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Travers -and the Online Distributed Proofreading Team at -http://www.pgdp.net (This book was created from images of -public domain material made available by the University -of Toronto Libraries -(http://link.library.utoronto.ca/booksonline/).) - - - - - - - - - -LA VIE - -DE - -MADAME ÉLISABETH - -SOEUR DE LOUIS XVI - -Par M. A. de BEAUCHESNE - - -OUVRAGE - -ENRICHI DE DEUX PORTRAITS GRAVÉS EN TAILLE-DOUCE - -SOUS LA DIRECTION DE M. HENRIQUEL DUPONT - -PAR MORSE ET ÉMILE ROUSSEAU - -DE FAC-SIMILÉ, D'AUTOGRAPHES ET DE PLANS - - -ET PRÉCÉDÉ D'UNE - -LETTRE DE Mgr DUPANLOUP - -ÉVÊQUE D'ORLÉANS. - - -TOME SECOND - - -PARIS - -HENRI PLON, IMPRIMEUR-ÉDITEUR - -RUE GARANCIÈRE, 10 - -MDCCCLXIX - -_Tous droits réservés._ - - - - -[Illustration: _Madame Élisabeth._] - - - - -MADAME ÉLISABETH. - - - - -LIVRE HUITIÈME. - -CAPTIVITÉ DE LA FAMILLE ROYALE AU TEMPLE. - -DEPUIS LE 13 AOÛT 1792 JUSQU'AU 21 JANVIER 1793. - - «Souvenez-vous de ceux qui sont dans les chaînes, comme si vous - étiez vous-mêmes avec eux; et de ceux qui sont affligés, comme - étant vous-mêmes dans un corps mortel.» - - _Épître de S. PAUL aux Hébreux_, chap. XIII, v. 3. - - Coup d'oeil rétrospectif sur le 10 août. -- Installation de la - famille royale dans la petite tour du Temple; Madame Élisabeth a - une cuisine pour demeure. -- Mademoiselle Pauline de Tourzel - partage sa chambre. -- Dénûment de cette jeune fille; Madame - Élisabeth lui donne une de ses robes, qui, n'allant point à sa - taille, est refaite par la Reine, par Madame Élisabeth et par - elle-même. -- Toutes les personnes qui ne sont pas membres de la - famille royale sont emmenées à la Commune. -- De là la princesse - de Lamballe, mesdames de Tourzel, les femmes de chambre de la - Reine, d'Élisabeth et des enfants, sont conduites à la Force. -- - Emploi de la journée au Temple. -- Pénurie. -- Outrages. -- - Manière dont les nouvelles du dehors arrivent au Roi. -- Tison et - sa femme, espions plus que serviteurs de la famille royale. -- - Hue surprend Élisabeth en prière. -- Prière de la princesse. -- - Suppression des maisons religieuses. -- Napoléon Bonaparte va - réclamer sa soeur à la maison de Saint-Louis, à Saint-Cyr. -- - Difficultés qu'il éprouve: il réussit enfin. -- Manuel, au - Temple, rassure Louis XVI sur la vie de M. Hue. -- Registre de la - petite Force, écrou des prisonnières. -- Meurtre de madame de - Lamballe. -- Sa tête portée au Temple. -- Témoignages de - sympathie donnés à la famille royale, qui apprend que madame de - Tourzel, la princesse de Tarente et la marquise de la Roche-Aymon - ne sont pas mortes, mais en même temps que les prisonniers de la - haute cour d'Orléans, et parmi eux le duc de Brissac et M. de - Lessart, ont été massacrés à Versailles. -- Hue fait des - démarches pour rentrer au Temple; sa visite à Chaumette. -- La - Convention remplace l'Assemblée législative. -- La royauté - abolie. -- Madame Élisabeth indique à Cléry la manière dont il - doit formuler la demande des objets nécessaires à la famille - royale. -- L'armoire de fer découverte. -- On enlève à la famille - royale tout moyen d'écrire. -- Le Roi est séparé de sa famille. - -- Cléry arrêté et conduit au Palais de justice; il rentre au - Temple. -- La Reine et Madame Élisabeth installées dans la grande - Tour. -- Description de leur nouvelle demeure. -- Point de - changement dans les habitudes de la famille. -- Surveillance plus - sévère. -- Le docteur Leclerc, officier municipal de service à la - tour, ayant remis à la Reine un remède pour sa fille qui avait - une dartre sur la joue, est censuré. -- Avanies. -- Élisabeth - sans nouvelles de ses amies. -- Maladie du Roi, du Dauphin, de la - Reine, de Madame Royale, de Madame Élisabeth. -- Cléry soigné par - la famille royale. -- Dévouement d'Élisabeth. -- Nouvelle - municipalité; le nombre des commissaires au Temple est doublé. -- - Surveillance rigoureuse. -- Madame Cléry apprend à son mari que - le Roi sera jugé; Cléry l'apprend au Roi. -- _Louis Capet_. -- Le - Roi devant la Convention. -- Paroles de Madame Élisabeth à - Cléry. -- Moyen de s'entendre convenu entre eux. -- Le Roi - choisit ses conseils. -- Commission de la Convention envoyée au - Temple. -- Testament du Roi. -- Le Roi de nouveau devant la - Convention. -- Sa défense. -- Le Roi déclaré coupable. -- Message - à M. Edgeworth de Firmont. -- Condamnation du Roi. -- Appel à la - nation. - - -Entraînée par les événements de la révolution, dont on peut dire -qu'ils courent plutôt qu'ils ne marchent, l'histoire se précipite au -dénoûment comme le drame, en laissant derrière elle les agitations -intellectuelles et morales, les intentions qui ne se sont pas -traduites en faits, tous ces projets mort-nés, ces combinaisons -avortées qui font cependant partie de l'histoire, car une époque vit -par la pensée comme par l'action. Maintenant que le sinistre -dénoûment, précurseur d'un dénoûment plus sinistre encore, est -intervenu, et que la famille royale est captive au Temple, le moment -est arrivé de jeter un regard rétrospectif sur les dernières étapes de -la route que nous avons si rapidement parcourue, et d'éclaircir une -question qui se présente à l'esprit du lecteur comme un douloureux -problème. D'où vient que rien n'a été tenté pour prévenir la -catastrophe du 10 août? Cette catastrophe, qui, pour nous, a un -caractère fatal et inévitable, était-elle donc imprévue pour les -hommes de ce temps-là? Ou bien n'y avait-il plus personne qui songeât -à sauver la famille royale des périls qui la menaçaient, en mettant, -s'il le fallait, sa vie pour enjeu dans cette redoutable partie? - -L'historien de Madame Élisabeth n'a pas le droit de laisser ces -questions derrière lui sans chercher à les résoudre, d'autant plus que -la soeur de Louis XVI, entraînée dans la catastrophe commune, se -trouva naturellement mêlée aux préoccupations et aux agitations qui la -précédèrent. Peu à peu le jour se fait non-seulement sur l'ensemble de -la révolution, mais sur ses détails. Les Mémoires des principaux -personnages mêlés à ses diverses scènes viennent successivement -éclairer les points restés dans l'ombre. C'est ainsi que les Mémoires -de Malouet, récemment publiés par son petit-fils, nous apportent des -lumières nouvelles sur les questions que nous avons à coeur -d'éclaircir. - -Après la journée du 20 juin 1792, le parti constitutionnel, effrayé à -son tour de la rapidité avec laquelle la révolution se précipitait -vers l'anarchie, songea à se rapprocher du Roi et à sauver en même -temps la Constitution, oeuvre de la veille, et la monarchie -traditionnelle, oeuvre des siècles. On n'a point oublié la démarche -que fit le général la Fayette en quittant son armée pour venir -protester à l'Assemblée contre les violences du 20 juin. Ce n'était là -que la partie extérieure de sa démarche; lui et les constitutionnels -auraient voulu faire plus[1]. Leur désir et leur projet étaient de -décider le Roi à partir pour l'armée, en portant, s'il le fallait, une -division du général la Fayette sur Compiègne pour favoriser le départ -de la famille royale, que les gardes suisses et les bataillons les -plus fidèles de la garde nationale auraient aidée à sortir de Paris, -malgré l'Assemblée. Ce plan, déjà conçu dans le mois de mai 1792, fut -repris avec plus d'insistance à la fin de juin; mais il échoua, et il -devait échouer, parce qu'il y avait trop d'ombrages entre le Roi et -les chefs du parti constitutionnel; le passé les séparait par des -souvenirs qui devenaient à la fois des appréhensions et des rancunes. -Au fond, ce qu'ils proposaient à Louis XVI, c'était de se confier -d'une manière absolue à leur génie politique, à leur énergie, à leur -fidélité, et de refaire avec le général la Fayette la seconde édition -de ce voyage de Varennes qui avait manqué avec un homme bien autrement -résolu, le comte de Bouillé. Or, le Roi, la Reine et Madame Élisabeth -croyaient peu au génie politique des constitutionnels, moins encore à -leur énergie dans l'action, et, si l'on en excepte quelques-uns, comme -le loyal Malouet, auquel ils accordaient une confiance méritée, ils se -méfiaient de leur fidélité. En outre, le souvenir du funeste dénoûment -du voyage de Varennes planait comme une ombre néfaste sur l'esprit du -Roi, et augmentait ses répugnances. Au moins, à l'époque de ce voyage, -Louis XVI acceptait les chances périlleuses de la fuite pour aller -régner; en juin ou en juillet 1792, il ne les eût acceptées que pour -aller abdiquer[2] son pouvoir entre les mains des constitutionnels, -parti en général honnête, mais peu pratique, qui ne lui présentait ni -un homme de gouvernement ni un homme d'action. - -[Note 1: «M. la Fayette, qui jugeoit plus sainement alors l'état des -choses qu'au commencement de la révolution, dit Malouet, étoit de -bonne foi dans son désir de se consacrer au salut du Roi et de la -Constitution, après avoir contribué à mettre l'un et l'autre fort en -péril. Il étoit sûr de son armée et de celle de son collègue Luckner, -si le Roi consentoit à se mettre à leur tête. Il étoit venu au mois de -mai à Paris pour lui en faire la proposition, et comme il savoit que -Sa Majesté avoit confiance en moi, il me fit demander un rendez-vous -chez madame la princesse d'Hénin, où étoient madame de Poix et madame -de Simiane.» (_Mémoires de Malouet_, publiés par son petit-fils, t. -II, p. 143.)] - -[Note 2: «Il étoit bien entendu, dit Malouet, que l'adhésion du Roi à -l'acte constitutionnel et à ceux qui le défendoient seroit franche et -entière.» Plus loin il ajoute: «Quels que furent les voeux, les -espérances de la famille royale, rien ne peut justifier l'imprudence -du Roi de s'être isolé sans défense au milieu de ses ennemis, de -n'avoir su ni voulu rallier à lui un parti national.» - -Malouet, malgré ses bonnes intentions, retombe ici dans la logomachie -qui fit tant de mal à cette époque. Où était ce parti national? -Savait-il ce qu'il voulait, ce qu'il faisait? Avant et après Varennes, -n'avait-il pas traité le Roi en ennemi?] - -Voilà la première raison du refus qu'opposa Louis XVI aux propositions -du parti constitutionnel et du général la Fayette dans le mois qui -précéda le 10 août, et si Madame Élisabeth n'eut pas à se prononcer -directement, il est vraisemblable qu'elle donna à la décision de son -frère une pleine adhésion[3]. Personne moins que cette princesse -n'avait de confiance dans les esprits chimériques du parti -constitutionnel, et ne leur reconnaissait moins la puissance de faire -remonter à la monarchie la pente au bas de laquelle ils avaient tant -contribué à la précipiter. Il faut ajouter que la manière dont le -général la Fayette avait été reçu à Paris, et la précipitation avec -laquelle il avait été obligé de rejoindre son armée, n'étaient pas de -nature à donner confiance dans sa force[4]. - -[Note 3: C'est la conviction de l'honnête Malouet: «Croira-t-on, -dit-il, que le Roi, qui avoit l'esprit juste; que la Reine, qui ne -manquoit ni de lumière ni de courage; que Madame Élisabeth, qui en -avoit beaucoup, se réduisissent volontairement, au milieu des plus -grands dangers, à une complète inaction?»] - -[Note 4: La Reine écrivait le 4 juillet au comte de Mercy: «Vous -connoissez déjà les événements du 20 juin, notre position devient tous -les jours plus critique. Il n'y a que violence et rage d'un côté, -foiblesse et inertie de l'autre. On ne peut compter ni sur la garde -nationale ni sur l'armée; on ne sait s'il faut rester à Paris ou se -jeter ailleurs.» La journée du 10 août donna tristement raison à la -Reine pour la garde nationale; la nécessité où fut le général la -Fayette de s'enfuir et d'émigrer après le 10 août lui donna tristement -raison pour l'armée. Malouet dit lui-même: «Dans Paris, où la majorité -constitutionnelle étoit encore plus nombreuse que dans l'Assemblée, ce -fut la plus vile populace et les scélérats dont elle suivait -l'impulsion qui se montrèrent les plus forts, et imprimèrent à tous -les citoyens la terreur qui les a dominés pendant tout le cours de la -révolution.» (Arneth, _Marie-Antoinette_, Joseph und Leopold, p. -265.)] - -Le second motif qui empêcha le Roi et la famille royale d'accepter le -plan des constitutionnels, au succès duquel ils ne croyaient pas, -c'est qu'ils avaient des espérances ailleurs. Malouet indique quelles -étaient ces espérances. D'abord, la Reine comptait sur une déclaration -de tous les rois de l'Europe, provoquée par l'Empereur son frère, qui -rendrait l'Assemblée et Paris responsables de la vie du Roi et de -celle de sa famille. «Je ne doute pas, dit-il, que la sécurité et les -espérances de la Reine et de Madame Élisabeth ne se rattachassent aux -secours des puissances étrangères que le Roi n'a jamais provoqués -qu'avec beaucoup de circonspection et en se flattant toujours -d'écarter une guerre nationale.» Puis il ajoute en faisant ressortir -les inconvénients de cette combinaison, dont les scrupules -patriotiques du Roi diminuaient encore les chances de réussite: -«Cette combinaison étoit aussi inconséquente que toutes les autres. -Il n'y avoit rien de précis, rien de complet dans son plan; les -pouvoirs secrets donnés au baron de Breteuil étoient éventuels, plus -vagues qu'illimités; ils n'appeloient point les armées étrangères ni -les corps d'émigrés rassemblés au dehors; ils tendoient à une -médiation des alliés de la France.» - -Ces observations de Malouet sont justes, excepté dans leur application -à Madame Élisabeth, qui ne compta jamais sur les secours du dehors; -mais elles prouvent seulement combien la position du Roi et de sa -famille était difficile. Quoi qu'il fît, il y avait de graves -inconvénients à ce qu'il ferait, et la pluralité des moyens entre -lesquels on hésitait était un inconvénient de plus, parce qu'elle -divisait les forces et l'attention, et une preuve qu'il n'y avait pas -de solution qui s'imposât, puisqu'on était ballotté d'expédient en -expédient. Il y avait en effet, outre la combinaison constitutionnelle -et la combinaison européenne, une troisième combinaison contre -laquelle Malouet s'élève avec beaucoup de force: «Je dois le dire en -le déplorant, s'écrie-t-il, une foule d'intrigants ou de gens -officieux entouroient la famille royale; leur zèle aveugle, indiscret, -sans moyens, créoit des espérances de contre-révolution, entretenoit -au nom du Roi des rapports dangereux avec les plus furieux Jacobins, -avec divers membres de l'Assemblée. Guadet, Vergniaud, Pétion, -Santerre, étoient admis à cette correspondance. Nous ne fûmes -instruits qu'au dernier moment de cette misérable intrigue, et nous -sûmes par le Roi lui-même, quelques jours avant le 10 août, que Pétion -et Santerre avoient promis d'empêcher l'insurrection moyennant sept -cent cinquante mille livres, qui servirent à la payer.» - -Ces dernières et curieuses révélations achèvent de caractériser la -position du Roi et de la famille royale au moment du 10 août, et font -comprendre les hésitations prolongées de Louis XVI. Les empiriques -accouraient; chacun avait sa panacée, comme il arrive pour les malades -désespérés. Malheureusement, et c'est ce que Malouet n'a pu voir, n'a -pas vu, les constitutionnels, qui n'avaient plus la majorité dans -l'Assemblée et qui parlaient de faire sortir le Roi de Paris malgré -elle et de l'entourer de l'armée, dont ils étaient peu sûrs, comme -l'événement le prouva après le 10 août, n'étaient pas moins empiriques -que les autres, et leurs moyens n'étaient pas moins aventureux. Une -circonstance fortifia la répugnance presque insurmontable du Roi à -quitter Paris. Les chefs du parti extrême, y compris le _vertueux_ -Pétion (Louis XVI l'avait éprouvé), n'étaient pas incorruptibles. -Sachant que leurs âmes étaient vénales, il crut moins à leur -fanatisme, et méprisa plus ces conducteurs de la populace qu'il ne les -craignit[5]. Louis XVI ne calcula pas assez que ces despotes de la rue -deviennent eux-mêmes les esclaves des passions qu'ils ont surexcitées: -ils ne conduisent pas, ils marchent devant, parce qu'ils sont poussés. - -[Note 5: «Le Roi, dit Malouet, n'avoit pas contre les constitutionnels -une aversion aussi prononcée que la Reine et Madame Élisabeth; mais il -ne s'y fioit pas, et croyoit pouvoir éviter de s'en rapprocher. Le -parti jacobin leur inspiroit plus de mépris que de crainte..... Ils -supposoient les révolutionnaires plus corrompus que fanatiques. (Tome -II, page 157.)] - -Ce fut ainsi qu'on traversa sans parti pris, parce qu'on en avait -plusieurs à prendre, les suprêmes journées que la monarchie eut à -parcourir avant d'aller se briser contre l'écueil qui devenait de plus -en plus visible pour les yeux clairvoyants. De temps en temps et de -distance en distance, la voix des vigies s'élevait pour avertir que le -péril grandissait et qu'on approchait du moment fatal. Ce fut ainsi -que madame de Staël prit une honorable initiative dont la postérité -doit tenir compte à sa mémoire. «En 1792, dit Malouet, qui la -connaissait et l'aimait depuis son enfance, elle en étoit, comme bien -d'autres, aux regrets et au désir de réparer les torts qui pouvoient -être reprochés à elle-même ou aux siens. Elle m'écrivit dans les -premiers jours de juillet pour me prier de passer chez elle; je m'y -rendis. Je la trouvai fort agitée des scènes horribles qui s'étoient -passées et de celles qui se préparoient, car nous étions tous -instruits du projet arrêté pour une insurrection générale contre la -cour dans le commencement d'août. Après quelques réflexions -douloureuses sur cet état de choses, madame de Staël me dit avec la -chaleur qui lui est propre: «Le Roi et la Reine sont perdus, si l'on -ne vient promptement à leur secours, et je m'offre pour les sauver; -oui, moi qu'ils considèrent comme une ennemie, je risquerois ma vie -pour leur salut, et je suis à peu près sûre d'y parvenir sans leur -faire courir aucun risque ni à moi-même. Écoutez-moi; ils ont -confiance en vous. Voici mon projet, qui peut s'exécuter dans trois -semaines en commençant dans deux jours les préliminaires: il y a une -terre à vendre près de Dieppe[6]; je l'achèterai; je mènerai à chaque -voyage un homme sûr à moi, ayant à peu près la taille et la figure du -Roi, une femme de l'âge et de la tournure de la Reine, et mon fils, -qui est de l'âge du Dauphin. Vous savez de quelle faveur je jouis -parmi les patriotes. Quand on m'aura vue voyager avec cette suite deux -fois, il me sera facile d'amener une troisième fois la famille royale, -car je puis fort bien voyager avec mes deux femmes, et Madame -Élisabeth sera la seconde. Voyez si vous voulez vous charger de la -proposition; il n'y a pas de temps à perdre; rendez-moi ce soir ou -demain la réponse du Roi.» - -[Note 6: La terre de Lamotte, appartenant au duc d'Orléans, qui -cherchait en effet à la vendre. Le parc s'étendait jusqu'au bord de la -mer.] - -Après avoir raconté sa conversation avec madame de Staël, Malouet -poursuit ainsi: «Le projet me parut excellent, autant que le sentiment -qui l'avoit suggéré. J'allai sur-le-champ trouver M. de la Porte, -intendant de la liste civile. En lui confiant ce que je venois -d'entendre, je l'engageai à me mener par un escalier dérobé chez le -Roi. Il s'y rendit seul pour m'annoncer, et j'attendois dans un -cabinet qu'on vînt m'avertir; mais au bout d'une demi-heure, je le vis -descendre fort triste. Le Roi et la Reine, craignant que j'insistasse -sur la proposition de madame de Staël, ne demandaient point à me voir. -M. de la Porte ne me conseilla point de monter; il me dit que le Roi -et la Reine n'accepteroient jamais aucun service de madame de Staël; -qu'ils me chargeoient cependant de lui dire qu'ils étoient -très-sensibles à ce qu'elle vouloit faire pour eux; qu'ils ne -l'oublieroient jamais; mais qu'ils avoient des raisons pour ne point -quitter Paris; qu'ils en avoient aussi de ne pas s'y croire dans un -danger imminent. - -»M. de la Porte me confia alors, sans aucun détail, qu'on étoit en -négociation avec les principaux Jacobins; que, moyennant de l'argent, -ils se chargeoient de contenir le faubourg Saint-Antoine.» - -Ce sont les objections plus haut exposées qui reviennent. -Non-seulement le Roi et la Reine croyaient de leur dignité de ne pas -devenir les obligés des personnes qui les avaient offensés, mais ils -ne croyaient pas encore leur fortune descendue à un tel degré qu'ils -n'eussent plus qu'à sauver leur vie en renonçant à cette couronne, -héritage de leur fils. Fuir sur le bord de la mer, c'était bientôt -émigrer, c'était abdiquer. - -Malouet en convient lui-même, comme on va le voir par la suite de son -récit: «Je fis sentir à M. de la Porte, continue-t-il, combien il -étoit fou, coupable même de compter sur de telles ressources; que les -choses en étoient au point qu'il falloit s'assurer de moyens positifs -de résistance et de salut; que la prépondérance des Jacobins à Paris, -leurs projets, leur audace et la férocité de la populace -révolutionnaire menaçoient évidemment la vie du Roi et de la famille -royale; qu'il n'y avoit aucun moyen de leur échapper si on ne les -prévenoit avant l'arrivée des Marseillais, que nous savions être -mandés par le comité de la Commune. Je lui dis qu'au défaut du projet -de madame de Staël, M. de Montmorin s'étoit assuré de M. de Liancourt, -qui commandoit à Rouen et qui avoit quatre régiments à ses ordres; -qu'il seroit facile de les porter à Pontoise, où les gardes suisses -pouvoient conduire Leurs Majestés. Je n'eus pas de peine à convaincre -l'honnête et bon de la Porte; nous convînmes que j'écrirois au Roi, -dans le plus grand détail, tout ce que je pensois des dangers de sa -position et des mesures à prendre pour en sortir. Il se chargea de lui -remettre ma lettre; j'allai la concerter avec M. de Montmorin, et je -n'y oubliai rien. Nous avions depuis le 21 juin arrangé avec -l'ordonnateur de la marine du Havre, M. de Mistral, dévoué au Roi, -l'armement d'un yacht qui auroit reçu la famille royale à Rouen, et -l'eût portée d'abord au Havre, _et, à la dernière extrémité, en -Angleterre_. Ma lettre étoit forte, pressante, très-détaillée sur les -dangers qui menaçoient la famille royale et sur les moyens qui nous -restoient. Je conjurois le Roi, par toutes les raisons qu'il est -inutile de rappeler ici, de prendre un parti ferme et prompt, de nous -laisser le soin de préparer son évasion, ainsi que la liberté d'agir -auprès des royalistes réunis à Paris et des gardes nationales -dévouées, telles que les bataillons des Filles Saint-Thomas et des -Petits-Pères.» - -On éprouve une douloureuse curiosité de connaître la réponse du Roi à -cette proposition. La voici; elle est remarquable, parce qu'elle -indique en deux mots les deux objections capitales que soulève le plan -de Malouet: - -«Ma lettre, continue celui-ci, fut remise au Roi par M. de la Porte -après son dîner, dans le cabinet de la Reine, où il étoit avec la -princesse et Madame Élisabeth. Le Roi la lut sans mot dire, sans la -communiquer, et il se promenoit à grands pas dans la plus vive -anxiété. La Reine lui demanda de qui étoit cette lettre. Sa Majesté -répondit: «Elle est de M. Malouet; je ne vous la communique pas, parce -qu'elle vous troubleroit. Il nous est dévoué, mais il y a de -l'exagération dans ses inquiétudes et peu de sûreté dans ses moyens... -Nous verrons; rien ne m'oblige encore à prendre un parti hasardeux. -L'affaire de Varennes est une leçon.» - -Louis XVI se faisait illusion sur un seul point, c'était quand il -taxait d'exagération les inquiétudes de Malouet sur la gravité de la -situation. Quant au reste, il avait raison; c'était un parti bien -hasardeux: il jouait dans une bataille presque inévitable sa couronne -d'abord, sa vie et celle de sa famille ensuite, et avec combien peu de -chances de son côté, combien peu de sûreté dans les moyens! Pour que -ce plan réussît, il fallait supposer l'invraisemblable, presque -l'impossible; d'abord que tous ces mouvements, faciles à combiner sur -le papier, s'exécutassent avec la même facilité dans une ville où tous -les esprits étaient en éveil, où toutes les passions fermentaient, où -les comités populaires avaient une police qui surveillait le château, -trahi par des serviteurs infidèles, où l'on soupçonnait des projets de -fuite, même quand le Roi ne voulait pas fuir;--ensuite, que la garde -nationale, qui fut si peu nombreuse au 10 août, quand le Roi avait -pour lui la légalité, la municipalité, le département, et en apparence -l'Assemblée, se montrât plus nombreuse, plus hardie, en présence d'une -convocation illégale, en agissant contre la volonté de l'Assemblée en -dehors de l'initiative de la municipalité et du département. Il -fallait enfin que les quatre régiments de M. de Liancourt, travaillés -par les progrès incessants de l'esprit révolutionnaire, fussent plus -dévoués, plus solides, plus résolus que ne l'avaient été un an -auparavant, lors de Varennes, les troupes de M. de Bouillé, qui -avaient montré tant d'hésitation là où elles s'étaient trouvées en -contact avec la population, parlons plus exactement, qui étaient -entrées en défection. Disons tout d'un mot: il fallait que la -résolution, l'initiative, la force, toutes les chances qui -appartenaient aux révolutionnaires passassent tout d'un coup aux -constitutionnels; que ceux-ci fissent tout ce qu'il y avait à faire, -et que ceux-là n'empêchassent point ce qu'il leur était facile -d'empêcher. Si le Roi se faisait des illusions sur la gravité de la -situation, Malouet ne s'en faisait donc pas moins sur les chances de -réussite de son plan et sur les moyens dont disposait le parti -constitutionnel. - -Mais Louis XVI poussait-il la confiance, à la fin du mois de juillet, -aussi loin que semble le supposer Malouet? La suite du récit de -celui-ci, dans lequel Madame Élisabeth va paraître, prouve, ce semble, -le contraire: «La Reine et Madame Élisabeth n'ayant rien répondu (au -Roi), dit-il, cet état d'embarras et de silence détermina M. de la -Porte à se retirer, et on le laissa partir sans lui faire une -question, sans le charger d'une réponse. Lorsqu'il nous rendit à M. de -Montmorin et à moi tout ce qui s'était passé, celui-ci s'écria: «Il -faut en prendre son parti, nous serons tous massacrés, et cela ne sera -pas long!» - -»Quelques heures après cette explication, à deux heures du matin, le -baron de Gilliers arrive fort effrayé dans ma chambre; il avoit la -confiance de Madame Élisabeth, qui l'envoya chercher à minuit et lui -dit: «Nous ignorons, la Reine et moi, ce que M. Malouet a écrit au -Roi; mais il est si troublé, si agité, que nous désirons avoir -connoissance de cette lettre. Rendez-vous chez M. Malouet, et priez-le -de ma part de vous la confier, s'il en a la minute, ou de m'en envoyer -le contenu.» Je remis la minute de ma lettre à M. de Gilliers, qui la -porta à Madame Élisabeth. Cette princesse, après l'avoir lue, lui dit: -«Il a raison, je pense comme lui: je préférerois ce parti-là à tout -autre; mais nous sommes engagés dans d'autres mesures: Dieu sait ce -qui arrivera!» - -Ainsi, Madame Élisabeth, si hasardeux que fût le parti, si peu sûrs -que fussent les moyens, aurait préféré cette sortie armée de Paris à -toutes les autres combinaisons; mais elle se soumettait à la volonté -de son frère, engagé dans d'autres mesures. - -Après avoir lu ces détails, il est impossible de ne pas trouver la -conclusion de Malouet sévère jusqu'à la dureté, jusqu'à l'injustice: - -«Ce n'est pas seulement la foiblesse du Roi et son indécision, dit-il, -qui l'ont perdu, c'est surtout une disposition malheureuse de son -caractère qui le portoit à une demi-confiance pour tous ceux de ses -serviteurs qu'il estimoit, mais jamais à une confiance entière pour -aucun. Madame Élisabeth, qui avoit plus de fermeté et d'esprit que son -frère, participoit à ce triste défaut, et, chose encore plus -singulière, la Reine, qui ne manquoit ni d'esprit ni de décision, -étoit sur ce point à l'unisson avec le Roi et sa belle-soeur. Chacun -d'eux avoit ses demi-confidents, ses agents, ses négociateurs, qui ne -pouvoient se concerter sur rien et devoient se contrarier souvent; -mais ce qui est tout à fait inconcevable quand on connoît bien tout ce -qu'il y avoit de raison, d'instruction et de bons sentiments dans ces -augustes personnes, c'est qu'à aucune époque de la révolution elles -n'aient demandé ni accepté un plan de conduite, et pas même un plan de -défense dans le dernier moment du péril.» - -Ce que ne comprenait point le parti constitutionnel, alors encore -infatué de ses lumières et convaincu, malgré tant de fautes, de son -infaillibilité, la postérité le comprendra peut-être. L'esprit du Roi, -de la Reine et de Madame Élisabeth était perplexe, parce que la -situation était profondément complexe. Dans cette situation funeste -et inextricable, où l'on respirait la démence avec l'air, il n'y avait -pas de plan raisonnable; tous ceux qu'on présentait étaient -déraisonnables par quelque endroit, celui des constitutionnels comme -les autres, on l'a vu. Le Roi, la Reine et Madame Élisabeth -n'accordaient leur confiance entière et complète à personne, parce que -personne ne la méritait, je ne veux point dire au point de vue du -coeur (il y avait des coeurs nobles et dévoués à cette époque), mais -au point de vue de la supériorité transcendante et de la capacité -politique. Ils hésitaient à l'embranchement de plusieurs chemins qui -pouvaient les conduire à l'abîme, parce qu'ils ne voyaient pas -clairement une route de salut, et, au fond, personne ne la voyait -mieux qu'eux. Quand on leur disait: «Le salut est là», ils -regardaient; mais ils ne marchaient pas, parce qu'ils n'apercevaient -pas le salut au bout de la voie où l'on voulait les entraîner. Ils -prêtaient l'oreille à tous les expédients, parce que personne ne leur -apportait la solution du problème. Au fond, les fautes de tous les -partis, les passions et les préventions contraires avaient créé une -situation insoluble; et quand Malouet vient dire que, «dans la -position où étoit Louis XVI, il devoit sans doute se confier avant -tout à l'armée nationale, se mettre à la tête des François qui -vouloient le défendre et qui pouvoient anéantir une faction -criminelle», il prouve une fois de plus que les constitutionnels -prenaient les phrases pour des faits. Où était, en août 1792, l'armée -nationale à la tête de laquelle le Roi pouvait se mettre? les -Français, je parle des Français réunis, organisés, qui voulaient le -défendre et qui étaient capables d'anéantir la faction des Jacobins? -La journée du 10 août a répondu, la journée du 10 août qui ne fut pas, -comme Malouet semble le croire, le résultat des tergiversations, des -hésitations de la famille royale, mais la suite fatale d'une -progression révolutionnaire dont le premier terme s'appelle les 5 et -6 octobre, le second le 20 juin, le troisième le 10 août, qui mènera -au 21 janvier. N'importe, on aime à savoir qu'il y avait à l'approche -de cette terrible épreuve des coeurs généreux qui s'inquiétaient du -sort réservé à la famille royale; qui, voyant venir la marée -révolutionnaire destinée à l'emporter, s'agitaient pour trouver des -digues, et qui briguaient la permission d'opposer leur poitrine au -péril. Malouet, et ce sera l'honneur de sa vie, fut un de ces hommes. -Il a raconté comment, jusqu'au dernier moment, dans la petite réunion -qui avait lieu chez M. de Montmorin, on s'occupa de plans pour sauver -la famille royale. «M. de Lally, dit-il, se trouvoit fréquemment de -nos réunions chez M. de Montmorin, avec MM. de Malesherbes, -Clermont-Tonnerre, Bertrand, la Tour-du-Pin et Gouverneur-Morris, -envoyé des États-Unis, pour qui le Roi avait du goût, et qui donnait à -Sa Majesté, mais aussi inutilement que nous, les conseils les plus -vigoureux. C'est le 7 août que, pour la dernière fois, nous dînâmes -ensemble. Au moment de nous séparer, nous nous fîmes tous un dernier -adieu. Notre conférence avait pour objet de tenter un nouvel effort -pour faire enlever par les Suisses la famille royale et la conduire à -Pontoise. Avertis fort en détail de tous les préparatifs du 10 août, -nous étions assemblés dès le matin chez M. de Montmorin. Il avoit -écrit au Roi pour lui en faire part, et lui dire qu'il n'y avoit plus -à reculer; que nous nous trouverions le lendemain avant le jour, au -nombre de soixante-dix, aux grandes écuries, où l'ordre devoit être -donné de nous livrer des chevaux de selle; que la garde nationale des -Tuileries, commandée par Aclocque, aideroit à notre expédition; que -quatre des compagnies des gardes suisses partiroient à la même heure -de Courbevoie pour venir à la rencontre du Roi; que nous -l'escorterions aux Champs-Élysées, où il monteroit en voiture avec sa -famille. Le porteur de la lettre étant revenu sans réponse, M. de -Montmorin se rendit sur-le-champ chez le Roi; Madame Élisabeth lui -apprit que l'insurrection n'auroit point lieu; que Santerre et Pétion -s'y étoient engagés; qu'ils avoient reçu sept cent cinquante mille -livres pour l'empêcher et ramener les Marseillais dans le parti de Sa -Majesté. Le Roi n'en étoit pas moins inquiet, agité, mais décidé à ne -pas quitter Paris..... Il aimoit mieux s'exposer à tous les dangers -que de commencer la guerre civile.» - -Ce furent les dernières paroles du Roi. Il ne voulait pas commencer la -guerre civile; il ne voulait point quitter Paris, parce que, il le -sentait bien: quitter Paris, c'était quitter la France. On a admiré à -juste titre la trivialité patriotique d'un fougueux révolutionnaire -répliquant à qui lui conseillait de fuir: «Est-ce qu'on emporte sa -patrie à la semelle de ses souliers?» Mais si les souliers de Danton -tenaient à la terre de France, Louis XVI, le descendant de tant de -rois français, y tenait par toutes les fibres de son coeur. Ainsi, le -10 août devait s'accomplir; il s'était accompli: Louis XVI et sa -famille étaient au Temple. - -Avant de suivre la famille royale dans son triste séjour, arrêtons un -moment nos regards sur les triomphateurs du 10 août. Le cynisme -jacobin, qui devait plus tard envahir l'histoire et faire longtemps -illusion à la postérité, débordait dans les écrits et dans les -correspondances de ceux qui avaient pris une part plus ou moins -directe à cette journée. Elle acquérait dans leur imagination -échauffée les proportions d'une grande bataille, et les grotesques -Tyrtées du 10 août chantaient, aux dépens de la vérité et de -l'orthographe[7], cette victoire que la longanimité de Louis XVI et sa -résolution inébranlable de ne pas faire couler le sang français -avaient rendue si facile. - -[Note 7: Voir à la fin du volume aux pièces justificatives, nº I.] - -La petite tour du Temple, que la révolution assignait pour demeure à -la famille royale, formait un carré long flanqué de deux tourelles et -adossé à la grande tour, sans communication intérieure. - -La porte d'entrée, précédée de quatre marches extérieures, était -étroite et basse, donnant sur un palier, au fond duquel s'ouvrait -l'escalier, taillé en coquille de limaçon. Cette porte, reconnue trop -frêle, fut raffermie par de fortes traverses et des verrous apportés -des prisons du Châtelet. A gauche, en entrant, était la loge de deux -portiers, Risbey et Rocher. Le rez-de-chaussée n'avait que deux -pièces: une cuisine, dont on ne fit aucun usage, et une grande chambre -qui servait d'entrepôt aux archives. Le premier se composait d'une -antichambre et d'une salle à manger communiquant à un cabinet pris -dans la tourelle, où se trouvait une bibliothèque. Mesdames Thibaud, -Basire et Navarre couchèrent dans cette salle pendant les sept jours -qu'elles restèrent dans cette maison d'arrêt. - -Au second étage, on entrait dans une antichambre fort sombre, où -couchait la princesse de Lamballe. A gauche, la Reine occupait avec sa -fille une chambre dont la fenêtre avait jour sur le jardin; dans cette -chambre, moins triste que les autres, la famille royale passait -habituellement presque toute la journée. A droite, dans une même -chambre, couchaient le jeune prince, madame de Tourzel et madame -Saint-Brice. On était obligé de traverser cette pièce pour entrer dans -le cabinet de la tourelle, qui servait de garde-robe à tout ce corps -de bâtiment, et qui était commun aux municipaux et aux soldats, aussi -bien qu'à la famille royale. - -La distribution du troisième étage était la même que celle du second. -L'antichambre placée au-dessus de la chambre de madame de Lamballe -servait de corps de garde. En face, derrière une cloison, se trouvait -un réduit étroit n'ayant de jour que par un châssis à vitrage adapté -au toit. Ce fut là que s'établirent Hue et Chamilly. A droite de -l'antichambre on entrait dans la chambre du Roi, éclairée par deux -fenêtres dont l'une donnait sur la rotonde du Temple; le lit de Louis -XVI était placé dans une alcôve à droite en entrant. La petite pièce -de la tourelle lui servait de cabinet de lecture. - -Vis-à-vis de la chambre du Roi, et de l'autre côté de l'antichambre, -était une ancienne cuisine qui contenait encore les ustensiles -appropriés à sa première destination, dénoncée en outre par l'affreuse -malpropreté qui y régnait. On devine que ce fut là le logement de -Madame Élisabeth, car la plus mauvaise place était toujours la sienne. -«Cette princesse, qui joignoit, raconte madame de Tourzel, à une vertu -d'ange une bonté sans pareille, dit sur-le-champ à Pauline qu'elle -vouloit se charger d'elle, et fit placer dans sa chambre un lit de -sangle à côté du sien. Nous ne pourrons jamais oublier toutes les -marques de bonté qu'elle en reçut pendant le temps qu'il nous fut -permis d'habiter avec elle ce triste séjour.» Madame Élisabeth était -clairvoyante dans ses affections, et si elle aimait particulièrement -cette jeune et intéressante personne, c'est qu'elle avait entrevu tout -ce qu'il y avait de force et de courage dans cette jeune âme. - -Afin de donner au lecteur une idée plus précise et plus détaillée de -ce local, nous mettons sous ses yeux le plan du troisième étage de la -petite tour, avec la description de son mobilier. - -[Illustration: PETITE TOUR.--TROISIÈME ÉTAGE.--_LE ROI_ et _MADAME -ÉLISABETH_. - - A. Antichambre. - B. Chambre et lit de MM. Hue et Chamilly. - C. Chambre du Roi. - 1. Lit du Roi à deux dossiers, avec ciel de lit de camelot - rouge et jaune. - 2. Commode en marqueterie, à dessus de marbre blanc. - 3. Grand canapé de velours cramoisi. - 4. Grande table à manger. - 5. Un buffet à quatre ventaux. - 6. Un guéridon avec dessus de marbre blanc. - Quatre fauteuils de velours d'Utrecht cramoisi. - Six chaises de paille. - D. Cabinet de lecture du Roi, avec banquettes circulaires - de taffetas lilas, en draperie avec franges et glands. - E. Cabinet de toilette. - 7. Armoire remplie d'estampes. - F. Ancienne cuisine, chambre de Madame Élisabeth. - 8. Lit de Madame Élisabeth. - 9. Lit de mademoiselle Pauline de Tourzel. - 10. Table. - 11. Un cabriolet de coton rouge, lilas et blanc. - Trois chaises. - G. Corps de garde.] - -Arrivés au Temple dans la soirée du lundi 13 août (et non du 14 comme -l'ont écrit M. Hue et quelques autres), puis introduits de nuit dans -la tour, les prisonniers ne purent prendre que le lendemain matin une -connaissance exacte de la distribution de leur nouvelle demeure. Ils -apprirent que, d'après les ordres du conseil de la Commune[8], des -travaux considérables allaient être entrepris pour isoler et -fortifier leur prison. Dans la journée même, le patriote Palloy, -accompagné de Sautot, son collègue, et de MM. Poyet et Paris, -architecte et inspecteur des travaux de la Commune, vint examiner les -localités. Déjà célèbre pour avoir démoli la Bastille, cette citadelle -de la tyrannie, ce maçon ambitieux avait brigué la gloire de -construire la prison du tyran. L'enclos fut livré à ses ouvriers. Les -bâtiments qui attenaient au massif de la tour, les arbres qui -l'avoisinaient le plus, disparurent sous la pioche et sous la hache. -On masqua des fenêtres, on exhaussa les murs d'enceinte, on créa des -guichets et des corps de garde; des travaux de tout genre entraînèrent -des dépenses considérables[9]. - -[Note 8: Séance du 13 août 1792.] - -[Note 9: Voir à ce sujet les registres de la Commune et les Archives -de l'Empire.] - -Presque tous les captifs étaient arrivés au Temple dans un dénûment -absolu. «Tous nos effets, raconte mademoiselle Pauline de Tourzel, -avoient été pillés dans notre appartement des Tuileries, et je ne -possédois que la robe que j'avois sur le corps lors de ma sortie du -château. Madame Élisabeth, à qui l'on venoit d'en envoyer -quelques-unes, m'en donna une des siennes. Comme elle ne pouvoit aller -à ma taille, nous nous occupâmes à la découdre pour la refaire. Tous -les jours, la Reine, Madame et Madame Élisabeth avoient l'extrême -bonté d'y travailler; mais nous ne pûmes la finir avant de les -quitter.» Cette privation du nécessaire obligeait les détenus d'avoir -avec le dehors, tantôt pour un objet, tantôt pour un autre, des -relations gênées par mille entraves et devenues bientôt suspectes. Les -personnes honorées du privilége de suivre la famille royale dans le -malheur furent dénoncées à la Commune, et celle-ci, dans sa séance du -17 août, ordonna leur enlèvement de la tour. Manuel, touché du chagrin -que cette mesure causait à la famille royale, essaya vainement de -faire revenir le conseil général sur son arrêté. - -Dans la nuit du 19 au 20 se présentèrent au Temple deux officiers -municipaux chargés d'emmener _toutes les personnes qui n'étaient pas -membres de la famille Capet_. «Vers minuit, dit encore mademoiselle -Pauline, nous entendîmes frapper à la porte de notre chambre. Madame -Élisabeth se leva sur-le-champ, m'aida même à m'habiller, m'embrassa -et me conduisit chez la Reine. Nous trouvâmes tout le monde sur -pied.» La Reine prétendit que madame de Lamballe étant sa parente, -l'arrêté de la Commune ne pouvait la concerner, mais tous ses efforts -pour l'empêcher de partir furent inutiles. «Il n'y avoit qu'à obéir -dans la position où nous étions, dit madame de Tourzel. Je remis entre -les mains de la Reine ce cher petit Prince, dont on porta le lit dans -sa chambre sans qu'il se fût réveillé. Je m'abstins de le regarder, -afin de ne pas ébranler le courage dont nous allions avoir tant -besoin, pour ne donner aucune prise sur nous, et revenir reprendre, -s'il étoit possible, une place que nous quittions avec tant de regret. -La Reine vint sur-le-champ dans la chambre de madame la princesse de -Lamballe, dont elle se sépara avec une vive douleur. Elle nous -témoigna, à Pauline et à moi, la sensibilité la plus touchante, et me -dit tout bas: «Si nous ne sommes pas assez heureux pour vous revoir, -soignez bien madame de Lamballe. Dans toutes les occasions -essentielles prenez la parole, et évitez-lui autant que possible -d'avoir à répondre à des questions captieuses et embarrassantes.» -Madame étoit tout interdite et bien effrayée de nous voir emmener. -Madame Élisabeth arriva de son côté, et se joignit à la Reine pour -nous encourager. Nous embrassâmes pour la dernière fois ces augustes -princesses, et nous nous arrachâmes, la mort dans l'âme, d'un lieu qui -nous rendoit si chère la pensée de pouvoir leur être de quelque -consolation.... - -»Nous traversâmes les souterrains à la lueur des flambeaux; trois -fiacres nous attendoient dans la cour. Madame la princesse de -Lamballe, ma fille Pauline et moi, montâmes dans le premier, les -femmes de la famille royale dans le second, et MM. de Chamilly et Hue -dans le troisième. Un municipal étoit dans chaque voiture, qui étoit -escortée par des gendarmes et entourée de flambeaux. Rien ne -ressembloit plus à une pompe funèbre que notre translation du Temple -à l'hôtel de ville.» - -Toutes les personnes entraînées ainsi à la barre de la Commune -espéraient revenir au Temple après leur interrogatoire, les municipaux -qui les conduisaient semblaient leur en donner l'assurance; mais il -n'y eut que M. Hue qui, dans la journée du 20 août, fut réintégré à la -tour. A six heures de l'après-midi, Manuel se présenta; il dit à Louis -XVI que non-seulement il avait échoué dans ses démarches, mais qu'il -avait le regret de lui annoncer que madame de Lamballe, madame et -mademoiselle de Tourzel, Chamilly et les femmes de chambre, avaient -été conduits à l'hôtel de la Force. Madame Élisabeth se mit aussitôt à -préparer pour les nouvelles prisonnières de La Force les choses qui -leur étaient le plus nécessaires; la Reine voulut l'aider, et Manuel -s'étonna de voir ces deux princesses faire des paquets de linge avec -une simplicité touchante et un cordial empressement. - -Les pénibles nouvelles apportées par le procureur de la Commune -interdisant tout espoir de revoir au Temple madame de Lamballe et -mesdames de Tourzel, Madame Élisabeth quitta son logement du troisième -étage et descendit s'établir dans la chambre déserte du Dauphin. Le -lit de Marie-Thérèse, qui jusque-là avait passé les nuits près de sa -mère, fut transporté dans la chambre de sa tante. De ce jour-là la vie -de la famille royale prit une sorte d'uniformité. - -A six heures, Madame Élisabeth se levait; sa nièce ne tardait pas à -suivre son exemple, et bien qu'elles s'aidassent mutuellement dans le -soin de leur toilette, Madame Élisabeth apprenait à la jeune fille à se -passer des mains d'autrui. Dès qu'elles entendaient les pas de M. Hue, -qui, ayant fait la chambre du Roi, descendait vers huit heures pour -disposer celle de la Reine, elles ouvraient leur verrou; la Reine, de -son côté, en faisait autant, et voyait entrer chez elle avec M. Hue les -commissaires constitués à la garde du Temple par la Commune. Ces -officiers municipaux passaient la journée dans la chambre même de -Marie-Antoinette et la nuit dans la pièce précédente, qui séparait cette -chambre du logement de Madame Élisabeth. A neuf heures, celle-ci suivait -la Reine et les enfants chez le Roi pour le déjeuner. Après les avoir -servis, Hue redescendait pour faire les chambres de la Reine et des -princesses. A dix heures, la famille se réunissait chez la Reine et y -passait la journée. Louis XVI donnait à son fils des leçons de langue -française, de langue latine, de géographie et d'histoire; -Marie-Antoinette s'occupait de l'éducation de sa fille, et Madame -Élisabeth lui enseignait le calcul et le dessin. Vers une heure, si le -temps était beau, et quand Santerre était présent, la famille royale, -accompagnée de quatre officiers municipaux, descendait au jardin; -pendant la promenade, les enfants jouaient habituellement au palet ou au -ballon, faible distraction à laquelle assez souvent mettait obstacle -l'incertitude du temps ou l'absence du chef de la milice nationale. A -deux heures, on remontait chez le Roi; on dînait; on descendait ensuite -chez la Reine. C'était le moment de la récréation. Les jeux des enfants -faisaient luire un rayon de gaieté sur l'horizon de la famille. -Très-souvent aussi, à cette heure, Madame Élisabeth proposait à son -frère une partie de piquet ou de tric-trac, afin de l'arracher à ses -lectures et à son travail, auxquels il était toujours pressé de -retourner. A sept heures, toute la famille prenait place autour d'une -table, pour écouter la lecture que faisaient alternativement la Reine et -Madame Élisabeth d'un livre d'histoire ou de quelque ouvrage choisi pour -instruire la jeunesse en l'amusant. Il n'était pas rare que des -rapprochements imprévus avec leur situation vinssent réveiller des -sentiments pénibles. Ces applications se renouvelèrent souvent à la -lecture de _Cécilia_ (de mistress d'Arblay). A huit heures, M. Hue -dressait le souper du Dauphin dans la chambre de Madame Élisabeth; la -Reine venait y présider, et le reste de la famille suivait. Louis XVI -lui-même, pour égayer un instant cette dernière heure de la journée, se -plaisait parfois à proposer des énigmes empruntées à quelques vieux -_Mercure de France_ qu'il avait trouvés dans la bibliothèque de la tour. -L'intelligence des enfants surprenait souvent le mot caché, et le sombre -intérieur s'éclaircissait un instant à leur radieux sourire. Le petit -Prince faisait ensuite sa prière, et Hue le couchait. La Reine et Madame -Élisabeth restaient tour à tour auprès de lui. Après avoir servi le -souper de la famille, Hue portait à manger à celle des deux princesses -qui était de garde. Louis XVI, en sortant de table, revenait auprès de -son fils; après quelques moments, il serrait à la dérobée la main de sa -femme et de sa soeur, leur adressait un muet adieu, recevait les -caresses de ses enfants, et remontait dans sa chambre. Marie-Antoinette -et Madame Élisabeth, demeurées ensemble, prenaient pendant quelques -instants leur ouvrage de tapisserie ou profitaient de l'heure où le Roi -et les deux enfants reposaient pour réparer les habits de la famille. -Madame Royale se couchait, et, comme son frère, elle ne tardait pas à -s'endormir; alors, après un tendre bonsoir, les deux soeurs se -quittaient pour se reposer. L'un des deux municipaux de service restait -dans la pièce qui séparait leurs chambres, l'autre avait suivi le Roi. -Ces commissaires étaient relevés à onze heures du matin, à cinq heures -du soir et à minuit. Louis attendait pour se coucher que le nouveau -commissaire fût arrivé, et s'il ne l'avait point encore vu, il priait -Hue de lui demander son nom; puis la nuit enveloppait le vieux donjon du -Temple, et le sommeil des prisonniers était souvent aussi paisible que -leur conscience. Je me trompe: quelquefois, pendant une grande partie de -la nuit, une femme y veillait en cachette, et à l'insu de tous, excepté -de Hue, son complice obligé, raccommodait à la lueur d'une bougie le -seul vêtement que possédaient le Roi et le Dauphin, et que le fidèle -serviteur lui avait apporté à minuit. Plus d'une fois les commissaires -de la Commune fouillèrent un vêtement qui sortait à six heures du matin -de la chambre de Madame Élisabeth. - -Cette pénurie n'était pas le seul tourment de la famille royale: des -vexations et des outrages de tout genre s'y mêlaient. Madame Élisabeth -ne pouvait voir sans indignation que le Roi et la Reine ne -descendaient plus au jardin sans être insultés. C'étaient d'abord -Rocher et Risbey qui, la pipe à la bouche, les regardaient passer au -guichet entre deux bouffées de fumée. - -C'étaient ensuite les gardes du service extérieur, qui, placés au bas -de la tour, affectaient de se couvrir et de s'asseoir quand ils -passaient, puis de se lever et de se découvrir quand ils étaient -passés. La multitude d'ouvriers employés dans l'enceinte du Temple à -la démolition des maisons et aux constructions des nouveaux murs ne -permettait de donner pour promenade aux prisonniers qu'une partie de -l'allée des marronniers. Le petit Prince y trouvait un peu d'exercice; -mais le prix auquel ce précieux avantage était acheté pour lui par ses -parents remplissait de larmes le coeur de Madame Élisabeth. - -Louis XVI, malgré ses demandes réitérées, n'avait pu obtenir la -lecture des journaux. Un moyen fut tenté pour suppléer à leur absence. -Le soir, des colporteurs venaient crier aux abords du Temple le -sommaire des articles intéressants que contenaient les gazettes qu'ils -vendaient. Au premier cri qu'il entendait, M. Hue montait dans la -tourelle; là, se hissant à la hauteur d'une fenêtre aux deux tiers -bouchée, il s'y cramponnait jusqu'à ce qu'il eût saisi le sens des -principales nouvelles. Il descendait alors dans l'antichambre de la -Reine; Madame Élisabeth au même instant passait dans sa chambre; Hue -l'y suivait sous un prétexte quelconque et lui communiquait ce qu'il -venait d'apprendre. Rentrée dans la chambre de Marie-Antoinette, -Madame Élisabeth se plaçait au balcon de la seule fenêtre du Temple -qui n'avait pas été condamnée dans la majeure partie de son ouverture; -le Roi, sans que les commissaires en prissent ombrage, allait à cette -fenêtre comme pour respirer; sa soeur lui transmettait ce que son -valet de chambre lui avait dit, et c'est ainsi que l'héritier de Louis -XIV, à force de combinaisons et de subterfuges, parvenait à connaître -une parcelle des événements qui agitaient son empire. C'est par cette -voie qu'il fut instruit de la mort de M. de Laporte, intendant de la -liste civile[10], et de celle de M. Durosoi, rédacteur de _la Gazette -de Paris_[11]. Disons aussi que parmi ces colporteurs de tristes -nouvelles se glissaient parfois des crieurs affidés envoyés par -quelques amis ignorés. Louis XVI entendit un jour chanter dans la rue -cet air fort connu alors: «Henri, bon Henri, ton fils est prisonnier -dans Paris»; et Madame Élisabeth ne put imputer qu'à une amitié du -dehors l'air du _Pauvre Jacques_ que des joueurs de vielle firent plus -d'une fois arriver à son oreille. Ce chant mélancolique, reflet d'un -affectueux souvenir, faisait battre son coeur; mais les sons -s'éteignaient bientôt et s'évanouissaient plus fugitifs que l'émotion -qu'ils avaient fait naître. - -[Note 10: On avait pendu Favras sur la place de Grève, on y avait -amené les restes palpitants de Flesselles et de de Launay: mais la -révolution ne voulut pas que le palais du peuple fût souillé du sang -de ses ennemis. Elle reporta ce spectacle devant le palais des rois. -Le 24 août, M. de Laporte fut décapité sur la grande place du -Carrousel, vis-à-vis du château des Tuileries. Il était âgé de -quarante-neuf ans. C'était lui qui, le 22 juin 1791, avait remis à -l'Assemblée nationale la déclaration que Louis XVI avait écrite avant -de partir pour Varennes. Il avait entendu sa condamnation sans -trouble; il monta sur l'échafaud avec dignité. Là, se tournant vers le -peuple, il dit avec douceur: «Citoyens, soyez sûrs que je meurs -innocent; car je ne puis regarder comme un crime ma fidélité à mon -Roi: puisse mon sang, que vous désirez, vous donner plus de bonheur et -rendre la paix à ma patrie!»] - -[Note 11: Marchant à la mort le 25 août, fête de saint Louis, Durosoi -s'écria: «Il est beau pour un royaliste comme moi de mourir le jour de -saint Louis.»] - -Le Roi voyant avec regret que le service à la Tour roulait entièrement -sur M. Hue, et craignant que ses forces cessassent de répondre à son -dévouement, fit demander au conseil de la Commune d'envoyer au Temple -un homme propre aux ouvrages de peine. La Commune nomma pour ce -service un ancien commis aux barrières appelé Tison, homme d'un -naturel méfiant et dur, imbu, comme la plupart des gens de sa classe, -de préventions contre la famille royale. Cet homme vint donc habiter -le Temple avec sa femme, qui paraissait d'un caractère doux et -compatissant. Il n'était point facile de se tromper longtemps sur la -nature des services demandés à leur zèle: Madame Élisabeth s'aperçut -bientôt que c'étaient moins des domestiques que des espions qu'on -avait introduits dans la tour. Cependant M. Hue s'arrangea de leur -concours, et n'eut qu'à se louer de leur zèle pendant le peu de temps -qu'il demeura encore au Temple. - -Quelques jours après leur installation, Cléry, valet de chambre -attaché au Dauphin depuis son enfance, demanda au maire de Paris à -continuer son service auprès de ce jeune Prince. Pétion accéda à ce -voeu, et le 26 août, un officier municipal amena Cléry au Temple. -«Vous servirez mon fils, lui dit la Reine, et vous vous concerterez -avec M. Hue pour ce qui nous regarde.» - -Le nouveau serviteur se conforma à ce programme. Pendant tout le temps -que M. Hue demeura au Temple, Cléry, presque uniquement occupé du -Prince royal, n'eut d'autre service auprès du Roi que le soin de le -coiffer le matin et de rouler ses cheveux le soir. Hue demeura seul -chargé de pourvoir aux choses nécessaires à la famille royale. -Confident et ministre des prisonniers, c'est lui qui avait à chaque -instant à discuter leurs intérêts avec les mandataires de la Commune. -A combien d'ennuis, de tracasseries, d'insultes, de persécutions -mesquines l'exposait cette mission difficile! Comme les municipaux -élevaient souvent la voix, Madame Élisabeth se trouva plus d'une fois -témoin des avanies que ce généreux serviteur supportait sans se -plaindre. Plus d'une fois elle guetta l'occasion de le remercier de sa -résignation. Le Roi, de son côté, ne lui refusait pas cet -encouragement: «Vous avez eu beaucoup à souffrir aujourd'hui, lui -dit-il un soir en se couchant[12]; eh bien, pour l'amour de moi, -continuez de supporter tout, ne répliquez rien.» - -[Note 12: Seul moment où il pouvait laisser tomber une parole sans -qu'elle fût ramassée par le municipal de service.] - -Madame Élisabeth subissait la même contrainte. Obsédée par les -geôliers municipaux, elle ne pouvait qu'à la dérobée exprimer un désir -à M. Hue ou lui parler de ses peines. Un jour que, à l'heure de son -service, ce brave homme était entré chez elle, il la trouva en prière; -son premier mouvement fut de se retirer. «Restez, lui dit-elle, vaquez -à vos occupations; je n'en serai pas dérangée.» - -Voici quelle était la prière de cette femme angélique. M. Hue obtint -la permission de la copier et nous l'a conservée: - -«Que m'arrivera-t-il aujourd'hui, ô mon Dieu! je l'ignore. Tout ce que -je sais, c'est qu'il n'arrivera rien que vous n'ayez prévu de toute -éternité. Cela me suffit, ô mon Dieu! pour être tranquille. J'adore -vos desseins éternels, je m'y soumets de tout mon coeur; je veux tout, -j'accepte tout, je vous fais un sacrifice de tout; j'unis ce sacrifice -à celui de votre cher Fils, mon Sauveur, vous demandant par son sacré -Coeur et par ses mérites infinis la patience dans nos maux et la -parfaite soumission qui vous est due pour tout ce que vous voudrez et -permettrez.» - -Sa prière achevée: «C'est moins pour le Roi malheureux, dit-elle à M. -Hue, que pour son peuple égaré, que j'adresse au ciel des prières. -Daigne le Seigneur se laisser fléchir et jeter sur la France un regard -de miséricorde!...» - -Puis, voyant l'impression que faisaient ses actes et ses paroles: -«Allons, du courage, ajouta-t-elle, Dieu ne nous envoie jamais plus de -peines que nous n'en pouvons supporter.» - -Il mesura celles de Madame Élisabeth à son courage: c'est pour cela -qu'il les fit si grandes. Ce courage venu d'en haut imprimait à son -visage une sérénité telle que ceux qui l'observaient se trompaient -quelquefois sur l'état réel de son âme. En la voyant si calme et si -tranquille au milieu de tant de sujets de regret et de douleur, bien -des gens se disaient: «Sans doute elle connoît les efforts que -l'Europe absolutiste va tenter pour délivrer son frère; sans doute la -correspondance des ci-devant princes l'entretient dans cet espoir, et -elle est persuadée que l'heure de la délivrance approche.» Madame -Élisabeth n'était persuadée que d'une chose, c'est que Dieu est grand, -miséricordieux et juste; et bien insensés étaient ceux-là qui -prenaient sa résignation à tout souffrir pour l'espoir de voir finir -ses souffrances[13]. - -[Note 13: La vertu de Madame Élisabeth a produit la même impression -sur tous ceux qui l'ont connue. Madame Elliot, cette Anglaise qui -régna tour à tour à la cour du prince de Galles et à celle du duc -d'Orléans, en parle comme Joseph de Maistre. Lorsqu'il s'agit de -défendre la Reine contre les calomnies auxquelles cette grande et -infortunée princesse était en butte, la première pensée qui lui vient -à l'esprit est celle-ci: «Marie-Antoinette fut l'amie de Madame -Élisabeth.»--«Que ses ennemis réfléchissent un moment aux personnes -qui formoient la société la plus intime de la Reine, s'écrie-t-elle. -C'étoit Madame Élisabeth, soeur du Roi, qui étoit un ange aussi pur -que la neige. L'attachement de Madame Élisabeth pour la Reine dura -jusqu'à ses derniers moments, ce qui est une preuve surabondante de -l'innocence de Marie-Antoinette.» (_Mémoires de madame Elliot sur la -révolution française_, p. 36.)] - -La plupart des couvents d'hommes avaient été fermés à la fin de 1790. -Quelques communautés de religieuses étaient restées debout à cause de -certaines réserves contenues dans les décrets qui prescrivaient -l'abolition générale de ces sortes d'établissements; mais dénoncées -incessamment à l'Assemblée nationale, ces rares maisons exceptées de -la proscription étaient représentées comme d'absurdes reliques de -l'ancien régime, comme des antres de conspirations d'où partaient des -excitations à la révolte contre le régime nouveau. Enfin, le 7 août -1792, un décret prescrivit l'évacuation et la vente des édifices -occupés par les religieuses, à la seule exception des hospices ouverts -aux pauvres et aux malades. La maison de Saint-Cyr paraissait atteinte -par ce décret, mais les Dames de Saint-Louis ne bougèrent pas; elles -refusèrent leur porte aux officiers municipaux, préférant au regret -humiliant de se rendre le dangereux honneur d'attendre qu'on les -brisât. «Nous ne comptons nous ébranler, disait madame de Crécy, que -lorsque nous aurons reçu l'ordre officiel.» Quelques familles -s'alarmèrent. Mademoiselle de Puisaye fut retirée par ses parents. -Napoléon de Buonaparte, lieutenant-colonel du 1er bataillon des -volontaires de Corse, ayant été dénoncé pour avoir réprimé une émeute -à Ajaccio, était venu à Paris pour se justifier près du ministre de la -guerre. Injustement éconduit, et ayant reçu l'ordre d'aller reprendre -son poste en Corse, il se rendit à Saint-Cyr le 1er septembre 1792, -pour voir avant son départ sa soeur Marie-Anne, jeune personne de -quinze ans[14], entrée dans la maison de Saint-Louis le 22 juin -1784[15]. Le jeune officier avait laissé Paris en proie à l'anarchie, -et, à la veille des massacres des prisons, il avait, sur la route de -Paris et dans les rues de Versailles, rencontré des détachements de -volontaires qui partaient pour la frontière en criant _Vive la -nation!_ Plusieurs fois il avait été arrêté et obligé, malgré ses -épaulettes, d'exhiber ses papiers et sa carte de civisme. A Saint-Cyr, -il trouve les mêmes agitations; les cris de désordre qu'il entend dans -le village, les symptômes de colère et de haine qu'il remarque aux -portes mêmes de la maison de Saint-Louis, si tranquille encore lors de -ses deux dernières visites, l'une avant le 20 juin et l'autre au -commencement d'août, le déterminent à prévenir des éventualités -redoutables, et à profiter de son retour au foyer paternel pour -emmener sa soeur avec lui. Madame de Crécy combat son projet.--«Et -quand bien même, ajoute-t-elle, je serois disposée à le seconder, -pourrois-je faire que la communauté ne fût point prisonnière? Votre -soeur ne peut sortir d'ici sans l'avis de la municipalité et sans -l'ordre du directoire du district.» Napoléon Buonaparte rédige -aussitôt dans le parloir de madame de Crécy sa pétition au directoire -du district[16], et court chez Aubrun, épicier par état, maire de la -Commune par intérêt, car cette dignité populaire et la belle écharpe -aux trois couleurs qui en était les insignes, avaient donné un relief -éclatant à son échoppe, située dans la rue basse du village, en face -de la porte du cimetière de Saint-Louis[17]. Aubrun n'écouta pas -d'abord sans quelque défiance ce jeune homme qui réclamait une jeune -fille de quinze ans pour la conduire en Corse; mais ayant causé -quelques instants avec lui sur les affaires publiques, il ne tarda -point à subir l'autorité d'une parole nette, brève, ferme et -accentuée. Quittant bientôt sa boutique, il alla avec son solliciteur, -accompagné de son secrétaire-greffier, dans la maison de Saint-Louis -pour constater la présence de mademoiselle de Buonaparte. Puis il fit -et délivra au jeune lieutenant-colonel un acte appuyant sa demande et -déclarant nécessaire d'y faire droit[18]. Muni de ces pièces, -Napoléon, prompt comme l'éclair, retourne à Versailles, s'adresse au -directoire du district, puis à celui du département, obtient -l'autorisation qu'il réclame, repart pour Saint-Cyr avec une mauvaise -voiture de louage, et se présente de nouveau à la maison de -Saint-Louis. Ce frère dévoué, qui ce jour-là, au milieu des ruines de -la monarchie, n'était occupé que du salut de sa soeur, ne se doute -guère que, huit ans après, un décret signé de lui fondera dans cette -royale demeure de Saint-Cyr le Prytanée français, et que, le 28 juin -1805, il reviendra lui-même visiter ces lieux au bruit des cris -enthousiastes de _Vive l'Empereur!_ - -[Note 14: Elle était née à Ajaccio le 3 janvier 1777. Plus connue sous -le nom d'Élisa, grande-duchesse, ayant le gouvernement des -départements de la Toscane, elle épousa, le 5 mai 1797, Félix -Baciocchi, gentilhomme corse, capitaine d'infanterie, nommé en 1805 -prince de Lucques et de Piombino.] - -[Note 15: Son admission avait été accordée dix-sept mois plus tôt: - -_Brevet de place à Saint-Cyr pour Mademoiselle de Buonaparte._ - -«Aujourd'hui 24 novembre 1782, le Roi étant à Versailles, bien informé -que la demoiselle Marie-Anne de Buonaparte a la naissance, l'âge et -les qualités requises pour être admise au nombre des Demoiselles qui -doivent être reçues dans la maison royale de Saint-Louis établie à -Saint-Cyr, ainsi qu'il est apparu par titres, actes, certificats et -autres preuves, conformément aux lettres patentes des mois de juin -1686 et mars 1694, Sa Majesté lui a accordé une des deux cent -cinquante places de ladite maison, enjoignant à la supérieure de la -recevoir sans délai, de lui donner des instructions convenables et de -la faire jouir des mêmes avantages dont jouissent les autres -Demoiselles, en vertu du présent brevet, que Sa Majesté a, pour -assurance de sa volonté, signé de sa main, et fait contre-signer par -moi, ministre et secrétaire d'État et de ses commandements et -finances. - - »LOUIS. - »Le baron DE BRETEUIL.» - -Archives de la préfecture de Versailles.] - -[Note 16: - - _A Messieurs les administrateurs de Versailles._ - -«MESSIEURS, - -»Buonaparte, frère et tuteur de la Demoiselle Marianne Buonaparte, a -l'honneur de vous exposer que la loi du 7 août, et particulièrement -l'article additionnel décrété le 16 du même mois, supprimant la maison -de Saint-Louis, il vient réclamer l'exécution de la loi, et ramener -dans sa famille ladite Demoiselle sa soeur. Des affaires -très-pressantes et de service public l'obligeant à partir de Paris -sans délai, il vous prie de vouloir bien ordonner qu'elle jouisse du -bénéfice de la loi du 16, et que le trésorier du district soit -autorisé à lui escompter les vingt sols par lieue jusqu'à la -municipalité d'Ajaccio, en Corse, lieu du domicile de ladite -Demoiselle, et où elle doit se rendre auprès de sa mère. - -»Avec respect, - - »BUONAPARTE. - »Le 1er septembre 1792.» - -»J'ai l'honneur de faire observer à messieurs les administrateurs que -n'ayant jamais connu d'autre père que mon frère, si ses affaires -l'obligeoient à partir sans qu'il ne m'amène avec lui, je me -trouverois dans une impossibilité absolue d'évacuer la maison de -Saint-Cyr. - -»Avec respect, - - »Marianne BUONAPARTE.»] - -[Note 17: C'était un paysan sans instruction, mais d'un sens -très-juste; il a administré pendant trente-huit ans sa commune. Il est -mort en 1828.] - -[Note 18: «Nous, maire et officiers municipaux de Saint-Cyr, district -de Versailles, département de Seine-et-Oise, nous étant transportés en -la maison de Saint-Louis établie en ce lieu, et nous étant fait -représenter les brevets et autres titres, nous avons reconnu que la -Demoiselle Marie-Anne Buonaparte, née le 3 janvier 1777, est entrée le -22 juin 1784 comme élève de ladite maison de Saint-Louis, où elle est -encore dans la même qualité. Elle nous auroit témoigné le désir -qu'elle auroit de profiter de l'occasion du retour de son frère et -tuteur pour rentrer dans sa famille.--Vu les différentes choses que -nous venons d'énoncer et l'embarras où se trouveroit ladite Demoiselle -de faire un voyage aussi long, seule, et dès lors de l'impossibilité -absolue où elle seroit d'évacuer la maison de Saint-Louis pour le 1er -octobre, en conformité de la loi du 7 août dernier, nous n'empêchons, -et croyons même qu'il est nécessaire de faire droit à la demande -desdits sieur et demoiselle Buonaparte. - -»Fait et délivré à Saint-Cyr, au greffe municipal, cejourd'hui, 1er -septembre 1792, le quatrième de la Liberté et le premier de l'Égalité. - - »AUBRUN, maire; HOUDIN, secrétaire greffier.»] - -Un grand crime allait accroître les souffrances de la famille royale. -Le 2 septembre, il y avait une vive fermentation autour du Temple; -cependant le trouble du dehors n'avait point pénétré au dedans; et, -comme c'était le dimanche et qu'il faisait beau temps, la famille -royale était descendue après dîner au jardin. Les commissaires -paraissaient soucieux et parlaient entre eux à voix basse: tout à coup -on entend battre la générale; les municipaux font rentrer les -prisonniers. Un instant après M. Hue est arrêté et emmené dans une -voiture de place à l'hôtel de ville par un des commissaires (nommé -Mathieu) et deux gendarmes. Louis XVI se demandait en vain ce qu'on -pouvait reprocher à son fidèle serviteur; il ne trouvait que cette -réponse: «Il m'était attaché, et c'est un grand crime.» Le lendemain -matin, en s'habillant, il dit à Cléry, resté seul à son tour pour le -service de toute la famille: «Savez-vous quelque chose des mouvements -de Paris, et, avant tout, avez-vous des nouvelles de M. Hue[19]?--J'ai -pendant la nuit, répondit Cléry, entendu dire vaguement à un municipal -que le peuple se portait aux prisons; je ne sais rien de plus. Je vais -chercher à me procurer des renseignements.--Prenez garde de vous -compromettre, reprit le Roi, car alors nous resterions seuls.» Vers -onze heures, Manuel vint au Temple, informa Louis que la vie de M. Hue -n'était pas en péril, mais que le conseil général avait décidé qu'il -ne rentrerait plus à la Tour, et qu'on y enverrait une autre personne -à sa place. «Je vous remercie, répondit le Prince, je me servirai du -valet de chambre de mon fils, et, si le conseil s'y refuse, je me -servirai moi-même; j'y suis résolu.» - -[Note 19: Voici ce qu'était devenu M. Hue: - -Entré dans la salle de la Commune, on le plaça auprès du président. A -quelques pas était Santerre. Ce commandant de la milice parisienne -écoutait, d'un air grave et capable, les plans que des gens à moitié -ivres développaient devant lui pour arrêter les armées étrangères: les -uns, d'un air rusé, expliquaient les roueries différentes de leurs -opérations stratégiques; les autres prenaient la ligne droite, et, -tout franchement, proposaient de se lever en masse pour marcher à -l'ennemi. Au parquet, place ordinaire du procureur de la Commune, -s'agitait Billaud-Varenne, l'un des substituts, et près de lui -Robespierre, criant, donnant des ordres et paraissant très-animé. - -Dans cette salle et dans les pièces voisines, le tumulte était -extrême. Au milieu de ce désordre, le président interroge l'accusé. -Avant que celui-ci puisse répondre, on crie de toutes parts: _A -l'Abbaye! à la Force!_ Dans ce moment on y massacrait les prisonniers. - -Le calme se rétablit, l'interrogatoire commence. Des faits, la plupart -imaginaires, sont reprochés. «Tu as, dit l'un des municipaux, fait -entrer dans la tour du Temple une malle renfermant des rubans -tricolores et divers déguisements; c'était pour faire évader la -famille royale.--J'ai entendu, s'écrie un autre, le Roi lui dire -_quarante-cinq_ et la Reine _cinquante-deux_. Ces deux mots lui -désignaient le prince de Poix et le traître Bouillé.» Un troisième -prétend qu'il avait commandé une veste et une culotte couleur -savoyard, preuve certaine d'une intelligence avec le roi de -Sardaigne[19-A]. Un quatrième revient sur des correspondances -clandestines au moyen de caractères hiéroglyphiques dont nous avons -parlé. D'autres l'accusent d'avoir chanté dans la tour l'air et les -paroles: _O Richard! ô mon roi! l'univers t'abandonne!_ etc., ce qui -était faux, M. Hue ne chantait jamais; puis enfin de s'être attiré de -la part de la famille royale un intérêt qu'elle affectait de lui -témoigner, tandis qu'à peine elle parlait aux commissaires de la -Commune, ce qui était vrai. A ce dernier reproche, l'accusé reste -muet. Les clameurs se renouvellent: _A l'Abbaye! à la Force!_ Enfin, -la fureur contre le coupable est au comble, quand Billaud-Varenne -s'écrie: «Ce valet, renvoyé au Temple une première fois, a trahi la -confiance du peuple; il mérite une punition exemplaire.»--Un municipal -se lève et dit: «Citoyens, cet homme tient les fils de la trame ourdie -dans la tour. S'assurer de lui, le mettre au secret, en tirer tous les -renseignements qu'il peut donner, sera plus utile et plus sage que de -l'envoyer à l'Abbaye ou à la Force.» Quel que fût en ce moment le -motif du municipal, son observation sauva la vie à M. Hue. Il fut -décidé que l'accusé serait enfermé dans un des cachots de l'hôtel de -ville. Remis aussitôt à la garde d'un guichetier, il fut conduit au -lieu de réclusion qui lui était destiné.] - -[Note 19-A: M. Hue avait en effet signé et fait viser par les -commissaires de garde la demande d'un vêtement semblable pour Tison.] - -En reconduisant le procureur-syndic, Cléry lui demanda si la -fermentation continuait: «Vous vous êtes chargé d'une tâche difficile, -répondit-il, je vous exhorte au courage.» Ces mots prononcés d'un air -fort soucieux firent craindre à Cléry que le peuple ne se portât au -Temple. Manuel savait que les massacres, commencés la veille à deux -heures et demie dans les prisons, ne se ralentissaient pas. Sans -doute, n'ayant pu les prévenir, il craignait qu'on ne lui attribuât -une part de responsabilité dans ces horribles événements. Nous n'en -présenterons pas ici le tableau. - -Peltier, témoin oculaire, a tracé de l'aspect de Paris, dans les -journées qui précédèrent immédiatement les massacres, une description -saisissante: «Qu'on se figure, dit-il, des rues populeuses et vivantes -frappées tout à coup du vide et du silence de la mort avant le coucher -du soleil, dans une des belles soirées d'été, n'offrant plus ni -promeneurs ni voitures dans leurs espaces solitaires, et ne présentant -au contraire dans toute leur étendue que l'aspect du néant. Toutes les -boutiques sont fermées; chacun, retiré dans son intérieur, tremble -pour sa vie ou sa propriété; tous sont dans l'attente des événements -d'une nuit où chaque individu ne peut pas même espérer de ressources -de son désespoir.» - -Quant aux journées de septembre elles-mêmes, c'est dans les Mémoires -contemporains qu'on en trouvera la tradition dramatique et vivante. -Madame Elliot[20] surtout, qui, pendant ces journées d'épouvante et -d'horreur, sauva la vie à Champcenetz à travers d'étranges péripéties -et par des prodiges de courage et de présence d'esprit, a laissé une -relation empreinte de toutes ses émotions et de toutes ses anxiétés. -Elle a raconté cette terrible visite domiciliaire avant laquelle elle -avait fait étendre entre deux matelas, dans la ruelle de son lit, où -elle était couchée elle-même, M. de Champcenetz, malade, tremblant la -fièvre, et à moitié mort de terreur; les propos sanglants et les -menaces des sicaires; sa double crainte de leur découvrir le -malheureux proscrit et d'être étendue côte à côte avec un cadavre, car -Champcenetz ne respirait plus. Elle a dit la consigne inexorable des -barrières, qui ne laissaient sortir personne; les rues, les quais, les -boulevards sillonnés de patrouilles; le cours de la Seine gardé; elle -rencontra même le 3 septembre--avec quelle horreur!--un des plus -sinistres trophées de ces hideux massacres qu'on portait de la Force -au Temple. Encore une fois, notre sujet ne nous condamne pas à entrer -dans ce récit: nous rechercherons seulement ce que sont devenues les -personnes qui avaient suivi la famille royale des Feuillants au -Temple, et qui lui ont été arrachées le 19 août. - -[Note 20: Madame Elliot est une de ces femmes à la vie légère du -dix-huitième siècle qui, jusque dans le désordre, conservaient un -coeur dévoué, une âme forte, le sentiment de l'honneur politique et de -la foi chrétienne. B.] - -Le registre de la petite Force[21] constate qu'à l'époque de ces -événements, cette prison renfermait cent dix femmes, la plupart -appartenant à l'écume de la population, amenées là par la prostitution -ou le vagabondage: malheureuses créatures, de tout âge, accusées -d'avoir volé du linge ou de la vaisselle aux Tuileries, le 10 août, ou -dans la nuit du 10 au 11. Parmi ces cent dix femmes, on en remarque -neuf seulement détenues pour des faits politiques. Voici leur écrou: - -A la date du 19 août: - - De l'ordre de M. Pétion, maire, et MM. les commissaires des - 48 sections. - - Madame de Navarre, première femme de chambre de Madame Élisabeth, - Madame Basire, femme de chambre de Madame Royale, - Madame Thibault, première femme de chambre de la Reine, - Madame Saint-Brice, femme de chambre du Prince Royal, - Madame Tourzel, gouvernante des Enfants du Roi, - Mademoiselle Pauline Tourzel, gouvernante des Enfants du Roi, - Marie-Thérèse-Louise de _Savoie de Bourbon-Lamballe_, - -[Note 21: Conservé dans les archives de la préfecture de police.] - -A la date du 30 août: - - Angélique-Euphrasie Peignon, épouse de M. de Septeuil, native de - Paris, âgée de vingt et un ans et demi, envoyée dans cette prison - pour y être détenue jusqu'à nouvel ordre; de l'ordre de MM. les - administrateurs du département de police. - -A la date du 2 septembre: - - Madame Mackau, envoyée dans cette prison avec la demoiselle - Adélaïde Rotin, sa femme de chambre, prisonnière volontaire - auprès de sa maîtresse; de l'ordre de MM. les administrateurs de - police, membres de la commission de surveillance et de salut - public. - -Mademoiselle Pauline de Tourzel et madame Saint-Brice furent -miraculeusement mises en liberté le 2 septembre. Mesdames Thibaud, -Navarre, Basire, de Tourzel et Septeuil furent relâchées, le 3, par -le tribunal populaire qui s'était installé à la Force. Il en fut de -même de madame de Mackau et de sa femme de chambre, entrées dans cette -prison la veille[22], au moment même où l'on commençait les -massacres. Quant à madame de Lamballe, en examinant de près son écrou, -il est facile de voir qu'une destinée particulière lui était réservée: -les noms de _Savoie_ et de Bourbon-Lamballe sont écrits en saillie, -avec une intention évidente; la profession n'y est point indiquée; -tout semble annoncer le sort funeste qui l'attendait. L'histoire n'a -pas dit nettement pourquoi elle a été assassinée: elle n'a point nommé -d'une manière positive ses juges, je veux dire ses proscripteurs et -ses bourreaux. La main même, la main inconnue qui, sur le registre, a -complété l'écrou de cette infortunée princesse, s'est bornée à ajouter -à son nom ces seuls mots, qui étaient un arrêt de mort: «Conduite le 3 -septembre au grand hôtel de la Force.» - -[Note 22: Madame Marie-Angélique de Fitte de Soucy, baronne de Mackau, -sous-gouvernante des Enfants de France, née au château de Soucy le 16 -novembre 1723, est morte à Vitry-sur-Seine le 16 février 1800. - -Madame Élisabeth-Louise Le Noir, comtesse de Soucy, belle-soeur de -madame de Mackau, et comme elle sous-gouvernante des Enfants de -France, née à Paris le 31 octobre 1729, est morte à Vitry-sur-Seine le -21 décembre 1813. - -Adélaïde Rotin, femme Camille, qui n'avait jamais quitté le service de -ses deux maîtresses, ne s'éloigna pas d'elles après leur mort; grâce à -une petite pension que la famille de Mackau lui faisait, elle passa -ses derniers jours dans ce village, gardienne de deux tombes près -desquelles elle espérait la sienne. Son voeu a été réalisé le 5 -juillet 1855. Elle était née à Versailles en 1768. - -Nous avons visité plus d'une fois cette pauvre femme, que son -dévouement et sa mémoire rendaient fort intéressante. Voici comment -elle nous a raconté la manière dont elle avait échappé aux massacres -de septembre: - -«Née à Versailles en 1768, j'avois conséquemment vingt-quatre ans -lorsque je me constituai prisonnière à la Force, après le 10 août -1792. On fit beaucoup de difficulté pour m'admettre dans cette prison; -mais mes instances furent si vives que j'eus le bonheur d'y entrer -avec ma maîtresse, madame la baronne de Mackau. Elle et moi nous -couchâmes sur la paille, et fûmes nourries au pain et à l'eau. En face -de notre cachot étoit celui de la princesse de Lamballe, entrée à la -Force quelques jours avant nous. La concierge de la prison étoit une -très-brave femme: elle eut grande pitié de nous, et c'est à elle que -nous dûmes de ne pas mourir de faim. Elle nous apporta pendant la nuit -différentes nourritures pour nous soutenir. - -»Dans la matinée du 3 septembre, une espèce de tribunal s'installa à la -Force dans une salle basse. Il y avoit sept ou huit personnes de la -maison du Roi. On nous interrogea toutes; quand on s'adressa à madame de -Mackau: «Qu'allez-vous faire? leur dis-je; elle est aliénée, elle ne -peut vous répondre sur rien.--Prends Dieu à témoin qu'elle est -aliénée.--Oui, certes, je prends Dieu à témoin qu'elle est aliénée, et -qu'il lui est impossible de répondre.--Mais elle a des parents -émigrés?--Elle n'en a aucun, m'écriai-je, bien que je susse pertinemment -qu'elle en avoit deux.» Mon ton assuré sauva ma maîtresse. Immédiatement -mise en liberté, elle se réfugia chez madame de Chazet, sa fille. -Retenue après elle à la Force, on eut la cruauté de me faire assister au -meurtre de madame de Lamballe. Dès qu'elle eut passé le guichet et mis -le pied sur le pavé où avoit lieu le massacre général et où le sang -couloit à flots, elle fut abattue immédiatement; on la dépouilla de tous -ses vêtements, on lui ouvrit le corps et on lui arracha le coeur. On -m'avoit entraînée pour être immolée aussi, et c'est ainsi que je fus -témoin de toutes ces horreurs. Je perdis connoissance, et quand je -repris mes sens j'étois toute nue moi-même et j'avois été livrée à -toutes les brutalités. Au moment où on alloit me frapper, un gendarme -prit intérêt à moi; il pleuroit à chaudes larmes; il me protégea avec -son sabre, fut blessé au poing, et parvint à m'envelopper de son -manteau. Plusieurs spectateurs prirent comme lui ma défense. Mon premier -protecteur me fit aussitôt monter dans une voiture, et la populace, qui -un instant auparavant avoit demandé ma mort, cria autour de cette -voiture: «_Vive l'innocence reconnue!_» Les chevaux pouvoient à peine -traverser les flots de cette multitude, et l'on mit près de deux heures -à me conduire rue des Boucheries-Saint-Honoré, chez la lingère de madame -de Mackau. Tout le monde se disputa le moyen de m'apporter des secours. -Pendant que je devenois ainsi l'objet de soins et d'égards empressés, -madame de Mackau, qui avoit appris le massacre général des prisonniers, -ne doutoit pas que je ne fusse moi-même au nombre des victimes, et elle -me pleuroit. - -»La lingère me donna tout ce qu'il me falloit pour me vêtir. Le -gendarme qui m'avoit sauvée me conduisit chez madame de Chazet, où se -trouvoit madame de Mackau. Obligées de quitter Paris sur-le-champ, -nous vînmes demeurer à Vitry chez madame de Soucy. - -»Dans ce village où s'est écoulée presque toute mon existence, j'ai -survécu de longues années à mes deux respectables maîtresses. Ma seule -pensée de bonheur est de les rejoindre: ma tombe est prête auprès de -la leur. - - »_Signé_: ADÉLAÏDE CAMILLE. - - »A Vitry-sur-Seine, le mardi 13 juillet 1853.»] - -Manuel, en quittant le Temple, y avait laissé de l'inquiétude. Depuis, -certaines rumeurs avaient accru l'alarme: les municipaux jugèrent à -propos d'interdire aux prisonniers la promenade du jardin. La famille -royale, qui venait de sortir de table, se tenait réunie dans la -chambre de la Reine. Cléry était à dîner avec Tison et sa femme; -celle-ci jette un grand cri: une tête de femme, pâle et sanglante, -vient d'apparaître à la croisée. Les assassins, au dehors, croient -avoir reconnu la voix de la Reine, et accueillent par un rire joyeux -le cri d'effroi sorti de la Tour. Cléry est remonté précipitamment: il -prévient à voix basse Madame Élisabeth, mais son visage est tellement -atterré que le Roi et la Reine s'en aperçoivent. «Qu'avez-vous donc, -Cléry?» lui dit la Reine. Les deux commissaires de service étaient à -leur poste; un troisième s'écrie en entrant et en s'adressant au Roi: -«Les ennemis sont à Verdun; nous périrons tous, mais vous périrez le -premier.» Un autre municipal survient, encore suivi de quatre hommes -députés par le peuple; un d'eux demande instamment que les prisonniers -se montrent à la fenêtre.--«Oh! non, non, de grâce! s'écrie un -municipal de service[23] en barrant le passage au Roi, n'approchez -pas! ne regardez pas! quelle horreur!» Voyant l'honorable opposition -des municipaux, l'orateur de la députation s'écrie d'une voix -satanique: «On veut vous cacher la tête de la Lamballe que l'on vous -apportait, pour vous faire voir comment le peuple se venge de ses -tyrans. Je vous conseille de paraître, si vous ne voulez pas que le -peuple monte ici.» La Reine tombe évanouie. J'abrége ici le récit de -ces horribles scènes, que le lecteur peut trouver en détail dans -l'histoire de Louis XVII. - -[Note 23: Du nom de Mennessier.] - -Le moindre objet qui avait appartenu à l'infortunée princesse de -Lamballe devenait pour Marie-Antoinette et pour sa fille un douloureux -_memento_ et une nouvelle source de larmes. Madame Élisabeth ramassa -quelques effets laissés par elle à la tour lorsqu'elle en avait été -enlevée, les serra loin de leurs yeux, et, au premier moment -favorable, les remit à Cléry en lui recommandant d'en faire un paquet -et de l'adresser avec une lettre à la première femme de chambre de -madame de Lamballe. Ni le paquet ni la lettre n'arrivèrent à leur -destination. - -Parmi les commissaires chargés d'inspecter les travaux et les dépenses -du Temple, le nommé Simon, cordonnier et officier municipal, s'était -fait remarquer par sa rudesse et sa grossièreté. Un jour, Madame -Élisabeth, qui avait su que sa femme était malade à l'Hôtel-Dieu, lui -en demanda des nouvelles. «Dieu merci, elle va mieux, répondit-il, en -ajoutant: C'est un plaisir de voir actuellement les dames de -l'Hôtel-Dieu; elles ont bien soin des malades; je voudrais que vous -les vissiez, elles sont aujourd'hui habillées comme ma femme, comme -vous, mesdames, ni plus ni moins[24].» - -[Note 24: _Mon témoignage sur la détention de Louis XVI et de sa -famille dans la tour du Temple_, par Ch. GORET, ancien membre de la -Commune du 10 août 1792.--Paris, Maurille, 1825, in-8º de 71 pages.] - -La plupart du temps il y avait entre les municipaux de service, les -gardes nationaux, les deux geôliers de la petite tour et les maçons -même employés aux travaux du Temple, un odieux concert pour charger -d'outrages ces grandeurs tombées. Nous ne redirons pas ces insultes de -tous les jours que la famille royale eut à subir dans l'intérieur de -sa prison ou pendant ses promenades au jardin, et qu'elle ne cessa -d'endurer avec une inaltérable résignation. Nous préférons rappeler -quelques rares témoignages de sympathie et de compassion qui lui -furent offerts. - -Un commissaire, de garde pour la première fois, entra chez le Roi -pendant que le petit prince prenait sa leçon de géographie. Interrogé -par son père, qui lui demandait dans quelle partie du monde était -située Lunéville, l'enfant répondit: «Dans l'Asie.--Comment! dans -l'Asie! dit en souriant le municipal; vous ne connaissez pas mieux un -lieu où vos ancêtres ont régné?» La manière dont le municipal -relevait l'erreur plut au Roi et à la Reine. Marie-Antoinette entama -avec lui une conversation à voix basse: «Nous supporterions plus -facilement nos malheurs, lui dit-elle en terminant, si la plupart de -vos collègues vous ressemblaient.» - -Un garde national placé en faction au bout de l'allée des marronniers -qui servait de préau, jeune homme d'une intéressante figure, exprimait -par son attitude et son regard le désir de donner quelques -renseignements à la famille royale. Madame Élisabeth, dans un second -tour de promenade, s'approcha de lui assez près pour qu'il lui parlât; -soit crainte, soit respect, il ne l'osa point, mais quelques larmes -brillèrent dans ses yeux, et par un signe il indiqua qu'il avait -déposé à peu de distance un papier dans les décombres. Cléry, en -feignant de choisir des palets pour le petit Prince, se mit à la -recherche de ce papier; mais les commissaires l'avertirent qu'il ne -devait pas approcher des sentinelles et qu'il eût à se retirer. On n'a -pu deviner quelles étaient les intentions de ce jeune homme. - -Ce n'est pas le seul sujet d'émotion que l'heure de la promenade -offrait aux prisonniers: parmi quelques royalistes qui profitaient -chaque jour de ce court instant pour les voir, en se plaçant aux -fenêtres des maisons situées autour de l'enceinte du Temple, Cléry, -une fois, remarqua une femme qui suivait d'un oeil très-attentif tous -les mouvements du jeune Prince lorsqu'il s'écartait de ses parents, et -crut reconnaître en elle madame de Tourzel. Il prévint Madame -Élisabeth. Au nom de madame de Tourzel, cette princesse, qui la -croyait une des victimes du 2 septembre, ne put retenir ses larmes. -«Quoi! dit-elle, elle vivroit encore!» Cléry s'était trompé; les -renseignements qu'il obtint le lendemain lui apprirent que madame de -Tourzel était dans une de ses terres[25]. Il apprit aussi que la -princesse de Tarente et la marquise de la Roche-Aymon, qui, le 10 -août, au moment de l'attaque, se trouvaient dans le palais des -Tuileries, n'avaient point été comprises dans le massacre. La -certitude qu'elles vivaient encore fut pour la famille royale, qui les -avait pleurées, une surprise pleine de joie et comme la résurrection -d'amis qu'on a crus perdus pour toujours; mais, hélas! elle apprit -presque aussitôt le meurtre des prisonniers de la haute cour -d'Orléans, et cette nouvelle affreuse lui causa un vif chagrin. Le duc -de Brissac et M. de Lessart étaient au nombre de ces serviteurs de la -royauté qui ne furent pas jugés, mais assassinés à Versailles le 9 -septembre 1792. La population de Versailles put voir la tête de M. de -Brissac plantée au bout d'une des piques de la grille du château. M. -de Brissac n'avait jamais voulu s'éloigner du danger. La dissolution -de son régiment l'avait rendu libre; il aurait pu fuir, Louis XVI l'en -avait prié; mais le coeur d'un sujet si dévoué était resté sourd aux -instances d'un prince si malheureux. «Sire, avait répondu M. de -Brissac, la fuite m'est défendue. On dirait que je suis coupable et -l'on vous croirait complice: ma conduite serait donc pour vous une -accusation; j'aime mieux mourir.» Il mourut. - -[Note 25: C'était encore une erreur. Madame et mademoiselle P. de -Tourzel, sauvées de la Force par M. Hardy, avaient été conduites par -lui dans un petit logement à Vincennes, où elles demeurèrent cachées -pendant plus de trois mois. B.] - -Au nombre des personnes qui venaient aux environs du Temple épier -l'instant et l'occasion d'apercevoir la famille royale, il faut citer M. -Hue, qui, après quinze jours environ passés dans les cachots de la -Commune, avait recouvré la liberté. Le seul adoucissement à ses peines -était de porter ses pas vers le Temple: sa seule ambition était de -rentrer à la Tour. Il fit à ce sujet des démarches auprès de Pétion, et -celui-ci ayant été nommé député à la Convention, il se détermina à -s'adresser à Chaumette, qui venait de remplacer, comme procureur de la -Commune, Manuel, devenu aussi représentant du peuple. Il reçut de lui un -accueil poli et presque bienveillant. Chaumette l'invita à s'asseoir, et -ayant fait interdire sa porte, s'épancha confidentiellement avec lui, -lui parla de son origine obscure, de sa jeunesse besoigneuse, des -obstacles qu'il avait eu à franchir, des rigueurs qu'il avait éprouvées. -Puis il lui fit des révélations importantes sur les infidélités de -quelques personnes du service du Roi qui recevaient par jour, pour prix -de leurs délations, un ou plusieurs louis stipulés payables en or. Ces -tristes aveux confondaient la loyauté de M. Hue: il se rappela pourtant -qu'une ou deux fois Madame Élisabeth s'était étonnée de rencontrer dans -un journal quelques détails d'intérieur sur lesquels l'oeil du dehors -n'avait pu tomber. Mais si la raison de Madame Élisabeth était -clairvoyante, sa conscience étroite et scrupuleuse se serait reproché -d'arrêter un soupçon infamant sur qui que ce fût. Et M. Hue, dans son -ouvrage sur les _Dernières années du règne et de la vie de Louis XVI_, a -gardé sur ces traîtres une magnanime réserve, ne devant pas, dit-il, -mettre à découvert leurs noms quand son vertueux maître les a voulu -taire, et quand, dans son immortel testament, il a recommandé à son fils -de ne songer qu'à leurs malheurs. - -Portant ensuite l'entretien sur la famille royale, Chaumette laissa -entrevoir de l'intérêt pour le Dauphin. «Je veux, dit-il, faire donner -quelque éducation à cet enfant; je l'éloignerai de sa famille pour lui -faire perdre l'idée de son rang; quant au Roi, il périra. Le Roi vous -aime.....» A ces mots, M. Hue ne put retenir ses pleurs. «Donnez un -libre cours à votre douleur, reprit Chaumette; si vous cessiez un -instant de regretter votre maître, moi-même je vous mépriserais.» - -Chaumette s'était montré confiant, mais il demeura inflexible, et M. -Hue ne put rentrer au Temple. - -L'Assemblée législative avait accompli sa tâche. N'ayant ni le courage -de la vertu ni l'énergie du crime, cette triste assemblée, dominée par -la Commune insurrectionnelle de Paris, qui disposait de la force -révolutionnaire, avait amené la victime au Temple. La Convention -devait l'y venir chercher pour l'immoler. La peur ou la violence avait -écarté des comices la plus grande partie des électeurs, et un million -cinq cent mille votes seulement avaient été constatés au scrutin. -Nommée sous l'impression des massacres, conçue pour ainsi dire dans le -meurtre et dans le sang, la Convention allait se montrer digne de son -odieuse origine: dès sa première séance, 21 septembre 1792, elle -abolit officiellement la royauté, déjà supprimée de fait, et semblable -à une dérision couronnée. A quatre heures du soir, un officier -municipal nommé Lubin se rendit au Temple, entouré de gendarmes à -cheval et d'une nombreuse populace; les trompettes sonnèrent, il se -fit un grand silence, et Lubin, qui avait une voix de Stentor, donna -lecture de la proclamation, que la famille royale put entendre -distinctement: - -«La royauté est abolie en France. Tous les actes publics seront datés -de la première année de la République. Le sceau de l'État portera pour -légende ces mots: _République de France_. Le sceau national -représentera une femme assise sur un faisceau d'armes, tenant à la -main une pique surmontée du bonnet de la Liberté.» - -Pendant cette lecture, les municipaux de service[26], assis près de la -porte de la chambre du Roi, essayaient de saisir sur la physionomie -des prisonniers les secrètes émotions de leur âme. Louis XVI, qui -tenait un livre à la main, continua de lire sans que la moindre -altération parût sur ses traits. Madame Élisabeth, occupée à sa -tapisserie, ne prit pas garde à ce qui se passait et ne quitta pas -son ouvrage; la Reine demeura calme et digne, et les deux observateurs -ne surprirent ni un mot ni un mouvement qui pût accroître leur -jouissance. - -[Note 26: C'étaient Hébert, si connu sous le nom de Père Duchêne, et -Destournelles, depuis ministre de l'instruction publique.] - -Dans la soirée, Cléry informa le Roi du besoin qu'avait son fils de -rideaux et de couvertures pour son lit, la température s'étant -très-refroidie depuis deux jours. Louis XVI lui dit d'en faire la -demande par écrit, et il la signa. Cléry s'était servi des expressions -qu'il avait jusqu'alors toujours employées: «Le Roi demande pour son -fils, etc.»--«Vous êtes bien osé, lui dit Destournelles, d'employer -encore un titre aboli par la volonté du peuple, comme vous venez de -l'entendre.--J'ai entendu une proclamation, répondit Cléry, mais je -n'en sais pas l'objet.--C'est, reprit le commissaire, l'abolition de -la royauté, et vous pouvez dire à _monsieur_ (en montrant Louis XVI) -de cesser de prendre un titre que le peuple ne reconnoît plus.--Je ne -puis, dit Cléry, changer ce billet qui est déjà signé; Louis m'en -demanderait la cause, et ce n'est pas à moi de la lui apprendre.--Vous -ferez ce que vous voudrez, répliqua le municipal, mais je ne -certifierai pas votre demande.» Le lendemain, Madame Élisabeth tira -Cléry d'embarras. «Il ne faut pas, lui dit-elle, faire de cela une -affaire: épargnons au Roi tout ennui inutile. Je vous conseille, -Cléry, d'écrire à l'avenir pour ces sortes d'objets de la manière -suivante: «Il est nécessaire pour le service de Louis XVI..., de -Marie-Antoinette..., de Louis-Charles..., de Marie-Thérèse..., de -Marie-Élisabeth..., etc...» - -Les travaux du Temple, quoique poussés avec activité, étaient loin -d'être achevés; cependant le nouvel appartement destiné à Louis XVI, -dans la grosse tour, était prêt à le recevoir. En même temps, on -cherchait à grossir de nouveaux griefs l'acte d'accusation que la -révolution formulait chaque jour contre ce malheureux Prince, afin de -fournir un nouvel aliment à la colère de la rue. Dans l'embrasure -d'une porte qui communiquait de sa chambre à celle de son fils, le -Roi, peu de temps avant le 10 août, avait pratiqué à l'aide d'une -vrille (seul instrument qu'il pût employer sans bruit) une ouverture -de vingt-deux pouces de haut sur seize de large: il était parvenu à -creuser insensiblement dans le mur, sur les mêmes dimensions, un trou -de huit à neuf pouces de profondeur; chaque matin, il lui avait fallu -lever le morceau qu'il avait détaché du lambris, et le soir, le -travail terminé, le rattacher avec quatre fils. L'opération achevée, -il avait de sa main scellé en plâtre quatre tasseaux sur lesquels il -avait posé deux rangs de tablettes en bois, et dans cette cachette, il -avait rangé ses papiers les plus importants. Il avait fait venir le -serrurier Gamin pour doubler d'une feuille de tôle le morceau de -lambris qui recouvrait cette ouverture. Cet ouvrier, honoré de la -confiance du Roi, avait dénoncé à Roland ce fait, qui tout aussitôt -devint une source d'accusations. La petite cachette prit dans le -public le nom d'_armoire de fer_, et devait, dit-on, donner le fil -d'une vaste conspiration. Le 29 septembre, à dix heures du matin, six -officiers municipaux entrèrent dans la chambre de la Reine, où était -réunie sa famille. L'un d'eux, nommé Charbonnier, donna lecture d'un -arrêté du conseil de la Commune qui leur ordonnait «d'enlever papier, -encre, plumes, crayons, et même les papiers écrits, tant sur la -personne des détenus que dans leurs chambres, ainsi qu'au valet de -chambre et autres personnes du service de la tour; de ne leur laisser -aucune arme quelconque, offensive ou défensive; en un mot, de prendre -toutes précautions nécessaires pour ôter tout commerce de Louis le -dernier avec autres personnes que les officiers municipaux[27].» Puis -arrêtant ses regards sur Louis XVI, le même commissaire ajouta de vive -voix: «Lorsque vous aurez besoin de quelque chose, Cléry descendra et -écrira vos demandes sur un registre qui restera dans la salle du -Conseil.» Sans faire la moindre observation, les captifs se -fouillèrent, livrèrent leurs papiers, crayons, nécessaires de poche, -etc. Les commissaires firent ensuite la visite des armoires, des -coffres, et enlevèrent les objets désignés dans l'arrêté. Un d'eux dit -à Cléry: «Le ci-devant Roi sera transféré ce soir même dans la tour.» -Cléry fit part de cette pénible nouvelle à Madame Élisabeth, qui -trouva le moyen d'en avertir son frère. Après le souper, comme Louis -XVI quittait la chambre de Marie-Antoinette pour remonter dans la -sienne, un commissaire lui dit d'attendre un instant, que le conseil -avait une communication à lui faire. Les six municipaux qui, le matin, -avaient mis à exécution un arrêté de la Commune, parurent, et -notifièrent aux détenus un nouvel arrêté qu'ils venaient de recevoir -du conseil général. - -[Note 27: Archives de l'Empire.] - - * * * * * - - Commune de Paris.--Du 29 septembre 1792, l'an IVe de la Liberté - et Ier de l'Égalité, Ier de la République française. - -_Extrait du registre des délibérations du conseil général._ - -«La garde des prisonniers du Temple devenant tous les jours plus -difficile par leur concert et les mesures qu'ils peuvent prendre entre -eux, la responsabilité du conseil général de la commune lui impose -l'impérieuse loi de prévenir les abus qui peuvent faciliter l'évasion -de ces traîtres; il a pris l'arrêté suivant: - -»1º Que Louis et Antoinette seront séparés; - -»2º Que chaque prisonnier aura un cachot particulier; - -»3º Que le valet de chambre sera mis en état d'arrestation; - -»4º Adjoint avec les cinq commissaires déjà nommés, le citoyen Hébert; - -»5º Les autorise à mettre à exécution l'arrêté de ce soir -sur-le-champ, même de leur ôter l'argenterie, les accessoires pour la -bouche; en un mot, le conseil général donne plein pouvoir à ses -commissaires d'employer tout ce que leur prudence leur prescrira pour -la sûreté de ces otages[28].» - -[Note 28: Archives de l'Empire.] - -La Commune, dans ses prescriptions, n'avait point encore revêtu une -forme aussi acerbe. Quoique préparé à cet événement, Louis en fut -affecté. Marie-Antoinette et Madame Élisabeth cherchaient à lire dans -les yeux des commissaires jusqu'où devaient s'étendre les rigueurs de -leur mission. En recevant les adieux de sa femme et de sa soeur, Louis -leur prit les mains et les serra avec un sentiment expressif qui -semblait dire: Résignons-nous. Son départ les laissa dans de vives -inquiétudes. Toutes deux pleuraient à chaudes larmes. Madame -Élisabeth, qui trouvait toujours des paroles consolantes pour toutes -les douleurs, devenait muette devant une infortune qu'elle croyait -sans bornes, et que pourtant elle voyait croître de jour en jour et -d'heure en heure. - -Levées de bonne heure le lendemain, Madame Élisabeth et Marie-Thérèse -vinrent frapper chez la Reine un peu plus tôt que de coutume. Comme -Cléry avait suivi le Roi dans sa nouvelle prison, Madame Élisabeth -accourait s'offrir pour habiller le jeune prince. L'abattement de ces -trois pauvres femmes et de cet enfant lui-même était profond; la -suprême consolation des malheureux est de souffrir ensemble. A dix -heures, quand il leur fallut se mettre à table pour déjeuner, leurs -yeux se remplirent de larmes en voyant vide la place du père de -famille. Elles demandèrent en vain de ses nouvelles aux commissaires -de service auprès d'elles, aucun n'en put donner; mais quelques -instants après, un d'eux ayant été conduire dans l'appartement de la -grosse tour des peintres et des colleurs qui n'y avaient point terminé -leurs travaux, dit au Roi qu'il venait d'assister au déjeuner de sa -famille et qu'elle était en bonne santé. «Je vous remercie, répondit -Louis XVI; je vous prie de lui donner de mes nouvelles et de lui dire -que je me porte bien. Ne pourrais-je pas, ajouta-t-il, avoir quelques -livres que j'ai laissés dans la chambre de la Reine? Vous me feriez -plaisir de me les envoyer.» Puis il indiqua les ouvrages qu'il -désirait. Le représentant de la Commune fit droit à sa demande; mais -ne sachant pas lire, il proposa à Cléry de l'accompagner. Heureux de -l'ignorance de cet homme, Cléry s'empressa de descendre avec lui. Il -trouva Marie-Antoinette entourée de ses enfants et de sa soeur: leur -douleur, qui sembla augmenter à sa vue, s'exhala en mille questions -auxquelles il ne put répondre qu'avec réserve; leurs plaintes, leurs -paroles touchantes émurent le coeur des commissaires. «Accordez-nous -du moins, s'écriaient-elles, la consolation de nous réunir au Roi un -moment dans la journée, ne fût-ce qu'à l'heure des repas!--Eh bien, -laissons-les dîner ensemble aujourd'hui, dit avec un ton d'autorité un -municipal; mais comme notre conduite est subordonnée aux arrêtés de la -Commune, nous ferons demain ce qu'elle aura prescrit.» A ces mots, un -sentiment qui était presque de la joie vint soulager ces tristes âmes. -Marie-Antoinette pressant ses enfants dans ses bras, Madame Élisabeth -les yeux levés vers le ciel, semblaient rendre grâces à Dieu de cette -faveur inattendue. Quelques commissaires pleuraient malgré eux. Simon -lui-même était attendri. «Je crois, dit-il tout haut, que ces -b......... de femmes me feraient pleurer.» Il ajouta: «Quand vous -assassiniez le peuple au 10 août, dit-il en s'adressant à -Marie-Antoinette, vous ne pleuriez point.--Le peuple est bien trompé -sur nos sentiments», répondit tristement la Reine. - -On servit le dîner chez Louis XVI à l'heure ordinaire, et on lui amena -sa famille. Aux transports qu'elle laissa éclater, on put juger des -craintes qu'elle avait éprouvées. La concession faite par les -commissaires de ce jour ne pouvant être blâmée par eux devant les -nouveaux municipaux qui devaient les remplacer, se continua -naturellement les jours suivants. Il ne fut plus question de l'arrêté -du 29 septembre; la famille royale se réunit chaque jour aux heures -des repas ainsi qu'à la promenade, et Cléry la servit comme par le -passé. - -La Reine et Madame Élisabeth témoignèrent, après le dîner, le désir de -visiter l'appartement qu'on leur préparait au-dessus de celui du Roi. -Les commissaires les y conduisirent. Elles prièrent les ouvriers de se -hâter, mais la besogne dura encore trois semaines. Pendant ce -temps-là, Cléry partagea son temps entre tous les prisonniers, faisant -leurs chambres, réglant leurs dépenses et cherchant le moyen de -conserver quelques rapports entre eux. On comprend que ce séjour de la -famille royale dans deux tours séparées et sans communication -intérieure, en rendant la surveillance des municipaux plus difficile, -la rendait aussi plus inquiète. La chose la plus futile et la plus -insignifiante, dès qu'elle était relative à un membre de la famille -prisonnière au Temple, empruntait immédiatement à cette circonstance -un caractère sérieux. Un pauvre vicaire de Fontenay de Vincennes -adressait à Madame Élisabeth quelques prétendus vers sans rime ni -raison, et écrits dans une langue qui n'appartient ni à la prose ni à -la poésie. Ce fatras, portant l'adresse de _Madame Élisabeth au -Temple_, fut remis au conseil général de la Commune[29], qui le -transmit à la commission des vingt-quatre. (Voir aux pièces -justificatives, nº II.) - -[Note 29: _Extrait du registre des délibérations du conseil général du -19 octobre 1792._ - -«Le conseil général nomme le citoyen Léger, l'un de ses membres, -qu'_elle_ charge de se transporter au Temple sur-le-champ pour y -prendre une lettre adressée à Madame Élisabeth par le vicaire de -Fontenay-sous-Bois, et l'apporter au conseil. - - »_Signé_: DARNAUDERIE, vice-président; - - »COULOMBEAU, secrétaire-greffier par intérim.» - -(Archives de l'Empire.)] - -On tenait éloignés du Temple les journaux qui racontaient les -sanglants malheurs de la France, les pamphlets qui pervertissaient la -conscience publique; mais l'injure, la menace, la calomnie adressées -directement aux Capets servaient souvent de passe-port aux gazettes -dans ce lazaret politique et moral où la famille royale prolongeait -sans fin sa douloureuse quarantaine, et dans lequel on ne laissait -pénétrer que ce qui pouvait ajouter aux tortures du présent les -appréhensions d'un plus sinistre avenir. Ces misérables feuilles, dont -le cynisme et le dévergondage étaient sans bornes, on les plaçait à -dessein sur une commode ou sur une cheminée dans les appartements. Ni -l'âge ni la vertu n'étaient épargnés. Une brochure prouvait qu'il -fallait étouffer _les deux petits louveteaux_, c'est ainsi qu'elle -appelait les enfants du Roi; une autre versait l'outrage à pleins -flots sur Madame Élisabeth, cherchant à détruire l'admiration -qu'inspiraient au public son caractère angélique et son dévouement -fraternel. - -Un petit conflit d'attributions élevé entre Cléry et Tison, leurs -prétentions jalouses aussi bien que l'habitude que prenait -individuellement chaque détenu de s'adresser pour un service -quelconque au commissaire qu'il croyait le mieux disposé en sa faveur, -firent prendre par le conseil du Temple un arrêté pour réglementer la -manière dont la famille royale présenterait à l'avenir ses demandes au -conseil. Le municipal James, qui protégeait Tison, lui dit en lui -annonçant le résultat de la délibération du conseil: «Sois content, le -ministère est formé; tu as le département des femmes.» - -La séparation complète de la famille royale était pressentie dans cet -arrêté. Le vendredi 26 octobre, la Reine, ses enfants et Madame -Élisabeth furent installés dans la grosse tour. Ce moment tant -souhaité par les prisonniers, et qui semblait leur promettre quelques -consolations, fut marqué, de la part des municipaux, par un trait -d'hostilité contre la Reine. Le conseil du Temple, composé de Roché, -Jérosme, Cochois et Massé, et sur la motion d'un d'entre eux, ennemi -personnel de Marie-Antoinette, prit un arrêté qui, sous la forme d'une -mesure de convenance et d'ordre, retirait le jeune Louis-Charles des -mains de sa mère et le remettait entre celles de son père[30]. Sans -avoir préalablement notifié cette décision à Marie-Antoinette, le soir -même de son entrée dans son nouvel appartement, on lui enleva son -fils. La Commune s'était empressée de ratifier cet arrêté[31]. Dans -cette même journée, pendant le dîner de la famille royale, un greffier -et un huissier, tous deux en costume, et suivis de six gendarmes, -étaient venus chercher Cléry pour le conduire à l'hôtel de ville, -d'où, après six heures passées au cachot, et un long interrogatoire, -il fut reconduit, à minuit, au Temple par les quatre officiers -municipaux désignés pour y prendre le service. - -[Note 30: Commune de Paris.--Sûreté du Temple. L'an Ier de la -République française, le 27 octobre 1792. - -_Extrait du registre des délibérations du conseil de service au -Temple, en date du 26 octobre présent._ - -«Sur les observations faites par l'un des membres de service au Temple -que le fils de Louis Capet était jour et nuit sous la direction de -femmes, mère et tante, considérant que cet enfant est dans l'âge où il -doit être sous la direction des hommes, le conseil, délibérant sur cet -objet, a arrêté et arrête qu'à l'instant le fils de Louis Capet sera -retiré des mains des femmes pour être remis et rester entre celles de -son père les jours et nuits, excepté qu'après l'heure du dîner il -montera dans le logement de ses mère et tante, durant le moment où son -père se repose, et en descendra sur les quatre à cinq heures du soir; -le tout sous la surveillance et conduite de l'un des commissaires de -service. - -»Fait au Conseil séant au Temple lesdits jour et an que dessus. - - »_Signé_: MASSÉ, JÉROSME, ROCHE, COCHOIS. - - »Pour extrait conforme à l'original: - »ROCHÉ, commissaire municipal de service - et président au Temple; - »COCHOIS, _ségrétère_.» - -Délivré au citoyen Cléry, de service auprès de Louis et de sa -famille.] - -[Note 31: Commune de Paris. - -_Extrait du registre des délibérations du conseil général, du 26 -octobre 1792._ - -«Le conseil général approuve l'arrêté pris par les commissaires des -travaux du Temple et les commissaires du conseil du Temple, relatif à -la translation des femmes dans la grosse tour, au troisième étage, et -le fils du ci-devant Roi avec son père. - -»Les autorise à faire disposer ses (_sic_) guichets qu'ils croiront -nécessaires dans cette même tour. - - »_Signé_: BOUCHER-RENÉ, président en l'absence du maire; - »COULOMBEAU, secrétaire-greffier par intérim.»] - -Avant d'aller plus loin, il convient de mettre sous les yeux du -lecteur un tableau fidèle du Temple tel qu'il existait au moment où -les travaux exécutés pour la captivité de la famille royale furent -terminés. Le plan que nous intercalons à cette page donnera d'abord -une idée générale et exacte de l'enclos du Temple à cette époque. -Essayons de faire connaître maintenant la nouvelle demeure que la -truelle de la révolution venait de restaurer pour Louis XVI et pour sa -famille dans le vieux donjon des Templiers. - -La grosse tour, dont la hauteur dépassait cent cinquante pieds et dont -les murs avaient neuf pieds d'épaisseur dans leur moyenne proportion, -formait quatre étages voûtés et soutenus au milieu par un gros pilier -depuis le bas jusqu'au quatrième étage. L'intérieur était d'environ -trente-quatre à trente-six pieds en carré. - -Le rez-de-chaussée, qui n'avait subi aucun changement, était resté -avec ses murailles nues; mais par la sévérité même de son -architecture, par les arêtes de sa voûte, par le fût lourd et -l'élégant chapiteau de son pilier, et aussi par les quatre lits à -colonnes torses adossés aux quatre murs de sa vaste salle, il -rappelait les temps et les choses d'autrefois. - -Cette pièce était destinée aux commissaires de la Commune qui -n'étaient point de service à la porte du Roi et de la Reine. Ils y -prenaient leurs repas, y couchaient, et s'y assemblaient pour -délibérer. Aussi appela-t-on cette pièce la _chambre du conseil_. Des -tourelles placées aux quatre angles, la première contenait l'escalier -qui allait jusqu'aux créneaux, la seconde servait d'armoire aux -municipaux, la troisième de bûcher et la quatrième de garde-robe. -L'entrée de chaque étage était fermée par deux portes, la première en -bois de chêne garni de clous, la seconde en fer. - -Le premier étage, demeuré aussi dans son intégrité première, était la -répétition du rez-de-chaussée, moins ses lits à colonnes. Il servait -de corps de garde, et était, après celui du palais du Temple, le poste -le plus important de l'enclos. Aux deux parois les plus larges de la -muraille, on avait établi des planches légèrement inclinées formant -avec quelques matelas un lit de repos pour la garde. Au milieu de la -salle, autour du pilier, les armes se groupaient en faisceau. - -Le second étage, qui ne formait primitivement, comme les autres -étages, qu'une seule pièce, avait été divisé en quatre chambres par -des cloisons en planches, avec de faux plafonds de toile. La première -pièce était une antichambre qui, par trois portes différentes, -communiquait aux trois autres pièces. En face de la porte d'entrée -était la chambre du Roi; on y plaça un lit pour son fils. De -l'antichambre on entrait également dans la salle à manger, qui en -était séparée par une seule cloison à vitrage. La chambre de Louis XVI -avait une cheminée; un grand poêle ouvrant dans l'antichambre, mais -placé au centre du carré de la tour, c'est-à-dire à la place même où -se trouve le pilier aux étages inférieurs, chauffait les autres -chambres. Une croisée éclairait chaque pièce, mais les barreaux de fer -et les abat-jour, scellés et posés en dehors, empêchaient l'air de -circuler. Les cloisons de l'appartement étaient recouvertes d'un -papier peint. Celui de l'antichambre représentait des pierres de -taille superposées comme on les figure au théâtre pour simuler -l'intérieur d'une prison. A gauche en entrant, on avait placardé au -milieu du mur la Déclaration des droits de l'homme, écrite en -très-gros caractères et encadrée dans une large bordure tricolore. Le -papier de la chambre du Roi était jaune glacé, semé de fleurs -blanches. En entrant, on voyait la cheminée en face, la fenêtre à main -droite, ainsi que la tourelle; à main gauche, le lit de Louis XVI, et -à ses pieds le petit lit de son fils. Sur la console de la cheminée -était posée une pendule portant gravés sur son cadran de porcelaine -ces mots: _Lepaute, horloger du Roi_; mais dès l'installation de Louis -(le 29 septembre) dans la grosse tour, les représentants de la Commune -avaient collé un pain à cacheter sur le mot _Roi_. Les plaques de -fonte de la cheminée portaient ces mots: _Liberté_, _égalité_, -_propriété_, _sûreté_. La tourelle servait à Louis XVI de cabinet de -lecture et d'oratoire. Ses murs enduits de plâtre étaient revêtus -d'une peinture gris de lin. On y avait placé un tout petit poêle. Près -du lit du jeune prince s'ouvrait une porte sur un couloir conduisant à -gauche dans la chambre de Cléry, et plus loin, en inclinant à droite, -à la garde-robe placée dans une seconde tourelle. Le lit de Cléry, -parallèle à celui de son maître, n'en était séparé que par l'épaisseur -de la cloison. La troisième tourelle, donnant dans la salle à manger, -servait de bûcher. - -[Illustration: TROISIÈME ÉTAGE. - - A. Escalier. - 1. Porte de chêne. - 2. Porte de fer. - B. Antichambre. - Une table en noyer. - Un lit de repos et des chaises. - C. Chambre de la Reine. - 3. Lit de la Reine, à colonnes en damas vert avec ses housses, - un sommier et deux matelas, un traversin, une couverture piqûre - de Marseille. - 4. Lit de Madame Royale, couchette à deux dossiers, une paillasse, - un sommier, trois matelas, un traversin et deux couvertures - en coton. - 5. Commode en bois d'acajou, à dessus de marbre, surmontée d'un - miroir de toilette. - 6. Canapé garni de son carreau et de ses deux oreillers. - 7. Cheminée, ornée de la pendule que nous avons indiquée, et - d'une glace de 45 pouces sur 36. - 8. Un paravent en bois de quatre feuilles, couleur d'acajou. - Deux tables de nuit. - D. Cabinet de la Reine. - E. Chambre de Madame Élisabeth. - 9. Lit en fer, garni de sa housse de toile de Jouy doublée de - taffetas vert, un sommier, deux matelas, un lit de plume, - un traversin et une couverture piqûre de Marseille. - 10. Commode en placage, à dessus de marbre. - 11. Une table en bois de noyer. - 12. Cheminée avec une glace de 45 pouces sur 32. - Deux chaises, deux fauteuils couverts en perse. - Flambeaux argentés. - F. Garde-robe. - G. Chambre de Tison. - Un lit, une commode en placage, à dessus de marbre. Un miroir - de toilette; une pendule de Lepaute posée sur la commode, - plusieurs chaises dont deux de canne. Flambeaux argentés. - H. Cabinet où fut enfermé Tison en septembre 1793.] - -Le troisième étage, contenant le logement de Marie-Antoinette et celui -de Madame Élisabeth, était la répétition du second moins le couloir. -La chambre de la Reine était au-dessus de celle du Roi, et son lit -placé au même endroit que le lit du Roi. Celui de Marie-Thérèse était -entre la cheminée et la porte du couloir supprimé. Le papier de la -chambre, aussi bien que celui de la tourelle qui servait de cabinet -de toilette, était entremêlé de zones vertes et bleues d'une nuance -extrêmement tendre. La cheminée était ornée d'une pendule -représentant la Fortune et sa roue,--singulière ironie en présence de -la grandeur renversée! La chambre de Madame Élisabeth et celle de -Tison étaient tapissées d'un même papier jaune très-commun. Leur -ameublement était à peu près le même aussi: un lit de fer, une table -en bois de noyer, une commode en placage, tels étaient les principaux -meubles de Madame Élisabeth. Le plan descriptif de cet étage achèvera -de le faire bien connaître. - -Les détails d'ameublement que nous donnons à la suite de ce plan sont -parfaitement authentiques: ils ont été puisés dans deux inventaires, -l'un fait à la date du 25 octobre 1792, lors de l'entrée de la famille -royale dans la grosse tour, et l'autre le 19 janvier 1793[32]. - -[Note 32: Archives de l'Empire, carton E, nº 6, 206.] - -Le quatrième étage, ne devant pas être habité, était resté dans sa -simplicité première. Sa voûte élevée, l'absence du pilier central, le -faisaient paraître plus grandiose que les autres étages. Quelques -vieux meubles de rebut et quantité de planches étaient relégués dans -les bas-côtés de cette vaste salle. Entre les créneaux et le toit de -la grande tour régnait une galerie servant quelquefois de promenade. -Les entre-deux des créneaux furent garnis de planches, jalousies sans -treillis enlevant au promeneur toute possibilité de voir ou d'être -vu[33]. - -[Note 33: Le lecteur trouvera à la fin du volume (Documents et pièces -justificatives, nº III) une esquisse de la physionomie extérieure du -Temple, un aperçu du personnel commis à sa garde, et des dispositions -prises par l'autorité républicaine.] - -Les habitudes de la famille ne subirent point de changements par suite -de sa réunion dans la grosse tour. Louis XVI, en présence d'événements -qui ne lassaient ni sa patience ni son courage, cherchait le plus -souvent ses distractions dans la lecture; plus émue que lui, -Marie-Antoinette s'occupait de ses enfants, demandait en vain au -travail manuel un apaisement aux troubles de son esprit, et faisait -matin et soir de courtes prières. Quant à Madame Élisabeth, elle ne -s'inquiétait plus de la méchanceté des hommes. Quelquefois, dans la -journée, au milieu des jurements et des blasphèmes, elle s'isolait -dans sa chambre, s'agenouillait près de son lit avec une ferveur -angélique, ou, assise sur une chaise, se recueillait dans ses -méditations avec un calme inaltérable. Souvent, après le dîner, quand -la promenade au jardin n'avait pas lieu, les enfants jouaient dans -l'antichambre au siam ou au volant; Madame Élisabeth assistait à leurs -jeux, assise près d'une table et un livre à la main. Cléry restait -habituellement dans cette pièce, et, se conformant aux ordres de cette -princesse, il s'asseyait aussi, et prenait un livre pour paraître -occupé de son côté. Il était facile de voir que la division de la -famille, ainsi parquée en deux chambres, contrariait et inquiétait -parfois les commissaires chargés de ne laisser jamais le Roi et la -Reine seuls, et ne voulant point se séparer eux-mêmes, tant ils se -méfiaient l'un de l'autre, espions tout ensemble et espionnés. Madame -Élisabeth profitait de ce moment pour entrer en communication avec -Cléry: celui-ci prêtait l'oreille, et, pour ne pas être surpris par -les municipaux, répondait sans détourner les yeux de sa lecture. -Marie-Thérèse et son frère, d'accord avec leur tante, facilitaient cet -entretien par leurs jeux bruyants ou par quelques signes annonçant -l'entrée des commissaires. Les captifs n'avaient pas moins à se défier -de Tison, dont les municipaux, plus d'une fois dénoncés par lui, -avaient aussi à redouter la surveillance. - -Du reste, une recrudescence se manifestait dans les rigueurs -ombrageuses du plus grand nombre des représentants de la Commune, et -se traduisait par des actes souvent ridicules. A la fin des repas, -Madame Élisabeth remettait à Cléry un petit couteau à lame d'or pour -qu'il le nettoyât; un municipal, plus d'une fois, le lui arracha des -mains, afin d'examiner si quelque papier n'était pas caché au fond de -la gaîne. Madame Élisabeth avait chargé Cléry de renvoyer un livre de -piété à la duchesse de Sérent; les municipaux s'emparèrent de ce -livre, et en coupèrent toutes les marges, de peur qu'on n'y eût écrit -quelque avis avec de l'encre sympathique. Le linge remis à la -blanchisseuse était minutieusement inspecté à la sortie; au retour, il -était déployé pièce par pièce et examiné au grand jour. Le livre de la -blanchisseuse, tout autre papier servant d'enveloppe, étaient -présentés au feu, afin de s'assurer s'il n'y avait aucune écriture -secrète. C'étaient là les moindres avanies de la captivité. - -On se ferait difficilement une idée des précautions que le conseil de -la Commune prenait pour que rien de ce qui se passait au Temple -n'échappât à sa surveillance. Le docteur Leclerc avait porté à la -Reine, pour sa fille, un paquet de drogues et une ordonnance de -médecine. Le conseil général s'alarma de cette démarche, et dans sa -séance du 27 octobre, réclama le paquet remis à Marie-Antoinette, et -manda à sa barre M. Leclerc. «La femme de Louis Capet, dit celui-ci, -me parla de la nécessité de faire des remèdes pour sa fille qui a une -dartre sur la joue, et me demanda quels étoient ceux qu'elle devoit -employer: il faut respecter les malheureux, et la fille ne doit pas -être punie des fautes du père; d'ailleurs elle a une jolie figure, et -il seroit dommage que cette dartre lui restât, car c'est un -chef-d'oeuvre de la nature. (Ici l'orateur fut interrompu par le -président, qui ajouta: _La peau du serpent est aussi un chef-d'oeuvre -de la nature_; le conseil vous invite à _continuer sans digression_.) -Je lui ai ordonné, dit alors M. Leclerc, de la squine et de la -salsepareille, drogues très-simples qui ne peuvent être falsifiées: -j'ai envoyé ce remède avec l'autorisation des commissaires, et -l'ordonnance a été signée par eux.» - -Le conseil général prit l'arrêté suivant: «Le conseil général, -prévoyant les conséquences dangereuses qui peuvent résulter de pareils -procédés, déclare qu'il improuve la conduite du commissaire Leclerc; -et, pour prévenir de pareils abus qui pourroient compromettre la -surveillance et la responsabilité de la Commune, défend à toutes les -personnes qui se trouvent au Temple, pour quelque fonction que ce -soit, médecins, chirurgiens, pharmaciens, etc., de donner aucun avis -ni remède de quelque nature qu'il soit, à aucun individu de la famille -ci-devant royale, sous quelque prétexte que ce puisse être; et dans le -cas où un membre de la famille royale auroit besoin de secours, le -conseil déclare qu'il y sera pourvu par les maîtres de l'art reconnus -par le conseil de la Commune; improuve ledit Leclerc, et le renvoie -avec ses drogues, son ordonnance et le présent arrêté, au conseil -général de la Commune.» - -Le plus grand tourment de Madame Élisabeth après le chagrin que lui -causait la situation du Roi et de la Reine, c'était la désolation de -ses amies, c'était le silence qu'elle était condamnée à garder -vis-à-vis d'elles pour ne pas les compromettre, c'était l'inquiétude -où elle était sur leur sort. Si elle reçoit de l'une d'elles une -preuve de souvenir ou d'attachement, elle, elle craint que ce gage -d'un bon sentiment ne soit imputé à crime. Aussi croit-elle de son -devoir de les prier de renoncer, au moins pour un temps, aux -dangereuses tentatives que leur inspire leur ingénieuse sollicitude -pour nouer des rapports avec elle. La duchesse de Sérent a le courage -de désobéir, et ne cesse de lui faire parvenir des témoignages de sa -constante attention: un de ses messages est surpris. Interrogée par le -comité révolutionnaire de sa section, madame de Sérent ose répondre -qu'elle a l'honneur d'être dame de Madame Élisabeth de France, et -qu'elle ne fait que remplir un devoir sacré en veillant à ce qui peut -lui être nécessaire. - -De longs mois s'écoulèrent sans qu'Élisabeth reçût d'au-delà des -frontières des nouvelles de sa famille. Son frère, le comte d'Artois, -assidu à lui écrire régulièrement, se taisait lui-même. Une lettre -cependant, une seule lettre lui arriva sous les verrous du Temple: -cette lettre était écrite par sa tante Adélaïde; elle était datée de -Rome, et relative aux événements de juin. Ce fut Manuel qui la remit -lui-même à la princesse. Cet acte de bienveillance ne devait pas se -renouveler. L'ère des perquisitions commença: une surveillance -minutieuse et tracassière, une inquisition de tous les instants -rendirent toute correspondance impossible. Les portes de la France -demeurèrent fermées aussi bien que celles de la tour du Temple. - -Le 14 novembre, la maladie vint ajouter à toutes les épreuves de la -famille royale. Louis XVI, le premier, eut une fluxion qui l'incommoda -extrêmement. La Reine et Madame Élisabeth demandèrent qu'on fît -appeler M. Dubois-Foucou, son dentiste; le conseil du Temple s'y -opposa. Le conseil général de la Commune arrêta que le conseil du -Temple lui transmettrait tous les matins le bulletin de la santé des -prisonniers, et, apprenant que la maladie du Roi s'était aggravée, il -nomma deux commissaires pour aller «instruire la Convention de la -santé du ci-devant.» La fièvre étant survenue, le 22, la Commune -avertie s'alarma, permit à M. Le Monnier, ancien premier médecin du -Roi, d'entrer à la tour, accompagné de M. Robert, chirurgien, et -réclama chaque jour un bulletin de la santé du malade. L'émotion de M. -Le Monnier fut grande en revoyant son ancien maître, ainsi que Madame -Élisabeth, à laquelle il avait voué la plus profonde affection. Il -vint au Temple deux fois par jour pendant la semaine que dura la -maladie du Roi. Marie-Antoinette demanda au conseil du Temple qu'il -lui fût permis de transférer pendant ce temps-là le lit de son fils -dans sa chambre. Le conseil le lui refusa. L'enfant eut une forte -coqueluche accompagnée de fièvre; sa mère et Madame Élisabeth -demandèrent à le veiller: «Vous lui avez refusé la grâce de monter -auprès de nous, accordez-nous celle de descendre auprès de lui.» -Prière inutile! La révolution ne se bornait plus à persécuter la -Reine, elle persécutait la mère. Marie-Antoinette prit elle-même le -mal qu'elle voulait guérir. La maladie se communiqua aussi à sa fille -et à Madame Élisabeth, qui eût regretté peut-être d'être exempte du -fléau qui atteignait tous les siens. Les médecins et les geôliers se -rencontrèrent chaque jour. - -En voyant la maladie entrer dans cette prison, il semble que la -Providence prenait à tâche d'éprouver cette grande et malheureuse -famille par tous les genres de souffrance. - -Cléry tomba malade à son tour. La fièvre et une forte douleur au côté -l'obligèrent de garder le lit. Il essaya de se lever pour habiller son -maître: Louis refusa ses soins, lui ordonna de se coucher, et fit -lui-même la toilette de son fils. Le petit Prince ayant recouvré la -santé, se tint pendant une grande partie de la journée dans la chambre -de Cléry, et de temps en temps lui apportait de la tisane. - -Dans la soirée, Louis XVI profita d'un moment où il était moins -surveillé pour aller voir lui-même son valet de chambre; il le fit -boire, et il lui dit avec bonté: «Je voudrois vous donner moi-même des -soins, mais vous savez combien nous sommes observés; prenez courage, -demain vous verrez mon médecin.» - -A l'heure du souper, la famille royale entra chez Cléry, et Madame -Élisabeth, sans que les commissaires s'en aperçussent, lui remit une -fiole qui contenait un looch. Cette princesse, qui était extrêmement -enrhumée, s'en privait pour lui; il voulut refuser, elle insista. -Après le souper, Marie-Antoinette déshabilla et coucha son fils, et -Madame Élisabeth roula les cheveux de son frère. - -Revenu le lendemain, M. Le Monnier ordonna une saignée à Cléry. -Celui-ci resta six jours au lit; chaque jour la famille royale allait -le visiter: Madame Élisabeth lui apportait des drogues qu'elle avait -demandées comme pour elle. Le malade reprit une partie de ses forces; -sa fermeté s'emparant de celle dont il était témoin, il lutta avec -énergie contre un mal qui l'aurait rendu incapable de rendre les -services qu'il voulait rendre. Le moral a tant d'influence sur le -physique, qu'on peut croire que cette résolution de guérir à tout prix -contribua autant que les remèdes à lui rendre la santé. - -Un soir, après avoir couché le petit Prince, Cléry se retirait pour -faire place à la Reine, qui venait, avec les princesses, embrasser son -fils et lui donner le bonsoir dans son lit. Madame Élisabeth, que la -surveillance des commissaires avait empêchée de parler à Cléry, -profita de ce moment pour remettre à l'enfant une petite boîte -d'ipécacuanha, en lui disant: «Ceci est pour Cléry, je vous prie de le -lui remettre dès qu'il reviendra.» Les princesses remontèrent dans -leur chambre, Louis XVI passa dans son cabinet, Cléry alla souper, et -ne rentra que vers onze heures pour préparer le lit du Roi. Comme il -était seul dans la chambre (Louis XVI étant encore dans la tourelle), -le jeune prince l'appela à voix basse. Cléry, étonné qu'il ne dormît -pas à pareille heure, lui en demanda le motif: »C'est que ma tante m'a -remis une petite boîte pour vous, lui dit-il, et je n'ai pas voulu -m'endormir sans vous l'avoir donnée; il étoit temps que vous vinssiez, -car mes yeux se sont fermés plusieurs fois.»--«Les miens se remplirent -de larmes, ajoute Cléry en racontant le trait que nous venons de -rappeler. Le Dauphin s'en aperçut, m'embrassa, et deux minutes après -il dormoit profondément.» - -Quoique placée sur le second plan dans la hiérarchie de la famille, et -quoique aimant à s'effacer elle-même, Madame Élisabeth, on le voit, -était toujours au premier rang dès qu'il s'agissait d'être utile ou -de consoler. C'était un spectacle touchant que celui de cette femme -angélique réclamant avidement sa part des tortures de sa famille; puis -suspendant le souvenir de ses propres infortunes pour s'occuper des -infortunes des autres, et renouvelant auprès d'un serviteur souffrant -la tradition des exemples de son aïeul saint Louis, dont les mains -royales se plaisaient à servir, dans les malades et les infirmes, les -membres mêmes de Jésus-Christ. - -Une nouvelle municipalité avait, dans la journée du dimanche 2 -décembre, remplacé la Commune du 10 août. Un assez grand nombre des -anciens membres avaient été réélus. Il n'y avait eu jusqu'à ce jour -qu'un seul commissaire auprès du Roi et un auprès de la Reine: la -nouvelle Commune décida qu'il y en aurait deux à l'avenir. -Conformément à cet arrêté, huit municipaux se trouvèrent dès le 3 -décembre de service au Temple, quatre, comme nous l'avons dit, en -surveillance près de la famille royale, et les quatre autres se tenant -dans la salle du Conseil. Chaque jour, ils se renouvelaient par -moitié. On arrivait le soir à neuf heures, on soupait, et l'on tirait -au sort pour savoir qui serait de garde chez le Roi ou chez la Reine. -On passait tour à tour vingt-quatre heures auprès des détenus, -vingt-quatre heures dans la salle du Conseil. Ceux que leur billet -avait désignés pour la nuit montaient après le souper, et restaient -près des prisonniers jusqu'au lendemain onze heures. Après le dîner, -ils reprenaient leur poste jusqu'à l'arrivée des nouveaux municipaux. -C'est à cette époque que l'on commença au rez-de-chaussée de la tour -des dispositions pour y installer quelques jours après le conseil, qui -se tenait dans une des salles du château du Temple. - -Le nombre des commissaires excita entre eux une émulation de zèle -révolutionnaire qui se traduisit par un redoublement de rigueurs -envers les prisonniers. - -La surveillance devint plus active, la servitude plus étroite; on -redoubla de dureté envers Cléry, on renouvela à Turgy, à Chrétien et à -Marchand, qui avaient obtenu un certificat des anciens municipaux[34], -la défense expresse de lui parler. Il restait peu d'espoir aux détenus -de pouvoir désormais apprendre aucune nouvelle. Frappée d'un fatal -pressentiment, Madame Élisabeth épiait avidement les regards et les -paroles de Cléry; mais Cléry ne savait plus rien, et craignait tout. -Cependant il ne désespérait pas tout à fait d'être informé des -événements du dehors par sa femme, qui, sous le prétexte d'apporter du -linge et d'autres objets nécessaires, avait obtenu la permission de -venir au Temple une fois par semaine. Elle était toujours accompagnée -d'une amie qui passait pour une parente. Le jeudi 6 décembre, madame -Cléry arriva avec son honnête et courageuse complice. Son mari, -prévenu, descendit au conseil. Tandis que, pour détourner les soupçons -des nouveaux commissaires, elle affectait de lui parler à haute voix -et de lui donner des détails assez oiseux sur ses affaires -domestiques: «Mardi prochain, disait tout bas son amie, on conduit le -Roi à la Convention; le procès va commencer; le Roi pourra prendre un -conseil; tout cela est certain.» - -[Note 34: Archives de l'Empire, carton E, nº 6, 206.] - -Le soir, Cléry trouva le moyen, au coucher du Roi, de lui rendre compte -de ce qu'il avait appris. Il lui fit pressentir qu'on avait le projet de -le séparer de sa famille pendant le procès, et ajouta qu'il ne restait -plus que quatre jours pour concerter quelque moyen de correspondance -entre le second et le troisième étage. Le lendemain, après le déjeuner, -Louis XVI fit part à la Reine des confidences qu'il avait reçues, et la -Reine les transmit à Madame Élisabeth. Quelques actes semblaient déjà -confirmer la triste annonce du procès. Le Roi venait de rentrer avec son -fils dans son appartement, lorsqu'un municipal, à la tête d'une -députation de la Commune, vint lui lire, d'une voix qui trahissait son -émotion, l'arrêté qui ordonnait «d'enlever aux détenus du Temple, ainsi -qu'à ceux qui les servent ou qui les approchent de près, toute espèce -d'instruments tranchants ou autres armes offensives et défensives, en -général tout ce dont on prive les autres prisonniers présumés -criminels.» Louis XVI prit lui-même dans ses poches un couteau et un -petit nécessaire de maroquin rouge dont il tira des ciseaux et un canif, -et remit ces objets au commissaire. Les envoyés de la Commune firent des -recherches dans toutes les pièces du second étage; ils confisquèrent les -rasoirs, le compas à rouler les cheveux, le couteau de toilette, de -petits instruments pour nettoyer les dents, et d'autres objets d'or et -d'argent; puis ils montèrent au troisième, où ils notifièrent le même -arrêté. «Si ce n'est que ça, dit la Reine avec un dépit marqué, il -faudrait aussi nous prendre nos aiguilles, car elles piquent bien -vivement.» Elle en eût peut-être dit davantage si Madame Élisabeth ne -lui eût fait signe du coude pour l'inviter au silence. Marie-Antoinette -et ses deux compagnes remirent leurs ciseaux. Les municipaux leur -prirent jusqu'aux petits meubles utiles à leur travail. «Savez-vous -bien, leur dit l'un d'eux, que nous avons ordre de vous enlever aussi -Tison et Cléry, et de goûter à tous les mets que l'on vous sert?» - -Il faut le dire, les commissaires ne remplissaient pas à la lettre les -ordres rigoureux que leur avait transmis le conseil général de la -Commune. Les fabricateurs des lois ne les feraient pas toujours si -dures s'ils devaient en être les exécuteurs. Quand vint l'heure du -dîner, quelques municipaux, sous la pression de l'arrêté dont ils -avaient donné lecture, voyaient de graves inconvénients à ce que la -famille royale se servît de fourchettes et de couteaux; d'autres -consentaient à laisser les fourchettes; la contestation dura quelques -instants; enfin, l'influence bienveillante dont nous venons de parler -l'emporta, et la majorité décida qu'aucun changement ne serait fait, -mais qu'à la fin de chaque repas couteaux et fourchettes seraient -enlevés. - -La privation des petits instruments de travail retirés aux captives -leur devint d'autant plus pénible qu'elles furent obligées de renoncer -à différents ouvrages qui jusqu'alors avaient contribué à les -distraire des longs ennuis de la prison. Un jour, Madame Élisabeth -cousait les habits de Louis XVI, et n'ayant point de ciseaux, elle -rompit le fil avec ses dents. «Quel contraste! lui dit le Roi, qui -fixait sur elle un regard attendri, il ne vous manquait rien dans -votre jolie maison de Montreuil.--Ah! mon frère, répondit-elle, -puis-je avoir des regrets quand je partage vos malheurs?» - -Le samedi 8 décembre vint au Temple une commission chargée de vérifier -les dépenses des détenus. Mandé devant elle pour donner des -explications, Cléry eut l'occasion d'apprendre d'un municipal bien -intentionné que la séparation de Louis d'avec sa famille, arrêtée -seulement par la Commune, n'avait point été encore prononcée par la -Convention. De son côté, Turgy était parvenu à se procurer un journal -qui contenait le décret portant que _Louis Capet serait traduit à la -barre de la Convention_; il remit à Cléry ce journal, ainsi qu'un -mémoire publié par Necker sur le procès du Roi. Le seul moyen que -trouva Cléry de communiquer ces deux pièces à la famille royale fut de -les cacher sous un vieux meuble dans le cabinet de garde-robe, et d'en -prévenir Madame Élisabeth. - -La visite de ces deux commissions qui venaient de se succéder à la -Tour, l'une chargée _d'enlever les armes offensives et défensives_, -l'autre de régler les dépenses, amena un nouvel arrêté du conseil -général qui modifia quelques mesures prises antérieurement[35]. A -dater de ce jour, le conseil du Temple fut transféré d'une salle du -palais au rez-de-chaussée de la Tour, disposé pour le recevoir. Aux -aides de cuisine Turgy, Chrétien et Marchand, il fut interdit de -sortir à l'avenir du Temple; quant aux deux officiers municipaux de -garde auprès des prisonniers de chaque étage, ils avaient devancé -l'ordre formel qu'ils reçurent de demeurer tous deux pendant la nuit -dans l'antichambre: depuis le 2 décembre, ils s'étaient, à cet égard, -conformés à l'invitation verbale de la Commune. - -[Note 35: «Le conseil général arrête: - - »1º Que le citoyen Cléry, valet de chambre des prisonniers, sera logé - et couchera dans la Tour, du côté gauche donnant dans la salle à - manger, sans qu'il puisse coucher ailleurs sous aucun prétexte; - - »2º Que le conseil du Temple sera placé dans la Tour; - - »3º Que le citoyen Mathey, concierge, aura la surveillance de ladite - Tour, et ne pourra en sortir sous aucun prétexte; - - »4º Que les guichetiers actuels, devenant inutiles par la nouvelle - disposition, seront réformés immédiatement, après avoir été payés - de ce qui leur est dû; - - »5º Que la cuisine sera placée dans la Tour, et que les agents - sous-employés ne sortiront point; - - »6º Pendant la nuit, deux officiers municipaux garderont les - prisonniers de chaque étage; - - »7º Et enfin la même cuisine servira pour les commissaires du Temple.» - - * * * * * - -_Nota._ L'article 1º depuis longtemps était observé; chaque soir les -municipaux avaient soin de fermer la porte de la chambre de Cléry, -donnant dans le couloir qui conduisait à la chambre du Roi, et d'en -emporter la clef. L'article 5º ne fut pas mis à exécution: il y eut -impossibilité matérielle de placer la cuisine dans la Tour.] - -Aux mesures de précaution exercées dans l'intérieur du Temple -répondaient au dehors les dispositions de police les plus sévères. A -la veille du jour _où l'on allait juger les attentats portés à la -souveraineté du peuple et prononcer sur leur auteur_, Roland, ministre -de l'intérieur, mandait aux administrateurs des départements de Paris -qu'_il était de leur devoir d'être en séance permanente_. Il les -prévenait que le _conseil exécutif aurait séances extraordinaires tous -les jours, matin et soir; qu'il fallait que, sitôt la réception de sa -lettre, ils lui envoyassent aux Tuileries une députation, à l'effet -de concerter toutes les mesures que nécessiterait la tranquillité -publique; qu'il fallait de même qu'à l'instant ils se déclarassent -aussi en séance permanente, et que leurs bureaux fussent dans une -perpétuelle activité; qu'ils devaient requérir la même permanence de -la municipalité, et avoir avec elle et avec le commandant de la force -publique une correspondance non interrompue_. - -Le mardi 11 décembre, dès cinq heures du matin, la générale battait -dans tous les quartiers de Paris, et peu d'instants après la cavalerie -et le canon entraient dans la cour du Temple. Ce bruit et cet appareil -eussent terrifié la famille royale si elle n'en avait pas connu la -cause. Elle feignit cependant de l'ignorer, et demanda aux municipaux -des explications qu'elle n'obtint pas. A neuf heures, comme les autres -jours, Louis XVI et son fils montèrent pour le déjeuner dans -l'appartement du troisième étage. Ils restèrent pendant une heure -réunis en famille; mais la présence permanente des commissaires mit -obstacle à toute confidence et à tout épanchement. - -A dix heures, on se sépara: les regards exprimaient seuls ce que les -lèvres ne pouvaient dire. L'enfant, comme de coutume, descendit avec son -père. A onze heures, deux municipaux vinrent le chercher pour le -conduire chez sa mère. Louis XVI demanda le motif de cet enlèvement. Les -commissaires répondirent qu'ils exécutaient les ordres qu'ils avaient -reçus. Louis embrassa son fils, et chargea Cléry de l'accompagner. Un -municipal presque aussitôt rentra chez le Roi pour lui annoncer que le -maire de Paris était au conseil avec un nombreux cortége, et qu'il -allait monter. Louis XVI resta pendant deux heures d'attente livré à ses -tristes pensées. Le secrétaire-greffier de la Commune avait oublié -l'ampliation du décret de la Convention, et il avait fallu envoyer -chercher cet acte, afin de pouvoir procéder régulièrement. Ce ne fut -qu'à une heure que Chambon se présenta, accompagné de Chaumette, -procureur général de la Commune, de Coulombeau, secrétaire-greffier, de -Santerre, commandant de la garde nationale; le maire annonça à Louis -qu'il venait le chercher pour le conduire à la Convention, en vertu d'un -décret dont le secrétaire-greffier allait lui faire lecture. Coulombeau -lut le décret. A cette expression: _Louis Capet_ sera traduit, etc., -«_Capet_ n'est pas mon nom, dit le Roi; un de mes ancêtres l'a porté, -mais ce n'est pas celui de ma famille.» Puis, s'adressant à Chambon: -«J'aurais désiré, monsieur, que les commissaires m'eussent laissé mon -fils pendant les deux heures que j'ai passées à vous attendre. Au reste, -ce traitement est une suite de celui que j'éprouve ici depuis quatre -mois. Je vais vous suivre, non pour obéir à la Convention, mais parce -que mes ennemis ont la force en main.» Deux minutes après, on entendit -de la Tour du Temple le bruit de la voiture qui allait jeter devant une -assemblée arbitrairement érigée en tribunal le Prince de qui, selon les -lois traditionnelles, émanait toute justice, et au nom duquel, pendant -plus de dix-huit ans, avaient été rendus tous les arrêts des tribunaux -en France. On devine les angoisses des prisonnières, n'ayant autour -d'elles que des surveillants ennemis ou indifférents, condamnés au -mutisme. Elles virent bientôt entrer chez elles Cléry, amené par un -commissaire. Ce municipal, homme d'extérieur honnête et de manières -polies, resté seul avec Cléry après le départ du Roi, lui avait appris -que Louis ne reverrait plus sa famille, mais que le maire de Paris -devait encore consulter quelques membres de la Convention sur cette -séparation. Cléry avait profité du bon vouloir de ce commissaire pour se -faire conduire près du petit Prince, qui était chez sa mère. - -On servit le dîner, comme de coutume, dans la salle à manger du Roi. -Le repas fut court et silencieux. Les prisonnières remontèrent -aussitôt chez la Reine. Un seul municipal resta près d'elle après le -dîner; c'était un jeune homme d'environ vingt-quatre ans, de la -section du Temple, et de garde à la Tour pour la première fois. Tandis -que Marie-Antoinette liait conversation avec lui, l'interrogeant sur -son état, ses parents, etc., Madame Élisabeth passait dans sa chambre -et faisait signe à Cléry de la suivre. Elle apprit par lui que la -Commune avait résolu de séparer le Roi de sa famille; que la -Convention ne s'était pas encore prononcée à cet égard, mais que le -maire devait en faire la demande, et que probablement cette séparation -aurait lieu dès le soir même. «La Reine et moi, lui dit Madame -Élisabeth, nous nous attendons à tout, et nous ne nous faisons aucune -illusion sur le sort que l'on prépare au Roi; il mourra victime de sa -bonté et de son amour pour son peuple, au bonheur duquel il n'a cessé -de travailler depuis son avénement au trône. Qu'il est cruellement -trompé, ce peuple! La religion du Roi et sa grande confiance dans la -Providence le soutiendront dans cette suprême adversité.... Enfin, -Cléry, ajouta Madame Élisabeth, pensant qu'elle parlait à son -confident pour la dernière fois, vous allez rester seul près de mon -frère, redoublez, s'il est possible, de soins pour lui; ne négligez -aucun moyen pour nous faire parvenir de ses nouvelles; mais pour tout -autre objet, ne vous exposez pas, car alors nous n'aurions plus -personne à qui nous confier.» - -Madame Élisabeth et Cléry cherchèrent ensemble les moyens à employer -pour entretenir une correspondance. Turgy fut nommé comme seul digne -d'être admis dans le secret. On convint que Cléry, comme de coutume, -garderait le linge du petit Prince; que tous les deux jours il -enverrait ce qui serait nécessaire à cet enfant, et profiterait de -cette occasion pour donner des nouvelles du Roi. «Si le Roi étoit -indisposé, ajouta Madame Élisabeth, je tiens essentiellement à en être -instruite. Prenez ce mouchoir, vous le retiendrez tant que mon frère -se portera bien; s'il arrivait qu'il fût malade, vous me l'enverriez -dans le linge de mon neveu. Prenez soin de le plier de cette -manière-ci si l'indisposition est légère, et de cette manière-là si le -mal est plus grave. Avez-vous entendu parler de la Reine aux -municipaux? demanda encore Madame Élisabeth avec une sorte de terreur. -Savez-vous quel sort on lui réserve? Hélas! que peut-on lui -reprocher?--Rien, Madame, répondit Cléry; mais que peut-on reprocher -au Roi?--Oh! rien, rien, dit Madame Élisabeth; mais le Roi, peut-être -le regardent-ils comme une victime nécessaire à leurs projets, à leur -sûreté même, tandis que la Reine, au contraire, et ses enfants, ne -sont pas un obstacle à leur ambition.» Et comme Cléry exprimait -l'espoir que le Roi ne serait condamné qu'à la déportation: «Oh! je ne -conserve aucune espérance», répondit Madame Élisabeth en étouffant un -sanglot. - -La crainte d'être surpris par un commissaire mit fin à cet entretien, -le plus long et le plus libre que Madame Élisabeth ait eu avec le -serviteur de son frère. Elle rejoignit la Reine. Tison dit alors à -Cléry: «Vous n'êtes jamais resté si longtemps avec Élisabeth; il est à -craindre que le municipal ne s'en soit aperçu.--Il n'y a rien à -craindre, répondit nonchalamment Cléry; Madame Élisabeth me parlait de -son neveu, lequel probablement demeurera désormais auprès de sa mère.» -Un instant après, Cléry, rentré chez Marie-Antoinette, était informé -par un regard de cette princesse qu'elle était déjà instruite des -arrangements concertés. - -A six heures, le conseil du Temple manda Cléry, et lui fit lecture -d'un arrêté de la Commune lui interdisant toute communication avec la -femme, la soeur et les enfants de Capet durant le procès. - -A six heures et demie, Louis XVI, escorté comme à son départ, revint à -la Tour. Il demande aussitôt qu'on le conduise auprès de sa famille, -on s'y refuse. Il insiste pour que du moins on la prévienne de son -retour; on lui promet que son désir sur ce point sera satisfait. La -Reine, instruite sur-le-champ de son arrivée, demande à le voir; les -commissaires répondent qu'ils n'ont pas le droit d'y consentir. Elle -le fait demander au maire, qui n'a point encore quitté la salle du -Conseil; Chambon ne donne aucune réponse. - -Après les agitations de cette journée, et malgré l'obsession des -quatre municipaux qui l'environnent, Louis se remet tranquillement à -sa lecture. A huit heures et demie, prévenu que son souper est prêt, -il dit aux commissaires: «Ma famille ne descendra-t-elle pas?» Point -de réponse. «Mais au moins, ajoute-t-il, mon fils passera la nuit chez -moi, son lit et ses effets sont ici.» Même silence. En se levant de -table, Louis insiste de nouveau sur le désir de voir sa famille; on -lui répond qu'on attend la décision de la Convention. Cléry donne -alors ce qui est nécessaire pour le coucher de l'enfant. Le Roi se -coucha à la même heure et avec le même calme que de coutume. - -La même tranquillité était loin de régner au troisième étage: la Reine -avait donné son lit à son fils, et resta toute la nuit debout, dans -une douleur si morne que sa fille et sa soeur ne voulaient pas la -quitter; mais elle les força de rentrer chez elles en les conjurant de -se coucher[36], ce qu'elles firent. Marie-Thérèse seule s'endormit -bientôt: heureux âge où le sommeil a encore plus d'empire que la -douleur! - -[Note 36: Récit de Marie-Thérèse-Charlotte.] - -Le lendemain 12 décembre, la famille séparée demanda encore à se -revoir. Mais on lui répondit encore qu'on attendait les ordres de la -Convention. Dans la journée, une députation de l'Assemblée apporta au -Temple le décret qui autorisait Louis XVI à prendre un conseil. Le -Prince désigna Target, un des principaux rédacteurs de la -Constitution, à son défaut Tronchet, et les deux s'il lui était -permis de les prendre. Il ajouta qu'il serait nécessaire qu'on lui -fournît de l'encre, du papier et des plumes. Les députés firent leur -rapport à la Convention, qui chargea immédiatement le ministre de la -justice de transmettre à Target et à Tronchet le choix que Louis avait -fait d'eux pour le défendre, ordonna que les municipaux de service au -Temple les laisseraient communiquer librement avec l'accusé, et -fourniraient à celui-ci de l'encre, des plumes et du papier. Le jeudi -13, au matin, la députation revint à la Tour, et apprit au Roi le -refus de Target, qui se trouvait, disait-il, par l'état d'épuisement -de sa santé, dans l'impossibilité d'accepter une tâche qui aurait -réclamé toutes ses forces[37]. Elle lui dit qu'on avait envoyé -chercher M. Tronchet à sa campagne de Palaiseau, et qu'on l'attendait -dans la journée; puis elle lui donna lecture de plusieurs lettres -adressées à la Convention, et qui toutes sollicitaient l'honneur que -Target venait de refuser. Une de ces lettres était de M. de -Malesherbes[38]. Une foule de Français se présentaient, sollicitant -aussi la gloire de défendre un prince malheureux. Un grand nombre de -pétitions arrivaient de tous les points de la France. - -[Note 37: Le lecteur doit connaître la lettre de cet avocat, -ex-constituant, qui avait accepté la défense du méprisable cardinal de -Rohan et qui refusait son ministère au Roi: - -«Depuis le décret de ce matin, il devient embarrassant pour moi -d'avoir un avis sur les faits imputés à Louis XVI. Je dois au moins -m'abstenir de le prononcer. Je satisferai ce devoir; mais âgé de près -de soixante ans, fatigué de maux de nerfs, de douleurs de tête et -d'étourdissements qui durent depuis quinze ans, qui m'ont fait quitter -la plaidoirie en 1785, et que quatre années de travaux ont aigris à un -point insupportable, je conserve à peine les forces suffisantes pour -remplir pendant six heures dans chaque journée les fonctions paisibles -de juge, et j'attends avec quelque impatience le moment d'en être -déchargé par les prochaines élections. C'est dire assez qu'il m'est -impossible de me charger de la défense de Louis XVI. Je n'ai -absolument rien de ce qu'il faut pour un tel ministère, et par mon -impuissance je trahirois à la fois et la confiance du client accusé et -l'attente publique. C'est à l'instant même que j'apprends cette -nomination, qu'il m'étoit impossible de prévoir. Un homme libre et -républicain ne peut pas accepter des fonctions dont il se sent -entièrement incapable. - - »Le républicain TARGET.» - - * * * * * - -Notre impartialité nous oblige à réunir toutes les pièces de ce procès -sous les yeux du lecteur. Dans une lettre adressée à M. de Lamartine, -le 22 mars 1847, lors de la publication de l'_Histoire des Girondins_, -M. P. Target, alors auditeur au conseil d'État, explique ainsi la -conduite de son grand-père: «M. Target, affaibli par une longue -maladie, craignit que ses efforts restassent au-dessous de son zèle, -et il aima mieux décliner l'honneur qui lui était fait que de -présenter une défense incomplète. Mais s'il ne parla pas, il écrivit. -Avant les plaidoiries, il fit imprimer, publier, colporter par les -rues un écrit signé de son nom, et dans lequel il présentait avec -beaucoup de force les seules raisons qui pussent alors sauver -l'auguste accusé. Les faits que je viens de rappeler sont en outre -consignés dans un éloge de mon grand-père prononcé en 1807 par M. -Muraire, alors premier président à la Cour de cassation. «Lorsque, -dans cette circonstance difficile, disait M. Muraire, M. Target, -renonçant à tout ce qu'il eût obtenu, se dévouait à ce qui ne lui -offrait que du danger, faut-il laisser peser sur sa mémoire -l'impression fâcheuse et injuste produite par un fait que ses -détracteurs n'ont pas pris la peine d'approfondir?»] - -[Note 38: - - «Paris, 11 décembre 1792. - -»Citoyen président, j'ignore si la Convention donnera à Louis XVI un -conseil pour le défendre et si elle lui en laisse le choix; dans ce -cas-là, je désire que Louis XVI sache que, s'il me choisit pour cette -fonction, je suis prêt à m'y dévouer. Je ne vous demande pas de faire -part à la Convention de mon offre, car je suis bien éloigné de me -croire un personnage assez important pour qu'elle s'occupe de moi. -Mais j'ai été appelé deux fois au conseil de celui qui fut mon maître -dans le temps que cette fonction étoit ambitionnée par tout le monde: -je lui dois le même service lorsque c'est une fonction que bien des -gens trouvent dangereuse. Si je connoissois un moyen possible pour lui -faire connoître mes dispositions, je ne prendrois pas la liberté de -m'adresser à vous. J'ai pensé que, dans la place que vous occupez, -vous aurez plus de moyens que personne pour lui faire passer cet avis. - -»Je suis avec respect, etc. - - »LAMOIGNON DE MALESHERBES.»] - -«Je suis sensible aux offres que me font ces personnes de me servir de -conseil, répondit Louis XVI, et je vous prie de leur en témoigner ma -reconnoissance. J'accepte M. de Malesherbes pour mon conseil. Si M. -Tronchet ne peut me prêter ses services, je me concerterai avec M. de -Malesherbes pour en choisir un autre.» - -Le Roi signa le procès-verbal de son acceptation, et le remit aux -députés. - -Dans la matinée du 14 décembre, Tronchet se présenta au Temple. -Arrêté, selon la consigne, dans le palais qui sépare la cour du -jardin, il attendit que les commissaires vinssent l'y reconnaître. -Conduit par eux dans la salle du Conseil, il y fut fouillé, puis il -fut introduit dans la chambre de Louis XVI, comme le permettait le -décret. En présence du jurisconsulte, le Prince se sentant appuyé sur -son droit, réclama avec force la faculté de voir sa famille. N'osant -ni accueillir ni repousser cette demande, le conseil du Temple en -référa au conseil général de la Commune. - -Dans la même journée, Malesherbes fut aussi introduit, non sans avoir -subi les formalités acerbes qui n'épargnaient personne. «Ah! c'est -vous, mon ami? lui dit Louis XVI en le serrant dans ses bras et en le -faisant entrer dans la tourelle; vous venez m'aider de vos conseils; -vous ne craignez pas d'exposer votre vie pour sauver la mienne; mais -tout sera inutile!--Non, Sire, je n'expose point ma vie, et je veux -croire que celle de Votre Majesté ne court aucun danger. Sa cause est -si juste et ses moyens de défense si puissants!--Si! si! ils me feront -périr; mais ce sera gagner ma cause que de laisser une mémoire sans -tache. Ma soeur, continua-t-il, m'a donné le nom et la demeure d'un -prêtre insermenté qui pourrait m'assister dans mes derniers moments. -Je vous prie de l'aller trouver de ma part, de lui remettre ce mot, et -de le disposer à m'accorder ses secours. C'est une étrange commission -pour un philosophe, n'est-ce pas? Ah! mon ami, combien je vous -souhaiterais de penser comme moi! La religion instruit et console tout -autrement que la philosophie.--Sire, cette commission n'a rien de si -pressé, répondit Malesherbes.--Rien ne l'est davantage pour moi,» -reprit le Roi. Le billet portait cette adresse: _A monsieur Edgeworth -de Firmont, aux Récollets, à Paris_. - -Les deux défenseurs de Louis écrivirent à la Convention pour réclamer -la communication des chefs d'accusation. Dès le lendemain, -l'Assemblée, sur le rapport de sa commission des vingt et un, décréta -que quatre membres de cette commission, nommés par elle-même, «se -transporteraient sur-le-champ au Temple, remettraient à Louis les -copies collationnées des pièces probantes de ses crimes, en -dresseraient procès-verbal, puis placeraient sous ses yeux les -originaux des pièces qui ne lui avaient point été présentées à la -barre, et constateraient s'il les a reconnues.» - -Dans cette même journée, la Convention s'occupa aussi de la demande -qu'avait faite le Roi de communiquer avec sa famille. L'autorisation -fut d'abord accordée sans restriction; Tallien prétendit que la -Commune de Paris ne se prêterait point à l'exécution d'un tel décret. -L'Assemblée se sentit blessée par cette observation injurieuse, et -ordonna que son auteur serait censuré et inscrit nominativement au -procès-verbal[39]. Cependant l'autorisation déjà donnée fut combattue -de nouveau; un moyen terme, qui était un refus déguisé, fut adopté, et -vers une heure, le décret suivant fut apporté à la Tour: «La -Convention nationale décrète que Louis Capet pourra voir ses enfants, -lesquels ne pourront, jusqu'à jugement définitif, communiquer avec -leur mère ni avec leur tante.» Louis XVI dit à Cléry: «Vous voyez dans -quelle cruelle alternative ils me placent! Je ne puis me résoudre à -garder mes enfants avec moi: pour ma fille, cela est impossible, et -pour mon fils, je sens tout le chagrin que la Reine en éprouverait; il -faut donc consentir à ce nouveau sacrifice. Ainsi, faites transporter -son lit dans la chambre de sa mère.» - -[Note 39: Voir la séance de la Convention du 13 décembre 1792.] - -L'ordre généreux du Roi fut exécuté sur-le-champ. Le jeune Prince -avait passé les trois dernières nuits couché sur un matelas. Cléry -garda ses habits et son linge, et tous les deux jours il envoyait ce -qui lui était nécessaire, selon les conventions secrètes arrêtées avec -Madame Élisabeth. - -La députation de la commission des vingt et un, dont nous avons parlé, -arriva au Temple vers trois heures et demie de l'après-midi. Elle -était composée de Borie, Dufriche-Valazé, Poulain-Grandprey et Cochon, -et accompagnée de Gauthier, employé au bureau des procès-verbaux de la -Convention, nommé secrétaire de la commission; de Varennes, huissier -de la Convention, et de Devaux, maréchal des logis des grenadiers de -la gendarmerie nationale, commandant l'escorte des députés. Les -municipaux vinrent vérifier leurs pouvoirs. L'un d'eux, nommé Périac, -fit quelques difficultés pour recevoir Gauthier, Varennes et Devaux. -«Le décret, dit-il, ne fait pas mention d'eux, et nous ne pouvons -légalement les laisser entrer dans la Tour.» Cet obstacle levé par les -autres membres de la Commune, la députation elle-même pénétra avec son -entourage dans l'appartement de Louis XVI. Tronchet était près de ce -prince. Borie annonça l'objet de la mission dont ses collègues et lui -étaient chargés. La grande table de l'antichambre fut dressée au -milieu de la chambre du Roi; on y plaça toutes les pièces du procès. -Chacun prit place à l'entour: les conventionnels d'un côté, et de -l'autre Louis XVI et son défenseur. Les deux commissaires de service -s'assirent aussi dans la chambre; l'un d'eux était Mercereau, qui, -après avoir travaillé quelque temps au Temple comme tailleur de -pierre, y apparaissait cette fois comme membre du conseil général de -la Commune. - -Conformément aux dispositions du décret, copie fut remise au Roi des -pièces qu'on lui avait déjà communiquées à la barre, ainsi qu'une -copie de l'inventaire énonciatif de ces pièces. Toutes furent -successivement cotées, puis ensuite parafées par Louis XVI et par deux -membres de la commission, Grandprey et Cochon. Le parafe du Roi -n'était autre que la lettre L majuscule. On lui communiqua ensuite les -originaux des pièces qui ne lui avaient point été présentées à la -barre, et qui se trouvaient comprises en un second inventaire au -nombre de cent sept; Gauthier, secrétaire de la commission, en donnait -lecture; Valazé demandait au Roi: «Avez-vous connaissance, etc.?» -Louis XVI répondait ordinairement oui ou non, sans autre explication. -Borie les présentait à sa signature, ainsi que la copie que chaque -fois Grandprey proposait de lui lire, et dont Louis le dispensait -toujours. Cochon faisait l'appel par liasse et par numéro, et le -secrétaire les enregistrait à mesure qu'elles étaient remises au Roi. - -Cette opération, commencée avant quatre heures, ne touchait pas encore -à son terme, lorsqu'à neuf heures et demie Louis XVI interrompit la -séance pour demander aux députés s'ils voulaient souper. Ils -acceptèrent. Cléry leur fit aussitôt servir une volaille froide et -quelques fruits dans la salle à manger. Tronchet ne voulut rien -prendre, et demeura avec le Roi dans sa chambre. La Convention avait -beau faire: la majesté du Roi survivait dans l'abaissement de -l'accusé. Où avait-on vu avant cela un prévenu s'occupant des -représentants de ses accusateurs comme un hôte s'occupe de ses -invités, et veillant à ce que rien ne manquât à ceux qui s'occupaient -de préparer son arrêt de mort? - -Après le souper, l'interrogatoire du royal accusé fut repris. -Quelques-unes des liasses qu'on plaçait sous ses yeux (entre autres -les numéros 18 et 53) contenaient des projets de constitution -apostillés de sa main; plusieurs autres pièces (cotées 5, 6, 22, 31, -78) étaient également annotées par lui, tantôt avec de l'encre, tantôt -au crayon; la lettre cotée 30, adressée à M. de Bouillé, était tout -entière de son écriture[40]; calme et presque distrait, il recevait -toutes ces pièces _comme un grand seigneur reçoit les comptes de son -intendant_[41]. Minuit sonnait au moment où s'acheva cette longue et -pénible séance, en laquelle, au fantôme froid et hypocrite des -procédures légales de la Convention nationale, la royauté déchue et -accusée n'avait pu opposer que son calme et sa résignation. La -commission sortit. Louis prit quelque nourriture, et sans se plaindre -de la fatigue qu'il avait éprouvée, il demanda à Cléry si l'on avait -retardé le souper de sa famille. Sur sa réponse négative: «J'aurais -craint que ce retard n'eût inquiété la Reine et ma soeur», dit-il; -puis il fit sa prière, se coucha, et s'endormit. - -[Note 40: Dans cette lettre, le Roi félicitait le général sur la -conduite qu'il avait tenue à Nancy.] - -[Note 41: Séance du conseil général de la Commune du 27 décembre -1792.] - -Malesherbes et Tronchet s'effrayaient, si ce n'est de la gravité, du -moins du nombre des pièces d'accusation qu'il leur faudrait réfuter -une à une; ils s'effrayaient davantage en réfléchissant que la -Convention avait décrété qu'elle entendrait pour la dernière fois -l'accusé le 26 décembre. Le Roi d'ailleurs s'opposait absolument à ce -qu'ils sollicitassent aucun délai. Malesherbes le premier, craignant -d'être vaincu par le temps ou trahi par sa propre force, songea à -réclamer le concours d'un jeune avocat qui s'était fait un nom -brillant au barreau de Paris; il proposa M. de Sèze à son collègue, et -tous deux le proposèrent à Louis XVI. Le Prince ne connaissait M. de -Sèze que de réputation. «Faites, dit-il en souriant: les médecins -s'assemblent nombreux quand le danger est grand. Vous me prouvez que -la maladie est de la dernière gravité; je vous montrerai, moi, que je -suis bon malade.» Ses conseils demandèrent donc à l'Assemblée que, vu -la brièveté du délai accordé, M. de Sèze leur fût adjoint dans la -défense qui leur était confiée. Leur proposition fut accueillie dans -la séance du lundi 17 décembre. Le jour même, vers les cinq heures du -soir, les trois défenseurs vinrent au Temple, et depuis ce jour -jusqu'au 26 décembre, ils virent régulièrement le Roi tous les trois. -Ce malheureux Prince se sentait encouragé par leur zèle et leur -dévouement; mais le fond de sa pensée était demeuré le même. Un jour, -il prit à part M. de Malesherbes, et lui rappela que, dès leur -première entrevue, il l'avait chargé d'une négociation qui -l'intéressait vivement. «Si je n'ai pas cru, dit Malesherbes, rendre -plus tôt compte au Roi de ma mission, je me suis toutefois conformé à -ses ordres. M. Edgeworth ne demeure point aux Récollets; il a un -pied-à-terre rue du Bac, mais depuis le mois de septembre il habite -Choisy-le-Roy. Ne le connaissant point personnellement, je lui donnai -rendez-vous chez madame de Sénozan, ma soeur. Là, Sire, je lui ai -remis votre message, qui eût été sans doute une invitation pressante -pour tout autre, mais qui était et qui est resté un ordre pour un tel -homme. Il espère comme moi que la perversité humaine n'exigera jamais -qu'il ait à vous donner une aussi cruelle preuve de dévouement. Il m'a -chargé de mettre à vos pieds tout ce que lui dictait dans une -circonstance si pénible un coeur flétri par la douleur.--Remerciez-le -de ma part, répondit Louis XVI, et priez-le de ne pas quitter Paris -dans ce moment.» - -Cependant Cléry avait trouvé le moyen de faire arriver par Turgy des -nouvelles du Roi à Madame Élisabeth. Il fut lui-même, dans la journée -du 17, averti par Turgy que cette princesse, en lui remettant sa -serviette après le dîner, lui avait glissé dans la main un billet -écrit avec des piqûres d'épingle, par lequel elle suppliait le Roi de -lui écrire un mot de sa main. Cléry remit au Roi à son coucher ce -billet de Madame Élisabeth. Possesseur de papier et d'encre depuis le -commencement de son procès, Louis, dès le lendemain matin, écrivit à -sa soeur une lettre qu'il remit décachetée à Cléry. «Il n'y a rien là -qui puisse vous compromettre, lui dit-il, prenez-en lecture.» Le -discret serviteur se permit sur ce point de désobéir à son maître, et -remit la lettre à Turgy. Celui-ci rapporta la réponse dans un peloton -de fil qu'il fit rouler sous le lit de Cléry en passant près de la -porte de sa chambre. Ce mode de correspondance, inauguré ainsi, -continua. Louis remettait des billets à Cléry, Cléry les revêtait de -fil, de coton ou de laine, et les déposait dans l'armoire où étaient -les assiettes pour le service de la table; Turgy presque immédiatement -allait les prendre et les remettait à Madame Élisabeth. Moins observé -que son camarade, Turgy, pour lui faire parvenir les réponses, avait -recours à différents moyens; mais Cléry en inventa un qui remédia à -bien des difficultés et épargna bien des périls. La bougie fournie -pour le service du Roi était livrée en paquets ficelés; Cléry conserva -la ficelle, et lorsqu'il en eut une assez grande quantité, il annonça -à son maître qu'il pouvait à l'avenir rendre sa correspondance plus -active. La fenêtre de la chambre de Madame Élisabeth répondait -perpendiculairement à la fenêtre du petit corridor qui communiquait de -la chambre de Louis XVI à celle de Cléry. En attachant les lettres à -une ficelle, Madame Élisabeth pouvait donc les laisser glisser de sa -croisée à celle de l'étage inférieur; l'abat-jour en forme de hotte -placé à la fenêtre du corridor ne permettait pas de craindre que le -message pût tomber dans le jardin; la ficelle qui descendrait la -lettre pourrait remonter la réponse; on pourrait même, par la même -voie, faire parvenir aux princesses un peu de papier et un peu -d'encre, ressources dont elles étaient privées. La grande difficulté -était levée: Cléry possédait la ficelle! Grâce aux intelligences entre -lui et Turgy, Madame Élisabeth fut bientôt instruite du nouveau mode -de correspondance qui avait été imaginé. Elle fut mise en possession -de la ficelle, et, dans la matinée du 20 décembre, elle avertit Louis -XVI qu'elle en ferait usage à huit heures du soir. C'est ainsi que le -génie de la captivité inspirait aux membres infortunés de cette -famille auguste les moyens de triompher de la surveillance haineuse -qui croyait avoir rendu toute communication entre eux impossible. - -Ce jour-là, à quatre heures et demie, la députation de la commission -des vingt et un, qui s'était présentée au Temple cinq jours -auparavant, fut de nouveau introduite auprès de Louis, s'installa -comme la première fois autour d'une table, et donna lecture à ce -Prince de cinquante et une nouvelles pièces qu'il signa et parafa -comme les précédentes. Ce travail dura une heure. Les membres de la -commission et les défenseurs de Louis se rencontrèrent au pied de la -Tour. Descendus avec les uns, Mathey et un municipal remontèrent avec -les autres. Les affaires dont ses conseils devaient l'entretenir ne -faisaient point oublier au Roi l'avis qu'il avait reçu de sa soeur. De -son côté, Cléry avait tout disposé: il avait fermé la porte de sa -chambre et celle du corridor, et s'était mis à causer tranquillement -dans l'antichambre avec les commissaires de la Commune. Dès que -l'aiguille marqua huit heures à la pendule de sa cheminée, Louis XVI -se leva et sortit un instant: ses défenseurs ne se doutèrent point, en -le voyant reparaître trois minutes après, qu'il venait de recevoir des -nouvelles de sa famille et de lui transmettre lui-même les expressions -de sa tendresse. - -Le Roi fit monter par cette poste aérienne quelques feuilles de papier -blanc qui lui revinrent avec de douces consolations. C'était toujours -à huit heures du soir qu'avait lieu cette correspondance. - -Louis XVI, depuis quelques jours, souffrait de la longueur de sa -barbe; Cléry s'adressa aux municipaux pour obtenir des rasoirs. De -leur côté, les princesses demandaient qu'il leur fût prêté des ciseaux -pour se couper les ongles. Le conseil du Temple s'assembla pour -statuer sur ces deux requêtes, et après un long examen, les renvoya à -la décision de la Commune[42]. Celle-ci prit la résolution suivante: - -«Le conseil général, considérant que par l'événement du décret qui -permet aux conseils de Louis Capet de communiquer librement avec lui, -le conseil général n'est responsable que de l'évasion du prisonnier, -consent que les rasoirs et les ciseaux demandés par les prisonniers -leur soient accordés; arrête en outre que le présent arrêté ainsi que -celui pris par les commissaires du Temple seront envoyés à la -Convention.» - -[Note 42: _Extrait du registre des délibérations des commissaires de -la Commune de service au Temple._ - - «Du 22 décembre 1792, an Ier de la République française. - -»A six heures du soir, le conseil s'est rassemblé pour prendre une -délibération sur les deux objets ci-après: - -»1º Louis Capet paroît embarrassé de la longueur de sa barbe; il l'a -témoigné diverses fois. On lui a proposé de le faire raser. Il en a -montré de la répugnance, et a laissé voir le désir de se raser -lui-même. - -»Le conseil pensa hier pouvoir lui donner l'espérance d'accéder -aujourd'hui à sa demande; mais ce matin, on s'est aperçu que les -rasoirs de Louis Capet n'étoient pas restés au Temple: on a pris de là -occasion de discuter de nouveau la matière; elle a été amplement -controversée, et le résultat a été l'opinion unanime de soumettre la -question au conseil général de la Commune, qui, dans le cas où il -jugera convenable de permettre à Louis Capet de se faire lui-même la -barbe, voudra bien ordonner qu'il lui soit confié un ou deux rasoirs -dont il fera usage sous les yeux de quatre commissaires auxquels ces -mêmes rasoirs seront aussitôt rendus, et qui constateront que la -remise leur en aura été faite. - -»2º La femme, la soeur et la fille de Louis Capet ont demandé qu'il -leur soit prêté des ciseaux pour se couper les ongles. - -»Le conseil en ayant délibéré, a pareillement arrêté à l'unanimité que -cette demande seroit soumise au conseil général de la Commune, qui -seroit prié, dans le cas où il y donneroit son consentement, de fixer -aussi le mode à employer à cet égard. - -»Arrête que la présente délibération sera envoyée au conseil général -de la Commune dans le jour et d'assez bonne heure pour que la réponse -soit connue dès aujourd'hui au conseil du Temple. - -»Et ont signé au registre: - - »MAUBERT, DEFRASNE, JON, LANDRAGIN, ROBERT, - MALIVOIR et DESTOURNELLES. - -»Pour copie conforme, les jour, mois et an que dessus. - - »DESTOURNELLES, officier municipal.»] - -Par suite de cet arrêté, le conseil du Temple confia deux rasoirs à -Louis, à la condition de ne s'en servir que sous les yeux de deux -municipaux, auxquels les rasoirs seraient tout aussitôt rendus; il en -fut de même pour les ciseaux prêtés aux princesses. - -Noël approchait. Madame Élisabeth se préoccupait de la manière dont -cette grande fête serait célébrée à Paris. Le lundi soir 24 décembre, -Toulan et Lepitre se retrouvèrent ensemble de service au Temple. «La -veille de Noël, raconte ce dernier, Chaumette fit arrêter que la messe -de minuit ne seroit point célébrée; on lui représenta inutilement que -cette défense pourroit donner lieu à quelque émeute; que le peuple -n'étoit pas aussi philosophe que Chaumette et qu'il tenoit encore à -ses anciens usages. On arrêta que des officiers municipaux ou des -membres du conseil se rendroient aux différentes paroisses et -s'opposeraient à ce qu'on ouvrît les portes. Qu'arriva-t-il? les -membres de la Commune furent bafoués et battus; la messe fut chantée, -et Chaumette en devint plus furieux contre la religion et ses -ministres. Le 25 décembre, en entrant chez la Reine, je lui avois -parlé de cet arrêté de la Commune, dont j'ignorois les suites. Le -soir, nous vîmes arriver Beugniau, maître maçon, l'un de mes -collègues, le visage légèrement balafré. Ce fut lui qui nous raconta -de quelle manière les femmes de la halle l'avoient accueilli à -Saint-Eustache.» Madame Élisabeth apprit ces détails sans étonnement -et sans chagrin. «Il est bon, dit-elle, que le peuple sache que ceux -qui prétendent le rendre libre ne veulent de liberté ni pour sa -conscience ni pour ses prières.» - -Le jour de Noël, Louis, resté seul avec lui-même, écrivit son -testament. Bien que personne n'ignore ces pages de piété, de clémence -et de tendresse, nous croyons devoir en reproduire les passages qui se -rapportent plus directement à notre sujet: - -«Je recommande à Dieu ma femme, mes enfants, ma soeur, mes tantes, mes -frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang ou par -quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu particulièrement -de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma soeur, -qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce -s'ils viennent à me perdre, et tant qu'ils resteront dans ce monde -périssable. - -»Je prie ma soeur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes -enfants, et de leur tenir lieu de mère s'ils avoient le malheur de -perdre la leur. - -»Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu'ils doivent à -Dieu, qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, -soumis et obéissants à leur mère, et reconnoissants de tous les soins -et les peines qu'elle se donne pour eux, et en mémoire de moi, je les -prie de regarder ma soeur comme une seconde mère.» - -Le mercredi 26 décembre, le Roi, de peur que le bruit des tambours et -le mouvement des troupes n'effrayassent sa famille, pria, dès le lever -du jour, les commissaires de la prévenir qu'il allait être conduit à -la barre de la Convention nationale. Il était cinq heures quand la -voiture et son escorte rentrèrent au Temple: la journée avait été -longue pour les prisonnières. Devinant leur inquiétude, Louis, dès -qu'il fut rentré dans son appartement, prit la plume, et sans doute il -pensa avec tristesse que les mots qu'il traçait avec empressement pour -les rassurer ne leur parviendraient que trois heures plus tard. Ce ne -fut en effet qu'à huit heures du soir qu'une lettre passait, par un -fil invisible, du second au troisième étage de la tour. - -Le 1er janvier 1793, Cléry entra avant le jour dans la chambre de son -maître, et entr'ouvrant les rideaux de son lit, lui demanda à voix -basse la permission de lui présenter des voeux pour la fin de ses -malheurs. «Je reçois vos souhaits», lui dit Louis XVI en lui tendant -une main que Cléry baisa et mouilla de ses larmes. Le Roi se leva, -poussa la porte entr'ouverte de sa chambre, et pria un commissaire -d'aller s'informer de sa part de l'état de la santé de sa famille et -de lui transmettre l'expression de ses voeux pour la nouvelle année. -Les municipaux furent émus de l'accent avec lequel étaient prononcées -ces simples paroles, si poignantes dans une telle situation. Le -municipal chargé de cette mission rentra bientôt chez le Roi. «Votre -famille, dit-il, vous remercie de vos souhaits, et vous adresse les -siens.--Quel jour de nouvelle année!» dit Louis XVI. - -La jeune Marie-Thérèse tomba malade. Son père fut informé par la -correspondance nocturne de sa situation; il s'en inquiéta assez pour -ne plus songer à sa position personnelle. Dans ses épanchements avec -ses défenseurs, sa parole, ses pensées revenaient sans cesse vers sa -famille. «Au milieu de toutes mes tribulations, disait-il, la -Providence m'a ménagé de tendres consolations; ma vie a dû un grand -charme à mes enfants, à la Reine et à ma soeur. Je ne vous parlerai -point de mes enfants, déjà si malheureux..... à leur âge! -continua-t-il avec émotion; ni de ma soeur, dont la vie n'a été -qu'affection, dévouement et courage. L'Espagne et le Piémont avaient -paru désirer son alliance; à la mort de Christine de Saxe, les -chanoinesses de Remiremont lui offrirent de l'élire abbesse; rien n'a -pu la séparer de moi; elle s'est attachée à mes malheurs comme -d'autres s'étaient attachés à mes prospérités! Mais je veux vous -entretenir d'un cruel sujet de peine pour mon coeur; c'est de -l'injustice des Français pour la Reine.» - -Alors il expliqua longuement la conduite de cette princesse, qui, -ennemie de l'étiquette et de la contrainte, avait été jugée si -sévèrement. «Ses manières, ajouta-t-il, nouvelles à la cour, se -rapprochaient trop de mon goût naturel pour que je voulusse les -contrarier..... D'abord, le public applaudissait à l'abandon des -anciens usages; ensuite, il en a fait un crime..... Les factieux, -dit-il en terminant, ne mettent cet acharnement à décrier et à noircir -la Reine que pour préparer le peuple à la voir périr. Oui, mes amis, -sa mort est résolue. En lui laissant la vie, on craindrait qu'elle ne -me vengeât. Infortunée princesse! notre mariage lui promit un trône; -aujourd'hui, quelle perspective lui offre-t-il?» L'émotion du Prince -avait gagné ses trois défenseurs. - -Cependant Louis XVI était toujours préoccupé de la santé de sa fille. -Les nouvelles qu'il en recevait chaque soir n'étaient pas entièrement -satisfaisantes. Un municipal officieusement chargé par lui de -s'informer de l'état des choses avait gardé le silence. Louis -craignait que, pour lui épargner de la peine, on ne lui cachât une -partie de la vérité. Il confia son inquiétude à ses défenseurs. -Ceux-ci promirent de se plaindre au conseil de ce silence, qui -devenait une torture de plus pour le Prince captif; mais à huit -heures, les ayant quittés un instant, le Roi rentra, et comprimant à -regret la joie de son coeur: «Messieurs, leur dit-il avant de se -séparer, j'ai réfléchi sur la démarche que vous voulez faire: je vous -prie de la remettre à demain, et même de ne la point tenter avant de -m'avoir revu.» A leur arrivée, le lendemain, il leur dit: «Je sais -maintenant que ma fille est mieux; que Brunyer doit venir la voir, et -que la Reine est tranquille. Dieu soit loué!» C'était, on l'a deviné, -une lettre de Madame Élisabeth, qui la veille au soir, avait apporté -le calme et le bonheur dans l'âme de cet infortuné Prince. - -Le procès touchait à sa fin. Le jeudi matin 17 janvier, Paris apprit -le vote de mort rendu dans la nuit. A neuf heures, les trois -défenseurs arrivèrent au Temple. Cléry alla au-devant d'eux. «Tout est -perdu, lui dit Malesherbes, le Roi est condamné.» Louis XVI était -assis dans sa chambre, le dos tourné vers la porte, les coudes appuyés -sur une table, le visage couvert de ses deux mains. S'étant levé pour -recevoir ses visiteurs, il leur dit: «Depuis deux heures, je -réfléchissais sur le passé; je recherchais dans ma mémoire si, durant -le cours de mon règne, j'ai donné volontairement à mes sujets un sujet -de plainte contre moi. Eh bien! je vous le jure en toute sincérité, -comme un homme qui va paraître devant Dieu, j'ai constamment voulu le -bonheur de mon peuple, et je n'ai pas formé un seul voeu qui lui fût -contraire.» - -Le contraste des douces paroles du Prince avec l'arrêt de mort qu'on -lui apportait, avait jeté le trouble dans l'âme de ses défenseurs. -Malesherbes ne put contenir sa douleur; il se jeta aux pieds du Roi, -et, suffoqué par les sanglots, il demeura sans voix. Louis XVI le -releva et le serra dans ses bras avec effusion: «Je m'attendais à ce -que vos larmes m'apprennent; remettez-vous donc, mon cher Malesherbes. -Tant mieux; oui, mieux vaut sortir enfin d'incertitude! Si vous -m'aimez, loin de vous attrister, ne m'enviez pas le seul asile qui me -reste.» Et comme M. de Malesherbes essayait de lui persuader que tout -espoir n'était pas perdu: «Non, il n'y a plus d'espoir, dit-il; la -nation est égarée, et je suis prêt à m'immoler pour elle.--Sire, en -sortant de la Convention, quelques personnes m'ont entouré, et m'ont -assuré que de fidèles sujets arracheraient le Roi des mains de ses -bourreaux ou périront avec lui.--Les connaissez-vous? demanda le -Roi.--Non, Sire; mais je pourrais les retrouver.--Eh bien, tâchez de -les rejoindre, et déclarez-leur que je les remercie du zèle qu'ils me -témoignent. Toute tentative exposerait leurs jours sans sauver les -miens. Quand l'usage de la force pouvait me conserver le trône et la -vie, j'ai refusé de m'en servir: voudrais-je aujourd'hui faire couler -pour moi le sang français!--Du moins, dit Tronchet, le Roi ne peut -nous empêcher de nous servir de tous les moyens légaux. Nous le prions -donc d'écrire de sa main et de signer la déclaration que voici.» -Pressé par les instances de ses trois amis, Louis copia et signa les -lignes suivantes, que Tronchet venait de rédiger sur le coin de la -table: - -«Je dois à mon honneur, je dois à ma famille, de ne point souscrire à -un jugement qui m'inculpe d'un crime que je ne puis me reprocher. En -conséquence, je déclare que j'interjette appel à la nation elle-même -du jugement de ses représentants, et je donne par ces présentes à mes -défenseurs le pouvoir spécial, et je charge spécialement leur -fidélité, de faire connoître cet appel à la Convention nationale par -tous les moyens qui seront en leur pouvoir, et de demander qu'il en -soit fait mention dans le procès-verbal de ses séances. - -»Fait à la tour du Temple, ce 16 janvier 1793.» - -Ayant tracé cet écrit, le Roi hésitait encore à le remettre à ses -conseils. «Donnez, Sire, dit de Sèze, c'est beaucoup plus dans -l'intérêt du peuple que dans celui du Roi que nous vous le -demandons.--Non, reprit Louis XVI avec une bonté souriante qu'il est -impossible de peindre, c'est beaucoup plus dans mon intérêt que dans -celui du peuple que vous me le demandez; mais moi, je vous le donne -dans son intérêt beaucoup plus que dans le mien. Le sacrifice de ma -vie est si peu de chose auprès de sa gloire ou auprès de son bonheur! -Et ne croyez pas, messieurs, que la Reine et ma soeur montrent moins -de force et de résignation que moi. Mourir est préférable à leur -sort.» - -Les défenseurs se retirèrent le coeur brisé, et cependant ils ne se -doutaient pas qu'ils avaient vu le Roi pour la dernière fois. Le reste -de la journée s'écoula lentement; la soirée fut encore plus triste. -Louis XVI, comme de coutume, reçut des nouvelles de sa famille; mais -les consolations qui s'échangeaient la nuit entre les deux étages se -tournaient en afflictions profondes: le crieur avait appris au Temple -la condamnation du Roi: femme, soeur, enfants, tout était plongé dans -le désespoir. - -Guadet appuya l'ajournement demandé par de Sèze, Tronchet et -Malesherbes. Merlin (de Douai) et Tallien le combattirent, le premier -au nom du droit, le second par pitié. «C'est, dit Merlin (de Douai), -dans l'institution des jurés qu'il est question du nombre des voix -nécessaire pour la condamnation d'un accusé. Mais il n'en est pas -question dans le Code pénal. C'est là l'erreur de Tronchet; il ne faut -pas accorder les honneurs de l'ajournement à une erreur aussi -grossière.» La Convention, convaincue par cet argument équivoque de -l'auteur de la loi sur les suspects, décréta qu'il n'y avait pas lieu -à délibérer sur l'ajournement proposé, et ajourna au lendemain la -question de savoir si, oui ou non, il y aurait sursis à l'exécution du -décret de mort contre Louis. - -Tallien s'opposa à la remise de la séance au lendemain. «Je motive mon -opinion, s'écria-t-il, sur une raison d'humanité; je le répète, sur -une raison d'humanité. Louis XVI sait qu'il est condamné; il sait que -la motion a été faite de surseoir à son exécution; ne prolongeons pas -les moments de sa souffrance; il est barbare de le laisser plus -longtemps dans l'agonie; ne lui donnons pas dix fois la mort.» Cet -homme, qui, après une séance de trente-six heures agitée par les -passions les plus effrénées, réclamait une solution définitive de la -question qui tenait la France et l'Europe en émoi, cet homme, qui -invoquait l'humanité avec des cris de sang, ne fut point écouté: sur -la demande de la Révellière-Lepaux et de Daunou, l'ajournement pur et -simple fut prononcé. Mais la nuit ne porta point conseil aux Legendre, -aux Couthon, aux Duhem, aux Robespierre. Dès la séance du lendemain, -toute délibération sur le sursis fut écartée par eux et leurs séides. -Buzot leur dit en vain: «Le défaut de formes vous sera reproché un -jour si vous ne mettez un intervalle entre votre jugement et son -exécution; et ce reproche, qui ne vous paraît rien aujourd'hui, vous -paraîtra terrible lorsque les passions du moment auront fait place aux -malheurs qui suivront l'exécution de ce jugement rendu, d'ailleurs, à -une simple majorité de cinq voix.» - -Manuel, qui avait aussi donné de terribles gages à la révolution, -s'indigna tout à coup des violences et des séductions exercées sur la -conscience des députés. Obsédé de remords et sous le coup de cette -terreur morale qui se change en courage, il osa, comme l'intrépide -Lanjuinais, reprocher aux juges du malheureux Roi la violation de -toutes les formes et de tous les principes. Ses complices s'étonnèrent -d'un langage nouveau dans sa bouche, et le marquèrent pour le -bourreau. Révolté de l'acharnement de Robespierre et de ses adhérents -contre toute délibération sur le sursis, il quitta le bureau; on -voulut s'opposer à son passage; il sortit néanmoins, et rentra -quelques minutes après. Mais le soir, comme il se retirait, il fut -assailli par les mêmes députés, et ses jours coururent le plus grand -danger. Il ne reparut plus à l'Assemblée, et donna sa démission dans -des termes qui rachèteront une partie de ses torts aux yeux de la -postérité[43]. - -[Note 43: - -«Citoyen président, - -»Représentant du peuple, je connois mes droits et mes devoirs, et j'ai -toujours trop bien rempli les uns pour jamais perdre les autres. - -»Un délit a été commis en moi contre la nation: ne pas le dénoncer à -la nation, ce seroit la trahir. - -»Secrétaire de la Convention, après une séance de quarante heures, où -s'est décidé à cinq voix le sort de plus d'un empire, je sortois avec -le besoin extrême d'un air plus pur, lorsqu'une bande de _juges_ tombe -sur moi, _sur le député d'un peuple libre_! Mon premier mouvement fut -de les punir à l'instant; mais j'étois dans la Convention, c'étoit à -la Convention entière à se venger. - -»Représentants, qu'avez-vous fait? Avec la toute-puissance, vous -n'avez pas celle d'envoyer aux quatre-vingt-quatre départements la -liste de quelques désorganisateurs qui, par le seul talent de faire du -bruit, vous ôtent la force de faire du bien. - -»La première fois que vous vous êtes laissé avilir, législateurs, vous -avez exposé la France. Et tels que vous êtes (la vérité m'échappe), -oui, tels que vous êtes, vous ne pouvez pas la sauver. L'homme de bien -n'a plus qu'à s'envelopper de son manteau. - -»Pour moi, citoyen président, qui, quand je n'espère plus, ne crains -encore rien, après avoir protesté à la Convention que je me -précipiterois devant elle dans le gouffre de Curtius pour que le -peuple fût enfin heureux, je crois devoir à ma conscience et à mes -principes de la prévenir par ma démission, que je vous prie de -recevoir, qu'il n'est pas en moi de le servir au poste où il m'a mis. - -»Je le servirai mieux dans mes foyers en me consacrant par mes écrits -et par mes exemples à l'éducation de mes enfants, car il ne manque à -la révolution que des hommes.»] - -Le dimanche 20 janvier, à deux heures, le conseil exécutif vint -notifier au prisonnier les décrets qui le condamnaient à la peine de -mort. La lecture de ces décrets lui fut faite par Grouvelle, -secrétaire du conseil. Le Roi l'entendit sans que la moindre -altération parût sur ses traits. Il tira de sa poche un portefeuille -dans lequel il plaça le décret qu'il venait de prendre de la main de -Grouvelle; puis retirant un autre papier de ce même portefeuille, il -dit à Garat: «Monsieur le ministre de la justice, je vous prie de -remettre sur-le-champ cette lettre à la Convention nationale.» Garat -paraissant hésiter, Louis XVI ajouta: «Je vais vous en faire lecture»; -et il lut d'une voix ferme ce qui suit: - -«Je demande un délai de trois jours pour pouvoir me préparer à -paroître devant Dieu. Je demande pour cela de pouvoir librement voir -la personne que j'indiquerai aux commissaires de la Commune, et que -cette personne soit à l'abri de toute crainte et de toute inquiétude -pour cet acte de charité qu'elle remplira près de moi. - -»Je demande d'être délivré de la surveillance perpétuelle que le -conseil général a établie depuis quelques jours. - -»Je demande, dans cet intervalle, de pouvoir voir ma famille quand je -le demanderai, et sans témoins. Je désirerois bien que la Convention -nationale s'occupât tout de suite du sort de ma famille, et qu'elle -lui permît de se retirer librement où elle le jugeroit à propos. - -»Je recommande à la bienfaisance de la nation toutes les personnes qui -m'étoient attachées: il y en a beaucoup qui avoient mis toute leur -fortune dans leurs charges, et qui, n'ayant plus d'appointements, -doivent être dans le besoin, ainsi que d'autres qui ne vivoient que de -leurs appointements. Dans les pensionnaires, il y a beaucoup de -vieillards, de femmes et d'enfants, qui n'avoient que cela pour vivre. - -»Fait à la tour du Temple, le vingt janvier mil sept cent -quatre-vingt-treize. - - »LOUIS.» - - * * * * * - -Garat assura le Roi qu'il allait remettre sa lettre à la Convention. -«Monsieur, ajouta Louis XVI, si la Convention accorde ma demande pour -la personne que je désire, voici son adresse.» Ouvrant alors de -nouveau son portefeuille, il en tira un papier sur lequel étaient -écrits ces mots: M. Edgeworth de Firmont, rue du Bac, nº 483. Le Roi -remit cette adresse à un municipal, et fit quelques pas en arrière; -Garat et ceux qui l'accompagnaient sortirent[44]. Le ministre se hâta -de communiquer à ses collègues les dernières demandes du Roi, -d'appeler sur elles les décisions de la Convention, et d'envoyer -chercher le prêtre que réclamait le condamné. - -[Note 44: Compte rendu à la Convention par le ministre de la justice.] - -Il était quatre heures et demie lorsque Garat lui-même rapporta au -Roi la réponse de la Convention, dont voici les termes: «Il est libre -à Louis d'appeler tel ministre du culte qu'il jugera à propos, et de -voir sa famille librement et sans témoin; la nation, toujours grande -et toujours juste, s'occupera du sort de sa famille; il sera accordé -aux créanciers de sa maison de justes indemnités; la Convention -nationale passe à l'ordre du jour sur le sursis de trois jours.» - -Louis XVI ne fit aucune observation. Les moments qui lui restent vont -se partager entre sa famille, objet de ses affections terrestres, et -son Créateur, qui le rappelle à lui. L'abbé Edgeworth parut bientôt. -«Arrivé à l'appartement du Roi, dont toutes les portes étoient -ouvertes, a-t-il écrit lui-même, j'aperçus ce Prince au milieu d'un -groupe de huit ou dix personnes: c'étoit le ministre de la justice, -accompagné de quelques membres de la Commune, qui venoit de lui lire -le fatal décret qui fixoit irrévocablement sa mort au lendemain. - -»Il étoit au milieu d'eux calme, tranquille, gracieux même; et pas un -de ceux qui l'environnoient n'avoit l'air aussi assuré que lui. Dès -que je parus, il leur fit signe de la main de se retirer; ils -obéirent; lui-même ferma la porte après eux, et je restai seul dans la -chambre avec lui. Jusqu'ici j'avois assez bien réussi à concentrer les -différents mouvements qui agitoient mon âme; mais à la vue de ce -Prince, autrefois si grand et alors si malheureux, je ne fus plus -maître de moi-même; mes larmes s'échappèrent malgré moi, et je tombai -à ses pieds sans pouvoir lui faire entendre d'autre langage que celui -de ma douleur; cette vue l'attendrit mille fois plus que le décret -qu'on venoit de lui lire. Il ne répondit d'abord à mes larmes que par -les siennes; mais bientôt reprenant son courage: «Pardonnez, me -dit-il, monsieur, pardonnez à ce moment de foiblesse, si toutefois on -peut le nommer ainsi. Depuis longtemps je vis au milieu de mes -ennemis, et l'habitude m'a en quelque sorte familiarisé avec eux; mais -la vue d'un sujet fidèle parle tout autrement à mon coeur; c'est un -spectacle auquel mes yeux ne sont plus accoutumés, et il m'attendrit -malgré moi.» - -A huit heures, la conversation fut interrompue par un commissaire qui -prévint le Roi que sa famille allait descendre. Louis XVI ne put -dissimuler son émotion: «Si l'on ne me permet point de monter chez -elle, dit-il aux municipaux, je pourrai du moins la voir seule dans ma -chambre?--Non, répondit l'un d'eux, nous avons arrêté avec le ministre -de la justice que ce sera dans la salle à manger.--Vous avez entendu, -répliqua Louis XVI, que le décret de la Convention me permet de la -voir sans témoin.--Cela est vrai, dirent les commissaires, vous serez -en particulier; on fermera la porte, mais par le vitrage nous aurons -les yeux sur vous.--Faites descendre ma famille.» Le Roi entra dans la -salle à manger; Cléry l'y suivit, et s'occupa à ranger la table de -côté et à placer des chaises dans le fond. Louis XVI lui dit: «Il -faudrait apporter un peu d'eau et un verre.» Sur une table se trouvait -une carafe d'eau à la glace; Cléry n'apporta qu'un verre, qu'il plaça -près de cette carafe. «Si la Reine buvait de cette eau-là, lui dit le -Roi, elle pourrait en être incommodée: apportez de l'eau qui ne soit -pas à la glace. Je craindrais que la vue de M. de Firmont ne fît trop -de mal à ma famille: priez-le de ne pas sortir de mon cabinet.» - -En disant ces mots, Louis XVI prêtait l'oreille au bruit du dehors, -allait, venait, s'arrêtait à tout moment à la porte d'entrée..... -Enfin cette porte s'ouvre: Marie-Antoinette paraît la première, tenant -son fils par la main; ensuite Marie-Thérèse et Madame Élisabeth. Des -cris de douleur se mêlent seuls aux embrassements qui s'échangent. La -Reine fait un mouvement comme pour entraîner le Roi dans sa chambre. -«Non, lui dit celui-ci, passons dans cette salle, c'est là seulement -que je puis vous voir.» Ils entrent dans la salle à manger, dont les -commissaires referment la porte, qui, ainsi que la cloison, est en -vitrage. On s'assied, la Reine à la gauche du Roi, Madame Élisabeth à -sa droite, la jeune princesse presque en face, et le petit prince -entre les jambes de son père. Pendant plus d'un quart d'heure, pas une -parole ne put se faire entendre. Ce n'étaient même pas des larmes, ce -n'étaient même pas des sanglots: c'était un cri perçant de désespoir -qui devait être entendu dans les cours, dans le jardin et dans les -rues voisines. Le Roi, la Reine, leurs enfants, leur soeur, tous se -lamentaient à la fois. Enfin les larmes coulèrent, et ne s'arrêtèrent -que lorsqu'on n'eut plus la force d'en répandre. Alors Louis XVI parla -de son procès comme si c'était le procès d'un autre, excusa ses juges -et recommanda de leur pardonner. Sa femme demanda avec instance que -toute la famille passât la nuit avec lui; il se refusa cette -consolation, en disant qu'il avait besoin de calme et de -recueillement. - -Cette scène inexprimable dura sept quarts d'heure. Le Roi en voulut -marquer la fin de manière à graver ses derniers sentiments dans le -coeur de ses enfants. «Mon père, raconte Madame Royale, au moment de -se séparer de nous pour jamais, nous fit promettre à tous de ne jamais -songer à venger sa mort. Il était bien assuré que nous regardions -comme sacré l'accomplissement de sa dernière volonté; mais la grande -jeunesse de mon frère lui fit désirer de produire sur lui une -impression encore plus forte. Il le prit sur ses genoux, et lui dit: -_Mon fils, vous avez entendu ce que je viens de dire; mais comme le -serment a encore quelque chose de plus sacré que les paroles, jurez en -levant la main que vous accomplirez la dernière volonté de votre -père_. Mon frère lui obéit en fondant en larmes, et cette bonté si -touchante fit encore redoubler les nôtres.» - -A dix heures un quart, le Roi se leva le premier; tous s'attachèrent à -lui: la Reine le prit par le bras droit, Madame Élisabeth par le bras -gauche; Marie-Thérèse, du même côté que sa tante, mais un peu devant, -tenait son père embrassé par le milieu du corps; le Dauphin, placé -devant sa mère, la tenait d'une main et donnait l'autre à son père. -Tous firent quelques pas vers la porte d'entrée; les gémissements -redoublèrent. «Je vous assure, dit alors Louis XVI, que je vous verrai -demain matin à huit heures.--Vous nous le promettez?--Je vous le -promets.--Pourquoi pas à sept heures? dit Marie-Antoinette.--Eh bien, -oui, répond le Roi, à sept heures; adieu!...» A ce mot d'adieu, Madame -Royale tombe évanouie aux pieds de son père. Madame Élisabeth et Cléry -la relèvent et la soutiennent. Le Roi, pressé de mettre fin à une -telle scène, leur donne un dernier embrassement et s'arrache de leurs -bras. Les portes se ferment, mais elles n'empêchent point le Roi -d'entendre les cris de désespoir des princesses qui remontent -lentement dans leur chambre. L'exaltation de la Reine avait quelque -chose de fébrile qui agitait tout son être. Madame Élisabeth, tenant -ses genoux embrassés et pleurant à chaudes larmes, la conjura de se -calmer, en faisant à Dieu l'offrande de ses angoisses et en implorant -sa miséricorde. Dans l'excès de son désespoir, la Reine ne pouvait -prier, la Reine ne pouvait être consolée. Elle essaya de déshabiller -son fils, accablé lui-même de fatigue et de chagrin; elle espérait -qu'à son âge le sommeil s'emparerait bientôt de lui et lui enlèverait -le sentiment de ses peines. Mais la pauvre mère présumait trop de ses -propres forces, et peut-être sans l'assistance de sa belle-soeur ne -serait-elle point parvenue à coucher son enfant. - -Dès qu'il fut endormi, Madame Élisabeth et Marie-Thérèse supplièrent -la Reine de se coucher. La Reine leur résista longtemps; puis, pour -les tranquilliser, elle finit par se jeter tout habillée sur son lit. -Mais que cette nuit fut longue et terrible! Depuis onze heures du soir -jusqu'à cinq heures du matin, sa soeur et sa fille l'entendirent -incessamment trembler de froid et de terreur. Souvent elles avaient -prêté l'oreille au bruit de ce qui pouvait se passer dans la tour: -elles n'avaient rien entendu. - -Le 21, avant le jour, Madame Élisabeth se leva et fit une courte -prière, pendant laquelle la Reine s'habilla. Les deux princesses -habillèrent alors les enfants. Le rappel commençait à battre dans les -sections de Paris. Chaque bruit du dehors retentissait au coeur des -prisonniers du Temple. Marie-Antoinette, Madame Élisabeth, les deux -enfants, déjà debout, attendaient dans une agitation indicible -l'époux, le frère, le père qu'ils ne devaient plus revoir. A six -heures un quart, on ouvrit leur porte, et ce fut pour eux tout -ensemble comme un rayon d'espoir et un mouvement de terreur. La Reine -s'informa douloureusement de ce qui se passait. «Ma soeur, lui dit -Madame Élisabeth, c'est un livre qu'on vient chercher pour la messe du -Roi. Un instant après, cette sainte princesse se mit à genoux; sa -nièce s'agenouilla aussitôt à peu de distance d'elle. La Reine, qui -sanglotait en embrassant son fils, se calma à l'aspect de ces deux -femmes courbées devant Dieu, et quelques minutes après, elle -s'agenouilla avec le Dauphin devant une chaise qui les séparait, mais -sur laquelle leurs mains s'entrelaçaient en se joignant. De temps en -temps, la Reine levait la tête et regardait la pendule; sa soeur et -ses enfants en faisaient autant; chaque minute qui s'écoulait ajoutait -aux tortures de cette famille infortunée. Cette aiguille qui marchait -allait marquer la mort de ce qu'elles avaient de plus cher au monde. -Quoi de plus atroce que de pleurer un mari, un père, un frère plein de -vie, comme s'il n'était déjà plus, sans pouvoir arrêter ni le cours -inflexible des heures ni la cruauté des hommes aussi implacable que -le temps! Un redoublement de bruit se fit dans l'enceinte et au dehors -même du Temple. C'était le moment du départ. Nulle parole ne peut -rendre la scène déchirante qui se passa alors. De malheureuses femmes -en proie au désespoir, essayant d'obtenir une pitié impossible; un -enfant s'échappant de leurs bras et courant, éperdu, égaré, vers les -commissaires, vers les geôliers, et s'écriant avec des sanglots: -«Laissez-moi passer, messieurs, laissez-moi passer!--Où veux-tu -aller?--Parler au peuple pour qu'il ne fasse pas mourir mon père. Au -nom de Dieu, laissez-moi passer!» - -Pauvre enfant! il ignorait que les commissaires étaient sourds, que -les geôliers étaient insensibles, que le peuple était opprimé, abusé -ou perverti; il ignorait qu'une minorité audacieuse et perverse -étouffait tous les élans généreux de la France! - - - - -LIVRE NEUVIÈME. - -DEPUIS LA MORT DE LOUIS XVI JUSQU'À LA TRANSLATION DE MARIE-ANTOINETTE -À LA CONCIERGERIE. - -21 JANVIER--2 AOÛT 1793. - - «Ne craignez rien de ce que vous avez à souffrir... Soyez fidèles - jusqu'à la mort, et je vous donnerai la couronne de vie.» - - _Apocalypse_, chap. II, v. 10. - - La voiture qui emportait Louis XVI s'acheminait vers l'échafaud. - -- Angoisses de sa famille. -- La Reine craignant que l'émotion - et toute abstinence de nourriture ne fassent défaillir ses - enfants, les engage à prendre quelque nourriture. -- Entretien - avec Cléry. -- Vêtements de deuil demandés. -- Bruit nocturne. -- - Paroles de Madame Élisabeth. -- La jeune Marie-Thérèse malade. -- - Mot touchant de cette princesse. -- Les vêtements de deuil sont - apportés. -- Pressentiment de la Reine. -- Exhortation de Madame - Élisabeth. -- Lepitre et Toulan de service au Temple. -- Louis - XVII chante un couplet adressé à sa tante. -- Soins de celle-ci - prodigués aux deux enfants. -- Projet d'évasion proposé à la - Reine et à Madame Élisabeth. -- L'exécution est ajournée. -- - Toulan remet à la Reine l'anneau nuptial et le cachet du Roi. -- - Sur les instances de Madame Élisabeth, le projet d'évasion est - repris. -- Au moment de l'exécution, la Reine refuse, ne voulant - pas être sauvée sans ses enfants. -- Elle remercie Toulan, et lui - rend l'anneau et le cachet du Roi, le priant de les remettre à M. - de Jarjayes. -- Défection de Dumouriez. -- Création du Comité de - salut public. -- Louis XVII proclamé roi à l'étranger. -- - Acrimonie et cruauté des Tison. -- Dénonciation faite par eux à - la Commune. -- Hébert se rend à la tour. -- Fouille à laquelle il - préside. -- Louis XVII malade. -- Le médecin ordinaire des - prisons commis pour lui donner des soins. -- Lutte des Girondins - et des Montagnards. -- La commission des douze. -- Les barrières - fermées. -- Michonis. -- Graves paroles de Madame Élisabeth et de - la Reine. -- Le baron de Batz: complot formé par lui pour - délivrer la famille royale. -- Insuccès fortuit que Simon - s'approprie. -- Arrêtés du Comité de salut public. -- Louis XVII - séparé de sa mère et de sa tante. -- Désespoir de la Reine; - consolations que lui prodigue Madame Élisabeth. -- Bruit répandu - de l'évasion du petit Capet. -- Députation envoyée au Temple pour - s'assurer de ce qu'il y a de vrai dans ce bruit. -- Réclamations - stériles adressées par Marie-Antoinette à cette députation. -- - Manière dont Drouet rend compte de sa mission à la Convention. -- - Tison converti par les vertus de la Reine et de Madame Élisabeth. - -- La femme Tison à leurs pieds est relevée par elles. -- Éloge - qu'elle fait d'elles à Meusnier. -- La femme Tison folle et en - proie aux convulsions. Elle est soignée par les princesses, puis - conduite à l'Hôtel-Dieu, où une femme de police est placée près - d'elle, chargée de recueillir tout ce qu'elle pourra dire dans - son délire. -- Tison essaye de racheter par son dévouement le mal - qu'il a fait aux royales prisonnières, et leur cache avec soin - les mauvais traitements que Simon fait subir à leur enfant. -- Il - leur apprend que presque tous les jours on le conduit au jardin - pour y jouer, et souvent aussi sur la plate-forme de la Tour - pour y respirer un bon air. -- Longues stations de sa mère, de sa - tante, de sa soeur, au sommet de la Tour pour y apercevoir passer - ce cher enfant. Elles le voient, mais pour leur malheur! - - -Le bruit sourd qui avait annoncé la sortie du Roi de la tour du Temple -se prolongea longtemps, et ce bruit, en s'affaiblissant dans l'espace, -ne pouvait qu'aggraver encore les angoisses de sa famille; car à -mesure que ce bruit s'éloignait, le Roi se rapprochait de l'échafaud. -Marie-Antoinette, craignant que ses enfants, épuisés par le manque de -nourriture aussi bien que par la privation du sommeil, n'eussent pas -la force de supporter cette terrible épreuve, les engagea, vers dix -heures, à prendre quelque nourriture; les pauvres enfants refusèrent, -en recommençant à pleurer. Une demi-heure après, des cris de joie et -des détonations d'armes se firent entendre. Madame Élisabeth, levant -les yeux au ciel, s'écria: «Les monstres! les voilà contents!» A cette -exclamation, Marie-Thérèse jeta des cris perçants; son petit frère -fondit en larmes; leur mère, le front baissé, les yeux hagards, -demeura plongée dans un désespoir morne et immobile qui ressemblait à -la mort. Dans l'après-midi, la Reine et Madame Élisabeth demandèrent à -voir Cléry: la vue de cet honnête homme resté dans la tour jusqu'au -dernier moment avec Louis XVI augmenta tout ensemble et soulagea leur -douleur: au récit des adieux et des dernières paroles de celui qui -n'était plus, leurs pleurs coulèrent; elles réclamèrent les objets -légués par lui, objets précieux dont Cléry venait de faire la -déclaration au conseil du Temple, et dont nous parlerons plus loin. -Marie-Antoinette fit demander des vêtements de deuil à ce même -conseil, qui en référa à la Commune. - -Les angoisses de cette journée ne devaient point finir avec elle. Deux -heures du matin sonnaient, et le repos n'était point encore venu pour -les trois captives. La jeune Marie-Thérèse, par obéissance, s'était -couchée, mais elle n'avait point fermé les yeux; sa mère et sa tante, -assises auprès du lit du petit Prince endormi, causaient, mêlant leurs -afflictions et leurs larmes. Le sommeil de l'enfant était calme, et -semblait sourire. «Il a maintenant l'âge qu'avait son frère lorsqu'il -mourut à Meudon: heureux ceux de notre maison qui sont partis les -premiers! ils n'ont point assisté à la ruine de notre famille.» -Surprise d'entendre, à une telle heure, parler chez la Reine, la femme -Tison s'était levée; elle frappa à la porte, s'enquérant du motif de -ce nocturne entretien. Son mari, qui venait de réveiller les -commissaires de service, la suivait de près. Madame Élisabeth -entr'ouvrit la porte, et leur dit avec douceur: «De grâce, -laissez-nous pleurer en paix.» L'inquisition s'arrêta désarmée par -cette voix angélique. - -Depuis quelques jours, Marie-Thérèse était indisposée; elle éprouvait -dans tout le corps une grande fatigue, et ses jambes étaient enflées. -Le chagrin avait fait empirer son mal, et pendant plusieurs jours ses -compagnes n'avaient pu obtenir l'entrée de M. Brunyer dans la -tour[45]. «Heureusement, dit-elle avec une simplicité touchante, -heureusement le chagrin augmenta ma maladie au point de faire une -diversion favorable au désespoir de ma mère.» Marie-Antoinette et -Élisabeth passèrent les nuits à son chevet, dirigeant, appliquant -elles-mêmes le traitement prescrit par le médecin, autorisé enfin à -être admis auprès d'elles. Les habits de deuil demandés furent -accordés le 23[46]. Dans la journée du 27, on en apporta une partie au -Temple[47]. La Reine ne pouvait voir ses enfants vêtus de noir sans -que son coeur se brisât. Elle dit un jour à Madame Élisabeth: «Je n'ai -peut-être pas donné dans le temps au Roi tous les conseils qui -pouvaient le sauver, mais je le rejoindrai sur l'échafaud; oui, ma -soeur, j'y monterai aussi.--J'espère que Dieu ne permettra pas un tel -malheur, répondit Madame Élisabeth; mais soyons prêtes, ma soeur, à -obéir à sa volonté. Il se montre aujourd'hui sévère dans ses -châtiments et dans ses vengeances: prions-le de nous donner la force -d'accomplir tout ce qu'il exigera de nous.» - -[Note 45: Le bruit de cette maladie transpira dans Paris. On lit dans -le _Moniteur universel_ du jeudi 24 janvier 1793: - -_Commune de Paris._ - -«Du 22.--On répand dans les lieux publics et dans les sociétés -patriotiques que la fille de Louis est morte, que la femme de Louis -est transférée de l'hôtel de la Force à la Conciergerie. Le conseil -général m'autorise à démentir tous ces bruits. La fille de Louis n'est -pas malade; les personnes qu'un décret renferme au Temple y resteront -aussi longtemps que ce décret ne sera pas rapporté. - - »RÉAL, premier substitut.»] - -[Note 46: _Commune de Paris._--Séance du mercredi 23 janvier 1793. - -«Le conseil général entend la lecture d'un arrêté du conseil du Temple -qui renvoie au conseil général à se prononcer sur deux demandes faites -par Antoinette. - -»La première d'un habillement de deuil très-simple pour elle, sa soeur -et ses enfants. Le conseil général arrête qu'il sera fait droit à -cette demande. - -»Sur la seconde, à ce que Cléry soit placé auprès de son fils, comme -il l'était primitivement, le conseil général prononce l'ajournement.»] - -[Note 47: Voir, à la fin du volume, les Pièces justificatives, nº IV.] - -Lepitre et Toulan, ces deux commissaires de la Commune qui s'étaient -déjà créé par leur zèle des titres à la confiance de la famille -royale, reparurent bientôt au Temple, et les pauvres recluses purent -obtenir d'eux les détails qu'elles avaient vainement réclamés de leurs -collègues. En effet, Toulan et Lepitre avaient pris soin de se munir -des journaux qui rendaient compte de la mort du Roi, et ces papiers -furent lus avec cette poignante avidité de la douleur empressée à -connaître toutes les circonstances les mieux faites pour l'alimenter. - -Lepitre, qui avait conçu l'idée d'offrir à la Reine et à Madame -Élisabeth des consolations prises à la source même de leurs peines, -leur présenta, le jeudi 7 février, une romance qu'il avait composée -sur la mort de Louis XVI, et que madame Cléry avait mise en musique. -Il se trouva de nouveau de service au Temple le 1er mars, trois -semaines après avoir fait hommage de son oeuvre; il en reçut la plus -douce récompense que son coeur pût ambitionner: la Reine le fit entrer -dans la chambre de Madame Élisabeth; Marie-Thérèse se mit au piano, et -son frère, debout auprès d'elle, chanta la romance[48], dont le -dernier couplet est adressé à Madame Élisabeth; le voici: - - «Et toi, dont les soins, la tendresse, - Ont adouci tant de malheurs, - Ta récompense est dans les coeurs - Que tu formes à la sagesse... - Ah! souviens-toi des derniers voeux - Qu'en mourant exprima ton frère; - Reste toujours près de ma mère, - Et ses enfants en auront deux.» - -[Note 48: Voici les quatre premiers couplets de cette oeuvre modeste, -qui emprunte aux circonstances un touchant intérêt: - -LA PIÉTÉ FILIALE. - - Eh quoi! tu pleures, ô ma mère! - Dans tes regards fixés sur moi - Se peignent l'amour et l'effroi: - J'y vois ton âme tout entière. - Des maux que ton fils a soufferts - Pourquoi te retracer l'image? - Puisque ma mère les partage, - Puis-je me plaindre de mes fers? - - Des fers! ô Louis! ton courage - Les ennoblit en les portant. - Ton fils n'a plus, en cet instant, - Que tes vertus pour héritage. - Trône, palais, pouvoir, grandeur, - Tout a fui pour moi sur la terre; - Mais je suis auprès de ma mère, - Je connais encor le bonheur. - - Un jour, peut-être... l'espérance - Doit être permise au malheur; - Un jour, en faisant son bonheur, - Je me vengerai de la France. - Un Dieu favorable à ton fils - Bientôt calmera la tempête! - L'orage qui courbe leur tête - Ne détruira jamais les lis. - - Hélas! si du poids de nos chaînes - Le ciel daigne nous affranchir, - Nos coeurs doubleront le plaisir - Par le souvenir de nos peines. - Ton fils, plus heureux qu'aujourd'hui, - Saura, dissipant tes alarmes, - Effacer la trace des larmes - Qu'en ces lieux tu verses pour lui.] - -La Reine était assise à côté de son fils, suivant avec attention les -modulations émues de sa voix et les dirigeant avec soin. M. Lepitre a -raconté cette scène[49]: «Nos larmes coulèrent, dit-il, et nous -gardâmes un morne silence. Mais qui pourra peindre le spectacle que -j'avois sous les yeux? la fille de Louis à son clavecin; sa mère, -assise auprès d'elle, tenant son fils dans ses bras et les yeux -mouillés de pleurs, dirigeant avec peine le jeu et la voix de ses -enfants; Madame Élisabeth, debout à côté de sa soeur, et mêlant ses -soupirs aux tristes accents de son neveu.» - -[Note 49: _Quelques souvenirs ou notes fidèles sur mon service au -Temple, depuis le 8 décembre 1792 jusqu'au 26 mars 1793._ 2e édition. -Paris, 1817.] - -Madame Élisabeth remarquait avec une satisfaction attendrie que la Reine -était uniquement occupée de ses enfants, et elle bénissait le ciel du -repos qu'il laissait à cette pauvre mère dans l'accomplissement de la -seule tâche qui pouvait lui être chère encore. Madame Élisabeth l'y -secondait avec tout son dévouement: leur sombre douleur à toutes deux ne -s'éclairait d'un rayon fugitif qu'à cause de leur tendresse pour leurs -deux enfants, quoique cette tendresse leur rendît souvent plus poignant -le sentiment de leurs périls:--leur fille déjà faite aux regrets et aux -inquiétudes, mais forte, résignée, et recueillant avec courage les -leçons du malheur; près d'elle, son petit frère, animant tout de sa -parole et de son sourire. La sollicitude de la Reine et de Madame -Élisabeth à l'égard de cet enfant devait s'étendre à tous les soins, car -la prière faite par le Roi en allant au supplice de voir Cléry reprendre -son service auprès du jeune Prince avait été rejetée par la Commune. Les -deux institutrices essayaient, par les ressources qu'elles avaient en -elles-mêmes, de suppléer à l'absence des éléments d'instruction -nécessaires: l'écriture, la géographie, l'histoire, eurent tant bien que -mal leurs heures accoutumées. Quant à l'éducation proprement dite, il -est facile de croire que jamais enfant n'avait été placé à meilleure -école; car dans quel autre lieu du monde et sous quelle influence plus -persuasive eût-il pu recevoir de plus généreuses exhortations et de plus -magnanimes exemples? Les recommandations de son père mourant -n'étaient-elles pas chaque jour mises en pratique sous ses yeux? Sa mère -et sa tante perdaient-elles une occasion d'excuser devant lui leurs -persécuteurs, en les représentant égarés par le vertige des passions -révolutionnaires bien plus que par le mouvement de leur coeur? -Non-seulement elles lui prêchaient le pardon des injures, mais encore, -dans les lectures de l'histoire de France qu'elles lui faisaient -journellement, elles avaient soin d'exalter les belles actions, les -traits de clémence ou d'héroïsme qu'elles y rencontraient. - -Madame Élisabeth vit se former avec bonheur, mais non sans inquiétude, -le projet conçu par Toulan de faire évader du Temple la Reine et ses -enfants; ne songeant jamais à sa propre personne, elle s'effrayait des -périls d'une entreprise dont le plan, par sa hardiesse même, plaisait -à Marie-Antoinette: celle-ci toutefois, avant de l'adopter, désira -qu'il obtînt l'approbation de M. de Jarjayes, homme grave déjà signalé -à sa confiance par le succès de quelques missions importantes. Après -deux longues conférences, Jarjayes et Toulan arrêtèrent leur plan, qui -rendait indispensable l'association d'un second commissaire. Leur -choix devait naturellement se porter sur Lepitre. Dans une troisième -conférence, où celui-ci fut appelé, on s'entendit sur les moyens -d'exécution. M. de Jarjayes se chargea de faire confectionner des -habits d'homme pour la Reine et pour Madame Élisabeth, et les deux -municipaux s'engagèrent à introduire ces habits dans la tour en les -cachant sous la pelisse que l'un et l'autre avaient coutume de mettre -par-dessus leur vêtement. Les deux princesses, à l'aide de ce -déguisement, rehaussé de l'écharpe tricolore, devaient sortir munies -de cartes telles que les avaient les commissaires et toutes personnes -autorisées à entrer à la tour. La réalisation de ce plan ne paraissait -point offrir de grandes difficultés; mais l'évasion des deux enfants -présentait mille dangers aussi insurmontables les uns que les autres. -Le petit Prince surtout était l'objet d'une surveillance active et -incessante qui rendait pour lui impossible toute chance de salut. Une -chance cependant, quoique presque impossible, parut susceptible d'être -tentée. Un homme du peuple, nommé Jacques, venait le matin à la tour -nettoyer les quinquets et les réverbères, et revenait le soir les -allumer. Deux enfants à peu près de l'âge et de la taille des enfants -de la Reine l'accompagnaient ordinairement et l'aidaient, dans son -travail. Il n'eût pas été prudent de mettre dans la confidence cet -employé subalterne qui ne parlait jamais ni aux municipaux ni aux -geôliers, et ne connaissait au Temple que sa consigne. Mais voici ce -que Toulan imagina: «Le lampiste, dit-il à ses complices, remplit son -office entre cinq et six heures; son dernier réverbère est allumé et -lui-même est déjà sorti du Temple lorsque, à sept heures, les -sentinelles sont relevées. Dès qu'il se sera retiré et que les -factionnaires seront relevés, un homme accoutré comme le lampiste, -passant à la faveur d'une carte d'entrée sous l'oeil des premiers -guichetiers, arrivera, sa boîte de fer-blanc au bras, à l'appartement -de la Reine; je me trouverai là, et, le gourmandant hautement de -n'être pas venu lui-même arranger ses quinquets: «N'avez-vous pas de -honte, lui dirai-je, d'avoir envoyé vos deux enfants pour faire votre -besogne à votre place?» Puis alors je lui remettrai les enfants de la -Reine, et le prétendu lampiste s'en ira avec ses deux jeunes -apprentis, et tous trois gagneront le coin des boulevards, où les -attendra M. de Jarjayes.» - -Ce plan, qui fut agréé par Jarjayes et Lepitre, rendait nécessaire -l'adjonction d'un nouveau confident digne d'entrer dans ce généreux -complot et de jouer le rôle du lampiste. «J'ai un de mes amis, -continua Toulan, homme discret et courageux, qui acceptera, j'en suis -certain, sa part de cette périlleuse entreprise. Il se nomme Ricard, -et est inspecteur des domaines nationaux. Je réponds de lui.»--On -voit, d'après cet exposé, que Toulan se chargeait de présider -spécialement aux dispositions relatives à l'évasion de la tour, et -Jarjayes aux mesures concernant la fuite hors du territoire français. - -Chacun se tint prêt. Ricard, averti, se munit d'un costume -parfaitement semblable à celui du lampiste; Jarjayes s'assura de trois -cabriolets auxquels, au premier signal et au lieu convenu, devaient -s'atteler de vigoureux chevaux. Il fut convenu que la Reine et son -fils monteraient dans la première de ces voitures, conduite par M. de -Jarjayes; Marie-Thérèse dans la seconde, conduite par Lepitre, et -Madame Élisabeth dans la troisième, conduite par Toulan. Une fois son -office rempli, Ricard se serait débarrassé de son déguisement, et -serait rentré en son domicile sans que personne eût pu soupçonner la -part heureuse prise par lui à un événement qui allait occuper le -monde. - -Le succès de l'entreprise semblait assuré: Lepitre, président de la -commission des passe-ports, avait délivré lui-même les passe-ports en -règle; les incidents étaient calculés de manière qu'on ne pouvait se -mettre à la poursuite des prisonniers que de longues heures après leur -départ. Enfin, on avait réuni une somme considérable d'argent, ce nerf -de toutes les entreprises. On devait gagner les côtes de la Normandie: -Jarjayes s'était assuré des moyens de passer en Angleterre; un bateau -se tenait à sa disposition sur un point convenu, près du Havre. Enfin, -il n'était point impossible d'espérer que des mesures combinées avec -une habileté qui n'avait rien oublié dans ses prévisions et ses -calculs, et avec tant d'intelligence et de dévouement, conjureraient -cette fois les chances fatales qui emportaient vers l'abîme les débris -de la maison de France. Mais il était écrit qu'en toute circonstance -la fortune se tournerait contre elle. Cette fois, l'obstacle ne vint -pas, comme au voyage de Varennes, du zèle inintelligent de ses amis; -il naquit d'un grand mouvement excité le 7 mars dans Paris par la -nouvelle du succès des armes étrangères[50] et par la cherté des -subsistances. Le lendemain 8 avait été le jour fixé pour l'évasion. On -comprend qu'au milieu des émotions causées dans Paris, tout ensemble -par l'inquiétude de l'invasion et l'appréhension de la famine, -l'entreprise de Toulan dut être forcément remise. Les débats enflammés -de la Convention, la violence de la Commune, le tumulte de la rue, -tenaient en éveil la sollicitude du gouvernement et provoquaient son -attention. - -[Note 50: Nous avions été contraints d'évacuer Aix-la-Chapelle et de -lever le siége de Maëstricht.] - -Or sa surveillance, aux jours d'émeute, se portait toujours sur la -prison de la famille royale. Celle-ci, qui entendait parfaitement le -bruissement tumultueux de la grande ville, ne sachant à quelle cause -l'attribuer, craignait que le complot ourdi pour sa délivrance n'eût -été éventé, et que ses amis ne fussent compromis. Sa joie fut vive en -voyant, le 8, Toulan arriver au Temple, et plus vive encore en -apprenant de lui qu'aucune ombre de soupçon ne s'était manifestée. -«J'aurais été désolée, lui dit la veuve de Louis XVI, de quitter ce -séjour sans en emporter quelques objets qui me sont précieux et qui -m'ont été légués par une main qui me fut chère et qui m'est sacrée: je -veux parler de l'anneau nuptial et du cachet que le Roi portait -toujours, et qu'il avait chargé Cléry de me remettre avec les cheveux -de ma soeur Élisabeth et de mes enfants.» Toulan ne fit aucune réponse -à ce sujet; mais il n'ignorait pas que Cléry, le jour où il avait été -rendu à la liberté, avait, sur les ordres des municipaux, remis au -conseil du Temple les effets dont le conseil de la Commune l'avait -laissé dépositaire le 21 janvier, et que ces effets, parmi lesquels se -trouvaient les objets dont parlait la Reine, avaient été placés sous -les scellés dans la chambre du feu Roi. Le surlendemain, avant sa -sortie du Temple, Toulan remit à Marie-Antoinette les objets qu'elle -avait désirés, et qu'il avait retirés de dessous les scellés. - -Il avait eu le temps et l'adresse d'en faire exécuter d'à peu près -semblables, et l'audace de les substituer aux premiers. On éprouve un -sentiment qui ressemble à une consolation, à voir que la Reine de -France, dans tout l'éclat de sa puissance et de sa gloire, à -Versailles, n'eût point été servie avec plus de zèle et d'habileté. - -L'effervescence des esprits était loin de se calmer. Le 12, la conduite -du général Dumouriez était dénoncée à la Convention par la section -Poissonnière de Paris; le 13, pour la première fois, la Vendée, déjà -frémissante depuis quelque temps, levait ouvertement le drapeau; et -d'ailleurs, le tour de service de Toulan et de Lepitre ne pouvant se -produire qu'au bout d'un certain nombre de jours, tout projet de -délivrance se trouva ajourné. Madame Élisabeth ne s'était pas fait -d'illusion sur les difficultés de la tentative, et cependant elle la -regretta comme une chance de salut perdue pour la Reine. Les jours -suivants amenèrent encore des événements qui ne firent que développer le -système de l'intimidation. La surveillance exercée sur l'enfant royal -devint extrême. Jarjayes, Toulan et Lepitre, forcés de limiter leur -entreprise aux bornes du possible, concentrèrent leur pensée de -délivrance sur la Reine et sur Madame Élisabeth. Mais ici se présentait -une nouvelle difficulté: comment obtenir de Marie-Antoinette et de -Madame Élisabeth de se séparer de leurs enfants? Déjà, à une époque -moins affreuse, la Reine avait déclaré que si on voulait la sauver, il -fallait sauver ses enfants avec elle. Quant à Madame Élisabeth, on sait -que cette grande âme s'oubliait en toute occasion. Elle employa toute -l'éloquence de son coeur à persuader à sa soeur que c'était un devoir -impérieux pour elle de profiter des ressources qui lui restaient pour -échapper à ses ennemis. «Vos jours, lui dit-elle, peuvent être menacés, -tandis que ceux de vos enfants et les miens mêmes ne sont exposés à -aucun danger. Vos enfants sont couverts par leur âge, et moi par ma -nullité. Sans doute, ma soeur, les bruits odieux qui ont quelquefois -troublé votre oreille sont imprégnés de l'exagération populaire; mais -cependant ils arrivent au vrai lorsqu'ils expriment l'animosité publique -excitée contre vous. L'égarement du peuple à votre égard est tel que -vous deviendriez coupable d'en attendre les effets. Vous avez une grande -confiance en M. de Jarjayes, et, vous le voyez, il vous envoie lui-même -ses supplications les plus vives pour vous engager à vous prêter à -l'exécution du nouveau plan dont Toulan vous apporte les détails. -Peut-être est-ce la main invisible de la Providence qui vous tend cette -planche dans le naufrage; ne la repoussez pas, je vous en supplie: je -vous le demande au nom de vos enfants, au nom de celui dont la mémoire -vous est sainte, et, si vous le permettez, au nom de mon amour pour -vous.» - -La voix pénétrante de Madame Élisabeth se fit route au coeur de la -Reine. Celle-ci approuva le plan; elle promit de s'y conformer. Le -jour fut pris, le jour arriva... La veille au soir, la mère et la -tante étaient assises au chevet du lit du jeune Prince endormi. Sa -soeur était couchée aussi, mais la porte de sa chambre était ouverte, -et Marie-Thérèse, occupée de l'air rêveur et triste qu'elle avait vu à -sa mère toute la journée, n'avait point encore rencontré le sommeil. -Elle entendit ainsi les paroles que plus tard elle a répétées. Cédant -au sacrifice qu'on lui avait demandé, Marie-Antoinette était donc -assise auprès du lit de son fils: «Dieu veuille, dit-elle, que cet -enfant soit heureux!--Il le sera, ma soeur, répondit Madame Élisabeth -en montrant à la Reine la figure douce et fière du Dauphin.--Toute -jeunesse est courte comme toute joie, murmura Marie-Antoinette avec -un serrement de coeur; on en finit avec le bonheur comme avec toute -chose.» Puis, se levant, elle fit quelques pas dans sa chambre en -disant: «Et vous-même, ma bonne soeur, quand et comment vous -reverrai-je?... C'est impossible! c'est impossible!» - -La jeune Marie-Thérèse avait recueilli ces paroles, mais ce n'est que -quelque temps après que le sens lui en fut expliqué par sa tante. -Cette exclamation de la Reine n'était autre chose que le rejet du -moyen de salut qui lui était offert. Son parti était pris: l'amour de -ses enfants l'emportait sur toute autre considération, sur les prières -de sa soeur, sur l'instinct de sa propre conservation, sur la parole -même donnée au dévouement de ses courageux amis. Toutefois, se -reprochant presque comme un parjure une promesse qu'elle ne voulait -plus tenir, elle sentit qu'elle devait des explications et une amende -honorable à ces âmes généreuses, résolues à s'exposer pour elle; et le -lendemain, aussitôt qu'elle put parler à Toulan, qui arrivait tout ému -de la grande action qu'il allait accomplir: «Vous allez m'en vouloir, -lui dit-elle, mais j'ai réfléchi; il n'y a ici que danger: vaut mieux -mort que remords.» Dans le cours de la journée, elle trouva encore le -moyen de glisser dans l'oreille de Toulan ces paroles dont se -souvenait cet homme intrépide en montant sur l'échafaud le 30 juin -1794: «Je mourrai malheureuse si je n'ai pu vous prouver ma -gratitude[51].--Et moi, madame, malheureux si je n'ai pu vous montrer -mon dévouement.--D'après ce qui se passe, dit encore la Reine, comme -frappée d'une sinistre prévision, je puis m'attendre d'un instant à -l'autre à me voir privée de toute communication. Voici l'alliance, le -cachet et le petit paquet de cheveux que je dois à vous seul d'avoir -recouvrés. Je vous charge de les déposer entre les mains de M. de -Jarjayes, en le priant de les faire parvenir à Monsieur et au comte -d'Artois, ainsi que des lettres que ma soeur et moi avons écrites à -nos frères[52].» - -[Note 51: La Reine voulut aussi remercier M. de Jarjayes et lui -expliquer les motifs de son refus. Elle lui écrivit de sa main le -billet suivant, qu'elle chargea Toulan de lui remettre; billet -admirable que M. Chauveau-Lagarde fit, le premier, connaître dans sa -_Note historique sur les procès de Marie-Antoinette et de Madame -Élisabeth_. - -«_Nous avons fait un beau rêve. Voilà tout. Mais nous y avons beaucoup -gagné en trouvant dans cette occasion une nouvelle preuve de votre -entier dévouement pour moi. Ma confiance en vous est sans bornes. Vous -trouverez toujours en moi du caractère et du courage; mais l'intérêt -de mon fils est le seul qui me guide. Quelque bonheur que j'eusse -éprouvé à être hors d'ici, je ne peux consentir à me séparer de lui. -Je ne pourrais jouir de rien sans mes enfants, et cette idée ne me -laisse pas même un regret._»] - -[Note 52: Le billet de la Reine adressé à Monsieur était ainsi conçu: - -«Ayant un être fidèle sur lequel nous pouvons compter, j'en profite -pour envoyer à mon frère et ami ce dépôt qui ne peut être confié -qu'entre ses mains. Le porteur vous dira par quel miracle nous avons -pu avoir ces précieux gages; je me réserve de vous dire moi-même un -jour le nom de celui qui nous est si utile. L'impossibilité où nous -avons été jusqu'à présent de pouvoir vous donner de nos nouvelles, et -l'excès de nos malheurs, nous fait sentir encore plus vivement notre -cruelle séparation; puisse-t-elle n'être pas longue! Je vous embrasse, -en attendant, comme je vous aime, et vous savez que c'est de tout mon -coeur. - - »M. A.» - -Au bas de ce billet, Marie-Thérèse écrivit ces deux lignes: - -«Je suis chargée pour mon frère et moi de vous embrasser de tout notre -coeur. - - «M. T.» - -Voici le billet adressé par la Reine au comte d'Artois: - -«Ayant trouvé enfin le moyen de confier à notre frère un des seuls -gages qui nous restent de l'être que nous chérissions et pleurons -tous, j'ai cru que vous seriez bien aise d'avoir quelque chose qui -vînt de lui; gardez-le en signe de l'amitié la plus tendre, avec -laquelle je vous embrasse de tout mon coeur. - - «M. A.»] - -Madame Élisabeth écrivait ces lignes à Monsieur: - -«Je jouis d'avance du plaisir que vous éprouverez en recevant ce gage -de l'amitié et de la confiance; être réunie avec vous et vous voir -heureux est tout ce que je désire: vous savez si je vous aime. Je vous -embrasse de tout mon coeur. - - »E. M.» - -Et au comte d'Artois: - -«Quel bonheur pour moi, mon cher ami, mon frère, de pouvoir, après un -si long espace de temps, vous parler de tous mes sentiments! Que j'ai -souffert pour vous! Un temps viendra, j'espère, où je pourrai vous -embrasser, et vous dire que jamais vous ne trouverez une amie plus -vraie et plus tendre que moi; vous n'en doutez pas, j'espère. - - »E. M.» - - * * * * * - -Ce ne fut que dans les premiers jours de mai que M. de Jarjayes put -faire parvenir ces messages à leur destination, le cachet et le paquet -de cheveux au comte de Provence, et l'anneau et les cheveux de Louis -XVI au comte d'Artois[53]. - -[Note 53: M. de Jarjayes se rendit d'abord à Turin, où le roi de -Sardaigne le retint et l'employa auprès de sa personne. C'est ce -prince qui envoya lui-même à Monsieur, par un courrier extraordinaire, -les dépêches de M. de Jarjayes. Monsieur écrivit de sa main à M. de -Jarjayes une lettre datée de Hamm, le 14 mai 1793, dans laquelle il -lui exprime ainsi ses sentiments: - -«Vous m'avez procuré le bien le plus précieux que j'aie au monde, la -seule véritable consolation que j'aie éprouvée depuis nos malheurs. - -»Combien leur billet et l'autre gage de leur amitié, de leur -confiance, ont pénétré mon coeur des plus doux sentiments!... - -»Je ne puis qu'approuver les raisons qui vous font rester en Piémont. -Continuez à servir notre jeune et malheureux Roi comme vous avez servi -le frère que je pleurerai toute ma vie.»] - -Le gouvernement révolutionnaire rencontrait dans sa marche obstacle -sur obstacle. Le midi de la France semblait répondre aux cris de la -Vendée. Les puissances liguées contre la France, heureuses de voir les -torches de la guerre civile allumées dans nos provinces, se -partageaient tranquillement les lambeaux de la Pologne. Dumouriez, qui -venait de livrer à l'Allemagne le ministre de la guerre et les -commissaires de la Convention, mettait à l'abri des lignes -autrichiennes sa tête cotée à trois cent mille francs. L'annonce de -ces événements dictait à la Commune de nouvelles mesures de -précaution[54]; elle inspirait à la Convention de nouveaux décrets qui -faisaient doubler la garde du Temple[55], créaient un comité de salut -public et mettaient en arrestation toute la famille des Bourbons. Ces -mouvements, qui agitaient la France et l'Europe, ne troublaient pas le -morne intérieur de la tour du Temple; et le fils de Louis XVI, reconnu -Roi de France par l'étranger, proclamé sous le nom de Louis XVII sur -quelques points du territoire national, n'avait pour palais qu'une -prison, pour courtisans, pour ministres et pour gardes qu'une mère -assiégée par toutes les angoisses, mais armée d'un caractère aussi -grand que ses malheurs; qu'une soeur plus âgée que lui, assez âgée, -hélas! pour partager les douleurs de sa mère et pour comprendre -l'abaissement de sa famille; qu'une tante enfin qui, portant le ciel -dans son coeur, avait le don d'apaiser les plus vives douleurs par le -baume de sa parole, et de rasséréner les âmes par son regard. - -[Note 54: Municipalité de Paris. - -_Extrait du registre des délibérations du conseil général du 1er avril -1793, IIe de la République._ - -«Sur le réquisitoire du procureur de la Commune, - -»Le conseil général arrête: - -»1º Qu'aucune personne de garde au Temple ou autrement ne pourra y -dessiner quoi que ce soit, et que si quelqu'un est saisi en -contravention au présent arrêté, il sera sur-le-champ mis en état -d'arrestation et amené au conseil général, faisant en cette partie les -fonctions de gouverneur; - -»2º Enjoint aux commissaires du conseil de service au Temple de ne -tenir aucune conversation familière avec les personnes détenues, comme -aussi de ne se charger d'aucune commission pour elles; - -»3º Défenses sont pareillement faites auxdits commissaires de rien -changer ou innover aux anciens règlements pour la police de -l'intérieur du Temple; - -»4º Qu'aucun employé au service du Temple ne pourra entrer dans la -tour; - -»5º Qu'il y aura deux commissaires auprès des prisonniers; - -»6º Que Tison ni sa femme ne pourront sortir de la tour ni communiquer -avec qui que ce soit du dehors; - -»7º Qu'aucun commissaire au Temple ne pourra envoyer ou recevoir de -lettres sans qu'elles aient été préalablement lues au conseil du -Temple; - -»8º Lorsque les prisonniers se promèneront sur la plate-forme de la -Tour, ils seront toujours accompagnés de trois commissaires et du -commandant du poste, qui les surveilleront scrupuleusement; - -»9º Que, conformément aux précédents arrêtés, les membres du conseil -qui seront nommés pour faire le service du Temple passeront à la -censure du conseil général, et sur la réclamation non motivée d'un -seul membre, ils ne pourront être admis; - -»10º Enfin, que le département des travaux publics fera exécuter dans -le jour de demain les travaux mentionnés dans son arrêté du 26 mars -dernier. - - »_Signé_: PACHE, maire. - »COULOMBEAU, secrétaire greffier. - - »Pour extrait conforme: - »COULOMBEAU, secrétaire greffier. - -»Copié au registre. - - »YON.»] - -[Note 55: _Décret de la Convention nationale du 4 avril 1793, l'an II -de la République française._ - -»La Convention nationale décrète que le conseil général de la Commune -de Paris fera doubler sur-le-champ la garde du Temple. - - »Vérifié par nous, inspecteur des bureaux des procès-verbaux, - - »DELEBOV. - - »Collationné à l'original par nous, président et secrétaire de la - Convention nationale, - - »DELMAS, président. - »MELLINO, secrétaire. - -»Paris, ce 5 avril 1793, an II de la République française.»] - -Tison et sa femme remplissaient jusqu'au bout la mission odieuse dont -ils s'étaient chargés. Le petit Prince, comme s'il les eût pénétrés, -les avait pris en horreur. Malgré les recommandations de sa mère et de -sa tante, il lui était impossible de déguiser les sentiments qu'ils -lui inspiraient. Gourmandés un jour assez vertement par Vincent, -commissaire de service, les deux Cerbères imputèrent aux dénonciations -de Louis-Charles la réprimande qu'ils recevaient. Le soir, dès que -Vincent eut été remplacé, ils entrèrent chez la Reine, et se -répandirent en récriminations contre l'enfant, en lui jetant les -épithètes d'_espion_ et de _délateur_, qu'ils auraient pu si justement -s'appliquer à eux-mêmes. Marie-Antoinette leur répondit avec dignité: -«Sachez qu'aucun des nôtres n'est d'un caractère à frapper les gens -dans l'ombre ni moi à le tolérer.» Le ménage Tison se retira blessé au -vif, vomissant des imprécations contre la Reine et des malédictions -contre son enfant. Celui-ci protestait avec énergie, avec indignation. -«Ils sont en colère, lui dit avec douceur Madame Élisabeth; -pardonnez-leur.» Ces derniers mots furent entendus de Tison; il revint -sur ses pas comme un furieux: «Pardonnez-leur! cria-t-il; ah çà, où -sommes-nous? oubliez-vous que c'est le peuple seul qui a le droit de -pardonner?» - -Tison continua avec un redoublement de zèle son rôle d'espionnage. Les -trames de Toulan, quoique cachées avec une extrême habileté, n'avaient -point été ourdies de façon que l'ombre de chaque fil fût demeurée -imperceptible à cet Argus du Temple. Mais suspect aux commissaires -modérés, il ne recevait jamais d'eux la moindre confidence, et le -soupçon était entré dans son esprit bien plus par instinct que par -observation. Il comprit que, pour arriver à tout savoir, il fallait -capter la confiance des municipaux. Il se fit souple avec les -inconnus, bienveillant avec les honnêtes, et demeura rude avec les -rébarbatifs, tout en allant jusqu'à exalter devant les _sensibles_ la -gentillesse du jeune Capet. Quand l'hypocrite crut avoir conquis la -sympathie de quelques mandataires de la Commune, bien qu'il n'eût -encore que de vagues soupçons, il écrivit, de concert avec sa femme, -le 19 avril, au conseil du Temple, que _la veuve et la soeur du -dernier tyran avaient gagné quelques officiers municipaux; qu'elles -étaient instruites par eux de tous les événements; quelles en -recevaient les papiers publics, et que, par leur moyen, elles -entretenaient des correspondances_[56]. En témoignage de ce dernier -fait, la femme Tison apporta au conseil un flambeau trouvé par elle -dans la chambre de Madame Élisabeth, et fit remarquer aux commissaires -une goutte de cire à cacheter qui était tombée sur une bobèche. Turgy, -en effet, raconte[57] que, le matin même, cette princesse lui avait -remis un billet cacheté en le priant de le faire parvenir à son -confesseur, l'abbé Edgeworth. - -[Note 56: Voici ce qui se passa au conseil général de la Commune à -l'occasion de cette dénonciation: - -Un des commissaires du Temple fait lecture d'un procès-verbal dressé -au Temple en présence du maire, du procureur de la Commune et des -commissaires de service. - -Ce procès-verbal contient deux déclarations faites l'une par Tison, -faisant le service du Temple, et l'autre par Anne-Victoire Baudet, -épouse de Tison, aussi employée au service du Temple. - -Il résulte de ces déclarations que quelques membres du conseil, -savoir: Toulan, Lepitre, Brunot, Moelle, Vincent, entrepreneur de -bâtiments, et le médecin du Temple, sont suspectés d'avoir eu des -conférences secrètes avec les prisonniers du Temple; de leur avoir -fourni de la cire et des pains à cacheter, des crayons, du papier, et -enfin d'avoir favorisé des correspondances secrètes. - -Toulan et Vincent requièrent qu'à l'instant il soit nommé des -commissaires pour apposer les scellés chez eux. - -En conséquence, le conseil général nomme Cailleux et Jérôme pour se -transporter à l'instant chez le citoyen Toulan, à l'effet d'apposer -les scellés sur ses papiers. - -Nomme pareillement Favanne et Souard pour se transporter à l'instant -chez le citoyen Vincent, à l'effet d'apposer les scellés sur ses -papiers, en exceptant ceux qui ont rapport à la commission des blessés -du 10 août, dont il est chargé. - -A la charge par ces quatre commissaires de requérir le juge de paix de -la section sur laquelle ils se trouveront, pour les assister dans -leurs opérations. - -Quant aux citoyens suspects et absents, savoir: Lepitre, Moelle, -Brunot et le médecin, le conseil général arrête que les -administrateurs de police feront à l'instant apposer les scellés sur -leurs papiers. - -Et sur le réquisitoire du procureur de la Commune, le conseil général -nomme Follope, Minier, Louvet et Benoît, à l'effet de se transporter -sur-le-champ au Temple, pour, dans les appartements des prisonniers, -faire toutes visites et recherches qu'ils jugeront convenables, comme -aussi de fouiller lesdits prisonniers. - -Arrête en outre que ces mêmes commissaires lèveront les scellés -apposés sur l'appartement du défunt Louis Capet, pour y faire -également toutes recherches nécessaires. - -Hébert, substitut du procureur syndic, a été nommé avec les autres -commissaires pour aller faire des recherches chez les prisonniers du -Temple.» - -(Séance du 20 avril 1793.)] - -[Note 57: _Fragments historiques sur la captivité de la famille -royale_, par TURGY, publiés par Eckard, à la suite de ses _Mémoires -historiques sur Louis XVII_, troisième édition.] - -Hébert se rendit le lendemain à la tour, non pas dans le courant de la -journée, où la famille royale vivait sur un qui-vive continuel, mais -à dix heures et demie du soir, quand devait être commencée pour elle -l'heure de la quiétude intérieure. Espérait-il, en arrivant à -l'improviste, les prendre en flagrant délit de correspondance -clandestine? La citoyenne Tison fut requise pour fouiller les femmes. -Elle trouva sur Marie-Antoinette un portefeuille de maroquin rouge sur -lequel quelques adresses étaient écrites au crayon, et chez Madame -Élisabeth, le bâton de cire à cacheter mentionné plus haut, et qui -était enfermé dans un papier avec de la poudre de buis. Encouragés par -ces découvertes, les inquisiteurs se remirent à l'oeuvre. Ils -arrachèrent de son lit l'enfant qui dormait profondément: sa mère le -prit tout transi de froid dans ses bras. Ils fouillèrent dans les -matelas, dans les paillasses, dans les vêtements, et ne trouvèrent -rien. Nous nous trompons: en fouillant dans les effets de -Marie-Thérèse, ils firent une découverte. «Ils me prirent, dit Madame -Royale dans le récit qu'elle a laissé de la captivité du Temple, ils -me prirent un Sacré-Coeur et une prière pour la France.» La visite ne -se termina qu'à deux heures du matin[58]. - -[Note 58: - - _Extrait du procès-verbal dressé par les commissaires nommés à - l'effet de faire une perquisition exacte chez les prisonniers - détenus à la tour du Temple._ - -«Aujourd'hui 20 avril 1793, à dix heures trois quarts du soir, en -exécution de l'arrêté du conseil général, nous, soussignés, nous -sommes transportés à la tour du Temple, où, à l'heure susdite, sommes -montés à l'appartement tant de Marie-Antoinette, veuve Capet, que de -ses enfants, pour commencer la visite des meubles et la perquisition -sur les personnes comme il suit: - -»D'abord, entrés dans la chambre de ladite veuve Capet, avons fouillé -dans les meubles, où nous n'avons trouvé rien de suspect. Sur une -table de nuit seulement, avons trouvé un petit livre intitulé: -_Journée du chrétien_, où étoit une image coloriée en rouge, -représentant d'un côté un coeur embrasé, traversé d'une épée et -entouré d'étoiles, avec cette légende: «_Cor Mariæ, ora pro nobis_; de -l'autre côté, une couronne d'épines et une croix au-dessus du coeur -avec cette légende: _Cor Jesu, miserere nobis_. Avons trouvé de plus -une feuille imprimée, de quatre pages, intitulée: _Consécration de la -France au sacré Coeur de Jésus_; elle commence par ces mots: «O -Jésus-Christ!» On y remarque les passages suivants: «Tous les coeurs -de ce royaume, depuis le coeur de notre auguste Monarque jusqu'à celui -du plus pauvre de ses sujets, nous les réunissons par les désirs de la -charité pour vous les offrir tous ensemble... Oui, Coeur de Jésus, -nous vous offrons notre patrie tout entière et les coeurs de tous vos -enfants... O Vierge sainte! ils sont maintenant entre vos mains; nous -vous les avons remis en nous consacrant à vous comme à notre -protectrice et à notre mère; aujourd'hui, nous vous en supplions, -offrez-les au coeur de Jésus... Ah! présentés par vous, il les -recevra, il leur pardonnera, il les bénira, il les sanctifiera, il -sauvera la France tout entière, il y fera revivre la sainte religion. -Ainsi soit-il, ainsi soit-il!» - -»Dans les poches de Marie-Antoinette étoit un portefeuille en maroquin -rouge, où nous n'avons reconnu digne de description qu'un des -feuillets en peau anglaise, sur lequel étoit écrit au crayon ce qui -suit: «Brugnier, quai de l'Horloge, nº 65 (et autres noms et demeures -de différentes personnes dont les prisonniers pouvoient avoir -besoin).» Plus, dans les mêmes poches, un nécessaire roulé, et dans -lequel étoit un porte-crayon d'acier non garni de crayon... - -»Avons fait ensuite perquisition dans la chambre qu'occupe -Élisabeth-Marie, soeur de feu Louis Capet, où nous n'avons rien trouvé -de suspect; seulement avons découvert dans une cassette un bâton de -cire rouge à cacheter qui avoit déjà servi, avec de la poudre de buis -dans le même papier... Et environ deux heures après minuit, avons clos -le présent procès-verbal en présence desdites dames, qui ont signé -avec nous. - - »_Ainsi signé_: MARIE-ANTOINETTE, ÉLISABETH-MARIE; - BENOÎT, etc., etc.»] - -Trois jours après, les commissaires de la Commune envoyés au Temple -pour lever les scellés apposés sur l'appartement de Louis XVI firent -de nouvelles perquisitions dans celui des prisonnières. Ces -perquisitions demeurèrent sans résultat; on trouva seulement un -chapeau d'homme enfermé dans une cassette placée sous le lit de Madame -Élisabeth. «D'où vient ce chapeau?--C'est un chapeau qui a appartenu à -mon frère, dit Madame Élisabeth.--Qui vous l'a donné?--Lui-même, quand -nous habitions ensemble la petite tour.--Pourquoi est-il là, et à quoi -peut vous servir le chapeau de votre frère?--Je le garde pour -conserver quelque chose de lui.--Nous, nous allons le conserver dans -la salle du conseil, comme un témoignage de vos relations avec le -dehors du Temple; car Capet n'avait qu'un chapeau, et il l'a laissé -sur les marches de la guillotine.--Je vous assure, messieurs, que ce -chapeau me vient de mon frère; c'est la seule chose que je possède de -tout ce qui lui a appartenu.--Je vous fais observer qu'il n'est guère -d'usage de conserver un chapeau comme un gage de tendresse.--Il m'est -très-précieux, et je vous prie instamment d'obtenir qu'il me soit -rendu.» - -Cependant les commissaires dénoncés par Tison avaient été suspendus de -leurs fonctions. Le conseil de la Commune eut plus que jamais l'oeil -et la main sur le Temple. Toute consolation s'éteignit autour des -prisonnières. Pour surcroît de tourment, le petit Prince tomba malade -dans les premiers jours du mois de mai. Marie-Antoinette demanda qu'on -laissât entrer à la tour M. Brunyer, médecin ordinaire de ses enfants. -Le conseil du Temple en référa au conseil général de la Commune. -Celui-ci, «dans sa séance du 10 mai, arrêta que le médecin ordinaire -des prisons irait soigner le petit Capet, attendu que ce serait -blesser l'égalité que de lui en envoyer un autre.» Du reste, M. -Thierry, médecin des prisons, était environné de l'estime publique. Il -se rendit avec empressement au Temple, et ayant examiné le Dauphin, -rassura tout d'abord la Reine et Madame Élisabeth sur sa situation. A -leur prière, il alla conférer avec M. Brunyer, en qui elles avaient -toute confiance, et pendant plusieurs semaines, revint chaque jour à -la tour. Cette indisposition, quoique n'offrant pas un danger sérieux, -ne laissa pas que de tenir en haleine jour et nuit les sollicitudes de -ces deux coeurs maternels attachés au chevet du jeune malade pendant -tout le temps que dura le traitement. - -La grande lutte des Girondins et des Montagnards, les événements de la -Vendée, les hécatombes de la guillotine qui allaient se multipliant, -les cent événements qui remuaient profondément la ville, n'avaient pu -arracher la Reine et Madame Élisabeth à leurs préoccupations, -lorsque, le 31 mai, elles entendirent un tel bruit au dehors qu'elles -se figurèrent que le quartier brûlait. La générale, le tocsin et le -canon d'alarme ébranlaient la ville: au Luxembourg, à Saint-Lazare, à -l'Abbaye, dans toutes les prisons d'État, les détenus poussaient des -cris pitoyables, s'imaginant entendre à leur porte les massacreurs de -septembre. Madame Élisabeth interroge les municipaux. «Bah! lui -répondit l'un d'eux, c'est la commission des douze qui cause tout ce -tapage.» En effet, la cité révolutionnaire était sens dessus dessous: -une commission de douze députés, chargée de rechercher les complots -ourdis contre la liberté, était publiquement accusée d'exercer contre -les meilleurs patriotes la plus inique inquisition. C'était là le -thème exploité avec ardeur par les séides de Robespierre, qui espérait -qu'une insurrection le pousserait à la dictature. Le décret qui créait -cette commission, rendu le 18 mai, cassé par un décret du 27, rétabli -par un décret du 28, tant étaient rapides le flux et le reflux des -volontés et des événements dans ces temps de crise, avait fait sortir -de dessous terre toute la population anarchique de Paris. Les -barrières furent fermées; un décret d'accusation fut lancé «contre -tous les députés infidèles au mandat qu'ils avaient reçu de leurs -commettants, afin de s'emparer des traîtres et de découvrir les -complots formés pour la perte de la République.» Cette journée, qui -assurait la prééminence aux Montagnards, fut fertile en dénonciations -contre les hommes soupçonnés d'être les agents actifs de la famille -royale ou ses partisans secrets. L'épouvante qu'elle inspirait au -dehors, la Convention la ressentit au dedans. Elle livra ses chefs -pour se faire pardonner par la Montagne de les avoir soutenus. La -chute des Girondins produisit une impression de terreur dans toute la -France. Ils étaient, relativement à leurs antagonistes, la dernière -expression des idées modérées. On comprit que leur chute faisait -arriver les hommes et les théories extrêmes, et on les regretta de -toute la crainte qu'inspiraient leurs héritiers. - -Parmi les membres de la Commune que les dénonciations n'avaient point -épargnés se trouvait Michonis, qui avait eu l'adresse de traverser -sans se compromettre les circonstances les plus difficiles, et -d'écarter par d'habiles apologies des soupçons qui devenaient un arrêt -de mort. De service au Temple, il instruisit les princesses des -événements qui venaient de se passer, et essaya de les rassurer sur -les intentions des Montagnards. «Monsieur Michonis, lui dit Madame -Élisabeth, les hommes de la révolution qui ont rompu avec l'idée de -Dieu ne s'appartiennent pas, et ils ignorent eux-mêmes où Dieu les -mène.» Et comme ce commissaire disait à Marie-Antoinette qu'elle -serait probablement réclamée par l'Empereur: «Que m'importe! répondit -la Reine avec une douleur calme et froide; à Vienne, je serais ce que -je suis ici, ce que j'étais aux Tuileries; mon unique désir est de me -réunir à mon mari lorsque le Ciel jugera que je ne suis plus -nécessaire à mes enfants.» - -Les graves paroles des deux prisonnières avaient fait une profonde -impression sur l'esprit de Michonis. Il crut comprendre qu'il n'y -avait plus de salut pour elles que dans la fuite. Il entra dans un -complot tendant à enlever de leur prison la veuve, la soeur et les -enfants de Louis XVI. Le baron de Batz était le chef de cette -hasardeuse entreprise, dont nous emprunterons le récit à notre -Histoire de Louis XVII. - -«Les recherches dont M. de Batz était l'objet depuis la tentative du -21 janvier n'avaient point éloigné de Paris cet intrépide serviteur -d'une cause que le malheur rendait si belle, et qui exerçait en outre -sur les âmes magnanimes la séduction irrésistible du péril. La lutte -opiniâtre de cet homme contre le pouvoir redoutable qui opprimait la -nation est une des merveilles de ce temps. Partout présent et toujours -invisible, aussi habile à dresser ses embûches qu'à esquiver celles de -l'ennemi, il avait à sa dévotion les agents les plus prudents, et à -ses gages les espions les plus actifs. Sa parole était plus insinuante -encore que sa bourse n'était persuasive; et, avec une admirable -adresse, il avait gagné plusieurs membres de la Commune et de la -Convention, qui, si les circonstances ne leur permirent point de lui -apporter une coopération efficace, lui restèrent du moins fidèles par -un inviolable silence. Conspirateur acharné, ses entreprises manquées, -il les recommençait avec une nouvelle ardeur, et il restait -intrépidement dans cette ville où sa tête était mise à prix. Son nom -entraînait toujours de graves mesures, des perquisitions sévères. -L'insaisissable conjuré avait des asiles impénétrables dans Paris et -dans les environs; mais son gîte le plus habituel et peut-être le plus -sûr était chez Cortey, épicier, rue de la Loi[59], recommandé par sa -réputation de _civisme_ aux suffrages de ses concitoyens, qui -l'avaient nommé capitaine-commandant de la garde nationale de la -section Lepelletier. Cortey était lié aussi avec Chrétien, qui était -juré du tribunal révolutionnaire, et dont l'influence était -toute-puissante dans les comités de cette section. Ce fut grâce à lui -que Cortey fut compris au nombre des chefs de poste auxquels était -confiée la garde du Temple, lorsqu'un détachement de leur bataillon y -faisait partie de la force armée. A couvert sous la bonne renommée -révolutionnaire de son hôte, et caché dans le fond de sa maison, le -baron de Batz lui confia ses projets, ainsi qu'à Michonis, et prit de -concert avec eux toutes les mesures relatives à l'exécution. Après -cette ouverture, la première fois que Cortey fut de garde au Temple, -Batz lui demanda de le comprendre, sous un nom supposé, dans la liste -des hommes que sa compagnie fournissait à ce poste, afin qu'en -s'introduisant ainsi dans la tour, il pût se faire, au préalable, une -idée exacte des localités. L'officier se prêta à son désir: il -l'inscrivit, sous le nom de Forget, au contrôle des hommes de service, -et le fit ainsi pénétrer dans le Temple, où il monta la garde. Il -fallait aussi, pour l'exécution du plan arrêté, attendre que le tour -de garde de Cortey coïncidât avec le tour de service de Michonis. Le -concours des deux autorités était indispensable, et plusieurs jours -s'écoulèrent avant que le capitaine et le commissaire civil fussent -simultanément en fonction. Batz profita de ce temps pour s'assurer, -conjointement avec son hôte, d'une trentaine d'hommes de la section -dont ils avaient l'un et l'autre entrevu les sentiments, apprécié le -caractère ou éprouvé la discrétion. La bonhomie de Cortey séduisit les -uns, la parole flatteuse de Batz entraîna les autres. Michonis, avec -sa prudence habituelle, ne parut point de sa personne dans ce -périlleux embauchage: il se réservait, du reste, un rôle aussi -courageux en se chargeant de tout diriger dans l'intérieur de la tour. - -[Note 59: Rue Richelieu, au coin de la rue des Filles-Saint-Thomas.] - -»Le jour attendu arrive: l'officier et le municipal sont ensemble de -service. Cortey entre au Temple avec son détachement, dans lequel -figure de Batz, sous son nom de guerre. Le chef du poste arrange le -mouvement du service de la manière la plus favorable au succès de -l'entreprise: vingt-huit hommes sur lesquels il peut compter seront, -depuis minuit jusqu'à deux heures, de faction ou de patrouille; le -commissaire civil, de son côté, prend ses mesures pour être lui-même -de garde à la même heure dans l'appartement de la famille royale. Les -hommes de faction dans l'escalier de la tour auront endossé par-dessus -leur habit d'amples redingotes d'uniforme; Michonis leur prendra ce -vêtement surabondant et en revêtira les Princesses, qui, sous ce -déguisement et l'arme au bras, seront incorporées dans une patrouille -au milieu de laquelle on enveloppera l'enfant-Roi. Les sentinelles de -garde dans les cours, initiées au secret, se tairont si la nuit est -peu noire ou les réverbères peu discrets. Cortey commandera en -personne la nombreuse patrouille et lui fera ouvrir la grande porte du -Temple, prérogative qui n'appartient pendant la nuit qu'au commandant -du poste. Une fois dehors, le salut du Prince et de sa famille est -assuré: des voitures sont disposées pour une fuite rapide, rue -Charlot, où la patrouille en passant doit laisser les prisonniers -ainsi que Batz, Michonis, Cortey, et quelques autres qui comme eux ont -brûlé leurs vaisseaux. - -»La journée, qui s'était passée sans aucun symptôme d'orage, semblait -présager une nuit heureuse. Il était onze heures et demie. Michonis -déjà depuis quelque temps était de service dans l'appartement des -prisonniers, et ses collègues se reposaient ou jouaient dans la salle -du Conseil, à l'exception de Simon, qui depuis environ une heure était -sorti de la tour. Tous les hommes qui allaient prendre leur tour de -garde à minuit étaient au poste. Tout à coup Simon arrive, il entre -bruyamment au corps de garde, il ordonne d'un ton brusque de faire -l'appel de tous les hommes présents: «Heureusement que je te vois ici, -dit-il à Cortey, sans ta présence je ne serois pas tranquille.» M. de -Batz voit que tout est découvert; la pensée lui vient de brûler la -cervelle à Simon et de tenter immédiatement l'évasion par la force. -Maîtrisant son premier mouvement, il a vite compris que l'explosion -d'une arme à feu, en causant une alerte générale, fera échouer son -entreprise et aggravera forcément le sort de la famille royale; il a -compris que, n'étant pas encore maître des postes de la tour et de -l'escalier, les hommes mêmes qui l'environnent et sur lesquels il -pouvait compter pour une complicité passive, lui feront peut-être -défaut s'il s'agit d'une coopération active et énergique, et, après -tout, d'une mort presque certaine. Batz est demeuré impassible; -l'appel terminé, Simon est monté à la tour; il exhibe un ordre du -conseil général qui enjoint à Michonis de lui remettre ses fonctions -et de se rendre sur-le-champ à la Commune. Michonis écoute sans -surprise, obéit sans hésitation; il rencontre Cortey dans la première -cour: «Que signifie tout cela? lui dit-il.--Sois tranquille, lui -répond tout bas le capitaine, Forget est parti.» - -»En effet, le chef du poste n'avait pas perdu une minute. Aussitôt que -Simon lui eut tourné le dos pour monter à la tour, il avait, sous le -prétexte d'un bruit entendu dans la rue voisine, lancé au dehors une -patrouille de huit hommes qui n'étaient revenus que sept. Le -sang-froid de Batz, la présence d'esprit de Cortey avaient sauvé la -vie à tous. - -»Simon n'était pas resté inactif; il avait fait une perquisition dans -l'appartement des Princesses, dans les tours et dans toutes les -dépendances de l'enclos; il avait interrogé tous les préposés: ses -recherches étaient restées sans résultat. Rien de suspect ne lui était -apparu dans l'enceinte du Temple; tout y était calme comme de coutume. -Honteux de l'alarme inutile qu'il a causée, Simon fait après coup -doubler tous les postes; il cherche ainsi, par les précautions qu'il -prend, à accréditer l'idée d'un danger auquel il ne croit plus. - -»Or, voici ce qui s'était passé d'après le dire de Simon. Un gendarme -d'ordonnance au Temple avait trouvé le soir, vers neuf heures, gisant -sur le pavé devant la grande porte, un papier sans adresse, portant -sous son pli cacheté ces mots: «Michonis vous trahira cette nuit: -veillez!» Ce papier, ouvert par le gendarme, avait été remis par lui -à Simon, le seul des six[60] commissaires du jour qu'il connût -particulièrement. Simon s'était rendu en toute hâte avec ce billet au -conseil général, qui lui avait intimé l'ordre de relever son collègue -de ses fonctions et de l'inviter à se rendre sans retard à la barre de -la Commune. - -[Note 60: Il est bon de faire remarquer ici que le nombre des -municipaux envoyés au Temple varia plusieurs fois. D'abord on en -envoya quatre, puis huit à l'époque du procès de Louis XVI; six après -le 21 janvier; plus tard huit encore, ensuite quatre, puis trois. Le -nombre variait suivant la gravité des circonstances. - -Il devint quelquefois si difficile de trouver des commissaires pour -aller au Temple qu'il fallait recourir à des mesures de rigueur pour -triompher de la résistance des récalcitrants. L'amende et la -dénonciation du citoyen peu zélé à sa section ne suffirent pas -longtemps. Le conseil général se vit contraint de prendre la décision -suivante, à la date du 12 septembre 1793: - -«Le conseil général arrête que lorsqu'un de ses membres auquel il aura -été écrit pour aller au Temple refusera ce service, deux gendarmes -seront chargés de l'aller chercher pour le conduire au Temple; - -»Arrête en outre que le présent sera mis sur la lettre d'invitation.» - -Cette mesure ne tarda pas à trouver son application: «Mercredi, 18 -septembre 1793, le conseil arrête à l'égard de Forestier la stricte -exécution de son arrêté, qui porte que lorsqu'un membre refusera de se -rendre au Temple, d'après l'invitation qui lui en aura été faite par -écrit, il y sera conduit par deux gendarmes; - -»Arrête en conséquence que deux gendarmes iront chercher Forestier.» - -Conformément à la même décision, deux gendarmes allèrent chercher - - Le municipal Soulès, le 26 septembre 1793; - Le municipal Mourette, le 3 novembre; - Le municipal Gibert, le 21 novembre; - Le municipal Follope, le 13 décembre; - Le municipal Laurent, le 21 janvier 1794, etc.] - -»Docile à cet appel, Michonis eut à subir le plus minutieux -interrogatoire. Il répondit à tout avec adresse, réfuta avec une -bonhomie pleine d'autorité cet écrit anonyme forgé par quelque -adversaire politique pour le compromettre, et représenta d'ailleurs -Simon, ce qui était vrai, comme son ennemi personnel. La physionomie -ouverte et l'apparente candeur du prévenu lui avaient déjà gagné -l'absolution, lorsque le lendemain matin son antagoniste nocturne -ayant rendu compte du résultat si stérile de sa mission, le conseil -général demeura convaincu que si avec son humeur inquiète Simon était -capable de rêver un complot, Michonis avec son franc caractère était -incapable d'en former un.» - -A quoi tiennent les destinées humaines! Sans ce mot anonyme jeté dans -un ruisseau et fortuitement trouvé par un gendarme, il est probable -que la famille royale échappait à ses geôliers, et que la révolution -française n'eût point été flétrie par le meurtre juridique de deux -femmes, et par le meurtre plus lent et plus exécrable encore d'un -enfant de dix ans. - -Méconnu par la Commune, Simon chercha ailleurs un appréciateur de son -zèle. Il instruisit Robespierre de l'avis qu'il avait reçu et des -machinations qui ne cessaient de se produire au Temple. Les -dénonciations de Simon trouvaient toute créance de ce côté. Le -dominateur n'ignorait pas que la conspiration était partout, que le -nom du fils de Louis XVI était l'objet permanent des espérances -royalistes aussi bien que le prétexte des récriminations -révolutionnaires. C'était toujours pour un enfant et contre un enfant -que se tramaient tous les complots plus ou moins obscurs de cette -époque; hier c'était un projet d'évasion médité dans l'ombre, -aujourd'hui une conspiration armée à la tête de laquelle se trouvait -le général Dillon. Les commérages de la rue s'emparaient de ces bruits -plus ou moins fondés. Sans chercher à connaître la vérité, le comité -de salut public arrêta, le 1er juillet 1793: - -«Que le maire de Paris demeurerait chargé de prendre toutes les -mesures convenables pour l'arrestation dudit Arthur Dillon et de ses -complices présumés; - -Qu'il serait de suite procédé à l'apposition des scellés sur leurs -papiers; - -Que le jeune Louis, fils de Capet, serait séparé de sa mère et placé -dans un appartement à part, le mieux défendu de tout le local du -Temple[61].» - -[Note 61: Cet arrêté est signé Cambon fils aîné,--L. B. -Guyton,--Jeanbon Saint-André, G. Couthon,--B. Barère,--Danton. -(Archives de l'Empire, armoire de fer, carton 13.)] - -Un autre arrêté du comité de salut public, daté également du 1er -juillet, portait que le fils de Capet, séparé de sa mère, serait remis -dans les mains d'un instituteur, au choix du conseil général de la -Commune. - -Ces deux mesures, sanctionnées par la Convention, furent mises à -exécution le 3 juillet. - -Dix heures allaient sonner. Le Dauphin, couché depuis plus d'une -heure, dormait profondément. Son lit n'avait pas de rideaux; un châle -tendu par les soins de sa mère mettait seul ses paupières closes à -l'abri de la lumière. La veillée devait se prolonger plus tard que de -coutume: la Reine et Madame Élisabeth s'étaient imposé la tâche de -réparer les vêtements endommagés de la famille. Assise entre elles -deux, Marie-Thérèse était ce soir-là leur lectrice. Après quelques -pages du _Dictionnaire historique_[62], la jeune fille avait ouvert -une _Semaine sainte_, et commençait à y lire des prières tirées des -saintes Écritures. Ce livre, qui appartenait à Madame Élisabeth, avait -été introduit dans la tour au mois de mars, quelques jours avant -Pâques[63]. La Reine et sa soeur, tout en écoutant la lecture, avaient -l'oreille et les yeux tournés vers le lit qui renfermait l'être si -cher à leur coeur, et souvent, pour mieux entendre sa respiration, -elles laissaient tomber l'ouvrage de leurs mains. La veillée allait -ainsi, lorsque des bruits de pas retentirent. Les portes tournent sur -leurs gonds, et six commissaires entrent dans la chambre. Un d'eux, -prenant la parole: «Nous venons vous notifier l'ordre du comité de -salut public, portant que le fils de Capet sera séparé de sa mère et -de sa famille.» La Reine à ces mots se lève, et, pâle, tremblante de -frayeur, elle s'écrie: «M'enlever mon enfant! Non, non, cela n'est pas -possible.» Marie-Thérèse, debout près de sa mère, semblait repousser -avec elle un ordre si dur; Madame Élisabeth, le coeur serré, regardait -muette et immobile, et, les mains étendues sur le livre saint, -paraissait prendre Dieu à témoin de l'impossibilité d'une pareille -cruauté. - -[Note 62: Demandé le 14 juin, cet ouvrage avait été mis le 23 à la -disposition des prisonnières. - - «Du vendredi, 14 juin 1793, l'an II de la République française. - -»Sur la demande des commissaires de service au Temple, le conseil -arrête que Baron, garde de la Bibliothèque, fournira sur récépissé - -»Les livres ci-après: - - »_Dictionnaire historique_, 4 vol. in-8º, rel. - »Les n{os} I, II, III et IV des _Oeuvres de Voltaire_. - - »SILLANS, CAZENAVE, FOUCAUX. - -»Nous, membres du conseil général de la Commune, de service au Temple, -donnons le récépissé de quatre volumes intitulés: _Dictionnaire -historique_, _Oeuvres de Voltaire_, qui ont été transportés à la Tour. - -»Fait au conseil du Temple ce 23 juin 1793, l'an II de la République -française une et indivisible. - - »MENNESSIER, membre du conseil général; - »DANGÉ.»] - -[Note 63: _Fragments historiques sur la captivité de la famille -royale_, par TURGY, publiés par Eckard, à la suite de ses _Mémoires -historiques sur Louis XVII_, troisième édition.] - -Après un moment de silence, la Reine, surmontant le frisson qui -parcourait tout son être et rendait sa voix frémissante, reprit ainsi: -«La Commune, messieurs, ne peut songer à me séparer de mon fils; il -est si jeune, il est si faible, mes soins lui sont si nécessaires!--Le -comité a pris cet arrêté, répliqua le municipal; la Convention a -ratifié la mesure, et nous devons en assurer l'exécution immédiate.» -La malheureuse mère s'écria: «Je ne pourrai jamais me résigner à cette -séparation; au nom du Ciel, n'exigez pas de moi cette épreuve -cruelle.» Et Marie-Thérèse pleurait de sa douleur et de celle de sa -mère. Madame Élisabeth, s'élançant vers le lit du Dauphin, s'écria: -«Au nom de ce que vous aimez le plus au monde, au nom de vos femmes, -au nom de vos enfants, n'enlevez pas à cette mère le fils qu'elle -chérit.» Puis les sanglots étouffaient les plaintes et les -supplications. Rien ne put attendrir les membres de la Commune: «Ces -criailleries ne servent à rien, disaient-ils: on ne vous le tuera pas, -votre enfant, livrez-nous-le de bon gré, ou nous saurons nous en -rendre maîtres.» Mère, tante et soeur étaient devant le lit; elles en -défendaient les abords, mais elles furent vaincues par la force -brutale; violemment agité dans la lutte, le rideau factice se détache, -et tombant sur la tête de l'enfant, le réveille. Celui-ci voit ce qui -se passe, il se jette du lit dans les bras de sa mère, et s'écrie: -«Maman! maman! ne me quittez pas!» Et sa mère le presse sur son sein, -le rassure, le défend, se cramponne au pilier du lit. «Ne nous battons -pas contre des femmes, dit un des municipaux resté muet jusqu'à ce -moment; citoyens, faisons monter la garde.» Et déjà il s'était -approché du guichetier, demeuré debout près de la porte. «Ne faites -pas cela, s'écria Madame Élisabeth; ce que vous exigez par la force, -il faut bien que nous l'acceptions; mais, de grâce, donnez-nous le -temps de respirer. Cet enfant a besoin de sommeil; ailleurs il ne -pourrait dormir. Demain matin il vous sera remis. Laissez-le au moins -passer la nuit dans cette chambre, et obtenez qu'il y soit ramené tous -les soirs.» A ces mots, prononcés avec l'accent le plus émouvant, le -silence succéda. La Reine reprit la parole: «Promettez-moi, dit-elle, -qu'il restera dans l'enceinte de la tour, et que chaque jour il me -sera permis de le voir, ne fût-ce qu'aux heures du repas.--Nous -n'avons pas de comptes à te rendre, et il ne t'appartient pas -d'interroger les intentions de la patrie. Parbleu, parce qu'on -t'enlève ton enfant, te voilà bien malheureuse! Les nôtres vont bien -tous les jours se faire casser la tête par les balles des ennemis que -tu attires sur nos frontières.--Mon fils est trop jeune pour pouvoir -encore servir son pays, dit la Reine avec douceur; mais j'espère -qu'un jour, si Dieu le permet, il sera fier de lui consacrer sa vie.» - -Prières, supplications, larmes, furent stériles, et elles devaient -l'être. Il fallut habiller l'enfant. Combien cette toilette fut -longue, et que de pleurs mouillèrent ces vêtements tournés et -retournés en tous sens, et passés de mains en mains, afin d'éloigner -de quelques secondes le moment de la séparation! Madame Élisabeth -mêlait ses soins à ceux de la Reine, et si le coeur de cette dernière -était brisé, le sien l'était bien cruellement aussi. Les municipaux -perdirent patience, et exigèrent la remise de l'enfant. Enfin, -Marie-Antoinette ayant ramassé au fond de son coeur le peu de force -qui lui restait, prit son fils devant elle, et s'asseyant sur une -chaise, elle rapprocha d'elle cet enfant si cher et posa les mains sur -ses petites épaules; puis calme, immobile, recueillie dans sa douleur, -sans verser une larme, sans pousser un soupir, elle lui dit d'une voix -solennelle: «Mon enfant, nous allons nous quitter. Souvenez-vous de -vos devoirs quand nous ne serons plus près de vous pour vous les -rappeler. N'oubliez jamais le bon Dieu qui vous éprouve, ni votre mère -qui vous aime, ni votre tante ni votre soeur, qui vous ont donné tant -de preuves de tendresse. Soyez sage, patient et honnête, et votre père -vous bénira du haut du Ciel.» Elle dit, baise son fils au front, et le -pousse vers sa tante, qui l'embrasse, ainsi que sa soeur. Le pauvre -enfant revient encore à sa mère, et s'attache à ses genoux de toutes -ses forces; mais la Reine le regardant d'un air doux et ferme: «Mon -fils, il faut obéir, il le faut.--Allons, tu n'as plus, j'espère, de -doctrine à lui faire, dit un commissaire; il faut avouer que tu as -fièrement abusé de notre patience.--Tu pouvois te dispenser de lui -faire la leçon», disait un autre; et entraînant violemment l'enfant, -il sortit avec lui. Le dernier qui quitta la chambre avait gardé le -silence pendant cette pénible scène. Son maintien était convenable. -Croyant sans doute rassurer la sollicitude maternelle, il dit à la -Reine d'un ton qui trahissait une certaine émotion: «Ne vous -tourmentez pas, la nation est généreuse, elle pourvoira à l'éducation -de votre fils[64].» - -[Note 64: Nous donnons ici sans commentaire l'extrait des registres du -conseil du Temple relatif à l'enlèvement du Prince. - -«Le 3 juillet 1793, neuf heures et demie du soir, nous, commissaires -de service, sommes entrés dans l'appartement de la veuve Capet, à -laquelle nous avons notifié l'arrêté du Comité de salut public de la -Convention nationale du 1er du présent, en l'invitant de s'y -conformer. Après différentes instances, la veuve Capet s'est enfin -déterminée à nous remettre son fils, qui a été conduit dans -l'appartement désigné par l'arrêté du conseil de cejourd'hui, et mis -entre les mains du citoyen Simon, qui s'en est chargé. Nous observons -au surplus que la séparation s'est faite avec toute la sensibilité que -l'on devait attendre dans cette circonstance, où les magistrats du -peuple ont eu tous les égards compatibles avec la sévérité de leurs -fonctions. - - »_Signé_: EUDES, GAGNANT, ARNAUD, VÉRON, - CELLIER et DEVÈZE.»] - -A peine la porte fut-elle refermée que la pauvre mère ne fut plus -maîtresse de son chagrin: c'étaient des cris de douleur, des sanglots, -des grincements de dents. L'énergie de son caractère s'était usée dans -la lutte, et maintenant, tout entière au sentiment de son profond -malheur, elle se roulait sur la couche déserte de son enfant en -demandant à Dieu ce qu'elle avait pu faire pour être condamnée à une -telle torture. Madame Élisabeth reprit son rôle de consolatrice: se -plaçant sur une chaise près du lit où était la Reine, elle laissa -passer ces premières explosions du désespoir, et se borna à traduire -par un serrement de main et un regard bien tendre ce que ses propres -larmes l'empêchaient elle-même de dire. Mais dès que la Reine fut un -peu calmée: «Ma soeur, lui dit-elle, j'ai admiré tout à l'heure la -fermeté de votre âme, et j'ai remercié Dieu de ce témoignage de sa -grâce. Et certainement, vis-à-vis de Dieu, qui nous regarde et nous -éprouve, vous n'aurez pas moins de courage que vous n'en avez montré -vis-à-vis de ces hommes. Ne lui demandons pas pourquoi il nous châtie; -il le sait, lui, et cela suffit. Sans chercher à sonder ses desseins, -acceptons la croix qu'il nous envoie et n'hésitons pas à la porter. On -ne devient pas l'héritier de Jésus-Christ sans avoir été le compagnon -de ses souffrances. Remettons-nous volontairement entre ses mains et -supportons tout en pensant à lui.» Ces paroles pleines d'onction -avaient pénétré dans le coeur de Marie-Antoinette, qui n'y répondit -qu'en embrassant tendrement sa soeur. Les nerfs de la pauvre mère -s'étaient un peu détendus, et ses larmes coulèrent plus facilement. -Quelques instants après, elle se leva; elle embrassa sa fille et lui -dit de se coucher. Les larmes recommencèrent en se disant bonsoir. -Puis, comme Madame Élisabeth se mettait à serrer les petits vêtements -de l'enfant, demeurés sur la table, et qui réclamaient encore le -travail de leurs mains, les pleurs éclatèrent de nouveau, et les deux -pauvres mères se jetèrent dans les bras l'une de l'autre. - -Les prisonnières ignorèrent ce que le cher enfant était devenu. Elles -supposaient qu'il n'avait pas quitté le Temple, mais elles ne savaient -ni dans quelles mains il avait été remis, ni comment il était traité. -Cette incertitude où elles étaient de son sort augmentait encore -l'amertume de leurs regrets. Quatre jours s'étaient écoulés, lorsque -la nouvelle se répandit dans Paris que la conspiration d'Arthur -Dillon, malgré l'arrestation de ce général, avait eu un plein succès, -et que Louis XVII, enlevé de la tour, avait été porté en triomphe à -Saint-Cloud. Pour faire tomber ce bruit qui agitait Paris et amenait -une foule de monde aux abords du Temple, une députation du comité de -sûreté générale, dont Drouet et Chabot faisaient partie, y fut -dépêchée, afin de constater officiellement la présence du petit Capet. -Après avoir ordonné de le faire descendre dans le jardin, afin qu'il -puisse être vu de toute la garde montante, les deux députés que nous -avons nommés ont un entretien à huis clos avec Simon et les municipaux -dans la chambre du conseil; puis ils se présentent dans l'appartement -des prisonnières, où, avec l'allure qui leur est propre, ils exercent -une véritable perquisition. «Nous sommes venus voir, dit Drouet, s'il -ne vous manque rien ou si vous n'avez rien de trop.--Il me manque mon -fils, dit la Reine; il est vraiment trop cruel de m'en séparer si -longtemps.--Votre fils ne manque pas de soins: on lui a donné un -précepteur patriote, et vous n'avez pas plus à vous plaindre de la -manière dont on le traite que de celle dont vous êtes ici traitée -vous-même.--Je ne me plains que d'une chose, monsieur, c'est de -l'absence d'un enfant qui ne m'avait jamais quittée. Depuis cinq jours -il m'a été arraché, il ne m'a pas été permis de le voir une seule -fois, et cependant il est encore malade[65]; il a besoin de mes soins. -Il m'est impossible de croire que la Convention ne comprenne pas la -légitimité de mes plaintes.» - -[Note 65: Nous possédons les mémoires des médicaments fournis au Temple -pendant les mois de mai, juin et juillet, pour Marie-Antoinette, ses -enfants et sa soeur, par le citoyen Robert, apothicaire autorisé par la -Commune, et par ordonnance du citoyen docteur Thierry; et nous voyons -que pendant tout le mois de juillet il y eut des remèdes livrés chaque -jour pour le fils de Marie-Antoinette. (Pièces justificatives, nº V).] - -Dans le compte qu'il rendit de cette visite à la Convention nationale, -Drouet s'exprima ainsi: «Nous sommes montés à l'appartement des -femmes, et nous avons trouvé Marie-Antoinette, sa fille et sa soeur, -jouissant d'une parfaite santé. On se plaît encore à répandre chez les -nations étrangères qu'elles sont maltraitées, et, de leur aveu, fait -en présence des commissaires de la Commune, rien ne manque à leur -commodité.»--Et Drouet ne dit pas un mot des plaintes qu'avait élevées -Marie-Antoinette sur la cruelle séquestration de son fils. La Reine et -Madame Élisabeth ne cessaient d'interroger municipaux, gardiens, -geôliers; tous répondaient qu'elles ne devaient pas s'inquiéter de -l'enfant; qu'il était en bonnes mains, et qu'il ne manquait pas de -soins. Ces assurances ne pouvaient les satisfaire. Il fallait qu'elles -vissent leur enfant: elles le demandaient à tous avec des prières -déchirantes; mais que pouvaient répondre les représentants de la -Commune, sinon que le gouvernement avait jugé la mesure nécessaire et -que force était de s'y conformer? Les refus ou le silence que -rencontraient leurs supplications augmentaient chaque jour leur -anxiété. Toutefois elles étaient loin de soupçonner dans quelles mains -le Dauphin était tombé: elles ignoraient qu'on ne le leur avait enlevé -que pour anéantir en lui tout à la fois et la force physique, et la -vie intellectuelle, et la beauté morale. Leurs frayeurs à cet égard -allaient loin, mais elles n'approchaient pas de la vérité. Lasses -d'implorer la justice des municipaux, elles s'adressèrent à la pitié -de Tison. Tison ne fut point sourd à leurs plaintes. Gagné depuis -quelque temps par la résignation et la bonté des prisonnières, il -s'était beaucoup amendé: placé près d'elles comme un espion, -insensiblement il devenait pour elles un complice. Sa femme, -désavouant plus tôt que lui tout son passé, s'était un jour jetée aux -pieds de la Reine, en s'écriant devant les commissaires et sans faire -attention à leur présence: «Madame, je demande pardon à Votre Majesté, -je suis cause de votre mort et de celle de Madame Élisabeth.» Les -princesses s'empressèrent de la relever et tâchèrent de la calmer; -mais la fièvre nerveuse qui l'agitait se prolongea quelques jours. Ce -ne fut plus alors un pardon, ce furent des soins que les princesses -lui apportèrent. Madame Élisabeth particulièrement l'environna -d'attentions et de paroles consolantes. La malade disait un jour à -Meunier: «Je les plains de toute mon âme; c'est une famille généreuse -que les pauvres ne remplaceront pas. Si vous pouviez comme moi les -voir de près, vous diriez qu'il n'y a rien d'aussi grand sur la terre. -Qui les a vues comme vous aux Tuileries n'a rien vu; il faut les avoir -vues comme moi au Temple.» Les remords de cette pauvre femme avaient -troublé sa raison[66]. Elle fut en proie à d'affreuses convulsions; on -lui donna une garde[67]; transportée dans une chambre du palais, il -fallut plusieurs hommes pour la contenir[68]. Au bout de six jours, -elle fut conduite à l'Hôtel-Dieu[69]. Elle ne reparut plus au Temple. -On mit auprès d'elle, dit Marie-Thérèse[70], une femme de la police -pour recueillir tout ce que, dans son délire, elle pourrait laisser -échapper sur la famille royale. - -[Note 66: «Les commissaires du Temple écrivent que la citoyenne Tison -a la tête aliénée, ainsi qu'il est constaté par les certificats des -médecins Thierry et Soupé. - -»Le conseil général, d'après les observations du maire, et le -procureur de la Commune entendu, arrête: - - »1º Que la citoyenne Tison sera traitée dans l'enclos du Temple et - hors de la tour; - - »2º Qu'elle aura une garde particulière; - - »3º Le conseil renvoie à l'administration du Temple pour désigner le - local.» (Conseil général de la Commune, séance du 29 juin 1793.) - -«Le conseil du Temple fait part des mesures qu'il a prises -relativement à la maladie de la citoyenne Tison. - -»Le conseil général en adopte les dispositions.» (Séance du 1er -juillet 1793.)] - -[Note 67: Municipalité de Paris. - -_Extrait du registre des délibérations du conseil du Temple._ - -«Et le même jour, nous nous sommes informés sur-le-champ d'une garde -pour l'installer provisoirement. L'on nous a enseigné la nommée -Jeanne-Charlotte Gourlet, demeurant ordinairement au Temple. Nous -l'avons acceptée, lui avons demandé de prêter le serment de -discrétion, et de ne communiquer avec personne, ce qu'elle a promis et -a fait à l'instant, et nous a déclaré ne savoir signer. - - »Pour copie conforme: - »MERCIER, DUPAUMIER, QUENET, MACÉ, commissaires. - - »Vu et approuvé par le conseil général de la Commune, ce 1er - juillet 1793, l'an II de la République une et indivisible. - - »DORAT-CUBIÈRES.» - - (Archives de l'Empire, carton E, nº 6206.)] - -[Note 68: Récit de Turgy.] - -[Note 69: «On donne lecture d'une lettre des commissaires de service -au Temple, accompagnée d'un certificat de chirurgiens et médecins, qui -attestent que la citoyenne Tison, dont l'esprit est altéré, a besoin -d'être transférée dans une maison particulière destinée pour le -traitement de ce genre de maladie. Le conseil général arrête qu'elle -sera transférée à l'Hôtel-Dieu et soignée aux frais de la Commune.» -(Conseil général de la Commune, séance du 6 juillet 1793.)] - -[Note 70: Récit de la captivité du Temple.] - -La conversion du mari, nous l'avons dit, avait suivi celle de la -femme. Par une conduite toute nouvelle, Tison tâcha de racheter ses -méfaits. Il se tint à l'affût de tout ce qui pourrait intéresser la -Reine, et lui apportait presque chaque jour des nouvelles de son fils; -toutefois le sentiment de respectueuse pitié qui était entré dans son -âme lui enseignant une délicatesse que ses précédents n'auraient pas -fait soupçonner, il avait soin de lui cacher les horribles traitements -que l'enfant subissait, et dont Tison lui-même était indigné. Il parla -de Simon devant les princesses, mais sans le nommer, sans le -dépeindre, sans laisser entrevoir que ce mentor donné au Dauphin -n'était autre que le municipal qui avait toujours affecté devant le -Roi et devant elles le langage le plus injurieux. Mais il se plaisait -à leur raconter que l'enfant allait chaque jour prendre ses ébats au -jardin, et qu'habituellement il y jouait au ballon; que quelquefois on -le conduisait sur la plate-forme de la tour, où il jouissait d'un air -excellent, et qu'enfin il avait toutes les apparences de la santé. -Rassurées sur ce point, les royales confidentes essayaient de se faire -initier à des détails plus intimes de son éducation. Tison s'arrêta -prudemment: craignant de détruire dans le coeur de ces pauvres femmes -le peu de bien qu'y avaient fait les renseignements qu'il venait de -leur donner, il se borna à répondre qu'il lui était impossible de -savoir lui-même ce qui se passait dans l'intérieur de l'appartement. - -La nouvelle de la promenade sur la plate-forme fit naître un espoir -auquel les prisonnières se livrèrent avec bonheur. Un petit escalier -tournant pratiqué dans la garde-robe conduisait aux combles; au faîte -de ce petit escalier, un jour de souffrance était ouvert dans -l'épaisseur de la muraille; de là il était possible d'apercevoir, de -tourelle à tourelle, l'enfant au moment où il arrivait sur la -plate-forme. Rien ne ressemblait plus à une vision, à un éclair, que -cette apparition fugitive, et il fallait des yeux maternels pour -reconnaître ainsi l'enfant. Dans un billet écrit à Turgy, Madame -Élisabeth fait mention de cette circonstance: «Dites à _Fidèle_, ma -soeur a voulu que vous le sachiez, que nous voyons tous les jours le -petit par la fenêtre de l'escalier de la garde-robe; mais que cela ne -vous empêche pas de nous en donner des nouvelles.» - -Cette faible consolation leur laissa entrevoir la possibilité d'un -bonheur plus réel. La plate-forme se trouvait partagée en deux parties -par une clôture en bois, et formait ainsi deux promenades, dont l'une -était assignée au prisonnier du second étage et l'autre aux -prisonnières du troisième. Les planches de séparation étaient -disposées de telle manière qu'on ne pouvait se voir qu'à travers les -fentes, et de loin, mais de plus près cependant que par l'escalier de -la garde-robe, et surtout un peu plus longtemps. Dès lors, mère, tante -et soeur n'eurent qu'une pensée, se trouver sur la tour au moment de -la promenade du petit, comme elles l'appelaient dans leur doux -langage. Mais comment ménager cette coïncidence? «Nous montions sur la -tour bien souvent, dit Madame Royale dans son récit, parce que mon -frère y alloit de son côté, et que le seul plaisir de ma mère étoit de -le voir passer de loin par une petite fente.» Malheureusement il -arrivoit bien rarement que l'heure fixée par les commissaires pour la -promenade des prisonnières se rencontrât avec l'heure arrêtée par -Simon pour la promenade de l'enfant. La rencontre si vivement désirée -et si longtemps attendue dépendait donc d'un hasard heureux ou de la -pitié complaisante des municipaux. «C'est égal, comme le dit -Marie-Thérèse, on montoit toujours; on ne savoit pas si le petit -viendroit, mais il pouvoit venir. Que d'heures occupées à saisir son -passage! Que de fois, l'oreille collée sur la cloison de planches, les -pauvres recluses, attentives, muettes, ont senti leur coeur battre au -moindre mouvement qui se faisoit dans l'escalier! Hélas! ce faible -bruit, avidement recueilli par leur inquiète impatience, étoit presque -toujours trompeur: un commissaire qui montoit ou descendoit à la salle -du conseil, un préposé qui faisoit sa ronde, une sentinelle qu'on -relevoit dans l'escalier, avaient, sans le savoir, agité trois âmes -d'une ardente espérance et d'un immense regret. Puis, l'heure de la -récréation étant passée, il fallait redescendre sous les verrous.» - -La tentative de la veille était reprise le lendemain: infructueuse -encore, elle était reprise les jours suivants. L'espérance, fût-elle -toujours trompée, ne meurt pas au coeur d'une mère. - -La persévérance de la Reine obtint enfin son couronnement; mais le -couronnement d'épines, le seul qu'elle connût depuis plusieurs années. -Le mardi 30 juillet, il lui fut donné d'entrevoir encore son enfant, -mais cette ombre de bonheur si longtemps épiée, si pieusement demandée -au Ciel, le Ciel ne la lui accordait que pour son supplice. Oui, elle -vit son fils... Il ne portait plus le deuil de son père; il avait sur -la tête le bonnet rouge; il avait près de lui ce municipal jacobin qui -s'était signalé devant Louis XVI et devant elle-même par son insolence -et ses outrages. Par une fatalité singulière, Simon, au moment de -monter sur la plate-forme, avait appris l'entrée du duc d'York dans -Valenciennes, et sa colère s'épanchait sur son élève, dont il -harcelait la marche par des jurements et des blasphèmes. L'infortunée -Reine, sans jeter un seul cri, tombe dans les bras de sa soeur, témoin -comme elle de ce spectacle, et toutes deux entraînent Marie-Thérèse, -qui accourait aussi à la cloison, et dont elles épargnent la jeune âme -en se donnant par un regard le mutuel conseil de tout lui cacher. «Il -ne passera pas, disent-elles, il est inutile d'attendre plus -longtemps.» Et l'on se dirige de l'autre côté de la plate-forme. Au -bout de quelques minutes, les larmes gagnent la pauvre mère; elle se -détourne pour les cacher... et pour revenir épier son enfant. Madame -Élisabeth est demeurée près de sa nièce, afin de laisser la mère -maîtresse de ses regards. Peu de temps après, en effet, le jeune -Prince repassa, mais cette fois la tête baissée, et marchant à côté de -Simon qui ne jurait plus. Le silence du maître, l'attitude de -soumission de l'enfant, firent presque autant de mal à la Reine que -les brutalités de Simon. Immobile et muette, elle resta quelques -instants à la même place; Tison vint l'y trouver. Alors, relevant la -tête, qu'elle tenait penchée entre ses mains, elle s'écria: «Vous -m'avez trompée!--Non, Madame, je ne vous ai point trompée; tout ce que -je vous ai dit est vrai; seulement, par ménagement, je ne voulais pas -tout vous dire. Maintenant je vous dirai tout, puisque je n'ai plus -rien à vous cacher.» Madame Élisabeth s'approcha de la Reine avec -Marie-Thérèse, et par un regard elle l'interrogea sur ce qu'elle -venait de voir. Un mouvement de paupière, qui traduisait toute la -douleur enfermée dans son âme, fut la seule réponse de la Reine. - -Ainsi fut nettement connu le déplorable état du Dauphin: Simon ne lui -parlait qu'en jurant, ne lui commandait qu'en le menaçant, et voulait -le contraindre à chanter des couplets obscènes ou des chansons -régicides. L'enfant résistait, et les coups n'avaient encore rien -obtenu de lui. Ces détails restèrent entièrement ignorés de Madame -Royale, et sa tante fit tous ses efforts pour qu'ils n'arrivassent -point dans toute leur horreur à la connaissance de la Reine. Elle dit -à Tison: «De grâce, cachons désormais ces atrocités à ma soeur: -dites-moi tout à moi, Tison, je saurai adoucir les scènes affligeantes -et choisir le moment de les lui transmettre. Faites cette -recommandation, s'il est possible, à tous ceux qui donnent des -nouvelles de mon neveu. J'espère, Tison, que vous trouverez chez eux -cette pitié que je réclame de vous pour cette pauvre mère.» - -Les longs martyres de la veuve et de la soeur de Louis XVI eurent ici -leur phase la plus douloureuse. Leur enfant malade, elles ne pouvaient -le soigner! Malheureux, elles ne pouvaient le consoler! En danger, -elles ne pouvaient le secourir! Son âme innocente faiblissait -peut-être, et elles ne pouvaient la soutenir! Est-il un supplice -comparable à ce supplice? - -Le soir, Madame Royale dit à sa tante: «Mon Dieu! comme ma mère a été -triste aujourd'hui!--Chère enfant, lui répondit Madame Élisabeth, -votre mère est triste, il est vrai, mais non pas de chagrins nouveaux. -Ceux que vous lui connaissez, et que toutes deux nous partageons, -l'ont accablée un peu plus aujourd'hui peut-être que ces jours passés. -Il est des moments où l'émotion des souvenirs domine l'âme la plus -forte. Priez, chère enfant, demandez à Dieu que ces souvenirs soient -moins poignants pour votre mère.»--La jeune fille fit sa prière, et -s'endormit profondément. - -Sa mère et sa tante veillèrent longtemps. Allant et venant, elles -parcouraient cet humble réduit où, pendant de si longs jours, elle -l'avaient vu, malgré les privations, les verrous et les injures, si -vif, si léger, si affectueux et parfois si riant; travaillant, -chantant et priant; elles rappelaient les pensées, les paroles et les -actions de coeur du cher petit, et comment, lorsqu'il les voyait -tristes et souffrantes, il savait trouver, pour les distraire et les -égayer, quelques étincelles de sa gentille humeur d'autrefois. - -Elles remontèrent à la plate-forme le lendemain et le surlendemain. -Elles y restèrent longtemps: rien ne parut. Oh! pourquoi cette -terrible révélation leur avait-elle été faite? Marie-Antoinette ne -revit pas son fils ces jours-là; elle ne devait plus le revoir, et -elle allait emporter du Temple une source nouvelle et intarissable de -larmes, d'inquiétudes et de tourments. - -Le 1er août, la Convention nationale décréta: - -«Marie-Antoinette est envoyée au tribunal extraordinaire; elle sera -transférée sur-le-champ à la Conciergerie. - -»Tous les individus de la famille Capet seront déportés hors du -territoire de la République, à l'exception des deux enfants de Louis -Capet et des individus de la famille qui sont sous le glaive de la -loi. - -»Élisabeth Capet ne pourra être déportée qu'après le jugement de -Marie-Antoinette. - -»Les membres de la famille Capet qui sont hors le glaive de la loi -seront déportés après le jugement, s'ils sont absous. - -»La dépense des deux enfants de Louis Capet sera réduite à ce qui est -nécessaire pour l'entretien et à la nourriture de deux individus. - -»Les tombeaux et mausolées des ci-devant rois, élevés dans l'église de -Saint-Denis, dans les temples et autres lieux, dans toute l'étendue de -la République, seront détruits le 10 août prochain.» - -Le 2 août, à deux heures du matin, on vint éveiller les trois -prisonnières pour lire à la Reine le décret qui ordonnait sa -translation à la Conciergerie. Marie-Thérèse nous a laissé le récit -des derniers instants passés avec sa mère: «Elle entendit, dit-elle, -la lecture de ce décret sans s'émouvoir et sans dire une seule -parole.» Mais Madame Élisabeth et Madame Royale se hâtèrent de -demander à suivre la Reine, ce qui leur fut refusé. Pendant tout le -temps que la Reine fit le paquet de ses vêtements, les municipaux ne -la quittèrent point: elle fut même obligée de s'habiller devant eux. -On lui demanda ses poches, qu'elle donna; ils les fouillèrent et -prirent tout ce qu'elles contenaient, quoiqu'il n'y eût rien -d'important. Ils en firent un paquet pour l'envoyer au tribunal -révolutionnaire, et dirent à la Reine que ce paquet serait ouvert -devant elle au tribunal. Ils ne lui laissèrent qu'un mouchoir et un -flacon. Elle partit après avoir embrassé sa fille, en l'engageant à -conserver tout son courage, et en lui recommandant d'avoir bien soin -de sa tante et de lui obéir comme à une seconde mère. Puis elle se -jeta dans les bras de sa soeur et lui recommanda ses enfants. La jeune -Princesse était tellement saisie et son affliction était si profonde -de se voir séparée de sa mère, qu'elle n'eut pas la force de lui -répondre. Enfin Madame Élisabeth ayant adressé quelques mots à -l'oreille de la Reine, elle partit sans jeter davantage les yeux sur -sa fille, dans la crainte de perdre sa fermeté. Elle fut obligée de -s'arrêter au bas de la tour, parce que les municipaux voulurent faire -un procès-verbal pour la décharge de sa personne. En sortant, elle se -frappa la tête au guichet, faute de penser à se baisser; et comme on -lui demanda si elle ne s'était pas fait de mal: «Oh! non, dit-elle, -rien à présent ne peut plus me faire de mal.»--Elle monta en voiture -avec un municipal et deux gendarmes. - - - - -LIVRE DIXIÈME. - -DEPUIS LE DÉPART DE LA REINE JUSQU'À CELUI DE MADAME -ÉLISABETH.--INTERROGATOIRE DE CETTE PRINCESSE. - -2 AOÛT 1793--9 MAI 1794. - - «Le second malheur est passé, et le troisième viendra bientôt.» - - _Apocalypse_, chap. XI, vers. 14. - - Correspondance secrète établie entre la Conciergerie et le - Temple. -- M. Hue. -- Madame Richard. -- Eau de Ville-d'Avray - adressée à la Conciergerie comme elle l'avait été au Temple. -- - Rosalie Lamorlière. -- Paquet de linges, hardes et vêtements - arrivant du Temple à la Conciergerie. En ouvrant ce paquet et en - remarquant le soin avec lequel il avait été composé, - Marie-Antoinette s'attendrit et reconnaît les attentions de sa - soeur Élisabeth. -- Aiguilles à tricoter demandées par la Reine, - point accordées par les municipaux. -- Blasphèmes et jurements de - Simon. -- Chansons révolutionnaires auxquelles se mêle la petite - voix de Louis XVII. -- Madame Élisabeth conjure les commissaires - de la Commune d'obtenir de Simon un peu plus de modération. -- Le - municipal Barelle. -- La fille Tison. -- Hébert, accompagné de - quatre membres du conseil de la Commune, se présente au Temple le - 21 septembre. -- Arrêtés acerbes. -- Nouvelle perquisition le 24. - -- Privations noblement supportées. -- La garde-robe de Louis XVI - brûlée sur la place de Grève. -- Procès de la Reine. -- Le maire - et le procureur de la commune au Temple. -- Odieuse déposition - arrachée au jeune Prince. -- Le lendemain, ces deux officiers de - la Commune retournent au Temple avec David, membre de la - Convention. -- Nouvel interrogatoire, où sont appelés l'enfant - royal, sa soeur et sa tante. -- Hue arrêté; plus de nouvelles de - la Reine. -- Madame Élisabeth aperçoit Louis XVII. -- Chaumette - se plaint au conseil de la Commune des dépenses excessives que - nécessite le maintien de trois individus dans la tour du Temple. - -- Invention d'un nouveau document pour essayer de compromettre - Madame Élisabeth. -- Dernier écrit de la Reine. -- Tison mis au - secret. -- Mort de Marie-Antoinette. -- Fournées de victimes. -- - Terreur. -- Madame Élisabeth indignement calomniée. -- L'huissier - Monet au Temple. -- Adieux d'Élisabeth et de Marie-Thérèse. -- La - Conciergerie. -- Premier interrogatoire de Madame Élisabeth. - - -Peu de jours après le départ de la Reine, Madame Élisabeth et sa nièce -parvinrent à se procurer de ses nouvelles par l'entremise de M. Hue, -qui fut assez heureux pour établir quelque communication entre la -Conciergerie et la tour du Temple. Cet excellent homme n'avait pas -tardé à rencontrer un auxiliaire dans une femme préposée à la garde -même de Marie-Antoinette, madame Richard, désignée sous le nom de -_Sensible_ dans la correspondance de Madame Élisabeth. Cette femme -obtint des administrateurs de la police que les bouteilles d'eau de -Ville-d'Avray qui étaient chaque jour envoyées au Temple pendant la -captivité de la Reine dans cette demeure lui fussent adressées aussi -chaque jour à la Conciergerie. Bien que cette attention parût -contraire à l'esprit d'égalité dont le peuple avait salué -l'inauguration avec tant d'enthousiasme, cette faveur d'une eau -privilégiée ne fut point refusée à la _veuve Capet_, dont l'estomac ne -pouvait supporter une autre eau. - -Ce ne fut pas tout. Madame Élisabeth n'ignorait pas le dénûment absolu -où sa soeur se trouvait à la Conciergerie. Il ne lui suffisait pas de -consoler l'orphelin, elle essaya d'être utile à la veuve. Une -déclaration de Rosalie Lamorlière, servante à la Conciergerie durant -la captivité de Marie-Antoinette, nous a fait savoir ce qui suit: «Le -2 août, pendant la nuit, quand la Reine arriva du Temple, je -remarquai, dit-elle, qu'on n'avoit amené avec elle aucune espèce de -hardes ni de vêtements. Le lendemain et tous les jours suivants, cette -malheureuse princesse demandait du linge, et madame Richard, craignant -de se compromettre, n'osoit ni lui en prêter ni lui en fournir. Enfin -le municipal Michonis, qui dans le coeur étoit honnête homme, se -transporta au Temple, et, le dixième jour, on apporta du donjon un -paquet que la Reine ouvrit promptement. C'étoient de belles chemises -de batiste, des mouchoirs de poche, des fichus, des bas de soie ou de -filoselle noirs, un déshabillé blanc pour le matin, quelques bonnets -de nuit et plusieurs bouts de rubans de largeur inégale. Madame -s'attendrit en parcourant ce linge, et se retournant vers madame -Richard et moi, elle dit: «A la manière soignée de tout ceci, je -reconnois les attentions et la main de ma pauvre soeur Élisabeth.» - -Au nombre des objets réclamés par la Reine figuraient ses aiguilles à -tricoter et des bas qu'elle avait commencés pour son fils[71]. Ces -choses furent remises avec empressement par Madame Élisabeth; mais les -officiers municipaux prétendirent qu'il était à craindre que la veuve -Capet ne se servît des aiguilles pour attenter à sa vie, et que par -conséquent ils devaient s'abstenir de les joindre à l'envoi. La Reine -fut ainsi trompée dans son espérance de travail; mais elle avait des -nouvelles de sa fille et de sa soeur, et sa fille et sa soeur avaient -de ses nouvelles[72]: ce fut un jour de consolation pour les deux -captivités. - -[Note 71: Municipalité de Paris.--Conseil du Temple. - - «Du dimanche quatre août 1793, l'an II de la - République une et indivisible. - -»CITOYENS COLLÈGUES, - -»Le conseil, faisant droit à votre demande de ce jour, vous envoie la -redingote et la jupe demandées, un jupon de dessous également en -basin, plus deux paires de bas de filoselle, une paire de chaussettes, -et le bas à tricoter renfermé dans une corbeille; le tout inclus dans -une serviette marquée M, coton rouge. - -»Il vous plaira donner un reçu desdits effets à l'ordonnance qui vous -les remettra. - -»Vos collègues, les commissaires composant le conseil du Temple. - - »JONQUOY, FORESTIER, SÉGUY, DAUBANCOURT, FARO.» - -Département de police.--Commune de Paris. - - «Le 5 août 1793, l'an II de la République - française une et indivisible. - -»Nous, administrateurs au département de la police, après en avoir -conféré avec le citoyen Fouquier-Tinville, accusateur public du -tribunal révolutionnaire, invitons nos collègues les membres du -conseil général de la Commune formant le conseil du Temple, à faire -porter chaque jour deux bouteilles d'eau de Ville-d'Avray à la veuve -Capet, détenue à la maison de justice de la Conciergerie, et sur la -provision qui vient tous les jours de cette eau au Temple. - - »BAUDRAIS, MARINO.» - - (Archives de l'Empire, carton E, nº 6206.)] - -[Note 72: Privée de ses aiguilles, la Reine tira les fils d'une -vieille tenture, et à l'aide de deux bouts de plume, elle tricota une -espèce de jarretière, que le sieur Bault, concierge de sa prison, -recueillit avec soin, et qu'il confia à M. Hue pour en faire hommage à -Madame Royale, qui le reçut avec un respect religieux. (_Dernières -années du règne de Louis XVI._)] - -Tison, resté avec sa fille à la tour, communiquait à Madame Élisabeth -les renseignements qu'il pouvait se procurer sur l'état de son neveu. -Les détails que lui transmettait Tison sur la cruauté de Simon lui -semblaient toujours exagérés; cette belle âme avait de la peine à -croire que la férocité humaine pût aller si loin. Mais un jour elle -fut condamnée à perdre ce reste d'illusion: Simon élevait si haut la -voix que ses jurements et ses blasphèmes montaient jusqu'à elle, et ce -qu'il y avait de plus douloureux, c'est que ces jurements et ces -blasphèmes étaient parfois suivis des cris plaintifs d'un enfant. -Madame Élisabeth, qui avait tout caché à sa nièce, ne peut plus -révoquer en doute devant elle la conduite de Simon. La pauvre soeur a -entendu les lamentations du frère, et, chose plus triste encore, elle -a distingué le son de sa voix mêlée à celle du ménage Simon dans les -chansons révolutionnaires. «Nous l'entendions tous les jours, dit-elle -dans le récit de la captivité du Temple, chanter avec Simon _la -Carmagnole_ et autres horreurs pareilles... La Reine heureusement ne -les a pas entendues, elle étoit partie; c'est un supplice dont le Ciel -l'a préservée.» Le coeur de la jeune fille, partagé entre la pensée de -sa mère et celle de son frère, éprouvait d'inexprimables angoisses, -que sa tante essayait en vain de soulager: il y avait des heures où la -sainte mélancolie de la captivité s'emparait de l'une comme de l'autre -et attristait leur front. Plus d'une fois les deux prisonnières se -regardaient comme pour chercher des larmes dans leurs yeux. Les yeux -de Madame Élisabeth, habitués à regarder le ciel, n'avaient pas de -larmes. Cette femme forte soutenait sa jeune compagne non-seulement -par sa parole, mais par son attitude même. La spiritualité d'Élisabeth -était solide et pratique: la prière et la victoire sur soi-même -faisaient la base de sa doctrine. On ne dira jamais assez avec quel -dévouement, avec quelle sollicitude Madame Élisabeth lui prodiguait -les trésors de sa raison et de son coeur. Réclamant pour elle tous les -sacrifices, elle usait de précautions infinies, d'un art angélique -pour écarter des lèvres de ceux qui lui étaient chers le calice dont -elle se réservait toutes les amertumes. Sa raison persuasive savait -adoucir les maux pour les rendre plus supportables, et sa piété, -éclairée par la foi, savait féconder les douleurs et les rendre -méritoires en les offrant au Ciel. C'est à cette école sacrée, sévère -apprentissage d'une vie sévère, que la fille de Louis XVI puisa ces -leçons de foi et d'héroïsme qui ont élevé son âme au-dessus des plus -hautes infortunes. - -Au tourment de savoir le Dauphin dans une telle situation se joignit -bientôt la douleur de ne pouvoir se procurer aucune nouvelle de la -Reine[73]. Toute relation avait cessé avec la Conciergerie. La plus -rigoureuse surveillance aussi bien que la terreur avaient enlevé à -Madame Élisabeth ces rares intermédiaires par lesquels elle était plus -d'une fois parvenue à adoucir la position de la Reine en lui faisant -passer des nouvelles rassurantes sur ses enfants. Elle-même, dès la -nuit où Marie-Antoinette avait été enlevée du Temple, avait cru, dans -la crainte de la compromettre, devoir anéantir des crayons et quelques -petites feuilles de papier qu'elle tenait cachés dans un coin sous le -papier qui tapissait sa chambre. Tout instrument matériel de -correspondance lui faisait donc défaut. Mais que ne peut le génie de -la captivité? La malheureuse Reine parvint à faire réclamer des effets -qu'elle avait laissés à la tour[74] et dont elle avait, disait-elle, -le plus pressant besoin. Par ce moyen, la prison du Temple et le -cachot de la Conciergerie échangèrent encore une fois quelques -paroles. Celles que Madame Élisabeth envoyait à sa belle-soeur -donnaient sur le pauvre petit Prince des renseignements qui n'étaient -pas exacts: il est des situations où la conscience la plus droite se -fait un devoir de taire la vérité. - -[Note 73: On la traitait déjà en condamnée avant même qu'elle fût -jugée; voici le procès-verbal de la visite que lui firent les -administrateurs de police pour s'emparer, au nom de la nation, de ces -objets dont on ne se sépare ordinairement qu'avec la vie. - -Département de police.--Commune de Paris. - -«Du 10 septembre 1793, l'an IIe de la République française une et -indivisible. - -»Nous, administrateurs au département de police, en vertu de -l'injonction du comité de sûreté générale de la Convention nationale, -datée d'hier, nous sommes transportés à la maison de justice de la -Conciergerie, où étant parvenus à la chambre occupée par la veuve -Capet, l'avons sommée, au nom de la loi, de nous remettre ses bagues -et joyaux, ce qu'elle a fait à l'instant, consistant en un anneau d'or -qui s'ouvre, dans lequel elle a déclaré qu'il y avait des cheveux, et -sur lequel il y a différents chiffres; une autre à pierre et à -talisman; une autre à pivot, émaillée, ayant une étoile d'un côté et -un T et un L de l'autre, laquelle elle a déclaré renfermer aussi des -cheveux; une autre en forme de petit collier et destinée pour le petit -doigt; une montre d'or à répétition et à quantième, inventée par -Bréguet, à Paris, nº 46, quai de l'Horloge, marquée R. A., ensuite A. -M., avec une autre aiguille dont nous n'avons connu l'usage, laquelle -est garnie d'une chaîne en acier et à une branche, avec un cachet en -or s'ouvrant, dont une partie représente un A et un M; un autre cachet -en acier portant pour empreinte deux flambeaux et pour légende l'amour -et la fidélité, et différents chiffres sur les côtés simulant un -almanach; un médaillon en or appendu à une petite chaîne, aussi d'or, -servant de collier, ledit médaillon renfermant des cheveux entrelacés; -un bouton à jour qui nous a paru être d'argent. - -»Lecture à elle faite du présent, a dit icelui contenir vérité, -qu'elle y persiste et a signé avec nous et les deux citoyens gendarmes -de service auprès d'elle, et la citoyenne Harel, aussi de service; le -citoyen Leblanc, chef du bureau central; la Bussière, secrétaire du -département de police, et la citoyenne Richard, épouse du citoyen -Richard, concierge de ladite maison de la Conciergerie; et après -ladite lecture, nous nous sommes aperçus qu'il était dit dans le -présent que la montre était à quantième, qu'au contraire elle est à -secondes. - - »_Signé_ à la minute: - »MARIE-ANTOINETTE; DES FRENNES, GILBERT, HEUSSÉE, - administrateurs; LEBLANC, LA BUSSIÈRE, RICHARD - et HAREL.» - -«Et à l'instant, nous, administrateurs et dénommés d'autre part, nous -sommes transportés au domicile du citoyen Richard, concierge, où étant -parvenus, nous avons intimé l'ordre aux citoyens des Frennes et -Gilbert, gendarmes, et à la citoyenne Harel de se retirer à l'instant, -avec tous les effets qui pourraient leur appartenir, de la chambre -occupée par la veuve Capet, où ils ont été de garde jusqu'à présent, à -quoi ils ont obéi à l'instant; et leur avons aussi enjoint de rester -dans ladite maison de justice jusqu'après notre rapport fait à nos -collègues; nous avons aussi enjoint au citoyen Richard, concierge, de -prendre toutes les mesures et précautions envers ladite veuve Capet, -qu'il est d'usage et d'obligation de prendre envers ceux qui sont -détenus au secret; avons pareillement enjoint au commandant du poste -de la gendarmerie, appelé à cet effet, de faire poser à l'instant un -factionnaire à la porte de ladite chambre de la veuve Capet, et en -dehors, lequel aura pour consigne de ne laisser parler, ni -communiquer, ni approcher personne de ladite porte, que le citoyen -concierge et son épouse, et un autre factionnaire dans la cour, près -les fenêtres de ladite chambre occupée par la veuve Capet, lequel aura -pour consigne de ne laisser approcher personne à la distance de dix -pas, et ne laisser parler ni communiquer qui que ce soit, sous tel -prétexte que ce puisse être, laquelle consigne a été donnée à -l'instant, et les factionnaires posés suivant le rapport dudit citoyen -commandant du poste et du brigadier de service à la grande réserve, -laquelle consigne ledit citoyen commandant s'oblige de faire exécuter -de relevée en relevée, et transmettre à celui par qui il sera -remplacé. - -»Lecture à eux faite du présent, ont dit icelui contenir vérité, -qu'ils satisferaient au contenu, et ont signé avec nous. - - »_Signé_ à la minute: - »DE BUSNE, LECOMTE, LEBLANC, HAREL, GILBERT, - DES FRENNES, RICHARD, LA BUSSIÈRE et HEUSSÉE, - administrateurs. - - »Pour copie conforme à l'original: - »N. FROIDURE.»] - -[Note 74: «Citoyens collègues, Marie-Antoinette me charge de lui faire -passer quatre chemises et une paire de souliers non numérotés, dont -elle a un pressant besoin. - -»J'espère que vous voudrez bien les faire remettre au porteur de la -présente. - -»Je suis avec fraternité, - - »MICHONIS. - - »De la Conciergerie, ce 19 août.» - (Archives de l'Empire, carton E, nº 6206.) - - * * * * * - -Commune de Paris. - - «Le 26 septembre 1793, l'an II de la République une et indivisible.» - -«Citoyens, nos collègues, sur la demande qui nous a été faite par la -veuve Capet de différents objets relatifs à des besoins de vêtements, -l'administration de police vous invite à faire des recherches dans -tout ce qui reste d'habillements au Temple à l'usage de la veuve -Capet, afin de savoir si les articles qui lui sont nécessaires et -qu'elle demande sont dans la garde-robe qui est au Temple, et, dans le -cas où ils y seraient, de nous les envoyer de suite, attendu qu'il en -résultera une économie. - -»Nous vous envoyons ci-joint la note des objets. - - »Les administrateurs de police, - »MENNESSIER, CAILLEUX.» - - (Archives de l'Empire, carton E, nº 6206.)] - -Si nous ne l'avons point dit encore, nos lecteurs ont compris sans -doute que Madame Élisabeth n'avait rien négligé pour obtenir de Simon -un peu plus de réserve dans ses paroles et de modération dans ses -gestes. Bien que, dans la prison du Temple, elle fût moins -communicative que la Reine, et que, en général, elle montrât plus de -fierté que sa belle-soeur, parlant beaucoup moins aux mandataires de -la Commune, pas un municipal de maintien convenable ou de physionomie -avenante n'était depuis quelque temps venu au Temple sans qu'elle lui -eût adressé ses plaintes, en le conjurant d'intervenir auprès du -farouche précepteur. Mais les uns ne voulurent pas examiner ce que ces -plaintes avaient de fondé, ne se sentant ni le droit ni le pouvoir -d'improuver la conduite de Simon; les autres, trouvant ces plaintes -injustes ou tout au moins exagérées, les repoussèrent avec dédain; -d'autres enfin, plus fanatiques, répondirent à ces plaintes par -l'éloge de celui-là même contre lequel elles étaient portées. Un seul -fut accessible aux prières de Madame Élisabeth: ce fut Barelle, maçon -de son métier, homme simple et sans éducation, mais d'un coeur -bienveillant; il était père, il porta courageusement quelques -observations au démagogue acariâtre dont il avait lui-même entendu les -jurements pendant qu'il était de service chez les Princesses. Ces -observations, bien que revêtues de formes polies et caressantes, -furent mal reçues. Simon rejeta sur le caractère roide et indocile de -son élève les rigueurs dont il était parfois obligé d'user. «Je sais -ce que je fais et ce que j'ai à faire, ajouta-t-il; à ma place vous -_iriez_ peut-être plus vite.» L'intervention de Barelle n'eut d'autre -effet que de rendre plus dure la captivité du jeune Louis. - -Le 26 août, la fille de Tison, qui allait quitter le Temple, demanda -à voir le petit Capet. Faut-il voir dans sa démarche un désir -personnel de dire adieu au charmant enfant, que, malgré la première -influence de ses parents, elle n'avait jamais pu voir sans émotion, ou -faut-il y trouver une suggestion de Madame Élisabeth, dans l'espoir -d'obtenir quelques renseignements sur son neveu? Quoi qu'il en soit, -cette démarche n'eut d'autre résultat que de faire passer à l'examen -le plus minutieux la personne de la jeune fille, ainsi que le paquet -qu'elle portait à sa mère à l'Hôtel-Dieu[75]. - -[Note 75: Municipalité de Paris. - -»Nous recommandons aux citoyens commandants de la force armée de -laisser sortir la fille du citoyen Tison avec un paquet dans une -serviette, contenant des vieux souliers et un vieux paquet de gaze, -lesquels nous avons vérifiés au Temple, ce 26 août 1793. - - »N. GUÉRIN, ARNAUD, LUBIN, PAQUOTE, commissaires.»] - -Le 21 septembre, Hébert, substitut du procureur de la Commune, -accompagné de Jonquoy, Lelièvre, Camus et Grenard, officiers -municipaux, se présente à la tour. Marie-Thérèse, assise près de sa -tante, tenait en main un almanach républicain qu'elle s'empressa de -refermer. «Si vos saints ne s'y trouvent pas, lui dit Hébert, vous y -trouverez nos fêtes nationales. Nous aurons demain une cérémonie -civique en l'honneur de l'anniversaire de la République. Le peuple -sera notre Dieu: il ne doit point y en avoir d'autre; mais ce n'est -pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui.» - -Il leur déclare alors qu'il est porteur d'un arrêté de la Commune qui -ordonne de resserrer plus étroitement encore les deux prisonnières, et -de leur retirer la personne qui les sert. «Dans toutes les maisons de -détention, leur dit-il, les détenus n'ont personne pour les servir; -l'exception faite pour vous offense la justice et la moralité -publiques, l'égalité devant régner dans les prisons comme partout -ailleurs. A l'avenir, Hanriot et le porteur d'eau auront seuls le -droit d'entrer ici[76].» - -[Note 76: Voici le compte rendu de ce qui s'était passé dans la -journée au conseil général de la Commune. - -«Le substitut du procureur de la Commune demande, comme mesure de -sûreté et conforme à l'égalité, que demain toute la cuisine du Temple -soit supprimée et tous les domestiques et valets renvoyés, et que les -prisonniers qui y sont renfermés ne soient pas traités différemment -que tous les détenus dans les autres maisons d'arrêt, et que, dès ce -soir, il sera nommé une commission pour aller faire exécuter cet -arrêté au Temple. Son réquisitoire est adopté à l'unanimité. - -»Les membres nommés pour cette commission sont: Grenard, Lelièvre, -Camus et Jonquoy. - -»Les mêmes mesures sont prises relativement à la veuve Capet; le -conseil arrête que la nourriture de ladite Capet sera réduite au -simple nécessaire; que, par respect pour l'égalité, elle sera traitée -comme tous les autres prisonniers indistinctement, et qu'elle n'aura -d'autres domestiques que ceux qui servent les prisons, et que cet -arrêté sera aussi signifié au concierge de la Conciergerie.» (Archives -de l'hôtel de ville.)] - -Le substitut du procureur est obéi. Tison, disgracié, est refoulé dans -la tourelle qui lui servira de prison. A l'avenir, les deux recluses -feront leur lit et balayeront leur chambre; leur porte ne s'ouvrira -plus que pour laisser arriver leurs aliments; elles ne doivent plus -voir un visage humain ni entendre une voix humaine. Le sombre visiteur -qu'elles viennent de recevoir provoque des mesures qui rendront plus -dur encore le régime de leur prison. Les deux arrêtés suivants sont -pris le lendemain par la Commission du Temple: - - _Du 22 septembre 1793, l'an II de la République une et indivisible._ - -_Le conseil, considérant que la plus grande économie doit régner et -être observée, arrête ce qui suit_: - - 1º _Qu'à compter de ce jour, l'usage de la pâtisserie et de la - volaille, pour toute table, sera supprimé_; - - 2º _Que les détenues n'auront à leur déjeuner qu'une sorte - d'aliment_; - - 3º _Qu'à leur dîner, il ne leur sera donné qu'un potage, un - bouilli et un plat quelconque. Il leur sera délivré en outre une - demi-bouteille de vin ordinaire, par jour, pour chacune d'elles;_ - - 4º _Au souper, elles auront deux plats._ - -Le second arrêté porte: - - 1º _Qu'à compter de ce jour, il ne sera plus fourni de bougie - dans l'intérieur de la tour; que les prisonniers ne seront plus - éclairés qu'avec de la chandelle; qu'il ne sera brûlé de bougie - qu'au bureau du conseil;_ - - 2º _Que l'argenterie, la porcelaine sera interdite, et que l'on - ne servira plus que des couverts d'étain et de la faïence - commune._ - - Les commissaires de service au Temple, - - VIALLARD, ROBIN, TONNELIER, VÉRON. - - * * * * * - -Une perquisition plus rigoureuse que les précédentes était faite, le -24 septembre, chez Madame Élisabeth[77]. L'inauguration du nouveau -régime prescrit par les arrêtés que nous venons de transcrire avait -été faite avec un zèle irréprochable. Non-seulement toute délicatesse -était supprimée dans la nourriture, mais des draps d'écurie en toile -jaune étaient substitués aux draps blancs, la faïence à la porcelaine, -l'étain à l'argenterie, la chandelle à la bougie. Madame Élisabeth -supportait les privations aussi bien que les outrages avec un calme -impassible et religieux qui étonnait ses gardiens. Elle ne redoutait -la persécution que pour sa nièce, objet de ses soins et de sa -tendresse. Elle acceptait avec une sorte de joie le changement apporté -à ses aliments. Les jours d'abstinence, elle conserva tant qu'elle le -put l'habitude du maigre, ne mangeant que du pain lorsque la -nourriture qu'on lui présentait n'était pas conforme aux prescriptions -de l'Église. On cessa de lui fournir de l'eau de Ville-d'Avray, à -laquelle elle était accoutumée depuis son jeune âge. Ce fut pour elle -une privation réelle; mais sa piété reçut comme une mortification le -refus qu'on lui en fit. - -[Note 77: «Un des commissaires nommés par le conseil général pour -faire perquisition chez les prisonniers du Temple et en retirer tous -les objets de luxe, rend compte de sa mission. - -»Il dit que les commissaires ont retiré et fait mettre sous les -scellés les porcelaines qu'ils ont trouvées. - -»Il a ajouté qu'ils ont trouvé dans une commode appartenant à -Élisabeth deux rouleaux chacun de quarante pièces d'or de la valeur de -vingt-quatre livres, que ladite Élisabeth a déclaré lui avoir été -donnés en dépôt par la veuve Lamballe à l'époque du 10 août 1792, et -que ces mêmes pièces avaient été confiées à la veuve Lamballe par une -autre personne. - -»Le conseil arrête le dépôt au trésor national des pièces d'or -ci-dessus mentionnées, ainsi que des mille écus trouvés lors de la -mort de Capet, ainsi que des différentes décorations qu'il portait de -son vivant; et a nommé pour commissaires à cet effet les commissaires -déjà nommés. - -»Sur le réquisitoire du procureur de la Commune, le conseil général -arrête que le lit, les habits et tout ce qui servait au logement et au -vêtement de Capet sera, dimanche prochain, brûlé en place de Grève; -les commissaires nommés à cet effet sont Grenard, Lelièvre, etc. - - »LUBIN, vice-président. - »DORAT-CUBIÈRES.» - -(Séance du mardi 24 septembre 1793.)»] - -Au premier repas qui suivit l'arrêté dont nous avons le texte plus -haut, Madame Élisabeth dit à sa jeune compagne: «C'est le pain du -pauvre: nous sommes pauvres aussi. Combien d'infortunés en ont moins -encore!» - -Madame Élisabeth ignorait que cette recrudescence de colère ne -s'arrêtait pas aux vivants: elle s'attaquait à celui qui n'était plus. -La Commune faisait brûler sur un bûcher, en place de Grève, la -garde-robe de Louis XVI, placée jusque-là sous les scellés[78]. - -[Note 78: - -_Conseil général de la Commune de Paris._ - - (Séance du lundi 30 septembre 1793.) - -«Le secrétaire greffier rend compte du brûlement de la garde-robe de -Capet, qui a eu lieu hier dimanche, 29 du présent. - -»Le dimanche 29 septembre 1793, l'an II de la République française, le -citoyen Camus, commissaire nommé à cet effet par le conseil général, -ayant fait transporter au dépôt du secrétariat de la maison commune la -garde-robe de feu Capet, j'ai trouvé qu'elle était enveloppée dans une -toile cousue et cachetée en six endroits; après avoir reconnu les -cachets sains et entiers, j'ai fait l'ouverture du paquet, et j'ai -trouvé les effets suivants, savoir: - -»Un chapeau, une boîte d'écaille cassée, un petit paquet de lisières -et de rubans blancs, six habits, tant de drap que de soie et de petit -velours; une redingote de drap, huit vestes, tant de drap, petit -velours, soie que de lin; dix culottes idem, deux robes de chambre -blanches, une camisole de satin ouatée, cinq pantalons, dix-neuf -vestes blanches. - -»Lesquels effets j'ai fait transporter sur la place de Grève par les -garçons de bureau, après les avoir préalablement fait vérifier par les -citoyens Pierre-Jacques Legrand et Étienne-Antoine Souard, -commissaires, qui se sont transportés avec moi en ladite place, où -j'ai trouvé un bûcher préparé, sur lequel tous les effets ont été -rangés, et les commissaires y ayant mis le feu, ils ont été réduits en -cendres, au désir de l'arrêté du conseil général. - - »_Signé_ à la minute: - »LEGRAND, SOUARD, membres de la Commune; - »COULOMBEAU, secrétaire greffier.»] - -Madame Élisabeth avait eu, dès ses premiers ans, de petites -incommodités qui n'affectaient point le fond de son tempérament. Les -chagrins les ayant rendues moins supportables, elle se fit mettre un -cautère au bras. Longtemps on lui refusa de l'onguent pour le panser. -Moins inhumain que les autres, un municipal lui en fit donner un jour; -mais elle ne put jamais obtenir pour sa nièce le jus d'herbes dont -cette Princesse faisait usage[79]. - -[Note 79: _Vie de Madame Élisabeth de France_. Paris, Vauquelin, 1814, -in-24 de 105 pages.] - -La Convention était pressée de voir s'instruire le procès de -Marie-Antoinette; elle sentait derrière elle les impatiences de la -Commune, bien autrement implacables que les siennes. Le 3 octobre, sur -la proposition d'un de ses membres, «elle décréta que le tribunal -révolutionnaire s'occuperoit sans délai et sans interruption du -jugement de la veuve Capet.» Fouquier, dont la conscience n'était -cependant pas, comme on sait, très-scrupuleuse, répondit au président -de la Convention qu'il lui était impossible de s'occuper de ce -procès, n'en ayant point les pièces élémentaires[80]. Hébert, de -concert avec Simon et le citoyen Daujon, officier municipal, avait -conçu le projet de fournir à ce procès une pièce devant laquelle -devaient pâlir toutes celles du dossier accusateur. Dans la matinée du -13 vendémiaire an II (4 octobre 1793), Chaumette est prévenu par Simon -que le petit Capet se trouve disposé à répondre à toutes les questions -qu'on aurait à lui faire dans l'intérêt de la justice. Le maire et le -procureur de la Commune annoncent qu'ils se rendront au Temple le -surlendemain, et le conseil général désigne deux de ses membres pour -les accompagner[81]. - -[Note 80: - - «_Paris, ce 5 octobre 1793, l'an IIe de la République une - et indivisible._ - -»CITOYEN PRÉSIDENT, - -»_J'ai l'honneur d'informer la Convention que le décret par elle rendu -le 3 de ce mois, portant que le tribunal révolutionnaire s'occupera -sans délai et sans interruption du jugement de la veuve Capet, m'a été -transmis hier soir. Mais jusqu'à ce jour, il ne m'a été transmis -aucunes pièces relatives à MARIE-ANTOINETTE; de sorte que, quelque -désir que le tribunal ait d'exécuter les décrets de la Convention, il -se trouve dans l'impossibilité d'exécuter ce décret tant qu'il n'aura -pas ces pièces._] - -[Note 81: Le conseil général nomme Laurent et Friry, qui s'adjoindront -au citoyen maire, au procureur de la Commune et aux commissaires déjà -nommés pour aller au Temple. (Séance du 4 octobre 1793.)] - -En effet, le 15 vendémiaire (6 octobre), Pache et Chaumette et les -deux municipaux arrivent à la tour. Leur entrée dans la chambre de -Simon impose à l'enfant, dont l'ivresse, préparée avant l'heure, -commençait à se dissiper. Heussée, administrateur de police, donne -lecture d'un interrogatoire écrit d'avance, et, si l'on en croit une -tradition contemporaine, rédigé par Daujon. Dans ce _factum_, produit -d'une imagination perverse, le petit Prince répond comme on voulait -qu'il répondît, et à cette heure on vient lui demander de signer comme -on voulait qu'il signât. Encouragé, poursuivi, harcelé, fatigué par -ses visiteurs, il signe. Cette signature toute tremblée avec laquelle -on espérait accuser la Reine n'accuse que ceux qui ont conduit, nous -voulons dire qui ont égaré la main de l'enfant. L'acte, signé aussi de -Pache, Chaumette et Hébert; de Friry et Laurent, commissaires du -conseil général; de Séguy, commissaire de service au Temple; de -Heussée, administrateur de police, et de Simon, est emporté comme un -trésor au comité de sûreté générale. - -Cependant les ennemis de la Reine se demandent si le poison de la -calomnie placé sur les lèvres du fils suffit pour tuer l'honneur de la -mère, et s'il ne convient pas d'appuyer de témoignages sérieux la -déposition d'un enfant auquel il est facile de faire dire ce qu'on -veut. Dès le lendemain 16 vendémiaire (7 octobre), Pache et Chaumette -retournent au Temple; David, ami de Chaumette et membre du comité de -sûreté générale, demande à les accompagner; il en est de même de -Daujon, qui, selon la tradition dont j'ai parlé, venait de recevoir au -sein du comité quelques félicitations au sujet de la pièce dont il -était le rédacteur. Peut-être espèrent-ils, à l'aide de leurs -questions captieuses, surprendre à la fille et à la soeur de Louis XVI -quelques mots qui, interprétés avec adresse, pourront appuyer -l'échafaudage des calomnies entassées contre la Reine. Pache, -Chaumette et David, introduits dans la tour, s'installent dans la -salle du conseil et donnent l'ordre d'y faire descendre la fille de -Capet. Frappées de stupeur et d'effroi, les deux prisonnières -demandent instamment qu'on ne les sépare point. La jeune orpheline, -forcée d'obéir, descend. Pour la première fois depuis qu'elle est -enfermée dans le Temple, Madame Élisabeth se trouve seule. Le tendre -et dernier objet de ses affections lui est-il enlevé sans retour? -Jusqu'à présent ceux qui sont descendus ne sont pas remontés. Le père -a rencontré en bas le bourreau, et, ce qui est plus effrayant encore, -le fils y a trouvé Simon. L'esprit de Madame Élisabeth est livré aux -conjectures les plus cruelles; mais elle est loin de deviner ce qui -ne s'est vu dans les annales d'aucune nation; et, certes, elle -taxerait de mensonge l'écho de la tour, s'il lui apportait en ce -moment ce qui se dit dans la salle du Conseil. Elle-même pourra-t-elle -le croire quand elle sera condamnée à l'entendre? - -Marie-Thérèse, arrivée au bas de l'escalier, avait rencontré son -frère, et elle le pressait dans ses bras. Simon le lui arracha. -L'enfant sortait de la salle où David avait demandé à revoir le fils -du tyran et à l'entendre déclarer qu'il reconnaissait comme exact et -vrai ce qu'il avait dit et signé la veille. L'enfant déconcerté avait -fait un signe affirmatif, et, sur l'injonction de son maître, avait -répondu: «Oui.» - -Sa soeur est introduite. Le maire de Paris, le premier, l'interroge -sur les intelligences de ses parents avec les princes étrangers, -intelligences qu'elle doit avoir connues. Les réponses de -Marie-Thérèse sont si nettes et si fermes que les commissaires ne -jugent pas à propos de pousser plus loin cette banale imputation. -Chaumette aborde alors les questions qui étaient l'objet sérieux de -l'interrogatoire. La jeune fille écoute d'abord sans rien comprendre, -puis tout à coup la rougeur lui monte au visage, et les paroles de -Chaumette, devenues plus explicites et plus claires, soulèvent de -mépris et d'horreur tout ce qu'il y avait de sang chrétien et de sang -filial dans cette angélique enfant. «Chaumette, dit-elle dans sa -relation, m'interrogea sur mille vilaines choses dont on accusoit ma -mère et ma tante. Je fus atterrée par une telle horreur, et si -indignée que, malgré toute la peur que j'éprouvois, je ne pus -m'empêcher de dire que c'étoit une infamie; malgré mes larmes, ils -insistèrent beaucoup. Il y a des choses que je n'ai pas comprises, -mais ce que je comprenois étoit si horrible que je pleurois -d'indignation.» - -Les cyniques accusateurs ne s'arrêtèrent pas devant le cri de la -nature insultée. Ils rappelèrent le jeune Louis rampant sous la -domination de son maître; ils établirent entre ces deux témoins la -confrontation la plus pénible, la contradiction la plus cruelle, et -firent ainsi, pendant trois heures, en présence d'un frère de huit -ans, subir à l'innocence d'une jeune fille aussi pure que le lis qui -sert d'emblème à sa royale maison, l'ignominieux supplice d'un -interrogatoire que la vertu ne saurait comprendre, et dont -l'indignation ne suffit pas pour faire justice. Le procès-verbal de -cet interrogatoire porte encore la signature de Louis-Charles Capet, -tracée d'une main vacillante; elle est précédée de celle de -Marie-Thérèse et suivie de celle de leurs interrogateurs. - -Madame Royale demanda alors à être réunie à sa mère. «Cela est -impossible, lui répondit Chaumette; retirez-vous, et ne dites rien à -votre tante, que nous allons faire descendre.» - -Marie-Thérèse se jetait à peine dans les bras de Madame Élisabeth que -celle-ci lui est enlevée, sans savoir ce qui s'est passé, sans savoir -ce qu'elle doit espérer ou craindre. Descendue à la salle du Conseil, -Pache et Chaumette l'interrogent. Comme elle répondait à leurs -questions avec une sorte de dignité fière, Chaumette s'en offensa au -point de lui dire: «Baissez un peu le ton; vous êtes devant vos -magistrats: laissez là vos arrogances de cour.» Madame Élisabeth ne -répond rien; mais connaissant quelque peu David pour l'avoir vu dans -plus d'une occasion à Versailles, où son titre de premier peintre du -Roi lui donnait ses entrées, et lui voyant sa tabatière à la main: -«Monsieur David, lui dit-elle de ce ton de douceur et de bonté qui lui -était familier, voudriez-vous me donner une prise de tabac? Je suis -bien enrhumée du cerveau.» Et en même temps elle faisait un geste -comme pour la prendre. «Apprenez, lui répond David, que vous n'êtes -pas faite pour mettre vos doigts dans ma tabatière.» Puis il versa un -peu de tabac dans le creux que forme le pouce, et l'offrit à Madame -Élisabeth, qui lui tourna le dos. Après ce lâche outrage fait, je ne -dirai pas à une princesse, mais à une femme, à une femme prisonnière -et malheureuse, l'interrogatoire reprit son cours. Il n'avait d'abord -touché qu'aux choses de la politique, et maintenant il déroule sous -les yeux de Madame Élisabeth ce long tissu d'infamies dont on a chargé -la Reine et elle-même. Ses perfides questionneurs voient bientôt -qu'ils attendraient en vain de ce ferme esprit une phrase ambiguë dont -il leur deviendrait possible d'abuser. Toutefois, avant de mettre fin -à leur poursuite, ils confrontent l'enfant avec Madame Élisabeth, afin -de faire rougir devant lui la vertu de sa tante, comme ils avaient -fait rougir l'innocence de sa soeur. Cet interrogatoire est signé de -Madame Élisabeth, de Louis-Charles, de David, de Pache, de Chaumette, -de Daujon, de Séguy, de Laurent et de Heussée, administrateur de -police. Nous donnons ici le _fac-simile_ de ces signatures. - -L'odieuse épreuve est terminée. Remontée dans sa chambre: «Oh! mon -enfant!» s'écrie Madame Élisabeth en tendant les bras à sa nièce. Le -silence seul peut exprimer le bouleversement et la confusion qu'elles -éprouvent également. Leurs larmes coulent; pour la première fois leurs -regards s'évitent. Un instant elles demeurent étroitement embrassées, -puis elles se mettent à genoux, offrant leur humiliation et leur -douleur au Dieu des humbles et des affligés. - -Leurs réponses nettes et exemptes de toute équivoque avaient -déconcerté les combinaisons des pervers, réduits à s'en tenir au -procès-verbal attribué à Daujon et adopté par Hébert. La visite des -commissaires au Temple ne fut pas toutefois sans résultat: les images -dont on avait souillé l'imagination des pauvres prisonnières -laissaient un grand trouble dans leur âme; puis la captivité devint -plus morne et plus dure. Turgy, qui, employé au service intérieur de -la tour, était le seul qui ne leur fût pas indifférent ou hostile, fut -expulsé avec un certain nombre de personnes jugées inutiles ou -devenues suspectes[82]. Voici le dernier billet que Madame Élisabeth -lui écrivit: - -[Note 82: Déjà, depuis un mois, la Commune avait pris un arrêté qui -expulsait du Temple Turgy, Chrétien, Marchand, et en général toutes -les personnes suspectées d'incivisme. - -«Lecture faite d'un arrêté du conseil du Temple, qui demande le -remplacement de plusieurs individus occupés maintenant dans cette -maison, et qui ont appartenu autrefois au ci-devant comte d'Artois; - -»Le conseil général en confirme les dispositions; arrête en -conséquence que les citoyens Piquet et sa famille, portiers; -Rockentroh et sa famille, lingers; Baron, portier; Gourlet et sa -femme, guichetiers; Quenel, commissionnaire; Chrétien, Marchand et -Turgy, garçons servants; la citoyenne Leclerc, femme d'un gendarme -ci-devant piqueur du comte d'Artois; la femme et les enfants de -Salmon, ci-devant son valet de pied, et la famille Ango, au nombre de -quatre personnes, ci-devant garçon d'argenterie, seront expulsés.»] - - «Le 11 octobre 1793, à deux heures un quart. - -»Je suis bien affligée. Ménagez-vous pour le temps où nous serons plus -heureux et où nous pourrons vous récompenser. Emportez la consolation -d'avoir servi de bons et malheureux maîtres. - -»Recommandez à Fidèle (Toulan) de ne pas trop se hasarder pour nos -signaux (par le cor). Si le hasard vous fait voir madame Mallemain, -dites-lui de nos nouvelles, et que je pense à elle. - -»Adieu, honnête homme et fidèle sujet: que le Dieu auquel vous êtes -fidèle vous soutienne et vous console dans ce que vous avez à -souffrir!» - -Le 13 octobre, M. Hue fut arrêté. De ce moment, Madame Élisabeth ne -put rien apprendre de ce qui se passait. Toute intelligence cessa pour -elle au dehors comme au dedans. Elle n'eut plus de nouvelles de la -Reine. Nous n'avons point à regretter pour elle cette privation. -Marie-Antoinette, dont le procès commençait le 14, montait le 16 sur -l'échafaud. L'ignorance de toute chose où vit Madame Élisabeth peut -accroître ses inquiétudes, mais elle lui épargne une plus grande -douleur. Il est à remarquer que les municipaux de service, les -gardiens, tous les employés, et Simon lui-même, gardèrent en cette -circonstance une charitable discrétion. - -Quelques jours après, vers le soir, Madame Élisabeth entendit un bruit -de querelle dans l'appartement de Simon. Elle craignit naturellement -que cette rude voix, qui lui était bien connue, ne s'adressât à la -victime accoutumée. Cette pensée l'occupa la nuit et le lendemain et -le surlendemain; n'entendant plus rien et privée de toute nouvelle, -elle monta au comble de la tourelle par l'escalier de la garde-robe, -et s'établit en observation à la petite fenêtre que nous avons -indiquée. Le second jour, elle fut payée de ses peines: le maître et -l'élève se montrèrent sur la plate-forme; ils s'arrêtèrent même un -instant, de manière à être vus de la patiente spectatrice, si bien -qu'elle ne put savoir si elle n'avait point été aperçue elle-même ou -si elle devait n'attribuer qu'au hasard le regard qu'à leur passage -l'un et l'autre avaient dirigé de son côté. - -Madame Élisabeth et Marie-Thérèse, qui avaient été confrontées avec -l'enfant dans la scène du 7 octobre, avaient pu se convaincre par leurs -yeux qu'il était extrêmement changé; mais l'altération de ses traits -n'était rien auprès de la révolution qui s'était opérée dans ses idées -et son langage, et c'était ce changement moral qui sans doute avait le -plus péniblement affecté sa tante. Jamais, on doit le croire, elle ne -sentit plus vivement la profonde infortune de sa famille. Cependant, -courbée sous la main de Dieu, qui semblait chaque jour s'appesantir -davantage, elle s'abandonnait avec résignation à sa volonté, et le -remerciait des consolations qu'il daignait encore lui permettre; car -cette prison du Temple, où elle pouvait pleurer tranquillement avec sa -nièce, pouvait d'un jour à l'autre lui être enlevée!--Chaumette, en -effet, avait plus d'une fois représenté cette maison d'arrêt comme un -asile spécial, exceptionnel, aristocratique, contraire au principe -d'égalité proclamé par la République. Dans le courant du mois de -novembre, il reprit cette question au point de vue de l'économie, et -«fit sentir au conseil général de la Commune le ridicule de conserver -dans la tour du Temple trois individus qui nécessitaient une surcharge -de service et des dépenses excessives[83].» Faisant droit au -réquisitoire de son procureur, la Commune arrêta qu'elle se porterait en -masse à la Convention pour demander la translation des prisonniers du -Temple dans les prisons ordinaires, et leur assujettissement au -traitement uniforme de tous les détenus. Plus circonspect que le conseil -général, le Comité de salut public reçut avec réserve la proposition de -cette mesure: il manda Chaumette, écouta ses raisons, les discuta, et -finit par maintenir dans ses priviléges cette dure prison que la Commune -révolutionnaire chicanait aux enfants des rois émancipateurs des -communes. - -[Note 83: Le procureur de la Commune se récrie sur les dépenses -énormes que nécessite la garde des individus détenus dans la Tour. Il -requiert, et le conseil arrête que, le décadi prochain, il se -transportera en masse à la Convention pour lui demander que les -prisonniers du Temple soient renvoyés dans les prisons ordinaires et -traités comme les détenus ordinaires, et que ces individus soient -jugés dans le plus court délai. (Conseil général de la Commune; séance -du 26 brumaire an II, 16 novembre 1793.) - -Cette résolution fut renouvelée cinq jours après: - -«Le conseil général arrête que, le quintidi prochain, il se -transportera en masse à la Convention pour lui demander à être -déchargé de la garde du Temple, et que les prisonniers qui y sont -détenus soient transférés dans les prisons ordinaires, et charge -Legrand de faire une pétition à cet égard.» (Séance de la Commune du -1er frimaire an II, 21 novembre 1793.)] - -Ces enfants des rois, dans l'abjection, conservaient toute leur -dignité. Rocher, un des gardiens du Temple, disait le 12 novembre -1793: «Madame Élisabeth ne voulait pas me saluer; elle y est -maintenant forcée, parce qu'il faut qu'elle se baisse pour passer sous -le guichet. Je fume ma pipe, et je lui lâche une bouffée à son -passage.» La municipalité de Paris ne se tint pas pour battue: elle -essaya de se venger de l'échec qu'elle venait d'éprouver, et renouvela -dans les appartements du Temple de rigoureuses perquisitions, avec -l'espoir d'y découvrir des papiers ou indices quelconques capables de -compromettre Madame Élisabeth. Elle ne fut pas plus heureuse sur ce -terrain. Mais il n'y avait pas d'obstacles qui pussent l'empêcher -d'arriver au but qu'elle voulait atteindre: elle emprunta de nouveau -la main du pauvre petit orphelin du Temple pour frapper la seconde -mère qu'elle avait résolu de lui enlever. Simon, dans la fabrication -de cette nouvelle oeuvre, ne fut secondé ni par les conseils d'Hébert -ni par la rédaction de Daujon. Aussi le procès-verbal que, seul, il -fit dresser aux municipaux, se ressent-il de l'absence de complices -aussi habiles. Nos lecteurs en jugeront. - - -COMMUNE DE PARIS. - -«Le cinquième jour du deuxième mois de l'an second de la République -une et indivisible, à huit heures du soir; - -»Le citoyen Simon est venu au conseil du Temple pour lui faire part -d'une conversation qu'il avoit eue avec le petit Capet, par laquelle -un membre de la Commune paroissoit avoir eu des intelligences avec sa -mère. Simon ne voulant pas nommer le membre sans qu'au préalable le -conseil eût reçu lui-même la déclaration du petit, alors le conseil a -nommé les citoyens Foloppe et Figuet pour interroger le petit Capet; -ces deux membres sont de suite montés dans sa chambre, où étant, et en -présence de la citoyenne Simon, ils ont fait rouler la conversation -sur différentes choses, et l'amenant insensiblement sur les membres de -la Commune, il a dit: - -»Qu'un jour Simon étant de service au Temple auprès de sa mère avec -Jobert, ledit Jobert avoit remis ce jour-là deux billets sans que -Simon fut (_sic_) aperçu; que cette espièglerie avoit fait rire -beaucoup ces dames, d'autant plus qu'elles avoient trompé la vigilance -de Simon, mais que lui déclarant n'avoit point vu les billets, -seulement que ces dames le lui avoient dit. - -»Les commissaires dénommés descendus au conseil ont donné lecture de -la présente déclaration; alors Simon a dit qu'elle étoit conforme à -celle que le petit Capet lui avoit fait (_sic_) verbalement. - -»Lecture faite au petit Capet de la présente déclaration, a dit -qu'elle contient vérité, y persiste et a signé. - -»Et avant de signer, le petit Capet a dit que sa mère craignoit sa -tante, et que sa tante étoit celle qui exécutoit mieux les complots.» - -[Illustration: Fac-similé d'écriture.] - -Ce document, qui nous semble plus absurde encore que révoltant, ne -satisfit pas la Commune; elle demanda des déclarations de faits plus -explicites et plus graves. Un nouveau procès-verbal fut fabriqué, mais -n'offrant guère plus de garanties et de preuves que le précédent. - -Voici ce procès-verbal: - -«Cejourd'hui 13 frimaire, l'an II de la République une et indivisible, -nous, commissaires de la Commune, de service au Temple, sur -l'avertissement à nous donné par le citoyen Simon, que Charles Capet -avoit à dénoncer des faits qu'il nous importoit de connoître pour le -salut de la République, nous nous sommes transportés, quatre heures de -relevée, dans l'appartement dudit Charles Capet, qui nous a déclaré ce -qui suit: - -»Que, depuis environ quinze jours ou trois semaines, il entend les -détenues frapper tous les jours consécutifs, entre six heures et neuf -heures; que, depuis avant-hier, ce bruit s'est fait un peu plus tard -et a duré plus longtemps que tous les jours précédents; que ce bruit -paroît partir de l'endroit correspondant au bûcher; que, de plus, il -connoît, à la marche qu'il distingue de ce bruit, que, pendant ce -temps, les détenues quittent la place du bûcher par lui indiquée pour -se transporter dans l'embrasure de la fenêtre de leur chambre à -coucher, ce qui fait présumer qu'elles cachent quelques objets dans -ces embrasures; il pense que ce pourroit être de faux assignats, mais -qu'il n'en est pas sûr, et qu'elles pourroient les passer par la -fenêtre pour les communiquer à quelqu'un. - -»Ledit Charles nous a également déclaré que, dans le temps qu'il étoit -avec les détenues, il a vu un morceau de bois garni d'une épingle -crochue et d'un long ruban, avec lequel il suppose que les détenues -ont pu communiquer par lettres avec feu Capet. - -»Et de plus, que ledit Charles se rappelle qu'il lui a été dit que, -s'il descendoit avec son père, il lui fit ressouvenir de passer tous -les jours, à huit heures et demie du soir, dans le passage qui conduit -à la tourelle, où se trouve une fenêtre de l'appartement des détenues. - -»Charles Capet nous a déclaré de plus qu'il étoit fortement persuadé -que les détenues avoient quelques intelligences ou correspondances -avec quelqu'un. - -»De plus, nous a déclaré qu'il avoit entendu lire dans une lettre que -Cléry avoit proposé à feu Capet le moyen de correspondance présumé par -lui déclarant; que Capet avoit répondu à Cléry que cela ne pouvoit se -pratiquer, et que cette réponse n'avoit été faite à Cléry qu'à la fin -qu'il ne se doutât pas de ladite correspondance. - -»Déclare qu'il a vu les détenues fort inquiètes, parce qu'une de leurs -lettres étoit tombée dans la cour. - -»Ayant demandé au citoyen Simon s'il avoit connoissance du bruit -ci-dessus énoncé, il a répondu qu'ayant l'ouïe un peu dure, il n'avoit -rien entendu; mais la citoyenne Simon, son épouse, a confirmé les -dires dudit Charles Capet relativement au bruit. - -»Ledit citoyen Simon nous a dit que, depuis environ huit jours, ledit -Charles Capet se tourmentoit pour faire sa déclaration aux membres du -conseil. - -»Lecture faite auxdits déclarants, ont reconnu contenir vérité et ont -signé ledit jour et an que dessus. - - »_Signé_: Charles CAPET, SIMON, femme SIMON, - REMY, SÉGUY, ROBIN, SILLANS.] - - * * * * * - -Un détail nous frappe, c'est le refus fait par Simon de s'associer à -sa femme et à son élève dans la première déposition que contient cette -pièce, et qui est relative au bruit entendu dans l'appartement des -prisonnières. Dans le prétexte qu'il allègue de sa surdité pour -n'avoir point connaissance de ce bruit, ne serait-on pas disposé à -voir plutôt de sa part un calcul raisonné pour donner plus de crédit à -ses autres allégations, notamment à celle-ci, que, _depuis environ -huit jours, Charles Capet se tourmentait pour faire sa déclaration aux -membres du conseil_. - -Je ne crois pas que dans la longue suite des méfaits révolutionnaires -il y ait eu rien de plus odieux que cette intrigue ténébreuse, ourdie -pour exploiter la peur et l'ignorance d'un enfant qui, vaincu par les -mauvais traitements, témoigne contre la mémoire de son père, concourt -à la mort de sa mère, déjà sur les marches de l'échafaud, et contribue -à pousser vers le même but sa seconde mère, l'angélique Élisabeth. -Employer l'innocence au crime, n'est-ce pas un plaisir de démon? - -La Commune de Paris recula devant l'impossibilité d'asseoir une -accusation capitale sur de pareils motifs; mais le récit d'un enfant -_dénonçant lui-même les petites intrigues de sa tante et de sa mère ne -pouvait que plaire à la moralité du conseil général_[84]. On sait -combien Marie-Antoinette, jusqu'à ses derniers moments, fut préoccupée -de la crainte que les paroles odieuses mises dans la bouche de son -fils ne tombassent sur le coeur meurtri de Madame Élisabeth, ou ne -fussent même dirigées contre elle comme un moyen de calomnie. «J'ai à -vous parler, lui dit-elle dans cette lettre admirable qu'elle lui a -laissée en montant à l'échafaud, et que Madame Élisabeth n'a jamais -lue, j'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon coeur: je sais -combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine; pardonnez-lui, ma -chère soeur; pensez à l'âge qu'il a, et combien il est facile de faire -dire à un enfant ce qu'on veut, et même ce qu'il ne comprend pas.» - -[Note 84: Expression d'un membre du conseil général.] - -Madame Élisabeth n'avait point à pardonner: elle n'ignorait pas plus -que la Reine la source de toutes ces suggestions perfides, et jamais -elle n'a songé à en accuser un enfant. Les paroles de celui-ci -pouvaient devenir la cause de sa mort, mais non le sujet du moindre -ressentiment. - -Tison, enfermé, nous l'avons dit, dans la tourelle depuis le 21 -septembre, supportait en silence la captivité comme une expiation de -sa conduite passée. Cependant, inquiet de sa femme et de sa fille, -dont il ne pouvait avoir de nouvelles, il se décida, le 10 décembre, à -solliciter sa liberté. Sa demande fut combattue par Hébert, jaloux de -conserver sous sa main un témoin capable de fournir d'utiles -renseignements sur la soeur du tyran. Le Comité de salut public -ordonna qu'avant de statuer sur la pétition, on interrogerait -soigneusement le pétitionnaire. L'interrogatoire n'ayant amené aucune -charge contre Madame Élisabeth, le Comité, loin d'accorder une grâce -qui n'était point achetée par une délation, arrêta que Tison serait -mis au secret et réduit au plus strict nécessaire. - -A dater de cette époque, Madame Élisabeth entra dans une phase -d'abandon et de solitude qu'il nous devient impossible de décrire: -misère monotone, sombre, terne, privée de cet éclat qui rayonne -d'ordinaire à l'entour des infortunes royales. Mais elle ne se -plaignait pas: elle n'avait de pitié que pour sa petite compagne, qui -était dans un âge où le malheur est comme une surprise faite à la -nature. Madame Élisabeth lui parlait avec cette onction religieuse -puisée aux sources d'eaux vives de la foi, de l'espérance et de -l'amour, qui transfigurent l'âme et lui font trouver partout son -Thabor. «Les souffrances de cette vie, disait-elle, n'ont aucune -proportion avec la gloire future qu'elles nous font mériter. -Jésus-Christ n'a-t-il pas marché devant nous chargé de la croix? -Souvenez-vous, mon enfant, des paroles que votre père vous adressait -la veille du jour où, pour la première fois, vous alliez recevoir le -sang de l'Agneau. Il vous disait: La religion est la source du bonheur -et notre soutien dans l'adversité; ne croyez pas que vous en soyez à -l'abri: vous ne savez pas, ma fille, à quoi la Providence vous -destine...» - -Les paroles prononcées par le Roi dans son palais prolongeaient ainsi -leur écho dans une prison qui donnait à leurs accents quelque chose de -prophétique, et devenait pour sa fille le meilleur des enseignements. - -Un jour, Madame Élisabeth ayant ouvert un papier qu'elle portait sur -elle, et qui contenait des cheveux du Roi son frère et de la Reine -Marie-Antoinette (Dieu lui envoya-t-il en ce moment le pressentiment -de sa destinée prochaine?), Madame Élisabeth, dis-je, coupa une tresse -de ses propres cheveux, la plaça avec les deux autres mèches dans le -même paquet, et le remettant à sa nièce: - -«Gardez, lui dit-elle, ma fille, ces tristes souvenirs: c'est le seul -héritage que puissent vous transmettre votre père, votre mère, qui -vous ont tant aimé, et moi qui vous aime aussi bien tendrement. On m'a -enlevé plumes, papier, crayon: je ne puis rien vous léguer par écrit; -du moins, ma chère enfant, retenez bien les consolations que je vous -ai données: elles suppléeront aux livres qui vous manquent. Élevez -votre âme à Dieu; il nous éprouve parce qu'il nous aime: il nous -apprend le néant des grandeurs. Ah! mon enfant, dit-elle en pleurant -et en la serrant dans ses bras, Dieu seul est vrai, Dieu seul est -grand[85].» - -[Note 85: _Les derniers régicides, ou Madame Élisabeth de France et -Louis XVII_, par M. le Cher de M.... (Brochure in-8º de 109 pages, -publiée à Londres; J. de Boffe, Gerard street, Soho, 1796.)] - -Retranchées, pour ainsi dire, du nombre des vivants, les deux recluses -passaient leurs jours, occupées l'une de l'autre, s'entretenant de -leurs souvenirs, de leurs craintes mêlées de bien peu d'espérances, -mais d'une soumission entière à la volonté de Dieu. Elles n'apprirent -plus rien de ce qui se passait sur la terre; elles ignorèrent -l'échafaud dressé par Robespierre et Danton pour immoler Hébert et -les hébertistes[86]; l'échafaud dressé douze jours après par -Robespierre pour abattre Danton[87]; puis, huit jours plus tard, pour -abattre Chaumette[88]. La terreur régnait sur la France. Du haut des -guillotines, ses sanglantes forteresses, la minorité commandait. -Devant elle se taisait la nation, la liberté s'agenouillait, -l'humanité se voilait la face. Les Saint-Just, les Collot d'Herbois, -les Carrier, les Lebon, allaient porter dans les provinces l'épouvante -et la mort. La famine désolait le pays; les passions révolutionnaires -s'agitaient dans les clubs et par les rues, hâtant l'action mortelle -de la misère. Au front de chaque maison pend un écriteau proclamant la -liberté ou la mort. Sur chaque porte est affichée la liste des -habitants de la maison, moyen de contrôle si l'on veut savoir, table -de proscription si l'on veut tuer[89]. Onze mille quatre cents -aristocrates sont entassés dans les palais et les couvents de Paris, -transformés en prisons. Le crime et la peur sont partout; dans les -rues, on évite de se reconnaître, ou si on s'aborde, on échange deux -mots à voix basse; on marche vite, à moins qu'un crieur proclamant -l'arrêt des condamnés, on ne s'arrête pour écouter le nom d'un parent, -d'un ami, peut-être son propre nom. La nuit est aussi troublée que le -jour. Des arrestations se font aux flambeaux; des domestiques ont -dénoncé leurs maîtres à leurs sections, tandis que d'autres servent -sans gages des maîtres restés sans ressources. Comme si le temps ne -suffisait pas aux juges pour condamner, on adopte le système des -jugements en masse. La guillotine en permanence abat les têtes sans -les compter[90]. Le sang qui coule à flots, loin d'étancher la soif -des tyrans, semble l'irriter encore. Il n'y a plus de rois à jeter en -holocauste au sphinx de la révolution, et la nation épouvantée se -trouve face à face avec la sombre énigme de son existence. Tout est -tumulte, désordre, vertige et rage: la civilisation et la barbarie se -cherchent dans les ténèbres pour s'arracher leur secret; duel -horrible, pareil à celui de ces deux hommes enfermés dans une cave -avec des poignards, et qui ne se voyaient qu'aux éclairs de leurs -yeux. La patience des opprimés apparaît dans ces jours horribles comme -un phénomène aussi inexplicable que la perversité des oppresseurs. -L'intelligence politique s'était retirée dans quelques âmes -méditatives qui réfléchissaient à l'écart, ou dans quelques cerveaux -astucieux qui remuaient la multitude. Le reste n'avait plus de -confiance en soi-même, et laissait faire, comme courbé sous la main de -Dieu: tremblant et résigné, tout un peuple attendait dans une muette -épouvante, pareil à ces Indiens qui, lorsque le tigre apparaît, se -prosternent, ferment les yeux, et restent immobiles jusqu'à ce que la -bête rugissante ait choisi sa proie. - -[Note 86: Le 4 germinal an II (24 mars 1794), _fournée_ de dix-neuf -personnes, parmi lesquelles le général Ronsin (ci-devant homme de -lettres), général de l'armée révolutionnaire; Momoro, imprimeur-libraire -et administrateur du département de Paris, et Anacharsis Clootz, -l'orateur du genre humain.] - -[Note 87: Le 16 germinal an II (5 avril 1794), _fournée_ de quinze, -parmi lesquels figurent Fabre d'Églantine, François Chabot, Camille -Desmoulins, Phelippeaux, Bazire, Hérault de Séchelles, les deux frères -Frey et le général Westermann.] - -[Note 88: Le 24 germinal an II (13 avril 1794), _fournée_ de vingt et -un. On y remarque le général Arthur Dillon, Gobel, ci-devant évêque de -Paris, et la jeune veuve de Camille Desmoulins.] - -[Note 89: Voici comment, dès le 6 avril 1793, la Commune de Paris -avait prescrit l'exécution de cette mesure: - -«Le conseil général, considérant la négligence que les citoyens -apportent à l'exécution de la loi concernant l'affiche, à l'extérieur -des maisons, des noms de tous les individus qui y habitent; - -»Arrête que l'instruction suivante sera imprimée, affichée, et que les -commissaires de police des sections seront tenus, sous leur -responsabilité, de faire mettre ladite loi à exécution. - -_»Instruction relative au tableau qui doit être fait de tous les -citoyens habitants de Paris, et placé à l'extérieur de chaque maison, -aux termes du décret du 29 mars dernier._ - - »1º Indiquer en tête le nom du propriétaire, s'il habite la - maison, ou à son défaut le principal locataire, s'il y en a un, - ou du régisseur. - - »2º Diviser par étages de la manière suivante: - - REZ-DE-CHAUSSÉE. - N. N. - ENTRE-SOL. - PREMIER ÉTAGE, ETC. - -»L'état doit présenter sans interruption toutes les personnes qui -logent au même étage, et même toutes celles qui composent un ménage. - -Exemple: - - _A tel étage: Le citoyen tel, son épouse, tant d'enfants de tel sexe; - ensuite les domestiques._ - -»Il est nécessaire de mettre les prénoms ou noms de baptême et les -surnoms, le sexe et l'âge de chacun. Le nom principal à désigner est -celui que porte ordinairement l'individu et sous lequel il est -généralement connu, et non celui de sa famille, si ce n'est pas celui -qu'on lui donne dans le public. - -»On ne peut se dispenser de faire connaître l'état de chaque individu -ou de déclarer qu'il est sans état, car le titre de _citoyen_ ou de -_citoyenne_ est une désignation trop vague ou plutôt n'en est pas une. - -»L'affiche doit être écrite lisiblement, placée au lieu le plus -apparent à l'extérieur, et de manière que tout le monde puisse -aisément la parcourir des yeux tout entière sans en perdre un seul -nom. - -»Il ne doit être omis aucune personne; une seule omission enfreint la -loi et expose à des peines sévères. - -»Chaque fois qu'il y a du changement, il faut en faire mention dans -l'affiche, soit en retranchant le nom des personnes qui ont quitté la -maison, soit en ajoutant celui des nouveaux locataires et de ceux -mêmes qui ne logent que momentanément. - -»Toutes les contraventions seront imputées aux propriétaires ou -principaux locataires, ou régisseurs, et seront punies avec sévérité; -car on ne veut pas que cette mesure de salut public reste sans -exécution ou soit éludée et tournée en dérision. - -»Le conseil général arrête que le double des tableaux d'inscription -sera visé par les comités des sections; - -»Que les commissaires de police vérifieront l'exactitude desdits -tableaux et prendront les mesures nécessaires pour empêcher qu'ils ne -soient enlevés ou détériorés.» (Séance du conseil général de la -Commune de Paris du samedi 6 avril 1793.)] - -[Note 90: Au milieu de tant d'immolations, la tristesse de la -physionomie était devenue une trahison et la gaieté un devoir. Dans la -séance du 23 ventôse an II (15 mars 1794), Barère disait: - -«Allez aujourd'hui dans les rues de Paris, vous y reconnaîtrez les -aristocrates à leur mine allongée...» - -«Oui, ajoutait Couthon, en temps de révolution, tous les bons citoyens -doivent être physionomistes: c'est sur la physionomie que vous -reconnaîtrez un conspirateur, le complice des traîtres mis sous la loi -de la justice; ces hommes ont l'oeil hagard, l'air consterné, des -mines basses et patibulaires. Bons citoyens, saisissez ces traîtres et -arrêtez-les!» (Vifs applaudissements.)--(_Moniteur_ du 26 ventôse an -II, 16 mars 1794.)] - -Madame Élisabeth se prosternait aussi, mais c'était les yeux levés -vers le ciel. Retenue autrefois à la cour par son dévouement pour son -frère, elle n'y avait vécu que pour prendre sa part des tribulations -et des larmes. Aujourd'hui, tout ce que l'intérêt a de plus tendre, la -religion de plus sublime, l'amitié de plus consolateur, elle le met en -oeuvre pour former l'esprit et le coeur de sa royale nièce. Sans -désirer la bienvenue de ce grand libérateur qu'on appelle la mort, -elle se met en mesure de le recevoir dignement; mais sa belle âme, -quoique impatiente peut-être d'entrer dans les secrets de Dieu, tient -à ce monde par le malheur qu'elle y partage, par les chagrins qu'elle -y adoucit. L'état d'incertitude où elle se trouve du sort du Dauphin -vient accroître l'anxiété que lui cause l'absence de toute nouvelle de -la Reine. Depuis plusieurs mois, elle n'a entendu ni chansons ni -jurements retentir dans l'appartement du second étage. Elle est montée -mainte et mainte fois aux combles par l'escalier de la garde-robe, et -jamais, depuis la fin de janvier, elle n'a aperçu l'enfant. A-t-il été -délivré? Habite-t-il une autre partie du Temple? De grands changements -se préparent-ils? - -Oui, un grand changement se préparait. Déjà, dès le quintidi frimaire -de l'an II (25 novembre 1793), la municipalité de Paris avait adressé -à la Convention nationale la pétition suivante: - -«LÉGISLATEURS, - -»Vous avez décrété l'égalité source du bonheur public; elle s'établit -sur des bases désormais inébranlables; et cependant elle est violée, -cette égalité, et de la manière la plus révoltante, dans les vils -restes de la tyrannie, dans les prisonniers du Temple. Pourroient-ils -encore, ces restes abominables, être comptés pour quelque chose dans -les circonstances actuelles, ce ne seroit qu'en raison de l'intérêt -que la patrie auroit d'empêcher qu'ils ne déchirassent son sein et ne -renouvelassent les atrocités commises par les deux monstres qui leur -ont donné le jour. Si donc tel est à leur égard le seul et unique -intérêt de la République, c'est sous sa surveillance entière qu'ils -doivent être placés, et ils ne sont plus ces temps horribles où une -faction liberticide, dont le glaive de la loi a fait justice, avoit -choisi comme moyen de vengeance contre une Commune patriote qu'elle -abhorroit, une responsabilité qui outrageoit toutes les lois et qui -pèse depuis plus de quinze mois sur la tête de chacun des membres de -la Commune de Paris. - -»La raison, la justice, l'égalité vous crient, législateurs, de faire -cesser cette responsabilité. - -»Et comme il est plus que temps de rendre à leurs travaux deux cent -cinquante sans-culottes qu'on emploie injustement chaque jour à la -garde des prisonniers du Temple, la Commune de Paris attend de votre -sagesse: - -»1º Que vous enverrez au plus tôt l'infâme Élisabeth au tribunal -révolutionnaire; - -»2º Qu'à l'égard de la postérité du tyran, vous prendrez des mesures -promptes pour la faire transférer dans telle prison que vous aurez -choisie, pour y être renfermée avec les précautions convenables, à -l'effet d'y être traitée dans le système de l'égalité et de la même -manière que les autres détenus dont la République a eu besoin de -s'assurer. - - »DUNOUY, RENARD, LE CLERC, - »LEGRAND, r. de la Commune; DORIGNY.» - - * * * * * - -Envoyée à sa date au Comité de sûreté générale, cette adresse y avait -sommeillé six mois. Mais les voeux qu'elle exprimait n'avaient point -été mis en oubli dans la région la plus ardente de la révolution. - -Ce n'est pas la première fois que cette pensée m'est venue en écrivant -ce triste récit: si l'on songeait aux infortunes du Temple, si grandes -et si imméritées, il n'y a pas de malheureux qui ne se réconciliât -avec son malheur, pas de misérable accablé par sa destinée qui ne -bénît Dieu sous le poids de son fardeau. Que ceux qui se plaignent de -la méchanceté des hommes pensent à Madame Élisabeth, et ils cesseront -de se laisser abattre par le découragement. - -«Il n'est pas, écrivait le Père Lenfant dès le mois d'avril 1791, il -n'est pas jusqu'à la vertu la plus pure, la plus soutenue et la plus -universellement reconnue, qui ne soit indignement outragée. Madame -Élisabeth est déchirée par les plus sanglantes et les plus absurdes -calomnies[91].» - -[Note 91: _Mémoires et correspondance secrète du Père Lenfant_. Paris, -1834, t. I, p. 343.] - -Ces outrages s'étaient accrus avec le besoin qu'éprouvaient les -niveleurs de trouver criminelles toutes les supériorités sociales; ces -calomnies s'étaient propagées avec l'intérêt qu'avaient les pervers à -légitimer les tortures exercées contre les personnes de sang royal. La -moralité de Madame Élisabeth fut insultée dans ce récit immonde que la -Commune de Paris fit signer au royal Enfant du Temple pour -compromettre sa mère et sa tante et les envoyer à l'échafaud. La mort -même ne désarmera point les persécuteurs. Trois ans après l'immolation -de Madame Élisabeth, sa mémoire sera outragée dans un ouvrage qui aura -la prétention de donner les _portraits des personnages célèbres de la -Révolution_[92]. - -[Note 92: J'ai voulu lire dans le tome III de Bonneville l'article qui -commence ainsi: - -«Huitième et dernier enfant de Louis, Dauphin de France, fils de -Louis XV, et de Marie-Josèphe _de Saxe_, sa seconde femme, -Élisabeth-Philippine-Marie-Hélène, dite _de France_, eut bien peu de -temps à se féliciter du hasard qui avoit placé son berceau à côté du -trône...» Je n'infligerai pas cet odieux _factum_ à mes lecteurs. Il est -d'autant plus infâme qu'il est hypocrite. Bonneville procède par -insinuation et par réticence, et il n'a pas même le triste courage de -ses ineptes calomnies. Il affecte même quelquefois de prendre la défense -de Madame Élisabeth contre les attaques inqualifiables qu'il reproduit. -Il a de la peine, dit-il, à croire qu'elles soient vraies... C'est une -vipère qui panse avec sa bave la blessure que vient de faire sa dent -venimeuse.] - -Laissez les années se succéder, un temps viendra où les calomnies se -tairont, où la vérité apparaîtra dans tout son jour. - -Madame Élisabeth arrive au terme que Dieu lui a assigné dans ses -rigueurs comme dans ses miséricordes. Elle avait exprimé la résolution -de partager les chagrins et les périls de sa famille: elle a tenu -toutes ses promesses; à Versailles, dans les troubles du 6 octobre; à -Paris, dans la morne solitude des Tuileries; sur la route de Varennes, -dans la néfaste journée du 20 juin, dans la nuit sanglante du 10 août, -dans la loge du Logographe, témoin des affronts et des menaces; dans -la tour du Temple, témoin des adieux et de l'agonie. Oui, elle a tenu -toutes les promesses qu'elle avait faites à Dieu: Dieu à cette heure -va tenir les siennes. - -Qu'importe la route quand le ciel est le but! Au-dessus de l'injustice -des hommes apparaît la justice de Dieu qui récompense, et quand c'est -la vertu qui meurt, l'échafaud n'est qu'un degré qui rapproche du -ciel. - -Le 20 floréal an II (9 mai 1794), vers sept heures du soir, -_l'huissier Monet se rendit au Temple accompagné des citoyens -Fontaine, adjudant général d'artillerie de l'armée parisienne, et -Saraillée, aide de camp du général Hanriot; il présenta aux membres du -conseil Mouret, Eudes, Magendie et Godefroi, une lettre de Fouquier, -accusateur public près le tribunal révolutionnaire, portant invitation -de remettre entre les mains desdits susnommés la soeur de Louis -Capet_[93]. - -[Note 93: Procès-verbal de la translation d'Élisabeth-Marie Capet à la -Conciergerie.] - -Les préliminaires d'usage s'étaient prolongés dans la salle du -Conseil, et pendant la conversation engagée entre les commissaires et -leurs sinistres visiteurs, l'heure s'était écoulée: déjà Madame -Élisabeth et Marie-Thérèse se disposaient à se coucher, lorsqu'elles -entendirent ouvrir les verrous. Elles se hâtent de passer leur robe, -qu'elles venaient d'ôter. «Citoyenne, dit un des commissaires en -ouvrant la porte de Madame Élisabeth, descends tout de suite, on a -besoin de toi.--Ma nièce reste-t-elle ici?--Cela ne te regarde pas, on -s'en occupera après.» - -Madame Élisabeth embrasse sa jeune compagne, et, pour calmer ses -inquiétudes, lui dit: «Soyez tranquille, je vais remonter.--Non, tu ne -remonteras pas, répond le commissaire Eudes[94]; prends ton bonnet et -descends.» Elle obéit, relève l'orpheline, qui s'affaisse dans ses -bras, et lui dit: «Allons, ayez du courage et de la fermeté, espérez -toujours en Dieu, servez-vous des bons principes de religion que vos -parents vous ont donnés, et soyez fidèle aux dernières recommandations -de votre père et de votre mère.» La tante et la nièce demeurent un -instant embrassées; puis s'arrachant brusquement à cette étreinte, -Madame Élisabeth se dirige d'un pas rapide vers la porte extérieure en -disant encore: «Pensez à Dieu, mon enfant!» - -[Note 94: Guillotiné le 11 thermidor an II.] - -Madame Élisabeth descend. On la fait entrer dans la salle du Conseil. -Là, pendant que l'on rédige le procès-verbal de décharge des geôliers, -on visite ses poches. Les envoyés de Fouquier signent sur le registre -du Temple la remise qui leur est faite de la prisonnière. Ils la font -traverser, sous une pluie battante, le jardin et la première cour; là, -ils montent dans un fiacre avec elle et la conduisent à la -Conciergerie, où elle est déposée dans le greffe. Il était en ce -moment huit heures. A dix heures, on la conduit du greffe dans la -salle du conseil du tribunal révolutionnaire. Là, par-devant Gabriel -Deliége, juge, assisté de Ducray, commis greffier, et en présence de -Fouquier, elle subit son premier interrogatoire. - - -PREMIER INTERROGATOIRE DE MADAME ÉLISABETH. - -«_Cejourd'hui, vingt floréal de l'an deux de la République française, -une et indivisible, nous_, Gabriel Deliége, _juge président du -tribunal révolutionnaire établi à Paris par la loi du 10 mars 1793, -sans aucun recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des -pouvoirs délégués au tribunal par la loi du 5 avril de la même année, -assisté de_ Anne Ducray, _commis greffier du tribunal, en l'une des -salles de l'auditoire au palais, et en présence d'_Antoine-Quentin -Fouquier, _l'accusateur public, avons fait amener de la maison de_ la -Conciergerie la cy-après nommée, _auquel avons demandé ses noms, âge, -profession, pays et demeure_; - -_A répondu se nommer_ Élisabeth-Marie Capet, soeur de Louis Capet, -âgée de trente ans, native de Versailles, département de -Seine-et-Oise. - -Avez-vous, avec le dernier tyran, conspiré contre la sûreté et la -liberté du peuple françois? - -J'ignore à qui vous donnez ce titre, mais je n'ai jamais désiré que le -bonheur des François. - -Avez-vous entretenu des correspondances et intelligences avec les -ennemis intérieurs et extérieurs de la République, notamment avec les -frères de Capet et les vôtres, et ne leur avez-vous pas fourni des -secours en argent? - -Je n'ai jamais connu que des amis des François; jamais je n'ai fourni -des secours à mes frères, et, depuis le mois d'août 1792, je n'ai reçu -de leurs nouvelles ni ne leur ai donné des miennes. - -Ne leur avez-vous pas fait passer des diamants? - -Non. - -Je vous observe que votre réponse n'est point exacte sur l'article des -diamants, attendu qu'il est notoire que vous avez fait vendre vos -diamants en Hollande et autres pays étrangers, et que vous en avez -fait passer le prix en provenant, par vos agents, à vos frères, pour -les aider à soutenir leur rébellion contre le peuple françois. - -Je dénie le fait, parce qu'il est faux. - -Je vous observe que dans le procès qui eut lieu en novembre 1792, -relativement au prétendu vol des diamants fait au ci-devant -Garde-meuble, il a été établi et prouvé aux débats qu'il avoit été -distrait une portion de diamants dont vous vous pariez autrefois; -qu'il a pareillement été prouvé que le prix en avoit été transmis à -vos frères par vos ordres: pourquoi je vous somme de vous expliquer -catégoriquement sur ces faits. - -J'ignore les vols dont vous venez de me parler. J'étois à cette époque -au Temple, et je persiste au surplus dans ma précédente dénégation. - -N'avez-vous pas eu connoissance que le voyage déterminé par votre -frère Capet et Marie-Antoinette pour Saint-Cloud, à l'époque du 18 -avril 1791, n'avoit été imaginé que pour saisir l'occasion favorable -de sortir de France? - -Je n'ai eu connoissance de ce voyage que par l'intention qu'avoit mon -frère de prendre l'air, attendu qu'il n'étoit pas bien portant. - -Je vous demande s'il n'est pas vrai au contraire que ce voyage n'a été -arrêté que par suite des conseils des différentes personnes qui se -rendoient alors habituellement au ci-devant château des Thuileries, -notamment de Bonnal, ex-évêque de Clermont, et autres prélats et -évêques; et vous-même, n'avez-vous pas sollicité le départ de votre -frère? - -Je n'ai point sollicité le départ de mon frère, qui n'a été décidé que -d'après l'avis des médecins. - -N'est-ce pas pareillement a votre sollicitation et à celle de -Marie-Antoinette, votre belle-soeur, que Capet, votre frère, a fui de -Paris dans la nuit du 20 au 21 juin 1791? - -J'ai appris dans la journée du 20 que nous devions tous partir dans la -nuit suivante, et je me suis conformée à cet égard aux ordres de mon -frère. - -Le motif de ce voyage n'étoit-il pas de sortir de France et de vous -réunir aux émigrés et aux ennemis du peuple françois? - -Jamais mon frère ni moi n'avions eu l'intention de quitter notre pays. - -Je vous observe que cette réponse ne paroît pas exacte, car il est -notoire que Bouillé avoit donné les ordres à différents corps de -troupes de se trouver au point convenu pour protéger cette évasion, de -manière de pouvoir vous faire sortir, ainsi que votre frère et autres, -du territoire françois, et que même tout étoit préparé à l'abbaye -d'Orval, située sur le territoire du despote autrichien, pour vous -recevoir. Je vous observe au surplus que les noms par vous supposés et -votre frère ne permettent pas de douter de vos intentions. - -Mon frère devoit aller à Montmédy, et je ne lui connoissois point -d'autres intentions. - -Avez-vous connoissance qu'il ait été tenu des conciliabules secrets -chez Marie-Antoinette, ci-devant Reine, lesquels s'appeloient comités -autrichiens. - -J'ai parfaite connoissance qu'il n'y en a jamais eu. - -Je vous observe qu'il est cependant notoire que ces conciliabules -tenoient de deux jours l'un depuis minuit jusqu'à trois heures du -matin, et que même ceux qui y étoient admis passoient par la pièce que -l'on appelloit alors la Galerie des tableaux. - -Je n'en ai aucune connoissance. - -N'étiez-vous pas aux Thuileries le 28 février 1791, 20 juin et 10 août -1792? - -J'étois au château les trois jours, et notamment le 10 août 1792, -jusqu'au moment où je me suis rendu avec mon frère à l'Assemblée -nationale. - -Ledit jour 28 février, n'avez-vous pas eu connoissance que le -rassemblement des ci-devant marquis, chevaliers et autres, armés de -sabres et de pistolets, étoit encore pour favoriser une nouvelle -évasion de votre frère et de toute la famille, et que l'affaire de -Vincennes arrivée le même jour n'a été imaginée que pour faire -diversion? - -Je n'en ai aucune connoissance. - -Qu'avez-vous fait dans la nuit du 9 au 10 août? - -Je suis restée dans la chambre de mon frère, et nous avons veillé. - -Je vous observe qu'ayant chacun vos appartements, il paroît étrange -que vous vous soyez réunis dans celui de votre frère, et sans doute -cette réunion avoit un motif que je vous interpelle d'expliquer. - -Je n'avois d'autre motif que celui de me réunir toujours chez mon -frère lorsqu'il y avoit du mouvement dans Paris. - -Cette même nuit, n'avez-vous pas été avec Marie-Antoinette dans une -salle où étoient les Suisses occupés à faire des cartouches, et -notamment n'y avez-vous pas été de neuf heures et demie à dix heures -du soir? - -Je n'y ai pas été, et n'ai nulle connoissance de cette salle. - -Je vous observe que cette réponse n'est point exacte, car il est -encore établi dans différents procès qui ont eu lieu au tribunal du 17 -août 1792, que Marie-Antoinette et vous aviez été plusieurs fois dans -la nuit trouver les gardes suisses; que vous les aviez fait boire, et -les aviez engagés à confectionner la fabrication des cartouches, dont -Marie-Antoinette avoit mordu plusieurs. - -Cela n'a pas existé, et je n'en ai aucune connoissance. - -Je vous représente que les faits sont trop notoires pour ne pas vous -rappeler les différentes circonstances relatives à ceux par vous -déniés, et pour ne pas savoir le motif qui avoit déterminé le -rassemblement des troupes de tout genre qui se sont trouvées réunies -cette nuit aux Thuileries. Pourquoi je vous somme de nouveau de -déclarer si vous persistez dans vos précédentes dénégations, et à nier -les motifs de ce rassemblement. - -Je persiste dans mes précédentes dénégations, et j'ajoute que je ne -connoissois point de motifs de rassemblement. Je sais seulement, comme -je l'ai déjà dit, que les corps constitués pour la sûreté de Paris -étoient venus avertir mon frère qu'il y avoit du mouvement dans les -faubourgs, et que dans ces occasions la garde nationale se rassembloit -pour sa sûreté, comme la constitution le prescrivoit. - -Lors de l'évasion du 20 juin, n'est-ce pas vous qui avez emmené les -enfants? - -Non, je suis sortie seule. - -Avez-vous un défenseur ou voulez-vous en nommer un? - -Je n'en connois pas.--Pourquoi lui avons nommé le citoyen Chauveau -pour conseil. - -Lecture du présent interrogatoire, a persisté et a signé avec nous et -notre greffier. - -[Illustration: Signatures.] - -Le lecteur doit remarquer que la signature de Madame Élisabeth est ici -telle qu'elle se trouve dans tous les actes de sa vie. Ses -interrogateurs n'exigèrent point d'elle, à ce qu'il paraît, d'y -ajouter ce nom de Capet que la Révolution avoit inventé pour les -Bourbons, s'imaginant que c'étoit le nom du chef de leur race. - -Après avoir mis sa signature au bas de chaque page de cet -interrogatoire, Élisabeth-Marie fut ramenée dans sa prison. Elle ne se -faisait aucune illusion sur le sort qui lui était réservé, et elle ne -songea plus qu'à paraître, non pas devant ses juges de la terre, car -elle n'avait rien à attendre de ceux-là que la fin de ses tourments, -mais devant le Juge tout-puissant dont elle espérait sa récompense. -Elle savait qu'elle eût en vain réclamé l'assistance d'un prêtre -catholique non assermenté, et elle ne voulut point perdre quelques -minutes à implorer une faveur qui avait été accordée au Roi son frère, -mais qui depuis un an eût été regardée comme un crime. Elle se -résigna, offrit directement au Seigneur miséricordieux le sacrifice de -sa vie, et puisa dans sa foi vive la force dont elle avait besoin pour -l'accomplir dignement. - - - - -LIVRE ONZIÈME. - -MEURTRE DE MADAME ÉLISABETH. - - «Le ciel est mon trône, et la terre est mon marchepied.» - - _Actes des Apôtres_, chap. VIII, v. 49. - - La Conciergerie au mois de mars 1793. -- Ce qu'elle était au mois - de mai 1794. -- Madame de la Fayette. -- Haly, concierge de la - prison du collége du Plessis. -- Paroles de Fouquier. -- - Chauveau-Lagarde demande à voir Madame Élisabeth: refus de - l'accusateur public, sous le prétexte qu'elle ne sera pas jugée - de sitôt. -- Poussé par une anxiété instinctive, Chauveau-Lagarde - entre le lendemain dans la salle des assises, et aperçoit Madame - Élisabeth au premier rang des accusés. -- Leur interrogatoire. -- - Le _Moniteur_ n'a point dit qu'Élisabeth fut défendue; elle le - fut pourtant, bien qu'elle ne l'eût pas demandé et qu'elle - s'inquiétât peu de l'être. -- Résumé des débats; questions posées - par le président; verdict des jurés; arrêt de mort. -- Parmi les - vingt-cinq condamnés, on signale une femme enceinte; Madame - Élisabeth fait avertir les juges, et la sauve. -- Paroles de - Fouquier au président; réponse de Dumas. -- Les condamnés sont - conduits dans la salle des apprêts suprêmes. -- Influence - qu'exerce sur eux Madame Élisabeth; consolations qu'elle leur - prodigue; courage qu'elle leur inspire. -- Madame de Sénozan. -- - MM. de Montmorin et Bullier. -- M. de Brienne, ancien ministre de - la guerre et maire de Brienne; paroles que lui adresse Madame - Élisabeth. -- Désespoir de madame de Montmorin, puis sa - résignation. -- Madame de Crussol d'Amboise. -- Grande - satisfaction de Madame Élisabeth: tous ses compagnons d'infortune - font résolûment à Dieu le sacrifice de leur vie. -- Dernier - appel. -- Madame Élisabeth assise sur la charrette à côté de - mesdames de Sénozan et de Crussol. -- A la descente du pont Neuf, - le mouchoir qui couvre la tête de Madame Élisabeth tombe aux - pieds du bourreau. -- Arrivé à la place de la Révolution, - celui-ci lui tend la main comme pour l'aider à descendre; - Élisabeth détourne la tête. -- Devant l'échafaud, nul ne - défaillit. -- Madame de Crussol appelée la première. -- Comment, - dans ce dernier moment, Élisabeth apprend que la Reine n'existe - plus. -- Madame Élisabeth immolée la dernière. -- Son corps est - jeté dans un panier avec les autres cadavres, et sa tête avec les - autres têtes dans un second panier. -- La charrette se met en - marche. -- Rues du Rocher et d'Errancis, barrière de Monceaux, - _Clos du Christ_. -- Fournées précédentes d'Hébert et des - hébertistes, de Danton et des quatorze compagnons de mort que son - généreux ami Robespierre lui avait donnés, _de la conspiration - des prisons_, puis enfin de Malesherbes et de ses enfants. -- Le - cadavre de Madame Élisabeth et les vingt-trois autres sont mis à - nu et inhumés ensemble dans une fosse de douze à quinze pieds de - largeur et autant de longueur. -- Douleur que produit en Europe - le meurtre de Madame Élisabeth, et particulièrement à Turin et au - château de Wartegg, près Rorschach, où vivait retirée la famille - de Bombelles. -- Madame de Raigecourt adresse ses respectueuses - condoléances à la jeune Marie-Thérèse; réponse de celle-ci. -- - Lettre du comte de Provence à madame des Montiers. -- La commune - révolutionnaire de Versailles s'emparant de la maison Élisabeth, - Jacques et Marie, mis en prison, y sont oubliés. -- Leur misère - éveille la pitié des magistrats; leur détention est déclarée une - injustice, mais aucune indemnité ne leur est attribuée. -- - Retirés à Bulle, ils y passent en paix une quarantaine d'années. - -- Fondation d'une manufacture d'horlogerie dans la maison de - Montreuil. -- L'entreprise demeure sans succès. - - -On se ferait difficilement une idée de ce qu'étaient les prisons de -Paris pendant la révolution. Déjà, dans un _Rapport au ministre de -l'intérieur sur l'état des prisons de la Conciergerie_, à la date du -17 mars 1793, le citoyen Grandpré s'exprimait ainsi: - -«Je viens de faire une nouvelle visite des prisons de la Conciergerie. -L'impression horrible que j'ai éprouvée à la vue des malheureux -amoncelés dans cette affreuse demeure est inexprimable, et je ne puis -concevoir encore la barbarie des officiers de police chargés de la -surveiller et l'insouciance des tribunaux à absoudre ou condamner les -accusés. Toutes les prisons ont été vidées à l'époque à jamais -exécrable des 2 et 3 septembre dernier. Cependant elles contiennent -aujourd'hui 950 individus. Il y en a 320 à l'hôtel de la Force, 44 à -Sainte-Pélagie, 206 à Bicêtre, et 380 à la Conciergerie. Cette -dernière prison, qui, par sa position près du tribunal criminel, a -toujours été destinée pour les criminels, et qui ne devroit être -considérée, d'après la nouvelle organisation, que comme maison de -justice, sert cependant tout à la fois de maison d'arrêt, de maison de -justice et de force. Il faut toute la surveillance et tout le -dévouement d'un concierge incorruptible et de guichetiers éprouvés -tels que ceux qui en ont la garde, pour qu'il n'y arrive pas chaque -jour des événements sans nombre et des évasions multipliées, comme -cela arrive journellement dans presque tous les départements. J'y ai -vu une trentaine d'hommes et femmes condamnés à mort, qui tous se sont -pourvus en cassation, dont les procès languissent, et qui emploient -tout le temps qu'on leur laisse à faire toutes sortes de tentatives -soit pour attenter à leur vie, soit pour opérer un soulèvement au -dehors ou même au dedans; et leur rassemblement prodigieux, en leur -montrant leur force, fait craindre à tout moment que leurs projets ne -réussissent. Ce qui contribue plus à les désespérer et à leur faire -tout entreprendre, c'est l'inhumanité avec laquelle on les entasse -dans la même chambre et les tourments incalculables qu'ils éprouvent -pendant la nuit. Je les ai visitées à l'ouverture, et je ne connois -point d'expression assez forte pour peindre le sentiment d'horreur que -j'ai éprouvé en voyant dans une seule pièce 26 hommes rassemblés, -couchés sur 21 paillasses, respirant l'air le plus infect, et couverts -de lambeaux à moitié pourris; dans une autre, 45 hommes entassés sur -10 grabats; dans une troisième, 38 moribonds pressés sur 9 couchettes; -dans une quatrième, très-petite, 14 hommes ne pouvant trouver de place -dans 4 cases; enfin, dans une cinquième, sixième et septième pièce, 85 -malheureux se froissant les uns les autres pour pouvoir s'étendre sur -16 paillasses remplies de vermine, et ne pouvant tous trouver le moyen -de poser leur tête. Un pareil spectacle m'a fait reculer d'épouvante, -et je frissonne encore en voulant en donner une idée. Les femmes sont -traitées de la même manière. 54 d'entre elles sont forcées de se -coucher sur 19 paillasses ou de se relayer alternativement pour rester -debout et ne pas étouffer en se mettant les unes sur les autres. Il y -a dans cette maison 47 hommes et 12 femmes qui ont le privilége d'être -à la pension et de coucher dans des lits séparés. Cette distinction -m'a paru barbare, injuste et injurieuse à l'humanité. La loi qui -distribue le pain également entre chaque détenu ne peut avoir eu -l'intention de donner à l'homme aisé un asile commode et de mettre -l'indigent dans un tombeau. Toute inégalité doit disparoître devant -elle. De quelque état ou condition qu'ils soient, elle voit les -accusés du même oeil, et leur promet à tous le même traitement -jusqu'à l'instant de leur jugement. Mais la justice semble endormie; -ses oracles ne se rendent plus, ou le peu qui lui échappent sont sans -effet, au moyen du tribunal de cassation, où l'appel en est porté, et -où les affaires restent en suspens. Cependant les prisons s'engorgent -chaque jour: presque aucun prisonnier n'en sort; un grand nombre y -arrive sans cesse; au milieu de cette effroyable quantité, le juré -d'accusation se tait, ou ne se livre que négligemment à des fonctions -dont le terme trop éloigné l'effarouche; il choisit les individus dont -il veut s'occuper de préférence, et des malheureux arrêtés depuis -plusieurs mois ont la douleur de n'avoir pas encore été interrogés: il -y en a dans ce cas 34, dont j'indique les noms et la date de -l'arrestation dans un tableau joint au présent rapport. - -»Je dois encore appeler l'attention du ministre sur le sort d'un assez -grand nombre de malheureux échappés au carnage du mois de septembre, -et réintégrés depuis dans les prisons, en vertu d'ordres la plupart -arbitraires et sans cause. La crise perpétuelle où se trouve la -République, les mouvemens intérieurs et fréquents qui en sont la -suite, les bruits qu'on ne cesse de répandre d'un nouveau massacre, -l'image toujours présente de celui qui s'est effectué sous leurs yeux, -jettent la terreur dans l'âme de ces infortunés; ils souffrent mille -morts chaque jour et maudissent le moment qui ne leur a sauvé la vie -que pour les livrer de nouveau au supplice journalier d'une -incertitude cent fois plus cruelle que tous les genres de mort -possibles. Regardera-t-on comme une absolution de leurs fautes -l'épreuve à laquelle ils ont été soumis aux journées de septembre et -la liberté qui leur a été accordée? C'est une question que le ministre -Roland a soumise le 16 novembre au ministre de la justice, et sur -laquelle il seroit important de prononcer. Il n'y a pas de délit qui -ne doive être effacé pour des gens qui ont été plusieurs jours sous le -couteau, et la situation pénible où ils se retrouvent en ce moment, -et dans laquelle ils sont depuis plusieurs mois, les met sans doute -dans le cas de l'indulgence. - - »Paris, le 17 mars 1793, l'an II de la République française. - »GRANDPRÉ.» - - * * * * * - -Les choses ne se passaient plus ainsi en mai 1794. La justice n'était -plus endormie, pour nous servir des termes du rapport qu'on vient de -lire. Les inquiétudes de l'attente étaient épargnées au suspect et les -longues terreurs au condamné. Les prisons se remplissaient chaque -jour, mais chaque jour elles étaient vidées par le bourreau. - -Un prisonnier de 1794 nous a laissé la description de la Conciergerie -telle qu'elle était à cette époque: - -«La première entrée, dit-il, est fermée de deux guichets[95]. Ces deux -guichets sont à peu près à trois pieds l'un de l'autre. Ils sont tenus -chacun par un porte-clefs. Tous les porte-clefs ne sont pas admis -indistinctement à l'honneur de ces premiers guichets: on choisit les -plus vigoureux et ceux qui ont le coup d'oeil plus subtil. Il faut, -disent-ils, avoir de la tête pour de pareilles fonctions. Aussi les -postulants attendent-ils quelquefois longtemps. Un bouquet placé -au-dessus de la porte annonce une nouvelle promotion. Le promu se fait -coiffer ce jour-là par un perruquier, met ses plus beaux habits. Son -air satisfait et capable annonce qu'il sent sa dignité et qu'il n'est -pas au-dessous du choix dont on l'a honoré. Le soir, les flots de vin -redoublent et terminent un si beau jour. - -[Note 95: On appelle guichet une petite porte haute d'environ trois -pieds et demi, pratiquée dans une porte plus grande. Lorsqu'on entre, -il faut en même temps hausser le pied et baisser considérablement la -tête, de manière que si on ne se casse pas le nez sur son genou, on -court risque de se fendre le crâne contre la pièce de traverse de la -grande porte, ce qui est arrivé plus d'une fois. On appelle aussi -guichet la première pièce d'entrée.] - -»Dans la première pièce, appelée guichet, au bout d'une grande table, -sur un fauteuil, est le gouverneur de la maison, ou bien la respectable -moitié de lui-même, ou bien le plus ancien des porte-clefs, qui les -représente en ce cas. Ces gouverneurs-là sont devenus, par le temps où -nous sommes, des personnages très-considérables. Les parents, amis ou -amies des prisonniers, font ordinairement une cour très-assidue au -concierge Richard pour se faire entr'ouvrir un guichet. On le salue -profondément; quand il est de bonne humeur, il sourit; quand au -contraire il est morose, il fronce le sourcil; c'est Jupiter qui fait -trembler l'Olympe d'un coup d'oeil. Aussi les prisonniers ont-ils -toujours l'attention d'épier ses bons moments, et alors on s'évertue à -présenter humblement le placet. - -»C'est de ce fauteuil qu'émanent les ordres pour la police de la -maison. C'est à ce fauteuil que sont évoquées les querelles des -guichetiers entre eux et des guichetiers avec les prisonniers. C'est à -ce fauteuil que les malheureux détenus portent leurs humbles -réclamations quand ils obtiennent la faveur d'y être admis. C'est de -ce fauteuil que part quelquefois un regard de protection qui console, -et souvent un coup d'oeil qui foudroie. Du reste, la femme Richard -tient sa maison d'une manière étonnante: on n'a ni plus de mémoire, ni -plus de présence d'esprit, ni une connoissance plus exacte des détails -les plus minutieux. - -»Outre le concierge ou son représentant, il y a dans le guichet un -ancien porte-clefs qui divague. C'est, sans qu'il y paroisse, -l'inspecteur des personnes qui entrent ou qui sortent. Quand il a des -distractions, on entend sortir du fauteuil ces vigilantes paroles: -«_Allumez le miston!_» (_Allumez_, mot d'argot qui veut dire regarde -sous le nez, _miston_, de l'individu.) Le guichetier les répète à ses -camarades qui sont de service aux portes. Lorsqu'il entre un nouveau -prisonnier, on recommande aux guichetiers d'_allumer le miston_, afin -qu'il soit généralement connu et ne puisse se donner pour étranger. - -»A main gauche en entrant dans le guichet est le greffe. Cette pièce -est partagée en deux par des barreaux. Une moitié est destinée aux -écritures, l'autre moitié est le lieu où l'on dépose les condamnés; -c'est là qu'ils ont quelquefois attendu trente-six heures le moment -fatal où l'exécuteur des jugements criminels (que les guichetiers -appellent dans leur langage _tôle_) leur fait subir les redoutables -apprêts de leur supplice[96].» - -[Note 96: Nous reproduisons ici la continuation de ce récit, à la fin -duquel on verra dans quel état tombaient les âmes qui n'étaient point -soutenues par la force surnaturelle de la religion: elles se -dissolvaient pour ainsi dire sous l'excès de la souffrance, et le -sentiment moral, ce soleil des intelligences, s'y éteignait. - -«Du greffe, on entre de plain-pied, en ouvrant toutefois d'énormes -portes, dans des cachots appelés _la Souricière_. Il faudroit plutôt -les nommer _la Ratière_. Un citoyen nommé _Beauregard_, homme aussi -honnête qu'aimable, acquitté par le tribunal révolutionnaire, fut mis -à son arrivée dans ce cachot. Les rats lui mangèrent en différents -endroits sa culotte, sans respect pour son derrière; nombre de -prisonniers ont vu les trous, et il fut obligé de se couvrir toute la -nuit la figure de ses mains pour sauver son nez et ses oreilles. - -»Le jour pénètre à peine dans ces cachots; les pailles dont se compose -la litière des prisonniers, bientôt corrompues par le défaut d'air et -par la puanteur des seaux (en terme de prison _griaches_) où les -prisonniers font leurs besoins, exhalent une infection telle, que dans -le greffe même on est empoisonné lorsqu'on ouvre les portes. - -»En face de la porte d'entrée est le guichet qui conduit à la cour des -femmes, à l'infirmerie, et en général ce qu'on appelle, je ne sais -pourquoi, _le côté des douze_. Nous y reviendrons. - -»A droite, sur deux angles, sont des fenêtres qui éclairent fort -imparfaitement deux cabinets où couchent les guichetiers de garde -pendant la nuit; c'est aussi dans ces cabinets qu'on dépose les femmes -qui ont été condamnées à mort. Entre ces deux angles est un troisième -guichet qui conduit au _préau_; c'est le côté le plus recommandable de -cette prison et le mieux fait pour fixer le regard de l'observateur. -Il faut pour y arriver franchir quatre guichets. On laisse à gauche la -chapelle et la chambre du conseil, deux pièces également remplies de -lits dans ces derniers temps; la seconde étoit occupée par la veuve de -Capet. - -»Je n'entreprendrai point de décrire tous les lieux de cette vaste et -dégoûtante enceinte. Je remarquerai seulement qu'à droite en entrant -dans la cour, à l'extrémité d'une espèce de galerie, est une double -porte, dont l'une entièrement de fer; que ces portes ferment le cachot -surnommé _de la Bûche nationale_ depuis le massacre du mois de -septembre 1792 (vieux style), et que l'on traverse ce cachot pour -arriver dans les salles du palais, au moyen d'un obscur escalier -dérobé et verrouillé dans deux ou trois endroits différents. Les -prisonniers sont à la pistole, ou à la paille, ou dans les cachots. -Ces prisonniers ont un régime différent. Les cachots ne s'ouvrent que -pour donner la nourriture, faire les visites et vider les _griaches_. -Les chambres de la paille ne diffèrent des cachots qu'en ce que leurs -malheureux habitants sont tenus d'en sortir entre huit et neuf heures -du matin. On les fait rentrer environ une heure avant le soleil -couché. Pendant la journée, les portes de leurs cachots sont fermées, -et ils sont obligés de se morfondre dans la cour ou de s'entasser, -s'il pleut, dans les galeries qui l'entourent, où ils sont infectés de -l'odeur des urines, etc. Du reste, mêmes incommodités dans ces -hideuses demeures; point d'air, des pailles pourries. - -»Entassés jusqu'à cinquante dans un même trou, le nez sur leurs -ordures, ils se communiquent les maladies, les malpropretés dont ils -sont accablés. Allez visiter les cachots qui sont pratiqués dans les -grosses tours que vous voyez du quai de l'Horloge, ceux qu'on appelle -_le grand César, Bonbec, Saint-Vincent, Bel-Air_, etc., et dites si la -mort n'est pas préférable à un pareil séjour. - -»Ne croyez pas que les incommodités du logement soient les seules que -les prisonniers aient à supporter; il faudroit pour juger jusqu'à -quelle humiliation, jusqu'à quelle dégradation on peut réduire des -hommes, il faudroit assister à la fermeture des portes et à l'appel -nominal qui la précède. Figurez-vous trois ou quatre guichetiers -ivres, avec une demi-douzaine de chiens en arrêt, tenant en main une -liste incorrecte qu'ils ne peuvent lire. Ils appellent un nom, -personne ne se reconnoît; ils jurent, tempêtent, menacent; ils -appellent de nouveau, on s'explique, on les aide, on parvient enfin à -comprendre qui ils ont voulu nommer. Ils font entrer en comptant le -troupeau, ils se trompent; alors, avec une colère toujours croissante, -ils ordonnent de sortir; on sort, on rentre, on se trompe encore, et -ce n'est quelquefois qu'après trois ou quatre épreuves que leur vue -brouillée parvient enfin à s'assurer que le nombre est complet. - -»Mais quel contraste! Est-ce une bizarrerie de la nature ou un effet -de sa sagesse? La première lueur d'espérance, l'approche d'un plaisir -dissipent en un instant les plus noirs chagrins, les plus cruelles -inquiétudes, et la prison la plus hideuse, l'enfer va se changer en un -temple de Gnide. Vous entendez dans la cour du préau un éternel -bourdonnement, un murmure sombre et les cris effrayants des -guichetiers; ils ont des voix terribles et qui semblent avoir été -faites exprès. Rien n'est plus fatigant que ce bruit et ce spectacle, -si vous pouvez y échapper pour revenir au principal guichet. - -»Après avoir franchi la première grille, j'ai déjà dit qu'il y en a -quatre, vous vous trouvez dans une enceinte formée toute de barreaux -de fer. Lorsque les communications avec l'extérieur subsistoient, -c'est là que les prisonniers de ce côté voyoient leurs connoissances. -Les femmes, dont la sensibilité, le courage plus résolu, l'âme plus -compatissante, plus portée à secourir, à partager le malheur, les -femmes étoient presque les seules qui osassent y pénétrer.... - -»Le guichet d'entrée, occupé de même par les prisonniers du côté des -douze, n'offroit pas un spectacle moins pittoresque. En effet, quoi de -plus singulier pour l'oeil de l'observateur? des femmes et leurs -maris, des maîtresses et leurs amants rangés sur des bancs contre les -murs: les uns s'attendrissent, versent des larmes; d'autres, condamnés -à mort, quelquefois chantent. Par une fenêtre de ces cabinets, on -aperçoit sur un lit de douleur une malheureuse femme veillée par un -gendarme, et qui attend, la pâleur sur le front, l'instant de son -supplice. Des gendarmes remplissent les guichets; ceux-ci conduisent -des prisonniers, dont on délie les mains, et que l'on précipite dans -un cachot; ceux-là demandent d'autres prisonniers pour les transférer, -les lient et les emmènent, tandis qu'un huissier, à l'oeil hagard, à -la voix insolente, donne des ordres, se fâche, et se croit un héros -parce qu'il insulte impunément à des malheureux qui ne peuvent lui -répondre par des coups de bâton. - -»Il n'y a rien d'exagéré dans ce que je viens de dire, et plusieurs -personnes qui sont venues ou ont vécu dans les prisons se rappelleront -d'avoir vu tout cela dans le même moment. - -»J'ai dit que les chiens jouoient un grand rôle dans ces prisons; -cependant un fait que j'ai entendu souvent raconter prouvera que leur -fidélité n'est pas à toute épreuve. Parmi ces chiens, il en est un -distingué par sa taille, sa force et son intelligence. Ce Cerbère se -nomme _Ravage_. Il étoit chargé pendant la nuit de la garde de la cour -du préau. Des prisonniers avoient, pour s'échapper, fait un trou (en -argot, un _housard_); rien ne s'opposoit plus à leur dessein, sinon la -vigilance de _Ravage_ et le bruit qu'il pourroit faire. _Ravage_ se -tait; mais le lendemain matin, on s'aperçut qu'on lui avoit attaché à -la queue un assignat de cent sous avec un petit billet où étoient -écrits ces mots: _On peut corrompre Ravage avec un assignat de cent -sous et un paquet de pieds de mouton_. Ravage promenant et publiant -ainsi son infamie, fut un peu décontenancé par les attroupements qui -se formèrent autour de lui et les éclats de rire qui partoient de tous -côtés. Il en fut quitte, dit-on, pour cette petite humiliation et -quelques heures de cachot. - -»Revenons au côté _des douze_. Ce côté a aussi une cour qu'occupent -les femmes. La partie occupée par les hommes n'a d'autre promenade -qu'un corridor obscur, dans lequel il faut tenir le jour le réverbère -allumé, et un petit vestibule séparé de la cour des femmes par une -grille. Les hommes peuvent parler aux femmes à travers cette grille, -et plus d'une fois les tendres épanchements de l'amour y ont fait -oublier aux malheureux l'horreur de leur demeure. - -»Les chambres des femmes sont aussi divisées en chambres à la pistole -et en chambres à la paille. Les pistoles occupent le premier, les -chambres des _pailleuses_[96-A] sont au rez-de-chaussée, derrière une -arcade; elles sont obscures, humides, et aussi malsaines que -malpropres. Le gouvernement devroit bien s'occuper de les rendre -salubres, en n'oubliant jamais que l'innocence a été forcée de les -habiter. Il faudroit aussi un régime qui ne tendît pas à dégrader les -êtres qui y sont soumis. - -»Il n'y a de ce côté pour les hommes que des chambres a la pistole, -c'est-à-dire que l'on paye le loyer des lits que l'on occupe. Il y a -autant de lits dans une chambre qu'elle en peut contenir. On payoit -d'abord pour un lit 27 livres 12 sous le premier mois et 22 livres 10 -sous les mois suivans. On a réduit ce loyer à 15 livres par mois. Le -même lit a souvent rapporté plusieurs loyers en un mois[96-B]; aussi -la Conciergerie est-elle le premier hôtel garni de Paris quant au -produit. - -»L'un des grands inconvénients de ce côté étoit le voisinage de -l'infirmerie; on y a longtemps vécu au milieu des fièvres les plus -dangereuses. Les malades, entassés deux à deux sur de méchants -grabats, étoient bien ce que la misère humaine peut offrir de plus -déplorable: les médecins daignoient à peine les examiner; il sembloit -qu'il y eût des coeurs faits pour s'endurcir à l'approche du malheur. -Ils avoient une ou deux _ptisannes_ qui étoient, comme on dit, des -selles à tous chevaux, et qu'ils appliquoient à toutes maladies, -encore étoient-elles administrées avec une négligence vraiment -impardonnable. C'étoit une chose curieuse de voir avec quel dédain et -quelle suffisance ils faisoient leurs visites. Un jour, le docteur en -chef s'approche d'un lit et tâte le pouls du malade. «Ah! dit-il, il -est mieux qu'hier.--Oui, citoyen docteur, répond l'infirmier, il est -beaucoup mieux, mais ce n'est pas le même; le malade d'hier est mort, -et celui-ci a pris sa place.--Ah! c'est différent; eh bien, qu'on -fasse la _ptisanne_.» - -»Cette anecdote en rappelle une autre qui eut lieu à peu près dans le -même temps. On se souvient peut-être d'un individu qui se faisoit -appeler _Marat-Mauger_, commissaire du pouvoir exécutif à Nancy et -dans le département de la Meurthe, dénoncé comme ayant usé envers les -citoyens de toutes sortes de vexations. Ce Mauger donna l'exemple le -plus terrible de la manière dont un coquin peut être tourmenté par les -remords. Il rappela les fureurs d'Oreste, et Le Kain auroit pu trouver -en lui un modèle. Attaqué d'une fièvre très-violente, il se levoit sur -son lit, et là, avec des convulsions vraiment effrayantes, et d'une -voix épouvantée, il s'écrioit: «_Voyez-vous dans les ombres de ces -voûtes la main de mon frère? Il écrit en lettres de sang: Tu as mérité -la mort!_» Il périt en effet au milieu des transports de cette -frénésie[96-C]. - -»Il régnoit parmi les prisonniers de ce côté un genre de courage et de -gaieté vraiment remarquable; on ne se fera jamais une idée juste d'une -existence semblable: aussi je n'entreprendrai pas de la dépeindre; je -me contenterai de citer quelques passages de deux lettres de l'un de -ces prisonniers à un ami, et que celui-ci a bien voulu me communiquer: - -«....... Si je vois avec quelque sang-froid le moment où je perdrois -la vie, je le dois surtout au spectacle qui se renouvelle à chaque -instant dans cette maison; elle est l'antichambre de la mort. Nous -vivons avec elle. On soupe, on rit avec des compagnons d'infortune; -l'arrêt fatal est dans leur poche. On les appelle le lendemain au -tribunal; quelques heures après nous apprenons leur condamnation; ils -nous font faire leurs compliments en nous assurant de leur courage. -Notre train de vie ne change point pour cela; c'est un mélange -d'horreur sur ce que nous voyons et d'une gaieté en quelque sorte -féroce, car nous plaisantons souvent sur les objets les plus -effrayants, au point que nous démontrions tous les jours à un nouvel -arrivé de quelle manière cela se fait, par le moyen d'une chaise à qui -nous faisions faire la bascule. Tiens, dans ce moment, en voici un qui -chante: - - Quand ils m'auront guillotiné, - Je n'aurai plus besoin de né. - -»Je dois t'ajouter, pour te prouver combien nous avons de moyens de -nous endurcir, qu'une malheureuse femme condamnée vient de me faire -appeler: «_La source de mes larmes est tarie, m'a-t-elle dit, il ne -m'en est pas échappé une depuis hier soir. La plus sensible des femmes -n'est plus susceptible d'aucun sentiment; les affections qui faisoient -le bonheur de ma vie ont perdu toute leur force. Je ne regrette rien, -et je vois avec indifférence le moment de ma mort._» - -»Cette femme est madame _Lariolette de Tournay_: elle dit avoir -dépensé des sommes énormes pour la cause de la liberté; commissaires -nationaux, généraux, officiers des armées françoises, ont été -accueillis dans sa maison avec autant de distinction que de zèle. Elle -attribue ses malheurs à son mari. Elle s'est fait peindre ces jours-ci -la main appuyée sur une tête de mort; elle a dû lui envoyer ce -portrait. L'allégorie est cruelle si le motif en est vrai!... - -»Les hommes sont trop méchants, trop inutilement atroces, et je ne -regretterois pas une existence aussi pénible et qui ne me présente -qu'un avenir encore plus affreux. Tu vas me croire fou; ma foi, non! - -»Je ne fus jamais si raisonnable; j'apprécie les choses ce qu'elles -valent, et le plus grand bienfait de la nature (la vie, dont tu me -parles dans une de tes lettres), me paroît à moi une corvée fort -incommode, que la nature, si toutefois elle n'est pas une force -aveugle, pouvoit épargner à des êtres qui n'ont pas même assez de -raison pour apercevoir leurs sottises. Je suis si las de vivre parmi -les hommes, que je ne serois pas fâché de les quitter. J'ai déjà, -comme je t'ai dit, essayé l'épreuve; c'est le moment de véritable -calme que j'aie goûté depuis que je suis ici, etc...» - -»C'étoit une chose touchante de voir un nombre de prisonniers prévenus -de délits contre la patrie ne respirer cependant que pour elle et pour -sa liberté.»] - -[Note 96-A: On appelle _pailleux_ et _pailleuses_ ceux et celles qui, -n'ayant pas de moyen de payer le loyer d'un lit, sont obligés de -coucher sur la paille.] - -[Note 96-B: Dans les derniers temps de la tyrannie de Robespierre, -lorsque le tribunal envoyait les victimes à la mort par charretées, -quarante ou cinquante lits étaient occupés tous les jours par de -nouveaux hôtes qui payaient quinze livres pour une nuit, ce qui -donnait par mois un produit de dix-huit à vingt-deux mille livres.] - -[Note 96-C: On honore sa mémoire de cette épitaphe: - - Dans un corps sale et pourri - Gisait une âme épouvantable. - Depuis ce matin, Dieu merci, - Et l'âme et le corps sont au diable.] - -C'est dans cette pièce que Madame Élisabeth avait passé les deux -heures qui avaient précédé son interrogatoire. - -Peut-être sera-t-on disposé à croire qu'entre cet interrogatoire et -le jugement il y eut l'intervalle de temps nécessaire pour que -l'accusée pût réunir ses moyens de défense. Ce serait mal connaître -l'époque révolutionnaire que de céder à une pareille illusion. Madame -de la Fayette[97], si admirable par le caractère aussi énergique que -généreux qu'elle déploya au milieu de ces scènes d'horreur, raconte -qu'ayant été transférée de la Force au collége du Plessis, Haly, -concierge de cette dernière prison, lui dit un jour: «Je sors de chez -Fouquier-Tinville; je l'ai trouvé étendu sur le tapis, pâle, anéanti; -ses filles le caressoient et essuyoient la sueur de son front. Il me -répondit lorsque je lui demandai ses ordres pour la liste du -lendemain: «Laissez-moi, Haly, je n'y suffis pas; quel métier!» Puis, -comme par instinct, il ajouta: «Voyez mon secrétaire; il m'en faut -soixante, n'importe lesquels; qu'il les assortisse[98].» - -[Note 97: Madame de la Fayette, née Noailles, était un modèle de -bienveillance, de piété et de dévouement conjugal. La journée du 15 -octobre 1795 fut un des plus beaux jours de sa vie. Ce jour-là, elle -obtint la faveur de se constituer prisonnière avec ses deux filles -dans les cachots d'Olmutz, auprès de son mari, dont elle partagea la -captivité pendant deux ans. - -Elle mourut à Paris dans la nuit de Noël (25 décembre) 1807, et fut, -selon son désir, inhumée à Picpus, funèbre asile qu'elle avait fondé -avec sa soeur, la marquise de Montaigu. B.] - -[Note 98: _Les prisons en 1793_, par madame la comtesse DE BOHME, née -de Girardin, 1 vol. in-8º, p. 130.] - -On le voit, c'est irrégulièrement et au hasard que l'on tuait dans ce -temps-là. Aussi l'interrogatoire que nous avons donné plus haut n'est -qu'une comédie dérisoire qui ne présente aucune garantie à -l'innocence. - -On n'impute même à l'accusée aucun grief qui lui soit personnel. Elle -est la soeur de Louis XVI, l'amie de Marie-Antoinette: voilà ses -crimes. Si le tribunal est d'avance résolu à tuer la prévenue, la -prévenue sait elle-même, à n'en pas douter, qu'elle n'a pas de justice -à attendre du tribunal. - -Cependant quelqu'un, se disant autorisé par Madame Élisabeth, restée -en réalité étrangère à cette démarche, était allé avertir M. -Chauveau-Lagarde qu'il était désigné pour la défendre. Il se présenta -aussitôt à la prison, afin de s'entretenir avec elle de son acte -d'accusation. On ne lui permit point de lui parler. Il réclama près de -Fouquier-Tinville, qui lui répondit: «Vous ne pouvez la voir -aujourd'hui; rien ne presse: elle ne sera pas jugée de sitôt.» -Cependant, malgré la fausse assertion de Fouquier, le procès de madame -Élisabeth allait bientôt commencer. Je ne sais quel vague -pressentiment, quelle appréhension et quelle anxiété douloureuse -poussèrent le lendemain matin M. Chauveau-Lagarde dans la salle des -assises. Quelle fut sa surprise lorsqu'il aperçut Madame Élisabeth, -vêtue de blanc, environnée d'un grand nombre d'accusés, assise sur le -haut des gradins, où on l'avait placée la première pour la mettre plus -en évidence! Toute conférence avec elle lui était nécessairement -interdite. Elle ignore même sans doute qu'un homme, dans cette -enceinte, se lèvera pour la défendre. Parmi les personnes qu'on lui a -associées, au nombre de vingt-quatre dans l'acte d'accusation, il en -est quelques-unes qu'elle a quelquefois rencontrées à la cour: la -marquise de Sénozan, soeur de Malesherbes; madame de Crussol -d'Amboise; M. de Loménie, ancien ministre de la guerre, et madame de -Montmorin, veuve de l'ancien ministre des affaires étrangères massacré -à l'Abbaye le 2 septembre 1792. La soeur de Louis XVI était inconnue -de presque tous les autres accusés. Cependant, dès le matin, -quelqu'un, dans les corridors de la Conciergerie, ayant prononcé le -nom d'Élisabeth, ce nom, du guichet au greffe, de la prison au préau, -avait couru de bouche en bouche, et l'attention de tous les -prisonniers s'était portée sur elle. La soeur de Louis XVI n'en fut -pas troublée: toujours maîtresse d'elle-même, elle avait tant de -sérénité et de sang-froid qu'elle en communiquait aux âmes les plus -troublées: elle ne songeait qu'à donner des consolations, la paix du -coeur et la grâce de Dieu à ces infortunes sans espoir, pour -lesquelles toutes portes étaient fermées, excepté celle qui ouvrait du -côté du ciel. - -Cependant René-François Dumas, président du tribunal, a ouvert -l'audience; Gabriel Deliége et Antoine-Marie Maire, juges, sont assis -à ses côtés. - -Gilbert Liendon, substitut de l'accusateur public, soutient -l'accusation; Charles-Adrien Legris, greffier, rédige le -procès-verbal. - -Les jurés, au nombre de quinze, sont les citoyens Trinchard, Laporte, -Renaudin, Gravier, Brochet, Auvrest, Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyère, -Prieur, Besnard, Fiévée, Sambat et Desboisseaux. - -Le président Dumas, s'adressant à Madame Élisabeth: - -Quel est votre nom? - -_R._ Élisabeth-Marie. - - * * * * * - -Le _Moniteur_ ne dit pas, mais un grand nombre de personnes présentes -ont raconté qu'à cette première question Madame Élisabeth répondit: -«Je me nomme Élisabeth-Marie de France, soeur de Louis XVI, tante de -Louis XVII, votre Roi.» J'ai connu moi-même une personne digne de foi -qui m'a assuré avoir entendu ces paroles, et j'ai l'intime conviction -qu'elles ont été prononcées. - - * * * * * - -_D._ Votre âge? - -_R._ Trente ans. - -_D._ Où êtes-vous née? - -_R._ A Versailles. - -_D._ Où résidez-vous? - -_R._ A Paris. - -[Illustration: ACTE D'ACCUSATION. - -Antoine-Quentin Fouquier, Accusateur Public du Tribunal -Révolutionnaire, établi à Paris par décret de la Convention nationale -du 10 mars 1793, l'an deuxième de la République, sans aucun recours au -Tribunal de cassation, en vertu du pouvoir à lui donné par l'article -deux d'un autre décret de la Convention du 5 avril suivant, portant: -«Que l'Accusateur Public dudit Tribunal est autorisé à faire arrêter, -poursuivre et juger sur la dénonciation des autorités constituées ou -des citoyens». - -Expose,] - -Le greffier donne lecture de l'acte d'accusation, dont la teneur -suit[99]: - -[Note 99: Nous intercalons à cette page le commencement de ce factum, -reproduisant en _fac-simile_ la pièce imprimée et remplie par -l'écriture autographe de l'accusateur public.] - -«ANTOINE-QUENTIN FOUQUIER, - -»Accusateur public du Tribunal Révolutionnaire établi à Paris par -décret de la Convention Nationale du 10 mars 1793, l'an deuxième de -la République, sans aucun recours au Tribunal de cassation, en vertu -du pouvoir à lui donné par l'article deux d'un autre décret de la -Convention du 5 avril suivant, portant «que l'Accusateur public dudit -Tribunal est autorisé à faire arrêter, poursuivre et juger, sur la -dénonciation des autorités constituées ou des citoyens;» - -»Expose que, par différents arrêtés du comité de sûreté générale de la -Convention, des comités révolutionnaires de différentes sections de -Paris, du département de l'Yonne, et en vertu de mandats d'arrêt -décernés par l'accusateur public, ont été traduits au Tribunal: - - 1º Marie Élisabeth Capet, soeur de Louis Capet, le dernier des - tirans des Français, âgée de trente ans, née à Versailles; - - 2º Anne _Duwaes, veuve de L'aigle_, cy devant marquise, née à - Keisnist, dans la campagne de Westphalie, demeurant à Montagne - belair, cy devant Saint Germain en Laye, département de Seine et - Oise, âgée de cinquante cinq ans; - - 3º Louis Bernardin Leneuf _Sourdeval_, âgé de soixante neuf ans, - né à Caen, ex comte, demeurant actuellement à Chatou, département - de Seine et Oise, avant demeurant dans le district de Caen, - département du Calvados; - - 4º Anne Nicole _Lamoignon_, veuve du cy devant marquis de - _Senozan_, âgée de soixante seize ans, né à Paris, y demeurant; - - 5º Claude Louise Angélique _Bersin_, femme séparée de corps et de - biens, depuis huit ans, de _Crussol d'Amboise_, âgée de soixante - et quatre ans, cy devant marquise, née à Paris, y demeurant; - - 6º Georges _Folloppe_, âgé de soixante quatre ans, officier - municipal de la Commune de Paris et pharmacien, né à Écales Alix, - près d'Yvetot, demeurant à Paris, rue et porte Honoré; - - 7º Denise _Buard_, fille, âgée de cinquante deux ans, vivant de - son bien, née à Paris, y demeurant, rue Florentin, nº 674; - - 8º Louis Pierre Marcel _Letellier_, dit _Bullier_, âgé de 21 ans - et demi, cy devant employé à l'habillement, né à Paris, y - demeurant, rue Florentin, nº 674; - - 9º Charles _Cressy Champmilon_, âgé de trente trois ans, cy - devant noble, ayant servi en qualité de sous lieutenant dans le - cy devant régiment de vieille marine, natif de Courlon, près - Sens, département de l'Yonne, depuis s'annonçant avoir fait le - commerce; - - 10º Théodore _Hall_, âgé de vingt six ans, manufacturier et - négotiant, natif de Sens, y demeurant, département de l'Yonne; - - 11º Alexandre François _Lomenie_, âgé de _trente_ six ans, né à - Marseille, y demeurant, cy devant colonel du régiment des - chasseurs, cy devant Champagne, qu'il a quitté en mil sept cent - quatre vingt dix, ex comte, domicilie à Brienne, et arrêté à Sens - en visite; - - 12º Louis Marie Athanase _Lomenie_, âgé de soixante quatre ans, - né à Paris, ex ministre de la guerre, et depuis la révolution - maire de Brienne[100]; - -[Note 100: Nous possédons quelques pages écrites par lui à la hâte -pour sa défense, et qu'on ne lui donna point le temps de lire devant -le tribunal. Voir aux Pièces justificatives, nº VI.] - - 13º Antoine Hugues Calixte _Montmorin_, âgé de vingt deux ans, né - à Versailles, sous lieutenant dans le cinquième régiment de - chasseurs à cheval, grade dont il a donné sa démission le cinq - septembre mil sept cent quatre vingt douze, demeurant à Passy, - département de l'Yonne; - - 14º Jean Baptiste _Lhoste_, âgé de quarante sept ans, né à - Forges, dans le cy devant Clermontois, agent de Serilly, dont il - étoit le domestique, demeurant à Paris; - - 15º Martial _Lomenie_, ex coadjuteur de l'évêché du département - de l'Yonne, âgé de trente ans, né à Marseille, demeurant à Sens, - ex noble; - - 16º Antoine Jean François _Megret de Serilly_, âgé de quarante - huit ans, né à Paris, cy devant trésorier général de la guerre - jusqu'en mil sept cent quatre vingt sept, et cultivateur depuis - mil sept cent quatre vingt neuf, demeurant à Passy, district de - Sens, département (_sic_); - - 17º Antoine Jean Marie _Megret Détigny_, âgé de quarante six ans, - né à Paris, cy devant sous aide major des cy devant gardes - françaises, qu'il a quitté en mil sept cent quatre vingt sept, ex - noble, demeurant à Sens, département de Lyonne; - - 18º Charles _Lomenie_, âgé de trente trois ans, né à Marseille, - cy devant chevallier de Saint Louis et de Cincinnatus, domiciliée - à Brienne, département de Laube. - - 19º Françoise Gabrielle _Taneffe_, veuve _Montmorin_, ex ministre - des affaires étrangères, née à Chadrin, en Auvergne, département - du Puy de Dôme, âgée de cinquante sept ans, demeurante, lors de - son arrestation, à Passy, département de Lyonne, chez la nommée - Serilly; - - 20º Anne Marie Charlotte _Lomenie_, divorcée de l'émigré Canizy, - âgée de vingt neuf ans, née à Paris, domiciliée à Sens, - département de Lyonne, et à Paris, rue Georges, section du - Mont-Blanc, nº 18; - - 21. Marie Anne Catherine _Rosset_, âgée de quarante quatre ans, - née à Rochefort, département de la Charente, femme de Charles - Christophe Rossel-Cercy, officier de marine émigré, demeurant, - lors de son arrestation, à Sens; - - 22. Élisabeth Jacqueline _Lhermitte_, femme de Rosset, âgée de - soixante cinq ans, née à Paris, demeurant à Sens. Son mari cy - devant lieutenant colonel des carabiniers, maréchal de camp, ex - noble, émigré; - - 23. Louis Claude Lhermitte de Chambertrand, âgé de soixante ans, - né à Sens, y demeurant, prêtre et ex chanoine de la cy devant - cathédrale de Sens, ex noble; - - 24. Anne Marie Louise _Thomas, f{e} Serilly_, âgée de trente un - ans, née à Paris, demeurant à Passy, département de Lyonne; - - 25. Et Jean Baptiste _Dubois_, âgé de quarante un ans, né à - Merfy, district de Reims, département de la Marne, domestique - d'Étigny, qui demeurait chez sa mère, vieille rue du Temple; - -»Que c'est à la famille des Capets que le peuple français doit tous -les maux sous le poids desquels il a gémi pendant tant de siècles. - -»C'est au moment où l'excès de l'oppression a forcé le peuple de -briser ses chaînes, que toute cette famille s'est réunie pour le -plonger dans un esclavage plus cruel encore que celui dont il vouloit -sortir. Les crimes de tous genres, les forfaits amoncelés de Capet, de -la Messaline Antoinette, des deux frères Capet et d'Élisabeth, sont -trop connus pour qu'il soit nécessaire d'en retracer ici l'horrible -tableau. Ils sont écrits en caractères de sang dans les annalles de la -révolution, et les atrocités inouies exercées par les barbares émigrés -ou les sanguinaires satellites des despotes, les meurtres, les -incendies, les ravages enfin, ces assassinats inconnus aux monstres -les plus féroces, qu'ils commettent sur le territoire français, sont -encore commandés par cette détestable famille, et pour livrer de -nouveau une grande nation au despotisme et aux fureurs de quelques -individus. - -»Élisabeth a partagé tous ses crimes: elle a coopéré à toutes les -trames, à tous les complots formés par ses infâmes frères, par la -scéleratte et impudique Antoinette, et toute la horde des -conspirateurs qui s'étoient réunis autour d'eux; elle est associée à -tous leurs projets; elle encourage les assassins de la patrie, les -complots de juillet mil sept cent quatre vingt neuf, la conjuration du -six octobre suivant, dont les Destaing et les Villeroy, et d'autres -qui viennent d'être frappés du glaive de la loi, étoient les agents; -enfin toute cette chaîne non interrompue de conspirations, pendant -quatre ans entiers, ont été suivis et secondés de tous les moyens qui -étoient au pouvoir d'Élisabeth. C'est elle qui, au mois de juin mil -sept cent quatre vingt onze, fait passer les diamants, qui étoient une -propriété nationale, a l'infâme d'Artois, son frère, pour le mettre en -état d'exécuter les projets concertés avec lui, et soudoyer des -assassins contre la patrie: c'est elle qui entretient avec son autre -frère, devenu aujourdhuy l'objet de la dérision, du mépris des -despotes coalisés chez lesquels il est allé déposer son imbécille et -lourde nullité, la correspondance la plus active; c'est elle qui -vouloit, par l'orgueil et le dédain le plus insultant, avilir et -humilier les hommes libres qui consacroient leur temps à garder leur -tyran; c'est elle enfin qui prodiguoit des soins aux assassins envoyés -aux Champs élisées par le despote provoquer les braves Marseillois, et -pansoit les blessures qu'ils avoient reçues dans leur fuite -précipitée. - -»Élisabeth avoit médité avec Capet et Antoinette le massacre des -citoyens de Paris dans l'immortelle journée du dix aoust. Elle -veilloit dans l'espoir d'être témoin de ce carnage nocturne. Elle -aidoit la barbare Antoinette a mordre des balles, et encourageoit par -ses discours des jeunes personnes que des prêtres fanatiques avoient -conduites au château pour cette horrible occupation. Enfin, trompée -dans l'espoir que toute cette horde de conspirateurs avoit que tous -les citoyens se présenteroient pendant la nuit pour renverser la -tyrannie, elle fuit au jour avec le tyran et sa femme, et va attendre -dans le temple de la souveraineté nationale que la horde d'esclaves -soudoyés et dévoués aux forfaits de cette cour parricide aye noyé dans -le sang des citoyens la liberté, et lui aye fourni les moyens -d'égorger ensuite ces représentants, au milieu desquels ils avoient -été chercher un asile. - -»Enfin on l'a vu, depuis le supplice mérité du plus coupable des -tyrans qui ait déshonoré la nature humaine, provoquer le -rétablissement de la tyrannie en prodiguant avec Antoinette au fils de -Capet les hommages de la royauté et les prétendus honneurs du -throne[101].» - -[Note 101: Voir, p. 205, la liste des coaccusés de Madame Élisabeth.] - - * * * * * - -En vérité, on se demande si l'on rêve quand on lit ce libelle de -Fouquier, où les arguments sont des sophismes, où les épithètes sont -des injures, où les faits relatés sont des mensonges. Mais on se -souvient que si un tel accusateur pouvait les imaginer, et si un tel -tribunal était digne de les entendre, Madame Élisabeth aussi était -capable de les pardonner. - - * * * * * - - _Procès-verbal de la séance du tribunal révolutionnaire, établi - par la loi du 10 mars 1793, et en vertu de la loi du 5 avril de - la même année, séant à Paris, au palais de justice._ - -Du vingt et un floréal de l'an second de la République françoise, dix -heures du matin. - -L'audience ouverte au public, le tribunal, composé des citoyens -René-François Dumas, président; Gabriel Deliége et Antoine-Marie -Maire, juges; de Gilbert Lieudon, adjoint de l'accusateur public, et -Charles-Adrien Legris, commis greffier. - -Sont entrés: - -Les citoyens Trinchard, Laporte, Renaudin, Gravier, Brochet, Auvrest, -Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyer, Prieur, Besnard, Fiévée, Sambatz et -Desboisseaux, jurés de jugement; ensuite ont été introduits à la -barre, libres et sans fers, et placés de manière qu'ils étoient vus et -entendus du tribunal et des auditeurs: Élisabeth Capet; Anne Duwaes, -veuve de l'Aigle; Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval; Anne-Nicole -Lamoignon, veuve Sénozan; Georges Foloppe, Denise Buard, -Louis-Pierre-Marcel Le Tellier, et dix-huit autres ci-après nommés, -accusés; et aussi les citoyens Chauveau, la Fleutrie, Boutroux, -Duchâteau, Julienne, Sezille, leurs conseils et défenseurs officieux, -qui ont prêté le serment de n'employer que la vérité dans la défense -des accusés, et de se comporter avec décence et modération; ensuite -les témoins de l'accusateur public ont été pareillement introduits. - -Le président, en présence de tout l'auditoire, composé comme -ci-dessus, a fait prêter auxdits jurés, à chacun individuellement, le -serment suivant: «Citoyen, vous jurez et promettez d'examiner avec -l'attention la plus scrupuleuse les charges portées contre les -dénommés, accusés présents devant vous (ci-devant nommés), de ne -communiquer avec personne jusqu'après votre déclaration; de n'écouter -ni la haine ou la méchanceté, ni la crainte ou l'affection; de vous -décider d'après les charges et moyens de défense, et suivant votre -confiance et votre intime conviction, avec l'impartialité et la -fermeté qui conviennent à un homme libre.» Après avoir prêté ledit -serment, lesdits jurés se sont placés sur leurs siéges dans -l'intérieur de l'auditoire, en face des accusés et des témoins. - -Le président a dit aux accusés qu'ils pouvoient s'asseoir; après quoi -il leur a demandé leurs nom, âge, profession, demeure, et le lieu de -leur naissance. - -A quoi ils ont répondu se nommer Élisabeth Capet, soeur de Louis -Capet, dernier tyran des François, demeurant à Paris. - -2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, âgée de -cinquante-cinq ans, née à Keisnith, en Allemagne, demeurant à la -montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, département de -Seine-et-Oise. - -3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, âgé de soixante-neuf ans, etc. - -[Suit la liste, voir page 205.] - -Le président a averti les accusés d'être attentifs à ce qu'ils -alloient entendre, et il a ordonné au greffier de lire l'acte -d'accusation. Le greffier a fait ladite lecture, ainsi que la loi -relative aux faux témoins, à haute et intelligible voix. Le président -a dit aux accusés: «Voilà de quoi vous êtes accusés; vous allez -entendre les charges qui vont être produites contre vous.» - -Le témoin présenté par l'accusateur public et assigné à sa requête a -été introduit en l'audience, et après avoir entendu la lecture faite -par le greffier, s'est retiré. - -Le président a ensuite fait appeler le témoin pour faire sa -déclaration, et avant de la faire il lui a fait prêter le serment -suivant: «Tu jures et promets de parler sans haine, sans crainte, de -dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité»; ensuite il lui a -demandé s'il est parent, ami, allié, serviteur ou domestique des -accusés ou de l'accusateur public; si c'est des accusés présents -devant lui, qu'il lui a fait examiner, qu'il entend parler; s'il les -connoissoit avant le fait qui a donné lieu à l'accusation, à quoi il a -répondu de la manière et ainsi qu'il suit: - -La citoyenne Marie Bocage, femme Journaud, âgée de trente-trois ans, -née à la montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, -domestique, demeurant audit lieu, connoît l'accusée veuve de l'Aigle; -n'est parente, dépose, etc. - -Le président fait les questions suivantes à Madame Élisabeth: - -Où étiez-vous dans les journées des 12, 13 et 14 juillet 1789, -c'est-à-dire aux époques des premiers complots de la cour contre le -peuple? - -J'étois dans le sein de ma famille. Je n'ai connu aucun des complots -dont vous me parlez; ce sont des événements que j'étois loin de -prévoir et de seconder. - -Lors de la fuite du tyran, votre frère, à Varennes, ne l'avez-vous pas -accompagné? - -Tout m'ordonnoit de suivre mon frère, et je m'en suis fait un devoir -dans cette occasion comme dans toute autre. - -N'avez-vous pas figuré dans l'orgie infâme et scandaleuse des gardes -du corps, et n'avez-vous pas fait le tour de la table avec -Marie-Antoinette pour faire répéter à chacun des convives le serment -affreux d'exterminer les patriotes pour étouffer la liberté dans sa -naissance et rétablir le trône chancelant? - -J'ignore absolument si l'orgie dont il s'agit a eu lieu, mais je -déclare n'en avoir été aucunement instruite. - -Vous ne dites pas la vérité, et votre dénégation ne peut vous être -d'aucune utilité, lorsqu'elle est démentie d'une part par la notoriété -publique, et de l'autre par la vraisemblance qui persuade à tout homme -sensé qu'une femme aussi intimement liée que vous l'étiez avec -Marie-Antoinette, et par les liens du sang et par ceux de l'amitié la -plus étroite, n'a pu se dispenser de partager ses machinations, d'en -avoir eu communication et de les avoir favorisées de tout son pouvoir; -vous avez nécessairement, d'accord avec la femme du tyran, provoqué le -serment abominable prêté par les satellites de la cour, d'assassiner -et anéantir la liberté dans son principe; vous avez également provoqué -les outrages sanglants faits au signe précieux de la liberté, la -cocarde tricolore, en la faisant fouler aux pieds par tous vos -complices? - -J'ai déjà déclaré que tous ces laits m'étoient étrangers, je n'y dois -point d'autre réponse. - -Où étiez-vous dans la journée du 10 août 1792? - -J'étois au château, ma résidence ordinaire et naturelle depuis quelque -temps. - -N'avez-vous pas passé la nuit du 9 au 10 août dans la chambre de votre -frère, et n'avez-vous pas eu avec lui des conférences secrètes qui -vous ont expliqué le but, le motif de tous les mouvements et -préparatifs qui se faisoient sous vos yeux? - -J'ai passé chez mon frère la nuit dont vous me parlez; jamais je ne -l'ai quitté; il avoit beaucoup de confiance en moi, et cependant je -n'ai rien remarqué dans sa conduite ni dans ses discours qui pût -m'annoncer ce qui s'est passé depuis. - -Mais votre réponse blesse à la fois la vérité et la vraisemblance, et -une femme comme vous, qui a manifesté dans tout le cours de la -révolution une opposition aussi frappante au nouvel ordre de choses, -ne peut être crue lorsqu'elle veut faire croire qu'elle ignore la -cause des rassemblements de toute espèce qui se faisoient au château -la veille du 10 août. Voudriez-vous nous dire ce qui vous a empêchée -de vous coucher la nuit du 9 au 10 août? - -Je ne me suis pas couchée parce que les corps constitués étoient venus -faire part à mon frère de l'agitation, de la fermentation des -habitants de Paris, et des dangers qui pouvoient en résulter. - -Vous dissimulez en vain, surtout d'après les différents aveux de la -femme Capet, qui vous a désignée comme ayant assisté à l'orgie des -gardes du corps, comme l'ayant soutenue dans ses craintes et ses -alarmes du 10 août sur les jours de Capet et de tout ce qui pouvoit -l'intéresser. Mais ce que vous nieriez infructueusement, c'est la part -active que vous avez prise à l'action qui s'est engagée entre les -patriotes et les satellites de la tyrannie; c'est votre zèle et votre -ardeur à servir les ennemis du peuple, à leur fournir des balles que -vous preniez la peine de mâcher, comme devant être dirigées contre les -patriotes, comme destinées à les moissonner. Ce sont les voeux bien -publics que vous faisiez pour que la victoire demeurât au pouvoir des -partisans de votre frère, les encouragements en tout genre que vous -donniez aux assassins de la patrie: que répondez-vous à ces derniers -faits? - -Tous ces faits qui me sont imputés sont autant d'indignités dont je -suis bien loin de m'être souillée. - -Lors du voyage de Varennes, n'avez-vous pas fait précéder l'évasion -honteuse du tyran de la soustraction des diamants dits de la couronne, -appartenant alors à la nation, et ne les avez-vous pas envoyés à -d'Artois? - -Ces diamants n'ont pas été envoyés à d'Artois; je me suis bornée à les -déposer entre les mains d'une personne de confiance. - -Voudriez-vous désigner le dépositaire de ces diamants, nous le nommer? - -M. de Choiseul est celui que j'avois choisi pour recevoir ce dépôt. - -Que sont devenus les diamants que vous dites avoir confiés à Choiseul? - -J'ignore absolument quel a pu être le sort de ces diamants, n'ayant -pas eu l'occasion de voir M. de Choiseul; je n'en ai point eu -d'inquiétude et je ne m'en suis nullement occupée. - -Vous ne cessez d'en imposer sur toutes les interpellations qui vous -sont faites, et singulièrement sur le fait des diamants; car un -procès-verbal du 12 septembre 1792, bien rédigé en connoissance de -cause par les représentants du peuple lors de l'affaire relative au -vol de ces diamants, constate d'une manière sans réplique que ces -diamants ont été envoyés à d'Artois. N'avez-vous pas entretenu des -correspondances avec votre frère, le ci-devant Monsieur? - -Je ne me rappelle pas d'en avoir entretenu, surtout depuis qu'elles -sont prohibées. - -N'avez-vous pas donné des soins en pansant vous-même les blessures des -assassins envoyés aux Champs-Élysées par votre frère contre les braves -Marseillois? - -Je n'ai jamais su que mon frère eût envoyé des assassins contre qui -que ce soit; s'il m'est arrivé de donner des secours à quelques -blessés, l'humanité seule a pu me conduire dans le pansement de leurs -blessures; je n'ai point eu besoin de m'informer de la cause de leurs -maux pour m'occuper de leur soulagement; je ne m'en fais pas un -mérite, et je ne m'imagine pas que l'on puisse m'en faire un crime! - -Il est difficile d'accorder ces sentiments d'humanité dont vous vous -parez avec cette joie cruelle que vous avez montrée en voyant couler -des flots de sang dans la journée du 10 août. Tout nous autorise à -croire que vous n'êtes humaine que pour les assassins du peuple, et -que vous avez toute la férocité des animaux les plus sanguinaires pour -les défenseurs de la liberté; loin de secourir ces derniers, vous -provoquiez leur massacre par vos applaudissements; loin de désarmer -les meurtriers du peuple, vous leur prodiguiez à pleines mains les -instruments de la mort à l'aide desquels vous vous flattiez, vous et -vos complices, de rétablir le despotisme et la tyrannie. Voilà -l'humanité des dominateurs des nations, qui de tout temps ont sacrifié -des millions d'hommes à leurs caprices, à leur ambition et à leur -cupidité! L'accusée Élisabeth, dont le plan de défense est de nier -tout ce qui est à sa charge, aura-t-elle la bonne foi de convenir -qu'elle a bercé le petit Capet dans l'espoir de succéder au trône de -son père, et qu'elle a ainsi provoqué la royauté? - -Je causois familièrement avec cet infortuné, qui m'étoit cher à plus -d'un titre, et je lui administrois en conséquence les consolations qui -me paroissoient capables de le dédommager de la perte de ceux qui lui -avoient donné le jour. - -C'est convenir en d'autres termes que vous nourrissiez le petit Capet -des projets de vengeance que vous et les vôtres n'avez cessé de former -contre la liberté, et que vous vous flattiez de relever les débris -d'un trône brisé en l'inondant du sang des patriotes! - - * * * * * - -Le président procède ensuite à l'interrogatoire des autres accusés, -interrogatoire qui se borne à quelques questions insignifiantes. Le -_Moniteur_, et après lui les historiens, ne font aucune mention des -paroles du défenseur de Madame Élisabeth; et ce silence semblerait -annoncer que Madame Élisabeth ne fut pas défendue. Cependant si le -débat fut rapide, si tout rapport entre l'accusée et son défenseur a -été matériellement interdit, il est notoire que Chauveau-Lagarde se -leva après l'interrogatoire, et fit entendre une courte plaidoirie, -dont il nous a donné lui-même la substance: - -«Je fis observer, dit-il, qu'il n'y avoit au procès qu'un protocole -banal d'accusation, sans pièces, sans interrogatoire, sans témoins, et -que par conséquent, là où il n'existoit aucun élément légal de -conviction, il ne sauroit y avoir de conviction légale. - -»J'ajoutai qu'on ne pouvoit donc opposer à l'auguste accusée que ses -réponses aux questions qu'on venoit de lui faire, puisque c'étoit dans -ces réponses elles seules que tous les débats consistoient; mais que -ces réponses elles-mêmes, loin de la condamner, devoient au contraire -l'honorer à tous les yeux, puisqu'elles ne prouvoient rien autre chose -que la bonté de son coeur et l'héroïsme de son amitié. - -»Puis, après avoir développé ces premières idées, je finis en disant -qu'au lieu d'une défense je n'aurois plus à présenter pour Madame -Élisabeth que son apologie; mais que dans l'impuissance où j'étois -d'en trouver une qui fût digne d'elle, il ne me restoit plus qu'une -seule observation à faire: c'est que la Princesse qui avoit été à la -cour de France le plus parfait modèle de toutes les vertus ne pouvoit -pas être l'ennemie des François. - -»Il est impossible de peindre la fureur avec laquelle Dumas -m'apostropha, en me reprochant d'avoir eu _l'audace de parler_ de ce -qu'il appeloit _les prétendues vertus de l'accusée, et d'avoir ainsi -corrompu la morale publique_. Il fut aisé de s'apercevoir que Madame -Élisabeth, qui jusqu'alors étoit restée calme et comme insensible à -ses propres dangers, fut émue de ceux auxquels je venois de -m'exposer.» - -Après que l'accusateur public et les défenseurs ont été entendus, le -président déclare les débats fermés; il fait le résumé du procès, je -dois dire des différents procès, car il y en avait autant que -d'accusés; puis il remet au président du jury l'écrit suivant, servant -de préambule à une question qui est uniformément la même pour chacun -des accusés: - -«Il a existé des complots et conspirations formés par Capet, sa femme, -sa famille, ses agents et ses complices, par suite desquels des -provocations à la guerre extérieure de la part des tyrans coalisés, à -la guerre civile dans l'intérieur, ont été formées, des secours en -hommes et en argent ont été fournis aux ennemis, des troupes ont été -rassemblées, des dispositions ont été faites, des chefs nommés pour -assassiner le peuple, anéantir la liberté et rétablir le despotisme. - -»Anne-Élisabeth Capet est-elle complice de ces complots?» - -Les jurés, après quelques minutes de délibération, rentrent à la salle -d'audience, et donnent une déclaration affirmative contre Madame -Élisabeth et les autres accusés. - -Vu par le tribunal révolutionnaire l'acte d'accusation dressé par -l'accusateur public près icelui, - -1. Contre Élisabeth Capet, soeur de Louis Capet, dernier tyran des -François, née à Paris, y demeurant; - -2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, âgée de -cinquante-cinq ans, née à Keisnith, en Allemagne, demeurant à la -montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, département de -Seine-et-Oise. - -3. Louis Bernardin Leneuf Sourdeval, etc.... - -[Suit la liste des 25 accusés précédemment donnée.] et dont la teneur -suit: - -Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public, etc., expose, etc. - -[Répétition de l'acte d'accusation.] - -L'ordonnance de prise de corps rendue par le tribunal ledit jour -contre Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, Louis-Bernardin -Leneuf Sourdeval, etc.... - -[Suit la liste des 25 accusés.] - -Le procès-verbal d'écrou et remise de leurs personnes en la maison de -justice de la Conciergerie, aussi du même jour; et la déclaration du -juré du jugement faite individuellement et à haute et intelligible -voix en l'audience publique du tribunal, portant «qu'il a existé des -complots et conspirations formés par Capet, etc.» - -[Ici répétition de l'ordonnance de prise de corps rendue par le -tribunal.] - -Qu'il est constant que - -Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle; Louis-Bernardin Leneuf -Sourdeval, etc., - -[Liste des 25.] - -sont convaincus d'être complices de ces complots; - -Le tribunal, après avoir entendu l'accusateur public sur l'application -de la loi, condamne Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve _de l'Aigle_; -Louis-Bernard _Leneuf Sourdeval_, Anne-Nicole _Lamoignon, veuve -Sénozan_; Claude-Louise-Angélique _Bersin, femme Crussol d'Amboise_; -Georges _Foloppe_, Denise _Buard_, Louis-Pierre-Marcel _Letellier, -dit Bullier_; Charles _Cressy-Champmilon_, Théodore _Hall_, -Alexandre-François _Loménie_, Louis-Marie-Athanase _Loménie_, -Antoine-Hugues-Calixte _Montmorin_, Jean-Baptiste _l'Hoste_, Martial -_Loménie_, Antoine-Jean-François _Mégret-Sérilly_, Antoine-Jean-Marie -_Mégret-d'Étigny_, Charles _Loménie_, Françoise-Gabrielle _Taneff, -veuve Montmorin_; Anne-Marie-Charlotte _Loménie, femme divorcée de -l'émigré Canilly_; Marie-Anne-Catherine _Rosset, femme Rosset-Cercy_; -Élisabeth Jacqueline _l'Hermite, femme Rosset_; Louis-Claude -_l'Hermite-Chambertrand_; Anne-Marie-Louise _Thomas, femme -Mégret-Sérilly_, et Jean-Baptiste _Dubois_, À LA PEINE DE MORT, -conformément à l'article quatre de la première section du titre -premier de la deuxième partie du Code pénal, dont a été fait lecture, -et lequel est ainsi conçu: «Toute manoeuvre, toute intelligence avec -les ennemis de la France tendant soit à faciliter leur entrée dans les -dépendances de l'empire françois, soit à leur livrer des villes, -forteresses, ports, vaisseaux, magasins ou arsenaux appartenant à la -France, soit à leur fournir des secours en soldats, argent, vivres ou -munitions, soit à favoriser d'une manière quelconque le progrès de -leurs armes sur le territoire françois ou contre nos forces de terre -ou de mer, soit à ébranler la fidélité des officiers, soldats et des -autres citoyens envers la nation françoise, seront punis de mort», et -encore en conformité de l'article deux de la seconde section du titre -premier de la seconde partie du Code pénal, dont a été pareillement -fait lecture, et lequel est ainsi conçu: «Toutes conspirations et -complots tendant à troubler l'État par une guerre civile en armant les -citoyens les uns contre les autres ou contre l'exercice de l'autorité -légitime, seront punis de mort»; - -Déclare les biens desdits Élisabeth Capet, veuve de l'Aigle, Leneuf -Sourdeval, etc., - -[Suit la liste.] - -acquis à la République. En conséquence de l'article deux du titre -deux de la loi du dix mars mil sept cent quatre-vingt-treize (vieux -style), dont a été aussi fait lecture, et lequel est ainsi conçu: «Les -biens de ceux qui seront condamnés à la peine de mort seront acquis à -la République, sauf à pourvoir à la subsistance des veuves, enfants, -s'ils n'ont pas de biens d'ailleurs», - -Ordonne qu'à la diligence de l'accusateur public le présent jugement -sera exécuté dans les vingt-quatre heures sur la place de la -Révolution de cette ville, et qu'il sera imprimé, lu, publié et -affiché dans toute l'étendue de la République. - -Fait et prononcé en l'audience publique du tribunal le vingt et unième -jour de floréal, l'an deuxième de la République françoise une et -indivisible, par les citoyens René-François Dumas, président; Gabriel -Deliége et Antoine-Marie Maire, juges, qui ont signé le présent -jugement avec le greffier. - -[Illustration: Signatures.] - -En conséquence, ils sont tous condamnés à mort. Comme nos lecteurs ont -pu le remarquer, les noms de dix femmes figuraient dans l'acte -d'accusation. Une d'elles, quoique enceinte, avait refusé de se -soustraire, par sa déclaration, au sort commun. Madame Élisabeth fait -avertir les juges, et la sauve[102]. - -[Note 102: Cejourdhuy vingt un floréal, l'an deuxième de la -République, sur l'avis à nous donné par l'accusateur public qu'une des -condamnées par jugement du tribunal de cejourd'huy avoit des -déclarations à faire, nous Pierre André Coffinhal, juge du tribunal, -en présence de Michel Nicolas Gribauval, l'un des substituts de -l'accusateur public, et assisté de Anne Ducray, commis greffier, nous -sommes transporté au greffe de la maison d'arrêt de la Conciergerie, -où nous avons mandé et fait venir par devant nous la nommée Anne Marie -Louise Thomas, femme Serilly, âgée de trente un ans, condamnée à la -peine de mort par jugement du tribunal de cejourdhuy, laquelle nous a -déclaré quelle étoit enceinte d'environ six semaines, de laquelle -déclaration lui avons donné acte; en conséquence et ouy l'accusateur -public, disons quelle sera vue et visitée à l'instant par les -officiers de santé assermentés près le tribunal, pour, après leur -rapport sur l'état deladitte f{e} Serilly, être par l'accusateur -public requis et par le tribunal ordonné ce qu'il appartiendra. - -De ce que dessus avons dressé le présent procès verbal, que nous avons -signé avec laditte f{e} Serilly, l'accusateur public et le commis -greffier. - - GRIBAUVAL, subst. DUCRAY. THOMAS SERILLY. COFFINHAL. - - * * * * * - -Nous, officiers de santé assermentés au tribunal criminel -révolutionnaire, assiste de la citoyene Paquin, femme sage, pour le -tribunal; - -Sur la réquisitoire de laqusateur publique, nous nous sommes -transporte en la maison dite de la Conciergerie pour y voir et visiter -la nomé Anne Marie Louise Thomas, femme Cerilly, condanné à mort -cejourdhuy par jugement dudit tribunal, afin dy constater létat de -grossesse de six semaine, conformément à sa déclaration. - -Après la visite la plus scrupuleuse tant des parties intérieures -questerieure, nous avons trouvée le col de la matrice très bas et dure -et gonflé, le ventre tendue et gonflé, les seins douloureux et peu -élevé; nous ayant répondue sur les diférentes questions que nous lui -avons faite sur son état, quel avoit éprouvé quelque uns des simptomes -et accident qu'éprouvent ordinairements les femmes dans le -commencement de leurs grossesse. Nous avons reconue que tout ces -signes annonçoient bien un commencement de grossesse, que depuis près -de deux mois elle n'avoit pas ses règles. Mais comme tout ces signes -et simptomes souvent en imposent et ne sont pas sufisans pour porter -un jugement définitif, nous renvoyons a un termes plus éloigné, qui -est le cinquième mois, ou la nature n'y les simptomes ne peuvent plus -en imposer. A Paris, ce vingt un floréal de l'an deux de la République -françoise une et indivisible. - - PAQUIN, veuve PRIOUX. BAVARD. - - * * * * * - -_Tribunal révolutionnaire._ - -Vu par le tribunal révolutionnaire établi par la loi du 10 mars 1793, -sans recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des pouvoirs -délégués au tribunal par la loi du cinq avril de la même année, séant -au Palais de justice, à Paris, la déclaration faite par Anne Marie -Louise Thomas, femme Serilly, le vingt-un floréal présent mois, -l'ordonnance du tribunal étant ensuite; ensemble le rapport des -officiers de santé et matrone assermentés; ensemble le réquisitoire de -l'accusateur public; tout considéré, - -Le tribunal assemblé en la chambre du conseil, attendu l'incertitude -sur l'état actuel de la femme Serilly, résultant du rapport des -officiers de santé du tribunal, ordonne qu'il sera surcis à -l'exécution du jugement dujourdhuy à l'égard de la femme Serilly, -jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné. - -Fait et jugé en la chambre du conseil, le vingt deux floréal l'an -deuxième de la République, par les citoyens Subleyrac, vice président, -Denizot, Ardouin, Deliége et Maire, juges, qui ont signé le présent -jugement avec le commis greffier. - - SUBLEYRAC. - DENIZOT. A. M. MAIRE. ARDOUIN. - DELIÉGE. - -_Nota_. Anne-Marie-Louise Thomas, femme Megret-Serilly, fut transférée -à l'Évêché, d'où elle fut mise en liberté après le 9 thermidor. B.] - -Les mots de _peine de mort_ et d'_exécution dans les vingt-quatre -heures_ avaient produit un léger mouvement sur les bancs où sont assis -les accusés. Mais ces mots, Madame Élisabeth les a entendus sans -changer de visage. Oublieuse d'elle-même, sa pensée, qui est toute en -Dieu, se reporte sur ceux qu'on a associés à sa condamnation, et avec -lesquels elle est ramenée pour quelques instants à la Conciergerie. - -Au moment où elle sortait du tribunal, Fouquier dit au président: «Il -faut avouer cependant qu'elle n'a pas poussé une plainte.--De quoi se -plaindroit-elle donc, Élisabeth de France[103]? répondit Dumas avec -une gaieté ironique. Ne lui avons-nous pas formé aujourd'hui une cour -d'aristocrates digne d'elle? Et rien ne l'empêchera de se croire -encore dans les salons de Versailles quand elle va se voir, au pied de -la sainte guillotine, entourée de toute cette fidèle noblesse[104].» - -[Note 103: Cette expression ironique _Élisabeth de France_ dans la -bouche de Dumas, en rappelant la réponse qu'elle lui a faite elle-même -quand il lui a demandé son nom, apporte, ce me semble, une grande -force à l'opinion que j'ai émise plus haut. B.] - -[Note 104: Ces détails ont été affirmés par des membres du jury et par -des spectateurs présents au jugement; M. Georges Duval, qui les tenait -d'eux, les rapporte dans ses _Souvenirs thermidoriens_.] - -Ces vingt-quatre personnes marquées pour l'échafaud, défilant -lentement sous de longues voûtes au milieu des spectateurs, qui, pour -les voir passer, se rangent en haie avec une inconcevable avidité, -sont conduites dans la salle des condamnés à mort pour y attendre le -bourreau. Cette salle, longue, étroite, obscure, n'est séparée du -greffe que par une porte et une cloison vitrées, et n'a pour tout -mobilier que des bancs de bois adossés à la muraille. - -Réunie à ces infortunés, qu'elle regarde comme autant d'amis qui -doivent l'accompagner au Ciel, Madame Élisabeth a bientôt pris au -milieu d'eux la place qui lui appartient: elle leur parle avec un -calme et une douceur inexprimables; elle domine leurs tortures morales -par la sérénité de son regard, par la tranquillité de son maintien, -par l'ascendant de sa parole. Telle nous l'avons vue à Versailles, à -Montreuil, au milieu de ses amies dévouées qui faisaient le charme de -sa vie, s'oubliant pour ne songer qu'à elles, prenant intérêt à tout -ce qui les intéressait, et ne laissant jamais échapper l'occasion de -jeter dans leur âme une de ces semences évangéliques que récolte le -divin Moissonneur, telle nous la retrouvons dans ces dernières heures -à la Conciergerie, au milieu des victimes qui doivent l'accompagner à -l'échafaud, aussi douce, aussi aimable, aussi calme, mais le front -déjà rayonnant de l'auréole de son martyre. - -Elle excite leur confiance en Celui qui couronne les épreuves -supportées avec courage, les sacrifices saintement accomplis. Sous -cette parole pénétrante, Madame de Sénozan, la plus âgée des -vingt-cinq victimes, se rassure, et offre à Dieu le peu qui lui reste -de vie avec la même facilité que MM. de Montmorin et Bullier, ces deux -jeunes gens de vingt ans, font l'abandon des longues perspectives -ouvertes devant eux dans le temps. M. de Loménie, ancien ministre de -la guerre et maire de Brienne, que n'ont pu sauver les vives -réclamations des communes voisines de cette ville, s'indignait avec -une sorte d'exaltation, non pas d'être condamné, mais de se voir -imputer à crime, par Fouquier, les témoignages d'affection et de -gratitude que lui ont conquis les services rendus par lui à son -département. Madame Élisabeth s'approche de lui, et lui dit avec -douceur: «S'il est beau de mériter l'estime de ses concitoyens, croyez -qu'il est encore plus beau de mériter la clémence de Dieu. Vous avez -montré à vos compatriotes à faire le bien: vous leur montrerez comment -on meurt quand on a la conscience en paix[105].» - -[Note 105: Nous devons ces détails au sieur Ferry, garçon de bureau -(en 1825) au département des beaux-arts, qui les tenait du sieur -Geoffroy, son oncle, gardien (en 1794) de la maison d'arrêt de la -Folie-Renaud, lequel se trouvait à cette heure à la Conciergerie, où -il venait, selon l'usage, faire le dépôt de la défroque des -suppliciés.] - -Madame de Montmorin, dont presque toute la famille a été mise à mort -par la révolution, ne peut se faire à l'idée de l'immolation de son -fils; celui-ci la rassure avec le courage et la tendresse du -dévouement filial. Le sacrifice exigé semble impossible à cette mère -désespérée: «Je veux bien mourir, dit-elle en sanglotant, mais je ne -puis le voir mourir.--Vous aimez votre fils, lui dit alors Madame -Élisabeth, et vous ne voulez pas qu'il vous accompagne! Vous allez -trouver les félicités du Ciel, et vous voulez qu'il demeure sur cette -terre, où il n'y a aujourd'hui que tourments et douleurs!» Sous -l'impression de ces paroles, le coeur de madame de Montmorin s'ouvre à -un rayon d'extase; ses fibres se détendent, ses larmes coulent, et -serrant avec transport son enfant dans ses bras: «Viens, viens, -s'écrie-t-elle, nous monterons ensemble[106].» - -[Note 106: Une sainte fille du nom de _Marguerite_, au service de M. -le marquis de Fenouil, et qui avait été jetée à la Conciergerie pour -n'avoir point voulu déposer contre son maître, fut témoin de cette -scène. Elle connaissait madame de Montmorin, dont son père infirme -avait reçu plus d'un bienfait. Ayant appris en 1828 que Marguerite -était au service de M. le marquis de la Suze, grand maréchal des logis -du Roi, je demandai à la voir, et elle me raconta ces détails, que je -suis heureux de consigner ici. B.] - -Les êtres les plus susceptibles de faiblesse dans le cours ordinaire -de la vie bravent héroïquement la mort quand un grand sentiment les -anime. La marquise de Crussol d'Amboise faisait habituellement coucher -deux de ses femmes dans sa chambre: une araignée lui faisait peur; -l'idée d'un péril même imaginaire la remplissait d'épouvante. -L'exemple de Madame Élisabeth la transforme tout à coup: elle est -calme au tribunal, dans la prison, devant la mort. - -L'émotion s'est communiquée à tous les condamnés. Madame Élisabeth -leur apparaît, à cette heure terrible, illuminée du triple reflet du -divin Maître; car devant ces coeurs brisés qui l'entouraient, elle -manifeste la vérité qui éclaire, la douceur qui attire, la sainteté -qui édifie. - -«On n'exige point de nous, dit-elle, comme des anciens martyrs, le -sacrifice de nos croyances; on ne nous demande que l'abandon de notre -misérable vie: faisons à Dieu ce faible sacrifice avec résignation.» -Rien de plus propre à remuer profondément les âmes que ce souffle -ardent de la foi qui domine le sentiment de la douleur. Jamais cette -ferme et vivifiante espérance, dont l'Église a fait une vertu, jamais -la charité, jamais le courage, n'ont inspiré des paroles plus tendres -et plus héroïques. Quelle paupière ne se mouillerait au cri de cette -belle âme qui console et qui relève tant d'âmes déchirées ou abattues! -Élisabeth ne cherche point à combattre et à ne pas mourir, elle ne -proteste pas contre l'iniquité des hommes, elle n'a pas un mot de -regret, encore moins un mot de reproche: elle va vers Dieu avec -confiance; elle ne veut pas y aller seule, elle entraîne ses -compagnons, et leur montre les bras miséricordieux qui leur sont -ouverts. - -Cette femme angélique rencontrait donc, dans ce dernier moment, un -grand sujet de joie: elle avait ranimé des âmes endolories ou inertes; -elle avait fait pénétrer la vigueur de la foi dans les défaillances de -la nature. Elle avait fait de cette dernière heure d'agonie l'épreuve -préparatoire du sacrifice; elle avait émoussé l'aiguillon de la mort, -et fait poindre à des yeux déjà fermés au monde les lueurs anticipées -de la délivrance. - -Le dernier appel se fait bientôt entendre. La toilette funèbre -s'accomplit. Les portes de la prison s'ouvrent, et les charrettes du -bourreau, que Barère appelait les _bières des vivants_, reçoivent les -condamnés. Madame Élisabeth se trouve assise sur la même charrette que -mesdames de Sénozan et de Crussol d'Amboise, et elle s'entretient avec -elles pendant le trajet de la Conciergerie à la place Louis XV. Aux -plaintes qui échappent à quelques-uns des condamnés, elle répond par -de touchantes exhortations. À la descente du pont Neuf, rapporte un -témoin oculaire, le mouchoir blanc qui couvre la tête de la Princesse -se détache et tombe aux pieds de l'exécuteur, qui le ramasse. Dès ce -moment, Madame Élisabeth, demeurée seule, tête nue, au milieu de ses -compagnons d'infortune, attire par cela même tous les regards; et -c'est ainsi que tant de personnes, qui, sans cette circonstance, ne -l'eussent peut-être point remarquée, ont pu rendre témoignage du calme -et de la sérénité de ses traits. On arrive à la place de la -Révolution: Madame descend la première. Le bourreau, comme pour -l'aider, lui tend la main. La princesse regarde de côté, et ne -s'appuie pas sur cette main qui s'offre à elle. Les victimes avaient -trouvé au pied de l'échafaud une banquette sur laquelle on les fit -asseoir. On présume que cette attention inaccoutumée était due à un -calcul de prudence: le gouvernement révolutionnaire avait craint, -a-t-on dit, que la fournée étant considérable, il ne se trouvât -quelques patients qu'une trop longue attente devant l'instrument de -mort eût fait défaillir. Aucun ne défaillit[107]. Encouragé par la -présence et le regard de la soeur de Louis XVI, chaque condamné s'est -promis de se lever bravement à l'appel de son nom, et d'accomplir sa -tache avec fermeté. Le premier nom prononcé par l'exécuteur est celui -de madame de Crussol. Madame de Crussol se lève aussitôt, va -s'incliner devant Madame Élisabeth, et témoignant hautement le respect -et l'amour que la princesse lui inspire, elle lui demande la -permission de l'embrasser. «Bien volontiers, et de tout mon coeur», -lui dit Madame Élisabeth avec cette expression d'affabilité qui lui -était si naturelle; et la royale victime avançant son visage, lui -donne le baiser d'adieu, de supplice et de gloire[108]. Toutes les -femmes qui suivirent obtinrent le même témoignage d'affection. Elles -montèrent ainsi à l'échafaud, sacrées par cet angélique baiser, qui -rappelle les actes des martyrs, pour la bienheureuse immortalité. Les -hommes s'honorèrent aussi de leur respect pour Madame Élisabeth, en -allant, chacun à son tour, courber devant elle la tête qui, une minute -après, tombait sous le couperet de la guillotine. Déjà plusieurs têtes -étaient tombées, lorsqu'un homme de la lie du peuple, curieux de -savoir quelle était la personne qu'on saluait ainsi, parvint à -apercevoir sa figure, et reconnut Madame Élisabeth. «On a beau lui -faire des salamalecs, dit-il avec une expression cynique, la voilà -f..... comme l'Autrichienne.» Cet homme était assez près du banc pour -que sa parole y fût entendue. Madame Élisabeth, qui n'avait que de -vagues soupçons sur le meurtre de la Reine, bénit le Ciel en apprenant -qu'elle avait cessé de souffrir et qu'elle allait la retrouver au sein -de Dieu. Pendant tout le temps que dura le sacrifice, la sainte femme -qui semblait y présider ne cessa de dire le _De profundis_. Celle qui -allait mourir priait pour les morts. Elle était réservée à périr la -dernière. Les maîtres de la guillotine ne pouvant la tuer qu'une fois, -voulurent du moins qu'elle se sentît mourir autant de fois qu'elle -verrait de victimes immolées sous ses yeux. Quand la vingt-troisième -vint s'incliner devant elle, elle lui dit: «Courage et foi dans la -miséricorde de Dieu»; puis elle se lève elle-même pour se tenir prête -à l'appel de l'exécuteur. Elle monte d'un pas ferme les marches de -l'échafaud; ici encore le bourreau lui tend la main; mais l'attitude -de la victime lui fait comprendre qu'elle est assez forte pour y -monter sans secours, et, regardant le ciel, elle se livre à -l'exécuteur. Son fichu tombant à terre au moment où on l'attache à la -planche fatale, laisse apercevoir une médaille d'argent représentant -une Immaculée Conception de la Vierge, qui était, ainsi qu'une petite -clef de portefeuille, attachée à son cou par un menu cordon de -soie[109]. L'aide du bourreau se mettant en devoir de lui enlever ce -signe de piété, elle lui dit: «Au nom de votre mère, monsieur, -couvrez-moi.» Ce fut le dernier mot de Madame Élisabeth. Jusqu'alors, -à aucune exécution on n'avait remarqué autant d'émotion autour de la -guillotine. Il n'y eut pas de cris de Vive la République! Chacun s'en -alla triste de son côté. Le témoin oculaire dont je tiens ces détails -ajouta: «Au moment où j'aperçus la charrette sur laquelle on plaçait -les cadavres et les têtes des victimes, je suis partie comme le -vent[110].» - -[Note 107: S'il était vrai, comme on l'a prétendu, que Fouquier eût -_fait la proposition de saigner les condamnés pour affaiblir le -courage qui les accompagnait jusqu'à la mort_, on serait disposé à -croire qu'il regretta que l'application de cette atroce mesure n'ait -pu être faite à la fournée du 10 mai 1794. - -«Le fait de cette proposition, dit M. Berriat-Saint-Prix, ne figure -pas dans le compte rendu de Donzelot, mais il n'en est pas moins -prouvé à mes yeux, et voici mes raisons:--Les questions résolues -affirmativement par le jury embrassaient vingt-neuf faits distincts, y -compris celui-là[107-A]; sur ce nombre, vingt-sept se retrouvent dans -le compte rendu, lequel s'arrête à l'audience du 2 floréal. Il est -permis de supposer que la proposition de _la saignée_ fut établie sur -les neuf audiences suivantes, omises par Donzelot. On ne comprend pas, -en effet, comment le jury aurait sans preuve déclaré constant ce fait -si étrange, alors qu'il ne constatait les vingt-sept autres que sur -d'évidentes démonstrations.» - -(_La Justice révolutionnaire à Paris_, Cosse et Marchal, place -Dauphine, 1861.)] - -[Note 107-A: Jugement rendu contre Fouquier, in-4º, page 1 à 5. -Bibliothèque du Louvre.] - -[Note 108: Son mari. A. E. F. G. Crussol d'Amboise, âgé de -soixante-sept ans, ex-membre de l'Assemblée constituante, né à -Aurillac, département du Cantal, domicilié à Paris, fut condamné à -mort comme conspirateur, le 8 thermidor an II (26 juillet 1794), par -le tribunal révolutionnaire de Paris.] - -[Note 109: Extrait du registre des dépôts au greffe du tribunal -révolutionnaire, à la date du 22 floréal. - -«Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'exécuteur des jugemens -criminels, lequel a déposé un médaillon en verre à cercles d'or -renfermant un crucifix de même métal; - -»Un cachet d'or en trois parties représentant l'un les armes de France -et de Navarre de l'ancien régime, l'autre une colombe, et le dernier -une tête d'homme; - -»Une chaîne de col en or, à laquelle est attaché un coeur renfermant -des cheveux et une petite croix d'or; - -»Une médaille d'argent représentant une Immaculée Conception de la -ci-devant Vierge, et une petite clef de portefeuille qu'il déclare -appartenir à Élisabeth Capet, condamnée à mort, et qu'il a trouvée sur -elle en la conduisant au supplice, et a signé avec moi greffier -soussigné. - - »DESMOREST, WOLFF.» - -Cette déclaration du commis de l'exécuteur est précédée (sur le -registre des dépôts faits au greffe du tribunal révolutionnaire) de la -déclaration faite par le concierge de la maison d'arrêt de la -Conciergerie des objets de garde-robe ou autres appartenant à -_Élisabeth Capet et à ses complices_. Voir aux Documents, nº VII.] - -[Note 110: Le témoin dont il est ici question est madame Marie -Valienne, femme Hervé, puis femme Baudoin, concierge de l'hospice -Devillas, rue du Regard.] - -[Illustration: Procès-verbal d'exécution de mort. - -L'an {quatre} de la République Française, le {vingt un floréal} à la -requête du citoyen Accusateur-public près le Tribunal Révolutionnaire, -établi au Palais, à Paris, par la loi du 10 mars 1793, sans aucun -recours au Tribunal de cassation, lequel fait élection au Greffe dudit -Tribunal séant au Palais; je me suis {......} Huissier-audiencier -audit Tribunal, soussigné, transporté en la maison-de-Justice audit -Tribunal, pour l'exécution du Jugement rendu par le Tribunal -{Cejourd'huy} contre {Marie Élizabeth Capet} qui {la} condamne à la -peine de mort, pour les causes énoncées audit jugement, et de suite je -l'{ai} remis{e} à l'exécuteur des jugemens criminels, et à la -Gendarmerie qui {l'ont} conduit sur la place de {la révolution} où, -sur un échaffaud dressé sur ladite place, {laquelle a}, en notre -présence, subi la peine de mort; et de tout ce que dessus, ai fait et -rédigé le présent procès-verbal, pour servir et valoir ce que de -raison, dont acte. - -{signature} - -Enregistré {gratis}, à Paris, le {23 floréal} l'an {quatre} de la -République une et indivisible. - -{signature}] - -«Toutes les relations et tous les mémoires de ce temps s'accordent à -dire qu'à l'instant où Madame Élisabeth reçut le coup mortel, une -odeur de rose se répandit sur toute la place Louis XV[111].» - -[Note 111: _Mémoires de madame de Genlis_. Paris, Ladvocat, 1825, t. -VI, p. 117. - -Madame de Genlis ajoute en note: «On voit dans la _Vie des saints_ que -ce miracle d'une odeur suave se répandant tout à coup est arrivé plus -d'une fois au moment de la mort de saints personnages.» - -On trouve dans l'ouvrage de Görres intitulé: _la Mystique divine_, le -récit d'une multitude de phénomènes identiques. En voici un extrait: - -«Lorsqu'on dit de quelqu'un qu'il est en odeur de sainteté, cette -expression n'est pas seulement une figure, mais elle est fondée sur -l'expérience. La chambre de la bienheureuse Liduine était, au -témoignage de Thomas à Kempis, remplie d'un parfum délicieux -qu'exhalait sa personne, et qui faisait croire à tous ceux qui -entraient qu'elle avait sur elle quelque aromate. - -»Lorsque saint Ménard fut assassiné dans sa solitude, il sortit de son -cadavre une odeur très-agréable qui se répandit jusque dans la forêt -environnante. Le corps de saint Dominique exhalait une odeur -semblable, et elle s'attacha pour longtemps aux mains de ceux qui -l'avaient enseveli. Après la mort de saint Gandolphe, son corps -répandit aussi un doux parfum qui remplit la maison pendant quinze -jours. Ce même phénomène se reproduisit chez le frère Robert, de -Naples, chez Jeanne de la Croix, chez François de Sainte-Marie et chez -François de la Conception, quoique tous fussent morts de maladies qui -ont coutume d'être accompagnées de mauvaises odeurs. Il faut que ce -parfum de sainteté soit bien pénétrant, puisque les actes de saint -Trévère rapportent qu'on le sentait à un mille à la ronde lorsqu'on -ouvrit son tombeau.» (_La Mystique divine, naturelle et diabolique_, -par GÖRRES, ouvrage traduit de l'allemand par C. Sainte-Foi; -Poussielgue-Rusand. Paris, 1854. Tome I, chap. IV, p. 292 et 295.)] - -A deux pas de la guillotine stationnait une charrette[112] attelée de -deux chevaux, et contenant deux grands paniers destinés à recevoir -l'un les corps, l'autre les têtes des suppliciés. L'horreur -qu'éprouveront ceux qui liront ces détails, je l'éprouve avant eux en -les écrivant. Lorsque les bourreaux eurent jeté au panier la -vingt-quatrième tête, qui était celle de Madame Élisabeth, ils -étendirent son corps, couvert de ses vêtements, sur le monceau de -cadavres entassés dans l'autre panier; il s'ensuivit que ses vêtements -étaient à peine ensanglantés, tandis que ceux placés au fond du panier -semblaient avoir été baignés dans le sang. - -[Note 112: Les charrettes qui devaient transporter les condamnés à -l'échafaud étaient commandées d'avance en nombre suffisant; les places -des victimes étaient comptées; ces charrettes arrivaient à la porte de -la Conciergerie vers dix heures du matin, midi au plus tard. Plusieurs -fois l'audience de la salle de l'_Égalité_ (aujourd'hui la chambre -civile de la Cour de cassation) ayant été terminée par la condamnation -de cinq ou six accusés seulement, Fouquier fit ajouter au bas de -l'ordre pour l'exécuteur, que lui présentait à signer le greffier: -«L'exécuteur fera amener six ou sept charrettes», ce qui annonçait -l'espoir que les accusés alors en jugement dans la salle de la -_Liberté_, au nombre de trente, plus ou moins, seraient également -condamnés. (Note empruntée au livre de M. Berriat Saint-Prix, _la -Justice révolutionnaire_.)] - -[Illustration: PLAN DU CIMETIÈRE DE MONCEAUX, CONNU SOUS LE NOM DE -CLOS DU CHRIST. - - PLAN DU CIMETIÈRE DE MONCEAUX, CONNU SOUS LE NOM DE CLOS DU CHRIST. - - A. Rue des Errancis, prolongement de la rue du Rocher. - B. Maison du Christ. - C. Porte condamnée. - D. Porte cochère. - E. Porte de la cour au jardin. - F. Porte cochère par où entraient les charrettes. - G. Endroit où l'on croyait que les restes de Madame Élisabeth - étaient enfouis. - H. Fosse commune où reposent les victimes du 10 mai 1794. - I. Petite porte communiquant du jardin dans le clos du Christ. - K. Lieu où M. Viger de Jolival supposait que le duc d'Orléans était - inhumé. - L. et M. Grande fosse commune où ont été ensevelies les victimes - de la réaction thermidorienne. - N. Cour. - O. Jardin. - P. Parc de Monceaux. - Q. Maison de l'octroi. - R. Chemin de la barrière de Monceaux à celle de Clichy. - S. Barrière de Monceaux.] - -La charrette se met en marche, escortée par la gendarmerie. La foule -s'ouvre devant elle. Quelques cris de _Vive la République!_ poussés au -départ par un reste d'agents de la police municipale, s'éteignent -bientôt. Le convoi marchant lentement, suit les rues des -Champs-Élysées, de la Madeleine, de l'Arcade, de la Pologne, -Saint-Lazare et du Rocher. Le peuple s'arrête pour le voir passer: de -rares fenêtres légèrement entr'ouvertes laissent apercevoir le front -de quelques personnes muettes et immobiles, peut-être agenouillées. Le -cortége gravit très-lentement la rue du Rocher, et s'arrête un instant -(sans doute pour laisser souffler les chevaux) à l'endroit où finit la -montée et où cette voie quittait, à cette époque, le nom de rue du -Rocher pour prendre celui de rue des Errancis, rue n'existant alors -qu'au tracé et conduisant à la barrière de Monceaux. A cent pas en -deçà de cette barrière, le convoi passe entre la seule maison qui -s'élevait sur cette route et un tas de pierres qui lui faisait face à -droite, servant naguère de piédestal à un calvaire abattu par la -révolution. Il arrive à la barrière, il la franchit; puis, prenant à -gauche, il tourne le dos au pavillon de l'octroi, et fait halte devant -une porte charretière pratiquée dans le mur d'enceinte de la ville et -marqué par la lettre F dans le plan que nous mettons ici sous les yeux -du lecteur. Cette porte s'ouvre, et la charrette entre dans un enclos -qui, depuis deux mois environ, servait de cimetière aux suppliciés du -tribunal révolutionnaire. Le cimetière de la Madeleine, doublement -peuplé par la faux naturelle de la mort et par le couperet de la -guillotine, n'avait plus de terre pour recouvrir les os des -trépassés. Il y avait longtemps d'ailleurs que les habitants du -quartier s'étaient plaints des miasmes fétides qui s'exhalaient de ce -cimetière[113]. - -[Note 113: Déjà, à l'époque des grandes chaleurs de l'été précédent, -les habitants du quartier de la Madeleine avaient exprimé des plaintes -à ce sujet. Un citoyen du quartier du Roule, dans la séance de sa -section, le 17 juillet 1793, avait proposé d'adresser à cet égard une -réclamation au conseil de la Commune. Les exigences hygiéniques -avaient enfin déterminé l'ouverture d'un nouveau cimetière. - -«_Séance de la section du Roule du 17 juillet 1793._ - -»Un membre monte à la tribune, et lit un mémoire signé d'un grand -nombre de citoyens, tendant à inviter la Commune à donner un autre -emplacement au cimetière de la paroisse de la Madeleine, dont l'odeur -cadavéreuse et putréfiante, y est-il dit, devient insupportable aux -citoyens qui l'avoisinent, et dangereuse à la ville de Paris. - -»La section arrête que cette demande sera transmise à la Commune.» - -«_Séance du 18._ - -»À propos de la lecture du procès-verbal, un membre fait observer que -l'arrêté pris dans la séance précédente est dangereux, impolitique et -capable d'accréditer les bruits faux que les ennemis du bien public -font courir en disant que la peste règne dans Paris. - -»L'assemblée, considérant qu'il n'est rien que la malveillance -n'emploie pour éloigner les bons citoyens de Paris, rapporte son -arrêté.»] - -Dès que la charrette est entrée dans le nouvel enclos, la porte se -referme immédiatement: gendarmes et curieux se retirent; deux -charretiers et un commissaire de police accompagnent seuls la voiture. - -Ce terrain, qui, comme on le voit, s'élargissait en s'étendant vers le -parc de Monceaux avec lequel il était contigu, était naguère consacré -à la culture: une moitié était encore en plates-bandes, et l'autre -conservait la trace de sillons interrompus çà et là par des tranchées -ouvertes et dont quelques-unes avaient été remplies dans les jours -précédents, ainsi que l'attestait la terre tout récemment remuée et -fort mal nivelée en certains endroits, car on était pressé, et le -triangle de la guillotine allait plus vite que la pioche du -fossoyeur. Ce champ de repos avait été inauguré le 4 germinal an II -(24 mars 1794) par cette fournée de victimes que Robespierre et -Danton, malgré leur antipathie mutuelle, avaient d'un commun accord -marquées pour l'échafaud, le jour où ils s'étaient aperçus qu'Hébert -et ses partisans cherchaient à élever la puissance de la Commune -au-dessus de celle de la Convention[114]. - -[Note 114: Le lecteur trouvera à la fin de l'Appendice les listes des -fournées de victimes qui ont précédé, accompagné ou suivi dans -l'enclos du Christ la dépouille de Madame Élisabeth.] - -Danton n'avait pas tardé à rejoindre dans ce lieu les adversaires -qu'il y avait envoyés, et son cadavre y avait été apporté avec ceux -des quatorze compagnons de mort que Robespierre lui avait donnés. - -Huit jours après, une large tranchée y avait reçu encore une bande de -vingt et un suppliciés pour lesquels on avait inventé un nouveau -crime, la _conspiration des prisons_, conspiration dans laquelle -Chaumette se trouvait être le complice d'Arthur Dillon et de la jeune -veuve de Camille Desmoulins; puis neuf jours à peine étaient écoulés, -et de la guillotine était arrivée encore en cet enclos une nouvelle -colonie funèbre, à la tête de laquelle figurait le vertueux -Malesherbes, appuyé sur deux générations de ses enfants. - -Et maintenant voici que sous cette terre où sont déjà ensevelis -quelques-uns des juges de son frère, la fille des Rois Très-Chrétiens -vient dormir son dernier sommeil avec sa nombreuse escorte de martyrs. -Au bord de la fosse indiquée dans le plan par la lettre H, la -charrette s'arrête. Cette fosse, d'après les appréciations du -fossoyeur dont nous aurons occasion de parler plus loin, a été creusée -sur une largeur de douze à quinze pieds et autant de longueur, à -quelques pas du petit mur qui sépare l'enclos du jardin. On procède au -déchargement de la voiture sanglante. D'après la déclaration du -témoin oculaire que nous venons de citer, le corps de Madame -Élisabeth, reconnu par les charretiers à ses vêtements et à la place -qu'il occupait sur le sommet de la charrette, est posé le premier ou -des premiers sur le bord de la fosse, où il est aussitôt mis à nu, car -les barbares de ce temps-là ne respectaient ni la vie ni la mort. - -Tous les corps sont successivement dépouillés de leurs habits avant -d'être précipités dans la fosse. Un registre est tenu de ces effets -divers, qui doivent être ensuite remis à l'Hôtel-Dieu. De temps à -autre les fossoyeurs descendent dans la fosse pour ranger les -cadavres, afin qu'ils n'y soient pas trop entassés: ils placent -alternativement un corps, le tronc tourné du côté du mur, et un autre, -le tronc vers le milieu de la fosse; il y avait par conséquent, dans -sa largeur, deux rangs de corps par couche horizontale. Afin de -ménager l'emplacement, on étend sur ce premier rang horizontal -d'autres couches de cadavres, placés comme les premiers, c'est-à-dire -le haut du corps et les pieds en sens opposés; chaque couche de corps -est recouverte d'environ six pouces de terre, et les fosses sont -recouvertes d'environ trois pieds de terre dans la partie supérieure. -Le corps de Madame Élisabeth, toujours d'après le témoignage du -fossoyeur, doit être couché sur le ventre, dans le fond de la fosse, -du côté le plus rapproché du mur. - -Les têtes ayant été placées indistinctement dans les vides, le -fossoyeur n'a pu indiquer où pouvait être enfouie celle de Madame -Élisabeth. On verra dans l'Appendice que nous donnons à la fin du -volume, avant les Pièces justificatives, la correspondance à laquelle -ont donné lieu les recherches qui ont été faites en 1817 pour -retrouver les dépouilles de Madame Élisabeth: ces pièces -administratives peuvent seules donner une idée des horribles détails -d'une telle inhumation. - -La nouvelle du meurtre de Madame Élisabeth avait ému l'Europe; mais -chez aucun peuple, dans aucune famille, la douleur n'avait été plus -profonde qu'à la cour de Turin. Le prince et la princesse de Piémont -espéraient que le meurtre du Roi et de la Reine de France avait -assouvi la colère de la révolution, et malgré les épouvantes -qu'inspirait la tyrannie de la démagogie, ils s'étaient persuadé que -Madame Élisabeth n'en serait pas victime. S'il était en France une -personne que l'affection de Clotilde distinguât de toutes les autres, -c'était assurément sa soeur, sa première amie, qu'elle avait élevée -par l'exemple autant que madame de Mackau par les conseils. Les -souvenirs de l'enfance, la communauté de la foi, les déceptions de la -vie, les terreurs et les deuils des dernières années, tout avait -concouru à resserrer pour elles les liens du sang, et à les attacher -plus étroitement l'une à l'autre. - -Le prince de Piémont fut instruit avant sa femme du meurtre de Madame -Élisabeth. Ce prince, qui partageait la piété et tous les sentiments -de famille de sa compagne, se présente devant elle, le front incliné, -les yeux humides et le crucifix à la main, et lui dit ces simples -paroles: «Il faut faire un grand sacrifice.» - -Clotilde avait compris. Les déchirements de son coeur lui avaient dit -que sa soeur n'était plus. - -«Clotilde triomphant aussitôt d'elle-même, rapporte l'historien de sa -vie[115], éleva ses yeux vers le ciel, et adorant Dieu et ses -incompréhensibles décrets, répondit sans différer, avec une présence -d'esprit admirable: «Le sacrifice en est fait.» Il est vrai qu'elle -eut à peine prononcé ces édifiantes paroles qu'elle s'évanouit, et cet -évanouissement, dont elle ne fut pas la maîtresse, nous paraît être -une nouvelle preuve de sa force et de sa vertu, puisqu'en attestant sa -sensibilité, il attestait aussi la violence qu'elle avait dû se faire -pour étouffer la voix du sang et les plaintes de la nature. Au reste, -revenue à elle, elle reprit son premier calme, et quelques moments -après, appelée comme à l'ordinaire pour se mettre à table avec la -famille royale, elle y alla avec courage et maîtrisa son trouble, -cacha sous son front serein la tristesse dont elle était pénétrée. -Tous ceux qui étaient présents en furent attendris et édifiés. - -[Note 115: LUDOVICO BOTTIGLIA. Traduction de J. B. Idt, professeur au -collége royal de Lyon. Lyon et Paris, in-8º, p. 79 à 82.] - -»Une procession publique de pénitence avait déjà été annoncée pour ce -jour-là: on voulait la renvoyer, ou du moins empêcher la princesse d'y -assister; mais elle ne céda rien, et persista à vouloir la suivre avec -les autres. La douleur de son âme était peinte sur son visage, et elle -n'en poursuivait pas moins son chemin avec le plus profond -recueillement. Ceux qui la voyaient passer pleuraient de tendresse et -de compassion, tandis que n'accordant rien à l'humanité, elle ne -versait pas une larme, elle n'interrompait point ses prières. Une de -ses femmes de chambre marchait derrière elle pour être plus à portée -de la secourir si elle se trouvait incommodée, comme on avait lieu de -le craindre; mais elle eut la force de faire toutes les stations, et -arrivée à l'église des Pères Philippins, elle leur annonça elle-même -la fin déplorable de sa soeur, et d'un oeil sec, leur demanda pour -elle l'assistance de leurs prières. - -»Il est cependant un degré au-dessus duquel ne put s'élever la vertu: -Clotilde avait combattu et triomphé; mais ce combat intérieur avait -été si violent, il lui en avait tant coûté pour remporter la victoire, -que le tour de la procession terminé, elle se trouva dans un -épuisement total; ses pieds ne pouvaient plus la soutenir, et, rentrée -dans son appartement, elle fut obligée de se mettre au lit. - -»Dès ce moment elle ne parla plus de Madame Élisabeth que pour -rappeler les belles qualités dont elle était ornée et faire l'éloge de -ses vertus. Elle garda aussi sur ses bourreaux un silence profond, -voyant dans ce tragique événement un de ces coups que la Providence -divine frappe quelquefois pour purifier les âmes; et étant d'ailleurs -persuadée que l'esprit humain ne peut sonder les décrets éternels, et -que souvent ce qui nous fait le plus de peine est précisément ce qui -doit le plus contribuer à notre bien spirituel. Elle voulut avoir une -copie de la prière que l'illustre victime avait composée elle-même, -récitée tous les jours de sa longue captivité, et répétée encore au -pied de l'horrible échafaud[116].» - -[Note 116: L'année 1796 devait la soumettre à de nouvelles épreuves. -La mort du roi Victor-Amédée appelait son époux au trône de Sardaigne, -ébranlé depuis quatre ans par la révolution française. La nouvelle -reine se servit de son autorité pour honorer la religion, protéger les -arts et soulager les pauvres. Elle ne jouit guère que deux ans de -cette consolation. Le 6 décembre 1798, le Directoire déclara la guerre -à Charles-Emmanuel IV, et le força de quitter Turin. La Reine le -suivit en Toscane, et s'embarqua avec lui à Livourne. Arrivés en -Sardaigne, ils y passèrent sept mois. Ayant un moment espéré que -quelques avantages remportés par les Russes pourraient leur ouvrir la -route de leurs États, ils revinrent sur le continent: la fortune se -tourna de nouveau contre eux, et les réduisit à changer souvent de -séjour. Ils habitèrent tour à tour Florence, Rome et Naples. Dans ces -différentes demeures, les habitudes de la Reine restaient les mêmes: -elle prodiguait à son mari, souffrant fort souvent d'une névralgie, -les soins les plus assidus comme les plus affectueux; et le temps -qu'elle avait de libre après l'accomplissement de ses devoirs, elle le -consacrait aux pratiques de la religion, au soulagement de la -souffrance et de la misère, auxquelles elle donnait elle-même -l'exemple de la douceur, de la patience et de l'humilité. - -Ayant appris que le souverain Pontife avait été enlevé de Rome, et se -trouvait momentanément dans la Chartreuse, près de Florence, le Roi et -la Reine de Sardaigne, ainsi que le grand-duc de Toscane, -s'empressèrent de l'aller visiter. On imagine mieux qu'on ne le décrit -ce que dut avoir de touchant une telle entrevue, dans une circonstance -qui réunissait des exemples si éclatants de la fragilité des grandeurs -humaines. En s'inclinant devant le chef suprême de l'Église, -Charles-Emmanuel lui dit: «J'oublie dans des moments si doux toutes -mes disgrâces; je ne regrette point le trône que j'ai perdu: je -retrouve tout à vos pieds.--Hélas! cher Prince, répondit le -Saint-Père, tout n'est que vanité; nous en sommes, vous et moi, la -triste preuve. Portons nos regards vers le ciel, c'est là que nous -attendent des trônes qui ne périront jamais.» Le Roi et la Reine, qui -se disposaient à retourner en Sardaigne, pressaient le saint vieillard -de les accompagner. «Venez, venez avec nous, Saint-Père, disait la -soeur de Madame Élisabeth, nous nous consolerons ensemble: vous -trouverez dans vos enfants tous les soins respectueux que mérite un si -tendre père.--Je ne puis accepter vos offres généreuses, répondit le -Pape, mon grand âge ne le permet pas, mes infirmités le refusent, et -la crainte d'éveiller le soupçon de nos ennemis le défend.» Leurs -adieux furent déchirants: c'était la séparation d'amis qui ne doivent -plus se revoir. - -Marie-Clotilde mourut à Naples le 7 mars 1802. Dans tous les lieux -qu'elle avait habités, la réputation de sa sainteté s'était répandue. -Le pape Pie VII, qui avait été témoin de ses vertus, la déclara -vénérable par un décret du 10 avril 1808.] - -La fatale nouvelle circulait et faisait partout couler bien des -larmes, mais nulle part peut-être plus qu'au château de Wartegg, près -de Rohrschak, dans le canton de Saint-Gall en Suisse[117], où vivait -retirée la famille de Bombelles. Sans être parfaitement rassurée sur -le sort de la princesse, elle s'était attachée avec ardeur à cette -pensée que la perversité humaine s'arrêterait devant un crime -non-seulement si odieux, mais si inutile. - -[Note 117: Le prince Béda, abbé de Saint-Gall, était propriétaire du -château de Wartegg. - -Il avait donné à bail ce manoir à la famille de la Tour-Valsassina, -qui, au moment de l'émigration française, le loua au marquis de -Bombelles. - -Dans son journal manuscrit, conservé aux archives de Saint-Gall, t. -284, nous voyons que la famille de Bombelles était installée à Wartegg -en décembre 1791, et que le 4 janvier 1792 M. de Bombelles vint avec -toute sa famille à Saint-Gall faire visite au prince abbé et dîner -avec lui.] - -Le journal qui en contient le récit arrive un matin au château, et à -l'instant le meurtre est su de tout le monde. Madame de Bombelles -seule, qui est encore au lit, ne le sait pas. Un domestique entre dans -son appartement; ses larmes et le nom de Madame Élisabeth qu'il -prononce ont tout fait comprendre. Madame de Bombelles jette un cri et -tombe sur son oreiller, sans mouvement et sans vie. Son mari accourt, -l'environne de soins; elle respire et fait un effort pour se relever, -mais le choc terrible que lui a imprimé la fatale nouvelle a pour -ainsi dire faussé chez elle les ressorts de la nature, et un rire -effrayant éclate sur ses lèvres plissées et tordues par la douleur. A -l'aspect de cet accès de démence, une sorte d'intuition venue du coeur -inspire à M. de Bombelles le seul moyen peut-être qui pût rappeler la -nature à elle-même. «Ses enfants! s'écrie-t-il, vite ses -enfants!»--Ses enfants, qui savent déjà que le bourreau vient de leur -prendre une mère, accourent et se précipitent sur le lit de celle -qu'ils sont menacés de perdre encore. Leur effroi, leurs cris, leurs -larmes, le nom d'Élisabeth prononcé au milieu des sanglots, cette -scène déchirante où la tendresse et le désespoir mêlent et confondent -leurs plus douces émotions et leurs plus terribles angoisses, -finissent par ramener madame de Bombelles au sentiment vrai de son -inconsolable douleur. - -Le château de Wartegg prit le deuil: père, mère, enfants, ne pouvaient -se regarder sans verser des larmes; le souvenir de Madame Élisabeth -devint l'entretien incessant de cette famille éplorée. Privée de sa -fortune par la révolution, elle vivait à l'étranger des libéralités de -la maison royale de Naples, que le malheur força bientôt à se réduire -elle-même. Les événements qui suivirent obligèrent madame de Bombelles -à quitter la Suisse. Elle se rendit dans le village de Menowitz, aux -environs de Brünn, en Moravie, et peu de temps après dans la ville -même de Brünn. Les années s'écoulèrent sans adoucir ses regrets, la -mémoire de sa royale amie remplissait toutes ses pensées et inspirait -toutes ses actions. Elle avait à peine le nécessaire, et elle trouvait -le moyen d'ouvrir autour d'elle cette source de bonnes oeuvres dont -Madame Élisabeth lui avait donné le secret. A la suite d'une couche -malheureuse, elle mourut au mois de septembre 1800, à l'âge de -trente-huit ans, dans cette ville de Brünn, témoin de ses vertus et de -sa charité, et où sa mémoire est demeurée en vénération[118]. - -[Note 118: _Traduction d'un article de la Gazette de Brünn du mercredi -1er octobre 1800._ - -«Le vrai mérite est sans ostentation; il n'appartient qu'à la justice -de l'histoire de lui ériger un autel incorruptible dans le coeur de -tout homme de bien. La vertu la plus pure, la piété sans hypocrisie, -la tendresse conjugale et maternelle portée au plus haut degré, le -courage et la grandeur d'âme dans les plus grands malheurs, la bonté -du coeur, une bienfaisance sans bornes dans une situation gênée, un -esprit cultivé, une amitié noble et constante, toutes ces qualités se -trouvoient réunies dans une femme: toutes ces qualités firent vénérer -madame de Bombelles, qu'une mort prématurée arracha des bras de six -orphelins, à la suite d'une couche malheureuse, dans la -trente-neuvième année de son âge, et conduisit dans un monde où elle -reçoit la récompense due à ses souffrances et à ses vertus. Tous ceux -qui l'ont connue, qui l'ont vue grande et élevée dans le malheur, qui -l'ont admirée sous les titres respectables de mère, d'épouse et -d'amie, ne pourront refuser des larmes à sa mémoire, et à ses mânes le -souhait d'une paix sainte et inaltérable.» - -_Traduction d'un autre article de la même gazette, du samedi 4 octobre -1800._ - -«Les hommes reconnoissants forment, dans le grand tableau du monde, le -groupe le plus intéressant; car il n'est aucune vertu, si élevée -qu'elle soit, à laquelle le céleste sentiment de la reconnoissance ne -mérite de servir de pendant. Nous fûmes témoin, lundi dernier, d'une -scène des plus touchantes, des plus sublimes, près du cercueil de la -défunte madame de Bombelles. La gratitude y célébra une fête digne du -Ciel, et offrit un laurier à la vertu dans le tombeau. Les habitants -de Menowitz (village non loin de Brünn, où la défunte habita quelque -temps) apprirent la mort de cette vénérable femme, et plusieurs -d'entre eux se hâtèrent d'arriver à la ville et dans la maison du -deuil. C'étoit le jour des funérailles, et le cercueil étoit déjà -fermé. Les bonnes gens en demandèrent l'ouverture avec des cris -déchirants, pour voir encore une fois leur bienfaitrice, leur mère, -pour baiser encore une fois ses froides mains. Le cercueil fut ouvert; -et ces créatures reconnoissantes, pâles et plongées dans une douleur -muette, les yeux baignés de larmes, entourèrent le corps de leur -bienfaitrice. Ce spectacle étoit digne de compassion, et en même temps -de l'enthousiasme des âmes sensibles qui savent apprécier le mérite de -la vertu. Enfin ce chagrin muet éclata en plaintes amères: alors sa -main glacée fut couverte de baisers brûlants; alors les vêtements de -la défunte furent arrosés des larmes du sentiment, de ces larmes que -tous les trésors de la terre ne peuvent acheter sans la vertu, dont -elles sont le prix. Chacun de ces hommes reconnoissants essaya de -peindre aux assistants, avec tout le feu renfermé dans ses veines, les -bienfaits qu'il en avoit reçus: «_Au lit de ma femme malade, elle -veilloit jour et nuit.--Elle ferma les yeux de ma mère.--Elle me donna -des drogues de sa propre main et me soigna.--Elle pansa mes plaies, et -me mit en état de soutenir mes vieux parents._» Ainsi s'écrioient -ensemble ces coeurs nobles et sensibles; et ils adressoient leurs -voeux au Ciel pour qu'il accordât la paix éternelle à sa belle âme, -pour prix de tant de bienfaits. Que sont toutes les louange achetées -avec de l'or auprès d'un tel éloge funèbre! Oh! celui qui, au récit de -pareilles scènes, n'aimeroit pas la vertu, n'ouvriroit pas son coeur -aux malheureux, qui ne répandroit pas des trésors, souvent mal acquis, -dans le sein des infortunés; celui qui ne cesseroit pas de poursuivre -la vertu, d'opprimer le mérite, qu'il descende un jour au tombeau sans -être aimé, sans être pleuré! c'est la plus grande punition, et dont -il sentira, dans un autre monde seulement, toute l'étendue.»] - -On comprend la profonde affliction que durent ressentir les autres -amies de Madame Élisabeth, et en particulier madame de Raigecourt et -madame des Montiers. Madame de Raigecourt, qui crut devoir envoyer ses -respectueuses condoléances à Madame Royale, sortie sept mois après de -la prison du Temple, reçut d'elle la lettre suivante, datée de Vienne: - - «12 mars 1796. - - »Madame, votre visage ni votre nom assurément ne me sont - inconnus; on a du plaisir à se rappeler les personnes fidèles, et - vous êtes du nombre: je sais bien l'attachement que vous aviez - pour ma vertueuse tante Élisabeth; elle vous aimait beaucoup - aussi, et m'a souvent parlé de vous et du chagrin qu'elle avait - d'être séparée de vous. Je vous remercie de la joie que vous - témoignez de ma délivrance, c'est un miracle que le ciel - réservait à l'Empereur, et dont je serai toujours reconnaissante. - Je sais que vous n'êtes sortie que par l'ordre de ma tante; je - partage tous les tourments que vous avez soufferts, et assurément - je prendrai toujours le plus grand intérêt à tout ce qui vous - arrive comme à l'amie de ma chère tante Élisabeth. Vous me dites - que vous avez un de ses portraits bien ressemblant; je voudrais - que vous me le fissiez passer; je vous promets de vous le rendre; - je vous prie de l'envoyer sûrement à l'évêque de Nancy, qui est - chargé de mes affaires ici. - - »MARIE-THÉRÈSE de France.» - - * * * * * - -De son côté madame des Montiers avait écrit au comte de Provence pour -lui exprimer la part bien vive qu'elle prenait à ses douleurs -fraternelles. Le prince lui répondit de sa main: - - «A Vérone, ce 30 mai 1794. - -«Si je puis éprouver, Madame, quelque consolation dans ma juste et -profonde douleur, c'est en pensant qu'elle est partagée par les -personnes qui veulent bien avoir quelque bonté pour moi. Personne ne -sait mieux que moi combien ma pauvre soeur avoit d'amitié pour vous, -ni combien vous l'aimiez, et je juge de votre douleur par celle que je -ressens moi-même. Puisse l'attachement aussi pur qu'invariable que -vous me connoissez pour vous, vous être de quelque consolation! Soyez -au moins bien persuadée que c'en sera une pour moi, dans des temps -plus heureux, de faire tous mes efforts pour vous adoucir la cruelle -et irréparable perte que nous venons de faire. - -»Adieu, Madame, recevez avec votre bonté ordinaire l'assurance des -tendres et respectueux sentiments que je vous ai voués, et qui -dureront autant que ma vie. - - »LOUIS-STANISLAS-XAVIER.» - - * * * * * - -Les regrets exprimés ici par un frère de Madame Élisabeth ne font pas -oublier ceux que les plus humbles serviteurs de cette princesse lui -conservèrent jusqu'à leurs derniers jours. Jacques et Marie n'avaient -cessé, tant qu'ils l'avaient pu, d'être fidèles à l'ordre établi à -Montreuil par leur royale maîtresse; mais, après le 10 août, la -famille royale ayant été conduite au Temple, la Commune -révolutionnaire de Versailles ne tarda point à s'emparer de cette -demeure de Montreuil que les pauvres avaient pris coutume de regarder -comme la maison nourricière de leurs enfants. Jacques et Marie, qui -savaient peu dissimuler leurs sentiments et dont l'origine helvétique -était un crime aux yeux des révolutionnaires, furent arrêtés et mis en -prison, où ils furent longtemps oubliés. Ils en sortirent au mois de -ventôse an II, et sollicitèrent la bienfaisance des directeurs du -district de Versailles[119]. Leur extrême misère éveilla la pitié des -magistrats de ce temps, qui déclarèrent que leur détention avait été -une injustice et qu'ils avaient droit à des indemnités. Malgré nos -persévérantes recherches, il nous a été impossible de trouver la -preuve qu'un secours quelconque leur ait été accordé, et nous ne -pouvons dire comment ils parvinrent à traverser la France et à -regagner, avec leur enfant, l'heureuse contrée où ils avaient échangé -leurs premières paroles d'amour. L'honneur d'avoir appartenu à Madame -Élisabeth les environna de l'estime et de l'intérêt de tous les -habitants de Bulle. La révolution, qu'ils avaient cru fuir, vint les -trouver dans leur pays natal[120]; mais leur union tranquille n'en fut -pas troublée. Jacques et Marie ne cessèrent point de pleurer leur -bienfaitrice, sur laquelle chaque jour on se plaisait à les -interroger. Ils apprirent à leurs enfants à prier pour elle et à bénir -sa mémoire. Dieu ne voulut pas que ces deux êtres, qui avaient tant -souffert ici-bas de leur première séparation, fussent séparés -longtemps dans un monde meilleur. Marie mourut la première; elle -mourut le 5 janvier 1835[121]; Jacques alla la rejoindre le 2 -septembre de l'année suivante[122]. - -[Note 119: «_Liste civile._--Bosson et sa femme, ci-devant attachés au -service d'Élisabeth Capet, réclament de la justice des magistrats -administrateurs du directoire du district les six derniers mois 1793 -de leurs gages, et jusqu'à l'évacuation de leur logement, pour -laquelle ils ont obéis à l'instant même que les ordres leur a été -signifiés, au lieu qu'ils occupoient en la maison du Grand-Montreuil. - -»Ils sont sans place et sans pain;--se recommandent à votre -bienfaisance. - - »BOSSON.» - -«Soit communiqué au directeur de l'agence nationale de -l'enregistrement et des domaines, pour donner des renseignements et -son avis le plus promptement possible, attendu l'extrême misère où les -requérants ont été réduits par l'effet d'une détention non méritée. -Fait au district de Versailles, le trois germinal, l'an second de la -République. - - «GAUTHIER. MACÉ BAIGNEUX.» - -«_Avis du directeur de l'agence nationale de l'enregistrement._--Vû la -pétition du citoyen Bosson et de sa femme, tendante à obtenir de -l'administration le payement de leurs gages des six derniers mois de -1793, comme attachés à la maison du Grand-Montreuil, séquestrée sur -Élisabeth Capet. - -»Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement observe que -Bosson et sa femme, qui n'ont justifié ny de leur qualité ny de leurs -droits, étoient l'un vacher et la femme laitière dans la maison -d'Élisabeth Capet; - -»Que les vaches ayant été vendues en octobre 1792, le vacher et la -laitière sont devenus inutiles; que les dispositions des loix -concernant les gagistes de la cy devant liste civile sont communes aux -personnes qui étoient attachées à Élisabeth Capet; - -»Qu'ainsi Bosson et sa femme ont dû se regarder comme supprimés à -compter du 31 décembre 1792; mais qu'ils ont droit aux indemnités ou -pensions promises par le décret du 27 août 1793, et qu'ils doivent -être renvoyés devant le citoyen Henry, commissaire-liquidateur de la -cy-devant liste civile. - -»A Versailles, 11 germinal de l'an II de la République françoise, une -et indivisible. - - »DESCHESNE.»] - -[Note 120: Nous en avons trouvé des traces dans le registre des -archives de la noble bourgeoisie et ville de Bulle: - - «1798. - -»Cette année mémorable qui changea la face des affaires en Suisse fut -précédée par des démonstrations qui furent très-vives dans le pays de -Vaux déjà dès le commencement du mois de décembre. Le lendemain de la -foire du mois de janvier 1798 fut le jour où l'arbre de la liberté fut -arboré sur le Tilleul, à Bulle. Dès lors Bulle se constitua en comité -central correspondant avec Vevey et Lausanne. Un autre comité central -s'établit à Grand-Villard, qui correspondit aussi, comme celui de -Bulle, avec Vevey et Lausanne. Il s'agissait de récupérer les droits -de l'ancienne patrie de Vaux. - -»Parmi les actes de dévouement pour la cause de la liberté, on peut -citer celui des frères Gex, qui fabriquèrent un canon de bois cerclé -en fer, et qui figura au camp de Russille, près d'Avry-devant-Pont. - -»Les détails de cette révolution se trouveront dans un autre ouvrage. -L'heure étoit venue où la Suisse devoit aussi avoir son tour, et au 4 -mars les François entrèrent à Fribourg; combat meurtrier à la Singine; -Berne est prise par Schombourg; les gouvernements aristocratiques -disparoissent; la Suisse se constitue en une république une et -indivisible; un directoire, un sénat, un grand conseil, siégent -d'abord à Arau, ensuite à Lucerne, enfin à Berne, où, après plusieurs -changements dans ces premières autorités et dans sa forme, le -gouvernement unitaire fut culbuté par la troupe du général Bachman et -de son collègue Aufdermour, qui forcèrent le gouvernement unitaire à -se réfugier à Lausanne, où le général Rapp se trouva et fit connoître -aux Suisses la volonté de Napoléon, premier consul de France, d'être -le médiateur de la Suisse. Bachman et sa compagnie mirent bas les -armes; le gouvernement unitaire fut rétabli à Berne, et une consulte -fut envoyée à Paris de toute la Suisse, qui en apporta l'acte de -médiation, qui fut mis en activité par M. le comte Louis d'Affry, en -sa qualité de premier landamman de la Suisse; avoyer de Fribourg sous -ce régime, mort d'un coup d'apoplexie, il emporta les regrets de ses -concitoyens. - -»Sous le gouvernement de l'acte de médiation tout comme sous -l'unitaire, Bulle conserva une préfecture et un tribunal de première -instance. - - * * * * * - -»L'acte de médiation faisoit de Bulle le chef-lieu d'un des cinq -districts du canton de Fribourg.--Il donna un membre au conseil d'État -dans la personne de M. Nicolas-André de Castella, dernier banneret de -Bulle.» (Extrait d'un registre intitulé: _Annalise des Archives de la -noble bourgeoisie et ville de Bulle_.)] - -[Note 121: Voir, aux Pièces justificatives, nº VIII, son acte de -décès.] - -[Note 122: Voir son acte de décès, au nº IX des Pièces -justificatives.] - -Montreuil avait perdu la maison hospitalière où tous les enfants -étaient assurés de trouver leur nourriture. Le district de Versailles, -n'ignorant pas le regret et la gêne que causait à tant de familles le -tarissement de cette source de secours toujours ouverte à leurs -besoins, crut devoir prendre un arrêté qui convertissait en hospice la -maison Élisabeth. C'était rendre un hommage involontaire à la bonté de -cette princesse, qui avait fait de sa demeure le point de mire vers -lequel se tournaient toutes les souffrances, de sorte qu'on ne faisait -que continuer ses traditions en la transformant en Hôtel-Dieu. Mais -cette mesure, fort belle sur le papier, ne reçut aucune exécution; -l'asile de Montreuil demeura sombre et muet: l'âme de la charité était -absente. - -Dans la maison Élisabeth (c'est ainsi que l'on continuait de -l'appeler) restèrent installés les anciens serviteurs de la princesse, -ainsi que les gardiens des scellés que la révolution y avait envoyés. - -En vertu d'une loi du 7 messidor an III (jeudi 25 juin 1795), portant -qu'une horlogerie automatique serait sans délai formée à Versailles, -Charles Delacroix, représentant du peuple, en mission dans le -département de Seine-et-Oise, _arrêta, le 29 brumaire an IV_ (20 -novembre 1795), _que la maison dite Élisabeth, l'orangerie et la -vacherie qui en dépendent, les cours et terrains situés entre lesdits -bâtiments, seraient affectés_ à cet établissement, placé sous la -direction des citoyens Lemaire et Glaesner[123]. - -[Note 123: Voir Pièces justificatives, nº X.] - -Malgré la jouissance gratuite de ces bâtiments et terrains concédés -pendant quinze ans, la manufacture d'horlogerie, qui devait recevoir -chaque année cent élèves, ne prospéra point; elle fut supprimée par un -arrêté du Premier Consul, daté du 17 ventôse an IX[124] (8 mars 1801), -et mise à la disposition de la régie du domaine national et de -l'enregistrement. - -[Note 124: Voir Pièces justificatives, nº X.] - -L'architecte du palais national de Versailles ayant déclaré que la -maison Élisabeth _étoit tellement endommagée qu'il faudroit employer -une somme de 25,000 francs pour sa réparation, et la régie, de son -côté, ayant observé que, vu le grand nombre des bâtiments inoccupés -dans cette ville, les locations de ladite maison y seroient difficiles -et d'un foible produit_, on en conclut qu'il était plus avantageux de -la vendre dans l'état où elle se trouvait que de la réparer[125]. -Cette proposition fut agréée par l'autorité supérieure; la vente aux -enchères fut annoncée pour le 27 messidor de l'an X (vendredi 16 -juillet 1802), et la maison Élisabeth, avec ses dépendances, fut -adjugée _moyennant les prix et somme de 75,900 francs, au citoyen -Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant à Paris, rue de -l'Université, nº 269_[126]. - -[Note 125: Voir Pièces justificatives, nº X.] - -[Note 126: Voir Pièces justificatives, nº X.] - -Avant son aliénation définitive, la demeure de Madame Élisabeth avait -été condamnée à la stérilité. Dès le mois d'octobre 1792, ses vaches -nourricières avaient été vendues; ses belles fleurs, orgueil de ses -jardins, avaient été enlevées et dispersées[127]. Sa maison, d'abord -mais inutilement désignée pour devenir un hospice, puis consacrée à -une institution industrielle, avait subi des dégradations déplorables, -sans servir à des travaux utiles. - -[Note 127: Voir Pièces justificatives, nº XI.] - -Un triste et invincible attrait nous ramène à ce cimetière où gisent -les restes vénérables de Madame Élisabeth, et qui, pendant la période -révolutionnaire, était plus connu du charretier du bourreau que du -conducteur des pompes funèbres. Les inhumations des victimes tombées -sur l'échafaud de la place du 21 janvier s'y succèdent chaque jour. -Ennuyé de tuer en détail, le tribunal révolutionnaire, le 29 prairial -an II (17 juin 1794), avait livré à la guillotine, _par amalgame et en -masse_, selon l'expression de Fouquier-Tinville, cinquante-quatre -victimes, différentes de rang et d'opinion, et étrangères les unes aux -autres. Le 10 thermidor envoya dans ce champ funèbre les principaux -chefs du parti qui venait de succomber, les deux Robespierre, -Saint-Just, Couthon, Hanriot, Dumas, et ce Simon dont le nom odieux -est lié à jamais à celui d'un héroïque enfant. Mais cette _fournée_ -n'était que de vingt-deux hommes. - -Le lendemain, 11 thermidor, il y eut une fournée bien autrement -considérable: les vainqueurs avaient eu le loisir de faire des -désignations nombreuses, et d'atteindre la plupart des membres de la -Commune qui avaient longtemps prévalu contre la Convention. -L'exécution de soixante et onze condamnés envoyés à l'échafaud par -leurs anciens complices forma un lac de sang sur la place où Madame -Élisabeth avait été frappée. - -Il ne faut pas croire que la guillotine chômât après ces satisfactions -terribles données aux exigences de la réaction: la recomposition du -tribunal révolutionnaire, la fermeture du club des Jacobins, la -dépanthéonisation (expression du temps) des restes de Marat, ne -suffirent point pour apaiser les indignations de la conscience -publique. Le sang appelle le sang. Parmi les suppliciés, on ne compta -pas seulement les criminels auteurs de tant de supplices, les Carrier, -les Fouquier-Tinville, les Lebon: les vainqueurs du 10 thermidor -n'étaient guère moins pervers que les vaincus. Ce fut ainsi que la -réaction atteignit souvent l'innocence et la vertu, qui ne -désapprenaient pas encore le chemin de l'échafaud. - -Ce champ de repos où arrivaient concurremment les cercueils fermés par -une mort naturelle, aussi bien que les cadavres mutilés par le -bourreau, ne tarda point à se remplir. - -Disons aussi qu'à partir du 26 prairial an II (14 juin 1794), -l'échafaud fut transporté de la place de la Révolution à la porte -Saint-Antoine; puis, deux jours après, à la barrière du _Trône -renversé_, où il resta en permanence jusqu'au 9 thermidor. - -Deux ans après, par un arrêté de l'administration centrale du -département de la Seine, le cimetière de Montmartre fut ouvert[128], -et celui de Monceaux ne servit plus aux sépultures. La grande porte, -pratiquée dans le mur d'enceinte de Paris et donnant accès dans le -champ du Christ, demeura fermée. Les orphelins qu'avait faits la -révolution n'avaient point assisté aux funérailles de leurs pères; ils -ignoraient même, pour la plupart, le lieu où elle avait enfoui leurs -restes. Longtemps la stérile curiosité d'un public dominé par la -terreur s'inquiéta beaucoup plus des prisons que des cimetières, -beaucoup plus de la guillotine que de la sépulture. La plupart de ceux -qui avaient connu le champ du Christ en oublièrent la route. Le -silence se fit à l'entour comme au dedans. Les années s'écoulèrent, -emportant avec elles les traditions du passé, abattant quelques -pauvres croix de bois pourries au milieu des grandes herbes et -effaçant tout vestige de tombes. - -[Note 128: Ce cimetière qui porta d'abord la dénomination de _Champ de -Repos_, fut créé par un arrêté de l'administration centrale du -département de la Seine, du 8 messidor an VI (26 juin 1798), dans un -terrain d'un hectare deux mille sept cent trente-six mètres -cinquante-sept centimètres, situé au-dessus du boulevard de la -barrière Blanche, cédé à la ville par le citoyen Aymé pour la somme de -quatre mille huit cents francs. Par cet arrêté, le cimetière Roch fut -définitivement fermé. - -Le _Champ de Repos_ se trouva bientôt trop petit. - -Par un décret, daté du camp impérial d'Ebersdorf, du 28 mai 1809, le -conseiller d'État, préfet du département de la Seine, fut autorisé à -acquérir, pour cause d'utilité publique, au nom de la ville de Paris, -un terrain de quinze hectares, situé à l'entrée de la plaine de -Clichy, pour servir à l'établissement d'un nouveau lieu de sépulture, -destiné à remplacer le cimetière Montmartre. - -Un autre décret impérial, du 13 août 1811, modifiant ce décret, -ordonna que le cimetière existant au bas de Montmartre serait agrandi -dans sa partie nord et nord-ouest, et autorisa la ville de Paris à -faire acquisition de douze hectares de terrain pour l'agrandissement -du cimetière, en le prolongeant à travers le chemin des Batignolles, -qui sera déplacé. - -Enfin, un arrêté préfectoral du 10 février 1818 fit procéder -immédiatement au mesurage des douze hectares de terrain dont -l'acquisition est ordonnée par le décret susrelaté. B.] - -[Illustration: - -PLAN DE L'ANCIEN CIMETIÈRE DE LA MADELEINE - -Converti en jardin par M. Descloseaux, rue d'Anjou Saint-Honoré, nº -48, - -DANS LEQUEL ONT ÉTÉ DÉPOSÉS - -LES RESTES DU ROI LOUIS XVI ET DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE. - -_Maison et Jardin de M. Descloseaux._ - - I. Fosse dans laquelle ont été inhumés, le 6 juin 1770, cent - trente-trois corps des personnes qui ont péri sur la place Louis - XV, dans la rue Royale ou à la porte Saint-Honoré, à la suite des - fêtes célébrées pour le mariage de M. le Dauphin. - - II. Première fosse, située près du mur mitoyen du jardin - Descloseaux, dans laquelle ont été mis les corps de quatre - prêtres et d'environ cinq cents Suisses, tués aux Tuileries le 10 - août 1792. - - III. Deuxième fosse, dans laquelle ont été enterrés cinq cents - autres Suisses, également tués aux Tuileries le 10 août 1792. - - IV. Tombeau de Louis XVI, inhumé le 21 janvier 1793, à dix heures - et demie du matin. On fit une fosse de huit pieds de profondeur, - dans laquelle on mit beaucoup de chaux. Le 16 octobre de la même - année, le corps de la Reine fut enterré à côté de celui du Roi. - - V. Fosse de Charlotte Corday. - - VI. Grande fosse ouverte peu de temps après la mort du Roi et - comblée en décembre 1794. Le corps de M. le duc d'Orléans y fut - déposé, ainsi qu'un très-grand nombre d'autres victimes. - - VII. Grande fosse qui a dû recevoir près de mille victimes.] - -En 1790, M. Viger de Jolival, ancien directeur des fermes, avait fait -l'acquisition de la maison du Christ, du jardin et de l'enclos qui en -dépendent. La ville de Paris s'empara du petit enclos, contigu au -jardin, et en fit un cimetière; plus tard, ce même enclos fut loué à -un habitant de Monceaux qui y fauchait de l'herbe et y semait des -pommes de terre. M. Viger n'ignorait pas que parmi les victimes qui y -étaient inhumées se trouvaient les restes de Madame Élisabeth. Il fit -entourer d'un treillage l'endroit indiqué dans notre plan[129] par la -lettre G, et y fit poser une pierre tumulaire sur laquelle étaient -écrits ces deux mots: _Madame Élisabeth_. Mais les déclarations de -Joly, fossoyeur du cimetière à l'époque du 21 floréal an II (10 mai -1794) semblent prouver que M. Viger se trompait sur l'emplacement de -la sépulture de cette princesse. Son erreur était encore plus grave au -sujet de la dépouille mortelle du duc d'Orléans, qu'il prétendait être -ensevelie à l'endroit désigné par la lettre K. Les restes de ce prince -n'avaient point été amenés dans ce cimetière, qui ne fut ouvert que -cinq mois après sa mort: ils reposaient dans celui de la Madeleine, -en un coin diamétralement opposé à l'angle où se trouvaient les -tombes du roi Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette. Les deux -branches de la maison de Bourbon demeurèrent séparées dans la mort, -comme elles l'avaient été dans la vie. Nous ne croyons pas nous -écarter trop de notre sujet en reproduisant ici le plan du cimetière -de la Madeleine, avec quelques indications qui ne seront peut-être pas -sans intérêt pour le lecteur. - -[Note 129: Voir page 232 de ce volume.] - -M. Viger, après avoir fait dans sa propriété de l'enclos du Christ les -deux réserves dont nous avons parlé, rendit le reste du champ à la -culture. La porte charretière pratiquée dans le mur d'enceinte et par -où entraient les charrettes remplies par le bourreau, ne s'ouvrit plus -qu'à de bien rares intervalles pour laisser passer le laboureur. Un -homme qui travaillait enfant dans ces lieux, et qui plus d'une fois -m'y a conduit dans le cours de ces quinze dernières années[130], me -racontait que son père l'envoyait souvent travailler dans le _champ du -Christ_, en lui recommandant de ne pas toucher aux terrains marqués -par une claire-voie. - -[Note 130: Le sieur Fauconnier, 12, rue d'Asnières, -Batignolles-Paris.] - -Les choses en étaient là, lorsque s'accomplirent les graves événements -de 1814. La maison de Bourbon n'avait pu enterrer ses morts après la -grande bataille de la révolution. Il était naturel qu'en rentrant sur -le sol de la patrie elle s'occupât de ce soin pieux. D'ailleurs, le -retour des exilés, ces absents temporaires, rappelait les morts, ces -absents éternels, ensevelis avec trop peu de larmes, _paucioribus -lacrymis_, comme l'a écrit le grand historien de Rome; et depuis que -les roulements de tambour et les fanfares de la victoire ne -retentissaient plus, il semblait qu'on entendait sortir de ces sillons -où l'on avait fauché une génération humaine, un bruit de gémissements -et de sanglots. La restauration de la maison de Bourbon ramenait -elle-même la pensée publique sur les royales victimes de la -Révolution. - -La loi qui avait consacré un deuil général en expiation du crime -commis le 21 janvier 1793, avait prescrit qu'un monument serait élevé -au fils et à la soeur de Louis XVI. Nous avons, dans un ouvrage -relatif _à la vie, à l'agonie et à la mort de Louis XVII_, exposé les -motifs qui rendirent stériles, relativement à ce jeune prince, les -dispositions de cette loi. Les difficultés qui s'était présentées pour -retrouver les restes de l'orphelin du Temple devenaient plus grandes -encore pour rechercher ceux de Madame Élisabeth, enfouis dans une -fosse commune avec les dépouilles des vingt-trois autres personnes -frappées avec elle sur l'échafaud du 21 floréal. Le gouvernement de la -Restauration n'avait recueilli que des renseignements inexacts sur la -sépulture des victimes révolutionnaires. - -Un respectable vieillard, M. Descloseaux, propriétaire rue d'Anjou -d'une maison contiguë au cimetière de la Madeleine, avait été témoin -oculaire de l'inhumation des restes du roi Louis XVI et de la reine -Marie-Antoinette dans ce cimetière, et s'était persuadé que tous les -suppliciés de la place de la Révolution y avaient été également -ensevelis. Sa déclaration, formulée dans ce sens et signée par lui, le -4 juin 1814, avait accrédité une erreur que lui-même, mieux informé -plus tard, s'empressa de réparer par un acte authentique à la date du -22 mai 1816[131]. - -[Note 131: - - _Déclaration de M. Descloseaux, chevalier de l'Ordre du Roi, - du 22 mai 1816, devant Me Deguingand, notaire à Monceaux_. - -Je soussigné, Pierre-Louis OLLIVIER DESCLOSEAUX, chevalier de l'Ordre -du Roi, demeurant actuellement rue d'Anjou, faubourg Saint-Honoré, -nº 62, premier arrondissement, déclare erroné le certificat que j'ai -signé le quatre juin mil huit cent quatorze, étant à la suite d'une -liste imprimée par Lottin, dans le courant de la même année, ayant -pour titre: «_Liste des personnes qui ont péri par jugement du -tribunal révolutionnaire, depuis le vingt-six août dix-sept -cent quatre-vingt-douze, jusqu'au treize juin dix-sept cent -quatre-vingt-quatorze (vingt-cinq prairial an deux), laquelle liste -contient les noms de treize cent quarante-trois victimes._» - -Attendu qu'il est constant et hors de doute que, sur la demande des -propriétaires et habitans de la rue d'Anjou, le cimetière de la -Madeleine a été fermé antérieurement au vingt-quatre mars dix-sept -cent quatre-vingt-quatorze (quatre germinal an deux), et que de suite -il a été ouvert près de la barrière de Monceaux (vulgairement -Mousseaux) un autre cimetière, dans lequel a été porté HÉBERT, dit le -_Père Duchesne_, indiqué sous le nº 496 de ladite liste, d'où il -résulte la preuve, d'après la liste imprimée par Lottin, que huit cent -quarante-huit victimes ont été portées au cimetière de Monceaux, et -non à celui de la rue d'Anjou; en conséquence je déclare, moi -Descloseaux, que c'est par erreur qu'il est dit, dans le certificat -signé de moi, que toutes les personnes comprises dans cette liste, et -au nombre de treize cent quarante-trois, ont été inhumées dans le -cimetière de la rue d'Anjou, et que je n'ai pas entendu y comprendre -celles qui ont été reçues au cimetière de Monceaux, indiquées sous les -huit cent quarante-huit derniers numéros. Cette erreur provient de ce -que j'ai considéré la désignation du cimetière de la Madeleine comme -étant commune aux deux cimetières de la rue d'Anjou et Monceaux, -attendu qu'ils avaient successivement servi au même usage. - -De ce qui vient d'être dit, il reste constant que les tristes restes -de MADAME ÉLISABETH, soeur de Sa Majesté Louis XVI, et de M. de -MALESHERBES, sont déposés dans le cimetière de Monceaux. (Voir les -n{os} 679 et 901.) - -En foi de quoi j'ai signé le présent certificat pour rendre hommage à -la vérité, consentant qu'il soit déposé par-devant notaire, et qu'il -en soit délivré toutes copies nécessaires à qui de droit et à mes -frais. - -A Paris, ce dix-neuf mai dix-huit cent seize. - -Approuvé le contenu au certificat ci-dessus écrit de la main de M. -d'Anjou, mon gendre. _Signé_ OLLIVIER DESCLOSEAUX, chevalier de -l'Ordre du Roi. - -En marge est écrit: Enregistré à Neuilly, le vingt-un mai mil huit -cent seize, fol. 14 recto, cases 1 et 2. Reçu deux francs vingt -centimes. _Signé_ MAUROY. - -«Il est ainsi en ladite déclaration, duement certifiée véritable, -signée, paraphée et annexée à un acte de dépôt passé devant Me Élie -DEGUINGAND, notaire à Monceaux, boulevard extérieur de Paris, -soussigné, le vingt-deux mai mil huit cent seize, enregistré; le tout -étant en la possession dudit Me DEGUINGAND.» Délivré ces présentes le -trente juin mil huit cent seize. - - DEGUINGAND.] - -L'année suivante, dans les derniers jours du mois de mars, fut dressé -un acte notarié établissant la notoriété du cimetière de -Monceaux[132]. - -[Note 132: - - _Acte de notoriété concernant le cimetière de Monceaux, - du 30 et 31 mars 1817, devant Me Deguingand, notaire._ - -Par-devant Me Élie DEGUINGAND, notaire royal à la résidence de -Monceaux, boulevard extérieur de Paris, en présence des témoins -ci-après nommés, soussignés, - -SONT COMPARUS: - - 1º M. Philippe CARDINET, marchand de vin traiteur; - 2º M. Louis-Auguste POITEVIN, propriétaire et cultivateur; - 3º M. François CUREL, propriétaire et marchand épicier; - 4º M. Étienne DESGRAIS, propriétaire et cultivateur; - 5º M. François CHARLES, propriétaire et cultivateur; - 6º M. Étienne-François FAUCONNIER, propriétaire et cultivateur; - 7º M. Pierre GILLET, propriétaire et cultivateur; - 8º M. Claude LEBERT, cultivateur et propriétaire; - 9º Et M. Jacques-Louis CHARLES, propriétaire et paveur; - -Tous demeurant à Monceaux, commune de Clichy-la-Garenne, département -de la Seine; - -Lesquels ont attesté pour notoriété constante, et comme étant à leur -parfaite connaissance, les faits ci-après rapportés; - -SAVOIR: - - 1º Que, lors de la fermeture du cimetière de la Madeleine de - Paris, c'est-à-dire au mois de mars dix-sept cent - quatre-vingt-quatorze, le Gouvernement, existant à cette époque - s'est emparé pour le même usage d'un terrain dépendant de la - maison dite _du Christ_, située à la barrière de Monceaux - (vulgairement _Mousseaux_). - - 2º Que pour l'entrée de ce dernier cimetière on a démoli une - partie du mur d'enceinte de Paris, et pratiqué sur le boulevard - extérieur, vis-à-vis le bâtiment de la barrière, une ouverture, - depuis fermée par une grande porte qui existe encore - actuellement. - - 3º Et que c'est dans ce lieu qu'ont été portés, le dix mai - dix-sept cent quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de MADAME - ÉLISABETH, soeur de Sa Majesté Louis XVIII, roi de France. - -Trois jours après, l'ancien concierge du cimetière de Monceaux faisait -devant le même officier public la déclaration suivante: - -Par-devant Me Élie DEGUINGAND, notaire royal, à la résidence de -Monceaux, boulevard extérieur de Paris, en présence des témoins -ci-après nommés, soussignés, - -EST COMPARU, - -Étienne-Pierre JOLY, ancien concierge du cimetière de Monceaux, et -actuellement concierge du cimetière de Montmartre, demeurant aux -Batignolles, nº 42, commune de Clichy. - -Lequel a attesté pour notoriété constante, et comme étant à sa -parfaite connaissance, les faits ci-après rapportés; - -SAVOIR: - - 1º Que, lors de la fermeture du cimetière de la Madeleine de - Paris, c'est-à-dire au mois de mars mil sept cent - quatre-vingt-quatorze, le gouvernement existant à cette époque - s'est emparé, pour le même usage, d'un terrain actuellement - dépendant de la maison dite du _Christ_, situé à la barrière de - Monceaux (vulgairement Mousseaux); - - 2º Que pour l'entrée de ce dernier cimetière on a démoli une - partie du mur d'enceinte de Paris, et pratiqué sur le boulevard - extérieur de Paris, vis-à-vis le bâtiment de la barrière, une - ouverture, depuis fermée par une grande porte qui existe encore - actuellement; - - 3º Que c'est dans ce lieu qu'ont été portés, le dix mai mil sept - cent quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de MADAME - ÉLISABETH, soeur de S. M. LOUIS XVIII, ROI de France; - - 4º Et enfin que c'est dans ce lieu qu'ont aussi été apportés tous - les corps des personnes qui ont été condamnées par le tribunal - révolutionnaire, et exécutées sur la place LOUIS XV, depuis le - quatre germinal an deux (vingt-quatre mars mil sept cent - quatre-vingt-quatorze) jusqu'à la fermeture dudit cimetière. - -Desquelles déclarations il a été dressé le présent acte pour servir et -valoir ce que de raison. - -Fait et passé à Monceaux, en l'étude, l'an mil huit cent dix-sept, le -trois avril, en présence de Jean-Nicolas Couttard, instituteur, et -Pierre-Augustin Meigneux, commis marchand épicier, demeurant tous deux -audit Monceaux, témoins instrumentaires requis conformément à la loi, -et a le comparant signé avec lesdits témoins et ledit Me DEGUINGAND, -notaire soussigné, après lecture faite de la minute des présentes, -demeurée à Me DEGUINGAND, notaire soussigné. - -En marge de ladite minute est écrit: - -Enregistré à Neuilly, le quatre avril mil huit cent dix-sept, folio -167 recto, case 7. Reçu deux francs vingt centimes. _Signé_ MAUROY. - -Délivré ces présentes le cinq avril mil huit cent dix-sept. - - DEGUINGAND.] - -Dès le 11 janvier 1817, M. Bélanger, dessinateur ordinaire du cabinet -et de la chambre du Roi, avait adressé le rapport suivant à M. de -Pradel, chargé du portefeuille de la maison de Sa Majesté: - -«MONSIEUR LE COMTE, - -»Le corps de Madame Élisabeth de France a été porté dans une fosse -commune, près la barrière de Mousseaux, dans un terrain (_intra -muros_) qui appartient à M. Viger, ancien directeur des fermes. Ce -domaine contient environ sept arpents, sur lequel il existe deux -maisons d'habitation séparées l'une de l'autre. - -»Dans la même fosse qui contient les restes de cette auguste et -infortunée princesse, se trouvent réunis ceux des personnes qui ont -partagé la gloire de son martyre. - -»Toute espèce de translation étant impossible, on peut, ainsi que vous -l'avez sagement proposé, faire de ce local, sans beaucoup de dépense, -un lieu d'expiation et de recueillement, dont les dispositions, -d'après les détails du plan que j'ai l'honneur de vous adresser, -offriraient l'aspect austère d'une enceinte religieuse, où quelque -petit monument attesterait aux siècles à venir jusqu'à quel excès de -déraison et de délire peut se porter un peuple quand il brise ses -institutions sociales et qu'il rompt le joug salutaire des lois de la -morale et de la religion. - -»J'ai rédigé le projet que j'ai l'honneur de vous adresser sur des -dispositions d'économie. Une enceinte fermée, plantée de cyprès et -autres arbres convenables à un champ de repos, une pyramide élevée sur -la fosse, des cyprès mémoratifs avec quelque inscription, une chapelle -sépulcrale simple dans ses décors, qui offrirait aux habitants de -Mousseaux, qui n'ont plus d'église pour la célébration de la messe, -les jours de fêtes et dimanches, un lieu de recueillement. - -»Ce domaine offre la disposition avantageuse de deux maisons -d'habitation, l'une convenable pour l'ecclésiastique qui desservirait -la chapelle, et l'autre au concierge qui gardera le champ du repos. - -»J'estime toute cette dépense, y compris l'acquisition des sept -arpents de terre, des deux maisons, des embellissements, des -plantations et de la construction de la chapelle, à trois cent mille -francs. - -»Des détails plus précis donneraient peut-être des résultats plus -économiques. - -»Je m'estimerai heureux si, témoin de tant de profanations politiques -et sacrées, je pouvais avoir contribué à la décision qui sera -prononcée à cet égard. - -»J'ai l'honneur d'être avec respect, Monsieur le comte, votre -très-humble et très-obéissant serviteur, - - »BÉLANGER.» - - »Paris, le 11 janvier 1817.» - - * * * * * - -De son côté, M. Viger de Jolival avait, le 25 du même mois, tenté près -des vicaires généraux du diocèse de Paris une démarche ayant pour but -de les intéresser à la cession qu'il était disposé à faire de sa -propriété au gouvernement du Roi, et, le 4 février, il écrivait au -préfet de la Seine relativement au monument à élever à la mémoire de -Madame Élisabeth. Il crut aussi devoir adresser une requête analogue à -M. le vicomte de Montmorency[133]. Ni les propositions de M. Bélanger -ni celles de M. Viger de Jolival ne furent accueillies. Nous dirons -dans l'Appendice que nous inscrirons à la fin de ce volume, avant les -Pièces justificatives, les difficultés, pour ainsi dire -insurmontables, que rencontrèrent les recherches qui furent tentées -pour arriver à la découverte certaine des restes de Madame Élisabeth. -M. Lainé, ministre de l'intérieur, sous l'autorité duquel le préfet de -police avait dirigé ces lamentables travaux, regarda comme un devoir -de soumettre au Roi les lettres qui en exposaient les détails. Louis -XVIII, assez peu crédule de sa nature, et pour qui les reliques de -Louis XVI et de Marie-Antoinette, malgré les actes publics qui en -établissaient l'authenticité, paraissaient à peine offrir une garantie -suffisante, donna l'ordre de s'abstenir de recherches qui, -lorsqu'elles ne sont pas motivées par des indications certaines, -ressemblent à une profanation: or celles-ci ne pouvaient avoir pour -résultat qu'une découverte d'ossements douteux. On renonça donc à -toute pensée d'exhumation. - -[Note 133: Se déclarant _propriétaire et gardien depuis vingt-sept ans -de l'enceinte où repose la dépouille mortelle de Madame Élisabeth, -clos inaccessible au public, resté inculte et vierge depuis le 10 mai -1792_, et ayant pour objet _la possibilité de l'érection d'un monument -à la mémoire de cette princesse_. (Catalogue Laverdet, mai 1857.)] - -On avait voulu trop faire et l'on ne fit point assez. La plus simple -convenance conseillait d'acquérir ce cimetière et d'y ériger un -monument. On n'en fit rien. M. Viger de Jolival perdit l'espoir de -céder au gouvernement royal le terrain qui contenait les restes -d'Élisabeth, de Malesherbes, des fermiers généraux, des présidents du -Parlement de Paris et d'une multitude de personnages considérables. - -Peut-être l'empressement du propriétaire du terrain à en tirer parti -diminua-t-il la disposition du gouvernement à l'acquérir, parce que -celui-ci ne vit qu'une spéculation dans une affaire où il y avait des -considérations d'un ordre supérieur à envisager. Cependant, si -l'enquête, poursuivie avec tant de soin, n'avait pu donner -d'indications précises sur les moyens de discerner les reliques de la -soeur de Louis XVI au milieu de tant de restes, elle avait mis deux -points hors de doute: la présence des dépouilles mortelles de la -princesse dans l'_enclos du Christ_, et l'indication de la fosse où -elles reposent, avec un grand nombre des plus illustres victimes de la -révolution, et à quelques pas des proscripteurs les plus redoutables -de cette époque néfaste, couchés dans la paix du même tombeau. Cela -suffisait pour que l'enclos marqué de tels souvenirs fût conservé -comme une de ces pages d'histoire qui, respectées au milieu de tous -les changements, parlent du passé à l'avenir. - -Le temps a marché. Peu à peu la spéculation s'est emparée de ces -terrains. Quelques chétives maisons s'y sont assises, quelques hangars -s'y sont élevés; mais ceux qui les habitent ou qui les exploitent ne -se doutent pas de ce qui s'est passé dans ces lieux. La population, -qui se renouvelle encore plus vite aux abords des barrières qu'au -centre même de la cité, ignore tellement à quel usage ces terrains ont -servi, qu'un terrassier ayant trouvé, il y a quelques années, des -ossements humains en creusant les fondations d'un bâtiment, mille -conjectures étranges ont occupé l'imagination des habitants de ce -quartier. Dans ces derniers temps encore, de nouveaux ossements, -appartenant à des individus des deux sexes, et remontant, d'après les -examens de la science, à soixante-dix ou soixante-quinze ans, sont -apparus en grand nombre sous la pioche des ouvriers occupés à des -fouilles au boulevard de Monceaux. Ces débris, remplissant plusieurs -tombereaux, ont été transportés aux Catacombes[134]. - -[Note 134: C'est par erreur qu'un article du _Droit_ du mois de -juillet 1865, et après lui plusieurs autres journaux, ont prétendu que -«cet emplacement faisait autrefois partie du cimetière de la Madeleine -de la Ville-l'Évêque, où avaient été déposés les corps de Louis XVI et -de Marie-Antoinette, ainsi que ceux des victimes de la Terreur.» Il y -avait loin du cimetière de la Madeleine au cimetière de Monceaux. B.] - -Ainsi donc, si Madame Élisabeth avait mis tous ses soins à fuir -l'ostentation pendant sa vie, Dieu a voulu lui ménager jusque dans la -mort l'obscurité qu'elle avait aimée. - - * * * * * - -Madame, après avoir prêché l'humilité devant l'échafaud, vous vous y -êtes humblement offerte. Vos dépouilles ont été, avec les dépouilles -de tous vos compagnons funèbres, enfouies pêle-mêle dans la terre, et -pas une pierre n'en marquera même la place! - -Mais les haines qui vous ont persécutée sont éteintes: les calomnies -qui s'étaient dressées contre vous se sont dissipées comme ces nuées -qu'amasse un jour d'orage, et que le vent emporte, en détruisant -l'obstacle passager qui empêchait la terre de jouir de la lumière du -soleil, dont l'éclat, invisible un moment aux regards des hommes, n'a -pas cessé de rayonner dans le ciel. C'est l'image de votre sublime -vertu méconnue un jour sur la terre, toujours connue du regard de -Dieu. - -Vous aviez ému et attendri le monde par l'onction de votre parole. -Aujourd'hui vous le tiendrez et plus ému et plus attendri encore par -la douceur de votre souvenir; car vous avez parlé plus haut dans votre -mort que dans votre vie. - -Cédant à une inspiration venue de notre coeur, et soutenu dans notre -tâche par le culte que nous vous avions voué, nous avons consacré de -longues journées à rassembler quelques nouveaux détails sur votre -personne; nous les avons enregistrés dans ce livre avec conscience, -avec respect; et bien souvent des larmes sont venues obscurcir notre -vue et arrêter notre plume, en vous surprenant si sévère pour -vous-même, si soumise aux volontés de Dieu, qui devenaient les vôtres, -si miséricordieuse envers les faibles, si bonne pour vos amies, si -généreuse envers vos ennemis, et si douce envers la mort. Mais je ne -veux plus parler de vous avec ce chagrin amer qui convient mal à -l'admiration de l'angélique sérénité de votre grande âme; j'ai été à -la peine en racontant votre martyre, je suis maintenant au triomphe: -je me reprocherais ma douleur comme une impiété, ne voulant plus voir -dans votre mort que votre triomphe éternel. - -Par une rencontre où nous aimons mieux voir le doigt de la Providence -qu'un concours de circonstances tout fortuit, la révolution sembla -exécuter, après votre mort, les ordres que vous-même eussiez donnés, -si vous eussiez cru pouvoir commander, et devoir être obéie. Les -vêtements dont vous étiez couverte à votre dernière heure furent -portés dans un hospice pour servir aux pauvres et aux malades, ces -membres souffrants de Notre-Seigneur, que vous secouriez pendant votre -vie; votre maison de Montreuil, que vous aviez tant aimée, garda le -nom de maison Élisabeth et fut destinée à devenir un hôtel-Dieu; -enfin, le champ du Christ reçut votre corps, tandis que votre âme -montait au ciel. - -Mais ce n'est point à nous qu'il appartient de vous honorer dignement. -Sans chercher à devancer le cours des âges, il nous est permis de -prévoir qu'un hommage bien autrement éclatant sera rendu un jour à -votre mémoire: il est une autorité sacrée, qui, comme Dieu, n'oublie -pas les âmes qui sortent victorieuses du siècle, par la simplicité -dans le courage, par l'humilité dans la vertu, par la candeur dans -l'héroïsme. Un jour viendra, nous le croyons, où, d'après les -souvenirs et les témoignages des événements et des hommes, l'Église -inscrira le nom d'Élisabeth dans ces impérissables légendes où les -générations chrétiennes vont chercher leurs protecteurs et leurs -modèles. - - - - -APPENDICE. - -DOCUMENTS CONCERNANT LES RECHERCHES - -QUI ONT ÉTÉ FAITES AUX MOIS DE MARS, D'AVRIL ET DE MAI - -POUR RETROUVER ET CONSTATER - -LES RESTES DE MADAME ÉLISABETH. - - -Le 22 mars, le ministre de l'intérieur (M. Lainé), en adressant au -préfet de la Seine (M. de Chabrol) une lettre de M. Viger de Jolival, -ancien directeur des fermes, lui demandait des renseignements sur -l'inhumation de Madame Élisabeth. - -Cette lettre et cette note furent transmises par le préfet de la -Seine, en ces termes, au préfet de police: - -«M. le comte de Chabrol a l'honneur de transmettre confidentiellement -à son collègue M. le comte Anglès une note accompagnée d'une lettre à -la date du 22 mars qu'il vient de recevoir de S. Exc. le ministre de -l'intérieur, et à laquelle M. le comte Anglès a sans doute plus de -moyens que lui de répondre d'une manière positive; il le prie de -vouloir bien réunir tous les renseignements qui peuvent répondre aux -vues du ministre. - -»Il le prie d'agréer l'assurance de sa haute considération. - - »Paris, le 24 mars 1817.» - - * * * * * - -Un scrupule administratif occupa les bureaux de la police. Était-il -dans les convenances que le préfet de police fût mis en action par le -préfet de la Seine pour une opération dont ce dernier avait été -chargé confidentiellement par le ministre? - -Interrogé sur cette question, un chef de bureau de la préfecture de -police répondait à M. le comte Anglès: - - «25 mars 1817. - -»En proposant à Son Excellence le projet de lettre ci-joint pour le -ministre de l'intérieur, au sujet des communications de M. le préfet -du département (reconnaissance du lieu d'inhumation des restes de -_Madame Élisabeth_), on a l'honneur de lui faire part d'un scrupule -naturel: le ministre de l'intérieur sera-t-il ou non dans le cas de se -formaliser d'une communication faite par M. le préfet de la Seine de -pièces qui lui avaient été adressées à lui seul, et de voir, hors des -convenances peut-être, M. le préfet de police mis en action par M. le -préfet de la Seine pour une opération dont ce dernier avait été chargé -directement et particulièrement par le ministre? - -»Le ministre n'a rien transmis, rien demandé à M. le préfet de police; -ce n'est pas non plus de la part du ministre que M. le préfet du -département laisse à M. le préfet de police à suivre une opération -dont il a recueilli et transmis les premiers éléments à S. Exc. le -ministre de l'intérieur, qui ne les avait demandés qu'à lui, préfet du -département, et confidentiellement. - -»M. le préfet de police n'a-t-il pas à craindre de commettre M. le -préfet du département avec le ministre par une lettre qui n'est point -provoquée? - -»A considérer la démarcation naturelle des attributions des autorités, -il semble qu'il y a inconvénient et irrégularité dans la marche -actuelle de cette affaire; peut-être, pour la suite qu'elle doit avoir -conformément aux intentions du Roi, prendrait-elle une direction -claire plutôt des instructions que Son Excellence prendrait -directement du ministre, que par la voie d'une correspondance dont il -peut être ou mécontent ou surpris. - - »BOUCHER.» - - * * * * * - -La lettre suivante, formulée par M. Boucher, fut adoptée et adressée -par le ministre d'État, préfet de police, à M. le ministre de -l'intérieur. - - «25 mars 1817. - -»MONSEIGNEUR, - -»M. le préfet du département de la Seine m'a transmis -confidentiellement une lettre que Votre Excellence lui a écrite le 22 -de ce mois pour lui demander les renseignements qu'il pourrait se -procurer sur l'époque et le lieu de l'inhumation des restes de _Madame -Élisabeth_. - -»Je vois par une note transmise à M. le préfet du département par -Votre Excellence, et dont il me donne également communication, que M. -le préfet lui avait adressé déjà des renseignements qu'il avait -obtenus du sieur Viger de Jolival, propriétaire du terrain où -l'inhumation avait eu lieu, ainsi que le plan descriptif de la -propriété avec un aperçu du monument; mais que ces documents ne -satisfaisaient point Votre Excellence sur la question essentielle, -celle de l'authenticité. - -»M. le préfet du département fonde la communication qu'il me fait par -une note en date d'hier sur la présomption que j'aurais plus de moyens -que lui de répondre aux vues de Votre Excellence. - -»Comme je n'ai aucune connaissance de ce qui a été fait à cet égard -dans le principe, et que les premiers renseignements recueillis par M. -le préfet du département sont entre les mains de Son Excellence, je ne -puis que la prier de vouloir bien me faire connaître si son intention -serait que je fisse des recherches et une enquête pour obtenir des -informations plus positives. - -»Dans ce cas, il me serait nécessaire d'avoir toutes les notions -antérieures qui sont parvenues à Votre Excellence et à M. le préfet du -département. - -»J'ai l'honneur, etc., etc.» - - * * * * * - -M. le vicomte Lainé répondit: - - «Paris, le 31 mars 1817. - -»Monsieur le comte, M. Viger de Jolival, propriétaire de la maison -dite du Christ, barrière de Mousseaux, et d'un terrain en dépendant, a -déclaré que S. A. R. Madame Élisabeth avait été inhumée dans ce -terrain. - -»Le Roi m'a ordonné de faire à ce sujet toutes les recherches -convenables. - -»Je vous serai obligé de me communiquer tous les renseignements que -vous pourrez vous procurer pour constater ce fait d'une manière -indubitable et pour faire reconnaître les cendres de Madame Élisabeth, -que l'on dit avoir été ensevelie en même temps que plusieurs autres -personnes. Ce doit être là le but des recherches, afin que la -translation à Saint-Denis puisse être opérée, suivant le degré de -certitude qui aura été acquis. - -»J'ai l'honneur d'être, etc. - - »_Le ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur,_ - - »LAINÉ.» - - * * * * * - -Cette lettre étant demeurée sans réponse, le ministre de l'intérieur -en fit le rappel au préfet de police le 18 avril, en ajoutant: «Je -vous prie de me répondre sur cette demande le plus tôt possible.» - -De son côté, M. de Giry, administrateur des affaires ecclésiastiques -au ministère de l'intérieur, avait, dès le 1er avril, écrit -officieusement à M. Anglès: - - «Paris, le [1er avril] 1817. - -»Voici ce qui est arrivé au sujet des recherches à faire pour -constater tout ce qui peut avoir trait aux cendres de Madame -Élisabeth. - -»Le ministre me remit, il y a quelques jours, une note portant que M. -Viger de Jolival, propriétaire d'une maison dite du Christ et jardin -en dépendant, barrière de Mousseaux, avait fourni à _M. le préfet de -la Seine_ et à MM. les vicaires généraux des renseignements et un -projet sur un monument à élever en l'honneur de Madame Élisabeth sur -le terrain même, après acquisition faite (par la ville de Paris). - -»Je finissais le travail ordinaire; le ministre, en me remettant la -note, qui m'était alors inconnue, n'ajouta que ces mots: «Voyez tout -ce que l'on peut faire.» - -»Averti par la lecture qu'il y avait des antécédents, je me les fis -remettre. Ils étaient déjà parvenus, avec envoi de M. le préfet, dans -un bureau qui avait traité sous le rapport d'acquisition (160,000 fr.) -et de monument. Que pourrait-on faire si l'on n'y mettait encore -autant et plus, et puis des gardiens dans ce quartier isolé, et puis -un service journalier, etc.? J'entrevis _quatre à cinq cent mille -francs_ de dépense. - -»J'arrivai au travail avec deux lettres: une aux vicaires généraux -pour avoir tout ce qui leur avait été communiqué; l'autre est celle -que M. le comte de Chabrol a renvoyée à M. le comte Anglès. L'avis -joint était de ma façon, parce que je craignais que M. le préfet ne -suivît la chose dans le sens du premier projet, et qu'il me paraissait -qu'on ne pouvait trop appuyer sur la nécessité de _constater_ les -cendres, de les distinguer et de les transférer alors à Saint-Denis, -plutôt que de s'arrêter à tout autre plan d'exécution imparfaite et -dispendieuse. - -»Je ne songeai pas dans le moment au préfet de police; le ministre n'y -songea pas davantage; mais hier, averti ou mieux avisé, il a écrit à -M. le préfet de police. La lettre, soumise aux formalités du départ, -se sera croisée. - -»Il paraît que l'idée de translation à Saint-Denis, dans le cas où -l'on réussirait à distinguer les cendres de Madame Élisabeth, est -conforme à l'intention du Roi. - -»Il paraît encore que l'intérêt du propriétaire, déjà bercé de l'idée -de vendre, pourra rendre la vérification plus difficile. Ce n'est pas -le cas de parler d'adresse et d'habileté au ministre préfet qui veille -sur Paris. - -»Au surplus, j'ai parlé ce matin à M. Lainé de la question que vous -m'avez adressée, mon très-honoré et très-cher ministre, et je lui en -ai parlé comme je devais le faire, et de manière à remplir votre -commission en entier. Je puis donc vous assurer que l'énoncé de la -note Jolival, portant que le préfet de la Seine et les vicaires -généraux de Paris avaient ses premiers renseignements, a été (sans -autre réflexion) la cause que l'on s'est adressé à cet administrateur -et à MM. les vicaires généraux. - -»Quant aux antécédents, ils sont uniquement relatifs à la dépense à -mettre à la charge de la ville de Paris. Ils s'étaient passés entre M. -le préfet et M. le sous-secrétaire d'État en dernier lieu. - -»Enfin M. Lainé se défend même d'avoir coopéré à ce qui regarde les -restes de Molière et de la Fontaine. Il m'a répondu qu'au surplus cela -avait dû être traité comme objet d'art. M'a-t-il bien ou mal entendu? - -»Je n'ai pas voulu insister. - -»Mais, j'ose vous le répéter, quoique sans doute la chose soit -superflue, s'il est reconnu qu'acheter et bâtir serait intempestif, -que transférer à Saint-Denis serait dans les voeux du Roi, il y aura -des précautions à prendre pour éluder l'intérêt du propriétaire. - -»J'écris de chez moi, les affaires courantes ne me l'ayant pas permis -dans la journée. Pardon de la prolixité, mais les enfants et les -grands me détournent également. Demain j'aurai l'honneur de vous -envoyer le dossier entier. - -»Veuillez agréer mon respectueux et profond dévouement, - - »DE GIRY.» - - * * * * * - -Le préfet de police autorisa M. de Chanay, chef de la première -division, à prendre lui-même dans l'enclos du Christ des -renseignements sur le lieu de l'inhumation du corps de Madame -Élisabeth. - - «Paris, 18 avril 1817. - -»Le ministre d'État, préfet de police, autorisons le sieur de Chanay, -chef de la première division des bureaux de notre préfecture, à se -transporter à la barrière de Mousseaux, où est située la maison dite -du Christ, appartenant à M. Viger de Jolival, et à visiter l'enclos de -ladite maison, à l'effet de reconnaître les lieux et d'y prendre des -renseignements sur le lieu de l'inhumation du corps de S. A. R. Madame -Élisabeth, soeur du Roi, et d'y recevoir en forme la déclaration du -sieur Joly, ancien concierge de ce local, aujourd'hui concierge du -cimetière Montmartre, qui sera invité à s'y rendre pour le même -objet.--Ledit chef de division se fera assister, s'il le juge -nécessaire, du commissaire de police du quartier du Roule et d'un -officier de paix, afin de pouvoir faire sur les lieux toutes les -observations demandées et y recevoir toutes les déclarations qui -pourraient fournir d'utiles renseignements. - - »_Le ministre d'État, préfet de police,_ - - »Comte ANGLÈS.» - - * * * * * - -Le 21 avril, M. Boucher, chef de bureau à la préfecture de police, -soumettait à son chef le rapport suivant: - - «21 avril 1817. - -»On a l'honneur de rendre compte à Son Excellence du résultat des -premières démarches qui ont été faites pour parvenir à des -renseignements positifs sur la sépulture _distincte_ des restes de Son -Altesse Royale Madame Élisabeth, soeur du Roi Louis XVI. - -»M. de Giry, qui dirige l'administration des affaires ecclésiastiques -au ministère de l'intérieur, avait expliqué dans une lettre -particulière à Son Excellence la raison pour laquelle les premières -communications avaient été faites au département de la Seine. L'enclos -connu sous le nom de la _maison du Christ_, barrière de Mousseaux, -dans lequel les dépouilles mortelles de Madame Élisabeth ont été -déposées avec les restes de beaucoup d'autres victimes des fureurs -révolutionnaires, est une propriété à M. Viger de Jolival, qui offrait -de la vendre. - -»M. de Giry avait annoncé à Son Excellence l'envoi prochain de pièces -essentielles pour suivre cette affaire, et qu'il veut bien confier -aujourd'hui. Ces pièces et les renseignements que j'ai recueillis -conduiront-ils au but désiré, la connaissance positive de la sépulture -de Madame Élisabeth, assez positive enfin pour qu'il y fait un moyen -de la _constater_? On le dit à regret à Son Excellence, on ne le croit -pas. M. Viger de Jolival le faisait déjà bien entrevoir dans une -lettre qu'il écrivait à MM. les vicaires généraux au mois de février -dernier; la phrase est précise: «C'est donc à vous, Messieurs, leur -dit-il, qu'il appartient de faire connaître publiquement le lieu où -reposent (mêlés, il est vrai, avec ceux de beaucoup de victimes moins -illustres, mais non moins innocentes) les restes infortunés de la -soeur du bon Roi Louis XVI.» - -»D'après les intentions de S. Exc. le ministre de l'intérieur, MM. les -vicaires généraux s'étaient empressés de recueillir des renseignements -de M. Desclozeaux et de M. Bélanger, architecte, indépendamment de -ceux qu'ils avaient eus de M. Viger de Jolival. - -»Le certificat de M. Desclozeaux ne fait connaître autre chose sinon -que les restes de Madame Élisabeth ont bien été déposés dans l'enclos -du Christ, à Mousseaux, et non au cimetière de la rue d'Anjou, comme -aurait pu le faire croire une liste imprimée des victimes du tribunal -révolutionnaire. - -»Une lettre adressée par M. Bélanger à MM. les vicaires généraux fait -également présumer qu'il n'y aurait aucun moyen de distinguer les -restes de Madame Élisabeth, et que toutes les victimes de ce temps -affreux ont été confondues dans une même fosse. - -»M. Bélanger ne parle que _du lieu où gît la fosse_ et du monument -expiatoire qu'on pourrait élever au-dessus, en forme de pyramide, dont -il donna le dessin. - -»Enfin MM. les vicaires généraux, dans une lettre qu'ils écrivirent au -ministre de l'intérieur le 26 mars 1817, en lui transmettant ces -pièces avec quelques autres, firent bien entrevoir la difficulté qu'il -y aurait de parvenir à séparer les cendres de Madame Élisabeth, qui -ont été confondues avec celles de tant d'autres victimes. Et M. -Jalabert, que j'ai eu l'avantage de voir ce matin, n'a pas dissimulé -qu'il regardait la chose comme impossible; aussi le voeu de MM. les -vicaires généraux se bornait-il à l'érection d'un monument et d'une -chapelle expiatoire[135]. M. de Giry m'avait conseillé une démarche -auprès de M. Desclozeaux, dont la mort ne lui était plus sans doute -revenue à la mémoire; mais je n'en ai pas moins recueilli de mesdames -Desclozeaux des détails dont elles avaient été informées comme leur -père. Il en résulterait que bien avant le 10 mai 1794, jour où périt -Madame Élisabeth, c'est-à-dire depuis la fin de mars, nombre de -victimes avaient déjà été précipitées dans une grande fosse, où l'on -entassait les corps sans ménagement comme sans distinction; que le 10 -mai les vingt-cinq victimes avaient été transportées dans un même -panier; que depuis ce jour jusqu'à la fin de juin, et sans -discontinuité dans ce laps de temps, d'autres victimes ont été -entassées par douzaines dans ce même endroit; que la gaieté -sanguinaire, la férocité, la monstruosité des êtres qui recevaient les -corps et faisaient le service de la fosse sont au-dessus de toute -expression, au point qu'il aurait été fort dangereux d'annoncer -quelque sensibilité à leurs yeux et de vouloir se livrer à quelque -devoir d'humanité ou de pitié. - -»En un mot, d'après tout ce que les dames Desclozeaux ont su de leur -père, le projet de parvenir à distinguer les restes de Madame -Élisabeth dans le mélange de tant de restes ne pourrait jamais -conduire à un résultat; en un mot, il serait impossible d'en venir à -_constater_, premier point cependant pour remplir les intentions de Sa -Majesté. - -»Néanmoins il se peut qu'on ait, en termes vagues, donné le nom de -fosse à un endroit spacieux jusqu'à un certain point, s'il faut s'en -rapporter au devis estimatif que M. de Jolival a donné de sa -propriété. Il y est dit que sur dix-neuf cent trente et une toises -_quarrées_, six cents ont servi aux inhumations. Une inspection du -terrain deviendrait donc absolument nécessaire pour qu'on put émettre -une dernière opinion. - -»On ne pouvait se permettre de se présenter sans mission et sans -instructions ni auprès de M. de Jolival ni dans sa propriété. M. de -Giry a fait entendre à Son Excellence qu'il fallait quelque adresse -pour une communication à ce propriétaire, qui avait calculé d'avance -le prix d'une vente, et qui comptait sur l'emploi de son terrain pour -un monument distingué, surtout M. de Jolival ignorant les intentions -de Sa Majesté pour qu'il soit fait un transport à Saint-Denis des -restes de Madame Élisabeth, dispositions, on le sent, qui dérangent -tous les calculs du propriétaire. - -»Il n'y a qu'un ordre de Son Excellence, et un ordre dont les motifs -ne seraient pas donnés, qui puisse faciliter l'accès dans le terrain; -peut-être est-ce au propriétaire lui-même qu'il faudrait ensuite -l'exhiber, à moins que Son Excellence ne pensât que, vu l'urgence, il -pût être seulement exhibé au concierge ou portier de la maison. Ce -dernier passe pour connaître assez bien la disposition des lieux. - -»L'assistance d'un commissaire de police serait-elle alors nécessaire -pour qu'il pût verbaliser au besoin? C'est une question que Son -Excellence est priée de résoudre; mais, au surplus, peut-être ne -serait-il pas inutile que la personne qui ira visiter le terrain soit -accompagnée d'un architecte. - -»A moins que Son Excellence ne préfère une autre mesure, qui serait -d'obtenir tous les documents préliminaires par voie secrète et par une -entremise ménagée auprès du concierge. - -»Son Excellence écrirait au ministre de l'intérieur pour lui faire -connaître que les démarches ont été faites pour obtenir les premiers -résultats sans lesquels il serait impossible que les intentions de Sa -Majesté fussent remplies, mais que ce qu'on a pu recueillir de -renseignements jusqu'à ce moment ne laisse malheureusement entrevoir -aucun succès; qu'aussitôt qu'on en aura complétement acquis la -certitude, on s'empressera de l'en informer. - - »BOUCHER.» - -[Note 135: MM. les vicaires généraux ont cherché à connaître et à -retrouver ceux d'entre les ecclésiastiques qui, par pitié comme par -humanité, suivaient discrètement, encourageaient, consolaient, -exhortaient des yeux les victimes qu'on traînait à la mort par -vingtaine et trentaine à la fois, afin de savoir si quelqu'un de ces -prêtres bienfaisants n'aurait pas quelques lumières à donner sur la -sépulture de Madame Élisabeth. M. de Sambucy est jusqu'à présent le -seul qu'ils aient pu découvrir. Mais M. de Sambucy n'a suivi les -victimes ce jour-là que jusqu'à la place où elles ont été frappées; il -se rappelle des circonstances de leur supplice, et notamment de celui -de Madame Élisabeth, qui fut réservée pour la dernière et avait dû -voir périr conséquemment dix-huit personnes avant elle, suivant M. de -Sambucy, et vingt-quatre suivant ce qu'ont assuré les dames -Desclozeaux[135-A]. Sur d'autres indications, MM. les vicaires -généraux doivent voir encore deux ecclésiastiques, et donner -connaissance demain au ministre de l'intérieur de ce qu'ils auraient -pu apprendre.] - -[Note 135-A: Il est de notre devoir de rectifier cette note sur deux -points: 1º Ni M. de Sambucy ni mesdames Desclozeaux n'étaient dans le -vrai: la fournée du 21 floréal an II (10 mai 1794) se composait de -vingt-cinq personnes qui toutes, sans exception, furent condamnées à -mort. Madame Mégret de Sérilly, quoiqu'elle se crût enceinte, ne -réclama point. Madame Élisabeth, nous l'avons dit plus haut, avertie -de l'état de cette malheureuse femme, le dénonça au tribunal, qui fit -suspendre pour elle l'exécution du jugement. Donc le nombre exact des -victimes de cette journée était de vingt-quatre. 2º Je m'étonne que -MM. les vicaires généraux n'aient point cité le nom du respectable -Père Carrichon à côté de celui de M. de Sambucy. Le lecteur trouvera, -au nº XII des documents mis à la fin de ce volume, un témoignage -éclatant du dévouement de ce digne prêtre.] - - * * * * * - -Sur les données de ce rapport, approuvé par le comte Anglés, la lettre -suivante fut rédigée et envoyée au ministre: - - «22 avril 1817. - -»MONSEIGNEUR, - -»Votre Excellence, sur la déclaration de M. Viger de Jolival, -propriétaire d'une maison dite du Christ, près la barrière de -Mousseaux, que S. A. R. Madame Élisabeth, soeur du Roi Louis XVI, -avait été inhumée dans ce terrain, m'a chargé de faire les recherches -nécessaires pour parvenir à constater le fait d'une manière -indubitable, afin que les cendres de cette princesse pussent être -transférées à Saint-Denis suivant les intentions du Roi. - -»J'ai fait prendre à cet égard tous les renseignements sur -l'exactitude desquels on dût compter. Ils s'accordent bien sur la -notoriété de l'inhumation de Madame Élisabeth au terrain dont il -s'agit; mais, d'après tous les détails que j'ai recueillis jusqu'à ce -moment, j'entrevois les plus grands obstacles à faire reconnaître les -cendres de cette princesse, qui paraissent se trouver confondues avec -celles du grand nombre de victimes déposées dans le temps en ce même -lieu sans aucune distinction. Je crains en conséquence, Monseigneur, -qu'il me soit impossible d'en venir à _constater_ d'abord le lieu -positif de l'inhumation, et encore moins ensuite l'identité des -cendres, deux points également importants. Il me paraît que MM. les -vicaires généraux, dans les indications qu'ils cherchent à se procurer -de leur côté, ne conçoivent pas plus d'espérance que moi, et ils se -proposent d'écrire à ce sujet à Votre Excellence. - -»Cependant je fais continuer les démarches et les recherches avec le -plus grand soin, et je m'empresserai d'informer Votre Excellence de -leur résultat. - -»J'ai l'honneur, etc. - - »_Le ministre d'État_, etc.» - - * * * * * - -Pendant que les premiers magistrats de la cité réunissaient leurs -efforts pour découvrir le lieu de la sépulture d'Élisabeth, -l'archiviste Peuchet, occupé du même objet, confessait de son côté son -impuissance; mais ses regrets se voilaient aussitôt d'une pieuse -consolation. «Si ses restes nous échappent, dit-il dans un billet à -cette date du 22 avril, nous avons d'elle un exemple parfait à suivre -de piété, de grandeur et de résignation sublime.» - -Deux jours après, l'officier de paix Burger adressait à la préfecture -de police le résultat de sa visite au cimetière de Monceaux. - - «Ce 24 avril 1817. - -_»Rapport particulier sur la sépulture de Madame Élisabeth._ - -»Je me suis transporté hier matin à la barrière de Mousseaux, près de -laquelle est située la maison dite du Christ, appartenant à M. Viger -de Jolival. Dans l'enclos de cette propriété se trouve un terrain de -la forme d'un triangle équilatéral d'une petite dimension; c'est dans -ce lieu que reposent les restes de cette princesse, avec une grande -quantité d'autres victimes. - -»Le concierge de cette maison s'est d'abord refusé d'acquiescer à la -demande que je lui fis de visiter le cimetière, sous prétexte que son -maître a recommandé de ne laisser pénétrer en ces lieux d'autres -personnes que celles munies de cartes; cependant il ne tint pas contre -l'offre d'une récompense, et j'obtins ainsi la permission de m'y -promener. - -»J'entrai par la porte D et traversai la cour; de là le concierge me -conduisit directement au cimetière par la porte I, la seule qui -communique maintenant avec ce lieu funèbre. Ce terrain est inculte et -sauvage; il n'a point été travaillé depuis l'époque fatale où il -servit de sépulture; seulement une seule fois le concierge -d'aujourd'hui, en fouillant prés de la porte C, trouva un squelette -qu'il enterra aussitôt. - -»Non loin de l'entrée du jardin, à l'endroit indiqué H, le terrain -s'est affaissé d'environ deux pieds; toutes les années il baisse -davantage: c'est là que, d'après le dire de tout le monde, repose -l'infortunée princesse, avec une quantité d'autres victimes. Cette -fosse, puisque c'en était une, avait à sa base comme à la superficie -une étendue de trois toises carrées dans tous les sens et dix-huit à -vingt pieds de profondeur. - -»Le concierge me fit remarquer un tertre de gazon, G, sur lequel est -une pierre avec cette inscription: _Madame Élisabeth_; je lui demandai -s'il était bien sûr que ce fût effectivement l'endroit où avait été -déposée la princesse; que j'avais lu qu'elle avait été malheureusement -confondue avec les autres victimes de la journée du 10 mai. «Le -fossoyeur, qui existe encore, répliqua-t-il, a eu soin de distinguer -ces restes précieux; cela est tellement vrai que l'exhumation doit -avoir lieu le 10 mai prochain et le transport du corps être fait à -Saint-Denis.» Je vis bien que mon conducteur était peu informé, et je -le jugeai surtout lorsqu'il m'assura avec la même croyance qu'à la -fosse H était enterré M. le duc d'Orléans. Je lui demandai encore -depuis combien de temps il servait M. Viger: il m'a dit cinq ans. Je -le quittai après lui avoir préalablement fait donner l'adresse du -fossoyeur en question; il m'indiqua M. Joly, concierge du cimetière de -Montmartre. Je m'y rendis sur-le-champ, j'eus le bonheur de le -rencontrer. Cet homme reçut d'abord mes ouvertures avec défiance et -retenue; je m'efforçai de lui inspirer des sentiments plus favorables, -en lui persuadant que c'est le gouvernement, justement impatient de -savoir si l'on pouvait espérer un résultat satisfaisant, qui avait -ordonné une enquête. M. Joly m'annonça que c'est lui qui, au péril de -sa vie, avait mis le Roi dans un cercueil, dans le temps qu'il -exerçait le même emploi au cimetière de la Madeleine; que, transféré -de là à Mousseaux, il a enterré, le 10 mai 1794, Madame Élisabeth -avec vingt à vingt-cinq personnes, tant hommes que femmes, et qu'elles -ont toutes été enfermées dans la même fosse (H). Je lui demandai s'il -n'y avait pas d'autres témoins de l'enterrement; il dit que hors le -charretier, qui est mort, et un commissaire de police dont il ignore -le sort, personne autre n'était présent. Je questionnai M. Joly sur -diverses circonstances qui ont accompagné cette inhumation et les -indices qui pourraient aider nos recherches; il me donna les détails -suivants: le 10 mai dans l'après-midi, une charrette conduisit par la -porte F les corps de vingt à vingt-cinq malheureux, les têtes toutes -ensemble dans un panier et les corps pèle-mèle dans un autre. M. Joly -apprit du charretier que Madame Élisabeth était du nombre des -victimes. Avant de les jeter dans la fosse (qui ne contenait encore -aucun cadavre), on dépouilla les corps de leurs vêtements, bijoux ou -autres marques, et ils furent ainsi ensevelis ensemble, sans -distinction, et recouverts seulement de trois pieds de terre. Ainsi il -n'est pas permis d'espérer qu'un signe quelconque puisse aider à -découvrir l'objet des recherches. Cependant M. Joly, qui seul peut -donner des renseignements positifs, n'a point paru m'avoir fait une -entière confidence de ce qu'il sait; et, tout en avouant que la chose -était bien difficile, il ne détruit pas l'espoir de trouver le corps. -Il pourrait se faire qu'ayant mis tant de zèle et de dévouement à -conserver les restes précieux du Roi martyr, il ait rangé le corps de -Madame Élisabeth de manière à le retrouver lorsque le temps et les -circonstances le permettraient. Quoi qu'il en soit, M. Joly m'a promis -de venir chez moi samedi prochain pour m'entretenir de cette affaire -et nous aider, s'il est possible, pour le succès de cette pieuse -entreprise. - - »BURGER.» - - * * * * * - -Ce récit de Burger, suivi de près d'une nouvelle lettre du ministère -de l'intérieur, échauffa le zèle préfectoral. - - «Paris, le 26 avril 1817. - -»Monsieur le comte, en me prévenant que vos premières démarches pour -constater l'identité des cendres de S. A. R. Madame Élisabeth, soeur -du Roi, vous laissent peu d'espoir de réussir, vous m'annoncez que -vous avez ordonné de nouvelles recherches dont vous me communiquerez -le résultat. - -»Cet objet tient aux affections les plus chères de Sa Majesté et -appartient à l'histoire. Il est donc convenable qu'il reste au moins -des témoignages irrécusables que rien n'a été négligé pour arriver au -plus haut degré de certitude. - -»Je vous serai obligé, en conséquence, lorsque vous croirez avoir -épuisé tous les moyens d'y parvenir, de m'adresser un rapport -circonstancié des informations prises et des témoignages recueillis. - -»J'ai l'honneur, etc. - -»_Le ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur,_ - - »LAINÉ.» - - * * * * * - -Je prie M. de Chanay de recevoir en forme la déclaration du sieur Joly -et de donner suite à son projet de visiter ce terrain. - - (_Note de M. Anglés._) B. - - * * * * * - -Au rapport de Burger, qui laissait entrevoir non pas la probabilité, -mais la possibilité du succès; à cette lettre du ministre, qui au nom -du Roi lui-même encourageait l'entreprise, se joignirent les -dépositions de l'ancien concierge de Monceaux qui permettaient de -concevoir quelque espérance. Voici dans quels termes M. de Chanay, -chargé par son chef d'intervenir dans cette affaire, rendait compte au -préfet du premier interrogatoire qu'il fit subir au sieur Joly: - -«_Rapport particulier._ - -»J'ai entendu le concierge Joly. Cet homme paraît sage et de -très-bonne foi; il est assuré que le corps de Madame Élisabeth de -France est dans le lieu qu'il indique. Il sait même comment le corps a -été placé et dans quelle direction; mais il est à une grande -profondeur, et une quantité de corps ont été rangés par couches dans -cette même fosse, que le sieur Joly estime avoir été creusée sur une -largeur de douze pieds et autant en longueur. La nudité absolue de -tous les corps ôte tout espoir de retrouver des signes qui puissent -les faire reconnaître. - -»La seule indication de M. Joly qui pût conduire à un résultat, c'est -qu'il assure que dans la couche où a été placé le corps de Son Altesse -Royale, il n'y a eu de placés _que des corps masculins_. Si cela était -bien certain, il se présenterait sans doute de grandes difficultés -pour parvenir à cette couche; mais enfin ce succès ne semblerait pas -impossible en y employant du temps, des soins, des précautions et peu -de monde, et en suivant les indications du sieur Joly assisté d'un -commissaire spécialement désigné. - -»Mais dans tous les cas, soit qu'on ne juge pas à propos de faire -cette recherche difficile, soit qu'on se borne à vouloir faire -reconnaître l'emplacement exact de la fosse où cette précieuse victime -a été placée, il semble qu'il serait convenable de constater la -dimension de cette fosse et sa situation tandis que le sieur Joly est -vivant et disposé à donner tous les renseignements que sa mémoire lui -fournit. - -»Il est même probable que la vue des lieux lui rappellerait quelques -détails qui, s'ils n'étaient pas utiles pour retrouver les restes de -l'auguste princesse, seraient du moins précieux comme renseignements -certains sur le lieu où ils sont placés. Il s'est souvenu qu'au moment -de cette inhumation il tournait le dos au soleil, et il sait à quelle -distance du mur la fosse a été ouverte, etc. - -»Dans cet état de choses, sans avoir plus que M. le préfet l'espoir -d'un résultat satisfaisant, j'ai l'honneur de lui proposer de -m'autoriser à y aller avec M. Burger et le concierge Joly et M. -Rouhaut, comme curieux et en donnant quelque argent au concierge du -lieu, ou d'y aller avec une invitation officielle au propriétaire de -laisser examiner les lieux. - -»Dans tous les cas, je ferais un rapport avec plus de certitude et -circonstancié, n'y eût-il d'autre résultat pour Votre Excellence que -de faire constater l'emplacement de l'inhumation, que le propriétaire -indique d'ailleurs d'une manière erronée. Ce serait n'avoir perdu ni -son temps ni sa peine. - -»Je prie Son Excellence de vouloir bien faire connaître ses -intentions. - - »D. CH.» - - * * * * * - -M. de Chanay remettait, le 29 avril, au ministre d'État, préfet de -police, la déclaration et les réponses du sieur Joly, ainsi qu'un -rapport circonstancié, et de la visite qu'il avait faite sur les -lieux, et des renseignements qu'il y avait recueillis. Voici ces -documents: - - «Paris, le 29 avril 1817. - -»J'ai l'honneur de transmettre à M. le préfet la déclaration et les -réponses du sieur Joly, ainsi que mon rapport circonstancié de la -visite que j'ai faite hier sur les lieux. - -»Votre Excellence jugera peut-être convenable, pour éviter toutes les -indiscrétions, d'en parler elle-même au ministre et de lui communiquer -confidentiellement ces pièces. - - »CH.» - - -I. - -_Déclaration._ - -«L'an mil huit cent dix-sept, le vingt-huit avril, à onze heures du -matin, se sont présentés à mon domicile, près et hors la barrière de -Clichy, nº 42, les sieurs de Chanay, chef de la première division de -la préfecture de police, et Burger, officier de paix, lesquels m'ayant -déclaré que, en vertu des ordres de S. Exc. le ministre d'État, préfet -de police, dont ils sont porteurs, ils sont chargés de visiter le clos -de la maison du Christ, sis près et en dedans la barrière de -Mousseaux, afin de recueillir les plus petits détails comme les -moindres circonstances qui pourraient aider à connaître le lieu de la -sépulture de S. A. R. Madame Élisabeth, déposée par moi dans ledit -enclos le 10 mai 1794, avec nombre d'autres victimes suppliciées le -même jour. A ces causes, ces messieurs m'ont invité à les accompagner -dans l'enclos dit du Christ, ce à quoi j'ai déféré sur l'heure. - -»En sortant de mon domicile, nous descendîmes le boulevard extérieur -de la barrière de Clichy à celle de Mousseaux, et rentrâmes dans Paris -par la rue du Rocher, sur laquelle la maison du Christ fait face à -droite, et frappâmes à l'entrée principale, située rue de Valois. Le -concierge, après quelques difficultés, nous laissa pénétrer dans -l'enceinte intérieure; de là nous entrâmes dans le jardin, obliquant à -droite pour nous porter vers le mur de séparation du jardin d'avec -l'enclos autrefois destiné aux sépultures. Non loin de la porte de -communication, j'indiquai à M. Burger, qui se trouvait près de moi, -l'endroit où doit se trouver la fosse où repose la princesse, et lui -ajoutai que s'il existait deux fosses, c'était dans celle longeant -parallèlement le mur de séparation le plus proche de la porte cochère -donnant sur l'extérieur, par où entraient les victimes, que la -princesse avait été inhumée. - -»En effet, après avoir franchi le terrain qui nous séparait encore de -ce lieu funèbre, je reconnus parfaitement les lieux que je visitais -pour la seconde fois depuis l'époque fatale de la révolution. A quatre -pieds en avant de la porte, nous obliquâmes légèrement à droite, et -nous distinguâmes facilement l'emplacement d'une fosse par -l'affaissement des terres; c'est là que M. Viger de Jolival fit élever -une (_sic_) tertre de gazon et placer une pierre carrée sur laquelle -on lit _Madame Élisabeth_. Après m'être recueilli, je vis clairement -que ce n'est point dans cette fosse que repose la princesse; et, -soutenant mon premier dire, je cherchai la seconde, qui devait être -située non loin, en approchant perpendiculairement vers la porte -cochère placée au nord-est de l'enclos. Je n'eus point de peine à -reconnaître l'emplacement de cette fosse, dont l'affaissement, -beaucoup plus sensible que dans la première, laissait aisément -distinguer un espace de douze à quinze pieds carrés, auquel il -manquait à peu près un pied et demi pour être au niveau du terrain. -Cette dimension est à quelque chose près la surface de toutes les -fosses que nous ouvrions en ce lieu. Ainsi, en me rappelant, aussi -bien qu'un si long espace de temps me permit de le faire, j'avais -indiqué d'avance et la disposition de la fosse où se trouve la -princesse, sa grandeur, et distingué la véritable d'entre celles qui -sont en ce lieu. Une circonstance particulière avait aidé ma mémoire: -je me rappelai que ma mère, morte environ trois ans après l'inhumation -de la princesse, je la plaçai dans la même direction de la fosse et -contre le mur; ma femme fit une croix au-dessus avec une pierre; je -distinguai encore ce signe, et les sieurs de Chanay et Burger l'ont -reconnu avec moi. - -»Ces détails ne laissant plus aucun doute sur l'endroit de la -sépulture, je me plaçai sur le côté nord-ouest de la fosse, dans la -même position où j'étais au moment où la charrette arrivant sur les -bords, déchargea les cadavres; ma mémoire me confirma alors l'idée, -que j'avais annoncée d'avance, qu'à l'heure de six et sept heures du -soir je travaillai le soleil sur le dos et la face tournée du côté du -mur du jardin. Mon camarade, un commissaire de police et les -charretiers furent les seuls individus présents à l'inhumation; à -l'exception du commissaire de police, dont j'ignore le sort, il -n'existe plus d'autre témoin oculaire. Nous dépouillâmes les corps et -les jetâmes sans aucun vêtement dans la fosse; je reconnus Madame -Élisabeth au dire des charretiers et à ses habits; elle a été -pareillement dépouillée et jetée sans distinction dans la fosse; mais -je me rappelle qu'après que tous les cadavres furent descendus, nous -nous plaçâmes dans la fosse pour les ranger par ordre; que Madame -Élisabeth se trouve au milieu de la première ou de la seconde couche, -le tronc perpendiculairement posé du côté du mur, et les pieds vers le -côté nord-ouest de la fosse; je me rappelle également que son corps se -trouve avec plusieurs corps masculins rangés ainsi que je vais -l'indiquer, c'est-à-dire que, pour ménager les places, nous placions -alternativement un tronc et les pieds, de manière qu'une couche de -cadavres se trouvait serrée sans aucun intervalle de terre. Après -avoir rempli l'espace vide, nous recouvrions les corps avec environ -six pouces de terre. - -»La fosse que j'indique comme devant renfermer les cendres de Madame -Élisabeth est la moins profonde du même côté: elle peut avoir de douze -à quinze pieds de profondeur; ainsi Madame Élisabeth, couchée sur le -ventre entre plusieurs hommes de la manière que je l'indique, doit se -trouver au fond ou à quatorze pouces du sol. - -»D'après cette déclaration, qui est conforme à l'exacte vérité, -j'estime que la recherche du corps, quoique pénible et difficile, peut -être tentée avec quelque apparence de succès. Pour y parvenir, il -faudrait avec soin ouvrir une tranchée perpendiculairement au mur du -jardin, au côté nord-est de la fosse, afin de déterminer la profondeur -et le nombre de couches de cadavres; qu'ensuite, pour déterminer d'une -manière certaine qu'il n'existe pas d'autre fosse plus près de la -porte que celle dont il est question, il serait nécessaire d'ouvrir un -boyau d'une vingtaine de pieds sur six de profondeur, à partir de la -fosse et longeant parallèlement le mur du jardin. - -»Le soussigné déclare en outre qu'il a été nommé en 1789 concierge du -cimetière de la Madeleine; qu'en l'an II, lors de la fermeture de ce -cimetière, il a été appelé à Mousseaux, où il est resté jusqu'à la -fermeture en l'an V; qu'ensuite, nommé à celui de Saint-Roch, il y est -pareillement resté jusqu'à sa fermeture en l'an VI, et qu'il occupe -maintenant la même place à Montmartre depuis cette époque. - -»De tout quoi j'ai fait la présente déclaration les jour, mois et an -que dessus. - - »DE CHANAY, chef de la 1re division. - »JOLY. - »BURGER.» - - -II. - -NOUVELLES QUESTIONS EXPLICATIVES -A FAIRE. - - RÉPONSES AUX QUESTIONS. - -1º Pouvez-vous vous rappeler quelle était la -profondeur de la fosse quand vous y descendîtes le -10 mai pour y ranger les corps? Vous aviez une -échelle sans doute? - - 1º M. Joly ne se rappelle précisément ni la profondeur - de la fosse à cette époque ni la hauteur de l'échelle - dont on se servait pour y descendre. - -2º La terre du fond semblait-elle dure comme une -terre où il n'y a pas eu de précédente et plus -profonde inhumation? - - 2º M. Joly ne s'en souvient pas. - -3º Quand on déchargeait les corps de la charrette, -les précipitait-on l'un après l'autre après leur -dépouillement, ou les dépouillait-on tous avant de -les précipiter? - - 3º Quand la charrette était arrivée sur le bord de la - fosse, on procédait au dépouillement des vêtements. (Un - registre était tenu de ces effets divers, qui étaient - ensuite remis à l'Hôtel-Dieu.) De temps à autre les - fossoyeurs descendaient dans la fosse pour ranger les - corps afin qu'ils ne fussent pas trop entassés. - -4º Puisque vous assurez que le corps de la -princesse est placé le tronc du côté du mur, il -faut ou que vous l'ayez reconnu et distingué dans -la fosse, ou qu'il y ait été précipité le dernier -ou des derniers, après avoir remarqué par vous et -votre camarade sur le bord de la fosse. - - 4º Réponse affirmative sur tous les points de la - question. A ajouté que le conducteur de la voiture avait - dit: Que c'était son corps, qu'il était le dernier ou - des derniers placés sur la charrette, par conséquent - au-dessus des autres, et les vêtements étaient aussi peu - ensanglantés. - - Tous les autres l'étaient beaucoup. - -5º Comment ont été placées les têtes des corps? - - 5º Les têtes ont été placées indistinctivement dans les - vides. - -6º De quelle épaisseur de terre environ étaient -recouvertes les couches de corps? - - 6º Il est difficile d'estimer même approximativement le - nombre des corps de chaque couche: 1º parce que, outre - les suppliciés, il arrivait des corps envoyés par l'état - civils et des cercueils; ceux-ci tenaient plus de place; - 2º parce qu'il y avait des enfants; 3º parce qu'une même - couche étant composée de deux rangs, elle n'était pas - faite le même jour. A l'égard de 10 mai, le sieur Joly - se rappelle très-bien que les suppliciés furent placés - dans la partie de la fosse la plus rapprochée du mur; - que le même jour la partie antérieure de la fosse ne fut - point remplie, et enfin _que le corps de la princesse - a été placé vers le milieu de la fosse dans le rang - supérieur de la couche et la face antérieure du corps - tournée sur le rang inférieur._ - -7º Combien estimez-vous qu'il pouvait y avoir de -corps par chaque couche sur toute la surface -carrée de la fosse? - -8º La fosse a-t-elle été remplie jusqu'au niveau -de la superficie? A quelle profondeur estimez-vous -qu'on trouve les restes des derniers corps -inhumés? - - 7º et 8º Les couches des corps étaient chacune - recouvertes d'environ six pouces de terre et les fosses - recouvertes dans la partie supérieure d'environ trois - pieds de terre, de sorte que les premiers corps ou les - premiers vestiges qu'on en trouverait devraient être à - trois pieds environ au-dessus de la superficie. Il faut - cependant remarquer que lorsque le sieur Joly a quitté - l'enclos il y avait quelques élévations ou tertres qui - ont disparu, soit qu'on ait enlevé des terres restant - des remblais, soit que pour cultiver le sol on ait - nivelé toutes les inégalités. Ces renseignements ne - peuvent être justement donnés que par le propriétaire. - -Nous avons signé et parafé les questions et réponses ci-dessus _ne -varientur_. - - Paris, 29 avril 1817, à la préfecture de police, - - DE CHANAY, - Chef de la 1re division. - - JOLY. - - -III. - - _Rapport particulier à S. E. le ministre d'État, préfet de - police, sur le résultat d'une visite dans l'enclos du sieur de - Jolival, pour constater le lieu de l'inhumation de S. A. R. - Madame Élisabeth, soeur du Roi._ - -«Ce matin, 28 avril 1817, à midi, conformément aux ordres de Votre -Excellence et pour remplir avec le plus possible d'exactitude et de -soin les intentions de S. Exc. le ministre de l'intérieur, et donner -toute la suite convenable aux indications précédemment recueillies, je -me suis rendu à la barrière de Clichy et au cimetière Montmartre, -accompagné de l'officier de paix Burger, qui avait pris les premières -informations et obtenu les premiers documents du nommé Joly, -anciennement employé aux inhumations de l'enclos de la maison dite du -Christ près Mousseaux. Là j'ai invité ledit Joly, aujourd'hui -concierge du cimetière Montmartre, à me suivre dans l'enclos du sieur -Viger de Jolival, ce qu'il a fait aussitôt avec empressement. - -»Arrivés à la grande porte d'entrée de ladite maison, le jardinier -nous l'a ouverte; j'ai demandé la liberté d'entrer dans le jardin et -de visiter l'enclos. Ayant reconnu l'officier de paix Burger, il a -consenti à nous laisser entrer, mais seulement pour peu de temps, -craignant, a-t-il dit, qu'une trop longue visite ne fût pour lui un -sujet de reproche. - -»Après lui avoir promis de n'y rester que le temps nécessaire pour de -simples vérifications, nous avons traversé la cour et une partie du -jardin, nous dirigeant à l'ouest vers le mur qui sépare le jardin du -petit enclos de l'inhumation. Le jardinier était en avant avec le -sieur Burger; j'étais à dessein resté en arrière avec le sieur Joly. -Arrivés à environ trente pas d'une petite porte ouverte sur l'enclos -dont nous étions encore séparés par le mur, je me suis arrêté et j'ai -demandé au sieur Joly s'il se remettait parfaitement dans l'esprit la -disposition du local; aussitôt, me montrant de la main une partie du -mur à droite de la petite porte qui en peut être éloignée de douze ou -quinze pas: C'est là derrière, m'a-t-il dit, qu'est _la fosse_. Je -fais remarquer cette circonstance à Son Excellence, parce qu'elle -prouve que le sieur Joly connaît bien l'emplacement et parce que cette -indication donnée sans voir le terrain prouve qu'il en avait un -souvenir exact. En effet, étant entré dans l'enclos par la petite -porte et ayant aussitôt regardé à droite vers le point indiqué, j'ai -vu un terrain couvert de gazon en partie affaissé sur une surface -carrée de quatorze ou quinze pieds, comme il l'avait annoncé. - -»Cette indication est encore essentielle parce qu'il y a évidemment eu -deux larges fosses, et que le propriétaire même du terrain ayant -négligé ou cru inutile de consulter le nommé Joly[136] (seul témoin, à -ce qu'il paraît, des inhumations faites dans ces temps funestes), a -cru que Madame Élisabeth a été inhumée dans la grande fosse qui est -presque en face de la petite porte; dans cette persuasion ou plutôt -cette erreur, il a fait planter sur le terrain affaissé de cette fosse -plus nouvelle quelques arbustes et arbres verts, et sur un tertre de -gazon il a fait poser une pierre grise polie où on lit ces mots: -_Madame Élisabeth_. Ces plantations, cette espèce de monument -provisoire sont nouveaux, les arbres ne semblent pas avoir deux ans. -Tout porte à faire penser que les cendres de l'auguste victime ne sont -point là, mais bien dans l'autre fosse, plus ancienne et moins vaste, -indiquée par le sieur Joly avant d'être dans l'enclos et indiquée avec -précision. - -[Note 136: Le sieur Joly n'a point été consulté par le propriétaire -avant qu'il eût désigné par une pierre le lieu où il supposait que -reposent les cendres de Madame Élisabeth, mais depuis il fut appelé -par le sieur de Jolival. Celui-ci lui montrant le terrain et -l'affaissement qu'il avait désignés comme recouvrant les restes de la -princesse, le concierge Joly lui dit: «Vous vous trompez, elle n'est -pas là. Mais il ne lui indiqua point, ajouta-t-il, l'endroit où elle -est réellement.» - -Le sieur Joly n'a revu que cette seule fois le terrain de l'enclos, -qui, étant déjà cultivé, avait bien changé d'aspect.] - -»Quelque pénibles que soient ces détails, il est nécessaire que je les -rapporte pendant qu'ils sont bien présents à mon esprit, parce qu'ils -donnent dans leur ensemble la preuve de la véracité des indications -du nommé Joly. - -»Dans l'interrogatoire que je lui avais fait deux jours avant, il -m'avait répondu entre autres circonstances que le 10 mai, à l'heure de -l'inhumation, quand ils étaient en face de la fosse, ils tournaient le -dos au soleil couchant; cette position nous a paru à peu près exacte. -La fosse rapprochée du mur par le côté de l'est ne pouvait être -abordée que par le côté ouest ou sud-ouest, et les côtés nord et sud -devaient être occupés par la terre sortie de la fosse. - -»Une autre observation doit être placée ici, quoique peu importante, -c'est que la femme du sieur Joly se souvient que la mère de son mari a -été inhumée contre le mur et que cette fosse était très-près de la -fosse où ont été placés les restes de Son Altesse Royale et des autres -victimes inhumées le même jour que la princesse. Or le lieu de cette -fosse particulière est indiqué par le sieur Joly et sa femme entre la -fosse la plus rapprochée du mur et la partie de l'enclos qui la sépare -de la grande porte par où l'on amenait les corps sur des charrettes. - -»Le sieur Joly a constamment assuré qu'il devait y avoir deux fosses, -visibles par l'affaissement du terrain et situées à gauche en entrant -par la grande porte de l'enclos: l'une plus près du mur et plus près -de la grande porte, dont la dimension pouvait être de douze à quinze -pieds carrés; l'autre plus éloignée de la grande porte et plus au -milieu du terrain de l'enclos. C'est dans cette seconde fosse que le -propriétaire a présumé qu'étaient placés les restes de la princesse. -C'est dans la première que le sieur Joly assure et a la conviction -entière que Son Altesse Royale a été inhumée. - -»Il faut encore avoir le courage d'écrire des détails plus minutieux -et plus affligeants. - -»Le sieur Joly s'est rappelé la position qu'il occupait alors sur ce -même terrain et pour l'emploi terrible qu'il remplissait à cette -cruelle époque. Il avait dix-huit ou dix-neuf ans, il était fossoyeur; -ils étaient deux, l'autre est mort, le charretier également. Nul autre -individu n'entrait dans l'enclos pour l'inhumation[137]. Des -gendarmes ou des soldats fermaient la porte quand la charrette était -entrée, et de peur que des curieux ne vissent à travers la porte, on -bouchait avec une planche ou une pierre les trous qui se trouvaient -dans la porte. - -[Note 137: A l'exception d'un commissaire ou agent de la Commune, -quand il s'agissait d'inhumations ordinaires, car il assure que pour -les suppliciés on ne faisait pas de procès-verbal d'inhumation, que -l'on se contentait de tenir note de leurs dépouilles.] - -»Le local bien reconnu par le sieur Joly, il ne paraît point douteux -que la fosse indiquée par lui ne soit bien celle où ont été placés les -corps des victimes immolées le 10 mai 1794. - -»Mais voici des détails affreux et plus positifs encore à l'égard de -l'auguste princesse. - -»La soeur de nos rois fut assassinée la dernière parmi les victimes de -ce jour; sa tête, séparée du corps, fut montrée au peuple et mise avec -les têtes des autres victimes dans un seul et même panier; mais le corps -de la princesse, recouvert de ses vêtements, fut placé le dernier sur la -charrette. Arrivée dans l'enclos de l'inhumation, la charrette fut -déchargée, le corps de la princesse fut posé le premier ou des premiers -sur le bord de la fosse; là son corps fut reconnu, dit le sieur Joly, -désigné et dépouillé de tout vêtement: c'était l'usage ou l'ordre de ces -barbares, qui ne respectaient ni la vie ni la mort. Tous les corps -étaient ainsi dépouillés avant d'être précipités dans la fosse; ainsi, -dans ces remuements successifs, le corps de la princesse devait avoir -été précipité le dernier ou l'un des derniers. C'est ce qui explique -comment il se trouve, suivant le témoignage du fossoyeur, placé dans le -fond de la fosse et du coté le plus rapproché du mur, celui par où les -fossoyeurs, quand ils étaient descendus, arrangeaient les corps de -manière à ce qu'ils occupassent le moins d'espace possible, et en outre, -deux rangs de corps étaient placés immédiatement les uns sur les autres, -mais horizontalement et recouverts d'une couche de terre, épaisse -d'environ un demi-pied. Les fossoyeurs plaçaient alternativement un -corps le tronc du côté du mur et un autre le tronc vers le milieu de la -fosse, et dans sa largeur il y avait par conséquent deux rangs de corps -par couche horizontale[138]. Il serait inutile de faire le douloureux -calcul du nombre de rangs et de couches que comportait une fosse de -dix-huit pieds environ de profondeur sur douze ou quinze d'ouverture en -carré. Le fossoyeur Joly n'est pas sûr du nombre qu'elle a reçu, et il -n'est que trop probable qu'elle a été remplie, puisque plus tard on en a -rempli une seconde. - -[Note 138: Une plus ample explication et des questions réitérées -faites au sieur Joly font connaître qu'outre le premier rang -horizontal on plaçait immédiatement un second rang horizontal sur le -premier, et toujours le haut du corps et les pieds en opposition ou -sens opposé, ainsi que les faces, afin de ménager l'emplacement. Cette -observation fait prévoir les plus grandes difficultés à obtenir un -résultat, mais enfin il faut dire les choses comme elles se passaient -et comme elles sont.] - -»Mais ce qu'il importe de conclure de ces affreux détails, c'est que -les indications du fossoyeur Joly présentent de grandes probabilités, -et que les renseignements qu'il donne sont très-vraisemblables. - -»Le sieur Joly, soit par conviction produite par le souvenir, soit par -l'effet de ses calculs sur les dispositions qu'il a faites sur le bord -et à l'intérieur de la fosse et dans l'enclos, dit: - -»1º Je suis assuré que le corps de la princesse est là dans cette -fosse et non ailleurs. - -»2º Je suis assuré que le corps de la princesse est l'un des premiers -rangés dans la fosse ce jour-là, et par conséquent il est dans la -partie de la fosse la plus proche du mur et de la grande porte, vers -le milieu de la couche. - -»3º Il assure que ce corps a été rangé le tronc du côté du mur et les -pieds vers le milieu de la fosse. - -»4º Il croit être assuré que les corps placés auprès sont des corps de -sexe masculin. - -»Voilà ce qu'il a constamment répété, comme en ayant la conviction. - -»Ce que le sieur Joly ne peut affirmer, c'est la profondeur positive -de la fosse à l'époque du 10 mai (il croit qu'elle était d'environ -dix-huit pieds). Il ne se rappelle pas certainement si la fosse était -nouvellement creusée ou si elle était plus ancienne et s'il y avait -eu déjà des inhumations. - -»Il croit aussi que dans la suite on y a placé des corps enfermés dans -des cercueils, ce qui diminuerait le nombre des corps qu'elle aurait -pu contenir. - -»Résulte-t-il de ces détails et de ces indications des renseignements -suffisants et assez sûrs pour que l'on puisse et doive entreprendre -des recherches et en attendre des résultats certains, ou se -bornera-t-on à regarder comme certaine l'existence des cendres de -l'auguste princesse dans cette fosse? Sur le témoignage du fossoyeur -Joly, qui dans ses indications paraît sage, raisonnable, véridique et -sûr de son fait, qui paraît d'ailleurs être le seul témoin vivant de -ces tristes événements, se bornera-t-on à projeter un monument digne -des vertus de la soeur de nos Rois, pour l'élever sur ce terrain -consacré par d'aussi cruels souvenirs? C'est ce qu'il appartient au -Gouvernement de décider. - -»Pour moi, Monseigneur, en vous rendant ce compte de la mission -douloureuse et cependant si intéressante que vous m'avez confiée, je -crois avoir donné une preuve nouvelle et irrécusable de mon zèle et de -mon dévouement sans bornes à notre auguste Souverain. Sans la pensée -qu'un sujet fidèle et dévoué pouvait seul y mettre ces soins et ce vif -intérêt qui peuvent approcher du succès que vous désiriez obtenir, je -n'aurais point eu le courage et la présence d'esprit nécessaires pour -ces recherches. - -»S'il m'était permis à la suite de ce rapport de vous exprimer mon -opinion particulière, je dirais à Votre Excellence avec plus -d'assurance à présent: - -»1º Qu'un succès complet me semble toujours difficile, mais non -impossible; - -»2º Que pour arriver à un résultat, dans le cas où il serait jugé -possible et même probable, il me semblerait convenable de faire cette -recherche sans éclat, en silence, discrètement, avec très-peu -d'ouvriers, en y employant beaucoup de temps et de précautions, et -après avoir combiné tous les préparatifs de ce travail et les moyens -de le poursuivre; après avoir consulté quelques personnes habiles et -pris les arrangements convenables avec le propriétaire du terrain. - -»Si Votre Excellence, après avoir rendu ce nouveau compte de nos -démarches au Ministre de l'intérieur, en recevait l'autorisation de -faire procéder à une fouille pour vérifier la justesse des indications -contenues dans la déclaration du sieur Joly, il me semblerait aussi -prudent de mettre le moins possible de personnes dans le secret de -cette recherche incertaine[139]. - -[Note 139: Cependant, afin d'écarter toute possibilité et même tout -soupçon de fraude et de supercherie, il serait convenable de nommer -plusieurs commissaires, dont un au moins serait sans cesse présent au -travail et en dresserait chaque jour une espèce de rapport ou -procès-verbal. - -Il conviendrait aussi, en cas que l'entreprise fût faite, que la fosse -fût garantie par un toit en planches ou une toile, afin que la pluie -ne dérangeât point le travail et ne nuisît point aux opérations.] - -Le concierge Joly, l'officier de paix Burger, deux ouvriers adroits, -discrets et intelligents, suffiraient pour cette épreuve. Nous nous -chargerions avec zèle du soin de découvrir des ouvriers capables de ce -travail et de consulter des personnes habiles pour les diriger. - -»Il faudrait faire une enceinte fermée par des planches dans l'enclos -même, pour éviter les regards des curieux, empêcher les journaux -indiscrets d'en occuper le public; et si les indications se trouvaient -justifiées, alors seulement on appellerait à les reconnaître les -témoins ou plutôt les juges du succès. Si au contraire les indications -ne se réalisaient pas, on cesserait les recherches et l'on se -bornerait à croire le témoignage du fossoyeur Joly, qui affirme que -les restes de la princesse ont été placés là, mais sans pouvoir les -reconnaître parmi ceux des autres victimes. - - »DE CHANAY.» - - * * * * * - -Pendant le cours de ces investigations, poursuivies avec autant de -zèle que de persévérance, un service solennel était célébré pour -Madame Élisabeth dans toutes les paroisses de France le 10 mai, jour -anniversaire de sa mort. - -Le 11 mai, le ministre d'État, préfet de police, mettait sous les yeux -du ministre de l'intérieur les détails qu'il était parvenu à -recueillir sur l'inhumation de la princesse: - - Paris, le 11 mai 1817. - -«MONSEIGNEUR, - -»La lettre que j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Excellence le 22 -avril dernier, en l'informant que les démarches faites jusqu'alors -pour constater l'identité des cendres de S. A. R. Madame Élisabeth me -laissaient peu d'espoir de réussir, annonçait que de nouvelles -recherches devaient avoir lieu par suite des dispositions que j'avais -prises: je m'empresse de mettre sous les yeux de Votre Excellence, -conformément à la lettre du 26 du même mois, le détail des -informations et des témoignages que je suis parvenu jusqu'à présent à -recueillir. - -»Je m'étais assuré qu'il n'existait plus qu'un seul homme, le sieur -Joly, anciennement employé aux inhumations de l'enclos de la maison -dite du Christ près Mousseaux, et aujourd'hui concierge du cimetière -Montmartre, qui pût donner, comme témoin oculaire, les indications -désirées. Le sieur Joly avait assisté à la sépulture de Madame -Élisabeth; ses souvenirs, sa présence dans l'enclos où la sépulture -avait été faite, ses remarques, devaient être constatés avec la plus -scrupuleuse exactitude. Des questions utiles pouvaient être suggérées -par ses observations sur le lieu même, et il fallait s'y présenter -avec beaucoup de précautions, autant à cause du secret que la nature -des recherches rendait nécessaire que par rapport au propriétaire, qui -s'était flatté d'abord de tirer un grand parti de son terrain, sur -lequel on avait proposé d'ériger un monument à la mémoire de l'auguste -victime: je jugeai donc convenable de remettre à M. de Chanay, chef de -la première division des bureaux de ma préfecture, le soin de visiter -l'enclos avec le sieur Joly, et je le fis accompagner d'un officier de -paix, le sieur Burger, qui déjà avait été chargé de prendre auprès du -sieur Joly les premiers documents. - -»Le 28 avril, à midi, cette visite eut lieu. Après avoir traversé la -cour et une partie du jardin de M. Viger de Jolival, on s'est dirigé à -l'ouest vers le mur qui sépare le jardin du petit enclos de -l'inhumation. A trente pas d'une petite porte ouverte sur l'enclos, -et avant d'arriver au mur de séparation, Joly, interrogé s'il se -remettait parfaitement dans l'esprit la disposition du local, montra -aussitôt de la main une partie de ce mur à droite de la petite porte -et qui peut en être éloignée de douze à quinze pas, en disant: _C'est -là derrière qu'est la fosse!_ Cette indication, donnée de loin et sans -hésiter, prouverait qu'il avait un souvenir exact du lieu de la -sépulture, et d'autant plus qu'étant entré dans l'enclos par la petite -porte et ayant aussitôt regardé à droite vers le point indiqué, on a -vu un terrain en partie couvert de gazon et affaissé sur une surface -carrée de quatorze à quinze pieds, comme Joly l'avait annoncé. - -»L'indication donnée par ce dernier est encore d'autant plus -essentielle qu'elle a fait reconnaître que ce n'est point dans la -grande fosse, presque en face de la petite porte, mais dans l'autre -fosse, plus ancienne et moins vaste, qu'ont dû avoir été déposés les -restes de S. A. R. Madame Élisabeth. Ainsi M. Viger de Jolival s'était -évidemment trompé en faisant placer sur le terrain affaissé de la -première fosse une pierre sur laquelle on lisait l'inscription: -_Madame Élisabeth_. - -»Le sieur Joly a constamment assuré qu'il devait y avoir deux fosses -visibles par l'affaissement du terrain et situées à gauche en entrant -par la grande porte de l'enclos, l'une plus près du mur et de la -grande porte, et dont la dimension pouvait être de douze à quinze -pieds carrés, l'autre plus éloignée de la grande porte et plus au -milieu du terrain de l'enclos. C'est dans la première de ces fosses -que le sieur Joly assure, d'après son entière conviction, que Son -Altesse Royale a été inhumée. - -»On a vérifié une circonstance particulière précédemment énoncée par -le sieur Joly dans ses interrogatoires à ma préfecture: il avait dit -que le 10 mai, à l'heure de l'inhumation, lorsque lui et les autres -personnes qui s'y trouvaient étaient en face de la fosse, ils -tournaient le dos au soleil couchant; cette position a paru à peu près -exacte, la fosse, rapprochée du mur par le côté de l'est, ne pouvant -être abordée que par le côté ouest ou sud-ouest, parce que les côtés -nord et sud devaient être occupés par les terres extraites de la -fosse. - -»Le local ainsi reconnu d'après les indications du sieur Joly, il -restait à remplir une tâche bien douloureuse, celle de constater les -détails qui pouvaient aider à identifier les cendres de l'illustre -martyre. Quelque affligeants que soient ces détails, il est cependant -indispensable de les retracer ici. - -»Madame Élisabeth fut la dernière des victimes qui périrent le 10 mai -1794. Cette tête auguste fut mise avec les autres dans un seul et même -panier. Le corps de la princesse, recouvert de ses vêtements, fut -placé le dernier sur la charrette. Lorsque la charrette, arrivée dans -l'enclos, fut déchargée, le corps de la princesse fut posé le premier, -ou l'un des premiers, sur le bord de la fosse. Là, son corps fut -reconnu, a dit le sieur Joly, dépouillé de tout vêtement avant d'être -précipité dans la fosse, où il l'a été probablement le dernier ou l'un -des derniers, à cause des remuements successifs des autres corps -dépouillés de même. C'est ce qui expliquerait comment il se trouve -(suivant le témoignage du fossoyeur, le sieur Joly) placé dans le fond -de la fosse et du côté le plus rapproché du mur. - -»Le sieur Joly assure que le corps de la princesse a été rangé le -ventre tourné vers la terre, de manière que le tronc se trouve du côté -du mur et les pieds vers le milieu de la fosse; il croit de plus être -assuré que les corps placés de l'un et de l'autre côté auprès de celui -de la princesse sont des corps du sexe masculin. Pour ménager -l'espace, les corps étaient placés immédiatement les uns sur les -autres, en ligne horizontale, chaque corps ayant alternativement le -tronc du côté du mur et le tronc vers le milieu de la fosse. Par -conséquent il y avait deux rangs de corps par chaque couche -horizontale. On mettait aussi les pieds et les troncs des corps en -opposition, de même que les faces, afin de ménager le terrain. - -»Ce que le sieur Joly n'a pu affirmer, c'est l'exacte profondeur de la -fosse à l'époque du 10 mai 1794. Il croit qu'elle était d'environ -dix-huit pieds de profondeur sur douze à quinze d'ouverture en carré, -et qu'il y a été fait aussi des inhumations ordinaires de corps -enfermés dans des cercueils. - -»En résultat, les indications du sieur Joly semblent présenter des -probabilités; qu'il soit aujourd'hui le seul témoin oculaire encore -existant, c'est ce qu'il est naturel de conclure de l'inutilité des -recherches qui ont été faites pour en découvrir d'autres que lui, et -des détails qu'il a donnés sur ce qui se passait à l'époque cruelle -des exécutions révolutionnaires. Il n'y avait à Mousseaux que deux -fossoyeurs, lui compris. Ces deux hommes et le conducteur de la fatale -charrette étaient seuls admis dans l'enclos. Il leur a survécu. Aucun -agent de la commune n'assistait, s'il faut l'en croire, à l'inhumation -des victimes, et jamais agent de la commune ou commissaire de police, -à cette époque[140], n'entrait dans l'enclos que pour constater des -inhumations ordinaires; mais quant aux victimes des fureurs -révolutionnaires, il n'était jamais dressé de procès-verbal de leur -inhumation (toujours suivant les dépositions du sieur Joly), et -seulement on prenait la note de leurs dépouilles. Des gendarmes ou des -soldats fermaient la porte de l'enclos dès que la charrette y était -entrée, et ne laissaient aux curieux aucun moyen de voir ce qui se -faisait dans l'intérieur, et même les trous qui se trouvaient dans la -porte étaient bouchés avec une pierre. - -[Note 140: Dans sa déclaration du 28 avril, le sieur Joly a dit le -contraire. B.] - -»La déclaration du sieur Joly, en date du 28 avril dernier, a fourni -la matière des détails dont j'ai l'honneur de rendre compte à Votre -Excellence. - -»Je joins ici une copie de la déclaration du sieur Joly, ainsi qu'un -plan qui mettra Votre Excellence plus à portée d'en suivre les détails -topographiques. - -»Je regrette vivement de ne pouvoir donner à Votre Excellence, au lieu -de certitudes, que des probabilités pour le succès des recherches et -des travaux qui tendraient à faire reconnaître les restes de l'auguste -princesse parmi ceux de tant d'autres victimes, mais du moins Votre -Excellence pourra juger de ce qui resterait à faire, et décider si les -informations dont j'ai l'honneur de lui soumettre les résultats -présentent assez d'espoir de succès pour donner lieu à des recherches -ultérieures, et dans ce cas je la prierais de vouloir bien me faire -connaître ses intentions. - -»J'ai l'honneur, etc. - - »LE MINISTRE D'ÉTAT, PRÉFET.» - - * * * * * - -Là s'arrêtent les documents relatifs à la sépulture de Madame -Élisabeth. Il fallut donc perdre l'espoir de retrouver, d'une manière -certaine, ses précieux restes. Obligé de renoncer à se défaire d'une -façon lucrative de son enclos, M. Viger de Jolival chercha à se -dédommager de cet échec. - -La lettre suivante initie le lecteur à une démarche que M. Viger tenta -près du commissaire de police du quartier du Roule. Celui-ci comprit -tout ce que cette démarche offrait d'inconvenant et d'inadmissible. Il -la fit connaître en ces termes au préfet de police: - - Paris, ce 20 mai 1817. - -«MONSIEUR LE COMTE, - -»M. Viger de Jolival, propriétaire d'une maison rue de Valois, nº 15, -devenu acquéreur d'un terrain qui servit de sépulture à dix-sept cent -quarante-cinq victimes des fureurs du temps, parmi lesquelles reposent -les restes de Madame Élisabeth, m'a proposé, comme moyen d'éviter -l'assujettissement de donner l'entrée de son jardin aux personnes qui -se présentent assez souvent par curiosité pour visiter ce lieu, de -l'autoriser à placer sur le mur extérieur, en face de l'endroit où -l'on pense que le corps de Son Altesse Royale a été inhumé, une -inscription indicative à ce sujet. - -»Avant de soumettre sa demande à Votre Excellence et afin d'être plus -à même de vous la présenter, j'ai visité le terrain accompagné de son -jardinier: il résulte de cet examen que deux fosses larges et -profondes, remarquables par le surbaissement des terres, y ont été -ouvertes; que celle à droite cache le plus grand nombre de ces -victimes; que sur la seconde il a été élevé un petit tertre en verdure -et placé une pierre funéraire portant pour inscription: _Ici repose -Madame Élisabeth._ - -»Près du mur de clôture de Paris, il existe un autre surbaissement -petit, mais visible, au-dessus duquel est un pied de rosier qui paraît -déjà ancien, et contre l'enduit du mur une rayure qui semble avoir été -faite avec un corps quelconque et à dessein. - -»Ce jardinier a fait sur cet endroit une remarque que son habitude de -manier la terre lui aura suggérée, et d'après laquelle cette princesse -et les vingt-quatre personnes qui partagèrent son martyre pourraient -avoir été déposées: c'est en face de ce même endroit et contre le mur -extérieur que M. Viger désirerait être autorisé à placer l'inscription -qu'il a projetée; je lui ferai connaître la réponse de Votre -Excellence. - -»Recevez, Monsieur le comte, l'assurance de mon respect. - - _»Le commissaire de police du quartier du Roule,_ - - »BRUZELIN.» - - * * * * * - -Une note, conservée aux archives de la préfecture de police, est ainsi -conçue: «Le 29 mai 1817, écrit à M. le commissaire de police du -quartier du Roule, de la part de M. de Chanay, que S. Exc. le ministre -d'État, préfet de police, n'accueillerait point du tout la proposition -que M. Viger de Jolival paraît avoir l'intention de lui faire. - -»M. Boucher a signé la lettre adressée à M. le commissaire de police.» - - * * * * * - -Ainsi se termina cette triste et pieuse croisade, dont le résultat -final n'était malheureusement que trop prévu. Aux regrets du Roi et de -la famille royale s'associèrent tous les coeurs généreux et -compatissants. Le Parisien, si vite oublieux, s'étonna d'apprendre que -dans ce coin de terre obscur et caché à l'extrémité de sa ville la -petite-fille et la soeur des Rois eût été enterrée sans linceul et -sans bière. Il ignorait, et il ignore encore le nombre des holocaustes -dont le dénoûment s'est accompli en cette étroite enceinte, -aujourd'hui envahie par le boulevard Malesherbes. En publiant ici _in -extenso_ les _fournées_ de suppliciés dont les restes ont été enfouis -dans le clos du Christ, c'est en quelque sorte une révélation que nous -croyons apporter à nos concitoyens. Il est à regretter que l'édilité -parisienne, habituellement jalouse de concilier ce qui est dû aux -convenances morales avec les justes exigences des améliorations -utiles, n'ait pas été avertie à temps, de manière à pouvoir tenir -compte, dans ses plans, des pieux souvenirs recueillis sur ce point -obscur de la grande cité, et que, le premier, j'ai mis en lumière. -Malheureusement, le compas de l'architecte et la truelle du maçon ont -marché plus vite que l'enquête du chercheur des choses d'autrefois et -la plume de l'écrivain. - -Le 4 germinal an II, le cimetière de la Madeleine fut fermé; celui de -Monceaux fut ouvert, et reçut ce jour-là les restes mortels d'Hébert -et des hébertistes. Voici la liste des exécutions et des décès: - -Le Tribunal révolutionnaire établi à Paris par décret de la Convention -nationale du 10 mars 1793, l'an deuxième de la République, sans aucun -recours au Tribunal de cassation, en vertu du pouvoir à lui donné par -l'article deux d'un autre décret de la Convention du 5 avril suivant, -portant «que l'Accusateur public dudit Tribunal est autorisé à faire -arrêter, poursuivre et juger, sur la dénonciation des autorités -constituées ou des citoyens:» (le même préambule se retrouve en tête -de chaque jugement). - -Par jugement du 4 germinal an II (24 mars 1794), appert: - - 1. Jacques-René Hébert, substitut de l'agent national de la - Commune de Paris, âgé de 35 ans, natif d'Alençon, département de - l'Orne, domicilié à Paris, rue Neuve-de-Égalité. - - 2. Charles-Philippe Ronsin, avant la révolution homme de lettres, - puis commissaire de guerre ordonnateur, adjoint au ministre de la - guerre, général de l'armée révolutionnaire, âgé de 42 ans, natif - de Soissons, département de l'Aisne, domicilié à Paris, boulevard - Montmartre, nº 27. - - 3. Antoine-François Momoro, imprimeur-libraire et administrateur - du département de Paris, âgé de 38 ans, natif de Besançon, - département du Doubs, domicilié à Paris, rue de la Harpe, nº 71. - - 4. François-Nicolas Vincent, ci-devant clerc de procureur, puis - membre de la Commune, et actuellement secrétaire général du - département de la guerre, âgé de 27 ans, natif de Paris, y - domicilié, rue des Citoyennes, section de Mutius-Scévola. - - 5. Michel Laumur, ci-devant lieutenant-colonel de la marine et - colonel d'infanterie au 6e régiment de l'armée du Nord, et - général de brigade, âgé de 63 ans, natif de Paris, y domicilié, - rue Croix-des-Petits-Champs, nº 42. - - 6. Jean-Conrad Kock, banquier, âgé de 38 ans, natif d'Ulm, en - Hollande, habitant en France depuis 1787, demeurant à Passy, - près Paris, et encore à Paris, rue Neuve-de-l'Égalité, nº 314. - - 7. Pierre-Jean Proly, négociant, puis rédacteur de journal, âgé - de 42 ans, natif de Bruxelles, en France depuis 1782, demeurant à - Paris, rue Vivienne, nº 7. - - 8. François Desfieux, marchand de vin de Bordeaux, âgé de 39 ans, - natif de Bordeaux, domicilié à Paris, rue des - Filles-Saint-Thomas, nº 20. - - 9. Anacharsis Clootz (Jean-Baptiste), homme de lettres, ci-devant - député à la Convention nationale, âgé de 38 ans, natif de Clèves, - dans la Belgique, habitant en France depuis 27 ans, demeurant à - Paris, rue de Mesnard, nº 563. - - 10. Jacob Peyrera, manufacturier de tabac, âgé de 51 ans, natif - de Bayonne, département des Basses-Pyrénées, demeurant à Paris, - rue Saint-Denis, nº 413, section Bon-Conseil. - - 11. Marie-Anne-Catherine Latreille, âgée de 34 ans, native de - Montreuil-Belley, département de Rhône-et-Loire, demeurant à - Paris depuis six mois, rue et maison Bussy, femme Questineau. - - 12. Jean-Antoine-Florent Armand, élève en chirurgie, âgé de 26 - ans, natif de Chaylac, département de l'Ardèche, domicilié à - Paris depuis un an, rue et maison Bussy. - - 13. Jean-Baptiste Aucard, employé au comité des recherches du - département de Paris, âgé de 52 ans, natif de Grenoble, - département de l'Isère, domicilié à Paris, rue des - Mauvais-Garçons Saint-Germain, ci-devant coupeur de gants, - journalier. - - 14. Frédéric-Pierre Ducroquet, ci-devant perruquier-coiffeur et - parfumeur, et depuis commissaire aux accaparements, âgé de 31 - ans, natif d'Amiens, département de la Somme, demeurant à Paris, - rue du Paon, nº 2, section de Marat. - - 15. Armand-Hubert Leclerc, chef de division au bureau de la - guerre, âgé de 44 ans, natif de Cany, département de la - Seine-Inférieure, domicilié à Paris, rue Grange-Batelière, nº 10, - et ancien archiviste du ci-devant évêché de Beauvais. - - 16. Jean-Charles Bourgeois, ci-devant menuisier, employé dans les - bureaux de la guerre, et commandant de la force armée de sa - section, âgé de 26 ans, natif de Paris, y demeurant, rue des - Sans-Culottes, ci-devant Guisarde, section de Mutius-Scévola. - - 17. Albert Mazuel, ancien cordonnier, depuis brodeur, et après - aide de camp de Bouchotte, ministre de la guerre, chef d'escadron - de la cavalerie révolutionnaire, commandant temporaire de la - Ville-Affranchie, âgé de 28 ans, natif de Commune-Affranchie. - - 18. Antoine Descomble, ancien garçon épicier, âgé de 29 ans, - natif de Besançon, département du Doubs, domicilié à Paris, rue - Sainte-Croix de la Bretonnerie, nº 21, section des - Droits-de-l'Homme. - - 19. Pierre-Ulric Dubuisson, homme de lettres, nommé à différentes - époques commissaire du pouvoir exécutif, âgé de 48 ans, natif de - Laval, département de la Mayenne, domicilié à Paris, rue - Saint-Honoré, nº 1447; - -Avoir été condamnés à la peine de mort;--et ordonné que l'exécution -dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de -cette ville, ledit jugement étant signé du président et du greffier. - -Par procès-verbal dressé par Tirard et Napier, huissiers du tribunal -révolutionnaire, appert avoir été constaté que le jugement ci-dessus a -été exécuté sur la place publique de la Révolution de cette ville, où -les ci-dessus nommés ont été mis à mort. - -Pour extrait conforme, _Signé_: WOLF, commis greffier. - -La même clause se retrouve à la fin de chaque jugement. Nous nous -bornerons, dans tous ceux qui vont suivre, à donner le nom de -l'huissier du tribunal révolutionnaire qui a été témoin de l'exécution -à mort des victimes, et le nom du greffier qui en a certifié l'extrait -conforme. - -Le _Moniteur_ du 5 germinal an II dit que «la femme Questineau s'étant -déclarée enceinte, a obtenu un sursis.» Nous voyons pourtant le nom de -cette femme parmi ceux des victimes. Le _Moniteur_ ajoute: - -«Le citoyen Taboureau, de la section de Marat, est le seul des accusés -qui ait été acquitté.» - -C'est Laboureau qu'il faut lire. Ce Laboureau était un médecin qui fit -plus tard un rapport sur ce qu'il avait vu et entendu dans la prison -sur les accusés. En 1790, il avait publié un journal sous ce titre: -_l'Avocat du peuple._ - - * * * * * - -Par jugement du tribunal révolutionnaire du 5 germinal an II (25 mars -1794), appert: - - 1. Joseph-Jacques Rouganne de Vichy, âgé de 63 ans, y demeurant, - département de l'Allier, ci-devant inspecteur des marchandises - anglaises, demeurant à Vichy, département de l'Allier; - - 2. Jean Rouganne-Desbaradines, âgé de 52 ans, né à Cuny, y - demeurant, département de l'Allier, ci-devant garde du dernier - tyran; - - 3. Et Pierre Rouganne-Belbat, âgé de 31 ans, natif d'Aigueperse, - département du Puy-de-Dôme, y demeurant, vivant de son revenu; - - Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal - d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, WOLFF, greffier. - - * * * * * - -Par jugement du tribunal révolutionnaire du 6 germinal an II (26 mars -1794), appert: - - 1. Charles-Auguste la Cour-Balleroy, âgé de 74 ans, de la commune - de Balleroy, district de Bayeux, y demeurant, ci-devant - lieutenant général. - - 2. Et François-Auguste la Cour-Balleroy, son frère, âgé de 67 - ans, né de Paris, y demeurant, ci-devant commandeur de Malte et - maréchal de camp; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, WOLFF, greffier. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Jean-Louis Gouttes, âgé de 54 ans, né de Tulles, département de - la Corrèze, ci-devant évêque du département de Seine-et-Loire, - demeurant à Autun, chef-lieu du département; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, WOLFF, greffier. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Étienne Thiry, âgé de 24 ans, né à Sedan, maréchal des logis au - 8e régiment de hussards, demeurant à Paris, place des - Victoires-Nationales; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, WOLFF, greffier. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Denis Loisel, âgé de 42 ans, né de Mondétour, garde des bois - nationaux, demeurant à Boississe-le-Bertrand, district de Melun; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, WOLFF, greffier. - - * * * * * - -Par jugement du tribunal révolutionnaire du 7 germinal an II (27 mars -1794), appert: - - Marie-Catherine Chamboran, née à Confolent, département de la - Haute-Vienne, âgée de 59 ans, ci-devant religieuse carmélite à - Saint-Denis (Franciade), y demeurant. - -Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée. - -Pour extrait conforme, WOLFF, greffier. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Claire-Madeleine Lambertie, femme Villemin, âgée de 41 ans, - vivant de son bien, née à Montluçon, demeurant à Paris; - -Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée. - -Pour extrait conforme, WOLFF, greffier. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Henri Moreau, âgé de 67 ans, né à Montpellier, département de - l'Hérault, ci-devant accusateur public, près le point central de - l'armée du Nord; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée. - -Pour extrait conforme, WOLFF, greffier. - - * * * * * - -Par jugement du tribunal révolutionnaire du 8 germinal an II (28 mars -1794), appert: - - Jacques Pernet, âgé de 56 ans, né à Bar-sur-Aube, ci-devant - chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine de dragons, - cultivateur, demeurant à Tranault, département de l'Aube; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée. - -Pour extrait conforme, WOLFF, greffier. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Jean-Baptiste Presselet, ci-devant capucin, né à Acqs, - département de la Haute-Saône, demeurant à Gray, même - département; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée. - -Pour extrait conforme, WOLFF, greffier. - - * * * * * - -Par jugement du 9 germinal an II (29 mars 1794), appert: - - Jean-Baptiste Colignon, âgé de 61 ans, né de Metz, y demeurant, - imprimeur; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé. - -Pour extrait conforme, WOLFF, greffier. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Louis-François Poiré, âgé de 36 ans, huissier à la Convention - nationale, né d'Autribois, demeurant à Paris, rue - Saint-Dominique, section Grenelle; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé. - -Pour extrait conforme, WOLFF, huissier. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Jean-Valery-Marie Harelle, âgé de 30 ans, né de l'Aigle, y - demeurant, négociant; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé. - -Pour extrait conforme, WOLFF, greffier. - - * * * * * - -Du même jour, 9 germinal an II (29 mars 1794), appert: - - 1. Jacques-Nicolas Adam, âgé de 36 ans, ex-religieux bénédictin, - né à Paris, y demeurant, à Saint-Martin-des-Champs; - - 2. Jean-Baptiste Courtin, âgé de 79 ans, né à Rouen, ex-religieux - bénédictin, demeurant audit couvent Saint-Martin; - - 3. Et Joseph-Antoine Meffre, âgé de 57 ans, né à Aubignan, - district de Carpentras, demeurant audit couvent Saint-Martin; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé. - -Pour extrait conforme, WOLFF, greffier. - - * * * * * - -Par jugement du 11 germinal an II (31 mars 1794), appert: - - Jean-François Hollet, âgé de 34 ans, bijoutier, natif de - Luciennes, département de Seine-et-Oise, demeurant à Paris, aux - Trois-Bouteilles, marché Saint-Martin; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Louis-François Lavergne-Chanlorier, âgé de 50 ans passés, né à - Angoulême, y demeurant ordinairement, commandant de la ville de - Longwy; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Philippe-Barthélemy-Simon Gaillard, âgé de 26 ans, né à Cormille, - département de Seine-et-Oise, garçon papetier à Paris, y - demeurant; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, 11 germinal (31 mars 1794), appert: - - Victoire Regnier, femme Lavergne, âgée d'environ 26 ans, née à - Angoulême, demeurant à Paris, rue Traversière, faubourg Germain; - -Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Joseph Nègre, âgé de 61 ans, né à Lavergne, département du - Lot, ci-devant fermier de Barbotan, demeurant à Julliac; - - 2. Et Joseph-Claire Barbotan, âgé de 75 ans, ex-comte et - ex-constituant, né et demeurant à Borner, district de Nogard, - département du Gard; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 12 germinal an II (1er avril 1794), appert: - - Louis-Simon Collivet, âgé de 25 ans, natif de Lagny, département - de l'Orne, demeurant à Paris, rue de la Verrerie, chez le citoyen - Delorme, marchand épicier; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Euloge Schneider, âgé de 37 ans, natif de Winfeld, demeurant à - Strasbourg, département du Bas-Rhin, ci-devant accusateur public - près le tribunal criminel dudit département; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Charles-Victoire-François Sallabery, âgé de 62 ans, né à Paris, - ci-devant noble et président de la chambre des comptes de Paris, - juge de paix de la ville de Blois, officier municipal de la même - ville, y demeurant; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Antoine Brochet, dit Saint-Prest, âgé de 25 ans, ex-noble et - garde de Capet, né à Paris, demeurant à Gray, district de la - Ferté-Bernard, département de la Sarthe; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 13 germinal an II (2 avril 1794), appert: - - Jean Marquet, âgé de 27 ans, né à Cyray, département de la - Charente, y demeurant, marchand de beurre frais. - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 16 germinal an II (5 avril 1794), appert: - - 1. Philippe-François-Nazaire Fabre Déglantine, ci-devant homme de - lettres et député à la Convention nationale, âgé de 39 ans, natif - de Carcassonne, domicilié à Paris, rue Ville-l'Évêque. - - 2. Joseph Launay, homme de loi et député à la Convention - nationale, âgé de 39 ans, natif d'Angers, domicilié ordinairement - à Anvers, et à Paris, boulevard Montmartre, nº 5. - - 3. François Chabot, ci-devant capucin et représentant du peuple, - âgé de 37 ans, natif de Saint-Geniest, département de l'Aveyron, - domicilié à Paris, rue d'Anjou, nº 19. - - 4. Lucie-Simplice-Camille-Benoist Desmoulins, homme de lettres, - âgé de 33 ans, natif de Guise, district de Vervins, domicilié à - Paris, place du Théâtre-Français. - - 5. Jean-François Lacroix, soldat, capitaine de milice, puis homme - de loi et ex-député à la Convention nationale, âgé de 40 ans, - natif de Pont-Audemer, département de l'Eure, domicilié à Paris, - rue Lazare, nº 6. - - 6. Pierre Phelippeaux, homme de loi et député à la Convention - nationale, âgé de 35 ans, natif de Ferrière, département de - l'Oise, domicilié à Paris, rue de l'Échelle, nº 3. - - 7. Claude Bazire, commis aux Archives des états de la Bourgogne, - commandant de la garde et député à la Convention nationale, âgé - de 29 ans, natif de Dijon, département de la Côte-d'Or, domicilié - à Paris, rue Saint-Pierre-Montmartre. - - 8. Marie-Jean Hérault de Séchelles, député à la Convention - nationale, âgé de 34 ans, natif de Paris, y domicilié, rue - Basse-du-Rempart, nº 14. - - 9. Georges-Jacques Danton, député à la Convention nationale, âgé - de 34 ans, natif de Darcy-sur-Aube, département de l'Aube, - domicilié à Paris, rue et section de Marat. - - 10. Marc-René Sahuguet Despagnac, ci-devant abbé et employé aux - fournitures des haras, âgé de 41 ans, natif de Brie, département - de la Corrèze, domicilié à Paris, rue de l'Université, près - l'ancienne barrière. - - 11. Simon Kotloo Junius Frey, fournisseur à l'armée, âgé de 35 - ans, natif de Bruyen, en Moravie, domicilié à Paris, rue d'Anjou - Saint-Honoré, nº 19. - - 12. André-Marie Gusman, âgé de 41 ans, natif de Grenade, en - Espagne, naturalisé Français en 1751. - - 13. Emmanuel Frey, âgé de 27 ans, natif de Bruyen, en Moravie, - domicilié à Paris, rue d'Anjou Saint-Honoré, nº 19. - - 14. Jean-Frédéric Deiderinchen, avocat de la cour du roi de - Danemark, âgé de 51 ans, natif de Luxembourg, pays de Holstein, - en Danemark, domicilié à Paris, rue des Petits-Augustins. - - 15. François-Joseph Westermann, ci-devant aide de camp de - Dumouriez, depuis général de division, âgé de 38 ans, natif de - Motzheim, département du Bas-Rhin. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 17 germinal an II (6 avril 1794), appert: - - Louis Hannapier des Ormes, âgé de 45 ans, né à Orléans, résidant - dans la commune de Saint-Hilaire-Saint-Mesmin, district - d'Orléans, département du Loiret, cultivateur et ci-devant maître - particulier des eaux et forêts à Beaugency, même département; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Pierre Reignier, âgé de 38 ans, né et demeurant à Pontoise, - département de Seine-et-Oise, tailleur d'habits; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Philippe Barron de Channois, ex-noble, âgé de 66 ans, né à - Châtillon-sur-Indre, département de l'Indre, propriétaire, - demeurant en la commune de Genille, département d'Indre-et-Loire; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 18 germinal an II (7 avril 1794), appert: - - 1. Jean-François Jullien, âgé de 60 ans, né à Loris, département - du Loiret, ex-officier municipal de la commune de Montargis, y - demeurant, et chirurgien; - - 2. Marie-Joseph-Hippolyte Pelé-Varenues, âgé de 57 ans passés, né - à Sens, ci-devant receveur particulier des finances et receveur - du district de Montargis, y demeurant; - - 3. François-Joseph Bizot, âgé de 50 ans, né à Besançon, ex-maire - de la commune de Montargis, y demeurant; - - 4. Et Charles-Léonard Lavillette, âgé de 45 ans, natif de - Clamecy, ci-devant président de l'élection de Montargis, juge du - district de Bois-Commun et administrateur du directoire du - district de Montargis, y demeurant; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par Tavernier. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Antoine-Louis-Claude Saint-Germain d'Apchon, ex-marquis et - maréchal de camp, âgé de 45 ans, né à Paris, demeurant rue - Saint-Louis, nº 87, section de l'Indivisibilité; - - 2. Et Élisabeth-Thérèse Pacorée, âgée de 69 ans passés, veuve de - Pericard, ex-maître des comptes, belle-mère de d'Apchon, née à - Paris, même demeure que dessus; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par Tavernier. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Jean-Joseph Mouzin, âgé de 28 ans, notaire à Dijon, - département de la Côte-d'Or, né et demeurant audit Dijon; - - 2. Et Bernard Perruchot, âgé de 35 ans 1/2, demeurant à Montant, - district de Saint-Jean-de-Losne, département de la Côte-d'Or, - ci-devant notaire. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par Tavernier. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour 18 germinal (7 avril 1794), appert: - - 1. François-Pierre Lamotte-Senonnes, âgé de 36 ans, ci-devant - noble, né à Senonnes, département de la Mayenne, demeurant à - Bonneuil, district de Bourg-l'Égalité; - - 2. Et Susanne Drouillard, âgée de 33 ans, née à Saint-Domingue, - épouse dudit Senonnes; - - Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par - Tavernier. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 19 germinal (8 avril 1794), appert: - - 1. Jean-Pierre Danquechin-Dorval, âgé de 40 ans passés, ex-noble, - cultivateur, officier public et municipal de la commune de - Montreuil, près Paris, y demeurant; - - 2. Pierre-Saturnin Lardin, âgé de 31 ans, né à Nogent-sur-Marne, - demeurant à Montreuil, près Paris, vigneron; - - 3. Et Louise-Adélaïde Danquechin, âgée de 27 ans, femme de Pierre - Saturnin Lardin, demeurant avec lui audit Montreuil; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Jeanne Agronde Marsilly, veuve de Pierre-Armand Henique de - Chenely, âgée de 47 ans, née à Dijon, département de la - Côte-d'Or, demeurant à Paris, rue de la Harpe; - -Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Joseph-Louis Gaudron, âgé de 27 ans et 1/2, né à Limeray, - district d'Amboise, département d'Indre-et-Loire, ex-curé - constitutionnel de Négron, y demeurant, même département; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Guillaume Gemptel, âgé de 26 ans, né à Bousie, dans la ci-devant - Normandie, cuisinier, demeurant à Paris, maison ci-devant appelée - des Anglais; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Angélique Boiry, femme de Pierre-Antoine Bonfant, âgée de 50 ans, - née à Douay, département du Nord, femme de chambre de la femme - d'Hervilly, ex-noble, demeurant à Daignecourt, département de la - Somme; - -Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 23 germinal (12 avril 1794), appert: - - Claude Chouchon, dit Chanson, âgé de 66 ans, né et demeurant à - Montélimart, département de la Drôme, ex-général de brigade de - l'armée des Pyrénées-Orientales; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 24 germinal (13 avril 1794), appert: - - Louis-Guillaume-André Brossard, âgé de 39 ans passés, né à - Terrasson, département de la Dordogne, secrétaire du comité - révolutionnaire de la ville de Périgueux, y demeurant; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, exécution du 24 germinal an II (13 avril 1794): - - 1. Philibert Simon, député à la Convention nationale, natif de - Rumilly (Mont-Blanc), domicilié à Paris, rue Traversière-Honoré. - - 2. Arthur Dillon, ci-devant général divisionnaire, âgé de 43 ans, - natif de Braywick, en Angleterre, domicilié à Paris, rue Jacob, - nº 38. - - 3. Jean-Baptiste Gobel, ci-devant évêque de Paris, âgé de 67 ans, - natif de Thann, département du Haut-Rhin, domicilié à Paris, île - de la Fraternité, quai de l'Égalité, nº 13. - - 4. Jean-Michel Beysser, général de brigade dans l'armée de - l'Ouest, âgé de 40 ans, natif de Ribauviller, en Alsace, - département du Haut-Rhin, domicilié ordinairement à Lorient. - - 5. Gaspard Chaumette, agent national de la Commune de Paris, - ci-devant procureur de ladite Commune, âgé de 31 ans, natif de - Nevers (Nièvre), domicilié à Paris, rue de l'Observatoire, aux - Visitandines, et avant rue du Paon, section de Marat. - - 6. Marie-Marguerite-Françoise Goupil, âgée de 38 ans, native de - Paris, y domiciliée, rue Neuve-de-l'Égalité, cour des Forges, - veuve de..... Hébert. - - 7. Jean-Baptiste-Ernest Bucher (de l'Épinois), commandant de la - garde nationale de Mesnil-Saint-Denis, âgé de 43 ans, natif - d'Amiens, département de la Somme, domicilié à - Mesnil-Saint-Denis, district de Versailles, département de - Seine-et-Oise. - - 8. Marie-Marc-Antoine Barras, ancien administrateur du district - de Toulouse, âgé de 30 ans, natif de Toulouse, département de la - Haute-Garonne, y domicilié. - - 9. Jean-Jacques Lacombe, vivant de son revenu, âgé de 33 ans, - natif de Cajac (Lot), domicilié à Paris, maison garnie des - Français, rue de Thionville, nº 30, section de Marat. - - 10. Jean-Maurice-François Lebrasse, lieutenant de gendarmerie - près les tribunaux, âgé de 31 ans, natif de Rennes, département - de l'Ille-et-Vilaine, domicilié à Paris, rue Jacques, nº 27. - - 11. Anne-Lucile-Philippe Laridon Duplessis, âgée de 23 ans, - native de Paris, y domiciliée, rue du Théâtre-Français, veuve de - Lucie-Simplice-Camille-Benoît Desmoulins. - - 12. Antoine Duret, adjudant général de l'armée des Alpes, âgé de - 44 ans, natif de Roanne-en-Forez, domicilié à Montbrissey, - département de la Loire, lors de son arrestation à Feure. - - 13. Guillaume Lassalle, officier de marine, âgé de 24 ans, natif - de Boulogne-sur-Mer, département du Pas-de-Calais, domicilié à - Paris, maison de France, rue Neuve-de-l'Égalité. - - 14. Alexandre Nourry Grammont, officier de la cavalerie - révolutionnaire, et avant employé au bureau de la guerre, âgé de - 19 ans, natif de Limoges, département de la Haute-Vienne, - domicilié à Paris, passage des Petits-Pères, nº 3, section de - Guillaume-Tell. - - 15. Nourry Grammont, ci-devant artiste du théâtre Montansier, - ensuite adjudant général de l'armée révolutionnaire, âgé de 42 - ans, natif de La Rochelle (Charente-Inférieure), domicilié à - Paris, passage des Petits-Pères, section de Guillaume-Tell. - - 16. Jean-Marie Lepallus, juge de la commission révolutionnaire de - Feure, âgé de 26 ans, natif de Matour, district de Charonne, - département de Saône-et-Loire, domicilié ordinairement à Néardor, - département de Rhône-et-Loire. - - 17. Jean-François Lambert, porte-clefs de la maison d'arrêt du - Luxembourg, âgé de 25 ans, natif de Boysne, département du - Loiret, domicilié à Paris, rue de la Convention. - - 18. Marie-Sébastien Brumeau-Lacroix, membre du comité - révolutionnaire de la section de l'Unité, âgé de 26 ans, - domicilié à Paris, rue du Colombier. - - 19. Edme Rameau, prêtre, âgé de 41 ans, natif d'Auxerre, - département de l'Yonne, domicilié à Paris, rue Sauveur. - - 20. Louis-Guillaume-André Brossard, secrétaire du comité - révolutionnaire de la ville de Périgueux, âgé de 32 ans, natif de - Terrasson, département de la Dordogne, demeurant à Périgueux. - - 21. Étienne Ragondet, ci-devant marchand de chevaux, commandant - du bataillon de la section de la République, et inspecteur dans - les charrois des armées, âgé de 46 ans, natif de Paris, demeurant - à Capy, près Péronne, département de la Somme. - -Vu l'extrait du jugement du tribunal criminel révolutionnaire et du -procès-verbal d'exécution dressé par (le nom en blanc), en date du 24 -germinal (13 avril). - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 25 germinal (14 avril 1794), appert: - - Jacques-Augustin Labarbery de Refluvel, âgé de 60 ans, ex-noble, - ci-devant capitaine dans les gardes françaises, et ci-devant - seigneur de Villers-Vermont, né à Paris, y demeurant, rue des - Francs-Bourgeois, au Marais; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - François-Charles Gattey, âgé de 38 ans, né à Autun, libraire, - demeurant à Paris, maison Égalité, nº 14; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirart. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Henri Morisset, âgé de 39 ans, né à Pereuse, département de - l'Yonne, juge au tribunal du district de Montargis, département - du Loiret, y demeurant, chapelier et procureur de la commune de - Château-Renard; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirart. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 26 germinal (15 avril 1794), appert: - - 1. Aimé Courandin, âgé de 31 ans, né à Angers, département de - Maine-et-Loire, ci-devant conseiller du tyran Capet, au présidial - d'Angers, et ensuite juge du tribunal du district d'Angers, y - demeurant; - - 2. Louis-Étienne Brevet, dit Beaujour, âgé de 30 ans, né à - Angers, ci-devant avocat du tyran Capet au présidial d'Angers, - ensuite commissaire national près le tribunal du district - d'Angers, y demeurant; - - 3. Jean-Baptiste la Réveillière, âgé de 41 ans, né à Montaigu, - département de la Vendée, ci-devant conseiller au présidial - d'Angers, et ensuite président du tribunal criminel du - département de Maine-et-Loire, demeurant à Angers; - - 4. Bieusie Louis Dieusie, âgé de 45 ans, né à Mésange, district - d'Ancenis, département de la Loire-Inférieure, ex-noble et député - à l'Assemblée constituante, cultivateur, et président du - département de Maine-et-Loire, demeurant à Angers; - - 5. Et Joseph-François-Alexandre Teissier Duclozeau, âgé de 40 - ans, né aux Rosiers, district de Saumur, physicien, ci-devant - membre du conseil général du département de Maine-et-Loire, et - ensuite volontaire dans le 3e bataillon du même département, - demeurant à Vannes; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Victoire Lescale, femme Roger, âgée de 40 ans, sans état, née à - Villotte-devant-Loupy, district de Bar-sur-Ornain, département de - la Meuse; - -Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Chateau. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Marie-Claudine Gattey, âgée de 39 ans, née à Autun, département - de la Côte-d'Or, ci-devant religieuse de Saint-Lazare, demeurant - à Paris, chez la veuve Leyrand, rue Boucher, nº 14; - -Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Gaspard Roger, âgé de 38 ans, né et demeurant à - Neuville-sur-Ornain, département de la Meuse, salpêtrier; - - 2. Marie-Jeanne Lescale, âgée de 52 ans, fille vivant de son - industrie, née à Villot, même département, demeurant audit - Neuville; - - 3. Charles-Mathias d'Alençon, âgé de 67 ans, ex-noble et comte, - né à Bar, demeurant audit Neuville; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 27 germinal (16 avril 1794), appert: - - Hugues-Louis-Jean Pelletier Chambure, âgé de 37 ans, natif de - Tonnerre, département de l'Yonne, employé dans les subsistances - militaires en qualité de sous-directeur, à Arras; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet. - -Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Jean Huet, âgé de 32 ans, né à Orléans, département du Loiret, - perruquier, demeurant à Paris, rue Nicaise; - - 2. Pierre Laville, âgé de 31 ans, né à Monpont, district de - Mussidan, département de la Dordogne, cordonnier, demeurant à - Paris, rue Rohan, nº 33; membre du comité révolutionnaire de la - section des Tuileries; - - 3. Et Pierre Lapeyre, âgé de 30 ans, né à Lachaud, district de - Périgueux, département de la Dordogne, chirurgien, demeurant à - Paris, rue de Rohan, nº 62, et membre du comité révolutionnaire - de la section des Tuileries; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - François-Clément Cassegrain, âgé de 76 ans, né à Paris, demeurant - à Pithiviers-le-Vieil, département (en blanc), curé de - Pithiviers; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Nicolas Lutterot, âgé de 33 ans, né à Sens, département de - l'Yonne, charpentier, demeurant à Sens. - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire le 28 germinal an II -(17 avril 1794), etc., appert: - - 1. Charles Acot, dit Thibault, âgé de 23 ans, né à Autigny, - département de l'Yonne, marchand de vin, demeurant à Paris, rue - de la Vannerie, nº 49; - - 2. Hyacinthe Mermin, âgé de 30 ans, frotteur, né à Avançay, - département du Mont-Blanc, demeurant à Paris, rue Saint-Landry, - en la Cité, nº 8; - - 3. Pierre-Louis Henry, âgé de 33 ans, marchand de toiles et - d'indiennes, né à Méry, département de la Marne, demeurant à - Paris, rue de la Vannerie, nº 49; - - 4. Hyacinthe Simille, âgé de 29 ans, frotteur, né à Avançay, - département du Mont-Blanc, demeurant à Paris, rue André des Arts; - - 5. Et Jean-Louis Pautone, âgé de 31 ans, né à Buri, département - de Seine-et-Oise, garçon pâtissier traiteur, demeurant à Paris, - rue Jean Fleury. - - Avoir été condamnés à la peine de mort et ordonné que l'exécution - dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution - de cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier. - -Par procès-verbal dressé par Degaiguée, etc., appert que lesdits -Charles Acot dit Thibault, H. Mermin, Pierre-Louis Henry, Hyacinthe -Simille, et Jean-Louis Pautone, ont été mis à mort. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Joseph Baudot, âgé de 44 ans, né à Besançon, département du - Doubs, ci-devant bénédictin, principal du collége de Toul, et - desservant de Tremblecourt, y demeurant, département de la - Meurthe. - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Jean-Pierre Challot, âgé de 28 ans, né à Château-Roué, - département de la Meurthe, ci-devant desservant de la cure de - Marsal, même département, y demeurant. - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée. - -Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Jean Decous, âgé de 70 ans, né à Treignat, département de la - Corrèze, ci-devant curé de la commune de Neuvy, demeurant à - Limoges. - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 29 germinal (18 avril 1794), appert: - - Brice Prévôt, âgé de 28 ans, né à Saint-Front, département de - l'Orne, demeurant à Paris, cul-de-sac Berthault, chapelier. - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - François Magny, âgé de 24 ans, tailleur d'habits, né à Limoges, y - demeurant, soldat au 6e régiment de Hussards-Cavalerie. - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, le 29 germinal, au palais, -etc. (18 avril 1794), appert: - - 1. Antoine-Grégoire Genest, âgé de 27 ans, né à Paris, y - demeurant, rue des Moineaux, banquier; - - 2. Pierre Hariage de Guiberville, âgé de 72 ans, né à Paris, y - demeurant, cul-de-sac de Taitbout, ci-devant président au - Parlement; - - 3. Marie-Claude Hariage, veuve Debonnaire, âgée de 45 ans, - ex-noble, née à Paris, y demeurant, rue Neuve-des-Capucines; - - 4. Marie-Charlotte Debonnaire, femme divorcée de Louis-François - le Peletier, ci-devant officier dans le régiment de Capet, âgée - de 21 ans, née à Paris, y demeurant; - - 5. Marie la Laurencie-Charras, âgée de 42 ans, native de Charras, - département de la Charente, demeurant à Asnières; - - 6. Didier-René-François Mesnard de Chousy, âgé de 64 ans, attaché - à la maison Capet, demeurant à Paris, rue de Clichy; - - 7. Jean-Didier-René Mesnard de Chousy, fils, âgé de 35 ans, natif - de Versailles, demeurant à Paris, rue Lazare, section du - Mont-Blanc; - - 8. Marie-Adrienne Gonnel, veuve Vierville, âgée de 49 ans, native - de Paris, y demeurant, rue de Clichy, nº 14; - - 9. Adélaïde-Marguerite Demerle, femme divorcée de Duchilleur, - âgée de 41 ans, native de Paris, y demeurant, rue du - Faubourg-Montmartre; - - 10. Louis-Georges Gougenot, âgé de 36 ans, natif de Paris, - ci-devant syndic de la ci-devant compagnie des Indes, demeurant - rue le Peletier; - - 11. Angélique-Michel Destat Bellecourt, âgé de 33 ans, natif de - Paris, ci-devant officier au service de la Russie, demeurant rue - Basse-du-Rempart; - - 12. Jeanne-Marie Nogué, veuve de Robin Divry, femme - d'Angélique-Michel Destat de Bellecourt, native de Bayonne, âgée - de 30 ans, demeurant à Paris, rue Basse-du-Rempart, nº 9; - - 13. Sébastien Rollat, ex-noble, âgé de 52 ans, natif de Brujac, - département de l'Allier, demeurant à Paris, rue des - Filles-Saint-Thomas; - - 14. René Rollat, fils dudit Rollat, né à Paris, âgé de 39 ans, - ancien officier à la suite du ci-devant régiment Colonel général - dragons, demeurant à Paris, rue des Filles-Saint-Thomas; - - 15. Jean Robin, âgé de 43 ans, officier de maison chez le nommé - Hariage Guiberville, natif de Valence, demeurant à Paris, - cul-de-sac Taitbout; - - 16. François-Michel Paymal, âgé de 29 ans, natif de Versailles, - département de Seine-et-Oise, domestique de la nommée Hariage, - demeurant à Paris, rue Neuve-des-Capucines; - - 17. Et Jean-Joseph Laborde, âgé de 70 ans, né à Juca en Espagne, - ci-devant banquier du gouvernement, demeurant à Mireville, - département de Seine-et-Marne; - -Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution -dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de -cette ville, etc. Par procès-verbal d'exécution, signé par Auvray, -appert les ci-dessus nommés avoir été mis à mort. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, séant à Paris, au palais, -le 1er floréal an II (20 avril 1794), appert: - - 1. Louis le Peletier Rozambo, âgé de 46 ans, ex-noble, ci-devant - président à mortier au ci-devant parlement de Paris, né à Paris, - demeurant à Malesherbes, département du Loiret; - - 2. Urbain-Élisabeth Segla, âgé de 37 ans, ex-noble, ci-devant - conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, né à Toulouse, - département de la Haute-Garonne, y demeurant; - - 3. Philippe-Joseph-Marie Cussac, âgé de 67 ans, ex-noble, - ci-devant conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, né à - Toulouse, y demeurant; - - 4. Jean-Jacques Balsac Firmi, âgé de 60 ans, ex-noble, ci-devant - conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse, - né à Senergues, département de l'Aveyron, demeurant à Toulouse; - - 5. Jean-François Montaigu, âgé de 64 ans, ex-noble, ci-devant - conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse, - né à Toulouse, y demeurant; - - 6. Anne-Joseph Lafont, âgé de 60 ans, ex-noble, et ci-devant - conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse, - demeurant à Toulouse; - - 7. Joseph-Julien-Honoré Rigaut, âgé de 45 ans, ex-noble, - ci-devant conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, né à - Castres, département du Tarn, demeurant à Toulouse; - - 8. Nicolas-Étienne le Noir, âgé de 38 ans, ex-noble, ci-devant - conseiller au ci-devant parlement de Paris, première chambre des - requêtes, né à Paris, y demeurant, rue Apolline; - - 9. François-Matthieu du Port, âgé de 76 ans, ex-noble, ci-devant - conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à - Paris, y demeurant, rue Saint-Louis, au Marais; - - 10. Louis-Jean-Népomucène-Marie-François Camus Laguibourgère, âgé - de 46 ans, né à Rennes, département d'Ille-et-Vilaine, demeurant - à Paris, rue Jacques, vis-à-vis des Mathurins; - - 11. Henry-Louis Fredy, âgé de 74 ans, ex-noble, conseiller de - grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à Paris, y - demeurant, rue Antoine; - - 12. Charles-Jean-Pierre Dupuis de Marée, âgé de 61 ans, ex-noble, - ci-devant conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de - Paris, né à Paris, y demeurant, rue Michel le Peltier; - - 13. Léonard-Louis Saguier de Mardeuil, âgé de 59 ans, ex-noble, - conseiller au ci-devant parlement de Paris, né à Châlons, - département de la Marne, demeurant à Paris, rue de la Fraternité; - - 14. Étienne Pasquier, âgé de 58 ans, ex-noble, ci-devant - conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à - Paris, y demeurant, rue Madeleine, nº 8; - - 15. Pierre-Daniel Bourrée Corberon, âgé de 77 ans, ex-noble, - ci-devant président de la première chambre des enquêtes du - ci-devant parlement de Paris, né à Paris, demeurant à Toulouse; - - 16. Barthélemy-Gabriel Rolland, âgé de 64 ans, ex-noble, - ci-devant président des requêtes du ci-devant parlement de Paris, - né à Paris, demeurant à Chambaudouin, département du Loiret; - - 17. Jean-Baptiste Louis Oursain Debure, âgé de 47 ans, ci-devant - noble et conseiller des requêtes du palais du ci-devant parlement - de Paris, né à Paris, demeurant rue Boucherat; - - 18. Jean-François-Manie Rouhette, âgé de 27 ans, ex-noble, - ci-devant conseiller des requêtes du parlement de Paris, né à - Paris, y demeurant, rue Paul; - - 19. Antoine-Louis-Hyacinthe Hocquart, âgé de 55 ans, ex-noble, - ci-devant premier président de la cy-devant cour des aides à - Paris, né à Paris, y demeurant; - - 20. Nicolas-Agnès-François Nort, âgé de 68 ans, ex-noble et - ci-devant comte colonel d'infanterie, né à Rennes, département - d'Ille-et-Vilaine, demeurant aux Invalides; - - 21. Armand-Guillaume-François de Gourgues, âgé de 57 ans, - ex-noble, ci-devant président à mortier au ci-devant parlement de - Paris, né à Paris, demeurant à Poissy, département de - Seine-et-Oise; - - 22. Jean-Baptiste-Gaspard Bochard Saron, âgé de 64 ans, ex-noble, - ci-devant premier président du parlement de Paris, né à Paris, y - demeurant, rue de l'Université; - - 23. Édouard-François-Matthieu Molé-Champlatreux, âgé de 34 ans, - ex-noble, ci-devant président au ci-devant parlement de Paris, né - à Paris, y demeurant, rue Dominique, faubourg Germain; - - 24. Henri-Guy Sallier, âgé de 60 ans, ex-noble, ci-devant - président de la ci-devant cour des aides de Paris, né à - Rochembray, demeurant à Paris, rue du Grand-Chantier; - - 25. Anne-Louis-François-de-Paule le Fèvre d'Ormesson, âgé de 42 - ans, ex-noble, ci-devant président du parlement de Paris, né à - Paris, y demeurant, rue Guillaume, faubourg Germain, - ex-constituant, et commissaire aux monuments publics et - ex-bibliothécaire; - -Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution -dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de -cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier. - -Par procès-verbal dressé par Auvray, l'un des huissiers du tribunal -révolutionnaire, en date du 1er floréal, appert avoir été constaté que -le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la -Révolution de cette ville, où lesdits ci-dessus nommés ont été mis à -mort. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, etc., le 1er floréal an II -(20 avril 1794), appert: - - 1. Nicolas Saint-Blin, âgé de 40 ans, né à Paris, ci-devant noble - et comte, demeurant à Villeberny, district de Semur, département - de la Côte-d'Or; - - 2. Auguste-Louis-Zacharie Espiard de Dalleray, âgé de 63 ans, né - à Dijon et y demeurant, vivant de son revenu, ci-devant - conseiller au parlement de Dijon; - - 3. Pierre Guillemin, âgé de 29 ans, né à Dijon et y demeurant, - clerc de notaire avant la révolution, et depuis commis aux - ponts-et-chaussées; - - 4. Pierre-Jacques-Barthélemy Guénichot, ex-noble, âgé de 27 ans, - né à Dijon, demeurant à Nogent, district de Semur, département de - la Côte-d'Or; - - 5. Charles-Joseph-Jullien, âgé de 49 ans, né à Joinville, - département de la Haute-Marne, ci-devant cordelier et curé - d'Autricourt, y demeurant; - - 6. Et Théophile Berlier, âgé de 60 ans, né à Châtillon, ci-devant - garde-manteau de la ci-devant maîtrise des eaux et forêts de - Châtillon-sur-Seine, y demeurant, département de la Ferre; - -Avoir été condamnés à la peine de mort et ordonné que l'exécution -dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de -cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier, etc. -Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du tribunal révolutionnaire du 2 floréal an II -(21 avril 1794), appert: - - François-Philippe de Caux, âgé de 54 ans, natif de - Rouge-Moutiers, district de Pont-Audemer, département de l'Eure, - demeurant à Bretot, même district, prêtre et ci-devant titulaire - de la chapelle de Bretot; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Alexandre Beaugrand, âgé de 50 ans, né à Sens, département de - l'Yonne, demeurant à Orbeaux, district de Pithiviers, département - du Loiret; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Pierre Lafargue, âgé de 55 ans, né à Cognac, district de - Cognac, département de la Charente, agent de commerce et fermier, - demeurant à Paris, rue Neuve de l'Égalité, nº 304; - - 2. Marie-Marguerite-Geneviève-Victoire Lemesle, femme Boulani, - âgée de 50 ans, née..., demeurant à Dieppe, département de la - Seine-Inférieure; - - 3. André-Guillaume Bellepacaume, âgé de 51 ans, né et demeurant à - Paris, place des Trois-Maries, nº 36, section du Muséum, - ci-devant marchand mercier, actuellement sans état; - - 4. Jean-François-Joseph Descamps, âgé de 28 ans, natif d'Aire, - district de Saint-Omer, département du Pas-de-Calais, imprimeur, - demeurant à Douai; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du tribunal révolutionnaire du 3 floréal an II (22 avril -1794), appert: - - 1. Jacques Duval Despréménil, ex-constituant, âgé de 48 ans, - natif de Pondichéry, domicilié à Mériffou, commune de La Remuée, - département de la Seine-Inférieure. - - 2. Jacques-Guillaume Thouret, ex-constituant, ex-président du - tribunal de cassation, âgé de 48 ans, natif de Pont-l'Évêque, - département du Calvados, domicilié à Paris, rue des - Petits-Augustins, nº 21. - - 3. Isaac-René-Gui Lechappelier, ex-constituant, âgé de 39 ans, - natif de Rennes, département de l'Ille-et-Vilaine, y domicilié, - et ayant un domicile à Paris, rue Montmartre. - - 4. François Hell, ci-devant procureur général syndic des états - d'Alsace, grand bailli de Langres et administrateur du - département du Haut-Rhin, âgé de 63 ans, natif de Keseinhem, - susdit département, domicilié à Paris, rue Helvétius. - - 5. Chrétien-Guillaume Lamoignon Malesherbes, ex-noble et - ex-ministre du tyran, âgé de 72 ans, natif de Paris, domicilié à - Malesherbes, département du Loiret. - - 6. Antoinette-Marguerite-Thérèse Lamoignon Malesherbes, native de - Paris, domiciliée à Malesherbes, département du Loiret, veuve - de..... Lepelletier Rozambo. - - 7. Aline-Thérèse Lepelletier Rozambo, âgée de 23 ans, native de - Paris, domiciliée à Malesherbes, département du Loiret, mariée - à..... Châteaubriand. - - 8. Jean-Baptiste-Auguste Châteaubriand, ex-noble et ex-capitaine - de cavalerie, âgé de 34 ans, natif de Saint-Malo, département de - l'Ille-et-Vilaine, domicilié à Malesherbes, département du - Loiret. - - 9. Diane-Adélaïde Rochechouart, ex-noble, âgée de 64 ans, native - de Paris, y domiciliée, rue Grange-Batelière, veuve de..... - Duchatelet. - - 10. Béatrix Choiseul, ex-noble, âgée de 64 ans, native de - Lunéville, domiciliée à Paris, rue Grange-Batelière, mariée - à..... Grammont. - - 11. Victoire Boucher Rochechouart, ex-noble, âgée de 49 ans, - native de Paris, y domiciliée, rue du Mont-Blanc, veuve de..... - Pontville. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Tavernier. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 12. Louis-Pierre Mousset, charpentier et ci-devant procureur de - la Commune de Donnery, âgé de 42 ans, natif de Saint-Marceau - d'Orléans, département du Loiret, domicilié audit Donnery. - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Tavernier. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du tribunal révolutionnaire du 4 floréal (23 avril 1794), -appert: - - François-Abraham Reclesne, âgé de 61 ans, ci-devant noble, né à - Lyonne, canton de Cognat, district de Gannat, département de - l'Allier, y demeurant. - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Louis-Benjamin Calmer, âgé de 44 ans, à la Haye en Hollande, - naturalisé Français depuis 1769, ci-devant marchand d'étoffes et - ensuite courtier de change, demeurant à Paris, rue Choiseul, nº - 13, section le Pelletier; - - 2. François Gallay, âgé de 50 ans, né à Martigny en Suisse, - frotteur domestique chez le citoyen Baglion, demeurant rue - Dominique-Germain; - - 3. Marguerite Horiout, femme Farizol, âgée de 50 ans, née à - Baugon, département de l'Orne, ouvrière, demeurant à Paris, rue - de Grenelle, au Gros-Caillou; - - 4. Marie-Louise Coutelet, veuve Neuve-Église, âgée de 36 ans, née - à Rennes, chef dans les filatures nationales établies maison des - ci-devant Jacobins, rue Jacques; - - 5. Louis Roux, âgé de 50 ans, né à Bourgoing, département de - l'Isère, tabletier, demeurant à Paris, rue des Arcis, nº 205; - - 6. Jean Chemin, âgé de 50 ans, né à Logny, département de l'Orne, - domestique chez le citoyen Cardinal, demeurant à Paris, rue de - Malte, section du Temple. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour 4 floréal an II (23 avril 1794), appert: - - 1. Jeanne-Élisabeth Bertaux, âgée de 48 ans, fille, sage-femme - née à Pithiviers, département du Loiret, demeurant à Paris, rue - de Bièvre; - - 2. François Bonin, âgé de 47 ans, imprimeur, né à Sonchamp, - département de l'Eure, demeurant à Paris, rue Zacharie; - - 3. Matthieu Schwerger, âgé de 40 ans, cordonnier, né à Menzenger - en Brisgau, demeurant à Paris, rue de la Harpe; - - 4. Jean Pommeraye, âgé de 40 ans, né à Orléans, ci-devant - perruquier et canonnier de la section de la Réunion, casernée à - Popincourt; - - 5. Jean-François Noël, âgé de 34 ans, né à Verneuil, district de - Beauvais, demeurant à Paris, rue de la Verrerie, maison de Reims. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Antoine Barthélemy, âgé de 40 ans, homme de loi, commissaire du - pouvoir exécutif près le tribunal du district de Gannat, - département de l'Allier, né à Riom, département du Puy-de-Dôme, - ci-devant procureur de la commune de Gannat, y demeurant. - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Degaignée, - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -_Fournée des habitants de Verdun, immolés le 5 floréal an II_ (24 -avril 1794). - -L'âge des _Vierges de Verdun_, accusées d'avoir offert des dragées au -roi de Prusse, a été l'objet de discussions. On les a rajeunies, on -les a vieillies, suivant qu'on a interrogé à ce sujet le _Moniteur_ ou -le bulletin du tribunal révolutionnaire. Ayant eu soin de prendre mes -vérifications sur la minute même de leur jugement, je puis offrir à -mes lecteurs des renseignements authentiques: - - 1. Henri-François Croyer, âgé de 52 ans, ci-devant capitaine - d'ouvriers d'artillerie, né à Laon (Aisne), demeurant à Verdun; - - 2. Jean-Baptiste Pellegrin, âgé de 52 ans, capitaine de - gendarmerie, natif de Gondrecourt (Meuse), demeurant à Verdun; - - 3. Michel Joulin, âgé de 31 ans, gendarme, né à Cornet, en Anjou, - demeurant à Verdun; - - 4. Nicolas Milly, âgé de 31 ans, gendarme, natif de Verdun; - - 5. Badillon-Leclerc, âgé de 42 ans, gendarme, né à Thionville, - demeurant à Verdun; - - 6. Gérard Desprez, âgé de 50 ans, né à Givet de Saint-Hilaire, - Ardennes, demeurant à Verdun, gendarme de la brigade de Verdun; - - 7. Pierre Thuilleur, âgé de 61 ans, né à Verdun, y demeurant; - - 8. Henri-Barthélemy Grimoard, âgé de 70 ans, colonel d'un - régiment provincial, de l'artillerie de Metz, natif de Verdun, y - demeurant; - - 9. Jean-Baptiste-Philibert Perrin, âgé de 50 ans, droguiste, né - et demeurant à Verdun; - - 10. Alexandre-Joseph Neyon, âgé de 57 ans, lieutenant-colonel du - 2e bataillon de la Meuse, natif de Soisy, demeurant à Driencourt, - même département; - - 11. Jean-Baptiste Barthe, âgé de 60 ans 1/2, receveur de la - commune et juge de paix de la ville de Verdun, y demeurant, né à - Thierville, Meuse; - - 12. Nicolas Lamele, âgé de 47 ans, avoué, né à Morge-Moulin, - district d'Étain, demeurant à Verdun; - - 13. Jacques-Nicolas d'Aubermesnil, âgé de 75 ans, ci-devant major - de la citadelle de Verdun, et y demeurant, né à Aubermesnil, près - Dieppe; - - 14. Anne Grandfèvre, femme Tabouillot, âgée de 46 ans, née à - Verdun, vivant de son revenu, demeurant à Verdun; - - 15. Thérèse Pierson, femme Bestel, cordonnière, âgée de 41 ans, - demeurant à Verdun; - - 16. Marie-Françoise Henry, femme Lalance, âgé de 69 ans, née à - Verdun, y demeurant; - - 17. Françoise Herbignon, veuve Masson, en son vivant procureur du - tyran en la ci-devant maîtrise des eaux et forêts, âgée de 55 - ans, née près Bar-le-Duc, demeurant à Verdun; - - 18. Susanne Henry, fille de Henry, président du ci-devant - bailliage de Verdun, âgée de 26 ans, née et demeurant à Verdun; - - 19. Gabrielle Henry, aussi fille dudit Henry, âgée de 25 ans, née - et demeurant à Verdun; - - 20. Marguerite-Angélique Lagirouzière, fille de Lagirouzière, - prévôt de campagne, âgée de 48 ans, demeurant à Verdun; - - 21. Geneviève-Élisabeth Dauphin, veuve Brigand, capitaine des - grenadiers de France, âgée de 56 ans, demeurant à Verdun; - - 22. Anne Vatrin, fille de défunt Vatrin, ci-devant militaire, - âgée de 25 ans, née à Étain, demeurant à Verdun; - - 23. Henriette Vatrin, fille dudit Vatrin, âgée de 23 ans, née à - Étain, demeurant à Verdun; - - 24. Hélène Vatrin, aussi fille dudit Vatrin, née à Étain, âgée de - 22 ans, demeurant à Verdun; - - 25. Jean Gossin, âgé de 69 ans, ci-devant chanoine de la - Madeleine de Verdun, né à Fresne en Lorraine; - - 26. Jean-Michel Colloz, âgé de 72 ans, ci-devant bénédictin, - prieur de Saint-Thierry, archiviste et bibliothécaire de Verdun, - natif du duché de Bouillon, demeurant à Verdun; - - 27. Guillain Lefebvre, âgé de 62 ans, ci-devant bénédictin, natif - de Cartigny, près Péronne (Somme), demeurant à Verdun; - - 28. Claude-Élisabeth Lacordière, âgé de 59 ans 1/2, doyen du - chapitre de la cathédrale de Verdun, y demeurant; - - 29. Christophe Herbillon, âgé de 76 ans, ci-devant curé de - Saint-Médard de Verdun, né à Boureuil, près Varennes (Meurthe), - demeurant à Bar-sur-Ornain; - - 30. Marguerite Croutte, âgée de 48 ans, née à Verdun, horlogère; - - 31. François Chotain fils, âgé de 31 ans, né à Verdun, y - demeurant, perruquier; - - 32. François Fortain, âgé de 43 ans, marchand cirier, demeurant à - Verdun. - - 33. Jacques Petit, âgé de 50 ans, né et demeurant à Verdun. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - -L'âge de Claire Tabouillot et de Barbe Henry, dont les noms figuraient -sur la liste des accusés, leur fit trouver grâce près de leurs juges, -qui _se bornèrent_ à les condamner à vingt ans de détention et à six -heures d'exposition sur l'échafaud! - - * * * * * - -Par jugement du tribunal révolutionnaire du 6 floréal an II (23 avril -1794), appert: - - Jean-Nicolas Lallemand, âgé de 41 ans 1/2, né à Dieuze, - département de la Meurthe, ex-curé de la ci-devant paroisse de - Houdelmont, même département, y demeurant. - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Étienne-Alexandre-Jacques Anisson du Perron, âgé de 44 ans, né - à Paris, y demeurant, rue des Orties du Louvre, directeur de - l'Imprimerie nationale; - - 2. Louis-Charles-Nicolas-Emmanuel Letoffier, âgé de 68 ans, né à - Banon, district de Rethel, département des Ardennes, cultivateur, - demeurant à Corbeil; - - 3. François Gourou, âgé de 35 ans, né à Tours, fabricant de - papiers, demeurant à Paris, rue Nicaise; - - 4. Jean-Claude Jacquet, âgé de 59 ans, né à Lons-le-Saulnier, - homme de loi, demeurant à Paris, rue Feydeau, nº 38; - - 5. Jean-Baptiste le Bault, âgé de 30 ans, né à Paris, receveur - des propriétés d'Anisson du Perron, ci-devant secrétaire du - district de Corbeil, demeurant à Ris. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du tribunal révolutionnaire du 7 floréal an II (26 avril -1794), appert: - - François-Albert Mangin, âgé de 34 ans, né à Genicourt, - département de la Meuse, demeurant à Paris, faubourg - Poissonnière, nº 11, ci-devant cocher de place et de particulier. - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Armande-Amédée-Victoire Baillard-Trousseboire, femme Bellecise, - âgée de 18 ans révolus, née à Paris, y demeurant, rue Thorigny, - et à la Motte, district de Cusset, département de l'Allier, - ex-noble. - -Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Gabriel Trinquelague, demeurant à Uzès, département du Gard, - ci-devant capitaine au 34e régiment d'infanterie. - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour 7 floréal an II (26 avril 1794), appert: - - 1. Jean-Joseph Duc, âgé de 32 ans, né à Caman, district de Cluse, - département du Mont-Blanc, notaire; - - 2. Joseph-Philibert Curton, âgé de 44 ans, né à Samoen, même - district, habitant de la commune de Tanninge, même département; - - 3. Jean-Baptiste Bojonet, âgé de 43 ans, né à Tanninge, - département du Mont-Blanc, y demeurant; - - 4. Et Claude-François Pralon, âgé de 58 ans, né à Tanninge, - département du Mont-Blanc, y demeurant; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 8 floréal an II (27 avril 1794), appert: - - 1. Jean-Pierre Lambert, âgé de 28 ans, né à Guyenne, département - de Seine-et-Marne, garçon boucher; - - 2. François-Germain Savoye, âgé de 42 ans, né à Bezet-Germain, - district de Château-Thierry, département de l'Ain, y demeurant, - postillon et charretier d'artillerie; - - 3. Pierre Guéniot, vigneron, né à Sulpice de Favières, - département de Seine-et-Oise, demeurant à Jon-la-Montagne; - - 4. Et Claude-Toussaint Leclerc, âgé de 60 ans, vigneron et - cultivateur à Beaunecourt, lieu de sa naissance, y demeurant, - département de Seine-et-Oise, assesseur de juge de paix. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 9 floréal an II (28 avril 1794), appert: - - 1. Pierre-Jean Jean, âgé de 20 ans, né à Colmey, département de - la Moselle, y demeurant, tisserand; - - 2. Et Jean-Nicolas Nicolas, âgé de 52 ans, né à Archicourt, - département de la Moselle, cordonnier, demeurant à Colmey. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 9 floréal an II (28 avril 1794), appert que: - - 1. Gabriel-Louis Neufville, ci-devant duc de Villeroy[141], âgé - de 63 ans, natif de Paris, y demeurant, rue de Lille, ci-devant - Bourbon, nº 552, ci-devant duc et pair et capitaine de la - première compagnie française des gardes du dernier tyran; - -[Note 141: «Le ci-devant duc de Villeroy, le plus nul des hommes et le -plus circonspect, fut une des victimes de la loi des suspects; ses -domestiques l'accompagnèrent et ne le quittèrent que quand les verrous -furent tirés sur lui. Personne n'avait fait plus de dons à la nation. -Sommes immenses, chevaux, équipages, il avait tout offert à son pays. -Ses gens avaient ordre de ne le plus servir, de faire exactement leur -service dans la garde nationale; à ces conditions, ils étaient par lui -nourris, logés et vêtus; il était riche, il faisait le bien, il fut à -l'échafaud.» (_Mémoires sur les prisons_, t. II, _la Mairie_, _la -Force_ et _le Plessis_, p. 238.) - -«Le duc de Villeroy et le comte de Brienne, lors de leur détention à -la Conciergerie, refusèrent un jour de faire une partie de piquet, -parce qu'on leur présentait des cartes qui n'étaient pas -républicaines. (RIOUFFE, _Mémoires d'un détenu_, p. 85.) - -(Détails reproduits dans le _Tribunal révolutionnaire de Paris_, de E. -CAMPARDON, in-8º, t. I, p. 311.)] - - 2. Louis Thiroux Crosne, âgé de 57 ans, né à Paris, ci-devant - lieutenant de police et conseiller d'État, demeurant à Paris, rue - de Bracque, au Marais; - - 3. Philippe-Antoine-Gabriel-Victor de la Tour-du-Pin Gouvernet, - âgé de 72 ans, natif de Fourent en Champagne, ci-devant marquis - et lieutenant général des armées, demeurant à Auteuil lors de son - arrestation; - - 4. Jean-Frédéric la Tour-du-Pin, âgé de 67 ans, né à Grenoble, - département de l'Isère, ancien lieutenant général des armées, et - ci-devant ministre de la guerre, qualifié comte, demeurant, lors - de son arrestation, chez la Tour-du-Moulin Gouvernet, son parent, - à Auteuil; - - 5. Claude Lemelletier, âgé de 37 ans, né à Commune-Affranchie, - département de Rhône-et-Loire, chirurgien, demeurant à Trévoux, - département de l'Ain; - - 6. Jean-Marie-Angélique Gabet, âgé de 34 ans, né à - Commune-Affranchie, ci-devant membre du tribunal de Trévoux, y - demeurant, et lors de son arrestation, à Paris, maison de - Varsovie, rue des Bons-Enfants; - - 7. Catherine-Louise Lamoignon, âgée de 78 ans, née à Paris, y - demeurant, rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain, ci-devant - marquise; - - 8. Denis-François Angrand Dalleray, âgé de 78 ans, né à Paris, - demeurant cul-de-sac Pocquet, section de l'Homme-Armé, ci-devant - lieutenant civil; - - 9. Charles-Grangier la Ferrière, âgé de 56 ans, né à - Pont-Château, département de la Loire-Inférieure, général de - brigade, arrêté à Mende; - - 10. Charles-Pierre-César-Prosper Mergot-Moutagon, âgé de 50 ans, - natif de Précigné, ex-noble, ci-devant garde du tyran Capet; - - 11. Nicolas-François-Olivier Despalières, ex-noble, âgé de 61 - ans, natif de Moulins, département de l'Allier, demeurant à - Paris, rue du Paon, ci-devant chanoine de Montpellier; - - 12. Marguerite-Marie-Louise Brangelogne, veuve de Paris-Montbrun, - âgée de 69 ans, née à Paris, y demeurant, rue Avoye, nº 5, - ex-noble; - - 13. Jean-Louis Bravart Deissat Duprat, âgé de 50 ans, né à - Boujac, près Riom, en Auvergne, demeurant à Busset, district de - Cusset, département de l'Allier, ex-noble et ci-devant comte; - - 14. Marie-Nicole Brangelogne, âgée de 67 ans, née à Paris, y - demeurant, rue Avoye, ex-noble et ex-religieuse; - - 15. Madeleine Thouret, âgée de 31 ans, né à Moulins, département - de l'Allier, y demeurant; - - 16. Thomas Gouffé, âgé de 50 ans, natif d'Étiolles, département - de Seine-et-Marne, homme de loi, demeurant à Paris; - - 17. Charles-Hyacinthe Humbert, âgé de 28 ans, né à Connois, - département de la Meurthe, ci-devant sous-lieutenant du 47e - régiment ci-devant Lorraine, et actuellement vivant de son - revenu; - - 18. François-Joseph Feydeau, âgé de 50 ans, né à Metz, ci-devant - capitaine dans le régiment infanterie ci-devant Dauphin, - demeurant à Paris, rue Neuve-Eustache, nº 4; - - 19. François-Jean Pichard du Page, âgé de 44 ans, né à - Fontenay-le-Peuple, ci-devant homme de loi, ex-procureur général - syndic du département de la Vendée, en 1791, actuellement de la - commune de Fontenay-le-Peuple, y demeurant; - - 20. Jean Chopinet dit Chevalier, âgé de 23 ans, né à Moulins, - département de l'Allier, maréchal des logis du 7e régiment de - hussards, demeurant à Paris, rue des Hommes-Libres; - - 21. Paul-Louis Deveylle, ex-noble, âgé de 54 ans, né à - Châtillon-les-Nonce, département de l'Ain, demeurant à Garneray; - - 22. Charles-Marc-Antoine Jardin, âgé de 71 ans, ci-devant - greffier en chef au Châtelet; - - 23. Alexandre-Benjamin Ropiquet, âgé de 42 ans, marchand de - toiles et de tabac, natif de Saint-Longys, département de la - Sarthe, demeurant à Paris, rue des Hommes-Libres; - - 24. Jacques-Joseph Jocaille dit Saint-Hilaire, âgé de 50 ans, - natif de Cambray, district de Cambray, département du Nord, - demeurant audit lieu, ex-noble; - - 25. Pierre Martin, âgé de 55 ans, né à Orléans, y demeurant, - département du Loiret; - - 26. Armand-Louis-François-Edme Béthune-Charost, âgé de 23 ans, - natif de Paris, demeurant à Calais, même département, ci-devant - duc; - - 27. Aymar-Charles-François-Nicolaï, âgé de 57 ans, né à Paris, - rue des Enfants-Rouges, ci-devant premier président du grand - conseil; - - 28. Marie-Louise-Victoire Sourches, veuve Vallière, née à Paris, - y demeurant, rue du Grand-Chantier, nº 11; - - 29. Louise-Antoinette Farjaun, veuve Bussy, âgée de 68 ans, née à - Montpellier, ci-devant comtesse, arrêtée à Chartres, demeurant à - Paris, rue du Grand-Chantier, nº 11. - - 30. Antoine-Jean Terray, âgé de 44 ans, ci-devant intendant de - Lyon, aujourd'hui Commune-Affranchie, ex-noble, né à Paris, - demeurant à Lamotte-du-Tilly, district de Nogent-sur-Seine, - département de l'Aube; - - 31. Joseph-Fidèle Ginot, âgé de 28 ans, né à Poitiers, - département de la Vienne, ci-devant avocat au Parlement de Paris, - demeurant rue du Grand-Chantier; - - 32. Marie-Nicole Pernet, femme Terray, âgée de 43 ans, née à - Dijon, département de la Côte-d'Or, demeurant audit lieu de - Lamotte; - - 33. Charles-Henri Estaing, âgé de 65 ans, natif de Ravel, - département du Puy-de-Dôme, ancien amiral et lieutenant général, - demeurant à Paris, rue Helvétius, nº 52, section le Peletier; - -Ont été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution dudit -jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de cette -ville, ledit jugement signé du président et du greffier. - -Par procès-verbal dressé par Degaignée, un des huissiers du tribunal -révolutionnaire, en date du 9 floréal de l'an II de la République -française, une et indivisible, appert avoir été constaté que le -jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la -Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 12 floréal (1er mai 1794), appert: - - 1. Augustin-Henri Langlois de Pommeuse, âgé de 50 ans, né à - Paris, y demeurant, rue Chapon au Marais, ci-devant conseiller au - ci-devant parlement de Paris; - - 2. Adélaïde-Sophie Chuppin, femme dudit Langlois de Pommeuse, - âgée de 43 ans, née à Paris, y demeurant, rue Chapon, avec son - mari; - - 3. Auguste-Louis Langlois de Guérard, âgé de 46 ans, né à Paris, - y demeurant, rue des Bons-Enfants, section de la Halle au blé, - ci-devant officier aux gardes; - - 4. Étienne Vignié, âgé de 40 ans, né à Rigueux, département de - Seine-et-Marne, demeurant à Pommeuse, prêtre et chapelain du - nommé Langlois de Pommeuse; - - 5. Claude-Louis Deligny, âgé de 44 ans, né à Boutigny, demeurant - à Paris, cultivateur fermier de Langlois de Pommeuse; - - 6. Et Gervais Seurre, âgé de 44 ans, né à Migneville, demeurant à - Paris, domestique de Langlois de Pommeuse; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 12 floréal (1er mai 1794), appert: - - 1. Pierre Landois, âgé de 30 ans, né à Saint-Nicolas, département - de l'Eure, demeurant à Evreux, huissier; - - 2. Et Jean Glutron, âgé de 39 ans, né à Brovelle, demeurant à - Évreux, entrepreneur de convois militaires, aubergiste; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Nappier. - -Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Louis-Ignace Chalmeton, âgé de 40 ans, né à Chambonas, - département de l'Ardèche, demeurant à Uzès, département du Gard, - avocat procureur syndic du district d'Uzès; - - 2. Claude Ancôme Bernard, âgé de 32 ans, né à Besançon, - département du Doubs, y demeurant, marchand de bois, notable de - la commune, juge au tribunal de commerce, commandant en second de - la garde nationale; - - 3. Jean-Antoine Poulet, âgé de 60 ans, né à Besançon, y - demeurant, notable et commissaire de section, agent de - Beaufremont; - - 4. Guillaume Nogaret, âgé de 46 ans, né à Dijon, département de - la Côte-d'Or, demeurant à Besançon, commis marchand; - - 5. François-Joseph Monthon, âgé de 35 ans, né à Turin en Savoye - (sic), demeurant à Burginien, département du Mont-Blanc, garde du - tyran, Sarde et lieutenant de gendarmerie; - - 6. Et Jacques Rabaut, âgé de 56 ans, né à Jason, département (en - blanc), demeurant à Marseille, négociant armateur; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Nappier. - -Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 13 floréal an II (2 mai 1798), appert: - - 1. Denis Carbillet, âgé de 52 ans, né à Langres, département de - la Haute-Marne, demeurant à Paris, rue des Petites-Écuries, - ci-devant menuisier du ci-devant d'Artois, lieutenant du - ci-devant bataillon dit Saint-Lazare, section Poissonnière; - - 2. Pierre Diacon, âgé de 50 ans, né à Colombines, près Neufchâtel - en Suisse, ancien militaire de la maison de la guerre, - actuellement inspecteur des armes à feu à l'Arsenal, à Paris, y - demeurant; - - 3. Et Laurent Pétra, âgé de 55 ans, né à la Fère en Tardenois, - département de l'Aisne, ci-devant curé de la commune de Lévemont, - département de l'Oise, et y demeurant; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 14 floréal (3 mai 1794), appert: - - Denis Repoux Chevagny, âgé de 72 ans, né à Lazy, département de - la Nièvre, ci-devant auditeur des comptes de Dôle, demeurant à - Lazy; - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, établi par la loi du -10 mars 1793, l'an II de la République, séant à Paris, au palais, le -14 floréal (3 mai 1794), appert: - - 1. Gabriel Tassin, dit de l'Étang, âgé de 50 ans, né et demeurant - à Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, ci-devant banquier et - commandant des Filles Saint-Thomas; - - 2. Louis-Daniel Tassin, âgé de 52 ans, né et demeurant à Paris, - rue des Filles-Saint-Thomas, ci-devant banquier, électeur, député - suppléant à l'Assemblée constituante, officier municipal et - administrateur des vivres à Paris; - - 3. Jean-Philippe Wenmaring, né à Malchem, département du - Bas-Rhin, demeurant à Paris, rue de Gramont, ci-devant commis - banquier et capitaine des grenadiers du bataillon des - Filles-Saint-Thomas; - - 4. Simon Picquet, âgé de 39 ans, né à Strasbourg, demeurant à - Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, marchand brocanteur, - ci-devant aide de camp de Crillon le cadet à l'armée des - Ardennes; - - 5. Pierre-Étienne Engibeau, âgé de 37 ans et demeurant à Paris, - rue Vivienne, nº 63, traiteur et ci-devant grenadier des - Filles-Saint-Thomas; - - 6. François Parizeau, âgé de 50 ans, né à Ville-Affranchie, - demeurant à Paris, rue de la Loi, ci-devant commissaire de la - comptabilité, grenadier des Filles-Saint-Thomas et aide de camp - de Lafayette; - - 7. Charles-Jean-Baptiste Deschamps Tresfontaines, âgé de 51 ans, - né à Rouen, département de la Seine-Inférieure, demeurant à - Paris, rue Colbert, employé aux droits d'enregistrement en - qualité de sous-chef; - - 8. Joseph-Louis Maulguet, âgé de 46 ans, né à Paris, demeurant à - Villers-Cotterets, département de l'Aisne, ci-devant architecte; - - 9. Thomas-Simon Bérard, âgé de 53 ans, né à Commune-Affranchie, - demeurant à Paris, rue Gramont, section le Peletier, ci-devant - négociant armateur, ex-capitaine de la 3e compagnie du bataillon - des Filles-Saint-Thomas; - - 10. Pierre-Jacques Perret, âgé de 36 ans, né à Manteville, - département du Calvados, demeurant à Évreux, département de - l'Eure, ayant un autre domicile à Paris, rue Dominique, ci-devant - agent de change et commandant du bataillon des Petits-Pères; - - 11. Louis-Gabriel d'Hangest, âgé de 48 ans, né à Rumilly, - département des Ardennes, demeurant à Paris, rue Chabannais, - ci-devant mousquetaire et chevalier de Saint-Louis, et - actuellement papetier, grenadier des Filles-Saint-Thomas; - - 12. François-Henri Laurent, âgé de 28 ans, vitrier, né et - demeurant à Paris, rue Feydeau; - - 13. Et Étienne-Jacques-Armand Rougemont, né à Coursemont, - département de la Sarthe, directeur de la comptabilité des - loteries; - -Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution -dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de -cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier. - -Par procès-verbal dressé par Degaignée, l'un des huissiers du tribunal -révolutionnaire, en date du 14 floréal, appert avoir été constaté que -le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la -Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 15 floréal an II (4 mai 1794), appert: - - 1. François Lacroix, âgé de 52 ans, natif de Nancy, département - de la Meurthe, ci-devant employé à la loterie nationale, - demeurant à Paris; - - 2. Auguste-Joseph Saintenoy, âgé de 18 ans 1/2, confiseur, né à - Orchies, demeurant à Paris; - - 3. Jean-François Durand, âgé de 24 ans, natif de Neufchâteau, - gendarme à pied à la 32e division stationnaire à l'armée du Nord; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 15 floréal (4 mai 1794), appert: - - 1. Claude-Antoine Cleriac Labeaume, âgé de 61 ans, né à Nancy, - département de la Meurthe, ex-marquis, demeurant à Paris, rue - Cérutti, nº 2; - - 2. Antoine Dutailly, âgé de 52 ans, né à Besançon, département du - Doubs, y demeurant, homme de loi, agent de Choiseul-la-Beaume; - - 3. Claude-Philippe Moniotte, âgé de 76 ans, né à Besançon, y - demeurant, ex-conseiller au présidial et juge du tribunal du - district de Besançon; - - 4. Jacques-Louis le Bègue Oyseville, âgé de 58 ans, né à - Pithiviers, y demeurant, département du Loiret, ex-noble, maire - et président du district de Pithiviers, y demeurant; - - 5. Julien-François Boire, âgé de 68 ans, né à Paris, y demeurant, - quai des Tournelles, nº 6, ex-avocat au parlement de Paris; - - 6. Marie-Pierre-Thomas Mauvielle, âgé de 59 ans, né à Coutances, - département de la Manche, demeurant à Saint-Lô, même département; - - 7. Georges le Bienlais de Wiesval, âgé de 76 ans, né au Rocher, - district d'Avranches, département de la Manche, demeurant à - Paris, rue du Four-Germain, nº 52, ex-noble, et - lieutenant-colonel de cavalerie et chevalier de Saint-Louis; - - 8. Marc-Antoine Levis, âgé de 55 ans, né à Lugny, département de - Saône-et-Loire, ex-comte et chevalier de Saint-Louis, et - ex-député à l'Assemblée constituante, demeurant à Paris, rue - Helvétius, nº 53; - - 9. Théodore-Joseph Boissard, âgé de 56 ans, né à Pontarlier, - département du Doubs, y demeurant, ex-avocat et procureur syndic - du district de Pontarlier; - - 10. Et Charles-Jérôme, âgé de 37 ans, né à Paris, y demeurant, - rue de Seine, nº 1064, notaire; - -Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution -dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de -cette ville, le jugement signé du président et du greffier. - -Par procès-verbal dressé par Degaignée, l'un des huissiers du -tribunal, en date du 15 floréal, appert avoir été constaté que le -jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la -Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 16 floréal an II (5 mai 1794), appert: - - 1. Jacques-Jean la Bussière, âgé de 53 ans, né de la commune de - Dampierre, demeurant à Angelier, département de la Nièvre, - ancien capitaine du régiment d'Auvergne, ex-noble; - - 2. Marie-Caconne-Joséphine Thomassine Duverne, âgée de 36 ans, - native de Mingot, demeurant à Cosne, département de la Nièvre; - - 3. Jeanne Dreux, femme Lichy, ex-noble, âgée de 62 ans, native de - Sauvigny, département de l'Allier, demeurant à Cosne; - - 4. Et Marie-Florence Valori, veuve de François-Étienne Mazin, - noble, âgée de 67 ans, native du Quesnoy, demeurant à Dampierre, - département de la Nièvre; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Château. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 16 floréal (5 mai 1794), appert: - - 1. Claude-Françoise Loisellier, âgée de 47 ans, de Paris, y - demeurant, ci-devant faiseuse de modes; - - 2. Félicité-Mélanie Lunouf, âgée de 21 ans, née à Paris, - demeurant rue Montmartre, ouvrière en robes; - - 3. Marie-Madeleine Virolle, âgée de 25 ans, née à Angoulême, - coiffeuse, demeurant à Paris, rue Coquillière; - - 4. Jacques Duchesne, âgé de 60 ans, né à Verdun, demeurant à - Chaillot, facteur militaire de la section des Champs-Élysées; - - 5. Et Jean Sauvage, âgé de 34 ans, armurier et canonnier du - Panthéon français; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, etc., le 17 floréal an II -(6 mai 1794), appert: - - 1. Henri-Jacques Poulet, âgé de 56 ans, natif de Metz, - département de la Moselle, ex-noble et ci-devant conseiller au - parlement de Metz, et procureur syndic du département de la - Moselle; - - 2. Matthieu Sequer, âgé de 65 ans, né à Daillange, district de - Briey, département de la Moselle, homme de loi, membre du - directoire du département de la Moselle, demeurant à Briey; - - 3. Jean-Christophe Thibault, âgé de 60 ans, né à Isminy, district - de Dieuze, département de la Meurthe, employé dans les salines, - ex-administrateur du département de la Moselle, demeurant à Metz; - - 4. Martin Baulaire, âgé de 38 ans, né à Rodemack, district de - Thionville, département de la Moselle, demeurant à Metz; - - 5. Jean-Claude Géant, âgé de 41 ans, natif de Ravil, district de - Boulay, département de la Moselle, maire et aubergiste à - Pont-à-Chaussy, ex-administrateur du département de la Moselle; - - 6. François Collin, âgé de 54 ans, né à Metz, département de la - Moselle, ex-administrateur dudit département; - - 7. Michel Wagner, âgé de 43 ans, cultivateur et ex-administrateur - du département de la Moselle, né à Sarre-Libre; - - 8. Jacques Libre Briand, âgé de 34 ans, né à Paris, demeurant à - Buchy, district de Morhange, département de la Moselle, et agent - national près le même district; - - 9. Jean-Baptiste-Nicolas Flosse le jeune, âgé de 36 ans, né à - Boulay, département de la Moselle, maître de poste et - entrepreneur des étapes, membre du directoire du département de - la Moselle, demeurant à Boullay; - - 10. Jacques-Libre Pierron, âgé de 32 ans, natif de - Villers-la-Montague, district de Longwy, département de la - Moselle, juge au tribunal de Briey, y demeurant; - - 11. Et Alexandre-Nicolas Courtois, âgé de 33 ans, natif de - Longuyon, district de Longwy, département de la Moselle, - suppléant au tribunal du district et ex-administrateur du - département de la Moselle; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Château. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 17 floréal an II (6 mai 1794), appert: - - 1. Charles-Joseph Lejollivet, âgé de 67 ans, ingénieur vétéran - des ponts-et-chaussées et architecte du ci-devant Roi, né à - Orléans, demeurant à Dijon; - - 2. Denis Lamugnière, âgé de 65 ans, né à Poiseul-les-Saulx, - département de la Côte-d'Or, greffier de la ci-devant maîtrise - des eaux et forêts de Dijon, y demeurant; - - 3. Étienne Guelaud, âgé de 60 ans, né à Dijon, département de la - Côte-d'or, avoué au tribunal de commerce dudit lieu, y demeurant; - - 4. Joseph Galleton, âgé de 50 ans, perruquier, né à Dijon, - département de la Côte-d'Or, y demeurant; - - 5. Jean-Baptiste Thierry, âgé de 29 ans, perruquier, né à Dijon, - y demeurant; - - 6. Claude Joudrier, âgé de 36 ans, perruquier, né à Dijon, y - demeurant; - - 7. Jacques Testard, âgé de 49 ans, né à Saulieu, département de - la Côte-d'Or, ci-devant procureur à Dijon, y demeurant; - - 8. François Bille, âgé de 26 ans, perruquier, né à Dijon, y - demeurant; - - 9. Jean-Baptiste Sallez, âgé de 42 ans, né à Mâcon, limonadier, - demeurant à Saulieu (Côte-d'Or); - - 10. Jean-Baptiste Guenot, âgé de 46 ans, né à Autun, département - de la Haute-Saône, commis dans la régie des cuirs à Dôle avant la - révolution, et depuis pour l'approvisionnement des armées, - demeurant à Saint-Jean de Losne; - - 11. Claude Chaussier, âgé de 51 ans, marchand de bois pour le - service de la marine, né à Dijon, y demeurant; - - 12. Alexandre Jaucourt, âgé de 56 ans, né à Cernay, département - du Loiret, ex-marquis, demeurant à Arcomey; - - 13. Et Charlotte-Aimée Damoiseau, femme Montheraut, ex-noble, - âgée de 67 ans, née à Vizerny, département de la Côte-d'Or, - demeurant à Dijon; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par l'un -des huissiers du tribunal révolutionnaire. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 18 floréal (7 mai 1794), appert: - - 1. Jean-François Rameau, âgé de 57 ans, ex-député suppléant à - l'Assemblée constituante et assesseur du juge de paix de Cosne, y - demeurant; - - 2. Jean-Louis-Rameau, âgé de 72 ans, natif de Neuzy, assesseur du - juge de paix de Cosne, y demeurant; - - 3. Et Jean-François Guillaumot, âgé de 27 ans, né à Clamecy, - département de la Nièvre, demeurant à Cosne, ci-devant clerc de - notaire; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Château. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - François Petit-Jean, âgé de 48 ans, né à Toul, y demeurant, - département de la Meurthe, ci-devant trésorier des dépenses de la - guerre; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Château. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. François-René-Louis Chevandier, âgé de 32 ans, né à Valdrôme, - y demeurant, département de la Drôme, lieutenant dans la - gendarmerie nationale; - - 2. Vincent Ferrier, âgé de 33 ans, né à Rieux, département de la - Haute-Garonne, demeurant au Buis; - - 3. Joseph Sulpice, âgé de 23 ans, né au Mans, département de la - Sarthe, ci-devant domestique chez Duclos Besignan, demeurant - commune de ce nom, département de la Drôme; - - 4. Joseph-Hyacinthe Guintrand, âgé de 30 ans environ, - matelassier, demeurant à Vezon, ci-devant Comtat, département de - la Drôme; - - 5. Jean-Joseph Fity, âgé de 30 ans, né à Nevers, département de - la Nièvre, menuisier, demeurant au Buis; - - 6. Et François Paschal, âgé de 30 ans, né à Lecan, département - des Basses-Alpes, demeurant au Buis, département de la Drôme; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Château. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 19 floréal an II (8 mai 1794), appert: - - 1. Clément de Laage père, âgé de 70 ans, ci-devant fermier - général, demeurant à Paris, rue Neuve-Grange-Batelière, né à - Saintes, département de la Charente-Inférieure; - - 2. Louis-Balthazar Dangers-Bagneux, âgé de 55 ans, né à Paris, y - demeurant, rue des Quatre-Fils, ci-devant fermier général; - - 3. Jacques Paulze, âgé de 71 ans, né à Montbrison, département de - Seine-et-Oise, demeurant à Paris, rue des Piques, ci-devant - fermier général; - - 4. Antoine-Laurent Lavoisier, âgé de 50 ans, né à Paris, y - demeurant, boulevard de la Madeleine, section des Piques, - ci-devant fermier général. - - 5. François Puissant, âgé de 59 ans, né au Port de l'Égalité, - département du Morbihan, demeurant à Paris, rue Mesnard, - ci-devant fermier général; - - 6. Alexandre-Victor Saint-Amand, âgé de 74 ans, né à Marseille, - ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue - Neuve-des-Petits-Champs, vis-à-vis celle d'Antin; - - 7. Gilbert-Georges Monteloup, âgé de 68 ans, né à Montaigne, - département du Puy-de-Dôme, ci-devant fermier général, demeurant - à Paris, rue Honoré, nº 88; - - 8. Adam-François-Paul Saint-Christau, âgé de 44 ans, né à Rennes, - département d'Ille-et-Vilaine, ci-devant fermier général, - demeurant à Paris rue Thévenot, et, à la campagne, à la - Ferté-sous-Reuilly, département de l'Indre, district d'Issoudun; - - 9. Jean-Baptiste Boullongne, âgé de 45 ans, né à Paris, y - demeurant, place de la Révolution, ci-devant fermier général; - - 10. Louis-Marie le Bas Courmon, âgé de 52 ans, né à Paris, y - demeurant, rue Cérutti, ci-devant fermier général, et depuis - régisseur général; - - 11. Charles-René Perceval Frileuse, âgé de 35 ans, né à Paris, y - demeurant, rue Thérèse, section de la Montagne, et actuellement à - Nantes-sur-Seine, ci-devant fermier général; - - 12. Nicolas-Jacques Papillon Dauteroche, âgé de 64 ans, né à - Châlons, département de la Marne, district de ce nom, ci-devant - fermier général, demeurant à Paris, rue Madeleine-Honoré; - - 13. Jean-Germain Maubert Neuilly, âgé de 64 ans, né à Paris, - ci-devant fermier général, demeurant à Noisy-le-Grand; - - 14. Jacques-Joseph Brac la Perrière, âgé de 68 ans, né à - Ville-Affranchie, département de Rhône-et-Loire, ci-devant - fermier général, demeurant à Mantes-sur-Seine, département de - Seine-et-Oise; - - 15. Claude-François Rougeot, âgé de 76 ans, natif de Dijon, - département de la Côte-d'Or, ci-devant fermier général, demeurant - à Paris, rue de la Révolution, nº 23, ayant un domicile à - Fontainebleau; - - 16. François-Jean Vente, âgé de 68 ans, né à Dieppe, département - de la Seine-Inférieure, ci-devant fermier général, demeurant à - Paris, rue de Gramont; - - 17. Denis-Henri Fabure, âgé de 47 ans, né à Paris, ci devant - fermier général, demeurant à Caen, département du Calvados; - - 18. Nicolas Deveile, âgé de 44 ans, natif de Lagrele, département - de Rhône-et-Loire, ex-fermier général, demeurant à Paris, place - des Piques, section du même nom; - - 19. Clément Cugnat l'Épinay, âgé de 55 ans, né à Paris, - ex-fermier général, y demeurant, rue de la Jussienne, section du - Contrat-Social; - - 20. Jean-Louis Loiseau Béranger, âgé de 62 ans, né à Paris, - ex-fermier général, rue Neuve-Luxembourg, section des Piques; - - 21. Louis-Adrien Prévost d'Arlincourt, âgé de 50 ans, natif - d'Évreux, département d'Eure-et-Loir, ex-fermier général, - demeurant à Migny-le-Hameau, district de Versailles, département - de Seine-et-Oise; - - 22. Jérôme-François-Hector Saleur de Grizian, âgé de 64 ans, né à - Paris, ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue des - Moulins, section de la Montagne, nº 496; - - 23. Étienne-Marc de Haye, âgé de 36 ans, natif de Paris, - ci-devant fermier général, demeurant à Paris, place de la - Révolution, nº 3, et dans la commune de Saint-Firmin, district de - Senlis, département de l'Oise; - - 24. François-Marie Ménage Pressigny, âgé de 60 ans, natif de - Bordeaux, ex-fermier général, demeurant à Paris, rue des - Jeûneurs, nº 25, section de Brutus; - - 25. Guillaume Couturier, âgé de 60 ans, natif d'Orléans, - ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue de Cléry, - section de Brutus; - - 26. Louis-Philippe Durancel, âgé de 40 ans, natif de Paris, - ex-fermier général, demeurant à Paris, rue Cadet, nº 8, section - du Faubourg-Montmartre; - - 27. Alexandre-Philibert-Pierre Perceval, âgé de 36 ans, né à - Paris, ex-fermier général, demeurant à Grainville, district de - Caen, département du Calvados; - - 28. Jean-François Didelot, âgé de 59 ans, né à Châlons-sur-Marne, - ex-fermier général et régisseur, demeurant à Paris, rue de - Buffaut, section du Faubourg-Montmartre; - -Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution -dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de -cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier. - -Par procès-verbal dressé par Leclerc, huissier du tribunal -révolutionnaire, en date du 19 floréal, appert avoir été constaté que -le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la -Révolution de cette ville, où les susnommés ont été mis à mort. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 21 floréal an II (10 mai 1794), appert: - - 1. Élisabeth-Marie-Hélène Capet, soeur de Louis Capet, âgée de 30 - ans, native de Versailles, département de Seine-et-Oise, - domiciliée à Paris; - - 2. Anne Duwaes, âgée de 55 ans, native de Keisnith, en Allemagne, - domiciliée à la Montagne-du-Bon-Air, département de - Seine-et-Oise, veuve de....... Laigle, ci-devant marquis; - - 3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, ex-comte, âgé de 69 ans, - natif de Caen, département du Calvados, domicilié à Chatou, - département de Seine-et-Oise; - - 4. Anne-Nicole Lamoignon, âgée de 76 ans, native de Paris, y - domiciliée, veuve du ci-devant marquis de Senozan; - - 5. Claude-Louise-Angélique Bersin, ex-marquise, âgée de 64 ans, - native de Paris, y domiciliée, femme séparée de corps et de biens - de Crussol d'Amboise; - - 6. Georges Folloppe, pharmacien, ex-officier municipal de la - Commune, âgé de 64 ans, natif de Écalalix, près Yvetot, domicilié - à Paris, rue et porte Honoré; - - 7. Denise Buard, âgée de 52 ans, native de Paris, y domiciliée, - rue Florentin, nº 674; - - 8. Louis-Pierre-Marcel Letellier, dit Bullier, ci-devant employé - à l'habillement des troupes, âgé de 21 ans et demi, natif de - Paris, y domicilié, rue Florentin, nº 674; - - 9. Charles Cressy Champmilon, ex-noble et ci-devant officier de - marine, âgé de 33 ans, natif de Courton, près Sens, département - de l'Yonne, y domicilié; - - 10. Théodore Hall, manufacturier et négociant, âgé de 26 ans, - natif de Seuzy, département de l'Yonne, y domicilié; - - 11. Alexandre-François Lomenie, ex-comte, et ci-devant colonel du - régiment des chasseurs dit Champagne, âgé de 36 ans, natif de - Marseille, domicilié à Brienne, département de l'Aube; - - 12. Louis-Marie-Athanase Lomenie, ex-ministre de la guerre et - maire de Brienne, âgé de 64 ans, natif de Paris, domicilié à - Brienne, département de l'Aube; - - 13. Antoine-Hugues-Calixte Montmorin, sous-lieutenant dans le 5e - régiment des chasseurs à cheval, âgé de 22 ans, natif de - Versailles, département de Seine-et-Oise, domicilié à Passy; - - 14. Jean-Baptiste Lhoste, agent et domestique de Megret de - Sérilly, âgé de 47 ans, natif de Forgère, domicilié à Paris; - - 15. Martial Lomenie, ex-noble et coadjuteur de l'évêché du - département de l'Yonne, âgé de 30 ans, natif de Marseille, - domicilié à Sens; - - 16. Antoine-Jean-François Megret de Sérilly, ci-devant trésorier - général de la guerre, et depuis cultivateur, âgé de 48 ans, natif - de Paris, domicilié à Passy, près Sens; - - 17. Antoine-Jean-Marie Megret Detigny, ex-noble, ci-devant - sous-aide-major du régiment des ci-devant gardes françaises, âgé - de 46 ans, natif de Paris, domicilié à Sens; - - 18. Charles Lomenie, ci-devant chevalier des ordres dits de - Saint-Louis et de Cincinnatus, âgé de 33 ans, natif de Marseille, - domicilié à Brienne, département de l'Aube; - - 19. Françoise-Gabrielle Tanneffe, âgée de 50 ans, native de - Chadieu, département du Puy-de-Dôme, domiciliée chez Megret - Sérilly, à Passy, département de l'Yonne, veuve de Montmorin, - ministre des affaires étrangères; - - 20. Anne-Marie-Charlotte Lomenie, âgée de 29 ans, native de - Paris, domiciliée à Sens et à Paris, rue Georges, section du - Mont-Blanc, nº 18, divorcée de l'émigré Canizy; - - 21. Marie-Anne-Catherine Rosset, âgée de 44 ans, native de - Rochefort, département de la Charente, domiciliée à Sens, mariée - à Charles-Christophe Rosset Cercy, ci-devant officier de marine, - émigré; - - 22. Élisabeth-Jacqueline Lhermitte, âgée de 65 ans, mariée au - ci-devant comte Rosset, ex-noble et ci-devant lieutenant-colonel - des carabiniers, et maréchal de camp, émigré; - - 23. Louis-Claude Lhermitte Chambertrand, ex-chanoine de la - ci-devant cathédrale de Sens, ex-noble, âgé de 60 ans, natif de - Sens; - - 24. Anne-Marie-Louise Thomas, âgée de 31 ans, native de Paris, - domiciliée à Passy, département de l'Yonne, mariée à Megret - Sérilly; - - 25. Jean-Baptiste Dubois, domestique de Megret Detigny, âgé de 41 - ans, natif de Merfit, district de Reims, département de la Marne, - domicilié chez ledit Megret Detigny. - -Avoir été condamnés, etc. Vu l'extrait du jugement du tribunal -révolutionnaire et du procès-verbal d'exécution dressé par Château, en -date du 21 floréal. - -_Signé_: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 22 floréal an II (11 mai 1794), appert: - - 1. Angélique Des Marais, âgée de 59 ans, née à Paris, y - demeurant, rue Saint-Étienne, ci-devant religieuse des Filles - Saint-Thomas; - - 2. Geneviève-Barbe Guoyon, âgée de 77 ans, née à Paris, demeurant - rue Saint-Étienne, couturière; - - 3. Anne-Catherine Aubert, âgée de 39 ans, ex-religieuse, - demeurant rue Saint-Étienne; - - 4. Antoine-Louis Desmonceaux, âgé de 37 ans, né à Paris, - ci-devant vicaire de Saint-Paul, et actuellement commis des - Receveurs de la Ville, demeurant à Paris; - - 5. Et Louis-Paul-François Lecointre, âgé de 73 ans, né à - Nogent-le-Rotrou, ex-chanoine du Mans, demeurant à Paris, rue du - Paon. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Château. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Joseph-Saint-Germain de Villeplat, âgé de 66 ans, ci-devant - fermier général, né à Valence, département de la Drôme, demeurant - à Fontainebleau; - - 2. Et Marie-Marguerite Pericard, veuve Ressy, âgée de 71 ans, née - à Roinville, près Dourdan, demeurant à Paris, cul-de-sac - Saint-Pharon; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Château. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 23 floréal an II (12 mai 1794), appert: - - 1. Hugues Lastic, âgé de 74 ans, ex-comte et noble, né à - Saint-Martin-sous-Liron, district de Saint-Flour, département du - Cantal, demeurant à Lescure, près Saint-Flour; - - 2. Pierre Raclet, âgé de 70 ans, né à Dijon, ex-directeur de la - Régie générale, demeurant à Sommevoire, département de la - Haute-Marne; - - 3. Nicolas-François Bocquenet, âgé de 52 ans, né à Coiffy, - département de la Haute-Marne, homme de loi, demeurant à - Chaumont, susdit département; - - 4. Alexandre Thomassin, âgé de 44 ans, né à Saint-Dizier, - département de la Haute-Marne, ex-noble, demeurant à - Saint-Dizier; - - 5. Alexandre-Claudine-Félicité Mandat, femme Thomassin, âgée de - 26 ans, née à Neuilly, département de la Haute-Marne, demeurant à - Saint-Dizier; - - 6. Et Jean Fougeret, âgé de 60 ans, né à Paris, y demeurant, rue - du Grand-Chantier, ex-receveur général des finances. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Joseph-Didier Vailleraut, âgé de 62 ans, né à Langres, - département de la Haute-Marne, ci-devant curé de Montargis, y - demeurant; - - 2. Et Jean-Baptiste-Benjamin Lambert, âgé de 23 ans, né à Dieppe, - département de la Seine-Inférieure, surnuméraire au bureau de - l'enregistrement à Dieppe, y demeurant. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Château. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 24 floréal an II (13 mai 1794), appert: - - 1. Jacques-Amable-Gilbert Rollet-Davaux, ex-noble, ex-président - du ci-devant présidial de la ci-devant sénéchaussée de Riom, né à - Riom, département du Puy-de-Dôme, âgé de 68 ans; - - 2. Adrienne-Françoise Vilaine Davaux, femme dudit Rollet, âgée de - 59 ans, ex-noble, née à la Châtre, département de l'Indre, - demeurant à Riom; - - 3. André Louher, âgé de 67 ans, notaire, etc., procureur fiscal - dudit Rollet-Davaux, né à Billy, département de l'Allier, - demeurant à Puyredan; - - 4. Jean-Baptiste Vlebeski, âgé de 48 ans, ci-devant contrôleur - des vingtièmes, né à Longueville-en-Caux, département de la - Seine-Inférieure, actuellement visiteur des rôles, demeurant à - Dieppe, même département; - - 5. Et Anne-Joseph Lauloup, âgé de 65 ans, ex-noble et médecin à - Saint-Loup, département des Côtes-du-Nord, y demeurant. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Leclerc. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Gilles Joüen, maréchal des logis du régiment ci-devant dragons - Conty, demeurant à Pacy, département de l'Eure; - - 2. Et Étienne Mauger, âgé de 40 ans, né à Rouen, ex-bénédictin et - curé constitutionnel de Wy, près de Rouen, y demeurant. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Leclerc. - -Pour copie conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 25 floréal an II (14 mai 1794), appert: - - 1. Charles-Adrien Prévôt d'Arlincourt, âgé de 73 ans, ci-devant - secrétaire de Capet et fermier général, natif de Doullens, - département de la Somme, demeurant au Mont-Valérien; - - 2. Louis Mercier, âgé de 78 ans, né à Paris, y demeurant, rue - Bergère, ci-devant fermier général; - - 3. Jean-Claude-Doüet, âgé de 73 ans, né à Ville-Affranchie, - département de Rhône-et-Loire, ci-devant fermier général, - demeurant à Paris, rue Bergère; - - 4. Et Marie-Claude Bataille-Frances, femme Doüet, âgée de 60 ans, - née à Strasbourg, département du Bas-Rhin, demeurant à Paris, rue - Bergère. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Nappier. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 25 floréal an II (14 mai 1794), appert: - - 1. François Dominique Mory, âgé de 56 ans, ex-noble, né à Nancy, - département de la Meurthe, y demeurant, homme de lettres; - - 2. Léopold-Remi-François Mori, âgé de 18 ans et demi, né à - Boudonville, près Nancy, pharmacien à l'hospice de Nancy, y - demeurant; - - 3. Pierre-Agricole Sagny, âgé de 28 ans, né à Troly-aux-Bois, - près Soissons, département de l'Aisne, hussard au 6e régiment, en - garnison à Chauny; - - 4. Et Benoît Pinteux-Gournay, âgé de 24 ans, né à Limoges, - département de la Haute-Vienne, tisserand, demeurant à Borny, - département de l'Eure. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Nappier. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - Jacques Yel, âgé de 47 ans, natif d'Arnouville, département du - Cher, ci-devant procureur du ci-devant parlement de Paris, - demeurant à La Motte, département du Cher. - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 26 floréal an II (15 mai 1794), appert: - - 1. Pierre-Antoine-Joseph Chiavarry, âgé de 38 ans, né à Arles, - département des Bouches-du-Rhône, y demeurant, ex-noble et - capitaine au ci-devant régiment Dauphin infanterie; - - 2. Antoine-Barthélemy Fassin, âgé de 41 ans, médecin, né à Arles, - département des Bouches-du-Rhône, y demeurant; - - 3. Étienne Meynier, âgé de 65 ans, né à Nîmes, département du - Gard, y demeurant, ex-noble et ex-constituant; - - 4. Alexandre Fénard, âgé de 44 ans, né à Bitche, département de - la Moselle, ex-notaire, procureur syndic du district de Bitche, y - demeurant; - - 5. Pierre Henry, âgé de 56 ans, né à Sarreguemines, département - de la Moselle, demeurant à Bouquenom, greffier du tribunal de - Neuf-Savardin, département du Bas-Rhin, membre du district de - Bitche; - - 6. Dominique Knoepffler, âgé de 37 ans, né à Bitche, y demeurant, - administrateur du district de Bitche; - - 7. Et Matthieu Blass, âgé de 44 ans, né à Schwatzenhotz, - cultivateur, demeurant à Bouquenom, administrateur du district de - Bitche. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - François Bertrand, né à Saint-Fleury en Auvergne, département du - Puy-de-Dôme, ferblantier, demeurant à Seurre, département de la - Côte-d'Or. - -Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 27 floréal an II (16 mai 1794), appert: - - 1. Jean-Pierre Gravier, âgé de 56 ans, né à Colmars, département - des Basses-Alpes, demeurant à Mons, district de Loudun, - département de la Vienne, ci-devant secrétaire du tyran; - - 2. Antoine-Louis Lartigue, âgé de 60 ans, né à Toulouse, - département de la Haute-Garonne, demeurant à Fontenay-aux-Roses, - curé de ladite commune; - - 3. Jean-Baptiste Aubisso, âgé de 39 ans, né à Bergerac, - département de la Dordogne, y demeurant, et à Paris, rue - Helvétius, nº 673, commissaire à Tirier; - - 4. Charles Bezard, âgé de 49 ans, né à Montpellier, demeurant à - Paris, rue Neuve-des-Capucines, négociant, ex-administrateur de - la caisse d'escompte; - - 5. Théodore Moreau, âgé de 28 ans, né à Paris, demeurant à - Versailles, professeur de mathématiques, adjoint aux adjudants - généraux de l'armée du Nord; - - 6. Et Pierre-Louis Rousselet, âgé de 52 ans, né à Beaugency, - département du Loiret, ci-devant bénédictin, et curé - constitutionnel de la commune de Damme-Marie-les-Fontaines, y - demeurant; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Leclerc. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Jean-Baptiste Toulon, âgé de 36 ans, né à Saint-Martignan, - district de Luçon, département de l'Allier, garde des bois - nationaux, demeurant à Lonbeau, commune d'Archignac, même - département; - - 2. François Toulon, âgé de 33 ans, aussi garde des bois - nationaux, né audit Martignan, demeurant à Nocy, département de - l'Allier; - - 3. Et Jean-Baptiste Baret, âgé de 33 ans, né à Vicq-sur-Hautbois, - district de la Châtre, département de l'Indre, y demeurant, - cultivateur, et ci-devant huissier; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Leclerc. - -Pour copie conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 28 floréal an II (17 mai 1794), appert: - - 1. Antoine Labattu, âgé de 48 ans, né à Valence-d'Agen, - département de Lot-et-Garonne, demeurant à Paris, rue - Bourg-l'Abbé, nº 57, cordonnier soumissionnaire et fournisseur de - souliers pour les armées de la République; - - 2. Bertrand Dora, âgé de 38 ans, né à Savignac, demeurant à - Orléans, tailleur d'habits, membre du comité militaire de la - commune d'Orléans, surveillant d'un atelier d'habillements pour - les défenseurs de la République; - - 3. François Ledet, âgé de 28 ans, né à Ganville-d'Aumale, - département de Paris, soumissionnaire et fournisseur de la - République; - - 4. François Le Roy, âgé de 41 ans, né à Orléans, département du - Loiret, y demeurant, tondeur de draps et fournisseur de la - République; - - 5. Et Timothée Deligny, âgé de 55 ans, né à Paris, résidant à - Rouen, département de la Seine-Inférieure, colleur de papiers. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, WOLFF, greffier. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Claude Rougaune, âgé de 70 ans, ci-devant curé à - Clermont-Ferrand, natif d'Écure, département de l'Allier, - demeurant au Mont-Valérien, près Paris; - - 2. Guillaume-Jérôme Romé, ex-noble, âgé de 46 ans, né à Fécamp, - département de la Seine-Inférieure, demeurant à Paris, rue de la - Loi; - - 3. Jean-François-Sixte Isnard, âgé de 29 ans, né à Cygalière, - district de Tarascon, département des Bouches-du-Rhône, ex-noble, - se disant cultivateur, demeurant à Cygalière; - - 4. Raymond-Gabriel Dusaulnier, ex-noble, âgé de 61 ans, né à - Brioude, demeurant à Boursat, département du Puy-de-Dôme; - - 5. Louis Millange, âgé de 45 ans, né à Valroque dans les - Cévennes, district du Vigan, département du Gard, - quartier-maître-trésorier du premier corps des hussards de la - Liberté; - - 6. Et François Périllat, né à Grand-Bouvion, département du - Mont-Blanc, demeurant à la Suze, même district. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, WOLFF, greffier. - - * * * * * - -Par jugement du 29 floréal an II (18 mai 1794), appert: - - 1. André Sabatery, âgé de 33 ans, né à Valréas, département de - Vaucluse, maire de la commune de ce nom, demeurant audit Valréas; - - 2. Antoine Mathieu, âgé de 30 ans, né à Saint-Martin de - Chichilienne, département de l'Isère, emballeur aux effets de - campement de Franciade, département de Paris, y demeurant; - - 3. Jean Porta, âgé de 24 ans, maçon, né à Bansia, dans les États - de Venise, demeurant à Paris, caserne Popincourt, canonnier; - - 4. Et Claude Cézeron, âgé de 26 ans, né à Paris, commis de - receveur des rentes, demeurant à Paris, rue de l'Échiquier, - section Poissonnière. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Philibert-Pierre-Catherine Bourrée-Corberon, âgé de 47 ans, né - à Paris, ex-noble, et lieutenant aide-major des gardes - françaises, demeurant à Beauvais; - - 2. Jean-Félix Blanquet, âgé de 59 ans, né à Dieppe, département - de la Seine-Inférieure, y demeurant, épicier armateur; - - 3. Jean-Louis Dipse, âgé de 56 ans, né district de Dieppe, y - demeurant, vivant de son revenu; - - 4. Claude-François Colliez, âgé de 42 ans, né à Paris, agent de - Bourrée de Corberon, demeurant à Troissereux, district de - Beauvais; - - 5. Denis-Joseph Clerc, âgé de 56 ans, natif de Lacheux, district - de Pontarlier, département du Doubs, y demeurant, fileur de - laine; - - 6. Pierre-André Teyssert, âgé de 53 ans, né à Marseille, - demeurant à Mâcon, département de Saône-et-Loire, teneur de - livres de commerce; - - 7. Et Louis Pacot, âgé de 34 ans, né à Couvin, pays de Liége, - ex-prêtre, demeurant à Guymenée, dans ledit pays. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet. - -Pour extrait conforme, NEYROT, commis greffier. - - * * * * * - -Par jugement du 1er prairial (20 mai 1794), appert: - - 1. Jean-Antoine Teyssier, âgé de 50 ans, né à Nîmes, département - du Gard, ex-baron, et ex-constituant, et ex-maire de Nîmes, - demeurant à Lagny-sur-Marne; - - 2. Jacques-Marie Boyer-Brun, âgé de 39 ans, né à Nîmes, homme de - lettres, ex-substitut du procureur de la commune de Nîmes, - demeurant à Paris, rue des Fossés-Montmartre, nº 7; - - 3. Jacques-François Descombiers, âgé de 66 ans, né à Nîmes, - ex-noble, ancien lieutenant au ci-devant régiment royal - d'infanterie, demeurant à Nîmes; - - 4. Jean Filsac, âgé de 36 ans, né à Cahors, département du Lot, y - demeurant, homme de loi, et secrétaire général du département du - Lot; - - 5. Pierre-Constant La Barthe, âgé de 74 ans, né à Cessac, - département du Lot, ci-devant négociant, demeurant à Pradines, - près Cahors; - - 6. Jean-Nicolas Burgère, âgé de 41 ans, né à Cahors, y demeurant, - ex-notaire et ex-juge du tribunal du district de Cahors; - - 7. Charlotte-Geneviève Saisseval, veuve Dutillet, âgée de 49 ans, - née à Paris, demeurant à Provins, département de Seine-et-Marne; - - 8. Et Marie-Thérèse Clerse, femme Rolland, âgée de 48 ans, née à - Paris, femme de chambre de la femme Dutillet, demeurant à - Provins; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, 1er prairial (20 mars 1794), appert: - - 1. François-Alexandre Suremain, âgé de 38 ans, ex-noble, vivant - de ses revenus, natif d'Ossone, département de la Côte-d'Or; - - 2. Marie-Pierrette Heneveux, veuve de Le Pelaprat, âgée de 47 - ans, native de Paris, libraire, demeurant à Paris, rue du Roule, - nº 11; - - 3. Michel Webert, âgé de 25 ans, né à Saverne, département du - Bas-Rhin, libraire à Paris, y demeurant, passage du - Cloître-Honoré; - - 4. Marie-Claudine Lucas de Blayre, âgée de 27 ans, née à - Saint-Domingue, demeurant à Paris, rue Merry; - - 5. Gabriel-Charles Doyen, âgé de 31 ans, né à Versailles, - département de Seine-et-Oise, ci-devant cuisinier de la femme du - tyran, demeurant à Paris, rue Nicaise, nº 506; - - 6. Joseph Houssaye, dit Laviolette, âgé de 21 ans, né à Amiens, - département de la Somme, ci-devant bijoutier et depuis adjudant - général de l'armée révolutionnaire, demeurant à Paris, maison de - Molière, rue aux Ours; - - 7. Matthieu Marbey, âgé de 27 ans, né à Commune-Affranchie, - bonnetier, demeurant à Paris, rue Française; - - 8. Antoine Brezillon, âgé de 40 ans, né à Grandpré, district du - même nom, brigadier de gendarmerie nationale, à la résidence de - la Chapelle-Égalité, district de Nemours, département de - Seine-et-Marne. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 2 prairial (21 mai 1794), appert: - - 1. Claude Simard, âgé de 68 ans, né à Libreval, département du - Cher, ex-prêtre, demeurant à Bourges; - - 2. Agate-Élisabeth Ragot, ex-religieuse, âgée de 54 ans, née à - Libreval, département du Cher, demeurant à Bourges; - - 3. Et Louis-François Vassal, âgé de 35 ans, ex-noble, né à - Fraicenet, département du Lot, demeurant à Paris, rue Thionville. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Tirrard. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. François Tournacos, âgé de 37 ans, né à Metz, se disant baron - allemand, demeurant à Luxembourg, en Allemagne; - - 2. Pierre-François Nicolas, né à Longehaut, district d'Ornans, - département du Doubs, domestique de Kerry, Irlandais, demeurant à - Paris, rue Michodière, section Le Pelletier; - - 3. Caprot Brunel, âgé de 44 ans, né à Capronne, département de la - Haute-Loire, domestique chez Kierry, demeurant à Paris, rue - Taitbout, section du Mont-Blanc; - - 4. Gabriel Delignon, âgé de 42 ans, né à Villaine, département de - la Côte-d'Or, y demeurant, maître d'écriture; - - 5. Et Dominique Lafillard, âgé de 63 ans, ci-devant caissier de - la maison d'Artois, argentier de la maison d'Angoulême, et - depuis receveur des rentes et agent d'affaires, demeurant à - Paris, rue des Fontaines. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Tirrard. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 3 prairial (22 mai 1794), appert: - - 1. Claude-Alexandre Leflot, âgé de 43 ans, né à Nevers, - département de la Nièvre, demeurant à Trigésus, capitaine général - des douanes de la République; - - 2. Félix Royer, âgé de 28 ans, né à Bagnols, département du Gard, - chasseur dans la légion des Alpes; - - 3. Pierre-Gervais Namys, âgé de 47 ans, né à Paris, y demeurant, - rue Pagevin, employé aux Fermes, ci-devant capitaine de la - section des Petits-Pères; - - 4. Et Louis-Philippe Bourgeois, âgé de 32 ans, né à Uzès, - département du Gard, demeurant à Paris, perruquier. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Château. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 3 prairial (22 mai 1794), appert: - - 1. Cyr Vasseur, âgé de 42 ans, né à Harly-Pontlieu, département - de la Somme, ci-devant caporal dans l'armée révolutionnaire, - demeurant à Paris, rue Verneuil; - - 2. Jean-Baptiste Keutschen, âgé de 36 ans, né à Deynieux, dans la - Forêt-Noire, en Allemagne, tailleur, demeurant à Paris, rue - Croix, chaussée d'Antin, nº 9; - - 3. Jean Jaroufflet, âgé de 51 ans, né à Moulins, département de - l'Allier, y demeurant, notaire public; - - 4. Jean Coursin, âgé de 41 ans, né à Carnay, district - d'Avranches, département de la Manche, brocanteur, demeurant à - Paris, rue de la Licorne; - - 5. Louis Carré, âgé de 31 ans, né à Brienne, département de - l'Aube, épicier, demeurant rue de Sartines, section de la Halle - au Beurre; - - 6. Maria-Nicolas Gaidon, âgé de 34 ans, né à Méjuive, département - du Mont-Blanc, fruitier, demeurant à Paris, rue d'Hauteville, - section Poissonnière; - - 7. Pierre Paul, âgé de 40 ans, né à Paris, y demeurant, rue de la - Mortellerie, marchand de cannes; - - 8. Et Jean Juery, âgé de 30 ans, né à Perrel, département du - Cantal, brocanteur, demeurant à Paris, rue Honoré, en face des - Jacobins. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Château. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 4 prairial (23 mai 1794), appert: - - 1. Joseph-Antoine Barrême, âgé de 31 ans, né à Tarascon, - ex-noble, ex-hussard du premier régiment; - - 2. Joseph-Henri Barrême, âgé de 35 ans, né à Tarascon, ex-noble, - hussard et brigadier du premier régiment; - - 3. Joseph-Auguste Barrême, âgé de 32 ans, né à Tarascon, - ex-noble, et hussard du premier régiment; - - 4. Anne Ferry, veuve Dupré, âgée de 52 ans, garde-malade, née à - Malo, département de la Côte-d'Or, demeurant à Paris, quai de - Gèvres, nº 7; - - 5. Jean-Baptiste Lanoue, âgé de 37 ans, peintre en bâtiment, né à - Paris, y demeurant, rue Quincampoix, nº 33; - - 6. Nicolas Aubry, âgé de 72 ans, né à Divry, ci-devant Normandie, - demeurant à Paris, rue Nicolas-du-Chardonnet, au dépôt des - huiles; - - 7. Et Pierre-Louis Didier, âgé de 35 ans, commis papetier à - Paris, y demeurant, rue et cul-de-sac Dominique d'Enfer, nº 7. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Jean Canolle père, âgé de 50 ans, né à Benac, en Périgord, - minéralogiste, demeurant à Paris, au Gros-Caillou; - - 2. Avoye Paville Costard, fille âgée de 25 ans, travaillant au - Journal des Spectacles, née à Paris, y demeurant, rue des - Fossés-Montmartre; - - 3. Alexandre Provenchère, âgé de 58 ans, né à Saint-Eubille, - département de Seine-et-Oise, ex-administrateur de l'habillement - des troupes de la République, demeurant à Paris, place du - Chevalier du Guet; - - 4. André Dorly, âgé de 60 ans, né à Versailles, commissaire des - guerres jusqu'au 1er juillet 1793, domicilié à Paris, rue Neuve - des Petits-Champs, section de la Montagne; - - 5. Gabriel-Joseph Fortin, âgé de 44 ans, né à Paris, y demeurant, - rue des Mauvaises-Paroles, ci-devant employé à l'habillement des - troupes, et commis chez le nommé Leroux, négociant; - - 6. Antoine-Martin Barth, âgé de 33 ans, né à Paris, y demeurant, - rue Denis, et fournisseur de la République; - - 7. Jean-François Lemarcant, âgé de 69 ans, né à... (_en blanc_), - ouvrier en guêtres et fournisseur, demeurant à Paris. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 5 prairial (24 mai 1794), appert: - - 1. Jean-Baptiste-Marie-Thomas Domangeville, âgé de 30 ans, né à - Paris, ex-noble, ancien capitaine au 5e régiment de cavalerie, - demeurant à Vernasal, département de la Haute-Loire; - - 2. Simon Tisserand, âgé de 40 ans, né à Vesoul, département de la - Haute-Saône, ci-devant postillon chez Duchâtelet, demeurant à - Paris, rue Grenelle-Saint-Germain; - - 3. Et Jean-Baptiste Gauthier, âgé de 50 ans, né à - Château-Porcien, département des Ardennes, concierge de la - chambre d'arrêt de la mairie, demeurant à Paris, rue Martin. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Degaignée. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Jean-Baptiste-Charles Durand, âgé de.... (_en blanc_) ans, né - à Paris, employé au magasin des troupes, à Franciade, y - demeurant; - - 2. Jean-Antoine Pascal, âgé de 41 ans, lieutenant de gendarmerie - nationale, attaché à la force publique de l'armée du Rhin, né à - Commune-Affranchie, demeurant à Paris; - - 3. Et François Paulin, âgé de 35 ans, professeur de géographie et - de grammaire, né à la Chapelle, département de la Haute-Marne, - demeurant à Paris, rue Montmartre, nº 226. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Degaignée. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 6 prairial (25 mai 1794), appert: - - 1. François Joly, âgé de 56 ans, ci-devant inspecteur général des - rôles du département de la Côte-d'Or, né à Pontarlier-sur-Saône, - même département, demeurant à Dijon; - - 2. Pierre Mauclair, âgé de 39 ans, brocanteur et ci-devant - marchand de serre-tête, né à Troyes, département de l'Aube, - demeurant à Paris, rue des Grands-Degrés, nº 16; - - 3. Et Louis-Claude-Joseph Lancry-Pronleroy, âgé de 26 ans, - ci-devant officier des gardes françaises, ex-noble et ex-comte, - né à Paris, y demeurant, rue Basse-du-Rempart. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Château. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Jean-Baptiste-Charles Piragues Lille-Don, âgé de 58 ans, né à - Lille-Don, département du Loiret, ex-noble, et cultivateur, - demeurant à Villemandier, district de Montargis, même - département; - - 2. Jacques-Jean-Baptiste Cuvier, âgé de 42 ans, ci-devant - architecte, et depuis cultivateur et membre du comité - révolutionnaire de la commune de Vanves, y demeurant, né à Paris; - - 3. Marie-Anne Demeaux, femme de Joseph Hébert, âgée de 50 ans, - née à Notre-Dame de Guem, près Auxerre, département de l'Yonne, - demeurant à Paris, rue de la Licorne, corroyeuse; - - 4. Catherine Pérard, âgée de 39 ans, née à Gissé en Bourgogne, - près Flavigny, demeurant à Paris, rue du Poirier, blanchisseuse; - - 5. Pierre Prudhomme, âgé de 48 ans, né à Paris, y demeurant, rue - et section de la Cité, marchand de poisson. - - 6. Et Françoise Lambert, femme Prudhomme, née à Toul, département - d'Indre-et-Loire, âgée de soixante ans, marchande de poisson, - demeurant à Paris. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Château. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 7 prairial (26 mai 1794), appert: - - 1. Claude-Michel-Louis Milscent, créole, âgé de 54 ans, né à - Saint-Domingue, ci-devant capitaine des milices bourgeoises, et - se disant homme de lettres et auteur du journal appelé _le - Créole_, demeurant à Paris, rue Honoré, nº 120; - - 2. Et Jean-Baptiste-Marie Hannonet, âgé de 51 ans, receveur de la - régie des sels, né à Guiscard, département de l'Oise, et receveur - du district de Noyon, y demeurant. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Tirrard. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 8 préréal [_sic_] (27 mai 1794), appert: - - 1. Charles-Philibert-Marie-Gaston Lévis-Mirepoix, âgé de 41 ans, - né à Saint-Martin d'Estraux, demeurant à Paris, rue de Verneuil, - nº 432, ex-noble, ex-constituant et ex-maréchal de camp; - - 2. Matthieu-Jouze Jourdan, âgé de 45 ans, né à Saint-Jean, - département de la Haute-Loire, demeurant à Avignon, ci-devant - négociant, depuis général de l'armée d'Avignon, et à présent chef - d'escadron de la gendarmerie; - - 3. Jean Donnadieu, âgé de 50 ans, né à Arles, département des - Bouches-du-Rhône, général de brigade, à l'armée du Bas-Rhin; - - 4. Antoine-Louis-Michel Judde, âgé de 46 ans, né à Paris, y - demeurant, rue François, au Marais, ex-conseiller au ci-devant - Châtelet de Paris; - - 5. Catherine Mathieu, femme Vigneron, âgée de 41 ans, née à - Nancy, y demeurant; - - 6. Susanne Vigneron, âgée de 23 ans, née à Nancy, y demeurant; - - 7. Pierre-Félix Primeau, âgé de 42 ans, né à Vaussais, - département des Deux-Sèvres, sous-lieutenant au 17e régiment de - cavalerie; - - 8. Nicolas-Jacques Beauregard, âgé de 42 ans, né à Versailles, - sous-lieutenant au 17e régiment de cavalerie; - - 9. Jacques-Joseph-Laurent Faret-Preberon, âgé de 44 ans, né à - Salins, département du Jura, chef d'escadron du 17e régiment de - cavalerie; - - 10. Avocalie-Joseph Daviot-Hery, âgé de 19 ans, né à Chinon, - département d'Indre-et-Loire, lieutenant au 17e régiment de - cavalerie; - - 11. Étienne Lecandre, âgé de 27 ans, né à Saintes, département de - la Charente-Inférieure, capitaine au 17e régiment de cavalerie; - - 12. Jean-François Bugnolot, âgé de 25 ans, né au Petit-Bay, - département de la Haute-Saône, chirurgien-major du 17e régiment - de cavalerie; - - 13. Joseph Mollet, âgé de 48 ans, né à Saint-Michel, département - des Basses-Alpes, sous-lieutenant au 17e régiment de cavalerie; - - 14. Claude Juy, âgé de 26 ans, né à Langres, département de la - Haute-Marne, sous-lieutenant au 17e régiment de cavalerie; - - 15. Pierre-Claude-Marie Prihé, âgé de 46 ans, né à Nevers, chef - de brigade au 17e régiment; - - 16. Étienne-Philippe Vérillot, âgé de 26 ans, né à Langres, - sous-lieutenant au 17e régiment; - - 17. Étienne Jourdeuil, âgé de 29 ans, né à Bussière, - sous-lieutenant au 17e régiment; - - 18. Jean Arnaud, âgé de 44 ans, né à Limoges, sous-lieutenant au - 17e régiment; - - 19. Claude Bonnot, âgé de 27 ans, né à Genets, adjudant au 17e - régiment; - - 20. Et François Poisson, né à Épinal, âgé de 37 ans, - sous-lieutenant au 17e régiment. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Château. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 8 prairial (27 mai 1794), appert: - - 1. Augustin Binet, âgé de 28 ans, né à Amiens, département de la - Somme, y demeurant, coupeur de velours et sergent du 8e bataillon - de la Somme; - - 2. Jean-Baptiste Avenet, âgé de 36 ans, né et demeurant à - Saint-Germain-la-Campagne, département de l'Eure, dentiste; - - 3. Et Étienne Hourry, âgé de 50 ans, né à Pezé-le-Robert, - terrassier. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Château. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 9 prairial (28 mai 1794), appert: - - 1. Claude-Joseph Villemin, âgé de 26 ans, journalier, né à Guyans - en Venne, département du Doubs, y demeurant; - - 2. Sylvain Dumazet, âgé de 25 ans, ci-devant verrier, depuis - colporteur à Paris, rue des Barres, section de l'Arsenal, né à - Argenton, département de l'Indre; - - 3. Firmin Baillot, âgé de 37 ans, né à Lironville, département de - la Meurthe, ci-devant volontaire du bataillon de la section des - Gravilliers, enrôlé pour la Vendée, râpeur de tabac, demeurant à - Paris, rue de Crussol, marais du Temple; - - 4. Françoise Chevalier, âgée de 28 ans, née à Besançon, - département du Doubs, y demeurant; - - 5. Félix Simon, âgé de 62 ans, cloutier, ensuite domestique de - Trivelle, ci-devant conseiller au ci-devant parlement de - Besançon, né à Rosureux, département du Doubs, y demeurant. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Degaignée. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Pierre-François Fénaux, âgé de 40 ans, né à Dalincourt, - département d'Évreux, charretier chez Claude Léger, demeurant à - Rosay, département de Seine-et-Oise; - - 2. Claude Léger, âgé de 49 ans, né à Villemur, département de - (_en blanc_), demeurant à Rosay; - - 3. Martin Olivier, né à Saint-Martin des Champs, département de - Seine-et-Oise, âgé de 58 ans, vigneron et maire de la commune - dudit Saint-Martin des Champs, y demeurant; - - 4. Éloy Duhamel, âgé de 54 ans, né à Aix, département de - Seine-et-Oise, tuileur et agent national de la commune de - Saint-Martin des Champs, y demeurant; - - 5. Nicolas Letellier, âgé de 35 ans, né à Septeuil, département - de Seine-et-Oise, vigneron et membre du comité de surveillance de - la commune de Saint-Martin des Champs, y demeurant; - - 6. André Rageot, âgé de 36 ans, tailleur d'habits, membre du - comité de surveillance de la commune de Saint-Martin des Champs, - né à Guerville; - - 7. Jean Petit, âgé de 49 ans, né à Aulnay, département de - Seine-et-Oise, tonnelier et maire de la commune d'Aulnay, y - demeurant; - - 8. Guillaume Fréron, âgé de 45 ans, né à Arnouville, département - de Seine-et-Oise, journalier, demeurant à Saint-Martin des - Champs; - - 9. Et Marie-Anne Fréron, femme Rageot, âgée de 40 ans, née à - Arnouville, département de Seine-et-Oise, couturière, demeurant à - Saint-Martin des Champs; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Degaignée. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 11 prairial (30 mai 1794), appert: - - 1. Augustin-François César-Dauphin-Leval, âgé de 49 ans, né à - Montferrand, département du Puy-de-Dôme, ci-devant breveté du - grade de colonel, et capitaine en second des grenadiers des - gardes françaises, demeurant à Moncel-Gelat, même département; - - 2. Jean Joussineau de La Tourdonnois, âgé de 64 ans, né à Sinwit, - département de la Corrèze, demeurant à la Rode, département du - Puy-de-Dôme, ci-devant capitaine de carabiniers, ex-noble, - ex-comte et ex-colonel à la suite de la cavalerie, demeurant à - Paris, rue Traversière; - - 3. Claire Nantia, âgée de 41 ans, née à Nantia, département de la - Haute-Vienne, ex-noble, demeurant à Rouel, département de la - Haute-Vienne; - - 4. Louis-Jacques Ferruyant, âgé de 37 ans, né et demeurant à La - Motte Terray, département des Deux-Sèvres, ci-devant trésorier de - France; - - 5. Jean Dut, âgé de 24 ans, né à Morillac, département du Cantal, - marchand forain, sans domicile fixe; - - 6. Pierre Morillon Dubellay, âgé de 77 ans, marchand de draps et - soies, né et demeurant à Poitiers, département de la Vienne; - - 7. Jean-Antoine Guybora, âgé de 24 ans, vigneron, journalier, né - et demeurant à Saint-Gerionne, département de la Marne, soldat du - 11e régiment de hussards; - - 8. Nicolas-Marie Compin, âgé de 64 ans, né à Malta, département - de Saône-et-Loire, cultivateur et agent national de la commune - d'Avrai; - - 9. Et Nicolas dit Montpansin, âgé de 65 ans, né à Saint-Pourçain, - département de l'Allier, demeurant à Souitte, même département, - ex-bailli des lazaristes et ex-subdélégué. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Leclerc. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 11 prairial (30 mai 1794), appert: - - 1. Louis César Bégu, âgé de 40 ans, né à Tours, département - d'Indre-et-Loire, ci-devant ....... chef du premier bataillon - dudit département, demeurant à Tours; - - 2. Claude Lacroix, âgé de 38 ans, né à Chaource, département de - l'Aube, y demeurant, cultivateur, ci-devant garde de bois; - - 3. Pierre-Joseph Lecocq, âgé de 60 ans, né à Querqueville, près - Cherbourg, département de la Manche, ex-curé de la commune de - Cottençon, district de Provins, département de Seine-et-Marne; - - 4. Et Louis-Julien Moret, âgé de 46 ans, né à Arcis-sur-Aube, - département de l'Aube, ex-curé, demeurant à Premier-Fait, même - département. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Leclerc. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 12 prairial (31 mai 1794), appert: - - 1. Édouard-Marie Marguerie, âgé de 38 ans, ex-noble, major en - second dans le 42e régiment d'infanterie, ex-colonel de la garde - constitutionnelle du tyran, né à Bayeux, département du Calvados, - résidant à Agy, près Bayeux; - - 2. Louis Duvivier, âgé de 60 ans, né à Paris, y demeurant, rue - des Juifs, nº 17, section des Droits de l'homme, employé à - l'extraordinaire des guerres; - - 3. Jean-Baptiste-Pierre Bauffre, âgé de 66 ans, né à Châteauneuf, - département d'Eure-et-Loir, demeurant à Paris, rue des Martyrs, - nº 59, section du Mont-Blanc; - - 4. Amable Chantemerle, âgé de 37 ans, instituteur et homme de - lettres, ex-prêtre, né à Thiers, département du Puy-de-Dôme, - demeurant à Paris, rue du Mont-Blanc, nº 384; - - 5. Jean Pierson, âgé de 33 ans, né à Beffroy, district de - Commercy, département de la Meuse, employé aux bureaux des - émigrés, secrétaire de défunt Malesherbes, demeurant à Paris, rue - des Martyrs; - - 6. Et Claude-François-Marie Simonet, âgé de 42 ans, né à Dijon, - département de la Côte-d'Or, ex-fermier général, demeurant à - Dijon. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Joseph Pont, âgé de 51 ans, né à Tournus, département de - Saône-et-Loire, ci-devant curé de Courteneau, y demeurant, même - département; - - 2. Pierre Saint-Saulieu, âgé de 44 ans, né à Monteau, département - de l'Eure, ci-devant feudiste, demeurant à l'abbaye de Cormeil; - - 3. Thomas Casimir Héry, âgé de 25 ans, né à Orléans, département - du Loiret, se disant cultivateur, officier dans le 25e régiment, - demeurant commune de Fleury, même département; - - 4. Thérèse-Françoise Lamarre, âgée de 60 ans, née à - Bar-sur-Ornain, ci-devant noble, demeurant audit Bar; - - 5. Jean-Hyacinthe Caron, âgé de 36 ans, né à Arviny, district de - Bar-sur-Ornain, ci-devant curé, demeurant à Moulins, même - district; - - 6. Philippe Huguet, âgé de 30 ans, né à Bruxelles, faiseur de - bas, demeurant à Paris, rue Pot-de-Fer; - - 7. Sylvain Hugault, âgé de 59 ans, né à Bourges, ci-devant curé - d'Issoudun, demeurant à Issoudun, département d'Indre-et-Loire. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 13 prairial (1er juin 1794), appert: - - 1. Alexandre Brillon-Saint-Cyr, âgé de 52 ans, né à Paris, y - demeurant, rue de Bercy, au Marais, ex-maître des comptes; - - 2. Louis-Joseph Germain, âgé de 38 ans, né à Paris, y demeurant, - rue des Bourdonnais, marchand d'étoffes de soie; - - 3. Thomas-Augustin Bellet, âgé de 37 ans, né à Paris, y - demeurant, rue des Blancs-Manteaux, ci-devant auditeur des - comptes; - - 4. François-Martin Chauvereau, âgé de 37 ans, né à Tours, - département d'Indre-et-Loire, commis marchand chez Germain, - demeurant à Paris, rue Cloche-Perche; - - 5. Antoine-Charles Lherbette, âgé de 34 ans, né à - Sainte-Menehould, département de la Haute-Marne, ci-devant agent - de change, demeurant à Paris, rue des Blancs-Manteaux; - - 6. Louis Bois-Marié, âgé de 23 ans, né à Longny, district de - Mortagne, département de l'Orne, demeurant à Paris, rue - Jean-Fleury; - - 7. Jérôme-Robert Millin du Perreux, âgé de 62 ans, né à Nevers, - département de la Nièvre, demeurant au Perreux, district de - l'Égalité, département de Paris, administrateur des loteries; - - 8. Jean Auger, âgé de 23 ans, né à Paris, brigadier-fourrier au - 8e régiment de hussards, demeurant à Chaillot; - - 9. Et Jacques-Adrien Mégard, âgé de 26 ans, né à Ratéville, - département de la Seine-Inférieure, agent de Thorelli, - Napolitain, demeurant à Paris, grande rue du faubourg Antoine. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Leclerc. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Louis Martin-Brille, âgé de 30 ans, né à Limay, département de - Seine-et-Oise, marchand de journaux, demeurant à Paris, rue des - Lavandières, nº 191; - - 2. Étienne Berthier, âgé de 43 ans, né à Besançon, département du - Doubs, fondeur et doreur, demeurant à Dijon; - - 3. Jean Levasseur, âgé de 38 ans, né à Krienne, département de la - Seine-Inférieure, ex-curé de la commune de Laumont-la-Poterie, - même département; - - 4. Et Jacques Serigny, âgé de 53 ans, né à Bouillant, département - de la Côte-d'Or, ex-curé de la commune de Lumigny, même - département, y demeurant. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Leclerc. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 14 prairial (2 juin 1794), appert: - - 1. Bonaventure Ferrey, âgé de 32 ans, né à Gray, département de - la Haute-Saône, demeurant à Saint-Denis-sur-Sarton, département - de l'Orne, prêtre chapelain de l'église de Coutances, puis curé - audit Saint-Denis; - - 2. Jean-Baptiste Barré, âgé de 68 ans, né et demeurant à Paris, - rue Coq-Héron, nº 424, ci-devant procureur au Châtelet et avoué; - - 3. Philippe Perrin, âgé de 26 ans, né à Cognac, département de la - Charente, y demeurant, négociant en eaux-de-vie; - - 4. André-Jacques-Salomon Daniau, âgé de 26 ans, né à Cognac, - demeurant à Ecoigneux, district de Saintes, même département, - agriculteur; - - 5. Valérie Marentin, femme Pasquet Saint-Projet, âgée de 40 ans, - née à la Rochefoucauld, département de la Haute-Charente, y - demeurant, et à Perusel, campagne près la Rochefoucauld; son mari - garde du tyran; - - 6. Louis-Auguste-François Bongard-d'Aspremont, âgé de 68 ans, né - au Val d'Arnois, district de Dieppe, département de la - Seine-Inférieure, demeurant à Jaucourt, district des Andelys, - département de l'Eure, vivant de son bien, ex-noble et - ex-marquis; - - 7. Louis Armand, âgé de 61 ans, né à Lainville, département de - Seine-et-Marne, demeurant au Plessis-Mériot, département de - Seine-et-Marne, garde-chasse du ci-devant duc de Mortemart, et - ensuite vigneron; - - 8. Jean-François-Célestin Lecocq, âgé de 30 ans, né à Lille, - département du Nord, y demeurant, ci-devant clerc de notaire, et - depuis boulanger; - - 9. Jean-Pierre Maindouze, âgé de 53 ans, né à Toulouse, - département de la Haute-Garonne, demeurant à Paris, rue du - Théâtre-Français, commis en chef au bureau des affaires - étrangères; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Bernard-Louis Cassaigne, âgé de 41 ans, né à Béziers, - département de l'Hérault, ex-vicaire de la ci-devant paroisse - Saint-Nicolas des Champs, ensuite desservant de la commune de - Luneray, près Dieppe, département de la Seine-Inférieure, y - demeurant; - - 2. Marie-Joseph-Adrien Bourdet, âgé de 33 ans, né à Saint-Valery, - département de l'Oise, ex-vicaire de la ci-devant paroisse - Saint-André des Arts, à Paris, rue du Cimetière-André; - - 3. Et Jean-Baptiste Dupain, âgé de 21 ans, marchand de bois, né - et demeurant à Paris, rue des Fossés-Saint-Bernard. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 15 prairial (3 juin 1794), appert: - - 1. Claude Lefranc, âgé de 54 ans, chirurgien appointé dans le 7e - régiment de hussards, né à Ivry, près Paris, département de - Seine-et-Marne, demeurant à Paris, rue du Battoir; - - 2. Philippe Martin, âgé de 65 ans, né à Delu, département de la - Meuse, y demeurant, et cordonnier; - - 3. Alexandre Cordelois, âgé de 36 ans, né à Cambray, chirurgien, - ci-devant adjudant général de la garde nationale du Quesnoy, - demeurant à Wettingue, département du Nord; - - 4. Armand Quidet, âgé de 64 ans, né à Nourval, département des - Ardennes, soldat invalide, demeurant à Vouziers; - - 5. Et Jean-Joseph de Flandres, âgé de 58 ans, brigadier de la - deuxième division de la gendarmerie, natif d'Hanappe, département - de l'Oise, demeurant à Bouchain, département du Nord. - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Château. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, 15 prairial (3 juin 1794), appert: - - 1. Louis-George Desrousseaux, âgé de 42 ans, né à Sedan, - département des Ardennes, y demeurant, fabricant de draps, - cultivateur, ex-maire de la commune de Sedan; - - 2. Jean-Baptiste-Delfine Le Gardeur, âgé de 52 ans, né à Sedan, y - demeurant, fabricant, membre de la municipalité de Sedan; - - 3. François-Pierre Le Gardeur, âgé de 60 ans, né à Verdun, - département de la Meuse, ci-devant fabricant de draps, ci-devant - notable de la commune de Sedan, président du tribunal de commerce - et du bureau de paix de la même commune, y demeurant; - - 4. Nicolas Rollin-Hussin père, âgé de 63 ans, né à Sedan, y - demeurant, fabricant de draps et officier municipal de la même - commune; - - 5. Yvon-Georges-Jacques Saint-Pierre, âgé de 55 ans, né aux - Aussieux, département de la Seine-Inférieure, demeurant à Sedan, - vivant de son revenu, ci-devant officier municipal de la commune - de Sedan; - - 6. Pierre-Charles Fournier, âgé de 42 ans, né à Sedan, y - demeurant, officier municipal de ladite commune et épicier; - - 7. Jean-Baptiste Petit, fils, âgé de 50 ans, né à Mézières, - département des Ardennes, médecin, officier municipal de la - commune de Sedan, y demeurant; - - 8. Louis-François Gigoux Saint-Simon, âgé de 61 ans, avant la - révolution aide-major de la place de Sedan, né à Mesle, - département des Deux-Sèvres, officier municipal de la commune de - Sedan, y demeurant; - - 9. Jean-Louis Lenoir Peyre, âgé de 39 ans, né à Sedan, - teinturier, et ci-devant procureur de la commune de Sedan, y - demeurant; - - 10. Nicolas Waroguier, âgé de 62 ans, né à Givet, district de - Sainte-Menehould, ci-devant notable de la commune de Sedan, y - demeurant; - - 11. Augustin Grosselin père, âgé de 66 ans, marchand épicier, - ci-devant notable de la commune de Sedan, y demeurant; - - 12. Jean-Charles-Nicolas Lechanteur, âgé de 31 ans, né à - Brillangois, district de Sedan, brasseur, ci-devant notable de la - commune de Sedan, et actuellement administrateur du district de - Sedan, y demeurant; - - 13. Henri Mesmer, âgé de 52 ans, né à Sedan, brasseur, ex-notable - de la commune de Sedan, y demeurant; - - 14. Étienne Henneci, âgé de 46 ans, né à Sedan, libraire, - ex-notable de la commune de Sedan, y demeurant; - - 15. Louis Edet-Jeames, âgé de 46 ans, né à Sedan, y demeurant, - charpentier, et ex-notable de la commune de Sedan; - - 16. Étienne-Nicolas-Joseph Chayaux-Cailloux, âgé de 41 ans, né à - Sedan, y demeurant, brasseur, et ex-notable de la commune de - Sedan; - - 17. Pierre Gibon-Vermon, âgé de 44 ans, né à Sedan, y demeurant, - brasseur, et ex-notable de la commune de Sedan; - - 18. Simon-Jacques Delatre, âgé de 44 ans, né à Sedan, y - demeurant, ex-notable de Sedan; - - 19. Louis Edet, âgé de 64 ans, né à Sedan, y demeurant, - menuisier, ex-notable de la commune de Sedan; - - 20. Jean-Baptiste Ludet père, âgé de 64 ans, chef armurier, et - ex-notable de la commune de Sedan; - - 21. Antoine-Charles Rousseau, âgé de 56 ans, né à Paris, - manufacturier de draps, ex-notable de la commune de Sedan, y - demeurant; - - 22. Pierre Dalché père, âgé de 63 ans, né à Sedan, y demeurant, - orfévre, ex-notable de la commune de Sedan; - - 23. Hermès Servais, âgé de 66 ans, né à Francquemont, - manufacturier de poêles, ex-notable de la commune de Sedan, y - demeurant; - - 24. Michel Noël, dit Laurent, âgé de 63 ans, né à Sedan, y - demeurant, confiseur, et officier municipal de la commune de - Sedan; - - 25. Louis-Joseph Béchet, âgé de 60 ans, né à Sedan, - manufacturier, ex-officier municipal de la commune de Sedan, - demeurant à Philippeville; - - 26. Paul-Stanislas-Édouard Béchet, âgé de 38 ans, né à Sedan, - fabricant de draps, administrateur et receveur de l'hôpital de la - même commune, et ci-devant officier municipal, demeurant à Sedan; - - 27. Et Claude Faussois, âgé de 65 ans, né à Montfaucon, district - de Château-Thierry, département de la Marne, traiteur, ex-notable - de la commune de Sedan, demeurant à Lagny-Baugny, département - des Ardennes. - -Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution -dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de -cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier. - -Par procès-verbal dressé par Chasteau, huissier du tribunal -révolutionnaire, le 15 prairial, appert avoir été constaté que le -jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la -Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort. - -Pour extrait conforme: LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 16 prairial an II (4 juin 1794), appert: - - Le tribunal criminel du département de Paris a condamné à la - peine de mort Charles Le Brun, âgé de 40 ans, natif de Chelles, - département de Seine-et-Marne, sans état, demeurant rue - Bourtibourg, nº 15, convaincu de complicité de fabrication et - émission de faux assignats. - -Il a été exécuté le même jour, à 8 heures 25 minutes du soir, sur la -_place de la Maison commune_, en présence de Heurtin, l'un des -huissiers du tribunal, qui en a dressé procès-verbal. - -Certifié véritable et délivré par moi, Le Bois, accusateur public -du tribunal criminel du département de Paris, - - LE BOIS. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. François-Dauphin Goursac, âgé de 61 ans, né à Chassenuit, - district de la Rochefoucauld, département de la Charente, - ex-noble, ci-devant chevau-léger, retiré lieutenant de cavalerie, - demeurant à la Rochefoucauld; - - 2. Thérèse Thomas, veuve de François Goursac, aussi ex-noble, - âgée de 80 ans, née à Augoulême, demeurant à Goursac; - - 3. Jeanne-Dauphin Goursac, fille âgée de 54 ans, née à - Chasseneuil, demeurant à Goursac, ex-noble; - - 4. Jacquette Gonin, femme divorcée de Pasquier Larevenchère, âgée - de 43 ans, née à Chasseneuil, demeurant à la Rochefoucauld; - - 5. Jacques Clément, âgé de 41 ans, né à Derac, district - d'Angoulême, ci-devant curé de Vervant, district de la - Rochefoucauld, y demeurant; - - 6. Jacques-Dauphin Lapeyre, ex-noble, âgé de 53 ans, né à - Roussine, district de la Rochefoucauld, cultivateur, demeurant à - Breuil; - - 7. Et Marie-Louise Dufour, fille âgée de 66 ans, née à Limoges, - femme de compagnie de Goursac, demeurant à Chasseneuil. - -Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal d'exécution -dressé par Auvray, huissier. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Du même jour, appert: - - 1. Étienne-Michel Le Duc Bieville, âgé de 69 ans, ex-noble, - ex-conseiller au ci-devant parlement de Rouen, et ex-gentilhomme - de la chambre du tyran, né à Rouen, département de Seine-et-Oise - (_sic_), demeurant à Paris, rue Grange-Batelière; - - 2. Antoine-Louis Le Duc Bieville fils, âgé de 27 ans, ex-noble et - lieutenant dans le ci-devant régiment de chasseurs des Vosges, né - à Paris, demeurant à Belleville, près Paris; - - 3. Jean-François Du Fouleur, âgé de 38 ans, né à Paris, demeurant - rue Montmartre, notaire; - - 4. Jean-Jacques Meynard, âgé de 46 ans, commis à la comptabilité, - né à Alby, département du Tarn, demeurant à Paris, rue - Montmartre; - - 5. Alexis Moreuil, âgé de 49 ans, ex-maître d'hôtel du ci-devant - duc de la Marck, employé à la liquidation des dettes de la - Commune de Paris, né à Ferrières, département de la Somme, - demeurant à Paris, rue Faubourg-Honoré; - - 6. Nicolas-Toussaint Leteneur, âgé de 64 ans, ex-noble et - ex-chevalier du ci-devant ordre Saint-Louis, né à Breteuil, - département de l'Oise, demeurant à Versailles; - - 7. Bernard Sauriel, âgé de 33 ans, ex-lieutenant d'une compagnie - de volontaires du 4e bataillon de la Meurthe, à Laronne, - département de la Meurthe, demeurant au dépôt, à Nancy; - - 8. Jean-François Thirial, âgé de 40 ans, ex-constituant, médecin, - né à Compiègne, département de l'Oise, demeurant à Versailles; - - 9. Grégoire-Philippe Lorenzo, âgé de 29 ans, homme de lettres, - fonctionnaire public à Bruxelles comme commissaire, né à - Dunkerque, département du Nord; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 17 prairial (5 juin 1794), appert: - - 1. Élisabeth-Marie Guiller, femme de Thomas Guiller, dit _Nonac_, - ex-noble et ex-secrétaire du tyran, âgée de 45 ans, née à - Châteauneuf, département d'Eure-et-Loir, demeurant à - Choisy-sur-Seine; - - 2. Jean-Antoine Méraud, né à l'Écluse, département du - Puy-de-Dôme, demeurant à la Meilleraye, département de la Sarthe, - ex-curé constitutionnel dudit lieu; - - 3. Louis-Henri Villeneuve-Trans, âgé de 59 ans, né à Marseille, - département des Bouches-du-Rhône, ex-noble et ex-colonel du - ci-devant régiment de Roussillon infanterie, demeurant à Paris, - rue Vivienne, nº 4. - - 4. Joseph Daigue, domestique du ci-devant duc de Luxembourg, âgé - de 32 ans, né à Pacy, département du Mont-Blanc, demeurant à - Paris, rue Martin, section des Amis de la patrie; - - 5. Paul Mezeray, âgé de 45 ans, né à Montargis, département du - Loiret, demeurant à Paris, rue Roquépine, employé aux domaines - nationaux; - - 6. Et Marie-Madeleine Perrier, veuve Fontenay, ex-noble, âgée de - 57 ans, née à Villiers, département de l'Orne, demeurant à - Vincennes, département de Paris; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 18 prairial (6 juin 1794), appert: - - 1. Charles-François Mercier d'Aubeville, âgé de 69 ans, ci-devant - président de l'élection de Pithiviers, juge du tribunal du - district de Pithiviers, demeurant audit lieu; - - 2. Thomas Roustat, âgé de 57 ans, cultivateur, garde-bois du - ci-devant Terray, né à Quincy, département de l'Aube, demeurant à - Lamotte, même département; - - 3. Jean Rolland, âgé de 40 ans, né à Lamotte, département de - l'Aube, y demeurant; - - 4. Jean Vaudier-Dock, âgé de 25 ans, serrurier, né à Bruges, - Flandre, y demeurant; déserteur autrichien; - - 5. Jacques Dauphin-Chadebeau, âgé de 43 ans, manouvrier, natif de - la Paque, département de la Charente, demeurant à Goursac, même - département; - - 6. Angélique Jacquemont, veuve Padel, âgée de 49 ans, travaillant - en linge, née à Saint-Brie, département de l'Yonne, demeurant - Pointe-Eustache; - - 7. Nicolas Vial, âgé de 71 ans, né à Commune-Affranchie, - département de Rhône-et-Loire, demeurant à Charenton, près Paris, - ancien négociant; - - 8. Victoire Leclerc, veuve Labathie, âgée de 34 ans, née à - Compiègne, demeurant à Vitry-sur-Marne, département de la Marne; - - 9. Et Denise-Élisabeth Marchais, femme Vial, âgée de 53 ans, née - à Paris, demeurant à Charenton; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Château. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du même jour 18 prairial an II (6 juin 1794), appert: - - 1. François-Joseph-Élisabeth Thomas Lavalette, âgé de 39 ans, né - à Paris, ex-vicomte, ex-officier au ci-devant régiment des gardes - françaises en qualité de lieutenant en second, demeurant à Paris, - section Le Pelletier, nº 171; - - 2. Joseph Aboulin, âgé de 39 ans, né à Cassade, district de - Montauban, département du Lot, lieutenant au 18e régiment de - dragons, y demeurant ordinairement; - - 3. Joseph Fournier, âgé de 31 ans, né à Burillier, district de - Montagnac, département de la Dordogne, y demeurant, ex-curé - constitutionnel et instituteur; - - 4. Thomas Delainey, âgé de 17 ans, Irlandais, déserteur du 9e - régiment, domicilié à Paris; - - 5. Patrice Roden, âgé de 28 ans, tisserand, né en Irlande, soldat - déserteur dans le régiment de Berne; - - 6. Pierre-Jacques Soubry, âgé de 33 ans, laboureur, né dans la - Flandre autrichienne; - - 7. Albert Calvert, âgé de 28 ans, né à Bruges, en Flandre, y - demeurant, charpentier; - - 8. Joseph Forrest, âgé de 27 ans, né à Bruges, y demeurant, - écrivain; - - 9. Jacques Mordolk, âgé de 20 ans, perruquier, né en Écosse, - valet de chambre du comte de Notriock; - - 10. Guillaume-Jacques Cousin, âgé de 45 ans, né à Rouen, - département de la Seine-Inférieure, demeurant à Paris, rue de la - Loi, nº 206; - - 11. William Newton, âgé de 33 ans, né en Angleterre, colonel de - cavalerie à l'École militaire, demeurant à Paris, rue de la Loi; - - 12. Et Élisabeth-Françoise Forceville, âgée de 42 ans, née à - Forceville, district d'Amiens, département de la Somme, ex-noble, - demeurant à Paris, rue de l'Observatoire; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Chasteau. - -Pour extrait conforme: NEIROT, commis greffier. - - * * * * * - -Par jugement du 19 prairial an II (7 juin 1794), appert: - - 1. Pierre Lecointre, âgé de 18 ans et demi, volontaire dans le - 10e régiment d'artillerie légère, né à Saint-Jouy, département de - la Seine-Inférieure, y demeurant; - - 2. Guillaume Thezut, âgé de 38 ans, ex-noble, né à Aumont, - département de Saône-et-Loire, y demeurant; - - 3. Louis Le Coq, âgé de 30 ans, né à Balancourt, département de - Seine-et-Oise, potier de terre, et ci-devant domestique de - Roland, ex-ministre, demeurant à Paris, rue de la Tannerie; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Tavernier. - -NEIROT, commis greffier. - - * * * * * - -Du même jour, 19 prairial (7 juin 1794), appert: - - 1. Charles-François, dit Cadet, âgé de 37 ans, né à - Boissy-sur-Marne, département de Seine-et-Marne, cultivateur, - demeurant à Champoget, même département; - - 2. Antoine Rayer, âgé de 34 ans, né aux Granges, commune dudit - Boissy, y demeurant, cultivateur; - - 3. Pierre-Louis Bachelier, âgé de 44 ans, né à Doux, département - de Seine-et-Marne, y demeurant, cultivateur; - - 4. Remy Lecinque, âgé de 50 ans, né à Nancy, département de la - Meurthe, commissaire aux ventes, demeurant à Paris, rue de - Touraine, nº 3; - - 5. Pierre-Nicolas Domont, âgé de 36 ans, né à Louvancourt, - département de la Somme, employé à l'administration des domaines - nationaux; - - 6. Joseph-Simon Larget, âgé de 31 ans, né à Ongelat, département - du Jura, employé à l'administration des domaines nationaux, - demeurant à Paris, rue Chabannais; - - 7. Nicolas-Pierre Boucher, âgé de 45 ans, né à Bar-sur-Bugency, y - demeurant, notaire et ex-administrateur du département des - Ardennes; - - 8. Jacques Chauzy, âgé de 63 ans, né à Vaudé, département des - Ardennes, y demeurant, cultivateur et ex-administrateur dudit - département; - - 9. Jean-Baptiste-Antoine Bourgeois, âgé de 34 ans, né à Mézières, - département de la Meurthe, y demeurant, administrateur du - département des Ardennes; - - 10. Jean-Sulpice Gromaire, âgé de 56 ans, né à Chomery, - département des Ardennes, y demeurant, notaire et - ex-administrateur du département des Ardennes; - - 11. Étienne Deshayes, âgé de 43 ans, né à Rethel, département des - Ardennes, y demeurant, homme de loi, procureur général syndic du - département des Ardennes; - - 12. Henry Dessaulty, âgé de 43 ans, né à Bierne, département des - Ardennes, ex-noble, cultivateur, membre du conseil général dudit - département, demeurant à Montlaurent; - - 13. Pierre Namur, âgé de 60 ans, né à Lugny (?), département des - Ardennes, y demeurant, cultivateur, administrateur dudit - département; - - 14. Jean Legrand, âgé de 45 ans, né à Gouvellemont, département - des Ardennes, y demeurant, ex-administrateur dudit département, - cultivateur; - - 15. Jean-Jacques Le Maire, âgé de 66 ans, né à Sainte-Menehould, - département des Ardennes, cultivateur, ex-administrateur dudit - département, demeurant à Champigneul; - - 16. Jean-Baptiste Blay, âgé de 29 ans, né à Wernencourt, - département des Ardennes, y demeurant, laboureur, - ex-administrateur dudit département; - - 17. Claude-Jean-Baptiste Gérard, âgé de 49 ans, né à Mouzon, - département des Ardennes, ex-administrateur dudit département, - demeurant à Sedan; - - 18. Marie-Claude-Gabriel Gérard, âgé de 34 ans, né audit Mouzon, - district de Sedan, demeurant audit Sedan, homme de loi, - ex-administrateur du département des Ardennes; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Tavernier. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 23 prairial (11 juin 1794), appert: - - 1. Étienne-Hubert-Bonaventure Chaput-Dubost, âgé de 54 ans, né à - Cusset, département de l'Allier, ex-subdélégué, ex-procureur du - tyran, et depuis son commissaire près le tribunal dudit Cusset; - - 2. Jeanne-Danielle Teyras, femme Chaput-Dubost, âgée de 52 ans, - demeurant à Cusset; - - 3. Claude-Gilbert Chaput-Dubost, dit Champcourt, âgé de 26 ans, - sans état, né et demeurant à Cusset; - - 4. Cosme-Marie Chaput-Dubost, âgé de 24 ans, sans état, né et - demeurant à Cusset; - - 5. Denis Courtin, âgé de 58 ans, né à Saint-James, département du - Cher, brigadier de la 32e division de gendarmerie, demeurant à - Paris, rue du Théâtre-Français, nº 7; - - 6. Nicolas Jaunin, âgé de 72 ans, né à Dijon, département de la - Côte-d'Or, gagne-denier, demeurant à Paris, rue Montorgueil; - - 7. Bon-Jacques-René Hébert, âgé de 23 ans, né à Paris, y - demeurant, rue des Tournelles, nº 38, entrepreneur des bois de - chauffage pour l'armée; - - 8. Lambert Lamandin, âgé de 38 ans, né à Consart, district - d'Avesnes, département du Nord, marchand de chevaux et de bois, - fournisseur pour l'armée; - - 9. Saint-Clair Rouillon, âgé de 19 ans, préposé au bois de - chauffage, né à Alençon, y demeurant; - - 10. Gabriel Guérin-Lucas, âgé de 41 ans, né à Châteauroux, - actuellement _Indreville_, y demeurant, fournisseur - soumissionnaire pour l'équipement des volontaires d'Indreville; - - 11. Et Pierre Robert, âgé de 37 ans, né à Saint-Georges-sur-Cher, - demeurant à Paris, rue Saint-Gilles, au Marais, nº 91; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Degaignée. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Par jugement du 29 prairial an II (17 juin 1794), appert: - - 1. Henry Admiral, âgé de 50 ans, natif de Auzolet, département du - Puy-de-Dôme, domicilié à Paris, rue Favart, nº 4, ci-devant - domestique, ensuite attaché à la loterie ci-devant royale en - qualité de garçon de bureau; - - 2. François Cardinal, instituteur et maître de pension, âgé de 40 - ans, natif de Bussière, département de la Haute-Marne, domicilié - à Paris, rue de Tracy, nº 7; - - 3. Pierre-Balthasard Roussel, âgé de 26 ans, natif de Paris, y - domicilié, rue Helvétius, nº 70; - - 4. Marie-Susanne Chevalier, âgée de 34 ans, native de - Saint-Sauvan, département de la Vienne, domiciliée à Paris, rue - Chabannais, nº 47, femme séparée depuis trois ans de...... - Lamartinière; - - 5. Claude Paindavoine, âgé de 53 ans, natif de Lépine, - département de la Marne, domicilié à Paris, rue - Neuve-des-Petits-Champs, nº 19, concierge de la maison des - ci-devant loteries; - - 6. Aimée-Cécile Renault, âgée de 20 ans, native de Paris, y - domiciliée, rue de la Lanterne, fille d'Antoine Renault et - de......; - - 7. Antoine Renault, papetier et cartier, âgé de 92 ans, natif de - Paris, y domicilié, rue de la Lanterne, section de la Cité; - - 8. Antoine-Jacques Renault, papetier, âgé de 31 ans, natif de - Paris, y domicilié, rue de la Lanterne.....; - - 9. Edme-Jeanne Renault, ex-religieuse, âgée de 60 ans, native de - Paris, y domiciliée, rue Babylone, nº 698; - - 10. Jean-Baptiste Porteboeuf, âgé de 43 ans, natif de Thoiré, - département de la Seine-Inférieure, domicilié à Paris, rue - Honoré, nº 510; - - 11. André Saintanac, élève en chirurgie et employé à l'hôpital - militaire de Choisy-sur-Seine, âgé de 22 ans, natif de Bordeaux, - département de Bec d'Ambès, domicilié audit Choisy, et - précédemment à Paris, rue Quincampoix, maison garnie, ci-devant - dite de la Couronne; - - 12. Anne-Madeleine-Lucile Parmentier, âgée de 52 ans, native de - Clermont, département de l'Oise, domiciliée à Paris, rue Honoré, - nº 510; mariée à Alexandre Lemoine Crécy; - - 13. François Lafosse, chef de la surveillance de police de Paris, - âgé de 44 ans, natif de Versailles, département de - Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue du Faubourg-du-Temple, nº - 32; - - 14. Jean-Louis-Michel Devaux, employé, âgé de 29 ans, natif de - Doullens, département de la Somme, domicilié à Paris, rue Barbe, - section de Bonne-Nouvelle; - - 15. Louis-Eustache-Joseph Potier (Delille), âgé de 44 ans, natif - de Lille, département du Nord, domicilié à Paris, rue Favart, - imprimeur et membre du comité révolutionnaire de la section - Lepelletier; - - 16. François-Charles Virot Sombreuil, ex-gouverneur des - Invalides, âgé de 74 ans, natif de Insishain (_sic_), département - du Haut-Rhin, domicilié à la maison nationale des Invalides; - - 17. Stanislas Virot Sombreuil, âgé de 26 ans, natif de - Lechoisier, département de la Haute-Vienne, domicilié à Poissy, - ex-capitaine de hussards et ex-capitaine de la garde nationale de - Poissy; - - 18. Jean-Guet Henoc Rohan-Rochefort, ex-noble, domicilié à - Rochefort, département de la Charente-Inférieure; - - 19. Pierre Laval-Montmorency, ex-noble, âgé de 25 ans, natif de - Paris, y domicilié, rue du Bac; - - 20. Étienne Jardin, âgé de 48 ans, natif de Versailles, - département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue Cadet, - directeur des transports militaires depuis la révolution, et - avant piqueur du tyran; - - 21. Charles-Marie-Antoine Sartine, ex-maître des requêtes, âgé de - 34 ans, natif de Paris, y domicilié, rue Vivienne, fils de.....; - - 22. Barthélemy Constant, gendarme, âgé de 42 ans, natif de - Grasse, département du Var, domicilié à Paris, rue du - Faubourg-Martin, nº 185; - - 23. Joseph-Henry Burlandeux, ex-officier de paix, âgé de 39 ans, - natif de Saullier, département du Var, domicilié à Paris, rue du - Faubourg-Martin, nº 64; - - 24. Louis-Marie-François Saint-Mauris de Montbarey, ex-prince et - ancien militaire, âgé de 38 ans, natif de Paris, y domicilié, - faubourg Honoré, nº 49; - - 25. Joseph-Guillaume Lescuyer, musicien, âgé de 46 ans, natif - d'Antibes, département du Var, domicilié à Paris, rue - Poissonnière, nº 16; - - 26. Achille Viart, ci-devant militaire, âgé de 51 ans, natif - de....., en Amérique, domicilié à Mariac, département de Bec - d'Ambès; - - 27. Jean-Louis Biret Tissot, domestique de la femme Grandmaison, - âgé de 35 ans, natif de Paris, y domicilié, rue de Mesnard; - - 28. Théodore-Jauge, banquier, âgé de 47 ans, natif de Bordeaux, - département de Bec d'Ambès, domicilié à Paris, rue du Mont-Blanc; - - 29. Catherine-Susanne Vincent, âgée de 45 ans, native de Paris, y - domiciliée, rue de Mesnard, mariée à..... Gryois; - - 30. Françoise-Augustine Santuare, âgée de 40 ans, native de l'île - Bourbon, en Afrique, domiciliée à Marefosse, département de la - Seine-Inférieure, mariée à..... Desprémenil; - - 31. Charles-Armand-Augustin Depont, ex-noble, âgé de 49 ans, - natif de Paris, y domicilié, rue Notre-Dame-des-Champs; - - 32. Joseph-Victor Cortey, épicier, âgé de 37 ans, natif de - Symphorien, département de la Loire, domicilié à Paris, rue de la - Loi; - - 33. François Paumier, ci-devant marchand de bois, âgé de 39 ans, - natif de Aunay, département de la Nièvre; - - 34. Jean-François Deshayes, âgé de 68 ans, natif de Herserange, - département de la Moselle, domicilié à Luçon, marchand et membre - du comité de surveillance dudit lieu; - - 35. François-Augustin Ozanne, ex-officier de paix, âgé de 40 ans, - natif de Paris, y domicilié, rue de la Vieille-Monnaie; - - 36. Charles-François-René Duhardaz Dauteville, ex-noble, âgé de - 23 ans, natif du Mans, département de la Sarthe, domicilié à - Paris, rue Basse-du-Rempart, nº 20; - - 37. Louis Comte, négociant, âgé de 49 ans, natif de Varennes, - département de Saône-et-Loire, domicilié à Paris, rue Thomas du - Louvre, grande maison de France; - - 38. Jean-Baptiste Michonis, limonadier et ex-administrateur de - police, âgé de 59 ans, natif de Paris, y domicilié; - - 39. Philippe-Charles-Élysée Baussancourt, sous-lieutenant de - carabiniers, âgé de 27 ans, natif de Vitry-le-Français; - - 40. Louis Karadec, agent de change, âgé de 45 ans, natif de - Lisieux, département du Calvados, domicilié à Paris, rue du - Faubourg-du-Temple; - - 41. Théodore Marsan, âgé de 27 ans, natif de Toulouse, - département de la Haute-Garonne, domicilié à Paris, rue de Cléry, - nº 95; - - 42. Nicolas-Joseph Egrée, brasseur, âgé de 40 ans, natif de - Cateau-Cambrésis, département du Nord, domicilié à Suresnes, - département de Paris; - - 43. Henri Menil-Simon, ci-devant capitaine de cavalerie, âgé de - 53 ans, natif de Buley, département de la Nièvre, domicilié à - Vigneux, département de Seine-et-Oise; - - 44. Jeanne-Françoise-Louise Demier Sainte-Amarante, âgée de 42 - ans, native de Saintes, département de la Charente, domiciliée à - Cercy, département de Seine-et-Oise; - - 45. Charlotte-Rose Sainte-Amarante, âgée de 19 ans, native de - Paris, domiciliée à Cercy, département de la Nièvre, mariée à - Sartine; - - 46. Louis Sainte-Amarante, âgé de 17 ans, natif de Paris, - domicilié à Cercy; - - 47. Gabriel-Jean-Baptiste Briel, ex-prêtre, âgé de 56 ans, natif - de Montier-sur-Faulx, département du Mont-Blanc, domicilié à - Arcueil, et auparavant à Paris, rue Helvétius; - - 48. Marie Grandmaison, ci-devant Buret, ci-devant actrice des - Italiens, âgée de 27 ans, native de Blois, département de - Loir-et-Cher, domiciliée à Paris, rue Mesnard, nº 7; - - 49. Marie-Nicole Bouchard, âgée de 18 ans, native de Paris, y - domiciliée, rue Mesnard, nº 7; - - 50. Jean-Baptiste Marino, peintre en porcelaine, administrateur - de police, âgé de 37 ans, natif de Sceaux, district du Bourg de - l'Égalité, domicilié à Paris, rue Helvétius; - - 51. Nicolas-André-Marie Froidure, ex-administrateur de police, - âgé de 29 ans, natif de Tours, département d'Indre-et-Loire, - domicilié à Paris, rue Honoré, nº 91; - - 52. Antoine-Prosper Soulès, ex-administrateur de police et - officier municipal, âgé de 31 ans, natif de Avize, département de - la Marne, domicilié à Paris, rue Taranne, nº 38. - - 53. François Dangé, ex-administrateur de police, âgé de 47 ans, - natif de Chesey, département de Cher-et-Loir, domicilié à Paris, - rue de la Roquette, nº 36; - - 54. Marie-Maximilien-Hercule Rosset, se disant comte de - Fleury[142], âgé de 23 ans, domicilié à Paris. - -[Note 142: Le jeune comte de Fleury avait été, en 1793, envoyé comme -suspect dans la prison du Luxembourg. Il conservait, quoique détenu, -toute la gaieté, tous les goûts de son âge, et jouait pendant une -bonne partie de la journée à la balle et aux barres dans la cour du -Luxembourg. Ayant vu périr presque toute sa famille, il écrivit au -président du tribunal révolutionnaire le billet suivant, que deux ou -trois feuilles du temps ont publié: «Homme de sang, égorgeur, -cannibale, monstre, scélérat, tu as fait périr ma famille; tu vas -envoyer à l'échafaud ceux qui paraissent aujourd'hui devant ton -tribunal; tu peux me faire subir le même sort, car je te déclare que -je partage leurs sentiments.» Dumas dit à Fouquier en lui présentant -le petit papier: «Voilà le billet doux qu'on m'écrit; je t'invite à en -prendre lecture; que faut-il répondre à celui qui me l'adresse?--Ce -monsieur me paraît pressé, répond l'accusateur public; eh bien, nous -allons le satisfaire.» Des gendarmes tout aussitôt furent chercher ce -jeune homme, que l'on fit monter sur les gradins avec cinquante-trois -personnes accusées d'être les assassins ou les complices des assassins -de Collot d'Herbois ou de Maximilien Robespierre. Il n'en connaissait -aucun. Il n'en fut pas moins, comme les autres, conduit à l'échafaud -en chemise rouge.] - -Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal -d'exécution, en date du 29 prairial. - - _Signé_: LÉCRIVAIN, greffier. - CLAUDE-ANTOINE DELTROIT, officier public. - - * * * * * - -Par jugement du 4 messidor (22 juin 1794), appert: - - 1. Thomas-Thérèse Vanyer, âgé de 61 ans, né à Paris, ex-chanoine - de Saint-Quentin, département des Ardennes, y demeurant; - - 2. Pierre-Alexandre Lhuillier, âgé de 33 ans, né et demeurant à - Paris, rue de Vendôme, receveur des rentes; - - 3. Remy Carra, âgé de 26 ans, chapelier, né à Saint-Chamond, - département de Loire, demeurant à Paris, rue Marguerite, - ex-maréchal des logis de la 3e compagnie de la légion allobroge; - - 4. Jean-Baptiste Calmar, âgé de 20 ans, marchand de rubans, né à - Bonnet-la-Montagne, département de Loire, demeurant commune - d'Armes, ci-devant Saint-Étienne; - - 5. Jean Blanc, âgé de 57 ans, quincaillier, né à la Montagne, - département de l'Aveyron, y demeurant; - - 6. Jean-Antoine Tricot, âgé de 55 ans, né à Paris, y demeurant, - rue Jacob, ex-prêtre, chanoine de Saint-Quentin, département des - Ardennes; - - 7. Et François-René Cucu d'Hérouville, âgé de 69 ans, né et - demeurant à Paris, section des Droits de l'Homme, contrôleur des - rentes et receveur de l'Hôtel-Dieu; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par -Leclerc. - -Pour extrait conforme, LÉCRIVAIN, greffier en chef. - - * * * * * - -Le passage quotidien des charrettes du tribunal révolutionnaire par la -longue rue Saint-Honoré, jusqu'à la rue Royale, fatiguait depuis -longtemps ces quartiers populeux, saisis de dégoût et d'horreur, et, -chaque jour, obligés de fermer leurs boutiques. Les plaintes des -habitants, à la fin, avaient été écoutées. Le 21 prairial (9 juin -1794), les bières vivantes (c'est ainsi qu'on appelait les charrettes -qui conduisaient les condamnés à la mort) avaient été dirigées sur la -place Antoine, où la guillotine s'était installée, sur le terrain de -la Bastille. Elle n'y fonctionna que trois jours: elle eut toutefois -le temps d'y recevoir sept fournées; puis, sur les réclamations des -citoyens du quartier, le fatal instrument dut s'éloigner encore -jusqu'à cette porte de Paris qu'on appela, à cette époque, tour à tour -la barrière du ci-devant Trône, ou du Trône renversé, ou place de la -Déchéance, et enfin barrière de Vincennes. Il y eut une seule -exception faite le 4 messidor (22 juin 1794) pour la construction de -l'échafaud sur l'ancienne place Louis XV. - -On comprend que les solennelles immolations de la grande journée du 10 -thermidor, et celles qui devaient suivre, exigeassent une mise en -scène plus grandiose et un plus formidable appareil: les vainqueurs ne -négligèrent rien pour offrir cette satisfaction aux vaincus. - -_Exécution du 10 thermidor an II_ (28 juillet 1794). - - 1. Maximilien Robespierre, âgé de 35 ans, natif d'Arras, - domicilié à Paris, rue Honoré, section des Piques; - - 2. Georges Couthon, âgé de 38 ans, natif d'Orzay, département du - Puy-de-Dôme, domicilié à Paris, cour du Manége; - - 3. Louis-Jean-Baptiste-Thomas Lavalette, âgé de 40 ans, natif de - Paris, y domicilié, rue Honoré, nº 320; - - 4. François Hauriot, âgé de 35 ans, natif de Nanterre, près - Paris, domicilié à Paris, rue de la Clef; - - 5. René-François Dumas, âgé de 37 ans, natif de Jussey, - département de la Haute-Saône, domicilié à Paris, rue de - Seine-Germain, maison de convenance; - - 6. Antoine Saint-Just, âgé de 26 ans, natif de Lisé, département - de la Nièvre, domicilié à Paris, rue Caumartin, nº 3; - - 7. Claude-François Payan, âgé de 27 ans, natif de - Saul-les-Fontaines, département de la Drôme, domicilié à Paris, - rue de la Liberté, section de Marat; - - 8. Jacques-Claude Bernard, âgé de 34 ans, domicilié à Paris, rue - Bernard, section de Montreuil; - - 9. Adrien-Nicolas Gobeau, âgé de 26 ans, natif de Vincennes, - département de Paris, domicilié à Paris, rue de la Chaise, nº - 530, section de la Croix-Rouge; - - 10. Antoine Gency, profession de tonnelier, âgé de 23 ans, natif - de Reims, département de la Marne, domicilié à Paris, rue de - Lourcine, faubourg Marcel; - - 11. Nicolas-Joseph Vivier, âgé de 50 ans, natif de Paris, y - domicilié, rue Germain-Muséum; - - 12. Jean-Baptiste-Edmond Lescot-Fleuriot, profession artiste, âgé - de 43 ans, natif de Bruxelles, domicilié à Paris, à la mairie; - - 13. Antoine Simon, cordonnier, âgé de 58 ans, natif de Troyes, - département de l'Aube, domicilié à Paris, rue Marat, nº 32; - - 14. Denis-Étienne Laurent, âgé de 32 ans, natif de Paris, y - domicilié, rue Gît-le-Coeur, nº 13; - - 15. Jacques-Louis-Frédéric Wouarnée, âgé de 29 ans, natif de - Paris, y domicilié, rue de l'Hirondelle, nº 10; - - 16. Jean-Étienne Forestier, profession fondeur, âgé de 47 ans, - natif de Paris, y domicilié, rue du Plâtre-Avoye; - - 17. Augustin-Bon-Joseph Robespierre, natif d'Arras, domicilié à - Paris, rue Florentin; - - 18. Nicolas Guérin, profession receveur à la ville, âgé de 52 - ans, natif de Beaumont-sur-Orne, département du Calvados, - domicilié à Paris, rue du Faubourg-Montmartre, nº 50; - - 19. Jean-Baptiste-Mathieu Dhazard, profession perruquier, âgé de - 36 ans, natif de Paris, y domicilié, rue Honoré, nº 101, section - des Gardes-Françaises; - - 20. Christophe Cochefer, profession tapissier, natif de Gonesse, - département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue Merry, nº - 413; - - 21. Charles-Jacques-Mathieu Bougon, âgé de 57 ans, natif de - Trouville, département du Calvados, domicilié à Paris, rue - Lazare, nº 64, section du Mont-Blanc; - - 22. Jean-Marie Quenet, profession marchand de bois, natif de - Commune-Affranchie, domicilié à Paris, rue de la Mortellerie, nº - 78; - - Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal - d'exécution dressé par Neirot, commis greffier. - -Pour extrait conforme, TRIAL, officier public. - - * * * * * - -_Exécution du 11 thermidor an II_ (29 juillet 1794). - -Le lendemain, la fournée fut plus considérable: les vainqueurs, qui -avaient d'abord frappé leurs ennemis les plus redoutés, avaient eu le -temps de faire des désignations plus nombreuses, et d'atteindre la -plupart des membres de la Commune, qui avait longtemps prévalu contre -la Convention. Le lecteur trouvera dans ces listes les noms de -plusieurs commissaires du Temple. - - 1. Bertrand Arnaud, secrétaire et membre du conseil général de la - Commune, âgé de 55 ans, natif de Tigne, département du - Mont-Blanc, domicilié à Paris, rue Favart, nº 4; - - 2. Jean-Baptiste Crépin Taillebot, profession maçon, âgé de 58 - ans, natif de Jouy-le-Peuple, département de Seine-et-Oise, - domicilié à Paris, rue du Faubourg-du-Temple; - - 3. Servais-Baudoin Boullanger, profession joaillier, âgé de 38 - ans, natif de Liége, domicilié à Paris, rue Honoré, nº 59; - - 4. Prosper Sijas, profession commis, âgé de 35 ans, natif de - Vire, département du Calvados, domicilié à Paris, rue - Grange-Batelière, nº 21; - - 5. Pierre Remy, profession tabletier, âgé de 45 ans, natif de - Chaumont, département de la Haute-Marne, domicilié à Paris, rue - Louis, nº 595, section de l'Indivisibilité; - - 6. Claude-Antoine Deltroit, profession meunier, âgé de 43 ans, - natif de Pontoise, département de Seine-et-Oise, domicilié à - Paris, quai de la Mégisserie, nº 21; - - 7. Jean-Guillaume-François Vaucanu, profession mercier, âgé de 37 - ans, natif de Germain-de-Montgommery, département du Calvados, - domicilié à Paris, rue du Monceau; - - 8. Claude Bigant, profession peintre, âgé de 40 ans, natif de - Paris, y domicilié, rue des Boulangers-Victor, nº 5, section des - Sans-Culottes; - - 9. Jean-Charles Lesire, profession cultivateur, âgé de 48 ans, - natif de Rosay, département de Seine-et-Marne, domicilié à Paris, - quai de l'Union, section de la Fraternité; - - 10. Jean-Baptiste-Emmanuel Legendre, âgé de 62 ans, natif de - Paris, y domicilié, rue de la Monnaie, nº 515, section du Muséum; - - 11. Jean-Philippe-Victor Charlemagne, profession instituteur, âgé - de 26 ans, natif de Paris, y domicilié, rue de Cléry, nº 92; - - 12. Pierre-Nicolas Delacour, profession notaire, âgé de 37 ans, - natif de Beauvais, département de l'Oise, domicilié à Paris, rue - Neuve-Eustache, section de Brutus; - - 13. Augustin-Germain Jobert, profession négociant, âgé de 50 ans, - natif de Montigny-sur-Aube, département de la Côte-d'Or, - domicilié à Paris, rue des Prêcheurs; - - 14. Pierre-Louis Paris, âgé de 35 ans, natif de Paris, y - domicilié, rue des Carmes, nº 27, section du Panthéon; - - 15. Claude Jonquoy, profession tabletier, âgé 44 ans, natif de - Massiac, département du Cantal, domicilié à Paris, rue - Jean-Robert, nº 15, section des Gravilliers; - - 16. René-Toussaint Daubancourt, profession coffretier, âgé de 53 - ans, natif de Paris, y domicilié, rue des Petits-Champs, nº 23, - section de la Halle aux blés; - - 17. Jean-Baptiste Vincent, profession entrepreneur de bâtiments, - âgé de 36 ans, natif de Moutier-Saint-Jean, département de la - Côte-d'Or, domicilié à Paris, rue de Cléry, section de - Bonne-Nouvelle; - - 18. Martin Wichterich, profession cordonnier, âgé de 45 ans, - natif de Cologne, domicilié à Paris, rue de Lappe, section de - Popincourt; - - 19. Pierre Henry, profession receveur de loterie, âgé de 48 ans, - natif de Riz, département du Var, domicilié à Paris, rue Antoine, - section de l'Indivisibilité; - - 20. Jean Cazenave, profession commis marchand, âgé de 38 ans, - natif de Belleville, près Paris, domicilié à Paris, rue - d'Orléans, section de l'Homme-Armé; - - 21. Jean-Louis Gibert, profession de pâtissier, âgé de 43 ans, - natif de Luzancy-la-Marne, département de Seine-et-Marne, - domicilié à Paris, faubourg Denis, nº 25, section du Nord; - - 22. Pierre Girod, profession mercier, âgé de 27 ans, natif de - Paris, y domicilié, rue des Deux-Ponts, nº 10, section de la - Fraternité, marié à Antoinette-Adélaïde Rominira; - - 23. François Pelletier, profession marchand de vins, âgé de 33 - ans, natif de Cheminon, département de la Marne, domicilié à - Paris, rue du Faubourg-Denis; - - 24. Nicolas Jérosme, profession tourneur, âgé de 44 ans, natif de - Paris, y domicilié, rue Jacques-la-Boucherie, nº 213; - - 25. Jean-Baptiste Cochois, profession commis-marchand, âgé de 53 - ans, natif de Paris, y domicilié, rue de l'Égalité; - - 26. Jean-Léonard Sarrot, profession peintre, âgé de 31 ans, natif - de Paris, y domicilié, rue du Faubourg-Franciade, nº 45; - - 27. René Grenard, profession fabricant de papier, âgé de 45 ans, - natif de la Garenne, département de Seine-et-Oise, domicilié à - Paris, rue et section des Piques; - - 28. Jacques Lasnier, profession homme d'affaires, âgé de 52 ans, - natif de Bezoir-Laférière, département de Seine-et-Marne, - domicilié à Paris, rue du Four-Germain, nº 286; - - 29. Marc-Martial-André Mercier, profession libraire, âgé de 43 - ans, natif de Paris, y domicilié, rue Neuve-des-Capucines, nº - 188, marié à Anne de By; - - 30. Jean-Pierre Bernard, profession homme de confiance, âgé de 38 - ans, natif de la Chalade, département de la Meuse, domicilié à - Paris, rue Germain-Muséum; - - 31. Étienne-Antoine Souars, âgé de 56 ans, natif d'Aubervilliers, - dit les Vertus, district de Franciade, domicilié à Paris, rue des - Vieux-Augustins, nº 32; - - 32. Dominique Mettot, profession agent d'affaires, âgé de 45 ans, - natif de Nancy, département de la Meurthe, domicilié à Paris, à - la maison commune; - - 35. Louis-Joseph Mercier, profession menuisier, âgé de 40 ans, - natif de Sacy-le-Grand, département de l'Oise, domicilié à Paris, - rue des Trois-Pistolets, nº 14, section de l'Arsenal; - - 34. Jean-Jacques Baurieux, profession horloger, âgé de 45 ans, - natif de Dartois, département des Bouches-du-Rhône, domicilié à - Paris, rue du Faubourg-Honoré, nº 19; - - 35. Antoine Jametel, âgé de 54 ans, natif de Moissy, département - de Seine-et-Marne, domicilié à Paris, rue de la - Grande-Truanderie, nº 18; marié à Louise-Pauline Noiseux; - - 36. Ponce Tanchou, profession graveur, âgé de 32 ans, natif de - Bourges, département du Cher, domicilié à Paris, cloître - Notre-Dame, nº 42; marié à Jeanne-Louise Beliaz; - - 37. Marc-Louis Desvieux, âgé de 44 ans, natif de Paris, y - domicilié, rue Montorgueil; - - 38. François-Auguste Paff, profession bonnetier, âgé de 41 ans, - natif de Paris, y domicilié, rue de la Joaillerie, section des - Arcis, marié à Catherine-Françoise Bourgain; - - 39. Jacques-Mathurin Lelièvre, profession graveur, âgé de 40 ans, - natif de Paris, y domicilié, rue Martin, nº 252; - - 40. Louis-François Dorigny, profession de charpentier, âgé de 36 - ans, natif de Bruyère, département de l'Aisne, domicilié à Paris, - rue Popincourt, nº 17; - - 41. Pierre-Alexandre Louvet, profession peintre, âgé de 33 ans, - natif de Paris, y domicilié, rue des Blancs-Manteaux, nº 52; - marié à Françoise Liédé; - - 42. Jean-Jacques Lubin, profession peintre, âgé de 29 ans, natif - de Paris, y domicilié, rue de la Révolution, nº 24; - - 43. Jacques-Pierre Coru, profession grainier, âgé de 63 ans, - natif de Nocé, département de l'Orne, domicilié à Paris, rue - Antoine, nº 229; - - 44. Pierre-Simon-Joseph Jault, profession artiste, âgé de 30 ans, - natif de Reims, département de la Marne, domicilié à Paris, rue - Claude, nº 371; - - 45. Jean-Baptiste Bergot, profession employé aux cuirs, âgé de 56 - ans, natif de Paris, y domicilié, rue Française, nº 11; - - 46. Jacques-Nicolas Lumière, profession musicien, âgé de 45 ans, - natif de Paris, y domicilié, rue Thibautodé, nº 4; - - 47. Jean Paquotte, profession ciseleur, âgé de 48 ans, natif de - Troyes, département de l'Aube, domicilié à Paris, à la ci-devant - abbaye Germain, nº 1114; - - 48. Jacques-Nicolas Blin, écrivain expert, âgé de 63 ans, natif - d'Aubanton, département de l'Aisne, domicilié à Paris, rue Paul, - nº 37; - - 49. Marie-François Langlois, profession papetier, âgé de 37 ans, - natif de Paris, y domicilié, rue Jacques, nº 196; - - 50. Jean-Nicolas-Langlois, profession serrurier, âgé de 49 ans, - natif de Rouen, département de la Seine-Inférieure, domicilié à - Paris, rue Georges, nº 38; - - 51. Jacques Moine, profession commis teneur de livres, âgé de 39 - ans, natif de Commune-Affranchie, domicilié à Paris, vieille rue - du Temple, nº 78; - - 52. Jean-Baptiste Chavigny, profession commis, âgé de 55 ans, - natif de Paris, y domicilié, rue du Faubourg-Montmartre, nº 42; - - 53. Charles Huant Desboisseaux, âgé de 39 ans, natif de Paris, y - domicilié, rue de la Fraternité; - - 54. André Marcel, profession maçon, âgé de 53 ans, natif de - Rosny, département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, faubourg - Martin; - - 55. Martial Gamory, profession coiffeur, âgé de 46 ans, natif de - Guéret, département de la Creuse, domicilié à Paris, rue du - Coq-Honoré; - - 56. Pierre Haener, profession imprimeur, âgé de 52 ans, natif de - Nancy, département de la Meurthe, domicilié à Paris, rue Martin, - nº 34; - - 57. Pierre-Jacques Le Grand, profession homme d'affaires, âgé de - 51 ans, natif de Paris, y domicilié, rue d'Enfer, en la Cité, nº - 5; - - 58. Pierre-Léon Lamiral, profession fruitier, âgé de 38 ans, - natif de Paris, y domicilié, rue Beauregard, section de - Bonne-Nouvelle, époux de Marie Grain; - - 59. Jean-Pierre Eudes, profession tailleur de pierre, âgé de 31 - ans, natif de Paris, y domicilié, rue des Juifs, nº 38; - - 60. Edme-Marguerite Lauvin, âgé de 60 ans, natif de Vezelay, - département de l'Yonne, domicilié à Paris, rue Geoffroy-Lasnier, - nº 23; - - 61. Pierre Dumez, profession ingénieur, âgé de 37 ans, natif de - la Ferté-sur-Ourcq, département de l'Aisne, domicilié à Paris, - rue de la Harpe, nº 26; - - 62. Denys Dumontier, profession tailleur, âgé de 51 ans, natif de - Paris, y domicilié, rue de la Poterie; - - 63. Jean-Claude Girardin, profession éventailliste, âgé de 48 - ans, natif de Paris, y domicilié, rue Transnonain, nº 38; - - 64. Jacques-Louis Cresson, profession ébéniste, âgé de 49 ans, - natif de Paris, y domicilié, rue des Deux-Écus, nº 38; - - 65. François-Laurent Chatelin, profession professeur de dessin, - âgé de 43 ans, natif de Nancy, département de la Meurthe, - domicilié à Paris, rue Quincampoix, nº 98; - - 66. Joseph Alavoine, profession tailleur, âgé de 63 ans, natif de - la Verrière, département de l'Oise, domicilié à Paris, Grands - Piliers de la Tonnellerie; - - 67. Pierre-François Deraux, profession jardinier, âgé de 53 ans, - natif de Goupillère, département du Calvados, domicilié à Paris, - rue Plumet, section du Bonnet-Rouge; marié à Élisabeth-Charlotte - Dive; - - 68. Claude Benard, âgé de 28 ans, natif de Paris, y domicilié, - rue Boucher; - - 69. Jacques Morel, profession écrivain, âgé de 55 ans, natif de - Vandoeuvre, département de l'Aube, domicilié à Paris, rue de - Marché-aux-Poirées, nº 559; - - 70. Nicolas Naudin, profession menuisier, âgé de 35 ans, natif de - Ville-sur-Iron, département de la Moselle, domicilié à Paris, rue - Charlot, nº 5; - - 71. Joseph Ravel, profession chirurgien, âgé de 48 ans, natif de - Tarascon, département des Bouches-du-Rhône, domicilié à Paris, - rue Antoine, nº 36; - -Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal d'exécution, -en date du 11 de ce mois. - - _Signé_: NEIROT, commis greffier - (jusqu'à Jametel, le 35e sur la liste). - DUCRAY, commis greffier - (depuis Tanchou, le 36e, jusqu'à la fin). - - * * * * * - -On le voit, ce jour-là, soixante et onze individus, déclarés complices -de la Commune rebelle, montèrent sur l'échafaud de l'homme dont ils -s'étaient faits les séides. Parmi eux, le lecteur aura remarqué Sijas, -le président du conseil général dans la nuit du 9 au 10 thermidor; -Jobert et Bergot, ces tristes administrateurs de police, célèbres par -leur cruauté envers les détenus; puis Boulanger, ce commandant de la -garde nationale qui se faisait suivre d'une guillotine. Parmi les -condamnés, il faut citer encore Besnard, Desboisseaux et le musicien -Lumière, la terreur de leurs sections. - -Le 12 thermidor, le sanglant tribunal tint sa dernière séance. Douze -démagogues, la plupart membres de la Commune, portèrent leurs têtes -sur l'échafaud. Au milieu d'eux se dessinent deux hommes affreux, -Nicolas et Arthur, le premier tout meurtri des coups injurieux dont -Camille Desmoulins l'avait flagellé dans son _Vieux Cordelier_; le -second, plus horriblement célèbre encore, pour avoir dévoré, au 10 -août, le coeur d'un soldat suisse assassiné par lui. - -Enfin, par un décret conventionnel du 14 thermidor (1er août 1794), -l'exécrable loi du 22 prairial fut rapportée. - - * * * * * - -Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire établi par la loi du -10 mars 1793, an deuxième de la République française (_sic_), séant à -Paris, au Palais, le 12 thermidor (30 juillet 1794), appert: - - 1. Charles-Nicolas Leleu, âgé de 40 ans, né à Vitry-sur-Marne, - perruquier et membre du conseil général de la Commune, demeurant - à Paris, rue Dominique, faubourg Germain, nº 335; - - 2. Léopold Nicolas, imprimeur et juré du tribunal - révolutionnaire, âgé de 37 ans, né à Mirecourt, département des - Vosges, demeurant à Paris, rue Honoré, nº 355; - - 3. Jean-François Lechenard, âgé de 37 ans, né à Rans, district de - Dôle, département du Jura, tailleur et juré au tribunal du 17 - août, membre du conseil général de la Commune, demeurant à Paris, - rue Montorgueil, nº 59; - - 4. François Tortot, horloger et administrateur de police, âgé de - 31 ans, né à Paris, y demeurant, rue Bernard, nº 10, faubourg - Antoine; - - 5. Pierre-François Guéniard, ébéniste, membre du conseil général - de la Commune, né à Paris, y demeurant, rue de la Roquette, nº - 68; - - 6. Pierre Cietty, peintre et membre de la Commune, âgé de 41 ans, - né à Trafuil, en Lombardie, demeurant à Paris, rue de Montreuil, - nº 51; - - 7. Jean-Étienne Lahure, âgé de 38 ans, né à Montreuil, - département de Paris, bijoutier, commandant en second de la - section de Popincourt, demeurant à Paris, rue de Popincourt; - - 8. François-Henri Camus, né à Paris, âgé de 47 ans, négociant - avant la révolution, membre de la Commune de Paris, demeurant à - Paris, rue Montmartre, 84; - - 9. Pierre-Eustache Gillet-Marie, âgé de 41 ans, né à Paris, y - demeurant, rue de Bourgogne, nº 1465, ex-membre du conseil - général de la Commune; - - 10. Antoine Frery, né à Nancy, département de la Meurthe, - demeurant à Paris, rue des Vieux-Augustins, âgé de 62 ans, membre - du conseil général de la Commune; - - 11. Jean-Jacques Arthur, fabricant de papiers, membre de la - Commune, âgé de 33 ans, né à Paris, y demeurant, rue des Piques; - - 12. Jean-Baptiste Grillet, âgé de 67 ans, né à Paris, y - demeurant, rue Bertin-Poirée, nº 16, peintre de portraits et - membre de la Commune; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Leclerc. - -Pour extrait conforme, NOIROT, commis greffier. - - * * * * * - -Par jugement du 1er fructidor (18 août 1794), appert: - - 1. Antoine-Paul Lavaur, âgé de 31 ans, natif de Montfaucon, - département du Lot, homme de loi, y demeurant; - - 2. Et Jean Saumont, dit Labran, âgé de 54 ans, cultivateur, natif - de Roussinet, département de la Dordogne, demeurant à Busserole, - même département; - -Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Leclerc. - -Pour extrait conforme, DUCRAY, commis greffier. - - * * * * * - -Par jugement du 5 fructidor (22 août 1794), appert: - - 1. Jean-Baptiste Mitre Gouard, âgé de 29 ans, natif d'Aix, - département des Bouches-du-Rhône, volontaire au premier bataillon - des Phocéens, demeurant à Marseille; - - 2. Et François Deschamps, âgé de 29 ans, natif de Crévis, - département de l'Aube, agent de la commission du commerce et aide - de camp de Hanriot, demeurant à Paris, rue des Petits-Augustins, - nº 15; - -Avoir été condamnés et exécutés sur la place publique de la Grève et -de la _Révolution_ (_sic_). Procès-verbal d'exécution dressé par -Auvray. - -Pour extrait conforme, DUCRAY, commis greffier. - - * * * * * - -Par jugement du 6 fructidor l'an II (23 août 1794), appert: - - Pierre-André Coffinhal (n'a dit son âge ni le lieu de sa - naissance), ex-président du tribunal révolutionnaire et membre de - la Commune de Paris, y demeurant rue Regratière, section de la - Fraternité; - - Mis hors la loi par décret des 9 et 18 thermidor, a été livré à - l'exécuteur des jugements criminels par ordonnance du tribunal en - date dudit jour 18 thermidor, et exécuté le même jour sur la - place de la Révolution, à six heures quinze minutes du soir, en - présence de Heurtin, huissier du tribunal, qui en a dressé - procès-verbal. - - * * * * * - -Par jugement du tribunal révolutionnaire du 15 fructidor an II -(1er septembre 1794), appert: - - Julien-Joseph Lemonnier, âgé de 38 ans, né à Paris, y demeurant - rue de la Mortellerie, section de la Maison Commune, membre du - comité civil et capitaine de la garde nationale; - - Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par - Leclerc. - -Pour extrait conforme, NOIROT, commis greffier. - - * * * * * - -Julien-Joseph Lemonnier, si j'en crois les registres de l'Hôtel de -ville, fut la dernière victime immolée sur la place de la Révolution, -et, partant, probablement la dernière dont les restes furent inhumés -dans l'enclos du Christ. - -Les condamnés qui vinrent après, et dont le nombre diminua -insensiblement, furent tous guillotinés en place de Grève. Leurs -dépouilles furent vraisemblablement inhumées pour la plupart dans les -cimetières de Sainte-Marguerite ou de Clamart. Quelques morts -privilégiés furent seulement portés dans l'enclos funèbre de Picpus. - - - - -LETTRES - -DE - -MADAME ÉLISABETH. - - -Je crois devoir faire suivre la vie de Madame Élisabeth d'un certain -nombre de ses lettres, choisies de manière à faire connaître la -princesse dans les situations les plus diverses de fortune, d'esprit -et de coeur. M. Feuillet de Conches, on le sait, a publié récemment la -correspondance complète de Madame Élisabeth, beau monument élevé, par -une main habile, à la gloire de cette princesse, et il a enrichi le -texte de notes explicatives d'un grand intérêt. Les lettres que je -vais donner, et dont je n'avais pu citer çà et là, dans le cours de -mon récit, que quelques fragments détachés, seront les meilleures -pièces justificatives de cet ouvrage. On y verra d'abord la princesse, -au début de sa belle jeunesse, avec la vivacité d'un esprit pénétrant -et l'indépendance d'un caractère inclinant à l'espièglerie. Puis on -assistera aux progrès de son jugement; on verra se lever dans cette -belle âme toutes les qualités et toutes les vertus, toutes les nobles -aspirations, et l'on s'étonnera de cette sagesse précoce qui fit de -Madame Élisabeth la plus utile et la meilleure des amies, comme elle -était la plus dévouée et la plus courageuse des soeurs. - -Sa correspondance avec la marquise de Bombelles et la marquise de -Raigecourt, dont je dois la communication aux familles de ces deux -nobles dames si dignes de l'affection que leur témoignait la -princesse, met dans une vive lumière l'élévation de l'esprit, la -droiture de la raison, la bonté et l'ouverture de coeur de la soeur de -Louis XVI. Toujours elle s'occupe des intérêts, de la sécurité, du -bonheur de ses deux amies, avant de s'occuper de ses propres -convenances, du bonheur qu'elle aurait à les avoir auprès d'elle. Elle -les aime mieux éloignées et tranquilles qu'en France exposées et -menacées. - -Ses lettres à madame la marquise des Montiers, plus jeune que ses deux -autres amies, et dont elle appréciait l'esprit charmant, l'heureux -naturel, en appréhendant un peu les saillies de son imagination, ont -un autre caractère. La tendresse est la même, mais elle prend un -accent presque maternel pour conseiller, avertir, diriger «_son -démon_», comme elle appelle cette jeune et aimable femme, dans les -situations difficiles où elle se trouve. Ce que Madame Élisabeth aime -par-dessus tout dans ses amies, c'est leur âme. Leur dignité et leur -honneur dans ce monde, leur salut dans l'autre, l'occupent bien -autrement que leur félicité passagère, quoiqu'elle fasse tout pour y -contribuer. Elle a pour elles une amitié vraiment chrétienne, et l'on -voit qu'elle veut continuer éternellement dans le ciel les affections -commencées ici-bas. Ces lettres à madame la marquise des Montiers sont -complétement inédites. J'en dois la communication à l'obligeance de M. -le comte Stanislas des Montiers, heureux comme toute sa famille de -contribuer à tout ce qui peut servir à mettre en relief la gloire de -Madame Élisabeth. - -Ses lettres à madame Marie de Causans, qui se destinait à la vie -religieuse, ont un autre caractère. Elles sont pleines d'une haute -spiritualité, tempérée par cette prudence et ce bon sens qui forment -comme le fond de la nature de Madame Élisabeth. Personne ne parle -mieux de la soumission à la volonté de Dieu et de la résignation que -cette princesse, qui devait pousser cette vertu jusqu'à l'héroïsme. -En même temps elle prémunit la fille de sa vénérable amie, madame de -Causans, contre les entraînements de l'imagination qui font -quelquefois embrasser la vie religieuse à des personnes qui n'ont pas -les dons nécessaires pour s'y sanctifier, et prennent pour une -vocation réelle et durable un dégoût passager du monde ou un chagrin -que le temps emportera avec tout le reste. Madame Élisabeth, si sévère -pour elle-même, condamne le scrupule. Sa religion est sincère, -profonde, pleine d'onction, mais éclairée, et elle s'étonne quand -l'abbé de Lubersac lui donne des détails sur les superstitions que la -population italienne mêle au catholicisme. - -Je ne crois pas que dans toute cette correspondance il y ait des lettres -plus remarquables que celles qui sont adressées à cet abbé de Lubersac, -aumônier de Madame Victoire, qui avait émigré à Rome avec Mesdames de -France, et qui, rentré à Paris dans le mois d'août 1792, périt dans les -massacres de septembre. L'abbé de Lubersac traînait à l'étranger un noir -chagrin;--étaient-ce les malheurs qu'il laissait derrière lui, -étaient-ce ceux qu'il entrevoyait dans les ombres de l'avenir, qui -plongeaient son esprit dans cette morne tristesse?--Madame Élisabeth, -dont l'âme était plus fortement trempée, le soutenait par des conseils -qui prenaient insensiblement la forme d'exhortations. Les rôles -s'étaient peu à peu intervertis sans que les deux correspondants s'en -aperçussent. La princesse soutenait le prêtre et l'aidait à porter sa -croix, faisant ainsi l'apprentissage du rôle sublime qu'elle remplit -plus tard auprès des compagnons de son funèbre itinéraire de la -Conciergerie à l'échafaud. - -Dans cette correspondance, qui remonte jusqu'à l'ancien régime, et à -une époque (1778) où la révolution, comme l'a dit Chateaubriand, ne -frappait pas encore à l'huis de l'histoire, et qui ne se ferme que le -10 août 1792, journée néfaste après laquelle la famille royale -prisonnière entra au Temple, on retrouve, à mesure que les événements -se succèdent, l'impression qu'ils produisent sur Madame Élisabeth, et -l'appréciation qu'elle porte sur les hommes et sur les choses. La -convocation des états généraux, le serment du Jeu de paume, le 15 -juillet et la prise de la Bastille, les journées des 5 et 6 octobre, -avec le lamentable retour à Paris de la famille royale prisonnière, la -constitution civile du clergé, le fatal voyage à Varennes, la journée -du 20 juin, cette préface du 10 août, viennent tour à tour jeter un -sinistre reflet dans les lettres de Madame Élisabeth à ses amies, à -l'abbé de Lubersac, au comte d'Artois. Une de ses plus remarquables -lettres est adressée à ce prince, pour lequel elle avait la plus vive -tendresse, et, si j'ose le dire, une de ces faiblesses de coeur que -les soeurs sérieuses ont pour celui de leurs frères dont l'impétueuse -ardeur a besoin d'être dirigée et retenue. Chose remarquable, Madame -Élisabeth, cette princesse d'un coeur si bienveillant, incline presque -toujours vers les partis de vigueur. Elle comprend que la faiblesse -devant une révolution qui ne perd ni une occasion, ni une concession, -ni une minute, contribue à tout perdre. Elle le répète souvent dans -ses lettres. La vigueur dans la politique, l'union dans le parti -royaliste et dans la famille royale, voilà ce que recommande Madame -Élisabeth; et, dans sa lettre au comte d'Artois, elle insiste de la -manière la plus forte et la plus raisonnable sur la nécessité de ne -pas contrarier à Coblentz la politique de Louis XVI. - -A mesure que les lettres se rapprochent par leurs dates de la fatale -journée du 10 août, la faible lueur d'espérance qui jetait çà et là -quelques reflets lumineux, pâlit et s'éteint. La princesse voit venir -la catastrophe, mais elle sait où est pour elle le poste du devoir, de -l'honneur et de la tendresse fraternelle; elle y reste. Advienne que -pourra! elle remplira jusqu'au bout la sainte et angélique mission que -la Providence lui a donnée. Les _Sursum corda_ reviennent alors plus -fréquents sous sa plume dans ses lettres avec ses amies; elle ne -regarde plus, elle n'espère plus que du côté du ciel. - - * * * * * - -I. - -A MADAME DE BOMBELLES. - -Vous croyez peut-être que je suis consolée, point du tout; d'autant -plus que moi, qui déteste les explications, je viens d'en avoir une -avec ma tante. La Reine y a été ce matin pour lui demander ce qu'elle -avoit hier, et elle lui a dit qu'elle étoit fort mécontente de moi, -parce que je ne lui avois pas écrit avant mon inoculation, et qu'elle -devoit m'en parler. J'y ai donc été ce soir: je suis arrivée chez ma -tante Victoire, qui m'a parlé avec beaucoup d'amitié, et qui m'a dit -que j'avois eu tort de ne leur pas écrire, ce dont je suis convenue, -et lui ai demandé pardon. De là, j'ai été chez ma tante Adélaïde, qui, -le plus aigrement possible, m'a dit: «J'ai parlé à la Reine de vous ce -matin. Que dites-vous de votre conduite, depuis qu'il est question de -vous inoculer?--Comment, ma tante, lui ai-je dit, qu'est-ce que j'ai -fait?--Vous ne nous avez pas seulement remerciées.» Et elle reprit, de -ce que nous nous enfermions avec vous; et pendant Choisy et Marly nous -n'avons pas entendu parler de vous.--Je lui représentai qu'entre ses -deux voyages j'étois venue chez elle et que je l'avois remerciée; -qu'en cela je n'avois fait que mon devoir, mais que je l'avois fait. A -cette réponse, elle s'est un peu embarrassée, et m'a dit entre ses -dents:--Ah! une fois en passant, mais je ne leur avois point -écrit.--Je lui ai dit qu'en cela j'avois eu tort, et que je leur en -demandois pardon; que pour la Muette et Meudon, je n'y avois aucune -part et point de tort.--Elle m'a dit qu'elle ne me parloit point de -cela; et sur ce elle a changé de conversation, étant toujours -embarrassée. En sortant de chez elle, je lui ai encore dit que -j'espérois qu'elle me pardonnoit; elle m'a répondu que ce n'étoit que -la crainte qu'elle avoit eue d'être oubliée de moi qui l'avoit fâchée, -m'aimant beaucoup, et qu'elle espéroit que cela ne seroit jamais.--Je -lui ai dit que je tâcherois de mériter son amitié, et que je lui -demandois de me conserver toujours la sienne. De là je suis revenue et -ai mandé cela à la Reine, et puis à mon petit ange. Je ne puis te -celer que je n'ai que la moitié des torts dont je suis convenue; mais -il faut mettre la paix dans la maison, et dans ce quartier-là il -faudroit au moins M. Le Chat pour l'établir bien solidement. - -A propos, mon ange, je t'en prie, si tu as le temps, fais chercher -Campana; fais-toi peindre pour ta petite servante; dis-lui de faire -ton portrait de la grandeur de ceux des médaillons, et coiffée et -habillée comme celui qu'il a fait de moi, et qui n'est pas comme le -tien. Ne va pas l'oublier, car je te tuerois ainsi que ton fils. -Mande-moi de ses nouvelles, et fais dépêcher Campana. La baronne doit -revenir aujourd'hui, ainsi je ne te charge de rien pour elle, mais dis -à madame de Travanet que je meurs d'envie de la voir; et dis aussi à -la personne qui n'ose se nommer qu'elle ait soin d'acheter des -polonoises, pour pouvoir rester chez la baronne, quand j'irai, ce qui, -j'espère, sera bientôt. En vérité, madame Angélique, vous devez être -bien contente de moi, car mes lettres sont assez longues et les lignes -assez serrées; je vais arranger mes affaires et tu les trouveras en -très-bon ordre. Mande-moi toutes les grimaces qu'a faites ta -belle-soeur pendant le mariage, et toutes les bêtises qu'elle aura -dites, qui certainement t'ont beaucoup ennuyée si tu les as écoutées, -et qui m'amuseront beaucoup en les lisant. Adieu, ma petite soeur -Saint-Ange; il me paroît qu'il y a mille ans que je ne t'ai vue. Je -t'embrasse de tout mon coeur, et suis de Votre Altesse - - La très-humble et très-obéissante servante et sujette. - - ÉLISABETH DE FRANCE, - dite la Folle. - - Ce 27 novembre 1779. - - * * * * * - -II. - -A LA MARQUISE DE CAUSANS. - - Du 3 septembre 1784. - -Je vous ai fait promettre par votre fille de vous rendre un compte -exact de ma journée de lundi[143]. Nous sommes parties à dix heures du -matin: il faisait une pluie à verse; mais, malgré cela, tout le monde -étoit de bonne humeur. Nous sommes arrivées, et avons été sur-le-champ -à l'église; madame de Brébent y est entrée ensuite. La cérémonie a -commencé, et tout s'est passé comme à celle de madame de Fontanges, -excepté qu'elle a communié avec la même hostie sur laquelle elle avoit -prononcé ses voeux; puis on l'a habillée, et elle a été sous le drap -mortuaire. A suivi le moment que j'aime le mieux, qui est le baiser de -paix. Il me fait toujours un effet que je ne puis rendre; c'est de si -bon coeur que nous nous embrassons, quoique nous ne nous connoissions -pas, qu'il est impossible de ne pas être attendrie; mais je n'ai -pourtant pas pleuré: ce n'est pas mon usage. Pour Bombelles, elle -étoit en sanglots, ce qui a été cause de grandes railleries, qu'elle a -soutenues avec plus de courage que la migraine qui a suivi. Plusieurs -de ces dames pleuroient aussi. Ainsi, vous n'eussiez pas été -embarrassée, malgré les assistants. J'ai été fort heureuse, et voilà -tout. Mais, le mercredi, j'avois oublié mon bonheur. Celui que je -goûte ici est tranquille. Je m'occupe beaucoup depuis huit jours que -j'y suis; j'écris des lettres innombrables: cela ne me plaît guère; -mais lorsqu'on passe autant d'heures dans la journée sans voir autre -chose que son chien, ma chère, on n'est pas fâché d'avoir ce genre -d'occupation. Je vous prie de croire que sans cela j'en aurois -beaucoup d'autres; par exemple le dessin. Il y a trois jours que je -crie après M. B.[144] et qu'il ne vient pas: je meurs de peur qu'il ne -soit mort. Quand je dis que je l'attends depuis trois jours, il faut -compter que c'est depuis hier. Je vais commencer un petit dessin pour -les dames de Saint-Cyr; il est charmant. Je n'ai pas dit à [Bombelles] -que c'étoit pour elles, car je crois que cela l'auroit mise de -mauvaise humeur. - -[Note 143: Madame Élisabeth assistait volontiers aux professions -religieuses, y trouvant une sorte d'édification.] - -[Note 144: M. van Blarenberghe, maître de dessin de Madame Élisabeth -et des princes, fils du comte d'Artois.] - -J'attends avec impatience des nouvelles des courses de vos enfants. Je -ne doute pas qu'ils n'aient été reçus à merveille; mais je voudrois -bien qu'il me fût permis de croire à la guérison de votre jambe: je ne -désire rien tant. Enfin, mon coeur, je juge d'après toutes les -souffrances que vous éprouvez, que vous faites votre purgatoire dans -ce monde; car, malgré vos douleurs, votre caractère est toujours le -même: toujours la même amabilité, la même confiance en Dieu, enfin la -même résignation, sans compter toutes les vertus qui naissent de cette -résignation. Comment pouvez-vous, malgré toutes vos douleurs de corps -et d'esprit, vous croire trop heureuse? C'est une grâce bien -particulière de Dieu. Je l'en bénis, et de ce qu'il m'a choisie pour -en être l'instrument. Soyez sûre, mon coeur, que rien ne me peut -faire plus de plaisir que de penser que j'ai pu adoucir un peu -l'amertume de vos maux. Que vous êtes bonne de m'associer à vos -prières! Oui, mon coeur, aucune de vos enfants ne vous oubliera, je -puis vous en répondre. J'oubliois de vous dire que, malgré le monde, -j'avois passé quelque temps avec mon dépôt dans la chambre du conseil, -et une grande partie du reste avec D.[145] et plusieurs autres dames. - -[Note 145: La comtesse Diane de Polignac, dame d'honneur de Madame -Élisabeth.] - -Votre fille fera bien d'arriver, car je serois capable de lui enlever -son trésor. Je sens que je m'y attache beaucoup, et je me propose de -lui en faire peur. - - * * * * * - -III. - -A MADAME MARIE DE CAUSANS. - - 8 décembre 1785. - -Je suis émue et affligée au dernier point, mon coeur, de l'état de -votre mère: l'arrêt de Séguy[146] me fait frémir. J'écrirai à madame -de Lastic[147] pour que l'on trouve des prétextes pour faire rester -votre soeur à Fontainebleau. Ils seront d'autant plus aisés que, -quoiqu'elle soit bien, de longtemps elle ne sera en état d'être -transportée. Si vous ne craignez pas d'attendrir votre mère, dites-lui -combien je partage ses douleurs, que je voudrois les prendre toutes, -que je suis bien affligée de ne pouvoir lui rendre les soins que la -tendre amitié que j'ai pour elle me dicteroit. Il m'en coûte bien, -depuis trois semaines, d'être princesse: c'est une terrible charge -souvent, mais jamais elle n'est plus désagréable que lorsqu'elle -empêche le coeur d'agir. - -[Note 146: Médecin du Roi, n'ayant quartier.] - -[Note 147: Fille du marquis de Montesquiou-Fezensac, qui avait pris -dans la révolution un parti dont sa famille était fort affligée.] - -Vous avez sous vos yeux, mon coeur, le triomphe de la religion: je ne -doute pas que vous n'éprouviez, dans l'occasion, qu'elle seule peut -nous faire supporter le malheur, et, s'il étoit possible, le rendre -léger. Croyez que vous aurez la grâce d'une résignation parfaite à la -volonté de Dieu. Il ne faut qu'un véritable désir pour l'obtenir, et -vous sentez trop combien elle vous est nécessaire pour ne pas la -désirer vivement. Espérez tout de ce Père qui vous aime si tendrement; -il vous soutiendra, il partagera votre peine et la rendra moins -pesante. Pardon, mon coeur, de ce petit morceau de sermon, quoiqu'il -soit médiocre: dans la position où vous êtes, l'on est toujours bien -aise d'entendre un peu parler de Dieu. C'est ce qui m'a encouragée à -cette insolence. - -Je prierai certainement les dames de Saint-Cyr de prier pour votre -mère, et elles le feront de tout leur coeur, car elles aiment beaucoup -votre mère. Je vous en prie, dites-lui que je prie aussi pour elle. -J'ai eu peur, le jour que je l'ai vue, qu'elle ne fût fâchée, parce -que je lui ai dit que je ne priois pas; et quoiqu'elles soient bien -mauvaises, je les fais depuis ce moment exactement. - -Madame de Choiseul[148] n'aura votre lettre que demain, parce que ces -vilains pots[149] sont d'une inexactitude affreuse et qu'elle n'est -arrivée que très-tard: le courrier était parti. Adieu, mon coeur; -j'espère que vous avez un peu d'amitié pour moi: cela me feroit bien -plaisir, vous aimant beaucoup. Je vous embrasse de tout mon coeur. - -[Note 148: Madame la comtesse de Choiseul-Gouffier, femme de -l'ambassadeur du Roi à Constantinople.] - -[Note 149: Voitures du temps qui étaient encore en usage sous la -Restauration et stationnaient sur la place Louis XV; elles étaient -alors connues sous le nom de coucous.] - - * * * * * - -IV. - -A MADAME MARIE DE CAUSANS. - - 14 décembre 1785. - -Votre lettre m'a touchée, mon coeur, à un point que je ne puis rendre -que foiblement: la résignation et le courage de votre mère, son désir -de recevoir encore Celui qui lui donne la paix et la tranquillité, -l'état où vous êtes, tout ce que vous me dites, m'a émue à un point -extrême. J'ai été bien attendrie de son souvenir, je vous l'ai déjà -dit, mon coeur; mais je ne puis trop le répéter: c'est une vraie peine -pour moi de ne pouvoir la soigner. Si je n'avois pas craint de -l'émouvoir, j'aurois au moins été la voir; mais je me suis refusé -cette consolation. Mais, mon coeur, si elle marquoit le moindre désir -que j'y allasse, j'espère que vous me le manderiez, et que vous -n'auriez nulle crainte de me faire voir un spectacle aussi touchant: -il ne pourroit que m'édifier. Cependant, ne faites point naître ce -désir: il seroit trop dangereux s'il ne venoit point d'elle. - -Il seroit bien difficile que vous ayez des consolations sensibles dans -le moment où vous êtes; mais votre résignation vous en attirera; et si -vous voulez bien vous examiner, mon coeur, le calme que vous -ressentiez ce matin ne vient-il pas de Dieu, peut-être même de la -lecture que vous avez faite cette nuit, qui ne vous a point fait effet -dans le moment, mais qui a gravé dans votre coeur les vérités qu'elle -contient, et dont vous vous faites l'application sans vous en douter? -Croyez que Dieu a beau avoir l'air sévère, il est toujours plein de -miséricorde pour ceux qui le servent fidèlement. Ne recherchez point -des consolations dans ce moment, ce ne seroit pas le moyen d'en -obtenir; contentez-vous de continuer, comme vous faites, à lui offrir -à tous moments vos peines et le sacrifice qu'il exige peut-être de -vous. Regardez en même temps tout ce qui peut être un sujet de -consolation: jugez votre malheur d'après celui des autres, et vous -verrez encore que vous êtes moins à plaindre que vos soeurs. Vous -jouissez au moins des derniers moments où vous pouvez voir, entendre -votre mère, et lui rendre tous les soins que votre coeur vous dicte; -au lieu qu'elles joindront au malheur de ne la plus voir celui de ne -l'avoir pas vue jusqu'au dernier moment. Que cette idée vous fasse -supporter votre peine, sans vous pénétrer de celle à venir des autres. -Raigecourt ne saura pas de sitôt nos inquiétudes; je prierai madame de -Lastic de me mander quand elle voudra revenir, pour que vous y -envoyiez quelqu'un. On ne m'avoit point mandé qu'elle fût inquiète et -agitée, mais qu'elle parloit souvent de son fils, et qu'on la -distrayoit de cette idée. Je n'en suis pas fâchée; cela prouve qu'elle -recouvre toutes ses facultés. Le pauvre curé qui a eu la bêtise de lui -dire, en a, dit-on, une attaque de chagrin. Je suis bien aise pour -votre mère, et pour vous surtout, que l'abbé Lenfant[150] soit venu; -il vous aura fait du bien par sa morale et sa douceur, qui prêche -aussi bien que lui. - -[Note 150: Né à Lyon le 6 septembre 1726, l'abbé Lenfant, jésuite, -avait été prédicateur du roi de Pologne Stanislas et de l'empereur -Joseph II. Rentré en France, il fut choisi par Louis XVI pour son -confesseur, lorsque l'abbé Poupart, curé de Saint-Eustache, eut prêté -serment à la constitution civile du clergé. Conduit à l'Abbaye après -la catastrophe du 10 août, il y fut massacré dans la matinée du 3 -septembre. - -«Le lundi 3 septembre, raconte Saint-Méard, à dix heures du matin, -l'abbé Lenfant et l'abbé de Rastignac parurent dans la tribune de la -chapelle qui nous servoit de prison. Ils nous annoncèrent que notre -dernière heure approchoit, et nous invitèrent à nous recueillir pour -recevoir leur bénédiction. Un mouvement électrique impossible à -définir nous précipita tous à genoux, et, les mains jointes, nous la -reçûmes. Ce moment, quoique consolant, fut un des plus terribles que -nous ayons éprouvés. A la veille de paroître devant l'Être suprême, -agenouillés devant deux de ses ministres, nous présentions un -spectacle indéfinissable. L'âge avancé de ces deux vieillards (l'abbé -Lenfant avait soixante-dix ans), leur position au-dessus de nous, la -mort planant sur nos têtes et nous environnant de toutes parts, tout -répandoit sur cette cérémonie une teinte auguste et lugubre; elle nous -rapprochoit de la Divinité; elle nous rendoit le courage; tout -raisonnement étoit suspendu, et le plus froid, le plus incrédule en -reçut autant d'impression que le plus ardent et le plus sensible. Une -demi-heure après, ces deux prêtres furent massacrés, et nous -entendîmes leurs cris. (_Agonie de trente-huit heures._)] - -J'espère, mon coeur, que vous serez convaincue que dans tous les temps -vous trouverez en moi une amie prête à vous rendre tous les services -que cette même amitié exigera, et que je n'oublierai jamais celle que -votre mère veut bien avoir pour moi, qui en suis peut-être digne par -le prix que j'y attache et le tendre retour dont je la paye. Je vous -embrasse mille fois de tout mon coeur. J'espère que vous ne montrez -mes lettres à personne: elles ne sont bonnes que pour vous, qui voulez -bien les souffrir. - - * * * * * - -V. - -A MADAME MARIE DE CAUSANS. - - [Cette lettre est écrite au commencement de l'année 1786, après - la réception de celle qui annonçait la mort de madame de Causans, - arrivée le 5 janvier 1786.] - -Votre lettre m'a pénétrée, mon coeur, et d'admiration et de douleur. -Oui, certainement, votre mère jouissoit déjà du bonheur qui lui est -réservé: il est impossible de n'être pas consolé de la voir pénétrée -de l'amour de Dieu et du désir de le posséder à jamais. Vous êtes bien -heureuse, mon coeur, d'avoir aussi bien profité des exemples d'un -aussi bon modèle. Dieu vous en récompensera, en vous accordant les -grâces dont vous avez besoin dans cette occasion. Ayez confiance en -lui, mon coeur: il n'abandonnera ni votre soeur ni vous, et lui -donnera la force de soutenir cet assaut. Votre frère mandera à madame -de Lastic ce qu'il voudra qu'elle fasse: elle pense qu'il faut -attendre, pour commencer à lui dire que votre mère est malade, qu'elle -soit retournée et l'amener à Versailles, sans lui rien dire de plus, -pour éviter qu'elle retombe malade là-bas. Lorsqu'elle le saura, il me -semble que rien ne peut vous empêcher de venir la voir. Cependant je -vous prie de ne pas le faire sans que les médecins aient décidé qu'il -n'y a pas d'inconvénients. Et soyez sûre que nous hâterons ce moment -le plus que nous pourrons pour la consolation des deux, car je ne -doute pas qu'elle ne le désire beaucoup. - -Vous n'avez pas besoin de la prier de se souvenir de vous. Soyez sûre, -mon coeur, qu'elle ne cessera de veiller sur ses enfants, et de -demander tout ce qui leur sera utile: aussi suis-je bien -reconnoissante que vous m'ayez mise du nombre. Je redoute, comme vous, -ces foiblesses qui vous ont effrayée: il faut mettre, à son exemple, -nos craintes et nos désirs au pied du crucifix; lui seul peut nous -apprendre à supporter les épreuves auxquelles le Ciel nous destine. -C'est là le livre des livres, mon coeur: lui seul élève et console -l'âme affligée. Dieu étoit innocent, et il a souffert plus que nous ne -pourrons jamais souffrir et dans notre coeur et dans notre corps: ne -devons-[nous] pas nous trouver heureuses d'être aussi intimement unies -à Celui qui a tout fait pour nous? Que cette idée nous encourage, mon -coeur, nous fortifie! Il y a de cruels moments à passer dans la vie; -mais c'est pour arriver à un bien précieux pour quiconque est un peu -pénétré d'amour de Dieu: et qui sait si nous n'y serons pas bientôt, à -cet instant redouté de tant de personnes, et si désiré de votre mère! -Tâchons de mériter qu'il soit aussi calme et aussi exemplaire. - -Quoique je vous exhorte, mon coeur, à la résignation, je puis vous -assurer que je suis bien loin de l'être et pénétrée des grandes -vérités dont je vous parle. - -Je n'ai point envoyé Loustonneau à Fontainebleau; c'est lui qui, par -amitié pour votre soeur, y a été: il reviendra demain, l'après-midi. -Adieu, mon coeur; j'espère que vous êtes convaincue de l'amitié que -j'ai pour vous, et que je n'ai pas besoin de vous l'assurer davantage. - -Si vous allez à Suzy, vous continuerez à m'écrire, lorsque vous en -aurez envie et besoin. Je n'en sais plus l'adresse. Je vous embrasse -de tout mon coeur. - - * * * * * - -VI. - -A MADAME MARIE DE CAUSANS. - - Ce 10 avril 1786. - -Enfin, mon coeur, cette lettre vous trouvera à Paris. Je suis une bien -ingrate créature: vous êtes si généreuse dans vos sacrifices, qu'il -est indigne à moi de vous parler du bonheur que j'éprouve de sentir -votre soeur plus près de moi. Je voudrois bien être déjà au mardi de -Pâques: cela n'est pas trop bien; car cette semaine est bien bonne, -bien sainte, bien capable de renouveler en nous cette ferveur qui a -tant de penchant à se refroidir. Vous serez peut-être affligée de vous -retrouver à Paris, et vous le serez surtout d'entrer à Bellechasse: -cela est parfaitement simple; mais, mon coeur, vous êtes destinée à y -vivre; il faut vous y rendre heureuse; et pour cela il faut vous faire -un plan de vie tout occupée, où le monde n'entre pour rien, dont rien -ne vous dérange, que vous suiviez du moment même où vous aurez mis le -pied dans le couvent. Vous allez me trouver bien sévère; mais, mon -coeur, l'homme est si foible, que nécessairement il se relâche -toujours dans ses bonnes résolutions; et vous seriez bien étonnée si, -ne vous ayant pas forcée dans le commencement, malgré tout ce que vous -vous êtes promis, de découvrir, au bout de deux mois, que vous n'avez -pas suivi votre plan, et que vous avez une peine presque insurmontable -à vous y remettre! Je vous en parle par expérience: j'ai été -très-dissipée cette année; le voyage de Saint-Cloud, et même l'été, -m'avoient absolument ôté le goût de la vie presque solitaire que je -mène. Je m'ennuyois, je me déplaisois chez moi; et enfin, si une grâce -particulière ne fût venue m'aider, j'aurois peut-être fini par haïr -parfaitement la vie tranquille et douce, loin du tumulte de ce monde, -qui n'a que trop de charmes pour un coeur qui craint de rentrer en -lui-même et de se voir tel qu'il est. Vous êtes, Dieu merci, loin de -cet état; mais vous avouez vous-même que vous aimeriez le monde, le -spectacle: vous n'y êtes pas destinée; votre état, votre âge, vos -principes, les ordres de votre mère. Il faut donc éviter tout ce qui -peut vous faire sentir ce vide, cet abandon, ce besoin que votre coeur -a d'attachements, toutes armes dont le démon se sert et dont il se -servira avec bien plus de force et de malice dans le moment où vous -quitterez votre soeur. Il faut user de votre courage, mon coeur, de -votre religion. Vous avez le bonheur d'avoir un confesseur en qui vous -pouvez avoir toute confiance; c'est un grand don du Ciel: profitez-en: -ouvrez-lui votre coeur sans aucune réserve; la plus petite vous -priveroit peut-être de bien des grâces; et quel soulagement -n'éprouve-t-on pas de pouvoir verser toutes ses peines dans le sein -d'un ami sincère, éclairé, qui vous présentera toujours le véritable -remède, qui vous entendra parfaitement lorsque vous lui parlerez de -votre mère, de vos regrets, des lumières que vous trouviez en elle et -qui vous manquent maintenant; qui vous rappellera les grands exemples -qu'elle vous a donnés toute sa vie! - -J'ai fait mes pâques ce matin; je me suis remis à la mémoire une -certaine semaine sainte que j'ai passée avec votre mère. Que nous -étions heureuses! jamais je n'en passerai de pareille. Mais elle m'a -promis que je persévérerois; elle en sera la cause: ses exemples -pendant sa vie, cette dernière parole, la lettre qu'elle m'a écrite, -tout me donne de la confiance. Vous lui avez dit de me regarder au -nombre de ses enfants: ah! j'y suis bien de coeur, car je l'aimois -bien tendrement. Mais j'ai peur de vous attendrir en vous rappelant un -souvenir aussi touchant que pénible pour votre coeur. Je me suis -laissée aller au désir du mien en parlant d'un objet aussi intéressant -pour l'un que pour l'autre: n'en parlez pas à votre soeur; sa santé -exige plus de ménagement. Pardon aussi de mon sermon. - - * * * * * - -VII. - -A LA MARQUISE DE BOMBELLES. - - Samedi [vraisemblablement de l'année 1786]. - -Je possède au monde deux amies, et elles sont toutes deux loin de moi. -Cela est trop pénible: il faut absolument que l'une de vous revienne. -Si vous ne revenez pas, j'irai à Saint-Cyr sans vous, et je me -vengerai encore en mariant notre protégée sans vous. Mon coeur est -plein du bonheur de cette pauvre enfant qui pleure de joie, et vous -n'êtes pas là! J'ai visité deux autres familles pauvres sans vous! -J'ai prié Dieu sans vous! Mais j'ai prié pour vous, car vous avez -besoin de sa grâce, et j'ai besoin qu'il vous touche, vous qui -m'abandonnez. Je ne sais pas comment cela se fait, je vous aime -cependant toujours tendrement. - - ÉLISABETH-MARIE. - - * * * * * - -VIII. - -A MADAME DE BOMBELLES. - - Ce 27 novembre 1786. - -Tu vois que je t'obéis, mon enfant, car me voilà encore. Tu me gâtes; -tu m'écris bien exactement, cela me fait bien plaisir; mais j'ai peur -que tu ne te fasses mal à la tête. Il faut te ménager. Je prêche -contre mon intérêt, car je suis bien heureuse lorsque je reconnois ton -écriture; mais je t'aime, et j'aime mieux la santé que tout. Je suis -bien aise que tu souffres mon bavardage avec tant de patience. Tu dis -que Fontainebleau ne m'a pas gâtée, j'aime à le croire. Tu trouveras -peut-être cette phrase un peu orgueilleuse; mais je t'assure, mon -coeur, que je suis pourtant loin de croire que je puisse en rester là. -Je sens que j'ai encore bien du chemin à faire pour être bien selon -Dieu. Le monde juge bien légèrement, et sur peu de chose il vous -établit une bonne ou mauvaise réputation. Il n'en est pas ainsi de -Dieu: il ne vous juge que sur l'intérieur; et plus l'on en impose au -dehors, plus il sera sévère pour le dedans. Je lisois l'autre jour un -discours de l'abbé Asselin[151], sur la nécessité de se sanctifier, -chacun dans l'état où le Ciel l'a placé; je vous assure, mon coeur, -qu'il fait frémir pour ceux qui disent: «Je veux être bien, mais je -n'ai pas la prétention d'être saint.» Il relève cela avec une force -qui en prouve le ridicule d'une manière où il n'y a rien à répliquer. -En tout, ce livre est superbe. Je suis fâchée de ne l'avoir pas connu -avant ton départ, car je suis sûre qu'il t'auroit fait plaisir. Je ne -sais si je t'ai dit que tu m'avois redonné du zèle pour l'abbé Nollet. -Je vais le reprendre avec un peu plus de suite. J'aimerai à m'occuper -de ta science favorite[152]; mais je n'espère pas y réussir comme -toi:--Souvent mon esprit est ailleurs. - -[Note 151: Ce docteur de Sorbonne, principal du collége d'Harcourt, -était né à Vire en 1682, et avait pris le goût de la poésie dans la -compagnie de Thomas Corneille. Ses vers, empreints d'un caractère -religieux, furent couronnés aux Jeux floraux, voire à l'Académie -française; ce qui ne l'empêcha pas de mourir presque ignoré dans sa -retraite, à Issy, le 11 octobre 1767.] - -[Note 152: La physique, dont l'abbé Nollet avait fait une étude -particulière, et dont il avait répandu le goût en France. Ce savant, -né en 1700 au village de Pimpré, près de Noyon, mourut entre les bras -de ses élèves le 24 avril 1770, aux galeries du Louvre, où le Roi lui -avait accordé un logement.] - -Je suis convaincue de ce que tu me mandes de tes succès: tu es faite -pour en avoir. Si en France on a le mauvais goût de ne pas admirer ta -grâce, au moins tu as la consolation de savoir que l'on t'aime pour de -meilleures raisons. Je ne serois pas fâchée que la nécessité de faire -des frais et de te rendre aimable te donne un peu plus d'habitude du -monde, quoique tu aies ce qu'il faut pour y être bien, et qu'en effet -tu y sois très-joliment. Un peu plus d'habitude ne te fera pas de mal. -Je suis bien insolente ou bien mondaine, n'est-il pas vrai, mon coeur? -Tu me pardonnes, j'espère, le premier, et tu ne crois pas au second. -Ne va pourtant pas prendre les manières portugaises. Elles peuvent -être parfaites, mais j'aime que tu ne te formes pas sur elles. Tu es -bien bête d'avoir eu peur à tes audiences, puisque ton compliment -étoit fait. Je trouve qu'il n'est embarrassant de parler que lorsque -l'on ne s'est pas fait un discours. Étoit-il de toi? J'ai bien ri de -ton _molto obligato_: cela tient beaucoup de l'_effecticement_ de ton -cher cousin. - -J'ai bien envie de savoir des nouvelles de Charles. S'il étoit ici et -que tu t'avisasses d'être inquiète, je me moquerois bien de toi. Aussi -ne le suis-je pas; mais je voudrois que tu dormisses; rien n'est plus -sain pour toi. - -Je suis à Montreuil depuis neuf heures; il fait un temps charmant. Je -me suis promenée avec R...[153] pendant une heure presque trois -quarts. Lastic est restée avec Amédée, qui est grandie et embellie que -c'est incroyable. Madame d'Albert de Rioms vient dîner chez moi, ce -qui fait que ma lettre sera moins longue. Il faut pourtant que je te -conte que madame du Chastelet est dame d'honneur de ma tante; après -avoir bien dit qu'elle ne vouloit pas faire planche, elle a accepté. -Je trouve que c'est complétement ridicule d'avoir fait bien du bruit, -pour finir par se soumettre à la volonté du Roi, qui ne veut pas la -titrer, car voilà ce qui lui tenoit au coeur. On est malheureux -d'être ambitieux. Cela fait faire souvent de grandes bêtises. Ton -collègue me fait frémir, et je suis bien aise que M. de Bombelles ne -soit pas tenté de le prendre pour modèle. A propos de lui, la duchesse -de Duras, que j'ai vue hier (et avec qui je suis comme un bijou), est -un peu fâchée contre ton mari. Il lui avoit promis des instructions -pour son fils, devoit les lui porter, ensuite les lui envoyer de -Brest; mais il en a été comme de mon voyage, il est parti sans les lui -donner. Elle m'en a parlé d'une manière qui t'auroit touchée, sans -aucune aigreur; mais les larmes lui sont venues aux yeux en pensant -que c'étoit un moyen de moins pour préserver son fils des dangers -auxquels il va être exposé. Que ton mari répare bien vite avec toute -la grâce dont il est capable. Tu as bien raison, mon coeur, de -t'appliquer dans les commencements à te vaincre; sans madame de -Travanet, tu serois perdue si tu cédois une fois, et deux ans sont -bien longs à passer ensemble. Nous en parlerons plus amplement dans un -autre moment. Je me dépêche trop pour avoir le sens commun, et je -griffonne trop. Adieu; ces dames t'embrassent de tout leur coeur, et -moi aussi. Que n'est-ce vrai! - -[Note 153: Madame de Raigecourt.] - - * * * * * - -IX. - -A MADAME DE BOMBELLES. - - Ce 9 avril 1787. - - (_Lisez Mathieu Loensberg_[154].) - -[Note 154: Ces trois mots, placés en tête de la lettre, sont de la -main de Madame Élisabeth.] - -M. de Calonne est renvoyé d'hier; sa malversation est si prouvée, que -le Roi s'y est décidé, et que je ne crains pas de te mander la joie -excessive que j'en ressens et que tout le monde partage. Il a eu ordre -de rester à Versailles jusqu'au moment où son successeur sera nommé, -pour lui rendre compte des affaires et de ses projets. On vient de me -mander que c'étoit M. de Fourqueux qui le remplace. On me mande aussi -que M. le Garde des sceaux est renvoyé, et M. de La Moignon a sa -place. Je sais toujours si mal les nouvelles, par des voies si peu au -fait, que je n'ose pas t'assurer ces dernières. Mais pour M. de -Calonne, j'en suis bien sûre. Une de mes amies disoit, il y a quelque -temps, que je ne l'aimois pas, mais que dans peu je changerois. Je ne -sais si son renvoi y contribuera; il auroit fallu qu'il fît bien des -choses pour me faire changer sur son compte. Il doit être un peu -inquiet sur son sort. On dit que ses amis font une très-bonne -contenance. Je crois que le diable n'y perd rien, et qu'ils sont loin -d'être satisfaits. C'est M. de Montmorin qui lui a donné son audience -de congé. J'espère que le baron de Breteuil n'aura pas voulu s'en -charger; cela lui feroit honneur[155]. L'Assemblée continuera comme -auparavant et sur les mêmes plans. Les Notables parleront avec plus de -liberté, quoiqu'ils ne s'en gênassent guère, et j'espère qu'il en -résultera du bien. Mon frère a de si bonnes intentions, il désire tant -le bien, de rendre ses peuples heureux; il s'est conservé si pur, -qu'il est impossible que Dieu ne bénisse pas toutes ses bonnes -qualités par de grands succès. Il a fait ses pâques aujourd'hui. Dieu -l'aura encouragé, lui aura fait connoître la bonne voie: j'espère -beaucoup. Dans son compliment, le prédicateur l'a infiniment encouragé -à prendre conseil de son coeur. Il avoit bien raison, car il est bien -bon et bien supérieur à toute la Cour réunie. J'ai l'air d'une vraie -campagnarde; je te dis que l'on m'a mandé tout cela, c'est que je suis -à Montreuil depuis midi. J'ai été à vêpres à la paroisse. Elles sont -aussi longues que l'année passée, et ton cher vicaire chante l'_O -filii_ d'une manière aussi agréable. Des Es. a pensé éclater, et moi -de même. - -[Note 155: Le baron de Breteuil, alors ministre de la maison du Roi et -du département de Paris, avait été représentant du Roi près l'électeur -de Cologne, près Catherine II, près le roi de Suède, puis avait -remplacé le cardinal Louis de Rohan près l'empereur d'Autriche. Dans -les phases diverses de sa carrière, il avait conquis l'estime de tous -les gens de bien.] - -Je suis au désespoir du sacrifice que tu me fais de ton singe, -d'autant que je ne pourrai le garder; ma tante Victoire a une peur -affreuse de ces animaux et seroit fâchée peut-être que j'en eusse un. -Ainsi, mon coeur, malgré toutes ses grâces et la main dont il me -vient, il faudra s'en détacher. Si tu veux, je te le renverrai, sinon -j'en ferai présent à M. de Guéménée. J'en suis au désespoir, je sens -que c'est très-maussade, que cela te contrariera beaucoup, et j'en -suis d'autant plus fâchée. Ce qui me console, c'est qu'à cause de tes -enfants tu serois peut-être obligée de t'en défaire, parce que cela -pourroit être dangereux. - -Félicie devient très-gentille, sa tache s'efface beaucoup; j'espère -qu'elle ne paroîtra pas du tout. Avant ton arrivée, quoique je sois -charmée du départ de M. de Calonne, j'ai peur que la petite ne s'en -affecte pour son père, quoique pourtant il n'y gagne ni n'y perde, pas -même un protecteur. - -Tu es d'une philosophie qui m'enchante, mon coeur; tu en seras plus -heureuse, et tu sais si je désire de te le savoir. Je ne comprends pas -trop pourquoi tu dis que M. de C.[156] est mauvais politique; il me -semble que l'on est fort content de lui, qu'il a fait d'assez belles -choses, et que M. de Ségur vient de faire la bêtise la plus pommée que -l'on puisse voir en accompagnant l'Impératrice sur la route de -Kherson. Elle remue terriblement, la bonne dame, ce qui me déplaît -beaucoup: je suis partisante du repos. En conséquence, ce que je t'ai -mandé pour Minette n'aura, je crois, pas lieu. Ce n'étoit pas un homme -assez bien né. Pour l'autre, mon coeur, je crois qu'il faut attendre -comme nous avons déjà fait. Il y a bien des choses à voir et pour elle -et pour moi. Car il ne suffit pas de trouver des gens qui prêtent; il -faut voir comment on rendra, et si l'on ne se mettra pas dans -l'impossibilité de faire d'autre chose nécessaire et pour le moins -aussi juste. Tout cela, mon coeur, il sera temps d'y penser quand -j'aurai vingt-cinq ans. Jusque-là..... - -[Note 156: Le maréchal de Castries.] - - * * * * * - -X. - -A MADAME DE BOMBELLES. - - Ce 8 février 1788[157]. - -[Note 157: La reproduction de cette lettre et des deux suivantes, -jusqu'à ce jour inédites, est interdite.] - -Ta lettre me fait bien de la peine, ma petite, par l'excessive -inquiétude où tu étois de la pauvre Félicie. Tu auras su, bientôt -après, sa mort, et le courage de sa mère; elle va bien à présent: -l'enfant qu'elle va avoir la distraira de la perte qu'elle a faite, -surtout nourrissant. Elle t'aura sûrement mandé que tous les avis de -ce pays étoient contre, et que c'est un médecin de Stuttgard qui l'a -décidée; j'ai peur qu'elle n'ait pas tout à fait raison. Cependant -comme elle mènera une vie plus calme qu'à sa première nourriture, -l'enfant pourra devenir plus fort. Je crois qu'elle ne me pardonneroit -pas si elle savoit ce que je pense sur cela. Je voudrois bien que tu -eusses le temps de la voir un peu avant son départ. Je ne t'avois -point parlé de la maladie de Félicie, parce que ta mère étoit à Paris, -et que je ne savois pas ce que l'on te mandoit, ce qui a fait que je -ne t'ai pas écrit aussi la première poste après sa mort. - -J'ai montré à ta mère ce que tu me marques pour ton logement; je -voudrois que tu eusses celui de la Chapelle, mais il ne te convient -pas, à ce que l'on te dit, et puis il est bien un peu cher, je crois -qu'il va à cinq mille livres; mais il a l'agrément d'être le plus près -de la pièce du Dragon, quoiqu'il y ait une très-petite rue à passer; -enfin, ta mère, ton frère, la Chapelle, amies et Raigecourt, s'en -occupent tant qu'ils peuvent; ainsi, si tu n'es pas bien logée, ce -sera faute de s'entendre, plutôt que manque de s'en occuper. - -Mon neveu[158] est toujours dans un état très-inquiétant, l'on ne s'en -doute pas, ce qui me fait espérer qu'il s'en tirera; car, si tu t'en -souviens, cela lui a porté bonheur dans le temps où il a été à la -Muette. Cette tranquillité évite bien des peines, mais aussi le coup -est-il bien plus cruel lorsqu'il est inattendu. Je crois t'avoir déjà -dit tout cela, mais c'est que j'en suis pénétrée. - -[Note 158: Le premier Dauphin.] - -Raigecourt est toujours grosse, et je crois que, cette fois-ci, c'est -pour tout de bon: elle a passé l'époque de sa seconde fausse couche et -se ménage assez pour croire qu'elle n'aura pas d'accidents; le seul -qu'elle ait jusqu'à ce moment, ce sont des maux de coeur affreux et -une peur pas mal grande, qu'elle a dissimulée le plus qu'elle peut, -mais qui, malgré cela, est très-visible. Si par hasard tu lui écris, -ne lui en parle pas. - -Le Parlement, dit-on, va encore s'assembler pour les lettres de -cachet. Tout cela est du rabâchage pour ce moment-ci. Je voudrois -qu'il ne fut plus question de lui lorsque tu reviendras, pour le bien -que je te veux, car il est bien ennuyeux, presque autant que le temps, -qui, hier, étoit superbe, doux, un beau soleil; aujourd'hui, il fait -noir et froid, ce qui, comme tu sais, ne m'empêche pourtant pas de -sortir. En conséquence je te quitte pour aller rejoindre M. Huvé[159], -et donner des ordres. Je suis tout étonnée de penser que, l'année -prochaine, je serai au moment de coucher ici; je sens que cela me -paroîtra tout drôle. Adieu, ma petite, je t'aime et t'embrasse de tout -mon coeur. - -[Note 159: Architecte des bâtiments royaux, restaurait en ce moment la -maison de la princesse.] - -J'oubliois de te dire que je trouve ton D. un drôle d'homme de -s'enflammer comme cela pour quelqu'un qu'il n'a jamais vu; tu feras -très-sagement de traîner cette affaire en longueur, car je ne crois -pas qu'elle ait lieu, et il vaut mieux que tu sois ici lorsqu'elle -sera rompue tout à fait. Si tu étois encore en colère lorsque tu auras -reçu ma lettre, tu l'auras tournée contre moi d'après ce que je te -mandois, et cette idée m'affecte considérablement. Mon seul espoir est -que ta fureur n'aura pas été longue. Adieu. Je te quitte tout de bon. - - * * * * * - -XI. - -A MADAME DE BOMBELLES. - - Sans date, mais vers 1788 ou 89. - -J'en suis à désirer que ton pauvre frère soit délivré de tous ses -maux, et que sa vie ne se prolonge pas aux dépens de tout ce qu'il -souffre au physique et au moral. Je suis désespérée de ne pouvoir -partager les soins, et pense avec bien de la peine à l'état -d'affliction où tu es en ce moment-ci. J'ai vu, ce matin, le -baron[160]. J'y ai mené Bombon, qu'il a beaucoup caressé. J'ai été -fort contente de ma conversation avec lui, et il a fini par me -promettre de parler à la Reine et à la duchesse de Polignac. La seule -chose qui m'ait déplu, c'est qu'il m'a dit qu'on vouloit donner -C.....[161] à M. de la Luzerne. Il veut que je parle aussi à la Reine, -mais il ne veut pas absolument que je parle de Dresde, prétendant -qu'il ne faut lui présenter aucunes difficultés qui demandent -réflexion, et je me suis promis, malgré cela, en me gardant bien de le -lui dire, que je la prierois de déclarer qu'elle ne vouloit pas que tu -fusses davantage en Allemagne. Somme toute, je suis contente. Je te -ferai plus de détails quand je te verrai. Quoique ma lettre ennuie -beaucoup les personnes qui me la voient écrire, il faut encore que je -te dise que Rayneval, chez qui j'ai été avec madame Duval, m'a dit que -le baron sortoit de chez lui, et qu'il lui avoit beaucoup parlé de -toi. J'ai pensé que mon audience du matin n'y avoit rien gâté. Il faut -encore que je te dise que j'ai fait un grand éloge au baron de ta -raison, du froid et de la résignation avec lesquels tu soutenois -toutes les persécutions que tu avois éprouvées; il est convenu de tout -cela, et m'a dit qu'il avoit été parfaitement content de la manière -dont tu lui avois parlé au sujet de tes affaires. Adieu, mon enfant, -donne-moi de tes nouvelles demain matin; remercie ta soeur de ce -qu'elle a bien voulu m'écrire, et dis à madame de Bombelles tout ce -que j'éprouve pour elle dans ce moment-ci. - -[Note 160: M. de Breteuil.] - -[Note 161: Constantinople. Cette ambassade, dont les émoluments -étaient considérables, était l'objet de l'ambition de M. de Bombelles, -qui n'avait point de fortune, avait déjà plusieurs enfants, et était, -par sa position officielle, obligé à une grande représentation. B.] - - * * * * * - -XII. - -A MADAME DE BOMBELLES. - -Je suis dans l'enchantement de l'énorme gratification qu'on vous a -donnée; j'ai peur que le Roi ne se ruine avec ces libéralités-là. Si -j'étois de ton mari, malgré la modestie de cette somme, je la -laisserois à M. d'Harvelay, pour prouver à M. de Vergennes que vous -demandez davantage, parce que vous en avez véritablement besoin, et -pour qu'il voie bien que c'est pour payer vos dettes, et que, puisque -vous donnez un si petit à-compte, quand vous en aurez davantage, vous -l'emploierez au même usage. J'espère bien que l'année prochaine il -vous en donnera un peu plus. J'ai commencé par la lettre de M. de -Vergennes, je lisois bien vite, parce que je croyois que j'allois -voir des choses superbes, et j'ai été un peu étonnée. Au reste, après -avoir bien réfléchi, je ne crois pas que cela soit mauvaise volonté de -sa part; mais comme on a été obligé de donner des gratifications pour -les fêtes, elles ont pu gêner et diminuer celle-là. - -Adieu, mon coeur, j'espère que votre médecine vous fera du bien; -tâchez de vous calmer. - - * * * * * - -XIII. - -A MADAME MARIE DE CAUSANS. - - [Dans les premiers mois de 1789.] - -Oui, certes, mon coeur, je vous écrirai avant que vous soyez au -noviciat; mais j'espère bien qu'il ne vous sera pas défendu de -recevoir des lettres après. Il est vrai que nous serons plus gênées -par l'inspection de la maîtresse; mais cela ne m'empêchera pas de vous -dire tout ce que je pense. Vous serez peut-être étonnée, mon coeur, -que, d'après toutes les réflexions, consultations et épreuves que vous -avez faites, je ne sois pas encore assez convaincue de la solidité et -de la réalité de votre vocation, pour ne pas craindre que vous n'ayez -pas réfléchi comme il faut. Premièrement, mon coeur, on ne peut -connoître si une vocation est vraiment l'ouvrage de Dieu, que lorsque -avec le désir de suivre sa volonté, l'on s'est pourtant permis de -combattre de bonne foi le penchant qui porte à se consacrer à lui; -sans cela, l'on court le risque de se méprendre, et de suivre une -ferveur passagère qui tient souvent au besoin du coeur, qui, n'ayant -pas d'objets d'attachement, croit se sauver du danger d'en former que -le Ciel n'approuveroit pas, en se consacrant à Dieu. Ce motif est -louable, mais il ne suffit pas; il tient à la passion, il tient au -désir et au besoin que le coeur a de former un lien qui le remplisse, -dans le moment, tout entier. Mais, je vous le demande, mon coeur, Dieu -peut-il approuver cette offrande? peut-il être touché du sacrifice -d'une âme qui ne se donne à lui que pour se débarrasser d'elle-même? -Vous savez que, pour faire un voeu quelconque, il faut une volonté -libre, réfléchie, dénuée de toute espèce de passion; il en est de même -pour celui d'une religieuse, et ces dispositions sont encore plus -essentielles. Le monde vous étoit odieux; mais étoit-ce dégoût ou -regret? Ne croyez pas que si ce dernier l'emportoit, votre vocation -soit naturelle et vraie. Non, mon coeur, le Ciel vous envoyoit une -tentation, il falloit la supporter, et ne prendre votre résolution de -vous consacrer à lui que lorsqu'elle auroit été passée. - -Deuxièmement, mon coeur, il faut avoir l'esprit bien mortifié pour -prendre l'engagement que vous voulez prendre. Voilà l'essentiel, la -véritable vocation. Tout ce qui tient au corps coûte peu, l'on s'y -accoutume; mais il n'en est pas de même de ce qui tient à l'esprit et -au coeur. - -Vous êtes tranquille sur le compte de d'Ampurie[162] parce que vous -avez consulté l'archevêque; je rends hommage à ses vertus avec -plaisir, mais permettez-moi de vous dire que, de l'aveu de ceux qui le -connoissent le plus, il est impossible d'être moins capable de -conduire une âme. Je ne vous en parle pas seulement d'après les -autres, mon coeur, c'est d'après ce que j'ai vu. J'ai été dans le cas -de connoître un prêtre que l'archevêque avoit laissé prêt à se livrer -au plus grand désespoir, qu'il n'imaginoit de secourir ni de conseils -ni de tout ce qui pouvoit contribuer à sa consolation. Cependant, mon -coeur, ce n'étoit là que son strict devoir. Or, comment voulez-vous, -d'après cela, que je sois tranquille sur le conseil qu'il vous a donné -sur un simple aperçu, sans avoir causé avec vous, sans être entré dans -des détails où il est impossible d'entrer par lettre, que je m'en -rapporte au conseil du directeur du couvent, qui, tout honnête homme -qu'il puisse être, ne peut pas être juge impartial dans cette affaire? - -[Note 162: Madame la marquise de Causans avait quatre filles: - -L'aînée, mademoiselle de Causans, avait épousé M. de Sade; - -La seconde, Caroline de Causans, titrée comtesse de Vincens, fut -mariée au marquis de Raigecourt; - -La troisième, Marie de Causans, comtesse de Mauléon, après avoir perdu -sa mère, était entrée comme novice au Saint-Sépulcre, à Bellechasse. -Les troubles de la Révolution mirent forcément obstacle à la -réalisation de son projet d'entrer en religion. - -Elle en éprouvait d'autant plus de regrets qu'elle avait sous sa garde -sa jeune soeur, Françoise de Causans, comtesse d'Ampurie, dont il est -ici question, et qui plus tard fut mariée au comte de Schulenburg.] - -Si d'Ampurie n'est pas mariée dans trois ans, et qu'elle soit obligée -d'aller à son Chapitre, vous en rapporterez-vous à ses dix-huit ans, -pour croire qu'elle aura toujours une conduite sage, mesurée, qu'elle -n'aura pas besoin du conseil d'une amie, d'une soeur qui lui servoit -de mère, pour qui elle seroit parvenue à en avoir tous les sentiments? -qu'en l'abandonnant à elle-même, vous remplirez le devoir le plus -sacré que vous ayez jamais à remplir, celui d'une mère mourante qui -s'en est rapportée à vous, qui vous a choisie comme celle qui pouvoit -le plus la remplacer avec succès; d'une mère qui n'auroit certes pas -abandonné ses enfants à toute la séduction du monde pour se livrer à -un goût de retraite et de dévotion qu'elle n'auroit pas cru dans la -règle? Non, mon coeur, il me sera toujours impossible de croire que -vous remplissez votre devoir, que vous accomplissez la volonté de Dieu -en vous consacrant à lui dans ce moment. Au nom de ce même Dieu que -vous voulez servir d'une manière plus parfaite, consultez encore, mon -coeur, mais consultez des gens plus éclairés, des gens qui n'aient -aucun intérêt ni pour ni contre le parti que vous voulez prendre; -exposez-leur votre position; laissez-vous examiner de bonne foi: vous -seriez aussi coupable en exagérant votre désir comme en le -dissimulant. Et, mon coeur, si, pendant votre noviciat, vous éprouvez -la moindre peine, je vous le demande en grâce, consultez les mêmes -personnes, ne vous en rapportez pas à ceux qui vous diroient que ce ne -sont que des tentations; il faut les connoître, il faut les peser, -voir si, lorsque vous serez engagée, elles ne feront pas le malheur de -votre vie. Enfin, mon coeur, j'ose vous demander, au nom de l'amitié -que vous avez pour moi, au nom de ce que vous avez de plus cher en ce -monde, au nom de votre respectable mère, de ne négliger aucune des -précautions que ceux qui vous sont attachés et qui ont des droits sur -votre amitié pourront vous suggérer, pour vous assurer de plus en plus -de la vérité de votre vocation. Ce sera peut-être une croix pour vous, -mais elle vous attirera plus de grâces par la suite. - -Travaillez à me rassurer, mon coeur, en me parlant des épreuves -auxquelles vous vous êtes livrée. Je ne vous parle pas de celles du -corps: elles sont absolument nulles pour moi, parce qu'elles ne -tiennent qu'à l'habitude; mais si vous avez combattu votre vocation; -si vous vous sentez parfaitement calme et libre de toutes peines -d'esprit; que ce ne soit pas avec vivacité que vous vous livriez à -Dieu. Si votre esprit est mortifié, si vous ne vous faites pas un -tableau parfait du couvent où vous entrez, si vous comptez y trouver -des gens qu'il vous faudra supporter, des objets de _scandale_[163]; -car ne croyez pas, mon coeur, qu'un couvent en soit exempt aux yeux -d'une religieuse: plus on est parfait, plus on veut rencontrer dans -les autres les mêmes sentiments, et vous ne serez pas à l'abri de -cette tentation; car, j'en conviens, cela en est une, mais qui devient -une réalité par un excès d'amour de Dieu. Il est bien peu de couvents -où la charité règne assez pour ne pas connoître ce défaut. - -[Note 163: Les petits défauts qui sont à peine remarqués dans le monde -deviennent un objet de _scandale_ au couvent, où l'on doit vivre de la -vie parfaite. Les lignes qui suivent expliquent clairement la pensée -de Madame Élisabeth.] - -Enfin, mon coeur, dans quelque position que vous vous trouviez, -comptez assez sur mon amitié et sur un vif intérêt de ma part, pour me -parler toujours avec confiance de ce qui vous touche. J'ose dire le -mériter, par les vrais sentiments que j'ai pour vous, et le tendre -intérêt que m'inspireront toujours les enfants de votre respectable et -tendre mère. Je vous embrasse et vous aime de tout mon coeur. - -Je vous demande en grâce de ne pas vous contenter de lire une fois ma -lettre. - - * * * * * - -XIV. - -A LA MARQUISE DE BOMBELLES. - - Versailles, le 15 juillet 1789. - -Que tu es aimable, mon coeur! Toutes les affreuses nouvelles d'hier -n'avoient pu parvenir à me faire pleurer; mais la lecture de ta -lettre, en portant de la consolation dans mon coeur par l'amitié que -tu me témoignes, m'a fait verser bien des larmes. Il seroit bien -triste pour moi de partir sans toi. Je ne sais pas si le Roi sortira -de Versailles. Je ferois ce que tu désires, s'il en étoit question. Je -ne sais pas ce que je désire sur cela. Dieu sait le meilleur parti à -prendre. Nous avons un homme pieux à la tête du Conseil[164], -peut-être l'éclairera-t-il! Priez beaucoup, mon coeur; ménagez-vous -bien, ne troublez pas votre lait. Vous feriez mal, je crois, de -sortir. Ainsi, ma petite, je fais le sacrifice de te voir. Sois -convaincue qu'il en coûte à mon coeur. Je t'aime, ma petite, mieux que -je ne puis le dire. Dans tous les temps, dans tous les moments, je -penserai de même. J'espère que le mal n'est pas aussi grand que l'on -se le figure. Ce qui me le fait croire, c'est le calme de Versailles. -Il n'étoit pas bien sûr, hier, que M. de Launey fût pendu: on avoit -pris, dans la journée, un autre homme pour lui. Je m'attacherai, comme -tu me le conseilles, au char de _Monsieur_, mais je crois que les -roues n'en valent rien. Adieu, mon coeur, je vous embrasse aussi -tendrement que je vous aime. - -[Note 164: M. le baron de Breteuil.] - - * * * * * - -XV. - -A MADAME DE BOMBELLES. - - Versailles, le 5 août 1789. - -La joie de vous savoir en bonne santé a été très-grande dans ce -monde-ci. Les premières nouvelles que nous aurons seront encore mieux -reçues, et par-dessus tout les quatrièmes. Dans toutes autres -occasions, il seroit généreux de partager la joie de la petite -baronne; mais dans celle-ci, elle ne peut pas même nous en savoir bon -gré. Je vous ai tenu parole, mon enfant; je n'ai pas été fâchée de -vous dire adieu; mais je ne sais pas si cela vient de là, mais je me -sens d'une humeur de chien. Ne vous en donnez pourtant pas les gants. -Oui, je vous le répète, et vous le répéterai et vous le dirai sans -cesse, je suis charmée que vous alliez nourrir Henri IV dans un pays -où l'air est plus chaud et par conséquent plus propre à l'éducation -que vous voulez lui donner. Jouissez bien du bonheur de voir la -petite; animez-vous l'une l'autre à tout ce qu'il est dans votre âme -de chercher, pour fortifier votre moral, qui, étant éloigné d'un lieu -qui vous est cher sous mille rapports, doit un peu souffrir. -Réjouissez-vous des nouvelles que je vais vous apprendre, si vous ne -les savez pas encore. D'abord, les ministres sont nommés et paroissent -approuvés par le public. L'archevêque de Bordeaux[165] a les sceaux, -celui de Vienne[166] la feuille des bénéfices, M. de la Tour du -Pin-Paulin[167] la guerre, et le maréchal de Beauvau[168] au Conseil. -Secondement, la nuit de mardi à mercredi, l'Assemblée a duré jusqu'à -deux heures. La noblesse, avec un enthousiasme digne du coeur -françois, a renoncé à tous ses droits féodaux et au droit de chasse. -La pêche y sera, je crois, comprise. Le clergé a de même renoncé aux -dîmes, aux casuels et à la possibilité d'avoir plusieurs bénéfices. -Cet arrêté a été envoyé dans toutes les provinces. J'espère que cela -fera finir la brûlure des châteaux. Ils se montent à soixante-dix. -C'étoit à qui feroit le plus de sacrifices: tout le monde étoit -magnétisé. - -[Note 165: M. Champion de Cicé. Ce prélat, député de la sénéchaussée -de Bordeaux aux états généraux, passa un des premiers à la chambre du -tiers, fit, le 27 juillet 1789, au nom du comité de constitution, un -long rapport sur les droits de l'homme et sur la forme à donner au -Corps législatif. La popularité que ces actes lui acquirent le porta à -la place de garde des sceaux. Il contre-signa à ce titre le décret de -la constitution civile du clergé. Il donna sa démission en novembre -1790, époque à laquelle on déclara que les ministres avaient perdu la -confiance de la nation. Il passa à l'étranger, revint en France le 18 -brumaire an VIII (9 novembre 1799), fut pourvu en 1802, par le premier -consul, de l'archevêché d'Aix. Né à Rennes en 1735, il est mort en -1810. Mademoiselle Champion de Cicé, sa soeur, avait été compromise -dans le complot du 3 nivôse an IX (24 décembre 1800) (pour avoir donné -asile à Carbon, dit le petit François, qui conduisait la charrette de -la machine infernale); mais elle fut acquittée par le tribunal -criminel de la Seine.] - -[Note 166: Né en 1715, ce frère de l'auteur de _Didon_, fort -recommandable par ses lumières et ses moeurs, étant premier aumônier -de Louis XV, répondit à ce prince qui lui demandait s'il saurait bien -dire le _Benedicite_: «Non, Sire, près de Votre Majesté, je ne sais -que rendre grâce.» D'abord évêque du Puy, puis archevêque de Vienne, -il combattit les philosophes et les idéologues. Entré au conseil et -chargé de la feuille des bénéfices, le Pape s'adressa à lui pour -l'engager à combattre de tous ses efforts toute innovation relative au -clergé. «Vous êtes, lui disait-il, mieux à même que tout autre de -rendre le service éminent que je vous demande. Vous avez déjà plus -d'une fois prouvé votre zèle à sauvegarder la saine doctrine. Le temps -presse; il n'y a pas un moment à perdre pour sauver la religion, le -Roi et votre patrie. Vous pourrez certainement engager Sa Majesté à -refuser cette funeste sanction. La résistance fût-elle pleine de -dangers, il n'est jamais permis de paroître un instant abandonner la -foi catholique, même avec le dessein de revenir sur ses pas quand les -circonstances auront changé.» L'archevêque était affaibli par l'âge, -et n'avait plus assez de caractère pour faire une telle démarche. Sa -santé périclitant de jour en jour, il s'éteignit le 29 décembre 1790, -dans sa soixante-quinzième année.] - -[Note 167: La Tour du Pin (Jean-Frédéric, comte de), lieutenant -général des armées du Roi, fut député de la noblesse de Saintes aux -états généraux, se rangea du côté de la minorité de son ordre, et fut -bientôt après appelé au ministère de la guerre. Le 4 août, il informa -l'Assemblée de sa nomination, protesta de son attachement à ses -décrets, et présenta un plan pour l'organisation de l'armée. Il donna -sa démission avec les autres ministres dès qu'ils furent déclarés -avoir perdu la confiance nationale. Appelé en témoignage dans le -procès de la Reine, il rendit à cette auguste princesse la justice -qu'elle méritait et l'entoura des respects qui lui étaient dus. -Traduit quelques jours après elle, il monta à son tour sur le même -échafaud. Né à Grenoble en 1728, il périt le 28 avril 1794.] - -[Note 168: Si le maréchal Charles-Just de Beauvau eût précédé Bayard, -on lui eût probablement donné le surnom de cet incomparable chevalier. -Nommé gouverneur du Languedoc, Beauvau se distingua dans ses nouvelles -fonctions par la chaleur de son zèle à secourir les tristes victimes -de la révocation de l'édit de Nantes, et par une persévérance que la -crainte même d'une disgrâce ne put ébranler. Des femmes protestantes -qui gémissaient dans les cachots durent à l'humanité du maréchal un -adoucissement à leurs maux. Le chevalier de Boufflers, qui a fait son -éloge, raconte la belle réponse faite par M. de Beauvau à quelqu'un -qui lui adressait une observation à ce sujet: «Le Roi, monsieur, est -maître de m'ôter le commandement qu'il m'a donné, mais non de -m'empêcher de remplir mes devoirs selon ma conscience et mon -honneur.»--Né à Lunéville le 10 septembre 1720, le maréchal de Beauvau -mourut à Paris le 21 mai 1793.] - -Il n'y a jamais eu tant de joie et de cris. On doit chanter un _Te -Deum_ à la chapelle et donner au Roi le titre de Restaurateur de la -liberté françoise. On a aussi parlé d'abolir les engagements -perpétuels, et la noblesse a renoncé aux places, pensions, etc. Cet -article n'est pourtant pas totalement passé. Je crois, mon coeur, que -vous serez assez contente des bonnes nouvelles que je vous apprends. -Je n'ose pas me flatter que mes lettres soient toujours aussi -intéressantes. - -Votre mère, que je quitte dans l'instant.... - - * * * * * - -XVI. - -A L'ABBÉ R. DE LUBERSAC. - - 16 octobre 1789. - -Je ne puis résister, Monsieur, au désir de vous donner moi-même de -mes nouvelles. Je sais l'intérêt que vous voulez bien y prendre; je ne -doute pas qu'il ne me porte bonheur. Croyez qu'au milieu du trouble et -de l'horreur qui nous poursuivent, j'ai bien pensé à vous, à la peine -que vous éprouviez, et que j'ai eu une grande consolation en voyant -votre écriture. Ah! Monsieur, quelles journées que celles du lundi et -du mardi[169]! Elles ont fini pourtant beaucoup mieux que les cruautés -qui s'étoient passées dans la nuit ne pouvoient le faire croire. Une -fois entrés dans Paris, nous avons pu nous livrer à l'espérance, -malgré les cris désagréables que nous entendions autour de la voiture: -ceux de _Vive le Roi! vive la Nation!_ étoient les plus forts. Une -fois à l'hôtel de ville, ceux de _Vive le Roi!_ furent les seuls qui -se firent entendre. Les propos de ceux qui entouroient notre voiture -étoient les meilleurs possibles. La Reine, qui a eu un courage -incroyable, commence à être mieux vue par le peuple. J'espère qu'avec -le temps, une conduite soutenue, nous pourrons regagner l'amour des -Parisiens, qui n'ont été que trompés. Mais les gens de Versailles, -Monsieur! Avez-vous jamais vu une ingratitude plus affreuse? Non, je -crois que le Ciel, dans sa colère, a peuplé cette ville de monstres -sortis des enfers. Qu'il faudra de temps pour leur faire sentir leurs -torts! Et si j'étois roi, qu'il m'en faudroit pour croire à leur -repentir! Que d'ingrats pour un honnête homme! Croiriez-vous bien, -Monsieur, que tous nos malheurs, loin de me ramener à Dieu, me donnent -un véritable dégoût pour tout ce qui est prière. Demandez au Ciel pour -moi la grâce de ne pas tout abandonner. Je vous le demande en grâce; -et prêchez-moi un peu, je vous prie: vous savez la confiance que j'ai -en vous. Demandez aussi que tous les revers de la France fassent -rentrer en eux-mêmes ceux qui pourroient peut-être y avoir contribué -par leur irréligion. Adieu, Monsieur, croyez à toute l'estime que j'ai -pour vous, et au regret que j'ai d'en être éloignée. - -[Note 169: 5 et 6 octobre.] - -La personne qui vous remettra cette lettre se chargera de la réponse. - - * * * * * - -XVII. - -A LA MARQUISE DE BOMBELLES. - - Ce 8 décembre 1789. - -Je suis bien aise, mademoiselle Bombelinette, que vous ayez reçu ma -lettre, puisqu'elle vous a fait plaisir, et je lui sais très-mauvais -gré d'avoir été si longtemps en chemin. La vôtre a été beaucoup plus -aimable. Vous ne pouvez pas vous faire une idée du bruit qu'il y a eu -aujourd'hui à l'Assemblée. Nous entendions les cris en passant sur la -terrasse des Feuillants. Cela faisoit horreur. On vouloit revenir sur -un décret qui avoit passé samedi, non-seulement par assis et levé, -mais encore par l'appel nominal. La même chose est arrivée ce matin, -et il faut espérer que l'on ne reviendra plus sur ce décret, qui me -paroît fort raisonnable: vous l'apprendrez par les gazettes. - -Je ne mets point du tout de courage à ne point parler de Montreuil. -Vous voulez, mon coeur, juger trop avantageusement de moi. Mais c'est -qu'apparemment je n'y pensois pas lorsque je t'ai écrit. J'en ai -souvent des nouvelles. Jacques vient tous les jours m'apporter ma -crème. Flury[170], Coupry[171], Marie[172] et madame Du Coudray -viennent me voir de temps en temps. Tout cela a l'air de m'aimer -toujours; et M. Huret, que j'oubliois, n'est pas bien mal..... Venons -maintenant à la maison. Le salon se meubloit lorsque je l'ai quitté. -Il étoit disposé à être fort agréable. Jacques est dans son nouveau -logement. Madame Jacques est grosse, et toutes mes vaches le sont -aussi. Il y a en ce moment un veau qui vient de naître. Pour les -poules, je ne vous en parlerai pas, parce que je les ai un peu -délaissées. Je ne sais si vous aviez vu mon petit cabinet du fond -meublé. Il est bien joli. Ma bibliothèque est presque finie. Pour la -chapelle, Corille est tout seul à y travailler; tu juges si cela va -vite. C'est même par charité pour lui que j'ai permis qu'il continuât -à y mettre un peu de plâtre. Comme il y est tout seul, cela ne peut -pas être compté comme une dépense. Je suis fâchée de ne pas y aller, -tu le croiras facilement; mais les chevaux sont pour moi une bien plus -grande privation. Cependant, comme je ne puis pas en faire usage, j'y -pense le moins possible; mais je sens qu'à mesure que mon sang se -calme, cette privation se fait plus sentir; j'en aurai plus de plaisir -lorsque je pourrai satisfaire mon goût. Et ce pauvre Saint-Cyr, ah! il -est bien malheureux! J'ai reçu hier une lettre charmante de -Draquelonde; je leur parlerai de toi demain, car je compte y écrire. -Te souviens-tu de Croisard, le fils de la femme de garde-robe de ma -soeur? Eh bien, il est aujourd'hui attaché à mes pas en qualité de -capitaine. Je dis _attaché_, parce que l'on ne nous quitte pas plus -que l'ombre ne fait le corps. Ne crois pas que cela me contrarie. -Comme mes courses ne sont pas variées, cela m'est bien égal. Au reste, -je me promène tant que je peux. Sois bien tranquille: encore ce matin -j'ai marché pendant une grande heure. - -[Note 170: Concierge de la maison Élisabeth.] - -[Note 171: Maître jardinier, mort le 8 nivôse an II (28 décembre -1793).] - -[Note 172: Marie Magnin, femme de Jacques Bosson.] - -Minette et sa mère étoient à Chartres depuis longtemps. Elles y sont -toujours. La fille dit qu'elle s'ennuie; je ne le crois pas trop, -parce qu'elle y est plus distraite qu'à Versailles. Elle m'écrit assez -souvent. Elle m'a mandé hier qu'elle avoit été à confesse, et que cela -l'avoit tout soulagée, qu'elle vouloit y aller souvent. Je souhaite -que cela soit vrai. As-tu déjà fait une nouvelle connoissance, et -comment t'en trouves-tu? Ton curé n'est point content de ce que nous -avons quitté Versailles. Adieu, ma chère petite; je t'aime et -t'embrasse de tout mon coeur. Tu es bien gentille d'aimer beaucoup la -Princesse, qui te le rend bien! - - * * * * * - -XVIII. - -A LA MARQUISE DE BOMBELLES. - - Paris, ce 20 février 1890. - -Tu n'auras qu'un mot de moi, ma pauvre Bombe; j'ai été avertie trop -tard qu'il y avoit une occasion, et puis j'ai la tête et le coeur si -pleins de la journée d'hier, que je n'ai pas trop la possibilité de -penser à autre chose: le pauvre M. de Favras, dont tu as peut-être -connu l'affaire par les journaux, a été pendu hier. Je souhaite que -son sang ne retombe pas sur ses juges; mais personne (à l'exception du -peuple et de cette classe d'êtres auxquels on ne peut pas donner le -nom d'hommes, tant ce seroit avilir l'humanité) ne comprend pourquoi -il a été condamné. Il a eu l'imprudence de vouloir servir son Roi, -voilà son crime. J'espère que cette injuste exécution fera l'effet des -persécutions, et que de ses cendres il renaîtra des gens qui aimeront -encore leur patrie et qui la vengeront des traîtres qui la trompent. -J'espère aussi que le Ciel, en faveur du courage qu'il a témoigné -pendant quatre heures qu'il a été à l'hôtel de ville avant son -exécution, lui aura pardonné ses péchés. Priez Dieu pour lui, mon -coeur: vous ne pourrez pas faire une plus belle oeuvre. Du reste, -l'Assemblée est toujours la même: les monstres en sont les maîtres. -Enfin, le croirois-tu? le Roi n'aura pas encore toute la puissance -exécutrice nécessaire pour qu'il ne soit pas absolument nul dans son -royaume. Depuis quatre jours, l'on s'occupe de faire une loi pour -apaiser les troubles, eh bien! ils ne cessent de s'occuper d'autres -choses beaucoup moins essentielles pour le bonheur des hommes. Enfin, -Dieu récompensera les bons dans le Ciel, et punira ceux qui trompent -le peuple, le Roi, et tous ceux qui, par la droiture de leur -caractère, ne peuvent pas se résoudre à voir le mal tel qu'il est. - -Adieu, ma petite, je me porte bien, je t'aime bien; fais-en autant, -pour l'amour de ta Princesse, et espérons en un temps plus heureux. -Ah! comme nous en jouirons! J'embrasse tes petits enfants de tout mon -coeur. - -Tu sais le règlement fait pour les moines et les religieux. N'en dis -rien à personne, mais l'on dit qu'il sortira bien des gens des -couvents, et même de religieuses. J'espère que la maison de Saint-Cyr -n'éprouvera pas de changement. Mais son sort n'est pas encore décidé. - -Ta mère se porte bien. - - * * * * * - -XIX. - -A LA MARQUISE DE BOMBELLES. - - Paris, ce 1er mai 1790. - -Tu es bien plus parfaite que moi; tu crains _la guerre civile_; moi, -je t'avoue que je la regarde comme nécessaire: premièrement, je crois -qu'elle existe, parce que toutes les fois qu'un royaume est divisé en -deux partis, et que le parti le plus foible n'obtient la vie sauve -qu'en se laissant dépouiller, il m'est impossible de ne pas appeler -cela une guerre civile. De plus, jamais l'anarchie ne pourra finir -sans cela; et je crois que plus on retardera, plus il y aura de sang -répandu. Voilà mon principe. Il peut être faux; cependant, si j'étois -roi, il seroit mon guide, et peut-être éviteroit-il de grands -malheurs. Mais comme, Dieu merci, ce n'est pas moi qui gouverne, je -me contente, tout en approuvant les projets de mon frère, de lui dire -sans cesse qu'il ne sauroit être trop prudent et qu'il ne faut rien -hasarder. - -Je ne suis pas étonnée que la démarche que le Roi a faite le 4 février -lui ait fait un grand tort dans l'esprit des étrangers. J'espère -pourtant qu'elle n'a pas découragé nos alliés, et qu'ils auront enfin -pitié de nous. Notre séjour ici nuit beaucoup aux affaires. Je -voudrois pour tout au monde en être dehors, mais c'est bien difficile. -Cependant, j'espère que cela viendra. Si j'ai cru un moment que nous -avions bien fait de venir à Paris, depuis longtemps j'ai changé -d'avis; mais, mon coeur, si nous avions su profiter du moment, croyez -que nous aurions fait beaucoup de bien. Mais il falloit avoir de la -fermeté; mais il falloit ne pas avoir peur que les provinces se -fâchassent contre la capitale; il falloit affronter les dangers: nous -en serions sortis vainqueurs. - - * * * * * - -XX. - -A MADAME DE BOMBELLES. - - Paris, ce 18 mai 1790. - -Tu auras vu par les papiers publics, ma chère enfant, qu'il avoit été -question de ton mari à l'Assemblée, mais tu auras su en même temps que -l'on n'avoit pas seulement écouté M. de Lameth. Ainsi, mon coeur, cela -ne doit pas t'inquiéter. Il y avoit quelqu'un qui, à propos du -discours de M. de Lameth, disoit qu'apparemment il craignoit que ton -mari ne rendît Venise aristocrate, puisqu'il ne vouloit pas qu'il y -restât. J'ai trouvé ce propos charmant. Ta mère, qui assurément n'est -pas froide sur tes intérêts, n'est point agitée de ce qui s'est passé. -Ainsi, mon coeur, laisse gronder l'orage sans te troubler. - -Je t'envoie une lettre pour une femme que tu dois voir dans peu. Tu me -manderas comment tu l'auras trouvée. Je te vois d'ici te changeant -toutes les deux en fontaines. Dis à sa nièce bien des choses de ma -part sur la perte qu'elle vient de faire. Et puis, parle beaucoup, -avec le mari, de son corps, et tu seras aussi heureuse qu'il soit -possible de l'être dans ce moment-ci. Pour moi, j'éprouve une vraie -jouissance lorsque j'en reconnois quelques-uns dans les galeries. - -Nous sommes enfin sortis de notre tanière. Le Roi va, je crois, monter -à cheval pour la troisième fois, et moi j'y ai déjà monté une. Je n'ai -pas été très-lasse, et je compte recommencer vendredi. Je vais ce -matin à Bellevue. J'ai le besoin de voir un jardin anglois, et j'y -vais pour cela. Pendant ce temps-là, l'Assemblée s'occupera d'ôter au -Roi le droit de faire la paix ou la guerre. Bientôt, je pense qu'on -lui ôtera le droit de porter sa couronne, car c'est à peu près tout ce -qui lui reste. Tu sais sans doute ce qui se passe en Dauphiné et dans -les provinces adjacentes. La mort de De Bossette fait horreur. -Qu'est-ce qu'il étoit au mari de ta nièce? Adieu, ma petite, je -t'embrasse et t'aime de tout mon coeur. Comment va ton petit monstre -d'Henri? - -J'oubliois de te parler de la raison de ton mari. J'en suis édifiée, -touchée et enchantée. Je voudrois savoir ta réforme faite, parce que -c'est toujours un moment désagréable. - - * * * * * - -XXI. - -A LA MARQUISE DE BOMBELLES. - - Ce 27 juin 1790. - -Il y a longtemps que je ne vous ai écrit, ma petite Bombelinette. -Aussi je prends ce soir les avances, afin de n'être pas prise au -dépourvu par la poste, comme il arrive souvent lorsque l'on a assez de -goût pour la sainte paresse. Je ne vous parlerai pas de tous les -décrets que l'on rend à la journée, et surtout de celui d'un certain -samedi dont je ne sais plus le quantième. Il afflige peu des personnes -qu'il attaque, mais bien les malveillants et ceux qui l'ont rendu, car -il est devenu le sujet de la dissipation des sociétés. Pour moi, -j'espère bien m'appeler mademoiselle Capet, ou Hugues, ou Robert, car -je ne crois pas que je puisse prendre le véritable, celui de France. -Cela m'amuse beaucoup; et si ces messieurs vouloient ne rendre que de -ces décrets-là, je joindrois l'amour au profond respect dont je suis -pénétrée pour eux. Tu trouveras mon style un peu léger, vu la -circonstance; mais comme il ne contient pas de contre-révolution, tu -me le pardonneras. Loin d'y penser, nous allons nous réjouir dans -quinze jours avec toutes les milices du Royaume pour célébrer les -fameuses journées du 14 et du 15 juillet, dont peut-être tu as entendu -parler. On apprête le Champ de Mars. Il pourra contenir six cent mille -âmes. J'espère, pour leur salut et pour le mien, qu'il ne fera pas le -chaud qu'il a fait la semaine passée; car je crois que la messe que -nous entendrons en ce moment pourroit être mal entendue, vu que, pour -ma part, avec l'amour que j'ai pour le chaud, je crois que j'y -crèverois. Sans cela, j'espère bien n'y pas laisser mon pauvre corps, -qui pourroit bien, en quittant cet endroit, ne pas se rafraîchir de -quelque temps; mais au contraire j'espère bien le ramener tout comme -il y aura été. Pardonne-moi toutes ces bêtises; mais j'ai tant étouffé -la semaine passée, et à la revue de la milice, et dans mon petit -appartement, que j'en suis encore toute saisie. Et puis, il faut bien -rire un peu, cela fait du bien. Madame d'Aumale me disoit toujours, -dans mon enfance, qu'il falloit rire, que cela dilatoit les poumons. - -J'achève ma lettre à Saint-Cloud. Me voilà rétablie dans le jardin, -mon écritoire ou mon livre à la main; et là je prends patience et des -forces pour le reste de ce que j'ai à faire. Ta mère, que je viens de -quitter, se porte très-joliment. Adieu, je t'aime et t'embrasse de -tout mon coeur. As-tu sevré ton petit monstre, et comment t'en -trouves-tu? - - * * * * * - -XXII. - -A LA MARQUISE DE BOMBELLES. - - Ce 10 juillet 1790. - -J'ai reçu ta lettre par ce Monsieur qui est retourné à Venise, mais -trop tard pour y pouvoir répondre, en ayant une autre à écrire plus -pressée. Nous touchons, ma chère enfant, comme le dit la chanson, au -moment de la crise de la Fédération. Elle aura lieu mercredi; je suis -bien convaincue qu'il ne s'y passera rien de très-fâcheux. M. le duc -d'Orléans n'est pas encore ici, peut-être y sera-t-il ce soir ou -demain; peut-être ne reviendra-t-il jamais. J'ai l'opinion que c'est à -peu près indifférent. Il est tombé dans un tel mépris que sa présence -sera cause de peu de mouvement. L'Assemblée paroît décidément séparée -en deux partis, celui de M. de La Fayette et celui de M. le duc -d'Orléans, autrement appelé celui des Lameth. Je dis cela parce que le -public le croit; moi j'ai l'opinion qu'ils ne sont pas aussi mal -ensemble qu'ils veulent le paroître. Que cela soit ou que cela ne soit -pas, il paroît que celui de M. de La Fayette est beaucoup plus -considérable, et cela doit être un bien, parce qu'il est moins -sanguinaire, et paroît vouloir servir le Roi en consolidant l'ouvrage -immortel dont Target[173] accoucha le 4 février de l'an 90. - -[Note 173: Target passait avec raison pour le membre le plus actif du -comité de la constitution. Aussi dans le monde n'était-il question que -des couches de Me Target. On publia _cinq bulletins des couches de Me -Target, père et mère de la constitution des ci-devant François, conçue -aux Menus, présentée au Jeu de paume et née au Manège._] - -Toutes les réflexions que tu fais sur le séjour du [Roi] sont -très-justes, il y a longtemps que j'en suis convaincue; celles qui -suivent sont bonnes à suivre, sont même nécessaires. Mais de tout cela -il n'en sera rien, à moins que le Ciel ne s'en mêle. Prie-le bien fort -pour cela, car nous en avons grand besoin. Cela me fait bien de la -peine, parce que j'ai une certaine frayeur que l'ennui ne gagne tant -que l'on ne puisse résister au désir de s'amuser un peu, et d'une -manière qui peut être ou fort utile ou fort malheureuse pour -l'éternité. Le choix est difficile à faire dans deux choses aussi -rapprochées que celles-là, quoiqu'au premier coup d'oeil elles -paroissent fort dissemblables. Mais ton esprit est si fin, si juste, -qu'il apercevra sans peine le point qui les unit sans que je me donne -la peine de le démontrer. Si tu me trouves le sens commun, il faut -convenir que tu seras bien indulgente. - -L'Assemblée a décrété hier que le Roi seroit seul avec elle dans la -Fédération, le président à sa droite; le reste de sa famille sera, je -crois, aux fenêtres de l'École militaire. Le Roi avoit désiré d'en -être entouré; mais, comme de raison, on n'a pas pris garde aux désirs -de celui qui n'a de pouvoir que celui que la Nation lui délègue. Tu -sais que j'ai le bonheur de connoître beaucoup un des membres de cette -auguste famille du siècle passé; eh bien, je vous fais part que tout -cela lui est bien égal: elle n'en est affligée que par rapport à la -Reine, pour qui c'est un soufflet donné à tour de bras, et d'autant -mieux appliqué qu'il a été ménagé de loin, et que jusqu'au dernier -moment on avoit dit au Roi que le contraire passeroit. - -Je suis fâchée de penser que tu n'es plus à la campagne, parce que -cela te fait du bien et du plaisir; mais je suis bien édifiée de ta -résignation et de ton amour pour tes devoirs. J'espère que tes enfants -te ressembleront et serviront Dieu et leur maître comme de bons -chrétiens, et tes enfants doivent servir l'un et l'autre, ayant de si -bons exemples sous leurs yeux. A propos, je suis bien fâchée que ma -phrase t'ait déplu, ce n'étoit pas mon intention, comme tu peux bien -l'imaginer. Je n'ai pensé qu'au temps qu'il y avoit que ton mari ne -s'étoit occupé de ce métier qui demande un peu de pratique, surtout -s'il le suivoit dans la position où il est[174]. Mais je te fais -réparation, et te dirai que je suis convaincue que le zèle que -certainement il y mettroit pourroit suppléer à ce qui lui manqueroit -de science, si par hasard il en avoit perdu. Mais je ne puis te -dissimuler que, malgré la grandeur de tes sentiments, je ne me soucie -point du tout que ton mari soit appelé. J'ajouterai que je ne crois -pas qu'il le doive en conscience, parce que son sort est fixé et qu'il -ne peut le changer sans tout abandonner de bonne volonté ou de force. -Pèse encore cette réflexion, et sois bien convaincue que je n'ai -jamais eu le désir de te faire de la peine, notre amitié est trop -vraie pour que tu puisses en douter. Tes parents se portent bien. Je -t'embrasse de tout mon coeur; je suis bien fâchée de ce que tu me -mandes de Font. J'espère que tu te trompes; si cela étoit, que nous -serions ou bêtes ou malheureuses! etc. Mais plus j'y réfléchis, ainsi -qu'à ses propos, et moins je le crois. - -[Note 174: «Il étoit question de m'employer militairement à la suite -de M. le comte d'Artois, et Madame Élisabeth le voyoit avec peine.» -(_Note du marquis de Bombelles._)] - -M. de N., je crois, n'avoit pas besoin des conseils de l'homme dont tu -me parles pour le rejoindre. Je crois que l'autre n'auroit pas -souffert un séjour plus long, mais c'est toujours fort bien à lui de -l'avoir senti. S'il pouvoit de même se persuader de rester toujours où -il est avec l'autre, cela seroit bien heureux pour tout le monde. - - * * * * * - -XXIII. - -LA MARQUISE DE BOMBELLES. - - Ce 16 août 1790. - -Eh bien, ma Bombe, tu es en colère contre moi; tu aurois raison si -j'avois tort, mais, en conscience, je ne puis pas en convenir. Le -Monsieur qui t'a apporté une lettre de ta mère en a, je crois, une de -moi que je charge une autre personne de te remettre, ou si ce n'est -pas lui, tu en recevras une du même temps; du moins il me semble -qu'autant que je puis m'en ressouvenir, voilà la raison pour laquelle -je ne lui en ai pas donné. Si je me trompe, et que je ne t'aie pas -écrit du tout, c'est sûrement la faute du temps qui me manquoit; car -tu sais bien que, dans tous les moments, je serai bien aise de causer -à mon aise avec toi, et que celui-ci étant encore plus intéressant, je -ne le laisserai pas échapper. Au reste, pour obtenir tout à fait mon -pardon, je te promets de t'écrire par la première occasion, si -pourtant j'ai quelque chose à te mander; car je ne crois pas que vous -désiriez que je vous fasse des contes. - -Je ne comprends pas pourquoi tu n'as pas encore reçu ton élixir, car -Raigecourt te l'a envoyé il y a déjà quelque temps. Elle est à la -campagne dans ce moment-ci, avec son mari, dans une nouvelle terre -qu'ils ont achetée. Elle est agréable; mais ne pouvant en jouir pour -Stani, elle lui fait beaucoup moins de plaisir. Je suis bien aise que -ton pauvre Henry ne te donne plus d'inquiétude. La description que tu -me fais de ta campagne fait bien envie. Jouissez-en bien, mon enfant; -ne vous occupez point d'idées qui puissent rendre nul le bonheur que -la nature vous offre. Joignez-y le véritable, celui d'une conscience -bien pure, d'un coeur bien rempli de l'objet qui seul peut consoler -dans les maux qui accablent notre patrie, et tu pourras te vanter -d'être philosophe, et philosophe chrétien, bien loin des principes de -tes anciens amis, que l'expérience doit te faire juger avec des yeux -moins indulgents. - -La mère Bastide vient de terminer sa longue carrière avec le calme -qu'elle a eu toute sa vie. Je l'ai vue depuis sa mort, elle n'étoit -pas du tout changée. C'est bien jaune un cadavre, mais cela ne fait -pas trop d'horreur. Je ne sais plus si tu en as vu, je ne crois pas, à -moins que cela ne fût la mère Beaugeard[175]. - -[Note 175: Mère de M. Beaugeard, secrétaire des commandements de la -Reine _pour les années paires_.] - -Nous sommes toujours à Saint-Cloud, toujours dans la même position, -attendant avec résignation ce que le Ciel nous réserve. Bonsoir, ma -chère Bombe; je t'embrasse de tout mon coeur, je t'aime beaucoup, et -je voudrois bien être avec toi dans un petit coin de ta campagne. -Bitche pense-t-il toujours à moi? - - * * * * * - -XXIV. - -A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[176]. - -[Note 176: La reproduction de cette lettre et de la suivante est -interdite.] - - Ce 29 août 1790. - -J'ai reçu votre lettre, mon coeur; elle m'a bien touchée; je n'ai -jamais douté de vos sentiments pour moi, mais les marques que vous -m'en donnez me font grand plaisir. Il m'auroit été infiniment agréable -de vous revoir cet automne, mais je sens la position de votre mari, et -je consens très-fort au projet qu'il a formé de passer l'hiver en pays -étranger. Je vous avoue même que votre position me le fait désirer: ce -pays-ci est tranquille, mais d'un moment à l'autre il peut ne l'être -plus. Vous êtes trop vive pour vous exposer à faire vos couches dans -un lieu où l'on peut craindre chaque jour quelque mouvement; votre -santé n'y résisteroit pas; de plus, avec cette disposition-là, les -suites de vos couches seroient beaucoup plus fâcheuses. Faites toutes -ces réflexions pour vous aider, mon coeur, à faire le sacrifice que la -fortune de votre mari et sa position vis-à-vis de sa mère vous -obligent de faire. Si de vous dire que je l'approuve peut en effet -vous le faire un peu mieux supporter, je vous le répéterai sans cesse; -mais, mon coeur, ce que je ne saurois trop vous répéter, et que je -voudrois que vous eussiez gravé dans le coeur et dans l'esprit, c'est -que ce moment-ci doit être décisif pour votre bonheur et votre -réputation. Vous allez être livrée à vous-même, dans un pays étranger, -ne pouvant recevoir de conseil que de vous-même. Peut-être y -rencontrerez-vous des Parisiens dont la réputation ne soit pas -très-bonne: il est bien difficile dans un autre pays de ne pas voir -ses compatriotes; mais ne les voyez qu'avec une telle prudence, réglez -tellement vos démarches sur la raison, que nul ne puisse tenir un -propos sur vous. Surtout, mon coeur, cherchez à plaire à votre mari; -quoique vous ne m'ayez jamais parlé de lui, je le connois assez pour -savoir qu'il a de bonnes qualités, mais qu'il peut en avoir qui ne -vous plaisent pas autant. Faites-vous la loi de ne jamais vous arrêter -sur celles-là, et surtout de ne jamais permettre que l'on vous en -parle; vous le lui devez, vous vous le devez à vous-même. Cherchez à -fixer son coeur: si vous le possédez bien, vous serez toujours -heureuse. Rendez-lui sa maison agréable, qu'il y retrouve toujours une -femme empressée à lui plaire, occupée de ses devoirs, de ses enfants, -et vous gagnerez par là sa confiance; et si une fois vous l'avez bien, -vous ferez, avec l'esprit que le Ciel vous a donné, et un peu -d'adresse, tout ce que vous voudrez. Mais, ma chère enfant, songez -avant tout à sanctifier toutes vos bonnes qualités par un grand amour -pour Dieu; pratiquez votre religion, vous y trouverez une force, des -ressources dans toutes vos peines, des consolations qu'elle seule peut -faire goûter. Ah! y a-t-il un bonheur plus grand que celui d'être -toujours bien avec sa conscience? Conservez-le, ce bonheur, et vous -verrez que les tourments de la vie sont bien peu de chose comparés -avec les tourments qu'éprouvent les gens livrés à toutes les passions. -Que la dévotion de votre belle-mère ne vous en dégoûte pas: il est des -gens à qui le Ciel n'accorde pas la grâce de la connoître sous son -vrai jour; il faut prier que le Ciel l'éclaire. Je suis bien aise que -votre mari connoisse ses défauts, mais je serois fâchée que par des -plaisanteries ou autrement vous les lui fassiez remarquer. Pardon, mon -coeur, de tout mon bavardage; mais je vous aime trop pour ne pas vous -dire tout ce que je crois utile à votre bonheur. Vous me dites, avec -toute l'amabilité dont vous êtes capable, que si vous valez quelque -chose vous me le devez; prenez-y garde, c'est m'encourager à vous -ennuyer encore. - -Mandez-moi si vous avez reçu une lettre de moi, que je vous ai écrite -peu de jours après la Fédération; il y en avoit une pour votre -belle-mère: comme c'est une occasion, elle a été longtemps en chemin. -Adieu, mon coeur, écrivez-moi tant que vous en aurez le désir. Si vous -avez besoin d'ouvrir votre coeur, ouvrez-le-moi, et croyez que vous ne -pouvez pas vous adresser à quelqu'un qui vous aime plus tendrement que -moi. Vous me manderez votre adresse. J'oubliois de vous répondre pour -M. d'A. Ne pouvant, vu la position de mes affaires, rien faire pour -lui dans ce moment, je désire que vous priiez la personne qui vous en -a parlé, s'il se trouvoit dans une position plus critique, qu'il est -toujours à craindre que les circonstances amènent, de vous le mander; -pour lors je ferois ce qu'il me seroit possible, et cela seroit plus -naturel que de leur envoyer de but en blanc, je craindrois que leur -amour-propre n'en fût choqué. Dites à votre mari de ma part que -j'espère que votre économie, et la sienne, fera qu'au printemps je -pourrai avoir le plaisir de vous voir. Recommandez-lui aussi de me -donner de vos nouvelles dès que vous serez accouchée. J'embrasse vous -et votre fils de tout mon coeur. - -Dites bien des choses à votre belle-mère; je lui écrirai dans peu. -Bombe se porte bien. Je suis bien fâchée que le mariage de Pauline ne -se fasse pas. - - * * * * * - -XXV. - -A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS. - - Ce 27 septembre 1790. - -Te voilà donc à Genève, mon coeur, te voilà à seize lieues de tes -parents, et ne pouvant pas y aller; je conçois la peine que cela te -fait, mais je suis enchantée du courage que tu y as mis. Qu'il est -bien fait d'éviter par des plaintes inutiles de mettre du froid, -souvent de l'humeur, dans le ménage: une femme doit tout sacrifier -pour que la paix y règne, et voilà ce que Démon commence à sentir; -cela me fait un plaisir extrême, car j'aime Démon de tout mon coeur; -je désire la voir heureuse, mais je veux par-dessus tout la savoir -remplissant bien tous ses devoirs, ayant une bonne conduite, ferme et -réfléchie, qui la mette dans le cas de n'avoir jamais de remords; et -pour lors je serai assurée de son bonheur, parce qu'il consiste, -par-dessus tout, dans la paix de la conscience, et qu'avec l'aide de -Dieu, lorsque la conscience ne reproche rien, on supporte facilement -les peines et les contrariétés dont ce monde est semé. Je ne vous -gronderai pas, mon petit Démon, d'avoir le coeur serré, il est des -occasions où il est difficile de lui faire violence, mais j'espérerai -toujours qu'un courage chrétien vous mettra dans le cas de ne pas le -montrer. Votre devoir vous fait la loi de respecter les volontés de -votre mari, soumettez-vous-y, et n'employez jamais vis-à-vis de lui -d'autres armes que celles de la persuasion. - -Non, mon coeur, jamais je ne pourrai assimiler vos sentiments avec -ceux de la personne dont vous me parlez; je ne doute pas de votre -attachement, j'aime à croire que vous ne changerez jamais, et me fais -un plaisir de penser que sous tous les rapports votre conduite me -mettra dans le cas de vous aimer toujours. Ce seroit une vraie peine -pour moi d'être obligée de changer; mais, mon coeur, si vous mettez -quelque prix à mon amitié, songez que c'est à votre bonne conduite que -vous la devrez. Si vous trouvez une occasion, mandez-moi, je vous en -prie, ce qui vous a fait quitter si brusquement les Fraises; si vous -avez eu quelques torts de vivacité, ayez la bonne foi de me les -avouer, et mandez-moi un peu comment vous êtes avec votre mari. Si je -vous fais des questions indiscrètes, pardonnez-les, mon coeur, à -l'intérêt que je prends à tout ce qui vous touche. Vous ferez bien de -nourrir votre fille (car je suis convaincue que vous en aurez une); -ménagez-vous bien, calmez votre sang autant que possible, n'exagérez -en rien l'éducation physique que vous lui donnerez, suivez les -conseils des gens sages et éclairés, et surtout apprenez à tenir un -enfant, car au premier jour vous l'étoufferez si vous n'avez pas plus -de talent que vous n'en aviez pour Stani[177]. Il est bien gentil de -penser à moi; j'espère que ta petite m'aimera un peu, à l'exemple de -son frère. - -[Note 177: Stanislas, l'aîné de ses enfants, filleul de _Monsieur_ et -de Madame Élisabeth.] - -Que vous faites bien, mon coeur, de ne chercher à vous lier qu'avec -des femmes raisonnables! Rien de plus dangereux pour une jeune -personne que des femmes qui n'ont pas de très-bons principes, rien ne -les perd plus vite. Adieu, mon coeur, je vous embrasse bien -tendrement; donnez-moi souvent de vos nouvelles. - -A propos, j'oubliois de vous dire que l'on est très-sévère pour la -femme dont nous parlions plus haut; ses principes du moment sont -mauvais, mais je crois sa conduite intérieure intacte; elle est -inconséquente, voilà ce qui la perdra de réputation, mais je crois -pouvoir répondre que son coeur est pur et droit. - - * * * * * - -XXVI. - -A MADAME DE BOMBELLES. - - Ce 2 décembre 1790. - -Je profite, ma Bombe, du départ de l'ambassadeur[178] pour causer un -petit moment avec toi, pour gémir sur les malheurs de ma patrie et sur -le peu de remède qui se présente. La religion plus attaquée que jamais -me donne lieu de craindre que Dieu ne nous abandonne totalement. On -dit que les provinces souffrent avec peine l'exécution des décrets sur -la cessation du service divin dans les cathédrales, mais avec cela -elles sont fermées. Il en est ainsi de tout: on gémit, mais le mal ne -s'en opère pas moins. De temps en temps la Providence nous ménage -quelques rayons d'espoir, mais leur lumière est bien vite effacée. -Mais ne nous livrons pas à des idées si tristes, parlons de l'oncle de -la petite-fille de Vitry[179] que tu connois. Sa position est toujours -critique; il paroît que son commerce se remettroit si ses parents -vouloient l'aider, mais il a affaire à des gens peu confiants, et ce -défaut-là est tellement dans leur caractère, qu'ils ne confieroient -pas la moindre lettre de change aux gens les plus habiles pour la -faire valoir. J'en ai encore la triste expérience sous mes yeux, et -cela me fait de la peine, parce que tu sais combien je m'intéresse à -eux. Et puis, je sens que l'oncle doit être fatigué et ennuyé à -l'excès de voir sa maison de banque ruinée. Il pouvoit chercher -d'autres amis que ses parents pour demander conseil, et comme la plus -grande partie de l'héritage qu'il attend vient d'eux, il seroit ruiné -à pure perte. Tout cela est affligeant. De tout côté, l'on voit des -familles dans la désolation, pour les affaires publiques et -particulières. Bon Dieu, dans quel temps nous avez-vous fait naître! -Moi qui, il y a quelques années, me réjouissois de n'être pas née dans -le siècle passé! Grand Dieu! que les lumières des hommes sont bornées, -même dans les choses qui paroissent les plus simples! - -[Note 178: M. de Bombelles retournait à son poste.] - -[Note 179: L'Empereur. (_Note de M. de Bombelles._)] - -Je n'ai pas été inquiète, comme je l'aurois pu, des dangers qu'a -courus mon frère; tu sais qu'en général je ne crois au mal que -lorsqu'il est fait. J'ai conservé ce caractère, quoiqu'une triste -expérience eût dû me rendre plus craintive. Je crois que c'est une -grâce du Ciel, car sans cela je n'existerois pas. Il a préservé ma -famille de tant de maux que je serois ingrate si n'avois pas toute -confiance en lui. Adieu, ma petite; prie-le bien pour le moment -présent et pour l'avenir. Mais demande-lui par-dessus tout que la foi -soit conservée dans ce royaume, et qu'il éloigne de nous les schismes -qui nous menacent. Adieu, je t'aime de tout mon coeur, et suis par -conséquent charmée de te savoir bien loin; c'est un des effets de la -révolution. - -Dites à la comtesse D.[180], en cas que cette lettre arrive avant -celle que je lui écrirai lundi, qu'elle va être payée de ses -appointements, mais qu'il faudroit qu'elle chargeât quelqu'un de sûr -de recevoir pour elle, de manière que ses créanciers ne puissent pas -s'emparer de cet argent. - -[Note 180: Diane de Polignac, dame d'honneur de Madame Élisabeth. -(_Note de M. de Bombelles._)] - - * * * * * - -XXVII. - -A MADAME DE RAIGECOURT. - - 30 décembre 1790. - -Je vois d'ici _ta perfection_ étant dans une douleur mortelle de -l'acceptation que le Roi vient de donner. Dieu nous réservoit ce coup: -qu'il soit le dernier, et qu'il ne permette pas que le schisme -s'établisse. Voilà tout ce que je demande. La réponse du Pape n'est -point arrivée, je crois; elle est bien intéressante. Au reste, mon -coeur, cette acceptation a été donnée le jour de saint Étienne. -Apparemment que ce bienheureux martyr doit être maintenant notre -modèle. Tu sais que je n'ai point d'horreur pour les coups de pierres; -ainsi cela m'arrange assez. On dit qu'il y a sept curés de Paris qui -ont prêté le serment. Je ne croyois pas que le nombre fut aussi -considérable. Tout cela fait un très-mauvais effet dans mon âme; car, -loin de me rendre dévote, cela m'ôte tout espoir que la colère de Dieu -s'apaise. Tu sens bien que ton curé est bien décidé à suivre la loi de -l'Évangile, et non celle que l'on veut établir. On dit qu'un membre de -la commune a voulu gagner celui de Sainte-Marguerite, en lui disant -que l'estime que l'on avoit pour lui, la prépondérance qu'il avoit -dans le monde, seroient capables de ramener la paix en entraînant les -esprits. Le curé lui a répondu: «Monsieur, c'est par toutes les -raisons que vous venez de me donner que je ne prêterai pas le serment, -et que je n'agirai pas contre ma conscience.» Une chose que ceci m'a -fait découvrir et qui fait horreur, c'est combien les curés de -campagne sont peu instruits. - -Je suis confondue de ce que tu m'as mandé de la part de ton mari. -Tâche de me dire que tu lui as donné cet ordre. Ses affaires ne vont -pas bien. La personne qui lui a fait connoître celui qui devoit lui -faire faire cette acquisition lui a envoyé trois paquets avec prière -d'en accuser réception. Il n'en a pas entendu parler. Demande-lui si -c'est qu'il ne les a pas reçus, et réponds-moi, parce que je le dirai -à la personne intéressée. - -Adieu, je vous embrasse de tout mon coeur et vous aime de même. - - * * * * * - -XXVIII. - -A MADAME DE RAIGECOURT. - - Ce 7 janvier 1791. - -Des gens plus diligents que moi vous auront sûrement mandé ce qui -s'est passé à l'Assemblée mardi: enfin, mon coeur, la Religion s'est -rendue maîtresse de la peur. Dieu a parlé au coeur des évêques et des -curés. Ils ont senti tout ce que leur caractère leur inspiroit de -devoirs, ils ont déclaré qu'ils ne prêteroient pas le serment. Pour le -moins vingt du côté de gauche se sont rétractés; on n'a pas voulu les -écouter. Mais Dieu les voyoit, et leur aura pardonné une erreur causée -par toutes les voies de séduction dont il est possible de se servir. -Un curé du côté gauche a mis beaucoup de fermeté pour ne pas le -prêter. On dit que cette journée désappointe bien des gens: tant pis -pour eux; ils n'ont que ce qu'ils méritent; mais ce qu'il y a de -triste, c'est qu'ils s'en vengeront, Dieu seul sait comment. Qu'il ne -nous abandonne pas tout à fait, voilà à quoi nous devons borner nos -voeux. Je n'ai point de goût pour les martyres; mais je sens que je -serois très-aise d'avoir la certitude de le souffrir plutôt que -d'abandonner le moindre article de ma foi. J'espère que si j'y suis -destinée, Dieu m'en donnera la force. Il est si bon, si bon! C'est un -père si occupé du véritable bonheur de ses enfants, que nous devons -avoir toute confiance en lui. As-tu été touchée, le jour des Rois, de -la bonté de Dieu qui appela les gentils à lui dans ce moment? Ces -gentils, c'étoit nous. Remercions-le donc bien; soyons fidèles à notre -foi; ranimons-la; ne perdons jamais de vue ce que nous lui devons, et -sur tout le reste abandonnons-nous avec une confiance vraiment -filiale. - -J'ai eu, ces jours-ci, une peine bien réelle, que tu partageras sans -doute: cette pauvre madame de Cimery[181] qui, comme tu sais, avoit -mal au sein depuis cinq semaines, étoit presque alitée; dans la nuit -du dimanche au lundi, son âme, après avoir reçu le matin son Créateur, -a été prendre sa place dans le ciel; car j'espère bien qu'elle est -heureuse, et qu'elle a reçu la récompense d'une vie entière de vertu -et de malheur. - -[Note 181: Première femme de chambre de la princesse; elle était de -son nom mademoiselle Antoinette-Jacqueline Brochet.] - -Je la regrette vivement: elle étoit d'une grande ressource pour moi; -et jamais je ne la pourrai remplacer, non pas pour les qualités que je -puis désirer dans une première femme, mais dans celles qui convenoient -à mon coeur, à mon esprit et à mes sentiments. Je la regrette comme -mon amie, mais je la crois heureuse, et cette idée me console. - - * * * * * - -XXIX. - -A MADAME DE BOMBELLES. - - Ce 24 janvier 1791. - -Enfin, ma Bombe, nous voilà arrivées à l'instant où il faut que je te -dise ma façon de penser sur la conduite de ton mari. La délicatesse -de ma conscience m'a empêchée jusqu'à ce moment de t'en parler. Tes -parents, comme tu sais, désiroient vivement que ton mari se soumît à -l'ordre de l'Assemblée et du Roi. L'état des affaires de ton mari -pouvoit être d'un si grand poids, qu'il me paroissoit possible qu'il -pût l'emporter sur les considérations qui ont décidé ton mari. -D'autres parleroient de tes quatre enfants. Le sort qui les attend est -cruel; mais j'avoue que lorsqu'il s'agit d'un serment que la -conscience, l'opinion, l'attachement à ses maîtres dément, je ne -trouve pas que leur infortune doive empêcher de le refuser. Il n'y a -donc que ses dettes qui eussent pu l'engager à le prêter. Par elles, -il se voyoit forcé; et comme il ne juroit que ce que le Roi a juré -lui-même, et doit jurer de nouveau à la fin de la Constitution, il -auroit été possible que ton mari imitât son maître, et suivît le sort -qui entraîne les malheureux François. Des théologiens ont cette -opinion. Je crois donc que cela eût été possible. Mais je t'avoue que -si ton mari avoit seulement eu dix mille livres de rente, je n'aurois -pas balancé à lui conseiller le refus le plus formel. Tu vois par tout -ce que je te mande que je ne suis pas bien décidée sur ce que j'aurois -fait à sa place. L'antique honneur, un certain esprit de noblesse -chevaleresque qui ne mourra jamais dans les coeurs françois, me font -estimer l'action de ton mari. Mais le risque qu'il court de manquer à -ses créanciers, et le scrupule de jurer de maintenir de tout son -pouvoir ce que dans le fond de l'âme on maudit journellement, tout -cela se combat si vivement dans mon âme, qu'il ne me reste que la -possibilité de partager les peines que tu vas éprouver, et d'être -occupée de ce que tu vas devenir. Comment tes pauvres enfants -s'habitueront-ils au mal-être, après avoir été élevés dans l'aisance? -et puis le regret de ne pouvoir faire pour toi tout ce que mon coeur -me dicte! Mais, ma petite, parle-moi toujours franchement de ta -position, et sois sûre que je ferai tous les sacrifices possibles pour -te la rendre moins désagréable. Je ne te promets pas de donner à ta -pauvre Coty ce que tu lui donnois; mais sois sûre que je la secourrai -le plus que je pourrai. J'espère que ton mari et toi conserverez la -paix, la résignation et la douceur chrétiennes qui seules peuvent -faire soutenir le malheur présent et ceux que l'on craint. Mon frère -me dit un bien extrême de toi et de ton mari. Il est gentil, mon -frère; il m'a écrit en arrivant; cela m'a fait bien plaisir. Mais je -suis désolée de la longueur que les lettres mettent à arriver. Comme -cela, on n'est plus au courant sur rien. Nous avons eu un peu de bruit -aujourd'hui à la barrière de la Villette. Il y a eu un combat entre -des chasseurs et des contrebandiers. Il y a trois hommes de tués, et à -peu près douze blessés. On prétend que le peuple ne veut plus de -barrières; cela ne laisseroit pas que d'embarrasser l'Assemblée sur le -chapitre des impôts. Adieu, ma petite. Je t'embrasse de tout mon coeur -et t'aime de même. Je laisse à ta mère à te rendre compte de sa -conversation avec ton ministre. - -Envoie cette lettre à mon frère, s'il n'est plus avec toi. - - * * * * * - -XXX. - -A MADAME DES MONTIERS[182]. - -[Note 182: La reproduction de cette lettre est interdite.] - - Ce 11 février 1791. - -Vous êtes bien aimable, mon Démon, de m'avoir donné de vos nouvelles -le plus tôt que vous avez pu. Je suis charmée que votre couche ait été -aussi heureuse, et qu'à ça près d'un peu de mal à la poitrine, vous -soyez contente de votre santé. Je ne suis pas fâchée que vous n'ayez -pas nourri, peut-être cette entreprise eût-elle été trop forte pour -vous. Votre Adolphe est-il nourri chez vous, le voyez-vous souvent, -vous sentez-vous déjà de la tendresse pour lui? Stani n'en est-il pas -jaloux? Je sens, mon coeur, la peine très-réelle que vous avez -éprouvée de n'avoir pas votre mère à vos couches; je la partage par -toute l'amitié que j'ai pour vous, mais je vous félicite en même temps -d'avoir eu assez d'empire sur vous pour n'en pas parler, et quoique -vous en disiez, j'espère que ce sacrifice vous vaudra quelque grâce du -Ciel. Vous êtes faite pour être bonne chrétienne, mon coeur; les -malheurs publics et un peu les particuliers doivent vous déterminer à -prendre ce parti, le meilleur de tous. Je crois vous l'avoir déjà -mandé, votre mari vous aime, mais il est jaloux des sentiments que -vous avez pour vos parents; il ne s'agit, pour vous rendre heureuse, -que de faire vos efforts pour le convaincre que ces sentiments ne -nuisent nullement à ceux que vous avez pour lui. Vous avez de -l'esprit, employez-le à cela, et je vous réponds qu'après quelque -temps d'épreuve vous finirez par être beaucoup plus heureuse que vous -ne pouvez vous en flatter à présent. Que votre mère s'y prête en -oubliant les torts de son gendre; un esprit du genre du sien ne peut -être ramené que par la douceur et un oubli total des torts que son -amour-propre lui reproche, et dont ce même amour-propre l'empêche de -convenir. Mais votre conduite, vos complaisances adoucissant ce -sentiment en lui, et le mettant à son aise avec vous, l'amèneront sans -qu'il s'en doute à avoir en vous la confiance qu'une conduite sage et -réfléchie vous aura méritée. Je voudrois pouvoir hâter ce moment; mes -voeux sont bien vrais pour votre bonheur, et j'aime à être convaincue -que vous serez heureuse un jour comme vous le mériterez. - -Est-il vrai que madame de Staël a demandé publiquement pardon à sa -mère, à un prêche, de s'être mariée contre son gré? Avez-vous du monde -qui vous convienne à Genève? Mandez-moi un peu avec qui vous êtes -liée, et si la vie que vous menez est un peu plus agréable. Votre -belle-mère me marque que vous allez faire fondre cette grosseur que -vous avez au cou. Si vous prenez ce parti, ménagez-vous pendant -longtemps, mon coeur. Ne prendrez-vous pas aussi quelque chose pour -votre poitrine? Donnez-moi des nouvelles de tout cela. Adieu, mon -coeur, croyez à la vérité de mon amitié pour vous, au désir que j'ai -de vous revoir, et au regret que m'inspire l'incertitude du moment où -j'aurai ce plaisir. Je vous embrasse de tout mon coeur. - - * * * * * - -XXXI. - -A MADAME DE RAIGECOURT. - - Ce 12 février 1791. - -Je ne t'écris qu'un petit mot aujourd'hui: 1º l'heure de la poste me -presse; 2º je vais monter à cheval avec la Reine et Lastic à ce triste -bois de Boulogne. Mais il fait un si beau temps, que cela le rendra -peut-être un peu plus gai. Je crois l'hiver tout à fait passé, et je -m'en réjouis, autant que l'on peut prendre part au beau temps dans le -château des Tuileries. Mes tantes partent de lundi en huit, malgré -toutes les motions faites au Palais-Royal et au club des Jacobins -établi à Sèvres. On dit qu'elles seront arrêtées et fouillées en -chemin; c'est un petit mal auquel je ne crois pas. Je pense que cela a -été beaucoup dit pour les effrayer et les empêcher de partir; mais -heureusement on n'en est pas venu à bout. Je ne sais si je t'ai mandé -que l'abbé Madier alloit avec elles: il partira huit jours après -elles. Pense un peu, mon coeur, aux angoisses où je serai, la première -fois que je m'adresserai à un autre prêtre, moi qui ai toujours été à -l'abbé Madier depuis l'âge de neuf ou dix ans. Je suis à peu près -décidée: je crois que je prendrai le confesseur de madame -Doudeauville: on en dit beaucoup de bien, et j'espère qu'il n'est ni -trop doux ni trop sévère. Je te manderai ce qui en est lorsque j'y -aurai été. Je suis convaincue que tu enrages un peu dans le fond de -l'âme de ce que je ne pense pas à ton curé, et tu vas croire que c'est -parce que je l'ai vu; non, point du tout, c'est tout simplement parce -que je ne crois pas qu'il me convînt; et puis, dans ce moment, j'aime -mieux avoir un confesseur dont on parle moins, et que je puisse -espérer de garder. Au reste, je sens que je vais trôler mon âme de -confesseur en confesseur, ce qui ne laisse pas que de me déplaire, -quoique j'en aie bonne envie. Devine, si tu peux, cette énigme. Sur -ce, je te souhaite le bonsoir, et t'embrasse de tout mon coeur. Je ne -sais plus quand tu accouches: mande-le-moi. - -Dis bien des choses au maréchal de Broglie de ma part, et assure-le de -l'estime que j'ai pour ses vertus. Parle aussi de moi à ta princesse. - - * * * * * - -XXXII. - -A MADAME DE RAIGECOURT. - - Ce 15 février 1791. - -J'ai reçu toutes tes lettres, ma pauvre Rage; celle du 25 ne m'est -parvenue qu'hier, et celle du 7 avant-hier. Mais, avant que d'y -répondre, il faut que je te demande mille fois pardon de ne t'avoir -pas écrit depuis dimanche, pour te donner des nouvelles de ton curé; -mais, par étourderie, je me suis persuadée que la poste partoit le -dimanche au lieu du lundi. Et jeudi, j'ai eu plusieurs choses à faire -dans la matinée; l'heure de la poste s'est passée, et je n'ai plus eu -la possibilité que de me livrer à des regrets. Aussi, aujourd'hui je -m'y prends à sept heures du matin, pour être bien sûre de n'y pas -manquer. Lundi, je t'écrirai aussi; mais je puis te dire d'avance -qu'il ne se passera rien de fâcheux. Ton curé dira la messe de bonne -heure, et ne fera pas le prône. Les gros bonnets de la paroisse n'y -seront pas non plus. Il y a un moine qui prêche dans la paroisse, qui -a proposé au curé de faire le prône, pour empêcher les prêtres de -courir des risques. Il disoit au curé que si on le tuoit, il n'y -auroit pas grand mal à cela. C'est un des jeunes prêtres de la -paroisse qui prêchera. On m'a dit son nom, mais je l'ai oublié. - -Toute la communauté a été parfaite pour le curé, et ne l'a pas quitté -tant qu'il a été dans l'église et la sacristie. - -Je suis désolée, mon coeur, de la peur indigne que vous a faite M. Le -Blond[183]. Nous sommes loin encore de toutes les idées qu'il t'a fait -venir; je suis bien aise que ton enfant ne s'en soit pas ressenti. Si -tu n'as pas de bon accoucheur, pourquoi ne ferois-tu pas venir M. -Piron? C'est une dépense, il est vrai; mais pour ta santé et celle de -ton enfant, il me semble que tu dois te la permettre. Je suis bien -fâchée d'être si loin de toi, et de ne pouvoir me permettre de causer -comme je le voudrois pour toi; mais, mon coeur, calme-toi. Je conçois -que cette proposition paroisse difficile, mais cela est nécessaire. Tu -te brûles le sang, tu te rends plus malheureuse encore que tu ne -devrois: tout cela, mon coeur, n'est pas dans l'ordre de la -Providence. Il faut se soumettre à ses décrets; il faut que cette -soumission nous porte au calme, sans cela elle n'est que sur nos -lèvres et non dans notre coeur. - -[Note 183: Il est question de M. Le Blond au premier livre de cet -ouvrage comme donnant des leçons d'histoire et de géographie à Madame -Élisabeth.] - -Lorsque Jésus-Christ fut trahi, abandonné, il n'y eut que son coeur -qui souffrit de tant d'outrages; son extérieur étoit calme, et -prouvoit que Dieu étoit vraiment en lui. Nous devons l'imiter, et Dieu -doit être en nous. Ainsi, mon coeur, calmez-vous, soumettez-vous, et -adorez en paix les décrets de la Providence, sans vous permettre de -porter vos regards sur un avenir affreux pour quiconque ne voit -qu'avec des yeux humains. Mais heureusement vous n'êtes pas dans ce -cas-là; et Dieu vous a trop comblée de grâces pour que vous ne mettiez -pas votre vertu à attendre patiemment la fin de sa colère. - -Quant à moi, mon coeur, je suis loin d'être dans votre position. Je ne -dirai pas que la vertu en soit cause; mais, plus à portée des -consolations, au milieu de beaucoup de peines, d'inquiétudes, je suis -calme, et j'espère une éternité heureuse. Ne me crois ni folle ni -gourmande. J'aime à bien dîner, mais j'aime pourtant encore autre -chose. Quant à ce que tu me marques sur moi, crois, mon coeur, que je -ne manquerai jamais à l'honneur, et que je saurai toujours remplir les -obligations que m'imposent mes principes, ma position, ma réputation; -et j'espère que Dieu me donnera la lumière nécessaire pour me conduire -toujours sagement, et ne pas m'écarter de la voie qu'il m'a tracée. -Mais pour juger de tout cela, mon coeur, il faudroit être près de moi. -De loin, un acte de chevalerie enchante; vu de près, il n'est souvent -qu'un mouvement de dépit ou de quelque autre sentiment qui ne vaut pas -mieux aux yeux des gens sages. - -J'ai donné à madame Navarre la place de madame de Cimery. Il m'en -coûte beaucoup de lui voir prendre son service. Jusqu'à ce moment, il -me semble que l'autre existe encore; et c'est une si grande perte pour -moi, que je voudrois me faire illusion le plus possible. Madame -Navarre est celle de mes femmes qui me convient le mieux; mais ce -n'est pas et ce ne sera jamais madame de Cimery, car elle réunissoit -tout. Adieu, mon coeur, je vous embrasse bien tendrement, et vous -souhaite calme, patience, résignation, courage et confiance. C'est une -étourderie de cet homme qui est si beau qui l'a forcé de prendre le -parti qu'il a pris. - -Quant aux deux êtres que vous et d'autres redoutez tant, on a tort de -les croire dans la position que l'on dit: cela n'existera jamais; mais -j'avoue qu'ils ont toutes les apparences pour eux[184]. - -[Note 184: Deux députés du côté gauche, que l'excès du mal ramenait à -de meilleurs principes, et qui avaient eu aux Tuileries des -conférences pour concerter ce qu'ils voulaient ou pouvaient faire. -Madame Élisabeth repousse les idées que la méchanceté voulait attacher -à ces entretiens. (_Note de M. Ferrand._) - -Ces deux députés étaient Danton et Guadet. (Voir _Louis XVII_, tome -1er, livre V, p. 227, 6e édition, in-8º.--Henri Plon.)] - -On n'a pas demandé d'augmentation de chevaux pour moi. Ce qui peut -avoir donné lieu à ce que l'on vous a dit, c'est que je veux avoir -toujours un page et un écuyer avec moi; je trouve que cela doit être; -mais cela ne convenoit pas aux gens de l'écurie, ce dont je me moque, -trouvant indécent d'être avec des piqueurs dans ce moment-ci. - - * * * * * - -XXXIII. - -A MADAME DE BOMBELLES. - - Ce 28 février 1791. - -Tu sais sans doute que mes tantes sont parties. Tu sais sans doute -qu'elles ont été arrêtées à Arnay-le-Duc. Tu sais sans doute que -_Monsieur_ a eu la visite, mardi dernier, des filles de la rue -Saint-Honoré et de leur société, qui l'ont prié de ne pas sortir du -royaume. Tu sais sans doute que jeudi, jour où l'on a appris que mes -tantes étoient arrêtées, l'Assemblée a rendu un décret qui disoit que -Arnay-le-Duc avoit eu tort, et que le pouvoir exécutif seroit supplié -de donner des ordres pour qu'elles pussent continuer leur route. Tu -sais sans doute que les chefs des Jacobins n'étant pas de cet avis, et -voulant que le président engageât le Roi à les faire revenir, une -foule de badauds s'est portée sous les fenêtres du Roi, parmi laquelle -il y avoit peut-être une centaine de femmes qui se sont égosillées -pendant quatre heures pour voir le Roi et lui faire la même demande -que les Jacobins. Mais le Roi n'ayant pas paru, et la garde ayant fait -une très-bonne contenance, il a bien fallu, lorsque l'on a eu la -permission de la municipalité de repousser la force par la force, que -le peuple cédât. A peine le tambour a-t-il paru sur la terrasse, que -tout le monde a pris la fuite. M. de La Fayette et la garde se sont -conduits parfaitement bien. Le château étoit comble de gens qui -étoient pleins de bonne volonté. Le Roi a parlé avec force à M. -Bailly. Enfin tout s'est passé le mieux du monde. Aussi hier n'y -a-t-il jamais eu tant de monde chez le Roi et chez la Reine. Il y -avoit longtemps que nous étions un peu seules au jeu; mais, hier, il -étoit superbe. Je ne puis vous rendre le plaisir que j'ai éprouvé. Ah! -mon coeur, le sang françois est toujours le même: on lui a donné une -dose d'opium bien forte; mais elle n'a pas attaqué le fond de leur -coeur. Il n'est point glacé, et l'on aura beau faire, il ne changera -jamais. Pour moi, je sens que, depuis trois jours, j'aime ma patrie -mille fois davantage. - -Tout ce que tu me mandes de ton mari me fait grand plaisir. Ah! s'il -peut parvenir à se débarrasser de l'empirique qui donne de si -mauvaises drogues[185], cela seroit bien heureux. Les nouvelles que -j'ai reçues de ses amis éloignés me font craindre qu'il ne le puisse -pas. Le printemps avance beaucoup; sa santé pourroit bien s'en -ressentir. A cette époque, les humeurs sont toujours bien plus en -mouvement, et comme il n'a pas l'habitude de l'exercice, je crains -qu'elles ne lui jouent un mauvais tour. Convenez qu'il n'y auroit pas -pour lui de meilleur remède; mais lorsque l'on a été élevé à Paris, -il semble que l'on soit destiné à ne faire jamais usage de ses jambes. -Je sens même que, sans y être élevé, pour peu que l'on l'habite, on -perd le goût de la promenade, ou, pour mieux dire, l'usage. - -[Note 185: C'est de M. de Calonne que Madame Élisabeth entend parler -ici.] - -Voilà ta petite belle-soeur débarrassée d'une partie de sa nombreuse -compagnie. M. le prince de C.[186] est à Worms, et sa fille doit le -joindre dès qu'elle sera guérie. - -[Note 186: Le prince de Condé.] - -Notre pauvre Saint-Cyr est plus que jamais dans la position la plus -critique. On vend leur bien. Ta mère y a été la semaine passée; moi, -je profiterai d'un jour calme pour y aller: j'en ai envie, et cela me -coûtera horriblement. Il n'y a rien de pis que de n'avoir aucune -consolation à présenter à des gens aussi malheureux. Adieu, je vous -embrasse, ma chère Bombe, et vous aime du plus tendre de mon coeur. - -Vous ai-je dit que l'abbé Madier alloit à Rome? La semaine prochaine -je ferai une nouvelle connoissance, ce qui ne me fait pas grand -plaisir. - -Je crains fort que l'oncle de la petite de Vitry ne se joigne à son -ami avant que celui-ci ait fait les premières avances. Il seroit -pourtant bien avantageux qu'il pût venir le voir venir: tout le monde -le désire; et moi, l'intérêt que j'y prends me le fait souhaiter pour -son bonheur. - - Ce 1er. - -Nous avons eu du train hier. Les gens de bonne volonté, à force d'en -avoir, ont trouvé le moyen de déplaire à la garde, qui étoit -parfaitement disposée pour le Roi. On a voulu détruire Vincennes; mais -la garde est arrivée à temps pour l'empêcher. Tout est calme ce matin. -Nous nous portons tous bien. L'heure de la poste m'empêche d'entrer -dans tous les détails que tu pourrois désirer; mais sois tranquille, -tout est bien. - - * * * * * - -XXXIV. - -A MADAME DE RAIGECOURT. - - 11 mars 1791. - -J'ai reçu ta lettre, qui ne me fait pas grand plaisir; je ne sais rien -de ce que tu me mandes. Depuis longtemps, je n'avois point eu de -nouvelles détaillées, et ce n'étoit qu'à force d'esprit que j'étois au -courant. Cependant j'approuvois tout ce que tu me mandes. Si tu peux -entrer un peu en détails sur tout ce que tu pourras; si ton mari est -avec toi, qu'il écrive sous ta dictée, parce que cela te fatigue. -Est-ce que tu n'as pas reçu mes crayons? Le Roi est malade depuis huit -jours: la scène de lundi y a bien contribué[187]. Il va mieux. Adieu, -je t'embrasse de tout mon coeur. - -[Note 187: Les ressorts qui faisaient mouvoir le peuple l'avaient -dirigé, le lundi 28 février, vers le donjon de Vincennes. Depuis la -prise de la Bastille, on ne voulait plus de prisons royales: en -conséquence, rien ne paraissait plus sage et plus juste que de -détruire celle-là aussi bien que les autres. Pendant que La Fayette se -portait avec la troupe à la défense du donjon, un flot de peuple -envahissait le château des Tuileries, d'où l'on tentait, criaient-ils, -d'enlever le Roi pour le conduire à Metz. De leur côté, environ quatre -cents jeunes gens armés s'étaient donné rendez-vous au château, -croyant le Roi en danger. Cette échauffourée reçut le nom de _Journée -des poignards_.] - - * * * * * - -XXXV. - -A MADAME DE RAIGECOURT. - - Ce 3 avril 1791. - -Je t'écris dans un moment bien satisfaisant pour quiconque croit en -Dieu et en son Église. Les curés intrus sont établis ce matin. J'ai -entendu toutes les cloches de Saint-Roch. Je ne puis vous dissimuler -que cela m'a mise dans une fureur affreuse; et puis je ne suis pas -contente de moi. J'aurois dû me piquer de dévotion aujourd'hui, pour -au moins réparer un peu tout ce que l'on fait contre Dieu: ne -v'là-t-il pas qu'au lieu de cela j'ai été pis qu'une bûche! Je ne sais -pas comment le bon Dieu fera pour me sauver, car je ne m'y prête -guère. Le curé de Saint-Roch a dit sa messe à cinq heures et demie; il -y a eu beaucoup de communions. Il a fait un fort beau discours, où il -a parlé de la persécution. Les gens qui communioient étoient fort -touchés. Sais-tu que Loustonneau est devenu un petit saint? Cela me -fait plaisir; c'est là le fruit de la charité qu'il a toute sa vie -exercée. Sais-tu que M. de Bonnay va à confesse au curé, et qu'il est -dans la grande voie? Cela me fait encore bien plaisir. Tout ceci fait -rentrer bien des gens en eux-mêmes. Je vois tout ce qui est répandu -dans la bonne compagnie penser à merveille. J'ai causé, l'autre jour, -avec M. de Nivernois sur la religion, et j'en fus parfaitement -contente. Madame de Mirepoix est devenue très-pieuse. La petite de -Maillé va à merveille; mais malheureusement le peuple et le bourgeois -ne vont pas si bien. Il y en a beaucoup qui sont affligés, mais ce qui -paroît, ce qui fait nombre, est bien mauvais. L'archevêque vient de -donner une ordonnance superbe, mais sévère, sur notre position. Dieu -veuille qu'elle soit suivie! Un homme qui la lisoit l'autre jour, dit, -après l'avoir achevée: Si je perdois trois cent mille livres de -rentes, j'en dirois autant. Et cet homme est pourtant ce que l'on -appelle un honnête homme. - -Je suis contente de mes gens: Deshaies est charmant. Il y en a dans le -nombre qui ne sont pas aussi parfaits; mais celui-là est vraiment -distingué. Mademoiselle Bénard, M. de Blaremberg, etc., tout cela est -parfaitement. C'est une grande jouissance pour moi. Je ne puis penser -sans frémir à la quinzaine de Pâques. Je voudrois bien ne la point -passer ici; mais peut-on s'en flatter! Ah! mon coeur, vous avez beau -grogner, votre grossesse vous a procuré un grand bonheur en vous -éloignant du schisme et de la division la plus affreuse. - -Je suis bien fâchée que tu souffres autant des dents. N'aurois-tu pas -besoin d'être saignée? tu ne l'as pas été, je crois, depuis que tu es -grosse. Comme tu as un travail difficile, ne ferois-tu pas bien de -prendre cette précaution? Je ne demande pas mieux de tenir ta petite, -si _Monsieur_ le veut. Si tu veux, je lui donnerai le nom d'Hélène. Si -tu voulois accoucher le 3 de mai, à une heure du matin[188], cela -seroit très-bien, pourvu pourtant que cela lui promette un avenir plus -heureux que le mien; qu'elle n'entende jamais parler d'états généraux -ni de schisme. - -[Note 188: Jour et heure de la naissance de Madame Élisabeth. «Comme -toutes ces petites recherches de l'amitié sont bonnes, simples, -touchantes! Il n'y a ni étude ni contrainte; c'est un coeur plein qui -a besoin de s'épancher.» (_Note de M. Ferrand._) Voir aux Pièces -justificatives, nº XIII, à la fin de ce volume, et autres documents -concernant Madame Élisabeth.] - -Mirabeau a pris le parti d'aller voir dans l'autre monde si la -révolution y étoit approuvée. Bon Dieu! quel réveil que le sien! On -dit qu'il a vu une heure son curé. Il est mort avec tranquillité, se -croyant empoisonné: il n'en avoit pourtant point les symptômes; au -reste, il doit être ouvert aujourd'hui. On l'a montré au peuple après -sa mort. Beaucoup en sont fâchés; les aristocrates le regrettent -beaucoup. Depuis trois mois, il s'étoit montré pour le bon parti: on -espéroit en ses talents. Pour moi, quoique très-aristocrate, je ne -puis m'empêcher de regarder sa mort comme un trait de la Providence -sur ce royaume. Je ne crois pas que ce soit par des gens sans -principes et sans moeurs que Dieu veuille nous sauver. Je garde cette -opinion pour moi, parce qu'elle n'est pas politique, mais j'aime mieux -celles qui sont religieuses. Je suis sûre que tu seras de mon avis. - -Le pauvre Lastic va encore éprouver un chagrin: son frère est nommé à -Dresde et va partir dans trois mois avec femme et enfants. Cela mettra -un grand vide dans son intérieur, et quand il est aussi triste par -lui-même, c'est un vrai malheur. - -M. d'Albignac[189] vient passer quelques jours ici. Je le verrai -aujourd'hui; cela me fait bien plaisir. Tu m'avois promis de me donner -de ses nouvelles, mais tu n'en as rien fait. - -[Note 189: Officier des gardes du corps, fort dévoué à la famille -royale, émigré en 1790; rentré en France après le 18 brumaire, il -vécut dans la retraite jusqu'à la Restauration. Louis XVIII le nomma -major général de ses gardes du corps.] - -J'ai reçu par une voie sûre des nouvelles de Bombe. Le mari n'est pas -aussi mal qu'elle le croit avec Ø et son ami [V=][190]. Il croit avoir -le crédit du bon sens; cela seroit bien heureux; mais, mon coeur, sur -cela comme sur tout le reste, abandonnons-nous à la Providence. - -[Note 190: Dans la _Correspondance de Madame Élisabeth_, page 245, M. -Feuillet de Conches nous apprend que le signe Ø veut dire le comte -d'Artois, et le signe [V=] M. de Calonne.] - -Hélas! si nous avions la confiance nécessaire, nous serions sauvés; -notre âme ne seroit pas triste. Que j'en suis loin! il me semble que -l'air de Trèves n'est pas plus porté à la gaieté que celui-ci. -Résignons-nous, mon coeur, cela seul peut fléchir la colère de Dieu; -et demandons pour nos maîtres les dons du Saint-Esprit. De bonnes âmes -se réunissent au nombre de sept, d'ici à Pâques, pour demander chacune -un don pour le Roi, dans les communions qu'elles font, ou à la messe. -Si tu pouvois établir cette dévotion dans les bonnes âmes qui habitent -Trèves, tu ferois bien. - -J'aurai, d'ici à quelques jours, des nouvelles détaillées de ce qui -nous intéresse. Si je peux, je t'en ferai part. - -Adieu, je t'embrasse de tout mon coeur. Le petit de Chamissot est-il -arrivé à bon port? - -Je viens d'apprendre que M. d'André ayant fait une motion pour que -l'on s'occupât de l'élection des membres de la nouvelle législature, -cela a été décrété tout d'une voix. Je ne le conçois pas. - - * * * * * - -XXXVI. - -A MADAME LA MARQUISE DE BOMBELLES, - -A L'HÔTEL DE FRANCE, A STUTTGARD. - - Ce 21 avril 1791. - -Tu sens, ma Bombe, qu'il faut que je n'aie pas eu absolument le temps -pour ne t'avoir pas écrit un mot ces jours-ci. Je ne te donnerai point -de détails de la journée de lundi; je t'avoue que je ne les sais pas -encore. Tout ce que je sais, c'est que le Roi vouloit aller à -Saint-Cloud, qu'il s'est campé dans sa voiture où il est resté deux -heures, que la garde et le peuple ont fermé le passage, et qu'il a été -obligé de ne pas sortir. J'ignore combien l'on nous retiendra; -j'imagine que ce sera jusqu'après Pâques. Nous nous portons tous bien; -je t'écris à la hâte, parce que je fais ma toilette pour aller à -l'office, car l'on veut bien encore nous permettre d'y assister. -Adieu; crois que je serai toujours digne des sentiments de ceux qui -veulent bien avoir de l'estime pour moi, et que quelque chose qu'il -arrive, je vivrai et mourrai sans avoir rien à me reprocher vis-à-vis -de Dieu et des hommes. - -Je ne te parle pas de la joie que m'a fait éprouver la bonté de la -Reine de Naples[191]; mais tu me connois assez pour suppléer à tout ce -que je ne puis exprimer dans le moment, mais que mon coeur sent si -bien. Je t'embrasse et t'aime de tout mon coeur. - -[Note 191: Cette princesse venait de donner sur sa cassette une -pension de douze mille livres à M. de Bombelles. (Voir la page 240 de -ce volume.)] - - * * * * * - -XXXVII. - -A L'ABBÉ DE LUBERSAC. - - 23 mai 1791. - -J'ai reçu votre lettre, Monsieur: les détails que vous me faites de -votre voyage m'ont fait grand plaisir; et si je ne craignois pas de -vous fatiguer, je vous prierois de les continuer. Les dangers que vous -avez courus m'ont fait frémir; mais les regrets continuels que vous -éprouvez me font une peine affreuse. Ah! Monsieur, poussez votre vertu -jusqu'à vous en rendre maître: vous le devez pour ce Dieu à qui vous -avez tout sacrifié; vous le devez au soin de votre santé. Songez -combien votre existence est nécessaire à toute votre famille; et -prenez sur vous de soutenir sans trop de découragement la nouvelle -épreuve que le Ciel vous envoie. Il falloit pour votre perfection que -Dieu vous détachât tout à fait des biens de ce monde, même des plus -simples. Vous savez, plus que tout autre, combien Dieu donne de force -pour supporter les maux de ce monde; tâchez donc de ne vous y point -laisser aller. Ne vous persuadez point que l'air ne vous vaut rien; -ménagez-vous, mais distrayez-vous par les beautés dont la ville que -vous habitez est remplie. Après avoir admiré la main sublime qui forma -ces immenses rochers, et ces torrents qui ont pensé vous entraîner -dans leurs abîmes, admirez l'industrie que Dieu a donnée à l'homme, et -comment il peut, grâce à cette industrie, tirer des chefs-d'oeuvre des -choses les plus brutes. Mais je m'aperçois que je me mêle de ce que je -n'ai que faire; car je ne fais que rabâcher ce que vous me dites sans -cesse. Pardonnez, Monsieur, au désir que j'ai de vous voir un peu -sorti de ce fonds de tristesse qui vous suit partout. Je vous voudrois -le calme de l'abbé Madier; mais il n'est pas donné à tout le monde: -c'est une grâce spéciale. Je suis fâchée que vous soyez encore privé -de sa société; cela eût été une ressource pour vous: j'espère qu'il se -rétablira parfaitement de sa maladie. D'après l'intérêt que vous -voulez bien prendre à moi, je vous dirai que le Ciel m'a fait la grâce -de faire un choix pour le remplacer, qui, sous tous les rapports, me -convient parfaitement. Il entend ce que je lui dis, et me présente -toujours un remède efficace aux maux dont je lui fais l'aveu. Il a de -l'esprit, de la douceur sans foiblesse, une grande connoissance du -coeur humain et un grand amour pour Dieu. Remerciez ce Dieu pour moi -de la grâce qu'il m'a faite de m'adresser à lui. Je prierai pour vous, -puisque vous le désirez, dès demain. Je m'en humilierai; car je vous -avoue que rien n'y porte tant à l'humilité que d'invoquer le Ciel pour -des personnes de qui l'on est si éloigné d'approcher pour la vertu. Je -compte recevoir demain ce Dieu si bon. Ah! Monsieur, que j'en suis -indigne, et que je suis loin de m'en rendre digne! Cependant j'ai -bonne envie de me sauver; car au moins faut-il ne pas perdre le fruit -des épreuves que le Ciel vous envoie: elles sont bien fortes; elles le -seroient encore plus pour des gens moins légers, et qui les -sentiroient plus profondément. Mais, de quelque manière qu'elles -soient senties, il faut qu'elles sauvent; et voilà pourquoi je me -recommande instamment à vos prières. Je vous quitte à regret; mais il -est tard, et il faut que ce soit à vous que j'écrive, pour n'avoir pas -déjà quitté mon écritoire: mais lorsque je cause avec vous, j'éprouve -une vraie satisfaction. Adieu, Monsieur; ne doutez pas de mes -sentiments et du plaisir que me font vos lettres; aussi, tant que vos -yeux n'en seront point fatigués, écrivez-moi, je vous en prie. Nous -sommes assez tranquilles ici depuis l'affaire du 18 avril[192]. - -[Note 192: Ce jour-là, le Roi avait formé le projet d'aller à -Saint-Cloud pour faire ses pâques. On répandit dans le public que ce -voyage n'était qu'un prétexte pour fuir la capitale. On appuyait ces -soupçons sur le départ des évêques de Senlis et de Metz, les premiers -aumôniers de Louis XVI. Une masse de peuple pénétra dans les cours du -palais. Malgré les cris d'opposition qui s'élevaient, le Roi parut et -monta en voiture. M. de La Fayette voulut protéger la volonté du Roi, -la troupe refusa de lui obéir. Plus d'une heure se passe entre la -volonté du Prince et celle du peuple, entre une partie des troupes qui -veut obéir et l'autre qui refuse. Ennuyé d'une scène aussi -scandaleuse, Louis XVI descendit de voiture, et rentra dans son -palais. Il se rendit au sein de l'Assemblée, et lui fit part de son -mécontentement avec d'autant plus de raison qu'il eût désiré prouver -à l'Europe _qu'il était libre dans Paris_.] - - * * * * * - -XXXVIII. - -A MADAME DE BOMBELLES. - - Ce 10 juillet 1791. - -J'ai reçu votre petite lettre, ma chère Bombe; j'y réponds de même. -Quoique nous différions d'opinions, les marques d'amitié que vous m'y -donnez me font un bien grand plaisir. Tu sais qu'en général j'y suis -sensible, et tu peux juger si, dans un moment comme celui-ci, l'amitié -ne devient pas mille fois plus précieuse. Tu as une mauvaise tête; -ménage-la, mon coeur, tranquillise-toi: tout ce qui t'intéresse se -porte bien. Que la petite trouve dans ce billet tout ce que je ne puis -exprimer. Le mot qu'elle a mis dans la lettre m'a fait aussi un grand -plaisir. J'espère qu'elle n'en doute pas. Paris et le Roi sont -toujours dans la même position: le premier tranquille, et le second -gardé à vue ainsi que la Reine. Même, hier, on a établi une espèce de -camp sous leurs fenêtres, de peur qu'ils ne sautent dans le jardin, -qui est hermétiquement fermé, et qui est rempli de sentinelles, entre -autres deux ou trois sous ces mêmes fenêtres. Adieu, mon coeur, je -vous embrasse tendrement ainsi que la petite. On dit que l'affaire du -Roi sera rapportée bientôt et qu'après il aura sa liberté. La loi pour -les émigrants est très-sévère; ils payeront les trois cinquièmes de -leurs biens. - - La fin de la lettre est écrite en encre sympathique. - -Non, mon coeur, je suis bien loin de permettre votre retour. Ce n'est -pas assurément que je ne fusse charmée de vous voir, mais c'est parce -que je suis convaincue que tu ne serois pas en sûreté ici. -Conserve-toi pour des moments plus heureux, où nous pourrons peut-être -jouir en paix de l'amitié qui nous unit. J'ai été bien malheureuse; je -le suis moins. Si je voyois un terme à tout ceci, je supporterois plus -facilement ce qui arrive; mais c'est le temps de s'abandonner -entièrement entre les mains de Dieu, chose en vérité à faire par le -comte d'Artois. Nous devons même lui écrire pour l'y engager. Nos -maîtres le veulent. Je ne crois pas que cela le décide. Notre voyage -avec Barnave et Pétion s'est passé le plus ridiculement. Vous croyez -sans doute que nous étions au supplice; point du tout. Ils ont été -bien, surtout le premier, qui a beaucoup d'esprit et qui n'est point -féroce comme on le dit. J'ai commencé par leur montrer franchement mon -opinion sur leurs opérations, et nous avons, après, causé le reste du -voyage, comme si nous étions étrangers à la chose. Barnave a sauvé les -gardes du corps qui étoient avec nous, que la garde nationale vouloit -massacrer en arrivant. On dit qu'à... [Là s'arrête le récit.] - - * * * * * - -XXXIX. - -A L'ABBÉ R. DE LUBERSAC. - - 29 juillet 1791. - -J'ai reçu votre lettre ces jours-ci. J'espère, Monsieur, que vous ne -doutez pas de l'intérêt avec lequel je l'ai lue. Votre santé me paroît -moins mauvaise; mais je crains que les dernières nouvelles que vous -avez reçues de votre pays ne vous aient fait une trop vive impression. -Plus que jamais l'on est dans le cas de dire qu'un coeur sensible est -un don cruel. Heureux celui qui pourroit être indifférent aux maux de -sa patrie, de tout ce que l'on a de plus cher! J'ai éprouvé combien -cet état étoit à désirer pour ce monde, et je vis dans l'espoir que le -contraire peut être utile pour l'autre. Cependant, je vous l'avouerai, -je suis bien loin de la résignation que je désirerois avoir. L'abandon -à la volonté de Dieu n'est encore que dans la superficie de mon -esprit. Cependant, après avoir été pendant près d'un mois dans un état -violent, je commence à reprendre un peu mon assiette; les événements -qui paroissent se calmer en sont cause. Dieu veuille que cela dure un -peu, et que le Ciel se laisse toucher! Vous ne pouvez imaginer combien -les âmes ferventes redoublent de zèle; le Ciel ne peut pas être sourd -à tant de voeux qui lui sont offerts avec tant de confiance. C'est du -coeur de Jésus que l'on semble attendre toutes les grâces dont on a -besoin; la ferveur de cette dévotion semble redoubler: plus nos maux -augmentent, plus on y adresse des voeux. Toutes les communautés font -de ferventes prières; mais il faudroit que tout le monde s'unît pour -fléchir le Ciel; et voilà ce qu'il faut commencer par obtenir, et ne -s'occuper que du bien de la religion. Mais malheureusement il est -très-aisé de fort bien parler sur tout cela, beaucoup plus que -d'exécuter; voilà ce que j'éprouve sans cesse, et ce qui m'impatiente, -au lieu de m'humilier. - -Je suis fâchée pour vous que votre frère vous ait quitté; ce devoit -être pour vous une grande ressource. Ne pourriez-vous pas obtenir de -demeurer avec...? au moins vous auriez une société agréable; car vous -me paroissez mener la vie du monde la plus triste et la moins conforme -à votre santé. - -Vous me demandez mon avis sur le projet que vous aviez formé. Si vous -voulez que je vous parle franchement, je ne prendrois pas le sujet que -vous aviez choisi. Nous sommes encore trop corrompus pour que des -vertus auxquelles beaucoup ne croient pas puissent faire effet. De -plus, il me seroit impossible de vous donner des renseignements sur -cela; car je n'en ai aucun. Mais je crois que si vous avez le désir -d'écrire, tout sujet de morale chrétienne sera bien traité par vous; -et si vous voulez que je vous dise encore mon avis sur cela, je vous -dirai que je choisirois plutôt un sujet fort de raisonnement que de -sentiment; cela conviendroit mieux à la situation où se trouve votre -âme. Songez, en lisant ceci, que vous avez voulu que je vous dise ce -que je pensois; et ne doutez pas, je vous prie, de la parfaite estime -que j'ai pour vous, et du plaisir que me font vos lettres. - - * * * * * - -XL. - -A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[193]. - -[Note 193: La reproduction de cette lettre est interdite.] - - Ce 30 août 1791. - -Je ne puis vous dissimuler, mon cher Démon, que votre silence -m'étonnoit et m'affligeoit, même la jalousie s'emparoit de moi, car je -savois que vous aviez trouvé le temps d'écrire à Coblentz; mais enfin -votre lettre, que j'ai reçue hier au soir, a remis tout dans l'ordre. -Blanche est en Normandie depuis un mois; je ne sais si elle aura reçu -vos lettres, elle n'en avoit point eu avant son départ. Je voudrois -pouvoir me flatter, mon coeur, que votre retour sera aussi prompt que -je le désire, mais sur cela il n'y a que la Providence qui puisse me -donner cet espoir; elle est si bonne, que je suis pleine de confiance -qu'elle me procurera le plaisir de vous revoir, toujours aimable, -bonne, et conservant de l'amitié pour moi. Je voudrois pouvoir ajouter -que deux ans auront mis du calme et de la bonne réflexion dans la tête -de ce Démon que j'aime et embrasse de tout mon coeur. - - * * * * * - -XLI. - -A MADAME DE BOMBELLES. - - Ce 8 septembre 1791. - -Ce n'est pas, je crois, ma faute, ma Bombe, si tu n'as pas eu de mes -nouvelles: ta mère m'a donné une adresse qui ne me paroît pas du tout -devoir mener à ton château; mais elle me soutient qu'elle est bonne, -il faut bien me soumettre à la croire. Je suis charmée que tu aies -trouvé un peu de société, car cela fait toujours du bien, quand ce ne -seroit que pour savoir des nouvelles et pouvoir renouveler un peu ses -idées, ce dont on a grand besoin. Pour ici, on a beau faire, c'est -toujours la même chose: la Révolution, ses suites, l'entrée des -émigrés, voilà sur quoi roulent toutes les conversations des cercles -de Paris. Tu sais sûrement que la Constitution est entre les mains du -Roi depuis samedi, et qu'il réfléchit sur la réponse qu'il fera. Le -temps nous apprendra ce qu'il aura décidé dans sa sagesse. Il faut -demander à l'Esprit-Saint de lui faire part de quelques-uns de ses -dons: il en a bon besoin. Je voudrois avoir quelque chose d'amusant à -te mander; mais nous n'abondons pas dans cette marchandise, d'autant -que le pain qui commence à renchérir ici, en rappelant un temps fort -triste, fait craindre pour cet hiver assez de mouvements, sans compter -tout ce dont on nous menace pour l'automne, ce qui est fort triste, -car il n'y a plus moyen de se faire illusion, puisque l'Assemblée -elle-même en parle comme d'un malheur auquel elle s'attend. Il est -vrai que la force que donne l'amour de la liberté rassure beaucoup; et -le patriotisme remplacera aisément l'ordre et la subordination des -troupes. Adieu, je t'embrasse de tout mon coeur. - - * * * * * - -XLII. - -A MADAME DE BOMBELLES, - -SOUS LE NOM DE MADAME DE SCHWARZENGALD. - -A RORSCHACH, PAR SAINT-GALL, EN SUISSE. - - Ce 22 septembre 1791. - -Je suis charmée, ma petite Bombe, de la recrue que tu as faite pour ta -société, car on a beau dire, l'hiver on en a un peu besoin, surtout un -homme qui n'a pas la ressource de l'ouvrage. Je suis fâchée du chagrin -que tu as éprouvé par la perte de M. de Rosenberg, ce sera une vraie -consolation pour son frère d'être avec toi; mais je crains que cela -n'attriste la solitude. Oui, mon coeur, je voudrois pouvoir m'y -transporter. Que j'y trouverois de douceur! Mais la Providence m'a -placée où je suis: ce n'est pas moi qui l'ai choisi; tu crois bien, -qu'elle m'y retient, il faut donc s'y soumettre. Mon sort m'y -paroîtroit plus doux si je voyois l'union dont je te parlois dans ma -dernière lettre, et que je trouverois l'hiver court, si, malgré toutes -les peines qu'il nous annonce, il pouvoit l'amener! Et que n'ai-je ici -les moyens que j'aurois autre part! car j'y travaillerais avec bien du -zèle. Mais mettons en Dieu notre confiance: il sait ce qu'il faut à -chacun de ses enfants; il en aura soin, gardons-nous d'en douter. Nous -ne sommes pas faits pour vivre heureux dans ce monde. La vue de -l'éternité devroit soutenir tous et particulièrement ceux qui sont -comblés de ses grâces. Sois tranquille pour ta mère, ma petite, elle -se porte bien; je ne crois même pas que tu la trouves changée, si tu -la voyois. Je ne comprends pas comment l'on peut supporter tout ce que -l'on a à souffrir dans ce moment, les secousses étant fréquentes. Nous -en avons éprouvé de bien douces, en revoyant des êtres qui ont couru -de bien grands dangers, mais qui heureusement sont tous en bonne -santé. La Providence a bien veillé sur eux; non, elle n'abandonne -jamais. Oh! que l'on seroit heureux si l'on avoit une foi vive! Ton -mari est donc allé faire une course légère, et tu es restée dans ta -solitude, avec tes enfants, tes livres et ta pensée. En voilà bien -assez pour toi. - -Nous sommes toujours tranquilles ici. Il paroît une lettre des -Princes[194], et une déclaration de l'Empereur et du roi de -Prusse[195]. La lettre est bien forte; mais le reste ne l'est pas. -Cependant plusieurs personnes croient y voir les Cieux ouverts. Pour -moi, qui ne suis pas si crédule, je lève les mains au Ciel, et lui -demande de nous préserver de maux inutiles. Tu en ferois, je crois, -tout autant. - -[Note 194: Voir aux Pièces justificatives, nº XIV.] - -[Note 195: Réunis au château de Pilnitz, en Saxe, où s'était rendu le -comte d'Artois, l'empereur Léopold II, Frédéric-Guillaume II, roi de -Prusse, et Frédéric-Auguste, électeur de Saxe, signèrent la célèbre -déclaration dans laquelle ils signalaient à toutes les cours de -l'Europe la cause du Roi de France comme la cause commune de toutes -les têtes couronnées. Ce château royal, détruit en 1818, a été rebâti -depuis.] - -La vicomtesse est chez elle, Tilly et des Essarts en Bourbonnois, et -Blanche en Normandie. Mais je pense qu'elle reviendra bientôt. Sais-tu -que l'on nous a menés à l'Opéra mardi, et que lundi nous allons aux -François! Nous faisons notre coeurs de spectacle. Lorsqu'il sera fini, -j'en serai charmée. - -Adieu, je t'embrasse et t'aime de tout mon coeur. - - * * * * * - -XLIII. - -A MADAME DE BOMBELLES. - - Ce 6 octobre 1791. - -Il y a aujourd'hui deux ans, ma chère Bombe, que nous étions encore -dans le lieu de ma naissance. C'est vers cette heure-ci qu'il a été -décidé que nous le quitterions. Cela est un peu triste, car jamais -l'on ne verra une habitation plus agréable pour moi. Tu me demandes si -je vais à M.[196] Non, mon coeur, et certes je n'irai pas que la ville -dans laquelle il est n'ait avoué ses torts. J'en enrage; mais je crois -le devoir. Quant à Saint-Cyr, je n'ose pas y aller: le village est si -mal pour ces Dames que je ne puis y aller, dans la crainte que le -lendemain l'on ne fasse une descente chez elles, disant que j'ai -apporté une contre-révolution. Cependant, j'ai écrit à Ligondès pour -la prier de me marquer le moment qu'elle croira que je pourrai avoir -ce plaisir. - -[Note 196: «Montreuil, où Madame Élisabeth avoit une maison de -campagne, et qui est une sorte de faubourg de Versailles.» (_Note de -M. de Bombelles._)] - -Je suis charmée de ce que tu me marques du bon sens de ton prince -moine[197]. Si tout le monde avoit comme lui senti la nécessité de -laisser chacun dans la place où la Providence l'a placé, nous -n'aurions pas à gémir sur les maux de notre patrie. La nouvelle -législature a commencé à attaquer les droits que la Constitution avoit -donnés au Roi. Elle a décrété qu'elle devoit être indépendante de la -volonté du Roi lorsqu'il y étoit, et qu'en conséquence ils seroient -assis avant que le Roi s'assoie; qu'il n'auroit pas un fauteuil -différent de celui du président, et que l'on ne lui donneroit plus le -titre de _Sire_ ni de _Majesté_; mais qu'en lui parlant on diroit -toujours _Roi des François_[198]. Tout cela feroit rire, si l'on n'y -découvroit pas un désir violent de détruire toute la Constitution. On -dit que Thouret étoit dans une colère affreuse, et M. de Cordorcet -enchanté. - -[Note 197: Clément-Venceslas, prince de Saxe, né le 28 septembre 1739, -électeur et archevêque de Trèves le 10 février 1768.] - -[Note 198: Voici ce décret, qui était l'oeuvre de Couthon: - -Article I. Au moment où le Roi entrera dans l'Assemblée, tous les -membres se tiendront debout et découverts. - -Art. II. Le Roi arrivé au bureau, chacun des membres pourra s'asseoir -et se couvrir. - -Art. III. Il y aura au bureau, et sur la même ligne, deux fauteuils -semblables; celui à gauche du président sera destiné pour le Roi. - -Art. IV. Dans le cas où le président ou tout autre membre de -l'Assemblée auroit été préalablement chargé par l'Assemblée d'adresser -la parole au Roi, il ne lui donnera, conformément à la Constitution, -d'autre titre que celui de _Roi des Français_, et il en sera de même -dans les députations qui pourront être envoyées au Roi. - -Art. V. Lorsque le Roi se retirera de l'Assemblée, les membres seront, -comme à son arrivée, debout et découverts. - -Art. VI. Enfin la députation qui recevra et qui reconduira le Roi sera -de douze membres. - -Ce décret, dès qu'il fut connu dans Paris, y produisit le plus fâcheux -effet; il fut dès le lendemain matin rapporté sur la proposition de M. -Vosgien.] - -Adieu, ma Bombe, voilà le commencement de nos nouvelles. D'ici à un -mois, je crois qu'il y en aura bien d'autres du même genre. Mais à -chaque chose suffit son mal. On parle d'un congrès à Aix-la-Chapelle. -J'imagine que là l'on cherchera à prévoir tout ce que la nouvelle -législature sera dans le cas d'entreprendre. Sans cela leur but -manquera, crois-en ma prédiction. Dieu veuille que d'autres y pensent. -Adieu, je t'embrasse de tout mon coeur. - -L'Assemblée a rétracté le décret de la veille. Le Roi y va ce matin -pour en faire l'ouverture, et leur lâchera un petit discours. J'ignore -ce qu'il contiendra. - - * * * * * - -XLIV. - -A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[199]. - -[Note 199: La reproduction de cette lettre est interdite.] - - Ce 20 octobre 1791. - -J'ai reçu votre jolie lettre, mon cher Démon. Non, mon coeur, vous -auriez bien tort de craindre d'être oubliée, croyez que je n'ai point -le sort dont on soupçonne bien des gens et que l'absence ne fait point -de tort à mes sentiments. Non, tant que je ne saurai rien qui puisse -m'affliger sur Démon, je l'aimerai bien tendrement; ainsi, lorsqu'il -lui prendra fantaisie de s'inquiéter sur cela, en faisant son examen -le soir, elle pourra répondre à tout ce que son imagination lui aura -dit. Je crois lui avoir dit cela cent fois, mais si elle me prend pour -une rabâcheuse avec quelque raison, elle se dira que c'est encore une -preuve de la sincère amitié que j'ai pour elle. Je serai charmée, mon -petit Démon, lorsque vous pourrez me venir voir, mais je n'en prévois -pas l'époque. Votre mari est-il avec vous, mon coeur, ou êtes-vous -avec votre mère? Et votre second fils, qu'en avez-vous fait? J'ai vu -avant-hier votre beau-frère, il n'est pas embelli. On dit que les -émigrés vont être maltraités par l'Assemblée; le sieur Brissot en fit -hier la motion, qui doit être discutée. Adieu, mon petit Démon, je -vous embrasse de tout mon coeur. - - * * * * * - -XLV. - -A MADAME DE RAIGECOURT. - - [Vers la fin d'octobre.] - -J'ai l'âme toute noire, ma chère Rage. Il faut que tu en prennes ton -parti, et tu en devineras bien la raison, car je n'aime point du tout -tout ce que je vois. Lis et entends. Dieu veuille que j'aie tort! -Sais-tu bien que ce que tu me marques à la fin de ta lettre n'a pas le -sens commun? Il y a quatre mois, cela eût été fort différent. Mais à -présent c'est un être de raison que de penser que cela puisse faire le -plus petit effet. Mais notre sort sera toujours d'être bêtes et -maladroits, ce dont j'enrage de bon coeur. Quant à ce que tu me -marques pour une certaine personne de ma connoissance, je te fais part -qu'elle ne trouve pas que tu aies raison; que son opinion ne sera, je -crois, jamais douteuse, mais que mille raisons lui font croire qu'elle -est où elle doit être.--Si tu ne l'approuvois pas, elle en seroit -bien fâchée. Mais je crois que, si elle pouvoit causer avec toi, elle -te convaincroit. Lastic est ici d'avant-hier; ce qui a fait un -sensible plaisir à ta très-humble servante, quoiqu'elle lui ait dit -bien des choses qui lui font peine. La pauvre petite est bien -malheureuse, sent bien vivement sa position; mais tout cela est soumis -à la Providence d'une manière qu'il faudroit imiter. Nous irons -galoper demain ensemble, et cela me plaît. - -Je te fais compliment sur la dent d'Hélène: c'est en avoir de bien -bonne heure. J'ai peur qu'elle ne te morde beaucoup. Adieu, ma petite. -Je t'embrasse et t'aime de tout mon coeur. Le bien de ta belle-soeur -est-il près de Saint-Domingue? - - * * * * * - -XLVI. - -A MADAME DE BOMBELLES, - -SOUS LE NOM DE MADAME DE SCHWARZENGALD. - -PAR SAINT-GALL, EN SUISSE, A RORSCHACH. - - Ce 8 novembre 1791. - -Sais-tu bien, ma Bombe, que si je ne comptois pas sur ton amitié, sur -ton indulgence, je serois un peu honteuse du temps qu'il y a que je -t'ai écrit? Mais que veux-tu? c'est pour mieux faire que j'ai eu tort. -Je voulois t'écrire un peu longuement, et je ne m'en suis jamais -trouvé le temps. Heureusement que l'arrivée de M. de Vaines[200] -t'aura bien occupée et distraite de l'idée de n'avoir pas de nouvelles -de ta patrie. Ta mère t'a écrit il y a huit jours, cela t'aura prouvé -que tout étoit encore sur ses pieds; que, malgré tous les blasphèmes -que l'on n'a cessé de vomir contre Dieu et ses ministres, le Ciel -n'étoit pas encore tombé sur nous. Après-demain, l'on dit que l'on -s'occupera des prêtres non assermentés, et de leur assurer paix, -tranquillité et libre exercice de la religion. Cela te paroît suspect; -mais patience, attends pour juger que le décret soit rendu. - -[Note 200: Lecteur de la Chambre et du Cabinet du Roi.] - -Tu sais sans doute les tristes nouvelles des îles, elles sont -confirmées d'hier par une lettre de M. de Blanchelande[201]. On -craignoit la famine pour la ville du Cap, et il tenoit ses vaisseaux -prêts pour faire embarquer les femmes et les enfants et les sauver, -tandis qu'eux chercheroient à se défendre. Ils avoient envoyé demander -secours aux Anglois. Voilà le commerce de la France totalement ruiné, -et ce superbe royaume humilié jusque dans la poussière. Au moins, s'il -l'étoit de coeur, Dieu pourroit en être touché; mais, hélas! que -peut-on faire avec des coeurs corrompus, trompés par l'illusion la -plus adroite et la plus perfide! Mais adieu, je t'aime et t'embrasse -de tout mon coeur. Il fait, si tu veux le savoir, un froid de loup, -depuis trois jours particulièrement. Il y a déjà assez de glace dans -les bassins pour remplir les glacières. Si l'hiver est aussi froid -qu'il s'annonce, je ne comprends pas ce que les pauvres deviendront. - -[Note 201: Philibert-François Rouvel de Blanchelande, gouverneur de -Saint-Domingue, né à Dijon en 1735, dut tout à lui-même. Resté -orphelin en bas âge, sans fortune, il entra à douze ans dans un -régiment d'artillerie, et devint, jeune encore, major au régiment des -grenadiers de France. S'étant plus tard distingué dans la défense de -l'île de Saint-Vincent, où avec cent cinquante hommes il força quatre -mille Anglais à reprendre la mer, il reçut pour récompense le grade de -brigadier, suivi de près du gouvernement de l'île de Tabago. A -l'époque de la Révolution, il rentra en France, et se retira dans le -village de Chaussin, en Franche-Comté; bientôt après il fut arraché au -repos pour aller reprendre le gouvernement de Saint-Domingue. A cette -époque, un décret de la Convention affranchissait les nègres; -Blanchelande ne put conjurer l'orage; il mit quelque temps sa tête à -l'abri en cherchant un refuge au Cap; dénoncé par Brissot et Lasource, -il fut amené en France, et sur la proposition de Garnier, de Saintes, -il fut envoyé au tribunal révolutionnaire, où, malgré les efforts de -Tronçon-Ducoudray, il fut condamné à mort le 15 avril 1793. Le -président lui ayant demandé s'il avait quelque chose à dire: «Je jure -par Dieu que je vais voir tout à l'heure, répondit-il, que je n'ai -trempé pour rien dans le fait que l'on m'impute.» Il était âgé de -cinquante-huit ans. Son fils, qui avait été son aide de camp, fut -traduit aussi devant le tribunal de sang et mis à mort le 2 thermidor -an II (20 juillet 1794). Il n'avait que vingt ans.] - -J'ai eu hier l'avantage de voir ton cher beau-frère. Tu juges toute la -joie que j'en ai ressentie. Mais, pour le coup, adieu. - - La fin de la lettre est écrite en encre sympathique. - -Enfin, ma Bombe, l'on sent ici la nécessité de se rapprocher de -Coblentz. On va envoyer quelqu'un qui y restera et qui correspondra avec -le baron de Breteuil[202]. Mais il me reste une crainte dans cette -démarche, c'est qu'elle ne soit faite que pour arrêter des démarches -fâcheuses et qui sont fort à craindre, et non pas pour arriver à une -confiance méritée. Cependant, qu'arrivera-t-il si elle n'existe pas? -C'est que nous serons la dupe de toutes les puissances de l'Europe. -Cependant, ma Bombe, le moment est bien intéressant. Je suis d'avis que -ton mari soit où il est, car je suis sûre qu'il penseroit comme moi, et -qu'il engageroit le baron de Breteuil à se porter de bonne foi à ce -nouvel ordre de choses. Nous voilà aux portes de l'hiver, c'est le -moment des négociations. Elles peuvent avoir une heureuse issue, mais -seulement si l'on agit d'accord. Si cela n'existe pas, souviens-toi de -ce que je te dis:--Au printemps, ou la guerre civile la plus affreuse -s'établira en France, ou chaque province se donnera un maître. Ne crois -pas la politique de Vienne très-désintéressée: il s'en faut de beaucoup. -Elle n'oublie pas que l'Alsace lui a appartenu. Toutes les autres sont -bien aises d'avoir une raison pour nous laisser dans l'humiliation. -Songe au temps qui s'est passé depuis notre retour de Varennes. Ces -événements ont-ils remué l'Empereur? N'a-t-il pas été le premier à -montrer de l'incertitude sur ce qu'il devoit faire? Croire, comme bien -des gens l'assurent, que c'est la Reine qui l'arrête, me paroît un être -de raison et presque un crime. Mais je me permets de penser que la -politique vis-à-vis de cette puissance n'a pas été menée avec assez -d'habileté. Si cela est, je trouve que l'on a eu tort; mais il seroit -impardonnable si, d'après le décret qui a été rendu hier sur les -émigrants, on n'en sentoit pas le danger. Juge à la quantité qui sont là -s'il sera possible de les retenir, et ce que deviendront la France et -son chef s'ils prennent ce parti sans secours étranger. Réfléchis à tout -cela, ma Bombe; et si ton mari trouve qu'il y ait en effet un grand -danger à.....[203], ou qu'il engage son ami à marcher de bonne foi, je -m'attends bien que, dans le premier moment, l'homme qui sera chargé -d'aller à Coblentz éprouvera peut-être quelques difficultés; mais il ne -faut pas que cela l'alarme, parlant au nom du Roi, et ne mettant aucune -roideur à soutenir son avis; mais en le raisonnant bien, il y entraînera -les autres. - -[Note 202: «Voilà qui réfute les mensongères assertions de M. de -Bertrand de Moleville sur ce que le baron de Breteuil n'avoit pas de -pleins pouvoirs du Roi en novembre 1791.» (_Note du comte de -Bombelles._) - -Voici quelle était la formule des pleins pouvoirs confiés par Louis -XVI à M. de Breteuil: - -«Monsieur le baron de Breteuil, connoissant tout votre zèle et votre -fidélité, et voulant vous donner une preuve de ma confiance, je vous -ai choisi pour vous confier les intérêts de ma couronne. Les -circonstances ne me permettent pas de vous donner des instructions sur -tel ou tel objet et d'avoir avec vous une correspondance suivie. Je -vous envoie la présente pour vous servir de pleins pouvoirs et -d'autorisation vis-à-vis les différentes puissances avec lesquelles -vous pouvez avoir à traiter pour moi. Vous connoissez mes intentions, -et je laisse à votre prudence à en faire l'usage que vous jugerez -nécessaire pour le bien de mon service. J'approuve tout ce que vous -ferez pour arriver au but que je me propose, qui est le rétablissement -de mon autorité légitime et le bonheur de mon peuple. Sur ce, je prie -Dieu, monsieur le baron de Breteuil,» etc.] - -[Note 203: Le papier est arraché à cette place.] - -Adieu, accuse-moi la réception de cette lettre; et si ton mari fait -quelques démarches vis-à-vis du baron, qu'il ne sache pas que je l'en -ai prié, ni même que je t'ai parlé de tout cela. - - * * * * * - -XLVII. - -A L'ABBÉ DE LUBERSAC. - - 14 novembre 1791. - -J'ai vu avec plaisir par votre dernière lettre, Monsieur, que votre -santé étoit un peu moins mauvaise: l'hiver sera, dans le pays que vous -habitez, un bien bon temps pour vous. Tous les détails que vous me -donnez m'ont fait un grand plaisir. La dévotion des Romains ne me -tente point du tout. Est-il possible qu'il y ait encore tant de -superstition! Je ne connois rien qui rabaisse l'homme comme de penser -que dans cette ville qui a été celle des lumières, qui devroit être la -mieux instruite de la vraie piété, puisque c'est de là que nous -recevons l'explication des devoirs qui nous sont tracés; que dans -cette même ville l'on craigne de changer le genre de dévotion du -peuple, crainte de l'arracher de son coeur; notre exemple -n'encouragera certes pas sur cela: car, à force de lumières, nous -sommes parvenus à une incrédulité, à une indifférence bien -affligeante, et effrayante pour le moment présent et pour ses suites. -Cependant l'on n'a point encore porté de décret contre les prêtres; -l'Assemblée paroît vouloir y mettre une grande sévérité. Si vous lisez -les papiers publics, vous devez voir qu'il n'y a pas d'indécence que -l'on ne se permette contre eux: cependant Dieu permet que la religion -se soutienne au milieu de cette demi-persécution. Les couvents, -ouverts par ordre du département, présentent le spectacle le plus -édifiant. Les églises sont remplies, les communions sont innombrables, -et tout cela se passe avec le plus grand calme. Dieu veuille que -quelques esprits malins ne viennent pas déranger tout cela! ce dont je -ne serois point étonnée: car, pour nos péchés, Dieu leur a donné un -bien grand pouvoir sur notre malheureuse patrie. - -Il faut que je vous quitte, Monsieur, mais cela ne sera pas sans vous -prier de ne pas m'oublier, et vous assurer, de mon côté, que je -n'oublie point votre affaire: mais ce cruel moment, qui retarde tout, -y met souvent obstacle. Ne vous inquiétez pas, et soyez convaincu de -mes sentiments pour vous. - - * * * * * - -XLVIII. - -A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS[204]. - -[Note 204: La reproduction de cette lettre est interdite.] - - Ce 17 janvier 1792. - -Je vous fais mon compliment, mon coeur, de ce que votre fils s'est -bien tiré de sa petite vérole; elle est si mauvaise cette année, que -l'on doit regarder comme une grâce spéciale de la Providence de s'en -tirer. Votre Stani est bien aimable de se souvenir de moi, cela sera -un grand personnage lorsque je le reverrai; j'ai bien envie, mon -coeur, que ce temps ne soit pas bien éloigné, j'espère que vous n'en -doutez pas. Vous ne me parlez pas de votre santé; est-elle bonne, la -ménagez-vous? On dit que vous lui faites faire quelques culbutes en -phaéton. Je conçois l'indignation que vous avez éprouvée en voyant M. -des Essarts au bal: il faut le plaindre, mon coeur, il le mérite; il -n'a pas senti tout ce qu'il perdoit; un jour peut-être il le sentira: -des Essarts, née pour plaire à tout ce qui savoit l'apprécier, n'a pas -été heureuse en ce monde comme elle auroit dû l'être, à en juger par -nos yeux; mais Dieu savoit bien ce qu'il faisoit: étant destinée à -habiter peu de temps sur cette terre malheureuse, il l'a purifiée par -mille épreuves diverses, afin de pouvoir la mieux récompenser. La -pauvre petite jouit maintenant des sacrifices que Dieu a exigés -d'elle. Sa mère est bien à plaindre, mais sa vertu et son courage -sont au-dessus de tout ce que l'on peut dire; soumise à la volonté de -Dieu, elle est calme et résignée à tout ce qu'il demande d'elle. Que -de réflexions ces événements ne doivent-ils pas faire faire! Si Démon -n'étoit pas de sa nature si étourdie, je dirois qu'elle en a sûrement -fait son profit. Je regrette des Essarts de toute mon âme, mais quand -je pense à ce qu'elle auroit peut-être eu à souffrir, j'admire la -bonté de Dieu. - -Je suis charmée, mon coeur, de ce que vous me dites sur des êtres qui -me sont bien chers; je désire vivement les voir heureux, et bien -d'autres encore. Adieu, ma petite Démon, je vous embrasse et vous aime -de tout mon coeur. - -Dites bien des choses à votre mari et à votre beau-frère, et embrassez -Stani pour moi. - - * * * * * - -XLIX. - -A MADAME DE RAIGECOURT. - - Ce 24 janvier 1792. - -Tu veux que je te prêche, ma chère Raigecourt. J'en aurois bonne -envie, si je croyois que cela te fût le moins du monde utile. Mais je -ne puis te dissimuler que Dieu ne m'a pas accordé grâce pour cela. Si -j'étois votre directeur, je sais bien ce que je vous dirois, et ce que -j'exigerois de vous; mais ne l'étant pas, tout ce que je me permettrai -de te dire, c'est que je ne crois pas que tu sois dans la voie de -Dieu. Tu te fais illusion par l'humiliation où tu tiens ton esprit; -sur la douleur que tu reçois toujours de la mort de ton fils. Cette -humilité nourrit ton amour-propre, aigrit ton coeur, met ton âme à la -gêne, et nuit au sacrifice que Dieu a exigé de toi, que tu n'as pas -encore fait et qu'il attend avec toute la patience et la bonté d'un -père et d'un ami indulgent. Mais, me direz-vous: je dis à Dieu qu'il a -raison. C'est fort bien; mais je te connois, Raigecourt: cette parole -ne s'échappe jamais sans un serrement de coeur affreux. Eh bien! si -j'étois toi, je ne dirois plus cette parole, mais bien celle-ci: -«Seigneur, je m'abandonne à tout ce qu'il plaira à votre bonté -d'ordonner pour mon salut. Sauvez-moi, mon Dieu, et que je vous aime: -voilà tout ce que je désire.» - -Je joindrois à cette aspiration le sentiment de l'abandon du coeur, et -le calme que nécessairement elle doit te faire éprouver. Joins à cela -de demander à Dieu de faire lui-même pour vous et avec vous ce -sacrifice que vous n'avez pas encore arraché de votre coeur. -Joignez-le à celui de Jésus-Christ. Mettez-vous en esprit au pied de -la Croix. Laissez couler le sang de Jésus-Christ sur vos plaies. -Demandez-lui de les guérir. Et si après avoir mis tout cela en -pratique, vous vous trouvez soulagée, et presque froide, prenez bien -garde d'en remercier Dieu et de ne vous pas faire de reproche -d'insensibilité, que vous croiriez peu mériter par le contraste de -votre position. Mais, mon coeur, ne mettez tout ceci en pratique que -si vous vous y sentez de l'attrait, si votre coeur est touché; car -s'il ne l'est pas, tout cela ne vaudroit rien. Vis-à-vis de Dieu, -l'esprit doit être mis totalement de côté, le coeur doit seul agir -avec la plus grande simplicité et confiance. - -J'ai fait remettre ta lettre: on m'a dit que l'on te répondroit. Nous -avons eu du tapage pour le sucre tous ces jours-ci. Aujourd'hui tout -est calme; du moins je le crois, car c'est sur le rapport des autres -que je crois qu'il y en a eu, n'ayant pas vu le moindre mouvement. - -La Princesse prend du quinquina. Son écriture n'est pas changée, ce -qui me prouve qu'elle n'est pas très-affoiblie. Adieu, je t'embrasse -de tout mon coeur et t'aime de même. - -Je t'envoie des pratiques de dévotion que nous commençons samedi -prochain. - - * * * * * - -L. - -AU COMTE D'ARTOIS. - - Le 19 février 1792. - -Vous savez, mon cher Frère, quelle est mon amitié pour vous, et si je -me réjouis de vous savoir en bonne santé. Je crois, moi qui suis sur -les lieux, que vous êtes injuste envers la personne: vous n'avez pas -au fond de meilleure amie. Je prie Dieu qu'il répande sur vous ses -bénédictions et ses lumières, et vous jugerez mieux. L'éloignement est -par tous les côtés une calamité et une souffrance, puisqu'il jette des -nuages où ne devroit luire que l'amitié. Je vous écrirai plus au long -sur tout cela par l'occasion que vous savez, et je vous prouverai que -jamais vous ne trouverez une amie plus vraie et plus tendre et dévouée -que moi. - - * * * * * - -LI. - -A MADAME DE RAIGECOURT. - - Ce 22 février 1792. - -Je verrai, mon coeur, dans un moment où ma bourse sera moins vide, ce -que je pourrai faire pour ces bons et saints Pères de la Vallée -Sainte[205]. Quelle vie que celle-là! et combien nous devrions rougir -en lui comparant la nôtre! Cependant une partie de ces saints n'ont -peut-être pas autant de péchés que nous à expier. Ce qui doit -consoler, c'est que Dieu n'exige pas de tout le monde ce qu'il exige -d'eux, et que, pourvu que l'on soit fidèle dans le peu que l'on fait, -il est content. - -[Note 205: Les Trappistes.] - -Je te trouve d'une grande sévérité pour Françoise[206]. Je souhaite -que cela tourne bien. Mais je ne puis te dissimuler que je trouve que -tu joues gros jeu. Songe qu'elle n'est peut-être pas destinée à vivre -retirée dans un chapitre; qu'un temps viendra où elle pourra aller au -bal, et que pour lors elle se livrera avec plus de fureur à ce -plaisir. Je crois qu'il seroit plus prudent de l'y mener quelquefois, -et de s'attacher, dans les conversations que tu pourrois avoir avec -elle, à lui faire sentir le vide des plaisirs de ce bas monde. Au -reste, mon coeur, je ne sais pas pourquoi je te parle de cela, car -Dieu, que tu consultes sûrement avec soin, te donne les lumières dont -tu as besoin pour la bien conduire, et puisque son confesseur est de -cette sévérité-là, je n'ai rien à dire. Mais, mon coeur, est-ce le -tien que tu lui as donné? Si cela est, pourquoi ne l'aimes-tu pas? Il -me semble que ton zèle devroit être satisfait de la pâture qu'on lui -donne. J'en juge d'après cet échantillon. - -[Note 206: Françoise de Causans, comtesse d'Ampurie, soeur de madame -de Raigecourt.] - -La Reine et ses enfants ont été avant-hier à la Comédie. Il y a eu un -tapage infernal d'applaudissements. Les Jacobins ont voulu faire le -train; mais ils ont été battus. On a fait répéter quatre fois le duo -du valet et de la femme de chambre des _Événements imprévus_, où il -est parlé de l'amour qu'ils ont pour leur maître et leur maîtresse; et -au moment où ils disent: _Il faut les rendre heureux_, une grande -partie de la salle s'est écriée: Oui, oui!... Conçois-tu notre nation! -Il faut convenir qu'elle a de charmants moments. Sur ce, je te -souhaite le bonsoir et te prie de bien prier Dieu, ce carême, pour -qu'il nous regarde en pitié; mais, mon coeur, aie soin de ne penser -qu'à sa gloire, et mets de côté tout ce qui tient au monde. Je -t'embrasse. - - * * * * * - -LII. - -AU COMTE D'ARTOIS. - - Le 23 février 1792. - -Votre dernière lettre m'a été remise ce matin, mon cher Frère, et j'ai -été bien heureuse d'y trouver moins d'amertume que dans la précédente. -Cependant, je vous ai promis d'ajouter quelques mots à ce que je vous -ai écrit il y a quelques jours, et je suis votre amie trop sincère -pour ne pas le faire. Je trouve que le fils[207] a trop de sévérité -pour la belle-mère[208]. Elle n'a pas les défauts qu'on lui reproche. -Je crois qu'elle a pu écouter des conseils suspects, mais elle -supporte les maux qui l'accablent avec un courage fort, et il faut -encore plus la plaindre que la blâmer, car elle a de bonnes -intentions. Elle cherche à fixer les incertitudes du père[209], qui, -pour le malheur de sa famille, n'est plus le maître, et je ne sais si -Dieu voudra que je me trompe, mais je crains bien qu'elle ne soit -l'une des premières victimes de tout ce qui se passe, et j'ai le coeur -trop serré à ce pressentiment pour avoir encore du blâme. Dieu est -bon, il ne voudra pas continuer à laisser subsister le peu d'accord -qu'il y a dans une famille à qui l'ensemble et la bonne harmonie -seroient si utiles; j'en frémis quand j'y pense, et cela m'ôte le -sommeil, car ce désaccord nous tuera tous. Vous savez la différence -d'habitudes et de sociétés que votre soeur a toujours eue avec la -belle-mère: malgré cela, on se sentiroit du rapprochement pour elle -quand on la voit injustement accuser et quand on regarde en face -l'avenir. C'est bien fâcheux que le fils n'ait rien voulu ou pu faire -pour gagner l'ami intime[210] du frère de la belle-mère. Ce vieux -renard la jouoit, et il eût fallu prendre sur soi, s'il avoit été -possible, et faire le sacrifice de s'entendre avec lui pour le déjouer -et prévenir le mal devenu effrayant aujourd'hui. De deux maux le -moindre. Tous les gens de cette sorte me font peur: ils ont de -l'esprit, mais à quoi leur est-il bon? Avec cela il faut aussi du -coeur, et ils n'en ont pas. Ils n'ont que de l'intrigue, et c'est bien -désagréable qu'ils entraînent tant de gens. Il auroit fallu être plus -fins qu'eux. - -[Note 207: Le comte d'Artois.] - -[Note 208: La Reine.] - -[Note 209: Louis XVI.] - -[Note 210: Le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur de l'Empereur près -le Roi.] - -Paris est presque tranquille. L'autre jour il y a eu à la Comédie, où -étoit la Reine avec ses enfants, un tapage infernal qui a fini par une -scène étonnante dont beaucoup de gens ont été attendris:--la plus -grande partie de la salle a crié _Vive le Roi!_ et _Vive la Reine!_ à -faire tomber les voûtes: on a battu ceux qui n'étoient pas du même -avis, et on a fait répéter quatre fois un duo qui prêtoit à des -rapprochements. Mais c'est un moment, un éclair comme en a la nation, -et Dieu sait si cela continuera. - -L'idée de l'Empereur me tourmente; s'il nous fait la guerre, il y aura -une affreuse explosion. Que Dieu veille sur nous! Il a appesanti sa -main sur ce royaume d'une manière visible. Prions-le, mon cher frère; -lui seul connoît les coeurs et il est la seule digne espérance. Je -vais passer ce carême à lui demander de nous regarder en pitié; -d'arranger les affaires entre cette famille que j'aime tant; j'ai cela -bien à coeur, je consacrerois ma vie à le demander à deux genoux, et -je voudrois être digne d'être exaucée. Ce n'est que lui qui peut -changer notre sort, faire cesser le vertige de cette nation si bonne -au fond, et vous donner la santé et le repos. Adieu. Que me -demandez-vous? Quelles sont mes occupations aujourd'hui? Si je monte -à cheval et si je vais encore à Saint-Cyr?--A peine ose-t-on faire ses -devoirs depuis plus d'un an! Je vous embrasse de tout mon coeur. -_Miserere nobis._ - - * * * * * - -LIII. - -A MADAME DE RAIGECOURT. - - Ce 6 avril 1792. - -Comme je ne veux pas que tu me grondes, je t'écris le Jeudi saint: -n'est-ce pas beau? Aussi tu n'auras qu'un très-petit mot. Voilà donc -le roi de Suède assassiné! Chacun à son tour. Il a eu un courage -incroyable. Nous ignorons encore sa mort; mais il y a à parier qu'il -l'est, d'après la manière dont le pistolet étoit chargé. - -Tu es toute en dévotion. As-tu eu un bel office, un beau reposoir? Ta -petite te permet-elle d'y aller? Adieu, mon coeur; je t'embrasse bien -tendrement. Quand tu sèvreras, je m'occuperai de te faire avoir un -logement, car le tien est donné. - - * * * * * - -LIV. - -A MADAME DE RAIGECOURT. - - Ce 18 avril 1792. - -Je te fais mon compliment, mon coeur, de ce que ta petite a reçu les -cérémonies du baptême: ta soeur ne m'a pas envoyé le discours de ton -saint évêque[211]; j'espère l'avoir sous quelques jours. Tu crois -peut-être que nous sommes encore dans l'agitation de la fête de -Châteauvieux, point du tout: tout est fort tranquille. Le peuple a été -voir dame Liberté tremblotante sur son char de triomphe, mais il -haussoit les épaules. Trois ou quatre cents sans-culottes suivoient en -criant: _La Nation! la liberté! les sans-culottes! au diable La -Fayette!_ Tout cela étoit bruyant, mais triste. Les gardes nationaux -ne s'en sont point mêlés; au contraire, ils étoient en colère; et -Pétion est, dit-on, honteux de sa conduite. Le lendemain, une pique et -un bonnet rouge s'est promené dans le jardin, sans bruit, et n'y est -pas resté longtemps. - -[Note 211: Henri-Louis-René Desnos, sacré le 25 décembre 1769, -dépossédé en 1790. - -A sa place, que rendait vacante son refus de prêter serment à la -constitution civile du clergé, fut élu Jean-Baptiste Aubry, curé de -Véel dans le duché de Bar. Le président de l'Assemblée nationale, à -l'ouverture de la séance du 24 février 1791, annonça la nomination -d'Aubry comme évêque constitutionnel de la Meuse en même temps que -celle de Robert Lindet, évêque de l'Eure, et celle de Massieu, évêque -de l'Oise. Aubry était inconnu. Député du clergé du bailliage de -Bar-le-Duc aux états généraux, il n'y avait donné aucun signe de vie: -son silence y fut regardé comme une adhésion aux principes -révolutionnaires, et les suffrages étaient volontiers allés chercher -un homme dont l'existence était simple, et paraissait étrangère à -toute intrigue. Il quitta en 1793 la crosse épiscopale pour exercer la -profession d'avocat, et devint ensuite administrateur de son -département. - -Lors de la réorganisation des tribunaux, qui eut lieu en 1811, il -obtint la place de conseiller à la cour impériale de Colmar, qu'il -occupait encore au moment de la Restauration.] - -Oui, mon coeur, je serai bien aise de te revoir; mais il faut voir la -tournure que tout ceci prendra. La première fois que je t'écrirai, je -te dirai si j'ai pu te trouver un logement. J'en ai bonne envie; car -il me déplairoit beaucoup de te savoir à l'autre bout de Paris, et de -ne pouvoir te voir autant que je le voudrois; au lieu que, si tu étois -dans le château, nous passerions souvent les matinées ensemble. Je -t'avoue que cette idée me tourne un peu la tête, et je la voudrois -déjà voir exécutée; mais patience. Depuis trois ans nous sommes à ce -régime; peut-être qu'à la fin nous nous en trouverons bien. - -Bombe fait faire sa première communion à Louis; il me semble qu'il s'y -prépare fort bien; elle y met tous ses soins. Tu as encore le temps -d'attendre avant que d'en être là. Tu es bien heureuse, car cela doit -bien troubler. - -Le gouverneur de _M. le Prince Royal_ est nommé d'aujourd'hui; c'est -M. de Fleurieu[212], celui qui a été ministre. L'Assemblée, à cette -nouvelle, a renvoyé la lettre du Roi au comité, pour savoir si c'est -au Roi ou à elle à le nommer. C'est, dit-on, un honnête homme; pour -moi, je ne le connois pas. Adieu, mon coeur, je t'embrasse et t'aime -de tout mon coeur. - -[Note 212: Voir la note mise au bas de la page 431 du tome Ier.] - -Le Roi de Suède est mort avec beaucoup de courage. Quel dommage qu'il -ne fût pas catholique! il eût été un vrai héros. Son pays paroît -tranquille. - - * * * * * - -LV. - -A L'ABBÉ DE LUBERSAC. - - 15 mai 1792. - -Il y a bien longtemps que je ne vous ai écrit, Monsieur; ce n'est pas -faute d'en avoir envie: mais je mène une vie si coupée, qu'il ne m'est -pas possible d'écrire comme je le voudrois. Je ne puis vous dire assez -combien j'ai été touchée de votre lettre. Le désir que vous me -témoignez de me voir réunie à celles qui ont tant de bontés pour moi, -m'a fait un grand plaisir; mais il est des positions où l'on ne peut -pas disposer de soi, et c'est là la mienne: la ligne que je dois -suivre m'est tracée si clairement par la Providence, qu'il faut bien -que j'y reste; tout ce que je désire, c'est que vous vouliez bien -prier pour moi, pour obtenir de la bonté de Dieu que je sois ce qu'il -désire. S'il me réserve encore dans ma vie des moments de calme, ah! -je sens que j'en jouirai bien, au lieu de me soumettre aux épreuves -qu'il m'envoie! J'envie ceux qui, calmes intérieurement et tranquilles -à l'extérieur, peuvent à tous les instants ramener leurs âmes vers -Dieu, lui parler, et surtout l'écouter: pour moi, qui suis destinée à -tout autre chose, cet état me paroît un vrai paradis. - -Si Minette vaut quelque chose, c'est bien à vous qu'elle le devra. -J'en ai été contente dans le court séjour qu'elle a fait ici: elle -n'est pas heureuse, et c'est une bonne école. Elle a trouvé à Chartres -un homme de mérite, à en juger d'après ce qu'elle dit, et en qui elle -paroît avoir confiance. Je l'ai fort engagée à le voir souvent; -j'espère qu'elle y est exacte. - -Je vois avec peine approcher les chaleurs; c'est un mauvais temps pour -vous: je désire beaucoup qu'elles soient moins fortes que l'année -passée. Adieu, Monsieur: croyez que vos lettres me font un vrai -plaisir, et que je serai charmée le jour où je pourrai vous revoir. En -attendant, priez Dieu pour nous. - -J'ai si peu de temps, qu'il m'est difficile de m'unir aux prières que -l'on fait; mais j'y dresserai quelquefois mon intention, pour -participer aux grâces qu'elles doivent attirer. Vous voyez que le moi -n'est point du tout mort en moi. - - * * * * * - -LVI. - -A L'ABBÉ DE LUBERSAC. - - 22 juin 1792. - -Cette lettre sera un peu longtemps en chemin; mais j'aime mieux ne pas -laisser échapper une occasion de causer avec vous. Je suis persuadée -que vous avez ressenti presque aussi vivement que nous, Monsieur, le -coup qui vient de nous frapper[213]; il est d'autant plus affreux, -qu'il déchire le coeur, et ôte tout repos d'esprit. L'avenir paroît un -gouffre, d'où l'on ne peut sortir que par un miracle de la Providence; -et le méritons-nous? A cette demande, on sent tout le courage manquer. -Qui de nous peut se flatter qu'il lui sera répondu: _Oui, tu le -mérites!_ Tout le monde souffre; mais, hélas! nul ne fait pénitence; -on ne retourne point son coeur vers Dieu. Moi-même combien de -reproches n'ai-je pas à me faire! Entraînée par le tourbillon du -malheur, je ne m'occupois pas de demander à Dieu les grâces dont nous -avons besoin; je m'appuyois sur les secours humains, et j'étois plus -coupable qu'un autre; car qui plus que moi est l'enfant de la -Providence? Mais ce n'est pas tout de reconnoître ses fautes, il faut -les réparer; je ne le puis seule, Monsieur: ayez la charité de -m'aider. Demandez au Ciel, non pas un changement qu'il plaira à Dieu -de nous envoyer quand il l'aura jugé convenable dans sa sagesse; mais -bornons-nous à lui demander qu'il éclaire, qu'il touche les coeurs; -que surtout il parle à deux êtres bien malheureux, mais qui le seront -encore plus si Dieu ne les appelle à lui. Hélas! le sang de -Jésus-Christ a coulé pour eux comme pour le solitaire qui pleure sans -cesse des fautes légères. Dites-lui souvent: _Si vous voulez, vous -pouvez les guérir;_ et démontrez-lui bien la gloire qu'il en tirera. -En me lisant, vous allez me croire un peu folle, mais pardonnez à -l'excès des maux dont mon âme est atteinte: jamais je ne les ai si -vivement sentis. Dieu les connoît; Dieu sait les remèdes qu'il doit -appliquer, mais sa bonté permet qu'on lui fasse les demandes dont on a -besoin: et j'use, comme vous voyez, de cette permission. - -[Note 213: Journée du 20 juin. - -La même date avait, on le voit, après un an, ramené de nouveaux -malheurs: le Roi, blessé dans ses droits les plus sacrés par la -violation de sa propre demeure et les outrages dirigés contre sa -personne et sa famille, n'obtint d'autres satisfactions que celles -qu'il se fit à lui-même, en publiant une proclamation pleine de -sagesse, de courage et de modération. Voir aux Pièces justificatives, -nº XV.] - -Je suis fâchée de vous écrire dans un style aussi noir; mais mon coeur -l'est tellement, qu'il me seroit bien difficile de parler autrement. -Ne croyez pas pour cela que ma santé s'en ressente; non, je me porte -bien: Dieu me fait la grâce de conserver de la gaieté. Je désire -vivement que la vôtre se conserve; je voudrois la savoir meilleure; -mais comment l'espérer avec votre sensibilité? Rappelons-nous qu'il -est une autre vie, où nous serons amplement récompensés des peines de -celle-ci, et vivons dans l'espoir de nous y réunir un jour, après -cependant avoir eu encore le plaisir de nous revoir dans celle-ci; -car, malgré l'excès de ma noirceur, je ne puis croire que tout soit -désespéré. Adieu, Monsieur: priez pour moi, je vous en prie, après -avoir prié pour les autres, et donnez-moi souvent de vos nouvelles: -c'est une consolation pour moi. - - * * * * * - -LVII. - -A MADAME DE RAIGECOURT. - - 3 juillet 1792. - -Depuis trois jours on comptoit sur un grand mouvement dans Paris; mais -on croyoit avoir pris les précautions nécessaires pour parer à tous -les dangers. Mercredi matin, la cour et le jardin étoient pleins de -troupes. A midi, on apprend que le faubourg Saint-Antoine étoit en -marche; il portoit une pétition à l'Assemblée, et n'annonçoit pas le -projet de traverser les Tuileries. Quinze cents hommes défilèrent dans -l'Assemblée, peu de gardes nationaux, quelques invalides; le reste -étoit des sans-culottes et des femmes. Trois officiers municipaux -vinrent demander au Roi de permettre que la troupe défilât dans le -jardin, disant que l'Assemblée étoit gênée par l'affluence, et les -passages si encombrés, que les portes pourroient être forcées. Le Roi -leur dit de s'entendre avec le commandant pour les faire défiler le -long de la terrasse des Feuillants, et sortir par la porte du Manége. -Peu de temps après les autres portes du jardin furent ouvertes, malgré -les ordres donnés. Bientôt le jardin fut rempli. Les piques -commencèrent à défiler en ordre sous la terrasse de devant le château, -où il y avoit trois rangs de gardes nationaux; ils sortoient par la -porte du pont Royal, et avoient l'air de passer sur le Carrousel, pour -regagner le faubourg Saint-Antoine. A trois heures, ils firent mine de -vouloir enfoncer la porte de la grande cour. Deux officiers municipaux -l'ouvrirent. La garde nationale, qui n'avoit pas pu parvenir à obtenir -des ordres depuis le matin, eut la douleur de les voir traverser la -cour sans pouvoir leur barrer le chemin. Le département avoit donné -ordre de repousser la force par la force; mais la municipalité n'en a -pas tenu compte. Nous étions, dans ce moment, à la fenêtre du Roi. Le -peu de personnes qui étoient chez son valet de chambre vinrent nous -rejoindre. On ferme les portes; un moment après nous entendons cogner: -c'étoient Aclocque et quelques grenadiers et volontaires qu'il -amenoit; il demanda au Roi de se montrer seul. Le Roi passa dans sa -première antichambre. Là, M. d'Hervilly vint le joindre avec encore -trois ou quatre grenadiers qu'il avoit engagés à venir avec lui. Au -moment où le Roi passoit dans son antichambre, des gens attachés à la -Reine la firent rentrer de force chez son fils. Plus heureuse qu'elle, -je ne trouvai personne qui m'arrachât d'auprès du Roi. A peine la -Reine l'étoit-elle, que la porte fut enfoncée par les piques. Le Roi, -dans cet instant, monta sur des coffres qui sont dans les fenêtres; le -maréchal de Mouchy, MM. d'Hervilly, Aclocque et une douzaine de -grenadiers l'entourèrent. Je restai auprès du panneau, environnée des -ministres, de M. de Marsilly et de quelques gardes nationaux. Les -piques entrèrent dans la chambre comme la foudre; ils cherchoient le -Roi, surtout un, qui, dit-on, tenoit les plus mauvais propos. Un -grenadier rangea son arme en disant: _Malheureux! c'est ton Roi!_ Ils -se mirent en même temps à crier: _Vive le Roi!_ Le reste des piques -répondit machinalement à ce cri; la chambre fut pleine en moins de -temps que je n'en parle, tous demandant la sanction et le renvoi des -ministres. Pendant quatre heures, le même cri fut répété. Des membres -de l'Assemblée vinrent peu de temps après; MM. Vergniaux et Isnard -parlèrent fort bien au peuple pour leur dire qu'ils avoient tort de -demander ainsi au Roi la sanction, et les engagèrent à se retirer; -mais ce fut comme s'ils ne parloient pas. Ils étoient bien longtemps -avant que de pouvoir se faire entendre; et à peine avoient-ils -prononcé un mot, que les cris recommençoient. Enfin Pétion et des -membres de la municipalité arrivèrent; le premier harangua le peuple, -et, après avoir loué la _dignité_ et l'_ordre_ avec lequel il avoit -marché, il l'engagea à se retirer dans le _même calme_, afin que l'on -ne pût lui reprocher de s'être livré à aucun excès dans une fête -civique. Enfin, le peuple commença à défiler. J'oubliois de vous dire -que, peu de temps après que le peuple fut entré, des grenadiers -s'étoient fait jour et l'avoient éloigné du Roi. Pour moi, j'étois -montée sur la fenêtre du côté de la chambre du Roi. Un grand nombre de -gens attachés au Roi s'étoient présentés chez lui le matin; il leur -fit donner ordre de s'éloigner, craignant la journée du _dix-huit -avril_. Je voudrois m'étendre là-dessus; mais, ne le pouvant, je me -promets simplement d'y revenir; tout ce que je puis dire, c'est que -celui qui a donné l'ordre a bien fait, et que la conduite des autres -est parfaite. Mais revenons à la Reine, que j'ai laissée entraînée -malgré elle chez mon neveu; on avoit emporté si vite ce dernier dans -le fond de l'appartement, qu'elle ne le vit plus en entrant chez lui; -vous pouvez imaginer l'état de désespoir où elle fut. M. Hue, -huissier, et M. de Vincent, officier, étoient avec lui; enfin on le -lui ramena. Elle fit tout au monde pour rentrer chez le Roi, mais MM. -de Choiseul et d'Haussonville, ainsi que nos dames qui étoient là, -l'en empêchèrent. Un moment après, on entendit enfoncer les portes: il -n'y en avoit plus qu'une que le peuple ne put trouver; et trompé par -un des gens de mon neveu, qui lui dit que la Reine étoit à -l'Assemblée, il se dispersa dans l'appartement. Pendant ce temps-là, -les grenadiers entrèrent dans la chambre du conseil: on la mit, et les -enfants, derrière la table du conseil; les grenadiers et d'autres -personnes bien attachées l'entourèrent, et le peuple défila devant -elle. Une femme lui mit le bonnet rouge sur la tête, ainsi qu'à mon -neveu. Le Roi l'avoit presque du premier moment. Santerre, qui -conduisoit le défilé, vint la haranguer, et lui dit qu'on la trompoit -en lui disant que le peuple ne l'aimoit pas; quelle l'étoit, et qu'il -l'assuroit qu'elle n'avoit rien à craindre. «L'on ne craint jamais -rien, répondit-elle, lorsque l'on est avec de braves gens.» En même -temps, elle tendit la main aux grenadiers qui étoient auprès d'elle, -qui se jetèrent tous dessus. Cela fut fort touchant. - -Les députés qui étoient venus étoient venus de bonne volonté. Une -vraie députation arriva et engagea le Roi à rentrer chez lui. Comme on -me le dit, et que je ne voulois pas me trouver rester dans la foule, -je sortis environ une heure avant lui; je rejoignis la Reine, et vous -jugez avec quel plaisir je l'embrassai. J'avois pourtant ignoré les -risques qu'elle avoit courus. Le Roi rentré dans sa chambre, rien ne -fut plus touchant que le moment où la Reine et ses enfants se jetèrent -à son cou. Des députés qui étoient là fondoient en larmes: les -députations se relevèrent de demi-heure en demi-heure, jusqu'à ce que -le calme fût rétabli totalement. On leur montra les violences qui -avoient été commises. Ils furent tous très-bien dans l'appartement du -Roi, lequel fut parfait pour eux. A dix heures, le château étoit vide, -et chacun se retira chez soi. - -Le lendemain, la garde nationale, après avoir montré la plus grande -douleur d'avoir eu les mains liées, et d'avoir vu devant ses yeux tout -ce qui s'étoit passé, obtint de Pétion l'ordre de tirer. A sept -heures, on dit que les faubourgs marchoient: la garde se mit sous les -armes avec le plus grand zèle. Des députés de l'Assemblée vinrent de -bonne volonté demander au Roi s'il croyoit qu'il y eût du danger, pour -qu'elle se transportât chez lui. Le Roi les remercia. Vous verrez leur -dialogue dans tous les journaux ainsi que celui de Pétion, qui vint -dire au Roi que ce n'étoit que peu de monde qui vouloit planter un -mai[214]. - -[Note 214: Le 6 juillet, le directoire du département de Paris, -considérant que Pétion avait manqué à son devoir en n'empêchant point -les désordres de cette affreuse journée, le suspendit de ses -fonctions, sans avoir égard à la défense élevée en sa faveur par -Roederer, procureur général du département. - -Le Roi, à la date du 11 juillet, approuva cette mesure; l'Assemblée, -par un décret daté du 13, leva la suspension, après avoir, par un -décret du 11, proclamé la patrie en danger.] - - [La lettre jusqu'à cet alinéa est de main étrangère; le dernier - paragraphe est seul de la main de Madame Élisabeth.] - -Comme je savois que la duchesse de Duras t'avoit donné de mes -nouvelles, et que je n'ai pas trouvé un instant pour t'écrire, je ne -me suis pas trop tourmentée; aujourd'hui même, je n'ai qu'un moment. -Nous sommes jusqu'à ce moment tranquilles; l'arrivée de M. de La -Fayette fait un peu de mouvement dans les esprits. Les Jacobins -dorment. Voilà le détail de la journée du 20. Adieu, je me porte bien, -je t'aime, je t'embrasse, et suis bien aise que tu ne te sois pas -trouvée dans cette bagarre. - - * * * * * - -LVIII. - -A MADAME DE RAIGECOURT. - - Ce 8 juillet 1792. - -Il faudroit vraiment toute l'éloquence de madame de Sévigné pour -rendre tout ce qui s'est passé hier; car c'est bien la chose la plus -surprenante, la plus extraordinaire, la plus grande, la plus petite, -etc., etc. Mais heureusement l'expérience peut un peu aider la -compréhension. Enfin, voilà les Jacobins, les Feuillants, les -Républicains, les Monarchistes, qui, abjurant tous leurs discordes, et -se réunissant près de l'arbre inébranlable de la Constitution et de la -liberté, se sont promis bien sincèrement de marcher la loi à la main, -et de ne pas s'en écarter[215]. Heureusement, le mois d'août -s'approche, moment où toutes les feuilles étant bien développées, -l'arbre de la liberté présentera un ombrage plus sûr. Notre ville est -tranquille et le sera pour la fédération. Je tremble qu'il n'y ait -quelque cérémonie religieuse: tu connois mon goût pour elles: demande -à Dieu, mon coeur, qu'il me donne force et conseil. Adieu; je -t'embrasse et t'aime de tout mon coeur. - -[Note 215: Dans la séance du samedi 7 juillet 1792, Lamourette, évêque -constitutionnel du Rhône, rappela l'Assemblée nationale à l'union et à -la concorde: «A quoi, dit-il, se réduisent ces défiances? Une partie -de l'Assemblée attribue à l'autre le dessein séditieux de vouloir -détruire la monarchie; les autres attribuent à leurs collègues le -dessein de vouloir la destruction de l'Église constitutionnelle, et le -gouvernement aristocratique connu sous le nom des deux Chambres. Voilà -les défiances désastreuses qui divisent l'empire. Eh bien, foudroyons, -Messieurs, par une exécration commune et par un irrévocable serment, -foudroyons et la République et les deux Chambres. (La salle retentit -d'applaudissements unanimes de l'Assemblée et des tribunes, et des -cris plusieurs fois répétés de: _Oui, oui, nous ne voulons que la -Constitution!_) Jurons de n'avoir qu'un seul esprit, qu'un seul -sentiment, de nous confondre en une seule et même masse d'hommes -libres, également redoutables et à l'anarchie et à l'esprit féodal... -Je demande que l'Assemblée mette aux voix cette proposition simple: -_Que ceux qui abjurent également et exècrent la République et les deux -Chambres se lèvent._ (Les applaudissements des tribunes continuent. -L'Assemblée se lève tout entière. Tous les membres se confondent et -s'embrassent.) - -Cette scène est connue sous le nom de _Baiser de Lamourette_.] - - - - -NOTES, DOCUMENTS - -ET - -PIÈCES JUSTIFICATIVES. - - -I. - -LETTRE ÉCRITE DE PARIS PAR M. REPIQUET, - - _Fédéré d'Autun, district d'Autun, département de Saone et Loire, - à M. Repiquet, son frère, citoyen audit Autun, sur les événements - du_ 10 _août_ 1792, _l'an 4 de la liberté. Imprimée aux frais de - la Société, des Amis de la Constitution de ladite ville._ - -MON FRAIRE, MON CHER AMI, - -Je ne peut pas atantre que les chose soit terminé pour tan faire par, -ainsi qua toute la société des ami de la constitussion d'Autun, qui -sont mes fraire, que jesper que tu voudra bien leur témogné la -fraternité qui ne finira qua la mort envair moi. Je te fait par de la -bataille que nous avont u yaire vendredi dix aoust, comme je te lavais -promis, que je ne quiterais Paris que quant le coup serait porté; mais -se coup ne sera jamais houblié, car il doit aitre ymmortelle. - -Ci je te parle, croit que c'est un raive; si j'éxiste, c'est que la -mort n'a pas voulu de moi. Mon ami, je te diré que la nuit du neuf au -disse, nous somme sorti des Jacobin à minuit, ayant les hordre de nos -commissair. - -Lhordre était de nous transporter tous les fédérés, les un au -faubourgt St. Entoine, et les autre au Cordelié ou sont les -Marsaillois; les autre dans les section les plus patriote, de fasson -que nous avons passé cette maime nuit sans panser à dormir. Pour -conquir sa liberté, il ne faut plus panser de fermé les yeux, au -contraire, il faut les ouvrire, et avoir de bonnes aureille. Moi qui -ne connais pas assés les section de Paris, je messuis transporté de -suite avecque quelques un des jeune gens d'Autun, dans le bataillon de -Marsaille, comme javais ma confiance en eux. Les fédérés de Nime, de -Monpeillé, de Macon, nous nous somme tous joint, de fasson que nous -nous somme trouvé aux environ de trois bataillon, tous desterminé à -périre pour conquir la liberté. Nous lavons juré, nous la -soutiendront: aprest nous, nos enfant prendront vengensse, et ils -trionferont. Pour moi, mon ami, jétais chef de ploton, quand nous -avons entré au tuillerie, il li en avait quelqun qui ne se soussiest -pas di entrer, parce que les bal commensait desja a pleuvoir; pour les -en courager dantrer, je leur ai dit courage mes enfent, ce nest pas -sur nous quon tire. - -Je neu pas prononsé ses mot quil en tomba catorse de mon ploton, et -moi surpri de me voir qua trois de ma section, les gueux nous on tiré -a mitraille, car ils croyoit nous faire reculer et doné la terreur au -peuple. Mais des fédéré qui on juré devant leur munisipalité -respective, qui sacrifirait leur sanc, leur fortune, pour la deffance -de la patrie, ne peuve pas reculer. Nous ne pouvous pas mourire pour -la plus bel cose, et moi comme tu sai qui suis acoutumé de mourir, je -ni pansait pas. - -Je nés pas encore vu tous les jeune gensse d'Autun; je les cherche -tous les jour, tout ce que jan sait, quil se sont bien montré et bien -ardie au feu: il ni a que Mersié de blessé dans une main, je ne sai -sil en sera extropié. Je cherché dans les cor mort si je ne trouverai -pas le petit Migniot, frère du charpantier de Marchau, que lon ma dit -avoir été tué dans la compagni de Monpellié; mais il ma été impossible -dans navoir de nouvelle. Comme nous étion tous séparés, il ni avait -pas possible que nous fussion dans la maime compagnie, dhalleur il -n'est pas possible de reconnaître personne dans les mort. On fait -nombre de quatre mille, san conté que la riviere en est presque -plaine, on dirait du bois a flotter. Le chatau des tuillerie brule -toujours trai fort, le feu ne peut si éteindre, car sest un enfaire. -Les diable son sorti et demande pardon au peuple; mais le peuple -courageux et plaint de bonté, a méprisé ses demon, et les a lessé alé -à leur malheureu sor. Le cheffe des diable avec proserpine se sont -sauvé avec leur famille, dans l'assemblé nationalle ou on a commi que -des péché mortelle; comme tu voi qui se ressemble sasemble. Il navais -pas malle choisi, car il avait choisi des homme abillé de rouge, -appelés Suisse, pour desfendre les crime qu'il comaitait dans ces -enfair. - -Enfin, mon ami, nous étion plus de cinq cent mille soldat commandé par -le dieux de lunivert, nous ne lavons pas vu, mais nous lavon entendu; -il a parlé dans nos coeur, nous étion tous fraire. Des charbonier, des -masson, des porte fait, en généralle de toute les langue, nous navion -que le maime langage; nous nous embrassion tous, et nous ne fesion -qune maime famile. Jés étés mangés par des charbonnié et par baucoup -douvrier, de sorte qu'il manbrassait. Enfin mon cher ami il li a eu -des section de Paris qui ont tiré sur nous comme sur des lou garou, -mais nous les avons baré par la rue de Grenelle et de la section des -grenadier des file St. Thomas. Jan on compté 48 étandu, entrautre le -capitaine qui étais d'une grosseur a faire peur a un enfant trouvé; on -voyoit bien que ce bougre navais été nourie quau chatau des tuillerie, -car il ni a que des cochon de cette espaisse. On ne veut pas dire -combien ce qui li a de mort, car cest tairible: ce nest pas fini, car -il ni a point de nosse quil ni ai de landemain. Aujourdhui jé vu -couper au moins trois cent taite; on jette les corp dans la rivier, et -porte les taite. On ne fini pas; tous les aristocrate i passeront: on -prent leur non en écri, et il y a des comissaire pour montrer leur -maison. Mais, mon ami, _je te prie de faire par à tous les patriote_ -DE FAIRE COULER DU SANG LE MOINS QU'IL SERA POSSIBLE _dans notre -pays_, peut aitre que ces gensse ecaré ne tarderont pas à vous -demandés pardon: nessités pas à les pardonner, mais faitte leur sentir -quil sont dans la poussier; Paris leur doit doner exemple. - -Toute la cavallerie étais pour nous et l'infanterie, mais il li en a -eu baucoup de tué par les section aristocrate. Il ni a plus -daristocrate à Paris, tous crie vive la nation; mais il ne faut pas si -fié que quant nous en auront curé le ny. A linstant que je técri, on -bat la généralle de toute par. Je fini vite en courant dans mon -bataillon qui sont les Marsaillois. Les misérable ont perdu 150 homme, -tant tué que blaissé, jé vu faire lapelle. Mon amie, tu sai que je né -point d'ortograffe, et que je ne sé point faire de frase, mais au moin -il me raiste que je parle de coeur en jurant de vivre libre ou mourir. - - Ton fraire Repiquet. - -_Poste scriptome._ - -Je te diré quil métait arrivé davoir desja tué un Garde du Roi, près -le pallais royale, et un autre le bras, qui na pas mieux vécu que le -premier, car il avait lalter coupé, pour avoir dit vive le Roi, et -merde pour la nation. Il li a un trop lon destaille pour tans faire -par; tu le saura par les Autunois. - -Jés tué quatre Suise dans les cavau des tuillerie, quil sestais cachés -derrier des taunaux: il était comme des lievre caché. Le premier je -lui ai coupé un bras, ausito une femme la porté au bout d'une pique. -Pour ten dire davantage je ne peut; tout ce qui li a, que nous en -avons tué soixante traise dans les cavos. Actuelment on peut me tué -quent on voudra; jé tué le nombre que je demandais auparavant; mais -puisque ji suis, il ne me turont quen ma présence. - - REPIQUET. - - A AUTUN, DE L'IMPRIMERIE DE P. P. DE JUSSIEU, 1792. - - * * * * * - -II. - -COMMUNE DE PARIS. - - Le 20 octobre 1792, l'an 4e de la liberté, 1er de la République - française, et 1er de l'égalité. - -SECRÉTAIRE-GREFFIER. - -Je joins ici, Citoyens, une lettre adressée à Madame Élisabeth, dont -ce renvoy par devers vous a été arrêté par le conseil général de la -Commune. - -Je vous prie de m'en accuser réception. - - MÉYÉE. - -Les citoyens membres de la Convention nationale et composant la -commission des 24. - - Notre soeur Élisabeth, - Prenez votre chapelet, - Il sera la victoire, - Toute pleine, de gloire. - - Commencés, par la Croix, - C'est le signe, des Roys, - Jésus, fils de Marie, - Ditte, qu'il vous marie, - - Avec le Roy François, - Oh Dieu quelle joye. - N'est-ce pas un bon souhait? - - Voilà une bonne proye. - Rions, chantons cette fois, - L'amour a fait son employe. - - * * * * * - - Je t'ay vu, mon Citron, - Dans la Loire, en plongeon; - Bien nager quelle gloire? - Estre mis dans l'histoire. - - Ah le brave Français, - Je ne suis point Anglais, - Parti pour l'Allemagne? - Oui voilà ma campagne. - - Traître, grand ennemi, - Trop infidèle ami! - Contre nous porter arme! - - Quelle plus triste allarme! - J'aime le Roy François. - Comme moy donc, franc sois. - -Citron est le chien du prince Louis, que j'ay vu en passant à Tours. -Il s'amusoit avec luy, à le faire nager dans la Loire. J'ay fait ce -petit sonnet à sa gloire. A ce titre, s'il pouvoit vous recréer un -moment, je m'en féliciterois: et ma joye iroit de pair avec le respect -dans lequel je suis pleinement, - - MADAME, - - Votre serviteur le plus respectueux, - - J. GUILLEMETEAU, - - Curé de Biarge et vic. de Fontenay de Vincennes. - - 7 octobre 1792. - - _A Madame, Madame Élisabeth, dans le Temple, rue du Temple, à Paris._ - -Madame Élisabeth dit dans une de ses lettres qu'elle était effrayée de -l'ignorance du bas clergé: elle avait bien raison. B. - - * * * * * - -III. - -Après avoir esquissé, au livre huitième de cette histoire, la -distribution intérieure de l'édifice du Temple, essayons de donner une -idée générale de sa physionomie extérieure, un aperçu du personnel -commis à sa garde et des dispositions prises par l'autorité -républicaine. - -A la grande porte de la rue du Temple était un portier nommé Darque, -naguère bedeau du grand prieuré, homme simple et bon, qui n'avait pas -la prétention de descendre du même sang que la glorieuse vierge -d'Orléans, quoique souvent cette consonnance de noms lui attirât des -plaisanteries grossières. Serviteur sexagénaire de l'hôtel de Conti, -il avait été surpris par la Révolution dans l'exercice de ses -fonctions paisibles et dans la quiétude de ses vieux jours. Du reste, -il comprenait peu les choses qui se passaient alors sous ses yeux, et -c'était un grand bienfait de la Providence; les vicissitudes qui -entraînaient les hommes et les choses lui avaient laissé un abri sous -le toit où il avait vieilli, et cela lui suffisait; il se regardait -comme étant partie intrinsèque du Temple. - -Dans la loge de Darque pendait un cordon à sonnette correspondant par -un fil de fer à l'intérieur de la salle du conseil, située, dès le -premier jour de la détention du Roi dans l'intérieur du palais du -Temple, et, à dater du 8 décembre, au rez-de-chaussée de la grosse -tour. Un nombre de coups convenu révélait aux officiers municipaux -préposés à la garde du Temple la nature des messages ou l'importance -des visiteurs. Un carillon prolongé annonçait la venue d'une autorité -supérieure. A ce bruit, les municipaux venaient eux-mêmes reconnaître -les personnages puissants et les introduire, s'il y avait lieu. Ces -membres de la Commune furent d'abord au nombre de huit, jour et nuit -de service dans l'intérieur du Temple, un près de Louis XVI, un près -de Marie-Antoinette, et les six autres composant le conseil de la -garde du Temple. Deux couchaient dans l'antichambre du Roi et deux -dans celle de la Reine, les quatre autres dans la chambre du conseil. -Ces huit commissaires, dont le service durait pendant quarante-huit -heures, se renouvelaient chaque jour quatre par quatre, désignés par -le sort dans le conseil de la Commune. Étant de service auprès des -prisonniers, ils étaient tenus de ne répondre qu'aux questions vagues -et sans importance qu'on leur faisait, et le plus laconiquement -possible. - -A droite et à gauche, dans la cour, s'élevaient plusieurs corps de -bâtiment affectés à différents services; à droite, était l'appartement -de Jubaud, ancien concierge du palais; le nouvel économe, du nom de -Coru, occupa une partie de ce logement. - -Dans le bâtiment de gauche, faisant face à l'habitation de Coru, -demeurait l'ancien suisse du château du Temple, nommé Gachet, protégé -de M. le comte d'Artois, vieux débris, comme Darque, de cet ancien -régime sous lequel on buvait et l'on chantait, sans prévoir quel -terrible visiteur viendrait briser les verres et interrompre les -chansons. Les orages du temps avaient quelque peu assombri l'humeur -joviale du vieux Gachet, mais ils n'avaient pas dérangé l'antique -habitude qu'il avait prise de vendre à boire à ses voisins. Depuis -1784 sa petite industrie était exploitée par un vieux célibataire -nommé Lefèvre; assez étranger au grand drame qui se jouait sous ses -yeux, Lefèvre ne voyait dans le passage au Temple des officiers -municipaux et de la force armée, qu'une chance heureuse pour son -commerce, et, sans souhaiter malheur à la famille royale dont il avait -reçu les bienfaits, il acceptait volontiers un état de choses qui -achalandait son cabaret. La triste humanité est ainsi faite; quand on -n'est pas soutenu par un sentiment plus haut, on juge l'histoire -générale au point de vue de sa propre histoire. On s'assemblait chez -le père Lefèvre pour savoir ce qui se passait, pour converser sur les -affaires du jour: c'était le rendez-vous des nouvellistes du -voisinage. - -A gauche également, et sous le même toit que la _buvette du père -Lefèvre_ (car c'est ainsi qu'on appelait cet établissement), se -trouvaient les cuisines qui alimentaient non-seulement les -prisonniers, mais les commissaires de la Commune, les officiers, et -dans la suite le poste tout entier de la force armée; enfin tous les -employés tenus par leur service à ne pas sortir du Temple. - -Le palais ou château faisait face à la porte d'entrée et fermait dans -toute sa largeur la première cour. Dans le château était le grand -poste du Temple. Il résulte des états journaliers du service de cette -époque, que la garde du Temple se composait de: 1 commandant général, -1 chef de légion, 1 sous-adjudant général, 1 adjudant-major, 1 -porte-drapeau, 20 artilleurs, 2 pièces de canon, et formait, avec les -gardes nationaux, en y comprenant les officiers et sous-officiers, un -effectif de deux cent quatre-vingt-sept hommes. Cette garde était -fournie chaque jour au Temple tour à tour par les huit divisions de la -garde nationale parisienne. Après la mort du Roi, cet effectif fut -réduit à deux cent huit hommes, y compris quatorze canonniers. - -On entrait au jardin par l'intérieur du château: ce fut pour obvier à -cet inconvénient que, d'après l'ombrageuse inspiration de la Commune -et sous sa surveillance sévère, le patriote Palloy (on ne le nommait -jamais sans cette qualification) éleva plus tard, au milieu de -l'espace qui séparait le château de la tour, un gros mur qui forma -ainsi une nouvelle cour entre le château et le jardin. - -Ce nouveau mur avait deux portes, l'une charretière, fermée par une -forte cloison de chêne, garnie de barres de fer et de verrous, et que -l'on ne pouvait ouvrir sans le concours de deux guichetiers, -possesseurs chacun d'une clef différente. - -La seconde porte, à gauche et tout à côté de la première, consistait -en un guichet étroit; deux clefs étaient également nécessaires pour -en opérer l'ouverture; ces clefs étaient aux mains de deux hommes -dont les loges étaient situées à côté de ces deux portes, l'une en -dedans, l'autre en dehors. Un fil de fer et une double sonnette -ralliaient ces deux cases à travers le mur. Les deux guichetiers -passaient là les jours et les nuits sans interruption aucune, dérangés -à toute minute, dépendant l'un de l'autre, et condamnés, comme -Sisyphe, à une action continuelle. L'un de ces suppliciés s'appelait -Richard, l'autre Mancel. - -Dès qu'on avait franchi ces portes, tous les bâtiments contigus à la -tour ayant été démolis, le sombre édifice, dépositaire des débris de -la royauté, apparaissait dans sa libre tristesse, dégagé de toutes -parts, et renfermé, avec quelques bouquets d'arbres, entre quatre -murailles nues. Son complet isolement lui imprimait encore un -caractère plus religieux et plus redoutable. A ses angles, quatre -tourelles rondes élançaient leurs toits aigus, que dominait de sa -masse imposante le pignon également aigu du donjon. L'oeil ne -retrouvait dans leurs girouettes découpées à jour aucunes traces -d'armoiries; aucun cartouche de pierre n'indiquait non plus, au-dessus -de la porte d'entrée, la féodalité des âges de foi: le passage des -templiers n'y était pas inscrit; les écussons des grands maîtres -n'étalaient point leurs émaux sur un portail guilloché. Tout le -monument était grave et empreint de la physionomie des temps -guerriers, mais n'ayant rien d'épique ni de romanesque dans son -architecture simple et sévère, dépouillée de ces belles fantaisies, de -ces images capricieuses que le moyen âge taillait dans la pierre. - -Depuis que, veuf de ses nobles hôtes, veuf aussi de son arsenal et de -ses trophées, il avait, silencieux, servi d'asile à de poudreuses -archives, une sombre mélancolie planait sur lui et semblait annoncer -qu'il devait un jour servir de prison. On sentait, en effet, en le -regardant, qu'absente à l'extérieur, la gaieté ne pouvait habiter le -dedans, et que la main de l'adversité devait seule pousser des -habitants dans une telle demeure. Théâtre parfaitement approprié à la -terrible tragédie qui allait s'y accomplir, l'architecte, en le -faisant si lugubre, semblait l'avoir prédestiné à l'usage qu'il venait -de recevoir. - -Voici l'état nominatif de toutes les personnes employées à la bouche -et à la sûreté de la maison du Temple pendant les premiers temps de la -captivité de la famille royale. Nous mettons en regard le traitement -qui leur était alloué. - - Gagnié[216], chef de cuisine 4,000 fr. par an. - Remy, chef d'office 3,000 -- - Maçon, second chef d'office 2,400 -- - Nivet, pâtissier 2,100 -- - Meunier, rôtisseur[217] 2,400 -- - Mauduit, argentier, homme du garde-manger 2,400 -- - Penaut, garçon de cuisine 1,500 -- - Marchand[218], garçon servant 1,500 -- - Turgy[219], id. 1,500 -- - Chrétien[220], id. 1,500 -- - Guillot, garçon d'office 1,200 -- - Adrien, laveur 1,200 -- - Fontaine, garçon pour le service de la bouche 600 -- - Tison, au service de Marie-Antoinette, d'Élisabeth, - et de la fille d'Antoinette 6,000 -- - La femme dudit Tison (Anne-Victoire Baudet) 3,000 -- - Mathey, concierge de la Tour 6,000 -- - Rocher, guichetier 6,000 -- - Risbey, id. 6,000 -- - Richard-Fontaine[221], gardien du guichet entre le - Château et la tour 3,000 -- - Mancel[222], d'abord balayeur, depuis collègue de - Richard-Fontaine, aux gages de 1,000 -- - Le Baron[223], concierge et gardien des scellés 2,000 -- - Le Baron, porte-clef 1,200 -- - Jérôme[224], id. 1,200 -- - Gourlet[225], id. et garçon du conseil 1,200 -- - Angot[226], scieur de bois 1,000 -- - Vincent-Petit Ruffon, scieur et porteur de bois 1,200 -- - Herse, id. 1,000 -- - Jean Quenel, commissionnaire 1,000 -- - Danjout, perruquier 600 -- - Roekenstroh[227], surveillante de la lingerie 1,000 -- - Roekenstroh, commis de l'économe (âgé de 15 ans - et demi) 1,000 -- - Darque, portier à la grande porte 1,500 -- - Picquet[228], portier des écuries 600 -- - -[Note 216: Ci-devant employé à la bouche du Roi, aux Tuileries.] - -[Note 217: Ci-devant employé à la bouche du Roi, aux Tuileries.] - -[Note 218: Ci-devant servant aux Tuileries.] - -[Note 219: _Id._] - -[Note 220: _Id._] - -[Note 221: Ci-devant terrassier.] - -[Note 222: Ci-devant balayeur à la maison d'Artois. Vieil invalide -auquel le comte d'Artois avait donné cette retraite.] - -[Note 223: Ci-devant frotteur à la maison d'Artois (dont il portait la -livrée ainsi que Mancel).] - -[Note 224: Ci-devant tourneur.] - -[Note 225: Ci-devant employé au service du citoyen Jubaud.] - -[Note 226: Ci-devant gardien d'argenterie à la maison d'Artois.] - -[Note 227: Ci-devant employée en cette qualité à la maison d'Artois.] - -[Note 228: Ci-devant employé en cette qualité à la maison d'Artois.] - -Ce nombreux personnel fut successivement modifié et diminué; les -traitements, qui tous étaient imputés sur le fonds de 500,000 francs -décrété le 12 août 1792 pour la dépense du Roi et de sa famille, -furent réduits; les abus qui s'étaient glissés dans une première -organisation furent redressés par l'autorité; plusieurs employés -furent destitués, d'autres remplacés. C'est ainsi que dès le 12 -décembre 1792 Rocher et Risbey furent renvoyés; que Guillot, Adrien et -Fontaine furent remplacés par Caron, Lermuzeaux et Vandebourg; que -plus tard, le 13 octobre 1793, Turgy, Chrétien et Marchand furent -congédiés; que Coru, l'économe qui avait pris la place de Jubaud, fut -contraint de la donner à Lelièvre; et que celui-ci, compromis par des -dénonciations, la perdit un instant, la reprit, et finit par la céder -à Liénard. C'est sous ce dernier, en fructidor an II, que les grandes -réformes furent opérées. Liénard en donna lui-même l'exemple, en -proposant de restreindre son propre traitement à 3,000 francs. Gagnié -fut remercié et remplacé par Meunier. - -Un document indique aussi que Monnier, porte-clefs en chef de la tour -(qui ne fut, à ce qu'il semble, employé que peu de temps en cette -qualité, car son nom ne figure même pas sur les contrôles), avait été, -sur la proposition de l'économe Lelièvre, remplacé par Gourlet le 1er -ventôse an II. - - * * * * * - -IV. - -[Orthographe conservée.[229]] - -[Note 229: Nous avons cru devoir conserver à ces pièces leur orthographe.] - -_Mémoire de madame Marie Antoinette,_ - -Pare Sainte Foy dite Breton couturier. - - Du 27 janvier 1793. - - Fait un pierrot grand deuille de fleures 24# - Fournie les rubans 6# - Fournie les busques et bouton 4 10s. - - Le 30. Une robe de même fleurés grand deuille 24 - Fournie les rubans 6 - Fournie les busque 2 10 - Deux jupon de tafetas dHitaly noire 12 - Fournie les rubans 2 - - Le 28 mars refaitte un pierrot et le jupon de fleurés 15 - Fournie les rubans 6 - Fournie les busque et bouton 4 10 - Fournie une aune de fleurés pour les manches à 9# 9# - - Le 3 avrille faitte un pierrot de fleurés grand deuille 24 - Fournie les rubans 6 - Fournie les busque et bouton 4 - Un jupon de tafetas dHitaly noire 6 - - 23 mai un pierrot de fleurés grand deuille 15 - Fournie deux aune un quare de fleürés pour ce - pierrot--à 9# laune fait 20# 5 - Plus une aune et 1 mis de florence pour corsage et - doublure des manches à 6# 10s. f. 9# 15 - Fournie les busque et bouton 4 10 - ------------ - 205# 10 - -Bon pour cent quarante-neuf livres dix sols. - - C. (_Coru._) - - * * * * * - -_Mémoire des fournitures d'étoffe de soye faites pour le service de -Marie-Antoinette._ - -Par Le Normand, marchand à Paris. - -Livré à mademoiselle Bertin: - - Mars. 6 aunes fleuret noir large à 9# 54# - 2 voile noir a 3 6 - - 28... Livré à madame Chaumet: - 21 aunes double florence noir à 6 10 136 10 - - Livré à madame Le Breton: - 11 aunes fleuret noir large à 10 110 - 5 aunes 1/2 tafétat noir première - qualité à 12. 66 - 2 aunes 1/2 florence noire à 6 10 16 5 - ----------- - 388 15 - - * * * * * - -_Memoire de madame Élisabeth_, - -Pare Sainte Foy dite Breton couturier. - - Du 27 janvier 1793... - - Une redingotte chemise de florence noire hoittés 30# - Fournie la hoitte 5 - Fournie du bougrand pour le collet 2 10 s. - Fournie les rubans et bouton 6 - Fournie les ballene 6 10 - Un pierrot de fleures grand deüille 24 - Fournie les rubans et bouton 6 - Fournie les ballene 6 10 - - Le 29 déshoittés la robe de florence noire 15 - - Faitte deux jupon de tafetas dHithaly noire 12 - Fournie les rubans 2 - - Le 4 avrille refaite un pierrot et remis des - manches neuf 15 - - Fournie une aune de fleürés pour manche à 9#, f. 9 - Plus une aune de florence pour doublure à 6# 10 s. 6 10 - Fournie les rubans pour le jupon et pierrot 6 - Fournie les ballene 6 10 - - Le 13 une redingotte chemise de florence noire 30 - - Fournie du bougrand pour le collet 2 10 - Fournie les rubans 6 - Fournie les ballene 6 10 - Fournie les bouton 1 4 - - Total 204# 14 - -Bon pour cent quarante livres dix sols. - - C. - - * * * * * - -_Barbier et Tétard, marchands de toutes sortes d'étoffes de soies d'or -et d'argent, à la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du -cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris._ - -Du 26 mars 1793. - -Fourni à la fille d'Antoinette: - - 1 aune 1/2 fleuret noir 11# 6# 10s. - 1 -- 1/2 florence noir 6 10 19 15 - 5 avril, 1 aune » fleuret noir. » » 11 » - » -- 1/2 florence noir. 6 10 3 5 - 23. 2 -- » florence noir. 6 10 13 » - ---------- - Total. 63 10s. - -Certifié véritable et conforme à mon livret le présent mémoire montant -à soixante et trois livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793. - - BARBIER ET Cie. - - * * * * * - -_Barbier et Tétard, marchands de toutes sortes d'étoffes de soie d'or -et d'argent, à la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du -cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris._ - -Du 4 avril 1793. - -Fourni à Élisabeth Capet: - - 22 aunes florence noir. 6 10s. 143# » - 10 -- fleuret noir. 11 » 110 » - 6 aunes 1/2 taffetas noir. 11 » 71 10 - ------------ - Total. 324# 10 - -Certifié véritable et conforme à mon livret le présent mémoire montant -à trois cent vingt-quatre livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793. - - BARBIER ET Cie. - -(_Archives de l'Empire_, carton E, nº 6,207.) - - * * * * * - -V. - -_Mémoire des médicaments fournis au Temple pendant le mois de may, -pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure, par le citoyen Robert -apothicaire authorisé par la commune et par les ordonnances du citoyen -docteur Thiery._ - -Pour Marie Antoinette: - - 1793. Mai 1er. Un bouillon medicinale fait au bain - marie composé de veau, poulet, et plantes diverses. 5# - - 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. Chaque jours le même - bouillon réitéré 45# - - Plus une boëte de gomme pectorale 3 - - 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours - le bouillon cy dessus réitéré 50 - -Pour le fils de Marie Antoinette: - - Mai 12. Douze onces de miel de Narbonne 3 12 - - 13. Deux bouteilles de petit lait clarifié 2 - - 14. Deux bouteilles idem. 2 - - 15. 16. Bouteilles idem. 4 - - 17. Une médecine composée de follicules manne - choisis, coriandre, et sel de Glauber 3 - - La même médecine de précaution 3 - - Une bouteille de petit lait 1 - - Quatre onces de bayes de genievre 1 4 - - 18. Une bouteille de petit lait 1 - - Une livre de miel de Narbonne 4 16 - ---------- - Suite et montant de l'autre part 128# 12s. - -Pour le fils de Marie Antoinette: - - May 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. Chaque - jours une bouteille de petit lait 10 - - 29. La médecine du 17 réitérée 3 - - Idem la même médecine de précaution 3 - - 30. 31. Le petit lait réitéré 2 - - Un cornet de baye de genievre 1 4 - - Une boette de parfums 2 - -Pour Marie Thérèse Charlotte, fille de Marie Antoinette: - - Mai 1er. Un bouillon médicinal fait au bain marie, - composé avec sucs de plantes, sel de Glauber, - etc. 4 - - 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. Chaque jours le même - bouillon réitéré 40 - - 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. Chaque jours - le bouillon idem. 40 - - 22. 23. 24. 25. Le bouillon réitéré 16 - - Plus douze onces d'eau de roses 3 - - 26. 27. 28. 29. 30. 31. Chaque jours le bouillon id. 24 - - Pour Élisabeth soeure de Marie Antoinette: - - May 25. Quatre grands rouleaux de sparadrap de - diapalme 20 - ------- - 296# 16s. - - * * * * * - -_Memoire des medicaments fournis au Temple pendant le courant du mois -de juin, pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure, par le -citoyen Robert apothicaire authorisé par la commune et par ordonnance -du citoyen docteur Thiery._ - -Pour le fils de Marie Antoinette: - - 1793. Juin 1er. Une bouteille de petit lait clarifié 1 - - 2. 3. 4. 5. Chaque jours le petit lait réitéré 4 - - Plus fournis un thermometre pour les bains 4 - - 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. Chaque jouis une bouteille de - petit lait 7 - - 13. Un bouillon médicinal fait au bain marie, composé - avec cuisses et reins de grenouilles, avec addition - de sucs de plantes, et terre folliée minérale 5 - - 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon - réitéré 35 - - 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. Chaque jours le - bouillon idem. 50 - -Pour Marie Thérèse Charlotte, fille de Marie Antoinette. - - Juin 1er. Un bouillon médicinal fait au bain marie - (composé avec sucs de plantes, sel de Glauber, - etc.) 4 - - 2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. Chaque jours le bouillon réitéré. 28 - - Plus douze onces d'eau de roses. 3 - - 9. 10. 11. 12. 13. Chaque jours le bouillon. 20 - - 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon - réitéré 28 - ------ - 189# - - * * * * * - -_Memoire des medicaments fournis au Temple pendant le mois de juillet -pour Marie Antoinette, ses enfants et sa soeure par le citoyen Robert -apothicaire, authorisé par la commune et par ordonnances du citoyen -docteur Thiery._ - -Pour Marie Antoinette, sa fille et Élisabethe: - - 1793, l'an IIe de la République. - - Juillet 12. Une chopine d'eau de fleurs d'oranges - double distillée au bain marie 12 - - Trois flacons de sel volatil de vinaigre camphré 18 - - Un cornet de genievre " 12 - -Pour le fils de Marie Antoinette: - - Juillet 1. Un bouillon medicinal fait au bain marie - avec veau, cuisses et reins de grenouilles, suc de - plantes et terre folliée 5 - - 2. Le bouillon réitéré 5 - - Douze onces de miel de Narbonne 4 16 - - 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. Chaque jours le - bouillon ci-dessus réitéré 50 - - 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. Chaque jours - le bouillon idem. 50 - - 23. 24. 25. Le bouillon idem. 15 - - 26. Un lavement composé avec coralline de Corse, - suc de citron et huile d'olive 1 10 - - Plus fournis une seringue, avec son canon d'yvoir 14 - - 27. Un lavement 1 10 - - 28. Le lavement idem. 1 10 - - Plus 4 onces de sirop vermifuge 1 4 - - 29. 30. 31. Chaque jours le lavement 4 10 - - Plus 4 onces de sirop vermifuge 1 4 - -Pour la citoyene Tison: - - Juillet 4. Une potion calmante 2 - - 5. La potion idem. 2 - - Plus deux pintes de petit lait avec le sirop de - violettes 4 - - 6. Un rouleau d'orgeat 2 10 - - Deux pintes de petit lait réitéré 4 - - La potion double réitérée 4 - - 7. Une pinte de petit lait 2 - - La potion double réitérée 4 - - 8 et 9. Chaque jours le petit lait 4 - - Plus deux potions 4 - -------- - 218# 6s. - -(_Archives de l'Empire_, série E, nº 6207.) - - * * * * * - -VI. - -DÉTAILS DE LA CONDUITE DU CITOYEN LOMÉNIE - - Depuis le 1er mai 1789 jusqu'à ce jour. - -Au 1er mai 1789 j'étais à Paris, où je remplissais tous les devoirs -d'un bon citoyen; j'en suis parti le 18 juin de cette année pour -Brienne; je n'ai cessé d'y annoncer à mes concitoyens une révolution -qui devait les rétablir dans leurs droits et faire un jour leur -bonheur. Je n'ai cessé de prendre à tous les événements publics la -part que tout bon patriote devait prendre; j'ai envoyé la plus grande -partie de ma vaisselle, j'ai payé mes dons patriotiques; enfin -l'établissement des assemblées primaires et des municipalités ayant -été décrété, mes concitoyens me connaissant, me rendant justice depuis -longtemps, me proposèrent d'être maire; je l'acceptai avec -reconnaissance, en leur disant en même temps que s'ils avaient plus de -confiance en quelque autre, je les priais de le choisir; que je me -verrais avec le même plaisir un de leurs concitoyens sans charge, et -que je n'acceptais celle qu'ils me proposaient que par l'espoir de -pouvoir leur être utile et leur donner des preuves de mon attachement. -Je fus élu maire à l'unanimité; je fus également électeur, et depuis -ce moment jusqu'à ce jour je n'ai cessé d'être maire et de recevoir -chaque jour des marques de la confiance de mes concitoyens. Je ne suis -pas sorti de Brienne jusqu'au mois de décembre 1791, que pour aller -passer de temps en temps trois ou quatre jours à Sens et trois fois en -1790, et deux autres en 1791, pour aller passer à Paris trois ou -quatre jours chaque fois, en 1790. J'y ai passé un mois au mois de -janvier. Au mois de décembre 1791 j'ai été à Paris et j'y suis resté -jusqu'au mois de mai 1792, que je suis revenu à Brienne. Au mois de -novembre précédent, lors du renouvellement des municipalités, je -représentai à ma commune que devant aller à Paris où j'avais affaire, -si elle pensait que mon voyage fût incompatible avec les fonctions de -ma place de maire, je la priais de ne pas m'y réélire. Elle s'y refusa -constamment, me réélut de nouveau, et pendant mon séjour à Paris j'ai -fait deux ou trois petits voyages à Brienne pour venir remplir -quelquefois les fonctions de ma place. Depuis le mois de mai 1792 -jusqu'à ce jour je ne suis pas sorti de Brienne que pour aller -quelquefois à Sens, voir trois fois ou quatre fois mon malheureux -frère, qui vient de mourir victime des mauvais traitements que lui ont -fait éprouver des hommes qui n'en méritent pas le nom; j'ai fait tous -les dons patriotiques demandés, et bien au delà. Lors de l'invasion de -l'ennemi jusqu'à Châlons, à quinze lieues de Brienne, je n'ai cessé -d'exciter tous mes concitoyens à voler au secours de la patrie. Leur -bonne volonté ayant été arrêtée par les ordres venus de n'envoyer que -des hommes armés, j'ai engagé à mes dépens plusieurs citoyens, j'ai -contribué à leur équipement, armement, et j'ai établi une -correspondance avec nos armées pour avoir des nouvelles; mes chevaux -ont été employés à cet usage et au service de la gendarmerie nationale -et à des patrouilles continuelles pour surveiller les malveillants; -ils l'ont été au transport des vivres et des fourrages. Je n'ai cessé -d'exercer jour et nuit mes fonctions avec zèle et activité, et mes -concitoyens me rendront sur cet objet la justice qui m'est due. - -Depuis, je n'ai cessé d'exciter le zèle de mes concitoyens pour entrer -au service de la patrie, j'en ai engagé près de vingt à mes dépens, et -donné des gratifications aux autres; tous mes chevaux n'ont pas cessé -de faire tous les envois utiles à la patrie; lorsque l'on a planté -l'arbre de la liberté, j'ai parlé à mes concitoyens comme un bon -patriote doit parler, et tous l'attesteront; j'ai établi à mes frais -l'autel de la patrie. J'ai contribué à toutes les fêtes civiques et en -ai presque toujours fait les frais. Je suis honteux de parler de ces -misères, personne n'est plus persuadé que moi que c'est aux riches à -faire ces dépenses, qu'ils sont trop heureux d'être en état de les -faire, et que les égoïstes qui s'y refusent sont des hommes -méprisables; mais on veut un compte de ma conduite, et je le rends. - -L'armée de Mayence a passé à Brienne au mois d'août 1793, j'ai été -averti de son passage la veille de celui de la première colonne, et -l'on m'a annoncé que suivant toutes les apparences il faudrait fournir -du pain; secondé par le zèle de mes concitoyens, auxquels je ne puis -donner trop d'éloges, j'ai préparé dans la nuit même six mille rations -de pain, j'en ai fourni à l'armée plus de quinze mille et à un prix -très-inférieur à celui que payait la nation partout ailleurs; sachant -la pénurie où était la ville de Troyes pour fournir cette armée, j'ai -envoyé dix-huit cents rations de pain; la viande, le vin, le logement, -tout a été fourni abondamment et de manière que les citoyens composant -cette armée, en passant dans des villes bien plus considérables que -Brienne, criaient: Vive la commune de Brienne! J'ai passé quatre jours -et presque quatre.....[230] [Ici s'arrête ce fragment.] - -[Note 230: Note conservée au dossier de Madame Élisabeth, Archives de -l'Empire, W. 363; pièce nº 24: - -«Jugement du 21 floréal. - -»Acte d'accusation contre Loménie et autres. - -»Il y avait au procès une foule de délibérations de communes qui -attestaient le civisme de Loménie de Brienne, ex-ministre, et -cependant Fouquier, qui ne pouvait pas ignorer toutes ces -attestations, lui en fait un crime dans son acte d'accusation. - -»_Le jugement a été signé en blanc rempli depuis; un grand blanc est -rayé, il est signé_ DELIÉGE, DUMAS, MAIRE. - -»Dans la même affaire, la femme Maigret de Sérilly s'étant déclarée -enceinte, il a été sursis à son exécution. Quoiqu'elle ait été -postérieurement élargie par ordre du comité de sûreté générale, elle -est néanmoins inscrite au nombre des morts sur les registres de la -Commune.» - - * * * * * - -Madame Maigret de Sérilly, on le voit, ne monta point sur l'échafaud. -Cependant son nom est inscrit sur les registres de l'état civil comme -ayant péri avec Madame Élisabeth. Au procès de Fouquier-Tinville, le -17 floréal an III (6 mai 1795), elle se présenta à l'audience, tenant -en main son extrait mortuaire, qui lui avait été délivré par la -municipalité de Paris. - -Grandpré fit la déposition suivante dans le procès de -Fouquier-Tinville: - -«Je me rappelle que le tour d'un des Loménie venu, il dit au tribunal: -«Vous m'accusez d'émigration; je n'ai pas eu le pouvoir de produire -mes moyens de défense à un défenseur officieux; mais je n'en ai pas -besoin, j'ai dans ma poche tous mes certificats de résidence qui -constatent ma présence en France depuis le commencement de la -Révolution jusqu'au moment de mon incarcération. Ils sont signés, aux -termes de la loi, de neuf témoins, et ils sont sans interruption. -Comme je ne suis prévenu que du fait d'émigration, ma défense consiste -dans la représentation de ces certificats, et je demande au tribunal -de vouloir bien les faire mettre sous les yeux des jurés.» Ces -certificats ont été effectivement remis sur-le-champ aux jurés, qui -les emportèrent, sans les lire, dans la chambre des délibérations, et -revinrent une demi-heure après, bien convaincus des crimes de tous les -accusés. Loménie fut condamné comme tous les autres en qualité -d'émigré.» B.] - - * * * * * - -VII. - -EXTRAIT DU REGISTRE DES DÉPÔTS - -AU GREFFE DU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE. - -[Orthographe conservée.] - - Du 22 floréal. - -_Femme Crussolle Damboise._ - -Est comparu le citoyen Richard, lequel a déposé: - - Une tabatière d'agathe, fond vert, à cercles d'or, octogone; - Une tabatière de cristal avec un cercle et gorge d'or; - Un petit coeur de verre garni en or, dans lequel un petit crucifix; - Un étui à dez en or avec un dez d'or; - Un étui de nacre à gorge d'or dans sa boîte de chagrin; - Un tire-bouchon à queue d'or ou de vermeil; - Un chapelet avec médailles d'argent; - Un cachet d'argent; - Et soixante-dix-huit livres en écus qu'il a déclaré appartenir à - la femme Crussolle Damboise, condamnée à mort. - - -_Buart._ - - Plus une paire de boucles d'oreilles d'or; - Un anneau d'or; - Une épingle à chignon d'argent; - -Qu'il a déclaré appartenir à Buard, aussi condamné à mort. - - -_Inconnu._ - - Plus un couteau garni en or; - Une paire de ciseaux garni en or avec étui de galuchat; - Deux couteaux à manches garnis en or, dont un à lame d'or; - -Qu'il a déclaré appartenir à un des condamnés à mort avec Élisabeth -Capet, dont il ignore le nom. - - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -_Femmes d'Élisabeth._ - - Plus deux couverts; - Un couteau à lame d'argent; - Une cuillère à caffé d'argent; - -Qu'il a déclaré appartenir à des femmes condamnées à mort avec la -femme Élisabeth Capet. - - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -_Dubois._ - - Plus vingt-cinq livres qu'il a déclaré appartenir à Dubois, aussi - condamné à mort. - - -_Inconnu exécuté le_ 21. - - Plus une montre d'argent, du nom de Lecomte, nº 557, qu'il a - déclaré appartenir à un particulier exécuté avec Élisabeth - Capet, dont il ignore le nom. - - . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - - -_Femme Crussolle._ - - Plus un peignoir; - Une petite boite de sapin; - Une chemise; - Sept mouchoirs blancs; - Trois mouchoirs de mousseline; - Un fichu de linon; - Une paire de bas de soie blancs; - Une paire de poches; - Trois serviettes, un torchon, un bandeau, un sac-ouvrage de toile; - -Qu'il a déclaré appartenir à la femme Crussolle, aussi condamnée -à mort; - -Déchargé le 25 floréal. - - -_Femme Rosset-Crécy._ - - Plus une petite boite; - Un peignoir; - Dix fichus de mousseline ou linon; - Un bonnet monté; - Un tabellier; - Une taie d'oreiller; - Une mantille noire; - Sept paires de manchettes; - Et un paquet de chiffons qu'il a déclaré appartenir à la femme - Rosset-Crécy. - Déchargé le 25 floréal. - - -_Aux six femmes complices d'Élisabeth._ - - Plus un drap; - Neuf chemises de femme; - Quatre chemises d'homme; - Douze camisoles et corsets; - Sept jupons; - Quatre gilets blancs et de couleur; - Une petite redingotte de toile de couleur rayée; - Une autre de drap marron; - Une autre de drap mélangé verdâtre; - Un jupon de soie vert; - Un jupon et son casaquin de toile de coton rayé; - Une robe de toile de coton rayé; - Un autre jupon aussi rayé; - Trois tabliers de différentes couleurs; - Cinquante serviettes; - Trente-cinq mouchoirs blancs; - Trente petits fichus simples et autres; - Deux peignoirs; - Une paire de poches; - Cinq mantilles blanches; - Huit bonnets ronds de nuit; - Sept paires de bas; - Un paquet de chiffons; - Un bonnet de coton; - -Qu'il a déclaré appartenir à six femmes condamnées à mort avec -Élisabeth Capet, et dont il ne se souvient pas du nom. - -Déchargé le 25 floréal. - - -_Soeur de Capet._ - - Plus deux anneaux d'or; - Un étui de chagrin vert, contenant deux flacons à bouchons d'or, - dont l'un est cassé, avec charnière et bouton d'or; - Une montre à boite d'or à répétition, portant sur le mouvement - le nº 127, avec une chaîne d'or cassée, garnie d'un cachet - d'or à trois compartiments, dont le premier est gravé des - armes de France du tems des tirans; - Trois cachets en acier; - Deux clefs de montre; - Et deux clefs de portefeuille aussi en acier; - Une bague en or en forme de navette, sur laquelle est incrusté - des cheveux et des lettres en perles fines, le cristal cassé; - Un portefeuille de maroquin rouge; - -Qu'il a déclaré appartenir à ladite Élisabeth Capet, condamnée à -mort; - -Déchargé le 6 pluviôse. - -Et a signé avec moi, greffier soussigné. - - WOLFF RICHARD. - - -Du même jour. - -Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'exécuteur des jugemens -criminels, lequel a déposé: - -_Élisabeth Capet._ - - Un médaillon en verre à cercles d'or renfermant un crucifix de - même métal; - Un cachet d'or en trois parties représentant l'un les armes de - France et de Navarre de l'ancien régime, l'autre une colombe, - et le dernier une tête d'homme; - Une chaîne de col en or, à laquelle est attachée un coeur renfermant - des cheveux et une petite croix d'or; - Une médaille d'argent représentant une immaculée conception - de la ci-devant Vierge, et une petite clef de portefeuille; - -Qu'il déclare appartenir à Élisabeth Capet, condamnée à mort, et -qu'il a trouvé sur elle en la conduisant au supplice. - -Et a signé avec moi, greffier soussigné. - -DESMOREST. WOLFF. - - * * * * * - -VIII. - -ACTE DE DÉCÈS DE MARIE. - -Anno millesimo octingentesimo trigesimo quinto, die vero quinta -januarii, mortua est Maria Francisca, filia Francisci Josephi Magnin, -ex Marsens, et Claudiæ natæ Bosson, ex loco Riaz, uxor vero Jacobi -Bosson ex Bellegarde, Bulli habitans, et die septima ejusdem a me -infra scripto parocho in coemeteria ecclesiæ parochialis Sancti Petri -ad Vincula urbis Bulli sepulta est. - - Quod conforme sit originali testor: - - J. J. CRAUSAZ, parochus. - - Bulli, die 8{væ} 7{bris} 1861. - -Marie-Françoise, fille de François-Joseph Magnin, de Marsens, et de -Claudie Bosson, du lieu de Riaz, femme de Jacques Bosson, de -Bellegarde, demeurant à Bulle, y est morte le 5 janvier 1835, et a été -enterrée le 7 du même mois dans le cimetière de l'église paroissiale -de Saint-Pierre aux Liens de la ville de Bulle. B. - - * * * * * - -IX. - -ACTE DE DÉCÈS DE JACQUES. - -38. Anno millesimo octingentesimo trigesimo sexto, die vero secunda -septembris, obiit Jacobus, filius defuncti Jacobi Boschong vel Bosson -ex Bellegarde [_verbum radiatum_, conju], viduus vero Mariæ-Franciscæ -natæ Magnin, ex Marsens, defuncto die quinta januarii anno millesimo -octingentesimo trigesimo quinto, Bulli habitans, et die quarta ejusdem -mensis a me infra scripto parocho in coemeterio ecclesiæ parochialis -Sancti Petri ad Vincula urbis Bulli sepultus est. - - Quod conforme sit originali testor. - - J. J. CRAUSAZ, parochus. - - Bulli. die 8{væ} 7{bris} 1861. - -L'an 1836, le 2 septembre, mourut Jacques, fils de feu Jacques -Boschong ou Bosson, de Bellegarde, veuf de Marie-Françoise, née -Magnin, de Marsens, décédée le 5 janvier 1835, demeurant à Bulle, et -le quatrième jour du même mois a été enterré dans le cimetière de -l'église paroissiale de Saint-Pierre aux Liens de la ville de Bulle. -B. - - * * * * * - -X. - -MAISON DE MADAME ÉLISABETH. - -I. - -AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS. - -LIBERTÉ, ÉGALITÉ. - -Charles DELACROIX, représentant du peuple, en mission dans le -département de Seine-et-Oise; - -Vu la loi du 7 messidor dernier, portant, art. 5, qu'il sera formé -sans délai à Versailles un établissement d'horlogerie automatique; -que les citoyens Lemaire et Glaesner y jouiront pendant quinze années -gratuitement d'une maison nationale qui sera déterminée par le comité -d'agriculture et des arts et des finances réunis, sur le rapport de la -commission des arts; - -Que cette manufacture prendra chaque année cent élèves dont le régime -sera le même que pour ceux de Besançon; copie certifiée de l'arrêté du -comité de salut public, en date du 12 fructidor dernier; la lettre du -comité d'agriculture et des arts, en date du 22 du courant, par -laquelle il m'engage, pendant mon séjour à Versailles, à donner tous -mes soins à l'établissement de ladite manufacture. Instruit qu'il -avoit été pris un arrêté du comité des finances portant que ladite -manufacture seroit établie dans la maison nationale du garde-meuble; -mais que différents obstacles se sont opposés à l'exécution de ce -projet, ainsi que de ceux qui y avoient substitué le ci-devant couvent -des Ursulines ou celui des Récollets; qu'il est urgent de destiner à -cet établissement une maison convenable et qui ne soit occupée par -aucun établissement public: - -Après avoir visité avec lesdits citoyens Lemaire et Glaesner et le -citoyen Grenus, agent de la commission d'agriculture et des arts, la -maison d'Élisabeth, située avenue de Paris, et m'être convaincu -qu'elle présente des emplacements convenables et suffisants pour -l'établissement des ateliers et le logement des ouvriers, n'exigera -que des réparations peu considérables, telles que rétablissement de -quelques cloisons, portes et cheminées, enlevées ou détruites pour -l'établissement d'un hôpital qui y avoit été formé; j'arrête ce qui -suit: - -ARTICLE 1er. La maison dite d'Élisabeth, l'orangerie et la vacherie -qui en dépendent, les cours et terrains situés entre lesdits bâtiments -sont affectés à la manufacture d'horlogerie automatique établie à -Versailles. - -ART. 2. Lesdits terrains seront bornés au levant par un mur qui sera -construit dans la direction de celui qui ferme le petit jardin de la -vacherie, au levant, et prolongé jusqu'au mur de clôture du côté de -l'avenue de Paris. - -ART. 3. Les terrains au levant dudit mur resteront à la disposition de -l'administration du district pour être aliénés. Elle sera tenue -d'imposer à l'adjudicataire la clause expresse de construire ledit mur -à ses frais dans six mois, pour tout délai, à compter de -l'adjudication. - -ART. 4. Les citoyens Lemaire et Glaesner seront remis sans délai en -possession desdits bâtiments et terrains ci-dessus désignés. - -ART. 5. Le citoyen Loiseleur, inspecteur des bâtiments nationaux à -Versailles, est requis de faire le détail et devis estimatif des -cloisons, cheminées et portes à rétablir dans lesdits bâtiments, et -des menues réparations à y faire. - -ART. 6. Lesdits ouvrages, attendu l'urgence, seront faits par économie -sous l'inspection et surveillance immédiate dudit citoyen Loiseleur, -qui rendra compte de l'exécution à l'administration dudit département -et à la commission d'agriculture et des arts. - -ART. 7. Les dépenses qu'exigeront ledit ouvrage seront acquittées par -le receveur du district de Versailles et imputées sur les fonds mis à -la disposition de ladite commission. - -ART. 8. Le citoyen Loiseleur est autorisé à tirer des magasins des -bâtiments nationaux les matériaux qui peuvent s'y trouver propres à la -confection desdits travaux. Il l'est également à se faire délivrer, -des exploitations qui se font dans le territoire de Versailles, les -bois de charpente, madriers et planches qui ne se trouveraient pas -dans les magasins des bâtiments nationaux, et qui seront nécessaires -tant pour lesdits travaux que pour l'établissement des ateliers. - -ART. 9. Il sera libre auxdits citoyens de défricher les bouquets de -bois existants dans le local ci-dessus désigné, et de les cultiver -ainsi qu'ils jugeront à propos. - -ART. 10. Il sera dressé un état des lieux aussitôt après la confection -des réparations et rétablissements ci-dessus désignés, lequel sera -souscrit par lesdits citoyens Lemaire et Glaesner, avec l'obligation -de les remettre en bon état, au terme prescrit par le décret ci-dessus -cité pour leur jouissance. Ce terme court à compter du 1er brumaire -prochain. - -ART. 11. Le procureur général syndic du département, et par suite le -commissaire national près ladite administration, est chargé de -surveiller l'exécution du présent arrêté, qui sera de suite communiqué -aux comités de salut public, des finances et d'agriculture et arts -réunis. A Versailles, le 29 brumaire de l'an IV de la République -françoise. - - _Signé:_ CH. DELACROIX. Pour copie conforme: CH. DELACROIX. - - Pour copie conforme: FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU. - - * * * * * - -II. - -_Extrait des registres des délibérations des consuls de la -République._ - - Paris, le 17 ventôse l'an IX de la République française, - une et indivisible (8 mars 1801). - -Les consuls de la République, sur le rapport du ministre de -l'intérieur, le conseil d'État entendu, arrêtent: - -ARTICLE 1er. Les manufactures d'horlogerie établies à Versailles, sous -la direction des citoyens Lemaire et Glaësner, et à Grenoble, sous -celle des citoyens Flaissière et compagnie, sont supprimées. - -ART. 2. Le ministre de l'intérieur réglera les indemnités qui peuvent -être dues, soit aux entrepreneurs de ces horlogeries, en supposant -qu'ils aient rempli leurs engagements, soit aux autres artistes venus -de l'étranger pour partager leurs travaux, à la charge par les -entrepreneurs de rendre compte de l'emploi des fonds qui ont été mis à -leur disposition. Les fonds nécessaires au payement des indemnités -seront pris sur ceux accordés annuellement pour l'encouragement des -arts. - -ART. 3. La régie des domaines nationaux fera faire sur-le-champ -l'inventaire du mobilier appartenant à la nation, dépendant desdites -manufactures, et elle en prendra possession. Les maisons nationales -occupées par ces établissements seront rendues à la disposition de la -régie dans le délai de trois mois. - -ART. 4. Les ministres de l'intérieur et des finances sont chargés de -l'exécution du présent arrêté. - - Le Premier Consul, _signé:_ BONAPARTE. - - Par le Premier Consul, _le secrétaire d'État_, - - _Signé:_ H. B. MARET. - - Pour ampliation, - - _Le ministre de l'intérieur_, CHAPTAL. - - * * * * * - -III. - - Paris, le 9 fructidor an VIII de la République une et indivisible - (27 août 1800). - -_Le conseiller d'État ayant le département des domaines nationaux au -préfet du département de Seine-et-Oise._ - -Vous savez, citoyen préfet, qu'un arrêté des consuls du 17 ventôse -dernier a supprimé la manufacture d'horlogerie établie à Versailles, -et ordonné que la maison dite Élisabeth, qui étoit affectée à cet -établissement, seroit mise à la disposition de la régie du domaine -national et de l'enregistrement dans le délai de trois mois. - -L'architecte du palais national de Versailles ayant prévenu le -ministre de l'intérieur que cette maison étoit tellement endommagée -qu'il faudroit employer une somme de vingt-cinq mille francs pour la -réparer, ce ministre, citoyen préfet, vous a demandé votre avis, et -vous avez pensé, ainsi que le même ministre l'a marqué à celui des -finances, le 3 floréal dernier, qu'il seroit plus avantageux de vendre -cette maison, dans l'état où elle se trouve, que de la réparer. - -De son côté, la régie des domaines a adressé au ministre des finances, -le 18 du mois dernier, un devis dressé le 9 par l'architecte des -bâtiments nationaux. Il en résulte que les frais de réparations -indispensables s'élèveroient à 10,157 fr. 82 c., dont 4,018 fr. 61 c. -à la charge des occupants, mais que la totalité de la dépense -tomberoit vraisemblablement au compte de la République, attendu que -les occupants jouissoient, soit comme attachés à la manufacture -d'horlogerie, soit en vertu d'une permission du ministre de -l'intérieur, et que lors de leur entrée en jouissance l'état des lieux -n'a pas été constaté. - -La régie a observé que, vu le grand nombre des bâtiments inoccupés à -Versailles, les locations de la maison Élisabeth y seroient difficiles -et d'un foible produit; qu'en conséquence il étoit plus avantageux -d'aliéner cette maison. - -Tout concourt donc, citoyen préfet, à ce que vous preniez des mesures -pour l'aliénation de la maison dont il s'agit. - - Je vous salue. J. REGNIER. - - * * * * * - -IV. - - VENTE DES DOMAINES NATIONAUX - - en exécution des lois des 15 et 16 floréal an X (5 et 6 mai 1802). - - DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE.--_Commune de Versailles._--3e - arrondissement. - -L'an X de la République française, le vingt-troisième jour du mois de -messidor à midi, il a été procédé, devant le préfet du département de -Seine-et-Oise, en exécution des lois des 15 et 16 floréal an X, à la -réception des premières enchères pour la vente des biens nationaux -désignés dans l'affiche approuvée le 8 dudit mois messidor, laquelle a -été publiée et apposée dans les lieux prescrits par l'article II du -titre III du décret du 14 mai 1790. En conséquence, il a été annoncé -que les premières enchères alloient être reçues sur chacun des -articles de l'affiche, lecture préalablement faite d'icelle et du -cahier des charges rédigé par le directeur de la régie de -l'enregistrement, présent à la séance. - - ARTICLE II DE L'AFFICHE 71. - - _Biens provenant de la ci-devant liste civile._ - -La maison dite _Élisabeth_ et ses dépendances, situées dans la ville -de Versailles. - -Cette propriété est divisée en cinq lots, suivant le procès-verbal -d'estimation qui en a été dressé par le citoyen Duclos, le 5 -vendémiaire an X, dûment enregistré, lesdits lots désignés et évalués -ainsi qu'il suit: - -PREMIER LOT. - - Le premier lot indiqué par la lettre A au plan annexé audit - procès-verbal, consistant dans le bâtiment d'habitation, une - portion des deux premières cours et environ un hectare - quatre-vingt-quatorze ares soixante centiares de jardin, est - estimé valoir en revenu annuel la somme de dix-sept cents - francs, ci. 1,700f - ======== - Lequel multiplié par six produit un capital de 10,200 - - A quoi ajoutant 10 p. 100 1,020 - -------- - Il en résulte une première mise à prix de 11,220f ci. 11,220f - -DEUXIÈME LOT. - - Le deuxième lot, coté B au plan, composé des bâtiments - dits les écuries et cuisines, des cours qu'ils renferment, - d'une portion des deux premières cours, contenant environ - un hectare cinquante ares soixante-douze centiares, - est estimé valoir au revenu annuel 1,200f - ======== - Et en capital le revenu multiplié comme ci-dessus 7,200 - - A quoi ajoutant 10 p. 100 720 - -------- - Il en résulte un total de 7,920f ci. 7,920 - -TROISIÈME LOT. - - Le troisième lot, coté C au plan, composé des bâtiments - dits le logement du jardinier, de la cour au-devant, et - d'environ soixante-seize ares trente centiares de jardin, - est estimé en revenu 240f - -------- - Total à reporter 19,140f - - Report 19,140f - - Et en capital le revenu multiplié par six donne 1,440 - - A quoi ajoutant le dixième 144 - - Il en résulte une première mise à prix de 1,594f ci. 1,584 - -QUATRIÈME LOT. - - Le quatrième, coté D au plan, composé du bâtiment dit - l'orangerie et de celui connu sous la dénomination de la - laiterie, d'une petite cour et d'environ trente-cinq ares - cinquante-huit centiares de jardin; le tout estimé valoir - un revenu annuel de 160 francs 160f - ===== - Lequel multiplié par six produit un capital de 960 - - A quoi ajoutant 10 p. 100 96 - -------- - Il en résulte un total de 1,056 ci. 1,056 - -CINQUIÈME LOT. - - Le cinquième et dernier lot, coté E au plan, composé du - bâtiment dit la conciergerie, d'une cour et d'une portion - de jardin d'environ quinze ares vingt centiares, estimé, - en revenu annuel, la somme de 200f - ===== - Lequel revenu multiplié par six produit un - capital de 1,200 - - A quoi ajoutant 10 p. 100 120 - -------- - Il en résulte une première mise à prix de 1,320f ci. 1,320 - -------- - Total 23,100f - -_Réserves._ - -Ne font point partie de la vente les glaces, tablettes, chambranles de -marbre, bras de cheminées, bronzes incrustés ou tenant au corps -principal de maçonnerie des cheminées, les jalousies, les poêles, -bancs de pierre et autres ornements qui pourroient exister dans les -bâtiments; ces objets sont réputés mobilier et seront vendus comme -tels. - -_Charges particulières._ - -Dans le cas où la propriété dont il s'agit seroit adjugée -partiellement, chaque acquéreur sera tenu de se conformer aux clauses -et conditions insérées au procès-verbal d'estimation annexé au -présent, et qui lui sont imposées relativement au partage du jardin, -à la distribution des eaux, à la clôture des terrains respectivement -affectés à chaque lot, à la mitoyenneté des murs et aux charges -auxquelles seront spécialement assujettis les acquéreurs. - -Pour l'exécution de ces clauses il sera délivré extrait dudit -procès-verbal à chacun de ces acquéreurs, qui sera également tenu de -laisser faire au citoyen Hubert, portier de ladite maison, la récolte -des grains, fruits et légumes, existant actuellement sur les terrains -dépendants de ladite propriété, sauf cependant à l'indemniser à dire -d'experts, attendu que ledit Hubert a été autorisé à les cultiver par -décision du préfet du 24 floréal dernier. - -_Nota._ Il ne sera fait aucune coupure à la conduite qui donne l'eau -au cinquième lot: cette conduite devant subsister telle qu'elle est. - -Lecture faite à haute et intelligible voix, par le secrétaire général -de la préfecture, des charges, clauses et conditions ci-dessus, les -enchères ont été ouvertes: - - _Savoir:_ - - 11,220f montant de la mise à prix du 1er lot. - - 7,920 -- -- 2e lot. - - 1,584 -- -- 3e lot. - - 1,056 -- -- 4e lot. - - 1,320 -- -- 5e lot. - - Et enfin sur celle de 23,100 -- -- de l'ensemble - -de la propriété, personne n'ayant enchéri, tant sur la mise à prix de -chacun de ces lots que sur celle de la totalité du domaine, le préfet -a renvoyé l'adjudication définitive au 27 du mois de messidor, jour -indiqué par l'affiche, et le présent procès-verbal a été clos. - -Et le vingt-septième jour du mois de messidor l'an X de la République -française, le préfet du département de Seine-et-Oise, en présence du -directeur de la régie de l'enregistrement, et lecture préalable faite -par le secrétaire général du cahier des charges insérées dans le -procès-verbal ci-dessus, a procédé, en exécution des lois précitées, à -l'adjudication définitive du bien national (en question); duquel bien -la désignation a été insérée dans le procès-verbal des premières -enchères ci-dessus, suivant lequel il n'a point été porté d'enchère -au-dessus de la mise à prix tant des différents lots que de l'ensemble -de la propriété; en conséquence il a été allumé des feux, d'abord sur -le montant de la mise à prix de chacun des lots telle qu'elle est -établie d'autre part. - -PREMIER LOT. - -Au huitième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand, -moyennant 34,600 francs; un neuvième feu s'étant éteint sans que -pendant sa durée il ait été mis aucune enchère, le préfet en a donné -acte audit citoyen Durand. - -DEUXIÈME LOT. - -Au quatrième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand -pour 17,400 francs. Un cinquième feu s'étant éteint, sans qu'il ait -été fait aucune offre, le préfet en a pareillement donné acte audit -Durand. - -TROISIÈME LOT. - -Au troisième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Boucher -pour 6,800 francs. Un sixième feu s'étant éteint sans que pendant sa -durée il ait été mis aucune enchère, le préfet en a aussi donné acte -au citoyen Boucher. - -QUATRIÈME LOT. - -Au quatrième feu, la dernière est restée au citoyen Cossin pour 6,750 -francs. Un cinquième feu s'étant éteint sans qu'il ait été fait aucune -offre, le préfet en a donné acte au citoyen Cossin. - -CINQUIÈME LOT. - -Au sixième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Boucher pour -7,850 francs. Un septième feu s'étant éteint sans que pendant sa durée -il ait été mis aucune enchère, le préfet en a donné acte audit citoyen -Boucher. - -Cette opération terminée, les enchères ont été reçues en la manière -accoutumée sur l'ensemble du domaine, prenant pour base la somme de -73,400 francs, montant des offres faites pour acquérir divisément -cette même propriété. - -Au premier feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand, -moyennant la somme de 75,200 francs; au deuxième, au citoyen Villers -pour 75,600 francs; au troisième, au même, moyennant 75,900 francs. - -Un autre feu ayant été allumé et s'étant éteint sans que pendant sa -durée il ait été mis aucune enchère, le préfet a déclaré le citoyen -Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant à Paris, rue de -l'Université, 269, adjudicataire définitif, et lui a adjugé la -totalité de la maison dite Élisabeth et ses dépendances, tel que ce -domaine est ci-devant désigné, moyennant le prix et somme de -soixante-quinze mille neuf cents francs, aux charges, clauses et -conditions insérées dans le premier procès-verbal d'enchères, sous -l'obligation et garantie de tous les biens meubles et immeubles, -présents et à venir, dudit citoyen Villers, et spécialement les biens -présentement vendus, sans qu'une obligation déroge à l'autre. - -L'acquéreur a déclaré qu'il se réservoit la faculté de nommer son -command dans les délais prescrits par la loi. - - G. GARNIER. - -Enregistré à Versailles, le 7 thermidor an X de la République. Reçu -seize cent soixante-neuf francs quatre-vingts centimes. - - NOEL. - - Archives de Versailles. - - * * * * * - -XI. - -DISTRICT DE VERSAILLES.--COMMISSION DES ARTS.--PLANTES. - -Nous, commissaire nommé par le Directoire du département de -Seine-et-Oise, en conformité des loix et lettres ministérielles sur la -disposition du mobilier national à l'effet d'opérer la distraction des -objets précieux et particulièrement des plantes rares qui se -trouveront dans les maisons cy-devant royales, religieuses et des -émigrés dudit département, pour procéder à l'enlèvement desdits objets -et les faire transporter au lieu désigné pour le dépôt. - -Nous nous sommes transporté à la maison cy-devant à Élisabeth à -Montreuil, accompagné d'un officier de la municipalité, où étant avons -sommé le citoyen Coupry, jardinier de ladite maison, de nous -introduire dans les jardins à l'effet d'y remplir notre mission, ce -qu'ayant fait, nous avons procédé au triage et estimation des plantes -de la manière suivante. - -OBJETS RÉSERVÉS POUR LE DÉPÔT. - -_Plantes d'orangerie._ - - 4 Atriplex portulacoïdes. - 4 Pistacia Terebinthus. - 2 Erica mammosa. - 2 Lavatera gallica. - 5 Buphthalmum fruticosum. - 2 Lycium afrum. - 4 Salvia aurea. - 2 Conyza glutinosa. - 2 Salvia mexicana. - 2 Salvia argentea. - 3 Salvia paniculata. - 1 Salvia pomifera. - 1 Salvia canariensis. - 2 Salvia macrophylia. - 1 Salvia cretica. - 6 Teucrium latifolium. - 4 Teucrium betonicæfolium. - 1 Teucrium fruticans. - 5 Teucrium chamædrifolium hirsutum. - 4 Artemisia capillaris. - 3 Artemisia moxa. - 3 Solanum sodomæum. - 3 Phillyrea angustifolia. - 1 Phillyrea latifolia. - 1 Anagyris foetida. - 4 Atropa solanacea. - 2 Ephedra nova. - 2 Cineraria populifolia. - 4 Cineraria maritima. - 6 Cineraria amelloïdes. - 2 Medicago arborea. - 1 Medicago marina. - 1 Anthyllis barba-Jovis. - 2 Anthyllis Hermanniæ. - 2 Tarchonanthas camphoratus. - 4 Rhus angustifolia. - 1 Rhus glabra. - 4 Hypericum marylandicum. - 1 Marrubium crispum. - 2 Vitex agnus castus. - 1 Agave americana variegata. - 5 Carex plantaginea. - 3 Gnaphalium foetidum. - 2 Gnaphalium stoechas. - 2 Gnaphalium orientalis. - 12 Pots d'ixia, différentes espèces. - 3 Gladiolas tristis. - 1 Cistus populifolius. - 1 Cistus purpareus. - 2 Cistus laurifolius. - 6 Cneorum tricoccum. - 1 Asparagus acutifolius. - 1 Serratula chamæpeuce. - 2 Carthamus salicifolius. - 2 Quercus suber. - 4 Physalis somnifera. - 4 Centaurea sempervirens. - 2 Vaccinium oxycoccos. - 2 Salicornia fruticosa. - 4 Sonchus fruticosus. - Cotyledon orbiculata. - 2 Echium orientale latifolium. - 1 Echium angustifolium. - 1 Asclepias fruticosa. - 1 Statice mucronata. - 1 Statice Limonium. - 2 Parietaria arborea. - 1 Erigeron foetidum. - 1 Cercodia erecta. - 1 Sida nova. - 1 Aristolochia sempervirens. - 2 Rumex Lunaria. - 2 Lavandula stoechas. - 1 Scabiosa palæstina. - 1 Ficus pumila. - 1 Statice monopetala latifolia. - 1 Psoralea pinnata. - 1 Atraphaxis undulata. - 1 Athanasia maritima. - 1 Eupatorium angustifolium. - 2 Oenothera rosea. - 6 Oenothera pumila. - 1 Urtica nivea. - 3 Inula crithmoïdes. - 1 Hypoxis japonica. - 4 Senecio halimifolia. - 1 Tanacetum novum. - 1 Polypedium cambricum. - 1 Phlomis laciniata. - 1 Chrysophyllum glabrum. - 3 Arenaria balearica. - 3 Linnæa borealis. - Arundo donax variegata. - 1 Ulmus pumila. - 1 Clutia pulchella. - 1 Spartium lusitanicum. - 2 Mimosa arborea. - 2 Sterculia platanifolia. - 1 Bignonia crucigera. - 1 Baccharis ivæfolia. - 3 Scolymus maculatus. - 4 Chrysanthemum serotinum. - 1 Panicum novum. - 1 Lantana odorata. - 1 Cassia marylandica. - 4 Centaurea ferox. - 1 Teucrium novum. - 1 Zanthoxylum trifoliatum. - 1 Malva Sherardiana. - 1 Ceratonia siliqua. - -La totalité des plantes en pots réservées pour le dépôt se monte à la -quantité de deux cent quarante-cinq individus et environ un cent de -plantes vivaces. - -OBJETS DÉSIGNÉS POUR LA VENTE. - -_Orangerie._ - - 4 Orangers de 39 pouces de caisse. - 1 -- de 34 -- -- - 1 -- de 33 -- -- - - 2 Orangers de 31 pouces de caisse. - 3 -- de 30 -- -- - 2 -- de 24 -- -- - - Treize Orangers de différentes espèces estimés l'un - dans l'autre 60# pièce 780# s. - - 2 Orangers de 18 pouces de caisse. - 4 -- de 16 -- -- - 2 -- de 14 -- -- - - Huit Orangers, petites caisses, estimés l'un dans - l'autre la somme de 24# 192 - - 15 Grenadiers de quinze à vingt-deux pouces de caisse, - estimés l'un dans l'autre à 18# 270 - - 1 Myrte, caisse 12 - 2 Oliviers, caisse, à 12# 24 - 1 Laurier franc, caisse 10 - 2 Bosia yervamora, à 10# 20 - 3 Justicia adathoda, à 12# 36 - 1 Althæa 8 - 12 Lauriers-roses, à 10# 120 - 2 Lentisques, à 8# 16 - -_Plantes d'orangerie en pots._ - - 6 Atriplex portulacoïdes, à 8 sols 2 8 - 2 Buddleia globosa, à 10 sols 1 - 4 Pistacia Terebinthus, à 15 sols 3 - 1 Sapindus Saponaria 1 - 5 Melia azedarach, à 10 sols 2 10 - 6 Teucrium latifolium, à 10 sols 3 - 2 Ceanothus africanus, à 15 sols 1 10 - 34 Solanum pseudo-capsicum, à 10 sols 17 - 2 Solanum tomentosum, à 15 sols 1 10 - 4 Solanum sodomæum, à 10 sols 2 - 4 Solanum bonariense, à 8 sols 1 12 - 2 Yucca gloriosa, à 1# 2 - 4 Cupressus sempervirens, à 10 sols 2 - 6 Cineraria amelloïdes, à 10 sols 3 - 1 Coronilla glauca 15 - 5 Viburnum Tinus, à 10 sols 2 10 - 18 Thlaspi vivaces, à 5 sols 4 10 - ---------- - 1,539 05 - - 1 Agave americana 1 - 6 Cneorum tricoccum, à 8 sols 2 8 - 1 Vitis arborea 8 - 4 Sonchus fruticosus, à 1# 4 - 1 Celastrus pyracantha, à 10 sols 10 - 3 Celastrus buxifolius, à 10 sols 1 10 - 2 Aloe verrucosa, à 8 sols 16 - 12 Mesembryanthemum ou ficoïdes de différentes espèces, - à 10 sols 6 - 5 Cacalia laciniata, à 8 sols 2 - 2 Psoralea palæstina, à 8 sols 16 - 1 Euphorbia caput Medusæ 10 - 8 Phlomis fruticosa, à 10 sols 4 - 2 Inula crithmoïdes, à 18 sols 1 16 - 6 Leonurus ou Queue de lion, à 10 sols 3 - 1 Bosia yervamora 10 - 1 Stachys circinata 8 - 2 Smilax aspera, à 10 sols 1 - 1 Sempervivum arboreum 1 - 2 Crassula orbiculata, à 8 sols 16 - 2 Physalis somnifera, à 10 sols 1 - 58 Geranium en pots de différentes espèces, à 8 sols 23 8 - 8 Geranium dans des vases de faïence, à 6# 48 - 12 Vases de faïence vides mutilés, à 1# 12 - 100 pots vides, à 8 sols 40 - -_Pépinière._ - - 300 Pins d'Écosse, à 1# 300 - 10 Sapinettes, à 1# 10 - 35 Thuyas, à 5 sols 8 15 - 40 Marronniers, à 15 sols 30 - 50 Spiræa populifolia, à 10 sols 25 - 150 Arbres de Sainte-Lucie, à 8 sols 60 - 150 Érables à feuilles de frêne, à 10 sols 75 - 250 Cerisiers à grappes, à 5 sols 62 10 - 200 Cornouillers sanguins, à 4 sols 40 - 60 Ébéniers, à 10 sols 30 - 18 Frênes de différentes espèces, à 10 sols 9 - 30 Lonicera Diervilla, à 2 sols 3 - 40 Seringas, à 4 sols 8 - 80 Lilas, à 10 sols 40 - ---------- - Total 2392# 6s. - -Il se trouve aussi dans une des cours un dépôt de terre de bruyère que -l'on peut estimer à soixante tombereaux environ, réserve pour le -dépôt des plantes à Trianon. Près de cette cour est un grand carré -planté de différents arbres étrangers pour former une école de -botanique; on se réserve aussi d'en enlever ce qui conviendra pour -être transporté audit dépôt. - -OBJETS RÉCLAMÉS PAR LA CITOYENNE BROWN, - -_ci-devant jardinière du potager à Versailles._ - - 28 Orangers en caisse de 14 à 18 pouces. - 2 Lauriers-roses. - 50 Pots de lilas de Perse. - 50 Pots de rosiers. - Et différents arbustes et arbres verts. - -Cette réclamation est attestée de nombre de citoyens. - -Et après avoir fait l'examen général, tant en ce qui concerne les -plantes d'orangerie que celles de pleine terre, et n'y ayant plus rien -trouvé, nous avons terminé le présent inventaire et avons signé à -Versailles, le 8 octobre 1793, l'an deuxième de la République une et -indivisible. - - COUPRY. F. REMILLY. PERADON, commissaire. - -_Nota._ Le commissaire estime qu'il seroit plus avantageux de faire la -vente de tous ces objets sur le lieu au mois de mars prochain, que de -transporter une partie à l'orangerie et l'autre à Trianon; que -d'ailleurs l'orangerie de cette maison est grande et en assez bon état -pour contenir cette quantité de plantes tant en caisses qu'en pots; en -y faisant cependant une petite réparation, soit pour ce qui regarde la -maçonnerie pour poser l'imposte, le vitrier pour six carreaux cassés, -et les châssis des volets de la porte d'entrée, et le cintre à garnir -en grosse toile; si l'administration se décide à envoyer le tout tant -à l'orangerie qu'à Trianon, il faudra nécessairement abattre deux -parties de mur pour la sortie des orangers. Cette dépense sera -beaucoup plus considérable que celle pour la réparation de ladite -orangerie, et l'opération plus longue et plus difficile. - -Cette observation a été communiquée au directoire du district. - - PERADON. - - * * * * * - -II. - -_Rapport du commissaire à la disposition des plantes, relativement au -jardin d'Élisabeth Capet, à Montreuil._ - -Le commissaire à la disposition particulière des plantes, d'après -différents renseignements pris en ce qui concerne le jardin -appartenant cy-devant à Élisabeth Capet, à Montreuil, et examiné les -pièces suivantes, particulièrement le rapport du comité de -surveillance, qui annonce que celui fait par les citoyens Richard et -Pineaux, nommés commissaires par les représentants du peuple à l'effet -de rendre compte du produit et des frais d'entretien dudit jardin; que -ces deux commissaires ont observé qu'il seroit plus avantageux de -confier à deux cultivateurs l'entretien et le produit de ce jardin, -c'est-à-dire que Virey seroit chargé de la conduite de l'orangerie et -plantes rares, et Doré de la partie des fruits et légumes. - -Ayant examiné en outre un marché fait par le citoyen Couturier, qui -accorde à Virey la jouissance en totalité des productions du jardin -pour lui tenir lieu d'indemnité pour son entretien, indépendamment des -gages d'un premier garçon qui lui seront accordés, à la charge par lui -de fournir des légumes à l'infirmerie pour la valeur de 200#[231] à -son estimation, ainsi qu'il est énoncé audit marché. - -[Note 231: Surchargé: il y avait auparavant 150.] - -De plus, un autre rapport des citoyens Richard et Pineaux, où il est -dit que la dépense pour l'entretien du jardin peut être mise en -compensation avec le produit des fruits et légumes, et que même le -jardinier pourra fournir à l'infirmerie des légumes pour la valeur de -200#, ce qui forme, on l'aperçoit, une grande différence avec le -marché fait par le citoyen Couturier. - -D'après toutes ces observations, le commissaire estime que, pour -l'intérêt de l'administration, aucun des marchés ou arrangements tels -que ceux susdits ne peuvent avoir lieu. - -1º L'entretien desdits jardins, serres et orangeries, ne doit être -alloué qu'à une seule personne, comme il s'est pratiqué jusqu'à -présent; 2º que le marché fait par le citoyen Couturier est onéreux à -l'administration, par la raison qu'il s'est présenté deux -soumissionnaires, dont l'un, connu autant par sa probité que par son -talent, s'est offert le premier, et a fait sa soumission d'entretenir -les jardins, bosquets, orangerie, etc., pour la jouissance du produit -seulement. - -Quant au rapport des citoyens Richard et Pineaux, où il n'est point -parlé de gages de premier garçon, mais au contraire que le jardinier -sera encore assez indemnisé en fourniture sur son produit pour la -somme de 200# de légumes à l'infirmerie, l'administration décidera -dans sa sagesse sur cet objet; elle voudra bien observer que le -citoyen Virey est un père de famille, bon patriote et bon cultivateur; -qu'il occupe maintenant cette place, et semble mériter la préférence, -en acceptant toutefois les conditions du premier soumissionnaire. - -Il existe dans cette maison la quantité de cinquante-huit panneaux, -dont quelques-uns sont mutilés, et dix-huit arrosoirs en cuivre rouge -et jaune; l'administration voudra-t-elle accorder quelques-uns de ces -objets à Virey pour son usage, et vendre l'autre partie, excepté ceux -qui sont en réquisition? - -A Versailles, le 10 ventôse, l'an II de la République une et -indivisible (28 février 1794). - - PERADON. - - * * * * * - -III. - - 14 ventôse l'an II de la République une et indivisible - (4 mars 1794). - -Suivant le rapport fait à l'administration par le citoyen Peradon, -commissaire artiste, sur le jardin cy-devant appartenant à Élisabeth -Capet, à Montreuil, il s'est présenté pour l'entretien de ce jardin -plusieurs soumissionnaires, également connus par leurs talents et leur -probité, qui proposent de se charger de la culture du potager, de -l'orangerie et des jardins sans appointements, moyennant qu'on leur en -abandonne les produits; - -Le citoyen Virey, qui cultive actuellement ce jardin, demande, outre -la jouissance des fruits, le traitement annuel de premier garçon, qui -est de 1,000 à 1,200#. - -La disproportion qui existe entre ces différentes soumissions est -d'autant plus sensible que, par un rapport des citoyens Richard et -Pineaux, où il n'est point fait mention de gages, il est dit que le -jardinier sera suffisamment indemnisé par le produit du jardin, en -fournissant même pour 200# de légumes à l'infirmerie. - -Quelques égards que mérite le citoyen Virey, on ne peut se dissimuler -que l'intérêt de la République ne permet pas de faire en sa faveur un -sacrifice annuel de 1,200#, lorsqu'il est notoire que le jardin peut -être cultivé par des mains habiles sans qu'il en coûte rien à la -nation. Tout ce que semble exiger la justice en faveur du citoyen -Virey, bon patriote et père de famille, c'est de lui accorder la -préférence dans le cas où il se chargeroit de l'entretien desdits -jardins aux mêmes conditions que les autres soumissionnaires. - -Il existe dans la maison cinquante-huit panneaux et dix-huit arrosoirs -en cuivre rouge et jaune, dont la commission propose de mettre une -partie à la disposition du jardinier; il demande à cet égard les -ordres de l'administration; - -Ouï l'agent national en ses conclusions, - -L'administration, considérant que l'intérêt de la République lui -impose impérieusement la loi de mettre dans toutes les parties -l'économie dont elles sont susceptibles, lorsqu'à cette économie se -trouvent joints les avantages qui résulteroient d'une plus forte -dépense, et désirant d'ailleurs concilier les égards dus au citoyen -Virey avec le bien public, premier objet de ses considérations, estime -que les potager, orangerie et jardins, cy-devant appartenants à -Élisabeth Capet, à Montreuil, seront loués à l'enchère en la manière -accoutumée, et aux charges qui seront prescrites par les cahiers; - -Arrête en outre que, sur les cinquante-huit panneaux et dix-huit -arrosoirs qui se trouvent dans ladite maison, il sera mis à la -disposition du locataire trente panneaux et dix arrosoirs, dont -l'estimation sera faite pour qu'il ait à les représenter, lorsqu'il en -sera requis, tels qu'il les aura reçus, et que les panneaux et -arrosoirs restants seront mis en réserve pour servir lorsqu'il y aura -lieu et ainsi que l'administration en ordonnera. - - * * * * * - -IV. - - Versailles, le 25 frimaire l'an III de la République une et - indivisible (15 décembre 1794). - -_Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement et des -domaines à l'agent national du district de Versailles._ - - CITOYEN, - -Par une lettre du 15 thermidor dernier, l'administration du district a -informé la commission des revenus nationaux que, malgré les -précautions qu'elle avoit prises, elle n'avoit pu empêcher les -dégradations considérables qui se commettoient journellement dans la -maison d'Élisabeth Capet, située à Montreuil, et elle a imputé ces -dégradations aux malades de l'hospice militaire qui avoit été établi -dans cette maison. - -Il résulte des informations prises par la commission des secours -publics, à laquelle la commission des revenus nationaux avoit porté -ses plaintes, que ces dégradations ont été principalement commises par -le citoyen Leblanc, locataire actuel du jardin, qui y laisse -habituellement pâturer ses vaches. - -Ces faits étant consignés dans un procès-verbal, rapporté le 9 -thermidor dernier par les membres du comité de surveillance de -l'hôpital, je te prie de faire informer sur ce délit, et d'intenter, -s'il y a lieu, une action contre le locataire, tant en réparations -qu'en indemnité des dommages qui seront reconnus être procédés de son -fait. Comme je ne doute nullement qu'avant de mettre le locataire en -jouissance il n'ait été dressé un état descriptif des lieux, et que le -cahier des charges de l'adjudication ne l'ait expressément assujetti à -les entretenir et à les rendre en bon état de culture à l'expiration -de sa jouissance, il sera facile de l'obliger à réparer les -dégradations commises. - -Salut et fraternité. - - GARNIER-DESCHESNE. - - * * * * * - -XII. - -RÉCIT DU PÈRE CARRICHON, - -PRÊTRE DE LA CONGRÉGATION DE L'ORATOIRE, - - Témoin de la mort de mesdames la maréchale de Noailles, la - duchesse d'Ayen, et la vicomtesse de Noailles, condamnées à mort - par le tribunal révolutionnaire le 4 thermidor an II (22 juillet - 1794). - -Mesdames la maréchale de Noailles, la duchesse d'Ayen et la vicomtesse -de Noailles furent détenues dans leur hôtel depuis le mois de -septembre 1793 jusqu'en avril 1794. Je connoissois la première de vue -seulement, et d'une manière particulière les deux autres, que je -voyois ordinairement une fois la semaine. La Terreur croissoit avec le -crime. Leurs victimes devenoient plus nombreuses. Un jour qu'on en -parloit et qu'on s'exhortoit à se préparer à l'être, je leur dis par -une espèce de pressentiment: «Si vous allez à la guillotine et que -Dieu m'en donne la force, je vous y accompagnerai.» Elles me prennent -au mot, ajoutant avec vivacité: «Nous le promettez-vous?» J'hésite un -moment. «Oui, repris-je, et pour que vous me reconnoissiez bien, -j'aurai un habit bleu foncé et une veste rouge.» Depuis elles me -rappelèrent souvent ma promesse. Au mois d'avril, la semaine, je -crois, après Pâques, elles sont conduites toutes trois au Luxembourg. -J'en ai souvent des nouvelles par celui qui leur a rendu avec un zèle -si délicat tant de services et dans leurs personnes et dans celles de -leurs enfants. Ma promesse est rappelée. Le 27 juin, un vendredi, il -vient de leur part me prier de rendre au maréchal de Mouchy et à sa -femme le service que je leur avois promis. Je vais au palais. Je -parviens à entrer dans la cour. Je les ai sous les yeux et de fort -près pendant plus d'un quart d'heure. M. et madame de Mouchy, que je -n'avois vus qu'une fois chez eux et que je connoissois mieux qu'ils ne -me connoissoient, ne me reconnoissent point. Je fais ce que je peux -pour eux. Le maréchal étoit singulièrement édifiant et prioit -vocalement de tout son coeur. La veille il avoit dit, en quittant le -Luxembourg, à ceux qui lui marquoient de l'intérêt: «A dix-sept ans -j'ai monté à l'assaut pour mon Roi, à soixante-dix-huit je vais à -l'échafaud pour mon Dieu; mes amis, je ne suis pas malheureux.» -J'évite des détails qui deviendroient immenses. Ce jour-là, je crois -inutile et même je ne me sens point capable d'aller jusqu'à la -guillotine. J'en augure mal pour la promesse spéciale faite à leurs -parentes. Que j'aurois à dire sur tous les nombreux convois qui -précédèrent et suivirent celui du 27, convois fortunés ou infortunés, -selon les dispositions de ceux qui les formoient, tableaux déchirants -lors même que les caractères et tous les signes extérieurs annonçoient -une mort chrétienne, lors même qu'ils étoient accompagnés des grandes -consolations produites par les vertus chrétiennes; mais bien autrement -déchirants, lorsqu'ils en fournissoient peu ou point, et que les -condamnés sembloient passer de l'enfer de ce monde à celui de l'autre! - -Le 22 juillet, un mardi, jour de sainte Madeleine, j'étois chez moi, -et vers onze heures. J'allois sortir. On frappe. J'ouvre et je vois -les enfants Noailles et leur instituteur; les enfants avec la gaieté -de leur âge qui couvroit le fond de tristesse que nourrissoit en eux -la détention de leurs parentes; ils alloient se promener et prendre -l'air de la campagne: l'instituteur, pâle, défiguré, pensif et -triste.--Ce contraste me frappe. «Passons, me dit-il, dans votre -chambre, laissons les enfants dans votre cabinet.» Nous nous séparons; -les enfants se mettent à jouer; nous entrons dans la chambre. Il se -jette dans un fauteuil: «C'en est fait, mon ami; ces dames sont au -tribunal révolutionnaire. Je viens vous sommer de tenir votre parole. -Je vais les conduire à Vincennes pour y voir la petite Euphémie. Dans -le bois je préparerai ces malheureux enfants à cette terrible perte -qu'ils ignorent.» Quelque préparé que je fusse depuis longtemps, je -suis déconcerté. Toute cette affreuse situation des mères, des -enfants, de leur digne instituteur, cette gaieté suivie de tant de -tristesse, la petite Euphémie âgée alors d'environ quatre ans, tout se -peint à mon imagination en traits de feu inimitables. Je reviens à moi -à l'instant, et après quelques demandes, réponses et autres lugubres -détails, je dis: «Partez, je vais changer d'habits. Quelle commission! -Priez Dieu qu'il me donne la force de l'exécuter.»--Nous nous levons, -passons dans le cabinet où nous trouvons les enfants, s'amusant, gais -et contents autant qu'ils pouvoient l'être; ce que nous éprouvions à -leur vue, ce qu'ils ignoroient, ce qu'ils alloient apprendre, rend le -contraste plus frappant, me serre le coeur. Je fais bonne contenance -et les congédie. Resté seul, je me sens épouvanté, fatigué. Mon Dieu, -ayez pitié d'elles, d'eux et de moi! - -Je change d'habits et vais faire quelques courses projetées, avec un -poids dans l'âme bien accablant. Je les interromps pour aller au -palais entre une et deux heures. Je veux entrer. Impossibilité. Je -prends des informations de quelqu'un qui sort, comme doutant encore de -la réalité de l'annonce; l'illusion de l'espérance est la dernière -détruite. Par ce qu'il me dit, je ne peux plus douter. Je reprends mes -courses, elles me conduisent jusqu'au faubourg Saint-Antoine, et avec -quelle pensée, quelle agitation intérieure, quel effroi secret joint à -une tête malade! Ayant affaire à une personne de confiance, je -m'ouvre, elle m'encourage au nom de Dieu. Pour dissiper le mal de -tête, je la prie de me faire un peu de café. Il me fait quelque bien. -Je reviens au palais très-lentement, très-pensif, très-irrésolu, -désirant de ne point arriver, ou de ne point trouver celles qui m'y -appellent: j'arrive avant cinq heures. Rien n'annonce le départ. Je -monte tristement les degrés de la Sainte-Chapelle, je me promène dans -la grande salle, aux environs, je m'assieds, je me lève, je ne parle à -qui que ce soit, je cache sous un air sérieux un fond très-agité et -très-chagrin; de temps en temps un triste coup d'oeil sur la cour pour -voir si le départ s'annonce. Je reviens. Ma fréquente exclamation -intérieure étoit: Dans deux heures, dans une heure et demie, elles ne -seront donc plus! Je ne puis exprimer combien cette idée m'affectoit -et m'a affecté toute la vie quand j'ai pu l'appliquer: jamais heure ne -m'a paru si longue et si courte que celle qui s'écoula depuis cinq -heures jusqu'à six, pour divers motifs qui se croisoient, se -combattoient, se détruisoient et me faisoient passer des illusions du -vain espoir à des craintes malheureusement trop réelles. - -Enfin aux mouvements je juge que les victimes vont sortir de la -prison. Je descends et vais me placer près de la grille par où elles -sortent, puisqu'il n'est plus possible depuis quinze jours de pénétrer -dans la cour. La première charrette se remplit, s'avance vers moi. Il -y avoit huit dames très-édifiantes, sept pour moi inconnues; la -dernière, dont j'étois fort proche, étoit la maréchale de Noailles. De -n'y point voir sa belle-fille et petite-fille, ce fut là un foible et -dernier rayon d'espérance; car, hélas! sur la deuxième charrette -montent la mère et la fille. Celle-ci étoit en blanc, qu'elle n'avoit -quitté depuis la mort de son beau-père et de sa belle-mère; elle -paroissoit âgée de vingt-quatre ans au plus; celle-là de quarante, en -déshabillé rayé bleu et blanc. Je les voyois encore de loin. Six -hommes se placèrent après elles, les deux premiers, je ne sais -comment, à un peu plus de distance qu'à l'ordinaire, comme pour leur -donner plus de liberté, et avec un air d'égard et de respect dont je -leur sus bon gré. A peine sont-elles placées, que la fille témoigne à -sa mère ce vif et tendre intérêt si connu: j'entends dire auprès de -moi: «Voyez donc cette jeune fille, comme elle s'agite! comme elle -parle!»--Elle ne paroît pas triste. Je crois qu'elle me cherche des -yeux; il me semble entendre tout ce qu'elles se disent: «Il n'y est -pas.--Regarde encore.--Maman, rien ne m'échappe, je vous l'assure, il -n'y est pas.» Elles oublient que je leur avois fait annoncer -l'impossibilité de me trouver là. La première charrette reste près de -moi au moins un quart d'heure. Elle avance. La deuxième va passer. Je -m'apprête. Elle passe, ces dames ne me voient pas. Je rentre dans le -palais, fais un grand détour et viens me placer à l'entrée du pont au -Change, dans un endroit apparent. Mesdames de Noailles jettent les -yeux de tous côtés; elles passent et ne me voient pas. Je les suis le -long du pont, séparé de la foule, cependant assez près d'elles; madame -de Noailles, toujours cherchant, ne m'aperçoit pas. - -L'inquiétude se peint sur la physionomie de madame d'Ayen, sa fille -redouble d'attention sans succès. Je suis tenté d'y renoncer. J'ai -fait ce que j'ai pu; partout ailleurs la foule sera plus grande, il -n'y a pas moyen. Je suis fatigué.--J'allois me retirer. Le ciel se -couvre, le tonnerre se fait entendre au loin. Tentons encore. Et par -des chemins détournés j'arrive dans la rue Saint-Antoine, après la rue -de Fourcy, presque vis-à-vis la trop fameuse Force, avant la -charrette. Alors souffle un vent violent, l'orage éclate; les éclairs, -les coups de tonnerre se succèdent rapidement. La pluie commence. -C'est un torrent. Je me retire sur le seuil d'une boutique qui m'est -toujours présente et que je ne vois jamais sans attendrissement. En un -instant la rue est balayée. Plus de monde qu'aux portes, boutiques et -fenêtres: plus d'ordre dans la marche; les cavaliers, les fantassins -vont plus vite, comme ils peuvent, les charrettes aussi. Elles sont au -petit Saint-Antoine et je suis encore indécis: la première passe -devant moi. Un mouvement précipité et comme involontaire me fait -quitter la boutique, et me voilà seul tout près de ces dames. Madame -de Noailles m'aperçoit, et souriant semble dire: «Vous voilà donc -enfin! Ah! que nous en sommes aises! Nous vous avons bien -cherché.--Maman, le voilà.» A cet instant madame d'Ayen renaît, et -toutes mes irrésolutions cessent, je me sens un courage -extraordinaire. Trempé de sueur et de pluie, je n'y pense plus, je -continue à marcher près d'elles. Sur les marches de l'église -Saint-Louis, j'apperçois un ami pénétré pour elles de respect, -d'attachement, cherchant à leur rendre le même service. Son visage, -son attitude annoncent tout ce qu'il sent en les voyant. Je lui prends -la main avec un saisissement d'attendrissement mais aussi tout de -force. «Bonsoir, mon ami.» Là est une place, plusieurs rues y -aboutissent. L'orage est au plus haut point, le vent plus impétueux. -Les dames de la première charrette en sont fort tourmentées, surtout -la maréchale de Noailles; son grand bonnet renversé laisse voir -quelques cheveux gris; elle chancelle sur sa misérable planche, sans -dossier, les mains liées derrière le dos. Aussitôt un tas de gens qui -se trouvent là, la reconnoissent, ne font attention qu'à elle, et -augmentent son tourment, qu'elle supporte avec patience, par leurs -cris insultants. «La voilà donc cette maréchale, menant autrefois si -grand train et qui alloit dans des beaux carrosses, la voilà dans la -charrette tout comme les autres!» etc. Rien de plus insupportable pour -tout être sensible que ces cris de cannibales. Les malheureux sont des -objets sacrés, surtout quand ils sont innocents. Les cris continuent, -le ciel est plus noir, la pluie plus forte. Nous voilà à la place qui -précède le faubourg Saint-Antoine. Je devance, j'examine, et je me -dis: Voilà le meilleur endroit pour leur accorder ce qu'elles désirent -tant. La charrette alloit moins vite; je m'arrête, je me tourne vers -elles: je fais à madame de Noailles un signe qu'elle comprend -parfaitement.--«... Maman, M. X. va nous donner l'absolution.» -Aussitôt elles baissent la tête avec un air de piété, de repentance, -de joie, d'attendrissement qui m'embaume; je lève la main, reste la -tête couverte, et prononce très-distinctement, et avec une attention -surnaturelle, la formule entière d'absolution et les paroles qui la -suivent; elles s'unissent mieux que jamais. Je n'oublierai jamais ce -ravissant tableau, digne du pinceau d'un Raphaël, après lequel tout ce -qui reste n'est que baume et consolation. - -Dès ce moment l'orage s'apaise, la pluie diminue, il semble n'avoir -existé que pour le succès si désiré de part et d'autre; j'en bénis -Dieu, elles en font autant, leur extérieur n'annonce que contentement, -sérénité, allégresse. En s'avançant dans le faubourg, la foule -curieuse revient, borde les deux côtés, insulte les premières dames, -surtout la maréchale, rien à ses deux parentes; la pluie cesse. - -Tantôt je devance, tantôt j'accompagne. Après l'abbaye Saint-Antoine, -j'aperçois auprès de moi un jeune homme, prêtre, dont pour quelques -motifs je suspecte les sentiments. Il m'embarrasse. Je crains qu'il ne -me reconnoisse, je rétrograde, j'avance, heureusement il ne me -reconnoît point; il double le pas et je ne le vois plus. - -Enfin nous arrivons au lieu fatal. Ce qui se passe en moi ne peut se -peindre. Quel moment! Quelle séparation! Quelle douleur dans ces -enfants, dans ces soeurs, nièces, qui restent dans cette vallée de -larmes! Je les vois encore pleines de santé. Elles auroient été si -utiles à leur famille, et dans un instant je ne les verrai plus!..... -Quelle idée! quel déchirement! mais non sans de grandes consolations -en les contemplant si résignées. Les charrettes s'arrêtent, l'échafaud -se présente, je frissonne; les cavaliers et les fantassins -l'entourent; autour d'eux un cercle plus nombreux de spectateurs, la -plupart riant et s'amusant de ce désolant spectacle: je suis au milieu -d'eux dans une situation bien différente. J'aperçois le maître -bourreau et deux valets, dont il est distingué par la jeunesse, par -l'air d'un petit-maître manqué et le costume. L'un des valets est -remarquable par sa taille, son embonpoint, la rose qu'il a à la -bouche, ses manches retroussées, ses cheveux en queue et crépus, l'air -de sang-froid et de réflexion avec lequel il agit, enfin une de ces -physionomies régulières et frappantes, quoique sans élévation, qui ont -pu servir de modèles aux grands peintres quand ils ont représenté des -bourreaux dans l'histoire des martyrs. Il faut le dire, soit par un -fonds d'humanité, soit habitude ou désir d'avoir plus tôt fait, le -supplice étoit singulièrement adouci par leur promptitude, leur -attention à descendre tous les condamnés avant de commencer à les -placer le dos à l'échafaud, de manière qu'ils ne puissent rien voir; -je leur en sus quelque gré, ainsi que de la décence qu'ils observoient -et de leur sérieux constant, sans aucun air riant, insultant, tout le -temps que je les vis. - -Pendant qu'ils aident à descendre les dames de la première charrette, -madame de Noailles me cherche des yeux; elle m'aperçoit: c'est ici le -pendant ravissant du premier tableau, si ravissant aussi. Que ne me -dit-elle pas par ses regards, tantôt élevés au ciel, tantôt abaissés -vers la terre, si doux, si animés, si expressifs, si célestes, tantôt -fixés sur moi de manière à me faire distinguer si mes compagnons -tigres avoient été plus réfléchis! J'enfonce mon chapeau sans la -perdre de vue; je l'entendois: «Mon sacrifice est fait. Que je laisse -de personnes chères! Mais Dieu m'appelle; nous en avons la douce et -ferme espérance. Nous ne les oublierons point. Recevez nos tendres -adieux pour elles, nos remercîments pour vous. Adieu! Puissions-nous -nous revoir dans le ciel! Adieu!» Il est impossible de rendre des -signes aussi pieux, aussi vifs, d'une éloquence aussi touchante, qui -faisoient dire à mes tigres: «Ah! cette jeune, comme elle est -contente, comme elle lève les yeux au ciel, comme elle prie! Mais à -quoi cela lui sert-il?» Puis par réflexion: «Ah! les scélérats de -calottins!» Le dernier adieu prononcé, elles descendent. Je ne me -sentois plus, à la fois déchiré, attendri et consolé. Combien je -remercie Dieu de n'avoir pas attendu ce moment pour leur donner -l'absolution, encore plus quand elles montèrent à l'échafaud! Elles -n'auroient pas pu s'unir comme elles avoient fait. Je quitte l'endroit -où j'étois. Je passe d'un autre côté. Pendant qu'on fait descendre les -autres, je me trouve en face de l'escalier, sur lequel étoit appuyée -la première victime, qui étoit un vieillard en cheveux blancs, grand, -l'air d'un bonhomme, qu'on disoit être un fermier général. Auprès de -lui une dame très-édifiante que je ne connoissois pas; ensuite la -maréchale, vis-à-vis de moi, en deuil, assise sur un bloc de bois ou -de pierre qui s'étoit trouvé là, ouvrant des yeux grands, fixes. Tous -les autres, sur plusieurs lignes, étoient rangés au bas de l'échafaud -du côté qui regardoit l'ouest ou le faubourg Saint-Antoine. Je cherche -ces dames. Je ne peux apercevoir que la mère, mais dans cette attitude -de dévotion simple, noble, résignée, les yeux fermés, plus l'air -inquiet, en un mot telle qu'elle étoit lorsqu'elle approchoit de la -table sacrée. Quelle impression j'en reçus! Elle est ineffaçable. Plût -à Dieu que j'en profitasse! A cet instant me revient à l'idée un -passage de cette belle lettre des Églises de Vienne et de Lyon sur le -martyre de saint Pothin et ses compagnons, où il est dit en parlant de -sainte Blandine, attachée au poteau et exposée aux bêtes: «Ses -compagnons croyoient voir en la personne de leur soeur Celui qui avoit -été crucifié pour les sauver.» - -Tous sont descendus. Le sacrifice va commencer. La joie, le bruit, les -affreux quolibets des spectateurs tigres redoublent et accroissent le -supplice, doux en lui-même, mais atroce par trois coups qu'on entend -l'un après l'autre, surtout par la quantité de sang versé et la vue de -cette foule bruyante et tigresse. Le bourreau et ses valets montent, -arrangent tout. Le premier se revêt, sur ses habits, d'un surtout -ensanglanté, se place à gauche, à l'ouest, les autres à droite, à -l'est, regardant Vincennes. Son grand valet est surtout l'objet de -l'admiration et des éloges des cannibales, par son air capable et -réfléchi, comme ils disent. Tout étant prêt, le vieillard monte à -l'aide des bourreaux. Le maître bourreau le prend par le bras gauche, -le grand valet par le droit, l'autre par les jambes; en un instant il -est couché sur le ventre, la tête séparée et jetée ensuite avec le -corps tout habillé dans un vaste tombereau, où tout nage dans le sang. -Et toujours de même. Quelle horrible boucherie! Comme le coeur bat! -C'est à ce moment qu'on voudroit être loin! c'est à ce moment qu'on -voudroit être prêt et monter tout de suite si on étoit bien préparé, -tant la mort, atroce pour ceux qui restent et qui sont sensibles, -paroît facile et douce pour ceux qui s'en vont, quand on songe aux -circonstances où il faut vivre! Combien j'ai regretté de n'avoir pas -suivi ces victimes, en pensant que plus on avance, plus on reçoit de -grâces divines, et plus on en abuse! - -La maréchale monte la troisième sur l'échafaud; il fallut échancrer le -haut de son habillement pour lui découvrir le cou. Impatient de m'en -aller, je voulois avaler le calice jusqu'à la lie et tenir ma parole, -puisque Dieu me donnoit la force de me posséder au milieu de tant de -frissonnements. Madame d'Ayen monte la dixième. Qu'elle me parut -contente de mourir avant sa fille, et la fille de ne pas passer avant -la mère! Montée, le maître bourreau lui arrache son bonnet. Comme il -tenoit par une épingle qu'il n'avoit pas eu l'attention d'ôter, les -cheveux soulevés et tirés avec force lui causèrent une douleur qui se -peignit sur ses traits. La mère disparoît, et sa digne et tendre fille -la remplace. Quelle émotion en voyant cette jeune dame tout en blanc, -paroissant beaucoup plus jeune qu'elle n'étoit, semblable à un doux et -tendre agneau qu'on va égorger! Je croyois assister au martyre d'une -de ces jeunes vierges ou saintes femmes telles qu'elles sont -représentées dans les beaux tableaux du Corrége et du Dominiquin. - -Ce qui est arrivé à sa mère lui arrive. Même inattention pour -l'épingle, même douleur, même signe. Quel sang abondant et vermeil -sortit de la tête et du cou! Que la voilà bienheureuse! m'écriai-je -intérieurement quand on jeta son corps dans cet épouvantable cercueil. -Je m'en vais; mais je suis arrêté un moment par l'air, les traits et -la taille de celui qui venoit après elle. C'étoit un homme de cinq -pieds huit à neuf pouces, gros à proportion, d'une figure -très-imposante. Je l'avois remarqué au bas de l'échafaud. Il s'en -étoit éloigné pendant qu'on immoloit les autres, afin de voir ce qui -s'y passoit. Sa grande taille avoit servi sa curiosité. Il monte avec -fermeté, regarde les bourreaux, le lit et l'instrument de mort avec -des regards intrépides, trop fiers peut-être. O mon Dieu! dis-je en -moi-même, faites qu'il n'y ait en lui que christianisme, et non la -seule philosophie! Quel dommage qu'un si bel homme fût damné! -ajoutai-je en me rappelant le pape saint Grégoire, qui, en voyant à -Rome de beaux esclaves anglois, s'écria: «Quel dommage que de si beaux -visages soient sous l'empire du démon!» Cette vue lui donna la -première idée de la célèbre mission d'Angleterre, dont il chargea dans -la suite son disciple saint Augustin. - -L'homme dont je viens de parler était Gossin[232] ou Gossuin, qui a -tant contribué à diviser la France en départements. J'ai entendu dire -qu'il avoit de la religion, et que ses malheurs, sa prison, en avoient -ranimé, fortifié tous les sentiments. _Amen._ - -[Note 232: P. F. Gossin, né à Souilly, arrondissement et à trois -lieues et demie de Verdun, âgé de quarante ans, un des plus beaux -hommes de ce temps, ex-lieutenant civil et criminel au bailliage de -Bar-le-Duc et ex-député aux États généraux, avait été mandé par le roi -de Prusse à Verdun, après la prise de cette ville, en septembre 1792. -Il avait d'abord refusé d'obéir; mais ayant fini par céder aux désirs -du peuple de Bar et aux instances de ses collègues, ses ennemis en -profitèrent, après la retraite des Prussiens, pour l'accuser de -trahison. Le 5 septembre, il annonça à l'Assemblée nationale qu'il -_avait été forcé d'obtempérer à la sommation du duc de Brunswick, pour -régler les affaires du département_. Un décret le mit en accusation. -D'abord enfermé au Luxembourg, il fut condamné à mort le 4 thermidor -an II (22 juillet 1794) par le tribunal révolutionnaire de Paris, -comme ayant obéi aux ordres du roi de Prusse et comme complice d'une -conspiration dans la prison où il était détenu. B.] - -Après sa mort, je quitte tout, hors de moi-même. Je m'aperçois alors -que je suis tout glacé, à cause d'une forte transpiration et d'une -forte pluie que j'avois éprouvées et qui s'étoient séchées; mais, -grâce à Dieu, je ne me sentois point incommodé. Je double le pas, tout -rempli de ce déchirant mais bien beau, bien grand, bien consolant, -bien touchant spectacle. Je répétois ce que j'ai répété souvent: «Non, -je ne voudrois pas pour cent mille écus n'en avoir pas été témoin. Je -n'ai rien vu qui approche de cela. Que de profit à en tirer!» Quand je -le quittai, il étoit près de huit heures. En vingt minutes, on avoit -fait descendre quarante ou cinquante personnes, et immolé douze. - -Bientôt je suis à la rue Saint-Antoine. Je monte dans une maison où -étoit une respectable famille de ma connoissance, composée du mari, de -la femme et d'un fils unique charmant d'environ quatre ans. «Vous -voilà! D'où venez-vous si tard, si loin de chez vous?--Ah! je viens -d'être témoin d'un spectacle après lequel nous sommes les plus -insensés des hommes et les plus grands ennemis de nous-mêmes, si nous -n'en profitons pas pour travailler plus fortement à notre salut.» -J'entre ensuite dans les détails qui, en produisant leur -attendrissement, renouvelèrent le mien. J'y soupai, et me retirai fort -tard. La nuit fut très-agitée; un sommeil entrecoupé ou accompagné de -tout ce que j'avois vu ou entendu. La fatigue, que j'avois peu sentie, -se fit sentir les jours suivants, mais, grâce à Dieu, sans -indisposition. J'étois tout attendri, mais tout embaumé. Ah! -m'écriois-je souvent, que mon âme vive de la vie des justes et que je -meure de leur mort! Pendant longtemps la pensée de ce spectacle a -produit en moi un certain frémissement, surtout lorsque je passois -dans ces endroits si remarquables par ce que j'y avois vu. Ce -frémissement venoit de ce que cette pensée étoit accompagnée d'une -autre sur leur bonheur contrastant avec le vide qu'elles avoient -laissé, la perte que nous avions faite, les dangers et les malheurs -toujours renaissants où nous vivions. Le vendredi suivant, 25 juillet, -je dînois avec et chez deux amis. Après le dîner, nous nous livrions à -d'intéressants épanchements qui, malgré tous les accents de la -tristesse, nous paroissoient si doux par les réflexions et -consolations qui s'y mêloient et par la sage liberté qui y régnoit, -dans une crise où tout étoit licence pour les méchants, tout étoit -servitude pour les autres, au point de craindre, pour ainsi dire, que -les murs ne parlassent. A cinq heures du soir, on frappe, et je vois -entrer le digne ami qui m'avoit déjà averti deux fois. «Qui vous -amène?--Je vous cherche depuis deux heures; désespérant de vous -trouver, à tout hasard je suis venu ici.--Pourquoi?--Pour vous engager -à rendre aux tantes des enfants, mesdames de Duras et Lafayette, le -même service que vous avez rendu à leurs mères. Elles vont partir pour -l'échafaud.--Ah! cher ami, que demandez-vous encore? Je connois peu -ces dames, et il n'est pas sûr qu'elles me reconnoissent et que je les -reconnoisse.» - -Je combats, il redouble de prières; mes amis se joignent à lui. Je -cède et je reprends ce triste chemin du palais. Il est temps, les -charrettes sortent, s'arrêtent en attendant les dernières. Sur la -première étoient des dames: je n'en reconnois aucune. J'examine, -considère, tourne, retourne; non, ou je suis bien trompé, les tantes -n'y sont point, grâce à Dieu. Cependant, pour ne rien omettre, -j'interroge des spectateurs bien instruits, et avec la douleur que -nous font éprouver ces inconnues, j'ai la joie de n'y point trouver -les chères tantes. Dieu vouloit les conserver pour leurs familles qui -les respectent et les aiment tant et avec tant de raison, me procurer -l'avantage de les connoître d'une manière aussi particulière que -celles dont la vie et surtout la mort m'ont tant édifié, et me faire -trouver dans leur connoissance ce que j'avois perdu dans les autres, -et dans ma situation, mes chagrins, mes malheurs, dont un irréparable, -ces marques d'intérêt, d'attachement, et ces consolations que partage -si bien un beau-frère, ami, et que je chercherois en vain dans -plusieurs liés cependant avec moi. Puisse le Dieu tout-puissant et -tout miséricordieux répandre sur leurs familles toutes les -bénédictions que je lui demande pour la mienne, et nous réunir tous -avec celles qui nous ont devancés dans ce séjour où il n'y aura plus -de révolution à craindre ou à espérer, dans cette patrie qui aura, -comme dit saint Augustin, la vérité pour roi, la charité pour loi, et -pour mesure l'éternité! - - * * * * * - -Le Père Carrichon (Antoine-Philibert), ecclésiastique, prêtre de la -ci-devant congrégation de l'Oratoire, est décédé le 30 juillet 1818, -en sa maison, rue Saint-Jacques, nº 277; ses obsèques se firent le 1er -août, à sept heures du matin, en l'église de Saint-Jacques du -Haut-Pas, sa paroisse. Il était âgé de soixante-neuf ans. B. - - * * * * * - -XIII. - -PIÈCES DIVERSES CONCERNANT MADAME ÉLISABETH. - - -I. - -ACTE DE BAPTÊME DE MADAME ÉLISABETH. - -EXTRAIT DU REGISTRE DES BAPTÊMES _de l'Église Royale et Paroissiale de -Notre-Dame de Versailles, diocèse de Paris, pour l'année mil sept cent -soixante-quatre,_ fol. 33. - -L'an mil sept cent soixante-quatre, le trois may, très haute et très -puissante princesse Madame Élizabethe-Philippe-Marie-Heleine de -France, née d'aujourd'huy, fille de très haut, très puissant et -excellent prince Louis, Dauphin de France, et de très haute, très -puissante et excellente princesse Marie-Josèphe, princesse de Saxe, -Dauphine de France, son épouse, a été baptizée par Monseigneur -Charle-Antoine de la Roche-Aimon, archevêque-duc de Reims, pair et -grand aumonier de France, en presence de nous curé soussigné. Le -parein a été très haut et très puissant prince Dom Philippe, infant -d'Espagne, duc de Parme, Plaisance et Guastalle; la mareine a été -très haute, très puissante et très excellente princesse Élizabethe, -princesse de Parme, Reine doüarière d'Espagne. Le parein représenté -par très haut et très puissant prince Louis-Auguste de France, duc de -Berry, et la mareine représentée par très haute et très puissante -princesse Madame Marie-Adélaïde de France, fille du Roy, qui ont été -nommés l'un et l'autre à cet effet, Sa Majesté présente au baptême. Et -ont signés à la minute: - - LOUIS. - MARIE. - LOUIS. - LOUIS-AUGUSTE. - LOUIS-STANISLAS-XAVIER. - CHARLE-PHILIPPE. - MARIE-ADÉLAÏDE. - VICTOIRE-LOUISE-MARIE-THÉRÈSE. - SOPHIE-PHILIPPE-ÉLIZABETHE-JUSTINE. - LOUISE-MARIE. - [±] CHARLE-ANTOINE, _archevêque-duc de Reims, - grand aumônier de France_, et ALLART, curé. - -Nous soussigné, Prêtre de la Congrégation de la Mission, faisant les -fonctions Curiales en l'Église Royale et Paroissiale de Notre-Dame de -Versailles, Dépositaire des Registres de la même Église; Certifions le -présent Extrait véritable et conforme à l'Original. A Versailles, le -sixième du mois d'aoust mil sept cent soixante-seize. - - COLLIGNON, _prêtre de la Mission_[233]. - -[Note 233: Archives, section historique, K 147, nº 4.] - - * * * * * - -II. - -NOURRICE DE MADAME ÉLISABETH. - -Marie-Thérèse Hecquet, née le lundi 24 mars 1732, sur la paroisse de -Saint-Acheul, du légitime mariage de Charles Hecquet, laboureur, -demeurant au village de Boutillerie, et d'Anne Merelle, ses père et -mère; baptisée le même jour en l'église paroissiale de Saint-Acheul, -ayant pour parrain Antoine Hecquet, son oncle paternel, et pour -marraine Marie-Thérèse Vasseur, sa tante, épouse dudit Antoine -Hecquet. - -L'acte de baptême est signé Demonclot, chanoine régulier et curé de -Saint-Acheul. - -L'extrait de baptême, collationné, délivré le 8 octobre 1779, est -signé Pelletier, prêtre, docteur en théologie de la Faculté de Paris -et vicaire de ladite paroisse, dame Marie-Thérèse Hecquet, épouse du -sieur Jean Levallery, bourgeois de Paris, née le 24 mars 1732, à -Saint-Acheul, élection et généralité d'Amiens, baptisée [le même jour] -du même mois dans la paroisse dudit lieu, nourrice de Son Altesse -Royale Madame Élisabeth de France, demeurant à Paris, au -Palais-Bourbon, faubourg Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice, -déclare avoir obtenu du Roi les grâces pécuniaires ci-après, - -Savoir: - - Une pension de deux mille quatre cents livres - sur le trésor de la Maison de Sa Majesté, de - l'échéance de janvier (dont il lui reste dû - l'année 1777, l'année 1778 et la portion de - temps de l'année 1779), ce qui lui a été - accordé en sadite qualité de nourrice sans - brevet, ci 2,400# - - Une autre pension de douze cent quinze livres - sur le Trésor royal, et payée jusqu'à présent - par MM. les gardes dudit Trésor, accordée à - ladite dame Levallery, pour lui tenir lieu - d'une place de femme de chambre de feu Madame - la Dauphine, employée dans l'état du Roi, - sous le titre de _Pension du bas âge_, sans - brevet, et dû 1778 et 1779, ci 1,215 - - Une autre pension de trois cents livres, - accordée à la dame Levallery au même titre, - pour lui tenir lieu de son logement, dont est - dû les années 1777, 1778 et la portion de - l'année 1779, ces trois pensions créées en 1765 300 - - Une pension de huit cents livres, accordée au - sieur Louis-Joseph-Frédéric Levallery, son - fils, né le 28 janvier 1764, baptisé le 29 du - même mois en la paroisse Saint-Sulpice de - Paris, par un brevet de Sa Majesté du 12 - novembre 1771, payable sur les quittances de - la dame Levallery jusqu'à ce que son fils ait - atteint l'âge de vingt ans, dont il est dû 800 - ------- - Montant général des grâces 4,915# - -Il y a, indépendamment de cette déclaration manuscrite des grâces -pécuniaires accordées à la nourrice de Madame Élisabeth, un brevet -officiel, en partie imprimé, pareil à celui de la nourrice de -_Monsieur_, de M. le comte d'Artois, etc. B. - - * * * * * - -III. - -APPOINTEMENTS DES DAMES DE COMPAGNIE DE MADAME ÉLISABETH. - -_État des appointements que le Roi veut et ordonne être payés aux -dames que Sa Majesté a nommées pour accompagner Madame Élisabeth, -depuis le 15 mai 1785 jusques et y compris le 14 mai 1786._ - -Savoir: - - A la dame marquise de Sorans, 4,000# - A la dame marquise de Causans, 4,000 - A la dame comtesse de Canillac, 4,000 - A la dame comtesse de Bombelles, 4,000 - A la dame vicomtesse d'Imécourt et la dame comtesse - de la Bourdonnaye, adjointe et survivante, 4,000 - A la dame comtesse de Deux-Ponts, 4,000 - A la dame comtesse de Clermont-Tonnerre, 4,000 - A la dame marquise de la Rochefontenille, 4,000 - A la dame marquise des Essarts, 4,000 - A la dame comtesse Louise de Causans, 4,000 - A la dame marquise de Lastic, 4,000 - A la dame vicomtesse de Blangy, 4,000 - A la dame Anna-Bella-Henriette de Drummont de Melfort, - comtesse de Marguerye, Mémoire. - A la dame vicomtesse de Mérinville, surnuméraire sans - appointements, Mémoire. - A la dame marquise des Montiers, id., Mémoire. - Somme totale, cinquante-deux mille livres, cy., 52,000# - -Garde de mon Trésor royal, Me Charles-Pierre-Paul Savalette de Langes, -payez comptant aux dames dénommées au présent état la somme de -cinquante-deux mille livres pour leurs appointements, en leur qualité -susdite, depuis le 15 mai 1785 jusques et compris le 14 mai 1786, -présente année. - - Fait à Versailles, le 1er juin 1786. - - Collationné. - - Le baron de BRETEUIL. - - * * * * * - -_État des gages, appointements et pensions que le Roi veut et ordonne -être payés aux personnes qui servent près Madame Élisabeth pendant le -quartier de janvier de la présente année 1786._ - -Savoir: - -_Aumônier ordinaire._ - - Le sieur Hyacinthe Bonniol de Montégut, attendu - qu'il n'a pas d'appointements Mémoire. - -_Chevalier d'honneur._ - - Au sieur comte de Coigny 225# - A lui pour entretennement 900 - -_Premier écuyer._ - - Au sieur comte d'Adhémar 150 - A lui pour entretennement 900 - -_Dame d'honneur._ - - A la dame comtesse Diane de Polignac, pour gages 300 - A elle pour sa pension 1,500 - -_Dame d'atours._ - - A la dame marquise de Sorans, pour gages 150 - A elle pour sa pension 1,000 - -_Médecin._ - - Le sieur Le Monnier, y étant pourvu d'ailleurs Mémoire. - -_Chirurgien._ - - Le sieur Loustonau, y étant pourvu d'ailleurs Mémoire. - -_Secrétaire du cabinet._ - - Au sieur de Champfort, à raison de 2,000# par an 500# - (Les années 1785 et 1786 ont été expédiées par - ordonnance provisoire.) - -_Femmes de chambre._ - - A la dame Marie-Marguerite Soufflet-Pernot, première, - et Marie-Marguerite Pernot, sa fille, épouse du - sieur Guichard, en survivance 70 - - A elle, pour l'entretien d'un valet 91 5s - - A la dame Antoinette-Jacqueline Brochet, épouse du - sieur de Cimery, tant pour gages que pour l'entretien - d'un valet 161 5 - -_Autres._ - - A Jeanne-Françoise d'Aigremont-Malivoire 25 - A Marie-Françoise-Victoire Dousset de Saint-Brice 25 - A Antoinette-Marie Drivet de Lau 25 - A Julie-Charlotte-Marie de Cagny[234] 25 - A Marie-Barbe Besnard 25 - A Marie-Marguerite Pernot, épouse du sieur Guichard 25 - A Madeleine-Félicité de Casaubon, veuve Delor - femme de Saint-Gand 25 - A Marie Langaudre-Tergat » - A la dame Roube » - A Sophie-Léocade le Gagneur » - A Marie-Thérèse Lalin de Navarre » - A la dame Duprat, épouse du sieur Malmain » - La demoiselle Charlotte-Rosalie Damesme, la demoiselle - Jeanne-Julie d'Harmeville, la demoiselle de Montgiroux, - la demoiselle Malivoire, la demoiselle la Caze, - la dame Perronnel, la demoiselle Guéroult de MacCarty, - surnuméraires Mémoire. - -_Coiffeuses._ - - A la demoiselle Jean-Baptiste Jaime 25# - A la demoiselle Marguerite Rosalie le Guay 25 - -_Blanchisseuse._ - - A Marie-Thérèse Albert 5 - -_Empeseuse et faiseuse de collerettes._ - - A la demoiselle Marie-Catherine Defforges 5 - A elle pour façon, fournitures et charbon 300 - -_Écuyer ordinaire._ - - Au sieur Dubourquet de Saint-Pardoux 300 - -_Porte-manteau._ - - Au sieur Martineau 150 - -_Valets de chambre._ - - A Jean Béranger 50 - A Didier Viard 50 - A Sorel 50 - A Renault 50 - -_Garçons de la chambre._ - - A Jean-Pierre Duval 25 - A Jacques Corset 25 - A Sébastien Thirgarder Duparc 25 - A Deshayes 25 - -_Valet de chambre tapissier._ - - A Antoine Jubin 75 - A lui pour fournitures 75 - -_Valets de garde-robe._ - - A Jean-Baptiste Vatel 25 - A Nicolas Vatel 25 - -_Portefaix._ - - A François Girard 7 10s - A Camille 7 10 - -_Porte-chaise d'affaires._ - - A Catherine-Agathe Lefebvre, femme Longpré 50 - A elle, pour ses fournitures 15 - -_Argentier._ - - Au sieur de Laulhannier 100 - - Somme totale 6,787# 10s - -[Note 234: Retirée le 14 janvier en 1787, remplacée par la demoiselle -Malivoire.] - -Garde de mon Trésor royal, Me Charles-Pierre-Paul Savalette de Langes, -payez comptant au sieur Randon de la Tour la somme de six mille sept -cent quatre-vingt-sept livres dix sols, pour employer au fait de sa -charge même, icelle délivrer aux personnes dénommées au présent état, -pour leurs gages pendant le quartier de janvier de la présente année. - - Fait à Versailles, le 1er avril 1786. - - Collationné. - - Le baron de BRETEUIL. - - * * * * * - -IV. - -MEUBLES DE L'APPARTEMENT DE MADAME ÉLISABETH AU CHATEAU DE VERSAILLES -EN 1787. - -_Première antichambre._ - - 2 banquettes couvertes d'ouvrage de Savonnerie, fond bleu, dessin de - diverses couleurs, de 6 pieds de long sur 18 pouces de profondeur, - garnies de frange de soie torse de plusieurs couleurs; les bois - peints, l'une en rouge et filets dorés, et l'autre en blanc. - - 2 tabourets de panne cramoisie, bois dorés. - - 1 lustre de fer à quatre branches peint en blanc, et binets en - cuivre de 18 pouces de haut, avec un cordon de soie cramoisie et or. - - 1 commode de bois de noyer de 3 pieds 1/2 de long, 20 pouces de - profondeur et 32 pouces de haut, ayant 4 tiroirs, dont 2 grands et - 2 petits, fermant à clef, garnie d'entrées de serrures et portant de - bronze en couleur d'or. - - 1 petite table de sapin pliante. - - 1 miroir de toilette à bordure de noyer. - - 1 chaise de paille. - - 1 paravent de 8 feuilles de 20 pouces sur 6 pieds de haut, couvert - en toile d'Alençon cramoisie. - - 1 paravent de 6 pieds de haut à 6 feuilles de 20 pouces de large, - couvert idem. - -_Deuxième antichambre._ - - 1 portière du char à or de 2 aunes 1/4 de cours sur 2 aunes 7/8 de - haut. - - 1 portière semblable à la précédente. - - 2 tabourets de panne cramoisie à bois dorés. - - 1 tabouret de panne idem, bois peint en rouge et filets dorés. - - 1 paravent de 6 feuilles de 6 pieds de haut, couvert de drap rouge - des deux côtés, cloué de cloux dorés sur galon d'or faux. - - 4 parties de rideaux de croisées de 2 lés, chacune de grosdetours - cramoisi, sur 11 pieds 6 pouces de haut, bordées de galon de soie. - - 1 grille à 4 branches, pelle et pincette de fer. - - 1 petit lustre de grenailles et petites poires à 8 bobèches, monture - dorée, 21 pouces de diamètre sur 32 pouces de haut, avec un cordon - de soie cramoisie et or. - - 2 commodes plaquées de bois de rose et violette, chacune de 4 pieds - de long, 23 pouces de profondeur sur 31 pouces de haut, ayant 4 - tiroirs, dont 2 grands et 2 petits, fermant à clef, garnies - d'entrées de serrures, portants et chaussons de cuivre doré d'or - moulu, avec dessus de marbre brèche d'Alep, dont un cassé par le - milieu. - - 1 table ronde ployante de bois d'acajou de 5 pieds de diamètre, - couverte de velours verd, pieds tournés. - - 1 petite table à écrire de bois de noyer. - - 1 écritoire en pupitre portatif de bois rose et violet, garnie - d'encrier, poudrier et boîte à éponge d'argent, argenterie non - numérotée ni poids marqué. - - 1 commode de bois de noyer à 2 grands et 2 petits tiroirs, ornée de - portants et entrées de serrures en couleur, avec dessus de marbre de - 3 pieds 1/2 de large, 22 pouces de profondeur. - -_Pièce à côté pour les garçons de la chambre._ - - 1 couchette à 2 chevets de 3 pieds de large, à fond sanglé, garnie - de roulettes à galets.--Le coucher composé de: 1 sommier crin et - toile à carreaux; - - 2 mattelas de laine et toile idem; - - 1 lit et 1 traversin de plume et coutil; - - 2 couvertures de laine; - - 2 rideaux d'alcôve à 4 lés chaque sur 11 pieds 1/2; - - 1 pente de 6 pieds de long, le tout de fleuret bleu et blanc; - - 2 parties de rideaux de croisée d'un lé chaque de toile de coton sur - 6 pieds de haut; - - 1 table de hêtre avec un tiroir à la face de 3 pieds 1/2 de long, 2 - pieds de profondeur; - - 6 chaises de paille satinée verd et blanc. - -_Cabinet, ou Pièces de nobles en été._ - - 1 meuble de damas de Gênes cramoisi, orné de grand et petit galon, - avec frange et molet en or, consistant en: - - 12 ployants garnis d'un grand galon de 20 lignes et d'un autre de 12 - lignes, avec frange de 3 pouces, et les bois sculptés dorés; - - 1 paravent de 6 feuilles de 4 pieds de haut, orné des mêmes galons, - et cloué à triple rang de cloux dorés sur galon d'or fin et - charnières en étoffe; - - 1 écran sculpté et orné idem; - - 6 parties de portières de 3 lés chacune, ornés aux montants et - travers du haut de molet et frange d'or par le bas, doublées de - taffetas, sur 10 pieds de haut; - - 6 parties de rideaux de croisées de 2 lés chacune de grosdetours - cramoisi, avec frange et mollet d'or idem, sur 12 pieds de haut; - - 6 parties de rideaux de vitrage d'un lé 1/2 chaque de mousseline - rayée et brodée sur 4 pieds de haut; - - 2 encoignures de marqueterie plaquées en bois satiné et champ de - bois d'amaranthe, ouvrant à un venteau dont le devant est orné d'un - vase de fleurs plaqué sur fond de bois gris satiné, la frise à - tiroir plaqué en bois vert, ornées de moulures, encadrements de - panneaux ciselés, rinceaux, pieds et chûtes de pilastres, frise à - entrelacs d'ornements, le tout en bronze doré d'or moulu et dessus - de marbre fin de 25 pouces de profondeur sur 34 pouces 1/2 de haut; - - 2 lustres à 6 lumières de cristal de Bohême, montures dorées, de 26 - pouces de diamètre sur 3 pieds 9 pouces de haut, avec: - - 2 cordons et 4 glands en soie cramoisie, ornés de cartisanne et - couronnes; - - 4 girandoles à 5 lumières de cristal de Bohême terminées par une - fleur de lys, montures de cuivre doré, à trépied et plateaux en - bronze doré, 30 pouces de haut, 16 pouces de large; - - 1 feu à 4 branches à recouvrement orné sur le devant de postes et - doubles pilastres surmontés de cassollettes et couronne, boucliers - posés au centre du recouvrement, le grand socle à consoles surmonté - d'un vase à anses, orné de guirlandes, terminé par une flamme de - bronze doré, 17 pouces de haut sur 17 de large; - - 2 paires bras de cheminée à trois branches, celles de côté torses et - toutes trois fixées sur une gaîne ornée de palmettes, avec frises à - entrelacs surmontées d'un vase à cannelure torse et à anses - d'ornement terminé par un bouton de graine, 22 pouces de haut, 17 - pouces de large, bassin à cannelure et festons; - - 1 belle pendule de cheminée en marbre blanc représentant un portique - d'architecture orné dans la frise du bas de 3 bas-reliefs, l'un - caractérisant la Paix, l'autre l'Abondance, et l'autre la Gloire - tenant un buste oval, figure d'Henri IV; le portique orné de - pilastres cannelés et moulures au contour du chapiteau à oves et - dards, surmonté d'un vase à anses et paquets de laurier sur le - ceintre du chapiteau, la pendule placée au centre du portique dans - sa boîte à ornements; le tout de bronze doré au mat, ainsi que la - lentille, figure de soleil, de 26 pouces de haut sur 15 pouces de - face, par Lépine. - -_Pièce des nobles en hiver._ - - 1 meuble de velours de soie cramoisi doublé de grosdetours cramoisi, - orné de 2 galons d'or, dont 1 de 23 lignes et l'autre de 9 lignes - 1/2, consistant en: - - 6 parties de portière de 3 lés chacune doublées de grosdetours et - ornées des 2 galons, sur 10 pieds 4 pouces de haut; - - 1 paravent de 6 feuilles sur 4 pieds, charnière en étoffe, chaque - feuille ornée des 2 galons, 1 rang de cloux dorés au pourtour et 1 - rang idem sur le champ, sur galon d'or fin; - - 1 écran à coulisse, le châssis orné des 2 côtés des 2 galons d'or - avec tresse et galon d'or, le bois sculpté doré; - - 11 pliants ornés des 2 galons et frange de 3 pouces en or, les bois - sculptés dorés. - - Les rideaux de croisées servent pour les deux saisons: voyez le - meuble d'été à l'Inventaire. - -_Chambre à coucher en hiver._ - - 4 parties de portières de 3 lés chacune, de velours, doublées de - grosdetours cramoisi sur 2 aunes 7/8 de haut, ornées de 2 galons, - dont 1 de 23 lignes et l'autre de 9 lignes 1/2 de large. - -_Chambre à coucher en été._ - - Un meuble de damas de Lyon verd, dessin à palmes, orné de grand et - petit galon à la Bourgogne et frange d'or, suivant le détail - ci-après, les pentes chantournées et soubassements ornés de - broderie d'or. - - 1 tapisserie en 3 pièces galonnées de grand et petit galon d'or, - contenant ensemble 47 pieds 9 pouces de cours sur 14 pieds 2 - pouces de haut, doublée de toile. - - 1 lit à colonnes à 2 chevets de 5 pieds de large, 6 pieds 1/2 de - long, 11 pieds 6 pouces de haut, impériale en voussure surmontée - d'une corniche sculptée à feuilles d'acanthe et perles; la - couchette à 2 dossiers chantournés à bois couvert, ainsi que les - soubassements; le bois peint en blanc, ferrures apparentes, - double-tringles et agraffes dorées, garniture de roulettes à - équerre et chassis du fond sanglé. - - Les étoffes composées d'une impériale et son petit fond à double - galon, 4 petites pentes ornées de frange par le bas et petit galon - par le haut; 4 grandes pentes ornées de grand et petit galon, - frange de 4 pouces brodée en ornements sur le corps, 2 chantournés - à double face brodés _idem_ et ornés de grand et petit galon, 3 - soubassements brodés, galonnés comme les grandes pentes avec - frange par le bas; 4 rideaux de 7 lés chaque ornés de grand et - petit galon sur les montants travers du bas et cantonnières, 4 - foureaux des colonnes en damas, 4 embrasse-rideaux en gros cordon - d'or avec glands _idem_; - - 1 courtepointe ornée d'un grand et deux rangs de petit galon; - - 2 rideaux d'entour de 7 lés chaque bordés au pourtour de petit - galon et double-rang sur les montants des cantonnières du devant - seulement en grosdetours verd. - -Le coucher composé de: - - 4 malelats laine et futaine; - - 1 lit et 2 traversins de duvet et basin avec souilles de taffetas - blanc; - - 4 parties de portières de 4 lés chacune, galonnées d'un grand et - petit galon d'or, doublées de grosdetours, sur 10 pieds de haut; - - 2 parties de rideaux de croisées de 2 lés chaque en grosdetours - verd, ornées d'un petit galon d'or au pourtour, sur 13 pieds de - haut, rempliées à 11 pieds 6 pouces; - - 2 fauteuils pieds à gaine, cannelures torses sculptées de culots - enfilés dans la ceinture du siége, _idem_ aux accotoirs avec - palmettes, feuilles d'eau à refend au pourtour du dossier, garnis - et couverts comme le meuble avec grand et petit galons, cloués de - cloux dorés sur galon d'or fin, les bois sculptés dorés; - - 2 carreaux ornés de 1 grand et 2 petits galons avec 4 glands d'or - aux coins desdits; - - 8 ployants garnis de large galon et frange d'or; 1 écran garni de - large galon et d'un gland d'or avec sa tresse de soie verte; 1 - paravent de 6 feuilles à bois couvert des 2 côtés, garni d'un - grand galon d'or, et triple rang de cloux doré sur galon d'or fin, - sur 4 pieds de hauteur; le bois sculpté doré; le tout avec housses - de grosdetours; - - 1 marchepied à 2 degrés de damas cramoisi avec sa housse de - grosdetours verd; - - 1 commode de marquetterie à dessus de marbre verd campan, ayant 5 - tiroirs dont 2 grands et 3 petits dans la frise, plaqué en bois - verd, 4 paneaux de côté en bois satiné avec filets noir et blanc - et champ de bois d'amaranthe, une table saillante au milieu, - représentant un trophée pastoral et vase en placage sur fond de - bois gris satiné, les arrière-corps en mosaïque de bois ombrés sur - fond même bois; ladite commode ornée de socle, pieds à rouleaux et - palmettes ornées de gaine, chûtes et paquets de laurier, cadres de - panneaux, moulures unies à chapelets et feuilles, rais-de-coeur, - et rosettes guirlandes de laurier et chûtes en paquet, portants à - ornements et corbeilles, la frise du centre en entrelacs, à - rosettes et culots, le tout de bronze doré d'or moulu, longue de 5 - pieds 1/2 sur 25 pouces de profondeur et 37 pouces de haut; - - 1 feu dont la grille à 4 branches en 2 parties de fer poli de 23 - pouces de profondeur, ayant chacune sur le devant une forte - garniture à recouvrement de bronze ciselé et doré d'or moulu, orné - d'entrelacs et rosettes, et sur le dessus d'une volute à palmettes - et laurier en paquet, et petit vase à anse de 15 pouces de haut, - le grand socle à piédouche orné de guirlandes de fleurs, - d'entrelacs dans la frise, surmonté d'un fort vase à cannelures et - godrons, guirlandes de laurier à anses et tête de bélier, terminé - par un bouton de graine, 22 pouces de haut sur 18 pouces de face, - avec pelle, pincette et tenaille garnies de boutons de cuivre - ciselés et dorés; - - 1 lustre de cristal de Bohême à 8 lumières accouplées sur double - bobèche, monture dorée, 32 pouces de diamètre sur 3 pieds 6 pouces - de haut, avec 1 cordon et 2 glands de soie verte et or, orné de - cartisanne d'or; - - 2 paires de bras à 3 branches, celles de côté torses, ornées de - palmettes et graine, cannelure et godrons, binets à festons, la - gaine à palmettes et culots avec frise à entrelacs surmonté d'un - bouton de graine, 22 pouces de haut, 18 pouces de large; - - 1 belle pendule de cheminée en marbre blanc, architecture et - chapiteau, le socle orné de frises à entrelacs d'ornements, porté - par 8 piédouches, une double frise _idem_ avec moulure, ciselés, - surmontés de 2 enfants soutenant le chapiteau et portant une - guirlande de fruits et fleurs, le dessous du chapiteau orné d'oves - et surmonté d'un nuage et de deux enfants, l'un tenant une - couronne et l'autre traçant une carte géographique, la pendule - placée au centre du chapiteau avec son cadre de bronze ciselé doré - d'or mat, 19 pouces de haut, 21 pouces de face; - - 1 écran de bois d'acajou à châssis de taffetas verd; - - 2 rideaux de vitrage d'un lé 1/2 chaque, de mousseline rayée et - brodée sur 4 pieds de haut. - -_Meuble d'hyver._ - - Un meuble de velours de soie cramoisi orné de frange et galon - d'or, consistant en: - - 1 lit à la duchesse, composé de trois grandes et 4 petites pentes - enrichies de feuilles et ornements de broderie, et de 2 galons - d'or garnies de grande frange d'or, fond grand, dossier chantourné - aussi brodé en or, bonnes-grâces en dedans et au dehors, - courtepointe garnie de sesd. 2 galons et 3 soubassements garnis - desd. galons et frange, et 2 rideaux sur 3 au. 1/4 de haut, garnis - desd. galons et doublés de grosdetours cramoisi, avec 4 pommes, 4 - bouquets de plumes et 4 aigrettes. - - Le bois du lit à fond sanglé en 2 parties dont les vis sont - dorées, de 5 pieds de large, 6 pieds 4 pouces de long, sur 12 - pieds 1/2 de haut. - -Le coucher: - - 3 fauteuils à carreaux, 12 ployants, 1 écran, 1 paravent de 6 - feuilles sur 4 pieds de haut; garni d'un galon d'or avec une - tresse à l'écran, les bois sculptés dorés; - - 4 portières (pour cet article, voir, page 536, _Chambre à coucher - en hiver_: 4 parties de portières, etc.) - - 4 parties de rideaux de croisées de 2 lés chacune de grosdetours - cramoisi, garnis de galon d'or sur 13 pieds de haut. - - Pièces tapisserie, dessin de Teniers, de la manufacture de - Beauvais. - -_Grand cabinet._ - - Un meuble de grosdetours fond blanc à bouquets et ruban bleu - brochés, encadré de bordures de même étoffe, dessein à treillage - verd et fleurs, profilet de milleret verd, et orné d'une crête de - soie nuée assortie, consistant en: - - 1 lit de repos de 6 pieds de long et 27 pouces de profondeur, - garni à plateforme, 1 matelas portant son soubassement drapé, orné - de frange et glands, 3 oreillers avec 4 glands chacun; les - oreillers garnis de mouchoirs de taffetas blanc. - - Au dessus dud. lit de repos: 1 pente drapée de 6 pieds de long - avec écharpe de 2 pieds 6 pouces, frange et 8 galons doublés de - grosdetours blanc, 2 écharpes doubles en bonnes-grâces de 2 lés - chaque, encadrées, ornés de molets et frangeou doublées de - taffetas blanc avec cordon et 6 glands de 9 pieds de haut; - - 5 cordons de soie nuée, dont 4 avec glands. - - 2 bergères quarrées, 2 bergères ceintrées, 8 fauteuils, 6 chaises, - à carreaux, 1 chaise sans carreau, 1 écran à chapeau, garnis de - crête, les bois sculptés à rais-de-coeur et perles à la ceinture, - pieds à gaine, palmettes et pilastres aux consoles rais-de-coeur, - ficelle et pommes de graine au dossier peint en blanc avec - mouchoir de taffetas blanc. - - A la croisée: une pente drapée et ses deux écharpes de 3 pieds de - long, 2 doubles écharpes en bonnes-grâces encadrées et bordées de - molet et frangeou de 12 pieds de haut, garnies de 12 glands, - cordon et noeuds d'embrasses; - - 2 parties de rideaux de croisée de 2 lés de grosdetours blanc, - avec grande bordure et molet de soie nuée; - - 2 parties de rideau de vitrage de 2 lés chacun de taffetas blanc - sur 5 pieds de haut; - - 1 chaise de damas bleu, clouée de cloux dorés sur bois à moulures, - pieds à gaine peint en blanc; - - 3 petits écrans de bois d'acajou avec châssis de taffetas - cramoisi; - - 1 lustre à 6 lumières de cristal de roche, monture dorée, - garniture de grenailles à rosette et en filage et poire depuis 3 - pouces 1/2 à 2 pouces, la boule de 3 pouces 1/2 de diamètre, le - lustre de 25 pouces de diamètre sur 36 pouces de haut, avec 1 - cordon, 1 rosasse et 1 gland de soie nuée ornés de cartisane; - - 1 feu à 4 branches et à recouvrement avec frise sur le devant - ornées à entrelacs à rosettes, culots et cadres de perles, le - dessus orné de branches et fruits de vigne, sur le dedans un socle - à colonne cannelée sur piedouche, surmonté d'un nuage et de 2 - tourterelles; le grand socle à cannelures et tigettes avec - guirlandes de fleurs et fruits de vigne, surmonté d'un vase à - cassolette à trépied et tête de satyre; le corps de la cassolette - à cannelures torses, terminé par une flamme, 17 pouces de haut sur - 16 pouces de large, bronze doré, pelle, pincette et tenaille à - boutons dorés; - - 2 paires de bras à trois branches, celles de côté torses, ornées - de palmettes et graine, cannelures et godrons, binets à festons, - la gaine à palmettes et culots avec frise à entrelacs surmonté - d'un vase à anses et cannelures torses, terminé d'un boulon de - graine, 22 pouces de haut, 18 pouces de large. - - A la croisée, 1 store de 6 pieds 6 pouces de large, avec son - taffetas de 12 pieds de haut. - -_Garde-robe._ - - 1 table de nuit de bois d'acajou à 2 tablettes de marbre blanc - veiné, ayant un tiroir à droite à bouton et rosette de bronze en - couleur. - -_Escalier qui conduit du grand cabinet à la bibliothèque._ - - Les marches couvertes en moquettes. - - Le mur tendu en gros de tour bleu. - - La rampe garnie et couverte de fleuret bleu. - - 1 cordon d'écuyer en fil bleu. - -_Pièce du billard et bibliothèque._ - - Un meuble de damas (de Lyon) verd et blanc, dessin à figures à - enfants, cascades et fleurs, orné de frange, glands, cordon et - crête à la niche. - - 1 pente et 2 doubles écharpes de 6 pieds 4 pouces de haut, le tout - de 22 pouces de long, doublées de grosdetours verd avec cordon, 10 - glands, 2 noeuds et une cocarde. - - 1 banquette à plateforme de 6 pieds 2 pouces de long sur 27 pouces - de profondeur, avec son matelas, le devant relevé en draperie avec - 8 glands; 3 oreillers garnis de 4 glands chacun, 2 rondins avec 2 - glands à chacun. - - 1 canapé à joncs fermé de 5 pieds 6 pouces, garni à plateforme - avec son matelas, soubassement drapé orné de frange et 6 glands, 2 - carreaux et 2 rondins garnis de glands; le tout en damas verd et - blanc, orné de crête assortie, le bois à moulures peint en blanc. - - 2 bergères, 8 fauteuils, à carreaux, 1 écran à chapeau, couverts - dudit damas, ornés de crête assortie clouée, bois à moulures - peints en blanc. - - 1 pente drapée formant le ceintre de la croisée, ornée de 8 glands - et 1 noeud. - - 1 tapis de pied à moquette, dessin cordon jaune à médaillons de 9 - lés et 2 bandes, non compris bordure sur 16 pieds. - - 1 embrassement de croisée de 4 lés sans bordure sur 7 pieds 6 - pouces de long, doublé de toile. - - 1 bureau plaqué de bois satiné et amaranthe de 4 pieds 3 pouces de - large, 24 pouces de profondeur et 26 pouces de haut avec roulettes - sous les pieds, une tablette entre les pieds, ceintrée, 3 tiroirs - par devant, fermant à clef, dans l'un une écritoire portative - ornée de bronze de 9 pouces sur 5 pouces 1/2, garnie d'encrier, - poudrier, boite à éponge de cuivre doré, les pieds à gaine, le - dessus de maroquin verd avec vignette d'or au pourtour, une - balustrade à jour par 3 côtés, ainsi que la tablette du dessous, - avec cadres de panneaux et des pieds en gaine et anneaux de cuivre - ciselé, doré d'or moulu. - - 1 feu à 4 branches et à recouvrement porté sur piédouche orné dans - la frise de rinceaux et épis, et sur le dessus d'entrelacs - surmontés d'une coque et d'oeufs unis, le grand socle avec frise à - épis, surmonté d'un vase uni avec anneaux et chaînes, terminé - d'une flamme, 15 pouces de hauteur sur 14 pouces 1/2. - - 2 paires de bras à 3 branches, dont 2 à cannelures, la 3e composée - de branches, feuilles et fruits de laurier, le tout lié d'un ruban - sur le carquois auquel est réuni un arc, le tout portant 30 pouces - de haut sur 13 pouces de large, à carquois et flèches de bronze - doré, or moulu. - - 1 billard en bois de chêne couleur d'acajou, 5 pieds 9 pouces sur - 11 pieds de long, couvert de son drap vert cloué de cloux dorés - sur galon d'or fin, et garni de tous ses accessoirs. - - 1 housse de basanne jaune doublée de toile verte. - - 1 banvole de bois de chêne, cordon de banvole en soie verte et - gland au milieu _idem_. - -_Cabinet près la pièce des bains._ - - Un meuble de damas cramoisi et blanc (de Lyon), dessin à cartouche - de fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre, - orné de frange, crête et glands. - - 7 pièces de tapisserie produisant ensemble 12 lés sur 7 pieds de - haut, bordée chacune d'une crête de soie nuée. - - 4 parties de rideaux de 4 lés 1/2 chacune, doublées de taffetas - blanc, bordée de crête sur 10 pieds de haut, avec 4 noeuds et 8 - glands. - - 1 fauteuil quarré, 4 cabriolets, 2 chaises à la Reine; ces siéges - sont à carreaux couverts dud. damas, cloués de cloux dorés à olive - avec nervure, les bois sculptés peints en blanc, avec mouchoirs de - taffetas blanc. - - 4 rideaux de vitrage d'un lé 1/2 chaque, de mousseline rayée et - brodée sur 3 pieds de haut. - - 2 _idem_ de porte-vitrées d'un lé, plissés haut et bas sur 4 pieds - de haut. - - 2 autres _idem_ sur 6 pieds 1/2 de haut. - - 2 cordons de sonnette et 2 glands de soie cramoisi et blanc. - - 1 encoignure de marquetterie à 1 venteau plaqué en bois de - palixandre, panneau et arrière-corps en mosaïque ombré sur fond de - bois gris satiné, la frise du bas en bois gris, celle du haut en - bois verd, pilastres des pieds en bois gris à filets; le tout orné - de sabots à palmettes, rinceaux et moulures, quart de rond à - godrons, cadres, panneaux à rais-de-coeur, rosettes aux angles, la - frise du milieu à cannaux et tigettes, celles de côté à entrelacs - d'ornements, rosasses de soleil dans les cases, 1 médaillon au - milieu du panneau du centre composé de nuages, carquois et - tourterelles au cadre, branches de laurier et noeud en ruban, le - tout en bronze doré d'or au mat, avec dessus de marbre blanc veiné - de 19 pouces de profondeur sur 34 pouces de haut. - - Bras de cheminée à 1 branche garni à cannelures et tigettes, porté - par une écharpe liée sur un clou de bronze doré, de 13 pouces de - haut. - - 1 feu à 4 branches à recouvrement anglois orné dans la frise - d'entrelacs en balustres à jour surmonté de cornes de brandons à - cannelures, terminées de flammes, 10 pouces de haut et 10 pouces - de large, avec pelle et pincette ornées de boutons. - -_Boudoir._ - - Un meuble de damas cramoisi et blanc de Lyon, dessin à cartouche - de fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre, - orné de frange, crête et glands. - - 4 pièces de tapisserie produisant ensemble 8 lés sur 7 pieds de - haut, bordée de crête de soie unie. - - 1 lit de repos ou banquette ceintrée dans le pourtour de la - croisée, de 6 pieds 8 pouces du derrière et le retour de 4 pieds - chaque côté, 9 pouces de hauteur de siége, pieds à gaine cannelés, - peint en blanc, garni à plateforme, un carreau de duvet et coutil - avec soubassement en draperie garnie de frange avec cordon et 12 - glands chacun et mouchoirs de taffetas blanc. - - 1 pente et 2 écharpes de 6 pieds 4 pouces de haut doublées en - taffetas blanc, ornées de frange avec cordon, 12 glands et 1 - noeud. - - 2 rideaux de 4 lés chaque, bordés de crête, doublés de taffetas - blanc. - - 2 noeuds, cordon et 1 glands. - - 3 grands fauteuils, 1 bergère, 4 chaises, à carreaux couverts - _idem_, cloués de cloux dorés à olives avec nervure, les bois - sculptés, peints en blanc et mouchoirs de taffetas blanc. - - 4 cordons de sonnette et 4 glands. - - 2 rideaux de vitrage de 2 lés, mousseline rayée et brodée sur 3 - pieds de haut. - - 2 bras à une branche, garni, à cannelures et tigettes, portés par - une écharpe liée sur un clou, de bronze doré de 30 pouces de haut. - - 1 feu à 4 branches à recouvrement porté sur 4 pieds cannelés avec - frise en soubassement orné de palmettes et feuillage, surmonté - d'un rang de perles, le dessus du socle orné d'un sphinx, et - draperie en bronze doré, or moulu, 10 pouces de haut sur 10 pouces - 1/2 de large, pelle, pincette ornées de boulons dorés. - -PREMIÈRE FEMME DE CHAMBRE. - -_Chambre._ - - Un meuble de toile peinte, fond dessin courant de roses et - diverses fleurs, bordé en galon de soie verd, composé de: - - 2 pièces de tapisserie, ensemble 10 lés, sur 6 pieds 4 pouces de - haut; - - 1 lit en niche de lad. toile, composé de 3 dossiers, 1 fond sur - son chassis et la tringle, 1 pente de dehors, 4 pentes de dedans, - 2 rideaux de 3 lés chacun sur 8 pieds 10 pouces de haut, doublées - de toile Laval blanche, 2 chantournés doublés de toile d'Alençon - écrue, 1 courtepointe festonnée et 2 mains, le tout de toile Laval - bordé de galon de soie verd; - - La couchette peinte en blanc à 2 chantournés, roulettes à galets, - coulisses dessous, et fond sanglé de 6 pieds de long, 3 pieds 4 - pouces de large; - - Le coucher composé d'un sommier crin et toile, 2 malelats laine et - futaine, 1 lit et 1 traversin de plume et coutil, un traversin de - toile et crin, et 2 couvertures 5 points; - - 1 bergère en cabriolet à carreau, 2 fauteuils en cabriolet garni, - 4 chaises à la Reine _idem_, couverts de lad. toile avec crête de - soie nuée, bois à moulures, peints en blanc; - - 1 secrétaire en armoire de bois de noyer couleur d'acajou, de 2 - pieds 1/2 de large sur 4 pieds 1/2 de haut, avec dessus de marbre - blanc veiné avec garniture à anneaux dorés d'or moulu; - - 1 commode de bois de noyer couleur d'acajou à 3 grands tiroirs - fermant à clef, garnie d'anneaux et entrées de cuivre en couleur - d'or de 3 pieds 1/2 sur 22 pouces de profondeur, avec dessus de - marbre blanc veiné; - - 1 table à écrire de bois de noyer de 27 pouces de large; - - 1 demi-toilette en bois de noyer et sa garniture complette, de 29 - pouces de large, 16 pouces 1/2 de profondeur, et garniture - complette ordinaire; - - 2 chaises de paille satinée verd et blanc; - - 1 grille à 4 branches, pelle et pincette de fer poli, garniture en - cuivre. - -_Salon._ - - 2 pièces de tapisserie contenant ensemble 7 lés 1/2 de toile - peinte sur 7 pieds de haut, pareille à celle du meuble de la - chambre. - - 1 canapé à jonc de 6 pieds de long, garni à la plateforme avec un - matelas et 2 oreillers de paille à carreaux de fonds et dossiers - de lad. toile. - - 1 bergère en bois de tourneur, dossier à carreau et jonc, fermée, - fond de paille et plateforme, avec son carreau en plume de lad. - toile. - - 2 chaises à la Reine garnies, bois à moulures, peints en blanc, - couvertes de lad. toile. - - 1 rideau d'un lé 1/2 de toile de coton sur 3 pieds 1/2 de haut. - - 1 grille de fer à 4 branches avec pelle et pincette de fer poli. - - 1 lit dans une armoire sur un fond sanglé à bascule, garni de 2 - matelas laine et toile, 1 traversin plume et coutil, 2 couvertures - laine blanche. - -_Petite pièce à côté._ - - 1 commode en bois de noyer à pieds tournés, 2 grands et petits - tiroirs, garniture à anneaux ciselés à perles, entrées de serrures - de bronze en couleur de 3 pieds 1/2 de large sur 20 pouces. - - 1 miroir de toilette à bordure de noyer, garni d'équerres et - charnières de cuivre de 14 pouces sur 12 pouces. - - 1 bidet à planche de bois de noyer. 2 chaises d'affaires en pot à - oille en bois _idem_. - - 3 chaises de paille satinée verd et blanc. - - 1 dite à la capucine. - -_Garde-robe aux atours._ - - 1 lit à colonnes de 4 pieds de large, 6 pieds de long et 6 pieds - de haut, en fleuret rayé bleu et blanc. - - Les étoffes composées d'un fond, 4 petites et 3 grandes pentes, un - dossier, 2 rideaux de 7 lés chacun, 2 bonnes-grâces d'un lé 1/2 - sur 6 pieds de haut, 1 chantourné, 1 courtepointe, 2 mains, 4 - fourreaux de colonnes, 4 petites et 2 grandes pentes. - - La couchette à 1 chevet, fond sanglé et roulettes à galets. - - 2 matelas, dont un de futaine, 1 sommier crin et toile de Flandre, - 1 lit de plume en coutil, 1 traversin de _idem_, 2 couvertures de - laine blanche, [le tout] de quatre pieds de large. - - Deux parties de rideaux d'un lé et demi chaque, sur 6 pieds 4 - pouces de haut. - - 4 fauteuils en cabriolet couvert de moquette bleue et blanche, les - bois vernis. - - Une table à quadrille pliante, couverte de drap verd; le dessus - plaqué en damier en bois de merisier et filet. - - 6 chaises de paille fine. - -_Pour domestique._ - - 1 lit de sangle de 3 pieds de large, 6 pieds de long, garni de 2 - matelas laine et toile, 1 traversin de plume et coutil, 2 - couvertures de laine. - - 1 grille à 4 branches à 2 pommes, le tout de fer poli. - -ARGENTERIE MARQUÉE E. - -_Chambre._ - -Vermeil. - - M. Onc. Gros. - - Un crachoir 2 5 6 - Deux flacons et leurs bouchons 4 3 » - Deux boites à poudre couvertes 6 » 2 - Une tasse couverte et sa soucoupe 6 » 5 - Deux gobelets couverts et une soucoupe 4 5 7 - Un pot à l'eau et sa jatte ovale 9 5 » - Deux boites à mouches 1 6 2 - Un coffre aux racines 1 5 6 - Un pot à pâtes » 5 2 - Deux couverts composés chacun d'une cuiller, - fourchette et couteau, pesant 1 5 2 - Quatre flambeaux de 7 pouces 1/2 de haut 10 4 5 - Un petit bougeoir 1 2 6 - Six assiettes chantournées 16 » 2 - La garniture du miroir de toilette 9 » » - Deux flambeaux de poing 11 7 1 - Une gantière 6 4 6 - Un benitier 1 5 1 - Deux petites cuillers à café » 2 7 - ------------------------ - 96 6 4 - -Argent blanc. - - 12 flambeaux modèle pareil à ceux du Roi, - haut de 9 pouces 2 lignes, avec bobêches 42 4 7 - - -V. - -ÉTAT DES DIAMANTS ET PERLES APPARTENANTS A MADAME ÉLISABETH. - -ARTICLE 1er. Une grande paire de girandoles à trois poires composée de -cent trente-six brillants. - -ART. 2. Cinq boucles de corset composées de quatre-vingts brillants. - -ART. 3. Une montre avec des cercles en diamants et sa chaîne aussi en -diamants; la montre et la chaîne sont composées de cent quarante-trois -brillants. - -ART. 4. Une paire d'anneaux montée en chaîne, composés de vingt -brillants. - -ART. 5. Douze gerbes composées de neuf cent soixante-six brillants. - -ART. 6. Cent soixante et un châtons de brillants montés à jour. - -ART. 7. Un anneau en diamants, monté à jour, composé de treize -brillants. - -ART. 8. Deux bagues formant huit pans avec un gros diamant sur les -compositions. Plus une bague à cheveux avec un entourage composé de -seize brillants. - -ART. 9. Une chaîne en perles et diamants avec deux barettes; la -première barette est composée de deux brillants: la grande barette est -composée de cinq brillants; les glands, la clef et les porte-mousquetons -de ladite chaîne sont garnis de petits brillants. - - -ÉTAT DES PERLES. - -ARTICLE 1er. Une paire d'anneaux enfilée composée de quarante-deux -perles. - -ART. 2. Une paire de catenats, montée en or avec dix perles sur le -milieu du catenat et trente-six sur les côtés: les douze rangs de -perles desdits catenats sont composés de deux cent quatre-vingt-huit -perles. - -ART. 3. Cinq boucles de corsets montées en or composées de cent dix -perles. - -ART. 4. Un médaillon avec un portrait entouré de vingt-quatre perles. - -ART. 5. Un esclavage composé de cent dix perles. - -Plus cinq rangs de perles composés de trois cent trois perles. - -Plus un petit rang composé de neuf perles médiocres. - -Plus un anneau monté en or avec des perles. - -Plus une bague à cheveux avec une perle sur le milieu du cristal. - - * * * * * - -VI. - -ÉTAT DES DISTRIBUTIONS. - -_Étrennes._ - - Aux cochers et postillons de la grande écurie 48# - Aux grands valets de pied 24 - Aux petits valets de pied 24 - Aux cochers de la petite écurie 24 - Aux postillons de la petite écurie 12 - Aux palfreniers de la petite écurie 12 - Aux porteurs du Roi 24 - Aux valets de pied de la Reine 24 - Aux cochers et postillons de la Reine 24 - Aux porteurs de la Reine 12 - -_Écurie de Monsieur._ - - Aux valets de pied 24 - Aux cochers et postillons 24 - Aux porteurs 12 - -_Écurie de Madame._ - - Aux valets de pied 24 - Aux cochers et postillons 24 - Aux porteurs 12 - -_Écurie de Mgr comte d'Artois._ - - Aux valets de pied 24 - Aux cochers et postillons 24 - Aux porteurs 12 - -_Écurie de Madame comtesse d'Artois._ - - Aux valets de pied 24 - Aux cochers et postillons 24 - Aux porteurs 12 - -_Garde-meuble._ - - Aux garçons du garde-meuble 48 - Aux garçons de boutique 18 - Au suisse du garde-meuble 12 - Au suisse du côté du Roi 24 - Au suisse du côté de Madame 24 - Au suisse de la patrouille 12 - Au suisse de la chapelle 12 - Au suisse des cariolles 12 - Au suisse des bosquets 12 - -_A plusieurs garçons._ - - A l'allumeur 6 - Au balayeur des cours 6 - Au garçon des glacières 12 - Au porteur de bois 12 - Au fontainier 18 - Aux deux frotteurs de l'appartement de Madame 24 - Pour les balais 24 - Au jardinier de l'Orangerie 9 - Au facteur 12 - Aux garçons apothicaires 48 - -_Aux gardes françoises, suisses et autres._ - - A la musique et tambours des gardes françoises 48 - Aux mêmes des gardes suisses 48 - Au tambour du guet de Paris 12 - Au tambour de la ville de Paris 12 - Au tambour des Invalides 12 - -_Aux Couvents._ - - Aux Capucins de Meudon 12 - A la Charité de Paris 12 - -_Gobelet._ - - Aux garçons du gobelet 60 - A l'homme chargé de l'eau de Ville d'Avrai et la glace 12 - -_Bouche._ - - Aux garçons de la bouche 60 - Aux garçons de vaisselle 24 - Aux laveurs de vaisselle 12 - Au linger 24 - Aux garçons servants 72 - A Maurice 24 - Au commissionnaire de la chambre 24 - A Mme Birebome 24 - A la jardinière de Sceaux 6 - Au porte-table 24 - Aux ramoneurs 12 - Au courrier de la petite écurie 12 - A Gedon 6 - Aux frotteurs du Roi 12 - A la porteuse d'eau 12 - Aux ouvriers des latrines 6 - Aux poissardes de Paris 24 - Aux poissardes de Versailles 24 - Aux garçons allumeurs de l'appartement 24 - Aux commis des bâtiments, pour les réverbères 12 - Aux gondoliers 72 - Au domestique de M. Bourdet 12 - Pour la bûche de Noël 48 - A l'homme qui monte le charbon chez Madame 12 - Au boulanger de la Reine 24 - Au frère carme qui apporte une boëte d'eau 24 - Pour le Journal de Paris 33 - A celui qui l'apporte 3 - Au fontainier qui fournit l'eau des réservoirs des - bornes 12 - Au laveur des marbres pour toute l'année 12 - A l'homme qui apporte la Gazette 6 - Au garçon de Mlle Moulliard 6 - ------- - Total des étrennes 1743 - -_Étrennes de la Petite Maison._ - - A M. Sulot 240 - A Mme Fleury 192 - A Mme Ducoudret 144 - A sa domestique 24 - Au frotteur 72 - Au suisse 72 - A Coupery, premier garçon jardinier 96 - Au deuxième garçon 72 - A la fille de basse-cour 48 - Au fontainier 12 - A la soeur de Coupery 48 - ------- - Total 1020 - - _A la fête des jardiniers, à Coupery_ 72# - Au second garçon 48 - Aux ouvriers 108 - ------- - 228 - -_Pâques._ - - Pour la palme 24 - A Notre-Dame pour la permission de faire gras 120 - Pour les pâques, à chaque paroisse 120# 240 - Aux pauvres de Noyon 24 - Aux 13 couvents de Ste-Claire, à chacun 6# 78 - Pour la Terre sainte 6 - Pour la confrairie de Courbevoie 6 - A l'Ave-Maria d'Alençon 6 - A l'Ave-Maria de Pont-à-Mousson 6 - A l'écaillier, à la mi-carême 24 - ------- - 534 - -_Pain béni._ - - Pain béni du Roi 12 - Pain béni de la Reine 12 - Pain béni de Monsieur 12 - Pain béni de Madame 12 - Pain béni de Mgr comte d'Artois 12 - Pain béni de Mme comtesse d'Artois 12 - Pain béni de Madame Élisabeth 12 - Pain béni de Madame Adélaïde 12 - Pain béni de Madame Victoire 12 - Pain béni de Monsieur le duc d'Orléans 12 - Pain béni de Monsieur le duc de Penthièvre 12 - ------- - 132 - -_Mois de février._ - - Pour le cierge de la Passion 24 - Pour celui du Saint-Sépulcre 24 - Pour celui de Notre-Dame de Bonne délivrance 24 - ------- - 72 - -_Mois de mai._ - - Pour les oranges 24 - Tambours et musique des gardes françoises 48 - Tambours et musique des gardes suisses 48 - Tambours du guet de Paris 12 - Tambours de la ville de Paris 12 - Tambours des Invalides 12 - Pour le beurre de mai 18 - Pour le changement de meuble d'été 24 - Pour le menuisier 12 - Pour le serrurier 12 - Pour le vitrier 12 - Pour la brioche des tailleurs de pierre 12 - ------- - 246 - -_Mois de juin._ - - Pour les pains de fleurs d'orange 24 - Pour l'eau de fleurs d'orange 24 - ------- - 48 - -_Mois de juillet._ - - Pour les brioches au porteur du Roi 24 - Au porteur de la Reine 12 - Au porteur de Monsieur 12 - Au porteur de Madame 12 - Au porteur de Mgr comte d'Artois 12 - Au porteur de Mme comtesse d'Artois 12 - Pour la brioche de la confrairie de St-Christophe 12 - ------- - 96 - -_Mois d'août._ - - Pour le pain béni de St-Roch 12 - Aux Filles de l'Ave-Maria, Capucines de Paris 24 - Tambours et musique des gardes suisses 48 - Tambour du guet 12 - Tambour de la ville de Paris 12 - Tambour des Invalides 12 - Aux poissardes de Paris 24 - Pour le pain béni de la confrairie de St-Roch 12 - Pour le pain béni de la confrairie de St-Louis 6 - ------- - 210 - -_Mois d'octobre._ - - Aux Frères des Bons-Hommes, pour du muscat 6 - Pour le raisin d'Alexandrie 12 - Pour le raisin de M. de Talaru 24 - ------- - 42 - -_Mois de novembre._ - - Au suisse du garde-meuble pour le changement d'hyver 24 - Aux Hermites de Sénart 120 - Au menuisier 12 - Au serrurier 12 - Au vitrier 12 - Aux porteurs de Madame, pour les chaussons 24 - Pour la confrairie de l'Immaculée Conception, au mois - de décembre 24 - Pour la brioche de Ste-Geneviève 12 - Pour le pain béni de St-Antoine, au mois de janvier 6 - ------- - 246 - -_Voyage de Marli._ - - Au porteur du Roi 24 - Aux valets de pied 24 - Aux filles de garde-robe 18 - Aux premier et second frotteur 24 - A M. le curé, pour les pauvres 120 - Au facteur 6 - Aux porteurs bleùs 12 - Aux suisses de patrouille 6 - Aux balayeurs, frotteurs et allumeurs 36 - Aux Soeurs-Grises 96 - Au balayeur de la chapelle St-Louis 6 - Aux gardes-bosquets 12 - -_Garde-meuble._ - - Au concierge 48 - Au garçon de boutique 9 - A celui qui entre et ôte les lits 9 - Au garçon du garde-meuble 48 - Au Cordelier qui dit la messe 24 - Au matelassier 6 - Au garçon de fourière 6 - Au jardinier 9 - Au fontainier 12 - Au petit clerc qui porte l'eau bénite 3 - Aux suisses qui passent la nuit au salon 12 - Autre suisse du salon 12 - Au suisse de la chapelle 12 - Au suisse de la chapelle du commun 12 - Au suisse de la paroisse 6 - -_Gobelet._ - - Aux aides du gobelet. 24 - Au maître d'hôtel qui sert les femmes. 24 - Au maître d'hôtel des hommes. 12 - Au garçon de vaisselle. 12 - Au laveur. 6 - A la lingerie. 12 - Au garçon linger. 6 - A Buffigney, porte-table. 6 - Au porte-table de Madame. 3 - ------ - Total du voyage de Marli 717 - -_Voyage de Compiègne._ - - A M. Bonneval pour les gardes-chasse. 120 - A la concierge du grand château. 120 - Aux deux inspecteurs des bâtimens. 120 - Aux deux suisses du château. 24 - -_Garde-Meuble._ - - Aux garçons du garde-meuble. 72 - Au suisse du garde-meuble porteur. 24 - Au garçon de boutique. 12 - Au commis du garde-meuble mis par M. de Pommery. 48 - -_A l'Église._ - - Au curé de St-Jacques. 48 - Au curé de St-Antoine. 48 - Aux Soeurs de la Charité de St-Jacques. 24 - Aux Soeurs de la Charité de St-Antoine. 24 - A l'Hôpital général. 24 - A la tourière des Carmélites. 9 - A la tourière de St-Marie. 9 - A la tourière de l'Hôtel-Dieu. 9 - Aux Jacobins. 9 - Aux Cordeliers. 9 - Aux Capucins. 24 - Aux prisonniers. 24 - Au suisse de St-Jacques. 12 - Au bedeau de St-Jacques. 12 - Aux Frères des écolles. 12 - Aux Minimes. 9 - Au suisse de St-Corneille. 9 - Aux Carmélites. 240 - Pour la quête des fêtes et grandes messes. 288 - Pour les quêtes de St-Jacques. 120 - -_A plusieurs garçons._ - - A l'inspecteur pour distribuer aux ouvriers, - chacun 6 fr. 60 - A l'allumeur. 6 - Au balayeur. 6 - A celui qui nettoye les privés. 6 - A l'homme des glacières. 6 - Au valet de ville. 12 - Au jardinier. 6 - Aux tambours de ville. 6 - Au portier de la terrasse. 6 - Au frotteur du château. 12 - Au pompier. 6 - Au poseur de sonnettes. 6 - Au facteur. 6 - Au garçon de fourière. 6 - Aux deux garçons qui apportent le bois. 6 - -_Écurie._ - - Aux porteurs de Madame. 24 - Aux valets de pied. 48 - Aux courriers. 48 - -_Gobelet._ - - Aux aides du gobelet. 24 - Au garçon de vaisselle. 12 - Au laveur de vaisselle. 12 - Au garçon qui apporte la glace. 12 - Au linger. 6 - -_Bouche._ - - Aux aides de la bouche. 24 - Aux garçons servants. 24 - Pour le boudin de sanglier. 18 - -_Pain béni._ - - Celui du Roi. 12 - Celui de la Reine. 12 - Celui de Monsieur. 12 - Celui de Madame. 12 - Celui de Mgr comte d'Artois. 12 - Celui de Madame comtesse d'Artois 12 - Celui de Madame Élisabeth 12 - Celui de Madame Adélaïde 12 - Celui de Madame Victoire 12 - Gratification aux valets de garde-robe 120 - ------- - Total du voyage de Compiègne 3720 - -_Voyage de Fontainebleau._ - - Au concierge du grand château, cour royale 120 - Au concierge de la cour du Cheval blanc 36 - Au concierge de la cour des cuisines 36 - A l'inspecteur des bâtimens 96 - Au suisse du château 18 - Aux gardes-chasses 96 - A l'inspecteur des bâtimens, pour distribuer aux - ouvriers 60 - Au balayeur 6 - Au fontainier et plombier 6 - Aux frotteurs de Madame Élisabeth 24 - Au garçon de fourière 6 - Au porteur d'eau 6 - A celui qui nettoye les privés 6 - A l'allumeur 6 - A celui qui apporte le sucre d'orge de Moret 12 - Au frotteur de Fontainebleau 12 - Pour le boudin de sanglier 18 - Au facteur 6 - Au jardinier de l'orangerie 12 - Au jardinier du potager 12 - Aux paysans de la Fontaine-Madon 48 - Au ramoneur 6 - Aux journailliers qui passent les nuits de veille 12 - -_Garde-meuble._ - - Aux garçons du garde-meuble 72 - Aux garçons de boutique 24 - Aux portefaix du garde-meuble 24 - Aux commis du garde-meuble 48 - -_A l'Église._ - - Aux Carmes des Basses-Loges 48 - Aux Filles bleues 96 - Au curé de la paroisse 48 - A la Charité d'Avons 24 - Aux Soeurs de la Charité 24 - Aux Soeurs des écoles 24 - Aux Capucins de Melun 6 - Aux Recolets de Melun 6 - Au bedeau et au suisse qui apportent le fruit de la - ville 24 - Au clerc de la chapelle de la cour ovale 6 - Au bedeau de la chapelle 12 - -_Gobelet._ - - Aux aides du gobelet 24 - Au garçon de vaisselle 12 - Au laveur de vaisselle 6 - Au garçon linger 6 - A celui qui apporte la glace 6 - -_Bouche._ - - Aux aides de la bouche 24 - Aux garçons servants 24 - -_Écurie._ - - Aux porteurs 24 - Aux valets de pied 48 - Au courrier 48 - Aux cochers du Roi 96 - -_Pain béni._ - - Pain béni du Roi 12 - Pain béni de la Reine 12 - Pain béni de Monsieur 12 - Pain béni de Madame 12 - Pain béni de Mgr comte d'Artois 12 - Pain béni de Madame comtesse d'Artois 12 - Pain béni de Madame Élisabeth 12 - Pain béni de Madame Adélaïde 12 - Pain béni de Madame Victoire 12 - Gratification aux valets de garde-robe 120 - ------- - Tot. du voy. de Fontainebleau 1692 - -_Voyage de Trianon._ - - Au garde-bosquets. 12 - A l'homme qui nettoye les flambeaux. 6 - Pour le gobelet à Mrs Grandeau et Bernard. 7 - ------ - Total du voyage de Trianon. 384 - -_Voyage de Saint-Cloud._ - - Aux garçons du château. 96 - A la lingerie. 24 - Aux filles de garde-robe. 12 - Aux frotteurs. 24 - Aux porteurs de lits. 24 - Au maître d'hôtel des femmes. 24 - Au maître d'hôtel des hommes. 12 - Aux hommes qui portent l'eau. 24 - Aux deux facteurs. 24 - Aux trois suisses des appartements. 72 - A Julie. 24 - A celui qui nettoye les flambeaux. 12 - Aux aides du gobelet. 72 - ----- - Tot. du voyage de Saint-Cloud. 444 - - * * * * * - -VII. - -ÉTAT DES PENSIONS QUE FAIT MADAME et dont madame Desguichard est -chargée. - - A l'homme qui a soin de Panurge. 288# - A Mrs les curés pour aumônes. 1728 - A M. Boyli. 600 - A M. Gayette. 600 - A Mlle Le Gagneur. 400 - A la protégée de Mme de Tilly. 200 - A Mme Malivoire. 600 - A M. Malivoire le fils. 500 - A Mlle Benard. 600 - A Mme de Cagny. 600 - A Mme de l'Eau. 600 - A Mme de Mongiraud. 1200 - A Mlle de Loyens, à payer à M. de Gassouville. 300 - A M. Pernot bon. 200 - A M. l'abbé de Montaigu, pour M. de Nancré. 400 - A Mlle Dorival, pour Mlle de Berne, l'aînée. 300 - A Mlle de Berne, la cadette. 150 - A la protégée de Mme d'Aumale. 300 - A Mlle Welfeld. 300 - A M. Coquelin. 300 - A M. Noël Offroy, ancien porteur. 144 - A M. Klein de Vilquoy. 144 - A la veuve Grandin. 72 - Aux Filles violettes. 72 - A Marianne Pinois. 72 - A Pierre. 200 - A Joseph Pauleur à Bicêtre, à payer à M. Duval. 150 - A La Plasse, maçon. 72 - A la soeur de Coupery. 600 - Au courrier. 288 - A la porteuse d'eau. 144 - A la femme Mercier. 144 - A Mme de Melardin, pour l'entretien de sa fille. 144 - A Mlle Le Gagneur, pour l'apprentissage d'un enfant. 72 - A la veuve Bosserelle. 72 - Au petit Louis. 36 - A la nourrice de Mlle Malivoire. 36 - A Mme Maréchal de Vassant. 200 - A M. l'abbé Le Sure. 150 - A Mlle Pierre. 72 - Pour les enfants Millard. 144 - A la soeur Françoise, pour la veuve Dubois. 144 - A la veuve Marquis. 72 - A la femme Le Rête. 72 - A la veuve Boissant. 72 - A la femme Chinevrier. 72 - Au petit garçon qui est à Paris. 120 - Au petit garçon de la femme Robinet. 36 - Au vacher suisse. 1095 - A M. de Boisgelin pour une place fondée. 300 - A Mlle de Pelleport, à payer en avril. 300 - A M. de Jussan, à payer à M. de Béon. 48 - A Mlle Dorival, pour des pauvres. 72 - A la boulangerie de pain de seigle. 144 - ----- - Total des pensions par année - que paye Mme Desguichard. 15741 - - Le douzième. 1311# 15s. -_Pensions par quartier._ - - A M. Bolly. 150 - A Mlle Dorival, pour des pauvres. 18 - A M. Gayette. 150 - A Mme Malivoire. 150 - A M. Malivoire fils. 125 - A Mlle Bénard. 140 - A Mme de Lau. 150 - A Mme de Mongiraud. 300 - A Mme de Cagny. 150 - A M. de Gassonville, pour Mlle de Loyens. 75 - A M. l'abbé de Montaigu, pour M. de Nancré. 100 - A Mme d'Aumale, pour sa protégée. 75 - A Mme de Tilly, pour une demoiselle de condition. 50 - A Mlle Le Gagneur. 100 - A Mlle Dorival pour Mlles de Berne. 112# 10s - A M. Pernot bon. 50 - A Mme Wilfeld. 75 - A M. Coquelin. 75 - A Pierre. 50 - A M. Klein de Vilquoi. 36 - A Noël Offroy. 36 - A M. Duval, pour Joseph Pauleur. 37 10 - A Marianne Pinois. 18 - Aux Filles violettes. 18 - A la veuve Grandin. 18 - A La Plasse, maçon. 18 - A Mme Maréchal de Vassant. 50 - A M. l'abbé Le Sure. 37 10 - ---------- - 2374 - - Le tiers est de 791# 6s. 8d. - -_Pensions à payer par mois._ - - A Messieurs les curés 144 - Au courrier 24 - A la porteuse d'eau 12 - A la femme Mercier 12 - A la soeur de Coupery 50 - A la veuve Bosserel 6 - Au petit Louis 3 - A la nourrice de Mlle Malivoire 3 - A Mme de Milardin pour l'entretien de sa fille 12 - A Mlle Le Gagneur, pour l'apprentissage d'un enfant 6 - A la boulangère de pain de seigle, même époque pour - l'année 12 - A la soeur Françoise, pour la veuve Dubois 12 - A Mme Royer, pour les enfants de Millard 12 - A Mlle Dauge, pour Mlle Pierre 6 - Au vacher suisse 91 5 - A la femme Le Rête 6 - A la veuve Boissant 6 - A la veuve Marquis 6 - A la femme Chenevrier 6 - A Foucaut pour le mois du chien 24 - A l'enfant de la femme Robinet 3 - Au petit garçon qui est à Paris 10 - ------ - 466# 5s. - -_Pensions à payer par madame de Cimeri._ - - A Mme Sulpice 1200 - A Marie Micot 200 - A Mlle Duprat 200 - A Mme Desforges 200 - A M. Blaremberg 600 - A Mlle Malivoire 600 - A Mlle Testar 400 - A Mme de Cailus 400 - A Mme L'Échevin 400 - A Marianne 72 - A Vendoulet 192 - Aux porteurs des femmes 360 - A Marie 100 - A Mme Quotrot 250 - A la petite Pêchés 150 - A Camille 150 - A M. de Rousse 864 - -Payé en janvier. - - A M. du Mignau 150 - A M. Pascal 70 - Au garçon du gobelet 12 - Au suisse de la chapelle 48 - A M. Pascal en feuvrier 120 - ------- - Total des pensions payées - Mme de Cimery 7038 - Le douzième 586# 10s - L'abbé Osselin 400 - -_Pensions à payer par quartier._ - - A Mme Sulpice 300 - A Marie Micot 50 - A Mlle Duprat 50 - A Mme Desforges 50 - A Mme Blaremberg 150 - A Mlle Malivoire 150 - A Mme Testar 100 - A Mme de Cailus 100 - A Mme L'Échevin 100 - A Marianne 18 - A Vandoulet 48 - Aux porteurs des femmes 90 - A Marie 25 - A Mme Quotrot 62 10s - A la petite Pechés 112 10 - A Camille 37 10 - A M Déroune 216 - -------- - 1659 10 - Le tiers est de 553# 3s 4d - -_Récapitulation._ - - Étrennes 1743# - Étrennes de la petite maison de Madame 1020 - Pour la fête des jardiniers 228 - Pour les pâques 534 - Pour les pains bénis 132 - Pour le mois de février 72 - Pour le mois de mai 246 - Pour le mois de juin 48 - Pour le mois de juillet 96 - Pour le mois d'août 210 - Pour le mois d'octobre 42 - Pour le mois de novembre 246 - Pour le voyage de Marli 717 - Pour le voyage de Compiègne 3720 - Pour le voyage de Fontainebleau 1692 - Pour le voyage de Trianon 384 - Pour le voyage de Saint-Cloud 444 - Pensions par année payées par madame Desguichards 15741 - Pensions payées par madame de Cimery 7038 - --------- - Somme totale 34359# - - * * * * * - -VIII. - -_État des appointements que le Roi veut et ordonne être payés aux -dames que Sa Majesté a nommées pour accompagner Madame Élisabeth, -depuis le 15 mai 1789 jusques et compris le 14 mai 1790._ - - A la dame marquise de Sorans 4 - A la dame marquise de Causans 4 - A la dame comtesse de Canillac 4 - A la dame comtesse de Bombelles 4 - A la dame vicomtesse d'Imecourt 4 - A la dame comtesse de Clermont-Tonnerre 4 - A la dame marquise des Essarts 4 - A la dame Louise de Causans, marquise de Raigecourt 4 - A la dame marquise de Lastic 4 - A la dame vicomtesse de Blangy 4 - A la dame Anne Bella Henriette de Drumont de Melfort, - comtesse de Marguerie 4 - A la dame comtesse de la Bourdonnaye 4 - A la dame marquise de Fournaise 4 - La dame vicomtesse de Mérinville, surnuméraire - sans appointements Mémoire. - La dame marquise des Montiers, id. Mémoire. - La dame comtesse de Deux-Ponts, id. Mémoire. - La dame marquise de La Rochefontenille, id. Mémoire. - ---------- - Somme totale, cinquante-deux mille livres, cy. 52,000# - -Administrateur de mon Trésor royal, chargé du département de la -caisse générale, Me Joseph Durney, payés comptant au sieur Savalete -de Langes, l'un des administrateurs de mon Trésor royal chargé du -payement des pensions et autres dépenses énoncées dans mon édit du -mois de mars 1788, la somme de cinquante-deux mille livres pour les -appointements des dames dénommées au présent état, depuis le 15 mai -1789, jusques et compris le 14 mai de la présente année. Fait à Paris, -le seize mai mil sept cent quatre-vingt-dix. - - LOUIS. - Comptant au Trésor royal. - _Bon:_ LOUIS. - DE SAINT-PRIEST. - - * * * * * - -IX. - -DÉTAIL DES DÉPENSES EXTRAORDINAIRES DE LA CHAMBRE DE MADAME ÉLISABETH. - - En 1788 elle a coûté 70,585# 17s - En 1789 48,592 10 - En 1790 29,725 12 - En 1791 17,548 » - ------------- - Total 166,451# 19s - - * * * * * - -_Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires de la -chambre de Madame Élisabeth, pendant l'année 1788._ - - A Jubin, tapissier 6,000# - A Lenormand, étoffes 3,801 - A de la Roue, toilette 7,562 - A Vanot, lingère 3,340 10s - A Daguerre, ébéniste 15,583 - Manufacture de Sève 3,855 - Moutard, libraire 1,093 - Grégoire, libraire 1,854 - Blaizot, libraire 187 - Le Duc, musique 132 - Chenu, relieur 427 - Joly, sculpteur, bordures de portraits 1,551 - -------------- - 45,385# 10s - - Desjardins, horloger 152 - Baince, lait d'ânesse 1,200 - Bourdet, dentiste 162 - Massé, orphèvre 81 - Beaulieu, soyes à broder 500 - Cabat d'or, soyes à broder 677 - Guyard, peintre 576 - Robert, peintre 1,000 - Bro, racomodeuse de dentelles 671 - Habillements de deux garçons 920 4 - Voitures de la cour 1,419 - Letellier, papier 100 3 - Traitements et gratifications 17,682 - ------------ - 70,585# 17s - - * * * * * - -_Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires de la -chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1789._ - - Bertin, modes, pour ancien mémoire 7,761# - Le Normand, étoffes 200 - Jubin, tapissier 2,979 - Du Buquoy, tapisseries 7,788 - Crampe, tapisseries 1,945 10s - Cabat d'or, soyes à broder 973 6 - Bro, racomodeuse de dentelles 1,126 - De la Roue, parasols 168 - D'aguerre, ébéniste 1,968 - Joly, bordures de portraits 396 - Guyard, peintre 388 - Grégoire, libraire 887 - Moutard, libraire 942 18 - Chenu, relieur 447 - Bourdet, dentiste 162 - Dujardins, horloger 158 - Ducis, fayancier 121 - Habillement des garçons 531 - Voitures de la cour 2,102 16 - Traitements et gratifications 17,548 - ------------ - 48,592# 10s - - * * * * * - -_Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires de la -chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1790._ - - Bertin, intérêts, et reste d'un mémoire 3,125# - Le Normand, étoffes 804 15s - Jubin, tapissier 1,232 16 - Cabat d'or, soyes à broder 112 10 - De la Roue, ébéniste 263 - Letellier, papetier 411 9 - Bataille, parfumeur 464 12 - Moutard, libraire 96 - Dujardins, horloger 176 - Chenu, relieur 226 - Joly, sculpteur, bordures 300 - Habillement des garçons 531 - Voitures de la cour 3,983 - Bourdel, dentiste 162 - Dépenses du secrétaire de la chambre 289 10 - Traitements et gratifications 17,548 - ------------ - 29,725# 12s - - * * * * * - -_État et détail des traitements affectés sur les dépenses annuelles -extraordinaires de la chambre de Madame Élisabeth._ - - Grandin, commissionnaire 900# - Birbonne, porte-chaise 600 - Dauge, baigneuse 1,200 - Rosni, garde-dentelles 800 - Léonard, coëffeur 600 - Quatre garçons de la chambre à 600# 2,400 - Sorel, surnuméraire 750 - Quatre valets de chambre à chacun 600# 2,400 - Merieux, surnuméraire 600 - Massot, gardien 1,500 - Deux portéffets à 900# 1,800 - Deux frotteurs à 700# 1,400 - Deux feutiers à 300# 600 - Un suisse 48 - Desjardins, horloger 150 - Imbert, secrétaire de la chambre pour tout 1,800 - ---------- - 17,548# - - * * * * * - -X. - -DÉMÉNAGEMENT DES MEUBLES DE LA CHAMBRE DE MADAME ÉLISABETH, - -qui ont été transportés au Garde-meuble, rue Neuve-Notre-Dame, nº 9, -par Jubin, valet de chambre, tapissier. - -Sçavoir: - -_Première antichambre._ - - Un charriot à bois. - - Deux paniers. - -_Antichambre des valets de chambre._ - - Une grande table des valets de pied. - - Une grande table ronde à manger, faite en bois d'acajou. - - Douze chaises de table, garnies en velours, dont quatre sont à - carreau. - - Une bouillotte de verre, garnie en argent, pour faire de - l'herbe-aux-charpentiers. - -_Chapelle._ - -La chapelle est composée d'un autel et de deux coffres, dont je n'ai -pas les clefs. - - Le coffre de l'argenterie de la chambre, dont je n'ai point la - clef. - - Un grand panier rempli des pots de chambre de garde-robe. - - Le Couronnement de Louis XVI, en gravure, pris de la chambre des - garçons de la chambre. - - Un marchepied d'antichambre. - -_Cabinet des nobles._ - - Quatre servantes en bois d'acajou, où il manque un sceau argenté. - - Une table ronde du déjeuner de Madame, ayant un dessus de marbre - blanc, et couverte en drap. - - Deux voyageuses en bois doré, couvertes de velours vert. - - Une table de tric-trac avec sa garniture en bois de rose. - - Deux chaises carrées pour les femmes, couvertes en velours - d'Utrecht cramoisi. - - Deux tables à jouer couvertes en velours, une de piquet, une de - quinze. - - Une boîte à livres de la voiture de Madame. - - Deux boîtes à échecs, une d'ivoire et l'autre en bois. - - Le damier de Madame. - - Un jeu d'oie en bois de rose. - - Une boîte en façon de nacre qui en renferme plusieurs petites. - - Un petit coffre en basane rouge. - - Le jeu de loto. - - Un dévidoir des valets de pied. - -_Chambre à coucher._ - - Le coffre de toilette et son pied, dont je n'ai point la clef. - - La table de toilette. - - Deux vases de dessus la cheminée, tous deux de porcelaine, où sont - peints des petits oiseaux, un des deux ayant le bouton de son - couvercle cassé. - - Le groupe de Madame, fille du Roi, assise sur un dauphin, sa - colonne de stuc, le groupe de plâtre; la figure a le pouce du pied - cassé et un doigt de la main gauche. - - Huit écrans en bois d'acajou, un brodé. - - Une boîte, remplie de huit livres, à madame de Clermont. - - Un livre de musique, intitulé _Sargine_. - - Le grand carton à soie, rempli de plusieurs effets, tels que un - sac de damas, orné tout autour d'un galon et de deux glands en or, - et d'autres menus effets. - - Une petite écritoire noire. - - Trois petits cartons à filets. - - Une grande boîte à poudre en bois d'acajou, avec sa houppe. - - Un petit fouet vert, avec une poignée en or et trois viroles. - - Une grande corbeille du coucher, garnie de taffetas vert et d'une - dentelle d'or. - - Deux petites corbeilles. - - Une grosse pelote en satin blanc brodé, qui sert à renfermer les - linges de toilette. - - Un petit groupe représentant Madame et Monseigneur le Dauphin, - avec son pied de porcelaine. - - Un grand sceau à laver les pieds. - - Un moulin à battre le beurre. - - Deux petits cadres, représentant Monsieur le Dauphin défunt et - Madame la Dauphine. - -_Garde-robe._ - - Un bidet en velours vert avec sa garniture. - - Un bidet sans garniture. - - Un corps de tablettes pour les pots-de-chambre, avant un dessus de - marbre et une galerie en cuivre. - - Une table de nuit à dessus de marbre blanc. - -_Lieux à l'anglaise._ - - Un petit corps de tablettes à dessus de marbre. - - Une garniture de cuivre en forme de galerie. - - Un sceau de faïence à laver les pieds. - - Une lunette en maroquin noir. - - Un marabout de fer-blanc. - - Deux pots-pourris de porcelaine. - - Dix bourdalous en porcelaine. - - Sept bourdalous en faïence. - -_Cabinet intérieur._ - - Une table en bois de rose garnie de velours, dont je n'ai pas la - clef. - - Deux petites chiffonnières rondes à dessus de marbre. - - Une grande pendule avec ses garnitures. - - Le Portrait de Madame de Piémont, en petit. - - Louis XV, en gravure. - - Madame de Piémont, peinte sur un cadre oval. - - Un tableau représentant Jacques Ier, roi de la Grande-Bretagne. - - Un petit chien, dans un cadre oval. - - Le jardin de Trianon, en peinture. - - Une petite table de toilette de lit. - - Une petite table en bois de rose et dessus de marbre. - - Une petite bibliothèque à panneaux grillés, à dessus de marbre - commun. - - Un devidoir. - - Un petit coffre de noyer, où il manque un tiroir. - - Un petit coffre de bois d'acajou, garni de cuivre, dont je n'ai - pas la clef. - - Deux boîtes renfermant quatre cylindres de la pendule: trois dans - une, et une dans l'autre. - - Un verre de microscope monté en cuivre. - - Quatre écrans de cheminée à main. - - Une petite boîte en nacre à parfiler. - - Une autre petite boîte, en forme d'éventail, sans clef. - - Un petit marteau avec une hache. - - Deux petits dévidoirs. - - Quatre cannes et le petit bâton pour peindre. - -_Bibliothèque._ - - Une écritoire sans fin, composée de plusieurs choses, telles que: - un grattoir, un poinçon, un manche de canif d'ivoire, une petite - règle d'ébène, un moyen compas et une grande paire de ciseaux. - - Un bureau en bois de rose, de cinq pieds de long, couvert en - maroquin vert et orné d'une petite galerie. - - Une petite écritoire dorée, en bois de rose. - - Deux petits globes terrestres; il y en a un qui a quelque chose de - cassé. - - Deux petits vases de porcelaine, ornés de bouquets de fleurs en - biscuit, et leurs bocaux de verre. - - Deux bras de cheminée en flèche. - - Un feu à vase, pelle et tenaille. - - Deux petits tableaux en bordure de sapin. - - Un moyen tableau représentant la ville et le port de Syra. - - Un marchepied en bois d'acajou. - - La lunette des lieux à l'anglaise. - - Quatre métiers de tapisserie, deux de bois d'acajou et deux de - noyer. - -CABINET AUX ENTRESOLS. - -_Garde-robe._ - - Un petit corps de tablettes à pots de chambre. - - Un pot-pourri en porcelaine. - - Un gros globe. - - Une table en bois de hêtre, garnie de dorure. - - Deux petits globes pleins. - - Deux petits vases blancs à tête de bélier, montés en girandole. - - Un feu en galerie, pelle, tenaille et pincette. - - Un tableau représentant saint Labre. - -_Cabinet à côté des bains._ - - Un feu en galerie, tenaille, pelle et pincette. - - Deux girandoles portées par deux femmes dorées, sur une colonne de - marbre blanc. - - Deux tables de mathématique en bois d'acajou, une sans clef, avec - deux bougeoirs doubles dorés, et deux petits pupitres. - - Un pupitre à jour en bois de noyer. - - Un violon. - - Deux bras de cheminée ayant chacun une bobèche. - - Le meuble de bains complet. - -_Chambre des femmes._ - - Une table en bois d'acajou couverte en drap. - -ÉTAT DE CE QUI ÉTAIT RENFERMÉ DANS LA COMMMODE DES GARÇONS DE LA -CHAMBRE. - - Une boîte à fiches. - - Une boîte de loto. - - Une boîte à fiches, où il manque une corbeille. - - Deux sacs de peau, pour mettre des livres. - - Six petits parasols. - - Six petits rateaux. - - Cinq petits paniers, dont quatre garnis. - -_Lit des garçons de la chambre._ - - Deux matelas. - - Une mauvaise couverture. - -_Armoire des galeries._ - - Un moyen paravent. - - Cinq petits paravents. - - Un écran. - - Une échelle double. - - Deux pliants en bois, de maroquin vert. - - Une chaise de velours bleu. - - Les deux lits complets de veille des femmes. - - * * * * * - -XI. - -LISTE DES LIVRES DE MADAME PORTÉS A PARIS. - -_In-4º._ - - VOL. - - Histoire universelle, par une société de gens de lettres, 43 - Histoire universelle, par M. de Thou, 16 - Histoire de l'Église gallicane, 16 - Histoire de l'Église, par M. l'abbé de Choisy, 11 - Les Hommes illustres de Plutarque, par M. Dacier, 9 - Histoire de Polibe, 7 - Abrégé chronologique de l'histoire de France, par Mezeray, 4 - Histoire de France, par M. Velly, et continuateurs, 23 - Histoire de Constantinople, 8 - Histoire de l'Asie, de l'Affrique et de l'Amérique, 5 - Recueil de Gazettes de France, 147 - -_In-8º._ - - Offices et traité de Cicéron, 2 - Pensées de Marc Aurèle, 1 - Traité des loix civiles, 1 - Traité de la puissance ecclésiastique, 1 - Les Quatre âges de la pairie, 2 - Instruction de Catherine II, 1 - Histoire du droit naturel, 2 - Jurisprudence du Grand Conseil, 1 - Principes de la législation universelle, 2 - La Trigonométrie, 1 - Leçons de mathématique, par l'abbé de la Caille et Marie, 1 - Flore de Bourgogne, 2 - Manuel de botanique, 1 - Le Nouveau la Quintinie, 4 - Des oeuvres du chevalier Linné, 4 - Oeuvres de Demosthènes, 4 - Oeuvres de Virgile, par l'abbé Desfontaines, 4 - L'Iliade, traduite en vers français, 2 - Numa Pompilius, 1 - La Henriade, 2 - Commentaire sur la Henriade par Labeaumelle, 2 - La Gieresolemme liberata, 2 - L'Eneïde de Virgile, par Annibal Caro, 2 - Orlando furioso (8º maximo), 4 - Saggio sopra l'uomo, par Pope, 1 - Oeuvres de Pope, 8 - Oeuvres d'Young, 4 - Théâtre des Grecs, traduction nouvelle, 10 - Oeuvres de Racine, édition de Didot, 3 - La Dunciade, 2 - Théâtre des jeunes personnes, par Mme de Genlis, 4 - Proverbes dramatiques, 6 - Histoire de la poësie, par Brown, 1 - Oeuvres de Saint-Foix, 6 - Oeuvres de Mme Ricoboni, 8 - Oeuvres de Falconet, 6 - Oeuvres de La Monnoye, 3 - Vie privée des François, 3 - Les Histoires d'Elsin, 1 - Oeuvres de Le Franc de Pompignan, 6 - Le Théâtre du monde, 4 - Tableau historique, 4 - Essai sur les femmes, 1 - Commerce des grains, 1 - Loisirs du chevalier Déon, 13 - Mélanges d'une grande bibliothèque, 58 - Histoire de la littérature d'Italie, 5 - Lettres sur l'éducation, par Mme de Genlis, 3 - Cours d'études, par M. l'abbé de Condillac, 10 - Dictionnaire historique, 6 - Dictionnaire des antiquités romaines, 2 - Histoire d'Espagne, par Ferreras; (les 3 premiers prêtés à - M. le Comte), 16 - Collection des Mémoires sur l'histoire de France, 36 - Mémoires sur les Isles de ponce, 1 - Négociations de la France et de l'Angleterre, 1 - Voyage à l'Isle de France, 2 - Le Mercure françois, 25 - Les Chronologies septenaire et novenaire, 4 - La Satyre Ménippée, 3 - Mémoires sur l'histoire de France, 2 - Le Cabinet des fées, 37 - -_In-12._ - - Psaumes du P. Berthier, 8 - Nouveau Testament, 1 - Sermons du P. Bourdaloüe, 20 - Sermons de Massillon, 15 - L'Année du chrétien, 18 - L'Année évangélique, 7 - L'Évangile médité, 12 - La Religion méditée, 6 - Quinzaine de Pasques, 1 - Semaine sainte, 1 - Prières du P. Sanadon, 1 - Le Propre de l'oraison, 1 - Bréviaire de Paris avec le supplément, 9 - Missel de Paris, 8 - Livre d'église, 2 - Missel de Paris, 4 - Office divin, 1 - Office de la Vierge, 1 - Diurnal romain, 1 - Prières du matin, 1 - Nouvelles Heures, 1 - Visites au Saint-Sacrement, 1 - Recueil de prières, 1 - Prières durant la messe, 1 - Essais philosophiques sur l'entendement humain, 4 - Manuel d'Épictète, 2 - Essais de Montagne, 5 - La Sagesse de Charon, 1 - Entretiens de Phocion, 1 - Histoire naturelle, générale et particulière, par M. de Buffon, 51 - Leçons de physique, par l'abbé Nollet, 6 - Oeuvres d'Homère, traduction par M. Gin, 8 - P. Virgilii opera, 2 - C. Julii Cæsaris Commentarios, etc., 2 - Le Paradis perdu de Milton, 3 - La Lusiade de Camoëns, 3 - Oeuvres de Gresset, 2 - Lettres de Pline, 3 - Lettres de Mme de Sévigné, 8 - Lettres d'un François, par l'abbé Le Blanc, 3 - Traité des études, par M. Rollin, 4 - École de littérature, 2 - Oeuvres de Sophocle et autres, 3 - Terence et Plaute, 6 - De Metastase, 10 - Théâtre de P. Corneille, 6 - -- de Thomas Corneille, 5 - Oeuvres de Racine, 3 - -- de Voltaire, 8 - Théâtre françois, 12 - Nouveau théâtre françois, 8 - Histoire du théâtre françois, par MM. Parfait, 15 - Théâtre anglois, 8 - Lettre sur le théâtre anglois, 2 - Dissertation sur la tragédie, 2 - Remarques sur Racine et la vie du même, 5 - Oeuvres de Malherbe, 3 - -- de Racan, 2 - -- de Sarazia, 1 - -- de Voiture, 2 - -- de La Fontaine, 3 - -- de Lamotte, 10 - -- de Gedoyn, 1 - Poésies de Malleville, 1 - Voyage de Chapelle et Bachaumont, 1 - De la Bibliothèque des romans, 97 - Vie du baron de Trenck, 1 - Oeuvres de Boileau, 5 - Mémoires politiques et militaires de France, 6 - Histoire du règne de Henry II, 2 - Mémoires de Mme de Staal, 3 - Campagnes de Villars, 2 - Mémoires de Mlle de Montpensier, 8 - Mémoires de la duchesse de Nemours, 1 - Vie du cardinal de Richelieu, 2 - Anecdotes du cardinal de Richelieu, 2 - Parallèle du cardinal de Richelieu et du cardinal de Mazarin, 1 - Vie du duc de Rohan, 2 - Vie du P. Joseph du Tremblay, 1 - Vie du brave Crillon, 2 - Mémoires de Vieilleville, 5 - Histoire d'Angleterre, par M. Hume, 18 - Histoire d'Écosse, par Robertson, 3 - Mémoires d'Anne d'Autriche, 6 - Histoire de Charles VI, 9 - Histoire de Charles VII, 2 - Histoire de M. de Turenne, 1 - Histoire de Louis XIV, 3 - Mémoires de Laporte, 1 - Mémoires de Mme de Lafayette, 2 - Mémoires de Lenet, 2 - Histoire du prince de Condé, 4 - Histoire de la régence de Marie de Médicis, 2 - Vie de Marie de Médicis, 2 - Mémoires du comte d'Avaux, 6 - Mémoires de Montausier, 2 - Mémoires de Berwick, 2 - Mémoires du marquis de Feuquières, 3 - Traité de paix de Nimègue, 2 - Traité de Westphalie, 6 - Histoire de Henry le Grand, par Perefixe, 1 - Vie du cardinal de Richelieu, 6 - Histoire de Henry IV, 4 - Mémoires du prince de Tarente, 1 - Histoire de Tancrède de Rohan, 1 - Mémoires du duc de Villars, 3 - Paix de Riswick, 1 - Mémoires sur la succession d'Espagne, 3 - Histoire de Russie, par M. Lévêque, 5 - Histoire du traité des Pyrénées, 2 - Lettres de Mme de Pompadour, 2 - Mémoires de Gourville, 2 - Mémoires du comte de Gramont, 2 - Histoire de Louis XI, par M. Duclos, 3 - Géographie moderne, 2 - Mémoires de la Colonie, 2 - L'Esprit de la Ligue, 3 - Ambassades de Messieurs de Noailles, 5 - Lettres du cardinal d'Ossat, 5 - Le Courtisan prédestiné, 1 - Mémoires de Bellièvre, 2 - Histoire de Louis XIII, 4 - Le Siècle de Louis XIV, 3 - Mémoires du maréchal de Berwick, 2 - Mémoires pour servir à l'histoire de France, 4 - L'Âme des Bourbons, 2 - Ambassade de Bassompierre, 4 - Mémoires de Bassompierre, 3 - Mémoires de Montrésor, 2 - Mémoires de Louis XIV, 2 - Mémoires de Navailles, 1 - Mémoires de Villegomblain, 2 - Mémoires sur la paix de Riswick, 5 - Mémoires d'Omer Talon, 8 - Vie du maréchal de Villars, 4 - Journal de Louis XI, 1 - Histoire de Louis XI, 6 - Histoire de Louis XII 2 - Guerre de 1741, 1 - Campagne de Noailles, 2 - Campagnes de Coigny, 8 - Mémoires de Louis XIV, 2 - Mémoires du cardinal de Retz, 4 - Mémoires de M. Joly, 3 - Lettres du cardinal Mazarin, 2 - Mémoires de Brienne, 2 - Maisons souveraines, 2 - Abrégé chronologique du droit public d'Allemagne, 2 - Histoire du duc d'Epernon, 4 - Mémoires de Montglat, 4 - Abrégé chronologique de l'histoire d'Italie, 1 - Mémoires de Terlon, 2 - Mémoires du marquis de La Fare, 1 - Mémoires du comte de Forbin, 2 - Mémoires de Lahoussaye, 3 - Mémoires de Condé, 2 - Mémoires de M. de Tavanes, 1 - Mémoires de Puységur, 2 - Mémoires de Tourville, 3 - Histoire de François Ier, 8 - Mémoires de Dubellay-Langey, 7 - Histoire du duc de Montmorency, 1 - Histoire de Henry, duc de Bouillon, 3 - Mémoires du comte d'Estrade, 9 - Mémoires sur la paix d'Utrecht, 6 - Congrès d'Utrecht, 1 - Campagne du duc de Vendôme, 1 - Mémoires du chevalier Temple, 1 - Mémoires du duc de Guise, 2 - Histoire de la royne Marguerite, 1 - Mémoires de Sully, 8 - Intrigues du cabinet sous Henry IV, 4 - Lettres et Mémoires de Mme de Maintenon, 15 - Journal historique de M. de Maupeou, 3 - La Mémoire artificielle, 2 - Tables chronologiques de l'abbé Lenglet, 2 - Abrégé chronologique de l'histoire de France, 5 - Vie d'Ayder-Ali-kan, 1 - Lettres édifiantes, 26 - Anecdotes de la Chine, 6 - Vie de sainte Thérèse, de Madame Louise et quelques histoires - de Maimbourg, 15 - Mercure de France depuis 1717 jusqu'en 1787, 506 - Nouvelle traduction des oeuvres de Plutarque (in-8º), 22 - -Cette liste contient deux mille soixante et quinze volumes. Seyaux -n'ayant trouvé ni Missel, ni Bréviaire romain en françois, croit -qu'ils ont été portés à Bellevüe. - - * * * * * - -XII. - -LIVRES RETIRÉS DE LA BIBLIOTHÈQUE DE MONTREUIL. - -Chefs d'oeuvre de P. et de Th. Corneille, le premier tome petit in-12, -les deux autres manquent. - - Robinson Crusöé, trois vol. in-12. - Cleveland, six vol. in-12. - Romans de mad. Riccoboni, 2 vol. - Amours de Théagenes et Chariclée, 2 vol. in-12. - Les mille et une nuits, 6 vol. - Cabinet des Fées, 37 vol., dont il manque les tomes 14 et 26. - Lettres sur l'éducation ou Adèle et Théodore, 3 vol, in-8º. - Télémaque, 2 vol. in-12. - -Il manque encore dans la classe des romans: - - Miss Anysie, 1 vol. in-12. - Histoire de Marguerite de Valois, Reine de Navarre, 6 vol. in-12. - The history of Emily Montague, 4 vol. in-12. - Contes des Fées, par mad. d'Aunoy, 4 vol. in-12. - - * * * * * - -XIII. - -NOUVELLES PUBLICATIONS. - - Observations sur la société et les moyens de ramener l'ordre, - 1 vol. in-12. - Mémoire sur le mariage des Protestants, 1 vol. in-8º. - Discours sur le projet d'accorder un état civil aux Protestants, - 1 vol. in-8º. - Éclaircissements historiques sur la révocation de l'Édit de Nantes, - 1 vol. in-8º. - Assemblée des Notables en 1787. Mémoires et observations en 4 divisions, - 2 vol. in-4º. - Réponse de M. de Calonne à M. Necker, avec les pièces justificatives, - 1 vol. in-8º. - Des Droits et des Devoirs du Citoyen, par l'abbé de Mably, - 1 vol. in-12. - Constitution de l'Angleterre, par M. de Lolme, - 2 vol. in-8º. - Aux Bataves, sur le Statoudhérat, par le comte de Mirabeau, - 1 vol. in-8º. - Exposition et Défense de notre Constitution monarchique, par M. Moreau, - 2 vol. in-8º. - Demandes aux États Généraux ou Recueil des Cahiers, 1789, - 4 vol. in-8º. - Situation politique de la France, et ses rapports actuels avec toutes - les puissances de l'Europe, par M. Peyssonnet, 1789, 2 vol. in-8º. - Observations sur le Contrat social de J. J. Rousseau, par le P. Berthier, - 1789, 1 vol. in-12. - Le mal et le remède; mémoire sur la milice de l'armée, 1789, - 1 vol. in-8º. - Réponse à la motion et au discours de M. l'abbé de Périgord, évêque - d'Autun, 1789, 1 vol. in-12. - Le vrai Patriote, par M. Putod, 1789, 1 vol. in-8º. - Voeu d'un Patriote sur la médecine en France, 1789, 1 vol. in-8º. - Maison du Roi, ce qu'elle étoit, ce qu'elle est, ce qu'elle devroit - être, 1789, 1 vol. in-4º. - Le Déficit vaincu, par M. de Favras, 1789, 1 vol. in-4º broché. - Principes opposés au système de M. Necker, par le même, 1 vol. - in-4º broché. - Appel au Tribunal de l'Opinion publique, par M. Mounier; Genève, - 1790, 1 vol. in-8º. - Affaires de Nismes des 13, 14 et 15 juin 1790, 1 vol. in-8º. - Compte rendu de cette affaire, par M. de Marguerites, député à - l'Assemblée et maire de Nismes. - L'Art du fabricant d'étoffes de soye, par M. Paulet, 1789, - in-fº broché. - -(Ouvrage en huit sections; il en faudrait sept pour compléter cet -objet, Madame n'en ayant qu'une.) - - Plan d'Éducation nationale ou abrégé des études de l'homme fait, - 1789, 2 vol. in-8º. - Opinions de l'abbé Maury, 1790, 1791, 1 vol. in-8º. - Recueil des opinions du comte Stanislas de Clermont-Tonnerre, - Paris, 1791 4 vol. in-8º. - Réflexions sur les affaires politiques du temps présent de la - France, 1790, 1 vol. in-8º. - De l'État de la France présent et à venir, par M. de Calonne, - 1790, 1 vol. in-8º. - Réflexions sur la Révolution de France, par M. Burke, 4e édition, - 1791, 1 vol. in-8º. - Discours et lettres de M. Burke, 1790 et 1791, 1 vol. in-8º. - Discours sur les finances de l'État, par M. Necker, à l'Assemblée, - 1 vol. in-4º. - Sur l'Administration de M. Necker, par lui-même, 1791, 1 vol. in-8º. - Offrande aux François, 1791, 1 vol. in-8º. - Le _Naviget antyciras_ ou système sans principes, 1791, 1 vol. in-8º. - Situation actuelle de la France, par M. Bonvalet-Desbrosses, 1791, - 1 vol. in-8º. - Procédure criminelle au Châtelet en 1789 et 1790, 1 vol. in-8º. - Justification de M. de Favras, 1791, 1 vol. in-8º. - -_Recueil de pièces en 4 volumes_. - -Le premier renfermant: - - 1º L'Adresse du Département de Paris au Roi; - - 2º L'Adresse du même Département à l'Assemblée; - - 3º Compte rendu par une partie des membres de l'Assemblée sur le - Décret du 28 mars 1791; - - 4º Le Règne de Louis XVI mis sous les yeux de l'Europe; - - 5º Elan du coeur et de la raison, ou Justice rendüe à la Reine; - - 6º Adresse de l'abbé Raynal lüe le 31 mai 1791 à l'Assemblée; - - 7º Triomphe prochain de la Royauté et de la Monarchie françoise; - - 8º Plan d'une constitution libre et heureuse; - - 9º Hommage et Bouquet à Louis XVI; - - 10º Adresse de M. Putod, médecin du Roi; - - 11º Adresse des Bons François au Roi. - -Le second renfermant: - - 1º Précis de ce qui s'est passé à la séance de l'Assemblée du 13 - février 1790; - - 2º Motion sur la suppression des ordres religieux, par M. l'Évêque de - Nancy; - - 3º Réflexions sur l'état religieux; - - 4º Discours de M. l'Archevêque d'Aix sur la vente des biens du Clergé; - - 5º Quelle doit être l'influence de l'Assemblée sur les matières - ecclésiastiques et religieuses? par l'Évêque de Nancy; - - 6º Insuffisance de la Déclaration de M. l'Evêque de Clermont au sujet - du Serment civique; - - 7º Discours de M. l'Évêque de Lisieux aux Officiers municipaux; - - 8º Réflexions sur la Liberté du Culte; - - 9º Courtes observations sur la Liberté des Cultes; - - 10º Lettre de l'Evêque de Rennes aux Électeurs du Département d'Isle - et Vilaine; - - 11º Lettre de l'Archevêque d'Aix aux Électeurs du Département des - Bouches du Rhône; - - 12º Instruction pastorale de l'Evêque de Boulogne; - - 13º Le Comte Duprat devenu Théologien; - - 14º Mon Apologie; - - 15º Adresse aux vrais Catholiques de France, par M. Pottier; - - 16º Adresse aux Vierges chrétiennes et religieuses de France, par le - même. - -Le troisième renfermant: - - 1º Lettre du comte de Lally-Tollendal, du 10 octobre 1789; - - 2º Protestation du Prince-Evêque de Spire; - - 3º Lettre du marquis de Laqueuille à ses commettans du ..... février - 1790; - - 4º Extrait d'une lettre écrite de Valenciennes, le 8 février 1790, à - M. Nicodême, Député; - - 5º Motion de M. Malouet sur le Discours du Roi, du 4 février 1790; - - 6º Opinion de M. Malouet, prononcée le 20 février 1790, sur le - rétablissement de l'ordre public; - - 7º Opinion de l'Abbé de Bonneval sur le même sujet; - - 8º Opinion du comte de la Galissonnière sur l'exercice du Droit de la - Guerre et de la Paix; - - 9º Opinion du marquis d'Estourmel sur la même question; - - 10º Second compte rendu par M. le marquis d'Estourmel à ses - commettans; - - 11º Compte rendu par le même; - - 12º Observations de M. Henry, député, sur une partie du rapport de M. - Chabroud; - - 13º Opinion de M. de Guilhermi, député, sur le même rapport; - - 14º Compte par une partie des membres de l'Assemblée sur le même - rapport; - - 15º Lettre de M. Guilhermi à ses commettans du 22 octobre 1790; - - 16º Développement des principes de plusieurs Députés laïcs; - - 17º Déclaration d'une partie des Députés aux États Généraux sur l'acte - constitutionnel; - - 18º Compte rendu par une partie des Députés à leurs commétans; - - 19º Troisième Lettre de l'Abbé Bonneval à ses commettans; - - 20º Opinion de M. Savary de Lancosme, député, sur la révision des - décrets. - -Le quatrième volume renfermant: - - 1º Les Cromwels françois démasqués; - - 2º Point d'accomodement; - - 3º Les torts et les intérêts de chacun; - - 4º Réflexions politiques importantes sur la révision des décrets; - - 5º Dénonciation, par le viconte de Mirabeau; - - 6º Des Clubs politiques et des libelles; - - 7º Réflexions d'un Garde National de province; - - 8º Problème à résoudre relativement au serment prêté par M. de - Brienne, Archevêque de Sens; - - 9º Trahison découverte du comte de Mirabeau; - - 10º Lettre de M. le Duc de Villequier et de M. le Marquis de Duras; - - 11º Mémoire des Officiers du Corps des Carabiniers; - - 12º Réflexions d'un Militaire au sujet du Serment proposé aux - Officiers de l'Armée; - - 13º La Révolution Françoise, pot-pourri. - - * * * * * - -XIV. - -_Mémoire des ouvrages fait et fournis pour Son Altesse Royale Madame -Élisabeth de France_, - -Par Bourbon, cordonnier, rüe des Vieux Auxgustins, à Paris. - -1792. - - Ce 6 avril, une paire de soulle de tafetat noire 9# - Le 8 -- id. 9 - Le 9 -- id. 9 - Le 14 -- id. 9 - Ce 16 -- id. 9 - Ce 21 -- id. 9 - Le 25 -- id. 9 - Le 28 -- deux paires de tafetat, un gris, un bleux 18 - Le 29 -- une paire de taffetat rosse 9 - Le 2 may, une paire de taffetat gris 9 - Le 4 -- id. 9 - Le 7 -- une paire de taffetat violet 9 - Le 8 -- une paire de taffetat prune glace 9 - Le 12 -- deux paire de tafetat, une carmelite glace, une - gris de ferre 18 - Le 16 -- deux paire de tafetat, une rosse, une bleux 18 - Le 20 -- deux paire de tafetat, une gros vert, une puce 18 - Le 23 -- deux paire de tafetat, une gris de ferre, une bleux 18 - Le 27 -- deux paire de tafetat, une violet, une puce glaces 18 - Le 28 -- une paire de tafetat noire 9 - Le 1er juin, id. 9 - Le 6 -- id. 9 - Le 9 -- id. 9 - Le 12 -- id. 9 - Le 15 -- id. 9 - Le 22 -- id. 9 - Le 27 -- id. 9 - Le 30 -- id. 9 - Totale 297# - -Il y a dans la même liasse un mémoire des médicaments livrés à madame -Lejeune à la Garde-robe des atours de Madame Élisabeth de -France,--mémoire du 11 janvier au 20 décembre 1791, montant à la somme -de 96# 17 s.,--et acquitté le 30 janvier 1792, à Paris. - - «Pour MM. les apothicaires du Roi: PAILHÉS.» - - * * * * * - -DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON ÉLISABETH, - -SISE AU GRAND MONTREUIL. - - -I. - -_État du produit de la maison et jardin situé près la porte de Buc, à -Montreuil_. - -Année 1790. - - Un millier de bottes de foin évalué au prix de 25# - le cent, cy 250# - 350 bottes de reguain à 15# 52 10s. - 5 septiers d'avoine à 20# 100 - 4 septiers 1/2 d'orge à 12# 54 - La pâture des vaches après la récolte est estimée au - plus à 24 - Le fruit n'a pas donné cette année. Ils ont tous - manqués au printemps; il n'est restée que quelques - pêches de mauvaises qualités et des raisins qui sont - mangées par les oiseaux et par les insectes. - Total du produit 480# 10s. - -La récolte des fruits dans une bonne année ne peut pas excéder la -valeur de 150 liv.; les arbres étant très-vieux, leur produit ne peut -que diminuer. - -La maison est en très-mauvais état et susceptible de fortes -réparations. - -Les murs de clostures ont le plus grand besoin d'être recrepis pour -détruire les insectes, et conserver le fruit des espaliers. - -L'abondance des fourages en fait baisser le prix, qui, année commune, -peut être porté au tiers en sus de ceux mentionnés cy-dessus. Il en -résulte que, année commune, le fruit compris, le produit pourroit être -de 700#, non compris la maison, dont on pourroit tirer party. - - * * * * * - -II. - -_Consigne du suisse de garde pour le jardin et bosquets de la maison -de Madame Élisabeth, à Montreuil._ - - Première consigne donné par M. Huvé. - -1º Le suisse du jardin s'entendra avec le suisse de la porte pour -qu'il n'entre personne dans les jardins, sous quelque prétexte que ce -soit, lorsque Madame y est, et même personne en aucun tems, à moins -qu'on ne soit accompagné du concierge ou munie d'un billet de Madame. - -2º Ne laisser sortir aucun ouvrier par les portes du jardin, à moins -qu'il ne travail au jardinage. Ils ont les portes des cours ou on -travaille qui doivent leur suffire. - -3º Faire une tournée au moins par nuit et toujours à des heures -différentes, en observant que s'il se trouve des gens du dehors, -essayant d'entrer soit en forçant les serures, soit par-dessus les -murs, de les déposer, si il le peut, chez le suisse, ou du moins de -bien prendre leur signalement, si ce netoit quelqu'un de la maison; -alors il en feroit seulement la declaration au sieur Huvé, inspecteur -des bâtiments, ou à touttes autres personnes que Madame indiqueroit. - -4º Enfin le suisse garde-bosquet veilleroit à ce que rien ne fut -enlevé de nuit ou de jour, qu'il n'en puisse rendre compte, sans -aucunes conivances ni animosité pour ou contre qui que ce soit. - - * * * * * - -III. - -_Consigne du suisse de garde pour les jardins et bosquets de la maison -de Madame Élisabeth, à Montreuil._ - - Donné par le s{r} Sulleau, concierge de la maison, comme suplément - à celle à lui donné par M. Huvé. - -1º Le suisse du jardin, en se conformant exactement à ce qui lui est -enjoint par la consigne que lui a donné M. Huvé, observera que -personne ne sorte par le jardin aucuns meubles ou paquets, à moins que -ce ne soit par l'ordre de Madame ou que le concierge présent ne lui -dise que cela est nécessaire; cette circonstance excepté, on doit -toujours passer par la porte du suisse. Si quelqu'un vouloit tenter de -le faire, il en avertiroit le concierge après les avoir fait retourner -sur leurs pas. - -2º Quelques soient les personnes qui entreront avec permission de -Madame, et essentiellement si Madame permettoit qu'on entrat les -dimanches, le suisse observera qu'on ne touche point aux fleurs et -qu'on ne joue à aucuns jeux; enfin que toutte décence soit observé. Si -quelqu'un manquoit à cette règle, il leur en feroit l'observation pour -que cela cessent sur-le-champ. - -3º Les personnes de la maison ne doivent en aucun tems faire entrer -personne dans le jardin, surtout quand Madame est chez elle ou quand -elle doit y venir. Ils ne doivent jamais y faire entrer de compagnie -sans la permission de Madame. Cependant la volonté de Madame n'étant -pas de les empêcher de voir leur famille touttesfois que ce sont gens -honnêtes, et ce pendant les abcences et voyages, si il leur arivent de -sortir avec eux, la bonté de Madame peut alors être interprettée, cela -n'arrivant que rarement et eux ne quittant pas les personnes; alors le -suisse peut les laisser passer, mais en observant quil n'ayent pas de -compagnie, et s'il leur arivoit de repetter cela souvent, le suisse -alors prendroit note des jours et du nombre de personnes qu'ils auroit -conduit, et la remettroit au concierge, pour quil leur montre la -circonspection qu'ils doivent avoir, et alors ils seroit -personnellement privés de voir même leur parent, si ils ne l'observoit -pas soigneusement. - -Les garçons jardiniers ne doivent faire entrer aucune compagnie dans -le jardin, et si quelques personnes entrent de la part du maître -jardinier, il doit toujours les accompagner, devant seul répondre des -motifs pour lesquels il les aura fait entrer. - -4º A l'égard de la sortie et entrée des arbres et arbustes, le -jardinier seul doit répondre de son service; mais lui seul aussi doit -faire, ou être présent à la sortie, pour justifier que c'est lui qui -le fait faire. - -5º Le suisse doit veiller avec soins à ce que, qui que ce puissent -être, ne tentent de pêcher dans la rivière du jardin; il saisira et -emportera tous les ustensiles propre à la pêche, et il fera en sorte -de savoir qui auroit cherché à en faire usage; il en avertira le -concierge, qui en rendra compte à Madame. - -6º Le suisse observera que tout cela devant se faire pour le bon -ordre, il ne faut mettre ni humeur ni vivacité toujours déplacée, et -qui sont blâmables dans tous les cas, en ce qu'elles sont opposées au -respect düe à Madame et à sa maison. - - * * * * * - -IV. - -OUVRAGES DE LA BIBLIOTHÈQUE DE MONTREUIL - -qui seroient également bien placés dans celle de Paris. - - Entretiens de Cicéron sur la nature des dieux, par l'abbé - d'Olivet, 2 vol. in-12. - Pensées de Cicéron, trad. par le même, 1 vol. in-12. - Offices de Cicéron, trad. par de Barett, 1 vol. in-12. - Oeuvres de Sénèque, trad. par La Grange, 6 vol. in-12. - Oeuvres morales de Plutarque, trad. par Amyot - Traité de l'Amitié, par M. de Sacy, 1 vol. in-12. - Panégyrique de Trajan, par Pline le Jeune; trad. par de - Sacy, 1 vol. in-12. - Philippiques de Démosthènes et Catilinaires de Cicéron, - Paris, 1777, par l'abbé d'Olivet, 1 vol. in-12. - Traité de l'Orateur de Cicéron, trad. par l'abbé Colin, - 1 vol. in-12. - Tusculanes de Cicéron, trad. par l'abbé d'Olivet, - 1 vol. in-12. - La mort d'Abel, poëme de Gessner, 1 vol. in-12. - Lettres de Pline le Jeune, 2 vol. in-12. - De la Décadence des Lettres et des Moeurs, par M. de Juvigny, - 1 vol. in-8º. - Abrégé de l'Histoire grecque, 1 vol. in-12. - Histoires de Salluste, trad. par M. Beauzée, 1 vol. in-12. - Vie d'Alexandre, trad. de Quint-Curce, trad. par Mignot, - 2 vol. in-8º. - Essai sur les règnes de Claude et de Néron et sur les moeurs - et écrits de Sénèque, 1 vol. in-12. - Histoire de la Décadence de l'Empire romain, trad. de Gibbon, - 4 vol. in-8º. - Vie de l'Empereur Julien, par l'abbé de la Bléterie, 1 vol. in-12. - Vie de l'Empereur Jovien, par le même, 1 vol. in-12. - Histoire de la dernière révolution de Suède, trad. de Schéridan, - 1 vol. in-8º. - -AUGMENTATIONS PROPOSÉES. - -_Théologie_. - - La Sainte Bible, trad. par Le Maistre de Sacy, édition de 1746. - (Chés Onfroy.), 31 vol. in-8º. - La même, par de Carrières, seulement en françois. - Élévations sur les Mystères, de Bossuet. - Sermons du même. - Sermons du P. Terasson. - Sermons du P. Cheminais. - Sermons du P. Ségaud. - Sermons de l'abbé de Maroles. - Sermons de l'abbé Clément. - Et bientôt ceux de l'ancien évêque de Senez. - Catéchisme du Bougeant - 4 vol. in-12. - Catéchisme de Paris. - L'Influence de la Religion naturelle, par le P. Griffet - 2 vol. in-12. - Confessions de saint Augustin, trad. par D. J. Martin, 1741 - 2 vol. in-12. - Soliloques et Méditations de saint Augustin. - L'Ange conducteur. - Mandement de M. l'évêque de Saint-Malo sur les saints Anges, 1757. - Traité de la véritable et solide piété, d'après saint François - de Sales. - Instruction pastorale du cardinal de Luynes contre la Doctrine - des incrédules 1 vol. in-12. - Le Déisme réfuté par lui-même. - Les Fondements de la foy, par Aymé - 2 vol. - Existence de Dieu, par Fénélon. - Lettres sur la Religion, par le même. - De l'Éducation des filles, du même. - Traité des devoirs de la vie chrétienne, par le P. de Tracy, théatin - 2 vol. in-12. - Instruction de l'Empereur François Ier aux Princes ses enfants - 1 vol. in-8º. - L'Esprit de sainte Thérèse, recueilli de ses ouvrages - 1 vol. in-8º. - Voyes du salut dans les principes de saint Charles - 1 vol. in-12. - Dictionnaire des Conciles - 1 vol. in-8º. - Dictionnaire des hérésies, des erreurs et des schismes - 2 vol. in-8º. - Dictionnaire historique des Auteurs ecclésiastiques - 2 vol. in-8º. - Institution au droit canonique, de Fleury, avec des notes - de Boucher d'Argis. - -_Sciences et arts._ - - École des Moeurs, par l'abbé Blanchard - 3 vol. in-12. - Spectacle de la Nature, de Pluche - 9 vol. in-12. - Histoire du Ciel, du même - 2 vol. in-12. - Oeuvres de Sigaud de La Fond, physique. - -_Belles-Lettres._ - - Principes de Littérature, de Le Batteux - 5 vol. in-12. - Oraisons funèbres de Mascaron. - Horace, trad. par M. Binet. - Oeuvres de Lefranc de Pompignan. - -_Histoire._ - - Géographie de Grenet. - L'Art de vérifier les dates. - Histoire sacrée de Pridaux - 6 vol. in-12. - Abrégé de l'histoire ecclésiastique de Lhomond - 1 vol. - Histoire abrégée de la Religion, du même - 1 vol. - Vie des Saints, par Mezenguy - 1 vol. - Vie des Saints, trad. de l'anglais, par Godescard - 12 vol. in-8º. - Vie des Pères du Désert, par le P. Marin - 9 vol. in-12. - Histoire des Celtes - 2 vol. in-12. - Histoire de France depuis l'établissement de la monarchie - françoise jusqu'à Louis XV, par le P. Daniel, - continuée et enrichie de notes par le - P. Grifet, 17 vol. in-4º. - Tableau de l'histoire de France - 2 vol. - L'Esprit de la Fronde, par Mailly - 5 vol. - Mémoires et Réflexions sur les principaux événements - du règne de Louis XIV, 1 vol. in-12. - Mémoires pour servir à l'histoire de Louis XIV, par - l'abbé de Choisy, 1 vol. in-12. - Journal historique ou fastes du Règne de Louis XV - 1 vol. in-8º. - Histoire des Campagnes du maréchal de Maillebois - en Italie, en 1745 et 1746, 3 vol. in-4º. - Histoire du maréchal de Saxe, par le baron d'Espagnac - 3 vol. in-12. - Lettres du cardinal d'Ossat. - Mémoires de M. de Torcy pour servir à l'histoire - des négociations depuis le traité de paix de Riswick - jusqu'à la paix d'Utrecht. - Histoire des traités de Westphalie, par le P. Bougeant - 6 vol. in-12. - Histoire de Suède, par le baron de Puffendorff - 3 vol. in-12. - Histoire de Danemark, par Mallet - 6 vol. in-12. - Histoire générale de Pologne, par l'abbé de Solignac - 5 vol. in-12. - Histoire de Jean Sobiesky, Roi de Pologne, par - l'abbé Coyer, 2 vol. in-12. - Histoire de l'état présent de la Russie depuis 1714 - jusqu'en 1720, 2 vol. in-12. - Révolutions de Corse - 2 vol. in-12. - Histoire générale de Portugal, par La Clède - 2 vol. in-4º. - Abrégé chronologique de l'histoire de Lorraine - 2 vol. in-8º. - Histoire de la vie et du règne de Frédéric-Guillaume, - Roi de Prusse, 2 vol. in-12. - Histoire de l'Empire ottoman, par M. Mignot, 1771 - 4 vol. in-12. - Histoire des Arabes sous le gouvernement des Califes, - par l'abbé de Marigny, 4 vol. in-12. - Histoire du Japon, par le P. Charlevoix, 1754 - 6 vol. in-12. - Histoire de Siam, par M. Turpin, 1771 - 2 vol. in-12. - Histoire générale des conjurations et conspirations, - par Duport du Tertre, Paris, 1762, 10 vol. in-12. - Dictionnaire historique des Grands Hommes - 9 vol. in-8º. - Dictionnaire historique des Grands Hommes, de - l'abbé L'Advocat, 3 vol. in-8º. - Histoire de l'Académie françoise depuis son établissement - jusqu'en 1652, par Pélisson, 2 vol. in-12. - Histoire de l'Académie royale des Belles-Lettres, par - M. de Boze, 1740, 3 vol. in-12. - Bibliothèque des Anciens Philosophes, trad. par - Dacier, 11 vol. in-12. - - * * * * * - -V. - -L'an second de la République françoise, de l'ère ancienne mil sept -cent quatre-vingt douze, le 12 mars, à cinq heures de relevée, en -vertu de l'arrêté du directoire du district de Versailles, en date du -9 du courant, nous, Jean Gazard, commis de l'administration du -district, nous sommes transporté avec le citoyen Huvé, inspecteur des -bâtiments, en cette ville, avenue de Paris, à la maison dite de Madame -Élisabeth, conformément à la réquisition du citoyen Couturier, -régisseur du domaine de Versailles, à l'effet de lever et apposer les -scellés sur plusieurs portes de ladite maison; où étant, nous avons -levé le scellé apposé sur une porte cochère, donnant de la petite cour -dudit bâtiment sur l'avenue de Paris, afin de laisser l'usage libre du -guichet de ladite porte, et l'avons apposé sur le verrouil de ladite -grande porte; de là nous sommes transportés à deux autres petites -portes, communiquant du jardin dans une des cours du bâtiment, où nous -avons également apposé le scellé sur l'entrée des serrures; et, -n'ayant point le cachet du district, nous nous sommes servi d'un petit -cachet de montre, ayant pour empreinte un coeur percé de deux flèches, -surmonté de ces mots: _Je suis blessé_, lequel cachet, nous avons -remis entre les mains des administrateurs du directoire du district -pour servir à la confrontation et reconnoissance desdits scellés quand -le cas le requerra; et du tout, avons dressé le présent procès-verbal, -les jours et an que d'autre part. - - GAZARD, _commissaire_. HUVÉ. - - * * * * * - -VI. - -Le citoyen Sulleau, concierge garde-meuble de la maison de Madame -Élisabeth à Montreuil, a l'honneur d'observer à monsieur le maire et -messieurs les officiers municipaux de Versailles, qu'il est en sa -qualité de garde-meuble chargé sur sa responsabilité de tous les -effets contenus en laditte maison, sous l'inspection général de M. -Restout, nommé par M. le ministre de l'intérieur à cet effet, et à qui -il doit rendre compte de tous les objets remis à sa garde et -responsabilité suivant les inventaires généraux, déposés au -Garde-meuble. - -Le citoyen Sulleau a pour l'aider à la surveillance et manutention de -sa place le nommé Flury, homme honnête et sûre dont il garantie la -fidélité et l'honnêteté comme de tous autres gens de la maison qui lui -sont subordonnés.--Il s'est trouvé de nécessité en 1791 à réclamer la -justice de messieurs de la municipalité, sur les prétentions et -démarches du suisse nommé Hubert, et il a eu la satisfaction -d'éprouver alors une justice satisfaisante. - -Aujourd'hui 8 octobre 1792, il vient d'être apposé des scellés sur -toutes les portes extérieures de la maison, sous prétexte qu'on -pourrait on sortir des effets; cette précaution ne peut en rien -augmenter la responsabilité du dépositaire, devient nul pour le -résultat, mais infiniment sensible et douloureuse pour tous les -individus attachés à la maison. Ils en ont tous marqué leur douleur au -citoyen Sulleau, qui bien convaincu de leur honnêteté reconnue depuis -dix ans, ne peut se refuser de réclamer l'attention de monsieur le -maire sur un acte qui véritablement ne porte que sur eux seuls, et -avec d'autant plus d'injustice que cette précaution est sollicité par -un homme qui n'est responsable de rien, et qui de touts les temps a -fait preuve du désir de nuire, et cela sans aucun... - - SULLEAU. - -Nous, commissaire nommé pour examiner la nécessité de lever le scellé -sur la porte cochère du côté du jardinier, avons reconnu qu'elle étoit -réelle, le service des fumiers et autres charois ne pouvant avoir lieu -que par là. En foi de quoi nous avons signé le présent rapport, à la -maison commune, le 8 octobre 1792, l'an premier de la République -françoise. - - HUVÉ. - - * * * * * - -VII. - -L'an premier de la République françoise, les citoyens Boissy et Borel -ayant été autorisséz par un réquisitoire de la municipalité de -Versailles signéz Richaud maire, Couturier procureur de la Commune, -Gaucher municipal, ce sont transportez en la maison de la soeur du -ci-devant Roi, avenuë de Paris, est ont apposez les scellés sur toutes -les portes extérieur de la sudite maison et du jardin. Le sieur -Heuber, suisse et gardien, nous ayant représentéz de ne point apposéz -le scelléz sur la porte extérieur de la vacherie en nous disant qu'ils -étoit nécessaire que les animeaux sortent pour aller aux champs, ce -que nous avons vûe raisonnable cela ne nous nous (_sic_) a pourtant -pas empêchéz de les poser sur toutes les portes intérieur qui -communiquent de la susdite vacherie au jardin, afin d'empêcher toutes -les communications. Nous nous sommes transportéz de là à une petite -maison qui n'est séparéz que d'une porte en treilliage fermant à clef, -n'ayant pas trouvéz cette fermeture suffisante, nous avons voulut -apposer le scelléz sur la porte de clôture qui donne sur une petite -rüe. Le citoyen Pélican et la dame Piout cetant présentéz à l'instant -nous ont exibéz une oppositions de leurs part en nous représentant -que cette petite maison appartenoit à la ci-devant baronne de Mackau; -sur les représentations du citoyen Heuber, suisse et gardien qu'il -sufisoit seulement de poser le scelléz sur la sudite porte de -treilliage, ce que nous avons fait à l'instant, le sieur Sulleau -s'étant aussi présentéz avec le jardinier, n'ayant point parût -satisfaits de notre opération, même nous exibant en plusieurs pièces, -nous disant qu'ils étoient les ministres de l'intérieur et nous disant -d'une voix foible qu'ils croyoient être suffisamment autorissez par le -moyens de ces pieces de s'opposer au scelléz nous avons regardez cela -comme des mots qui ne peuvent convenirent qu'à des hommes foibles. -Nous lui avons dits que s'il avoit des droits qui les fassent valoir à -la maison comune, pour nous, cela ne nous empècheroient pas de -continuer nos opérations. C'est ce que nous avons fait s'en crainte, -est avons signées le présent à Versailles, ce 8 octobre 1792, l'an -premier de République françoise. - - BOISSY. BORET. - -Faite en présence des citoyens HEUBER, BONIFACY, _garde-bosquet_. - - * * * * * - -VIII. - -_État de ce que nous avons trouvéz dans la vacherie._ - -Cinq vaches est une genise, un cheval est une petite voiture d'osier -couverte, avec tous ces harnois; nous avons crue devoir prendre ce -détail à cause que ces animeaux sont sujette à la sortie pour leurs -subsistance. A Versailles, le 8 octobre 1792, l'an premier de la -République françoise. - - BOISSY. BORET. - - * * * * * - -IX. - -Sur la réprésentation que les citoyens Heuber, suisse et gardien, -Bonifacy, garde-bosquet, que l'on dévastoient tout les jours les -jardins par la coupe journailliere des arbres et la pêche qui si fait -continuellement par des gens de la maison, ainsi que des étrangers -qu'ils introduisent à leurs compagnies, croyant toujours être sous la -protection de la soeur du ci-devant Roi, nous ont dits qu'ils seroient -bien aise d'être autorisséz d'un pouvoir de la municipalités qui les -autorisent à pouvoir empêcher tous ces desordres, est ont signées. - - HEUBER, BONIFACY, _garde-bosquet_, - - PRÉVOT, _commissionnaire du sieur Fleury, garçon tapissier_. - - * * * * * - -X. - -MESSIEURS, - -Noël Gauthier et Julien Gauthier frères, tous deux frotteurs des -appartements de la petite maison de Madame Élisabeth, avenuë de Paris, - -Ont l'honneur de vous représenter que depuis le départ de cette -princesse, ils sont resté gardien l'un de l'aile droite et l'autre de -l'aile gauche de laditte maison, couchant dans les appartements, -ignorent le motif pour lequel M. Suleau concierge vient de nommer et -faire recevoir deux autres gardiens, au préjudice des exposants qui -osent se flatter qu'on ne peut rien leur reprocher, - -Pendant les trois mois qu'ils ont gardés le premier scellé les jours -et nuits par ordres du sieur Suleau dont il en ont point été payé. - -Ils vous supplient, Messieurs, de vouloir bien leur rendre justice. - - * * * * * - -XI. - -_Procès-verbal._ - -Aujourd'hui le 9 octobre 1792, l'an premier de la République, en vertu -d'un réquisitoire du bureau municipal, signé des citoyens Couturier -procureur de la commune, Huvé et Gauchez officiers municipaux, qui ont -nommé les citoyens Boissy et Geoffroy comissaires a l'apposition des -scellées dans la maison de la Damme Élisabeth, soeur du ci-devant Roi, -ont pris pour témoins l'apposition desdits scellées, le citoyens Flury, -attaché à la conciergerie du Garde-meuble de ladite maison, ainsi que le -nommé Prévot, journallier employé par le citoyen Sulleau, qu'il a été -posé quatre-vingt et tant de scellées dont quatre-vingt-une clef, il est -resté ouvert et à la jouissance des personnes dénommées ci-apprès et qui -sont meublés conformément aux inventaires dont la minute est déposé au -bureau du Garde-meuble national à Versailles, dont le citoyen le Clerc -se charge de la représenter à la première réquisition de la -municipalité; lesdits logements actuellement occuppées par les personnes -susdites, consiste savoir celui du citoyen Sullau, concierge du -Garde-meuble; Fleury, garçon du Garde-meuble attaché au concierge, et le -représentant en son absence; la veuve du Coudray, femme de charge et -lingerie; la demoiselle Simon, ouvrière; Marie, laitièrre, Prévot, -journallier; Noël, frotteur, Juillien, second frotteur, Doré, garçon -jardinier, le suisse de la porte, nommé Ubert, Boniface, suisse -garde-bosquet; Cadeau, balayeur, demeurant sur l'ancienne cour basse, -sur l'avenuë, et dans le pavillon, ruë ci-devant Champ-la-Garde; Jaques -Bosson, vacher; Coupry, maître jardinier. - -Lesdits commissaires ont nommé les citoyens Flury et Prévots ci-dessus -dénommés gardiens de l'intérieur et extérieur de ladite maison, qu'ils -l'ont acceptés et signés avec nous le présent procès-verbal, et est -comparu au moment où l'on posoit les scellées, le citoyen Sullau -ci-devant dénommé, et qui a signé avec nous. - -De plus, avons établi les citoyens Ubert suisse des portes, et -Bonifacy garde-bosquet, a qui nous avons délivré des pouvoirs comme -gardiens des scellées extérieurs et sureté générale dans leurs postes. - -Clos le présent présent (_sic_) procès-verbal en présence des citoyens -Sullau, Fleury, Prévot, Ubert, Boniface, le Clerc. - - SULLEAU. FLURY. LECLERC. HEUBER. - - BONIFACY, _garde-bosquet_. - - BOISSY. GEOFFROY. HEUBER. - - * * * * * - -XII. - - A Versailles, le 5 mars 1793, l'an II de la République. - -CITOYEN, - -J'ai ordonné ce matin, en conséquence de votre lettre d'hier, la -fermeture de deux portes à la maison cy-devant de Madame Élisabeth, -mais on m'a observé que si l'on condamnoit celle de la petite cour -côté de l'avenuë de Paris, le gardien de ce côté-là ne pourroit plus -sortir d'aucun côté. - -Il n'y auroit d'autre moyen, en persistant de lui interdire le passage -par le jardin, que de lui faire ouvrir le guichet de la grande porte, -après en avoir levé les scellés, car ils sont sur toutes les portes -intérieures qui conduisent à la grande cour; mais il y communiqueroit -par dehors. - -J'ai appris, cher concitoyen, que vous étiez débarassé de votre rhume, -j'en suis bien aise, mais moi je suis pris par tous les bouts, au pied -par une reculade imprévue, à la tête par un rhume oppiniâtre, et par -tout le corps je ne scais pourquoi. - -Je suis votre frère en patriotisme, - - _Le maire de Versailles_, HUVÉ. - -Vu par nous administrateurs composant le directoire du district de -Versailles, pour être exécuté par le citoyen inspecteur des bâtiments -de l'arrondissement, en présence du citoyen Gazard, commis de -l'administration, chargé de lever et apposer les scellés où besoin -sera. - -A Versailles, 9 mars 1793, l'an deux de la République. - - BOYELLEAU, BÉZARD, _v. p._ DEVEZE, _pr. s._ CHAILLIOU. - - COURRAUT. - - * * * * * - -XIII. - - A Versailles, le 7 mars 1793, l'an II de la République. - -CITOYEN, - -Je vous prévient que Madame Élisabeth, avoit une chien de sûreté a sa -maison, elle faisoit donner six livres de pain par jour, le citoyen -Thierry, boulanger du ci-devant Roi, est m'en avoit donnez la garde -comme étant le gardien de ladite maison, mais trouvant qu'un seul -chien ne suffisoit pas pour la sûreté de la maison, Madame Élisabeth -m'a ordonnez en différentes fois d'en élever plusieurs, comme il -plaisoit à Madame Élisabeth d'en disposer à sa volonté, et quel en -faisoit des cadots, laqu'elle m'avoit promis un dedomagement, mais -comme n'étant point revenuë, je n'ai toujours eut que la nouriture du -premier, dont ledit citoyen Thierry a cessez de fournir le pain le 1er -mars de la présente année 1793; est je me trouve avoir trois gros -chiens à ma charge, est des frais d'en avoir elever et nourries -plusieurs dont deux jusqu'à présent s'en avoir eut aucun dédomagement; -est ayant prévenüe les citoyens qui ont posez les scellés, comment est -que je pouroit faire avec ces chiens, s'il falloit m'en défaire, où en -prévenir la municipalité, ils monts ordonnez de les garder jusqu'à la -levée des scellés. Mais n'ayant plus le pain est n'ayant aucun -dédomagement pour les nourirents je ne peut pas garder trois gros -chiens à ma charge. - - HEUBER, _gardien de la maison ci-devant Madame Élisabeth_. - - * * * * * - -_Avis du directeur de la régie nationale de l'enregistrement._ - -Le directeur de la régie nationale qui a pris communication de la -pétition de l'autre part, est d'avis: - -1º Que le citoyen Hubert soit autorisé à conserver un chien de -basse-cour pour la garde de la maison Élisabeth Capet, située à -l'extrémité de l'avenüe de Paris; - -2º Qu'il lui soit tenu compte de cet objet de dépense à compter du 1er -de ce mois, sur le pied qui sera déterminé par le directoire du -district; - -3º Enfin, que ledit Hubert vende, s'il est possible, ou donne les -autres chiens qui sont inutiles. Le directeur observe au surplus que -si les meubles existants dans cette maison étoient vendus ou -transportés ailleurs, on trouveroit sans doute à la louer, ce qui -produiroit le double avantage de supprimer toute espèce de dépense, et -de procurer à la République un revenu dont elle est privée. - -Versailles, 18 mars 1793, le deuxième de la République françoise. - - DESCHESNE. - - * * * * * - -XIV. - -_Extrait du registre des délibérations du directoire du département de -Seine-et-Oise._ - - Séance publique du 8 juin 1793, l'an II de la République française. - -Vu par le directeur la réclamation de sept ouvriers jardiniers, -employés au jardin ci-devant appartenant à la soeur de Louis Capet, -dépendant de la liste civile et situé au grand Montreuil, qui a pour -objet le payement de trente-six livres chacun, qu'ils déclarent avoir -ci-devant été dans l'usage de recevoir annuellement à titre de -gratification, et n'avoir pas touché depuis 1791 inclusivement; - -Le certificat du jardinier de ce jardin qui atteste cet usage; - -Le renvoi de ladite demande de la part du district au directeur de la -régie; - -L'avis du directeur de la régie du 2 janvier dernier; - -L'avis au district de Versailles du 11 dudit mois de janvier; - -Ouï le procureur général sindic, - -Le directoire, attendû que les sept ouvriers réclamants n'étoient pas -mis en oeuvre de l'ordre direct de la ci-devant Madame Élisabeth, mais -bien pour le jardinier personnellement, et que c'est conséquemment à -celui-ci de pourvoir tant à leurs salaires qu'à leurs gratifications -s'il le juge à propos; - -Arrête qu'il n'y a pas lieu d'accorder les gratifications requises. - -Pour expédition, signés Richaud et Bocquet, secrétaire. - - Pour copie conforme: - - GAZARD, _secrétaire_. - - * * * * * - -XV. - -Aujourd'hui lundi cinq août mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an -deux de la République une et indivisible, nous, J. M. Musset, -Claude-Étienne Contant et Nicolas Monjardet, commissaires de la -Convention nationale du district de Versailles et de la municipalité -de ladite ville, nous sommes transportés dans la maison ci-devant -occupée par Élisabeth Capet, avenue de Paris, à l'effet d'examiner si -les meubles des appartements de cette maison n'étoient point -endommagés par les vers ou autrement. Nous nous sommes fait -accompagner dans la visite que nous avons faite de plusieurs de ces -appartements par le citoyen Hubert, l'épouse du citoyen Fleury et le -citoyen Prévost, tous trois gardiens des scellés de ladite maison. - -Les meubles que nous avons examinés sont ceux des appartements dont -les portes d'entrée sont numérotées 1 et 2, -- 16 et 17, -- 12 et 13, --- 14, 15, -- 18 et 20, desquelles portes nous avons levé les scellés, -trouvés intacts. - -Voyant que ces meubles étoient tout neufs et fort peu endommagés des -vers, nous avons jugé inutile d'en examiner un plus grand nombre, et -nous nous sommes bornés à en faire battre plusieurs couchers et -chaises sortis à cet effet dans la cour, en en prenant note; après -quoi nous avons fait exactement replacer chacun à sa place, avons fait -entièrement refermer lesdits appartements, et les scellés ont été -réapposés par le commissaire du district sur chacune desdites portes. - -Ensuite nous avons cru devoir, avant de terminer, visiter aussi les -meubles de l'appartement d'Élisabeth Capet. Nous avons à cet effet -levé les scellés mis sur la porte d'entrée, et après avoir entré dans -l'antichambre, nous avons trouvé déchiré dans le milieu, et vis-à-vis -la jonction des deux battants de la porte, le papier des scellés mis -sur la porte à gauche qui est celle de l'appartement; et cette porte -ouverte, le pesne de la serrure étant hors de la gâche, sur quoi il -nous a été observé par lesdits gardiens que cette porte, fermée ainsi -peut-être par inadvertance, pouvoit avoir été la cause du déchirement -de ce papier dans quelque moment où il y aura eu du vent. - -Nous avons vérifié que les meubles de cet appartement, qui sont -précieux, n'étoient nullement endommagés. Nous avons refermé ladite -porte trouvée ouverte, mais sans y apposer de nouveaux scellés, -observant que ceux de la porte d'entrée suffisoient, et les scellés -ont été réapposés sur celle-ci. - -De tout quoi nous avons dressé le présent procès-verbal, fait double -pour être déposé au district et l'autre entre les mains des -représentants du peuple, et avons signé avec lesdits gardiens -présents, l'un d'eux représentés par son épouse, les an, mois et jour -susdits. Et avons remis à la maison commune les clefs desdits -appartements où elles étoient déposées. - - MONJARDET, J. M. MUSSET, _commissaire national_, PRÉVOST, COUTANT, - _commissaire du district_, HEUBER, Femme FLURY. - - * * * * * - -XVI. - -_Aux citoyens administrateurs du directoire du district de -Seine-et-Oise._ - -CITOYENS, - -Coupry, jardinier dans la ci-devant maison d'Élisabeth Capet, est -décédé hier 8 nivôse à la suite d'une maladie; comme j'ai toujours -veillié autant qu'il a dependû de moi aux interest de la République, -si j'ai pû obtenir quelque confiance, je prie les citoyens -administrateurs de vouloir bien me maintenir dans l'emploi provisoire -de la surveillance du jardin et orangerie, ou il ce trouve maintenant -beaucoup de plantes appartenant à la nation auxquelles j'ai toujours -donné mes soins. - - LACOLONGE. - -A Versailles, ce 9 nivôse, l'an second de la République françoise (29 -décembre 1793). - -Salut et fraternité. - - * * * * * - -_Avis du directeur de la régie nationale._ - -Le directeur de la régie observe que, vû la vigilance et la probité -bien reconnues du citoyen Lacolonge, l'administration adoptera une -mesure fort sage, en lui confiant provisoirement le soin de veiller à -la conservation des jardins, orangerie, plantes et arbustes de la -maison d'Élisabeth Capet: il avoit la confiance de Coupry; personne ne -connoît mieux que lui les détails de cette maison, il n'est donc pas -possible de faire meilleur choix. - -Il est vraisemblable que des anciens ouvriers, qui ont travaillé dans -le jardin dépendant de ladite maison, feront des démarches pour -remplacer Coupry; mais il seroit contraire à l'intérêt de la -République de les laisser s'immiscer dans une administration où il -régnoit une foule d'abus qu'on a attribués à plusieurs d'entr'eux. - -Versailles, ce 21 nivôse de l'an II de la République une et -indivisible (10 janvier 1794). - - DESCHESNE. - - * * * * * - -XVII. - -Aujourd'hui sept ventôse, an second de la République françoise une et -indivisible (25 février 1794), à quatre heures de relevée, moi, -soussigné, comissaire nommé par l'administration du district de -Versailles, département de Seine-et-Oise, par comission en datte du 24 -pluviôse, pour la levée des scellés apposés au local du palais -National et autres lieux dépendants de la ci-devant liste civile, -assisté du citoyen Tissot, notable, comissaire pour la municipalité, -nous nous sommes transporté au local dit Maison Élisabeth, où, après -vérification faite des scellés apposés sur différentes portes -environnant le jardin et autres issues de la maison, nous en avons -fait la levée ainsi qu'il suit, savoir: - - Pº A une porte de la cour des cuisines; - - 2º Une grande porte donnant sur l'avenue de Paris; - - 3º Une porte donnant sous la voûte qui conduit à l'avenue de Paris; - - 4º Une porte donnant sur la ruelle, au bout du jardin Lemonier; - - 5º A la porte de communication du jardin dudit Lemonier; - - 6º A la porte de communication du jardin de la citoyenne Makau; - - 7º A la porte donnant à la maison de la femme Diane Polignac; - - 8º A la porte du jardin du petit bâtiment détaché; - - 9º A la porte cochère du petit bâtiment id. - -Plus, le citoyen Flury, concierge de laditte maison, nous a fait voir -des chassis de couche vitré, au nombre de soixante-dix-sept de 4 pieds -carrés, et huit de 18 pouces sur 4 pieds, dont il a donné note au -citoyen L'Oiseleur, inspecteur de laditte maison. - -La levée des scellés étant terminés, nous donnons décharge aux -gardiens ci-après dénommés, savoir: - -Le citoyen Flury, - -Prévost, - -Heubert, - -Bonifacy. - -Et a ledit citoyen Flury signé avec nous, comme restant concierge, ce -jour et an que dessus. - - TISSOT, _notable_. COSTAR, _commissaire du district_. FLURY. - - * * * * * - -XVIII - -_Aux citoyens administrateurs composant le directoire du district de -Versailles._ - -CITOYENS, - -Le citoyen Jean-Philippe Quadot, ci-devant balayeur de la maison de -ci-devant Élisabeth Capet, soumets sous vos yeux sa triste position, -etant pere de famille: est peu favorisez de la fortune, il ose espérer -de votre justices le soutien que tous citoyen doit attendre de vous -magistrats, lorsque la demande d'un réclamant ce trouve fondé; c'est -dans cette espoir qu'ils vous soumets les reclamations suivante. - -Jean-Philippe Quadot, âgé de soixante ans, pere de famille et -indigent, a servie sous le règne du tyran Louis quinzième du nom, dans -le ci-devant régiment de Normandie, où il fit cinq campagne durant les -guerres d'Hanôvre; sortie du service militaire en 1757 (v. stile) il -entra l'année ensuite au ci-devant château, en qualité de garçon -marbrier pour l'entretien et la propreté de toute les marbres qui -dépendoient des appartements dudit château, ainsi que de ceux de la -chapelle; ayant de paye vingt sols par jour; ce qui ne pouvoit qu'à -peine le faire subsanter lui est sa famille, mais dans lespoir où le -réclamant étoit que l'on prendroit son sort et son ancien service en -considération fait qu'il a toujours espérez jusqu'en 1789 (v. stile) -où la ci-devant Élisabeth le prit à son service en qualité de -balayeur, ordonnant qu'il fut habillez logez chauffez et eclairez, lui -accordant aussi trente sols par jours de gage. Ce qui ne fut pas -exécuté t'elle qu'elle l'avoit ordonnée, n'ayant étté logez qu'un an -après etre entrée à son service, est n'ayant point étté habillez du -tout, pour les trente sols par jour de gage la première année nayant -étté payéz par le citoyen Sulleau concierge de la maison qui en etoit -chargéz à raison de vingt quatre sols la seconde à raison de vingt six -sols et la troisième à raison de vingt huit sols par jour jusqu'aux -premier novembre; où ayant fait observer audit citoyen Sulleau que ce -n'étoit point là les ordres de la maîtresse de le payer depuis vingt -quatre sols jusqu'à vingt huit sols puisqu'elle avoit ordonné de le -payer à raison de trente sols par jour; sur quoi le dit concierge lui -dit qu'il n'étoit jamais content et comment faisoit-il au château -lorsqu'il n'avoit que vingt sols, à quoi le citoyen Quadot a répondu -qu'il avoit des Bonnes-âmes qui l'aidoit lui est sa famille, est que -sa femme travailloit mais que n'étant plus jeune ni lui non plus ils -seroit bien malheureux qu'ils fussent obligéz d'aller mendier leurs -pains, tandis que lui concierge ne ce contentant pas de sa place -cherchoit encor à retenir le salaire d'un malheureux. Cependant -d'après cette explication il le paya à raison de trente sols par jour -depuis le mois de novembre 1792 (v. style); quand au bois et la -chandelle, il n'en avoit pas la moitié de son besoin. - -Voici le précis de son état qu'il vous a exposéz.--Actuellement voici -où ce borne sa demarche auprès de vous citoyens administrateurs. - -Le citoyen Flüry garçon du citoyen Sulleau, ordonna le 18 ventôse au -citoyen Quadot dévacuer le logement qu'il occupe dans la maison de -rendre les meubles dans le délai de vingt-quatre heures; le malheureux -Quadot malade d'un coup de pied de cheval qu'il a reçue dans lestomac, -s'en le sols s'en lit pour ce coucher lui et sa famille... - -Je pase sous silence a votre humanité le tableau douloureux d'une -famille abandonnée, réduite au désespoir. - -N'ayant aucunes resources que de votre justices et ayant une conduite -s'en reproche. - -Vous fait la demande de son logement jusqu'au moment où l'on -disposeroit de la maison autrement: en titre de charité après -trente-six ans de service; est vous demande aussi de lui faire avoir -son lit à la prissez un sixième en sus de l'estimation. - -Justices qu'il attend de vous citoyens administrateurs ce qui le -pénétrera de la plus vive reconnoissance. - -Le citoyen Quadot ne schachant point signée à fait une - - X - -_La demande du sieur Quadot est appuyée ainsi par sa section._ - -Les président et secrétaires de la treizième section au nom de leurs -concitoyens atestent que le citoyen Kadot est un bon citoyen, qu'il -est père de quatre enfans dont trois à sa charge et un dans l'armée -révolutionnaire, qu'en outre il est privé de toute fortune. En -conséquence, il invite les membres du district de prendre en -considération son honnêteté, les besoins de sa famille, et de -permettre qu'il reste dans le logement qu'il occupe jusqu'à ce qu'il -plaise à la justice du district d'en ordonner autrement. - -Versailles, le 21 ventôse, l'an deuxième de la République une et -indivisible. (11 mars 1794.) - - TARDIF, _secrétaire_. - -Le registre des délibérations de l'administration du district de -Versailles nous apprend que, - -Dans la séance publique du 16 germinal an II (5 avril 1794), - -«Ouï l'agent national provisoire, - -»L'administration considérant que la position du réclamant exige des -égards; que l'humanité souffrante ne peut qu'engager à secourir les -infortunés; - -»Considérant que les intérêts de la République ne doivent pas être -compromis; - -»Arrête que le citoyen Kadot jouira provisoirement du logement qu'il -occupe à la ci-devant maison d'Élisabeth Capet, jusqu'à ce qu'il ait -été pris un parti par l'administration pour la vente ou la location de -cette maison. - - »Pour expédition, - - »BOURNIZET, _Américain_. - - »LECLERC, _p._ {le} _s._» - - * * * * * - -XIV - -LETTRE DES PRINCES AU ROI. - - -SIRE, NOTRE FRÈRE ET SEIGNEUR, - -Lorsque l'assemblée qui vous doit l'existence, et qui ne l'a fait -servir qu'à la destruction de votre pouvoir, se croit au moment de -consommer sa coupable entreprise; lorsqu'à l'indignité de vous tenir -captif au milieu de votre capitale, elle ajoute la perfidie de vouloir -que vous dégradiez votre trône de votre propre main; lorsqu'elle ose -enfin vous présenter l'option, ou de souscrire des décrets qui -feroient le malheur de vos peuples, ou de cesser d'être roi, nous nous -empressons d'apprendre à Votre Majesté que les puissances dont nous -avons réclamé pour elle le secours, sont déterminées à y employer -leurs forces; que l'Empereur et le roi de Prusse viennent d'en -contracter l'engagement mutuel. Le sage Léopold, aussitôt après avoir -assuré la tranquillité de ses États et amené celle de l'Europe, a -signé cet engagement à Pilnitz, le 29 du mois dernier, conjointement -avec le digne successeur du grand Frédéric; ils en ont remis -l'original entre nos mains, et pour le faire parvenir à votre -connoissance nous le ferons imprimer à la suite de cette lettre, la -publicité étant aujourd'hui la seule voie de communication dont vos -cruels oppresseurs n'aient pu nous priver. - -Les autres cours sont dans les mêmes dispositions que celles de Vienne -et de Berlin. Les princes et États de l'Empire ont déjà protesté, dans -des actes authentiques, contre les lésions faites à des droits qu'ils -ont résolu de soutenir avec vigueur. Vous ne sauriez douter, Sire, du -vif intérêt que les rois Bourbons prennent à votre situation; Leurs -Majestés Catholique et Sicilienne en ont donné des témoignages non -équivoques. Les généreux sentiments du roi de Sardaigne, notre -beau-père, ne peuvent pas être incertains. Vous avez droit de compter -sur ceux des Suisses, les bons et anciens amis de la France. Jusque -dans le fond du Nord, un roi magnanime[235] veut aussi contribuer à -rétablir votre autorité; et l'immortelle Catherine, à qui aucun genre -de gloire n'est étranger, ne laissera pas échapper celle de défendre -la cause des souverains. - -[Note 235: Le roi de Suède.] - -Il n'est point à craindre que la nation britannique, trop généreuse -pour contrarier ce qu'elle trouve juste, trop éclairée pour ne pas -désirer ce qui intéresse sa propre tranquillité, veuille s'opposer aux -vues de cette noble et irrésistible confédération. - -Ainsi, dans vos malheurs, Sire, vous avez la consolation de voir les -puissances conspirer à les faire cesser, et votre fermeté, dans le -moment critique où vous êtes, aura pour appui l'Europe entière. - -Ceux qui savent qu'on n'ébranle vos résolutions qu'en attaquant votre -sensibilité, voudront sans doute vous faire envisager l'aide des -puissances étrangères comme pouvant devenir funeste à vos sujets; ce -qui n'est que vue auxiliaire, ils le travestiront en vue hostile, et -vous peindront le royaume inondé de sang, déchiré dans toutes ses -parties, menacé de démembrements. C'est ainsi qu'après avoir toujours -employé les plus fausses alarmes pour causer les maux les plus réels, -ils veulent se servir encore du même moyen pour les perpétuer; c'est -ainsi qu'ils espèrent faire supporter le fléau de leur odieuse -tyrannie, en faisant croire que tout ce qui la combat conduit au plus -dur despotisme. - -Mais, Sire, les intentions des souverains qui vous donneront des -secours sont aussi droites, aussi pures que le zèle qui nous les fait -solliciter; elles n'ont rien d'effrayant ni pour l'État, ni pour vos -peuples: ce n'est point les attaquer, c'est leur rendre le plus -signalé de tous les services, que de les arracher au despotisme des -démagogues, aux calamités de l'anarchie. Vous vouliez assurer plus que -jamais la liberté de vos sujets, quand des séditieux vous ont ravi la -vôtre; ce que nous faisons pour parvenir à vous la rendre, avec la -mesure d'autorité qui vous appartient légitimement, ne peut être -suspecté de volonté oppressive; c'est au contraire venger la liberté -que de réprimer la licence; affranchir la nation, que de rétablir la -force publique, sans laquelle elle ne peut être libre. Ces principes, -Sire, sont les vôtres; le même esprit de modération et de bienfaisance -qui caractérise toutes vos actions sera la règle de notre conduite: il -est l'âme de toutes nos démarches auprès des cours étrangères; et -dépositaires des témoignages positifs des vues aussi généreuses, -qu'équitables qui les animent, nous pouvons garantir qu'elles n'ont -d'autre désir que de vous remettre en possession du gouvernement de -vos États, pour que vos peuples puissent jouir en paix des bienfaits -que vous leur avez destinés. - -Si les rebelles opposent à ce désir une résistance opiniâtre et -aveugle, qui force les armées étrangères de pénétrer dans le royaume, -eux seuls les y auront attirées, sur eux seuls rejailliroit le sang -coupable qu'il seroit nécessaire de répandre; la guerre seroit leur -ouvrage. Le but des puissances étrangères n'est que de soutenir la -partie saine de la nation contre la partie délirante, et d'éteindre au -sein du royaume le volcan du fanatisme, dont les éruptions propagées -menacent tous les empires. - -D'ailleurs, Sire, il n'y a pas lieu de croire que les François, -quelque soin qu'on prenne d'enflammer leur bravoure naturelle, en -exaltant, en électrisant toutes les têtes par des prestiges de -patriotisme et de liberté, veuillent longtemps sacrifier leur repos, -leurs biens et leur sang pour soutenir une innovation extravagante qui -n'a fait que des malheureux. L'ivresse n'a qu'un temps; les succès du -crime ont des bornes; et on se lasse bientôt des excès, quand on est -soi-même victime. Bientôt on se demandera pourquoi on se bat, et l'on -verra que c'est pour servir l'ambition d'une troupe de factieux qu'on -méprise, contre un roi qui s'est toujours montré juste et humain; -pourquoi l'on se ruine, et l'on verra que c'est pour assouvir la -cupidité de ceux qui se sont emparés de toutes les richesses de -l'État, qui en font le plus détestable usage, et qui, chargés de -restaurer les finances publiques, les ont précipitées dans un abîme -épouvantable; pourquoi on viole les devoirs les plus sacrés, et l'on -verra que c'est pour devenir plus pauvres, plus souffrants, plus -vexés, plus imposés qu'on ne l'avoit jamais été; pourquoi on -bouleverse l'ancien gouvernement, et l'on verra que c'est dans le vain -espoir d'en introduire un qui, s'il étoit praticable, seroit mille -fois plus abusif, mais dont l'exécution est absolument impossible; -pourquoi l'on persécute les ministres de Dieu, et l'on verra que c'est -pour favoriser les desseins d'une secte orgueilleuse qui a résolu de -détruire toute religion, et par conséquent de déchaîner tous les -crimes. - -Déjà même toutes ces vérités sont devenues sensibles, déjà le voile de -l'imposture se déchire de toutes parts, et les murmures contre -l'assemblée qui a usurpé tous les pouvoirs et anéanti tous les droits -s'étendent d'une extrémité du royaume à l'autre. - -Ne jugez pas, Sire, de la disposition du plus grand nombre par le -mouvement des plus turbulents; ne jugez pas le sentiment national -d'après l'inaction de la fidélité et son apparente indifférence. -Lorsque vous fûtes arrêté à Varennes et lorsqu'une troupe de -satellites vous reconduisit à Paris, l'effroi glaçoit alors tous les -esprits et faisoit régner un morne silence. Ce qu'on vous cacha, ce -qui dénote bien mieux le changement qui s'est fait et se fait encore -de jour en jour dans l'opinion, ce sont les marques de mécontentement -qui percent de toutes les provinces, et qui n'attendent qu'un appui -pour éclater davantage; c'est la demande que plusieurs départements -viennent de former pour que l'Assemblée ait à rendre compte des sommes -immenses qu'elle a dilapidées depuis sa gestion; c'est la frayeur que -ses chefs laissent apercevoir, et leurs tentatives réitérées pour -entrer en accommodement; ce sont les plaintes du commerce et -l'explosion récente du désespoir de nos colonies; c'est enfin la -pénurie absolue du numéraire, le refus des contribuables de payer les -impôts, l'attente d'une banqueroute prochaine, la défection des -troupes qui, victimes de tous les genres de séduction, commencent à -s'en indigner, et le progrès toujours croissant des émigrations. Il -est impossible de se méprendre à de pareils signes, et leur notoriété -est telle que l'audace même des séducteurs du peuple ne sauroit en -contester la vérité. - -Ne croyez donc pas, Sire, à l'exagération des dangers par lesquels on -s'efforce de vous effrayer. On sait que, peu sensible à ceux qui ne -menaceroient que votre personne, vous l'êtes infiniment à ceux qui -tomberoient sur vos peuples, ou qui pourroient frapper des objets -chers à votre coeur, et c'est sur eux qu'on a la barbarie de vous -faire frémir continuellement, en même temps qu'on a l'impudence de -vanter votre liberté. Mais depuis trop longtemps on abuse de cet -artifice, et le moment est venu de rejeter sur les factieux qui vous -outragent l'arme de la terreur qui jusqu'ici a fait toute leur force. - -Les grands forfaits ne sont point à craindre lorsqu'il n'y a aucun -intérêt à les commettre, ni aucun moyen d'éviter, en les commettant, -une punition terrible. Tout Paris sait, tout Paris doit savoir que si -une scélératesse fanatique ou soudoyée osoit attenter à vos jours ou à -ceux de la Reine, des armées puissantes, chassant devant elles une -milice foible par indicispline, découragée par les remords, -viendroient aussitôt fondre sur la ville impie qui auroit attiré sur -elle la vengeance du ciel et l'indignation de l'univers. Aucun des -coupables ne pourroit échapper aux plus rigoureux supplices; donc -aucun d'eux ne voudra s'y exposer. - -Mais si la plus aveugle fureur armoit un bras parricide, vous verriez, -Sire, n'en doutez pas, des milliers de citoyens fidèles se précipiter -autour de la famille royale, vous couvrir, s'il le falloit, de leurs -corps, et verser tout leur sang pour défendre le vôtre... Eh! pourquoi -cesseriez-vous de compter sur l'affection d'un peuple dont vous n'avez -pas cessé un seul moment de vouloir le bonheur? - -Le François se laisse facilement égarer, mais facilement aussi il -rentre dans la route du devoir; ses moeurs sont naturellement trop -douces pour que ses actions soient longtemps féroces; et son amour -pour ses rois est trop enraciné dans son coeur, pour qu'une illusion -funeste ait pu l'en arracher entièrement. - -Qui pourroit être plus porté que nous à concevoir des alarmes sur la -situation d'un frère tendrement chéri? Mais, au dire même de vos plus -téméraires oppresseurs, ce refus du résumé constitutionnel, que nous -apprenons vous avoir été présenté par l'Assemblée, le 3 de ce mois, ne -vous exposeroit qu'au danger d'être destitué par elle de la royauté; -or ce danger n'en est pas un. Qu'importe que vous cessiez d'être roi -aux yeux des factieux, lorsque vous le seriez plus glorieusement et -plus solidement que jamais aux yeux de toute l'Europe et dans le coeur -de tous vos sujets fidèles? Qu'importe que, par une entreprise -insensée, on osât vous déclarer déchu du trône de vos ancêtres, -lorsque les forces combinées de toutes les puissances sont préparées -pour vous y maintenir et punir les vils usurpateurs qui en auroient -souillé l'éclat? - -Le danger seroit bien plus grand si, en paroissant consentir à la -dissolution de la monarchie, vous paroissiez affaiblir vos droits -personnels aux secours de tous les monarques, et si vous sembliez vous -séparer de la cause des souverains en consacrant une doctrine qu'ils -sont obligés de proscrire. Le péril augmenteroit en proportion de ce -que vous montreriez moins de confiance dans les moyens préservateurs; -il augmenteroit à mesure que l'impression du caractère auguste qui -fait trembler le crime aux pieds de la majesté royale dignement -soutenue, perdroit de sa force; il augmenteroit lorsque l'apparence de -l'abandon des intérêts de la religion pourroit exciter la fermentation -la plus redoutable; il augmenteroit enfin, si, vous résignant à -n'avoir plus que le vain titre d'un roi sans pouvoir, vous paroissiez, -au jugement de l'univers, abdiquer la couronne, dont chacun sait que -la conservation exige celle des droits inaliénables qui y sont -essentiellement inhérents. - -Le plus sacré des devoirs, Sire, ainsi que le plus vif attachement, -nous portent à mettre sous vos yeux toutes ces conséquences -dangereuses de la moindre apparence de foiblesse, en même temps que -nous vous présentons la masse des forces imposantes qui doit être la -sauvegarde de votre fermeté. - -Nous devons encore vous annoncer, et même nous jurons à vos pieds, que -si des motifs qu'il nous est impossible d'apercevoir, mais qui ne -pourroient avoir pour principe que l'excès de la violence et une -contrainte qui, pour être déguisée, n'en seroit que plus cruelle, -forçoient votre main de souscrire une acceptation que votre coeur -rejette, que votre intérêt et celui de vos peuples repoussent, et que -votre devoir de roi vous interdit expressément, nous protesterions à -la face de toute la terre, et de la manière la plus solennelle, contre -cet acte illusoire et tout ce qui pourroit en dépendre; nous -démontrerions qu'il est nul par lui-même, nul par le défaut de -liberté, nul par le vice radical de toutes les opérations de -l'Assemblée usurpatrice, qui, n'étant pas assemblée d'états généraux, -n'est rien. Nous sommes fondés sur les droits de la nation entière à -rejeter des décrets diamétralement contraires à son voeu exprimé par -l'unanimité des cahiers, et nous désavouerions pour elle des -mandataires infidèles qui, en violant les ordres et transgressant la -mission qu'elle leur avoit donnée, ont cessé d'être ses représentants; -nous soutiendrions, ce qui est évident, qu'ayant agi contre leur -titre, ils ont agi sans pouvoir, et que ce qu'ils n'ont pu faire -légalement ne peut être accepté validement. Notre protestation, signée -avec nous par tous les princes de votre sang qui nous sont réunis, -seroit commune à toute la maison de Bourbon, à qui ses droits -éventuels à la couronne imposent le devoir d'en défendre l'auguste -dépôt. Nous protesterions pour vous-même, Sire, en protestant pour vos -peuples, pour la religion, pour les maximes fondamentales de la -monarchie et pour tous les ordres de l'État. - -Nous protesterions pour vous et en votre nom contre ce qui n'en auroit -qu'une fausse empreinte. Votre voix étant étouffée par l'oppression, -nous en serions les organes nécessaires, et nous exprimerions vos -vrais sentiments, tels qu'ils sont consignés au serment de votre -avénement au trône, tels qu'ils sont constatés par les actions de -votre vie entière, tels qu'ils se sont montrés dans la déclaration que -vous avez faite au moment où vous vous êtes cru libre; vous ne pouvez -pas, vous ne devez pas en avoir d'autres, et votre volonté n'existe -que dans les actes où elle respire librement. - -Nous protesterions pour vos peuples, qui, dans leur délire, ne peuvent -apercevoir combien ce fantôme de constitution nouvelle qu'on fait -briller à leurs yeux et aux pieds duquel on les fait jurer vainement, -leur deviendroit funeste. Lorsque ces peuples, ne connoissant plus ni -chef légitime, ni leurs intérêts les plus chers, se laissent entraîner -à leur perte; lorsque, aveuglés par de trompeuses promesses, ils ne -voient pas qu'on les anime eux-mêmes à détruire les gages de leur -sûreté, les soutiens de leur repos, les principes de leur subsistance -et tous les liens de leur association civile, il faut en réclamer pour -eux le rétablissement, il faut les sauver de leur propre frénésie. - -Nous protesterions pour la religion de nos pères, qui est attaquée -dans ses dogmes et dans son culte, comme dans ses ministres; et -suppléant à l'impuissance où vous serez de remplir vous-même vos -devoirs de fils aîné de l'Église, nous prendrions en votre nom la -défense de ses droits, nous nous opposerions à des spoliations qui -tendent à l'avenir; nous nous élèverions avec force contre des actes -qui menacent le royaume des horreurs du schisme, et nous professerions -hautement notre attachement inaltérable aux règles ecclésiastiques -admises dans l'État, desquelles vous avez juré de maintenir -l'observation. - -Nous protesterions pour les maximes fondamentales de la monarchie, -dont il ne vous est pas permis, Sire, de vous départir, que la nation -elle-même a déclarées inviolables, et qui seroient totalement -renversées par les décrets qu'on vous présente, spécialement par ceux -qui, en excluant le Roi de l'exercice du pouvoir législatif, -abolissent la royauté même; par ceux qui en détruisent tous les -soutiens, en supprimant les rangs intermédiaires; par ceux qui, en -nivelant tous les états, anéantissent jusqu'au principe de -l'obéissance; par ceux qui enlèvent au monarque les fonctions les plus -essentielles du gouvernement monarchique, ou qui le rendent subordonné -dans celles qu'ils lui laissent; par ceux enfin qui ont armé le -peuple, qui ont annulé la force publique, et qui, en confondant tous -les pouvoirs, ont introduit en France la tyrannie populaire. - -Nous protesterions pour tous les ordres de l'État, parce que, -indépendamment de la suppression intolérable et impossible prononcée -contre les deux premiers ordres, tous ont été lésés, vexés, -dépouillés, et nous aurions à réclamer tout à la fois les droits du -clergé, qui n'a voulu montrer une ferme et généreuse résistance que -pour les intérêts du ciel et les fonctions du saint ministère; les -droits de la noblesse, qui, plus sensible aux outrages faits au trône -dont elle est l'appui qu'à la persécution qu'elle éprouve, sacrifie -tout pour manifester par un zèle éclatant qu'aucun obstacle ne peut -empêcher un chevalier françois de demeurer fidèle à son roi, à sa -patrie, à son honneur; les droits de la magistrature qui regrette, -beaucoup plus que la privation de son état, de se voir réduite à gémir -en silence de l'abandon de la justice, de l'impunité des crimes et de -la violation des lois dont elle est essentiellement dépositaire; -enfin, des droits des possesseurs quelconques, puisqu'il n'est point -en France de propriété qui ait été respectée, point de citoyens -honnêtes qui n'aient souffert. - -Comment pourriez-vous, Sire, donner une approbation sincère et valide -à la prétendue constitution qui a produit tant de maux! - -Dépositaire usufruitier du trône que vous avez hérité de vos aïeux, -vous ne pouvez ni en aliéner les droits patrimoniaux, ni détruire la -base constitutive sur laquelle il est assis. - -Défenseur-né de la religion de vos États, vous ne pouvez pas consentir -à ce qui tend à sa ruine, et abandonner ses ministres à l'opprobre. - -Débiteur de la justice à vos sujets, vous ne pouvez pas renoncer à la -fonction essentiellement royale de la leur faire rendre par les -tribunaux légalement constitués et d'en surveiller vous-même -l'administration. - -Protecteur des droits de tous les ordres et des possessions de tous -les particuliers, vous ne pouvez pas les laisser violer et anéantir -par la plus arbitraire des oppressions. - -Enfin, père de vos peuples, vous ne pouvez pas les livrer au désordre -de l'anarchie. - -Si le crime qui vous obsède et la violence qui vous lie les mains ne -vous permettent pas de remplir ces devoirs sacrés, ils n'en sont pas -moins gravés dans votre coeur en traits ineffaçables, et nous -accomplirons votre volonté réelle en suppléant, autant qu'il est en -nous, à l'impuissance où vous êtes de l'exercer. Dussiez-vous même -nous le défendre, et fussiez-vous forcé de vous dire libre en nous le -défendant, ces défenses évidemment contraires à vos sentiments, -puisqu'elles le seroient au premier de vos devoirs; ces défenses -sorties du sein de votre captivité, qui ne cessera réellement que -quand vos peuples seront rentrés dans le devoir et vos troupes sous -votre obéissance; ces défenses qui ne pourroient avoir plus de valeur -que tout ce que vous avez fait avant votre sortie et que vous avez -désavoué ensuite; ces défenses enfin, qui seroient imprégnées de la -même nullité que l'acte approbatif contre lequel nous serions obligés -de protester, ne pourroient certainement pas nous faire trahir notre -devoir, sacrifier vos intérêts et manquer à ce que la France auroit -droit d'exiger de nous en pareille circonstance; nous obéirons, Sire, -à vos véritables commandements, en résistant à des défenses -extorquées, et nous serions sûrs de votre approbation en suivant les -lois de l'honneur. Notre parfaite soumission vous est trop connue pour -que jamais elle vous paroisse douteuse. Puissions-nous être bientôt au -moment heureux où, rétabli en pleine liberté, vous nous verrez voler -dans vos bras, y renouveler l'hommage de notre obéissance et en donner -l'exemple à tous vos sujets. - -Nous sommes, Sire, notre frère et seigneur, de Votre Majesté - - Les très-humbles et très-obéissants frères, serviteurs et sujets, - - LOUIS-STANISLAS-XAVIER. CHARLES-PHILIPPE. - - Au château de Schonburnstust, près Coblentz, le 10 septembre 1791. - - * * * * * - -XV - -PROCLAMATION DU ROI - -A L'OCCASION DE LA JOURNÉE DU 20 JUIN 1792. - -Les Français n'auront pas appris sans douleur qu'une multitude égarée -par quelques factieux est venue à main armée dans l'habitation du Roi, -a traîné du canon jusque dans la salle des gardes, a enfoncé les -portes de son appartement à coups de hache, et là, abusant -audacieusement du nom de la nation, elle a tenté d'obtenir par la -force la sanction que Sa Majesté a constitutionnellement refusée à -deux décrets. - -Le Roi n'a opposé aux menaces et aux insultes des factieux que sa -conscience et son amour pour le bien public. - -Le Roi ignore quel sera le terme où ils voudront s'arrêter; mais il a -besoin de dire à la nation française que la violence, à quelque excès -qu'on veuille la porter, ne lui arrachera jamais un consentement à -tout ce qu'il trouvera contraire à l'intérêt public. Il expose sans -regret sa tranquillité, sa sûreté; il sacrifie même sans peine la -jouissance des droits qui appartiennent à tous les hommes, et que la -loi devrait faire respecter chez lui, comme chez tous les citoyens; -mais, comme représentant héréditaire de la nation française, il a des -devoirs sacrés à remplir; et, s'il peut faire le sacrifice de son -repos, il ne fera pas le sacrifice de ses devoirs. - -Si ceux qui veulent renverser la monarchie ont besoin d'un crime de -plus, ils peuvent le commettre. Dans l'état de crise où elle se -trouve, le Roi donnera jusqu'au dernier moment à toutes les autorités -constituées l'exemple du courage et de la fermeté qui seuls peuvent -sauver l'empire. En conséquence, il ordonne à tous les corps -administratifs et municipaux de veiller à la sûreté des personnes et -des propriétés. - - _Signé:_ LOUIS. - -FIN. - - - - -TABLE - -DU SECOND VOLUME. - - LIVRE VIII. CAPTIVITÉ DE LA FAMILLE ROYALE AU TEMPLE (depuis le - 13 août 1792 jusqu'au 21 janvier 1793) 1 - - ---- IX. DEPUIS LA MORT DE LOUIS XVI JUSQU'À LA TRANSLATION DE - MARIE-ANTOINETTE À LA CONCIERGERIE (21 janvier--2 août 1793) 103 - - ---- X. DEPUIS LE DÉPART DE LA REINE JUSQU'À CELUI DE MADAME - ÉLISABETH.--INTERROGATOIRE DE CETTE PRINCESSE - (2 août 1793--9 mai 1794) 149 - - ---- XI. MEURTRE DE MADAME ÉLISABETH 191 - - APPENDICE.--DOCUMENTS CONCERNANT LES RECHERCHES QUI ONT ÉTÉ - FAITES POUR RETROUVER ET CONSTATER LES RESTES DE - MADAME ÉLISABETH 263 - - LETTRES DE MADAME ÉLISABETH 371 - - NOTES, DOCUMENTS ET PIÈCES JUSTIFICATIVES 477 - - I. Lettre écrite de Paris par M. Repiquet, fédéré d'Autun, - département de Saône-et-Loire, à M. Repiquet, son frère, - citoyen audit Autun, sur les événements du 10 août 477 - - II. Lettre du vicaire de Fontenay de Vincennes à Madame - Élisabeth 480 - - III. Aspect extérieur de la tour du Temple; personnel commis - à sa garde; dispositions prises pour la sûreté de cette - prison 481 - - IV. Mémoire de madame Marie-Antoinette 486 - - V. Mémoires des médicaments fournis au Temple pendant les - mois de _mai_, _juin_ et _juillet_ 1793 489 - - VI. Détails que M. de Loménie de Brienne, ancien ministre - de la guerre, n'a pu lire ni faire lire pour sa - justification 493 - - VII. Extrait du registre des dépôts au greffe du tribunal - révolutionnaire 496 - - VIII. Acte de décès de Marie Magnin, femme de Jacques Bosson 499 - - IX. Acte de décès de Jacques Bosson 500 - - X. Maison de Madame Élisabeth 500 - - I. Arrêté de Delacroix, affectant à la manufacture - d'une horlogerie automatique la maison dite Élisabeth, - l'orangerie et la vacherie qui en dépendent, et plaçant - cet établissement sous la direction des citoyens - Glaesner et Lemaire 500 - - II. Arrêté consulaire supprimant la manufacture - d'horlogerie de Versailles 503 - - III. L'aliénation de la maison Élisabeth est décidée 503 - - IV. Vente de la maison Élisabeth 504 - - XI.--I. Le 8 octobre 1793, triage, réserve et vente des - fleurs du jardin de Montreuil 509 - - II. Le 10 ventôse an II (28 février 1794), le commissaire - à la disposition des plantes fait son rapport 513 - - III. Le 14 ventôse an II (4 mars 1794), l'administration - décide que la location des potagers, orangerie et - jardins, ci-devant appartenant à Élisabeth Capet, - sera mise à l'enchère 515 - - IV. Le 25 frimaire an III (15 décembre 1794), le - directeur de l'agence nationale de l'enregistrement - et des domaines annonce qu'il résulte des informations - prises que les dégradations journalières commises dans - le jardin Élisabeth sont le fait du citoyen Leblanc, - locataire actuel du jardin, qui y laisse habituellement - pâturer ses vaches. Il invite l'agent national à intenter - au délinquant, s'il y a lieu, une action judiciaire 516 - - XII. Récit du Père Carrichon 517 - - XIII. Pièces diverses concernant Madame Élisabeth 527 - - I. Son acte de baptême 527 - - II. Sa nourrice 528 - - III. État des appointements de ses dames de compagnie 530 - - IV. État des meubles de son appartement au château de - Versailles 533 - - V. État de ses diamants et perles 547 - - VI. État des distributions d'étrennes 548 - - VII. Registre des pensions trouvé chez Madame Élisabeth 554 - - VIII. Appointements de ses dames de compagnie en 1790 557 - - IX. Détail des dépenses extraordinaires de la chambre de - Madame Élisabeth 558 - - X. Déménagement des meubles de la chambre de Madame - Élisabeth, qui ont été transportés au Garde-meuble, - rue Neuve-Notre-Dame, nº 9, par Jubin, valet de - chambre tapissier 561 - - XI. Liste des livres de Madame portés à Paris 565 - - XII. Livres retirés de la bibliothèque de Montreuil 569 - - XIII. Nouvelles publications 570 - - XIV. Mémoire des ouvrages faits et fournis pour S. A. R. - Madame Élisabeth de France par Bourbon 574 - -DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON ÉLISABETH, SISE AU GRAND MONTREUIL. - - I. Maison de Montreuil et son jardin; le produit pendant - l'année 1790 575 - - II. Consigne du suisse de garde pour le jardin et les - bosquets de la maison de Montreuil, donnée par M. Huvé 576 - - III. Autre consigne, donnée par le sieur Sulleau 576 - - IV. Ouvrages de la bibliothèque de Montreuil qui seraient - également bien placés dans celle de Paris 578 - - V. Apposition des scellés sur les portes de la maison - Élisabeth, 12 mars 1792 581 - - VI. 8 octobre 1792. Les individus autorisés à demeurer dans la - maison Élisabeth témoignent, par l'organe du citoyen Sulleau, - concierge garde-meuble de ladite maison, le désagrément et la - gène qu'ils éprouvent de l'apposition des scellés 582 - - VII. Les citoyens Boissy et Borel, avec l'autorisation de la - commune de Versailles, apposent les scellés sur toutes les - portes extérieures de la maison et du jardin Élisabeth, - malgré les représentations du sieur Sulleau 583 - - VIII. État de la vacherie au mois d'octobre 1792 584 - - IX. Heuber, suisse et gardien de la maison Élisabeth, et - Bonifacy, garde-bosquets, se plaignent des dégâts qui se - font journellement dans l'enclos 584 - - X. Réclamations de Noël Gauthier et de Jullien Gauthier - frères 585 - - XI. Règlement de l'apposition des scellés, noms des personnes - employées et autorisées à loger dans la maison Élisabeth 585 - - XII. Lettre du maire de Versailles autorisant l'ouverture de la - grande porte de la maison: ordre donné à ce sujet par le - directoire du district de Versailles 586 - - XIII. Heuber, gardien de la maison Élisabeth, n'ayant pas de pain - pour nourrir ses trois gros chiens, demande ce qu'il doit en - faire. - - Avis du directeur de la régie nationale de l'enregistrement 587 - - XIV. Sept ouvriers jardiniers de la maison Élisabeth réclament - le payement de trente-six livres chacun, qu'ils recevaient - annuellement, à titre de gratification, de l'ordre de la - princesse. - - Réponse du directoire du département 588 - - XV. Musset, Contant et Monjardet, commissaires de la Convention - nationale, du district de Versailles et de la municipalité - de ladite ville, visitent la maison Élisabeth, et en examinent - les appartements et les meubles 589 - - XVI. Le 9 nivôse an II, Lacolonge sollicite la place de jardinier - de la maison Élisabeth, laissée vacante par le décès de Coupry. - Cette demande est appuyée par le directeur de la régie - nationale 590 - - XVII. Le 7 ventôse an II (25 février 1794), les scellés sont levés - sur toutes les portes extérieures de la propriété 591 - - XVIII. Le citoyen Quadot, qui a servi sous le tyran Louis XV, et - qui est chargé de famille et sans ressource, réclame la faveur - d'être réintégré dans le logement qu'il occupait dans la maison - Élisabeth. Sa demande, appuyée par sa section, est couronnée - de succès 592 - - XIV. Lettre des Princes au Roi 594 - - XV. Proclamation du Roi à propos de la journée du 20 - juin 1792 602 - - -PLACEMENT DES GRAVURES ET AUTOGRAPHES. - - Portrait de Madame Élisabeth à vingt-neuf ans Au frontispice. - - Acte d'accusation 204 - - Procès-verbal d'exécution de mort 230 - - Plan du cimetière de Monceaux 232 - - Plan de l'ancien cimetière de la Madeleine 251 - - -[Notes au lecteur de ce fichier numérique: - ---L'orthographe trouvée dans le livre a été conservée, mais certains -accents ont été restaurés pour faciliter la lecture. - ---Les lettres supérieures inhabituelles sont entre parenthèses. - ---Le signe [V=] représente un V avec deux barres horizontales et Ø est -un O barré horizontalement. Le signe [±] représente une croix. - ---Le signe utilisé comme signe monétaire dans ce fichier est différent de -celui utilisé dans le livre [#]. - ---Dans l'illustration "Procès-verbal d'exécution de mort", les mots -entre parenthèses sont manuscrits.] - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of La Vie de Madame Élisabeth, soeur de -Louis XVI (Volume 2 / 2), by Alcide de Beauchesne - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VIE DE MADAME ELISABETH, VOL 2 *** - -***** This file should be named 42463-8.txt or 42463-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/4/2/4/6/42463/ - -Produced by Mireille Harmelin, wagner, Christine P. 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