventôse an II (28 février 1794), le commissaire
- à la disposition des plantes fait son rapport 513
-
- III. Le 14 ventôse an II (4 mars 1794), l'administration
- décide que la location des potagers, orangerie et
- jardins, ci-devant appartenant à Élisabeth Capet,
- sera mise à l'enchère 515
-
- IV. Le 25 frimaire an III (15 décembre 1794), le
- directeur de l'agence nationale de l'enregistrement
- et des domaines annonce qu'il résulte des informations
- prises que les dégradations journalières commises dans
- le jardin Élisabeth sont le fait du citoyen Leblanc,
- locataire actuel du jardin, qui y laisse habituellement
- pâturer ses vaches. Il invite l'agent national à intenter
- au délinquant, s'il y a lieu, une action judiciaire 516
-
- XII. Récit du Père Carrichon 517
-
- XIII. Pièces diverses concernant Madame Élisabeth 527
-
- I. Son acte de baptême 527
-
- II. Sa nourrice 528
-
- III. État des appointements de ses dames de compagnie 530
-
- IV. État des meubles de son appartement au château de
- Versailles 533
-
- V. État de ses diamants et perles 547
-
- VI. État des distributions d'étrennes 548
-
- VII. Registre des pensions trouvé chez Madame Élisabeth 554
-
- VIII. Appointements de ses dames de compagnie en 1790 557
-
- IX. Détail des dépenses extraordinaires de la chambre de
- Madame Élisabeth 558
-
- X. Déménagement des meubles de la chambre de Madame
- Élisabeth, qui ont été transportés au Garde-meuble,
- rue Neuve-Notre-Dame, nº 9, par Jubin, valet de
- chambre tapissier 561
-
- XI. Liste des livres de Madame portés à Paris 565
-
- XII. Livres retirés de la bibliothèque de Montreuil 569
-
- XIII. Nouvelles publications 570
-
- XIV. Mémoire des ouvrages faits et fournis pour S. A. R.
- Madame Élisabeth de France par Bourbon 574
-
-DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON ÉLISABETH, SISE AU GRAND MONTREUIL.
-
- I. Maison de Montreuil et son jardin; le produit pendant
- l'année 1790 575
-
- II. Consigne du suisse de garde pour le jardin et les
- bosquets de la maison de Montreuil, donnée par M. Huvé 576
-
- III. Autre consigne, donnée par le sieur Sulleau 576
-
- IV. Ouvrages de la bibliothèque de Montreuil qui seraient
- également bien placés dans celle de Paris 578
-
- V. Apposition des scellés sur les portes de la maison
- Élisabeth, 12 mars 1792 581
-
- VI. 8 octobre 1792. Les individus autorisés à demeurer dans la
- maison Élisabeth témoignent, par l'organe du citoyen Sulleau,
- concierge garde-meuble de ladite maison, le désagrément et la
- gène qu'ils éprouvent de l'apposition des scellés 582
-
- VII. Les citoyens Boissy et Borel, avec l'autorisation de la
- commune de Versailles, apposent les scellés sur toutes les
- portes extérieures de la maison et du jardin Élisabeth,
- malgré les représentations du sieur Sulleau 583
-
- VIII. État de la vacherie au mois d'octobre 1792 584
-
- IX. Heuber, suisse et gardien de la maison Élisabeth, et
- Bonifacy, garde-bosquets, se plaignent des dégâts qui se
- font journellement dans l'enclos 584
-
- X. Réclamations de Noël Gauthier et de Jullien Gauthier
- frères 585
-
- XI. Règlement de l'apposition des scellés, noms des personnes
- employées et autorisées à loger dans la maison Élisabeth 585
-
- XII. Lettre du maire de Versailles autorisant l'ouverture de la
- grande porte de la maison: ordre donné à ce sujet par le
- directoire du district de Versailles 586
-
- XIII. Heuber, gardien de la maison Élisabeth, n'ayant pas de pain
- pour nourrir ses trois gros chiens, demande ce qu'il doit en
- faire.
-
- Avis du directeur de la régie nationale de l'enregistrement 587
-
- XIV. Sept ouvriers jardiniers de la maison Élisabeth réclament
- le payement de trente-six livres chacun, qu'ils recevaient
- annuellement, à titre de gratification, de l'ordre de la
- princesse.
-
- Réponse du directoire du département 588
-
- XV. Musset, Contant et Monjardet, commissaires de la Convention
- nationale, du district de Versailles et de la municipalité
- de ladite ville, visitent la maison Élisabeth, et en examinent
- les appartements et les meubles 589
-
- XVI. Le 9 nivôse an II, Lacolonge sollicite la place de jardinier
- de la maison Élisabeth, laissée vacante par le décès de Coupry.
- Cette demande est appuyée par le directeur de la régie
- nationale 590
-
- XVII. Le 7 ventôse an II (25 février 1794), les scellés sont levés
- sur toutes les portes extérieures de la propriété 591
-
- XVIII. Le citoyen Quadot, qui a servi sous le tyran Louis XV, et
- qui est chargé de famille et sans ressource, réclame la faveur
- d'être réintégré dans le logement qu'il occupait dans la maison
- Élisabeth. Sa demande, appuyée par sa section, est couronnée
- de succès 592
-
- XIV. Lettre des Princes au Roi 594
-
- XV. Proclamation du Roi à propos de la journée du 20
- juin 1792 602
-
-
-PLACEMENT DES GRAVURES ET AUTOGRAPHES.
-
- Portrait de Madame Élisabeth à vingt-neuf ans Au frontispice.
-
- Acte d'accusation 204
-
- Procès-verbal d'exécution de mort 230
-
- Plan du cimetière de Monceaux 232
-
- Plan de l'ancien cimetière de la Madeleine 251
-
-
-[Notes au lecteur de ce fichier numérique:
-
---L'orthographe trouvée dans le livre a été conservée, mais certains
-accents ont été restaurés pour faciliter la lecture.
-
---Les lettres supérieures inhabituelles sont entre parenthèses.
-
---Le signe [V=] représente un V avec deux barres horizontales et Ø est
-un O barré horizontalement. Le signe [±] représente une croix.
-
---Le signe utilisé comme signe monétaire dans ce fichier est différent de
-celui utilisé dans le livre [#].
-
---Dans l'illustration "Procès-verbal d'exécution de mort", les mots
-entre parenthèses sont manuscrits.]
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of La Vie de Madame Élisabeth, soeur de
-Louis XVI (Volume 2 / 2), by Alcide de Beauchesne
-
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-and the Foundation information page at www.gutenberg.org
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-Foundation
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-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
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