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-<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">
-<title>The Project Gutenberg e-Book of La Vie de Madame Élisabeth; Author: M. A. de Beauchesne.</title>
+<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=UTF-8">
+<title>The Project Gutenberg e-Book of La Vie de Madame Élisabeth; Author: M. A. de Beauchesne.</title>
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</head>
<body>
-
-
-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of La Vie de Madame Élisabeth, soeur de Louis
-XVI (Volume 2 / 2), by Alcide de Beauchesne
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: La Vie de Madame Élisabeth, soeur de Louis XVI (Volume 2 / 2)
-
-Author: Alcide de Beauchesne
-
-Commentator: Monseigneur Dupanloup
-
-Illustrator: Morse et Emile Rousseau
-
-Release Date: April 3, 2013 [EBook #42463]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VIE DE MADAME ELISABETH, VOL 2 ***
-
-
-
-
-Produced by Mireille Harmelin, wagner, Christine P. Travers
-and the Online Distributed Proofreading Team at
-http://www.pgdp.net (This book was created from images of
-public domain material made available by the University
-of Toronto Libraries
-(http://link.library.utoronto.ca/booksonline/).)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 42463 ***</div>
<h1>LA VIE<br>
DE<br>
- MADAME ÉLISABETH<br>
+ MADAME ÉLISABETH<br>
<span class="smaller">S&OElig;UR DE LOUIS XVI</span></h1>
<p class="p2 center smcap">Par M. A. de BEAUCHESNE</p>
<p class="p2 center high12"><span class="smaller">OUVRAGE</span><br>
- ENRICHI DE DEUX PORTRAITS GRAVÉS EN TAILLE-DOUCE<br>
+ ENRICHI DE DEUX PORTRAITS GRAVÉS EN TAILLE-DOUCE<br>
<span class="smaller">SOUS LA DIRECTION DE M. HENRIQUEL DUPONT</span><br>
- PAR MORSE ET ÉMILE ROUSSEAU
-<span class="smaller">DE FAC-SIMILÉ, D'AUTOGRAPHES ET DE PLANS<br>
- ET PRÉCÉDÉ D'UNE</span><br>
+ PAR MORSE ET ÉMILE ROUSSEAU
+<span class="smaller">DE FAC-SIMILÉ, D'AUTOGRAPHES ET DE PLANS<br>
+ ET PRÉCÉDÉ D'UNE</span><br>
LETTRE DE M<sup>gr</sup> DUPANLOUP<br>
-<span class="smaller">ÉVÊQUE D'ORLÉANS.</span></p>
+<span class="smaller">ÉVÊQUE D'ORLÉANS.</span></p>
<p class="p4 center">TOME SECOND</p>
<a id="img001" name="img001"></a>
<div class="p4 figcenter">
-<img src="images/img001.jpg" width="75" height="101" alt="Emblème de l'éditeur." title="">
+<img src="images/img001.jpg" width="75" height="101" alt="Emblème de l'éditeur." title="">
</div>
<p class="p4 center smaller">PARIS<br>
- HENRI PLON, IMPRIMEUR-ÉDITEUR<br>
- RUE GARANCIÈRE, 10</p>
+ HENRI PLON, IMPRIMEUR-ÉDITEUR<br>
+ RUE GARANCIÈRE, 10</p>
<hr class="hr10">
<p class="center smaller">MDCCCLXIX<br>
- <i>Tous droits réservés.</i></p>
+ <i>Tous droits réservés.</i></p>
<a id="img002" name="img002"></a>
<div class="p4 figcenter">
<img src="images/img002.jpg" width="250" height="400" alt="" title="">
-<p><i>Madame Élisabeth.</i></p>
+<p><i>Madame Élisabeth.</i></p>
</div>
-<h1><span class="pagenum"><a id="page1" name="page1"></a>(p. 1)</span> MADAME ÉLISABETH.</h1>
+<h1><span class="pagenum"><a id="page1" name="page1"></a>(p. 1)</span> MADAME ÉLISABETH.</h1>
-<h2>LIVRE HUITIÈME.<br>
-<span class="smaller">CAPTIVITÉ DE LA FAMILLE ROYALE AU TEMPLE.<br>
-DEPUIS LE 13 AOÛT 1792 JUSQU'AU 21 JANVIER 1793.</span></h2>
+<h2>LIVRE HUITIÈME.<br>
+<span class="smaller">CAPTIVITÉ DE LA FAMILLE ROYALE AU TEMPLE.<br>
+DEPUIS LE 13 AOÛT 1792 JUSQU'AU 21 JANVIER 1793.</span></h2>
<div class="citat">
-<p>«Souvenez-vous de ceux qui sont dans les chaînes, comme si vous
- étiez vous-mêmes avec eux; et de ceux qui sont affligés, comme
- étant vous-mêmes dans un corps mortel.»</p>
-<p class="source"><i>Épître de <span class="smcap">S. Paul</span> aux Hébreux</i>, chap. <span class="smcap">XIII</span>, v. 3.</p>
+<p>«Souvenez-vous de ceux qui sont dans les chaînes, comme si vous
+ étiez vous-mêmes avec eux; et de ceux qui sont affligés, comme
+ étant vous-mêmes dans un corps mortel.»</p>
+<p class="source"><i>Épître de <span class="smcap">S. Paul</span> aux Hébreux</i>, chap. <span class="smcap">XIII</span>, v. 3.</p>
</div>
<p class="resume">
- Coup d'&oelig;il rétrospectif sur le 10 août. &mdash; Installation de la
- famille royale dans la petite tour du Temple; Madame Élisabeth a
+ Coup d'&oelig;il rétrospectif sur le 10 août. &mdash; Installation de la
+ famille royale dans la petite tour du Temple; Madame Élisabeth a
une cuisine pour demeure. &mdash; Mademoiselle Pauline de Tourzel
- partage sa chambre. &mdash; Dénûment de cette jeune fille; Madame
- Élisabeth lui donne une de ses robes, qui, n'allant point à sa
- taille, est refaite par la Reine, par Madame Élisabeth et par
- elle-même. &mdash; Toutes les personnes qui ne sont pas membres de la
- famille royale sont emmenées à la Commune. &mdash; De là la princesse de
+ partage sa chambre. &mdash; Dénûment de cette jeune fille; Madame
+ Élisabeth lui donne une de ses robes, qui, n'allant point à sa
+ taille, est refaite par la Reine, par Madame Élisabeth et par
+ elle-même. &mdash; Toutes les personnes qui ne sont pas membres de la
+ famille royale sont emmenées à la Commune. &mdash; De là la princesse de
Lamballe, mesdames de Tourzel, les femmes de chambre de la Reine,
- d'Élisabeth et des enfants, sont conduites à la Force. &mdash; Emploi de
- la journée au Temple. &mdash; Pénurie. &mdash; Outrages. &mdash; Manière dont les
+ d'Élisabeth et des enfants, sont conduites à la Force. &mdash; Emploi de
+ la journée au Temple. &mdash; Pénurie. &mdash; Outrages. &mdash; Manière dont les
nouvelles du dehors arrivent au Roi. &mdash; Tison et sa femme, espions
- plus que serviteurs de la famille royale. &mdash; Hue surprend Élisabeth
- en prière. &mdash; Prière de la princesse. &mdash; Suppression des maisons
- religieuses. &mdash; Napoléon Bonaparte va réclamer sa s&oelig;ur à la
- maison de Saint-Louis, à Saint-Cyr. &mdash; Difficultés qu'il éprouve:
- il réussit enfin. &mdash; Manuel, au Temple, rassure Louis XVI sur la
- vie de M. Hue. &mdash; Registre de la petite Force, écrou des
- prisonnières. &mdash; Meurtre de madame de Lamballe. &mdash; Sa tête portée au
- Temple. &mdash; Témoignages de sympathie donnés à la famille royale, qui
+ plus que serviteurs de la famille royale. &mdash; Hue surprend Élisabeth
+ en prière. &mdash; Prière de la princesse. &mdash; Suppression des maisons
+ religieuses. &mdash; Napoléon Bonaparte va réclamer sa s&oelig;ur à la
+ maison de Saint-Louis, à Saint-Cyr. &mdash; Difficultés qu'il éprouve:
+ il réussit enfin. &mdash; Manuel, au Temple, rassure Louis XVI sur la
+ vie de M. Hue. &mdash; Registre de la petite Force, écrou des
+ prisonnières. &mdash; Meurtre de madame de Lamballe. &mdash; Sa tête portée au
+ Temple. &mdash; Témoignages de sympathie donnés à la famille royale, qui
apprend que madame de Tourzel, la princesse de Tarente et la
- marquise de la Roche-Aymon ne sont pas mortes, mais en même temps
- que les prisonniers de la haute cour d'Orléans, et parmi eux le
- duc de Brissac et M. de Lessart, ont été massacrés à
- Versailles. &mdash; Hue fait des démarches pour rentrer au Temple; sa
- visite à Chaumette. &mdash; La Convention remplace l'Assemblée
- législative. &mdash; La royauté abolie. &mdash; Madame Élisabeth indique à
- Cléry la manière dont il doit formuler la demande des objets
- nécessaires à la famille royale. &mdash; L'armoire de fer
- découverte. &mdash; On enlève à la famille royale tout moyen
- d'écrire. &mdash; Le Roi est séparé de sa famille. &mdash; Cléry arrêté et
+ marquise de la Roche-Aymon ne sont pas mortes, mais en même temps
+ que les prisonniers de la haute cour d'Orléans, et parmi eux le
+ duc de Brissac et M. de Lessart, ont été massacrés à
+ Versailles. &mdash; Hue fait des démarches pour rentrer au Temple; sa
+ visite à Chaumette. &mdash; La Convention remplace l'Assemblée
+ législative. &mdash; La royauté abolie. &mdash; Madame Élisabeth indique à
+ Cléry la manière dont il doit formuler la demande des objets
+ nécessaires à la famille royale. &mdash; L'armoire de fer
+ découverte. &mdash; On enlève à la famille royale tout moyen
+ d'écrire. &mdash; Le Roi est séparé de sa famille. &mdash; Cléry arrêté et
conduit au Palais de justice; il rentre au Temple. &mdash; La Reine et
- Madame Élisabeth installées dans la grande Tour. &mdash; Description de
+ Madame Élisabeth installées dans la grande Tour. &mdash; Description de
leur nouvelle demeure. &mdash; Point de changement dans les habitudes de
- la famille. &mdash; Surveillance plus sévère. &mdash; Le docteur Leclerc,
- officier municipal de service à la tour, ayant remis à la Reine
- un remède pour sa fille qui avait une dartre sur la joue, est
- censuré. &mdash; Avanies. &mdash; Élisabeth sans nouvelles de ses
+ la famille. &mdash; Surveillance plus sévère. &mdash; Le docteur Leclerc,
+ officier municipal de service à la tour, ayant remis à la Reine
+ un remède pour sa fille qui avait une dartre sur la joue, est
+ censuré. &mdash; Avanies. &mdash; Élisabeth sans nouvelles de ses
amies. &mdash; Maladie du Roi, du Dauphin, de la Reine, de Madame
- Royale, de Madame Élisabeth. &mdash; Cléry soigné par la famille
- royale. &mdash; Dévouement d'Élisabeth. &mdash; Nouvelle municipalité; le
- nombre des commissaires au Temple est doublé. &mdash; Surveillance
- rigoureuse. &mdash; Madame Cléry apprend à son mari que le Roi sera
- jugé; Cléry l'apprend au Roi. &mdash; <em>Louis Capet</em>. &mdash; Le <span class="pagenum"><a id="page2" name="page2"></a>(p. 2)</span> Roi
- devant la Convention. &mdash; Paroles de Madame Élisabeth à
- Cléry. &mdash; Moyen de s'entendre convenu entre eux. &mdash; Le Roi choisit
- ses conseils. &mdash; Commission de la Convention envoyée au
+ Royale, de Madame Élisabeth. &mdash; Cléry soigné par la famille
+ royale. &mdash; Dévouement d'Élisabeth. &mdash; Nouvelle municipalité; le
+ nombre des commissaires au Temple est doublé. &mdash; Surveillance
+ rigoureuse. &mdash; Madame Cléry apprend à son mari que le Roi sera
+ jugé; Cléry l'apprend au Roi. &mdash; <em>Louis Capet</em>. &mdash; Le <span class="pagenum"><a id="page2" name="page2"></a>(p. 2)</span> Roi
+ devant la Convention. &mdash; Paroles de Madame Élisabeth à
+ Cléry. &mdash; Moyen de s'entendre convenu entre eux. &mdash; Le Roi choisit
+ ses conseils. &mdash; Commission de la Convention envoyée au
Temple. &mdash; Testament du Roi. &mdash; Le Roi de nouveau devant la
- Convention. &mdash; Sa défense. &mdash; Le Roi déclaré coupable. &mdash; Message à M.
- Edgeworth de Firmont. &mdash; Condamnation du Roi. &mdash; Appel à la nation.</p>
+ Convention. &mdash; Sa défense. &mdash; Le Roi déclaré coupable. &mdash; Message à M.
+ Edgeworth de Firmont. &mdash; Condamnation du Roi. &mdash; Appel à la nation.</p>
-<p>Entraînée par les événements de la révolution, dont on peut dire
-qu'ils courent plutôt qu'ils ne marchent, l'histoire se précipite au
-dénoûment comme le drame, en laissant derrière elle les agitations
+<p>Entraînée par les événements de la révolution, dont on peut dire
+qu'ils courent plutôt qu'ils ne marchent, l'histoire se précipite au
+dénoûment comme le drame, en laissant derrière elle les agitations
intellectuelles et morales, les intentions qui ne se sont pas
-traduites en faits, tous ces projets mort-nés, ces combinaisons
-avortées qui font cependant partie de l'histoire, car une époque vit
-par la pensée comme par l'action. Maintenant que le sinistre
-dénoûment, précurseur d'un dénoûment plus sinistre encore, est
+traduites en faits, tous ces projets mort-nés, ces combinaisons
+avortées qui font cependant partie de l'histoire, car une époque vit
+par la pensée comme par l'action. Maintenant que le sinistre
+dénoûment, précurseur d'un dénoûment plus sinistre encore, est
intervenu, et que la famille royale est captive au Temple, le moment
-est arrivé de jeter un regard rétrospectif sur les dernières étapes de
-la route que nous avons si rapidement parcourue, et d'éclaircir une
-question qui se présente à l'esprit du lecteur comme un douloureux
-problème. D'où vient que rien n'a été tenté pour prévenir la
-catastrophe du 10 août? Cette catastrophe, qui, pour nous, a un
-caractère fatal et inévitable, était-elle donc imprévue pour les
-hommes de ce temps-là? Ou bien n'y avait-il plus personne qui songeât
-à sauver la famille royale des périls qui la menaçaient, en mettant,
+est arrivé de jeter un regard rétrospectif sur les dernières étapes de
+la route que nous avons si rapidement parcourue, et d'éclaircir une
+question qui se présente à l'esprit du lecteur comme un douloureux
+problème. D'où vient que rien n'a été tenté pour prévenir la
+catastrophe du 10 août? Cette catastrophe, qui, pour nous, a un
+caractère fatal et inévitable, était-elle donc imprévue pour les
+hommes de ce temps-là? Ou bien n'y avait-il plus personne qui songeât
+à sauver la famille royale des périls qui la menaçaient, en mettant,
s'il le fallait, sa vie pour enjeu dans cette redoutable partie?</p>
-<p>L'historien de Madame Élisabeth n'a pas le droit de laisser ces
-questions derrière lui sans chercher à les résoudre, d'autant plus que
-la s&oelig;ur de Louis XVI, entraînée dans la catastrophe commune, se
-trouva naturellement mêlée aux préoccupations et aux agitations qui la
-précédèrent. Peu à peu le jour se fait non-seulement sur l'ensemble de
-la révolution, mais sur ses détails. Les Mémoires des principaux
-personnages mêlés à ses diverses scènes viennent successivement
-éclairer les points restés dans <span class="pagenum"><a id="page3" name="page3"></a>(p. 3)</span> l'ombre. C'est ainsi que les
-Mémoires de Malouet, récemment publiés par son petit-fils, nous
-apportent des lumières nouvelles sur les questions que nous avons à
-c&oelig;ur d'éclaircir.</p>
-
-<p>Après la journée du 20 juin 1792, le parti constitutionnel, effrayé à
-son tour de la rapidité avec laquelle la révolution se précipitait
-vers l'anarchie, songea à se rapprocher du Roi et à sauver en même
+<p>L'historien de Madame Élisabeth n'a pas le droit de laisser ces
+questions derrière lui sans chercher à les résoudre, d'autant plus que
+la s&oelig;ur de Louis XVI, entraînée dans la catastrophe commune, se
+trouva naturellement mêlée aux préoccupations et aux agitations qui la
+précédèrent. Peu à peu le jour se fait non-seulement sur l'ensemble de
+la révolution, mais sur ses détails. Les Mémoires des principaux
+personnages mêlés à ses diverses scènes viennent successivement
+éclairer les points restés dans <span class="pagenum"><a id="page3" name="page3"></a>(p. 3)</span> l'ombre. C'est ainsi que les
+Mémoires de Malouet, récemment publiés par son petit-fils, nous
+apportent des lumières nouvelles sur les questions que nous avons à
+c&oelig;ur d'éclaircir.</p>
+
+<p>Après la journée du 20 juin 1792, le parti constitutionnel, effrayé à
+son tour de la rapidité avec laquelle la révolution se précipitait
+vers l'anarchie, songea à se rapprocher du Roi et à sauver en même
temps la Constitution, &oelig;uvre de la veille, et la monarchie
-traditionnelle, &oelig;uvre des siècles. On n'a point oublié la démarche
-que fit le général la Fayette en quittant son armée pour venir
-protester à l'Assemblée contre les violences du 20 juin. Ce n'était là
-que la partie extérieure de sa démarche; lui et les constitutionnels
-auraient voulu faire plus<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1" title="Go to footnote 1"><span class="smaller">[1]</span></a>. Leur désir et leur projet étaient de
-décider le Roi à partir pour l'armée, en portant, s'il le fallait, une
-division du général la Fayette sur Compiègne pour favoriser le départ
+traditionnelle, &oelig;uvre des siècles. On n'a point oublié la démarche
+que fit le général la Fayette en quittant son armée pour venir
+protester à l'Assemblée contre les violences du 20 juin. Ce n'était là
+que la partie extérieure de sa démarche; lui et les constitutionnels
+auraient voulu faire plus<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1" title="Go to footnote 1"><span class="smaller">[1]</span></a>. Leur désir et leur projet étaient de
+décider le Roi à partir pour l'armée, en portant, s'il le fallait, une
+division du général la Fayette sur Compiègne pour favoriser le départ
de la famille royale, que les gardes suisses et les bataillons les
-plus fidèles de la garde nationale auraient aidée à sortir de Paris,
-malgré l'Assemblée. Ce plan, déjà conçu dans le mois de mai 1792, fut
-repris avec plus d'insistance à la fin de juin; mais il échoua, et il
-devait échouer, parce qu'il y avait trop d'ombrages entre le Roi et
-les chefs du parti constitutionnel; le passé les séparait par des
-souvenirs qui devenaient à la fois des appréhensions et des rancunes.
-Au fond, ce qu'ils proposaient à Louis XVI, c'était de se confier
-d'une manière absolue à <span class="pagenum"><a id="page4" name="page4"></a>(p. 4)</span> leur génie politique, à leur énergie, à
-leur fidélité, et de refaire avec le général la Fayette la seconde
-édition de ce voyage de Varennes qui avait manqué avec un homme bien
-autrement résolu, le comte de Bouillé. Or, le Roi, la Reine et Madame
-Élisabeth croyaient peu au génie politique des constitutionnels, moins
-encore à leur énergie dans l'action, et, si l'on en excepte
+plus fidèles de la garde nationale auraient aidée à sortir de Paris,
+malgré l'Assemblée. Ce plan, déjà conçu dans le mois de mai 1792, fut
+repris avec plus d'insistance à la fin de juin; mais il échoua, et il
+devait échouer, parce qu'il y avait trop d'ombrages entre le Roi et
+les chefs du parti constitutionnel; le passé les séparait par des
+souvenirs qui devenaient à la fois des appréhensions et des rancunes.
+Au fond, ce qu'ils proposaient à Louis XVI, c'était de se confier
+d'une manière absolue à <span class="pagenum"><a id="page4" name="page4"></a>(p. 4)</span> leur génie politique, à leur énergie, à
+leur fidélité, et de refaire avec le général la Fayette la seconde
+édition de ce voyage de Varennes qui avait manqué avec un homme bien
+autrement résolu, le comte de Bouillé. Or, le Roi, la Reine et Madame
+Élisabeth croyaient peu au génie politique des constitutionnels, moins
+encore à leur énergie dans l'action, et, si l'on en excepte
quelques-uns, comme le loyal Malouet, auquel ils accordaient une
-confiance méritée, ils se méfiaient de leur fidélité. En outre, le
-souvenir du funeste dénoûment du voyage de Varennes planait comme une
-ombre néfaste sur l'esprit du Roi, et augmentait ses répugnances. Au
-moins, à l'époque de ce voyage, Louis XVI acceptait les chances
-périlleuses de la fuite pour aller régner; en juin ou en juillet 1792,
-il ne les eût acceptées que pour aller abdiquer<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2" title="Go to footnote 2"><span class="smaller">[2]</span></a> son pouvoir entre
-les mains des constitutionnels, parti en général honnête, mais peu
-pratique, qui ne lui présentait ni un homme de gouvernement ni un
+confiance méritée, ils se méfiaient de leur fidélité. En outre, le
+souvenir du funeste dénoûment du voyage de Varennes planait comme une
+ombre néfaste sur l'esprit du Roi, et augmentait ses répugnances. Au
+moins, à l'époque de ce voyage, Louis XVI acceptait les chances
+périlleuses de la fuite pour aller régner; en juin ou en juillet 1792,
+il ne les eût acceptées que pour aller abdiquer<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2" title="Go to footnote 2"><span class="smaller">[2]</span></a> son pouvoir entre
+les mains des constitutionnels, parti en général honnête, mais peu
+pratique, qui ne lui présentait ni un homme de gouvernement ni un
homme d'action.</p>
-<p>Voilà la première raison du refus qu'opposa Louis XVI aux propositions
-du parti constitutionnel et du général la Fayette dans le mois qui
-précéda le 10 août, et si Madame Élisabeth n'eut pas à se prononcer
-directement, il est vraisemblable qu'elle donna à la décision de son
-frère une pleine adhésion<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3" title="Go to footnote 3"><span class="smaller">[3]</span></a>. Personne moins que cette princesse
-<span class="pagenum"><a id="page5" name="page5"></a>(p. 5)</span> n'avait de confiance dans les esprits chimériques du parti
+<p>Voilà la première raison du refus qu'opposa Louis XVI aux propositions
+du parti constitutionnel et du général la Fayette dans le mois qui
+précéda le 10 août, et si Madame Élisabeth n'eut pas à se prononcer
+directement, il est vraisemblable qu'elle donna à la décision de son
+frère une pleine adhésion<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3" title="Go to footnote 3"><span class="smaller">[3]</span></a>. Personne moins que cette princesse
+<span class="pagenum"><a id="page5" name="page5"></a>(p. 5)</span> n'avait de confiance dans les esprits chimériques du parti
constitutionnel, et ne leur reconnaissait moins la puissance de faire
-remonter à la monarchie la pente au bas de laquelle ils avaient tant
-contribué à la précipiter. Il faut ajouter que la manière dont le
-général la Fayette avait été reçu à Paris, et la précipitation avec
-laquelle il avait été obligé de rejoindre son armée, n'étaient pas de
-nature à donner confiance dans sa force<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4" title="Go to footnote 4"><span class="smaller">[4]</span></a>.</p>
-
-<p>Le second motif qui empêcha le Roi et la famille royale d'accepter le
-plan des constitutionnels, au succès duquel ils ne croyaient pas,
-c'est qu'ils avaient des espérances ailleurs. Malouet indique quelles
-étaient ces espérances. D'abord, la Reine comptait sur une déclaration
-de tous les rois de l'Europe, provoquée par l'Empereur son frère, qui
-rendrait l'Assemblée et Paris responsables de la vie du Roi et de
-celle de sa famille. «Je ne doute pas, dit-il, que la sécurité et les
-espérances de la Reine et de Madame Élisabeth ne se rattachassent aux
-secours des puissances étrangères que le Roi n'a jamais provoqués
+remonter à la monarchie la pente au bas de laquelle ils avaient tant
+contribué à la précipiter. Il faut ajouter que la manière dont le
+général la Fayette avait été reçu à Paris, et la précipitation avec
+laquelle il avait été obligé de rejoindre son armée, n'étaient pas de
+nature à donner confiance dans sa force<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4" title="Go to footnote 4"><span class="smaller">[4]</span></a>.</p>
+
+<p>Le second motif qui empêcha le Roi et la famille royale d'accepter le
+plan des constitutionnels, au succès duquel ils ne croyaient pas,
+c'est qu'ils avaient des espérances ailleurs. Malouet indique quelles
+étaient ces espérances. D'abord, la Reine comptait sur une déclaration
+de tous les rois de l'Europe, provoquée par l'Empereur son frère, qui
+rendrait l'Assemblée et Paris responsables de la vie du Roi et de
+celle de sa famille. «Je ne doute pas, dit-il, que la sécurité et les
+espérances de la Reine et de Madame Élisabeth ne se rattachassent aux
+secours des puissances étrangères que le Roi n'a jamais provoqués
qu'avec beaucoup de circonspection et en se flattant toujours
-d'écarter une guerre nationale.» Puis il ajoute en faisant ressortir
-les inconvénients de cette combinaison, dont les scrupules
-patriotiques du Roi diminuaient encore les chances de réussite:
-«Cette combinaison étoit aussi inconséquente que toutes les <span class="pagenum"><a id="page6" name="page6"></a>(p. 6)</span>
-autres. Il n'y avoit rien de précis, rien de complet dans son plan;
-les pouvoirs secrets donnés au baron de Breteuil étoient éventuels,
-plus vagues qu'illimités; ils n'appeloient point les armées étrangères
-ni les corps d'émigrés rassemblés au dehors; ils tendoient à une
-médiation des alliés de la France.»</p>
-
-<p>Ces observations de Malouet sont justes, excepté dans leur application
-à Madame Élisabeth, qui ne compta jamais sur les secours du dehors;
+d'écarter une guerre nationale.» Puis il ajoute en faisant ressortir
+les inconvénients de cette combinaison, dont les scrupules
+patriotiques du Roi diminuaient encore les chances de réussite:
+«Cette combinaison étoit aussi inconséquente que toutes les <span class="pagenum"><a id="page6" name="page6"></a>(p. 6)</span>
+autres. Il n'y avoit rien de précis, rien de complet dans son plan;
+les pouvoirs secrets donnés au baron de Breteuil étoient éventuels,
+plus vagues qu'illimités; ils n'appeloient point les armées étrangères
+ni les corps d'émigrés rassemblés au dehors; ils tendoient à une
+médiation des alliés de la France.»</p>
+
+<p>Ces observations de Malouet sont justes, excepté dans leur application
+à Madame Élisabeth, qui ne compta jamais sur les secours du dehors;
mais elles prouvent seulement combien la position du Roi et de sa
-famille était difficile. Quoi qu'il fît, il y avait de graves
-inconvénients à ce qu'il ferait, et la pluralité des moyens entre
-lesquels on hésitait était un inconvénient de plus, parce qu'elle
+famille était difficile. Quoi qu'il fît, il y avait de graves
+inconvénients à ce qu'il ferait, et la pluralité des moyens entre
+lesquels on hésitait était un inconvénient de plus, parce qu'elle
divisait les forces et l'attention, et une preuve qu'il n'y avait pas
-de solution qui s'imposât, puisqu'on était ballotté d'expédient en
-expédient. Il y avait en effet, outre la combinaison constitutionnelle
-et la combinaison européenne, une troisième combinaison contre
-laquelle Malouet s'élève avec beaucoup de force: «Je dois le dire en
-le déplorant, s'écrie-t-il, une foule d'intrigants ou de gens
-officieux entouroient la famille royale; leur zèle aveugle, indiscret,
-sans moyens, créoit des espérances de contre-révolution, entretenoit
+de solution qui s'imposât, puisqu'on était ballotté d'expédient en
+expédient. Il y avait en effet, outre la combinaison constitutionnelle
+et la combinaison européenne, une troisième combinaison contre
+laquelle Malouet s'élève avec beaucoup de force: «Je dois le dire en
+le déplorant, s'écrie-t-il, une foule d'intrigants ou de gens
+officieux entouroient la famille royale; leur zèle aveugle, indiscret,
+sans moyens, créoit des espérances de contre-révolution, entretenoit
au nom du Roi des rapports dangereux avec les plus furieux Jacobins,
-avec divers membres de l'Assemblée. Guadet, Vergniaud, Pétion,
-Santerre, étoient admis à cette correspondance. Nous ne fûmes
-instruits qu'au dernier moment de cette misérable intrigue, et nous
-sûmes par le Roi lui-même, quelques jours avant le 10 août, que Pétion
-et Santerre avoient promis d'empêcher l'insurrection moyennant sept
-cent cinquante mille livres, qui servirent à la payer.»</p>
-
-<p>Ces dernières et curieuses révélations achèvent de caractériser la
-position du Roi et de la famille royale au moment du 10 août, et font
-comprendre les hésitations prolongées de Louis XVI. Les empiriques
-accouraient; chacun avait sa <span class="pagenum"><a id="page7" name="page7"></a>(p. 7)</span> panacée, comme il arrive pour les
-malades désespérés. Malheureusement, et c'est ce que Malouet n'a pu
-voir, n'a pas vu, les constitutionnels, qui n'avaient plus la majorité
-dans l'Assemblée et qui parlaient de faire sortir le Roi de Paris
-malgré elle et de l'entourer de l'armée, dont ils étaient peu sûrs,
-comme l'événement le prouva après le 10 août, n'étaient pas moins
-empiriques que les autres, et leurs moyens n'étaient pas moins
-aventureux. Une circonstance fortifia la répugnance presque
-insurmontable du Roi à quitter Paris. Les chefs du parti extrême, y
-compris le <em>vertueux</em> Pétion (Louis XVI l'avait éprouvé), n'étaient
-pas incorruptibles. Sachant que leurs âmes étaient vénales, il crut
-moins à leur fanatisme, et méprisa plus ces conducteurs de la populace
+avec divers membres de l'Assemblée. Guadet, Vergniaud, Pétion,
+Santerre, étoient admis à cette correspondance. Nous ne fûmes
+instruits qu'au dernier moment de cette misérable intrigue, et nous
+sûmes par le Roi lui-même, quelques jours avant le 10 août, que Pétion
+et Santerre avoient promis d'empêcher l'insurrection moyennant sept
+cent cinquante mille livres, qui servirent à la payer.»</p>
+
+<p>Ces dernières et curieuses révélations achèvent de caractériser la
+position du Roi et de la famille royale au moment du 10 août, et font
+comprendre les hésitations prolongées de Louis XVI. Les empiriques
+accouraient; chacun avait sa <span class="pagenum"><a id="page7" name="page7"></a>(p. 7)</span> panacée, comme il arrive pour les
+malades désespérés. Malheureusement, et c'est ce que Malouet n'a pu
+voir, n'a pas vu, les constitutionnels, qui n'avaient plus la majorité
+dans l'Assemblée et qui parlaient de faire sortir le Roi de Paris
+malgré elle et de l'entourer de l'armée, dont ils étaient peu sûrs,
+comme l'événement le prouva après le 10 août, n'étaient pas moins
+empiriques que les autres, et leurs moyens n'étaient pas moins
+aventureux. Une circonstance fortifia la répugnance presque
+insurmontable du Roi à quitter Paris. Les chefs du parti extrême, y
+compris le <em>vertueux</em> Pétion (Louis XVI l'avait éprouvé), n'étaient
+pas incorruptibles. Sachant que leurs âmes étaient vénales, il crut
+moins à leur fanatisme, et méprisa plus ces conducteurs de la populace
qu'il ne les craignit<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5" title="Go to footnote 5"><span class="smaller">[5]</span></a>. Louis XVI ne calcula pas assez que ces
-despotes de la rue deviennent eux-mêmes les esclaves des passions
-qu'ils ont surexcitées: ils ne conduisent pas, ils marchent devant,
-parce qu'ils sont poussés.</p>
+despotes de la rue deviennent eux-mêmes les esclaves des passions
+qu'ils ont surexcitées: ils ne conduisent pas, ils marchent devant,
+parce qu'ils sont poussés.</p>
<p>Ce fut ainsi qu'on traversa sans parti pris, parce qu'on en avait
-plusieurs à prendre, les suprêmes journées que la monarchie eut à
-parcourir avant d'aller se briser contre l'écueil qui devenait de plus
+plusieurs à prendre, les suprêmes journées que la monarchie eut à
+parcourir avant d'aller se briser contre l'écueil qui devenait de plus
en plus visible pour les yeux clairvoyants. De temps en temps et de
-distance en distance, la voix des vigies s'élevait pour avertir que le
-péril grandissait et qu'on approchait du moment fatal. Ce fut ainsi
-que madame de Staël prit une honorable initiative dont la postérité
-doit tenir compte à sa mémoire. «En 1792, dit Malouet, qui la
-connaissait et l'aimait depuis son enfance, elle en étoit, comme bien
-d'autres, aux regrets et au désir de réparer les torts qui pouvoient
-être reprochés à elle-même <span class="pagenum"><a id="page8" name="page8"></a>(p. 8)</span> ou aux siens. Elle m'écrivit dans
+distance en distance, la voix des vigies s'élevait pour avertir que le
+péril grandissait et qu'on approchait du moment fatal. Ce fut ainsi
+que madame de Staël prit une honorable initiative dont la postérité
+doit tenir compte à sa mémoire. «En 1792, dit Malouet, qui la
+connaissait et l'aimait depuis son enfance, elle en étoit, comme bien
+d'autres, aux regrets et au désir de réparer les torts qui pouvoient
+être reprochés à elle-même <span class="pagenum"><a id="page8" name="page8"></a>(p. 8)</span> ou aux siens. Elle m'écrivit dans
les premiers jours de juillet pour me prier de passer chez elle; je
-m'y rendis. Je la trouvai fort agitée des scènes horribles qui
-s'étoient passées et de celles qui se préparoient, car nous étions
-tous instruits du projet arrêté pour une insurrection générale contre
-la cour dans le commencement d'août. Après quelques réflexions
-douloureuses sur cet état de choses, madame de Staël me dit avec la
-chaleur qui lui est propre: «Le Roi et la Reine sont perdus, si l'on
-ne vient promptement à leur secours, et je m'offre pour les sauver;
-oui, moi qu'ils considèrent comme une ennemie, je risquerois ma vie
-pour leur salut, et je suis à peu près sûre d'y parvenir sans leur
-faire courir aucun risque ni à moi-même. Écoutez-moi; ils ont
-confiance en vous. Voici mon projet, qui peut s'exécuter dans trois
-semaines en commençant dans deux jours les préliminaires: il y a une
-terre à vendre près de Dieppe<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6" title="Go to footnote 6"><span class="smaller">[6]</span></a>; je l'achèterai; je mènerai à chaque
-voyage un homme sûr à moi, ayant à peu près la taille et la figure du
-Roi, une femme de l'âge et de la tournure de la Reine, et mon fils,
-qui est de l'âge du Dauphin. Vous savez de quelle faveur je jouis
+m'y rendis. Je la trouvai fort agitée des scènes horribles qui
+s'étoient passées et de celles qui se préparoient, car nous étions
+tous instruits du projet arrêté pour une insurrection générale contre
+la cour dans le commencement d'août. Après quelques réflexions
+douloureuses sur cet état de choses, madame de Staël me dit avec la
+chaleur qui lui est propre: «Le Roi et la Reine sont perdus, si l'on
+ne vient promptement à leur secours, et je m'offre pour les sauver;
+oui, moi qu'ils considèrent comme une ennemie, je risquerois ma vie
+pour leur salut, et je suis à peu près sûre d'y parvenir sans leur
+faire courir aucun risque ni à moi-même. Écoutez-moi; ils ont
+confiance en vous. Voici mon projet, qui peut s'exécuter dans trois
+semaines en commençant dans deux jours les préliminaires: il y a une
+terre à vendre près de Dieppe<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6" title="Go to footnote 6"><span class="smaller">[6]</span></a>; je l'achèterai; je mènerai à chaque
+voyage un homme sûr à moi, ayant à peu près la taille et la figure du
+Roi, une femme de l'âge et de la tournure de la Reine, et mon fils,
+qui est de l'âge du Dauphin. Vous savez de quelle faveur je jouis
parmi les patriotes. Quand on m'aura vue voyager avec cette suite deux
-fois, il me sera facile d'amener une troisième fois la famille royale,
+fois, il me sera facile d'amener une troisième fois la famille royale,
car je puis fort bien voyager avec mes deux femmes, et Madame
-Élisabeth sera la seconde. Voyez si vous voulez vous charger de la
-proposition; il n'y a pas de temps à perdre; rendez-moi ce soir ou
-demain la réponse du Roi.»</p>
+Élisabeth sera la seconde. Voyez si vous voulez vous charger de la
+proposition; il n'y a pas de temps à perdre; rendez-moi ce soir ou
+demain la réponse du Roi.»</p>
-<p>Après avoir raconté sa conversation avec madame de Staël, Malouet
-poursuit ainsi: «Le projet me parut excellent, autant que le sentiment
-qui l'avoit suggéré. J'allai sur-le-champ trouver M. de la Porte,
+<p>Après avoir raconté sa conversation avec madame de Staël, Malouet
+poursuit ainsi: «Le projet me parut excellent, autant que le sentiment
+qui l'avoit suggéré. J'allai sur-le-champ trouver M. de la Porte,
intendant de la liste civile. <span class="pagenum"><a id="page9" name="page9"></a>(p. 9)</span> En lui confiant ce que je venois
-d'entendre, je l'engageai à me mener par un escalier dérobé chez le
+d'entendre, je l'engageai à me mener par un escalier dérobé chez le
Roi. Il s'y rendit seul pour m'annoncer, et j'attendois dans un
-cabinet qu'on vînt m'avertir; mais au bout d'une demi-heure, je le vis
+cabinet qu'on vînt m'avertir; mais au bout d'une demi-heure, je le vis
descendre fort triste. Le Roi et la Reine, craignant que j'insistasse
-sur la proposition de madame de Staël, ne demandaient point à me voir.
+sur la proposition de madame de Staël, ne demandaient point à me voir.
M. de la Porte ne me conseilla point de monter; il me dit que le Roi
-et la Reine n'accepteroient jamais aucun service de madame de Staël;
-qu'ils me chargeoient cependant de lui dire qu'ils étoient
-très-sensibles à ce qu'elle vouloit faire pour eux; qu'ils ne
+et la Reine n'accepteroient jamais aucun service de madame de Staël;
+qu'ils me chargeoient cependant de lui dire qu'ils étoient
+très-sensibles à ce qu'elle vouloit faire pour eux; qu'ils ne
l'oublieroient jamais; mais qu'ils avoient des raisons pour ne point
quitter Paris; qu'ils en avoient aussi de ne pas s'y croire dans un
danger imminent.</p>
-<p>»M. de la Porte me confia alors, sans aucun détail, qu'on étoit en
-négociation avec les principaux Jacobins; que, moyennant de l'argent,
-ils se chargeoient de contenir le faubourg Saint-Antoine.»</p>
-
-<p>Ce sont les objections plus haut exposées qui reviennent.
-Non-seulement le Roi et la Reine croyaient de leur dignité de ne pas
-devenir les obligés des personnes qui les avaient offensés, mais ils
-ne croyaient pas encore leur fortune descendue à un tel degré qu'ils
-n'eussent plus qu'à sauver leur vie en renonçant à cette couronne,
-héritage de leur fils. Fuir sur le bord de la mer, c'était bientôt
-émigrer, c'était abdiquer.</p>
-
-<p>Malouet en convient lui-même, comme on va le voir par la suite de son
-récit: «Je fis sentir à M. de la Porte, continue-t-il, combien il
-étoit fou, coupable même de compter sur de telles ressources; que les
-choses en étoient au point qu'il falloit s'assurer de moyens positifs
-de résistance et de salut; que la prépondérance des Jacobins à Paris,
-leurs projets, leur audace et la férocité de la populace
-révolutionnaire menaçoient évidemment la vie du Roi et de la <span class="pagenum"><a id="page10" name="page10"></a>(p. 10)</span>
-famille royale; qu'il n'y avoit aucun moyen de leur échapper si on ne
-les prévenoit avant l'arrivée des Marseillais, que nous savions être
-mandés par le comité de la Commune. Je lui dis qu'au défaut du projet
-de madame de Staël, M. de Montmorin s'étoit assuré de M. de Liancourt,
-qui commandoit à Rouen et qui avoit quatre régiments à ses ordres;
-qu'il seroit facile de les porter à Pontoise, où les gardes suisses
-pouvoient conduire Leurs Majestés. Je n'eus pas de peine à convaincre
-l'honnête et bon de la Porte; nous convînmes que j'écrirois au Roi,
-dans le plus grand détail, tout ce que je pensois des dangers de sa
-position et des mesures à prendre pour en sortir. Il se chargea de lui
+<p>»M. de la Porte me confia alors, sans aucun détail, qu'on étoit en
+négociation avec les principaux Jacobins; que, moyennant de l'argent,
+ils se chargeoient de contenir le faubourg Saint-Antoine.»</p>
+
+<p>Ce sont les objections plus haut exposées qui reviennent.
+Non-seulement le Roi et la Reine croyaient de leur dignité de ne pas
+devenir les obligés des personnes qui les avaient offensés, mais ils
+ne croyaient pas encore leur fortune descendue à un tel degré qu'ils
+n'eussent plus qu'à sauver leur vie en renonçant à cette couronne,
+héritage de leur fils. Fuir sur le bord de la mer, c'était bientôt
+émigrer, c'était abdiquer.</p>
+
+<p>Malouet en convient lui-même, comme on va le voir par la suite de son
+récit: «Je fis sentir à M. de la Porte, continue-t-il, combien il
+étoit fou, coupable même de compter sur de telles ressources; que les
+choses en étoient au point qu'il falloit s'assurer de moyens positifs
+de résistance et de salut; que la prépondérance des Jacobins à Paris,
+leurs projets, leur audace et la férocité de la populace
+révolutionnaire menaçoient évidemment la vie du Roi et de la <span class="pagenum"><a id="page10" name="page10"></a>(p. 10)</span>
+famille royale; qu'il n'y avoit aucun moyen de leur échapper si on ne
+les prévenoit avant l'arrivée des Marseillais, que nous savions être
+mandés par le comité de la Commune. Je lui dis qu'au défaut du projet
+de madame de Staël, M. de Montmorin s'étoit assuré de M. de Liancourt,
+qui commandoit à Rouen et qui avoit quatre régiments à ses ordres;
+qu'il seroit facile de les porter à Pontoise, où les gardes suisses
+pouvoient conduire Leurs Majestés. Je n'eus pas de peine à convaincre
+l'honnête et bon de la Porte; nous convînmes que j'écrirois au Roi,
+dans le plus grand détail, tout ce que je pensois des dangers de sa
+position et des mesures à prendre pour en sortir. Il se chargea de lui
remettre ma lettre; j'allai la concerter avec M. de Montmorin, et je
-n'y oubliai rien. Nous avions depuis le 21 juin arrangé avec
-l'ordonnateur de la marine du Havre, M. de Mistral, dévoué au Roi,
-l'armement d'un yacht qui auroit reçu la famille royale à Rouen, et
-l'eût portée d'abord au Havre, <em>et, à la dernière extrémité, en
-Angleterre</em>. Ma lettre étoit forte, pressante, très-détaillée sur les
-dangers qui menaçoient la famille royale et sur les moyens qui nous
+n'y oubliai rien. Nous avions depuis le 21 juin arrangé avec
+l'ordonnateur de la marine du Havre, M. de Mistral, dévoué au Roi,
+l'armement d'un yacht qui auroit reçu la famille royale à Rouen, et
+l'eût portée d'abord au Havre, <em>et, à la dernière extrémité, en
+Angleterre</em>. Ma lettre étoit forte, pressante, très-détaillée sur les
+dangers qui menaçoient la famille royale et sur les moyens qui nous
restoient. Je conjurois le Roi, par toutes les raisons qu'il est
inutile de rappeler ici, de prendre un parti ferme et prompt, de nous
-laisser le soin de préparer son évasion, ainsi que la liberté d'agir
-auprès des royalistes réunis à Paris et des gardes nationales
-dévouées, telles que les bataillons des Filles Saint-Thomas et des
-Petits-Pères.»</p>
+laisser le soin de préparer son évasion, ainsi que la liberté d'agir
+auprès des royalistes réunis à Paris et des gardes nationales
+dévouées, telles que les bataillons des Filles Saint-Thomas et des
+Petits-Pères.»</p>
-<p>On éprouve une douloureuse curiosité de connaître la réponse du Roi à
+<p>On éprouve une douloureuse curiosité de connaître la réponse du Roi à
cette proposition. La voici; elle est remarquable, parce qu'elle
-indique en deux mots les deux objections capitales que soulève le plan
+indique en deux mots les deux objections capitales que soulève le plan
de Malouet:</p>
-<p>«Ma lettre, continue celui-ci, fut remise au Roi par M. de la Porte
-après son dîner, dans le cabinet de la Reine, où il étoit avec la
-princesse et Madame Élisabeth. Le Roi la lut sans mot dire, sans la
-communiquer, et il se promenoit <span class="pagenum"><a id="page11" name="page11"></a>(p. 11)</span> à grands pas dans la plus vive
-anxiété. La Reine lui demanda de qui étoit cette lettre. Sa Majesté
-répondit: «Elle est de M. Malouet; je ne vous la communique pas, parce
-qu'elle vous troubleroit. Il nous est dévoué, mais il y a de
-l'exagération dans ses inquiétudes et peu de sûreté dans ses moyens...
-Nous verrons; rien ne m'oblige encore à prendre un parti hasardeux.
-L'affaire de Varennes est une leçon.»</p>
-
-<p>Louis XVI se faisait illusion sur un seul point, c'était quand il
-taxait d'exagération les inquiétudes de Malouet sur la gravité de la
-situation. Quant au reste, il avait raison; c'était un parti bien
-hasardeux: il jouait dans une bataille presque inévitable sa couronne
+<p>«Ma lettre, continue celui-ci, fut remise au Roi par M. de la Porte
+après son dîner, dans le cabinet de la Reine, où il étoit avec la
+princesse et Madame Élisabeth. Le Roi la lut sans mot dire, sans la
+communiquer, et il se promenoit <span class="pagenum"><a id="page11" name="page11"></a>(p. 11)</span> à grands pas dans la plus vive
+anxiété. La Reine lui demanda de qui étoit cette lettre. Sa Majesté
+répondit: «Elle est de M. Malouet; je ne vous la communique pas, parce
+qu'elle vous troubleroit. Il nous est dévoué, mais il y a de
+l'exagération dans ses inquiétudes et peu de sûreté dans ses moyens...
+Nous verrons; rien ne m'oblige encore à prendre un parti hasardeux.
+L'affaire de Varennes est une leçon.»</p>
+
+<p>Louis XVI se faisait illusion sur un seul point, c'était quand il
+taxait d'exagération les inquiétudes de Malouet sur la gravité de la
+situation. Quant au reste, il avait raison; c'était un parti bien
+hasardeux: il jouait dans une bataille presque inévitable sa couronne
d'abord, sa vie et celle de sa famille ensuite, et avec combien peu de
-chances de son côté, combien peu de sûreté dans les moyens! Pour que
-ce plan réussît, il fallait supposer l'invraisemblable, presque
-l'impossible; d'abord que tous ces mouvements, faciles à combiner sur
-le papier, s'exécutassent avec la même facilité dans une ville où tous
-les esprits étaient en éveil, où toutes les passions fermentaient, où
-les comités populaires avaient une police qui surveillait le château,
-trahi par des serviteurs infidèles, où l'on soupçonnait des projets de
-fuite, même quand le Roi ne voulait pas fuir;&mdash;ensuite, que la garde
-nationale, qui fut si peu nombreuse au 10 août, quand le Roi avait
-pour lui la légalité, la municipalité, le département, et en apparence
-l'Assemblée, se montrât plus nombreuse, plus hardie, en présence d'une
-convocation illégale, en agissant contre la volonté de l'Assemblée en
-dehors de l'initiative de la municipalité et du département. Il
-fallait enfin que les quatre régiments de M. de Liancourt, travaillés
-par les progrès incessants de l'esprit révolutionnaire, fussent plus
-dévoués, plus solides, plus résolus que ne l'avaient été un an
-auparavant, lors de Varennes, les troupes de M. de Bouillé, qui
-avaient <span class="pagenum"><a id="page12" name="page12"></a>(p. 12)</span> montré tant d'hésitation là où elles s'étaient
-trouvées en contact avec la population, parlons plus exactement, qui
-étaient entrées en défection. Disons tout d'un mot: il fallait que la
-résolution, l'initiative, la force, toutes les chances qui
-appartenaient aux révolutionnaires passassent tout d'un coup aux
-constitutionnels; que ceux-ci fissent tout ce qu'il y avait à faire,
-et que ceux-là n'empêchassent point ce qu'il leur était facile
-d'empêcher. Si le Roi se faisait des illusions sur la gravité de la
+chances de son côté, combien peu de sûreté dans les moyens! Pour que
+ce plan réussît, il fallait supposer l'invraisemblable, presque
+l'impossible; d'abord que tous ces mouvements, faciles à combiner sur
+le papier, s'exécutassent avec la même facilité dans une ville où tous
+les esprits étaient en éveil, où toutes les passions fermentaient, où
+les comités populaires avaient une police qui surveillait le château,
+trahi par des serviteurs infidèles, où l'on soupçonnait des projets de
+fuite, même quand le Roi ne voulait pas fuir;&mdash;ensuite, que la garde
+nationale, qui fut si peu nombreuse au 10 août, quand le Roi avait
+pour lui la légalité, la municipalité, le département, et en apparence
+l'Assemblée, se montrât plus nombreuse, plus hardie, en présence d'une
+convocation illégale, en agissant contre la volonté de l'Assemblée en
+dehors de l'initiative de la municipalité et du département. Il
+fallait enfin que les quatre régiments de M. de Liancourt, travaillés
+par les progrès incessants de l'esprit révolutionnaire, fussent plus
+dévoués, plus solides, plus résolus que ne l'avaient été un an
+auparavant, lors de Varennes, les troupes de M. de Bouillé, qui
+avaient <span class="pagenum"><a id="page12" name="page12"></a>(p. 12)</span> montré tant d'hésitation là où elles s'étaient
+trouvées en contact avec la population, parlons plus exactement, qui
+étaient entrées en défection. Disons tout d'un mot: il fallait que la
+résolution, l'initiative, la force, toutes les chances qui
+appartenaient aux révolutionnaires passassent tout d'un coup aux
+constitutionnels; que ceux-ci fissent tout ce qu'il y avait à faire,
+et que ceux-là n'empêchassent point ce qu'il leur était facile
+d'empêcher. Si le Roi se faisait des illusions sur la gravité de la
situation, Malouet ne s'en faisait donc pas moins sur les chances de
-réussite de son plan et sur les moyens dont disposait le parti
+réussite de son plan et sur les moyens dont disposait le parti
constitutionnel.</p>
-<p>Mais Louis XVI poussait-il la confiance, à la fin du mois de juillet,
-aussi loin que semble le supposer Malouet? La suite du récit de
-celui-ci, dans lequel Madame Élisabeth va paraître, prouve, ce semble,
-le contraire: «La Reine et Madame Élisabeth n'ayant rien répondu (au
-Roi), dit-il, cet état d'embarras et de silence détermina M. de la
-Porte à se retirer, et on le laissa partir sans lui faire une
-question, sans le charger d'une réponse. Lorsqu'il nous rendit à M. de
-Montmorin et à moi tout ce qui s'était passé, celui-ci s'écria: «Il
-faut en prendre son parti, nous serons tous massacrés, et cela ne sera
-pas long!»</p>
-
-<p>»Quelques heures après cette explication, à deux heures du matin, le
-baron de Gilliers arrive fort effrayé dans ma chambre; il avoit la
-confiance de Madame Élisabeth, qui l'envoya chercher à minuit et lui
-dit: «Nous ignorons, la Reine et moi, ce que M. Malouet a écrit au
-Roi; mais il est si troublé, si agité, que nous désirons avoir
+<p>Mais Louis XVI poussait-il la confiance, à la fin du mois de juillet,
+aussi loin que semble le supposer Malouet? La suite du récit de
+celui-ci, dans lequel Madame Élisabeth va paraître, prouve, ce semble,
+le contraire: «La Reine et Madame Élisabeth n'ayant rien répondu (au
+Roi), dit-il, cet état d'embarras et de silence détermina M. de la
+Porte à se retirer, et on le laissa partir sans lui faire une
+question, sans le charger d'une réponse. Lorsqu'il nous rendit à M. de
+Montmorin et à moi tout ce qui s'était passé, celui-ci s'écria: «Il
+faut en prendre son parti, nous serons tous massacrés, et cela ne sera
+pas long!»</p>
+
+<p>»Quelques heures après cette explication, à deux heures du matin, le
+baron de Gilliers arrive fort effrayé dans ma chambre; il avoit la
+confiance de Madame Élisabeth, qui l'envoya chercher à minuit et lui
+dit: «Nous ignorons, la Reine et moi, ce que M. Malouet a écrit au
+Roi; mais il est si troublé, si agité, que nous désirons avoir
connoissance de cette lettre. Rendez-vous chez M. Malouet, et priez-le
de ma part de vous la confier, s'il en a la minute, ou de m'en envoyer
-le contenu.» Je remis la minute de ma lettre à M. de Gilliers, qui la
-porta à Madame Élisabeth. Cette princesse, après l'avoir lue, lui dit:
-«Il a raison, je pense comme lui: je préférerois ce parti-là à
-<span class="pagenum"><a id="page13" name="page13"></a>(p. 13)</span> tout autre; mais nous sommes engagés dans d'autres mesures:
-Dieu sait ce qui arrivera!»</p>
+le contenu.» Je remis la minute de ma lettre à M. de Gilliers, qui la
+porta à Madame Élisabeth. Cette princesse, après l'avoir lue, lui dit:
+«Il a raison, je pense comme lui: je préférerois ce parti-là à
+<span class="pagenum"><a id="page13" name="page13"></a>(p. 13)</span> tout autre; mais nous sommes engagés dans d'autres mesures:
+Dieu sait ce qui arrivera!»</p>
-<p>Ainsi, Madame Élisabeth, si hasardeux que fût le parti, si peu sûrs
-que fussent les moyens, aurait préféré cette sortie armée de Paris à
-toutes les autres combinaisons; mais elle se soumettait à la volonté
-de son frère, engagé dans d'autres mesures.</p>
+<p>Ainsi, Madame Élisabeth, si hasardeux que fût le parti, si peu sûrs
+que fussent les moyens, aurait préféré cette sortie armée de Paris à
+toutes les autres combinaisons; mais elle se soumettait à la volonté
+de son frère, engagé dans d'autres mesures.</p>
-<p>Après avoir lu ces détails, il est impossible de ne pas trouver la
-conclusion de Malouet sévère jusqu'à la dureté, jusqu'à l'injustice:</p>
+<p>Après avoir lu ces détails, il est impossible de ne pas trouver la
+conclusion de Malouet sévère jusqu'à la dureté, jusqu'à l'injustice:</p>
-<p>«Ce n'est pas seulement la foiblesse du Roi et son indécision, dit-il,
+<p>«Ce n'est pas seulement la foiblesse du Roi et son indécision, dit-il,
qui l'ont perdu, c'est surtout une disposition malheureuse de son
-caractère qui le portoit à une demi-confiance pour tous ceux de ses
-serviteurs qu'il estimoit, mais jamais à une confiance entière pour
-aucun. Madame Élisabeth, qui avoit plus de fermeté et d'esprit que son
-frère, participoit à ce triste défaut, et, chose encore plus
-singulière, la Reine, qui ne manquoit ni d'esprit ni de décision,
-étoit sur ce point à l'unisson avec le Roi et sa belle-s&oelig;ur. Chacun
-d'eux avoit ses demi-confidents, ses agents, ses négociateurs, qui ne
+caractère qui le portoit à une demi-confiance pour tous ceux de ses
+serviteurs qu'il estimoit, mais jamais à une confiance entière pour
+aucun. Madame Élisabeth, qui avoit plus de fermeté et d'esprit que son
+frère, participoit à ce triste défaut, et, chose encore plus
+singulière, la Reine, qui ne manquoit ni d'esprit ni de décision,
+étoit sur ce point à l'unisson avec le Roi et sa belle-s&oelig;ur. Chacun
+d'eux avoit ses demi-confidents, ses agents, ses négociateurs, qui ne
pouvoient se concerter sur rien et devoient se contrarier souvent;
-mais ce qui est tout à fait inconcevable quand on connoît bien tout ce
+mais ce qui est tout à fait inconcevable quand on connoît bien tout ce
qu'il y avoit de raison, d'instruction et de bons sentiments dans ces
-augustes personnes, c'est qu'à aucune époque de la révolution elles
-n'aient demandé ni accepté un plan de conduite, et pas même un plan de
-défense dans le dernier moment du péril.»</p>
+augustes personnes, c'est qu'à aucune époque de la révolution elles
+n'aient demandé ni accepté un plan de conduite, et pas même un plan de
+défense dans le dernier moment du péril.»</p>
<p>Ce que ne comprenait point le parti constitutionnel, alors encore
-infatué de ses lumières et convaincu, malgré tant de fautes, de son
-infaillibilité, la postérité le comprendra peut-être. L'esprit du Roi,
-de la Reine et de Madame Élisabeth était perplexe, parce que la
-situation était profondément complexe. Dans cette situation funeste
-et inextricable, <span class="pagenum"><a id="page14" name="page14"></a>(p. 14)</span> où l'on respirait la démence avec l'air, il
-n'y avait pas de plan raisonnable; tous ceux qu'on présentait étaient
-déraisonnables par quelque endroit, celui des constitutionnels comme
-les autres, on l'a vu. Le Roi, la Reine et Madame Élisabeth
-n'accordaient leur confiance entière et complète à personne, parce que
-personne ne la méritait, je ne veux point dire au point de vue du
-c&oelig;ur (il y avait des c&oelig;urs nobles et dévoués à cette époque),
-mais au point de vue de la supériorité transcendante et de la capacité
-politique. Ils hésitaient à l'embranchement de plusieurs chemins qui
-pouvaient les conduire à l'abîme, parce qu'ils ne voyaient pas
+infatué de ses lumières et convaincu, malgré tant de fautes, de son
+infaillibilité, la postérité le comprendra peut-être. L'esprit du Roi,
+de la Reine et de Madame Élisabeth était perplexe, parce que la
+situation était profondément complexe. Dans cette situation funeste
+et inextricable, <span class="pagenum"><a id="page14" name="page14"></a>(p. 14)</span> où l'on respirait la démence avec l'air, il
+n'y avait pas de plan raisonnable; tous ceux qu'on présentait étaient
+déraisonnables par quelque endroit, celui des constitutionnels comme
+les autres, on l'a vu. Le Roi, la Reine et Madame Élisabeth
+n'accordaient leur confiance entière et complète à personne, parce que
+personne ne la méritait, je ne veux point dire au point de vue du
+c&oelig;ur (il y avait des c&oelig;urs nobles et dévoués à cette époque),
+mais au point de vue de la supériorité transcendante et de la capacité
+politique. Ils hésitaient à l'embranchement de plusieurs chemins qui
+pouvaient les conduire à l'abîme, parce qu'ils ne voyaient pas
clairement une route de salut, et, au fond, personne ne la voyait
-mieux qu'eux. Quand on leur disait: «Le salut est là», ils
+mieux qu'eux. Quand on leur disait: «Le salut est là», ils
regardaient; mais ils ne marchaient pas, parce qu'ils n'apercevaient
-pas le salut au bout de la voie où l'on voulait les entraîner. Ils
-prêtaient l'oreille à tous les expédients, parce que personne ne leur
-apportait la solution du problème. Au fond, les fautes de tous les
-partis, les passions et les préventions contraires avaient créé une
-situation insoluble; et quand Malouet vient dire que, «dans la
-position où étoit Louis XVI, il devoit sans doute se confier avant
-tout à l'armée nationale, se mettre à la tête des François qui
-vouloient le défendre et qui pouvoient anéantir une faction
-criminelle», il prouve une fois de plus que les constitutionnels
-prenaient les phrases pour des faits. Où était, en août 1792, l'armée
-nationale à la tête de laquelle le Roi pouvait se mettre? les
-Français, je parle des Français réunis, organisés, qui voulaient le
-défendre et qui étaient capables d'anéantir la faction des Jacobins?
-La journée du 10 août a répondu, la journée du 10 août qui ne fut pas,
-comme Malouet semble le croire, le résultat des tergiversations, des
-hésitations de la famille royale, mais la suite fatale d'une
-progression révolutionnaire dont le premier terme s'appelle les 5 et
-6 octobre, le second le <span class="pagenum"><a id="page15" name="page15"></a>(p. 15)</span> 20 juin, le troisième le 10 août, qui
-mènera au 21 janvier. N'importe, on aime à savoir qu'il y avait à
-l'approche de cette terrible épreuve des c&oelig;urs généreux qui
-s'inquiétaient du sort réservé à la famille royale; qui, voyant venir
-la marée révolutionnaire destinée à l'emporter, s'agitaient pour
+pas le salut au bout de la voie où l'on voulait les entraîner. Ils
+prêtaient l'oreille à tous les expédients, parce que personne ne leur
+apportait la solution du problème. Au fond, les fautes de tous les
+partis, les passions et les préventions contraires avaient créé une
+situation insoluble; et quand Malouet vient dire que, «dans la
+position où étoit Louis XVI, il devoit sans doute se confier avant
+tout à l'armée nationale, se mettre à la tête des François qui
+vouloient le défendre et qui pouvoient anéantir une faction
+criminelle», il prouve une fois de plus que les constitutionnels
+prenaient les phrases pour des faits. Où était, en août 1792, l'armée
+nationale à la tête de laquelle le Roi pouvait se mettre? les
+Français, je parle des Français réunis, organisés, qui voulaient le
+défendre et qui étaient capables d'anéantir la faction des Jacobins?
+La journée du 10 août a répondu, la journée du 10 août qui ne fut pas,
+comme Malouet semble le croire, le résultat des tergiversations, des
+hésitations de la famille royale, mais la suite fatale d'une
+progression révolutionnaire dont le premier terme s'appelle les 5 et
+6 octobre, le second le <span class="pagenum"><a id="page15" name="page15"></a>(p. 15)</span> 20 juin, le troisième le 10 août, qui
+mènera au 21 janvier. N'importe, on aime à savoir qu'il y avait à
+l'approche de cette terrible épreuve des c&oelig;urs généreux qui
+s'inquiétaient du sort réservé à la famille royale; qui, voyant venir
+la marée révolutionnaire destinée à l'emporter, s'agitaient pour
trouver des digues, et qui briguaient la permission d'opposer leur
-poitrine au péril. Malouet, et ce sera l'honneur de sa vie, fut un de
-ces hommes. Il a raconté comment, jusqu'au dernier moment, dans la
-petite réunion qui avait lieu chez M. de Montmorin, on s'occupa de
-plans pour sauver la famille royale. «M. de Lally, dit-il, se trouvoit
-fréquemment de nos réunions chez M. de Montmorin, avec MM. de
+poitrine au péril. Malouet, et ce sera l'honneur de sa vie, fut un de
+ces hommes. Il a raconté comment, jusqu'au dernier moment, dans la
+petite réunion qui avait lieu chez M. de Montmorin, on s'occupa de
+plans pour sauver la famille royale. «M. de Lally, dit-il, se trouvoit
+fréquemment de nos réunions chez M. de Montmorin, avec MM. de
Malesherbes, Clermont-Tonnerre, Bertrand, la Tour-du-Pin et
-Gouverneur-Morris, envoyé des États-Unis, pour qui le Roi avait du
-goût, et qui donnait à Sa Majesté, mais aussi inutilement que nous,
-les conseils les plus vigoureux. C'est le 7 août que, pour la dernière
-fois, nous dînâmes ensemble. Au moment de nous séparer, nous nous
-fîmes tous un dernier adieu. Notre conférence avait pour objet de
+Gouverneur-Morris, envoyé des États-Unis, pour qui le Roi avait du
+goût, et qui donnait à Sa Majesté, mais aussi inutilement que nous,
+les conseils les plus vigoureux. C'est le 7 août que, pour la dernière
+fois, nous dînâmes ensemble. Au moment de nous séparer, nous nous
+fîmes tous un dernier adieu. Notre conférence avait pour objet de
tenter un nouvel effort pour faire enlever par les Suisses la famille
-royale et la conduire à Pontoise. Avertis fort en détail de tous les
-préparatifs du 10 août, nous étions assemblés dès le matin chez M. de
-Montmorin. Il avoit écrit au Roi pour lui en faire part, et lui dire
-qu'il n'y avoit plus à reculer; que nous nous trouverions le lendemain
-avant le jour, au nombre de soixante-dix, aux grandes écuries, où
-l'ordre devoit être donné de nous livrer des chevaux de selle; que la
-garde nationale des Tuileries, commandée par Aclocque, aideroit à
-notre expédition; que quatre des compagnies des gardes suisses
-partiroient à la même heure de Courbevoie pour venir à la rencontre du
-Roi; que nous l'escorterions aux Champs-Élysées, où il monteroit en
-voiture avec sa famille. Le porteur de la lettre étant revenu sans
-réponse, M. de Montmorin <span class="pagenum"><a id="page16" name="page16"></a>(p. 16)</span> se rendit sur-le-champ chez le Roi;
-Madame Élisabeth lui apprit que l'insurrection n'auroit point lieu;
-que Santerre et Pétion s'y étoient engagés; qu'ils avoient reçu sept
-cent cinquante mille livres pour l'empêcher et ramener les Marseillais
-dans le parti de Sa Majesté. Le Roi n'en étoit pas moins inquiet,
-agité, mais décidé à ne pas quitter Paris..... Il aimoit mieux
-s'exposer à tous les dangers que de commencer la guerre civile.»</p>
-
-<p>Ce furent les dernières paroles du Roi. Il ne voulait pas commencer la
+royale et la conduire à Pontoise. Avertis fort en détail de tous les
+préparatifs du 10 août, nous étions assemblés dès le matin chez M. de
+Montmorin. Il avoit écrit au Roi pour lui en faire part, et lui dire
+qu'il n'y avoit plus à reculer; que nous nous trouverions le lendemain
+avant le jour, au nombre de soixante-dix, aux grandes écuries, où
+l'ordre devoit être donné de nous livrer des chevaux de selle; que la
+garde nationale des Tuileries, commandée par Aclocque, aideroit à
+notre expédition; que quatre des compagnies des gardes suisses
+partiroient à la même heure de Courbevoie pour venir à la rencontre du
+Roi; que nous l'escorterions aux Champs-Élysées, où il monteroit en
+voiture avec sa famille. Le porteur de la lettre étant revenu sans
+réponse, M. de Montmorin <span class="pagenum"><a id="page16" name="page16"></a>(p. 16)</span> se rendit sur-le-champ chez le Roi;
+Madame Élisabeth lui apprit que l'insurrection n'auroit point lieu;
+que Santerre et Pétion s'y étoient engagés; qu'ils avoient reçu sept
+cent cinquante mille livres pour l'empêcher et ramener les Marseillais
+dans le parti de Sa Majesté. Le Roi n'en étoit pas moins inquiet,
+agité, mais décidé à ne pas quitter Paris..... Il aimoit mieux
+s'exposer à tous les dangers que de commencer la guerre civile.»</p>
+
+<p>Ce furent les dernières paroles du Roi. Il ne voulait pas commencer la
guerre civile; il ne voulait point quitter Paris, parce que, il le
-sentait bien: quitter Paris, c'était quitter la France. On a admiré à
-juste titre la trivialité patriotique d'un fougueux révolutionnaire
-répliquant à qui lui conseillait de fuir: «Est-ce qu'on emporte sa
-patrie à la semelle de ses souliers?» Mais si les souliers de Danton
-tenaient à la terre de France, Louis XVI, le descendant de tant de
-rois français, y tenait par toutes les fibres de son c&oelig;ur. Ainsi,
-le 10 août devait s'accomplir; il s'était accompli: Louis XVI et sa
-famille étaient au Temple.</p>
-
-<p>Avant de suivre la famille royale dans son triste séjour, arrêtons un
-moment nos regards sur les triomphateurs du 10 août. Le cynisme
+sentait bien: quitter Paris, c'était quitter la France. On a admiré à
+juste titre la trivialité patriotique d'un fougueux révolutionnaire
+répliquant à qui lui conseillait de fuir: «Est-ce qu'on emporte sa
+patrie à la semelle de ses souliers?» Mais si les souliers de Danton
+tenaient à la terre de France, Louis XVI, le descendant de tant de
+rois français, y tenait par toutes les fibres de son c&oelig;ur. Ainsi,
+le 10 août devait s'accomplir; il s'était accompli: Louis XVI et sa
+famille étaient au Temple.</p>
+
+<p>Avant de suivre la famille royale dans son triste séjour, arrêtons un
+moment nos regards sur les triomphateurs du 10 août. Le cynisme
jacobin, qui devait plus tard envahir l'histoire et faire longtemps
-illusion à la postérité, débordait dans les écrits et dans les
+illusion à la postérité, débordait dans les écrits et dans les
correspondances de ceux qui avaient pris une part plus ou moins
-directe à cette journée. Elle acquérait dans leur imagination
-échauffée les proportions d'une grande bataille, et les grotesques
-Tyrtées du 10 août chantaient, aux dépens de la vérité et de
-l'orthographe<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7" title="Go to footnote 7"><span class="smaller">[7]</span></a>, cette victoire que la longanimité de Louis XVI et sa
-résolution inébranlable de ne pas faire couler le sang français
+directe à cette journée. Elle acquérait dans leur imagination
+échauffée les proportions d'une grande bataille, et les grotesques
+Tyrtées du 10 août chantaient, aux dépens de la vérité et de
+l'orthographe<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7" title="Go to footnote 7"><span class="smaller">[7]</span></a>, cette victoire que la longanimité de Louis XVI et sa
+résolution inébranlable de ne pas faire couler le sang français
avaient rendue si facile.</p>
-<p>La petite tour du Temple, que la révolution assignait pour demeure à
-la famille royale, formait un carré long <span class="pagenum"><a id="page17" name="page17"></a>(p. 17)</span> flanqué de deux
-tourelles et adossé à la grande tour, sans communication intérieure.</p>
-
-<p>La porte d'entrée, précédée de quatre marches extérieures, était
-étroite et basse, donnant sur un palier, au fond duquel s'ouvrait
-l'escalier, taillé en coquille de limaçon. Cette porte, reconnue trop
-frêle, fut raffermie par de fortes traverses et des verrous apportés
-des prisons du Châtelet. A gauche, en entrant, était la loge de deux
-portiers, Risbey et Rocher. Le rez-de-chaussée n'avait que deux
-pièces: une cuisine, dont on ne fit aucun usage, et une grande chambre
-qui servait d'entrepôt aux archives. Le premier se composait d'une
-antichambre et d'une salle à manger communiquant à un cabinet pris
-dans la tourelle, où se trouvait une bibliothèque. Mesdames Thibaud,
-Basire et Navarre couchèrent dans cette salle pendant les sept jours
-qu'elles restèrent dans cette maison d'arrêt.</p>
-
-<p>Au second étage, on entrait dans une antichambre fort sombre, où
+<p>La petite tour du Temple, que la révolution assignait pour demeure à
+la famille royale, formait un carré long <span class="pagenum"><a id="page17" name="page17"></a>(p. 17)</span> flanqué de deux
+tourelles et adossé à la grande tour, sans communication intérieure.</p>
+
+<p>La porte d'entrée, précédée de quatre marches extérieures, était
+étroite et basse, donnant sur un palier, au fond duquel s'ouvrait
+l'escalier, taillé en coquille de limaçon. Cette porte, reconnue trop
+frêle, fut raffermie par de fortes traverses et des verrous apportés
+des prisons du Châtelet. A gauche, en entrant, était la loge de deux
+portiers, Risbey et Rocher. Le rez-de-chaussée n'avait que deux
+pièces: une cuisine, dont on ne fit aucun usage, et une grande chambre
+qui servait d'entrepôt aux archives. Le premier se composait d'une
+antichambre et d'une salle à manger communiquant à un cabinet pris
+dans la tourelle, où se trouvait une bibliothèque. Mesdames Thibaud,
+Basire et Navarre couchèrent dans cette salle pendant les sept jours
+qu'elles restèrent dans cette maison d'arrêt.</p>
+
+<p>Au second étage, on entrait dans une antichambre fort sombre, où
couchait la princesse de Lamballe. A gauche, la Reine occupait avec sa
-fille une chambre dont la fenêtre avait jour sur le jardin; dans cette
+fille une chambre dont la fenêtre avait jour sur le jardin; dans cette
chambre, moins triste que les autres, la famille royale passait
-habituellement presque toute la journée. A droite, dans une même
+habituellement presque toute la journée. A droite, dans une même
chambre, couchaient le jeune prince, madame de Tourzel et madame
-Saint-Brice. On était obligé de traverser cette pièce pour entrer dans
-le cabinet de la tourelle, qui servait de garde-robe à tout ce corps
-de bâtiment, et qui était commun aux municipaux et aux soldats, aussi
-bien qu'à la famille royale.</p>
-
-<p>La distribution du troisième étage était la même que celle du second.
-L'antichambre placée au-dessus de la chambre de madame de Lamballe
-servait de corps de garde. En face, derrière une cloison, se trouvait
-un réduit étroit n'ayant de jour que par un châssis à vitrage adapté
-au toit. Ce fut là que s'établirent Hue et Chamilly. A droite de
-l'antichambre on entrait dans la chambre du Roi, éclairée par <span class="pagenum"><a id="page18" name="page18"></a>(p. 18)</span>
-deux fenêtres dont l'une donnait sur la rotonde du Temple; le lit de
-Louis XVI était placé dans une alcôve à droite en entrant. La petite
-pièce de la tourelle lui servait de cabinet de lecture.</p>
-
-<p>Vis-à-vis de la chambre du Roi, et de l'autre côté de l'antichambre,
-était une ancienne cuisine qui contenait encore les ustensiles
-appropriés à sa première destination, dénoncée en outre par l'affreuse
-malpropreté qui y régnait. On devine que ce fut là le logement de
-Madame Élisabeth, car la plus mauvaise place était toujours la sienne.
-«Cette princesse, qui joignoit, raconte madame de Tourzel, à une vertu
-d'ange une bonté sans pareille, dit sur-le-champ à Pauline qu'elle
+Saint-Brice. On était obligé de traverser cette pièce pour entrer dans
+le cabinet de la tourelle, qui servait de garde-robe à tout ce corps
+de bâtiment, et qui était commun aux municipaux et aux soldats, aussi
+bien qu'à la famille royale.</p>
+
+<p>La distribution du troisième étage était la même que celle du second.
+L'antichambre placée au-dessus de la chambre de madame de Lamballe
+servait de corps de garde. En face, derrière une cloison, se trouvait
+un réduit étroit n'ayant de jour que par un châssis à vitrage adapté
+au toit. Ce fut là que s'établirent Hue et Chamilly. A droite de
+l'antichambre on entrait dans la chambre du Roi, éclairée par <span class="pagenum"><a id="page18" name="page18"></a>(p. 18)</span>
+deux fenêtres dont l'une donnait sur la rotonde du Temple; le lit de
+Louis XVI était placé dans une alcôve à droite en entrant. La petite
+pièce de la tourelle lui servait de cabinet de lecture.</p>
+
+<p>Vis-à-vis de la chambre du Roi, et de l'autre côté de l'antichambre,
+était une ancienne cuisine qui contenait encore les ustensiles
+appropriés à sa première destination, dénoncée en outre par l'affreuse
+malpropreté qui y régnait. On devine que ce fut là le logement de
+Madame Élisabeth, car la plus mauvaise place était toujours la sienne.
+«Cette princesse, qui joignoit, raconte madame de Tourzel, à une vertu
+d'ange une bonté sans pareille, dit sur-le-champ à Pauline qu'elle
vouloit se charger d'elle, et fit placer dans sa chambre un lit de
-sangle à côté du sien. Nous ne pourrons jamais oublier toutes les
-marques de bonté qu'elle en reçut pendant le temps qu'il nous fut
-permis d'habiter avec elle ce triste séjour.» Madame Élisabeth était
-clairvoyante dans ses affections, et si elle aimait particulièrement
-cette jeune et intéressante personne, c'est qu'elle avait entrevu tout
-ce qu'il y avait de force et de courage dans cette jeune âme.</p>
-
-<p>Afin de donner au lecteur une idée plus précise et plus détaillée de
-ce local, nous mettons sous ses yeux le plan du troisième étage de la
+sangle à côté du sien. Nous ne pourrons jamais oublier toutes les
+marques de bonté qu'elle en reçut pendant le temps qu'il nous fut
+permis d'habiter avec elle ce triste séjour.» Madame Élisabeth était
+clairvoyante dans ses affections, et si elle aimait particulièrement
+cette jeune et intéressante personne, c'est qu'elle avait entrevu tout
+ce qu'il y avait de force et de courage dans cette jeune âme.</p>
+
+<p>Afin de donner au lecteur une idée plus précise et plus détaillée de
+ce local, nous mettons sous ses yeux le plan du troisième étage de la
petite tour, avec la description de son mobilier.</p>
<a id="img003" name="img003"></a>
<div class="figcenter">
<img src="images/img003.jpg" width="400" height="312" alt="" title="">
-<p class="smcap">PETITE TOUR.&mdash;TROISIÈME ÉTAGE.&mdash;<i>LE ROI</i> et <i>MADAME
-ÉLISABETH</i>.</p>
+<p class="smcap">PETITE TOUR.&mdash;TROISIÈME ÉTAGE.&mdash;<i>LE ROI</i> et <i>MADAME
+ÉLISABETH</i>.</p>
<table class="auto smaller" border="0" cellpadding="2" summary="Petite tour.">
<tr>
@@ -757,32 +712,32 @@ petite tour, avec la description de son mobilier.</p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1.</td>
-<td>Lit du Roi à deux dossiers, avec ciel de lit de camelot rouge et jaune.</td>
+<td>Lit du Roi à deux dossiers, avec ciel de lit de camelot rouge et jaune.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">2.</td>
-<td>Commode en marqueterie, à dessus de marbre blanc.</td>
+<td>Commode en marqueterie, à dessus de marbre blanc.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">3.</td>
-<td>Grand canapé de velours cramoisi.</td>
+<td>Grand canapé de velours cramoisi.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">4.</td>
-<td>Grande table à manger.</td>
+<td>Grande table à manger.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">5.</td>
-<td>Un buffet à quatre ventaux.</td>
+<td>Un buffet à quatre ventaux.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6.</td>
-<td>Un guéridon avec dessus de marbre blanc.</td>
+<td>Un guéridon avec dessus de marbre blanc.</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
@@ -808,12 +763,12 @@ petite tour, avec la description de son mobilier.</p>
</tr>
<tr>
<td>F.</td>
-<td colspan="2">Ancienne cuisine, chambre de Madame Élisabeth.</td>
+<td colspan="2">Ancienne cuisine, chambre de Madame Élisabeth.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">8.</td>
-<td>Lit de Madame Élisabeth.</td>
+<td>Lit de Madame Élisabeth.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
@@ -838,453 +793,453 @@ petite tour, avec la description de son mobilier.</p>
</table>
</div>
-<p>Arrivés au Temple dans la soirée du lundi 13 août (et non du 14 comme
-l'ont écrit M. Hue et quelques autres), puis introduits de nuit dans
+<p>Arrivés au Temple dans la soirée du lundi 13 août (et non du 14 comme
+l'ont écrit M. Hue et quelques autres), puis introduits de nuit dans
la tour, les prisonniers ne purent prendre que le lendemain matin une
connaissance exacte de la distribution de leur nouvelle demeure. Ils
-apprirent que, d'après les ordres du conseil de la Commune<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8" title="Go to footnote 8"><span class="smaller">[8]</span></a>, des
-travaux considérables allaient être entrepris pour isoler et
-fortifier leur prison. Dans la journée même, <span class="pagenum"><a id="page19" name="page19"></a>(p. 19)</span> le patriote
-Palloy, accompagné de Sautot, son collègue, et de MM. Poyet et Paris,
+apprirent que, d'après les ordres du conseil de la Commune<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8" title="Go to footnote 8"><span class="smaller">[8]</span></a>, des
+travaux considérables allaient être entrepris pour isoler et
+fortifier leur prison. Dans la journée même, <span class="pagenum"><a id="page19" name="page19"></a>(p. 19)</span> le patriote
+Palloy, accompagné de Sautot, son collègue, et de MM. Poyet et Paris,
architecte et inspecteur des travaux de la Commune, vint examiner les
-localités. Déjà célèbre pour avoir démoli la Bastille, cette citadelle
-de la tyrannie, ce maçon ambitieux avait brigué la gloire de
-construire la prison du tyran. L'enclos fut livré à ses ouvriers. Les
-bâtiments <span class="pagenum"><a id="page20" name="page20"></a>(p. 20)</span> qui attenaient au massif de la tour, les arbres qui
+localités. Déjà célèbre pour avoir démoli la Bastille, cette citadelle
+de la tyrannie, ce maçon ambitieux avait brigué la gloire de
+construire la prison du tyran. L'enclos fut livré à ses ouvriers. Les
+bâtiments <span class="pagenum"><a id="page20" name="page20"></a>(p. 20)</span> qui attenaient au massif de la tour, les arbres qui
l'avoisinaient le plus, disparurent sous la pioche et sous la hache.
-On masqua des fenêtres, on exhaussa les murs d'enceinte, on créa des
-guichets et des corps de garde; des travaux de tout genre entraînèrent
-des dépenses considérables<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9" title="Go to footnote 9"><span class="smaller">[9]</span></a>.</p>
-
-<p>Presque tous les captifs étaient arrivés au Temple dans un dénûment
-absolu. «Tous nos effets, raconte mademoiselle Pauline de Tourzel,
-avoient été pillés dans notre appartement des Tuileries, et je ne
-possédois que la robe que j'avois sur le corps lors de ma sortie du
-château. Madame Élisabeth, à qui l'on venoit d'en envoyer
+On masqua des fenêtres, on exhaussa les murs d'enceinte, on créa des
+guichets et des corps de garde; des travaux de tout genre entraînèrent
+des dépenses considérables<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9" title="Go to footnote 9"><span class="smaller">[9]</span></a>.</p>
+
+<p>Presque tous les captifs étaient arrivés au Temple dans un dénûment
+absolu. «Tous nos effets, raconte mademoiselle Pauline de Tourzel,
+avoient été pillés dans notre appartement des Tuileries, et je ne
+possédois que la robe que j'avois sur le corps lors de ma sortie du
+château. Madame Élisabeth, à qui l'on venoit d'en envoyer
quelques-unes, m'en donna une des siennes. Comme elle ne pouvoit aller
-à ma taille, nous nous occupâmes à la découdre pour la refaire. Tous
-les jours, la Reine, Madame et Madame Élisabeth avoient l'extrême
-bonté d'y travailler; mais nous ne pûmes la finir avant de les
-quitter.» Cette privation du nécessaire obligeait les détenus d'avoir
-avec le dehors, tantôt pour un objet, tantôt pour un autre, des
-relations gênées par mille entraves et devenues bientôt suspectes. Les
-personnes honorées du privilége de suivre la famille royale dans le
-malheur furent dénoncées à la Commune, et celle-ci, dans sa séance du
-17 août, ordonna leur enlèvement de la tour. Manuel, touché du chagrin
-que cette mesure causait à la famille royale, essaya vainement de
-faire revenir le conseil général sur son arrêté.</p>
-
-<p>Dans la nuit du 19 au 20 se présentèrent au Temple deux officiers
-municipaux chargés d'emmener <em>toutes les personnes qui n'étaient pas
-membres de la famille Capet</em>. «Vers minuit, dit encore mademoiselle
-Pauline, nous entendîmes frapper à la porte de notre chambre. Madame
-Élisabeth se leva sur-le-champ, m'aida même à m'habiller, m'embrassa
-et me conduisit chez la Reine. Nous trouvâmes tout le monde sur
-pied.» La Reine prétendit que madame <span class="pagenum"><a id="page21" name="page21"></a>(p. 21)</span> de Lamballe étant sa
-parente, l'arrêté de la Commune ne pouvait la concerner, mais tous ses
-efforts pour l'empêcher de partir furent inutiles. «Il n'y avoit qu'à
-obéir dans la position où nous étions, dit madame de Tourzel. Je remis
+à ma taille, nous nous occupâmes à la découdre pour la refaire. Tous
+les jours, la Reine, Madame et Madame Élisabeth avoient l'extrême
+bonté d'y travailler; mais nous ne pûmes la finir avant de les
+quitter.» Cette privation du nécessaire obligeait les détenus d'avoir
+avec le dehors, tantôt pour un objet, tantôt pour un autre, des
+relations gênées par mille entraves et devenues bientôt suspectes. Les
+personnes honorées du privilége de suivre la famille royale dans le
+malheur furent dénoncées à la Commune, et celle-ci, dans sa séance du
+17 août, ordonna leur enlèvement de la tour. Manuel, touché du chagrin
+que cette mesure causait à la famille royale, essaya vainement de
+faire revenir le conseil général sur son arrêté.</p>
+
+<p>Dans la nuit du 19 au 20 se présentèrent au Temple deux officiers
+municipaux chargés d'emmener <em>toutes les personnes qui n'étaient pas
+membres de la famille Capet</em>. «Vers minuit, dit encore mademoiselle
+Pauline, nous entendîmes frapper à la porte de notre chambre. Madame
+Élisabeth se leva sur-le-champ, m'aida même à m'habiller, m'embrassa
+et me conduisit chez la Reine. Nous trouvâmes tout le monde sur
+pied.» La Reine prétendit que madame <span class="pagenum"><a id="page21" name="page21"></a>(p. 21)</span> de Lamballe étant sa
+parente, l'arrêté de la Commune ne pouvait la concerner, mais tous ses
+efforts pour l'empêcher de partir furent inutiles. «Il n'y avoit qu'à
+obéir dans la position où nous étions, dit madame de Tourzel. Je remis
entre les mains de la Reine ce cher petit Prince, dont on porta le lit
-dans sa chambre sans qu'il se fût réveillé. Je m'abstins de le
-regarder, afin de ne pas ébranler le courage dont nous allions avoir
+dans sa chambre sans qu'il se fût réveillé. Je m'abstins de le
+regarder, afin de ne pas ébranler le courage dont nous allions avoir
tant besoin, pour ne donner aucune prise sur nous, et revenir
-reprendre, s'il étoit possible, une place que nous quittions avec tant
+reprendre, s'il étoit possible, une place que nous quittions avec tant
de regret. La Reine vint sur-le-champ dans la chambre de madame la
-princesse de Lamballe, dont elle se sépara avec une vive douleur. Elle
-nous témoigna, à Pauline et à moi, la sensibilité la plus touchante,
-et me dit tout bas: «Si nous ne sommes pas assez heureux pour vous
+princesse de Lamballe, dont elle se sépara avec une vive douleur. Elle
+nous témoigna, à Pauline et à moi, la sensibilité la plus touchante,
+et me dit tout bas: «Si nous ne sommes pas assez heureux pour vous
revoir, soignez bien madame de Lamballe. Dans toutes les occasions
-essentielles prenez la parole, et évitez-lui autant que possible
-d'avoir à répondre à des questions captieuses et embarrassantes.»
-Madame étoit tout interdite et bien effrayée de nous voir emmener.
-Madame Élisabeth arriva de son côté, et se joignit à la Reine pour
-nous encourager. Nous embrassâmes pour la dernière fois ces augustes
-princesses, et nous nous arrachâmes, la mort dans l'âme, d'un lieu qui
-nous rendoit si chère la pensée de pouvoir leur être de quelque
+essentielles prenez la parole, et évitez-lui autant que possible
+d'avoir à répondre à des questions captieuses et embarrassantes.»
+Madame étoit tout interdite et bien effrayée de nous voir emmener.
+Madame Élisabeth arriva de son côté, et se joignit à la Reine pour
+nous encourager. Nous embrassâmes pour la dernière fois ces augustes
+princesses, et nous nous arrachâmes, la mort dans l'âme, d'un lieu qui
+nous rendoit si chère la pensée de pouvoir leur être de quelque
consolation....</p>
-<p>»Nous traversâmes les souterrains à la lueur des flambeaux; trois
+<p>»Nous traversâmes les souterrains à la lueur des flambeaux; trois
fiacres nous attendoient dans la cour. Madame la princesse de
-Lamballe, ma fille Pauline et moi, montâmes dans le premier, les
+Lamballe, ma fille Pauline et moi, montâmes dans le premier, les
femmes de la famille royale dans le second, et MM. de Chamilly et Hue
-dans le troisième. Un municipal étoit dans chaque voiture, qui étoit
-escortée par des gendarmes et entourée de flambeaux. Rien ne
-ressembloit plus à une pompe funèbre que notre translation du Temple
-à l'hôtel de ville.»</p>
+dans le troisième. Un municipal étoit dans chaque voiture, qui étoit
+escortée par des gendarmes et entourée de flambeaux. Rien ne
+ressembloit plus à une pompe funèbre que notre translation du Temple
+à l'hôtel de ville.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page22" name="page22"></a>(p. 22)</span> Toutes les personnes entraînées ainsi à la barre de la Commune
-espéraient revenir au Temple après leur interrogatoire, les municipaux
+<p><span class="pagenum"><a id="page22" name="page22"></a>(p. 22)</span> Toutes les personnes entraînées ainsi à la barre de la Commune
+espéraient revenir au Temple après leur interrogatoire, les municipaux
qui les conduisaient semblaient leur en donner l'assurance; mais il
-n'y eut que M. Hue qui, dans la journée du 20 août, fut réintégré à la
-tour. A six heures de l'après-midi, Manuel se présenta; il dit à Louis
-XVI que non-seulement il avait échoué dans ses démarches, mais qu'il
+n'y eut que M. Hue qui, dans la journée du 20 août, fut réintégré à la
+tour. A six heures de l'après-midi, Manuel se présenta; il dit à Louis
+XVI que non-seulement il avait échoué dans ses démarches, mais qu'il
avait le regret de lui annoncer que madame de Lamballe, madame et
mademoiselle de Tourzel, Chamilly et les femmes de chambre, avaient
-été conduits à l'hôtel de la Force. Madame Élisabeth se mit aussitôt à
-préparer pour les nouvelles prisonnières de La Force les choses qui
-leur étaient le plus nécessaires; la Reine voulut l'aider, et Manuel
-s'étonna de voir ces deux princesses faire des paquets de linge avec
-une simplicité touchante et un cordial empressement.</p>
+été conduits à l'hôtel de la Force. Madame Élisabeth se mit aussitôt à
+préparer pour les nouvelles prisonnières de La Force les choses qui
+leur étaient le plus nécessaires; la Reine voulut l'aider, et Manuel
+s'étonna de voir ces deux princesses faire des paquets de linge avec
+une simplicité touchante et un cordial empressement.</p>
-<p>Les pénibles nouvelles apportées par le procureur de la Commune
+<p>Les pénibles nouvelles apportées par le procureur de la Commune
interdisant tout espoir de revoir au Temple madame de Lamballe et
-mesdames de Tourzel, Madame Élisabeth quitta son logement du troisième
-étage et descendit s'établir dans la chambre déserte du Dauphin. Le
-lit de Marie-Thérèse, qui jusque-là avait passé les nuits près de sa
-mère, fut transporté dans la chambre de sa tante. De ce jour-là la vie
-de la famille royale prit une sorte d'uniformité.</p>
+mesdames de Tourzel, Madame Élisabeth quitta son logement du troisième
+étage et descendit s'établir dans la chambre déserte du Dauphin. Le
+lit de Marie-Thérèse, qui jusque-là avait passé les nuits près de sa
+mère, fut transporté dans la chambre de sa tante. De ce jour-là la vie
+de la famille royale prit une sorte d'uniformité.</p>
-<p>A six heures, Madame Élisabeth se levait; sa nièce ne tardait pas à
+<p>A six heures, Madame Élisabeth se levait; sa nièce ne tardait pas à
suivre son exemple, et bien qu'elles s'aidassent mutuellement dans le
-soin de leur toilette, Madame Élisabeth apprenait à la jeune fille à
-se passer des mains d'autrui. Dès qu'elles entendaient les pas de M.
+soin de leur toilette, Madame Élisabeth apprenait à la jeune fille à
+se passer des mains d'autrui. Dès qu'elles entendaient les pas de M.
Hue, qui, ayant fait la chambre du Roi, descendait vers huit heures
pour disposer celle de la Reine, elles ouvraient leur verrou; la
-Reine, de son côté, en faisait autant, et voyait entrer chez elle
-avec M. Hue les commissaires constitués à <span class="pagenum"><a id="page23" name="page23"></a>(p. 23)</span> la garde du Temple
-par la Commune. Ces officiers municipaux passaient la journée dans la
-chambre même de Marie-Antoinette et la nuit dans la pièce précédente,
-qui séparait cette chambre du logement de Madame Élisabeth. A neuf
+Reine, de son côté, en faisait autant, et voyait entrer chez elle
+avec M. Hue les commissaires constitués à <span class="pagenum"><a id="page23" name="page23"></a>(p. 23)</span> la garde du Temple
+par la Commune. Ces officiers municipaux passaient la journée dans la
+chambre même de Marie-Antoinette et la nuit dans la pièce précédente,
+qui séparait cette chambre du logement de Madame Élisabeth. A neuf
heures, celle-ci suivait la Reine et les enfants chez le Roi pour le
-déjeuner. Après les avoir servis, Hue redescendait pour faire les
+déjeuner. Après les avoir servis, Hue redescendait pour faire les
chambres de la Reine et des princesses. A dix heures, la famille se
-réunissait chez la Reine et y passait la journée. Louis XVI donnait à
-son fils des leçons de langue française, de langue latine, de
-géographie et d'histoire; Marie-Antoinette s'occupait de l'éducation
-de sa fille, et Madame Élisabeth lui enseignait le calcul et le
-dessin. Vers une heure, si le temps était beau, et quand Santerre
-était présent, la famille royale, accompagnée de quatre officiers
+réunissait chez la Reine et y passait la journée. Louis XVI donnait à
+son fils des leçons de langue française, de langue latine, de
+géographie et d'histoire; Marie-Antoinette s'occupait de l'éducation
+de sa fille, et Madame Élisabeth lui enseignait le calcul et le
+dessin. Vers une heure, si le temps était beau, et quand Santerre
+était présent, la famille royale, accompagnée de quatre officiers
municipaux, descendait au jardin; pendant la promenade, les enfants
-jouaient habituellement au palet ou au ballon, faible distraction à
+jouaient habituellement au palet ou au ballon, faible distraction à
laquelle assez souvent mettait obstacle l'incertitude du temps ou
l'absence du chef de la milice nationale. A deux heures, on remontait
-chez le Roi; on dînait; on descendait ensuite chez la Reine. C'était
-le moment de la récréation. Les jeux des enfants faisaient luire un
-rayon de gaieté sur l'horizon de la famille. Très-souvent aussi, à
-cette heure, Madame Élisabeth proposait à son frère une partie de
-piquet ou de tric-trac, afin de l'arracher à ses lectures et à son
-travail, auxquels il était toujours pressé de retourner. A sept
+chez le Roi; on dînait; on descendait ensuite chez la Reine. C'était
+le moment de la récréation. Les jeux des enfants faisaient luire un
+rayon de gaieté sur l'horizon de la famille. Très-souvent aussi, à
+cette heure, Madame Élisabeth proposait à son frère une partie de
+piquet ou de tric-trac, afin de l'arracher à ses lectures et à son
+travail, auxquels il était toujours pressé de retourner. A sept
heures, toute la famille prenait place autour d'une table, pour
-écouter la lecture que faisaient alternativement la Reine et Madame
-Élisabeth d'un livre d'histoire ou de quelque ouvrage choisi pour
-instruire la jeunesse en l'amusant. Il n'était pas rare que des
-rapprochements imprévus avec leur situation vinssent réveiller des
-sentiments pénibles. Ces applications se renouvelèrent souvent à la
-lecture de <em>Cécilia</em> (de mistress d'Arblay). A huit heures, M. Hue
+écouter la lecture que faisaient alternativement la Reine et Madame
+Élisabeth d'un livre d'histoire ou de quelque ouvrage choisi pour
+instruire la jeunesse en l'amusant. Il n'était pas rare que des
+rapprochements imprévus avec leur situation vinssent réveiller des
+sentiments pénibles. Ces applications se renouvelèrent souvent à la
+lecture de <em>Cécilia</em> (de mistress d'Arblay). A huit heures, M. Hue
dressait le <span class="pagenum"><a id="page24" name="page24"></a>(p. 24)</span> souper du Dauphin dans la chambre de Madame
-Élisabeth; la Reine venait y présider, et le reste de la famille
-suivait. Louis XVI lui-même, pour égayer un instant cette dernière
-heure de la journée, se plaisait parfois à proposer des énigmes
-empruntées à quelques vieux <cite>Mercure de France</cite> qu'il avait trouvés
-dans la bibliothèque de la tour. L'intelligence des enfants surprenait
-souvent le mot caché, et le sombre intérieur s'éclaircissait un
-instant à leur radieux sourire. Le petit Prince faisait ensuite sa
-prière, et Hue le couchait. La Reine et Madame Élisabeth restaient
-tour à tour auprès de lui. Après avoir servi le souper de la famille,
-Hue portait à manger à celle des deux princesses qui était de garde.
-Louis XVI, en sortant de table, revenait auprès de son fils; après
-quelques moments, il serrait à la dérobée la main de sa femme et de sa
+Élisabeth; la Reine venait y présider, et le reste de la famille
+suivait. Louis XVI lui-même, pour égayer un instant cette dernière
+heure de la journée, se plaisait parfois à proposer des énigmes
+empruntées à quelques vieux <cite>Mercure de France</cite> qu'il avait trouvés
+dans la bibliothèque de la tour. L'intelligence des enfants surprenait
+souvent le mot caché, et le sombre intérieur s'éclaircissait un
+instant à leur radieux sourire. Le petit Prince faisait ensuite sa
+prière, et Hue le couchait. La Reine et Madame Élisabeth restaient
+tour à tour auprès de lui. Après avoir servi le souper de la famille,
+Hue portait à manger à celle des deux princesses qui était de garde.
+Louis XVI, en sortant de table, revenait auprès de son fils; après
+quelques moments, il serrait à la dérobée la main de sa femme et de sa
s&oelig;ur, leur adressait un muet adieu, recevait les caresses de ses
enfants, et remontait dans sa chambre. Marie-Antoinette et Madame
-Élisabeth, demeurées ensemble, prenaient pendant quelques instants
-leur ouvrage de tapisserie ou profitaient de l'heure où le Roi et les
-deux enfants reposaient pour réparer les habits de la famille. Madame
-Royale se couchait, et, comme son frère, elle ne tardait pas à
-s'endormir; alors, après un tendre bonsoir, les deux s&oelig;urs se
+Élisabeth, demeurées ensemble, prenaient pendant quelques instants
+leur ouvrage de tapisserie ou profitaient de l'heure où le Roi et les
+deux enfants reposaient pour réparer les habits de la famille. Madame
+Royale se couchait, et, comme son frère, elle ne tardait pas à
+s'endormir; alors, après un tendre bonsoir, les deux s&oelig;urs se
quittaient pour se reposer. L'un des deux municipaux de service
-restait dans la pièce qui séparait leurs chambres, l'autre avait suivi
-le Roi. Ces commissaires étaient relevés à onze heures du matin, à
-cinq heures du soir et à minuit. Louis attendait pour se coucher que
-le nouveau commissaire fût arrivé, et s'il ne l'avait point encore vu,
+restait dans la pièce qui séparait leurs chambres, l'autre avait suivi
+le Roi. Ces commissaires étaient relevés à onze heures du matin, à
+cinq heures du soir et à minuit. Louis attendait pour se coucher que
+le nouveau commissaire fût arrivé, et s'il ne l'avait point encore vu,
il priait Hue de lui demander son nom; puis la nuit enveloppait le
-vieux donjon du Temple, et le sommeil des prisonniers était souvent
+vieux donjon du Temple, et le sommeil des prisonniers était souvent
aussi paisible que leur conscience. Je me trompe: quelquefois, pendant
-une grande partie de la nuit, une femme y veillait en cachette, et à
-l'insu de tous, excepté de Hue, son complice <span class="pagenum"><a id="page25" name="page25"></a>(p. 25)</span> obligé,
-raccommodait à la lueur d'une bougie le seul vêtement que possédaient
-le Roi et le Dauphin, et que le fidèle serviteur lui avait apporté à
-minuit. Plus d'une fois les commissaires de la Commune fouillèrent un
-vêtement qui sortait à six heures du matin de la chambre de Madame
-Élisabeth.</p>
-
-<p>Cette pénurie n'était pas le seul tourment de la famille royale: des
-vexations et des outrages de tout genre s'y mêlaient. Madame Élisabeth
+une grande partie de la nuit, une femme y veillait en cachette, et à
+l'insu de tous, excepté de Hue, son complice <span class="pagenum"><a id="page25" name="page25"></a>(p. 25)</span> obligé,
+raccommodait à la lueur d'une bougie le seul vêtement que possédaient
+le Roi et le Dauphin, et que le fidèle serviteur lui avait apporté à
+minuit. Plus d'une fois les commissaires de la Commune fouillèrent un
+vêtement qui sortait à six heures du matin de la chambre de Madame
+Élisabeth.</p>
+
+<p>Cette pénurie n'était pas le seul tourment de la famille royale: des
+vexations et des outrages de tout genre s'y mêlaient. Madame Élisabeth
ne pouvait voir sans indignation que le Roi et la Reine ne
-descendaient plus au jardin sans être insultés. C'étaient d'abord
-Rocher et Risbey qui, la pipe à la bouche, les regardaient passer au
-guichet entre deux bouffées de fumée.</p>
+descendaient plus au jardin sans être insultés. C'étaient d'abord
+Rocher et Risbey qui, la pipe à la bouche, les regardaient passer au
+guichet entre deux bouffées de fumée.</p>
-<p>C'étaient ensuite les gardes du service extérieur, qui, placés au bas
+<p>C'étaient ensuite les gardes du service extérieur, qui, placés au bas
de la tour, affectaient de se couvrir et de s'asseoir quand ils
-passaient, puis de se lever et de se découvrir quand ils étaient
-passés. La multitude d'ouvriers employés dans l'enceinte du Temple à
-la démolition des maisons et aux constructions des nouveaux murs ne
+passaient, puis de se lever et de se découvrir quand ils étaient
+passés. La multitude d'ouvriers employés dans l'enceinte du Temple à
+la démolition des maisons et aux constructions des nouveaux murs ne
permettait de donner pour promenade aux prisonniers qu'une partie de
-l'allée des marronniers. Le petit Prince y trouvait un peu d'exercice;
-mais le prix auquel ce précieux avantage était acheté pour lui par ses
-parents remplissait de larmes le c&oelig;ur de Madame Élisabeth.</p>
+l'allée des marronniers. Le petit Prince y trouvait un peu d'exercice;
+mais le prix auquel ce précieux avantage était acheté pour lui par ses
+parents remplissait de larmes le c&oelig;ur de Madame Élisabeth.</p>
-<p>Louis XVI, malgré ses demandes réitérées, n'avait pu obtenir la
-lecture des journaux. Un moyen fut tenté pour suppléer à leur absence.
+<p>Louis XVI, malgré ses demandes réitérées, n'avait pu obtenir la
+lecture des journaux. Un moyen fut tenté pour suppléer à leur absence.
Le soir, des colporteurs venaient crier aux abords du Temple le
-sommaire des articles intéressants que contenaient les gazettes qu'ils
+sommaire des articles intéressants que contenaient les gazettes qu'ils
vendaient. Au premier cri qu'il entendait, M. Hue montait dans la
-tourelle; là, se hissant à la hauteur d'une fenêtre aux deux tiers
-bouchée, il s'y cramponnait jusqu'à ce qu'il eût saisi le sens des
+tourelle; là, se hissant à la hauteur d'une fenêtre aux deux tiers
+bouchée, il s'y cramponnait jusqu'à ce qu'il eût saisi le sens des
principales nouvelles. Il descendait alors dans l'antichambre de la
-Reine; Madame Élisabeth au même <span class="pagenum"><a id="page26" name="page26"></a>(p. 26)</span> instant passait dans sa
-chambre; Hue l'y suivait sous un prétexte quelconque et lui
-communiquait ce qu'il venait d'apprendre. Rentrée dans la chambre de
-Marie-Antoinette, Madame Élisabeth se plaçait au balcon de la seule
-fenêtre du Temple qui n'avait pas été condamnée dans la majeure partie
+Reine; Madame Élisabeth au même <span class="pagenum"><a id="page26" name="page26"></a>(p. 26)</span> instant passait dans sa
+chambre; Hue l'y suivait sous un prétexte quelconque et lui
+communiquait ce qu'il venait d'apprendre. Rentrée dans la chambre de
+Marie-Antoinette, Madame Élisabeth se plaçait au balcon de la seule
+fenêtre du Temple qui n'avait pas été condamnée dans la majeure partie
de son ouverture; le Roi, sans que les commissaires en prissent
-ombrage, allait à cette fenêtre comme pour respirer; sa s&oelig;ur lui
+ombrage, allait à cette fenêtre comme pour respirer; sa s&oelig;ur lui
transmettait ce que son valet de chambre lui avait dit, et c'est ainsi
-que l'héritier de Louis XIV, à force de combinaisons et de
-subterfuges, parvenait à connaître une parcelle des événements qui
+que l'héritier de Louis XIV, à force de combinaisons et de
+subterfuges, parvenait à connaître une parcelle des événements qui
agitaient son empire. C'est par cette voie qu'il fut instruit de la
mort de M. de Laporte, intendant de la liste civile<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10" title="Go to footnote 10"><span class="smaller">[10]</span></a>, et de celle
-de M. Durosoi, rédacteur de <cite>la Gazette de Paris</cite><a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11" title="Go to footnote 11"><span class="smaller">[11]</span></a>. Disons aussi
+de M. Durosoi, rédacteur de <cite>la Gazette de Paris</cite><a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11" title="Go to footnote 11"><span class="smaller">[11]</span></a>. Disons aussi
que parmi ces colporteurs de tristes nouvelles se glissaient parfois
-des crieurs affidés envoyés par quelques amis ignorés. Louis XVI
-entendit un jour chanter dans la rue cet air fort connu alors: «Henri,
-bon Henri, ton fils est prisonnier dans Paris»; et Madame Élisabeth ne
-put imputer qu'à une amitié du dehors l'air du <cite>Pauvre Jacques</cite> que
-des joueurs de vielle firent plus d'une fois arriver à son oreille.
-Ce chant mélancolique, reflet d'un affectueux souvenir, faisait
-<span class="pagenum"><a id="page27" name="page27"></a>(p. 27)</span> battre son c&oelig;ur; mais les sons s'éteignaient bientôt et
-s'évanouissaient plus fugitifs que l'émotion qu'ils avaient fait
-naître.</p>
-
-<p>Le Roi voyant avec regret que le service à la Tour roulait entièrement
-sur M. Hue, et craignant que ses forces cessassent de répondre à son
-dévouement, fit demander au conseil de la Commune d'envoyer au Temple
+des crieurs affidés envoyés par quelques amis ignorés. Louis XVI
+entendit un jour chanter dans la rue cet air fort connu alors: «Henri,
+bon Henri, ton fils est prisonnier dans Paris»; et Madame Élisabeth ne
+put imputer qu'à une amitié du dehors l'air du <cite>Pauvre Jacques</cite> que
+des joueurs de vielle firent plus d'une fois arriver à son oreille.
+Ce chant mélancolique, reflet d'un affectueux souvenir, faisait
+<span class="pagenum"><a id="page27" name="page27"></a>(p. 27)</span> battre son c&oelig;ur; mais les sons s'éteignaient bientôt et
+s'évanouissaient plus fugitifs que l'émotion qu'ils avaient fait
+naître.</p>
+
+<p>Le Roi voyant avec regret que le service à la Tour roulait entièrement
+sur M. Hue, et craignant que ses forces cessassent de répondre à son
+dévouement, fit demander au conseil de la Commune d'envoyer au Temple
un homme propre aux ouvrages de peine. La Commune nomma pour ce
-service un ancien commis aux barrières appelé Tison, homme d'un
-naturel méfiant et dur, imbu, comme la plupart des gens de sa classe,
-de préventions contre la famille royale. Cet homme vint donc habiter
-le Temple avec sa femme, qui paraissait d'un caractère doux et
-compatissant. Il n'était point facile de se tromper longtemps sur la
-nature des services demandés à leur zèle: Madame Élisabeth s'aperçut
-bientôt que c'étaient moins des domestiques que des espions qu'on
+service un ancien commis aux barrières appelé Tison, homme d'un
+naturel méfiant et dur, imbu, comme la plupart des gens de sa classe,
+de préventions contre la famille royale. Cet homme vint donc habiter
+le Temple avec sa femme, qui paraissait d'un caractère doux et
+compatissant. Il n'était point facile de se tromper longtemps sur la
+nature des services demandés à leur zèle: Madame Élisabeth s'aperçut
+bientôt que c'étaient moins des domestiques que des espions qu'on
avait introduits dans la tour. Cependant M. Hue s'arrangea de leur
-concours, et n'eut qu'à se louer de leur zèle pendant le peu de temps
+concours, et n'eut qu'à se louer de leur zèle pendant le peu de temps
qu'il demeura encore au Temple.</p>
-<p>Quelques jours après leur installation, Cléry, valet de chambre
-attaché au Dauphin depuis son enfance, demanda au maire de Paris à
-continuer son service auprès de ce jeune Prince. Pétion accéda à ce
-v&oelig;u, et le 26 août, un officier municipal amena Cléry au Temple.
-«Vous servirez mon fils, lui dit la Reine, et vous vous concerterez
-avec M. Hue pour ce qui nous regarde.»</p>
+<p>Quelques jours après leur installation, Cléry, valet de chambre
+attaché au Dauphin depuis son enfance, demanda au maire de Paris à
+continuer son service auprès de ce jeune Prince. Pétion accéda à ce
+v&oelig;u, et le 26 août, un officier municipal amena Cléry au Temple.
+«Vous servirez mon fils, lui dit la Reine, et vous vous concerterez
+avec M. Hue pour ce qui nous regarde.»</p>
-<p>Le nouveau serviteur se conforma à ce programme. Pendant tout le temps
-que M. Hue demeura au Temple, Cléry, presque uniquement occupé du
-Prince royal, n'eut d'autre service auprès du Roi que le soin de le
+<p>Le nouveau serviteur se conforma à ce programme. Pendant tout le temps
+que M. Hue demeura au Temple, Cléry, presque uniquement occupé du
+Prince royal, n'eut d'autre service auprès du Roi que le soin de le
coiffer le matin et de rouler ses cheveux le soir. Hue demeura seul
-chargé de pourvoir aux choses nécessaires à la famille royale.
-Confident et ministre des prisonniers, c'est lui qui avait à chaque
-<span class="pagenum"><a id="page28" name="page28"></a>(p. 28)</span> instant à discuter leurs intérêts avec les mandataires de la
+chargé de pourvoir aux choses nécessaires à la famille royale.
+Confident et ministre des prisonniers, c'est lui qui avait à chaque
+<span class="pagenum"><a id="page28" name="page28"></a>(p. 28)</span> instant à discuter leurs intérêts avec les mandataires de la
Commune. A combien d'ennuis, de tracasseries, d'insultes, de
-persécutions mesquines l'exposait cette mission difficile! Comme les
-municipaux élevaient souvent la voix, Madame Élisabeth se trouva plus
-d'une fois témoin des avanies que ce généreux serviteur supportait
+persécutions mesquines l'exposait cette mission difficile! Comme les
+municipaux élevaient souvent la voix, Madame Élisabeth se trouva plus
+d'une fois témoin des avanies que ce généreux serviteur supportait
sans se plaindre. Plus d'une fois elle guetta l'occasion de le
-remercier de sa résignation. Le Roi, de son côté, ne lui refusait pas
-cet encouragement: «Vous avez eu beaucoup à souffrir aujourd'hui, lui
+remercier de sa résignation. Le Roi, de son côté, ne lui refusait pas
+cet encouragement: «Vous avez eu beaucoup à souffrir aujourd'hui, lui
dit-il un soir en se couchant<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12" title="Go to footnote 12"><span class="smaller">[12]</span></a>; eh bien, pour l'amour de moi,
-continuez de supporter tout, ne répliquez rien.»</p>
-
-<p>Madame Élisabeth subissait la même contrainte. Obsédée par les
-geôliers municipaux, elle ne pouvait qu'à la dérobée exprimer un désir
-à M. Hue ou lui parler de ses peines. Un jour que, à l'heure de son
-service, ce brave homme était entré chez elle, il la trouva en prière;
-son premier mouvement fut de se retirer. «Restez, lui dit-elle, vaquez
-à vos occupations; je n'en serai pas dérangée.»</p>
-
-<p>Voici quelle était la prière de cette femme angélique. M. Hue obtint
-la permission de la copier et nous l'a conservée:</p>
-
-<p>«Que m'arrivera-t-il aujourd'hui, ô mon Dieu! je l'ignore. Tout ce que
-je sais, c'est qu'il n'arrivera rien que vous n'ayez prévu de toute
-éternité. Cela me suffit, ô mon Dieu! pour être tranquille. J'adore
-vos desseins éternels, je m'y soumets de tout mon c&oelig;ur; je veux
+continuez de supporter tout, ne répliquez rien.»</p>
+
+<p>Madame Élisabeth subissait la même contrainte. Obsédée par les
+geôliers municipaux, elle ne pouvait qu'à la dérobée exprimer un désir
+à M. Hue ou lui parler de ses peines. Un jour que, à l'heure de son
+service, ce brave homme était entré chez elle, il la trouva en prière;
+son premier mouvement fut de se retirer. «Restez, lui dit-elle, vaquez
+à vos occupations; je n'en serai pas dérangée.»</p>
+
+<p>Voici quelle était la prière de cette femme angélique. M. Hue obtint
+la permission de la copier et nous l'a conservée:</p>
+
+<p>«Que m'arrivera-t-il aujourd'hui, ô mon Dieu! je l'ignore. Tout ce que
+je sais, c'est qu'il n'arrivera rien que vous n'ayez prévu de toute
+éternité. Cela me suffit, ô mon Dieu! pour être tranquille. J'adore
+vos desseins éternels, je m'y soumets de tout mon c&oelig;ur; je veux
tout, j'accepte tout, je vous fais un sacrifice de tout; j'unis ce
-sacrifice à celui de votre cher Fils, mon Sauveur, vous demandant par
-son sacré C&oelig;ur et par ses mérites infinis la patience dans nos maux
+sacrifice à celui de votre cher Fils, mon Sauveur, vous demandant par
+son sacré C&oelig;ur et par ses mérites infinis la patience dans nos maux
et la parfaite soumission qui vous est due pour tout ce que vous
-voudrez et permettrez.»</p>
+voudrez et permettrez.»</p>
-<p>Sa prière achevée: «C'est moins pour le Roi malheureux, <span class="pagenum"><a id="page29" name="page29"></a>(p. 29)</span>
-dit-elle à M. Hue, que pour son peuple égaré, que j'adresse au ciel
-des prières. Daigne le Seigneur se laisser fléchir et jeter sur la
-France un regard de miséricorde!...»</p>
+<p>Sa prière achevée: «C'est moins pour le Roi malheureux, <span class="pagenum"><a id="page29" name="page29"></a>(p. 29)</span>
+dit-elle à M. Hue, que pour son peuple égaré, que j'adresse au ciel
+des prières. Daigne le Seigneur se laisser fléchir et jeter sur la
+France un regard de miséricorde!...»</p>
<p>Puis, voyant l'impression que faisaient ses actes et ses paroles:
-«Allons, du courage, ajouta-t-elle, Dieu ne nous envoie jamais plus de
-peines que nous n'en pouvons supporter.»</p>
+«Allons, du courage, ajouta-t-elle, Dieu ne nous envoie jamais plus de
+peines que nous n'en pouvons supporter.»</p>
-<p>Il mesura celles de Madame Élisabeth à son courage: c'est pour cela
-qu'il les fit si grandes. Ce courage venu d'en haut imprimait à son
-visage une sérénité telle que ceux qui l'observaient se trompaient
-quelquefois sur l'état réel de son âme. En la voyant si calme et si
+<p>Il mesura celles de Madame Élisabeth à son courage: c'est pour cela
+qu'il les fit si grandes. Ce courage venu d'en haut imprimait à son
+visage une sérénité telle que ceux qui l'observaient se trompaient
+quelquefois sur l'état réel de son âme. En la voyant si calme et si
tranquille au milieu de tant de sujets de regret et de douleur, bien
-des gens se disaient: «Sans doute elle connoît les efforts que
-l'Europe absolutiste va tenter pour délivrer son frère; sans doute la
+des gens se disaient: «Sans doute elle connoît les efforts que
+l'Europe absolutiste va tenter pour délivrer son frère; sans doute la
correspondance des ci-devant princes l'entretient dans cet espoir, et
-elle est persuadée que l'heure de la délivrance approche.» Madame
-Élisabeth n'était persuadée que d'une chose, c'est que Dieu est grand,
-miséricordieux et juste; et bien insensés étaient ceux-là qui
-prenaient sa résignation à tout souffrir pour l'espoir de voir finir
+elle est persuadée que l'heure de la délivrance approche.» Madame
+Élisabeth n'était persuadée que d'une chose, c'est que Dieu est grand,
+miséricordieux et juste; et bien insensés étaient ceux-là qui
+prenaient sa résignation à tout souffrir pour l'espoir de voir finir
ses souffrances<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13" title="Go to footnote 13"><span class="smaller">[13]</span></a>.</p>
-<p>La plupart des couvents d'hommes avaient été fermés à la fin de 1790.
-Quelques communautés de religieuses <span class="pagenum"><a id="page30" name="page30"></a>(p. 30)</span> étaient restées debout à
-cause de certaines réserves contenues dans les décrets qui
-prescrivaient l'abolition générale de ces sortes d'établissements;
-mais dénoncées incessamment à l'Assemblée nationale, ces rares maisons
-exceptées de la proscription étaient représentées comme d'absurdes
-reliques de l'ancien régime, comme des antres de conspirations d'où
-partaient des excitations à la révolte contre le régime nouveau.
-Enfin, le 7 août 1792, un décret prescrivit l'évacuation et la vente
-des édifices occupés par les religieuses, à la seule exception des
+<p>La plupart des couvents d'hommes avaient été fermés à la fin de 1790.
+Quelques communautés de religieuses <span class="pagenum"><a id="page30" name="page30"></a>(p. 30)</span> étaient restées debout à
+cause de certaines réserves contenues dans les décrets qui
+prescrivaient l'abolition générale de ces sortes d'établissements;
+mais dénoncées incessamment à l'Assemblée nationale, ces rares maisons
+exceptées de la proscription étaient représentées comme d'absurdes
+reliques de l'ancien régime, comme des antres de conspirations d'où
+partaient des excitations à la révolte contre le régime nouveau.
+Enfin, le 7 août 1792, un décret prescrivit l'évacuation et la vente
+des édifices occupés par les religieuses, à la seule exception des
hospices ouverts aux pauvres et aux malades. La maison de Saint-Cyr
-paraissait atteinte par ce décret, mais les Dames de Saint-Louis ne
-bougèrent pas; elles refusèrent leur porte aux officiers municipaux,
-préférant au regret humiliant de se rendre le dangereux honneur
-d'attendre qu'on les brisât. «Nous ne comptons nous ébranler, disait
-madame de Crécy, que lorsque nous aurons reçu l'ordre officiel.»
-Quelques familles s'alarmèrent. Mademoiselle de Puisaye fut retirée
-par ses parents. Napoléon de Buonaparte, lieutenant-colonel du 1<sup>er</sup>
-bataillon des volontaires de Corse, ayant été dénoncé pour avoir
-réprimé une émeute à Ajaccio, était venu à Paris pour se justifier
-près du ministre de la guerre. Injustement éconduit, et ayant reçu
-l'ordre d'aller reprendre son poste en Corse, il se rendit à Saint-Cyr
-le 1<sup>er</sup> septembre 1792, pour voir avant son départ sa s&oelig;ur
-Marie-Anne, jeune personne de quinze ans<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14" title="Go to footnote 14"><span class="smaller">[14]</span></a>, entrée dans la maison
+paraissait atteinte par ce décret, mais les Dames de Saint-Louis ne
+bougèrent pas; elles refusèrent leur porte aux officiers municipaux,
+préférant au regret humiliant de se rendre le dangereux honneur
+d'attendre qu'on les brisât. «Nous ne comptons nous ébranler, disait
+madame de Crécy, que lorsque nous aurons reçu l'ordre officiel.»
+Quelques familles s'alarmèrent. Mademoiselle de Puisaye fut retirée
+par ses parents. Napoléon de Buonaparte, lieutenant-colonel du 1<sup>er</sup>
+bataillon des volontaires de Corse, ayant été dénoncé pour avoir
+réprimé une émeute à Ajaccio, était venu à Paris pour se justifier
+près du ministre de la guerre. Injustement éconduit, et ayant reçu
+l'ordre d'aller reprendre son poste en Corse, il se rendit à Saint-Cyr
+le 1<sup>er</sup> septembre 1792, pour voir avant son départ sa s&oelig;ur
+Marie-Anne, jeune personne de quinze ans<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14" title="Go to footnote 14"><span class="smaller">[14]</span></a>, entrée dans la maison
de Saint-Louis le 22 juin 1784<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15" title="Go to footnote 15"><span class="smaller">[15]</span></a>. Le <span class="pagenum"><a id="page31" name="page31"></a>(p. 31)</span> jeune officier avait
-laissé Paris en proie à l'anarchie, et, à la veille des massacres des
+laissé Paris en proie à l'anarchie, et, à la veille des massacres des
prisons, il avait, sur la route de Paris et dans les rues de
-Versailles, rencontré des détachements de volontaires qui partaient
-pour la frontière en criant <cite>Vive la nation!</cite> Plusieurs fois il avait
-été arrêté et obligé, malgré ses épaulettes, d'exhiber ses papiers et
-sa carte de civisme. A Saint-Cyr, il trouve les mêmes agitations; les
-cris de désordre qu'il entend dans le village, les symptômes de colère
-et de haine qu'il remarque aux portes mêmes de la maison de
-Saint-Louis, si tranquille encore lors de ses deux dernières visites,
-l'une avant le 20 juin et l'autre au commencement d'août, le
-déterminent à prévenir des éventualités redoutables, et à profiter de
+Versailles, rencontré des détachements de volontaires qui partaient
+pour la frontière en criant <cite>Vive la nation!</cite> Plusieurs fois il avait
+été arrêté et obligé, malgré ses épaulettes, d'exhiber ses papiers et
+sa carte de civisme. A Saint-Cyr, il trouve les mêmes agitations; les
+cris de désordre qu'il entend dans le village, les symptômes de colère
+et de haine qu'il remarque aux portes mêmes de la maison de
+Saint-Louis, si tranquille encore lors de ses deux dernières visites,
+l'une avant le 20 juin et l'autre au commencement d'août, le
+déterminent à prévenir des éventualités redoutables, et à profiter de
son retour au foyer paternel pour emmener sa s&oelig;ur avec lui. Madame
-de Crécy combat son projet.&mdash;«Et quand bien même, ajoute-t-elle, je
-serois disposée à le seconder, pourrois-je faire que la communauté ne
-fût point prisonnière? Votre s&oelig;ur ne peut sortir d'ici sans l'avis
-de la municipalité et sans l'ordre du directoire du district.»
-Napoléon Buonaparte rédige aussitôt dans le parloir de madame de
-Crécy sa pétition au directoire du district<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16" title="Go to footnote 16"><span class="smaller">[16]</span></a>, et court chez
-<span class="pagenum"><a id="page32" name="page32"></a>(p. 32)</span> Aubrun, épicier par état, maire de la Commune par intérêt, car
-cette dignité populaire et la belle écharpe aux trois couleurs qui en
-était les insignes, avaient donné un relief éclatant à son échoppe,
-située dans la rue basse du village, en face de la porte du cimetière
-de Saint-Louis<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17" title="Go to footnote 17"><span class="smaller">[17]</span></a>. Aubrun n'écouta pas d'abord sans quelque défiance
-ce jeune homme qui réclamait une jeune fille de quinze ans pour la
-conduire en Corse; mais ayant causé quelques instants avec lui sur les
-affaires publiques, il ne tarda point à subir l'autorité d'une parole
-nette, brève, ferme et accentuée. Quittant bientôt sa boutique, il
-alla avec son solliciteur, accompagné de son secrétaire-greffier, dans
-la maison de Saint-Louis pour constater la présence de mademoiselle de
-Buonaparte. Puis il fit et délivra au jeune lieutenant-colonel un acte
-appuyant sa demande et déclarant nécessaire d'y faire droit<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18" title="Go to footnote 18"><span class="smaller">[18]</span></a>. Muni
-de ces pièces, Napoléon, prompt comme <span class="pagenum"><a id="page33" name="page33"></a>(p. 33)</span> l'éclair, retourne à
-Versailles, s'adresse au directoire du district, puis à celui du
-département, obtient l'autorisation qu'il réclame, repart pour
-Saint-Cyr avec une mauvaise voiture de louage, et se présente de
-nouveau à la maison de Saint-Louis. Ce frère dévoué, qui ce jour-là,
-au milieu des ruines de la monarchie, n'était occupé que du salut de
-sa s&oelig;ur, ne se doute guère que, huit ans après, un décret signé de
-lui fondera dans cette royale demeure de Saint-Cyr le Prytanée
-français, et que, le 28 juin 1805, il reviendra lui-même visiter ces
+de Crécy combat son projet.&mdash;«Et quand bien même, ajoute-t-elle, je
+serois disposée à le seconder, pourrois-je faire que la communauté ne
+fût point prisonnière? Votre s&oelig;ur ne peut sortir d'ici sans l'avis
+de la municipalité et sans l'ordre du directoire du district.»
+Napoléon Buonaparte rédige aussitôt dans le parloir de madame de
+Crécy sa pétition au directoire du district<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16" title="Go to footnote 16"><span class="smaller">[16]</span></a>, et court chez
+<span class="pagenum"><a id="page32" name="page32"></a>(p. 32)</span> Aubrun, épicier par état, maire de la Commune par intérêt, car
+cette dignité populaire et la belle écharpe aux trois couleurs qui en
+était les insignes, avaient donné un relief éclatant à son échoppe,
+située dans la rue basse du village, en face de la porte du cimetière
+de Saint-Louis<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17" title="Go to footnote 17"><span class="smaller">[17]</span></a>. Aubrun n'écouta pas d'abord sans quelque défiance
+ce jeune homme qui réclamait une jeune fille de quinze ans pour la
+conduire en Corse; mais ayant causé quelques instants avec lui sur les
+affaires publiques, il ne tarda point à subir l'autorité d'une parole
+nette, brève, ferme et accentuée. Quittant bientôt sa boutique, il
+alla avec son solliciteur, accompagné de son secrétaire-greffier, dans
+la maison de Saint-Louis pour constater la présence de mademoiselle de
+Buonaparte. Puis il fit et délivra au jeune lieutenant-colonel un acte
+appuyant sa demande et déclarant nécessaire d'y faire droit<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18" title="Go to footnote 18"><span class="smaller">[18]</span></a>. Muni
+de ces pièces, Napoléon, prompt comme <span class="pagenum"><a id="page33" name="page33"></a>(p. 33)</span> l'éclair, retourne à
+Versailles, s'adresse au directoire du district, puis à celui du
+département, obtient l'autorisation qu'il réclame, repart pour
+Saint-Cyr avec une mauvaise voiture de louage, et se présente de
+nouveau à la maison de Saint-Louis. Ce frère dévoué, qui ce jour-là,
+au milieu des ruines de la monarchie, n'était occupé que du salut de
+sa s&oelig;ur, ne se doute guère que, huit ans après, un décret signé de
+lui fondera dans cette royale demeure de Saint-Cyr le Prytanée
+français, et que, le 28 juin 1805, il reviendra lui-même visiter ces
lieux au bruit des cris enthousiastes de <cite>Vive l'Empereur!</cite></p>
-<p>Un grand crime allait accroître les souffrances de la famille royale.
+<p>Un grand crime allait accroître les souffrances de la famille royale.
Le 2 septembre, il y avait une vive fermentation autour du Temple;
-cependant le trouble du dehors n'avait point pénétré au dedans; et,
-comme c'était le dimanche et qu'il faisait beau temps, la famille
-royale était descendue après dîner au jardin. Les commissaires
-paraissaient soucieux et parlaient entre eux à voix basse: tout à coup
-on entend battre la générale; les municipaux font rentrer les
-prisonniers. Un instant après M. Hue est arrêté et emmené dans une
-voiture de place à l'hôtel de ville par un des commissaires (nommé
+cependant le trouble du dehors n'avait point pénétré au dedans; et,
+comme c'était le dimanche et qu'il faisait beau temps, la famille
+royale était descendue après dîner au jardin. Les commissaires
+paraissaient soucieux et parlaient entre eux à voix basse: tout à coup
+on entend battre la générale; les municipaux font rentrer les
+prisonniers. Un instant après M. Hue est arrêté et emmené dans une
+voiture de place à l'hôtel de ville par un des commissaires (nommé
Mathieu) et deux gendarmes. Louis XVI se demandait en vain ce qu'on
-pouvait reprocher à son fidèle serviteur; il ne trouvait que cette
-réponse: «Il m'était attaché, et c'est un grand crime.» Le lendemain
-<span class="pagenum"><a id="page34" name="page34"></a>(p. 34)</span> matin, en s'habillant, il dit à Cléry, resté seul à son tour
-pour le service de toute la famille: «Savez-vous quelque chose des
+pouvait reprocher à son fidèle serviteur; il ne trouvait que cette
+réponse: «Il m'était attaché, et c'est un grand crime.» Le lendemain
+<span class="pagenum"><a id="page34" name="page34"></a>(p. 34)</span> matin, en s'habillant, il dit à Cléry, resté seul à son tour
+pour le service de toute la famille: «Savez-vous quelque chose des
mouvements de Paris, et, avant tout, avez-vous des nouvelles de M.
-Hue<a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a><a href="#footnote19" title="Go to footnote 19"><span class="smaller">[19]</span></a>?&mdash;J'ai pendant la nuit, répondit Cléry, entendu dire vaguement
-à un municipal que le peuple se portait aux prisons; je ne sais rien
-de plus. Je vais chercher à me procurer des renseignements.&mdash;Prenez
+Hue<a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a><a href="#footnote19" title="Go to footnote 19"><span class="smaller">[19]</span></a>?&mdash;J'ai pendant la nuit, répondit Cléry, entendu dire vaguement
+à un municipal que le peuple se portait aux prisons; je ne sais rien
+de plus. Je vais chercher à me procurer des renseignements.&mdash;Prenez
garde de vous compromettre, reprit le Roi, car alors nous <span class="pagenum"><a id="page35" name="page35"></a>(p. 35)</span>
-resterions seuls.» Vers onze heures, Manuel vint au Temple, informa
-Louis que la vie de M. Hue n'était pas en péril, mais que le conseil
-général avait décidé qu'il ne rentrerait plus à la Tour, et qu'on y
-enverrait une autre personne à sa place. «Je vous remercie, répondit
+resterions seuls.» Vers onze heures, Manuel vint au Temple, informa
+Louis que la vie de M. Hue n'était pas en péril, mais que le conseil
+général avait décidé qu'il ne rentrerait plus à la Tour, et qu'on y
+enverrait une autre personne à sa place. «Je vous remercie, répondit
le Prince, je me servirai du valet de chambre de mon fils, et, si le
-conseil s'y refuse, je me servirai moi-même; j'y suis résolu.»</p>
+conseil s'y refuse, je me servirai moi-même; j'y suis résolu.»</p>
-<p>En reconduisant le procureur-syndic, Cléry lui demanda si la
-fermentation continuait: «Vous vous êtes chargé d'une tâche difficile,
-répondit-il, je vous exhorte au courage.» Ces mots prononcés d'un air
-fort soucieux firent craindre à Cléry que le peuple ne se portât au
-Temple. Manuel savait que les massacres, commencés la veille à deux
+<p>En reconduisant le procureur-syndic, Cléry lui demanda si la
+fermentation continuait: «Vous vous êtes chargé d'une tâche difficile,
+répondit-il, je vous exhorte au courage.» Ces mots prononcés d'un air
+fort soucieux firent craindre à Cléry que le peuple ne se portât au
+Temple. Manuel savait que les massacres, commencés la veille à deux
heures et demie dans les prisons, ne se ralentissaient pas. Sans
-doute, n'ayant pu les prévenir, il craignait qu'on ne lui attribuât
-une part de responsabilité dans ces horribles événements. Nous n'en
-présenterons pas ici le tableau.</p>
-
-<p>Peltier, témoin oculaire, a tracé de l'aspect de Paris, dans les
-journées qui précédèrent immédiatement les massacres, une description
-saisissante: «Qu'on se figure, dit-il, des rues populeuses et vivantes
-frappées tout à coup du vide et du silence de la mort avant le coucher
-du soleil, dans une des belles soirées d'été, n'offrant plus ni
-promeneurs ni voitures dans leurs espaces solitaires, et ne présentant
-au contraire dans toute leur étendue que l'aspect du néant. Toutes les
-boutiques sont fermées; chacun, retiré dans son intérieur, tremble
-pour sa vie ou sa propriété; tous sont dans l'attente des événements
-d'une nuit <span class="pagenum"><a id="page36" name="page36"></a>(p. 36)</span> où chaque individu ne peut pas même espérer de
-ressources de son désespoir.»</p>
-
-<p>Quant aux journées de septembre elles-mêmes, c'est dans les Mémoires
+doute, n'ayant pu les prévenir, il craignait qu'on ne lui attribuât
+une part de responsabilité dans ces horribles événements. Nous n'en
+présenterons pas ici le tableau.</p>
+
+<p>Peltier, témoin oculaire, a tracé de l'aspect de Paris, dans les
+journées qui précédèrent immédiatement les massacres, une description
+saisissante: «Qu'on se figure, dit-il, des rues populeuses et vivantes
+frappées tout à coup du vide et du silence de la mort avant le coucher
+du soleil, dans une des belles soirées d'été, n'offrant plus ni
+promeneurs ni voitures dans leurs espaces solitaires, et ne présentant
+au contraire dans toute leur étendue que l'aspect du néant. Toutes les
+boutiques sont fermées; chacun, retiré dans son intérieur, tremble
+pour sa vie ou sa propriété; tous sont dans l'attente des événements
+d'une nuit <span class="pagenum"><a id="page36" name="page36"></a>(p. 36)</span> où chaque individu ne peut pas même espérer de
+ressources de son désespoir.»</p>
+
+<p>Quant aux journées de septembre elles-mêmes, c'est dans les Mémoires
contemporains qu'on en trouvera la tradition dramatique et vivante.
-Madame Elliot<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a href="#footnote20" title="Go to footnote 20"><span class="smaller">[20]</span></a> surtout, qui, pendant ces journées d'épouvante et
-d'horreur, sauva la vie à Champcenetz à travers d'étranges péripéties
-et par des prodiges de courage et de présence d'esprit, a laissé une
-relation empreinte de toutes ses émotions et de toutes ses anxiétés.
-Elle a raconté cette terrible visite domiciliaire avant laquelle elle
-avait fait étendre entre deux matelas, dans la ruelle de son lit, où
-elle était couchée elle-même, M. de Champcenetz, malade, tremblant la
-fièvre, et à moitié mort de terreur; les propos sanglants et les
-menaces des sicaires; sa double crainte de leur découvrir le
-malheureux proscrit et d'être étendue côte à côte avec un cadavre, car
+Madame Elliot<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a href="#footnote20" title="Go to footnote 20"><span class="smaller">[20]</span></a> surtout, qui, pendant ces journées d'épouvante et
+d'horreur, sauva la vie à Champcenetz à travers d'étranges péripéties
+et par des prodiges de courage et de présence d'esprit, a laissé une
+relation empreinte de toutes ses émotions et de toutes ses anxiétés.
+Elle a raconté cette terrible visite domiciliaire avant laquelle elle
+avait fait étendre entre deux matelas, dans la ruelle de son lit, où
+elle était couchée elle-même, M. de Champcenetz, malade, tremblant la
+fièvre, et à moitié mort de terreur; les propos sanglants et les
+menaces des sicaires; sa double crainte de leur découvrir le
+malheureux proscrit et d'être étendue côte à côte avec un cadavre, car
Champcenetz ne respirait plus. Elle a dit la consigne inexorable des
-barrières, qui ne laissaient sortir personne; les rues, les quais, les
-boulevards sillonnés de patrouilles; le cours de la Seine gardé; elle
-rencontra même le 3 septembre&mdash;avec quelle horreur!&mdash;un des plus
-sinistres trophées de ces hideux massacres qu'on portait de la Force
-au Temple. Encore une fois, notre sujet ne nous condamne pas à entrer
-dans ce récit: nous rechercherons seulement ce que sont devenues les
+barrières, qui ne laissaient sortir personne; les rues, les quais, les
+boulevards sillonnés de patrouilles; le cours de la Seine gardé; elle
+rencontra même le 3 septembre&mdash;avec quelle horreur!&mdash;un des plus
+sinistres trophées de ces hideux massacres qu'on portait de la Force
+au Temple. Encore une fois, notre sujet ne nous condamne pas à entrer
+dans ce récit: nous rechercherons seulement ce que sont devenues les
personnes qui avaient suivi la famille royale des Feuillants au
-Temple, et qui lui ont été arrachées le 19 août.</p>
+Temple, et qui lui ont été arrachées le 19 août.</p>
-<p>Le registre de la petite Force<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href="#footnote21" title="Go to footnote 21"><span class="smaller">[21]</span></a> constate qu'à l'époque de ces
-événements, cette prison renfermait cent dix femmes, la plupart
-appartenant à l'écume de la population, amenées <span class="pagenum"><a id="page37" name="page37"></a>(p. 37)</span> là par la
-prostitution ou le vagabondage: malheureuses créatures, de tout âge,
-accusées d'avoir volé du linge ou de la vaisselle aux Tuileries, le 10
-août, ou dans la nuit du 10 au 11. Parmi ces cent dix femmes, on en
-remarque neuf seulement détenues pour des faits politiques. Voici leur
-écrou:</p>
+<p>Le registre de la petite Force<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href="#footnote21" title="Go to footnote 21"><span class="smaller">[21]</span></a> constate qu'à l'époque de ces
+événements, cette prison renfermait cent dix femmes, la plupart
+appartenant à l'écume de la population, amenées <span class="pagenum"><a id="page37" name="page37"></a>(p. 37)</span> là par la
+prostitution ou le vagabondage: malheureuses créatures, de tout âge,
+accusées d'avoir volé du linge ou de la vaisselle aux Tuileries, le 10
+août, ou dans la nuit du 10 au 11. Parmi ces cent dix femmes, on en
+remarque neuf seulement détenues pour des faits politiques. Voici leur
+écrou:</p>
-<p>A la date du 19 août:</p>
+<p>A la date du 19 août:</p>
<table border="0" cellpadding="2" summary="Registre.">
<colgroup>
@@ -1292,14 +1247,14 @@ remarque neuf seulement détenues pour des faits politiques. Voici leur
<col width="30%">
</colgroup>
<tr>
-<td>Madame de Navarre, première femme de chambre de Madame Élisabeth,</td>
-<td rowspan="7">De l'ordre de M. Pétion, maire, et MM. les commissaires des 48 sections.</td>
+<td>Madame de Navarre, première femme de chambre de Madame Élisabeth,</td>
+<td rowspan="7">De l'ordre de M. Pétion, maire, et MM. les commissaires des 48 sections.</td>
</tr>
<tr>
<td>Madame Basire, femme de chambre de Madame Royale,</td>
</tr>
<tr>
-<td>Madame Thibault, première femme de chambre de la Reine,</td>
+<td>Madame Thibault, première femme de chambre de la Reine,</td>
</tr>
<tr>
<td>Madame Saint-Brice, femme de chambre du Prince Royal,</td>
@@ -1311,541 +1266,541 @@ remarque neuf seulement détenues pour des faits politiques. Voici leur
<td>Mademoiselle Pauline Tourzel, gouvernante des Enfants du Roi,</td>
</tr>
<tr>
-<td>Marie-Thérèse-Louise de <em>Savoie de Bourbon-Lamballe</em>,</td>
+<td>Marie-Thérèse-Louise de <em>Savoie de Bourbon-Lamballe</em>,</td>
</tr>
</table>
-<p>A la date du 30 août:</p>
+<p>A la date du 30 août:</p>
-<p class="victime">Angélique-Euphrasie Peignon, épouse de M. de Septeuil, native de
- Paris, âgée de vingt et un ans et demi, envoyée dans cette prison
- pour y être détenue jusqu'à nouvel ordre; de l'ordre de MM. les
- administrateurs du département de police.</p>
+<p class="victime">Angélique-Euphrasie Peignon, épouse de M. de Septeuil, native de
+ Paris, âgée de vingt et un ans et demi, envoyée dans cette prison
+ pour y être détenue jusqu'à nouvel ordre; de l'ordre de MM. les
+ administrateurs du département de police.</p>
<p>A la date du 2 septembre:</p>
-<p class="victime">Madame Mackau, envoyée dans cette prison avec la demoiselle
- Adélaïde Rotin, sa femme de chambre, prisonnière volontaire
- auprès de sa maîtresse; de l'ordre de MM. les administrateurs de
+<p class="victime">Madame Mackau, envoyée dans cette prison avec la demoiselle
+ Adélaïde Rotin, sa femme de chambre, prisonnière volontaire
+ auprès de sa maîtresse; de l'ordre de MM. les administrateurs de
police, membres de la commission de surveillance et de salut
public.</p>
<p>Mademoiselle Pauline de Tourzel et madame Saint-Brice furent
-miraculeusement mises en liberté le 2 septembre. Mesdames Thibaud,
-Navarre, Basire, de Tourzel et Septeuil furent relâchées, le 3, par
-le tribunal populaire qui <span class="pagenum"><a id="page38" name="page38"></a>(p. 38)</span> s'était installé à la Force. Il en
-fut de même de madame de Mackau et de sa femme de chambre, entrées
-dans cette prison la veille<a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href="#footnote22" title="Go to footnote 22"><span class="smaller">[22]</span></a>, au moment même où l'on commençait
-<span class="pagenum"><a id="page39" name="page39"></a>(p. 39)</span> les massacres. Quant à madame de Lamballe, en examinant de
-près son écrou, il est facile de voir qu'une destinée particulière lui
-était réservée: les noms de <em>Savoie</em> et de Bourbon-Lamballe sont
-écrits en saillie, avec une intention évidente; la profession n'y est
-point indiquée; tout semble annoncer le sort funeste qui l'attendait.
-L'histoire n'a pas dit nettement pourquoi elle a été assassinée: elle
-n'a point nommé d'une manière positive ses juges, je veux dire ses
-proscripteurs et ses bourreaux. La main même, la main inconnue qui,
-sur le registre, a complété l'écrou de cette infortunée princesse,
-s'est bornée à ajouter à son nom ces seuls mots, qui étaient un arrêt
-de mort: «Conduite le 3 septembre au grand hôtel de la Force.»</p>
-
-<p>Manuel, en quittant le Temple, y avait laissé de l'inquiétude. Depuis,
-certaines rumeurs avaient accru l'alarme: les municipaux jugèrent à
+miraculeusement mises en liberté le 2 septembre. Mesdames Thibaud,
+Navarre, Basire, de Tourzel et Septeuil furent relâchées, le 3, par
+le tribunal populaire qui <span class="pagenum"><a id="page38" name="page38"></a>(p. 38)</span> s'était installé à la Force. Il en
+fut de même de madame de Mackau et de sa femme de chambre, entrées
+dans cette prison la veille<a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href="#footnote22" title="Go to footnote 22"><span class="smaller">[22]</span></a>, au moment même où l'on commençait
+<span class="pagenum"><a id="page39" name="page39"></a>(p. 39)</span> les massacres. Quant à madame de Lamballe, en examinant de
+près son écrou, il est facile de voir qu'une destinée particulière lui
+était réservée: les noms de <em>Savoie</em> et de Bourbon-Lamballe sont
+écrits en saillie, avec une intention évidente; la profession n'y est
+point indiquée; tout semble annoncer le sort funeste qui l'attendait.
+L'histoire n'a pas dit nettement pourquoi elle a été assassinée: elle
+n'a point nommé d'une manière positive ses juges, je veux dire ses
+proscripteurs et ses bourreaux. La main même, la main inconnue qui,
+sur le registre, a complété l'écrou de cette infortunée princesse,
+s'est bornée à ajouter à son nom ces seuls mots, qui étaient un arrêt
+de mort: «Conduite le 3 septembre au grand hôtel de la Force.»</p>
+
+<p>Manuel, en quittant le Temple, y avait laissé de l'inquiétude. Depuis,
+certaines rumeurs avaient accru l'alarme: les municipaux jugèrent à
propos d'interdire aux prisonniers la promenade du jardin. La famille
-royale, qui venait <span class="pagenum"><a id="page40" name="page40"></a>(p. 40)</span> de sortir de table, se tenait réunie dans
-la chambre de la Reine. Cléry était à dîner avec Tison et sa femme;
-celle-ci jette un grand cri: une tête de femme, pâle et sanglante,
-vient d'apparaître à la croisée. Les assassins, au dehors, croient
+royale, qui venait <span class="pagenum"><a id="page40" name="page40"></a>(p. 40)</span> de sortir de table, se tenait réunie dans
+la chambre de la Reine. Cléry était à dîner avec Tison et sa femme;
+celle-ci jette un grand cri: une tête de femme, pâle et sanglante,
+vient d'apparaître à la croisée. Les assassins, au dehors, croient
avoir reconnu la voix de la Reine, et accueillent par un rire joyeux
-le cri d'effroi sorti de la Tour. Cléry est remonté précipitamment: il
-prévient à voix basse Madame Élisabeth, mais son visage est tellement
-atterré que le Roi et la Reine s'en aperçoivent. «Qu'avez-vous donc,
-Cléry?» lui dit la Reine. Les deux commissaires de service étaient à
-leur poste; un troisième s'écrie en entrant et en s'adressant au Roi:
-«Les ennemis sont à Verdun; nous périrons tous, mais vous périrez le
-premier.» Un autre municipal survient, encore suivi de quatre hommes
-députés par le peuple; un d'eux demande instamment que les prisonniers
-se montrent à la fenêtre.&mdash;«Oh! non, non, de grâce! s'écrie un
+le cri d'effroi sorti de la Tour. Cléry est remonté précipitamment: il
+prévient à voix basse Madame Élisabeth, mais son visage est tellement
+atterré que le Roi et la Reine s'en aperçoivent. «Qu'avez-vous donc,
+Cléry?» lui dit la Reine. Les deux commissaires de service étaient à
+leur poste; un troisième s'écrie en entrant et en s'adressant au Roi:
+«Les ennemis sont à Verdun; nous périrons tous, mais vous périrez le
+premier.» Un autre municipal survient, encore suivi de quatre hommes
+députés par le peuple; un d'eux demande instamment que les prisonniers
+se montrent à la fenêtre.&mdash;«Oh! non, non, de grâce! s'écrie un
municipal de service<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href="#footnote23" title="Go to footnote 23"><span class="smaller">[23]</span></a> en barrant le passage au Roi, n'approchez
-pas! ne regardez pas! quelle horreur!» Voyant l'honorable opposition
-des municipaux, l'orateur de la députation s'écrie d'une voix
-satanique: «On veut vous cacher la tête de la Lamballe que l'on vous
+pas! ne regardez pas! quelle horreur!» Voyant l'honorable opposition
+des municipaux, l'orateur de la députation s'écrie d'une voix
+satanique: «On veut vous cacher la tête de la Lamballe que l'on vous
apportait, pour vous faire voir comment le peuple se venge de ses
-tyrans. Je vous conseille de paraître, si vous ne voulez pas que le
-peuple monte ici.» La Reine tombe évanouie. J'abrége ici le récit de
-ces horribles scènes, que le lecteur peut trouver en détail dans
+tyrans. Je vous conseille de paraître, si vous ne voulez pas que le
+peuple monte ici.» La Reine tombe évanouie. J'abrége ici le récit de
+ces horribles scènes, que le lecteur peut trouver en détail dans
l'histoire de Louis XVII.</p>
-<p>Le moindre objet qui avait appartenu à l'infortunée princesse de
+<p>Le moindre objet qui avait appartenu à l'infortunée princesse de
Lamballe devenait pour Marie-Antoinette et pour sa fille un douloureux
-<em>memento</em> et une nouvelle source de larmes. Madame Élisabeth ramassa
-quelques effets laissés par elle à la tour lorsqu'elle en avait été
-enlevée, les serra loin de leurs yeux, et, au premier moment
-favorable, les remit à Cléry en lui recommandant d'en faire un
-<span class="pagenum"><a id="page41" name="page41"></a>(p. 41)</span> paquet et de l'adresser avec une lettre à la première femme de
-chambre de madame de Lamballe. Ni le paquet ni la lettre n'arrivèrent
-à leur destination.</p>
-
-<p>Parmi les commissaires chargés d'inspecter les travaux et les dépenses
-du Temple, le nommé Simon, cordonnier et officier municipal, s'était
-fait remarquer par sa rudesse et sa grossièreté. Un jour, Madame
-Élisabeth, qui avait su que sa femme était malade à l'Hôtel-Dieu, lui
-en demanda des nouvelles. «Dieu merci, elle va mieux, répondit-il, en
+<em>memento</em> et une nouvelle source de larmes. Madame Élisabeth ramassa
+quelques effets laissés par elle à la tour lorsqu'elle en avait été
+enlevée, les serra loin de leurs yeux, et, au premier moment
+favorable, les remit à Cléry en lui recommandant d'en faire un
+<span class="pagenum"><a id="page41" name="page41"></a>(p. 41)</span> paquet et de l'adresser avec une lettre à la première femme de
+chambre de madame de Lamballe. Ni le paquet ni la lettre n'arrivèrent
+à leur destination.</p>
+
+<p>Parmi les commissaires chargés d'inspecter les travaux et les dépenses
+du Temple, le nommé Simon, cordonnier et officier municipal, s'était
+fait remarquer par sa rudesse et sa grossièreté. Un jour, Madame
+Élisabeth, qui avait su que sa femme était malade à l'Hôtel-Dieu, lui
+en demanda des nouvelles. «Dieu merci, elle va mieux, répondit-il, en
ajoutant: C'est un plaisir de voir actuellement les dames de
-l'Hôtel-Dieu; elles ont bien soin des malades; je voudrais que vous
-les vissiez, elles sont aujourd'hui habillées comme ma femme, comme
-vous, mesdames, ni plus ni moins<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a><a href="#footnote24" title="Go to footnote 24"><span class="smaller">[24]</span></a>.»</p>
+l'Hôtel-Dieu; elles ont bien soin des malades; je voudrais que vous
+les vissiez, elles sont aujourd'hui habillées comme ma femme, comme
+vous, mesdames, ni plus ni moins<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a><a href="#footnote24" title="Go to footnote 24"><span class="smaller">[24]</span></a>.»</p>
<p>La plupart du temps il y avait entre les municipaux de service, les
-gardes nationaux, les deux geôliers de la petite tour et les maçons
-même employés aux travaux du Temple, un odieux concert pour charger
-d'outrages ces grandeurs tombées. Nous ne redirons pas ces insultes de
-tous les jours que la famille royale eut à subir dans l'intérieur de
+gardes nationaux, les deux geôliers de la petite tour et les maçons
+même employés aux travaux du Temple, un odieux concert pour charger
+d'outrages ces grandeurs tombées. Nous ne redirons pas ces insultes de
+tous les jours que la famille royale eut à subir dans l'intérieur de
sa prison ou pendant ses promenades au jardin, et qu'elle ne cessa
-d'endurer avec une inaltérable résignation. Nous préférons rappeler
-quelques rares témoignages de sympathie et de compassion qui lui
+d'endurer avec une inaltérable résignation. Nous préférons rappeler
+quelques rares témoignages de sympathie et de compassion qui lui
furent offerts.</p>
-<p>Un commissaire, de garde pour la première fois, entra chez le Roi
-pendant que le petit prince prenait sa leçon de géographie. Interrogé
-par son père, qui lui demandait dans quelle partie du monde était
-située Lunéville, l'enfant répondit: «Dans l'Asie.&mdash;Comment! dans
+<p>Un commissaire, de garde pour la première fois, entra chez le Roi
+pendant que le petit prince prenait sa leçon de géographie. Interrogé
+par son père, qui lui demandait dans quelle partie du monde était
+située Lunéville, l'enfant répondit: «Dans l'Asie.&mdash;Comment! dans
l'Asie! dit en souriant le municipal; vous ne connaissez pas mieux un
-lieu où vos ancêtres ont régné?» La manière dont le municipal <span class="pagenum"><a id="page42" name="page42"></a>(p. 42)</span>
-relevait l'erreur plut au Roi et à la Reine. Marie-Antoinette entama
-avec lui une conversation à voix basse: «Nous supporterions plus
+lieu où vos ancêtres ont régné?» La manière dont le municipal <span class="pagenum"><a id="page42" name="page42"></a>(p. 42)</span>
+relevait l'erreur plut au Roi et à la Reine. Marie-Antoinette entama
+avec lui une conversation à voix basse: «Nous supporterions plus
facilement nos malheurs, lui dit-elle en terminant, si la plupart de
-vos collègues vous ressemblaient.»</p>
+vos collègues vous ressemblaient.»</p>
-<p>Un garde national placé en faction au bout de l'allée des marronniers
-qui servait de préau, jeune homme d'une intéressante figure, exprimait
-par son attitude et son regard le désir de donner quelques
-renseignements à la famille royale. Madame Élisabeth, dans un second
-tour de promenade, s'approcha de lui assez près pour qu'il lui parlât;
+<p>Un garde national placé en faction au bout de l'allée des marronniers
+qui servait de préau, jeune homme d'une intéressante figure, exprimait
+par son attitude et son regard le désir de donner quelques
+renseignements à la famille royale. Madame Élisabeth, dans un second
+tour de promenade, s'approcha de lui assez près pour qu'il lui parlât;
soit crainte, soit respect, il ne l'osa point, mais quelques larmes
-brillèrent dans ses yeux, et par un signe il indiqua qu'il avait
-déposé à peu de distance un papier dans les décombres. Cléry, en
-feignant de choisir des palets pour le petit Prince, se mit à la
+brillèrent dans ses yeux, et par un signe il indiqua qu'il avait
+déposé à peu de distance un papier dans les décombres. Cléry, en
+feignant de choisir des palets pour le petit Prince, se mit à la
recherche de ce papier; mais les commissaires l'avertirent qu'il ne
-devait pas approcher des sentinelles et qu'il eût à se retirer. On n'a
-pu deviner quelles étaient les intentions de ce jeune homme.</p>
+devait pas approcher des sentinelles et qu'il eût à se retirer. On n'a
+pu deviner quelles étaient les intentions de ce jeune homme.</p>
-<p>Ce n'est pas le seul sujet d'émotion que l'heure de la promenade
+<p>Ce n'est pas le seul sujet d'émotion que l'heure de la promenade
offrait aux prisonniers: parmi quelques royalistes qui profitaient
-chaque jour de ce court instant pour les voir, en se plaçant aux
-fenêtres des maisons situées autour de l'enceinte du Temple, Cléry,
-une fois, remarqua une femme qui suivait d'un &oelig;il très-attentif
-tous les mouvements du jeune Prince lorsqu'il s'écartait de ses
-parents, et crut reconnaître en elle madame de Tourzel. Il prévint
-Madame Élisabeth. Au nom de madame de Tourzel, cette princesse, qui la
+chaque jour de ce court instant pour les voir, en se plaçant aux
+fenêtres des maisons situées autour de l'enceinte du Temple, Cléry,
+une fois, remarqua une femme qui suivait d'un &oelig;il très-attentif
+tous les mouvements du jeune Prince lorsqu'il s'écartait de ses
+parents, et crut reconnaître en elle madame de Tourzel. Il prévint
+Madame Élisabeth. Au nom de madame de Tourzel, cette princesse, qui la
croyait une des victimes du 2 septembre, ne put retenir ses larmes.
-«Quoi! dit-elle, elle vivroit encore!» Cléry s'était trompé; les
+«Quoi! dit-elle, elle vivroit encore!» Cléry s'était trompé; les
renseignements qu'il obtint le lendemain lui apprirent que madame de
-Tourzel était dans une de ses terres<a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a><a href="#footnote25" title="Go to footnote 25"><span class="smaller">[25]</span></a>. Il apprit aussi que la
+Tourzel était dans une de ses terres<a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a><a href="#footnote25" title="Go to footnote 25"><span class="smaller">[25]</span></a>. Il apprit aussi que la
princesse <span class="pagenum"><a id="page43" name="page43"></a>(p. 43)</span> de Tarente et la marquise de la Roche-Aymon, qui, le
-10 août, au moment de l'attaque, se trouvaient dans le palais des
-Tuileries, n'avaient point été comprises dans le massacre. La
+10 août, au moment de l'attaque, se trouvaient dans le palais des
+Tuileries, n'avaient point été comprises dans le massacre. La
certitude qu'elles vivaient encore fut pour la famille royale, qui les
-avait pleurées, une surprise pleine de joie et comme la résurrection
-d'amis qu'on a crus perdus pour toujours; mais, hélas! elle apprit
-presque aussitôt le meurtre des prisonniers de la haute cour
-d'Orléans, et cette nouvelle affreuse lui causa un vif chagrin. Le duc
-de Brissac et M. de Lessart étaient au nombre de ces serviteurs de la
-royauté qui ne furent pas jugés, mais assassinés à Versailles le 9
-septembre 1792. La population de Versailles put voir la tête de M. de
-Brissac plantée au bout d'une des piques de la grille du château. M.
-de Brissac n'avait jamais voulu s'éloigner du danger. La dissolution
-de son régiment l'avait rendu libre; il aurait pu fuir, Louis XVI l'en
-avait prié; mais le c&oelig;ur d'un sujet si dévoué était resté sourd aux
-instances d'un prince si malheureux. «Sire, avait répondu M. de
-Brissac, la fuite m'est défendue. On dirait que je suis coupable et
+avait pleurées, une surprise pleine de joie et comme la résurrection
+d'amis qu'on a crus perdus pour toujours; mais, hélas! elle apprit
+presque aussitôt le meurtre des prisonniers de la haute cour
+d'Orléans, et cette nouvelle affreuse lui causa un vif chagrin. Le duc
+de Brissac et M. de Lessart étaient au nombre de ces serviteurs de la
+royauté qui ne furent pas jugés, mais assassinés à Versailles le 9
+septembre 1792. La population de Versailles put voir la tête de M. de
+Brissac plantée au bout d'une des piques de la grille du château. M.
+de Brissac n'avait jamais voulu s'éloigner du danger. La dissolution
+de son régiment l'avait rendu libre; il aurait pu fuir, Louis XVI l'en
+avait prié; mais le c&oelig;ur d'un sujet si dévoué était resté sourd aux
+instances d'un prince si malheureux. «Sire, avait répondu M. de
+Brissac, la fuite m'est défendue. On dirait que je suis coupable et
l'on vous croirait complice: ma conduite serait donc pour vous une
-accusation; j'aime mieux mourir.» Il mourut.</p>
+accusation; j'aime mieux mourir.» Il mourut.</p>
-<p>Au nombre des personnes qui venaient aux environs du Temple épier
+<p>Au nombre des personnes qui venaient aux environs du Temple épier
l'instant et l'occasion d'apercevoir la famille royale, il faut citer
-M. Hue, qui, après quinze jours environ passés dans les cachots de la
-Commune, avait recouvré la liberté. Le seul adoucissement à ses peines
-était de porter ses pas vers le Temple: sa seule ambition était de
-rentrer à la Tour. Il fit à ce sujet des démarches auprès de Pétion,
-et celui-ci ayant été nommé député à la Convention, il se détermina à
-s'adresser à Chaumette, qui venait de remplacer, <span class="pagenum"><a id="page44" name="page44"></a>(p. 44)</span> comme
-procureur de la Commune, Manuel, devenu aussi représentant du peuple.
-Il reçut de lui un accueil poli et presque bienveillant. Chaumette
-l'invita à s'asseoir, et ayant fait interdire sa porte, s'épancha
+M. Hue, qui, après quinze jours environ passés dans les cachots de la
+Commune, avait recouvré la liberté. Le seul adoucissement à ses peines
+était de porter ses pas vers le Temple: sa seule ambition était de
+rentrer à la Tour. Il fit à ce sujet des démarches auprès de Pétion,
+et celui-ci ayant été nommé député à la Convention, il se détermina à
+s'adresser à Chaumette, qui venait de remplacer, <span class="pagenum"><a id="page44" name="page44"></a>(p. 44)</span> comme
+procureur de la Commune, Manuel, devenu aussi représentant du peuple.
+Il reçut de lui un accueil poli et presque bienveillant. Chaumette
+l'invita à s'asseoir, et ayant fait interdire sa porte, s'épancha
confidentiellement avec lui, lui parla de son origine obscure, de sa
-jeunesse besoigneuse, des obstacles qu'il avait eu à franchir, des
-rigueurs qu'il avait éprouvées. Puis il lui fit des révélations
-importantes sur les infidélités de quelques personnes du service du
-Roi qui recevaient par jour, pour prix de leurs délations, un ou
-plusieurs louis stipulés payables en or. Ces tristes aveux
-confondaient la loyauté de M. Hue: il se rappela pourtant qu'une ou
-deux fois Madame Élisabeth s'était étonnée de rencontrer dans un
-journal quelques détails d'intérieur sur lesquels l'&oelig;il du dehors
-n'avait pu tomber. Mais si la raison de Madame Élisabeth était
-clairvoyante, sa conscience étroite et scrupuleuse se serait reproché
-d'arrêter un soupçon infamant sur qui que ce fût. Et M. Hue, dans son
-ouvrage sur les <cite>Dernières années du règne et de la vie de Louis XVI</cite>,
-a gardé sur ces traîtres une magnanime réserve, ne devant pas, dit-il,
-mettre à découvert leurs noms quand son vertueux maître les a voulu
-taire, et quand, dans son immortel testament, il a recommandé à son
-fils de ne songer qu'à leurs malheurs.</p>
+jeunesse besoigneuse, des obstacles qu'il avait eu à franchir, des
+rigueurs qu'il avait éprouvées. Puis il lui fit des révélations
+importantes sur les infidélités de quelques personnes du service du
+Roi qui recevaient par jour, pour prix de leurs délations, un ou
+plusieurs louis stipulés payables en or. Ces tristes aveux
+confondaient la loyauté de M. Hue: il se rappela pourtant qu'une ou
+deux fois Madame Élisabeth s'était étonnée de rencontrer dans un
+journal quelques détails d'intérieur sur lesquels l'&oelig;il du dehors
+n'avait pu tomber. Mais si la raison de Madame Élisabeth était
+clairvoyante, sa conscience étroite et scrupuleuse se serait reproché
+d'arrêter un soupçon infamant sur qui que ce fût. Et M. Hue, dans son
+ouvrage sur les <cite>Dernières années du règne et de la vie de Louis XVI</cite>,
+a gardé sur ces traîtres une magnanime réserve, ne devant pas, dit-il,
+mettre à découvert leurs noms quand son vertueux maître les a voulu
+taire, et quand, dans son immortel testament, il a recommandé à son
+fils de ne songer qu'à leurs malheurs.</p>
<p>Portant ensuite l'entretien sur la famille royale, Chaumette laissa
-entrevoir de l'intérêt pour le Dauphin. «Je veux, dit-il, faire donner
-quelque éducation à cet enfant; je l'éloignerai de sa famille pour lui
-faire perdre l'idée de son rang; quant au Roi, il périra. Le Roi vous
-aime.....» A ces mots, M. Hue ne put retenir ses pleurs. «Donnez un
-libre cours à votre douleur, reprit Chaumette; si vous cessiez un
-instant de regretter votre maître, moi-même je vous mépriserais.»</p>
-
-<p>Chaumette s'était montré confiant, mais il demeura inflexible, et M.
+entrevoir de l'intérêt pour le Dauphin. «Je veux, dit-il, faire donner
+quelque éducation à cet enfant; je l'éloignerai de sa famille pour lui
+faire perdre l'idée de son rang; quant au Roi, il périra. Le Roi vous
+aime.....» A ces mots, M. Hue ne put retenir ses pleurs. «Donnez un
+libre cours à votre douleur, reprit Chaumette; si vous cessiez un
+instant de regretter votre maître, moi-même je vous mépriserais.»</p>
+
+<p>Chaumette s'était montré confiant, mais il demeura inflexible, et M.
Hue ne put rentrer au Temple.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page45" name="page45"></a>(p. 45)</span> L'Assemblée législative avait accompli sa tâche. N'ayant ni le
-courage de la vertu ni l'énergie du crime, cette triste assemblée,
-dominée par la Commune insurrectionnelle de Paris, qui disposait de la
-force révolutionnaire, avait amené la victime au Temple. La Convention
+<p><span class="pagenum"><a id="page45" name="page45"></a>(p. 45)</span> L'Assemblée législative avait accompli sa tâche. N'ayant ni le
+courage de la vertu ni l'énergie du crime, cette triste assemblée,
+dominée par la Commune insurrectionnelle de Paris, qui disposait de la
+force révolutionnaire, avait amené la victime au Temple. La Convention
devait l'y venir chercher pour l'immoler. La peur ou la violence avait
-écarté des comices la plus grande partie des électeurs, et un million
-cinq cent mille votes seulement avaient été constatés au scrutin.
-Nommée sous l'impression des massacres, conçue pour ainsi dire dans le
+écarté des comices la plus grande partie des électeurs, et un million
+cinq cent mille votes seulement avaient été constatés au scrutin.
+Nommée sous l'impression des massacres, conçue pour ainsi dire dans le
meurtre et dans le sang, la Convention allait se montrer digne de son
-odieuse origine: dès sa première séance, 21 septembre 1792, elle
-abolit officiellement la royauté, déjà supprimée de fait, et semblable
-à une dérision couronnée. A quatre heures du soir, un officier
-municipal nommé Lubin se rendit au Temple, entouré de gendarmes à
-cheval et d'une nombreuse populace; les trompettes sonnèrent, il se
+odieuse origine: dès sa première séance, 21 septembre 1792, elle
+abolit officiellement la royauté, déjà supprimée de fait, et semblable
+à une dérision couronnée. A quatre heures du soir, un officier
+municipal nommé Lubin se rendit au Temple, entouré de gendarmes à
+cheval et d'une nombreuse populace; les trompettes sonnèrent, il se
fit un grand silence, et Lubin, qui avait une voix de Stentor, donna
lecture de la proclamation, que la famille royale put entendre
distinctement:</p>
-<p>«La royauté est abolie en France. Tous les actes publics seront datés
-de la première année de la République. Le sceau de l'État portera pour
-légende ces mots: <cite>République de France</cite>. Le sceau national
-représentera une femme assise sur un faisceau d'armes, tenant à la
-main une pique surmontée du bonnet de la Liberté.»</p>
+<p>«La royauté est abolie en France. Tous les actes publics seront datés
+de la première année de la République. Le sceau de l'État portera pour
+légende ces mots: <cite>République de France</cite>. Le sceau national
+représentera une femme assise sur un faisceau d'armes, tenant à la
+main une pique surmontée du bonnet de la Liberté.»</p>
-<p>Pendant cette lecture, les municipaux de service<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a><a href="#footnote26" title="Go to footnote 26"><span class="smaller">[26]</span></a>, assis près de la
+<p>Pendant cette lecture, les municipaux de service<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a><a href="#footnote26" title="Go to footnote 26"><span class="smaller">[26]</span></a>, assis près de la
porte de la chambre du Roi, essayaient de saisir sur la physionomie
-des prisonniers les secrètes émotions de leur âme. Louis XVI, qui
-tenait un livre à la main, continua de lire sans que la moindre
-altération parût sur ses traits. Madame Élisabeth, occupée à sa
-tapisserie, ne prit pas garde à ce qui se passait et ne quitta pas
+des prisonniers les secrètes émotions de leur âme. Louis XVI, qui
+tenait un livre à la main, continua de lire sans que la moindre
+altération parût sur ses traits. Madame Élisabeth, occupée à sa
+tapisserie, ne prit pas garde à ce qui se passait et ne quitta pas
son ouvrage; <span class="pagenum"><a id="page46" name="page46"></a>(p. 46)</span> la Reine demeura calme et digne, et les deux
-observateurs ne surprirent ni un mot ni un mouvement qui pût accroître
+observateurs ne surprirent ni un mot ni un mouvement qui pût accroître
leur jouissance.</p>
-<p>Dans la soirée, Cléry informa le Roi du besoin qu'avait son fils de
-rideaux et de couvertures pour son lit, la température s'étant
-très-refroidie depuis deux jours. Louis XVI lui dit d'en faire la
-demande par écrit, et il la signa. Cléry s'était servi des expressions
-qu'il avait jusqu'alors toujours employées: «Le Roi demande pour son
-fils, etc.»&mdash;«Vous êtes bien osé, lui dit Destournelles, d'employer
-encore un titre aboli par la volonté du peuple, comme vous venez de
-l'entendre.&mdash;J'ai entendu une proclamation, répondit Cléry, mais je
+<p>Dans la soirée, Cléry informa le Roi du besoin qu'avait son fils de
+rideaux et de couvertures pour son lit, la température s'étant
+très-refroidie depuis deux jours. Louis XVI lui dit d'en faire la
+demande par écrit, et il la signa. Cléry s'était servi des expressions
+qu'il avait jusqu'alors toujours employées: «Le Roi demande pour son
+fils, etc.»&mdash;«Vous êtes bien osé, lui dit Destournelles, d'employer
+encore un titre aboli par la volonté du peuple, comme vous venez de
+l'entendre.&mdash;J'ai entendu une proclamation, répondit Cléry, mais je
n'en sais pas l'objet.&mdash;C'est, reprit le commissaire, l'abolition de
-la royauté, et vous pouvez dire à <em>monsieur</em> (en montrant Louis XVI)
-de cesser de prendre un titre que le peuple ne reconnoît plus.&mdash;Je ne
-puis, dit Cléry, changer ce billet qui est déjà signé; Louis m'en
-demanderait la cause, et ce n'est pas à moi de la lui apprendre.&mdash;Vous
-ferez ce que vous voudrez, répliqua le municipal, mais je ne
-certifierai pas votre demande.» Le lendemain, Madame Élisabeth tira
-Cléry d'embarras. «Il ne faut pas, lui dit-elle, faire de cela une
-affaire: épargnons au Roi tout ennui inutile. Je vous conseille,
-Cléry, d'écrire à l'avenir pour ces sortes d'objets de la manière
-suivante: «Il est nécessaire pour le service de Louis XVI..., de
-Marie-Antoinette..., de Louis-Charles..., de Marie-Thérèse..., de
-Marie-Élisabeth..., etc...»</p>
-
-<p>Les travaux du Temple, quoique poussés avec activité, étaient loin
-d'être achevés; cependant le nouvel appartement destiné à Louis XVI,
-dans la grosse tour, était prêt à le recevoir. En même temps, on
-cherchait à grossir de nouveaux griefs l'acte d'accusation que la
-révolution formulait chaque jour contre ce malheureux Prince, afin de
-fournir un nouvel aliment à la colère de la rue. Dans l'embrasure
-<span class="pagenum"><a id="page47" name="page47"></a>(p. 47)</span> d'une porte qui communiquait de sa chambre à celle de son
-fils, le Roi, peu de temps avant le 10 août, avait pratiqué à l'aide
-d'une vrille (seul instrument qu'il pût employer sans bruit) une
-ouverture de vingt-deux pouces de haut sur seize de large: il était
-parvenu à creuser insensiblement dans le mur, sur les mêmes
-dimensions, un trou de huit à neuf pouces de profondeur; chaque matin,
-il lui avait fallu lever le morceau qu'il avait détaché du lambris, et
-le soir, le travail terminé, le rattacher avec quatre fils.
-L'opération achevée, il avait de sa main scellé en plâtre quatre
-tasseaux sur lesquels il avait posé deux rangs de tablettes en bois,
-et dans cette cachette, il avait rangé ses papiers les plus
+la royauté, et vous pouvez dire à <em>monsieur</em> (en montrant Louis XVI)
+de cesser de prendre un titre que le peuple ne reconnoît plus.&mdash;Je ne
+puis, dit Cléry, changer ce billet qui est déjà signé; Louis m'en
+demanderait la cause, et ce n'est pas à moi de la lui apprendre.&mdash;Vous
+ferez ce que vous voudrez, répliqua le municipal, mais je ne
+certifierai pas votre demande.» Le lendemain, Madame Élisabeth tira
+Cléry d'embarras. «Il ne faut pas, lui dit-elle, faire de cela une
+affaire: épargnons au Roi tout ennui inutile. Je vous conseille,
+Cléry, d'écrire à l'avenir pour ces sortes d'objets de la manière
+suivante: «Il est nécessaire pour le service de Louis XVI..., de
+Marie-Antoinette..., de Louis-Charles..., de Marie-Thérèse..., de
+Marie-Élisabeth..., etc...»</p>
+
+<p>Les travaux du Temple, quoique poussés avec activité, étaient loin
+d'être achevés; cependant le nouvel appartement destiné à Louis XVI,
+dans la grosse tour, était prêt à le recevoir. En même temps, on
+cherchait à grossir de nouveaux griefs l'acte d'accusation que la
+révolution formulait chaque jour contre ce malheureux Prince, afin de
+fournir un nouvel aliment à la colère de la rue. Dans l'embrasure
+<span class="pagenum"><a id="page47" name="page47"></a>(p. 47)</span> d'une porte qui communiquait de sa chambre à celle de son
+fils, le Roi, peu de temps avant le 10 août, avait pratiqué à l'aide
+d'une vrille (seul instrument qu'il pût employer sans bruit) une
+ouverture de vingt-deux pouces de haut sur seize de large: il était
+parvenu à creuser insensiblement dans le mur, sur les mêmes
+dimensions, un trou de huit à neuf pouces de profondeur; chaque matin,
+il lui avait fallu lever le morceau qu'il avait détaché du lambris, et
+le soir, le travail terminé, le rattacher avec quatre fils.
+L'opération achevée, il avait de sa main scellé en plâtre quatre
+tasseaux sur lesquels il avait posé deux rangs de tablettes en bois,
+et dans cette cachette, il avait rangé ses papiers les plus
importants. Il avait fait venir le serrurier Gamin pour doubler d'une
-feuille de tôle le morceau de lambris qui recouvrait cette ouverture.
-Cet ouvrier, honoré de la confiance du Roi, avait dénoncé à Roland ce
-fait, qui tout aussitôt devint une source d'accusations. La petite
+feuille de tôle le morceau de lambris qui recouvrait cette ouverture.
+Cet ouvrier, honoré de la confiance du Roi, avait dénoncé à Roland ce
+fait, qui tout aussitôt devint une source d'accusations. La petite
cachette prit dans le public le nom d'<em>armoire de fer</em>, et devait,
-dit-on, donner le fil d'une vaste conspiration. Le 29 septembre, à dix
-heures du matin, six officiers municipaux entrèrent dans la chambre de
-la Reine, où était réunie sa famille. L'un d'eux, nommé Charbonnier,
-donna lecture d'un arrêté du conseil de la Commune qui leur ordonnait
-«d'enlever papier, encre, plumes, crayons, et même les papiers écrits,
-tant sur la personne des détenus que dans leurs chambres, ainsi qu'au
+dit-on, donner le fil d'une vaste conspiration. Le 29 septembre, à dix
+heures du matin, six officiers municipaux entrèrent dans la chambre de
+la Reine, où était réunie sa famille. L'un d'eux, nommé Charbonnier,
+donna lecture d'un arrêté du conseil de la Commune qui leur ordonnait
+«d'enlever papier, encre, plumes, crayons, et même les papiers écrits,
+tant sur la personne des détenus que dans leurs chambres, ainsi qu'au
valet de chambre et autres personnes du service de la tour; de ne leur
-laisser aucune arme quelconque, offensive ou défensive; en un mot, de
-prendre toutes précautions nécessaires pour ôter tout commerce de
+laisser aucune arme quelconque, offensive ou défensive; en un mot, de
+prendre toutes précautions nécessaires pour ôter tout commerce de
Louis le dernier avec autres personnes que les officiers
-municipaux<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27" title="Go to footnote 27"><span class="smaller">[27]</span></a>.» Puis arrêtant ses regards sur Louis XVI, le même
-commissaire ajouta de vive voix: «Lorsque vous aurez besoin de
-quelque chose, Cléry descendra <span class="pagenum"><a id="page48" name="page48"></a>(p. 48)</span> et écrira vos demandes sur un
-registre qui restera dans la salle du Conseil.» Sans faire la moindre
-observation, les captifs se fouillèrent, livrèrent leurs papiers,
-crayons, nécessaires de poche, etc. Les commissaires firent ensuite la
-visite des armoires, des coffres, et enlevèrent les objets désignés
-dans l'arrêté. Un d'eux dit à Cléry: «Le ci-devant Roi sera transféré
-ce soir même dans la tour.» Cléry fit part de cette pénible nouvelle à
-Madame Élisabeth, qui trouva le moyen d'en avertir son frère. Après le
+municipaux<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27" title="Go to footnote 27"><span class="smaller">[27]</span></a>.» Puis arrêtant ses regards sur Louis XVI, le même
+commissaire ajouta de vive voix: «Lorsque vous aurez besoin de
+quelque chose, Cléry descendra <span class="pagenum"><a id="page48" name="page48"></a>(p. 48)</span> et écrira vos demandes sur un
+registre qui restera dans la salle du Conseil.» Sans faire la moindre
+observation, les captifs se fouillèrent, livrèrent leurs papiers,
+crayons, nécessaires de poche, etc. Les commissaires firent ensuite la
+visite des armoires, des coffres, et enlevèrent les objets désignés
+dans l'arrêté. Un d'eux dit à Cléry: «Le ci-devant Roi sera transféré
+ce soir même dans la tour.» Cléry fit part de cette pénible nouvelle à
+Madame Élisabeth, qui trouva le moyen d'en avertir son frère. Après le
souper, comme Louis XVI quittait la chambre de Marie-Antoinette pour
remonter dans la sienne, un commissaire lui dit d'attendre un instant,
-que le conseil avait une communication à lui faire. Les six municipaux
-qui, le matin, avaient mis à exécution un arrêté de la Commune,
-parurent, et notifièrent aux détenus un nouvel arrêté qu'ils venaient
-de recevoir du conseil général.</p>
+que le conseil avait une communication à lui faire. Les six municipaux
+qui, le matin, avaient mis à exécution un arrêté de la Commune,
+parurent, et notifièrent aux détenus un nouvel arrêté qu'ils venaient
+de recevoir du conseil général.</p>
-<p class="p2 date">Commune de Paris.&mdash;Du 29 septembre 1792, l'an IV<sup>e</sup> de la Liberté<br>
- et I<sup>er</sup> de l'Égalité, I<sup>er</sup> de la République française.</p>
+<p class="p2 date">Commune de Paris.&mdash;Du 29 septembre 1792, l'an IV<sup>e</sup> de la Liberté<br>
+ et I<sup>er</sup> de l'Égalité, I<sup>er</sup> de la République française.</p>
-<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du conseil général.</i></p>
+<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du conseil général.</i></p>
-<p>«La garde des prisonniers du Temple devenant tous les jours plus
+<p>«La garde des prisonniers du Temple devenant tous les jours plus
difficile par leur concert et les mesures qu'ils peuvent prendre entre
-eux, la responsabilité du conseil général de la commune lui impose
-l'impérieuse loi de prévenir les abus qui peuvent faciliter l'évasion
-de ces traîtres; il a pris l'arrêté suivant:</p>
+eux, la responsabilité du conseil général de la commune lui impose
+l'impérieuse loi de prévenir les abus qui peuvent faciliter l'évasion
+de ces traîtres; il a pris l'arrêté suivant:</p>
-<p>»1<sup>o</sup> Que Louis et Antoinette seront séparés;</p>
+<p>»1<sup>o</sup> Que Louis et Antoinette seront séparés;</p>
-<p>»2<sup>o</sup> Que chaque prisonnier aura un cachot particulier;</p>
+<p>»2<sup>o</sup> Que chaque prisonnier aura un cachot particulier;</p>
-<p>»3<sup>o</sup> Que le valet de chambre sera mis en état d'arrestation;</p>
+<p>»3<sup>o</sup> Que le valet de chambre sera mis en état d'arrestation;</p>
-<p>»4<sup>o</sup> Adjoint avec les cinq commissaires déjà nommés, le citoyen
-Hébert;</p>
+<p>»4<sup>o</sup> Adjoint avec les cinq commissaires déjà nommés, le citoyen
+Hébert;</p>
-<p>»5<sup>o</sup> Les autorise à mettre à exécution l'arrêté de ce soir
-sur-le-champ, même de leur ôter l'argenterie, les accessoires <span class="pagenum"><a id="page49" name="page49"></a>(p. 49)</span>
-pour la bouche; en un mot, le conseil général donne plein pouvoir à
+<p>»5<sup>o</sup> Les autorise à mettre à exécution l'arrêté de ce soir
+sur-le-champ, même de leur ôter l'argenterie, les accessoires <span class="pagenum"><a id="page49" name="page49"></a>(p. 49)</span>
+pour la bouche; en un mot, le conseil général donne plein pouvoir à
ses commissaires d'employer tout ce que leur prudence leur prescrira
-pour la sûreté de ces otages<a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28" title="Go to footnote 28"><span class="smaller">[28]</span></a>.»</p>
+pour la sûreté de ces otages<a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28" title="Go to footnote 28"><span class="smaller">[28]</span></a>.»</p>
-<p>La Commune, dans ses prescriptions, n'avait point encore revêtu une
-forme aussi acerbe. Quoique préparé à cet événement, Louis en fut
-affecté. Marie-Antoinette et Madame Élisabeth cherchaient à lire dans
-les yeux des commissaires jusqu'où devaient s'étendre les rigueurs de
+<p>La Commune, dans ses prescriptions, n'avait point encore revêtu une
+forme aussi acerbe. Quoique préparé à cet événement, Louis en fut
+affecté. Marie-Antoinette et Madame Élisabeth cherchaient à lire dans
+les yeux des commissaires jusqu'où devaient s'étendre les rigueurs de
leur mission. En recevant les adieux de sa femme et de sa s&oelig;ur,
Louis leur prit les mains et les serra avec un sentiment expressif qui
-semblait dire: Résignons-nous. Son départ les laissa dans de vives
-inquiétudes. Toutes deux pleuraient à chaudes larmes. Madame
-Élisabeth, qui trouvait toujours des paroles consolantes pour toutes
+semblait dire: Résignons-nous. Son départ les laissa dans de vives
+inquiétudes. Toutes deux pleuraient à chaudes larmes. Madame
+Élisabeth, qui trouvait toujours des paroles consolantes pour toutes
les douleurs, devenait muette devant une infortune qu'elle croyait
-sans bornes, et que pourtant elle voyait croître de jour en jour et
+sans bornes, et que pourtant elle voyait croître de jour en jour et
d'heure en heure.</p>
-<p>Levées de bonne heure le lendemain, Madame Élisabeth et Marie-Thérèse
-vinrent frapper chez la Reine un peu plus tôt que de coutume. Comme
-Cléry avait suivi le Roi dans sa nouvelle prison, Madame Élisabeth
+<p>Levées de bonne heure le lendemain, Madame Élisabeth et Marie-Thérèse
+vinrent frapper chez la Reine un peu plus tôt que de coutume. Comme
+Cléry avait suivi le Roi dans sa nouvelle prison, Madame Élisabeth
accourait s'offrir pour habiller le jeune prince. L'abattement de ces
-trois pauvres femmes et de cet enfant lui-même était profond; la
-suprême consolation des malheureux est de souffrir ensemble. A dix
-heures, quand il leur fallut se mettre à table pour déjeuner, leurs
-yeux se remplirent de larmes en voyant vide la place du père de
-famille. Elles demandèrent en vain de ses nouvelles aux commissaires
-de service auprès d'elles, aucun n'en put donner; mais quelques
-instants après, un d'eux ayant été conduire dans l'appartement de la
-grosse tour des peintres et des colleurs qui n'y avaient point terminé
-leurs travaux, dit au Roi qu'il venait d'assister au déjeuner de sa
-famille et qu'elle était en bonne <span class="pagenum"><a id="page50" name="page50"></a>(p. 50)</span> santé. «Je vous remercie,
-répondit Louis XVI; je vous prie de lui donner de mes nouvelles et de
+trois pauvres femmes et de cet enfant lui-même était profond; la
+suprême consolation des malheureux est de souffrir ensemble. A dix
+heures, quand il leur fallut se mettre à table pour déjeuner, leurs
+yeux se remplirent de larmes en voyant vide la place du père de
+famille. Elles demandèrent en vain de ses nouvelles aux commissaires
+de service auprès d'elles, aucun n'en put donner; mais quelques
+instants après, un d'eux ayant été conduire dans l'appartement de la
+grosse tour des peintres et des colleurs qui n'y avaient point terminé
+leurs travaux, dit au Roi qu'il venait d'assister au déjeuner de sa
+famille et qu'elle était en bonne <span class="pagenum"><a id="page50" name="page50"></a>(p. 50)</span> santé. «Je vous remercie,
+répondit Louis XVI; je vous prie de lui donner de mes nouvelles et de
lui dire que je me porte bien. Ne pourrais-je pas, ajouta-t-il, avoir
-quelques livres que j'ai laissés dans la chambre de la Reine? Vous me
-feriez plaisir de me les envoyer.» Puis il indiqua les ouvrages qu'il
-désirait. Le représentant de la Commune fit droit à sa demande; mais
-ne sachant pas lire, il proposa à Cléry de l'accompagner. Heureux de
-l'ignorance de cet homme, Cléry s'empressa de descendre avec lui. Il
-trouva Marie-Antoinette entourée de ses enfants et de sa s&oelig;ur: leur
-douleur, qui sembla augmenter à sa vue, s'exhala en mille questions
-auxquelles il ne put répondre qu'avec réserve; leurs plaintes, leurs
-paroles touchantes émurent le c&oelig;ur des commissaires. «Accordez-nous
-du moins, s'écriaient-elles, la consolation de nous réunir au Roi un
-moment dans la journée, ne fût-ce qu'à l'heure des repas!&mdash;Eh bien,
-laissons-les dîner ensemble aujourd'hui, dit avec un ton d'autorité un
-municipal; mais comme notre conduite est subordonnée aux arrêtés de la
-Commune, nous ferons demain ce qu'elle aura prescrit.» A ces mots, un
-sentiment qui était presque de la joie vint soulager ces tristes âmes.
-Marie-Antoinette pressant ses enfants dans ses bras, Madame Élisabeth
-les yeux levés vers le ciel, semblaient rendre grâces à Dieu de cette
-faveur inattendue. Quelques commissaires pleuraient malgré eux. Simon
-lui-même était attendri. «Je crois, dit-il tout haut, que ces
-b......... de femmes me feraient pleurer.» Il ajouta: «Quand vous
-assassiniez le peuple au 10 août, dit-il en s'adressant à
-Marie-Antoinette, vous ne pleuriez point.&mdash;Le peuple est bien trompé
-sur nos sentiments», répondit tristement la Reine.</p>
-
-<p>On servit le dîner chez Louis XVI à l'heure ordinaire, et on lui amena
-sa famille. Aux transports qu'elle laissa éclater, on put juger des
-craintes qu'elle avait éprouvées. <span class="pagenum"><a id="page51" name="page51"></a>(p. 51)</span> La concession faite par les
-commissaires de ce jour ne pouvant être blâmée par eux devant les
+quelques livres que j'ai laissés dans la chambre de la Reine? Vous me
+feriez plaisir de me les envoyer.» Puis il indiqua les ouvrages qu'il
+désirait. Le représentant de la Commune fit droit à sa demande; mais
+ne sachant pas lire, il proposa à Cléry de l'accompagner. Heureux de
+l'ignorance de cet homme, Cléry s'empressa de descendre avec lui. Il
+trouva Marie-Antoinette entourée de ses enfants et de sa s&oelig;ur: leur
+douleur, qui sembla augmenter à sa vue, s'exhala en mille questions
+auxquelles il ne put répondre qu'avec réserve; leurs plaintes, leurs
+paroles touchantes émurent le c&oelig;ur des commissaires. «Accordez-nous
+du moins, s'écriaient-elles, la consolation de nous réunir au Roi un
+moment dans la journée, ne fût-ce qu'à l'heure des repas!&mdash;Eh bien,
+laissons-les dîner ensemble aujourd'hui, dit avec un ton d'autorité un
+municipal; mais comme notre conduite est subordonnée aux arrêtés de la
+Commune, nous ferons demain ce qu'elle aura prescrit.» A ces mots, un
+sentiment qui était presque de la joie vint soulager ces tristes âmes.
+Marie-Antoinette pressant ses enfants dans ses bras, Madame Élisabeth
+les yeux levés vers le ciel, semblaient rendre grâces à Dieu de cette
+faveur inattendue. Quelques commissaires pleuraient malgré eux. Simon
+lui-même était attendri. «Je crois, dit-il tout haut, que ces
+b......... de femmes me feraient pleurer.» Il ajouta: «Quand vous
+assassiniez le peuple au 10 août, dit-il en s'adressant à
+Marie-Antoinette, vous ne pleuriez point.&mdash;Le peuple est bien trompé
+sur nos sentiments», répondit tristement la Reine.</p>
+
+<p>On servit le dîner chez Louis XVI à l'heure ordinaire, et on lui amena
+sa famille. Aux transports qu'elle laissa éclater, on put juger des
+craintes qu'elle avait éprouvées. <span class="pagenum"><a id="page51" name="page51"></a>(p. 51)</span> La concession faite par les
+commissaires de ce jour ne pouvant être blâmée par eux devant les
nouveaux municipaux qui devaient les remplacer, se continua
-naturellement les jours suivants. Il ne fut plus question de l'arrêté
-du 29 septembre; la famille royale se réunit chaque jour aux heures
-des repas ainsi qu'à la promenade, et Cléry la servit comme par le
-passé.</p>
-
-<p>La Reine et Madame Élisabeth témoignèrent, après le dîner, le désir de
-visiter l'appartement qu'on leur préparait au-dessus de celui du Roi.
-Les commissaires les y conduisirent. Elles prièrent les ouvriers de se
-hâter, mais la besogne dura encore trois semaines. Pendant ce
-temps-là, Cléry partagea son temps entre tous les prisonniers, faisant
-leurs chambres, réglant leurs dépenses et cherchant le moyen de
-conserver quelques rapports entre eux. On comprend que ce séjour de la
-famille royale dans deux tours séparées et sans communication
-intérieure, en rendant la surveillance des municipaux plus difficile,
-la rendait aussi plus inquiète. La chose la plus futile et la plus
-insignifiante, dès qu'elle était relative à un membre de la famille
-prisonnière au Temple, empruntait immédiatement à cette circonstance
-un caractère sérieux. Un pauvre vicaire de Fontenay de Vincennes
-adressait à Madame Élisabeth quelques prétendus vers sans rime ni
-raison, et écrits dans une langue qui n'appartient ni à la prose ni à
-la poésie. Ce fatras, portant l'adresse de <em>Madame Élisabeth au
-Temple</em>, fut remis au conseil général de la Commune<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a><a href="#footnote29" title="Go to footnote 29"><span class="smaller">[29]</span></a>, qui le
-transmit <span class="pagenum"><a id="page52" name="page52"></a>(p. 52)</span> à la commission des vingt-quatre. (Voir aux pièces
+naturellement les jours suivants. Il ne fut plus question de l'arrêté
+du 29 septembre; la famille royale se réunit chaque jour aux heures
+des repas ainsi qu'à la promenade, et Cléry la servit comme par le
+passé.</p>
+
+<p>La Reine et Madame Élisabeth témoignèrent, après le dîner, le désir de
+visiter l'appartement qu'on leur préparait au-dessus de celui du Roi.
+Les commissaires les y conduisirent. Elles prièrent les ouvriers de se
+hâter, mais la besogne dura encore trois semaines. Pendant ce
+temps-là, Cléry partagea son temps entre tous les prisonniers, faisant
+leurs chambres, réglant leurs dépenses et cherchant le moyen de
+conserver quelques rapports entre eux. On comprend que ce séjour de la
+famille royale dans deux tours séparées et sans communication
+intérieure, en rendant la surveillance des municipaux plus difficile,
+la rendait aussi plus inquiète. La chose la plus futile et la plus
+insignifiante, dès qu'elle était relative à un membre de la famille
+prisonnière au Temple, empruntait immédiatement à cette circonstance
+un caractère sérieux. Un pauvre vicaire de Fontenay de Vincennes
+adressait à Madame Élisabeth quelques prétendus vers sans rime ni
+raison, et écrits dans une langue qui n'appartient ni à la prose ni à
+la poésie. Ce fatras, portant l'adresse de <em>Madame Élisabeth au
+Temple</em>, fut remis au conseil général de la Commune<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a><a href="#footnote29" title="Go to footnote 29"><span class="smaller">[29]</span></a>, qui le
+transmit <span class="pagenum"><a id="page52" name="page52"></a>(p. 52)</span> à la commission des vingt-quatre. (Voir aux pièces
justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc2">II</a>.)</p>
-<p>On tenait éloignés du Temple les journaux qui racontaient les
+<p>On tenait éloignés du Temple les journaux qui racontaient les
sanglants malheurs de la France, les pamphlets qui pervertissaient la
-conscience publique; mais l'injure, la menace, la calomnie adressées
+conscience publique; mais l'injure, la menace, la calomnie adressées
directement aux Capets servaient souvent de passe-port aux gazettes
-dans ce lazaret politique et moral où la famille royale prolongeait
+dans ce lazaret politique et moral où la famille royale prolongeait
sans fin sa douloureuse quarantaine, et dans lequel on ne laissait
-pénétrer que ce qui pouvait ajouter aux tortures du présent les
-appréhensions d'un plus sinistre avenir. Ces misérables feuilles, dont
-le cynisme et le dévergondage étaient sans bornes, on les plaçait à
-dessein sur une commode ou sur une cheminée dans les appartements. Ni
-l'âge ni la vertu n'étaient épargnés. Une brochure prouvait qu'il
-fallait étouffer <em>les deux petits louveteaux</em>, c'est ainsi qu'elle
-appelait les enfants du Roi; une autre versait l'outrage à pleins
-flots sur Madame Élisabeth, cherchant à détruire l'admiration
-qu'inspiraient au public son caractère angélique et son dévouement
+pénétrer que ce qui pouvait ajouter aux tortures du présent les
+appréhensions d'un plus sinistre avenir. Ces misérables feuilles, dont
+le cynisme et le dévergondage étaient sans bornes, on les plaçait à
+dessein sur une commode ou sur une cheminée dans les appartements. Ni
+l'âge ni la vertu n'étaient épargnés. Une brochure prouvait qu'il
+fallait étouffer <em>les deux petits louveteaux</em>, c'est ainsi qu'elle
+appelait les enfants du Roi; une autre versait l'outrage à pleins
+flots sur Madame Élisabeth, cherchant à détruire l'admiration
+qu'inspiraient au public son caractère angélique et son dévouement
fraternel.</p>
-<p>Un petit conflit d'attributions élevé entre Cléry et Tison, leurs
-prétentions jalouses aussi bien que l'habitude que prenait
-individuellement chaque détenu de s'adresser pour un service
-quelconque au commissaire qu'il croyait le mieux disposé en sa faveur,
-firent prendre par le conseil du Temple un arrêté pour réglementer la
-manière dont la famille royale présenterait à l'avenir ses demandes au
-conseil. Le municipal James, qui protégeait Tison, lui dit en lui
-annonçant le résultat de la délibération du conseil: «Sois content, le
-ministère est formé; tu as le département des femmes.»</p>
-
-<p>La séparation complète de la famille royale était pressentie dans cet
-arrêté. Le vendredi 26 octobre, la Reine, ses enfants et Madame
-Élisabeth furent installés dans la <span class="pagenum"><a id="page53" name="page53"></a>(p. 53)</span> grosse tour. Ce moment tant
-souhaité par les prisonniers, et qui semblait leur promettre quelques
-consolations, fut marqué, de la part des municipaux, par un trait
-d'hostilité contre la Reine. Le conseil du Temple, composé de Roché,
-Jérosme, Cochois et Massé, et sur la motion d'un d'entre eux, ennemi
-personnel de Marie-Antoinette, prit un arrêté qui, sous la forme d'une
+<p>Un petit conflit d'attributions élevé entre Cléry et Tison, leurs
+prétentions jalouses aussi bien que l'habitude que prenait
+individuellement chaque détenu de s'adresser pour un service
+quelconque au commissaire qu'il croyait le mieux disposé en sa faveur,
+firent prendre par le conseil du Temple un arrêté pour réglementer la
+manière dont la famille royale présenterait à l'avenir ses demandes au
+conseil. Le municipal James, qui protégeait Tison, lui dit en lui
+annonçant le résultat de la délibération du conseil: «Sois content, le
+ministère est formé; tu as le département des femmes.»</p>
+
+<p>La séparation complète de la famille royale était pressentie dans cet
+arrêté. Le vendredi 26 octobre, la Reine, ses enfants et Madame
+Élisabeth furent installés dans la <span class="pagenum"><a id="page53" name="page53"></a>(p. 53)</span> grosse tour. Ce moment tant
+souhaité par les prisonniers, et qui semblait leur promettre quelques
+consolations, fut marqué, de la part des municipaux, par un trait
+d'hostilité contre la Reine. Le conseil du Temple, composé de Roché,
+Jérosme, Cochois et Massé, et sur la motion d'un d'entre eux, ennemi
+personnel de Marie-Antoinette, prit un arrêté qui, sous la forme d'une
mesure de convenance et d'ordre, retirait le jeune Louis-Charles des
-mains de sa mère et le remettait entre celles de son père<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a href="#footnote30" title="Go to footnote 30"><span class="smaller">[30]</span></a>. Sans
-avoir préalablement notifié cette décision à Marie-Antoinette, le soir
-même de son entrée dans son nouvel appartement, on lui enleva son
-fils. La Commune s'était empressée de ratifier cet arrêté<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a href="#footnote31" title="Go to footnote 31"><span class="smaller">[31]</span></a>. Dans
-cette même journée, pendant le dîner <span class="pagenum"><a id="page54" name="page54"></a>(p. 54)</span> de la famille royale, un
+mains de sa mère et le remettait entre celles de son père<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a href="#footnote30" title="Go to footnote 30"><span class="smaller">[30]</span></a>. Sans
+avoir préalablement notifié cette décision à Marie-Antoinette, le soir
+même de son entrée dans son nouvel appartement, on lui enleva son
+fils. La Commune s'était empressée de ratifier cet arrêté<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a href="#footnote31" title="Go to footnote 31"><span class="smaller">[31]</span></a>. Dans
+cette même journée, pendant le dîner <span class="pagenum"><a id="page54" name="page54"></a>(p. 54)</span> de la famille royale, un
greffier et un huissier, tous deux en costume, et suivis de six
-gendarmes, étaient venus chercher Cléry pour le conduire à l'hôtel de
-ville, d'où, après six heures passées au cachot, et un long
-interrogatoire, il fut reconduit, à minuit, au Temple par les quatre
-officiers municipaux désignés pour y prendre le service.</p>
+gendarmes, étaient venus chercher Cléry pour le conduire à l'hôtel de
+ville, d'où, après six heures passées au cachot, et un long
+interrogatoire, il fut reconduit, à minuit, au Temple par les quatre
+officiers municipaux désignés pour y prendre le service.</p>
<p>Avant d'aller plus loin, il convient de mettre sous les yeux du
-lecteur un tableau fidèle du Temple tel qu'il existait au moment où
-les travaux exécutés pour la captivité de la famille royale furent
-terminés. Le plan que nous intercalons à cette page donnera d'abord
-une idée générale et exacte de l'enclos du Temple à cette époque.
-Essayons de faire connaître maintenant la nouvelle demeure que la
-truelle de la révolution venait de restaurer pour Louis XVI et pour sa
+lecteur un tableau fidèle du Temple tel qu'il existait au moment où
+les travaux exécutés pour la captivité de la famille royale furent
+terminés. Le plan que nous intercalons à cette page donnera d'abord
+une idée générale et exacte de l'enclos du Temple à cette époque.
+Essayons de faire connaître maintenant la nouvelle demeure que la
+truelle de la révolution venait de restaurer pour Louis XVI et pour sa
famille dans le vieux donjon des Templiers.</p>
-<p>La grosse tour, dont la hauteur dépassait cent cinquante pieds et dont
-les murs avaient neuf pieds d'épaisseur dans leur moyenne proportion,
-formait quatre étages voûtés et soutenus au milieu par un gros pilier
-depuis le bas jusqu'au quatrième étage. L'intérieur était d'environ
-trente-quatre à trente-six pieds en carré.</p>
-
-<p>Le rez-de-chaussée, qui n'avait subi aucun changement, était resté
-avec ses murailles nues; mais par la sévérité même de son
-architecture, par les arêtes de sa voûte, par le fût lourd et
-l'élégant chapiteau de son pilier, et aussi par les quatre lits à
-colonnes torses adossés aux quatre murs de sa vaste salle, il
+<p>La grosse tour, dont la hauteur dépassait cent cinquante pieds et dont
+les murs avaient neuf pieds d'épaisseur dans leur moyenne proportion,
+formait quatre étages voûtés et soutenus au milieu par un gros pilier
+depuis le bas jusqu'au quatrième étage. L'intérieur était d'environ
+trente-quatre à trente-six pieds en carré.</p>
+
+<p>Le rez-de-chaussée, qui n'avait subi aucun changement, était resté
+avec ses murailles nues; mais par la sévérité même de son
+architecture, par les arêtes de sa voûte, par le fût lourd et
+l'élégant chapiteau de son pilier, et aussi par les quatre lits à
+colonnes torses adossés aux quatre murs de sa vaste salle, il
rappelait les temps et les choses d'autrefois.</p>
-<p>Cette pièce était destinée aux commissaires de la Commune <span class="pagenum"><a id="page55" name="page55"></a>(p. 55)</span> qui
-n'étaient point de service à la porte du Roi et de la Reine. Ils y
+<p>Cette pièce était destinée aux commissaires de la Commune <span class="pagenum"><a id="page55" name="page55"></a>(p. 55)</span> qui
+n'étaient point de service à la porte du Roi et de la Reine. Ils y
prenaient leurs repas, y couchaient, et s'y assemblaient pour
-délibérer. Aussi appela-t-on cette pièce la <em>chambre du conseil</em>. Des
-tourelles placées aux quatre angles, la première contenait l'escalier
-qui allait jusqu'aux créneaux, la seconde servait d'armoire aux
-municipaux, la troisième de bûcher et la quatrième de garde-robe.
-L'entrée de chaque étage était fermée par deux portes, la première en
-bois de chêne garni de clous, la seconde en fer.</p>
-
-<p>Le premier étage, demeuré aussi dans son intégrité première, était la
-répétition du rez-de-chaussée, moins ses lits à colonnes. Il servait
-de corps de garde, et était, après celui du palais du Temple, le poste
+délibérer. Aussi appela-t-on cette pièce la <em>chambre du conseil</em>. Des
+tourelles placées aux quatre angles, la première contenait l'escalier
+qui allait jusqu'aux créneaux, la seconde servait d'armoire aux
+municipaux, la troisième de bûcher et la quatrième de garde-robe.
+L'entrée de chaque étage était fermée par deux portes, la première en
+bois de chêne garni de clous, la seconde en fer.</p>
+
+<p>Le premier étage, demeuré aussi dans son intégrité première, était la
+répétition du rez-de-chaussée, moins ses lits à colonnes. Il servait
+de corps de garde, et était, après celui du palais du Temple, le poste
le plus important de l'enclos. Aux deux parois les plus larges de la
-muraille, on avait établi des planches légèrement inclinées formant
+muraille, on avait établi des planches légèrement inclinées formant
avec quelques matelas un lit de repos pour la garde. Au milieu de la
salle, autour du pilier, les armes se groupaient en faisceau.</p>
-<p>Le second étage, qui ne formait primitivement, comme les autres
-étages, qu'une seule pièce, avait été divisé en quatre chambres par
-des cloisons en planches, avec de faux plafonds de toile. La première
-pièce était une antichambre qui, par trois portes différentes,
-communiquait aux trois autres pièces. En face de la porte d'entrée
-était la chambre du Roi; on y plaça un lit pour son fils. De
-l'antichambre on entrait également dans la salle à manger, qui en
-était séparée par une seule cloison à vitrage. La chambre de Louis XVI
-avait une cheminée; un grand poêle ouvrant dans l'antichambre, mais
-placé au centre du carré de la tour, c'est-à-dire à la place même où
-se trouve le pilier aux étages inférieurs, chauffait les autres
-chambres. Une croisée éclairait chaque pièce, mais les barreaux de fer
-et les abat-jour, scellés et posés en dehors, empêchaient l'air de
-circuler. Les cloisons de l'appartement étaient recouvertes <span class="pagenum"><a id="page56" name="page56"></a>(p. 56)</span>
-d'un papier peint. Celui de l'antichambre représentait des pierres de
-taille superposées comme on les figure au théâtre pour simuler
-l'intérieur d'une prison. A gauche en entrant, on avait placardé au
-milieu du mur la Déclaration des droits de l'homme, écrite en
-très-gros caractères et encadrée dans une large bordure tricolore. Le
-papier de la chambre du Roi était jaune glacé, semé de fleurs
-blanches. En entrant, on voyait la cheminée en face, la fenêtre à main
-droite, ainsi que la tourelle; à main gauche, le lit de Louis XVI, et
-à ses pieds le petit lit de son fils. Sur la console de la cheminée
-était posée une pendule portant gravés sur son cadran de porcelaine
-ces mots: <em>Lepaute, horloger du Roi</em>; mais dès l'installation de Louis
-(le 29 septembre) dans la grosse tour, les représentants de la Commune
-avaient collé un pain à cacheter sur le mot <em>Roi</em>. Les plaques de
-fonte de la cheminée portaient ces mots: <em>Liberté</em>, <em>égalité</em>,
-<em>propriété</em>, <em>sûreté</em>. La tourelle servait à Louis XVI de cabinet de
-lecture et d'oratoire. Ses murs enduits de plâtre étaient revêtus
-d'une peinture gris de lin. On y avait placé un tout petit poêle. Près
-du lit du jeune prince s'ouvrait une porte sur un couloir conduisant à
-gauche dans la chambre de Cléry, et plus loin, en inclinant à droite,
-à la garde-robe placée dans une seconde tourelle. Le lit de Cléry,
-parallèle à celui de son maître, n'en était séparé que par l'épaisseur
-de la cloison. La troisième tourelle, donnant dans la salle à manger,
-servait de bûcher.</p>
+<p>Le second étage, qui ne formait primitivement, comme les autres
+étages, qu'une seule pièce, avait été divisé en quatre chambres par
+des cloisons en planches, avec de faux plafonds de toile. La première
+pièce était une antichambre qui, par trois portes différentes,
+communiquait aux trois autres pièces. En face de la porte d'entrée
+était la chambre du Roi; on y plaça un lit pour son fils. De
+l'antichambre on entrait également dans la salle à manger, qui en
+était séparée par une seule cloison à vitrage. La chambre de Louis XVI
+avait une cheminée; un grand poêle ouvrant dans l'antichambre, mais
+placé au centre du carré de la tour, c'est-à-dire à la place même où
+se trouve le pilier aux étages inférieurs, chauffait les autres
+chambres. Une croisée éclairait chaque pièce, mais les barreaux de fer
+et les abat-jour, scellés et posés en dehors, empêchaient l'air de
+circuler. Les cloisons de l'appartement étaient recouvertes <span class="pagenum"><a id="page56" name="page56"></a>(p. 56)</span>
+d'un papier peint. Celui de l'antichambre représentait des pierres de
+taille superposées comme on les figure au théâtre pour simuler
+l'intérieur d'une prison. A gauche en entrant, on avait placardé au
+milieu du mur la Déclaration des droits de l'homme, écrite en
+très-gros caractères et encadrée dans une large bordure tricolore. Le
+papier de la chambre du Roi était jaune glacé, semé de fleurs
+blanches. En entrant, on voyait la cheminée en face, la fenêtre à main
+droite, ainsi que la tourelle; à main gauche, le lit de Louis XVI, et
+à ses pieds le petit lit de son fils. Sur la console de la cheminée
+était posée une pendule portant gravés sur son cadran de porcelaine
+ces mots: <em>Lepaute, horloger du Roi</em>; mais dès l'installation de Louis
+(le 29 septembre) dans la grosse tour, les représentants de la Commune
+avaient collé un pain à cacheter sur le mot <em>Roi</em>. Les plaques de
+fonte de la cheminée portaient ces mots: <em>Liberté</em>, <em>égalité</em>,
+<em>propriété</em>, <em>sûreté</em>. La tourelle servait à Louis XVI de cabinet de
+lecture et d'oratoire. Ses murs enduits de plâtre étaient revêtus
+d'une peinture gris de lin. On y avait placé un tout petit poêle. Près
+du lit du jeune prince s'ouvrait une porte sur un couloir conduisant à
+gauche dans la chambre de Cléry, et plus loin, en inclinant à droite,
+à la garde-robe placée dans une seconde tourelle. Le lit de Cléry,
+parallèle à celui de son maître, n'en était séparé que par l'épaisseur
+de la cloison. La troisième tourelle, donnant dans la salle à manger,
+servait de bûcher.</p>
<a id="img004" name="img004"></a>
<div class="figcenter">
<img src="images/img004.jpg" width="400" height="306" alt="" title="">
-<p class="smcap">TROISIÈME ÉTAGE.</p>
+<p class="smcap">TROISIÈME ÉTAGE.</p>
-<table class="auto smaller" border="0" cellpadding="2" summary="Troisième étage.">
+<table class="auto smaller" border="0" cellpadding="2" summary="Troisième étage.">
<tr>
<td>A.</td>
<td colspan="2">Escalier.</td>
@@ -1853,7 +1808,7 @@ servait de bûcher.</p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1.</td>
-<td>Porte de chêne.</td>
+<td>Porte de chêne.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
@@ -1879,32 +1834,32 @@ servait de bûcher.</p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">3.</td>
-<td>Lit de la Reine, à colonnes en damas vert avec ses housses,
- un sommier et deux matelas, un traversin, une couverture piqûre
+<td>Lit de la Reine, à colonnes en damas vert avec ses housses,
+ un sommier et deux matelas, un traversin, une couverture piqûre
de Marseille.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">4.</td>
-<td>Lit de Madame Royale, couchette à deux dossiers, une paillasse,
+<td>Lit de Madame Royale, couchette à deux dossiers, une paillasse,
un sommier, trois matelas, un traversin et deux couvertures
en coton.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">5.</td>
-<td>Commode en bois d'acajou, à dessus de marbre, surmontée d'un
+<td>Commode en bois d'acajou, à dessus de marbre, surmontée d'un
miroir de toilette.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6.</td>
-<td>Canapé garni de son carreau et de ses deux oreillers.</td>
+<td>Canapé garni de son carreau et de ses deux oreillers.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">7.</td>
-<td>Cheminée, ornée de la pendule que nous avons indiquée, et
+<td>Cheminée, ornée de la pendule que nous avons indiquée, et
d'une glace de 45 pouces sur 36.</td>
</tr>
<tr>
@@ -1922,19 +1877,19 @@ servait de bûcher.</p>
</tr>
<tr>
<td>E.</td>
-<td colspan="2">Chambre de Madame Élisabeth.</td>
+<td colspan="2">Chambre de Madame Élisabeth.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">9.</td>
-<td>Lit en fer, garni de sa housse de toile de Jouy doublée de
+<td>Lit en fer, garni de sa housse de toile de Jouy doublée de
taffetas vert, un sommier, deux matelas, un lit de plume,
- un traversin et une couverture piqûre de Marseille.</td>
+ un traversin et une couverture piqûre de Marseille.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10.</td>
-<td>Commode en placage, à dessus de marbre.</td>
+<td>Commode en placage, à dessus de marbre.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
@@ -1944,7 +1899,7 @@ servait de bûcher.</p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12.</td>
-<td>Cheminée avec une glace de 45 pouces sur 32.</td>
+<td>Cheminée avec une glace de 45 pouces sur 32.</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
@@ -1952,7 +1907,7 @@ servait de bûcher.</p>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
-<td>Flambeaux argentés.</td>
+<td>Flambeaux argentés.</td>
</tr>
<tr>
<td>F.</td>
@@ -1964,3642 +1919,3642 @@ servait de bûcher.</p>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
-<td>Un lit, une commode en placage, à dessus de marbre. Un miroir
- de toilette; une pendule de Lepaute posée sur la commode,
- plusieurs chaises dont deux de canne. Flambeaux argentés.</td>
+<td>Un lit, une commode en placage, à dessus de marbre. Un miroir
+ de toilette; une pendule de Lepaute posée sur la commode,
+ plusieurs chaises dont deux de canne. Flambeaux argentés.</td>
</tr>
<tr>
<td>H.</td>
-<td colspan="2">Cabinet où fut enfermé Tison en septembre 1793.</td>
+<td colspan="2">Cabinet où fut enfermé Tison en septembre 1793.</td>
</tr>
</table>
</div>
-<p>Le troisième étage, contenant le logement de Marie-Antoinette et celui
-de Madame Élisabeth, était la répétition du second moins le couloir.
-La chambre de la Reine était au-dessus de celle du Roi, et son lit
-placé au même endroit que le lit du Roi. Celui de Marie-Thérèse était
-entre la cheminée et la porte du couloir supprimé. Le papier de la
+<p>Le troisième étage, contenant le logement de Marie-Antoinette et celui
+de Madame Élisabeth, était la répétition du second moins le couloir.
+La chambre de la Reine était au-dessus de celle du Roi, et son lit
+placé au même endroit que le lit du Roi. Celui de Marie-Thérèse était
+entre la cheminée et la porte du couloir supprimé. Le papier de la
chambre, aussi bien que celui de la tourelle qui servait de cabinet
-de toilette, était entremêlé de zones vertes et <span class="pagenum"><a id="page57" name="page57"></a>(p. 57)</span> bleues d'une
-nuance extrêmement tendre. La cheminée était ornée d'une pendule
-représentant la Fortune et sa <span class="pagenum"><a id="page58" name="page58"></a>(p. 58)</span> roue,&mdash;singulière ironie en
-présence de la grandeur renversée! La chambre de Madame Élisabeth et
-celle de Tison étaient tapissées d'un même papier jaune très-commun.
-Leur ameublement était à peu près le même aussi: un lit de fer, une
-table en bois de noyer, une commode en placage, tels étaient les
-principaux meubles de Madame Élisabeth. Le plan descriptif de cet
-étage achèvera de le faire bien connaître.</p>
-
-<p>Les détails d'ameublement que nous donnons à la suite de ce plan sont
-parfaitement authentiques: ils ont été puisés dans deux inventaires,
-l'un fait à la date du 25 octobre 1792, lors de l'entrée de la famille
+de toilette, était entremêlé de zones vertes et <span class="pagenum"><a id="page57" name="page57"></a>(p. 57)</span> bleues d'une
+nuance extrêmement tendre. La cheminée était ornée d'une pendule
+représentant la Fortune et sa <span class="pagenum"><a id="page58" name="page58"></a>(p. 58)</span> roue,&mdash;singulière ironie en
+présence de la grandeur renversée! La chambre de Madame Élisabeth et
+celle de Tison étaient tapissées d'un même papier jaune très-commun.
+Leur ameublement était à peu près le même aussi: un lit de fer, une
+table en bois de noyer, une commode en placage, tels étaient les
+principaux meubles de Madame Élisabeth. Le plan descriptif de cet
+étage achèvera de le faire bien connaître.</p>
+
+<p>Les détails d'ameublement que nous donnons à la suite de ce plan sont
+parfaitement authentiques: ils ont été puisés dans deux inventaires,
+l'un fait à la date du 25 octobre 1792, lors de l'entrée de la famille
royale dans la grosse tour, et l'autre le 19 janvier 1793<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href="#footnote32" title="Go to footnote 32"><span class="smaller">[32]</span></a>.</p>
-<p>Le quatrième étage, ne devant pas être habité, était resté dans sa
-simplicité première. Sa voûte élevée, l'absence du pilier central, le
-faisaient paraître plus grandiose que les autres étages. Quelques
-vieux meubles de rebut et quantité de planches étaient relégués dans
-les bas-côtés de cette vaste salle. Entre les créneaux et le toit de
-la grande tour régnait une galerie servant quelquefois de promenade.
-Les entre-deux des créneaux furent garnis de planches, jalousies sans
-treillis enlevant au promeneur toute possibilité de voir ou d'être
+<p>Le quatrième étage, ne devant pas être habité, était resté dans sa
+simplicité première. Sa voûte élevée, l'absence du pilier central, le
+faisaient paraître plus grandiose que les autres étages. Quelques
+vieux meubles de rebut et quantité de planches étaient relégués dans
+les bas-côtés de cette vaste salle. Entre les créneaux et le toit de
+la grande tour régnait une galerie servant quelquefois de promenade.
+Les entre-deux des créneaux furent garnis de planches, jalousies sans
+treillis enlevant au promeneur toute possibilité de voir ou d'être
vu<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a href="#footnote33" title="Go to footnote 33"><span class="smaller">[33]</span></a>.</p>
<p>Les habitudes de la famille ne subirent point de changements par suite
-de sa réunion dans la grosse tour. Louis XVI, en présence d'événements
+de sa réunion dans la grosse tour. Louis XVI, en présence d'événements
qui ne lassaient ni sa patience ni son courage, cherchait le plus
-souvent ses distractions dans la lecture; plus émue que lui,
+souvent ses distractions dans la lecture; plus émue que lui,
Marie-Antoinette s'occupait de ses enfants, demandait en vain au
travail manuel un apaisement aux troubles de son esprit, et faisait
-matin et soir de courtes prières. Quant à Madame Élisabeth, elle
-<span class="pagenum"><a id="page59" name="page59"></a>(p. 59)</span> ne s'inquiétait plus de la méchanceté des hommes. Quelquefois,
-dans la journée, au milieu des jurements et des blasphèmes, elle
-s'isolait dans sa chambre, s'agenouillait près de son lit avec une
-ferveur angélique, ou, assise sur une chaise, se recueillait dans ses
-méditations avec un calme inaltérable. Souvent, après le dîner, quand
+matin et soir de courtes prières. Quant à Madame Élisabeth, elle
+<span class="pagenum"><a id="page59" name="page59"></a>(p. 59)</span> ne s'inquiétait plus de la méchanceté des hommes. Quelquefois,
+dans la journée, au milieu des jurements et des blasphèmes, elle
+s'isolait dans sa chambre, s'agenouillait près de son lit avec une
+ferveur angélique, ou, assise sur une chaise, se recueillait dans ses
+méditations avec un calme inaltérable. Souvent, après le dîner, quand
la promenade au jardin n'avait pas lieu, les enfants jouaient dans
-l'antichambre au siam ou au volant; Madame Élisabeth assistait à leurs
-jeux, assise près d'une table et un livre à la main. Cléry restait
-habituellement dans cette pièce, et, se conformant aux ordres de cette
-princesse, il s'asseyait aussi, et prenait un livre pour paraître
-occupé de son côté. Il était facile de voir que la division de la
-famille, ainsi parquée en deux chambres, contrariait et inquiétait
-parfois les commissaires chargés de ne laisser jamais le Roi et la
-Reine seuls, et ne voulant point se séparer eux-mêmes, tant ils se
-méfiaient l'un de l'autre, espions tout ensemble et espionnés. Madame
-Élisabeth profitait de ce moment pour entrer en communication avec
-Cléry: celui-ci prêtait l'oreille, et, pour ne pas être surpris par
-les municipaux, répondait sans détourner les yeux de sa lecture.
-Marie-Thérèse et son frère, d'accord avec leur tante, facilitaient cet
-entretien par leurs jeux bruyants ou par quelques signes annonçant
-l'entrée des commissaires. Les captifs n'avaient pas moins à se défier
-de Tison, dont les municipaux, plus d'une fois dénoncés par lui,
-avaient aussi à redouter la surveillance.</p>
+l'antichambre au siam ou au volant; Madame Élisabeth assistait à leurs
+jeux, assise près d'une table et un livre à la main. Cléry restait
+habituellement dans cette pièce, et, se conformant aux ordres de cette
+princesse, il s'asseyait aussi, et prenait un livre pour paraître
+occupé de son côté. Il était facile de voir que la division de la
+famille, ainsi parquée en deux chambres, contrariait et inquiétait
+parfois les commissaires chargés de ne laisser jamais le Roi et la
+Reine seuls, et ne voulant point se séparer eux-mêmes, tant ils se
+méfiaient l'un de l'autre, espions tout ensemble et espionnés. Madame
+Élisabeth profitait de ce moment pour entrer en communication avec
+Cléry: celui-ci prêtait l'oreille, et, pour ne pas être surpris par
+les municipaux, répondait sans détourner les yeux de sa lecture.
+Marie-Thérèse et son frère, d'accord avec leur tante, facilitaient cet
+entretien par leurs jeux bruyants ou par quelques signes annonçant
+l'entrée des commissaires. Les captifs n'avaient pas moins à se défier
+de Tison, dont les municipaux, plus d'une fois dénoncés par lui,
+avaient aussi à redouter la surveillance.</p>
<p>Du reste, une recrudescence se manifestait dans les rigueurs
-ombrageuses du plus grand nombre des représentants de la Commune, et
+ombrageuses du plus grand nombre des représentants de la Commune, et
se traduisait par des actes souvent ridicules. A la fin des repas,
-Madame Élisabeth remettait à Cléry un petit couteau à lame d'or pour
-qu'il le nettoyât; un municipal, plus d'une fois, le lui arracha des
-mains, afin d'examiner si quelque papier n'était pas caché <span class="pagenum"><a id="page60" name="page60"></a>(p. 60)</span> au
-fond de la gaîne. Madame Élisabeth avait chargé Cléry de renvoyer un
-livre de piété à la duchesse de Sérent; les municipaux s'emparèrent de
-ce livre, et en coupèrent toutes les marges, de peur qu'on n'y eût
-écrit quelque avis avec de l'encre sympathique. Le linge remis à la
-blanchisseuse était minutieusement inspecté à la sortie; au retour, il
-était déployé pièce par pièce et examiné au grand jour. Le livre de la
-blanchisseuse, tout autre papier servant d'enveloppe, étaient
-présentés au feu, afin de s'assurer s'il n'y avait aucune écriture
-secrète. C'étaient là les moindres avanies de la captivité.</p>
-
-<p>On se ferait difficilement une idée des précautions que le conseil de
+Madame Élisabeth remettait à Cléry un petit couteau à lame d'or pour
+qu'il le nettoyât; un municipal, plus d'une fois, le lui arracha des
+mains, afin d'examiner si quelque papier n'était pas caché <span class="pagenum"><a id="page60" name="page60"></a>(p. 60)</span> au
+fond de la gaîne. Madame Élisabeth avait chargé Cléry de renvoyer un
+livre de piété à la duchesse de Sérent; les municipaux s'emparèrent de
+ce livre, et en coupèrent toutes les marges, de peur qu'on n'y eût
+écrit quelque avis avec de l'encre sympathique. Le linge remis à la
+blanchisseuse était minutieusement inspecté à la sortie; au retour, il
+était déployé pièce par pièce et examiné au grand jour. Le livre de la
+blanchisseuse, tout autre papier servant d'enveloppe, étaient
+présentés au feu, afin de s'assurer s'il n'y avait aucune écriture
+secrète. C'étaient là les moindres avanies de la captivité.</p>
+
+<p>On se ferait difficilement une idée des précautions que le conseil de
la Commune prenait pour que rien de ce qui se passait au Temple
-n'échappât à sa surveillance. Le docteur Leclerc avait porté à la
+n'échappât à sa surveillance. Le docteur Leclerc avait porté à la
Reine, pour sa fille, un paquet de drogues et une ordonnance de
-médecine. Le conseil général s'alarma de cette démarche, et dans sa
-séance du 27 octobre, réclama le paquet remis à Marie-Antoinette, et
-manda à sa barre M. Leclerc. «La femme de Louis Capet, dit celui-ci,
-me parla de la nécessité de faire des remèdes pour sa fille qui a une
-dartre sur la joue, et me demanda quels étoient ceux qu'elle devoit
+médecine. Le conseil général s'alarma de cette démarche, et dans sa
+séance du 27 octobre, réclama le paquet remis à Marie-Antoinette, et
+manda à sa barre M. Leclerc. «La femme de Louis Capet, dit celui-ci,
+me parla de la nécessité de faire des remèdes pour sa fille qui a une
+dartre sur la joue, et me demanda quels étoient ceux qu'elle devoit
employer: il faut respecter les malheureux, et la fille ne doit pas
-être punie des fautes du père; d'ailleurs elle a une jolie figure, et
-il seroit dommage que cette dartre lui restât, car c'est un
+être punie des fautes du père; d'ailleurs elle a une jolie figure, et
+il seroit dommage que cette dartre lui restât, car c'est un
chef-d'&oelig;uvre de la nature. (Ici l'orateur fut interrompu par le
-président, qui ajouta: <em>La peau du serpent est aussi un
-chef-d'&oelig;uvre de la nature</em>; le conseil vous invite à <em>continuer
-sans digression</em>.) Je lui ai ordonné, dit alors M. Leclerc, de la
-squine et de la salsepareille, drogues très-simples qui ne peuvent
-être falsifiées: j'ai envoyé ce remède avec l'autorisation des
-commissaires, et l'ordonnance a été signée par eux.»</p>
-
-<p>Le conseil général prit l'arrêté suivant: «Le conseil <span class="pagenum"><a id="page61" name="page61"></a>(p. 61)</span>
-général, prévoyant les conséquences dangereuses qui peuvent résulter
-de pareils procédés, déclare qu'il improuve la conduite du commissaire
-Leclerc; et, pour prévenir de pareils abus qui pourroient compromettre
-la surveillance et la responsabilité de la Commune, défend à toutes
+président, qui ajouta: <em>La peau du serpent est aussi un
+chef-d'&oelig;uvre de la nature</em>; le conseil vous invite à <em>continuer
+sans digression</em>.) Je lui ai ordonné, dit alors M. Leclerc, de la
+squine et de la salsepareille, drogues très-simples qui ne peuvent
+être falsifiées: j'ai envoyé ce remède avec l'autorisation des
+commissaires, et l'ordonnance a été signée par eux.»</p>
+
+<p>Le conseil général prit l'arrêté suivant: «Le conseil <span class="pagenum"><a id="page61" name="page61"></a>(p. 61)</span>
+général, prévoyant les conséquences dangereuses qui peuvent résulter
+de pareils procédés, déclare qu'il improuve la conduite du commissaire
+Leclerc; et, pour prévenir de pareils abus qui pourroient compromettre
+la surveillance et la responsabilité de la Commune, défend à toutes
les personnes qui se trouvent au Temple, pour quelque fonction que ce
-soit, médecins, chirurgiens, pharmaciens, etc., de donner aucun avis
-ni remède de quelque nature qu'il soit, à aucun individu de la famille
-ci-devant royale, sous quelque prétexte que ce puisse être; et dans le
-cas où un membre de la famille royale auroit besoin de secours, le
-conseil déclare qu'il y sera pourvu par les maîtres de l'art reconnus
+soit, médecins, chirurgiens, pharmaciens, etc., de donner aucun avis
+ni remède de quelque nature qu'il soit, à aucun individu de la famille
+ci-devant royale, sous quelque prétexte que ce puisse être; et dans le
+cas où un membre de la famille royale auroit besoin de secours, le
+conseil déclare qu'il y sera pourvu par les maîtres de l'art reconnus
par le conseil de la Commune; improuve ledit Leclerc, et le renvoie
-avec ses drogues, son ordonnance et le présent arrêté, au conseil
-général de la Commune.»</p>
-
-<p>Le plus grand tourment de Madame Élisabeth après le chagrin que lui
-causait la situation du Roi et de la Reine, c'était la désolation de
-ses amies, c'était le silence qu'elle était condamnée à garder
-vis-à-vis d'elles pour ne pas les compromettre, c'était l'inquiétude
-où elle était sur leur sort. Si elle reçoit de l'une d'elles une
+avec ses drogues, son ordonnance et le présent arrêté, au conseil
+général de la Commune.»</p>
+
+<p>Le plus grand tourment de Madame Élisabeth après le chagrin que lui
+causait la situation du Roi et de la Reine, c'était la désolation de
+ses amies, c'était le silence qu'elle était condamnée à garder
+vis-à-vis d'elles pour ne pas les compromettre, c'était l'inquiétude
+où elle était sur leur sort. Si elle reçoit de l'une d'elles une
preuve de souvenir ou d'attachement, elle, elle craint que ce gage
-d'un bon sentiment ne soit imputé à crime. Aussi croit-elle de son
+d'un bon sentiment ne soit imputé à crime. Aussi croit-elle de son
devoir de les prier de renoncer, au moins pour un temps, aux
-dangereuses tentatives que leur inspire leur ingénieuse sollicitude
-pour nouer des rapports avec elle. La duchesse de Sérent a le courage
-de désobéir, et ne cesse de lui faire parvenir des témoignages de sa
-constante attention: un de ses messages est surpris. Interrogée par le
-comité révolutionnaire de sa section, madame de Sérent ose répondre
-qu'elle a l'honneur d'être dame de Madame Élisabeth de France, et
-qu'elle ne fait que remplir un devoir sacré en veillant à ce qui peut
-lui être nécessaire.</p>
-
-<p>De longs mois s'écoulèrent sans qu'Élisabeth reçût d'au-delà <span class="pagenum"><a id="page62" name="page62"></a>(p. 62)</span>
-des frontières des nouvelles de sa famille. Son frère, le comte
-d'Artois, assidu à lui écrire régulièrement, se taisait lui-même. Une
+dangereuses tentatives que leur inspire leur ingénieuse sollicitude
+pour nouer des rapports avec elle. La duchesse de Sérent a le courage
+de désobéir, et ne cesse de lui faire parvenir des témoignages de sa
+constante attention: un de ses messages est surpris. Interrogée par le
+comité révolutionnaire de sa section, madame de Sérent ose répondre
+qu'elle a l'honneur d'être dame de Madame Élisabeth de France, et
+qu'elle ne fait que remplir un devoir sacré en veillant à ce qui peut
+lui être nécessaire.</p>
+
+<p>De longs mois s'écoulèrent sans qu'Élisabeth reçût d'au-delà <span class="pagenum"><a id="page62" name="page62"></a>(p. 62)</span>
+des frontières des nouvelles de sa famille. Son frère, le comte
+d'Artois, assidu à lui écrire régulièrement, se taisait lui-même. Une
lettre cependant, une seule lettre lui arriva sous les verrous du
-Temple: cette lettre était écrite par sa tante Adélaïde; elle était
-datée de Rome, et relative aux événements de juin. Ce fut Manuel qui
-la remit lui-même à la princesse. Cet acte de bienveillance ne devait
-pas se renouveler. L'ère des perquisitions commença: une surveillance
-minutieuse et tracassière, une inquisition de tous les instants
+Temple: cette lettre était écrite par sa tante Adélaïde; elle était
+datée de Rome, et relative aux événements de juin. Ce fut Manuel qui
+la remit lui-même à la princesse. Cet acte de bienveillance ne devait
+pas se renouveler. L'ère des perquisitions commença: une surveillance
+minutieuse et tracassière, une inquisition de tous les instants
rendirent toute correspondance impossible. Les portes de la France
-demeurèrent fermées aussi bien que celles de la tour du Temple.</p>
+demeurèrent fermées aussi bien que celles de la tour du Temple.</p>
-<p>Le 14 novembre, la maladie vint ajouter à toutes les épreuves de la
+<p>Le 14 novembre, la maladie vint ajouter à toutes les épreuves de la
famille royale. Louis XVI, le premier, eut une fluxion qui l'incommoda
-extrêmement. La Reine et Madame Élisabeth demandèrent qu'on fît
+extrêmement. La Reine et Madame Élisabeth demandèrent qu'on fît
appeler M. Dubois-Foucou, son dentiste; le conseil du Temple s'y
-opposa. Le conseil général de la Commune arrêta que le conseil du
-Temple lui transmettrait tous les matins le bulletin de la santé des
-prisonniers, et, apprenant que la maladie du Roi s'était aggravée, il
-nomma deux commissaires pour aller «instruire la Convention de la
-santé du ci-devant.» La fièvre étant survenue, le 22, la Commune
-avertie s'alarma, permit à M. Le Monnier, ancien premier médecin du
-Roi, d'entrer à la tour, accompagné de M. Robert, chirurgien, et
-réclama chaque jour un bulletin de la santé du malade. L'émotion de M.
-Le Monnier fut grande en revoyant son ancien maître, ainsi que Madame
-Élisabeth, à laquelle il avait voué la plus profonde affection. Il
+opposa. Le conseil général de la Commune arrêta que le conseil du
+Temple lui transmettrait tous les matins le bulletin de la santé des
+prisonniers, et, apprenant que la maladie du Roi s'était aggravée, il
+nomma deux commissaires pour aller «instruire la Convention de la
+santé du ci-devant.» La fièvre étant survenue, le 22, la Commune
+avertie s'alarma, permit à M. Le Monnier, ancien premier médecin du
+Roi, d'entrer à la tour, accompagné de M. Robert, chirurgien, et
+réclama chaque jour un bulletin de la santé du malade. L'émotion de M.
+Le Monnier fut grande en revoyant son ancien maître, ainsi que Madame
+Élisabeth, à laquelle il avait voué la plus profonde affection. Il
vint au Temple deux fois par jour pendant la semaine que dura la
maladie du Roi. Marie-Antoinette demanda au conseil du Temple qu'il
-lui fût permis de transférer pendant ce temps-là le lit de son fils
+lui fût permis de transférer pendant ce temps-là le lit de son fils
dans sa chambre. Le conseil le lui refusa. L'enfant eut une forte
-coqueluche accompagnée de fièvre; sa <span class="pagenum"><a id="page63" name="page63"></a>(p. 63)</span> mère et Madame Élisabeth
-demandèrent à le veiller: «Vous lui avez refusé la grâce de monter
-auprès de nous, accordez-nous celle de descendre auprès de lui.»
-Prière inutile! La révolution ne se bornait plus à persécuter la
-Reine, elle persécutait la mère. Marie-Antoinette prit elle-même le
-mal qu'elle voulait guérir. La maladie se communiqua aussi à sa fille
-et à Madame Élisabeth, qui eût regretté peut-être d'être exempte du
-fléau qui atteignait tous les siens. Les médecins et les geôliers se
-rencontrèrent chaque jour.</p>
+coqueluche accompagnée de fièvre; sa <span class="pagenum"><a id="page63" name="page63"></a>(p. 63)</span> mère et Madame Élisabeth
+demandèrent à le veiller: «Vous lui avez refusé la grâce de monter
+auprès de nous, accordez-nous celle de descendre auprès de lui.»
+Prière inutile! La révolution ne se bornait plus à persécuter la
+Reine, elle persécutait la mère. Marie-Antoinette prit elle-même le
+mal qu'elle voulait guérir. La maladie se communiqua aussi à sa fille
+et à Madame Élisabeth, qui eût regretté peut-être d'être exempte du
+fléau qui atteignait tous les siens. Les médecins et les geôliers se
+rencontrèrent chaque jour.</p>
<p>En voyant la maladie entrer dans cette prison, il semble que la
-Providence prenait à tâche d'éprouver cette grande et malheureuse
+Providence prenait à tâche d'éprouver cette grande et malheureuse
famille par tous les genres de souffrance.</p>
-<p>Cléry tomba malade à son tour. La fièvre et une forte douleur au côté
-l'obligèrent de garder le lit. Il essaya de se lever pour habiller son
-maître: Louis refusa ses soins, lui ordonna de se coucher, et fit
-lui-même la toilette de son fils. Le petit Prince ayant recouvré la
-santé, se tint pendant une grande partie de la journée dans la chambre
-de Cléry, et de temps en temps lui apportait de la tisane.</p>
-
-<p>Dans la soirée, Louis XVI profita d'un moment où il était moins
-surveillé pour aller voir lui-même son valet de chambre; il le fit
-boire, et il lui dit avec bonté: «Je voudrois vous donner moi-même des
-soins, mais vous savez combien nous sommes observés; prenez courage,
-demain vous verrez mon médecin.»</p>
-
-<p>A l'heure du souper, la famille royale entra chez Cléry, et Madame
-Élisabeth, sans que les commissaires s'en aperçussent, lui remit une
-fiole qui contenait un looch. Cette princesse, qui était extrêmement
-enrhumée, s'en privait pour lui; il voulut refuser, elle insista.
-Après le souper, Marie-Antoinette déshabilla et coucha son fils, et
-Madame Élisabeth roula les cheveux de son frère.</p>
-
-<p>Revenu le lendemain, M. Le Monnier ordonna une saignée à Cléry.
+<p>Cléry tomba malade à son tour. La fièvre et une forte douleur au côté
+l'obligèrent de garder le lit. Il essaya de se lever pour habiller son
+maître: Louis refusa ses soins, lui ordonna de se coucher, et fit
+lui-même la toilette de son fils. Le petit Prince ayant recouvré la
+santé, se tint pendant une grande partie de la journée dans la chambre
+de Cléry, et de temps en temps lui apportait de la tisane.</p>
+
+<p>Dans la soirée, Louis XVI profita d'un moment où il était moins
+surveillé pour aller voir lui-même son valet de chambre; il le fit
+boire, et il lui dit avec bonté: «Je voudrois vous donner moi-même des
+soins, mais vous savez combien nous sommes observés; prenez courage,
+demain vous verrez mon médecin.»</p>
+
+<p>A l'heure du souper, la famille royale entra chez Cléry, et Madame
+Élisabeth, sans que les commissaires s'en aperçussent, lui remit une
+fiole qui contenait un looch. Cette princesse, qui était extrêmement
+enrhumée, s'en privait pour lui; il voulut refuser, elle insista.
+Après le souper, Marie-Antoinette déshabilla et coucha son fils, et
+Madame Élisabeth roula les cheveux de son frère.</p>
+
+<p>Revenu le lendemain, M. Le Monnier ordonna une saignée à Cléry.
Celui-ci resta six jours au lit; chaque jour la <span class="pagenum"><a id="page64" name="page64"></a>(p. 64)</span> famille royale
-allait le visiter: Madame Élisabeth lui apportait des drogues qu'elle
-avait demandées comme pour elle. Le malade reprit une partie de ses
-forces; sa fermeté s'emparant de celle dont il était témoin, il lutta
-avec énergie contre un mal qui l'aurait rendu incapable de rendre les
+allait le visiter: Madame Élisabeth lui apportait des drogues qu'elle
+avait demandées comme pour elle. Le malade reprit une partie de ses
+forces; sa fermeté s'emparant de celle dont il était témoin, il lutta
+avec énergie contre un mal qui l'aurait rendu incapable de rendre les
services qu'il voulait rendre. Le moral a tant d'influence sur le
-physique, qu'on peut croire que cette résolution de guérir à tout prix
-contribua autant que les remèdes à lui rendre la santé.</p>
-
-<p>Un soir, après avoir couché le petit Prince, Cléry se retirait pour
-faire place à la Reine, qui venait, avec les princesses, embrasser son
-fils et lui donner le bonsoir dans son lit. Madame Élisabeth, que la
-surveillance des commissaires avait empêchée de parler à Cléry,
-profita de ce moment pour remettre à l'enfant une petite boîte
-d'ipécacuanha, en lui disant: «Ceci est pour Cléry, je vous prie de le
-lui remettre dès qu'il reviendra.» Les princesses remontèrent dans
-leur chambre, Louis XVI passa dans son cabinet, Cléry alla souper, et
-ne rentra que vers onze heures pour préparer le lit du Roi. Comme il
-était seul dans la chambre (Louis XVI étant encore dans la tourelle),
-le jeune prince l'appela à voix basse. Cléry, étonné qu'il ne dormît
-pas à pareille heure, lui en demanda le motif: »C'est que ma tante m'a
-remis une petite boîte pour vous, lui dit-il, et je n'ai pas voulu
-m'endormir sans vous l'avoir donnée; il étoit temps que vous vinssiez,
-car mes yeux se sont fermés plusieurs fois.»&mdash;«Les miens se remplirent
-de larmes, ajoute Cléry en racontant le trait que nous venons de
-rappeler. Le Dauphin s'en aperçut, m'embrassa, et deux minutes après
-il dormoit profondément.»</p>
-
-<p>Quoique placée sur le second plan dans la hiérarchie de la famille, et
-quoique aimant à s'effacer elle-même, Madame Élisabeth, on le voit,
-était toujours au premier rang dès qu'il s'agissait d'être utile ou
-de consoler. C'était un spectacle <span class="pagenum"><a id="page65" name="page65"></a>(p. 65)</span> touchant que celui de cette
-femme angélique réclamant avidement sa part des tortures de sa
+physique, qu'on peut croire que cette résolution de guérir à tout prix
+contribua autant que les remèdes à lui rendre la santé.</p>
+
+<p>Un soir, après avoir couché le petit Prince, Cléry se retirait pour
+faire place à la Reine, qui venait, avec les princesses, embrasser son
+fils et lui donner le bonsoir dans son lit. Madame Élisabeth, que la
+surveillance des commissaires avait empêchée de parler à Cléry,
+profita de ce moment pour remettre à l'enfant une petite boîte
+d'ipécacuanha, en lui disant: «Ceci est pour Cléry, je vous prie de le
+lui remettre dès qu'il reviendra.» Les princesses remontèrent dans
+leur chambre, Louis XVI passa dans son cabinet, Cléry alla souper, et
+ne rentra que vers onze heures pour préparer le lit du Roi. Comme il
+était seul dans la chambre (Louis XVI étant encore dans la tourelle),
+le jeune prince l'appela à voix basse. Cléry, étonné qu'il ne dormît
+pas à pareille heure, lui en demanda le motif: »C'est que ma tante m'a
+remis une petite boîte pour vous, lui dit-il, et je n'ai pas voulu
+m'endormir sans vous l'avoir donnée; il étoit temps que vous vinssiez,
+car mes yeux se sont fermés plusieurs fois.»&mdash;«Les miens se remplirent
+de larmes, ajoute Cléry en racontant le trait que nous venons de
+rappeler. Le Dauphin s'en aperçut, m'embrassa, et deux minutes après
+il dormoit profondément.»</p>
+
+<p>Quoique placée sur le second plan dans la hiérarchie de la famille, et
+quoique aimant à s'effacer elle-même, Madame Élisabeth, on le voit,
+était toujours au premier rang dès qu'il s'agissait d'être utile ou
+de consoler. C'était un spectacle <span class="pagenum"><a id="page65" name="page65"></a>(p. 65)</span> touchant que celui de cette
+femme angélique réclamant avidement sa part des tortures de sa
famille; puis suspendant le souvenir de ses propres infortunes pour
-s'occuper des infortunes des autres, et renouvelant auprès d'un
-serviteur souffrant la tradition des exemples de son aïeul saint
-Louis, dont les mains royales se plaisaient à servir, dans les malades
-et les infirmes, les membres mêmes de Jésus-Christ.</p>
-
-<p>Une nouvelle municipalité avait, dans la journée du dimanche 2
-décembre, remplacé la Commune du 10 août. Un assez grand nombre des
-anciens membres avaient été réélus. Il n'y avait eu jusqu'à ce jour
-qu'un seul commissaire auprès du Roi et un auprès de la Reine: la
-nouvelle Commune décida qu'il y en aurait deux à l'avenir.
-Conformément à cet arrêté, huit municipaux se trouvèrent dès le 3
-décembre de service au Temple, quatre, comme nous l'avons dit, en
-surveillance près de la famille royale, et les quatre autres se tenant
+s'occuper des infortunes des autres, et renouvelant auprès d'un
+serviteur souffrant la tradition des exemples de son aïeul saint
+Louis, dont les mains royales se plaisaient à servir, dans les malades
+et les infirmes, les membres mêmes de Jésus-Christ.</p>
+
+<p>Une nouvelle municipalité avait, dans la journée du dimanche 2
+décembre, remplacé la Commune du 10 août. Un assez grand nombre des
+anciens membres avaient été réélus. Il n'y avait eu jusqu'à ce jour
+qu'un seul commissaire auprès du Roi et un auprès de la Reine: la
+nouvelle Commune décida qu'il y en aurait deux à l'avenir.
+Conformément à cet arrêté, huit municipaux se trouvèrent dès le 3
+décembre de service au Temple, quatre, comme nous l'avons dit, en
+surveillance près de la famille royale, et les quatre autres se tenant
dans la salle du Conseil. Chaque jour, ils se renouvelaient par
-moitié. On arrivait le soir à neuf heures, on soupait, et l'on tirait
+moitié. On arrivait le soir à neuf heures, on soupait, et l'on tirait
au sort pour savoir qui serait de garde chez le Roi ou chez la Reine.
-On passait tour à tour vingt-quatre heures auprès des détenus,
+On passait tour à tour vingt-quatre heures auprès des détenus,
vingt-quatre heures dans la salle du Conseil. Ceux que leur billet
-avait désignés pour la nuit montaient après le souper, et restaient
-près des prisonniers jusqu'au lendemain onze heures. Après le dîner,
-ils reprenaient leur poste jusqu'à l'arrivée des nouveaux municipaux.
-C'est à cette époque que l'on commença au rez-de-chaussée de la tour
-des dispositions pour y installer quelques jours après le conseil, qui
-se tenait dans une des salles du château du Temple.</p>
-
-<p>Le nombre des commissaires excita entre eux une émulation de zèle
-révolutionnaire qui se traduisit par un redoublement de rigueurs
+avait désignés pour la nuit montaient après le souper, et restaient
+près des prisonniers jusqu'au lendemain onze heures. Après le dîner,
+ils reprenaient leur poste jusqu'à l'arrivée des nouveaux municipaux.
+C'est à cette époque que l'on commença au rez-de-chaussée de la tour
+des dispositions pour y installer quelques jours après le conseil, qui
+se tenait dans une des salles du château du Temple.</p>
+
+<p>Le nombre des commissaires excita entre eux une émulation de zèle
+révolutionnaire qui se traduisit par un redoublement de rigueurs
envers les prisonniers.</p>
-<p>La surveillance devint plus active, la servitude plus étroite;
-<span class="pagenum"><a id="page66" name="page66"></a>(p. 66)</span> on redoubla de dureté envers Cléry, on renouvela à Turgy, à
-Chrétien et à Marchand, qui avaient obtenu un certificat des anciens
-municipaux<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a href="#footnote34" title="Go to footnote 34"><span class="smaller">[34]</span></a>, la défense expresse de lui parler. Il restait peu
-d'espoir aux détenus de pouvoir désormais apprendre aucune nouvelle.
-Frappée d'un fatal pressentiment, Madame Élisabeth épiait avidement
-les regards et les paroles de Cléry; mais Cléry ne savait plus rien,
-et craignait tout. Cependant il ne désespérait pas tout à fait d'être
-informé des événements du dehors par sa femme, qui, sous le prétexte
-d'apporter du linge et d'autres objets nécessaires, avait obtenu la
-permission de venir au Temple une fois par semaine. Elle était
-toujours accompagnée d'une amie qui passait pour une parente. Le jeudi
-6 décembre, madame Cléry arriva avec son honnête et courageuse
-complice. Son mari, prévenu, descendit au conseil. Tandis que, pour
-détourner les soupçons des nouveaux commissaires, elle affectait de
-lui parler à haute voix et de lui donner des détails assez oiseux sur
-ses affaires domestiques: «Mardi prochain, disait tout bas son amie,
-on conduit le Roi à la Convention; le procès va commencer; le Roi
-pourra prendre un conseil; tout cela est certain.»</p>
-
-<p>Le soir, Cléry trouva le moyen, au coucher du Roi, de lui rendre
+<p>La surveillance devint plus active, la servitude plus étroite;
+<span class="pagenum"><a id="page66" name="page66"></a>(p. 66)</span> on redoubla de dureté envers Cléry, on renouvela à Turgy, à
+Chrétien et à Marchand, qui avaient obtenu un certificat des anciens
+municipaux<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a href="#footnote34" title="Go to footnote 34"><span class="smaller">[34]</span></a>, la défense expresse de lui parler. Il restait peu
+d'espoir aux détenus de pouvoir désormais apprendre aucune nouvelle.
+Frappée d'un fatal pressentiment, Madame Élisabeth épiait avidement
+les regards et les paroles de Cléry; mais Cléry ne savait plus rien,
+et craignait tout. Cependant il ne désespérait pas tout à fait d'être
+informé des événements du dehors par sa femme, qui, sous le prétexte
+d'apporter du linge et d'autres objets nécessaires, avait obtenu la
+permission de venir au Temple une fois par semaine. Elle était
+toujours accompagnée d'une amie qui passait pour une parente. Le jeudi
+6 décembre, madame Cléry arriva avec son honnête et courageuse
+complice. Son mari, prévenu, descendit au conseil. Tandis que, pour
+détourner les soupçons des nouveaux commissaires, elle affectait de
+lui parler à haute voix et de lui donner des détails assez oiseux sur
+ses affaires domestiques: «Mardi prochain, disait tout bas son amie,
+on conduit le Roi à la Convention; le procès va commencer; le Roi
+pourra prendre un conseil; tout cela est certain.»</p>
+
+<p>Le soir, Cléry trouva le moyen, au coucher du Roi, de lui rendre
compte de ce qu'il avait appris. Il lui fit pressentir qu'on avait le
-projet de le séparer de sa famille pendant le procès, et ajouta qu'il
+projet de le séparer de sa famille pendant le procès, et ajouta qu'il
ne restait plus que quatre jours pour concerter quelque moyen de
-correspondance entre le second et le troisième étage. Le lendemain,
-après le déjeuner, Louis XVI fit part à la Reine des confidences qu'il
-avait reçues, et la Reine les transmit à Madame Élisabeth. Quelques
-actes semblaient déjà confirmer la triste annonce du procès. Le Roi
+correspondance entre le second et le troisième étage. Le lendemain,
+après le déjeuner, Louis XVI fit part à la Reine des confidences qu'il
+avait reçues, et la Reine les transmit à Madame Élisabeth. Quelques
+actes semblaient déjà confirmer la triste annonce du procès. Le Roi
venait de rentrer avec son fils dans son appartement, lorsqu'un
-municipal, à la tête d'une députation de la Commune, vint lui lire,
-d'une voix qui <span class="pagenum"><a id="page67" name="page67"></a>(p. 67)</span> trahissait son émotion, l'arrêté qui ordonnait
-«d'enlever aux détenus du Temple, ainsi qu'à ceux qui les servent ou
-qui les approchent de près, toute espèce d'instruments tranchants ou
-autres armes offensives et défensives, en général tout ce dont on
-prive les autres prisonniers présumés criminels.» Louis XVI prit
-lui-même dans ses poches un couteau et un petit nécessaire de maroquin
+municipal, à la tête d'une députation de la Commune, vint lui lire,
+d'une voix qui <span class="pagenum"><a id="page67" name="page67"></a>(p. 67)</span> trahissait son émotion, l'arrêté qui ordonnait
+«d'enlever aux détenus du Temple, ainsi qu'à ceux qui les servent ou
+qui les approchent de près, toute espèce d'instruments tranchants ou
+autres armes offensives et défensives, en général tout ce dont on
+prive les autres prisonniers présumés criminels.» Louis XVI prit
+lui-même dans ses poches un couteau et un petit nécessaire de maroquin
rouge dont il tira des ciseaux et un canif, et remit ces objets au
-commissaire. Les envoyés de la Commune firent des recherches dans
-toutes les pièces du second étage; ils confisquèrent les rasoirs, le
-compas à rouler les cheveux, le couteau de toilette, de petits
+commissaire. Les envoyés de la Commune firent des recherches dans
+toutes les pièces du second étage; ils confisquèrent les rasoirs, le
+compas à rouler les cheveux, le couteau de toilette, de petits
instruments pour nettoyer les dents, et d'autres objets d'or et
-d'argent; puis ils montèrent au troisième, où ils notifièrent le même
-arrêté. «Si ce n'est que ça, dit la Reine avec un dépit marqué, il
+d'argent; puis ils montèrent au troisième, où ils notifièrent le même
+arrêté. «Si ce n'est que ça, dit la Reine avec un dépit marqué, il
faudrait aussi nous prendre nos aiguilles, car elles piquent bien
-vivement.» Elle en eût peut-être dit davantage si Madame Élisabeth ne
-lui eût fait signe du coude pour l'inviter au silence.
+vivement.» Elle en eût peut-être dit davantage si Madame Élisabeth ne
+lui eût fait signe du coude pour l'inviter au silence.
Marie-Antoinette et ses deux compagnes remirent leurs ciseaux. Les
-municipaux leur prirent jusqu'aux petits meubles utiles à leur
-travail. «Savez-vous bien, leur dit l'un d'eux, que nous avons ordre
-de vous enlever aussi Tison et Cléry, et de goûter à tous les mets que
-l'on vous sert?»</p>
+municipaux leur prirent jusqu'aux petits meubles utiles à leur
+travail. «Savez-vous bien, leur dit l'un d'eux, que nous avons ordre
+de vous enlever aussi Tison et Cléry, et de goûter à tous les mets que
+l'on vous sert?»</p>
-<p>Il faut le dire, les commissaires ne remplissaient pas à la lettre les
-ordres rigoureux que leur avait transmis le conseil général de la
+<p>Il faut le dire, les commissaires ne remplissaient pas à la lettre les
+ordres rigoureux que leur avait transmis le conseil général de la
Commune. Les fabricateurs des lois ne les feraient pas toujours si
-dures s'ils devaient en être les exécuteurs. Quand vint l'heure du
-dîner, quelques municipaux, sous la pression de l'arrêté dont ils
-avaient donné lecture, voyaient de graves inconvénients à ce que la
-famille royale se servît de fourchettes et de couteaux; d'autres
-consentaient à laisser les fourchettes; la contestation dura quelques
+dures s'ils devaient en être les exécuteurs. Quand vint l'heure du
+dîner, quelques municipaux, sous la pression de l'arrêté dont ils
+avaient donné lecture, voyaient de graves inconvénients à ce que la
+famille royale se servît de fourchettes et de couteaux; d'autres
+consentaient à laisser les fourchettes; la contestation dura quelques
instants; enfin, l'influence bienveillante dont nous venons de parler
-l'emporta, et la majorité décida qu'aucun <span class="pagenum"><a id="page68" name="page68"></a>(p. 68)</span> changement ne serait
-fait, mais qu'à la fin de chaque repas couteaux et fourchettes
-seraient enlevés.</p>
-
-<p>La privation des petits instruments de travail retirés aux captives
-leur devint d'autant plus pénible qu'elles furent obligées de renoncer
-à différents ouvrages qui jusqu'alors avaient contribué à les
-distraire des longs ennuis de la prison. Un jour, Madame Élisabeth
+l'emporta, et la majorité décida qu'aucun <span class="pagenum"><a id="page68" name="page68"></a>(p. 68)</span> changement ne serait
+fait, mais qu'à la fin de chaque repas couteaux et fourchettes
+seraient enlevés.</p>
+
+<p>La privation des petits instruments de travail retirés aux captives
+leur devint d'autant plus pénible qu'elles furent obligées de renoncer
+à différents ouvrages qui jusqu'alors avaient contribué à les
+distraire des longs ennuis de la prison. Un jour, Madame Élisabeth
cousait les habits de Louis XVI, et n'ayant point de ciseaux, elle
-rompit le fil avec ses dents. «Quel contraste! lui dit le Roi, qui
+rompit le fil avec ses dents. «Quel contraste! lui dit le Roi, qui
fixait sur elle un regard attendri, il ne vous manquait rien dans
-votre jolie maison de Montreuil.&mdash;Ah! mon frère, répondit-elle,
-puis-je avoir des regrets quand je partage vos malheurs?»</p>
-
-<p>Le samedi 8 décembre vint au Temple une commission chargée de vérifier
-les dépenses des détenus. Mandé devant elle pour donner des
-explications, Cléry eut l'occasion d'apprendre d'un municipal bien
-intentionné que la séparation de Louis d'avec sa famille, arrêtée
-seulement par la Commune, n'avait point été encore prononcée par la
-Convention. De son côté, Turgy était parvenu à se procurer un journal
-qui contenait le décret portant que <em>Louis Capet serait traduit à la
-barre de la Convention</em>; il remit à Cléry ce journal, ainsi qu'un
-mémoire publié par Necker sur le procès du Roi. Le seul moyen que
-trouva Cléry de communiquer ces deux pièces à la famille royale fut de
+votre jolie maison de Montreuil.&mdash;Ah! mon frère, répondit-elle,
+puis-je avoir des regrets quand je partage vos malheurs?»</p>
+
+<p>Le samedi 8 décembre vint au Temple une commission chargée de vérifier
+les dépenses des détenus. Mandé devant elle pour donner des
+explications, Cléry eut l'occasion d'apprendre d'un municipal bien
+intentionné que la séparation de Louis d'avec sa famille, arrêtée
+seulement par la Commune, n'avait point été encore prononcée par la
+Convention. De son côté, Turgy était parvenu à se procurer un journal
+qui contenait le décret portant que <em>Louis Capet serait traduit à la
+barre de la Convention</em>; il remit à Cléry ce journal, ainsi qu'un
+mémoire publié par Necker sur le procès du Roi. Le seul moyen que
+trouva Cléry de communiquer ces deux pièces à la famille royale fut de
les cacher sous un vieux meuble dans le cabinet de garde-robe, et d'en
-prévenir Madame Élisabeth.</p>
-
-<p>La visite de ces deux commissions qui venaient de se succéder à la
-Tour, l'une chargée <em>d'enlever les armes offensives et défensives</em>,
-l'autre de régler les dépenses, amena un nouvel arrêté du conseil
-général qui modifia quelques mesures prises antérieurement<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35" title="Go to footnote 35"><span class="smaller">[35]</span></a>. A
-dater de ce jour, le <span class="pagenum"><a id="page69" name="page69"></a>(p. 69)</span> conseil du Temple fut transféré d'une
-salle du palais au rez-de-chaussée de la Tour, disposé pour le
-recevoir. Aux aides de cuisine Turgy, Chrétien et Marchand, il fut
-interdit de sortir à l'avenir du Temple; quant aux deux officiers
-municipaux de garde auprès des prisonniers de chaque étage, ils
-avaient devancé l'ordre formel qu'ils reçurent de demeurer tous deux
-pendant la nuit dans l'antichambre: depuis le 2 décembre, ils
-s'étaient, à cet égard, conformés à l'invitation verbale de la
+prévenir Madame Élisabeth.</p>
+
+<p>La visite de ces deux commissions qui venaient de se succéder à la
+Tour, l'une chargée <em>d'enlever les armes offensives et défensives</em>,
+l'autre de régler les dépenses, amena un nouvel arrêté du conseil
+général qui modifia quelques mesures prises antérieurement<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35" title="Go to footnote 35"><span class="smaller">[35]</span></a>. A
+dater de ce jour, le <span class="pagenum"><a id="page69" name="page69"></a>(p. 69)</span> conseil du Temple fut transféré d'une
+salle du palais au rez-de-chaussée de la Tour, disposé pour le
+recevoir. Aux aides de cuisine Turgy, Chrétien et Marchand, il fut
+interdit de sortir à l'avenir du Temple; quant aux deux officiers
+municipaux de garde auprès des prisonniers de chaque étage, ils
+avaient devancé l'ordre formel qu'ils reçurent de demeurer tous deux
+pendant la nuit dans l'antichambre: depuis le 2 décembre, ils
+s'étaient, à cet égard, conformés à l'invitation verbale de la
Commune.</p>
-<p>Aux mesures de précaution exercées dans l'intérieur du Temple
-répondaient au dehors les dispositions de police les plus sévères. A
-la veille du jour <em>où l'on allait juger les attentats portés à la
-souveraineté du peuple et prononcer sur leur auteur</em>, Roland, ministre
-de l'intérieur, mandait aux administrateurs des départements de Paris
-qu'<em>il était de leur devoir d'être en séance permanente</em>. Il les
-prévenait que le <em>conseil exécutif aurait séances extraordinaires tous
-les jours, matin et soir; qu'il fallait que, sitôt la réception de sa
-lettre, ils lui envoyassent aux Tuileries une députation, à l'effet
-de concerter toutes les mesures que nécessiterait <span class="pagenum"><a id="page70" name="page70"></a>(p. 70)</span> la
-tranquillité publique; qu'il fallait de même qu'à l'instant ils se
-déclarassent aussi en séance permanente, et que leurs bureaux fussent
-dans une perpétuelle activité; qu'ils devaient requérir la même
-permanence de la municipalité, et avoir avec elle et avec le
+<p>Aux mesures de précaution exercées dans l'intérieur du Temple
+répondaient au dehors les dispositions de police les plus sévères. A
+la veille du jour <em>où l'on allait juger les attentats portés à la
+souveraineté du peuple et prononcer sur leur auteur</em>, Roland, ministre
+de l'intérieur, mandait aux administrateurs des départements de Paris
+qu'<em>il était de leur devoir d'être en séance permanente</em>. Il les
+prévenait que le <em>conseil exécutif aurait séances extraordinaires tous
+les jours, matin et soir; qu'il fallait que, sitôt la réception de sa
+lettre, ils lui envoyassent aux Tuileries une députation, à l'effet
+de concerter toutes les mesures que nécessiterait <span class="pagenum"><a id="page70" name="page70"></a>(p. 70)</span> la
+tranquillité publique; qu'il fallait de même qu'à l'instant ils se
+déclarassent aussi en séance permanente, et que leurs bureaux fussent
+dans une perpétuelle activité; qu'ils devaient requérir la même
+permanence de la municipalité, et avoir avec elle et avec le
commandant de la force publique une correspondance non interrompue</em>.</p>
-<p>Le mardi 11 décembre, dès cinq heures du matin, la générale battait
-dans tous les quartiers de Paris, et peu d'instants après la cavalerie
+<p>Le mardi 11 décembre, dès cinq heures du matin, la générale battait
+dans tous les quartiers de Paris, et peu d'instants après la cavalerie
et le canon entraient dans la cour du Temple. Ce bruit et cet appareil
-eussent terrifié la famille royale si elle n'en avait pas connu la
+eussent terrifié la famille royale si elle n'en avait pas connu la
cause. Elle feignit cependant de l'ignorer, et demanda aux municipaux
des explications qu'elle n'obtint pas. A neuf heures, comme les autres
-jours, Louis XVI et son fils montèrent pour le déjeuner dans
-l'appartement du troisième étage. Ils restèrent pendant une heure
-réunis en famille; mais la présence permanente des commissaires mit
-obstacle à toute confidence et à tout épanchement.</p>
-
-<p>A dix heures, on se sépara: les regards exprimaient seuls ce que les
-lèvres ne pouvaient dire. L'enfant, comme de coutume, descendit avec
-son père. A onze heures, deux municipaux vinrent le chercher pour le
-conduire chez sa mère. Louis XVI demanda le motif de cet enlèvement.
-Les commissaires répondirent qu'ils exécutaient les ordres qu'ils
-avaient reçus. Louis embrassa son fils, et chargea Cléry de
-l'accompagner. Un municipal presque aussitôt rentra chez le Roi pour
-lui annoncer que le maire de Paris était au conseil avec un nombreux
-cortége, et qu'il allait monter. Louis XVI resta pendant deux heures
-d'attente livré à ses tristes pensées. Le secrétaire-greffier de la
-Commune avait oublié l'ampliation du décret de la Convention, et il
-avait fallu envoyer chercher cet acte, afin de pouvoir procéder
-régulièrement. Ce ne fut qu'à une heure que Chambon se présenta,
-accompagné de Chaumette, procureur <span class="pagenum"><a id="page71" name="page71"></a>(p. 71)</span> général de la Commune, de
-Coulombeau, secrétaire-greffier, de Santerre, commandant de la garde
-nationale; le maire annonça à Louis qu'il venait le chercher pour le
-conduire à la Convention, en vertu d'un décret dont le
-secrétaire-greffier allait lui faire lecture. Coulombeau lut le
-décret. A cette expression: <em>Louis Capet</em> sera traduit, etc., «<em>Capet</em>
-n'est pas mon nom, dit le Roi; un de mes ancêtres l'a porté, mais ce
-n'est pas celui de ma famille.» Puis, s'adressant à Chambon: «J'aurais
-désiré, monsieur, que les commissaires m'eussent laissé mon fils
-pendant les deux heures que j'ai passées à vous attendre. Au reste, ce
-traitement est une suite de celui que j'éprouve ici depuis quatre
-mois. Je vais vous suivre, non pour obéir à la Convention, mais parce
-que mes ennemis ont la force en main.» Deux minutes après, on entendit
+jours, Louis XVI et son fils montèrent pour le déjeuner dans
+l'appartement du troisième étage. Ils restèrent pendant une heure
+réunis en famille; mais la présence permanente des commissaires mit
+obstacle à toute confidence et à tout épanchement.</p>
+
+<p>A dix heures, on se sépara: les regards exprimaient seuls ce que les
+lèvres ne pouvaient dire. L'enfant, comme de coutume, descendit avec
+son père. A onze heures, deux municipaux vinrent le chercher pour le
+conduire chez sa mère. Louis XVI demanda le motif de cet enlèvement.
+Les commissaires répondirent qu'ils exécutaient les ordres qu'ils
+avaient reçus. Louis embrassa son fils, et chargea Cléry de
+l'accompagner. Un municipal presque aussitôt rentra chez le Roi pour
+lui annoncer que le maire de Paris était au conseil avec un nombreux
+cortége, et qu'il allait monter. Louis XVI resta pendant deux heures
+d'attente livré à ses tristes pensées. Le secrétaire-greffier de la
+Commune avait oublié l'ampliation du décret de la Convention, et il
+avait fallu envoyer chercher cet acte, afin de pouvoir procéder
+régulièrement. Ce ne fut qu'à une heure que Chambon se présenta,
+accompagné de Chaumette, procureur <span class="pagenum"><a id="page71" name="page71"></a>(p. 71)</span> général de la Commune, de
+Coulombeau, secrétaire-greffier, de Santerre, commandant de la garde
+nationale; le maire annonça à Louis qu'il venait le chercher pour le
+conduire à la Convention, en vertu d'un décret dont le
+secrétaire-greffier allait lui faire lecture. Coulombeau lut le
+décret. A cette expression: <em>Louis Capet</em> sera traduit, etc., «<em>Capet</em>
+n'est pas mon nom, dit le Roi; un de mes ancêtres l'a porté, mais ce
+n'est pas celui de ma famille.» Puis, s'adressant à Chambon: «J'aurais
+désiré, monsieur, que les commissaires m'eussent laissé mon fils
+pendant les deux heures que j'ai passées à vous attendre. Au reste, ce
+traitement est une suite de celui que j'éprouve ici depuis quatre
+mois. Je vais vous suivre, non pour obéir à la Convention, mais parce
+que mes ennemis ont la force en main.» Deux minutes après, on entendit
de la Tour du Temple le bruit de la voiture qui allait jeter devant
-une assemblée arbitrairement érigée en tribunal le Prince de qui,
-selon les lois traditionnelles, émanait toute justice, et au nom
-duquel, pendant plus de dix-huit ans, avaient été rendus tous les
-arrêts des tribunaux en France. On devine les angoisses des
-prisonnières, n'ayant autour d'elles que des surveillants ennemis ou
-indifférents, condamnés au mutisme. Elles virent bientôt entrer chez
-elles Cléry, amené par un commissaire. Ce municipal, homme d'extérieur
-honnête et de manières polies, resté seul avec Cléry après le départ
+une assemblée arbitrairement érigée en tribunal le Prince de qui,
+selon les lois traditionnelles, émanait toute justice, et au nom
+duquel, pendant plus de dix-huit ans, avaient été rendus tous les
+arrêts des tribunaux en France. On devine les angoisses des
+prisonnières, n'ayant autour d'elles que des surveillants ennemis ou
+indifférents, condamnés au mutisme. Elles virent bientôt entrer chez
+elles Cléry, amené par un commissaire. Ce municipal, homme d'extérieur
+honnête et de manières polies, resté seul avec Cléry après le départ
du Roi, lui avait appris que Louis ne reverrait plus sa famille, mais
que le maire de Paris devait encore consulter quelques membres de la
-Convention sur cette séparation. Cléry avait profité du bon vouloir de
-ce commissaire pour se faire conduire près du petit Prince, qui était
-chez sa mère.</p>
-
-<p>On servit le dîner, comme de coutume, dans la salle à manger du Roi.
-Le repas fut court et silencieux. Les prisonnières remontèrent
-aussitôt chez la Reine. Un seul municipal resta près d'elle après le
-dîner; c'était un jeune <span class="pagenum"><a id="page72" name="page72"></a>(p. 72)</span> homme d'environ vingt-quatre ans, de
-la section du Temple, et de garde à la Tour pour la première fois.
+Convention sur cette séparation. Cléry avait profité du bon vouloir de
+ce commissaire pour se faire conduire près du petit Prince, qui était
+chez sa mère.</p>
+
+<p>On servit le dîner, comme de coutume, dans la salle à manger du Roi.
+Le repas fut court et silencieux. Les prisonnières remontèrent
+aussitôt chez la Reine. Un seul municipal resta près d'elle après le
+dîner; c'était un jeune <span class="pagenum"><a id="page72" name="page72"></a>(p. 72)</span> homme d'environ vingt-quatre ans, de
+la section du Temple, et de garde à la Tour pour la première fois.
Tandis que Marie-Antoinette liait conversation avec lui,
-l'interrogeant sur son état, ses parents, etc., Madame Élisabeth
-passait dans sa chambre et faisait signe à Cléry de la suivre. Elle
-apprit par lui que la Commune avait résolu de séparer le Roi de sa
-famille; que la Convention ne s'était pas encore prononcée à cet
-égard, mais que le maire devait en faire la demande, et que
-probablement cette séparation aurait lieu dès le soir même. «La Reine
-et moi, lui dit Madame Élisabeth, nous nous attendons à tout, et nous
-ne nous faisons aucune illusion sur le sort que l'on prépare au Roi;
-il mourra victime de sa bonté et de son amour pour son peuple, au
-bonheur duquel il n'a cessé de travailler depuis son avénement au
-trône. Qu'il est cruellement trompé, ce peuple! La religion du Roi et
+l'interrogeant sur son état, ses parents, etc., Madame Élisabeth
+passait dans sa chambre et faisait signe à Cléry de la suivre. Elle
+apprit par lui que la Commune avait résolu de séparer le Roi de sa
+famille; que la Convention ne s'était pas encore prononcée à cet
+égard, mais que le maire devait en faire la demande, et que
+probablement cette séparation aurait lieu dès le soir même. «La Reine
+et moi, lui dit Madame Élisabeth, nous nous attendons à tout, et nous
+ne nous faisons aucune illusion sur le sort que l'on prépare au Roi;
+il mourra victime de sa bonté et de son amour pour son peuple, au
+bonheur duquel il n'a cessé de travailler depuis son avénement au
+trône. Qu'il est cruellement trompé, ce peuple! La religion du Roi et
sa grande confiance dans la Providence le soutiendront dans cette
-suprême adversité.... Enfin, Cléry, ajouta Madame Élisabeth, pensant
-qu'elle parlait à son confident pour la dernière fois, vous allez
-rester seul près de mon frère, redoublez, s'il est possible, de soins
-pour lui; ne négligez aucun moyen pour nous faire parvenir de ses
+suprême adversité.... Enfin, Cléry, ajouta Madame Élisabeth, pensant
+qu'elle parlait à son confident pour la dernière fois, vous allez
+rester seul près de mon frère, redoublez, s'il est possible, de soins
+pour lui; ne négligez aucun moyen pour nous faire parvenir de ses
nouvelles; mais pour tout autre objet, ne vous exposez pas, car alors
-nous n'aurions plus personne à qui nous confier.»</p>
+nous n'aurions plus personne à qui nous confier.»</p>
-<p>Madame Élisabeth et Cléry cherchèrent ensemble les moyens à employer
-pour entretenir une correspondance. Turgy fut nommé comme seul digne
-d'être admis dans le secret. On convint que Cléry, comme de coutume,
+<p>Madame Élisabeth et Cléry cherchèrent ensemble les moyens à employer
+pour entretenir une correspondance. Turgy fut nommé comme seul digne
+d'être admis dans le secret. On convint que Cléry, comme de coutume,
garderait le linge du petit Prince; que tous les deux jours il
-enverrait ce qui serait nécessaire à cet enfant, et profiterait de
-cette occasion pour donner des nouvelles du Roi. «Si le Roi étoit
-indisposé, ajouta Madame Élisabeth, je tiens essentiellement à en être
-instruite. Prenez ce mouchoir, vous le retiendrez tant que mon frère
-se portera bien; s'il <span class="pagenum"><a id="page73" name="page73"></a>(p. 73)</span> arrivait qu'il fût malade, vous me
+enverrait ce qui serait nécessaire à cet enfant, et profiterait de
+cette occasion pour donner des nouvelles du Roi. «Si le Roi étoit
+indisposé, ajouta Madame Élisabeth, je tiens essentiellement à en être
+instruite. Prenez ce mouchoir, vous le retiendrez tant que mon frère
+se portera bien; s'il <span class="pagenum"><a id="page73" name="page73"></a>(p. 73)</span> arrivait qu'il fût malade, vous me
l'enverriez dans le linge de mon neveu. Prenez soin de le plier de
-cette manière-ci si l'indisposition est légère, et de cette manière-là
+cette manière-ci si l'indisposition est légère, et de cette manière-là
si le mal est plus grave. Avez-vous entendu parler de la Reine aux
-municipaux? demanda encore Madame Élisabeth avec une sorte de terreur.
-Savez-vous quel sort on lui réserve? Hélas! que peut-on lui
-reprocher?&mdash;Rien, Madame, répondit Cléry; mais que peut-on reprocher
-au Roi?&mdash;Oh! rien, rien, dit Madame Élisabeth; mais le Roi, peut-être
-le regardent-ils comme une victime nécessaire à leurs projets, à leur
-sûreté même, tandis que la Reine, au contraire, et ses enfants, ne
-sont pas un obstacle à leur ambition.» Et comme Cléry exprimait
-l'espoir que le Roi ne serait condamné qu'à la déportation: «Oh! je ne
-conserve aucune espérance», répondit Madame Élisabeth en étouffant un
+municipaux? demanda encore Madame Élisabeth avec une sorte de terreur.
+Savez-vous quel sort on lui réserve? Hélas! que peut-on lui
+reprocher?&mdash;Rien, Madame, répondit Cléry; mais que peut-on reprocher
+au Roi?&mdash;Oh! rien, rien, dit Madame Élisabeth; mais le Roi, peut-être
+le regardent-ils comme une victime nécessaire à leurs projets, à leur
+sûreté même, tandis que la Reine, au contraire, et ses enfants, ne
+sont pas un obstacle à leur ambition.» Et comme Cléry exprimait
+l'espoir que le Roi ne serait condamné qu'à la déportation: «Oh! je ne
+conserve aucune espérance», répondit Madame Élisabeth en étouffant un
sanglot.</p>
-<p>La crainte d'être surpris par un commissaire mit fin à cet entretien,
-le plus long et le plus libre que Madame Élisabeth ait eu avec le
-serviteur de son frère. Elle rejoignit la Reine. Tison dit alors à
-Cléry: «Vous n'êtes jamais resté si longtemps avec Élisabeth; il est à
-craindre que le municipal ne s'en soit aperçu.&mdash;Il n'y a rien à
-craindre, répondit nonchalamment Cléry; Madame Élisabeth me parlait de
-son neveu, lequel probablement demeurera désormais auprès de sa mère.»
-Un instant après, Cléry, rentré chez Marie-Antoinette, était informé
-par un regard de cette princesse qu'elle était déjà instruite des
-arrangements concertés.</p>
-
-<p>A six heures, le conseil du Temple manda Cléry, et lui fit lecture
-d'un arrêté de la Commune lui interdisant toute communication avec la
-femme, la s&oelig;ur et les enfants de Capet durant le procès.</p>
-
-<p>A six heures et demie, Louis XVI, escorté comme à son départ, revint à
-la Tour. Il demande aussitôt qu'on le conduise auprès de sa famille,
-on s'y refuse. Il insiste pour <span class="pagenum"><a id="page74" name="page74"></a>(p. 74)</span> que du moins on la prévienne de
-son retour; on lui promet que son désir sur ce point sera satisfait.
-La Reine, instruite sur-le-champ de son arrivée, demande à le voir;
-les commissaires répondent qu'ils n'ont pas le droit d'y consentir.
-Elle le fait demander au maire, qui n'a point encore quitté la salle
-du Conseil; Chambon ne donne aucune réponse.</p>
-
-<p>Après les agitations de cette journée, et malgré l'obsession des
-quatre municipaux qui l'environnent, Louis se remet tranquillement à
-sa lecture. A huit heures et demie, prévenu que son souper est prêt,
-il dit aux commissaires: «Ma famille ne descendra-t-elle pas?» Point
-de réponse. «Mais au moins, ajoute-t-il, mon fils passera la nuit chez
-moi, son lit et ses effets sont ici.» Même silence. En se levant de
-table, Louis insiste de nouveau sur le désir de voir sa famille; on
-lui répond qu'on attend la décision de la Convention. Cléry donne
-alors ce qui est nécessaire pour le coucher de l'enfant. Le Roi se
-coucha à la même heure et avec le même calme que de coutume.</p>
-
-<p>La même tranquillité était loin de régner au troisième étage: la Reine
-avait donné son lit à son fils, et resta toute la nuit debout, dans
+<p>La crainte d'être surpris par un commissaire mit fin à cet entretien,
+le plus long et le plus libre que Madame Élisabeth ait eu avec le
+serviteur de son frère. Elle rejoignit la Reine. Tison dit alors à
+Cléry: «Vous n'êtes jamais resté si longtemps avec Élisabeth; il est à
+craindre que le municipal ne s'en soit aperçu.&mdash;Il n'y a rien à
+craindre, répondit nonchalamment Cléry; Madame Élisabeth me parlait de
+son neveu, lequel probablement demeurera désormais auprès de sa mère.»
+Un instant après, Cléry, rentré chez Marie-Antoinette, était informé
+par un regard de cette princesse qu'elle était déjà instruite des
+arrangements concertés.</p>
+
+<p>A six heures, le conseil du Temple manda Cléry, et lui fit lecture
+d'un arrêté de la Commune lui interdisant toute communication avec la
+femme, la s&oelig;ur et les enfants de Capet durant le procès.</p>
+
+<p>A six heures et demie, Louis XVI, escorté comme à son départ, revint à
+la Tour. Il demande aussitôt qu'on le conduise auprès de sa famille,
+on s'y refuse. Il insiste pour <span class="pagenum"><a id="page74" name="page74"></a>(p. 74)</span> que du moins on la prévienne de
+son retour; on lui promet que son désir sur ce point sera satisfait.
+La Reine, instruite sur-le-champ de son arrivée, demande à le voir;
+les commissaires répondent qu'ils n'ont pas le droit d'y consentir.
+Elle le fait demander au maire, qui n'a point encore quitté la salle
+du Conseil; Chambon ne donne aucune réponse.</p>
+
+<p>Après les agitations de cette journée, et malgré l'obsession des
+quatre municipaux qui l'environnent, Louis se remet tranquillement à
+sa lecture. A huit heures et demie, prévenu que son souper est prêt,
+il dit aux commissaires: «Ma famille ne descendra-t-elle pas?» Point
+de réponse. «Mais au moins, ajoute-t-il, mon fils passera la nuit chez
+moi, son lit et ses effets sont ici.» Même silence. En se levant de
+table, Louis insiste de nouveau sur le désir de voir sa famille; on
+lui répond qu'on attend la décision de la Convention. Cléry donne
+alors ce qui est nécessaire pour le coucher de l'enfant. Le Roi se
+coucha à la même heure et avec le même calme que de coutume.</p>
+
+<p>La même tranquillité était loin de régner au troisième étage: la Reine
+avait donné son lit à son fils, et resta toute la nuit debout, dans
une douleur si morne que sa fille et sa s&oelig;ur ne voulaient pas la
-quitter; mais elle les força de rentrer chez elles en les conjurant de
-se coucher<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a><a href="#footnote36" title="Go to footnote 36"><span class="smaller">[36]</span></a>, ce qu'elles firent. Marie-Thérèse seule s'endormit
-bientôt: heureux âge où le sommeil a encore plus d'empire que la
+quitter; mais elle les força de rentrer chez elles en les conjurant de
+se coucher<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a><a href="#footnote36" title="Go to footnote 36"><span class="smaller">[36]</span></a>, ce qu'elles firent. Marie-Thérèse seule s'endormit
+bientôt: heureux âge où le sommeil a encore plus d'empire que la
douleur!</p>
-<p>Le lendemain 12 décembre, la famille séparée demanda encore à se
-revoir. Mais on lui répondit encore qu'on attendait les ordres de la
-Convention. Dans la journée, une députation de l'Assemblée apporta au
-Temple le décret qui autorisait Louis XVI à prendre un conseil. Le
-Prince désigna Target, un des principaux rédacteurs de la
-Constitution, à son défaut Tronchet, et les deux s'il lui était
-permis <span class="pagenum"><a id="page75" name="page75"></a>(p. 75)</span> de les prendre. Il ajouta qu'il serait nécessaire qu'on
-lui fournît de l'encre, du papier et des plumes. Les députés firent
-leur rapport à la Convention, qui chargea immédiatement le ministre de
-la justice de transmettre à Target et à Tronchet le choix que Louis
-avait fait d'eux pour le défendre, ordonna que les municipaux de
+<p>Le lendemain 12 décembre, la famille séparée demanda encore à se
+revoir. Mais on lui répondit encore qu'on attendait les ordres de la
+Convention. Dans la journée, une députation de l'Assemblée apporta au
+Temple le décret qui autorisait Louis XVI à prendre un conseil. Le
+Prince désigna Target, un des principaux rédacteurs de la
+Constitution, à son défaut Tronchet, et les deux s'il lui était
+permis <span class="pagenum"><a id="page75" name="page75"></a>(p. 75)</span> de les prendre. Il ajouta qu'il serait nécessaire qu'on
+lui fournît de l'encre, du papier et des plumes. Les députés firent
+leur rapport à la Convention, qui chargea immédiatement le ministre de
+la justice de transmettre à Target et à Tronchet le choix que Louis
+avait fait d'eux pour le défendre, ordonna que les municipaux de
service au Temple les laisseraient communiquer librement avec
-l'accusé, et fourniraient à celui-ci de l'encre, des plumes et du
-papier. Le jeudi 13, au matin, la députation revint à la Tour, et
+l'accusé, et fourniraient à celui-ci de l'encre, des plumes et du
+papier. Le jeudi 13, au matin, la députation revint à la Tour, et
apprit au Roi le refus de Target, qui se trouvait, disait-il, par
-l'état d'épuisement de sa santé, dans l'impossibilité d'accepter une
-tâche qui aurait réclamé toutes ses forces<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a><a href="#footnote37" title="Go to footnote 37"><span class="smaller">[37]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page76" name="page76"></a>(p. 76)</span> Elle lui dit
-qu'on avait envoyé chercher M. Tronchet à sa campagne de Palaiseau, et
-qu'on l'attendait dans la journée; puis elle lui donna lecture de
-plusieurs lettres adressées à la Convention, et qui toutes
+l'état d'épuisement de sa santé, dans l'impossibilité d'accepter une
+tâche qui aurait réclamé toutes ses forces<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a><a href="#footnote37" title="Go to footnote 37"><span class="smaller">[37]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page76" name="page76"></a>(p. 76)</span> Elle lui dit
+qu'on avait envoyé chercher M. Tronchet à sa campagne de Palaiseau, et
+qu'on l'attendait dans la journée; puis elle lui donna lecture de
+plusieurs lettres adressées à la Convention, et qui toutes
sollicitaient l'honneur que Target venait de refuser. Une de ces
-lettres était de M. de Malesherbes<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a><a href="#footnote38" title="Go to footnote 38"><span class="smaller">[38]</span></a>. Une foule de Français se
-présentaient, sollicitant aussi la gloire de défendre un prince
-malheureux. Un grand nombre de pétitions arrivaient de tous les points
+lettres était de M. de Malesherbes<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a><a href="#footnote38" title="Go to footnote 38"><span class="smaller">[38]</span></a>. Une foule de Français se
+présentaient, sollicitant aussi la gloire de défendre un prince
+malheureux. Un grand nombre de pétitions arrivaient de tous les points
de la France.</p>
-<p>«Je suis sensible aux offres que me font ces personnes de me servir de
-conseil, répondit Louis XVI, et je vous prie de leur en témoigner ma
+<p>«Je suis sensible aux offres que me font ces personnes de me servir de
+conseil, répondit Louis XVI, et je vous prie de leur en témoigner ma
reconnoissance. J'accepte M. de Malesherbes pour mon conseil. Si M.
-Tronchet ne peut me prêter ses services, je me concerterai avec M. de
-Malesherbes pour en choisir un autre.»</p>
+Tronchet ne peut me prêter ses services, je me concerterai avec M. de
+Malesherbes pour en choisir un autre.»</p>
-<p>Le Roi signa le procès-verbal de son acceptation, et le remit aux
-députés.</p>
+<p>Le Roi signa le procès-verbal de son acceptation, et le remit aux
+députés.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page77" name="page77"></a>(p. 77)</span> Dans la matinée du 14 décembre, Tronchet se présenta au
-Temple. Arrêté, selon la consigne, dans le palais qui sépare la cour
-du jardin, il attendit que les commissaires vinssent l'y reconnaître.
-Conduit par eux dans la salle du Conseil, il y fut fouillé, puis il
+<p><span class="pagenum"><a id="page77" name="page77"></a>(p. 77)</span> Dans la matinée du 14 décembre, Tronchet se présenta au
+Temple. Arrêté, selon la consigne, dans le palais qui sépare la cour
+du jardin, il attendit que les commissaires vinssent l'y reconnaître.
+Conduit par eux dans la salle du Conseil, il y fut fouillé, puis il
fut introduit dans la chambre de Louis XVI, comme le permettait le
-décret. En présence du jurisconsulte, le Prince se sentant appuyé sur
-son droit, réclama avec force la faculté de voir sa famille. N'osant
+décret. En présence du jurisconsulte, le Prince se sentant appuyé sur
+son droit, réclama avec force la faculté de voir sa famille. N'osant
ni accueillir ni repousser cette demande, le conseil du Temple en
-référa au conseil général de la Commune.</p>
+référa au conseil général de la Commune.</p>
-<p>Dans la même journée, Malesherbes fut aussi introduit, non sans avoir
-subi les formalités acerbes qui n'épargnaient personne. «Ah! c'est
+<p>Dans la même journée, Malesherbes fut aussi introduit, non sans avoir
+subi les formalités acerbes qui n'épargnaient personne. «Ah! c'est
vous, mon ami? lui dit Louis XVI en le serrant dans ses bras et en le
faisant entrer dans la tourelle; vous venez m'aider de vos conseils;
vous ne craignez pas d'exposer votre vie pour sauver la mienne; mais
tout sera inutile!&mdash;Non, Sire, je n'expose point ma vie, et je veux
-croire que celle de Votre Majesté ne court aucun danger. Sa cause est
-si juste et ses moyens de défense si puissants!&mdash;Si! si! ils me feront
-périr; mais ce sera gagner ma cause que de laisser une mémoire sans
-tache. Ma s&oelig;ur, continua-t-il, m'a donné le nom et la demeure d'un
-prêtre insermenté qui pourrait m'assister dans mes derniers moments.
+croire que celle de Votre Majesté ne court aucun danger. Sa cause est
+si juste et ses moyens de défense si puissants!&mdash;Si! si! ils me feront
+périr; mais ce sera gagner ma cause que de laisser une mémoire sans
+tache. Ma s&oelig;ur, continua-t-il, m'a donné le nom et la demeure d'un
+prêtre insermenté qui pourrait m'assister dans mes derniers moments.
Je vous prie de l'aller trouver de ma part, de lui remettre ce mot, et
-de le disposer à m'accorder ses secours. C'est une étrange commission
+de le disposer à m'accorder ses secours. C'est une étrange commission
pour un philosophe, n'est-ce pas? Ah! mon ami, combien je vous
souhaiterais de penser comme moi! La religion instruit et console tout
autrement que la philosophie.&mdash;Sire, cette commission n'a rien de si
-pressé, répondit Malesherbes.&mdash;Rien ne l'est davantage pour moi,»
+pressé, répondit Malesherbes.&mdash;Rien ne l'est davantage pour moi,»
reprit le Roi. Le billet portait cette adresse: <em>A monsieur Edgeworth
-de Firmont, aux Récollets, à Paris</em>.</p>
-
-<p>Les deux défenseurs de Louis écrivirent à la Convention <span class="pagenum"><a id="page78" name="page78"></a>(p. 78)</span> pour
-réclamer la communication des chefs d'accusation. Dès le lendemain,
-l'Assemblée, sur le rapport de sa commission des vingt et un, décréta
-que quatre membres de cette commission, nommés par elle-même, «se
-transporteraient sur-le-champ au Temple, remettraient à Louis les
-copies collationnées des pièces probantes de ses crimes, en
-dresseraient procès-verbal, puis placeraient sous ses yeux les
-originaux des pièces qui ne lui avaient point été présentées à la
-barre, et constateraient s'il les a reconnues.»</p>
-
-<p>Dans cette même journée, la Convention s'occupa aussi de la demande
+de Firmont, aux Récollets, à Paris</em>.</p>
+
+<p>Les deux défenseurs de Louis écrivirent à la Convention <span class="pagenum"><a id="page78" name="page78"></a>(p. 78)</span> pour
+réclamer la communication des chefs d'accusation. Dès le lendemain,
+l'Assemblée, sur le rapport de sa commission des vingt et un, décréta
+que quatre membres de cette commission, nommés par elle-même, «se
+transporteraient sur-le-champ au Temple, remettraient à Louis les
+copies collationnées des pièces probantes de ses crimes, en
+dresseraient procès-verbal, puis placeraient sous ses yeux les
+originaux des pièces qui ne lui avaient point été présentées à la
+barre, et constateraient s'il les a reconnues.»</p>
+
+<p>Dans cette même journée, la Convention s'occupa aussi de la demande
qu'avait faite le Roi de communiquer avec sa famille. L'autorisation
-fut d'abord accordée sans restriction; Tallien prétendit que la
-Commune de Paris ne se prêterait point à l'exécution d'un tel décret.
-L'Assemblée se sentit blessée par cette observation injurieuse, et
-ordonna que son auteur serait censuré et inscrit nominativement au
-procès-verbal<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a><a href="#footnote39" title="Go to footnote 39"><span class="smaller">[39]</span></a>. Cependant l'autorisation déjà donnée fut combattue
-de nouveau; un moyen terme, qui était un refus déguisé, fut adopté, et
-vers une heure, le décret suivant fut apporté à la Tour: «La
-Convention nationale décrète que Louis Capet pourra voir ses enfants,
-lesquels ne pourront, jusqu'à jugement définitif, communiquer avec
-leur mère ni avec leur tante.» Louis XVI dit à Cléry: «Vous voyez dans
-quelle cruelle alternative ils me placent! Je ne puis me résoudre à
+fut d'abord accordée sans restriction; Tallien prétendit que la
+Commune de Paris ne se prêterait point à l'exécution d'un tel décret.
+L'Assemblée se sentit blessée par cette observation injurieuse, et
+ordonna que son auteur serait censuré et inscrit nominativement au
+procès-verbal<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a><a href="#footnote39" title="Go to footnote 39"><span class="smaller">[39]</span></a>. Cependant l'autorisation déjà donnée fut combattue
+de nouveau; un moyen terme, qui était un refus déguisé, fut adopté, et
+vers une heure, le décret suivant fut apporté à la Tour: «La
+Convention nationale décrète que Louis Capet pourra voir ses enfants,
+lesquels ne pourront, jusqu'à jugement définitif, communiquer avec
+leur mère ni avec leur tante.» Louis XVI dit à Cléry: «Vous voyez dans
+quelle cruelle alternative ils me placent! Je ne puis me résoudre à
garder mes enfants avec moi: pour ma fille, cela est impossible, et
-pour mon fils, je sens tout le chagrin que la Reine en éprouverait; il
-faut donc consentir à ce nouveau sacrifice. Ainsi, faites transporter
-son lit dans la chambre de sa mère.»</p>
+pour mon fils, je sens tout le chagrin que la Reine en éprouverait; il
+faut donc consentir à ce nouveau sacrifice. Ainsi, faites transporter
+son lit dans la chambre de sa mère.»</p>
-<p>L'ordre généreux du Roi fut exécuté sur-le-champ. Le jeune Prince
-avait passé les trois dernières nuits couché sur un matelas. Cléry
+<p>L'ordre généreux du Roi fut exécuté sur-le-champ. Le jeune Prince
+avait passé les trois dernières nuits couché sur un matelas. Cléry
garda ses habits et son linge, et tous <span class="pagenum"><a id="page79" name="page79"></a>(p. 79)</span> les deux jours il
-envoyait ce qui lui était nécessaire, selon les conventions secrètes
-arrêtées avec Madame Élisabeth.</p>
-
-<p>La députation de la commission des vingt et un, dont nous avons parlé,
-arriva au Temple vers trois heures et demie de l'après-midi. Elle
-était composée de Borie, Dufriche-Valazé, Poulain-Grandprey et Cochon,
-et accompagnée de Gauthier, employé au bureau des procès-verbaux de la
-Convention, nommé secrétaire de la commission; de Varennes, huissier
-de la Convention, et de Devaux, maréchal des logis des grenadiers de
-la gendarmerie nationale, commandant l'escorte des députés. Les
-municipaux vinrent vérifier leurs pouvoirs. L'un d'eux, nommé Périac,
-fit quelques difficultés pour recevoir Gauthier, Varennes et Devaux.
-«Le décret, dit-il, ne fait pas mention d'eux, et nous ne pouvons
-légalement les laisser entrer dans la Tour.» Cet obstacle levé par les
-autres membres de la Commune, la députation elle-même pénétra avec son
-entourage dans l'appartement de Louis XVI. Tronchet était près de ce
-prince. Borie annonça l'objet de la mission dont ses collègues et lui
-étaient chargés. La grande table de l'antichambre fut dressée au
-milieu de la chambre du Roi; on y plaça toutes les pièces du procès.
-Chacun prit place à l'entour: les conventionnels d'un côté, et de
-l'autre Louis XVI et son défenseur. Les deux commissaires de service
-s'assirent aussi dans la chambre; l'un d'eux était Mercereau, qui,
-après avoir travaillé quelque temps au Temple comme tailleur de
-pierre, y apparaissait cette fois comme membre du conseil général de
+envoyait ce qui lui était nécessaire, selon les conventions secrètes
+arrêtées avec Madame Élisabeth.</p>
+
+<p>La députation de la commission des vingt et un, dont nous avons parlé,
+arriva au Temple vers trois heures et demie de l'après-midi. Elle
+était composée de Borie, Dufriche-Valazé, Poulain-Grandprey et Cochon,
+et accompagnée de Gauthier, employé au bureau des procès-verbaux de la
+Convention, nommé secrétaire de la commission; de Varennes, huissier
+de la Convention, et de Devaux, maréchal des logis des grenadiers de
+la gendarmerie nationale, commandant l'escorte des députés. Les
+municipaux vinrent vérifier leurs pouvoirs. L'un d'eux, nommé Périac,
+fit quelques difficultés pour recevoir Gauthier, Varennes et Devaux.
+«Le décret, dit-il, ne fait pas mention d'eux, et nous ne pouvons
+légalement les laisser entrer dans la Tour.» Cet obstacle levé par les
+autres membres de la Commune, la députation elle-même pénétra avec son
+entourage dans l'appartement de Louis XVI. Tronchet était près de ce
+prince. Borie annonça l'objet de la mission dont ses collègues et lui
+étaient chargés. La grande table de l'antichambre fut dressée au
+milieu de la chambre du Roi; on y plaça toutes les pièces du procès.
+Chacun prit place à l'entour: les conventionnels d'un côté, et de
+l'autre Louis XVI et son défenseur. Les deux commissaires de service
+s'assirent aussi dans la chambre; l'un d'eux était Mercereau, qui,
+après avoir travaillé quelque temps au Temple comme tailleur de
+pierre, y apparaissait cette fois comme membre du conseil général de
la Commune.</p>
-<p>Conformément aux dispositions du décret, copie fut remise au Roi des
-pièces qu'on lui avait déjà communiquées à la barre, ainsi qu'une
-copie de l'inventaire énonciatif de ces pièces. Toutes furent
-successivement cotées, puis ensuite parafées par Louis XVI et par deux
+<p>Conformément aux dispositions du décret, copie fut remise au Roi des
+pièces qu'on lui avait déjà communiquées à la barre, ainsi qu'une
+copie de l'inventaire énonciatif de ces pièces. Toutes furent
+successivement cotées, puis ensuite parafées par Louis XVI et par deux
membres de la commission, Grandprey et Cochon. Le parafe du Roi
-<span class="pagenum"><a id="page80" name="page80"></a>(p. 80)</span> n'était autre que la lettre L majuscule. On lui communiqua
-ensuite les originaux des pièces qui ne lui avaient point été
-présentées à la barre, et qui se trouvaient comprises en un second
-inventaire au nombre de cent sept; Gauthier, secrétaire de la
-commission, en donnait lecture; Valazé demandait au Roi: «Avez-vous
-connaissance, etc.?» Louis XVI répondait ordinairement oui ou non,
-sans autre explication. Borie les présentait à sa signature, ainsi que
+<span class="pagenum"><a id="page80" name="page80"></a>(p. 80)</span> n'était autre que la lettre L majuscule. On lui communiqua
+ensuite les originaux des pièces qui ne lui avaient point été
+présentées à la barre, et qui se trouvaient comprises en un second
+inventaire au nombre de cent sept; Gauthier, secrétaire de la
+commission, en donnait lecture; Valazé demandait au Roi: «Avez-vous
+connaissance, etc.?» Louis XVI répondait ordinairement oui ou non,
+sans autre explication. Borie les présentait à sa signature, ainsi que
la copie que chaque fois Grandprey proposait de lui lire, et dont
Louis le dispensait toujours. Cochon faisait l'appel par liasse et par
-numéro, et le secrétaire les enregistrait à mesure qu'elles étaient
+numéro, et le secrétaire les enregistrait à mesure qu'elles étaient
remises au Roi.</p>
-<p>Cette opération, commencée avant quatre heures, ne touchait pas encore
-à son terme, lorsqu'à neuf heures et demie Louis XVI interrompit la
-séance pour demander aux députés s'ils voulaient souper. Ils
-acceptèrent. Cléry leur fit aussitôt servir une volaille froide et
-quelques fruits dans la salle à manger. Tronchet ne voulut rien
+<p>Cette opération, commencée avant quatre heures, ne touchait pas encore
+à son terme, lorsqu'à neuf heures et demie Louis XVI interrompit la
+séance pour demander aux députés s'ils voulaient souper. Ils
+acceptèrent. Cléry leur fit aussitôt servir une volaille froide et
+quelques fruits dans la salle à manger. Tronchet ne voulut rien
prendre, et demeura avec le Roi dans sa chambre. La Convention avait
-beau faire: la majesté du Roi survivait dans l'abaissement de
-l'accusé. Où avait-on vu avant cela un prévenu s'occupant des
-représentants de ses accusateurs comme un hôte s'occupe de ses
-invités, et veillant à ce que rien ne manquât à ceux qui s'occupaient
-de préparer son arrêt de mort?</p>
-
-<p>Après le souper, l'interrogatoire du royal accusé fut repris.
-Quelques-unes des liasses qu'on plaçait sous ses yeux (entre autres
-les numéros 18 et 53) contenaient des projets de constitution
-apostillés de sa main; plusieurs autres pièces (cotées 5, 6, 22, 31,
-78) étaient également annotées par lui, tantôt avec de l'encre, tantôt
-au crayon; la lettre cotée 30, adressée à M. de Bouillé, était tout
-entière de son écriture<a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a><a href="#footnote40" title="Go to footnote 40"><span class="smaller">[40]</span></a>; calme et presque distrait, il recevait
-<span class="pagenum"><a id="page81" name="page81"></a>(p. 81)</span> toutes ces pièces <em>comme un grand seigneur reçoit les comptes
-de son intendant</em><a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a><a href="#footnote41" title="Go to footnote 41"><span class="smaller">[41]</span></a>. Minuit sonnait au moment où s'acheva cette
-longue et pénible séance, en laquelle, au fantôme froid et hypocrite
-des procédures légales de la Convention nationale, la royauté déchue
-et accusée n'avait pu opposer que son calme et sa résignation. La
+beau faire: la majesté du Roi survivait dans l'abaissement de
+l'accusé. Où avait-on vu avant cela un prévenu s'occupant des
+représentants de ses accusateurs comme un hôte s'occupe de ses
+invités, et veillant à ce que rien ne manquât à ceux qui s'occupaient
+de préparer son arrêt de mort?</p>
+
+<p>Après le souper, l'interrogatoire du royal accusé fut repris.
+Quelques-unes des liasses qu'on plaçait sous ses yeux (entre autres
+les numéros 18 et 53) contenaient des projets de constitution
+apostillés de sa main; plusieurs autres pièces (cotées 5, 6, 22, 31,
+78) étaient également annotées par lui, tantôt avec de l'encre, tantôt
+au crayon; la lettre cotée 30, adressée à M. de Bouillé, était tout
+entière de son écriture<a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a><a href="#footnote40" title="Go to footnote 40"><span class="smaller">[40]</span></a>; calme et presque distrait, il recevait
+<span class="pagenum"><a id="page81" name="page81"></a>(p. 81)</span> toutes ces pièces <em>comme un grand seigneur reçoit les comptes
+de son intendant</em><a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a><a href="#footnote41" title="Go to footnote 41"><span class="smaller">[41]</span></a>. Minuit sonnait au moment où s'acheva cette
+longue et pénible séance, en laquelle, au fantôme froid et hypocrite
+des procédures légales de la Convention nationale, la royauté déchue
+et accusée n'avait pu opposer que son calme et sa résignation. La
commission sortit. Louis prit quelque nourriture, et sans se plaindre
-de la fatigue qu'il avait éprouvée, il demanda à Cléry si l'on avait
-retardé le souper de sa famille. Sur sa réponse négative: «J'aurais
-craint que ce retard n'eût inquiété la Reine et ma s&oelig;ur», dit-il;
-puis il fit sa prière, se coucha, et s'endormit.</p>
-
-<p>Malesherbes et Tronchet s'effrayaient, si ce n'est de la gravité, du
-moins du nombre des pièces d'accusation qu'il leur faudrait réfuter
-une à une; ils s'effrayaient davantage en réfléchissant que la
-Convention avait décrété qu'elle entendrait pour la dernière fois
-l'accusé le 26 décembre. Le Roi d'ailleurs s'opposait absolument à ce
-qu'ils sollicitassent aucun délai. Malesherbes le premier, craignant
-d'être vaincu par le temps ou trahi par sa propre force, songea à
-réclamer le concours d'un jeune avocat qui s'était fait un nom
-brillant au barreau de Paris; il proposa M. de Sèze à son collègue, et
-tous deux le proposèrent à Louis XVI. Le Prince ne connaissait M. de
-Sèze que de réputation. «Faites, dit-il en souriant: les médecins
+de la fatigue qu'il avait éprouvée, il demanda à Cléry si l'on avait
+retardé le souper de sa famille. Sur sa réponse négative: «J'aurais
+craint que ce retard n'eût inquiété la Reine et ma s&oelig;ur», dit-il;
+puis il fit sa prière, se coucha, et s'endormit.</p>
+
+<p>Malesherbes et Tronchet s'effrayaient, si ce n'est de la gravité, du
+moins du nombre des pièces d'accusation qu'il leur faudrait réfuter
+une à une; ils s'effrayaient davantage en réfléchissant que la
+Convention avait décrété qu'elle entendrait pour la dernière fois
+l'accusé le 26 décembre. Le Roi d'ailleurs s'opposait absolument à ce
+qu'ils sollicitassent aucun délai. Malesherbes le premier, craignant
+d'être vaincu par le temps ou trahi par sa propre force, songea à
+réclamer le concours d'un jeune avocat qui s'était fait un nom
+brillant au barreau de Paris; il proposa M. de Sèze à son collègue, et
+tous deux le proposèrent à Louis XVI. Le Prince ne connaissait M. de
+Sèze que de réputation. «Faites, dit-il en souriant: les médecins
s'assemblent nombreux quand le danger est grand. Vous me prouvez que
-la maladie est de la dernière gravité; je vous montrerai, moi, que je
-suis bon malade.» Ses conseils demandèrent donc à l'Assemblée que, vu
-la brièveté du délai accordé, M. de Sèze leur fût adjoint dans la
-défense qui leur était confiée. Leur proposition fut accueillie dans
-la séance du lundi 17 décembre. Le jour même, vers les cinq heures du
-soir, les trois défenseurs vinrent au Temple, et depuis ce jour
-<span class="pagenum"><a id="page82" name="page82"></a>(p. 82)</span> jusqu'au 26 décembre, ils virent régulièrement le Roi tous les
-trois. Ce malheureux Prince se sentait encouragé par leur zèle et leur
-dévouement; mais le fond de sa pensée était demeuré le même. Un jour,
-il prit à part M. de Malesherbes, et lui rappela que, dès leur
-première entrevue, il l'avait chargé d'une négociation qui
-l'intéressait vivement. «Si je n'ai pas cru, dit Malesherbes, rendre
-plus tôt compte au Roi de ma mission, je me suis toutefois conformé à
-ses ordres. M. Edgeworth ne demeure point aux Récollets; il a un
-pied-à-terre rue du Bac, mais depuis le mois de septembre il habite
+la maladie est de la dernière gravité; je vous montrerai, moi, que je
+suis bon malade.» Ses conseils demandèrent donc à l'Assemblée que, vu
+la brièveté du délai accordé, M. de Sèze leur fût adjoint dans la
+défense qui leur était confiée. Leur proposition fut accueillie dans
+la séance du lundi 17 décembre. Le jour même, vers les cinq heures du
+soir, les trois défenseurs vinrent au Temple, et depuis ce jour
+<span class="pagenum"><a id="page82" name="page82"></a>(p. 82)</span> jusqu'au 26 décembre, ils virent régulièrement le Roi tous les
+trois. Ce malheureux Prince se sentait encouragé par leur zèle et leur
+dévouement; mais le fond de sa pensée était demeuré le même. Un jour,
+il prit à part M. de Malesherbes, et lui rappela que, dès leur
+première entrevue, il l'avait chargé d'une négociation qui
+l'intéressait vivement. «Si je n'ai pas cru, dit Malesherbes, rendre
+plus tôt compte au Roi de ma mission, je me suis toutefois conformé à
+ses ordres. M. Edgeworth ne demeure point aux Récollets; il a un
+pied-à-terre rue du Bac, mais depuis le mois de septembre il habite
Choisy-le-Roy. Ne le connaissant point personnellement, je lui donnai
-rendez-vous chez madame de Sénozan, ma s&oelig;ur. Là, Sire, je lui ai
-remis votre message, qui eût été sans doute une invitation pressante
-pour tout autre, mais qui était et qui est resté un ordre pour un tel
-homme. Il espère comme moi que la perversité humaine n'exigera jamais
-qu'il ait à vous donner une aussi cruelle preuve de dévouement. Il m'a
-chargé de mettre à vos pieds tout ce que lui dictait dans une
-circonstance si pénible un c&oelig;ur flétri par la
-douleur.&mdash;Remerciez-le de ma part, répondit Louis XVI, et priez-le de
-ne pas quitter Paris dans ce moment.»</p>
-
-<p>Cependant Cléry avait trouvé le moyen de faire arriver par Turgy des
-nouvelles du Roi à Madame Élisabeth. Il fut lui-même, dans la journée
+rendez-vous chez madame de Sénozan, ma s&oelig;ur. Là, Sire, je lui ai
+remis votre message, qui eût été sans doute une invitation pressante
+pour tout autre, mais qui était et qui est resté un ordre pour un tel
+homme. Il espère comme moi que la perversité humaine n'exigera jamais
+qu'il ait à vous donner une aussi cruelle preuve de dévouement. Il m'a
+chargé de mettre à vos pieds tout ce que lui dictait dans une
+circonstance si pénible un c&oelig;ur flétri par la
+douleur.&mdash;Remerciez-le de ma part, répondit Louis XVI, et priez-le de
+ne pas quitter Paris dans ce moment.»</p>
+
+<p>Cependant Cléry avait trouvé le moyen de faire arriver par Turgy des
+nouvelles du Roi à Madame Élisabeth. Il fut lui-même, dans la journée
du 17, averti par Turgy que cette princesse, en lui remettant sa
-serviette après le dîner, lui avait glissé dans la main un billet
-écrit avec des piqûres d'épingle, par lequel elle suppliait le Roi de
-lui écrire un mot de sa main. Cléry remit au Roi à son coucher ce
-billet de Madame Élisabeth. Possesseur de papier et d'encre depuis le
-commencement de son procès, Louis, dès le lendemain matin, écrivit à
-sa s&oelig;ur une lettre qu'il remit décachetée à Cléry. «Il n'y a rien
-là qui puisse vous compromettre, lui dit-il, prenez-en lecture.» Le
-discret serviteur <span class="pagenum"><a id="page83" name="page83"></a>(p. 83)</span> se permit sur ce point de désobéir à son
-maître, et remit la lettre à Turgy. Celui-ci rapporta la réponse dans
-un peloton de fil qu'il fit rouler sous le lit de Cléry en passant
-près de la porte de sa chambre. Ce mode de correspondance, inauguré
-ainsi, continua. Louis remettait des billets à Cléry, Cléry les
-revêtait de fil, de coton ou de laine, et les déposait dans l'armoire
-où étaient les assiettes pour le service de la table; Turgy presque
-immédiatement allait les prendre et les remettait à Madame Élisabeth.
-Moins observé que son camarade, Turgy, pour lui faire parvenir les
-réponses, avait recours à différents moyens; mais Cléry en inventa un
-qui remédia à bien des difficultés et épargna bien des périls. La
-bougie fournie pour le service du Roi était livrée en paquets ficelés;
-Cléry conserva la ficelle, et lorsqu'il en eut une assez grande
-quantité, il annonça à son maître qu'il pouvait à l'avenir rendre sa
-correspondance plus active. La fenêtre de la chambre de Madame
-Élisabeth répondait perpendiculairement à la fenêtre du petit corridor
-qui communiquait de la chambre de Louis XVI à celle de Cléry. En
-attachant les lettres à une ficelle, Madame Élisabeth pouvait donc les
-laisser glisser de sa croisée à celle de l'étage inférieur;
-l'abat-jour en forme de hotte placé à la fenêtre du corridor ne
-permettait pas de craindre que le message pût tomber dans le jardin;
-la ficelle qui descendrait la lettre pourrait remonter la réponse; on
-pourrait même, par la même voie, faire parvenir aux princesses un peu
-de papier et un peu d'encre, ressources dont elles étaient privées. La
-grande difficulté était levée: Cléry possédait la ficelle! Grâce aux
-intelligences entre lui et Turgy, Madame Élisabeth fut bientôt
-instruite du nouveau mode de correspondance qui avait été imaginé.
-Elle fut mise en possession de la ficelle, et, dans la matinée du 20
-décembre, elle avertit Louis XVI qu'elle en ferait usage à huit
-heures du soir. C'est ainsi que le génie de la captivité <span class="pagenum"><a id="page84" name="page84"></a>(p. 84)</span>
-inspirait aux membres infortunés de cette famille auguste les moyens
+serviette après le dîner, lui avait glissé dans la main un billet
+écrit avec des piqûres d'épingle, par lequel elle suppliait le Roi de
+lui écrire un mot de sa main. Cléry remit au Roi à son coucher ce
+billet de Madame Élisabeth. Possesseur de papier et d'encre depuis le
+commencement de son procès, Louis, dès le lendemain matin, écrivit à
+sa s&oelig;ur une lettre qu'il remit décachetée à Cléry. «Il n'y a rien
+là qui puisse vous compromettre, lui dit-il, prenez-en lecture.» Le
+discret serviteur <span class="pagenum"><a id="page83" name="page83"></a>(p. 83)</span> se permit sur ce point de désobéir à son
+maître, et remit la lettre à Turgy. Celui-ci rapporta la réponse dans
+un peloton de fil qu'il fit rouler sous le lit de Cléry en passant
+près de la porte de sa chambre. Ce mode de correspondance, inauguré
+ainsi, continua. Louis remettait des billets à Cléry, Cléry les
+revêtait de fil, de coton ou de laine, et les déposait dans l'armoire
+où étaient les assiettes pour le service de la table; Turgy presque
+immédiatement allait les prendre et les remettait à Madame Élisabeth.
+Moins observé que son camarade, Turgy, pour lui faire parvenir les
+réponses, avait recours à différents moyens; mais Cléry en inventa un
+qui remédia à bien des difficultés et épargna bien des périls. La
+bougie fournie pour le service du Roi était livrée en paquets ficelés;
+Cléry conserva la ficelle, et lorsqu'il en eut une assez grande
+quantité, il annonça à son maître qu'il pouvait à l'avenir rendre sa
+correspondance plus active. La fenêtre de la chambre de Madame
+Élisabeth répondait perpendiculairement à la fenêtre du petit corridor
+qui communiquait de la chambre de Louis XVI à celle de Cléry. En
+attachant les lettres à une ficelle, Madame Élisabeth pouvait donc les
+laisser glisser de sa croisée à celle de l'étage inférieur;
+l'abat-jour en forme de hotte placé à la fenêtre du corridor ne
+permettait pas de craindre que le message pût tomber dans le jardin;
+la ficelle qui descendrait la lettre pourrait remonter la réponse; on
+pourrait même, par la même voie, faire parvenir aux princesses un peu
+de papier et un peu d'encre, ressources dont elles étaient privées. La
+grande difficulté était levée: Cléry possédait la ficelle! Grâce aux
+intelligences entre lui et Turgy, Madame Élisabeth fut bientôt
+instruite du nouveau mode de correspondance qui avait été imaginé.
+Elle fut mise en possession de la ficelle, et, dans la matinée du 20
+décembre, elle avertit Louis XVI qu'elle en ferait usage à huit
+heures du soir. C'est ainsi que le génie de la captivité <span class="pagenum"><a id="page84" name="page84"></a>(p. 84)</span>
+inspirait aux membres infortunés de cette famille auguste les moyens
de triompher de la surveillance haineuse qui croyait avoir rendu toute
communication entre eux impossible.</p>
-<p>Ce jour-là, à quatre heures et demie, la députation de la commission
-des vingt et un, qui s'était présentée au Temple cinq jours
-auparavant, fut de nouveau introduite auprès de Louis, s'installa
-comme la première fois autour d'une table, et donna lecture à ce
-Prince de cinquante et une nouvelles pièces qu'il signa et parafa
-comme les précédentes. Ce travail dura une heure. Les membres de la
-commission et les défenseurs de Louis se rencontrèrent au pied de la
-Tour. Descendus avec les uns, Mathey et un municipal remontèrent avec
+<p>Ce jour-là, à quatre heures et demie, la députation de la commission
+des vingt et un, qui s'était présentée au Temple cinq jours
+auparavant, fut de nouveau introduite auprès de Louis, s'installa
+comme la première fois autour d'une table, et donna lecture à ce
+Prince de cinquante et une nouvelles pièces qu'il signa et parafa
+comme les précédentes. Ce travail dura une heure. Les membres de la
+commission et les défenseurs de Louis se rencontrèrent au pied de la
+Tour. Descendus avec les uns, Mathey et un municipal remontèrent avec
les autres. Les affaires dont ses conseils devaient l'entretenir ne
-faisaient point oublier au Roi l'avis qu'il avait reçu de sa s&oelig;ur.
-De son côté, Cléry avait tout disposé: il avait fermé la porte de sa
-chambre et celle du corridor, et s'était mis à causer tranquillement
-dans l'antichambre avec les commissaires de la Commune. Dès que
-l'aiguille marqua huit heures à la pendule de sa cheminée, Louis XVI
-se leva et sortit un instant: ses défenseurs ne se doutèrent point, en
-le voyant reparaître trois minutes après, qu'il venait de recevoir des
-nouvelles de sa famille et de lui transmettre lui-même les expressions
+faisaient point oublier au Roi l'avis qu'il avait reçu de sa s&oelig;ur.
+De son côté, Cléry avait tout disposé: il avait fermé la porte de sa
+chambre et celle du corridor, et s'était mis à causer tranquillement
+dans l'antichambre avec les commissaires de la Commune. Dès que
+l'aiguille marqua huit heures à la pendule de sa cheminée, Louis XVI
+se leva et sortit un instant: ses défenseurs ne se doutèrent point, en
+le voyant reparaître trois minutes après, qu'il venait de recevoir des
+nouvelles de sa famille et de lui transmettre lui-même les expressions
de sa tendresse.</p>
-<p>Le Roi fit monter par cette poste aérienne quelques feuilles de papier
-blanc qui lui revinrent avec de douces consolations. C'était toujours
-à huit heures du soir qu'avait lieu cette correspondance.</p>
+<p>Le Roi fit monter par cette poste aérienne quelques feuilles de papier
+blanc qui lui revinrent avec de douces consolations. C'était toujours
+à huit heures du soir qu'avait lieu cette correspondance.</p>
<p>Louis XVI, depuis quelques jours, souffrait de la longueur de sa
-barbe; Cléry s'adressa aux municipaux pour obtenir des rasoirs. De
-leur côté, les princesses demandaient qu'il leur fût prêté des ciseaux
+barbe; Cléry s'adressa aux municipaux pour obtenir des rasoirs. De
+leur côté, les princesses demandaient qu'il leur fût prêté des ciseaux
pour se couper les ongles. Le conseil du Temple s'assembla pour
-statuer sur <span class="pagenum"><a id="page85" name="page85"></a>(p. 85)</span> ces deux requêtes, et après un long examen, les
-renvoya à la décision de la Commune<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42" title="Go to footnote 42"><span class="smaller">[42]</span></a>. Celle-ci prit la résolution
+statuer sur <span class="pagenum"><a id="page85" name="page85"></a>(p. 85)</span> ces deux requêtes, et après un long examen, les
+renvoya à la décision de la Commune<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42" title="Go to footnote 42"><span class="smaller">[42]</span></a>. Celle-ci prit la résolution
suivante:</p>
-<p>«Le conseil général, considérant que par l'événement du décret qui
+<p>«Le conseil général, considérant que par l'événement du décret qui
permet aux conseils de Louis Capet de communiquer librement avec lui,
-le conseil général n'est responsable que de l'évasion du prisonnier,
-consent que les rasoirs et les ciseaux demandés par les prisonniers
-leur soient accordés; arrête en outre que le présent arrêté ainsi
-<span class="pagenum"><a id="page86" name="page86"></a>(p. 86)</span> que celui pris par les commissaires du Temple seront envoyés à
-la Convention.»</p>
-
-<p>Par suite de cet arrêté, le conseil du Temple confia deux rasoirs à
-Louis, à la condition de ne s'en servir que sous les yeux de deux
-municipaux, auxquels les rasoirs seraient tout aussitôt rendus; il en
-fut de même pour les ciseaux prêtés aux princesses.</p>
-
-<p>Noël approchait. Madame Élisabeth se préoccupait de la manière dont
-cette grande fête serait célébrée à Paris. Le lundi soir 24 décembre,
-Toulan et Lepitre se retrouvèrent ensemble de service au Temple. «La
-veille de Noël, raconte ce dernier, Chaumette fit arrêter que la messe
-de minuit ne seroit point célébrée; on lui représenta inutilement que
-cette défense pourroit donner lieu à quelque émeute; que le peuple
-n'étoit pas aussi philosophe que Chaumette et qu'il tenoit encore à
-ses anciens usages. On arrêta que des officiers municipaux ou des
-membres du conseil se rendroient aux différentes paroisses et
-s'opposeraient à ce qu'on ouvrît les portes. Qu'arriva-t-il? les
-membres de la Commune furent bafoués et battus; la messe fut chantée,
+le conseil général n'est responsable que de l'évasion du prisonnier,
+consent que les rasoirs et les ciseaux demandés par les prisonniers
+leur soient accordés; arrête en outre que le présent arrêté ainsi
+<span class="pagenum"><a id="page86" name="page86"></a>(p. 86)</span> que celui pris par les commissaires du Temple seront envoyés à
+la Convention.»</p>
+
+<p>Par suite de cet arrêté, le conseil du Temple confia deux rasoirs à
+Louis, à la condition de ne s'en servir que sous les yeux de deux
+municipaux, auxquels les rasoirs seraient tout aussitôt rendus; il en
+fut de même pour les ciseaux prêtés aux princesses.</p>
+
+<p>Noël approchait. Madame Élisabeth se préoccupait de la manière dont
+cette grande fête serait célébrée à Paris. Le lundi soir 24 décembre,
+Toulan et Lepitre se retrouvèrent ensemble de service au Temple. «La
+veille de Noël, raconte ce dernier, Chaumette fit arrêter que la messe
+de minuit ne seroit point célébrée; on lui représenta inutilement que
+cette défense pourroit donner lieu à quelque émeute; que le peuple
+n'étoit pas aussi philosophe que Chaumette et qu'il tenoit encore à
+ses anciens usages. On arrêta que des officiers municipaux ou des
+membres du conseil se rendroient aux différentes paroisses et
+s'opposeraient à ce qu'on ouvrît les portes. Qu'arriva-t-il? les
+membres de la Commune furent bafoués et battus; la messe fut chantée,
et Chaumette en devint plus furieux contre la religion et ses
-ministres. Le 25 décembre, en entrant chez la Reine, je lui avois
-parlé de cet arrêté de la Commune, dont j'ignorois les suites. Le
-soir, nous vîmes arriver Beugniau, maître maçon, l'un de mes
-collègues, le visage légèrement balafré. Ce fut lui qui nous raconta
-de quelle manière les femmes de la halle l'avoient accueilli à
-Saint-Eustache.» Madame Élisabeth apprit ces détails sans étonnement
-et sans chagrin. «Il est bon, dit-elle, que le peuple sache que ceux
-qui prétendent le rendre libre ne veulent de liberté ni pour sa
-conscience ni pour ses prières.»</p>
-
-<p>Le jour de Noël, Louis, resté seul avec lui-même, écrivit son
-testament. Bien que personne n'ignore ces pages de piété, de clémence
+ministres. Le 25 décembre, en entrant chez la Reine, je lui avois
+parlé de cet arrêté de la Commune, dont j'ignorois les suites. Le
+soir, nous vîmes arriver Beugniau, maître maçon, l'un de mes
+collègues, le visage légèrement balafré. Ce fut lui qui nous raconta
+de quelle manière les femmes de la halle l'avoient accueilli à
+Saint-Eustache.» Madame Élisabeth apprit ces détails sans étonnement
+et sans chagrin. «Il est bon, dit-elle, que le peuple sache que ceux
+qui prétendent le rendre libre ne veulent de liberté ni pour sa
+conscience ni pour ses prières.»</p>
+
+<p>Le jour de Noël, Louis, resté seul avec lui-même, écrivit son
+testament. Bien que personne n'ignore ces pages de piété, de clémence
et de tendresse, nous croyons devoir <span class="pagenum"><a id="page87" name="page87"></a>(p. 87)</span> en reproduire les
-passages qui se rapportent plus directement à notre sujet:</p>
+passages qui se rapportent plus directement à notre sujet:</p>
-<p>«Je recommande à Dieu ma femme, mes enfants, ma s&oelig;ur, mes tantes,
-mes frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang ou
-par quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu
-particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes
+<p>«Je recommande à Dieu ma femme, mes enfants, ma s&oelig;ur, mes tantes,
+mes frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang ou
+par quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu
+particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes
enfants et ma s&oelig;ur, qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les
-soutenir par sa grâce s'ils viennent à me perdre, et tant qu'ils
-resteront dans ce monde périssable.</p>
+soutenir par sa grâce s'ils viennent à me perdre, et tant qu'ils
+resteront dans ce monde périssable.</p>
-<p>»Je prie ma s&oelig;ur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes
-enfants, et de leur tenir lieu de mère s'ils avoient le malheur de
+<p>»Je prie ma s&oelig;ur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes
+enfants, et de leur tenir lieu de mère s'ils avoient le malheur de
perdre la leur.</p>
-<p>»Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu'ils doivent à
+<p>»Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu'ils doivent à
Dieu, qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux,
-soumis et obéissants à leur mère, et reconnoissants de tous les soins
-et les peines qu'elle se donne pour eux, et en mémoire de moi, je les
-prie de regarder ma s&oelig;ur comme une seconde mère.»</p>
-
-<p>Le mercredi 26 décembre, le Roi, de peur que le bruit des tambours et
-le mouvement des troupes n'effrayassent sa famille, pria, dès le lever
-du jour, les commissaires de la prévenir qu'il allait être conduit à
-la barre de la Convention nationale. Il était cinq heures quand la
-voiture et son escorte rentrèrent au Temple: la journée avait été
-longue pour les prisonnières. Devinant leur inquiétude, Louis, dès
-qu'il fut rentré dans son appartement, prit la plume, et sans doute il
-pensa avec tristesse que les mots qu'il traçait avec empressement pour
+soumis et obéissants à leur mère, et reconnoissants de tous les soins
+et les peines qu'elle se donne pour eux, et en mémoire de moi, je les
+prie de regarder ma s&oelig;ur comme une seconde mère.»</p>
+
+<p>Le mercredi 26 décembre, le Roi, de peur que le bruit des tambours et
+le mouvement des troupes n'effrayassent sa famille, pria, dès le lever
+du jour, les commissaires de la prévenir qu'il allait être conduit à
+la barre de la Convention nationale. Il était cinq heures quand la
+voiture et son escorte rentrèrent au Temple: la journée avait été
+longue pour les prisonnières. Devinant leur inquiétude, Louis, dès
+qu'il fut rentré dans son appartement, prit la plume, et sans doute il
+pensa avec tristesse que les mots qu'il traçait avec empressement pour
les rassurer ne leur parviendraient que trois heures plus tard. Ce ne
-fut en effet qu'à huit heures du soir qu'une lettre passait, par un
-fil invisible, du second au troisième étage de la tour.</p>
-
-<p>Le 1<sup>er</sup> janvier 1793, Cléry entra avant le jour dans la chambre de
-son maître, et entr'ouvrant les rideaux de son <span class="pagenum"><a id="page88" name="page88"></a>(p. 88)</span> lit, lui
-demanda à voix basse la permission de lui présenter des v&oelig;ux pour
-la fin de ses malheurs. «Je reçois vos souhaits», lui dit Louis XVI en
-lui tendant une main que Cléry baisa et mouilla de ses larmes. Le Roi
+fut en effet qu'à huit heures du soir qu'une lettre passait, par un
+fil invisible, du second au troisième étage de la tour.</p>
+
+<p>Le 1<sup>er</sup> janvier 1793, Cléry entra avant le jour dans la chambre de
+son maître, et entr'ouvrant les rideaux de son <span class="pagenum"><a id="page88" name="page88"></a>(p. 88)</span> lit, lui
+demanda à voix basse la permission de lui présenter des v&oelig;ux pour
+la fin de ses malheurs. «Je reçois vos souhaits», lui dit Louis XVI en
+lui tendant une main que Cléry baisa et mouilla de ses larmes. Le Roi
se leva, poussa la porte entr'ouverte de sa chambre, et pria un
-commissaire d'aller s'informer de sa part de l'état de la santé de sa
+commissaire d'aller s'informer de sa part de l'état de la santé de sa
famille et de lui transmettre l'expression de ses v&oelig;ux pour la
-nouvelle année. Les municipaux furent émus de l'accent avec lequel
-étaient prononcées ces simples paroles, si poignantes dans une telle
-situation. Le municipal chargé de cette mission rentra bientôt chez le
-Roi. «Votre famille, dit-il, vous remercie de vos souhaits, et vous
-adresse les siens.&mdash;Quel jour de nouvelle année!» dit Louis XVI.</p>
-
-<p>La jeune Marie-Thérèse tomba malade. Son père fut informé par la
-correspondance nocturne de sa situation; il s'en inquiéta assez pour
-ne plus songer à sa position personnelle. Dans ses épanchements avec
-ses défenseurs, sa parole, ses pensées revenaient sans cesse vers sa
-famille. «Au milieu de toutes mes tribulations, disait-il, la
-Providence m'a ménagé de tendres consolations; ma vie a dû un grand
-charme à mes enfants, à la Reine et à ma s&oelig;ur. Je ne vous parlerai
-point de mes enfants, déjà si malheureux..... à leur âge!
-continua-t-il avec émotion; ni de ma s&oelig;ur, dont la vie n'a été
-qu'affection, dévouement et courage. L'Espagne et le Piémont avaient
-paru désirer son alliance; à la mort de Christine de Saxe, les
-chanoinesses de Remiremont lui offrirent de l'élire abbesse; rien n'a
-pu la séparer de moi; elle s'est attachée à mes malheurs comme
-d'autres s'étaient attachés à mes prospérités! Mais je veux vous
+nouvelle année. Les municipaux furent émus de l'accent avec lequel
+étaient prononcées ces simples paroles, si poignantes dans une telle
+situation. Le municipal chargé de cette mission rentra bientôt chez le
+Roi. «Votre famille, dit-il, vous remercie de vos souhaits, et vous
+adresse les siens.&mdash;Quel jour de nouvelle année!» dit Louis XVI.</p>
+
+<p>La jeune Marie-Thérèse tomba malade. Son père fut informé par la
+correspondance nocturne de sa situation; il s'en inquiéta assez pour
+ne plus songer à sa position personnelle. Dans ses épanchements avec
+ses défenseurs, sa parole, ses pensées revenaient sans cesse vers sa
+famille. «Au milieu de toutes mes tribulations, disait-il, la
+Providence m'a ménagé de tendres consolations; ma vie a dû un grand
+charme à mes enfants, à la Reine et à ma s&oelig;ur. Je ne vous parlerai
+point de mes enfants, déjà si malheureux..... à leur âge!
+continua-t-il avec émotion; ni de ma s&oelig;ur, dont la vie n'a été
+qu'affection, dévouement et courage. L'Espagne et le Piémont avaient
+paru désirer son alliance; à la mort de Christine de Saxe, les
+chanoinesses de Remiremont lui offrirent de l'élire abbesse; rien n'a
+pu la séparer de moi; elle s'est attachée à mes malheurs comme
+d'autres s'étaient attachés à mes prospérités! Mais je veux vous
entretenir d'un cruel sujet de peine pour mon c&oelig;ur; c'est de
-l'injustice des Français pour la Reine.»</p>
+l'injustice des Français pour la Reine.»</p>
<p>Alors il expliqua longuement la conduite de cette princesse, qui,
-ennemie de l'étiquette et de la contrainte, avait été jugée si
-sévèrement. «Ses manières, ajouta-t-il, nouvelles <span class="pagenum"><a id="page89" name="page89"></a>(p. 89)</span> à la cour,
-se rapprochaient trop de mon goût naturel pour que je voulusse les
-contrarier..... D'abord, le public applaudissait à l'abandon des
+ennemie de l'étiquette et de la contrainte, avait été jugée si
+sévèrement. «Ses manières, ajouta-t-il, nouvelles <span class="pagenum"><a id="page89" name="page89"></a>(p. 89)</span> à la cour,
+se rapprochaient trop de mon goût naturel pour que je voulusse les
+contrarier..... D'abord, le public applaudissait à l'abandon des
anciens usages; ensuite, il en a fait un crime..... Les factieux,
-dit-il en terminant, ne mettent cet acharnement à décrier et à noircir
-la Reine que pour préparer le peuple à la voir périr. Oui, mes amis,
-sa mort est résolue. En lui laissant la vie, on craindrait qu'elle ne
-me vengeât. Infortunée princesse! notre mariage lui promit un trône;
-aujourd'hui, quelle perspective lui offre-t-il?» L'émotion du Prince
-avait gagné ses trois défenseurs.</p>
-
-<p>Cependant Louis XVI était toujours préoccupé de la santé de sa fille.
-Les nouvelles qu'il en recevait chaque soir n'étaient pas entièrement
-satisfaisantes. Un municipal officieusement chargé par lui de
-s'informer de l'état des choses avait gardé le silence. Louis
-craignait que, pour lui épargner de la peine, on ne lui cachât une
-partie de la vérité. Il confia son inquiétude à ses défenseurs.
+dit-il en terminant, ne mettent cet acharnement à décrier et à noircir
+la Reine que pour préparer le peuple à la voir périr. Oui, mes amis,
+sa mort est résolue. En lui laissant la vie, on craindrait qu'elle ne
+me vengeât. Infortunée princesse! notre mariage lui promit un trône;
+aujourd'hui, quelle perspective lui offre-t-il?» L'émotion du Prince
+avait gagné ses trois défenseurs.</p>
+
+<p>Cependant Louis XVI était toujours préoccupé de la santé de sa fille.
+Les nouvelles qu'il en recevait chaque soir n'étaient pas entièrement
+satisfaisantes. Un municipal officieusement chargé par lui de
+s'informer de l'état des choses avait gardé le silence. Louis
+craignait que, pour lui épargner de la peine, on ne lui cachât une
+partie de la vérité. Il confia son inquiétude à ses défenseurs.
Ceux-ci promirent de se plaindre au conseil de ce silence, qui
-devenait une torture de plus pour le Prince captif; mais à huit
-heures, les ayant quittés un instant, le Roi rentra, et comprimant à
-regret la joie de son c&oelig;ur: «Messieurs, leur dit-il avant de se
-séparer, j'ai réfléchi sur la démarche que vous voulez faire: je vous
-prie de la remettre à demain, et même de ne la point tenter avant de
-m'avoir revu.» A leur arrivée, le lendemain, il leur dit: «Je sais
+devenait une torture de plus pour le Prince captif; mais à huit
+heures, les ayant quittés un instant, le Roi rentra, et comprimant à
+regret la joie de son c&oelig;ur: «Messieurs, leur dit-il avant de se
+séparer, j'ai réfléchi sur la démarche que vous voulez faire: je vous
+prie de la remettre à demain, et même de ne la point tenter avant de
+m'avoir revu.» A leur arrivée, le lendemain, il leur dit: «Je sais
maintenant que ma fille est mieux; que Brunyer doit venir la voir, et
-que la Reine est tranquille. Dieu soit loué!» C'était, on l'a deviné,
-une lettre de Madame Élisabeth, qui la veille au soir, avait apporté
-le calme et le bonheur dans l'âme de cet infortuné Prince.</p>
+que la Reine est tranquille. Dieu soit loué!» C'était, on l'a deviné,
+une lettre de Madame Élisabeth, qui la veille au soir, avait apporté
+le calme et le bonheur dans l'âme de cet infortuné Prince.</p>
-<p>Le procès touchait à sa fin. Le jeudi matin 17 janvier, Paris apprit
+<p>Le procès touchait à sa fin. Le jeudi matin 17 janvier, Paris apprit
le vote de mort rendu dans la nuit. A neuf heures, les trois
-défenseurs arrivèrent au Temple. Cléry alla au-devant <span class="pagenum"><a id="page90" name="page90"></a>(p. 90)</span> d'eux.
-«Tout est perdu, lui dit Malesherbes, le Roi est condamné.» Louis XVI
-était assis dans sa chambre, le dos tourné vers la porte, les coudes
-appuyés sur une table, le visage couvert de ses deux mains. S'étant
-levé pour recevoir ses visiteurs, il leur dit: «Depuis deux heures, je
-réfléchissais sur le passé; je recherchais dans ma mémoire si, durant
-le cours de mon règne, j'ai donné volontairement à mes sujets un sujet
-de plainte contre moi. Eh bien! je vous le jure en toute sincérité,
-comme un homme qui va paraître devant Dieu, j'ai constamment voulu le
-bonheur de mon peuple, et je n'ai pas formé un seul v&oelig;u qui lui fût
-contraire.»</p>
-
-<p>Le contraste des douces paroles du Prince avec l'arrêt de mort qu'on
-lui apportait, avait jeté le trouble dans l'âme de ses défenseurs.
+défenseurs arrivèrent au Temple. Cléry alla au-devant <span class="pagenum"><a id="page90" name="page90"></a>(p. 90)</span> d'eux.
+«Tout est perdu, lui dit Malesherbes, le Roi est condamné.» Louis XVI
+était assis dans sa chambre, le dos tourné vers la porte, les coudes
+appuyés sur une table, le visage couvert de ses deux mains. S'étant
+levé pour recevoir ses visiteurs, il leur dit: «Depuis deux heures, je
+réfléchissais sur le passé; je recherchais dans ma mémoire si, durant
+le cours de mon règne, j'ai donné volontairement à mes sujets un sujet
+de plainte contre moi. Eh bien! je vous le jure en toute sincérité,
+comme un homme qui va paraître devant Dieu, j'ai constamment voulu le
+bonheur de mon peuple, et je n'ai pas formé un seul v&oelig;u qui lui fût
+contraire.»</p>
+
+<p>Le contraste des douces paroles du Prince avec l'arrêt de mort qu'on
+lui apportait, avait jeté le trouble dans l'âme de ses défenseurs.
Malesherbes ne put contenir sa douleur; il se jeta aux pieds du Roi,
-et, suffoqué par les sanglots, il demeura sans voix. Louis XVI le
-releva et le serra dans ses bras avec effusion: «Je m'attendais à ce
+et, suffoqué par les sanglots, il demeura sans voix. Louis XVI le
+releva et le serra dans ses bras avec effusion: «Je m'attendais à ce
que vos larmes m'apprennent; remettez-vous donc, mon cher Malesherbes.
Tant mieux; oui, mieux vaut sortir enfin d'incertitude! Si vous
m'aimez, loin de vous attrister, ne m'enviez pas le seul asile qui me
-reste.» Et comme M. de Malesherbes essayait de lui persuader que tout
-espoir n'était pas perdu: «Non, il n'y a plus d'espoir, dit-il; la
-nation est égarée, et je suis prêt à m'immoler pour elle.&mdash;Sire, en
-sortant de la Convention, quelques personnes m'ont entouré, et m'ont
-assuré que de fidèles sujets arracheraient le Roi des mains de ses
-bourreaux ou périront avec lui.&mdash;Les connaissez-vous? demanda le
-Roi.&mdash;Non, Sire; mais je pourrais les retrouver.&mdash;Eh bien, tâchez de
-les rejoindre, et déclarez-leur que je les remercie du zèle qu'ils me
-témoignent. Toute tentative exposerait leurs jours sans sauver les
-miens. Quand l'usage de la force pouvait me conserver le trône et la
-vie, j'ai refusé de m'en servir: voudrais-je <span class="pagenum"><a id="page91" name="page91"></a>(p. 91)</span> aujourd'hui faire
-couler pour moi le sang français!&mdash;Du moins, dit Tronchet, le Roi ne
-peut nous empêcher de nous servir de tous les moyens légaux. Nous le
-prions donc d'écrire de sa main et de signer la déclaration que
-voici.» Pressé par les instances de ses trois amis, Louis copia et
-signa les lignes suivantes, que Tronchet venait de rédiger sur le coin
+reste.» Et comme M. de Malesherbes essayait de lui persuader que tout
+espoir n'était pas perdu: «Non, il n'y a plus d'espoir, dit-il; la
+nation est égarée, et je suis prêt à m'immoler pour elle.&mdash;Sire, en
+sortant de la Convention, quelques personnes m'ont entouré, et m'ont
+assuré que de fidèles sujets arracheraient le Roi des mains de ses
+bourreaux ou périront avec lui.&mdash;Les connaissez-vous? demanda le
+Roi.&mdash;Non, Sire; mais je pourrais les retrouver.&mdash;Eh bien, tâchez de
+les rejoindre, et déclarez-leur que je les remercie du zèle qu'ils me
+témoignent. Toute tentative exposerait leurs jours sans sauver les
+miens. Quand l'usage de la force pouvait me conserver le trône et la
+vie, j'ai refusé de m'en servir: voudrais-je <span class="pagenum"><a id="page91" name="page91"></a>(p. 91)</span> aujourd'hui faire
+couler pour moi le sang français!&mdash;Du moins, dit Tronchet, le Roi ne
+peut nous empêcher de nous servir de tous les moyens légaux. Nous le
+prions donc d'écrire de sa main et de signer la déclaration que
+voici.» Pressé par les instances de ses trois amis, Louis copia et
+signa les lignes suivantes, que Tronchet venait de rédiger sur le coin
de la table:</p>
-<p>«Je dois à mon honneur, je dois à ma famille, de ne point souscrire à
+<p>«Je dois à mon honneur, je dois à ma famille, de ne point souscrire à
un jugement qui m'inculpe d'un crime que je ne puis me reprocher. En
-conséquence, je déclare que j'interjette appel à la nation elle-même
-du jugement de ses représentants, et je donne par ces présentes à mes
-défenseurs le pouvoir spécial, et je charge spécialement leur
-fidélité, de faire connoître cet appel à la Convention nationale par
+conséquence, je déclare que j'interjette appel à la nation elle-même
+du jugement de ses représentants, et je donne par ces présentes à mes
+défenseurs le pouvoir spécial, et je charge spécialement leur
+fidélité, de faire connoître cet appel à la Convention nationale par
tous les moyens qui seront en leur pouvoir, et de demander qu'il en
-soit fait mention dans le procès-verbal de ses séances.</p>
+soit fait mention dans le procès-verbal de ses séances.</p>
-<p>»Fait à la tour du Temple, ce 16 janvier 1793.»</p>
+<p>»Fait à la tour du Temple, ce 16 janvier 1793.»</p>
-<p>Ayant tracé cet écrit, le Roi hésitait encore à le remettre à ses
-conseils. «Donnez, Sire, dit de Sèze, c'est beaucoup plus dans
-l'intérêt du peuple que dans celui du Roi que nous vous le
-demandons.&mdash;Non, reprit Louis XVI avec une bonté souriante qu'il est
-impossible de peindre, c'est beaucoup plus dans mon intérêt que dans
+<p>Ayant tracé cet écrit, le Roi hésitait encore à le remettre à ses
+conseils. «Donnez, Sire, dit de Sèze, c'est beaucoup plus dans
+l'intérêt du peuple que dans celui du Roi que nous vous le
+demandons.&mdash;Non, reprit Louis XVI avec une bonté souriante qu'il est
+impossible de peindre, c'est beaucoup plus dans mon intérêt que dans
celui du peuple que vous me le demandez; mais moi, je vous le donne
-dans son intérêt beaucoup plus que dans le mien. Le sacrifice de ma
-vie est si peu de chose auprès de sa gloire ou auprès de son bonheur!
+dans son intérêt beaucoup plus que dans le mien. Le sacrifice de ma
+vie est si peu de chose auprès de sa gloire ou auprès de son bonheur!
Et ne croyez pas, messieurs, que la Reine et ma s&oelig;ur montrent moins
-de force et de résignation que moi. Mourir est préférable à leur
-sort.»</p>
-
-<p>Les défenseurs se retirèrent le c&oelig;ur brisé, et cependant ils ne se
-doutaient pas qu'ils avaient vu le Roi pour la dernière fois. Le reste
-de la journée s'écoula lentement; la soirée fut encore plus triste.
-Louis XVI, comme de coutume, <span class="pagenum"><a id="page92" name="page92"></a>(p. 92)</span> reçut des nouvelles de sa
-famille; mais les consolations qui s'échangeaient la nuit entre les
-deux étages se tournaient en afflictions profondes: le crieur avait
+de force et de résignation que moi. Mourir est préférable à leur
+sort.»</p>
+
+<p>Les défenseurs se retirèrent le c&oelig;ur brisé, et cependant ils ne se
+doutaient pas qu'ils avaient vu le Roi pour la dernière fois. Le reste
+de la journée s'écoula lentement; la soirée fut encore plus triste.
+Louis XVI, comme de coutume, <span class="pagenum"><a id="page92" name="page92"></a>(p. 92)</span> reçut des nouvelles de sa
+famille; mais les consolations qui s'échangeaient la nuit entre les
+deux étages se tournaient en afflictions profondes: le crieur avait
appris au Temple la condamnation du Roi: femme, s&oelig;ur, enfants, tout
-était plongé dans le désespoir.</p>
+était plongé dans le désespoir.</p>
-<p>Guadet appuya l'ajournement demandé par de Sèze, Tronchet et
+<p>Guadet appuya l'ajournement demandé par de Sèze, Tronchet et
Malesherbes. Merlin (de Douai) et Tallien le combattirent, le premier
-au nom du droit, le second par pitié. «C'est, dit Merlin (de Douai),
-dans l'institution des jurés qu'il est question du nombre des voix
-nécessaire pour la condamnation d'un accusé. Mais il n'en est pas
-question dans le Code pénal. C'est là l'erreur de Tronchet; il ne faut
-pas accorder les honneurs de l'ajournement à une erreur aussi
-grossière.» La Convention, convaincue par cet argument équivoque de
-l'auteur de la loi sur les suspects, décréta qu'il n'y avait pas lieu
-à délibérer sur l'ajournement proposé, et ajourna au lendemain la
-question de savoir si, oui ou non, il y aurait sursis à l'exécution du
-décret de mort contre Louis.</p>
-
-<p>Tallien s'opposa à la remise de la séance au lendemain. «Je motive mon
-opinion, s'écria-t-il, sur une raison d'humanité; je le répète, sur
-une raison d'humanité. Louis XVI sait qu'il est condamné; il sait que
-la motion a été faite de surseoir à son exécution; ne prolongeons pas
+au nom du droit, le second par pitié. «C'est, dit Merlin (de Douai),
+dans l'institution des jurés qu'il est question du nombre des voix
+nécessaire pour la condamnation d'un accusé. Mais il n'en est pas
+question dans le Code pénal. C'est là l'erreur de Tronchet; il ne faut
+pas accorder les honneurs de l'ajournement à une erreur aussi
+grossière.» La Convention, convaincue par cet argument équivoque de
+l'auteur de la loi sur les suspects, décréta qu'il n'y avait pas lieu
+à délibérer sur l'ajournement proposé, et ajourna au lendemain la
+question de savoir si, oui ou non, il y aurait sursis à l'exécution du
+décret de mort contre Louis.</p>
+
+<p>Tallien s'opposa à la remise de la séance au lendemain. «Je motive mon
+opinion, s'écria-t-il, sur une raison d'humanité; je le répète, sur
+une raison d'humanité. Louis XVI sait qu'il est condamné; il sait que
+la motion a été faite de surseoir à son exécution; ne prolongeons pas
les moments de sa souffrance; il est barbare de le laisser plus
-longtemps dans l'agonie; ne lui donnons pas dix fois la mort.» Cet
-homme, qui, après une séance de trente-six heures agitée par les
-passions les plus effrénées, réclamait une solution définitive de la
-question qui tenait la France et l'Europe en émoi, cet homme, qui
-invoquait l'humanité avec des cris de sang, ne fut point écouté: sur
-la demande de la Révellière-Lepaux et de Daunou, l'ajournement pur et
-simple fut prononcé. Mais la nuit ne porta point conseil aux Legendre,
-aux Couthon, aux Duhem, aux Robespierre. Dès <span class="pagenum"><a id="page93" name="page93"></a>(p. 93)</span> la séance du
-lendemain, toute délibération sur le sursis fut écartée par eux et
-leurs séides. Buzot leur dit en vain: «Le défaut de formes vous sera
-reproché un jour si vous ne mettez un intervalle entre votre jugement
-et son exécution; et ce reproche, qui ne vous paraît rien aujourd'hui,
-vous paraîtra terrible lorsque les passions du moment auront fait
-place aux malheurs qui suivront l'exécution de ce jugement rendu,
-d'ailleurs, à une simple majorité de cinq voix.»</p>
-
-<p>Manuel, qui avait aussi donné de terribles gages à la révolution,
-s'indigna tout à coup des violences et des séductions exercées sur la
-conscience des députés. Obsédé de remords et sous le coup de cette
-terreur morale qui se change en courage, il osa, comme l'intrépide
+longtemps dans l'agonie; ne lui donnons pas dix fois la mort.» Cet
+homme, qui, après une séance de trente-six heures agitée par les
+passions les plus effrénées, réclamait une solution définitive de la
+question qui tenait la France et l'Europe en émoi, cet homme, qui
+invoquait l'humanité avec des cris de sang, ne fut point écouté: sur
+la demande de la Révellière-Lepaux et de Daunou, l'ajournement pur et
+simple fut prononcé. Mais la nuit ne porta point conseil aux Legendre,
+aux Couthon, aux Duhem, aux Robespierre. Dès <span class="pagenum"><a id="page93" name="page93"></a>(p. 93)</span> la séance du
+lendemain, toute délibération sur le sursis fut écartée par eux et
+leurs séides. Buzot leur dit en vain: «Le défaut de formes vous sera
+reproché un jour si vous ne mettez un intervalle entre votre jugement
+et son exécution; et ce reproche, qui ne vous paraît rien aujourd'hui,
+vous paraîtra terrible lorsque les passions du moment auront fait
+place aux malheurs qui suivront l'exécution de ce jugement rendu,
+d'ailleurs, à une simple majorité de cinq voix.»</p>
+
+<p>Manuel, qui avait aussi donné de terribles gages à la révolution,
+s'indigna tout à coup des violences et des séductions exercées sur la
+conscience des députés. Obsédé de remords et sous le coup de cette
+terreur morale qui se change en courage, il osa, comme l'intrépide
Lanjuinais, reprocher aux juges du malheureux Roi la violation de
-toutes les formes et de tous les principes. Ses complices s'étonnèrent
-d'un langage nouveau dans sa bouche, et le marquèrent pour le
-bourreau. Révolté de l'acharnement de Robespierre et de ses adhérents
-contre toute délibération sur le sursis, il quitta le bureau; on
-voulut s'opposer à son passage; il sortit néanmoins, et rentra
-quelques minutes après. Mais le soir, comme il se retirait, il fut
-assailli par les mêmes députés, et ses jours coururent le plus grand
-danger. Il ne reparut plus à l'Assemblée, et donna sa démission dans
-des termes qui rachèteront une partie de ses torts aux yeux de la
-postérité<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a><a href="#footnote43" title="Go to footnote 43"><span class="smaller">[43]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page94" name="page94"></a>(p. 94)</span> Le dimanche 20 janvier, à deux heures, le conseil exécutif
-vint notifier au prisonnier les décrets qui le condamnaient à la peine
-de mort. La lecture de ces décrets lui fut faite par Grouvelle,
-secrétaire du conseil. Le Roi l'entendit sans que la moindre
-altération parût sur ses traits. Il tira de sa poche un portefeuille
-dans lequel il plaça le décret qu'il venait de prendre de la main de
-Grouvelle; puis retirant un autre papier de ce même portefeuille, il
-dit à Garat: «Monsieur le ministre de la justice, je vous prie de
-remettre sur-le-champ cette lettre à la Convention nationale.» Garat
-paraissant hésiter, Louis XVI ajouta: «Je vais vous en faire lecture»;
+toutes les formes et de tous les principes. Ses complices s'étonnèrent
+d'un langage nouveau dans sa bouche, et le marquèrent pour le
+bourreau. Révolté de l'acharnement de Robespierre et de ses adhérents
+contre toute délibération sur le sursis, il quitta le bureau; on
+voulut s'opposer à son passage; il sortit néanmoins, et rentra
+quelques minutes après. Mais le soir, comme il se retirait, il fut
+assailli par les mêmes députés, et ses jours coururent le plus grand
+danger. Il ne reparut plus à l'Assemblée, et donna sa démission dans
+des termes qui rachèteront une partie de ses torts aux yeux de la
+postérité<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a><a href="#footnote43" title="Go to footnote 43"><span class="smaller">[43]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page94" name="page94"></a>(p. 94)</span> Le dimanche 20 janvier, à deux heures, le conseil exécutif
+vint notifier au prisonnier les décrets qui le condamnaient à la peine
+de mort. La lecture de ces décrets lui fut faite par Grouvelle,
+secrétaire du conseil. Le Roi l'entendit sans que la moindre
+altération parût sur ses traits. Il tira de sa poche un portefeuille
+dans lequel il plaça le décret qu'il venait de prendre de la main de
+Grouvelle; puis retirant un autre papier de ce même portefeuille, il
+dit à Garat: «Monsieur le ministre de la justice, je vous prie de
+remettre sur-le-champ cette lettre à la Convention nationale.» Garat
+paraissant hésiter, Louis XVI ajouta: «Je vais vous en faire lecture»;
et il lut d'une voix ferme ce qui suit:</p>
<div class="lettre">
-<p>«Je demande un délai de trois jours pour pouvoir me préparer à
-paroître devant Dieu. Je demande pour cela de pouvoir librement voir
+<p>«Je demande un délai de trois jours pour pouvoir me préparer à
+paroître devant Dieu. Je demande pour cela de pouvoir librement voir
la personne que j'indiquerai aux commissaires de la Commune, et que
-cette personne soit à l'abri de toute crainte et de toute inquiétude
-pour cet acte de charité qu'elle remplira près de moi.</p>
+cette personne soit à l'abri de toute crainte et de toute inquiétude
+pour cet acte de charité qu'elle remplira près de moi.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page95" name="page95"></a>(p. 95)</span>»Je demande d'être délivré de la surveillance perpétuelle que
-le conseil général a établie depuis quelques jours.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page95" name="page95"></a>(p. 95)</span>»Je demande d'être délivré de la surveillance perpétuelle que
+le conseil général a établie depuis quelques jours.</p>
-<p>»Je demande, dans cet intervalle, de pouvoir voir ma famille quand je
-le demanderai, et sans témoins. Je désirerois bien que la Convention
-nationale s'occupât tout de suite du sort de ma famille, et qu'elle
-lui permît de se retirer librement où elle le jugeroit à propos.</p>
+<p>»Je demande, dans cet intervalle, de pouvoir voir ma famille quand je
+le demanderai, et sans témoins. Je désirerois bien que la Convention
+nationale s'occupât tout de suite du sort de ma famille, et qu'elle
+lui permît de se retirer librement où elle le jugeroit à propos.</p>
-<p>»Je recommande à la bienfaisance de la nation toutes les personnes qui
-m'étoient attachées: il y en a beaucoup qui avoient mis toute leur
+<p>»Je recommande à la bienfaisance de la nation toutes les personnes qui
+m'étoient attachées: il y en a beaucoup qui avoient mis toute leur
fortune dans leurs charges, et qui, n'ayant plus d'appointements,
-doivent être dans le besoin, ainsi que d'autres qui ne vivoient que de
+doivent être dans le besoin, ainsi que d'autres qui ne vivoient que de
leurs appointements. Dans les pensionnaires, il y a beaucoup de
vieillards, de femmes et d'enfants, qui n'avoient que cela pour vivre.</p>
-<p>»Fait à la tour du Temple, le vingt janvier mil sept cent
+<p>»Fait à la tour du Temple, le vingt janvier mil sept cent
quatre-vingt-treize.</p>
-<p class="author">»LOUIS.»</p>
+<p class="author">»LOUIS.»</p>
</div>
-<p class="p2">Garat assura le Roi qu'il allait remettre sa lettre à la Convention.
-«Monsieur, ajouta Louis XVI, si la Convention accorde ma demande pour
-la personne que je désire, voici son adresse.» Ouvrant alors de
-nouveau son portefeuille, il en tira un papier sur lequel étaient
-écrits ces mots: M. Edgeworth de Firmont, rue du Bac, n<sup>o</sup> 483. Le Roi
-remit cette adresse à un municipal, et fit quelques pas en arrière;
-Garat et ceux qui l'accompagnaient sortirent<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a><a href="#footnote44" title="Go to footnote 44"><span class="smaller">[44]</span></a>. Le ministre se hâta
-de communiquer à ses collègues les dernières demandes du Roi,
-d'appeler sur elles les décisions de la Convention, et d'envoyer
-chercher le prêtre que réclamait le condamné.</p>
-
-<p>Il était quatre heures et demie lorsque Garat lui-même <span class="pagenum"><a id="page96" name="page96"></a>(p. 96)</span>
-rapporta au Roi la réponse de la Convention, dont voici les termes:
-«Il est libre à Louis d'appeler tel ministre du culte qu'il jugera à
-propos, et de voir sa famille librement et sans témoin; la nation,
+<p class="p2">Garat assura le Roi qu'il allait remettre sa lettre à la Convention.
+«Monsieur, ajouta Louis XVI, si la Convention accorde ma demande pour
+la personne que je désire, voici son adresse.» Ouvrant alors de
+nouveau son portefeuille, il en tira un papier sur lequel étaient
+écrits ces mots: M. Edgeworth de Firmont, rue du Bac, n<sup>o</sup> 483. Le Roi
+remit cette adresse à un municipal, et fit quelques pas en arrière;
+Garat et ceux qui l'accompagnaient sortirent<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a><a href="#footnote44" title="Go to footnote 44"><span class="smaller">[44]</span></a>. Le ministre se hâta
+de communiquer à ses collègues les dernières demandes du Roi,
+d'appeler sur elles les décisions de la Convention, et d'envoyer
+chercher le prêtre que réclamait le condamné.</p>
+
+<p>Il était quatre heures et demie lorsque Garat lui-même <span class="pagenum"><a id="page96" name="page96"></a>(p. 96)</span>
+rapporta au Roi la réponse de la Convention, dont voici les termes:
+«Il est libre à Louis d'appeler tel ministre du culte qu'il jugera à
+propos, et de voir sa famille librement et sans témoin; la nation,
toujours grande et toujours juste, s'occupera du sort de sa famille;
-il sera accordé aux créanciers de sa maison de justes indemnités; la
-Convention nationale passe à l'ordre du jour sur le sursis de trois
-jours.»</p>
+il sera accordé aux créanciers de sa maison de justes indemnités; la
+Convention nationale passe à l'ordre du jour sur le sursis de trois
+jours.»</p>
<p>Louis XVI ne fit aucune observation. Les moments qui lui restent vont
se partager entre sa famille, objet de ses affections terrestres, et
-son Créateur, qui le rappelle à lui. L'abbé Edgeworth parut bientôt.
-«Arrivé à l'appartement du Roi, dont toutes les portes étoient
-ouvertes, a-t-il écrit lui-même, j'aperçus ce Prince au milieu d'un
-groupe de huit ou dix personnes: c'étoit le ministre de la justice,
-accompagné de quelques membres de la Commune, qui venoit de lui lire
-le fatal décret qui fixoit irrévocablement sa mort au lendemain.</p>
-
-<p>»Il étoit au milieu d'eux calme, tranquille, gracieux même; et pas un
-de ceux qui l'environnoient n'avoit l'air aussi assuré que lui. Dès
+son Créateur, qui le rappelle à lui. L'abbé Edgeworth parut bientôt.
+«Arrivé à l'appartement du Roi, dont toutes les portes étoient
+ouvertes, a-t-il écrit lui-même, j'aperçus ce Prince au milieu d'un
+groupe de huit ou dix personnes: c'étoit le ministre de la justice,
+accompagné de quelques membres de la Commune, qui venoit de lui lire
+le fatal décret qui fixoit irrévocablement sa mort au lendemain.</p>
+
+<p>»Il étoit au milieu d'eux calme, tranquille, gracieux même; et pas un
+de ceux qui l'environnoient n'avoit l'air aussi assuré que lui. Dès
que je parus, il leur fit signe de la main de se retirer; ils
-obéirent; lui-même ferma la porte après eux, et je restai seul dans la
-chambre avec lui. Jusqu'ici j'avois assez bien réussi à concentrer les
-différents mouvements qui agitoient mon âme; mais à la vue de ce
+obéirent; lui-même ferma la porte après eux, et je restai seul dans la
+chambre avec lui. Jusqu'ici j'avois assez bien réussi à concentrer les
+différents mouvements qui agitoient mon âme; mais à la vue de ce
Prince, autrefois si grand et alors si malheureux, je ne fus plus
-maître de moi-même; mes larmes s'échappèrent malgré moi, et je tombai
-à ses pieds sans pouvoir lui faire entendre d'autre langage que celui
-de ma douleur; cette vue l'attendrit mille fois plus que le décret
-qu'on venoit de lui lire. Il ne répondit d'abord à mes larmes que par
-les siennes; mais bientôt reprenant son courage: «Pardonnez, me
-dit-il, monsieur, pardonnez à ce moment de foiblesse, si toutefois on
+maître de moi-même; mes larmes s'échappèrent malgré moi, et je tombai
+à ses pieds sans pouvoir lui faire entendre d'autre langage que celui
+de ma douleur; cette vue l'attendrit mille fois plus que le décret
+qu'on venoit de lui lire. Il ne répondit d'abord à mes larmes que par
+les siennes; mais bientôt reprenant son courage: «Pardonnez, me
+dit-il, monsieur, pardonnez à ce moment de foiblesse, si toutefois on
peut le nommer ainsi. Depuis <span class="pagenum"><a id="page97" name="page97"></a>(p. 97)</span> longtemps je vis au milieu de mes
-ennemis, et l'habitude m'a en quelque sorte familiarisé avec eux; mais
-la vue d'un sujet fidèle parle tout autrement à mon c&oelig;ur; c'est un
-spectacle auquel mes yeux ne sont plus accoutumés, et il m'attendrit
-malgré moi.»</p>
+ennemis, et l'habitude m'a en quelque sorte familiarisé avec eux; mais
+la vue d'un sujet fidèle parle tout autrement à mon c&oelig;ur; c'est un
+spectacle auquel mes yeux ne sont plus accoutumés, et il m'attendrit
+malgré moi.»</p>
<p>A huit heures, la conversation fut interrompue par un commissaire qui
-prévint le Roi que sa famille allait descendre. Louis XVI ne put
-dissimuler son émotion: «Si l'on ne me permet point de monter chez
+prévint le Roi que sa famille allait descendre. Louis XVI ne put
+dissimuler son émotion: «Si l'on ne me permet point de monter chez
elle, dit-il aux municipaux, je pourrai du moins la voir seule dans ma
-chambre?&mdash;Non, répondit l'un d'eux, nous avons arrêté avec le ministre
-de la justice que ce sera dans la salle à manger.&mdash;Vous avez entendu,
-répliqua Louis XVI, que le décret de la Convention me permet de la
-voir sans témoin.&mdash;Cela est vrai, dirent les commissaires, vous serez
+chambre?&mdash;Non, répondit l'un d'eux, nous avons arrêté avec le ministre
+de la justice que ce sera dans la salle à manger.&mdash;Vous avez entendu,
+répliqua Louis XVI, que le décret de la Convention me permet de la
+voir sans témoin.&mdash;Cela est vrai, dirent les commissaires, vous serez
en particulier; on fermera la porte, mais par le vitrage nous aurons
-les yeux sur vous.&mdash;Faites descendre ma famille.» Le Roi entra dans la
-salle à manger; Cléry l'y suivit, et s'occupa à ranger la table de
-côté et à placer des chaises dans le fond. Louis XVI lui dit: «Il
-faudrait apporter un peu d'eau et un verre.» Sur une table se trouvait
-une carafe d'eau à la glace; Cléry n'apporta qu'un verre, qu'il plaça
-près de cette carafe. «Si la Reine buvait de cette eau-là, lui dit le
-Roi, elle pourrait en être incommodée: apportez de l'eau qui ne soit
-pas à la glace. Je craindrais que la vue de M. de Firmont ne fît trop
-de mal à ma famille: priez-le de ne pas sortir de mon cabinet.»</p>
-
-<p>En disant ces mots, Louis XVI prêtait l'oreille au bruit du dehors,
-allait, venait, s'arrêtait à tout moment à la porte d'entrée.....
-Enfin cette porte s'ouvre: Marie-Antoinette paraît la première, tenant
-son fils par la main; ensuite Marie-Thérèse et Madame Élisabeth. Des
-cris de douleur se mêlent seuls aux embrassements qui s'échangent. La
-Reine fait un mouvement comme pour entraîner le Roi dans sa <span class="pagenum"><a id="page98" name="page98"></a>(p. 98)</span>
-chambre. «Non, lui dit celui-ci, passons dans cette salle, c'est là
-seulement que je puis vous voir.» Ils entrent dans la salle à manger,
+les yeux sur vous.&mdash;Faites descendre ma famille.» Le Roi entra dans la
+salle à manger; Cléry l'y suivit, et s'occupa à ranger la table de
+côté et à placer des chaises dans le fond. Louis XVI lui dit: «Il
+faudrait apporter un peu d'eau et un verre.» Sur une table se trouvait
+une carafe d'eau à la glace; Cléry n'apporta qu'un verre, qu'il plaça
+près de cette carafe. «Si la Reine buvait de cette eau-là, lui dit le
+Roi, elle pourrait en être incommodée: apportez de l'eau qui ne soit
+pas à la glace. Je craindrais que la vue de M. de Firmont ne fît trop
+de mal à ma famille: priez-le de ne pas sortir de mon cabinet.»</p>
+
+<p>En disant ces mots, Louis XVI prêtait l'oreille au bruit du dehors,
+allait, venait, s'arrêtait à tout moment à la porte d'entrée.....
+Enfin cette porte s'ouvre: Marie-Antoinette paraît la première, tenant
+son fils par la main; ensuite Marie-Thérèse et Madame Élisabeth. Des
+cris de douleur se mêlent seuls aux embrassements qui s'échangent. La
+Reine fait un mouvement comme pour entraîner le Roi dans sa <span class="pagenum"><a id="page98" name="page98"></a>(p. 98)</span>
+chambre. «Non, lui dit celui-ci, passons dans cette salle, c'est là
+seulement que je puis vous voir.» Ils entrent dans la salle à manger,
dont les commissaires referment la porte, qui, ainsi que la cloison,
-est en vitrage. On s'assied, la Reine à la gauche du Roi, Madame
-Élisabeth à sa droite, la jeune princesse presque en face, et le petit
-prince entre les jambes de son père. Pendant plus d'un quart d'heure,
-pas une parole ne put se faire entendre. Ce n'étaient même pas des
-larmes, ce n'étaient même pas des sanglots: c'était un cri perçant de
-désespoir qui devait être entendu dans les cours, dans le jardin et
+est en vitrage. On s'assied, la Reine à la gauche du Roi, Madame
+Élisabeth à sa droite, la jeune princesse presque en face, et le petit
+prince entre les jambes de son père. Pendant plus d'un quart d'heure,
+pas une parole ne put se faire entendre. Ce n'étaient même pas des
+larmes, ce n'étaient même pas des sanglots: c'était un cri perçant de
+désespoir qui devait être entendu dans les cours, dans le jardin et
dans les rues voisines. Le Roi, la Reine, leurs enfants, leur s&oelig;ur,
-tous se lamentaient à la fois. Enfin les larmes coulèrent, et ne
-s'arrêtèrent que lorsqu'on n'eut plus la force d'en répandre. Alors
-Louis XVI parla de son procès comme si c'était le procès d'un autre,
+tous se lamentaient à la fois. Enfin les larmes coulèrent, et ne
+s'arrêtèrent que lorsqu'on n'eut plus la force d'en répandre. Alors
+Louis XVI parla de son procès comme si c'était le procès d'un autre,
excusa ses juges et recommanda de leur pardonner. Sa femme demanda
-avec instance que toute la famille passât la nuit avec lui; il se
+avec instance que toute la famille passât la nuit avec lui; il se
refusa cette consolation, en disant qu'il avait besoin de calme et de
recueillement.</p>
-<p>Cette scène inexprimable dura sept quarts d'heure. Le Roi en voulut
-marquer la fin de manière à graver ses derniers sentiments dans le
-c&oelig;ur de ses enfants. «Mon père, raconte Madame Royale, au moment de
-se séparer de nous pour jamais, nous fit promettre à tous de ne jamais
-songer à venger sa mort. Il était bien assuré que nous regardions
-comme sacré l'accomplissement de sa dernière volonté; mais la grande
-jeunesse de mon frère lui fit désirer de produire sur lui une
+<p>Cette scène inexprimable dura sept quarts d'heure. Le Roi en voulut
+marquer la fin de manière à graver ses derniers sentiments dans le
+c&oelig;ur de ses enfants. «Mon père, raconte Madame Royale, au moment de
+se séparer de nous pour jamais, nous fit promettre à tous de ne jamais
+songer à venger sa mort. Il était bien assuré que nous regardions
+comme sacré l'accomplissement de sa dernière volonté; mais la grande
+jeunesse de mon frère lui fit désirer de produire sur lui une
impression encore plus forte. Il le prit sur ses genoux, et lui dit:
<em>Mon fils, vous avez entendu ce que je viens de dire; mais comme le
-serment a encore quelque chose de plus sacré que les paroles, jurez en
-levant la main que vous accomplirez la dernière volonté de votre
-père</em>. Mon frère lui obéit en fondant en larmes, et cette bonté si
-touchante fit encore redoubler les nôtres.»</p>
+serment a encore quelque chose de plus sacré que les paroles, jurez en
+levant la main que vous accomplirez la dernière volonté de votre
+père</em>. Mon frère lui obéit en fondant en larmes, et cette bonté si
+touchante fit encore redoubler les nôtres.»</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page99" name="page99"></a>(p. 99)</span> A dix heures un quart, le Roi se leva le premier; tous
-s'attachèrent à lui: la Reine le prit par le bras droit, Madame
-Élisabeth par le bras gauche; Marie-Thérèse, du même côté que sa
-tante, mais un peu devant, tenait son père embrassé par le milieu du
-corps; le Dauphin, placé devant sa mère, la tenait d'une main et
-donnait l'autre à son père. Tous firent quelques pas vers la porte
-d'entrée; les gémissements redoublèrent. «Je vous assure, dit alors
-Louis XVI, que je vous verrai demain matin à huit heures.&mdash;Vous nous
-le promettez?&mdash;Je vous le promets.&mdash;Pourquoi pas à sept heures? dit
-Marie-Antoinette.&mdash;Eh bien, oui, répond le Roi, à sept heures;
-adieu!...» A ce mot d'adieu, Madame Royale tombe évanouie aux pieds de
-son père. Madame Élisabeth et Cléry la relèvent et la soutiennent. Le
-Roi, pressé de mettre fin à une telle scène, leur donne un dernier
+s'attachèrent à lui: la Reine le prit par le bras droit, Madame
+Élisabeth par le bras gauche; Marie-Thérèse, du même côté que sa
+tante, mais un peu devant, tenait son père embrassé par le milieu du
+corps; le Dauphin, placé devant sa mère, la tenait d'une main et
+donnait l'autre à son père. Tous firent quelques pas vers la porte
+d'entrée; les gémissements redoublèrent. «Je vous assure, dit alors
+Louis XVI, que je vous verrai demain matin à huit heures.&mdash;Vous nous
+le promettez?&mdash;Je vous le promets.&mdash;Pourquoi pas à sept heures? dit
+Marie-Antoinette.&mdash;Eh bien, oui, répond le Roi, à sept heures;
+adieu!...» A ce mot d'adieu, Madame Royale tombe évanouie aux pieds de
+son père. Madame Élisabeth et Cléry la relèvent et la soutiennent. Le
+Roi, pressé de mettre fin à une telle scène, leur donne un dernier
embrassement et s'arrache de leurs bras. Les portes se ferment, mais
-elles n'empêchent point le Roi d'entendre les cris de désespoir des
+elles n'empêchent point le Roi d'entendre les cris de désespoir des
princesses qui remontent lentement dans leur chambre. L'exaltation de
-la Reine avait quelque chose de fébrile qui agitait tout son être.
-Madame Élisabeth, tenant ses genoux embrassés et pleurant à chaudes
-larmes, la conjura de se calmer, en faisant à Dieu l'offrande de ses
-angoisses et en implorant sa miséricorde. Dans l'excès de son
-désespoir, la Reine ne pouvait prier, la Reine ne pouvait être
-consolée. Elle essaya de déshabiller son fils, accablé lui-même de
-fatigue et de chagrin; elle espérait qu'à son âge le sommeil
-s'emparerait bientôt de lui et lui enlèverait le sentiment de ses
-peines. Mais la pauvre mère présumait trop de ses propres forces, et
-peut-être sans l'assistance de sa belle-s&oelig;ur ne serait-elle point
-parvenue à coucher son enfant.</p>
-
-<p>Dès qu'il fut endormi, Madame Élisabeth et Marie-Thérèse supplièrent
-la Reine de se coucher. La Reine leur résista longtemps; puis, pour
-les tranquilliser, elle finit par <span class="pagenum"><a id="page100" name="page100"></a>(p. 100)</span> se jeter tout habillée sur
+la Reine avait quelque chose de fébrile qui agitait tout son être.
+Madame Élisabeth, tenant ses genoux embrassés et pleurant à chaudes
+larmes, la conjura de se calmer, en faisant à Dieu l'offrande de ses
+angoisses et en implorant sa miséricorde. Dans l'excès de son
+désespoir, la Reine ne pouvait prier, la Reine ne pouvait être
+consolée. Elle essaya de déshabiller son fils, accablé lui-même de
+fatigue et de chagrin; elle espérait qu'à son âge le sommeil
+s'emparerait bientôt de lui et lui enlèverait le sentiment de ses
+peines. Mais la pauvre mère présumait trop de ses propres forces, et
+peut-être sans l'assistance de sa belle-s&oelig;ur ne serait-elle point
+parvenue à coucher son enfant.</p>
+
+<p>Dès qu'il fut endormi, Madame Élisabeth et Marie-Thérèse supplièrent
+la Reine de se coucher. La Reine leur résista longtemps; puis, pour
+les tranquilliser, elle finit par <span class="pagenum"><a id="page100" name="page100"></a>(p. 100)</span> se jeter tout habillée sur
son lit. Mais que cette nuit fut longue et terrible! Depuis onze
-heures du soir jusqu'à cinq heures du matin, sa s&oelig;ur et sa fille
+heures du soir jusqu'à cinq heures du matin, sa s&oelig;ur et sa fille
l'entendirent incessamment trembler de froid et de terreur. Souvent
-elles avaient prêté l'oreille au bruit de ce qui pouvait se passer
+elles avaient prêté l'oreille au bruit de ce qui pouvait se passer
dans la tour: elles n'avaient rien entendu.</p>
-<p>Le 21, avant le jour, Madame Élisabeth se leva et fit une courte
-prière, pendant laquelle la Reine s'habilla. Les deux princesses
-habillèrent alors les enfants. Le rappel commençait à battre dans les
+<p>Le 21, avant le jour, Madame Élisabeth se leva et fit une courte
+prière, pendant laquelle la Reine s'habilla. Les deux princesses
+habillèrent alors les enfants. Le rappel commençait à battre dans les
sections de Paris. Chaque bruit du dehors retentissait au c&oelig;ur des
-prisonniers du Temple. Marie-Antoinette, Madame Élisabeth, les deux
-enfants, déjà debout, attendaient dans une agitation indicible
-l'époux, le frère, le père qu'ils ne devaient plus revoir. A six
+prisonniers du Temple. Marie-Antoinette, Madame Élisabeth, les deux
+enfants, déjà debout, attendaient dans une agitation indicible
+l'époux, le frère, le père qu'ils ne devaient plus revoir. A six
heures un quart, on ouvrit leur porte, et ce fut pour eux tout
ensemble comme un rayon d'espoir et un mouvement de terreur. La Reine
-s'informa douloureusement de ce qui se passait. «Ma s&oelig;ur, lui dit
-Madame Élisabeth, c'est un livre qu'on vient chercher pour la messe du
-Roi. Un instant après, cette sainte princesse se mit à genoux; sa
-nièce s'agenouilla aussitôt à peu de distance d'elle. La Reine, qui
-sanglotait en embrassant son fils, se calma à l'aspect de ces deux
-femmes courbées devant Dieu, et quelques minutes après, elle
-s'agenouilla avec le Dauphin devant une chaise qui les séparait, mais
-sur laquelle leurs mains s'entrelaçaient en se joignant. De temps en
-temps, la Reine levait la tête et regardait la pendule; sa s&oelig;ur et
-ses enfants en faisaient autant; chaque minute qui s'écoulait ajoutait
-aux tortures de cette famille infortunée. Cette aiguille qui marchait
+s'informa douloureusement de ce qui se passait. «Ma s&oelig;ur, lui dit
+Madame Élisabeth, c'est un livre qu'on vient chercher pour la messe du
+Roi. Un instant après, cette sainte princesse se mit à genoux; sa
+nièce s'agenouilla aussitôt à peu de distance d'elle. La Reine, qui
+sanglotait en embrassant son fils, se calma à l'aspect de ces deux
+femmes courbées devant Dieu, et quelques minutes après, elle
+s'agenouilla avec le Dauphin devant une chaise qui les séparait, mais
+sur laquelle leurs mains s'entrelaçaient en se joignant. De temps en
+temps, la Reine levait la tête et regardait la pendule; sa s&oelig;ur et
+ses enfants en faisaient autant; chaque minute qui s'écoulait ajoutait
+aux tortures de cette famille infortunée. Cette aiguille qui marchait
allait marquer la mort de ce qu'elles avaient de plus cher au monde.
-Quoi de plus atroce que de pleurer un mari, un père, un frère plein de
-vie, comme s'il n'était déjà plus, sans pouvoir arrêter ni le cours
-inflexible des heures ni la cruauté des hommes aussi implacable que
+Quoi de plus atroce que de pleurer un mari, un père, un frère plein de
+vie, comme s'il n'était déjà plus, sans pouvoir arrêter ni le cours
+inflexible des heures ni la cruauté des hommes aussi implacable que
le <span class="pagenum"><a id="page101" name="page101"></a>(p. 101)</span> temps! Un redoublement de bruit se fit dans l'enceinte et
-au dehors même du Temple. C'était le moment du départ. Nulle parole ne
-peut rendre la scène déchirante qui se passa alors. De malheureuses
-femmes en proie au désespoir, essayant d'obtenir une pitié impossible;
-un enfant s'échappant de leurs bras et courant, éperdu, égaré, vers
-les commissaires, vers les geôliers, et s'écriant avec des sanglots:
-«Laissez-moi passer, messieurs, laissez-moi passer!&mdash;Où veux-tu
-aller?&mdash;Parler au peuple pour qu'il ne fasse pas mourir mon père. Au
-nom de Dieu, laissez-moi passer!»</p>
-
-<p>Pauvre enfant! il ignorait que les commissaires étaient sourds, que
-les geôliers étaient insensibles, que le peuple était opprimé, abusé
-ou perverti; il ignorait qu'une minorité audacieuse et perverse
-étouffait tous les élans généreux de la France!</p>
-
-<h2><span class="pagenum"><a id="page103" name="page103"></a>(p. 103)</span> LIVRE NEUVIÈME.<br>
-<span class="smaller">DEPUIS LA MORT DE LOUIS XVI JUSQU'À LA TRANSLATION DE MARIE-ANTOINETTE
-À LA CONCIERGERIE.<br>
-21 JANVIER&mdash;2 AOÛT 1793.</span></h2>
+au dehors même du Temple. C'était le moment du départ. Nulle parole ne
+peut rendre la scène déchirante qui se passa alors. De malheureuses
+femmes en proie au désespoir, essayant d'obtenir une pitié impossible;
+un enfant s'échappant de leurs bras et courant, éperdu, égaré, vers
+les commissaires, vers les geôliers, et s'écriant avec des sanglots:
+«Laissez-moi passer, messieurs, laissez-moi passer!&mdash;Où veux-tu
+aller?&mdash;Parler au peuple pour qu'il ne fasse pas mourir mon père. Au
+nom de Dieu, laissez-moi passer!»</p>
+
+<p>Pauvre enfant! il ignorait que les commissaires étaient sourds, que
+les geôliers étaient insensibles, que le peuple était opprimé, abusé
+ou perverti; il ignorait qu'une minorité audacieuse et perverse
+étouffait tous les élans généreux de la France!</p>
+
+<h2><span class="pagenum"><a id="page103" name="page103"></a>(p. 103)</span> LIVRE NEUVIÈME.<br>
+<span class="smaller">DEPUIS LA MORT DE LOUIS XVI JUSQU'À LA TRANSLATION DE MARIE-ANTOINETTE
+À LA CONCIERGERIE.<br>
+21 JANVIER&mdash;2 AOÛT 1793.</span></h2>
<div class="citat">
-<p>«Ne craignez rien de ce que vous avez à souffrir... Soyez fidèles
- jusqu'à la mort, et je vous donnerai la couronne de vie.»</p>
+<p>«Ne craignez rien de ce que vous avez à souffrir... Soyez fidèles
+ jusqu'à la mort, et je vous donnerai la couronne de vie.»</p>
<p class="source"><i>Apocalypse</i>, chap. <span class="smcap">II</span>, v. 10.</p>
</div>
<p class="resume">La voiture qui emportait Louis XVI s'acheminait vers
- l'échafaud. &mdash; Angoisses de sa famille. &mdash; La Reine craignant que
- l'émotion et toute abstinence de nourriture ne fassent défaillir
- ses enfants, les engage à prendre quelque nourriture. &mdash; Entretien
- avec Cléry. &mdash; Vêtements de deuil demandés. &mdash; Bruit
- nocturne. &mdash; Paroles de Madame Élisabeth. &mdash; La jeune Marie-Thérèse
- malade. &mdash; Mot touchant de cette princesse. &mdash; Les vêtements de deuil
- sont apportés. &mdash; Pressentiment de la Reine. &mdash; Exhortation de Madame
- Élisabeth. &mdash; Lepitre et Toulan de service au Temple. &mdash; Louis XVII
- chante un couplet adressé à sa tante. &mdash; Soins de celle-ci
- prodigués aux deux enfants. &mdash; Projet d'évasion proposé à la Reine
- et à Madame Élisabeth. &mdash; L'exécution est ajournée. &mdash; Toulan remet à
+ l'échafaud. &mdash; Angoisses de sa famille. &mdash; La Reine craignant que
+ l'émotion et toute abstinence de nourriture ne fassent défaillir
+ ses enfants, les engage à prendre quelque nourriture. &mdash; Entretien
+ avec Cléry. &mdash; Vêtements de deuil demandés. &mdash; Bruit
+ nocturne. &mdash; Paroles de Madame Élisabeth. &mdash; La jeune Marie-Thérèse
+ malade. &mdash; Mot touchant de cette princesse. &mdash; Les vêtements de deuil
+ sont apportés. &mdash; Pressentiment de la Reine. &mdash; Exhortation de Madame
+ Élisabeth. &mdash; Lepitre et Toulan de service au Temple. &mdash; Louis XVII
+ chante un couplet adressé à sa tante. &mdash; Soins de celle-ci
+ prodigués aux deux enfants. &mdash; Projet d'évasion proposé à la Reine
+ et à Madame Élisabeth. &mdash; L'exécution est ajournée. &mdash; Toulan remet à
la Reine l'anneau nuptial et le cachet du Roi. &mdash; Sur les instances
- de Madame Élisabeth, le projet d'évasion est repris. &mdash; Au moment
- de l'exécution, la Reine refuse, ne voulant pas être sauvée sans
+ de Madame Élisabeth, le projet d'évasion est repris. &mdash; Au moment
+ de l'exécution, la Reine refuse, ne voulant pas être sauvée sans
ses enfants. &mdash; Elle remercie Toulan, et lui rend l'anneau et le
- cachet du Roi, le priant de les remettre à M. de
- Jarjayes. &mdash; Défection de Dumouriez. &mdash; Création du Comité de salut
- public. &mdash; Louis XVII proclamé roi à l'étranger. &mdash; Acrimonie et
- cruauté des Tison. &mdash; Dénonciation faite par eux à la
- Commune. &mdash; Hébert se rend à la tour. &mdash; Fouille à laquelle il
- préside. &mdash; Louis XVII malade. &mdash; Le médecin ordinaire des prisons
+ cachet du Roi, le priant de les remettre à M. de
+ Jarjayes. &mdash; Défection de Dumouriez. &mdash; Création du Comité de salut
+ public. &mdash; Louis XVII proclamé roi à l'étranger. &mdash; Acrimonie et
+ cruauté des Tison. &mdash; Dénonciation faite par eux à la
+ Commune. &mdash; Hébert se rend à la tour. &mdash; Fouille à laquelle il
+ préside. &mdash; Louis XVII malade. &mdash; Le médecin ordinaire des prisons
commis pour lui donner des soins. &mdash; Lutte des Girondins et des
- Montagnards. &mdash; La commission des douze. &mdash; Les barrières
- fermées. &mdash; Michonis. &mdash; Graves paroles de Madame Élisabeth et de la
- Reine. &mdash; Le baron de Batz: complot formé par lui pour délivrer la
- famille royale. &mdash; Insuccès fortuit que Simon s'approprie. &mdash; Arrêtés
- du Comité de salut public. &mdash; Louis XVII séparé de sa mère et de sa
- tante. &mdash; Désespoir de la Reine; consolations que lui prodigue
- Madame Élisabeth. &mdash; Bruit répandu de l'évasion du petit
- Capet. &mdash; Députation envoyée au Temple pour s'assurer de ce qu'il y
- a de vrai dans ce bruit. &mdash; Réclamations stériles adressées par
- Marie-Antoinette à cette députation. &mdash; Manière dont Drouet rend
- compte de sa mission à la Convention. &mdash; Tison converti par les
- vertus de la Reine et de Madame Élisabeth. &mdash; La femme Tison à
- leurs pieds est relevée par elles. &mdash; Éloge qu'elle fait d'elles à
+ Montagnards. &mdash; La commission des douze. &mdash; Les barrières
+ fermées. &mdash; Michonis. &mdash; Graves paroles de Madame Élisabeth et de la
+ Reine. &mdash; Le baron de Batz: complot formé par lui pour délivrer la
+ famille royale. &mdash; Insuccès fortuit que Simon s'approprie. &mdash; Arrêtés
+ du Comité de salut public. &mdash; Louis XVII séparé de sa mère et de sa
+ tante. &mdash; Désespoir de la Reine; consolations que lui prodigue
+ Madame Élisabeth. &mdash; Bruit répandu de l'évasion du petit
+ Capet. &mdash; Députation envoyée au Temple pour s'assurer de ce qu'il y
+ a de vrai dans ce bruit. &mdash; Réclamations stériles adressées par
+ Marie-Antoinette à cette députation. &mdash; Manière dont Drouet rend
+ compte de sa mission à la Convention. &mdash; Tison converti par les
+ vertus de la Reine et de Madame Élisabeth. &mdash; La femme Tison à
+ leurs pieds est relevée par elles. &mdash; Éloge qu'elle fait d'elles à
Meusnier. &mdash; La femme Tison folle et en proie aux convulsions. Elle
- est soignée par les princesses, puis conduite à l'Hôtel-Dieu, où
- une femme de police est placée près d'elle, chargée de recueillir
- tout ce qu'elle pourra dire dans son délire. &mdash; Tison essaye de
- racheter par son dévouement le mal qu'il a fait aux royales
- prisonnières, et leur cache avec soin les mauvais traitements que
- Simon fait subir à leur enfant. &mdash; Il leur apprend que presque tous
+ est soignée par les princesses, puis conduite à l'Hôtel-Dieu, où
+ une femme de police est placée près d'elle, chargée de recueillir
+ tout ce qu'elle pourra dire dans son délire. &mdash; Tison essaye de
+ racheter par son dévouement le mal qu'il a fait aux royales
+ prisonnières, et leur cache avec soin les mauvais traitements que
+ Simon fait subir à leur enfant. &mdash; Il leur apprend que presque tous
les jours on le conduit au jardin pour y jouer, et souvent aussi
<span class="pagenum"><a id="page104" name="page104"></a>(p. 104)</span> sur la plate-forme de la Tour pour y respirer un bon
- air. &mdash; Longues stations de sa mère, de sa tante, de sa s&oelig;ur, au
+ air. &mdash; Longues stations de sa mère, de sa tante, de sa s&oelig;ur, au
sommet de la Tour pour y apercevoir passer ce cher enfant. Elles
le voient, mais pour leur malheur!</p>
-<p>Le bruit sourd qui avait annoncé la sortie du Roi de la tour du Temple
+<p>Le bruit sourd qui avait annoncé la sortie du Roi de la tour du Temple
se prolongea longtemps, et ce bruit, en s'affaiblissant dans l'espace,
-ne pouvait qu'aggraver encore les angoisses de sa famille; car à
-mesure que ce bruit s'éloignait, le Roi se rapprochait de l'échafaud.
-Marie-Antoinette, craignant que ses enfants, épuisés par le manque de
+ne pouvait qu'aggraver encore les angoisses de sa famille; car à
+mesure que ce bruit s'éloignait, le Roi se rapprochait de l'échafaud.
+Marie-Antoinette, craignant que ses enfants, épuisés par le manque de
nourriture aussi bien que par la privation du sommeil, n'eussent pas
-la force de supporter cette terrible épreuve, les engagea, vers dix
-heures, à prendre quelque nourriture; les pauvres enfants refusèrent,
-en recommençant à pleurer. Une demi-heure après, des cris de joie et
-des détonations d'armes se firent entendre. Madame Élisabeth, levant
-les yeux au ciel, s'écria: «Les monstres! les voilà contents!» A cette
-exclamation, Marie-Thérèse jeta des cris perçants; son petit frère
-fondit en larmes; leur mère, le front baissé, les yeux hagards,
-demeura plongée dans un désespoir morne et immobile qui ressemblait à
-la mort. Dans l'après-midi, la Reine et Madame Élisabeth demandèrent à
-voir Cléry: la vue de cet honnête homme resté dans la tour jusqu'au
+la force de supporter cette terrible épreuve, les engagea, vers dix
+heures, à prendre quelque nourriture; les pauvres enfants refusèrent,
+en recommençant à pleurer. Une demi-heure après, des cris de joie et
+des détonations d'armes se firent entendre. Madame Élisabeth, levant
+les yeux au ciel, s'écria: «Les monstres! les voilà contents!» A cette
+exclamation, Marie-Thérèse jeta des cris perçants; son petit frère
+fondit en larmes; leur mère, le front baissé, les yeux hagards,
+demeura plongée dans un désespoir morne et immobile qui ressemblait à
+la mort. Dans l'après-midi, la Reine et Madame Élisabeth demandèrent à
+voir Cléry: la vue de cet honnête homme resté dans la tour jusqu'au
dernier moment avec Louis XVI augmenta tout ensemble et soulagea leur
-douleur: au récit des adieux et des dernières paroles de celui qui
-n'était plus, leurs pleurs coulèrent; elles réclamèrent les objets
-légués par lui, objets précieux dont Cléry venait de faire la
-déclaration au conseil du Temple, et dont nous parlerons plus loin.
-Marie-Antoinette fit demander des vêtements de deuil à ce même
-conseil, qui en référa à la Commune.</p>
-
-<p>Les angoisses de cette journée ne devaient point finir avec elle. Deux
-heures du matin sonnaient, et le repos n'était point encore venu pour
-les trois captives. La jeune Marie-Thérèse, par obéissance, s'était
-couchée, mais elle <span class="pagenum"><a id="page105" name="page105"></a>(p. 105)</span> n'avait point fermé les yeux; sa mère et
-sa tante, assises auprès du lit du petit Prince endormi, causaient,
-mêlant leurs afflictions et leurs larmes. Le sommeil de l'enfant était
-calme, et semblait sourire. «Il a maintenant l'âge qu'avait son frère
-lorsqu'il mourut à Meudon: heureux ceux de notre maison qui sont
-partis les premiers! ils n'ont point assisté à la ruine de notre
-famille.» Surprise d'entendre, à une telle heure, parler chez la
-Reine, la femme Tison s'était levée; elle frappa à la porte,
-s'enquérant du motif de ce nocturne entretien. Son mari, qui venait de
-réveiller les commissaires de service, la suivait de près. Madame
-Élisabeth entr'ouvrit la porte, et leur dit avec douceur: «De grâce,
-laissez-nous pleurer en paix.» L'inquisition s'arrêta désarmée par
-cette voix angélique.</p>
-
-<p>Depuis quelques jours, Marie-Thérèse était indisposée; elle éprouvait
-dans tout le corps une grande fatigue, et ses jambes étaient enflées.
+douleur: au récit des adieux et des dernières paroles de celui qui
+n'était plus, leurs pleurs coulèrent; elles réclamèrent les objets
+légués par lui, objets précieux dont Cléry venait de faire la
+déclaration au conseil du Temple, et dont nous parlerons plus loin.
+Marie-Antoinette fit demander des vêtements de deuil à ce même
+conseil, qui en référa à la Commune.</p>
+
+<p>Les angoisses de cette journée ne devaient point finir avec elle. Deux
+heures du matin sonnaient, et le repos n'était point encore venu pour
+les trois captives. La jeune Marie-Thérèse, par obéissance, s'était
+couchée, mais elle <span class="pagenum"><a id="page105" name="page105"></a>(p. 105)</span> n'avait point fermé les yeux; sa mère et
+sa tante, assises auprès du lit du petit Prince endormi, causaient,
+mêlant leurs afflictions et leurs larmes. Le sommeil de l'enfant était
+calme, et semblait sourire. «Il a maintenant l'âge qu'avait son frère
+lorsqu'il mourut à Meudon: heureux ceux de notre maison qui sont
+partis les premiers! ils n'ont point assisté à la ruine de notre
+famille.» Surprise d'entendre, à une telle heure, parler chez la
+Reine, la femme Tison s'était levée; elle frappa à la porte,
+s'enquérant du motif de ce nocturne entretien. Son mari, qui venait de
+réveiller les commissaires de service, la suivait de près. Madame
+Élisabeth entr'ouvrit la porte, et leur dit avec douceur: «De grâce,
+laissez-nous pleurer en paix.» L'inquisition s'arrêta désarmée par
+cette voix angélique.</p>
+
+<p>Depuis quelques jours, Marie-Thérèse était indisposée; elle éprouvait
+dans tout le corps une grande fatigue, et ses jambes étaient enflées.
Le chagrin avait fait empirer son mal, et pendant plusieurs jours ses
-compagnes n'avaient pu obtenir l'entrée de M. Brunyer dans la
-tour<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a><a href="#footnote45" title="Go to footnote 45"><span class="smaller">[45]</span></a>. «Heureusement, dit-elle avec une simplicité touchante,
+compagnes n'avaient pu obtenir l'entrée de M. Brunyer dans la
+tour<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a><a href="#footnote45" title="Go to footnote 45"><span class="smaller">[45]</span></a>. «Heureusement, dit-elle avec une simplicité touchante,
heureusement le chagrin augmenta ma maladie au point de faire une
-diversion favorable au désespoir de ma mère.» Marie-Antoinette et
-Élisabeth passèrent les nuits à son chevet, dirigeant, appliquant
-elles-mêmes le traitement prescrit par le médecin, autorisé enfin à
-être admis auprès d'elles. Les habits de <span class="pagenum"><a id="page106" name="page106"></a>(p. 106)</span> deuil demandés
-furent accordés le 23<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a><a href="#footnote46" title="Go to footnote 46"><span class="smaller">[46]</span></a>. Dans la journée du 27, on en apporta une
-partie au Temple<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a><a href="#footnote47" title="Go to footnote 47"><span class="smaller">[47]</span></a>. La Reine ne pouvait voir ses enfants vêtus de
-noir sans que son c&oelig;ur se brisât. Elle dit un jour à Madame
-Élisabeth: «Je n'ai peut-être pas donné dans le temps au Roi tous les
+diversion favorable au désespoir de ma mère.» Marie-Antoinette et
+Élisabeth passèrent les nuits à son chevet, dirigeant, appliquant
+elles-mêmes le traitement prescrit par le médecin, autorisé enfin à
+être admis auprès d'elles. Les habits de <span class="pagenum"><a id="page106" name="page106"></a>(p. 106)</span> deuil demandés
+furent accordés le 23<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a><a href="#footnote46" title="Go to footnote 46"><span class="smaller">[46]</span></a>. Dans la journée du 27, on en apporta une
+partie au Temple<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a><a href="#footnote47" title="Go to footnote 47"><span class="smaller">[47]</span></a>. La Reine ne pouvait voir ses enfants vêtus de
+noir sans que son c&oelig;ur se brisât. Elle dit un jour à Madame
+Élisabeth: «Je n'ai peut-être pas donné dans le temps au Roi tous les
conseils qui pouvaient le sauver, mais je le rejoindrai sur
-l'échafaud; oui, ma s&oelig;ur, j'y monterai aussi.&mdash;J'espère que Dieu ne
-permettra pas un tel malheur, répondit Madame Élisabeth; mais soyons
-prêtes, ma s&oelig;ur, à obéir à sa volonté. Il se montre aujourd'hui
-sévère dans ses châtiments et dans ses vengeances: prions-le de nous
-donner la force d'accomplir tout ce qu'il exigera de nous.»</p>
-
-<p>Lepitre et Toulan, ces deux commissaires de la Commune qui s'étaient
-déjà créé par leur zèle des titres à la confiance de la famille
-royale, reparurent bientôt au Temple, et les pauvres recluses purent
-obtenir d'eux les détails qu'elles avaient vainement réclamés de leurs
-collègues. En effet, Toulan et Lepitre avaient pris soin de se munir
+l'échafaud; oui, ma s&oelig;ur, j'y monterai aussi.&mdash;J'espère que Dieu ne
+permettra pas un tel malheur, répondit Madame Élisabeth; mais soyons
+prêtes, ma s&oelig;ur, à obéir à sa volonté. Il se montre aujourd'hui
+sévère dans ses châtiments et dans ses vengeances: prions-le de nous
+donner la force d'accomplir tout ce qu'il exigera de nous.»</p>
+
+<p>Lepitre et Toulan, ces deux commissaires de la Commune qui s'étaient
+déjà créé par leur zèle des titres à la confiance de la famille
+royale, reparurent bientôt au Temple, et les pauvres recluses purent
+obtenir d'eux les détails qu'elles avaient vainement réclamés de leurs
+collègues. En effet, Toulan et Lepitre avaient pris soin de se munir
des journaux qui rendaient compte de la mort du Roi, et ces papiers
-furent lus avec cette poignante avidité de la douleur empressée à
-connaître toutes les circonstances les mieux faites pour l'alimenter.</p>
+furent lus avec cette poignante avidité de la douleur empressée à
+connaître toutes les circonstances les mieux faites pour l'alimenter.</p>
-<p>Lepitre, qui avait conçu l'idée d'offrir à la Reine et à Madame
-Élisabeth des consolations prises à la source même de leurs peines,
-leur présenta, le jeudi 7 février, une romance qu'il avait composée
-sur la mort de Louis XVI, et que madame Cléry avait mise en musique.
+<p>Lepitre, qui avait conçu l'idée d'offrir à la Reine et à Madame
+Élisabeth des consolations prises à la source même de leurs peines,
+leur présenta, le jeudi 7 février, une romance qu'il avait composée
+sur la mort de Louis XVI, et que madame Cléry avait mise en musique.
Il se trouva de <span class="pagenum"><a id="page107" name="page107"></a>(p. 107)</span> nouveau de service au Temple le 1<sup>er</sup> mars,
-trois semaines après avoir fait hommage de son &oelig;uvre; il en reçut
-la plus douce récompense que son c&oelig;ur pût ambitionner: la Reine le
-fit entrer dans la chambre de Madame Élisabeth; Marie-Thérèse se mit
-au piano, et son frère, debout auprès d'elle, chanta la romance<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a><a href="#footnote48" title="Go to footnote 48"><span class="smaller">[48]</span></a>,
-dont le dernier couplet est adressé à Madame Élisabeth; le voici:</p>
+trois semaines après avoir fait hommage de son &oelig;uvre; il en reçut
+la plus douce récompense que son c&oelig;ur pût ambitionner: la Reine le
+fit entrer dans la chambre de Madame Élisabeth; Marie-Thérèse se mit
+au piano, et son frère, debout auprès d'elle, chanta la romance<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a><a href="#footnote48" title="Go to footnote 48"><span class="smaller">[48]</span></a>,
+dont le dernier couplet est adressé à Madame Élisabeth; le voici:</p>
-<p class="poem10">«Et toi, dont les soins, la tendresse,<br>
+<p class="poem10">«Et toi, dont les soins, la tendresse,<br>
Ont adouci tant de malheurs,<br>
- Ta récompense est dans les c&oelig;urs<br>
- Que tu formes à la sagesse...<br>
+ Ta récompense est dans les c&oelig;urs<br>
+ Que tu formes à la sagesse...<br>
Ah! souviens-toi des derniers v&oelig;ux<br>
- Qu'en mourant exprima ton frère;<br>
- Reste toujours près de ma mère,<br>
- Et ses enfants en auront deux.»</p>
-
-<p>La Reine était assise à côté de son fils, suivant avec attention les
-modulations émues de sa voix et les dirigeant avec soin. M. Lepitre a
-raconté cette scène<a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a><a href="#footnote49" title="Go to footnote 49"><span class="smaller">[49]</span></a>: «Nos larmes coulèrent, dit-il, et nous
-gardâmes un morne silence. Mais qui pourra peindre le spectacle que
-j'avois sous les <span class="pagenum"><a id="page108" name="page108"></a>(p. 108)</span> yeux? la fille de Louis à son clavecin; sa
-mère, assise auprès d'elle, tenant son fils dans ses bras et les yeux
-mouillés de pleurs, dirigeant avec peine le jeu et la voix de ses
-enfants; Madame Élisabeth, debout à côté de sa s&oelig;ur, et mêlant ses
-soupirs aux tristes accents de son neveu.»</p>
-
-<p>Madame Élisabeth remarquait avec une satisfaction attendrie que la
-Reine était uniquement occupée de ses enfants, et elle bénissait le
-ciel du repos qu'il laissait à cette pauvre mère dans
-l'accomplissement de la seule tâche qui pouvait lui être chère encore.
-Madame Élisabeth l'y secondait avec tout son dévouement: leur sombre
-douleur à toutes deux ne s'éclairait d'un rayon fugitif qu'à cause de
+ Qu'en mourant exprima ton frère;<br>
+ Reste toujours près de ma mère,<br>
+ Et ses enfants en auront deux.»</p>
+
+<p>La Reine était assise à côté de son fils, suivant avec attention les
+modulations émues de sa voix et les dirigeant avec soin. M. Lepitre a
+raconté cette scène<a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a><a href="#footnote49" title="Go to footnote 49"><span class="smaller">[49]</span></a>: «Nos larmes coulèrent, dit-il, et nous
+gardâmes un morne silence. Mais qui pourra peindre le spectacle que
+j'avois sous les <span class="pagenum"><a id="page108" name="page108"></a>(p. 108)</span> yeux? la fille de Louis à son clavecin; sa
+mère, assise auprès d'elle, tenant son fils dans ses bras et les yeux
+mouillés de pleurs, dirigeant avec peine le jeu et la voix de ses
+enfants; Madame Élisabeth, debout à côté de sa s&oelig;ur, et mêlant ses
+soupirs aux tristes accents de son neveu.»</p>
+
+<p>Madame Élisabeth remarquait avec une satisfaction attendrie que la
+Reine était uniquement occupée de ses enfants, et elle bénissait le
+ciel du repos qu'il laissait à cette pauvre mère dans
+l'accomplissement de la seule tâche qui pouvait lui être chère encore.
+Madame Élisabeth l'y secondait avec tout son dévouement: leur sombre
+douleur à toutes deux ne s'éclairait d'un rayon fugitif qu'à cause de
leur tendresse pour leurs deux enfants, quoique cette tendresse leur
-rendît souvent plus poignant le sentiment de leurs périls:&mdash;leur fille
-déjà faite aux regrets et aux inquiétudes, mais forte, résignée, et
-recueillant avec courage les leçons du malheur; près d'elle, son petit
-frère, animant tout de sa parole et de son sourire. La sollicitude de
-la Reine et de Madame Élisabeth à l'égard de cet enfant devait
-s'étendre à tous les soins, car la prière faite par le Roi en allant
-au supplice de voir Cléry reprendre son service auprès du jeune Prince
-avait été rejetée par la Commune. Les deux institutrices essayaient,
-par les ressources qu'elles avaient en elles-mêmes, de suppléer à
-l'absence des éléments d'instruction nécessaires: l'écriture, la
-géographie, l'histoire, eurent tant bien que mal leurs heures
-accoutumées. Quant à l'éducation proprement dite, il est facile de
-croire que jamais enfant n'avait été placé à meilleure école; car dans
+rendît souvent plus poignant le sentiment de leurs périls:&mdash;leur fille
+déjà faite aux regrets et aux inquiétudes, mais forte, résignée, et
+recueillant avec courage les leçons du malheur; près d'elle, son petit
+frère, animant tout de sa parole et de son sourire. La sollicitude de
+la Reine et de Madame Élisabeth à l'égard de cet enfant devait
+s'étendre à tous les soins, car la prière faite par le Roi en allant
+au supplice de voir Cléry reprendre son service auprès du jeune Prince
+avait été rejetée par la Commune. Les deux institutrices essayaient,
+par les ressources qu'elles avaient en elles-mêmes, de suppléer à
+l'absence des éléments d'instruction nécessaires: l'écriture, la
+géographie, l'histoire, eurent tant bien que mal leurs heures
+accoutumées. Quant à l'éducation proprement dite, il est facile de
+croire que jamais enfant n'avait été placé à meilleure école; car dans
quel autre lieu du monde et sous quelle influence plus persuasive
-eût-il pu recevoir de plus généreuses exhortations et de plus
-magnanimes exemples? Les recommandations de son père mourant
-n'étaient-elles pas chaque jour mises en pratique sous ses yeux? Sa
-mère et sa tante perdaient-elles une occasion d'excuser devant lui
-leurs persécuteurs, <span class="pagenum"><a id="page109" name="page109"></a>(p. 109)</span> en les représentant égarés par le vertige
-des passions révolutionnaires bien plus que par le mouvement de leur
-c&oelig;ur? Non-seulement elles lui prêchaient le pardon des injures,
+eût-il pu recevoir de plus généreuses exhortations et de plus
+magnanimes exemples? Les recommandations de son père mourant
+n'étaient-elles pas chaque jour mises en pratique sous ses yeux? Sa
+mère et sa tante perdaient-elles une occasion d'excuser devant lui
+leurs persécuteurs, <span class="pagenum"><a id="page109" name="page109"></a>(p. 109)</span> en les représentant égarés par le vertige
+des passions révolutionnaires bien plus que par le mouvement de leur
+c&oelig;ur? Non-seulement elles lui prêchaient le pardon des injures,
mais encore, dans les lectures de l'histoire de France qu'elles lui
faisaient journellement, elles avaient soin d'exalter les belles
-actions, les traits de clémence ou d'héroïsme qu'elles y
+actions, les traits de clémence ou d'héroïsme qu'elles y
rencontraient.</p>
-<p>Madame Élisabeth vit se former avec bonheur, mais non sans inquiétude,
-le projet conçu par Toulan de faire évader du Temple la Reine et ses
-enfants; ne songeant jamais à sa propre personne, elle s'effrayait des
-périls d'une entreprise dont le plan, par sa hardiesse même, plaisait
-à Marie-Antoinette: celle-ci toutefois, avant de l'adopter, désira
-qu'il obtînt l'approbation de M. de Jarjayes, homme grave déjà signalé
-à sa confiance par le succès de quelques missions importantes. Après
-deux longues conférences, Jarjayes et Toulan arrêtèrent leur plan, qui
+<p>Madame Élisabeth vit se former avec bonheur, mais non sans inquiétude,
+le projet conçu par Toulan de faire évader du Temple la Reine et ses
+enfants; ne songeant jamais à sa propre personne, elle s'effrayait des
+périls d'une entreprise dont le plan, par sa hardiesse même, plaisait
+à Marie-Antoinette: celle-ci toutefois, avant de l'adopter, désira
+qu'il obtînt l'approbation de M. de Jarjayes, homme grave déjà signalé
+à sa confiance par le succès de quelques missions importantes. Après
+deux longues conférences, Jarjayes et Toulan arrêtèrent leur plan, qui
rendait indispensable l'association d'un second commissaire. Leur
-choix devait naturellement se porter sur Lepitre. Dans une troisième
-conférence, où celui-ci fut appelé, on s'entendit sur les moyens
-d'exécution. M. de Jarjayes se chargea de faire confectionner des
-habits d'homme pour la Reine et pour Madame Élisabeth, et les deux
-municipaux s'engagèrent à introduire ces habits dans la tour en les
+choix devait naturellement se porter sur Lepitre. Dans une troisième
+conférence, où celui-ci fut appelé, on s'entendit sur les moyens
+d'exécution. M. de Jarjayes se chargea de faire confectionner des
+habits d'homme pour la Reine et pour Madame Élisabeth, et les deux
+municipaux s'engagèrent à introduire ces habits dans la tour en les
cachant sous la pelisse que l'un et l'autre avaient coutume de mettre
-par-dessus leur vêtement. Les deux princesses, à l'aide de ce
-déguisement, rehaussé de l'écharpe tricolore, devaient sortir munies
+par-dessus leur vêtement. Les deux princesses, à l'aide de ce
+déguisement, rehaussé de l'écharpe tricolore, devaient sortir munies
de cartes telles que les avaient les commissaires et toutes personnes
-autorisées à entrer à la tour. La réalisation de ce plan ne paraissait
-point offrir de grandes difficultés; mais l'évasion des deux enfants
-présentait mille dangers aussi insurmontables les uns que les autres.
-Le petit Prince surtout était l'objet d'une surveillance active et
+autorisées à entrer à la tour. La réalisation de ce plan ne paraissait
+point offrir de grandes difficultés; mais l'évasion des deux enfants
+présentait mille dangers aussi insurmontables les uns que les autres.
+Le petit Prince surtout était l'objet d'une surveillance active et
incessante qui rendait pour lui impossible toute chance <span class="pagenum"><a id="page110" name="page110"></a>(p. 110)</span> de
salut. Une chance cependant, quoique presque impossible, parut
-susceptible d'être tentée. Un homme du peuple, nommé Jacques, venait
-le matin à la tour nettoyer les quinquets et les réverbères, et
-revenait le soir les allumer. Deux enfants à peu près de l'âge et de
+susceptible d'être tentée. Un homme du peuple, nommé Jacques, venait
+le matin à la tour nettoyer les quinquets et les réverbères, et
+revenait le soir les allumer. Deux enfants à peu près de l'âge et de
la taille des enfants de la Reine l'accompagnaient ordinairement et
-l'aidaient, dans son travail. Il n'eût pas été prudent de mettre dans
-la confidence cet employé subalterne qui ne parlait jamais ni aux
-municipaux ni aux geôliers, et ne connaissait au Temple que sa
-consigne. Mais voici ce que Toulan imagina: «Le lampiste, dit-il à ses
+l'aidaient, dans son travail. Il n'eût pas été prudent de mettre dans
+la confidence cet employé subalterne qui ne parlait jamais ni aux
+municipaux ni aux geôliers, et ne connaissait au Temple que sa
+consigne. Mais voici ce que Toulan imagina: «Le lampiste, dit-il à ses
complices, remplit son office entre cinq et six heures; son dernier
-réverbère est allumé et lui-même est déjà sorti du Temple lorsque, à
-sept heures, les sentinelles sont relevées. Dès qu'il se sera retiré
-et que les factionnaires seront relevés, un homme accoutré comme le
-lampiste, passant à la faveur d'une carte d'entrée sous l'&oelig;il des
-premiers guichetiers, arrivera, sa boîte de fer-blanc au bras, à
-l'appartement de la Reine; je me trouverai là, et, le gourmandant
-hautement de n'être pas venu lui-même arranger ses quinquets:
-«N'avez-vous pas de honte, lui dirai-je, d'avoir envoyé vos deux
-enfants pour faire votre besogne à votre place?» Puis alors je lui
-remettrai les enfants de la Reine, et le prétendu lampiste s'en ira
+réverbère est allumé et lui-même est déjà sorti du Temple lorsque, à
+sept heures, les sentinelles sont relevées. Dès qu'il se sera retiré
+et que les factionnaires seront relevés, un homme accoutré comme le
+lampiste, passant à la faveur d'une carte d'entrée sous l'&oelig;il des
+premiers guichetiers, arrivera, sa boîte de fer-blanc au bras, à
+l'appartement de la Reine; je me trouverai là, et, le gourmandant
+hautement de n'être pas venu lui-même arranger ses quinquets:
+«N'avez-vous pas de honte, lui dirai-je, d'avoir envoyé vos deux
+enfants pour faire votre besogne à votre place?» Puis alors je lui
+remettrai les enfants de la Reine, et le prétendu lampiste s'en ira
avec ses deux jeunes apprentis, et tous trois gagneront le coin des
-boulevards, où les attendra M. de Jarjayes.»</p>
+boulevards, où les attendra M. de Jarjayes.»</p>
-<p>Ce plan, qui fut agréé par Jarjayes et Lepitre, rendait nécessaire
-l'adjonction d'un nouveau confident digne d'entrer dans ce généreux
-complot et de jouer le rôle du lampiste. «J'ai un de mes amis,
+<p>Ce plan, qui fut agréé par Jarjayes et Lepitre, rendait nécessaire
+l'adjonction d'un nouveau confident digne d'entrer dans ce généreux
+complot et de jouer le rôle du lampiste. «J'ai un de mes amis,
continua Toulan, homme discret et courageux, qui acceptera, j'en suis
-certain, sa part de cette périlleuse entreprise. Il se nomme Ricard,
-et est inspecteur des domaines nationaux. Je réponds de lui.»&mdash;On
-voit, d'après cet exposé, que Toulan se chargeait de présider
-spécialement aux dispositions relatives à l'évasion <span class="pagenum"><a id="page111" name="page111"></a>(p. 111)</span> de la
+certain, sa part de cette périlleuse entreprise. Il se nomme Ricard,
+et est inspecteur des domaines nationaux. Je réponds de lui.»&mdash;On
+voit, d'après cet exposé, que Toulan se chargeait de présider
+spécialement aux dispositions relatives à l'évasion <span class="pagenum"><a id="page111" name="page111"></a>(p. 111)</span> de la
tour, et Jarjayes aux mesures concernant la fuite hors du territoire
-français.</p>
+français.</p>
-<p>Chacun se tint prêt. Ricard, averti, se munit d'un costume
-parfaitement semblable à celui du lampiste; Jarjayes s'assura de trois
+<p>Chacun se tint prêt. Ricard, averti, se munit d'un costume
+parfaitement semblable à celui du lampiste; Jarjayes s'assura de trois
cabriolets auxquels, au premier signal et au lieu convenu, devaient
s'atteler de vigoureux chevaux. Il fut convenu que la Reine et son
-fils monteraient dans la première de ces voitures, conduite par M. de
-Jarjayes; Marie-Thérèse dans la seconde, conduite par Lepitre, et
-Madame Élisabeth dans la troisième, conduite par Toulan. Une fois son
-office rempli, Ricard se serait débarrassé de son déguisement, et
-serait rentré en son domicile sans que personne eût pu soupçonner la
-part heureuse prise par lui à un événement qui allait occuper le
+fils monteraient dans la première de ces voitures, conduite par M. de
+Jarjayes; Marie-Thérèse dans la seconde, conduite par Lepitre, et
+Madame Élisabeth dans la troisième, conduite par Toulan. Une fois son
+office rempli, Ricard se serait débarrassé de son déguisement, et
+serait rentré en son domicile sans que personne eût pu soupçonner la
+part heureuse prise par lui à un événement qui allait occuper le
monde.</p>
-<p>Le succès de l'entreprise semblait assuré: Lepitre, président de la
-commission des passe-ports, avait délivré lui-même les passe-ports en
-règle; les incidents étaient calculés de manière qu'on ne pouvait se
-mettre à la poursuite des prisonniers que de longues heures après leur
-départ. Enfin, on avait réuni une somme considérable d'argent, ce nerf
-de toutes les entreprises. On devait gagner les côtes de la Normandie:
-Jarjayes s'était assuré des moyens de passer en Angleterre; un bateau
-se tenait à sa disposition sur un point convenu, près du Havre. Enfin,
-il n'était point impossible d'espérer que des mesures combinées avec
-une habileté qui n'avait rien oublié dans ses prévisions et ses
-calculs, et avec tant d'intelligence et de dévouement, conjureraient
-cette fois les chances fatales qui emportaient vers l'abîme les débris
-de la maison de France. Mais il était écrit qu'en toute circonstance
+<p>Le succès de l'entreprise semblait assuré: Lepitre, président de la
+commission des passe-ports, avait délivré lui-même les passe-ports en
+règle; les incidents étaient calculés de manière qu'on ne pouvait se
+mettre à la poursuite des prisonniers que de longues heures après leur
+départ. Enfin, on avait réuni une somme considérable d'argent, ce nerf
+de toutes les entreprises. On devait gagner les côtes de la Normandie:
+Jarjayes s'était assuré des moyens de passer en Angleterre; un bateau
+se tenait à sa disposition sur un point convenu, près du Havre. Enfin,
+il n'était point impossible d'espérer que des mesures combinées avec
+une habileté qui n'avait rien oublié dans ses prévisions et ses
+calculs, et avec tant d'intelligence et de dévouement, conjureraient
+cette fois les chances fatales qui emportaient vers l'abîme les débris
+de la maison de France. Mais il était écrit qu'en toute circonstance
la fortune se tournerait contre elle. Cette fois, l'obstacle ne vint
-pas, comme au voyage de Varennes, du zèle inintelligent de ses amis;
-il naquit d'un grand mouvement excité le <span class="pagenum"><a id="page112" name="page112"></a>(p. 112)</span> 7 mars dans Paris
-par la nouvelle du succès des armes étrangères<a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a><a href="#footnote50" title="Go to footnote 50"><span class="smaller">[50]</span></a> et par la cherté
-des subsistances. Le lendemain 8 avait été le jour fixé pour
-l'évasion. On comprend qu'au milieu des émotions causées dans Paris,
-tout ensemble par l'inquiétude de l'invasion et l'appréhension de la
-famine, l'entreprise de Toulan dut être forcément remise. Les débats
-enflammés de la Convention, la violence de la Commune, le tumulte de
-la rue, tenaient en éveil la sollicitude du gouvernement et
+pas, comme au voyage de Varennes, du zèle inintelligent de ses amis;
+il naquit d'un grand mouvement excité le <span class="pagenum"><a id="page112" name="page112"></a>(p. 112)</span> 7 mars dans Paris
+par la nouvelle du succès des armes étrangères<a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a><a href="#footnote50" title="Go to footnote 50"><span class="smaller">[50]</span></a> et par la cherté
+des subsistances. Le lendemain 8 avait été le jour fixé pour
+l'évasion. On comprend qu'au milieu des émotions causées dans Paris,
+tout ensemble par l'inquiétude de l'invasion et l'appréhension de la
+famine, l'entreprise de Toulan dut être forcément remise. Les débats
+enflammés de la Convention, la violence de la Commune, le tumulte de
+la rue, tenaient en éveil la sollicitude du gouvernement et
provoquaient son attention.</p>
-<p>Or sa surveillance, aux jours d'émeute, se portait toujours sur la
+<p>Or sa surveillance, aux jours d'émeute, se portait toujours sur la
prison de la famille royale. Celle-ci, qui entendait parfaitement le
-bruissement tumultueux de la grande ville, ne sachant à quelle cause
-l'attribuer, craignait que le complot ourdi pour sa délivrance n'eût
-été éventé, et que ses amis ne fussent compromis. Sa joie fut vive en
+bruissement tumultueux de la grande ville, ne sachant à quelle cause
+l'attribuer, craignait que le complot ourdi pour sa délivrance n'eût
+été éventé, et que ses amis ne fussent compromis. Sa joie fut vive en
voyant, le 8, Toulan arriver au Temple, et plus vive encore en
-apprenant de lui qu'aucune ombre de soupçon ne s'était manifestée.
-«J'aurais été désolée, lui dit la veuve de Louis XVI, de quitter ce
-séjour sans en emporter quelques objets qui me sont précieux et qui
-m'ont été légués par une main qui me fut chère et qui m'est sacrée: je
+apprenant de lui qu'aucune ombre de soupçon ne s'était manifestée.
+«J'aurais été désolée, lui dit la veuve de Louis XVI, de quitter ce
+séjour sans en emporter quelques objets qui me sont précieux et qui
+m'ont été légués par une main qui me fut chère et qui m'est sacrée: je
veux parler de l'anneau nuptial et du cachet que le Roi portait
-toujours, et qu'il avait chargé Cléry de me remettre avec les cheveux
-de ma s&oelig;ur Élisabeth et de mes enfants.» Toulan ne fit aucune
-réponse à ce sujet; mais il n'ignorait pas que Cléry, le jour où il
-avait été rendu à la liberté, avait, sur les ordres des municipaux,
+toujours, et qu'il avait chargé Cléry de me remettre avec les cheveux
+de ma s&oelig;ur Élisabeth et de mes enfants.» Toulan ne fit aucune
+réponse à ce sujet; mais il n'ignorait pas que Cléry, le jour où il
+avait été rendu à la liberté, avait, sur les ordres des municipaux,
remis au conseil du Temple les effets dont le conseil de la Commune
-l'avait laissé dépositaire le 21 janvier, et que ces effets, parmi
-lesquels se trouvaient les objets dont parlait la Reine, avaient été
-placés sous les scellés dans la chambre du feu Roi. Le surlendemain,
-avant sa sortie du Temple, Toulan <span class="pagenum"><a id="page113" name="page113"></a>(p. 113)</span> remit à Marie-Antoinette
-les objets qu'elle avait désirés, et qu'il avait retirés de dessous
-les scellés.</p>
-
-<p>Il avait eu le temps et l'adresse d'en faire exécuter d'à peu près
-semblables, et l'audace de les substituer aux premiers. On éprouve un
-sentiment qui ressemble à une consolation, à voir que la Reine de
-France, dans tout l'éclat de sa puissance et de sa gloire, à
-Versailles, n'eût point été servie avec plus de zèle et d'habileté.</p>
-
-<p>L'effervescence des esprits était loin de se calmer. Le 12, la
-conduite du général Dumouriez était dénoncée à la Convention par la
-section Poissonnière de Paris; le 13, pour la première fois, la
-Vendée, déjà frémissante depuis quelque temps, levait ouvertement le
+l'avait laissé dépositaire le 21 janvier, et que ces effets, parmi
+lesquels se trouvaient les objets dont parlait la Reine, avaient été
+placés sous les scellés dans la chambre du feu Roi. Le surlendemain,
+avant sa sortie du Temple, Toulan <span class="pagenum"><a id="page113" name="page113"></a>(p. 113)</span> remit à Marie-Antoinette
+les objets qu'elle avait désirés, et qu'il avait retirés de dessous
+les scellés.</p>
+
+<p>Il avait eu le temps et l'adresse d'en faire exécuter d'à peu près
+semblables, et l'audace de les substituer aux premiers. On éprouve un
+sentiment qui ressemble à une consolation, à voir que la Reine de
+France, dans tout l'éclat de sa puissance et de sa gloire, à
+Versailles, n'eût point été servie avec plus de zèle et d'habileté.</p>
+
+<p>L'effervescence des esprits était loin de se calmer. Le 12, la
+conduite du général Dumouriez était dénoncée à la Convention par la
+section Poissonnière de Paris; le 13, pour la première fois, la
+Vendée, déjà frémissante depuis quelque temps, levait ouvertement le
drapeau; et d'ailleurs, le tour de service de Toulan et de Lepitre ne
pouvant se produire qu'au bout d'un certain nombre de jours, tout
-projet de délivrance se trouva ajourné. Madame Élisabeth ne s'était
-pas fait d'illusion sur les difficultés de la tentative, et cependant
+projet de délivrance se trouva ajourné. Madame Élisabeth ne s'était
+pas fait d'illusion sur les difficultés de la tentative, et cependant
elle la regretta comme une chance de salut perdue pour la Reine. Les
-jours suivants amenèrent encore des événements qui ne firent que
-développer le système de l'intimidation. La surveillance exercée sur
-l'enfant royal devint extrême. Jarjayes, Toulan et Lepitre, forcés de
-limiter leur entreprise aux bornes du possible, concentrèrent leur
-pensée de délivrance sur la Reine et sur Madame Élisabeth. Mais ici se
-présentait une nouvelle difficulté: comment obtenir de
-Marie-Antoinette et de Madame Élisabeth de se séparer de leurs
-enfants? Déjà, à une époque moins affreuse, la Reine avait déclaré que
+jours suivants amenèrent encore des événements qui ne firent que
+développer le système de l'intimidation. La surveillance exercée sur
+l'enfant royal devint extrême. Jarjayes, Toulan et Lepitre, forcés de
+limiter leur entreprise aux bornes du possible, concentrèrent leur
+pensée de délivrance sur la Reine et sur Madame Élisabeth. Mais ici se
+présentait une nouvelle difficulté: comment obtenir de
+Marie-Antoinette et de Madame Élisabeth de se séparer de leurs
+enfants? Déjà, à une époque moins affreuse, la Reine avait déclaré que
si on voulait la sauver, il fallait sauver ses enfants avec elle.
-Quant à Madame Élisabeth, on sait que cette grande âme s'oubliait en
-toute occasion. Elle employa toute l'éloquence de son c&oelig;ur à
-persuader à sa s&oelig;ur que c'était un devoir impérieux pour elle de
-profiter des ressources qui lui restaient pour échapper à ses
-ennemis. «Vos jours, lui dit-elle, <span class="pagenum"><a id="page114" name="page114"></a>(p. 114)</span> peuvent être menacés,
-tandis que ceux de vos enfants et les miens mêmes ne sont exposés à
-aucun danger. Vos enfants sont couverts par leur âge, et moi par ma
-nullité. Sans doute, ma s&oelig;ur, les bruits odieux qui ont quelquefois
-troublé votre oreille sont imprégnés de l'exagération populaire; mais
-cependant ils arrivent au vrai lorsqu'ils expriment l'animosité
-publique excitée contre vous. L'égarement du peuple à votre égard est
+Quant à Madame Élisabeth, on sait que cette grande âme s'oubliait en
+toute occasion. Elle employa toute l'éloquence de son c&oelig;ur à
+persuader à sa s&oelig;ur que c'était un devoir impérieux pour elle de
+profiter des ressources qui lui restaient pour échapper à ses
+ennemis. «Vos jours, lui dit-elle, <span class="pagenum"><a id="page114" name="page114"></a>(p. 114)</span> peuvent être menacés,
+tandis que ceux de vos enfants et les miens mêmes ne sont exposés à
+aucun danger. Vos enfants sont couverts par leur âge, et moi par ma
+nullité. Sans doute, ma s&oelig;ur, les bruits odieux qui ont quelquefois
+troublé votre oreille sont imprégnés de l'exagération populaire; mais
+cependant ils arrivent au vrai lorsqu'ils expriment l'animosité
+publique excitée contre vous. L'égarement du peuple à votre égard est
tel que vous deviendriez coupable d'en attendre les effets. Vous avez
une grande confiance en M. de Jarjayes, et, vous le voyez, il vous
-envoie lui-même ses supplications les plus vives pour vous engager à
-vous prêter à l'exécution du nouveau plan dont Toulan vous apporte les
-détails. Peut-être est-ce la main invisible de la Providence qui vous
+envoie lui-même ses supplications les plus vives pour vous engager à
+vous prêter à l'exécution du nouveau plan dont Toulan vous apporte les
+détails. Peut-être est-ce la main invisible de la Providence qui vous
tend cette planche dans le naufrage; ne la repoussez pas, je vous en
supplie: je vous le demande au nom de vos enfants, au nom de celui
-dont la mémoire vous est sainte, et, si vous le permettez, au nom de
-mon amour pour vous.»</p>
+dont la mémoire vous est sainte, et, si vous le permettez, au nom de
+mon amour pour vous.»</p>
-<p>La voix pénétrante de Madame Élisabeth se fit route au c&oelig;ur de la
+<p>La voix pénétrante de Madame Élisabeth se fit route au c&oelig;ur de la
Reine. Celle-ci approuva le plan; elle promit de s'y conformer. Le
-jour fut pris, le jour arriva... La veille au soir, la mère et la
-tante étaient assises au chevet du lit du jeune Prince endormi. Sa
-s&oelig;ur était couchée aussi, mais la porte de sa chambre était
-ouverte, et Marie-Thérèse, occupée de l'air rêveur et triste qu'elle
-avait vu à sa mère toute la journée, n'avait point encore rencontré le
+jour fut pris, le jour arriva... La veille au soir, la mère et la
+tante étaient assises au chevet du lit du jeune Prince endormi. Sa
+s&oelig;ur était couchée aussi, mais la porte de sa chambre était
+ouverte, et Marie-Thérèse, occupée de l'air rêveur et triste qu'elle
+avait vu à sa mère toute la journée, n'avait point encore rencontré le
sommeil. Elle entendit ainsi les paroles que plus tard elle a
-répétées. Cédant au sacrifice qu'on lui avait demandé,
-Marie-Antoinette était donc assise auprès du lit de son fils: «Dieu
+répétées. Cédant au sacrifice qu'on lui avait demandé,
+Marie-Antoinette était donc assise auprès du lit de son fils: «Dieu
veuille, dit-elle, que cet enfant soit heureux!&mdash;Il le sera, ma
-s&oelig;ur, répondit Madame Élisabeth en montrant à la Reine la figure
-douce et fière du Dauphin.&mdash;Toute jeunesse est courte comme toute
+s&oelig;ur, répondit Madame Élisabeth en montrant à la Reine la figure
+douce et fière du Dauphin.&mdash;Toute jeunesse est courte comme toute
joie, murmura Marie-Antoinette avec un serrement de c&oelig;ur; on en
-finit avec le <span class="pagenum"><a id="page115" name="page115"></a>(p. 115)</span> bonheur comme avec toute chose.» Puis, se
-levant, elle fit quelques pas dans sa chambre en disant: «Et
-vous-même, ma bonne s&oelig;ur, quand et comment vous reverrai-je?...
-C'est impossible! c'est impossible!»</p>
-
-<p>La jeune Marie-Thérèse avait recueilli ces paroles, mais ce n'est que
-quelque temps après que le sens lui en fut expliqué par sa tante.
-Cette exclamation de la Reine n'était autre chose que le rejet du
-moyen de salut qui lui était offert. Son parti était pris: l'amour de
-ses enfants l'emportait sur toute autre considération, sur les prières
+finit avec le <span class="pagenum"><a id="page115" name="page115"></a>(p. 115)</span> bonheur comme avec toute chose.» Puis, se
+levant, elle fit quelques pas dans sa chambre en disant: «Et
+vous-même, ma bonne s&oelig;ur, quand et comment vous reverrai-je?...
+C'est impossible! c'est impossible!»</p>
+
+<p>La jeune Marie-Thérèse avait recueilli ces paroles, mais ce n'est que
+quelque temps après que le sens lui en fut expliqué par sa tante.
+Cette exclamation de la Reine n'était autre chose que le rejet du
+moyen de salut qui lui était offert. Son parti était pris: l'amour de
+ses enfants l'emportait sur toute autre considération, sur les prières
de sa s&oelig;ur, sur l'instinct de sa propre conservation, sur la parole
-même donnée au dévouement de ses courageux amis. Toutefois, se
+même donnée au dévouement de ses courageux amis. Toutefois, se
reprochant presque comme un parjure une promesse qu'elle ne voulait
plus tenir, elle sentit qu'elle devait des explications et une amende
-honorable à ces âmes généreuses, résolues à s'exposer pour elle; et le
-lendemain, aussitôt qu'elle put parler à Toulan, qui arrivait tout ému
-de la grande action qu'il allait accomplir: «Vous allez m'en vouloir,
-lui dit-elle, mais j'ai réfléchi; il n'y a ici que danger: vaut mieux
-mort que remords.» Dans le cours de la journée, elle trouva encore le
+honorable à ces âmes généreuses, résolues à s'exposer pour elle; et le
+lendemain, aussitôt qu'elle put parler à Toulan, qui arrivait tout ému
+de la grande action qu'il allait accomplir: «Vous allez m'en vouloir,
+lui dit-elle, mais j'ai réfléchi; il n'y a ici que danger: vaut mieux
+mort que remords.» Dans le cours de la journée, elle trouva encore le
moyen de glisser dans l'oreille de Toulan ces paroles dont se
-souvenait cet homme intrépide en montant sur l'échafaud le 30 juin
-1794: «Je mourrai malheureuse si je n'ai pu vous prouver ma
+souvenait cet homme intrépide en montant sur l'échafaud le 30 juin
+1794: «Je mourrai malheureuse si je n'ai pu vous prouver ma
gratitude<a id="footnotetag51" name="footnotetag51"></a><a href="#footnote51" title="Go to footnote 51"><span class="smaller">[51]</span></a>.&mdash;Et moi, madame, malheureux si je n'ai pu vous
-<span class="pagenum"><a id="page116" name="page116"></a>(p. 116)</span> montrer mon dévouement.&mdash;D'après ce qui se passe, dit encore
-la Reine, comme frappée d'une sinistre prévision, je puis m'attendre
-d'un instant à l'autre à me voir privée de toute communication. Voici
-l'alliance, le cachet et le petit paquet de cheveux que je dois à vous
-seul d'avoir recouvrés. Je vous charge de les déposer entre les mains
-de M. de Jarjayes, en le priant de les faire parvenir à Monsieur et au
+<span class="pagenum"><a id="page116" name="page116"></a>(p. 116)</span> montrer mon dévouement.&mdash;D'après ce qui se passe, dit encore
+la Reine, comme frappée d'une sinistre prévision, je puis m'attendre
+d'un instant à l'autre à me voir privée de toute communication. Voici
+l'alliance, le cachet et le petit paquet de cheveux que je dois à vous
+seul d'avoir recouvrés. Je vous charge de les déposer entre les mains
+de M. de Jarjayes, en le priant de les faire parvenir à Monsieur et au
comte d'Artois, ainsi que des lettres que ma s&oelig;ur et moi avons
-écrites à nos frères<a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a><a href="#footnote52" title="Go to footnote 52"><span class="smaller">[52]</span></a>.»</p>
+écrites à nos frères<a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a><a href="#footnote52" title="Go to footnote 52"><span class="smaller">[52]</span></a>.»</p>
-<p>Madame Élisabeth écrivait ces lignes à Monsieur:</p>
+<p>Madame Élisabeth écrivait ces lignes à Monsieur:</p>
<div class="lettre">
-<p>«Je jouis d'avance du plaisir que vous éprouverez en recevant ce gage
-de l'amitié et de la confiance; être réunie avec vous et vous voir
-heureux est tout ce que je désire: vous savez si je vous aime. Je vous
+<p>«Je jouis d'avance du plaisir que vous éprouverez en recevant ce gage
+de l'amitié et de la confiance; être réunie avec vous et vous voir
+heureux est tout ce que je désire: vous savez si je vous aime. Je vous
embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
-<p class="author">»E. M.»</p>
+<p class="author">»E. M.»</p>
</div>
<p>Et au comte d'Artois:</p>
<div class="lettre">
-<p>«Quel bonheur pour moi, mon cher ami, mon frère, de pouvoir, après un
+<p>«Quel bonheur pour moi, mon cher ami, mon frère, de pouvoir, après un
si long espace de temps, vous parler de tous mes sentiments! Que j'ai
-souffert pour vous! Un <span class="pagenum"><a id="page117" name="page117"></a>(p. 117)</span> temps viendra, j'espère, où je pourrai
+souffert pour vous! Un <span class="pagenum"><a id="page117" name="page117"></a>(p. 117)</span> temps viendra, j'espère, où je pourrai
vous embrasser, et vous dire que jamais vous ne trouverez une amie
-plus vraie et plus tendre que moi; vous n'en doutez pas, j'espère.</p>
+plus vraie et plus tendre que moi; vous n'en doutez pas, j'espère.</p>
-<p class="author">»E. M.»</p>
+<p class="author">»E. M.»</p>
</div>
<p class="p2">Ce ne fut que dans les premiers jours de mai que M. de Jarjayes put
-faire parvenir ces messages à leur destination, le cachet et le paquet
+faire parvenir ces messages à leur destination, le cachet et le paquet
de cheveux au comte de Provence, et l'anneau et les cheveux de Louis
XVI au comte d'Artois<a id="footnotetag53" name="footnotetag53"></a><a href="#footnote53" title="Go to footnote 53"><span class="smaller">[53]</span></a>.</p>
-<p>Le gouvernement révolutionnaire rencontrait dans sa marche obstacle
-sur obstacle. Le midi de la France semblait répondre aux cris de la
-Vendée. Les puissances liguées contre la France, heureuses de voir les
-torches de la guerre civile allumées dans nos provinces, se
+<p>Le gouvernement révolutionnaire rencontrait dans sa marche obstacle
+sur obstacle. Le midi de la France semblait répondre aux cris de la
+Vendée. Les puissances liguées contre la France, heureuses de voir les
+torches de la guerre civile allumées dans nos provinces, se
partageaient tranquillement les lambeaux de la Pologne. Dumouriez, qui
-venait de livrer à l'Allemagne le ministre de la guerre et les
-commissaires de la Convention, mettait à l'abri des lignes
-autrichiennes sa tête cotée à trois cent mille francs. L'annonce de
-ces événements dictait à la Commune de nouvelles mesures de
-précaution<a id="footnotetag54" name="footnotetag54"></a><a href="#footnote54" title="Go to footnote 54"><span class="smaller">[54]</span></a>; elle inspirait <span class="pagenum"><a id="page118" name="page118"></a>(p. 118)</span> à la Convention de nouveaux
-décrets qui faisaient doubler la garde du Temple<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a><a href="#footnote55" title="Go to footnote 55"><span class="smaller">[55]</span></a>, créaient un
-comité de salut <span class="pagenum"><a id="page119" name="page119"></a>(p. 119)</span> public et mettaient en arrestation toute la
+venait de livrer à l'Allemagne le ministre de la guerre et les
+commissaires de la Convention, mettait à l'abri des lignes
+autrichiennes sa tête cotée à trois cent mille francs. L'annonce de
+ces événements dictait à la Commune de nouvelles mesures de
+précaution<a id="footnotetag54" name="footnotetag54"></a><a href="#footnote54" title="Go to footnote 54"><span class="smaller">[54]</span></a>; elle inspirait <span class="pagenum"><a id="page118" name="page118"></a>(p. 118)</span> à la Convention de nouveaux
+décrets qui faisaient doubler la garde du Temple<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a><a href="#footnote55" title="Go to footnote 55"><span class="smaller">[55]</span></a>, créaient un
+comité de salut <span class="pagenum"><a id="page119" name="page119"></a>(p. 119)</span> public et mettaient en arrestation toute la
famille des Bourbons. Ces mouvements, qui agitaient la France et
-l'Europe, ne troublaient pas le morne intérieur de la tour du Temple;
-et le fils de Louis XVI, reconnu Roi de France par l'étranger,
-proclamé sous le nom de Louis XVII sur quelques points du territoire
+l'Europe, ne troublaient pas le morne intérieur de la tour du Temple;
+et le fils de Louis XVI, reconnu Roi de France par l'étranger,
+proclamé sous le nom de Louis XVII sur quelques points du territoire
national, n'avait pour palais qu'une prison, pour courtisans, pour
-ministres et pour gardes qu'une mère assiégée par toutes les
-angoisses, mais armée d'un caractère aussi grand que ses malheurs;
-qu'une s&oelig;ur plus âgée que lui, assez âgée, hélas! pour partager les
-douleurs de sa mère et pour comprendre l'abaissement de sa famille;
+ministres et pour gardes qu'une mère assiégée par toutes les
+angoisses, mais armée d'un caractère aussi grand que ses malheurs;
+qu'une s&oelig;ur plus âgée que lui, assez âgée, hélas! pour partager les
+douleurs de sa mère et pour comprendre l'abaissement de sa famille;
qu'une tante enfin qui, portant le ciel dans son c&oelig;ur, avait le don
d'apaiser les plus vives douleurs par le baume de sa parole, et de
-rasséréner les âmes par son regard.</p>
+rasséréner les âmes par son regard.</p>
<p>Tison et sa femme remplissaient jusqu'au bout la mission odieuse dont
-ils s'étaient chargés. Le petit Prince, comme s'il les eût pénétrés,
-les avait pris en horreur. Malgré les recommandations de sa mère et de
-sa tante, il lui était impossible de déguiser les sentiments qu'ils
-lui inspiraient. Gourmandés un jour assez vertement par Vincent,
-commissaire de service, les deux Cerbères imputèrent aux dénonciations
-de Louis-Charles la réprimande qu'ils recevaient. Le soir, dès que
-Vincent eut été remplacé, ils entrèrent chez la Reine, et se
-répandirent en récriminations contre l'enfant, en lui jetant les
-épithètes d'<em>espion</em> et de <em>délateur</em>, qu'ils auraient pu si justement
-s'appliquer à eux-mêmes. Marie-Antoinette leur répondit avec dignité:
-«Sachez qu'aucun des nôtres n'est d'un caractère à frapper les gens
-dans l'ombre ni moi à le tolérer.» Le ménage Tison se retira blessé au
-vif, vomissant des imprécations contre la Reine et des malédictions
-contre son enfant. Celui-ci protestait avec énergie, avec indignation.
-«Ils sont en colère, lui dit avec douceur Madame Élisabeth; <span class="pagenum"><a id="page120" name="page120"></a>(p. 120)</span>
-pardonnez-leur.» Ces derniers mots furent entendus de Tison; il revint
-sur ses pas comme un furieux: «Pardonnez-leur! cria-t-il; ah çà, où
+ils s'étaient chargés. Le petit Prince, comme s'il les eût pénétrés,
+les avait pris en horreur. Malgré les recommandations de sa mère et de
+sa tante, il lui était impossible de déguiser les sentiments qu'ils
+lui inspiraient. Gourmandés un jour assez vertement par Vincent,
+commissaire de service, les deux Cerbères imputèrent aux dénonciations
+de Louis-Charles la réprimande qu'ils recevaient. Le soir, dès que
+Vincent eut été remplacé, ils entrèrent chez la Reine, et se
+répandirent en récriminations contre l'enfant, en lui jetant les
+épithètes d'<em>espion</em> et de <em>délateur</em>, qu'ils auraient pu si justement
+s'appliquer à eux-mêmes. Marie-Antoinette leur répondit avec dignité:
+«Sachez qu'aucun des nôtres n'est d'un caractère à frapper les gens
+dans l'ombre ni moi à le tolérer.» Le ménage Tison se retira blessé au
+vif, vomissant des imprécations contre la Reine et des malédictions
+contre son enfant. Celui-ci protestait avec énergie, avec indignation.
+«Ils sont en colère, lui dit avec douceur Madame Élisabeth; <span class="pagenum"><a id="page120" name="page120"></a>(p. 120)</span>
+pardonnez-leur.» Ces derniers mots furent entendus de Tison; il revint
+sur ses pas comme un furieux: «Pardonnez-leur! cria-t-il; ah çà, où
sommes-nous? oubliez-vous que c'est le peuple seul qui a le droit de
-pardonner?»</p>
-
-<p>Tison continua avec un redoublement de zèle son rôle d'espionnage. Les
-trames de Toulan, quoique cachées avec une extrême habileté, n'avaient
-point été ourdies de façon que l'ombre de chaque fil fût demeurée
-imperceptible à cet Argus du Temple. Mais suspect aux commissaires
-modérés, il ne recevait jamais d'eux la moindre confidence, et le
-soupçon était entré dans son esprit bien plus par instinct que par
-observation. Il comprit que, pour arriver à tout savoir, il fallait
+pardonner?»</p>
+
+<p>Tison continua avec un redoublement de zèle son rôle d'espionnage. Les
+trames de Toulan, quoique cachées avec une extrême habileté, n'avaient
+point été ourdies de façon que l'ombre de chaque fil fût demeurée
+imperceptible à cet Argus du Temple. Mais suspect aux commissaires
+modérés, il ne recevait jamais d'eux la moindre confidence, et le
+soupçon était entré dans son esprit bien plus par instinct que par
+observation. Il comprit que, pour arriver à tout savoir, il fallait
capter la confiance des municipaux. Il se fit souple avec les
-inconnus, bienveillant avec les honnêtes, et demeura rude avec les
-rébarbatifs, tout en allant jusqu'à exalter devant les <em>sensibles</em> la
+inconnus, bienveillant avec les honnêtes, et demeura rude avec les
+rébarbatifs, tout en allant jusqu'à exalter devant les <em>sensibles</em> la
gentillesse du jeune Capet. Quand l'hypocrite crut avoir conquis la
-sympathie de quelques mandataires de la Commune, bien qu'il n'eût
-encore que de vagues soupçons, il écrivit, de concert avec sa femme,
+sympathie de quelques mandataires de la Commune, bien qu'il n'eût
+encore que de vagues soupçons, il écrivit, de concert avec sa femme,
le 19 avril, au conseil du Temple, que <em>la veuve et la s&oelig;ur du
-dernier tyran avaient gagné quelques officiers municipaux; qu'elles
-étaient instruites par eux de tous les événements; quelles en
+dernier tyran avaient gagné quelques officiers municipaux; qu'elles
+étaient instruites par eux de tous les événements; quelles en
recevaient les papiers publics, et que, par leur moyen, elles
-entretenaient des correspondances</em><a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a><a href="#footnote56" title="Go to footnote 56"><span class="smaller">[56]</span></a>. En témoignage de ce dernier
-fait, la femme <span class="pagenum"><a id="page121" name="page121"></a>(p. 121)</span> Tison apporta au conseil un flambeau trouvé
-par elle dans la chambre de Madame Élisabeth, et fit remarquer aux
-commissaires une goutte de cire à cacheter qui était tombée sur une
-bobèche. Turgy, en effet, raconte<a id="footnotetag57" name="footnotetag57"></a><a href="#footnote57" title="Go to footnote 57"><span class="smaller">[57]</span></a> que, le matin même, cette
-princesse lui avait remis un billet cacheté en le priant de le faire
-parvenir à son confesseur, l'abbé Edgeworth.</p>
-
-<p>Hébert se rendit le lendemain à la tour, non pas dans le courant de la
-journée, où la famille royale vivait sur un qui-vive continuel, mais
-à dix heures et demie du soir, <span class="pagenum"><a id="page122" name="page122"></a>(p. 122)</span> quand devait être commencée
-pour elle l'heure de la quiétude intérieure. Espérait-il, en arrivant
-à l'improviste, les prendre en flagrant délit de correspondance
+entretenaient des correspondances</em><a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a><a href="#footnote56" title="Go to footnote 56"><span class="smaller">[56]</span></a>. En témoignage de ce dernier
+fait, la femme <span class="pagenum"><a id="page121" name="page121"></a>(p. 121)</span> Tison apporta au conseil un flambeau trouvé
+par elle dans la chambre de Madame Élisabeth, et fit remarquer aux
+commissaires une goutte de cire à cacheter qui était tombée sur une
+bobèche. Turgy, en effet, raconte<a id="footnotetag57" name="footnotetag57"></a><a href="#footnote57" title="Go to footnote 57"><span class="smaller">[57]</span></a> que, le matin même, cette
+princesse lui avait remis un billet cacheté en le priant de le faire
+parvenir à son confesseur, l'abbé Edgeworth.</p>
+
+<p>Hébert se rendit le lendemain à la tour, non pas dans le courant de la
+journée, où la famille royale vivait sur un qui-vive continuel, mais
+à dix heures et demie du soir, <span class="pagenum"><a id="page122" name="page122"></a>(p. 122)</span> quand devait être commencée
+pour elle l'heure de la quiétude intérieure. Espérait-il, en arrivant
+à l'improviste, les prendre en flagrant délit de correspondance
clandestine? La citoyenne Tison fut requise pour fouiller les femmes.
Elle trouva sur Marie-Antoinette un portefeuille de maroquin rouge sur
-lequel quelques adresses étaient écrites au crayon, et chez Madame
-Élisabeth, le bâton de cire à cacheter mentionné plus haut, et qui
-était enfermé dans un papier avec de la poudre de buis. Encouragés par
-ces découvertes, les inquisiteurs se remirent à l'&oelig;uvre. Ils
-arrachèrent de son lit l'enfant qui dormait profondément: sa mère le
-prit tout transi de froid dans ses bras. Ils fouillèrent dans les
-matelas, dans les paillasses, dans les vêtements, et ne trouvèrent
+lequel quelques adresses étaient écrites au crayon, et chez Madame
+Élisabeth, le bâton de cire à cacheter mentionné plus haut, et qui
+était enfermé dans un papier avec de la poudre de buis. Encouragés par
+ces découvertes, les inquisiteurs se remirent à l'&oelig;uvre. Ils
+arrachèrent de son lit l'enfant qui dormait profondément: sa mère le
+prit tout transi de froid dans ses bras. Ils fouillèrent dans les
+matelas, dans les paillasses, dans les vêtements, et ne trouvèrent
rien. Nous nous trompons: en fouillant dans les effets de
-Marie-Thérèse, ils firent une découverte. «Ils me prirent, dit Madame
-Royale dans le récit qu'elle a laissé de la captivité du Temple, ils
-me prirent un Sacré-C&oelig;ur et une prière pour la France.» La visite
-ne se termina qu'à deux heures du matin<a id="footnotetag58" name="footnotetag58"></a><a href="#footnote58" title="Go to footnote 58"><span class="smaller">[58]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page123" name="page123"></a>(p. 123)</span> Trois jours après, les commissaires de la Commune envoyés au
-Temple pour lever les scellés apposés sur l'appartement de Louis XVI
-firent de nouvelles perquisitions dans celui des prisonnières. Ces
-perquisitions demeurèrent sans résultat; on trouva seulement un
-chapeau d'homme enfermé dans une cassette placée sous le lit de Madame
-Élisabeth. «D'où vient ce chapeau?&mdash;C'est un chapeau qui a appartenu à
-mon frère, dit Madame Élisabeth.&mdash;Qui vous l'a donné?&mdash;Lui-même, quand
-nous habitions ensemble la petite tour.&mdash;Pourquoi est-il là, et à quoi
-peut vous servir le chapeau de votre frère?&mdash;Je le garde pour
+Marie-Thérèse, ils firent une découverte. «Ils me prirent, dit Madame
+Royale dans le récit qu'elle a laissé de la captivité du Temple, ils
+me prirent un Sacré-C&oelig;ur et une prière pour la France.» La visite
+ne se termina qu'à deux heures du matin<a id="footnotetag58" name="footnotetag58"></a><a href="#footnote58" title="Go to footnote 58"><span class="smaller">[58]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page123" name="page123"></a>(p. 123)</span> Trois jours après, les commissaires de la Commune envoyés au
+Temple pour lever les scellés apposés sur l'appartement de Louis XVI
+firent de nouvelles perquisitions dans celui des prisonnières. Ces
+perquisitions demeurèrent sans résultat; on trouva seulement un
+chapeau d'homme enfermé dans une cassette placée sous le lit de Madame
+Élisabeth. «D'où vient ce chapeau?&mdash;C'est un chapeau qui a appartenu à
+mon frère, dit Madame Élisabeth.&mdash;Qui vous l'a donné?&mdash;Lui-même, quand
+nous habitions ensemble la petite tour.&mdash;Pourquoi est-il là, et à quoi
+peut vous servir le chapeau de votre frère?&mdash;Je le garde pour
conserver quelque chose de lui.&mdash;Nous, nous allons le conserver dans
-la salle du conseil, comme un témoignage de vos relations avec le
-dehors du Temple; car Capet n'avait qu'un chapeau, et il l'a laissé
+la salle du conseil, comme un témoignage de vos relations avec le
+dehors du Temple; car Capet n'avait qu'un chapeau, et il l'a laissé
sur les marches de la <span class="pagenum"><a id="page124" name="page124"></a>(p. 124)</span> guillotine.&mdash;Je vous assure, messieurs,
-que ce chapeau me vient de mon frère; c'est la seule chose que je
-possède de tout ce qui lui a appartenu.&mdash;Je vous fais observer qu'il
-n'est guère d'usage de conserver un chapeau comme un gage de
-tendresse.&mdash;Il m'est très-précieux, et je vous prie instamment
-d'obtenir qu'il me soit rendu.»</p>
+que ce chapeau me vient de mon frère; c'est la seule chose que je
+possède de tout ce qui lui a appartenu.&mdash;Je vous fais observer qu'il
+n'est guère d'usage de conserver un chapeau comme un gage de
+tendresse.&mdash;Il m'est très-précieux, et je vous prie instamment
+d'obtenir qu'il me soit rendu.»</p>
-<p>Cependant les commissaires dénoncés par Tison avaient été suspendus de
+<p>Cependant les commissaires dénoncés par Tison avaient été suspendus de
leurs fonctions. Le conseil de la Commune eut plus que jamais l'&oelig;il
-et la main sur le Temple. Toute consolation s'éteignit autour des
-prisonnières. Pour surcroît de tourment, le petit Prince tomba malade
+et la main sur le Temple. Toute consolation s'éteignit autour des
+prisonnières. Pour surcroît de tourment, le petit Prince tomba malade
dans les premiers jours du mois de mai. Marie-Antoinette demanda qu'on
-laissât entrer à la tour M. Brunyer, médecin ordinaire de ses enfants.
-Le conseil du Temple en référa au conseil général de la Commune.
-Celui-ci, «dans sa séance du 10 mai, arrêta que le médecin ordinaire
+laissât entrer à la tour M. Brunyer, médecin ordinaire de ses enfants.
+Le conseil du Temple en référa au conseil général de la Commune.
+Celui-ci, «dans sa séance du 10 mai, arrêta que le médecin ordinaire
des prisons irait soigner le petit Capet, attendu que ce serait
-blesser l'égalité que de lui en envoyer un autre.» Du reste, M.
-Thierry, médecin des prisons, était environné de l'estime publique. Il
-se rendit avec empressement au Temple, et ayant examiné le Dauphin,
-rassura tout d'abord la Reine et Madame Élisabeth sur sa situation. A
-leur prière, il alla conférer avec M. Brunyer, en qui elles avaient
-toute confiance, et pendant plusieurs semaines, revint chaque jour à
-la tour. Cette indisposition, quoique n'offrant pas un danger sérieux,
+blesser l'égalité que de lui en envoyer un autre.» Du reste, M.
+Thierry, médecin des prisons, était environné de l'estime publique. Il
+se rendit avec empressement au Temple, et ayant examiné le Dauphin,
+rassura tout d'abord la Reine et Madame Élisabeth sur sa situation. A
+leur prière, il alla conférer avec M. Brunyer, en qui elles avaient
+toute confiance, et pendant plusieurs semaines, revint chaque jour à
+la tour. Cette indisposition, quoique n'offrant pas un danger sérieux,
ne laissa pas que de tenir en haleine jour et nuit les sollicitudes de
-ces deux c&oelig;urs maternels attachés au chevet du jeune malade pendant
+ces deux c&oelig;urs maternels attachés au chevet du jeune malade pendant
tout le temps que dura le traitement.</p>
-<p>La grande lutte des Girondins et des Montagnards, les événements de la
-Vendée, les hécatombes de la guillotine qui allaient se multipliant,
-les cent événements qui remuaient profondément la ville, n'avaient pu
-arracher la Reine et Madame Élisabeth à leurs préoccupations,
+<p>La grande lutte des Girondins et des Montagnards, les événements de la
+Vendée, les hécatombes de la guillotine qui allaient se multipliant,
+les cent événements qui remuaient profondément la ville, n'avaient pu
+arracher la Reine et Madame Élisabeth à leurs préoccupations,
lorsque, <span class="pagenum"><a id="page125" name="page125"></a>(p. 125)</span> le 31 mai, elles entendirent un tel bruit au dehors
-qu'elles se figurèrent que le quartier brûlait. La générale, le tocsin
-et le canon d'alarme ébranlaient la ville: au Luxembourg, à
-Saint-Lazare, à l'Abbaye, dans toutes les prisons d'État, les détenus
-poussaient des cris pitoyables, s'imaginant entendre à leur porte les
-massacreurs de septembre. Madame Élisabeth interroge les municipaux.
-«Bah! lui répondit l'un d'eux, c'est la commission des douze qui cause
-tout ce tapage.» En effet, la cité révolutionnaire était sens dessus
-dessous: une commission de douze députés, chargée de rechercher les
-complots ourdis contre la liberté, était publiquement accusée
+qu'elles se figurèrent que le quartier brûlait. La générale, le tocsin
+et le canon d'alarme ébranlaient la ville: au Luxembourg, à
+Saint-Lazare, à l'Abbaye, dans toutes les prisons d'État, les détenus
+poussaient des cris pitoyables, s'imaginant entendre à leur porte les
+massacreurs de septembre. Madame Élisabeth interroge les municipaux.
+«Bah! lui répondit l'un d'eux, c'est la commission des douze qui cause
+tout ce tapage.» En effet, la cité révolutionnaire était sens dessus
+dessous: une commission de douze députés, chargée de rechercher les
+complots ourdis contre la liberté, était publiquement accusée
d'exercer contre les meilleurs patriotes la plus inique inquisition.
-C'était là le thème exploité avec ardeur par les séides de
-Robespierre, qui espérait qu'une insurrection le pousserait à la
-dictature. Le décret qui créait cette commission, rendu le 18 mai,
-cassé par un décret du 27, rétabli par un décret du 28, tant étaient
-rapides le flux et le reflux des volontés et des événements dans ces
+C'était là le thème exploité avec ardeur par les séides de
+Robespierre, qui espérait qu'une insurrection le pousserait à la
+dictature. Le décret qui créait cette commission, rendu le 18 mai,
+cassé par un décret du 27, rétabli par un décret du 28, tant étaient
+rapides le flux et le reflux des volontés et des événements dans ces
temps de crise, avait fait sortir de dessous terre toute la population
-anarchique de Paris. Les barrières furent fermées; un décret
-d'accusation fut lancé «contre tous les députés infidèles au mandat
-qu'ils avaient reçu de leurs commettants, afin de s'emparer des
-traîtres et de découvrir les complots formés pour la perte de la
-République.» Cette journée, qui assurait la prééminence aux
-Montagnards, fut fertile en dénonciations contre les hommes soupçonnés
-d'être les agents actifs de la famille royale ou ses partisans
-secrets. L'épouvante qu'elle inspirait au dehors, la Convention la
+anarchique de Paris. Les barrières furent fermées; un décret
+d'accusation fut lancé «contre tous les députés infidèles au mandat
+qu'ils avaient reçu de leurs commettants, afin de s'emparer des
+traîtres et de découvrir les complots formés pour la perte de la
+République.» Cette journée, qui assurait la prééminence aux
+Montagnards, fut fertile en dénonciations contre les hommes soupçonnés
+d'être les agents actifs de la famille royale ou ses partisans
+secrets. L'épouvante qu'elle inspirait au dehors, la Convention la
ressentit au dedans. Elle livra ses chefs pour se faire pardonner par
la Montagne de les avoir soutenus. La chute des Girondins produisit
-une impression de terreur dans toute la France. Ils étaient,
-relativement à leurs antagonistes, la dernière expression des idées
-modérées. On comprit que leur chute faisait arriver les hommes
-<span class="pagenum"><a id="page126" name="page126"></a>(p. 126)</span> et les théories extrêmes, et on les regretta de toute la
-crainte qu'inspiraient leurs héritiers.</p>
-
-<p>Parmi les membres de la Commune que les dénonciations n'avaient point
-épargnés se trouvait Michonis, qui avait eu l'adresse de traverser
+une impression de terreur dans toute la France. Ils étaient,
+relativement à leurs antagonistes, la dernière expression des idées
+modérées. On comprit que leur chute faisait arriver les hommes
+<span class="pagenum"><a id="page126" name="page126"></a>(p. 126)</span> et les théories extrêmes, et on les regretta de toute la
+crainte qu'inspiraient leurs héritiers.</p>
+
+<p>Parmi les membres de la Commune que les dénonciations n'avaient point
+épargnés se trouvait Michonis, qui avait eu l'adresse de traverser
sans se compromettre les circonstances les plus difficiles, et
-d'écarter par d'habiles apologies des soupçons qui devenaient un arrêt
+d'écarter par d'habiles apologies des soupçons qui devenaient un arrêt
de mort. De service au Temple, il instruisit les princesses des
-événements qui venaient de se passer, et essaya de les rassurer sur
-les intentions des Montagnards. «Monsieur Michonis, lui dit Madame
-Élisabeth, les hommes de la révolution qui ont rompu avec l'idée de
-Dieu ne s'appartiennent pas, et ils ignorent eux-mêmes où Dieu les
-mène.» Et comme ce commissaire disait à Marie-Antoinette qu'elle
-serait probablement réclamée par l'Empereur: «Que m'importe! répondit
-la Reine avec une douleur calme et froide; à Vienne, je serais ce que
-je suis ici, ce que j'étais aux Tuileries; mon unique désir est de me
-réunir à mon mari lorsque le Ciel jugera que je ne suis plus
-nécessaire à mes enfants.»</p>
-
-<p>Les graves paroles des deux prisonnières avaient fait une profonde
+événements qui venaient de se passer, et essaya de les rassurer sur
+les intentions des Montagnards. «Monsieur Michonis, lui dit Madame
+Élisabeth, les hommes de la révolution qui ont rompu avec l'idée de
+Dieu ne s'appartiennent pas, et ils ignorent eux-mêmes où Dieu les
+mène.» Et comme ce commissaire disait à Marie-Antoinette qu'elle
+serait probablement réclamée par l'Empereur: «Que m'importe! répondit
+la Reine avec une douleur calme et froide; à Vienne, je serais ce que
+je suis ici, ce que j'étais aux Tuileries; mon unique désir est de me
+réunir à mon mari lorsque le Ciel jugera que je ne suis plus
+nécessaire à mes enfants.»</p>
+
+<p>Les graves paroles des deux prisonnières avaient fait une profonde
impression sur l'esprit de Michonis. Il crut comprendre qu'il n'y
avait plus de salut pour elles que dans la fuite. Il entra dans un
-complot tendant à enlever de leur prison la veuve, la s&oelig;ur et les
-enfants de Louis XVI. Le baron de Batz était le chef de cette
-hasardeuse entreprise, dont nous emprunterons le récit à notre
+complot tendant à enlever de leur prison la veuve, la s&oelig;ur et les
+enfants de Louis XVI. Le baron de Batz était le chef de cette
+hasardeuse entreprise, dont nous emprunterons le récit à notre
Histoire de Louis XVII.</p>
-<p>«Les recherches dont M. de Batz était l'objet depuis la tentative du
-21 janvier n'avaient point éloigné de Paris cet intrépide serviteur
-d'une cause que le malheur rendait si belle, et qui exerçait en outre
-sur les âmes magnanimes la séduction irrésistible du péril. La lutte
-opiniâtre de cet homme contre le pouvoir redoutable qui opprimait la
-nation <span class="pagenum"><a id="page127" name="page127"></a>(p. 127)</span> est une des merveilles de ce temps. Partout présent et
-toujours invisible, aussi habile à dresser ses embûches qu'à esquiver
-celles de l'ennemi, il avait à sa dévotion les agents les plus
-prudents, et à ses gages les espions les plus actifs. Sa parole était
-plus insinuante encore que sa bourse n'était persuasive; et, avec une
-admirable adresse, il avait gagné plusieurs membres de la Commune et
+<p>«Les recherches dont M. de Batz était l'objet depuis la tentative du
+21 janvier n'avaient point éloigné de Paris cet intrépide serviteur
+d'une cause que le malheur rendait si belle, et qui exerçait en outre
+sur les âmes magnanimes la séduction irrésistible du péril. La lutte
+opiniâtre de cet homme contre le pouvoir redoutable qui opprimait la
+nation <span class="pagenum"><a id="page127" name="page127"></a>(p. 127)</span> est une des merveilles de ce temps. Partout présent et
+toujours invisible, aussi habile à dresser ses embûches qu'à esquiver
+celles de l'ennemi, il avait à sa dévotion les agents les plus
+prudents, et à ses gages les espions les plus actifs. Sa parole était
+plus insinuante encore que sa bourse n'était persuasive; et, avec une
+admirable adresse, il avait gagné plusieurs membres de la Commune et
de la Convention, qui, si les circonstances ne leur permirent point de
-lui apporter une coopération efficace, lui restèrent du moins fidèles
-par un inviolable silence. Conspirateur acharné, ses entreprises
-manquées, il les recommençait avec une nouvelle ardeur, et il restait
-intrépidement dans cette ville où sa tête était mise à prix. Son nom
-entraînait toujours de graves mesures, des perquisitions sévères.
-L'insaisissable conjuré avait des asiles impénétrables dans Paris et
-dans les environs; mais son gîte le plus habituel et peut-être le plus
-sûr était chez Cortey, épicier, rue de la Loi<a id="footnotetag59" name="footnotetag59"></a><a href="#footnote59" title="Go to footnote 59"><span class="smaller">[59]</span></a>, recommandé par sa
-réputation de <em>civisme</em> aux suffrages de ses concitoyens, qui
-l'avaient nommé capitaine-commandant de la garde nationale de la
-section Lepelletier. Cortey était lié aussi avec Chrétien, qui était
-juré du tribunal révolutionnaire, et dont l'influence était
-toute-puissante dans les comités de cette section. Ce fut grâce à lui
-que Cortey fut compris au nombre des chefs de poste auxquels était
-confiée la garde du Temple, lorsqu'un détachement de leur bataillon y
-faisait partie de la force armée. A couvert sous la bonne renommée
-révolutionnaire de son hôte, et caché dans le fond de sa maison, le
-baron de Batz lui confia ses projets, ainsi qu'à Michonis, et prit de
-concert avec eux toutes les mesures relatives à l'exécution. Après
-cette ouverture, la première fois que Cortey fut de garde au Temple,
-Batz lui demanda de le comprendre, sous un nom supposé, dans la liste
-des hommes que sa <span class="pagenum"><a id="page128" name="page128"></a>(p. 128)</span> compagnie fournissait à ce poste, afin
-qu'en s'introduisant ainsi dans la tour, il pût se faire, au
-préalable, une idée exacte des localités. L'officier se prêta à son
-désir: il l'inscrivit, sous le nom de Forget, au contrôle des hommes
-de service, et le fit ainsi pénétrer dans le Temple, où il monta la
-garde. Il fallait aussi, pour l'exécution du plan arrêté, attendre que
-le tour de garde de Cortey coïncidât avec le tour de service de
-Michonis. Le concours des deux autorités était indispensable, et
-plusieurs jours s'écoulèrent avant que le capitaine et le commissaire
-civil fussent simultanément en fonction. Batz profita de ce temps pour
-s'assurer, conjointement avec son hôte, d'une trentaine d'hommes de la
+lui apporter une coopération efficace, lui restèrent du moins fidèles
+par un inviolable silence. Conspirateur acharné, ses entreprises
+manquées, il les recommençait avec une nouvelle ardeur, et il restait
+intrépidement dans cette ville où sa tête était mise à prix. Son nom
+entraînait toujours de graves mesures, des perquisitions sévères.
+L'insaisissable conjuré avait des asiles impénétrables dans Paris et
+dans les environs; mais son gîte le plus habituel et peut-être le plus
+sûr était chez Cortey, épicier, rue de la Loi<a id="footnotetag59" name="footnotetag59"></a><a href="#footnote59" title="Go to footnote 59"><span class="smaller">[59]</span></a>, recommandé par sa
+réputation de <em>civisme</em> aux suffrages de ses concitoyens, qui
+l'avaient nommé capitaine-commandant de la garde nationale de la
+section Lepelletier. Cortey était lié aussi avec Chrétien, qui était
+juré du tribunal révolutionnaire, et dont l'influence était
+toute-puissante dans les comités de cette section. Ce fut grâce à lui
+que Cortey fut compris au nombre des chefs de poste auxquels était
+confiée la garde du Temple, lorsqu'un détachement de leur bataillon y
+faisait partie de la force armée. A couvert sous la bonne renommée
+révolutionnaire de son hôte, et caché dans le fond de sa maison, le
+baron de Batz lui confia ses projets, ainsi qu'à Michonis, et prit de
+concert avec eux toutes les mesures relatives à l'exécution. Après
+cette ouverture, la première fois que Cortey fut de garde au Temple,
+Batz lui demanda de le comprendre, sous un nom supposé, dans la liste
+des hommes que sa <span class="pagenum"><a id="page128" name="page128"></a>(p. 128)</span> compagnie fournissait à ce poste, afin
+qu'en s'introduisant ainsi dans la tour, il pût se faire, au
+préalable, une idée exacte des localités. L'officier se prêta à son
+désir: il l'inscrivit, sous le nom de Forget, au contrôle des hommes
+de service, et le fit ainsi pénétrer dans le Temple, où il monta la
+garde. Il fallait aussi, pour l'exécution du plan arrêté, attendre que
+le tour de garde de Cortey coïncidât avec le tour de service de
+Michonis. Le concours des deux autorités était indispensable, et
+plusieurs jours s'écoulèrent avant que le capitaine et le commissaire
+civil fussent simultanément en fonction. Batz profita de ce temps pour
+s'assurer, conjointement avec son hôte, d'une trentaine d'hommes de la
section dont ils avaient l'un et l'autre entrevu les sentiments,
-apprécié le caractère ou éprouvé la discrétion. La bonhomie de Cortey
-séduisit les uns, la parole flatteuse de Batz entraîna les autres.
+apprécié le caractère ou éprouvé la discrétion. La bonhomie de Cortey
+séduisit les uns, la parole flatteuse de Batz entraîna les autres.
Michonis, avec sa prudence habituelle, ne parut point de sa personne
-dans ce périlleux embauchage: il se réservait, du reste, un rôle aussi
-courageux en se chargeant de tout diriger dans l'intérieur de la tour.</p>
+dans ce périlleux embauchage: il se réservait, du reste, un rôle aussi
+courageux en se chargeant de tout diriger dans l'intérieur de la tour.</p>
-<p>»Le jour attendu arrive: l'officier et le municipal sont ensemble de
-service. Cortey entre au Temple avec son détachement, dans lequel
+<p>»Le jour attendu arrive: l'officier et le municipal sont ensemble de
+service. Cortey entre au Temple avec son détachement, dans lequel
figure de Batz, sous son nom de guerre. Le chef du poste arrange le
-mouvement du service de la manière la plus favorable au succès de
+mouvement du service de la manière la plus favorable au succès de
l'entreprise: vingt-huit hommes sur lesquels il peut compter seront,
-depuis minuit jusqu'à deux heures, de faction ou de patrouille; le
-commissaire civil, de son côté, prend ses mesures pour être lui-même
-de garde à la même heure dans l'appartement de la famille royale. Les
-hommes de faction dans l'escalier de la tour auront endossé par-dessus
+depuis minuit jusqu'à deux heures, de faction ou de patrouille; le
+commissaire civil, de son côté, prend ses mesures pour être lui-même
+de garde à la même heure dans l'appartement de la famille royale. Les
+hommes de faction dans l'escalier de la tour auront endossé par-dessus
leur habit d'amples redingotes d'uniforme; Michonis leur prendra ce
-vêtement surabondant et en revêtira les Princesses, qui, sous ce
-déguisement et l'arme au bras, seront <span class="pagenum"><a id="page129" name="page129"></a>(p. 129)</span> incorporées dans une
+vêtement surabondant et en revêtira les Princesses, qui, sous ce
+déguisement et l'arme au bras, seront <span class="pagenum"><a id="page129" name="page129"></a>(p. 129)</span> incorporées dans une
patrouille au milieu de laquelle on enveloppera l'enfant-Roi. Les
-sentinelles de garde dans les cours, initiées au secret, se tairont si
-la nuit est peu noire ou les réverbères peu discrets. Cortey
+sentinelles de garde dans les cours, initiées au secret, se tairont si
+la nuit est peu noire ou les réverbères peu discrets. Cortey
commandera en personne la nombreuse patrouille et lui fera ouvrir la
-grande porte du Temple, prérogative qui n'appartient pendant la nuit
+grande porte du Temple, prérogative qui n'appartient pendant la nuit
qu'au commandant du poste. Une fois dehors, le salut du Prince et de
-sa famille est assuré: des voitures sont disposées pour une fuite
-rapide, rue Charlot, où la patrouille en passant doit laisser les
+sa famille est assuré: des voitures sont disposées pour une fuite
+rapide, rue Charlot, où la patrouille en passant doit laisser les
prisonniers ainsi que Batz, Michonis, Cortey, et quelques autres qui
-comme eux ont brûlé leurs vaisseaux.</p>
+comme eux ont brûlé leurs vaisseaux.</p>
-<p>»La journée, qui s'était passée sans aucun symptôme d'orage, semblait
-présager une nuit heureuse. Il était onze heures et demie. Michonis
-déjà depuis quelque temps était de service dans l'appartement des
-prisonniers, et ses collègues se reposaient ou jouaient dans la salle
-du Conseil, à l'exception de Simon, qui depuis environ une heure était
+<p>»La journée, qui s'était passée sans aucun symptôme d'orage, semblait
+présager une nuit heureuse. Il était onze heures et demie. Michonis
+déjà depuis quelque temps était de service dans l'appartement des
+prisonniers, et ses collègues se reposaient ou jouaient dans la salle
+du Conseil, à l'exception de Simon, qui depuis environ une heure était
sorti de la tour. Tous les hommes qui allaient prendre leur tour de
-garde à minuit étaient au poste. Tout à coup Simon arrive, il entre
+garde à minuit étaient au poste. Tout à coup Simon arrive, il entre
bruyamment au corps de garde, il ordonne d'un ton brusque de faire
-l'appel de tous les hommes présents: «Heureusement que je te vois ici,
-dit-il à Cortey, sans ta présence je ne serois pas tranquille.» M. de
-Batz voit que tout est découvert; la pensée lui vient de brûler la
-cervelle à Simon et de tenter immédiatement l'évasion par la force.
-Maîtrisant son premier mouvement, il a vite compris que l'explosion
-d'une arme à feu, en causant une alerte générale, fera échouer son
-entreprise et aggravera forcément le sort de la famille royale; il a
-compris que, n'étant pas encore maître des postes de la tour et de
-l'escalier, les hommes mêmes qui l'environnent et sur lesquels il
-pouvait compter pour une complicité passive, lui feront peut-être
-défaut s'il s'agit d'une coopération active et énergique, <span class="pagenum"><a id="page130" name="page130"></a>(p. 130)</span> et,
-après tout, d'une mort presque certaine. Batz est demeuré impassible;
-l'appel terminé, Simon est monté à la tour; il exhibe un ordre du
-conseil général qui enjoint à Michonis de lui remettre ses fonctions
-et de se rendre sur-le-champ à la Commune. Michonis écoute sans
-surprise, obéit sans hésitation; il rencontre Cortey dans la première
-cour: «Que signifie tout cela? lui dit-il.&mdash;Sois tranquille, lui
-répond tout bas le capitaine, Forget est parti.»</p>
-
-<p>»En effet, le chef du poste n'avait pas perdu une minute. Aussitôt que
-Simon lui eut tourné le dos pour monter à la tour, il avait, sous le
-prétexte d'un bruit entendu dans la rue voisine, lancé au dehors une
-patrouille de huit hommes qui n'étaient revenus que sept. Le
-sang-froid de Batz, la présence d'esprit de Cortey avaient sauvé la
-vie à tous.</p>
-
-<p>»Simon n'était pas resté inactif; il avait fait une perquisition dans
+l'appel de tous les hommes présents: «Heureusement que je te vois ici,
+dit-il à Cortey, sans ta présence je ne serois pas tranquille.» M. de
+Batz voit que tout est découvert; la pensée lui vient de brûler la
+cervelle à Simon et de tenter immédiatement l'évasion par la force.
+Maîtrisant son premier mouvement, il a vite compris que l'explosion
+d'une arme à feu, en causant une alerte générale, fera échouer son
+entreprise et aggravera forcément le sort de la famille royale; il a
+compris que, n'étant pas encore maître des postes de la tour et de
+l'escalier, les hommes mêmes qui l'environnent et sur lesquels il
+pouvait compter pour une complicité passive, lui feront peut-être
+défaut s'il s'agit d'une coopération active et énergique, <span class="pagenum"><a id="page130" name="page130"></a>(p. 130)</span> et,
+après tout, d'une mort presque certaine. Batz est demeuré impassible;
+l'appel terminé, Simon est monté à la tour; il exhibe un ordre du
+conseil général qui enjoint à Michonis de lui remettre ses fonctions
+et de se rendre sur-le-champ à la Commune. Michonis écoute sans
+surprise, obéit sans hésitation; il rencontre Cortey dans la première
+cour: «Que signifie tout cela? lui dit-il.&mdash;Sois tranquille, lui
+répond tout bas le capitaine, Forget est parti.»</p>
+
+<p>»En effet, le chef du poste n'avait pas perdu une minute. Aussitôt que
+Simon lui eut tourné le dos pour monter à la tour, il avait, sous le
+prétexte d'un bruit entendu dans la rue voisine, lancé au dehors une
+patrouille de huit hommes qui n'étaient revenus que sept. Le
+sang-froid de Batz, la présence d'esprit de Cortey avaient sauvé la
+vie à tous.</p>
+
+<p>»Simon n'était pas resté inactif; il avait fait une perquisition dans
l'appartement des Princesses, dans les tours et dans toutes les
-dépendances de l'enclos; il avait interrogé tous les préposés: ses
-recherches étaient restées sans résultat. Rien de suspect ne lui était
-apparu dans l'enceinte du Temple; tout y était calme comme de coutume.
-Honteux de l'alarme inutile qu'il a causée, Simon fait après coup
-doubler tous les postes; il cherche ainsi, par les précautions qu'il
-prend, à accréditer l'idée d'un danger auquel il ne croit plus.</p>
-
-<p>»Or, voici ce qui s'était passé d'après le dire de Simon. Un gendarme
-d'ordonnance au Temple avait trouvé le soir, vers neuf heures, gisant
-sur le pavé devant la grande porte, un papier sans adresse, portant
-sous son pli cacheté ces mots: «Michonis vous trahira cette nuit:
-veillez!» Ce papier, ouvert par le gendarme, avait été remis par lui
-à Simon, le seul des six<a id="footnotetag60" name="footnotetag60"></a><a href="#footnote60" title="Go to footnote 60"><span class="smaller">[60]</span></a> commissaires du jour qu'il connût
-<span class="pagenum"><a id="page131" name="page131"></a>(p. 131)</span> particulièrement. Simon s'était rendu en toute hâte avec ce
-billet au conseil général, qui lui avait intimé l'ordre de relever son
-collègue de ses fonctions et de l'inviter à se rendre sans retard à la
+dépendances de l'enclos; il avait interrogé tous les préposés: ses
+recherches étaient restées sans résultat. Rien de suspect ne lui était
+apparu dans l'enceinte du Temple; tout y était calme comme de coutume.
+Honteux de l'alarme inutile qu'il a causée, Simon fait après coup
+doubler tous les postes; il cherche ainsi, par les précautions qu'il
+prend, à accréditer l'idée d'un danger auquel il ne croit plus.</p>
+
+<p>»Or, voici ce qui s'était passé d'après le dire de Simon. Un gendarme
+d'ordonnance au Temple avait trouvé le soir, vers neuf heures, gisant
+sur le pavé devant la grande porte, un papier sans adresse, portant
+sous son pli cacheté ces mots: «Michonis vous trahira cette nuit:
+veillez!» Ce papier, ouvert par le gendarme, avait été remis par lui
+à Simon, le seul des six<a id="footnotetag60" name="footnotetag60"></a><a href="#footnote60" title="Go to footnote 60"><span class="smaller">[60]</span></a> commissaires du jour qu'il connût
+<span class="pagenum"><a id="page131" name="page131"></a>(p. 131)</span> particulièrement. Simon s'était rendu en toute hâte avec ce
+billet au conseil général, qui lui avait intimé l'ordre de relever son
+collègue de ses fonctions et de l'inviter à se rendre sans retard à la
barre de la Commune.</p>
-<p>»Docile à cet appel, Michonis eut à subir le plus minutieux
-interrogatoire. Il répondit à tout avec adresse, réfuta avec une
-bonhomie pleine d'autorité cet écrit anonyme forgé par quelque
-adversaire politique pour le compromettre, et représenta d'ailleurs
-Simon, ce qui était vrai, comme son ennemi personnel. La physionomie
-ouverte et l'apparente candeur du prévenu lui avaient déjà gagné
+<p>»Docile à cet appel, Michonis eut à subir le plus minutieux
+interrogatoire. Il répondit à tout avec adresse, réfuta avec une
+bonhomie pleine d'autorité cet écrit anonyme forgé par quelque
+adversaire politique pour le compromettre, et représenta d'ailleurs
+Simon, ce qui était vrai, comme son ennemi personnel. La physionomie
+ouverte et l'apparente candeur du prévenu lui avaient déjà gagné
l'absolution, lorsque le lendemain matin son antagoniste nocturne
-ayant rendu compte du résultat si stérile de sa mission, le conseil
-général demeura convaincu que si avec son humeur inquiète Simon était
-capable de rêver un complot, <span class="pagenum"><a id="page132" name="page132"></a>(p. 132)</span> Michonis avec son franc
-caractère était incapable d'en former un.»</p>
-
-<p>A quoi tiennent les destinées humaines! Sans ce mot anonyme jeté dans
-un ruisseau et fortuitement trouvé par un gendarme, il est probable
-que la famille royale échappait à ses geôliers, et que la révolution
-française n'eût point été flétrie par le meurtre juridique de deux
-femmes, et par le meurtre plus lent et plus exécrable encore d'un
+ayant rendu compte du résultat si stérile de sa mission, le conseil
+général demeura convaincu que si avec son humeur inquiète Simon était
+capable de rêver un complot, <span class="pagenum"><a id="page132" name="page132"></a>(p. 132)</span> Michonis avec son franc
+caractère était incapable d'en former un.»</p>
+
+<p>A quoi tiennent les destinées humaines! Sans ce mot anonyme jeté dans
+un ruisseau et fortuitement trouvé par un gendarme, il est probable
+que la famille royale échappait à ses geôliers, et que la révolution
+française n'eût point été flétrie par le meurtre juridique de deux
+femmes, et par le meurtre plus lent et plus exécrable encore d'un
enfant de dix ans.</p>
-<p>Méconnu par la Commune, Simon chercha ailleurs un appréciateur de son
-zèle. Il instruisit Robespierre de l'avis qu'il avait reçu et des
+<p>Méconnu par la Commune, Simon chercha ailleurs un appréciateur de son
+zèle. Il instruisit Robespierre de l'avis qu'il avait reçu et des
machinations qui ne cessaient de se produire au Temple. Les
-dénonciations de Simon trouvaient toute créance de ce côté. Le
-dominateur n'ignorait pas que la conspiration était partout, que le
-nom du fils de Louis XVI était l'objet permanent des espérances
-royalistes aussi bien que le prétexte des récriminations
-révolutionnaires. C'était toujours pour un enfant et contre un enfant
+dénonciations de Simon trouvaient toute créance de ce côté. Le
+dominateur n'ignorait pas que la conspiration était partout, que le
+nom du fils de Louis XVI était l'objet permanent des espérances
+royalistes aussi bien que le prétexte des récriminations
+révolutionnaires. C'était toujours pour un enfant et contre un enfant
que se tramaient tous les complots plus ou moins obscurs de cette
-époque; hier c'était un projet d'évasion médité dans l'ombre,
-aujourd'hui une conspiration armée à la tête de laquelle se trouvait
-le général Dillon. Les commérages de la rue s'emparaient de ces bruits
-plus ou moins fondés. Sans chercher à connaître la vérité, le comité
-de salut public arrêta, le 1<sup>er</sup> juillet 1793:</p>
+époque; hier c'était un projet d'évasion médité dans l'ombre,
+aujourd'hui une conspiration armée à la tête de laquelle se trouvait
+le général Dillon. Les commérages de la rue s'emparaient de ces bruits
+plus ou moins fondés. Sans chercher à connaître la vérité, le comité
+de salut public arrêta, le 1<sup>er</sup> juillet 1793:</p>
-<p>«Que le maire de Paris demeurerait chargé de prendre toutes les
+<p>«Que le maire de Paris demeurerait chargé de prendre toutes les
mesures convenables pour l'arrestation dudit Arthur Dillon et de ses
-complices présumés;</p>
+complices présumés;</p>
-<p>Qu'il serait de suite procédé à l'apposition des scellés sur leurs
+<p>Qu'il serait de suite procédé à l'apposition des scellés sur leurs
papiers;</p>
-<p>Que le jeune Louis, fils de Capet, serait séparé de sa mère et placé
-dans un appartement à part, le mieux défendu de tout le local du
-Temple<a id="footnotetag61" name="footnotetag61"></a><a href="#footnote61" title="Go to footnote 61"><span class="smaller">[61]</span></a>.»</p>
+<p>Que le jeune Louis, fils de Capet, serait séparé de sa mère et placé
+dans un appartement à part, le mieux défendu de tout le local du
+Temple<a id="footnotetag61" name="footnotetag61"></a><a href="#footnote61" title="Go to footnote 61"><span class="smaller">[61]</span></a>.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page133" name="page133"></a>(p. 133)</span> Un autre arrêté du comité de salut public, daté également du
-1<sup>er</sup> juillet, portait que le fils de Capet, séparé de sa mère,
+<p><span class="pagenum"><a id="page133" name="page133"></a>(p. 133)</span> Un autre arrêté du comité de salut public, daté également du
+1<sup>er</sup> juillet, portait que le fils de Capet, séparé de sa mère,
serait remis dans les mains d'un instituteur, au choix du conseil
-général de la Commune.</p>
-
-<p>Ces deux mesures, sanctionnées par la Convention, furent mises à
-exécution le 3 juillet.</p>
-
-<p>Dix heures allaient sonner. Le Dauphin, couché depuis plus d'une
-heure, dormait profondément. Son lit n'avait pas de rideaux; un châle
-tendu par les soins de sa mère mettait seul ses paupières closes à
-l'abri de la lumière. La veillée devait se prolonger plus tard que de
-coutume: la Reine et Madame Élisabeth s'étaient imposé la tâche de
-réparer les vêtements endommagés de la famille. Assise entre elles
-deux, Marie-Thérèse était ce soir-là leur lectrice. Après quelques
+général de la Commune.</p>
+
+<p>Ces deux mesures, sanctionnées par la Convention, furent mises à
+exécution le 3 juillet.</p>
+
+<p>Dix heures allaient sonner. Le Dauphin, couché depuis plus d'une
+heure, dormait profondément. Son lit n'avait pas de rideaux; un châle
+tendu par les soins de sa mère mettait seul ses paupières closes à
+l'abri de la lumière. La veillée devait se prolonger plus tard que de
+coutume: la Reine et Madame Élisabeth s'étaient imposé la tâche de
+réparer les vêtements endommagés de la famille. Assise entre elles
+deux, Marie-Thérèse était ce soir-là leur lectrice. Après quelques
pages du <cite>Dictionnaire historique</cite><a id="footnotetag62" name="footnotetag62"></a><a href="#footnote62" title="Go to footnote 62"><span class="smaller">[62]</span></a>, la jeune fille avait ouvert
-une <em>Semaine sainte</em>, et commençait à y lire des prières tirées des
-saintes Écritures. Ce livre, qui appartenait à Madame Élisabeth, avait
-été introduit dans la tour au mois de mars, quelques jours avant
-Pâques<a id="footnotetag63" name="footnotetag63"></a><a href="#footnote63" title="Go to footnote 63"><span class="smaller">[63]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page134" name="page134"></a>(p. 134)</span> La Reine et sa s&oelig;ur, tout en écoutant la
-lecture, avaient l'oreille et les yeux tournés vers le lit qui
-renfermait l'être si cher à leur c&oelig;ur, et souvent, pour mieux
+une <em>Semaine sainte</em>, et commençait à y lire des prières tirées des
+saintes Écritures. Ce livre, qui appartenait à Madame Élisabeth, avait
+été introduit dans la tour au mois de mars, quelques jours avant
+Pâques<a id="footnotetag63" name="footnotetag63"></a><a href="#footnote63" title="Go to footnote 63"><span class="smaller">[63]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page134" name="page134"></a>(p. 134)</span> La Reine et sa s&oelig;ur, tout en écoutant la
+lecture, avaient l'oreille et les yeux tournés vers le lit qui
+renfermait l'être si cher à leur c&oelig;ur, et souvent, pour mieux
entendre sa respiration, elles laissaient tomber l'ouvrage de leurs
-mains. La veillée allait ainsi, lorsque des bruits de pas retentirent.
+mains. La veillée allait ainsi, lorsque des bruits de pas retentirent.
Les portes tournent sur leurs gonds, et six commissaires entrent dans
-la chambre. Un d'eux, prenant la parole: «Nous venons vous notifier
-l'ordre du comité de salut public, portant que le fils de Capet sera
-séparé de sa mère et de sa famille.» La Reine à ces mots se lève, et,
-pâle, tremblante de frayeur, elle s'écrie: «M'enlever mon enfant! Non,
-non, cela n'est pas possible.» Marie-Thérèse, debout près de sa mère,
-semblait repousser avec elle un ordre si dur; Madame Élisabeth, le
-c&oelig;ur serré, regardait muette et immobile, et, les mains étendues
-sur le livre saint, paraissait prendre Dieu à témoin de
-l'impossibilité d'une pareille cruauté.</p>
-
-<p>Après un moment de silence, la Reine, surmontant le frisson qui
-parcourait tout son être et rendait sa voix frémissante, reprit ainsi:
-«La Commune, messieurs, ne peut songer à me séparer de mon fils; il
-est si jeune, il est si faible, mes soins lui sont si nécessaires!&mdash;Le
-comité a pris cet arrêté, répliqua le municipal; la Convention a
-ratifié la mesure, et nous devons en assurer l'exécution immédiate.»
-La malheureuse mère s'écria: «Je ne pourrai jamais me résigner à cette
-séparation; au nom du Ciel, n'exigez pas de moi cette épreuve
-cruelle.» Et Marie-Thérèse pleurait de sa douleur et de celle de sa
-mère. Madame Élisabeth, s'élançant vers le lit du Dauphin, s'écria:
-«Au nom de ce que vous aimez le plus au monde, au nom de vos femmes,
-au nom de vos enfants, n'enlevez pas à cette <span class="pagenum"><a id="page135" name="page135"></a>(p. 135)</span> mère le fils
-qu'elle chérit.» Puis les sanglots étouffaient les plaintes et les
-supplications. Rien ne put attendrir les membres de la Commune: «Ces
-criailleries ne servent à rien, disaient-ils: on ne vous le tuera pas,
-votre enfant, livrez-nous-le de bon gré, ou nous saurons nous en
-rendre maîtres.» Mère, tante et s&oelig;ur étaient devant le lit; elles
-en défendaient les abords, mais elles furent vaincues par la force
-brutale; violemment agité dans la lutte, le rideau factice se détache,
-et tombant sur la tête de l'enfant, le réveille. Celui-ci voit ce qui
-se passe, il se jette du lit dans les bras de sa mère, et s'écrie:
-«Maman! maman! ne me quittez pas!» Et sa mère le presse sur son sein,
-le rassure, le défend, se cramponne au pilier du lit. «Ne nous battons
-pas contre des femmes, dit un des municipaux resté muet jusqu'à ce
-moment; citoyens, faisons monter la garde.» Et déjà il s'était
-approché du guichetier, demeuré debout près de la porte. «Ne faites
-pas cela, s'écria Madame Élisabeth; ce que vous exigez par la force,
-il faut bien que nous l'acceptions; mais, de grâce, donnez-nous le
+la chambre. Un d'eux, prenant la parole: «Nous venons vous notifier
+l'ordre du comité de salut public, portant que le fils de Capet sera
+séparé de sa mère et de sa famille.» La Reine à ces mots se lève, et,
+pâle, tremblante de frayeur, elle s'écrie: «M'enlever mon enfant! Non,
+non, cela n'est pas possible.» Marie-Thérèse, debout près de sa mère,
+semblait repousser avec elle un ordre si dur; Madame Élisabeth, le
+c&oelig;ur serré, regardait muette et immobile, et, les mains étendues
+sur le livre saint, paraissait prendre Dieu à témoin de
+l'impossibilité d'une pareille cruauté.</p>
+
+<p>Après un moment de silence, la Reine, surmontant le frisson qui
+parcourait tout son être et rendait sa voix frémissante, reprit ainsi:
+«La Commune, messieurs, ne peut songer à me séparer de mon fils; il
+est si jeune, il est si faible, mes soins lui sont si nécessaires!&mdash;Le
+comité a pris cet arrêté, répliqua le municipal; la Convention a
+ratifié la mesure, et nous devons en assurer l'exécution immédiate.»
+La malheureuse mère s'écria: «Je ne pourrai jamais me résigner à cette
+séparation; au nom du Ciel, n'exigez pas de moi cette épreuve
+cruelle.» Et Marie-Thérèse pleurait de sa douleur et de celle de sa
+mère. Madame Élisabeth, s'élançant vers le lit du Dauphin, s'écria:
+«Au nom de ce que vous aimez le plus au monde, au nom de vos femmes,
+au nom de vos enfants, n'enlevez pas à cette <span class="pagenum"><a id="page135" name="page135"></a>(p. 135)</span> mère le fils
+qu'elle chérit.» Puis les sanglots étouffaient les plaintes et les
+supplications. Rien ne put attendrir les membres de la Commune: «Ces
+criailleries ne servent à rien, disaient-ils: on ne vous le tuera pas,
+votre enfant, livrez-nous-le de bon gré, ou nous saurons nous en
+rendre maîtres.» Mère, tante et s&oelig;ur étaient devant le lit; elles
+en défendaient les abords, mais elles furent vaincues par la force
+brutale; violemment agité dans la lutte, le rideau factice se détache,
+et tombant sur la tête de l'enfant, le réveille. Celui-ci voit ce qui
+se passe, il se jette du lit dans les bras de sa mère, et s'écrie:
+«Maman! maman! ne me quittez pas!» Et sa mère le presse sur son sein,
+le rassure, le défend, se cramponne au pilier du lit. «Ne nous battons
+pas contre des femmes, dit un des municipaux resté muet jusqu'à ce
+moment; citoyens, faisons monter la garde.» Et déjà il s'était
+approché du guichetier, demeuré debout près de la porte. «Ne faites
+pas cela, s'écria Madame Élisabeth; ce que vous exigez par la force,
+il faut bien que nous l'acceptions; mais, de grâce, donnez-nous le
temps de respirer. Cet enfant a besoin de sommeil; ailleurs il ne
pourrait dormir. Demain matin il vous sera remis. Laissez-le au moins
-passer la nuit dans cette chambre, et obtenez qu'il y soit ramené tous
-les soirs.» A ces mots, prononcés avec l'accent le plus émouvant, le
-silence succéda. La Reine reprit la parole: «Promettez-moi, dit-elle,
+passer la nuit dans cette chambre, et obtenez qu'il y soit ramené tous
+les soirs.» A ces mots, prononcés avec l'accent le plus émouvant, le
+silence succéda. La Reine reprit la parole: «Promettez-moi, dit-elle,
qu'il restera dans l'enceinte de la tour, et que chaque jour il me
-sera permis de le voir, ne fût-ce qu'aux heures du repas.&mdash;Nous
-n'avons pas de comptes à te rendre, et il ne t'appartient pas
+sera permis de le voir, ne fût-ce qu'aux heures du repas.&mdash;Nous
+n'avons pas de comptes à te rendre, et il ne t'appartient pas
d'interroger les intentions de la patrie. Parbleu, parce qu'on
-t'enlève ton enfant, te voilà bien malheureuse! Les nôtres vont bien
-tous les jours se faire casser la tête par les balles des ennemis que
-tu attires sur nos frontières.&mdash;Mon fils est trop jeune pour pouvoir
-encore servir son pays, dit la Reine avec douceur; mais j'espère
+t'enlève ton enfant, te voilà bien malheureuse! Les nôtres vont bien
+tous les jours se faire casser la tête par les balles des ennemis que
+tu attires sur nos frontières.&mdash;Mon fils est trop jeune pour pouvoir
+encore servir son pays, dit la Reine avec douceur; mais j'espère
<span class="pagenum"><a id="page136" name="page136"></a>(p. 136)</span> qu'un jour, si Dieu le permet, il sera fier de lui consacrer
-sa vie.»</p>
-
-<p>Prières, supplications, larmes, furent stériles, et elles devaient
-l'être. Il fallut habiller l'enfant. Combien cette toilette fut
-longue, et que de pleurs mouillèrent ces vêtements tournés et
-retournés en tous sens, et passés de mains en mains, afin d'éloigner
-de quelques secondes le moment de la séparation! Madame Élisabeth
-mêlait ses soins à ceux de la Reine, et si le c&oelig;ur de cette
-dernière était brisé, le sien l'était bien cruellement aussi. Les
-municipaux perdirent patience, et exigèrent la remise de l'enfant.
-Enfin, Marie-Antoinette ayant ramassé au fond de son c&oelig;ur le peu de
+sa vie.»</p>
+
+<p>Prières, supplications, larmes, furent stériles, et elles devaient
+l'être. Il fallut habiller l'enfant. Combien cette toilette fut
+longue, et que de pleurs mouillèrent ces vêtements tournés et
+retournés en tous sens, et passés de mains en mains, afin d'éloigner
+de quelques secondes le moment de la séparation! Madame Élisabeth
+mêlait ses soins à ceux de la Reine, et si le c&oelig;ur de cette
+dernière était brisé, le sien l'était bien cruellement aussi. Les
+municipaux perdirent patience, et exigèrent la remise de l'enfant.
+Enfin, Marie-Antoinette ayant ramassé au fond de son c&oelig;ur le peu de
force qui lui restait, prit son fils devant elle, et s'asseyant sur
une chaise, elle rapprocha d'elle cet enfant si cher et posa les mains
-sur ses petites épaules; puis calme, immobile, recueillie dans sa
+sur ses petites épaules; puis calme, immobile, recueillie dans sa
douleur, sans verser une larme, sans pousser un soupir, elle lui dit
-d'une voix solennelle: «Mon enfant, nous allons nous quitter.
-Souvenez-vous de vos devoirs quand nous ne serons plus près de vous
-pour vous les rappeler. N'oubliez jamais le bon Dieu qui vous éprouve,
-ni votre mère qui vous aime, ni votre tante ni votre s&oelig;ur, qui vous
-ont donné tant de preuves de tendresse. Soyez sage, patient et
-honnête, et votre père vous bénira du haut du Ciel.» Elle dit, baise
+d'une voix solennelle: «Mon enfant, nous allons nous quitter.
+Souvenez-vous de vos devoirs quand nous ne serons plus près de vous
+pour vous les rappeler. N'oubliez jamais le bon Dieu qui vous éprouve,
+ni votre mère qui vous aime, ni votre tante ni votre s&oelig;ur, qui vous
+ont donné tant de preuves de tendresse. Soyez sage, patient et
+honnête, et votre père vous bénira du haut du Ciel.» Elle dit, baise
son fils au front, et le pousse vers sa tante, qui l'embrasse, ainsi
-que sa s&oelig;ur. Le pauvre enfant revient encore à sa mère, et
-s'attache à ses genoux de toutes ses forces; mais la Reine le
-regardant d'un air doux et ferme: «Mon fils, il faut obéir, il le
-faut.&mdash;Allons, tu n'as plus, j'espère, de doctrine à lui faire, dit un
-commissaire; il faut avouer que tu as fièrement abusé de notre
-patience.&mdash;Tu pouvois te dispenser de lui faire la leçon», disait un
-autre; et entraînant violemment l'enfant, il sortit avec lui. Le
-dernier qui quitta la chambre avait gardé le silence pendant cette
-pénible <span class="pagenum"><a id="page137" name="page137"></a>(p. 137)</span> scène. Son maintien était convenable. Croyant sans
-doute rassurer la sollicitude maternelle, il dit à la Reine d'un ton
-qui trahissait une certaine émotion: «Ne vous tourmentez pas, la
-nation est généreuse, elle pourvoira à l'éducation de votre fils<a id="footnotetag64" name="footnotetag64"></a><a href="#footnote64" title="Go to footnote 64"><span class="smaller">[64]</span></a>.»</p>
-
-<p>A peine la porte fut-elle refermée que la pauvre mère ne fut plus
-maîtresse de son chagrin: c'étaient des cris de douleur, des sanglots,
-des grincements de dents. L'énergie de son caractère s'était usée dans
-la lutte, et maintenant, tout entière au sentiment de son profond
-malheur, elle se roulait sur la couche déserte de son enfant en
-demandant à Dieu ce qu'elle avait pu faire pour être condamnée à une
-telle torture. Madame Élisabeth reprit son rôle de consolatrice: se
-plaçant sur une chaise près du lit où était la Reine, elle laissa
-passer ces premières explosions du désespoir, et se borna à traduire
+que sa s&oelig;ur. Le pauvre enfant revient encore à sa mère, et
+s'attache à ses genoux de toutes ses forces; mais la Reine le
+regardant d'un air doux et ferme: «Mon fils, il faut obéir, il le
+faut.&mdash;Allons, tu n'as plus, j'espère, de doctrine à lui faire, dit un
+commissaire; il faut avouer que tu as fièrement abusé de notre
+patience.&mdash;Tu pouvois te dispenser de lui faire la leçon», disait un
+autre; et entraînant violemment l'enfant, il sortit avec lui. Le
+dernier qui quitta la chambre avait gardé le silence pendant cette
+pénible <span class="pagenum"><a id="page137" name="page137"></a>(p. 137)</span> scène. Son maintien était convenable. Croyant sans
+doute rassurer la sollicitude maternelle, il dit à la Reine d'un ton
+qui trahissait une certaine émotion: «Ne vous tourmentez pas, la
+nation est généreuse, elle pourvoira à l'éducation de votre fils<a id="footnotetag64" name="footnotetag64"></a><a href="#footnote64" title="Go to footnote 64"><span class="smaller">[64]</span></a>.»</p>
+
+<p>A peine la porte fut-elle refermée que la pauvre mère ne fut plus
+maîtresse de son chagrin: c'étaient des cris de douleur, des sanglots,
+des grincements de dents. L'énergie de son caractère s'était usée dans
+la lutte, et maintenant, tout entière au sentiment de son profond
+malheur, elle se roulait sur la couche déserte de son enfant en
+demandant à Dieu ce qu'elle avait pu faire pour être condamnée à une
+telle torture. Madame Élisabeth reprit son rôle de consolatrice: se
+plaçant sur une chaise près du lit où était la Reine, elle laissa
+passer ces premières explosions du désespoir, et se borna à traduire
par un serrement de main et un regard bien tendre ce que ses propres
-larmes l'empêchaient elle-même de dire. Mais dès que la Reine fut un
-peu calmée: «Ma s&oelig;ur, lui dit-elle, j'ai admiré tout à l'heure la
-fermeté de votre âme, et j'ai remercié Dieu de ce témoignage de sa
-grâce. Et certainement, vis-à-vis de Dieu, qui nous regarde et nous
-éprouve, vous n'aurez pas moins de courage que vous n'en avez montré
-vis-à-vis de <span class="pagenum"><a id="page138" name="page138"></a>(p. 138)</span> ces hommes. Ne lui demandons pas pourquoi il
-nous châtie; il le sait, lui, et cela suffit. Sans chercher à sonder
-ses desseins, acceptons la croix qu'il nous envoie et n'hésitons pas à
-la porter. On ne devient pas l'héritier de Jésus-Christ sans avoir été
+larmes l'empêchaient elle-même de dire. Mais dès que la Reine fut un
+peu calmée: «Ma s&oelig;ur, lui dit-elle, j'ai admiré tout à l'heure la
+fermeté de votre âme, et j'ai remercié Dieu de ce témoignage de sa
+grâce. Et certainement, vis-à-vis de Dieu, qui nous regarde et nous
+éprouve, vous n'aurez pas moins de courage que vous n'en avez montré
+vis-à-vis de <span class="pagenum"><a id="page138" name="page138"></a>(p. 138)</span> ces hommes. Ne lui demandons pas pourquoi il
+nous châtie; il le sait, lui, et cela suffit. Sans chercher à sonder
+ses desseins, acceptons la croix qu'il nous envoie et n'hésitons pas à
+la porter. On ne devient pas l'héritier de Jésus-Christ sans avoir été
le compagnon de ses souffrances. Remettons-nous volontairement entre
-ses mains et supportons tout en pensant à lui.» Ces paroles pleines
-d'onction avaient pénétré dans le c&oelig;ur de Marie-Antoinette, qui n'y
-répondit qu'en embrassant tendrement sa s&oelig;ur. Les nerfs de la
-pauvre mère s'étaient un peu détendus, et ses larmes coulèrent plus
-facilement. Quelques instants après, elle se leva; elle embrassa sa
-fille et lui dit de se coucher. Les larmes recommencèrent en se disant
-bonsoir. Puis, comme Madame Élisabeth se mettait à serrer les petits
-vêtements de l'enfant, demeurés sur la table, et qui réclamaient
-encore le travail de leurs mains, les pleurs éclatèrent de nouveau, et
-les deux pauvres mères se jetèrent dans les bras l'une de l'autre.</p>
-
-<p>Les prisonnières ignorèrent ce que le cher enfant était devenu. Elles
-supposaient qu'il n'avait pas quitté le Temple, mais elles ne savaient
-ni dans quelles mains il avait été remis, ni comment il était traité.
-Cette incertitude où elles étaient de son sort augmentait encore
-l'amertume de leurs regrets. Quatre jours s'étaient écoulés, lorsque
-la nouvelle se répandit dans Paris que la conspiration d'Arthur
-Dillon, malgré l'arrestation de ce général, avait eu un plein succès,
-et que Louis XVII, enlevé de la tour, avait été porté en triomphe à
+ses mains et supportons tout en pensant à lui.» Ces paroles pleines
+d'onction avaient pénétré dans le c&oelig;ur de Marie-Antoinette, qui n'y
+répondit qu'en embrassant tendrement sa s&oelig;ur. Les nerfs de la
+pauvre mère s'étaient un peu détendus, et ses larmes coulèrent plus
+facilement. Quelques instants après, elle se leva; elle embrassa sa
+fille et lui dit de se coucher. Les larmes recommencèrent en se disant
+bonsoir. Puis, comme Madame Élisabeth se mettait à serrer les petits
+vêtements de l'enfant, demeurés sur la table, et qui réclamaient
+encore le travail de leurs mains, les pleurs éclatèrent de nouveau, et
+les deux pauvres mères se jetèrent dans les bras l'une de l'autre.</p>
+
+<p>Les prisonnières ignorèrent ce que le cher enfant était devenu. Elles
+supposaient qu'il n'avait pas quitté le Temple, mais elles ne savaient
+ni dans quelles mains il avait été remis, ni comment il était traité.
+Cette incertitude où elles étaient de son sort augmentait encore
+l'amertume de leurs regrets. Quatre jours s'étaient écoulés, lorsque
+la nouvelle se répandit dans Paris que la conspiration d'Arthur
+Dillon, malgré l'arrestation de ce général, avait eu un plein succès,
+et que Louis XVII, enlevé de la tour, avait été porté en triomphe à
Saint-Cloud. Pour faire tomber ce bruit qui agitait Paris et amenait
-une foule de monde aux abords du Temple, une députation du comité de
-sûreté générale, dont Drouet et Chabot faisaient partie, y fut
-dépêchée, afin de constater officiellement la présence du petit Capet.
-Après avoir ordonné de le faire descendre dans le jardin, afin qu'il
-puisse être vu de toute la garde montante, <span class="pagenum"><a id="page139" name="page139"></a>(p. 139)</span> les deux députés
-que nous avons nommés ont un entretien à huis clos avec Simon et les
-municipaux dans la chambre du conseil; puis ils se présentent dans
-l'appartement des prisonnières, où, avec l'allure qui leur est propre,
-ils exercent une véritable perquisition. «Nous sommes venus voir, dit
+une foule de monde aux abords du Temple, une députation du comité de
+sûreté générale, dont Drouet et Chabot faisaient partie, y fut
+dépêchée, afin de constater officiellement la présence du petit Capet.
+Après avoir ordonné de le faire descendre dans le jardin, afin qu'il
+puisse être vu de toute la garde montante, <span class="pagenum"><a id="page139" name="page139"></a>(p. 139)</span> les deux députés
+que nous avons nommés ont un entretien à huis clos avec Simon et les
+municipaux dans la chambre du conseil; puis ils se présentent dans
+l'appartement des prisonnières, où, avec l'allure qui leur est propre,
+ils exercent une véritable perquisition. «Nous sommes venus voir, dit
Drouet, s'il ne vous manque rien ou si vous n'avez rien de trop.&mdash;Il
me manque mon fils, dit la Reine; il est vraiment trop cruel de m'en
-séparer si longtemps.&mdash;Votre fils ne manque pas de soins: on lui a
-donné un précepteur patriote, et vous n'avez pas plus à vous plaindre
-de la manière dont on le traite que de celle dont vous êtes ici
-traitée vous-même.&mdash;Je ne me plains que d'une chose, monsieur, c'est
-de l'absence d'un enfant qui ne m'avait jamais quittée. Depuis cinq
-jours il m'a été arraché, il ne m'a pas été permis de le voir une
+séparer si longtemps.&mdash;Votre fils ne manque pas de soins: on lui a
+donné un précepteur patriote, et vous n'avez pas plus à vous plaindre
+de la manière dont on le traite que de celle dont vous êtes ici
+traitée vous-même.&mdash;Je ne me plains que d'une chose, monsieur, c'est
+de l'absence d'un enfant qui ne m'avait jamais quittée. Depuis cinq
+jours il m'a été arraché, il ne m'a pas été permis de le voir une
seule fois, et cependant il est encore malade<a id="footnotetag65" name="footnotetag65"></a><a href="#footnote65" title="Go to footnote 65"><span class="smaller">[65]</span></a>; il a besoin de mes
soins. Il m'est impossible de croire que la Convention ne comprenne
-pas la légitimité de mes plaintes.»</p>
-
-<p>Dans le compte qu'il rendit de cette visite à la Convention nationale,
-Drouet s'exprima ainsi: «Nous sommes montés à l'appartement des
-femmes, et nous avons trouvé Marie-Antoinette, sa fille et sa s&oelig;ur,
-jouissant d'une parfaite santé. On se plaît encore à répandre chez les
-nations étrangères qu'elles sont maltraitées, et, de leur aveu, fait
-en présence des commissaires de la Commune, rien ne manque à leur
-commodité.»&mdash;Et Drouet ne dit pas un mot des plaintes qu'avait élevées
-Marie-Antoinette sur la cruelle séquestration de son fils. La Reine et
-Madame Élisabeth ne cessaient d'interroger municipaux, gardiens,
-<span class="pagenum"><a id="page140" name="page140"></a>(p. 140)</span> geôliers; tous répondaient qu'elles ne devaient pas
-s'inquiéter de l'enfant; qu'il était en bonnes mains, et qu'il ne
+pas la légitimité de mes plaintes.»</p>
+
+<p>Dans le compte qu'il rendit de cette visite à la Convention nationale,
+Drouet s'exprima ainsi: «Nous sommes montés à l'appartement des
+femmes, et nous avons trouvé Marie-Antoinette, sa fille et sa s&oelig;ur,
+jouissant d'une parfaite santé. On se plaît encore à répandre chez les
+nations étrangères qu'elles sont maltraitées, et, de leur aveu, fait
+en présence des commissaires de la Commune, rien ne manque à leur
+commodité.»&mdash;Et Drouet ne dit pas un mot des plaintes qu'avait élevées
+Marie-Antoinette sur la cruelle séquestration de son fils. La Reine et
+Madame Élisabeth ne cessaient d'interroger municipaux, gardiens,
+<span class="pagenum"><a id="page140" name="page140"></a>(p. 140)</span> geôliers; tous répondaient qu'elles ne devaient pas
+s'inquiéter de l'enfant; qu'il était en bonnes mains, et qu'il ne
manquait pas de soins. Ces assurances ne pouvaient les satisfaire. Il
-fallait qu'elles vissent leur enfant: elles le demandaient à tous avec
-des prières déchirantes; mais que pouvaient répondre les représentants
-de la Commune, sinon que le gouvernement avait jugé la mesure
-nécessaire et que force était de s'y conformer? Les refus ou le
+fallait qu'elles vissent leur enfant: elles le demandaient à tous avec
+des prières déchirantes; mais que pouvaient répondre les représentants
+de la Commune, sinon que le gouvernement avait jugé la mesure
+nécessaire et que force était de s'y conformer? Les refus ou le
silence que rencontraient leurs supplications augmentaient chaque jour
-leur anxiété. Toutefois elles étaient loin de soupçonner dans quelles
-mains le Dauphin était tombé: elles ignoraient qu'on ne le leur avait
-enlevé que pour anéantir en lui tout à la fois et la force physique,
-et la vie intellectuelle, et la beauté morale. Leurs frayeurs à cet
-égard allaient loin, mais elles n'approchaient pas de la vérité.
-Lasses d'implorer la justice des municipaux, elles s'adressèrent à la
-pitié de Tison. Tison ne fut point sourd à leurs plaintes. Gagné
-depuis quelque temps par la résignation et la bonté des prisonnières,
-il s'était beaucoup amendé: placé près d'elles comme un espion,
+leur anxiété. Toutefois elles étaient loin de soupçonner dans quelles
+mains le Dauphin était tombé: elles ignoraient qu'on ne le leur avait
+enlevé que pour anéantir en lui tout à la fois et la force physique,
+et la vie intellectuelle, et la beauté morale. Leurs frayeurs à cet
+égard allaient loin, mais elles n'approchaient pas de la vérité.
+Lasses d'implorer la justice des municipaux, elles s'adressèrent à la
+pitié de Tison. Tison ne fut point sourd à leurs plaintes. Gagné
+depuis quelque temps par la résignation et la bonté des prisonnières,
+il s'était beaucoup amendé: placé près d'elles comme un espion,
insensiblement il devenait pour elles un complice. Sa femme,
-désavouant plus tôt que lui tout son passé, s'était un jour jetée aux
-pieds de la Reine, en s'écriant devant les commissaires et sans faire
-attention à leur présence: «Madame, je demande pardon à Votre Majesté,
-je suis cause de votre mort et de celle de Madame Élisabeth.» Les
-princesses s'empressèrent de la relever et tâchèrent de la calmer;
-mais la fièvre nerveuse qui l'agitait se prolongea quelques jours. Ce
+désavouant plus tôt que lui tout son passé, s'était un jour jetée aux
+pieds de la Reine, en s'écriant devant les commissaires et sans faire
+attention à leur présence: «Madame, je demande pardon à Votre Majesté,
+je suis cause de votre mort et de celle de Madame Élisabeth.» Les
+princesses s'empressèrent de la relever et tâchèrent de la calmer;
+mais la fièvre nerveuse qui l'agitait se prolongea quelques jours. Ce
ne fut plus alors un pardon, ce furent des soins que les princesses
-lui apportèrent. Madame Élisabeth particulièrement l'environna
-d'attentions et de paroles consolantes. La malade disait un jour à
-Meunier: «Je les plains de toute mon âme; c'est une famille généreuse
+lui apportèrent. Madame Élisabeth particulièrement l'environna
+d'attentions et de paroles consolantes. La malade disait un jour à
+Meunier: «Je les plains de toute mon âme; c'est une famille généreuse
que les pauvres ne remplaceront pas. Si vous pouviez comme moi les
-voir de <span class="pagenum"><a id="page141" name="page141"></a>(p. 141)</span> près, vous diriez qu'il n'y a rien d'aussi grand sur
+voir de <span class="pagenum"><a id="page141" name="page141"></a>(p. 141)</span> près, vous diriez qu'il n'y a rien d'aussi grand sur
la terre. Qui les a vues comme vous aux Tuileries n'a rien vu; il faut
-les avoir vues comme moi au Temple.» Les remords de cette pauvre femme
-avaient troublé sa raison<a id="footnotetag66" name="footnotetag66"></a><a href="#footnote66" title="Go to footnote 66"><span class="smaller">[66]</span></a>. Elle fut en proie à d'affreuses
-convulsions; on lui donna une garde<a id="footnotetag67" name="footnotetag67"></a><a href="#footnote67" title="Go to footnote 67"><span class="smaller">[67]</span></a>; transportée dans une chambre
+les avoir vues comme moi au Temple.» Les remords de cette pauvre femme
+avaient troublé sa raison<a id="footnotetag66" name="footnotetag66"></a><a href="#footnote66" title="Go to footnote 66"><span class="smaller">[66]</span></a>. Elle fut en proie à d'affreuses
+convulsions; on lui donna une garde<a id="footnotetag67" name="footnotetag67"></a><a href="#footnote67" title="Go to footnote 67"><span class="smaller">[67]</span></a>; transportée dans une chambre
du palais, il fallut plusieurs hommes pour la contenir<a id="footnotetag68" name="footnotetag68"></a><a href="#footnote68" title="Go to footnote 68"><span class="smaller">[68]</span></a>. Au bout de
-six jours, elle fut conduite à l'Hôtel-Dieu<a id="footnotetag69" name="footnotetag69"></a><a href="#footnote69" title="Go to footnote 69"><span class="smaller">[69]</span></a>. Elle ne reparut plus
-au <span class="pagenum"><a id="page142" name="page142"></a>(p. 142)</span> Temple. On mit auprès d'elle, dit Marie-Thérèse<a id="footnotetag70" name="footnotetag70"></a><a href="#footnote70" title="Go to footnote 70"><span class="smaller">[70]</span></a>, une
-femme de la police pour recueillir tout ce que, dans son délire, elle
-pourrait laisser échapper sur la famille royale.</p>
+six jours, elle fut conduite à l'Hôtel-Dieu<a id="footnotetag69" name="footnotetag69"></a><a href="#footnote69" title="Go to footnote 69"><span class="smaller">[69]</span></a>. Elle ne reparut plus
+au <span class="pagenum"><a id="page142" name="page142"></a>(p. 142)</span> Temple. On mit auprès d'elle, dit Marie-Thérèse<a id="footnotetag70" name="footnotetag70"></a><a href="#footnote70" title="Go to footnote 70"><span class="smaller">[70]</span></a>, une
+femme de la police pour recueillir tout ce que, dans son délire, elle
+pourrait laisser échapper sur la famille royale.</p>
<p>La conversion du mari, nous l'avons dit, avait suivi celle de la
-femme. Par une conduite toute nouvelle, Tison tâcha de racheter ses
-méfaits. Il se tint à l'affût de tout ce qui pourrait intéresser la
+femme. Par une conduite toute nouvelle, Tison tâcha de racheter ses
+méfaits. Il se tint à l'affût de tout ce qui pourrait intéresser la
Reine, et lui apportait presque chaque jour des nouvelles de son fils;
-toutefois le sentiment de respectueuse pitié qui était entré dans son
-âme lui enseignant une délicatesse que ses précédents n'auraient pas
-fait soupçonner, il avait soin de lui cacher les horribles traitements
-que l'enfant subissait, et dont Tison lui-même était indigné. Il parla
+toutefois le sentiment de respectueuse pitié qui était entré dans son
+âme lui enseignant une délicatesse que ses précédents n'auraient pas
+fait soupçonner, il avait soin de lui cacher les horribles traitements
+que l'enfant subissait, et dont Tison lui-même était indigné. Il parla
de Simon devant les princesses, mais sans le nommer, sans le
-dépeindre, sans laisser entrevoir que ce mentor donné au Dauphin
-n'était autre que le municipal qui avait toujours affecté devant le
+dépeindre, sans laisser entrevoir que ce mentor donné au Dauphin
+n'était autre que le municipal qui avait toujours affecté devant le
Roi et devant elles le langage le plus injurieux. Mais il se plaisait
-à leur raconter que l'enfant allait chaque jour prendre ses ébats au
+à leur raconter que l'enfant allait chaque jour prendre ses ébats au
jardin, et qu'habituellement il y jouait au ballon; que quelquefois on
-le conduisait sur la plate-forme de la tour, où il jouissait d'un air
-excellent, et qu'enfin il avait toutes les apparences de la santé.
-Rassurées sur ce point, les royales confidentes essayaient de se faire
-initier à des détails plus intimes de son éducation. Tison s'arrêta
-prudemment: craignant de détruire dans le c&oelig;ur de ces pauvres
+le conduisait sur la plate-forme de la tour, où il jouissait d'un air
+excellent, et qu'enfin il avait toutes les apparences de la santé.
+Rassurées sur ce point, les royales confidentes essayaient de se faire
+initier à des détails plus intimes de son éducation. Tison s'arrêta
+prudemment: craignant de détruire dans le c&oelig;ur de ces pauvres
femmes le peu de bien qu'y avaient fait les renseignements qu'il
-venait de leur donner, il se borna à répondre qu'il lui était
-impossible de savoir lui-même ce qui se passait dans l'intérieur de
+venait de leur donner, il se borna à répondre qu'il lui était
+impossible de savoir lui-même ce qui se passait dans l'intérieur de
l'appartement.</p>
-<p>La nouvelle de la promenade sur la plate-forme fit naître <span class="pagenum"><a id="page143" name="page143"></a>(p. 143)</span> un
-espoir auquel les prisonnières se livrèrent avec bonheur. Un petit
-escalier tournant pratiqué dans la garde-robe conduisait aux combles;
-au faîte de ce petit escalier, un jour de souffrance était ouvert dans
-l'épaisseur de la muraille; de là il était possible d'apercevoir, de
-tourelle à tourelle, l'enfant au moment où il arrivait sur la
-plate-forme. Rien ne ressemblait plus à une vision, à un éclair, que
+<p>La nouvelle de la promenade sur la plate-forme fit naître <span class="pagenum"><a id="page143" name="page143"></a>(p. 143)</span> un
+espoir auquel les prisonnières se livrèrent avec bonheur. Un petit
+escalier tournant pratiqué dans la garde-robe conduisait aux combles;
+au faîte de ce petit escalier, un jour de souffrance était ouvert dans
+l'épaisseur de la muraille; de là il était possible d'apercevoir, de
+tourelle à tourelle, l'enfant au moment où il arrivait sur la
+plate-forme. Rien ne ressemblait plus à une vision, à un éclair, que
cette apparition fugitive, et il fallait des yeux maternels pour
-reconnaître ainsi l'enfant. Dans un billet écrit à Turgy, Madame
-Élisabeth fait mention de cette circonstance: «Dites à <em>Fidèle</em>, ma
+reconnaître ainsi l'enfant. Dans un billet écrit à Turgy, Madame
+Élisabeth fait mention de cette circonstance: «Dites à <em>Fidèle</em>, ma
s&oelig;ur a voulu que vous le sachiez, que nous voyons tous les jours le
-petit par la fenêtre de l'escalier de la garde-robe; mais que cela ne
-vous empêche pas de nous en donner des nouvelles.»</p>
-
-<p>Cette faible consolation leur laissa entrevoir la possibilité d'un
-bonheur plus réel. La plate-forme se trouvait partagée en deux parties
-par une clôture en bois, et formait ainsi deux promenades, dont l'une
-était assignée au prisonnier du second étage et l'autre aux
-prisonnières du troisième. Les planches de séparation étaient
-disposées de telle manière qu'on ne pouvait se voir qu'à travers les
-fentes, et de loin, mais de plus près cependant que par l'escalier de
-la garde-robe, et surtout un peu plus longtemps. Dès lors, mère, tante
-et s&oelig;ur n'eurent qu'une pensée, se trouver sur la tour au moment de
+petit par la fenêtre de l'escalier de la garde-robe; mais que cela ne
+vous empêche pas de nous en donner des nouvelles.»</p>
+
+<p>Cette faible consolation leur laissa entrevoir la possibilité d'un
+bonheur plus réel. La plate-forme se trouvait partagée en deux parties
+par une clôture en bois, et formait ainsi deux promenades, dont l'une
+était assignée au prisonnier du second étage et l'autre aux
+prisonnières du troisième. Les planches de séparation étaient
+disposées de telle manière qu'on ne pouvait se voir qu'à travers les
+fentes, et de loin, mais de plus près cependant que par l'escalier de
+la garde-robe, et surtout un peu plus longtemps. Dès lors, mère, tante
+et s&oelig;ur n'eurent qu'une pensée, se trouver sur la tour au moment de
la promenade du petit, comme elles l'appelaient dans leur doux
-langage. Mais comment ménager cette coïncidence? «Nous montions sur la
-tour bien souvent, dit Madame Royale dans son récit, parce que mon
-frère y alloit de son côté, et que le seul plaisir de ma mère étoit de
-le voir passer de loin par une petite fente.» Malheureusement il
-arrivoit bien rarement que l'heure fixée par les commissaires pour la
-promenade des prisonnières se rencontrât avec l'heure arrêtée par
+langage. Mais comment ménager cette coïncidence? «Nous montions sur la
+tour bien souvent, dit Madame Royale dans son récit, parce que mon
+frère y alloit de son côté, et que le seul plaisir de ma mère étoit de
+le voir passer de loin par une petite fente.» Malheureusement il
+arrivoit bien rarement que l'heure fixée par les commissaires pour la
+promenade des prisonnières se rencontrât avec l'heure arrêtée par
Simon pour la promenade de l'enfant. La rencontre si vivement
-<span class="pagenum"><a id="page144" name="page144"></a>(p. 144)</span> désirée et si longtemps attendue dépendait donc d'un hasard
-heureux ou de la pitié complaisante des municipaux. «C'est égal, comme
-le dit Marie-Thérèse, on montoit toujours; on ne savoit pas si le
-petit viendroit, mais il pouvoit venir. Que d'heures occupées à saisir
-son passage! Que de fois, l'oreille collée sur la cloison de planches,
+<span class="pagenum"><a id="page144" name="page144"></a>(p. 144)</span> désirée et si longtemps attendue dépendait donc d'un hasard
+heureux ou de la pitié complaisante des municipaux. «C'est égal, comme
+le dit Marie-Thérèse, on montoit toujours; on ne savoit pas si le
+petit viendroit, mais il pouvoit venir. Que d'heures occupées à saisir
+son passage! Que de fois, l'oreille collée sur la cloison de planches,
les pauvres recluses, attentives, muettes, ont senti leur c&oelig;ur
-battre au moindre mouvement qui se faisoit dans l'escalier! Hélas! ce
-faible bruit, avidement recueilli par leur inquiète impatience, étoit
-presque toujours trompeur: un commissaire qui montoit ou descendoit à
-la salle du conseil, un préposé qui faisoit sa ronde, une sentinelle
-qu'on relevoit dans l'escalier, avaient, sans le savoir, agité trois
-âmes d'une ardente espérance et d'un immense regret. Puis, l'heure de
-la récréation étant passée, il fallait redescendre sous les verrous.»</p>
-
-<p>La tentative de la veille était reprise le lendemain: infructueuse
-encore, elle était reprise les jours suivants. L'espérance, fût-elle
-toujours trompée, ne meurt pas au c&oelig;ur d'une mère.</p>
-
-<p>La persévérance de la Reine obtint enfin son couronnement; mais le
-couronnement d'épines, le seul qu'elle connût depuis plusieurs années.
-Le mardi 30 juillet, il lui fut donné d'entrevoir encore son enfant,
-mais cette ombre de bonheur si longtemps épiée, si pieusement demandée
+battre au moindre mouvement qui se faisoit dans l'escalier! Hélas! ce
+faible bruit, avidement recueilli par leur inquiète impatience, étoit
+presque toujours trompeur: un commissaire qui montoit ou descendoit à
+la salle du conseil, un préposé qui faisoit sa ronde, une sentinelle
+qu'on relevoit dans l'escalier, avaient, sans le savoir, agité trois
+âmes d'une ardente espérance et d'un immense regret. Puis, l'heure de
+la récréation étant passée, il fallait redescendre sous les verrous.»</p>
+
+<p>La tentative de la veille était reprise le lendemain: infructueuse
+encore, elle était reprise les jours suivants. L'espérance, fût-elle
+toujours trompée, ne meurt pas au c&oelig;ur d'une mère.</p>
+
+<p>La persévérance de la Reine obtint enfin son couronnement; mais le
+couronnement d'épines, le seul qu'elle connût depuis plusieurs années.
+Le mardi 30 juillet, il lui fut donné d'entrevoir encore son enfant,
+mais cette ombre de bonheur si longtemps épiée, si pieusement demandée
au Ciel, le Ciel ne la lui accordait que pour son supplice. Oui, elle
-vit son fils... Il ne portait plus le deuil de son père; il avait sur
-la tête le bonnet rouge; il avait près de lui ce municipal jacobin qui
-s'était signalé devant Louis XVI et devant elle-même par son insolence
-et ses outrages. Par une fatalité singulière, Simon, au moment de
-monter sur la plate-forme, avait appris l'entrée du duc d'York dans
-Valenciennes, et sa colère s'épanchait sur son élève, dont il
-harcelait la marche par des jurements et des blasphèmes. <span class="pagenum"><a id="page145" name="page145"></a>(p. 145)</span>
-L'infortunée Reine, sans jeter un seul cri, tombe dans les bras de sa
-s&oelig;ur, témoin comme elle de ce spectacle, et toutes deux entraînent
-Marie-Thérèse, qui accourait aussi à la cloison, et dont elles
-épargnent la jeune âme en se donnant par un regard le mutuel conseil
-de tout lui cacher. «Il ne passera pas, disent-elles, il est inutile
-d'attendre plus longtemps.» Et l'on se dirige de l'autre côté de la
+vit son fils... Il ne portait plus le deuil de son père; il avait sur
+la tête le bonnet rouge; il avait près de lui ce municipal jacobin qui
+s'était signalé devant Louis XVI et devant elle-même par son insolence
+et ses outrages. Par une fatalité singulière, Simon, au moment de
+monter sur la plate-forme, avait appris l'entrée du duc d'York dans
+Valenciennes, et sa colère s'épanchait sur son élève, dont il
+harcelait la marche par des jurements et des blasphèmes. <span class="pagenum"><a id="page145" name="page145"></a>(p. 145)</span>
+L'infortunée Reine, sans jeter un seul cri, tombe dans les bras de sa
+s&oelig;ur, témoin comme elle de ce spectacle, et toutes deux entraînent
+Marie-Thérèse, qui accourait aussi à la cloison, et dont elles
+épargnent la jeune âme en se donnant par un regard le mutuel conseil
+de tout lui cacher. «Il ne passera pas, disent-elles, il est inutile
+d'attendre plus longtemps.» Et l'on se dirige de l'autre côté de la
plate-forme. Au bout de quelques minutes, les larmes gagnent la pauvre
-mère; elle se détourne pour les cacher... et pour revenir épier son
-enfant. Madame Élisabeth est demeurée près de sa nièce, afin de
-laisser la mère maîtresse de ses regards. Peu de temps après, en
-effet, le jeune Prince repassa, mais cette fois la tête baissée, et
-marchant à côté de Simon qui ne jurait plus. Le silence du maître,
-l'attitude de soumission de l'enfant, firent presque autant de mal à
-la Reine que les brutalités de Simon. Immobile et muette, elle resta
-quelques instants à la même place; Tison vint l'y trouver. Alors,
-relevant la tête, qu'elle tenait penchée entre ses mains, elle
-s'écria: «Vous m'avez trompée!&mdash;Non, Madame, je ne vous ai point
-trompée; tout ce que je vous ai dit est vrai; seulement, par
-ménagement, je ne voulais pas tout vous dire. Maintenant je vous dirai
-tout, puisque je n'ai plus rien à vous cacher.» Madame Élisabeth
-s'approcha de la Reine avec Marie-Thérèse, et par un regard elle
-l'interrogea sur ce qu'elle venait de voir. Un mouvement de paupière,
-qui traduisait toute la douleur enfermée dans son âme, fut la seule
-réponse de la Reine.</p>
-
-<p>Ainsi fut nettement connu le déplorable état du Dauphin: Simon ne lui
-parlait qu'en jurant, ne lui commandait qu'en le menaçant, et voulait
-le contraindre à chanter des couplets obscènes ou des chansons
-régicides. L'enfant résistait, et les coups n'avaient encore rien
-obtenu de lui. Ces détails restèrent entièrement ignorés de Madame
+mère; elle se détourne pour les cacher... et pour revenir épier son
+enfant. Madame Élisabeth est demeurée près de sa nièce, afin de
+laisser la mère maîtresse de ses regards. Peu de temps après, en
+effet, le jeune Prince repassa, mais cette fois la tête baissée, et
+marchant à côté de Simon qui ne jurait plus. Le silence du maître,
+l'attitude de soumission de l'enfant, firent presque autant de mal à
+la Reine que les brutalités de Simon. Immobile et muette, elle resta
+quelques instants à la même place; Tison vint l'y trouver. Alors,
+relevant la tête, qu'elle tenait penchée entre ses mains, elle
+s'écria: «Vous m'avez trompée!&mdash;Non, Madame, je ne vous ai point
+trompée; tout ce que je vous ai dit est vrai; seulement, par
+ménagement, je ne voulais pas tout vous dire. Maintenant je vous dirai
+tout, puisque je n'ai plus rien à vous cacher.» Madame Élisabeth
+s'approcha de la Reine avec Marie-Thérèse, et par un regard elle
+l'interrogea sur ce qu'elle venait de voir. Un mouvement de paupière,
+qui traduisait toute la douleur enfermée dans son âme, fut la seule
+réponse de la Reine.</p>
+
+<p>Ainsi fut nettement connu le déplorable état du Dauphin: Simon ne lui
+parlait qu'en jurant, ne lui commandait qu'en le menaçant, et voulait
+le contraindre à chanter des couplets obscènes ou des chansons
+régicides. L'enfant résistait, et les coups n'avaient encore rien
+obtenu de lui. Ces détails restèrent entièrement ignorés de Madame
Royale, <span class="pagenum"><a id="page146" name="page146"></a>(p. 146)</span> et sa tante fit tous ses efforts pour qu'ils
-n'arrivassent point dans toute leur horreur à la connaissance de la
-Reine. Elle dit à Tison: «De grâce, cachons désormais ces atrocités à
-ma s&oelig;ur: dites-moi tout à moi, Tison, je saurai adoucir les scènes
+n'arrivassent point dans toute leur horreur à la connaissance de la
+Reine. Elle dit à Tison: «De grâce, cachons désormais ces atrocités à
+ma s&oelig;ur: dites-moi tout à moi, Tison, je saurai adoucir les scènes
affligeantes et choisir le moment de les lui transmettre. Faites cette
-recommandation, s'il est possible, à tous ceux qui donnent des
-nouvelles de mon neveu. J'espère, Tison, que vous trouverez chez eux
-cette pitié que je réclame de vous pour cette pauvre mère.»</p>
+recommandation, s'il est possible, à tous ceux qui donnent des
+nouvelles de mon neveu. J'espère, Tison, que vous trouverez chez eux
+cette pitié que je réclame de vous pour cette pauvre mère.»</p>
<p>Les longs martyres de la veuve et de la s&oelig;ur de Louis XVI eurent
ici leur phase la plus douloureuse. Leur enfant malade, elles ne
pouvaient le soigner! Malheureux, elles ne pouvaient le consoler! En
-danger, elles ne pouvaient le secourir! Son âme innocente faiblissait
-peut-être, et elles ne pouvaient la soutenir! Est-il un supplice
-comparable à ce supplice?</p>
+danger, elles ne pouvaient le secourir! Son âme innocente faiblissait
+peut-être, et elles ne pouvaient la soutenir! Est-il un supplice
+comparable à ce supplice?</p>
-<p>Le soir, Madame Royale dit à sa tante: «Mon Dieu! comme ma mère a été
-triste aujourd'hui!&mdash;Chère enfant, lui répondit Madame Élisabeth,
-votre mère est triste, il est vrai, mais non pas de chagrins nouveaux.
+<p>Le soir, Madame Royale dit à sa tante: «Mon Dieu! comme ma mère a été
+triste aujourd'hui!&mdash;Chère enfant, lui répondit Madame Élisabeth,
+votre mère est triste, il est vrai, mais non pas de chagrins nouveaux.
Ceux que vous lui connaissez, et que toutes deux nous partageons,
-l'ont accablée un peu plus aujourd'hui peut-être que ces jours passés.
-Il est des moments où l'émotion des souvenirs domine l'âme la plus
-forte. Priez, chère enfant, demandez à Dieu que ces souvenirs soient
-moins poignants pour votre mère.»&mdash;La jeune fille fit sa prière, et
-s'endormit profondément.</p>
-
-<p>Sa mère et sa tante veillèrent longtemps. Allant et venant, elles
-parcouraient cet humble réduit où, pendant de si longs jours, elle
-l'avaient vu, malgré les privations, les verrous et les injures, si
-vif, si léger, si affectueux et parfois si riant; travaillant,
-chantant et priant; elles rappelaient les pensées, les paroles et les
+l'ont accablée un peu plus aujourd'hui peut-être que ces jours passés.
+Il est des moments où l'émotion des souvenirs domine l'âme la plus
+forte. Priez, chère enfant, demandez à Dieu que ces souvenirs soient
+moins poignants pour votre mère.»&mdash;La jeune fille fit sa prière, et
+s'endormit profondément.</p>
+
+<p>Sa mère et sa tante veillèrent longtemps. Allant et venant, elles
+parcouraient cet humble réduit où, pendant de si longs jours, elle
+l'avaient vu, malgré les privations, les verrous et les injures, si
+vif, si léger, si affectueux et parfois si riant; travaillant,
+chantant et priant; elles rappelaient les pensées, les paroles et les
actions de c&oelig;ur du cher petit, et comment, lorsqu'il les voyait
tristes et souffrantes, <span class="pagenum"><a id="page147" name="page147"></a>(p. 147)</span> il savait trouver, pour les distraire
-et les égayer, quelques étincelles de sa gentille humeur d'autrefois.</p>
+et les égayer, quelques étincelles de sa gentille humeur d'autrefois.</p>
-<p>Elles remontèrent à la plate-forme le lendemain et le surlendemain.
-Elles y restèrent longtemps: rien ne parut. Oh! pourquoi cette
-terrible révélation leur avait-elle été faite? Marie-Antoinette ne
-revit pas son fils ces jours-là; elle ne devait plus le revoir, et
+<p>Elles remontèrent à la plate-forme le lendemain et le surlendemain.
+Elles y restèrent longtemps: rien ne parut. Oh! pourquoi cette
+terrible révélation leur avait-elle été faite? Marie-Antoinette ne
+revit pas son fils ces jours-là; elle ne devait plus le revoir, et
elle allait emporter du Temple une source nouvelle et intarissable de
-larmes, d'inquiétudes et de tourments.</p>
+larmes, d'inquiétudes et de tourments.</p>
-<p>Le 1<sup>er</sup> août, la Convention nationale décréta:</p>
+<p>Le 1<sup>er</sup> août, la Convention nationale décréta:</p>
-<p>«Marie-Antoinette est envoyée au tribunal extraordinaire; elle sera
-transférée sur-le-champ à la Conciergerie.</p>
+<p>«Marie-Antoinette est envoyée au tribunal extraordinaire; elle sera
+transférée sur-le-champ à la Conciergerie.</p>
-<p>»Tous les individus de la famille Capet seront déportés hors du
-territoire de la République, à l'exception des deux enfants de Louis
+<p>»Tous les individus de la famille Capet seront déportés hors du
+territoire de la République, à l'exception des deux enfants de Louis
Capet et des individus de la famille qui sont sous le glaive de la
loi.</p>
-<p>»Élisabeth Capet ne pourra être déportée qu'après le jugement de
+<p>»Élisabeth Capet ne pourra être déportée qu'après le jugement de
Marie-Antoinette.</p>
-<p>»Les membres de la famille Capet qui sont hors le glaive de la loi
-seront déportés après le jugement, s'ils sont absous.</p>
-
-<p>»La dépense des deux enfants de Louis Capet sera réduite à ce qui est
-nécessaire pour l'entretien et à la nourriture de deux individus.</p>
-
-<p>»Les tombeaux et mausolées des ci-devant rois, élevés dans l'église de
-Saint-Denis, dans les temples et autres lieux, dans toute l'étendue de
-la République, seront détruits le 10 août prochain.»</p>
-
-<p>Le 2 août, à deux heures du matin, on vint éveiller les trois
-prisonnières pour lire à la Reine le décret qui ordonnait sa
-translation à la Conciergerie. Marie-Thérèse nous a laissé le récit
-des derniers instants passés avec sa mère: «Elle entendit, dit-elle,
-la lecture de ce décret sans s'émouvoir et sans dire une seule
-parole.» Mais Madame Élisabeth <span class="pagenum"><a id="page148" name="page148"></a>(p. 148)</span> et Madame Royale se hâtèrent
-de demander à suivre la Reine, ce qui leur fut refusé. Pendant tout le
-temps que la Reine fit le paquet de ses vêtements, les municipaux ne
-la quittèrent point: elle fut même obligée de s'habiller devant eux.
-On lui demanda ses poches, qu'elle donna; ils les fouillèrent et
-prirent tout ce qu'elles contenaient, quoiqu'il n'y eût rien
+<p>»Les membres de la famille Capet qui sont hors le glaive de la loi
+seront déportés après le jugement, s'ils sont absous.</p>
+
+<p>»La dépense des deux enfants de Louis Capet sera réduite à ce qui est
+nécessaire pour l'entretien et à la nourriture de deux individus.</p>
+
+<p>»Les tombeaux et mausolées des ci-devant rois, élevés dans l'église de
+Saint-Denis, dans les temples et autres lieux, dans toute l'étendue de
+la République, seront détruits le 10 août prochain.»</p>
+
+<p>Le 2 août, à deux heures du matin, on vint éveiller les trois
+prisonnières pour lire à la Reine le décret qui ordonnait sa
+translation à la Conciergerie. Marie-Thérèse nous a laissé le récit
+des derniers instants passés avec sa mère: «Elle entendit, dit-elle,
+la lecture de ce décret sans s'émouvoir et sans dire une seule
+parole.» Mais Madame Élisabeth <span class="pagenum"><a id="page148" name="page148"></a>(p. 148)</span> et Madame Royale se hâtèrent
+de demander à suivre la Reine, ce qui leur fut refusé. Pendant tout le
+temps que la Reine fit le paquet de ses vêtements, les municipaux ne
+la quittèrent point: elle fut même obligée de s'habiller devant eux.
+On lui demanda ses poches, qu'elle donna; ils les fouillèrent et
+prirent tout ce qu'elles contenaient, quoiqu'il n'y eût rien
d'important. Ils en firent un paquet pour l'envoyer au tribunal
-révolutionnaire, et dirent à la Reine que ce paquet serait ouvert
-devant elle au tribunal. Ils ne lui laissèrent qu'un mouchoir et un
-flacon. Elle partit après avoir embrassé sa fille, en l'engageant à
+révolutionnaire, et dirent à la Reine que ce paquet serait ouvert
+devant elle au tribunal. Ils ne lui laissèrent qu'un mouchoir et un
+flacon. Elle partit après avoir embrassé sa fille, en l'engageant à
conserver tout son courage, et en lui recommandant d'avoir bien soin
-de sa tante et de lui obéir comme à une seconde mère. Puis elle se
+de sa tante et de lui obéir comme à une seconde mère. Puis elle se
jeta dans les bras de sa s&oelig;ur et lui recommanda ses enfants. La
-jeune Princesse était tellement saisie et son affliction était si
-profonde de se voir séparée de sa mère, qu'elle n'eut pas la force de
-lui répondre. Enfin Madame Élisabeth ayant adressé quelques mots à
+jeune Princesse était tellement saisie et son affliction était si
+profonde de se voir séparée de sa mère, qu'elle n'eut pas la force de
+lui répondre. Enfin Madame Élisabeth ayant adressé quelques mots à
l'oreille de la Reine, elle partit sans jeter davantage les yeux sur
-sa fille, dans la crainte de perdre sa fermeté. Elle fut obligée de
-s'arrêter au bas de la tour, parce que les municipaux voulurent faire
-un procès-verbal pour la décharge de sa personne. En sortant, elle se
-frappa la tête au guichet, faute de penser à se baisser; et comme on
-lui demanda si elle ne s'était pas fait de mal: «Oh! non, dit-elle,
-rien à présent ne peut plus me faire de mal.»&mdash;Elle monta en voiture
+sa fille, dans la crainte de perdre sa fermeté. Elle fut obligée de
+s'arrêter au bas de la tour, parce que les municipaux voulurent faire
+un procès-verbal pour la décharge de sa personne. En sortant, elle se
+frappa la tête au guichet, faute de penser à se baisser; et comme on
+lui demanda si elle ne s'était pas fait de mal: «Oh! non, dit-elle,
+rien à présent ne peut plus me faire de mal.»&mdash;Elle monta en voiture
avec un municipal et deux gendarmes.</p>
-<h2><span class="pagenum"><a id="page149" name="page149"></a>(p. 149)</span> LIVRE DIXIÈME.<br>
-<span class="smaller">DEPUIS LE DÉPART DE LA REINE JUSQU'À CELUI DE MADAME
-ÉLISABETH.&mdash;INTERROGATOIRE DE CETTE PRINCESSE.<br>
-2 AOÛT 1793&mdash;9 MAI 1794.</span></h2>
+<h2><span class="pagenum"><a id="page149" name="page149"></a>(p. 149)</span> LIVRE DIXIÈME.<br>
+<span class="smaller">DEPUIS LE DÉPART DE LA REINE JUSQU'À CELUI DE MADAME
+ÉLISABETH.&mdash;INTERROGATOIRE DE CETTE PRINCESSE.<br>
+2 AOÛT 1793&mdash;9 MAI 1794.</span></h2>
<div class="citat">
-<p>«Le second malheur est passé, et le troisième viendra bientôt.»</p>
+<p>«Le second malheur est passé, et le troisième viendra bientôt.»</p>
<p class="source"><i>Apocalypse</i>, chap. <span class="smcap">XI</span>, vers. 14.</p>
</div>
-<p class="resume">Correspondance secrète établie entre la Conciergerie et le
- Temple. &mdash; M. Hue. &mdash; Madame Richard. &mdash; Eau de Ville-d'Avray adressée
- à la Conciergerie comme elle l'avait été au Temple. &mdash; Rosalie
- Lamorlière. &mdash; Paquet de linges, hardes et vêtements arrivant du
- Temple à la Conciergerie. En ouvrant ce paquet et en remarquant
- le soin avec lequel il avait été composé, Marie-Antoinette
- s'attendrit et reconnaît les attentions de sa s&oelig;ur
- Élisabeth. &mdash; Aiguilles à tricoter demandées par la Reine, point
- accordées par les municipaux. &mdash; Blasphèmes et jurements de
- Simon. &mdash; Chansons révolutionnaires auxquelles se mêle la petite
- voix de Louis XVII. &mdash; Madame Élisabeth conjure les commissaires de
- la Commune d'obtenir de Simon un peu plus de modération. &mdash; Le
- municipal Barelle. &mdash; La fille Tison. &mdash; Hébert, accompagné de quatre
- membres du conseil de la Commune, se présente au Temple le 21
- septembre. &mdash; Arrêtés acerbes. &mdash; Nouvelle perquisition le
- 24. &mdash; Privations noblement supportées. &mdash; La garde-robe de Louis XVI
- brûlée sur la place de Grève. &mdash; Procès de la Reine. &mdash; Le maire et
- le procureur de la commune au Temple. &mdash; Odieuse déposition
- arrachée au jeune Prince. &mdash; Le lendemain, ces deux officiers de la
+<p class="resume">Correspondance secrète établie entre la Conciergerie et le
+ Temple. &mdash; M. Hue. &mdash; Madame Richard. &mdash; Eau de Ville-d'Avray adressée
+ à la Conciergerie comme elle l'avait été au Temple. &mdash; Rosalie
+ Lamorlière. &mdash; Paquet de linges, hardes et vêtements arrivant du
+ Temple à la Conciergerie. En ouvrant ce paquet et en remarquant
+ le soin avec lequel il avait été composé, Marie-Antoinette
+ s'attendrit et reconnaît les attentions de sa s&oelig;ur
+ Élisabeth. &mdash; Aiguilles à tricoter demandées par la Reine, point
+ accordées par les municipaux. &mdash; Blasphèmes et jurements de
+ Simon. &mdash; Chansons révolutionnaires auxquelles se mêle la petite
+ voix de Louis XVII. &mdash; Madame Élisabeth conjure les commissaires de
+ la Commune d'obtenir de Simon un peu plus de modération. &mdash; Le
+ municipal Barelle. &mdash; La fille Tison. &mdash; Hébert, accompagné de quatre
+ membres du conseil de la Commune, se présente au Temple le 21
+ septembre. &mdash; Arrêtés acerbes. &mdash; Nouvelle perquisition le
+ 24. &mdash; Privations noblement supportées. &mdash; La garde-robe de Louis XVI
+ brûlée sur la place de Grève. &mdash; Procès de la Reine. &mdash; Le maire et
+ le procureur de la commune au Temple. &mdash; Odieuse déposition
+ arrachée au jeune Prince. &mdash; Le lendemain, ces deux officiers de la
Commune retournent au Temple avec David, membre de la
- Convention. &mdash; Nouvel interrogatoire, où sont appelés l'enfant
- royal, sa s&oelig;ur et sa tante. &mdash; Hue arrêté; plus de nouvelles de
- la Reine. &mdash; Madame Élisabeth aperçoit Louis XVII. &mdash; Chaumette se
- plaint au conseil de la Commune des dépenses excessives que
- nécessite le maintien de trois individus dans la tour du
+ Convention. &mdash; Nouvel interrogatoire, où sont appelés l'enfant
+ royal, sa s&oelig;ur et sa tante. &mdash; Hue arrêté; plus de nouvelles de
+ la Reine. &mdash; Madame Élisabeth aperçoit Louis XVII. &mdash; Chaumette se
+ plaint au conseil de la Commune des dépenses excessives que
+ nécessite le maintien de trois individus dans la tour du
Temple. &mdash; Invention d'un nouveau document pour essayer de
- compromettre Madame Élisabeth. &mdash; Dernier écrit de la Reine. &mdash; Tison
- mis au secret. &mdash; Mort de Marie-Antoinette. &mdash; Fournées de
- victimes. &mdash; Terreur. &mdash; Madame Élisabeth indignement
- calomniée. &mdash; L'huissier Monet au Temple. &mdash; Adieux d'Élisabeth et de
- Marie-Thérèse. &mdash; La Conciergerie. &mdash; Premier interrogatoire de
- Madame Élisabeth.</p>
-
-<p>Peu de jours après le départ de la Reine, Madame Élisabeth et sa nièce
-parvinrent à se procurer de ses nouvelles par l'entremise de M. Hue,
-qui fut assez heureux pour établir quelque communication entre la
+ compromettre Madame Élisabeth. &mdash; Dernier écrit de la Reine. &mdash; Tison
+ mis au secret. &mdash; Mort de Marie-Antoinette. &mdash; Fournées de
+ victimes. &mdash; Terreur. &mdash; Madame Élisabeth indignement
+ calomniée. &mdash; L'huissier Monet au Temple. &mdash; Adieux d'Élisabeth et de
+ Marie-Thérèse. &mdash; La Conciergerie. &mdash; Premier interrogatoire de
+ Madame Élisabeth.</p>
+
+<p>Peu de jours après le départ de la Reine, Madame Élisabeth et sa nièce
+parvinrent à se procurer de ses nouvelles par l'entremise de M. Hue,
+qui fut assez heureux pour établir quelque communication entre la
Conciergerie et la tour du Temple. Cet excellent homme n'avait pas
-tardé à rencontrer un auxiliaire dans une femme préposée à la garde
-même de Marie-Antoinette, madame Richard, désignée <span class="pagenum"><a id="page150" name="page150"></a>(p. 150)</span> sous le
-nom de <em>Sensible</em> dans la correspondance de Madame Élisabeth. Cette
+tardé à rencontrer un auxiliaire dans une femme préposée à la garde
+même de Marie-Antoinette, madame Richard, désignée <span class="pagenum"><a id="page150" name="page150"></a>(p. 150)</span> sous le
+nom de <em>Sensible</em> dans la correspondance de Madame Élisabeth. Cette
femme obtint des administrateurs de la police que les bouteilles d'eau
-de Ville-d'Avray qui étaient chaque jour envoyées au Temple pendant la
-captivité de la Reine dans cette demeure lui fussent adressées aussi
-chaque jour à la Conciergerie. Bien que cette attention parût
-contraire à l'esprit d'égalité dont le peuple avait salué
+de Ville-d'Avray qui étaient chaque jour envoyées au Temple pendant la
+captivité de la Reine dans cette demeure lui fussent adressées aussi
+chaque jour à la Conciergerie. Bien que cette attention parût
+contraire à l'esprit d'égalité dont le peuple avait salué
l'inauguration avec tant d'enthousiasme, cette faveur d'une eau
-privilégiée ne fut point refusée à la <em>veuve Capet</em>, dont l'estomac ne
+privilégiée ne fut point refusée à la <em>veuve Capet</em>, dont l'estomac ne
pouvait supporter une autre eau.</p>
-<p>Ce ne fut pas tout. Madame Élisabeth n'ignorait pas le dénûment absolu
-où sa s&oelig;ur se trouvait à la Conciergerie. Il ne lui suffisait pas
-de consoler l'orphelin, elle essaya d'être utile à la veuve. Une
-déclaration de Rosalie Lamorlière, servante à la Conciergerie durant
-la captivité de Marie-Antoinette, nous a fait savoir ce qui suit: «Le
-2 août, pendant la nuit, quand la Reine arriva du Temple, je
-remarquai, dit-elle, qu'on n'avoit amené avec elle aucune espèce de
-hardes ni de vêtements. Le lendemain et tous les jours suivants, cette
+<p>Ce ne fut pas tout. Madame Élisabeth n'ignorait pas le dénûment absolu
+où sa s&oelig;ur se trouvait à la Conciergerie. Il ne lui suffisait pas
+de consoler l'orphelin, elle essaya d'être utile à la veuve. Une
+déclaration de Rosalie Lamorlière, servante à la Conciergerie durant
+la captivité de Marie-Antoinette, nous a fait savoir ce qui suit: «Le
+2 août, pendant la nuit, quand la Reine arriva du Temple, je
+remarquai, dit-elle, qu'on n'avoit amené avec elle aucune espèce de
+hardes ni de vêtements. Le lendemain et tous les jours suivants, cette
malheureuse princesse demandait du linge, et madame Richard, craignant
-de se compromettre, n'osoit ni lui en prêter ni lui en fournir. Enfin
-le municipal Michonis, qui dans le c&oelig;ur étoit honnête homme, se
-transporta au Temple, et, le dixième jour, on apporta du donjon un
-paquet que la Reine ouvrit promptement. C'étoient de belles chemises
+de se compromettre, n'osoit ni lui en prêter ni lui en fournir. Enfin
+le municipal Michonis, qui dans le c&oelig;ur étoit honnête homme, se
+transporta au Temple, et, le dixième jour, on apporta du donjon un
+paquet que la Reine ouvrit promptement. C'étoient de belles chemises
de batiste, des mouchoirs de poche, des fichus, des bas de soie ou de
-filoselle noirs, un déshabillé blanc pour le matin, quelques bonnets
-de nuit et plusieurs bouts de rubans de largeur inégale. Madame
+filoselle noirs, un déshabillé blanc pour le matin, quelques bonnets
+de nuit et plusieurs bouts de rubans de largeur inégale. Madame
s'attendrit en parcourant ce linge, et se retournant vers madame
-Richard et moi, elle dit: «A la manière soignée de tout ceci, je
-reconnois les attentions et la main de ma pauvre s&oelig;ur Élisabeth.»</p>
+Richard et moi, elle dit: «A la manière soignée de tout ceci, je
+reconnois les attentions et la main de ma pauvre s&oelig;ur Élisabeth.»</p>
-<p>Au nombre des objets réclamés par la Reine figuraient <span class="pagenum"><a id="page151" name="page151"></a>(p. 151)</span> ses
-aiguilles à tricoter et des bas qu'elle avait commencés pour son
+<p>Au nombre des objets réclamés par la Reine figuraient <span class="pagenum"><a id="page151" name="page151"></a>(p. 151)</span> ses
+aiguilles à tricoter et des bas qu'elle avait commencés pour son
fils<a id="footnotetag71" name="footnotetag71"></a><a href="#footnote71" title="Go to footnote 71"><span class="smaller">[71]</span></a>. Ces choses furent remises avec empressement par Madame
-Élisabeth; mais les officiers municipaux prétendirent qu'il était à
-craindre que la veuve Capet ne se servît des aiguilles pour attenter à
-sa vie, et que par conséquent ils devaient s'abstenir de les joindre à
-l'envoi. La Reine fut ainsi trompée dans son espérance de travail;
+Élisabeth; mais les officiers municipaux prétendirent qu'il était à
+craindre que la veuve Capet ne se servît des aiguilles pour attenter à
+sa vie, et que par conséquent ils devaient s'abstenir de les joindre à
+l'envoi. La Reine fut ainsi trompée dans son espérance de travail;
mais elle avait des nouvelles de sa fille et de sa s&oelig;ur, et sa
fille et sa s&oelig;ur avaient de ses nouvelles<a id="footnotetag72" name="footnotetag72"></a><a href="#footnote72" title="Go to footnote 72"><span class="smaller">[72]</span></a>: ce fut un jour de
-consolation pour les deux captivités.</p>
-
-<p>Tison, resté avec sa fille à la tour, communiquait à Madame <span class="pagenum"><a id="page152" name="page152"></a>(p. 152)</span>
-Élisabeth les renseignements qu'il pouvait se procurer sur l'état de
-son neveu. Les détails que lui transmettait Tison sur la cruauté de
-Simon lui semblaient toujours exagérés; cette belle âme avait de la
-peine à croire que la férocité humaine pût aller si loin. Mais un jour
-elle fut condamnée à perdre ce reste d'illusion: Simon élevait si haut
-la voix que ses jurements et ses blasphèmes montaient jusqu'à elle, et
+consolation pour les deux captivités.</p>
+
+<p>Tison, resté avec sa fille à la tour, communiquait à Madame <span class="pagenum"><a id="page152" name="page152"></a>(p. 152)</span>
+Élisabeth les renseignements qu'il pouvait se procurer sur l'état de
+son neveu. Les détails que lui transmettait Tison sur la cruauté de
+Simon lui semblaient toujours exagérés; cette belle âme avait de la
+peine à croire que la férocité humaine pût aller si loin. Mais un jour
+elle fut condamnée à perdre ce reste d'illusion: Simon élevait si haut
+la voix que ses jurements et ses blasphèmes montaient jusqu'à elle, et
ce qu'il y avait de plus douloureux, c'est que ces jurements et ces
-blasphèmes étaient parfois suivis des cris plaintifs d'un enfant.
-Madame Élisabeth, qui avait tout caché à sa nièce, ne peut plus
-révoquer en doute devant elle la conduite de Simon. La pauvre s&oelig;ur
-a entendu les lamentations du frère, et, chose plus triste encore,
-elle a distingué le son de sa voix mêlée à celle du ménage Simon dans
-les chansons révolutionnaires. «Nous l'entendions tous les jours,
-dit-elle dans le récit de la captivité du Temple, chanter avec Simon
+blasphèmes étaient parfois suivis des cris plaintifs d'un enfant.
+Madame Élisabeth, qui avait tout caché à sa nièce, ne peut plus
+révoquer en doute devant elle la conduite de Simon. La pauvre s&oelig;ur
+a entendu les lamentations du frère, et, chose plus triste encore,
+elle a distingué le son de sa voix mêlée à celle du ménage Simon dans
+les chansons révolutionnaires. «Nous l'entendions tous les jours,
+dit-elle dans le récit de la captivité du Temple, chanter avec Simon
<em>la Carmagnole</em> et autres horreurs pareilles... La Reine heureusement
-ne les a pas entendues, elle étoit partie; c'est un supplice dont le
-Ciel l'a préservée.» Le c&oelig;ur de la jeune fille, partagé entre la
-pensée de sa mère et celle de son frère, éprouvait d'inexprimables
+ne les a pas entendues, elle étoit partie; c'est un supplice dont le
+Ciel l'a préservée.» Le c&oelig;ur de la jeune fille, partagé entre la
+pensée de sa mère et celle de son frère, éprouvait d'inexprimables
angoisses, que sa tante essayait en vain de soulager: il y avait des
-heures où la sainte mélancolie de la captivité s'emparait de l'une
+heures où la sainte mélancolie de la captivité s'emparait de l'une
comme de l'autre et attristait leur front. Plus d'une fois les deux
-prisonnières se regardaient comme pour chercher des larmes dans leurs
-yeux. Les yeux de Madame Élisabeth, habitués à regarder le ciel,
+prisonnières se regardaient comme pour chercher des larmes dans leurs
+yeux. Les yeux de Madame Élisabeth, habitués à regarder le ciel,
n'avaient pas de larmes. Cette femme forte soutenait sa jeune compagne
-non-seulement par sa parole, mais par son attitude même. La
-spiritualité d'Élisabeth était solide et pratique: la prière et la
-victoire sur soi-même faisaient la base de sa doctrine. On ne dira
-jamais assez avec quel dévouement, avec quelle sollicitude Madame
-Élisabeth lui prodiguait les trésors de sa raison et de son c&oelig;ur.
-Réclamant <span class="pagenum"><a id="page153" name="page153"></a>(p. 153)</span> pour elle tous les sacrifices, elle usait de
-précautions infinies, d'un art angélique pour écarter des lèvres de
-ceux qui lui étaient chers le calice dont elle se réservait toutes les
+non-seulement par sa parole, mais par son attitude même. La
+spiritualité d'Élisabeth était solide et pratique: la prière et la
+victoire sur soi-même faisaient la base de sa doctrine. On ne dira
+jamais assez avec quel dévouement, avec quelle sollicitude Madame
+Élisabeth lui prodiguait les trésors de sa raison et de son c&oelig;ur.
+Réclamant <span class="pagenum"><a id="page153" name="page153"></a>(p. 153)</span> pour elle tous les sacrifices, elle usait de
+précautions infinies, d'un art angélique pour écarter des lèvres de
+ceux qui lui étaient chers le calice dont elle se réservait toutes les
amertumes. Sa raison persuasive savait adoucir les maux pour les
-rendre plus supportables, et sa piété, éclairée par la foi, savait
-féconder les douleurs et les rendre méritoires en les offrant au Ciel.
-C'est à cette école sacrée, sévère apprentissage d'une vie sévère, que
-la fille de Louis XVI puisa ces leçons de foi et d'héroïsme qui ont
-élevé son âme au-dessus des plus hautes infortunes.</p>
+rendre plus supportables, et sa piété, éclairée par la foi, savait
+féconder les douleurs et les rendre méritoires en les offrant au Ciel.
+C'est à cette école sacrée, sévère apprentissage d'une vie sévère, que
+la fille de Louis XVI puisa ces leçons de foi et d'héroïsme qui ont
+élevé son âme au-dessus des plus hautes infortunes.</p>
<p>Au tourment de savoir le Dauphin dans une telle situation se joignit
-bientôt la douleur de ne pouvoir se procurer aucune nouvelle de la
-Reine<a id="footnotetag73" name="footnotetag73"></a><a href="#footnote73" title="Go to footnote 73"><span class="smaller">[73]</span></a>. Toute relation avait cessé <span class="pagenum"><a id="page154" name="page154"></a>(p. 154)</span> avec la Conciergerie.
+bientôt la douleur de ne pouvoir se procurer aucune nouvelle de la
+Reine<a id="footnotetag73" name="footnotetag73"></a><a href="#footnote73" title="Go to footnote 73"><span class="smaller">[73]</span></a>. Toute relation avait cessé <span class="pagenum"><a id="page154" name="page154"></a>(p. 154)</span> avec la Conciergerie.
La plus rigoureuse surveillance aussi bien que la terreur avaient
-enlevé à Madame Élisabeth ces <span class="pagenum"><a id="page155" name="page155"></a>(p. 155)</span> rares intermédiaires par
-lesquels elle était plus d'une fois parvenue à adoucir la position de
+enlevé à Madame Élisabeth ces <span class="pagenum"><a id="page155" name="page155"></a>(p. 155)</span> rares intermédiaires par
+lesquels elle était plus d'une fois parvenue à adoucir la position de
la Reine en lui faisant passer des nouvelles rassurantes sur ses
-enfants. Elle-même, dès la nuit où Marie-Antoinette avait été enlevée
+enfants. Elle-même, dès la nuit où Marie-Antoinette avait été enlevée
du Temple, avait cru, dans la crainte de la compromettre, devoir
-anéantir des crayons et quelques petites feuilles de papier qu'elle
-tenait cachés dans un coin sous le papier qui tapissait sa chambre.
-Tout instrument matériel de correspondance lui faisait donc défaut.
-Mais que ne peut le génie de la captivité? La malheureuse Reine
-parvint à faire réclamer des effets qu'elle avait laissés à la
+anéantir des crayons et quelques petites feuilles de papier qu'elle
+tenait cachés dans un coin sous le papier qui tapissait sa chambre.
+Tout instrument matériel de correspondance lui faisait donc défaut.
+Mais que ne peut le génie de la captivité? La malheureuse Reine
+parvint à faire réclamer des effets qu'elle avait laissés à la
tour<a id="footnotetag74" name="footnotetag74"></a><a href="#footnote74" title="Go to footnote 74"><span class="smaller">[74]</span></a> et dont elle avait, disait-elle, le plus pressant besoin. Par
ce moyen, la prison du Temple et le cachot de la Conciergerie
-échangèrent encore une fois quelques paroles. Celles que Madame
-Élisabeth envoyait à sa belle-s&oelig;ur donnaient sur le pauvre petit
-Prince des renseignements qui n'étaient pas <span class="pagenum"><a id="page156" name="page156"></a>(p. 156)</span> exacts: il est
-des situations où la conscience la plus droite se fait un devoir de
-taire la vérité.</p>
+échangèrent encore une fois quelques paroles. Celles que Madame
+Élisabeth envoyait à sa belle-s&oelig;ur donnaient sur le pauvre petit
+Prince des renseignements qui n'étaient pas <span class="pagenum"><a id="page156" name="page156"></a>(p. 156)</span> exacts: il est
+des situations où la conscience la plus droite se fait un devoir de
+taire la vérité.</p>
<p>Si nous ne l'avons point dit encore, nos lecteurs ont compris sans
-doute que Madame Élisabeth n'avait rien négligé pour obtenir de Simon
-un peu plus de réserve dans ses paroles et de modération dans ses
-gestes. Bien que, dans la prison du Temple, elle fût moins
-communicative que la Reine, et que, en général, elle montrât plus de
-fierté que sa belle-s&oelig;ur, parlant beaucoup moins aux mandataires de
+doute que Madame Élisabeth n'avait rien négligé pour obtenir de Simon
+un peu plus de réserve dans ses paroles et de modération dans ses
+gestes. Bien que, dans la prison du Temple, elle fût moins
+communicative que la Reine, et que, en général, elle montrât plus de
+fierté que sa belle-s&oelig;ur, parlant beaucoup moins aux mandataires de
la Commune, pas un municipal de maintien convenable ou de physionomie
-avenante n'était depuis quelque temps venu au Temple sans qu'elle lui
-eût adressé ses plaintes, en le conjurant d'intervenir auprès du
-farouche précepteur. Mais les uns ne voulurent pas examiner ce que ces
-plaintes avaient de fondé, ne se sentant ni le droit ni le pouvoir
+avenante n'était depuis quelque temps venu au Temple sans qu'elle lui
+eût adressé ses plaintes, en le conjurant d'intervenir auprès du
+farouche précepteur. Mais les uns ne voulurent pas examiner ce que ces
+plaintes avaient de fondé, ne se sentant ni le droit ni le pouvoir
d'improuver la conduite de Simon; les autres, trouvant ces plaintes
-injustes ou tout au moins exagérées, les repoussèrent avec dédain;
-d'autres enfin, plus fanatiques, répondirent à ces plaintes par
-l'éloge de celui-là même contre lequel elles étaient portées. Un seul
-fut accessible aux prières de Madame Élisabeth: ce fut Barelle, maçon
-de son métier, homme simple et sans éducation, mais d'un c&oelig;ur
-bienveillant; il était père, il porta courageusement quelques
-observations au démagogue acariâtre dont il avait lui-même entendu les
-jurements pendant qu'il était de service chez les Princesses. Ces
-observations, bien que revêtues de formes polies et caressantes,
-furent mal reçues. Simon rejeta sur le caractère roide et indocile de
-son élève les rigueurs dont il était parfois obligé d'user. «Je sais
-ce que je fais et ce que j'ai à faire, ajouta-t-il; à ma place vous
-<em>iriez</em> peut-être plus vite.» L'intervention de Barelle n'eut d'autre
-effet que de rendre plus dure la captivité du jeune Louis.</p>
-
-<p>Le 26 août, la fille de Tison, qui allait quitter le Temple, <span class="pagenum"><a id="page157" name="page157"></a>(p. 157)</span>
-demanda à voir le petit Capet. Faut-il voir dans sa démarche un désir
-personnel de dire adieu au charmant enfant, que, malgré la première
-influence de ses parents, elle n'avait jamais pu voir sans émotion, ou
-faut-il y trouver une suggestion de Madame Élisabeth, dans l'espoir
+injustes ou tout au moins exagérées, les repoussèrent avec dédain;
+d'autres enfin, plus fanatiques, répondirent à ces plaintes par
+l'éloge de celui-là même contre lequel elles étaient portées. Un seul
+fut accessible aux prières de Madame Élisabeth: ce fut Barelle, maçon
+de son métier, homme simple et sans éducation, mais d'un c&oelig;ur
+bienveillant; il était père, il porta courageusement quelques
+observations au démagogue acariâtre dont il avait lui-même entendu les
+jurements pendant qu'il était de service chez les Princesses. Ces
+observations, bien que revêtues de formes polies et caressantes,
+furent mal reçues. Simon rejeta sur le caractère roide et indocile de
+son élève les rigueurs dont il était parfois obligé d'user. «Je sais
+ce que je fais et ce que j'ai à faire, ajouta-t-il; à ma place vous
+<em>iriez</em> peut-être plus vite.» L'intervention de Barelle n'eut d'autre
+effet que de rendre plus dure la captivité du jeune Louis.</p>
+
+<p>Le 26 août, la fille de Tison, qui allait quitter le Temple, <span class="pagenum"><a id="page157" name="page157"></a>(p. 157)</span>
+demanda à voir le petit Capet. Faut-il voir dans sa démarche un désir
+personnel de dire adieu au charmant enfant, que, malgré la première
+influence de ses parents, elle n'avait jamais pu voir sans émotion, ou
+faut-il y trouver une suggestion de Madame Élisabeth, dans l'espoir
d'obtenir quelques renseignements sur son neveu? Quoi qu'il en soit,
-cette démarche n'eut d'autre résultat que de faire passer à l'examen
+cette démarche n'eut d'autre résultat que de faire passer à l'examen
le plus minutieux la personne de la jeune fille, ainsi que le paquet
-qu'elle portait à sa mère à l'Hôtel-Dieu<a id="footnotetag75" name="footnotetag75"></a><a href="#footnote75" title="Go to footnote 75"><span class="smaller">[75]</span></a>.</p>
-
-<p>Le 21 septembre, Hébert, substitut du procureur de la Commune,
-accompagné de Jonquoy, Lelièvre, Camus et Grenard, officiers
-municipaux, se présente à la tour. Marie-Thérèse, assise près de sa
-tante, tenait en main un almanach républicain qu'elle s'empressa de
-refermer. «Si vos saints ne s'y trouvent pas, lui dit Hébert, vous y
-trouverez nos fêtes nationales. Nous aurons demain une cérémonie
-civique en l'honneur de l'anniversaire de la République. Le peuple
+qu'elle portait à sa mère à l'Hôtel-Dieu<a id="footnotetag75" name="footnotetag75"></a><a href="#footnote75" title="Go to footnote 75"><span class="smaller">[75]</span></a>.</p>
+
+<p>Le 21 septembre, Hébert, substitut du procureur de la Commune,
+accompagné de Jonquoy, Lelièvre, Camus et Grenard, officiers
+municipaux, se présente à la tour. Marie-Thérèse, assise près de sa
+tante, tenait en main un almanach républicain qu'elle s'empressa de
+refermer. «Si vos saints ne s'y trouvent pas, lui dit Hébert, vous y
+trouverez nos fêtes nationales. Nous aurons demain une cérémonie
+civique en l'honneur de l'anniversaire de la République. Le peuple
sera notre Dieu: il ne doit point y en avoir d'autre; mais ce n'est
-pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui.»</p>
-
-<p>Il leur déclare alors qu'il est porteur d'un arrêté de la Commune qui
-ordonne de resserrer plus étroitement encore les deux prisonnières, et
-de leur retirer la personne qui les sert. «Dans toutes les maisons de
-détention, leur dit-il, les détenus n'ont personne pour les servir;
-l'exception faite pour vous offense la justice et la moralité
-publiques, l'égalité devant régner dans les prisons comme partout
+pas de cela qu'il s'agit aujourd'hui.»</p>
+
+<p>Il leur déclare alors qu'il est porteur d'un arrêté de la Commune qui
+ordonne de resserrer plus étroitement encore les deux prisonnières, et
+de leur retirer la personne qui les sert. «Dans toutes les maisons de
+détention, leur dit-il, les détenus n'ont personne pour les servir;
+l'exception faite pour vous offense la justice et la moralité
+publiques, l'égalité devant régner dans les prisons comme partout
<span class="pagenum"><a id="page158" name="page158"></a>(p. 158)</span> ailleurs. A l'avenir, Hanriot et le porteur d'eau auront
-seuls le droit d'entrer ici<a id="footnotetag76" name="footnotetag76"></a><a href="#footnote76" title="Go to footnote 76"><span class="smaller">[76]</span></a>.»</p>
+seuls le droit d'entrer ici<a id="footnotetag76" name="footnotetag76"></a><a href="#footnote76" title="Go to footnote 76"><span class="smaller">[76]</span></a>.»</p>
-<p>Le substitut du procureur est obéi. Tison, disgracié, est refoulé dans
+<p>Le substitut du procureur est obéi. Tison, disgracié, est refoulé dans
la tourelle qui lui servira de prison. A l'avenir, les deux recluses
feront leur lit et balayeront leur chambre; leur porte ne s'ouvrira
plus que pour laisser arriver leurs aliments; elles ne doivent plus
voir un visage humain ni entendre une voix humaine. Le sombre visiteur
qu'elles viennent de recevoir provoque des mesures qui rendront plus
-dur encore le régime de leur prison. Les deux arrêtés suivants sont
+dur encore le régime de leur prison. Les deux arrêtés suivants sont
pris le lendemain par la Commission du Temple:</p>
-<p class="entete"><i>Du 22 septembre 1793, l'an II de la République une et
+<p class="entete"><i>Du 22 septembre 1793, l'an II de la République une et
indivisible.</i></p>
- <p><em>Le conseil, considérant que la plus grande économie doit régner
- et être observée, arrête ce qui suit</em>:</p>
+ <p><em>Le conseil, considérant que la plus grande économie doit régner
+ et être observée, arrête ce qui suit</em>:</p>
- <p>1<sup>o</sup> <em>Qu'à compter de ce jour, l'usage de la pâtisserie et de la
- volaille, pour toute table, sera supprimé</em>;</p>
+ <p>1<sup>o</sup> <em>Qu'à compter de ce jour, l'usage de la pâtisserie et de la
+ volaille, pour toute table, sera supprimé</em>;</p>
- <p>2<sup>o</sup> <em>Que les détenues n'auront à leur déjeuner qu'une sorte
+ <p>2<sup>o</sup> <em>Que les détenues n'auront à leur déjeuner qu'une sorte
d'aliment</em>;</p>
- <p>3<sup>o</sup> <em>Qu'à leur dîner, il ne leur sera donné qu'un potage,
- <span class="pagenum"><a id="page159" name="page159"></a>(p. 159)</span> un bouilli et un plat quelconque. Il leur sera délivré
+ <p>3<sup>o</sup> <em>Qu'à leur dîner, il ne leur sera donné qu'un potage,
+ <span class="pagenum"><a id="page159" name="page159"></a>(p. 159)</span> un bouilli et un plat quelconque. Il leur sera délivré
en outre une demi-bouteille de vin ordinaire, par jour, pour
chacune d'elles;</em></p>
<p><em>4<sup>o</sup> Au souper, elles auront deux plats.</em></p>
-<p>Le second arrêté porte:</p>
+<p>Le second arrêté porte:</p>
-<p><em>1<sup>o</sup> Qu'à compter de ce jour, il ne sera plus fourni de bougie
- dans l'intérieur de la tour; que les prisonniers ne seront plus
- éclairés qu'avec de la chandelle; qu'il ne sera brûlé de bougie
+<p><em>1<sup>o</sup> Qu'à compter de ce jour, il ne sera plus fourni de bougie
+ dans l'intérieur de la tour; que les prisonniers ne seront plus
+ éclairés qu'avec de la chandelle; qu'il ne sera brûlé de bougie
qu'au bureau du conseil;</em></p>
<p><em>2<sup>o</sup> Que l'argenterie, la porcelaine sera interdite, et que l'on
- ne servira plus que des couverts d'étain et de la faïence
+ ne servira plus que des couverts d'étain et de la faïence
commune.</em></p>
<p>Les commissaires de service au Temple,</p>
-<p class="authorsc">Viallard, Robin, Tonnelier, Véron.</p>
-
-<p class="p2">Une perquisition plus rigoureuse que les précédentes était faite, le
-24 septembre, chez Madame Élisabeth<a id="footnotetag77" name="footnotetag77"></a><a href="#footnote77" title="Go to footnote 77"><span class="smaller">[77]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page160" name="page160"></a>(p. 160)</span> L'inauguration du
-nouveau régime prescrit par les arrêtés que nous venons de transcrire
-avait été faite avec un zèle irréprochable. Non-seulement toute
-délicatesse était supprimée dans la nourriture, mais des draps
-d'écurie en toile jaune étaient substitués aux draps blancs, la
-faïence à la porcelaine, l'étain à l'argenterie, la chandelle à la
-bougie. Madame Élisabeth supportait les privations aussi bien que les
-outrages avec un calme impassible et religieux qui étonnait ses
-gardiens. Elle ne redoutait la persécution que pour sa nièce, objet de
+<p class="authorsc">Viallard, Robin, Tonnelier, Véron.</p>
+
+<p class="p2">Une perquisition plus rigoureuse que les précédentes était faite, le
+24 septembre, chez Madame Élisabeth<a id="footnotetag77" name="footnotetag77"></a><a href="#footnote77" title="Go to footnote 77"><span class="smaller">[77]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page160" name="page160"></a>(p. 160)</span> L'inauguration du
+nouveau régime prescrit par les arrêtés que nous venons de transcrire
+avait été faite avec un zèle irréprochable. Non-seulement toute
+délicatesse était supprimée dans la nourriture, mais des draps
+d'écurie en toile jaune étaient substitués aux draps blancs, la
+faïence à la porcelaine, l'étain à l'argenterie, la chandelle à la
+bougie. Madame Élisabeth supportait les privations aussi bien que les
+outrages avec un calme impassible et religieux qui étonnait ses
+gardiens. Elle ne redoutait la persécution que pour sa nièce, objet de
ses soins et de sa tendresse. Elle acceptait avec une sorte de joie le
-changement apporté à ses aliments. Les jours d'abstinence, elle
+changement apporté à ses aliments. Les jours d'abstinence, elle
conserva tant qu'elle le put l'habitude du maigre, ne mangeant que du
-pain lorsque la nourriture qu'on lui présentait n'était pas conforme
-aux prescriptions de l'Église. On cessa de lui fournir de l'eau de
-Ville-d'Avray, à laquelle elle était accoutumée depuis son jeune âge.
-Ce fut pour elle une privation réelle; mais sa piété reçut comme une
+pain lorsque la nourriture qu'on lui présentait n'était pas conforme
+aux prescriptions de l'Église. On cessa de lui fournir de l'eau de
+Ville-d'Avray, à laquelle elle était accoutumée depuis son jeune âge.
+Ce fut pour elle une privation réelle; mais sa piété reçut comme une
mortification le refus qu'on lui en fit.</p>
-<p>Au premier repas qui suivit l'arrêté dont nous avons le texte plus
-haut, Madame Élisabeth dit à sa jeune compagne: «C'est le pain du
-pauvre: nous sommes pauvres aussi. Combien d'infortunés en ont moins
-encore!»</p>
+<p>Au premier repas qui suivit l'arrêté dont nous avons le texte plus
+haut, Madame Élisabeth dit à sa jeune compagne: «C'est le pain du
+pauvre: nous sommes pauvres aussi. Combien d'infortunés en ont moins
+encore!»</p>
-<p>Madame Élisabeth ignorait que cette recrudescence de colère ne
-s'arrêtait pas aux vivants: elle s'attaquait à celui qui n'était plus.
-La Commune faisait brûler sur un bûcher, en place de Grève, la
-garde-robe de Louis XVI, placée jusque-là sous les scellés<a id="footnotetag78" name="footnotetag78"></a><a href="#footnote78" title="Go to footnote 78"><span class="smaller">[78]</span></a>.</p>
+<p>Madame Élisabeth ignorait que cette recrudescence de colère ne
+s'arrêtait pas aux vivants: elle s'attaquait à celui qui n'était plus.
+La Commune faisait brûler sur un bûcher, en place de Grève, la
+garde-robe de Louis XVI, placée jusque-là sous les scellés<a id="footnotetag78" name="footnotetag78"></a><a href="#footnote78" title="Go to footnote 78"><span class="smaller">[78]</span></a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page161" name="page161"></a>(p. 161)</span> Madame Élisabeth avait eu, dès ses premiers ans, de petites
-incommodités qui n'affectaient point le fond de son tempérament. Les
+<p><span class="pagenum"><a id="page161" name="page161"></a>(p. 161)</span> Madame Élisabeth avait eu, dès ses premiers ans, de petites
+incommodités qui n'affectaient point le fond de son tempérament. Les
chagrins les ayant rendues moins supportables, elle se fit mettre un
-cautère au bras. Longtemps on lui refusa de l'onguent pour le panser.
+cautère au bras. Longtemps on lui refusa de l'onguent pour le panser.
Moins inhumain que les autres, un municipal lui en fit donner un jour;
-mais elle ne put jamais obtenir pour sa nièce le jus d'herbes dont
+mais elle ne put jamais obtenir pour sa nièce le jus d'herbes dont
cette Princesse faisait usage<a id="footnotetag79" name="footnotetag79"></a><a href="#footnote79" title="Go to footnote 79"><span class="smaller">[79]</span></a>.</p>
-<p>La Convention était pressée de voir s'instruire le procès de
-Marie-Antoinette; elle sentait derrière elle les impatiences de la
+<p>La Convention était pressée de voir s'instruire le procès de
+Marie-Antoinette; elle sentait derrière elle les impatiences de la
Commune, bien autrement implacables que les siennes. Le 3 octobre, sur
-la proposition d'un de ses membres, «elle décréta que le tribunal
-révolutionnaire s'occuperoit sans délai et sans interruption du
-jugement de la veuve Capet.» Fouquier, dont la conscience n'était
-cependant pas, comme on sait, très-scrupuleuse, répondit au président
-de la Convention qu'il lui était impossible de s'occuper de ce
-procès, n'en ayant point les pièces élémentaires<a id="footnotetag80" name="footnotetag80"></a><a href="#footnote80" title="Go to footnote 80"><span class="smaller">[80]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page162" name="page162"></a>(p. 162)</span> Hébert,
+la proposition d'un de ses membres, «elle décréta que le tribunal
+révolutionnaire s'occuperoit sans délai et sans interruption du
+jugement de la veuve Capet.» Fouquier, dont la conscience n'était
+cependant pas, comme on sait, très-scrupuleuse, répondit au président
+de la Convention qu'il lui était impossible de s'occuper de ce
+procès, n'en ayant point les pièces élémentaires<a id="footnotetag80" name="footnotetag80"></a><a href="#footnote80" title="Go to footnote 80"><span class="smaller">[80]</span></a>. <span class="pagenum"><a id="page162" name="page162"></a>(p. 162)</span> Hébert,
de concert avec Simon et le citoyen Daujon, officier municipal, avait
-conçu le projet de fournir à ce procès une pièce devant laquelle
-devaient pâlir toutes celles du dossier accusateur. Dans la matinée du
-13 vendémiaire an II (4 octobre 1793), Chaumette est prévenu par Simon
-que le petit Capet se trouve disposé à répondre à toutes les questions
-qu'on aurait à lui faire dans l'intérêt de la justice. Le maire et le
+conçu le projet de fournir à ce procès une pièce devant laquelle
+devaient pâlir toutes celles du dossier accusateur. Dans la matinée du
+13 vendémiaire an II (4 octobre 1793), Chaumette est prévenu par Simon
+que le petit Capet se trouve disposé à répondre à toutes les questions
+qu'on aurait à lui faire dans l'intérêt de la justice. Le maire et le
procureur de la Commune annoncent qu'ils se rendront au Temple le
-surlendemain, et le conseil général désigne deux de ses membres pour
+surlendemain, et le conseil général désigne deux de ses membres pour
les accompagner<a id="footnotetag81" name="footnotetag81"></a><a href="#footnote81" title="Go to footnote 81"><span class="smaller">[81]</span></a>.</p>
-<p>En effet, le 15 vendémiaire (6 octobre), Pache et Chaumette et les
-deux municipaux arrivent à la tour. Leur entrée dans la chambre de
-Simon impose à l'enfant, dont l'ivresse, préparée avant l'heure,
-commençait à se dissiper. Heussée, administrateur de police, donne
-lecture d'un interrogatoire écrit d'avance, et, si l'on en croit une
-tradition contemporaine, rédigé par Daujon. Dans ce <em>factum</em>, produit
-d'une imagination perverse, le petit Prince répond comme on voulait
-qu'il répondît, et à cette heure on vient lui demander de signer comme
-on voulait qu'il signât. Encouragé, poursuivi, harcelé, fatigué par
-ses visiteurs, il signe. Cette signature toute tremblée avec laquelle
-on espérait accuser la Reine n'accuse que ceux qui ont conduit,
-<span class="pagenum"><a id="page163" name="page163"></a>(p. 163)</span> nous voulons dire qui ont égaré la main de l'enfant. L'acte,
-signé aussi de Pache, Chaumette et Hébert; de Friry et Laurent,
-commissaires du conseil général; de Séguy, commissaire de service au
-Temple; de Heussée, administrateur de police, et de Simon, est emporté
-comme un trésor au comité de sûreté générale.</p>
+<p>En effet, le 15 vendémiaire (6 octobre), Pache et Chaumette et les
+deux municipaux arrivent à la tour. Leur entrée dans la chambre de
+Simon impose à l'enfant, dont l'ivresse, préparée avant l'heure,
+commençait à se dissiper. Heussée, administrateur de police, donne
+lecture d'un interrogatoire écrit d'avance, et, si l'on en croit une
+tradition contemporaine, rédigé par Daujon. Dans ce <em>factum</em>, produit
+d'une imagination perverse, le petit Prince répond comme on voulait
+qu'il répondît, et à cette heure on vient lui demander de signer comme
+on voulait qu'il signât. Encouragé, poursuivi, harcelé, fatigué par
+ses visiteurs, il signe. Cette signature toute tremblée avec laquelle
+on espérait accuser la Reine n'accuse que ceux qui ont conduit,
+<span class="pagenum"><a id="page163" name="page163"></a>(p. 163)</span> nous voulons dire qui ont égaré la main de l'enfant. L'acte,
+signé aussi de Pache, Chaumette et Hébert; de Friry et Laurent,
+commissaires du conseil général; de Séguy, commissaire de service au
+Temple; de Heussée, administrateur de police, et de Simon, est emporté
+comme un trésor au comité de sûreté générale.</p>
<p>Cependant les ennemis de la Reine se demandent si le poison de la
-calomnie placé sur les lèvres du fils suffit pour tuer l'honneur de la
-mère, et s'il ne convient pas d'appuyer de témoignages sérieux la
-déposition d'un enfant auquel il est facile de faire dire ce qu'on
-veut. Dès le lendemain 16 vendémiaire (7 octobre), Pache et Chaumette
-retournent au Temple; David, ami de Chaumette et membre du comité de
-sûreté générale, demande à les accompagner; il en est de même de
-Daujon, qui, selon la tradition dont j'ai parlé, venait de recevoir au
-sein du comité quelques félicitations au sujet de la pièce dont il
-était le rédacteur. Peut-être espèrent-ils, à l'aide de leurs
-questions captieuses, surprendre à la fille et à la s&oelig;ur de Louis
-XVI quelques mots qui, interprétés avec adresse, pourront appuyer
-l'échafaudage des calomnies entassées contre la Reine. Pache,
+calomnie placé sur les lèvres du fils suffit pour tuer l'honneur de la
+mère, et s'il ne convient pas d'appuyer de témoignages sérieux la
+déposition d'un enfant auquel il est facile de faire dire ce qu'on
+veut. Dès le lendemain 16 vendémiaire (7 octobre), Pache et Chaumette
+retournent au Temple; David, ami de Chaumette et membre du comité de
+sûreté générale, demande à les accompagner; il en est de même de
+Daujon, qui, selon la tradition dont j'ai parlé, venait de recevoir au
+sein du comité quelques félicitations au sujet de la pièce dont il
+était le rédacteur. Peut-être espèrent-ils, à l'aide de leurs
+questions captieuses, surprendre à la fille et à la s&oelig;ur de Louis
+XVI quelques mots qui, interprétés avec adresse, pourront appuyer
+l'échafaudage des calomnies entassées contre la Reine. Pache,
Chaumette et David, introduits dans la tour, s'installent dans la
salle du conseil et donnent l'ordre d'y faire descendre la fille de
-Capet. Frappées de stupeur et d'effroi, les deux prisonnières
-demandent instamment qu'on ne les sépare point. La jeune orpheline,
-forcée d'obéir, descend. Pour la première fois depuis qu'elle est
-enfermée dans le Temple, Madame Élisabeth se trouve seule. Le tendre
-et dernier objet de ses affections lui est-il enlevé sans retour?
-Jusqu'à présent ceux qui sont descendus ne sont pas remontés. Le père
-a rencontré en bas le bourreau, et, ce qui est plus effrayant encore,
-le fils y a trouvé Simon. L'esprit de Madame Élisabeth est livré aux
+Capet. Frappées de stupeur et d'effroi, les deux prisonnières
+demandent instamment qu'on ne les sépare point. La jeune orpheline,
+forcée d'obéir, descend. Pour la première fois depuis qu'elle est
+enfermée dans le Temple, Madame Élisabeth se trouve seule. Le tendre
+et dernier objet de ses affections lui est-il enlevé sans retour?
+Jusqu'à présent ceux qui sont descendus ne sont pas remontés. Le père
+a rencontré en bas le bourreau, et, ce qui est plus effrayant encore,
+le fils y a trouvé Simon. L'esprit de Madame Élisabeth est livré aux
conjectures les plus cruelles; mais elle est loin de deviner ce qui
<span class="pagenum"><a id="page164" name="page164"></a>(p. 164)</span> ne s'est vu dans les annales d'aucune nation; et, certes,
-elle taxerait de mensonge l'écho de la tour, s'il lui apportait en ce
-moment ce qui se dit dans la salle du Conseil. Elle-même pourra-t-elle
-le croire quand elle sera condamnée à l'entendre?</p>
-
-<p>Marie-Thérèse, arrivée au bas de l'escalier, avait rencontré son
-frère, et elle le pressait dans ses bras. Simon le lui arracha.
-L'enfant sortait de la salle où David avait demandé à revoir le fils
-du tyran et à l'entendre déclarer qu'il reconnaissait comme exact et
-vrai ce qu'il avait dit et signé la veille. L'enfant déconcerté avait
-fait un signe affirmatif, et, sur l'injonction de son maître, avait
-répondu: «Oui.»</p>
+elle taxerait de mensonge l'écho de la tour, s'il lui apportait en ce
+moment ce qui se dit dans la salle du Conseil. Elle-même pourra-t-elle
+le croire quand elle sera condamnée à l'entendre?</p>
+
+<p>Marie-Thérèse, arrivée au bas de l'escalier, avait rencontré son
+frère, et elle le pressait dans ses bras. Simon le lui arracha.
+L'enfant sortait de la salle où David avait demandé à revoir le fils
+du tyran et à l'entendre déclarer qu'il reconnaissait comme exact et
+vrai ce qu'il avait dit et signé la veille. L'enfant déconcerté avait
+fait un signe affirmatif, et, sur l'injonction de son maître, avait
+répondu: «Oui.»</p>
<p>Sa s&oelig;ur est introduite. Le maire de Paris, le premier, l'interroge
-sur les intelligences de ses parents avec les princes étrangers,
-intelligences qu'elle doit avoir connues. Les réponses de
-Marie-Thérèse sont si nettes et si fermes que les commissaires ne
-jugent pas à propos de pousser plus loin cette banale imputation.
-Chaumette aborde alors les questions qui étaient l'objet sérieux de
-l'interrogatoire. La jeune fille écoute d'abord sans rien comprendre,
-puis tout à coup la rougeur lui monte au visage, et les paroles de
-Chaumette, devenues plus explicites et plus claires, soulèvent de
-mépris et d'horreur tout ce qu'il y avait de sang chrétien et de sang
-filial dans cette angélique enfant. «Chaumette, dit-elle dans sa
+sur les intelligences de ses parents avec les princes étrangers,
+intelligences qu'elle doit avoir connues. Les réponses de
+Marie-Thérèse sont si nettes et si fermes que les commissaires ne
+jugent pas à propos de pousser plus loin cette banale imputation.
+Chaumette aborde alors les questions qui étaient l'objet sérieux de
+l'interrogatoire. La jeune fille écoute d'abord sans rien comprendre,
+puis tout à coup la rougeur lui monte au visage, et les paroles de
+Chaumette, devenues plus explicites et plus claires, soulèvent de
+mépris et d'horreur tout ce qu'il y avait de sang chrétien et de sang
+filial dans cette angélique enfant. «Chaumette, dit-elle dans sa
relation, m'interrogea sur mille vilaines choses dont on accusoit ma
-mère et ma tante. Je fus atterrée par une telle horreur, et si
-indignée que, malgré toute la peur que j'éprouvois, je ne pus
-m'empêcher de dire que c'étoit une infamie; malgré mes larmes, ils
-insistèrent beaucoup. Il y a des choses que je n'ai pas comprises,
-mais ce que je comprenois étoit si horrible que je pleurois
-d'indignation.»</p>
-
-<p>Les cyniques accusateurs ne s'arrêtèrent pas devant le <span class="pagenum"><a id="page165" name="page165"></a>(p. 165)</span> cri
-de la nature insultée. Ils rappelèrent le jeune Louis rampant sous la
-domination de son maître; ils établirent entre ces deux témoins la
-confrontation la plus pénible, la contradiction la plus cruelle, et
-firent ainsi, pendant trois heures, en présence d'un frère de huit
-ans, subir à l'innocence d'une jeune fille aussi pure que le lis qui
-sert d'emblème à sa royale maison, l'ignominieux supplice d'un
+mère et ma tante. Je fus atterrée par une telle horreur, et si
+indignée que, malgré toute la peur que j'éprouvois, je ne pus
+m'empêcher de dire que c'étoit une infamie; malgré mes larmes, ils
+insistèrent beaucoup. Il y a des choses que je n'ai pas comprises,
+mais ce que je comprenois étoit si horrible que je pleurois
+d'indignation.»</p>
+
+<p>Les cyniques accusateurs ne s'arrêtèrent pas devant le <span class="pagenum"><a id="page165" name="page165"></a>(p. 165)</span> cri
+de la nature insultée. Ils rappelèrent le jeune Louis rampant sous la
+domination de son maître; ils établirent entre ces deux témoins la
+confrontation la plus pénible, la contradiction la plus cruelle, et
+firent ainsi, pendant trois heures, en présence d'un frère de huit
+ans, subir à l'innocence d'une jeune fille aussi pure que le lis qui
+sert d'emblème à sa royale maison, l'ignominieux supplice d'un
interrogatoire que la vertu ne saurait comprendre, et dont
-l'indignation ne suffit pas pour faire justice. Le procès-verbal de
+l'indignation ne suffit pas pour faire justice. Le procès-verbal de
cet interrogatoire porte encore la signature de Louis-Charles Capet,
-tracée d'une main vacillante; elle est précédée de celle de
-Marie-Thérèse et suivie de celle de leurs interrogateurs.</p>
-
-<p>Madame Royale demanda alors à être réunie à sa mère. «Cela est
-impossible, lui répondit Chaumette; retirez-vous, et ne dites rien à
-votre tante, que nous allons faire descendre.»</p>
-
-<p>Marie-Thérèse se jetait à peine dans les bras de Madame Élisabeth que
-celle-ci lui est enlevée, sans savoir ce qui s'est passé, sans savoir
-ce qu'elle doit espérer ou craindre. Descendue à la salle du Conseil,
-Pache et Chaumette l'interrogent. Comme elle répondait à leurs
-questions avec une sorte de dignité fière, Chaumette s'en offensa au
-point de lui dire: «Baissez un peu le ton; vous êtes devant vos
-magistrats: laissez là vos arrogances de cour.» Madame Élisabeth ne
-répond rien; mais connaissant quelque peu David pour l'avoir vu dans
-plus d'une occasion à Versailles, où son titre de premier peintre du
-Roi lui donnait ses entrées, et lui voyant sa tabatière à la main:
-«Monsieur David, lui dit-elle de ce ton de douceur et de bonté qui lui
-était familier, voudriez-vous me donner une prise de tabac? Je suis
-bien enrhumée du cerveau.» Et en même temps elle faisait un geste
-comme pour la prendre. «Apprenez, lui répond David, que vous n'êtes
-pas faite pour <span class="pagenum"><a id="page166" name="page166"></a>(p. 166)</span> mettre vos doigts dans ma tabatière.» Puis il
-versa un peu de tabac dans le creux que forme le pouce, et l'offrit à
-Madame Élisabeth, qui lui tourna le dos. Après ce lâche outrage fait,
-je ne dirai pas à une princesse, mais à une femme, à une femme
-prisonnière et malheureuse, l'interrogatoire reprit son cours. Il
-n'avait d'abord touché qu'aux choses de la politique, et maintenant il
-déroule sous les yeux de Madame Élisabeth ce long tissu d'infamies
-dont on a chargé la Reine et elle-même. Ses perfides questionneurs
-voient bientôt qu'ils attendraient en vain de ce ferme esprit une
-phrase ambiguë dont il leur deviendrait possible d'abuser. Toutefois,
-avant de mettre fin à leur poursuite, ils confrontent l'enfant avec
-Madame Élisabeth, afin de faire rougir devant lui la vertu de sa
+tracée d'une main vacillante; elle est précédée de celle de
+Marie-Thérèse et suivie de celle de leurs interrogateurs.</p>
+
+<p>Madame Royale demanda alors à être réunie à sa mère. «Cela est
+impossible, lui répondit Chaumette; retirez-vous, et ne dites rien à
+votre tante, que nous allons faire descendre.»</p>
+
+<p>Marie-Thérèse se jetait à peine dans les bras de Madame Élisabeth que
+celle-ci lui est enlevée, sans savoir ce qui s'est passé, sans savoir
+ce qu'elle doit espérer ou craindre. Descendue à la salle du Conseil,
+Pache et Chaumette l'interrogent. Comme elle répondait à leurs
+questions avec une sorte de dignité fière, Chaumette s'en offensa au
+point de lui dire: «Baissez un peu le ton; vous êtes devant vos
+magistrats: laissez là vos arrogances de cour.» Madame Élisabeth ne
+répond rien; mais connaissant quelque peu David pour l'avoir vu dans
+plus d'une occasion à Versailles, où son titre de premier peintre du
+Roi lui donnait ses entrées, et lui voyant sa tabatière à la main:
+«Monsieur David, lui dit-elle de ce ton de douceur et de bonté qui lui
+était familier, voudriez-vous me donner une prise de tabac? Je suis
+bien enrhumée du cerveau.» Et en même temps elle faisait un geste
+comme pour la prendre. «Apprenez, lui répond David, que vous n'êtes
+pas faite pour <span class="pagenum"><a id="page166" name="page166"></a>(p. 166)</span> mettre vos doigts dans ma tabatière.» Puis il
+versa un peu de tabac dans le creux que forme le pouce, et l'offrit à
+Madame Élisabeth, qui lui tourna le dos. Après ce lâche outrage fait,
+je ne dirai pas à une princesse, mais à une femme, à une femme
+prisonnière et malheureuse, l'interrogatoire reprit son cours. Il
+n'avait d'abord touché qu'aux choses de la politique, et maintenant il
+déroule sous les yeux de Madame Élisabeth ce long tissu d'infamies
+dont on a chargé la Reine et elle-même. Ses perfides questionneurs
+voient bientôt qu'ils attendraient en vain de ce ferme esprit une
+phrase ambiguë dont il leur deviendrait possible d'abuser. Toutefois,
+avant de mettre fin à leur poursuite, ils confrontent l'enfant avec
+Madame Élisabeth, afin de faire rougir devant lui la vertu de sa
tante, comme ils avaient fait rougir l'innocence de sa s&oelig;ur. Cet
-interrogatoire est signé de Madame Élisabeth, de Louis-Charles, de
-David, de Pache, de Chaumette, de Daujon, de Séguy, de Laurent et de
-Heussée, administrateur de police. Nous donnons ici le <em>fac-simile</em> de
+interrogatoire est signé de Madame Élisabeth, de Louis-Charles, de
+David, de Pache, de Chaumette, de Daujon, de Séguy, de Laurent et de
+Heussée, administrateur de police. Nous donnons ici le <em>fac-simile</em> de
ces signatures.</p>
-<p>L'odieuse épreuve est terminée. Remontée dans sa chambre: «Oh! mon
-enfant!» s'écrie Madame Élisabeth en tendant les bras à sa nièce. Le
+<p>L'odieuse épreuve est terminée. Remontée dans sa chambre: «Oh! mon
+enfant!» s'écrie Madame Élisabeth en tendant les bras à sa nièce. Le
silence seul peut exprimer le bouleversement et la confusion qu'elles
-éprouvent également. Leurs larmes coulent; pour la première fois leurs
-regards s'évitent. Un instant elles demeurent étroitement embrassées,
-puis elles se mettent à genoux, offrant leur humiliation et leur
-douleur au Dieu des humbles et des affligés.</p>
-
-<p>Leurs réponses nettes et exemptes de toute équivoque avaient
-déconcerté les combinaisons des pervers, réduits à s'en tenir au
-procès-verbal attribué à Daujon et adopté par Hébert. La visite des
-commissaires au Temple ne fut pas toutefois sans résultat: les images
-dont on avait souillé l'imagination des pauvres prisonnières
-laissaient un grand <span class="pagenum"><a id="page167" name="page167"></a>(p. 167)</span> trouble dans leur âme; puis la captivité
-devint plus morne et plus dure. Turgy, qui, employé au service
-intérieur de la tour, était le seul qui ne leur fût pas indifférent ou
-hostile, fut expulsé avec un certain nombre de personnes jugées
+éprouvent également. Leurs larmes coulent; pour la première fois leurs
+regards s'évitent. Un instant elles demeurent étroitement embrassées,
+puis elles se mettent à genoux, offrant leur humiliation et leur
+douleur au Dieu des humbles et des affligés.</p>
+
+<p>Leurs réponses nettes et exemptes de toute équivoque avaient
+déconcerté les combinaisons des pervers, réduits à s'en tenir au
+procès-verbal attribué à Daujon et adopté par Hébert. La visite des
+commissaires au Temple ne fut pas toutefois sans résultat: les images
+dont on avait souillé l'imagination des pauvres prisonnières
+laissaient un grand <span class="pagenum"><a id="page167" name="page167"></a>(p. 167)</span> trouble dans leur âme; puis la captivité
+devint plus morne et plus dure. Turgy, qui, employé au service
+intérieur de la tour, était le seul qui ne leur fût pas indifférent ou
+hostile, fut expulsé avec un certain nombre de personnes jugées
inutiles ou devenues suspectes<a id="footnotetag82" name="footnotetag82"></a><a href="#footnote82" title="Go to footnote 82"><span class="smaller">[82]</span></a>. Voici le dernier billet que Madame
-Élisabeth lui écrivit:</p>
+Élisabeth lui écrivit:</p>
-<p class="date">«Le 11 octobre 1793, à deux heures un quart.</p>
+<p class="date">«Le 11 octobre 1793, à deux heures un quart.</p>
-<p>»Je suis bien affligée. Ménagez-vous pour le temps où nous serons plus
-heureux et où nous pourrons vous récompenser. Emportez la consolation
-d'avoir servi de bons et malheureux maîtres.</p>
+<p>»Je suis bien affligée. Ménagez-vous pour le temps où nous serons plus
+heureux et où nous pourrons vous récompenser. Emportez la consolation
+d'avoir servi de bons et malheureux maîtres.</p>
-<p>»Recommandez à Fidèle (Toulan) de ne pas trop se hasarder pour nos
+<p>»Recommandez à Fidèle (Toulan) de ne pas trop se hasarder pour nos
signaux (par le cor). Si le hasard vous fait voir madame Mallemain,
-dites-lui de nos nouvelles, et que je pense à elle.</p>
+dites-lui de nos nouvelles, et que je pense à elle.</p>
-<p>»Adieu, honnête homme et fidèle sujet: que le Dieu auquel vous êtes
-fidèle vous soutienne et vous console dans ce que vous avez à
-souffrir!»</p>
+<p>»Adieu, honnête homme et fidèle sujet: que le Dieu auquel vous êtes
+fidèle vous soutienne et vous console dans ce que vous avez à
+souffrir!»</p>
-<p>Le 13 octobre, M. Hue fut arrêté. De ce moment, Madame Élisabeth ne
+<p>Le 13 octobre, M. Hue fut arrêté. De ce moment, Madame Élisabeth ne
put rien apprendre de ce qui se passait. Toute intelligence cessa pour
elle au dehors comme au dedans. Elle n'eut plus de nouvelles de la
-Reine. Nous n'avons point à regretter pour elle cette privation.
-Marie-Antoinette, <span class="pagenum"><a id="page168" name="page168"></a>(p. 168)</span> dont le procès commençait le 14, montait le
-16 sur l'échafaud. L'ignorance de toute chose où vit Madame Élisabeth
-peut accroître ses inquiétudes, mais elle lui épargne une plus grande
-douleur. Il est à remarquer que les municipaux de service, les
-gardiens, tous les employés, et Simon lui-même, gardèrent en cette
-circonstance une charitable discrétion.</p>
-
-<p>Quelques jours après, vers le soir, Madame Élisabeth entendit un bruit
+Reine. Nous n'avons point à regretter pour elle cette privation.
+Marie-Antoinette, <span class="pagenum"><a id="page168" name="page168"></a>(p. 168)</span> dont le procès commençait le 14, montait le
+16 sur l'échafaud. L'ignorance de toute chose où vit Madame Élisabeth
+peut accroître ses inquiétudes, mais elle lui épargne une plus grande
+douleur. Il est à remarquer que les municipaux de service, les
+gardiens, tous les employés, et Simon lui-même, gardèrent en cette
+circonstance une charitable discrétion.</p>
+
+<p>Quelques jours après, vers le soir, Madame Élisabeth entendit un bruit
de querelle dans l'appartement de Simon. Elle craignit naturellement
-que cette rude voix, qui lui était bien connue, ne s'adressât à la
-victime accoutumée. Cette pensée l'occupa la nuit et le lendemain et
-le surlendemain; n'entendant plus rien et privée de toute nouvelle,
+que cette rude voix, qui lui était bien connue, ne s'adressât à la
+victime accoutumée. Cette pensée l'occupa la nuit et le lendemain et
+le surlendemain; n'entendant plus rien et privée de toute nouvelle,
elle monta au comble de la tourelle par l'escalier de la garde-robe,
-et s'établit en observation à la petite fenêtre que nous avons
-indiquée. Le second jour, elle fut payée de ses peines: le maître et
-l'élève se montrèrent sur la plate-forme; ils s'arrêtèrent même un
-instant, de manière à être vus de la patiente spectatrice, si bien
-qu'elle ne put savoir si elle n'avait point été aperçue elle-même ou
-si elle devait n'attribuer qu'au hasard le regard qu'à leur passage
-l'un et l'autre avaient dirigé de son côté.</p>
-
-<p>Madame Élisabeth et Marie-Thérèse, qui avaient été confrontées avec
-l'enfant dans la scène du 7 octobre, avaient pu se convaincre par
-leurs yeux qu'il était extrêmement changé; mais l'altération de ses
-traits n'était rien auprès de la révolution qui s'était opérée dans
-ses idées et son langage, et c'était ce changement moral qui sans
-doute avait le plus péniblement affecté sa tante. Jamais, on doit le
+et s'établit en observation à la petite fenêtre que nous avons
+indiquée. Le second jour, elle fut payée de ses peines: le maître et
+l'élève se montrèrent sur la plate-forme; ils s'arrêtèrent même un
+instant, de manière à être vus de la patiente spectatrice, si bien
+qu'elle ne put savoir si elle n'avait point été aperçue elle-même ou
+si elle devait n'attribuer qu'au hasard le regard qu'à leur passage
+l'un et l'autre avaient dirigé de son côté.</p>
+
+<p>Madame Élisabeth et Marie-Thérèse, qui avaient été confrontées avec
+l'enfant dans la scène du 7 octobre, avaient pu se convaincre par
+leurs yeux qu'il était extrêmement changé; mais l'altération de ses
+traits n'était rien auprès de la révolution qui s'était opérée dans
+ses idées et son langage, et c'était ce changement moral qui sans
+doute avait le plus péniblement affecté sa tante. Jamais, on doit le
croire, elle ne sentit plus vivement la profonde infortune de sa
-famille. Cependant, courbée sous la main de Dieu, qui semblait chaque
-jour s'appesantir davantage, elle s'abandonnait avec résignation à sa
-volonté, et le remerciait des consolations qu'il daignait encore lui
-permettre; car cette prison du <span class="pagenum"><a id="page169" name="page169"></a>(p. 169)</span> Temple, où elle pouvait
-pleurer tranquillement avec sa nièce, pouvait d'un jour à l'autre lui
-être enlevée!&mdash;Chaumette, en effet, avait plus d'une fois représenté
-cette maison d'arrêt comme un asile spécial, exceptionnel,
-aristocratique, contraire au principe d'égalité proclamé par la
-République. Dans le courant du mois de novembre, il reprit cette
-question au point de vue de l'économie, et «fit sentir au conseil
-général de la Commune le ridicule de conserver dans la tour du Temple
-trois individus qui nécessitaient une surcharge de service et des
-dépenses excessives<a id="footnotetag83" name="footnotetag83"></a><a href="#footnote83" title="Go to footnote 83"><span class="smaller">[83]</span></a>.» Faisant droit au réquisitoire de son
-procureur, la Commune arrêta qu'elle se porterait en masse à la
+famille. Cependant, courbée sous la main de Dieu, qui semblait chaque
+jour s'appesantir davantage, elle s'abandonnait avec résignation à sa
+volonté, et le remerciait des consolations qu'il daignait encore lui
+permettre; car cette prison du <span class="pagenum"><a id="page169" name="page169"></a>(p. 169)</span> Temple, où elle pouvait
+pleurer tranquillement avec sa nièce, pouvait d'un jour à l'autre lui
+être enlevée!&mdash;Chaumette, en effet, avait plus d'une fois représenté
+cette maison d'arrêt comme un asile spécial, exceptionnel,
+aristocratique, contraire au principe d'égalité proclamé par la
+République. Dans le courant du mois de novembre, il reprit cette
+question au point de vue de l'économie, et «fit sentir au conseil
+général de la Commune le ridicule de conserver dans la tour du Temple
+trois individus qui nécessitaient une surcharge de service et des
+dépenses excessives<a id="footnotetag83" name="footnotetag83"></a><a href="#footnote83" title="Go to footnote 83"><span class="smaller">[83]</span></a>.» Faisant droit au réquisitoire de son
+procureur, la Commune arrêta qu'elle se porterait en masse à la
Convention pour demander la translation des prisonniers du Temple dans
les prisons ordinaires, et leur assujettissement au traitement
-uniforme de tous les détenus. Plus circonspect que le conseil général,
-le Comité de salut public reçut avec réserve la proposition de cette
-mesure: il manda Chaumette, écouta ses raisons, les discuta, et finit
-par maintenir dans ses priviléges cette dure prison que la Commune
-révolutionnaire chicanait aux enfants des rois émancipateurs des
+uniforme de tous les détenus. Plus circonspect que le conseil général,
+le Comité de salut public reçut avec réserve la proposition de cette
+mesure: il manda Chaumette, écouta ses raisons, les discuta, et finit
+par maintenir dans ses priviléges cette dure prison que la Commune
+révolutionnaire chicanait aux enfants des rois émancipateurs des
communes.</p>
<p>Ces enfants des rois, dans l'abjection, conservaient toute leur
-dignité. Rocher, un des gardiens du Temple, disait le 12 novembre
-1793: «Madame Élisabeth ne voulait pas me saluer; elle y est
-maintenant forcée, parce qu'il faut <span class="pagenum"><a id="page170" name="page170"></a>(p. 170)</span> qu'elle se baisse pour
-passer sous le guichet. Je fume ma pipe, et je lui lâche une bouffée à
-son passage.» La municipalité de Paris ne se tint pas pour battue:
-elle essaya de se venger de l'échec qu'elle venait d'éprouver, et
+dignité. Rocher, un des gardiens du Temple, disait le 12 novembre
+1793: «Madame Élisabeth ne voulait pas me saluer; elle y est
+maintenant forcée, parce qu'il faut <span class="pagenum"><a id="page170" name="page170"></a>(p. 170)</span> qu'elle se baisse pour
+passer sous le guichet. Je fume ma pipe, et je lui lâche une bouffée à
+son passage.» La municipalité de Paris ne se tint pas pour battue:
+elle essaya de se venger de l'échec qu'elle venait d'éprouver, et
renouvela dans les appartements du Temple de rigoureuses
-perquisitions, avec l'espoir d'y découvrir des papiers ou indices
-quelconques capables de compromettre Madame Élisabeth. Elle ne fut pas
+perquisitions, avec l'espoir d'y découvrir des papiers ou indices
+quelconques capables de compromettre Madame Élisabeth. Elle ne fut pas
plus heureuse sur ce terrain. Mais il n'y avait pas d'obstacles qui
-pussent l'empêcher d'arriver au but qu'elle voulait atteindre: elle
+pussent l'empêcher d'arriver au but qu'elle voulait atteindre: elle
emprunta de nouveau la main du pauvre petit orphelin du Temple pour
-frapper la seconde mère qu'elle avait résolu de lui enlever. Simon,
-dans la fabrication de cette nouvelle &oelig;uvre, ne fut secondé ni par
-les conseils d'Hébert ni par la rédaction de Daujon. Aussi le
-procès-verbal que, seul, il fit dresser aux municipaux, se ressent-il
+frapper la seconde mère qu'elle avait résolu de lui enlever. Simon,
+dans la fabrication de cette nouvelle &oelig;uvre, ne fut secondé ni par
+les conseils d'Hébert ni par la rédaction de Daujon. Aussi le
+procès-verbal que, seul, il fit dresser aux municipaux, se ressent-il
de l'absence de complices aussi habiles. Nos lecteurs en jugeront.</p>
<p class="entete">COMMUNE DE PARIS.</p>
-<p>«Le cinquième jour du deuxième mois de l'an second de la République
-une et indivisible, à huit heures du soir;</p>
+<p>«Le cinquième jour du deuxième mois de l'an second de la République
+une et indivisible, à huit heures du soir;</p>
-<p>»Le citoyen Simon est venu au conseil du Temple pour lui faire part
+<p>»Le citoyen Simon est venu au conseil du Temple pour lui faire part
d'une conversation qu'il avoit eue avec le petit Capet, par laquelle
un membre de la Commune paroissoit avoir eu des intelligences avec sa
-mère. Simon ne voulant pas nommer le membre sans qu'au préalable le
-conseil eût reçu lui-même la déclaration du petit, alors le conseil a
-nommé les citoyens Foloppe et Figuet pour interroger le petit Capet;
-ces deux membres sont de suite montés dans sa chambre, où étant, et en
-présence de la citoyenne Simon, ils ont fait rouler la conversation
-sur différentes choses, et l'amenant insensiblement sur les membres de
+mère. Simon ne voulant pas nommer le membre sans qu'au préalable le
+conseil eût reçu lui-même la déclaration du petit, alors le conseil a
+nommé les citoyens Foloppe et Figuet pour interroger le petit Capet;
+ces deux membres sont de suite montés dans sa chambre, où étant, et en
+présence de la citoyenne Simon, ils ont fait rouler la conversation
+sur différentes choses, et l'amenant insensiblement sur les membres de
la Commune, il a dit:</p>
-<p>»Qu'un jour Simon étant de service au Temple auprès <span class="pagenum"><a id="page171" name="page171"></a>(p. 171)</span> de sa
-mère avec Jobert, ledit Jobert avoit remis ce jour-là deux billets
-sans que Simon fut (<em>sic</em>) aperçu; que cette espièglerie avoit fait
-rire beaucoup ces dames, d'autant plus qu'elles avoient trompé la
-vigilance de Simon, mais que lui déclarant n'avoit point vu les
+<p>»Qu'un jour Simon étant de service au Temple auprès <span class="pagenum"><a id="page171" name="page171"></a>(p. 171)</span> de sa
+mère avec Jobert, ledit Jobert avoit remis ce jour-là deux billets
+sans que Simon fut (<em>sic</em>) aperçu; que cette espièglerie avoit fait
+rire beaucoup ces dames, d'autant plus qu'elles avoient trompé la
+vigilance de Simon, mais que lui déclarant n'avoit point vu les
billets, seulement que ces dames le lui avoient dit.</p>
-<p>»Les commissaires dénommés descendus au conseil ont donné lecture de
-la présente déclaration; alors Simon a dit qu'elle étoit conforme à
+<p>»Les commissaires dénommés descendus au conseil ont donné lecture de
+la présente déclaration; alors Simon a dit qu'elle étoit conforme à
celle que le petit Capet lui avoit fait (<em>sic</em>) verbalement.</p>
-<p>»Lecture faite au petit Capet de la présente déclaration, a dit
-qu'elle contient vérité, y persiste et a signé.</p>
+<p>»Lecture faite au petit Capet de la présente déclaration, a dit
+qu'elle contient vérité, y persiste et a signé.</p>
-<p>»Et avant de signer, le petit Capet a dit que sa mère craignoit sa
-tante, et que sa tante étoit celle qui exécutoit mieux les complots.»</p>
+<p>»Et avant de signer, le petit Capet a dit que sa mère craignoit sa
+tante, et que sa tante étoit celle qui exécutoit mieux les complots.»</p>
<a id="img005" name="img005"></a>
<div class="figcenter">
-<img src="images/img005.jpg" width="300" height="227" alt="Fac-similé d'écriture." title="">
+<img src="images/img005.jpg" width="300" height="227" alt="Fac-similé d'écriture." title="">
</div>
-<p>Ce document, qui nous semble plus absurde encore que révoltant, ne
-satisfit pas la Commune; elle demanda des déclarations de faits plus
-explicites et plus graves. Un nouveau procès-verbal fut fabriqué, mais
-n'offrant guère plus de garanties et de preuves que le précédent.</p>
+<p>Ce document, qui nous semble plus absurde encore que révoltant, ne
+satisfit pas la Commune; elle demanda des déclarations de faits plus
+explicites et plus graves. Un nouveau procès-verbal fut fabriqué, mais
+n'offrant guère plus de garanties et de preuves que le précédent.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page172" name="page172"></a>(p. 172)</span> Voici ce procès-verbal:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page172" name="page172"></a>(p. 172)</span> Voici ce procès-verbal:</p>
-<p>«Cejourd'hui 13 frimaire, l'an II de la République une et indivisible,
+<p>«Cejourd'hui 13 frimaire, l'an II de la République une et indivisible,
nous, commissaires de la Commune, de service au Temple, sur
-l'avertissement à nous donné par le citoyen Simon, que Charles Capet
-avoit à dénoncer des faits qu'il nous importoit de connoître pour le
-salut de la République, nous nous sommes transportés, quatre heures de
-relevée, dans l'appartement dudit Charles Capet, qui nous a déclaré ce
+l'avertissement à nous donné par le citoyen Simon, que Charles Capet
+avoit à dénoncer des faits qu'il nous importoit de connoître pour le
+salut de la République, nous nous sommes transportés, quatre heures de
+relevée, dans l'appartement dudit Charles Capet, qui nous a déclaré ce
qui suit:</p>
-<p>»Que, depuis environ quinze jours ou trois semaines, il entend les
-détenues frapper tous les jours consécutifs, entre six heures et neuf
+<p>»Que, depuis environ quinze jours ou trois semaines, il entend les
+détenues frapper tous les jours consécutifs, entre six heures et neuf
heures; que, depuis avant-hier, ce bruit s'est fait un peu plus tard
-et a duré plus longtemps que tous les jours précédents; que ce bruit
-paroît partir de l'endroit correspondant au bûcher; que, de plus, il
-connoît, à la marche qu'il distingue de ce bruit, que, pendant ce
-temps, les détenues quittent la place du bûcher par lui indiquée pour
-se transporter dans l'embrasure de la fenêtre de leur chambre à
-coucher, ce qui fait présumer qu'elles cachent quelques objets dans
-ces embrasures; il pense que ce pourroit être de faux assignats, mais
-qu'il n'en est pas sûr, et qu'elles pourroient les passer par la
-fenêtre pour les communiquer à quelqu'un.</p>
-
-<p>»Ledit Charles nous a également déclaré que, dans le temps qu'il étoit
-avec les détenues, il a vu un morceau de bois garni d'une épingle
-crochue et d'un long ruban, avec lequel il suppose que les détenues
+et a duré plus longtemps que tous les jours précédents; que ce bruit
+paroît partir de l'endroit correspondant au bûcher; que, de plus, il
+connoît, à la marche qu'il distingue de ce bruit, que, pendant ce
+temps, les détenues quittent la place du bûcher par lui indiquée pour
+se transporter dans l'embrasure de la fenêtre de leur chambre à
+coucher, ce qui fait présumer qu'elles cachent quelques objets dans
+ces embrasures; il pense que ce pourroit être de faux assignats, mais
+qu'il n'en est pas sûr, et qu'elles pourroient les passer par la
+fenêtre pour les communiquer à quelqu'un.</p>
+
+<p>»Ledit Charles nous a également déclaré que, dans le temps qu'il étoit
+avec les détenues, il a vu un morceau de bois garni d'une épingle
+crochue et d'un long ruban, avec lequel il suppose que les détenues
ont pu communiquer par lettres avec feu Capet.</p>
-<p>»Et de plus, que ledit Charles se rappelle qu'il lui a été dit que,
-s'il descendoit avec son père, il lui fit ressouvenir de passer tous
-les jours, à huit heures et demie du soir, dans le passage qui conduit
-à la tourelle, où se trouve une fenêtre de l'appartement des détenues.</p>
+<p>»Et de plus, que ledit Charles se rappelle qu'il lui a été dit que,
+s'il descendoit avec son père, il lui fit ressouvenir de passer tous
+les jours, à huit heures et demie du soir, dans le passage qui conduit
+à la tourelle, où se trouve une fenêtre de l'appartement des détenues.</p>
-<p>»Charles Capet nous a déclaré de plus qu'il étoit fortement <span class="pagenum"><a id="page173" name="page173"></a>(p. 173)</span>
-persuadé que les détenues avoient quelques intelligences ou
+<p>»Charles Capet nous a déclaré de plus qu'il étoit fortement <span class="pagenum"><a id="page173" name="page173"></a>(p. 173)</span>
+persuadé que les détenues avoient quelques intelligences ou
correspondances avec quelqu'un.</p>
-<p>»De plus, nous a déclaré qu'il avoit entendu lire dans une lettre que
-Cléry avoit proposé à feu Capet le moyen de correspondance présumé par
-lui déclarant; que Capet avoit répondu à Cléry que cela ne pouvoit se
-pratiquer, et que cette réponse n'avoit été faite à Cléry qu'à la fin
-qu'il ne se doutât pas de ladite correspondance.</p>
+<p>»De plus, nous a déclaré qu'il avoit entendu lire dans une lettre que
+Cléry avoit proposé à feu Capet le moyen de correspondance présumé par
+lui déclarant; que Capet avoit répondu à Cléry que cela ne pouvoit se
+pratiquer, et que cette réponse n'avoit été faite à Cléry qu'à la fin
+qu'il ne se doutât pas de ladite correspondance.</p>
-<p>»Déclare qu'il a vu les détenues fort inquiètes, parce qu'une de leurs
-lettres étoit tombée dans la cour.</p>
+<p>»Déclare qu'il a vu les détenues fort inquiètes, parce qu'une de leurs
+lettres étoit tombée dans la cour.</p>
-<p>»Ayant demandé au citoyen Simon s'il avoit connoissance du bruit
-ci-dessus énoncé, il a répondu qu'ayant l'ouïe un peu dure, il n'avoit
-rien entendu; mais la citoyenne Simon, son épouse, a confirmé les
+<p>»Ayant demandé au citoyen Simon s'il avoit connoissance du bruit
+ci-dessus énoncé, il a répondu qu'ayant l'ouïe un peu dure, il n'avoit
+rien entendu; mais la citoyenne Simon, son épouse, a confirmé les
dires dudit Charles Capet relativement au bruit.</p>
-<p>»Ledit citoyen Simon nous a dit que, depuis environ huit jours, ledit
-Charles Capet se tourmentoit pour faire sa déclaration aux membres du
+<p>»Ledit citoyen Simon nous a dit que, depuis environ huit jours, ledit
+Charles Capet se tourmentoit pour faire sa déclaration aux membres du
conseil.</p>
-<p>»Lecture faite auxdits déclarants, ont reconnu contenir vérité et ont
-signé ledit jour et an que dessus.</p>
+<p>»Lecture faite auxdits déclarants, ont reconnu contenir vérité et ont
+signé ledit jour et an que dessus.</p>
-<p class="author">»<i>Signé</i>: Charles <span class="smcap">Capet</span>, <span class="smcap">Simon</span>, femme <span class="smcap">Simon</span>,<br>
- <span class="smcap">Remy</span>, <span class="smcap">Séguy</span>, <span class="smcap">Robin</span>, <span class="smcap">Sillans</span>.</p>
+<p class="author">»<i>Signé</i>: Charles <span class="smcap">Capet</span>, <span class="smcap">Simon</span>, femme <span class="smcap">Simon</span>,<br>
+ <span class="smcap">Remy</span>, <span class="smcap">Séguy</span>, <span class="smcap">Robin</span>, <span class="smcap">Sillans</span>.</p>
-<p class="p2">Un détail nous frappe, c'est le refus fait par Simon de s'associer à
-sa femme et à son élève dans la première déposition que contient cette
-pièce, et qui est relative au bruit entendu dans l'appartement des
-prisonnières. Dans le prétexte qu'il allègue de sa surdité pour
-n'avoir point connaissance de ce bruit, ne serait-on pas disposé à
-voir plutôt de sa part un calcul raisonné pour donner plus de crédit à
-ses autres allégations, notamment à celle-ci, que, <em>depuis environ
-huit jours, Charles Capet se tourmentait pour faire sa déclaration aux
+<p class="p2">Un détail nous frappe, c'est le refus fait par Simon de s'associer à
+sa femme et à son élève dans la première déposition que contient cette
+pièce, et qui est relative au bruit entendu dans l'appartement des
+prisonnières. Dans le prétexte qu'il allègue de sa surdité pour
+n'avoir point connaissance de ce bruit, ne serait-on pas disposé à
+voir plutôt de sa part un calcul raisonné pour donner plus de crédit à
+ses autres allégations, notamment à celle-ci, que, <em>depuis environ
+huit jours, Charles Capet se tourmentait pour faire sa déclaration aux
membres du conseil</em>.</p>
-<p>Je ne crois pas que dans la longue suite des méfaits révolutionnaires
+<p>Je ne crois pas que dans la longue suite des méfaits révolutionnaires
<span class="pagenum"><a id="page174" name="page174"></a>(p. 174)</span> il y ait eu rien de plus odieux que cette intrigue
-ténébreuse, ourdie pour exploiter la peur et l'ignorance d'un enfant
-qui, vaincu par les mauvais traitements, témoigne contre la mémoire de
-son père, concourt à la mort de sa mère, déjà sur les marches de
-l'échafaud, et contribue à pousser vers le même but sa seconde mère,
-l'angélique Élisabeth. Employer l'innocence au crime, n'est-ce pas un
-plaisir de démon?</p>
-
-<p>La Commune de Paris recula devant l'impossibilité d'asseoir une
-accusation capitale sur de pareils motifs; mais le récit d'un enfant
-<em>dénonçant lui-même les petites intrigues de sa tante et de sa mère ne
-pouvait que plaire à la moralité du conseil général</em><a id="footnotetag84" name="footnotetag84"></a><a href="#footnote84" title="Go to footnote 84"><span class="smaller">[84]</span></a>. On sait
-combien Marie-Antoinette, jusqu'à ses derniers moments, fut préoccupée
+ténébreuse, ourdie pour exploiter la peur et l'ignorance d'un enfant
+qui, vaincu par les mauvais traitements, témoigne contre la mémoire de
+son père, concourt à la mort de sa mère, déjà sur les marches de
+l'échafaud, et contribue à pousser vers le même but sa seconde mère,
+l'angélique Élisabeth. Employer l'innocence au crime, n'est-ce pas un
+plaisir de démon?</p>
+
+<p>La Commune de Paris recula devant l'impossibilité d'asseoir une
+accusation capitale sur de pareils motifs; mais le récit d'un enfant
+<em>dénonçant lui-même les petites intrigues de sa tante et de sa mère ne
+pouvait que plaire à la moralité du conseil général</em><a id="footnotetag84" name="footnotetag84"></a><a href="#footnote84" title="Go to footnote 84"><span class="smaller">[84]</span></a>. On sait
+combien Marie-Antoinette, jusqu'à ses derniers moments, fut préoccupée
de la crainte que les paroles odieuses mises dans la bouche de son
-fils ne tombassent sur le c&oelig;ur meurtri de Madame Élisabeth, ou ne
-fussent même dirigées contre elle comme un moyen de calomnie. «J'ai à
+fils ne tombassent sur le c&oelig;ur meurtri de Madame Élisabeth, ou ne
+fussent même dirigées contre elle comme un moyen de calomnie. «J'ai à
vous parler, lui dit-elle dans cette lettre admirable qu'elle lui a
-laissée en montant à l'échafaud, et que Madame Élisabeth n'a jamais
-lue, j'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon c&oelig;ur: je
+laissée en montant à l'échafaud, et que Madame Élisabeth n'a jamais
+lue, j'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon c&oelig;ur: je
sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine;
-pardonnez-lui, ma chère s&oelig;ur; pensez à l'âge qu'il a, et combien il
-est facile de faire dire à un enfant ce qu'on veut, et même ce qu'il
-ne comprend pas.»</p>
+pardonnez-lui, ma chère s&oelig;ur; pensez à l'âge qu'il a, et combien il
+est facile de faire dire à un enfant ce qu'on veut, et même ce qu'il
+ne comprend pas.»</p>
-<p>Madame Élisabeth n'avait point à pardonner: elle n'ignorait pas plus
+<p>Madame Élisabeth n'avait point à pardonner: elle n'ignorait pas plus
que la Reine la source de toutes ces suggestions perfides, et jamais
-elle n'a songé à en accuser un enfant. Les paroles de celui-ci
+elle n'a songé à en accuser un enfant. Les paroles de celui-ci
pouvaient devenir la cause de sa mort, mais non le sujet du moindre
ressentiment.</p>
-<p>Tison, enfermé, nous l'avons dit, dans la tourelle depuis le 21
-septembre, supportait en silence la captivité comme <span class="pagenum"><a id="page175" name="page175"></a>(p. 175)</span> une
-expiation de sa conduite passée. Cependant, inquiet de sa femme et de
-sa fille, dont il ne pouvait avoir de nouvelles, il se décida, le 10
-décembre, à solliciter sa liberté. Sa demande fut combattue par
-Hébert, jaloux de conserver sous sa main un témoin capable de fournir
-d'utiles renseignements sur la s&oelig;ur du tyran. Le Comité de salut
-public ordonna qu'avant de statuer sur la pétition, on interrogerait
-soigneusement le pétitionnaire. L'interrogatoire n'ayant amené aucune
-charge contre Madame Élisabeth, le Comité, loin d'accorder une grâce
-qui n'était point achetée par une délation, arrêta que Tison serait
-mis au secret et réduit au plus strict nécessaire.</p>
-
-<p>A dater de cette époque, Madame Élisabeth entra dans une phase
-d'abandon et de solitude qu'il nous devient impossible de décrire:
-misère monotone, sombre, terne, privée de cet éclat qui rayonne
-d'ordinaire à l'entour des infortunes royales. Mais elle ne se
-plaignait pas: elle n'avait de pitié que pour sa petite compagne, qui
-était dans un âge où le malheur est comme une surprise faite à la
-nature. Madame Élisabeth lui parlait avec cette onction religieuse
-puisée aux sources d'eaux vives de la foi, de l'espérance et de
-l'amour, qui transfigurent l'âme et lui font trouver partout son
-Thabor. «Les souffrances de cette vie, disait-elle, n'ont aucune
-proportion avec la gloire future qu'elles nous font mériter.
-Jésus-Christ n'a-t-il pas marché devant nous chargé de la croix?
-Souvenez-vous, mon enfant, des paroles que votre père vous adressait
-la veille du jour où, pour la première fois, vous alliez recevoir le
+<p>Tison, enfermé, nous l'avons dit, dans la tourelle depuis le 21
+septembre, supportait en silence la captivité comme <span class="pagenum"><a id="page175" name="page175"></a>(p. 175)</span> une
+expiation de sa conduite passée. Cependant, inquiet de sa femme et de
+sa fille, dont il ne pouvait avoir de nouvelles, il se décida, le 10
+décembre, à solliciter sa liberté. Sa demande fut combattue par
+Hébert, jaloux de conserver sous sa main un témoin capable de fournir
+d'utiles renseignements sur la s&oelig;ur du tyran. Le Comité de salut
+public ordonna qu'avant de statuer sur la pétition, on interrogerait
+soigneusement le pétitionnaire. L'interrogatoire n'ayant amené aucune
+charge contre Madame Élisabeth, le Comité, loin d'accorder une grâce
+qui n'était point achetée par une délation, arrêta que Tison serait
+mis au secret et réduit au plus strict nécessaire.</p>
+
+<p>A dater de cette époque, Madame Élisabeth entra dans une phase
+d'abandon et de solitude qu'il nous devient impossible de décrire:
+misère monotone, sombre, terne, privée de cet éclat qui rayonne
+d'ordinaire à l'entour des infortunes royales. Mais elle ne se
+plaignait pas: elle n'avait de pitié que pour sa petite compagne, qui
+était dans un âge où le malheur est comme une surprise faite à la
+nature. Madame Élisabeth lui parlait avec cette onction religieuse
+puisée aux sources d'eaux vives de la foi, de l'espérance et de
+l'amour, qui transfigurent l'âme et lui font trouver partout son
+Thabor. «Les souffrances de cette vie, disait-elle, n'ont aucune
+proportion avec la gloire future qu'elles nous font mériter.
+Jésus-Christ n'a-t-il pas marché devant nous chargé de la croix?
+Souvenez-vous, mon enfant, des paroles que votre père vous adressait
+la veille du jour où, pour la première fois, vous alliez recevoir le
sang de l'Agneau. Il vous disait: La religion est la source du bonheur
-et notre soutien dans l'adversité; ne croyez pas que vous en soyez à
-l'abri: vous ne savez pas, ma fille, à quoi la Providence vous
-destine...»</p>
+et notre soutien dans l'adversité; ne croyez pas que vous en soyez à
+l'abri: vous ne savez pas, ma fille, à quoi la Providence vous
+destine...»</p>
-<p>Les paroles prononcées par le Roi dans son palais prolongeaient ainsi
-leur écho dans une prison qui donnait à <span class="pagenum"><a id="page176" name="page176"></a>(p. 176)</span> leurs accents quelque
-chose de prophétique, et devenait pour sa fille le meilleur des
+<p>Les paroles prononcées par le Roi dans son palais prolongeaient ainsi
+leur écho dans une prison qui donnait à <span class="pagenum"><a id="page176" name="page176"></a>(p. 176)</span> leurs accents quelque
+chose de prophétique, et devenait pour sa fille le meilleur des
enseignements.</p>
-<p>Un jour, Madame Élisabeth ayant ouvert un papier qu'elle portait sur
-elle, et qui contenait des cheveux du Roi son frère et de la Reine
+<p>Un jour, Madame Élisabeth ayant ouvert un papier qu'elle portait sur
+elle, et qui contenait des cheveux du Roi son frère et de la Reine
Marie-Antoinette (Dieu lui envoya-t-il en ce moment le pressentiment
-de sa destinée prochaine?), Madame Élisabeth, dis-je, coupa une tresse
-de ses propres cheveux, la plaça avec les deux autres mèches dans le
-même paquet, et le remettant à sa nièce:</p>
-
-<p>«Gardez, lui dit-elle, ma fille, ces tristes souvenirs: c'est le seul
-héritage que puissent vous transmettre votre père, votre mère, qui
-vous ont tant aimé, et moi qui vous aime aussi bien tendrement. On m'a
-enlevé plumes, papier, crayon: je ne puis rien vous léguer par écrit;
-du moins, ma chère enfant, retenez bien les consolations que je vous
-ai données: elles suppléeront aux livres qui vous manquent. Élevez
-votre âme à Dieu; il nous éprouve parce qu'il nous aime: il nous
-apprend le néant des grandeurs. Ah! mon enfant, dit-elle en pleurant
+de sa destinée prochaine?), Madame Élisabeth, dis-je, coupa une tresse
+de ses propres cheveux, la plaça avec les deux autres mèches dans le
+même paquet, et le remettant à sa nièce:</p>
+
+<p>«Gardez, lui dit-elle, ma fille, ces tristes souvenirs: c'est le seul
+héritage que puissent vous transmettre votre père, votre mère, qui
+vous ont tant aimé, et moi qui vous aime aussi bien tendrement. On m'a
+enlevé plumes, papier, crayon: je ne puis rien vous léguer par écrit;
+du moins, ma chère enfant, retenez bien les consolations que je vous
+ai données: elles suppléeront aux livres qui vous manquent. Élevez
+votre âme à Dieu; il nous éprouve parce qu'il nous aime: il nous
+apprend le néant des grandeurs. Ah! mon enfant, dit-elle en pleurant
et en la serrant dans ses bras, Dieu seul est vrai, Dieu seul est
-grand<a id="footnotetag85" name="footnotetag85"></a><a href="#footnote85" title="Go to footnote 85"><span class="smaller">[85]</span></a>.»</p>
-
-<p>Retranchées, pour ainsi dire, du nombre des vivants, les deux recluses
-passaient leurs jours, occupées l'une de l'autre, s'entretenant de
-leurs souvenirs, de leurs craintes mêlées de bien peu d'espérances,
-mais d'une soumission entière à la volonté de Dieu. Elles n'apprirent
-plus rien de ce qui se passait sur la terre; elles ignorèrent
-l'échafaud dressé par Robespierre et Danton pour immoler Hébert et
-les hébertistes<a id="footnotetag86" name="footnotetag86"></a><a href="#footnote86" title="Go to footnote 86"><span class="smaller">[86]</span></a>; l'échafaud dressé douze jours après par <span class="pagenum"><a id="page177" name="page177"></a>(p. 177)</span>
+grand<a id="footnotetag85" name="footnotetag85"></a><a href="#footnote85" title="Go to footnote 85"><span class="smaller">[85]</span></a>.»</p>
+
+<p>Retranchées, pour ainsi dire, du nombre des vivants, les deux recluses
+passaient leurs jours, occupées l'une de l'autre, s'entretenant de
+leurs souvenirs, de leurs craintes mêlées de bien peu d'espérances,
+mais d'une soumission entière à la volonté de Dieu. Elles n'apprirent
+plus rien de ce qui se passait sur la terre; elles ignorèrent
+l'échafaud dressé par Robespierre et Danton pour immoler Hébert et
+les hébertistes<a id="footnotetag86" name="footnotetag86"></a><a href="#footnote86" title="Go to footnote 86"><span class="smaller">[86]</span></a>; l'échafaud dressé douze jours après par <span class="pagenum"><a id="page177" name="page177"></a>(p. 177)</span>
Robespierre pour abattre Danton<a id="footnotetag87" name="footnotetag87"></a><a href="#footnote87" title="Go to footnote 87"><span class="smaller">[87]</span></a>; puis, huit jours plus tard, pour
-abattre Chaumette<a id="footnotetag88" name="footnotetag88"></a><a href="#footnote88" title="Go to footnote 88"><span class="smaller">[88]</span></a>. La terreur régnait sur la France. Du haut des
-guillotines, ses sanglantes forteresses, la minorité commandait.
-Devant elle se taisait la nation, la liberté s'agenouillait,
-l'humanité se voilait la face. Les Saint-Just, les Collot d'Herbois,
-les Carrier, les Lebon, allaient porter dans les provinces l'épouvante
-et la mort. La famine désolait le pays; les passions révolutionnaires
-s'agitaient dans les clubs et par les rues, hâtant l'action mortelle
-de la misère. Au front de chaque maison pend un écriteau proclamant la
-liberté ou la mort. Sur chaque porte est affichée la liste des
-habitants de la maison, moyen de contrôle si l'on veut savoir, table
+abattre Chaumette<a id="footnotetag88" name="footnotetag88"></a><a href="#footnote88" title="Go to footnote 88"><span class="smaller">[88]</span></a>. La terreur régnait sur la France. Du haut des
+guillotines, ses sanglantes forteresses, la minorité commandait.
+Devant elle se taisait la nation, la liberté s'agenouillait,
+l'humanité se voilait la face. Les Saint-Just, les Collot d'Herbois,
+les Carrier, les Lebon, allaient porter dans les provinces l'épouvante
+et la mort. La famine désolait le pays; les passions révolutionnaires
+s'agitaient dans les clubs et par les rues, hâtant l'action mortelle
+de la misère. Au front de chaque maison pend un écriteau proclamant la
+liberté ou la mort. Sur chaque porte est affichée la liste des
+habitants de la maison, moyen de contrôle si l'on veut savoir, table
de proscription si l'on veut tuer<a id="footnotetag89" name="footnotetag89"></a><a href="#footnote89" title="Go to footnote 89"><span class="smaller">[89]</span></a>. Onze mille quatre cents
-aristocrates sont entassés <span class="pagenum"><a id="page178" name="page178"></a>(p. 178)</span> dans les palais et les couvents de
-Paris, transformés en prisons. Le crime et la peur sont partout; dans
-les rues, on évite de se reconnaître, ou si on s'aborde, on échange
-deux mots à voix basse; on marche vite, à moins qu'un crieur
-proclamant l'arrêt des condamnés, on ne s'arrête pour écouter le nom
-d'un parent, d'un ami, peut-être son propre nom. La nuit est aussi
-troublée que le jour. Des arrestations se font aux flambeaux; des
-domestiques ont dénoncé leurs maîtres à leurs sections, tandis que
-d'autres servent sans gages des maîtres restés sans ressources. Comme
+aristocrates sont entassés <span class="pagenum"><a id="page178" name="page178"></a>(p. 178)</span> dans les palais et les couvents de
+Paris, transformés en prisons. Le crime et la peur sont partout; dans
+les rues, on évite de se reconnaître, ou si on s'aborde, on échange
+deux mots à voix basse; on marche vite, à moins qu'un crieur
+proclamant l'arrêt des condamnés, on ne s'arrête pour écouter le nom
+d'un parent, d'un ami, peut-être son propre nom. La nuit est aussi
+troublée que le jour. Des arrestations se font aux flambeaux; des
+domestiques ont dénoncé leurs maîtres à leurs sections, tandis que
+d'autres servent sans gages des maîtres restés sans ressources. Comme
<span class="pagenum"><a id="page179" name="page179"></a>(p. 179)</span> si le temps ne suffisait pas aux juges pour condamner, on
-adopte le système des jugements en masse. La guillotine en permanence
-abat les têtes sans les compter<a id="footnotetag90" name="footnotetag90"></a><a href="#footnote90" title="Go to footnote 90"><span class="smaller">[90]</span></a>. Le sang qui coule à flots, loin
-d'étancher la soif des tyrans, semble l'irriter encore. Il n'y a plus
-de rois à jeter en holocauste au sphinx de la révolution, et la nation
-épouvantée se trouve face à face avec la sombre énigme de son
-existence. Tout est tumulte, désordre, vertige et rage: la
-civilisation et la barbarie se cherchent dans les ténèbres pour
-s'arracher leur secret; duel horrible, pareil à celui de ces deux
-hommes enfermés dans une cave avec des poignards, et qui ne se
-voyaient qu'aux éclairs de leurs yeux. La patience des opprimés
-apparaît dans ces jours horribles comme un phénomène aussi
-inexplicable que la perversité des oppresseurs. L'intelligence
-politique s'était retirée dans quelques âmes méditatives qui
-réfléchissaient à l'écart, ou dans quelques cerveaux astucieux qui
+adopte le système des jugements en masse. La guillotine en permanence
+abat les têtes sans les compter<a id="footnotetag90" name="footnotetag90"></a><a href="#footnote90" title="Go to footnote 90"><span class="smaller">[90]</span></a>. Le sang qui coule à flots, loin
+d'étancher la soif des tyrans, semble l'irriter encore. Il n'y a plus
+de rois à jeter en holocauste au sphinx de la révolution, et la nation
+épouvantée se trouve face à face avec la sombre énigme de son
+existence. Tout est tumulte, désordre, vertige et rage: la
+civilisation et la barbarie se cherchent dans les ténèbres pour
+s'arracher leur secret; duel horrible, pareil à celui de ces deux
+hommes enfermés dans une cave avec des poignards, et qui ne se
+voyaient qu'aux éclairs de leurs yeux. La patience des opprimés
+apparaît dans ces jours horribles comme un phénomène aussi
+inexplicable que la perversité des oppresseurs. L'intelligence
+politique s'était retirée dans quelques âmes méditatives qui
+réfléchissaient à l'écart, ou dans quelques cerveaux astucieux qui
remuaient la multitude. Le reste n'avait plus de confiance en
-soi-même, et laissait faire, comme courbé sous la main de Dieu:
-tremblant et résigné, tout un peuple attendait dans une muette
-épouvante, pareil à ces Indiens qui, lorsque le tigre apparaît, se
-prosternent, ferment les yeux, et restent immobiles jusqu'à ce que la
-bête rugissante ait choisi sa proie.</p>
-
-<p>Madame Élisabeth se prosternait aussi, mais c'était les yeux levés
-vers le ciel. Retenue autrefois à la cour par son <span class="pagenum"><a id="page180" name="page180"></a>(p. 180)</span> dévouement
-pour son frère, elle n'y avait vécu que pour prendre sa part des
-tribulations et des larmes. Aujourd'hui, tout ce que l'intérêt a de
-plus tendre, la religion de plus sublime, l'amitié de plus
+soi-même, et laissait faire, comme courbé sous la main de Dieu:
+tremblant et résigné, tout un peuple attendait dans une muette
+épouvante, pareil à ces Indiens qui, lorsque le tigre apparaît, se
+prosternent, ferment les yeux, et restent immobiles jusqu'à ce que la
+bête rugissante ait choisi sa proie.</p>
+
+<p>Madame Élisabeth se prosternait aussi, mais c'était les yeux levés
+vers le ciel. Retenue autrefois à la cour par son <span class="pagenum"><a id="page180" name="page180"></a>(p. 180)</span> dévouement
+pour son frère, elle n'y avait vécu que pour prendre sa part des
+tribulations et des larmes. Aujourd'hui, tout ce que l'intérêt a de
+plus tendre, la religion de plus sublime, l'amitié de plus
consolateur, elle le met en &oelig;uvre pour former l'esprit et le
-c&oelig;ur de sa royale nièce. Sans désirer la bienvenue de ce grand
-libérateur qu'on appelle la mort, elle se met en mesure de le recevoir
-dignement; mais sa belle âme, quoique impatiente peut-être d'entrer
-dans les secrets de Dieu, tient à ce monde par le malheur qu'elle y
-partage, par les chagrins qu'elle y adoucit. L'état d'incertitude où
-elle se trouve du sort du Dauphin vient accroître l'anxiété que lui
+c&oelig;ur de sa royale nièce. Sans désirer la bienvenue de ce grand
+libérateur qu'on appelle la mort, elle se met en mesure de le recevoir
+dignement; mais sa belle âme, quoique impatiente peut-être d'entrer
+dans les secrets de Dieu, tient à ce monde par le malheur qu'elle y
+partage, par les chagrins qu'elle y adoucit. L'état d'incertitude où
+elle se trouve du sort du Dauphin vient accroître l'anxiété que lui
cause l'absence de toute nouvelle de la Reine. Depuis plusieurs mois,
elle n'a entendu ni chansons ni jurements retentir dans l'appartement
-du second étage. Elle est montée mainte et mainte fois aux combles par
+du second étage. Elle est montée mainte et mainte fois aux combles par
l'escalier de la garde-robe, et jamais, depuis la fin de janvier, elle
-n'a aperçu l'enfant. A-t-il été délivré? Habite-t-il une autre partie
-du Temple? De grands changements se préparent-ils?</p>
+n'a aperçu l'enfant. A-t-il été délivré? Habite-t-il une autre partie
+du Temple? De grands changements se préparent-ils?</p>
-<p>Oui, un grand changement se préparait. Déjà, dès le quintidi frimaire
-de l'an II (25 novembre 1793), la municipalité de Paris avait adressé
-à la Convention nationale la pétition suivante:</p>
+<p>Oui, un grand changement se préparait. Déjà, dès le quintidi frimaire
+de l'an II (25 novembre 1793), la municipalité de Paris avait adressé
+à la Convention nationale la pétition suivante:</p>
-<p class="smcap">«Législateurs,</p>
+<p class="smcap">«Législateurs,</p>
-<p>»Vous avez décrété l'égalité source du bonheur public; elle s'établit
-sur des bases désormais inébranlables; et cependant elle est violée,
-cette égalité, et de la manière la plus révoltante, dans les vils
+<p>»Vous avez décrété l'égalité source du bonheur public; elle s'établit
+sur des bases désormais inébranlables; et cependant elle est violée,
+cette égalité, et de la manière la plus révoltante, dans les vils
restes de la tyrannie, dans les prisonniers du Temple. Pourroient-ils
-encore, ces restes abominables, être comptés pour quelque chose dans
-les circonstances actuelles, ce ne seroit qu'en raison de l'intérêt
-que la patrie auroit d'empêcher qu'ils ne déchirassent son sein et ne
-renouvelassent les atrocités commises par <span class="pagenum"><a id="page181" name="page181"></a>(p. 181)</span> les deux monstres
-qui leur ont donné le jour. Si donc tel est à leur égard le seul et
-unique intérêt de la République, c'est sous sa surveillance entière
-qu'ils doivent être placés, et ils ne sont plus ces temps horribles où
+encore, ces restes abominables, être comptés pour quelque chose dans
+les circonstances actuelles, ce ne seroit qu'en raison de l'intérêt
+que la patrie auroit d'empêcher qu'ils ne déchirassent son sein et ne
+renouvelassent les atrocités commises par <span class="pagenum"><a id="page181" name="page181"></a>(p. 181)</span> les deux monstres
+qui leur ont donné le jour. Si donc tel est à leur égard le seul et
+unique intérêt de la République, c'est sous sa surveillance entière
+qu'ils doivent être placés, et ils ne sont plus ces temps horribles où
une faction liberticide, dont le glaive de la loi a fait justice,
avoit choisi comme moyen de vengeance contre une Commune patriote
-qu'elle abhorroit, une responsabilité qui outrageoit toutes les lois
-et qui pèse depuis plus de quinze mois sur la tête de chacun des
+qu'elle abhorroit, une responsabilité qui outrageoit toutes les lois
+et qui pèse depuis plus de quinze mois sur la tête de chacun des
membres de la Commune de Paris.</p>
-<p>»La raison, la justice, l'égalité vous crient, législateurs, de faire
-cesser cette responsabilité.</p>
+<p>»La raison, la justice, l'égalité vous crient, législateurs, de faire
+cesser cette responsabilité.</p>
-<p>»Et comme il est plus que temps de rendre à leurs travaux deux cent
-cinquante sans-culottes qu'on emploie injustement chaque jour à la
+<p>»Et comme il est plus que temps de rendre à leurs travaux deux cent
+cinquante sans-culottes qu'on emploie injustement chaque jour à la
garde des prisonniers du Temple, la Commune de Paris attend de votre
sagesse:</p>
-<p>»1<sup>o</sup> Que vous enverrez au plus tôt l'infâme Élisabeth au tribunal
-révolutionnaire;</p>
+<p>»1<sup>o</sup> Que vous enverrez au plus tôt l'infâme Élisabeth au tribunal
+révolutionnaire;</p>
-<p>»2<sup>o</sup> Qu'à l'égard de la postérité du tyran, vous prendrez des mesures
-promptes pour la faire transférer dans telle prison que vous aurez
-choisie, pour y être renfermée avec les précautions convenables, à
-l'effet d'y être traitée dans le système de l'égalité et de la même
-manière que les autres détenus dont la République a eu besoin de
+<p>»2<sup>o</sup> Qu'à l'égard de la postérité du tyran, vous prendrez des mesures
+promptes pour la faire transférer dans telle prison que vous aurez
+choisie, pour y être renfermée avec les précautions convenables, à
+l'effet d'y être traitée dans le système de l'égalité et de la même
+manière que les autres détenus dont la République a eu besoin de
s'assurer.</p>
-<p class="author">»<span class="smcap">Dunouy</span>, <span class="smcap">Renard</span>, <span class="smcap">Le Clerc</span>,<br>
- »<span class="smcap">Legrand</span>, r. de la Commune; <span class="smcap">Dorigny</span>.»</p>
-
-<p class="p2">Envoyée à sa date au Comité de sûreté générale, cette adresse y avait
-sommeillé six mois. Mais les v&oelig;ux qu'elle exprimait n'avaient point
-été mis en oubli dans la région la plus ardente de la révolution.</p>
-
-<p>Ce n'est pas la première fois que cette pensée m'est venue en écrivant
-ce triste récit: si l'on songeait aux infortunes du Temple, si grandes
-et si imméritées, il n'y a pas de malheureux qui ne se réconciliât
-avec son malheur, pas <span class="pagenum"><a id="page182" name="page182"></a>(p. 182)</span> de misérable accablé par sa destinée
-qui ne bénît Dieu sous le poids de son fardeau. Que ceux qui se
-plaignent de la méchanceté des hommes pensent à Madame Élisabeth, et
-ils cesseront de se laisser abattre par le découragement.</p>
-
-<p>«Il n'est pas, écrivait le Père Lenfant dès le mois d'avril 1791, il
-n'est pas jusqu'à la vertu la plus pure, la plus soutenue et la plus
-universellement reconnue, qui ne soit indignement outragée. Madame
-Élisabeth est déchirée par les plus sanglantes et les plus absurdes
-calomnies<a id="footnotetag91" name="footnotetag91"></a><a href="#footnote91" title="Go to footnote 91"><span class="smaller">[91]</span></a>.»</p>
-
-<p>Ces outrages s'étaient accrus avec le besoin qu'éprouvaient les
-niveleurs de trouver criminelles toutes les supériorités sociales; ces
-calomnies s'étaient propagées avec l'intérêt qu'avaient les pervers à
-légitimer les tortures exercées contre les personnes de sang royal. La
-moralité de Madame Élisabeth fut insultée dans ce récit immonde que la
+<p class="author">»<span class="smcap">Dunouy</span>, <span class="smcap">Renard</span>, <span class="smcap">Le Clerc</span>,<br>
+ »<span class="smcap">Legrand</span>, r. de la Commune; <span class="smcap">Dorigny</span>.»</p>
+
+<p class="p2">Envoyée à sa date au Comité de sûreté générale, cette adresse y avait
+sommeillé six mois. Mais les v&oelig;ux qu'elle exprimait n'avaient point
+été mis en oubli dans la région la plus ardente de la révolution.</p>
+
+<p>Ce n'est pas la première fois que cette pensée m'est venue en écrivant
+ce triste récit: si l'on songeait aux infortunes du Temple, si grandes
+et si imméritées, il n'y a pas de malheureux qui ne se réconciliât
+avec son malheur, pas <span class="pagenum"><a id="page182" name="page182"></a>(p. 182)</span> de misérable accablé par sa destinée
+qui ne bénît Dieu sous le poids de son fardeau. Que ceux qui se
+plaignent de la méchanceté des hommes pensent à Madame Élisabeth, et
+ils cesseront de se laisser abattre par le découragement.</p>
+
+<p>«Il n'est pas, écrivait le Père Lenfant dès le mois d'avril 1791, il
+n'est pas jusqu'à la vertu la plus pure, la plus soutenue et la plus
+universellement reconnue, qui ne soit indignement outragée. Madame
+Élisabeth est déchirée par les plus sanglantes et les plus absurdes
+calomnies<a id="footnotetag91" name="footnotetag91"></a><a href="#footnote91" title="Go to footnote 91"><span class="smaller">[91]</span></a>.»</p>
+
+<p>Ces outrages s'étaient accrus avec le besoin qu'éprouvaient les
+niveleurs de trouver criminelles toutes les supériorités sociales; ces
+calomnies s'étaient propagées avec l'intérêt qu'avaient les pervers à
+légitimer les tortures exercées contre les personnes de sang royal. La
+moralité de Madame Élisabeth fut insultée dans ce récit immonde que la
Commune de Paris fit signer au royal Enfant du Temple pour
-compromettre sa mère et sa tante et les envoyer à l'échafaud. La mort
-même ne désarmera point les persécuteurs. Trois ans après l'immolation
-de Madame Élisabeth, sa mémoire sera outragée dans un ouvrage qui aura
-la prétention de donner les <em>portraits des personnages célèbres de la
-Révolution</em><a id="footnotetag92" name="footnotetag92"></a><a href="#footnote92" title="Go to footnote 92"><span class="smaller">[92]</span></a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page183" name="page183"></a>(p. 183)</span> Laissez les années se succéder, un temps viendra où les
-calomnies se tairont, où la vérité apparaîtra dans tout son jour.</p>
-
-<p>Madame Élisabeth arrive au terme que Dieu lui a assigné dans ses
-rigueurs comme dans ses miséricordes. Elle avait exprimé la résolution
-de partager les chagrins et les périls de sa famille: elle a tenu
-toutes ses promesses; à Versailles, dans les troubles du 6 octobre; à
+compromettre sa mère et sa tante et les envoyer à l'échafaud. La mort
+même ne désarmera point les persécuteurs. Trois ans après l'immolation
+de Madame Élisabeth, sa mémoire sera outragée dans un ouvrage qui aura
+la prétention de donner les <em>portraits des personnages célèbres de la
+Révolution</em><a id="footnotetag92" name="footnotetag92"></a><a href="#footnote92" title="Go to footnote 92"><span class="smaller">[92]</span></a>.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page183" name="page183"></a>(p. 183)</span> Laissez les années se succéder, un temps viendra où les
+calomnies se tairont, où la vérité apparaîtra dans tout son jour.</p>
+
+<p>Madame Élisabeth arrive au terme que Dieu lui a assigné dans ses
+rigueurs comme dans ses miséricordes. Elle avait exprimé la résolution
+de partager les chagrins et les périls de sa famille: elle a tenu
+toutes ses promesses; à Versailles, dans les troubles du 6 octobre; à
Paris, dans la morne solitude des Tuileries; sur la route de Varennes,
-dans la néfaste journée du 20 juin, dans la nuit sanglante du 10 août,
-dans la loge du Logographe, témoin des affronts et des menaces; dans
-la tour du Temple, témoin des adieux et de l'agonie. Oui, elle a tenu
-toutes les promesses qu'elle avait faites à Dieu: Dieu à cette heure
+dans la néfaste journée du 20 juin, dans la nuit sanglante du 10 août,
+dans la loge du Logographe, témoin des affronts et des menaces; dans
+la tour du Temple, témoin des adieux et de l'agonie. Oui, elle a tenu
+toutes les promesses qu'elle avait faites à Dieu: Dieu à cette heure
va tenir les siennes.</p>
<p>Qu'importe la route quand le ciel est le but! Au-dessus de l'injustice
-des hommes apparaît la justice de Dieu qui récompense, et quand c'est
-la vertu qui meurt, l'échafaud n'est qu'un degré qui rapproche du
+des hommes apparaît la justice de Dieu qui récompense, et quand c'est
+la vertu qui meurt, l'échafaud n'est qu'un degré qui rapproche du
ciel.</p>
-<p>Le 20 floréal an II (9 mai 1794), vers sept heures du soir,
-<em>l'huissier Monet se rendit au Temple accompagné des citoyens
-Fontaine, adjudant général d'artillerie de l'armée parisienne, et
-Saraillée, aide de camp du général Hanriot; il présenta aux membres du
+<p>Le 20 floréal an II (9 mai 1794), vers sept heures du soir,
+<em>l'huissier Monet se rendit au Temple accompagné des citoyens
+Fontaine, adjudant général d'artillerie de l'armée parisienne, et
+Saraillée, aide de camp du général Hanriot; il présenta aux membres du
conseil Mouret, Eudes, Magendie et Godefroi, une lettre de Fouquier,
-accusateur public près le tribunal révolutionnaire, portant invitation
-de remettre entre les mains desdits susnommés la s&oelig;ur de Louis
+accusateur public près le tribunal révolutionnaire, portant invitation
+de remettre entre les mains desdits susnommés la s&oelig;ur de Louis
Capet</em><a id="footnotetag93" name="footnotetag93"></a><a href="#footnote93" title="Go to footnote 93"><span class="smaller">[93]</span></a>.</p>
-<p>Les préliminaires d'usage s'étaient prolongés dans la salle du
-Conseil, et pendant la conversation engagée entre les commissaires et
-leurs sinistres visiteurs, l'heure s'était écoulée: déjà Madame
-Élisabeth et Marie-Thérèse se disposaient à se coucher, lorsqu'elles
-entendirent ouvrir les verrous. Elles se hâtent de passer leur robe,
-qu'elles venaient <span class="pagenum"><a id="page184" name="page184"></a>(p. 184)</span> d'ôter. «Citoyenne, dit un des commissaires
-en ouvrant la porte de Madame Élisabeth, descends tout de suite, on a
-besoin de toi.&mdash;Ma nièce reste-t-elle ici?&mdash;Cela ne te regarde pas, on
-s'en occupera après.»</p>
-
-<p>Madame Élisabeth embrasse sa jeune compagne, et, pour calmer ses
-inquiétudes, lui dit: «Soyez tranquille, je vais remonter.&mdash;Non, tu ne
-remonteras pas, répond le commissaire Eudes<a id="footnotetag94" name="footnotetag94"></a><a href="#footnote94" title="Go to footnote 94"><span class="smaller">[94]</span></a>; prends ton bonnet et
-descends.» Elle obéit, relève l'orpheline, qui s'affaisse dans ses
-bras, et lui dit: «Allons, ayez du courage et de la fermeté, espérez
+<p>Les préliminaires d'usage s'étaient prolongés dans la salle du
+Conseil, et pendant la conversation engagée entre les commissaires et
+leurs sinistres visiteurs, l'heure s'était écoulée: déjà Madame
+Élisabeth et Marie-Thérèse se disposaient à se coucher, lorsqu'elles
+entendirent ouvrir les verrous. Elles se hâtent de passer leur robe,
+qu'elles venaient <span class="pagenum"><a id="page184" name="page184"></a>(p. 184)</span> d'ôter. «Citoyenne, dit un des commissaires
+en ouvrant la porte de Madame Élisabeth, descends tout de suite, on a
+besoin de toi.&mdash;Ma nièce reste-t-elle ici?&mdash;Cela ne te regarde pas, on
+s'en occupera après.»</p>
+
+<p>Madame Élisabeth embrasse sa jeune compagne, et, pour calmer ses
+inquiétudes, lui dit: «Soyez tranquille, je vais remonter.&mdash;Non, tu ne
+remonteras pas, répond le commissaire Eudes<a id="footnotetag94" name="footnotetag94"></a><a href="#footnote94" title="Go to footnote 94"><span class="smaller">[94]</span></a>; prends ton bonnet et
+descends.» Elle obéit, relève l'orpheline, qui s'affaisse dans ses
+bras, et lui dit: «Allons, ayez du courage et de la fermeté, espérez
toujours en Dieu, servez-vous des bons principes de religion que vos
-parents vous ont donnés, et soyez fidèle aux dernières recommandations
-de votre père et de votre mère.» La tante et la nièce demeurent un
-instant embrassées; puis s'arrachant brusquement à cette étreinte,
-Madame Élisabeth se dirige d'un pas rapide vers la porte extérieure en
-disant encore: «Pensez à Dieu, mon enfant!»</p>
-
-<p>Madame Élisabeth descend. On la fait entrer dans la salle du Conseil.
-Là, pendant que l'on rédige le procès-verbal de décharge des geôliers,
-on visite ses poches. Les envoyés de Fouquier signent sur le registre
-du Temple la remise qui leur est faite de la prisonnière. Ils la font
-traverser, sous une pluie battante, le jardin et la première cour; là,
-ils montent dans un fiacre avec elle et la conduisent à la
-Conciergerie, où elle est déposée dans le greffe. Il était en ce
+parents vous ont donnés, et soyez fidèle aux dernières recommandations
+de votre père et de votre mère.» La tante et la nièce demeurent un
+instant embrassées; puis s'arrachant brusquement à cette étreinte,
+Madame Élisabeth se dirige d'un pas rapide vers la porte extérieure en
+disant encore: «Pensez à Dieu, mon enfant!»</p>
+
+<p>Madame Élisabeth descend. On la fait entrer dans la salle du Conseil.
+Là, pendant que l'on rédige le procès-verbal de décharge des geôliers,
+on visite ses poches. Les envoyés de Fouquier signent sur le registre
+du Temple la remise qui leur est faite de la prisonnière. Ils la font
+traverser, sous une pluie battante, le jardin et la première cour; là,
+ils montent dans un fiacre avec elle et la conduisent à la
+Conciergerie, où elle est déposée dans le greffe. Il était en ce
moment huit heures. A dix heures, on la conduit du greffe dans la
-salle du conseil du tribunal révolutionnaire. Là, par-devant Gabriel
-Deliége, juge, assisté de Ducray, commis greffier, et en présence de
+salle du conseil du tribunal révolutionnaire. Là, par-devant Gabriel
+Deliége, juge, assisté de Ducray, commis greffier, et en présence de
Fouquier, elle subit son premier interrogatoire.</p>
-<p class="entete">PREMIER INTERROGATOIRE DE MADAME ÉLISABETH.</p>
+<p class="entete">PREMIER INTERROGATOIRE DE MADAME ÉLISABETH.</p>
-<p>«<em>Cejourd'hui, vingt floréal de l'an deux de la République <span class="pagenum"><a id="page185" name="page185"></a>(p. 185)</span>
-française, une et indivisible, nous,</em> Gabriel Deliége, <em>juge président
-du tribunal révolutionnaire établi à Paris par la loi du 10 mars 1793,
+<p>«<em>Cejourd'hui, vingt floréal de l'an deux de la République <span class="pagenum"><a id="page185" name="page185"></a>(p. 185)</span>
+française, une et indivisible, nous,</em> Gabriel Deliége, <em>juge président
+du tribunal révolutionnaire établi à Paris par la loi du 10 mars 1793,
sans aucun recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des
-pouvoirs délégués au tribunal par la loi du 5 avril de la même année,
-assisté de</em> Anne Ducray, <em>commis greffier du tribunal, en l'une des
-salles de l'auditoire au palais, et en présence d'</em>Antoine-Quentin
+pouvoirs délégués au tribunal par la loi du 5 avril de la même année,
+assisté de</em> Anne Ducray, <em>commis greffier du tribunal, en l'une des
+salles de l'auditoire au palais, et en présence d'</em>Antoine-Quentin
Fouquier, <em>l'accusateur public, avons fait amener de la maison de la</em>
-Conciergerie la cy-après nommée, <em>auquel avons demandé ses noms, âge,
+Conciergerie la cy-après nommée, <em>auquel avons demandé ses noms, âge,
profession, pays et demeure;</em></p>
-<p><em>A répondu se nommer</em> Élisabeth-Marie Capet, s&oelig;ur de Louis Capet,
-âgée de trente ans, native de Versailles, département de
+<p><em>A répondu se nommer</em> Élisabeth-Marie Capet, s&oelig;ur de Louis Capet,
+âgée de trente ans, native de Versailles, département de
Seine-et-Oise.</p>
-<p>Avez-vous, avec le dernier tyran, conspiré contre la sûreté et la
-liberté du peuple françois?</p>
+<p>Avez-vous, avec le dernier tyran, conspiré contre la sûreté et la
+liberté du peuple françois?</p>
-<p>J'ignore à qui vous donnez ce titre, mais je n'ai jamais désiré que le
-bonheur des François.</p>
+<p>J'ignore à qui vous donnez ce titre, mais je n'ai jamais désiré que le
+bonheur des François.</p>
<p>Avez-vous entretenu des correspondances et intelligences avec les
-ennemis intérieurs et extérieurs de la République, notamment avec les
-frères de Capet et les vôtres, et ne leur avez-vous pas fourni des
+ennemis intérieurs et extérieurs de la République, notamment avec les
+frères de Capet et les vôtres, et ne leur avez-vous pas fourni des
secours en argent?</p>
-<p>Je n'ai jamais connu que des amis des François; jamais je n'ai fourni
-des secours à mes frères, et, depuis le mois d'août 1792, je n'ai reçu
-de leurs nouvelles ni ne leur ai donné des miennes.</p>
+<p>Je n'ai jamais connu que des amis des François; jamais je n'ai fourni
+des secours à mes frères, et, depuis le mois d'août 1792, je n'ai reçu
+de leurs nouvelles ni ne leur ai donné des miennes.</p>
<p>Ne leur avez-vous pas fait passer des diamants?</p>
<p>Non.</p>
-<p>Je vous observe que votre réponse n'est point exacte sur l'article des
+<p>Je vous observe que votre réponse n'est point exacte sur l'article des
diamants, attendu qu'il est notoire que vous avez fait vendre vos
-diamants en Hollande et autres pays étrangers, et que vous en avez
-fait passer le prix en provenant, par vos agents, à vos frères, pour
-les aider à soutenir leur rébellion contre le peuple françois.</p>
+diamants en Hollande et autres pays étrangers, et que vous en avez
+fait passer le prix en provenant, par vos agents, à vos frères, pour
+les aider à soutenir leur rébellion contre le peuple françois.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page186" name="page186"></a>(p. 186)</span> Je dénie le fait, parce qu'il est faux.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page186" name="page186"></a>(p. 186)</span> Je dénie le fait, parce qu'il est faux.</p>
-<p>Je vous observe que dans le procès qui eut lieu en novembre 1792,
-relativement au prétendu vol des diamants fait au ci-devant
-Garde-meuble, il a été établi et prouvé aux débats qu'il avoit été
+<p>Je vous observe que dans le procès qui eut lieu en novembre 1792,
+relativement au prétendu vol des diamants fait au ci-devant
+Garde-meuble, il a été établi et prouvé aux débats qu'il avoit été
distrait une portion de diamants dont vous vous pariez autrefois;
-qu'il a pareillement été prouvé que le prix en avoit été transmis à
-vos frères par vos ordres: pourquoi je vous somme de vous expliquer
-catégoriquement sur ces faits.</p>
+qu'il a pareillement été prouvé que le prix en avoit été transmis à
+vos frères par vos ordres: pourquoi je vous somme de vous expliquer
+catégoriquement sur ces faits.</p>
-<p>J'ignore les vols dont vous venez de me parler. J'étois à cette époque
-au Temple, et je persiste au surplus dans ma précédente dénégation.</p>
+<p>J'ignore les vols dont vous venez de me parler. J'étois à cette époque
+au Temple, et je persiste au surplus dans ma précédente dénégation.</p>
-<p>N'avez-vous pas eu connoissance que le voyage déterminé par votre
-frère Capet et Marie-Antoinette pour Saint-Cloud, à l'époque du 18
-avril 1791, n'avoit été imaginé que pour saisir l'occasion favorable
+<p>N'avez-vous pas eu connoissance que le voyage déterminé par votre
+frère Capet et Marie-Antoinette pour Saint-Cloud, à l'époque du 18
+avril 1791, n'avoit été imaginé que pour saisir l'occasion favorable
de sortir de France?</p>
<p>Je n'ai eu connoissance de ce voyage que par l'intention qu'avoit mon
-frère de prendre l'air, attendu qu'il n'étoit pas bien portant.</p>
+frère de prendre l'air, attendu qu'il n'étoit pas bien portant.</p>
-<p>Je vous demande s'il n'est pas vrai au contraire que ce voyage n'a été
-arrêté que par suite des conseils des différentes personnes qui se
-rendoient alors habituellement au ci-devant château des Thuileries,
-notamment de Bonnal, ex-évêque de Clermont, et autres prélats et
-évêques; et vous-même, n'avez-vous pas sollicité le départ de votre
-frère?</p>
+<p>Je vous demande s'il n'est pas vrai au contraire que ce voyage n'a été
+arrêté que par suite des conseils des différentes personnes qui se
+rendoient alors habituellement au ci-devant château des Thuileries,
+notamment de Bonnal, ex-évêque de Clermont, et autres prélats et
+évêques; et vous-même, n'avez-vous pas sollicité le départ de votre
+frère?</p>
-<p>Je n'ai point sollicité le départ de mon frère, qui n'a été décidé que
-d'après l'avis des médecins.</p>
+<p>Je n'ai point sollicité le départ de mon frère, qui n'a été décidé que
+d'après l'avis des médecins.</p>
-<p>N'est-ce pas pareillement a votre sollicitation et à celle de
-Marie-Antoinette, votre belle-s&oelig;ur, que Capet, votre frère, a fui
+<p>N'est-ce pas pareillement a votre sollicitation et à celle de
+Marie-Antoinette, votre belle-s&oelig;ur, que Capet, votre frère, a fui
de Paris dans la nuit du 20 au 21 juin 1791?</p>
-<p>J'ai appris dans la journée du 20 que nous devions tous partir dans la
-nuit suivante, et je me suis conformée à cet égard aux ordres de mon
-frère.</p>
+<p>J'ai appris dans la journée du 20 que nous devions tous partir dans la
+nuit suivante, et je me suis conformée à cet égard aux ordres de mon
+frère.</p>
-<p>Le motif de ce voyage n'étoit-il pas de sortir de France <span class="pagenum"><a id="page187" name="page187"></a>(p. 187)</span> et
-de vous réunir aux émigrés et aux ennemis du peuple françois?</p>
+<p>Le motif de ce voyage n'étoit-il pas de sortir de France <span class="pagenum"><a id="page187" name="page187"></a>(p. 187)</span> et
+de vous réunir aux émigrés et aux ennemis du peuple françois?</p>
-<p>Jamais mon frère ni moi n'avions eu l'intention de quitter notre pays.</p>
+<p>Jamais mon frère ni moi n'avions eu l'intention de quitter notre pays.</p>
-<p>Je vous observe que cette réponse ne paroît pas exacte, car il est
-notoire que Bouillé avoit donné les ordres à différents corps de
-troupes de se trouver au point convenu pour protéger cette évasion, de
-manière de pouvoir vous faire sortir, ainsi que votre frère et autres,
-du territoire françois, et que même tout étoit préparé à l'abbaye
-d'Orval, située sur le territoire du despote autrichien, pour vous
-recevoir. Je vous observe au surplus que les noms par vous supposés et
-votre frère ne permettent pas de douter de vos intentions.</p>
+<p>Je vous observe que cette réponse ne paroît pas exacte, car il est
+notoire que Bouillé avoit donné les ordres à différents corps de
+troupes de se trouver au point convenu pour protéger cette évasion, de
+manière de pouvoir vous faire sortir, ainsi que votre frère et autres,
+du territoire françois, et que même tout étoit préparé à l'abbaye
+d'Orval, située sur le territoire du despote autrichien, pour vous
+recevoir. Je vous observe au surplus que les noms par vous supposés et
+votre frère ne permettent pas de douter de vos intentions.</p>
-<p>Mon frère devoit aller à Montmédy, et je ne lui connoissois point
+<p>Mon frère devoit aller à Montmédy, et je ne lui connoissois point
d'autres intentions.</p>
-<p>Avez-vous connoissance qu'il ait été tenu des conciliabules secrets
-chez Marie-Antoinette, ci-devant Reine, lesquels s'appeloient comités
+<p>Avez-vous connoissance qu'il ait été tenu des conciliabules secrets
+chez Marie-Antoinette, ci-devant Reine, lesquels s'appeloient comités
autrichiens.</p>
<p>J'ai parfaite connoissance qu'il n'y en a jamais eu.</p>
<p>Je vous observe qu'il est cependant notoire que ces conciliabules
-tenoient de deux jours l'un depuis minuit jusqu'à trois heures du
-matin, et que même ceux qui y étoient admis passoient par la pièce que
+tenoient de deux jours l'un depuis minuit jusqu'à trois heures du
+matin, et que même ceux qui y étoient admis passoient par la pièce que
l'on appelloit alors la Galerie des tableaux.</p>
<p>Je n'en ai aucune connoissance.</p>
-<p>N'étiez-vous pas aux Thuileries le 28 février 1791, 20 juin et 10 août
+<p>N'étiez-vous pas aux Thuileries le 28 février 1791, 20 juin et 10 août
1792?</p>
-<p>J'étois au château les trois jours, et notamment le 10 août 1792,
-jusqu'au moment où je me suis rendu avec mon frère à l'Assemblée
+<p>J'étois au château les trois jours, et notamment le 10 août 1792,
+jusqu'au moment où je me suis rendu avec mon frère à l'Assemblée
nationale.</p>
-<p>Ledit jour 28 février, n'avez-vous pas eu connoissance que le
+<p>Ledit jour 28 février, n'avez-vous pas eu connoissance que le
rassemblement des ci-devant marquis, chevaliers et <span class="pagenum"><a id="page188" name="page188"></a>(p. 188)</span> autres,
-armés de sabres et de pistolets, étoit encore pour favoriser une
-nouvelle évasion de votre frère et de toute la famille, et que
-l'affaire de Vincennes arrivée le même jour n'a été imaginée que pour
+armés de sabres et de pistolets, étoit encore pour favoriser une
+nouvelle évasion de votre frère et de toute la famille, et que
+l'affaire de Vincennes arrivée le même jour n'a été imaginée que pour
faire diversion?</p>
<p>Je n'en ai aucune connoissance.</p>
-<p>Qu'avez-vous fait dans la nuit du 9 au 10 août?</p>
+<p>Qu'avez-vous fait dans la nuit du 9 au 10 août?</p>
-<p>Je suis restée dans la chambre de mon frère, et nous avons veillé.</p>
+<p>Je suis restée dans la chambre de mon frère, et nous avons veillé.</p>
-<p>Je vous observe qu'ayant chacun vos appartements, il paroît étrange
-que vous vous soyez réunis dans celui de votre frère, et sans doute
-cette réunion avoit un motif que je vous interpelle d'expliquer.</p>
+<p>Je vous observe qu'ayant chacun vos appartements, il paroît étrange
+que vous vous soyez réunis dans celui de votre frère, et sans doute
+cette réunion avoit un motif que je vous interpelle d'expliquer.</p>
-<p>Je n'avois d'autre motif que celui de me réunir toujours chez mon
-frère lorsqu'il y avoit du mouvement dans Paris.</p>
+<p>Je n'avois d'autre motif que celui de me réunir toujours chez mon
+frère lorsqu'il y avoit du mouvement dans Paris.</p>
-<p>Cette même nuit, n'avez-vous pas été avec Marie-Antoinette dans une
-salle où étoient les Suisses occupés à faire des cartouches, et
-notamment n'y avez-vous pas été de neuf heures et demie à dix heures
+<p>Cette même nuit, n'avez-vous pas été avec Marie-Antoinette dans une
+salle où étoient les Suisses occupés à faire des cartouches, et
+notamment n'y avez-vous pas été de neuf heures et demie à dix heures
du soir?</p>
-<p>Je n'y ai pas été, et n'ai nulle connoissance de cette salle.</p>
+<p>Je n'y ai pas été, et n'ai nulle connoissance de cette salle.</p>
-<p>Je vous observe que cette réponse n'est point exacte, car il est
-encore établi dans différents procès qui ont eu lieu au tribunal du 17
-août 1792, que Marie-Antoinette et vous aviez été plusieurs fois dans
+<p>Je vous observe que cette réponse n'est point exacte, car il est
+encore établi dans différents procès qui ont eu lieu au tribunal du 17
+août 1792, que Marie-Antoinette et vous aviez été plusieurs fois dans
la nuit trouver les gardes suisses; que vous les aviez fait boire, et
-les aviez engagés à confectionner la fabrication des cartouches, dont
+les aviez engagés à confectionner la fabrication des cartouches, dont
Marie-Antoinette avoit mordu plusieurs.</p>
-<p>Cela n'a pas existé, et je n'en ai aucune connoissance.</p>
+<p>Cela n'a pas existé, et je n'en ai aucune connoissance.</p>
-<p>Je vous représente que les faits sont trop notoires pour ne pas vous
-rappeler les différentes circonstances relatives à ceux par vous
-déniés, et pour ne pas savoir le motif qui avoit déterminé le
-rassemblement des troupes de tout genre qui se sont trouvées réunies
+<p>Je vous représente que les faits sont trop notoires pour ne pas vous
+rappeler les différentes circonstances relatives à ceux par vous
+déniés, et pour ne pas savoir le motif qui avoit déterminé le
+rassemblement des troupes de tout genre qui se sont trouvées réunies
cette nuit aux Thuileries. Pourquoi je vous somme de nouveau de
-déclarer si vous persistez <span class="pagenum"><a id="page189" name="page189"></a>(p. 189)</span> dans vos précédentes dénégations,
-et à nier les motifs de ce rassemblement.</p>
+déclarer si vous persistez <span class="pagenum"><a id="page189" name="page189"></a>(p. 189)</span> dans vos précédentes dénégations,
+et à nier les motifs de ce rassemblement.</p>
-<p>Je persiste dans mes précédentes dénégations, et j'ajoute que je ne
+<p>Je persiste dans mes précédentes dénégations, et j'ajoute que je ne
connoissois point de motifs de rassemblement. Je sais seulement, comme
-je l'ai déjà dit, que les corps constitués pour la sûreté de Paris
-étoient venus avertir mon frère qu'il y avoit du mouvement dans les
+je l'ai déjà dit, que les corps constitués pour la sûreté de Paris
+étoient venus avertir mon frère qu'il y avoit du mouvement dans les
faubourgs, et que dans ces occasions la garde nationale se rassembloit
-pour sa sûreté, comme la constitution le prescrivoit.</p>
+pour sa sûreté, comme la constitution le prescrivoit.</p>
-<p>Lors de l'évasion du 20 juin, n'est-ce pas vous qui avez emmené les
+<p>Lors de l'évasion du 20 juin, n'est-ce pas vous qui avez emmené les
enfants?</p>
<p>Non, je suis sortie seule.</p>
-<p>Avez-vous un défenseur ou voulez-vous en nommer un?</p>
+<p>Avez-vous un défenseur ou voulez-vous en nommer un?</p>
-<p>Je n'en connois pas.&mdash;Pourquoi lui avons nommé le citoyen Chauveau
+<p>Je n'en connois pas.&mdash;Pourquoi lui avons nommé le citoyen Chauveau
pour conseil.</p>
-<p>Lecture du présent interrogatoire, a persisté et a signé avec nous et
+<p>Lecture du présent interrogatoire, a persisté et a signé avec nous et
notre greffier.</p>
<a id="img006" name="img006"></a>
@@ -5607,350 +5562,350 @@ notre greffier.</p>
<img src="images/img006.jpg" width="300" height="147" alt="Signatures." title="">
</div>
-<p>Le lecteur doit remarquer que la signature de Madame Élisabeth est ici
+<p>Le lecteur doit remarquer que la signature de Madame Élisabeth est ici
telle qu'elle se trouve dans tous les actes de sa vie. Ses
-interrogateurs n'exigèrent point d'elle, à ce qu'il paraît, d'y
-ajouter ce nom de Capet que la Révolution avoit inventé pour les
-Bourbons, s'imaginant que c'étoit le nom du chef de leur race.</p>
-
-<p>Après avoir mis sa signature au bas de chaque page de <span class="pagenum"><a id="page190" name="page190"></a>(p. 190)</span> cet
-interrogatoire, Élisabeth-Marie fut ramenée dans sa prison. Elle ne se
-faisait aucune illusion sur le sort qui lui était réservé, et elle ne
-songea plus qu'à paraître, non pas devant ses juges de la terre, car
-elle n'avait rien à attendre de ceux-là que la fin de ses tourments,
-mais devant le Juge tout-puissant dont elle espérait sa récompense.
-Elle savait qu'elle eût en vain réclamé l'assistance d'un prêtre
-catholique non assermenté, et elle ne voulut point perdre quelques
-minutes à implorer une faveur qui avait été accordée au Roi son frère,
-mais qui depuis un an eût été regardée comme un crime. Elle se
-résigna, offrit directement au Seigneur miséricordieux le sacrifice de
+interrogateurs n'exigèrent point d'elle, à ce qu'il paraît, d'y
+ajouter ce nom de Capet que la Révolution avoit inventé pour les
+Bourbons, s'imaginant que c'étoit le nom du chef de leur race.</p>
+
+<p>Après avoir mis sa signature au bas de chaque page de <span class="pagenum"><a id="page190" name="page190"></a>(p. 190)</span> cet
+interrogatoire, Élisabeth-Marie fut ramenée dans sa prison. Elle ne se
+faisait aucune illusion sur le sort qui lui était réservé, et elle ne
+songea plus qu'à paraître, non pas devant ses juges de la terre, car
+elle n'avait rien à attendre de ceux-là que la fin de ses tourments,
+mais devant le Juge tout-puissant dont elle espérait sa récompense.
+Elle savait qu'elle eût en vain réclamé l'assistance d'un prêtre
+catholique non assermenté, et elle ne voulut point perdre quelques
+minutes à implorer une faveur qui avait été accordée au Roi son frère,
+mais qui depuis un an eût été regardée comme un crime. Elle se
+résigna, offrit directement au Seigneur miséricordieux le sacrifice de
sa vie, et puisa dans sa foi vive la force dont elle avait besoin pour
l'accomplir dignement.</p>
-<h2><span class="pagenum"><a id="page191" name="page191"></a>(p. 191)</span> LIVRE ONZIÈME.<br>
-<span class="smaller">MEURTRE DE MADAME ÉLISABETH.</span></h2>
+<h2><span class="pagenum"><a id="page191" name="page191"></a>(p. 191)</span> LIVRE ONZIÈME.<br>
+<span class="smaller">MEURTRE DE MADAME ÉLISABETH.</span></h2>
<div class="citat">
-<p>«Le ciel est mon trône, et la terre est mon marchepied.»</p>
+<p>«Le ciel est mon trône, et la terre est mon marchepied.»</p>
-<p class="source"><i>Actes des Apôtres</i>, chap. <span class="smcap">VIII</span>, v. 49.</p>
+<p class="source"><i>Actes des Apôtres</i>, chap. <span class="smcap">VIII</span>, v. 49.</p>
</div>
-<p class="resume">La Conciergerie au mois de mars 1793. &mdash; Ce qu'elle était au mois
+<p class="resume">La Conciergerie au mois de mars 1793. &mdash; Ce qu'elle était au mois
de mai 1794. &mdash; Madame de la Fayette. &mdash; Haly, concierge de la prison
- du collége du Plessis. &mdash; Paroles de Fouquier. &mdash; Chauveau-Lagarde
- demande à voir Madame Élisabeth: refus de l'accusateur public,
- sous le prétexte qu'elle ne sera pas jugée de sitôt. &mdash; Poussé par
- une anxiété instinctive, Chauveau-Lagarde entre le lendemain dans
- la salle des assises, et aperçoit Madame Élisabeth au premier
- rang des accusés. &mdash; Leur interrogatoire. &mdash; Le <cite>Moniteur</cite> n'a point
- dit qu'Élisabeth fut défendue; elle le fut pourtant, bien qu'elle
- ne l'eût pas demandé et qu'elle s'inquiétât peu de
- l'être. &mdash; Résumé des débats; questions posées par le président;
- verdict des jurés; arrêt de mort. &mdash; Parmi les vingt-cinq
- condamnés, on signale une femme enceinte; Madame Élisabeth fait
+ du collége du Plessis. &mdash; Paroles de Fouquier. &mdash; Chauveau-Lagarde
+ demande à voir Madame Élisabeth: refus de l'accusateur public,
+ sous le prétexte qu'elle ne sera pas jugée de sitôt. &mdash; Poussé par
+ une anxiété instinctive, Chauveau-Lagarde entre le lendemain dans
+ la salle des assises, et aperçoit Madame Élisabeth au premier
+ rang des accusés. &mdash; Leur interrogatoire. &mdash; Le <cite>Moniteur</cite> n'a point
+ dit qu'Élisabeth fut défendue; elle le fut pourtant, bien qu'elle
+ ne l'eût pas demandé et qu'elle s'inquiétât peu de
+ l'être. &mdash; Résumé des débats; questions posées par le président;
+ verdict des jurés; arrêt de mort. &mdash; Parmi les vingt-cinq
+ condamnés, on signale une femme enceinte; Madame Élisabeth fait
avertir les juges, et la sauve. &mdash; Paroles de Fouquier au
- président; réponse de Dumas. &mdash; Les condamnés sont conduits dans la
- salle des apprêts suprêmes. &mdash; Influence qu'exerce sur eux Madame
- Élisabeth; consolations qu'elle leur prodigue; courage qu'elle
- leur inspire. &mdash; Madame de Sénozan. &mdash; MM. de Montmorin et
+ président; réponse de Dumas. &mdash; Les condamnés sont conduits dans la
+ salle des apprêts suprêmes. &mdash; Influence qu'exerce sur eux Madame
+ Élisabeth; consolations qu'elle leur prodigue; courage qu'elle
+ leur inspire. &mdash; Madame de Sénozan. &mdash; MM. de Montmorin et
Bullier. &mdash; M. de Brienne, ancien ministre de la guerre et maire de
- Brienne; paroles que lui adresse Madame Élisabeth. &mdash; Désespoir de
- madame de Montmorin, puis sa résignation. &mdash; Madame de Crussol
- d'Amboise. &mdash; Grande satisfaction de Madame Élisabeth: tous ses
- compagnons d'infortune font résolûment à Dieu le sacrifice de
- leur vie. &mdash; Dernier appel. &mdash; Madame Élisabeth assise sur la
- charrette à côté de mesdames de Sénozan et de Crussol. &mdash; A la
- descente du pont Neuf, le mouchoir qui couvre la tête de Madame
- Élisabeth tombe aux pieds du bourreau. &mdash; Arrivé à la place de la
- Révolution, celui-ci lui tend la main comme pour l'aider à
- descendre; Élisabeth détourne la tête. &mdash; Devant l'échafaud, nul ne
- défaillit. &mdash; Madame de Crussol appelée la première. &mdash; Comment, dans
- ce dernier moment, Élisabeth apprend que la Reine n'existe
- plus. &mdash; Madame Élisabeth immolée la dernière. &mdash; Son corps est jeté
- dans un panier avec les autres cadavres, et sa tête avec les
- autres têtes dans un second panier. &mdash; La charrette se met en
- marche. &mdash; Rues du Rocher et d'Errancis, barrière de Monceaux,
- <em>Clos du Christ</em>. &mdash; Fournées précédentes d'Hébert et des
- hébertistes, de Danton et des quatorze compagnons de mort que son
- généreux ami Robespierre lui avait donnés, <em>de la conspiration
+ Brienne; paroles que lui adresse Madame Élisabeth. &mdash; Désespoir de
+ madame de Montmorin, puis sa résignation. &mdash; Madame de Crussol
+ d'Amboise. &mdash; Grande satisfaction de Madame Élisabeth: tous ses
+ compagnons d'infortune font résolûment à Dieu le sacrifice de
+ leur vie. &mdash; Dernier appel. &mdash; Madame Élisabeth assise sur la
+ charrette à côté de mesdames de Sénozan et de Crussol. &mdash; A la
+ descente du pont Neuf, le mouchoir qui couvre la tête de Madame
+ Élisabeth tombe aux pieds du bourreau. &mdash; Arrivé à la place de la
+ Révolution, celui-ci lui tend la main comme pour l'aider à
+ descendre; Élisabeth détourne la tête. &mdash; Devant l'échafaud, nul ne
+ défaillit. &mdash; Madame de Crussol appelée la première. &mdash; Comment, dans
+ ce dernier moment, Élisabeth apprend que la Reine n'existe
+ plus. &mdash; Madame Élisabeth immolée la dernière. &mdash; Son corps est jeté
+ dans un panier avec les autres cadavres, et sa tête avec les
+ autres têtes dans un second panier. &mdash; La charrette se met en
+ marche. &mdash; Rues du Rocher et d'Errancis, barrière de Monceaux,
+ <em>Clos du Christ</em>. &mdash; Fournées précédentes d'Hébert et des
+ hébertistes, de Danton et des quatorze compagnons de mort que son
+ généreux ami Robespierre lui avait donnés, <em>de la conspiration
des prisons</em>, puis enfin de Malesherbes et de ses enfants. &mdash; Le
- cadavre de Madame Élisabeth et les vingt-trois autres sont mis à
- nu et inhumés ensemble dans une fosse de douze à quinze pieds de
+ cadavre de Madame Élisabeth et les vingt-trois autres sont mis à
+ nu et inhumés ensemble dans une fosse de douze à quinze pieds de
largeur et autant de longueur. &mdash; Douleur que produit en Europe le
- meurtre de Madame Élisabeth, et particulièrement à Turin et au
- château de Wartegg, près Rorschach, où vivait retirée la famille
+ meurtre de Madame Élisabeth, et particulièrement à Turin et au
+ château de Wartegg, près Rorschach, où vivait retirée la famille
de Bombelles. &mdash; Madame de Raigecourt adresse ses respectueuses
- condoléances à la jeune Marie-Thérèse; réponse de
- celle-ci. &mdash; Lettre du comte de Provence à madame des Montiers. &mdash; La
- commune révolutionnaire de Versailles s'emparant de la maison
- Élisabeth, Jacques et Marie, mis en prison, y sont oubliés. &mdash; Leur
- misère éveille la pitié des magistrats; leur détention est
- déclarée une injustice, mais aucune indemnité ne leur est
- attribuée. &mdash; Retirés à Bulle, <span class="pagenum"><a id="page192" name="page192"></a>(p. 192)</span> ils y passent en paix une
- quarantaine d'années. &mdash; Fondation d'une manufacture d'horlogerie
- dans la maison de Montreuil. &mdash; L'entreprise demeure sans succès.</p>
-
-<p>On se ferait difficilement une idée de ce qu'étaient les prisons de
-Paris pendant la révolution. Déjà, dans un <cite>Rapport au ministre de
-l'intérieur sur l'état des prisons de la Conciergerie</cite>, à la date du
-17 mars 1793, le citoyen Grandpré s'exprimait ainsi:</p>
+ condoléances à la jeune Marie-Thérèse; réponse de
+ celle-ci. &mdash; Lettre du comte de Provence à madame des Montiers. &mdash; La
+ commune révolutionnaire de Versailles s'emparant de la maison
+ Élisabeth, Jacques et Marie, mis en prison, y sont oubliés. &mdash; Leur
+ misère éveille la pitié des magistrats; leur détention est
+ déclarée une injustice, mais aucune indemnité ne leur est
+ attribuée. &mdash; Retirés à Bulle, <span class="pagenum"><a id="page192" name="page192"></a>(p. 192)</span> ils y passent en paix une
+ quarantaine d'années. &mdash; Fondation d'une manufacture d'horlogerie
+ dans la maison de Montreuil. &mdash; L'entreprise demeure sans succès.</p>
+
+<p>On se ferait difficilement une idée de ce qu'étaient les prisons de
+Paris pendant la révolution. Déjà, dans un <cite>Rapport au ministre de
+l'intérieur sur l'état des prisons de la Conciergerie</cite>, à la date du
+17 mars 1793, le citoyen Grandpré s'exprimait ainsi:</p>
<div class="lettre">
-<p>«Je viens de faire une nouvelle visite des prisons de la Conciergerie.
-L'impression horrible que j'ai éprouvée à la vue des malheureux
-amoncelés dans cette affreuse demeure est inexprimable, et je ne puis
-concevoir encore la barbarie des officiers de police chargés de la
-surveiller et l'insouciance des tribunaux à absoudre ou condamner les
-accusés. Toutes les prisons ont été vidées à l'époque à jamais
-exécrable des 2 et 3 septembre dernier. Cependant elles contiennent
-aujourd'hui 950 individus. Il y en a 320 à l'hôtel de la Force, 44 à
-Sainte-Pélagie, 206 à Bicêtre, et 380 à la Conciergerie. Cette
-dernière prison, qui, par sa position près du tribunal criminel, a
-toujours été destinée pour les criminels, et qui ne devroit être
-considérée, d'après la nouvelle organisation, que comme maison de
-justice, sert cependant tout à la fois de maison d'arrêt, de maison de
+<p>«Je viens de faire une nouvelle visite des prisons de la Conciergerie.
+L'impression horrible que j'ai éprouvée à la vue des malheureux
+amoncelés dans cette affreuse demeure est inexprimable, et je ne puis
+concevoir encore la barbarie des officiers de police chargés de la
+surveiller et l'insouciance des tribunaux à absoudre ou condamner les
+accusés. Toutes les prisons ont été vidées à l'époque à jamais
+exécrable des 2 et 3 septembre dernier. Cependant elles contiennent
+aujourd'hui 950 individus. Il y en a 320 à l'hôtel de la Force, 44 à
+Sainte-Pélagie, 206 à Bicêtre, et 380 à la Conciergerie. Cette
+dernière prison, qui, par sa position près du tribunal criminel, a
+toujours été destinée pour les criminels, et qui ne devroit être
+considérée, d'après la nouvelle organisation, que comme maison de
+justice, sert cependant tout à la fois de maison d'arrêt, de maison de
justice et de force. Il faut toute la surveillance et tout le
-dévouement d'un concierge incorruptible et de guichetiers éprouvés
+dévouement d'un concierge incorruptible et de guichetiers éprouvés
tels que ceux qui en ont la garde, pour qu'il n'y arrive pas chaque
-jour des événements sans nombre et des évasions multipliées, comme
-cela arrive journellement dans presque tous les départements. J'y ai
-vu une trentaine d'hommes et femmes condamnés à mort, qui tous se sont
-pourvus en cassation, dont les procès languissent, et qui emploient
-tout le temps qu'on leur laisse à faire toutes sortes de tentatives
-soit pour attenter à leur vie, soit pour opérer un soulèvement au
-dehors ou même au dedans; et <span class="pagenum"><a id="page193" name="page193"></a>(p. 193)</span> leur rassemblement prodigieux,
-en leur montrant leur force, fait craindre à tout moment que leurs
-projets ne réussissent. Ce qui contribue plus à les désespérer et à
-leur faire tout entreprendre, c'est l'inhumanité avec laquelle on les
-entasse dans la même chambre et les tourments incalculables qu'ils
-éprouvent pendant la nuit. Je les ai visitées à l'ouverture, et je ne
+jour des événements sans nombre et des évasions multipliées, comme
+cela arrive journellement dans presque tous les départements. J'y ai
+vu une trentaine d'hommes et femmes condamnés à mort, qui tous se sont
+pourvus en cassation, dont les procès languissent, et qui emploient
+tout le temps qu'on leur laisse à faire toutes sortes de tentatives
+soit pour attenter à leur vie, soit pour opérer un soulèvement au
+dehors ou même au dedans; et <span class="pagenum"><a id="page193" name="page193"></a>(p. 193)</span> leur rassemblement prodigieux,
+en leur montrant leur force, fait craindre à tout moment que leurs
+projets ne réussissent. Ce qui contribue plus à les désespérer et à
+leur faire tout entreprendre, c'est l'inhumanité avec laquelle on les
+entasse dans la même chambre et les tourments incalculables qu'ils
+éprouvent pendant la nuit. Je les ai visitées à l'ouverture, et je ne
connois point d'expression assez forte pour peindre le sentiment
-d'horreur que j'ai éprouvé en voyant dans une seule pièce 26 hommes
-rassemblés, couchés sur 21 paillasses, respirant l'air le plus infect,
-et couverts de lambeaux à moitié pourris; dans une autre, 45 hommes
-entassés sur 10 grabats; dans une troisième, 38 moribonds pressés sur
-9 couchettes; dans une quatrième, très-petite, 14 hommes ne pouvant
-trouver de place dans 4 cases; enfin, dans une cinquième, sixième et
-septième pièce, 85 malheureux se froissant les uns les autres pour
-pouvoir s'étendre sur 16 paillasses remplies de vermine, et ne pouvant
-tous trouver le moyen de poser leur tête. Un pareil spectacle m'a fait
-reculer d'épouvante, et je frissonne encore en voulant en donner une
-idée. Les femmes sont traitées de la même manière. 54 d'entre elles
-sont forcées de se coucher sur 19 paillasses ou de se relayer
-alternativement pour rester debout et ne pas étouffer en se mettant
+d'horreur que j'ai éprouvé en voyant dans une seule pièce 26 hommes
+rassemblés, couchés sur 21 paillasses, respirant l'air le plus infect,
+et couverts de lambeaux à moitié pourris; dans une autre, 45 hommes
+entassés sur 10 grabats; dans une troisième, 38 moribonds pressés sur
+9 couchettes; dans une quatrième, très-petite, 14 hommes ne pouvant
+trouver de place dans 4 cases; enfin, dans une cinquième, sixième et
+septième pièce, 85 malheureux se froissant les uns les autres pour
+pouvoir s'étendre sur 16 paillasses remplies de vermine, et ne pouvant
+tous trouver le moyen de poser leur tête. Un pareil spectacle m'a fait
+reculer d'épouvante, et je frissonne encore en voulant en donner une
+idée. Les femmes sont traitées de la même manière. 54 d'entre elles
+sont forcées de se coucher sur 19 paillasses ou de se relayer
+alternativement pour rester debout et ne pas étouffer en se mettant
les unes sur les autres. Il y a dans cette maison 47 hommes et 12
-femmes qui ont le privilége d'être à la pension et de coucher dans des
-lits séparés. Cette distinction m'a paru barbare, injuste et
-injurieuse à l'humanité. La loi qui distribue le pain également entre
-chaque détenu ne peut avoir eu l'intention de donner à l'homme aisé un
-asile commode et de mettre l'indigent dans un tombeau. Toute inégalité
-doit disparoître devant elle. De quelque état ou condition qu'ils
-soient, elle voit les accusés du même &oelig;il, et leur promet à tous le
-même traitement jusqu'à l'instant de leur jugement. Mais la justice
+femmes qui ont le privilége d'être à la pension et de coucher dans des
+lits séparés. Cette distinction m'a paru barbare, injuste et
+injurieuse à l'humanité. La loi qui distribue le pain également entre
+chaque détenu ne peut avoir eu l'intention de donner à l'homme aisé un
+asile commode et de mettre l'indigent dans un tombeau. Toute inégalité
+doit disparoître devant elle. De quelque état ou condition qu'ils
+soient, elle voit les accusés du même &oelig;il, et leur promet à tous le
+même traitement jusqu'à l'instant de leur jugement. Mais la justice
semble <span class="pagenum"><a id="page194" name="page194"></a>(p. 194)</span> endormie; ses oracles ne se rendent plus, ou le peu
-qui lui échappent sont sans effet, au moyen du tribunal de cassation,
-où l'appel en est porté, et où les affaires restent en suspens.
+qui lui échappent sont sans effet, au moyen du tribunal de cassation,
+où l'appel en est porté, et où les affaires restent en suspens.
Cependant les prisons s'engorgent chaque jour: presque aucun
prisonnier n'en sort; un grand nombre y arrive sans cesse; au milieu
-de cette effroyable quantité, le juré d'accusation se tait, ou ne se
-livre que négligemment à des fonctions dont le terme trop éloigné
+de cette effroyable quantité, le juré d'accusation se tait, ou ne se
+livre que négligemment à des fonctions dont le terme trop éloigné
l'effarouche; il choisit les individus dont il veut s'occuper de
-préférence, et des malheureux arrêtés depuis plusieurs mois ont la
-douleur de n'avoir pas encore été interrogés: il y en a dans ce cas
+préférence, et des malheureux arrêtés depuis plusieurs mois ont la
+douleur de n'avoir pas encore été interrogés: il y en a dans ce cas
34, dont j'indique les noms et la date de l'arrestation dans un
-tableau joint au présent rapport.</p>
-
-<p>»Je dois encore appeler l'attention du ministre sur le sort d'un assez
-grand nombre de malheureux échappés au carnage du mois de septembre,
-et réintégrés depuis dans les prisons, en vertu d'ordres la plupart
-arbitraires et sans cause. La crise perpétuelle où se trouve la
-République, les mouvemens intérieurs et fréquents qui en sont la
-suite, les bruits qu'on ne cesse de répandre d'un nouveau massacre,
-l'image toujours présente de celui qui s'est effectué sous leurs yeux,
-jettent la terreur dans l'âme de ces infortunés; ils souffrent mille
-morts chaque jour et maudissent le moment qui ne leur a sauvé la vie
+tableau joint au présent rapport.</p>
+
+<p>»Je dois encore appeler l'attention du ministre sur le sort d'un assez
+grand nombre de malheureux échappés au carnage du mois de septembre,
+et réintégrés depuis dans les prisons, en vertu d'ordres la plupart
+arbitraires et sans cause. La crise perpétuelle où se trouve la
+République, les mouvemens intérieurs et fréquents qui en sont la
+suite, les bruits qu'on ne cesse de répandre d'un nouveau massacre,
+l'image toujours présente de celui qui s'est effectué sous leurs yeux,
+jettent la terreur dans l'âme de ces infortunés; ils souffrent mille
+morts chaque jour et maudissent le moment qui ne leur a sauvé la vie
que pour les livrer de nouveau au supplice journalier d'une
incertitude cent fois plus cruelle que tous les genres de mort
possibles. Regardera-t-on comme une absolution de leurs fautes
-l'épreuve à laquelle ils ont été soumis aux journées de septembre et
-la liberté qui leur a été accordée? C'est une question que le ministre
+l'épreuve à laquelle ils ont été soumis aux journées de septembre et
+la liberté qui leur a été accordée? C'est une question que le ministre
Roland a soumise le 16 novembre au ministre de la justice, et sur
-laquelle il seroit important de prononcer. Il n'y a pas de délit qui
-ne doive être effacé pour des gens qui ont été plusieurs jours sous le
-couteau, et la situation pénible où ils se retrouvent en ce moment,
+laquelle il seroit important de prononcer. Il n'y a pas de délit qui
+ne doive être effacé pour des gens qui ont été plusieurs jours sous le
+couteau, et la situation pénible où ils se retrouvent en ce moment,
et dans <span class="pagenum"><a id="page195" name="page195"></a>(p. 195)</span> laquelle ils sont depuis plusieurs mois, les met sans
doute dans le cas de l'indulgence.</p>
-<p>»Paris, le 17 mars 1793, l'an II de la République française.</p>
+<p>»Paris, le 17 mars 1793, l'an II de la République française.</p>
-<p class="authorsc">»Grandpré.»</p>
+<p class="authorsc">»Grandpré.»</p>
</div>
-<p class="p2">Les choses ne se passaient plus ainsi en mai 1794. La justice n'était
+<p class="p2">Les choses ne se passaient plus ainsi en mai 1794. La justice n'était
plus endormie, pour nous servir des termes du rapport qu'on vient de
-lire. Les inquiétudes de l'attente étaient épargnées au suspect et les
-longues terreurs au condamné. Les prisons se remplissaient chaque
-jour, mais chaque jour elles étaient vidées par le bourreau.</p>
+lire. Les inquiétudes de l'attente étaient épargnées au suspect et les
+longues terreurs au condamné. Les prisons se remplissaient chaque
+jour, mais chaque jour elles étaient vidées par le bourreau.</p>
-<p>Un prisonnier de 1794 nous a laissé la description de la Conciergerie
-telle qu'elle était à cette époque:</p>
+<p>Un prisonnier de 1794 nous a laissé la description de la Conciergerie
+telle qu'elle était à cette époque:</p>
-<p>«La première entrée, dit-il, est fermée de deux guichets<a id="footnotetag95" name="footnotetag95"></a><a href="#footnote95" title="Go to footnote 95"><span class="smaller">[95]</span></a>. Ces deux
-guichets sont à peu près à trois pieds l'un de l'autre. Ils sont tenus
+<p>«La première entrée, dit-il, est fermée de deux guichets<a id="footnotetag95" name="footnotetag95"></a><a href="#footnote95" title="Go to footnote 95"><span class="smaller">[95]</span></a>. Ces deux
+guichets sont à peu près à trois pieds l'un de l'autre. Ils sont tenus
chacun par un porte-clefs. Tous les porte-clefs ne sont pas admis
-indistinctement à l'honneur de ces premiers guichets: on choisit les
+indistinctement à l'honneur de ces premiers guichets: on choisit les
plus vigoureux et ceux qui ont le coup d'&oelig;il plus subtil. Il faut,
-disent-ils, avoir de la tête pour de pareilles fonctions. Aussi les
-postulants attendent-ils quelquefois longtemps. Un bouquet placé
+disent-ils, avoir de la tête pour de pareilles fonctions. Aussi les
+postulants attendent-ils quelquefois longtemps. Un bouquet placé
au-dessus de la porte annonce une nouvelle promotion. Le promu se fait
-coiffer ce jour-là par un perruquier, met ses plus beaux habits. Son
-air satisfait et capable annonce qu'il sent sa dignité et qu'il n'est
-pas au-dessous du choix dont on l'a honoré. Le soir, les flots de vin
+coiffer ce jour-là par un perruquier, met ses plus beaux habits. Son
+air satisfait et capable annonce qu'il sent sa dignité et qu'il n'est
+pas au-dessous du choix dont on l'a honoré. Le soir, les flots de vin
redoublent et terminent un si beau jour.</p>
-<p>»Dans la première pièce, appelée guichet, au bout d'une grande table,
+<p>»Dans la première pièce, appelée guichet, au bout d'une grande table,
sur un fauteuil, est le gouverneur de la maison, <span class="pagenum"><a id="page196" name="page196"></a>(p. 196)</span> ou bien la
-respectable moitié de lui-même, ou bien le plus ancien des
-porte-clefs, qui les représente en ce cas. Ces gouverneurs-là sont
-devenus, par le temps où nous sommes, des personnages
-très-considérables. Les parents, amis ou amies des prisonniers, font
-ordinairement une cour très-assidue au concierge Richard pour se faire
-entr'ouvrir un guichet. On le salue profondément; quand il est de
+respectable moitié de lui-même, ou bien le plus ancien des
+porte-clefs, qui les représente en ce cas. Ces gouverneurs-là sont
+devenus, par le temps où nous sommes, des personnages
+très-considérables. Les parents, amis ou amies des prisonniers, font
+ordinairement une cour très-assidue au concierge Richard pour se faire
+entr'ouvrir un guichet. On le salue profondément; quand il est de
bonne humeur, il sourit; quand au contraire il est morose, il fronce
le sourcil; c'est Jupiter qui fait trembler l'Olympe d'un coup
-d'&oelig;il. Aussi les prisonniers ont-ils toujours l'attention d'épier
-ses bons moments, et alors on s'évertue à présenter humblement le
+d'&oelig;il. Aussi les prisonniers ont-ils toujours l'attention d'épier
+ses bons moments, et alors on s'évertue à présenter humblement le
placet.</p>
-<p>»C'est de ce fauteuil qu'émanent les ordres pour la police de la
-maison. C'est à ce fauteuil que sont évoquées les querelles des
-guichetiers entre eux et des guichetiers avec les prisonniers. C'est à
-ce fauteuil que les malheureux détenus portent leurs humbles
-réclamations quand ils obtiennent la faveur d'y être admis. C'est de
+<p>»C'est de ce fauteuil qu'émanent les ordres pour la police de la
+maison. C'est à ce fauteuil que sont évoquées les querelles des
+guichetiers entre eux et des guichetiers avec les prisonniers. C'est à
+ce fauteuil que les malheureux détenus portent leurs humbles
+réclamations quand ils obtiennent la faveur d'y être admis. C'est de
ce fauteuil que part quelquefois un regard de protection qui console,
et souvent un coup d'&oelig;il qui foudroie. Du reste, la femme Richard
-tient sa maison d'une manière étonnante: on n'a ni plus de mémoire, ni
-plus de présence d'esprit, ni une connoissance plus exacte des détails
+tient sa maison d'une manière étonnante: on n'a ni plus de mémoire, ni
+plus de présence d'esprit, ni une connoissance plus exacte des détails
les plus minutieux.</p>
-<p>»Outre le concierge ou son représentant, il y a dans le guichet un
+<p>»Outre le concierge ou son représentant, il y a dans le guichet un
ancien porte-clefs qui divague. C'est, sans qu'il y paroisse,
l'inspecteur des personnes qui entrent ou qui sortent. Quand il a des
distractions, on entend sortir du fauteuil ces vigilantes paroles:
-«<em>Allumez le miston!</em>» (<em>Allumez</em>, mot d'argot qui veut dire regarde
-sous le nez, <em>miston</em>, de l'individu.) Le guichetier les répète à ses
+«<em>Allumez le miston!</em>» (<em>Allumez</em>, mot d'argot qui veut dire regarde
+sous le nez, <em>miston</em>, de l'individu.) Le guichetier les répète à ses
camarades qui sont de service aux portes. Lorsqu'il entre un nouveau
prisonnier, on recommande aux guichetiers d'<em>allumer le miston</em>, afin
-qu'il soit généralement connu et ne puisse se donner pour étranger.</p>
+qu'il soit généralement connu et ne puisse se donner pour étranger.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page197" name="page197"></a>(p. 197)</span>»A main gauche en entrant dans le guichet est le greffe. Cette
-pièce est partagée en deux par des barreaux. Une moitié est destinée
-aux écritures, l'autre moitié est le lieu où l'on dépose les
-condamnés; c'est là qu'ils ont quelquefois attendu trente-six heures
-le moment fatal où l'exécuteur des jugements criminels (que les
-guichetiers appellent dans leur langage <em>tôle</em>) leur fait subir les
-redoutables apprêts de leur supplice<a id="footnotetag96" name="footnotetag96"></a><a href="#footnote96" title="Go to footnote 96"><span class="smaller">[96]</span></a>.»</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page197" name="page197"></a>(p. 197)</span>»A main gauche en entrant dans le guichet est le greffe. Cette
+pièce est partagée en deux par des barreaux. Une moitié est destinée
+aux écritures, l'autre moitié est le lieu où l'on dépose les
+condamnés; c'est là qu'ils ont quelquefois attendu trente-six heures
+le moment fatal où l'exécuteur des jugements criminels (que les
+guichetiers appellent dans leur langage <em>tôle</em>) leur fait subir les
+redoutables apprêts de leur supplice<a id="footnotetag96" name="footnotetag96"></a><a href="#footnote96" title="Go to footnote 96"><span class="smaller">[96]</span></a>.»</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page198" name="page198"></a>(p. 198)</span> C'est dans cette pièce que Madame Élisabeth avait passé les
-deux heures qui avaient précédé son interrogatoire.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page198" name="page198"></a>(p. 198)</span> C'est dans cette pièce que Madame Élisabeth avait passé les
+deux heures qui avaient précédé son interrogatoire.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page199" name="page199"></a>(p. 199)</span> Peut-être sera-t-on disposé à croire qu'entre cet
+<p><span class="pagenum"><a id="page199" name="page199"></a>(p. 199)</span> Peut-être sera-t-on disposé à croire qu'entre cet
interrogatoire et le jugement il y eut l'intervalle de temps
-nécessaire <span class="pagenum"><a id="page200" name="page200"></a>(p. 200)</span> pour que l'accusée pût réunir ses moyens de
-défense. Ce serait mal connaître l'époque révolutionnaire que de
-<span class="pagenum"><a id="page201" name="page201"></a>(p. 201)</span> céder à une pareille illusion. Madame de la Fayette<a id="footnotetag97" name="footnotetag97"></a><a href="#footnote97" title="Go to footnote 97"><span class="smaller">[97]</span></a>, si
-admirable par le caractère aussi énergique que généreux <span class="pagenum"><a id="page202" name="page202"></a>(p. 202)</span>
-qu'elle déploya au milieu de ces scènes d'horreur, raconte qu'ayant
-été transférée de la Force au collége du Plessis, Haly, concierge de
-cette dernière prison, lui dit un jour: «Je sors de chez
-Fouquier-Tinville; je l'ai trouvé étendu sur le tapis, pâle, anéanti;
+nécessaire <span class="pagenum"><a id="page200" name="page200"></a>(p. 200)</span> pour que l'accusée pût réunir ses moyens de
+défense. Ce serait mal connaître l'époque révolutionnaire que de
+<span class="pagenum"><a id="page201" name="page201"></a>(p. 201)</span> céder à une pareille illusion. Madame de la Fayette<a id="footnotetag97" name="footnotetag97"></a><a href="#footnote97" title="Go to footnote 97"><span class="smaller">[97]</span></a>, si
+admirable par le caractère aussi énergique que généreux <span class="pagenum"><a id="page202" name="page202"></a>(p. 202)</span>
+qu'elle déploya au milieu de ces scènes d'horreur, raconte qu'ayant
+été transférée de la Force au collége du Plessis, Haly, concierge de
+cette dernière prison, lui dit un jour: «Je sors de chez
+Fouquier-Tinville; je l'ai trouvé étendu sur le tapis, pâle, anéanti;
ses filles le caressoient et essuyoient la sueur de son front. Il me
-répondit lorsque je lui demandai ses ordres pour la liste du
-lendemain: «Laissez-moi, Haly, je n'y suffis pas; quel métier!» Puis,
-comme par instinct, il ajouta: «Voyez mon secrétaire; il m'en faut
-soixante, n'importe lesquels; qu'il les assortisse<a id="footnotetag98" name="footnotetag98"></a><a href="#footnote98" title="Go to footnote 98"><span class="smaller">[98]</span></a>.»</p>
-
-<p>On le voit, c'est irrégulièrement et au hasard que l'on tuait dans ce
-temps-là. Aussi l'interrogatoire que nous avons donné plus haut n'est
-qu'une comédie dérisoire qui ne présente aucune garantie à
+répondit lorsque je lui demandai ses ordres pour la liste du
+lendemain: «Laissez-moi, Haly, je n'y suffis pas; quel métier!» Puis,
+comme par instinct, il ajouta: «Voyez mon secrétaire; il m'en faut
+soixante, n'importe lesquels; qu'il les assortisse<a id="footnotetag98" name="footnotetag98"></a><a href="#footnote98" title="Go to footnote 98"><span class="smaller">[98]</span></a>.»</p>
+
+<p>On le voit, c'est irrégulièrement et au hasard que l'on tuait dans ce
+temps-là. Aussi l'interrogatoire que nous avons donné plus haut n'est
+qu'une comédie dérisoire qui ne présente aucune garantie à
l'innocence.</p>
-<p>On n'impute même à l'accusée aucun grief qui lui soit personnel. Elle
-est la s&oelig;ur de Louis XVI, l'amie de Marie-Antoinette: voilà ses
-crimes. Si le tribunal est d'avance résolu à tuer la prévenue, la
-prévenue sait elle-même, à n'en pas douter, qu'elle n'a pas de justice
-à attendre du tribunal.</p>
-
-<p>Cependant quelqu'un, se disant autorisé par Madame Élisabeth, restée
-en réalité étrangère à cette démarche, était allé avertir M.
-Chauveau-Lagarde qu'il était désigné pour la défendre. Il se présenta
-aussitôt à la prison, afin de s'entretenir avec elle de son acte
-d'accusation. On ne lui permit point de lui parler. Il réclama près de
-Fouquier-Tinville, qui lui répondit: «Vous ne pouvez la voir
-aujourd'hui; rien <span class="pagenum"><a id="page203" name="page203"></a>(p. 203)</span> ne presse: elle ne sera pas jugée de
-sitôt.» Cependant, malgré la fausse assertion de Fouquier, le procès
-de madame Élisabeth allait bientôt commencer. Je ne sais quel vague
-pressentiment, quelle appréhension et quelle anxiété douloureuse
-poussèrent le lendemain matin M. Chauveau-Lagarde dans la salle des
-assises. Quelle fut sa surprise lorsqu'il aperçut Madame Élisabeth,
-vêtue de blanc, environnée d'un grand nombre d'accusés, assise sur le
-haut des gradins, où on l'avait placée la première pour la mettre plus
-en évidence! Toute conférence avec elle lui était nécessairement
-interdite. Elle ignore même sans doute qu'un homme, dans cette
-enceinte, se lèvera pour la défendre. Parmi les personnes qu'on lui a
-associées, au nombre de vingt-quatre dans l'acte d'accusation, il en
-est quelques-unes qu'elle a quelquefois rencontrées à la cour: la
-marquise de Sénozan, s&oelig;ur de Malesherbes; madame de Crussol
-d'Amboise; M. de Loménie, ancien ministre de la guerre, et madame de
-Montmorin, veuve de l'ancien ministre des affaires étrangères massacré
-à l'Abbaye le 2 septembre 1792. La s&oelig;ur de Louis XVI était inconnue
-de presque tous les autres accusés. Cependant, dès le matin,
-quelqu'un, dans les corridors de la Conciergerie, ayant prononcé le
-nom d'Élisabeth, ce nom, du guichet au greffe, de la prison au préau,
+<p>On n'impute même à l'accusée aucun grief qui lui soit personnel. Elle
+est la s&oelig;ur de Louis XVI, l'amie de Marie-Antoinette: voilà ses
+crimes. Si le tribunal est d'avance résolu à tuer la prévenue, la
+prévenue sait elle-même, à n'en pas douter, qu'elle n'a pas de justice
+à attendre du tribunal.</p>
+
+<p>Cependant quelqu'un, se disant autorisé par Madame Élisabeth, restée
+en réalité étrangère à cette démarche, était allé avertir M.
+Chauveau-Lagarde qu'il était désigné pour la défendre. Il se présenta
+aussitôt à la prison, afin de s'entretenir avec elle de son acte
+d'accusation. On ne lui permit point de lui parler. Il réclama près de
+Fouquier-Tinville, qui lui répondit: «Vous ne pouvez la voir
+aujourd'hui; rien <span class="pagenum"><a id="page203" name="page203"></a>(p. 203)</span> ne presse: elle ne sera pas jugée de
+sitôt.» Cependant, malgré la fausse assertion de Fouquier, le procès
+de madame Élisabeth allait bientôt commencer. Je ne sais quel vague
+pressentiment, quelle appréhension et quelle anxiété douloureuse
+poussèrent le lendemain matin M. Chauveau-Lagarde dans la salle des
+assises. Quelle fut sa surprise lorsqu'il aperçut Madame Élisabeth,
+vêtue de blanc, environnée d'un grand nombre d'accusés, assise sur le
+haut des gradins, où on l'avait placée la première pour la mettre plus
+en évidence! Toute conférence avec elle lui était nécessairement
+interdite. Elle ignore même sans doute qu'un homme, dans cette
+enceinte, se lèvera pour la défendre. Parmi les personnes qu'on lui a
+associées, au nombre de vingt-quatre dans l'acte d'accusation, il en
+est quelques-unes qu'elle a quelquefois rencontrées à la cour: la
+marquise de Sénozan, s&oelig;ur de Malesherbes; madame de Crussol
+d'Amboise; M. de Loménie, ancien ministre de la guerre, et madame de
+Montmorin, veuve de l'ancien ministre des affaires étrangères massacré
+à l'Abbaye le 2 septembre 1792. La s&oelig;ur de Louis XVI était inconnue
+de presque tous les autres accusés. Cependant, dès le matin,
+quelqu'un, dans les corridors de la Conciergerie, ayant prononcé le
+nom d'Élisabeth, ce nom, du guichet au greffe, de la prison au préau,
avait couru de bouche en bouche, et l'attention de tous les
-prisonniers s'était portée sur elle. La s&oelig;ur de Louis XVI n'en fut
-pas troublée: toujours maîtresse d'elle-même, elle avait tant de
-sérénité et de sang-froid qu'elle en communiquait aux âmes les plus
-troublées: elle ne songeait qu'à donner des consolations, la paix du
-c&oelig;ur et la grâce de Dieu à ces infortunes sans espoir, pour
-lesquelles toutes portes étaient fermées, excepté celle qui ouvrait du
-côté du ciel.</p>
-
-<p>Cependant René-François Dumas, président du tribunal, a ouvert
-l'audience; Gabriel Deliége et Antoine-Marie Maire, juges, sont assis
-à ses côtés.</p>
+prisonniers s'était portée sur elle. La s&oelig;ur de Louis XVI n'en fut
+pas troublée: toujours maîtresse d'elle-même, elle avait tant de
+sérénité et de sang-froid qu'elle en communiquait aux âmes les plus
+troublées: elle ne songeait qu'à donner des consolations, la paix du
+c&oelig;ur et la grâce de Dieu à ces infortunes sans espoir, pour
+lesquelles toutes portes étaient fermées, excepté celle qui ouvrait du
+côté du ciel.</p>
+
+<p>Cependant René-François Dumas, président du tribunal, a ouvert
+l'audience; Gabriel Deliége et Antoine-Marie Maire, juges, sont assis
+à ses côtés.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page204" name="page204"></a>(p. 204)</span> Gilbert Liendon, substitut de l'accusateur public, soutient
-l'accusation; Charles-Adrien Legris, greffier, rédige le
-procès-verbal.</p>
+l'accusation; Charles-Adrien Legris, greffier, rédige le
+procès-verbal.</p>
-<p>Les jurés, au nombre de quinze, sont les citoyens Trinchard, Laporte,
-Renaudin, Gravier, Brochet, Auvrest, Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyère,
-Prieur, Besnard, Fiévée, Sambat et Desboisseaux.</p>
+<p>Les jurés, au nombre de quinze, sont les citoyens Trinchard, Laporte,
+Renaudin, Gravier, Brochet, Auvrest, Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyère,
+Prieur, Besnard, Fiévée, Sambat et Desboisseaux.</p>
-<p>Le président Dumas, s'adressant à Madame Élisabeth:</p>
+<p>Le président Dumas, s'adressant à Madame Élisabeth:</p>
<p>Quel est votre nom?</p>
-<p><i>R.</i> Élisabeth-Marie.</p>
+<p><i>R.</i> Élisabeth-Marie.</p>
-<p class="p2">Le <cite>Moniteur</cite> ne dit pas, mais un grand nombre de personnes présentes
-ont raconté qu'à cette première question Madame Élisabeth répondit:
-«Je me nomme Élisabeth-Marie de France, s&oelig;ur de Louis XVI, tante de
-Louis XVII, votre Roi.» J'ai connu moi-même une personne digne de foi
-qui m'a assuré avoir entendu ces paroles, et j'ai l'intime conviction
-qu'elles ont été prononcées.</p>
+<p class="p2">Le <cite>Moniteur</cite> ne dit pas, mais un grand nombre de personnes présentes
+ont raconté qu'à cette première question Madame Élisabeth répondit:
+«Je me nomme Élisabeth-Marie de France, s&oelig;ur de Louis XVI, tante de
+Louis XVII, votre Roi.» J'ai connu moi-même une personne digne de foi
+qui m'a assuré avoir entendu ces paroles, et j'ai l'intime conviction
+qu'elles ont été prononcées.</p>
-<p class="p2"><i>D.</i> Votre âge?</p>
+<p class="p2"><i>D.</i> Votre âge?</p>
<p><i>R.</i> Trente ans.</p>
-<p><i>D.</i> Où êtes-vous née?</p>
+<p><i>D.</i> Où êtes-vous née?</p>
<p><i>R.</i> A Versailles.</p>
-<p><i>D.</i> Où résidez-vous?</p>
+<p><i>D.</i> Où résidez-vous?</p>
<p><i>R.</i> A Paris.</p>
@@ -5963,13 +5918,13 @@ qu'elles ont été prononcées.</p>
<div class="smaller">
<p>Antoine-Quentin Fouquier, Accusateur Public du Tribunal
-Révolutionnaire, établi à Paris par décret de la Convention nationale
-du 10 mars 1793, l'an deuxième de la République, sans aucun recours au
-Tribunal de cassation, en vertu du pouvoir à lui donné par l'article
-deux d'un autre décret de la Convention du 5 avril suivant, portant:
-«Que l'Accusateur Public dudit Tribunal est autorisé à faire arrêter,
-poursuivre et juger sur la dénonciation des autorités constituées ou
-des citoyens».</p>
+Révolutionnaire, établi à Paris par décret de la Convention nationale
+du 10 mars 1793, l'an deuxième de la République, sans aucun recours au
+Tribunal de cassation, en vertu du pouvoir à lui donné par l'article
+deux d'un autre décret de la Convention du 5 avril suivant, portant:
+«Que l'Accusateur Public dudit Tribunal est autorisé à faire arrêter,
+poursuivre et juger sur la dénonciation des autorités constituées ou
+des citoyens».</p>
<p>Expose,</p>
</div>
@@ -5977,602 +5932,602 @@ des citoyens».</p>
<p>Le greffier donne lecture de l'acte d'accusation, dont la teneur
suit<a id="footnotetag99" name="footnotetag99"></a><a href="#footnote99" title="Go to footnote 99"><span class="smaller">[99]</span></a>:</p>
-<p class="smcap">«Antoine-Quentin Fouquier,</p>
+<p class="smcap">«Antoine-Quentin Fouquier,</p>
-<p>»Accusateur public du Tribunal Révolutionnaire établi à Paris par
-décret de la Convention Nationale du 10 mars 1793, <span class="pagenum"><a id="page205" name="page205"></a>(p. 205)</span> l'an
-deuxième de la République, sans aucun recours au Tribunal de
-cassation, en vertu du pouvoir à lui donné par l'article deux d'un
-autre décret de la Convention du 5 avril suivant, portant «que
-l'Accusateur public dudit Tribunal est autorisé à faire arrêter,
-poursuivre et juger, sur la dénonciation des autorités constituées ou
-des citoyens;»</p>
+<p>»Accusateur public du Tribunal Révolutionnaire établi à Paris par
+décret de la Convention Nationale du 10 mars 1793, <span class="pagenum"><a id="page205" name="page205"></a>(p. 205)</span> l'an
+deuxième de la République, sans aucun recours au Tribunal de
+cassation, en vertu du pouvoir à lui donné par l'article deux d'un
+autre décret de la Convention du 5 avril suivant, portant «que
+l'Accusateur public dudit Tribunal est autorisé à faire arrêter,
+poursuivre et juger, sur la dénonciation des autorités constituées ou
+des citoyens;»</p>
-<p>»Expose que, par différents arrêtés du comité de sûreté générale de la
-Convention, des comités révolutionnaires de différentes sections de
-Paris, du département de l'Yonne, et en vertu de mandats d'arrêt
-décernés par l'accusateur public, ont été traduits au Tribunal:</p>
+<p>»Expose que, par différents arrêtés du comité de sûreté générale de la
+Convention, des comités révolutionnaires de différentes sections de
+Paris, du département de l'Yonne, et en vertu de mandats d'arrêt
+décernés par l'accusateur public, ont été traduits au Tribunal:</p>
<div class="quote victime">
- <p>1<sup>o</sup> Marie Élisabeth Capet, s&oelig;ur de Louis Capet, le dernier des
- tirans des Français, âgée de trente ans, née à Versailles;</p>
+ <p>1<sup>o</sup> Marie Élisabeth Capet, s&oelig;ur de Louis Capet, le dernier des
+ tirans des Français, âgée de trente ans, née à Versailles;</p>
- <p>2<sup>o</sup> Anne <em>Duwaes, veuve de L'aigle</em>, cy devant marquise, née à
- Keisnist, dans la campagne de Westphalie, demeurant à Montagne
- belair, cy devant Saint Germain en Laye, département de Seine et
- Oise, âgée de cinquante cinq ans;</p>
+ <p>2<sup>o</sup> Anne <em>Duwaes, veuve de L'aigle</em>, cy devant marquise, née à
+ Keisnist, dans la campagne de Westphalie, demeurant à Montagne
+ belair, cy devant Saint Germain en Laye, département de Seine et
+ Oise, âgée de cinquante cinq ans;</p>
- <p>3<sup>o</sup> Louis Bernardin Leneuf <em>Sourdeval</em>, âgé de soixante neuf ans,
- né à Caen, ex comte, demeurant actuellement à Chatou, département
+ <p>3<sup>o</sup> Louis Bernardin Leneuf <em>Sourdeval</em>, âgé de soixante neuf ans,
+ né à Caen, ex comte, demeurant actuellement à Chatou, département
de Seine et Oise, avant demeurant dans le district de Caen,
- département du Calvados;</p>
+ département du Calvados;</p>
<p>4<sup>o</sup> Anne Nicole <em>Lamoignon</em>, veuve du cy devant marquis de
- <em>Senozan</em>, âgée de soixante seize ans, né à Paris, y demeurant;</p>
+ <em>Senozan</em>, âgée de soixante seize ans, né à Paris, y demeurant;</p>
- <p>5<sup>o</sup> Claude Louise Angélique <em>Bersin</em>, femme séparée de corps et
- de biens, depuis huit ans, de <em>Crussol d'Amboise</em>, âgée de
- soixante et quatre ans, cy devant marquise, née à Paris, y
+ <p>5<sup>o</sup> Claude Louise Angélique <em>Bersin</em>, femme séparée de corps et
+ de biens, depuis huit ans, de <em>Crussol d'Amboise</em>, âgée de
+ soixante et quatre ans, cy devant marquise, née à Paris, y
demeurant;</p>
- <p>6<sup>o</sup> Georges <em>Folloppe</em>, âgé de soixante quatre ans, officier
- municipal de la Commune de Paris et pharmacien, né à Écales Alix,
- près d'Yvetot, demeurant à Paris, rue et porte Honoré;</p>
+ <p>6<sup>o</sup> Georges <em>Folloppe</em>, âgé de soixante quatre ans, officier
+ municipal de la Commune de Paris et pharmacien, né à Écales Alix,
+ près d'Yvetot, demeurant à Paris, rue et porte Honoré;</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page206" name="page206"></a>(p. 206)</span> 7<sup>o</sup> Denise <em>Buard</em>, fille, âgée de cinquante deux ans,
- vivant de son bien, née à Paris, y demeurant, rue Florentin, n<sup>o</sup>
+ <p><span class="pagenum"><a id="page206" name="page206"></a>(p. 206)</span> 7<sup>o</sup> Denise <em>Buard</em>, fille, âgée de cinquante deux ans,
+ vivant de son bien, née à Paris, y demeurant, rue Florentin, n<sup>o</sup>
674;</p>
- <p>8<sup>o</sup> Louis Pierre Marcel <em>Letellier</em>, dit <em>Bullier</em>, âgé de 21 ans
- et demi, cy devant employé à l'habillement, né à Paris, y
+ <p>8<sup>o</sup> Louis Pierre Marcel <em>Letellier</em>, dit <em>Bullier</em>, âgé de 21 ans
+ et demi, cy devant employé à l'habillement, né à Paris, y
demeurant, rue Florentin, n<sup>o</sup> 674;</p>
- <p>9<sup>o</sup> Charles <em>Cressy Champmilon</em>, âgé de trente trois ans, cy
- devant noble, ayant servi en qualité de sous lieutenant dans le
- cy devant régiment de vieille marine, natif de Courlon, près
- Sens, département de l'Yonne, depuis s'annonçant avoir fait le
+ <p>9<sup>o</sup> Charles <em>Cressy Champmilon</em>, âgé de trente trois ans, cy
+ devant noble, ayant servi en qualité de sous lieutenant dans le
+ cy devant régiment de vieille marine, natif de Courlon, près
+ Sens, département de l'Yonne, depuis s'annonçant avoir fait le
commerce;</p>
- <p>10<sup>o</sup> Théodore <em>Hall</em>, âgé de vingt six ans, manufacturier et
- négotiant, natif de Sens, y demeurant, département de l'Yonne;</p>
+ <p>10<sup>o</sup> Théodore <em>Hall</em>, âgé de vingt six ans, manufacturier et
+ négotiant, natif de Sens, y demeurant, département de l'Yonne;</p>
- <p>11<sup>o</sup> Alexandre François <em>Lomenie</em>, âgé de <em>trente</em> six ans, né à
- Marseille, y demeurant, cy devant colonel du régiment des
- chasseurs, cy devant Champagne, qu'il a quitté en mil sept cent
- quatre vingt dix, ex comte, domicilie à Brienne, et arrêté à Sens
+ <p>11<sup>o</sup> Alexandre François <em>Lomenie</em>, âgé de <em>trente</em> six ans, né à
+ Marseille, y demeurant, cy devant colonel du régiment des
+ chasseurs, cy devant Champagne, qu'il a quitté en mil sept cent
+ quatre vingt dix, ex comte, domicilie à Brienne, et arrêté à Sens
en visite;</p>
- <p>12<sup>o</sup> Louis Marie Athanase <em>Lomenie</em>, âgé de soixante quatre ans,
- né à Paris, ex ministre de la guerre, et depuis la révolution
+ <p>12<sup>o</sup> Louis Marie Athanase <em>Lomenie</em>, âgé de soixante quatre ans,
+ né à Paris, ex ministre de la guerre, et depuis la révolution
maire de Brienne<a id="footnotetag100" name="footnotetag100"></a><a href="#footnote100" title="Go to footnote 100"><span class="smaller">[100]</span></a>;</p>
- <p>13<sup>o</sup> Antoine Hugues Calixte <em>Montmorin</em>, âgé de vingt deux ans,
- né à Versailles, sous lieutenant dans le cinquième régiment de
- chasseurs à cheval, grade dont il a donné sa démission le cinq
- septembre mil sept cent quatre vingt douze, demeurant à Passy,
- département de l'Yonne;</p>
+ <p>13<sup>o</sup> Antoine Hugues Calixte <em>Montmorin</em>, âgé de vingt deux ans,
+ né à Versailles, sous lieutenant dans le cinquième régiment de
+ chasseurs à cheval, grade dont il a donné sa démission le cinq
+ septembre mil sept cent quatre vingt douze, demeurant à Passy,
+ département de l'Yonne;</p>
- <p>14<sup>o</sup> Jean Baptiste <em>Lhoste</em>, âgé de quarante sept ans, né à
+ <p>14<sup>o</sup> Jean Baptiste <em>Lhoste</em>, âgé de quarante sept ans, né à
Forges, dans le cy devant Clermontois, agent de Serilly, dont il
- étoit le domestique, demeurant à Paris;</p>
+ étoit le domestique, demeurant à Paris;</p>
- <p>15<sup>o</sup> Martial <em>Lomenie</em>, ex coadjuteur de l'évêché du département
- <span class="pagenum"><a id="page207" name="page207"></a>(p. 207)</span> de l'Yonne, âgé de trente ans, né à Marseille,
- demeurant à Sens, ex noble;</p>
+ <p>15<sup>o</sup> Martial <em>Lomenie</em>, ex coadjuteur de l'évêché du département
+ <span class="pagenum"><a id="page207" name="page207"></a>(p. 207)</span> de l'Yonne, âgé de trente ans, né à Marseille,
+ demeurant à Sens, ex noble;</p>
- <p>16<sup>o</sup> Antoine Jean François <em>Megret de Serilly</em>, âgé de quarante
- huit ans, né à Paris, cy devant trésorier général de la guerre
+ <p>16<sup>o</sup> Antoine Jean François <em>Megret de Serilly</em>, âgé de quarante
+ huit ans, né à Paris, cy devant trésorier général de la guerre
jusqu'en mil sept cent quatre vingt sept, et cultivateur depuis
- mil sept cent quatre vingt neuf, demeurant à Passy, district de
- Sens, département (<em>sic</em>);</p>
-
- <p>17<sup>o</sup> Antoine Jean Marie <em>Megret Détigny</em>, âgé de quarante six
- ans, né à Paris, cy devant sous aide major des cy devant gardes
- françaises, qu'il a quitté en mil sept cent quatre vingt sept, ex
- noble, demeurant à Sens, département de Lyonne;</p>
-
- <p>18<sup>o</sup> Charles <em>Lomenie</em>, âgé de trente trois ans, né à Marseille,
- cy devant chevallier de Saint Louis et de Cincinnatus, domiciliée
- à Brienne, département de Laube.</p>
-
- <p>19<sup>o</sup> Françoise Gabrielle <em>Taneffe</em>, veuve <em>Montmorin</em>, ex
- ministre des affaires étrangères, née à Chadrin, en Auvergne,
- département du Puy de Dôme, âgée de cinquante sept ans,
- demeurante, lors de son arrestation, à Passy, département de
- Lyonne, chez la nommée Serilly;</p>
-
- <p>20<sup>o</sup> Anne Marie Charlotte <em>Lomenie</em>, divorcée de l'émigré Canizy,
- âgée de vingt neuf ans, née à Paris, domiciliée à Sens,
- département de Lyonne, et à Paris, rue Georges, section du
+ mil sept cent quatre vingt neuf, demeurant à Passy, district de
+ Sens, département (<em>sic</em>);</p>
+
+ <p>17<sup>o</sup> Antoine Jean Marie <em>Megret Détigny</em>, âgé de quarante six
+ ans, né à Paris, cy devant sous aide major des cy devant gardes
+ françaises, qu'il a quitté en mil sept cent quatre vingt sept, ex
+ noble, demeurant à Sens, département de Lyonne;</p>
+
+ <p>18<sup>o</sup> Charles <em>Lomenie</em>, âgé de trente trois ans, né à Marseille,
+ cy devant chevallier de Saint Louis et de Cincinnatus, domiciliée
+ à Brienne, département de Laube.</p>
+
+ <p>19<sup>o</sup> Françoise Gabrielle <em>Taneffe</em>, veuve <em>Montmorin</em>, ex
+ ministre des affaires étrangères, née à Chadrin, en Auvergne,
+ département du Puy de Dôme, âgée de cinquante sept ans,
+ demeurante, lors de son arrestation, à Passy, département de
+ Lyonne, chez la nommée Serilly;</p>
+
+ <p>20<sup>o</sup> Anne Marie Charlotte <em>Lomenie</em>, divorcée de l'émigré Canizy,
+ âgée de vingt neuf ans, née à Paris, domiciliée à Sens,
+ département de Lyonne, et à Paris, rue Georges, section du
Mont-Blanc, n<sup>o</sup> 18;</p>
- <p>21. Marie Anne Catherine <em>Rosset</em>, âgée de quarante quatre ans,
- née à Rochefort, département de la Charente, femme de Charles
- Christophe Rossel-Cercy, officier de marine émigré, demeurant,
- lors de son arrestation, à Sens;</p>
+ <p>21. Marie Anne Catherine <em>Rosset</em>, âgée de quarante quatre ans,
+ née à Rochefort, département de la Charente, femme de Charles
+ Christophe Rossel-Cercy, officier de marine émigré, demeurant,
+ lors de son arrestation, à Sens;</p>
- <p>22. Élisabeth Jacqueline <em>Lhermitte</em>, femme de Rosset, âgée de
- soixante cinq ans, née à Paris, demeurant à Sens. Son mari cy
- devant lieutenant colonel des carabiniers, maréchal de camp, ex
- noble, émigré;</p>
+ <p>22. Élisabeth Jacqueline <em>Lhermitte</em>, femme de Rosset, âgée de
+ soixante cinq ans, née à Paris, demeurant à Sens. Son mari cy
+ devant lieutenant colonel des carabiniers, maréchal de camp, ex
+ noble, émigré;</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page208" name="page208"></a>(p. 208)</span> 23. Louis Claude Lhermitte de Chambertrand, âgé de
- soixante ans, né à Sens, y demeurant, prêtre et ex chanoine de la
- cy devant cathédrale de Sens, ex noble;</p>
+ <p><span class="pagenum"><a id="page208" name="page208"></a>(p. 208)</span> 23. Louis Claude Lhermitte de Chambertrand, âgé de
+ soixante ans, né à Sens, y demeurant, prêtre et ex chanoine de la
+ cy devant cathédrale de Sens, ex noble;</p>
- <p>24. Anne Marie Louise <em>Thomas, f<sup>e</sup> Serilly</em>, âgée de trente un
- ans, née à Paris, demeurant à Passy, département de Lyonne;</p>
+ <p>24. Anne Marie Louise <em>Thomas, f<sup>e</sup> Serilly</em>, âgée de trente un
+ ans, née à Paris, demeurant à Passy, département de Lyonne;</p>
- <p>25. Et Jean Baptiste <em>Dubois</em>, âgé de quarante un ans, né à
- Merfy, district de Reims, département de la Marne, domestique
- d'Étigny, qui demeurait chez sa mère, vieille rue du Temple;</p>
+ <p>25. Et Jean Baptiste <em>Dubois</em>, âgé de quarante un ans, né à
+ Merfy, district de Reims, département de la Marne, domestique
+ d'Étigny, qui demeurait chez sa mère, vieille rue du Temple;</p>
</div>
-<p>»Que c'est à la famille des Capets que le peuple français doit tous
-les maux sous le poids desquels il a gémi pendant tant de siècles.</p>
+<p>»Que c'est à la famille des Capets que le peuple français doit tous
+les maux sous le poids desquels il a gémi pendant tant de siècles.</p>
-<p>»C'est au moment où l'excès de l'oppression a forcé le peuple de
-briser ses chaînes, que toute cette famille s'est réunie pour le
+<p>»C'est au moment où l'excès de l'oppression a forcé le peuple de
+briser ses chaînes, que toute cette famille s'est réunie pour le
plonger dans un esclavage plus cruel encore que celui dont il vouloit
-sortir. Les crimes de tous genres, les forfaits amoncelés de Capet, de
-la Messaline Antoinette, des deux frères Capet et d'Élisabeth, sont
-trop connus pour qu'il soit nécessaire d'en retracer ici l'horrible
-tableau. Ils sont écrits en caractères de sang dans les annalles de la
-révolution, et les atrocités inouies exercées par les barbares émigrés
+sortir. Les crimes de tous genres, les forfaits amoncelés de Capet, de
+la Messaline Antoinette, des deux frères Capet et d'Élisabeth, sont
+trop connus pour qu'il soit nécessaire d'en retracer ici l'horrible
+tableau. Ils sont écrits en caractères de sang dans les annalles de la
+révolution, et les atrocités inouies exercées par les barbares émigrés
ou les sanguinaires satellites des despotes, les meurtres, les
incendies, les ravages enfin, ces assassinats inconnus aux monstres
-les plus féroces, qu'ils commettent sur le territoire français, sont
-encore commandés par cette détestable famille, et pour livrer de
+les plus féroces, qu'ils commettent sur le territoire français, sont
+encore commandés par cette détestable famille, et pour livrer de
nouveau une grande nation au despotisme et aux fureurs de quelques
individus.</p>
-<p>»Élisabeth a partagé tous ses crimes: elle a coopéré à toutes les
-trames, à tous les complots formés par ses infâmes frères, par la
-scéleratte et impudique Antoinette, et toute la horde des
-conspirateurs qui s'étoient réunis autour d'eux; elle est associée à
+<p>»Élisabeth a partagé tous ses crimes: elle a coopéré à toutes les
+trames, à tous les complots formés par ses infâmes frères, par la
+scéleratte et impudique Antoinette, et toute la horde des
+conspirateurs qui s'étoient réunis autour d'eux; elle est associée à
tous leurs projets; elle encourage les assassins <span class="pagenum"><a id="page209" name="page209"></a>(p. 209)</span> de la
patrie, les complots de juillet mil sept cent quatre vingt neuf, la
conjuration du six octobre suivant, dont les Destaing et les Villeroy,
-et d'autres qui viennent d'être frappés du glaive de la loi, étoient
-les agents; enfin toute cette chaîne non interrompue de conspirations,
-pendant quatre ans entiers, ont été suivis et secondés de tous les
-moyens qui étoient au pouvoir d'Élisabeth. C'est elle qui, au mois de
+et d'autres qui viennent d'être frappés du glaive de la loi, étoient
+les agents; enfin toute cette chaîne non interrompue de conspirations,
+pendant quatre ans entiers, ont été suivis et secondés de tous les
+moyens qui étoient au pouvoir d'Élisabeth. C'est elle qui, au mois de
juin mil sept cent quatre vingt onze, fait passer les diamants, qui
-étoient une propriété nationale, a l'infâme d'Artois, son frère, pour
-le mettre en état d'exécuter les projets concertés avec lui, et
+étoient une propriété nationale, a l'infâme d'Artois, son frère, pour
+le mettre en état d'exécuter les projets concertés avec lui, et
soudoyer des assassins contre la patrie: c'est elle qui entretient
-avec son autre frère, devenu aujourdhuy l'objet de la dérision, du
-mépris des despotes coalisés chez lesquels il est allé déposer son
-imbécille et lourde nullité, la correspondance la plus active; c'est
-elle qui vouloit, par l'orgueil et le dédain le plus insultant, avilir
-et humilier les hommes libres qui consacroient leur temps à garder
+avec son autre frère, devenu aujourdhuy l'objet de la dérision, du
+mépris des despotes coalisés chez lesquels il est allé déposer son
+imbécille et lourde nullité, la correspondance la plus active; c'est
+elle qui vouloit, par l'orgueil et le dédain le plus insultant, avilir
+et humilier les hommes libres qui consacroient leur temps à garder
leur tyran; c'est elle enfin qui prodiguoit des soins aux assassins
-envoyés aux Champs élisées par le despote provoquer les braves
-Marseillois, et pansoit les blessures qu'ils avoient reçues dans leur
-fuite précipitée.</p>
+envoyés aux Champs élisées par le despote provoquer les braves
+Marseillois, et pansoit les blessures qu'ils avoient reçues dans leur
+fuite précipitée.</p>
-<p>»Élisabeth avoit médité avec Capet et Antoinette le massacre des
-citoyens de Paris dans l'immortelle journée du dix aoust. Elle
-veilloit dans l'espoir d'être témoin de ce carnage nocturne. Elle
+<p>»Élisabeth avoit médité avec Capet et Antoinette le massacre des
+citoyens de Paris dans l'immortelle journée du dix aoust. Elle
+veilloit dans l'espoir d'être témoin de ce carnage nocturne. Elle
aidoit la barbare Antoinette a mordre des balles, et encourageoit par
-ses discours des jeunes personnes que des prêtres fanatiques avoient
-conduites au château pour cette horrible occupation. Enfin, trompée
+ses discours des jeunes personnes que des prêtres fanatiques avoient
+conduites au château pour cette horrible occupation. Enfin, trompée
dans l'espoir que toute cette horde de conspirateurs avoit que tous
-les citoyens se présenteroient pendant la nuit pour renverser la
+les citoyens se présenteroient pendant la nuit pour renverser la
tyrannie, elle fuit au jour avec le tyran et sa femme, et va attendre
-dans le temple de la souveraineté nationale que la horde d'esclaves
-soudoyés et dévoués aux <span class="pagenum"><a id="page210" name="page210"></a>(p. 210)</span> forfaits de cette cour parricide aye
-noyé dans le sang des citoyens la liberté, et lui aye fourni les
-moyens d'égorger ensuite ces représentants, au milieu desquels ils
-avoient été chercher un asile.</p>
-
-<p>»Enfin on l'a vu, depuis le supplice mérité du plus coupable des
-tyrans qui ait déshonoré la nature humaine, provoquer le
-rétablissement de la tyrannie en prodiguant avec Antoinette au fils de
-Capet les hommages de la royauté et les prétendus honneurs du
-throne<a id="footnotetag101" name="footnotetag101"></a><a href="#footnote101" title="Go to footnote 101"><span class="smaller">[101]</span></a>.»</p>
-
-<p class="p2">En vérité, on se demande si l'on rêve quand on lit ce libelle de
-Fouquier, où les arguments sont des sophismes, où les épithètes sont
-des injures, où les faits relatés sont des mensonges. Mais on se
+dans le temple de la souveraineté nationale que la horde d'esclaves
+soudoyés et dévoués aux <span class="pagenum"><a id="page210" name="page210"></a>(p. 210)</span> forfaits de cette cour parricide aye
+noyé dans le sang des citoyens la liberté, et lui aye fourni les
+moyens d'égorger ensuite ces représentants, au milieu desquels ils
+avoient été chercher un asile.</p>
+
+<p>»Enfin on l'a vu, depuis le supplice mérité du plus coupable des
+tyrans qui ait déshonoré la nature humaine, provoquer le
+rétablissement de la tyrannie en prodiguant avec Antoinette au fils de
+Capet les hommages de la royauté et les prétendus honneurs du
+throne<a id="footnotetag101" name="footnotetag101"></a><a href="#footnote101" title="Go to footnote 101"><span class="smaller">[101]</span></a>.»</p>
+
+<p class="p2">En vérité, on se demande si l'on rêve quand on lit ce libelle de
+Fouquier, où les arguments sont des sophismes, où les épithètes sont
+des injures, où les faits relatés sont des mensonges. Mais on se
souvient que si un tel accusateur pouvait les imaginer, et si un tel
-tribunal était digne de les entendre, Madame Élisabeth aussi était
+tribunal était digne de les entendre, Madame Élisabeth aussi était
capable de les pardonner.</p>
-<p class="p2 entete"><i>Procès-verbal de la séance du tribunal révolutionnaire, établi
+<p class="p2 entete"><i>Procès-verbal de la séance du tribunal révolutionnaire, établi
par la loi du 10 mars 1793, et en vertu de la loi du 5 avril de
- la même année, séant à Paris, au palais de justice.</i></p>
+ la même année, séant à Paris, au palais de justice.</i></p>
-<p>Du vingt et un floréal de l'an second de la République françoise, dix
+<p>Du vingt et un floréal de l'an second de la République françoise, dix
heures du matin.</p>
-<p>L'audience ouverte au public, le tribunal, composé des citoyens
-René-François Dumas, président; Gabriel Deliége et Antoine-Marie
+<p>L'audience ouverte au public, le tribunal, composé des citoyens
+René-François Dumas, président; Gabriel Deliége et Antoine-Marie
Maire, juges; de Gilbert Lieudon, adjoint de l'accusateur public, et
Charles-Adrien Legris, commis greffier.</p>
-<p>Sont entrés:</p>
+<p>Sont entrés:</p>
<p>Les citoyens Trinchard, Laporte, Renaudin, Gravier, Brochet, Auvrest,
-Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyer, <span class="pagenum"><a id="page211" name="page211"></a>(p. 211)</span> Prieur, Besnard, Fiévée,
-Sambatz et Desboisseaux, jurés de jugement; ensuite ont été introduits
-à la barre, libres et sans fers, et placés de manière qu'ils étoient
-vus et entendus du tribunal et des auditeurs: Élisabeth Capet; Anne
+Duplay, Fauvel, Fauvetty, Meyer, <span class="pagenum"><a id="page211" name="page211"></a>(p. 211)</span> Prieur, Besnard, Fiévée,
+Sambatz et Desboisseaux, jurés de jugement; ensuite ont été introduits
+à la barre, libres et sans fers, et placés de manière qu'ils étoient
+vus et entendus du tribunal et des auditeurs: Élisabeth Capet; Anne
Duwaes, veuve de l'Aigle; Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval;
-Anne-Nicole Lamoignon, veuve Sénozan; Georges Foloppe, Denise Buard,
-Louis-Pierre-Marcel Le Tellier, et dix-huit autres ci-après nommés,
-accusés; et aussi les citoyens Chauveau, la Fleutrie, Boutroux,
-Duchâteau, Julienne, Sezille, leurs conseils et défenseurs officieux,
-qui ont prêté le serment de n'employer que la vérité dans la défense
-des accusés, et de se comporter avec décence et modération; ensuite
-les témoins de l'accusateur public ont été pareillement introduits.</p>
-
-<p>Le président, en présence de tout l'auditoire, composé comme
-ci-dessus, a fait prêter auxdits jurés, à chacun individuellement, le
-serment suivant: «Citoyen, vous jurez et promettez d'examiner avec
-l'attention la plus scrupuleuse les charges portées contre les
-dénommés, accusés présents devant vous (ci-devant nommés), de ne
-communiquer avec personne jusqu'après votre déclaration; de n'écouter
-ni la haine ou la méchanceté, ni la crainte ou l'affection; de vous
-décider d'après les charges et moyens de défense, et suivant votre
-confiance et votre intime conviction, avec l'impartialité et la
-fermeté qui conviennent à un homme libre.» Après avoir prêté ledit
-serment, lesdits jurés se sont placés sur leurs siéges dans
-l'intérieur de l'auditoire, en face des accusés et des témoins.</p>
-
-<p>Le président a dit aux accusés qu'ils pouvoient s'asseoir; après quoi
-il leur a demandé leurs nom, âge, profession, demeure, et le lieu de
+Anne-Nicole Lamoignon, veuve Sénozan; Georges Foloppe, Denise Buard,
+Louis-Pierre-Marcel Le Tellier, et dix-huit autres ci-après nommés,
+accusés; et aussi les citoyens Chauveau, la Fleutrie, Boutroux,
+Duchâteau, Julienne, Sezille, leurs conseils et défenseurs officieux,
+qui ont prêté le serment de n'employer que la vérité dans la défense
+des accusés, et de se comporter avec décence et modération; ensuite
+les témoins de l'accusateur public ont été pareillement introduits.</p>
+
+<p>Le président, en présence de tout l'auditoire, composé comme
+ci-dessus, a fait prêter auxdits jurés, à chacun individuellement, le
+serment suivant: «Citoyen, vous jurez et promettez d'examiner avec
+l'attention la plus scrupuleuse les charges portées contre les
+dénommés, accusés présents devant vous (ci-devant nommés), de ne
+communiquer avec personne jusqu'après votre déclaration; de n'écouter
+ni la haine ou la méchanceté, ni la crainte ou l'affection; de vous
+décider d'après les charges et moyens de défense, et suivant votre
+confiance et votre intime conviction, avec l'impartialité et la
+fermeté qui conviennent à un homme libre.» Après avoir prêté ledit
+serment, lesdits jurés se sont placés sur leurs siéges dans
+l'intérieur de l'auditoire, en face des accusés et des témoins.</p>
+
+<p>Le président a dit aux accusés qu'ils pouvoient s'asseoir; après quoi
+il leur a demandé leurs nom, âge, profession, demeure, et le lieu de
leur naissance.</p>
-<p>A quoi ils ont répondu se nommer Élisabeth Capet, s&oelig;ur de Louis
-Capet, dernier tyran des François, demeurant à Paris.</p>
+<p>A quoi ils ont répondu se nommer Élisabeth Capet, s&oelig;ur de Louis
+Capet, dernier tyran des François, demeurant à Paris.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page212" name="page212"></a>(p. 212)</span> 2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, âgée de
-cinquante-cinq ans, née à Keisnith, en Allemagne, demeurant à la
-montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, département de
+<p><span class="pagenum"><a id="page212" name="page212"></a>(p. 212)</span> 2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, âgée de
+cinquante-cinq ans, née à Keisnith, en Allemagne, demeurant à la
+montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, département de
Seine-et-Oise.</p>
-<p>3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, âgé de soixante-neuf ans, etc.</p>
+<p>3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, âgé de soixante-neuf ans, etc.</p>
<p>[Suit la liste, voir page <a href="#page205">205</a>.]</p>
-<p>Le président a averti les accusés d'être attentifs à ce qu'ils
-alloient entendre, et il a ordonné au greffier de lire l'acte
+<p>Le président a averti les accusés d'être attentifs à ce qu'ils
+alloient entendre, et il a ordonné au greffier de lire l'acte
d'accusation. Le greffier a fait ladite lecture, ainsi que la loi
-relative aux faux témoins, à haute et intelligible voix. Le président
-a dit aux accusés: «Voilà de quoi vous êtes accusés; vous allez
-entendre les charges qui vont être produites contre vous.»</p>
-
-<p>Le témoin présenté par l'accusateur public et assigné à sa requête a
-été introduit en l'audience, et après avoir entendu la lecture faite
-par le greffier, s'est retiré.</p>
-
-<p>Le président a ensuite fait appeler le témoin pour faire sa
-déclaration, et avant de la faire il lui a fait prêter le serment
-suivant: «Tu jures et promets de parler sans haine, sans crainte, de
-dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité»; ensuite il lui a
-demandé s'il est parent, ami, allié, serviteur ou domestique des
-accusés ou de l'accusateur public; si c'est des accusés présents
+relative aux faux témoins, à haute et intelligible voix. Le président
+a dit aux accusés: «Voilà de quoi vous êtes accusés; vous allez
+entendre les charges qui vont être produites contre vous.»</p>
+
+<p>Le témoin présenté par l'accusateur public et assigné à sa requête a
+été introduit en l'audience, et après avoir entendu la lecture faite
+par le greffier, s'est retiré.</p>
+
+<p>Le président a ensuite fait appeler le témoin pour faire sa
+déclaration, et avant de la faire il lui a fait prêter le serment
+suivant: «Tu jures et promets de parler sans haine, sans crainte, de
+dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité»; ensuite il lui a
+demandé s'il est parent, ami, allié, serviteur ou domestique des
+accusés ou de l'accusateur public; si c'est des accusés présents
devant lui, qu'il lui a fait examiner, qu'il entend parler; s'il les
-connoissoit avant le fait qui a donné lieu à l'accusation, à quoi il a
-répondu de la manière et ainsi qu'il suit:</p>
+connoissoit avant le fait qui a donné lieu à l'accusation, à quoi il a
+répondu de la manière et ainsi qu'il suit:</p>
-<p>La citoyenne Marie Bocage, femme Journaud, âgée de trente-trois ans,
-née à la montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye,
-domestique, demeurant audit lieu, connoît l'accusée veuve de l'Aigle;
-n'est parente, dépose, etc.</p>
+<p>La citoyenne Marie Bocage, femme Journaud, âgée de trente-trois ans,
+née à la montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye,
+domestique, demeurant audit lieu, connoît l'accusée veuve de l'Aigle;
+n'est parente, dépose, etc.</p>
-<p>Le président fait les questions suivantes à Madame Élisabeth:</p>
+<p>Le président fait les questions suivantes à Madame Élisabeth:</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page213" name="page213"></a>(p. 213)</span> Où étiez-vous dans les journées des 12, 13 et 14 juillet
-1789, c'est-à-dire aux époques des premiers complots de la cour contre
+<p><span class="pagenum"><a id="page213" name="page213"></a>(p. 213)</span> Où étiez-vous dans les journées des 12, 13 et 14 juillet
+1789, c'est-à-dire aux époques des premiers complots de la cour contre
le peuple?</p>
-<p>J'étois dans le sein de ma famille. Je n'ai connu aucun des complots
-dont vous me parlez; ce sont des événements que j'étois loin de
-prévoir et de seconder.</p>
+<p>J'étois dans le sein de ma famille. Je n'ai connu aucun des complots
+dont vous me parlez; ce sont des événements que j'étois loin de
+prévoir et de seconder.</p>
-<p>Lors de la fuite du tyran, votre frère, à Varennes, ne l'avez-vous pas
-accompagné?</p>
+<p>Lors de la fuite du tyran, votre frère, à Varennes, ne l'avez-vous pas
+accompagné?</p>
-<p>Tout m'ordonnoit de suivre mon frère, et je m'en suis fait un devoir
+<p>Tout m'ordonnoit de suivre mon frère, et je m'en suis fait un devoir
dans cette occasion comme dans toute autre.</p>
-<p>N'avez-vous pas figuré dans l'orgie infâme et scandaleuse des gardes
+<p>N'avez-vous pas figuré dans l'orgie infâme et scandaleuse des gardes
du corps, et n'avez-vous pas fait le tour de la table avec
-Marie-Antoinette pour faire répéter à chacun des convives le serment
-affreux d'exterminer les patriotes pour étouffer la liberté dans sa
-naissance et rétablir le trône chancelant?</p>
+Marie-Antoinette pour faire répéter à chacun des convives le serment
+affreux d'exterminer les patriotes pour étouffer la liberté dans sa
+naissance et rétablir le trône chancelant?</p>
<p>J'ignore absolument si l'orgie dont il s'agit a eu lieu, mais je
-déclare n'en avoir été aucunement instruite.</p>
-
-<p>Vous ne dites pas la vérité, et votre dénégation ne peut vous être
-d'aucune utilité, lorsqu'elle est démentie d'une part par la notoriété
-publique, et de l'autre par la vraisemblance qui persuade à tout homme
-sensé qu'une femme aussi intimement liée que vous l'étiez avec
-Marie-Antoinette, et par les liens du sang et par ceux de l'amitié la
-plus étroite, n'a pu se dispenser de partager ses machinations, d'en
-avoir eu communication et de les avoir favorisées de tout son pouvoir;
-vous avez nécessairement, d'accord avec la femme du tyran, provoqué le
-serment abominable prêté par les satellites de la cour, d'assassiner
-et anéantir la liberté dans son principe; vous avez également provoqué
-les outrages sanglants faits au signe précieux de la liberté, la
+déclare n'en avoir été aucunement instruite.</p>
+
+<p>Vous ne dites pas la vérité, et votre dénégation ne peut vous être
+d'aucune utilité, lorsqu'elle est démentie d'une part par la notoriété
+publique, et de l'autre par la vraisemblance qui persuade à tout homme
+sensé qu'une femme aussi intimement liée que vous l'étiez avec
+Marie-Antoinette, et par les liens du sang et par ceux de l'amitié la
+plus étroite, n'a pu se dispenser de partager ses machinations, d'en
+avoir eu communication et de les avoir favorisées de tout son pouvoir;
+vous avez nécessairement, d'accord avec la femme du tyran, provoqué le
+serment abominable prêté par les satellites de la cour, d'assassiner
+et anéantir la liberté dans son principe; vous avez également provoqué
+les outrages sanglants faits au signe précieux de la liberté, la
cocarde tricolore, en la faisant fouler aux pieds par tous vos
complices?</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page214" name="page214"></a>(p. 214)</span> J'ai déjà déclaré que tous ces laits m'étoient étrangers, je
-n'y dois point d'autre réponse.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page214" name="page214"></a>(p. 214)</span> J'ai déjà déclaré que tous ces laits m'étoient étrangers, je
+n'y dois point d'autre réponse.</p>
-<p>Où étiez-vous dans la journée du 10 août 1792?</p>
+<p>Où étiez-vous dans la journée du 10 août 1792?</p>
-<p>J'étois au château, ma résidence ordinaire et naturelle depuis quelque
+<p>J'étois au château, ma résidence ordinaire et naturelle depuis quelque
temps.</p>
-<p>N'avez-vous pas passé la nuit du 9 au 10 août dans la chambre de votre
-frère, et n'avez-vous pas eu avec lui des conférences secrètes qui
-vous ont expliqué le but, le motif de tous les mouvements et
-préparatifs qui se faisoient sous vos yeux?</p>
-
-<p>J'ai passé chez mon frère la nuit dont vous me parlez; jamais je ne
-l'ai quitté; il avoit beaucoup de confiance en moi, et cependant je
-n'ai rien remarqué dans sa conduite ni dans ses discours qui pût
-m'annoncer ce qui s'est passé depuis.</p>
-
-<p>Mais votre réponse blesse à la fois la vérité et la vraisemblance, et
-une femme comme vous, qui a manifesté dans tout le cours de la
-révolution une opposition aussi frappante au nouvel ordre de choses,
-ne peut être crue lorsqu'elle veut faire croire qu'elle ignore la
-cause des rassemblements de toute espèce qui se faisoient au château
-la veille du 10 août. Voudriez-vous nous dire ce qui vous a empêchée
-de vous coucher la nuit du 9 au 10 août?</p>
-
-<p>Je ne me suis pas couchée parce que les corps constitués étoient venus
-faire part à mon frère de l'agitation, de la fermentation des
-habitants de Paris, et des dangers qui pouvoient en résulter.</p>
-
-<p>Vous dissimulez en vain, surtout d'après les différents aveux de la
-femme Capet, qui vous a désignée comme ayant assisté à l'orgie des
+<p>N'avez-vous pas passé la nuit du 9 au 10 août dans la chambre de votre
+frère, et n'avez-vous pas eu avec lui des conférences secrètes qui
+vous ont expliqué le but, le motif de tous les mouvements et
+préparatifs qui se faisoient sous vos yeux?</p>
+
+<p>J'ai passé chez mon frère la nuit dont vous me parlez; jamais je ne
+l'ai quitté; il avoit beaucoup de confiance en moi, et cependant je
+n'ai rien remarqué dans sa conduite ni dans ses discours qui pût
+m'annoncer ce qui s'est passé depuis.</p>
+
+<p>Mais votre réponse blesse à la fois la vérité et la vraisemblance, et
+une femme comme vous, qui a manifesté dans tout le cours de la
+révolution une opposition aussi frappante au nouvel ordre de choses,
+ne peut être crue lorsqu'elle veut faire croire qu'elle ignore la
+cause des rassemblements de toute espèce qui se faisoient au château
+la veille du 10 août. Voudriez-vous nous dire ce qui vous a empêchée
+de vous coucher la nuit du 9 au 10 août?</p>
+
+<p>Je ne me suis pas couchée parce que les corps constitués étoient venus
+faire part à mon frère de l'agitation, de la fermentation des
+habitants de Paris, et des dangers qui pouvoient en résulter.</p>
+
+<p>Vous dissimulez en vain, surtout d'après les différents aveux de la
+femme Capet, qui vous a désignée comme ayant assisté à l'orgie des
gardes du corps, comme l'ayant soutenue dans ses craintes et ses
-alarmes du 10 août sur les jours de Capet et de tout ce qui pouvoit
-l'intéresser. Mais ce que vous nieriez infructueusement, c'est la part
-active que vous avez prise à l'action qui s'est engagée entre
+alarmes du 10 août sur les jours de Capet et de tout ce qui pouvoit
+l'intéresser. Mais ce que vous nieriez infructueusement, c'est la part
+active que vous avez prise à l'action qui s'est engagée entre
<span class="pagenum"><a id="page215" name="page215"></a>(p. 215)</span> les patriotes et les satellites de la tyrannie; c'est votre
-zèle et votre ardeur à servir les ennemis du peuple, à leur fournir
-des balles que vous preniez la peine de mâcher, comme devant être
-dirigées contre les patriotes, comme destinées à les moissonner. Ce
+zèle et votre ardeur à servir les ennemis du peuple, à leur fournir
+des balles que vous preniez la peine de mâcher, comme devant être
+dirigées contre les patriotes, comme destinées à les moissonner. Ce
sont les v&oelig;ux bien publics que vous faisiez pour que la victoire
-demeurât au pouvoir des partisans de votre frère, les encouragements
+demeurât au pouvoir des partisans de votre frère, les encouragements
en tout genre que vous donniez aux assassins de la patrie: que
-répondez-vous à ces derniers faits?</p>
+répondez-vous à ces derniers faits?</p>
-<p>Tous ces faits qui me sont imputés sont autant d'indignités dont je
-suis bien loin de m'être souillée.</p>
+<p>Tous ces faits qui me sont imputés sont autant d'indignités dont je
+suis bien loin de m'être souillée.</p>
-<p>Lors du voyage de Varennes, n'avez-vous pas fait précéder l'évasion
+<p>Lors du voyage de Varennes, n'avez-vous pas fait précéder l'évasion
honteuse du tyran de la soustraction des diamants dits de la couronne,
-appartenant alors à la nation, et ne les avez-vous pas envoyés à
+appartenant alors à la nation, et ne les avez-vous pas envoyés à
d'Artois?</p>
-<p>Ces diamants n'ont pas été envoyés à d'Artois; je me suis bornée à les
-déposer entre les mains d'une personne de confiance.</p>
+<p>Ces diamants n'ont pas été envoyés à d'Artois; je me suis bornée à les
+déposer entre les mains d'une personne de confiance.</p>
-<p>Voudriez-vous désigner le dépositaire de ces diamants, nous le nommer?</p>
+<p>Voudriez-vous désigner le dépositaire de ces diamants, nous le nommer?</p>
-<p>M. de Choiseul est celui que j'avois choisi pour recevoir ce dépôt.</p>
+<p>M. de Choiseul est celui que j'avois choisi pour recevoir ce dépôt.</p>
-<p>Que sont devenus les diamants que vous dites avoir confiés à Choiseul?</p>
+<p>Que sont devenus les diamants que vous dites avoir confiés à Choiseul?</p>
-<p>J'ignore absolument quel a pu être le sort de ces diamants, n'ayant
+<p>J'ignore absolument quel a pu être le sort de ces diamants, n'ayant
pas eu l'occasion de voir M. de Choiseul; je n'en ai point eu
-d'inquiétude et je ne m'en suis nullement occupée.</p>
+d'inquiétude et je ne m'en suis nullement occupée.</p>
<p>Vous ne cessez d'en imposer sur toutes les interpellations qui vous
-sont faites, et singulièrement sur le fait des diamants; car un
-procès-verbal du 12 septembre 1792, bien rédigé en connoissance de
-cause par les représentants du peuple lors de l'affaire relative au
-vol de ces diamants, constate d'une manière sans réplique que ces
-diamants ont <span class="pagenum"><a id="page216" name="page216"></a>(p. 216)</span> été envoyés à d'Artois. N'avez-vous pas
-entretenu des correspondances avec votre frère, le ci-devant Monsieur?</p>
+sont faites, et singulièrement sur le fait des diamants; car un
+procès-verbal du 12 septembre 1792, bien rédigé en connoissance de
+cause par les représentants du peuple lors de l'affaire relative au
+vol de ces diamants, constate d'une manière sans réplique que ces
+diamants ont <span class="pagenum"><a id="page216" name="page216"></a>(p. 216)</span> été envoyés à d'Artois. N'avez-vous pas
+entretenu des correspondances avec votre frère, le ci-devant Monsieur?</p>
<p>Je ne me rappelle pas d'en avoir entretenu, surtout depuis qu'elles
-sont prohibées.</p>
+sont prohibées.</p>
-<p>N'avez-vous pas donné des soins en pansant vous-même les blessures des
-assassins envoyés aux Champs-Élysées par votre frère contre les braves
+<p>N'avez-vous pas donné des soins en pansant vous-même les blessures des
+assassins envoyés aux Champs-Élysées par votre frère contre les braves
Marseillois?</p>
-<p>Je n'ai jamais su que mon frère eût envoyé des assassins contre qui
-que ce soit; s'il m'est arrivé de donner des secours à quelques
-blessés, l'humanité seule a pu me conduire dans le pansement de leurs
+<p>Je n'ai jamais su que mon frère eût envoyé des assassins contre qui
+que ce soit; s'il m'est arrivé de donner des secours à quelques
+blessés, l'humanité seule a pu me conduire dans le pansement de leurs
blessures; je n'ai point eu besoin de m'informer de la cause de leurs
maux pour m'occuper de leur soulagement; je ne m'en fais pas un
-mérite, et je ne m'imagine pas que l'on puisse m'en faire un crime!</p>
-
-<p>Il est difficile d'accorder ces sentiments d'humanité dont vous vous
-parez avec cette joie cruelle que vous avez montrée en voyant couler
-des flots de sang dans la journée du 10 août. Tout nous autorise à
-croire que vous n'êtes humaine que pour les assassins du peuple, et
-que vous avez toute la férocité des animaux les plus sanguinaires pour
-les défenseurs de la liberté; loin de secourir ces derniers, vous
-provoquiez leur massacre par vos applaudissements; loin de désarmer
-les meurtriers du peuple, vous leur prodiguiez à pleines mains les
-instruments de la mort à l'aide desquels vous vous flattiez, vous et
-vos complices, de rétablir le despotisme et la tyrannie. Voilà
-l'humanité des dominateurs des nations, qui de tout temps ont sacrifié
-des millions d'hommes à leurs caprices, à leur ambition et à leur
-cupidité! L'accusée Élisabeth, dont le plan de défense est de nier
-tout ce qui est à sa charge, aura-t-elle la bonne foi de convenir
-qu'elle a bercé le petit Capet dans l'espoir de succéder au trône de
-son père, et qu'elle a ainsi provoqué la royauté?</p>
-
-<p>Je causois familièrement avec cet infortuné, qui m'étoit cher à plus
-d'un titre, et je lui administrois en conséquence <span class="pagenum"><a id="page217" name="page217"></a>(p. 217)</span> les
-consolations qui me paroissoient capables de le dédommager de la perte
-de ceux qui lui avoient donné le jour.</p>
+mérite, et je ne m'imagine pas que l'on puisse m'en faire un crime!</p>
+
+<p>Il est difficile d'accorder ces sentiments d'humanité dont vous vous
+parez avec cette joie cruelle que vous avez montrée en voyant couler
+des flots de sang dans la journée du 10 août. Tout nous autorise à
+croire que vous n'êtes humaine que pour les assassins du peuple, et
+que vous avez toute la férocité des animaux les plus sanguinaires pour
+les défenseurs de la liberté; loin de secourir ces derniers, vous
+provoquiez leur massacre par vos applaudissements; loin de désarmer
+les meurtriers du peuple, vous leur prodiguiez à pleines mains les
+instruments de la mort à l'aide desquels vous vous flattiez, vous et
+vos complices, de rétablir le despotisme et la tyrannie. Voilà
+l'humanité des dominateurs des nations, qui de tout temps ont sacrifié
+des millions d'hommes à leurs caprices, à leur ambition et à leur
+cupidité! L'accusée Élisabeth, dont le plan de défense est de nier
+tout ce qui est à sa charge, aura-t-elle la bonne foi de convenir
+qu'elle a bercé le petit Capet dans l'espoir de succéder au trône de
+son père, et qu'elle a ainsi provoqué la royauté?</p>
+
+<p>Je causois familièrement avec cet infortuné, qui m'étoit cher à plus
+d'un titre, et je lui administrois en conséquence <span class="pagenum"><a id="page217" name="page217"></a>(p. 217)</span> les
+consolations qui me paroissoient capables de le dédommager de la perte
+de ceux qui lui avoient donné le jour.</p>
<p>C'est convenir en d'autres termes que vous nourrissiez le petit Capet
-des projets de vengeance que vous et les vôtres n'avez cessé de former
-contre la liberté, et que vous vous flattiez de relever les débris
-d'un trône brisé en l'inondant du sang des patriotes!</p>
-
-<p class="p2">Le président procède ensuite à l'interrogatoire des autres accusés,
-interrogatoire qui se borne à quelques questions insignifiantes. Le
-<cite>Moniteur</cite>, et après lui les historiens, ne font aucune mention des
-paroles du défenseur de Madame Élisabeth; et ce silence semblerait
-annoncer que Madame Élisabeth ne fut pas défendue. Cependant si le
-débat fut rapide, si tout rapport entre l'accusée et son défenseur a
-été matériellement interdit, il est notoire que Chauveau-Lagarde se
-leva après l'interrogatoire, et fit entendre une courte plaidoirie,
-dont il nous a donné lui-même la substance:</p>
-
-<p>«Je fis observer, dit-il, qu'il n'y avoit au procès qu'un protocole
-banal d'accusation, sans pièces, sans interrogatoire, sans témoins, et
-que par conséquent, là où il n'existoit aucun élément légal de
-conviction, il ne sauroit y avoir de conviction légale.</p>
-
-<p>»J'ajoutai qu'on ne pouvoit donc opposer à l'auguste accusée que ses
-réponses aux questions qu'on venoit de lui faire, puisque c'étoit dans
-ces réponses elles seules que tous les débats consistoient; mais que
-ces réponses elles-mêmes, loin de la condamner, devoient au contraire
-l'honorer à tous les yeux, puisqu'elles ne prouvoient rien autre chose
-que la bonté de son c&oelig;ur et l'héroïsme de son amitié.</p>
-
-<p>»Puis, après avoir développé ces premières idées, je finis en disant
-qu'au lieu d'une défense je n'aurois plus à présenter pour Madame
-Élisabeth que son apologie; mais que dans l'impuissance où j'étois
-d'en trouver une qui fût <span class="pagenum"><a id="page218" name="page218"></a>(p. 218)</span> digne d'elle, il ne me restoit plus
-qu'une seule observation à faire: c'est que la Princesse qui avoit été
-à la cour de France le plus parfait modèle de toutes les vertus ne
-pouvoit pas être l'ennemie des François.</p>
-
-<p>»Il est impossible de peindre la fureur avec laquelle Dumas
+des projets de vengeance que vous et les vôtres n'avez cessé de former
+contre la liberté, et que vous vous flattiez de relever les débris
+d'un trône brisé en l'inondant du sang des patriotes!</p>
+
+<p class="p2">Le président procède ensuite à l'interrogatoire des autres accusés,
+interrogatoire qui se borne à quelques questions insignifiantes. Le
+<cite>Moniteur</cite>, et après lui les historiens, ne font aucune mention des
+paroles du défenseur de Madame Élisabeth; et ce silence semblerait
+annoncer que Madame Élisabeth ne fut pas défendue. Cependant si le
+débat fut rapide, si tout rapport entre l'accusée et son défenseur a
+été matériellement interdit, il est notoire que Chauveau-Lagarde se
+leva après l'interrogatoire, et fit entendre une courte plaidoirie,
+dont il nous a donné lui-même la substance:</p>
+
+<p>«Je fis observer, dit-il, qu'il n'y avoit au procès qu'un protocole
+banal d'accusation, sans pièces, sans interrogatoire, sans témoins, et
+que par conséquent, là où il n'existoit aucun élément légal de
+conviction, il ne sauroit y avoir de conviction légale.</p>
+
+<p>»J'ajoutai qu'on ne pouvoit donc opposer à l'auguste accusée que ses
+réponses aux questions qu'on venoit de lui faire, puisque c'étoit dans
+ces réponses elles seules que tous les débats consistoient; mais que
+ces réponses elles-mêmes, loin de la condamner, devoient au contraire
+l'honorer à tous les yeux, puisqu'elles ne prouvoient rien autre chose
+que la bonté de son c&oelig;ur et l'héroïsme de son amitié.</p>
+
+<p>»Puis, après avoir développé ces premières idées, je finis en disant
+qu'au lieu d'une défense je n'aurois plus à présenter pour Madame
+Élisabeth que son apologie; mais que dans l'impuissance où j'étois
+d'en trouver une qui fût <span class="pagenum"><a id="page218" name="page218"></a>(p. 218)</span> digne d'elle, il ne me restoit plus
+qu'une seule observation à faire: c'est que la Princesse qui avoit été
+à la cour de France le plus parfait modèle de toutes les vertus ne
+pouvoit pas être l'ennemie des François.</p>
+
+<p>»Il est impossible de peindre la fureur avec laquelle Dumas
m'apostropha, en me reprochant d'avoir eu <em>l'audace de parler</em> de ce
-qu'il appeloit <em>les prétendues vertus de l'accusée, et d'avoir ainsi
-corrompu la morale publique</em>. Il fut aisé de s'apercevoir que Madame
-Élisabeth, qui jusqu'alors étoit restée calme et comme insensible à
-ses propres dangers, fut émue de ceux auxquels je venois de
-m'exposer.»</p>
-
-<p>Après que l'accusateur public et les défenseurs ont été entendus, le
-président déclare les débats fermés; il fait le résumé du procès, je
-dois dire des différents procès, car il y en avait autant que
-d'accusés; puis il remet au président du jury l'écrit suivant, servant
-de préambule à une question qui est uniformément la même pour chacun
-des accusés:</p>
-
-<p>«Il a existé des complots et conspirations formés par Capet, sa femme,
+qu'il appeloit <em>les prétendues vertus de l'accusée, et d'avoir ainsi
+corrompu la morale publique</em>. Il fut aisé de s'apercevoir que Madame
+Élisabeth, qui jusqu'alors étoit restée calme et comme insensible à
+ses propres dangers, fut émue de ceux auxquels je venois de
+m'exposer.»</p>
+
+<p>Après que l'accusateur public et les défenseurs ont été entendus, le
+président déclare les débats fermés; il fait le résumé du procès, je
+dois dire des différents procès, car il y en avait autant que
+d'accusés; puis il remet au président du jury l'écrit suivant, servant
+de préambule à une question qui est uniformément la même pour chacun
+des accusés:</p>
+
+<p>«Il a existé des complots et conspirations formés par Capet, sa femme,
sa famille, ses agents et ses complices, par suite desquels des
-provocations à la guerre extérieure de la part des tyrans coalisés, à
-la guerre civile dans l'intérieur, ont été formées, des secours en
-hommes et en argent ont été fournis aux ennemis, des troupes ont été
-rassemblées, des dispositions ont été faites, des chefs nommés pour
-assassiner le peuple, anéantir la liberté et rétablir le despotisme.</p>
+provocations à la guerre extérieure de la part des tyrans coalisés, à
+la guerre civile dans l'intérieur, ont été formées, des secours en
+hommes et en argent ont été fournis aux ennemis, des troupes ont été
+rassemblées, des dispositions ont été faites, des chefs nommés pour
+assassiner le peuple, anéantir la liberté et rétablir le despotisme.</p>
-<p>»Anne-Élisabeth Capet est-elle complice de ces complots?»</p>
+<p>»Anne-Élisabeth Capet est-elle complice de ces complots?»</p>
-<p>Les jurés, après quelques minutes de délibération, rentrent à la salle
-d'audience, et donnent une déclaration affirmative contre Madame
-Élisabeth et les autres accusés.</p>
+<p>Les jurés, après quelques minutes de délibération, rentrent à la salle
+d'audience, et donnent une déclaration affirmative contre Madame
+Élisabeth et les autres accusés.</p>
-<p>Vu par le tribunal révolutionnaire l'acte d'accusation dressé par
-l'accusateur public près icelui,</p>
+<p>Vu par le tribunal révolutionnaire l'acte d'accusation dressé par
+l'accusateur public près icelui,</p>
-<p>1. Contre Élisabeth Capet, s&oelig;ur de Louis Capet, dernier tyran des
-François, née à Paris, y demeurant;</p>
+<p>1. Contre Élisabeth Capet, s&oelig;ur de Louis Capet, dernier tyran des
+François, née à Paris, y demeurant;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page219" name="page219"></a>(p. 219)</span> 2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, âgée de
-cinquante-cinq ans, née à Keisnith, en Allemagne, demeurant à la
-montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, département de
+<p><span class="pagenum"><a id="page219" name="page219"></a>(p. 219)</span> 2. Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, ci-devant marquise, âgée de
+cinquante-cinq ans, née à Keisnith, en Allemagne, demeurant à la
+montagne du Bon-Air, ci-devant Saint-Germain en Laye, département de
Seine-et-Oise.</p>
<p>3. Louis Bernardin Leneuf Sourdeval, etc....</p>
-<p>[Suit la liste des 25 accusés précédemment donnée.] et dont la teneur
+<p>[Suit la liste des 25 accusés précédemment donnée.] et dont la teneur
suit:</p>
<p>Antoine-Quentin Fouquier, accusateur public, etc., expose, etc.</p>
-<p>[Répétition de l'acte d'accusation.]</p>
+<p>[Répétition de l'acte d'accusation.]</p>
<p>L'ordonnance de prise de corps rendue par le tribunal ledit jour
-contre Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, Louis-Bernardin
+contre Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle, Louis-Bernardin
Leneuf Sourdeval, etc....</p>
-<p>[Suit la liste des 25 accusés.]</p>
+<p>[Suit la liste des 25 accusés.]</p>
-<p>Le procès-verbal d'écrou et remise de leurs personnes en la maison de
-justice de la Conciergerie, aussi du même jour; et la déclaration du
-juré du jugement faite individuellement et à haute et intelligible
-voix en l'audience publique du tribunal, portant «qu'il a existé des
-complots et conspirations formés par Capet, etc.»</p>
+<p>Le procès-verbal d'écrou et remise de leurs personnes en la maison de
+justice de la Conciergerie, aussi du même jour; et la déclaration du
+juré du jugement faite individuellement et à haute et intelligible
+voix en l'audience publique du tribunal, portant «qu'il a existé des
+complots et conspirations formés par Capet, etc.»</p>
-<p>[Ici répétition de l'ordonnance de prise de corps rendue par le
+<p>[Ici répétition de l'ordonnance de prise de corps rendue par le
tribunal.]</p>
<p>Qu'il est constant que</p>
-<p>Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle; Louis-Bernardin Leneuf
+<p>Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve de l'Aigle; Louis-Bernardin Leneuf
Sourdeval, etc.,</p>
<p>[Liste des 25.]</p>
-<p>sont convaincus d'être complices de ces complots;</p>
+<p>sont convaincus d'être complices de ces complots;</p>
-<p>Le tribunal, après avoir entendu l'accusateur public sur l'application
-de la loi, condamne Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve <em>de l'Aigle</em>;
+<p>Le tribunal, après avoir entendu l'accusateur public sur l'application
+de la loi, condamne Élisabeth Capet, Anne Duwaes, veuve <em>de l'Aigle</em>;
Louis-Bernard <em>Leneuf Sourdeval</em>, Anne-Nicole <em>Lamoignon, veuve
-Sénozan</em>; Claude-Louise-Angélique <em>Bersin, femme Crussol d'Amboise</em>;
+Sénozan</em>; Claude-Louise-Angélique <em>Bersin, femme Crussol d'Amboise</em>;
Georges <em>Foloppe</em>, Denise <em>Buard</em>, Louis-Pierre-Marcel <em>Letellier,
-dit Bullier</em>; Charles <em>Cressy-Champmilon</em>, Théodore <em>Hall</em>, <span class="pagenum"><a id="page220" name="page220"></a>(p. 220)</span>
-Alexandre-François <em>Loménie</em>, Louis-Marie-Athanase <em>Loménie</em>,
+dit Bullier</em>; Charles <em>Cressy-Champmilon</em>, Théodore <em>Hall</em>, <span class="pagenum"><a id="page220" name="page220"></a>(p. 220)</span>
+Alexandre-François <em>Loménie</em>, Louis-Marie-Athanase <em>Loménie</em>,
Antoine-Hugues-Calixte <em>Montmorin</em>, Jean-Baptiste <em>l'Hoste</em>, Martial
-<em>Loménie</em>, Antoine-Jean-François <em>Mégret-Sérilly</em>, Antoine-Jean-Marie
-<em>Mégret-d'Étigny</em>, Charles <em>Loménie</em>, Françoise-Gabrielle <em>Taneff,
-veuve Montmorin</em>; Anne-Marie-Charlotte <em>Loménie, femme divorcée de
-l'émigré Canilly</em>; Marie-Anne-Catherine <em>Rosset, femme Rosset-Cercy</em>;
-Élisabeth Jacqueline <em>l'Hermite, femme Rosset</em>; Louis-Claude
+<em>Loménie</em>, Antoine-Jean-François <em>Mégret-Sérilly</em>, Antoine-Jean-Marie
+<em>Mégret-d'Étigny</em>, Charles <em>Loménie</em>, Françoise-Gabrielle <em>Taneff,
+veuve Montmorin</em>; Anne-Marie-Charlotte <em>Loménie, femme divorcée de
+l'émigré Canilly</em>; Marie-Anne-Catherine <em>Rosset, femme Rosset-Cercy</em>;
+Élisabeth Jacqueline <em>l'Hermite, femme Rosset</em>; Louis-Claude
<em>l'Hermite-Chambertrand</em>; Anne-Marie-Louise <em>Thomas, femme
-Mégret-Sérilly</em>, et Jean-Baptiste <em>Dubois</em>, <span class="smcap">À LA PEINE DE MORT</span>,
-conformément à l'article quatre de la première section du titre
-premier de la deuxième partie du Code pénal, dont a été fait lecture,
-et lequel est ainsi conçu: «Toute man&oelig;uvre, toute intelligence avec
-les ennemis de la France tendant soit à faciliter leur entrée dans les
-dépendances de l'empire françois, soit à leur livrer des villes,
-forteresses, ports, vaisseaux, magasins ou arsenaux appartenant à la
-France, soit à leur fournir des secours en soldats, argent, vivres ou
-munitions, soit à favoriser d'une manière quelconque le progrès de
-leurs armes sur le territoire françois ou contre nos forces de terre
-ou de mer, soit à ébranler la fidélité des officiers, soldats et des
-autres citoyens envers la nation françoise, seront punis de mort», et
-encore en conformité de l'article deux de la seconde section du titre
-premier de la seconde partie du Code pénal, dont a été pareillement
-fait lecture, et lequel est ainsi conçu: «Toutes conspirations et
-complots tendant à troubler l'État par une guerre civile en armant les
-citoyens les uns contre les autres ou contre l'exercice de l'autorité
-légitime, seront punis de mort»;</p>
-
-<p>Déclare les biens desdits Élisabeth Capet, veuve de l'Aigle, Leneuf
+Mégret-Sérilly</em>, et Jean-Baptiste <em>Dubois</em>, <span class="smcap">À LA PEINE DE MORT</span>,
+conformément à l'article quatre de la première section du titre
+premier de la deuxième partie du Code pénal, dont a été fait lecture,
+et lequel est ainsi conçu: «Toute man&oelig;uvre, toute intelligence avec
+les ennemis de la France tendant soit à faciliter leur entrée dans les
+dépendances de l'empire françois, soit à leur livrer des villes,
+forteresses, ports, vaisseaux, magasins ou arsenaux appartenant à la
+France, soit à leur fournir des secours en soldats, argent, vivres ou
+munitions, soit à favoriser d'une manière quelconque le progrès de
+leurs armes sur le territoire françois ou contre nos forces de terre
+ou de mer, soit à ébranler la fidélité des officiers, soldats et des
+autres citoyens envers la nation françoise, seront punis de mort», et
+encore en conformité de l'article deux de la seconde section du titre
+premier de la seconde partie du Code pénal, dont a été pareillement
+fait lecture, et lequel est ainsi conçu: «Toutes conspirations et
+complots tendant à troubler l'État par une guerre civile en armant les
+citoyens les uns contre les autres ou contre l'exercice de l'autorité
+légitime, seront punis de mort»;</p>
+
+<p>Déclare les biens desdits Élisabeth Capet, veuve de l'Aigle, Leneuf
Sourdeval, etc.,</p>
<p>[Suit la liste.]</p>
-<p>acquis à la République. En conséquence de l'article deux <span class="pagenum"><a id="page221" name="page221"></a>(p. 221)</span> du
+<p>acquis à la République. En conséquence de l'article deux <span class="pagenum"><a id="page221" name="page221"></a>(p. 221)</span> du
titre deux de la loi du dix mars mil sept cent quatre-vingt-treize
-(vieux style), dont a été aussi fait lecture, et lequel est ainsi
-conçu: «Les biens de ceux qui seront condamnés à la peine de mort
-seront acquis à la République, sauf à pourvoir à la subsistance des
-veuves, enfants, s'ils n'ont pas de biens d'ailleurs»,</p>
-
-<p>Ordonne qu'à la diligence de l'accusateur public le présent jugement
-sera exécuté dans les vingt-quatre heures sur la place de la
-Révolution de cette ville, et qu'il sera imprimé, lu, publié et
-affiché dans toute l'étendue de la République.</p>
-
-<p>Fait et prononcé en l'audience publique du tribunal le vingt et unième
-jour de floréal, l'an deuxième de la République françoise une et
-indivisible, par les citoyens René-François Dumas, président; Gabriel
-Deliége et Antoine-Marie Maire, juges, qui ont signé le présent
+(vieux style), dont a été aussi fait lecture, et lequel est ainsi
+conçu: «Les biens de ceux qui seront condamnés à la peine de mort
+seront acquis à la République, sauf à pourvoir à la subsistance des
+veuves, enfants, s'ils n'ont pas de biens d'ailleurs»,</p>
+
+<p>Ordonne qu'à la diligence de l'accusateur public le présent jugement
+sera exécuté dans les vingt-quatre heures sur la place de la
+Révolution de cette ville, et qu'il sera imprimé, lu, publié et
+affiché dans toute l'étendue de la République.</p>
+
+<p>Fait et prononcé en l'audience publique du tribunal le vingt et unième
+jour de floréal, l'an deuxième de la République françoise une et
+indivisible, par les citoyens René-François Dumas, président; Gabriel
+Deliége et Antoine-Marie Maire, juges, qui ont signé le présent
jugement avec le greffier.</p>
<a id="img008" name="img008"></a>
@@ -6580,1769 +6535,1769 @@ jugement avec le greffier.</p>
<img src="images/img008.jpg" width="300" height="259" alt="Signatures." title="">
</div>
-<p><span class="pagenum"><a id="page222" name="page222"></a>(p. 222)</span> En conséquence, ils sont tous condamnés à mort. Comme nos
+<p><span class="pagenum"><a id="page222" name="page222"></a>(p. 222)</span> En conséquence, ils sont tous condamnés à mort. Comme nos
lecteurs ont pu le remarquer, les noms de dix femmes figuraient dans
-l'acte d'accusation. Une d'elles, quoique enceinte, avait refusé de se
-soustraire, par sa déclaration, au sort commun. Madame Élisabeth fait
+l'acte d'accusation. Une d'elles, quoique enceinte, avait refusé de se
+soustraire, par sa déclaration, au sort commun. Madame Élisabeth fait
avertir les juges, et la sauve<a id="footnotetag102" name="footnotetag102"></a><a href="#footnote102" title="Go to footnote 102"><span class="smaller">[102]</span></a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page223" name="page223"></a>(p. 223)</span> Les mots de <em>peine de mort</em> et d'<em>exécution dans les
-vingt-quatre heures</em> avaient produit un léger mouvement sur les bancs
-où sont assis les accusés. Mais ces mots, Madame Élisabeth les a
-entendus sans changer de visage. Oublieuse d'elle-même, sa pensée, qui
-est toute en Dieu, se reporte sur ceux qu'on a associés à sa
-condamnation, et avec lesquels elle est ramenée pour quelques instants
-à la Conciergerie.</p>
-
-<p>Au moment où elle sortait du tribunal, Fouquier dit au président: «Il
-faut avouer cependant qu'elle n'a pas poussé une plainte.&mdash;De quoi se
-plaindroit-elle donc, Élisabeth de France<a id="footnotetag103" name="footnotetag103"></a><a href="#footnote103" title="Go to footnote 103"><span class="smaller">[103]</span></a>? répondit Dumas avec
-une gaieté ironique. Ne <span class="pagenum"><a id="page224" name="page224"></a>(p. 224)</span> lui avons-nous pas formé aujourd'hui
-une cour d'aristocrates digne d'elle? Et rien ne l'empêchera de se
+<p><span class="pagenum"><a id="page223" name="page223"></a>(p. 223)</span> Les mots de <em>peine de mort</em> et d'<em>exécution dans les
+vingt-quatre heures</em> avaient produit un léger mouvement sur les bancs
+où sont assis les accusés. Mais ces mots, Madame Élisabeth les a
+entendus sans changer de visage. Oublieuse d'elle-même, sa pensée, qui
+est toute en Dieu, se reporte sur ceux qu'on a associés à sa
+condamnation, et avec lesquels elle est ramenée pour quelques instants
+à la Conciergerie.</p>
+
+<p>Au moment où elle sortait du tribunal, Fouquier dit au président: «Il
+faut avouer cependant qu'elle n'a pas poussé une plainte.&mdash;De quoi se
+plaindroit-elle donc, Élisabeth de France<a id="footnotetag103" name="footnotetag103"></a><a href="#footnote103" title="Go to footnote 103"><span class="smaller">[103]</span></a>? répondit Dumas avec
+une gaieté ironique. Ne <span class="pagenum"><a id="page224" name="page224"></a>(p. 224)</span> lui avons-nous pas formé aujourd'hui
+une cour d'aristocrates digne d'elle? Et rien ne l'empêchera de se
croire encore dans les salons de Versailles quand elle va se voir, au
-pied de la sainte guillotine, entourée de toute cette fidèle
-noblesse<a id="footnotetag104" name="footnotetag104"></a><a href="#footnote104" title="Go to footnote 104"><span class="smaller">[104]</span></a>.»</p>
-
-<p>Ces vingt-quatre personnes marquées pour l'échafaud, défilant
-lentement sous de longues voûtes au milieu des spectateurs, qui, pour
-les voir passer, se rangent en haie avec une inconcevable avidité,
-sont conduites dans la salle des condamnés à mort pour y attendre le
-bourreau. Cette salle, longue, étroite, obscure, n'est séparée du
-greffe que par une porte et une cloison vitrées, et n'a pour tout
-mobilier que des bancs de bois adossés à la muraille.</p>
-
-<p>Réunie à ces infortunés, qu'elle regarde comme autant d'amis qui
-doivent l'accompagner au Ciel, Madame Élisabeth a bientôt pris au
+pied de la sainte guillotine, entourée de toute cette fidèle
+noblesse<a id="footnotetag104" name="footnotetag104"></a><a href="#footnote104" title="Go to footnote 104"><span class="smaller">[104]</span></a>.»</p>
+
+<p>Ces vingt-quatre personnes marquées pour l'échafaud, défilant
+lentement sous de longues voûtes au milieu des spectateurs, qui, pour
+les voir passer, se rangent en haie avec une inconcevable avidité,
+sont conduites dans la salle des condamnés à mort pour y attendre le
+bourreau. Cette salle, longue, étroite, obscure, n'est séparée du
+greffe que par une porte et une cloison vitrées, et n'a pour tout
+mobilier que des bancs de bois adossés à la muraille.</p>
+
+<p>Réunie à ces infortunés, qu'elle regarde comme autant d'amis qui
+doivent l'accompagner au Ciel, Madame Élisabeth a bientôt pris au
milieu d'eux la place qui lui appartient: elle leur parle avec un
calme et une douceur inexprimables; elle domine leurs tortures morales
-par la sérénité de son regard, par la tranquillité de son maintien,
-par l'ascendant de sa parole. Telle nous l'avons vue à Versailles, à
-Montreuil, au milieu de ses amies dévouées qui faisaient le charme de
-sa vie, s'oubliant pour ne songer qu'à elles, prenant intérêt à tout
-ce qui les intéressait, et ne laissant jamais échapper l'occasion de
-jeter dans leur âme une de ces semences évangéliques que récolte le
-divin Moissonneur, telle nous la retrouvons dans ces dernières heures
-à la Conciergerie, au milieu des victimes qui doivent l'accompagner à
-l'échafaud, aussi douce, aussi aimable, aussi calme, mais le front
-déjà rayonnant de l'auréole de son martyre.</p>
+par la sérénité de son regard, par la tranquillité de son maintien,
+par l'ascendant de sa parole. Telle nous l'avons vue à Versailles, à
+Montreuil, au milieu de ses amies dévouées qui faisaient le charme de
+sa vie, s'oubliant pour ne songer qu'à elles, prenant intérêt à tout
+ce qui les intéressait, et ne laissant jamais échapper l'occasion de
+jeter dans leur âme une de ces semences évangéliques que récolte le
+divin Moissonneur, telle nous la retrouvons dans ces dernières heures
+à la Conciergerie, au milieu des victimes qui doivent l'accompagner à
+l'échafaud, aussi douce, aussi aimable, aussi calme, mais le front
+déjà rayonnant de l'auréole de son martyre.</p>
<p>Elle excite leur confiance en Celui qui couronne les <span class="pagenum"><a id="page225" name="page225"></a>(p. 225)</span>
-épreuves supportées avec courage, les sacrifices saintement accomplis.
-Sous cette parole pénétrante, Madame de Sénozan, la plus âgée des
-vingt-cinq victimes, se rassure, et offre à Dieu le peu qui lui reste
-de vie avec la même facilité que MM. de Montmorin et Bullier, ces deux
+épreuves supportées avec courage, les sacrifices saintement accomplis.
+Sous cette parole pénétrante, Madame de Sénozan, la plus âgée des
+vingt-cinq victimes, se rassure, et offre à Dieu le peu qui lui reste
+de vie avec la même facilité que MM. de Montmorin et Bullier, ces deux
jeunes gens de vingt ans, font l'abandon des longues perspectives
-ouvertes devant eux dans le temps. M. de Loménie, ancien ministre de
+ouvertes devant eux dans le temps. M. de Loménie, ancien ministre de
la guerre et maire de Brienne, que n'ont pu sauver les vives
-réclamations des communes voisines de cette ville, s'indignait avec
-une sorte d'exaltation, non pas d'être condamné, mais de se voir
-imputer à crime, par Fouquier, les témoignages d'affection et de
-gratitude que lui ont conquis les services rendus par lui à son
-département. Madame Élisabeth s'approche de lui, et lui dit avec
-douceur: «S'il est beau de mériter l'estime de ses concitoyens, croyez
-qu'il est encore plus beau de mériter la clémence de Dieu. Vous avez
-montré à vos compatriotes à faire le bien: vous leur montrerez comment
-on meurt quand on a la conscience en paix<a id="footnotetag105" name="footnotetag105"></a><a href="#footnote105" title="Go to footnote 105"><span class="smaller">[105]</span></a>.»</p>
-
-<p>Madame de Montmorin, dont presque toute la famille a été mise à mort
-par la révolution, ne peut se faire à l'idée de l'immolation de son
+réclamations des communes voisines de cette ville, s'indignait avec
+une sorte d'exaltation, non pas d'être condamné, mais de se voir
+imputer à crime, par Fouquier, les témoignages d'affection et de
+gratitude que lui ont conquis les services rendus par lui à son
+département. Madame Élisabeth s'approche de lui, et lui dit avec
+douceur: «S'il est beau de mériter l'estime de ses concitoyens, croyez
+qu'il est encore plus beau de mériter la clémence de Dieu. Vous avez
+montré à vos compatriotes à faire le bien: vous leur montrerez comment
+on meurt quand on a la conscience en paix<a id="footnotetag105" name="footnotetag105"></a><a href="#footnote105" title="Go to footnote 105"><span class="smaller">[105]</span></a>.»</p>
+
+<p>Madame de Montmorin, dont presque toute la famille a été mise à mort
+par la révolution, ne peut se faire à l'idée de l'immolation de son
fils; celui-ci la rassure avec le courage et la tendresse du
-dévouement filial. Le sacrifice exigé semble impossible à cette mère
-désespérée: «Je veux bien mourir, dit-elle en sanglotant, mais je ne
+dévouement filial. Le sacrifice exigé semble impossible à cette mère
+désespérée: «Je veux bien mourir, dit-elle en sanglotant, mais je ne
puis le voir mourir.&mdash;Vous aimez votre fils, lui dit alors Madame
-Élisabeth, et vous ne voulez pas qu'il vous accompagne! Vous allez
-trouver les félicités du Ciel, et vous voulez qu'il demeure sur cette
-terre, où il n'y a aujourd'hui que tourments et douleurs!» Sous
+Élisabeth, et vous ne voulez pas qu'il vous accompagne! Vous allez
+trouver les félicités du Ciel, et vous voulez qu'il demeure sur cette
+terre, où il n'y a aujourd'hui que tourments et douleurs!» Sous
l'impression de ces paroles, le c&oelig;ur de <span class="pagenum"><a id="page226" name="page226"></a>(p. 226)</span> madame de
-Montmorin s'ouvre à un rayon d'extase; ses fibres se détendent, ses
+Montmorin s'ouvre à un rayon d'extase; ses fibres se détendent, ses
larmes coulent, et serrant avec transport son enfant dans ses bras:
-«Viens, viens, s'écrie-t-elle, nous monterons ensemble<a id="footnotetag106" name="footnotetag106"></a><a href="#footnote106" title="Go to footnote 106"><span class="smaller">[106]</span></a>.»</p>
+«Viens, viens, s'écrie-t-elle, nous monterons ensemble<a id="footnotetag106" name="footnotetag106"></a><a href="#footnote106" title="Go to footnote 106"><span class="smaller">[106]</span></a>.»</p>
-<p>Les êtres les plus susceptibles de faiblesse dans le cours ordinaire
-de la vie bravent héroïquement la mort quand un grand sentiment les
+<p>Les êtres les plus susceptibles de faiblesse dans le cours ordinaire
+de la vie bravent héroïquement la mort quand un grand sentiment les
anime. La marquise de Crussol d'Amboise faisait habituellement coucher
-deux de ses femmes dans sa chambre: une araignée lui faisait peur;
-l'idée d'un péril même imaginaire la remplissait d'épouvante.
-L'exemple de Madame Élisabeth la transforme tout à coup: elle est
+deux de ses femmes dans sa chambre: une araignée lui faisait peur;
+l'idée d'un péril même imaginaire la remplissait d'épouvante.
+L'exemple de Madame Élisabeth la transforme tout à coup: elle est
calme au tribunal, dans la prison, devant la mort.</p>
-<p>L'émotion s'est communiquée à tous les condamnés. Madame Élisabeth
-leur apparaît, à cette heure terrible, illuminée du triple reflet du
-divin Maître; car devant ces c&oelig;urs brisés qui l'entouraient, elle
-manifeste la vérité qui éclaire, la douceur qui attire, la sainteté
-qui édifie.</p>
+<p>L'émotion s'est communiquée à tous les condamnés. Madame Élisabeth
+leur apparaît, à cette heure terrible, illuminée du triple reflet du
+divin Maître; car devant ces c&oelig;urs brisés qui l'entouraient, elle
+manifeste la vérité qui éclaire, la douceur qui attire, la sainteté
+qui édifie.</p>
-<p>«On n'exige point de nous, dit-elle, comme des anciens martyrs, le
+<p>«On n'exige point de nous, dit-elle, comme des anciens martyrs, le
sacrifice de nos croyances; on ne nous demande que l'abandon de notre
-misérable vie: faisons à Dieu ce faible sacrifice avec résignation.»
-Rien de plus propre à remuer profondément les âmes que ce souffle
+misérable vie: faisons à Dieu ce faible sacrifice avec résignation.»
+Rien de plus propre à remuer profondément les âmes que ce souffle
ardent de la foi qui domine le sentiment de la douleur. Jamais cette
-ferme et vivifiante espérance, dont l'Église a fait une vertu, jamais
-la charité, jamais le courage, n'ont inspiré des paroles plus tendres
-et plus héroïques. Quelle paupière ne se mouillerait au cri de cette
-belle âme qui console et <span class="pagenum"><a id="page227" name="page227"></a>(p. 227)</span> qui relève tant d'âmes déchirées ou
-abattues! Élisabeth ne cherche point à combattre et à ne pas mourir,
-elle ne proteste pas contre l'iniquité des hommes, elle n'a pas un mot
+ferme et vivifiante espérance, dont l'Église a fait une vertu, jamais
+la charité, jamais le courage, n'ont inspiré des paroles plus tendres
+et plus héroïques. Quelle paupière ne se mouillerait au cri de cette
+belle âme qui console et <span class="pagenum"><a id="page227" name="page227"></a>(p. 227)</span> qui relève tant d'âmes déchirées ou
+abattues! Élisabeth ne cherche point à combattre et à ne pas mourir,
+elle ne proteste pas contre l'iniquité des hommes, elle n'a pas un mot
de regret, encore moins un mot de reproche: elle va vers Dieu avec
-confiance; elle ne veut pas y aller seule, elle entraîne ses
-compagnons, et leur montre les bras miséricordieux qui leur sont
+confiance; elle ne veut pas y aller seule, elle entraîne ses
+compagnons, et leur montre les bras miséricordieux qui leur sont
ouverts.</p>
-<p>Cette femme angélique rencontrait donc, dans ce dernier moment, un
-grand sujet de joie: elle avait ranimé des âmes endolories ou inertes;
-elle avait fait pénétrer la vigueur de la foi dans les défaillances de
-la nature. Elle avait fait de cette dernière heure d'agonie l'épreuve
-préparatoire du sacrifice; elle avait émoussé l'aiguillon de la mort,
-et fait poindre à des yeux déjà fermés au monde les lueurs anticipées
-de la délivrance.</p>
+<p>Cette femme angélique rencontrait donc, dans ce dernier moment, un
+grand sujet de joie: elle avait ranimé des âmes endolories ou inertes;
+elle avait fait pénétrer la vigueur de la foi dans les défaillances de
+la nature. Elle avait fait de cette dernière heure d'agonie l'épreuve
+préparatoire du sacrifice; elle avait émoussé l'aiguillon de la mort,
+et fait poindre à des yeux déjà fermés au monde les lueurs anticipées
+de la délivrance.</p>
-<p>Le dernier appel se fait bientôt entendre. La toilette funèbre
+<p>Le dernier appel se fait bientôt entendre. La toilette funèbre
s'accomplit. Les portes de la prison s'ouvrent, et les charrettes du
-bourreau, que Barère appelait les <em>bières des vivants</em>, reçoivent les
-condamnés. Madame Élisabeth se trouve assise sur la même charrette que
-mesdames de Sénozan et de Crussol d'Amboise, et elle s'entretient avec
-elles pendant le trajet de la Conciergerie à la place Louis XV. Aux
-plaintes qui échappent à quelques-uns des condamnés, elle répond par
-de touchantes exhortations. À la descente du pont Neuf, rapporte un
-témoin oculaire, le mouchoir blanc qui couvre la tête de la Princesse
-se détache et tombe aux pieds de l'exécuteur, qui le ramasse. Dès ce
-moment, Madame Élisabeth, demeurée seule, tête nue, au milieu de ses
-compagnons d'infortune, attire par cela même tous les regards; et
+bourreau, que Barère appelait les <em>bières des vivants</em>, reçoivent les
+condamnés. Madame Élisabeth se trouve assise sur la même charrette que
+mesdames de Sénozan et de Crussol d'Amboise, et elle s'entretient avec
+elles pendant le trajet de la Conciergerie à la place Louis XV. Aux
+plaintes qui échappent à quelques-uns des condamnés, elle répond par
+de touchantes exhortations. À la descente du pont Neuf, rapporte un
+témoin oculaire, le mouchoir blanc qui couvre la tête de la Princesse
+se détache et tombe aux pieds de l'exécuteur, qui le ramasse. Dès ce
+moment, Madame Élisabeth, demeurée seule, tête nue, au milieu de ses
+compagnons d'infortune, attire par cela même tous les regards; et
c'est ainsi que tant de personnes, qui, sans cette circonstance, ne
-l'eussent peut-être point remarquée, ont pu rendre témoignage du calme
-et de la sérénité de ses traits. On arrive à la place de la
-Révolution: Madame descend la première. Le bourreau, comme pour
-<span class="pagenum"><a id="page228" name="page228"></a>(p. 228)</span> l'aider, lui tend la main. La princesse regarde de côté, et
-ne s'appuie pas sur cette main qui s'offre à elle. Les victimes
-avaient trouvé au pied de l'échafaud une banquette sur laquelle on les
-fit asseoir. On présume que cette attention inaccoutumée était due à
-un calcul de prudence: le gouvernement révolutionnaire avait craint,
-a-t-on dit, que la fournée étant considérable, il ne se trouvât
+l'eussent peut-être point remarquée, ont pu rendre témoignage du calme
+et de la sérénité de ses traits. On arrive à la place de la
+Révolution: Madame descend la première. Le bourreau, comme pour
+<span class="pagenum"><a id="page228" name="page228"></a>(p. 228)</span> l'aider, lui tend la main. La princesse regarde de côté, et
+ne s'appuie pas sur cette main qui s'offre à elle. Les victimes
+avaient trouvé au pied de l'échafaud une banquette sur laquelle on les
+fit asseoir. On présume que cette attention inaccoutumée était due à
+un calcul de prudence: le gouvernement révolutionnaire avait craint,
+a-t-on dit, que la fournée étant considérable, il ne se trouvât
quelques patients qu'une trop longue attente devant l'instrument de
-mort eût fait défaillir. Aucun ne défaillit<a id="footnotetag107" name="footnotetag107"></a><a href="#footnote107" title="Go to footnote 107"><span class="smaller">[107]</span></a>. Encouragé par la
-présence et le regard de la s&oelig;ur de Louis XVI, chaque condamné
-s'est promis de se lever bravement à l'appel de son nom, et
-d'accomplir sa tache avec fermeté. Le premier nom prononcé par
-l'exécuteur est celui de madame de Crussol. Madame de Crussol se lève
-aussitôt, va s'incliner devant Madame Élisabeth, et témoignant
+mort eût fait défaillir. Aucun ne défaillit<a id="footnotetag107" name="footnotetag107"></a><a href="#footnote107" title="Go to footnote 107"><span class="smaller">[107]</span></a>. Encouragé par la
+présence et le regard de la s&oelig;ur de Louis XVI, chaque condamné
+s'est promis de se lever bravement à l'appel de son nom, et
+d'accomplir sa tache avec fermeté. Le premier nom prononcé par
+l'exécuteur est celui de madame de Crussol. Madame de Crussol se lève
+aussitôt, va s'incliner devant Madame Élisabeth, et témoignant
hautement le respect et l'amour que la princesse lui inspire, elle lui
-demande la permission de l'embrasser. «Bien volontiers, et de tout mon
-c&oelig;ur», lui dit Madame Élisabeth avec cette expression d'affabilité
-qui lui était si naturelle; et la royale victime avançant son visage,
+demande la permission de l'embrasser. «Bien volontiers, et de tout mon
+c&oelig;ur», lui dit Madame Élisabeth avec cette expression d'affabilité
+qui lui était si naturelle; et la royale victime avançant son visage,
lui donne le baiser d'adieu, de supplice <span class="pagenum"><a id="page229" name="page229"></a>(p. 229)</span> et de gloire<a id="footnotetag108" name="footnotetag108"></a><a href="#footnote108" title="Go to footnote 108"><span class="smaller">[108]</span></a>.
-Toutes les femmes qui suivirent obtinrent le même témoignage
-d'affection. Elles montèrent ainsi à l'échafaud, sacrées par cet
-angélique baiser, qui rappelle les actes des martyrs, pour la
-bienheureuse immortalité. Les hommes s'honorèrent aussi de leur
-respect pour Madame Élisabeth, en allant, chacun à son tour, courber
-devant elle la tête qui, une minute après, tombait sous le couperet de
-la guillotine. Déjà plusieurs têtes étaient tombées, lorsqu'un homme
-de la lie du peuple, curieux de savoir quelle était la personne qu'on
-saluait ainsi, parvint à apercevoir sa figure, et reconnut Madame
-Élisabeth. «On a beau lui faire des salamalecs, dit-il avec une
-expression cynique, la voilà f..... comme l'Autrichienne.» Cet homme
-était assez près du banc pour que sa parole y fût entendue. Madame
-Élisabeth, qui n'avait que de vagues soupçons sur le meurtre de la
-Reine, bénit le Ciel en apprenant qu'elle avait cessé de souffrir et
+Toutes les femmes qui suivirent obtinrent le même témoignage
+d'affection. Elles montèrent ainsi à l'échafaud, sacrées par cet
+angélique baiser, qui rappelle les actes des martyrs, pour la
+bienheureuse immortalité. Les hommes s'honorèrent aussi de leur
+respect pour Madame Élisabeth, en allant, chacun à son tour, courber
+devant elle la tête qui, une minute après, tombait sous le couperet de
+la guillotine. Déjà plusieurs têtes étaient tombées, lorsqu'un homme
+de la lie du peuple, curieux de savoir quelle était la personne qu'on
+saluait ainsi, parvint à apercevoir sa figure, et reconnut Madame
+Élisabeth. «On a beau lui faire des salamalecs, dit-il avec une
+expression cynique, la voilà f..... comme l'Autrichienne.» Cet homme
+était assez près du banc pour que sa parole y fût entendue. Madame
+Élisabeth, qui n'avait que de vagues soupçons sur le meurtre de la
+Reine, bénit le Ciel en apprenant qu'elle avait cessé de souffrir et
qu'elle allait la retrouver au sein de Dieu. Pendant tout le temps que
-dura le sacrifice, la sainte femme qui semblait y présider ne cessa de
+dura le sacrifice, la sainte femme qui semblait y présider ne cessa de
dire le <i>De profundis</i>. Celle qui allait mourir priait pour les morts.
-Elle était réservée à périr la dernière. Les maîtres de la guillotine
-ne pouvant la tuer qu'une fois, voulurent du moins qu'elle se sentît
-mourir autant de fois qu'elle verrait de victimes immolées sous ses
-yeux. Quand la vingt-troisième vint s'incliner devant elle, elle lui
-dit: «Courage et foi dans la miséricorde de Dieu»; puis elle se lève
-elle-même pour se tenir prête à l'appel de l'exécuteur. Elle monte
-d'un pas ferme les marches de l'échafaud; ici encore le bourreau lui
+Elle était réservée à périr la dernière. Les maîtres de la guillotine
+ne pouvant la tuer qu'une fois, voulurent du moins qu'elle se sentît
+mourir autant de fois qu'elle verrait de victimes immolées sous ses
+yeux. Quand la vingt-troisième vint s'incliner devant elle, elle lui
+dit: «Courage et foi dans la miséricorde de Dieu»; puis elle se lève
+elle-même pour se tenir prête à l'appel de l'exécuteur. Elle monte
+d'un pas ferme les marches de l'échafaud; ici encore le bourreau lui
tend la main; mais l'attitude de la victime lui fait comprendre
qu'elle est assez forte pour y monter <span class="pagenum"><a id="page230" name="page230"></a>(p. 230)</span> sans secours, et,
-regardant le ciel, elle se livre à l'exécuteur. Son fichu tombant à
-terre au moment où on l'attache à la planche fatale, laisse apercevoir
-une médaille d'argent représentant une Immaculée Conception de la
-Vierge, qui était, ainsi qu'une petite clef de portefeuille, attachée
-à son cou par un menu cordon de soie<a id="footnotetag109" name="footnotetag109"></a><a href="#footnote109" title="Go to footnote 109"><span class="smaller">[109]</span></a>. L'aide du bourreau se
-mettant en devoir de lui enlever ce signe de piété, elle lui dit: «Au
-nom de votre mère, monsieur, couvrez-moi.» Ce fut le dernier mot de
-Madame Élisabeth. Jusqu'alors, à aucune exécution on n'avait remarqué
-autant d'émotion autour de la guillotine. Il n'y eut pas de cris de
-Vive la République! Chacun s'en alla triste de son côté. Le témoin
-oculaire dont je tiens ces détails ajouta: «Au moment où j'aperçus la
-charrette sur laquelle on plaçait les cadavres et les têtes des
-victimes, je suis partie comme le vent<a id="footnotetag110" name="footnotetag110"></a><a href="#footnote110" title="Go to footnote 110"><span class="smaller">[110]</span></a>.»</p>
+regardant le ciel, elle se livre à l'exécuteur. Son fichu tombant à
+terre au moment où on l'attache à la planche fatale, laisse apercevoir
+une médaille d'argent représentant une Immaculée Conception de la
+Vierge, qui était, ainsi qu'une petite clef de portefeuille, attachée
+à son cou par un menu cordon de soie<a id="footnotetag109" name="footnotetag109"></a><a href="#footnote109" title="Go to footnote 109"><span class="smaller">[109]</span></a>. L'aide du bourreau se
+mettant en devoir de lui enlever ce signe de piété, elle lui dit: «Au
+nom de votre mère, monsieur, couvrez-moi.» Ce fut le dernier mot de
+Madame Élisabeth. Jusqu'alors, à aucune exécution on n'avait remarqué
+autant d'émotion autour de la guillotine. Il n'y eut pas de cris de
+Vive la République! Chacun s'en alla triste de son côté. Le témoin
+oculaire dont je tiens ces détails ajouta: «Au moment où j'aperçus la
+charrette sur laquelle on plaçait les cadavres et les têtes des
+victimes, je suis partie comme le vent<a id="footnotetag110" name="footnotetag110"></a><a href="#footnote110" title="Go to footnote 110"><span class="smaller">[110]</span></a>.»</p>
<a id="img009" name="img009"></a>
<div class="smaller figcenter">
<a href="images/img009.jpg">
<img src="images/img009tb.jpg" width="300" height="416" alt="" title=""></a>
-<p>Procès-verbal d'exécution de mort.</p>
+<p>Procès-verbal d'exécution de mort.</p>
</div>
<div class="smaller">
-<p>L'an {quatre} de la République Française, le {vingt un floréal} à la
-requête du citoyen Accusateur-public près le Tribunal Révolutionnaire,
-établi au Palais, à Paris, par la loi du 10 mars 1793, sans aucun
-recours au Tribunal de cassation, lequel fait élection au Greffe dudit
-Tribunal séant au Palais; je me suis {......} Huissier-audiencier
-audit Tribunal, soussigné, transporté en la maison-de-Justice audit
-Tribunal, pour l'exécution du Jugement rendu par le Tribunal
-{Cejourd'huy} contre {Marie Élizabeth Capet} qui {la} condamne à la
-peine de mort, pour les causes énoncées audit jugement, et de suite je
-l'{ai} remis{e} à l'exécuteur des jugemens criminels, et à la
-Gendarmerie qui {l'ont} conduit sur la place de {la révolution} où,
-sur un échaffaud dressé sur ladite place, {laquelle a}, en notre
-présence, subi la peine de mort; et de tout ce que dessus, ai fait et
-rédigé le présent procès-verbal, pour servir et valoir ce que de
+<p>L'an {quatre} de la République Française, le {vingt un floréal} à la
+requête du citoyen Accusateur-public près le Tribunal Révolutionnaire,
+établi au Palais, à Paris, par la loi du 10 mars 1793, sans aucun
+recours au Tribunal de cassation, lequel fait élection au Greffe dudit
+Tribunal séant au Palais; je me suis {......} Huissier-audiencier
+audit Tribunal, soussigné, transporté en la maison-de-Justice audit
+Tribunal, pour l'exécution du Jugement rendu par le Tribunal
+{Cejourd'huy} contre {Marie Élizabeth Capet} qui {la} condamne à la
+peine de mort, pour les causes énoncées audit jugement, et de suite je
+l'{ai} remis{e} à l'exécuteur des jugemens criminels, et à la
+Gendarmerie qui {l'ont} conduit sur la place de {la révolution} où,
+sur un échaffaud dressé sur ladite place, {laquelle a}, en notre
+présence, subi la peine de mort; et de tout ce que dessus, ai fait et
+rédigé le présent procès-verbal, pour servir et valoir ce que de
raison, dont acte.</p>
<p class="author">{signature}</p>
-<p>Enregistré {gratis}, à Paris, le {23 floréal} l'an {quatre} de la
-République une et indivisible.</p>
+<p>Enregistré {gratis}, à Paris, le {23 floréal} l'an {quatre} de la
+République une et indivisible.</p>
<p class="author">{signature}</p>
</div>
-<p>«Toutes les relations et tous les mémoires de ce temps s'accordent à
-dire qu'à l'instant où Madame Élisabeth reçut <span class="pagenum"><a id="page231" name="page231"></a>(p. 231)</span> le coup
-mortel, une odeur de rose se répandit sur toute la place Louis
-XV<a id="footnotetag111" name="footnotetag111"></a><a href="#footnote111" title="Go to footnote 111"><span class="smaller">[111]</span></a>.»</p>
-
-<p>A deux pas de la guillotine stationnait une charrette<a id="footnotetag112" name="footnotetag112"></a><a href="#footnote112" title="Go to footnote 112"><span class="smaller">[112]</span></a> attelée de
-deux chevaux, et contenant deux grands paniers destinés à recevoir
-l'un les corps, l'autre les têtes des suppliciés. L'horreur
-qu'éprouveront ceux qui liront ces détails, je l'éprouve avant eux en
-les écrivant. Lorsque les <span class="pagenum"><a id="page232" name="page232"></a>(p. 232)</span> bourreaux eurent jeté au panier la
-vingt-quatrième tête, qui était celle de Madame Élisabeth, ils
-étendirent son corps, couvert de ses vêtements, sur le monceau de
-cadavres entassés dans l'autre panier; il s'ensuivit que ses vêtements
-étaient à peine ensanglantés, tandis que ceux placés au fond du panier
-semblaient avoir été baignés dans le sang.</p>
+<p>«Toutes les relations et tous les mémoires de ce temps s'accordent à
+dire qu'à l'instant où Madame Élisabeth reçut <span class="pagenum"><a id="page231" name="page231"></a>(p. 231)</span> le coup
+mortel, une odeur de rose se répandit sur toute la place Louis
+XV<a id="footnotetag111" name="footnotetag111"></a><a href="#footnote111" title="Go to footnote 111"><span class="smaller">[111]</span></a>.»</p>
+
+<p>A deux pas de la guillotine stationnait une charrette<a id="footnotetag112" name="footnotetag112"></a><a href="#footnote112" title="Go to footnote 112"><span class="smaller">[112]</span></a> attelée de
+deux chevaux, et contenant deux grands paniers destinés à recevoir
+l'un les corps, l'autre les têtes des suppliciés. L'horreur
+qu'éprouveront ceux qui liront ces détails, je l'éprouve avant eux en
+les écrivant. Lorsque les <span class="pagenum"><a id="page232" name="page232"></a>(p. 232)</span> bourreaux eurent jeté au panier la
+vingt-quatrième tête, qui était celle de Madame Élisabeth, ils
+étendirent son corps, couvert de ses vêtements, sur le monceau de
+cadavres entassés dans l'autre panier; il s'ensuivit que ses vêtements
+étaient à peine ensanglantés, tandis que ceux placés au fond du panier
+semblaient avoir été baignés dans le sang.</p>
<a id="img010" name="img010"></a>
<div class="figcenter">
<img src="images/img010.jpg" width="400" height="351" alt="" title="">
-<p class="smcap">PLAN DU CIMETIÈRE DE MONCEAUX, CONNU SOUS LE NOM DE
+<p class="smcap">PLAN DU CIMETIÈRE DE MONCEAUX, CONNU SOUS LE NOM DE
CLOS DU CHRIST.</p>
</div>
<ul class="none smaller">
<li class="min1em">A. Rue des Errancis, prolongement de la rue du Rocher.</li>
<li class="min1em">B. Maison du Christ.</li>
- <li class="min1em">C. Porte condamnée.</li>
- <li class="min1em">D. Porte cochère.</li>
+ <li class="min1em">C. Porte condamnée.</li>
+ <li class="min1em">D. Porte cochère.</li>
<li class="min1em">E. Porte de la cour au jardin.</li>
- <li class="min1em">F. Porte cochère par où entraient les charrettes.</li>
- <li class="min1em">G. Endroit où l'on croyait que les restes de Madame Élisabeth
- étaient enfouis.</li>
- <li class="min1em">H. Fosse commune où reposent les victimes du 10 mai 1794.</li>
+ <li class="min1em">F. Porte cochère par où entraient les charrettes.</li>
+ <li class="min1em">G. Endroit où l'on croyait que les restes de Madame Élisabeth
+ étaient enfouis.</li>
+ <li class="min1em">H. Fosse commune où reposent les victimes du 10 mai 1794.</li>
<li class="min1em">I. Petite porte communiquant du jardin dans le clos du Christ.</li>
- <li class="min1em">K. Lieu où M. Viger de Jolival supposait que le duc d'Orléans était
- inhumé.</li>
- <li class="min1em">L. et M. Grande fosse commune où ont été ensevelies les victimes
- de la réaction thermidorienne.</li>
+ <li class="min1em">K. Lieu où M. Viger de Jolival supposait que le duc d'Orléans était
+ inhumé.</li>
+ <li class="min1em">L. et M. Grande fosse commune où ont été ensevelies les victimes
+ de la réaction thermidorienne.</li>
<li class="min1em">N. Cour.</li>
<li class="min1em">O. Jardin.</li>
<li class="min1em">P. Parc de Monceaux.</li>
<li class="min1em">Q. Maison de l'octroi.</li>
- <li class="min1em">R. Chemin de la barrière de Monceaux à celle de Clichy.</li>
- <li class="min1em">S. Barrière de Monceaux.</li>
+ <li class="min1em">R. Chemin de la barrière de Monceaux à celle de Clichy.</li>
+ <li class="min1em">S. Barrière de Monceaux.</li>
</ul>
-<p>La charrette se met en marche, escortée par la gendarmerie. La foule
-s'ouvre devant elle. Quelques cris de <em>Vive la République!</em> poussés au
-départ par un reste d'agents de la police municipale, s'éteignent
-bientôt. Le convoi marchant lentement, suit les rues des
-Champs-Élysées, de la Madeleine, de l'Arcade, de la Pologne,
-Saint-Lazare et du Rocher. Le peuple s'arrête pour le voir passer: de
-rares fenêtres légèrement entr'ouvertes laissent apercevoir le front
-de quelques personnes muettes et immobiles, peut-être agenouillées. Le
-cortége gravit très-lentement la rue du Rocher, et s'arrête un instant
-(sans doute pour laisser souffler les chevaux) à l'endroit où finit la
-montée et où cette voie quittait, à cette époque, le nom de rue du
+<p>La charrette se met en marche, escortée par la gendarmerie. La foule
+s'ouvre devant elle. Quelques cris de <em>Vive la République!</em> poussés au
+départ par un reste d'agents de la police municipale, s'éteignent
+bientôt. Le convoi marchant lentement, suit les rues des
+Champs-Élysées, de la Madeleine, de l'Arcade, de la Pologne,
+Saint-Lazare et du Rocher. Le peuple s'arrête pour le voir passer: de
+rares fenêtres légèrement entr'ouvertes laissent apercevoir le front
+de quelques personnes muettes et immobiles, peut-être agenouillées. Le
+cortége gravit très-lentement la rue du Rocher, et s'arrête un instant
+(sans doute pour laisser souffler les chevaux) à l'endroit où finit la
+montée et où cette voie quittait, à cette époque, le nom de rue du
Rocher pour prendre celui de rue des Errancis, rue n'existant alors
-qu'au tracé et conduisant à la barrière de Monceaux. A cent pas en
-deçà de cette barrière, le convoi passe entre la seule maison qui
-s'élevait sur cette route et un tas de pierres qui lui faisait face à
-droite, servant naguère de piédestal à un calvaire abattu par la
-révolution. Il arrive à la barrière, il la franchit; puis, prenant à
+qu'au tracé et conduisant à la barrière de Monceaux. A cent pas en
+deçà de cette barrière, le convoi passe entre la seule maison qui
+s'élevait sur cette route et un tas de pierres qui lui faisait face à
+droite, servant naguère de piédestal à un calvaire abattu par la
+révolution. Il arrive à la barrière, il la franchit; puis, prenant à
gauche, il tourne le dos au pavillon de l'octroi, et fait halte devant
-une porte charretière pratiquée dans le mur d'enceinte de la ville et
-marqué par la lettre F dans le plan que nous mettons ici sous les yeux
+une porte charretière pratiquée dans le mur d'enceinte de la ville et
+marqué par la lettre F dans le plan que nous mettons ici sous les yeux
du lecteur. Cette porte s'ouvre, et la charrette entre dans un enclos
-qui, depuis deux mois environ, servait de cimetière aux suppliciés du
-tribunal révolutionnaire. Le cimetière de la Madeleine, doublement
-peuplé par la faux naturelle de la mort et par le couperet de la
+qui, depuis deux mois environ, servait de cimetière aux suppliciés du
+tribunal révolutionnaire. Le cimetière de la Madeleine, doublement
+peuplé par la faux naturelle de la mort et par le couperet de la
guillotine, <span class="pagenum"><a id="page233" name="page233"></a>(p. 233)</span> n'avait plus de terre pour recouvrir les os des
-trépassés. Il y avait longtemps d'ailleurs que les habitants du
-quartier s'étaient plaints des miasmes fétides qui s'exhalaient de ce
-cimetière<a id="footnotetag113" name="footnotetag113"></a><a href="#footnote113" title="Go to footnote 113"><span class="smaller">[113]</span></a>.</p>
+trépassés. Il y avait longtemps d'ailleurs que les habitants du
+quartier s'étaient plaints des miasmes fétides qui s'exhalaient de ce
+cimetière<a id="footnotetag113" name="footnotetag113"></a><a href="#footnote113" title="Go to footnote 113"><span class="smaller">[113]</span></a>.</p>
-<p>Dès que la charrette est entrée dans le nouvel enclos, la porte se
-referme immédiatement: gendarmes et curieux se retirent; deux
+<p>Dès que la charrette est entrée dans le nouvel enclos, la porte se
+referme immédiatement: gendarmes et curieux se retirent; deux
charretiers et un commissaire de police accompagnent seuls la voiture.</p>
-<p>Ce terrain, qui, comme on le voit, s'élargissait en s'étendant vers le
-parc de Monceaux avec lequel il était contigu, était naguère consacré
-à la culture: une moitié était encore en plates-bandes, et l'autre
-conservait la trace de sillons interrompus çà et là par des tranchées
-ouvertes et dont quelques-unes avaient été remplies dans les jours
-précédents, ainsi que l'attestait la terre tout récemment remuée et
-fort mal nivelée en certains endroits, car on était pressé, et le
+<p>Ce terrain, qui, comme on le voit, s'élargissait en s'étendant vers le
+parc de Monceaux avec lequel il était contigu, était naguère consacré
+à la culture: une moitié était encore en plates-bandes, et l'autre
+conservait la trace de sillons interrompus çà et là par des tranchées
+ouvertes et dont quelques-unes avaient été remplies dans les jours
+précédents, ainsi que l'attestait la terre tout récemment remuée et
+fort mal nivelée en certains endroits, car on était pressé, et le
triangle de la guillotine allait plus vite que la pioche du
-fossoyeur. Ce champ de repos avait été inauguré le <span class="pagenum"><a id="page234" name="page234"></a>(p. 234)</span> 4 germinal
-an II (24 mars 1794) par cette fournée de victimes que Robespierre et
-Danton, malgré leur antipathie mutuelle, avaient d'un commun accord
-marquées pour l'échafaud, le jour où ils s'étaient aperçus qu'Hébert
-et ses partisans cherchaient à élever la puissance de la Commune
+fossoyeur. Ce champ de repos avait été inauguré le <span class="pagenum"><a id="page234" name="page234"></a>(p. 234)</span> 4 germinal
+an II (24 mars 1794) par cette fournée de victimes que Robespierre et
+Danton, malgré leur antipathie mutuelle, avaient d'un commun accord
+marquées pour l'échafaud, le jour où ils s'étaient aperçus qu'Hébert
+et ses partisans cherchaient à élever la puissance de la Commune
au-dessus de celle de la Convention<a id="footnotetag114" name="footnotetag114"></a><a href="#footnote114" title="Go to footnote 114"><span class="smaller">[114]</span></a>.</p>
-<p>Danton n'avait pas tardé à rejoindre dans ce lieu les adversaires
-qu'il y avait envoyés, et son cadavre y avait été apporté avec ceux
-des quatorze compagnons de mort que Robespierre lui avait donnés.</p>
+<p>Danton n'avait pas tardé à rejoindre dans ce lieu les adversaires
+qu'il y avait envoyés, et son cadavre y avait été apporté avec ceux
+des quatorze compagnons de mort que Robespierre lui avait donnés.</p>
-<p>Huit jours après, une large tranchée y avait reçu encore une bande de
-vingt et un suppliciés pour lesquels on avait inventé un nouveau
+<p>Huit jours après, une large tranchée y avait reçu encore une bande de
+vingt et un suppliciés pour lesquels on avait inventé un nouveau
crime, la <em>conspiration des prisons</em>, conspiration dans laquelle
-Chaumette se trouvait être le complice d'Arthur Dillon et de la jeune
-veuve de Camille Desmoulins; puis neuf jours à peine étaient écoulés,
-et de la guillotine était arrivée encore en cet enclos une nouvelle
-colonie funèbre, à la tête de laquelle figurait le vertueux
-Malesherbes, appuyé sur deux générations de ses enfants.</p>
-
-<p>Et maintenant voici que sous cette terre où sont déjà ensevelis
-quelques-uns des juges de son frère, la fille des Rois Très-Chrétiens
+Chaumette se trouvait être le complice d'Arthur Dillon et de la jeune
+veuve de Camille Desmoulins; puis neuf jours à peine étaient écoulés,
+et de la guillotine était arrivée encore en cet enclos une nouvelle
+colonie funèbre, à la tête de laquelle figurait le vertueux
+Malesherbes, appuyé sur deux générations de ses enfants.</p>
+
+<p>Et maintenant voici que sous cette terre où sont déjà ensevelis
+quelques-uns des juges de son frère, la fille des Rois Très-Chrétiens
vient dormir son dernier sommeil avec sa nombreuse escorte de martyrs.
-Au bord de la fosse indiquée dans le plan par la lettre H, la
-charrette s'arrête. Cette fosse, d'après les appréciations du
-fossoyeur dont nous aurons occasion de parler plus loin, a été creusée
-sur une largeur de douze à quinze pieds et autant de longueur, à
-quelques pas du petit mur qui sépare l'enclos du jardin. On procède au
-déchargement de la voiture sanglante. D'après la déclaration du
-témoin oculaire que nous venons <span class="pagenum"><a id="page235" name="page235"></a>(p. 235)</span> de citer, le corps de Madame
-Élisabeth, reconnu par les charretiers à ses vêtements et à la place
-qu'il occupait sur le sommet de la charrette, est posé le premier ou
-des premiers sur le bord de la fosse, où il est aussitôt mis à nu, car
-les barbares de ce temps-là ne respectaient ni la vie ni la mort.</p>
-
-<p>Tous les corps sont successivement dépouillés de leurs habits avant
-d'être précipités dans la fosse. Un registre est tenu de ces effets
-divers, qui doivent être ensuite remis à l'Hôtel-Dieu. De temps à
+Au bord de la fosse indiquée dans le plan par la lettre H, la
+charrette s'arrête. Cette fosse, d'après les appréciations du
+fossoyeur dont nous aurons occasion de parler plus loin, a été creusée
+sur une largeur de douze à quinze pieds et autant de longueur, à
+quelques pas du petit mur qui sépare l'enclos du jardin. On procède au
+déchargement de la voiture sanglante. D'après la déclaration du
+témoin oculaire que nous venons <span class="pagenum"><a id="page235" name="page235"></a>(p. 235)</span> de citer, le corps de Madame
+Élisabeth, reconnu par les charretiers à ses vêtements et à la place
+qu'il occupait sur le sommet de la charrette, est posé le premier ou
+des premiers sur le bord de la fosse, où il est aussitôt mis à nu, car
+les barbares de ce temps-là ne respectaient ni la vie ni la mort.</p>
+
+<p>Tous les corps sont successivement dépouillés de leurs habits avant
+d'être précipités dans la fosse. Un registre est tenu de ces effets
+divers, qui doivent être ensuite remis à l'Hôtel-Dieu. De temps à
autre les fossoyeurs descendent dans la fosse pour ranger les
-cadavres, afin qu'ils n'y soient pas trop entassés: ils placent
-alternativement un corps, le tronc tourné du côté du mur, et un autre,
-le tronc vers le milieu de la fosse; il y avait par conséquent, dans
+cadavres, afin qu'ils n'y soient pas trop entassés: ils placent
+alternativement un corps, le tronc tourné du côté du mur, et un autre,
+le tronc vers le milieu de la fosse; il y avait par conséquent, dans
sa largeur, deux rangs de corps par couche horizontale. Afin de
-ménager l'emplacement, on étend sur ce premier rang horizontal
-d'autres couches de cadavres, placés comme les premiers, c'est-à-dire
-le haut du corps et les pieds en sens opposés; chaque couche de corps
+ménager l'emplacement, on étend sur ce premier rang horizontal
+d'autres couches de cadavres, placés comme les premiers, c'est-à-dire
+le haut du corps et les pieds en sens opposés; chaque couche de corps
est recouverte d'environ six pouces de terre, et les fosses sont
-recouvertes d'environ trois pieds de terre dans la partie supérieure.
-Le corps de Madame Élisabeth, toujours d'après le témoignage du
-fossoyeur, doit être couché sur le ventre, dans le fond de la fosse,
-du côté le plus rapproché du mur.</p>
-
-<p>Les têtes ayant été placées indistinctement dans les vides, le
-fossoyeur n'a pu indiquer où pouvait être enfouie celle de Madame
-Élisabeth. On verra dans l'Appendice que nous donnons à la fin du
-volume, avant les Pièces justificatives, la correspondance à laquelle
-ont donné lieu les recherches qui ont été faites en 1817 pour
-retrouver les dépouilles de Madame Élisabeth: ces pièces
-administratives peuvent seules donner une idée des horribles détails
+recouvertes d'environ trois pieds de terre dans la partie supérieure.
+Le corps de Madame Élisabeth, toujours d'après le témoignage du
+fossoyeur, doit être couché sur le ventre, dans le fond de la fosse,
+du côté le plus rapproché du mur.</p>
+
+<p>Les têtes ayant été placées indistinctement dans les vides, le
+fossoyeur n'a pu indiquer où pouvait être enfouie celle de Madame
+Élisabeth. On verra dans l'Appendice que nous donnons à la fin du
+volume, avant les Pièces justificatives, la correspondance à laquelle
+ont donné lieu les recherches qui ont été faites en 1817 pour
+retrouver les dépouilles de Madame Élisabeth: ces pièces
+administratives peuvent seules donner une idée des horribles détails
d'une telle inhumation.</p>
-<p>La nouvelle du meurtre de Madame Élisabeth avait ému l'Europe; mais
+<p>La nouvelle du meurtre de Madame Élisabeth avait ému l'Europe; mais
chez aucun peuple, dans aucune famille, <span class="pagenum"><a id="page236" name="page236"></a>(p. 236)</span> la douleur n'avait
-été plus profonde qu'à la cour de Turin. Le prince et la princesse de
-Piémont espéraient que le meurtre du Roi et de la Reine de France
-avait assouvi la colère de la révolution, et malgré les épouvantes
-qu'inspirait la tyrannie de la démagogie, ils s'étaient persuadé que
-Madame Élisabeth n'en serait pas victime. S'il était en France une
-personne que l'affection de Clotilde distinguât de toutes les autres,
-c'était assurément sa s&oelig;ur, sa première amie, qu'elle avait élevée
+été plus profonde qu'à la cour de Turin. Le prince et la princesse de
+Piémont espéraient que le meurtre du Roi et de la Reine de France
+avait assouvi la colère de la révolution, et malgré les épouvantes
+qu'inspirait la tyrannie de la démagogie, ils s'étaient persuadé que
+Madame Élisabeth n'en serait pas victime. S'il était en France une
+personne que l'affection de Clotilde distinguât de toutes les autres,
+c'était assurément sa s&oelig;ur, sa première amie, qu'elle avait élevée
par l'exemple autant que madame de Mackau par les conseils. Les
-souvenirs de l'enfance, la communauté de la foi, les déceptions de la
-vie, les terreurs et les deuils des dernières années, tout avait
-concouru à resserrer pour elles les liens du sang, et à les attacher
-plus étroitement l'une à l'autre.</p>
-
-<p>Le prince de Piémont fut instruit avant sa femme du meurtre de Madame
-Élisabeth. Ce prince, qui partageait la piété et tous les sentiments
-de famille de sa compagne, se présente devant elle, le front incliné,
-les yeux humides et le crucifix à la main, et lui dit ces simples
-paroles: «Il faut faire un grand sacrifice.»</p>
-
-<p>Clotilde avait compris. Les déchirements de son c&oelig;ur lui avaient
-dit que sa s&oelig;ur n'était plus.</p>
-
-<p>«Clotilde triomphant aussitôt d'elle-même, rapporte l'historien de sa
-vie<a id="footnotetag115" name="footnotetag115"></a><a href="#footnote115" title="Go to footnote 115"><span class="smaller">[115]</span></a>, éleva ses yeux vers le ciel, et adorant Dieu et ses
-incompréhensibles décrets, répondit sans différer, avec une présence
-d'esprit admirable: «Le sacrifice en est fait.» Il est vrai qu'elle
-eut à peine prononcé ces édifiantes paroles qu'elle s'évanouit, et cet
-évanouissement, dont elle ne fut pas la maîtresse, nous paraît être
+souvenirs de l'enfance, la communauté de la foi, les déceptions de la
+vie, les terreurs et les deuils des dernières années, tout avait
+concouru à resserrer pour elles les liens du sang, et à les attacher
+plus étroitement l'une à l'autre.</p>
+
+<p>Le prince de Piémont fut instruit avant sa femme du meurtre de Madame
+Élisabeth. Ce prince, qui partageait la piété et tous les sentiments
+de famille de sa compagne, se présente devant elle, le front incliné,
+les yeux humides et le crucifix à la main, et lui dit ces simples
+paroles: «Il faut faire un grand sacrifice.»</p>
+
+<p>Clotilde avait compris. Les déchirements de son c&oelig;ur lui avaient
+dit que sa s&oelig;ur n'était plus.</p>
+
+<p>«Clotilde triomphant aussitôt d'elle-même, rapporte l'historien de sa
+vie<a id="footnotetag115" name="footnotetag115"></a><a href="#footnote115" title="Go to footnote 115"><span class="smaller">[115]</span></a>, éleva ses yeux vers le ciel, et adorant Dieu et ses
+incompréhensibles décrets, répondit sans différer, avec une présence
+d'esprit admirable: «Le sacrifice en est fait.» Il est vrai qu'elle
+eut à peine prononcé ces édifiantes paroles qu'elle s'évanouit, et cet
+évanouissement, dont elle ne fut pas la maîtresse, nous paraît être
une nouvelle preuve de sa force et de sa vertu, puisqu'en attestant sa
-sensibilité, il attestait aussi la violence qu'elle avait dû se faire
-pour étouffer la voix du sang et les plaintes de la <span class="pagenum"><a id="page237" name="page237"></a>(p. 237)</span> nature.
-Au reste, revenue à elle, elle reprit son premier calme, et quelques
-moments après, appelée comme à l'ordinaire pour se mettre à table avec
-la famille royale, elle y alla avec courage et maîtrisa son trouble,
-cacha sous son front serein la tristesse dont elle était pénétrée.
-Tous ceux qui étaient présents en furent attendris et édifiés.</p>
-
-<p>»Une procession publique de pénitence avait déjà été annoncée pour ce
-jour-là: on voulait la renvoyer, ou du moins empêcher la princesse d'y
-assister; mais elle ne céda rien, et persista à vouloir la suivre avec
-les autres. La douleur de son âme était peinte sur son visage, et elle
+sensibilité, il attestait aussi la violence qu'elle avait dû se faire
+pour étouffer la voix du sang et les plaintes de la <span class="pagenum"><a id="page237" name="page237"></a>(p. 237)</span> nature.
+Au reste, revenue à elle, elle reprit son premier calme, et quelques
+moments après, appelée comme à l'ordinaire pour se mettre à table avec
+la famille royale, elle y alla avec courage et maîtrisa son trouble,
+cacha sous son front serein la tristesse dont elle était pénétrée.
+Tous ceux qui étaient présents en furent attendris et édifiés.</p>
+
+<p>»Une procession publique de pénitence avait déjà été annoncée pour ce
+jour-là: on voulait la renvoyer, ou du moins empêcher la princesse d'y
+assister; mais elle ne céda rien, et persista à vouloir la suivre avec
+les autres. La douleur de son âme était peinte sur son visage, et elle
n'en poursuivait pas moins son chemin avec le plus profond
recueillement. Ceux qui la voyaient passer pleuraient de tendresse et
-de compassion, tandis que n'accordant rien à l'humanité, elle ne
-versait pas une larme, elle n'interrompait point ses prières. Une de
-ses femmes de chambre marchait derrière elle pour être plus à portée
-de la secourir si elle se trouvait incommodée, comme on avait lieu de
+de compassion, tandis que n'accordant rien à l'humanité, elle ne
+versait pas une larme, elle n'interrompait point ses prières. Une de
+ses femmes de chambre marchait derrière elle pour être plus à portée
+de la secourir si elle se trouvait incommodée, comme on avait lieu de
le craindre; mais elle eut la force de faire toutes les stations, et
-arrivée à l'église des Pères Philippins, elle leur annonça elle-même
-la fin déplorable de sa s&oelig;ur, et d'un &oelig;il sec, leur demanda pour
-elle l'assistance de leurs prières.</p>
-
-<p>»Il est cependant un degré au-dessus duquel ne put s'élever la vertu:
-Clotilde avait combattu et triomphé; mais ce combat intérieur avait
-été si violent, il lui en avait tant coûté pour remporter la victoire,
-que le tour de la procession terminé, elle se trouva dans un
-épuisement total; ses pieds ne pouvaient plus la soutenir, et, rentrée
-dans son appartement, elle fut obligée de se mettre au lit.</p>
-
-<p>»Dès ce moment elle ne parla plus de Madame Élisabeth que pour
-rappeler les belles qualités dont elle était ornée et faire l'éloge de
+arrivée à l'église des Pères Philippins, elle leur annonça elle-même
+la fin déplorable de sa s&oelig;ur, et d'un &oelig;il sec, leur demanda pour
+elle l'assistance de leurs prières.</p>
+
+<p>»Il est cependant un degré au-dessus duquel ne put s'élever la vertu:
+Clotilde avait combattu et triomphé; mais ce combat intérieur avait
+été si violent, il lui en avait tant coûté pour remporter la victoire,
+que le tour de la procession terminé, elle se trouva dans un
+épuisement total; ses pieds ne pouvaient plus la soutenir, et, rentrée
+dans son appartement, elle fut obligée de se mettre au lit.</p>
+
+<p>»Dès ce moment elle ne parla plus de Madame Élisabeth que pour
+rappeler les belles qualités dont elle était ornée et faire l'éloge de
ses vertus. Elle garda aussi sur ses bourreaux un silence profond,
-voyant dans ce tragique événement <span class="pagenum"><a id="page238" name="page238"></a>(p. 238)</span> un de ces coups que la
-Providence divine frappe quelquefois pour purifier les âmes; et étant
-d'ailleurs persuadée que l'esprit humain ne peut sonder les décrets
-éternels, et que souvent ce qui nous fait le plus de peine est
-précisément ce qui doit le plus contribuer à notre bien spirituel.
-Elle voulut avoir une copie de la prière que l'illustre victime avait
-composée elle-même, récitée tous les jours de sa longue captivité, et
-répétée encore au pied de l'horrible échafaud<a id="footnotetag116" name="footnotetag116"></a><a href="#footnote116" title="Go to footnote 116"><span class="smaller">[116]</span></a>.»</p>
+voyant dans ce tragique événement <span class="pagenum"><a id="page238" name="page238"></a>(p. 238)</span> un de ces coups que la
+Providence divine frappe quelquefois pour purifier les âmes; et étant
+d'ailleurs persuadée que l'esprit humain ne peut sonder les décrets
+éternels, et que souvent ce qui nous fait le plus de peine est
+précisément ce qui doit le plus contribuer à notre bien spirituel.
+Elle voulut avoir une copie de la prière que l'illustre victime avait
+composée elle-même, récitée tous les jours de sa longue captivité, et
+répétée encore au pied de l'horrible échafaud<a id="footnotetag116" name="footnotetag116"></a><a href="#footnote116" title="Go to footnote 116"><span class="smaller">[116]</span></a>.»</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page239" name="page239"></a>(p. 239)</span> La fatale nouvelle circulait et faisait partout couler bien
-des larmes, mais nulle part peut-être plus qu'au château de Wartegg,
-près de Rohrschak, dans le canton de Saint-Gall en Suisse<a id="footnotetag117" name="footnotetag117"></a><a href="#footnote117" title="Go to footnote 117"><span class="smaller">[117]</span></a>, où
-vivait retirée la famille de Bombelles. Sans être parfaitement
-rassurée sur le sort de la princesse, elle s'était attachée avec
-ardeur à cette pensée que la perversité humaine s'arrêterait devant un
+des larmes, mais nulle part peut-être plus qu'au château de Wartegg,
+près de Rohrschak, dans le canton de Saint-Gall en Suisse<a id="footnotetag117" name="footnotetag117"></a><a href="#footnote117" title="Go to footnote 117"><span class="smaller">[117]</span></a>, où
+vivait retirée la famille de Bombelles. Sans être parfaitement
+rassurée sur le sort de la princesse, elle s'était attachée avec
+ardeur à cette pensée que la perversité humaine s'arrêterait devant un
crime non-seulement si odieux, mais si inutile.</p>
-<p>Le journal qui en contient le récit arrive un matin au château, et à
+<p>Le journal qui en contient le récit arrive un matin au château, et à
l'instant le meurtre est su de tout le monde. Madame de Bombelles
seule, qui est encore au lit, ne le sait pas. Un domestique entre dans
-son appartement; ses larmes et le nom de Madame Élisabeth qu'il
+son appartement; ses larmes et le nom de Madame Élisabeth qu'il
prononce ont tout fait comprendre. Madame de Bombelles jette un cri et
tombe sur son oreiller, sans mouvement et sans vie. Son mari accourt,
l'environne de soins; elle respire et fait un effort pour se relever,
-mais le choc terrible que lui a imprimé la fatale nouvelle a pour
-ainsi dire faussé chez elle les ressorts de la nature, et un rire
-effrayant éclate sur ses lèvres plissées et tordues par la douleur. A
-l'aspect de cet accès de démence, une sorte d'intuition venue du
-c&oelig;ur inspire à M. de Bombelles le seul moyen peut-être qui pût
-<span class="pagenum"><a id="page240" name="page240"></a>(p. 240)</span> rappeler la nature à elle-même. «Ses enfants! s'écrie-t-il,
-vite ses enfants!»&mdash;Ses enfants, qui savent déjà que le bourreau vient
-de leur prendre une mère, accourent et se précipitent sur le lit de
-celle qu'ils sont menacés de perdre encore. Leur effroi, leurs cris,
-leurs larmes, le nom d'Élisabeth prononcé au milieu des sanglots,
-cette scène déchirante où la tendresse et le désespoir mêlent et
-confondent leurs plus douces émotions et leurs plus terribles
+mais le choc terrible que lui a imprimé la fatale nouvelle a pour
+ainsi dire faussé chez elle les ressorts de la nature, et un rire
+effrayant éclate sur ses lèvres plissées et tordues par la douleur. A
+l'aspect de cet accès de démence, une sorte d'intuition venue du
+c&oelig;ur inspire à M. de Bombelles le seul moyen peut-être qui pût
+<span class="pagenum"><a id="page240" name="page240"></a>(p. 240)</span> rappeler la nature à elle-même. «Ses enfants! s'écrie-t-il,
+vite ses enfants!»&mdash;Ses enfants, qui savent déjà que le bourreau vient
+de leur prendre une mère, accourent et se précipitent sur le lit de
+celle qu'ils sont menacés de perdre encore. Leur effroi, leurs cris,
+leurs larmes, le nom d'Élisabeth prononcé au milieu des sanglots,
+cette scène déchirante où la tendresse et le désespoir mêlent et
+confondent leurs plus douces émotions et leurs plus terribles
angoisses, finissent par ramener madame de Bombelles au sentiment vrai
de son inconsolable douleur.</p>
-<p>Le château de Wartegg prit le deuil: père, mère, enfants, ne pouvaient
-se regarder sans verser des larmes; le souvenir de Madame Élisabeth
-devint l'entretien incessant de cette famille éplorée. Privée de sa
-fortune par la révolution, elle vivait à l'étranger des libéralités de
-la maison royale de Naples, que le malheur força bientôt à se réduire
-elle-même. Les événements qui suivirent obligèrent madame de Bombelles
-à quitter la Suisse. Elle se rendit dans le village de Menowitz, aux
-environs de Brünn, en Moravie, et peu de temps après dans la ville
-même de Brünn. Les années s'écoulèrent sans adoucir ses regrets, la
-mémoire de sa royale amie remplissait toutes ses pensées et inspirait
-toutes ses actions. Elle avait à peine le nécessaire, et elle trouvait
+<p>Le château de Wartegg prit le deuil: père, mère, enfants, ne pouvaient
+se regarder sans verser des larmes; le souvenir de Madame Élisabeth
+devint l'entretien incessant de cette famille éplorée. Privée de sa
+fortune par la révolution, elle vivait à l'étranger des libéralités de
+la maison royale de Naples, que le malheur força bientôt à se réduire
+elle-même. Les événements qui suivirent obligèrent madame de Bombelles
+à quitter la Suisse. Elle se rendit dans le village de Menowitz, aux
+environs de Brünn, en Moravie, et peu de temps après dans la ville
+même de Brünn. Les années s'écoulèrent sans adoucir ses regrets, la
+mémoire de sa royale amie remplissait toutes ses pensées et inspirait
+toutes ses actions. Elle avait à peine le nécessaire, et elle trouvait
le moyen d'ouvrir autour d'elle cette source de bonnes &oelig;uvres dont
-Madame Élisabeth lui avait donné le secret. A la suite d'une couche
-malheureuse, elle mourut au mois de septembre 1800, à l'âge de
-trente-huit ans, dans cette ville de Brünn, témoin de ses vertus et de
-sa charité, et où sa mémoire est demeurée en vénération<a id="footnotetag118" name="footnotetag118"></a><a href="#footnote118" title="Go to footnote 118"><span class="smaller">[118]</span></a>.</p>
+Madame Élisabeth lui avait donné le secret. A la suite d'une couche
+malheureuse, elle mourut au mois de septembre 1800, à l'âge de
+trente-huit ans, dans cette ville de Brünn, témoin de ses vertus et de
+sa charité, et où sa mémoire est demeurée en vénération<a id="footnotetag118" name="footnotetag118"></a><a href="#footnote118" title="Go to footnote 118"><span class="smaller">[118]</span></a>.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page241" name="page241"></a>(p. 241)</span> On comprend la profonde affliction que durent ressentir les
-autres amies de Madame Élisabeth, et en particulier <span class="pagenum"><a id="page242" name="page242"></a>(p. 242)</span> madame de
+autres amies de Madame Élisabeth, et en particulier <span class="pagenum"><a id="page242" name="page242"></a>(p. 242)</span> madame de
Raigecourt et madame des Montiers. Madame de Raigecourt, qui crut
-devoir envoyer ses respectueuses condoléances à Madame Royale, sortie
-sept mois après de la prison du Temple, reçut d'elle la lettre
-suivante, datée de Vienne:</p>
+devoir envoyer ses respectueuses condoléances à Madame Royale, sortie
+sept mois après de la prison du Temple, reçut d'elle la lettre
+suivante, datée de Vienne:</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">«12 mars 1796.</p>
-
-<p>»Madame, votre visage ni votre nom assurément ne me sont
- inconnus; on a du plaisir à se rappeler les personnes fidèles, et
- vous êtes du nombre: je sais bien l'attachement que vous aviez
- pour ma vertueuse tante Élisabeth; elle vous aimait beaucoup
- aussi, et m'a souvent parlé de vous et du chagrin qu'elle avait
- d'être séparée de vous. Je vous remercie de la joie que vous
- témoignez de ma délivrance, c'est un miracle que le ciel
- réservait à l'Empereur, et dont je serai toujours reconnaissante.
- Je sais que vous n'êtes sortie que par l'ordre de ma tante; je
- partage tous les tourments que vous avez soufferts, et assurément
- je prendrai toujours le plus grand intérêt à tout ce qui vous
- arrive comme à l'amie de ma chère tante Élisabeth. Vous me dites
+<p class="date">«12 mars 1796.</p>
+
+<p>»Madame, votre visage ni votre nom assurément ne me sont
+ inconnus; on a du plaisir à se rappeler les personnes fidèles, et
+ vous êtes du nombre: je sais bien l'attachement que vous aviez
+ pour ma vertueuse tante Élisabeth; elle vous aimait beaucoup
+ aussi, et m'a souvent parlé de vous et du chagrin qu'elle avait
+ d'être séparée de vous. Je vous remercie de la joie que vous
+ témoignez de ma délivrance, c'est un miracle que le ciel
+ réservait à l'Empereur, et dont je serai toujours reconnaissante.
+ Je sais que vous n'êtes sortie que par l'ordre de ma tante; je
+ partage tous les tourments que vous avez soufferts, et assurément
+ je prendrai toujours le plus grand intérêt à tout ce qui vous
+ arrive comme à l'amie de ma chère tante Élisabeth. Vous me dites
que vous avez un de ses portraits bien ressemblant; je voudrais
que vous me le fissiez passer; je vous promets de vous le rendre;
- je vous prie de l'envoyer sûrement à l'évêque de Nancy, qui est
- chargé de mes affaires ici.</p>
+ je vous prie de l'envoyer sûrement à l'évêque de Nancy, qui est
+ chargé de mes affaires ici.</p>
-<p class="author">»<span class="smcap">Marie-Thérèse</span> de France.»</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Marie-Thérèse</span> de France.»</p>
</div>
-<p class="p2">De son côté madame des Montiers avait écrit au comte de Provence pour
-lui exprimer la part bien vive qu'elle prenait à ses douleurs
-fraternelles. Le prince lui répondit de sa main:</p>
+<p class="p2">De son côté madame des Montiers avait écrit au comte de Provence pour
+lui exprimer la part bien vive qu'elle prenait à ses douleurs
+fraternelles. Le prince lui répondit de sa main:</p>
<div class="lettre">
-<p class="date"><span class="pagenum"><a id="page243" name="page243"></a>(p. 243)</span> «A Vérone, ce 30 mai 1794.</p>
+<p class="date"><span class="pagenum"><a id="page243" name="page243"></a>(p. 243)</span> «A Vérone, ce 30 mai 1794.</p>
-<p>«Si je puis éprouver, Madame, quelque consolation dans ma juste et
-profonde douleur, c'est en pensant qu'elle est partagée par les
-personnes qui veulent bien avoir quelque bonté pour moi. Personne ne
-sait mieux que moi combien ma pauvre s&oelig;ur avoit d'amitié pour vous,
+<p>«Si je puis éprouver, Madame, quelque consolation dans ma juste et
+profonde douleur, c'est en pensant qu'elle est partagée par les
+personnes qui veulent bien avoir quelque bonté pour moi. Personne ne
+sait mieux que moi combien ma pauvre s&oelig;ur avoit d'amitié pour vous,
ni combien vous l'aimiez, et je juge de votre douleur par celle que je
-ressens moi-même. Puisse l'attachement aussi pur qu'invariable que
-vous me connoissez pour vous, vous être de quelque consolation! Soyez
-au moins bien persuadée que c'en sera une pour moi, dans des temps
+ressens moi-même. Puisse l'attachement aussi pur qu'invariable que
+vous me connoissez pour vous, vous être de quelque consolation! Soyez
+au moins bien persuadée que c'en sera une pour moi, dans des temps
plus heureux, de faire tous mes efforts pour vous adoucir la cruelle
-et irréparable perte que nous venons de faire.</p>
+et irréparable perte que nous venons de faire.</p>
-<p>»Adieu, Madame, recevez avec votre bonté ordinaire l'assurance des
-tendres et respectueux sentiments que je vous ai voués, et qui
+<p>»Adieu, Madame, recevez avec votre bonté ordinaire l'assurance des
+tendres et respectueux sentiments que je vous ai voués, et qui
dureront autant que ma vie.</p>
-<p class="authorsc">»Louis-Stanislas-Xavier.»</p>
+<p class="authorsc">»Louis-Stanislas-Xavier.»</p>
</div>
-<p class="p2">Les regrets exprimés ici par un frère de Madame Élisabeth ne font pas
+<p class="p2">Les regrets exprimés ici par un frère de Madame Élisabeth ne font pas
oublier ceux que les plus humbles serviteurs de cette princesse lui
-conservèrent jusqu'à leurs derniers jours. Jacques et Marie n'avaient
-cessé, tant qu'ils l'avaient pu, d'être fidèles à l'ordre établi à
-Montreuil par leur royale maîtresse; mais, après le 10 août, la
-famille royale ayant été conduite au Temple, la Commune
-révolutionnaire de Versailles ne tarda point à s'emparer de cette
+conservèrent jusqu'à leurs derniers jours. Jacques et Marie n'avaient
+cessé, tant qu'ils l'avaient pu, d'être fidèles à l'ordre établi à
+Montreuil par leur royale maîtresse; mais, après le 10 août, la
+famille royale ayant été conduite au Temple, la Commune
+révolutionnaire de Versailles ne tarda point à s'emparer de cette
demeure de Montreuil que les pauvres avaient pris coutume de regarder
-comme la maison nourricière de leurs enfants. Jacques et Marie, qui
-savaient peu dissimuler leurs sentiments et dont l'origine helvétique
-était un crime aux yeux des révolutionnaires, furent arrêtés et mis en
-prison, où ils furent longtemps oubliés. Ils en sortirent au mois de
-ventôse an II, et sollicitèrent la bienfaisance des directeurs du
-district <span class="pagenum"><a id="page244" name="page244"></a>(p. 244)</span> de Versailles<a id="footnotetag119" name="footnotetag119"></a><a href="#footnote119" title="Go to footnote 119"><span class="smaller">[119]</span></a>. Leur extrême misère éveilla la
-pitié des magistrats de ce temps, qui déclarèrent que leur détention
-avait été une injustice et qu'ils avaient droit à des indemnités.
-Malgré nos persévérantes recherches, il nous a été impossible de
-trouver la preuve qu'un secours quelconque leur ait été accordé, et
-nous ne pouvons dire comment ils parvinrent à traverser la France et à
-regagner, avec leur enfant, l'heureuse contrée où ils avaient échangé
-leurs premières paroles d'amour. L'honneur d'avoir appartenu <span class="pagenum"><a id="page245" name="page245"></a>(p. 245)</span>
-à Madame Élisabeth les environna de l'estime et de l'intérêt de tous
-les habitants de Bulle. La révolution, qu'ils avaient cru fuir, vint
+comme la maison nourricière de leurs enfants. Jacques et Marie, qui
+savaient peu dissimuler leurs sentiments et dont l'origine helvétique
+était un crime aux yeux des révolutionnaires, furent arrêtés et mis en
+prison, où ils furent longtemps oubliés. Ils en sortirent au mois de
+ventôse an II, et sollicitèrent la bienfaisance des directeurs du
+district <span class="pagenum"><a id="page244" name="page244"></a>(p. 244)</span> de Versailles<a id="footnotetag119" name="footnotetag119"></a><a href="#footnote119" title="Go to footnote 119"><span class="smaller">[119]</span></a>. Leur extrême misère éveilla la
+pitié des magistrats de ce temps, qui déclarèrent que leur détention
+avait été une injustice et qu'ils avaient droit à des indemnités.
+Malgré nos persévérantes recherches, il nous a été impossible de
+trouver la preuve qu'un secours quelconque leur ait été accordé, et
+nous ne pouvons dire comment ils parvinrent à traverser la France et à
+regagner, avec leur enfant, l'heureuse contrée où ils avaient échangé
+leurs premières paroles d'amour. L'honneur d'avoir appartenu <span class="pagenum"><a id="page245" name="page245"></a>(p. 245)</span>
+à Madame Élisabeth les environna de l'estime et de l'intérêt de tous
+les habitants de Bulle. La révolution, qu'ils avaient cru fuir, vint
les trouver dans leur pays natal<a id="footnotetag120" name="footnotetag120"></a><a href="#footnote120" title="Go to footnote 120"><span class="smaller">[120]</span></a>; mais leur union tranquille n'en
-fut pas troublée. Jacques et Marie ne cessèrent point de pleurer leur
-bienfaitrice, sur laquelle <span class="pagenum"><a id="page246" name="page246"></a>(p. 246)</span> chaque jour on se plaisait à les
-interroger. Ils apprirent à leurs enfants à prier pour elle et à bénir
-sa mémoire. Dieu ne voulut pas que ces deux êtres, qui avaient tant
-souffert ici-bas de leur première séparation, fussent séparés
-longtemps dans un monde meilleur. Marie mourut la première; elle
+fut pas troublée. Jacques et Marie ne cessèrent point de pleurer leur
+bienfaitrice, sur laquelle <span class="pagenum"><a id="page246" name="page246"></a>(p. 246)</span> chaque jour on se plaisait à les
+interroger. Ils apprirent à leurs enfants à prier pour elle et à bénir
+sa mémoire. Dieu ne voulut pas que ces deux êtres, qui avaient tant
+souffert ici-bas de leur première séparation, fussent séparés
+longtemps dans un monde meilleur. Marie mourut la première; elle
mourut le 5 janvier 1835<a id="footnotetag121" name="footnotetag121"></a><a href="#footnote121" title="Go to footnote 121"><span class="smaller">[121]</span></a>; Jacques alla la rejoindre le 2
-septembre de l'année suivante<a id="footnotetag122" name="footnotetag122"></a><a href="#footnote122" title="Go to footnote 122"><span class="smaller">[122]</span></a>.</p>
-
-<p>Montreuil avait perdu la maison hospitalière où tous les enfants
-étaient assurés de trouver leur nourriture. Le district de Versailles,
-n'ignorant pas le regret et la gêne que causait à tant de familles le
-tarissement de cette source de secours toujours ouverte à leurs
-besoins, crut devoir prendre un arrêté qui convertissait en hospice la
-maison Élisabeth. C'était rendre un hommage involontaire à la bonté de
+septembre de l'année suivante<a id="footnotetag122" name="footnotetag122"></a><a href="#footnote122" title="Go to footnote 122"><span class="smaller">[122]</span></a>.</p>
+
+<p>Montreuil avait perdu la maison hospitalière où tous les enfants
+étaient assurés de trouver leur nourriture. Le district de Versailles,
+n'ignorant pas le regret et la gêne que causait à tant de familles le
+tarissement de cette source de secours toujours ouverte à leurs
+besoins, crut devoir prendre un arrêté qui convertissait en hospice la
+maison Élisabeth. C'était rendre un hommage involontaire à la bonté de
cette princesse, qui avait fait de sa demeure le point de mire vers
lequel se tournaient toutes les souffrances, de sorte qu'on ne faisait
-que continuer ses traditions en la transformant en Hôtel-Dieu. Mais
-cette mesure, fort belle sur le papier, ne reçut aucune exécution;
-l'asile de Montreuil demeura sombre et muet: l'âme de la charité était
+que continuer ses traditions en la transformant en Hôtel-Dieu. Mais
+cette mesure, fort belle sur le papier, ne reçut aucune exécution;
+l'asile de Montreuil demeura sombre et muet: l'âme de la charité était
absente.</p>
-<p>Dans la maison Élisabeth (c'est ainsi que l'on continuait de
-l'appeler) restèrent installés les anciens serviteurs de la princesse,
-ainsi que les gardiens des scellés que la révolution y avait envoyés.</p>
+<p>Dans la maison Élisabeth (c'est ainsi que l'on continuait de
+l'appeler) restèrent installés les anciens serviteurs de la princesse,
+ainsi que les gardiens des scellés que la révolution y avait envoyés.</p>
<p>En vertu d'une loi du 7 messidor an III (jeudi 25 juin 1795), portant
-qu'une horlogerie automatique serait sans délai formée à Versailles,
-Charles Delacroix, représentant du peuple, en mission dans le
-département de Seine-et-Oise, <em>arrêta, le 29 brumaire an IV</em> (20
-novembre 1795), <em>que la maison dite Élisabeth, l'orangerie et la
-vacherie qui en dépendent, les cours et terrains situés entre lesdits
-<span class="pagenum"><a id="page247" name="page247"></a>(p. 247)</span> bâtiments, seraient affectés</em> à cet établissement, placé sous
+qu'une horlogerie automatique serait sans délai formée à Versailles,
+Charles Delacroix, représentant du peuple, en mission dans le
+département de Seine-et-Oise, <em>arrêta, le 29 brumaire an IV</em> (20
+novembre 1795), <em>que la maison dite Élisabeth, l'orangerie et la
+vacherie qui en dépendent, les cours et terrains situés entre lesdits
+<span class="pagenum"><a id="page247" name="page247"></a>(p. 247)</span> bâtiments, seraient affectés</em> à cet établissement, placé sous
la direction des citoyens Lemaire et Glaesner<a id="footnotetag123" name="footnotetag123"></a><a href="#footnote123" title="Go to footnote 123"><span class="smaller">[123]</span></a>.</p>
-<p>Malgré la jouissance gratuite de ces bâtiments et terrains concédés
+<p>Malgré la jouissance gratuite de ces bâtiments et terrains concédés
pendant quinze ans, la manufacture d'horlogerie, qui devait recevoir
-chaque année cent élèves, ne prospéra point; elle fut supprimée par un
-arrêté du Premier Consul, daté du 17 ventôse an IX<a id="footnotetag124" name="footnotetag124"></a><a href="#footnote124" title="Go to footnote 124"><span class="smaller">[124]</span></a> (8 mars 1801),
-et mise à la disposition de la régie du domaine national et de
+chaque année cent élèves, ne prospéra point; elle fut supprimée par un
+arrêté du Premier Consul, daté du 17 ventôse an IX<a id="footnotetag124" name="footnotetag124"></a><a href="#footnote124" title="Go to footnote 124"><span class="smaller">[124]</span></a> (8 mars 1801),
+et mise à la disposition de la régie du domaine national et de
l'enregistrement.</p>
-<p>L'architecte du palais national de Versailles ayant déclaré que la
-maison Élisabeth <em>étoit tellement endommagée qu'il faudroit employer
-une somme de 25,000 francs pour sa réparation, et la régie, de son
-côté, ayant observé que, vu le grand nombre des bâtiments inoccupés
+<p>L'architecte du palais national de Versailles ayant déclaré que la
+maison Élisabeth <em>étoit tellement endommagée qu'il faudroit employer
+une somme de 25,000 francs pour sa réparation, et la régie, de son
+côté, ayant observé que, vu le grand nombre des bâtiments inoccupés
dans cette ville, les locations de ladite maison y seroient difficiles
-et d'un foible produit</em>, on en conclut qu'il était plus avantageux de
-la vendre dans l'état où elle se trouvait que de la réparer<a id="footnotetag125" name="footnotetag125"></a><a href="#footnote125" title="Go to footnote 125"><span class="smaller">[125]</span></a>.
-Cette proposition fut agréée par l'autorité supérieure; la vente aux
-enchères fut annoncée pour le 27 messidor de l'an X (vendredi 16
-juillet 1802), et la maison Élisabeth, avec ses dépendances, fut
-adjugée <em>moyennant les prix et somme de 75,900 francs, au citoyen
-Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant à Paris, rue de
-l'Université, n<sup>o</sup> 269</em><a id="footnotetag126" name="footnotetag126"></a><a href="#footnote126" title="Go to footnote 126"><span class="smaller">[126]</span></a>.</p>
-
-<p>Avant son aliénation définitive, la demeure de Madame Élisabeth avait
-été condamnée à la stérilité. Dès le mois d'octobre 1792, ses vaches
-nourricières avaient été vendues; ses belles fleurs, orgueil de ses
-jardins, avaient été enlevées et dispersées<a id="footnotetag127" name="footnotetag127"></a><a href="#footnote127" title="Go to footnote 127"><span class="smaller">[127]</span></a>. Sa maison, d'abord
-mais inutilement désignée pour devenir un hospice, puis consacrée à
-une institution industrielle, avait subi des dégradations déplorables,
-sans servir à des travaux utiles.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page248" name="page248"></a>(p. 248)</span> Un triste et invincible attrait nous ramène à ce cimetière où
-gisent les restes vénérables de Madame Élisabeth, et qui, pendant la
-période révolutionnaire, était plus connu du charretier du bourreau
-que du conducteur des pompes funèbres. Les inhumations des victimes
-tombées sur l'échafaud de la place du 21 janvier s'y succèdent chaque
-jour. Ennuyé de tuer en détail, le tribunal révolutionnaire, le 29
-prairial an II (17 juin 1794), avait livré à la guillotine, <em>par
+et d'un foible produit</em>, on en conclut qu'il était plus avantageux de
+la vendre dans l'état où elle se trouvait que de la réparer<a id="footnotetag125" name="footnotetag125"></a><a href="#footnote125" title="Go to footnote 125"><span class="smaller">[125]</span></a>.
+Cette proposition fut agréée par l'autorité supérieure; la vente aux
+enchères fut annoncée pour le 27 messidor de l'an X (vendredi 16
+juillet 1802), et la maison Élisabeth, avec ses dépendances, fut
+adjugée <em>moyennant les prix et somme de 75,900 francs, au citoyen
+Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant à Paris, rue de
+l'Université, n<sup>o</sup> 269</em><a id="footnotetag126" name="footnotetag126"></a><a href="#footnote126" title="Go to footnote 126"><span class="smaller">[126]</span></a>.</p>
+
+<p>Avant son aliénation définitive, la demeure de Madame Élisabeth avait
+été condamnée à la stérilité. Dès le mois d'octobre 1792, ses vaches
+nourricières avaient été vendues; ses belles fleurs, orgueil de ses
+jardins, avaient été enlevées et dispersées<a id="footnotetag127" name="footnotetag127"></a><a href="#footnote127" title="Go to footnote 127"><span class="smaller">[127]</span></a>. Sa maison, d'abord
+mais inutilement désignée pour devenir un hospice, puis consacrée à
+une institution industrielle, avait subi des dégradations déplorables,
+sans servir à des travaux utiles.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page248" name="page248"></a>(p. 248)</span> Un triste et invincible attrait nous ramène à ce cimetière où
+gisent les restes vénérables de Madame Élisabeth, et qui, pendant la
+période révolutionnaire, était plus connu du charretier du bourreau
+que du conducteur des pompes funèbres. Les inhumations des victimes
+tombées sur l'échafaud de la place du 21 janvier s'y succèdent chaque
+jour. Ennuyé de tuer en détail, le tribunal révolutionnaire, le 29
+prairial an II (17 juin 1794), avait livré à la guillotine, <em>par
amalgame et en masse</em>, selon l'expression de Fouquier-Tinville,
-cinquante-quatre victimes, différentes de rang et d'opinion, et
-étrangères les unes aux autres. Le 10 thermidor envoya dans ce champ
-funèbre les principaux chefs du parti qui venait de succomber, les
+cinquante-quatre victimes, différentes de rang et d'opinion, et
+étrangères les unes aux autres. Le 10 thermidor envoya dans ce champ
+funèbre les principaux chefs du parti qui venait de succomber, les
deux Robespierre, Saint-Just, Couthon, Hanriot, Dumas, et ce Simon
-dont le nom odieux est lié à jamais à celui d'un héroïque enfant. Mais
-cette <em>fournée</em> n'était que de vingt-deux hommes.</p>
-
-<p>Le lendemain, 11 thermidor, il y eut une fournée bien autrement
-considérable: les vainqueurs avaient eu le loisir de faire des
-désignations nombreuses, et d'atteindre la plupart des membres de la
-Commune qui avaient longtemps prévalu contre la Convention.
-L'exécution de soixante et onze condamnés envoyés à l'échafaud par
-leurs anciens complices forma un lac de sang sur la place où Madame
-Élisabeth avait été frappée.</p>
-
-<p>Il ne faut pas croire que la guillotine chômât après ces satisfactions
-terribles données aux exigences de la réaction: la recomposition du
-tribunal révolutionnaire, la fermeture du club des Jacobins, la
-dépanthéonisation (expression du temps) des restes de Marat, ne
+dont le nom odieux est lié à jamais à celui d'un héroïque enfant. Mais
+cette <em>fournée</em> n'était que de vingt-deux hommes.</p>
+
+<p>Le lendemain, 11 thermidor, il y eut une fournée bien autrement
+considérable: les vainqueurs avaient eu le loisir de faire des
+désignations nombreuses, et d'atteindre la plupart des membres de la
+Commune qui avaient longtemps prévalu contre la Convention.
+L'exécution de soixante et onze condamnés envoyés à l'échafaud par
+leurs anciens complices forma un lac de sang sur la place où Madame
+Élisabeth avait été frappée.</p>
+
+<p>Il ne faut pas croire que la guillotine chômât après ces satisfactions
+terribles données aux exigences de la réaction: la recomposition du
+tribunal révolutionnaire, la fermeture du club des Jacobins, la
+dépanthéonisation (expression du temps) des restes de Marat, ne
suffirent point pour apaiser les indignations de la conscience
-publique. Le sang appelle le sang. Parmi les suppliciés, on ne compta
+publique. Le sang appelle le sang. Parmi les suppliciés, on ne compta
pas seulement les criminels auteurs de tant de supplices, les Carrier,
les Fouquier-Tinville, les Lebon: les vainqueurs du 10 thermidor
-n'étaient guère moins pervers que les vaincus. <span class="pagenum"><a id="page249" name="page249"></a>(p. 249)</span> Ce fut ainsi
-que la réaction atteignit souvent l'innocence et la vertu, qui ne
-désapprenaient pas encore le chemin de l'échafaud.</p>
-
-<p>Ce champ de repos où arrivaient concurremment les cercueils fermés par
-une mort naturelle, aussi bien que les cadavres mutilés par le
-bourreau, ne tarda point à se remplir.</p>
-
-<p>Disons aussi qu'à partir du 26 prairial an II (14 juin 1794),
-l'échafaud fut transporté de la place de la Révolution à la porte
-Saint-Antoine; puis, deux jours après, à la barrière du <em>Trône
-renversé</em>, où il resta en permanence jusqu'au 9 thermidor.</p>
-
-<p>Deux ans après, par un arrêté de l'administration centrale du
-département de la Seine, le cimetière de Montmartre fut ouvert<a id="footnotetag128" name="footnotetag128"></a><a href="#footnote128" title="Go to footnote 128"><span class="smaller">[128]</span></a>,
-et celui de Monceaux ne servit plus aux sépultures. La grande porte,
-pratiquée dans le mur d'enceinte de Paris et donnant accès dans le
-champ du Christ, <span class="pagenum"><a id="page250" name="page250"></a>(p. 250)</span> demeura fermée. Les orphelins qu'avait faits
-la révolution n'avaient point assisté aux funérailles de leurs pères;
-ils ignoraient même, pour la plupart, le lieu où elle avait enfoui
-leurs restes. Longtemps la stérile curiosité d'un public dominé par la
-terreur s'inquiéta beaucoup plus des prisons que des cimetières,
-beaucoup plus de la guillotine que de la sépulture. La plupart de ceux
-qui avaient connu le champ du Christ en oublièrent la route. Le
-silence se fit à l'entour comme au dedans. Les années s'écoulèrent,
-emportant avec elles les traditions du passé, abattant quelques
+n'étaient guère moins pervers que les vaincus. <span class="pagenum"><a id="page249" name="page249"></a>(p. 249)</span> Ce fut ainsi
+que la réaction atteignit souvent l'innocence et la vertu, qui ne
+désapprenaient pas encore le chemin de l'échafaud.</p>
+
+<p>Ce champ de repos où arrivaient concurremment les cercueils fermés par
+une mort naturelle, aussi bien que les cadavres mutilés par le
+bourreau, ne tarda point à se remplir.</p>
+
+<p>Disons aussi qu'à partir du 26 prairial an II (14 juin 1794),
+l'échafaud fut transporté de la place de la Révolution à la porte
+Saint-Antoine; puis, deux jours après, à la barrière du <em>Trône
+renversé</em>, où il resta en permanence jusqu'au 9 thermidor.</p>
+
+<p>Deux ans après, par un arrêté de l'administration centrale du
+département de la Seine, le cimetière de Montmartre fut ouvert<a id="footnotetag128" name="footnotetag128"></a><a href="#footnote128" title="Go to footnote 128"><span class="smaller">[128]</span></a>,
+et celui de Monceaux ne servit plus aux sépultures. La grande porte,
+pratiquée dans le mur d'enceinte de Paris et donnant accès dans le
+champ du Christ, <span class="pagenum"><a id="page250" name="page250"></a>(p. 250)</span> demeura fermée. Les orphelins qu'avait faits
+la révolution n'avaient point assisté aux funérailles de leurs pères;
+ils ignoraient même, pour la plupart, le lieu où elle avait enfoui
+leurs restes. Longtemps la stérile curiosité d'un public dominé par la
+terreur s'inquiéta beaucoup plus des prisons que des cimetières,
+beaucoup plus de la guillotine que de la sépulture. La plupart de ceux
+qui avaient connu le champ du Christ en oublièrent la route. Le
+silence se fit à l'entour comme au dedans. Les années s'écoulèrent,
+emportant avec elles les traditions du passé, abattant quelques
pauvres croix de bois pourries au milieu des grandes herbes et
-effaçant tout vestige de tombes.</p>
+effaçant tout vestige de tombes.</p>
<a id="img011" name="img011"></a>
<div class="figcenter">
<img src="images/img011.jpg" width="400" height="200" alt="" title="">
-<p><span class="smcap">PLAN DE L'ANCIEN CIMETIÈRE DE LA MADELEINE</span><br>
-Converti en jardin par M. Descloseaux, rue d'Anjou Saint-Honoré, n<sup>o</sup>
+<p><span class="smcap">PLAN DE L'ANCIEN CIMETIÈRE DE LA MADELEINE</span><br>
+Converti en jardin par M. Descloseaux, rue d'Anjou Saint-Honoré, n<sup>o</sup>
48,<br>
-<span class="smcap">DANS LEQUEL ONT ÉTÉ DÉPOSÉS<br>
+<span class="smcap">DANS LEQUEL ONT ÉTÉ DÉPOSÉS<br>
LES RESTES DU ROI LOUIS XVI ET DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE.</span><br>
<i>Maison et Jardin de M. Descloseaux.</i></p>
</div>
<ul class="smaller none">
-<li class="min1em">I. Fosse dans laquelle ont été inhumés, le 6 juin 1770, cent trente-trois corps des
- personnes qui ont péri sur la place Louis XV, dans la rue Royale ou à la porte
- Saint-Honoré, à la suite des fêtes célébrées pour le mariage de M. le Dauphin.</li>
+<li class="min1em">I. Fosse dans laquelle ont été inhumés, le 6 juin 1770, cent trente-trois corps des
+ personnes qui ont péri sur la place Louis XV, dans la rue Royale ou à la porte
+ Saint-Honoré, à la suite des fêtes célébrées pour le mariage de M. le Dauphin.</li>
-<li class="min1em">II. Première fosse, située près du mur mitoyen du jardin Descloseaux, dans laquelle ont
- été mis les corps de quatre prêtres et d'environ cinq cents Suisses, tués aux
- Tuileries le 10 août 1792.</li>
+<li class="min1em">II. Première fosse, située près du mur mitoyen du jardin Descloseaux, dans laquelle ont
+ été mis les corps de quatre prêtres et d'environ cinq cents Suisses, tués aux
+ Tuileries le 10 août 1792.</li>
-<li class="min1em">III. Deuxième fosse, dans laquelle ont été enterrés cinq cents autres Suisses, également
- tués aux Tuileries le 10 août 1792.</li>
+<li class="min1em">III. Deuxième fosse, dans laquelle ont été enterrés cinq cents autres Suisses, également
+ tués aux Tuileries le 10 août 1792.</li>
-<li class="min1em">IV. Tombeau de Louis XVI, inhumé le 21 janvier 1793, à dix heures et demie du matin.
+<li class="min1em">IV. Tombeau de Louis XVI, inhumé le 21 janvier 1793, à dix heures et demie du matin.
On fit une fosse de huit pieds de profondeur, dans laquelle on mit beaucoup de
- chaux. Le 16 octobre de la même année, le corps de la Reine fut enterré à côté
+ chaux. Le 16 octobre de la même année, le corps de la Reine fut enterré à côté
de celui du Roi.</li>
<li class="min1em">V. Fosse de Charlotte Corday.</li>
-<li class="min1em">VI. Grande fosse ouverte peu de temps après la mort du Roi et comblée en décembre 1794.
- Le corps de M. le duc d'Orléans y fut déposé, ainsi qu'un très-grand nombre
+<li class="min1em">VI. Grande fosse ouverte peu de temps après la mort du Roi et comblée en décembre 1794.
+ Le corps de M. le duc d'Orléans y fut déposé, ainsi qu'un très-grand nombre
d'autres victimes.</li>
-<li class="min1em">VII. Grande fosse qui a dû recevoir près de mille victimes.</li>
+<li class="min1em">VII. Grande fosse qui a dû recevoir près de mille victimes.</li>
</ul>
<p>En 1790, M. Viger de Jolival, ancien directeur des fermes, avait fait
l'acquisition de la maison du Christ, du jardin et de l'enclos qui en
-dépendent. La ville de Paris s'empara du petit enclos, contigu au
-jardin, et en fit un cimetière; plus tard, ce même enclos fut loué à
+dépendent. La ville de Paris s'empara du petit enclos, contigu au
+jardin, et en fit un cimetière; plus tard, ce même enclos fut loué à
un habitant de Monceaux qui y fauchait de l'herbe et y semait des
pommes de terre. M. Viger n'ignorait pas que parmi les victimes qui y
-étaient inhumées se trouvaient les restes de Madame Élisabeth. Il fit
-entourer d'un treillage l'endroit indiqué dans notre plan<a id="footnotetag129" name="footnotetag129"></a><a href="#footnote129" title="Go to footnote 129"><span class="smaller">[129]</span></a> par la
-lettre G, et y fit poser une pierre tumulaire sur laquelle étaient
-écrits ces deux mots: <em>Madame Élisabeth</em>. Mais les déclarations de
-Joly, fossoyeur du cimetière à l'époque du 21 floréal an II (10 mai
+étaient inhumées se trouvaient les restes de Madame Élisabeth. Il fit
+entourer d'un treillage l'endroit indiqué dans notre plan<a id="footnotetag129" name="footnotetag129"></a><a href="#footnote129" title="Go to footnote 129"><span class="smaller">[129]</span></a> par la
+lettre G, et y fit poser une pierre tumulaire sur laquelle étaient
+écrits ces deux mots: <em>Madame Élisabeth</em>. Mais les déclarations de
+Joly, fossoyeur du cimetière à l'époque du 21 floréal an II (10 mai
1794) semblent prouver que M. Viger se trompait sur l'emplacement de
-la sépulture de cette princesse. Son erreur était encore plus grave au
-sujet de la dépouille mortelle du duc d'Orléans, qu'il prétendait être
-ensevelie à l'endroit désigné par la lettre K. Les restes de ce prince
-n'avaient point été amenés dans ce cimetière, qui ne fut ouvert que
-cinq mois après sa mort: ils reposaient dans celui de la Madeleine,
-en un coin diamétralement opposé à l'angle où se trouvaient
+la sépulture de cette princesse. Son erreur était encore plus grave au
+sujet de la dépouille mortelle du duc d'Orléans, qu'il prétendait être
+ensevelie à l'endroit désigné par la lettre K. Les restes de ce prince
+n'avaient point été amenés dans ce cimetière, qui ne fut ouvert que
+cinq mois après sa mort: ils reposaient dans celui de la Madeleine,
+en un coin diamétralement opposé à l'angle où se trouvaient
<span class="pagenum"><a id="page251" name="page251"></a>(p. 251)</span> les tombes du roi Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette.
-Les deux branches de la maison de Bourbon demeurèrent séparées dans la
-mort, comme elles l'avaient été dans la vie. Nous ne croyons pas nous
-écarter trop de notre sujet en reproduisant ici le plan du cimetière
-de la Madeleine, avec quelques indications qui ne seront peut-être pas
-sans intérêt pour le lecteur.</p>
-
-<p>M. Viger, après avoir fait dans sa propriété de l'enclos du Christ les
-deux réserves dont nous avons parlé, rendit le reste du champ à la
-culture. La porte charretière pratiquée dans le mur d'enceinte et par
-où entraient les charrettes remplies par le bourreau, ne s'ouvrit plus
-qu'à de bien rares intervalles pour laisser passer le laboureur. Un
+Les deux branches de la maison de Bourbon demeurèrent séparées dans la
+mort, comme elles l'avaient été dans la vie. Nous ne croyons pas nous
+écarter trop de notre sujet en reproduisant ici le plan du cimetière
+de la Madeleine, avec quelques indications qui ne seront peut-être pas
+sans intérêt pour le lecteur.</p>
+
+<p>M. Viger, après avoir fait dans sa propriété de l'enclos du Christ les
+deux réserves dont nous avons parlé, rendit le reste du champ à la
+culture. La porte charretière pratiquée dans le mur d'enceinte et par
+où entraient les charrettes remplies par le bourreau, ne s'ouvrit plus
+qu'à de bien rares intervalles pour laisser passer le laboureur. Un
homme qui travaillait enfant dans ces lieux, et qui plus d'une fois
-m'y a conduit dans le cours de ces quinze dernières années<a id="footnotetag130" name="footnotetag130"></a><a href="#footnote130" title="Go to footnote 130"><span class="smaller">[130]</span></a>, me
-racontait que son père l'envoyait souvent travailler dans le <em>champ du
-Christ</em>, en lui recommandant de ne pas toucher aux terrains marqués
+m'y a conduit dans le cours de ces quinze dernières années<a id="footnotetag130" name="footnotetag130"></a><a href="#footnote130" title="Go to footnote 130"><span class="smaller">[130]</span></a>, me
+racontait que son père l'envoyait souvent travailler dans le <em>champ du
+Christ</em>, en lui recommandant de ne pas toucher aux terrains marqués
par une claire-voie.</p>
-<p>Les choses en étaient là, lorsque s'accomplirent les graves événements
-de 1814. La maison de Bourbon n'avait pu enterrer ses morts après la
-grande bataille de la révolution. Il était naturel qu'en rentrant sur
-le sol de la patrie elle s'occupât de ce soin pieux. D'ailleurs, le
-retour des exilés, ces absents temporaires, rappelait les morts, ces
-absents éternels, ensevelis avec trop peu de larmes, <i>paucioribus
-lacrymis</i>, comme l'a écrit le grand historien de Rome; et depuis que
+<p>Les choses en étaient là, lorsque s'accomplirent les graves événements
+de 1814. La maison de Bourbon n'avait pu enterrer ses morts après la
+grande bataille de la révolution. Il était naturel qu'en rentrant sur
+le sol de la patrie elle s'occupât de ce soin pieux. D'ailleurs, le
+retour des exilés, ces absents temporaires, rappelait les morts, ces
+absents éternels, ensevelis avec trop peu de larmes, <i>paucioribus
+lacrymis</i>, comme l'a écrit le grand historien de Rome; et depuis que
les roulements de tambour et les fanfares de la victoire ne
retentissaient plus, il semblait qu'on entendait sortir de ces sillons
-où l'on avait fauché une génération humaine, un bruit de gémissements
+où l'on avait fauché une génération humaine, un bruit de gémissements
et de sanglots. La restauration de la maison de Bourbon ramenait
-elle-même la pensée publique sur les royales victimes de la
-Révolution.</p>
+elle-même la pensée publique sur les royales victimes de la
+Révolution.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page252" name="page252"></a>(p. 252)</span> La loi qui avait consacré un deuil général en expiation du
+<p><span class="pagenum"><a id="page252" name="page252"></a>(p. 252)</span> La loi qui avait consacré un deuil général en expiation du
crime commis le 21 janvier 1793, avait prescrit qu'un monument serait
-élevé au fils et à la s&oelig;ur de Louis XVI. Nous avons, dans un
-ouvrage relatif <em>à la vie, à l'agonie et à la mort de Louis XVII</em>,
-exposé les motifs qui rendirent stériles, relativement à ce jeune
-prince, les dispositions de cette loi. Les difficultés qui s'était
-présentées pour retrouver les restes de l'orphelin du Temple
+élevé au fils et à la s&oelig;ur de Louis XVI. Nous avons, dans un
+ouvrage relatif <em>à la vie, à l'agonie et à la mort de Louis XVII</em>,
+exposé les motifs qui rendirent stériles, relativement à ce jeune
+prince, les dispositions de cette loi. Les difficultés qui s'était
+présentées pour retrouver les restes de l'orphelin du Temple
devenaient plus grandes encore pour rechercher ceux de Madame
-Élisabeth, enfouis dans une fosse commune avec les dépouilles des
-vingt-trois autres personnes frappées avec elle sur l'échafaud du 21
-floréal. Le gouvernement de la Restauration n'avait recueilli que des
-renseignements inexacts sur la sépulture des victimes
-révolutionnaires.</p>
-
-<p>Un respectable vieillard, M. Descloseaux, propriétaire rue d'Anjou
-d'une maison contiguë au cimetière de la Madeleine, avait été témoin
+Élisabeth, enfouis dans une fosse commune avec les dépouilles des
+vingt-trois autres personnes frappées avec elle sur l'échafaud du 21
+floréal. Le gouvernement de la Restauration n'avait recueilli que des
+renseignements inexacts sur la sépulture des victimes
+révolutionnaires.</p>
+
+<p>Un respectable vieillard, M. Descloseaux, propriétaire rue d'Anjou
+d'une maison contiguë au cimetière de la Madeleine, avait été témoin
oculaire de l'inhumation des restes du roi Louis XVI et de la reine
-Marie-Antoinette dans ce cimetière, et s'était persuadé que tous les
-suppliciés de la place de la Révolution y avaient été également
-ensevelis. Sa déclaration, formulée dans ce sens et signée par lui, le
-4 juin 1814, avait accrédité une erreur que lui-même, mieux informé
-plus tard, s'empressa de réparer par un acte authentique à la date du
+Marie-Antoinette dans ce cimetière, et s'était persuadé que tous les
+suppliciés de la place de la Révolution y avaient été également
+ensevelis. Sa déclaration, formulée dans ce sens et signée par lui, le
+4 juin 1814, avait accrédité une erreur que lui-même, mieux informé
+plus tard, s'empressa de réparer par un acte authentique à la date du
22 mai 1816<a id="footnotetag131" name="footnotetag131"></a><a href="#footnote131" title="Go to footnote 131"><span class="smaller">[131]</span></a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page253" name="page253"></a>(p. 253)</span> L'année suivante, dans les derniers jours du mois de mars,
-fut dressé un acte notarié établissant la notoriété du cimetière de
+<p><span class="pagenum"><a id="page253" name="page253"></a>(p. 253)</span> L'année suivante, dans les derniers jours du mois de mars,
+fut dressé un acte notarié établissant la notoriété du cimetière de
Monceaux<a id="footnotetag132" name="footnotetag132"></a><a href="#footnote132" title="Go to footnote 132"><span class="smaller">[132]</span></a>.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page254" name="page254"></a>(p. 254)</span> Dès le 11 janvier 1817, M. Bélanger, dessinateur ordinaire du
-cabinet et de la chambre du Roi, avait adressé le rapport suivant à M.
-de Pradel, chargé du portefeuille de la maison de Sa Majesté:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page254" name="page254"></a>(p. 254)</span> Dès le 11 janvier 1817, M. Bélanger, dessinateur ordinaire du
+cabinet et de la chambre du Roi, avait adressé le rapport suivant à M.
+de Pradel, chargé du portefeuille de la maison de Sa Majesté:</p>
<div class="lettre">
-<p class="smcap">«Monsieur le Comte,</p>
+<p class="smcap">«Monsieur le Comte,</p>
-<p>»Le corps de Madame Élisabeth de France a été porté dans une fosse
-commune, près la barrière de Mousseaux, <span class="pagenum"><a id="page255" name="page255"></a>(p. 255)</span> dans un terrain
-(<i>intra muros</i>) qui appartient à M. Viger, ancien directeur des
+<p>»Le corps de Madame Élisabeth de France a été porté dans une fosse
+commune, près la barrière de Mousseaux, <span class="pagenum"><a id="page255" name="page255"></a>(p. 255)</span> dans un terrain
+(<i>intra muros</i>) qui appartient à M. Viger, ancien directeur des
fermes. Ce domaine contient environ sept arpents, sur lequel il existe
-deux maisons d'habitation séparées l'une de l'autre.</p>
+deux maisons d'habitation séparées l'une de l'autre.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page256" name="page256"></a>(p. 256)</span>»Dans la même fosse qui contient les restes de cette auguste
-et infortunée princesse, se trouvent réunis ceux des personnes qui ont
-partagé la gloire de son martyre.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page256" name="page256"></a>(p. 256)</span>»Dans la même fosse qui contient les restes de cette auguste
+et infortunée princesse, se trouvent réunis ceux des personnes qui ont
+partagé la gloire de son martyre.</p>
-<p>»Toute espèce de translation étant impossible, on peut, ainsi que vous
-l'avez sagement proposé, faire de ce local, sans beaucoup de dépense,
+<p>»Toute espèce de translation étant impossible, on peut, ainsi que vous
+l'avez sagement proposé, faire de ce local, sans beaucoup de dépense,
un lieu d'expiation et de recueillement, dont les dispositions,
-d'après les détails du plan que j'ai l'honneur de vous adresser,
-offriraient l'aspect austère d'une enceinte religieuse, où quelque
-petit monument attesterait aux siècles à venir jusqu'à quel excès de
-déraison et de délire peut se porter un peuple quand il brise ses
+d'après les détails du plan que j'ai l'honneur de vous adresser,
+offriraient l'aspect austère d'une enceinte religieuse, où quelque
+petit monument attesterait aux siècles à venir jusqu'à quel excès de
+déraison et de délire peut se porter un peuple quand il brise ses
institutions sociales et qu'il rompt le joug salutaire des lois de la
morale et de la religion.</p>
-<p>»J'ai rédigé le projet que j'ai l'honneur de vous adresser sur des
-dispositions d'économie. Une enceinte fermée, plantée de cyprès et
-autres arbres convenables à un champ de repos, une pyramide élevée sur
-la fosse, des cyprès mémoratifs avec quelque inscription, une chapelle
-sépulcrale simple dans ses décors, qui offrirait aux habitants de
-Mousseaux, qui n'ont plus d'église pour la célébration de la messe,
-les jours de fêtes et dimanches, un lieu de recueillement.</p>
+<p>»J'ai rédigé le projet que j'ai l'honneur de vous adresser sur des
+dispositions d'économie. Une enceinte fermée, plantée de cyprès et
+autres arbres convenables à un champ de repos, une pyramide élevée sur
+la fosse, des cyprès mémoratifs avec quelque inscription, une chapelle
+sépulcrale simple dans ses décors, qui offrirait aux habitants de
+Mousseaux, qui n'ont plus d'église pour la célébration de la messe,
+les jours de fêtes et dimanches, un lieu de recueillement.</p>
-<p>»Ce domaine offre la disposition avantageuse de deux maisons
-d'habitation, l'une convenable pour l'ecclésiastique qui desservirait
+<p>»Ce domaine offre la disposition avantageuse de deux maisons
+d'habitation, l'une convenable pour l'ecclésiastique qui desservirait
la chapelle, et l'autre au concierge qui gardera le champ du repos.</p>
-<p>»J'estime toute cette dépense, y compris l'acquisition des sept
+<p>»J'estime toute cette dépense, y compris l'acquisition des sept
arpents de terre, des deux maisons, des embellissements, des
-plantations et de la construction de la chapelle, à trois cent mille
+plantations et de la construction de la chapelle, à trois cent mille
francs.</p>
-<p>»Des détails plus précis donneraient peut-être des résultats plus
-économiques.</p>
+<p>»Des détails plus précis donneraient peut-être des résultats plus
+économiques.</p>
-<p>»Je m'estimerai heureux si, témoin de tant de profanations <span class="pagenum"><a id="page257" name="page257"></a>(p. 257)</span>
-politiques et sacrées, je pouvais avoir contribué à la décision qui
-sera prononcée à cet égard.</p>
+<p>»Je m'estimerai heureux si, témoin de tant de profanations <span class="pagenum"><a id="page257" name="page257"></a>(p. 257)</span>
+politiques et sacrées, je pouvais avoir contribué à la décision qui
+sera prononcée à cet égard.</p>
-<p>»J'ai l'honneur d'être avec respect, Monsieur le comte, votre
-très-humble et très-obéissant serviteur,</p>
+<p>»J'ai l'honneur d'être avec respect, Monsieur le comte, votre
+très-humble et très-obéissant serviteur,</p>
-<p class="authorsc">»Bélanger.»</p>
+<p class="authorsc">»Bélanger.»</p>
-<p>»Paris, le 11 janvier 1817.»</p>
+<p>»Paris, le 11 janvier 1817.»</p>
</div>
-<p class="p2">De son côté, M. Viger de Jolival avait, le 25 du même mois, tenté près
-des vicaires généraux du diocèse de Paris une démarche ayant pour but
-de les intéresser à la cession qu'il était disposé à faire de sa
-propriété au gouvernement du Roi, et, le 4 février, il écrivait au
-préfet de la Seine relativement au monument à élever à la mémoire de
-Madame Élisabeth. Il crut aussi devoir adresser une requête analogue à
-M. le vicomte de Montmorency<a id="footnotetag133" name="footnotetag133"></a><a href="#footnote133" title="Go to footnote 133"><span class="smaller">[133]</span></a>. Ni les propositions de M. Bélanger
+<p class="p2">De son côté, M. Viger de Jolival avait, le 25 du même mois, tenté près
+des vicaires généraux du diocèse de Paris une démarche ayant pour but
+de les intéresser à la cession qu'il était disposé à faire de sa
+propriété au gouvernement du Roi, et, le 4 février, il écrivait au
+préfet de la Seine relativement au monument à élever à la mémoire de
+Madame Élisabeth. Il crut aussi devoir adresser une requête analogue à
+M. le vicomte de Montmorency<a id="footnotetag133" name="footnotetag133"></a><a href="#footnote133" title="Go to footnote 133"><span class="smaller">[133]</span></a>. Ni les propositions de M. Bélanger
ni celles de M. Viger de Jolival ne furent accueillies. Nous dirons
-dans l'Appendice que nous inscrirons à la fin de ce volume, avant les
-Pièces justificatives, les difficultés, pour ainsi dire
-insurmontables, que rencontrèrent les recherches qui furent tentées
-pour arriver à la découverte certaine des restes de Madame Élisabeth.
-M. Lainé, ministre de l'intérieur, sous l'autorité duquel le préfet de
-police avait dirigé ces lamentables travaux, regarda comme un devoir
-de soumettre au Roi les lettres qui en exposaient les détails. Louis
-XVIII, assez peu crédule de sa nature, et pour qui les reliques de
-Louis XVI et de Marie-Antoinette, malgré les actes publics qui en
-établissaient l'authenticité, paraissaient à peine offrir une garantie
+dans l'Appendice que nous inscrirons à la fin de ce volume, avant les
+Pièces justificatives, les difficultés, pour ainsi dire
+insurmontables, que rencontrèrent les recherches qui furent tentées
+pour arriver à la découverte certaine des restes de Madame Élisabeth.
+M. Lainé, ministre de l'intérieur, sous l'autorité duquel le préfet de
+police avait dirigé ces lamentables travaux, regarda comme un devoir
+de soumettre au Roi les lettres qui en exposaient les détails. Louis
+XVIII, assez peu crédule de sa nature, et pour qui les reliques de
+Louis XVI et de Marie-Antoinette, malgré les actes publics qui en
+établissaient l'authenticité, paraissaient à peine offrir une garantie
suffisante, donna l'ordre de s'abstenir de recherches qui,
-lorsqu'elles ne sont pas motivées par des indications certaines,
-<span class="pagenum"><a id="page258" name="page258"></a>(p. 258)</span> ressemblent à une profanation: or celles-ci ne pouvaient
-avoir pour résultat qu'une découverte d'ossements douteux. On renonça
-donc à toute pensée d'exhumation.</p>
+lorsqu'elles ne sont pas motivées par des indications certaines,
+<span class="pagenum"><a id="page258" name="page258"></a>(p. 258)</span> ressemblent à une profanation: or celles-ci ne pouvaient
+avoir pour résultat qu'une découverte d'ossements douteux. On renonça
+donc à toute pensée d'exhumation.</p>
<p>On avait voulu trop faire et l'on ne fit point assez. La plus simple
-convenance conseillait d'acquérir ce cimetière et d'y ériger un
+convenance conseillait d'acquérir ce cimetière et d'y ériger un
monument. On n'en fit rien. M. Viger de Jolival perdit l'espoir de
-céder au gouvernement royal le terrain qui contenait les restes
-d'Élisabeth, de Malesherbes, des fermiers généraux, des présidents du
-Parlement de Paris et d'une multitude de personnages considérables.</p>
-
-<p>Peut-être l'empressement du propriétaire du terrain à en tirer parti
-diminua-t-il la disposition du gouvernement à l'acquérir, parce que
-celui-ci ne vit qu'une spéculation dans une affaire où il y avait des
-considérations d'un ordre supérieur à envisager. Cependant, si
-l'enquête, poursuivie avec tant de soin, n'avait pu donner
-d'indications précises sur les moyens de discerner les reliques de la
+céder au gouvernement royal le terrain qui contenait les restes
+d'Élisabeth, de Malesherbes, des fermiers généraux, des présidents du
+Parlement de Paris et d'une multitude de personnages considérables.</p>
+
+<p>Peut-être l'empressement du propriétaire du terrain à en tirer parti
+diminua-t-il la disposition du gouvernement à l'acquérir, parce que
+celui-ci ne vit qu'une spéculation dans une affaire où il y avait des
+considérations d'un ordre supérieur à envisager. Cependant, si
+l'enquête, poursuivie avec tant de soin, n'avait pu donner
+d'indications précises sur les moyens de discerner les reliques de la
s&oelig;ur de Louis XVI au milieu de tant de restes, elle avait mis deux
-points hors de doute: la présence des dépouilles mortelles de la
-princesse dans l'<em>enclos du Christ</em>, et l'indication de la fosse où
+points hors de doute: la présence des dépouilles mortelles de la
+princesse dans l'<em>enclos du Christ</em>, et l'indication de la fosse où
elles reposent, avec un grand nombre des plus illustres victimes de la
-révolution, et à quelques pas des proscripteurs les plus redoutables
-de cette époque néfaste, couchés dans la paix du même tombeau. Cela
-suffisait pour que l'enclos marqué de tels souvenirs fût conservé
-comme une de ces pages d'histoire qui, respectées au milieu de tous
-les changements, parlent du passé à l'avenir.</p>
-
-<p>Le temps a marché. Peu à peu la spéculation s'est emparée de ces
-terrains. Quelques chétives maisons s'y sont assises, quelques hangars
-s'y sont élevés; mais ceux qui les habitent ou qui les exploitent ne
-se doutent pas de ce qui s'est passé dans ces lieux. La population,
-qui se renouvelle encore plus vite aux abords des barrières qu'au
-centre <span class="pagenum"><a id="page259" name="page259"></a>(p. 259)</span> même de la cité, ignore tellement à quel usage ces
-terrains ont servi, qu'un terrassier ayant trouvé, il y a quelques
-années, des ossements humains en creusant les fondations d'un
-bâtiment, mille conjectures étranges ont occupé l'imagination des
+révolution, et à quelques pas des proscripteurs les plus redoutables
+de cette époque néfaste, couchés dans la paix du même tombeau. Cela
+suffisait pour que l'enclos marqué de tels souvenirs fût conservé
+comme une de ces pages d'histoire qui, respectées au milieu de tous
+les changements, parlent du passé à l'avenir.</p>
+
+<p>Le temps a marché. Peu à peu la spéculation s'est emparée de ces
+terrains. Quelques chétives maisons s'y sont assises, quelques hangars
+s'y sont élevés; mais ceux qui les habitent ou qui les exploitent ne
+se doutent pas de ce qui s'est passé dans ces lieux. La population,
+qui se renouvelle encore plus vite aux abords des barrières qu'au
+centre <span class="pagenum"><a id="page259" name="page259"></a>(p. 259)</span> même de la cité, ignore tellement à quel usage ces
+terrains ont servi, qu'un terrassier ayant trouvé, il y a quelques
+années, des ossements humains en creusant les fondations d'un
+bâtiment, mille conjectures étranges ont occupé l'imagination des
habitants de ce quartier. Dans ces derniers temps encore, de nouveaux
-ossements, appartenant à des individus des deux sexes, et remontant,
-d'après les examens de la science, à soixante-dix ou soixante-quinze
-ans, sont apparus en grand nombre sous la pioche des ouvriers occupés
-à des fouilles au boulevard de Monceaux. Ces débris, remplissant
-plusieurs tombereaux, ont été transportés aux Catacombes<a id="footnotetag134" name="footnotetag134"></a><a href="#footnote134" title="Go to footnote 134"><span class="smaller">[134]</span></a>.</p>
-
-<p>Ainsi donc, si Madame Élisabeth avait mis tous ses soins à fuir
-l'ostentation pendant sa vie, Dieu a voulu lui ménager jusque dans la
-mort l'obscurité qu'elle avait aimée.</p>
-
-<p class="p2">Madame, après avoir prêché l'humilité devant l'échafaud, vous vous y
-êtes humblement offerte. Vos dépouilles ont été, avec les dépouilles
-de tous vos compagnons funèbres, enfouies pêle-mêle dans la terre, et
-pas une pierre n'en marquera même la place!</p>
-
-<p>Mais les haines qui vous ont persécutée sont éteintes: les calomnies
-qui s'étaient dressées contre vous se sont dissipées comme ces nuées
-qu'amasse un jour d'orage, et que le vent emporte, en détruisant
-l'obstacle passager qui empêchait la terre de jouir de la lumière du
-soleil, dont l'éclat, invisible un moment aux regards des hommes, n'a
-pas cessé de rayonner dans le ciel. C'est l'image de votre sublime
-<span class="pagenum"><a id="page260" name="page260"></a>(p. 260)</span> vertu méconnue un jour sur la terre, toujours connue du
+ossements, appartenant à des individus des deux sexes, et remontant,
+d'après les examens de la science, à soixante-dix ou soixante-quinze
+ans, sont apparus en grand nombre sous la pioche des ouvriers occupés
+à des fouilles au boulevard de Monceaux. Ces débris, remplissant
+plusieurs tombereaux, ont été transportés aux Catacombes<a id="footnotetag134" name="footnotetag134"></a><a href="#footnote134" title="Go to footnote 134"><span class="smaller">[134]</span></a>.</p>
+
+<p>Ainsi donc, si Madame Élisabeth avait mis tous ses soins à fuir
+l'ostentation pendant sa vie, Dieu a voulu lui ménager jusque dans la
+mort l'obscurité qu'elle avait aimée.</p>
+
+<p class="p2">Madame, après avoir prêché l'humilité devant l'échafaud, vous vous y
+êtes humblement offerte. Vos dépouilles ont été, avec les dépouilles
+de tous vos compagnons funèbres, enfouies pêle-mêle dans la terre, et
+pas une pierre n'en marquera même la place!</p>
+
+<p>Mais les haines qui vous ont persécutée sont éteintes: les calomnies
+qui s'étaient dressées contre vous se sont dissipées comme ces nuées
+qu'amasse un jour d'orage, et que le vent emporte, en détruisant
+l'obstacle passager qui empêchait la terre de jouir de la lumière du
+soleil, dont l'éclat, invisible un moment aux regards des hommes, n'a
+pas cessé de rayonner dans le ciel. C'est l'image de votre sublime
+<span class="pagenum"><a id="page260" name="page260"></a>(p. 260)</span> vertu méconnue un jour sur la terre, toujours connue du
regard de Dieu.</p>
-<p>Vous aviez ému et attendri le monde par l'onction de votre parole.
-Aujourd'hui vous le tiendrez et plus ému et plus attendri encore par
-la douceur de votre souvenir; car vous avez parlé plus haut dans votre
+<p>Vous aviez ému et attendri le monde par l'onction de votre parole.
+Aujourd'hui vous le tiendrez et plus ému et plus attendri encore par
+la douceur de votre souvenir; car vous avez parlé plus haut dans votre
mort que dans votre vie.</p>
-<p>Cédant à une inspiration venue de notre c&oelig;ur, et soutenu dans notre
-tâche par le culte que nous vous avions voué, nous avons consacré de
-longues journées à rassembler quelques nouveaux détails sur votre
-personne; nous les avons enregistrés dans ce livre avec conscience,
+<p>Cédant à une inspiration venue de notre c&oelig;ur, et soutenu dans notre
+tâche par le culte que nous vous avions voué, nous avons consacré de
+longues journées à rassembler quelques nouveaux détails sur votre
+personne; nous les avons enregistrés dans ce livre avec conscience,
avec respect; et bien souvent des larmes sont venues obscurcir notre
-vue et arrêter notre plume, en vous surprenant si sévère pour
-vous-même, si soumise aux volontés de Dieu, qui devenaient les vôtres,
-si miséricordieuse envers les faibles, si bonne pour vos amies, si
-généreuse envers vos ennemis, et si douce envers la mort. Mais je ne
-veux plus parler de vous avec ce chagrin amer qui convient mal à
-l'admiration de l'angélique sérénité de votre grande âme; j'ai été à
+vue et arrêter notre plume, en vous surprenant si sévère pour
+vous-même, si soumise aux volontés de Dieu, qui devenaient les vôtres,
+si miséricordieuse envers les faibles, si bonne pour vos amies, si
+généreuse envers vos ennemis, et si douce envers la mort. Mais je ne
+veux plus parler de vous avec ce chagrin amer qui convient mal à
+l'admiration de l'angélique sérénité de votre grande âme; j'ai été à
la peine en racontant votre martyre, je suis maintenant au triomphe:
-je me reprocherais ma douleur comme une impiété, ne voulant plus voir
-dans votre mort que votre triomphe éternel.</p>
-
-<p>Par une rencontre où nous aimons mieux voir le doigt de la Providence
-qu'un concours de circonstances tout fortuit, la révolution sembla
-exécuter, après votre mort, les ordres que vous-même eussiez donnés,
-si vous eussiez cru pouvoir commander, et devoir être obéie. Les
-vêtements dont vous étiez couverte à votre dernière heure furent
-portés dans un hospice pour servir aux pauvres et aux malades, ces
+je me reprocherais ma douleur comme une impiété, ne voulant plus voir
+dans votre mort que votre triomphe éternel.</p>
+
+<p>Par une rencontre où nous aimons mieux voir le doigt de la Providence
+qu'un concours de circonstances tout fortuit, la révolution sembla
+exécuter, après votre mort, les ordres que vous-même eussiez donnés,
+si vous eussiez cru pouvoir commander, et devoir être obéie. Les
+vêtements dont vous étiez couverte à votre dernière heure furent
+portés dans un hospice pour servir aux pauvres et aux malades, ces
membres souffrants de Notre-Seigneur, que vous secouriez pendant votre
-vie; votre maison de Montreuil, que vous aviez tant aimée, garda le
-nom de maison Élisabeth <span class="pagenum"><a id="page261" name="page261"></a>(p. 261)</span> et fut destinée à devenir un
-hôtel-Dieu; enfin, le champ du Christ reçut votre corps, tandis que
-votre âme montait au ciel.</p>
-
-<p>Mais ce n'est point à nous qu'il appartient de vous honorer dignement.
-Sans chercher à devancer le cours des âges, il nous est permis de
-prévoir qu'un hommage bien autrement éclatant sera rendu un jour à
-votre mémoire: il est une autorité sacrée, qui, comme Dieu, n'oublie
-pas les âmes qui sortent victorieuses du siècle, par la simplicité
-dans le courage, par l'humilité dans la vertu, par la candeur dans
-l'héroïsme. Un jour viendra, nous le croyons, où, d'après les
-souvenirs et les témoignages des événements et des hommes, l'Église
-inscrira le nom d'Élisabeth dans ces impérissables légendes où les
-générations chrétiennes vont chercher leurs protecteurs et leurs
-modèles.</p>
+vie; votre maison de Montreuil, que vous aviez tant aimée, garda le
+nom de maison Élisabeth <span class="pagenum"><a id="page261" name="page261"></a>(p. 261)</span> et fut destinée à devenir un
+hôtel-Dieu; enfin, le champ du Christ reçut votre corps, tandis que
+votre âme montait au ciel.</p>
+
+<p>Mais ce n'est point à nous qu'il appartient de vous honorer dignement.
+Sans chercher à devancer le cours des âges, il nous est permis de
+prévoir qu'un hommage bien autrement éclatant sera rendu un jour à
+votre mémoire: il est une autorité sacrée, qui, comme Dieu, n'oublie
+pas les âmes qui sortent victorieuses du siècle, par la simplicité
+dans le courage, par l'humilité dans la vertu, par la candeur dans
+l'héroïsme. Un jour viendra, nous le croyons, où, d'après les
+souvenirs et les témoignages des événements et des hommes, l'Église
+inscrira le nom d'Élisabeth dans ces impérissables légendes où les
+générations chrétiennes vont chercher leurs protecteurs et leurs
+modèles.</p>
<h2><span class="pagenum"><a id="page263" name="page263"></a>(p. 263)</span> APPENDICE.<br>
<span class="smaller">DOCUMENTS CONCERNANT LES RECHERCHES
-QUI ONT ÉTÉ FAITES AUX MOIS DE MARS, D'AVRIL ET DE MAI
+QUI ONT ÉTÉ FAITES AUX MOIS DE MARS, D'AVRIL ET DE MAI
POUR RETROUVER ET CONSTATER
-LES RESTES DE MADAME ÉLISABETH.</span></h2>
+LES RESTES DE MADAME ÉLISABETH.</span></h2>
-<p>Le 22 mars, le ministre de l'intérieur (M. Lainé), en adressant au
-préfet de la Seine (M. de Chabrol) une lettre de M. Viger de Jolival,
+<p>Le 22 mars, le ministre de l'intérieur (M. Lainé), en adressant au
+préfet de la Seine (M. de Chabrol) une lettre de M. Viger de Jolival,
ancien directeur des fermes, lui demandait des renseignements sur
-l'inhumation de Madame Élisabeth.</p>
+l'inhumation de Madame Élisabeth.</p>
-<p>Cette lettre et cette note furent transmises par le préfet de la
-Seine, en ces termes, au préfet de police:</p>
+<p>Cette lettre et cette note furent transmises par le préfet de la
+Seine, en ces termes, au préfet de police:</p>
<div class="lettre">
-<p>«M. le comte de Chabrol a l'honneur de transmettre confidentiellement
-à son collègue M. le comte Anglès une note accompagnée d'une lettre à
+<p>«M. le comte de Chabrol a l'honneur de transmettre confidentiellement
+à son collègue M. le comte Anglès une note accompagnée d'une lettre à
la date du 22 mars qu'il vient de recevoir de S. Exc. le ministre de
-l'intérieur, et à laquelle M. le comte Anglès a sans doute plus de
-moyens que lui de répondre d'une manière positive; il le prie de
-vouloir bien réunir tous les renseignements qui peuvent répondre aux
+l'intérieur, et à laquelle M. le comte Anglès a sans doute plus de
+moyens que lui de répondre d'une manière positive; il le prie de
+vouloir bien réunir tous les renseignements qui peuvent répondre aux
vues du ministre.</p>
-<p>»Il le prie d'agréer l'assurance de sa haute considération.</p>
+<p>»Il le prie d'agréer l'assurance de sa haute considération.</p>
-<p>»Paris, le 24 mars 1817.»</p>
+<p>»Paris, le 24 mars 1817.»</p>
</div>
-<p class="p2">Un scrupule administratif occupa les bureaux de la police. Était-il
-dans les convenances que le préfet de police fût mis en action par le
-préfet de la Seine pour une opération dont ce dernier avait été
-chargé confidentiellement par le ministre?</p>
+<p class="p2">Un scrupule administratif occupa les bureaux de la police. Était-il
+dans les convenances que le préfet de police fût mis en action par le
+préfet de la Seine pour une opération dont ce dernier avait été
+chargé confidentiellement par le ministre?</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page264" name="page264"></a>(p. 264)</span> Interrogé sur cette question, un chef de bureau de la
-préfecture de police répondait à M. le comte Anglès:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page264" name="page264"></a>(p. 264)</span> Interrogé sur cette question, un chef de bureau de la
+préfecture de police répondait à M. le comte Anglès:</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">«25 mars 1817.</p>
-
-<p>»En proposant à Son Excellence le projet de lettre ci-joint pour le
-ministre de l'intérieur, au sujet des communications de M. le préfet
-du département (reconnaissance du lieu d'inhumation des restes de
-<em>Madame Élisabeth</em>), on a l'honneur de lui faire part d'un scrupule
-naturel: le ministre de l'intérieur sera-t-il ou non dans le cas de se
-formaliser d'une communication faite par M. le préfet de la Seine de
-pièces qui lui avaient été adressées à lui seul, et de voir, hors des
-convenances peut-être, M. le préfet de police mis en action par M. le
-préfet de la Seine pour une opération dont ce dernier avait été chargé
-directement et particulièrement par le ministre?</p>
-
-<p>»Le ministre n'a rien transmis, rien demandé à M. le préfet de police;
-ce n'est pas non plus de la part du ministre que M. le préfet du
-département laisse à M. le préfet de police à suivre une opération
-dont il a recueilli et transmis les premiers éléments à S. Exc. le
-ministre de l'intérieur, qui ne les avait demandés qu'à lui, préfet du
-département, et confidentiellement.</p>
-
-<p>»M. le préfet de police n'a-t-il pas à craindre de commettre M. le
-préfet du département avec le ministre par une lettre qui n'est point
-provoquée?</p>
-
-<p>»A considérer la démarcation naturelle des attributions des autorités,
-il semble qu'il y a inconvénient et irrégularité dans la marche
-actuelle de cette affaire; peut-être, pour la suite qu'elle doit avoir
-conformément aux intentions du Roi, prendrait-elle une direction
-claire plutôt des instructions que Son Excellence prendrait
+<p class="date">«25 mars 1817.</p>
+
+<p>»En proposant à Son Excellence le projet de lettre ci-joint pour le
+ministre de l'intérieur, au sujet des communications de M. le préfet
+du département (reconnaissance du lieu d'inhumation des restes de
+<em>Madame Élisabeth</em>), on a l'honneur de lui faire part d'un scrupule
+naturel: le ministre de l'intérieur sera-t-il ou non dans le cas de se
+formaliser d'une communication faite par M. le préfet de la Seine de
+pièces qui lui avaient été adressées à lui seul, et de voir, hors des
+convenances peut-être, M. le préfet de police mis en action par M. le
+préfet de la Seine pour une opération dont ce dernier avait été chargé
+directement et particulièrement par le ministre?</p>
+
+<p>»Le ministre n'a rien transmis, rien demandé à M. le préfet de police;
+ce n'est pas non plus de la part du ministre que M. le préfet du
+département laisse à M. le préfet de police à suivre une opération
+dont il a recueilli et transmis les premiers éléments à S. Exc. le
+ministre de l'intérieur, qui ne les avait demandés qu'à lui, préfet du
+département, et confidentiellement.</p>
+
+<p>»M. le préfet de police n'a-t-il pas à craindre de commettre M. le
+préfet du département avec le ministre par une lettre qui n'est point
+provoquée?</p>
+
+<p>»A considérer la démarcation naturelle des attributions des autorités,
+il semble qu'il y a inconvénient et irrégularité dans la marche
+actuelle de cette affaire; peut-être, pour la suite qu'elle doit avoir
+conformément aux intentions du Roi, prendrait-elle une direction
+claire plutôt des instructions que Son Excellence prendrait
directement du ministre, que par la voie d'une correspondance dont il
-peut être ou mécontent ou surpris.</p>
+peut être ou mécontent ou surpris.</p>
-<p class="authorsc">»Boucher.»</p>
+<p class="authorsc">»Boucher.»</p>
</div>
-<p class="p2">La lettre suivante, formulée par M. Boucher, fut adoptée <span class="pagenum"><a id="page265" name="page265"></a>(p. 265)</span> et
-adressée par le ministre d'État, préfet de police, à M. le ministre de
-l'intérieur.</p>
+<p class="p2">La lettre suivante, formulée par M. Boucher, fut adoptée <span class="pagenum"><a id="page265" name="page265"></a>(p. 265)</span> et
+adressée par le ministre d'État, préfet de police, à M. le ministre de
+l'intérieur.</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">«25 mars 1817.</p>
+<p class="date">«25 mars 1817.</p>
-<p class="smcap">»Monseigneur,</p>
+<p class="smcap">»Monseigneur,</p>
-<p>»M. le préfet du département de la Seine m'a transmis
-confidentiellement une lettre que Votre Excellence lui a écrite le 22
+<p>»M. le préfet du département de la Seine m'a transmis
+confidentiellement une lettre que Votre Excellence lui a écrite le 22
de ce mois pour lui demander les renseignements qu'il pourrait se
-procurer sur l'époque et le lieu de l'inhumation des restes de <em>Madame
-Élisabeth</em>.</p>
+procurer sur l'époque et le lieu de l'inhumation des restes de <em>Madame
+Élisabeth</em>.</p>
-<p>»Je vois par une note transmise à M. le préfet du département par
-Votre Excellence, et dont il me donne également communication, que M.
-le préfet lui avait adressé déjà des renseignements qu'il avait
-obtenus du sieur Viger de Jolival, propriétaire du terrain où
+<p>»Je vois par une note transmise à M. le préfet du département par
+Votre Excellence, et dont il me donne également communication, que M.
+le préfet lui avait adressé déjà des renseignements qu'il avait
+obtenus du sieur Viger de Jolival, propriétaire du terrain où
l'inhumation avait eu lieu, ainsi que le plan descriptif de la
-propriété avec un aperçu du monument; mais que ces documents ne
+propriété avec un aperçu du monument; mais que ces documents ne
satisfaisaient point Votre Excellence sur la question essentielle,
-celle de l'authenticité.</p>
+celle de l'authenticité.</p>
-<p>»M. le préfet du département fonde la communication qu'il me fait par
-une note en date d'hier sur la présomption que j'aurais plus de moyens
-que lui de répondre aux vues de Votre Excellence.</p>
+<p>»M. le préfet du département fonde la communication qu'il me fait par
+une note en date d'hier sur la présomption que j'aurais plus de moyens
+que lui de répondre aux vues de Votre Excellence.</p>
-<p>»Comme je n'ai aucune connaissance de ce qui a été fait à cet égard
+<p>»Comme je n'ai aucune connaissance de ce qui a été fait à cet égard
dans le principe, et que les premiers renseignements recueillis par M.
-le préfet du département sont entre les mains de Son Excellence, je ne
-puis que la prier de vouloir bien me faire connaître si son intention
-serait que je fisse des recherches et une enquête pour obtenir des
+le préfet du département sont entre les mains de Son Excellence, je ne
+puis que la prier de vouloir bien me faire connaître si son intention
+serait que je fisse des recherches et une enquête pour obtenir des
informations plus positives.</p>
-<p>»Dans ce cas, il me serait nécessaire d'avoir toutes les notions
-antérieures qui sont parvenues à Votre Excellence et à M. le préfet du
-département.</p>
+<p>»Dans ce cas, il me serait nécessaire d'avoir toutes les notions
+antérieures qui sont parvenues à Votre Excellence et à M. le préfet du
+département.</p>
-<p>»J'ai l'honneur, etc., etc.»</p>
+<p>»J'ai l'honneur, etc., etc.»</p>
</div>
-<p class="p2">M. le vicomte Lainé répondit:</p>
+<p class="p2">M. le vicomte Lainé répondit:</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">«Paris, le 31 mars 1817.</p>
+<p class="date">«Paris, le 31 mars 1817.</p>
-<p>»Monsieur le comte, M. Viger de Jolival, propriétaire de <span class="pagenum"><a id="page266" name="page266"></a>(p. 266)</span> la
-maison dite du Christ, barrière de Mousseaux, et d'un terrain en
-dépendant, a déclaré que S. A. R. Madame Élisabeth avait été inhumée
+<p>»Monsieur le comte, M. Viger de Jolival, propriétaire de <span class="pagenum"><a id="page266" name="page266"></a>(p. 266)</span> la
+maison dite du Christ, barrière de Mousseaux, et d'un terrain en
+dépendant, a déclaré que S. A. R. Madame Élisabeth avait été inhumée
dans ce terrain.</p>
-<p>»Le Roi m'a ordonné de faire à ce sujet toutes les recherches
+<p>»Le Roi m'a ordonné de faire à ce sujet toutes les recherches
convenables.</p>
-<p>»Je vous serai obligé de me communiquer tous les renseignements que
-vous pourrez vous procurer pour constater ce fait d'une manière
-indubitable et pour faire reconnaître les cendres de Madame Élisabeth,
-que l'on dit avoir été ensevelie en même temps que plusieurs autres
-personnes. Ce doit être là le but des recherches, afin que la
-translation à Saint-Denis puisse être opérée, suivant le degré de
-certitude qui aura été acquis.</p>
+<p>»Je vous serai obligé de me communiquer tous les renseignements que
+vous pourrez vous procurer pour constater ce fait d'une manière
+indubitable et pour faire reconnaître les cendres de Madame Élisabeth,
+que l'on dit avoir été ensevelie en même temps que plusieurs autres
+personnes. Ce doit être là le but des recherches, afin que la
+translation à Saint-Denis puisse être opérée, suivant le degré de
+certitude qui aura été acquis.</p>
-<p>»J'ai l'honneur d'être, etc.</p>
+<p>»J'ai l'honneur d'être, etc.</p>
-<p class="author">»<i>Le ministre secrétaire d'État au département
- de l'intérieur,</i></p>
+<p class="author">»<i>Le ministre secrétaire d'État au département
+ de l'intérieur,</i></p>
-<p class="authorsc">»Lainé.»</p>
+<p class="authorsc">»Lainé.»</p>
</div>
-<p class="p2">Cette lettre étant demeurée sans réponse, le ministre de l'intérieur
-en fit le rappel au préfet de police le 18 avril, en ajoutant: «Je
-vous prie de me répondre sur cette demande le plus tôt possible.»</p>
+<p class="p2">Cette lettre étant demeurée sans réponse, le ministre de l'intérieur
+en fit le rappel au préfet de police le 18 avril, en ajoutant: «Je
+vous prie de me répondre sur cette demande le plus tôt possible.»</p>
-<p>De son côté, M. de Giry, administrateur des affaires ecclésiastiques
-au ministère de l'intérieur, avait, dès le 1<sup>er</sup> avril, écrit
-officieusement à M. Anglès:</p>
+<p>De son côté, M. de Giry, administrateur des affaires ecclésiastiques
+au ministère de l'intérieur, avait, dès le 1<sup>er</sup> avril, écrit
+officieusement à M. Anglès:</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">«Paris, le [1<sup>er</sup> avril] 1817.</p>
+<p class="date">«Paris, le [1<sup>er</sup> avril] 1817.</p>
-<p>»Voici ce qui est arrivé au sujet des recherches à faire pour
+<p>»Voici ce qui est arrivé au sujet des recherches à faire pour
constater tout ce qui peut avoir trait aux cendres de Madame
-Élisabeth.</p>
-
-<p>»Le ministre me remit, il y a quelques jours, une note portant que M.
-Viger de Jolival, propriétaire d'une maison dite du Christ et jardin
-en dépendant, barrière de Mousseaux, avait fourni à <em>M. le préfet de
-la Seine</em> et à MM. les vicaires généraux des renseignements et un
-projet sur un monument à élever en l'honneur de Madame Élisabeth sur
-le terrain même, après acquisition faite (par la ville de Paris).</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page267" name="page267"></a>(p. 267)</span>»Je finissais le travail ordinaire; le ministre, en me
-remettant la note, qui m'était alors inconnue, n'ajouta que ces mots:
-«Voyez tout ce que l'on peut faire.»</p>
-
-<p>»Averti par la lecture qu'il y avait des antécédents, je me les fis
-remettre. Ils étaient déjà parvenus, avec envoi de M. le préfet, dans
-un bureau qui avait traité sous le rapport d'acquisition (160,000 fr.)
+Élisabeth.</p>
+
+<p>»Le ministre me remit, il y a quelques jours, une note portant que M.
+Viger de Jolival, propriétaire d'une maison dite du Christ et jardin
+en dépendant, barrière de Mousseaux, avait fourni à <em>M. le préfet de
+la Seine</em> et à MM. les vicaires généraux des renseignements et un
+projet sur un monument à élever en l'honneur de Madame Élisabeth sur
+le terrain même, après acquisition faite (par la ville de Paris).</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page267" name="page267"></a>(p. 267)</span>»Je finissais le travail ordinaire; le ministre, en me
+remettant la note, qui m'était alors inconnue, n'ajouta que ces mots:
+«Voyez tout ce que l'on peut faire.»</p>
+
+<p>»Averti par la lecture qu'il y avait des antécédents, je me les fis
+remettre. Ils étaient déjà parvenus, avec envoi de M. le préfet, dans
+un bureau qui avait traité sous le rapport d'acquisition (160,000 fr.)
et de monument. Que pourrait-on faire si l'on n'y mettait encore
-autant et plus, et puis des gardiens dans ce quartier isolé, et puis
-un service journalier, etc.? J'entrevis <em>quatre à cinq cent mille
-francs</em> de dépense.</p>
-
-<p>»J'arrivai au travail avec deux lettres: une aux vicaires généraux
-pour avoir tout ce qui leur avait été communiqué; l'autre est celle
-que M. le comte de Chabrol a renvoyée à M. le comte Anglès. L'avis
-joint était de ma façon, parce que je craignais que M. le préfet ne
-suivît la chose dans le sens du premier projet, et qu'il me paraissait
-qu'on ne pouvait trop appuyer sur la nécessité de <em>constater</em> les
-cendres, de les distinguer et de les transférer alors à Saint-Denis,
-plutôt que de s'arrêter à tout autre plan d'exécution imparfaite et
+autant et plus, et puis des gardiens dans ce quartier isolé, et puis
+un service journalier, etc.? J'entrevis <em>quatre à cinq cent mille
+francs</em> de dépense.</p>
+
+<p>»J'arrivai au travail avec deux lettres: une aux vicaires généraux
+pour avoir tout ce qui leur avait été communiqué; l'autre est celle
+que M. le comte de Chabrol a renvoyée à M. le comte Anglès. L'avis
+joint était de ma façon, parce que je craignais que M. le préfet ne
+suivît la chose dans le sens du premier projet, et qu'il me paraissait
+qu'on ne pouvait trop appuyer sur la nécessité de <em>constater</em> les
+cendres, de les distinguer et de les transférer alors à Saint-Denis,
+plutôt que de s'arrêter à tout autre plan d'exécution imparfaite et
dispendieuse.</p>
-<p>»Je ne songeai pas dans le moment au préfet de police; le ministre n'y
-songea pas davantage; mais hier, averti ou mieux avisé, il a écrit à
-M. le préfet de police. La lettre, soumise aux formalités du départ,
-se sera croisée.</p>
+<p>»Je ne songeai pas dans le moment au préfet de police; le ministre n'y
+songea pas davantage; mais hier, averti ou mieux avisé, il a écrit à
+M. le préfet de police. La lettre, soumise aux formalités du départ,
+se sera croisée.</p>
-<p>»Il paraît que l'idée de translation à Saint-Denis, dans le cas où
-l'on réussirait à distinguer les cendres de Madame Élisabeth, est
-conforme à l'intention du Roi.</p>
+<p>»Il paraît que l'idée de translation à Saint-Denis, dans le cas où
+l'on réussirait à distinguer les cendres de Madame Élisabeth, est
+conforme à l'intention du Roi.</p>
-<p>»Il paraît encore que l'intérêt du propriétaire, déjà bercé de l'idée
-de vendre, pourra rendre la vérification plus difficile. Ce n'est pas
-le cas de parler d'adresse et d'habileté au ministre préfet qui veille
+<p>»Il paraît encore que l'intérêt du propriétaire, déjà bercé de l'idée
+de vendre, pourra rendre la vérification plus difficile. Ce n'est pas
+le cas de parler d'adresse et d'habileté au ministre préfet qui veille
sur Paris.</p>
-<p>»Au surplus, j'ai parlé ce matin à M. Lainé de la question que vous
-m'avez adressée, mon très-honoré et très-cher ministre, et je lui en
-ai parlé comme je devais le faire, et de manière à remplir votre
-commission en entier. Je puis donc vous assurer que l'énoncé de la
-note Jolival, portant que le préfet de la Seine et les vicaires
-généraux de Paris avaient ses <span class="pagenum"><a id="page268" name="page268"></a>(p. 268)</span> premiers renseignements, a été
-(sans autre réflexion) la cause que l'on s'est adressé à cet
-administrateur et à MM. les vicaires généraux.</p>
-
-<p>»Quant aux antécédents, ils sont uniquement relatifs à la dépense à
-mettre à la charge de la ville de Paris. Ils s'étaient passés entre M.
-le préfet et M. le sous-secrétaire d'État en dernier lieu.</p>
-
-<p>»Enfin M. Lainé se défend même d'avoir coopéré à ce qui regarde les
-restes de Molière et de la Fontaine. Il m'a répondu qu'au surplus cela
-avait dû être traité comme objet d'art. M'a-t-il bien ou mal entendu?</p>
-
-<p>»Je n'ai pas voulu insister.</p>
-
-<p>»Mais, j'ose vous le répéter, quoique sans doute la chose soit
-superflue, s'il est reconnu qu'acheter et bâtir serait intempestif,
-que transférer à Saint-Denis serait dans les v&oelig;ux du Roi, il y aura
-des précautions à prendre pour éluder l'intérêt du propriétaire.</p>
-
-<p>»J'écris de chez moi, les affaires courantes ne me l'ayant pas permis
-dans la journée. Pardon de la prolixité, mais les enfants et les
-grands me détournent également. Demain j'aurai l'honneur de vous
+<p>»Au surplus, j'ai parlé ce matin à M. Lainé de la question que vous
+m'avez adressée, mon très-honoré et très-cher ministre, et je lui en
+ai parlé comme je devais le faire, et de manière à remplir votre
+commission en entier. Je puis donc vous assurer que l'énoncé de la
+note Jolival, portant que le préfet de la Seine et les vicaires
+généraux de Paris avaient ses <span class="pagenum"><a id="page268" name="page268"></a>(p. 268)</span> premiers renseignements, a été
+(sans autre réflexion) la cause que l'on s'est adressé à cet
+administrateur et à MM. les vicaires généraux.</p>
+
+<p>»Quant aux antécédents, ils sont uniquement relatifs à la dépense à
+mettre à la charge de la ville de Paris. Ils s'étaient passés entre M.
+le préfet et M. le sous-secrétaire d'État en dernier lieu.</p>
+
+<p>»Enfin M. Lainé se défend même d'avoir coopéré à ce qui regarde les
+restes de Molière et de la Fontaine. Il m'a répondu qu'au surplus cela
+avait dû être traité comme objet d'art. M'a-t-il bien ou mal entendu?</p>
+
+<p>»Je n'ai pas voulu insister.</p>
+
+<p>»Mais, j'ose vous le répéter, quoique sans doute la chose soit
+superflue, s'il est reconnu qu'acheter et bâtir serait intempestif,
+que transférer à Saint-Denis serait dans les v&oelig;ux du Roi, il y aura
+des précautions à prendre pour éluder l'intérêt du propriétaire.</p>
+
+<p>»J'écris de chez moi, les affaires courantes ne me l'ayant pas permis
+dans la journée. Pardon de la prolixité, mais les enfants et les
+grands me détournent également. Demain j'aurai l'honneur de vous
envoyer le dossier entier.</p>
-<p>»Veuillez agréer mon respectueux et profond dévouement,</p>
+<p>»Veuillez agréer mon respectueux et profond dévouement,</p>
-<p class="authorsc">»De Giry.»</p>
+<p class="authorsc">»De Giry.»</p>
</div>
-<p class="p2">Le préfet de police autorisa M. de Chanay, chef de la première
-division, à prendre lui-même dans l'enclos du Christ des
+<p class="p2">Le préfet de police autorisa M. de Chanay, chef de la première
+division, à prendre lui-même dans l'enclos du Christ des
renseignements sur le lieu de l'inhumation du corps de Madame
-Élisabeth.</p>
+Élisabeth.</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">«Paris, 18 avril 1817.</p>
+<p class="date">«Paris, 18 avril 1817.</p>
-<p>»Le ministre d'État, préfet de police, autorisons le sieur de Chanay,
-chef de la première division des bureaux de notre préfecture, à se
-transporter à la barrière de Mousseaux, où est située la maison dite
-du Christ, appartenant à M. Viger de Jolival, et à visiter l'enclos de
-ladite maison, à l'effet de reconnaître les lieux et d'y prendre des
+<p>»Le ministre d'État, préfet de police, autorisons le sieur de Chanay,
+chef de la première division des bureaux de notre préfecture, à se
+transporter à la barrière de Mousseaux, où est située la maison dite
+du Christ, appartenant à M. Viger de Jolival, et à visiter l'enclos de
+ladite maison, à l'effet de reconnaître les lieux et d'y prendre des
renseignements sur le lieu de l'inhumation du corps de S. A. R. Madame
-Élisabeth, <span class="pagenum"><a id="page269" name="page269"></a>(p. 269)</span> s&oelig;ur du Roi, et d'y recevoir en forme la
-déclaration du sieur Joly, ancien concierge de ce local, aujourd'hui
-concierge du cimetière Montmartre, qui sera invité à s'y rendre pour
-le même objet.&mdash;Ledit chef de division se fera assister, s'il le juge
-nécessaire, du commissaire de police du quartier du Roule et d'un
+Élisabeth, <span class="pagenum"><a id="page269" name="page269"></a>(p. 269)</span> s&oelig;ur du Roi, et d'y recevoir en forme la
+déclaration du sieur Joly, ancien concierge de ce local, aujourd'hui
+concierge du cimetière Montmartre, qui sera invité à s'y rendre pour
+le même objet.&mdash;Ledit chef de division se fera assister, s'il le juge
+nécessaire, du commissaire de police du quartier du Roule et d'un
officier de paix, afin de pouvoir faire sur les lieux toutes les
-observations demandées et y recevoir toutes les déclarations qui
+observations demandées et y recevoir toutes les déclarations qui
pourraient fournir d'utiles renseignements.</p>
-<p class="author">»<i>Le ministre d'État, préfet de police,</i><br>
- »Comte <span class="smcap">Anglès</span>.»</p>
+<p class="author">»<i>Le ministre d'État, préfet de police,</i><br>
+ »Comte <span class="smcap">Anglès</span>.»</p>
</div>
-<p class="p2">Le 21 avril, M. Boucher, chef de bureau à la préfecture de police,
-soumettait à son chef le rapport suivant:</p>
+<p class="p2">Le 21 avril, M. Boucher, chef de bureau à la préfecture de police,
+soumettait à son chef le rapport suivant:</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">«21 avril 1817.</p>
-
-<p>»On a l'honneur de rendre compte à Son Excellence du résultat des
-premières démarches qui ont été faites pour parvenir à des
-renseignements positifs sur la sépulture <em>distincte</em> des restes de Son
-Altesse Royale Madame Élisabeth, s&oelig;ur du Roi Louis XVI.</p>
-
-<p>»M. de Giry, qui dirige l'administration des affaires ecclésiastiques
-au ministère de l'intérieur, avait expliqué dans une lettre
-particulière à Son Excellence la raison pour laquelle les premières
-communications avaient été faites au département de la Seine. L'enclos
-connu sous le nom de la <em>maison du Christ</em>, barrière de Mousseaux,
-dans lequel les dépouilles mortelles de Madame Élisabeth ont été
-déposées avec les restes de beaucoup d'autres victimes des fureurs
-révolutionnaires, est une propriété à M. Viger de Jolival, qui offrait
+<p class="date">«21 avril 1817.</p>
+
+<p>»On a l'honneur de rendre compte à Son Excellence du résultat des
+premières démarches qui ont été faites pour parvenir à des
+renseignements positifs sur la sépulture <em>distincte</em> des restes de Son
+Altesse Royale Madame Élisabeth, s&oelig;ur du Roi Louis XVI.</p>
+
+<p>»M. de Giry, qui dirige l'administration des affaires ecclésiastiques
+au ministère de l'intérieur, avait expliqué dans une lettre
+particulière à Son Excellence la raison pour laquelle les premières
+communications avaient été faites au département de la Seine. L'enclos
+connu sous le nom de la <em>maison du Christ</em>, barrière de Mousseaux,
+dans lequel les dépouilles mortelles de Madame Élisabeth ont été
+déposées avec les restes de beaucoup d'autres victimes des fureurs
+révolutionnaires, est une propriété à M. Viger de Jolival, qui offrait
de la vendre.</p>
-<p>»M. de Giry avait annoncé à Son Excellence l'envoi prochain de pièces
+<p>»M. de Giry avait annoncé à Son Excellence l'envoi prochain de pièces
essentielles pour suivre cette affaire, et qu'il veut bien confier
-aujourd'hui. Ces pièces et les renseignements que j'ai recueillis
-conduiront-ils au but désiré, la connaissance positive de la sépulture
-de Madame Élisabeth, assez positive enfin pour qu'il y fait un moyen
-de la <em>constater</em>? On le dit à regret à Son Excellence, on ne le croit
-pas. M. Viger <span class="pagenum"><a id="page270" name="page270"></a>(p. 270)</span> de Jolival le faisait déjà bien entrevoir dans
-une lettre qu'il écrivait à MM. les vicaires généraux au mois de
-février dernier; la phrase est précise: «C'est donc à vous, Messieurs,
-leur dit-il, qu'il appartient de faire connaître publiquement le lieu
-où reposent (mêlés, il est vrai, avec ceux de beaucoup de victimes
-moins illustres, mais non moins innocentes) les restes infortunés de
-la s&oelig;ur du bon Roi Louis XVI.»</p>
-
-<p>»D'après les intentions de S. Exc. le ministre de l'intérieur, MM. les
-vicaires généraux s'étaient empressés de recueillir des renseignements
-de M. Desclozeaux et de M. Bélanger, architecte, indépendamment de
+aujourd'hui. Ces pièces et les renseignements que j'ai recueillis
+conduiront-ils au but désiré, la connaissance positive de la sépulture
+de Madame Élisabeth, assez positive enfin pour qu'il y fait un moyen
+de la <em>constater</em>? On le dit à regret à Son Excellence, on ne le croit
+pas. M. Viger <span class="pagenum"><a id="page270" name="page270"></a>(p. 270)</span> de Jolival le faisait déjà bien entrevoir dans
+une lettre qu'il écrivait à MM. les vicaires généraux au mois de
+février dernier; la phrase est précise: «C'est donc à vous, Messieurs,
+leur dit-il, qu'il appartient de faire connaître publiquement le lieu
+où reposent (mêlés, il est vrai, avec ceux de beaucoup de victimes
+moins illustres, mais non moins innocentes) les restes infortunés de
+la s&oelig;ur du bon Roi Louis XVI.»</p>
+
+<p>»D'après les intentions de S. Exc. le ministre de l'intérieur, MM. les
+vicaires généraux s'étaient empressés de recueillir des renseignements
+de M. Desclozeaux et de M. Bélanger, architecte, indépendamment de
ceux qu'ils avaient eus de M. Viger de Jolival.</p>
-<p>»Le certificat de M. Desclozeaux ne fait connaître autre chose sinon
-que les restes de Madame Élisabeth ont bien été déposés dans l'enclos
-du Christ, à Mousseaux, et non au cimetière de la rue d'Anjou, comme
-aurait pu le faire croire une liste imprimée des victimes du tribunal
-révolutionnaire.</p>
+<p>»Le certificat de M. Desclozeaux ne fait connaître autre chose sinon
+que les restes de Madame Élisabeth ont bien été déposés dans l'enclos
+du Christ, à Mousseaux, et non au cimetière de la rue d'Anjou, comme
+aurait pu le faire croire une liste imprimée des victimes du tribunal
+révolutionnaire.</p>
-<p>»Une lettre adressée par M. Bélanger à MM. les vicaires généraux fait
-également présumer qu'il n'y aurait aucun moyen de distinguer les
-restes de Madame Élisabeth, et que toutes les victimes de ce temps
-affreux ont été confondues dans une même fosse.</p>
+<p>»Une lettre adressée par M. Bélanger à MM. les vicaires généraux fait
+également présumer qu'il n'y aurait aucun moyen de distinguer les
+restes de Madame Élisabeth, et que toutes les victimes de ce temps
+affreux ont été confondues dans une même fosse.</p>
-<p>»M. Bélanger ne parle que <em>du lieu où gît la fosse</em> et du monument
-expiatoire qu'on pourrait élever au-dessus, en forme de pyramide, dont
+<p>»M. Bélanger ne parle que <em>du lieu où gît la fosse</em> et du monument
+expiatoire qu'on pourrait élever au-dessus, en forme de pyramide, dont
il donna le dessin.</p>
-<p>»Enfin MM. les vicaires généraux, dans une lettre qu'ils écrivirent au
-ministre de l'intérieur le 26 mars 1817, en lui transmettant ces
-pièces avec quelques autres, firent bien entrevoir la difficulté qu'il
-y aurait de parvenir à séparer les cendres de Madame Élisabeth, qui
-ont été confondues avec celles de tant d'autres victimes. Et M.
-Jalabert, que j'ai eu l'avantage de voir ce matin, n'a pas dissimulé
+<p>»Enfin MM. les vicaires généraux, dans une lettre qu'ils écrivirent au
+ministre de l'intérieur le 26 mars 1817, en lui transmettant ces
+pièces avec quelques autres, firent bien entrevoir la difficulté qu'il
+y aurait de parvenir à séparer les cendres de Madame Élisabeth, qui
+ont été confondues avec celles de tant d'autres victimes. Et M.
+Jalabert, que j'ai eu l'avantage de voir ce matin, n'a pas dissimulé
qu'il regardait la chose comme impossible; aussi le v&oelig;u de MM. les
-vicaires généraux se bornait-il à l'érection d'un monument et d'une
-chapelle expiatoire<a id="footnotetag135" name="footnotetag135"></a><a href="#footnote135" title="Go to footnote 135"><span class="smaller">[135]</span></a>. M. de Giry m'avait conseillé une démarche
-<span class="pagenum"><a id="page271" name="page271"></a>(p. 271)</span> auprès de M. Desclozeaux, dont la mort ne lui était plus
-sans doute revenue à la mémoire; mais je n'en ai pas moins recueilli
-de mesdames Desclozeaux des détails dont elles avaient été informées
-comme leur père. Il en résulterait que bien avant le 10 mai 1794, jour
-où périt Madame Élisabeth, c'est-à-dire depuis la fin de mars, nombre
-de victimes avaient déjà été précipitées dans une grande fosse, où
-l'on entassait les corps sans ménagement comme sans distinction; que
-le 10 mai les vingt-cinq victimes avaient été transportées dans un
-même panier; que depuis ce jour jusqu'à la fin de juin, et sans
-discontinuité dans ce laps de temps, d'autres victimes ont été
-entassées par douzaines dans ce même endroit; que la gaieté
-sanguinaire, la férocité, la monstruosité des êtres qui recevaient les
+vicaires généraux se bornait-il à l'érection d'un monument et d'une
+chapelle expiatoire<a id="footnotetag135" name="footnotetag135"></a><a href="#footnote135" title="Go to footnote 135"><span class="smaller">[135]</span></a>. M. de Giry m'avait conseillé une démarche
+<span class="pagenum"><a id="page271" name="page271"></a>(p. 271)</span> auprès de M. Desclozeaux, dont la mort ne lui était plus
+sans doute revenue à la mémoire; mais je n'en ai pas moins recueilli
+de mesdames Desclozeaux des détails dont elles avaient été informées
+comme leur père. Il en résulterait que bien avant le 10 mai 1794, jour
+où périt Madame Élisabeth, c'est-à-dire depuis la fin de mars, nombre
+de victimes avaient déjà été précipitées dans une grande fosse, où
+l'on entassait les corps sans ménagement comme sans distinction; que
+le 10 mai les vingt-cinq victimes avaient été transportées dans un
+même panier; que depuis ce jour jusqu'à la fin de juin, et sans
+discontinuité dans ce laps de temps, d'autres victimes ont été
+entassées par douzaines dans ce même endroit; que la gaieté
+sanguinaire, la férocité, la monstruosité des êtres qui recevaient les
corps et faisaient le service de la fosse sont au-dessus de toute
-expression, au point qu'il aurait été fort dangereux d'annoncer
-quelque sensibilité à leurs yeux et de vouloir se livrer à quelque
-devoir d'humanité ou de pitié.</p>
-
-<p>»En un mot, d'après tout ce que les dames Desclozeaux <span class="pagenum"><a id="page272" name="page272"></a>(p. 272)</span> ont su
-de leur père, le projet de parvenir à distinguer les restes de Madame
-Élisabeth dans le mélange de tant de restes ne pourrait jamais
-conduire à un résultat; en un mot, il serait impossible d'en venir à
+expression, au point qu'il aurait été fort dangereux d'annoncer
+quelque sensibilité à leurs yeux et de vouloir se livrer à quelque
+devoir d'humanité ou de pitié.</p>
+
+<p>»En un mot, d'après tout ce que les dames Desclozeaux <span class="pagenum"><a id="page272" name="page272"></a>(p. 272)</span> ont su
+de leur père, le projet de parvenir à distinguer les restes de Madame
+Élisabeth dans le mélange de tant de restes ne pourrait jamais
+conduire à un résultat; en un mot, il serait impossible d'en venir à
<em>constater</em>, premier point cependant pour remplir les intentions de Sa
-Majesté.</p>
-
-<p>»Néanmoins il se peut qu'on ait, en termes vagues, donné le nom de
-fosse à un endroit spacieux jusqu'à un certain point, s'il faut s'en
-rapporter au devis estimatif que M. de Jolival a donné de sa
-propriété. Il y est dit que sur dix-neuf cent trente et une toises
-<em>quarrées</em>, six cents ont servi aux inhumations. Une inspection du
-terrain deviendrait donc absolument nécessaire pour qu'on put émettre
-une dernière opinion.</p>
-
-<p>»On ne pouvait se permettre de se présenter sans mission et sans
-instructions ni auprès de M. de Jolival ni dans sa propriété. M. de
-Giry a fait entendre à Son Excellence qu'il fallait quelque adresse
-pour une communication à ce propriétaire, qui avait calculé d'avance
+Majesté.</p>
+
+<p>»Néanmoins il se peut qu'on ait, en termes vagues, donné le nom de
+fosse à un endroit spacieux jusqu'à un certain point, s'il faut s'en
+rapporter au devis estimatif que M. de Jolival a donné de sa
+propriété. Il y est dit que sur dix-neuf cent trente et une toises
+<em>quarrées</em>, six cents ont servi aux inhumations. Une inspection du
+terrain deviendrait donc absolument nécessaire pour qu'on put émettre
+une dernière opinion.</p>
+
+<p>»On ne pouvait se permettre de se présenter sans mission et sans
+instructions ni auprès de M. de Jolival ni dans sa propriété. M. de
+Giry a fait entendre à Son Excellence qu'il fallait quelque adresse
+pour une communication à ce propriétaire, qui avait calculé d'avance
le prix d'une vente, et qui comptait sur l'emploi de son terrain pour
-un monument distingué, surtout M. de Jolival ignorant les intentions
-de Sa Majesté pour qu'il soit fait un transport à Saint-Denis des
-restes de Madame Élisabeth, dispositions, on le sent, qui dérangent
-tous les calculs du propriétaire.</p>
-
-<p>»Il n'y a qu'un ordre de Son Excellence, et un ordre dont les motifs
-ne seraient pas donnés, qui puisse faciliter l'accès dans le terrain;
-peut-être est-ce au propriétaire lui-même qu'il faudrait ensuite
-l'exhiber, à moins que Son Excellence ne pensât que, vu l'urgence, il
-pût être seulement exhibé au concierge ou portier de la maison. Ce
-dernier passe pour connaître assez bien la disposition des lieux.</p>
-
-<p>»L'assistance d'un commissaire de police serait-elle alors nécessaire
-pour qu'il pût verbaliser au besoin? C'est une question que Son
-Excellence est priée de résoudre; mais, au surplus, peut-être ne
+un monument distingué, surtout M. de Jolival ignorant les intentions
+de Sa Majesté pour qu'il soit fait un transport à Saint-Denis des
+restes de Madame Élisabeth, dispositions, on le sent, qui dérangent
+tous les calculs du propriétaire.</p>
+
+<p>»Il n'y a qu'un ordre de Son Excellence, et un ordre dont les motifs
+ne seraient pas donnés, qui puisse faciliter l'accès dans le terrain;
+peut-être est-ce au propriétaire lui-même qu'il faudrait ensuite
+l'exhiber, à moins que Son Excellence ne pensât que, vu l'urgence, il
+pût être seulement exhibé au concierge ou portier de la maison. Ce
+dernier passe pour connaître assez bien la disposition des lieux.</p>
+
+<p>»L'assistance d'un commissaire de police serait-elle alors nécessaire
+pour qu'il pût verbaliser au besoin? C'est une question que Son
+Excellence est priée de résoudre; mais, au surplus, peut-être ne
serait-il pas inutile que la personne qui ira visiter le terrain soit
-accompagnée d'un architecte.</p>
+accompagnée d'un architecte.</p>
-<p>»A moins que Son Excellence ne préfère une autre mesure, qui serait
-d'obtenir tous les documents préliminaires par voie secrète et par une
-entremise ménagée auprès du concierge.</p>
+<p>»A moins que Son Excellence ne préfère une autre mesure, qui serait
+d'obtenir tous les documents préliminaires par voie secrète et par une
+entremise ménagée auprès du concierge.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page273" name="page273"></a>(p. 273)</span>»Son Excellence écrirait au ministre de l'intérieur pour lui
-faire connaître que les démarches ont été faites pour obtenir les
-premiers résultats sans lesquels il serait impossible que les
-intentions de Sa Majesté fussent remplies, mais que ce qu'on a pu
-recueillir de renseignements jusqu'à ce moment ne laisse
-malheureusement entrevoir aucun succès; qu'aussitôt qu'on en aura
-complétement acquis la certitude, on s'empressera de l'en informer.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page273" name="page273"></a>(p. 273)</span>»Son Excellence écrirait au ministre de l'intérieur pour lui
+faire connaître que les démarches ont été faites pour obtenir les
+premiers résultats sans lesquels il serait impossible que les
+intentions de Sa Majesté fussent remplies, mais que ce qu'on a pu
+recueillir de renseignements jusqu'à ce moment ne laisse
+malheureusement entrevoir aucun succès; qu'aussitôt qu'on en aura
+complétement acquis la certitude, on s'empressera de l'en informer.</p>
-<p class="authorsc">»Boucher.»</p>
+<p class="authorsc">»Boucher.»</p>
</div>
-<p class="p2">Sur les données de ce rapport, approuvé par le comte Anglés, la lettre
-suivante fut rédigée et envoyée au ministre:</p>
+<p class="p2">Sur les données de ce rapport, approuvé par le comte Anglés, la lettre
+suivante fut rédigée et envoyée au ministre:</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">«22 avril 1817.</p>
-
-<p class="smcap">»Monseigneur,</p>
-
-<p>»Votre Excellence, sur la déclaration de M. Viger de Jolival,
-propriétaire d'une maison dite du Christ, près la barrière de
-Mousseaux, que S. A. R. Madame Élisabeth, s&oelig;ur du Roi Louis XVI,
-avait été inhumée dans ce terrain, m'a chargé de faire les recherches
-nécessaires pour parvenir à constater le fait d'une manière
-indubitable, afin que les cendres de cette princesse pussent être
-transférées à Saint-Denis suivant les intentions du Roi.</p>
-
-<p>»J'ai fait prendre à cet égard tous les renseignements sur
-l'exactitude desquels on dût compter. Ils s'accordent bien sur la
-notoriété de l'inhumation de Madame Élisabeth au terrain dont il
-s'agit; mais, d'après tous les détails que j'ai recueillis jusqu'à ce
-moment, j'entrevois les plus grands obstacles à faire reconnaître les
+<p class="date">«22 avril 1817.</p>
+
+<p class="smcap">»Monseigneur,</p>
+
+<p>»Votre Excellence, sur la déclaration de M. Viger de Jolival,
+propriétaire d'une maison dite du Christ, près la barrière de
+Mousseaux, que S. A. R. Madame Élisabeth, s&oelig;ur du Roi Louis XVI,
+avait été inhumée dans ce terrain, m'a chargé de faire les recherches
+nécessaires pour parvenir à constater le fait d'une manière
+indubitable, afin que les cendres de cette princesse pussent être
+transférées à Saint-Denis suivant les intentions du Roi.</p>
+
+<p>»J'ai fait prendre à cet égard tous les renseignements sur
+l'exactitude desquels on dût compter. Ils s'accordent bien sur la
+notoriété de l'inhumation de Madame Élisabeth au terrain dont il
+s'agit; mais, d'après tous les détails que j'ai recueillis jusqu'à ce
+moment, j'entrevois les plus grands obstacles à faire reconnaître les
cendres de cette princesse, qui paraissent se trouver confondues avec
-celles du grand nombre de victimes déposées dans le temps en ce même
-lieu sans aucune distinction. Je crains en conséquence, Monseigneur,
-qu'il me soit impossible d'en venir à <em>constater</em> d'abord le lieu
-positif de l'inhumation, et encore moins ensuite l'identité des
-cendres, deux points également importants. Il me paraît que MM. les
-vicaires généraux, dans les indications qu'ils cherchent à se procurer
-de leur côté, ne conçoivent pas plus d'espérance <span class="pagenum"><a id="page274" name="page274"></a>(p. 274)</span> que moi, et
-ils se proposent d'écrire à ce sujet à Votre Excellence.</p>
-
-<p>»Cependant je fais continuer les démarches et les recherches avec le
+celles du grand nombre de victimes déposées dans le temps en ce même
+lieu sans aucune distinction. Je crains en conséquence, Monseigneur,
+qu'il me soit impossible d'en venir à <em>constater</em> d'abord le lieu
+positif de l'inhumation, et encore moins ensuite l'identité des
+cendres, deux points également importants. Il me paraît que MM. les
+vicaires généraux, dans les indications qu'ils cherchent à se procurer
+de leur côté, ne conçoivent pas plus d'espérance <span class="pagenum"><a id="page274" name="page274"></a>(p. 274)</span> que moi, et
+ils se proposent d'écrire à ce sujet à Votre Excellence.</p>
+
+<p>»Cependant je fais continuer les démarches et les recherches avec le
plus grand soin, et je m'empresserai d'informer Votre Excellence de
-leur résultat.</p>
+leur résultat.</p>
-<p>»J'ai l'honneur, etc.</p>
+<p>»J'ai l'honneur, etc.</p>
-<p class="author">»<i>Le ministre d'État</i>, etc.»</p>
+<p class="author">»<i>Le ministre d'État</i>, etc.»</p>
</div>
-<p class="p2">Pendant que les premiers magistrats de la cité réunissaient leurs
-efforts pour découvrir le lieu de la sépulture d'Élisabeth,
-l'archiviste Peuchet, occupé du même objet, confessait de son côté son
-impuissance; mais ses regrets se voilaient aussitôt d'une pieuse
-consolation. «Si ses restes nous échappent, dit-il dans un billet à
-cette date du 22 avril, nous avons d'elle un exemple parfait à suivre
-de piété, de grandeur et de résignation sublime.»</p>
+<p class="p2">Pendant que les premiers magistrats de la cité réunissaient leurs
+efforts pour découvrir le lieu de la sépulture d'Élisabeth,
+l'archiviste Peuchet, occupé du même objet, confessait de son côté son
+impuissance; mais ses regrets se voilaient aussitôt d'une pieuse
+consolation. «Si ses restes nous échappent, dit-il dans un billet à
+cette date du 22 avril, nous avons d'elle un exemple parfait à suivre
+de piété, de grandeur et de résignation sublime.»</p>
-<p>Deux jours après, l'officier de paix Burger adressait à la préfecture
-de police le résultat de sa visite au cimetière de Monceaux.</p>
+<p>Deux jours après, l'officier de paix Burger adressait à la préfecture
+de police le résultat de sa visite au cimetière de Monceaux.</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">«Ce 24 avril 1817.</p>
+<p class="date">«Ce 24 avril 1817.</p>
-<p class="entete"><i>»Rapport particulier sur la sépulture de Madame Élisabeth.</i></p>
+<p class="entete"><i>»Rapport particulier sur la sépulture de Madame Élisabeth.</i></p>
-<p>»Je me suis transporté hier matin à la barrière de Mousseaux, près de
-laquelle est située la maison dite du Christ, appartenant à M. Viger
-de Jolival. Dans l'enclos de cette propriété se trouve un terrain de
-la forme d'un triangle équilatéral d'une petite dimension; c'est dans
+<p>»Je me suis transporté hier matin à la barrière de Mousseaux, près de
+laquelle est située la maison dite du Christ, appartenant à M. Viger
+de Jolival. Dans l'enclos de cette propriété se trouve un terrain de
+la forme d'un triangle équilatéral d'une petite dimension; c'est dans
ce lieu que reposent les restes de cette princesse, avec une grande
-quantité d'autres victimes.</p>
+quantité d'autres victimes.</p>
-<p>»Le concierge de cette maison s'est d'abord refusé d'acquiescer à la
-demande que je lui fis de visiter le cimetière, sous prétexte que son
-maître a recommandé de ne laisser pénétrer en ces lieux d'autres
+<p>»Le concierge de cette maison s'est d'abord refusé d'acquiescer à la
+demande que je lui fis de visiter le cimetière, sous prétexte que son
+maître a recommandé de ne laisser pénétrer en ces lieux d'autres
personnes que celles munies de cartes; cependant il ne tint pas contre
-l'offre d'une récompense, et j'obtins ainsi la permission de m'y
+l'offre d'une récompense, et j'obtins ainsi la permission de m'y
promener.</p>
-<p>»J'entrai par la porte D et traversai la cour; de là le concierge me
-conduisit directement au cimetière par la porte I, <span class="pagenum"><a id="page275" name="page275"></a>(p. 275)</span> la seule
-qui communique maintenant avec ce lieu funèbre. Ce terrain est inculte
-et sauvage; il n'a point été travaillé depuis l'époque fatale où il
-servit de sépulture; seulement une seule fois le concierge
-d'aujourd'hui, en fouillant prés de la porte C, trouva un squelette
-qu'il enterra aussitôt.</p>
-
-<p>»Non loin de l'entrée du jardin, à l'endroit indiqué H, le terrain
-s'est affaissé d'environ deux pieds; toutes les années il baisse
-davantage: c'est là que, d'après le dire de tout le monde, repose
-l'infortunée princesse, avec une quantité d'autres victimes. Cette
-fosse, puisque c'en était une, avait à sa base comme à la superficie
-une étendue de trois toises carrées dans tous les sens et dix-huit à
+<p>»J'entrai par la porte D et traversai la cour; de là le concierge me
+conduisit directement au cimetière par la porte I, <span class="pagenum"><a id="page275" name="page275"></a>(p. 275)</span> la seule
+qui communique maintenant avec ce lieu funèbre. Ce terrain est inculte
+et sauvage; il n'a point été travaillé depuis l'époque fatale où il
+servit de sépulture; seulement une seule fois le concierge
+d'aujourd'hui, en fouillant prés de la porte C, trouva un squelette
+qu'il enterra aussitôt.</p>
+
+<p>»Non loin de l'entrée du jardin, à l'endroit indiqué H, le terrain
+s'est affaissé d'environ deux pieds; toutes les années il baisse
+davantage: c'est là que, d'après le dire de tout le monde, repose
+l'infortunée princesse, avec une quantité d'autres victimes. Cette
+fosse, puisque c'en était une, avait à sa base comme à la superficie
+une étendue de trois toises carrées dans tous les sens et dix-huit à
vingt pieds de profondeur.</p>
-<p>»Le concierge me fit remarquer un tertre de gazon, G, sur lequel est
-une pierre avec cette inscription: <em>Madame Élisabeth</em>; je lui demandai
-s'il était bien sûr que ce fût effectivement l'endroit où avait été
-déposée la princesse; que j'avais lu qu'elle avait été malheureusement
-confondue avec les autres victimes de la journée du 10 mai. «Le
-fossoyeur, qui existe encore, répliqua-t-il, a eu soin de distinguer
-ces restes précieux; cela est tellement vrai que l'exhumation doit
-avoir lieu le 10 mai prochain et le transport du corps être fait à
-Saint-Denis.» Je vis bien que mon conducteur était peu informé, et je
-le jugeai surtout lorsqu'il m'assura avec la même croyance qu'à la
-fosse H était enterré M. le duc d'Orléans. Je lui demandai encore
+<p>»Le concierge me fit remarquer un tertre de gazon, G, sur lequel est
+une pierre avec cette inscription: <em>Madame Élisabeth</em>; je lui demandai
+s'il était bien sûr que ce fût effectivement l'endroit où avait été
+déposée la princesse; que j'avais lu qu'elle avait été malheureusement
+confondue avec les autres victimes de la journée du 10 mai. «Le
+fossoyeur, qui existe encore, répliqua-t-il, a eu soin de distinguer
+ces restes précieux; cela est tellement vrai que l'exhumation doit
+avoir lieu le 10 mai prochain et le transport du corps être fait à
+Saint-Denis.» Je vis bien que mon conducteur était peu informé, et je
+le jugeai surtout lorsqu'il m'assura avec la même croyance qu'à la
+fosse H était enterré M. le duc d'Orléans. Je lui demandai encore
depuis combien de temps il servait M. Viger: il m'a dit cinq ans. Je
-le quittai après lui avoir préalablement fait donner l'adresse du
-fossoyeur en question; il m'indiqua M. Joly, concierge du cimetière de
+le quittai après lui avoir préalablement fait donner l'adresse du
+fossoyeur en question; il m'indiqua M. Joly, concierge du cimetière de
Montmartre. Je m'y rendis sur-le-champ, j'eus le bonheur de le
-rencontrer. Cet homme reçut d'abord mes ouvertures avec défiance et
-retenue; je m'efforçai de lui inspirer des sentiments plus favorables,
+rencontrer. Cet homme reçut d'abord mes ouvertures avec défiance et
+retenue; je m'efforçai de lui inspirer des sentiments plus favorables,
en lui persuadant que c'est le gouvernement, justement impatient de
-savoir si l'on pouvait espérer un résultat satisfaisant, qui avait
-ordonné une enquête. M. Joly m'annonça que c'est lui qui, au péril de
+savoir si l'on pouvait espérer un résultat satisfaisant, qui avait
+ordonné une enquête. M. Joly m'annonça que c'est lui qui, au péril de
sa vie, avait mis le Roi dans un cercueil, dans le temps qu'il
-exerçait le même emploi au cimetière de la Madeleine; que, transféré
-de <span class="pagenum"><a id="page276" name="page276"></a>(p. 276)</span> là à Mousseaux, il a enterré, le 10 mai 1794, Madame
-Élisabeth avec vingt à vingt-cinq personnes, tant hommes que femmes,
-et qu'elles ont toutes été enfermées dans la même fosse (H). Je lui
-demandai s'il n'y avait pas d'autres témoins de l'enterrement; il dit
+exerçait le même emploi au cimetière de la Madeleine; que, transféré
+de <span class="pagenum"><a id="page276" name="page276"></a>(p. 276)</span> là à Mousseaux, il a enterré, le 10 mai 1794, Madame
+Élisabeth avec vingt à vingt-cinq personnes, tant hommes que femmes,
+et qu'elles ont toutes été enfermées dans la même fosse (H). Je lui
+demandai s'il n'y avait pas d'autres témoins de l'enterrement; il dit
que hors le charretier, qui est mort, et un commissaire de police dont
-il ignore le sort, personne autre n'était présent. Je questionnai M.
-Joly sur diverses circonstances qui ont accompagné cette inhumation et
+il ignore le sort, personne autre n'était présent. Je questionnai M.
+Joly sur diverses circonstances qui ont accompagné cette inhumation et
les indices qui pourraient aider nos recherches; il me donna les
-détails suivants: le 10 mai dans l'après-midi, une charrette conduisit
-par la porte F les corps de vingt à vingt-cinq malheureux, les têtes
-toutes ensemble dans un panier et les corps pèle-mèle dans un autre.
-M. Joly apprit du charretier que Madame Élisabeth était du nombre des
+détails suivants: le 10 mai dans l'après-midi, une charrette conduisit
+par la porte F les corps de vingt à vingt-cinq malheureux, les têtes
+toutes ensemble dans un panier et les corps pèle-mèle dans un autre.
+M. Joly apprit du charretier que Madame Élisabeth était du nombre des
victimes. Avant de les jeter dans la fosse (qui ne contenait encore
-aucun cadavre), on dépouilla les corps de leurs vêtements, bijoux ou
+aucun cadavre), on dépouilla les corps de leurs vêtements, bijoux ou
autres marques, et ils furent ainsi ensevelis ensemble, sans
distinction, et recouverts seulement de trois pieds de terre. Ainsi il
-n'est pas permis d'espérer qu'un signe quelconque puisse aider à
-découvrir l'objet des recherches. Cependant M. Joly, qui seul peut
+n'est pas permis d'espérer qu'un signe quelconque puisse aider à
+découvrir l'objet des recherches. Cependant M. Joly, qui seul peut
donner des renseignements positifs, n'a point paru m'avoir fait une
-entière confidence de ce qu'il sait; et, tout en avouant que la chose
-était bien difficile, il ne détruit pas l'espoir de trouver le corps.
-Il pourrait se faire qu'ayant mis tant de zèle et de dévouement à
-conserver les restes précieux du Roi martyr, il ait rangé le corps de
-Madame Élisabeth de manière à le retrouver lorsque le temps et les
+entière confidence de ce qu'il sait; et, tout en avouant que la chose
+était bien difficile, il ne détruit pas l'espoir de trouver le corps.
+Il pourrait se faire qu'ayant mis tant de zèle et de dévouement à
+conserver les restes précieux du Roi martyr, il ait rangé le corps de
+Madame Élisabeth de manière à le retrouver lorsque le temps et les
circonstances le permettraient. Quoi qu'il en soit, M. Joly m'a promis
de venir chez moi samedi prochain pour m'entretenir de cette affaire
-et nous aider, s'il est possible, pour le succès de cette pieuse
+et nous aider, s'il est possible, pour le succès de cette pieuse
entreprise.</p>
-<p class="authorsc">»Burger.»</p>
+<p class="authorsc">»Burger.»</p>
</div>
-<p class="p2">Ce récit de Burger, suivi de près d'une nouvelle lettre du ministère
-de l'intérieur, échauffa le zèle préfectoral.</p>
+<p class="p2">Ce récit de Burger, suivi de près d'une nouvelle lettre du ministère
+de l'intérieur, échauffa le zèle préfectoral.</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">«Paris, le 26 avril 1817.</p>
+<p class="date">«Paris, le 26 avril 1817.</p>
-<p>»Monsieur le comte, en me prévenant que vos premières <span class="pagenum"><a id="page277" name="page277"></a>(p. 277)</span>
-démarches pour constater l'identité des cendres de S. A. R. Madame
-Élisabeth, s&oelig;ur du Roi, vous laissent peu d'espoir de réussir, vous
-m'annoncez que vous avez ordonné de nouvelles recherches dont vous me
-communiquerez le résultat.</p>
+<p>»Monsieur le comte, en me prévenant que vos premières <span class="pagenum"><a id="page277" name="page277"></a>(p. 277)</span>
+démarches pour constater l'identité des cendres de S. A. R. Madame
+Élisabeth, s&oelig;ur du Roi, vous laissent peu d'espoir de réussir, vous
+m'annoncez que vous avez ordonné de nouvelles recherches dont vous me
+communiquerez le résultat.</p>
-<p>»Cet objet tient aux affections les plus chères de Sa Majesté et
-appartient à l'histoire. Il est donc convenable qu'il reste au moins
-des témoignages irrécusables que rien n'a été négligé pour arriver au
-plus haut degré de certitude.</p>
+<p>»Cet objet tient aux affections les plus chères de Sa Majesté et
+appartient à l'histoire. Il est donc convenable qu'il reste au moins
+des témoignages irrécusables que rien n'a été négligé pour arriver au
+plus haut degré de certitude.</p>
-<p>»Je vous serai obligé, en conséquence, lorsque vous croirez avoir
-épuisé tous les moyens d'y parvenir, de m'adresser un rapport
-circonstancié des informations prises et des témoignages recueillis.</p>
+<p>»Je vous serai obligé, en conséquence, lorsque vous croirez avoir
+épuisé tous les moyens d'y parvenir, de m'adresser un rapport
+circonstancié des informations prises et des témoignages recueillis.</p>
-<p>»J'ai l'honneur, etc.</p>
+<p>»J'ai l'honneur, etc.</p>
-<p>»<i>Le ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur,</i></p>
+<p>»<i>Le ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur,</i></p>
-<p class="authorsc">»Lainé.»</p>
+<p class="authorsc">»Lainé.»</p>
-<p class="p2 note"><p>Je prie M. de Chanay de recevoir en forme la déclaration du sieur Joly
-et de donner suite à son projet de visiter ce terrain.</p>
+<p class="p2 note"><p>Je prie M. de Chanay de recevoir en forme la déclaration du sieur Joly
+et de donner suite à son projet de visiter ce terrain.</p>
-<p class="author">(<em>Note de M. Anglés.</em>) B.</p>
+<p class="author">(<em>Note de M. Anglés.</em>) B.</p>
</div>
-<p class="p2">Au rapport de Burger, qui laissait entrevoir non pas la probabilité,
-mais la possibilité du succès; à cette lettre du ministre, qui au nom
-du Roi lui-même encourageait l'entreprise, se joignirent les
-dépositions de l'ancien concierge de Monceaux qui permettaient de
-concevoir quelque espérance. Voici dans quels termes M. de Chanay,
-chargé par son chef d'intervenir dans cette affaire, rendait compte au
-préfet du premier interrogatoire qu'il fit subir au sieur Joly:</p>
+<p class="p2">Au rapport de Burger, qui laissait entrevoir non pas la probabilité,
+mais la possibilité du succès; à cette lettre du ministre, qui au nom
+du Roi lui-même encourageait l'entreprise, se joignirent les
+dépositions de l'ancien concierge de Monceaux qui permettaient de
+concevoir quelque espérance. Voici dans quels termes M. de Chanay,
+chargé par son chef d'intervenir dans cette affaire, rendait compte au
+préfet du premier interrogatoire qu'il fit subir au sieur Joly:</p>
<div class="lettre">
-<p class="entete">«<i>Rapport particulier.</i></p>
-
-<p>»J'ai entendu le concierge Joly. Cet homme paraît sage et de
-très-bonne foi; il est assuré que le corps de Madame Élisabeth de
-France est dans le lieu qu'il indique. Il sait même comment le corps a
-été placé et dans quelle direction; mais il est à une grande
-profondeur, et une quantité de corps ont été rangés par couches dans
-cette même fosse, que le sieur Joly estime avoir été creusée sur une
-largeur de douze pieds et <span class="pagenum"><a id="page278" name="page278"></a>(p. 278)</span> autant en longueur. La nudité
-absolue de tous les corps ôte tout espoir de retrouver des signes qui
-puissent les faire reconnaître.</p>
-
-<p>»La seule indication de M. Joly qui pût conduire à un résultat, c'est
-qu'il assure que dans la couche où a été placé le corps de Son Altesse
-Royale, il n'y a eu de placés <em>que des corps masculins</em>. Si cela était
-bien certain, il se présenterait sans doute de grandes difficultés
-pour parvenir à cette couche; mais enfin ce succès ne semblerait pas
-impossible en y employant du temps, des soins, des précautions et peu
-de monde, et en suivant les indications du sieur Joly assisté d'un
-commissaire spécialement désigné.</p>
-
-<p>»Mais dans tous les cas, soit qu'on ne juge pas à propos de faire
-cette recherche difficile, soit qu'on se borne à vouloir faire
-reconnaître l'emplacement exact de la fosse où cette précieuse victime
-a été placée, il semble qu'il serait convenable de constater la
+<p class="entete">«<i>Rapport particulier.</i></p>
+
+<p>»J'ai entendu le concierge Joly. Cet homme paraît sage et de
+très-bonne foi; il est assuré que le corps de Madame Élisabeth de
+France est dans le lieu qu'il indique. Il sait même comment le corps a
+été placé et dans quelle direction; mais il est à une grande
+profondeur, et une quantité de corps ont été rangés par couches dans
+cette même fosse, que le sieur Joly estime avoir été creusée sur une
+largeur de douze pieds et <span class="pagenum"><a id="page278" name="page278"></a>(p. 278)</span> autant en longueur. La nudité
+absolue de tous les corps ôte tout espoir de retrouver des signes qui
+puissent les faire reconnaître.</p>
+
+<p>»La seule indication de M. Joly qui pût conduire à un résultat, c'est
+qu'il assure que dans la couche où a été placé le corps de Son Altesse
+Royale, il n'y a eu de placés <em>que des corps masculins</em>. Si cela était
+bien certain, il se présenterait sans doute de grandes difficultés
+pour parvenir à cette couche; mais enfin ce succès ne semblerait pas
+impossible en y employant du temps, des soins, des précautions et peu
+de monde, et en suivant les indications du sieur Joly assisté d'un
+commissaire spécialement désigné.</p>
+
+<p>»Mais dans tous les cas, soit qu'on ne juge pas à propos de faire
+cette recherche difficile, soit qu'on se borne à vouloir faire
+reconnaître l'emplacement exact de la fosse où cette précieuse victime
+a été placée, il semble qu'il serait convenable de constater la
dimension de cette fosse et sa situation tandis que le sieur Joly est
-vivant et disposé à donner tous les renseignements que sa mémoire lui
+vivant et disposé à donner tous les renseignements que sa mémoire lui
fournit.</p>
-<p>»Il est même probable que la vue des lieux lui rappellerait quelques
-détails qui, s'ils n'étaient pas utiles pour retrouver les restes de
-l'auguste princesse, seraient du moins précieux comme renseignements
-certains sur le lieu où ils sont placés. Il s'est souvenu qu'au moment
-de cette inhumation il tournait le dos au soleil, et il sait à quelle
-distance du mur la fosse a été ouverte, etc.</p>
+<p>»Il est même probable que la vue des lieux lui rappellerait quelques
+détails qui, s'ils n'étaient pas utiles pour retrouver les restes de
+l'auguste princesse, seraient du moins précieux comme renseignements
+certains sur le lieu où ils sont placés. Il s'est souvenu qu'au moment
+de cette inhumation il tournait le dos au soleil, et il sait à quelle
+distance du mur la fosse a été ouverte, etc.</p>
-<p>»Dans cet état de choses, sans avoir plus que M. le préfet l'espoir
-d'un résultat satisfaisant, j'ai l'honneur de lui proposer de
-m'autoriser à y aller avec M. Burger et le concierge Joly et M.
+<p>»Dans cet état de choses, sans avoir plus que M. le préfet l'espoir
+d'un résultat satisfaisant, j'ai l'honneur de lui proposer de
+m'autoriser à y aller avec M. Burger et le concierge Joly et M.
Rouhaut, comme curieux et en donnant quelque argent au concierge du
-lieu, ou d'y aller avec une invitation officielle au propriétaire de
+lieu, ou d'y aller avec une invitation officielle au propriétaire de
laisser examiner les lieux.</p>
-<p>»Dans tous les cas, je ferais un rapport avec plus de certitude et
-circonstancié, n'y eût-il d'autre résultat pour Votre Excellence que
-de faire constater l'emplacement de l'inhumation, que le propriétaire
-indique d'ailleurs d'une manière erronée. Ce serait n'avoir perdu ni
+<p>»Dans tous les cas, je ferais un rapport avec plus de certitude et
+circonstancié, n'y eût-il d'autre résultat pour Votre Excellence que
+de faire constater l'emplacement de l'inhumation, que le propriétaire
+indique d'ailleurs d'une manière erronée. Ce serait n'avoir perdu ni
son temps ni sa peine.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page279" name="page279"></a>(p. 279)</span>»Je prie Son Excellence de vouloir bien faire connaître ses
+<p><span class="pagenum"><a id="page279" name="page279"></a>(p. 279)</span>»Je prie Son Excellence de vouloir bien faire connaître ses
intentions.</p>
-<p class="authorsc">»D. Ch.»</p>
+<p class="authorsc">»D. Ch.»</p>
</div>
-<p class="p2">M. de Chanay remettait, le 29 avril, au ministre d'État, préfet de
-police, la déclaration et les réponses du sieur Joly, ainsi qu'un
-rapport circonstancié, et de la visite qu'il avait faite sur les
+<p class="p2">M. de Chanay remettait, le 29 avril, au ministre d'État, préfet de
+police, la déclaration et les réponses du sieur Joly, ainsi qu'un
+rapport circonstancié, et de la visite qu'il avait faite sur les
lieux, et des renseignements qu'il y avait recueillis. Voici ces
documents:</p>
<div class="lettre">
-<p class="date">«Paris, le 29 avril 1817.</p>
+<p class="date">«Paris, le 29 avril 1817.</p>
-<p>»J'ai l'honneur de transmettre à M. le préfet la déclaration et les
-réponses du sieur Joly, ainsi que mon rapport circonstancié de la
+<p>»J'ai l'honneur de transmettre à M. le préfet la déclaration et les
+réponses du sieur Joly, ainsi que mon rapport circonstancié de la
visite que j'ai faite hier sur les lieux.</p>
-<p>»Votre Excellence jugera peut-être convenable, pour éviter toutes les
-indiscrétions, d'en parler elle-même au ministre et de lui communiquer
-confidentiellement ces pièces.</p>
+<p>»Votre Excellence jugera peut-être convenable, pour éviter toutes les
+indiscrétions, d'en parler elle-même au ministre et de lui communiquer
+confidentiellement ces pièces.</p>
-<p class="smcap">»Ch.»</p>
+<p class="smcap">»Ch.»</p>
</div>
<h3>I.</h3>
-<p class="entete"><i>Déclaration.</i></p>
-
-<p>«L'an mil huit cent dix-sept, le vingt-huit avril, à onze heures du
-matin, se sont présentés à mon domicile, près et hors la barrière de
-Clichy, n<sup>o</sup> 42, les sieurs de Chanay, chef de la première division de
-la préfecture de police, et Burger, officier de paix, lesquels m'ayant
-déclaré que, en vertu des ordres de S. Exc. le ministre d'État, préfet
-de police, dont ils sont porteurs, ils sont chargés de visiter le clos
-de la maison du Christ, sis près et en dedans la barrière de
-Mousseaux, afin de recueillir les plus petits détails comme les
-moindres circonstances qui pourraient aider à connaître le lieu de la
-sépulture de S. A. R. Madame Élisabeth, déposée par moi dans ledit
-enclos le 10 mai 1794, avec nombre d'autres victimes suppliciées le
-même jour. A ces causes, ces messieurs m'ont invité à les accompagner
-dans l'enclos dit du Christ, ce à quoi j'ai déféré sur l'heure.</p>
-
-<p>»En sortant de mon domicile, nous descendîmes le boulevard extérieur
-de la barrière de Clichy à celle de Mousseaux, <span class="pagenum"><a id="page280" name="page280"></a>(p. 280)</span> et rentrâmes
+<p class="entete"><i>Déclaration.</i></p>
+
+<p>«L'an mil huit cent dix-sept, le vingt-huit avril, à onze heures du
+matin, se sont présentés à mon domicile, près et hors la barrière de
+Clichy, n<sup>o</sup> 42, les sieurs de Chanay, chef de la première division de
+la préfecture de police, et Burger, officier de paix, lesquels m'ayant
+déclaré que, en vertu des ordres de S. Exc. le ministre d'État, préfet
+de police, dont ils sont porteurs, ils sont chargés de visiter le clos
+de la maison du Christ, sis près et en dedans la barrière de
+Mousseaux, afin de recueillir les plus petits détails comme les
+moindres circonstances qui pourraient aider à connaître le lieu de la
+sépulture de S. A. R. Madame Élisabeth, déposée par moi dans ledit
+enclos le 10 mai 1794, avec nombre d'autres victimes suppliciées le
+même jour. A ces causes, ces messieurs m'ont invité à les accompagner
+dans l'enclos dit du Christ, ce à quoi j'ai déféré sur l'heure.</p>
+
+<p>»En sortant de mon domicile, nous descendîmes le boulevard extérieur
+de la barrière de Clichy à celle de Mousseaux, <span class="pagenum"><a id="page280" name="page280"></a>(p. 280)</span> et rentrâmes
dans Paris par la rue du Rocher, sur laquelle la maison du Christ fait
-face à droite, et frappâmes à l'entrée principale, située rue de
-Valois. Le concierge, après quelques difficultés, nous laissa pénétrer
-dans l'enceinte intérieure; de là nous entrâmes dans le jardin,
-obliquant à droite pour nous porter vers le mur de séparation du
-jardin d'avec l'enclos autrefois destiné aux sépultures. Non loin de
-la porte de communication, j'indiquai à M. Burger, qui se trouvait
-près de moi, l'endroit où doit se trouver la fosse où repose la
-princesse, et lui ajoutai que s'il existait deux fosses, c'était dans
-celle longeant parallèlement le mur de séparation le plus proche de la
-porte cochère donnant sur l'extérieur, par où entraient les victimes,
-que la princesse avait été inhumée.</p>
-
-<p>»En effet, après avoir franchi le terrain qui nous séparait encore de
-ce lieu funèbre, je reconnus parfaitement les lieux que je visitais
-pour la seconde fois depuis l'époque fatale de la révolution. A quatre
-pieds en avant de la porte, nous obliquâmes légèrement à droite, et
-nous distinguâmes facilement l'emplacement d'une fosse par
-l'affaissement des terres; c'est là que M. Viger de Jolival fit élever
-une (<em>sic</em>) tertre de gazon et placer une pierre carrée sur laquelle
-on lit <em>Madame Élisabeth</em>. Après m'être recueilli, je vis clairement
+face à droite, et frappâmes à l'entrée principale, située rue de
+Valois. Le concierge, après quelques difficultés, nous laissa pénétrer
+dans l'enceinte intérieure; de là nous entrâmes dans le jardin,
+obliquant à droite pour nous porter vers le mur de séparation du
+jardin d'avec l'enclos autrefois destiné aux sépultures. Non loin de
+la porte de communication, j'indiquai à M. Burger, qui se trouvait
+près de moi, l'endroit où doit se trouver la fosse où repose la
+princesse, et lui ajoutai que s'il existait deux fosses, c'était dans
+celle longeant parallèlement le mur de séparation le plus proche de la
+porte cochère donnant sur l'extérieur, par où entraient les victimes,
+que la princesse avait été inhumée.</p>
+
+<p>»En effet, après avoir franchi le terrain qui nous séparait encore de
+ce lieu funèbre, je reconnus parfaitement les lieux que je visitais
+pour la seconde fois depuis l'époque fatale de la révolution. A quatre
+pieds en avant de la porte, nous obliquâmes légèrement à droite, et
+nous distinguâmes facilement l'emplacement d'une fosse par
+l'affaissement des terres; c'est là que M. Viger de Jolival fit élever
+une (<em>sic</em>) tertre de gazon et placer une pierre carrée sur laquelle
+on lit <em>Madame Élisabeth</em>. Après m'être recueilli, je vis clairement
que ce n'est point dans cette fosse que repose la princesse; et,
-soutenant mon premier dire, je cherchai la seconde, qui devait être
-située non loin, en approchant perpendiculairement vers la porte
-cochère placée au nord-est de l'enclos. Je n'eus point de peine à
-reconnaître l'emplacement de cette fosse, dont l'affaissement,
-beaucoup plus sensible que dans la première, laissait aisément
-distinguer un espace de douze à quinze pieds carrés, auquel il
-manquait à peu près un pied et demi pour être au niveau du terrain.
-Cette dimension est à quelque chose près la surface de toutes les
+soutenant mon premier dire, je cherchai la seconde, qui devait être
+située non loin, en approchant perpendiculairement vers la porte
+cochère placée au nord-est de l'enclos. Je n'eus point de peine à
+reconnaître l'emplacement de cette fosse, dont l'affaissement,
+beaucoup plus sensible que dans la première, laissait aisément
+distinguer un espace de douze à quinze pieds carrés, auquel il
+manquait à peu près un pied et demi pour être au niveau du terrain.
+Cette dimension est à quelque chose près la surface de toutes les
fosses que nous ouvrions en ce lieu. Ainsi, en me rappelant, aussi
bien qu'un si long espace de temps me permit de le faire, j'avais
-indiqué d'avance et la disposition de la fosse où se trouve la
-princesse, sa grandeur, et distingué la véritable d'entre celles qui
-sont en ce lieu. Une circonstance particulière avait aidé ma mémoire:
-je <span class="pagenum"><a id="page281" name="page281"></a>(p. 281)</span> me rappelai que ma mère, morte environ trois ans après
-l'inhumation de la princesse, je la plaçai dans la même direction de
+indiqué d'avance et la disposition de la fosse où se trouve la
+princesse, sa grandeur, et distingué la véritable d'entre celles qui
+sont en ce lieu. Une circonstance particulière avait aidé ma mémoire:
+je <span class="pagenum"><a id="page281" name="page281"></a>(p. 281)</span> me rappelai que ma mère, morte environ trois ans après
+l'inhumation de la princesse, je la plaçai dans la même direction de
la fosse et contre le mur; ma femme fit une croix au-dessus avec une
pierre; je distinguai encore ce signe, et les sieurs de Chanay et
Burger l'ont reconnu avec moi.</p>
-<p>»Ces détails ne laissant plus aucun doute sur l'endroit de la
-sépulture, je me plaçai sur le côté nord-ouest de la fosse, dans la
-même position où j'étais au moment où la charrette arrivant sur les
-bords, déchargea les cadavres; ma mémoire me confirma alors l'idée,
-que j'avais annoncée d'avance, qu'à l'heure de six et sept heures du
-soir je travaillai le soleil sur le dos et la face tournée du côté du
+<p>»Ces détails ne laissant plus aucun doute sur l'endroit de la
+sépulture, je me plaçai sur le côté nord-ouest de la fosse, dans la
+même position où j'étais au moment où la charrette arrivant sur les
+bords, déchargea les cadavres; ma mémoire me confirma alors l'idée,
+que j'avais annoncée d'avance, qu'à l'heure de six et sept heures du
+soir je travaillai le soleil sur le dos et la face tournée du côté du
mur du jardin. Mon camarade, un commissaire de police et les
-charretiers furent les seuls individus présents à l'inhumation; à
+charretiers furent les seuls individus présents à l'inhumation; à
l'exception du commissaire de police, dont j'ignore le sort, il
-n'existe plus d'autre témoin oculaire. Nous dépouillâmes les corps et
-les jetâmes sans aucun vêtement dans la fosse; je reconnus Madame
-Élisabeth au dire des charretiers et à ses habits; elle a été
-pareillement dépouillée et jetée sans distinction dans la fosse; mais
-je me rappelle qu'après que tous les cadavres furent descendus, nous
-nous plaçâmes dans la fosse pour les ranger par ordre; que Madame
-Élisabeth se trouve au milieu de la première ou de la seconde couche,
-le tronc perpendiculairement posé du côté du mur, et les pieds vers le
-côté nord-ouest de la fosse; je me rappelle également que son corps se
-trouve avec plusieurs corps masculins rangés ainsi que je vais
-l'indiquer, c'est-à-dire que, pour ménager les places, nous placions
-alternativement un tronc et les pieds, de manière qu'une couche de
-cadavres se trouvait serrée sans aucun intervalle de terre. Après
+n'existe plus d'autre témoin oculaire. Nous dépouillâmes les corps et
+les jetâmes sans aucun vêtement dans la fosse; je reconnus Madame
+Élisabeth au dire des charretiers et à ses habits; elle a été
+pareillement dépouillée et jetée sans distinction dans la fosse; mais
+je me rappelle qu'après que tous les cadavres furent descendus, nous
+nous plaçâmes dans la fosse pour les ranger par ordre; que Madame
+Élisabeth se trouve au milieu de la première ou de la seconde couche,
+le tronc perpendiculairement posé du côté du mur, et les pieds vers le
+côté nord-ouest de la fosse; je me rappelle également que son corps se
+trouve avec plusieurs corps masculins rangés ainsi que je vais
+l'indiquer, c'est-à-dire que, pour ménager les places, nous placions
+alternativement un tronc et les pieds, de manière qu'une couche de
+cadavres se trouvait serrée sans aucun intervalle de terre. Après
avoir rempli l'espace vide, nous recouvrions les corps avec environ
six pouces de terre.</p>
-<p>»La fosse que j'indique comme devant renfermer les cendres de Madame
-Élisabeth est la moins profonde du même côté: elle peut avoir de douze
-à quinze pieds de profondeur; ainsi Madame Élisabeth, couchée sur le
-ventre entre plusieurs hommes de la manière que je l'indique, doit se
-trouver au fond ou à quatorze pouces du sol.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page282" name="page282"></a>(p. 282)</span>»D'après cette déclaration, qui est conforme à l'exacte
-vérité, j'estime que la recherche du corps, quoique pénible et
-difficile, peut être tentée avec quelque apparence de succès. Pour y
-parvenir, il faudrait avec soin ouvrir une tranchée
-perpendiculairement au mur du jardin, au côté nord-est de la fosse,
-afin de déterminer la profondeur et le nombre de couches de cadavres;
-qu'ensuite, pour déterminer d'une manière certaine qu'il n'existe pas
-d'autre fosse plus près de la porte que celle dont il est question, il
-serait nécessaire d'ouvrir un boyau d'une vingtaine de pieds sur six
-de profondeur, à partir de la fosse et longeant parallèlement le mur
+<p>»La fosse que j'indique comme devant renfermer les cendres de Madame
+Élisabeth est la moins profonde du même côté: elle peut avoir de douze
+à quinze pieds de profondeur; ainsi Madame Élisabeth, couchée sur le
+ventre entre plusieurs hommes de la manière que je l'indique, doit se
+trouver au fond ou à quatorze pouces du sol.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page282" name="page282"></a>(p. 282)</span>»D'après cette déclaration, qui est conforme à l'exacte
+vérité, j'estime que la recherche du corps, quoique pénible et
+difficile, peut être tentée avec quelque apparence de succès. Pour y
+parvenir, il faudrait avec soin ouvrir une tranchée
+perpendiculairement au mur du jardin, au côté nord-est de la fosse,
+afin de déterminer la profondeur et le nombre de couches de cadavres;
+qu'ensuite, pour déterminer d'une manière certaine qu'il n'existe pas
+d'autre fosse plus près de la porte que celle dont il est question, il
+serait nécessaire d'ouvrir un boyau d'une vingtaine de pieds sur six
+de profondeur, à partir de la fosse et longeant parallèlement le mur
du jardin.</p>
-<p>»Le soussigné déclare en outre qu'il a été nommé en 1789 concierge du
-cimetière de la Madeleine; qu'en l'an II, lors de la fermeture de ce
-cimetière, il a été appelé à Mousseaux, où il est resté jusqu'à la
-fermeture en l'an V; qu'ensuite, nommé à celui de Saint-Roch, il y est
-pareillement resté jusqu'à sa fermeture en l'an VI, et qu'il occupe
-maintenant la même place à Montmartre depuis cette époque.</p>
+<p>»Le soussigné déclare en outre qu'il a été nommé en 1789 concierge du
+cimetière de la Madeleine; qu'en l'an II, lors de la fermeture de ce
+cimetière, il a été appelé à Mousseaux, où il est resté jusqu'à la
+fermeture en l'an V; qu'ensuite, nommé à celui de Saint-Roch, il y est
+pareillement resté jusqu'à sa fermeture en l'an VI, et qu'il occupe
+maintenant la même place à Montmartre depuis cette époque.</p>
-<p>»De tout quoi j'ai fait la présente déclaration les jour, mois et an
+<p>»De tout quoi j'ai fait la présente déclaration les jour, mois et an
que dessus.</p>
<p class="author">
- »<span class="smcap">De Chanay</span>, chef de la 1<sup>re</sup> division.<br>
- »<span class="smcap">Joly</span>.<br>
- »<span class="smcap">Burger</span>.»</p>
+ »<span class="smcap">De Chanay</span>, chef de la 1<sup>re</sup> division.<br>
+ »<span class="smcap">Joly</span>.<br>
+ »<span class="smcap">Burger</span>.»</p>
<h3>II.</h3>
@@ -8354,127 +8309,127 @@ que dessus.</p>
</colgroup>
<tr>
<td class="center">NOUVELLES QUESTIONS EXPLICATIVES A FAIRE.</td>
-<td class="center">RÉPONSES AUX QUESTIONS.</td>
+<td class="center">RÉPONSES AUX QUESTIONS.</td>
</tr>
<tr>
<td class="valignt">1<sup>o</sup> Pouvez-vous vous rappeler
-quelle était la profondeur de la
-fosse quand vous y descendîtes le
+quelle était la profondeur de la
+fosse quand vous y descendîtes le
10 mai pour y ranger les corps?
-Vous aviez une échelle sans doute?</td>
-<td class="valignt">1<sup>o</sup> M. Joly ne se rappelle précisément
+Vous aviez une échelle sans doute?</td>
+<td class="valignt">1<sup>o</sup> M. Joly ne se rappelle précisément
ni la profondeur de la
-fosse à cette époque ni la hauteur
-de l'échelle dont on se servait
+fosse à cette époque ni la hauteur
+de l'échelle dont on se servait
pour y descendre.</td>
</tr>
<tr>
<td class="valignt">2<sup>o</sup> La terre du fond semblait-elle
-dure comme une terre où il
-n'y a pas eu de précédente et plus
+dure comme une terre où il
+n'y a pas eu de précédente et plus
profonde inhumation?</td>
<td class="valignt">2<sup>o</sup> M. Joly ne s'en souvient pas.</td>
</tr>
<tr>
-<td class="valignt"><span class="pagenum"><a id="page283" name="page283"></a>(p. 283)</span> 3<sup>o</sup> Quand on déchargeait les
-corps de la charrette, les précipitait-on
-l'un après l'autre après
-leur dépouillement, ou les dépouillait-on
-tous avant de les précipiter?</td>
-<td class="valignt">3<sup>o</sup> Quand la charrette était arrivée
+<td class="valignt"><span class="pagenum"><a id="page283" name="page283"></a>(p. 283)</span> 3<sup>o</sup> Quand on déchargeait les
+corps de la charrette, les précipitait-on
+l'un après l'autre après
+leur dépouillement, ou les dépouillait-on
+tous avant de les précipiter?</td>
+<td class="valignt">3<sup>o</sup> Quand la charrette était arrivée
sur le bord de la fosse, on
-procédait au dépouillement des
-vêtements. (Un registre était tenu
-de ces effets divers, qui étaient
-ensuite remis à l'Hôtel-Dieu.) De
-temps à autre les fossoyeurs descendaient
+procédait au dépouillement des
+vêtements. (Un registre était tenu
+de ces effets divers, qui étaient
+ensuite remis à l'Hôtel-Dieu.) De
+temps à autre les fossoyeurs descendaient
dans la fosse pour ranger
les corps afin qu'ils ne fussent
-pas trop entassés.</td>
+pas trop entassés.</td>
</tr>
<tr>
<td class="valignt">4<sup>o</sup> Puisque vous assurez que le
-corps de la princesse est placé le
-tronc du côté du mur, il faut ou
-que vous l'ayez reconnu et distingué
+corps de la princesse est placé le
+tronc du côté du mur, il faut ou
+que vous l'ayez reconnu et distingué
dans la fosse, ou qu'il y ait
-été précipité le dernier ou des
-derniers, après avoir remarqué
+été précipité le dernier ou des
+derniers, après avoir remarqué
par vous et votre camarade
sur le bord de la fosse.</td>
-<td class="valignt">4<sup>o</sup> Réponse affirmative sur tous
-les points de la question. A ajouté
+<td class="valignt">4<sup>o</sup> Réponse affirmative sur tous
+les points de la question. A ajouté
que le conducteur de la voiture
-avait dit: Que c'était son corps,
-qu'il était le dernier ou des derniers
-placés sur la charrette, par
-conséquent au-dessus des autres,
-et les vêtements étaient aussi peu
-ensanglantés.</td>
+avait dit: Que c'était son corps,
+qu'il était le dernier ou des derniers
+placés sur la charrette, par
+conséquent au-dessus des autres,
+et les vêtements étaient aussi peu
+ensanglantés.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="valignt">Tous les autres l'étaient beaucoup.</td>
+<td class="valignt">Tous les autres l'étaient beaucoup.</td>
</tr>
<tr>
-<td class="valignt">5<sup>o</sup> Comment ont été placées les têtes des corps?</td>
-<td class="valignt">5<sup>o</sup> Les têtes ont été placées indistinctivement dans les vides.</td>
+<td class="valignt">5<sup>o</sup> Comment ont été placées les têtes des corps?</td>
+<td class="valignt">5<sup>o</sup> Les têtes ont été placées indistinctivement dans les vides.</td>
</tr>
<tr>
-<td class="valignt">6<sup>o</sup> De quelle épaisseur de terre environ étaient recouvertes les couches de corps?</td>
-<td class="valignt">6<sup>o</sup> Il est difficile d'estimer même approximativement le nombre des
+<td class="valignt">6<sup>o</sup> De quelle épaisseur de terre environ étaient recouvertes les couches de corps?</td>
+<td class="valignt">6<sup>o</sup> Il est difficile d'estimer même approximativement le nombre des
corps de chaque couche: 1<sup>o</sup> parce
-que, outre les suppliciés, il arrivait
-des corps envoyés par l'état
+que, outre les suppliciés, il arrivait
+des corps envoyés par l'état
civils et des cercueils; ceux-ci
tenaient plus de place; 2<sup>o</sup> parce
qu'il y avait des enfants; 3<sup>o</sup> parce
-qu'une même couche étant composée
-de deux rangs, elle n'était
-pas faite le même jour. A l'égard
+qu'une même couche étant composée
+de deux rangs, elle n'était
+pas faite le même jour. A l'égard
de 10 mai, le sieur Joly se rappelle
-très-bien que les suppliciés
-furent placés dans la partie de la
-fosse la plus rapprochée du mur;
-que le même jour la partie antérieure
+très-bien que les suppliciés
+furent placés dans la partie de la
+fosse la plus rapprochée du mur;
+que le même jour la partie antérieure
de la fosse ne fut point
<span class="pagenum"><a id="page284" name="page284"></a>(p. 284)</span> remplie, et enfin <em>que le corps de
-la princesse a été placé vers le
+la princesse a été placé vers le
milieu de la fosse dans le rang
-supérieur de la couche et la face
-antérieure du corps tournée sur
-le rang inférieur.</em></td>
+supérieur de la couche et la face
+antérieure du corps tournée sur
+le rang inférieur.</em></td>
</tr>
<tr>
<td class="valignt">7<sup>o</sup> Combien estimez-vous qu'il
pouvait y avoir de corps par chaque
couche sur toute la surface
-carrée de la fosse?</td>
+carrée de la fosse?</td>
<td class="valignt" rowspan="2">7<sup>o</sup> et 8<sup>o</sup> Les couches des corps
-étaient chacune recouvertes d'environ six pouces de terre et les
-fosses recouvertes dans la partie supérieure d'environ trois pieds de
+étaient chacune recouvertes d'environ six pouces de terre et les
+fosses recouvertes dans la partie supérieure d'environ trois pieds de
terre, de sorte que les premiers corps ou les premiers vestiges qu'on
-en trouverait devraient être à trois pieds environ au-dessus de la
+en trouverait devraient être à trois pieds environ au-dessus de la
superficie. Il faut cependant remarquer que lorsque le sieur Joly a
-quitté l'enclos il y avait quelques élévations ou tertres qui ont
-disparu, soit qu'on ait enlevé des terres restant des remblais, soit
-que pour cultiver le sol on ait nivelé toutes les inégalités. Ces
-renseignements ne peuvent être justement donnés que par le
-propriétaire.</td>
+quitté l'enclos il y avait quelques élévations ou tertres qui ont
+disparu, soit qu'on ait enlevé des terres restant des remblais, soit
+que pour cultiver le sol on ait nivelé toutes les inégalités. Ces
+renseignements ne peuvent être justement donnés que par le
+propriétaire.</td>
</tr>
<tr>
-<td class="valignt">8<sup>o</sup> La fosse a-t-elle été remplie
+<td class="valignt">8<sup>o</sup> La fosse a-t-elle été remplie
jusqu'au niveau de la superficie?
A quelle profondeur estimez-vous
qu'on trouve les restes des derniers
-corps inhumés?</td>
+corps inhumés?</td>
</tr>
</table>
-<p>Nous avons signé et parafé les questions et réponses ci-dessus <em>ne
+<p>Nous avons signé et parafé les questions et réponses ci-dessus <em>ne
varientur</em>.</p>
-<p>Paris, 29 avril 1817, à la préfecture de police,</p>
+<p>Paris, 29 avril 1817, à la préfecture de police,</p>
<p class="author"><span class="smcap">De Chanay</span>,<br>
Chef de la 1<sup>re</sup> division.</p>
@@ -8483,776 +8438,776 @@ varientur</em>.</p>
<h3><span class="pagenum"><a id="page285" name="page285"></a>(p. 285)</span> III.</h3>
-<p class="entete"><i>Rapport particulier à S. E. le ministre d'État, préfet de
- police, sur le résultat d'une visite dans l'enclos du sieur de
+<p class="entete"><i>Rapport particulier à S. E. le ministre d'État, préfet de
+ police, sur le résultat d'une visite dans l'enclos du sieur de
Jolival, pour constater le lieu de l'inhumation de S. A. R.
- Madame Élisabeth, s&oelig;ur du Roi.</i></p>
+ Madame Élisabeth, s&oelig;ur du Roi.</i></p>
-<p>«Ce matin, 28 avril 1817, à midi, conformément aux ordres de Votre
+<p>«Ce matin, 28 avril 1817, à midi, conformément aux ordres de Votre
Excellence et pour remplir avec le plus possible d'exactitude et de
-soin les intentions de S. Exc. le ministre de l'intérieur, et donner
-toute la suite convenable aux indications précédemment recueillies, je
-me suis rendu à la barrière de Clichy et au cimetière Montmartre,
-accompagné de l'officier de paix Burger, qui avait pris les premières
-informations et obtenu les premiers documents du nommé Joly,
-anciennement employé aux inhumations de l'enclos de la maison dite du
-Christ près Mousseaux. Là j'ai invité ledit Joly, aujourd'hui
-concierge du cimetière Montmartre, à me suivre dans l'enclos du sieur
-Viger de Jolival, ce qu'il a fait aussitôt avec empressement.</p>
-
-<p>»Arrivés à la grande porte d'entrée de ladite maison, le jardinier
-nous l'a ouverte; j'ai demandé la liberté d'entrer dans le jardin et
+soin les intentions de S. Exc. le ministre de l'intérieur, et donner
+toute la suite convenable aux indications précédemment recueillies, je
+me suis rendu à la barrière de Clichy et au cimetière Montmartre,
+accompagné de l'officier de paix Burger, qui avait pris les premières
+informations et obtenu les premiers documents du nommé Joly,
+anciennement employé aux inhumations de l'enclos de la maison dite du
+Christ près Mousseaux. Là j'ai invité ledit Joly, aujourd'hui
+concierge du cimetière Montmartre, à me suivre dans l'enclos du sieur
+Viger de Jolival, ce qu'il a fait aussitôt avec empressement.</p>
+
+<p>»Arrivés à la grande porte d'entrée de ladite maison, le jardinier
+nous l'a ouverte; j'ai demandé la liberté d'entrer dans le jardin et
de visiter l'enclos. Ayant reconnu l'officier de paix Burger, il a
-consenti à nous laisser entrer, mais seulement pour peu de temps,
-craignant, a-t-il dit, qu'une trop longue visite ne fût pour lui un
+consenti à nous laisser entrer, mais seulement pour peu de temps,
+craignant, a-t-il dit, qu'une trop longue visite ne fût pour lui un
sujet de reproche.</p>
-<p>»Après lui avoir promis de n'y rester que le temps nécessaire pour de
-simples vérifications, nous avons traversé la cour et une partie du
-jardin, nous dirigeant à l'ouest vers le mur qui sépare le jardin du
-petit enclos de l'inhumation. Le jardinier était en avant avec le
-sieur Burger; j'étais à dessein resté en arrière avec le sieur Joly.
-Arrivés à environ trente pas d'une petite porte ouverte sur l'enclos
-dont nous étions encore séparés par le mur, je me suis arrêté et j'ai
-demandé au sieur Joly s'il se remettait parfaitement dans l'esprit la
-disposition du local; aussitôt, me montrant de la main une partie du
-mur à droite de la petite porte qui en peut être <span class="pagenum"><a id="page286" name="page286"></a>(p. 286)</span> éloignée de
-douze ou quinze pas: C'est là derrière, m'a-t-il dit, qu'est <em>la
-fosse</em>. Je fais remarquer cette circonstance à Son Excellence, parce
-qu'elle prouve que le sieur Joly connaît bien l'emplacement et parce
-que cette indication donnée sans voir le terrain prouve qu'il en avait
-un souvenir exact. En effet, étant entré dans l'enclos par la petite
-porte et ayant aussitôt regardé à droite vers le point indiqué, j'ai
-vu un terrain couvert de gazon en partie affaissé sur une surface
-carrée de quatorze ou quinze pieds, comme il l'avait annoncé.</p>
-
-<p>»Cette indication est encore essentielle parce qu'il y a évidemment eu
-deux larges fosses, et que le propriétaire même du terrain ayant
-négligé ou cru inutile de consulter le nommé Joly<a id="footnotetag136" name="footnotetag136"></a><a href="#footnote136" title="Go to footnote 136"><span class="smaller">[136]</span></a> (seul témoin, à
-ce qu'il paraît, des inhumations faites dans ces temps funestes), a
-cru que Madame Élisabeth a été inhumée dans la grande fosse qui est
-presque en face de la petite porte; dans cette persuasion ou plutôt
-cette erreur, il a fait planter sur le terrain affaissé de cette fosse
+<p>»Après lui avoir promis de n'y rester que le temps nécessaire pour de
+simples vérifications, nous avons traversé la cour et une partie du
+jardin, nous dirigeant à l'ouest vers le mur qui sépare le jardin du
+petit enclos de l'inhumation. Le jardinier était en avant avec le
+sieur Burger; j'étais à dessein resté en arrière avec le sieur Joly.
+Arrivés à environ trente pas d'une petite porte ouverte sur l'enclos
+dont nous étions encore séparés par le mur, je me suis arrêté et j'ai
+demandé au sieur Joly s'il se remettait parfaitement dans l'esprit la
+disposition du local; aussitôt, me montrant de la main une partie du
+mur à droite de la petite porte qui en peut être <span class="pagenum"><a id="page286" name="page286"></a>(p. 286)</span> éloignée de
+douze ou quinze pas: C'est là derrière, m'a-t-il dit, qu'est <em>la
+fosse</em>. Je fais remarquer cette circonstance à Son Excellence, parce
+qu'elle prouve que le sieur Joly connaît bien l'emplacement et parce
+que cette indication donnée sans voir le terrain prouve qu'il en avait
+un souvenir exact. En effet, étant entré dans l'enclos par la petite
+porte et ayant aussitôt regardé à droite vers le point indiqué, j'ai
+vu un terrain couvert de gazon en partie affaissé sur une surface
+carrée de quatorze ou quinze pieds, comme il l'avait annoncé.</p>
+
+<p>»Cette indication est encore essentielle parce qu'il y a évidemment eu
+deux larges fosses, et que le propriétaire même du terrain ayant
+négligé ou cru inutile de consulter le nommé Joly<a id="footnotetag136" name="footnotetag136"></a><a href="#footnote136" title="Go to footnote 136"><span class="smaller">[136]</span></a> (seul témoin, à
+ce qu'il paraît, des inhumations faites dans ces temps funestes), a
+cru que Madame Élisabeth a été inhumée dans la grande fosse qui est
+presque en face de la petite porte; dans cette persuasion ou plutôt
+cette erreur, il a fait planter sur le terrain affaissé de cette fosse
plus nouvelle quelques arbustes et arbres verts, et sur un tertre de
-gazon il a fait poser une pierre grise polie où on lit ces mots:
-<em>Madame Élisabeth</em>. Ces plantations, cette espèce de monument
+gazon il a fait poser une pierre grise polie où on lit ces mots:
+<em>Madame Élisabeth</em>. Ces plantations, cette espèce de monument
provisoire sont nouveaux, les arbres ne semblent pas avoir deux ans.
-Tout porte à faire penser que les cendres de l'auguste victime ne sont
-point là, mais bien dans l'autre fosse, plus ancienne et moins vaste,
-indiquée par le sieur Joly avant d'être dans l'enclos et indiquée avec
-précision.</p>
-
-<p>»Quelque pénibles que soient ces détails, il est nécessaire que je les
-rapporte pendant qu'ils sont bien présents à mon esprit, parce qu'ils
-donnent dans leur ensemble la preuve de la véracité des indications
-du nommé Joly.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page287" name="page287"></a>(p. 287)</span>»Dans l'interrogatoire que je lui avais fait deux jours avant,
-il m'avait répondu entre autres circonstances que le 10 mai, à l'heure
-de l'inhumation, quand ils étaient en face de la fosse, ils tournaient
-le dos au soleil couchant; cette position nous a paru à peu près
-exacte. La fosse rapprochée du mur par le côté de l'est ne pouvait
-être abordée que par le côté ouest ou sud-ouest, et les côtés nord et
-sud devaient être occupés par la terre sortie de la fosse.</p>
-
-<p>»Une autre observation doit être placée ici, quoique peu importante,
-c'est que la femme du sieur Joly se souvient que la mère de son mari a
-été inhumée contre le mur et que cette fosse était très-près de la
-fosse où ont été placés les restes de Son Altesse Royale et des autres
-victimes inhumées le même jour que la princesse. Or le lieu de cette
-fosse particulière est indiqué par le sieur Joly et sa femme entre la
-fosse la plus rapprochée du mur et la partie de l'enclos qui la sépare
-de la grande porte par où l'on amenait les corps sur des charrettes.</p>
-
-<p>»Le sieur Joly a constamment assuré qu'il devait y avoir deux fosses,
-visibles par l'affaissement du terrain et situées à gauche en entrant
-par la grande porte de l'enclos: l'une plus près du mur et plus près
-de la grande porte, dont la dimension pouvait être de douze à quinze
-pieds carrés; l'autre plus éloignée de la grande porte et plus au
+Tout porte à faire penser que les cendres de l'auguste victime ne sont
+point là, mais bien dans l'autre fosse, plus ancienne et moins vaste,
+indiquée par le sieur Joly avant d'être dans l'enclos et indiquée avec
+précision.</p>
+
+<p>»Quelque pénibles que soient ces détails, il est nécessaire que je les
+rapporte pendant qu'ils sont bien présents à mon esprit, parce qu'ils
+donnent dans leur ensemble la preuve de la véracité des indications
+du nommé Joly.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page287" name="page287"></a>(p. 287)</span>»Dans l'interrogatoire que je lui avais fait deux jours avant,
+il m'avait répondu entre autres circonstances que le 10 mai, à l'heure
+de l'inhumation, quand ils étaient en face de la fosse, ils tournaient
+le dos au soleil couchant; cette position nous a paru à peu près
+exacte. La fosse rapprochée du mur par le côté de l'est ne pouvait
+être abordée que par le côté ouest ou sud-ouest, et les côtés nord et
+sud devaient être occupés par la terre sortie de la fosse.</p>
+
+<p>»Une autre observation doit être placée ici, quoique peu importante,
+c'est que la femme du sieur Joly se souvient que la mère de son mari a
+été inhumée contre le mur et que cette fosse était très-près de la
+fosse où ont été placés les restes de Son Altesse Royale et des autres
+victimes inhumées le même jour que la princesse. Or le lieu de cette
+fosse particulière est indiqué par le sieur Joly et sa femme entre la
+fosse la plus rapprochée du mur et la partie de l'enclos qui la sépare
+de la grande porte par où l'on amenait les corps sur des charrettes.</p>
+
+<p>»Le sieur Joly a constamment assuré qu'il devait y avoir deux fosses,
+visibles par l'affaissement du terrain et situées à gauche en entrant
+par la grande porte de l'enclos: l'une plus près du mur et plus près
+de la grande porte, dont la dimension pouvait être de douze à quinze
+pieds carrés; l'autre plus éloignée de la grande porte et plus au
milieu du terrain de l'enclos. C'est dans cette seconde fosse que le
-propriétaire a présumé qu'étaient placés les restes de la princesse.
-C'est dans la première que le sieur Joly assure et a la conviction
-entière que Son Altesse Royale a été inhumée.</p>
+propriétaire a présumé qu'étaient placés les restes de la princesse.
+C'est dans la première que le sieur Joly assure et a la conviction
+entière que Son Altesse Royale a été inhumée.</p>
-<p>»Il faut encore avoir le courage d'écrire des détails plus minutieux
+<p>»Il faut encore avoir le courage d'écrire des détails plus minutieux
et plus affligeants.</p>
-<p>»Le sieur Joly s'est rappelé la position qu'il occupait alors sur ce
-même terrain et pour l'emploi terrible qu'il remplissait à cette
-cruelle époque. Il avait dix-huit ou dix-neuf ans, il était fossoyeur;
-ils étaient deux, l'autre est mort, le charretier également. Nul autre
+<p>»Le sieur Joly s'est rappelé la position qu'il occupait alors sur ce
+même terrain et pour l'emploi terrible qu'il remplissait à cette
+cruelle époque. Il avait dix-huit ou dix-neuf ans, il était fossoyeur;
+ils étaient deux, l'autre est mort, le charretier également. Nul autre
individu n'entrait dans l'enclos pour l'inhumation<a id="footnotetag137" name="footnotetag137"></a><a href="#footnote137" title="Go to footnote 137"><span class="smaller">[137]</span></a>. Des
gendarmes ou des soldats fermaient <span class="pagenum"><a id="page288" name="page288"></a>(p. 288)</span> la porte quand la
-charrette était entrée, et de peur que des curieux ne vissent à
+charrette était entrée, et de peur que des curieux ne vissent à
travers la porte, on bouchait avec une planche ou une pierre les trous
qui se trouvaient dans la porte.</p>
-<p>»Le local bien reconnu par le sieur Joly, il ne paraît point douteux
-que la fosse indiquée par lui ne soit bien celle où ont été placés les
-corps des victimes immolées le 10 mai 1794.</p>
+<p>»Le local bien reconnu par le sieur Joly, il ne paraît point douteux
+que la fosse indiquée par lui ne soit bien celle où ont été placés les
+corps des victimes immolées le 10 mai 1794.</p>
-<p>»Mais voici des détails affreux et plus positifs encore à l'égard de
+<p>»Mais voici des détails affreux et plus positifs encore à l'égard de
l'auguste princesse.</p>
-<p>»La s&oelig;ur de nos rois fut assassinée la dernière parmi les victimes
-de ce jour; sa tête, séparée du corps, fut montrée au peuple et mise
-avec les têtes des autres victimes dans un seul et même panier; mais
-le corps de la princesse, recouvert de ses vêtements, fut placé le
-dernier sur la charrette. Arrivée dans l'enclos de l'inhumation, la
-charrette fut déchargée, le corps de la princesse fut posé le premier
-ou des premiers sur le bord de la fosse; là son corps fut reconnu, dit
-le sieur Joly, désigné et dépouillé de tout vêtement: c'était l'usage
+<p>»La s&oelig;ur de nos rois fut assassinée la dernière parmi les victimes
+de ce jour; sa tête, séparée du corps, fut montrée au peuple et mise
+avec les têtes des autres victimes dans un seul et même panier; mais
+le corps de la princesse, recouvert de ses vêtements, fut placé le
+dernier sur la charrette. Arrivée dans l'enclos de l'inhumation, la
+charrette fut déchargée, le corps de la princesse fut posé le premier
+ou des premiers sur le bord de la fosse; là son corps fut reconnu, dit
+le sieur Joly, désigné et dépouillé de tout vêtement: c'était l'usage
ou l'ordre de ces barbares, qui ne respectaient ni la vie ni la mort.
-Tous les corps étaient ainsi dépouillés avant d'être précipités dans
+Tous les corps étaient ainsi dépouillés avant d'être précipités dans
la fosse; ainsi, dans ces remuements successifs, le corps de la
-princesse devait avoir été précipité le dernier ou l'un des derniers.
-C'est ce qui explique comment il se trouve, suivant le témoignage du
-fossoyeur, placé dans le fond de la fosse et du coté le plus rapproché
-du mur, celui par où les fossoyeurs, quand ils étaient descendus,
-arrangeaient les corps de manière à ce qu'ils occupassent le moins
-d'espace possible, et en outre, deux rangs de corps étaient placés
-immédiatement les uns sur les autres, mais horizontalement et
-recouverts d'une couche de terre, épaisse d'environ un demi-pied. Les
-fossoyeurs plaçaient alternativement un corps le tronc du côté du mur
+princesse devait avoir été précipité le dernier ou l'un des derniers.
+C'est ce qui explique comment il se trouve, suivant le témoignage du
+fossoyeur, placé dans le fond de la fosse et du coté le plus rapproché
+du mur, celui par où les fossoyeurs, quand ils étaient descendus,
+arrangeaient les corps de manière à ce qu'ils occupassent le moins
+d'espace possible, et en outre, deux rangs de corps étaient placés
+immédiatement les uns sur les autres, mais horizontalement et
+recouverts d'une couche de terre, épaisse d'environ un demi-pied. Les
+fossoyeurs plaçaient alternativement un corps le tronc du côté du mur
et un autre le tronc vers le milieu de la fosse, et dans sa largeur il
-y avait par conséquent deux rangs de corps par couche
+y avait par conséquent deux rangs de corps par couche
horizontale<a id="footnotetag138" name="footnotetag138"></a><a href="#footnote138" title="Go to footnote 138"><span class="smaller">[138]</span></a>. Il serait inutile <span class="pagenum"><a id="page289" name="page289"></a>(p. 289)</span> de faire le douloureux
calcul du nombre de rangs et de couches que comportait une fosse de
dix-huit pieds environ de profondeur sur douze ou quinze d'ouverture
-en carré. Le fossoyeur Joly n'est pas sûr du nombre qu'elle a reçu, et
-il n'est que trop probable qu'elle a été remplie, puisque plus tard on
+en carré. Le fossoyeur Joly n'est pas sûr du nombre qu'elle a reçu, et
+il n'est que trop probable qu'elle a été remplie, puisque plus tard on
en a rempli une seconde.</p>
-<p>»Mais ce qu'il importe de conclure de ces affreux détails, c'est que
-les indications du fossoyeur Joly présentent de grandes probabilités,
-et que les renseignements qu'il donne sont très-vraisemblables.</p>
+<p>»Mais ce qu'il importe de conclure de ces affreux détails, c'est que
+les indications du fossoyeur Joly présentent de grandes probabilités,
+et que les renseignements qu'il donne sont très-vraisemblables.</p>
-<p>»Le sieur Joly, soit par conviction produite par le souvenir, soit par
+<p>»Le sieur Joly, soit par conviction produite par le souvenir, soit par
l'effet de ses calculs sur les dispositions qu'il a faites sur le bord
-et à l'intérieur de la fosse et dans l'enclos, dit:</p>
+et à l'intérieur de la fosse et dans l'enclos, dit:</p>
-<p>»1<sup>o</sup> Je suis assuré que le corps de la princesse est là dans cette
+<p>»1<sup>o</sup> Je suis assuré que le corps de la princesse est là dans cette
fosse et non ailleurs.</p>
-<p>»2<sup>o</sup> Je suis assuré que le corps de la princesse est l'un des premiers
-rangés dans la fosse ce jour-là, et par conséquent il est dans la
+<p>»2<sup>o</sup> Je suis assuré que le corps de la princesse est l'un des premiers
+rangés dans la fosse ce jour-là, et par conséquent il est dans la
partie de la fosse la plus proche du mur et de la grande porte, vers
le milieu de la couche.</p>
-<p>»3<sup>o</sup> Il assure que ce corps a été rangé le tronc du côté du mur et les
+<p>»3<sup>o</sup> Il assure que ce corps a été rangé le tronc du côté du mur et les
pieds vers le milieu de la fosse.</p>
-<p>»4<sup>o</sup> Il croit être assuré que les corps placés auprès sont des corps
+<p>»4<sup>o</sup> Il croit être assuré que les corps placés auprès sont des corps
de sexe masculin.</p>
-<p>»Voilà ce qu'il a constamment répété, comme en ayant la conviction.</p>
+<p>»Voilà ce qu'il a constamment répété, comme en ayant la conviction.</p>
-<p>»Ce que le sieur Joly ne peut affirmer, c'est la profondeur positive
-de la fosse à l'époque du 10 mai (il croit qu'elle était d'environ
-dix-huit pieds). Il ne se rappelle pas certainement si la fosse était
-nouvellement creusée ou si elle était plus ancienne et s'il y avait
-eu déjà des inhumations.</p>
+<p>»Ce que le sieur Joly ne peut affirmer, c'est la profondeur positive
+de la fosse à l'époque du 10 mai (il croit qu'elle était d'environ
+dix-huit pieds). Il ne se rappelle pas certainement si la fosse était
+nouvellement creusée ou si elle était plus ancienne et s'il y avait
+eu déjà des inhumations.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page290" name="page290"></a>(p. 290)</span>»Il croit aussi que dans la suite on y a placé des corps
-enfermés dans des cercueils, ce qui diminuerait le nombre des corps
+<p><span class="pagenum"><a id="page290" name="page290"></a>(p. 290)</span>»Il croit aussi que dans la suite on y a placé des corps
+enfermés dans des cercueils, ce qui diminuerait le nombre des corps
qu'elle aurait pu contenir.</p>
-<p>»Résulte-t-il de ces détails et de ces indications des renseignements
-suffisants et assez sûrs pour que l'on puisse et doive entreprendre
-des recherches et en attendre des résultats certains, ou se
-bornera-t-on à regarder comme certaine l'existence des cendres de
-l'auguste princesse dans cette fosse? Sur le témoignage du fossoyeur
-Joly, qui dans ses indications paraît sage, raisonnable, véridique et
-sûr de son fait, qui paraît d'ailleurs être le seul témoin vivant de
-ces tristes événements, se bornera-t-on à projeter un monument digne
-des vertus de la s&oelig;ur de nos Rois, pour l'élever sur ce terrain
-consacré par d'aussi cruels souvenirs? C'est ce qu'il appartient au
-Gouvernement de décider.</p>
-
-<p>»Pour moi, Monseigneur, en vous rendant ce compte de la mission
-douloureuse et cependant si intéressante que vous m'avez confiée, je
-crois avoir donné une preuve nouvelle et irrécusable de mon zèle et de
-mon dévouement sans bornes à notre auguste Souverain. Sans la pensée
-qu'un sujet fidèle et dévoué pouvait seul y mettre ces soins et ce vif
-intérêt qui peuvent approcher du succès que vous désiriez obtenir, je
-n'aurais point eu le courage et la présence d'esprit nécessaires pour
+<p>»Résulte-t-il de ces détails et de ces indications des renseignements
+suffisants et assez sûrs pour que l'on puisse et doive entreprendre
+des recherches et en attendre des résultats certains, ou se
+bornera-t-on à regarder comme certaine l'existence des cendres de
+l'auguste princesse dans cette fosse? Sur le témoignage du fossoyeur
+Joly, qui dans ses indications paraît sage, raisonnable, véridique et
+sûr de son fait, qui paraît d'ailleurs être le seul témoin vivant de
+ces tristes événements, se bornera-t-on à projeter un monument digne
+des vertus de la s&oelig;ur de nos Rois, pour l'élever sur ce terrain
+consacré par d'aussi cruels souvenirs? C'est ce qu'il appartient au
+Gouvernement de décider.</p>
+
+<p>»Pour moi, Monseigneur, en vous rendant ce compte de la mission
+douloureuse et cependant si intéressante que vous m'avez confiée, je
+crois avoir donné une preuve nouvelle et irrécusable de mon zèle et de
+mon dévouement sans bornes à notre auguste Souverain. Sans la pensée
+qu'un sujet fidèle et dévoué pouvait seul y mettre ces soins et ce vif
+intérêt qui peuvent approcher du succès que vous désiriez obtenir, je
+n'aurais point eu le courage et la présence d'esprit nécessaires pour
ces recherches.</p>
-<p>»S'il m'était permis à la suite de ce rapport de vous exprimer mon
-opinion particulière, je dirais à Votre Excellence avec plus
-d'assurance à présent:</p>
+<p>»S'il m'était permis à la suite de ce rapport de vous exprimer mon
+opinion particulière, je dirais à Votre Excellence avec plus
+d'assurance à présent:</p>
-<p>»1<sup>o</sup> Qu'un succès complet me semble toujours difficile, mais non
+<p>»1<sup>o</sup> Qu'un succès complet me semble toujours difficile, mais non
impossible;</p>
-<p>»2<sup>o</sup> Que pour arriver à un résultat, dans le cas où il serait jugé
-possible et même probable, il me semblerait convenable de faire cette
-recherche sans éclat, en silence, discrètement, avec très-peu
-d'ouvriers, en y employant beaucoup de temps et de précautions, et
-après avoir combiné tous les préparatifs de ce travail et les moyens
-de le poursuivre; après avoir consulté quelques personnes habiles et
-pris les arrangements convenables avec le propriétaire du terrain.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page291" name="page291"></a>(p. 291)</span>»Si Votre Excellence, après avoir rendu ce nouveau compte de
-nos démarches au Ministre de l'intérieur, en recevait l'autorisation
-de faire procéder à une fouille pour vérifier la justesse des
-indications contenues dans la déclaration du sieur Joly, il me
+<p>»2<sup>o</sup> Que pour arriver à un résultat, dans le cas où il serait jugé
+possible et même probable, il me semblerait convenable de faire cette
+recherche sans éclat, en silence, discrètement, avec très-peu
+d'ouvriers, en y employant beaucoup de temps et de précautions, et
+après avoir combiné tous les préparatifs de ce travail et les moyens
+de le poursuivre; après avoir consulté quelques personnes habiles et
+pris les arrangements convenables avec le propriétaire du terrain.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page291" name="page291"></a>(p. 291)</span>»Si Votre Excellence, après avoir rendu ce nouveau compte de
+nos démarches au Ministre de l'intérieur, en recevait l'autorisation
+de faire procéder à une fouille pour vérifier la justesse des
+indications contenues dans la déclaration du sieur Joly, il me
semblerait aussi prudent de mettre le moins possible de personnes dans
le secret de cette recherche incertaine<a id="footnotetag139" name="footnotetag139"></a><a href="#footnote139" title="Go to footnote 139"><span class="smaller">[139]</span></a>.</p>
<p>Le concierge Joly, l'officier de paix Burger, deux ouvriers adroits,
-discrets et intelligents, suffiraient pour cette épreuve. Nous nous
-chargerions avec zèle du soin de découvrir des ouvriers capables de ce
+discrets et intelligents, suffiraient pour cette épreuve. Nous nous
+chargerions avec zèle du soin de découvrir des ouvriers capables de ce
travail et de consulter des personnes habiles pour les diriger.</p>
-<p>»Il faudrait faire une enceinte fermée par des planches dans l'enclos
-même, pour éviter les regards des curieux, empêcher les journaux
+<p>»Il faudrait faire une enceinte fermée par des planches dans l'enclos
+même, pour éviter les regards des curieux, empêcher les journaux
indiscrets d'en occuper le public; et si les indications se trouvaient
-justifiées, alors seulement on appellerait à les reconnaître les
-témoins ou plutôt les juges du succès. Si au contraire les indications
-ne se réalisaient pas, on cesserait les recherches et l'on se
-bornerait à croire le témoignage du fossoyeur Joly, qui affirme que
-les restes de la princesse ont été placés là, mais sans pouvoir les
-reconnaître parmi ceux des autres victimes.</p>
+justifiées, alors seulement on appellerait à les reconnaître les
+témoins ou plutôt les juges du succès. Si au contraire les indications
+ne se réalisaient pas, on cesserait les recherches et l'on se
+bornerait à croire le témoignage du fossoyeur Joly, qui affirme que
+les restes de la princesse ont été placés là, mais sans pouvoir les
+reconnaître parmi ceux des autres victimes.</p>
-<p class="authorsc">»De Chanay.»</p>
+<p class="authorsc">»De Chanay.»</p>
<p class="p2">Pendant le cours de ces investigations, poursuivies avec autant de
-zèle que de persévérance, un service solennel était célébré pour
-Madame Élisabeth dans toutes les paroisses de France le 10 mai, jour
+zèle que de persévérance, un service solennel était célébré pour
+Madame Élisabeth dans toutes les paroisses de France le 10 mai, jour
anniversaire de sa mort.</p>
-<p>Le 11 mai, le ministre d'État, préfet de police, mettait sous les yeux
-du ministre de l'intérieur les détails qu'il était parvenu à
+<p>Le 11 mai, le ministre d'État, préfet de police, mettait sous les yeux
+du ministre de l'intérieur les détails qu'il était parvenu à
recueillir sur l'inhumation de la princesse:</p>
<div class="lettre">
<p class="date"><span class="pagenum"><a id="page292" name="page292"></a>(p. 292)</span> Paris, le 11 mai 1817.</p>
-<p class="smcap">«Monseigneur,</p>
+<p class="smcap">«Monseigneur,</p>
-<p>»La lettre que j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Excellence le 22
-avril dernier, en l'informant que les démarches faites jusqu'alors
-pour constater l'identité des cendres de S. A. R. Madame Élisabeth me
-laissaient peu d'espoir de réussir, annonçait que de nouvelles
+<p>»La lettre que j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Excellence le 22
+avril dernier, en l'informant que les démarches faites jusqu'alors
+pour constater l'identité des cendres de S. A. R. Madame Élisabeth me
+laissaient peu d'espoir de réussir, annonçait que de nouvelles
recherches devaient avoir lieu par suite des dispositions que j'avais
prises: je m'empresse de mettre sous les yeux de Votre Excellence,
-conformément à la lettre du 26 du même mois, le détail des
-informations et des témoignages que je suis parvenu jusqu'à présent à
+conformément à la lettre du 26 du même mois, le détail des
+informations et des témoignages que je suis parvenu jusqu'à présent à
recueillir.</p>
-<p>»Je m'étais assuré qu'il n'existait plus qu'un seul homme, le sieur
-Joly, anciennement employé aux inhumations de l'enclos de la maison
-dite du Christ près Mousseaux, et aujourd'hui concierge du cimetière
-Montmartre, qui pût donner, comme témoin oculaire, les indications
-désirées. Le sieur Joly avait assisté à la sépulture de Madame
-Élisabeth; ses souvenirs, sa présence dans l'enclos où la sépulture
-avait été faite, ses remarques, devaient être constatés avec la plus
-scrupuleuse exactitude. Des questions utiles pouvaient être suggérées
-par ses observations sur le lieu même, et il fallait s'y présenter
-avec beaucoup de précautions, autant à cause du secret que la nature
-des recherches rendait nécessaire que par rapport au propriétaire, qui
-s'était flatté d'abord de tirer un grand parti de son terrain, sur
-lequel on avait proposé d'ériger un monument à la mémoire de l'auguste
-victime: je jugeai donc convenable de remettre à M. de Chanay, chef de
-la première division des bureaux de ma préfecture, le soin de visiter
+<p>»Je m'étais assuré qu'il n'existait plus qu'un seul homme, le sieur
+Joly, anciennement employé aux inhumations de l'enclos de la maison
+dite du Christ près Mousseaux, et aujourd'hui concierge du cimetière
+Montmartre, qui pût donner, comme témoin oculaire, les indications
+désirées. Le sieur Joly avait assisté à la sépulture de Madame
+Élisabeth; ses souvenirs, sa présence dans l'enclos où la sépulture
+avait été faite, ses remarques, devaient être constatés avec la plus
+scrupuleuse exactitude. Des questions utiles pouvaient être suggérées
+par ses observations sur le lieu même, et il fallait s'y présenter
+avec beaucoup de précautions, autant à cause du secret que la nature
+des recherches rendait nécessaire que par rapport au propriétaire, qui
+s'était flatté d'abord de tirer un grand parti de son terrain, sur
+lequel on avait proposé d'ériger un monument à la mémoire de l'auguste
+victime: je jugeai donc convenable de remettre à M. de Chanay, chef de
+la première division des bureaux de ma préfecture, le soin de visiter
l'enclos avec le sieur Joly, et je le fis accompagner d'un officier de
-paix, le sieur Burger, qui déjà avait été chargé de prendre auprès du
+paix, le sieur Burger, qui déjà avait été chargé de prendre auprès du
sieur Joly les premiers documents.</p>
-<p>»Le 28 avril, à midi, cette visite eut lieu. Après avoir traversé la
-cour et une partie du jardin de M. Viger de Jolival, on s'est dirigé à
-l'ouest vers le mur qui sépare le jardin du petit enclos de
+<p>»Le 28 avril, à midi, cette visite eut lieu. Après avoir traversé la
+cour et une partie du jardin de M. Viger de Jolival, on s'est dirigé à
+l'ouest vers le mur qui sépare le jardin du petit enclos de
l'inhumation. A trente pas d'une petite porte ouverte sur l'enclos,
-et avant d'arriver au mur de séparation, <span class="pagenum"><a id="page293" name="page293"></a>(p. 293)</span> Joly, interrogé s'il
+et avant d'arriver au mur de séparation, <span class="pagenum"><a id="page293" name="page293"></a>(p. 293)</span> Joly, interrogé s'il
se remettait parfaitement dans l'esprit la disposition du local,
-montra aussitôt de la main une partie de ce mur à droite de la petite
-porte et qui peut en être éloignée de douze à quinze pas, en disant:
-<em>C'est là derrière qu'est la fosse!</em> Cette indication, donnée de loin
-et sans hésiter, prouverait qu'il avait un souvenir exact du lieu de
-la sépulture, et d'autant plus qu'étant entré dans l'enclos par la
-petite porte et ayant aussitôt regardé à droite vers le point indiqué,
-on a vu un terrain en partie couvert de gazon et affaissé sur une
-surface carrée de quatorze à quinze pieds, comme Joly l'avait annoncé.</p>
-
-<p>»L'indication donnée par ce dernier est encore d'autant plus
-essentielle qu'elle a fait reconnaître que ce n'est point dans la
+montra aussitôt de la main une partie de ce mur à droite de la petite
+porte et qui peut en être éloignée de douze à quinze pas, en disant:
+<em>C'est là derrière qu'est la fosse!</em> Cette indication, donnée de loin
+et sans hésiter, prouverait qu'il avait un souvenir exact du lieu de
+la sépulture, et d'autant plus qu'étant entré dans l'enclos par la
+petite porte et ayant aussitôt regardé à droite vers le point indiqué,
+on a vu un terrain en partie couvert de gazon et affaissé sur une
+surface carrée de quatorze à quinze pieds, comme Joly l'avait annoncé.</p>
+
+<p>»L'indication donnée par ce dernier est encore d'autant plus
+essentielle qu'elle a fait reconnaître que ce n'est point dans la
grande fosse, presque en face de la petite porte, mais dans l'autre
-fosse, plus ancienne et moins vaste, qu'ont dû avoir été déposés les
-restes de S. A. R. Madame Élisabeth. Ainsi M. Viger de Jolival s'était
-évidemment trompé en faisant placer sur le terrain affaissé de la
-première fosse une pierre sur laquelle on lisait l'inscription:
-<em>Madame Élisabeth</em>.</p>
-
-<p>»Le sieur Joly a constamment assuré qu'il devait y avoir deux fosses
-visibles par l'affaissement du terrain et situées à gauche en entrant
-par la grande porte de l'enclos, l'une plus près du mur et de la
-grande porte, et dont la dimension pouvait être de douze à quinze
-pieds carrés, l'autre plus éloignée de la grande porte et plus au
-milieu du terrain de l'enclos. C'est dans la première de ces fosses
-que le sieur Joly assure, d'après son entière conviction, que Son
-Altesse Royale a été inhumée.</p>
-
-<p>»On a vérifié une circonstance particulière précédemment énoncée par
-le sieur Joly dans ses interrogatoires à ma préfecture: il avait dit
-que le 10 mai, à l'heure de l'inhumation, lorsque lui et les autres
-personnes qui s'y trouvaient étaient en face de la fosse, ils
-tournaient le dos au soleil couchant; cette position a paru à peu près
-exacte, la fosse, rapprochée du mur par le côté de l'est, ne pouvant
-être abordée que par le côté ouest ou sud-ouest, parce que les côtés
-nord et sud devaient être occupés par les terres extraites de la
+fosse, plus ancienne et moins vaste, qu'ont dû avoir été déposés les
+restes de S. A. R. Madame Élisabeth. Ainsi M. Viger de Jolival s'était
+évidemment trompé en faisant placer sur le terrain affaissé de la
+première fosse une pierre sur laquelle on lisait l'inscription:
+<em>Madame Élisabeth</em>.</p>
+
+<p>»Le sieur Joly a constamment assuré qu'il devait y avoir deux fosses
+visibles par l'affaissement du terrain et situées à gauche en entrant
+par la grande porte de l'enclos, l'une plus près du mur et de la
+grande porte, et dont la dimension pouvait être de douze à quinze
+pieds carrés, l'autre plus éloignée de la grande porte et plus au
+milieu du terrain de l'enclos. C'est dans la première de ces fosses
+que le sieur Joly assure, d'après son entière conviction, que Son
+Altesse Royale a été inhumée.</p>
+
+<p>»On a vérifié une circonstance particulière précédemment énoncée par
+le sieur Joly dans ses interrogatoires à ma préfecture: il avait dit
+que le 10 mai, à l'heure de l'inhumation, lorsque lui et les autres
+personnes qui s'y trouvaient étaient en face de la fosse, ils
+tournaient le dos au soleil couchant; cette position a paru à peu près
+exacte, la fosse, rapprochée du mur par le côté de l'est, ne pouvant
+être abordée que par le côté ouest ou sud-ouest, parce que les côtés
+nord et sud devaient être occupés par les terres extraites de la
fosse.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page294" name="page294"></a>(p. 294)</span>»Le local ainsi reconnu d'après les indications du sieur Joly,
-il restait à remplir une tâche bien douloureuse, celle de constater
-les détails qui pouvaient aider à identifier les cendres de l'illustre
-martyre. Quelque affligeants que soient ces détails, il est cependant
+<p><span class="pagenum"><a id="page294" name="page294"></a>(p. 294)</span>»Le local ainsi reconnu d'après les indications du sieur Joly,
+il restait à remplir une tâche bien douloureuse, celle de constater
+les détails qui pouvaient aider à identifier les cendres de l'illustre
+martyre. Quelque affligeants que soient ces détails, il est cependant
indispensable de les retracer ici.</p>
-<p>»Madame Élisabeth fut la dernière des victimes qui périrent le 10 mai
-1794. Cette tête auguste fut mise avec les autres dans un seul et même
-panier. Le corps de la princesse, recouvert de ses vêtements, fut
-placé le dernier sur la charrette. Lorsque la charrette, arrivée dans
-l'enclos, fut déchargée, le corps de la princesse fut posé le premier,
-ou l'un des premiers, sur le bord de la fosse. Là, son corps fut
-reconnu, a dit le sieur Joly, dépouillé de tout vêtement avant d'être
-précipité dans la fosse, où il l'a été probablement le dernier ou l'un
-des derniers, à cause des remuements successifs des autres corps
-dépouillés de même. C'est ce qui expliquerait comment il se trouve
-(suivant le témoignage du fossoyeur, le sieur Joly) placé dans le fond
-de la fosse et du côté le plus rapproché du mur.</p>
-
-<p>»Le sieur Joly assure que le corps de la princesse a été rangé le
-ventre tourné vers la terre, de manière que le tronc se trouve du côté
-du mur et les pieds vers le milieu de la fosse; il croit de plus être
-assuré que les corps placés de l'un et de l'autre côté auprès de celui
-de la princesse sont des corps du sexe masculin. Pour ménager
-l'espace, les corps étaient placés immédiatement les uns sur les
+<p>»Madame Élisabeth fut la dernière des victimes qui périrent le 10 mai
+1794. Cette tête auguste fut mise avec les autres dans un seul et même
+panier. Le corps de la princesse, recouvert de ses vêtements, fut
+placé le dernier sur la charrette. Lorsque la charrette, arrivée dans
+l'enclos, fut déchargée, le corps de la princesse fut posé le premier,
+ou l'un des premiers, sur le bord de la fosse. Là, son corps fut
+reconnu, a dit le sieur Joly, dépouillé de tout vêtement avant d'être
+précipité dans la fosse, où il l'a été probablement le dernier ou l'un
+des derniers, à cause des remuements successifs des autres corps
+dépouillés de même. C'est ce qui expliquerait comment il se trouve
+(suivant le témoignage du fossoyeur, le sieur Joly) placé dans le fond
+de la fosse et du côté le plus rapproché du mur.</p>
+
+<p>»Le sieur Joly assure que le corps de la princesse a été rangé le
+ventre tourné vers la terre, de manière que le tronc se trouve du côté
+du mur et les pieds vers le milieu de la fosse; il croit de plus être
+assuré que les corps placés de l'un et de l'autre côté auprès de celui
+de la princesse sont des corps du sexe masculin. Pour ménager
+l'espace, les corps étaient placés immédiatement les uns sur les
autres, en ligne horizontale, chaque corps ayant alternativement le
-tronc du côté du mur et le tronc vers le milieu de la fosse. Par
-conséquent il y avait deux rangs de corps par chaque couche
+tronc du côté du mur et le tronc vers le milieu de la fosse. Par
+conséquent il y avait deux rangs de corps par chaque couche
horizontale. On mettait aussi les pieds et les troncs des corps en
-opposition, de même que les faces, afin de ménager le terrain.</p>
-
-<p>»Ce que le sieur Joly n'a pu affirmer, c'est l'exacte profondeur de la
-fosse à l'époque du 10 mai 1794. Il croit qu'elle était d'environ
-dix-huit pieds de profondeur sur douze à quinze d'ouverture en carré,
-et qu'il y a été fait aussi des inhumations ordinaires de corps
-enfermés dans des cercueils.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page295" name="page295"></a>(p. 295)</span>»En résultat, les indications du sieur Joly semblent présenter
-des probabilités; qu'il soit aujourd'hui le seul témoin oculaire
-encore existant, c'est ce qu'il est naturel de conclure de l'inutilité
-des recherches qui ont été faites pour en découvrir d'autres que lui,
-et des détails qu'il a donnés sur ce qui se passait à l'époque cruelle
-des exécutions révolutionnaires. Il n'y avait à Mousseaux que deux
+opposition, de même que les faces, afin de ménager le terrain.</p>
+
+<p>»Ce que le sieur Joly n'a pu affirmer, c'est l'exacte profondeur de la
+fosse à l'époque du 10 mai 1794. Il croit qu'elle était d'environ
+dix-huit pieds de profondeur sur douze à quinze d'ouverture en carré,
+et qu'il y a été fait aussi des inhumations ordinaires de corps
+enfermés dans des cercueils.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page295" name="page295"></a>(p. 295)</span>»En résultat, les indications du sieur Joly semblent présenter
+des probabilités; qu'il soit aujourd'hui le seul témoin oculaire
+encore existant, c'est ce qu'il est naturel de conclure de l'inutilité
+des recherches qui ont été faites pour en découvrir d'autres que lui,
+et des détails qu'il a donnés sur ce qui se passait à l'époque cruelle
+des exécutions révolutionnaires. Il n'y avait à Mousseaux que deux
fossoyeurs, lui compris. Ces deux hommes et le conducteur de la fatale
-charrette étaient seuls admis dans l'enclos. Il leur a survécu. Aucun
-agent de la commune n'assistait, s'il faut l'en croire, à l'inhumation
+charrette étaient seuls admis dans l'enclos. Il leur a survécu. Aucun
+agent de la commune n'assistait, s'il faut l'en croire, à l'inhumation
des victimes, et jamais agent de la commune ou commissaire de police,
-à cette époque<a id="footnotetag140" name="footnotetag140"></a><a href="#footnote140" title="Go to footnote 140"><span class="smaller">[140]</span></a>, n'entrait dans l'enclos que pour constater des
+à cette époque<a id="footnotetag140" name="footnotetag140"></a><a href="#footnote140" title="Go to footnote 140"><span class="smaller">[140]</span></a>, n'entrait dans l'enclos que pour constater des
inhumations ordinaires; mais quant aux victimes des fureurs
-révolutionnaires, il n'était jamais dressé de procès-verbal de leur
-inhumation (toujours suivant les dépositions du sieur Joly), et
-seulement on prenait la note de leurs dépouilles. Des gendarmes ou des
-soldats fermaient la porte de l'enclos dès que la charrette y était
-entrée, et ne laissaient aux curieux aucun moyen de voir ce qui se
-faisait dans l'intérieur, et même les trous qui se trouvaient dans la
-porte étaient bouchés avec une pierre.</p>
-
-<p>»La déclaration du sieur Joly, en date du 28 avril dernier, a fourni
-la matière des détails dont j'ai l'honneur de rendre compte à Votre
+révolutionnaires, il n'était jamais dressé de procès-verbal de leur
+inhumation (toujours suivant les dépositions du sieur Joly), et
+seulement on prenait la note de leurs dépouilles. Des gendarmes ou des
+soldats fermaient la porte de l'enclos dès que la charrette y était
+entrée, et ne laissaient aux curieux aucun moyen de voir ce qui se
+faisait dans l'intérieur, et même les trous qui se trouvaient dans la
+porte étaient bouchés avec une pierre.</p>
+
+<p>»La déclaration du sieur Joly, en date du 28 avril dernier, a fourni
+la matière des détails dont j'ai l'honneur de rendre compte à Votre
Excellence.</p>
-<p>»Je joins ici une copie de la déclaration du sieur Joly, ainsi qu'un
-plan qui mettra Votre Excellence plus à portée d'en suivre les détails
+<p>»Je joins ici une copie de la déclaration du sieur Joly, ainsi qu'un
+plan qui mettra Votre Excellence plus à portée d'en suivre les détails
topographiques.</p>
-<p>»Je regrette vivement de ne pouvoir donner à Votre Excellence, au lieu
-de certitudes, que des probabilités pour le succès des recherches et
-des travaux qui tendraient à faire reconnaître les restes de l'auguste
+<p>»Je regrette vivement de ne pouvoir donner à Votre Excellence, au lieu
+de certitudes, que des probabilités pour le succès des recherches et
+des travaux qui tendraient à faire reconnaître les restes de l'auguste
princesse parmi ceux de tant d'autres victimes, mais du moins Votre
-Excellence pourra juger de ce qui resterait à faire, et décider si les
-informations dont j'ai l'honneur de lui soumettre les résultats
-présentent assez d'espoir de succès pour donner lieu à des recherches
-ultérieures, <span class="pagenum"><a id="page296" name="page296"></a>(p. 296)</span> et dans ce cas je la prierais de vouloir bien me
-faire connaître ses intentions.</p>
+Excellence pourra juger de ce qui resterait à faire, et décider si les
+informations dont j'ai l'honneur de lui soumettre les résultats
+présentent assez d'espoir de succès pour donner lieu à des recherches
+ultérieures, <span class="pagenum"><a id="page296" name="page296"></a>(p. 296)</span> et dans ce cas je la prierais de vouloir bien me
+faire connaître ses intentions.</p>
-<p>»J'ai l'honneur, etc.</p>
+<p>»J'ai l'honneur, etc.</p>
-<p class="authorsc">»Le ministre d'État, préfet.»</p>
+<p class="authorsc">»Le ministre d'État, préfet.»</p>
</div>
-<p class="p2">Là s'arrêtent les documents relatifs à la sépulture de Madame
-Élisabeth. Il fallut donc perdre l'espoir de retrouver, d'une manière
-certaine, ses précieux restes. Obligé de renoncer à se défaire d'une
-façon lucrative de son enclos, M. Viger de Jolival chercha à se
-dédommager de cet échec.</p>
+<p class="p2">Là s'arrêtent les documents relatifs à la sépulture de Madame
+Élisabeth. Il fallut donc perdre l'espoir de retrouver, d'une manière
+certaine, ses précieux restes. Obligé de renoncer à se défaire d'une
+façon lucrative de son enclos, M. Viger de Jolival chercha à se
+dédommager de cet échec.</p>
-<p>La lettre suivante initie le lecteur à une démarche que M. Viger tenta
-près du commissaire de police du quartier du Roule. Celui-ci comprit
-tout ce que cette démarche offrait d'inconvenant et d'inadmissible. Il
-la fit connaître en ces termes au préfet de police:</p>
+<p>La lettre suivante initie le lecteur à une démarche que M. Viger tenta
+près du commissaire de police du quartier du Roule. Celui-ci comprit
+tout ce que cette démarche offrait d'inconvenant et d'inadmissible. Il
+la fit connaître en ces termes au préfet de police:</p>
<div class="lettre">
<p class="date">Paris, ce 20 mai 1817.</p>
-<p class="smcap">«Monsieur le comte,</p>
+<p class="smcap">«Monsieur le comte,</p>
-<p>»M. Viger de Jolival, propriétaire d'une maison rue de Valois, n<sup>o</sup> 15,
-devenu acquéreur d'un terrain qui servit de sépulture à dix-sept cent
+<p>»M. Viger de Jolival, propriétaire d'une maison rue de Valois, n<sup>o</sup> 15,
+devenu acquéreur d'un terrain qui servit de sépulture à dix-sept cent
quarante-cinq victimes des fureurs du temps, parmi lesquelles reposent
-les restes de Madame Élisabeth, m'a proposé, comme moyen d'éviter
-l'assujettissement de donner l'entrée de son jardin aux personnes qui
-se présentent assez souvent par curiosité pour visiter ce lieu, de
-l'autoriser à placer sur le mur extérieur, en face de l'endroit où
-l'on pense que le corps de Son Altesse Royale a été inhumé, une
-inscription indicative à ce sujet.</p>
-
-<p>»Avant de soumettre sa demande à Votre Excellence et afin d'être plus
-à même de vous la présenter, j'ai visité le terrain accompagné de son
-jardinier: il résulte de cet examen que deux fosses larges et
-profondes, remarquables par le surbaissement des terres, y ont été
-ouvertes; que celle à droite cache le plus grand nombre de ces
-victimes; que sur la seconde il a été élevé un petit tertre en verdure
-et placé une pierre funéraire portant pour inscription: <em>Ici repose
-Madame Élisabeth.</em></p>
-
-<p>»Près du mur de clôture de Paris, il existe un autre surbaissement
+les restes de Madame Élisabeth, m'a proposé, comme moyen d'éviter
+l'assujettissement de donner l'entrée de son jardin aux personnes qui
+se présentent assez souvent par curiosité pour visiter ce lieu, de
+l'autoriser à placer sur le mur extérieur, en face de l'endroit où
+l'on pense que le corps de Son Altesse Royale a été inhumé, une
+inscription indicative à ce sujet.</p>
+
+<p>»Avant de soumettre sa demande à Votre Excellence et afin d'être plus
+à même de vous la présenter, j'ai visité le terrain accompagné de son
+jardinier: il résulte de cet examen que deux fosses larges et
+profondes, remarquables par le surbaissement des terres, y ont été
+ouvertes; que celle à droite cache le plus grand nombre de ces
+victimes; que sur la seconde il a été élevé un petit tertre en verdure
+et placé une pierre funéraire portant pour inscription: <em>Ici repose
+Madame Élisabeth.</em></p>
+
+<p>»Près du mur de clôture de Paris, il existe un autre surbaissement
<span class="pagenum"><a id="page297" name="page297"></a>(p. 297)</span> petit, mais visible, au-dessus duquel est un pied de rosier
-qui paraît déjà ancien, et contre l'enduit du mur une rayure qui
-semble avoir été faite avec un corps quelconque et à dessein.</p>
-
-<p>»Ce jardinier a fait sur cet endroit une remarque que son habitude de
-manier la terre lui aura suggérée, et d'après laquelle cette princesse
-et les vingt-quatre personnes qui partagèrent son martyre pourraient
-avoir été déposées: c'est en face de ce même endroit et contre le mur
-extérieur que M. Viger désirerait être autorisé à placer l'inscription
-qu'il a projetée; je lui ferai connaître la réponse de Votre
+qui paraît déjà ancien, et contre l'enduit du mur une rayure qui
+semble avoir été faite avec un corps quelconque et à dessein.</p>
+
+<p>»Ce jardinier a fait sur cet endroit une remarque que son habitude de
+manier la terre lui aura suggérée, et d'après laquelle cette princesse
+et les vingt-quatre personnes qui partagèrent son martyre pourraient
+avoir été déposées: c'est en face de ce même endroit et contre le mur
+extérieur que M. Viger désirerait être autorisé à placer l'inscription
+qu'il a projetée; je lui ferai connaître la réponse de Votre
Excellence.</p>
-<p>»Recevez, Monsieur le comte, l'assurance de mon respect.</p>
+<p>»Recevez, Monsieur le comte, l'assurance de mon respect.</p>
-<p class="author"><i>»Le commissaire de police du quartier du Roule,</i><br>
- »<span class="smcap">Bruzelin</span>.»</p>
+<p class="author"><i>»Le commissaire de police du quartier du Roule,</i><br>
+ »<span class="smcap">Bruzelin</span>.»</p>
</div>
-<p class="p2">Une note, conservée aux archives de la préfecture de police, est ainsi
-conçue: «Le 29 mai 1817, écrit à M. le commissaire de police du
+<p class="p2">Une note, conservée aux archives de la préfecture de police, est ainsi
+conçue: «Le 29 mai 1817, écrit à M. le commissaire de police du
quartier du Roule, de la part de M. de Chanay, que S. Exc. le ministre
-d'État, préfet de police, n'accueillerait point du tout la proposition
-que M. Viger de Jolival paraît avoir l'intention de lui faire.</p>
+d'État, préfet de police, n'accueillerait point du tout la proposition
+que M. Viger de Jolival paraît avoir l'intention de lui faire.</p>
-<p>»M. Boucher a signé la lettre adressée à M. le commissaire de police.»</p>
+<p>»M. Boucher a signé la lettre adressée à M. le commissaire de police.»</p>
<hr class="hr10">
-<p>Ainsi se termina cette triste et pieuse croisade, dont le résultat
-final n'était malheureusement que trop prévu. Aux regrets du Roi et de
-la famille royale s'associèrent tous les c&oelig;urs généreux et
-compatissants. Le Parisien, si vite oublieux, s'étonna d'apprendre que
-dans ce coin de terre obscur et caché à l'extrémité de sa ville la
-petite-fille et la s&oelig;ur des Rois eût été enterrée sans linceul et
-sans bière. Il ignorait, et il ignore encore le nombre des holocaustes
-dont le dénoûment s'est accompli en cette étroite enceinte,
+<p>Ainsi se termina cette triste et pieuse croisade, dont le résultat
+final n'était malheureusement que trop prévu. Aux regrets du Roi et de
+la famille royale s'associèrent tous les c&oelig;urs généreux et
+compatissants. Le Parisien, si vite oublieux, s'étonna d'apprendre que
+dans ce coin de terre obscur et caché à l'extrémité de sa ville la
+petite-fille et la s&oelig;ur des Rois eût été enterrée sans linceul et
+sans bière. Il ignorait, et il ignore encore le nombre des holocaustes
+dont le dénoûment s'est accompli en cette étroite enceinte,
aujourd'hui envahie par le boulevard Malesherbes. En publiant ici <i>in
-extenso</i> les <em>fournées</em> de suppliciés dont les restes ont été enfouis
-dans le clos du Christ, c'est en quelque sorte une révélation que nous
-croyons apporter à nos concitoyens. <span class="pagenum"><a id="page298" name="page298"></a>(p. 298)</span> Il est à regretter que
-l'édilité parisienne, habituellement jalouse de concilier ce qui est
-dû aux convenances morales avec les justes exigences des améliorations
-utiles, n'ait pas été avertie à temps, de manière à pouvoir tenir
+extenso</i> les <em>fournées</em> de suppliciés dont les restes ont été enfouis
+dans le clos du Christ, c'est en quelque sorte une révélation que nous
+croyons apporter à nos concitoyens. <span class="pagenum"><a id="page298" name="page298"></a>(p. 298)</span> Il est à regretter que
+l'édilité parisienne, habituellement jalouse de concilier ce qui est
+dû aux convenances morales avec les justes exigences des améliorations
+utiles, n'ait pas été avertie à temps, de manière à pouvoir tenir
compte, dans ses plans, des pieux souvenirs recueillis sur ce point
-obscur de la grande cité, et que, le premier, j'ai mis en lumière.
-Malheureusement, le compas de l'architecte et la truelle du maçon ont
-marché plus vite que l'enquête du chercheur des choses d'autrefois et
-la plume de l'écrivain.</p>
+obscur de la grande cité, et que, le premier, j'ai mis en lumière.
+Malheureusement, le compas de l'architecte et la truelle du maçon ont
+marché plus vite que l'enquête du chercheur des choses d'autrefois et
+la plume de l'écrivain.</p>
-<p>Le 4 germinal an II, le cimetière de la Madeleine fut fermé; celui de
-Monceaux fut ouvert, et reçut ce jour-là les restes mortels d'Hébert
-et des hébertistes. Voici la liste des exécutions et des décès:</p>
+<p>Le 4 germinal an II, le cimetière de la Madeleine fut fermé; celui de
+Monceaux fut ouvert, et reçut ce jour-là les restes mortels d'Hébert
+et des hébertistes. Voici la liste des exécutions et des décès:</p>
<div class="quote">
- <p>Le Tribunal révolutionnaire établi à Paris par décret de la
- Convention nationale du 10 mars 1793, l'an deuxième de la
- République, sans aucun recours au Tribunal de cassation, en vertu
- du pouvoir à lui donné par l'article deux d'un autre décret de la
- Convention du 5 avril suivant, portant «que l'Accusateur public
- dudit Tribunal est autorisé à faire arrêter, poursuivre et juger,
- sur la dénonciation des autorités constituées ou des citoyens:»
- (le même préambule se retrouve en tête de chaque jugement).</p>
+ <p>Le Tribunal révolutionnaire établi à Paris par décret de la
+ Convention nationale du 10 mars 1793, l'an deuxième de la
+ République, sans aucun recours au Tribunal de cassation, en vertu
+ du pouvoir à lui donné par l'article deux d'un autre décret de la
+ Convention du 5 avril suivant, portant «que l'Accusateur public
+ dudit Tribunal est autorisé à faire arrêter, poursuivre et juger,
+ sur la dénonciation des autorités constituées ou des citoyens:»
+ (le même préambule se retrouve en tête de chaque jugement).</p>
<p>Par jugement du 4 germinal an II (24 mars 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Jacques-René Hébert, substitut de l'agent national de la
- Commune de Paris, âgé de 35 ans, natif d'Alençon, département de
- l'Orne, domicilié à Paris, rue Neuve-de-Égalité.</p>
+ <p>1. Jacques-René Hébert, substitut de l'agent national de la
+ Commune de Paris, âgé de 35 ans, natif d'Alençon, département de
+ l'Orne, domicilié à Paris, rue Neuve-de-Égalité.</p>
- <p>2. Charles-Philippe Ronsin, avant la révolution homme de lettres,
+ <p>2. Charles-Philippe Ronsin, avant la révolution homme de lettres,
puis commissaire de guerre ordonnateur, adjoint au ministre de la
- guerre, général de l'armée révolutionnaire, âgé de 42 ans, natif
- de Soissons, département de l'Aisne, domicilié à Paris, boulevard
+ guerre, général de l'armée révolutionnaire, âgé de 42 ans, natif
+ de Soissons, département de l'Aisne, domicilié à Paris, boulevard
Montmartre, n<sup>o</sup> 27.</p>
- <p>3. Antoine-François Momoro, imprimeur-libraire et administrateur
- du département de Paris, âgé de 38 ans, natif de Besançon,
- département du Doubs, domicilié à Paris, rue de la Harpe, n<sup>o</sup> 71.</p>
+ <p>3. Antoine-François Momoro, imprimeur-libraire et administrateur
+ du département de Paris, âgé de 38 ans, natif de Besançon,
+ département du Doubs, domicilié à Paris, rue de la Harpe, n<sup>o</sup> 71.</p>
- <p>4. François-Nicolas Vincent, ci-devant clerc de procureur, puis
- membre de la Commune, et actuellement secrétaire général du
- département de la guerre, âgé de 27 ans, natif de Paris, y
- domicilié, rue des Citoyennes, section de Mutius-Scévola.</p>
+ <p>4. François-Nicolas Vincent, ci-devant clerc de procureur, puis
+ membre de la Commune, et actuellement secrétaire général du
+ département de la guerre, âgé de 27 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue des Citoyennes, section de Mutius-Scévola.</p>
<p>5. Michel Laumur, ci-devant lieutenant-colonel de la marine et
- colonel d'infanterie au 6<sup>e</sup> régiment de l'armée du Nord, et
- général de brigade, âgé de 63 ans, natif de Paris, y domicilié,
+ colonel d'infanterie au 6<sup>e</sup> régiment de l'armée du Nord, et
+ général de brigade, âgé de 63 ans, natif de Paris, y domicilié,
rue Croix-des-Petits-Champs, n<sup>o</sup> 42.</p>
- <p>6. Jean-Conrad Kock, banquier, âgé de 38 ans, natif d'Ulm, en
- Hollande, <span class="pagenum"><a id="page299" name="page299"></a>(p. 299)</span> habitant en France depuis 1787, demeurant à
- Passy, près Paris, et encore à Paris, rue Neuve-de-l'Égalité, n<sup>o</sup>
+ <p>6. Jean-Conrad Kock, banquier, âgé de 38 ans, natif d'Ulm, en
+ Hollande, <span class="pagenum"><a id="page299" name="page299"></a>(p. 299)</span> habitant en France depuis 1787, demeurant à
+ Passy, près Paris, et encore à Paris, rue Neuve-de-l'Égalité, n<sup>o</sup>
314.</p>
- <p>7. Pierre-Jean Proly, négociant, puis rédacteur de journal, âgé
- de 42 ans, natif de Bruxelles, en France depuis 1782, demeurant à
+ <p>7. Pierre-Jean Proly, négociant, puis rédacteur de journal, âgé
+ de 42 ans, natif de Bruxelles, en France depuis 1782, demeurant à
Paris, rue Vivienne, n<sup>o</sup> 7.</p>
- <p>8. François Desfieux, marchand de vin de Bordeaux, âgé de 39 ans,
- natif de Bordeaux, domicilié à Paris, rue des
+ <p>8. François Desfieux, marchand de vin de Bordeaux, âgé de 39 ans,
+ natif de Bordeaux, domicilié à Paris, rue des
Filles-Saint-Thomas, n<sup>o</sup> 20.</p>
<p>9. Anacharsis Clootz (Jean-Baptiste), homme de lettres, ci-devant
- député à la Convention nationale, âgé de 38 ans, natif de Clèves,
- dans la Belgique, habitant en France depuis 27 ans, demeurant à
+ député à la Convention nationale, âgé de 38 ans, natif de Clèves,
+ dans la Belgique, habitant en France depuis 27 ans, demeurant à
Paris, rue de Mesnard, n<sup>o</sup> 563.</p>
- <p>10. Jacob Peyrera, manufacturier de tabac, âgé de 51 ans, natif
- de Bayonne, département des Basses-Pyrénées, demeurant à Paris,
+ <p>10. Jacob Peyrera, manufacturier de tabac, âgé de 51 ans, natif
+ de Bayonne, département des Basses-Pyrénées, demeurant à Paris,
rue Saint-Denis, n<sup>o</sup> 413, section Bon-Conseil.</p>
- <p>11. Marie-Anne-Catherine Latreille, âgée de 34 ans, native de
- Montreuil-Belley, département de Rhône-et-Loire, demeurant à
+ <p>11. Marie-Anne-Catherine Latreille, âgée de 34 ans, native de
+ Montreuil-Belley, département de Rhône-et-Loire, demeurant à
Paris depuis six mois, rue et maison Bussy, femme Questineau.</p>
- <p>12. Jean-Antoine-Florent Armand, élève en chirurgie, âgé de 26
- ans, natif de Chaylac, département de l'Ardèche, domicilié à
+ <p>12. Jean-Antoine-Florent Armand, élève en chirurgie, âgé de 26
+ ans, natif de Chaylac, département de l'Ardèche, domicilié à
Paris depuis un an, rue et maison Bussy.</p>
- <p>13. Jean-Baptiste Aucard, employé au comité des recherches du
- département de Paris, âgé de 52 ans, natif de Grenoble,
- département de l'Isère, domicilié à Paris, rue des
- Mauvais-Garçons Saint-Germain, ci-devant coupeur de gants,
+ <p>13. Jean-Baptiste Aucard, employé au comité des recherches du
+ département de Paris, âgé de 52 ans, natif de Grenoble,
+ département de l'Isère, domicilié à Paris, rue des
+ Mauvais-Garçons Saint-Germain, ci-devant coupeur de gants,
journalier.</p>
- <p>14. Frédéric-Pierre Ducroquet, ci-devant perruquier-coiffeur et
- parfumeur, et depuis commissaire aux accaparements, âgé de 31
- ans, natif d'Amiens, département de la Somme, demeurant à Paris,
+ <p>14. Frédéric-Pierre Ducroquet, ci-devant perruquier-coiffeur et
+ parfumeur, et depuis commissaire aux accaparements, âgé de 31
+ ans, natif d'Amiens, département de la Somme, demeurant à Paris,
rue du Paon, n<sup>o</sup> 2, section de Marat.</p>
<p>15. Armand-Hubert Leclerc, chef de division au bureau de la
- guerre, âgé de 44 ans, natif de Cany, département de la
- Seine-Inférieure, domicilié à Paris, rue Grange-Batelière, n<sup>o</sup>
- 10, et ancien archiviste du ci-devant évêché de Beauvais.</p>
+ guerre, âgé de 44 ans, natif de Cany, département de la
+ Seine-Inférieure, domicilié à Paris, rue Grange-Batelière, n<sup>o</sup>
+ 10, et ancien archiviste du ci-devant évêché de Beauvais.</p>
- <p>16. Jean-Charles Bourgeois, ci-devant menuisier, employé dans les
- bureaux de la guerre, et commandant de la force armée de sa
- section, âgé de 26 ans, natif de Paris, y demeurant, rue des
- Sans-Culottes, ci-devant Guisarde, section de Mutius-Scévola.</p>
+ <p>16. Jean-Charles Bourgeois, ci-devant menuisier, employé dans les
+ bureaux de la guerre, et commandant de la force armée de sa
+ section, âgé de 26 ans, natif de Paris, y demeurant, rue des
+ Sans-Culottes, ci-devant Guisarde, section de Mutius-Scévola.</p>
- <p>17. Albert Mazuel, ancien cordonnier, depuis brodeur, et après
+ <p>17. Albert Mazuel, ancien cordonnier, depuis brodeur, et après
aide de camp de Bouchotte, ministre de la guerre, chef d'escadron
- de la cavalerie révolutionnaire, commandant temporaire de la
- Ville-Affranchie, âgé de 28 ans, natif de Commune-Affranchie.</p>
+ de la cavalerie révolutionnaire, commandant temporaire de la
+ Ville-Affranchie, âgé de 28 ans, natif de Commune-Affranchie.</p>
- <p>18. Antoine Descomble, ancien garçon épicier, âgé de 29 ans,
- natif de Besançon, département du Doubs, domicilié à Paris, rue
+ <p>18. Antoine Descomble, ancien garçon épicier, âgé de 29 ans,
+ natif de Besançon, département du Doubs, domicilié à Paris, rue
Sainte-Croix de la Bretonnerie, n<sup>o</sup> 21, section des
Droits-de-l'Homme.</p>
- <p>19. Pierre-Ulric Dubuisson, homme de lettres, nommé à différentes
- époques commissaire du pouvoir exécutif, âgé de 48 ans, natif de
- Laval, département de la Mayenne, domicilié à Paris, rue
- Saint-Honoré, n<sup>o</sup> 1447;</p>
+ <p>19. Pierre-Ulric Dubuisson, homme de lettres, nommé à différentes
+ époques commissaire du pouvoir exécutif, âgé de 48 ans, natif de
+ Laval, département de la Mayenne, domicilié à Paris, rue
+ Saint-Honoré, n<sup>o</sup> 1447;</p>
</div>
- <p><span class="pagenum"><a id="page300" name="page300"></a>(p. 300)</span> Avoir été condamnés à la peine de mort;&mdash;et ordonné que
- l'exécution dudit jugement aurait lieu sur la place publique de
- la Révolution de cette ville, ledit jugement étant signé du
- président et du greffier.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a id="page300" name="page300"></a>(p. 300)</span> Avoir été condamnés à la peine de mort;&mdash;et ordonné que
+ l'exécution dudit jugement aurait lieu sur la place publique de
+ la Révolution de cette ville, ledit jugement étant signé du
+ président et du greffier.</p>
- <p>Par procès-verbal dressé par Tirard et Napier, huissiers du
- tribunal révolutionnaire, appert avoir été constaté que le
- jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
- Révolution de cette ville, où les ci-dessus nommés ont été mis à
+ <p>Par procès-verbal dressé par Tirard et Napier, huissiers du
+ tribunal révolutionnaire, appert avoir été constaté que le
+ jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+ Révolution de cette ville, où les ci-dessus nommés ont été mis à
mort.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <i>Signé</i>: <span class="smcap">Wolf</span>, commis greffier.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <i>Signé</i>: <span class="smcap">Wolf</span>, commis greffier.</p>
<hr class="hr10">
- <p>La même clause se retrouve à la fin de chaque jugement. Nous nous
- bornerons, dans tous ceux qui vont suivre, à donner le nom de
- l'huissier du tribunal révolutionnaire qui a été témoin de
- l'exécution à mort des victimes, et le nom du greffier qui en a
- certifié l'extrait conforme.</p>
+ <p>La même clause se retrouve à la fin de chaque jugement. Nous nous
+ bornerons, dans tous ceux qui vont suivre, à donner le nom de
+ l'huissier du tribunal révolutionnaire qui a été témoin de
+ l'exécution à mort des victimes, et le nom du greffier qui en a
+ certifié l'extrait conforme.</p>
- <p>Le <cite>Moniteur</cite> du 5 germinal an II dit que «la femme Questineau
- s'étant déclarée enceinte, a obtenu un sursis.» Nous voyons
+ <p>Le <cite>Moniteur</cite> du 5 germinal an II dit que «la femme Questineau
+ s'étant déclarée enceinte, a obtenu un sursis.» Nous voyons
pourtant le nom de cette femme parmi ceux des victimes. Le
<cite>Moniteur</cite> ajoute:</p>
- <p>«Le citoyen Taboureau, de la section de Marat, est le seul des
- accusés qui ait été acquitté.»</p>
+ <p>«Le citoyen Taboureau, de la section de Marat, est le seul des
+ accusés qui ait été acquitté.»</p>
- <p>C'est Laboureau qu'il faut lire. Ce Laboureau était un médecin
+ <p>C'est Laboureau qu'il faut lire. Ce Laboureau était un médecin
qui fit plus tard un rapport sur ce qu'il avait vu et entendu
- dans la prison sur les accusés. En 1790, il avait publié un
+ dans la prison sur les accusés. En 1790, il avait publié un
journal sous ce titre: <cite>l'Avocat du peuple.</cite></p>
<hr class="hr10">
- <p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 5 germinal an II (25
+ <p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 5 germinal an II (25
mars 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Joseph-Jacques Rouganne de Vichy, âgé de 63 ans, y demeurant,
- département de l'Allier, ci-devant inspecteur des marchandises
- anglaises, demeurant à Vichy, département de l'Allier;</p>
+ <p>1. Joseph-Jacques Rouganne de Vichy, âgé de 63 ans, y demeurant,
+ département de l'Allier, ci-devant inspecteur des marchandises
+ anglaises, demeurant à Vichy, département de l'Allier;</p>
- <p>2. Jean Rouganne-Desbaradines, âgé de 52 ans, né à Cuny, y
- demeurant, département de l'Allier, ci-devant garde du dernier
+ <p>2. Jean Rouganne-Desbaradines, âgé de 52 ans, né à Cuny, y
+ demeurant, département de l'Allier, ci-devant garde du dernier
tyran;</p>
- <p>3. Et Pierre Rouganne-Belbat, âgé de 31 ans, natif d'Aigueperse,
- département du Puy-de-Dôme, y demeurant, vivant de son revenu;</p>
+ <p>3. Et Pierre Rouganne-Belbat, âgé de 31 ans, natif d'Aigueperse,
+ département du Puy-de-Dôme, y demeurant, vivant de son revenu;</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal
- d'exécution dressé par Auvray.</p>
+ <p>Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal
+ d'exécution dressé par Auvray.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
- <p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 6 germinal an II (26
+ <p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 6 germinal an II (26
mars 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Charles-Auguste la Cour-Balleroy, âgé de 74 ans, de la commune
+ <p>1. Charles-Auguste la Cour-Balleroy, âgé de 74 ans, de la commune
de Balleroy, district de Bayeux, y demeurant, ci-devant
- lieutenant général.</p>
+ lieutenant général.</p>
- <p>2. Et François-Auguste la Cour-Balleroy, son frère, âgé de 67
- ans, né de Paris, y demeurant, ci-devant commandeur de Malte et
- maréchal de camp;</p>
+ <p>2. Et François-Auguste la Cour-Balleroy, son frère, âgé de 67
+ ans, né de Paris, y demeurant, ci-devant commandeur de Malte et
+ maréchal de camp;</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page301" name="page301"></a>(p. 301)</span> Du même jour, appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page301" name="page301"></a>(p. 301)</span> Du même jour, appert:</p>
- <p class="victime">Jean-Louis Gouttes, âgé de 54 ans, né de Tulles, département de
- la Corrèze, ci-devant évêque du département de Seine-et-Loire,
- demeurant à Autun, chef-lieu du département;</p>
+ <p class="victime">Jean-Louis Gouttes, âgé de 54 ans, né de Tulles, département de
+ la Corrèze, ci-devant évêque du département de Seine-et-Loire,
+ demeurant à Autun, chef-lieu du département;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Étienne Thiry, âgé de 24 ans, né à Sedan, maréchal des logis au
- 8<sup>e</sup> régiment de hussards, demeurant à Paris, place des
+<p class="victime">Étienne Thiry, âgé de 24 ans, né à Sedan, maréchal des logis au
+ 8<sup>e</sup> régiment de hussards, demeurant à Paris, place des
Victoires-Nationales;</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Denis Loisel, âgé de 42 ans, né de Mondétour, garde des bois
- nationaux, demeurant à Boississe-le-Bertrand, district de Melun;</p>
+<p class="victime">Denis Loisel, âgé de 42 ans, né de Mondétour, garde des bois
+ nationaux, demeurant à Boississe-le-Bertrand, district de Melun;</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 7 germinal an II (27 mars
+<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 7 germinal an II (27 mars
1794), appert:</p>
-<p class="victime">Marie-Catherine Chamboran, née à Confolent, département de la
- Haute-Vienne, âgée de 59 ans, ci-devant religieuse carmélite à
+<p class="victime">Marie-Catherine Chamboran, née à Confolent, département de la
+ Haute-Vienne, âgée de 59 ans, ci-devant religieuse carmélite à
Saint-Denis (Franciade), y demeurant.</p>
-<p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Claire-Madeleine Lambertie, femme Villemin, âgée de 41 ans,
- vivant de son bien, née à Montluçon, demeurant à Paris;</p>
+<p class="victime">Claire-Madeleine Lambertie, femme Villemin, âgée de 41 ans,
+ vivant de son bien, née à Montluçon, demeurant à Paris;</p>
- <p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Degaignée.</p>
+ <p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Henri Moreau, âgé de 67 ans, né à Montpellier, département de
- l'Hérault, ci-devant accusateur public, près le point central de
- l'armée du Nord;</p>
+<p class="victime">Henri Moreau, âgé de 67 ans, né à Montpellier, département de
+ l'Hérault, ci-devant accusateur public, près le point central de
+ l'armée du Nord;</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 8 germinal an II (28 mars
+<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 8 germinal an II (28 mars
1794), appert:</p>
-<p class="victime">Jacques Pernet, âgé de 56 ans, né à Bar-sur-Aube, ci-devant
+<p class="victime">Jacques Pernet, âgé de 56 ans, né à Bar-sur-Aube, ci-devant
chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine de dragons,
- cultivateur, demeurant à Tranault, département de l'Aube;</p>
+ cultivateur, demeurant à Tranault, département de l'Aube;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Degaignée.</p>
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page302" name="page302"></a>(p. 302)</span> Du même jour, appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page302" name="page302"></a>(p. 302)</span> Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Jean-Baptiste Presselet, ci-devant capucin, né à Acqs,
- département de la Haute-Saône, demeurant à Gray, même
- département;</p>
+<p class="victime">Jean-Baptiste Presselet, ci-devant capucin, né à Acqs,
+ département de la Haute-Saône, demeurant à Gray, même
+ département;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Degaignée.</p>
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
@@ -9260,56 +9215,56 @@ et des hébertistes. Voici la liste des exécutions et des décès:</p>
<p>Par jugement du 9 germinal an II (29 mars 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Jean-Baptiste Colignon, âgé de 61 ans, né de Metz, y demeurant,
+<p class="victime">Jean-Baptiste Colignon, âgé de 61 ans, né de Metz, y demeurant,
imprimeur;</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Hervé.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Hervé.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Louis-François Poiré, âgé de 36 ans, huissier à la Convention
- nationale, né d'Autribois, demeurant à Paris, rue
+<p class="victime">Louis-François Poiré, âgé de 36 ans, huissier à la Convention
+ nationale, né d'Autribois, demeurant à Paris, rue
Saint-Dominique, section Grenelle;</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Hervé.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Hervé.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, huissier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Jean-Valery-Marie Harelle, âgé de 30 ans, né de l'Aigle, y
- demeurant, négociant;</p>
+<p class="victime">Jean-Valery-Marie Harelle, âgé de 30 ans, né de l'Aigle, y
+ demeurant, négociant;</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Hervé.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Hervé.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, 9 germinal an II (29 mars 1794), appert:</p>
+<p>Du même jour, 9 germinal an II (29 mars 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Jacques-Nicolas Adam, âgé de 36 ans, ex-religieux bénédictin,
- né à Paris, y demeurant, à Saint-Martin-des-Champs;</p>
+ <p>1. Jacques-Nicolas Adam, âgé de 36 ans, ex-religieux bénédictin,
+ né à Paris, y demeurant, à Saint-Martin-des-Champs;</p>
- <p>2. Jean-Baptiste Courtin, âgé de 79 ans, né à Rouen, ex-religieux
- bénédictin, demeurant audit couvent Saint-Martin;</p>
+ <p>2. Jean-Baptiste Courtin, âgé de 79 ans, né à Rouen, ex-religieux
+ bénédictin, demeurant audit couvent Saint-Martin;</p>
- <p>3. Et Joseph-Antoine Meffre, âgé de 57 ans, né à Aubignan,
+ <p>3. Et Joseph-Antoine Meffre, âgé de 57 ans, né à Aubignan,
district de Carpentras, demeurant audit couvent Saint-Martin;</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Hervé.</p>
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Hervé.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
@@ -9317,2819 +9272,2819 @@ et des hébertistes. Voici la liste des exécutions et des décès:</p>
<p>Par jugement du 11 germinal an II (31 mars 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Jean-François Hollet, âgé de 34 ans, bijoutier, natif de
- Luciennes, département de Seine-et-Oise, demeurant à Paris, aux
- Trois-Bouteilles, marché Saint-Martin;</p>
+<p class="victime">Jean-François Hollet, âgé de 34 ans, bijoutier, natif de
+ Luciennes, département de Seine-et-Oise, demeurant à Paris, aux
+ Trois-Bouteilles, marché Saint-Martin;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Louis-François Lavergne-Chanlorier, âgé de 50 ans passés, né à
- Angoulême, y demeurant ordinairement, commandant de la ville de
+<p class="victime">Louis-François Lavergne-Chanlorier, âgé de 50 ans passés, né à
+ Angoulême, y demeurant ordinairement, commandant de la ville de
Longwy;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page303" name="page303"></a>(p. 303)</span> Du même jour, appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page303" name="page303"></a>(p. 303)</span> Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Philippe-Barthélemy-Simon Gaillard, âgé de 26 ans, né à Cormille,
- département de Seine-et-Oise, garçon papetier à Paris, y
+<p class="victime">Philippe-Barthélemy-Simon Gaillard, âgé de 26 ans, né à Cormille,
+ département de Seine-et-Oise, garçon papetier à Paris, y
demeurant;</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, 11 germinal (31 mars 1794), appert:</p>
+<p>Du même jour, 11 germinal (31 mars 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Victoire Regnier, femme Lavergne, âgée d'environ 26 ans, née à
- Angoulême, demeurant à Paris, rue Traversière, faubourg Germain;</p>
+<p class="victime">Victoire Regnier, femme Lavergne, âgée d'environ 26 ans, née à
+ Angoulême, demeurant à Paris, rue Traversière, faubourg Germain;</p>
- <p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Joseph Nègre, âgé de 61 ans, né à Lavergne, département du
- Lot, ci-devant fermier de Barbotan, demeurant à Julliac;</p>
+ <p>1. Joseph Nègre, âgé de 61 ans, né à Lavergne, département du
+ Lot, ci-devant fermier de Barbotan, demeurant à Julliac;</p>
- <p>2. Et Joseph-Claire Barbotan, âgé de 75 ans, ex-comte et
- ex-constituant, né et demeurant à Borner, district de Nogard,
- département du Gard;</p>
+ <p>2. Et Joseph-Claire Barbotan, âgé de 75 ans, ex-comte et
+ ex-constituant, né et demeurant à Borner, district de Nogard,
+ département du Gard;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 12 germinal an II (1<sup>er</sup> avril 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Louis-Simon Collivet, âgé de 25 ans, natif de Lagny, département
- de l'Orne, demeurant à Paris, rue de la Verrerie, chez le citoyen
- Delorme, marchand épicier;</p>
+<p class="victime">Louis-Simon Collivet, âgé de 25 ans, natif de Lagny, département
+ de l'Orne, demeurant à Paris, rue de la Verrerie, chez le citoyen
+ Delorme, marchand épicier;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Euloge Schneider, âgé de 37 ans, natif de Winfeld, demeurant à
- Strasbourg, département du Bas-Rhin, ci-devant accusateur public
- près le tribunal criminel dudit département;</p>
+<p class="victime">Euloge Schneider, âgé de 37 ans, natif de Winfeld, demeurant à
+ Strasbourg, département du Bas-Rhin, ci-devant accusateur public
+ près le tribunal criminel dudit département;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Charles-Victoire-François Sallabery, âgé de 62 ans, né à Paris,
- ci-devant noble et président de la chambre des comptes de Paris,
- juge de paix de la ville de Blois, officier municipal de la même
+<p class="victime">Charles-Victoire-François Sallabery, âgé de 62 ans, né à Paris,
+ ci-devant noble et président de la chambre des comptes de Paris,
+ juge de paix de la ville de Blois, officier municipal de la même
ville, y demeurant;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Antoine Brochet, dit Saint-Prest, âgé de 25 ans, ex-noble et
- garde de Capet, né à Paris, demeurant à Gray, district de la
- Ferté-Bernard, département de la Sarthe;</p>
+<p class="victime">Antoine Brochet, dit Saint-Prest, âgé de 25 ans, ex-noble et
+ garde de Capet, né à Paris, demeurant à Gray, district de la
+ Ferté-Bernard, département de la Sarthe;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p><span class="pagenum"><a id="page304" name="page304"></a>(p. 304)</span> Par jugement du 13 germinal an II (2 avril 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Jean Marquet, âgé de 27 ans, né à Cyray, département de la
+<p class="victime">Jean Marquet, âgé de 27 ans, né à Cyray, département de la
Charente, y demeurant, marchand de beurre frais.</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 16 germinal an II (5 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Philippe-François-Nazaire Fabre Déglantine, ci-devant homme de
- lettres et député à la Convention nationale, âgé de 39 ans, natif
- de Carcassonne, domicilié à Paris, rue Ville-l'Évêque.</p>
+ <p>1. Philippe-François-Nazaire Fabre Déglantine, ci-devant homme de
+ lettres et député à la Convention nationale, âgé de 39 ans, natif
+ de Carcassonne, domicilié à Paris, rue Ville-l'Évêque.</p>
- <p>2. Joseph Launay, homme de loi et député à la Convention
- nationale, âgé de 39 ans, natif d'Angers, domicilié ordinairement
- à Anvers, et à Paris, boulevard Montmartre, n<sup>o</sup> 5.</p>
+ <p>2. Joseph Launay, homme de loi et député à la Convention
+ nationale, âgé de 39 ans, natif d'Angers, domicilié ordinairement
+ à Anvers, et à Paris, boulevard Montmartre, n<sup>o</sup> 5.</p>
- <p>3. François Chabot, ci-devant capucin et représentant du peuple,
- âgé de 37 ans, natif de Saint-Geniest, département de l'Aveyron,
- domicilié à Paris, rue d'Anjou, n<sup>o</sup> 19.</p>
+ <p>3. François Chabot, ci-devant capucin et représentant du peuple,
+ âgé de 37 ans, natif de Saint-Geniest, département de l'Aveyron,
+ domicilié à Paris, rue d'Anjou, n<sup>o</sup> 19.</p>
<p>4. Lucie-Simplice-Camille-Benoist Desmoulins, homme de lettres,
- âgé de 33 ans, natif de Guise, district de Vervins, domicilié à
- Paris, place du Théâtre-Français.</p>
+ âgé de 33 ans, natif de Guise, district de Vervins, domicilié à
+ Paris, place du Théâtre-Français.</p>
- <p>5. Jean-François Lacroix, soldat, capitaine de milice, puis homme
- de loi et ex-député à la Convention nationale, âgé de 40 ans,
- natif de Pont-Audemer, département de l'Eure, domicilié à Paris,
+ <p>5. Jean-François Lacroix, soldat, capitaine de milice, puis homme
+ de loi et ex-député à la Convention nationale, âgé de 40 ans,
+ natif de Pont-Audemer, département de l'Eure, domicilié à Paris,
rue Lazare, n<sup>o</sup> 6.</p>
- <p>6. Pierre Phelippeaux, homme de loi et député à la Convention
- nationale, âgé de 35 ans, natif de Ferrière, département de
- l'Oise, domicilié à Paris, rue de l'Échelle, n<sup>o</sup> 3.</p>
+ <p>6. Pierre Phelippeaux, homme de loi et député à la Convention
+ nationale, âgé de 35 ans, natif de Ferrière, département de
+ l'Oise, domicilié à Paris, rue de l'Échelle, n<sup>o</sup> 3.</p>
- <p>7. Claude Bazire, commis aux Archives des états de la Bourgogne,
- commandant de la garde et député à la Convention nationale, âgé
- de 29 ans, natif de Dijon, département de la Côte-d'Or, domicilié
- à Paris, rue Saint-Pierre-Montmartre.</p>
+ <p>7. Claude Bazire, commis aux Archives des états de la Bourgogne,
+ commandant de la garde et député à la Convention nationale, âgé
+ de 29 ans, natif de Dijon, département de la Côte-d'Or, domicilié
+ à Paris, rue Saint-Pierre-Montmartre.</p>
- <p>8. Marie-Jean Hérault de Séchelles, député à la Convention
- nationale, âgé de 34 ans, natif de Paris, y domicilié, rue
+ <p>8. Marie-Jean Hérault de Séchelles, député à la Convention
+ nationale, âgé de 34 ans, natif de Paris, y domicilié, rue
Basse-du-Rempart, n<sup>o</sup> 14.</p>
- <p>9. Georges-Jacques Danton, député à la Convention nationale, âgé
- de 34 ans, natif de Darcy-sur-Aube, département de l'Aube,
- domicilié à Paris, rue et section de Marat.</p>
+ <p>9. Georges-Jacques Danton, député à la Convention nationale, âgé
+ de 34 ans, natif de Darcy-sur-Aube, département de l'Aube,
+ domicilié à Paris, rue et section de Marat.</p>
- <p>10. Marc-René Sahuguet Despagnac, ci-devant abbé et employé aux
- fournitures des haras, âgé de 41 ans, natif de Brie, département
- de la Corrèze, domicilié à Paris, rue de l'Université, près
- l'ancienne barrière.</p>
+ <p>10. Marc-René Sahuguet Despagnac, ci-devant abbé et employé aux
+ fournitures des haras, âgé de 41 ans, natif de Brie, département
+ de la Corrèze, domicilié à Paris, rue de l'Université, près
+ l'ancienne barrière.</p>
- <p>11. Simon Kotloo Junius Frey, fournisseur à l'armée, âgé de 35
- ans, natif de Bruyen, en Moravie, domicilié à Paris, rue d'Anjou
- Saint-Honoré, n<sup>o</sup> 19.</p>
+ <p>11. Simon Kotloo Junius Frey, fournisseur à l'armée, âgé de 35
+ ans, natif de Bruyen, en Moravie, domicilié à Paris, rue d'Anjou
+ Saint-Honoré, n<sup>o</sup> 19.</p>
- <p>12. André-Marie Gusman, âgé de 41 ans, natif de Grenade, en
- Espagne, naturalisé Français en 1751.</p>
+ <p>12. André-Marie Gusman, âgé de 41 ans, natif de Grenade, en
+ Espagne, naturalisé Français en 1751.</p>
- <p>13. Emmanuel Frey, âgé de 27 ans, natif de Bruyen, en Moravie,
- domicilié à Paris, rue d'Anjou Saint-Honoré, n<sup>o</sup> 19.</p>
+ <p>13. Emmanuel Frey, âgé de 27 ans, natif de Bruyen, en Moravie,
+ domicilié à Paris, rue d'Anjou Saint-Honoré, n<sup>o</sup> 19.</p>
- <p>14. Jean-Frédéric Deiderinchen, avocat de la cour du roi de
- Danemark, âgé de 51 ans, natif de Luxembourg, pays de Holstein,
- en Danemark, domicilié à Paris, rue des Petits-Augustins.</p>
+ <p>14. Jean-Frédéric Deiderinchen, avocat de la cour du roi de
+ Danemark, âgé de 51 ans, natif de Luxembourg, pays de Holstein,
+ en Danemark, domicilié à Paris, rue des Petits-Augustins.</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page305" name="page305"></a>(p. 305)</span> 15. François-Joseph Westermann, ci-devant aide de camp
- de Dumouriez, depuis général de division, âgé de 38 ans, natif de
- Motzheim, département du Bas-Rhin.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a id="page305" name="page305"></a>(p. 305)</span> 15. François-Joseph Westermann, ci-devant aide de camp
+ de Dumouriez, depuis général de division, âgé de 38 ans, natif de
+ Motzheim, département du Bas-Rhin.</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 17 germinal an II (6 avril 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Louis Hannapier des Ormes, âgé de 45 ans, né à Orléans, résidant
+<p class="victime">Louis Hannapier des Ormes, âgé de 45 ans, né à Orléans, résidant
dans la commune de Saint-Hilaire-Saint-Mesmin, district
- d'Orléans, département du Loiret, cultivateur et ci-devant maître
- particulier des eaux et forêts à Beaugency, même département;</p>
+ d'Orléans, département du Loiret, cultivateur et ci-devant maître
+ particulier des eaux et forêts à Beaugency, même département;</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Pierre Reignier, âgé de 38 ans, né et demeurant à Pontoise,
- département de Seine-et-Oise, tailleur d'habits;</p>
+<p class="victime">Pierre Reignier, âgé de 38 ans, né et demeurant à Pontoise,
+ département de Seine-et-Oise, tailleur d'habits;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Philippe Barron de Channois, ex-noble, âgé de 66 ans, né à
- Châtillon-sur-Indre, département de l'Indre, propriétaire,
- demeurant en la commune de Genille, département d'Indre-et-Loire;</p>
+<p class="victime">Philippe Barron de Channois, ex-noble, âgé de 66 ans, né à
+ Châtillon-sur-Indre, département de l'Indre, propriétaire,
+ demeurant en la commune de Genille, département d'Indre-et-Loire;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par Auvray.</p>
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 18 germinal an II (7 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Jean-François Jullien, âgé de 60 ans, né à Loris, département
+ <p>1. Jean-François Jullien, âgé de 60 ans, né à Loris, département
du Loiret, ex-officier municipal de la commune de Montargis, y
demeurant, et chirurgien;</p>
- <p>2. Marie-Joseph-Hippolyte Pelé-Varenues, âgé de 57 ans passés, né
- à Sens, ci-devant receveur particulier des finances et receveur
+ <p>2. Marie-Joseph-Hippolyte Pelé-Varenues, âgé de 57 ans passés, né
+ à Sens, ci-devant receveur particulier des finances et receveur
du district de Montargis, y demeurant;</p>
- <p>3. François-Joseph Bizot, âgé de 50 ans, né à Besançon, ex-maire
+ <p>3. François-Joseph Bizot, âgé de 50 ans, né à Besançon, ex-maire
de la commune de Montargis, y demeurant;</p>
- <p>4. Et Charles-Léonard Lavillette, âgé de 45 ans, natif de
- Clamecy, ci-devant président de l'élection de Montargis, juge du
+ <p>4. Et Charles-Léonard Lavillette, âgé de 45 ans, natif de
+ Clamecy, ci-devant président de l'élection de Montargis, juge du
district de Bois-Commun et administrateur du directoire du
district de Montargis, y demeurant;</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par
Tavernier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
<p>1. Antoine-Louis-Claude Saint-Germain d'Apchon, ex-marquis et
- maréchal de camp, âgé de 45 ans, né à Paris, demeurant rue
- Saint-Louis, n<sup>o</sup> 87, section de l'Indivisibilité;</p>
+ maréchal de camp, âgé de 45 ans, né à Paris, demeurant rue
+ Saint-Louis, n<sup>o</sup> 87, section de l'Indivisibilité;</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page306" name="page306"></a>(p. 306)</span> 2. Et Élisabeth-Thérèse Pacorée, âgée de 69 ans passés,
- veuve de Pericard, ex-maître des comptes, belle-mère de d'Apchon,
- née à Paris, même demeure que dessus;</p>
+ <p><span class="pagenum"><a id="page306" name="page306"></a>(p. 306)</span> 2. Et Élisabeth-Thérèse Pacorée, âgée de 69 ans passés,
+ veuve de Pericard, ex-maître des comptes, belle-mère de d'Apchon,
+ née à Paris, même demeure que dessus;</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par
Tavernier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Jean-Joseph Mouzin, âgé de 28 ans, notaire à Dijon,
- département de la Côte-d'Or, né et demeurant audit Dijon;</p>
+ <p>1. Jean-Joseph Mouzin, âgé de 28 ans, notaire à Dijon,
+ département de la Côte-d'Or, né et demeurant audit Dijon;</p>
- <p>2. Et Bernard Perruchot, âgé de 35 ans &frac12;, demeurant à Montant,
- district de Saint-Jean-de-Losne, département de la Côte-d'Or,
+ <p>2. Et Bernard Perruchot, âgé de 35 ans &frac12;, demeurant à Montant,
+ district de Saint-Jean-de-Losne, département de la Côte-d'Or,
ci-devant notaire.</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exéc. dressé par
Tavernier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour 18 germinal (7 avril 1794), appert:</p>
+<p>Du même jour 18 germinal (7 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. François-Pierre Lamotte-Senonnes, âgé de 36 ans, ci-devant
- noble, né à Senonnes, département de la Mayenne, demeurant à
- Bonneuil, district de Bourg-l'Égalité;</p>
+ <p>1. François-Pierre Lamotte-Senonnes, âgé de 36 ans, ci-devant
+ noble, né à Senonnes, département de la Mayenne, demeurant à
+ Bonneuil, district de Bourg-l'Égalité;</p>
- <p>2. Et Susanne Drouillard, âgée de 33 ans, née à Saint-Domingue,
- épouse dudit Senonnes;</p>
+ <p>2. Et Susanne Drouillard, âgée de 33 ans, née à Saint-Domingue,
+ épouse dudit Senonnes;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tavernier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 19 germinal (8 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Jean-Pierre Danquechin-Dorval, âgé de 40 ans passés, ex-noble,
+ <p>1. Jean-Pierre Danquechin-Dorval, âgé de 40 ans passés, ex-noble,
cultivateur, officier public et municipal de la commune de
- Montreuil, près Paris, y demeurant;</p>
+ Montreuil, près Paris, y demeurant;</p>
- <p>2. Pierre-Saturnin Lardin, âgé de 31 ans, né à Nogent-sur-Marne,
- demeurant à Montreuil, près Paris, vigneron;</p>
+ <p>2. Pierre-Saturnin Lardin, âgé de 31 ans, né à Nogent-sur-Marne,
+ demeurant à Montreuil, près Paris, vigneron;</p>
- <p>3. Et Louise-Adélaïde Danquechin, âgée de 27 ans, femme de Pierre
+ <p>3. Et Louise-Adélaïde Danquechin, âgée de 27 ans, femme de Pierre
Saturnin Lardin, demeurant avec lui audit Montreuil;</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Hervé.</p>
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<p class="victime">Jeanne Agronde Marsilly, veuve de Pierre-Armand Henique de
- Chenely, âgée de 47 ans, née à Dijon, département de la
- Côte-d'Or, demeurant à Paris, rue de la Harpe;</p>
+ Chenely, âgée de 47 ans, née à Dijon, département de la
+ Côte-d'Or, demeurant à Paris, rue de la Harpe;</p>
- <p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Hervé.</p>
+ <p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Joseph-Louis Gaudron, âgé de 27 ans et &frac12;, né à Limeray,
- district d'Amboise, département d'Indre-et-Loire, ex-curé
- constitutionnel de Négron, y demeurant, même département;</p>
+<p class="victime">Joseph-Louis Gaudron, âgé de 27 ans et &frac12;, né à Limeray,
+ district d'Amboise, département d'Indre-et-Loire, ex-curé
+ constitutionnel de Négron, y demeurant, même département;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Hervé.</p>
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page307" name="page307"></a>(p. 307)</span> Du même jour, appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page307" name="page307"></a>(p. 307)</span> Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Guillaume Gemptel, âgé de 26 ans, né à Bousie, dans la ci-devant
- Normandie, cuisinier, demeurant à Paris, maison ci-devant appelée
+<p class="victime">Guillaume Gemptel, âgé de 26 ans, né à Bousie, dans la ci-devant
+ Normandie, cuisinier, demeurant à Paris, maison ci-devant appelée
des Anglais;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Hervé.</p>
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Angélique Boiry, femme de Pierre-Antoine Bonfant, âgée de 50 ans,
- née à Douay, département du Nord, femme de chambre de la femme
- d'Hervilly, ex-noble, demeurant à Daignecourt, département de la
+<p class="victime">Angélique Boiry, femme de Pierre-Antoine Bonfant, âgée de 50 ans,
+ née à Douay, département du Nord, femme de chambre de la femme
+ d'Hervilly, ex-noble, demeurant à Daignecourt, département de la
Somme;</p>
- <p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Hervé.</p>
+ <p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 23 germinal (12 avril 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Claude Chouchon, dit Chanson, âgé de 66 ans, né et demeurant à
- Montélimart, département de la Drôme, ex-général de brigade de
- l'armée des Pyrénées-Orientales;</p>
+<p class="victime">Claude Chouchon, dit Chanson, âgé de 66 ans, né et demeurant à
+ Montélimart, département de la Drôme, ex-général de brigade de
+ l'armée des Pyrénées-Orientales;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 24 germinal (13 avril 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Louis-Guillaume-André Brossard, âgé de 39 ans passés, né à
- Terrasson, département de la Dordogne, secrétaire du comité
- révolutionnaire de la ville de Périgueux, y demeurant;</p>
+<p class="victime">Louis-Guillaume-André Brossard, âgé de 39 ans passés, né à
+ Terrasson, département de la Dordogne, secrétaire du comité
+ révolutionnaire de la ville de Périgueux, y demeurant;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tirard.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, exécution du 24 germinal an II (13 avril 1794):</p>
+<p>Du même jour, exécution du 24 germinal an II (13 avril 1794):</p>
<div class="victime">
- <p>1. Philibert Simon, député à la Convention nationale, natif de
- Rumilly (Mont-Blanc), domicilié à Paris, rue Traversière-Honoré.</p>
+ <p>1. Philibert Simon, député à la Convention nationale, natif de
+ Rumilly (Mont-Blanc), domicilié à Paris, rue Traversière-Honoré.</p>
- <p>2. Arthur Dillon, ci-devant général divisionnaire, âgé de 43 ans,
- natif de Braywick, en Angleterre, domicilié à Paris, rue Jacob,
+ <p>2. Arthur Dillon, ci-devant général divisionnaire, âgé de 43 ans,
+ natif de Braywick, en Angleterre, domicilié à Paris, rue Jacob,
n<sup>o</sup> 38.</p>
- <p>3. Jean-Baptiste Gobel, ci-devant évêque de Paris, âgé de 67 ans,
- natif de Thann, département du Haut-Rhin, domicilié à Paris, île
- de la Fraternité, quai de l'Égalité, n<sup>o</sup> 13.</p>
+ <p>3. Jean-Baptiste Gobel, ci-devant évêque de Paris, âgé de 67 ans,
+ natif de Thann, département du Haut-Rhin, domicilié à Paris, île
+ de la Fraternité, quai de l'Égalité, n<sup>o</sup> 13.</p>
- <p>4. Jean-Michel Beysser, général de brigade dans l'armée de
- l'Ouest, âgé de 40 ans, natif de Ribauviller, en Alsace,
- département du Haut-Rhin, domicilié ordinairement à Lorient.</p>
+ <p>4. Jean-Michel Beysser, général de brigade dans l'armée de
+ l'Ouest, âgé de 40 ans, natif de Ribauviller, en Alsace,
+ département du Haut-Rhin, domicilié ordinairement à Lorient.</p>
<p>5. Gaspard Chaumette, agent national de la Commune de Paris,
- ci-devant procureur de ladite Commune, âgé de 31 ans, natif de
- Nevers (Nièvre), domicilié à Paris, rue de l'Observatoire, aux
+ ci-devant procureur de ladite Commune, âgé de 31 ans, natif de
+ Nevers (Nièvre), domicilié à Paris, rue de l'Observatoire, aux
Visitandines, et avant rue du Paon, section de Marat.</p>
- <p>6. Marie-Marguerite-Françoise Goupil, âgée de 38 ans, native de
- Paris, <span class="pagenum"><a id="page308" name="page308"></a>(p. 308)</span> y domiciliée, rue Neuve-de-l'Égalité, cour des
- Forges, veuve de..... Hébert.</p>
+ <p>6. Marie-Marguerite-Françoise Goupil, âgée de 38 ans, native de
+ Paris, <span class="pagenum"><a id="page308" name="page308"></a>(p. 308)</span> y domiciliée, rue Neuve-de-l'Égalité, cour des
+ Forges, veuve de..... Hébert.</p>
- <p>7. Jean-Baptiste-Ernest Bucher (de l'Épinois), commandant de la
- garde nationale de Mesnil-Saint-Denis, âgé de 43 ans, natif
- d'Amiens, département de la Somme, domicilié à
- Mesnil-Saint-Denis, district de Versailles, département de
+ <p>7. Jean-Baptiste-Ernest Bucher (de l'Épinois), commandant de la
+ garde nationale de Mesnil-Saint-Denis, âgé de 43 ans, natif
+ d'Amiens, département de la Somme, domicilié à
+ Mesnil-Saint-Denis, district de Versailles, département de
Seine-et-Oise.</p>
<p>8. Marie-Marc-Antoine Barras, ancien administrateur du district
- de Toulouse, âgé de 30 ans, natif de Toulouse, département de la
- Haute-Garonne, y domicilié.</p>
+ de Toulouse, âgé de 30 ans, natif de Toulouse, département de la
+ Haute-Garonne, y domicilié.</p>
- <p>9. Jean-Jacques Lacombe, vivant de son revenu, âgé de 33 ans,
- natif de Cajac (Lot), domicilié à Paris, maison garnie des
- Français, rue de Thionville, n<sup>o</sup> 30, section de Marat.</p>
+ <p>9. Jean-Jacques Lacombe, vivant de son revenu, âgé de 33 ans,
+ natif de Cajac (Lot), domicilié à Paris, maison garnie des
+ Français, rue de Thionville, n<sup>o</sup> 30, section de Marat.</p>
- <p>10. Jean-Maurice-François Lebrasse, lieutenant de gendarmerie
- près les tribunaux, âgé de 31 ans, natif de Rennes, département
- de l'Ille-et-Vilaine, domicilié à Paris, rue Jacques, n<sup>o</sup> 27.</p>
+ <p>10. Jean-Maurice-François Lebrasse, lieutenant de gendarmerie
+ près les tribunaux, âgé de 31 ans, natif de Rennes, département
+ de l'Ille-et-Vilaine, domicilié à Paris, rue Jacques, n<sup>o</sup> 27.</p>
- <p>11. Anne-Lucile-Philippe Laridon Duplessis, âgée de 23 ans,
- native de Paris, y domiciliée, rue du Théâtre-Français, veuve de
- Lucie-Simplice-Camille-Benoît Desmoulins.</p>
+ <p>11. Anne-Lucile-Philippe Laridon Duplessis, âgée de 23 ans,
+ native de Paris, y domiciliée, rue du Théâtre-Français, veuve de
+ Lucie-Simplice-Camille-Benoît Desmoulins.</p>
- <p>12. Antoine Duret, adjudant général de l'armée des Alpes, âgé de
- 44 ans, natif de Roanne-en-Forez, domicilié à Montbrissey,
- département de la Loire, lors de son arrestation à Feure.</p>
+ <p>12. Antoine Duret, adjudant général de l'armée des Alpes, âgé de
+ 44 ans, natif de Roanne-en-Forez, domicilié à Montbrissey,
+ département de la Loire, lors de son arrestation à Feure.</p>
- <p>13. Guillaume Lassalle, officier de marine, âgé de 24 ans, natif
- de Boulogne-sur-Mer, département du Pas-de-Calais, domicilié à
- Paris, maison de France, rue Neuve-de-l'Égalité.</p>
+ <p>13. Guillaume Lassalle, officier de marine, âgé de 24 ans, natif
+ de Boulogne-sur-Mer, département du Pas-de-Calais, domicilié à
+ Paris, maison de France, rue Neuve-de-l'Égalité.</p>
<p>14. Alexandre Nourry Grammont, officier de la cavalerie
- révolutionnaire, et avant employé au bureau de la guerre, âgé de
- 19 ans, natif de Limoges, département de la Haute-Vienne,
- domicilié à Paris, passage des Petits-Pères, n<sup>o</sup> 3, section de
+ révolutionnaire, et avant employé au bureau de la guerre, âgé de
+ 19 ans, natif de Limoges, département de la Haute-Vienne,
+ domicilié à Paris, passage des Petits-Pères, n<sup>o</sup> 3, section de
Guillaume-Tell.</p>
- <p>15. Nourry Grammont, ci-devant artiste du théâtre Montansier,
- ensuite adjudant général de l'armée révolutionnaire, âgé de 42
- ans, natif de La Rochelle (Charente-Inférieure), domicilié à
- Paris, passage des Petits-Pères, section de Guillaume-Tell.</p>
+ <p>15. Nourry Grammont, ci-devant artiste du théâtre Montansier,
+ ensuite adjudant général de l'armée révolutionnaire, âgé de 42
+ ans, natif de La Rochelle (Charente-Inférieure), domicilié à
+ Paris, passage des Petits-Pères, section de Guillaume-Tell.</p>
- <p>16. Jean-Marie Lepallus, juge de la commission révolutionnaire de
- Feure, âgé de 26 ans, natif de Matour, district de Charonne,
- département de Saône-et-Loire, domicilié ordinairement à Néardor,
- département de Rhône-et-Loire.</p>
+ <p>16. Jean-Marie Lepallus, juge de la commission révolutionnaire de
+ Feure, âgé de 26 ans, natif de Matour, district de Charonne,
+ département de Saône-et-Loire, domicilié ordinairement à Néardor,
+ département de Rhône-et-Loire.</p>
- <p>17. Jean-François Lambert, porte-clefs de la maison d'arrêt du
- Luxembourg, âgé de 25 ans, natif de Boysne, département du
- Loiret, domicilié à Paris, rue de la Convention.</p>
+ <p>17. Jean-François Lambert, porte-clefs de la maison d'arrêt du
+ Luxembourg, âgé de 25 ans, natif de Boysne, département du
+ Loiret, domicilié à Paris, rue de la Convention.</p>
- <p>18. Marie-Sébastien Brumeau-Lacroix, membre du comité
- révolutionnaire de la section de l'Unité, âgé de 26 ans,
- domicilié à Paris, rue du Colombier.</p>
+ <p>18. Marie-Sébastien Brumeau-Lacroix, membre du comité
+ révolutionnaire de la section de l'Unité, âgé de 26 ans,
+ domicilié à Paris, rue du Colombier.</p>
- <p>19. Edme Rameau, prêtre, âgé de 41 ans, natif d'Auxerre,
- département de l'Yonne, domicilié à Paris, rue Sauveur.</p>
+ <p>19. Edme Rameau, prêtre, âgé de 41 ans, natif d'Auxerre,
+ département de l'Yonne, domicilié à Paris, rue Sauveur.</p>
- <p>20. Louis-Guillaume-André Brossard, secrétaire du comité
- révolutionnaire de la ville de Périgueux, âgé de 32 ans, natif de
- Terrasson, département de la Dordogne, demeurant à Périgueux.</p>
+ <p>20. Louis-Guillaume-André Brossard, secrétaire du comité
+ révolutionnaire de la ville de Périgueux, âgé de 32 ans, natif de
+ Terrasson, département de la Dordogne, demeurant à Périgueux.</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page309" name="page309"></a>(p. 309)</span> 21. Étienne Ragondet, ci-devant marchand de chevaux,
- commandant du bataillon de la section de la République, et
- inspecteur dans les charrois des armées, âgé de 46 ans, natif de
- Paris, demeurant à Capy, près Péronne, département de la Somme.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a id="page309" name="page309"></a>(p. 309)</span> 21. Étienne Ragondet, ci-devant marchand de chevaux,
+ commandant du bataillon de la section de la République, et
+ inspecteur dans les charrois des armées, âgé de 46 ans, natif de
+ Paris, demeurant à Capy, près Péronne, département de la Somme.</p>
</div>
- <p>Vu l'extrait du jugement du tribunal criminel révolutionnaire et
- du procès-verbal d'exécution dressé par (le nom en blanc), en
+ <p>Vu l'extrait du jugement du tribunal criminel révolutionnaire et
+ du procès-verbal d'exécution dressé par (le nom en blanc), en
date du 24 germinal (13 avril).</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 25 germinal (14 avril 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Jacques-Augustin Labarbery de Refluvel, âgé de 60 ans, ex-noble,
- ci-devant capitaine dans les gardes françaises, et ci-devant
- seigneur de Villers-Vermont, né à Paris, y demeurant, rue des
+<p class="victime">Jacques-Augustin Labarbery de Refluvel, âgé de 60 ans, ex-noble,
+ ci-devant capitaine dans les gardes françaises, et ci-devant
+ seigneur de Villers-Vermont, né à Paris, y demeurant, rue des
Francs-Bourgeois, au Marais;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">François-Charles Gattey, âgé de 38 ans, né à Autun, libraire,
- demeurant à Paris, maison Égalité, n<sup>o</sup> 14;</p>
+<p class="victime">François-Charles Gattey, âgé de 38 ans, né à Autun, libraire,
+ demeurant à Paris, maison Égalité, n<sup>o</sup> 14;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tirart.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Henri Morisset, âgé de 39 ans, né à Pereuse, département de
- l'Yonne, juge au tribunal du district de Montargis, département
+<p class="victime">Henri Morisset, âgé de 39 ans, né à Pereuse, département de
+ l'Yonne, juge au tribunal du district de Montargis, département
du Loiret, y demeurant, chapelier et procureur de la commune de
- Château-Renard;</p>
+ Château-Renard;</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tirart.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 26 germinal (15 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Aimé Courandin, âgé de 31 ans, né à Angers, département de
- Maine-et-Loire, ci-devant conseiller du tyran Capet, au présidial
+ <p>1. Aimé Courandin, âgé de 31 ans, né à Angers, département de
+ Maine-et-Loire, ci-devant conseiller du tyran Capet, au présidial
d'Angers, et ensuite juge du tribunal du district d'Angers, y
demeurant;</p>
- <p>2. Louis-Étienne Brevet, dit Beaujour, âgé de 30 ans, né à
- Angers, ci-devant avocat du tyran Capet au présidial d'Angers,
- ensuite commissaire national près le tribunal du district
+ <p>2. Louis-Étienne Brevet, dit Beaujour, âgé de 30 ans, né à
+ Angers, ci-devant avocat du tyran Capet au présidial d'Angers,
+ ensuite commissaire national près le tribunal du district
d'Angers, y demeurant;</p>
- <p>3. Jean-Baptiste la Réveillière, âgé de 41 ans, né à Montaigu,
- département de la Vendée, ci-devant conseiller au présidial
- d'Angers, et ensuite président du tribunal criminel du
- département de Maine-et-Loire, demeurant à Angers;</p>
+ <p>3. Jean-Baptiste la Réveillière, âgé de 41 ans, né à Montaigu,
+ département de la Vendée, ci-devant conseiller au présidial
+ d'Angers, et ensuite président du tribunal criminel du
+ département de Maine-et-Loire, demeurant à Angers;</p>
- <p>4. Bieusie Louis Dieusie, âgé de 45 ans, né à Mésange, district
- d'Ancenis, département de la Loire-Inférieure, ex-noble et député
- à l'Assemblée constituante, cultivateur, et président du
- département de Maine-et-Loire, demeurant à Angers;</p>
+ <p>4. Bieusie Louis Dieusie, âgé de 45 ans, né à Mésange, district
+ d'Ancenis, département de la Loire-Inférieure, ex-noble et député
+ à l'Assemblée constituante, cultivateur, et président du
+ département de Maine-et-Loire, demeurant à Angers;</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page310" name="page310"></a>(p. 310)</span> 5. Et Joseph-François-Alexandre Teissier Duclozeau, âgé
- de 40 ans, né aux Rosiers, district de Saumur, physicien,
- ci-devant membre du conseil général du département de
+ <p><span class="pagenum"><a id="page310" name="page310"></a>(p. 310)</span> 5. Et Joseph-François-Alexandre Teissier Duclozeau, âgé
+ de 40 ans, né aux Rosiers, district de Saumur, physicien,
+ ci-devant membre du conseil général du département de
Maine-et-Loire, et ensuite volontaire dans le 3<sup>e</sup> bataillon du
- même département, demeurant à Vannes;</p>
+ même département, demeurant à Vannes;</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Degaignée.</p>
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Victoire Lescale, femme Roger, âgée de 40 ans, sans état, née à
- Villotte-devant-Loupy, district de Bar-sur-Ornain, département de
+<p class="victime">Victoire Lescale, femme Roger, âgée de 40 ans, sans état, née à
+ Villotte-devant-Loupy, district de Bar-sur-Ornain, département de
la Meuse;</p>
- <p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Chateau.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Marie-Claudine Gattey, âgée de 39 ans, née à Autun, département
- de la Côte-d'Or, ci-devant religieuse de Saint-Lazare, demeurant
- à Paris, chez la veuve Leyrand, rue Boucher, n<sup>o</sup> 14;</p>
+<p class="victime">Marie-Claudine Gattey, âgée de 39 ans, née à Autun, département
+ de la Côte-d'Or, ci-devant religieuse de Saint-Lazare, demeurant
+ à Paris, chez la veuve Leyrand, rue Boucher, n<sup>o</sup> 14;</p>
- <p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Degaignée.</p>
+ <p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Gaspard Roger, âgé de 38 ans, né et demeurant à
- Neuville-sur-Ornain, département de la Meuse, salpêtrier;</p>
+ <p>1. Gaspard Roger, âgé de 38 ans, né et demeurant à
+ Neuville-sur-Ornain, département de la Meuse, salpêtrier;</p>
- <p>2. Marie-Jeanne Lescale, âgée de 52 ans, fille vivant de son
- industrie, née à Villot, même département, demeurant audit
+ <p>2. Marie-Jeanne Lescale, âgée de 52 ans, fille vivant de son
+ industrie, née à Villot, même département, demeurant audit
Neuville;</p>
- <p>3. Charles-Mathias d'Alençon, âgé de 67 ans, ex-noble et comte,
- né à Bar, demeurant audit Neuville;</p>
+ <p>3. Charles-Mathias d'Alençon, âgé de 67 ans, ex-noble et comte,
+ né à Bar, demeurant audit Neuville;</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Degaignée.</p>
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 27 germinal (16 avril 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Hugues-Louis-Jean Pelletier Chambure, âgé de 37 ans, natif de
- Tonnerre, département de l'Yonne, employé dans les subsistances
- militaires en qualité de sous-directeur, à Arras;</p>
+<p class="victime">Hugues-Louis-Jean Pelletier Chambure, âgé de 37 ans, natif de
+ Tonnerre, département de l'Yonne, employé dans les subsistances
+ militaires en qualité de sous-directeur, à Arras;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Monet.</p>
-<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Jean Huet, âgé de 32 ans, né à Orléans, département du Loiret,
- perruquier, demeurant à Paris, rue Nicaise;</p>
+ <p>1. Jean Huet, âgé de 32 ans, né à Orléans, département du Loiret,
+ perruquier, demeurant à Paris, rue Nicaise;</p>
- <p>2. Pierre Laville, âgé de 31 ans, né à Monpont, district de
- Mussidan, département de la Dordogne, cordonnier, demeurant à
- Paris, rue Rohan, n<sup>o</sup> 33; membre du comité révolutionnaire de la
+ <p>2. Pierre Laville, âgé de 31 ans, né à Monpont, district de
+ Mussidan, département de la Dordogne, cordonnier, demeurant à
+ Paris, rue Rohan, n<sup>o</sup> 33; membre du comité révolutionnaire de la
section des Tuileries;</p>
- <p>3. Et Pierre Lapeyre, âgé de 30 ans, né à Lachaud, district de
- Périgueux, département de la Dordogne, chirurgien, demeurant à
- Paris, rue de <span class="pagenum"><a id="page311" name="page311"></a>(p. 311)</span> Rohan, n<sup>o</sup> 62, et membre du comité
- révolutionnaire de la section des Tuileries;</p>
+ <p>3. Et Pierre Lapeyre, âgé de 30 ans, né à Lachaud, district de
+ Périgueux, département de la Dordogne, chirurgien, demeurant à
+ Paris, rue de <span class="pagenum"><a id="page311" name="page311"></a>(p. 311)</span> Rohan, n<sup>o</sup> 62, et membre du comité
+ révolutionnaire de la section des Tuileries;</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Monet.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">François-Clément Cassegrain, âgé de 76 ans, né à Paris, demeurant
- à Pithiviers-le-Vieil, département (en blanc), curé de
+<p class="victime">François-Clément Cassegrain, âgé de 76 ans, né à Paris, demeurant
+ à Pithiviers-le-Vieil, département (en blanc), curé de
Pithiviers;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Monet.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Nicolas Lutterot, âgé de 33 ans, né à Sens, département de
- l'Yonne, charpentier, demeurant à Sens.</p>
+<p class="victime">Nicolas Lutterot, âgé de 33 ans, né à Sens, département de
+ l'Yonne, charpentier, demeurant à Sens.</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Monet.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire le 28 germinal an II
+<p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire le 28 germinal an II
(17 avril 1794), etc., appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Charles Acot, dit Thibault, âgé de 23 ans, né à Autigny,
- département de l'Yonne, marchand de vin, demeurant à Paris, rue
+ <p>1. Charles Acot, dit Thibault, âgé de 23 ans, né à Autigny,
+ département de l'Yonne, marchand de vin, demeurant à Paris, rue
de la Vannerie, n<sup>o</sup> 49;</p>
- <p>2. Hyacinthe Mermin, âgé de 30 ans, frotteur, né à Avançay,
- département du Mont-Blanc, demeurant à Paris, rue Saint-Landry,
- en la Cité, n<sup>o</sup> 8;</p>
+ <p>2. Hyacinthe Mermin, âgé de 30 ans, frotteur, né à Avançay,
+ département du Mont-Blanc, demeurant à Paris, rue Saint-Landry,
+ en la Cité, n<sup>o</sup> 8;</p>
- <p>3. Pierre-Louis Henry, âgé de 33 ans, marchand de toiles et
- d'indiennes, né à Méry, département de la Marne, demeurant à
+ <p>3. Pierre-Louis Henry, âgé de 33 ans, marchand de toiles et
+ d'indiennes, né à Méry, département de la Marne, demeurant à
Paris, rue de la Vannerie, n<sup>o</sup> 49;</p>
- <p>4. Hyacinthe Simille, âgé de 29 ans, frotteur, né à Avançay,
- département du Mont-Blanc, demeurant à Paris, rue André des Arts;</p>
+ <p>4. Hyacinthe Simille, âgé de 29 ans, frotteur, né à Avançay,
+ département du Mont-Blanc, demeurant à Paris, rue André des Arts;</p>
- <p>5. Et Jean-Louis Pautone, âgé de 31 ans, né à Buri, département
- de Seine-et-Oise, garçon pâtissier traiteur, demeurant à Paris,
+ <p>5. Et Jean-Louis Pautone, âgé de 31 ans, né à Buri, département
+ de Seine-et-Oise, garçon pâtissier traiteur, demeurant à Paris,
rue Jean Fleury.</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés à la peine de mort et ordonné que l'exécution
- dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution
- de cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.</p>
+ <p>Avoir été condamnés à la peine de mort et ordonné que l'exécution
+ dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution
+ de cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.</p>
- <p>Par procès-verbal dressé par Degaiguée, etc., appert que lesdits
+ <p>Par procès-verbal dressé par Degaiguée, etc., appert que lesdits
Charles Acot dit Thibault, H. Mermin, Pierre-Louis Henry,
- Hyacinthe Simille, et Jean-Louis Pautone, ont été mis à mort.</p>
+ Hyacinthe Simille, et Jean-Louis Pautone, ont été mis à mort.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Joseph Baudot, âgé de 44 ans, né à Besançon, département du
- Doubs, ci-devant bénédictin, principal du collége de Toul, et
- desservant de Tremblecourt, y demeurant, département de la
+<p class="victime">Joseph Baudot, âgé de 44 ans, né à Besançon, département du
+ Doubs, ci-devant bénédictin, principal du collége de Toul, et
+ desservant de Tremblecourt, y demeurant, département de la
Meurthe.</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Degaignée.</p>
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Jean-Pierre Challot, âgé de 28 ans, né à Château-Roué,
- département de <span class="pagenum"><a id="page312" name="page312"></a>(p. 312)</span> la Meurthe, ci-devant desservant de la
- cure de Marsal, même département, y demeurant.</p>
+<p class="victime">Jean-Pierre Challot, âgé de 28 ans, né à Château-Roué,
+ département de <span class="pagenum"><a id="page312" name="page312"></a>(p. 312)</span> la Meurthe, ci-devant desservant de la
+ cure de Marsal, même département, y demeurant.</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Degaignée.</p>
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Jean Decous, âgé de 70 ans, né à Treignat, département de la
- Corrèze, ci-devant curé de la commune de Neuvy, demeurant à
+<p class="victime">Jean Decous, âgé de 70 ans, né à Treignat, département de la
+ Corrèze, ci-devant curé de la commune de Neuvy, demeurant à
Limoges.</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Degaignée.</p>
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 29 germinal (18 avril 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Brice Prévôt, âgé de 28 ans, né à Saint-Front, département de
- l'Orne, demeurant à Paris, cul-de-sac Berthault, chapelier.</p>
+<p class="victime">Brice Prévôt, âgé de 28 ans, né à Saint-Front, département de
+ l'Orne, demeurant à Paris, cul-de-sac Berthault, chapelier.</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">François Magny, âgé de 24 ans, tailleur d'habits, né à Limoges, y
- demeurant, soldat au 6<sup>e</sup> régiment de Hussards-Cavalerie.</p>
+<p class="victime">François Magny, âgé de 24 ans, tailleur d'habits, né à Limoges, y
+ demeurant, soldat au 6<sup>e</sup> régiment de Hussards-Cavalerie.</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, le 29 germinal, au palais,
+<p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, le 29 germinal, au palais,
etc. (18 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Antoine-Grégoire Genest, âgé de 27 ans, né à Paris, y
+ <p>1. Antoine-Grégoire Genest, âgé de 27 ans, né à Paris, y
demeurant, rue des Moineaux, banquier;</p>
- <p>2. Pierre Hariage de Guiberville, âgé de 72 ans, né à Paris, y
- demeurant, cul-de-sac de Taitbout, ci-devant président au
+ <p>2. Pierre Hariage de Guiberville, âgé de 72 ans, né à Paris, y
+ demeurant, cul-de-sac de Taitbout, ci-devant président au
Parlement;</p>
- <p>3. Marie-Claude Hariage, veuve Debonnaire, âgée de 45 ans,
- ex-noble, née à Paris, y demeurant, rue Neuve-des-Capucines;</p>
+ <p>3. Marie-Claude Hariage, veuve Debonnaire, âgée de 45 ans,
+ ex-noble, née à Paris, y demeurant, rue Neuve-des-Capucines;</p>
- <p>4. Marie-Charlotte Debonnaire, femme divorcée de Louis-François
- le Peletier, ci-devant officier dans le régiment de Capet, âgée
- de 21 ans, née à Paris, y demeurant;</p>
+ <p>4. Marie-Charlotte Debonnaire, femme divorcée de Louis-François
+ le Peletier, ci-devant officier dans le régiment de Capet, âgée
+ de 21 ans, née à Paris, y demeurant;</p>
- <p>5. Marie la Laurencie-Charras, âgée de 42 ans, native de Charras,
- département de la Charente, demeurant à Asnières;</p>
+ <p>5. Marie la Laurencie-Charras, âgée de 42 ans, native de Charras,
+ département de la Charente, demeurant à Asnières;</p>
- <p>6. Didier-René-François Mesnard de Chousy, âgé de 64 ans, attaché
- à la maison Capet, demeurant à Paris, rue de Clichy;</p>
+ <p>6. Didier-René-François Mesnard de Chousy, âgé de 64 ans, attaché
+ à la maison Capet, demeurant à Paris, rue de Clichy;</p>
- <p>7. Jean-Didier-René Mesnard de Chousy, fils, âgé de 35 ans, natif
- de Versailles, demeurant à Paris, rue Lazare, section du
+ <p>7. Jean-Didier-René Mesnard de Chousy, fils, âgé de 35 ans, natif
+ de Versailles, demeurant à Paris, rue Lazare, section du
Mont-Blanc;</p>
- <p>8. Marie-Adrienne Gonnel, veuve Vierville, âgée de 49 ans, native
+ <p>8. Marie-Adrienne Gonnel, veuve Vierville, âgée de 49 ans, native
de Paris, y demeurant, rue de Clichy, n<sup>o</sup> 14;</p>
- <p>9. Adélaïde-Marguerite Demerle, femme divorcée de Duchilleur,
- âgée de 41 ans, native de Paris, y demeurant, rue du
+ <p>9. Adélaïde-Marguerite Demerle, femme divorcée de Duchilleur,
+ âgée de 41 ans, native de Paris, y demeurant, rue du
Faubourg-Montmartre;</p>
- <p>10. Louis-Georges Gougenot, âgé de 36 ans, natif de Paris,
+ <p>10. Louis-Georges Gougenot, âgé de 36 ans, natif de Paris,
ci-devant syndic de la ci-devant compagnie des Indes, demeurant
rue le Peletier;</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page313" name="page313"></a>(p. 313)</span> 11. Angélique-Michel Destat Bellecourt, âgé de 33 ans,
+ <p><span class="pagenum"><a id="page313" name="page313"></a>(p. 313)</span> 11. Angélique-Michel Destat Bellecourt, âgé de 33 ans,
natif de Paris, ci-devant officier au service de la Russie,
demeurant rue Basse-du-Rempart;</p>
- <p>12. Jeanne-Marie Nogué, veuve de Robin Divry, femme
- d'Angélique-Michel Destat de Bellecourt, native de Bayonne, âgée
- de 30 ans, demeurant à Paris, rue Basse-du-Rempart, n<sup>o</sup> 9;</p>
+ <p>12. Jeanne-Marie Nogué, veuve de Robin Divry, femme
+ d'Angélique-Michel Destat de Bellecourt, native de Bayonne, âgée
+ de 30 ans, demeurant à Paris, rue Basse-du-Rempart, n<sup>o</sup> 9;</p>
- <p>13. Sébastien Rollat, ex-noble, âgé de 52 ans, natif de Brujac,
- département de l'Allier, demeurant à Paris, rue des
+ <p>13. Sébastien Rollat, ex-noble, âgé de 52 ans, natif de Brujac,
+ département de l'Allier, demeurant à Paris, rue des
Filles-Saint-Thomas;</p>
- <p>14. René Rollat, fils dudit Rollat, né à Paris, âgé de 39 ans,
- ancien officier à la suite du ci-devant régiment Colonel général
- dragons, demeurant à Paris, rue des Filles-Saint-Thomas;</p>
+ <p>14. René Rollat, fils dudit Rollat, né à Paris, âgé de 39 ans,
+ ancien officier à la suite du ci-devant régiment Colonel général
+ dragons, demeurant à Paris, rue des Filles-Saint-Thomas;</p>
- <p>15. Jean Robin, âgé de 43 ans, officier de maison chez le nommé
- Hariage Guiberville, natif de Valence, demeurant à Paris,
+ <p>15. Jean Robin, âgé de 43 ans, officier de maison chez le nommé
+ Hariage Guiberville, natif de Valence, demeurant à Paris,
cul-de-sac Taitbout;</p>
- <p>16. François-Michel Paymal, âgé de 29 ans, natif de Versailles,
- département de Seine-et-Oise, domestique de la nommée Hariage,
- demeurant à Paris, rue Neuve-des-Capucines;</p>
+ <p>16. François-Michel Paymal, âgé de 29 ans, natif de Versailles,
+ département de Seine-et-Oise, domestique de la nommée Hariage,
+ demeurant à Paris, rue Neuve-des-Capucines;</p>
- <p>17. Et Jean-Joseph Laborde, âgé de 70 ans, né à Juca en Espagne,
- ci-devant banquier du gouvernement, demeurant à Mireville,
- département de Seine-et-Marne;</p>
+ <p>17. Et Jean-Joseph Laborde, âgé de 70 ans, né à Juca en Espagne,
+ ci-devant banquier du gouvernement, demeurant à Mireville,
+ département de Seine-et-Marne;</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que
- l'exécution dudit jugement aurait lieu sur la place publique de
- la Révolution de cette ville, etc. Par procès-verbal d'exécution,
- signé par Auvray, appert les ci-dessus nommés avoir été mis à
+ <p>Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que
+ l'exécution dudit jugement aurait lieu sur la place publique de
+ la Révolution de cette ville, etc. Par procès-verbal d'exécution,
+ signé par Auvray, appert les ci-dessus nommés avoir été mis à
mort.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, séant à Paris, au palais,
- le 1<sup>er</sup> floréal an II (20 avril 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, séant à Paris, au palais,
+ le 1<sup>er</sup> floréal an II (20 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Louis le Peletier Rozambo, âgé de 46 ans, ex-noble, ci-devant
- président à mortier au ci-devant parlement de Paris, né à Paris,
- demeurant à Malesherbes, département du Loiret;</p>
+ <p>1. Louis le Peletier Rozambo, âgé de 46 ans, ex-noble, ci-devant
+ président à mortier au ci-devant parlement de Paris, né à Paris,
+ demeurant à Malesherbes, département du Loiret;</p>
- <p>2. Urbain-Élisabeth Segla, âgé de 37 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, né à Toulouse,
- département de la Haute-Garonne, y demeurant;</p>
+ <p>2. Urbain-Élisabeth Segla, âgé de 37 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, né à Toulouse,
+ département de la Haute-Garonne, y demeurant;</p>
- <p>3. Philippe-Joseph-Marie Cussac, âgé de 67 ans, ex-noble, ci-devant
-conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, né à
+ <p>3. Philippe-Joseph-Marie Cussac, âgé de 67 ans, ex-noble, ci-devant
+conseiller au ci-devant parlement de Toulouse, né à
Toulouse, y demeurant;</p>
- <p>4. Jean-Jacques Balsac Firmi, âgé de 60 ans, ex-noble, ci-devant
+ <p>4. Jean-Jacques Balsac Firmi, âgé de 60 ans, ex-noble, ci-devant
conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
- né à Senergues, département de l'Aveyron, demeurant à Toulouse;</p>
+ né à Senergues, département de l'Aveyron, demeurant à Toulouse;</p>
- <p>5. Jean-François Montaigu, âgé de 64 ans, ex-noble, ci-devant
+ <p>5. Jean-François Montaigu, âgé de 64 ans, ex-noble, ci-devant
conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
- né à Toulouse, y demeurant;</p>
+ né à Toulouse, y demeurant;</p>
- <p>6. Anne-Joseph Lafont, âgé de 60 ans, ex-noble, et ci-devant
+ <p>6. Anne-Joseph Lafont, âgé de 60 ans, ex-noble, et ci-devant
conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Toulouse,
- demeurant à Toulouse;</p>
+ demeurant à Toulouse;</p>
- <p>7. Joseph-Julien-Honoré Rigaut, âgé de 45 ans, ex-noble,
+ <p>7. Joseph-Julien-Honoré Rigaut, âgé de 45 ans, ex-noble,
ci-devant conseiller <span class="pagenum"><a id="page314" name="page314"></a>(p. 314)</span> au ci-devant parlement de
- Toulouse, né à Castres, département du Tarn, demeurant à
+ Toulouse, né à Castres, département du Tarn, demeurant à
Toulouse;</p>
- <p>8. Nicolas-Étienne le Noir, âgé de 38 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller au ci-devant parlement de Paris, première chambre des
- requêtes, né à Paris, y demeurant, rue Apolline;</p>
+ <p>8. Nicolas-Étienne le Noir, âgé de 38 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller au ci-devant parlement de Paris, première chambre des
+ requêtes, né à Paris, y demeurant, rue Apolline;</p>
- <p>9. François-Matthieu du Port, âgé de 76 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à
+ <p>9. François-Matthieu du Port, âgé de 76 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à
Paris, y demeurant, rue Saint-Louis, au Marais;</p>
- <p>10. Louis-Jean-Népomucène-Marie-François Camus Laguibourgère, âgé
- de 46 ans, né à Rennes, département d'Ille-et-Vilaine, demeurant
- à Paris, rue Jacques, vis-à-vis des Mathurins;</p>
+ <p>10. Louis-Jean-Népomucène-Marie-François Camus Laguibourgère, âgé
+ de 46 ans, né à Rennes, département d'Ille-et-Vilaine, demeurant
+ à Paris, rue Jacques, vis-à-vis des Mathurins;</p>
- <p>11. Henry-Louis Fredy, âgé de 74 ans, ex-noble, conseiller de
- grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à Paris, y
+ <p>11. Henry-Louis Fredy, âgé de 74 ans, ex-noble, conseiller de
+ grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à Paris, y
demeurant, rue Antoine;</p>
- <p>12. Charles-Jean-Pierre Dupuis de Marée, âgé de 61 ans, ex-noble,
+ <p>12. Charles-Jean-Pierre Dupuis de Marée, âgé de 61 ans, ex-noble,
ci-devant conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de
- Paris, né à Paris, y demeurant, rue Michel le Peltier;</p>
+ Paris, né à Paris, y demeurant, rue Michel le Peltier;</p>
- <p>13. Léonard-Louis Saguier de Mardeuil, âgé de 59 ans, ex-noble,
- conseiller au ci-devant parlement de Paris, né à Châlons,
- département de la Marne, demeurant à Paris, rue de la Fraternité;</p>
+ <p>13. Léonard-Louis Saguier de Mardeuil, âgé de 59 ans, ex-noble,
+ conseiller au ci-devant parlement de Paris, né à Châlons,
+ département de la Marne, demeurant à Paris, rue de la Fraternité;</p>
- <p>14. Étienne Pasquier, âgé de 58 ans, ex-noble, ci-devant
- conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à
+ <p>14. Étienne Pasquier, âgé de 58 ans, ex-noble, ci-devant
+ conseiller de grand'chambre au ci-devant parlement de Paris, né à
Paris, y demeurant, rue Madeleine, n<sup>o</sup> 8;</p>
- <p>15. Pierre-Daniel Bourrée Corberon, âgé de 77 ans, ex-noble,
- ci-devant président de la première chambre des enquêtes du
- ci-devant parlement de Paris, né à Paris, demeurant à Toulouse;</p>
+ <p>15. Pierre-Daniel Bourrée Corberon, âgé de 77 ans, ex-noble,
+ ci-devant président de la première chambre des enquêtes du
+ ci-devant parlement de Paris, né à Paris, demeurant à Toulouse;</p>
- <p>16. Barthélemy-Gabriel Rolland, âgé de 64 ans, ex-noble,
- ci-devant président des requêtes du ci-devant parlement de Paris,
- né à Paris, demeurant à Chambaudouin, département du Loiret;</p>
+ <p>16. Barthélemy-Gabriel Rolland, âgé de 64 ans, ex-noble,
+ ci-devant président des requêtes du ci-devant parlement de Paris,
+ né à Paris, demeurant à Chambaudouin, département du Loiret;</p>
- <p>17. Jean-Baptiste Louis Oursain Debure, âgé de 47 ans, ci-devant
- noble et conseiller des requêtes du palais du ci-devant parlement
- de Paris, né à Paris, demeurant rue Boucherat;</p>
+ <p>17. Jean-Baptiste Louis Oursain Debure, âgé de 47 ans, ci-devant
+ noble et conseiller des requêtes du palais du ci-devant parlement
+ de Paris, né à Paris, demeurant rue Boucherat;</p>
- <p>18. Jean-François-Manie Rouhette, âgé de 27 ans, ex-noble,
- ci-devant conseiller des requêtes du parlement de Paris, né à
+ <p>18. Jean-François-Manie Rouhette, âgé de 27 ans, ex-noble,
+ ci-devant conseiller des requêtes du parlement de Paris, né à
Paris, y demeurant, rue Paul;</p>
- <p>19. Antoine-Louis-Hyacinthe Hocquart, âgé de 55 ans, ex-noble,
- ci-devant premier président de la cy-devant cour des aides à
- Paris, né à Paris, y demeurant;</p>
+ <p>19. Antoine-Louis-Hyacinthe Hocquart, âgé de 55 ans, ex-noble,
+ ci-devant premier président de la cy-devant cour des aides à
+ Paris, né à Paris, y demeurant;</p>
- <p>20. Nicolas-Agnès-François Nort, âgé de 68 ans, ex-noble et
- ci-devant comte colonel d'infanterie, né à Rennes, département
+ <p>20. Nicolas-Agnès-François Nort, âgé de 68 ans, ex-noble et
+ ci-devant comte colonel d'infanterie, né à Rennes, département
d'Ille-et-Vilaine, demeurant aux Invalides;</p>
- <p>21. Armand-Guillaume-François de Gourgues, âgé de 57 ans,
- ex-noble, ci-devant président à mortier au ci-devant parlement de
- Paris, né à Paris, demeurant à Poissy, département de
+ <p>21. Armand-Guillaume-François de Gourgues, âgé de 57 ans,
+ ex-noble, ci-devant président à mortier au ci-devant parlement de
+ Paris, né à Paris, demeurant à Poissy, département de
Seine-et-Oise;</p>
- <p>22. Jean-Baptiste-Gaspard Bochard Saron, âgé de 64 ans, ex-noble,
- ci-devant premier président du parlement de Paris, né à Paris, y
- demeurant, rue de l'Université;</p>
+ <p>22. Jean-Baptiste-Gaspard Bochard Saron, âgé de 64 ans, ex-noble,
+ ci-devant premier président du parlement de Paris, né à Paris, y
+ demeurant, rue de l'Université;</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page315" name="page315"></a>(p. 315)</span> 23. Édouard-François-Matthieu Molé-Champlatreux, âgé de
- 34 ans, ex-noble, ci-devant président au ci-devant parlement de
- Paris, né à Paris, y demeurant, rue Dominique, faubourg Germain;</p>
+ <p><span class="pagenum"><a id="page315" name="page315"></a>(p. 315)</span> 23. Édouard-François-Matthieu Molé-Champlatreux, âgé de
+ 34 ans, ex-noble, ci-devant président au ci-devant parlement de
+ Paris, né à Paris, y demeurant, rue Dominique, faubourg Germain;</p>
- <p>24. Henri-Guy Sallier, âgé de 60 ans, ex-noble, ci-devant
- président de la ci-devant cour des aides de Paris, né à
- Rochembray, demeurant à Paris, rue du Grand-Chantier;</p>
+ <p>24. Henri-Guy Sallier, âgé de 60 ans, ex-noble, ci-devant
+ président de la ci-devant cour des aides de Paris, né à
+ Rochembray, demeurant à Paris, rue du Grand-Chantier;</p>
- <p>25. Anne-Louis-François-de-Paule le Fèvre d'Ormesson, âgé de 42
- ans, ex-noble, ci-devant président du parlement de Paris, né à
+ <p>25. Anne-Louis-François-de-Paule le Fèvre d'Ormesson, âgé de 42
+ ans, ex-noble, ci-devant président du parlement de Paris, né à
Paris, y demeurant, rue Guillaume, faubourg Germain,
ex-constituant, et commissaire aux monuments publics et
- ex-bibliothécaire;</p>
+ ex-bibliothécaire;</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que
- l'exécution dudit jugement aurait lieu sur la place publique de
- la Révolution de cette ville, ledit jugement signé du président
+ <p>Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que
+ l'exécution dudit jugement aurait lieu sur la place publique de
+ la Révolution de cette ville, ledit jugement signé du président
et du greffier.</p>
- <p>Par procès-verbal dressé par Auvray, l'un des huissiers du
- tribunal révolutionnaire, en date du 1<sup>er</sup> floréal, appert avoir
- été constaté que le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place
- publique de la Révolution de cette ville, où lesdits ci-dessus
- nommés ont été mis à mort.</p>
+ <p>Par procès-verbal dressé par Auvray, l'un des huissiers du
+ tribunal révolutionnaire, en date du 1<sup>er</sup> floréal, appert avoir
+ été constaté que le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place
+ publique de la Révolution de cette ville, où lesdits ci-dessus
+ nommés ont été mis à mort.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, etc., le 1<sup>er</sup> floréal an II
+<p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, etc., le 1<sup>er</sup> floréal an II
(20 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Nicolas Saint-Blin, âgé de 40 ans, né à Paris, ci-devant noble
- et comte, demeurant à Villeberny, district de Semur, département
- de la Côte-d'Or;</p>
+ <p>1. Nicolas Saint-Blin, âgé de 40 ans, né à Paris, ci-devant noble
+ et comte, demeurant à Villeberny, district de Semur, département
+ de la Côte-d'Or;</p>
- <p>2. Auguste-Louis-Zacharie Espiard de Dalleray, âgé de 63 ans, né
- à Dijon et y demeurant, vivant de son revenu, ci-devant
+ <p>2. Auguste-Louis-Zacharie Espiard de Dalleray, âgé de 63 ans, né
+ à Dijon et y demeurant, vivant de son revenu, ci-devant
conseiller au parlement de Dijon;</p>
- <p>3. Pierre Guillemin, âgé de 29 ans, né à Dijon et y demeurant,
- clerc de notaire avant la révolution, et depuis commis aux
- ponts-et-chaussées;</p>
+ <p>3. Pierre Guillemin, âgé de 29 ans, né à Dijon et y demeurant,
+ clerc de notaire avant la révolution, et depuis commis aux
+ ponts-et-chaussées;</p>
- <p>4. Pierre-Jacques-Barthélemy Guénichot, ex-noble, âgé de 27 ans,
- né à Dijon, demeurant à Nogent, district de Semur, département de
- la Côte-d'Or;</p>
+ <p>4. Pierre-Jacques-Barthélemy Guénichot, ex-noble, âgé de 27 ans,
+ né à Dijon, demeurant à Nogent, district de Semur, département de
+ la Côte-d'Or;</p>
- <p>5. Charles-Joseph-Jullien, âgé de 49 ans, né à Joinville,
- département de la Haute-Marne, ci-devant cordelier et curé
+ <p>5. Charles-Joseph-Jullien, âgé de 49 ans, né à Joinville,
+ département de la Haute-Marne, ci-devant cordelier et curé
d'Autricourt, y demeurant;</p>
- <p>6. Et Théophile Berlier, âgé de 60 ans, né à Châtillon, ci-devant
- garde-manteau de la ci-devant maîtrise des eaux et forêts de
- Châtillon-sur-Seine, y demeurant, département de la Ferre;</p>
+ <p>6. Et Théophile Berlier, âgé de 60 ans, né à Châtillon, ci-devant
+ garde-manteau de la ci-devant maîtrise des eaux et forêts de
+ Châtillon-sur-Seine, y demeurant, département de la Ferre;</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés à la peine de mort et ordonné que l'exécution
- dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution
- de cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier,
- etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
+ <p>Avoir été condamnés à la peine de mort et ordonné que l'exécution
+ dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution
+ de cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier,
+ etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 2 floréal an II (21 avril 1794),
+<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 2 floréal an II (21 avril 1794),
appert:</p>
-<p class="victime">François-Philippe de Caux, âgé de 54 ans, natif de
- Rouge-Moutiers, <span class="pagenum"><a id="page316" name="page316"></a>(p. 316)</span> district de Pont-Audemer, département
- de l'Eure, demeurant à Bretot, même district, prêtre et ci-devant
+<p class="victime">François-Philippe de Caux, âgé de 54 ans, natif de
+ Rouge-Moutiers, <span class="pagenum"><a id="page316" name="page316"></a>(p. 316)</span> district de Pont-Audemer, département
+ de l'Eure, demeurant à Bretot, même district, prêtre et ci-devant
titulaire de la chapelle de Bretot;</p>
- <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Degaignée.</p>
+ <p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Alexandre Beaugrand, âgé de 50 ans, né à Sens, département de
- l'Yonne, demeurant à Orbeaux, district de Pithiviers, département
+<p class="victime">Alexandre Beaugrand, âgé de 50 ans, né à Sens, département de
+ l'Yonne, demeurant à Orbeaux, district de Pithiviers, département
du Loiret;</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Pierre Lafargue, âgé de 55 ans, né à Cognac, district de
- Cognac, département de la Charente, agent de commerce et fermier,
- demeurant à Paris, rue Neuve de l'Égalité, n<sup>o</sup> 304;</p>
+ <p>1. Pierre Lafargue, âgé de 55 ans, né à Cognac, district de
+ Cognac, département de la Charente, agent de commerce et fermier,
+ demeurant à Paris, rue Neuve de l'Égalité, n<sup>o</sup> 304;</p>
- <p>2. Marie-Marguerite-Geneviève-Victoire Lemesle, femme Boulani,
- âgée de 50 ans, née..., demeurant à Dieppe, département de la
- Seine-Inférieure;</p>
+ <p>2. Marie-Marguerite-Geneviève-Victoire Lemesle, femme Boulani,
+ âgée de 50 ans, née..., demeurant à Dieppe, département de la
+ Seine-Inférieure;</p>
- <p>3. André-Guillaume Bellepacaume, âgé de 51 ans, né et demeurant à
- Paris, place des Trois-Maries, n<sup>o</sup> 36, section du Muséum,
- ci-devant marchand mercier, actuellement sans état;</p>
+ <p>3. André-Guillaume Bellepacaume, âgé de 51 ans, né et demeurant à
+ Paris, place des Trois-Maries, n<sup>o</sup> 36, section du Muséum,
+ ci-devant marchand mercier, actuellement sans état;</p>
- <p>4. Jean-François-Joseph Descamps, âgé de 28 ans, natif d'Aire,
- district de Saint-Omer, département du Pas-de-Calais, imprimeur,
- demeurant à Douai;</p>
+ <p>4. Jean-François-Joseph Descamps, âgé de 28 ans, natif d'Aire,
+ district de Saint-Omer, département du Pas-de-Calais, imprimeur,
+ demeurant à Douai;</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
- Degaignée.</p>
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 3 floréal an II (22 avril
+<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 3 floréal an II (22 avril
1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Jacques Duval Despréménil, ex-constituant, âgé de 48 ans,
- natif de Pondichéry, domicilié à Mériffou, commune de La Remuée,
- département de la Seine-Inférieure.</p>
+ <p>1. Jacques Duval Despréménil, ex-constituant, âgé de 48 ans,
+ natif de Pondichéry, domicilié à Mériffou, commune de La Remuée,
+ département de la Seine-Inférieure.</p>
- <p>2. Jacques-Guillaume Thouret, ex-constituant, ex-président du
- tribunal de cassation, âgé de 48 ans, natif de Pont-l'Évêque,
- département du Calvados, domicilié à Paris, rue des
+ <p>2. Jacques-Guillaume Thouret, ex-constituant, ex-président du
+ tribunal de cassation, âgé de 48 ans, natif de Pont-l'Évêque,
+ département du Calvados, domicilié à Paris, rue des
Petits-Augustins, n<sup>o</sup> 21.</p>
- <p>3. Isaac-René-Gui Lechappelier, ex-constituant, âgé de 39 ans,
- natif de Rennes, département de l'Ille-et-Vilaine, y domicilié,
- et ayant un domicile à Paris, rue Montmartre.</p>
+ <p>3. Isaac-René-Gui Lechappelier, ex-constituant, âgé de 39 ans,
+ natif de Rennes, département de l'Ille-et-Vilaine, y domicilié,
+ et ayant un domicile à Paris, rue Montmartre.</p>
- <p>4. François Hell, ci-devant procureur général syndic des états
+ <p>4. François Hell, ci-devant procureur général syndic des états
d'Alsace, grand bailli de Langres et administrateur du
- département du Haut-Rhin, âgé de 63 ans, natif de Keseinhem,
- susdit département, domicilié à Paris, rue Helvétius.</p>
+ département du Haut-Rhin, âgé de 63 ans, natif de Keseinhem,
+ susdit département, domicilié à Paris, rue Helvétius.</p>
- <p>5. Chrétien-Guillaume Lamoignon Malesherbes, ex-noble et
- ex-ministre du tyran, âgé de 72 ans, natif de Paris, domicilié à
- Malesherbes, département du Loiret.</p>
+ <p>5. Chrétien-Guillaume Lamoignon Malesherbes, ex-noble et
+ ex-ministre du tyran, âgé de 72 ans, natif de Paris, domicilié à
+ Malesherbes, département du Loiret.</p>
- <p>6. Antoinette-Marguerite-Thérèse Lamoignon Malesherbes, native de
- Paris, domiciliée à Malesherbes, département du Loiret, veuve
+ <p>6. Antoinette-Marguerite-Thérèse Lamoignon Malesherbes, native de
+ Paris, domiciliée à Malesherbes, département du Loiret, veuve
de..... Lepelletier Rozambo.</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page317" name="page317"></a>(p. 317)</span> 7. Aline-Thérèse Lepelletier Rozambo, âgée de 23 ans,
- native de Paris, domiciliée à Malesherbes, département du Loiret,
- mariée à..... Châteaubriand.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a id="page317" name="page317"></a>(p. 317)</span> 7. Aline-Thérèse Lepelletier Rozambo, âgée de 23 ans,
+ native de Paris, domiciliée à Malesherbes, département du Loiret,
+ mariée à..... Châteaubriand.</p>
- <p>8. Jean-Baptiste-Auguste Châteaubriand, ex-noble et ex-capitaine
- de cavalerie, âgé de 34 ans, natif de Saint-Malo, département de
- l'Ille-et-Vilaine, domicilié à Malesherbes, département du
+ <p>8. Jean-Baptiste-Auguste Châteaubriand, ex-noble et ex-capitaine
+ de cavalerie, âgé de 34 ans, natif de Saint-Malo, département de
+ l'Ille-et-Vilaine, domicilié à Malesherbes, département du
Loiret.</p>
- <p>9. Diane-Adélaïde Rochechouart, ex-noble, âgée de 64 ans, native
- de Paris, y domiciliée, rue Grange-Batelière, veuve de.....
+ <p>9. Diane-Adélaïde Rochechouart, ex-noble, âgée de 64 ans, native
+ de Paris, y domiciliée, rue Grange-Batelière, veuve de.....
Duchatelet.</p>
- <p>10. Béatrix Choiseul, ex-noble, âgée de 64 ans, native de
- Lunéville, domiciliée à Paris, rue Grange-Batelière, mariée
- à..... Grammont.</p>
+ <p>10. Béatrix Choiseul, ex-noble, âgée de 64 ans, native de
+ Lunéville, domiciliée à Paris, rue Grange-Batelière, mariée
+ à..... Grammont.</p>
- <p>11. Victoire Boucher Rochechouart, ex-noble, âgée de 49 ans,
- native de Paris, y domiciliée, rue du Mont-Blanc, veuve de.....
+ <p>11. Victoire Boucher Rochechouart, ex-noble, âgée de 49 ans,
+ native de Paris, y domiciliée, rue du Mont-Blanc, veuve de.....
Pontville.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tavernier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<p class="victime">12. Louis-Pierre Mousset, charpentier et ci-devant procureur de la
-Commune de Donnery, âgé de 42 ans, natif de Saint-Marceau d'Orléans,
-département du Loiret, domicilié audit Donnery.</p>
+Commune de Donnery, âgé de 42 ans, natif de Saint-Marceau d'Orléans,
+département du Loiret, domicilié audit Donnery.</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tavernier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 4 floréal (23 avril 1794),
+<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 4 floréal (23 avril 1794),
appert:</p>
-<p class="victime">François-Abraham Reclesne, âgé de 61 ans, ci-devant noble, né à
-Lyonne, canton de Cognat, district de Gannat, département de l'Allier,
+<p class="victime">François-Abraham Reclesne, âgé de 61 ans, ci-devant noble, né à
+Lyonne, canton de Cognat, district de Gannat, département de l'Allier,
y demeurant.</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Louis-Benjamin Calmer, âgé de 44 ans, à la Haye en Hollande,
-naturalisé Français depuis 1769, ci-devant marchand d'étoffes et
-ensuite courtier de change, demeurant à Paris, rue Choiseul, n<sup>o</sup> 13,
+<p>1. Louis-Benjamin Calmer, âgé de 44 ans, à la Haye en Hollande,
+naturalisé Français depuis 1769, ci-devant marchand d'étoffes et
+ensuite courtier de change, demeurant à Paris, rue Choiseul, n<sup>o</sup> 13,
section le Pelletier;</p>
-<p>2. François Gallay, âgé de 50 ans, né à Martigny en Suisse, frotteur
+<p>2. François Gallay, âgé de 50 ans, né à Martigny en Suisse, frotteur
domestique chez le citoyen Baglion, demeurant rue Dominique-Germain;</p>
-<p>3. Marguerite Horiout, femme Farizol, âgée de 50 ans, née à Baugon,
-département de l'Orne, ouvrière, demeurant à Paris, rue de Grenelle,
+<p>3. Marguerite Horiout, femme Farizol, âgée de 50 ans, née à Baugon,
+département de l'Orne, ouvrière, demeurant à Paris, rue de Grenelle,
au Gros-Caillou;</p>
-<p>4. Marie-Louise Coutelet, veuve Neuve-Église, âgée de 36 ans, née à
-Rennes, chef dans les filatures nationales établies maison des
+<p>4. Marie-Louise Coutelet, veuve Neuve-Église, âgée de 36 ans, née à
+Rennes, chef dans les filatures nationales établies maison des
ci-devant Jacobins, rue Jacques;</p>
-<p>5. Louis Roux, âgé de 50 ans, né à Bourgoing, département de l'Isère,
-tabletier, demeurant à Paris, rue des Arcis, n<sup>o</sup> 205;</p>
+<p>5. Louis Roux, âgé de 50 ans, né à Bourgoing, département de l'Isère,
+tabletier, demeurant à Paris, rue des Arcis, n<sup>o</sup> 205;</p>
-<p>6. Jean Chemin, âgé de 50 ans, né à Logny, département de l'Orne,
-domestique <span class="pagenum"><a id="page318" name="page318"></a>(p. 318)</span> chez le citoyen Cardinal, demeurant à Paris, rue
+<p>6. Jean Chemin, âgé de 50 ans, né à Logny, département de l'Orne,
+domestique <span class="pagenum"><a id="page318" name="page318"></a>(p. 318)</span> chez le citoyen Cardinal, demeurant à Paris, rue
de Malte, section du Temple.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour 4 floréal an II (23 avril 1794), appert:</p>
+<p>Du même jour 4 floréal an II (23 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jeanne-Élisabeth Bertaux, âgée de 48 ans, fille, sage-femme née à
-Pithiviers, département du Loiret, demeurant à Paris, rue de Bièvre;</p>
+<p>1. Jeanne-Élisabeth Bertaux, âgée de 48 ans, fille, sage-femme née à
+Pithiviers, département du Loiret, demeurant à Paris, rue de Bièvre;</p>
-<p>2. François Bonin, âgé de 47 ans, imprimeur, né à Sonchamp,
-département de l'Eure, demeurant à Paris, rue Zacharie;</p>
+<p>2. François Bonin, âgé de 47 ans, imprimeur, né à Sonchamp,
+département de l'Eure, demeurant à Paris, rue Zacharie;</p>
-<p>3. Matthieu Schwerger, âgé de 40 ans, cordonnier, né à Menzenger en
-Brisgau, demeurant à Paris, rue de la Harpe;</p>
+<p>3. Matthieu Schwerger, âgé de 40 ans, cordonnier, né à Menzenger en
+Brisgau, demeurant à Paris, rue de la Harpe;</p>
-<p>4. Jean Pommeraye, âgé de 40 ans, né à Orléans, ci-devant perruquier
-et canonnier de la section de la Réunion, casernée à Popincourt;</p>
+<p>4. Jean Pommeraye, âgé de 40 ans, né à Orléans, ci-devant perruquier
+et canonnier de la section de la Réunion, casernée à Popincourt;</p>
-<p>5. Jean-François Noël, âgé de 34 ans, né à Verneuil, district de
-Beauvais, demeurant à Paris, rue de la Verrerie, maison de Reims.</p>
+<p>5. Jean-François Noël, âgé de 34 ans, né à Verneuil, district de
+Beauvais, demeurant à Paris, rue de la Verrerie, maison de Reims.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Antoine Barthélemy, âgé de 40 ans, homme de loi, commissaire du
-pouvoir exécutif près le tribunal du district de Gannat, département
-de l'Allier, né à Riom, département du Puy-de-Dôme, ci-devant
+<p class="victime">Antoine Barthélemy, âgé de 40 ans, homme de loi, commissaire du
+pouvoir exécutif près le tribunal du district de Gannat, département
+de l'Allier, né à Riom, département du Puy-de-Dôme, ci-devant
procureur de la commune de Gannat, y demeurant.</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée,</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée,</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p class="entete"><i>Fournée des habitants de Verdun, immolés le 5 floréal an II</i> (24
+<p class="entete"><i>Fournée des habitants de Verdun, immolés le 5 floréal an II</i> (24
avril 1794).</p>
-<p>L'âge des <em>Vierges de Verdun</em>, accusées d'avoir offert des dragées au
-roi de Prusse, a été l'objet de discussions. On les a rajeunies, on
-les a vieillies, suivant qu'on a interrogé à ce sujet le <cite>Moniteur</cite> ou
-le bulletin du tribunal révolutionnaire. Ayant eu soin de prendre mes
-vérifications sur la minute même de leur jugement, je puis offrir à
+<p>L'âge des <em>Vierges de Verdun</em>, accusées d'avoir offert des dragées au
+roi de Prusse, a été l'objet de discussions. On les a rajeunies, on
+les a vieillies, suivant qu'on a interrogé à ce sujet le <cite>Moniteur</cite> ou
+le bulletin du tribunal révolutionnaire. Ayant eu soin de prendre mes
+vérifications sur la minute même de leur jugement, je puis offrir à
mes lecteurs des renseignements authentiques:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Henri-François Croyer, âgé de 52 ans, ci-devant capitaine
-d'ouvriers d'artillerie, né à Laon (Aisne), demeurant à Verdun;</p>
+<p>1. Henri-François Croyer, âgé de 52 ans, ci-devant capitaine
+d'ouvriers d'artillerie, né à Laon (Aisne), demeurant à Verdun;</p>
-<p>2. Jean-Baptiste Pellegrin, âgé de 52 ans, capitaine de gendarmerie,
-natif de Gondrecourt (Meuse), demeurant à Verdun;</p>
+<p>2. Jean-Baptiste Pellegrin, âgé de 52 ans, capitaine de gendarmerie,
+natif de Gondrecourt (Meuse), demeurant à Verdun;</p>
-<p>3. Michel Joulin, âgé de 31 ans, gendarme, né à Cornet, en Anjou,
-demeurant à Verdun;</p>
+<p>3. Michel Joulin, âgé de 31 ans, gendarme, né à Cornet, en Anjou,
+demeurant à Verdun;</p>
-<p>4. Nicolas Milly, âgé de 31 ans, gendarme, natif de Verdun;</p>
+<p>4. Nicolas Milly, âgé de 31 ans, gendarme, natif de Verdun;</p>
-<p>5. Badillon-Leclerc, âgé de 42 ans, gendarme, né à Thionville,
-demeurant à Verdun;</p>
+<p>5. Badillon-Leclerc, âgé de 42 ans, gendarme, né à Thionville,
+demeurant à Verdun;</p>
-<p>6. Gérard Desprez, âgé de 50 ans, né à Givet de Saint-Hilaire,
-Ardennes, demeurant à Verdun, gendarme de la brigade de Verdun;</p>
+<p>6. Gérard Desprez, âgé de 50 ans, né à Givet de Saint-Hilaire,
+Ardennes, demeurant à Verdun, gendarme de la brigade de Verdun;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page319" name="page319"></a>(p. 319)</span> 7. Pierre Thuilleur, âgé de 61 ans, né à Verdun, y demeurant;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page319" name="page319"></a>(p. 319)</span> 7. Pierre Thuilleur, âgé de 61 ans, né à Verdun, y demeurant;</p>
-<p>8. Henri-Barthélemy Grimoard, âgé de 70 ans, colonel d'un régiment
+<p>8. Henri-Barthélemy Grimoard, âgé de 70 ans, colonel d'un régiment
provincial, de l'artillerie de Metz, natif de Verdun, y demeurant;</p>
-<p>9. Jean-Baptiste-Philibert Perrin, âgé de 50 ans, droguiste, né et
-demeurant à Verdun;</p>
+<p>9. Jean-Baptiste-Philibert Perrin, âgé de 50 ans, droguiste, né et
+demeurant à Verdun;</p>
-<p>10. Alexandre-Joseph Neyon, âgé de 57 ans, lieutenant-colonel du 2<sup>e</sup>
-bataillon de la Meuse, natif de Soisy, demeurant à Driencourt, même
-département;</p>
+<p>10. Alexandre-Joseph Neyon, âgé de 57 ans, lieutenant-colonel du 2<sup>e</sup>
+bataillon de la Meuse, natif de Soisy, demeurant à Driencourt, même
+département;</p>
-<p>11. Jean-Baptiste Barthe, âgé de 60 ans &frac12;, receveur de la commune et
-juge de paix de la ville de Verdun, y demeurant, né à Thierville,
+<p>11. Jean-Baptiste Barthe, âgé de 60 ans &frac12;, receveur de la commune et
+juge de paix de la ville de Verdun, y demeurant, né à Thierville,
Meuse;</p>
-<p>12. Nicolas Lamele, âgé de 47 ans, avoué, né à Morge-Moulin, district
-d'Étain, demeurant à Verdun;</p>
+<p>12. Nicolas Lamele, âgé de 47 ans, avoué, né à Morge-Moulin, district
+d'Étain, demeurant à Verdun;</p>
-<p>13. Jacques-Nicolas d'Aubermesnil, âgé de 75 ans, ci-devant major de
-la citadelle de Verdun, et y demeurant, né à Aubermesnil, près Dieppe;</p>
+<p>13. Jacques-Nicolas d'Aubermesnil, âgé de 75 ans, ci-devant major de
+la citadelle de Verdun, et y demeurant, né à Aubermesnil, près Dieppe;</p>
-<p>14. Anne Grandfèvre, femme Tabouillot, âgée de 46 ans, née à Verdun,
-vivant de son revenu, demeurant à Verdun;</p>
+<p>14. Anne Grandfèvre, femme Tabouillot, âgée de 46 ans, née à Verdun,
+vivant de son revenu, demeurant à Verdun;</p>
-<p>15. Thérèse Pierson, femme Bestel, cordonnière, âgée de 41 ans,
-demeurant à Verdun;</p>
+<p>15. Thérèse Pierson, femme Bestel, cordonnière, âgée de 41 ans,
+demeurant à Verdun;</p>
-<p>16. Marie-Françoise Henry, femme Lalance, âgé de 69 ans, née à Verdun,
+<p>16. Marie-Françoise Henry, femme Lalance, âgé de 69 ans, née à Verdun,
y demeurant;</p>
-<p>17. Françoise Herbignon, veuve Masson, en son vivant procureur du
-tyran en la ci-devant maîtrise des eaux et forêts, âgée de 55 ans, née
-près Bar-le-Duc, demeurant à Verdun;</p>
+<p>17. Françoise Herbignon, veuve Masson, en son vivant procureur du
+tyran en la ci-devant maîtrise des eaux et forêts, âgée de 55 ans, née
+près Bar-le-Duc, demeurant à Verdun;</p>
-<p>18. Susanne Henry, fille de Henry, président du ci-devant bailliage de
-Verdun, âgée de 26 ans, née et demeurant à Verdun;</p>
+<p>18. Susanne Henry, fille de Henry, président du ci-devant bailliage de
+Verdun, âgée de 26 ans, née et demeurant à Verdun;</p>
-<p>19. Gabrielle Henry, aussi fille dudit Henry, âgée de 25 ans, née et
-demeurant à Verdun;</p>
+<p>19. Gabrielle Henry, aussi fille dudit Henry, âgée de 25 ans, née et
+demeurant à Verdun;</p>
-<p>20. Marguerite-Angélique Lagirouzière, fille de Lagirouzière, prévôt
-de campagne, âgée de 48 ans, demeurant à Verdun;</p>
+<p>20. Marguerite-Angélique Lagirouzière, fille de Lagirouzière, prévôt
+de campagne, âgée de 48 ans, demeurant à Verdun;</p>
-<p>21. Geneviève-Élisabeth Dauphin, veuve Brigand, capitaine des
-grenadiers de France, âgée de 56 ans, demeurant à Verdun;</p>
+<p>21. Geneviève-Élisabeth Dauphin, veuve Brigand, capitaine des
+grenadiers de France, âgée de 56 ans, demeurant à Verdun;</p>
-<p>22. Anne Vatrin, fille de défunt Vatrin, ci-devant militaire, âgée de
-25 ans, née à Étain, demeurant à Verdun;</p>
+<p>22. Anne Vatrin, fille de défunt Vatrin, ci-devant militaire, âgée de
+25 ans, née à Étain, demeurant à Verdun;</p>
-<p>23. Henriette Vatrin, fille dudit Vatrin, âgée de 23 ans, née à Étain,
-demeurant à Verdun;</p>
+<p>23. Henriette Vatrin, fille dudit Vatrin, âgée de 23 ans, née à Étain,
+demeurant à Verdun;</p>
-<p>24. Hélène Vatrin, aussi fille dudit Vatrin, née à Étain, âgée de 22
-ans, demeurant à Verdun;</p>
+<p>24. Hélène Vatrin, aussi fille dudit Vatrin, née à Étain, âgée de 22
+ans, demeurant à Verdun;</p>
-<p>25. Jean Gossin, âgé de 69 ans, ci-devant chanoine de la Madeleine de
-Verdun, né à Fresne en Lorraine;</p>
+<p>25. Jean Gossin, âgé de 69 ans, ci-devant chanoine de la Madeleine de
+Verdun, né à Fresne en Lorraine;</p>
-<p>26. Jean-Michel Colloz, âgé de 72 ans, ci-devant bénédictin, prieur de
-Saint-Thierry, archiviste et bibliothécaire de Verdun, natif du duché
-de Bouillon, demeurant à Verdun;</p>
+<p>26. Jean-Michel Colloz, âgé de 72 ans, ci-devant bénédictin, prieur de
+Saint-Thierry, archiviste et bibliothécaire de Verdun, natif du duché
+de Bouillon, demeurant à Verdun;</p>
-<p>27. Guillain Lefebvre, âgé de 62 ans, ci-devant bénédictin, natif de
-Cartigny, près Péronne (Somme), demeurant à Verdun;</p>
+<p>27. Guillain Lefebvre, âgé de 62 ans, ci-devant bénédictin, natif de
+Cartigny, près Péronne (Somme), demeurant à Verdun;</p>
-<p>28. Claude-Élisabeth Lacordière, âgé de 59 ans &frac12;, doyen du chapitre
-de la cathédrale de Verdun, y demeurant;</p>
+<p>28. Claude-Élisabeth Lacordière, âgé de 59 ans &frac12;, doyen du chapitre
+de la cathédrale de Verdun, y demeurant;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page320" name="page320"></a>(p. 320)</span> 29. Christophe Herbillon, âgé de 76 ans, ci-devant curé de
-Saint-Médard de Verdun, né à Boureuil, près Varennes (Meurthe),
-demeurant à Bar-sur-Ornain;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page320" name="page320"></a>(p. 320)</span> 29. Christophe Herbillon, âgé de 76 ans, ci-devant curé de
+Saint-Médard de Verdun, né à Boureuil, près Varennes (Meurthe),
+demeurant à Bar-sur-Ornain;</p>
-<p>30. Marguerite Croutte, âgée de 48 ans, née à Verdun, horlogère;</p>
+<p>30. Marguerite Croutte, âgée de 48 ans, née à Verdun, horlogère;</p>
-<p>31. François Chotain fils, âgé de 31 ans, né à Verdun, y demeurant,
+<p>31. François Chotain fils, âgé de 31 ans, né à Verdun, y demeurant,
perruquier;</p>
-<p>32. François Fortain, âgé de 43 ans, marchand cirier, demeurant à
+<p>32. François Fortain, âgé de 43 ans, marchand cirier, demeurant à
Verdun.</p>
-<p>33. Jacques Petit, âgé de 50 ans, né et demeurant à Verdun.</p>
+<p>33. Jacques Petit, âgé de 50 ans, né et demeurant à Verdun.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
-<p>L'âge de Claire Tabouillot et de Barbe Henry, dont les noms figuraient
-sur la liste des accusés, leur fit trouver grâce près de leurs juges,
-qui <em>se bornèrent</em> à les condamner à vingt ans de détention et à six
-heures d'exposition sur l'échafaud!</p>
+<p>L'âge de Claire Tabouillot et de Barbe Henry, dont les noms figuraient
+sur la liste des accusés, leur fit trouver grâce près de leurs juges,
+qui <em>se bornèrent</em> à les condamner à vingt ans de détention et à six
+heures d'exposition sur l'échafaud!</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 6 floréal an II (23 avril
+<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 6 floréal an II (23 avril
1794), appert:</p>
-<p class="victime">Jean-Nicolas Lallemand, âgé de 41 ans &frac12;, né à Dieuze, département de
-la Meurthe, ex-curé de la ci-devant paroisse de Houdelmont, même
-département, y demeurant.</p>
+<p class="victime">Jean-Nicolas Lallemand, âgé de 41 ans &frac12;, né à Dieuze, département de
+la Meurthe, ex-curé de la ci-devant paroisse de Houdelmont, même
+département, y demeurant.</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Étienne-Alexandre-Jacques Anisson du Perron, âgé de 44 ans, né à
+<p>1. Étienne-Alexandre-Jacques Anisson du Perron, âgé de 44 ans, né à
Paris, y demeurant, rue des Orties du Louvre, directeur de
l'Imprimerie nationale;</p>
-<p>2. Louis-Charles-Nicolas-Emmanuel Letoffier, âgé de 68 ans, né à
-Banon, district de Rethel, département des Ardennes, cultivateur,
-demeurant à Corbeil;</p>
+<p>2. Louis-Charles-Nicolas-Emmanuel Letoffier, âgé de 68 ans, né à
+Banon, district de Rethel, département des Ardennes, cultivateur,
+demeurant à Corbeil;</p>
-<p>3. François Gourou, âgé de 35 ans, né à Tours, fabricant de papiers,
-demeurant à Paris, rue Nicaise;</p>
+<p>3. François Gourou, âgé de 35 ans, né à Tours, fabricant de papiers,
+demeurant à Paris, rue Nicaise;</p>
-<p>4. Jean-Claude Jacquet, âgé de 59 ans, né à Lons-le-Saulnier, homme de
-loi, demeurant à Paris, rue Feydeau, n<sup>o</sup> 38;</p>
+<p>4. Jean-Claude Jacquet, âgé de 59 ans, né à Lons-le-Saulnier, homme de
+loi, demeurant à Paris, rue Feydeau, n<sup>o</sup> 38;</p>
-<p>5. Jean-Baptiste le Bault, âgé de 30 ans, né à Paris, receveur des
-propriétés d'Anisson du Perron, ci-devant secrétaire du district de
-Corbeil, demeurant à Ris.</p>
+<p>5. Jean-Baptiste le Bault, âgé de 30 ans, né à Paris, receveur des
+propriétés d'Anisson du Perron, ci-devant secrétaire du district de
+Corbeil, demeurant à Ris.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 7 floréal an II (26 avril
+<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 7 floréal an II (26 avril
1794), appert:</p>
-<p class="victime">François-Albert Mangin, âgé de 34 ans, né à Genicourt, département de
-la Meuse, demeurant à Paris, faubourg Poissonnière, n<sup>o</sup> 11, ci-devant
+<p class="victime">François-Albert Mangin, âgé de 34 ans, né à Genicourt, département de
+la Meuse, demeurant à Paris, faubourg Poissonnière, n<sup>o</sup> 11, ci-devant
cocher de place et de particulier.</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page321" name="page321"></a>(p. 321)</span> Du même jour, appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page321" name="page321"></a>(p. 321)</span> Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Armande-Amédée-Victoire Baillard-Trousseboire, femme Bellecise, âgée
-de 18 ans révolus, née à Paris, y demeurant, rue Thorigny, et à la
-Motte, district de Cusset, département de l'Allier, ex-noble.</p>
+<p class="victime">Armande-Amédée-Victoire Baillard-Trousseboire, femme Bellecise, âgée
+de 18 ans révolus, née à Paris, y demeurant, rue Thorigny, et à la
+Motte, district de Cusset, département de l'Allier, ex-noble.</p>
-<p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.</p>
+<p>Avoir été condamnée, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Gabriel Trinquelague, demeurant à Uzès, département du Gard, ci-devant
-capitaine au 34<sup>e</sup> régiment d'infanterie.</p>
+<p class="victime">Gabriel Trinquelague, demeurant à Uzès, département du Gard, ci-devant
+capitaine au 34<sup>e</sup> régiment d'infanterie.</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour 7 floréal an II (26 avril 1794), appert:</p>
+<p>Du même jour 7 floréal an II (26 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean-Joseph Duc, âgé de 32 ans, né à Caman, district de Cluse,
-département du Mont-Blanc, notaire;</p>
+<p>1. Jean-Joseph Duc, âgé de 32 ans, né à Caman, district de Cluse,
+département du Mont-Blanc, notaire;</p>
-<p>2. Joseph-Philibert Curton, âgé de 44 ans, né à Samoen, même district,
-habitant de la commune de Tanninge, même département;</p>
+<p>2. Joseph-Philibert Curton, âgé de 44 ans, né à Samoen, même district,
+habitant de la commune de Tanninge, même département;</p>
-<p>3. Jean-Baptiste Bojonet, âgé de 43 ans, né à Tanninge, département du
+<p>3. Jean-Baptiste Bojonet, âgé de 43 ans, né à Tanninge, département du
Mont-Blanc, y demeurant;</p>
-<p>4. Et Claude-François Pralon, âgé de 58 ans, né à Tanninge,
-département du Mont-Blanc, y demeurant;</p>
+<p>4. Et Claude-François Pralon, âgé de 58 ans, né à Tanninge,
+département du Mont-Blanc, y demeurant;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Tirard.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 8 floréal an II (27 avril 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 8 floréal an II (27 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean-Pierre Lambert, âgé de 28 ans, né à Guyenne, département de
-Seine-et-Marne, garçon boucher;</p>
+<p>1. Jean-Pierre Lambert, âgé de 28 ans, né à Guyenne, département de
+Seine-et-Marne, garçon boucher;</p>
-<p>2. François-Germain Savoye, âgé de 42 ans, né à Bezet-Germain,
-district de Château-Thierry, département de l'Ain, y demeurant,
+<p>2. François-Germain Savoye, âgé de 42 ans, né à Bezet-Germain,
+district de Château-Thierry, département de l'Ain, y demeurant,
postillon et charretier d'artillerie;</p>
-<p>3. Pierre Guéniot, vigneron, né à Sulpice de Favières, département de
-Seine-et-Oise, demeurant à Jon-la-Montagne;</p>
+<p>3. Pierre Guéniot, vigneron, né à Sulpice de Favières, département de
+Seine-et-Oise, demeurant à Jon-la-Montagne;</p>
-<p>4. Et Claude-Toussaint Leclerc, âgé de 60 ans, vigneron et cultivateur
-à Beaunecourt, lieu de sa naissance, y demeurant, département de
+<p>4. Et Claude-Toussaint Leclerc, âgé de 60 ans, vigneron et cultivateur
+à Beaunecourt, lieu de sa naissance, y demeurant, département de
Seine-et-Oise, assesseur de juge de paix.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 9 floréal an II (28 avril 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 9 floréal an II (28 avril 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Pierre-Jean Jean, âgé de 20 ans, né à Colmey, département de la
+<p>1. Pierre-Jean Jean, âgé de 20 ans, né à Colmey, département de la
Moselle, y demeurant, tisserand;</p>
-<p>2. Et Jean-Nicolas Nicolas, âgé de 52 ans, né à Archicourt,
-département de la Moselle, cordonnier, demeurant à Colmey.</p>
+<p>2. Et Jean-Nicolas Nicolas, âgé de 52 ans, né à Archicourt,
+département de la Moselle, cordonnier, demeurant à Colmey.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page322" name="page322"></a>(p. 322)</span> Par jugement du 9 floréal an II (28 avril 1794), appert que:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page322" name="page322"></a>(p. 322)</span> Par jugement du 9 floréal an II (28 avril 1794), appert que:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Gabriel-Louis Neufville, ci-devant duc de Villeroy<a id="footnotetag141" name="footnotetag141"></a><a href="#footnote141" title="Go to footnote 141"><span class="smaller">[141]</span></a>, âgé de 63
+<p>1. Gabriel-Louis Neufville, ci-devant duc de Villeroy<a id="footnotetag141" name="footnotetag141"></a><a href="#footnote141" title="Go to footnote 141"><span class="smaller">[141]</span></a>, âgé de 63
ans, natif de Paris, y demeurant, rue de Lille, ci-devant Bourbon, n<sup>o</sup>
-552, ci-devant duc et pair et capitaine de la première compagnie
-française des gardes du dernier tyran;</p>
+552, ci-devant duc et pair et capitaine de la première compagnie
+française des gardes du dernier tyran;</p>
-<p>2. Louis Thiroux Crosne, âgé de 57 ans, né à Paris, ci-devant
-lieutenant de police et conseiller d'État, demeurant à Paris, rue de
+<p>2. Louis Thiroux Crosne, âgé de 57 ans, né à Paris, ci-devant
+lieutenant de police et conseiller d'État, demeurant à Paris, rue de
Bracque, au Marais;</p>
-<p>3. Philippe-Antoine-Gabriel-Victor de la Tour-du-Pin Gouvernet, âgé de
+<p>3. Philippe-Antoine-Gabriel-Victor de la Tour-du-Pin Gouvernet, âgé de
72 ans, natif de Fourent en Champagne, ci-devant marquis et lieutenant
-général des armées, demeurant à Auteuil lors de son arrestation;</p>
+général des armées, demeurant à Auteuil lors de son arrestation;</p>
-<p>4. Jean-Frédéric la Tour-du-Pin, âgé de 67 ans, né à Grenoble,
-département de l'Isère, ancien lieutenant général des armées, et
-ci-devant ministre de la guerre, qualifié comte, demeurant, lors de
-son arrestation, chez la Tour-du-Moulin Gouvernet, son parent, à
+<p>4. Jean-Frédéric la Tour-du-Pin, âgé de 67 ans, né à Grenoble,
+département de l'Isère, ancien lieutenant général des armées, et
+ci-devant ministre de la guerre, qualifié comte, demeurant, lors de
+son arrestation, chez la Tour-du-Moulin Gouvernet, son parent, à
Auteuil;</p>
-<p>5. Claude Lemelletier, âgé de 37 ans, né à Commune-Affranchie,
-département de Rhône-et-Loire, chirurgien, demeurant à Trévoux,
-département de l'Ain;</p>
+<p>5. Claude Lemelletier, âgé de 37 ans, né à Commune-Affranchie,
+département de Rhône-et-Loire, chirurgien, demeurant à Trévoux,
+département de l'Ain;</p>
-<p>6. Jean-Marie-Angélique Gabet, âgé de 34 ans, né à Commune-Affranchie,
-ci-devant membre du tribunal de Trévoux, y demeurant, et lors de son
-arrestation, à Paris, maison de Varsovie, rue des Bons-Enfants;</p>
+<p>6. Jean-Marie-Angélique Gabet, âgé de 34 ans, né à Commune-Affranchie,
+ci-devant membre du tribunal de Trévoux, y demeurant, et lors de son
+arrestation, à Paris, maison de Varsovie, rue des Bons-Enfants;</p>
-<p>7. Catherine-Louise Lamoignon, âgée de 78 ans, née à Paris, y
+<p>7. Catherine-Louise Lamoignon, âgée de 78 ans, née à Paris, y
demeurant, rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain, ci-devant
marquise;</p>
-<p>8. Denis-François Angrand Dalleray, âgé de 78 ans, né à Paris,
-demeurant cul-de-sac Pocquet, section de l'Homme-Armé, ci-devant
+<p>8. Denis-François Angrand Dalleray, âgé de 78 ans, né à Paris,
+demeurant cul-de-sac Pocquet, section de l'Homme-Armé, ci-devant
lieutenant civil;</p>
-<p>9. Charles-Grangier la Ferrière, âgé de 56 ans, né à Pont-Château,
-département de la Loire-Inférieure, général de brigade, arrêté à
+<p>9. Charles-Grangier la Ferrière, âgé de 56 ans, né à Pont-Château,
+département de la Loire-Inférieure, général de brigade, arrêté à
Mende;</p>
-<p>10. Charles-Pierre-César-Prosper Mergot-Moutagon, âgé de 50 ans, natif
-de Précigné, ex-noble, ci-devant garde du tyran Capet;</p>
+<p>10. Charles-Pierre-César-Prosper Mergot-Moutagon, âgé de 50 ans, natif
+de Précigné, ex-noble, ci-devant garde du tyran Capet;</p>
-<p>11. Nicolas-François-Olivier Despalières, ex-noble, âgé de 61 ans,
-natif de <span class="pagenum"><a id="page323" name="page323"></a>(p. 323)</span> Moulins, département de l'Allier, demeurant à
+<p>11. Nicolas-François-Olivier Despalières, ex-noble, âgé de 61 ans,
+natif de <span class="pagenum"><a id="page323" name="page323"></a>(p. 323)</span> Moulins, département de l'Allier, demeurant à
Paris, rue du Paon, ci-devant chanoine de Montpellier;</p>
-<p>12. Marguerite-Marie-Louise Brangelogne, veuve de Paris-Montbrun, âgée
-de 69 ans, née à Paris, y demeurant, rue Avoye, n<sup>o</sup> 5, ex-noble;</p>
+<p>12. Marguerite-Marie-Louise Brangelogne, veuve de Paris-Montbrun, âgée
+de 69 ans, née à Paris, y demeurant, rue Avoye, n<sup>o</sup> 5, ex-noble;</p>
-<p>13. Jean-Louis Bravart Deissat Duprat, âgé de 50 ans, né à Boujac,
-près Riom, en Auvergne, demeurant à Busset, district de Cusset,
-département de l'Allier, ex-noble et ci-devant comte;</p>
+<p>13. Jean-Louis Bravart Deissat Duprat, âgé de 50 ans, né à Boujac,
+près Riom, en Auvergne, demeurant à Busset, district de Cusset,
+département de l'Allier, ex-noble et ci-devant comte;</p>
-<p>14. Marie-Nicole Brangelogne, âgée de 67 ans, née à Paris, y
+<p>14. Marie-Nicole Brangelogne, âgée de 67 ans, née à Paris, y
demeurant, rue Avoye, ex-noble et ex-religieuse;</p>
-<p>15. Madeleine Thouret, âgée de 31 ans, né à Moulins, département de
+<p>15. Madeleine Thouret, âgée de 31 ans, né à Moulins, département de
l'Allier, y demeurant;</p>
-<p>16. Thomas Gouffé, âgé de 50 ans, natif d'Étiolles, département de
-Seine-et-Marne, homme de loi, demeurant à Paris;</p>
+<p>16. Thomas Gouffé, âgé de 50 ans, natif d'Étiolles, département de
+Seine-et-Marne, homme de loi, demeurant à Paris;</p>
-<p>17. Charles-Hyacinthe Humbert, âgé de 28 ans, né à Connois,
-département de la Meurthe, ci-devant sous-lieutenant du 47<sup>e</sup> régiment
+<p>17. Charles-Hyacinthe Humbert, âgé de 28 ans, né à Connois,
+département de la Meurthe, ci-devant sous-lieutenant du 47<sup>e</sup> régiment
ci-devant Lorraine, et actuellement vivant de son revenu;</p>
-<p>18. François-Joseph Feydeau, âgé de 50 ans, né à Metz, ci-devant
-capitaine dans le régiment infanterie ci-devant Dauphin, demeurant à
+<p>18. François-Joseph Feydeau, âgé de 50 ans, né à Metz, ci-devant
+capitaine dans le régiment infanterie ci-devant Dauphin, demeurant à
Paris, rue Neuve-Eustache, n<sup>o</sup> 4;</p>
-<p>19. François-Jean Pichard du Page, âgé de 44 ans, né à
-Fontenay-le-Peuple, ci-devant homme de loi, ex-procureur général
-syndic du département de la Vendée, en 1791, actuellement de la
+<p>19. François-Jean Pichard du Page, âgé de 44 ans, né à
+Fontenay-le-Peuple, ci-devant homme de loi, ex-procureur général
+syndic du département de la Vendée, en 1791, actuellement de la
commune de Fontenay-le-Peuple, y demeurant;</p>
-<p>20. Jean Chopinet dit Chevalier, âgé de 23 ans, né à Moulins,
-département de l'Allier, maréchal des logis du 7<sup>e</sup> régiment de
-hussards, demeurant à Paris, rue des Hommes-Libres;</p>
+<p>20. Jean Chopinet dit Chevalier, âgé de 23 ans, né à Moulins,
+département de l'Allier, maréchal des logis du 7<sup>e</sup> régiment de
+hussards, demeurant à Paris, rue des Hommes-Libres;</p>
-<p>21. Paul-Louis Deveylle, ex-noble, âgé de 54 ans, né à
-Châtillon-les-Nonce, département de l'Ain, demeurant à Garneray;</p>
+<p>21. Paul-Louis Deveylle, ex-noble, âgé de 54 ans, né à
+Châtillon-les-Nonce, département de l'Ain, demeurant à Garneray;</p>
-<p>22. Charles-Marc-Antoine Jardin, âgé de 71 ans, ci-devant greffier en
-chef au Châtelet;</p>
+<p>22. Charles-Marc-Antoine Jardin, âgé de 71 ans, ci-devant greffier en
+chef au Châtelet;</p>
-<p>23. Alexandre-Benjamin Ropiquet, âgé de 42 ans, marchand de toiles et
-de tabac, natif de Saint-Longys, département de la Sarthe, demeurant à
+<p>23. Alexandre-Benjamin Ropiquet, âgé de 42 ans, marchand de toiles et
+de tabac, natif de Saint-Longys, département de la Sarthe, demeurant à
Paris, rue des Hommes-Libres;</p>
-<p>24. Jacques-Joseph Jocaille dit Saint-Hilaire, âgé de 50 ans, natif de
-Cambray, district de Cambray, département du Nord, demeurant audit
+<p>24. Jacques-Joseph Jocaille dit Saint-Hilaire, âgé de 50 ans, natif de
+Cambray, district de Cambray, département du Nord, demeurant audit
lieu, ex-noble;</p>
-<p>25. Pierre Martin, âgé de 55 ans, né à Orléans, y demeurant,
-département du Loiret;</p>
+<p>25. Pierre Martin, âgé de 55 ans, né à Orléans, y demeurant,
+département du Loiret;</p>
-<p>26. Armand-Louis-François-Edme Béthune-Charost, âgé de 23 ans, natif
-de Paris, demeurant à Calais, même département, ci-devant duc;</p>
+<p>26. Armand-Louis-François-Edme Béthune-Charost, âgé de 23 ans, natif
+de Paris, demeurant à Calais, même département, ci-devant duc;</p>
-<p>27. Aymar-Charles-François-Nicolaï, âgé de 57 ans, né à Paris, rue des
-Enfants-Rouges, ci-devant premier président du grand conseil;</p>
+<p>27. Aymar-Charles-François-Nicolaï, âgé de 57 ans, né à Paris, rue des
+Enfants-Rouges, ci-devant premier président du grand conseil;</p>
-<p>28. Marie-Louise-Victoire Sourches, veuve Vallière, née à Paris, y
+<p>28. Marie-Louise-Victoire Sourches, veuve Vallière, née à Paris, y
demeurant, rue du Grand-Chantier, n<sup>o</sup> 11;</p>
-<p>29. Louise-Antoinette Farjaun, veuve Bussy, âgée de 68 ans, née à
-Montpellier, ci-devant comtesse, arrêtée à Chartres, demeurant à
+<p>29. Louise-Antoinette Farjaun, veuve Bussy, âgée de 68 ans, née à
+Montpellier, ci-devant comtesse, arrêtée à Chartres, demeurant à
Paris, rue du Grand-Chantier, n<sup>o</sup> 11.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page324" name="page324"></a>(p. 324)</span> 30. Antoine-Jean Terray, âgé de 44 ans, ci-devant intendant
-de Lyon, aujourd'hui Commune-Affranchie, ex-noble, né à Paris,
-demeurant à Lamotte-du-Tilly, district de Nogent-sur-Seine,
-département de l'Aube;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page324" name="page324"></a>(p. 324)</span> 30. Antoine-Jean Terray, âgé de 44 ans, ci-devant intendant
+de Lyon, aujourd'hui Commune-Affranchie, ex-noble, né à Paris,
+demeurant à Lamotte-du-Tilly, district de Nogent-sur-Seine,
+département de l'Aube;</p>
-<p>31. Joseph-Fidèle Ginot, âgé de 28 ans, né à Poitiers, département de
+<p>31. Joseph-Fidèle Ginot, âgé de 28 ans, né à Poitiers, département de
la Vienne, ci-devant avocat au Parlement de Paris, demeurant rue du
Grand-Chantier;</p>
-<p>32. Marie-Nicole Pernet, femme Terray, âgée de 43 ans, née à Dijon,
-département de la Côte-d'Or, demeurant audit lieu de Lamotte;</p>
+<p>32. Marie-Nicole Pernet, femme Terray, âgée de 43 ans, née à Dijon,
+département de la Côte-d'Or, demeurant audit lieu de Lamotte;</p>
-<p>33. Charles-Henri Estaing, âgé de 65 ans, natif de Ravel, département
-du Puy-de-Dôme, ancien amiral et lieutenant général, demeurant à
-Paris, rue Helvétius, n<sup>o</sup> 52, section le Peletier;</p>
+<p>33. Charles-Henri Estaing, âgé de 65 ans, natif de Ravel, département
+du Puy-de-Dôme, ancien amiral et lieutenant général, demeurant à
+Paris, rue Helvétius, n<sup>o</sup> 52, section le Peletier;</p>
</div>
-<p>Ont été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution dudit
-jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de cette
-ville, ledit jugement signé du président et du greffier.</p>
+<p>Ont été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution dudit
+jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de cette
+ville, ledit jugement signé du président et du greffier.</p>
-<p>Par procès-verbal dressé par Degaignée, un des huissiers du tribunal
-révolutionnaire, en date du 9 floréal de l'an II de la République
-française, une et indivisible, appert avoir été constaté que le
-jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
-Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.</p>
+<p>Par procès-verbal dressé par Degaignée, un des huissiers du tribunal
+révolutionnaire, en date du 9 floréal de l'an II de la République
+française, une et indivisible, appert avoir été constaté que le
+jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 12 floréal (1<sup>er</sup> mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 12 floréal (1<sup>er</sup> mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Augustin-Henri Langlois de Pommeuse, âgé de 50 ans, né à Paris, y
+<p>1. Augustin-Henri Langlois de Pommeuse, âgé de 50 ans, né à Paris, y
demeurant, rue Chapon au Marais, ci-devant conseiller au ci-devant
parlement de Paris;</p>
-<p>2. Adélaïde-Sophie Chuppin, femme dudit Langlois de Pommeuse, âgée de
-43 ans, née à Paris, y demeurant, rue Chapon, avec son mari;</p>
+<p>2. Adélaïde-Sophie Chuppin, femme dudit Langlois de Pommeuse, âgée de
+43 ans, née à Paris, y demeurant, rue Chapon, avec son mari;</p>
-<p>3. Auguste-Louis Langlois de Guérard, âgé de 46 ans, né à Paris, y
-demeurant, rue des Bons-Enfants, section de la Halle au blé, ci-devant
+<p>3. Auguste-Louis Langlois de Guérard, âgé de 46 ans, né à Paris, y
+demeurant, rue des Bons-Enfants, section de la Halle au blé, ci-devant
officier aux gardes;</p>
-<p>4. Étienne Vignié, âgé de 40 ans, né à Rigueux, département de
-Seine-et-Marne, demeurant à Pommeuse, prêtre et chapelain du nommé
+<p>4. Étienne Vignié, âgé de 40 ans, né à Rigueux, département de
+Seine-et-Marne, demeurant à Pommeuse, prêtre et chapelain du nommé
Langlois de Pommeuse;</p>
-<p>5. Claude-Louis Deligny, âgé de 44 ans, né à Boutigny, demeurant à
+<p>5. Claude-Louis Deligny, âgé de 44 ans, né à Boutigny, demeurant à
Paris, cultivateur fermier de Langlois de Pommeuse;</p>
-<p>6. Et Gervais Seurre, âgé de 44 ans, né à Migneville, demeurant à
+<p>6. Et Gervais Seurre, âgé de 44 ans, né à Migneville, demeurant à
Paris, domestique de Langlois de Pommeuse;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 12 floréal (1<sup>er</sup> mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 12 floréal (1<sup>er</sup> mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Pierre Landois, âgé de 30 ans, né à Saint-Nicolas, département de
-l'Eure, demeurant à Evreux, huissier;</p>
+<p>1. Pierre Landois, âgé de 30 ans, né à Saint-Nicolas, département de
+l'Eure, demeurant à Evreux, huissier;</p>
-<p>2. Et Jean Glutron, âgé de 39 ans, né à Brovelle, demeurant à Évreux,
+<p>2. Et Jean Glutron, âgé de 39 ans, né à Brovelle, demeurant à Évreux,
entrepreneur de convois militaires, aubergiste;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page325" name="page325"></a>(p. 325)</span> Du même jour, appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page325" name="page325"></a>(p. 325)</span> Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Louis-Ignace Chalmeton, âgé de 40 ans, né à Chambonas, département
-de l'Ardèche, demeurant à Uzès, département du Gard, avocat procureur
-syndic du district d'Uzès;</p>
+<p>1. Louis-Ignace Chalmeton, âgé de 40 ans, né à Chambonas, département
+de l'Ardèche, demeurant à Uzès, département du Gard, avocat procureur
+syndic du district d'Uzès;</p>
-<p>2. Claude Ancôme Bernard, âgé de 32 ans, né à Besançon, département du
+<p>2. Claude Ancôme Bernard, âgé de 32 ans, né à Besançon, département du
Doubs, y demeurant, marchand de bois, notable de la commune, juge au
tribunal de commerce, commandant en second de la garde nationale;</p>
-<p>3. Jean-Antoine Poulet, âgé de 60 ans, né à Besançon, y demeurant,
+<p>3. Jean-Antoine Poulet, âgé de 60 ans, né à Besançon, y demeurant,
notable et commissaire de section, agent de Beaufremont;</p>
-<p>4. Guillaume Nogaret, âgé de 46 ans, né à Dijon, département de la
-Côte-d'Or, demeurant à Besançon, commis marchand;</p>
+<p>4. Guillaume Nogaret, âgé de 46 ans, né à Dijon, département de la
+Côte-d'Or, demeurant à Besançon, commis marchand;</p>
-<p>5. François-Joseph Monthon, âgé de 35 ans, né à Turin en Savoye (sic),
-demeurant à Burginien, département du Mont-Blanc, garde du tyran,
+<p>5. François-Joseph Monthon, âgé de 35 ans, né à Turin en Savoye (sic),
+demeurant à Burginien, département du Mont-Blanc, garde du tyran,
Sarde et lieutenant de gendarmerie;</p>
-<p>6. Et Jacques Rabaut, âgé de 56 ans, né à Jason, département (en
-blanc), demeurant à Marseille, négociant armateur;</p>
+<p>6. Et Jacques Rabaut, âgé de 56 ans, né à Jason, département (en
+blanc), demeurant à Marseille, négociant armateur;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 13 floréal an II (2 mai 1798), appert:</p>
+<p>Par jugement du 13 floréal an II (2 mai 1798), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Denis Carbillet, âgé de 52 ans, né à Langres, département de la
-Haute-Marne, demeurant à Paris, rue des Petites-Écuries, ci-devant
+<p>1. Denis Carbillet, âgé de 52 ans, né à Langres, département de la
+Haute-Marne, demeurant à Paris, rue des Petites-Écuries, ci-devant
menuisier du ci-devant d'Artois, lieutenant du ci-devant bataillon dit
-Saint-Lazare, section Poissonnière;</p>
+Saint-Lazare, section Poissonnière;</p>
-<p>2. Pierre Diacon, âgé de 50 ans, né à Colombines, près Neufchâtel en
+<p>2. Pierre Diacon, âgé de 50 ans, né à Colombines, près Neufchâtel en
Suisse, ancien militaire de la maison de la guerre, actuellement
-inspecteur des armes à feu à l'Arsenal, à Paris, y demeurant;</p>
+inspecteur des armes à feu à l'Arsenal, à Paris, y demeurant;</p>
-<p>3. Et Laurent Pétra, âgé de 55 ans, né à la Fère en Tardenois,
-département de l'Aisne, ci-devant curé de la commune de Lévemont,
-département de l'Oise, et y demeurant;</p>
+<p>3. Et Laurent Pétra, âgé de 55 ans, né à la Fère en Tardenois,
+département de l'Aisne, ci-devant curé de la commune de Lévemont,
+département de l'Oise, et y demeurant;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 14 floréal (3 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 14 floréal (3 mai 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Denis Repoux Chevagny, âgé de 72 ans, né à Lazy, département de la
-Nièvre, ci-devant auditeur des comptes de Dôle, demeurant à Lazy;</p>
+<p class="victime">Denis Repoux Chevagny, âgé de 72 ans, né à Lazy, département de la
+Nièvre, ci-devant auditeur des comptes de Dôle, demeurant à Lazy;</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, établi par la loi du
- 10 mars 1793, l'an II de la République, séant à Paris, au palais, le 14 floréal
+<p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, établi par la loi du
+ 10 mars 1793, l'an II de la République, séant à Paris, au palais, le 14 floréal
(3 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Gabriel Tassin, dit de l'Étang, âgé de 50 ans, né et demeurant à
+<p>1. Gabriel Tassin, dit de l'Étang, âgé de 50 ans, né et demeurant à
Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, ci-devant banquier et commandant
des Filles Saint-Thomas;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page326" name="page326"></a>(p. 326)</span> 2. Louis-Daniel Tassin, âgé de 52 ans, né et demeurant à
-Paris, rue des Filles-Saint-Thomas, ci-devant banquier, électeur,
-député suppléant à l'Assemblée constituante, officier municipal et
-administrateur des vivres à Paris;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page326" name="page326"></a>(p. 326)</span> 2. Louis-Daniel Tassin, âgé de 52 ans, né et demeurant à
+Paris, rue des Filles-Saint-Thomas, ci-devant banquier, électeur,
+député suppléant à l'Assemblée constituante, officier municipal et
+administrateur des vivres à Paris;</p>
-<p>3. Jean-Philippe Wenmaring, né à Malchem, département du Bas-Rhin,
-demeurant à Paris, rue de Gramont, ci-devant commis banquier et
+<p>3. Jean-Philippe Wenmaring, né à Malchem, département du Bas-Rhin,
+demeurant à Paris, rue de Gramont, ci-devant commis banquier et
capitaine des grenadiers du bataillon des Filles-Saint-Thomas;</p>
-<p>4. Simon Picquet, âgé de 39 ans, né à Strasbourg, demeurant à Paris,
+<p>4. Simon Picquet, âgé de 39 ans, né à Strasbourg, demeurant à Paris,
rue Neuve-des-Petits-Champs, marchand brocanteur, ci-devant aide de
-camp de Crillon le cadet à l'armée des Ardennes;</p>
+camp de Crillon le cadet à l'armée des Ardennes;</p>
-<p>5. Pierre-Étienne Engibeau, âgé de 37 ans et demeurant à Paris, rue
+<p>5. Pierre-Étienne Engibeau, âgé de 37 ans et demeurant à Paris, rue
Vivienne, n<sup>o</sup> 63, traiteur et ci-devant grenadier des
Filles-Saint-Thomas;</p>
-<p>6. François Parizeau, âgé de 50 ans, né à Ville-Affranchie, demeurant
-à Paris, rue de la Loi, ci-devant commissaire de la comptabilité,
+<p>6. François Parizeau, âgé de 50 ans, né à Ville-Affranchie, demeurant
+à Paris, rue de la Loi, ci-devant commissaire de la comptabilité,
grenadier des Filles-Saint-Thomas et aide de camp de Lafayette;</p>
-<p>7. Charles-Jean-Baptiste Deschamps Tresfontaines, âgé de 51 ans, né à
-Rouen, département de la Seine-Inférieure, demeurant à Paris, rue
-Colbert, employé aux droits d'enregistrement en qualité de sous-chef;</p>
+<p>7. Charles-Jean-Baptiste Deschamps Tresfontaines, âgé de 51 ans, né à
+Rouen, département de la Seine-Inférieure, demeurant à Paris, rue
+Colbert, employé aux droits d'enregistrement en qualité de sous-chef;</p>
-<p>8. Joseph-Louis Maulguet, âgé de 46 ans, né à Paris, demeurant à
-Villers-Cotterets, département de l'Aisne, ci-devant architecte;</p>
+<p>8. Joseph-Louis Maulguet, âgé de 46 ans, né à Paris, demeurant à
+Villers-Cotterets, département de l'Aisne, ci-devant architecte;</p>
-<p>9. Thomas-Simon Bérard, âgé de 53 ans, né à Commune-Affranchie,
-demeurant à Paris, rue Gramont, section le Peletier, ci-devant
-négociant armateur, ex-capitaine de la 3<sup>e</sup> compagnie du bataillon des
+<p>9. Thomas-Simon Bérard, âgé de 53 ans, né à Commune-Affranchie,
+demeurant à Paris, rue Gramont, section le Peletier, ci-devant
+négociant armateur, ex-capitaine de la 3<sup>e</sup> compagnie du bataillon des
Filles-Saint-Thomas;</p>
-<p>10. Pierre-Jacques Perret, âgé de 36 ans, né à Manteville, département
-du Calvados, demeurant à Évreux, département de l'Eure, ayant un autre
-domicile à Paris, rue Dominique, ci-devant agent de change et
-commandant du bataillon des Petits-Pères;</p>
+<p>10. Pierre-Jacques Perret, âgé de 36 ans, né à Manteville, département
+du Calvados, demeurant à Évreux, département de l'Eure, ayant un autre
+domicile à Paris, rue Dominique, ci-devant agent de change et
+commandant du bataillon des Petits-Pères;</p>
-<p>11. Louis-Gabriel d'Hangest, âgé de 48 ans, né à Rumilly, département
-des Ardennes, demeurant à Paris, rue Chabannais, ci-devant
+<p>11. Louis-Gabriel d'Hangest, âgé de 48 ans, né à Rumilly, département
+des Ardennes, demeurant à Paris, rue Chabannais, ci-devant
mousquetaire et chevalier de Saint-Louis, et actuellement papetier,
grenadier des Filles-Saint-Thomas;</p>
-<p>12. François-Henri Laurent, âgé de 28 ans, vitrier, né et demeurant à
+<p>12. François-Henri Laurent, âgé de 28 ans, vitrier, né et demeurant à
Paris, rue Feydeau;</p>
-<p>13. Et Étienne-Jacques-Armand Rougemont, né à Coursemont, département
-de la Sarthe, directeur de la comptabilité des loteries;</p>
+<p>13. Et Étienne-Jacques-Armand Rougemont, né à Coursemont, département
+de la Sarthe, directeur de la comptabilité des loteries;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
-cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.</p>
+<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.</p>
-<p>Par procès-verbal dressé par Degaignée, l'un des huissiers du tribunal
-révolutionnaire, en date du 14 floréal, appert avoir été constaté que
-le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
-Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.</p>
+<p>Par procès-verbal dressé par Degaignée, l'un des huissiers du tribunal
+révolutionnaire, en date du 14 floréal, appert avoir été constaté que
+le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 15 floréal an II (4 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 15 floréal an II (4 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. François Lacroix, âgé de 52 ans, natif de Nancy, département de la
-<span class="pagenum"><a id="page327" name="page327"></a>(p. 327)</span> Meurthe, ci-devant employé à la loterie nationale, demeurant
-à Paris;</p>
+<p>1. François Lacroix, âgé de 52 ans, natif de Nancy, département de la
+<span class="pagenum"><a id="page327" name="page327"></a>(p. 327)</span> Meurthe, ci-devant employé à la loterie nationale, demeurant
+à Paris;</p>
-<p>2. Auguste-Joseph Saintenoy, âgé de 18 ans &frac12;, confiseur, né à
-Orchies, demeurant à Paris;</p>
+<p>2. Auguste-Joseph Saintenoy, âgé de 18 ans &frac12;, confiseur, né à
+Orchies, demeurant à Paris;</p>
-<p>3. Jean-François Durand, âgé de 24 ans, natif de Neufchâteau, gendarme
-à pied à la 32<sup>e</sup> division stationnaire à l'armée du Nord;</p>
+<p>3. Jean-François Durand, âgé de 24 ans, natif de Neufchâteau, gendarme
+à pied à la 32<sup>e</sup> division stationnaire à l'armée du Nord;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 15 floréal (4 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 15 floréal (4 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Claude-Antoine Cleriac Labeaume, âgé de 61 ans, né à Nancy,
-département de la Meurthe, ex-marquis, demeurant à Paris, rue Cérutti,
+<p>1. Claude-Antoine Cleriac Labeaume, âgé de 61 ans, né à Nancy,
+département de la Meurthe, ex-marquis, demeurant à Paris, rue Cérutti,
n<sup>o</sup> 2;</p>
-<p>2. Antoine Dutailly, âgé de 52 ans, né à Besançon, département du
+<p>2. Antoine Dutailly, âgé de 52 ans, né à Besançon, département du
Doubs, y demeurant, homme de loi, agent de Choiseul-la-Beaume;</p>
-<p>3. Claude-Philippe Moniotte, âgé de 76 ans, né à Besançon, y
-demeurant, ex-conseiller au présidial et juge du tribunal du district
-de Besançon;</p>
+<p>3. Claude-Philippe Moniotte, âgé de 76 ans, né à Besançon, y
+demeurant, ex-conseiller au présidial et juge du tribunal du district
+de Besançon;</p>
-<p>4. Jacques-Louis le Bègue Oyseville, âgé de 58 ans, né à Pithiviers, y
-demeurant, département du Loiret, ex-noble, maire et président du
+<p>4. Jacques-Louis le Bègue Oyseville, âgé de 58 ans, né à Pithiviers, y
+demeurant, département du Loiret, ex-noble, maire et président du
district de Pithiviers, y demeurant;</p>
-<p>5. Julien-François Boire, âgé de 68 ans, né à Paris, y demeurant, quai
+<p>5. Julien-François Boire, âgé de 68 ans, né à Paris, y demeurant, quai
des Tournelles, n<sup>o</sup> 6, ex-avocat au parlement de Paris;</p>
-<p>6. Marie-Pierre-Thomas Mauvielle, âgé de 59 ans, né à Coutances,
-département de la Manche, demeurant à Saint-Lô, même département;</p>
+<p>6. Marie-Pierre-Thomas Mauvielle, âgé de 59 ans, né à Coutances,
+département de la Manche, demeurant à Saint-Lô, même département;</p>
-<p>7. Georges le Bienlais de Wiesval, âgé de 76 ans, né au Rocher,
-district d'Avranches, département de la Manche, demeurant à Paris, rue
+<p>7. Georges le Bienlais de Wiesval, âgé de 76 ans, né au Rocher,
+district d'Avranches, département de la Manche, demeurant à Paris, rue
du Four-Germain, n<sup>o</sup> 52, ex-noble, et lieutenant-colonel de cavalerie
et chevalier de Saint-Louis;</p>
-<p>8. Marc-Antoine Levis, âgé de 55 ans, né à Lugny, département de
-Saône-et-Loire, ex-comte et chevalier de Saint-Louis, et ex-député à
-l'Assemblée constituante, demeurant à Paris, rue Helvétius, n<sup>o</sup> 53;</p>
+<p>8. Marc-Antoine Levis, âgé de 55 ans, né à Lugny, département de
+Saône-et-Loire, ex-comte et chevalier de Saint-Louis, et ex-député à
+l'Assemblée constituante, demeurant à Paris, rue Helvétius, n<sup>o</sup> 53;</p>
-<p>9. Théodore-Joseph Boissard, âgé de 56 ans, né à Pontarlier,
-département du Doubs, y demeurant, ex-avocat et procureur syndic du
+<p>9. Théodore-Joseph Boissard, âgé de 56 ans, né à Pontarlier,
+département du Doubs, y demeurant, ex-avocat et procureur syndic du
district de Pontarlier;</p>
-<p>10. Et Charles-Jérôme, âgé de 37 ans, né à Paris, y demeurant, rue de
+<p>10. Et Charles-Jérôme, âgé de 37 ans, né à Paris, y demeurant, rue de
Seine, n<sup>o</sup> 1064, notaire;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
-cette ville, le jugement signé du président et du greffier.</p>
+<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, le jugement signé du président et du greffier.</p>
-<p>Par procès-verbal dressé par Degaignée, l'un des huissiers du
-tribunal, en date du 15 floréal, appert avoir été constaté que le
-jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
-Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.</p>
+<p>Par procès-verbal dressé par Degaignée, l'un des huissiers du
+tribunal, en date du 15 floréal, appert avoir été constaté que le
+jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 16 floréal an II (5 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 16 floréal an II (5 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jacques-Jean la Bussière, âgé de 53 ans, né de la commune de
-Dampierre, <span class="pagenum"><a id="page328" name="page328"></a>(p. 328)</span> demeurant à Angelier, département de la Nièvre,
-ancien capitaine du régiment d'Auvergne, ex-noble;</p>
+<p>1. Jacques-Jean la Bussière, âgé de 53 ans, né de la commune de
+Dampierre, <span class="pagenum"><a id="page328" name="page328"></a>(p. 328)</span> demeurant à Angelier, département de la Nièvre,
+ancien capitaine du régiment d'Auvergne, ex-noble;</p>
-<p>2. Marie-Caconne-Joséphine Thomassine Duverne, âgée de 36 ans, native
-de Mingot, demeurant à Cosne, département de la Nièvre;</p>
+<p>2. Marie-Caconne-Joséphine Thomassine Duverne, âgée de 36 ans, native
+de Mingot, demeurant à Cosne, département de la Nièvre;</p>
-<p>3. Jeanne Dreux, femme Lichy, ex-noble, âgée de 62 ans, native de
-Sauvigny, département de l'Allier, demeurant à Cosne;</p>
+<p>3. Jeanne Dreux, femme Lichy, ex-noble, âgée de 62 ans, native de
+Sauvigny, département de l'Allier, demeurant à Cosne;</p>
-<p>4. Et Marie-Florence Valori, veuve de François-Étienne Mazin, noble,
-âgée de 67 ans, native du Quesnoy, demeurant à Dampierre, département
-de la Nièvre;</p>
+<p>4. Et Marie-Florence Valori, veuve de François-Étienne Mazin, noble,
+âgée de 67 ans, native du Quesnoy, demeurant à Dampierre, département
+de la Nièvre;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 16 floréal (5 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 16 floréal (5 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Claude-Françoise Loisellier, âgée de 47 ans, de Paris, y demeurant,
+<p>1. Claude-Françoise Loisellier, âgée de 47 ans, de Paris, y demeurant,
ci-devant faiseuse de modes;</p>
-<p>2. Félicité-Mélanie Lunouf, âgée de 21 ans, née à Paris, demeurant rue
-Montmartre, ouvrière en robes;</p>
+<p>2. Félicité-Mélanie Lunouf, âgée de 21 ans, née à Paris, demeurant rue
+Montmartre, ouvrière en robes;</p>
-<p>3. Marie-Madeleine Virolle, âgée de 25 ans, née à Angoulême,
-coiffeuse, demeurant à Paris, rue Coquillière;</p>
+<p>3. Marie-Madeleine Virolle, âgée de 25 ans, née à Angoulême,
+coiffeuse, demeurant à Paris, rue Coquillière;</p>
-<p>4. Jacques Duchesne, âgé de 60 ans, né à Verdun, demeurant à Chaillot,
-facteur militaire de la section des Champs-Élysées;</p>
+<p>4. Jacques Duchesne, âgé de 60 ans, né à Verdun, demeurant à Chaillot,
+facteur militaire de la section des Champs-Élysées;</p>
-<p>5. Et Jean Sauvage, âgé de 34 ans, armurier et canonnier du Panthéon
-français;</p>
+<p>5. Et Jean Sauvage, âgé de 34 ans, armurier et canonnier du Panthéon
+français;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, etc., le 17 floréal an II
+<p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire, etc., le 17 floréal an II
(6 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Henri-Jacques Poulet, âgé de 56 ans, natif de Metz, département de
+<p>1. Henri-Jacques Poulet, âgé de 56 ans, natif de Metz, département de
la Moselle, ex-noble et ci-devant conseiller au parlement de Metz, et
-procureur syndic du département de la Moselle;</p>
+procureur syndic du département de la Moselle;</p>
-<p>2. Matthieu Sequer, âgé de 65 ans, né à Daillange, district de Briey,
-département de la Moselle, homme de loi, membre du directoire du
-département de la Moselle, demeurant à Briey;</p>
+<p>2. Matthieu Sequer, âgé de 65 ans, né à Daillange, district de Briey,
+département de la Moselle, homme de loi, membre du directoire du
+département de la Moselle, demeurant à Briey;</p>
-<p>3. Jean-Christophe Thibault, âgé de 60 ans, né à Isminy, district de
-Dieuze, département de la Meurthe, employé dans les salines,
-ex-administrateur du département de la Moselle, demeurant à Metz;</p>
+<p>3. Jean-Christophe Thibault, âgé de 60 ans, né à Isminy, district de
+Dieuze, département de la Meurthe, employé dans les salines,
+ex-administrateur du département de la Moselle, demeurant à Metz;</p>
-<p>4. Martin Baulaire, âgé de 38 ans, né à Rodemack, district de
-Thionville, département de la Moselle, demeurant à Metz;</p>
+<p>4. Martin Baulaire, âgé de 38 ans, né à Rodemack, district de
+Thionville, département de la Moselle, demeurant à Metz;</p>
-<p>5. Jean-Claude Géant, âgé de 41 ans, natif de Ravil, district de
-Boulay, département de la Moselle, maire et aubergiste à
-Pont-à-Chaussy, ex-administrateur du département de la Moselle;</p>
+<p>5. Jean-Claude Géant, âgé de 41 ans, natif de Ravil, district de
+Boulay, département de la Moselle, maire et aubergiste à
+Pont-à-Chaussy, ex-administrateur du département de la Moselle;</p>
-<p>6. François Collin, âgé de 54 ans, né à Metz, département de la
-Moselle, ex-administrateur dudit département;</p>
+<p>6. François Collin, âgé de 54 ans, né à Metz, département de la
+Moselle, ex-administrateur dudit département;</p>
-<p>7. Michel Wagner, âgé de 43 ans, cultivateur et ex-administrateur du
-département de la Moselle, né à Sarre-Libre;</p>
+<p>7. Michel Wagner, âgé de 43 ans, cultivateur et ex-administrateur du
+département de la Moselle, né à Sarre-Libre;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page329" name="page329"></a>(p. 329)</span> 8. Jacques Libre Briand, âgé de 34 ans, né à Paris, demeurant
-à Buchy, district de Morhange, département de la Moselle, et agent
-national près le même district;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page329" name="page329"></a>(p. 329)</span> 8. Jacques Libre Briand, âgé de 34 ans, né à Paris, demeurant
+à Buchy, district de Morhange, département de la Moselle, et agent
+national près le même district;</p>
-<p>9. Jean-Baptiste-Nicolas Flosse le jeune, âgé de 36 ans, né à Boulay,
-département de la Moselle, maître de poste et entrepreneur des étapes,
-membre du directoire du département de la Moselle, demeurant à
+<p>9. Jean-Baptiste-Nicolas Flosse le jeune, âgé de 36 ans, né à Boulay,
+département de la Moselle, maître de poste et entrepreneur des étapes,
+membre du directoire du département de la Moselle, demeurant à
Boullay;</p>
-<p>10. Jacques-Libre Pierron, âgé de 32 ans, natif de
-Villers-la-Montague, district de Longwy, département de la Moselle,
+<p>10. Jacques-Libre Pierron, âgé de 32 ans, natif de
+Villers-la-Montague, district de Longwy, département de la Moselle,
juge au tribunal de Briey, y demeurant;</p>
-<p>11. Et Alexandre-Nicolas Courtois, âgé de 33 ans, natif de Longuyon,
-district de Longwy, département de la Moselle, suppléant au tribunal
-du district et ex-administrateur du département de la Moselle;</p>
+<p>11. Et Alexandre-Nicolas Courtois, âgé de 33 ans, natif de Longuyon,
+district de Longwy, département de la Moselle, suppléant au tribunal
+du district et ex-administrateur du département de la Moselle;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 17 floréal an II (6 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 17 floréal an II (6 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Charles-Joseph Lejollivet, âgé de 67 ans, ingénieur vétéran des
-ponts-et-chaussées et architecte du ci-devant Roi, né à Orléans,
-demeurant à Dijon;</p>
+<p>1. Charles-Joseph Lejollivet, âgé de 67 ans, ingénieur vétéran des
+ponts-et-chaussées et architecte du ci-devant Roi, né à Orléans,
+demeurant à Dijon;</p>
-<p>2. Denis Lamugnière, âgé de 65 ans, né à Poiseul-les-Saulx,
-département de la Côte-d'Or, greffier de la ci-devant maîtrise des
-eaux et forêts de Dijon, y demeurant;</p>
+<p>2. Denis Lamugnière, âgé de 65 ans, né à Poiseul-les-Saulx,
+département de la Côte-d'Or, greffier de la ci-devant maîtrise des
+eaux et forêts de Dijon, y demeurant;</p>
-<p>3. Étienne Guelaud, âgé de 60 ans, né à Dijon, département de la
-Côte-d'or, avoué au tribunal de commerce dudit lieu, y demeurant;</p>
+<p>3. Étienne Guelaud, âgé de 60 ans, né à Dijon, département de la
+Côte-d'or, avoué au tribunal de commerce dudit lieu, y demeurant;</p>
-<p>4. Joseph Galleton, âgé de 50 ans, perruquier, né à Dijon, département
-de la Côte-d'Or, y demeurant;</p>
+<p>4. Joseph Galleton, âgé de 50 ans, perruquier, né à Dijon, département
+de la Côte-d'Or, y demeurant;</p>
-<p>5. Jean-Baptiste Thierry, âgé de 29 ans, perruquier, né à Dijon, y
+<p>5. Jean-Baptiste Thierry, âgé de 29 ans, perruquier, né à Dijon, y
demeurant;</p>
-<p>6. Claude Joudrier, âgé de 36 ans, perruquier, né à Dijon, y
+<p>6. Claude Joudrier, âgé de 36 ans, perruquier, né à Dijon, y
demeurant;</p>
-<p>7. Jacques Testard, âgé de 49 ans, né à Saulieu, département de la
-Côte-d'Or, ci-devant procureur à Dijon, y demeurant;</p>
+<p>7. Jacques Testard, âgé de 49 ans, né à Saulieu, département de la
+Côte-d'Or, ci-devant procureur à Dijon, y demeurant;</p>
-<p>8. François Bille, âgé de 26 ans, perruquier, né à Dijon, y demeurant;</p>
+<p>8. François Bille, âgé de 26 ans, perruquier, né à Dijon, y demeurant;</p>
-<p>9. Jean-Baptiste Sallez, âgé de 42 ans, né à Mâcon, limonadier,
-demeurant à Saulieu (Côte-d'Or);</p>
+<p>9. Jean-Baptiste Sallez, âgé de 42 ans, né à Mâcon, limonadier,
+demeurant à Saulieu (Côte-d'Or);</p>
-<p>10. Jean-Baptiste Guenot, âgé de 46 ans, né à Autun, département de la
-Haute-Saône, commis dans la régie des cuirs à Dôle avant la
-révolution, et depuis pour l'approvisionnement des armées, demeurant à
+<p>10. Jean-Baptiste Guenot, âgé de 46 ans, né à Autun, département de la
+Haute-Saône, commis dans la régie des cuirs à Dôle avant la
+révolution, et depuis pour l'approvisionnement des armées, demeurant à
Saint-Jean de Losne;</p>
-<p>11. Claude Chaussier, âgé de 51 ans, marchand de bois pour le service
-de la marine, né à Dijon, y demeurant;</p>
+<p>11. Claude Chaussier, âgé de 51 ans, marchand de bois pour le service
+de la marine, né à Dijon, y demeurant;</p>
-<p>12. Alexandre Jaucourt, âgé de 56 ans, né à Cernay, département du
-Loiret, ex-marquis, demeurant à Arcomey;</p>
+<p>12. Alexandre Jaucourt, âgé de 56 ans, né à Cernay, département du
+Loiret, ex-marquis, demeurant à Arcomey;</p>
-<p>13. Et Charlotte-Aimée Damoiseau, femme Montheraut, ex-noble, âgée de
-67 ans, née à Vizerny, département de la Côte-d'Or, demeurant à Dijon;</p>
+<p>13. Et Charlotte-Aimée Damoiseau, femme Montheraut, ex-noble, âgée de
+67 ans, née à Vizerny, département de la Côte-d'Or, demeurant à Dijon;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par l'un
-des huissiers du tribunal révolutionnaire.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par l'un
+des huissiers du tribunal révolutionnaire.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page330" name="page330"></a>(p. 330)</span> Par jugement du 18 floréal (7 mai 1794), appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page330" name="page330"></a>(p. 330)</span> Par jugement du 18 floréal (7 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean-François Rameau, âgé de 57 ans, ex-député suppléant à
-l'Assemblée constituante et assesseur du juge de paix de Cosne, y
+<p>1. Jean-François Rameau, âgé de 57 ans, ex-député suppléant à
+l'Assemblée constituante et assesseur du juge de paix de Cosne, y
demeurant;</p>
-<p>2. Jean-Louis-Rameau, âgé de 72 ans, natif de Neuzy, assesseur du juge
+<p>2. Jean-Louis-Rameau, âgé de 72 ans, natif de Neuzy, assesseur du juge
de paix de Cosne, y demeurant;</p>
-<p>3. Et Jean-François Guillaumot, âgé de 27 ans, né à Clamecy,
-département de la Nièvre, demeurant à Cosne, ci-devant clerc de
+<p>3. Et Jean-François Guillaumot, âgé de 27 ans, né à Clamecy,
+département de la Nièvre, demeurant à Cosne, ci-devant clerc de
notaire;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">François Petit-Jean, âgé de 48 ans, né à Toul, y demeurant,
-département de la Meurthe, ci-devant trésorier des dépenses de la
+<p class="victime">François Petit-Jean, âgé de 48 ans, né à Toul, y demeurant,
+département de la Meurthe, ci-devant trésorier des dépenses de la
guerre;</p>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. François-René-Louis Chevandier, âgé de 32 ans, né à Valdrôme, y
-demeurant, département de la Drôme, lieutenant dans la gendarmerie
+<p>1. François-René-Louis Chevandier, âgé de 32 ans, né à Valdrôme, y
+demeurant, département de la Drôme, lieutenant dans la gendarmerie
nationale;</p>
-<p>2. Vincent Ferrier, âgé de 33 ans, né à Rieux, département de la
+<p>2. Vincent Ferrier, âgé de 33 ans, né à Rieux, département de la
Haute-Garonne, demeurant au Buis;</p>
-<p>3. Joseph Sulpice, âgé de 23 ans, né au Mans, département de la
+<p>3. Joseph Sulpice, âgé de 23 ans, né au Mans, département de la
Sarthe, ci-devant domestique chez Duclos Besignan, demeurant commune
-de ce nom, département de la Drôme;</p>
+de ce nom, département de la Drôme;</p>
-<p>4. Joseph-Hyacinthe Guintrand, âgé de 30 ans environ, matelassier,
-demeurant à Vezon, ci-devant Comtat, département de la Drôme;</p>
+<p>4. Joseph-Hyacinthe Guintrand, âgé de 30 ans environ, matelassier,
+demeurant à Vezon, ci-devant Comtat, département de la Drôme;</p>
-<p>5. Jean-Joseph Fity, âgé de 30 ans, né à Nevers, département de la
-Nièvre, menuisier, demeurant au Buis;</p>
+<p>5. Jean-Joseph Fity, âgé de 30 ans, né à Nevers, département de la
+Nièvre, menuisier, demeurant au Buis;</p>
-<p>6. Et François Paschal, âgé de 30 ans, né à Lecan, département des
-Basses-Alpes, demeurant au Buis, département de la Drôme;</p>
+<p>6. Et François Paschal, âgé de 30 ans, né à Lecan, département des
+Basses-Alpes, demeurant au Buis, département de la Drôme;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 19 floréal an II (8 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 19 floréal an II (8 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Clément de Laage père, âgé de 70 ans, ci-devant fermier général,
-demeurant à Paris, rue Neuve-Grange-Batelière, né à Saintes,
-département de la Charente-Inférieure;</p>
+<p>1. Clément de Laage père, âgé de 70 ans, ci-devant fermier général,
+demeurant à Paris, rue Neuve-Grange-Batelière, né à Saintes,
+département de la Charente-Inférieure;</p>
-<p>2. Louis-Balthazar Dangers-Bagneux, âgé de 55 ans, né à Paris, y
-demeurant, rue des Quatre-Fils, ci-devant fermier général;</p>
+<p>2. Louis-Balthazar Dangers-Bagneux, âgé de 55 ans, né à Paris, y
+demeurant, rue des Quatre-Fils, ci-devant fermier général;</p>
-<p>3. Jacques Paulze, âgé de 71 ans, né à Montbrison, département de
-Seine-et-Oise, demeurant à Paris, rue des Piques, ci-devant fermier
-général;</p>
+<p>3. Jacques Paulze, âgé de 71 ans, né à Montbrison, département de
+Seine-et-Oise, demeurant à Paris, rue des Piques, ci-devant fermier
+général;</p>
-<p>4. Antoine-Laurent Lavoisier, âgé de 50 ans, né à Paris, y demeurant,
+<p>4. Antoine-Laurent Lavoisier, âgé de 50 ans, né à Paris, y demeurant,
boulevard de la Madeleine, section des Piques, ci-devant fermier
-général.</p>
+général.</p>
-<p>5. François Puissant, âgé de 59 ans, né au Port de l'Égalité,
-département du Morbihan, demeurant à Paris, rue Mesnard, ci-devant
-fermier général;</p>
+<p>5. François Puissant, âgé de 59 ans, né au Port de l'Égalité,
+département du Morbihan, demeurant à Paris, rue Mesnard, ci-devant
+fermier général;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page331" name="page331"></a>(p. 331)</span> 6. Alexandre-Victor Saint-Amand, âgé de 74 ans, né à
-Marseille, ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue
-Neuve-des-Petits-Champs, vis-à-vis celle d'Antin;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page331" name="page331"></a>(p. 331)</span> 6. Alexandre-Victor Saint-Amand, âgé de 74 ans, né à
+Marseille, ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue
+Neuve-des-Petits-Champs, vis-à-vis celle d'Antin;</p>
-<p>7. Gilbert-Georges Monteloup, âgé de 68 ans, né à Montaigne,
-département du Puy-de-Dôme, ci-devant fermier général, demeurant à
-Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup> 88;</p>
+<p>7. Gilbert-Georges Monteloup, âgé de 68 ans, né à Montaigne,
+département du Puy-de-Dôme, ci-devant fermier général, demeurant à
+Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup> 88;</p>
-<p>8. Adam-François-Paul Saint-Christau, âgé de 44 ans, né à Rennes,
-département d'Ille-et-Vilaine, ci-devant fermier général, demeurant à
-Paris rue Thévenot, et, à la campagne, à la Ferté-sous-Reuilly,
-département de l'Indre, district d'Issoudun;</p>
+<p>8. Adam-François-Paul Saint-Christau, âgé de 44 ans, né à Rennes,
+département d'Ille-et-Vilaine, ci-devant fermier général, demeurant à
+Paris rue Thévenot, et, à la campagne, à la Ferté-sous-Reuilly,
+département de l'Indre, district d'Issoudun;</p>
-<p>9. Jean-Baptiste Boullongne, âgé de 45 ans, né à Paris, y demeurant,
-place de la Révolution, ci-devant fermier général;</p>
+<p>9. Jean-Baptiste Boullongne, âgé de 45 ans, né à Paris, y demeurant,
+place de la Révolution, ci-devant fermier général;</p>
-<p>10. Louis-Marie le Bas Courmon, âgé de 52 ans, né à Paris, y
-demeurant, rue Cérutti, ci-devant fermier général, et depuis régisseur
-général;</p>
+<p>10. Louis-Marie le Bas Courmon, âgé de 52 ans, né à Paris, y
+demeurant, rue Cérutti, ci-devant fermier général, et depuis régisseur
+général;</p>
-<p>11. Charles-René Perceval Frileuse, âgé de 35 ans, né à Paris, y
-demeurant, rue Thérèse, section de la Montagne, et actuellement à
-Nantes-sur-Seine, ci-devant fermier général;</p>
+<p>11. Charles-René Perceval Frileuse, âgé de 35 ans, né à Paris, y
+demeurant, rue Thérèse, section de la Montagne, et actuellement à
+Nantes-sur-Seine, ci-devant fermier général;</p>
-<p>12. Nicolas-Jacques Papillon Dauteroche, âgé de 64 ans, né à Châlons,
-département de la Marne, district de ce nom, ci-devant fermier
-général, demeurant à Paris, rue Madeleine-Honoré;</p>
+<p>12. Nicolas-Jacques Papillon Dauteroche, âgé de 64 ans, né à Châlons,
+département de la Marne, district de ce nom, ci-devant fermier
+général, demeurant à Paris, rue Madeleine-Honoré;</p>
-<p>13. Jean-Germain Maubert Neuilly, âgé de 64 ans, né à Paris, ci-devant
-fermier général, demeurant à Noisy-le-Grand;</p>
+<p>13. Jean-Germain Maubert Neuilly, âgé de 64 ans, né à Paris, ci-devant
+fermier général, demeurant à Noisy-le-Grand;</p>
-<p>14. Jacques-Joseph Brac la Perrière, âgé de 68 ans, né à
-Ville-Affranchie, département de Rhône-et-Loire, ci-devant fermier
-général, demeurant à Mantes-sur-Seine, département de Seine-et-Oise;</p>
+<p>14. Jacques-Joseph Brac la Perrière, âgé de 68 ans, né à
+Ville-Affranchie, département de Rhône-et-Loire, ci-devant fermier
+général, demeurant à Mantes-sur-Seine, département de Seine-et-Oise;</p>
-<p>15. Claude-François Rougeot, âgé de 76 ans, natif de Dijon,
-département de la Côte-d'Or, ci-devant fermier général, demeurant à
-Paris, rue de la Révolution, n<sup>o</sup> 23, ayant un domicile à
+<p>15. Claude-François Rougeot, âgé de 76 ans, natif de Dijon,
+département de la Côte-d'Or, ci-devant fermier général, demeurant à
+Paris, rue de la Révolution, n<sup>o</sup> 23, ayant un domicile à
Fontainebleau;</p>
-<p>16. François-Jean Vente, âgé de 68 ans, né à Dieppe, département de la
-Seine-Inférieure, ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue de
+<p>16. François-Jean Vente, âgé de 68 ans, né à Dieppe, département de la
+Seine-Inférieure, ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue de
Gramont;</p>
-<p>17. Denis-Henri Fabure, âgé de 47 ans, né à Paris, ci devant fermier
-général, demeurant à Caen, département du Calvados;</p>
+<p>17. Denis-Henri Fabure, âgé de 47 ans, né à Paris, ci devant fermier
+général, demeurant à Caen, département du Calvados;</p>
-<p>18. Nicolas Deveile, âgé de 44 ans, natif de Lagrele, département de
-Rhône-et-Loire, ex-fermier général, demeurant à Paris, place des
-Piques, section du même nom;</p>
+<p>18. Nicolas Deveile, âgé de 44 ans, natif de Lagrele, département de
+Rhône-et-Loire, ex-fermier général, demeurant à Paris, place des
+Piques, section du même nom;</p>
-<p>19. Clément Cugnat l'Épinay, âgé de 55 ans, né à Paris, ex-fermier
-général, y demeurant, rue de la Jussienne, section du Contrat-Social;</p>
+<p>19. Clément Cugnat l'Épinay, âgé de 55 ans, né à Paris, ex-fermier
+général, y demeurant, rue de la Jussienne, section du Contrat-Social;</p>
-<p>20. Jean-Louis Loiseau Béranger, âgé de 62 ans, né à Paris, ex-fermier
-général, rue Neuve-Luxembourg, section des Piques;</p>
+<p>20. Jean-Louis Loiseau Béranger, âgé de 62 ans, né à Paris, ex-fermier
+général, rue Neuve-Luxembourg, section des Piques;</p>
-<p>21. Louis-Adrien Prévost d'Arlincourt, âgé de 50 ans, natif d'Évreux,
-département d'Eure-et-Loir, ex-fermier général, demeurant à
-Migny-le-Hameau, district de Versailles, département de Seine-et-Oise;</p>
+<p>21. Louis-Adrien Prévost d'Arlincourt, âgé de 50 ans, natif d'Évreux,
+département d'Eure-et-Loir, ex-fermier général, demeurant à
+Migny-le-Hameau, district de Versailles, département de Seine-et-Oise;</p>
-<p>22. Jérôme-François-Hector Saleur de Grizian, âgé de 64 ans, né à
-Paris, ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue des Moulins,
+<p>22. Jérôme-François-Hector Saleur de Grizian, âgé de 64 ans, né à
+Paris, ci-devant fermier général, demeurant à Paris, rue des Moulins,
section de la Montagne, n<sup>o</sup> 496;</p>
-<p>23. Étienne-Marc de Haye, âgé de 36 ans, natif de Paris, ci-devant
-fermier <span class="pagenum"><a id="page332" name="page332"></a>(p. 332)</span> général, demeurant à Paris, place de la Révolution,
+<p>23. Étienne-Marc de Haye, âgé de 36 ans, natif de Paris, ci-devant
+fermier <span class="pagenum"><a id="page332" name="page332"></a>(p. 332)</span> général, demeurant à Paris, place de la Révolution,
n<sup>o</sup> 3, et dans la commune de Saint-Firmin, district de Senlis,
-département de l'Oise;</p>
+département de l'Oise;</p>
-<p>24. François-Marie Ménage Pressigny, âgé de 60 ans, natif de Bordeaux,
-ex-fermier général, demeurant à Paris, rue des Jeûneurs, n<sup>o</sup> 25,
+<p>24. François-Marie Ménage Pressigny, âgé de 60 ans, natif de Bordeaux,
+ex-fermier général, demeurant à Paris, rue des Jeûneurs, n<sup>o</sup> 25,
section de Brutus;</p>
-<p>25. Guillaume Couturier, âgé de 60 ans, natif d'Orléans, ci-devant
-fermier général, demeurant à Paris, rue de Cléry, section de Brutus;</p>
+<p>25. Guillaume Couturier, âgé de 60 ans, natif d'Orléans, ci-devant
+fermier général, demeurant à Paris, rue de Cléry, section de Brutus;</p>
-<p>26. Louis-Philippe Durancel, âgé de 40 ans, natif de Paris, ex-fermier
-général, demeurant à Paris, rue Cadet, n<sup>o</sup> 8, section du
+<p>26. Louis-Philippe Durancel, âgé de 40 ans, natif de Paris, ex-fermier
+général, demeurant à Paris, rue Cadet, n<sup>o</sup> 8, section du
Faubourg-Montmartre;</p>
-<p>27. Alexandre-Philibert-Pierre Perceval, âgé de 36 ans, né à Paris,
-ex-fermier général, demeurant à Grainville, district de Caen,
-département du Calvados;</p>
+<p>27. Alexandre-Philibert-Pierre Perceval, âgé de 36 ans, né à Paris,
+ex-fermier général, demeurant à Grainville, district de Caen,
+département du Calvados;</p>
-<p>28. Jean-François Didelot, âgé de 59 ans, né à Châlons-sur-Marne,
-ex-fermier général et régisseur, demeurant à Paris, rue de Buffaut,
+<p>28. Jean-François Didelot, âgé de 59 ans, né à Châlons-sur-Marne,
+ex-fermier général et régisseur, demeurant à Paris, rue de Buffaut,
section du Faubourg-Montmartre;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
-cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.</p>
+<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.</p>
-<p>Par procès-verbal dressé par Leclerc, huissier du tribunal
-révolutionnaire, en date du 19 floréal, appert avoir été constaté que
-le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
-Révolution de cette ville, où les susnommés ont été mis à mort.</p>
+<p>Par procès-verbal dressé par Leclerc, huissier du tribunal
+révolutionnaire, en date du 19 floréal, appert avoir été constaté que
+le jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où les susnommés ont été mis à mort.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 21 floréal an II (10 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 21 floréal an II (10 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Élisabeth-Marie-Hélène Capet, s&oelig;ur de Louis Capet, âgée de 30
-ans, native de Versailles, département de Seine-et-Oise, domiciliée à
+<p>1. Élisabeth-Marie-Hélène Capet, s&oelig;ur de Louis Capet, âgée de 30
+ans, native de Versailles, département de Seine-et-Oise, domiciliée à
Paris;</p>
-<p>2. Anne Duwaes, âgée de 55 ans, native de Keisnith, en Allemagne,
-domiciliée à la Montagne-du-Bon-Air, département de Seine-et-Oise,
+<p>2. Anne Duwaes, âgée de 55 ans, native de Keisnith, en Allemagne,
+domiciliée à la Montagne-du-Bon-Air, département de Seine-et-Oise,
veuve de....... Laigle, ci-devant marquis;</p>
-<p>3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, ex-comte, âgé de 69 ans, natif de
-Caen, département du Calvados, domicilié à Chatou, département de
+<p>3. Louis-Bernardin Leneuf Sourdeval, ex-comte, âgé de 69 ans, natif de
+Caen, département du Calvados, domicilié à Chatou, département de
Seine-et-Oise;</p>
-<p>4. Anne-Nicole Lamoignon, âgée de 76 ans, native de Paris, y
-domiciliée, veuve du ci-devant marquis de Senozan;</p>
+<p>4. Anne-Nicole Lamoignon, âgée de 76 ans, native de Paris, y
+domiciliée, veuve du ci-devant marquis de Senozan;</p>
-<p>5. Claude-Louise-Angélique Bersin, ex-marquise, âgée de 64 ans, native
-de Paris, y domiciliée, femme séparée de corps et de biens de Crussol
+<p>5. Claude-Louise-Angélique Bersin, ex-marquise, âgée de 64 ans, native
+de Paris, y domiciliée, femme séparée de corps et de biens de Crussol
d'Amboise;</p>
<p>6. Georges Folloppe, pharmacien, ex-officier municipal de la Commune,
-âgé de 64 ans, natif de Écalalix, près Yvetot, domicilié à Paris, rue
-et porte Honoré;</p>
+âgé de 64 ans, natif de Écalalix, près Yvetot, domicilié à Paris, rue
+et porte Honoré;</p>
-<p>7. Denise Buard, âgée de 52 ans, native de Paris, y domiciliée, rue
+<p>7. Denise Buard, âgée de 52 ans, native de Paris, y domiciliée, rue
Florentin, n<sup>o</sup> 674;</p>
-<p>8. Louis-Pierre-Marcel Letellier, dit Bullier, ci-devant employé à
-l'habillement <span class="pagenum"><a id="page333" name="page333"></a>(p. 333)</span> des troupes, âgé de 21 ans et demi, natif de
-Paris, y domicilié, rue Florentin, n<sup>o</sup> 674;</p>
+<p>8. Louis-Pierre-Marcel Letellier, dit Bullier, ci-devant employé à
+l'habillement <span class="pagenum"><a id="page333" name="page333"></a>(p. 333)</span> des troupes, âgé de 21 ans et demi, natif de
+Paris, y domicilié, rue Florentin, n<sup>o</sup> 674;</p>
<p>9. Charles Cressy Champmilon, ex-noble et ci-devant officier de
-marine, âgé de 33 ans, natif de Courton, près Sens, département de
-l'Yonne, y domicilié;</p>
+marine, âgé de 33 ans, natif de Courton, près Sens, département de
+l'Yonne, y domicilié;</p>
-<p>10. Théodore Hall, manufacturier et négociant, âgé de 26 ans, natif de
-Seuzy, département de l'Yonne, y domicilié;</p>
+<p>10. Théodore Hall, manufacturier et négociant, âgé de 26 ans, natif de
+Seuzy, département de l'Yonne, y domicilié;</p>
-<p>11. Alexandre-François Lomenie, ex-comte, et ci-devant colonel du
-régiment des chasseurs dit Champagne, âgé de 36 ans, natif de
-Marseille, domicilié à Brienne, département de l'Aube;</p>
+<p>11. Alexandre-François Lomenie, ex-comte, et ci-devant colonel du
+régiment des chasseurs dit Champagne, âgé de 36 ans, natif de
+Marseille, domicilié à Brienne, département de l'Aube;</p>
<p>12. Louis-Marie-Athanase Lomenie, ex-ministre de la guerre et maire de
-Brienne, âgé de 64 ans, natif de Paris, domicilié à Brienne,
-département de l'Aube;</p>
+Brienne, âgé de 64 ans, natif de Paris, domicilié à Brienne,
+département de l'Aube;</p>
<p>13. Antoine-Hugues-Calixte Montmorin, sous-lieutenant dans le 5<sup>e</sup>
-régiment des chasseurs à cheval, âgé de 22 ans, natif de Versailles,
-département de Seine-et-Oise, domicilié à Passy;</p>
+régiment des chasseurs à cheval, âgé de 22 ans, natif de Versailles,
+département de Seine-et-Oise, domicilié à Passy;</p>
-<p>14. Jean-Baptiste Lhoste, agent et domestique de Megret de Sérilly,
-âgé de 47 ans, natif de Forgère, domicilié à Paris;</p>
+<p>14. Jean-Baptiste Lhoste, agent et domestique de Megret de Sérilly,
+âgé de 47 ans, natif de Forgère, domicilié à Paris;</p>
-<p>15. Martial Lomenie, ex-noble et coadjuteur de l'évêché du département
-de l'Yonne, âgé de 30 ans, natif de Marseille, domicilié à Sens;</p>
+<p>15. Martial Lomenie, ex-noble et coadjuteur de l'évêché du département
+de l'Yonne, âgé de 30 ans, natif de Marseille, domicilié à Sens;</p>
-<p>16. Antoine-Jean-François Megret de Sérilly, ci-devant trésorier
-général de la guerre, et depuis cultivateur, âgé de 48 ans, natif de
-Paris, domicilié à Passy, près Sens;</p>
+<p>16. Antoine-Jean-François Megret de Sérilly, ci-devant trésorier
+général de la guerre, et depuis cultivateur, âgé de 48 ans, natif de
+Paris, domicilié à Passy, près Sens;</p>
<p>17. Antoine-Jean-Marie Megret Detigny, ex-noble, ci-devant
-sous-aide-major du régiment des ci-devant gardes françaises, âgé de 46
-ans, natif de Paris, domicilié à Sens;</p>
+sous-aide-major du régiment des ci-devant gardes françaises, âgé de 46
+ans, natif de Paris, domicilié à Sens;</p>
<p>18. Charles Lomenie, ci-devant chevalier des ordres dits de
-Saint-Louis et de Cincinnatus, âgé de 33 ans, natif de Marseille,
-domicilié à Brienne, département de l'Aube;</p>
+Saint-Louis et de Cincinnatus, âgé de 33 ans, natif de Marseille,
+domicilié à Brienne, département de l'Aube;</p>
-<p>19. Françoise-Gabrielle Tanneffe, âgée de 50 ans, native de Chadieu,
-département du Puy-de-Dôme, domiciliée chez Megret Sérilly, à Passy,
-département de l'Yonne, veuve de Montmorin, ministre des affaires
-étrangères;</p>
+<p>19. Françoise-Gabrielle Tanneffe, âgée de 50 ans, native de Chadieu,
+département du Puy-de-Dôme, domiciliée chez Megret Sérilly, à Passy,
+département de l'Yonne, veuve de Montmorin, ministre des affaires
+étrangères;</p>
-<p>20. Anne-Marie-Charlotte Lomenie, âgée de 29 ans, native de Paris,
-domiciliée à Sens et à Paris, rue Georges, section du Mont-Blanc, n<sup>o</sup>
-18, divorcée de l'émigré Canizy;</p>
+<p>20. Anne-Marie-Charlotte Lomenie, âgée de 29 ans, native de Paris,
+domiciliée à Sens et à Paris, rue Georges, section du Mont-Blanc, n<sup>o</sup>
+18, divorcée de l'émigré Canizy;</p>
-<p>21. Marie-Anne-Catherine Rosset, âgée de 44 ans, native de Rochefort,
-département de la Charente, domiciliée à Sens, mariée à
-Charles-Christophe Rosset Cercy, ci-devant officier de marine, émigré;</p>
+<p>21. Marie-Anne-Catherine Rosset, âgée de 44 ans, native de Rochefort,
+département de la Charente, domiciliée à Sens, mariée à
+Charles-Christophe Rosset Cercy, ci-devant officier de marine, émigré;</p>
-<p>22. Élisabeth-Jacqueline Lhermitte, âgée de 65 ans, mariée au
+<p>22. Élisabeth-Jacqueline Lhermitte, âgée de 65 ans, mariée au
ci-devant comte Rosset, ex-noble et ci-devant lieutenant-colonel des
-carabiniers, et maréchal de camp, émigré;</p>
+carabiniers, et maréchal de camp, émigré;</p>
<p>23. Louis-Claude Lhermitte Chambertrand, ex-chanoine de la ci-devant
-cathédrale de Sens, ex-noble, âgé de 60 ans, natif de Sens;</p>
+cathédrale de Sens, ex-noble, âgé de 60 ans, natif de Sens;</p>
-<p>24. Anne-Marie-Louise Thomas, âgée de 31 ans, native de Paris,
-domiciliée à Passy, département de l'Yonne, mariée à Megret Sérilly;</p>
+<p>24. Anne-Marie-Louise Thomas, âgée de 31 ans, native de Paris,
+domiciliée à Passy, département de l'Yonne, mariée à Megret Sérilly;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page334" name="page334"></a>(p. 334)</span> 25. Jean-Baptiste Dubois, domestique de Megret Detigny, âgé
-de 41 ans, natif de Merfit, district de Reims, département de la
-Marne, domicilié chez ledit Megret Detigny.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page334" name="page334"></a>(p. 334)</span> 25. Jean-Baptiste Dubois, domestique de Megret Detigny, âgé
+de 41 ans, natif de Merfit, district de Reims, département de la
+Marne, domicilié chez ledit Megret Detigny.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Vu l'extrait du jugement du tribunal
-révolutionnaire et du procès-verbal d'exécution dressé par Château, en
-date du 21 floréal.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Vu l'extrait du jugement du tribunal
+révolutionnaire et du procès-verbal d'exécution dressé par Château, en
+date du 21 floréal.</p>
-<p class="author"><i>Signé</i>: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author"><i>Signé</i>: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 22 floréal an II (11 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 22 floréal an II (11 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Angélique Des Marais, âgée de 59 ans, née à Paris, y demeurant, rue
-Saint-Étienne, ci-devant religieuse des Filles Saint-Thomas;</p>
+<p>1. Angélique Des Marais, âgée de 59 ans, née à Paris, y demeurant, rue
+Saint-Étienne, ci-devant religieuse des Filles Saint-Thomas;</p>
-<p>2. Geneviève-Barbe Guoyon, âgée de 77 ans, née à Paris, demeurant rue
-Saint-Étienne, couturière;</p>
+<p>2. Geneviève-Barbe Guoyon, âgée de 77 ans, née à Paris, demeurant rue
+Saint-Étienne, couturière;</p>
-<p>3. Anne-Catherine Aubert, âgée de 39 ans, ex-religieuse, demeurant rue
-Saint-Étienne;</p>
+<p>3. Anne-Catherine Aubert, âgée de 39 ans, ex-religieuse, demeurant rue
+Saint-Étienne;</p>
-<p>4. Antoine-Louis Desmonceaux, âgé de 37 ans, né à Paris, ci-devant
+<p>4. Antoine-Louis Desmonceaux, âgé de 37 ans, né à Paris, ci-devant
vicaire de Saint-Paul, et actuellement commis des Receveurs de la
-Ville, demeurant à Paris;</p>
+Ville, demeurant à Paris;</p>
-<p>5. Et Louis-Paul-François Lecointre, âgé de 73 ans, né à
-Nogent-le-Rotrou, ex-chanoine du Mans, demeurant à Paris, rue du Paon.</p>
+<p>5. Et Louis-Paul-François Lecointre, âgé de 73 ans, né à
+Nogent-le-Rotrou, ex-chanoine du Mans, demeurant à Paris, rue du Paon.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Joseph-Saint-Germain de Villeplat, âgé de 66 ans, ci-devant fermier
-général, né à Valence, département de la Drôme, demeurant à
+<p>1. Joseph-Saint-Germain de Villeplat, âgé de 66 ans, ci-devant fermier
+général, né à Valence, département de la Drôme, demeurant à
Fontainebleau;</p>
-<p>2. Et Marie-Marguerite Pericard, veuve Ressy, âgée de 71 ans, née à
-Roinville, près Dourdan, demeurant à Paris, cul-de-sac Saint-Pharon;</p>
+<p>2. Et Marie-Marguerite Pericard, veuve Ressy, âgée de 71 ans, née à
+Roinville, près Dourdan, demeurant à Paris, cul-de-sac Saint-Pharon;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 23 floréal an II (12 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 23 floréal an II (12 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Hugues Lastic, âgé de 74 ans, ex-comte et noble, né à
-Saint-Martin-sous-Liron, district de Saint-Flour, département du
-Cantal, demeurant à Lescure, près Saint-Flour;</p>
+<p>1. Hugues Lastic, âgé de 74 ans, ex-comte et noble, né à
+Saint-Martin-sous-Liron, district de Saint-Flour, département du
+Cantal, demeurant à Lescure, près Saint-Flour;</p>
-<p>2. Pierre Raclet, âgé de 70 ans, né à Dijon, ex-directeur de la Régie
-générale, demeurant à Sommevoire, département de la Haute-Marne;</p>
+<p>2. Pierre Raclet, âgé de 70 ans, né à Dijon, ex-directeur de la Régie
+générale, demeurant à Sommevoire, département de la Haute-Marne;</p>
-<p>3. Nicolas-François Bocquenet, âgé de 52 ans, né à Coiffy, département
-de la Haute-Marne, homme de loi, demeurant à Chaumont, susdit
-département;</p>
+<p>3. Nicolas-François Bocquenet, âgé de 52 ans, né à Coiffy, département
+de la Haute-Marne, homme de loi, demeurant à Chaumont, susdit
+département;</p>
-<p>4. Alexandre Thomassin, âgé de 44 ans, né à Saint-Dizier, département
-de la Haute-Marne, ex-noble, demeurant à Saint-Dizier;</p>
+<p>4. Alexandre Thomassin, âgé de 44 ans, né à Saint-Dizier, département
+de la Haute-Marne, ex-noble, demeurant à Saint-Dizier;</p>
-<p>5. Alexandre-Claudine-Félicité Mandat, femme Thomassin, âgée de 26
-ans, née à Neuilly, département de la Haute-Marne, demeurant à
+<p>5. Alexandre-Claudine-Félicité Mandat, femme Thomassin, âgée de 26
+ans, née à Neuilly, département de la Haute-Marne, demeurant à
Saint-Dizier;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page335" name="page335"></a>(p. 335)</span> 6. Et Jean Fougeret, âgé de 60 ans, né à Paris, y demeurant,
-rue du Grand-Chantier, ex-receveur général des finances.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page335" name="page335"></a>(p. 335)</span> 6. Et Jean Fougeret, âgé de 60 ans, né à Paris, y demeurant,
+rue du Grand-Chantier, ex-receveur général des finances.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Joseph-Didier Vailleraut, âgé de 62 ans, né à Langres, département
-de la Haute-Marne, ci-devant curé de Montargis, y demeurant;</p>
+<p>1. Joseph-Didier Vailleraut, âgé de 62 ans, né à Langres, département
+de la Haute-Marne, ci-devant curé de Montargis, y demeurant;</p>
-<p>2. Et Jean-Baptiste-Benjamin Lambert, âgé de 23 ans, né à Dieppe,
-département de la Seine-Inférieure, surnuméraire au bureau de
-l'enregistrement à Dieppe, y demeurant.</p>
+<p>2. Et Jean-Baptiste-Benjamin Lambert, âgé de 23 ans, né à Dieppe,
+département de la Seine-Inférieure, surnuméraire au bureau de
+l'enregistrement à Dieppe, y demeurant.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 24 floréal an II (13 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 24 floréal an II (13 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jacques-Amable-Gilbert Rollet-Davaux, ex-noble, ex-président du
-ci-devant présidial de la ci-devant sénéchaussée de Riom, né à Riom,
-département du Puy-de-Dôme, âgé de 68 ans;</p>
+<p>1. Jacques-Amable-Gilbert Rollet-Davaux, ex-noble, ex-président du
+ci-devant présidial de la ci-devant sénéchaussée de Riom, né à Riom,
+département du Puy-de-Dôme, âgé de 68 ans;</p>
-<p>2. Adrienne-Françoise Vilaine Davaux, femme dudit Rollet, âgée de 59
-ans, ex-noble, née à la Châtre, département de l'Indre, demeurant à
+<p>2. Adrienne-Françoise Vilaine Davaux, femme dudit Rollet, âgée de 59
+ans, ex-noble, née à la Châtre, département de l'Indre, demeurant à
Riom;</p>
-<p>3. André Louher, âgé de 67 ans, notaire, etc., procureur fiscal dudit
-Rollet-Davaux, né à Billy, département de l'Allier, demeurant à
+<p>3. André Louher, âgé de 67 ans, notaire, etc., procureur fiscal dudit
+Rollet-Davaux, né à Billy, département de l'Allier, demeurant à
Puyredan;</p>
-<p>4. Jean-Baptiste Vlebeski, âgé de 48 ans, ci-devant contrôleur des
-vingtièmes, né à Longueville-en-Caux, département de la
-Seine-Inférieure, actuellement visiteur des rôles, demeurant à Dieppe,
-même département;</p>
+<p>4. Jean-Baptiste Vlebeski, âgé de 48 ans, ci-devant contrôleur des
+vingtièmes, né à Longueville-en-Caux, département de la
+Seine-Inférieure, actuellement visiteur des rôles, demeurant à Dieppe,
+même département;</p>
-<p>5. Et Anne-Joseph Lauloup, âgé de 65 ans, ex-noble et médecin à
-Saint-Loup, département des Côtes-du-Nord, y demeurant.</p>
+<p>5. Et Anne-Joseph Lauloup, âgé de 65 ans, ex-noble et médecin à
+Saint-Loup, département des Côtes-du-Nord, y demeurant.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Gilles Joüen, maréchal des logis du régiment ci-devant dragons
-Conty, demeurant à Pacy, département de l'Eure;</p>
+<p>1. Gilles Joüen, maréchal des logis du régiment ci-devant dragons
+Conty, demeurant à Pacy, département de l'Eure;</p>
-<p>2. Et Étienne Mauger, âgé de 40 ans, né à Rouen, ex-bénédictin et curé
-constitutionnel de Wy, près de Rouen, y demeurant.</p>
+<p>2. Et Étienne Mauger, âgé de 40 ans, né à Rouen, ex-bénédictin et curé
+constitutionnel de Wy, près de Rouen, y demeurant.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
-<p class="author">Pour copie conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour copie conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 25 floréal an II (14 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 25 floréal an II (14 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Charles-Adrien Prévôt d'Arlincourt, âgé de 73 ans, ci-devant
-secrétaire de Capet et fermier général, natif de Doullens, département
-de la Somme, demeurant au Mont-Valérien;</p>
+<p>1. Charles-Adrien Prévôt d'Arlincourt, âgé de 73 ans, ci-devant
+secrétaire de Capet et fermier général, natif de Doullens, département
+de la Somme, demeurant au Mont-Valérien;</p>
-<p>2. Louis Mercier, âgé de 78 ans, né à Paris, y demeurant, rue Bergère,
-ci-devant fermier général;</p>
+<p>2. Louis Mercier, âgé de 78 ans, né à Paris, y demeurant, rue Bergère,
+ci-devant fermier général;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page336" name="page336"></a>(p. 336)</span> 3. Jean-Claude-Doüet, âgé de 73 ans, né à Ville-Affranchie,
-département de Rhône-et-Loire, ci-devant fermier général, demeurant à
-Paris, rue Bergère;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page336" name="page336"></a>(p. 336)</span> 3. Jean-Claude-Doüet, âgé de 73 ans, né à Ville-Affranchie,
+département de Rhône-et-Loire, ci-devant fermier général, demeurant à
+Paris, rue Bergère;</p>
-<p>4. Et Marie-Claude Bataille-Frances, femme Doüet, âgée de 60 ans, née
-à Strasbourg, département du Bas-Rhin, demeurant à Paris, rue Bergère.</p>
+<p>4. Et Marie-Claude Bataille-Frances, femme Doüet, âgée de 60 ans, née
+à Strasbourg, département du Bas-Rhin, demeurant à Paris, rue Bergère.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 25 floréal an II (14 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 25 floréal an II (14 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. François Dominique Mory, âgé de 56 ans, ex-noble, né à Nancy,
-département de la Meurthe, y demeurant, homme de lettres;</p>
+<p>1. François Dominique Mory, âgé de 56 ans, ex-noble, né à Nancy,
+département de la Meurthe, y demeurant, homme de lettres;</p>
-<p>2. Léopold-Remi-François Mori, âgé de 18 ans et demi, né à
-Boudonville, près Nancy, pharmacien à l'hospice de Nancy, y demeurant;</p>
+<p>2. Léopold-Remi-François Mori, âgé de 18 ans et demi, né à
+Boudonville, près Nancy, pharmacien à l'hospice de Nancy, y demeurant;</p>
-<p>3. Pierre-Agricole Sagny, âgé de 28 ans, né à Troly-aux-Bois, près
-Soissons, département de l'Aisne, hussard au 6<sup>e</sup> régiment, en garnison
-à Chauny;</p>
+<p>3. Pierre-Agricole Sagny, âgé de 28 ans, né à Troly-aux-Bois, près
+Soissons, département de l'Aisne, hussard au 6<sup>e</sup> régiment, en garnison
+à Chauny;</p>
-<p>4. Et Benoît Pinteux-Gournay, âgé de 24 ans, né à Limoges, département
-de la Haute-Vienne, tisserand, demeurant à Borny, département de
+<p>4. Et Benoît Pinteux-Gournay, âgé de 24 ans, né à Limoges, département
+de la Haute-Vienne, tisserand, demeurant à Borny, département de
l'Eure.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">Jacques Yel, âgé de 47 ans, natif d'Arnouville, département du Cher,
-ci-devant procureur du ci-devant parlement de Paris, demeurant à La
-Motte, département du Cher.</p>
+<p class="victime">Jacques Yel, âgé de 47 ans, natif d'Arnouville, département du Cher,
+ci-devant procureur du ci-devant parlement de Paris, demeurant à La
+Motte, département du Cher.</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Nappier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 26 floréal an II (15 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 26 floréal an II (15 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Pierre-Antoine-Joseph Chiavarry, âgé de 38 ans, né à Arles,
-département des Bouches-du-Rhône, y demeurant, ex-noble et capitaine
-au ci-devant régiment Dauphin infanterie;</p>
+<p>1. Pierre-Antoine-Joseph Chiavarry, âgé de 38 ans, né à Arles,
+département des Bouches-du-Rhône, y demeurant, ex-noble et capitaine
+au ci-devant régiment Dauphin infanterie;</p>
-<p>2. Antoine-Barthélemy Fassin, âgé de 41 ans, médecin, né à Arles,
-département des Bouches-du-Rhône, y demeurant;</p>
+<p>2. Antoine-Barthélemy Fassin, âgé de 41 ans, médecin, né à Arles,
+département des Bouches-du-Rhône, y demeurant;</p>
-<p>3. Étienne Meynier, âgé de 65 ans, né à Nîmes, département du Gard, y
+<p>3. Étienne Meynier, âgé de 65 ans, né à Nîmes, département du Gard, y
demeurant, ex-noble et ex-constituant;</p>
-<p>4. Alexandre Fénard, âgé de 44 ans, né à Bitche, département de la
+<p>4. Alexandre Fénard, âgé de 44 ans, né à Bitche, département de la
Moselle, ex-notaire, procureur syndic du district de Bitche, y
demeurant;</p>
-<p>5. Pierre Henry, âgé de 56 ans, né à Sarreguemines, département de la
-Moselle, demeurant à Bouquenom, greffier du tribunal de Neuf-Savardin,
-département du Bas-Rhin, membre du district de Bitche;</p>
+<p>5. Pierre Henry, âgé de 56 ans, né à Sarreguemines, département de la
+Moselle, demeurant à Bouquenom, greffier du tribunal de Neuf-Savardin,
+département du Bas-Rhin, membre du district de Bitche;</p>
-<p>6. Dominique Kn&oelig;pffler, âgé de 37 ans, né à Bitche, y demeurant,
+<p>6. Dominique Kn&oelig;pffler, âgé de 37 ans, né à Bitche, y demeurant,
administrateur du district de Bitche;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page337" name="page337"></a>(p. 337)</span> 7. Et Matthieu Blass, âgé de 44 ans, né à Schwatzenhotz,
-cultivateur, demeurant à Bouquenom, administrateur du district de
+<p><span class="pagenum"><a id="page337" name="page337"></a>(p. 337)</span> 7. Et Matthieu Blass, âgé de 44 ans, né à Schwatzenhotz,
+cultivateur, demeurant à Bouquenom, administrateur du district de
Bitche.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
-<p class="victime">François Bertrand, né à Saint-Fleury en Auvergne, département du
-Puy-de-Dôme, ferblantier, demeurant à Seurre, département de la
-Côte-d'Or.</p>
+<p class="victime">François Bertrand, né à Saint-Fleury en Auvergne, département du
+Puy-de-Dôme, ferblantier, demeurant à Seurre, département de la
+Côte-d'Or.</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 27 floréal an II (16 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 27 floréal an II (16 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean-Pierre Gravier, âgé de 56 ans, né à Colmars, département des
-Basses-Alpes, demeurant à Mons, district de Loudun, département de la
-Vienne, ci-devant secrétaire du tyran;</p>
+<p>1. Jean-Pierre Gravier, âgé de 56 ans, né à Colmars, département des
+Basses-Alpes, demeurant à Mons, district de Loudun, département de la
+Vienne, ci-devant secrétaire du tyran;</p>
-<p>2. Antoine-Louis Lartigue, âgé de 60 ans, né à Toulouse, département
-de la Haute-Garonne, demeurant à Fontenay-aux-Roses, curé de ladite
+<p>2. Antoine-Louis Lartigue, âgé de 60 ans, né à Toulouse, département
+de la Haute-Garonne, demeurant à Fontenay-aux-Roses, curé de ladite
commune;</p>
-<p>3. Jean-Baptiste Aubisso, âgé de 39 ans, né à Bergerac, département de
-la Dordogne, y demeurant, et à Paris, rue Helvétius, n<sup>o</sup> 673,
-commissaire à Tirier;</p>
+<p>3. Jean-Baptiste Aubisso, âgé de 39 ans, né à Bergerac, département de
+la Dordogne, y demeurant, et à Paris, rue Helvétius, n<sup>o</sup> 673,
+commissaire à Tirier;</p>
-<p>4. Charles Bezard, âgé de 49 ans, né à Montpellier, demeurant à Paris,
-rue Neuve-des-Capucines, négociant, ex-administrateur de la caisse
+<p>4. Charles Bezard, âgé de 49 ans, né à Montpellier, demeurant à Paris,
+rue Neuve-des-Capucines, négociant, ex-administrateur de la caisse
d'escompte;</p>
-<p>5. Théodore Moreau, âgé de 28 ans, né à Paris, demeurant à Versailles,
-professeur de mathématiques, adjoint aux adjudants généraux de l'armée
+<p>5. Théodore Moreau, âgé de 28 ans, né à Paris, demeurant à Versailles,
+professeur de mathématiques, adjoint aux adjudants généraux de l'armée
du Nord;</p>
-<p>6. Et Pierre-Louis Rousselet, âgé de 52 ans, né à Beaugency,
-département du Loiret, ci-devant bénédictin, et curé constitutionnel
+<p>6. Et Pierre-Louis Rousselet, âgé de 52 ans, né à Beaugency,
+département du Loiret, ci-devant bénédictin, et curé constitutionnel
de la commune de Damme-Marie-les-Fontaines, y demeurant;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean-Baptiste Toulon, âgé de 36 ans, né à Saint-Martignan, district
-de Luçon, département de l'Allier, garde des bois nationaux, demeurant
-à Lonbeau, commune d'Archignac, même département;</p>
+<p>1. Jean-Baptiste Toulon, âgé de 36 ans, né à Saint-Martignan, district
+de Luçon, département de l'Allier, garde des bois nationaux, demeurant
+à Lonbeau, commune d'Archignac, même département;</p>
-<p>2. François Toulon, âgé de 33 ans, aussi garde des bois nationaux, né
-audit Martignan, demeurant à Nocy, département de l'Allier;</p>
+<p>2. François Toulon, âgé de 33 ans, aussi garde des bois nationaux, né
+audit Martignan, demeurant à Nocy, département de l'Allier;</p>
-<p>3. Et Jean-Baptiste Baret, âgé de 33 ans, né à Vicq-sur-Hautbois,
-district de la Châtre, département de l'Indre, y demeurant,
+<p>3. Et Jean-Baptiste Baret, âgé de 33 ans, né à Vicq-sur-Hautbois,
+district de la Châtre, département de l'Indre, y demeurant,
cultivateur, et ci-devant huissier;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
-<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour copie conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page338" name="page338"></a>(p. 338)</span> Par jugement du 28 floréal an II (17 mai 1794), appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page338" name="page338"></a>(p. 338)</span> Par jugement du 28 floréal an II (17 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Antoine Labattu, âgé de 48 ans, né à Valence-d'Agen, département de
-Lot-et-Garonne, demeurant à Paris, rue Bourg-l'Abbé, n<sup>o</sup> 57,
-cordonnier soumissionnaire et fournisseur de souliers pour les armées
-de la République;</p>
+<p>1. Antoine Labattu, âgé de 48 ans, né à Valence-d'Agen, département de
+Lot-et-Garonne, demeurant à Paris, rue Bourg-l'Abbé, n<sup>o</sup> 57,
+cordonnier soumissionnaire et fournisseur de souliers pour les armées
+de la République;</p>
-<p>2. Bertrand Dora, âgé de 38 ans, né à Savignac, demeurant à Orléans,
-tailleur d'habits, membre du comité militaire de la commune d'Orléans,
-surveillant d'un atelier d'habillements pour les défenseurs de la
-République;</p>
+<p>2. Bertrand Dora, âgé de 38 ans, né à Savignac, demeurant à Orléans,
+tailleur d'habits, membre du comité militaire de la commune d'Orléans,
+surveillant d'un atelier d'habillements pour les défenseurs de la
+République;</p>
-<p>3. François Ledet, âgé de 28 ans, né à Ganville-d'Aumale, département
-de Paris, soumissionnaire et fournisseur de la République;</p>
+<p>3. François Ledet, âgé de 28 ans, né à Ganville-d'Aumale, département
+de Paris, soumissionnaire et fournisseur de la République;</p>
-<p>4. François Le Roy, âgé de 41 ans, né à Orléans, département du
-Loiret, y demeurant, tondeur de draps et fournisseur de la République;</p>
+<p>4. François Le Roy, âgé de 41 ans, né à Orléans, département du
+Loiret, y demeurant, tondeur de draps et fournisseur de la République;</p>
-<p>5. Et Timothée Deligny, âgé de 55 ans, né à Paris, résidant à Rouen,
-département de la Seine-Inférieure, colleur de papiers.</p>
+<p>5. Et Timothée Deligny, âgé de 55 ans, né à Paris, résidant à Rouen,
+département de la Seine-Inférieure, colleur de papiers.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Claude Rougaune, âgé de 70 ans, ci-devant curé à Clermont-Ferrand,
-natif d'Écure, département de l'Allier, demeurant au Mont-Valérien,
-près Paris;</p>
+<p>1. Claude Rougaune, âgé de 70 ans, ci-devant curé à Clermont-Ferrand,
+natif d'Écure, département de l'Allier, demeurant au Mont-Valérien,
+près Paris;</p>
-<p>2. Guillaume-Jérôme Romé, ex-noble, âgé de 46 ans, né à Fécamp,
-département de la Seine-Inférieure, demeurant à Paris, rue de la Loi;</p>
+<p>2. Guillaume-Jérôme Romé, ex-noble, âgé de 46 ans, né à Fécamp,
+département de la Seine-Inférieure, demeurant à Paris, rue de la Loi;</p>
-<p>3. Jean-François-Sixte Isnard, âgé de 29 ans, né à Cygalière, district
-de Tarascon, département des Bouches-du-Rhône, ex-noble, se disant
-cultivateur, demeurant à Cygalière;</p>
+<p>3. Jean-François-Sixte Isnard, âgé de 29 ans, né à Cygalière, district
+de Tarascon, département des Bouches-du-Rhône, ex-noble, se disant
+cultivateur, demeurant à Cygalière;</p>
-<p>4. Raymond-Gabriel Dusaulnier, ex-noble, âgé de 61 ans, né à Brioude,
-demeurant à Boursat, département du Puy-de-Dôme;</p>
+<p>4. Raymond-Gabriel Dusaulnier, ex-noble, âgé de 61 ans, né à Brioude,
+demeurant à Boursat, département du Puy-de-Dôme;</p>
-<p>5. Louis Millange, âgé de 45 ans, né à Valroque dans les Cévennes,
-district du Vigan, département du Gard, quartier-maître-trésorier du
-premier corps des hussards de la Liberté;</p>
+<p>5. Louis Millange, âgé de 45 ans, né à Valroque dans les Cévennes,
+district du Vigan, département du Gard, quartier-maître-trésorier du
+premier corps des hussards de la Liberté;</p>
-<p>6. Et François Périllat, né à Grand-Bouvion, département du
-Mont-Blanc, demeurant à la Suze, même district.</p>
+<p>6. Et François Périllat, né à Grand-Bouvion, département du
+Mont-Blanc, demeurant à la Suze, même district.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Wolff</span>, greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 29 floréal an II (18 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 29 floréal an II (18 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. André Sabatery, âgé de 33 ans, né à Valréas, département de
-Vaucluse, maire de la commune de ce nom, demeurant audit Valréas;</p>
+<p>1. André Sabatery, âgé de 33 ans, né à Valréas, département de
+Vaucluse, maire de la commune de ce nom, demeurant audit Valréas;</p>
-<p>2. Antoine Mathieu, âgé de 30 ans, né à Saint-Martin de Chichilienne,
-département de l'Isère, emballeur aux effets de campement de
-Franciade, département de Paris, y demeurant;</p>
+<p>2. Antoine Mathieu, âgé de 30 ans, né à Saint-Martin de Chichilienne,
+département de l'Isère, emballeur aux effets de campement de
+Franciade, département de Paris, y demeurant;</p>
-<p>3. Jean Porta, âgé de 24 ans, maçon, né à Bansia, dans les États de
-Venise, demeurant à Paris, caserne Popincourt, canonnier;</p>
+<p>3. Jean Porta, âgé de 24 ans, maçon, né à Bansia, dans les États de
+Venise, demeurant à Paris, caserne Popincourt, canonnier;</p>
-<p>4. Et Claude Cézeron, âgé de 26 ans, né à Paris, commis de receveur
-<span class="pagenum"><a id="page339" name="page339"></a>(p. 339)</span> des rentes, demeurant à Paris, rue de l'Échiquier, section
-Poissonnière.</p>
+<p>4. Et Claude Cézeron, âgé de 26 ans, né à Paris, commis de receveur
+<span class="pagenum"><a id="page339" name="page339"></a>(p. 339)</span> des rentes, demeurant à Paris, rue de l'Échiquier, section
+Poissonnière.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Philibert-Pierre-Catherine Bourrée-Corberon, âgé de 47 ans, né à
-Paris, ex-noble, et lieutenant aide-major des gardes françaises,
-demeurant à Beauvais;</p>
+<p>1. Philibert-Pierre-Catherine Bourrée-Corberon, âgé de 47 ans, né à
+Paris, ex-noble, et lieutenant aide-major des gardes françaises,
+demeurant à Beauvais;</p>
-<p>2. Jean-Félix Blanquet, âgé de 59 ans, né à Dieppe, département de la
-Seine-Inférieure, y demeurant, épicier armateur;</p>
+<p>2. Jean-Félix Blanquet, âgé de 59 ans, né à Dieppe, département de la
+Seine-Inférieure, y demeurant, épicier armateur;</p>
-<p>3. Jean-Louis Dipse, âgé de 56 ans, né district de Dieppe, y
+<p>3. Jean-Louis Dipse, âgé de 56 ans, né district de Dieppe, y
demeurant, vivant de son revenu;</p>
-<p>4. Claude-François Colliez, âgé de 42 ans, né à Paris, agent de
-Bourrée de Corberon, demeurant à Troissereux, district de Beauvais;</p>
+<p>4. Claude-François Colliez, âgé de 42 ans, né à Paris, agent de
+Bourrée de Corberon, demeurant à Troissereux, district de Beauvais;</p>
-<p>5. Denis-Joseph Clerc, âgé de 56 ans, natif de Lacheux, district de
-Pontarlier, département du Doubs, y demeurant, fileur de laine;</p>
+<p>5. Denis-Joseph Clerc, âgé de 56 ans, natif de Lacheux, district de
+Pontarlier, département du Doubs, y demeurant, fileur de laine;</p>
-<p>6. Pierre-André Teyssert, âgé de 53 ans, né à Marseille, demeurant à
-Mâcon, département de Saône-et-Loire, teneur de livres de commerce;</p>
+<p>6. Pierre-André Teyssert, âgé de 53 ans, né à Marseille, demeurant à
+Mâcon, département de Saône-et-Loire, teneur de livres de commerce;</p>
-<p>7. Et Louis Pacot, âgé de 34 ans, né à Couvin, pays de Liége,
-ex-prêtre, demeurant à Guymenée, dans ledit pays.</p>
+<p>7. Et Louis Pacot, âgé de 34 ans, né à Couvin, pays de Liége,
+ex-prêtre, demeurant à Guymenée, dans ledit pays.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Monet.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Neyrot</span>, commis greffier.</p>
@@ -12138,1181 +12093,1181 @@ ex-prêtre, demeurant à Guymenée, dans ledit pays.</p>
<p>Par jugement du 1<sup>er</sup> prairial (20 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean-Antoine Teyssier, âgé de 50 ans, né à Nîmes, département du
-Gard, ex-baron, et ex-constituant, et ex-maire de Nîmes, demeurant à
+<p>1. Jean-Antoine Teyssier, âgé de 50 ans, né à Nîmes, département du
+Gard, ex-baron, et ex-constituant, et ex-maire de Nîmes, demeurant à
Lagny-sur-Marne;</p>
-<p>2. Jacques-Marie Boyer-Brun, âgé de 39 ans, né à Nîmes, homme de
-lettres, ex-substitut du procureur de la commune de Nîmes, demeurant à
-Paris, rue des Fossés-Montmartre, n<sup>o</sup> 7;</p>
+<p>2. Jacques-Marie Boyer-Brun, âgé de 39 ans, né à Nîmes, homme de
+lettres, ex-substitut du procureur de la commune de Nîmes, demeurant à
+Paris, rue des Fossés-Montmartre, n<sup>o</sup> 7;</p>
-<p>3. Jacques-François Descombiers, âgé de 66 ans, né à Nîmes, ex-noble,
-ancien lieutenant au ci-devant régiment royal d'infanterie, demeurant
-à Nîmes;</p>
+<p>3. Jacques-François Descombiers, âgé de 66 ans, né à Nîmes, ex-noble,
+ancien lieutenant au ci-devant régiment royal d'infanterie, demeurant
+à Nîmes;</p>
-<p>4. Jean Filsac, âgé de 36 ans, né à Cahors, département du Lot, y
-demeurant, homme de loi, et secrétaire général du département du Lot;</p>
+<p>4. Jean Filsac, âgé de 36 ans, né à Cahors, département du Lot, y
+demeurant, homme de loi, et secrétaire général du département du Lot;</p>
-<p>5. Pierre-Constant La Barthe, âgé de 74 ans, né à Cessac, département
-du Lot, ci-devant négociant, demeurant à Pradines, près Cahors;</p>
+<p>5. Pierre-Constant La Barthe, âgé de 74 ans, né à Cessac, département
+du Lot, ci-devant négociant, demeurant à Pradines, près Cahors;</p>
-<p>6. Jean-Nicolas Burgère, âgé de 41 ans, né à Cahors, y demeurant,
+<p>6. Jean-Nicolas Burgère, âgé de 41 ans, né à Cahors, y demeurant,
ex-notaire et ex-juge du tribunal du district de Cahors;</p>
-<p>7. Charlotte-Geneviève Saisseval, veuve Dutillet, âgée de 49 ans, née
-à Paris, demeurant à Provins, département de Seine-et-Marne;</p>
+<p>7. Charlotte-Geneviève Saisseval, veuve Dutillet, âgée de 49 ans, née
+à Paris, demeurant à Provins, département de Seine-et-Marne;</p>
-<p>8. Et Marie-Thérèse Clerse, femme Rolland, âgée de 48 ans, née à
-Paris, femme de chambre de la femme Dutillet, demeurant à Provins;</p>
+<p>8. Et Marie-Thérèse Clerse, femme Rolland, âgée de 48 ans, née à
+Paris, femme de chambre de la femme Dutillet, demeurant à Provins;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page340" name="page340"></a>(p. 340)</span> Du même jour, 1<sup>er</sup> prairial (20 mars 1794), appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page340" name="page340"></a>(p. 340)</span> Du même jour, 1<sup>er</sup> prairial (20 mars 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. François-Alexandre Suremain, âgé de 38 ans, ex-noble, vivant de ses
-revenus, natif d'Ossone, département de la Côte-d'Or;</p>
+<p>1. François-Alexandre Suremain, âgé de 38 ans, ex-noble, vivant de ses
+revenus, natif d'Ossone, département de la Côte-d'Or;</p>
-<p>2. Marie-Pierrette Heneveux, veuve de Le Pelaprat, âgée de 47 ans,
-native de Paris, libraire, demeurant à Paris, rue du Roule, n<sup>o</sup> 11;</p>
+<p>2. Marie-Pierrette Heneveux, veuve de Le Pelaprat, âgée de 47 ans,
+native de Paris, libraire, demeurant à Paris, rue du Roule, n<sup>o</sup> 11;</p>
-<p>3. Michel Webert, âgé de 25 ans, né à Saverne, département du
-Bas-Rhin, libraire à Paris, y demeurant, passage du Cloître-Honoré;</p>
+<p>3. Michel Webert, âgé de 25 ans, né à Saverne, département du
+Bas-Rhin, libraire à Paris, y demeurant, passage du Cloître-Honoré;</p>
-<p>4. Marie-Claudine Lucas de Blayre, âgée de 27 ans, née à
-Saint-Domingue, demeurant à Paris, rue Merry;</p>
+<p>4. Marie-Claudine Lucas de Blayre, âgée de 27 ans, née à
+Saint-Domingue, demeurant à Paris, rue Merry;</p>
-<p>5. Gabriel-Charles Doyen, âgé de 31 ans, né à Versailles, département
+<p>5. Gabriel-Charles Doyen, âgé de 31 ans, né à Versailles, département
de Seine-et-Oise, ci-devant cuisinier de la femme du tyran, demeurant
-à Paris, rue Nicaise, n<sup>o</sup> 506;</p>
+à Paris, rue Nicaise, n<sup>o</sup> 506;</p>
-<p>6. Joseph Houssaye, dit Laviolette, âgé de 21 ans, né à Amiens,
-département de la Somme, ci-devant bijoutier et depuis adjudant
-général de l'armée révolutionnaire, demeurant à Paris, maison de
-Molière, rue aux Ours;</p>
+<p>6. Joseph Houssaye, dit Laviolette, âgé de 21 ans, né à Amiens,
+département de la Somme, ci-devant bijoutier et depuis adjudant
+général de l'armée révolutionnaire, demeurant à Paris, maison de
+Molière, rue aux Ours;</p>
-<p>7. Matthieu Marbey, âgé de 27 ans, né à Commune-Affranchie, bonnetier,
-demeurant à Paris, rue Française;</p>
+<p>7. Matthieu Marbey, âgé de 27 ans, né à Commune-Affranchie, bonnetier,
+demeurant à Paris, rue Française;</p>
-<p>8. Antoine Brezillon, âgé de 40 ans, né à Grandpré, district du même
-nom, brigadier de gendarmerie nationale, à la résidence de la
-Chapelle-Égalité, district de Nemours, département de Seine-et-Marne.</p>
+<p>8. Antoine Brezillon, âgé de 40 ans, né à Grandpré, district du même
+nom, brigadier de gendarmerie nationale, à la résidence de la
+Chapelle-Égalité, district de Nemours, département de Seine-et-Marne.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 2 prairial (21 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Claude Simard, âgé de 68 ans, né à Libreval, département du Cher,
-ex-prêtre, demeurant à Bourges;</p>
+<p>1. Claude Simard, âgé de 68 ans, né à Libreval, département du Cher,
+ex-prêtre, demeurant à Bourges;</p>
-<p>2. Agate-Élisabeth Ragot, ex-religieuse, âgée de 54 ans, née à
-Libreval, département du Cher, demeurant à Bourges;</p>
+<p>2. Agate-Élisabeth Ragot, ex-religieuse, âgée de 54 ans, née à
+Libreval, département du Cher, demeurant à Bourges;</p>
-<p>3. Et Louis-François Vassal, âgé de 35 ans, ex-noble, né à Fraicenet,
-département du Lot, demeurant à Paris, rue Thionville.</p>
+<p>3. Et Louis-François Vassal, âgé de 35 ans, ex-noble, né à Fraicenet,
+département du Lot, demeurant à Paris, rue Thionville.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tirrard.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. François Tournacos, âgé de 37 ans, né à Metz, se disant baron
-allemand, demeurant à Luxembourg, en Allemagne;</p>
+<p>1. François Tournacos, âgé de 37 ans, né à Metz, se disant baron
+allemand, demeurant à Luxembourg, en Allemagne;</p>
-<p>2. Pierre-François Nicolas, né à Longehaut, district d'Ornans,
-département du Doubs, domestique de Kerry, Irlandais, demeurant à
-Paris, rue Michodière, section Le Pelletier;</p>
+<p>2. Pierre-François Nicolas, né à Longehaut, district d'Ornans,
+département du Doubs, domestique de Kerry, Irlandais, demeurant à
+Paris, rue Michodière, section Le Pelletier;</p>
-<p>3. Caprot Brunel, âgé de 44 ans, né à Capronne, département de la
-Haute-Loire, domestique chez Kierry, demeurant à Paris, rue Taitbout,
+<p>3. Caprot Brunel, âgé de 44 ans, né à Capronne, département de la
+Haute-Loire, domestique chez Kierry, demeurant à Paris, rue Taitbout,
section du Mont-Blanc;</p>
-<p>4. Gabriel Delignon, âgé de 42 ans, né à Villaine, département de la
-Côte-d'Or, y demeurant, maître d'écriture;</p>
+<p>4. Gabriel Delignon, âgé de 42 ans, né à Villaine, département de la
+Côte-d'Or, y demeurant, maître d'écriture;</p>
-<p>5. Et Dominique Lafillard, âgé de 63 ans, ci-devant caissier de la
-maison <span class="pagenum"><a id="page341" name="page341"></a>(p. 341)</span> d'Artois, argentier de la maison d'Angoulême, et
-depuis receveur des rentes et agent d'affaires, demeurant à Paris, rue
+<p>5. Et Dominique Lafillard, âgé de 63 ans, ci-devant caissier de la
+maison <span class="pagenum"><a id="page341" name="page341"></a>(p. 341)</span> d'Artois, argentier de la maison d'Angoulême, et
+depuis receveur des rentes et agent d'affaires, demeurant à Paris, rue
des Fontaines.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tirrard.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 3 prairial (22 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Claude-Alexandre Leflot, âgé de 43 ans, né à Nevers, département de
-la Nièvre, demeurant à Trigésus, capitaine général des douanes de la
-République;</p>
+<p>1. Claude-Alexandre Leflot, âgé de 43 ans, né à Nevers, département de
+la Nièvre, demeurant à Trigésus, capitaine général des douanes de la
+République;</p>
-<p>2. Félix Royer, âgé de 28 ans, né à Bagnols, département du Gard,
-chasseur dans la légion des Alpes;</p>
+<p>2. Félix Royer, âgé de 28 ans, né à Bagnols, département du Gard,
+chasseur dans la légion des Alpes;</p>
-<p>3. Pierre-Gervais Namys, âgé de 47 ans, né à Paris, y demeurant, rue
-Pagevin, employé aux Fermes, ci-devant capitaine de la section des
-Petits-Pères;</p>
+<p>3. Pierre-Gervais Namys, âgé de 47 ans, né à Paris, y demeurant, rue
+Pagevin, employé aux Fermes, ci-devant capitaine de la section des
+Petits-Pères;</p>
-<p>4. Et Louis-Philippe Bourgeois, âgé de 32 ans, né à Uzès, département
-du Gard, demeurant à Paris, perruquier.</p>
+<p>4. Et Louis-Philippe Bourgeois, âgé de 32 ans, né à Uzès, département
+du Gard, demeurant à Paris, perruquier.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 3 prairial (22 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Cyr Vasseur, âgé de 42 ans, né à Harly-Pontlieu, département de la
-Somme, ci-devant caporal dans l'armée révolutionnaire, demeurant à
+<p>1. Cyr Vasseur, âgé de 42 ans, né à Harly-Pontlieu, département de la
+Somme, ci-devant caporal dans l'armée révolutionnaire, demeurant à
Paris, rue Verneuil;</p>
-<p>2. Jean-Baptiste Keutschen, âgé de 36 ans, né à Deynieux, dans la
-Forêt-Noire, en Allemagne, tailleur, demeurant à Paris, rue Croix,
-chaussée d'Antin, n<sup>o</sup> 9;</p>
+<p>2. Jean-Baptiste Keutschen, âgé de 36 ans, né à Deynieux, dans la
+Forêt-Noire, en Allemagne, tailleur, demeurant à Paris, rue Croix,
+chaussée d'Antin, n<sup>o</sup> 9;</p>
-<p>3. Jean Jaroufflet, âgé de 51 ans, né à Moulins, département de
+<p>3. Jean Jaroufflet, âgé de 51 ans, né à Moulins, département de
l'Allier, y demeurant, notaire public;</p>
-<p>4. Jean Coursin, âgé de 41 ans, né à Carnay, district d'Avranches,
-département de la Manche, brocanteur, demeurant à Paris, rue de la
+<p>4. Jean Coursin, âgé de 41 ans, né à Carnay, district d'Avranches,
+département de la Manche, brocanteur, demeurant à Paris, rue de la
Licorne;</p>
-<p>5. Louis Carré, âgé de 31 ans, né à Brienne, département de l'Aube,
-épicier, demeurant rue de Sartines, section de la Halle au Beurre;</p>
+<p>5. Louis Carré, âgé de 31 ans, né à Brienne, département de l'Aube,
+épicier, demeurant rue de Sartines, section de la Halle au Beurre;</p>
-<p>6. Maria-Nicolas Gaidon, âgé de 34 ans, né à Méjuive, département du
-Mont-Blanc, fruitier, demeurant à Paris, rue d'Hauteville, section
-Poissonnière;</p>
+<p>6. Maria-Nicolas Gaidon, âgé de 34 ans, né à Méjuive, département du
+Mont-Blanc, fruitier, demeurant à Paris, rue d'Hauteville, section
+Poissonnière;</p>
-<p>7. Pierre Paul, âgé de 40 ans, né à Paris, y demeurant, rue de la
+<p>7. Pierre Paul, âgé de 40 ans, né à Paris, y demeurant, rue de la
Mortellerie, marchand de cannes;</p>
-<p>8. Et Jean Juery, âgé de 30 ans, né à Perrel, département du Cantal,
-brocanteur, demeurant à Paris, rue Honoré, en face des Jacobins.</p>
+<p>8. Et Jean Juery, âgé de 30 ans, né à Perrel, département du Cantal,
+brocanteur, demeurant à Paris, rue Honoré, en face des Jacobins.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 4 prairial (23 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Joseph-Antoine Barrême, âgé de 31 ans, né à Tarascon, ex-noble,
-ex-hussard du premier régiment;</p>
+<p>1. Joseph-Antoine Barrême, âgé de 31 ans, né à Tarascon, ex-noble,
+ex-hussard du premier régiment;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page342" name="page342"></a>(p. 342)</span> 2. Joseph-Henri Barrême, âgé de 35 ans, né à Tarascon,
-ex-noble, hussard et brigadier du premier régiment;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page342" name="page342"></a>(p. 342)</span> 2. Joseph-Henri Barrême, âgé de 35 ans, né à Tarascon,
+ex-noble, hussard et brigadier du premier régiment;</p>
-<p>3. Joseph-Auguste Barrême, âgé de 32 ans, né à Tarascon, ex-noble, et
-hussard du premier régiment;</p>
+<p>3. Joseph-Auguste Barrême, âgé de 32 ans, né à Tarascon, ex-noble, et
+hussard du premier régiment;</p>
-<p>4. Anne Ferry, veuve Dupré, âgée de 52 ans, garde-malade, née à Malo,
-département de la Côte-d'Or, demeurant à Paris, quai de Gèvres, n<sup>o</sup> 7;</p>
+<p>4. Anne Ferry, veuve Dupré, âgée de 52 ans, garde-malade, née à Malo,
+département de la Côte-d'Or, demeurant à Paris, quai de Gèvres, n<sup>o</sup> 7;</p>
-<p>5. Jean-Baptiste Lanoue, âgé de 37 ans, peintre en bâtiment, né à
+<p>5. Jean-Baptiste Lanoue, âgé de 37 ans, peintre en bâtiment, né à
Paris, y demeurant, rue Quincampoix, n<sup>o</sup> 33;</p>
-<p>6. Nicolas Aubry, âgé de 72 ans, né à Divry, ci-devant Normandie,
-demeurant à Paris, rue Nicolas-du-Chardonnet, au dépôt des huiles;</p>
+<p>6. Nicolas Aubry, âgé de 72 ans, né à Divry, ci-devant Normandie,
+demeurant à Paris, rue Nicolas-du-Chardonnet, au dépôt des huiles;</p>
-<p>7. Et Pierre-Louis Didier, âgé de 35 ans, commis papetier à Paris, y
+<p>7. Et Pierre-Louis Didier, âgé de 35 ans, commis papetier à Paris, y
demeurant, rue et cul-de-sac Dominique d'Enfer, n<sup>o</sup> 7.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean Canolle père, âgé de 50 ans, né à Benac, en Périgord,
-minéralogiste, demeurant à Paris, au Gros-Caillou;</p>
+<p>1. Jean Canolle père, âgé de 50 ans, né à Benac, en Périgord,
+minéralogiste, demeurant à Paris, au Gros-Caillou;</p>
-<p>2. Avoye Paville Costard, fille âgée de 25 ans, travaillant au Journal
-des Spectacles, née à Paris, y demeurant, rue des Fossés-Montmartre;</p>
+<p>2. Avoye Paville Costard, fille âgée de 25 ans, travaillant au Journal
+des Spectacles, née à Paris, y demeurant, rue des Fossés-Montmartre;</p>
-<p>3. Alexandre Provenchère, âgé de 58 ans, né à Saint-Eubille,
-département de Seine-et-Oise, ex-administrateur de l'habillement des
-troupes de la République, demeurant à Paris, place du Chevalier du
+<p>3. Alexandre Provenchère, âgé de 58 ans, né à Saint-Eubille,
+département de Seine-et-Oise, ex-administrateur de l'habillement des
+troupes de la République, demeurant à Paris, place du Chevalier du
Guet;</p>
-<p>4. André Dorly, âgé de 60 ans, né à Versailles, commissaire des
-guerres jusqu'au 1<sup>er</sup> juillet 1793, domicilié à Paris, rue Neuve des
+<p>4. André Dorly, âgé de 60 ans, né à Versailles, commissaire des
+guerres jusqu'au 1<sup>er</sup> juillet 1793, domicilié à Paris, rue Neuve des
Petits-Champs, section de la Montagne;</p>
-<p>5. Gabriel-Joseph Fortin, âgé de 44 ans, né à Paris, y demeurant, rue
-des Mauvaises-Paroles, ci-devant employé à l'habillement des troupes,
-et commis chez le nommé Leroux, négociant;</p>
+<p>5. Gabriel-Joseph Fortin, âgé de 44 ans, né à Paris, y demeurant, rue
+des Mauvaises-Paroles, ci-devant employé à l'habillement des troupes,
+et commis chez le nommé Leroux, négociant;</p>
-<p>6. Antoine-Martin Barth, âgé de 33 ans, né à Paris, y demeurant, rue
-Denis, et fournisseur de la République;</p>
+<p>6. Antoine-Martin Barth, âgé de 33 ans, né à Paris, y demeurant, rue
+Denis, et fournisseur de la République;</p>
-<p>7. Jean-François Lemarcant, âgé de 69 ans, né à... (<em>en blanc</em>),
-ouvrier en guêtres et fournisseur, demeurant à Paris.</p>
+<p>7. Jean-François Lemarcant, âgé de 69 ans, né à... (<em>en blanc</em>),
+ouvrier en guêtres et fournisseur, demeurant à Paris.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Hervé.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 5 prairial (24 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean-Baptiste-Marie-Thomas Domangeville, âgé de 30 ans, né à Paris,
-ex-noble, ancien capitaine au 5<sup>e</sup> régiment de cavalerie, demeurant à
-Vernasal, département de la Haute-Loire;</p>
+<p>1. Jean-Baptiste-Marie-Thomas Domangeville, âgé de 30 ans, né à Paris,
+ex-noble, ancien capitaine au 5<sup>e</sup> régiment de cavalerie, demeurant à
+Vernasal, département de la Haute-Loire;</p>
-<p>2. Simon Tisserand, âgé de 40 ans, né à Vesoul, département de la
-Haute-Saône, ci-devant postillon chez Duchâtelet, demeurant à Paris,
+<p>2. Simon Tisserand, âgé de 40 ans, né à Vesoul, département de la
+Haute-Saône, ci-devant postillon chez Duchâtelet, demeurant à Paris,
rue Grenelle-Saint-Germain;</p>
-<p>3. Et Jean-Baptiste Gauthier, âgé de 50 ans, né à Château-Porcien,
-<span class="pagenum"><a id="page343" name="page343"></a>(p. 343)</span> département des Ardennes, concierge de la chambre d'arrêt de
-la mairie, demeurant à Paris, rue Martin.</p>
+<p>3. Et Jean-Baptiste Gauthier, âgé de 50 ans, né à Château-Porcien,
+<span class="pagenum"><a id="page343" name="page343"></a>(p. 343)</span> département des Ardennes, concierge de la chambre d'arrêt de
+la mairie, demeurant à Paris, rue Martin.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean-Baptiste-Charles Durand, âgé de.... (<em>en blanc</em>) ans, né à
-Paris, employé au magasin des troupes, à Franciade, y demeurant;</p>
+<p>1. Jean-Baptiste-Charles Durand, âgé de.... (<em>en blanc</em>) ans, né à
+Paris, employé au magasin des troupes, à Franciade, y demeurant;</p>
-<p>2. Jean-Antoine Pascal, âgé de 41 ans, lieutenant de gendarmerie
-nationale, attaché à la force publique de l'armée du Rhin, né à
-Commune-Affranchie, demeurant à Paris;</p>
+<p>2. Jean-Antoine Pascal, âgé de 41 ans, lieutenant de gendarmerie
+nationale, attaché à la force publique de l'armée du Rhin, né à
+Commune-Affranchie, demeurant à Paris;</p>
-<p>3. Et François Paulin, âgé de 35 ans, professeur de géographie et de
-grammaire, né à la Chapelle, département de la Haute-Marne, demeurant
-à Paris, rue Montmartre, n<sup>o</sup> 226.</p>
+<p>3. Et François Paulin, âgé de 35 ans, professeur de géographie et de
+grammaire, né à la Chapelle, département de la Haute-Marne, demeurant
+à Paris, rue Montmartre, n<sup>o</sup> 226.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 6 prairial (25 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. François Joly, âgé de 56 ans, ci-devant inspecteur général des
-rôles du département de la Côte-d'Or, né à Pontarlier-sur-Saône, même
-département, demeurant à Dijon;</p>
+<p>1. François Joly, âgé de 56 ans, ci-devant inspecteur général des
+rôles du département de la Côte-d'Or, né à Pontarlier-sur-Saône, même
+département, demeurant à Dijon;</p>
-<p>2. Pierre Mauclair, âgé de 39 ans, brocanteur et ci-devant marchand de
-serre-tête, né à Troyes, département de l'Aube, demeurant à Paris, rue
-des Grands-Degrés, n<sup>o</sup> 16;</p>
+<p>2. Pierre Mauclair, âgé de 39 ans, brocanteur et ci-devant marchand de
+serre-tête, né à Troyes, département de l'Aube, demeurant à Paris, rue
+des Grands-Degrés, n<sup>o</sup> 16;</p>
-<p>3. Et Louis-Claude-Joseph Lancry-Pronleroy, âgé de 26 ans, ci-devant
-officier des gardes françaises, ex-noble et ex-comte, né à Paris, y
+<p>3. Et Louis-Claude-Joseph Lancry-Pronleroy, âgé de 26 ans, ci-devant
+officier des gardes françaises, ex-noble et ex-comte, né à Paris, y
demeurant, rue Basse-du-Rempart.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Jean-Baptiste-Charles Piragues Lille-Don, âgé de 58 ans, né à
-Lille-Don, département du Loiret, ex-noble, et cultivateur, demeurant
-à Villemandier, district de Montargis, même département;</p>
+<p>1. Jean-Baptiste-Charles Piragues Lille-Don, âgé de 58 ans, né à
+Lille-Don, département du Loiret, ex-noble, et cultivateur, demeurant
+à Villemandier, district de Montargis, même département;</p>
-<p>2. Jacques-Jean-Baptiste Cuvier, âgé de 42 ans, ci-devant architecte,
-et depuis cultivateur et membre du comité révolutionnaire de la
-commune de Vanves, y demeurant, né à Paris;</p>
+<p>2. Jacques-Jean-Baptiste Cuvier, âgé de 42 ans, ci-devant architecte,
+et depuis cultivateur et membre du comité révolutionnaire de la
+commune de Vanves, y demeurant, né à Paris;</p>
-<p>3. Marie-Anne Demeaux, femme de Joseph Hébert, âgée de 50 ans, née à
-Notre-Dame de Guem, près Auxerre, département de l'Yonne, demeurant à
+<p>3. Marie-Anne Demeaux, femme de Joseph Hébert, âgée de 50 ans, née à
+Notre-Dame de Guem, près Auxerre, département de l'Yonne, demeurant à
Paris, rue de la Licorne, corroyeuse;</p>
-<p>4. Catherine Pérard, âgée de 39 ans, née à Gissé en Bourgogne, près
-Flavigny, demeurant à Paris, rue du Poirier, blanchisseuse;</p>
+<p>4. Catherine Pérard, âgée de 39 ans, née à Gissé en Bourgogne, près
+Flavigny, demeurant à Paris, rue du Poirier, blanchisseuse;</p>
-<p>5. Pierre Prudhomme, âgé de 48 ans, né à Paris, y demeurant, rue et
-section de la Cité, marchand de poisson.</p>
+<p>5. Pierre Prudhomme, âgé de 48 ans, né à Paris, y demeurant, rue et
+section de la Cité, marchand de poisson.</p>
-<p>6. Et Françoise Lambert, femme Prudhomme, née à Toul, département
-<span class="pagenum"><a id="page344" name="page344"></a>(p. 344)</span> d'Indre-et-Loire, âgée de soixante ans, marchande de
-poisson, demeurant à Paris.</p>
+<p>6. Et Françoise Lambert, femme Prudhomme, née à Toul, département
+<span class="pagenum"><a id="page344" name="page344"></a>(p. 344)</span> d'Indre-et-Loire, âgée de soixante ans, marchande de
+poisson, demeurant à Paris.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 7 prairial (26 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Claude-Michel-Louis Milscent, créole, âgé de 54 ans, né à
+<p>1. Claude-Michel-Louis Milscent, créole, âgé de 54 ans, né à
Saint-Domingue, ci-devant capitaine des milices bourgeoises, et se
-disant homme de lettres et auteur du journal appelé <cite>le Créole</cite>,
-demeurant à Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup> 120;</p>
+disant homme de lettres et auteur du journal appelé <cite>le Créole</cite>,
+demeurant à Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup> 120;</p>
-<p>2. Et Jean-Baptiste-Marie Hannonet, âgé de 51 ans, receveur de la
-régie des sels, né à Guiscard, département de l'Oise, et receveur du
+<p>2. Et Jean-Baptiste-Marie Hannonet, âgé de 51 ans, receveur de la
+régie des sels, né à Guiscard, département de l'Oise, et receveur du
district de Noyon, y demeurant.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tirrard.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 8 préréal [<em>sic</em>] (27 mai 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 8 préréal [<em>sic</em>] (27 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Charles-Philibert-Marie-Gaston Lévis-Mirepoix, âgé de 41 ans, né à
-Saint-Martin d'Estraux, demeurant à Paris, rue de Verneuil, n<sup>o</sup> 432,
-ex-noble, ex-constituant et ex-maréchal de camp;</p>
+<p>1. Charles-Philibert-Marie-Gaston Lévis-Mirepoix, âgé de 41 ans, né à
+Saint-Martin d'Estraux, demeurant à Paris, rue de Verneuil, n<sup>o</sup> 432,
+ex-noble, ex-constituant et ex-maréchal de camp;</p>
-<p>2. Matthieu-Jouze Jourdan, âgé de 45 ans, né à Saint-Jean, département
-de la Haute-Loire, demeurant à Avignon, ci-devant négociant, depuis
-général de l'armée d'Avignon, et à présent chef d'escadron de la
+<p>2. Matthieu-Jouze Jourdan, âgé de 45 ans, né à Saint-Jean, département
+de la Haute-Loire, demeurant à Avignon, ci-devant négociant, depuis
+général de l'armée d'Avignon, et à présent chef d'escadron de la
gendarmerie;</p>
-<p>3. Jean Donnadieu, âgé de 50 ans, né à Arles, département des
-Bouches-du-Rhône, général de brigade, à l'armée du Bas-Rhin;</p>
+<p>3. Jean Donnadieu, âgé de 50 ans, né à Arles, département des
+Bouches-du-Rhône, général de brigade, à l'armée du Bas-Rhin;</p>
-<p>4. Antoine-Louis-Michel Judde, âgé de 46 ans, né à Paris, y demeurant,
-rue François, au Marais, ex-conseiller au ci-devant Châtelet de Paris;</p>
+<p>4. Antoine-Louis-Michel Judde, âgé de 46 ans, né à Paris, y demeurant,
+rue François, au Marais, ex-conseiller au ci-devant Châtelet de Paris;</p>
-<p>5. Catherine Mathieu, femme Vigneron, âgée de 41 ans, née à Nancy, y
+<p>5. Catherine Mathieu, femme Vigneron, âgée de 41 ans, née à Nancy, y
demeurant;</p>
-<p>6. Susanne Vigneron, âgée de 23 ans, née à Nancy, y demeurant;</p>
+<p>6. Susanne Vigneron, âgée de 23 ans, née à Nancy, y demeurant;</p>
-<p>7. Pierre-Félix Primeau, âgé de 42 ans, né à Vaussais, département des
-Deux-Sèvres, sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> régiment de cavalerie;</p>
+<p>7. Pierre-Félix Primeau, âgé de 42 ans, né à Vaussais, département des
+Deux-Sèvres, sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> régiment de cavalerie;</p>
-<p>8. Nicolas-Jacques Beauregard, âgé de 42 ans, né à Versailles,
-sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> régiment de cavalerie;</p>
+<p>8. Nicolas-Jacques Beauregard, âgé de 42 ans, né à Versailles,
+sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> régiment de cavalerie;</p>
-<p>9. Jacques-Joseph-Laurent Faret-Preberon, âgé de 44 ans, né à Salins,
-département du Jura, chef d'escadron du 17<sup>e</sup> régiment de cavalerie;</p>
+<p>9. Jacques-Joseph-Laurent Faret-Preberon, âgé de 44 ans, né à Salins,
+département du Jura, chef d'escadron du 17<sup>e</sup> régiment de cavalerie;</p>
-<p>10. Avocalie-Joseph Daviot-Hery, âgé de 19 ans, né à Chinon,
-département d'Indre-et-Loire, lieutenant au 17<sup>e</sup> régiment de
+<p>10. Avocalie-Joseph Daviot-Hery, âgé de 19 ans, né à Chinon,
+département d'Indre-et-Loire, lieutenant au 17<sup>e</sup> régiment de
cavalerie;</p>
-<p>11. Étienne Lecandre, âgé de 27 ans, né à Saintes, département de la
-Charente-Inférieure, capitaine au 17<sup>e</sup> régiment de cavalerie;</p>
+<p>11. Étienne Lecandre, âgé de 27 ans, né à Saintes, département de la
+Charente-Inférieure, capitaine au 17<sup>e</sup> régiment de cavalerie;</p>
-<p>12. Jean-François Bugnolot, âgé de 25 ans, né au Petit-Bay,
-département de la Haute-Saône, chirurgien-major du 17<sup>e</sup> régiment de
+<p>12. Jean-François Bugnolot, âgé de 25 ans, né au Petit-Bay,
+département de la Haute-Saône, chirurgien-major du 17<sup>e</sup> régiment de
cavalerie;</p>
-<p>13. Joseph Mollet, âgé de 48 ans, né à Saint-Michel, département des
-Basses-Alpes, sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> régiment de cavalerie;</p>
+<p>13. Joseph Mollet, âgé de 48 ans, né à Saint-Michel, département des
+Basses-Alpes, sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> régiment de cavalerie;</p>
-<p>14. Claude Juy, âgé de 26 ans, né à Langres, département de la
-Haute-Marne, sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> régiment de cavalerie;</p>
+<p>14. Claude Juy, âgé de 26 ans, né à Langres, département de la
+Haute-Marne, sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> régiment de cavalerie;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page345" name="page345"></a>(p. 345)</span> 15. Pierre-Claude-Marie Prihé, âgé de 46 ans, né à Nevers,
-chef de brigade au 17<sup>e</sup> régiment;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page345" name="page345"></a>(p. 345)</span> 15. Pierre-Claude-Marie Prihé, âgé de 46 ans, né à Nevers,
+chef de brigade au 17<sup>e</sup> régiment;</p>
-<p>16. Étienne-Philippe Vérillot, âgé de 26 ans, né à Langres,
-sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> régiment;</p>
+<p>16. Étienne-Philippe Vérillot, âgé de 26 ans, né à Langres,
+sous-lieutenant au 17<sup>e</sup> régiment;</p>
-<p>17. Étienne Jourdeuil, âgé de 29 ans, né à Bussière, sous-lieutenant
-au 17<sup>e</sup> régiment;</p>
+<p>17. Étienne Jourdeuil, âgé de 29 ans, né à Bussière, sous-lieutenant
+au 17<sup>e</sup> régiment;</p>
-<p>18. Jean Arnaud, âgé de 44 ans, né à Limoges, sous-lieutenant au 17<sup>e</sup>
-régiment;</p>
+<p>18. Jean Arnaud, âgé de 44 ans, né à Limoges, sous-lieutenant au 17<sup>e</sup>
+régiment;</p>
-<p>19. Claude Bonnot, âgé de 27 ans, né à Genets, adjudant au 17<sup>e</sup>
-régiment;</p>
+<p>19. Claude Bonnot, âgé de 27 ans, né à Genets, adjudant au 17<sup>e</sup>
+régiment;</p>
-<p>20. Et François Poisson, né à Épinal, âgé de 37 ans, sous-lieutenant
-au 17<sup>e</sup> régiment.</p>
+<p>20. Et François Poisson, né à Épinal, âgé de 37 ans, sous-lieutenant
+au 17<sup>e</sup> régiment.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 8 prairial (27 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Augustin Binet, âgé de 28 ans, né à Amiens, département de la
+<p>1. Augustin Binet, âgé de 28 ans, né à Amiens, département de la
Somme, y demeurant, coupeur de velours et sergent du 8<sup>e</sup> bataillon de
la Somme;</p>
-<p>2. Jean-Baptiste Avenet, âgé de 36 ans, né et demeurant à
-Saint-Germain-la-Campagne, département de l'Eure, dentiste;</p>
+<p>2. Jean-Baptiste Avenet, âgé de 36 ans, né et demeurant à
+Saint-Germain-la-Campagne, département de l'Eure, dentiste;</p>
-<p>3. Et Étienne Hourry, âgé de 50 ans, né à Pezé-le-Robert, terrassier.</p>
+<p>3. Et Étienne Hourry, âgé de 50 ans, né à Pezé-le-Robert, terrassier.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 9 prairial (28 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Claude-Joseph Villemin, âgé de 26 ans, journalier, né à Guyans en
-Venne, département du Doubs, y demeurant;</p>
+<p>1. Claude-Joseph Villemin, âgé de 26 ans, journalier, né à Guyans en
+Venne, département du Doubs, y demeurant;</p>
-<p>2. Sylvain Dumazet, âgé de 25 ans, ci-devant verrier, depuis
-colporteur à Paris, rue des Barres, section de l'Arsenal, né à
-Argenton, département de l'Indre;</p>
+<p>2. Sylvain Dumazet, âgé de 25 ans, ci-devant verrier, depuis
+colporteur à Paris, rue des Barres, section de l'Arsenal, né à
+Argenton, département de l'Indre;</p>
-<p>3. Firmin Baillot, âgé de 37 ans, né à Lironville, département de la
+<p>3. Firmin Baillot, âgé de 37 ans, né à Lironville, département de la
Meurthe, ci-devant volontaire du bataillon de la section des
-Gravilliers, enrôlé pour la Vendée, râpeur de tabac, demeurant à
+Gravilliers, enrôlé pour la Vendée, râpeur de tabac, demeurant à
Paris, rue de Crussol, marais du Temple;</p>
-<p>4. Françoise Chevalier, âgée de 28 ans, née à Besançon, département du
+<p>4. Françoise Chevalier, âgée de 28 ans, née à Besançon, département du
Doubs, y demeurant;</p>
-<p>5. Félix Simon, âgé de 62 ans, cloutier, ensuite domestique de
-Trivelle, ci-devant conseiller au ci-devant parlement de Besançon, né
-à Rosureux, département du Doubs, y demeurant.</p>
+<p>5. Félix Simon, âgé de 62 ans, cloutier, ensuite domestique de
+Trivelle, ci-devant conseiller au ci-devant parlement de Besançon, né
+à Rosureux, département du Doubs, y demeurant.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Pierre-François Fénaux, âgé de 40 ans, né à Dalincourt, département
-d'Évreux, charretier chez Claude Léger, demeurant à Rosay, département
+<p>1. Pierre-François Fénaux, âgé de 40 ans, né à Dalincourt, département
+d'Évreux, charretier chez Claude Léger, demeurant à Rosay, département
de Seine-et-Oise;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page346" name="page346"></a>(p. 346)</span> 2. Claude Léger, âgé de 49 ans, né à Villemur, département de
-(<em>en blanc</em>), demeurant à Rosay;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page346" name="page346"></a>(p. 346)</span> 2. Claude Léger, âgé de 49 ans, né à Villemur, département de
+(<em>en blanc</em>), demeurant à Rosay;</p>
-<p>3. Martin Olivier, né à Saint-Martin des Champs, département de
-Seine-et-Oise, âgé de 58 ans, vigneron et maire de la commune dudit
+<p>3. Martin Olivier, né à Saint-Martin des Champs, département de
+Seine-et-Oise, âgé de 58 ans, vigneron et maire de la commune dudit
Saint-Martin des Champs, y demeurant;</p>
-<p>4. Éloy Duhamel, âgé de 54 ans, né à Aix, département de
+<p>4. Éloy Duhamel, âgé de 54 ans, né à Aix, département de
Seine-et-Oise, tuileur et agent national de la commune de Saint-Martin
des Champs, y demeurant;</p>
-<p>5. Nicolas Letellier, âgé de 35 ans, né à Septeuil, département de
-Seine-et-Oise, vigneron et membre du comité de surveillance de la
+<p>5. Nicolas Letellier, âgé de 35 ans, né à Septeuil, département de
+Seine-et-Oise, vigneron et membre du comité de surveillance de la
commune de Saint-Martin des Champs, y demeurant;</p>
-<p>6. André Rageot, âgé de 36 ans, tailleur d'habits, membre du comité de
-surveillance de la commune de Saint-Martin des Champs, né à Guerville;</p>
+<p>6. André Rageot, âgé de 36 ans, tailleur d'habits, membre du comité de
+surveillance de la commune de Saint-Martin des Champs, né à Guerville;</p>
-<p>7. Jean Petit, âgé de 49 ans, né à Aulnay, département de
+<p>7. Jean Petit, âgé de 49 ans, né à Aulnay, département de
Seine-et-Oise, tonnelier et maire de la commune d'Aulnay, y demeurant;</p>
-<p>8. Guillaume Fréron, âgé de 45 ans, né à Arnouville, département de
-Seine-et-Oise, journalier, demeurant à Saint-Martin des Champs;</p>
+<p>8. Guillaume Fréron, âgé de 45 ans, né à Arnouville, département de
+Seine-et-Oise, journalier, demeurant à Saint-Martin des Champs;</p>
-<p>9. Et Marie-Anne Fréron, femme Rageot, âgée de 40 ans, née à
-Arnouville, département de Seine-et-Oise, couturière, demeurant à
+<p>9. Et Marie-Anne Fréron, femme Rageot, âgée de 40 ans, née à
+Arnouville, département de Seine-et-Oise, couturière, demeurant à
Saint-Martin des Champs;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 11 prairial (30 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Augustin-François César-Dauphin-Leval, âgé de 49 ans, né à
-Montferrand, département du Puy-de-Dôme, ci-devant breveté du grade de
-colonel, et capitaine en second des grenadiers des gardes françaises,
-demeurant à Moncel-Gelat, même département;</p>
-
-<p>2. Jean Joussineau de La Tourdonnois, âgé de 64 ans, né à Sinwit,
-département de la Corrèze, demeurant à la Rode, département du
-Puy-de-Dôme, ci-devant capitaine de carabiniers, ex-noble, ex-comte et
-ex-colonel à la suite de la cavalerie, demeurant à Paris, rue
-Traversière;</p>
-
-<p>3. Claire Nantia, âgée de 41 ans, née à Nantia, département de la
-Haute-Vienne, ex-noble, demeurant à Rouel, département de la
+<p>1. Augustin-François César-Dauphin-Leval, âgé de 49 ans, né à
+Montferrand, département du Puy-de-Dôme, ci-devant breveté du grade de
+colonel, et capitaine en second des grenadiers des gardes françaises,
+demeurant à Moncel-Gelat, même département;</p>
+
+<p>2. Jean Joussineau de La Tourdonnois, âgé de 64 ans, né à Sinwit,
+département de la Corrèze, demeurant à la Rode, département du
+Puy-de-Dôme, ci-devant capitaine de carabiniers, ex-noble, ex-comte et
+ex-colonel à la suite de la cavalerie, demeurant à Paris, rue
+Traversière;</p>
+
+<p>3. Claire Nantia, âgée de 41 ans, née à Nantia, département de la
+Haute-Vienne, ex-noble, demeurant à Rouel, département de la
Haute-Vienne;</p>
-<p>4. Louis-Jacques Ferruyant, âgé de 37 ans, né et demeurant à La Motte
-Terray, département des Deux-Sèvres, ci-devant trésorier de France;</p>
+<p>4. Louis-Jacques Ferruyant, âgé de 37 ans, né et demeurant à La Motte
+Terray, département des Deux-Sèvres, ci-devant trésorier de France;</p>
-<p>5. Jean Dut, âgé de 24 ans, né à Morillac, département du Cantal,
+<p>5. Jean Dut, âgé de 24 ans, né à Morillac, département du Cantal,
marchand forain, sans domicile fixe;</p>
-<p>6. Pierre Morillon Dubellay, âgé de 77 ans, marchand de draps et
-soies, né et demeurant à Poitiers, département de la Vienne;</p>
+<p>6. Pierre Morillon Dubellay, âgé de 77 ans, marchand de draps et
+soies, né et demeurant à Poitiers, département de la Vienne;</p>
-<p>7. Jean-Antoine Guybora, âgé de 24 ans, vigneron, journalier, né et
-demeurant à Saint-Gerionne, département de la Marne, soldat du 11<sup>e</sup>
-régiment de hussards;</p>
+<p>7. Jean-Antoine Guybora, âgé de 24 ans, vigneron, journalier, né et
+demeurant à Saint-Gerionne, département de la Marne, soldat du 11<sup>e</sup>
+régiment de hussards;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page347" name="page347"></a>(p. 347)</span> 8. Nicolas-Marie Compin, âgé de 64 ans, né à Malta,
-département de Saône-et-Loire, cultivateur et agent national de la
+<p><span class="pagenum"><a id="page347" name="page347"></a>(p. 347)</span> 8. Nicolas-Marie Compin, âgé de 64 ans, né à Malta,
+département de Saône-et-Loire, cultivateur et agent national de la
commune d'Avrai;</p>
-<p>9. Et Nicolas dit Montpansin, âgé de 65 ans, né à Saint-Pourçain,
-département de l'Allier, demeurant à Souitte, même département,
-ex-bailli des lazaristes et ex-subdélégué.</p>
+<p>9. Et Nicolas dit Montpansin, âgé de 65 ans, né à Saint-Pourçain,
+département de l'Allier, demeurant à Souitte, même département,
+ex-bailli des lazaristes et ex-subdélégué.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 11 prairial (30 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Louis César Bégu, âgé de 40 ans, né à Tours, département
+<p>1. Louis César Bégu, âgé de 40 ans, né à Tours, département
d'Indre-et-Loire, ci-devant....... chef du premier bataillon dudit
-département, demeurant à Tours;</p>
+département, demeurant à Tours;</p>
-<p>2. Claude Lacroix, âgé de 38 ans, né à Chaource, département de
+<p>2. Claude Lacroix, âgé de 38 ans, né à Chaource, département de
l'Aube, y demeurant, cultivateur, ci-devant garde de bois;</p>
-<p>3. Pierre-Joseph Lecocq, âgé de 60 ans, né à Querqueville, près
-Cherbourg, département de la Manche, ex-curé de la commune de
-Cottençon, district de Provins, département de Seine-et-Marne;</p>
+<p>3. Pierre-Joseph Lecocq, âgé de 60 ans, né à Querqueville, près
+Cherbourg, département de la Manche, ex-curé de la commune de
+Cottençon, district de Provins, département de Seine-et-Marne;</p>
-<p>4. Et Louis-Julien Moret, âgé de 46 ans, né à Arcis-sur-Aube,
-département de l'Aube, ex-curé, demeurant à Premier-Fait, même
-département.</p>
+<p>4. Et Louis-Julien Moret, âgé de 46 ans, né à Arcis-sur-Aube,
+département de l'Aube, ex-curé, demeurant à Premier-Fait, même
+département.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 12 prairial (31 mai 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Édouard-Marie Marguerie, âgé de 38 ans, ex-noble, major en second
-dans le 42<sup>e</sup> régiment d'infanterie, ex-colonel de la garde
-constitutionnelle du tyran, né à Bayeux, département du Calvados,
-résidant à Agy, près Bayeux;</p>
+<p>1. Édouard-Marie Marguerie, âgé de 38 ans, ex-noble, major en second
+dans le 42<sup>e</sup> régiment d'infanterie, ex-colonel de la garde
+constitutionnelle du tyran, né à Bayeux, département du Calvados,
+résidant à Agy, près Bayeux;</p>
-<p>2. Louis Duvivier, âgé de 60 ans, né à Paris, y demeurant, rue des
-Juifs, n<sup>o</sup> 17, section des Droits de l'homme, employé à
+<p>2. Louis Duvivier, âgé de 60 ans, né à Paris, y demeurant, rue des
+Juifs, n<sup>o</sup> 17, section des Droits de l'homme, employé à
l'extraordinaire des guerres;</p>
-<p>3. Jean-Baptiste-Pierre Bauffre, âgé de 66 ans, né à Châteauneuf,
-département d'Eure-et-Loir, demeurant à Paris, rue des Martyrs, n<sup>o</sup>
+<p>3. Jean-Baptiste-Pierre Bauffre, âgé de 66 ans, né à Châteauneuf,
+département d'Eure-et-Loir, demeurant à Paris, rue des Martyrs, n<sup>o</sup>
59, section du Mont-Blanc;</p>
-<p>4. Amable Chantemerle, âgé de 37 ans, instituteur et homme de lettres,
-ex-prêtre, né à Thiers, département du Puy-de-Dôme, demeurant à Paris,
+<p>4. Amable Chantemerle, âgé de 37 ans, instituteur et homme de lettres,
+ex-prêtre, né à Thiers, département du Puy-de-Dôme, demeurant à Paris,
rue du Mont-Blanc, n<sup>o</sup> 384;</p>
-<p>5. Jean Pierson, âgé de 33 ans, né à Beffroy, district de Commercy,
-département de la Meuse, employé aux bureaux des émigrés, secrétaire
-de défunt Malesherbes, demeurant à Paris, rue des Martyrs;</p>
+<p>5. Jean Pierson, âgé de 33 ans, né à Beffroy, district de Commercy,
+département de la Meuse, employé aux bureaux des émigrés, secrétaire
+de défunt Malesherbes, demeurant à Paris, rue des Martyrs;</p>
-<p>6. Et Claude-François-Marie Simonet, âgé de 42 ans, né à Dijon,
-département de la Côte-d'Or, ex-fermier général, demeurant à Dijon.</p>
+<p>6. Et Claude-François-Marie Simonet, âgé de 42 ans, né à Dijon,
+département de la Côte-d'Or, ex-fermier général, demeurant à Dijon.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page348" name="page348"></a>(p. 348)</span> Du même jour, appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page348" name="page348"></a>(p. 348)</span> Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Joseph Pont, âgé de 51 ans, né à Tournus, département de
-Saône-et-Loire, ci-devant curé de Courteneau, y demeurant, même
-département;</p>
+<p>1. Joseph Pont, âgé de 51 ans, né à Tournus, département de
+Saône-et-Loire, ci-devant curé de Courteneau, y demeurant, même
+département;</p>
-<p>2. Pierre Saint-Saulieu, âgé de 44 ans, né à Monteau, département de
-l'Eure, ci-devant feudiste, demeurant à l'abbaye de Cormeil;</p>
+<p>2. Pierre Saint-Saulieu, âgé de 44 ans, né à Monteau, département de
+l'Eure, ci-devant feudiste, demeurant à l'abbaye de Cormeil;</p>
-<p>3. Thomas Casimir Héry, âgé de 25 ans, né à Orléans, département du
-Loiret, se disant cultivateur, officier dans le 25<sup>e</sup> régiment,
-demeurant commune de Fleury, même département;</p>
+<p>3. Thomas Casimir Héry, âgé de 25 ans, né à Orléans, département du
+Loiret, se disant cultivateur, officier dans le 25<sup>e</sup> régiment,
+demeurant commune de Fleury, même département;</p>
-<p>4. Thérèse-Françoise Lamarre, âgée de 60 ans, née à Bar-sur-Ornain,
+<p>4. Thérèse-Françoise Lamarre, âgée de 60 ans, née à Bar-sur-Ornain,
ci-devant noble, demeurant audit Bar;</p>
-<p>5. Jean-Hyacinthe Caron, âgé de 36 ans, né à Arviny, district de
-Bar-sur-Ornain, ci-devant curé, demeurant à Moulins, même district;</p>
+<p>5. Jean-Hyacinthe Caron, âgé de 36 ans, né à Arviny, district de
+Bar-sur-Ornain, ci-devant curé, demeurant à Moulins, même district;</p>
-<p>6. Philippe Huguet, âgé de 30 ans, né à Bruxelles, faiseur de bas,
-demeurant à Paris, rue Pot-de-Fer;</p>
+<p>6. Philippe Huguet, âgé de 30 ans, né à Bruxelles, faiseur de bas,
+demeurant à Paris, rue Pot-de-Fer;</p>
-<p>7. Sylvain Hugault, âgé de 59 ans, né à Bourges, ci-devant curé
-d'Issoudun, demeurant à Issoudun, département d'Indre-et-Loire.</p>
+<p>7. Sylvain Hugault, âgé de 59 ans, né à Bourges, ci-devant curé
+d'Issoudun, demeurant à Issoudun, département d'Indre-et-Loire.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 13 prairial (1<sup>er</sup> juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Alexandre Brillon-Saint-Cyr, âgé de 52 ans, né à Paris, y
-demeurant, rue de Bercy, au Marais, ex-maître des comptes;</p>
+<p>1. Alexandre Brillon-Saint-Cyr, âgé de 52 ans, né à Paris, y
+demeurant, rue de Bercy, au Marais, ex-maître des comptes;</p>
-<p>2. Louis-Joseph Germain, âgé de 38 ans, né à Paris, y demeurant, rue
-des Bourdonnais, marchand d'étoffes de soie;</p>
+<p>2. Louis-Joseph Germain, âgé de 38 ans, né à Paris, y demeurant, rue
+des Bourdonnais, marchand d'étoffes de soie;</p>
-<p>3. Thomas-Augustin Bellet, âgé de 37 ans, né à Paris, y demeurant, rue
+<p>3. Thomas-Augustin Bellet, âgé de 37 ans, né à Paris, y demeurant, rue
des Blancs-Manteaux, ci-devant auditeur des comptes;</p>
-<p>4. François-Martin Chauvereau, âgé de 37 ans, né à Tours, département
-d'Indre-et-Loire, commis marchand chez Germain, demeurant à Paris, rue
+<p>4. François-Martin Chauvereau, âgé de 37 ans, né à Tours, département
+d'Indre-et-Loire, commis marchand chez Germain, demeurant à Paris, rue
Cloche-Perche;</p>
-<p>5. Antoine-Charles Lherbette, âgé de 34 ans, né à Sainte-Menehould,
-département de la Haute-Marne, ci-devant agent de change, demeurant à
+<p>5. Antoine-Charles Lherbette, âgé de 34 ans, né à Sainte-Menehould,
+département de la Haute-Marne, ci-devant agent de change, demeurant à
Paris, rue des Blancs-Manteaux;</p>
-<p>6. Louis Bois-Marié, âgé de 23 ans, né à Longny, district de Mortagne,
-département de l'Orne, demeurant à Paris, rue Jean-Fleury;</p>
+<p>6. Louis Bois-Marié, âgé de 23 ans, né à Longny, district de Mortagne,
+département de l'Orne, demeurant à Paris, rue Jean-Fleury;</p>
-<p>7. Jérôme-Robert Millin du Perreux, âgé de 62 ans, né à Nevers,
-département de la Nièvre, demeurant au Perreux, district de l'Égalité,
-département de Paris, administrateur des loteries;</p>
+<p>7. Jérôme-Robert Millin du Perreux, âgé de 62 ans, né à Nevers,
+département de la Nièvre, demeurant au Perreux, district de l'Égalité,
+département de Paris, administrateur des loteries;</p>
-<p>8. Jean Auger, âgé de 23 ans, né à Paris, brigadier-fourrier au 8<sup>e</sup>
-régiment de hussards, demeurant à Chaillot;</p>
+<p>8. Jean Auger, âgé de 23 ans, né à Paris, brigadier-fourrier au 8<sup>e</sup>
+régiment de hussards, demeurant à Chaillot;</p>
-<p>9. Et Jacques-Adrien Mégard, âgé de 26 ans, né à Ratéville,
-département de la Seine-Inférieure, agent de Thorelli, Napolitain,
-demeurant à Paris, grande rue du faubourg Antoine.</p>
+<p>9. Et Jacques-Adrien Mégard, âgé de 26 ans, né à Ratéville,
+département de la Seine-Inférieure, agent de Thorelli, Napolitain,
+demeurant à Paris, grande rue du faubourg Antoine.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page349" name="page349"></a>(p. 349)</span> Du même jour, appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page349" name="page349"></a>(p. 349)</span> Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Louis Martin-Brille, âgé de 30 ans, né à Limay, département de
-Seine-et-Oise, marchand de journaux, demeurant à Paris, rue des
-Lavandières, n<sup>o</sup> 191;</p>
+<p>1. Louis Martin-Brille, âgé de 30 ans, né à Limay, département de
+Seine-et-Oise, marchand de journaux, demeurant à Paris, rue des
+Lavandières, n<sup>o</sup> 191;</p>
-<p>2. Étienne Berthier, âgé de 43 ans, né à Besançon, département du
-Doubs, fondeur et doreur, demeurant à Dijon;</p>
+<p>2. Étienne Berthier, âgé de 43 ans, né à Besançon, département du
+Doubs, fondeur et doreur, demeurant à Dijon;</p>
-<p>3. Jean Levasseur, âgé de 38 ans, né à Krienne, département de la
-Seine-Inférieure, ex-curé de la commune de Laumont-la-Poterie, même
-département;</p>
+<p>3. Jean Levasseur, âgé de 38 ans, né à Krienne, département de la
+Seine-Inférieure, ex-curé de la commune de Laumont-la-Poterie, même
+département;</p>
-<p>4. Et Jacques Serigny, âgé de 53 ans, né à Bouillant, département de
-la Côte-d'Or, ex-curé de la commune de Lumigny, même département, y
+<p>4. Et Jacques Serigny, âgé de 53 ans, né à Bouillant, département de
+la Côte-d'Or, ex-curé de la commune de Lumigny, même département, y
demeurant.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 14 prairial (2 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Bonaventure Ferrey, âgé de 32 ans, né à Gray, département de la
-Haute-Saône, demeurant à Saint-Denis-sur-Sarton, département de
-l'Orne, prêtre chapelain de l'église de Coutances, puis curé audit
+<p>1. Bonaventure Ferrey, âgé de 32 ans, né à Gray, département de la
+Haute-Saône, demeurant à Saint-Denis-sur-Sarton, département de
+l'Orne, prêtre chapelain de l'église de Coutances, puis curé audit
Saint-Denis;</p>
-<p>2. Jean-Baptiste Barré, âgé de 68 ans, né et demeurant à Paris, rue
-Coq-Héron, n<sup>o</sup> 424, ci-devant procureur au Châtelet et avoué;</p>
+<p>2. Jean-Baptiste Barré, âgé de 68 ans, né et demeurant à Paris, rue
+Coq-Héron, n<sup>o</sup> 424, ci-devant procureur au Châtelet et avoué;</p>
-<p>3. Philippe Perrin, âgé de 26 ans, né à Cognac, département de la
-Charente, y demeurant, négociant en eaux-de-vie;</p>
+<p>3. Philippe Perrin, âgé de 26 ans, né à Cognac, département de la
+Charente, y demeurant, négociant en eaux-de-vie;</p>
-<p>4. André-Jacques-Salomon Daniau, âgé de 26 ans, né à Cognac, demeurant
-à Ecoigneux, district de Saintes, même département, agriculteur;</p>
+<p>4. André-Jacques-Salomon Daniau, âgé de 26 ans, né à Cognac, demeurant
+à Ecoigneux, district de Saintes, même département, agriculteur;</p>
-<p>5. Valérie Marentin, femme Pasquet Saint-Projet, âgée de 40 ans, née à
-la Rochefoucauld, département de la Haute-Charente, y demeurant, et à
-Perusel, campagne près la Rochefoucauld; son mari garde du tyran;</p>
+<p>5. Valérie Marentin, femme Pasquet Saint-Projet, âgée de 40 ans, née à
+la Rochefoucauld, département de la Haute-Charente, y demeurant, et à
+Perusel, campagne près la Rochefoucauld; son mari garde du tyran;</p>
-<p>6. Louis-Auguste-François Bongard-d'Aspremont, âgé de 68 ans, né au
-Val d'Arnois, district de Dieppe, département de la Seine-Inférieure,
-demeurant à Jaucourt, district des Andelys, département de l'Eure,
+<p>6. Louis-Auguste-François Bongard-d'Aspremont, âgé de 68 ans, né au
+Val d'Arnois, district de Dieppe, département de la Seine-Inférieure,
+demeurant à Jaucourt, district des Andelys, département de l'Eure,
vivant de son bien, ex-noble et ex-marquis;</p>
-<p>7. Louis Armand, âgé de 61 ans, né à Lainville, département de
-Seine-et-Marne, demeurant au Plessis-Mériot, département de
+<p>7. Louis Armand, âgé de 61 ans, né à Lainville, département de
+Seine-et-Marne, demeurant au Plessis-Mériot, département de
Seine-et-Marne, garde-chasse du ci-devant duc de Mortemart, et ensuite
vigneron;</p>
-<p>8. Jean-François-Célestin Lecocq, âgé de 30 ans, né à Lille,
-département du Nord, y demeurant, ci-devant clerc de notaire, et
+<p>8. Jean-François-Célestin Lecocq, âgé de 30 ans, né à Lille,
+département du Nord, y demeurant, ci-devant clerc de notaire, et
depuis boulanger;</p>
-<p>9. Jean-Pierre Maindouze, âgé de 53 ans, né à Toulouse, département de
-la Haute-Garonne, demeurant à Paris, rue du Théâtre-Français, commis
-en chef au bureau des affaires étrangères;</p>
+<p>9. Jean-Pierre Maindouze, âgé de 53 ans, né à Toulouse, département de
+la Haute-Garonne, demeurant à Paris, rue du Théâtre-Français, commis
+en chef au bureau des affaires étrangères;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page350" name="page350"></a>(p. 350)</span> Du même jour, appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page350" name="page350"></a>(p. 350)</span> Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Bernard-Louis Cassaigne, âgé de 41 ans, né à Béziers, département
-de l'Hérault, ex-vicaire de la ci-devant paroisse Saint-Nicolas des
-Champs, ensuite desservant de la commune de Luneray, près Dieppe,
-département de la Seine-Inférieure, y demeurant;</p>
+<p>1. Bernard-Louis Cassaigne, âgé de 41 ans, né à Béziers, département
+de l'Hérault, ex-vicaire de la ci-devant paroisse Saint-Nicolas des
+Champs, ensuite desservant de la commune de Luneray, près Dieppe,
+département de la Seine-Inférieure, y demeurant;</p>
-<p>2. Marie-Joseph-Adrien Bourdet, âgé de 33 ans, né à Saint-Valery,
-département de l'Oise, ex-vicaire de la ci-devant paroisse Saint-André
-des Arts, à Paris, rue du Cimetière-André;</p>
+<p>2. Marie-Joseph-Adrien Bourdet, âgé de 33 ans, né à Saint-Valery,
+département de l'Oise, ex-vicaire de la ci-devant paroisse Saint-André
+des Arts, à Paris, rue du Cimetière-André;</p>
-<p>3. Et Jean-Baptiste Dupain, âgé de 21 ans, marchand de bois, né et
-demeurant à Paris, rue des Fossés-Saint-Bernard.</p>
+<p>3. Et Jean-Baptiste Dupain, âgé de 21 ans, marchand de bois, né et
+demeurant à Paris, rue des Fossés-Saint-Bernard.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 15 prairial (3 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Claude Lefranc, âgé de 54 ans, chirurgien appointé dans le 7<sup>e</sup>
-régiment de hussards, né à Ivry, près Paris, département de
-Seine-et-Marne, demeurant à Paris, rue du Battoir;</p>
+<p>1. Claude Lefranc, âgé de 54 ans, chirurgien appointé dans le 7<sup>e</sup>
+régiment de hussards, né à Ivry, près Paris, département de
+Seine-et-Marne, demeurant à Paris, rue du Battoir;</p>
-<p>2. Philippe Martin, âgé de 65 ans, né à Delu, département de la Meuse,
+<p>2. Philippe Martin, âgé de 65 ans, né à Delu, département de la Meuse,
y demeurant, et cordonnier;</p>
-<p>3. Alexandre Cordelois, âgé de 36 ans, né à Cambray, chirurgien,
-ci-devant adjudant général de la garde nationale du Quesnoy, demeurant
-à Wettingue, département du Nord;</p>
+<p>3. Alexandre Cordelois, âgé de 36 ans, né à Cambray, chirurgien,
+ci-devant adjudant général de la garde nationale du Quesnoy, demeurant
+à Wettingue, département du Nord;</p>
-<p>4. Armand Quidet, âgé de 64 ans, né à Nourval, département des
-Ardennes, soldat invalide, demeurant à Vouziers;</p>
+<p>4. Armand Quidet, âgé de 64 ans, né à Nourval, département des
+Ardennes, soldat invalide, demeurant à Vouziers;</p>
-<p>5. Et Jean-Joseph de Flandres, âgé de 58 ans, brigadier de la deuxième
-division de la gendarmerie, natif d'Hanappe, département de l'Oise,
-demeurant à Bouchain, département du Nord.</p>
+<p>5. Et Jean-Joseph de Flandres, âgé de 58 ans, brigadier de la deuxième
+division de la gendarmerie, natif d'Hanappe, département de l'Oise,
+demeurant à Bouchain, département du Nord.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, 15 prairial (3 juin 1794), appert:</p>
+<p>Du même jour, 15 prairial (3 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Louis-George Desrousseaux, âgé de 42 ans, né à Sedan, département
+<p>1. Louis-George Desrousseaux, âgé de 42 ans, né à Sedan, département
des Ardennes, y demeurant, fabricant de draps, cultivateur, ex-maire
de la commune de Sedan;</p>
-<p>2. Jean-Baptiste-Delfine Le Gardeur, âgé de 52 ans, né à Sedan, y
-demeurant, fabricant, membre de la municipalité de Sedan;</p>
+<p>2. Jean-Baptiste-Delfine Le Gardeur, âgé de 52 ans, né à Sedan, y
+demeurant, fabricant, membre de la municipalité de Sedan;</p>
-<p>3. François-Pierre Le Gardeur, âgé de 60 ans, né à Verdun, département
+<p>3. François-Pierre Le Gardeur, âgé de 60 ans, né à Verdun, département
de la Meuse, ci-devant fabricant de draps, ci-devant notable de la
-commune de Sedan, président du tribunal de commerce et du bureau de
-paix de la même commune, y demeurant;</p>
+commune de Sedan, président du tribunal de commerce et du bureau de
+paix de la même commune, y demeurant;</p>
-<p>4. Nicolas Rollin-Hussin père, âgé de 63 ans, né à Sedan, y demeurant,
-fabricant de draps et officier municipal de la même commune;</p>
+<p>4. Nicolas Rollin-Hussin père, âgé de 63 ans, né à Sedan, y demeurant,
+fabricant de draps et officier municipal de la même commune;</p>
-<p>5. Yvon-Georges-Jacques Saint-Pierre, âgé de 55 ans, né aux Aussieux,
-département de la Seine-Inférieure, demeurant à Sedan, vivant de son
+<p>5. Yvon-Georges-Jacques Saint-Pierre, âgé de 55 ans, né aux Aussieux,
+département de la Seine-Inférieure, demeurant à Sedan, vivant de son
revenu, ci-devant officier municipal de la commune de Sedan;</p>
-<p>6. Pierre-Charles Fournier, âgé de 42 ans, né à Sedan, y demeurant,
-officier municipal de ladite commune et épicier;</p>
+<p>6. Pierre-Charles Fournier, âgé de 42 ans, né à Sedan, y demeurant,
+officier municipal de ladite commune et épicier;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page351" name="page351"></a>(p. 351)</span> 7. Jean-Baptiste Petit, fils, âgé de 50 ans, né à Mézières,
-département des Ardennes, médecin, officier municipal de la commune de
+<p><span class="pagenum"><a id="page351" name="page351"></a>(p. 351)</span> 7. Jean-Baptiste Petit, fils, âgé de 50 ans, né à Mézières,
+département des Ardennes, médecin, officier municipal de la commune de
Sedan, y demeurant;</p>
-<p>8. Louis-François Gigoux Saint-Simon, âgé de 61 ans, avant la
-révolution aide-major de la place de Sedan, né à Mesle, département
-des Deux-Sèvres, officier municipal de la commune de Sedan, y
+<p>8. Louis-François Gigoux Saint-Simon, âgé de 61 ans, avant la
+révolution aide-major de la place de Sedan, né à Mesle, département
+des Deux-Sèvres, officier municipal de la commune de Sedan, y
demeurant;</p>
-<p>9. Jean-Louis Lenoir Peyre, âgé de 39 ans, né à Sedan, teinturier, et
+<p>9. Jean-Louis Lenoir Peyre, âgé de 39 ans, né à Sedan, teinturier, et
ci-devant procureur de la commune de Sedan, y demeurant;</p>
-<p>10. Nicolas Waroguier, âgé de 62 ans, né à Givet, district de
+<p>10. Nicolas Waroguier, âgé de 62 ans, né à Givet, district de
Sainte-Menehould, ci-devant notable de la commune de Sedan, y
demeurant;</p>
-<p>11. Augustin Grosselin père, âgé de 66 ans, marchand épicier,
+<p>11. Augustin Grosselin père, âgé de 66 ans, marchand épicier,
ci-devant notable de la commune de Sedan, y demeurant;</p>
-<p>12. Jean-Charles-Nicolas Lechanteur, âgé de 31 ans, né à Brillangois,
+<p>12. Jean-Charles-Nicolas Lechanteur, âgé de 31 ans, né à Brillangois,
district de Sedan, brasseur, ci-devant notable de la commune de Sedan,
et actuellement administrateur du district de Sedan, y demeurant;</p>
-<p>13. Henri Mesmer, âgé de 52 ans, né à Sedan, brasseur, ex-notable de
+<p>13. Henri Mesmer, âgé de 52 ans, né à Sedan, brasseur, ex-notable de
la commune de Sedan, y demeurant;</p>
-<p>14. Étienne Henneci, âgé de 46 ans, né à Sedan, libraire, ex-notable
+<p>14. Étienne Henneci, âgé de 46 ans, né à Sedan, libraire, ex-notable
de la commune de Sedan, y demeurant;</p>
-<p>15. Louis Edet-Jeames, âgé de 46 ans, né à Sedan, y demeurant,
+<p>15. Louis Edet-Jeames, âgé de 46 ans, né à Sedan, y demeurant,
charpentier, et ex-notable de la commune de Sedan;</p>
-<p>16. Étienne-Nicolas-Joseph Chayaux-Cailloux, âgé de 41 ans, né à
+<p>16. Étienne-Nicolas-Joseph Chayaux-Cailloux, âgé de 41 ans, né à
Sedan, y demeurant, brasseur, et ex-notable de la commune de Sedan;</p>
-<p>17. Pierre Gibon-Vermon, âgé de 44 ans, né à Sedan, y demeurant,
+<p>17. Pierre Gibon-Vermon, âgé de 44 ans, né à Sedan, y demeurant,
brasseur, et ex-notable de la commune de Sedan;</p>
-<p>18. Simon-Jacques Delatre, âgé de 44 ans, né à Sedan, y demeurant,
+<p>18. Simon-Jacques Delatre, âgé de 44 ans, né à Sedan, y demeurant,
ex-notable de Sedan;</p>
-<p>19. Louis Edet, âgé de 64 ans, né à Sedan, y demeurant, menuisier,
+<p>19. Louis Edet, âgé de 64 ans, né à Sedan, y demeurant, menuisier,
ex-notable de la commune de Sedan;</p>
-<p>20. Jean-Baptiste Ludet père, âgé de 64 ans, chef armurier, et
+<p>20. Jean-Baptiste Ludet père, âgé de 64 ans, chef armurier, et
ex-notable de la commune de Sedan;</p>
-<p>21. Antoine-Charles Rousseau, âgé de 56 ans, né à Paris, manufacturier
+<p>21. Antoine-Charles Rousseau, âgé de 56 ans, né à Paris, manufacturier
de draps, ex-notable de la commune de Sedan, y demeurant;</p>
-<p>22. Pierre Dalché père, âgé de 63 ans, né à Sedan, y demeurant,
-orfévre, ex-notable de la commune de Sedan;</p>
+<p>22. Pierre Dalché père, âgé de 63 ans, né à Sedan, y demeurant,
+orfévre, ex-notable de la commune de Sedan;</p>
-<p>23. Hermès Servais, âgé de 66 ans, né à Francquemont, manufacturier de
-poêles, ex-notable de la commune de Sedan, y demeurant;</p>
+<p>23. Hermès Servais, âgé de 66 ans, né à Francquemont, manufacturier de
+poêles, ex-notable de la commune de Sedan, y demeurant;</p>
-<p>24. Michel Noël, dit Laurent, âgé de 63 ans, né à Sedan, y demeurant,
+<p>24. Michel Noël, dit Laurent, âgé de 63 ans, né à Sedan, y demeurant,
confiseur, et officier municipal de la commune de Sedan;</p>
-<p>25. Louis-Joseph Béchet, âgé de 60 ans, né à Sedan, manufacturier,
-ex-officier municipal de la commune de Sedan, demeurant à
+<p>25. Louis-Joseph Béchet, âgé de 60 ans, né à Sedan, manufacturier,
+ex-officier municipal de la commune de Sedan, demeurant à
Philippeville;</p>
-<p>26. Paul-Stanislas-Édouard Béchet, âgé de 38 ans, né à Sedan,
-fabricant de draps, administrateur et receveur de l'hôpital de la même
-commune, et ci-devant officier municipal, demeurant à Sedan;</p>
+<p>26. Paul-Stanislas-Édouard Béchet, âgé de 38 ans, né à Sedan,
+fabricant de draps, administrateur et receveur de l'hôpital de la même
+commune, et ci-devant officier municipal, demeurant à Sedan;</p>
-<p>27. Et Claude Faussois, âgé de 65 ans, né à Montfaucon, district de
-Château-Thierry, département de la Marne, traiteur, ex-notable de la
-<span class="pagenum"><a id="page352" name="page352"></a>(p. 352)</span> commune de Sedan, demeurant à Lagny-Baugny, département des
+<p>27. Et Claude Faussois, âgé de 65 ans, né à Montfaucon, district de
+Château-Thierry, département de la Marne, traiteur, ex-notable de la
+<span class="pagenum"><a id="page352" name="page352"></a>(p. 352)</span> commune de Sedan, demeurant à Lagny-Baugny, département des
Ardennes.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
-dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
-cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.</p>
+<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, et ordonné que l'exécution
+dudit jugement aurait lieu sur la place publique de la Révolution de
+cette ville, ledit jugement signé du président et du greffier.</p>
-<p>Par procès-verbal dressé par Chasteau, huissier du tribunal
-révolutionnaire, le 15 prairial, appert avoir été constaté que le
-jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
-Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.</p>
+<p>Par procès-verbal dressé par Chasteau, huissier du tribunal
+révolutionnaire, le 15 prairial, appert avoir été constaté que le
+jugement ci-dessus a été exécuté sur la place publique de la
+Révolution de cette ville, où lesdits susnommés ont été mis à mort.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 16 prairial an II (4 juin 1794), appert:</p>
-<p>Le tribunal criminel du département de Paris a condamné à la peine de
-mort Charles Le Brun, âgé de 40 ans, natif de Chelles, département de
-Seine-et-Marne, sans état, demeurant rue Bourtibourg, n<sup>o</sup> 15,
-convaincu de complicité de fabrication et émission de faux assignats.</p>
+<p>Le tribunal criminel du département de Paris a condamné à la peine de
+mort Charles Le Brun, âgé de 40 ans, natif de Chelles, département de
+Seine-et-Marne, sans état, demeurant rue Bourtibourg, n<sup>o</sup> 15,
+convaincu de complicité de fabrication et émission de faux assignats.</p>
-<p>Il a été exécuté le même jour, à 8 heures 25 minutes du soir, sur la
-<em>place de la Maison commune</em>, en présence de Heurtin, l'un des
-huissiers du tribunal, qui en a dressé procès-verbal.</p>
+<p>Il a été exécuté le même jour, à 8 heures 25 minutes du soir, sur la
+<em>place de la Maison commune</em>, en présence de Heurtin, l'un des
+huissiers du tribunal, qui en a dressé procès-verbal.</p>
-<p class="author">Certifié véritable et délivré par moi, Le Bois, accusateur public
- du tribunal criminel du département de Paris,</p>
+<p class="author">Certifié véritable et délivré par moi, Le Bois, accusateur public
+ du tribunal criminel du département de Paris,</p>
<p class="authorsc">Le Bois.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. François-Dauphin Goursac, âgé de 61 ans, né à Chassenuit, district
-de la Rochefoucauld, département de la Charente, ex-noble, ci-devant
-chevau-léger, retiré lieutenant de cavalerie, demeurant à la
+<p>1. François-Dauphin Goursac, âgé de 61 ans, né à Chassenuit, district
+de la Rochefoucauld, département de la Charente, ex-noble, ci-devant
+chevau-léger, retiré lieutenant de cavalerie, demeurant à la
Rochefoucauld;</p>
-<p>2. Thérèse Thomas, veuve de François Goursac, aussi ex-noble, âgée de
-80 ans, née à Augoulême, demeurant à Goursac;</p>
+<p>2. Thérèse Thomas, veuve de François Goursac, aussi ex-noble, âgée de
+80 ans, née à Augoulême, demeurant à Goursac;</p>
-<p>3. Jeanne-Dauphin Goursac, fille âgée de 54 ans, née à Chasseneuil,
-demeurant à Goursac, ex-noble;</p>
+<p>3. Jeanne-Dauphin Goursac, fille âgée de 54 ans, née à Chasseneuil,
+demeurant à Goursac, ex-noble;</p>
-<p>4. Jacquette Gonin, femme divorcée de Pasquier Larevenchère, âgée de
-43 ans, née à Chasseneuil, demeurant à la Rochefoucauld;</p>
+<p>4. Jacquette Gonin, femme divorcée de Pasquier Larevenchère, âgée de
+43 ans, née à Chasseneuil, demeurant à la Rochefoucauld;</p>
-<p>5. Jacques Clément, âgé de 41 ans, né à Derac, district d'Angoulême,
-ci-devant curé de Vervant, district de la Rochefoucauld, y demeurant;</p>
+<p>5. Jacques Clément, âgé de 41 ans, né à Derac, district d'Angoulême,
+ci-devant curé de Vervant, district de la Rochefoucauld, y demeurant;</p>
-<p>6. Jacques-Dauphin Lapeyre, ex-noble, âgé de 53 ans, né à Roussine,
-district de la Rochefoucauld, cultivateur, demeurant à Breuil;</p>
+<p>6. Jacques-Dauphin Lapeyre, ex-noble, âgé de 53 ans, né à Roussine,
+district de la Rochefoucauld, cultivateur, demeurant à Breuil;</p>
-<p>7. Et Marie-Louise Dufour, fille âgée de 66 ans, née à Limoges, femme
-de compagnie de Goursac, demeurant à Chasseneuil.</p>
+<p>7. Et Marie-Louise Dufour, fille âgée de 66 ans, née à Limoges, femme
+de compagnie de Goursac, demeurant à Chasseneuil.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal d'exécution
-dressé par Auvray, huissier.</p>
+<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal d'exécution
+dressé par Auvray, huissier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, appert:</p>
+<p>Du même jour, appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Étienne-Michel Le Duc Bieville, âgé de 69 ans, ex-noble,
+<p>1. Étienne-Michel Le Duc Bieville, âgé de 69 ans, ex-noble,
ex-conseiller au ci-devant parlement de Rouen, et ex-gentilhomme de la
-chambre <span class="pagenum"><a id="page353" name="page353"></a>(p. 353)</span> du tyran, né à Rouen, département de Seine-et-Oise
-(<em>sic</em>), demeurant à Paris, rue Grange-Batelière;</p>
+chambre <span class="pagenum"><a id="page353" name="page353"></a>(p. 353)</span> du tyran, né à Rouen, département de Seine-et-Oise
+(<em>sic</em>), demeurant à Paris, rue Grange-Batelière;</p>
-<p>2. Antoine-Louis Le Duc Bieville fils, âgé de 27 ans, ex-noble et
-lieutenant dans le ci-devant régiment de chasseurs des Vosges, né à
-Paris, demeurant à Belleville, près Paris;</p>
+<p>2. Antoine-Louis Le Duc Bieville fils, âgé de 27 ans, ex-noble et
+lieutenant dans le ci-devant régiment de chasseurs des Vosges, né à
+Paris, demeurant à Belleville, près Paris;</p>
-<p>3. Jean-François Du Fouleur, âgé de 38 ans, né à Paris, demeurant rue
+<p>3. Jean-François Du Fouleur, âgé de 38 ans, né à Paris, demeurant rue
Montmartre, notaire;</p>
-<p>4. Jean-Jacques Meynard, âgé de 46 ans, commis à la comptabilité, né à
-Alby, département du Tarn, demeurant à Paris, rue Montmartre;</p>
+<p>4. Jean-Jacques Meynard, âgé de 46 ans, commis à la comptabilité, né à
+Alby, département du Tarn, demeurant à Paris, rue Montmartre;</p>
-<p>5. Alexis Moreuil, âgé de 49 ans, ex-maître d'hôtel du ci-devant duc
-de la Marck, employé à la liquidation des dettes de la Commune de
-Paris, né à Ferrières, département de la Somme, demeurant à Paris, rue
-Faubourg-Honoré;</p>
+<p>5. Alexis Moreuil, âgé de 49 ans, ex-maître d'hôtel du ci-devant duc
+de la Marck, employé à la liquidation des dettes de la Commune de
+Paris, né à Ferrières, département de la Somme, demeurant à Paris, rue
+Faubourg-Honoré;</p>
-<p>6. Nicolas-Toussaint Leteneur, âgé de 64 ans, ex-noble et ex-chevalier
-du ci-devant ordre Saint-Louis, né à Breteuil, département de l'Oise,
-demeurant à Versailles;</p>
+<p>6. Nicolas-Toussaint Leteneur, âgé de 64 ans, ex-noble et ex-chevalier
+du ci-devant ordre Saint-Louis, né à Breteuil, département de l'Oise,
+demeurant à Versailles;</p>
-<p>7. Bernard Sauriel, âgé de 33 ans, ex-lieutenant d'une compagnie de
-volontaires du 4<sup>e</sup> bataillon de la Meurthe, à Laronne, département de
-la Meurthe, demeurant au dépôt, à Nancy;</p>
+<p>7. Bernard Sauriel, âgé de 33 ans, ex-lieutenant d'une compagnie de
+volontaires du 4<sup>e</sup> bataillon de la Meurthe, à Laronne, département de
+la Meurthe, demeurant au dépôt, à Nancy;</p>
-<p>8. Jean-François Thirial, âgé de 40 ans, ex-constituant, médecin, né à
-Compiègne, département de l'Oise, demeurant à Versailles;</p>
+<p>8. Jean-François Thirial, âgé de 40 ans, ex-constituant, médecin, né à
+Compiègne, département de l'Oise, demeurant à Versailles;</p>
-<p>9. Grégoire-Philippe Lorenzo, âgé de 29 ans, homme de lettres,
-fonctionnaire public à Bruxelles comme commissaire, né à Dunkerque,
-département du Nord;</p>
+<p>9. Grégoire-Philippe Lorenzo, âgé de 29 ans, homme de lettres,
+fonctionnaire public à Bruxelles comme commissaire, né à Dunkerque,
+département du Nord;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 17 prairial (5 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Élisabeth-Marie Guiller, femme de Thomas Guiller, dit <em>Nonac</em>,
-ex-noble et ex-secrétaire du tyran, âgée de 45 ans, née à Châteauneuf,
-département d'Eure-et-Loir, demeurant à Choisy-sur-Seine;</p>
+<p>1. Élisabeth-Marie Guiller, femme de Thomas Guiller, dit <em>Nonac</em>,
+ex-noble et ex-secrétaire du tyran, âgée de 45 ans, née à Châteauneuf,
+département d'Eure-et-Loir, demeurant à Choisy-sur-Seine;</p>
-<p>2. Jean-Antoine Méraud, né à l'Écluse, département du Puy-de-Dôme,
-demeurant à la Meilleraye, département de la Sarthe, ex-curé
+<p>2. Jean-Antoine Méraud, né à l'Écluse, département du Puy-de-Dôme,
+demeurant à la Meilleraye, département de la Sarthe, ex-curé
constitutionnel dudit lieu;</p>
-<p>3. Louis-Henri Villeneuve-Trans, âgé de 59 ans, né à Marseille,
-département des Bouches-du-Rhône, ex-noble et ex-colonel du ci-devant
-régiment de Roussillon infanterie, demeurant à Paris, rue Vivienne,
+<p>3. Louis-Henri Villeneuve-Trans, âgé de 59 ans, né à Marseille,
+département des Bouches-du-Rhône, ex-noble et ex-colonel du ci-devant
+régiment de Roussillon infanterie, demeurant à Paris, rue Vivienne,
n<sup>o</sup> 4.</p>
-<p>4. Joseph Daigue, domestique du ci-devant duc de Luxembourg, âgé de 32
-ans, né à Pacy, département du Mont-Blanc, demeurant à Paris, rue
+<p>4. Joseph Daigue, domestique du ci-devant duc de Luxembourg, âgé de 32
+ans, né à Pacy, département du Mont-Blanc, demeurant à Paris, rue
Martin, section des Amis de la patrie;</p>
-<p>5. Paul Mezeray, âgé de 45 ans, né à Montargis, département du Loiret,
-demeurant à Paris, rue Roquépine, employé aux domaines nationaux;</p>
+<p>5. Paul Mezeray, âgé de 45 ans, né à Montargis, département du Loiret,
+demeurant à Paris, rue Roquépine, employé aux domaines nationaux;</p>
-<p>6. Et Marie-Madeleine Perrier, veuve Fontenay, ex-noble, âgée de 57
-ans, née à Villiers, département de l'Orne, demeurant à Vincennes,
-département de Paris;</p>
+<p>6. Et Marie-Madeleine Perrier, veuve Fontenay, ex-noble, âgée de 57
+ans, née à Villiers, département de l'Orne, demeurant à Vincennes,
+département de Paris;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par Auvray.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p><span class="pagenum"><a id="page354" name="page354"></a>(p. 354)</span> Par jugement du 18 prairial (6 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Charles-François Mercier d'Aubeville, âgé de 69 ans, ci-devant
-président de l'élection de Pithiviers, juge du tribunal du district de
+<p>1. Charles-François Mercier d'Aubeville, âgé de 69 ans, ci-devant
+président de l'élection de Pithiviers, juge du tribunal du district de
Pithiviers, demeurant audit lieu;</p>
-<p>2. Thomas Roustat, âgé de 57 ans, cultivateur, garde-bois du ci-devant
-Terray, né à Quincy, département de l'Aube, demeurant à Lamotte, même
-département;</p>
+<p>2. Thomas Roustat, âgé de 57 ans, cultivateur, garde-bois du ci-devant
+Terray, né à Quincy, département de l'Aube, demeurant à Lamotte, même
+département;</p>
-<p>3. Jean Rolland, âgé de 40 ans, né à Lamotte, département de l'Aube, y
+<p>3. Jean Rolland, âgé de 40 ans, né à Lamotte, département de l'Aube, y
demeurant;</p>
-<p>4. Jean Vaudier-Dock, âgé de 25 ans, serrurier, né à Bruges, Flandre,
-y demeurant; déserteur autrichien;</p>
+<p>4. Jean Vaudier-Dock, âgé de 25 ans, serrurier, né à Bruges, Flandre,
+y demeurant; déserteur autrichien;</p>
-<p>5. Jacques Dauphin-Chadebeau, âgé de 43 ans, manouvrier, natif de la
-Paque, département de la Charente, demeurant à Goursac, même
-département;</p>
+<p>5. Jacques Dauphin-Chadebeau, âgé de 43 ans, manouvrier, natif de la
+Paque, département de la Charente, demeurant à Goursac, même
+département;</p>
-<p>6. Angélique Jacquemont, veuve Padel, âgée de 49 ans, travaillant en
-linge, née à Saint-Brie, département de l'Yonne, demeurant
+<p>6. Angélique Jacquemont, veuve Padel, âgée de 49 ans, travaillant en
+linge, née à Saint-Brie, département de l'Yonne, demeurant
Pointe-Eustache;</p>
-<p>7. Nicolas Vial, âgé de 71 ans, né à Commune-Affranchie, département
-de Rhône-et-Loire, demeurant à Charenton, près Paris, ancien
-négociant;</p>
+<p>7. Nicolas Vial, âgé de 71 ans, né à Commune-Affranchie, département
+de Rhône-et-Loire, demeurant à Charenton, près Paris, ancien
+négociant;</p>
-<p>8. Victoire Leclerc, veuve Labathie, âgée de 34 ans, née à Compiègne,
-demeurant à Vitry-sur-Marne, département de la Marne;</p>
+<p>8. Victoire Leclerc, veuve Labathie, âgée de 34 ans, née à Compiègne,
+demeurant à Vitry-sur-Marne, département de la Marne;</p>
-<p>9. Et Denise-Élisabeth Marchais, femme Vial, âgée de 53 ans, née à
-Paris, demeurant à Charenton;</p>
+<p>9. Et Denise-Élisabeth Marchais, femme Vial, âgée de 53 ans, née à
+Paris, demeurant à Charenton;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Château.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Château.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du même jour 18 prairial an II (6 juin 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du même jour 18 prairial an II (6 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. François-Joseph-Élisabeth Thomas Lavalette, âgé de 39 ans, né à
-Paris, ex-vicomte, ex-officier au ci-devant régiment des gardes
-françaises en qualité de lieutenant en second, demeurant à Paris,
+<p>1. François-Joseph-Élisabeth Thomas Lavalette, âgé de 39 ans, né à
+Paris, ex-vicomte, ex-officier au ci-devant régiment des gardes
+françaises en qualité de lieutenant en second, demeurant à Paris,
section Le Pelletier, n<sup>o</sup> 171;</p>
-<p>2. Joseph Aboulin, âgé de 39 ans, né à Cassade, district de Montauban,
-département du Lot, lieutenant au 18<sup>e</sup> régiment de dragons, y
+<p>2. Joseph Aboulin, âgé de 39 ans, né à Cassade, district de Montauban,
+département du Lot, lieutenant au 18<sup>e</sup> régiment de dragons, y
demeurant ordinairement;</p>
-<p>3. Joseph Fournier, âgé de 31 ans, né à Burillier, district de
-Montagnac, département de la Dordogne, y demeurant, ex-curé
+<p>3. Joseph Fournier, âgé de 31 ans, né à Burillier, district de
+Montagnac, département de la Dordogne, y demeurant, ex-curé
constitutionnel et instituteur;</p>
-<p>4. Thomas Delainey, âgé de 17 ans, Irlandais, déserteur du 9<sup>e</sup>
-régiment, domicilié à Paris;</p>
+<p>4. Thomas Delainey, âgé de 17 ans, Irlandais, déserteur du 9<sup>e</sup>
+régiment, domicilié à Paris;</p>
-<p>5. Patrice Roden, âgé de 28 ans, tisserand, né en Irlande, soldat
-déserteur dans le régiment de Berne;</p>
+<p>5. Patrice Roden, âgé de 28 ans, tisserand, né en Irlande, soldat
+déserteur dans le régiment de Berne;</p>
-<p>6. Pierre-Jacques Soubry, âgé de 33 ans, laboureur, né dans la Flandre
+<p>6. Pierre-Jacques Soubry, âgé de 33 ans, laboureur, né dans la Flandre
autrichienne;</p>
-<p>7. Albert Calvert, âgé de 28 ans, né à Bruges, en Flandre, y
+<p>7. Albert Calvert, âgé de 28 ans, né à Bruges, en Flandre, y
demeurant, charpentier;</p>
-<p>8. Joseph Forrest, âgé de 27 ans, né à Bruges, y demeurant, écrivain;</p>
+<p>8. Joseph Forrest, âgé de 27 ans, né à Bruges, y demeurant, écrivain;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page355" name="page355"></a>(p. 355)</span> 9. Jacques Mordolk, âgé de 20 ans, perruquier, né en Écosse,
+<p><span class="pagenum"><a id="page355" name="page355"></a>(p. 355)</span> 9. Jacques Mordolk, âgé de 20 ans, perruquier, né en Écosse,
valet de chambre du comte de Notriock;</p>
-<p>10. Guillaume-Jacques Cousin, âgé de 45 ans, né à Rouen, département
-de la Seine-Inférieure, demeurant à Paris, rue de la Loi, n<sup>o</sup> 206;</p>
+<p>10. Guillaume-Jacques Cousin, âgé de 45 ans, né à Rouen, département
+de la Seine-Inférieure, demeurant à Paris, rue de la Loi, n<sup>o</sup> 206;</p>
-<p>11. William Newton, âgé de 33 ans, né en Angleterre, colonel de
-cavalerie à l'École militaire, demeurant à Paris, rue de la Loi;</p>
+<p>11. William Newton, âgé de 33 ans, né en Angleterre, colonel de
+cavalerie à l'École militaire, demeurant à Paris, rue de la Loi;</p>
-<p>12. Et Élisabeth-Françoise Forceville, âgée de 42 ans, née à
-Forceville, district d'Amiens, département de la Somme, ex-noble,
-demeurant à Paris, rue de l'Observatoire;</p>
+<p>12. Et Élisabeth-Françoise Forceville, âgée de 42 ans, née à
+Forceville, district d'Amiens, département de la Somme, ex-noble,
+demeurant à Paris, rue de l'Observatoire;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Chasteau.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme: <span class="smcap">Neirot</span>, commis greffier.</p>
@@ -13322,355 +13277,355 @@ Chasteau.</p>
<p>Par jugement du 19 prairial an II (7 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Pierre Lecointre, âgé de 18 ans et demi, volontaire dans le 10<sup>e</sup>
-régiment d'artillerie légère, né à Saint-Jouy, département de la
-Seine-Inférieure, y demeurant;</p>
+<p>1. Pierre Lecointre, âgé de 18 ans et demi, volontaire dans le 10<sup>e</sup>
+régiment d'artillerie légère, né à Saint-Jouy, département de la
+Seine-Inférieure, y demeurant;</p>
-<p>2. Guillaume Thezut, âgé de 38 ans, ex-noble, né à Aumont, département
-de Saône-et-Loire, y demeurant;</p>
+<p>2. Guillaume Thezut, âgé de 38 ans, ex-noble, né à Aumont, département
+de Saône-et-Loire, y demeurant;</p>
-<p>3. Louis Le Coq, âgé de 30 ans, né à Balancourt, département de
+<p>3. Louis Le Coq, âgé de 30 ans, né à Balancourt, département de
Seine-et-Oise, potier de terre, et ci-devant domestique de Roland,
-ex-ministre, demeurant à Paris, rue de la Tannerie;</p>
+ex-ministre, demeurant à Paris, rue de la Tannerie;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tavernier.</p>
<p class="author"><span class="smcap">Neirot</span>, commis greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Du même jour, 19 prairial (7 juin 1794), appert:</p>
+<p>Du même jour, 19 prairial (7 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Charles-François, dit Cadet, âgé de 37 ans, né à Boissy-sur-Marne,
-département de Seine-et-Marne, cultivateur, demeurant à Champoget,
-même département;</p>
+<p>1. Charles-François, dit Cadet, âgé de 37 ans, né à Boissy-sur-Marne,
+département de Seine-et-Marne, cultivateur, demeurant à Champoget,
+même département;</p>
-<p>2. Antoine Rayer, âgé de 34 ans, né aux Granges, commune dudit Boissy,
+<p>2. Antoine Rayer, âgé de 34 ans, né aux Granges, commune dudit Boissy,
y demeurant, cultivateur;</p>
-<p>3. Pierre-Louis Bachelier, âgé de 44 ans, né à Doux, département de
+<p>3. Pierre-Louis Bachelier, âgé de 44 ans, né à Doux, département de
Seine-et-Marne, y demeurant, cultivateur;</p>
-<p>4. Remy Lecinque, âgé de 50 ans, né à Nancy, département de la
-Meurthe, commissaire aux ventes, demeurant à Paris, rue de Touraine,
+<p>4. Remy Lecinque, âgé de 50 ans, né à Nancy, département de la
+Meurthe, commissaire aux ventes, demeurant à Paris, rue de Touraine,
n<sup>o</sup> 3;</p>
-<p>5. Pierre-Nicolas Domont, âgé de 36 ans, né à Louvancourt, département
-de la Somme, employé à l'administration des domaines nationaux;</p>
+<p>5. Pierre-Nicolas Domont, âgé de 36 ans, né à Louvancourt, département
+de la Somme, employé à l'administration des domaines nationaux;</p>
-<p>6. Joseph-Simon Larget, âgé de 31 ans, né à Ongelat, département du
-Jura, employé à l'administration des domaines nationaux, demeurant à
+<p>6. Joseph-Simon Larget, âgé de 31 ans, né à Ongelat, département du
+Jura, employé à l'administration des domaines nationaux, demeurant à
Paris, rue Chabannais;</p>
-<p>7. Nicolas-Pierre Boucher, âgé de 45 ans, né à Bar-sur-Bugency, y
-demeurant, notaire et ex-administrateur du département des Ardennes;</p>
+<p>7. Nicolas-Pierre Boucher, âgé de 45 ans, né à Bar-sur-Bugency, y
+demeurant, notaire et ex-administrateur du département des Ardennes;</p>
-<p>8. Jacques Chauzy, âgé de 63 ans, né à Vaudé, département des
+<p>8. Jacques Chauzy, âgé de 63 ans, né à Vaudé, département des
Ardennes, y demeurant, cultivateur et ex-administrateur dudit
-département;</p>
+département;</p>
-<p>9. Jean-Baptiste-Antoine Bourgeois, âgé de 34 ans, né à Mézières,
-département de la Meurthe, y demeurant, administrateur du département
+<p>9. Jean-Baptiste-Antoine Bourgeois, âgé de 34 ans, né à Mézières,
+département de la Meurthe, y demeurant, administrateur du département
des Ardennes;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page356" name="page356"></a>(p. 356)</span> 10. Jean-Sulpice Gromaire, âgé de 56 ans, né à Chomery,
-département des Ardennes, y demeurant, notaire et ex-administrateur du
-département des Ardennes;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page356" name="page356"></a>(p. 356)</span> 10. Jean-Sulpice Gromaire, âgé de 56 ans, né à Chomery,
+département des Ardennes, y demeurant, notaire et ex-administrateur du
+département des Ardennes;</p>
-<p>11. Étienne Deshayes, âgé de 43 ans, né à Rethel, département des
-Ardennes, y demeurant, homme de loi, procureur général syndic du
-département des Ardennes;</p>
+<p>11. Étienne Deshayes, âgé de 43 ans, né à Rethel, département des
+Ardennes, y demeurant, homme de loi, procureur général syndic du
+département des Ardennes;</p>
-<p>12. Henry Dessaulty, âgé de 43 ans, né à Bierne, département des
-Ardennes, ex-noble, cultivateur, membre du conseil général dudit
-département, demeurant à Montlaurent;</p>
+<p>12. Henry Dessaulty, âgé de 43 ans, né à Bierne, département des
+Ardennes, ex-noble, cultivateur, membre du conseil général dudit
+département, demeurant à Montlaurent;</p>
-<p>13. Pierre Namur, âgé de 60 ans, né à Lugny (?), département des
-Ardennes, y demeurant, cultivateur, administrateur dudit département;</p>
+<p>13. Pierre Namur, âgé de 60 ans, né à Lugny (?), département des
+Ardennes, y demeurant, cultivateur, administrateur dudit département;</p>
-<p>14. Jean Legrand, âgé de 45 ans, né à Gouvellemont, département des
-Ardennes, y demeurant, ex-administrateur dudit département,
+<p>14. Jean Legrand, âgé de 45 ans, né à Gouvellemont, département des
+Ardennes, y demeurant, ex-administrateur dudit département,
cultivateur;</p>
-<p>15. Jean-Jacques Le Maire, âgé de 66 ans, né à Sainte-Menehould,
-département des Ardennes, cultivateur, ex-administrateur dudit
-département, demeurant à Champigneul;</p>
+<p>15. Jean-Jacques Le Maire, âgé de 66 ans, né à Sainte-Menehould,
+département des Ardennes, cultivateur, ex-administrateur dudit
+département, demeurant à Champigneul;</p>
-<p>16. Jean-Baptiste Blay, âgé de 29 ans, né à Wernencourt, département
+<p>16. Jean-Baptiste Blay, âgé de 29 ans, né à Wernencourt, département
des Ardennes, y demeurant, laboureur, ex-administrateur dudit
-département;</p>
+département;</p>
-<p>17. Claude-Jean-Baptiste Gérard, âgé de 49 ans, né à Mouzon,
-département des Ardennes, ex-administrateur dudit département,
-demeurant à Sedan;</p>
+<p>17. Claude-Jean-Baptiste Gérard, âgé de 49 ans, né à Mouzon,
+département des Ardennes, ex-administrateur dudit département,
+demeurant à Sedan;</p>
-<p>18. Marie-Claude-Gabriel Gérard, âgé de 34 ans, né audit Mouzon,
+<p>18. Marie-Claude-Gabriel Gérard, âgé de 34 ans, né audit Mouzon,
district de Sedan, demeurant audit Sedan, homme de loi,
-ex-administrateur du département des Ardennes;</p>
+ex-administrateur du département des Ardennes;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Tavernier.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 23 prairial (11 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Étienne-Hubert-Bonaventure Chaput-Dubost, âgé de 54 ans, né à
-Cusset, département de l'Allier, ex-subdélégué, ex-procureur du tyran,
-et depuis son commissaire près le tribunal dudit Cusset;</p>
+<p>1. Étienne-Hubert-Bonaventure Chaput-Dubost, âgé de 54 ans, né à
+Cusset, département de l'Allier, ex-subdélégué, ex-procureur du tyran,
+et depuis son commissaire près le tribunal dudit Cusset;</p>
-<p>2. Jeanne-Danielle Teyras, femme Chaput-Dubost, âgée de 52 ans,
-demeurant à Cusset;</p>
+<p>2. Jeanne-Danielle Teyras, femme Chaput-Dubost, âgée de 52 ans,
+demeurant à Cusset;</p>
-<p>3. Claude-Gilbert Chaput-Dubost, dit Champcourt, âgé de 26 ans, sans
-état, né et demeurant à Cusset;</p>
+<p>3. Claude-Gilbert Chaput-Dubost, dit Champcourt, âgé de 26 ans, sans
+état, né et demeurant à Cusset;</p>
-<p>4. Cosme-Marie Chaput-Dubost, âgé de 24 ans, sans état, né et
-demeurant à Cusset;</p>
+<p>4. Cosme-Marie Chaput-Dubost, âgé de 24 ans, sans état, né et
+demeurant à Cusset;</p>
-<p>5. Denis Courtin, âgé de 58 ans, né à Saint-James, département du
-Cher, brigadier de la 32<sup>e</sup> division de gendarmerie, demeurant à Paris,
-rue du Théâtre-Français, n<sup>o</sup> 7;</p>
+<p>5. Denis Courtin, âgé de 58 ans, né à Saint-James, département du
+Cher, brigadier de la 32<sup>e</sup> division de gendarmerie, demeurant à Paris,
+rue du Théâtre-Français, n<sup>o</sup> 7;</p>
-<p>6. Nicolas Jaunin, âgé de 72 ans, né à Dijon, département de la
-Côte-d'Or, gagne-denier, demeurant à Paris, rue Montorgueil;</p>
+<p>6. Nicolas Jaunin, âgé de 72 ans, né à Dijon, département de la
+Côte-d'Or, gagne-denier, demeurant à Paris, rue Montorgueil;</p>
-<p>7. Bon-Jacques-René Hébert, âgé de 23 ans, né à Paris, y demeurant,
+<p>7. Bon-Jacques-René Hébert, âgé de 23 ans, né à Paris, y demeurant,
rue des Tournelles, n<sup>o</sup> 38, entrepreneur des bois de chauffage pour
-l'armée;</p>
+l'armée;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page357" name="page357"></a>(p. 357)</span> 8. Lambert Lamandin, âgé de 38 ans, né à Consart, district
-d'Avesnes, département du Nord, marchand de chevaux et de bois,
-fournisseur pour l'armée;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page357" name="page357"></a>(p. 357)</span> 8. Lambert Lamandin, âgé de 38 ans, né à Consart, district
+d'Avesnes, département du Nord, marchand de chevaux et de bois,
+fournisseur pour l'armée;</p>
-<p>9. Saint-Clair Rouillon, âgé de 19 ans, préposé au bois de chauffage,
-né à Alençon, y demeurant;</p>
+<p>9. Saint-Clair Rouillon, âgé de 19 ans, préposé au bois de chauffage,
+né à Alençon, y demeurant;</p>
-<p>10. Gabriel Guérin-Lucas, âgé de 41 ans, né à Châteauroux,
+<p>10. Gabriel Guérin-Lucas, âgé de 41 ans, né à Châteauroux,
actuellement <em>Indreville</em>, y demeurant, fournisseur soumissionnaire
-pour l'équipement des volontaires d'Indreville;</p>
+pour l'équipement des volontaires d'Indreville;</p>
-<p>11. Et Pierre Robert, âgé de 37 ans, né à Saint-Georges-sur-Cher,
-demeurant à Paris, rue Saint-Gilles, au Marais, n<sup>o</sup> 91;</p>
+<p>11. Et Pierre Robert, âgé de 37 ans, né à Saint-Georges-sur-Cher,
+demeurant à Paris, rue Saint-Gilles, au Marais, n<sup>o</sup> 91;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
-Degaignée.</p>
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+Degaignée.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
<hr class="hr10">
<p>Par jugement du 29 prairial an II (17 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Henry Admiral, âgé de 50 ans, natif de Auzolet, département du
-Puy-de-Dôme, domicilié à Paris, rue Favart, n<sup>o</sup> 4, ci-devant
-domestique, ensuite attaché à la loterie ci-devant royale en qualité
-de garçon de bureau;</p>
+<p>1. Henry Admiral, âgé de 50 ans, natif de Auzolet, département du
+Puy-de-Dôme, domicilié à Paris, rue Favart, n<sup>o</sup> 4, ci-devant
+domestique, ensuite attaché à la loterie ci-devant royale en qualité
+de garçon de bureau;</p>
-<p>2. François Cardinal, instituteur et maître de pension, âgé de 40 ans,
-natif de Bussière, département de la Haute-Marne, domicilié à Paris,
+<p>2. François Cardinal, instituteur et maître de pension, âgé de 40 ans,
+natif de Bussière, département de la Haute-Marne, domicilié à Paris,
rue de Tracy, n<sup>o</sup> 7;</p>
-<p>3. Pierre-Balthasard Roussel, âgé de 26 ans, natif de Paris, y
-domicilié, rue Helvétius, n<sup>o</sup> 70;</p>
+<p>3. Pierre-Balthasard Roussel, âgé de 26 ans, natif de Paris, y
+domicilié, rue Helvétius, n<sup>o</sup> 70;</p>
-<p>4. Marie-Susanne Chevalier, âgée de 34 ans, native de Saint-Sauvan,
-département de la Vienne, domiciliée à Paris, rue Chabannais, n<sup>o</sup> 47,
-femme séparée depuis trois ans de...... Lamartinière;</p>
+<p>4. Marie-Susanne Chevalier, âgée de 34 ans, native de Saint-Sauvan,
+département de la Vienne, domiciliée à Paris, rue Chabannais, n<sup>o</sup> 47,
+femme séparée depuis trois ans de...... Lamartinière;</p>
-<p>5. Claude Paindavoine, âgé de 53 ans, natif de Lépine, département de
-la Marne, domicilié à Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, n<sup>o</sup> 19,
+<p>5. Claude Paindavoine, âgé de 53 ans, natif de Lépine, département de
+la Marne, domicilié à Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, n<sup>o</sup> 19,
concierge de la maison des ci-devant loteries;</p>
-<p>6. Aimée-Cécile Renault, âgée de 20 ans, native de Paris, y
-domiciliée, rue de la Lanterne, fille d'Antoine Renault et de......;</p>
+<p>6. Aimée-Cécile Renault, âgée de 20 ans, native de Paris, y
+domiciliée, rue de la Lanterne, fille d'Antoine Renault et de......;</p>
-<p>7. Antoine Renault, papetier et cartier, âgé de 92 ans, natif de
-Paris, y domicilié, rue de la Lanterne, section de la Cité;</p>
+<p>7. Antoine Renault, papetier et cartier, âgé de 92 ans, natif de
+Paris, y domicilié, rue de la Lanterne, section de la Cité;</p>
-<p>8. Antoine-Jacques Renault, papetier, âgé de 31 ans, natif de Paris, y
-domicilié, rue de la Lanterne.....;</p>
+<p>8. Antoine-Jacques Renault, papetier, âgé de 31 ans, natif de Paris, y
+domicilié, rue de la Lanterne.....;</p>
-<p>9. Edme-Jeanne Renault, ex-religieuse, âgée de 60 ans, native de
-Paris, y domiciliée, rue Babylone, n<sup>o</sup> 698;</p>
+<p>9. Edme-Jeanne Renault, ex-religieuse, âgée de 60 ans, native de
+Paris, y domiciliée, rue Babylone, n<sup>o</sup> 698;</p>
-<p>10. Jean-Baptiste Porteb&oelig;uf, âgé de 43 ans, natif de Thoiré,
-département de la Seine-Inférieure, domicilié à Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup>
+<p>10. Jean-Baptiste Porteb&oelig;uf, âgé de 43 ans, natif de Thoiré,
+département de la Seine-Inférieure, domicilié à Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup>
510;</p>
-<p>11. André Saintanac, élève en chirurgie et employé à l'hôpital
-militaire de Choisy-sur-Seine, âgé de 22 ans, natif de Bordeaux,
-département de Bec d'Ambès, domicilié audit Choisy, et précédemment à
+<p>11. André Saintanac, élève en chirurgie et employé à l'hôpital
+militaire de Choisy-sur-Seine, âgé de 22 ans, natif de Bordeaux,
+département de Bec d'Ambès, domicilié audit Choisy, et précédemment à
Paris, rue Quincampoix, maison garnie, ci-devant dite de la Couronne;</p>
-<p>12. Anne-Madeleine-Lucile Parmentier, âgée de 52 ans, native de
-Clermont, département de l'Oise, domiciliée à Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup>
-510; mariée à Alexandre Lemoine Crécy;</p>
+<p>12. Anne-Madeleine-Lucile Parmentier, âgée de 52 ans, native de
+Clermont, département de l'Oise, domiciliée à Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup>
+510; mariée à Alexandre Lemoine Crécy;</p>
-<p>13. François Lafosse, chef de la surveillance de police de Paris, âgé
-de <span class="pagenum"><a id="page358" name="page358"></a>(p. 358)</span> 44 ans, natif de Versailles, département de
-Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue du Faubourg-du-Temple, n<sup>o</sup> 32;</p>
+<p>13. François Lafosse, chef de la surveillance de police de Paris, âgé
+de <span class="pagenum"><a id="page358" name="page358"></a>(p. 358)</span> 44 ans, natif de Versailles, département de
+Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue du Faubourg-du-Temple, n<sup>o</sup> 32;</p>
-<p>14. Jean-Louis-Michel Devaux, employé, âgé de 29 ans, natif de
-Doullens, département de la Somme, domicilié à Paris, rue Barbe,
+<p>14. Jean-Louis-Michel Devaux, employé, âgé de 29 ans, natif de
+Doullens, département de la Somme, domicilié à Paris, rue Barbe,
section de Bonne-Nouvelle;</p>
-<p>15. Louis-Eustache-Joseph Potier (Delille), âgé de 44 ans, natif de
-Lille, département du Nord, domicilié à Paris, rue Favart, imprimeur
-et membre du comité révolutionnaire de la section Lepelletier;</p>
+<p>15. Louis-Eustache-Joseph Potier (Delille), âgé de 44 ans, natif de
+Lille, département du Nord, domicilié à Paris, rue Favart, imprimeur
+et membre du comité révolutionnaire de la section Lepelletier;</p>
-<p>16. François-Charles Virot Sombreuil, ex-gouverneur des Invalides, âgé
-de 74 ans, natif de Insishain (<em>sic</em>), département du Haut-Rhin,
-domicilié à la maison nationale des Invalides;</p>
+<p>16. François-Charles Virot Sombreuil, ex-gouverneur des Invalides, âgé
+de 74 ans, natif de Insishain (<em>sic</em>), département du Haut-Rhin,
+domicilié à la maison nationale des Invalides;</p>
-<p>17. Stanislas Virot Sombreuil, âgé de 26 ans, natif de Lechoisier,
-département de la Haute-Vienne, domicilié à Poissy, ex-capitaine de
+<p>17. Stanislas Virot Sombreuil, âgé de 26 ans, natif de Lechoisier,
+département de la Haute-Vienne, domicilié à Poissy, ex-capitaine de
hussards et ex-capitaine de la garde nationale de Poissy;</p>
-<p>18. Jean-Guet Henoc Rohan-Rochefort, ex-noble, domicilié à Rochefort,
-département de la Charente-Inférieure;</p>
+<p>18. Jean-Guet Henoc Rohan-Rochefort, ex-noble, domicilié à Rochefort,
+département de la Charente-Inférieure;</p>
-<p>19. Pierre Laval-Montmorency, ex-noble, âgé de 25 ans, natif de Paris,
-y domicilié, rue du Bac;</p>
+<p>19. Pierre Laval-Montmorency, ex-noble, âgé de 25 ans, natif de Paris,
+y domicilié, rue du Bac;</p>
-<p>20. Étienne Jardin, âgé de 48 ans, natif de Versailles, département de
-Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue Cadet, directeur des transports
-militaires depuis la révolution, et avant piqueur du tyran;</p>
+<p>20. Étienne Jardin, âgé de 48 ans, natif de Versailles, département de
+Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue Cadet, directeur des transports
+militaires depuis la révolution, et avant piqueur du tyran;</p>
-<p>21. Charles-Marie-Antoine Sartine, ex-maître des requêtes, âgé de 34
-ans, natif de Paris, y domicilié, rue Vivienne, fils de.....;</p>
+<p>21. Charles-Marie-Antoine Sartine, ex-maître des requêtes, âgé de 34
+ans, natif de Paris, y domicilié, rue Vivienne, fils de.....;</p>
-<p>22. Barthélemy Constant, gendarme, âgé de 42 ans, natif de Grasse,
-département du Var, domicilié à Paris, rue du Faubourg-Martin, n<sup>o</sup>
+<p>22. Barthélemy Constant, gendarme, âgé de 42 ans, natif de Grasse,
+département du Var, domicilié à Paris, rue du Faubourg-Martin, n<sup>o</sup>
185;</p>
-<p>23. Joseph-Henry Burlandeux, ex-officier de paix, âgé de 39 ans, natif
-de Saullier, département du Var, domicilié à Paris, rue du
+<p>23. Joseph-Henry Burlandeux, ex-officier de paix, âgé de 39 ans, natif
+de Saullier, département du Var, domicilié à Paris, rue du
Faubourg-Martin, n<sup>o</sup> 64;</p>
-<p>24. Louis-Marie-François Saint-Mauris de Montbarey, ex-prince et
-ancien militaire, âgé de 38 ans, natif de Paris, y domicilié, faubourg
-Honoré, n<sup>o</sup> 49;</p>
+<p>24. Louis-Marie-François Saint-Mauris de Montbarey, ex-prince et
+ancien militaire, âgé de 38 ans, natif de Paris, y domicilié, faubourg
+Honoré, n<sup>o</sup> 49;</p>
-<p>25. Joseph-Guillaume Lescuyer, musicien, âgé de 46 ans, natif
-d'Antibes, département du Var, domicilié à Paris, rue Poissonnière,
+<p>25. Joseph-Guillaume Lescuyer, musicien, âgé de 46 ans, natif
+d'Antibes, département du Var, domicilié à Paris, rue Poissonnière,
n<sup>o</sup> 16;</p>
-<p>26. Achille Viart, ci-devant militaire, âgé de 51 ans, natif de.....,
-en Amérique, domicilié à Mariac, département de Bec d'Ambès;</p>
+<p>26. Achille Viart, ci-devant militaire, âgé de 51 ans, natif de.....,
+en Amérique, domicilié à Mariac, département de Bec d'Ambès;</p>
-<p>27. Jean-Louis Biret Tissot, domestique de la femme Grandmaison, âgé
-de 35 ans, natif de Paris, y domicilié, rue de Mesnard;</p>
+<p>27. Jean-Louis Biret Tissot, domestique de la femme Grandmaison, âgé
+de 35 ans, natif de Paris, y domicilié, rue de Mesnard;</p>
-<p>28. Théodore-Jauge, banquier, âgé de 47 ans, natif de Bordeaux,
-département de Bec d'Ambès, domicilié à Paris, rue du Mont-Blanc;</p>
+<p>28. Théodore-Jauge, banquier, âgé de 47 ans, natif de Bordeaux,
+département de Bec d'Ambès, domicilié à Paris, rue du Mont-Blanc;</p>
-<p>29. Catherine-Susanne Vincent, âgée de 45 ans, native de Paris, y
-domiciliée, rue de Mesnard, mariée à..... Gryois;</p>
+<p>29. Catherine-Susanne Vincent, âgée de 45 ans, native de Paris, y
+domiciliée, rue de Mesnard, mariée à..... Gryois;</p>
-<p>30. Françoise-Augustine Santuare, âgée de 40 ans, native de l'île
-Bourbon, en Afrique, domiciliée à Marefosse, département de la
-Seine-Inférieure, mariée à..... Desprémenil;</p>
+<p>30. Françoise-Augustine Santuare, âgée de 40 ans, native de l'île
+Bourbon, en Afrique, domiciliée à Marefosse, département de la
+Seine-Inférieure, mariée à..... Desprémenil;</p>
-<p>31. Charles-Armand-Augustin Depont, ex-noble, âgé de 49 ans, natif de
-Paris, y domicilié, rue Notre-Dame-des-Champs;</p>
+<p>31. Charles-Armand-Augustin Depont, ex-noble, âgé de 49 ans, natif de
+Paris, y domicilié, rue Notre-Dame-des-Champs;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page359" name="page359"></a>(p. 359)</span> 32. Joseph-Victor Cortey, épicier, âgé de 37 ans, natif de
-Symphorien, département de la Loire, domicilié à Paris, rue de la Loi;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page359" name="page359"></a>(p. 359)</span> 32. Joseph-Victor Cortey, épicier, âgé de 37 ans, natif de
+Symphorien, département de la Loire, domicilié à Paris, rue de la Loi;</p>
-<p>33. François Paumier, ci-devant marchand de bois, âgé de 39 ans, natif
-de Aunay, département de la Nièvre;</p>
+<p>33. François Paumier, ci-devant marchand de bois, âgé de 39 ans, natif
+de Aunay, département de la Nièvre;</p>
-<p>34. Jean-François Deshayes, âgé de 68 ans, natif de Herserange,
-département de la Moselle, domicilié à Luçon, marchand et membre du
-comité de surveillance dudit lieu;</p>
+<p>34. Jean-François Deshayes, âgé de 68 ans, natif de Herserange,
+département de la Moselle, domicilié à Luçon, marchand et membre du
+comité de surveillance dudit lieu;</p>
-<p>35. François-Augustin Ozanne, ex-officier de paix, âgé de 40 ans,
-natif de Paris, y domicilié, rue de la Vieille-Monnaie;</p>
+<p>35. François-Augustin Ozanne, ex-officier de paix, âgé de 40 ans,
+natif de Paris, y domicilié, rue de la Vieille-Monnaie;</p>
-<p>36. Charles-François-René Duhardaz Dauteville, ex-noble, âgé de 23
-ans, natif du Mans, département de la Sarthe, domicilié à Paris, rue
+<p>36. Charles-François-René Duhardaz Dauteville, ex-noble, âgé de 23
+ans, natif du Mans, département de la Sarthe, domicilié à Paris, rue
Basse-du-Rempart, n<sup>o</sup> 20;</p>
-<p>37. Louis Comte, négociant, âgé de 49 ans, natif de Varennes,
-département de Saône-et-Loire, domicilié à Paris, rue Thomas du
+<p>37. Louis Comte, négociant, âgé de 49 ans, natif de Varennes,
+département de Saône-et-Loire, domicilié à Paris, rue Thomas du
Louvre, grande maison de France;</p>
<p>38. Jean-Baptiste Michonis, limonadier et ex-administrateur de police,
-âgé de 59 ans, natif de Paris, y domicilié;</p>
+âgé de 59 ans, natif de Paris, y domicilié;</p>
-<p>39. Philippe-Charles-Élysée Baussancourt, sous-lieutenant de
-carabiniers, âgé de 27 ans, natif de Vitry-le-Français;</p>
+<p>39. Philippe-Charles-Élysée Baussancourt, sous-lieutenant de
+carabiniers, âgé de 27 ans, natif de Vitry-le-Français;</p>
-<p>40. Louis Karadec, agent de change, âgé de 45 ans, natif de Lisieux,
-département du Calvados, domicilié à Paris, rue du Faubourg-du-Temple;</p>
+<p>40. Louis Karadec, agent de change, âgé de 45 ans, natif de Lisieux,
+département du Calvados, domicilié à Paris, rue du Faubourg-du-Temple;</p>
-<p>41. Théodore Marsan, âgé de 27 ans, natif de Toulouse, département de
-la Haute-Garonne, domicilié à Paris, rue de Cléry, n<sup>o</sup> 95;</p>
+<p>41. Théodore Marsan, âgé de 27 ans, natif de Toulouse, département de
+la Haute-Garonne, domicilié à Paris, rue de Cléry, n<sup>o</sup> 95;</p>
-<p>42. Nicolas-Joseph Egrée, brasseur, âgé de 40 ans, natif de
-Cateau-Cambrésis, département du Nord, domicilié à Suresnes,
-département de Paris;</p>
+<p>42. Nicolas-Joseph Egrée, brasseur, âgé de 40 ans, natif de
+Cateau-Cambrésis, département du Nord, domicilié à Suresnes,
+département de Paris;</p>
-<p>43. Henri Menil-Simon, ci-devant capitaine de cavalerie, âgé de 53
-ans, natif de Buley, département de la Nièvre, domicilié à Vigneux,
-département de Seine-et-Oise;</p>
+<p>43. Henri Menil-Simon, ci-devant capitaine de cavalerie, âgé de 53
+ans, natif de Buley, département de la Nièvre, domicilié à Vigneux,
+département de Seine-et-Oise;</p>
-<p>44. Jeanne-Françoise-Louise Demier Sainte-Amarante, âgée de 42 ans,
-native de Saintes, département de la Charente, domiciliée à Cercy,
-département de Seine-et-Oise;</p>
+<p>44. Jeanne-Françoise-Louise Demier Sainte-Amarante, âgée de 42 ans,
+native de Saintes, département de la Charente, domiciliée à Cercy,
+département de Seine-et-Oise;</p>
-<p>45. Charlotte-Rose Sainte-Amarante, âgée de 19 ans, native de Paris,
-domiciliée à Cercy, département de la Nièvre, mariée à Sartine;</p>
+<p>45. Charlotte-Rose Sainte-Amarante, âgée de 19 ans, native de Paris,
+domiciliée à Cercy, département de la Nièvre, mariée à Sartine;</p>
-<p>46. Louis Sainte-Amarante, âgé de 17 ans, natif de Paris, domicilié à
+<p>46. Louis Sainte-Amarante, âgé de 17 ans, natif de Paris, domicilié à
Cercy;</p>
-<p>47. Gabriel-Jean-Baptiste Briel, ex-prêtre, âgé de 56 ans, natif de
-Montier-sur-Faulx, département du Mont-Blanc, domicilié à Arcueil, et
-auparavant à Paris, rue Helvétius;</p>
+<p>47. Gabriel-Jean-Baptiste Briel, ex-prêtre, âgé de 56 ans, natif de
+Montier-sur-Faulx, département du Mont-Blanc, domicilié à Arcueil, et
+auparavant à Paris, rue Helvétius;</p>
<p>48. Marie Grandmaison, ci-devant Buret, ci-devant actrice des
-Italiens, âgée de 27 ans, native de Blois, département de
-Loir-et-Cher, domiciliée à Paris, rue Mesnard, n<sup>o</sup> 7;</p>
+Italiens, âgée de 27 ans, native de Blois, département de
+Loir-et-Cher, domiciliée à Paris, rue Mesnard, n<sup>o</sup> 7;</p>
-<p>49. Marie-Nicole Bouchard, âgée de 18 ans, native de Paris, y
-domiciliée, rue Mesnard, n<sup>o</sup> 7;</p>
+<p>49. Marie-Nicole Bouchard, âgée de 18 ans, native de Paris, y
+domiciliée, rue Mesnard, n<sup>o</sup> 7;</p>
<p>50. Jean-Baptiste Marino, peintre en porcelaine, administrateur de
-police, <span class="pagenum"><a id="page360" name="page360"></a>(p. 360)</span> âgé de 37 ans, natif de Sceaux, district du Bourg de
-l'Égalité, domicilié à Paris, rue Helvétius;</p>
+police, <span class="pagenum"><a id="page360" name="page360"></a>(p. 360)</span> âgé de 37 ans, natif de Sceaux, district du Bourg de
+l'Égalité, domicilié à Paris, rue Helvétius;</p>
-<p>51. Nicolas-André-Marie Froidure, ex-administrateur de police, âgé de
-29 ans, natif de Tours, département d'Indre-et-Loire, domicilié à
-Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup> 91;</p>
+<p>51. Nicolas-André-Marie Froidure, ex-administrateur de police, âgé de
+29 ans, natif de Tours, département d'Indre-et-Loire, domicilié à
+Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup> 91;</p>
-<p>52. Antoine-Prosper Soulès, ex-administrateur de police et officier
-municipal, âgé de 31 ans, natif de Avize, département de la Marne,
-domicilié à Paris, rue Taranne, n<sup>o</sup> 38.</p>
+<p>52. Antoine-Prosper Soulès, ex-administrateur de police et officier
+municipal, âgé de 31 ans, natif de Avize, département de la Marne,
+domicilié à Paris, rue Taranne, n<sup>o</sup> 38.</p>
-<p>53. François Dangé, ex-administrateur de police, âgé de 47 ans, natif
-de Chesey, département de Cher-et-Loir, domicilié à Paris, rue de la
+<p>53. François Dangé, ex-administrateur de police, âgé de 47 ans, natif
+de Chesey, département de Cher-et-Loir, domicilié à Paris, rue de la
Roquette, n<sup>o</sup> 36;</p>
<p>54. Marie-Maximilien-Hercule Rosset, se disant comte de Fleury<a id="footnotetag142" name="footnotetag142"></a><a href="#footnote142" title="Go to footnote 142"><span class="smaller">[142]</span></a>,
-âgé de 23 ans, domicilié à Paris.</p>
+âgé de 23 ans, domicilié à Paris.</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal
-d'exécution, en date du 29 prairial.</p>
+<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal
+d'exécution, en date du 29 prairial.</p>
<p class="author">
- <i>Signé</i>: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier.<br>
+ <i>Signé</i>: <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier.<br>
<span class="smcap">Claude-Antoine Deltroit</span>, officier public.</p>
<hr class="hr10">
@@ -13678,583 +13633,583 @@ d'exécution, en date du 29 prairial.</p>
<p>Par jugement du 4 messidor (22 juin 1794), appert:</p>
<div class="victime">
-<p>1. Thomas-Thérèse Vanyer, âgé de 61 ans, né à Paris, ex-chanoine de
-Saint-Quentin, département des Ardennes, y demeurant;</p>
+<p>1. Thomas-Thérèse Vanyer, âgé de 61 ans, né à Paris, ex-chanoine de
+Saint-Quentin, département des Ardennes, y demeurant;</p>
-<p>2. Pierre-Alexandre Lhuillier, âgé de 33 ans, né et demeurant à Paris,
-rue de Vendôme, receveur des rentes;</p>
+<p>2. Pierre-Alexandre Lhuillier, âgé de 33 ans, né et demeurant à Paris,
+rue de Vendôme, receveur des rentes;</p>
-<p>3. Remy Carra, âgé de 26 ans, chapelier, né à Saint-Chamond,
-département de Loire, demeurant à Paris, rue Marguerite, ex-maréchal
-des logis de la 3<sup>e</sup> compagnie de la légion allobroge;</p>
+<p>3. Remy Carra, âgé de 26 ans, chapelier, né à Saint-Chamond,
+département de Loire, demeurant à Paris, rue Marguerite, ex-maréchal
+des logis de la 3<sup>e</sup> compagnie de la légion allobroge;</p>
-<p>4. Jean-Baptiste Calmar, âgé de 20 ans, marchand de rubans, né à
-Bonnet-la-Montagne, département de Loire, demeurant commune d'Armes,
-ci-devant Saint-Étienne;</p>
+<p>4. Jean-Baptiste Calmar, âgé de 20 ans, marchand de rubans, né à
+Bonnet-la-Montagne, département de Loire, demeurant commune d'Armes,
+ci-devant Saint-Étienne;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page361" name="page361"></a>(p. 361)</span> 5. Jean Blanc, âgé de 57 ans, quincaillier, né à la Montagne,
-département de l'Aveyron, y demeurant;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page361" name="page361"></a>(p. 361)</span> 5. Jean Blanc, âgé de 57 ans, quincaillier, né à la Montagne,
+département de l'Aveyron, y demeurant;</p>
-<p>6. Jean-Antoine Tricot, âgé de 55 ans, né à Paris, y demeurant, rue
-Jacob, ex-prêtre, chanoine de Saint-Quentin, département des Ardennes;</p>
+<p>6. Jean-Antoine Tricot, âgé de 55 ans, né à Paris, y demeurant, rue
+Jacob, ex-prêtre, chanoine de Saint-Quentin, département des Ardennes;</p>
-<p>7. Et François-René Cucu d'Hérouville, âgé de 69 ans, né et demeurant
-à Paris, section des Droits de l'Homme, contrôleur des rentes et
-receveur de l'Hôtel-Dieu;</p>
+<p>7. Et François-René Cucu d'Hérouville, âgé de 69 ans, né et demeurant
+à Paris, section des Droits de l'Homme, contrôleur des rentes et
+receveur de l'Hôtel-Dieu;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
-<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
+<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Lécrivain</span>, greffier en chef.</p>
</div>
<hr class="hr10">
-<p>Le passage quotidien des charrettes du tribunal révolutionnaire par la
-longue rue Saint-Honoré, jusqu'à la rue Royale, fatiguait depuis
-longtemps ces quartiers populeux, saisis de dégoût et d'horreur, et,
-chaque jour, obligés de fermer leurs boutiques. Les plaintes des
-habitants, à la fin, avaient été écoutées. Le 21 prairial (9 juin
-1794), les bières vivantes (c'est ainsi qu'on appelait les charrettes
-qui conduisaient les condamnés à la mort) avaient été dirigées sur la
-place Antoine, où la guillotine s'était installée, sur le terrain de
+<p>Le passage quotidien des charrettes du tribunal révolutionnaire par la
+longue rue Saint-Honoré, jusqu'à la rue Royale, fatiguait depuis
+longtemps ces quartiers populeux, saisis de dégoût et d'horreur, et,
+chaque jour, obligés de fermer leurs boutiques. Les plaintes des
+habitants, à la fin, avaient été écoutées. Le 21 prairial (9 juin
+1794), les bières vivantes (c'est ainsi qu'on appelait les charrettes
+qui conduisaient les condamnés à la mort) avaient été dirigées sur la
+place Antoine, où la guillotine s'était installée, sur le terrain de
la Bastille. Elle n'y fonctionna que trois jours: elle eut toutefois
-le temps d'y recevoir sept fournées; puis, sur les réclamations des
-citoyens du quartier, le fatal instrument dut s'éloigner encore
-jusqu'à cette porte de Paris qu'on appela, à cette époque, tour à tour
-la barrière du ci-devant Trône, ou du Trône renversé, ou place de la
-Déchéance, et enfin barrière de Vincennes. Il y eut une seule
+le temps d'y recevoir sept fournées; puis, sur les réclamations des
+citoyens du quartier, le fatal instrument dut s'éloigner encore
+jusqu'à cette porte de Paris qu'on appela, à cette époque, tour à tour
+la barrière du ci-devant Trône, ou du Trône renversé, ou place de la
+Déchéance, et enfin barrière de Vincennes. Il y eut une seule
exception faite le 4 messidor (22 juin 1794) pour la construction de
-l'échafaud sur l'ancienne place Louis XV.</p>
+l'échafaud sur l'ancienne place Louis XV.</p>
-<p>On comprend que les solennelles immolations de la grande journée du 10
+<p>On comprend que les solennelles immolations de la grande journée du 10
thermidor, et celles qui devaient suivre, exigeassent une mise en
-scène plus grandiose et un plus formidable appareil: les vainqueurs ne
-négligèrent rien pour offrir cette satisfaction aux vaincus.</p>
+scène plus grandiose et un plus formidable appareil: les vainqueurs ne
+négligèrent rien pour offrir cette satisfaction aux vaincus.</p>
<div class="quote">
-<p class="entete"><i>Exécution du 10 thermidor an II</i> (28 juillet 1794).</p>
+<p class="entete"><i>Exécution du 10 thermidor an II</i> (28 juillet 1794).</p>
<div class="victime">
-<p>1. Maximilien Robespierre, âgé de 35 ans, natif d'Arras, domicilié à
-Paris, rue Honoré, section des Piques;</p>
+<p>1. Maximilien Robespierre, âgé de 35 ans, natif d'Arras, domicilié à
+Paris, rue Honoré, section des Piques;</p>
-<p>2. Georges Couthon, âgé de 38 ans, natif d'Orzay, département du
-Puy-de-Dôme, domicilié à Paris, cour du Manége;</p>
+<p>2. Georges Couthon, âgé de 38 ans, natif d'Orzay, département du
+Puy-de-Dôme, domicilié à Paris, cour du Manége;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page362" name="page362"></a>(p. 362)</span> 3. Louis-Jean-Baptiste-Thomas Lavalette, âgé de 40 ans, natif
-de Paris, y domicilié, rue Honoré, n<sup>o</sup> 320;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page362" name="page362"></a>(p. 362)</span> 3. Louis-Jean-Baptiste-Thomas Lavalette, âgé de 40 ans, natif
+de Paris, y domicilié, rue Honoré, n<sup>o</sup> 320;</p>
-<p>4. François Hauriot, âgé de 35 ans, natif de Nanterre, près Paris,
-domicilié à Paris, rue de la Clef;</p>
+<p>4. François Hauriot, âgé de 35 ans, natif de Nanterre, près Paris,
+domicilié à Paris, rue de la Clef;</p>
-<p>5. René-François Dumas, âgé de 37 ans, natif de Jussey, département de
-la Haute-Saône, domicilié à Paris, rue de Seine-Germain, maison de
+<p>5. René-François Dumas, âgé de 37 ans, natif de Jussey, département de
+la Haute-Saône, domicilié à Paris, rue de Seine-Germain, maison de
convenance;</p>
-<p>6. Antoine Saint-Just, âgé de 26 ans, natif de Lisé, département de la
-Nièvre, domicilié à Paris, rue Caumartin, n<sup>o</sup> 3;</p>
+<p>6. Antoine Saint-Just, âgé de 26 ans, natif de Lisé, département de la
+Nièvre, domicilié à Paris, rue Caumartin, n<sup>o</sup> 3;</p>
-<p>7. Claude-François Payan, âgé de 27 ans, natif de Saul-les-Fontaines,
-département de la Drôme, domicilié à Paris, rue de la Liberté, section
+<p>7. Claude-François Payan, âgé de 27 ans, natif de Saul-les-Fontaines,
+département de la Drôme, domicilié à Paris, rue de la Liberté, section
de Marat;</p>
-<p>8. Jacques-Claude Bernard, âgé de 34 ans, domicilié à Paris, rue
+<p>8. Jacques-Claude Bernard, âgé de 34 ans, domicilié à Paris, rue
Bernard, section de Montreuil;</p>
-<p>9. Adrien-Nicolas Gobeau, âgé de 26 ans, natif de Vincennes,
-département de Paris, domicilié à Paris, rue de la Chaise, n<sup>o</sup> 530,
+<p>9. Adrien-Nicolas Gobeau, âgé de 26 ans, natif de Vincennes,
+département de Paris, domicilié à Paris, rue de la Chaise, n<sup>o</sup> 530,
section de la Croix-Rouge;</p>
-<p>10. Antoine Gency, profession de tonnelier, âgé de 23 ans, natif de
-Reims, département de la Marne, domicilié à Paris, rue de Lourcine,
+<p>10. Antoine Gency, profession de tonnelier, âgé de 23 ans, natif de
+Reims, département de la Marne, domicilié à Paris, rue de Lourcine,
faubourg Marcel;</p>
-<p>11. Nicolas-Joseph Vivier, âgé de 50 ans, natif de Paris, y domicilié,
-rue Germain-Muséum;</p>
+<p>11. Nicolas-Joseph Vivier, âgé de 50 ans, natif de Paris, y domicilié,
+rue Germain-Muséum;</p>
-<p>12. Jean-Baptiste-Edmond Lescot-Fleuriot, profession artiste, âgé de
-43 ans, natif de Bruxelles, domicilié à Paris, à la mairie;</p>
+<p>12. Jean-Baptiste-Edmond Lescot-Fleuriot, profession artiste, âgé de
+43 ans, natif de Bruxelles, domicilié à Paris, à la mairie;</p>
-<p>13. Antoine Simon, cordonnier, âgé de 58 ans, natif de Troyes,
-département de l'Aube, domicilié à Paris, rue Marat, n<sup>o</sup> 32;</p>
+<p>13. Antoine Simon, cordonnier, âgé de 58 ans, natif de Troyes,
+département de l'Aube, domicilié à Paris, rue Marat, n<sup>o</sup> 32;</p>
-<p>14. Denis-Étienne Laurent, âgé de 32 ans, natif de Paris, y domicilié,
-rue Gît-le-C&oelig;ur, n<sup>o</sup> 13;</p>
+<p>14. Denis-Étienne Laurent, âgé de 32 ans, natif de Paris, y domicilié,
+rue Gît-le-C&oelig;ur, n<sup>o</sup> 13;</p>
-<p>15. Jacques-Louis-Frédéric Wouarnée, âgé de 29 ans, natif de Paris, y
-domicilié, rue de l'Hirondelle, n<sup>o</sup> 10;</p>
+<p>15. Jacques-Louis-Frédéric Wouarnée, âgé de 29 ans, natif de Paris, y
+domicilié, rue de l'Hirondelle, n<sup>o</sup> 10;</p>
-<p>16. Jean-Étienne Forestier, profession fondeur, âgé de 47 ans, natif
-de Paris, y domicilié, rue du Plâtre-Avoye;</p>
+<p>16. Jean-Étienne Forestier, profession fondeur, âgé de 47 ans, natif
+de Paris, y domicilié, rue du Plâtre-Avoye;</p>
-<p>17. Augustin-Bon-Joseph Robespierre, natif d'Arras, domicilié à Paris,
+<p>17. Augustin-Bon-Joseph Robespierre, natif d'Arras, domicilié à Paris,
rue Florentin;</p>
-<p>18. Nicolas Guérin, profession receveur à la ville, âgé de 52 ans,
-natif de Beaumont-sur-Orne, département du Calvados, domicilié à
+<p>18. Nicolas Guérin, profession receveur à la ville, âgé de 52 ans,
+natif de Beaumont-sur-Orne, département du Calvados, domicilié à
Paris, rue du Faubourg-Montmartre, n<sup>o</sup> 50;</p>
-<p>19. Jean-Baptiste-Mathieu Dhazard, profession perruquier, âgé de 36
-ans, natif de Paris, y domicilié, rue Honoré, n<sup>o</sup> 101, section des
-Gardes-Françaises;</p>
+<p>19. Jean-Baptiste-Mathieu Dhazard, profession perruquier, âgé de 36
+ans, natif de Paris, y domicilié, rue Honoré, n<sup>o</sup> 101, section des
+Gardes-Françaises;</p>
<p>20. Christophe Cochefer, profession tapissier, natif de Gonesse,
-département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue Merry, n<sup>o</sup> 413;</p>
+département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, rue Merry, n<sup>o</sup> 413;</p>
-<p>21. Charles-Jacques-Mathieu Bougon, âgé de 57 ans, natif de Trouville,
-département du Calvados, domicilié à Paris, rue Lazare, n<sup>o</sup> 64,
+<p>21. Charles-Jacques-Mathieu Bougon, âgé de 57 ans, natif de Trouville,
+département du Calvados, domicilié à Paris, rue Lazare, n<sup>o</sup> 64,
section du Mont-Blanc;</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page363" name="page363"></a>(p. 363)</span> 22. Jean-Marie Quenet, profession marchand de bois, natif de
-Commune-Affranchie, domicilié à Paris, rue de la Mortellerie, n<sup>o</sup> 78;</p>
+Commune-Affranchie, domicilié à Paris, rue de la Mortellerie, n<sup>o</sup> 78;</p>
</div>
-<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal d'exécution
-dressé par Neirot, commis greffier.</p>
+<p>Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal d'exécution
+dressé par Neirot, commis greffier.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Trial</span>, officier public.</p>
</div>
<hr class="hr10">
-<p class="entete"><i>Exécution du 11 thermidor an II</i> (29 juillet 1794).</p>
+<p class="entete"><i>Exécution du 11 thermidor an II</i> (29 juillet 1794).</p>
-<p>Le lendemain, la fournée fut plus considérable: les vainqueurs, qui
-avaient d'abord frappé leurs ennemis les plus redoutés, avaient eu le
-temps de faire des désignations plus nombreuses, et d'atteindre la
-plupart des membres de la Commune, qui avait longtemps prévalu contre
+<p>Le lendemain, la fournée fut plus considérable: les vainqueurs, qui
+avaient d'abord frappé leurs ennemis les plus redoutés, avaient eu le
+temps de faire des désignations plus nombreuses, et d'atteindre la
+plupart des membres de la Commune, qui avait longtemps prévalu contre
la Convention. Le lecteur trouvera dans ces listes les noms de
plusieurs commissaires du Temple.</p>
<div class="quote">
<div class="victime">
- <p>1. Bertrand Arnaud, secrétaire et membre du conseil général de la
- Commune, âgé de 55 ans, natif de Tigne, département du
- Mont-Blanc, domicilié à Paris, rue Favart, n<sup>o</sup> 4;</p>
+ <p>1. Bertrand Arnaud, secrétaire et membre du conseil général de la
+ Commune, âgé de 55 ans, natif de Tigne, département du
+ Mont-Blanc, domicilié à Paris, rue Favart, n<sup>o</sup> 4;</p>
- <p>2. Jean-Baptiste Crépin Taillebot, profession maçon, âgé de 58
- ans, natif de Jouy-le-Peuple, département de Seine-et-Oise,
- domicilié à Paris, rue du Faubourg-du-Temple;</p>
+ <p>2. Jean-Baptiste Crépin Taillebot, profession maçon, âgé de 58
+ ans, natif de Jouy-le-Peuple, département de Seine-et-Oise,
+ domicilié à Paris, rue du Faubourg-du-Temple;</p>
- <p>3. Servais-Baudoin Boullanger, profession joaillier, âgé de 38
- ans, natif de Liége, domicilié à Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup> 59;</p>
+ <p>3. Servais-Baudoin Boullanger, profession joaillier, âgé de 38
+ ans, natif de Liége, domicilié à Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup> 59;</p>
- <p>4. Prosper Sijas, profession commis, âgé de 35 ans, natif de
- Vire, département du Calvados, domicilié à Paris, rue
- Grange-Batelière, n<sup>o</sup> 21;</p>
+ <p>4. Prosper Sijas, profession commis, âgé de 35 ans, natif de
+ Vire, département du Calvados, domicilié à Paris, rue
+ Grange-Batelière, n<sup>o</sup> 21;</p>
- <p>5. Pierre Remy, profession tabletier, âgé de 45 ans, natif de
- Chaumont, département de la Haute-Marne, domicilié à Paris, rue
- Louis, n<sup>o</sup> 595, section de l'Indivisibilité;</p>
+ <p>5. Pierre Remy, profession tabletier, âgé de 45 ans, natif de
+ Chaumont, département de la Haute-Marne, domicilié à Paris, rue
+ Louis, n<sup>o</sup> 595, section de l'Indivisibilité;</p>
- <p>6. Claude-Antoine Deltroit, profession meunier, âgé de 43 ans,
- natif de Pontoise, département de Seine-et-Oise, domicilié à
- Paris, quai de la Mégisserie, n<sup>o</sup> 21;</p>
+ <p>6. Claude-Antoine Deltroit, profession meunier, âgé de 43 ans,
+ natif de Pontoise, département de Seine-et-Oise, domicilié à
+ Paris, quai de la Mégisserie, n<sup>o</sup> 21;</p>
- <p>7. Jean-Guillaume-François Vaucanu, profession mercier, âgé de 37
- ans, natif de Germain-de-Montgommery, département du Calvados,
- domicilié à Paris, rue du Monceau;</p>
+ <p>7. Jean-Guillaume-François Vaucanu, profession mercier, âgé de 37
+ ans, natif de Germain-de-Montgommery, département du Calvados,
+ domicilié à Paris, rue du Monceau;</p>
- <p>8. Claude Bigant, profession peintre, âgé de 40 ans, natif de
- Paris, y domicilié, rue des Boulangers-Victor, n<sup>o</sup> 5, section des
+ <p>8. Claude Bigant, profession peintre, âgé de 40 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue des Boulangers-Victor, n<sup>o</sup> 5, section des
Sans-Culottes;</p>
- <p>9. Jean-Charles Lesire, profession cultivateur, âgé de 48 ans,
- natif de Rosay, département de Seine-et-Marne, domicilié à Paris,
- quai de l'Union, section de la Fraternité;</p>
+ <p>9. Jean-Charles Lesire, profession cultivateur, âgé de 48 ans,
+ natif de Rosay, département de Seine-et-Marne, domicilié à Paris,
+ quai de l'Union, section de la Fraternité;</p>
- <p>10. Jean-Baptiste-Emmanuel Legendre, âgé de 62 ans, natif de
- Paris, y domicilié, rue de la Monnaie, n<sup>o</sup> 515, section du
- Muséum;</p>
+ <p>10. Jean-Baptiste-Emmanuel Legendre, âgé de 62 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue de la Monnaie, n<sup>o</sup> 515, section du
+ Muséum;</p>
- <p>11. Jean-Philippe-Victor Charlemagne, profession instituteur, âgé
- de 26 ans, natif de Paris, y domicilié, rue de Cléry, n<sup>o</sup> 92;</p>
+ <p>11. Jean-Philippe-Victor Charlemagne, profession instituteur, âgé
+ de 26 ans, natif de Paris, y domicilié, rue de Cléry, n<sup>o</sup> 92;</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page364" name="page364"></a>(p. 364)</span> 12. Pierre-Nicolas Delacour, profession notaire, âgé de
- 37 ans, natif de Beauvais, département de l'Oise, domicilié à
+ <p><span class="pagenum"><a id="page364" name="page364"></a>(p. 364)</span> 12. Pierre-Nicolas Delacour, profession notaire, âgé de
+ 37 ans, natif de Beauvais, département de l'Oise, domicilié à
Paris, rue Neuve-Eustache, section de Brutus;</p>
- <p>13. Augustin-Germain Jobert, profession négociant, âgé de 50 ans,
- natif de Montigny-sur-Aube, département de la Côte-d'Or,
- domicilié à Paris, rue des Prêcheurs;</p>
+ <p>13. Augustin-Germain Jobert, profession négociant, âgé de 50 ans,
+ natif de Montigny-sur-Aube, département de la Côte-d'Or,
+ domicilié à Paris, rue des Prêcheurs;</p>
- <p>14. Pierre-Louis Paris, âgé de 35 ans, natif de Paris, y
- domicilié, rue des Carmes, n<sup>o</sup> 27, section du Panthéon;</p>
+ <p>14. Pierre-Louis Paris, âgé de 35 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue des Carmes, n<sup>o</sup> 27, section du Panthéon;</p>
- <p>15. Claude Jonquoy, profession tabletier, âgé 44 ans, natif de
- Massiac, département du Cantal, domicilié à Paris, rue
+ <p>15. Claude Jonquoy, profession tabletier, âgé 44 ans, natif de
+ Massiac, département du Cantal, domicilié à Paris, rue
Jean-Robert, n<sup>o</sup> 15, section des Gravilliers;</p>
- <p>16. René-Toussaint Daubancourt, profession coffretier, âgé de 53
- ans, natif de Paris, y domicilié, rue des Petits-Champs, n<sup>o</sup> 23,
- section de la Halle aux blés;</p>
+ <p>16. René-Toussaint Daubancourt, profession coffretier, âgé de 53
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue des Petits-Champs, n<sup>o</sup> 23,
+ section de la Halle aux blés;</p>
- <p>17. Jean-Baptiste Vincent, profession entrepreneur de bâtiments,
- âgé de 36 ans, natif de Moutier-Saint-Jean, département de la
- Côte-d'Or, domicilié à Paris, rue de Cléry, section de
+ <p>17. Jean-Baptiste Vincent, profession entrepreneur de bâtiments,
+ âgé de 36 ans, natif de Moutier-Saint-Jean, département de la
+ Côte-d'Or, domicilié à Paris, rue de Cléry, section de
Bonne-Nouvelle;</p>
- <p>18. Martin Wichterich, profession cordonnier, âgé de 45 ans,
- natif de Cologne, domicilié à Paris, rue de Lappe, section de
+ <p>18. Martin Wichterich, profession cordonnier, âgé de 45 ans,
+ natif de Cologne, domicilié à Paris, rue de Lappe, section de
Popincourt;</p>
- <p>19. Pierre Henry, profession receveur de loterie, âgé de 48 ans,
- natif de Riz, département du Var, domicilié à Paris, rue Antoine,
- section de l'Indivisibilité;</p>
+ <p>19. Pierre Henry, profession receveur de loterie, âgé de 48 ans,
+ natif de Riz, département du Var, domicilié à Paris, rue Antoine,
+ section de l'Indivisibilité;</p>
- <p>20. Jean Cazenave, profession commis marchand, âgé de 38 ans,
- natif de Belleville, près Paris, domicilié à Paris, rue
- d'Orléans, section de l'Homme-Armé;</p>
+ <p>20. Jean Cazenave, profession commis marchand, âgé de 38 ans,
+ natif de Belleville, près Paris, domicilié à Paris, rue
+ d'Orléans, section de l'Homme-Armé;</p>
- <p>21. Jean-Louis Gibert, profession de pâtissier, âgé de 43 ans,
- natif de Luzancy-la-Marne, département de Seine-et-Marne,
- domicilié à Paris, faubourg Denis, n<sup>o</sup> 25, section du Nord;</p>
+ <p>21. Jean-Louis Gibert, profession de pâtissier, âgé de 43 ans,
+ natif de Luzancy-la-Marne, département de Seine-et-Marne,
+ domicilié à Paris, faubourg Denis, n<sup>o</sup> 25, section du Nord;</p>
- <p>22. Pierre Girod, profession mercier, âgé de 27 ans, natif de
- Paris, y domicilié, rue des Deux-Ponts, n<sup>o</sup> 10, section de la
- Fraternité, marié à Antoinette-Adélaïde Rominira;</p>
+ <p>22. Pierre Girod, profession mercier, âgé de 27 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue des Deux-Ponts, n<sup>o</sup> 10, section de la
+ Fraternité, marié à Antoinette-Adélaïde Rominira;</p>
- <p>23. François Pelletier, profession marchand de vins, âgé de 33
- ans, natif de Cheminon, département de la Marne, domicilié à
+ <p>23. François Pelletier, profession marchand de vins, âgé de 33
+ ans, natif de Cheminon, département de la Marne, domicilié à
Paris, rue du Faubourg-Denis;</p>
- <p>24. Nicolas Jérosme, profession tourneur, âgé de 44 ans, natif de
- Paris, y domicilié, rue Jacques-la-Boucherie, n<sup>o</sup> 213;</p>
+ <p>24. Nicolas Jérosme, profession tourneur, âgé de 44 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue Jacques-la-Boucherie, n<sup>o</sup> 213;</p>
- <p>25. Jean-Baptiste Cochois, profession commis-marchand, âgé de 53
- ans, natif de Paris, y domicilié, rue de l'Égalité;</p>
+ <p>25. Jean-Baptiste Cochois, profession commis-marchand, âgé de 53
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue de l'Égalité;</p>
- <p>26. Jean-Léonard Sarrot, profession peintre, âgé de 31 ans, natif
- de Paris, y domicilié, rue du Faubourg-Franciade, n<sup>o</sup> 45;</p>
+ <p>26. Jean-Léonard Sarrot, profession peintre, âgé de 31 ans, natif
+ de Paris, y domicilié, rue du Faubourg-Franciade, n<sup>o</sup> 45;</p>
- <p>27. René Grenard, profession fabricant de papier, âgé de 45 ans,
- natif de la Garenne, département de Seine-et-Oise, domicilié à
+ <p>27. René Grenard, profession fabricant de papier, âgé de 45 ans,
+ natif de la Garenne, département de Seine-et-Oise, domicilié à
Paris, rue et section des Piques;</p>
- <p>28. Jacques Lasnier, profession homme d'affaires, âgé de 52 ans,
- natif de Bezoir-Laférière, département de Seine-et-Marne,
- domicilié à Paris, rue du Four-Germain, n<sup>o</sup> 286;</p>
+ <p>28. Jacques Lasnier, profession homme d'affaires, âgé de 52 ans,
+ natif de Bezoir-Laférière, département de Seine-et-Marne,
+ domicilié à Paris, rue du Four-Germain, n<sup>o</sup> 286;</p>
- <p>29. Marc-Martial-André Mercier, profession libraire, âgé de 43
- ans, natif <span class="pagenum"><a id="page365" name="page365"></a>(p. 365)</span> de Paris, y domicilié, rue
- Neuve-des-Capucines, n<sup>o</sup> 188, marié à Anne de By;</p>
+ <p>29. Marc-Martial-André Mercier, profession libraire, âgé de 43
+ ans, natif <span class="pagenum"><a id="page365" name="page365"></a>(p. 365)</span> de Paris, y domicilié, rue
+ Neuve-des-Capucines, n<sup>o</sup> 188, marié à Anne de By;</p>
- <p>30. Jean-Pierre Bernard, profession homme de confiance, âgé de 38
- ans, natif de la Chalade, département de la Meuse, domicilié à
- Paris, rue Germain-Muséum;</p>
+ <p>30. Jean-Pierre Bernard, profession homme de confiance, âgé de 38
+ ans, natif de la Chalade, département de la Meuse, domicilié à
+ Paris, rue Germain-Muséum;</p>
- <p>31. Étienne-Antoine Souars, âgé de 56 ans, natif d'Aubervilliers,
- dit les Vertus, district de Franciade, domicilié à Paris, rue des
+ <p>31. Étienne-Antoine Souars, âgé de 56 ans, natif d'Aubervilliers,
+ dit les Vertus, district de Franciade, domicilié à Paris, rue des
Vieux-Augustins, n<sup>o</sup> 32;</p>
- <p>32. Dominique Mettot, profession agent d'affaires, âgé de 45 ans,
- natif de Nancy, département de la Meurthe, domicilié à Paris, à
+ <p>32. Dominique Mettot, profession agent d'affaires, âgé de 45 ans,
+ natif de Nancy, département de la Meurthe, domicilié à Paris, à
la maison commune;</p>
- <p>35. Louis-Joseph Mercier, profession menuisier, âgé de 40 ans,
- natif de Sacy-le-Grand, département de l'Oise, domicilié à Paris,
+ <p>35. Louis-Joseph Mercier, profession menuisier, âgé de 40 ans,
+ natif de Sacy-le-Grand, département de l'Oise, domicilié à Paris,
rue des Trois-Pistolets, n<sup>o</sup> 14, section de l'Arsenal;</p>
- <p>34. Jean-Jacques Baurieux, profession horloger, âgé de 45 ans,
- natif de Dartois, département des Bouches-du-Rhône, domicilié à
- Paris, rue du Faubourg-Honoré, n<sup>o</sup> 19;</p>
+ <p>34. Jean-Jacques Baurieux, profession horloger, âgé de 45 ans,
+ natif de Dartois, département des Bouches-du-Rhône, domicilié à
+ Paris, rue du Faubourg-Honoré, n<sup>o</sup> 19;</p>
- <p>35. Antoine Jametel, âgé de 54 ans, natif de Moissy, département
- de Seine-et-Marne, domicilié à Paris, rue de la
- Grande-Truanderie, n<sup>o</sup> 18; marié à Louise-Pauline Noiseux;</p>
+ <p>35. Antoine Jametel, âgé de 54 ans, natif de Moissy, département
+ de Seine-et-Marne, domicilié à Paris, rue de la
+ Grande-Truanderie, n<sup>o</sup> 18; marié à Louise-Pauline Noiseux;</p>
- <p>36. Ponce Tanchou, profession graveur, âgé de 32 ans, natif de
- Bourges, département du Cher, domicilié à Paris, cloître
- Notre-Dame, n<sup>o</sup> 42; marié à Jeanne-Louise Beliaz;</p>
+ <p>36. Ponce Tanchou, profession graveur, âgé de 32 ans, natif de
+ Bourges, département du Cher, domicilié à Paris, cloître
+ Notre-Dame, n<sup>o</sup> 42; marié à Jeanne-Louise Beliaz;</p>
- <p>37. Marc-Louis Desvieux, âgé de 44 ans, natif de Paris, y
- domicilié, rue Montorgueil;</p>
+ <p>37. Marc-Louis Desvieux, âgé de 44 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue Montorgueil;</p>
- <p>38. François-Auguste Paff, profession bonnetier, âgé de 41 ans,
- natif de Paris, y domicilié, rue de la Joaillerie, section des
- Arcis, marié à Catherine-Françoise Bourgain;</p>
+ <p>38. François-Auguste Paff, profession bonnetier, âgé de 41 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue de la Joaillerie, section des
+ Arcis, marié à Catherine-Françoise Bourgain;</p>
- <p>39. Jacques-Mathurin Lelièvre, profession graveur, âgé de 40 ans,
- natif de Paris, y domicilié, rue Martin, n<sup>o</sup> 252;</p>
+ <p>39. Jacques-Mathurin Lelièvre, profession graveur, âgé de 40 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue Martin, n<sup>o</sup> 252;</p>
- <p>40. Louis-François Dorigny, profession de charpentier, âgé de 36
- ans, natif de Bruyère, département de l'Aisne, domicilié à Paris,
+ <p>40. Louis-François Dorigny, profession de charpentier, âgé de 36
+ ans, natif de Bruyère, département de l'Aisne, domicilié à Paris,
rue Popincourt, n<sup>o</sup> 17;</p>
- <p>41. Pierre-Alexandre Louvet, profession peintre, âgé de 33 ans,
- natif de Paris, y domicilié, rue des Blancs-Manteaux, n<sup>o</sup> 52;
- marié à Françoise Liédé;</p>
+ <p>41. Pierre-Alexandre Louvet, profession peintre, âgé de 33 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue des Blancs-Manteaux, n<sup>o</sup> 52;
+ marié à Françoise Liédé;</p>
- <p>42. Jean-Jacques Lubin, profession peintre, âgé de 29 ans, natif
- de Paris, y domicilié, rue de la Révolution, n<sup>o</sup> 24;</p>
+ <p>42. Jean-Jacques Lubin, profession peintre, âgé de 29 ans, natif
+ de Paris, y domicilié, rue de la Révolution, n<sup>o</sup> 24;</p>
- <p>43. Jacques-Pierre Coru, profession grainier, âgé de 63 ans,
- natif de Nocé, département de l'Orne, domicilié à Paris, rue
+ <p>43. Jacques-Pierre Coru, profession grainier, âgé de 63 ans,
+ natif de Nocé, département de l'Orne, domicilié à Paris, rue
Antoine, n<sup>o</sup> 229;</p>
- <p>44. Pierre-Simon-Joseph Jault, profession artiste, âgé de 30 ans,
- natif de Reims, département de la Marne, domicilié à Paris, rue
+ <p>44. Pierre-Simon-Joseph Jault, profession artiste, âgé de 30 ans,
+ natif de Reims, département de la Marne, domicilié à Paris, rue
Claude, n<sup>o</sup> 371;</p>
- <p>45. Jean-Baptiste Bergot, profession employé aux cuirs, âgé de 56
- ans, natif de Paris, y domicilié, rue Française, n<sup>o</sup> 11;</p>
+ <p>45. Jean-Baptiste Bergot, profession employé aux cuirs, âgé de 56
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue Française, n<sup>o</sup> 11;</p>
- <p>46. Jacques-Nicolas Lumière, profession musicien, âgé de 45 ans,
- natif de Paris, y domicilié, rue Thibautodé, n<sup>o</sup> 4;</p>
+ <p>46. Jacques-Nicolas Lumière, profession musicien, âgé de 45 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue Thibautodé, n<sup>o</sup> 4;</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page366" name="page366"></a>(p. 366)</span> 47. Jean Paquotte, profession ciseleur, âgé de 48 ans,
- natif de Troyes, département de l'Aube, domicilié à Paris, à la
+ <p><span class="pagenum"><a id="page366" name="page366"></a>(p. 366)</span> 47. Jean Paquotte, profession ciseleur, âgé de 48 ans,
+ natif de Troyes, département de l'Aube, domicilié à Paris, à la
ci-devant abbaye Germain, n<sup>o</sup> 1114;</p>
- <p>48. Jacques-Nicolas Blin, écrivain expert, âgé de 63 ans, natif
- d'Aubanton, département de l'Aisne, domicilié à Paris, rue Paul,
+ <p>48. Jacques-Nicolas Blin, écrivain expert, âgé de 63 ans, natif
+ d'Aubanton, département de l'Aisne, domicilié à Paris, rue Paul,
n<sup>o</sup> 37;</p>
- <p>49. Marie-François Langlois, profession papetier, âgé de 37 ans,
- natif de Paris, y domicilié, rue Jacques, n<sup>o</sup> 196;</p>
+ <p>49. Marie-François Langlois, profession papetier, âgé de 37 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue Jacques, n<sup>o</sup> 196;</p>
- <p>50. Jean-Nicolas-Langlois, profession serrurier, âgé de 49 ans,
- natif de Rouen, département de la Seine-Inférieure, domicilié à
+ <p>50. Jean-Nicolas-Langlois, profession serrurier, âgé de 49 ans,
+ natif de Rouen, département de la Seine-Inférieure, domicilié à
Paris, rue Georges, n<sup>o</sup> 38;</p>
- <p>51. Jacques Moine, profession commis teneur de livres, âgé de 39
- ans, natif de Commune-Affranchie, domicilié à Paris, vieille rue
+ <p>51. Jacques Moine, profession commis teneur de livres, âgé de 39
+ ans, natif de Commune-Affranchie, domicilié à Paris, vieille rue
du Temple, n<sup>o</sup> 78;</p>
- <p>52. Jean-Baptiste Chavigny, profession commis, âgé de 55 ans,
- natif de Paris, y domicilié, rue du Faubourg-Montmartre, n<sup>o</sup> 42;</p>
+ <p>52. Jean-Baptiste Chavigny, profession commis, âgé de 55 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue du Faubourg-Montmartre, n<sup>o</sup> 42;</p>
- <p>53. Charles Huant Desboisseaux, âgé de 39 ans, natif de Paris, y
- domicilié, rue de la Fraternité;</p>
+ <p>53. Charles Huant Desboisseaux, âgé de 39 ans, natif de Paris, y
+ domicilié, rue de la Fraternité;</p>
- <p>54. André Marcel, profession maçon, âgé de 53 ans, natif de
- Rosny, département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, faubourg
+ <p>54. André Marcel, profession maçon, âgé de 53 ans, natif de
+ Rosny, département de Seine-et-Oise, domicilié à Paris, faubourg
Martin;</p>
- <p>55. Martial Gamory, profession coiffeur, âgé de 46 ans, natif de
- Guéret, département de la Creuse, domicilié à Paris, rue du
- Coq-Honoré;</p>
+ <p>55. Martial Gamory, profession coiffeur, âgé de 46 ans, natif de
+ Guéret, département de la Creuse, domicilié à Paris, rue du
+ Coq-Honoré;</p>
- <p>56. Pierre Haener, profession imprimeur, âgé de 52 ans, natif de
- Nancy, département de la Meurthe, domicilié à Paris, rue Martin,
+ <p>56. Pierre Haener, profession imprimeur, âgé de 52 ans, natif de
+ Nancy, département de la Meurthe, domicilié à Paris, rue Martin,
n<sup>o</sup> 34;</p>
- <p>57. Pierre-Jacques Le Grand, profession homme d'affaires, âgé de
- 51 ans, natif de Paris, y domicilié, rue d'Enfer, en la Cité, n<sup>o</sup>
+ <p>57. Pierre-Jacques Le Grand, profession homme d'affaires, âgé de
+ 51 ans, natif de Paris, y domicilié, rue d'Enfer, en la Cité, n<sup>o</sup>
5;</p>
- <p>58. Pierre-Léon Lamiral, profession fruitier, âgé de 38 ans,
- natif de Paris, y domicilié, rue Beauregard, section de
- Bonne-Nouvelle, époux de Marie Grain;</p>
+ <p>58. Pierre-Léon Lamiral, profession fruitier, âgé de 38 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue Beauregard, section de
+ Bonne-Nouvelle, époux de Marie Grain;</p>
- <p>59. Jean-Pierre Eudes, profession tailleur de pierre, âgé de 31
- ans, natif de Paris, y domicilié, rue des Juifs, n<sup>o</sup> 38;</p>
+ <p>59. Jean-Pierre Eudes, profession tailleur de pierre, âgé de 31
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue des Juifs, n<sup>o</sup> 38;</p>
- <p>60. Edme-Marguerite Lauvin, âgé de 60 ans, natif de Vezelay,
- département de l'Yonne, domicilié à Paris, rue Geoffroy-Lasnier,
+ <p>60. Edme-Marguerite Lauvin, âgé de 60 ans, natif de Vezelay,
+ département de l'Yonne, domicilié à Paris, rue Geoffroy-Lasnier,
n<sup>o</sup> 23;</p>
- <p>61. Pierre Dumez, profession ingénieur, âgé de 37 ans, natif de
- la Ferté-sur-Ourcq, département de l'Aisne, domicilié à Paris,
+ <p>61. Pierre Dumez, profession ingénieur, âgé de 37 ans, natif de
+ la Ferté-sur-Ourcq, département de l'Aisne, domicilié à Paris,
rue de la Harpe, n<sup>o</sup> 26;</p>
- <p>62. Denys Dumontier, profession tailleur, âgé de 51 ans, natif de
- Paris, y domicilié, rue de la Poterie;</p>
+ <p>62. Denys Dumontier, profession tailleur, âgé de 51 ans, natif de
+ Paris, y domicilié, rue de la Poterie;</p>
- <p>63. Jean-Claude Girardin, profession éventailliste, âgé de 48
- ans, natif de Paris, y domicilié, rue Transnonain, n<sup>o</sup> 38;</p>
+ <p>63. Jean-Claude Girardin, profession éventailliste, âgé de 48
+ ans, natif de Paris, y domicilié, rue Transnonain, n<sup>o</sup> 38;</p>
- <p>64. Jacques-Louis Cresson, profession ébéniste, âgé de 49 ans,
- natif de Paris, y domicilié, rue des Deux-Écus, n<sup>o</sup> 38;</p>
+ <p>64. Jacques-Louis Cresson, profession ébéniste, âgé de 49 ans,
+ natif de Paris, y domicilié, rue des Deux-Écus, n<sup>o</sup> 38;</p>
- <p>65. François-Laurent Chatelin, profession professeur de dessin,
- âgé de 43 ans, natif de Nancy, département de la Meurthe,
- domicilié à Paris, rue Quincampoix, n<sup>o</sup> 98;</p>
+ <p>65. François-Laurent Chatelin, profession professeur de dessin,
+ âgé de 43 ans, natif de Nancy, département de la Meurthe,
+ domicilié à Paris, rue Quincampoix, n<sup>o</sup> 98;</p>
- <p>66. Joseph Alavoine, profession tailleur, âgé de 63 ans, natif de
- la Verrière, département de l'Oise, domicilié à Paris, Grands
+ <p>66. Joseph Alavoine, profession tailleur, âgé de 63 ans, natif de
+ la Verrière, département de l'Oise, domicilié à Paris, Grands
Piliers de la Tonnellerie;</p>
- <p><span class="pagenum"><a id="page367" name="page367"></a>(p. 367)</span> 67. Pierre-François Deraux, profession jardinier, âgé de
- 53 ans, natif de Goupillère, département du Calvados, domicilié à
- Paris, rue Plumet, section du Bonnet-Rouge; marié à
- Élisabeth-Charlotte Dive;</p>
+ <p><span class="pagenum"><a id="page367" name="page367"></a>(p. 367)</span> 67. Pierre-François Deraux, profession jardinier, âgé de
+ 53 ans, natif de Goupillère, département du Calvados, domicilié à
+ Paris, rue Plumet, section du Bonnet-Rouge; marié à
+ Élisabeth-Charlotte Dive;</p>
- <p>68. Claude Benard, âgé de 28 ans, natif de Paris, y domicilié,
+ <p>68. Claude Benard, âgé de 28 ans, natif de Paris, y domicilié,
rue Boucher;</p>
- <p>69. Jacques Morel, profession écrivain, âgé de 55 ans, natif de
- Vand&oelig;uvre, département de l'Aube, domicilié à Paris, rue de
- Marché-aux-Poirées, n<sup>o</sup> 559;</p>
+ <p>69. Jacques Morel, profession écrivain, âgé de 55 ans, natif de
+ Vand&oelig;uvre, département de l'Aube, domicilié à Paris, rue de
+ Marché-aux-Poirées, n<sup>o</sup> 559;</p>
- <p>70. Nicolas Naudin, profession menuisier, âgé de 35 ans, natif de
- Ville-sur-Iron, département de la Moselle, domicilié à Paris, rue
+ <p>70. Nicolas Naudin, profession menuisier, âgé de 35 ans, natif de
+ Ville-sur-Iron, département de la Moselle, domicilié à Paris, rue
Charlot, n<sup>o</sup> 5;</p>
- <p>71. Joseph Ravel, profession chirurgien, âgé de 48 ans, natif de
- Tarascon, département des Bouches-du-Rhône, domicilié à Paris,
+ <p>71. Joseph Ravel, profession chirurgien, âgé de 48 ans, natif de
+ Tarascon, département des Bouches-du-Rhône, domicilié à Paris,
rue Antoine, n<sup>o</sup> 36;</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal
- d'exécution, en date du 11 de ce mois.</p>
+ <p>Avoir été condamnés à la peine de mort, etc. Procès-verbal
+ d'exécution, en date du 11 de ce mois.</p>
-<p class="author"><i>Signé</i>: <span class="smcap">Neirot</span>, commis greffier (jusqu'à Jametel, le 35<sup>e</sup> sur la liste).<br>
- <span class="smcap">Ducray</span>, commis greffier (depuis Tanchou, le 36<sup>e</sup>, jusqu'à la fin).</p>
+<p class="author"><i>Signé</i>: <span class="smcap">Neirot</span>, commis greffier (jusqu'à Jametel, le 35<sup>e</sup> sur la liste).<br>
+ <span class="smcap">Ducray</span>, commis greffier (depuis Tanchou, le 36<sup>e</sup>, jusqu'à la fin).</p>
</div>
<hr class="hr10">
-<p>On le voit, ce jour-là, soixante et onze individus, déclarés complices
-de la Commune rebelle, montèrent sur l'échafaud de l'homme dont ils
-s'étaient faits les séides. Parmi eux, le lecteur aura remarqué Sijas,
-le président du conseil général dans la nuit du 9 au 10 thermidor;
-Jobert et Bergot, ces tristes administrateurs de police, célèbres par
-leur cruauté envers les détenus; puis Boulanger, ce commandant de la
+<p>On le voit, ce jour-là, soixante et onze individus, déclarés complices
+de la Commune rebelle, montèrent sur l'échafaud de l'homme dont ils
+s'étaient faits les séides. Parmi eux, le lecteur aura remarqué Sijas,
+le président du conseil général dans la nuit du 9 au 10 thermidor;
+Jobert et Bergot, ces tristes administrateurs de police, célèbres par
+leur cruauté envers les détenus; puis Boulanger, ce commandant de la
garde nationale qui se faisait suivre d'une guillotine. Parmi les
-condamnés, il faut citer encore Besnard, Desboisseaux et le musicien
-Lumière, la terreur de leurs sections.</p>
+condamnés, il faut citer encore Besnard, Desboisseaux et le musicien
+Lumière, la terreur de leurs sections.</p>
-<p>Le 12 thermidor, le sanglant tribunal tint sa dernière séance. Douze
-démagogues, la plupart membres de la Commune, portèrent leurs têtes
-sur l'échafaud. Au milieu d'eux se dessinent deux hommes affreux,
+<p>Le 12 thermidor, le sanglant tribunal tint sa dernière séance. Douze
+démagogues, la plupart membres de la Commune, portèrent leurs têtes
+sur l'échafaud. Au milieu d'eux se dessinent deux hommes affreux,
Nicolas et Arthur, le premier tout meurtri des coups injurieux dont
-Camille Desmoulins l'avait flagellé dans son <cite>Vieux Cordelier</cite>; le
-second, plus horriblement célèbre encore, pour avoir dévoré, au 10
-août, le c&oelig;ur d'un soldat suisse assassiné par lui.</p>
+Camille Desmoulins l'avait flagellé dans son <cite>Vieux Cordelier</cite>; le
+second, plus horriblement célèbre encore, pour avoir dévoré, au 10
+août, le c&oelig;ur d'un soldat suisse assassiné par lui.</p>
-<p>Enfin, par un décret conventionnel du 14 thermidor (1<sup>er</sup> août 1794),
-l'exécrable loi du 22 prairial fut rapportée.</p>
+<p>Enfin, par un décret conventionnel du 14 thermidor (1<sup>er</sup> août 1794),
+l'exécrable loi du 22 prairial fut rapportée.</p>
<hr class="hr10">
<div class="quote">
- <p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire établi par la loi
- du <span class="pagenum"><a id="page368" name="page368"></a>(p. 368)</span> 10 mars 1793, an deuxième de la République française
- (<em>sic</em>), séant à Paris, au Palais, le 12 thermidor (30 juillet
+ <p>Par jugement rendu au tribunal révolutionnaire établi par la loi
+ du <span class="pagenum"><a id="page368" name="page368"></a>(p. 368)</span> 10 mars 1793, an deuxième de la République française
+ (<em>sic</em>), séant à Paris, au Palais, le 12 thermidor (30 juillet
1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Charles-Nicolas Leleu, âgé de 40 ans, né à Vitry-sur-Marne,
- perruquier et membre du conseil général de la Commune, demeurant
- à Paris, rue Dominique, faubourg Germain, n<sup>o</sup> 335;</p>
+ <p>1. Charles-Nicolas Leleu, âgé de 40 ans, né à Vitry-sur-Marne,
+ perruquier et membre du conseil général de la Commune, demeurant
+ à Paris, rue Dominique, faubourg Germain, n<sup>o</sup> 335;</p>
- <p>2. Léopold Nicolas, imprimeur et juré du tribunal
- révolutionnaire, âgé de 37 ans, né à Mirecourt, département des
- Vosges, demeurant à Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup> 355;</p>
+ <p>2. Léopold Nicolas, imprimeur et juré du tribunal
+ révolutionnaire, âgé de 37 ans, né à Mirecourt, département des
+ Vosges, demeurant à Paris, rue Honoré, n<sup>o</sup> 355;</p>
- <p>3. Jean-François Lechenard, âgé de 37 ans, né à Rans, district de
- Dôle, département du Jura, tailleur et juré au tribunal du 17
- août, membre du conseil général de la Commune, demeurant à Paris,
+ <p>3. Jean-François Lechenard, âgé de 37 ans, né à Rans, district de
+ Dôle, département du Jura, tailleur et juré au tribunal du 17
+ août, membre du conseil général de la Commune, demeurant à Paris,
rue Montorgueil, n<sup>o</sup> 59;</p>
- <p>4. François Tortot, horloger et administrateur de police, âgé de
- 31 ans, né à Paris, y demeurant, rue Bernard, n<sup>o</sup> 10, faubourg
+ <p>4. François Tortot, horloger et administrateur de police, âgé de
+ 31 ans, né à Paris, y demeurant, rue Bernard, n<sup>o</sup> 10, faubourg
Antoine;</p>
- <p>5. Pierre-François Guéniard, ébéniste, membre du conseil général
- de la Commune, né à Paris, y demeurant, rue de la Roquette, n<sup>o</sup>
+ <p>5. Pierre-François Guéniard, ébéniste, membre du conseil général
+ de la Commune, né à Paris, y demeurant, rue de la Roquette, n<sup>o</sup>
68;</p>
- <p>6. Pierre Cietty, peintre et membre de la Commune, âgé de 41 ans,
- né à Trafuil, en Lombardie, demeurant à Paris, rue de Montreuil,
+ <p>6. Pierre Cietty, peintre et membre de la Commune, âgé de 41 ans,
+ né à Trafuil, en Lombardie, demeurant à Paris, rue de Montreuil,
n<sup>o</sup> 51;</p>
- <p>7. Jean-Étienne Lahure, âgé de 38 ans, né à Montreuil,
- département de Paris, bijoutier, commandant en second de la
- section de Popincourt, demeurant à Paris, rue de Popincourt;</p>
+ <p>7. Jean-Étienne Lahure, âgé de 38 ans, né à Montreuil,
+ département de Paris, bijoutier, commandant en second de la
+ section de Popincourt, demeurant à Paris, rue de Popincourt;</p>
- <p>8. François-Henri Camus, né à Paris, âgé de 47 ans, négociant
- avant la révolution, membre de la Commune de Paris, demeurant à
+ <p>8. François-Henri Camus, né à Paris, âgé de 47 ans, négociant
+ avant la révolution, membre de la Commune de Paris, demeurant à
Paris, rue Montmartre, 84;</p>
- <p>9. Pierre-Eustache Gillet-Marie, âgé de 41 ans, né à Paris, y
+ <p>9. Pierre-Eustache Gillet-Marie, âgé de 41 ans, né à Paris, y
demeurant, rue de Bourgogne, n<sup>o</sup> 1465, ex-membre du conseil
- général de la Commune;</p>
+ général de la Commune;</p>
- <p>10. Antoine Frery, né à Nancy, département de la Meurthe,
- demeurant à Paris, rue des Vieux-Augustins, âgé de 62 ans, membre
- du conseil général de la Commune;</p>
+ <p>10. Antoine Frery, né à Nancy, département de la Meurthe,
+ demeurant à Paris, rue des Vieux-Augustins, âgé de 62 ans, membre
+ du conseil général de la Commune;</p>
<p>11. Jean-Jacques Arthur, fabricant de papiers, membre de la
- Commune, âgé de 33 ans, né à Paris, y demeurant, rue des Piques;</p>
+ Commune, âgé de 33 ans, né à Paris, y demeurant, rue des Piques;</p>
- <p>12. Jean-Baptiste Grillet, âgé de 67 ans, né à Paris, y
- demeurant, rue Bertin-Poirée, n<sup>o</sup> 16, peintre de portraits et
+ <p>12. Jean-Baptiste Grillet, âgé de 67 ans, né à Paris, y
+ demeurant, rue Bertin-Poirée, n<sup>o</sup> 16, peintre de portraits et
membre de la Commune;</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Noirot</span>, commis greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 1<sup>er</sup> fructidor (18 août 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 1<sup>er</sup> fructidor (18 août 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Antoine-Paul Lavaur, âgé de 31 ans, natif de Montfaucon,
- département du Lot, homme de loi, y demeurant;</p>
+ <p>1. Antoine-Paul Lavaur, âgé de 31 ans, natif de Montfaucon,
+ département du Lot, homme de loi, y demeurant;</p>
- <p>2. Et Jean Saumont, dit Labran, âgé de 54 ans, cultivateur, natif
- de Roussinet, département de la Dordogne, demeurant à Busserole,
- même département;</p>
+ <p>2. Et Jean Saumont, dit Labran, âgé de 54 ans, cultivateur, natif
+ de Roussinet, département de la Dordogne, demeurant à Busserole,
+ même département;</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+ <p>Avoir été condamnés, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Ducray</span>, commis greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p><span class="pagenum"><a id="page369" name="page369"></a>(p. 369)</span> Par jugement du 5 fructidor (22 août 1794), appert:</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page369" name="page369"></a>(p. 369)</span> Par jugement du 5 fructidor (22 août 1794), appert:</p>
<div class="victime">
- <p>1. Jean-Baptiste Mitre Gouard, âgé de 29 ans, natif d'Aix,
- département des Bouches-du-Rhône, volontaire au premier bataillon
- des Phocéens, demeurant à Marseille;</p>
+ <p>1. Jean-Baptiste Mitre Gouard, âgé de 29 ans, natif d'Aix,
+ département des Bouches-du-Rhône, volontaire au premier bataillon
+ des Phocéens, demeurant à Marseille;</p>
- <p>2. Et François Deschamps, âgé de 29 ans, natif de Crévis,
- département de l'Aube, agent de la commission du commerce et aide
- de camp de Hanriot, demeurant à Paris, rue des Petits-Augustins,
+ <p>2. Et François Deschamps, âgé de 29 ans, natif de Crévis,
+ département de l'Aube, agent de la commission du commerce et aide
+ de camp de Hanriot, demeurant à Paris, rue des Petits-Augustins,
n<sup>o</sup> 15;</p>
</div>
- <p>Avoir été condamnés et exécutés sur la place publique de la Grève
- et de la <em>Révolution</em> (<em>sic</em>). Procès-verbal d'exécution dressé
+ <p>Avoir été condamnés et exécutés sur la place publique de la Grève
+ et de la <em>Révolution</em> (<em>sic</em>). Procès-verbal d'exécution dressé
par Auvray.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Ducray</span>, commis greffier.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du 6 fructidor l'an II (23 août 1794), appert:</p>
+<p>Par jugement du 6 fructidor l'an II (23 août 1794), appert:</p>
-<p class="victime">Pierre-André Coffinhal (n'a dit son âge ni le lieu de sa
- naissance), ex-président du tribunal révolutionnaire et membre de
- la Commune de Paris, y demeurant rue Regratière, section de la
- Fraternité;</p>
+<p class="victime">Pierre-André Coffinhal (n'a dit son âge ni le lieu de sa
+ naissance), ex-président du tribunal révolutionnaire et membre de
+ la Commune de Paris, y demeurant rue Regratière, section de la
+ Fraternité;</p>
-<p>Mis hors la loi par décret des 9 et 18 thermidor, a été livré à
- l'exécuteur des jugements criminels par ordonnance du tribunal en
- date dudit jour 18 thermidor, et exécuté le même jour sur la
- place de la Révolution, à six heures quinze minutes du soir, en
- présence de Heurtin, huissier du tribunal, qui en a dressé
- procès-verbal.</p>
+<p>Mis hors la loi par décret des 9 et 18 thermidor, a été livré à
+ l'exécuteur des jugements criminels par ordonnance du tribunal en
+ date dudit jour 18 thermidor, et exécuté le même jour sur la
+ place de la Révolution, à six heures quinze minutes du soir, en
+ présence de Heurtin, huissier du tribunal, qui en a dressé
+ procès-verbal.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 15 fructidor an II (1<sup>er</sup> septembre
+<p>Par jugement du tribunal révolutionnaire du 15 fructidor an II (1<sup>er</sup> septembre
1794), appert:</p>
-<p class="victime">Julien-Joseph Lemonnier, âgé de 38 ans, né à Paris, y demeurant
+<p class="victime">Julien-Joseph Lemonnier, âgé de 38 ans, né à Paris, y demeurant
rue de la Mortellerie, section de la Maison Commune, membre du
- comité civil et capitaine de la garde nationale;</p>
+ comité civil et capitaine de la garde nationale;</p>
-<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
+<p>Avoir été condamné, etc. Procès-verbal d'exécution dressé par
Leclerc.</p>
<p class="author">Pour extrait conforme, <span class="smcap">Noirot</span>, commis greffier.</p>
@@ -14262,204 +14217,204 @@ l'exécrable loi du 22 prairial fut rapportée.</p>
<hr class="hr10">
-<p>Julien-Joseph Lemonnier, si j'en crois les registres de l'Hôtel de
-ville, fut la dernière victime immolée sur la place de la Révolution,
-et, partant, probablement la dernière dont les restes furent inhumés
+<p>Julien-Joseph Lemonnier, si j'en crois les registres de l'Hôtel de
+ville, fut la dernière victime immolée sur la place de la Révolution,
+et, partant, probablement la dernière dont les restes furent inhumés
dans l'enclos du Christ.</p>
-<p>Les condamnés qui vinrent après, et dont le nombre diminua
-insensiblement, furent tous guillotinés en place de Grève. Leurs
-dépouilles furent vraisemblablement inhumées pour la plupart dans les
-cimetières de Sainte-Marguerite ou de Clamart. Quelques morts
-privilégiés furent seulement portés dans l'enclos funèbre de Picpus.</p>
+<p>Les condamnés qui vinrent après, et dont le nombre diminua
+insensiblement, furent tous guillotinés en place de Grève. Leurs
+dépouilles furent vraisemblablement inhumées pour la plupart dans les
+cimetières de Sainte-Marguerite ou de Clamart. Quelques morts
+privilégiés furent seulement portés dans l'enclos funèbre de Picpus.</p>
<h2><span class="pagenum"><a id="page371" name="page371"></a>(p. 371)</span> LETTRES<br>
DE<br>
-MADAME ÉLISABETH.</h2>
+MADAME ÉLISABETH.</h2>
-<p>Je crois devoir faire suivre la vie de Madame Élisabeth d'un certain
-nombre de ses lettres, choisies de manière à faire connaître la
+<p>Je crois devoir faire suivre la vie de Madame Élisabeth d'un certain
+nombre de ses lettres, choisies de manière à faire connaître la
princesse dans les situations les plus diverses de fortune, d'esprit
-et de c&oelig;ur. M. Feuillet de Conches, on le sait, a publié récemment
-la correspondance complète de Madame Élisabeth, beau monument élevé,
-par une main habile, à la gloire de cette princesse, et il a enrichi
-le texte de notes explicatives d'un grand intérêt. Les lettres que je
-vais donner, et dont je n'avais pu citer çà et là, dans le cours de
-mon récit, que quelques fragments détachés, seront les meilleures
-pièces justificatives de cet ouvrage. On y verra d'abord la princesse,
-au début de sa belle jeunesse, avec la vivacité d'un esprit pénétrant
-et l'indépendance d'un caractère inclinant à l'espièglerie. Puis on
-assistera aux progrès de son jugement; on verra se lever dans cette
-belle âme toutes les qualités et toutes les vertus, toutes les nobles
-aspirations, et l'on s'étonnera de cette sagesse précoce qui fit de
-Madame Élisabeth la plus utile et la meilleure des amies, comme elle
-était la plus dévouée et la plus courageuse des s&oelig;urs.</p>
+et de c&oelig;ur. M. Feuillet de Conches, on le sait, a publié récemment
+la correspondance complète de Madame Élisabeth, beau monument élevé,
+par une main habile, à la gloire de cette princesse, et il a enrichi
+le texte de notes explicatives d'un grand intérêt. Les lettres que je
+vais donner, et dont je n'avais pu citer çà et là, dans le cours de
+mon récit, que quelques fragments détachés, seront les meilleures
+pièces justificatives de cet ouvrage. On y verra d'abord la princesse,
+au début de sa belle jeunesse, avec la vivacité d'un esprit pénétrant
+et l'indépendance d'un caractère inclinant à l'espièglerie. Puis on
+assistera aux progrès de son jugement; on verra se lever dans cette
+belle âme toutes les qualités et toutes les vertus, toutes les nobles
+aspirations, et l'on s'étonnera de cette sagesse précoce qui fit de
+Madame Élisabeth la plus utile et la meilleure des amies, comme elle
+était la plus dévouée et la plus courageuse des s&oelig;urs.</p>
<p>Sa correspondance avec la marquise de Bombelles et la marquise de
Raigecourt, dont je dois la communication aux familles de ces deux
-nobles dames si dignes de l'affection que leur témoignait la
-princesse, met dans une vive <span class="pagenum"><a id="page372" name="page372"></a>(p. 372)</span> lumière l'élévation de l'esprit,
-la droiture de la raison, la bonté et l'ouverture de c&oelig;ur de la
-s&oelig;ur de Louis XVI. Toujours elle s'occupe des intérêts, de la
-sécurité, du bonheur de ses deux amies, avant de s'occuper de ses
-propres convenances, du bonheur qu'elle aurait à les avoir auprès
-d'elle. Elle les aime mieux éloignées et tranquilles qu'en France
-exposées et menacées.</p>
-
-<p>Ses lettres à madame la marquise des Montiers, plus jeune que ses deux
-autres amies, et dont elle appréciait l'esprit charmant, l'heureux
-naturel, en appréhendant un peu les saillies de son imagination, ont
-un autre caractère. La tendresse est la même, mais elle prend un
-accent presque maternel pour conseiller, avertir, diriger «<em>son
-démon</em>», comme elle appelle cette jeune et aimable femme, dans les
-situations difficiles où elle se trouve. Ce que Madame Élisabeth aime
-par-dessus tout dans ses amies, c'est leur âme. Leur dignité et leur
+nobles dames si dignes de l'affection que leur témoignait la
+princesse, met dans une vive <span class="pagenum"><a id="page372" name="page372"></a>(p. 372)</span> lumière l'élévation de l'esprit,
+la droiture de la raison, la bonté et l'ouverture de c&oelig;ur de la
+s&oelig;ur de Louis XVI. Toujours elle s'occupe des intérêts, de la
+sécurité, du bonheur de ses deux amies, avant de s'occuper de ses
+propres convenances, du bonheur qu'elle aurait à les avoir auprès
+d'elle. Elle les aime mieux éloignées et tranquilles qu'en France
+exposées et menacées.</p>
+
+<p>Ses lettres à madame la marquise des Montiers, plus jeune que ses deux
+autres amies, et dont elle appréciait l'esprit charmant, l'heureux
+naturel, en appréhendant un peu les saillies de son imagination, ont
+un autre caractère. La tendresse est la même, mais elle prend un
+accent presque maternel pour conseiller, avertir, diriger «<em>son
+démon</em>», comme elle appelle cette jeune et aimable femme, dans les
+situations difficiles où elle se trouve. Ce que Madame Élisabeth aime
+par-dessus tout dans ses amies, c'est leur âme. Leur dignité et leur
honneur dans ce monde, leur salut dans l'autre, l'occupent bien
-autrement que leur félicité passagère, quoiqu'elle fasse tout pour y
-contribuer. Elle a pour elles une amitié vraiment chrétienne, et l'on
-voit qu'elle veut continuer éternellement dans le ciel les affections
-commencées ici-bas. Ces lettres à madame la marquise des Montiers sont
-complétement inédites. J'en dois la communication à l'obligeance de M.
+autrement que leur félicité passagère, quoiqu'elle fasse tout pour y
+contribuer. Elle a pour elles une amitié vraiment chrétienne, et l'on
+voit qu'elle veut continuer éternellement dans le ciel les affections
+commencées ici-bas. Ces lettres à madame la marquise des Montiers sont
+complétement inédites. J'en dois la communication à l'obligeance de M.
le comte Stanislas des Montiers, heureux comme toute sa famille de
-contribuer à tout ce qui peut servir à mettre en relief la gloire de
-Madame Élisabeth.</p>
-
-<p>Ses lettres à madame Marie de Causans, qui se destinait à la vie
-religieuse, ont un autre caractère. Elles sont pleines d'une haute
-spiritualité, tempérée par cette prudence et ce bon sens qui forment
-comme le fond de la nature de Madame Élisabeth. Personne ne parle
-mieux de la soumission à la volonté de Dieu et de la résignation que
-cette princesse, qui devait pousser cette vertu jusqu'à l'héroïsme.
-<span class="pagenum"><a id="page373" name="page373"></a>(p. 373)</span> En même temps elle prémunit la fille de sa vénérable amie,
-madame de Causans, contre les entraînements de l'imagination qui font
-quelquefois embrasser la vie religieuse à des personnes qui n'ont pas
-les dons nécessaires pour s'y sanctifier, et prennent pour une
-vocation réelle et durable un dégoût passager du monde ou un chagrin
-que le temps emportera avec tout le reste. Madame Élisabeth, si sévère
-pour elle-même, condamne le scrupule. Sa religion est sincère,
-profonde, pleine d'onction, mais éclairée, et elle s'étonne quand
-l'abbé de Lubersac lui donne des détails sur les superstitions que la
-population italienne mêle au catholicisme.</p>
+contribuer à tout ce qui peut servir à mettre en relief la gloire de
+Madame Élisabeth.</p>
+
+<p>Ses lettres à madame Marie de Causans, qui se destinait à la vie
+religieuse, ont un autre caractère. Elles sont pleines d'une haute
+spiritualité, tempérée par cette prudence et ce bon sens qui forment
+comme le fond de la nature de Madame Élisabeth. Personne ne parle
+mieux de la soumission à la volonté de Dieu et de la résignation que
+cette princesse, qui devait pousser cette vertu jusqu'à l'héroïsme.
+<span class="pagenum"><a id="page373" name="page373"></a>(p. 373)</span> En même temps elle prémunit la fille de sa vénérable amie,
+madame de Causans, contre les entraînements de l'imagination qui font
+quelquefois embrasser la vie religieuse à des personnes qui n'ont pas
+les dons nécessaires pour s'y sanctifier, et prennent pour une
+vocation réelle et durable un dégoût passager du monde ou un chagrin
+que le temps emportera avec tout le reste. Madame Élisabeth, si sévère
+pour elle-même, condamne le scrupule. Sa religion est sincère,
+profonde, pleine d'onction, mais éclairée, et elle s'étonne quand
+l'abbé de Lubersac lui donne des détails sur les superstitions que la
+population italienne mêle au catholicisme.</p>
<p>Je ne crois pas que dans toute cette correspondance il y ait des
-lettres plus remarquables que celles qui sont adressées à cet abbé de
-Lubersac, aumônier de Madame Victoire, qui avait émigré à Rome avec
-Mesdames de France, et qui, rentré à Paris dans le mois d'août 1792,
-périt dans les massacres de septembre. L'abbé de Lubersac traînait à
-l'étranger un noir chagrin;&mdash;étaient-ce les malheurs qu'il laissait
-derrière lui, étaient-ce ceux qu'il entrevoyait dans les ombres de
+lettres plus remarquables que celles qui sont adressées à cet abbé de
+Lubersac, aumônier de Madame Victoire, qui avait émigré à Rome avec
+Mesdames de France, et qui, rentré à Paris dans le mois d'août 1792,
+périt dans les massacres de septembre. L'abbé de Lubersac traînait à
+l'étranger un noir chagrin;&mdash;étaient-ce les malheurs qu'il laissait
+derrière lui, étaient-ce ceux qu'il entrevoyait dans les ombres de
l'avenir, qui plongeaient son esprit dans cette morne
-tristesse?&mdash;Madame Élisabeth, dont l'âme était plus fortement trempée,
+tristesse?&mdash;Madame Élisabeth, dont l'âme était plus fortement trempée,
le soutenait par des conseils qui prenaient insensiblement la forme
-d'exhortations. Les rôles s'étaient peu à peu intervertis sans que les
-deux correspondants s'en aperçussent. La princesse soutenait le prêtre
-et l'aidait à porter sa croix, faisant ainsi l'apprentissage du rôle
-sublime qu'elle remplit plus tard auprès des compagnons de son funèbre
-itinéraire de la Conciergerie à l'échafaud.</p>
-
-<p>Dans cette correspondance, qui remonte jusqu'à l'ancien régime, et à
-une époque (1778) où la révolution, comme l'a dit Chateaubriand, ne
-frappait pas encore à l'huis de l'histoire, et qui ne se ferme que le
-10 août 1792, journée <span class="pagenum"><a id="page374" name="page374"></a>(p. 374)</span> néfaste après laquelle la famille
-royale prisonnière entra au Temple, on retrouve, à mesure que les
-événements se succèdent, l'impression qu'ils produisent sur Madame
-Élisabeth, et l'appréciation qu'elle porte sur les hommes et sur les
-choses. La convocation des états généraux, le serment du Jeu de paume,
-le 15 juillet et la prise de la Bastille, les journées des 5 et 6
-octobre, avec le lamentable retour à Paris de la famille royale
-prisonnière, la constitution civile du clergé, le fatal voyage à
-Varennes, la journée du 20 juin, cette préface du 10 août, viennent
-tour à tour jeter un sinistre reflet dans les lettres de Madame
-Élisabeth à ses amies, à l'abbé de Lubersac, au comte d'Artois. Une de
-ses plus remarquables lettres est adressée à ce prince, pour lequel
+d'exhortations. Les rôles s'étaient peu à peu intervertis sans que les
+deux correspondants s'en aperçussent. La princesse soutenait le prêtre
+et l'aidait à porter sa croix, faisant ainsi l'apprentissage du rôle
+sublime qu'elle remplit plus tard auprès des compagnons de son funèbre
+itinéraire de la Conciergerie à l'échafaud.</p>
+
+<p>Dans cette correspondance, qui remonte jusqu'à l'ancien régime, et à
+une époque (1778) où la révolution, comme l'a dit Chateaubriand, ne
+frappait pas encore à l'huis de l'histoire, et qui ne se ferme que le
+10 août 1792, journée <span class="pagenum"><a id="page374" name="page374"></a>(p. 374)</span> néfaste après laquelle la famille
+royale prisonnière entra au Temple, on retrouve, à mesure que les
+événements se succèdent, l'impression qu'ils produisent sur Madame
+Élisabeth, et l'appréciation qu'elle porte sur les hommes et sur les
+choses. La convocation des états généraux, le serment du Jeu de paume,
+le 15 juillet et la prise de la Bastille, les journées des 5 et 6
+octobre, avec le lamentable retour à Paris de la famille royale
+prisonnière, la constitution civile du clergé, le fatal voyage à
+Varennes, la journée du 20 juin, cette préface du 10 août, viennent
+tour à tour jeter un sinistre reflet dans les lettres de Madame
+Élisabeth à ses amies, à l'abbé de Lubersac, au comte d'Artois. Une de
+ses plus remarquables lettres est adressée à ce prince, pour lequel
elle avait la plus vive tendresse, et, si j'ose le dire, une de ces
-faiblesses de c&oelig;ur que les s&oelig;urs sérieuses ont pour celui de
-leurs frères dont l'impétueuse ardeur a besoin d'être dirigée et
-retenue. Chose remarquable, Madame Élisabeth, cette princesse d'un
+faiblesses de c&oelig;ur que les s&oelig;urs sérieuses ont pour celui de
+leurs frères dont l'impétueuse ardeur a besoin d'être dirigée et
+retenue. Chose remarquable, Madame Élisabeth, cette princesse d'un
c&oelig;ur si bienveillant, incline presque toujours vers les partis de
-vigueur. Elle comprend que la faiblesse devant une révolution qui ne
-perd ni une occasion, ni une concession, ni une minute, contribue à
-tout perdre. Elle le répète souvent dans ses lettres. La vigueur dans
+vigueur. Elle comprend que la faiblesse devant une révolution qui ne
+perd ni une occasion, ni une concession, ni une minute, contribue à
+tout perdre. Elle le répète souvent dans ses lettres. La vigueur dans
la politique, l'union dans le parti royaliste et dans la famille
-royale, voilà ce que recommande Madame Élisabeth; et, dans sa lettre
-au comte d'Artois, elle insiste de la manière la plus forte et la plus
-raisonnable sur la nécessité de ne pas contrarier à Coblentz la
+royale, voilà ce que recommande Madame Élisabeth; et, dans sa lettre
+au comte d'Artois, elle insiste de la manière la plus forte et la plus
+raisonnable sur la nécessité de ne pas contrarier à Coblentz la
politique de Louis XVI.</p>
<p>A mesure que les lettres se rapprochent par leurs dates de la fatale
-journée du 10 août, la faible lueur d'espérance qui jetait çà et là
-quelques reflets lumineux, pâlit et s'éteint. La princesse voit venir
-la catastrophe, mais elle sait où est pour elle le poste du devoir, de
+journée du 10 août, la faible lueur d'espérance qui jetait çà et là
+quelques reflets lumineux, pâlit et s'éteint. La princesse voit venir
+la catastrophe, mais elle sait où est pour elle le poste du devoir, de
l'honneur et de la tendresse fraternelle; elle y reste. Advienne que
-pourra! elle <span class="pagenum"><a id="page375" name="page375"></a>(p. 375)</span> remplira jusqu'au bout la sainte et angélique
-mission que la Providence lui a donnée. Les <i>Sursum corda</i> reviennent
-alors plus fréquents sous sa plume dans ses lettres avec ses amies;
-elle ne regarde plus, elle n'espère plus que du côté du ciel.</p>
+pourra! elle <span class="pagenum"><a id="page375" name="page375"></a>(p. 375)</span> remplira jusqu'au bout la sainte et angélique
+mission que la Providence lui a donnée. Les <i>Sursum corda</i> reviennent
+alors plus fréquents sous sa plume dans ses lettres avec ses amies;
+elle ne regarde plus, elle n'espère plus que du côté du ciel.</p>
<hr class="hr30">
<h3>I<br>
<span class="smaller">A MADAME DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p>Vous croyez peut-être que je suis consolée, point du tout; d'autant
-plus que moi, qui déteste les explications, je viens d'en avoir une
-avec ma tante. La Reine y a été ce matin pour lui demander ce qu'elle
-avoit hier, et elle lui a dit qu'elle étoit fort mécontente de moi,
-parce que je ne lui avois pas écrit avant mon inoculation, et qu'elle
-devoit m'en parler. J'y ai donc été ce soir: je suis arrivée chez ma
-tante Victoire, qui m'a parlé avec beaucoup d'amitié, et qui m'a dit
-que j'avois eu tort de ne leur pas écrire, ce dont je suis convenue,
-et lui ai demandé pardon. De là, j'ai été chez ma tante Adélaïde, qui,
-le plus aigrement possible, m'a dit: «J'ai parlé à la Reine de vous ce
+<p>Vous croyez peut-être que je suis consolée, point du tout; d'autant
+plus que moi, qui déteste les explications, je viens d'en avoir une
+avec ma tante. La Reine y a été ce matin pour lui demander ce qu'elle
+avoit hier, et elle lui a dit qu'elle étoit fort mécontente de moi,
+parce que je ne lui avois pas écrit avant mon inoculation, et qu'elle
+devoit m'en parler. J'y ai donc été ce soir: je suis arrivée chez ma
+tante Victoire, qui m'a parlé avec beaucoup d'amitié, et qui m'a dit
+que j'avois eu tort de ne leur pas écrire, ce dont je suis convenue,
+et lui ai demandé pardon. De là, j'ai été chez ma tante Adélaïde, qui,
+le plus aigrement possible, m'a dit: «J'ai parlé à la Reine de vous ce
matin. Que dites-vous de votre conduite, depuis qu'il est question de
vous inoculer?&mdash;Comment, ma tante, lui ai-je dit, qu'est-ce que j'ai
-fait?&mdash;Vous ne nous avez pas seulement remerciées.» Et elle reprit, de
+fait?&mdash;Vous ne nous avez pas seulement remerciées.» Et elle reprit, de
ce que nous nous enfermions avec vous; et pendant Choisy et Marly nous
-n'avons pas entendu parler de vous.&mdash;Je lui représentai qu'entre ses
-deux voyages j'étois venue chez elle et que je l'avois remerciée;
+n'avons pas entendu parler de vous.&mdash;Je lui représentai qu'entre ses
+deux voyages j'étois venue chez elle et que je l'avois remerciée;
qu'en cela je n'avois fait que mon devoir, mais que je l'avois fait. A
-cette réponse, elle s'est un peu embarrassée, et m'a dit entre ses
+cette réponse, elle s'est un peu embarrassée, et m'a dit entre ses
dents:&mdash;Ah! une fois en passant, mais je ne leur avois point
-écrit.&mdash;Je lui ai dit qu'en cela j'avois eu tort, et que je leur en
+écrit.&mdash;Je lui ai dit qu'en cela j'avois eu tort, et que je leur en
demandois pardon; que <span class="pagenum"><a id="page376" name="page376"></a>(p. 376)</span> pour la Muette et Meudon, je n'y avois
aucune part et point de tort.&mdash;Elle m'a dit qu'elle ne me parloit
-point de cela; et sur ce elle a changé de conversation, étant toujours
-embarrassée. En sortant de chez elle, je lui ai encore dit que
-j'espérois qu'elle me pardonnoit; elle m'a répondu que ce n'étoit que
-la crainte qu'elle avoit eue d'être oubliée de moi qui l'avoit fâchée,
-m'aimant beaucoup, et qu'elle espéroit que cela ne seroit jamais.&mdash;Je
-lui ai dit que je tâcherois de mériter son amitié, et que je lui
-demandois de me conserver toujours la sienne. De là je suis revenue et
-ai mandé cela à la Reine, et puis à mon petit ange. Je ne puis te
-celer que je n'ai que la moitié des torts dont je suis convenue; mais
-il faut mettre la paix dans la maison, et dans ce quartier-là il
-faudroit au moins M. Le Chat pour l'établir bien solidement.</p>
+point de cela; et sur ce elle a changé de conversation, étant toujours
+embarrassée. En sortant de chez elle, je lui ai encore dit que
+j'espérois qu'elle me pardonnoit; elle m'a répondu que ce n'étoit que
+la crainte qu'elle avoit eue d'être oubliée de moi qui l'avoit fâchée,
+m'aimant beaucoup, et qu'elle espéroit que cela ne seroit jamais.&mdash;Je
+lui ai dit que je tâcherois de mériter son amitié, et que je lui
+demandois de me conserver toujours la sienne. De là je suis revenue et
+ai mandé cela à la Reine, et puis à mon petit ange. Je ne puis te
+celer que je n'ai que la moitié des torts dont je suis convenue; mais
+il faut mettre la paix dans la maison, et dans ce quartier-là il
+faudroit au moins M. Le Chat pour l'établir bien solidement.</p>
<p>A propos, mon ange, je t'en prie, si tu as le temps, fais chercher
Campana; fais-toi peindre pour ta petite servante; dis-lui de faire
-ton portrait de la grandeur de ceux des médaillons, et coiffée et
-habillée comme celui qu'il a fait de moi, et qui n'est pas comme le
+ton portrait de la grandeur de ceux des médaillons, et coiffée et
+habillée comme celui qu'il a fait de moi, et qui n'est pas comme le
tien. Ne va pas l'oublier, car je te tuerois ainsi que ton fils.
-Mande-moi de ses nouvelles, et fais dépêcher Campana. La baronne doit
+Mande-moi de ses nouvelles, et fais dépêcher Campana. La baronne doit
revenir aujourd'hui, ainsi je ne te charge de rien pour elle, mais dis
-à madame de Travanet que je meurs d'envie de la voir; et dis aussi à
+à madame de Travanet que je meurs d'envie de la voir; et dis aussi à
la personne qui n'ose se nommer qu'elle ait soin d'acheter des
polonoises, pour pouvoir rester chez la baronne, quand j'irai, ce qui,
-j'espère, sera bientôt. En vérité, madame Angélique, vous devez être
+j'espère, sera bientôt. En vérité, madame Angélique, vous devez être
bien contente de moi, car mes lettres sont assez longues et les lignes
-assez serrées; je vais arranger mes affaires et tu les trouveras en
-très-bon ordre. Mande-moi toutes les grimaces qu'a faites ta
-belle-s&oelig;ur pendant le mariage, et toutes les bêtises qu'elle aura
-dites, qui certainement t'ont beaucoup ennuyée si tu les as écoutées,
+assez serrées; je vais arranger mes affaires et tu les trouveras en
+très-bon ordre. Mande-moi toutes les grimaces qu'a faites ta
+belle-s&oelig;ur pendant le mariage, et toutes les bêtises qu'elle aura
+dites, qui certainement t'ont beaucoup ennuyée si tu les as écoutées,
et qui m'amuseront beaucoup <span class="pagenum"><a id="page377" name="page377"></a>(p. 377)</span> en les lisant. Adieu, ma petite
-s&oelig;ur Saint-Ange; il me paroît qu'il y a mille ans que je ne t'ai
+s&oelig;ur Saint-Ange; il me paroît qu'il y a mille ans que je ne t'ai
vue. Je t'embrasse de tout mon c&oelig;ur, et suis de Votre Altesse</p>
<p class="author">
- La très-humble et très-obéissante
+ La très-humble et très-obéissante
servante et sujette.<br>
- <span class="smcap">Élisabeth de France</span>,<br>
+ <span class="smcap">Élisabeth de France</span>,<br>
dite la Folle.</p>
<p>Ce 27 novembre 1779.</p>
@@ -14472,57 +14427,57 @@ vue. Je t'embrasse de tout mon c&oelig;ur, et suis de Votre Altesse</p>
<p class="date">Du 3 septembre 1784.</p>
<p>Je vous ai fait promettre par votre fille de vous rendre un compte
-exact de ma journée de lundi<a id="footnotetag143" name="footnotetag143"></a><a href="#footnote143" title="Go to footnote 143"><span class="smaller">[143]</span></a>. Nous sommes parties à dix heures du
-matin: il faisait une pluie à verse; mais, malgré cela, tout le monde
-étoit de bonne humeur. Nous sommes arrivées, et avons été sur-le-champ
-à l'église; madame de Brébent y est entrée ensuite. La cérémonie a
-commencé, et tout s'est passé comme à celle de madame de Fontanges,
-excepté qu'elle a communié avec la même hostie sur laquelle elle avoit
-prononcé ses v&oelig;ux; puis on l'a habillée, et elle a été sous le drap
+exact de ma journée de lundi<a id="footnotetag143" name="footnotetag143"></a><a href="#footnote143" title="Go to footnote 143"><span class="smaller">[143]</span></a>. Nous sommes parties à dix heures du
+matin: il faisait une pluie à verse; mais, malgré cela, tout le monde
+étoit de bonne humeur. Nous sommes arrivées, et avons été sur-le-champ
+à l'église; madame de Brébent y est entrée ensuite. La cérémonie a
+commencé, et tout s'est passé comme à celle de madame de Fontanges,
+excepté qu'elle a communié avec la même hostie sur laquelle elle avoit
+prononcé ses v&oelig;ux; puis on l'a habillée, et elle a été sous le drap
mortuaire. A suivi le moment que j'aime le mieux, qui est le baiser de
paix. Il me fait toujours un effet que je ne puis rendre; c'est de si
bon c&oelig;ur que nous nous embrassons, quoique nous ne nous
-connoissions pas, qu'il est impossible de ne pas être attendrie; mais
-je n'ai pourtant pas pleuré: ce n'est pas mon usage. Pour Bombelles,
-elle étoit en sanglots, ce qui a été cause de grandes railleries,
+connoissions pas, qu'il est impossible de ne pas être attendrie; mais
+je n'ai pourtant pas pleuré: ce n'est pas mon usage. Pour Bombelles,
+elle étoit en sanglots, ce qui a été cause de grandes railleries,
qu'elle a soutenues avec plus de courage que la migraine qui a suivi.
Plusieurs de <span class="pagenum"><a id="page378" name="page378"></a>(p. 378)</span> ces dames pleuroient aussi. Ainsi, vous
-n'eussiez pas été embarrassée, malgré les assistants. J'ai été fort
-heureuse, et voilà tout. Mais, le mercredi, j'avois oublié mon
-bonheur. Celui que je goûte ici est tranquille. Je m'occupe beaucoup
-depuis huit jours que j'y suis; j'écris des lettres innombrables: cela
-ne me plaît guère; mais lorsqu'on passe autant d'heures dans la
-journée sans voir autre chose que son chien, ma chère, on n'est pas
-fâché d'avoir ce genre d'occupation. Je vous prie de croire que sans
+n'eussiez pas été embarrassée, malgré les assistants. J'ai été fort
+heureuse, et voilà tout. Mais, le mercredi, j'avois oublié mon
+bonheur. Celui que je goûte ici est tranquille. Je m'occupe beaucoup
+depuis huit jours que j'y suis; j'écris des lettres innombrables: cela
+ne me plaît guère; mais lorsqu'on passe autant d'heures dans la
+journée sans voir autre chose que son chien, ma chère, on n'est pas
+fâché d'avoir ce genre d'occupation. Je vous prie de croire que sans
cela j'en aurois beaucoup d'autres; par exemple le dessin. Il y a
-trois jours que je crie après M. B.<a id="footnotetag144" name="footnotetag144"></a><a href="#footnote144" title="Go to footnote 144"><span class="smaller">[144]</span></a> et qu'il ne vient pas: je
+trois jours que je crie après M. B.<a id="footnotetag144" name="footnotetag144"></a><a href="#footnote144" title="Go to footnote 144"><span class="smaller">[144]</span></a> et qu'il ne vient pas: je
meurs de peur qu'il ne soit mort. Quand je dis que je l'attends depuis
trois jours, il faut compter que c'est depuis hier. Je vais commencer
un petit dessin pour les dames de Saint-Cyr; il est charmant. Je n'ai
-pas dit à [Bombelles] que c'étoit pour elles, car je crois que cela
+pas dit à [Bombelles] que c'étoit pour elles, car je crois que cela
l'auroit mise de mauvaise humeur.</p>
<p>J'attends avec impatience des nouvelles des courses de vos enfants. Je
-ne doute pas qu'ils n'aient été reçus à merveille; mais je voudrois
-bien qu'il me fût permis de croire à la guérison de votre jambe: je ne
-désire rien tant. Enfin, mon c&oelig;ur, je juge d'après toutes les
-souffrances que vous éprouvez, que vous faites votre purgatoire dans
-ce monde; car, malgré vos douleurs, votre caractère est toujours le
-même: toujours la même amabilité, la même confiance en Dieu, enfin la
-même résignation, sans compter toutes les vertus qui naissent de cette
-résignation. Comment pouvez-vous, malgré toutes vos douleurs de corps
-et d'esprit, vous croire trop heureuse? C'est une grâce bien
-particulière de Dieu. Je l'en bénis, et de ce qu'il m'a choisie pour
-en être l'instrument. Soyez sûre, mon c&oelig;ur, que rien ne me peut
+ne doute pas qu'ils n'aient été reçus à merveille; mais je voudrois
+bien qu'il me fût permis de croire à la guérison de votre jambe: je ne
+désire rien tant. Enfin, mon c&oelig;ur, je juge d'après toutes les
+souffrances que vous éprouvez, que vous faites votre purgatoire dans
+ce monde; car, malgré vos douleurs, votre caractère est toujours le
+même: toujours la même amabilité, la même confiance en Dieu, enfin la
+même résignation, sans compter toutes les vertus qui naissent de cette
+résignation. Comment pouvez-vous, malgré toutes vos douleurs de corps
+et d'esprit, vous croire trop heureuse? C'est une grâce bien
+particulière de Dieu. Je l'en bénis, et de ce qu'il m'a choisie pour
+en être l'instrument. Soyez sûre, mon c&oelig;ur, que rien ne me peut
faire plus de plaisir que <span class="pagenum"><a id="page379" name="page379"></a>(p. 379)</span> de penser que j'ai pu adoucir un
-peu l'amertume de vos maux. Que vous êtes bonne de m'associer à vos
-prières! Oui, mon c&oelig;ur, aucune de vos enfants ne vous oubliera, je
-puis vous en répondre. J'oubliois de vous dire que, malgré le monde,
-j'avois passé quelque temps avec mon dépôt dans la chambre du conseil,
+peu l'amertume de vos maux. Que vous êtes bonne de m'associer à vos
+prières! Oui, mon c&oelig;ur, aucune de vos enfants ne vous oubliera, je
+puis vous en répondre. J'oubliois de vous dire que, malgré le monde,
+j'avois passé quelque temps avec mon dépôt dans la chambre du conseil,
et une grande partie du reste avec D.<a id="footnotetag145" name="footnotetag145"></a><a href="#footnote145" title="Go to footnote 145"><span class="smaller">[145]</span></a> et plusieurs autres dames.</p>
<p>Votre fille fera bien d'arriver, car je serois capable de lui enlever
-son trésor. Je sens que je m'y attache beaucoup, et je me propose de
+son trésor. Je sens que je m'y attache beaucoup, et je me propose de
lui en faire peur.</p>
<hr class="hr30">
@@ -14530,45 +14485,45 @@ lui en faire peur.</p>
<h3>III<br>
<span class="smaller">A MADAME MARIE DE CAUSANS.</span></h3>
-<p class="date">8 décembre 1785.</p>
+<p class="date">8 décembre 1785.</p>
-<p>Je suis émue et affligée au dernier point, mon c&oelig;ur, de l'état de
-votre mère: l'arrêt de Séguy<a id="footnotetag146" name="footnotetag146"></a><a href="#footnote146" title="Go to footnote 146"><span class="smaller">[146]</span></a> me fait frémir. J'écrirai à madame
-de Lastic<a id="footnotetag147" name="footnotetag147"></a><a href="#footnote147" title="Go to footnote 147"><span class="smaller">[147]</span></a> pour que l'on trouve des prétextes pour faire rester
-votre s&oelig;ur à Fontainebleau. Ils seront d'autant plus aisés que,
-quoiqu'elle soit bien, de longtemps elle ne sera en état d'être
-transportée. Si vous ne craignez pas d'attendrir votre mère, dites-lui
+<p>Je suis émue et affligée au dernier point, mon c&oelig;ur, de l'état de
+votre mère: l'arrêt de Séguy<a id="footnotetag146" name="footnotetag146"></a><a href="#footnote146" title="Go to footnote 146"><span class="smaller">[146]</span></a> me fait frémir. J'écrirai à madame
+de Lastic<a id="footnotetag147" name="footnotetag147"></a><a href="#footnote147" title="Go to footnote 147"><span class="smaller">[147]</span></a> pour que l'on trouve des prétextes pour faire rester
+votre s&oelig;ur à Fontainebleau. Ils seront d'autant plus aisés que,
+quoiqu'elle soit bien, de longtemps elle ne sera en état d'être
+transportée. Si vous ne craignez pas d'attendrir votre mère, dites-lui
combien je partage ses douleurs, que je voudrois les prendre toutes,
-que je suis bien affligée de ne pouvoir lui rendre les soins que la
-tendre amitié que j'ai pour elle me dicteroit. Il m'en coûte bien,
-depuis trois semaines, d'être princesse: c'est une terrible charge
-souvent, mais jamais elle n'est plus désagréable que lorsqu'elle
-empêche le c&oelig;ur d'agir.</p>
+que je suis bien affligée de ne pouvoir lui rendre les soins que la
+tendre amitié que j'ai pour elle me dicteroit. Il m'en coûte bien,
+depuis trois semaines, d'être princesse: c'est une terrible charge
+souvent, mais jamais elle n'est plus désagréable que lorsqu'elle
+empêche le c&oelig;ur d'agir.</p>
<p>Vous avez sous vos yeux, mon c&oelig;ur, le triomphe de la <span class="pagenum"><a id="page380" name="page380"></a>(p. 380)</span>
-religion: je ne doute pas que vous n'éprouviez, dans l'occasion,
-qu'elle seule peut nous faire supporter le malheur, et, s'il étoit
-possible, le rendre léger. Croyez que vous aurez la grâce d'une
-résignation parfaite à la volonté de Dieu. Il ne faut qu'un véritable
-désir pour l'obtenir, et vous sentez trop combien elle vous est
-nécessaire pour ne pas la désirer vivement. Espérez tout de ce Père
+religion: je ne doute pas que vous n'éprouviez, dans l'occasion,
+qu'elle seule peut nous faire supporter le malheur, et, s'il étoit
+possible, le rendre léger. Croyez que vous aurez la grâce d'une
+résignation parfaite à la volonté de Dieu. Il ne faut qu'un véritable
+désir pour l'obtenir, et vous sentez trop combien elle vous est
+nécessaire pour ne pas la désirer vivement. Espérez tout de ce Père
qui vous aime si tendrement; il vous soutiendra, il partagera votre
peine et la rendra moins pesante. Pardon, mon c&oelig;ur, de ce petit
-morceau de sermon, quoiqu'il soit médiocre: dans la position où vous
-êtes, l'on est toujours bien aise d'entendre un peu parler de Dieu.
-C'est ce qui m'a encouragée à cette insolence.</p>
+morceau de sermon, quoiqu'il soit médiocre: dans la position où vous
+êtes, l'on est toujours bien aise d'entendre un peu parler de Dieu.
+C'est ce qui m'a encouragée à cette insolence.</p>
<p>Je prierai certainement les dames de Saint-Cyr de prier pour votre
-mère, et elles le feront de tout leur c&oelig;ur, car elles aiment
-beaucoup votre mère. Je vous en prie, dites-lui que je prie aussi pour
-elle. J'ai eu peur, le jour que je l'ai vue, qu'elle ne fût fâchée,
+mère, et elles le feront de tout leur c&oelig;ur, car elles aiment
+beaucoup votre mère. Je vous en prie, dites-lui que je prie aussi pour
+elle. J'ai eu peur, le jour que je l'ai vue, qu'elle ne fût fâchée,
parce que je lui ai dit que je ne priois pas; et quoiqu'elles soient
bien mauvaises, je les fais depuis ce moment exactement.</p>
<p>Madame de Choiseul<a id="footnotetag148" name="footnotetag148"></a><a href="#footnote148" title="Go to footnote 148"><span class="smaller">[148]</span></a> n'aura votre lettre que demain, parce que ces
vilains pots<a id="footnotetag149" name="footnotetag149"></a><a href="#footnote149" title="Go to footnote 149"><span class="smaller">[149]</span></a> sont d'une inexactitude affreuse et qu'elle n'est
-arrivée que très-tard: le courrier était parti. Adieu, mon c&oelig;ur;
-j'espère que vous avez un peu d'amitié pour moi: cela me feroit bien
+arrivée que très-tard: le courrier était parti. Adieu, mon c&oelig;ur;
+j'espère que vous avez un peu d'amitié pour moi: cela me feroit bien
plaisir, vous aimant beaucoup. Je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
<hr class="hr30">
@@ -14576,60 +14531,60 @@ plaisir, vous aimant beaucoup. Je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
<h3><span class="pagenum"><a id="page381" name="page381"></a>(p. 381)</span> IV<br>
<span class="smaller">A MADAME MARIE DE CAUSANS.</span></h3>
-<p class="date">14 décembre 1785.</p>
+<p class="date">14 décembre 1785.</p>
-<p>Votre lettre m'a touchée, mon c&oelig;ur, à un point que je ne puis
-rendre que foiblement: la résignation et le courage de votre mère, son
-désir de recevoir encore Celui qui lui donne la paix et la
-tranquillité, l'état où vous êtes, tout ce que vous me dites, m'a émue
-à un point extrême. J'ai été bien attendrie de son souvenir, je vous
-l'ai déjà dit, mon c&oelig;ur; mais je ne puis trop le répéter: c'est une
+<p>Votre lettre m'a touchée, mon c&oelig;ur, à un point que je ne puis
+rendre que foiblement: la résignation et le courage de votre mère, son
+désir de recevoir encore Celui qui lui donne la paix et la
+tranquillité, l'état où vous êtes, tout ce que vous me dites, m'a émue
+à un point extrême. J'ai été bien attendrie de son souvenir, je vous
+l'ai déjà dit, mon c&oelig;ur; mais je ne puis trop le répéter: c'est une
vraie peine pour moi de ne pouvoir la soigner. Si je n'avois pas
-craint de l'émouvoir, j'aurois au moins été la voir; mais je me suis
-refusé cette consolation. Mais, mon c&oelig;ur, si elle marquoit le
-moindre désir que j'y allasse, j'espère que vous me le manderiez, et
+craint de l'émouvoir, j'aurois au moins été la voir; mais je me suis
+refusé cette consolation. Mais, mon c&oelig;ur, si elle marquoit le
+moindre désir que j'y allasse, j'espère que vous me le manderiez, et
que vous n'auriez nulle crainte de me faire voir un spectacle aussi
-touchant: il ne pourroit que m'édifier. Cependant, ne faites point
-naître ce désir: il seroit trop dangereux s'il ne venoit point d'elle.</p>
+touchant: il ne pourroit que m'édifier. Cependant, ne faites point
+naître ce désir: il seroit trop dangereux s'il ne venoit point d'elle.</p>
<p>Il seroit bien difficile que vous ayez des consolations sensibles dans
-le moment où vous êtes; mais votre résignation vous en attirera; et si
+le moment où vous êtes; mais votre résignation vous en attirera; et si
vous voulez bien vous examiner, mon c&oelig;ur, le calme que vous
-ressentiez ce matin ne vient-il pas de Dieu, peut-être même de la
+ressentiez ce matin ne vient-il pas de Dieu, peut-être même de la
lecture que vous avez faite cette nuit, qui ne vous a point fait effet
-dans le moment, mais qui a gravé dans votre c&oelig;ur les vérités
+dans le moment, mais qui a gravé dans votre c&oelig;ur les vérités
qu'elle contient, et dont vous vous faites l'application sans vous en
-douter? Croyez que Dieu a beau avoir l'air sévère, il est toujours
-plein de miséricorde pour ceux qui le servent fidèlement. Ne
+douter? Croyez que Dieu a beau avoir l'air sévère, il est toujours
+plein de miséricorde pour ceux qui le servent fidèlement. Ne
recherchez point des consolations dans ce moment, ce ne seroit pas le
moyen d'en obtenir; contentez-vous de continuer, comme vous faites,
-<span class="pagenum"><a id="page382" name="page382"></a>(p. 382)</span> à lui offrir à tous moments vos peines et le sacrifice qu'il
-exige peut-être de vous. Regardez en même temps tout ce qui peut être
-un sujet de consolation: jugez votre malheur d'après celui des autres,
-et vous verrez encore que vous êtes moins à plaindre que vos s&oelig;urs.
-Vous jouissez au moins des derniers moments où vous pouvez voir,
-entendre votre mère, et lui rendre tous les soins que votre c&oelig;ur
+<span class="pagenum"><a id="page382" name="page382"></a>(p. 382)</span> à lui offrir à tous moments vos peines et le sacrifice qu'il
+exige peut-être de vous. Regardez en même temps tout ce qui peut être
+un sujet de consolation: jugez votre malheur d'après celui des autres,
+et vous verrez encore que vous êtes moins à plaindre que vos s&oelig;urs.
+Vous jouissez au moins des derniers moments où vous pouvez voir,
+entendre votre mère, et lui rendre tous les soins que votre c&oelig;ur
vous dicte; au lieu qu'elles joindront au malheur de ne la plus voir
-celui de ne l'avoir pas vue jusqu'au dernier moment. Que cette idée
-vous fasse supporter votre peine, sans vous pénétrer de celle à venir
-des autres. Raigecourt ne saura pas de sitôt nos inquiétudes; je
+celui de ne l'avoir pas vue jusqu'au dernier moment. Que cette idée
+vous fasse supporter votre peine, sans vous pénétrer de celle à venir
+des autres. Raigecourt ne saura pas de sitôt nos inquiétudes; je
prierai madame de Lastic de me mander quand elle voudra revenir, pour
-que vous y envoyiez quelqu'un. On ne m'avoit point mandé qu'elle fût
-inquiète et agitée, mais qu'elle parloit souvent de son fils, et qu'on
-la distrayoit de cette idée. Je n'en suis pas fâchée; cela prouve
-qu'elle recouvre toutes ses facultés. Le pauvre curé qui a eu la
-bêtise de lui dire, en a, dit-on, une attaque de chagrin. Je suis bien
-aise pour votre mère, et pour vous surtout, que l'abbé Lenfant<a id="footnotetag150" name="footnotetag150"></a><a href="#footnote150" title="Go to footnote 150"><span class="smaller">[150]</span></a>
+que vous y envoyiez quelqu'un. On ne m'avoit point mandé qu'elle fût
+inquiète et agitée, mais qu'elle parloit souvent de son fils, et qu'on
+la distrayoit de cette idée. Je n'en suis pas fâchée; cela prouve
+qu'elle recouvre toutes ses facultés. Le pauvre curé qui a eu la
+bêtise de lui dire, en a, dit-on, une attaque de chagrin. Je suis bien
+aise pour votre mère, et pour vous surtout, que l'abbé Lenfant<a id="footnotetag150" name="footnotetag150"></a><a href="#footnote150" title="Go to footnote 150"><span class="smaller">[150]</span></a>
soit <span class="pagenum"><a id="page383" name="page383"></a>(p. 383)</span> venu; il vous aura fait du bien par sa morale et sa
-douceur, qui prêche aussi bien que lui.</p>
+douceur, qui prêche aussi bien que lui.</p>
-<p>J'espère, mon c&oelig;ur, que vous serez convaincue que dans tous les
-temps vous trouverez en moi une amie prête à vous rendre tous les
-services que cette même amitié exigera, et que je n'oublierai jamais
-celle que votre mère veut bien avoir pour moi, qui en suis peut-être
+<p>J'espère, mon c&oelig;ur, que vous serez convaincue que dans tous les
+temps vous trouverez en moi une amie prête à vous rendre tous les
+services que cette même amitié exigera, et que je n'oublierai jamais
+celle que votre mère veut bien avoir pour moi, qui en suis peut-être
digne par le prix que j'y attache et le tendre retour dont je la paye.
-Je vous embrasse mille fois de tout mon c&oelig;ur. J'espère que vous ne
-montrez mes lettres à personne: elles ne sont bonnes que pour vous,
+Je vous embrasse mille fois de tout mon c&oelig;ur. J'espère que vous ne
+montrez mes lettres à personne: elles ne sont bonnes que pour vous,
qui voulez bien les souffrir.</p>
<hr class="hr30">
@@ -14637,58 +14592,58 @@ qui voulez bien les souffrir.</p>
<h3>V<br>
<span class="smaller">A MADAME MARIE DE CAUSANS.</span></h3>
-<p class="note">[Cette lettre est écrite au commencement de l'année 1786, après
- la réception de celle qui annonçait la mort de madame de Causans,
- arrivée le 5 janvier 1786.]</p>
-
-<p>Votre lettre m'a pénétrée, mon c&oelig;ur, et d'admiration et de douleur.
-Oui, certainement, votre mère jouissoit déjà du bonheur qui lui est
-réservé: il est impossible de n'être pas consolé de la voir pénétrée
-de l'amour de Dieu et du désir de le posséder à jamais. Vous êtes bien
-heureuse, mon c&oelig;ur, d'avoir aussi bien profité des exemples d'un
-aussi bon modèle. Dieu vous en récompensera, en vous accordant les
-grâces dont vous avez besoin dans cette occasion. Ayez confiance en
+<p class="note">[Cette lettre est écrite au commencement de l'année 1786, après
+ la réception de celle qui annonçait la mort de madame de Causans,
+ arrivée le 5 janvier 1786.]</p>
+
+<p>Votre lettre m'a pénétrée, mon c&oelig;ur, et d'admiration et de douleur.
+Oui, certainement, votre mère jouissoit déjà du bonheur qui lui est
+réservé: il est impossible de n'être pas consolé de la voir pénétrée
+de l'amour de Dieu et du désir de le posséder à jamais. Vous êtes bien
+heureuse, mon c&oelig;ur, d'avoir aussi bien profité des exemples d'un
+aussi bon modèle. Dieu vous en récompensera, en vous accordant les
+grâces dont vous avez besoin dans cette occasion. Ayez confiance en
lui, mon c&oelig;ur: il n'abandonnera ni votre s&oelig;ur ni vous, et lui
-donnera la force de soutenir cet assaut. Votre frère mandera à madame
+donnera la force de soutenir cet assaut. Votre frère mandera à madame
de Lastic ce qu'il voudra qu'elle fasse: elle pense qu'il faut
-attendre, <span class="pagenum"><a id="page384" name="page384"></a>(p. 384)</span> pour commencer à lui dire que votre mère est
-malade, qu'elle soit retournée et l'amener à Versailles, sans lui rien
-dire de plus, pour éviter qu'elle retombe malade là-bas. Lorsqu'elle
-le saura, il me semble que rien ne peut vous empêcher de venir la
-voir. Cependant je vous prie de ne pas le faire sans que les médecins
-aient décidé qu'il n'y a pas d'inconvénients. Et soyez sûre que nous
-hâterons ce moment le plus que nous pourrons pour la consolation des
-deux, car je ne doute pas qu'elle ne le désire beaucoup.</p>
-
-<p>Vous n'avez pas besoin de la prier de se souvenir de vous. Soyez sûre,
+attendre, <span class="pagenum"><a id="page384" name="page384"></a>(p. 384)</span> pour commencer à lui dire que votre mère est
+malade, qu'elle soit retournée et l'amener à Versailles, sans lui rien
+dire de plus, pour éviter qu'elle retombe malade là-bas. Lorsqu'elle
+le saura, il me semble que rien ne peut vous empêcher de venir la
+voir. Cependant je vous prie de ne pas le faire sans que les médecins
+aient décidé qu'il n'y a pas d'inconvénients. Et soyez sûre que nous
+hâterons ce moment le plus que nous pourrons pour la consolation des
+deux, car je ne doute pas qu'elle ne le désire beaucoup.</p>
+
+<p>Vous n'avez pas besoin de la prier de se souvenir de vous. Soyez sûre,
mon c&oelig;ur, qu'elle ne cessera de veiller sur ses enfants, et de
demander tout ce qui leur sera utile: aussi suis-je bien
reconnoissante que vous m'ayez mise du nombre. Je redoute, comme vous,
-ces foiblesses qui vous ont effrayée: il faut mettre, à son exemple,
-nos craintes et nos désirs au pied du crucifix; lui seul peut nous
-apprendre à supporter les épreuves auxquelles le Ciel nous destine.
-C'est là le livre des livres, mon c&oelig;ur: lui seul élève et console
-l'âme affligée. Dieu étoit innocent, et il a souffert plus que nous ne
+ces foiblesses qui vous ont effrayée: il faut mettre, à son exemple,
+nos craintes et nos désirs au pied du crucifix; lui seul peut nous
+apprendre à supporter les épreuves auxquelles le Ciel nous destine.
+C'est là le livre des livres, mon c&oelig;ur: lui seul élève et console
+l'âme affligée. Dieu étoit innocent, et il a souffert plus que nous ne
pourrons jamais souffrir et dans notre c&oelig;ur et dans notre corps: ne
-devons-[nous] pas nous trouver heureuses d'être aussi intimement unies
-à Celui qui a tout fait pour nous? Que cette idée nous encourage, mon
-c&oelig;ur, nous fortifie! Il y a de cruels moments à passer dans la vie;
-mais c'est pour arriver à un bien précieux pour quiconque est un peu
-pénétré d'amour de Dieu: et qui sait si nous n'y serons pas bientôt, à
-cet instant redouté de tant de personnes, et si désiré de votre mère!
-Tâchons de mériter qu'il soit aussi calme et aussi exemplaire.</p>
-
-<p>Quoique je vous exhorte, mon c&oelig;ur, à la résignation, je puis vous
-assurer que je suis bien loin de l'être et pénétrée des grandes
-vérités dont je vous parle.</p>
-
-<p>Je n'ai point envoyé Loustonneau à Fontainebleau; c'est lui qui, par
-amitié pour votre s&oelig;ur, y a été: il reviendra <span class="pagenum"><a id="page385" name="page385"></a>(p. 385)</span> demain,
-l'après-midi. Adieu, mon c&oelig;ur; j'espère que vous êtes convaincue de
-l'amitié que j'ai pour vous, et que je n'ai pas besoin de vous
+devons-[nous] pas nous trouver heureuses d'être aussi intimement unies
+à Celui qui a tout fait pour nous? Que cette idée nous encourage, mon
+c&oelig;ur, nous fortifie! Il y a de cruels moments à passer dans la vie;
+mais c'est pour arriver à un bien précieux pour quiconque est un peu
+pénétré d'amour de Dieu: et qui sait si nous n'y serons pas bientôt, à
+cet instant redouté de tant de personnes, et si désiré de votre mère!
+Tâchons de mériter qu'il soit aussi calme et aussi exemplaire.</p>
+
+<p>Quoique je vous exhorte, mon c&oelig;ur, à la résignation, je puis vous
+assurer que je suis bien loin de l'être et pénétrée des grandes
+vérités dont je vous parle.</p>
+
+<p>Je n'ai point envoyé Loustonneau à Fontainebleau; c'est lui qui, par
+amitié pour votre s&oelig;ur, y a été: il reviendra <span class="pagenum"><a id="page385" name="page385"></a>(p. 385)</span> demain,
+l'après-midi. Adieu, mon c&oelig;ur; j'espère que vous êtes convaincue de
+l'amitié que j'ai pour vous, et que je n'ai pas besoin de vous
l'assurer davantage.</p>
-<p>Si vous allez à Suzy, vous continuerez à m'écrire, lorsque vous en
+<p>Si vous allez à Suzy, vous continuerez à m'écrire, lorsque vous en
aurez envie et besoin. Je n'en sais plus l'adresse. Je vous embrasse
de tout mon c&oelig;ur.</p>
@@ -14699,63 +14654,63 @@ de tout mon c&oelig;ur.</p>
<p>Ce 10 avril 1786.</p>
-<p>Enfin, mon c&oelig;ur, cette lettre vous trouvera à Paris. Je suis une
-bien ingrate créature: vous êtes si généreuse dans vos sacrifices,
-qu'il est indigne à moi de vous parler du bonheur que j'éprouve de
-sentir votre s&oelig;ur plus près de moi. Je voudrois bien être déjà au
-mardi de Pâques: cela n'est pas trop bien; car cette semaine est bien
+<p>Enfin, mon c&oelig;ur, cette lettre vous trouvera à Paris. Je suis une
+bien ingrate créature: vous êtes si généreuse dans vos sacrifices,
+qu'il est indigne à moi de vous parler du bonheur que j'éprouve de
+sentir votre s&oelig;ur plus près de moi. Je voudrois bien être déjà au
+mardi de Pâques: cela n'est pas trop bien; car cette semaine est bien
bonne, bien sainte, bien capable de renouveler en nous cette ferveur
-qui a tant de penchant à se refroidir. Vous serez peut-être affligée
-de vous retrouver à Paris, et vous le serez surtout d'entrer à
+qui a tant de penchant à se refroidir. Vous serez peut-être affligée
+de vous retrouver à Paris, et vous le serez surtout d'entrer à
Bellechasse: cela est parfaitement simple; mais, mon c&oelig;ur, vous
-êtes destinée à y vivre; il faut vous y rendre heureuse; et pour cela
-il faut vous faire un plan de vie tout occupée, où le monde n'entre
-pour rien, dont rien ne vous dérange, que vous suiviez du moment même
-où vous aurez mis le pied dans le couvent. Vous allez me trouver bien
-sévère; mais, mon c&oelig;ur, l'homme est si foible, que nécessairement
-il se relâche toujours dans ses bonnes résolutions; et vous seriez
-bien étonnée si, ne vous ayant pas forcée dans le commencement, malgré
-tout ce que vous vous êtes promis, de découvrir, au bout de deux mois,
+êtes destinée à y vivre; il faut vous y rendre heureuse; et pour cela
+il faut vous faire un plan de vie tout occupée, où le monde n'entre
+pour rien, dont rien ne vous dérange, que vous suiviez du moment même
+où vous aurez mis le pied dans le couvent. Vous allez me trouver bien
+sévère; mais, mon c&oelig;ur, l'homme est si foible, que nécessairement
+il se relâche toujours dans ses bonnes résolutions; et vous seriez
+bien étonnée si, ne vous ayant pas forcée dans le commencement, malgré
+tout ce que vous vous êtes promis, de découvrir, au bout de deux mois,
que vous n'avez pas suivi votre plan, et que vous avez une peine
-presque insurmontable à vous y remettre! Je vous en parle par
-expérience: j'ai été très-dissipée <span class="pagenum"><a id="page386" name="page386"></a>(p. 386)</span> cette année; le voyage de
-Saint-Cloud, et même l'été, m'avoient absolument ôté le goût de la vie
-presque solitaire que je mène. Je m'ennuyois, je me déplaisois chez
-moi; et enfin, si une grâce particulière ne fût venue m'aider,
-j'aurois peut-être fini par haïr parfaitement la vie tranquille et
+presque insurmontable à vous y remettre! Je vous en parle par
+expérience: j'ai été très-dissipée <span class="pagenum"><a id="page386" name="page386"></a>(p. 386)</span> cette année; le voyage de
+Saint-Cloud, et même l'été, m'avoient absolument ôté le goût de la vie
+presque solitaire que je mène. Je m'ennuyois, je me déplaisois chez
+moi; et enfin, si une grâce particulière ne fût venue m'aider,
+j'aurois peut-être fini par haïr parfaitement la vie tranquille et
douce, loin du tumulte de ce monde, qui n'a que trop de charmes pour
-un c&oelig;ur qui craint de rentrer en lui-même et de se voir tel qu'il
-est. Vous êtes, Dieu merci, loin de cet état; mais vous avouez
-vous-même que vous aimeriez le monde, le spectacle: vous n'y êtes pas
-destinée; votre état, votre âge, vos principes, les ordres de votre
-mère. Il faut donc éviter tout ce qui peut vous faire sentir ce vide,
+un c&oelig;ur qui craint de rentrer en lui-même et de se voir tel qu'il
+est. Vous êtes, Dieu merci, loin de cet état; mais vous avouez
+vous-même que vous aimeriez le monde, le spectacle: vous n'y êtes pas
+destinée; votre état, votre âge, vos principes, les ordres de votre
+mère. Il faut donc éviter tout ce qui peut vous faire sentir ce vide,
cet abandon, ce besoin que votre c&oelig;ur a d'attachements, toutes
-armes dont le démon se sert et dont il se servira avec bien plus de
-force et de malice dans le moment où vous quitterez votre s&oelig;ur. Il
+armes dont le démon se sert et dont il se servira avec bien plus de
+force et de malice dans le moment où vous quitterez votre s&oelig;ur. Il
faut user de votre courage, mon c&oelig;ur, de votre religion. Vous avez
le bonheur d'avoir un confesseur en qui vous pouvez avoir toute
confiance; c'est un grand don du Ciel: profitez-en: ouvrez-lui votre
-c&oelig;ur sans aucune réserve; la plus petite vous priveroit peut-être
-de bien des grâces; et quel soulagement n'éprouve-t-on pas de pouvoir
-verser toutes ses peines dans le sein d'un ami sincère, éclairé, qui
-vous présentera toujours le véritable remède, qui vous entendra
-parfaitement lorsque vous lui parlerez de votre mère, de vos regrets,
-des lumières que vous trouviez en elle et qui vous manquent
+c&oelig;ur sans aucune réserve; la plus petite vous priveroit peut-être
+de bien des grâces; et quel soulagement n'éprouve-t-on pas de pouvoir
+verser toutes ses peines dans le sein d'un ami sincère, éclairé, qui
+vous présentera toujours le véritable remède, qui vous entendra
+parfaitement lorsque vous lui parlerez de votre mère, de vos regrets,
+des lumières que vous trouviez en elle et qui vous manquent
maintenant; qui vous rappellera les grands exemples qu'elle vous a
-donnés toute sa vie!</p>
+donnés toute sa vie!</p>
-<p>J'ai fait mes pâques ce matin; je me suis remis à la mémoire une
-certaine semaine sainte que j'ai passée avec votre mère. Que nous
-étions heureuses! jamais je n'en passerai de pareille. Mais elle m'a
-promis que je persévérerois; elle en sera la cause: ses exemples
-pendant sa vie, cette dernière parole, la lettre qu'elle m'a écrite,
+<p>J'ai fait mes pâques ce matin; je me suis remis à la mémoire une
+certaine semaine sainte que j'ai passée avec votre mère. Que nous
+étions heureuses! jamais je n'en passerai de pareille. Mais elle m'a
+promis que je persévérerois; elle en sera la cause: ses exemples
+pendant sa vie, cette dernière parole, la lettre qu'elle m'a écrite,
tout me <span class="pagenum"><a id="page387" name="page387"></a>(p. 387)</span> donne de la confiance. Vous lui avez dit de me
regarder au nombre de ses enfants: ah! j'y suis bien de c&oelig;ur, car
je l'aimois bien tendrement. Mais j'ai peur de vous attendrir en vous
-rappelant un souvenir aussi touchant que pénible pour votre c&oelig;ur.
-Je me suis laissée aller au désir du mien en parlant d'un objet aussi
-intéressant pour l'un que pour l'autre: n'en parlez pas à votre
-s&oelig;ur; sa santé exige plus de ménagement. Pardon aussi de mon
+rappelant un souvenir aussi touchant que pénible pour votre c&oelig;ur.
+Je me suis laissée aller au désir du mien en parlant d'un objet aussi
+intéressant pour l'un que pour l'autre: n'en parlez pas à votre
+s&oelig;ur; sa santé exige plus de ménagement. Pardon aussi de mon
sermon.</p>
<hr class="hr30">
@@ -14763,20 +14718,20 @@ sermon.</p>
<h3>VII<br>
<span class="smaller">A LA MARQUISE DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p class="date">Samedi [vraisemblablement de l'année 1786].</p>
+<p class="date">Samedi [vraisemblablement de l'année 1786].</p>
-<p>Je possède au monde deux amies, et elles sont toutes deux loin de moi.
-Cela est trop pénible: il faut absolument que l'une de vous revienne.
-Si vous ne revenez pas, j'irai à Saint-Cyr sans vous, et je me
-vengerai encore en mariant notre protégée sans vous. Mon c&oelig;ur est
+<p>Je possède au monde deux amies, et elles sont toutes deux loin de moi.
+Cela est trop pénible: il faut absolument que l'une de vous revienne.
+Si vous ne revenez pas, j'irai à Saint-Cyr sans vous, et je me
+vengerai encore en mariant notre protégée sans vous. Mon c&oelig;ur est
plein du bonheur de cette pauvre enfant qui pleure de joie, et vous
-n'êtes pas là! J'ai visité deux autres familles pauvres sans vous!
-J'ai prié Dieu sans vous! Mais j'ai prié pour vous, car vous avez
-besoin de sa grâce, et j'ai besoin qu'il vous touche, vous qui
+n'êtes pas là! J'ai visité deux autres familles pauvres sans vous!
+J'ai prié Dieu sans vous! Mais j'ai prié pour vous, car vous avez
+besoin de sa grâce, et j'ai besoin qu'il vous touche, vous qui
m'abandonnez. Je ne sais pas comment cela se fait, je vous aime
cependant toujours tendrement.</p>
-<p class="authorsc">Élisabeth-Marie.</p>
+<p class="authorsc">Élisabeth-Marie.</p>
<hr class="hr30">
@@ -14785,80 +14740,80 @@ cependant toujours tendrement.</p>
<p class="date">Ce 27 novembre 1786.</p>
-<p>Tu vois que je t'obéis, mon enfant, car me voilà encore. Tu me gâtes;
-tu m'écris bien exactement, cela me fait bien plaisir; mais j'ai peur
-que tu ne te fasses mal à la tête. Il <span class="pagenum"><a id="page388" name="page388"></a>(p. 388)</span> faut te ménager. Je
-prêche contre mon intérêt, car je suis bien heureuse lorsque je
-reconnois ton écriture; mais je t'aime, et j'aime mieux la santé que
+<p>Tu vois que je t'obéis, mon enfant, car me voilà encore. Tu me gâtes;
+tu m'écris bien exactement, cela me fait bien plaisir; mais j'ai peur
+que tu ne te fasses mal à la tête. Il <span class="pagenum"><a id="page388" name="page388"></a>(p. 388)</span> faut te ménager. Je
+prêche contre mon intérêt, car je suis bien heureuse lorsque je
+reconnois ton écriture; mais je t'aime, et j'aime mieux la santé que
tout. Je suis bien aise que tu souffres mon bavardage avec tant de
-patience. Tu dis que Fontainebleau ne m'a pas gâtée, j'aime à le
-croire. Tu trouveras peut-être cette phrase un peu orgueilleuse; mais
+patience. Tu dis que Fontainebleau ne m'a pas gâtée, j'aime à le
+croire. Tu trouveras peut-être cette phrase un peu orgueilleuse; mais
je t'assure, mon c&oelig;ur, que je suis pourtant loin de croire que je
-puisse en rester là. Je sens que j'ai encore bien du chemin à faire
-pour être bien selon Dieu. Le monde juge bien légèrement, et sur peu
-de chose il vous établit une bonne ou mauvaise réputation. Il n'en est
-pas ainsi de Dieu: il ne vous juge que sur l'intérieur; et plus l'on
-en impose au dehors, plus il sera sévère pour le dedans. Je lisois
-l'autre jour un discours de l'abbé Asselin<a id="footnotetag151" name="footnotetag151"></a><a href="#footnote151" title="Go to footnote 151"><span class="smaller">[151]</span></a>, sur la nécessité de
-se sanctifier, chacun dans l'état où le Ciel l'a placé; je vous
-assure, mon c&oelig;ur, qu'il fait frémir pour ceux qui disent: «Je veux
-être bien, mais je n'ai pas la prétention d'être saint.» Il relève
-cela avec une force qui en prouve le ridicule d'une manière où il n'y
-a rien à répliquer. En tout, ce livre est superbe. Je suis fâchée de
-ne l'avoir pas connu avant ton départ, car je suis sûre qu'il t'auroit
-fait plaisir. Je ne sais si je t'ai dit que tu m'avois redonné du zèle
-pour l'abbé Nollet. Je vais le reprendre avec un peu plus de suite.
-J'aimerai à m'occuper de ta science favorite<a id="footnotetag152" name="footnotetag152"></a><a href="#footnote152" title="Go to footnote 152"><span class="smaller">[152]</span></a>; mais je n'espère
-pas y réussir comme toi:&mdash;Souvent mon esprit est ailleurs.</p>
-
-<p>Je suis convaincue de ce que tu me mandes de tes succès: <span class="pagenum"><a id="page389" name="page389"></a>(p. 389)</span> tu
-es faite pour en avoir. Si en France on a le mauvais goût de ne pas
-admirer ta grâce, au moins tu as la consolation de savoir que l'on
-t'aime pour de meilleures raisons. Je ne serois pas fâchée que la
-nécessité de faire des frais et de te rendre aimable te donne un peu
-plus d'habitude du monde, quoique tu aies ce qu'il faut pour y être
-bien, et qu'en effet tu y sois très-joliment. Un peu plus d'habitude
+puisse en rester là. Je sens que j'ai encore bien du chemin à faire
+pour être bien selon Dieu. Le monde juge bien légèrement, et sur peu
+de chose il vous établit une bonne ou mauvaise réputation. Il n'en est
+pas ainsi de Dieu: il ne vous juge que sur l'intérieur; et plus l'on
+en impose au dehors, plus il sera sévère pour le dedans. Je lisois
+l'autre jour un discours de l'abbé Asselin<a id="footnotetag151" name="footnotetag151"></a><a href="#footnote151" title="Go to footnote 151"><span class="smaller">[151]</span></a>, sur la nécessité de
+se sanctifier, chacun dans l'état où le Ciel l'a placé; je vous
+assure, mon c&oelig;ur, qu'il fait frémir pour ceux qui disent: «Je veux
+être bien, mais je n'ai pas la prétention d'être saint.» Il relève
+cela avec une force qui en prouve le ridicule d'une manière où il n'y
+a rien à répliquer. En tout, ce livre est superbe. Je suis fâchée de
+ne l'avoir pas connu avant ton départ, car je suis sûre qu'il t'auroit
+fait plaisir. Je ne sais si je t'ai dit que tu m'avois redonné du zèle
+pour l'abbé Nollet. Je vais le reprendre avec un peu plus de suite.
+J'aimerai à m'occuper de ta science favorite<a id="footnotetag152" name="footnotetag152"></a><a href="#footnote152" title="Go to footnote 152"><span class="smaller">[152]</span></a>; mais je n'espère
+pas y réussir comme toi:&mdash;Souvent mon esprit est ailleurs.</p>
+
+<p>Je suis convaincue de ce que tu me mandes de tes succès: <span class="pagenum"><a id="page389" name="page389"></a>(p. 389)</span> tu
+es faite pour en avoir. Si en France on a le mauvais goût de ne pas
+admirer ta grâce, au moins tu as la consolation de savoir que l'on
+t'aime pour de meilleures raisons. Je ne serois pas fâchée que la
+nécessité de faire des frais et de te rendre aimable te donne un peu
+plus d'habitude du monde, quoique tu aies ce qu'il faut pour y être
+bien, et qu'en effet tu y sois très-joliment. Un peu plus d'habitude
ne te fera pas de mal. Je suis bien insolente ou bien mondaine,
-n'est-il pas vrai, mon c&oelig;ur? Tu me pardonnes, j'espère, le premier,
-et tu ne crois pas au second. Ne va pourtant pas prendre les manières
-portugaises. Elles peuvent être parfaites, mais j'aime que tu ne te
-formes pas sur elles. Tu es bien bête d'avoir eu peur à tes audiences,
-puisque ton compliment étoit fait. Je trouve qu'il n'est embarrassant
-de parler que lorsque l'on ne s'est pas fait un discours. Étoit-il de
+n'est-il pas vrai, mon c&oelig;ur? Tu me pardonnes, j'espère, le premier,
+et tu ne crois pas au second. Ne va pourtant pas prendre les manières
+portugaises. Elles peuvent être parfaites, mais j'aime que tu ne te
+formes pas sur elles. Tu es bien bête d'avoir eu peur à tes audiences,
+puisque ton compliment étoit fait. Je trouve qu'il n'est embarrassant
+de parler que lorsque l'on ne s'est pas fait un discours. Étoit-il de
toi? J'ai bien ri de ton <i>molto obligato</i>: cela tient beaucoup de
l'<em>effecticement</em> de ton cher cousin.</p>
-<p>J'ai bien envie de savoir des nouvelles de Charles. S'il étoit ici et
-que tu t'avisasses d'être inquiète, je me moquerois bien de toi. Aussi
+<p>J'ai bien envie de savoir des nouvelles de Charles. S'il étoit ici et
+que tu t'avisasses d'être inquiète, je me moquerois bien de toi. Aussi
ne le suis-je pas; mais je voudrois que tu dormisses; rien n'est plus
sain pour toi.</p>
-<p>Je suis à Montreuil depuis neuf heures; il fait un temps charmant. Je
-me suis promenée avec R...<a id="footnotetag153" name="footnotetag153"></a><a href="#footnote153" title="Go to footnote 153"><span class="smaller">[153]</span></a> pendant une heure presque trois
-quarts. Lastic est restée avec Amédée, qui est grandie et embellie que
-c'est incroyable. Madame d'Albert de Rioms vient dîner chez moi, ce
+<p>Je suis à Montreuil depuis neuf heures; il fait un temps charmant. Je
+me suis promenée avec R...<a id="footnotetag153" name="footnotetag153"></a><a href="#footnote153" title="Go to footnote 153"><span class="smaller">[153]</span></a> pendant une heure presque trois
+quarts. Lastic est restée avec Amédée, qui est grandie et embellie que
+c'est incroyable. Madame d'Albert de Rioms vient dîner chez moi, ce
qui fait que ma lettre sera moins longue. Il faut pourtant que je te
-conte que madame du Chastelet est dame d'honneur de ma tante; après
-avoir bien dit qu'elle ne vouloit pas faire planche, elle a accepté.
-Je trouve que c'est complétement ridicule d'avoir fait bien du bruit,
-pour finir par se soumettre à la volonté du Roi, qui ne veut pas la
-titrer, car voilà ce qui lui tenoit au c&oelig;ur. On est malheureux
-d'être ambitieux. Cela fait faire souvent <span class="pagenum"><a id="page390" name="page390"></a>(p. 390)</span> de grandes bêtises.
-Ton collègue me fait frémir, et je suis bien aise que M. de Bombelles
-ne soit pas tenté de le prendre pour modèle. A propos de lui, la
+conte que madame du Chastelet est dame d'honneur de ma tante; après
+avoir bien dit qu'elle ne vouloit pas faire planche, elle a accepté.
+Je trouve que c'est complétement ridicule d'avoir fait bien du bruit,
+pour finir par se soumettre à la volonté du Roi, qui ne veut pas la
+titrer, car voilà ce qui lui tenoit au c&oelig;ur. On est malheureux
+d'être ambitieux. Cela fait faire souvent <span class="pagenum"><a id="page390" name="page390"></a>(p. 390)</span> de grandes bêtises.
+Ton collègue me fait frémir, et je suis bien aise que M. de Bombelles
+ne soit pas tenté de le prendre pour modèle. A propos de lui, la
duchesse de Duras, que j'ai vue hier (et avec qui je suis comme un
-bijou), est un peu fâchée contre ton mari. Il lui avoit promis des
+bijou), est un peu fâchée contre ton mari. Il lui avoit promis des
instructions pour son fils, devoit les lui porter, ensuite les lui
-envoyer de Brest; mais il en a été comme de mon voyage, il est parti
-sans les lui donner. Elle m'en a parlé d'une manière qui t'auroit
-touchée, sans aucune aigreur; mais les larmes lui sont venues aux yeux
-en pensant que c'étoit un moyen de moins pour préserver son fils des
-dangers auxquels il va être exposé. Que ton mari répare bien vite avec
-toute la grâce dont il est capable. Tu as bien raison, mon c&oelig;ur, de
-t'appliquer dans les commencements à te vaincre; sans madame de
-Travanet, tu serois perdue si tu cédois une fois, et deux ans sont
-bien longs à passer ensemble. Nous en parlerons plus amplement dans un
-autre moment. Je me dépêche trop pour avoir le sens commun, et je
+envoyer de Brest; mais il en a été comme de mon voyage, il est parti
+sans les lui donner. Elle m'en a parlé d'une manière qui t'auroit
+touchée, sans aucune aigreur; mais les larmes lui sont venues aux yeux
+en pensant que c'étoit un moyen de moins pour préserver son fils des
+dangers auxquels il va être exposé. Que ton mari répare bien vite avec
+toute la grâce dont il est capable. Tu as bien raison, mon c&oelig;ur, de
+t'appliquer dans les commencements à te vaincre; sans madame de
+Travanet, tu serois perdue si tu cédois une fois, et deux ans sont
+bien longs à passer ensemble. Nous en parlerons plus amplement dans un
+autre moment. Je me dépêche trop pour avoir le sens commun, et je
griffonne trop. Adieu; ces dames t'embrassent de tout leur c&oelig;ur, et
moi aussi. Que n'est-ce vrai!</p>
@@ -14871,140 +14826,140 @@ moi aussi. Que n'est-ce vrai!</p>
<p class="entete">(<em>Lisez Mathieu L&oelig;nsberg</em><a id="footnotetag154" name="footnotetag154"></a><a href="#footnote154" title="Go to footnote 154"><span class="smaller">[154]</span></a>.)</p>
-<p>M. de Calonne est renvoyé d'hier; sa malversation est si prouvée, que
-le Roi s'y est décidé, et que je ne crains pas de te mander la joie
+<p>M. de Calonne est renvoyé d'hier; sa malversation est si prouvée, que
+le Roi s'y est décidé, et que je ne crains pas de te mander la joie
excessive que j'en ressens et que tout le monde partage. Il a eu ordre
-de rester à Versailles jusqu'au moment où son successeur sera nommé,
+de rester à Versailles jusqu'au moment où son successeur sera nommé,
pour lui rendre compte des affaires et de ses projets. On vient de
-<span class="pagenum"><a id="page391" name="page391"></a>(p. 391)</span> me mander que c'étoit M. de Fourqueux qui le remplace. On me
-mande aussi que M. le Garde des sceaux est renvoyé, et M. de La
+<span class="pagenum"><a id="page391" name="page391"></a>(p. 391)</span> me mander que c'étoit M. de Fourqueux qui le remplace. On me
+mande aussi que M. le Garde des sceaux est renvoyé, et M. de La
Moignon a sa place. Je sais toujours si mal les nouvelles, par des
-voies si peu au fait, que je n'ose pas t'assurer ces dernières. Mais
-pour M. de Calonne, j'en suis bien sûre. Une de mes amies disoit, il y
+voies si peu au fait, que je n'ose pas t'assurer ces dernières. Mais
+pour M. de Calonne, j'en suis bien sûre. Une de mes amies disoit, il y
a quelque temps, que je ne l'aimois pas, mais que dans peu je
changerois. Je ne sais si son renvoi y contribuera; il auroit fallu
-qu'il fît bien des choses pour me faire changer sur son compte. Il
-doit être un peu inquiet sur son sort. On dit que ses amis font une
-très-bonne contenance. Je crois que le diable n'y perd rien, et qu'ils
-sont loin d'être satisfaits. C'est M. de Montmorin qui lui a donné son
-audience de congé. J'espère que le baron de Breteuil n'aura pas voulu
-s'en charger; cela lui feroit honneur<a id="footnotetag155" name="footnotetag155"></a><a href="#footnote155" title="Go to footnote 155"><span class="smaller">[155]</span></a>. L'Assemblée continuera
-comme auparavant et sur les mêmes plans. Les Notables parleront avec
-plus de liberté, quoiqu'ils ne s'en gênassent guère, et j'espère qu'il
-en résultera du bien. Mon frère a de si bonnes intentions, il désire
-tant le bien, de rendre ses peuples heureux; il s'est conservé si pur,
-qu'il est impossible que Dieu ne bénisse pas toutes ses bonnes
-qualités par de grands succès. Il a fait ses pâques aujourd'hui. Dieu
-l'aura encouragé, lui aura fait connoître la bonne voie: j'espère
-beaucoup. Dans son compliment, le prédicateur l'a infiniment encouragé
-à prendre conseil de son c&oelig;ur. Il avoit bien raison, car il est
-bien bon et bien supérieur à toute la Cour réunie. J'ai l'air d'une
-vraie campagnarde; je te dis que l'on m'a mandé tout cela, c'est que
-je suis à Montreuil depuis midi. J'ai été à vêpres à la paroisse.
-Elles sont aussi longues que l'année passée, et <span class="pagenum"><a id="page392" name="page392"></a>(p. 392)</span> ton cher
-vicaire chante l'<i>O filii</i> d'une manière aussi agréable. Des Es. a
-pensé éclater, et moi de même.</p>
-
-<p>Je suis au désespoir du sacrifice que tu me fais de ton singe,
+qu'il fît bien des choses pour me faire changer sur son compte. Il
+doit être un peu inquiet sur son sort. On dit que ses amis font une
+très-bonne contenance. Je crois que le diable n'y perd rien, et qu'ils
+sont loin d'être satisfaits. C'est M. de Montmorin qui lui a donné son
+audience de congé. J'espère que le baron de Breteuil n'aura pas voulu
+s'en charger; cela lui feroit honneur<a id="footnotetag155" name="footnotetag155"></a><a href="#footnote155" title="Go to footnote 155"><span class="smaller">[155]</span></a>. L'Assemblée continuera
+comme auparavant et sur les mêmes plans. Les Notables parleront avec
+plus de liberté, quoiqu'ils ne s'en gênassent guère, et j'espère qu'il
+en résultera du bien. Mon frère a de si bonnes intentions, il désire
+tant le bien, de rendre ses peuples heureux; il s'est conservé si pur,
+qu'il est impossible que Dieu ne bénisse pas toutes ses bonnes
+qualités par de grands succès. Il a fait ses pâques aujourd'hui. Dieu
+l'aura encouragé, lui aura fait connoître la bonne voie: j'espère
+beaucoup. Dans son compliment, le prédicateur l'a infiniment encouragé
+à prendre conseil de son c&oelig;ur. Il avoit bien raison, car il est
+bien bon et bien supérieur à toute la Cour réunie. J'ai l'air d'une
+vraie campagnarde; je te dis que l'on m'a mandé tout cela, c'est que
+je suis à Montreuil depuis midi. J'ai été à vêpres à la paroisse.
+Elles sont aussi longues que l'année passée, et <span class="pagenum"><a id="page392" name="page392"></a>(p. 392)</span> ton cher
+vicaire chante l'<i>O filii</i> d'une manière aussi agréable. Des Es. a
+pensé éclater, et moi de même.</p>
+
+<p>Je suis au désespoir du sacrifice que tu me fais de ton singe,
d'autant que je ne pourrai le garder; ma tante Victoire a une peur
-affreuse de ces animaux et seroit fâchée peut-être que j'en eusse un.
-Ainsi, mon c&oelig;ur, malgré toutes ses grâces et la main dont il me
-vient, il faudra s'en détacher. Si tu veux, je te le renverrai, sinon
-j'en ferai présent à M. de Guéménée. J'en suis au désespoir, je sens
-que c'est très-maussade, que cela te contrariera beaucoup, et j'en
-suis d'autant plus fâchée. Ce qui me console, c'est qu'à cause de tes
-enfants tu serois peut-être obligée de t'en défaire, parce que cela
-pourroit être dangereux.</p>
-
-<p>Félicie devient très-gentille, sa tache s'efface beaucoup; j'espère
-qu'elle ne paroîtra pas du tout. Avant ton arrivée, quoique je sois
-charmée du départ de M. de Calonne, j'ai peur que la petite ne s'en
-affecte pour son père, quoique pourtant il n'y gagne ni n'y perde, pas
-même un protecteur.</p>
+affreuse de ces animaux et seroit fâchée peut-être que j'en eusse un.
+Ainsi, mon c&oelig;ur, malgré toutes ses grâces et la main dont il me
+vient, il faudra s'en détacher. Si tu veux, je te le renverrai, sinon
+j'en ferai présent à M. de Guéménée. J'en suis au désespoir, je sens
+que c'est très-maussade, que cela te contrariera beaucoup, et j'en
+suis d'autant plus fâchée. Ce qui me console, c'est qu'à cause de tes
+enfants tu serois peut-être obligée de t'en défaire, parce que cela
+pourroit être dangereux.</p>
+
+<p>Félicie devient très-gentille, sa tache s'efface beaucoup; j'espère
+qu'elle ne paroîtra pas du tout. Avant ton arrivée, quoique je sois
+charmée du départ de M. de Calonne, j'ai peur que la petite ne s'en
+affecte pour son père, quoique pourtant il n'y gagne ni n'y perde, pas
+même un protecteur.</p>
<p>Tu es d'une philosophie qui m'enchante, mon c&oelig;ur; tu en seras plus
-heureuse, et tu sais si je désire de te le savoir. Je ne comprends pas
+heureuse, et tu sais si je désire de te le savoir. Je ne comprends pas
trop pourquoi tu dis que M. de C.<a id="footnotetag156" name="footnotetag156"></a><a href="#footnote156" title="Go to footnote 156"><span class="smaller">[156]</span></a> est mauvais politique; il me
semble que l'on est fort content de lui, qu'il a fait d'assez belles
-choses, et que M. de Ségur vient de faire la bêtise la plus pommée que
-l'on puisse voir en accompagnant l'Impératrice sur la route de
-Kherson. Elle remue terriblement, la bonne dame, ce qui me déplaît
-beaucoup: je suis partisante du repos. En conséquence, ce que je t'ai
-mandé pour Minette n'aura, je crois, pas lieu. Ce n'étoit pas un homme
-assez bien né. Pour l'autre, mon c&oelig;ur, je crois qu'il faut attendre
-comme nous avons déjà fait. Il y a bien des choses à voir et pour elle
-et pour moi. Car il ne suffit pas de trouver des gens qui prêtent; il
+choses, et que M. de Ségur vient de faire la bêtise la plus pommée que
+l'on puisse voir en accompagnant l'Impératrice sur la route de
+Kherson. Elle remue terriblement, la bonne dame, ce qui me déplaît
+beaucoup: je suis partisante du repos. En conséquence, ce que je t'ai
+mandé pour Minette n'aura, je crois, pas lieu. Ce n'étoit pas un homme
+assez bien né. Pour l'autre, mon c&oelig;ur, je crois qu'il faut attendre
+comme nous avons déjà fait. Il y a bien des choses à voir et pour elle
+et pour moi. Car il ne suffit pas de trouver des gens qui prêtent; il
faut voir comment on rendra, et si l'on ne se <span class="pagenum"><a id="page393" name="page393"></a>(p. 393)</span> mettra pas dans
-l'impossibilité de faire d'autre chose nécessaire et pour le moins
+l'impossibilité de faire d'autre chose nécessaire et pour le moins
aussi juste. Tout cela, mon c&oelig;ur, il sera temps d'y penser quand
-j'aurai vingt-cinq ans. Jusque-là.....</p>
+j'aurai vingt-cinq ans. Jusque-là.....</p>
<hr class="hr30">
<h3>X<br>
<span class="smaller">A MADAME DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p class="date">Ce 8 février 1788<a id="footnotetag157" name="footnotetag157"></a><a href="#footnote157" title="Go to footnote 157"><span class="smaller">[157]</span></a>.</p>
+<p class="date">Ce 8 février 1788<a id="footnotetag157" name="footnotetag157"></a><a href="#footnote157" title="Go to footnote 157"><span class="smaller">[157]</span></a>.</p>
<p>Ta lettre me fait bien de la peine, ma petite, par l'excessive
-inquiétude où tu étois de la pauvre Félicie. Tu auras su, bientôt
-après, sa mort, et le courage de sa mère; elle va bien à présent:
+inquiétude où tu étois de la pauvre Félicie. Tu auras su, bientôt
+après, sa mort, et le courage de sa mère; elle va bien à présent:
l'enfant qu'elle va avoir la distraira de la perte qu'elle a faite,
-surtout nourrissant. Elle t'aura sûrement mandé que tous les avis de
-ce pays étoient contre, et que c'est un médecin de Stuttgard qui l'a
-décidée; j'ai peur qu'elle n'ait pas tout à fait raison. Cependant
-comme elle mènera une vie plus calme qu'à sa première nourriture,
+surtout nourrissant. Elle t'aura sûrement mandé que tous les avis de
+ce pays étoient contre, et que c'est un médecin de Stuttgard qui l'a
+décidée; j'ai peur qu'elle n'ait pas tout à fait raison. Cependant
+comme elle mènera une vie plus calme qu'à sa première nourriture,
l'enfant pourra devenir plus fort. Je crois qu'elle ne me pardonneroit
pas si elle savoit ce que je pense sur cela. Je voudrois bien que tu
-eusses le temps de la voir un peu avant son départ. Je ne t'avois
-point parlé de la maladie de Félicie, parce que ta mère étoit à Paris,
+eusses le temps de la voir un peu avant son départ. Je ne t'avois
+point parlé de la maladie de Félicie, parce que ta mère étoit à Paris,
et que je ne savois pas ce que l'on te mandoit, ce qui a fait que je
-ne t'ai pas écrit aussi la première poste après sa mort.</p>
+ne t'ai pas écrit aussi la première poste après sa mort.</p>
-<p>J'ai montré à ta mère ce que tu me marques pour ton logement; je
+<p>J'ai montré à ta mère ce que tu me marques pour ton logement; je
voudrois que tu eusses celui de la Chapelle, mais il ne te convient
-pas, à ce que l'on te dit, et puis il est bien un peu cher, je crois
-qu'il va à cinq mille livres; mais il a l'agrément d'être le plus près
-de la pièce du Dragon, quoiqu'il y ait une très-petite rue à passer;
-enfin, ta mère, ton frère, la Chapelle, amies et Raigecourt, s'en
+pas, à ce que l'on te dit, et puis il est bien un peu cher, je crois
+qu'il va à cinq mille livres; mais il a l'agrément d'être le plus près
+de la pièce du Dragon, quoiqu'il y ait une très-petite rue à passer;
+enfin, ta mère, ton frère, la Chapelle, amies et Raigecourt, s'en
<span class="pagenum"><a id="page394" name="page394"></a>(p. 394)</span> occupent tant qu'ils peuvent; ainsi, si tu n'es pas bien
-logée, ce sera faute de s'entendre, plutôt que manque de s'en occuper.</p>
+logée, ce sera faute de s'entendre, plutôt que manque de s'en occuper.</p>
-<p>Mon neveu<a id="footnotetag158" name="footnotetag158"></a><a href="#footnote158" title="Go to footnote 158"><span class="smaller">[158]</span></a> est toujours dans un état très-inquiétant, l'on ne s'en
-doute pas, ce qui me fait espérer qu'il s'en tirera; car, si tu t'en
-souviens, cela lui a porté bonheur dans le temps où il a été à la
-Muette. Cette tranquillité évite bien des peines, mais aussi le coup
-est-il bien plus cruel lorsqu'il est inattendu. Je crois t'avoir déjà
-dit tout cela, mais c'est que j'en suis pénétrée.</p>
+<p>Mon neveu<a id="footnotetag158" name="footnotetag158"></a><a href="#footnote158" title="Go to footnote 158"><span class="smaller">[158]</span></a> est toujours dans un état très-inquiétant, l'on ne s'en
+doute pas, ce qui me fait espérer qu'il s'en tirera; car, si tu t'en
+souviens, cela lui a porté bonheur dans le temps où il a été à la
+Muette. Cette tranquillité évite bien des peines, mais aussi le coup
+est-il bien plus cruel lorsqu'il est inattendu. Je crois t'avoir déjà
+dit tout cela, mais c'est que j'en suis pénétrée.</p>
<p>Raigecourt est toujours grosse, et je crois que, cette fois-ci, c'est
-pour tout de bon: elle a passé l'époque de sa seconde fausse couche et
-se ménage assez pour croire qu'elle n'aura pas d'accidents; le seul
-qu'elle ait jusqu'à ce moment, ce sont des maux de c&oelig;ur affreux et
-une peur pas mal grande, qu'elle a dissimulée le plus qu'elle peut,
-mais qui, malgré cela, est très-visible. Si par hasard tu lui écris,
+pour tout de bon: elle a passé l'époque de sa seconde fausse couche et
+se ménage assez pour croire qu'elle n'aura pas d'accidents; le seul
+qu'elle ait jusqu'à ce moment, ce sont des maux de c&oelig;ur affreux et
+une peur pas mal grande, qu'elle a dissimulée le plus qu'elle peut,
+mais qui, malgré cela, est très-visible. Si par hasard tu lui écris,
ne lui en parle pas.</p>
<p>Le Parlement, dit-on, va encore s'assembler pour les lettres de
-cachet. Tout cela est du rabâchage pour ce moment-ci. Je voudrois
+cachet. Tout cela est du rabâchage pour ce moment-ci. Je voudrois
qu'il ne fut plus question de lui lorsque tu reviendras, pour le bien
que je te veux, car il est bien ennuyeux, presque autant que le temps,
-qui, hier, étoit superbe, doux, un beau soleil; aujourd'hui, il fait
-noir et froid, ce qui, comme tu sais, ne m'empêche pourtant pas de
-sortir. En conséquence je te quitte pour aller rejoindre M. Huvé<a id="footnotetag159" name="footnotetag159"></a><a href="#footnote159" title="Go to footnote 159"><span class="smaller">[159]</span></a>,
-et donner des ordres. Je suis tout étonnée de penser que, l'année
+qui, hier, étoit superbe, doux, un beau soleil; aujourd'hui, il fait
+noir et froid, ce qui, comme tu sais, ne m'empêche pourtant pas de
+sortir. En conséquence je te quitte pour aller rejoindre M. Huvé<a id="footnotetag159" name="footnotetag159"></a><a href="#footnote159" title="Go to footnote 159"><span class="smaller">[159]</span></a>,
+et donner des ordres. Je suis tout étonnée de penser que, l'année
prochaine, je serai au moment de coucher ici; je sens que cela me
-paroîtra tout drôle. Adieu, ma petite, je t'aime et t'embrasse de tout
+paroîtra tout drôle. Adieu, ma petite, je t'aime et t'embrasse de tout
mon c&oelig;ur.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page395" name="page395"></a>(p. 395)</span> J'oubliois de te dire que je trouve ton D. un drôle d'homme
+<p><span class="pagenum"><a id="page395" name="page395"></a>(p. 395)</span> J'oubliois de te dire que je trouve ton D. un drôle d'homme
de s'enflammer comme cela pour quelqu'un qu'il n'a jamais vu; tu feras
-très-sagement de traîner cette affaire en longueur, car je ne crois
+très-sagement de traîner cette affaire en longueur, car je ne crois
pas qu'elle ait lieu, et il vaut mieux que tu sois ici lorsqu'elle
-sera rompue tout à fait. Si tu étois encore en colère lorsque tu auras
-reçu ma lettre, tu l'auras tournée contre moi d'après ce que je te
-mandois, et cette idée m'affecte considérablement. Mon seul espoir est
-que ta fureur n'aura pas été longue. Adieu. Je te quitte tout de bon.</p>
+sera rompue tout à fait. Si tu étois encore en colère lorsque tu auras
+reçu ma lettre, tu l'auras tournée contre moi d'après ce que je te
+mandois, et cette idée m'affecte considérablement. Mon seul espoir est
+que ta fureur n'aura pas été longue. Adieu. Je te quitte tout de bon.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15013,58 +14968,58 @@ que ta fureur n'aura pas été longue. Adieu. Je te quitte tout de bon.</p>
<p class="date">Sans date, mais vers 1788 ou 89.</p>
-<p>J'en suis à désirer que ton pauvre frère soit délivré de tous ses
-maux, et que sa vie ne se prolonge pas aux dépens de tout ce qu'il
-souffre au physique et au moral. Je suis désespérée de ne pouvoir
-partager les soins, et pense avec bien de la peine à l'état
-d'affliction où tu es en ce moment-ci. J'ai vu, ce matin, le
-baron<a id="footnotetag160" name="footnotetag160"></a><a href="#footnote160" title="Go to footnote 160"><span class="smaller">[160]</span></a>. J'y ai mené Bombon, qu'il a beaucoup caressé. J'ai été
+<p>J'en suis à désirer que ton pauvre frère soit délivré de tous ses
+maux, et que sa vie ne se prolonge pas aux dépens de tout ce qu'il
+souffre au physique et au moral. Je suis désespérée de ne pouvoir
+partager les soins, et pense avec bien de la peine à l'état
+d'affliction où tu es en ce moment-ci. J'ai vu, ce matin, le
+baron<a id="footnotetag160" name="footnotetag160"></a><a href="#footnote160" title="Go to footnote 160"><span class="smaller">[160]</span></a>. J'y ai mené Bombon, qu'il a beaucoup caressé. J'ai été
fort contente de ma conversation avec lui, et il a fini par me
-promettre de parler à la Reine et à la duchesse de Polignac. La seule
-chose qui m'ait déplu, c'est qu'il m'a dit qu'on vouloit donner
-C.....<a id="footnotetag161" name="footnotetag161"></a><a href="#footnote161" title="Go to footnote 161"><span class="smaller">[161]</span></a> à M. de la Luzerne. Il veut que je parle aussi à la Reine,
-mais il ne veut pas absolument que je parle de Dresde, prétendant
-qu'il ne faut lui présenter aucunes difficultés qui demandent
-réflexion, et je me suis promis, malgré <span class="pagenum"><a id="page396" name="page396"></a>(p. 396)</span> cela, en me gardant
-bien de le lui dire, que je la prierois de déclarer qu'elle ne vouloit
+promettre de parler à la Reine et à la duchesse de Polignac. La seule
+chose qui m'ait déplu, c'est qu'il m'a dit qu'on vouloit donner
+C.....<a id="footnotetag161" name="footnotetag161"></a><a href="#footnote161" title="Go to footnote 161"><span class="smaller">[161]</span></a> à M. de la Luzerne. Il veut que je parle aussi à la Reine,
+mais il ne veut pas absolument que je parle de Dresde, prétendant
+qu'il ne faut lui présenter aucunes difficultés qui demandent
+réflexion, et je me suis promis, malgré <span class="pagenum"><a id="page396" name="page396"></a>(p. 396)</span> cela, en me gardant
+bien de le lui dire, que je la prierois de déclarer qu'elle ne vouloit
pas que tu fusses davantage en Allemagne. Somme toute, je suis
-contente. Je te ferai plus de détails quand je te verrai. Quoique ma
-lettre ennuie beaucoup les personnes qui me la voient écrire, il faut
-encore que je te dise que Rayneval, chez qui j'ai été avec madame
+contente. Je te ferai plus de détails quand je te verrai. Quoique ma
+lettre ennuie beaucoup les personnes qui me la voient écrire, il faut
+encore que je te dise que Rayneval, chez qui j'ai été avec madame
Duval, m'a dit que le baron sortoit de chez lui, et qu'il lui avoit
-beaucoup parlé de toi. J'ai pensé que mon audience du matin n'y avoit
-rien gâté. Il faut encore que je te dise que j'ai fait un grand éloge
-au baron de ta raison, du froid et de la résignation avec lesquels tu
-soutenois toutes les persécutions que tu avois éprouvées; il est
-convenu de tout cela, et m'a dit qu'il avoit été parfaitement content
-de la manière dont tu lui avois parlé au sujet de tes affaires. Adieu,
+beaucoup parlé de toi. J'ai pensé que mon audience du matin n'y avoit
+rien gâté. Il faut encore que je te dise que j'ai fait un grand éloge
+au baron de ta raison, du froid et de la résignation avec lesquels tu
+soutenois toutes les persécutions que tu avois éprouvées; il est
+convenu de tout cela, et m'a dit qu'il avoit été parfaitement content
+de la manière dont tu lui avois parlé au sujet de tes affaires. Adieu,
mon enfant, donne-moi de tes nouvelles demain matin; remercie ta
-s&oelig;ur de ce qu'elle a bien voulu m'écrire, et dis à madame de
-Bombelles tout ce que j'éprouve pour elle dans ce moment-ci.</p>
+s&oelig;ur de ce qu'elle a bien voulu m'écrire, et dis à madame de
+Bombelles tout ce que j'éprouve pour elle dans ce moment-ci.</p>
<hr class="hr30">
<h3>XII<br>
<span class="smaller">A MADAME DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p>Je suis dans l'enchantement de l'énorme gratification qu'on vous a
-donnée; j'ai peur que le Roi ne se ruine avec ces libéralités-là. Si
-j'étois de ton mari, malgré la modestie de cette somme, je la
-laisserois à M. d'Harvelay, pour prouver à M. de Vergennes que vous
-demandez davantage, parce que vous en avez véritablement besoin, et
+<p>Je suis dans l'enchantement de l'énorme gratification qu'on vous a
+donnée; j'ai peur que le Roi ne se ruine avec ces libéralités-là. Si
+j'étois de ton mari, malgré la modestie de cette somme, je la
+laisserois à M. d'Harvelay, pour prouver à M. de Vergennes que vous
+demandez davantage, parce que vous en avez véritablement besoin, et
pour qu'il voie bien que c'est pour payer vos dettes, et que, puisque
-vous donnez un si petit à-compte, quand vous en aurez davantage, vous
-l'emploierez au même usage. J'espère bien que l'année prochaine il
-vous en donnera un peu plus. J'ai commencé par la lettre de M. de
+vous donnez un si petit à-compte, quand vous en aurez davantage, vous
+l'emploierez au même usage. J'espère bien que l'année prochaine il
+vous en donnera un peu plus. J'ai commencé par la lettre de M. de
Vergennes, je lisois bien vite, parce que je croyois que j'allois
-voir des choses <span class="pagenum"><a id="page397" name="page397"></a>(p. 397)</span> superbes, et j'ai été un peu étonnée. Au
-reste, après avoir bien réfléchi, je ne crois pas que cela soit
-mauvaise volonté de sa part; mais comme on a été obligé de donner des
-gratifications pour les fêtes, elles ont pu gêner et diminuer
-celle-là.</p>
+voir des choses <span class="pagenum"><a id="page397" name="page397"></a>(p. 397)</span> superbes, et j'ai été un peu étonnée. Au
+reste, après avoir bien réfléchi, je ne crois pas que cela soit
+mauvaise volonté de sa part; mais comme on a été obligé de donner des
+gratifications pour les fêtes, elles ont pu gêner et diminuer
+celle-là.</p>
-<p>Adieu, mon c&oelig;ur, j'espère que votre médecine vous fera du bien;
-tâchez de vous calmer.</p>
+<p>Adieu, mon c&oelig;ur, j'espère que votre médecine vous fera du bien;
+tâchez de vous calmer.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15073,115 +15028,115 @@ tâchez de vous calmer.</p>
<p class="date">[Dans les premiers mois de 1789.]</p>
-<p>Oui, certes, mon c&oelig;ur, je vous écrirai avant que vous soyez au
-noviciat; mais j'espère bien qu'il ne vous sera pas défendu de
-recevoir des lettres après. Il est vrai que nous serons plus gênées
-par l'inspection de la maîtresse; mais cela ne m'empêchera pas de vous
-dire tout ce que je pense. Vous serez peut-être étonnée, mon c&oelig;ur,
-que, d'après toutes les réflexions, consultations et épreuves que vous
-avez faites, je ne sois pas encore assez convaincue de la solidité et
-de la réalité de votre vocation, pour ne pas craindre que vous n'ayez
-pas réfléchi comme il faut. Premièrement, mon c&oelig;ur, on ne peut
-connoître si une vocation est vraiment l'ouvrage de Dieu, que lorsque
-avec le désir de suivre sa volonté, l'on s'est pourtant permis de
-combattre de bonne foi le penchant qui porte à se consacrer à lui;
-sans cela, l'on court le risque de se méprendre, et de suivre une
-ferveur passagère qui tient souvent au besoin du c&oelig;ur, qui, n'ayant
+<p>Oui, certes, mon c&oelig;ur, je vous écrirai avant que vous soyez au
+noviciat; mais j'espère bien qu'il ne vous sera pas défendu de
+recevoir des lettres après. Il est vrai que nous serons plus gênées
+par l'inspection de la maîtresse; mais cela ne m'empêchera pas de vous
+dire tout ce que je pense. Vous serez peut-être étonnée, mon c&oelig;ur,
+que, d'après toutes les réflexions, consultations et épreuves que vous
+avez faites, je ne sois pas encore assez convaincue de la solidité et
+de la réalité de votre vocation, pour ne pas craindre que vous n'ayez
+pas réfléchi comme il faut. Premièrement, mon c&oelig;ur, on ne peut
+connoître si une vocation est vraiment l'ouvrage de Dieu, que lorsque
+avec le désir de suivre sa volonté, l'on s'est pourtant permis de
+combattre de bonne foi le penchant qui porte à se consacrer à lui;
+sans cela, l'on court le risque de se méprendre, et de suivre une
+ferveur passagère qui tient souvent au besoin du c&oelig;ur, qui, n'ayant
pas d'objets d'attachement, croit se sauver du danger d'en former que
-le Ciel n'approuveroit pas, en se consacrant à Dieu. Ce motif est
-louable, mais il ne suffit pas; il tient à la passion, il tient au
-désir et au besoin que le c&oelig;ur a de former un lien qui <span class="pagenum"><a id="page398" name="page398"></a>(p. 398)</span> le
+le Ciel n'approuveroit pas, en se consacrant à Dieu. Ce motif est
+louable, mais il ne suffit pas; il tient à la passion, il tient au
+désir et au besoin que le c&oelig;ur a de former un lien qui <span class="pagenum"><a id="page398" name="page398"></a>(p. 398)</span> le
remplisse, dans le moment, tout entier. Mais, je vous le demande, mon
-c&oelig;ur, Dieu peut-il approuver cette offrande? peut-il être touché du
-sacrifice d'une âme qui ne se donne à lui que pour se débarrasser
-d'elle-même? Vous savez que, pour faire un v&oelig;u quelconque, il faut
-une volonté libre, réfléchie, dénuée de toute espèce de passion; il en
-est de même pour celui d'une religieuse, et ces dispositions sont
-encore plus essentielles. Le monde vous étoit odieux; mais étoit-ce
-dégoût ou regret? Ne croyez pas que si ce dernier l'emportoit, votre
+c&oelig;ur, Dieu peut-il approuver cette offrande? peut-il être touché du
+sacrifice d'une âme qui ne se donne à lui que pour se débarrasser
+d'elle-même? Vous savez que, pour faire un v&oelig;u quelconque, il faut
+une volonté libre, réfléchie, dénuée de toute espèce de passion; il en
+est de même pour celui d'une religieuse, et ces dispositions sont
+encore plus essentielles. Le monde vous étoit odieux; mais étoit-ce
+dégoût ou regret? Ne croyez pas que si ce dernier l'emportoit, votre
vocation soit naturelle et vraie. Non, mon c&oelig;ur, le Ciel vous
envoyoit une tentation, il falloit la supporter, et ne prendre votre
-résolution de vous consacrer à lui que lorsqu'elle auroit été passée.</p>
+résolution de vous consacrer à lui que lorsqu'elle auroit été passée.</p>
-<p>Deuxièmement, mon c&oelig;ur, il faut avoir l'esprit bien mortifié pour
-prendre l'engagement que vous voulez prendre. Voilà l'essentiel, la
-véritable vocation. Tout ce qui tient au corps coûte peu, l'on s'y
-accoutume; mais il n'en est pas de même de ce qui tient à l'esprit et
+<p>Deuxièmement, mon c&oelig;ur, il faut avoir l'esprit bien mortifié pour
+prendre l'engagement que vous voulez prendre. Voilà l'essentiel, la
+véritable vocation. Tout ce qui tient au corps coûte peu, l'on s'y
+accoutume; mais il n'en est pas de même de ce qui tient à l'esprit et
au c&oelig;ur.</p>
-<p>Vous êtes tranquille sur le compte de d'Ampurie<a id="footnotetag162" name="footnotetag162"></a><a href="#footnote162" title="Go to footnote 162"><span class="smaller">[162]</span></a> parce que vous
-avez consulté l'archevêque; je rends hommage à ses vertus avec
+<p>Vous êtes tranquille sur le compte de d'Ampurie<a id="footnotetag162" name="footnotetag162"></a><a href="#footnote162" title="Go to footnote 162"><span class="smaller">[162]</span></a> parce que vous
+avez consulté l'archevêque; je rends hommage à ses vertus avec
plaisir, mais permettez-moi de vous dire que, de l'aveu de ceux qui le
-connoissent le plus, il est impossible d'être moins capable de
-conduire une âme. Je ne vous en parle pas seulement d'après les
-autres, mon c&oelig;ur, c'est d'après ce que j'ai vu. J'ai été dans le
-cas de <span class="pagenum"><a id="page399" name="page399"></a>(p. 399)</span> connoître un prêtre que l'archevêque avoit laissé prêt
-à se livrer au plus grand désespoir, qu'il n'imaginoit de secourir ni
-de conseils ni de tout ce qui pouvoit contribuer à sa consolation.
-Cependant, mon c&oelig;ur, ce n'étoit là que son strict devoir. Or,
-comment voulez-vous, d'après cela, que je sois tranquille sur le
-conseil qu'il vous a donné sur un simple aperçu, sans avoir causé avec
-vous, sans être entré dans des détails où il est impossible d'entrer
+connoissent le plus, il est impossible d'être moins capable de
+conduire une âme. Je ne vous en parle pas seulement d'après les
+autres, mon c&oelig;ur, c'est d'après ce que j'ai vu. J'ai été dans le
+cas de <span class="pagenum"><a id="page399" name="page399"></a>(p. 399)</span> connoître un prêtre que l'archevêque avoit laissé prêt
+à se livrer au plus grand désespoir, qu'il n'imaginoit de secourir ni
+de conseils ni de tout ce qui pouvoit contribuer à sa consolation.
+Cependant, mon c&oelig;ur, ce n'étoit là que son strict devoir. Or,
+comment voulez-vous, d'après cela, que je sois tranquille sur le
+conseil qu'il vous a donné sur un simple aperçu, sans avoir causé avec
+vous, sans être entré dans des détails où il est impossible d'entrer
par lettre, que je m'en rapporte au conseil du directeur du couvent,
-qui, tout honnête homme qu'il puisse être, ne peut pas être juge
+qui, tout honnête homme qu'il puisse être, ne peut pas être juge
impartial dans cette affaire?</p>
-<p>Si d'Ampurie n'est pas mariée dans trois ans, et qu'elle soit obligée
-d'aller à son Chapitre, vous en rapporterez-vous à ses dix-huit ans,
-pour croire qu'elle aura toujours une conduite sage, mesurée, qu'elle
+<p>Si d'Ampurie n'est pas mariée dans trois ans, et qu'elle soit obligée
+d'aller à son Chapitre, vous en rapporterez-vous à ses dix-huit ans,
+pour croire qu'elle aura toujours une conduite sage, mesurée, qu'elle
n'aura pas besoin du conseil d'une amie, d'une s&oelig;ur qui lui servoit
-de mère, pour qui elle seroit parvenue à en avoir tous les sentiments?
-qu'en l'abandonnant à elle-même, vous remplirez le devoir le plus
-sacré que vous ayez jamais à remplir, celui d'une mère mourante qui
-s'en est rapportée à vous, qui vous a choisie comme celle qui pouvoit
-le plus la remplacer avec succès; d'une mère qui n'auroit certes pas
-abandonné ses enfants à toute la séduction du monde pour se livrer à
-un goût de retraite et de dévotion qu'elle n'auroit pas cru dans la
-règle? Non, mon c&oelig;ur, il me sera toujours impossible de croire que
-vous remplissez votre devoir, que vous accomplissez la volonté de Dieu
-en vous consacrant à lui dans ce moment. Au nom de ce même Dieu que
-vous voulez servir d'une manière plus parfaite, consultez encore, mon
-c&oelig;ur, mais consultez des gens plus éclairés, des gens qui n'aient
-aucun intérêt ni pour ni contre le parti que vous voulez prendre;
+de mère, pour qui elle seroit parvenue à en avoir tous les sentiments?
+qu'en l'abandonnant à elle-même, vous remplirez le devoir le plus
+sacré que vous ayez jamais à remplir, celui d'une mère mourante qui
+s'en est rapportée à vous, qui vous a choisie comme celle qui pouvoit
+le plus la remplacer avec succès; d'une mère qui n'auroit certes pas
+abandonné ses enfants à toute la séduction du monde pour se livrer à
+un goût de retraite et de dévotion qu'elle n'auroit pas cru dans la
+règle? Non, mon c&oelig;ur, il me sera toujours impossible de croire que
+vous remplissez votre devoir, que vous accomplissez la volonté de Dieu
+en vous consacrant à lui dans ce moment. Au nom de ce même Dieu que
+vous voulez servir d'une manière plus parfaite, consultez encore, mon
+c&oelig;ur, mais consultez des gens plus éclairés, des gens qui n'aient
+aucun intérêt ni pour ni contre le parti que vous voulez prendre;
exposez-leur votre position; laissez-vous examiner de bonne foi: vous
-seriez aussi coupable en exagérant votre désir comme en <span class="pagenum"><a id="page400" name="page400"></a>(p. 400)</span> le
+seriez aussi coupable en exagérant votre désir comme en <span class="pagenum"><a id="page400" name="page400"></a>(p. 400)</span> le
dissimulant. Et, mon c&oelig;ur, si, pendant votre noviciat, vous
-éprouvez la moindre peine, je vous le demande en grâce, consultez les
-mêmes personnes, ne vous en rapportez pas à ceux qui vous diroient que
-ce ne sont que des tentations; il faut les connoître, il faut les
-peser, voir si, lorsque vous serez engagée, elles ne feront pas le
+éprouvez la moindre peine, je vous le demande en grâce, consultez les
+mêmes personnes, ne vous en rapportez pas à ceux qui vous diroient que
+ce ne sont que des tentations; il faut les connoître, il faut les
+peser, voir si, lorsque vous serez engagée, elles ne feront pas le
malheur de votre vie. Enfin, mon c&oelig;ur, j'ose vous demander, au nom
-de l'amitié que vous avez pour moi, au nom de ce que vous avez de plus
-cher en ce monde, au nom de votre respectable mère, de ne négliger
-aucune des précautions que ceux qui vous sont attachés et qui ont des
-droits sur votre amitié pourront vous suggérer, pour vous assurer de
-plus en plus de la vérité de votre vocation. Ce sera peut-être une
-croix pour vous, mais elle vous attirera plus de grâces par la suite.</p>
-
-<p>Travaillez à me rassurer, mon c&oelig;ur, en me parlant des épreuves
-auxquelles vous vous êtes livrée. Je ne vous parle pas de celles du
+de l'amitié que vous avez pour moi, au nom de ce que vous avez de plus
+cher en ce monde, au nom de votre respectable mère, de ne négliger
+aucune des précautions que ceux qui vous sont attachés et qui ont des
+droits sur votre amitié pourront vous suggérer, pour vous assurer de
+plus en plus de la vérité de votre vocation. Ce sera peut-être une
+croix pour vous, mais elle vous attirera plus de grâces par la suite.</p>
+
+<p>Travaillez à me rassurer, mon c&oelig;ur, en me parlant des épreuves
+auxquelles vous vous êtes livrée. Je ne vous parle pas de celles du
corps: elles sont absolument nulles pour moi, parce qu'elles ne
-tiennent qu'à l'habitude; mais si vous avez combattu votre vocation;
+tiennent qu'à l'habitude; mais si vous avez combattu votre vocation;
si vous vous sentez parfaitement calme et libre de toutes peines
-d'esprit; que ce ne soit pas avec vivacité que vous vous livriez à
-Dieu. Si votre esprit est mortifié, si vous ne vous faites pas un
-tableau parfait du couvent où vous entrez, si vous comptez y trouver
+d'esprit; que ce ne soit pas avec vivacité que vous vous livriez à
+Dieu. Si votre esprit est mortifié, si vous ne vous faites pas un
+tableau parfait du couvent où vous entrez, si vous comptez y trouver
des gens qu'il vous faudra supporter, des objets de <em>scandale</em><a id="footnotetag163" name="footnotetag163"></a><a href="#footnote163" title="Go to footnote 163"><span class="smaller">[163]</span></a>;
car ne croyez pas, mon c&oelig;ur, qu'un couvent en soit exempt aux yeux
d'une religieuse: plus on est parfait, plus on veut rencontrer dans
-les autres les mêmes sentiments, et vous ne serez pas à l'abri de
+les autres les mêmes sentiments, et vous ne serez pas à l'abri de
cette tentation; car, j'en conviens, cela en est une, mais qui devient
-une réalité par un excès d'amour de Dieu. Il est bien peu de <span class="pagenum"><a id="page401" name="page401"></a>(p. 401)</span>
-couvents où la charité règne assez pour ne pas connoître ce défaut.</p>
+une réalité par un excès d'amour de Dieu. Il est bien peu de <span class="pagenum"><a id="page401" name="page401"></a>(p. 401)</span>
+couvents où la charité règne assez pour ne pas connoître ce défaut.</p>
<p>Enfin, mon c&oelig;ur, dans quelque position que vous vous trouviez,
-comptez assez sur mon amitié et sur un vif intérêt de ma part, pour me
+comptez assez sur mon amitié et sur un vif intérêt de ma part, pour me
parler toujours avec confiance de ce qui vous touche. J'ose dire le
-mériter, par les vrais sentiments que j'ai pour vous, et le tendre
-intérêt que m'inspireront toujours les enfants de votre respectable et
-tendre mère. Je vous embrasse et vous aime de tout mon c&oelig;ur.</p>
+mériter, par les vrais sentiments que j'ai pour vous, et le tendre
+intérêt que m'inspireront toujours les enfants de votre respectable et
+tendre mère. Je vous embrasse et vous aime de tout mon c&oelig;ur.</p>
-<p>Je vous demande en grâce de ne pas vous contenter de lire une fois ma
+<p>Je vous demande en grâce de ne pas vous contenter de lire une fois ma
lettre.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15192,22 +15147,22 @@ lettre.</p>
<p class="date">Versailles, le 15 juillet 1789.</p>
<p>Que tu es aimable, mon c&oelig;ur! Toutes les affreuses nouvelles d'hier
-n'avoient pu parvenir à me faire pleurer; mais la lecture de ta
-lettre, en portant de la consolation dans mon c&oelig;ur par l'amitié que
-tu me témoignes, m'a fait verser bien des larmes. Il seroit bien
+n'avoient pu parvenir à me faire pleurer; mais la lecture de ta
+lettre, en portant de la consolation dans mon c&oelig;ur par l'amitié que
+tu me témoignes, m'a fait verser bien des larmes. Il seroit bien
triste pour moi de partir sans toi. Je ne sais pas si le Roi sortira
-de Versailles. Je ferois ce que tu désires, s'il en étoit question. Je
-ne sais pas ce que je désire sur cela. Dieu sait le meilleur parti à
-prendre. Nous avons un homme pieux à la tête du Conseil<a id="footnotetag164" name="footnotetag164"></a><a href="#footnote164" title="Go to footnote 164"><span class="smaller">[164]</span></a>,
-peut-être l'éclairera-t-il! Priez beaucoup, mon c&oelig;ur; ménagez-vous
+de Versailles. Je ferois ce que tu désires, s'il en étoit question. Je
+ne sais pas ce que je désire sur cela. Dieu sait le meilleur parti à
+prendre. Nous avons un homme pieux à la tête du Conseil<a id="footnotetag164" name="footnotetag164"></a><a href="#footnote164" title="Go to footnote 164"><span class="smaller">[164]</span></a>,
+peut-être l'éclairera-t-il! Priez beaucoup, mon c&oelig;ur; ménagez-vous
bien, ne troublez pas votre lait. Vous feriez mal, je crois, de
sortir. Ainsi, ma petite, je fais le sacrifice de te voir. Sois
-convaincue qu'il en coûte à mon c&oelig;ur. Je t'aime, ma petite, mieux
+convaincue qu'il en coûte à mon c&oelig;ur. Je t'aime, ma petite, mieux
que je ne puis le dire. Dans tous les temps, dans tous les moments, je
-penserai de même. J'espère que le mal n'est pas aussi grand que l'on
+penserai de même. J'espère que le mal n'est pas aussi grand que l'on
se le figure. Ce qui me le fait croire, c'est le calme <span class="pagenum"><a id="page402" name="page402"></a>(p. 402)</span> de
-Versailles. Il n'étoit pas bien sûr, hier, que M. de Launey fût pendu:
-on avoit pris, dans la journée, un autre homme pour lui. Je
+Versailles. Il n'étoit pas bien sûr, hier, que M. de Launey fût pendu:
+on avoit pris, dans la journée, un autre homme pour lui. Je
m'attacherai, comme tu me le conseilles, au char de <em>Monsieur</em>, mais
je crois que les roues n'en valent rien. Adieu, mon c&oelig;ur, je vous
embrasse aussi tendrement que je vous aime.</p>
@@ -15217,148 +15172,148 @@ embrasse aussi tendrement que je vous aime.</p>
<h3>XV<br>
<span class="smaller">A MADAME DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p class="date">Versailles, le 5 août 1789.</p>
+<p class="date">Versailles, le 5 août 1789.</p>
-<p>La joie de vous savoir en bonne santé a été très-grande dans ce
-monde-ci. Les premières nouvelles que nous aurons seront encore mieux
-reçues, et par-dessus tout les quatrièmes. Dans toutes autres
-occasions, il seroit généreux de partager la joie de la petite
-baronne; mais dans celle-ci, elle ne peut pas même nous en savoir bon
-gré. Je vous ai tenu parole, mon enfant; je n'ai pas été fâchée de
-vous dire adieu; mais je ne sais pas si cela vient de là, mais je me
+<p>La joie de vous savoir en bonne santé a été très-grande dans ce
+monde-ci. Les premières nouvelles que nous aurons seront encore mieux
+reçues, et par-dessus tout les quatrièmes. Dans toutes autres
+occasions, il seroit généreux de partager la joie de la petite
+baronne; mais dans celle-ci, elle ne peut pas même nous en savoir bon
+gré. Je vous ai tenu parole, mon enfant; je n'ai pas été fâchée de
+vous dire adieu; mais je ne sais pas si cela vient de là, mais je me
sens d'une humeur de chien. Ne vous en donnez pourtant pas les gants.
-Oui, je vous le répète, et vous le répéterai et vous le dirai sans
-cesse, je suis charmée que vous alliez nourrir Henri IV dans un pays
-où l'air est plus chaud et par conséquent plus propre à l'éducation
+Oui, je vous le répète, et vous le répéterai et vous le dirai sans
+cesse, je suis charmée que vous alliez nourrir Henri IV dans un pays
+où l'air est plus chaud et par conséquent plus propre à l'éducation
que vous voulez lui donner. Jouissez bien du bonheur de voir la
-petite; animez-vous l'une l'autre à tout ce qu'il est dans votre âme
-de chercher, pour fortifier votre moral, qui, étant éloigné d'un lieu
+petite; animez-vous l'une l'autre à tout ce qu'il est dans votre âme
+de chercher, pour fortifier votre moral, qui, étant éloigné d'un lieu
qui vous est cher sous mille rapports, doit un peu souffrir.
-Réjouissez-vous des nouvelles que je vais vous apprendre, si vous ne
-les savez pas encore. D'abord, les ministres sont nommés et paroissent
-approuvés par le public. L'archevêque de Bordeaux<a id="footnotetag165" name="footnotetag165"></a><a href="#footnote165" title="Go to footnote 165"><span class="smaller">[165]</span></a> a les sceaux,
-<span class="pagenum"><a id="page403" name="page403"></a>(p. 403)</span> celui de Vienne<a id="footnotetag166" name="footnotetag166"></a><a href="#footnote166" title="Go to footnote 166"><span class="smaller">[166]</span></a> la feuille des bénéfices, M. de la Tour
-du Pin-Paulin<a id="footnotetag167" name="footnotetag167"></a><a href="#footnote167" title="Go to footnote 167"><span class="smaller">[167]</span></a> la guerre, et le maréchal de Beauvau<a id="footnotetag168" name="footnotetag168"></a><a href="#footnote168" title="Go to footnote 168"><span class="smaller">[168]</span></a> au
-Conseil. <span class="pagenum"><a id="page404" name="page404"></a>(p. 404)</span> Secondement, la nuit de mardi à mercredi,
-l'Assemblée a duré jusqu'à deux heures. La noblesse, avec un
-enthousiasme digne du c&oelig;ur françois, a renoncé à tous ses droits
-féodaux et au droit de chasse. La pêche y sera, je crois, comprise. Le
-clergé a de même renoncé aux dîmes, aux casuels et à la possibilité
-d'avoir plusieurs bénéfices. Cet arrêté a été envoyé dans toutes les
-provinces. J'espère que cela fera finir la brûlure des châteaux. Ils
-se montent à soixante-dix. C'étoit à qui feroit le plus de sacrifices:
-tout le monde étoit magnétisé.</p>
+Réjouissez-vous des nouvelles que je vais vous apprendre, si vous ne
+les savez pas encore. D'abord, les ministres sont nommés et paroissent
+approuvés par le public. L'archevêque de Bordeaux<a id="footnotetag165" name="footnotetag165"></a><a href="#footnote165" title="Go to footnote 165"><span class="smaller">[165]</span></a> a les sceaux,
+<span class="pagenum"><a id="page403" name="page403"></a>(p. 403)</span> celui de Vienne<a id="footnotetag166" name="footnotetag166"></a><a href="#footnote166" title="Go to footnote 166"><span class="smaller">[166]</span></a> la feuille des bénéfices, M. de la Tour
+du Pin-Paulin<a id="footnotetag167" name="footnotetag167"></a><a href="#footnote167" title="Go to footnote 167"><span class="smaller">[167]</span></a> la guerre, et le maréchal de Beauvau<a id="footnotetag168" name="footnotetag168"></a><a href="#footnote168" title="Go to footnote 168"><span class="smaller">[168]</span></a> au
+Conseil. <span class="pagenum"><a id="page404" name="page404"></a>(p. 404)</span> Secondement, la nuit de mardi à mercredi,
+l'Assemblée a duré jusqu'à deux heures. La noblesse, avec un
+enthousiasme digne du c&oelig;ur françois, a renoncé à tous ses droits
+féodaux et au droit de chasse. La pêche y sera, je crois, comprise. Le
+clergé a de même renoncé aux dîmes, aux casuels et à la possibilité
+d'avoir plusieurs bénéfices. Cet arrêté a été envoyé dans toutes les
+provinces. J'espère que cela fera finir la brûlure des châteaux. Ils
+se montent à soixante-dix. C'étoit à qui feroit le plus de sacrifices:
+tout le monde étoit magnétisé.</p>
<p>Il n'y a jamais eu tant de joie et de cris. On doit chanter un <i>Te
-Deum</i> à la chapelle et donner au Roi le titre de Restaurateur de la
-liberté françoise. On a aussi parlé d'abolir les engagements
-perpétuels, et la noblesse a renoncé aux places, pensions, etc. Cet
-article n'est pourtant pas totalement passé. Je crois, mon c&oelig;ur,
+Deum</i> à la chapelle et donner au Roi le titre de Restaurateur de la
+liberté françoise. On a aussi parlé d'abolir les engagements
+perpétuels, et la noblesse a renoncé aux places, pensions, etc. Cet
+article n'est pourtant pas totalement passé. Je crois, mon c&oelig;ur,
que vous serez assez contente des bonnes nouvelles que je vous
apprends. Je n'ose pas me flatter que mes lettres soient toujours
-aussi intéressantes.</p>
+aussi intéressantes.</p>
-<p>Votre mère, que je quitte dans l'instant....</p>
+<p>Votre mère, que je quitte dans l'instant....</p>
<hr class="hr30">
<h3>XVI<br>
-<span class="smaller">A L'ABBÉ R. DE LUBERSAC.</span></h3>
+<span class="smaller">A L'ABBÉ R. DE LUBERSAC.</span></h3>
<p class="date">16 octobre 1789.</p>
-<p>Je ne puis résister, Monsieur, au désir de vous donner <span class="pagenum"><a id="page405" name="page405"></a>(p. 405)</span>
-moi-même de mes nouvelles. Je sais l'intérêt que vous voulez bien y
+<p>Je ne puis résister, Monsieur, au désir de vous donner <span class="pagenum"><a id="page405" name="page405"></a>(p. 405)</span>
+moi-même de mes nouvelles. Je sais l'intérêt que vous voulez bien y
prendre; je ne doute pas qu'il ne me porte bonheur. Croyez qu'au
milieu du trouble et de l'horreur qui nous poursuivent, j'ai bien
-pensé à vous, à la peine que vous éprouviez, et que j'ai eu une grande
-consolation en voyant votre écriture. Ah! Monsieur, quelles journées
+pensé à vous, à la peine que vous éprouviez, et que j'ai eu une grande
+consolation en voyant votre écriture. Ah! Monsieur, quelles journées
que celles du lundi et du mardi<a id="footnotetag169" name="footnotetag169"></a><a href="#footnote169" title="Go to footnote 169"><span class="smaller">[169]</span></a>! Elles ont fini pourtant beaucoup
-mieux que les cruautés qui s'étoient passées dans la nuit ne pouvoient
-le faire croire. Une fois entrés dans Paris, nous avons pu nous livrer
-à l'espérance, malgré les cris désagréables que nous entendions autour
-de la voiture: ceux de <em>Vive le Roi! vive la Nation!</em> étoient les plus
-forts. Une fois à l'hôtel de ville, ceux de <em>Vive le Roi!</em> furent les
+mieux que les cruautés qui s'étoient passées dans la nuit ne pouvoient
+le faire croire. Une fois entrés dans Paris, nous avons pu nous livrer
+à l'espérance, malgré les cris désagréables que nous entendions autour
+de la voiture: ceux de <em>Vive le Roi! vive la Nation!</em> étoient les plus
+forts. Une fois à l'hôtel de ville, ceux de <em>Vive le Roi!</em> furent les
seuls qui se firent entendre. Les propos de ceux qui entouroient notre
-voiture étoient les meilleurs possibles. La Reine, qui a eu un courage
-incroyable, commence à être mieux vue par le peuple. J'espère qu'avec
+voiture étoient les meilleurs possibles. La Reine, qui a eu un courage
+incroyable, commence à être mieux vue par le peuple. J'espère qu'avec
le temps, une conduite soutenue, nous pourrons regagner l'amour des
-Parisiens, qui n'ont été que trompés. Mais les gens de Versailles,
+Parisiens, qui n'ont été que trompés. Mais les gens de Versailles,
Monsieur! Avez-vous jamais vu une ingratitude plus affreuse? Non, je
-crois que le Ciel, dans sa colère, a peuplé cette ville de monstres
+crois que le Ciel, dans sa colère, a peuplé cette ville de monstres
sortis des enfers. Qu'il faudra de temps pour leur faire sentir leurs
-torts! Et si j'étois roi, qu'il m'en faudroit pour croire à leur
-repentir! Que d'ingrats pour un honnête homme! Croiriez-vous bien,
-Monsieur, que tous nos malheurs, loin de me ramener à Dieu, me donnent
-un véritable dégoût pour tout ce qui est prière. Demandez au Ciel pour
-moi la grâce de ne pas tout abandonner. Je vous le demande en grâce;
-et prêchez-moi un peu, je vous prie: vous savez la confiance que j'ai
+torts! Et si j'étois roi, qu'il m'en faudroit pour croire à leur
+repentir! Que d'ingrats pour un honnête homme! Croiriez-vous bien,
+Monsieur, que tous nos malheurs, loin de me ramener à Dieu, me donnent
+un véritable dégoût pour tout ce qui est prière. Demandez au Ciel pour
+moi la grâce de ne pas tout abandonner. Je vous le demande en grâce;
+et prêchez-moi un peu, je vous prie: vous savez la confiance que j'ai
en vous. Demandez aussi que tous les revers de la France fassent
-rentrer en eux-mêmes ceux qui pourroient peut-être y avoir contribué
-par leur irréligion. Adieu, Monsieur, <span class="pagenum"><a id="page406" name="page406"></a>(p. 406)</span> croyez à toute l'estime
-que j'ai pour vous, et au regret que j'ai d'en être éloignée.</p>
+rentrer en eux-mêmes ceux qui pourroient peut-être y avoir contribué
+par leur irréligion. Adieu, Monsieur, <span class="pagenum"><a id="page406" name="page406"></a>(p. 406)</span> croyez à toute l'estime
+que j'ai pour vous, et au regret que j'ai d'en être éloignée.</p>
-<p>La personne qui vous remettra cette lettre se chargera de la réponse.</p>
+<p>La personne qui vous remettra cette lettre se chargera de la réponse.</p>
<hr class="hr30">
<h3>XVII<br>
<span class="smaller">A LA MARQUISE DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p class="date">Ce 8 décembre 1789.</p>
+<p class="date">Ce 8 décembre 1789.</p>
-<p>Je suis bien aise, mademoiselle Bombelinette, que vous ayez reçu ma
-lettre, puisqu'elle vous a fait plaisir, et je lui sais très-mauvais
-gré d'avoir été si longtemps en chemin. La vôtre a été beaucoup plus
-aimable. Vous ne pouvez pas vous faire une idée du bruit qu'il y a eu
-aujourd'hui à l'Assemblée. Nous entendions les cris en passant sur la
+<p>Je suis bien aise, mademoiselle Bombelinette, que vous ayez reçu ma
+lettre, puisqu'elle vous a fait plaisir, et je lui sais très-mauvais
+gré d'avoir été si longtemps en chemin. La vôtre a été beaucoup plus
+aimable. Vous ne pouvez pas vous faire une idée du bruit qu'il y a eu
+aujourd'hui à l'Assemblée. Nous entendions les cris en passant sur la
terrasse des Feuillants. Cela faisoit horreur. On vouloit revenir sur
-un décret qui avoit passé samedi, non-seulement par assis et levé,
-mais encore par l'appel nominal. La même chose est arrivée ce matin,
-et il faut espérer que l'on ne reviendra plus sur ce décret, qui me
-paroît fort raisonnable: vous l'apprendrez par les gazettes.</p>
+un décret qui avoit passé samedi, non-seulement par assis et levé,
+mais encore par l'appel nominal. La même chose est arrivée ce matin,
+et il faut espérer que l'on ne reviendra plus sur ce décret, qui me
+paroît fort raisonnable: vous l'apprendrez par les gazettes.</p>
-<p>Je ne mets point du tout de courage à ne point parler de Montreuil.
+<p>Je ne mets point du tout de courage à ne point parler de Montreuil.
Vous voulez, mon c&oelig;ur, juger trop avantageusement de moi. Mais
-c'est qu'apparemment je n'y pensois pas lorsque je t'ai écrit. J'en ai
+c'est qu'apparemment je n'y pensois pas lorsque je t'ai écrit. J'en ai
souvent des nouvelles. Jacques vient tous les jours m'apporter ma
-crème. Flury<a id="footnotetag170" name="footnotetag170"></a><a href="#footnote170" title="Go to footnote 170"><span class="smaller">[170]</span></a>, Coupry<a id="footnotetag171" name="footnotetag171"></a><a href="#footnote171" title="Go to footnote 171"><span class="smaller">[171]</span></a>, Marie<a id="footnotetag172" name="footnotetag172"></a><a href="#footnote172" title="Go to footnote 172"><span class="smaller">[172]</span></a> et madame Du Coudray
+crème. Flury<a id="footnotetag170" name="footnotetag170"></a><a href="#footnote170" title="Go to footnote 170"><span class="smaller">[170]</span></a>, Coupry<a id="footnotetag171" name="footnotetag171"></a><a href="#footnote171" title="Go to footnote 171"><span class="smaller">[171]</span></a>, Marie<a id="footnotetag172" name="footnotetag172"></a><a href="#footnote172" title="Go to footnote 172"><span class="smaller">[172]</span></a> et madame Du Coudray
viennent me voir de temps en temps. Tout cela a l'air de m'aimer
toujours; et M. Huret, que j'oubliois, n'est pas bien mal..... Venons
-maintenant à la maison. Le salon se meubloit lorsque je <span class="pagenum"><a id="page407" name="page407"></a>(p. 407)</span> l'ai
-quitté. Il étoit disposé à être fort agréable. Jacques est dans son
+maintenant à la maison. Le salon se meubloit lorsque je <span class="pagenum"><a id="page407" name="page407"></a>(p. 407)</span> l'ai
+quitté. Il étoit disposé à être fort agréable. Jacques est dans son
nouveau logement. Madame Jacques est grosse, et toutes mes vaches le
-sont aussi. Il y a en ce moment un veau qui vient de naître. Pour les
+sont aussi. Il y a en ce moment un veau qui vient de naître. Pour les
poules, je ne vous en parlerai pas, parce que je les ai un peu
-délaissées. Je ne sais si vous aviez vu mon petit cabinet du fond
-meublé. Il est bien joli. Ma bibliothèque est presque finie. Pour la
-chapelle, Corille est tout seul à y travailler; tu juges si cela va
-vite. C'est même par charité pour lui que j'ai permis qu'il continuât
-à y mettre un peu de plâtre. Comme il y est tout seul, cela ne peut
-pas être compté comme une dépense. Je suis fâchée de ne pas y aller,
+délaissées. Je ne sais si vous aviez vu mon petit cabinet du fond
+meublé. Il est bien joli. Ma bibliothèque est presque finie. Pour la
+chapelle, Corille est tout seul à y travailler; tu juges si cela va
+vite. C'est même par charité pour lui que j'ai permis qu'il continuât
+à y mettre un peu de plâtre. Comme il y est tout seul, cela ne peut
+pas être compté comme une dépense. Je suis fâchée de ne pas y aller,
tu le croiras facilement; mais les chevaux sont pour moi une bien plus
grande privation. Cependant, comme je ne puis pas en faire usage, j'y
-pense le moins possible; mais je sens qu'à mesure que mon sang se
+pense le moins possible; mais je sens qu'à mesure que mon sang se
calme, cette privation se fait plus sentir; j'en aurai plus de plaisir
-lorsque je pourrai satisfaire mon goût. Et ce pauvre Saint-Cyr, ah! il
-est bien malheureux! J'ai reçu hier une lettre charmante de
-Draquelonde; je leur parlerai de toi demain, car je compte y écrire.
+lorsque je pourrai satisfaire mon goût. Et ce pauvre Saint-Cyr, ah! il
+est bien malheureux! J'ai reçu hier une lettre charmante de
+Draquelonde; je leur parlerai de toi demain, car je compte y écrire.
Te souviens-tu de Croisard, le fils de la femme de garde-robe de ma
-s&oelig;ur? Eh bien, il est aujourd'hui attaché à mes pas en qualité de
-capitaine. Je dis <em>attaché</em>, parce que l'on ne nous quitte pas plus
+s&oelig;ur? Eh bien, il est aujourd'hui attaché à mes pas en qualité de
+capitaine. Je dis <em>attaché</em>, parce que l'on ne nous quitte pas plus
que l'ombre ne fait le corps. Ne crois pas que cela me contrarie.
-Comme mes courses ne sont pas variées, cela m'est bien égal. Au reste,
-je me promène tant que je peux. Sois bien tranquille: encore ce matin
-j'ai marché pendant une grande heure.</p>
+Comme mes courses ne sont pas variées, cela m'est bien égal. Au reste,
+je me promène tant que je peux. Sois bien tranquille: encore ce matin
+j'ai marché pendant une grande heure.</p>
-<p>Minette et sa mère étoient à Chartres depuis longtemps. Elles y sont
+<p>Minette et sa mère étoient à Chartres depuis longtemps. Elles y sont
toujours. La fille dit qu'elle s'ennuie; je ne le crois pas trop,
-parce qu'elle y est plus distraite qu'à Versailles. Elle m'écrit assez
-souvent. Elle m'a mandé hier qu'elle avoit été à confesse, et que cela
-l'avoit tout soulagée, qu'elle vouloit y aller souvent. Je souhaite
-que cela <span class="pagenum"><a id="page408" name="page408"></a>(p. 408)</span> soit vrai. As-tu déjà fait une nouvelle
-connoissance, et comment t'en trouves-tu? Ton curé n'est point content
-de ce que nous avons quitté Versailles. Adieu, ma chère petite; je
+parce qu'elle y est plus distraite qu'à Versailles. Elle m'écrit assez
+souvent. Elle m'a mandé hier qu'elle avoit été à confesse, et que cela
+l'avoit tout soulagée, qu'elle vouloit y aller souvent. Je souhaite
+que cela <span class="pagenum"><a id="page408" name="page408"></a>(p. 408)</span> soit vrai. As-tu déjà fait une nouvelle
+connoissance, et comment t'en trouves-tu? Ton curé n'est point content
+de ce que nous avons quitté Versailles. Adieu, ma chère petite; je
t'aime et t'embrasse de tout mon c&oelig;ur. Tu es bien gentille d'aimer
beaucoup la Princesse, qui te le rend bien!</p>
@@ -15367,46 +15322,46 @@ beaucoup la Princesse, qui te le rend bien!</p>
<h3>XVIII<br>
<span class="smaller">A LA MARQUISE DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p class="date">Paris, ce 20 février 1890.</p>
-
-<p>Tu n'auras qu'un mot de moi, ma pauvre Bombe; j'ai été avertie trop
-tard qu'il y avoit une occasion, et puis j'ai la tête et le c&oelig;ur si
-pleins de la journée d'hier, que je n'ai pas trop la possibilité de
-penser à autre chose: le pauvre M. de Favras, dont tu as peut-être
-connu l'affaire par les journaux, a été pendu hier. Je souhaite que
-son sang ne retombe pas sur ses juges; mais personne (à l'exception du
-peuple et de cette classe d'êtres auxquels on ne peut pas donner le
-nom d'hommes, tant ce seroit avilir l'humanité) ne comprend pourquoi
-il a été condamné. Il a eu l'imprudence de vouloir servir son Roi,
-voilà son crime. J'espère que cette injuste exécution fera l'effet des
-persécutions, et que de ses cendres il renaîtra des gens qui aimeront
-encore leur patrie et qui la vengeront des traîtres qui la trompent.
-J'espère aussi que le Ciel, en faveur du courage qu'il a témoigné
-pendant quatre heures qu'il a été à l'hôtel de ville avant son
-exécution, lui aura pardonné ses péchés. Priez Dieu pour lui, mon
+<p class="date">Paris, ce 20 février 1890.</p>
+
+<p>Tu n'auras qu'un mot de moi, ma pauvre Bombe; j'ai été avertie trop
+tard qu'il y avoit une occasion, et puis j'ai la tête et le c&oelig;ur si
+pleins de la journée d'hier, que je n'ai pas trop la possibilité de
+penser à autre chose: le pauvre M. de Favras, dont tu as peut-être
+connu l'affaire par les journaux, a été pendu hier. Je souhaite que
+son sang ne retombe pas sur ses juges; mais personne (à l'exception du
+peuple et de cette classe d'êtres auxquels on ne peut pas donner le
+nom d'hommes, tant ce seroit avilir l'humanité) ne comprend pourquoi
+il a été condamné. Il a eu l'imprudence de vouloir servir son Roi,
+voilà son crime. J'espère que cette injuste exécution fera l'effet des
+persécutions, et que de ses cendres il renaîtra des gens qui aimeront
+encore leur patrie et qui la vengeront des traîtres qui la trompent.
+J'espère aussi que le Ciel, en faveur du courage qu'il a témoigné
+pendant quatre heures qu'il a été à l'hôtel de ville avant son
+exécution, lui aura pardonné ses péchés. Priez Dieu pour lui, mon
c&oelig;ur: vous ne pourrez pas faire une plus belle &oelig;uvre. Du reste,
-l'Assemblée est toujours la même: les monstres en sont les maîtres.
+l'Assemblée est toujours la même: les monstres en sont les maîtres.
Enfin, le croirois-tu? le Roi n'aura pas encore toute la puissance
-exécutrice nécessaire pour qu'il ne soit pas absolument nul dans son
+exécutrice nécessaire pour qu'il ne soit pas absolument nul dans son
royaume. Depuis quatre jours, l'on s'occupe de faire <span class="pagenum"><a id="page409" name="page409"></a>(p. 409)</span> une loi
pour apaiser les troubles, eh bien! ils ne cessent de s'occuper
d'autres choses beaucoup moins essentielles pour le bonheur des
-hommes. Enfin, Dieu récompensera les bons dans le Ciel, et punira ceux
+hommes. Enfin, Dieu récompensera les bons dans le Ciel, et punira ceux
qui trompent le peuple, le Roi, et tous ceux qui, par la droiture de
-leur caractère, ne peuvent pas se résoudre à voir le mal tel qu'il
+leur caractère, ne peuvent pas se résoudre à voir le mal tel qu'il
est.</p>
<p>Adieu, ma petite, je me porte bien, je t'aime bien; fais-en autant,
-pour l'amour de ta Princesse, et espérons en un temps plus heureux.
+pour l'amour de ta Princesse, et espérons en un temps plus heureux.
Ah! comme nous en jouirons! J'embrasse tes petits enfants de tout mon
c&oelig;ur.</p>
-<p>Tu sais le règlement fait pour les moines et les religieux. N'en dis
-rien à personne, mais l'on dit qu'il sortira bien des gens des
-couvents, et même de religieuses. J'espère que la maison de Saint-Cyr
-n'éprouvera pas de changement. Mais son sort n'est pas encore décidé.</p>
+<p>Tu sais le règlement fait pour les moines et les religieux. N'en dis
+rien à personne, mais l'on dit qu'il sortira bien des gens des
+couvents, et même de religieuses. J'espère que la maison de Saint-Cyr
+n'éprouvera pas de changement. Mais son sort n'est pas encore décidé.</p>
-<p>Ta mère se porte bien.</p>
+<p>Ta mère se porte bien.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15416,30 +15371,30 @@ n'éprouvera pas de changement. Mais son sort n'est pas encore décidé.</p>
<p class="date">Paris, ce 1<sup>er</sup> mai 1790.</p>
<p>Tu es bien plus parfaite que moi; tu crains <em>la guerre civile</em>; moi,
-je t'avoue que je la regarde comme nécessaire: premièrement, je crois
-qu'elle existe, parce que toutes les fois qu'un royaume est divisé en
+je t'avoue que je la regarde comme nécessaire: premièrement, je crois
+qu'elle existe, parce que toutes les fois qu'un royaume est divisé en
deux partis, et que le parti le plus foible n'obtient la vie sauve
-qu'en se laissant dépouiller, il m'est impossible de ne pas appeler
+qu'en se laissant dépouiller, il m'est impossible de ne pas appeler
cela une guerre civile. De plus, jamais l'anarchie ne pourra finir
sans cela; et je crois que plus on retardera, plus il y aura de sang
-répandu. Voilà mon principe. Il peut être faux; cependant, si j'étois
-roi, il seroit mon guide, et peut-être éviteroit-il de grands
+répandu. Voilà mon principe. Il peut être faux; cependant, si j'étois
+roi, il seroit mon guide, et peut-être éviteroit-il de grands
malheurs. Mais comme, Dieu merci, ce n'est pas moi qui gouverne, je
-me contente, tout en <span class="pagenum"><a id="page410" name="page410"></a>(p. 410)</span> approuvant les projets de mon frère, de
-lui dire sans cesse qu'il ne sauroit être trop prudent et qu'il ne
+me contente, tout en <span class="pagenum"><a id="page410" name="page410"></a>(p. 410)</span> approuvant les projets de mon frère, de
+lui dire sans cesse qu'il ne sauroit être trop prudent et qu'il ne
faut rien hasarder.</p>
-<p>Je ne suis pas étonnée que la démarche que le Roi a faite le 4 février
-lui ait fait un grand tort dans l'esprit des étrangers. J'espère
-pourtant qu'elle n'a pas découragé nos alliés, et qu'ils auront enfin
-pitié de nous. Notre séjour ici nuit beaucoup aux affaires. Je
-voudrois pour tout au monde en être dehors, mais c'est bien difficile.
-Cependant, j'espère que cela viendra. Si j'ai cru un moment que nous
-avions bien fait de venir à Paris, depuis longtemps j'ai changé
+<p>Je ne suis pas étonnée que la démarche que le Roi a faite le 4 février
+lui ait fait un grand tort dans l'esprit des étrangers. J'espère
+pourtant qu'elle n'a pas découragé nos alliés, et qu'ils auront enfin
+pitié de nous. Notre séjour ici nuit beaucoup aux affaires. Je
+voudrois pour tout au monde en être dehors, mais c'est bien difficile.
+Cependant, j'espère que cela viendra. Si j'ai cru un moment que nous
+avions bien fait de venir à Paris, depuis longtemps j'ai changé
d'avis; mais, mon c&oelig;ur, si nous avions su profiter du moment,
croyez que nous aurions fait beaucoup de bien. Mais il falloit avoir
-de la fermeté; mais il falloit ne pas avoir peur que les provinces se
-fâchassent contre la capitale; il falloit affronter les dangers: nous
+de la fermeté; mais il falloit ne pas avoir peur que les provinces se
+fâchassent contre la capitale; il falloit affronter les dangers: nous
en serions sortis vainqueurs.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15449,41 +15404,41 @@ en serions sortis vainqueurs.</p>
<p class="date">Paris, ce 18 mai 1790.</p>
-<p>Tu auras vu par les papiers publics, ma chère enfant, qu'il avoit été
-question de ton mari à l'Assemblée, mais tu auras su en même temps que
-l'on n'avoit pas seulement écouté M. de Lameth. Ainsi, mon c&oelig;ur,
-cela ne doit pas t'inquiéter. Il y avoit quelqu'un qui, à propos du
+<p>Tu auras vu par les papiers publics, ma chère enfant, qu'il avoit été
+question de ton mari à l'Assemblée, mais tu auras su en même temps que
+l'on n'avoit pas seulement écouté M. de Lameth. Ainsi, mon c&oelig;ur,
+cela ne doit pas t'inquiéter. Il y avoit quelqu'un qui, à propos du
discours de M. de Lameth, disoit qu'apparemment il craignoit que ton
-mari ne rendît Venise aristocrate, puisqu'il ne vouloit pas qu'il y
-restât. J'ai trouvé ce propos charmant. Ta mère, qui assurément n'est
-pas froide sur tes intérêts, n'est point agitée de ce qui s'est passé.
+mari ne rendît Venise aristocrate, puisqu'il ne vouloit pas qu'il y
+restât. J'ai trouvé ce propos charmant. Ta mère, qui assurément n'est
+pas froide sur tes intérêts, n'est point agitée de ce qui s'est passé.
Ainsi, mon c&oelig;ur, laisse gronder l'orage sans te troubler.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page411" name="page411"></a>(p. 411)</span> Je t'envoie une lettre pour une femme que tu dois voir dans
-peu. Tu me manderas comment tu l'auras trouvée. Je te vois d'ici te
-changeant toutes les deux en fontaines. Dis à sa nièce bien des choses
+peu. Tu me manderas comment tu l'auras trouvée. Je te vois d'ici te
+changeant toutes les deux en fontaines. Dis à sa nièce bien des choses
de ma part sur la perte qu'elle vient de faire. Et puis, parle
beaucoup, avec le mari, de son corps, et tu seras aussi heureuse qu'il
-soit possible de l'être dans ce moment-ci. Pour moi, j'éprouve une
+soit possible de l'être dans ce moment-ci. Pour moi, j'éprouve une
vraie jouissance lorsque j'en reconnois quelques-uns dans les
galeries.</p>
-<p>Nous sommes enfin sortis de notre tanière. Le Roi va, je crois, monter
-à cheval pour la troisième fois, et moi j'y ai déjà monté une. Je n'ai
-pas été très-lasse, et je compte recommencer vendredi. Je vais ce
-matin à Bellevue. J'ai le besoin de voir un jardin anglois, et j'y
-vais pour cela. Pendant ce temps-là, l'Assemblée s'occupera d'ôter au
-Roi le droit de faire la paix ou la guerre. Bientôt, je pense qu'on
-lui ôtera le droit de porter sa couronne, car c'est à peu près tout ce
-qui lui reste. Tu sais sans doute ce qui se passe en Dauphiné et dans
+<p>Nous sommes enfin sortis de notre tanière. Le Roi va, je crois, monter
+à cheval pour la troisième fois, et moi j'y ai déjà monté une. Je n'ai
+pas été très-lasse, et je compte recommencer vendredi. Je vais ce
+matin à Bellevue. J'ai le besoin de voir un jardin anglois, et j'y
+vais pour cela. Pendant ce temps-là, l'Assemblée s'occupera d'ôter au
+Roi le droit de faire la paix ou la guerre. Bientôt, je pense qu'on
+lui ôtera le droit de porter sa couronne, car c'est à peu près tout ce
+qui lui reste. Tu sais sans doute ce qui se passe en Dauphiné et dans
les provinces adjacentes. La mort de De Bossette fait horreur.
-Qu'est-ce qu'il étoit au mari de ta nièce? Adieu, ma petite, je
+Qu'est-ce qu'il étoit au mari de ta nièce? Adieu, ma petite, je
t'embrasse et t'aime de tout mon c&oelig;ur. Comment va ton petit monstre
d'Henri?</p>
-<p>J'oubliois de te parler de la raison de ton mari. J'en suis édifiée,
-touchée et enchantée. Je voudrois savoir ta réforme faite, parce que
-c'est toujours un moment désagréable.</p>
+<p>J'oubliois de te parler de la raison de ton mari. J'en suis édifiée,
+touchée et enchantée. Je voudrois savoir ta réforme faite, parce que
+c'est toujours un moment désagréable.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15492,42 +15447,42 @@ c'est toujours un moment désagréable.</p>
<p class="date">Ce 27 juin 1790.</p>
-<p>Il y a longtemps que je ne vous ai écrit, ma petite Bombelinette.
-Aussi je prends ce soir les avances, afin de <span class="pagenum"><a id="page412" name="page412"></a>(p. 412)</span> n'être pas
-prise au dépourvu par la poste, comme il arrive souvent lorsque l'on a
-assez de goût pour la sainte paresse. Je ne vous parlerai pas de tous
-les décrets que l'on rend à la journée, et surtout de celui d'un
-certain samedi dont je ne sais plus le quantième. Il afflige peu des
+<p>Il y a longtemps que je ne vous ai écrit, ma petite Bombelinette.
+Aussi je prends ce soir les avances, afin de <span class="pagenum"><a id="page412" name="page412"></a>(p. 412)</span> n'être pas
+prise au dépourvu par la poste, comme il arrive souvent lorsque l'on a
+assez de goût pour la sainte paresse. Je ne vous parlerai pas de tous
+les décrets que l'on rend à la journée, et surtout de celui d'un
+certain samedi dont je ne sais plus le quantième. Il afflige peu des
personnes qu'il attaque, mais bien les malveillants et ceux qui l'ont
-rendu, car il est devenu le sujet de la dissipation des sociétés. Pour
-moi, j'espère bien m'appeler mademoiselle Capet, ou Hugues, ou Robert,
-car je ne crois pas que je puisse prendre le véritable, celui de
+rendu, car il est devenu le sujet de la dissipation des sociétés. Pour
+moi, j'espère bien m'appeler mademoiselle Capet, ou Hugues, ou Robert,
+car je ne crois pas que je puisse prendre le véritable, celui de
France. Cela m'amuse beaucoup; et si ces messieurs vouloient ne rendre
-que de ces décrets-là, je joindrois l'amour au profond respect dont je
-suis pénétrée pour eux. Tu trouveras mon style un peu léger, vu la
-circonstance; mais comme il ne contient pas de contre-révolution, tu
-me le pardonneras. Loin d'y penser, nous allons nous réjouir dans
-quinze jours avec toutes les milices du Royaume pour célébrer les
-fameuses journées du 14 et du 15 juillet, dont peut-être tu as entendu
-parler. On apprête le Champ de Mars. Il pourra contenir six cent mille
-âmes. J'espère, pour leur salut et pour le mien, qu'il ne fera pas le
-chaud qu'il a fait la semaine passée; car je crois que la messe que
-nous entendrons en ce moment pourroit être mal entendue, vu que, pour
+que de ces décrets-là, je joindrois l'amour au profond respect dont je
+suis pénétrée pour eux. Tu trouveras mon style un peu léger, vu la
+circonstance; mais comme il ne contient pas de contre-révolution, tu
+me le pardonneras. Loin d'y penser, nous allons nous réjouir dans
+quinze jours avec toutes les milices du Royaume pour célébrer les
+fameuses journées du 14 et du 15 juillet, dont peut-être tu as entendu
+parler. On apprête le Champ de Mars. Il pourra contenir six cent mille
+âmes. J'espère, pour leur salut et pour le mien, qu'il ne fera pas le
+chaud qu'il a fait la semaine passée; car je crois que la messe que
+nous entendrons en ce moment pourroit être mal entendue, vu que, pour
ma part, avec l'amour que j'ai pour le chaud, je crois que j'y
-crèverois. Sans cela, j'espère bien n'y pas laisser mon pauvre corps,
-qui pourroit bien, en quittant cet endroit, ne pas se rafraîchir de
-quelque temps; mais au contraire j'espère bien le ramener tout comme
-il y aura été. Pardonne-moi toutes ces bêtises; mais j'ai tant étouffé
-la semaine passée, et à la revue de la milice, et dans mon petit
+crèverois. Sans cela, j'espère bien n'y pas laisser mon pauvre corps,
+qui pourroit bien, en quittant cet endroit, ne pas se rafraîchir de
+quelque temps; mais au contraire j'espère bien le ramener tout comme
+il y aura été. Pardonne-moi toutes ces bêtises; mais j'ai tant étouffé
+la semaine passée, et à la revue de la milice, et dans mon petit
appartement, que j'en suis encore toute saisie. Et puis, il faut bien
rire un peu, cela fait du bien. Madame d'Aumale me disoit toujours,
dans mon enfance, qu'il falloit rire, que cela dilatoit les poumons.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page413" name="page413"></a>(p. 413)</span> J'achève ma lettre à Saint-Cloud. Me voilà rétablie dans le
-jardin, mon écritoire ou mon livre à la main; et là je prends patience
-et des forces pour le reste de ce que j'ai à faire. Ta mère, que je
-viens de quitter, se porte très-joliment. Adieu, je t'aime et
-t'embrasse de tout mon c&oelig;ur. As-tu sevré ton petit monstre, et
+<p><span class="pagenum"><a id="page413" name="page413"></a>(p. 413)</span> J'achève ma lettre à Saint-Cloud. Me voilà rétablie dans le
+jardin, mon écritoire ou mon livre à la main; et là je prends patience
+et des forces pour le reste de ce que j'ai à faire. Ta mère, que je
+viens de quitter, se porte très-joliment. Adieu, je t'aime et
+t'embrasse de tout mon c&oelig;ur. As-tu sevré ton petit monstre, et
comment t'en trouves-tu?</p>
<hr class="hr30">
@@ -15537,80 +15492,80 @@ comment t'en trouves-tu?</p>
<p class="date">Ce 10 juillet 1790.</p>
-<p>J'ai reçu ta lettre par ce Monsieur qui est retourné à Venise, mais
-trop tard pour y pouvoir répondre, en ayant une autre à écrire plus
-pressée. Nous touchons, ma chère enfant, comme le dit la chanson, au
-moment de la crise de la Fédération. Elle aura lieu mercredi; je suis
-bien convaincue qu'il ne s'y passera rien de très-fâcheux. M. le duc
-d'Orléans n'est pas encore ici, peut-être y sera-t-il ce soir ou
-demain; peut-être ne reviendra-t-il jamais. J'ai l'opinion que c'est à
-peu près indifférent. Il est tombé dans un tel mépris que sa présence
-sera cause de peu de mouvement. L'Assemblée paroît décidément séparée
+<p>J'ai reçu ta lettre par ce Monsieur qui est retourné à Venise, mais
+trop tard pour y pouvoir répondre, en ayant une autre à écrire plus
+pressée. Nous touchons, ma chère enfant, comme le dit la chanson, au
+moment de la crise de la Fédération. Elle aura lieu mercredi; je suis
+bien convaincue qu'il ne s'y passera rien de très-fâcheux. M. le duc
+d'Orléans n'est pas encore ici, peut-être y sera-t-il ce soir ou
+demain; peut-être ne reviendra-t-il jamais. J'ai l'opinion que c'est à
+peu près indifférent. Il est tombé dans un tel mépris que sa présence
+sera cause de peu de mouvement. L'Assemblée paroît décidément séparée
en deux partis, celui de M. de La Fayette et celui de M. le duc
-d'Orléans, autrement appelé celui des Lameth. Je dis cela parce que le
+d'Orléans, autrement appelé celui des Lameth. Je dis cela parce que le
public le croit; moi j'ai l'opinion qu'ils ne sont pas aussi mal
-ensemble qu'ils veulent le paroître. Que cela soit ou que cela ne soit
-pas, il paroît que celui de M. de La Fayette est beaucoup plus
-considérable, et cela doit être un bien, parce qu'il est moins
-sanguinaire, et paroît vouloir servir le Roi en consolidant l'ouvrage
-immortel dont Target<a id="footnotetag173" name="footnotetag173"></a><a href="#footnote173" title="Go to footnote 173"><span class="smaller">[173]</span></a> accoucha le 4 février de l'an 90.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page414" name="page414"></a>(p. 414)</span> Toutes les réflexions que tu fais sur le séjour du [Roi] sont
-très-justes, il y a longtemps que j'en suis convaincue; celles qui
-suivent sont bonnes à suivre, sont même nécessaires. Mais de tout cela
-il n'en sera rien, à moins que le Ciel ne s'en mêle. Prie-le bien fort
+ensemble qu'ils veulent le paroître. Que cela soit ou que cela ne soit
+pas, il paroît que celui de M. de La Fayette est beaucoup plus
+considérable, et cela doit être un bien, parce qu'il est moins
+sanguinaire, et paroît vouloir servir le Roi en consolidant l'ouvrage
+immortel dont Target<a id="footnotetag173" name="footnotetag173"></a><a href="#footnote173" title="Go to footnote 173"><span class="smaller">[173]</span></a> accoucha le 4 février de l'an 90.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page414" name="page414"></a>(p. 414)</span> Toutes les réflexions que tu fais sur le séjour du [Roi] sont
+très-justes, il y a longtemps que j'en suis convaincue; celles qui
+suivent sont bonnes à suivre, sont même nécessaires. Mais de tout cela
+il n'en sera rien, à moins que le Ciel ne s'en mêle. Prie-le bien fort
pour cela, car nous en avons grand besoin. Cela me fait bien de la
peine, parce que j'ai une certaine frayeur que l'ennui ne gagne tant
-que l'on ne puisse résister au désir de s'amuser un peu, et d'une
-manière qui peut être ou fort utile ou fort malheureuse pour
-l'éternité. Le choix est difficile à faire dans deux choses aussi
-rapprochées que celles-là, quoiqu'au premier coup d'&oelig;il elles
+que l'on ne puisse résister au désir de s'amuser un peu, et d'une
+manière qui peut être ou fort utile ou fort malheureuse pour
+l'éternité. Le choix est difficile à faire dans deux choses aussi
+rapprochées que celles-là, quoiqu'au premier coup d'&oelig;il elles
paroissent fort dissemblables. Mais ton esprit est si fin, si juste,
qu'il apercevra sans peine le point qui les unit sans que je me donne
-la peine de le démontrer. Si tu me trouves le sens commun, il faut
+la peine de le démontrer. Si tu me trouves le sens commun, il faut
convenir que tu seras bien indulgente.</p>
-<p>L'Assemblée a décrété hier que le Roi seroit seul avec elle dans la
-Fédération, le président à sa droite; le reste de sa famille sera, je
-crois, aux fenêtres de l'École militaire. Le Roi avoit désiré d'en
-être entouré; mais, comme de raison, on n'a pas pris garde aux désirs
-de celui qui n'a de pouvoir que celui que la Nation lui délègue. Tu
-sais que j'ai le bonheur de connoître beaucoup un des membres de cette
-auguste famille du siècle passé; eh bien, je vous fais part que tout
-cela lui est bien égal: elle n'en est affligée que par rapport à la
-Reine, pour qui c'est un soufflet donné à tour de bras, et d'autant
-mieux appliqué qu'il a été ménagé de loin, et que jusqu'au dernier
+<p>L'Assemblée a décrété hier que le Roi seroit seul avec elle dans la
+Fédération, le président à sa droite; le reste de sa famille sera, je
+crois, aux fenêtres de l'École militaire. Le Roi avoit désiré d'en
+être entouré; mais, comme de raison, on n'a pas pris garde aux désirs
+de celui qui n'a de pouvoir que celui que la Nation lui délègue. Tu
+sais que j'ai le bonheur de connoître beaucoup un des membres de cette
+auguste famille du siècle passé; eh bien, je vous fais part que tout
+cela lui est bien égal: elle n'en est affligée que par rapport à la
+Reine, pour qui c'est un soufflet donné à tour de bras, et d'autant
+mieux appliqué qu'il a été ménagé de loin, et que jusqu'au dernier
moment on avoit dit au Roi que le contraire passeroit.</p>
-<p>Je suis fâchée de penser que tu n'es plus à la campagne, parce que
-cela te fait du bien et du plaisir; mais je suis bien édifiée de ta
-résignation et de ton amour pour tes <span class="pagenum"><a id="page415" name="page415"></a>(p. 415)</span> devoirs. J'espère que
-tes enfants te ressembleront et serviront Dieu et leur maître comme de
-bons chrétiens, et tes enfants doivent servir l'un et l'autre, ayant
-de si bons exemples sous leurs yeux. A propos, je suis bien fâchée que
-ma phrase t'ait déplu, ce n'étoit pas mon intention, comme tu peux
-bien l'imaginer. Je n'ai pensé qu'au temps qu'il y avoit que ton mari
-ne s'étoit occupé de ce métier qui demande un peu de pratique, surtout
-s'il le suivoit dans la position où il est<a id="footnotetag174" name="footnotetag174"></a><a href="#footnote174" title="Go to footnote 174"><span class="smaller">[174]</span></a>. Mais je te fais
-réparation, et te dirai que je suis convaincue que le zèle que
-certainement il y mettroit pourroit suppléer à ce qui lui manqueroit
+<p>Je suis fâchée de penser que tu n'es plus à la campagne, parce que
+cela te fait du bien et du plaisir; mais je suis bien édifiée de ta
+résignation et de ton amour pour tes <span class="pagenum"><a id="page415" name="page415"></a>(p. 415)</span> devoirs. J'espère que
+tes enfants te ressembleront et serviront Dieu et leur maître comme de
+bons chrétiens, et tes enfants doivent servir l'un et l'autre, ayant
+de si bons exemples sous leurs yeux. A propos, je suis bien fâchée que
+ma phrase t'ait déplu, ce n'étoit pas mon intention, comme tu peux
+bien l'imaginer. Je n'ai pensé qu'au temps qu'il y avoit que ton mari
+ne s'étoit occupé de ce métier qui demande un peu de pratique, surtout
+s'il le suivoit dans la position où il est<a id="footnotetag174" name="footnotetag174"></a><a href="#footnote174" title="Go to footnote 174"><span class="smaller">[174]</span></a>. Mais je te fais
+réparation, et te dirai que je suis convaincue que le zèle que
+certainement il y mettroit pourroit suppléer à ce qui lui manqueroit
de science, si par hasard il en avoit perdu. Mais je ne puis te
-dissimuler que, malgré la grandeur de tes sentiments, je ne me soucie
-point du tout que ton mari soit appelé. J'ajouterai que je ne crois
-pas qu'il le doive en conscience, parce que son sort est fixé et qu'il
-ne peut le changer sans tout abandonner de bonne volonté ou de force.
-Pèse encore cette réflexion, et sois bien convaincue que je n'ai
-jamais eu le désir de te faire de la peine, notre amitié est trop
+dissimuler que, malgré la grandeur de tes sentiments, je ne me soucie
+point du tout que ton mari soit appelé. J'ajouterai que je ne crois
+pas qu'il le doive en conscience, parce que son sort est fixé et qu'il
+ne peut le changer sans tout abandonner de bonne volonté ou de force.
+Pèse encore cette réflexion, et sois bien convaincue que je n'ai
+jamais eu le désir de te faire de la peine, notre amitié est trop
vraie pour que tu puisses en douter. Tes parents se portent bien. Je
-t'embrasse de tout mon c&oelig;ur; je suis bien fâchée de ce que tu me
-mandes de Font. J'espère que tu te trompes; si cela étoit, que nous
-serions ou bêtes ou malheureuses! etc. Mais plus j'y réfléchis, ainsi
-qu'à ses propos, et moins je le crois.</p>
+t'embrasse de tout mon c&oelig;ur; je suis bien fâchée de ce que tu me
+mandes de Font. J'espère que tu te trompes; si cela étoit, que nous
+serions ou bêtes ou malheureuses! etc. Mais plus j'y réfléchis, ainsi
+qu'à ses propos, et moins je le crois.</p>
<p>M. de N., je crois, n'avoit pas besoin des conseils de l'homme dont tu
me parles pour le rejoindre. Je crois que l'autre n'auroit pas
-souffert un séjour plus long, mais c'est toujours fort bien à lui de
-l'avoir senti. S'il pouvoit de même se persuader de rester toujours où
+souffert un séjour plus long, mais c'est toujours fort bien à lui de
+l'avoir senti. S'il pouvoit de même se persuader de rester toujours où
il est avec l'autre, cela seroit bien heureux pour tout le monde.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15618,133 +15573,133 @@ il est avec l'autre, cela seroit bien heureux pour tout le monde.</p>
<h3><span class="pagenum"><a id="page416" name="page416"></a>(p. 416)</span> XXIII<br>
<span class="smaller">LA MARQUISE DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p class="date">Ce 16 août 1790.</p>
+<p class="date">Ce 16 août 1790.</p>
-<p>Eh bien, ma Bombe, tu es en colère contre moi; tu aurois raison si
+<p>Eh bien, ma Bombe, tu es en colère contre moi; tu aurois raison si
j'avois tort, mais, en conscience, je ne puis pas en convenir. Le
-Monsieur qui t'a apporté une lettre de ta mère en a, je crois, une de
+Monsieur qui t'a apporté une lettre de ta mère en a, je crois, une de
moi que je charge une autre personne de te remettre, ou si ce n'est
-pas lui, tu en recevras une du même temps; du moins il me semble
-qu'autant que je puis m'en ressouvenir, voilà la raison pour laquelle
-je ne lui en ai pas donné. Si je me trompe, et que je ne t'aie pas
-écrit du tout, c'est sûrement la faute du temps qui me manquoit; car
+pas lui, tu en recevras une du même temps; du moins il me semble
+qu'autant que je puis m'en ressouvenir, voilà la raison pour laquelle
+je ne lui en ai pas donné. Si je me trompe, et que je ne t'aie pas
+écrit du tout, c'est sûrement la faute du temps qui me manquoit; car
tu sais bien que, dans tous les moments, je serai bien aise de causer
-à mon aise avec toi, et que celui-ci étant encore plus intéressant, je
-ne le laisserai pas échapper. Au reste, pour obtenir tout à fait mon
-pardon, je te promets de t'écrire par la première occasion, si
-pourtant j'ai quelque chose à te mander; car je ne crois pas que vous
-désiriez que je vous fasse des contes.</p>
-
-<p>Je ne comprends pas pourquoi tu n'as pas encore reçu ton élixir, car
-Raigecourt te l'a envoyé il y a déjà quelque temps. Elle est à la
+à mon aise avec toi, et que celui-ci étant encore plus intéressant, je
+ne le laisserai pas échapper. Au reste, pour obtenir tout à fait mon
+pardon, je te promets de t'écrire par la première occasion, si
+pourtant j'ai quelque chose à te mander; car je ne crois pas que vous
+désiriez que je vous fasse des contes.</p>
+
+<p>Je ne comprends pas pourquoi tu n'as pas encore reçu ton élixir, car
+Raigecourt te l'a envoyé il y a déjà quelque temps. Elle est à la
campagne dans ce moment-ci, avec son mari, dans une nouvelle terre
-qu'ils ont achetée. Elle est agréable; mais ne pouvant en jouir pour
+qu'ils ont achetée. Elle est agréable; mais ne pouvant en jouir pour
Stani, elle lui fait beaucoup moins de plaisir. Je suis bien aise que
-ton pauvre Henry ne te donne plus d'inquiétude. La description que tu
+ton pauvre Henry ne te donne plus d'inquiétude. La description que tu
me fais de ta campagne fait bien envie. Jouissez-en bien, mon enfant;
-ne vous occupez point d'idées qui puissent rendre nul le bonheur que
-la nature vous offre. Joignez-y le véritable, celui d'une conscience
+ne vous occupez point d'idées qui puissent rendre nul le bonheur que
+la nature vous offre. Joignez-y le véritable, celui d'une conscience
bien pure, d'un c&oelig;ur bien rempli de l'objet qui seul peut consoler
<span class="pagenum"><a id="page417" name="page417"></a>(p. 417)</span> dans les maux qui accablent notre patrie, et tu pourras te
-vanter d'être philosophe, et philosophe chrétien, bien loin des
-principes de tes anciens amis, que l'expérience doit te faire juger
+vanter d'être philosophe, et philosophe chrétien, bien loin des
+principes de tes anciens amis, que l'expérience doit te faire juger
avec des yeux moins indulgents.</p>
-<p>La mère Bastide vient de terminer sa longue carrière avec le calme
-qu'elle a eu toute sa vie. Je l'ai vue depuis sa mort, elle n'étoit
-pas du tout changée. C'est bien jaune un cadavre, mais cela ne fait
-pas trop d'horreur. Je ne sais plus si tu en as vu, je ne crois pas, à
-moins que cela ne fût la mère Beaugeard<a id="footnotetag175" name="footnotetag175"></a><a href="#footnote175" title="Go to footnote 175"><span class="smaller">[175]</span></a>.</p>
+<p>La mère Bastide vient de terminer sa longue carrière avec le calme
+qu'elle a eu toute sa vie. Je l'ai vue depuis sa mort, elle n'étoit
+pas du tout changée. C'est bien jaune un cadavre, mais cela ne fait
+pas trop d'horreur. Je ne sais plus si tu en as vu, je ne crois pas, à
+moins que cela ne fût la mère Beaugeard<a id="footnotetag175" name="footnotetag175"></a><a href="#footnote175" title="Go to footnote 175"><span class="smaller">[175]</span></a>.</p>
-<p>Nous sommes toujours à Saint-Cloud, toujours dans la même position,
-attendant avec résignation ce que le Ciel nous réserve. Bonsoir, ma
-chère Bombe; je t'embrasse de tout mon c&oelig;ur, je t'aime beaucoup, et
-je voudrois bien être avec toi dans un petit coin de ta campagne.
-Bitche pense-t-il toujours à moi?</p>
+<p>Nous sommes toujours à Saint-Cloud, toujours dans la même position,
+attendant avec résignation ce que le Ciel nous réserve. Bonsoir, ma
+chère Bombe; je t'embrasse de tout mon c&oelig;ur, je t'aime beaucoup, et
+je voudrois bien être avec toi dans un petit coin de ta campagne.
+Bitche pense-t-il toujours à moi?</p>
<hr class="hr30">
<h3>XXIV<br>
<span class="smaller">A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS<a id="footnotetag176" name="footnotetag176"></a><a href="#footnote176" title="Go to footnote 176"><span class="smaller">[176]</span></a>.</span></h3>
-<p class="date">Ce 29 août 1790.</p>
+<p class="date">Ce 29 août 1790.</p>
-<p>J'ai reçu votre lettre, mon c&oelig;ur; elle m'a bien touchée; je n'ai
-jamais douté de vos sentiments pour moi, mais les marques que vous
-m'en donnez me font grand plaisir. Il m'auroit été infiniment agréable
+<p>J'ai reçu votre lettre, mon c&oelig;ur; elle m'a bien touchée; je n'ai
+jamais douté de vos sentiments pour moi, mais les marques que vous
+m'en donnez me font grand plaisir. Il m'auroit été infiniment agréable
de vous revoir cet automne, mais je sens la position de votre mari, et
-je consens très-fort au projet qu'il a formé de passer l'hiver en pays
-étranger. Je vous avoue même que votre position me le fait désirer: ce
-pays-ci est tranquille, mais d'un moment à l'autre il peut ne l'être
-plus. Vous êtes trop vive <span class="pagenum"><a id="page418" name="page418"></a>(p. 418)</span> pour vous exposer à faire vos
-couches dans un lieu où l'on peut craindre chaque jour quelque
-mouvement; votre santé n'y résisteroit pas; de plus, avec cette
-disposition-là, les suites de vos couches seroient beaucoup plus
-fâcheuses. Faites toutes ces réflexions pour vous aider, mon c&oelig;ur,
-à faire le sacrifice que la fortune de votre mari et sa position
-vis-à-vis de sa mère vous obligent de faire. Si de vous dire que je
+je consens très-fort au projet qu'il a formé de passer l'hiver en pays
+étranger. Je vous avoue même que votre position me le fait désirer: ce
+pays-ci est tranquille, mais d'un moment à l'autre il peut ne l'être
+plus. Vous êtes trop vive <span class="pagenum"><a id="page418" name="page418"></a>(p. 418)</span> pour vous exposer à faire vos
+couches dans un lieu où l'on peut craindre chaque jour quelque
+mouvement; votre santé n'y résisteroit pas; de plus, avec cette
+disposition-là, les suites de vos couches seroient beaucoup plus
+fâcheuses. Faites toutes ces réflexions pour vous aider, mon c&oelig;ur,
+à faire le sacrifice que la fortune de votre mari et sa position
+vis-à-vis de sa mère vous obligent de faire. Si de vous dire que je
l'approuve peut en effet vous le faire un peu mieux supporter, je vous
-le répéterai sans cesse; mais, mon c&oelig;ur, ce que je ne saurois trop
-vous répéter, et que je voudrois que vous eussiez gravé dans le
-c&oelig;ur et dans l'esprit, c'est que ce moment-ci doit être décisif
-pour votre bonheur et votre réputation. Vous allez être livrée à
-vous-même, dans un pays étranger, ne pouvant recevoir de conseil que
-de vous-même. Peut-être y rencontrerez-vous des Parisiens dont la
-réputation ne soit pas très-bonne: il est bien difficile dans un autre
+le répéterai sans cesse; mais, mon c&oelig;ur, ce que je ne saurois trop
+vous répéter, et que je voudrois que vous eussiez gravé dans le
+c&oelig;ur et dans l'esprit, c'est que ce moment-ci doit être décisif
+pour votre bonheur et votre réputation. Vous allez être livrée à
+vous-même, dans un pays étranger, ne pouvant recevoir de conseil que
+de vous-même. Peut-être y rencontrerez-vous des Parisiens dont la
+réputation ne soit pas très-bonne: il est bien difficile dans un autre
pays de ne pas voir ses compatriotes; mais ne les voyez qu'avec une
-telle prudence, réglez tellement vos démarches sur la raison, que nul
-ne puisse tenir un propos sur vous. Surtout, mon c&oelig;ur, cherchez à
-plaire à votre mari; quoique vous ne m'ayez jamais parlé de lui, je le
-connois assez pour savoir qu'il a de bonnes qualités, mais qu'il peut
+telle prudence, réglez tellement vos démarches sur la raison, que nul
+ne puisse tenir un propos sur vous. Surtout, mon c&oelig;ur, cherchez à
+plaire à votre mari; quoique vous ne m'ayez jamais parlé de lui, je le
+connois assez pour savoir qu'il a de bonnes qualités, mais qu'il peut
en avoir qui ne vous plaisent pas autant. Faites-vous la loi de ne
-jamais vous arrêter sur celles-là, et surtout de ne jamais permettre
-que l'on vous en parle; vous le lui devez, vous vous le devez à
-vous-même. Cherchez à fixer son c&oelig;ur: si vous le possédez bien,
-vous serez toujours heureuse. Rendez-lui sa maison agréable, qu'il y
-retrouve toujours une femme empressée à lui plaire, occupée de ses
-devoirs, de ses enfants, et vous gagnerez par là sa confiance; et si
+jamais vous arrêter sur celles-là, et surtout de ne jamais permettre
+que l'on vous en parle; vous le lui devez, vous vous le devez à
+vous-même. Cherchez à fixer son c&oelig;ur: si vous le possédez bien,
+vous serez toujours heureuse. Rendez-lui sa maison agréable, qu'il y
+retrouve toujours une femme empressée à lui plaire, occupée de ses
+devoirs, de ses enfants, et vous gagnerez par là sa confiance; et si
une fois vous l'avez bien, vous ferez, avec l'esprit que le Ciel vous
-a donné, et un peu d'adresse, tout ce que vous voudrez. Mais, ma
-chère enfant, songez avant tout à sanctifier toutes <span class="pagenum"><a id="page419" name="page419"></a>(p. 419)</span> vos
-bonnes qualités par un grand amour pour Dieu; pratiquez votre
+a donné, et un peu d'adresse, tout ce que vous voudrez. Mais, ma
+chère enfant, songez avant tout à sanctifier toutes <span class="pagenum"><a id="page419" name="page419"></a>(p. 419)</span> vos
+bonnes qualités par un grand amour pour Dieu; pratiquez votre
religion, vous y trouverez une force, des ressources dans toutes vos
-peines, des consolations qu'elle seule peut faire goûter. Ah! y a-t-il
-un bonheur plus grand que celui d'être toujours bien avec sa
+peines, des consolations qu'elle seule peut faire goûter. Ah! y a-t-il
+un bonheur plus grand que celui d'être toujours bien avec sa
conscience? Conservez-le, ce bonheur, et vous verrez que les tourments
-de la vie sont bien peu de chose comparés avec les tourments
-qu'éprouvent les gens livrés à toutes les passions. Que la dévotion de
-votre belle-mère ne vous en dégoûte pas: il est des gens à qui le Ciel
-n'accorde pas la grâce de la connoître sous son vrai jour; il faut
-prier que le Ciel l'éclaire. Je suis bien aise que votre mari
-connoisse ses défauts, mais je serois fâchée que par des plaisanteries
+de la vie sont bien peu de chose comparés avec les tourments
+qu'éprouvent les gens livrés à toutes les passions. Que la dévotion de
+votre belle-mère ne vous en dégoûte pas: il est des gens à qui le Ciel
+n'accorde pas la grâce de la connoître sous son vrai jour; il faut
+prier que le Ciel l'éclaire. Je suis bien aise que votre mari
+connoisse ses défauts, mais je serois fâchée que par des plaisanteries
ou autrement vous les lui fassiez remarquer. Pardon, mon c&oelig;ur, de
tout mon bavardage; mais je vous aime trop pour ne pas vous dire tout
-ce que je crois utile à votre bonheur. Vous me dites, avec toute
-l'amabilité dont vous êtes capable, que si vous valez quelque chose
-vous me le devez; prenez-y garde, c'est m'encourager à vous ennuyer
+ce que je crois utile à votre bonheur. Vous me dites, avec toute
+l'amabilité dont vous êtes capable, que si vous valez quelque chose
+vous me le devez; prenez-y garde, c'est m'encourager à vous ennuyer
encore.</p>
-<p>Mandez-moi si vous avez reçu une lettre de moi, que je vous ai écrite
-peu de jours après la Fédération; il y en avoit une pour votre
-belle-mère: comme c'est une occasion, elle a été longtemps en chemin.
-Adieu, mon c&oelig;ur, écrivez-moi tant que vous en aurez le désir. Si
+<p>Mandez-moi si vous avez reçu une lettre de moi, que je vous ai écrite
+peu de jours après la Fédération; il y en avoit une pour votre
+belle-mère: comme c'est une occasion, elle a été longtemps en chemin.
+Adieu, mon c&oelig;ur, écrivez-moi tant que vous en aurez le désir. Si
vous avez besoin d'ouvrir votre c&oelig;ur, ouvrez-le-moi, et croyez que
-vous ne pouvez pas vous adresser à quelqu'un qui vous aime plus
+vous ne pouvez pas vous adresser à quelqu'un qui vous aime plus
tendrement que moi. Vous me manderez votre adresse. J'oubliois de vous
-répondre pour M. d'A. Ne pouvant, vu la position de mes affaires, rien
-faire pour lui dans ce moment, je désire que vous priiez la personne
-qui vous en a parlé, s'il se trouvoit dans une position plus critique,
-qu'il est toujours à craindre que les circonstances amènent, de vous
+répondre pour M. d'A. Ne pouvant, vu la position de mes affaires, rien
+faire pour lui dans ce moment, je désire que vous priiez la personne
+qui vous en a parlé, s'il se trouvoit dans une position plus critique,
+qu'il est toujours à craindre que les circonstances amènent, de vous
le mander; pour lors je ferois ce qu'il me seroit possible, et cela
seroit plus naturel que de leur <span class="pagenum"><a id="page420" name="page420"></a>(p. 420)</span> envoyer de but en blanc, je
-craindrois que leur amour-propre n'en fût choqué. Dites à votre mari
-de ma part que j'espère que votre économie, et la sienne, fera qu'au
+craindrois que leur amour-propre n'en fût choqué. Dites à votre mari
+de ma part que j'espère que votre économie, et la sienne, fera qu'au
printemps je pourrai avoir le plaisir de vous voir. Recommandez-lui
-aussi de me donner de vos nouvelles dès que vous serez accouchée.
+aussi de me donner de vos nouvelles dès que vous serez accouchée.
J'embrasse vous et votre fils de tout mon c&oelig;ur.</p>
-<p>Dites bien des choses à votre belle-mère; je lui écrirai dans peu.
-Bombe se porte bien. Je suis bien fâchée que le mariage de Pauline ne
+<p>Dites bien des choses à votre belle-mère; je lui écrirai dans peu.
+Bombe se porte bien. Je suis bien fâchée que le mariage de Pauline ne
se fasse pas.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15754,113 +15709,113 @@ se fasse pas.</p>
<p class="date">Ce 27 septembre 1790.</p>
-<p>Te voilà donc à Genève, mon c&oelig;ur, te voilà à seize lieues de tes
-parents, et ne pouvant pas y aller; je conçois la peine que cela te
-fait, mais je suis enchantée du courage que tu y as mis. Qu'il est
-bien fait d'éviter par des plaintes inutiles de mettre du froid,
-souvent de l'humeur, dans le ménage: une femme doit tout sacrifier
-pour que la paix y règne, et voilà ce que Démon commence à sentir;
-cela me fait un plaisir extrême, car j'aime Démon de tout mon c&oelig;ur;
-je désire la voir heureuse, mais je veux par-dessus tout la savoir
+<p>Te voilà donc à Genève, mon c&oelig;ur, te voilà à seize lieues de tes
+parents, et ne pouvant pas y aller; je conçois la peine que cela te
+fait, mais je suis enchantée du courage que tu y as mis. Qu'il est
+bien fait d'éviter par des plaintes inutiles de mettre du froid,
+souvent de l'humeur, dans le ménage: une femme doit tout sacrifier
+pour que la paix y règne, et voilà ce que Démon commence à sentir;
+cela me fait un plaisir extrême, car j'aime Démon de tout mon c&oelig;ur;
+je désire la voir heureuse, mais je veux par-dessus tout la savoir
remplissant bien tous ses devoirs, ayant une bonne conduite, ferme et
-réfléchie, qui la mette dans le cas de n'avoir jamais de remords; et
-pour lors je serai assurée de son bonheur, parce qu'il consiste,
+réfléchie, qui la mette dans le cas de n'avoir jamais de remords; et
+pour lors je serai assurée de son bonheur, parce qu'il consiste,
par-dessus tout, dans la paix de la conscience, et qu'avec l'aide de
Dieu, lorsque la conscience ne reproche rien, on supporte facilement
-les peines et les contrariétés dont ce monde est semé. Je ne vous
-gronderai pas, mon petit Démon, d'avoir le c&oelig;ur serré, il est des
-occasions où il est <span class="pagenum"><a id="page421" name="page421"></a>(p. 421)</span> difficile de lui faire violence, mais
-j'espérerai toujours qu'un courage chrétien vous mettra dans le cas de
+les peines et les contrariétés dont ce monde est semé. Je ne vous
+gronderai pas, mon petit Démon, d'avoir le c&oelig;ur serré, il est des
+occasions où il est <span class="pagenum"><a id="page421" name="page421"></a>(p. 421)</span> difficile de lui faire violence, mais
+j'espérerai toujours qu'un courage chrétien vous mettra dans le cas de
ne pas le montrer. Votre devoir vous fait la loi de respecter les
-volontés de votre mari, soumettez-vous-y, et n'employez jamais
-vis-à-vis de lui d'autres armes que celles de la persuasion.</p>
+volontés de votre mari, soumettez-vous-y, et n'employez jamais
+vis-à-vis de lui d'autres armes que celles de la persuasion.</p>
<p>Non, mon c&oelig;ur, jamais je ne pourrai assimiler vos sentiments avec
ceux de la personne dont vous me parlez; je ne doute pas de votre
-attachement, j'aime à croire que vous ne changerez jamais, et me fais
+attachement, j'aime à croire que vous ne changerez jamais, et me fais
un plaisir de penser que sous tous les rapports votre conduite me
mettra dans le cas de vous aimer toujours. Ce seroit une vraie peine
-pour moi d'être obligée de changer; mais, mon c&oelig;ur, si vous mettez
-quelque prix à mon amitié, songez que c'est à votre bonne conduite que
+pour moi d'être obligée de changer; mais, mon c&oelig;ur, si vous mettez
+quelque prix à mon amitié, songez que c'est à votre bonne conduite que
vous la devrez. Si vous trouvez une occasion, mandez-moi, je vous en
prie, ce qui vous a fait quitter si brusquement les Fraises; si vous
-avez eu quelques torts de vivacité, ayez la bonne foi de me les
-avouer, et mandez-moi un peu comment vous êtes avec votre mari. Si je
-vous fais des questions indiscrètes, pardonnez-les, mon c&oelig;ur, à
-l'intérêt que je prends à tout ce qui vous touche. Vous ferez bien de
+avez eu quelques torts de vivacité, ayez la bonne foi de me les
+avouer, et mandez-moi un peu comment vous êtes avec votre mari. Si je
+vous fais des questions indiscrètes, pardonnez-les, mon c&oelig;ur, à
+l'intérêt que je prends à tout ce qui vous touche. Vous ferez bien de
nourrir votre fille (car je suis convaincue que vous en aurez une);
-ménagez-vous bien, calmez votre sang autant que possible, n'exagérez
-en rien l'éducation physique que vous lui donnerez, suivez les
-conseils des gens sages et éclairés, et surtout apprenez à tenir un
-enfant, car au premier jour vous l'étoufferez si vous n'avez pas plus
+ménagez-vous bien, calmez votre sang autant que possible, n'exagérez
+en rien l'éducation physique que vous lui donnerez, suivez les
+conseils des gens sages et éclairés, et surtout apprenez à tenir un
+enfant, car au premier jour vous l'étoufferez si vous n'avez pas plus
de talent que vous n'en aviez pour Stani<a id="footnotetag177" name="footnotetag177"></a><a href="#footnote177" title="Go to footnote 177"><span class="smaller">[177]</span></a>. Il est bien gentil de
-penser à moi; j'espère que ta petite m'aimera un peu, à l'exemple de
-son frère.</p>
+penser à moi; j'espère que ta petite m'aimera un peu, à l'exemple de
+son frère.</p>
-<p>Que vous faites bien, mon c&oelig;ur, de ne chercher à vous lier qu'avec
+<p>Que vous faites bien, mon c&oelig;ur, de ne chercher à vous lier qu'avec
des femmes raisonnables! Rien de plus dangereux <span class="pagenum"><a id="page422" name="page422"></a>(p. 422)</span> pour une
-jeune personne que des femmes qui n'ont pas de très-bons principes,
+jeune personne que des femmes qui n'ont pas de très-bons principes,
rien ne les perd plus vite. Adieu, mon c&oelig;ur, je vous embrasse bien
tendrement; donnez-moi souvent de vos nouvelles.</p>
-<p>A propos, j'oubliois de vous dire que l'on est très-sévère pour la
+<p>A propos, j'oubliois de vous dire que l'on est très-sévère pour la
femme dont nous parlions plus haut; ses principes du moment sont
-mauvais, mais je crois sa conduite intérieure intacte; elle est
-inconséquente, voilà ce qui la perdra de réputation, mais je crois
-pouvoir répondre que son c&oelig;ur est pur et droit.</p>
+mauvais, mais je crois sa conduite intérieure intacte; elle est
+inconséquente, voilà ce qui la perdra de réputation, mais je crois
+pouvoir répondre que son c&oelig;ur est pur et droit.</p>
<hr class="hr30">
<h3>XXVI<br>
<span class="smaller">A MADAME DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p class="date">Ce 2 décembre 1790.</p>
+<p class="date">Ce 2 décembre 1790.</p>
-<p>Je profite, ma Bombe, du départ de l'ambassadeur<a id="footnotetag178" name="footnotetag178"></a><a href="#footnote178" title="Go to footnote 178"><span class="smaller">[178]</span></a> pour causer un
-petit moment avec toi, pour gémir sur les malheurs de ma patrie et sur
-le peu de remède qui se présente. La religion plus attaquée que jamais
+<p>Je profite, ma Bombe, du départ de l'ambassadeur<a id="footnotetag178" name="footnotetag178"></a><a href="#footnote178" title="Go to footnote 178"><span class="smaller">[178]</span></a> pour causer un
+petit moment avec toi, pour gémir sur les malheurs de ma patrie et sur
+le peu de remède qui se présente. La religion plus attaquée que jamais
me donne lieu de craindre que Dieu ne nous abandonne totalement. On
-dit que les provinces souffrent avec peine l'exécution des décrets sur
-la cessation du service divin dans les cathédrales, mais avec cela
-elles sont fermées. Il en est ainsi de tout: on gémit, mais le mal ne
-s'en opère pas moins. De temps en temps la Providence nous ménage
-quelques rayons d'espoir, mais leur lumière est bien vite effacée.
-Mais ne nous livrons pas à des idées si tristes, parlons de l'oncle de
+dit que les provinces souffrent avec peine l'exécution des décrets sur
+la cessation du service divin dans les cathédrales, mais avec cela
+elles sont fermées. Il en est ainsi de tout: on gémit, mais le mal ne
+s'en opère pas moins. De temps en temps la Providence nous ménage
+quelques rayons d'espoir, mais leur lumière est bien vite effacée.
+Mais ne nous livrons pas à des idées si tristes, parlons de l'oncle de
la petite-fille de Vitry<a id="footnotetag179" name="footnotetag179"></a><a href="#footnote179" title="Go to footnote 179"><span class="smaller">[179]</span></a> que tu connois. Sa position est toujours
-critique; il paroît que son commerce se remettroit si ses parents
-vouloient l'aider, mais il a affaire à des gens peu confiants, et ce
-défaut-là est tellement dans <span class="pagenum"><a id="page423" name="page423"></a>(p. 423)</span> leur caractère, qu'ils ne
+critique; il paroît que son commerce se remettroit si ses parents
+vouloient l'aider, mais il a affaire à des gens peu confiants, et ce
+défaut-là est tellement dans <span class="pagenum"><a id="page423" name="page423"></a>(p. 423)</span> leur caractère, qu'ils ne
confieroient pas la moindre lettre de change aux gens les plus habiles
-pour la faire valoir. J'en ai encore la triste expérience sous mes
+pour la faire valoir. J'en ai encore la triste expérience sous mes
yeux, et cela me fait de la peine, parce que tu sais combien je
-m'intéresse à eux. Et puis, je sens que l'oncle doit être fatigué et
-ennuyé à l'excès de voir sa maison de banque ruinée. Il pouvoit
+m'intéresse à eux. Et puis, je sens que l'oncle doit être fatigué et
+ennuyé à l'excès de voir sa maison de banque ruinée. Il pouvoit
chercher d'autres amis que ses parents pour demander conseil, et comme
-la plus grande partie de l'héritage qu'il attend vient d'eux, il
-seroit ruiné à pure perte. Tout cela est affligeant. De tout côté,
-l'on voit des familles dans la désolation, pour les affaires publiques
-et particulières. Bon Dieu, dans quel temps nous avez-vous fait
-naître! Moi qui, il y a quelques années, me réjouissois de n'être pas
-née dans le siècle passé! Grand Dieu! que les lumières des hommes sont
-bornées, même dans les choses qui paroissent les plus simples!</p>
-
-<p>Je n'ai pas été inquiète, comme je l'aurois pu, des dangers qu'a
-courus mon frère; tu sais qu'en général je ne crois au mal que
-lorsqu'il est fait. J'ai conservé ce caractère, quoiqu'une triste
-expérience eût dû me rendre plus craintive. Je crois que c'est une
-grâce du Ciel, car sans cela je n'existerois pas. Il a préservé ma
+la plus grande partie de l'héritage qu'il attend vient d'eux, il
+seroit ruiné à pure perte. Tout cela est affligeant. De tout côté,
+l'on voit des familles dans la désolation, pour les affaires publiques
+et particulières. Bon Dieu, dans quel temps nous avez-vous fait
+naître! Moi qui, il y a quelques années, me réjouissois de n'être pas
+née dans le siècle passé! Grand Dieu! que les lumières des hommes sont
+bornées, même dans les choses qui paroissent les plus simples!</p>
+
+<p>Je n'ai pas été inquiète, comme je l'aurois pu, des dangers qu'a
+courus mon frère; tu sais qu'en général je ne crois au mal que
+lorsqu'il est fait. J'ai conservé ce caractère, quoiqu'une triste
+expérience eût dû me rendre plus craintive. Je crois que c'est une
+grâce du Ciel, car sans cela je n'existerois pas. Il a préservé ma
famille de tant de maux que je serois ingrate si n'avois pas toute
confiance en lui. Adieu, ma petite; prie-le bien pour le moment
-présent et pour l'avenir. Mais demande-lui par-dessus tout que la foi
-soit conservée dans ce royaume, et qu'il éloigne de nous les schismes
+présent et pour l'avenir. Mais demande-lui par-dessus tout que la foi
+soit conservée dans ce royaume, et qu'il éloigne de nous les schismes
qui nous menacent. Adieu, je t'aime de tout mon c&oelig;ur, et suis par
-conséquent charmée de te savoir bien loin; c'est un des effets de la
-révolution.</p>
+conséquent charmée de te savoir bien loin; c'est un des effets de la
+révolution.</p>
-<p>Dites à la comtesse D.<a id="footnotetag180" name="footnotetag180"></a><a href="#footnote180" title="Go to footnote 180"><span class="smaller">[180]</span></a>, en cas que cette lettre arrive avant
-celle que je lui écrirai lundi, qu'elle va être payée <span class="pagenum"><a id="page424" name="page424"></a>(p. 424)</span> de ses
-appointements, mais qu'il faudroit qu'elle chargeât quelqu'un de sûr
-de recevoir pour elle, de manière que ses créanciers ne puissent pas
+<p>Dites à la comtesse D.<a id="footnotetag180" name="footnotetag180"></a><a href="#footnote180" title="Go to footnote 180"><span class="smaller">[180]</span></a>, en cas que cette lettre arrive avant
+celle que je lui écrirai lundi, qu'elle va être payée <span class="pagenum"><a id="page424" name="page424"></a>(p. 424)</span> de ses
+appointements, mais qu'il faudroit qu'elle chargeât quelqu'un de sûr
+de recevoir pour elle, de manière que ses créanciers ne puissent pas
s'emparer de cet argent.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15868,40 +15823,40 @@ s'emparer de cet argent.</p>
<h3>XXVII<br>
<span class="smaller">A MADAME DE RAIGECOURT.</span></h3>
-<p class="date">30 décembre 1790.</p>
+<p class="date">30 décembre 1790.</p>
-<p>Je vois d'ici <em>ta perfection</em> étant dans une douleur mortelle de
-l'acceptation que le Roi vient de donner. Dieu nous réservoit ce coup:
+<p>Je vois d'ici <em>ta perfection</em> étant dans une douleur mortelle de
+l'acceptation que le Roi vient de donner. Dieu nous réservoit ce coup:
qu'il soit le dernier, et qu'il ne permette pas que le schisme
-s'établisse. Voilà tout ce que je demande. La réponse du Pape n'est
-point arrivée, je crois; elle est bien intéressante. Au reste, mon
-c&oelig;ur, cette acceptation a été donnée le jour de saint Étienne.
-Apparemment que ce bienheureux martyr doit être maintenant notre
-modèle. Tu sais que je n'ai point d'horreur pour les coups de pierres;
-ainsi cela m'arrange assez. On dit qu'il y a sept curés de Paris qui
-ont prêté le serment. Je ne croyois pas que le nombre fut aussi
-considérable. Tout cela fait un très-mauvais effet dans mon âme; car,
-loin de me rendre dévote, cela m'ôte tout espoir que la colère de Dieu
-s'apaise. Tu sens bien que ton curé est bien décidé à suivre la loi de
-l'Évangile, et non celle que l'on veut établir. On dit qu'un membre de
+s'établisse. Voilà tout ce que je demande. La réponse du Pape n'est
+point arrivée, je crois; elle est bien intéressante. Au reste, mon
+c&oelig;ur, cette acceptation a été donnée le jour de saint Étienne.
+Apparemment que ce bienheureux martyr doit être maintenant notre
+modèle. Tu sais que je n'ai point d'horreur pour les coups de pierres;
+ainsi cela m'arrange assez. On dit qu'il y a sept curés de Paris qui
+ont prêté le serment. Je ne croyois pas que le nombre fut aussi
+considérable. Tout cela fait un très-mauvais effet dans mon âme; car,
+loin de me rendre dévote, cela m'ôte tout espoir que la colère de Dieu
+s'apaise. Tu sens bien que ton curé est bien décidé à suivre la loi de
+l'Évangile, et non celle que l'on veut établir. On dit qu'un membre de
la commune a voulu gagner celui de Sainte-Marguerite, en lui disant
-que l'estime que l'on avoit pour lui, la prépondérance qu'il avoit
-dans le monde, seroient capables de ramener la paix en entraînant les
-esprits. Le curé lui a répondu: «Monsieur, c'est par toutes les
-raisons que vous venez de me donner que je ne prêterai pas le serment,
-et que je n'agirai pas contre ma conscience.» Une chose que ceci m'a
-fait découvrir et qui fait horreur, c'est combien les curés de
+que l'estime que l'on avoit pour lui, la prépondérance qu'il avoit
+dans le monde, seroient capables de ramener la paix en entraînant les
+esprits. Le curé lui a répondu: «Monsieur, c'est par toutes les
+raisons que vous venez de me donner que je ne prêterai pas le serment,
+et que je n'agirai pas contre ma conscience.» Une chose que ceci m'a
+fait découvrir et qui fait horreur, c'est combien les curés de
campagne sont peu instruits.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page425" name="page425"></a>(p. 425)</span> Je suis confondue de ce que tu m'as mandé de la part de ton
-mari. Tâche de me dire que tu lui as donné cet ordre. Ses affaires ne
-vont pas bien. La personne qui lui a fait connoître celui qui devoit
-lui faire faire cette acquisition lui a envoyé trois paquets avec
-prière d'en accuser réception. Il n'en a pas entendu parler.
-Demande-lui si c'est qu'il ne les a pas reçus, et réponds-moi, parce
-que je le dirai à la personne intéressée.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page425" name="page425"></a>(p. 425)</span> Je suis confondue de ce que tu m'as mandé de la part de ton
+mari. Tâche de me dire que tu lui as donné cet ordre. Ses affaires ne
+vont pas bien. La personne qui lui a fait connoître celui qui devoit
+lui faire faire cette acquisition lui a envoyé trois paquets avec
+prière d'en accuser réception. Il n'en a pas entendu parler.
+Demande-lui si c'est qu'il ne les a pas reçus, et réponds-moi, parce
+que je le dirai à la personne intéressée.</p>
-<p>Adieu, je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur et vous aime de même.</p>
+<p>Adieu, je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur et vous aime de même.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15910,44 +15865,44 @@ que je le dirai à la personne intéressée.</p>
<p class="date">Ce 7 janvier 1791.</p>
-<p>Des gens plus diligents que moi vous auront sûrement mandé ce qui
-s'est passé à l'Assemblée mardi: enfin, mon c&oelig;ur, la Religion s'est
-rendue maîtresse de la peur. Dieu a parlé au c&oelig;ur des évêques et
-des curés. Ils ont senti tout ce que leur caractère leur inspiroit de
-devoirs, ils ont déclaré qu'ils ne prêteroient pas le serment. Pour le
-moins vingt du côté de gauche se sont rétractés; on n'a pas voulu les
-écouter. Mais Dieu les voyoit, et leur aura pardonné une erreur causée
-par toutes les voies de séduction dont il est possible de se servir.
-Un curé du côté gauche a mis beaucoup de fermeté pour ne pas le
-prêter. On dit que cette journée désappointe bien des gens: tant pis
-pour eux; ils n'ont que ce qu'ils méritent; mais ce qu'il y a de
+<p>Des gens plus diligents que moi vous auront sûrement mandé ce qui
+s'est passé à l'Assemblée mardi: enfin, mon c&oelig;ur, la Religion s'est
+rendue maîtresse de la peur. Dieu a parlé au c&oelig;ur des évêques et
+des curés. Ils ont senti tout ce que leur caractère leur inspiroit de
+devoirs, ils ont déclaré qu'ils ne prêteroient pas le serment. Pour le
+moins vingt du côté de gauche se sont rétractés; on n'a pas voulu les
+écouter. Mais Dieu les voyoit, et leur aura pardonné une erreur causée
+par toutes les voies de séduction dont il est possible de se servir.
+Un curé du côté gauche a mis beaucoup de fermeté pour ne pas le
+prêter. On dit que cette journée désappointe bien des gens: tant pis
+pour eux; ils n'ont que ce qu'ils méritent; mais ce qu'il y a de
triste, c'est qu'ils s'en vengeront, Dieu seul sait comment. Qu'il ne
-nous abandonne pas tout à fait, voilà à quoi nous devons borner nos
-v&oelig;ux. Je n'ai point de goût pour les martyres; mais je sens que je
-serois très-aise d'avoir la certitude de le souffrir plutôt que
-d'abandonner le moindre article de ma foi. J'espère que si j'y suis
-destinée, Dieu <span class="pagenum"><a id="page426" name="page426"></a>(p. 426)</span> m'en donnera la force. Il est si bon, si bon!
-C'est un père si occupé du véritable bonheur de ses enfants, que nous
-devons avoir toute confiance en lui. As-tu été touchée, le jour des
-Rois, de la bonté de Dieu qui appela les gentils à lui dans ce moment?
-Ces gentils, c'étoit nous. Remercions-le donc bien; soyons fidèles à
+nous abandonne pas tout à fait, voilà à quoi nous devons borner nos
+v&oelig;ux. Je n'ai point de goût pour les martyres; mais je sens que je
+serois très-aise d'avoir la certitude de le souffrir plutôt que
+d'abandonner le moindre article de ma foi. J'espère que si j'y suis
+destinée, Dieu <span class="pagenum"><a id="page426" name="page426"></a>(p. 426)</span> m'en donnera la force. Il est si bon, si bon!
+C'est un père si occupé du véritable bonheur de ses enfants, que nous
+devons avoir toute confiance en lui. As-tu été touchée, le jour des
+Rois, de la bonté de Dieu qui appela les gentils à lui dans ce moment?
+Ces gentils, c'étoit nous. Remercions-le donc bien; soyons fidèles à
notre foi; ranimons-la; ne perdons jamais de vue ce que nous lui
devons, et sur tout le reste abandonnons-nous avec une confiance
vraiment filiale.</p>
-<p>J'ai eu, ces jours-ci, une peine bien réelle, que tu partageras sans
+<p>J'ai eu, ces jours-ci, une peine bien réelle, que tu partageras sans
doute: cette pauvre madame de Cimery<a id="footnotetag181" name="footnotetag181"></a><a href="#footnote181" title="Go to footnote 181"><span class="smaller">[181]</span></a> qui, comme tu sais, avoit
-mal au sein depuis cinq semaines, étoit presque alitée; dans la nuit
-du dimanche au lundi, son âme, après avoir reçu le matin son Créateur,
-a été prendre sa place dans le ciel; car j'espère bien qu'elle est
-heureuse, et qu'elle a reçu la récompense d'une vie entière de vertu
+mal au sein depuis cinq semaines, étoit presque alitée; dans la nuit
+du dimanche au lundi, son âme, après avoir reçu le matin son Créateur,
+a été prendre sa place dans le ciel; car j'espère bien qu'elle est
+heureuse, et qu'elle a reçu la récompense d'une vie entière de vertu
et de malheur.</p>
-<p>Je la regrette vivement: elle étoit d'une grande ressource pour moi;
-et jamais je ne la pourrai remplacer, non pas pour les qualités que je
-puis désirer dans une première femme, mais dans celles qui convenoient
-à mon c&oelig;ur, à mon esprit et à mes sentiments. Je la regrette comme
-mon amie, mais je la crois heureuse, et cette idée me console.</p>
+<p>Je la regrette vivement: elle étoit d'une grande ressource pour moi;
+et jamais je ne la pourrai remplacer, non pas pour les qualités que je
+puis désirer dans une première femme, mais dans celles qui convenoient
+à mon c&oelig;ur, à mon esprit et à mes sentiments. Je la regrette comme
+mon amie, mais je la crois heureuse, et cette idée me console.</p>
<hr class="hr30">
@@ -15956,106 +15911,106 @@ mon amie, mais je la crois heureuse, et cette idée me console.</p>
<p class="date">Ce 24 janvier 1791.</p>
-<p>Enfin, ma Bombe, nous voilà arrivées à l'instant où il faut que je te
-dise ma façon de penser sur la conduite de ton mari. La délicatesse
-de ma conscience m'a empêchée <span class="pagenum"><a id="page427" name="page427"></a>(p. 427)</span> jusqu'à ce moment de t'en
-parler. Tes parents, comme tu sais, désiroient vivement que ton mari
-se soumît à l'ordre de l'Assemblée et du Roi. L'état des affaires de
-ton mari pouvoit être d'un si grand poids, qu'il me paroissoit
-possible qu'il pût l'emporter sur les considérations qui ont décidé
+<p>Enfin, ma Bombe, nous voilà arrivées à l'instant où il faut que je te
+dise ma façon de penser sur la conduite de ton mari. La délicatesse
+de ma conscience m'a empêchée <span class="pagenum"><a id="page427" name="page427"></a>(p. 427)</span> jusqu'à ce moment de t'en
+parler. Tes parents, comme tu sais, désiroient vivement que ton mari
+se soumît à l'ordre de l'Assemblée et du Roi. L'état des affaires de
+ton mari pouvoit être d'un si grand poids, qu'il me paroissoit
+possible qu'il pût l'emporter sur les considérations qui ont décidé
ton mari. D'autres parleroient de tes quatre enfants. Le sort qui les
attend est cruel; mais j'avoue que lorsqu'il s'agit d'un serment que
-la conscience, l'opinion, l'attachement à ses maîtres dément, je ne
-trouve pas que leur infortune doive empêcher de le refuser. Il n'y a
-donc que ses dettes qui eussent pu l'engager à le prêter. Par elles,
-il se voyoit forcé; et comme il ne juroit que ce que le Roi a juré
-lui-même, et doit jurer de nouveau à la fin de la Constitution, il
-auroit été possible que ton mari imitât son maître, et suivît le sort
-qui entraîne les malheureux François. Des théologiens ont cette
-opinion. Je crois donc que cela eût été possible. Mais je t'avoue que
+la conscience, l'opinion, l'attachement à ses maîtres dément, je ne
+trouve pas que leur infortune doive empêcher de le refuser. Il n'y a
+donc que ses dettes qui eussent pu l'engager à le prêter. Par elles,
+il se voyoit forcé; et comme il ne juroit que ce que le Roi a juré
+lui-même, et doit jurer de nouveau à la fin de la Constitution, il
+auroit été possible que ton mari imitât son maître, et suivît le sort
+qui entraîne les malheureux François. Des théologiens ont cette
+opinion. Je crois donc que cela eût été possible. Mais je t'avoue que
si ton mari avoit seulement eu dix mille livres de rente, je n'aurois
-pas balancé à lui conseiller le refus le plus formel. Tu vois par tout
-ce que je te mande que je ne suis pas bien décidée sur ce que j'aurois
-fait à sa place. L'antique honneur, un certain esprit de noblesse
-chevaleresque qui ne mourra jamais dans les c&oelig;urs françois, me font
-estimer l'action de ton mari. Mais le risque qu'il court de manquer à
-ses créanciers, et le scrupule de jurer de maintenir de tout son
-pouvoir ce que dans le fond de l'âme on maudit journellement, tout
-cela se combat si vivement dans mon âme, qu'il ne me reste que la
-possibilité de partager les peines que tu vas éprouver, et d'être
-occupée de ce que tu vas devenir. Comment tes pauvres enfants
-s'habitueront-ils au mal-être, après avoir été élevés dans l'aisance?
+pas balancé à lui conseiller le refus le plus formel. Tu vois par tout
+ce que je te mande que je ne suis pas bien décidée sur ce que j'aurois
+fait à sa place. L'antique honneur, un certain esprit de noblesse
+chevaleresque qui ne mourra jamais dans les c&oelig;urs françois, me font
+estimer l'action de ton mari. Mais le risque qu'il court de manquer à
+ses créanciers, et le scrupule de jurer de maintenir de tout son
+pouvoir ce que dans le fond de l'âme on maudit journellement, tout
+cela se combat si vivement dans mon âme, qu'il ne me reste que la
+possibilité de partager les peines que tu vas éprouver, et d'être
+occupée de ce que tu vas devenir. Comment tes pauvres enfants
+s'habitueront-ils au mal-être, après avoir été élevés dans l'aisance?
et puis le regret de ne pouvoir faire pour toi tout ce que mon c&oelig;ur
me dicte! Mais, ma petite, parle-moi toujours franchement de ta
-position, et sois sûre que je ferai tous les sacrifices <span class="pagenum"><a id="page428" name="page428"></a>(p. 428)</span>
-possibles pour te la rendre moins désagréable. Je ne te promets pas de
-donner à ta pauvre Coty ce que tu lui donnois; mais sois sûre que je
-la secourrai le plus que je pourrai. J'espère que ton mari et toi
-conserverez la paix, la résignation et la douceur chrétiennes qui
-seules peuvent faire soutenir le malheur présent et ceux que l'on
-craint. Mon frère me dit un bien extrême de toi et de ton mari. Il est
-gentil, mon frère; il m'a écrit en arrivant; cela m'a fait bien
-plaisir. Mais je suis désolée de la longueur que les lettres mettent à
+position, et sois sûre que je ferai tous les sacrifices <span class="pagenum"><a id="page428" name="page428"></a>(p. 428)</span>
+possibles pour te la rendre moins désagréable. Je ne te promets pas de
+donner à ta pauvre Coty ce que tu lui donnois; mais sois sûre que je
+la secourrai le plus que je pourrai. J'espère que ton mari et toi
+conserverez la paix, la résignation et la douceur chrétiennes qui
+seules peuvent faire soutenir le malheur présent et ceux que l'on
+craint. Mon frère me dit un bien extrême de toi et de ton mari. Il est
+gentil, mon frère; il m'a écrit en arrivant; cela m'a fait bien
+plaisir. Mais je suis désolée de la longueur que les lettres mettent à
arriver. Comme cela, on n'est plus au courant sur rien. Nous avons eu
-un peu de bruit aujourd'hui à la barrière de la Villette. Il y a eu un
+un peu de bruit aujourd'hui à la barrière de la Villette. Il y a eu un
combat entre des chasseurs et des contrebandiers. Il y a trois hommes
-de tués, et à peu près douze blessés. On prétend que le peuple ne veut
-plus de barrières; cela ne laisseroit pas que d'embarrasser
-l'Assemblée sur le chapitre des impôts. Adieu, ma petite. Je
-t'embrasse de tout mon c&oelig;ur et t'aime de même. Je laisse à ta mère
-à te rendre compte de sa conversation avec ton ministre.</p>
+de tués, et à peu près douze blessés. On prétend que le peuple ne veut
+plus de barrières; cela ne laisseroit pas que d'embarrasser
+l'Assemblée sur le chapitre des impôts. Adieu, ma petite. Je
+t'embrasse de tout mon c&oelig;ur et t'aime de même. Je laisse à ta mère
+à te rendre compte de sa conversation avec ton ministre.</p>
-<p>Envoie cette lettre à mon frère, s'il n'est plus avec toi.</p>
+<p>Envoie cette lettre à mon frère, s'il n'est plus avec toi.</p>
<hr class="hr30">
<h3>XXX<br>
<span class="smaller">A MADAME DES MONTIERS<a id="footnotetag182" name="footnotetag182"></a><a href="#footnote182" title="Go to footnote 182"><span class="smaller">[182]</span></a>.</span></h3>
-<p class="date">Ce 11 février 1791.</p>
+<p class="date">Ce 11 février 1791.</p>
-<p>Vous êtes bien aimable, mon Démon, de m'avoir donné de vos nouvelles
-le plus tôt que vous avez pu. Je suis charmée que votre couche ait été
-aussi heureuse, et qu'à ça près d'un peu de mal à la poitrine, vous
-soyez contente de votre santé. Je ne suis pas fâchée que vous n'ayez
-pas nourri, peut-être cette entreprise eût-elle été trop forte pour
+<p>Vous êtes bien aimable, mon Démon, de m'avoir donné de vos nouvelles
+le plus tôt que vous avez pu. Je suis charmée que votre couche ait été
+aussi heureuse, et qu'à ça près d'un peu de mal à la poitrine, vous
+soyez contente de votre santé. Je ne suis pas fâchée que vous n'ayez
+pas nourri, peut-être cette entreprise eût-elle été trop forte pour
vous. Votre Adolphe est-il nourri chez vous, le voyez-vous <span class="pagenum"><a id="page429" name="page429"></a>(p. 429)</span>
-souvent, vous sentez-vous déjà de la tendresse pour lui? Stani n'en
-est-il pas jaloux? Je sens, mon c&oelig;ur, la peine très-réelle que vous
-avez éprouvée de n'avoir pas votre mère à vos couches; je la partage
-par toute l'amitié que j'ai pour vous, mais je vous félicite en même
+souvent, vous sentez-vous déjà de la tendresse pour lui? Stani n'en
+est-il pas jaloux? Je sens, mon c&oelig;ur, la peine très-réelle que vous
+avez éprouvée de n'avoir pas votre mère à vos couches; je la partage
+par toute l'amitié que j'ai pour vous, mais je vous félicite en même
temps d'avoir eu assez d'empire sur vous pour n'en pas parler, et
-quoique vous en disiez, j'espère que ce sacrifice vous vaudra quelque
-grâce du Ciel. Vous êtes faite pour être bonne chrétienne, mon
+quoique vous en disiez, j'espère que ce sacrifice vous vaudra quelque
+grâce du Ciel. Vous êtes faite pour être bonne chrétienne, mon
c&oelig;ur; les malheurs publics et un peu les particuliers doivent vous
-déterminer à prendre ce parti, le meilleur de tous. Je crois vous
-l'avoir déjà mandé, votre mari vous aime, mais il est jaloux des
+déterminer à prendre ce parti, le meilleur de tous. Je crois vous
+l'avoir déjà mandé, votre mari vous aime, mais il est jaloux des
sentiments que vous avez pour vos parents; il ne s'agit, pour vous
rendre heureuse, que de faire vos efforts pour le convaincre que ces
-sentiments ne nuisent nullement à ceux que vous avez pour lui. Vous
-avez de l'esprit, employez-le à cela, et je vous réponds qu'après
-quelque temps d'épreuve vous finirez par être beaucoup plus heureuse
-que vous ne pouvez vous en flatter à présent. Que votre mère s'y prête
+sentiments ne nuisent nullement à ceux que vous avez pour lui. Vous
+avez de l'esprit, employez-le à cela, et je vous réponds qu'après
+quelque temps d'épreuve vous finirez par être beaucoup plus heureuse
+que vous ne pouvez vous en flatter à présent. Que votre mère s'y prête
en oubliant les torts de son gendre; un esprit du genre du sien ne
-peut être ramené que par la douceur et un oubli total des torts que
-son amour-propre lui reproche, et dont ce même amour-propre l'empêche
+peut être ramené que par la douceur et un oubli total des torts que
+son amour-propre lui reproche, et dont ce même amour-propre l'empêche
de convenir. Mais votre conduite, vos complaisances adoucissant ce
-sentiment en lui, et le mettant à son aise avec vous, l'amèneront sans
-qu'il s'en doute à avoir en vous la confiance qu'une conduite sage et
-réfléchie vous aura méritée. Je voudrois pouvoir hâter ce moment; mes
-v&oelig;ux sont bien vrais pour votre bonheur, et j'aime à être
-convaincue que vous serez heureuse un jour comme vous le mériterez.</p>
-
-<p>Est-il vrai que madame de Staël a demandé publiquement pardon à sa
-mère, à un prêche, de s'être mariée contre son gré? Avez-vous du monde
-qui vous convienne à Genève? Mandez-moi un peu avec qui vous êtes
-liée, et si la <span class="pagenum"><a id="page430" name="page430"></a>(p. 430)</span> vie que vous menez est un peu plus agréable.
-Votre belle-mère me marque que vous allez faire fondre cette grosseur
-que vous avez au cou. Si vous prenez ce parti, ménagez-vous pendant
+sentiment en lui, et le mettant à son aise avec vous, l'amèneront sans
+qu'il s'en doute à avoir en vous la confiance qu'une conduite sage et
+réfléchie vous aura méritée. Je voudrois pouvoir hâter ce moment; mes
+v&oelig;ux sont bien vrais pour votre bonheur, et j'aime à être
+convaincue que vous serez heureuse un jour comme vous le mériterez.</p>
+
+<p>Est-il vrai que madame de Staël a demandé publiquement pardon à sa
+mère, à un prêche, de s'être mariée contre son gré? Avez-vous du monde
+qui vous convienne à Genève? Mandez-moi un peu avec qui vous êtes
+liée, et si la <span class="pagenum"><a id="page430" name="page430"></a>(p. 430)</span> vie que vous menez est un peu plus agréable.
+Votre belle-mère me marque que vous allez faire fondre cette grosseur
+que vous avez au cou. Si vous prenez ce parti, ménagez-vous pendant
longtemps, mon c&oelig;ur. Ne prendrez-vous pas aussi quelque chose pour
votre poitrine? Donnez-moi des nouvelles de tout cela. Adieu, mon
-c&oelig;ur, croyez à la vérité de mon amitié pour vous, au désir que j'ai
-de vous revoir, et au regret que m'inspire l'incertitude du moment où
+c&oelig;ur, croyez à la vérité de mon amitié pour vous, au désir que j'ai
+de vous revoir, et au regret que m'inspire l'incertitude du moment où
j'aurai ce plaisir. Je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
<hr class="hr30">
@@ -16063,209 +16018,209 @@ j'aurai ce plaisir. Je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
<h3>XXXI<br>
<span class="smaller">A MADAME DE RAIGECOURT.</span></h3>
-<p class="date">Ce 12 février 1791.</p>
+<p class="date">Ce 12 février 1791.</p>
-<p>Je ne t'écris qu'un petit mot aujourd'hui: 1<sup>o</sup> l'heure de la poste me
-presse; 2<sup>o</sup> je vais monter à cheval avec la Reine et Lastic à ce
+<p>Je ne t'écris qu'un petit mot aujourd'hui: 1<sup>o</sup> l'heure de la poste me
+presse; 2<sup>o</sup> je vais monter à cheval avec la Reine et Lastic à ce
triste bois de Boulogne. Mais il fait un si beau temps, que cela le
-rendra peut-être un peu plus gai. Je crois l'hiver tout à fait passé,
-et je m'en réjouis, autant que l'on peut prendre part au beau temps
-dans le château des Tuileries. Mes tantes partent de lundi en huit,
-malgré toutes les motions faites au Palais-Royal et au club des
-Jacobins établi à Sèvres. On dit qu'elles seront arrêtées et fouillées
+rendra peut-être un peu plus gai. Je crois l'hiver tout à fait passé,
+et je m'en réjouis, autant que l'on peut prendre part au beau temps
+dans le château des Tuileries. Mes tantes partent de lundi en huit,
+malgré toutes les motions faites au Palais-Royal et au club des
+Jacobins établi à Sèvres. On dit qu'elles seront arrêtées et fouillées
en chemin; c'est un petit mal auquel je ne crois pas. Je pense que
-cela a été beaucoup dit pour les effrayer et les empêcher de partir;
-mais heureusement on n'en est pas venu à bout. Je ne sais si je t'ai
-mandé que l'abbé Madier alloit avec elles: il partira huit jours après
-elles. Pense un peu, mon c&oelig;ur, aux angoisses où je serai, la
-première fois que je m'adresserai à un autre prêtre, moi qui ai
-toujours été à l'abbé Madier depuis l'âge de neuf ou dix ans. Je suis
-à peu près décidée: je crois que je prendrai le confesseur de madame
-Doudeauville: <span class="pagenum"><a id="page431" name="page431"></a>(p. 431)</span> on en dit beaucoup de bien, et j'espère qu'il
-n'est ni trop doux ni trop sévère. Je te manderai ce qui en est
-lorsque j'y aurai été. Je suis convaincue que tu enrages un peu dans
-le fond de l'âme de ce que je ne pense pas à ton curé, et tu vas
+cela a été beaucoup dit pour les effrayer et les empêcher de partir;
+mais heureusement on n'en est pas venu à bout. Je ne sais si je t'ai
+mandé que l'abbé Madier alloit avec elles: il partira huit jours après
+elles. Pense un peu, mon c&oelig;ur, aux angoisses où je serai, la
+première fois que je m'adresserai à un autre prêtre, moi qui ai
+toujours été à l'abbé Madier depuis l'âge de neuf ou dix ans. Je suis
+à peu près décidée: je crois que je prendrai le confesseur de madame
+Doudeauville: <span class="pagenum"><a id="page431" name="page431"></a>(p. 431)</span> on en dit beaucoup de bien, et j'espère qu'il
+n'est ni trop doux ni trop sévère. Je te manderai ce qui en est
+lorsque j'y aurai été. Je suis convaincue que tu enrages un peu dans
+le fond de l'âme de ce que je ne pense pas à ton curé, et tu vas
croire que c'est parce que je l'ai vu; non, point du tout, c'est tout
-simplement parce que je ne crois pas qu'il me convînt; et puis, dans
+simplement parce que je ne crois pas qu'il me convînt; et puis, dans
ce moment, j'aime mieux avoir un confesseur dont on parle moins, et
-que je puisse espérer de garder. Au reste, je sens que je vais trôler
-mon âme de confesseur en confesseur, ce qui ne laisse pas que de me
-déplaire, quoique j'en aie bonne envie. Devine, si tu peux, cette
-énigme. Sur ce, je te souhaite le bonsoir, et t'embrasse de tout mon
+que je puisse espérer de garder. Au reste, je sens que je vais trôler
+mon âme de confesseur en confesseur, ce qui ne laisse pas que de me
+déplaire, quoique j'en aie bonne envie. Devine, si tu peux, cette
+énigme. Sur ce, je te souhaite le bonsoir, et t'embrasse de tout mon
c&oelig;ur. Je ne sais plus quand tu accouches: mande-le-moi.</p>
-<p>Dis bien des choses au maréchal de Broglie de ma part, et assure-le de
-l'estime que j'ai pour ses vertus. Parle aussi de moi à ta princesse.</p>
+<p>Dis bien des choses au maréchal de Broglie de ma part, et assure-le de
+l'estime que j'ai pour ses vertus. Parle aussi de moi à ta princesse.</p>
<hr class="hr30">
<h3>XXXII<br>
<span class="smaller">A MADAME DE RAIGECOURT.</span></h3>
-<p class="date">Ce 15 février 1791.</p>
+<p class="date">Ce 15 février 1791.</p>
-<p>J'ai reçu toutes tes lettres, ma pauvre Rage; celle du 25 ne m'est
+<p>J'ai reçu toutes tes lettres, ma pauvre Rage; celle du 25 ne m'est
parvenue qu'hier, et celle du 7 avant-hier. Mais, avant que d'y
-répondre, il faut que je te demande mille fois pardon de ne t'avoir
-pas écrit depuis dimanche, pour te donner des nouvelles de ton curé;
-mais, par étourderie, je me suis persuadée que la poste partoit le
-dimanche au lieu du lundi. Et jeudi, j'ai eu plusieurs choses à faire
-dans la matinée; l'heure de la poste s'est passée, et je n'ai plus eu
-la possibilité que de me livrer à des regrets. Aussi, aujourd'hui je
-m'y prends à sept heures du matin, pour être bien sûre de n'y pas
-manquer. Lundi, je t'écrirai <span class="pagenum"><a id="page432" name="page432"></a>(p. 432)</span> aussi; mais je puis te dire
-d'avance qu'il ne se passera rien de fâcheux. Ton curé dira la messe
-de bonne heure, et ne fera pas le prône. Les gros bonnets de la
-paroisse n'y seront pas non plus. Il y a un moine qui prêche dans la
-paroisse, qui a proposé au curé de faire le prône, pour empêcher les
-prêtres de courir des risques. Il disoit au curé que si on le tuoit,
-il n'y auroit pas grand mal à cela. C'est un des jeunes prêtres de la
-paroisse qui prêchera. On m'a dit son nom, mais je l'ai oublié.</p>
-
-<p>Toute la communauté a été parfaite pour le curé, et ne l'a pas quitté
-tant qu'il a été dans l'église et la sacristie.</p>
-
-<p>Je suis désolée, mon c&oelig;ur, de la peur indigne que vous a faite M.
-Le Blond<a id="footnotetag183" name="footnotetag183"></a><a href="#footnote183" title="Go to footnote 183"><span class="smaller">[183]</span></a>. Nous sommes loin encore de toutes les idées qu'il t'a
+répondre, il faut que je te demande mille fois pardon de ne t'avoir
+pas écrit depuis dimanche, pour te donner des nouvelles de ton curé;
+mais, par étourderie, je me suis persuadée que la poste partoit le
+dimanche au lieu du lundi. Et jeudi, j'ai eu plusieurs choses à faire
+dans la matinée; l'heure de la poste s'est passée, et je n'ai plus eu
+la possibilité que de me livrer à des regrets. Aussi, aujourd'hui je
+m'y prends à sept heures du matin, pour être bien sûre de n'y pas
+manquer. Lundi, je t'écrirai <span class="pagenum"><a id="page432" name="page432"></a>(p. 432)</span> aussi; mais je puis te dire
+d'avance qu'il ne se passera rien de fâcheux. Ton curé dira la messe
+de bonne heure, et ne fera pas le prône. Les gros bonnets de la
+paroisse n'y seront pas non plus. Il y a un moine qui prêche dans la
+paroisse, qui a proposé au curé de faire le prône, pour empêcher les
+prêtres de courir des risques. Il disoit au curé que si on le tuoit,
+il n'y auroit pas grand mal à cela. C'est un des jeunes prêtres de la
+paroisse qui prêchera. On m'a dit son nom, mais je l'ai oublié.</p>
+
+<p>Toute la communauté a été parfaite pour le curé, et ne l'a pas quitté
+tant qu'il a été dans l'église et la sacristie.</p>
+
+<p>Je suis désolée, mon c&oelig;ur, de la peur indigne que vous a faite M.
+Le Blond<a id="footnotetag183" name="footnotetag183"></a><a href="#footnote183" title="Go to footnote 183"><span class="smaller">[183]</span></a>. Nous sommes loin encore de toutes les idées qu'il t'a
fait venir; je suis bien aise que ton enfant ne s'en soit pas
ressenti. Si tu n'as pas de bon accoucheur, pourquoi ne ferois-tu pas
-venir M. Piron? C'est une dépense, il est vrai; mais pour ta santé et
+venir M. Piron? C'est une dépense, il est vrai; mais pour ta santé et
celle de ton enfant, il me semble que tu dois te la permettre. Je suis
-bien fâchée d'être si loin de toi, et de ne pouvoir me permettre de
+bien fâchée d'être si loin de toi, et de ne pouvoir me permettre de
causer comme je le voudrois pour toi; mais, mon c&oelig;ur, calme-toi. Je
-conçois que cette proposition paroisse difficile, mais cela est
-nécessaire. Tu te brûles le sang, tu te rends plus malheureuse encore
+conçois que cette proposition paroisse difficile, mais cela est
+nécessaire. Tu te brûles le sang, tu te rends plus malheureuse encore
que tu ne devrois: tout cela, mon c&oelig;ur, n'est pas dans l'ordre de
-la Providence. Il faut se soumettre à ses décrets; il faut que cette
+la Providence. Il faut se soumettre à ses décrets; il faut que cette
soumission nous porte au calme, sans cela elle n'est que sur nos
-lèvres et non dans notre c&oelig;ur.</p>
+lèvres et non dans notre c&oelig;ur.</p>
-<p>Lorsque Jésus-Christ fut trahi, abandonné, il n'y eut que son c&oelig;ur
-qui souffrit de tant d'outrages; son extérieur étoit calme, et
-prouvoit que Dieu étoit vraiment en lui. Nous devons l'imiter, et Dieu
-doit être en nous. Ainsi, mon c&oelig;ur, calmez-vous, soumettez-vous,
-et adorez en paix les <span class="pagenum"><a id="page433" name="page433"></a>(p. 433)</span> décrets de la Providence, sans vous
+<p>Lorsque Jésus-Christ fut trahi, abandonné, il n'y eut que son c&oelig;ur
+qui souffrit de tant d'outrages; son extérieur étoit calme, et
+prouvoit que Dieu étoit vraiment en lui. Nous devons l'imiter, et Dieu
+doit être en nous. Ainsi, mon c&oelig;ur, calmez-vous, soumettez-vous,
+et adorez en paix les <span class="pagenum"><a id="page433" name="page433"></a>(p. 433)</span> décrets de la Providence, sans vous
permettre de porter vos regards sur un avenir affreux pour quiconque
-ne voit qu'avec des yeux humains. Mais heureusement vous n'êtes pas
-dans ce cas-là; et Dieu vous a trop comblée de grâces pour que vous ne
-mettiez pas votre vertu à attendre patiemment la fin de sa colère.</p>
-
-<p>Quant à moi, mon c&oelig;ur, je suis loin d'être dans votre position. Je
-ne dirai pas que la vertu en soit cause; mais, plus à portée des
-consolations, au milieu de beaucoup de peines, d'inquiétudes, je suis
-calme, et j'espère une éternité heureuse. Ne me crois ni folle ni
-gourmande. J'aime à bien dîner, mais j'aime pourtant encore autre
-chose. Quant à ce que tu me marques sur moi, crois, mon c&oelig;ur, que
-je ne manquerai jamais à l'honneur, et que je saurai toujours remplir
+ne voit qu'avec des yeux humains. Mais heureusement vous n'êtes pas
+dans ce cas-là; et Dieu vous a trop comblée de grâces pour que vous ne
+mettiez pas votre vertu à attendre patiemment la fin de sa colère.</p>
+
+<p>Quant à moi, mon c&oelig;ur, je suis loin d'être dans votre position. Je
+ne dirai pas que la vertu en soit cause; mais, plus à portée des
+consolations, au milieu de beaucoup de peines, d'inquiétudes, je suis
+calme, et j'espère une éternité heureuse. Ne me crois ni folle ni
+gourmande. J'aime à bien dîner, mais j'aime pourtant encore autre
+chose. Quant à ce que tu me marques sur moi, crois, mon c&oelig;ur, que
+je ne manquerai jamais à l'honneur, et que je saurai toujours remplir
les obligations que m'imposent mes principes, ma position, ma
-réputation; et j'espère que Dieu me donnera la lumière nécessaire pour
-me conduire toujours sagement, et ne pas m'écarter de la voie qu'il
-m'a tracée. Mais pour juger de tout cela, mon c&oelig;ur, il faudroit
-être près de moi. De loin, un acte de chevalerie enchante; vu de près,
-il n'est souvent qu'un mouvement de dépit ou de quelque autre
+réputation; et j'espère que Dieu me donnera la lumière nécessaire pour
+me conduire toujours sagement, et ne pas m'écarter de la voie qu'il
+m'a tracée. Mais pour juger de tout cela, mon c&oelig;ur, il faudroit
+être près de moi. De loin, un acte de chevalerie enchante; vu de près,
+il n'est souvent qu'un mouvement de dépit ou de quelque autre
sentiment qui ne vaut pas mieux aux yeux des gens sages.</p>
-<p>J'ai donné à madame Navarre la place de madame de Cimery. Il m'en
-coûte beaucoup de lui voir prendre son service. Jusqu'à ce moment, il
+<p>J'ai donné à madame Navarre la place de madame de Cimery. Il m'en
+coûte beaucoup de lui voir prendre son service. Jusqu'à ce moment, il
me semble que l'autre existe encore; et c'est une si grande perte pour
moi, que je voudrois me faire illusion le plus possible. Madame
Navarre est celle de mes femmes qui me convient le mieux; mais ce
-n'est pas et ce ne sera jamais madame de Cimery, car elle réunissoit
+n'est pas et ce ne sera jamais madame de Cimery, car elle réunissoit
tout. Adieu, mon c&oelig;ur, je vous embrasse bien tendrement, et vous
-souhaite calme, patience, résignation, courage et confiance. C'est une
-étourderie de cet homme qui est si beau qui l'a forcé de prendre le
+souhaite calme, patience, résignation, courage et confiance. C'est une
+étourderie de cet homme qui est si beau qui l'a forcé de prendre le
parti qu'il a pris.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page434" name="page434"></a>(p. 434)</span> Quant aux deux êtres que vous et d'autres redoutez tant, on a
+<p><span class="pagenum"><a id="page434" name="page434"></a>(p. 434)</span> Quant aux deux êtres que vous et d'autres redoutez tant, on a
tort de les croire dans la position que l'on dit: cela n'existera
jamais; mais j'avoue qu'ils ont toutes les apparences pour eux<a id="footnotetag184" name="footnotetag184"></a><a href="#footnote184" title="Go to footnote 184"><span class="smaller">[184]</span></a>.</p>
-<p>On n'a pas demandé d'augmentation de chevaux pour moi. Ce qui peut
-avoir donné lieu à ce que l'on vous a dit, c'est que je veux avoir
-toujours un page et un écuyer avec moi; je trouve que cela doit être;
-mais cela ne convenoit pas aux gens de l'écurie, ce dont je me moque,
-trouvant indécent d'être avec des piqueurs dans ce moment-ci.</p>
+<p>On n'a pas demandé d'augmentation de chevaux pour moi. Ce qui peut
+avoir donné lieu à ce que l'on vous a dit, c'est que je veux avoir
+toujours un page et un écuyer avec moi; je trouve que cela doit être;
+mais cela ne convenoit pas aux gens de l'écurie, ce dont je me moque,
+trouvant indécent d'être avec des piqueurs dans ce moment-ci.</p>
<hr class="hr30">
<h3>XXXIII<br>
<span class="smaller">A MADAME DE BOMBELLES.</span></h3>
-<p class="date">Ce 28 février 1791.</p>
+<p class="date">Ce 28 février 1791.</p>
<p>Tu sais sans doute que mes tantes sont parties. Tu sais sans doute
-qu'elles ont été arrêtées à Arnay-le-Duc. Tu sais sans doute que
+qu'elles ont été arrêtées à Arnay-le-Duc. Tu sais sans doute que
<em>Monsieur</em> a eu la visite, mardi dernier, des filles de la rue
-Saint-Honoré et de leur société, qui l'ont prié de ne pas sortir du
-royaume. Tu sais sans doute que jeudi, jour où l'on a appris que mes
-tantes étoient arrêtées, l'Assemblée a rendu un décret qui disoit que
-Arnay-le-Duc avoit eu tort, et que le pouvoir exécutif seroit supplié
+Saint-Honoré et de leur société, qui l'ont prié de ne pas sortir du
+royaume. Tu sais sans doute que jeudi, jour où l'on a appris que mes
+tantes étoient arrêtées, l'Assemblée a rendu un décret qui disoit que
+Arnay-le-Duc avoit eu tort, et que le pouvoir exécutif seroit supplié
de donner des ordres pour qu'elles pussent continuer leur route. Tu
-sais sans doute que les chefs des Jacobins n'étant pas de cet avis, et
-voulant que le président engageât le Roi à les faire revenir, une
-foule de <span class="pagenum"><a id="page435" name="page435"></a>(p. 435)</span> badauds s'est portée sous les fenêtres du Roi, parmi
-laquelle il y avoit peut-être une centaine de femmes qui se sont
-égosillées pendant quatre heures pour voir le Roi et lui faire la même
+sais sans doute que les chefs des Jacobins n'étant pas de cet avis, et
+voulant que le président engageât le Roi à les faire revenir, une
+foule de <span class="pagenum"><a id="page435" name="page435"></a>(p. 435)</span> badauds s'est portée sous les fenêtres du Roi, parmi
+laquelle il y avoit peut-être une centaine de femmes qui se sont
+égosillées pendant quatre heures pour voir le Roi et lui faire la même
demande que les Jacobins. Mais le Roi n'ayant pas paru, et la garde
-ayant fait une très-bonne contenance, il a bien fallu, lorsque l'on a
-eu la permission de la municipalité de repousser la force par la
-force, que le peuple cédât. A peine le tambour a-t-il paru sur la
+ayant fait une très-bonne contenance, il a bien fallu, lorsque l'on a
+eu la permission de la municipalité de repousser la force par la
+force, que le peuple cédât. A peine le tambour a-t-il paru sur la
terrasse, que tout le monde a pris la fuite. M. de La Fayette et la
-garde se sont conduits parfaitement bien. Le château étoit comble de
-gens qui étoient pleins de bonne volonté. Le Roi a parlé avec force à
-M. Bailly. Enfin tout s'est passé le mieux du monde. Aussi hier n'y
+garde se sont conduits parfaitement bien. Le château étoit comble de
+gens qui étoient pleins de bonne volonté. Le Roi a parlé avec force à
+M. Bailly. Enfin tout s'est passé le mieux du monde. Aussi hier n'y
a-t-il jamais eu tant de monde chez le Roi et chez la Reine. Il y
-avoit longtemps que nous étions un peu seules au jeu; mais, hier, il
-étoit superbe. Je ne puis vous rendre le plaisir que j'ai éprouvé. Ah!
-mon c&oelig;ur, le sang françois est toujours le même: on lui a donné une
-dose d'opium bien forte; mais elle n'a pas attaqué le fond de leur
-c&oelig;ur. Il n'est point glacé, et l'on aura beau faire, il ne changera
+avoit longtemps que nous étions un peu seules au jeu; mais, hier, il
+étoit superbe. Je ne puis vous rendre le plaisir que j'ai éprouvé. Ah!
+mon c&oelig;ur, le sang françois est toujours le même: on lui a donné une
+dose d'opium bien forte; mais elle n'a pas attaqué le fond de leur
+c&oelig;ur. Il n'est point glacé, et l'on aura beau faire, il ne changera
jamais. Pour moi, je sens que, depuis trois jours, j'aime ma patrie
mille fois davantage.</p>
<p>Tout ce que tu me mandes de ton mari me fait grand plaisir. Ah! s'il
-peut parvenir à se débarrasser de l'empirique qui donne de si
+peut parvenir à se débarrasser de l'empirique qui donne de si
mauvaises drogues<a id="footnotetag185" name="footnotetag185"></a><a href="#footnote185" title="Go to footnote 185"><span class="smaller">[185]</span></a>, cela seroit bien heureux. Les nouvelles que
-j'ai reçues de ses amis éloignés me font craindre qu'il ne le puisse
-pas. Le printemps avance beaucoup; sa santé pourroit bien s'en
-ressentir. A cette époque, les humeurs sont toujours bien plus en
+j'ai reçues de ses amis éloignés me font craindre qu'il ne le puisse
+pas. Le printemps avance beaucoup; sa santé pourroit bien s'en
+ressentir. A cette époque, les humeurs sont toujours bien plus en
mouvement, et comme il n'a pas l'habitude de l'exercice, je crains
qu'elles ne lui jouent un mauvais tour. Convenez qu'il n'y auroit pas
-pour lui de meilleur remède; mais lorsque l'on a été élevé à Paris,
-il semble que l'on soit <span class="pagenum"><a id="page436" name="page436"></a>(p. 436)</span> destiné à ne faire jamais usage de
-ses jambes. Je sens même que, sans y être élevé, pour peu que l'on
-l'habite, on perd le goût de la promenade, ou, pour mieux dire,
+pour lui de meilleur remède; mais lorsque l'on a été élevé à Paris,
+il semble que l'on soit <span class="pagenum"><a id="page436" name="page436"></a>(p. 436)</span> destiné à ne faire jamais usage de
+ses jambes. Je sens même que, sans y être élevé, pour peu que l'on
+l'habite, on perd le goût de la promenade, ou, pour mieux dire,
l'usage.</p>
-<p>Voilà ta petite belle-s&oelig;ur débarrassée d'une partie de sa nombreuse
-compagnie. M. le prince de C.<a id="footnotetag186" name="footnotetag186"></a><a href="#footnote186" title="Go to footnote 186"><span class="smaller">[186]</span></a> est à Worms, et sa fille doit le
-joindre dès qu'elle sera guérie.</p>
+<p>Voilà ta petite belle-s&oelig;ur débarrassée d'une partie de sa nombreuse
+compagnie. M. le prince de C.<a id="footnotetag186" name="footnotetag186"></a><a href="#footnote186" title="Go to footnote 186"><span class="smaller">[186]</span></a> est à Worms, et sa fille doit le
+joindre dès qu'elle sera guérie.</p>
<p>Notre pauvre Saint-Cyr est plus que jamais dans la position la plus
-critique. On vend leur bien. Ta mère y a été la semaine passée; moi,
+critique. On vend leur bien. Ta mère y a été la semaine passée; moi,
je profiterai d'un jour calme pour y aller: j'en ai envie, et cela me
-coûtera horriblement. Il n'y a rien de pis que de n'avoir aucune
-consolation à présenter à des gens aussi malheureux. Adieu, je vous
-embrasse, ma chère Bombe, et vous aime du plus tendre de mon c&oelig;ur.</p>
+coûtera horriblement. Il n'y a rien de pis que de n'avoir aucune
+consolation à présenter à des gens aussi malheureux. Adieu, je vous
+embrasse, ma chère Bombe, et vous aime du plus tendre de mon c&oelig;ur.</p>
-<p>Vous ai-je dit que l'abbé Madier alloit à Rome? La semaine prochaine
+<p>Vous ai-je dit que l'abbé Madier alloit à Rome? La semaine prochaine
je ferai une nouvelle connoissance, ce qui ne me fait pas grand
plaisir.</p>
-<p>Je crains fort que l'oncle de la petite de Vitry ne se joigne à son
-ami avant que celui-ci ait fait les premières avances. Il seroit
-pourtant bien avantageux qu'il pût venir le voir venir: tout le monde
-le désire; et moi, l'intérêt que j'y prends me le fait souhaiter pour
+<p>Je crains fort que l'oncle de la petite de Vitry ne se joigne à son
+ami avant que celui-ci ait fait les premières avances. Il seroit
+pourtant bien avantageux qu'il pût venir le voir venir: tout le monde
+le désire; et moi, l'intérêt que j'y prends me le fait souhaiter pour
son bonheur.</p>
<p class="date">Ce 1<sup>er</sup>.</p>
-<p>Nous avons eu du train hier. Les gens de bonne volonté, à force d'en
-avoir, ont trouvé le moyen de déplaire à la garde, qui étoit
-parfaitement disposée pour le Roi. On a voulu détruire Vincennes; mais
-la garde est arrivée à temps pour l'empêcher. Tout est calme ce matin.
-Nous nous portons tous bien. L'heure de la poste m'empêche d'entrer
-dans tous les détails que tu pourrois désirer; mais sois tranquille,
+<p>Nous avons eu du train hier. Les gens de bonne volonté, à force d'en
+avoir, ont trouvé le moyen de déplaire à la garde, qui étoit
+parfaitement disposée pour le Roi. On a voulu détruire Vincennes; mais
+la garde est arrivée à temps pour l'empêcher. Tout est calme ce matin.
+Nous nous portons tous bien. L'heure de la poste m'empêche d'entrer
+dans tous les détails que tu pourrois désirer; mais sois tranquille,
tout est bien.</p>
<hr class="hr30">
@@ -16275,14 +16230,14 @@ tout est bien.</p>
<p class="date">11 mars 1791.</p>
-<p>J'ai reçu ta lettre, qui ne me fait pas grand plaisir; je ne sais rien
+<p>J'ai reçu ta lettre, qui ne me fait pas grand plaisir; je ne sais rien
de ce que tu me mandes. Depuis longtemps, je n'avois point eu de
-nouvelles détaillées, et ce n'étoit qu'à force d'esprit que j'étois au
+nouvelles détaillées, et ce n'étoit qu'à force d'esprit que j'étois au
courant. Cependant j'approuvois tout ce que tu me mandes. Si tu peux
-entrer un peu en détails sur tout ce que tu pourras; si ton mari est
-avec toi, qu'il écrive sous ta dictée, parce que cela te fatigue.
-Est-ce que tu n'as pas reçu mes crayons? Le Roi est malade depuis huit
-jours: la scène de lundi y a bien contribué<a id="footnotetag187" name="footnotetag187"></a><a href="#footnote187" title="Go to footnote 187"><span class="smaller">[187]</span></a>. Il va mieux. Adieu,
+entrer un peu en détails sur tout ce que tu pourras; si ton mari est
+avec toi, qu'il écrive sous ta dictée, parce que cela te fatigue.
+Est-ce que tu n'as pas reçu mes crayons? Le Roi est malade depuis huit
+jours: la scène de lundi y a bien contribué<a id="footnotetag187" name="footnotetag187"></a><a href="#footnote187" title="Go to footnote 187"><span class="smaller">[187]</span></a>. Il va mieux. Adieu,
je t'embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
<hr class="hr30">
@@ -16292,188 +16247,188 @@ je t'embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
<p class="date">Ce 3 avril 1791.</p>
-<p>Je t'écris dans un moment bien satisfaisant pour quiconque croit en
-Dieu et en son Église. Les curés intrus sont établis ce matin. J'ai
+<p>Je t'écris dans un moment bien satisfaisant pour quiconque croit en
+Dieu et en son Église. Les curés intrus sont établis ce matin. J'ai
entendu toutes les cloches de Saint-Roch. Je ne puis vous dissimuler
que cela m'a mise dans une fureur affreuse; et puis je ne suis pas
-contente <span class="pagenum"><a id="page438" name="page438"></a>(p. 438)</span> de moi. J'aurois dû me piquer de dévotion
-aujourd'hui, pour au moins réparer un peu tout ce que l'on fait contre
-Dieu: ne v'là-t-il pas qu'au lieu de cela j'ai été pis qu'une bûche!
+contente <span class="pagenum"><a id="page438" name="page438"></a>(p. 438)</span> de moi. J'aurois dû me piquer de dévotion
+aujourd'hui, pour au moins réparer un peu tout ce que l'on fait contre
+Dieu: ne v'là-t-il pas qu'au lieu de cela j'ai été pis qu'une bûche!
Je ne sais pas comment le bon Dieu fera pour me sauver, car je ne m'y
-prête guère. Le curé de Saint-Roch a dit sa messe à cinq heures et
+prête guère. Le curé de Saint-Roch a dit sa messe à cinq heures et
demie; il y a eu beaucoup de communions. Il a fait un fort beau
-discours, où il a parlé de la persécution. Les gens qui communioient
-étoient fort touchés. Sais-tu que Loustonneau est devenu un petit
-saint? Cela me fait plaisir; c'est là le fruit de la charité qu'il a
-toute sa vie exercée. Sais-tu que M. de Bonnay va à confesse au curé,
+discours, où il a parlé de la persécution. Les gens qui communioient
+étoient fort touchés. Sais-tu que Loustonneau est devenu un petit
+saint? Cela me fait plaisir; c'est là le fruit de la charité qu'il a
+toute sa vie exercée. Sais-tu que M. de Bonnay va à confesse au curé,
et qu'il est dans la grande voie? Cela me fait encore bien plaisir.
-Tout ceci fait rentrer bien des gens en eux-mêmes. Je vois tout ce qui
-est répandu dans la bonne compagnie penser à merveille. J'ai causé,
+Tout ceci fait rentrer bien des gens en eux-mêmes. Je vois tout ce qui
+est répandu dans la bonne compagnie penser à merveille. J'ai causé,
l'autre jour, avec M. de Nivernois sur la religion, et j'en fus
-parfaitement contente. Madame de Mirepoix est devenue très-pieuse. La
-petite de Maillé va à merveille; mais malheureusement le peuple et le
-bourgeois ne vont pas si bien. Il y en a beaucoup qui sont affligés,
-mais ce qui paroît, ce qui fait nombre, est bien mauvais. L'archevêque
-vient de donner une ordonnance superbe, mais sévère, sur notre
+parfaitement contente. Madame de Mirepoix est devenue très-pieuse. La
+petite de Maillé va à merveille; mais malheureusement le peuple et le
+bourgeois ne vont pas si bien. Il y en a beaucoup qui sont affligés,
+mais ce qui paroît, ce qui fait nombre, est bien mauvais. L'archevêque
+vient de donner une ordonnance superbe, mais sévère, sur notre
position. Dieu veuille qu'elle soit suivie! Un homme qui la lisoit
-l'autre jour, dit, après l'avoir achevée: Si je perdois trois cent
+l'autre jour, dit, après l'avoir achevée: Si je perdois trois cent
mille livres de rentes, j'en dirois autant. Et cet homme est pourtant
-ce que l'on appelle un honnête homme.</p>
+ce que l'on appelle un honnête homme.</p>
<p>Je suis contente de mes gens: Deshaies est charmant. Il y en a dans le
-nombre qui ne sont pas aussi parfaits; mais celui-là est vraiment
-distingué. Mademoiselle Bénard, M. de Blaremberg, etc., tout cela est
+nombre qui ne sont pas aussi parfaits; mais celui-là est vraiment
+distingué. Mademoiselle Bénard, M. de Blaremberg, etc., tout cela est
parfaitement. C'est une grande jouissance pour moi. Je ne puis penser
-sans frémir à la quinzaine de Pâques. Je voudrois bien ne la point
+sans frémir à la quinzaine de Pâques. Je voudrois bien ne la point
passer ici; mais peut-on s'en flatter! Ah! mon c&oelig;ur, vous avez
-beau grogner, votre grossesse vous a procuré <span class="pagenum"><a id="page439" name="page439"></a>(p. 439)</span> un grand bonheur
-en vous éloignant du schisme et de la division la plus affreuse.</p>
+beau grogner, votre grossesse vous a procuré <span class="pagenum"><a id="page439" name="page439"></a>(p. 439)</span> un grand bonheur
+en vous éloignant du schisme et de la division la plus affreuse.</p>
-<p>Je suis bien fâchée que tu souffres autant des dents. N'aurois-tu pas
-besoin d'être saignée? tu ne l'as pas été, je crois, depuis que tu es
+<p>Je suis bien fâchée que tu souffres autant des dents. N'aurois-tu pas
+besoin d'être saignée? tu ne l'as pas été, je crois, depuis que tu es
grosse. Comme tu as un travail difficile, ne ferois-tu pas bien de
-prendre cette précaution? Je ne demande pas mieux de tenir ta petite,
-si <em>Monsieur</em> le veut. Si tu veux, je lui donnerai le nom d'Hélène. Si
-tu voulois accoucher le 3 de mai, à une heure du matin<a id="footnotetag188" name="footnotetag188"></a><a href="#footnote188" title="Go to footnote 188"><span class="smaller">[188]</span></a>, cela
-seroit très-bien, pourvu pourtant que cela lui promette un avenir plus
-heureux que le mien; qu'elle n'entende jamais parler d'états généraux
+prendre cette précaution? Je ne demande pas mieux de tenir ta petite,
+si <em>Monsieur</em> le veut. Si tu veux, je lui donnerai le nom d'Hélène. Si
+tu voulois accoucher le 3 de mai, à une heure du matin<a id="footnotetag188" name="footnotetag188"></a><a href="#footnote188" title="Go to footnote 188"><span class="smaller">[188]</span></a>, cela
+seroit très-bien, pourvu pourtant que cela lui promette un avenir plus
+heureux que le mien; qu'elle n'entende jamais parler d'états généraux
ni de schisme.</p>
<p>Mirabeau a pris le parti d'aller voir dans l'autre monde si la
-révolution y étoit approuvée. Bon Dieu! quel réveil que le sien! On
-dit qu'il a vu une heure son curé. Il est mort avec tranquillité, se
-croyant empoisonné: il n'en avoit pourtant point les symptômes; au
-reste, il doit être ouvert aujourd'hui. On l'a montré au peuple après
-sa mort. Beaucoup en sont fâchés; les aristocrates le regrettent
-beaucoup. Depuis trois mois, il s'étoit montré pour le bon parti: on
-espéroit en ses talents. Pour moi, quoique très-aristocrate, je ne
-puis m'empêcher de regarder sa mort comme un trait de la Providence
+révolution y étoit approuvée. Bon Dieu! quel réveil que le sien! On
+dit qu'il a vu une heure son curé. Il est mort avec tranquillité, se
+croyant empoisonné: il n'en avoit pourtant point les symptômes; au
+reste, il doit être ouvert aujourd'hui. On l'a montré au peuple après
+sa mort. Beaucoup en sont fâchés; les aristocrates le regrettent
+beaucoup. Depuis trois mois, il s'étoit montré pour le bon parti: on
+espéroit en ses talents. Pour moi, quoique très-aristocrate, je ne
+puis m'empêcher de regarder sa mort comme un trait de la Providence
sur ce royaume. Je ne crois pas que ce soit par des gens sans
principes et sans m&oelig;urs que Dieu veuille nous sauver. Je garde
cette opinion pour moi, parce qu'elle n'est pas politique, mais j'aime
-mieux celles qui sont religieuses. Je suis sûre que tu seras de mon
+mieux celles qui sont religieuses. Je suis sûre que tu seras de mon
avis.</p>
-<p>Le pauvre Lastic va encore éprouver un chagrin: son frère est nommé à
+<p>Le pauvre Lastic va encore éprouver un chagrin: son frère est nommé à
Dresde et va partir dans trois mois <span class="pagenum"><a id="page440" name="page440"></a>(p. 440)</span> avec femme et enfants.
-Cela mettra un grand vide dans son intérieur, et quand il est aussi
-triste par lui-même, c'est un vrai malheur.</p>
+Cela mettra un grand vide dans son intérieur, et quand il est aussi
+triste par lui-même, c'est un vrai malheur.</p>
<p>M. d'Albignac<a id="footnotetag189" name="footnotetag189"></a><a href="#footnote189" title="Go to footnote 189"><span class="smaller">[189]</span></a> vient passer quelques jours ici. Je le verrai
aujourd'hui; cela me fait bien plaisir. Tu m'avois promis de me donner
de ses nouvelles, mais tu n'en as rien fait.</p>
-<p>J'ai reçu par une voie sûre des nouvelles de Bombe. Le mari n'est pas
+<p>J'ai reçu par une voie sûre des nouvelles de Bombe. Le mari n'est pas
aussi mal qu'elle le croit avec &#8854; et son ami
-&#9067;<a id="footnotetag190" name="footnotetag190"></a><a href="#footnote190" title="Go to footnote 190"><span class="smaller">[190]</span></a>. Il croit avoir le crédit du bon sens; cela
+&#9067;<a id="footnotetag190" name="footnotetag190"></a><a href="#footnote190" title="Go to footnote 190"><span class="smaller">[190]</span></a>. Il croit avoir le crédit du bon sens; cela
seroit bien heureux; mais, mon c&oelig;ur, sur cela comme sur tout le
-reste, abandonnons-nous à la Providence.</p>
+reste, abandonnons-nous à la Providence.</p>
-<p>Hélas! si nous avions la confiance nécessaire, nous serions sauvés;
-notre âme ne seroit pas triste. Que j'en suis loin! il me semble que
-l'air de Trèves n'est pas plus porté à la gaieté que celui-ci.
-Résignons-nous, mon c&oelig;ur, cela seul peut fléchir la colère de Dieu;
-et demandons pour nos maîtres les dons du Saint-Esprit. De bonnes âmes
-se réunissent au nombre de sept, d'ici à Pâques, pour demander chacune
-un don pour le Roi, dans les communions qu'elles font, ou à la messe.
-Si tu pouvois établir cette dévotion dans les bonnes âmes qui habitent
-Trèves, tu ferois bien.</p>
+<p>Hélas! si nous avions la confiance nécessaire, nous serions sauvés;
+notre âme ne seroit pas triste. Que j'en suis loin! il me semble que
+l'air de Trèves n'est pas plus porté à la gaieté que celui-ci.
+Résignons-nous, mon c&oelig;ur, cela seul peut fléchir la colère de Dieu;
+et demandons pour nos maîtres les dons du Saint-Esprit. De bonnes âmes
+se réunissent au nombre de sept, d'ici à Pâques, pour demander chacune
+un don pour le Roi, dans les communions qu'elles font, ou à la messe.
+Si tu pouvois établir cette dévotion dans les bonnes âmes qui habitent
+Trèves, tu ferois bien.</p>
-<p>J'aurai, d'ici à quelques jours, des nouvelles détaillées de ce qui
-nous intéresse. Si je peux, je t'en ferai part.</p>
+<p>J'aurai, d'ici à quelques jours, des nouvelles détaillées de ce qui
+nous intéresse. Si je peux, je t'en ferai part.</p>
<p>Adieu, je t'embrasse de tout mon c&oelig;ur. Le petit de Chamissot est-il
-arrivé à bon port?</p>
+arrivé à bon port?</p>
-<p>Je viens d'apprendre que M. d'André ayant fait une <span class="pagenum"><a id="page441" name="page441"></a>(p. 441)</span> motion
-pour que l'on s'occupât de l'élection des membres de la nouvelle
-législature, cela a été décrété tout d'une voix. Je ne le conçois pas.</p>
+<p>Je viens d'apprendre que M. d'André ayant fait une <span class="pagenum"><a id="page441" name="page441"></a>(p. 441)</span> motion
+pour que l'on s'occupât de l'élection des membres de la nouvelle
+législature, cela a été décrété tout d'une voix. Je ne le conçois pas.</p>
<hr class="hr30">
<h3>XXXVI<br>
<span class="smaller">A MADAME LA MARQUISE DE BOMBELLES,<br>
-A L'HÔTEL DE FRANCE, A STUTTGARD.</span></h3>
+A L'HÔTEL DE FRANCE, A STUTTGARD.</span></h3>
<p class="date">Ce 21 avril 1791.</p>
<p>Tu sens, ma Bombe, qu'il faut que je n'aie pas eu absolument le temps
-pour ne t'avoir pas écrit un mot ces jours-ci. Je ne te donnerai point
-de détails de la journée de lundi; je t'avoue que je ne les sais pas
-encore. Tout ce que je sais, c'est que le Roi vouloit aller à
-Saint-Cloud, qu'il s'est campé dans sa voiture où il est resté deux
-heures, que la garde et le peuple ont fermé le passage, et qu'il a été
-obligé de ne pas sortir. J'ignore combien l'on nous retiendra;
-j'imagine que ce sera jusqu'après Pâques. Nous nous portons tous bien;
-je t'écris à la hâte, parce que je fais ma toilette pour aller à
+pour ne t'avoir pas écrit un mot ces jours-ci. Je ne te donnerai point
+de détails de la journée de lundi; je t'avoue que je ne les sais pas
+encore. Tout ce que je sais, c'est que le Roi vouloit aller à
+Saint-Cloud, qu'il s'est campé dans sa voiture où il est resté deux
+heures, que la garde et le peuple ont fermé le passage, et qu'il a été
+obligé de ne pas sortir. J'ignore combien l'on nous retiendra;
+j'imagine que ce sera jusqu'après Pâques. Nous nous portons tous bien;
+je t'écris à la hâte, parce que je fais ma toilette pour aller à
l'office, car l'on veut bien encore nous permettre d'y assister.
Adieu; crois que je serai toujours digne des sentiments de ceux qui
veulent bien avoir de l'estime pour moi, et que quelque chose qu'il
-arrive, je vivrai et mourrai sans avoir rien à me reprocher vis-à-vis
+arrive, je vivrai et mourrai sans avoir rien à me reprocher vis-à-vis
de Dieu et des hommes.</p>
-<p>Je ne te parle pas de la joie que m'a fait éprouver la bonté de la
-Reine de Naples<a id="footnotetag191" name="footnotetag191"></a><a href="#footnote191" title="Go to footnote 191"><span class="smaller">[191]</span></a>; mais tu me connois assez pour suppléer à tout ce
+<p>Je ne te parle pas de la joie que m'a fait éprouver la bonté de la
+Reine de Naples<a id="footnotetag191" name="footnotetag191"></a><a href="#footnote191" title="Go to footnote 191"><span class="smaller">[191]</span></a>; mais tu me connois assez pour suppléer à tout ce
que je ne puis exprimer dans le moment, mais que mon c&oelig;ur sent si
bien. Je t'embrasse et t'aime de tout mon c&oelig;ur.</p>
<hr class="hr30">
<h3><span class="pagenum"><a id="page442" name="page442"></a>(p. 442)</span> XXXVII<br>
-<span class="smaller">A L'ABBÉ DE LUBERSAC.</span></h3>
+<span class="smaller">A L'ABBÉ DE LUBERSAC.</span></h3>
<p class="date">23 mai 1791.</p>
-<p>J'ai reçu votre lettre, Monsieur: les détails que vous me faites de
+<p>J'ai reçu votre lettre, Monsieur: les détails que vous me faites de
votre voyage m'ont fait grand plaisir; et si je ne craignois pas de
vous fatiguer, je vous prierois de les continuer. Les dangers que vous
-avez courus m'ont fait frémir; mais les regrets continuels que vous
-éprouvez me font une peine affreuse. Ah! Monsieur, poussez votre vertu
-jusqu'à vous en rendre maître: vous le devez pour ce Dieu à qui vous
-avez tout sacrifié; vous le devez au soin de votre santé. Songez
-combien votre existence est nécessaire à toute votre famille; et
-prenez sur vous de soutenir sans trop de découragement la nouvelle
-épreuve que le Ciel vous envoie. Il falloit pour votre perfection que
-Dieu vous détachât tout à fait des biens de ce monde, même des plus
+avez courus m'ont fait frémir; mais les regrets continuels que vous
+éprouvez me font une peine affreuse. Ah! Monsieur, poussez votre vertu
+jusqu'à vous en rendre maître: vous le devez pour ce Dieu à qui vous
+avez tout sacrifié; vous le devez au soin de votre santé. Songez
+combien votre existence est nécessaire à toute votre famille; et
+prenez sur vous de soutenir sans trop de découragement la nouvelle
+épreuve que le Ciel vous envoie. Il falloit pour votre perfection que
+Dieu vous détachât tout à fait des biens de ce monde, même des plus
simples. Vous savez, plus que tout autre, combien Dieu donne de force
-pour supporter les maux de ce monde; tâchez donc de ne vous y point
+pour supporter les maux de ce monde; tâchez donc de ne vous y point
laisser aller. Ne vous persuadez point que l'air ne vous vaut rien;
-ménagez-vous, mais distrayez-vous par les beautés dont la ville que
-vous habitez est remplie. Après avoir admiré la main sublime qui forma
-ces immenses rochers, et ces torrents qui ont pensé vous entraîner
-dans leurs abîmes, admirez l'industrie que Dieu a donnée à l'homme, et
-comment il peut, grâce à cette industrie, tirer des chefs-d'&oelig;uvre
-des choses les plus brutes. Mais je m'aperçois que je me mêle de ce
-que je n'ai que faire; car je ne fais que rabâcher ce que vous me
-dites sans cesse. Pardonnez, Monsieur, au désir que j'ai de vous voir
+ménagez-vous, mais distrayez-vous par les beautés dont la ville que
+vous habitez est remplie. Après avoir admiré la main sublime qui forma
+ces immenses rochers, et ces torrents qui ont pensé vous entraîner
+dans leurs abîmes, admirez l'industrie que Dieu a donnée à l'homme, et
+comment il peut, grâce à cette industrie, tirer des chefs-d'&oelig;uvre
+des choses les plus brutes. Mais je m'aperçois que je me mêle de ce
+que je n'ai que faire; car je ne fais que rabâcher ce que vous me
+dites sans cesse. Pardonnez, Monsieur, au désir que j'ai de vous voir
un peu sorti de ce fonds de tristesse qui vous suit partout. Je vous
-voudrois le calme de l'abbé Madier; mais il n'est pas donné à tout le
-monde: c'est une grâce <span class="pagenum"><a id="page443" name="page443"></a>(p. 443)</span> spéciale. Je suis fâchée que vous
-soyez encore privé de sa société; cela eût été une ressource pour
-vous: j'espère qu'il se rétablira parfaitement de sa maladie. D'après
-l'intérêt que vous voulez bien prendre à moi, je vous dirai que le
-Ciel m'a fait la grâce de faire un choix pour le remplacer, qui, sous
+voudrois le calme de l'abbé Madier; mais il n'est pas donné à tout le
+monde: c'est une grâce <span class="pagenum"><a id="page443" name="page443"></a>(p. 443)</span> spéciale. Je suis fâchée que vous
+soyez encore privé de sa société; cela eût été une ressource pour
+vous: j'espère qu'il se rétablira parfaitement de sa maladie. D'après
+l'intérêt que vous voulez bien prendre à moi, je vous dirai que le
+Ciel m'a fait la grâce de faire un choix pour le remplacer, qui, sous
tous les rapports, me convient parfaitement. Il entend ce que je lui
-dis, et me présente toujours un remède efficace aux maux dont je lui
+dis, et me présente toujours un remède efficace aux maux dont je lui
fais l'aveu. Il a de l'esprit, de la douceur sans foiblesse, une
grande connoissance du c&oelig;ur humain et un grand amour pour Dieu.
-Remerciez ce Dieu pour moi de la grâce qu'il m'a faite de m'adresser à
-lui. Je prierai pour vous, puisque vous le désirez, dès demain. Je
-m'en humilierai; car je vous avoue que rien n'y porte tant à
-l'humilité que d'invoquer le Ciel pour des personnes de qui l'on est
-si éloigné d'approcher pour la vertu. Je compte recevoir demain ce
+Remerciez ce Dieu pour moi de la grâce qu'il m'a faite de m'adresser à
+lui. Je prierai pour vous, puisque vous le désirez, dès demain. Je
+m'en humilierai; car je vous avoue que rien n'y porte tant à
+l'humilité que d'invoquer le Ciel pour des personnes de qui l'on est
+si éloigné d'approcher pour la vertu. Je compte recevoir demain ce
Dieu si bon. Ah! Monsieur, que j'en suis indigne, et que je suis loin
de m'en rendre digne! Cependant j'ai bonne envie de me sauver; car au
-moins faut-il ne pas perdre le fruit des épreuves que le Ciel vous
+moins faut-il ne pas perdre le fruit des épreuves que le Ciel vous
envoie: elles sont bien fortes; elles le seroient encore plus pour des
-gens moins légers, et qui les sentiroient plus profondément. Mais, de
-quelque manière qu'elles soient senties, il faut qu'elles sauvent; et
-voilà pourquoi je me recommande instamment à vos prières. Je vous
-quitte à regret; mais il est tard, et il faut que ce soit à vous que
-j'écrive, pour n'avoir pas déjà quitté mon écritoire: mais lorsque je
-cause avec vous, j'éprouve une vraie satisfaction. Adieu, Monsieur; ne
+gens moins légers, et qui les sentiroient plus profondément. Mais, de
+quelque manière qu'elles soient senties, il faut qu'elles sauvent; et
+voilà pourquoi je me recommande instamment à vos prières. Je vous
+quitte à regret; mais il est tard, et il faut que ce soit à vous que
+j'écrive, pour n'avoir pas déjà quitté mon écritoire: mais lorsque je
+cause avec vous, j'éprouve une vraie satisfaction. Adieu, Monsieur; ne
doutez pas de mes sentiments et du plaisir que me font vos lettres;
-aussi, tant que vos yeux n'en seront point fatigués, écrivez-moi, je
+aussi, tant que vos yeux n'en seront point fatigués, écrivez-moi, je
vous en prie. Nous sommes assez tranquilles ici depuis l'affaire du 18
avril<a id="footnotetag192" name="footnotetag192"></a><a href="#footnote192" title="Go to footnote 192"><span class="smaller">[192]</span></a>.</p>
@@ -16484,97 +16439,97 @@ avril<a id="footnotetag192" name="footnotetag192"></a><a href="#footnote192" tit
<p class="date">Ce 10 juillet 1791.</p>
-<p>J'ai reçu votre petite lettre, ma chère Bombe; j'y réponds de même.
-Quoique nous différions d'opinions, les marques d'amitié que vous m'y
-donnez me font un bien grand plaisir. Tu sais qu'en général j'y suis
-sensible, et tu peux juger si, dans un moment comme celui-ci, l'amitié
-ne devient pas mille fois plus précieuse. Tu as une mauvaise tête;
-ménage-la, mon c&oelig;ur, tranquillise-toi: tout ce qui t'intéresse se
+<p>J'ai reçu votre petite lettre, ma chère Bombe; j'y réponds de même.
+Quoique nous différions d'opinions, les marques d'amitié que vous m'y
+donnez me font un bien grand plaisir. Tu sais qu'en général j'y suis
+sensible, et tu peux juger si, dans un moment comme celui-ci, l'amitié
+ne devient pas mille fois plus précieuse. Tu as une mauvaise tête;
+ménage-la, mon c&oelig;ur, tranquillise-toi: tout ce qui t'intéresse se
porte bien. Que la petite trouve dans ce billet tout ce que je ne puis
exprimer. Le mot qu'elle a mis dans la lettre m'a fait aussi un grand
-plaisir. J'espère qu'elle n'en doute pas. Paris et le Roi sont
-toujours dans la même position: le premier tranquille, et le second
-gardé à vue ainsi que la Reine. Même, hier, on a établi une espèce de
-camp sous leurs fenêtres, de peur qu'ils ne sautent dans le jardin,
-qui est hermétiquement fermé, et qui est rempli de sentinelles, entre
-autres deux ou trois sous ces mêmes fenêtres. Adieu, mon c&oelig;ur, je
+plaisir. J'espère qu'elle n'en doute pas. Paris et le Roi sont
+toujours dans la même position: le premier tranquille, et le second
+gardé à vue ainsi que la Reine. Même, hier, on a établi une espèce de
+camp sous leurs fenêtres, de peur qu'ils ne sautent dans le jardin,
+qui est hermétiquement fermé, et qui est rempli de sentinelles, entre
+autres deux ou trois sous ces mêmes fenêtres. Adieu, mon c&oelig;ur, je
vous embrasse tendrement ainsi que la petite. On dit que l'affaire du
-Roi sera rapportée bientôt et qu'après il aura sa liberté. La loi pour
-les émigrants est très-sévère; ils payeront les trois cinquièmes de
+Roi sera rapportée bientôt et qu'après il aura sa liberté. La loi pour
+les émigrants est très-sévère; ils payeront les trois cinquièmes de
leurs biens.</p>
-<p class="note"><span class="pagenum"><a id="page445" name="page445"></a>(p. 445)</span> La fin de la lettre est écrite en encre sympathique.</p>
+<p class="note"><span class="pagenum"><a id="page445" name="page445"></a>(p. 445)</span> La fin de la lettre est écrite en encre sympathique.</p>
<p>Non, mon c&oelig;ur, je suis bien loin de permettre votre retour. Ce
-n'est pas assurément que je ne fusse charmée de vous voir, mais c'est
-parce que je suis convaincue que tu ne serois pas en sûreté ici.
-Conserve-toi pour des moments plus heureux, où nous pourrons peut-être
-jouir en paix de l'amitié qui nous unit. J'ai été bien malheureuse; je
-le suis moins. Si je voyois un terme à tout ceci, je supporterois plus
+n'est pas assurément que je ne fusse charmée de vous voir, mais c'est
+parce que je suis convaincue que tu ne serois pas en sûreté ici.
+Conserve-toi pour des moments plus heureux, où nous pourrons peut-être
+jouir en paix de l'amitié qui nous unit. J'ai été bien malheureuse; je
+le suis moins. Si je voyois un terme à tout ceci, je supporterois plus
facilement ce qui arrive; mais c'est le temps de s'abandonner
-entièrement entre les mains de Dieu, chose en vérité à faire par le
-comte d'Artois. Nous devons même lui écrire pour l'y engager. Nos
-maîtres le veulent. Je ne crois pas que cela le décide. Notre voyage
-avec Barnave et Pétion s'est passé le plus ridiculement. Vous croyez
-sans doute que nous étions au supplice; point du tout. Ils ont été
+entièrement entre les mains de Dieu, chose en vérité à faire par le
+comte d'Artois. Nous devons même lui écrire pour l'y engager. Nos
+maîtres le veulent. Je ne crois pas que cela le décide. Notre voyage
+avec Barnave et Pétion s'est passé le plus ridiculement. Vous croyez
+sans doute que nous étions au supplice; point du tout. Ils ont été
bien, surtout le premier, qui a beaucoup d'esprit et qui n'est point
-féroce comme on le dit. J'ai commencé par leur montrer franchement mon
-opinion sur leurs opérations, et nous avons, après, causé le reste du
-voyage, comme si nous étions étrangers à la chose. Barnave a sauvé les
-gardes du corps qui étoient avec nous, que la garde nationale vouloit
-massacrer en arrivant. On dit qu'à... [Là s'arrête le récit.]</p>
+féroce comme on le dit. J'ai commencé par leur montrer franchement mon
+opinion sur leurs opérations, et nous avons, après, causé le reste du
+voyage, comme si nous étions étrangers à la chose. Barnave a sauvé les
+gardes du corps qui étoient avec nous, que la garde nationale vouloit
+massacrer en arrivant. On dit qu'à... [Là s'arrête le récit.]</p>
<hr class="hr30">
<h3>XXXIX<br>
-<span class="smaller">A L'ABBÉ R. DE LUBERSAC.</span></h3>
+<span class="smaller">A L'ABBÉ R. DE LUBERSAC.</span></h3>
<p class="date">29 juillet 1791.</p>
-<p>J'ai reçu votre lettre ces jours-ci. J'espère, Monsieur, que vous ne
-doutez pas de l'intérêt avec lequel je l'ai lue. Votre santé me paroît
-moins mauvaise; mais je crains que les dernières nouvelles que vous
-avez reçues de votre pays ne vous aient fait une trop vive impression.
+<p>J'ai reçu votre lettre ces jours-ci. J'espère, Monsieur, que vous ne
+doutez pas de l'intérêt avec lequel je l'ai lue. Votre santé me paroît
+moins mauvaise; mais je crains que les dernières nouvelles que vous
+avez reçues de votre pays ne vous aient fait une trop vive impression.
Plus que jamais l'on est dans le cas de dire qu'un c&oelig;ur sensible
-est un don <span class="pagenum"><a id="page446" name="page446"></a>(p. 446)</span> cruel. Heureux celui qui pourroit être indifférent
+est un don <span class="pagenum"><a id="page446" name="page446"></a>(p. 446)</span> cruel. Heureux celui qui pourroit être indifférent
aux maux de sa patrie, de tout ce que l'on a de plus cher! J'ai
-éprouvé combien cet état étoit à désirer pour ce monde, et je vis dans
-l'espoir que le contraire peut être utile pour l'autre. Cependant, je
-vous l'avouerai, je suis bien loin de la résignation que je désirerois
-avoir. L'abandon à la volonté de Dieu n'est encore que dans la
-superficie de mon esprit. Cependant, après avoir été pendant près d'un
-mois dans un état violent, je commence à reprendre un peu mon
-assiette; les événements qui paroissent se calmer en sont cause. Dieu
+éprouvé combien cet état étoit à désirer pour ce monde, et je vis dans
+l'espoir que le contraire peut être utile pour l'autre. Cependant, je
+vous l'avouerai, je suis bien loin de la résignation que je désirerois
+avoir. L'abandon à la volonté de Dieu n'est encore que dans la
+superficie de mon esprit. Cependant, après avoir été pendant près d'un
+mois dans un état violent, je commence à reprendre un peu mon
+assiette; les événements qui paroissent se calmer en sont cause. Dieu
veuille que cela dure un peu, et que le Ciel se laisse toucher! Vous
-ne pouvez imaginer combien les âmes ferventes redoublent de zèle; le
-Ciel ne peut pas être sourd à tant de v&oelig;ux qui lui sont offerts
-avec tant de confiance. C'est du c&oelig;ur de Jésus que l'on semble
-attendre toutes les grâces dont on a besoin; la ferveur de cette
-dévotion semble redoubler: plus nos maux augmentent, plus on y adresse
-des v&oelig;ux. Toutes les communautés font de ferventes prières; mais il
-faudroit que tout le monde s'unît pour fléchir le Ciel; et voilà ce
+ne pouvez imaginer combien les âmes ferventes redoublent de zèle; le
+Ciel ne peut pas être sourd à tant de v&oelig;ux qui lui sont offerts
+avec tant de confiance. C'est du c&oelig;ur de Jésus que l'on semble
+attendre toutes les grâces dont on a besoin; la ferveur de cette
+dévotion semble redoubler: plus nos maux augmentent, plus on y adresse
+des v&oelig;ux. Toutes les communautés font de ferventes prières; mais il
+faudroit que tout le monde s'unît pour fléchir le Ciel; et voilà ce
qu'il faut commencer par obtenir, et ne s'occuper que du bien de la
-religion. Mais malheureusement il est très-aisé de fort bien parler
-sur tout cela, beaucoup plus que d'exécuter; voilà ce que j'éprouve
+religion. Mais malheureusement il est très-aisé de fort bien parler
+sur tout cela, beaucoup plus que d'exécuter; voilà ce que j'éprouve
sans cesse, et ce qui m'impatiente, au lieu de m'humilier.</p>
-<p>Je suis fâchée pour vous que votre frère vous ait quitté; ce devoit
-être pour vous une grande ressource. Ne pourriez-vous pas obtenir de
-demeurer avec...? au moins vous auriez une société agréable; car vous
+<p>Je suis fâchée pour vous que votre frère vous ait quitté; ce devoit
+être pour vous une grande ressource. Ne pourriez-vous pas obtenir de
+demeurer avec...? au moins vous auriez une société agréable; car vous
me paroissez mener la vie du monde la plus triste et la moins conforme
-à votre santé.</p>
+à votre santé.</p>
-<p>Vous me demandez mon avis sur le projet que vous aviez formé. Si vous
+<p>Vous me demandez mon avis sur le projet que vous aviez formé. Si vous
voulez que je vous parle franchement, je ne prendrois pas le sujet que
vous aviez choisi. Nous sommes encore trop corrompus pour que des
vertus auxquelles beaucoup ne croient pas puissent faire effet. De
<span class="pagenum"><a id="page447" name="page447"></a>(p. 447)</span> plus, il me seroit impossible de vous donner des
renseignements sur cela; car je n'en ai aucun. Mais je crois que si
-vous avez le désir d'écrire, tout sujet de morale chrétienne sera bien
-traité par vous; et si vous voulez que je vous dise encore mon avis
-sur cela, je vous dirai que je choisirois plutôt un sujet fort de
-raisonnement que de sentiment; cela conviendroit mieux à la situation
-où se trouve votre âme. Songez, en lisant ceci, que vous avez voulu
+vous avez le désir d'écrire, tout sujet de morale chrétienne sera bien
+traité par vous; et si vous voulez que je vous dise encore mon avis
+sur cela, je vous dirai que je choisirois plutôt un sujet fort de
+raisonnement que de sentiment; cela conviendroit mieux à la situation
+où se trouve votre âme. Songez, en lisant ceci, que vous avez voulu
que je vous dise ce que je pensois; et ne doutez pas, je vous prie, de
la parfaite estime que j'ai pour vous, et du plaisir que me font vos
lettres.</p>
@@ -16584,21 +16539,21 @@ lettres.</p>
<h3>XL<br>
<span class="smaller">A MADAME LA MARQUISE DES MONTIERS<a id="footnotetag193" name="footnotetag193"></a><a href="#footnote193" title="Go to footnote 193"><span class="smaller">[193]</span></a>.</span></h3>
-<p class="date">Ce 30 août 1791.</p>
+<p class="date">Ce 30 août 1791.</p>
-<p>Je ne puis vous dissimuler, mon cher Démon, que votre silence
-m'étonnoit et m'affligeoit, même la jalousie s'emparoit de moi, car je
-savois que vous aviez trouvé le temps d'écrire à Coblentz; mais enfin
-votre lettre, que j'ai reçue hier au soir, a remis tout dans l'ordre.
-Blanche est en Normandie depuis un mois; je ne sais si elle aura reçu
-vos lettres, elle n'en avoit point eu avant son départ. Je voudrois
+<p>Je ne puis vous dissimuler, mon cher Démon, que votre silence
+m'étonnoit et m'affligeoit, même la jalousie s'emparoit de moi, car je
+savois que vous aviez trouvé le temps d'écrire à Coblentz; mais enfin
+votre lettre, que j'ai reçue hier au soir, a remis tout dans l'ordre.
+Blanche est en Normandie depuis un mois; je ne sais si elle aura reçu
+vos lettres, elle n'en avoit point eu avant son départ. Je voudrois
pouvoir me flatter, mon c&oelig;ur, que votre retour sera aussi prompt
-que je le désire, mais sur cela il n'y a que la Providence qui puisse
+que je le désire, mais sur cela il n'y a que la Providence qui puisse
me donner cet espoir; elle est si bonne, que je suis pleine de
confiance qu'elle me procurera le plaisir de vous revoir, toujours
-aimable, bonne, et conservant de l'amitié pour moi. Je voudrois
+aimable, bonne, et conservant de l'amitié pour moi. Je voudrois
pouvoir ajouter que deux ans auront mis du calme et de la bonne
-réflexion dans la tête de ce Démon que j'aime et embrasse de tout mon
+réflexion dans la tête de ce Démon que j'aime et embrasse de tout mon
c&oelig;ur.</p>
<hr class="hr30">
@@ -16609,27 +16564,27 @@ c&oelig;ur.</p>
<p class="date">Ce 8 septembre 1791.</p>
<p>Ce n'est pas, je crois, ma faute, ma Bombe, si tu n'as pas eu de mes
-nouvelles: ta mère m'a donné une adresse qui ne me paroît pas du tout
-devoir mener à ton château; mais elle me soutient qu'elle est bonne,
-il faut bien me soumettre à la croire. Je suis charmée que tu aies
-trouvé un peu de société, car cela fait toujours du bien, quand ce ne
+nouvelles: ta mère m'a donné une adresse qui ne me paroît pas du tout
+devoir mener à ton château; mais elle me soutient qu'elle est bonne,
+il faut bien me soumettre à la croire. Je suis charmée que tu aies
+trouvé un peu de société, car cela fait toujours du bien, quand ce ne
seroit que pour savoir des nouvelles et pouvoir renouveler un peu ses
-idées, ce dont on a grand besoin. Pour ici, on a beau faire, c'est
-toujours la même chose: la Révolution, ses suites, l'entrée des
-émigrés, voilà sur quoi roulent toutes les conversations des cercles
-de Paris. Tu sais sûrement que la Constitution est entre les mains du
-Roi depuis samedi, et qu'il réfléchit sur la réponse qu'il fera. Le
-temps nous apprendra ce qu'il aura décidé dans sa sagesse. Il faut
-demander à l'Esprit-Saint de lui faire part de quelques-uns de ses
-dons: il en a bon besoin. Je voudrois avoir quelque chose d'amusant à
+idées, ce dont on a grand besoin. Pour ici, on a beau faire, c'est
+toujours la même chose: la Révolution, ses suites, l'entrée des
+émigrés, voilà sur quoi roulent toutes les conversations des cercles
+de Paris. Tu sais sûrement que la Constitution est entre les mains du
+Roi depuis samedi, et qu'il réfléchit sur la réponse qu'il fera. Le
+temps nous apprendra ce qu'il aura décidé dans sa sagesse. Il faut
+demander à l'Esprit-Saint de lui faire part de quelques-uns de ses
+dons: il en a bon besoin. Je voudrois avoir quelque chose d'amusant à
te mander; mais nous n'abondons pas dans cette marchandise, d'autant
-que le pain qui commence à renchérir ici, en rappelant un temps fort
+que le pain qui commence à renchérir ici, en rappelant un temps fort
triste, fait craindre pour cet hiver assez de mouvements, sans compter
tout ce dont on nous menace pour l'automne, ce qui est fort triste,
-car il n'y a plus moyen de se faire illusion, puisque l'Assemblée
-elle-même en parle comme d'un malheur auquel elle s'attend. Il est
-vrai que la force que donne l'amour de la liberté rassure beaucoup; et
-le patriotisme remplacera aisément l'ordre et la subordination des
+car il n'y a plus moyen de se faire illusion, puisque l'Assemblée
+elle-même en parle comme d'un malheur auquel elle s'attend. Il est
+vrai que la force que donne l'amour de la liberté rassure beaucoup; et
+le patriotisme remplacera aisément l'ordre et la subordination des
troupes. Adieu, je t'embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
<hr class="hr30">
@@ -16641,48 +16596,48 @@ A RORSCHACH, PAR SAINT-GALL, EN SUISSE.</span></h3>
<p class="date">Ce 22 septembre 1791.</p>
-<p>Je suis charmée, ma petite Bombe, de la recrue que tu as faite pour ta
-société, car on a beau dire, l'hiver on en a un peu besoin, surtout un
-homme qui n'a pas la ressource de l'ouvrage. Je suis fâchée du chagrin
-que tu as éprouvé par la perte de M. de Rosenberg, ce sera une vraie
-consolation pour son frère d'être avec toi; mais je crains que cela
+<p>Je suis charmée, ma petite Bombe, de la recrue que tu as faite pour ta
+société, car on a beau dire, l'hiver on en a un peu besoin, surtout un
+homme qui n'a pas la ressource de l'ouvrage. Je suis fâchée du chagrin
+que tu as éprouvé par la perte de M. de Rosenberg, ce sera une vraie
+consolation pour son frère d'être avec toi; mais je crains que cela
n'attriste la solitude. Oui, mon c&oelig;ur, je voudrois pouvoir m'y
transporter. Que j'y trouverois de douceur! Mais la Providence m'a
-placée où je suis: ce n'est pas moi qui l'ai choisi; tu crois bien,
+placée où je suis: ce n'est pas moi qui l'ai choisi; tu crois bien,
qu'elle m'y retient, il faut donc s'y soumettre. Mon sort m'y
-paroîtroit plus doux si je voyois l'union dont je te parlois dans ma
-dernière lettre, et que je trouverois l'hiver court, si, malgré toutes
+paroîtroit plus doux si je voyois l'union dont je te parlois dans ma
+dernière lettre, et que je trouverois l'hiver court, si, malgré toutes
les peines qu'il nous annonce, il pouvoit l'amener! Et que n'ai-je ici
les moyens que j'aurois autre part! car j'y travaillerais avec bien du
-zèle. Mais mettons en Dieu notre confiance: il sait ce qu'il faut à
+zèle. Mais mettons en Dieu notre confiance: il sait ce qu'il faut à
chacun de ses enfants; il en aura soin, gardons-nous d'en douter. Nous
ne sommes pas faits pour vivre heureux dans ce monde. La vue de
-l'éternité devroit soutenir tous et particulièrement ceux qui sont
-comblés de ses grâces. Sois tranquille pour ta mère, ma petite, elle
-se porte bien; je ne crois même pas que tu la trouves changée, si tu
+l'éternité devroit soutenir tous et particulièrement ceux qui sont
+comblés de ses grâces. Sois tranquille pour ta mère, ma petite, elle
+se porte bien; je ne crois même pas que tu la trouves changée, si tu
la voyois. Je ne comprends pas comment l'on peut supporter tout ce que
-l'on a à souffrir dans ce moment, les secousses étant fréquentes. Nous
-en avons éprouvé de bien douces, en revoyant des êtres qui ont couru
+l'on a à souffrir dans ce moment, les secousses étant fréquentes. Nous
+en avons éprouvé de bien douces, en revoyant des êtres qui ont couru
de bien grands dangers, mais qui heureusement sont tous <span class="pagenum"><a id="page450" name="page450"></a>(p. 450)</span> en
-bonne santé. La Providence a bien veillé sur eux; non, elle
+bonne santé. La Providence a bien veillé sur eux; non, elle
n'abandonne jamais. Oh! que l'on seroit heureux si l'on avoit une foi
-vive! Ton mari est donc allé faire une course légère, et tu es restée
-dans ta solitude, avec tes enfants, tes livres et ta pensée. En voilà
+vive! Ton mari est donc allé faire une course légère, et tu es restée
+dans ta solitude, avec tes enfants, tes livres et ta pensée. En voilà
bien assez pour toi.</p>
-<p>Nous sommes toujours tranquilles ici. Il paroît une lettre des
-Princes<a id="footnotetag194" name="footnotetag194"></a><a href="#footnote194" title="Go to footnote 194"><span class="smaller">[194]</span></a>, et une déclaration de l'Empereur et du roi de
+<p>Nous sommes toujours tranquilles ici. Il paroît une lettre des
+Princes<a id="footnotetag194" name="footnotetag194"></a><a href="#footnote194" title="Go to footnote 194"><span class="smaller">[194]</span></a>, et une déclaration de l'Empereur et du roi de
Prusse<a id="footnotetag195" name="footnotetag195"></a><a href="#footnote195" title="Go to footnote 195"><span class="smaller">[195]</span></a>. La lettre est bien forte; mais le reste ne l'est pas.
Cependant plusieurs personnes croient y voir les Cieux ouverts. Pour
-moi, qui ne suis pas si crédule, je lève les mains au Ciel, et lui
-demande de nous préserver de maux inutiles. Tu en ferois, je crois,
+moi, qui ne suis pas si crédule, je lève les mains au Ciel, et lui
+demande de nous préserver de maux inutiles. Tu en ferois, je crois,
tout autant.</p>
<p>La vicomtesse est chez elle, Tilly et des Essarts en Bourbonnois, et
-Blanche en Normandie. Mais je pense qu'elle reviendra bientôt. Sais-tu
-que l'on nous a menés à l'Opéra mardi, et que lundi nous allons aux
-François! Nous faisons notre c&oelig;urs de spectacle. Lorsqu'il sera
-fini, j'en serai charmée.</p>
+Blanche en Normandie. Mais je pense qu'elle reviendra bientôt. Sais-tu
+que l'on nous a menés à l'Opéra mardi, et que lundi nous allons aux
+François! Nous faisons notre c&oelig;urs de spectacle. Lorsqu'il sera
+fini, j'en serai charmée.</p>
<p>Adieu, je t'embrasse et t'aime de tout mon c&oelig;ur.</p>
@@ -16693,44 +16648,44 @@ fini, j'en serai charmée.</p>
<p class="date">Ce 6 octobre 1791.</p>
-<p>Il y a aujourd'hui deux ans, ma chère Bombe, que nous étions encore
+<p>Il y a aujourd'hui deux ans, ma chère Bombe, que nous étions encore
dans le lieu de ma naissance. C'est vers cette <span class="pagenum"><a id="page451" name="page451"></a>(p. 451)</span> heure-ci qu'il
-a été décidé que nous le quitterions. Cela est un peu triste, car
-jamais l'on ne verra une habitation plus agréable pour moi. Tu me
-demandes si je vais à M.<a id="footnotetag196" name="footnotetag196"></a><a href="#footnote196" title="Go to footnote 196"><span class="smaller">[196]</span></a> Non, mon c&oelig;ur, et certes je n'irai
-pas que la ville dans laquelle il est n'ait avoué ses torts. J'en
-enrage; mais je crois le devoir. Quant à Saint-Cyr, je n'ose pas y
+a été décidé que nous le quitterions. Cela est un peu triste, car
+jamais l'on ne verra une habitation plus agréable pour moi. Tu me
+demandes si je vais à M.<a id="footnotetag196" name="footnotetag196"></a><a href="#footnote196" title="Go to footnote 196"><span class="smaller">[196]</span></a> Non, mon c&oelig;ur, et certes je n'irai
+pas que la ville dans laquelle il est n'ait avoué ses torts. J'en
+enrage; mais je crois le devoir. Quant à Saint-Cyr, je n'ose pas y
aller: le village est si mal pour ces Dames que je ne puis y aller,
dans la crainte que le lendemain l'on ne fasse une descente chez
-elles, disant que j'ai apporté une contre-révolution. Cependant, j'ai
-écrit à Ligondès pour la prier de me marquer le moment qu'elle croira
+elles, disant que j'ai apporté une contre-révolution. Cependant, j'ai
+écrit à Ligondès pour la prier de me marquer le moment qu'elle croira
que je pourrai avoir ce plaisir.</p>
-<p>Je suis charmée de ce que tu me marques du bon sens de ton prince
-moine<a id="footnotetag197" name="footnotetag197"></a><a href="#footnote197" title="Go to footnote 197"><span class="smaller">[197]</span></a>. Si tout le monde avoit comme lui senti la nécessité de
-laisser chacun dans la place où la Providence l'a placé, nous
-n'aurions pas à gémir sur les maux de notre patrie. La nouvelle
-législature a commencé à attaquer les droits que la Constitution avoit
-donnés au Roi. Elle a décrété qu'elle devoit être indépendante de la
-volonté du Roi lorsqu'il y étoit, et qu'en conséquence ils seroient
+<p>Je suis charmée de ce que tu me marques du bon sens de ton prince
+moine<a id="footnotetag197" name="footnotetag197"></a><a href="#footnote197" title="Go to footnote 197"><span class="smaller">[197]</span></a>. Si tout le monde avoit comme lui senti la nécessité de
+laisser chacun dans la place où la Providence l'a placé, nous
+n'aurions pas à gémir sur les maux de notre patrie. La nouvelle
+législature a commencé à attaquer les droits que la Constitution avoit
+donnés au Roi. Elle a décrété qu'elle devoit être indépendante de la
+volonté du Roi lorsqu'il y étoit, et qu'en conséquence ils seroient
assis avant que le Roi s'assoie; qu'il n'auroit pas un fauteuil
-différent de celui du président, et que l'on ne lui donneroit plus le
-titre de <em>Sire</em> ni de <em>Majesté</em>; mais qu'en lui parlant on diroit
-toujours <em>Roi des François</em><a id="footnotetag198" name="footnotetag198"></a><a href="#footnote198" title="Go to footnote 198"><span class="smaller">[198]</span></a>. Tout cela feroit rire, si <span class="pagenum"><a id="page452" name="page452"></a>(p. 452)</span>
-l'on n'y découvroit pas un désir violent de détruire toute la
-Constitution. On dit que Thouret étoit dans une colère affreuse, et M.
-de Cordorcet enchanté.</p>
-
-<p>Adieu, ma Bombe, voilà le commencement de nos nouvelles. D'ici à un
-mois, je crois qu'il y en aura bien d'autres du même genre. Mais à
-chaque chose suffit son mal. On parle d'un congrès à Aix-la-Chapelle.
-J'imagine que là l'on cherchera à prévoir tout ce que la nouvelle
-législature sera dans le cas d'entreprendre. Sans cela leur but
-manquera, crois-en ma prédiction. Dieu veuille que d'autres y pensent.
+différent de celui du président, et que l'on ne lui donneroit plus le
+titre de <em>Sire</em> ni de <em>Majesté</em>; mais qu'en lui parlant on diroit
+toujours <em>Roi des François</em><a id="footnotetag198" name="footnotetag198"></a><a href="#footnote198" title="Go to footnote 198"><span class="smaller">[198]</span></a>. Tout cela feroit rire, si <span class="pagenum"><a id="page452" name="page452"></a>(p. 452)</span>
+l'on n'y découvroit pas un désir violent de détruire toute la
+Constitution. On dit que Thouret étoit dans une colère affreuse, et M.
+de Cordorcet enchanté.</p>
+
+<p>Adieu, ma Bombe, voilà le commencement de nos nouvelles. D'ici à un
+mois, je crois qu'il y en aura bien d'autres du même genre. Mais à
+chaque chose suffit son mal. On parle d'un congrès à Aix-la-Chapelle.
+J'imagine que là l'on cherchera à prévoir tout ce que la nouvelle
+législature sera dans le cas d'entreprendre. Sans cela leur but
+manquera, crois-en ma prédiction. Dieu veuille que d'autres y pensent.
Adieu, je t'embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
-<p>L'Assemblée a rétracté le décret de la veille. Le Roi y va ce matin
-pour en faire l'ouverture, et leur lâchera un petit discours. J'ignore
+<p>L'Assemblée a rétracté le décret de la veille. Le Roi y va ce matin
+pour en faire l'ouverture, et leur lâchera un petit discours. J'ignore
ce qu'il contiendra.</p>
<hr class="hr30">
@@ -16740,23 +16695,23 @@ ce qu'il contiendra.</p>
<p class="date">Ce 20 octobre 1791.</p>
-<p>J'ai reçu votre jolie lettre, mon cher Démon. Non, mon c&oelig;ur, vous
-auriez bien tort de craindre d'être oubliée, croyez que je n'ai point
-le sort dont on soupçonne bien des gens et que l'absence ne fait point
-de tort à mes sentiments. Non, tant que je ne saurai rien qui puisse
-m'affliger sur Démon, je l'aimerai bien tendrement; ainsi, lorsqu'il
-lui prendra fantaisie de s'inquiéter sur cela, en faisant son
-<span class="pagenum"><a id="page453" name="page453"></a>(p. 453)</span> examen le soir, elle pourra répondre à tout ce que son
+<p>J'ai reçu votre jolie lettre, mon cher Démon. Non, mon c&oelig;ur, vous
+auriez bien tort de craindre d'être oubliée, croyez que je n'ai point
+le sort dont on soupçonne bien des gens et que l'absence ne fait point
+de tort à mes sentiments. Non, tant que je ne saurai rien qui puisse
+m'affliger sur Démon, je l'aimerai bien tendrement; ainsi, lorsqu'il
+lui prendra fantaisie de s'inquiéter sur cela, en faisant son
+<span class="pagenum"><a id="page453" name="page453"></a>(p. 453)</span> examen le soir, elle pourra répondre à tout ce que son
imagination lui aura dit. Je crois lui avoir dit cela cent fois, mais
-si elle me prend pour une rabâcheuse avec quelque raison, elle se dira
-que c'est encore une preuve de la sincère amitié que j'ai pour elle.
-Je serai charmée, mon petit Démon, lorsque vous pourrez me venir voir,
-mais je n'en prévois pas l'époque. Votre mari est-il avec vous, mon
-c&oelig;ur, ou êtes-vous avec votre mère? Et votre second fils, qu'en
-avez-vous fait? J'ai vu avant-hier votre beau-frère, il n'est pas
-embelli. On dit que les émigrés vont être maltraités par l'Assemblée;
-le sieur Brissot en fit hier la motion, qui doit être discutée. Adieu,
-mon petit Démon, je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
+si elle me prend pour une rabâcheuse avec quelque raison, elle se dira
+que c'est encore une preuve de la sincère amitié que j'ai pour elle.
+Je serai charmée, mon petit Démon, lorsque vous pourrez me venir voir,
+mais je n'en prévois pas l'époque. Votre mari est-il avec vous, mon
+c&oelig;ur, ou êtes-vous avec votre mère? Et votre second fils, qu'en
+avez-vous fait? J'ai vu avant-hier votre beau-frère, il n'est pas
+embelli. On dit que les émigrés vont être maltraités par l'Assemblée;
+le sieur Brissot en fit hier la motion, qui doit être discutée. Adieu,
+mon petit Démon, je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
<hr class="hr30">
@@ -16765,30 +16720,30 @@ mon petit Démon, je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
<p class="date">[Vers la fin d'octobre.]</p>
-<p>J'ai l'âme toute noire, ma chère Rage. Il faut que tu en prennes ton
+<p>J'ai l'âme toute noire, ma chère Rage. Il faut que tu en prennes ton
parti, et tu en devineras bien la raison, car je n'aime point du tout
tout ce que je vois. Lis et entends. Dieu veuille que j'aie tort!
-Sais-tu bien que ce que tu me marques à la fin de ta lettre n'a pas le
-sens commun? Il y a quatre mois, cela eût été fort différent. Mais à
-présent c'est un être de raison que de penser que cela puisse faire le
-plus petit effet. Mais notre sort sera toujours d'être bêtes et
-maladroits, ce dont j'enrage de bon c&oelig;ur. Quant à ce que tu me
+Sais-tu bien que ce que tu me marques à la fin de ta lettre n'a pas le
+sens commun? Il y a quatre mois, cela eût été fort différent. Mais à
+présent c'est un être de raison que de penser que cela puisse faire le
+plus petit effet. Mais notre sort sera toujours d'être bêtes et
+maladroits, ce dont j'enrage de bon c&oelig;ur. Quant à ce que tu me
marques pour une certaine personne de ma connoissance, je te fais part
qu'elle ne trouve pas que tu aies raison; que son opinion ne sera, je
crois, jamais douteuse, mais que mille raisons lui font croire qu'elle
-est où elle doit être.&mdash;Si tu ne l'approuvois pas, elle en seroit
-bien fâchée. Mais je crois que, si elle pouvoit causer avec <span class="pagenum"><a id="page454" name="page454"></a>(p. 454)</span>
+est où elle doit être.&mdash;Si tu ne l'approuvois pas, elle en seroit
+bien fâchée. Mais je crois que, si elle pouvoit causer avec <span class="pagenum"><a id="page454" name="page454"></a>(p. 454)</span>
toi, elle te convaincroit. Lastic est ici d'avant-hier; ce qui a fait
-un sensible plaisir à ta très-humble servante, quoiqu'elle lui ait dit
+un sensible plaisir à ta très-humble servante, quoiqu'elle lui ait dit
bien des choses qui lui font peine. La pauvre petite est bien
malheureuse, sent bien vivement sa position; mais tout cela est soumis
-à la Providence d'une manière qu'il faudroit imiter. Nous irons
-galoper demain ensemble, et cela me plaît.</p>
+à la Providence d'une manière qu'il faudroit imiter. Nous irons
+galoper demain ensemble, et cela me plaît.</p>
-<p>Je te fais compliment sur la dent d'Hélène: c'est en avoir de bien
+<p>Je te fais compliment sur la dent d'Hélène: c'est en avoir de bien
bonne heure. J'ai peur qu'elle ne te morde beaucoup. Adieu, ma petite.
Je t'embrasse et t'aime de tout mon c&oelig;ur. Le bien de ta
-belle-s&oelig;ur est-il près de Saint-Domingue?</p>
+belle-s&oelig;ur est-il près de Saint-Domingue?</p>
<hr class="hr30">
@@ -16799,120 +16754,120 @@ PAR SAINT-GALL, EN SUISSE, A RORSCHACH.</span></h3>
<p class="date">Ce 8 novembre 1791.</p>
-<p>Sais-tu bien, ma Bombe, que si je ne comptois pas sur ton amitié, sur
+<p>Sais-tu bien, ma Bombe, que si je ne comptois pas sur ton amitié, sur
ton indulgence, je serois un peu honteuse du temps qu'il y a que je
-t'ai écrit? Mais que veux-tu? c'est pour mieux faire que j'ai eu tort.
-Je voulois t'écrire un peu longuement, et je ne m'en suis jamais
-trouvé le temps. Heureusement que l'arrivée de M. de Vaines<a id="footnotetag200" name="footnotetag200"></a><a href="#footnote200" title="Go to footnote 200"><span class="smaller">[200]</span></a>
-t'aura bien occupée et distraite de l'idée de n'avoir pas de nouvelles
-de ta patrie. Ta mère t'a écrit il y a huit jours, cela t'aura prouvé
-que tout étoit encore sur ses pieds; que, malgré tous les blasphèmes
-que l'on n'a cessé de vomir contre Dieu et ses ministres, le Ciel
-n'étoit pas encore tombé sur nous. Après-demain, l'on dit que l'on
-s'occupera des prêtres non assermentés, et de leur assurer paix,
-<span class="pagenum"><a id="page455" name="page455"></a>(p. 455)</span> tranquillité et libre exercice de la religion. Cela te paroît
-suspect; mais patience, attends pour juger que le décret soit rendu.</p>
-
-<p>Tu sais sans doute les tristes nouvelles des îles, elles sont
-confirmées d'hier par une lettre de M. de Blanchelande<a id="footnotetag201" name="footnotetag201"></a><a href="#footnote201" title="Go to footnote 201"><span class="smaller">[201]</span></a>. On
+t'ai écrit? Mais que veux-tu? c'est pour mieux faire que j'ai eu tort.
+Je voulois t'écrire un peu longuement, et je ne m'en suis jamais
+trouvé le temps. Heureusement que l'arrivée de M. de Vaines<a id="footnotetag200" name="footnotetag200"></a><a href="#footnote200" title="Go to footnote 200"><span class="smaller">[200]</span></a>
+t'aura bien occupée et distraite de l'idée de n'avoir pas de nouvelles
+de ta patrie. Ta mère t'a écrit il y a huit jours, cela t'aura prouvé
+que tout étoit encore sur ses pieds; que, malgré tous les blasphèmes
+que l'on n'a cessé de vomir contre Dieu et ses ministres, le Ciel
+n'étoit pas encore tombé sur nous. Après-demain, l'on dit que l'on
+s'occupera des prêtres non assermentés, et de leur assurer paix,
+<span class="pagenum"><a id="page455" name="page455"></a>(p. 455)</span> tranquillité et libre exercice de la religion. Cela te paroît
+suspect; mais patience, attends pour juger que le décret soit rendu.</p>
+
+<p>Tu sais sans doute les tristes nouvelles des îles, elles sont
+confirmées d'hier par une lettre de M. de Blanchelande<a id="footnotetag201" name="footnotetag201"></a><a href="#footnote201" title="Go to footnote 201"><span class="smaller">[201]</span></a>. On
craignoit la famine pour la ville du Cap, et il tenoit ses vaisseaux
-prêts pour faire embarquer les femmes et les enfants et les sauver,
-tandis qu'eux chercheroient à se défendre. Ils avoient envoyé demander
-secours aux Anglois. Voilà le commerce de la France totalement ruiné,
-et ce superbe royaume humilié jusque dans la poussière. Au moins, s'il
-l'étoit de c&oelig;ur, Dieu pourroit en être touché; mais, hélas! que
-peut-on faire avec des c&oelig;urs corrompus, trompés par l'illusion la
+prêts pour faire embarquer les femmes et les enfants et les sauver,
+tandis qu'eux chercheroient à se défendre. Ils avoient envoyé demander
+secours aux Anglois. Voilà le commerce de la France totalement ruiné,
+et ce superbe royaume humilié jusque dans la poussière. Au moins, s'il
+l'étoit de c&oelig;ur, Dieu pourroit en être touché; mais, hélas! que
+peut-on faire avec des c&oelig;urs corrompus, trompés par l'illusion la
plus adroite et la plus perfide! Mais adieu, je t'aime et t'embrasse
de tout mon c&oelig;ur. Il fait, si tu veux le savoir, un froid de loup,
-depuis trois jours particulièrement. Il y a déjà assez de glace dans
-les bassins pour remplir les glacières. Si l'hiver est aussi <span class="pagenum"><a id="page456" name="page456"></a>(p. 456)</span>
+depuis trois jours particulièrement. Il y a déjà assez de glace dans
+les bassins pour remplir les glacières. Si l'hiver est aussi <span class="pagenum"><a id="page456" name="page456"></a>(p. 456)</span>
froid qu'il s'annonce, je ne comprends pas ce que les pauvres
deviendront.</p>
-<p>J'ai eu hier l'avantage de voir ton cher beau-frère. Tu juges toute la
+<p>J'ai eu hier l'avantage de voir ton cher beau-frère. Tu juges toute la
joie que j'en ai ressentie. Mais, pour le coup, adieu.</p>
-<p class="note">La fin de la lettre est écrite en encre sympathique.</p>
+<p class="note">La fin de la lettre est écrite en encre sympathique.</p>
-<p>Enfin, ma Bombe, l'on sent ici la nécessité de se rapprocher de
+<p>Enfin, ma Bombe, l'on sent ici la nécessité de se rapprocher de
Coblentz. On va envoyer quelqu'un qui y restera et qui correspondra
avec le baron de Breteuil<a id="footnotetag202" name="footnotetag202"></a><a href="#footnote202" title="Go to footnote 202"><span class="smaller">[202]</span></a>. Mais il me reste une crainte dans
-cette démarche, c'est qu'elle ne soit faite que pour arrêter des
-démarches fâcheuses et qui sont fort à craindre, et non pas pour
-arriver à une confiance méritée. Cependant, qu'arrivera-t-il si elle
+cette démarche, c'est qu'elle ne soit faite que pour arrêter des
+démarches fâcheuses et qui sont fort à craindre, et non pas pour
+arriver à une confiance méritée. Cependant, qu'arrivera-t-il si elle
n'existe pas? C'est que nous serons la dupe de toutes les puissances
-de l'Europe. Cependant, ma Bombe, le moment est bien intéressant. Je
-suis d'avis que ton mari soit où il est, car je suis sûre qu'il
-penseroit comme moi, et qu'il engageroit le baron de Breteuil à se
-porter de bonne foi à ce nouvel ordre de choses. Nous voilà aux portes
-de l'hiver, c'est le moment des négociations. Elles peuvent avoir une
+de l'Europe. Cependant, ma Bombe, le moment est bien intéressant. Je
+suis d'avis que ton mari soit où il est, car je suis sûre qu'il
+penseroit comme moi, et qu'il engageroit le baron de Breteuil à se
+porter de bonne foi à ce nouvel ordre de choses. Nous voilà aux portes
+de l'hiver, c'est le moment des négociations. Elles peuvent avoir une
<span class="pagenum"><a id="page457" name="page457"></a>(p. 457)</span> heureuse issue, mais seulement si l'on agit d'accord. Si cela
n'existe pas, souviens-toi de ce que je te dis:&mdash;Au printemps, ou la
-guerre civile la plus affreuse s'établira en France, ou chaque
-province se donnera un maître. Ne crois pas la politique de Vienne
-très-désintéressée: il s'en faut de beaucoup. Elle n'oublie pas que
+guerre civile la plus affreuse s'établira en France, ou chaque
+province se donnera un maître. Ne crois pas la politique de Vienne
+très-désintéressée: il s'en faut de beaucoup. Elle n'oublie pas que
l'Alsace lui a appartenu. Toutes les autres sont bien aises d'avoir
une raison pour nous laisser dans l'humiliation. Songe au temps qui
-s'est passé depuis notre retour de Varennes. Ces événements ont-ils
-remué l'Empereur? N'a-t-il pas été le premier à montrer de
+s'est passé depuis notre retour de Varennes. Ces événements ont-ils
+remué l'Empereur? N'a-t-il pas été le premier à montrer de
l'incertitude sur ce qu'il devoit faire? Croire, comme bien des gens
-l'assurent, que c'est la Reine qui l'arrête, me paroît un être de
+l'assurent, que c'est la Reine qui l'arrête, me paroît un être de
raison et presque un crime. Mais je me permets de penser que la
-politique vis-à-vis de cette puissance n'a pas été menée avec assez
-d'habileté. Si cela est, je trouve que l'on a eu tort; mais il seroit
-impardonnable si, d'après le décret qui a été rendu hier sur les
-émigrants, on n'en sentoit pas le danger. Juge à la quantité qui sont
-là s'il sera possible de les retenir, et ce que deviendront la France
-et son chef s'ils prennent ce parti sans secours étranger. Réfléchis à
+politique vis-à-vis de cette puissance n'a pas été menée avec assez
+d'habileté. Si cela est, je trouve que l'on a eu tort; mais il seroit
+impardonnable si, d'après le décret qui a été rendu hier sur les
+émigrants, on n'en sentoit pas le danger. Juge à la quantité qui sont
+là s'il sera possible de les retenir, et ce que deviendront la France
+et son chef s'ils prennent ce parti sans secours étranger. Réfléchis à
tout cela, ma Bombe; et si ton mari trouve qu'il y ait en effet un
-grand danger à.....<a id="footnotetag203" name="footnotetag203"></a><a href="#footnote203" title="Go to footnote 203"><span class="smaller">[203]</span></a>, ou qu'il engage son ami à marcher de bonne
+grand danger à.....<a id="footnotetag203" name="footnotetag203"></a><a href="#footnote203" title="Go to footnote 203"><span class="smaller">[203]</span></a>, ou qu'il engage son ami à marcher de bonne
foi, je m'attends bien que, dans le premier moment, l'homme qui sera
-chargé d'aller à Coblentz éprouvera peut-être quelques difficultés;
+chargé d'aller à Coblentz éprouvera peut-être quelques difficultés;
mais il ne faut pas que cela l'alarme, parlant au nom du Roi, et ne
-mettant aucune roideur à soutenir son avis; mais en le raisonnant
-bien, il y entraînera les autres.</p>
+mettant aucune roideur à soutenir son avis; mais en le raisonnant
+bien, il y entraînera les autres.</p>
-<p>Adieu, accuse-moi la réception de cette lettre; et si ton mari fait
-quelques démarches vis-à-vis du baron, qu'il ne sache pas que je l'en
-ai prié, ni même que je t'ai parlé de tout cela.</p>
+<p>Adieu, accuse-moi la réception de cette lettre; et si ton mari fait
+quelques démarches vis-à-vis du baron, qu'il ne sache pas que je l'en
+ai prié, ni même que je t'ai parlé de tout cela.</p>
<hr class="hr30">
<h3><span class="pagenum"><a id="page458" name="page458"></a>(p. 458)</span> XLVII<br>
-<span class="smaller">A L'ABBÉ DE LUBERSAC.</span></h3>
+<span class="smaller">A L'ABBÉ DE LUBERSAC.</span></h3>
<p class="date">14 novembre 1791.</p>
-<p>J'ai vu avec plaisir par votre dernière lettre, Monsieur, que votre
-santé étoit un peu moins mauvaise: l'hiver sera, dans le pays que vous
-habitez, un bien bon temps pour vous. Tous les détails que vous me
-donnez m'ont fait un grand plaisir. La dévotion des Romains ne me
+<p>J'ai vu avec plaisir par votre dernière lettre, Monsieur, que votre
+santé étoit un peu moins mauvaise: l'hiver sera, dans le pays que vous
+habitez, un bien bon temps pour vous. Tous les détails que vous me
+donnez m'ont fait un grand plaisir. La dévotion des Romains ne me
tente point du tout. Est-il possible qu'il y ait encore tant de
superstition! Je ne connois rien qui rabaisse l'homme comme de penser
-que dans cette ville qui a été celle des lumières, qui devroit être la
-mieux instruite de la vraie piété, puisque c'est de là que nous
-recevons l'explication des devoirs qui nous sont tracés; que dans
-cette même ville l'on craigne de changer le genre de dévotion du
+que dans cette ville qui a été celle des lumières, qui devroit être la
+mieux instruite de la vraie piété, puisque c'est de là que nous
+recevons l'explication des devoirs qui nous sont tracés; que dans
+cette même ville l'on craigne de changer le genre de dévotion du
peuple, crainte de l'arracher de son c&oelig;ur; notre exemple
-n'encouragera certes pas sur cela: car, à force de lumières, nous
-sommes parvenus à une incrédulité, à une indifférence bien
-affligeante, et effrayante pour le moment présent et pour ses suites.
-Cependant l'on n'a point encore porté de décret contre les prêtres;
-l'Assemblée paroît vouloir y mettre une grande sévérité. Si vous lisez
-les papiers publics, vous devez voir qu'il n'y a pas d'indécence que
+n'encouragera certes pas sur cela: car, à force de lumières, nous
+sommes parvenus à une incrédulité, à une indifférence bien
+affligeante, et effrayante pour le moment présent et pour ses suites.
+Cependant l'on n'a point encore porté de décret contre les prêtres;
+l'Assemblée paroît vouloir y mettre une grande sévérité. Si vous lisez
+les papiers publics, vous devez voir qu'il n'y a pas d'indécence que
l'on ne se permette contre eux: cependant Dieu permet que la religion
-se soutienne au milieu de cette demi-persécution. Les couvents,
-ouverts par ordre du département, présentent le spectacle le plus
-édifiant. Les églises sont remplies, les communions sont innombrables,
+se soutienne au milieu de cette demi-persécution. Les couvents,
+ouverts par ordre du département, présentent le spectacle le plus
+édifiant. Les églises sont remplies, les communions sont innombrables,
et tout cela se passe avec le plus grand calme. Dieu veuille que
-quelques esprits malins ne viennent pas déranger tout cela! ce dont je
-ne serois point étonnée: car, pour nos péchés, Dieu leur a donné un
+quelques esprits malins ne viennent pas déranger tout cela! ce dont je
+ne serois point étonnée: car, pour nos péchés, Dieu leur a donné un
bien grand pouvoir sur notre malheureuse patrie.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page459" name="page459"></a>(p. 459)</span> Il faut que je vous quitte, Monsieur, mais cela ne sera pas
-sans vous prier de ne pas m'oublier, et vous assurer, de mon côté, que
+sans vous prier de ne pas m'oublier, et vous assurer, de mon côté, que
je n'oublie point votre affaire: mais ce cruel moment, qui retarde
-tout, y met souvent obstacle. Ne vous inquiétez pas, et soyez
+tout, y met souvent obstacle. Ne vous inquiétez pas, et soyez
convaincu de mes sentiments pour vous.</p>
<hr class="hr30">
@@ -16923,37 +16878,37 @@ convaincu de mes sentiments pour vous.</p>
<p class="date">Ce 17 janvier 1792.</p>
<p>Je vous fais mon compliment, mon c&oelig;ur, de ce que votre fils s'est
-bien tiré de sa petite vérole; elle est si mauvaise cette année, que
-l'on doit regarder comme une grâce spéciale de la Providence de s'en
+bien tiré de sa petite vérole; elle est si mauvaise cette année, que
+l'on doit regarder comme une grâce spéciale de la Providence de s'en
tirer. Votre Stani est bien aimable de se souvenir de moi, cela sera
un grand personnage lorsque je le reverrai; j'ai bien envie, mon
-c&oelig;ur, que ce temps ne soit pas bien éloigné, j'espère que vous n'en
-doutez pas. Vous ne me parlez pas de votre santé; est-elle bonne, la
-ménagez-vous? On dit que vous lui faites faire quelques culbutes en
-phaéton. Je conçois l'indignation que vous avez éprouvée en voyant M.
-des Essarts au bal: il faut le plaindre, mon c&oelig;ur, il le mérite; il
-n'a pas senti tout ce qu'il perdoit; un jour peut-être il le sentira:
-des Essarts, née pour plaire à tout ce qui savoit l'apprécier, n'a pas
-été heureuse en ce monde comme elle auroit dû l'être, à en juger par
-nos yeux; mais Dieu savoit bien ce qu'il faisoit: étant destinée à
-habiter peu de temps sur cette terre malheureuse, il l'a purifiée par
-mille épreuves diverses, afin de pouvoir la mieux récompenser. La
-pauvre petite jouit maintenant des sacrifices que Dieu a exigés
-d'elle. Sa mère est bien à plaindre, mais sa vertu et son courage
-sont au-dessus <span class="pagenum"><a id="page460" name="page460"></a>(p. 460)</span> de tout ce que l'on peut dire; soumise à la
-volonté de Dieu, elle est calme et résignée à tout ce qu'il demande
-d'elle. Que de réflexions ces événements ne doivent-ils pas faire
-faire! Si Démon n'étoit pas de sa nature si étourdie, je dirois
-qu'elle en a sûrement fait son profit. Je regrette des Essarts de
-toute mon âme, mais quand je pense à ce qu'elle auroit peut-être eu à
-souffrir, j'admire la bonté de Dieu.</p>
-
-<p>Je suis charmée, mon c&oelig;ur, de ce que vous me dites sur des êtres
-qui me sont bien chers; je désire vivement les voir heureux, et bien
-d'autres encore. Adieu, ma petite Démon, je vous embrasse et vous aime
+c&oelig;ur, que ce temps ne soit pas bien éloigné, j'espère que vous n'en
+doutez pas. Vous ne me parlez pas de votre santé; est-elle bonne, la
+ménagez-vous? On dit que vous lui faites faire quelques culbutes en
+phaéton. Je conçois l'indignation que vous avez éprouvée en voyant M.
+des Essarts au bal: il faut le plaindre, mon c&oelig;ur, il le mérite; il
+n'a pas senti tout ce qu'il perdoit; un jour peut-être il le sentira:
+des Essarts, née pour plaire à tout ce qui savoit l'apprécier, n'a pas
+été heureuse en ce monde comme elle auroit dû l'être, à en juger par
+nos yeux; mais Dieu savoit bien ce qu'il faisoit: étant destinée à
+habiter peu de temps sur cette terre malheureuse, il l'a purifiée par
+mille épreuves diverses, afin de pouvoir la mieux récompenser. La
+pauvre petite jouit maintenant des sacrifices que Dieu a exigés
+d'elle. Sa mère est bien à plaindre, mais sa vertu et son courage
+sont au-dessus <span class="pagenum"><a id="page460" name="page460"></a>(p. 460)</span> de tout ce que l'on peut dire; soumise à la
+volonté de Dieu, elle est calme et résignée à tout ce qu'il demande
+d'elle. Que de réflexions ces événements ne doivent-ils pas faire
+faire! Si Démon n'étoit pas de sa nature si étourdie, je dirois
+qu'elle en a sûrement fait son profit. Je regrette des Essarts de
+toute mon âme, mais quand je pense à ce qu'elle auroit peut-être eu à
+souffrir, j'admire la bonté de Dieu.</p>
+
+<p>Je suis charmée, mon c&oelig;ur, de ce que vous me dites sur des êtres
+qui me sont bien chers; je désire vivement les voir heureux, et bien
+d'autres encore. Adieu, ma petite Démon, je vous embrasse et vous aime
de tout mon c&oelig;ur.</p>
-<p>Dites bien des choses à votre mari et à votre beau-frère, et embrassez
+<p>Dites bien des choses à votre mari et à votre beau-frère, et embrassez
Stani pour moi.</p>
<hr class="hr30">
@@ -16963,51 +16918,51 @@ Stani pour moi.</p>
<p class="date">Ce 24 janvier 1792.</p>
-<p>Tu veux que je te prêche, ma chère Raigecourt. J'en aurois bonne
-envie, si je croyois que cela te fût le moins du monde utile. Mais je
-ne puis te dissimuler que Dieu ne m'a pas accordé grâce pour cela. Si
-j'étois votre directeur, je sais bien ce que je vous dirois, et ce que
-j'exigerois de vous; mais ne l'étant pas, tout ce que je me permettrai
+<p>Tu veux que je te prêche, ma chère Raigecourt. J'en aurois bonne
+envie, si je croyois que cela te fût le moins du monde utile. Mais je
+ne puis te dissimuler que Dieu ne m'a pas accordé grâce pour cela. Si
+j'étois votre directeur, je sais bien ce que je vous dirois, et ce que
+j'exigerois de vous; mais ne l'étant pas, tout ce que je me permettrai
de te dire, c'est que je ne crois pas que tu sois dans la voie de
-Dieu. Tu te fais illusion par l'humiliation où tu tiens ton esprit;
-sur la douleur que tu reçois toujours de la mort de ton fils. Cette
-humilité nourrit ton amour-propre, aigrit ton c&oelig;ur, met ton âme à
-la gêne, et nuit au sacrifice que Dieu a exigé de toi, que tu n'as pas
-encore fait et qu'il attend avec toute la patience et la bonté d'un
-père et d'un ami indulgent. Mais, me direz-vous: je dis à Dieu qu'il a
+Dieu. Tu te fais illusion par l'humiliation où tu tiens ton esprit;
+sur la douleur que tu reçois toujours de la mort de ton fils. Cette
+humilité nourrit ton amour-propre, aigrit ton c&oelig;ur, met ton âme à
+la gêne, et nuit au sacrifice que Dieu a exigé de toi, que tu n'as pas
+encore fait et qu'il attend avec toute la patience et la bonté d'un
+père et d'un ami indulgent. Mais, me direz-vous: je dis à Dieu qu'il a
raison. C'est fort bien; mais je te connois, Raigecourt: cette parole
-<span class="pagenum"><a id="page461" name="page461"></a>(p. 461)</span> ne s'échappe jamais sans un serrement de c&oelig;ur affreux. Eh
-bien! si j'étois toi, je ne dirois plus cette parole, mais bien
-celle-ci: «Seigneur, je m'abandonne à tout ce qu'il plaira à votre
-bonté d'ordonner pour mon salut. Sauvez-moi, mon Dieu, et que je vous
-aime: voilà tout ce que je désire.»</p>
-
-<p>Je joindrois à cette aspiration le sentiment de l'abandon du c&oelig;ur,
-et le calme que nécessairement elle doit te faire éprouver. Joins à
-cela de demander à Dieu de faire lui-même pour vous et avec vous ce
-sacrifice que vous n'avez pas encore arraché de votre c&oelig;ur.
-Joignez-le à celui de Jésus-Christ. Mettez-vous en esprit au pied de
-la Croix. Laissez couler le sang de Jésus-Christ sur vos plaies.
-Demandez-lui de les guérir. Et si après avoir mis tout cela en
-pratique, vous vous trouvez soulagée, et presque froide, prenez bien
+<span class="pagenum"><a id="page461" name="page461"></a>(p. 461)</span> ne s'échappe jamais sans un serrement de c&oelig;ur affreux. Eh
+bien! si j'étois toi, je ne dirois plus cette parole, mais bien
+celle-ci: «Seigneur, je m'abandonne à tout ce qu'il plaira à votre
+bonté d'ordonner pour mon salut. Sauvez-moi, mon Dieu, et que je vous
+aime: voilà tout ce que je désire.»</p>
+
+<p>Je joindrois à cette aspiration le sentiment de l'abandon du c&oelig;ur,
+et le calme que nécessairement elle doit te faire éprouver. Joins à
+cela de demander à Dieu de faire lui-même pour vous et avec vous ce
+sacrifice que vous n'avez pas encore arraché de votre c&oelig;ur.
+Joignez-le à celui de Jésus-Christ. Mettez-vous en esprit au pied de
+la Croix. Laissez couler le sang de Jésus-Christ sur vos plaies.
+Demandez-lui de les guérir. Et si après avoir mis tout cela en
+pratique, vous vous trouvez soulagée, et presque froide, prenez bien
garde d'en remercier Dieu et de ne vous pas faire de reproche
-d'insensibilité, que vous croiriez peu mériter par le contraste de
+d'insensibilité, que vous croiriez peu mériter par le contraste de
votre position. Mais, mon c&oelig;ur, ne mettez tout ceci en pratique que
-si vous vous y sentez de l'attrait, si votre c&oelig;ur est touché; car
-s'il ne l'est pas, tout cela ne vaudroit rien. Vis-à-vis de Dieu,
-l'esprit doit être mis totalement de côté, le c&oelig;ur doit seul agir
-avec la plus grande simplicité et confiance.</p>
+si vous vous y sentez de l'attrait, si votre c&oelig;ur est touché; car
+s'il ne l'est pas, tout cela ne vaudroit rien. Vis-à-vis de Dieu,
+l'esprit doit être mis totalement de côté, le c&oelig;ur doit seul agir
+avec la plus grande simplicité et confiance.</p>
-<p>J'ai fait remettre ta lettre: on m'a dit que l'on te répondroit. Nous
+<p>J'ai fait remettre ta lettre: on m'a dit que l'on te répondroit. Nous
avons eu du tapage pour le sucre tous ces jours-ci. Aujourd'hui tout
est calme; du moins je le crois, car c'est sur le rapport des autres
que je crois qu'il y en a eu, n'ayant pas vu le moindre mouvement.</p>
-<p>La Princesse prend du quinquina. Son écriture n'est pas changée, ce
-qui me prouve qu'elle n'est pas très-affoiblie. Adieu, je t'embrasse
-de tout mon c&oelig;ur et t'aime de même.</p>
+<p>La Princesse prend du quinquina. Son écriture n'est pas changée, ce
+qui me prouve qu'elle n'est pas très-affoiblie. Adieu, je t'embrasse
+de tout mon c&oelig;ur et t'aime de même.</p>
-<p>Je t'envoie des pratiques de dévotion que nous commençons samedi
+<p>Je t'envoie des pratiques de dévotion que nous commençons samedi
prochain.</p>
<hr class="hr30">
@@ -17015,17 +16970,17 @@ prochain.</p>
<h3><span class="pagenum"><a id="page462" name="page462"></a>(p. 462)</span> L<br>
<span class="smaller">AU COMTE D'ARTOIS.</span></h3>
-<p class="date">Le 19 février 1792.</p>
+<p class="date">Le 19 février 1792.</p>
-<p>Vous savez, mon cher Frère, quelle est mon amitié pour vous, et si je
-me réjouis de vous savoir en bonne santé. Je crois, moi qui suis sur
-les lieux, que vous êtes injuste envers la personne: vous n'avez pas
-au fond de meilleure amie. Je prie Dieu qu'il répande sur vous ses
-bénédictions et ses lumières, et vous jugerez mieux. L'éloignement est
-par tous les côtés une calamité et une souffrance, puisqu'il jette des
-nuages où ne devroit luire que l'amitié. Je vous écrirai plus au long
+<p>Vous savez, mon cher Frère, quelle est mon amitié pour vous, et si je
+me réjouis de vous savoir en bonne santé. Je crois, moi qui suis sur
+les lieux, que vous êtes injuste envers la personne: vous n'avez pas
+au fond de meilleure amie. Je prie Dieu qu'il répande sur vous ses
+bénédictions et ses lumières, et vous jugerez mieux. L'éloignement est
+par tous les côtés une calamité et une souffrance, puisqu'il jette des
+nuages où ne devroit luire que l'amitié. Je vous écrirai plus au long
sur tout cela par l'occasion que vous savez, et je vous prouverai que
-jamais vous ne trouverez une amie plus vraie et plus tendre et dévouée
+jamais vous ne trouverez une amie plus vraie et plus tendre et dévouée
que moi.</p>
<hr class="hr30">
@@ -17033,44 +16988,44 @@ que moi.</p>
<h3>LI<br>
<span class="smaller">A MADAME DE RAIGECOURT.</span></h3>
-<p class="date">Ce 22 février 1792.</p>
+<p class="date">Ce 22 février 1792.</p>
-<p>Je verrai, mon c&oelig;ur, dans un moment où ma bourse sera moins vide,
-ce que je pourrai faire pour ces bons et saints Pères de la Vallée
-Sainte<a id="footnotetag205" name="footnotetag205"></a><a href="#footnote205" title="Go to footnote 205"><span class="smaller">[205]</span></a>. Quelle vie que celle-là! et combien nous devrions rougir
-en lui comparant la nôtre! Cependant une partie de ces saints n'ont
-peut-être pas autant de péchés que nous à expier. Ce qui doit
+<p>Je verrai, mon c&oelig;ur, dans un moment où ma bourse sera moins vide,
+ce que je pourrai faire pour ces bons et saints Pères de la Vallée
+Sainte<a id="footnotetag205" name="footnotetag205"></a><a href="#footnote205" title="Go to footnote 205"><span class="smaller">[205]</span></a>. Quelle vie que celle-là! et combien nous devrions rougir
+en lui comparant la nôtre! Cependant une partie de ces saints n'ont
+peut-être pas autant de péchés que nous à expier. Ce qui doit
consoler, c'est que Dieu n'exige pas de tout le monde ce qu'il exige
-d'eux, et que, pourvu que l'on soit fidèle dans le peu que l'on fait,
+d'eux, et que, pourvu que l'on soit fidèle dans le peu que l'on fait,
il est content.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page463" name="page463"></a>(p. 463)</span> Je te trouve d'une grande sévérité pour Françoise<a id="footnotetag206" name="footnotetag206"></a><a href="#footnote206" title="Go to footnote 206"><span class="smaller">[206]</span></a>. Je
+<p><span class="pagenum"><a id="page463" name="page463"></a>(p. 463)</span> Je te trouve d'une grande sévérité pour Françoise<a id="footnotetag206" name="footnotetag206"></a><a href="#footnote206" title="Go to footnote 206"><span class="smaller">[206]</span></a>. Je
souhaite que cela tourne bien. Mais je ne puis te dissimuler que je
-trouve que tu joues gros jeu. Songe qu'elle n'est peut-être pas
-destinée à vivre retirée dans un chapitre; qu'un temps viendra où elle
+trouve que tu joues gros jeu. Songe qu'elle n'est peut-être pas
+destinée à vivre retirée dans un chapitre; qu'un temps viendra où elle
pourra aller au bal, et que pour lors elle se livrera avec plus de
-fureur à ce plaisir. Je crois qu'il seroit plus prudent de l'y mener
+fureur à ce plaisir. Je crois qu'il seroit plus prudent de l'y mener
quelquefois, et de s'attacher, dans les conversations que tu pourrois
-avoir avec elle, à lui faire sentir le vide des plaisirs de ce bas
+avoir avec elle, à lui faire sentir le vide des plaisirs de ce bas
monde. Au reste, mon c&oelig;ur, je ne sais pas pourquoi je te parle de
-cela, car Dieu, que tu consultes sûrement avec soin, te donne les
-lumières dont tu as besoin pour la bien conduire, et puisque son
-confesseur est de cette sévérité-là, je n'ai rien à dire. Mais, mon
-c&oelig;ur, est-ce le tien que tu lui as donné? Si cela est, pourquoi ne
-l'aimes-tu pas? Il me semble que ton zèle devroit être satisfait de la
-pâture qu'on lui donne. J'en juge d'après cet échantillon.</p>
-
-<p>La Reine et ses enfants ont été avant-hier à la Comédie. Il y a eu un
+cela, car Dieu, que tu consultes sûrement avec soin, te donne les
+lumières dont tu as besoin pour la bien conduire, et puisque son
+confesseur est de cette sévérité-là, je n'ai rien à dire. Mais, mon
+c&oelig;ur, est-ce le tien que tu lui as donné? Si cela est, pourquoi ne
+l'aimes-tu pas? Il me semble que ton zèle devroit être satisfait de la
+pâture qu'on lui donne. J'en juge d'après cet échantillon.</p>
+
+<p>La Reine et ses enfants ont été avant-hier à la Comédie. Il y a eu un
tapage infernal d'applaudissements. Les Jacobins ont voulu faire le
-train; mais ils ont été battus. On a fait répéter quatre fois le duo
-du valet et de la femme de chambre des <cite>Événements imprévus</cite>, où il
-est parlé de l'amour qu'ils ont pour leur maître et leur maîtresse; et
-au moment où ils disent: <em>Il faut les rendre heureux</em>, une grande
-partie de la salle s'est écriée: Oui, oui!... Conçois-tu notre nation!
+train; mais ils ont été battus. On a fait répéter quatre fois le duo
+du valet et de la femme de chambre des <cite>Événements imprévus</cite>, où il
+est parlé de l'amour qu'ils ont pour leur maître et leur maîtresse; et
+au moment où ils disent: <em>Il faut les rendre heureux</em>, une grande
+partie de la salle s'est écriée: Oui, oui!... Conçois-tu notre nation!
Il faut convenir qu'elle a de charmants moments. Sur ce, je te
-souhaite le bonsoir et te prie de bien prier Dieu, ce carême, pour
-qu'il nous regarde en pitié; mais, mon c&oelig;ur, aie soin de ne penser
-qu'à sa gloire, et mets de côté tout ce qui tient au monde. Je
+souhaite le bonsoir et te prie de bien prier Dieu, ce carême, pour
+qu'il nous regarde en pitié; mais, mon c&oelig;ur, aie soin de ne penser
+qu'à sa gloire, et mets de côté tout ce qui tient au monde. Je
t'embrasse.</p>
<hr class="hr30">
@@ -17078,61 +17033,61 @@ t'embrasse.</p>
<h3><span class="pagenum"><a id="page464" name="page464"></a>(p. 464)</span> LII<br>
<span class="smaller">AU COMTE D'ARTOIS.</span></h3>
-<p class="date">Le 23 février 1792.</p>
+<p class="date">Le 23 février 1792.</p>
-<p>Votre dernière lettre m'a été remise ce matin, mon cher Frère, et j'ai
-été bien heureuse d'y trouver moins d'amertume que dans la précédente.
-Cependant, je vous ai promis d'ajouter quelques mots à ce que je vous
-ai écrit il y a quelques jours, et je suis votre amie trop sincère
-pour ne pas le faire. Je trouve que le fils<a id="footnotetag207" name="footnotetag207"></a><a href="#footnote207" title="Go to footnote 207"><span class="smaller">[207]</span></a> a trop de sévérité
-pour la belle-mère<a id="footnotetag208" name="footnotetag208"></a><a href="#footnote208" title="Go to footnote 208"><span class="smaller">[208]</span></a>. Elle n'a pas les défauts qu'on lui reproche.
-Je crois qu'elle a pu écouter des conseils suspects, mais elle
+<p>Votre dernière lettre m'a été remise ce matin, mon cher Frère, et j'ai
+été bien heureuse d'y trouver moins d'amertume que dans la précédente.
+Cependant, je vous ai promis d'ajouter quelques mots à ce que je vous
+ai écrit il y a quelques jours, et je suis votre amie trop sincère
+pour ne pas le faire. Je trouve que le fils<a id="footnotetag207" name="footnotetag207"></a><a href="#footnote207" title="Go to footnote 207"><span class="smaller">[207]</span></a> a trop de sévérité
+pour la belle-mère<a id="footnotetag208" name="footnotetag208"></a><a href="#footnote208" title="Go to footnote 208"><span class="smaller">[208]</span></a>. Elle n'a pas les défauts qu'on lui reproche.
+Je crois qu'elle a pu écouter des conseils suspects, mais elle
supporte les maux qui l'accablent avec un courage fort, et il faut
-encore plus la plaindre que la blâmer, car elle a de bonnes
-intentions. Elle cherche à fixer les incertitudes du père<a id="footnotetag209" name="footnotetag209"></a><a href="#footnote209" title="Go to footnote 209"><span class="smaller">[209]</span></a>, qui,
-pour le malheur de sa famille, n'est plus le maître, et je ne sais si
+encore plus la plaindre que la blâmer, car elle a de bonnes
+intentions. Elle cherche à fixer les incertitudes du père<a id="footnotetag209" name="footnotetag209"></a><a href="#footnote209" title="Go to footnote 209"><span class="smaller">[209]</span></a>, qui,
+pour le malheur de sa famille, n'est plus le maître, et je ne sais si
Dieu voudra que je me trompe, mais je crains bien qu'elle ne soit
-l'une des premières victimes de tout ce qui se passe, et j'ai le
-c&oelig;ur trop serré à ce pressentiment pour avoir encore du blâme. Dieu
-est bon, il ne voudra pas continuer à laisser subsister le peu
-d'accord qu'il y a dans une famille à qui l'ensemble et la bonne
-harmonie seroient si utiles; j'en frémis quand j'y pense, et cela
-m'ôte le sommeil, car ce désaccord nous tuera tous. Vous savez la
-différence d'habitudes et de sociétés que votre s&oelig;ur a toujours eue
-avec la belle-mère: malgré cela, on se sentiroit du rapprochement pour
+l'une des premières victimes de tout ce qui se passe, et j'ai le
+c&oelig;ur trop serré à ce pressentiment pour avoir encore du blâme. Dieu
+est bon, il ne voudra pas continuer à laisser subsister le peu
+d'accord qu'il y a dans une famille à qui l'ensemble et la bonne
+harmonie seroient si utiles; j'en frémis quand j'y pense, et cela
+m'ôte le sommeil, car ce désaccord nous tuera tous. Vous savez la
+différence d'habitudes et de sociétés que votre s&oelig;ur a toujours eue
+avec la belle-mère: malgré cela, on se sentiroit du rapprochement pour
elle quand on la voit injustement accuser et quand on regarde en face
-l'avenir. C'est bien fâcheux que le fils n'ait rien voulu ou <span class="pagenum"><a id="page465" name="page465"></a>(p. 465)</span>
-pu faire pour gagner l'ami intime<a id="footnotetag210" name="footnotetag210"></a><a href="#footnote210" title="Go to footnote 210"><span class="smaller">[210]</span></a> du frère de la belle-mère. Ce
-vieux renard la jouoit, et il eût fallu prendre sur soi, s'il avoit
-été possible, et faire le sacrifice de s'entendre avec lui pour le
-déjouer et prévenir le mal devenu effrayant aujourd'hui. De deux maux
+l'avenir. C'est bien fâcheux que le fils n'ait rien voulu ou <span class="pagenum"><a id="page465" name="page465"></a>(p. 465)</span>
+pu faire pour gagner l'ami intime<a id="footnotetag210" name="footnotetag210"></a><a href="#footnote210" title="Go to footnote 210"><span class="smaller">[210]</span></a> du frère de la belle-mère. Ce
+vieux renard la jouoit, et il eût fallu prendre sur soi, s'il avoit
+été possible, et faire le sacrifice de s'entendre avec lui pour le
+déjouer et prévenir le mal devenu effrayant aujourd'hui. De deux maux
le moindre. Tous les gens de cette sorte me font peur: ils ont de
-l'esprit, mais à quoi leur est-il bon? Avec cela il faut aussi du
+l'esprit, mais à quoi leur est-il bon? Avec cela il faut aussi du
c&oelig;ur, et ils n'en ont pas. Ils n'ont que de l'intrigue, et c'est
-bien désagréable qu'ils entraînent tant de gens. Il auroit fallu être
+bien désagréable qu'ils entraînent tant de gens. Il auroit fallu être
plus fins qu'eux.</p>
-<p>Paris est presque tranquille. L'autre jour il y a eu à la Comédie, où
-étoit la Reine avec ses enfants, un tapage infernal qui a fini par une
-scène étonnante dont beaucoup de gens ont été attendris:&mdash;la plus
-grande partie de la salle a crié <em>Vive le Roi!</em> et <em>Vive la Reine!</em> à
-faire tomber les voûtes: on a battu ceux qui n'étoient pas du même
-avis, et on a fait répéter quatre fois un duo qui prêtoit à des
-rapprochements. Mais c'est un moment, un éclair comme en a la nation,
+<p>Paris est presque tranquille. L'autre jour il y a eu à la Comédie, où
+étoit la Reine avec ses enfants, un tapage infernal qui a fini par une
+scène étonnante dont beaucoup de gens ont été attendris:&mdash;la plus
+grande partie de la salle a crié <em>Vive le Roi!</em> et <em>Vive la Reine!</em> à
+faire tomber les voûtes: on a battu ceux qui n'étoient pas du même
+avis, et on a fait répéter quatre fois un duo qui prêtoit à des
+rapprochements. Mais c'est un moment, un éclair comme en a la nation,
et Dieu sait si cela continuera.</p>
-<p>L'idée de l'Empereur me tourmente; s'il nous fait la guerre, il y aura
+<p>L'idée de l'Empereur me tourmente; s'il nous fait la guerre, il y aura
une affreuse explosion. Que Dieu veille sur nous! Il a appesanti sa
-main sur ce royaume d'une manière visible. Prions-le, mon cher frère;
-lui seul connoît les c&oelig;urs et il est la seule digne espérance. Je
-vais passer ce carême à lui demander de nous regarder en pitié;
+main sur ce royaume d'une manière visible. Prions-le, mon cher frère;
+lui seul connoît les c&oelig;urs et il est la seule digne espérance. Je
+vais passer ce carême à lui demander de nous regarder en pitié;
d'arranger les affaires entre cette famille que j'aime tant; j'ai cela
-bien à c&oelig;ur, je consacrerois ma vie à le demander à deux genoux, et
-je voudrois être digne d'être exaucée. Ce n'est que lui qui peut
+bien à c&oelig;ur, je consacrerois ma vie à le demander à deux genoux, et
+je voudrois être digne d'être exaucée. Ce n'est que lui qui peut
changer notre sort, faire cesser le vertige de cette nation si bonne
-au fond, et vous donner la santé et le repos. Adieu. Que me
+au fond, et vous donner la santé et le repos. Adieu. Que me
demandez-vous? Quelles sont mes occupations aujourd'hui? Si je monte
-à cheval et <span class="pagenum"><a id="page466" name="page466"></a>(p. 466)</span> si je vais encore à Saint-Cyr?&mdash;A peine ose-t-on
+à cheval et <span class="pagenum"><a id="page466" name="page466"></a>(p. 466)</span> si je vais encore à Saint-Cyr?&mdash;A peine ose-t-on
faire ses devoirs depuis plus d'un an! Je vous embrasse de tout mon
c&oelig;ur. <i>Miserere nobis.</i></p>
@@ -17143,16 +17098,16 @@ c&oelig;ur. <i>Miserere nobis.</i></p>
<p class="date">Ce 6 avril 1792.</p>
-<p>Comme je ne veux pas que tu me grondes, je t'écris le Jeudi saint:
-n'est-ce pas beau? Aussi tu n'auras qu'un très-petit mot. Voilà donc
-le roi de Suède assassiné! Chacun à son tour. Il a eu un courage
-incroyable. Nous ignorons encore sa mort; mais il y a à parier qu'il
-l'est, d'après la manière dont le pistolet étoit chargé.</p>
+<p>Comme je ne veux pas que tu me grondes, je t'écris le Jeudi saint:
+n'est-ce pas beau? Aussi tu n'auras qu'un très-petit mot. Voilà donc
+le roi de Suède assassiné! Chacun à son tour. Il a eu un courage
+incroyable. Nous ignorons encore sa mort; mais il y a à parier qu'il
+l'est, d'après la manière dont le pistolet étoit chargé.</p>
-<p>Tu es toute en dévotion. As-tu eu un bel office, un beau reposoir? Ta
+<p>Tu es toute en dévotion. As-tu eu un bel office, un beau reposoir? Ta
petite te permet-elle d'y aller? Adieu, mon c&oelig;ur; je t'embrasse
-bien tendrement. Quand tu sèvreras, je m'occuperai de te faire avoir
-un logement, car le tien est donné.</p>
+bien tendrement. Quand tu sèvreras, je m'occuperai de te faire avoir
+un logement, car le tien est donné.</p>
<hr class="hr30">
@@ -17161,138 +17116,138 @@ un logement, car le tien est donné.</p>
<p class="date">Ce 18 avril 1792.</p>
-<p>Je te fais mon compliment, mon c&oelig;ur, de ce que ta petite a reçu les
-cérémonies du baptême: ta s&oelig;ur ne m'a pas envoyé le discours de
-ton saint évêque<a id="footnotetag211" name="footnotetag211"></a><a href="#footnote211" title="Go to footnote 211"><span class="smaller">[211]</span></a>; j'espère l'avoir <span class="pagenum"><a id="page467" name="page467"></a>(p. 467)</span> sous quelques jours.
-Tu crois peut-être que nous sommes encore dans l'agitation de la fête
-de Châteauvieux, point du tout: tout est fort tranquille. Le peuple a
-été voir dame Liberté tremblotante sur son char de triomphe, mais il
-haussoit les épaules. Trois ou quatre cents sans-culottes suivoient en
-criant: <em>La Nation! la liberté! les sans-culottes! au diable La
-Fayette!</em> Tout cela étoit bruyant, mais triste. Les gardes nationaux
-ne s'en sont point mêlés; au contraire, ils étoient en colère; et
-Pétion est, dit-on, honteux de sa conduite. Le lendemain, une pique et
-un bonnet rouge s'est promené dans le jardin, sans bruit, et n'y est
-pas resté longtemps.</p>
+<p>Je te fais mon compliment, mon c&oelig;ur, de ce que ta petite a reçu les
+cérémonies du baptême: ta s&oelig;ur ne m'a pas envoyé le discours de
+ton saint évêque<a id="footnotetag211" name="footnotetag211"></a><a href="#footnote211" title="Go to footnote 211"><span class="smaller">[211]</span></a>; j'espère l'avoir <span class="pagenum"><a id="page467" name="page467"></a>(p. 467)</span> sous quelques jours.
+Tu crois peut-être que nous sommes encore dans l'agitation de la fête
+de Châteauvieux, point du tout: tout est fort tranquille. Le peuple a
+été voir dame Liberté tremblotante sur son char de triomphe, mais il
+haussoit les épaules. Trois ou quatre cents sans-culottes suivoient en
+criant: <em>La Nation! la liberté! les sans-culottes! au diable La
+Fayette!</em> Tout cela étoit bruyant, mais triste. Les gardes nationaux
+ne s'en sont point mêlés; au contraire, ils étoient en colère; et
+Pétion est, dit-on, honteux de sa conduite. Le lendemain, une pique et
+un bonnet rouge s'est promené dans le jardin, sans bruit, et n'y est
+pas resté longtemps.</p>
<p>Oui, mon c&oelig;ur, je serai bien aise de te revoir; mais il faut voir
-la tournure que tout ceci prendra. La première fois que je t'écrirai,
+la tournure que tout ceci prendra. La première fois que je t'écrirai,
je te dirai si j'ai pu te trouver un logement. J'en ai bonne envie;
-car il me déplairoit beaucoup de te savoir à l'autre bout de Paris, et
+car il me déplairoit beaucoup de te savoir à l'autre bout de Paris, et
de ne pouvoir te voir autant que je le voudrois; au lieu que, si tu
-étois dans le château, nous passerions souvent les matinées ensemble.
-Je t'avoue que cette idée me tourne un peu la tête, et je la voudrois
-déjà voir exécutée; mais patience. Depuis trois ans nous sommes à ce
-régime; peut-être qu'à la fin nous nous en trouverons bien.</p>
-
-<p>Bombe fait faire sa première communion à Louis; il me semble qu'il s'y
-prépare fort bien; elle y met tous ses soins. Tu as encore le temps
-d'attendre avant que d'en être là. Tu es bien heureuse, car cela doit
+étois dans le château, nous passerions souvent les matinées ensemble.
+Je t'avoue que cette idée me tourne un peu la tête, et je la voudrois
+déjà voir exécutée; mais patience. Depuis trois ans nous sommes à ce
+régime; peut-être qu'à la fin nous nous en trouverons bien.</p>
+
+<p>Bombe fait faire sa première communion à Louis; il me semble qu'il s'y
+prépare fort bien; elle y met tous ses soins. Tu as encore le temps
+d'attendre avant que d'en être là. Tu es bien heureuse, car cela doit
bien troubler.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page468" name="page468"></a>(p. 468)</span> Le gouverneur de <em>M. le Prince Royal</em> est nommé
-d'aujourd'hui; c'est M. de Fleurieu<a id="footnotetag212" name="footnotetag212"></a><a href="#footnote212" title="Go to footnote 212"><span class="smaller">[212]</span></a>, celui qui a été ministre.
-L'Assemblée, à cette nouvelle, a renvoyé la lettre du Roi au comité,
-pour savoir si c'est au Roi ou à elle à le nommer. C'est, dit-on, un
-honnête homme; pour moi, je ne le connois pas. Adieu, mon c&oelig;ur, je
+<p><span class="pagenum"><a id="page468" name="page468"></a>(p. 468)</span> Le gouverneur de <em>M. le Prince Royal</em> est nommé
+d'aujourd'hui; c'est M. de Fleurieu<a id="footnotetag212" name="footnotetag212"></a><a href="#footnote212" title="Go to footnote 212"><span class="smaller">[212]</span></a>, celui qui a été ministre.
+L'Assemblée, à cette nouvelle, a renvoyé la lettre du Roi au comité,
+pour savoir si c'est au Roi ou à elle à le nommer. C'est, dit-on, un
+honnête homme; pour moi, je ne le connois pas. Adieu, mon c&oelig;ur, je
t'embrasse et t'aime de tout mon c&oelig;ur.</p>
-<p>Le Roi de Suède est mort avec beaucoup de courage. Quel dommage qu'il
-ne fût pas catholique! il eût été un vrai héros. Son pays paroît
+<p>Le Roi de Suède est mort avec beaucoup de courage. Quel dommage qu'il
+ne fût pas catholique! il eût été un vrai héros. Son pays paroît
tranquille.</p>
<hr class="hr30">
<h3>LV<br>
-<span class="smaller">A L'ABBÉ DE LUBERSAC.</span></h3>
+<span class="smaller">A L'ABBÉ DE LUBERSAC.</span></h3>
<p class="date">15 mai 1792.</p>
-<p>Il y a bien longtemps que je ne vous ai écrit, Monsieur; ce n'est pas
-faute d'en avoir envie: mais je mène une vie si coupée, qu'il ne m'est
-pas possible d'écrire comme je le voudrois. Je ne puis vous dire assez
-combien j'ai été touchée de votre lettre. Le désir que vous me
-témoignez de me voir réunie à celles qui ont tant de bontés pour moi,
-m'a fait un grand plaisir; mais il est des positions où l'on ne peut
-pas disposer de soi, et c'est là la mienne: la ligne que je dois
-suivre m'est tracée si clairement par la Providence, qu'il faut bien
-que j'y reste; tout ce que je désire, c'est que vous vouliez bien
-prier pour moi, pour obtenir de la bonté de Dieu que je sois ce qu'il
-désire. S'il me réserve encore dans ma vie des moments de calme, ah!
-je sens que j'en jouirai bien, au lieu de me soumettre aux épreuves
-qu'il m'envoie! J'envie ceux qui, calmes intérieurement et tranquilles
-à l'extérieur, peuvent à tous les instants ramener leurs âmes vers
-Dieu, lui parler, et surtout <span class="pagenum"><a id="page469" name="page469"></a>(p. 469)</span> l'écouter: pour moi, qui suis
-destinée à tout autre chose, cet état me paroît un vrai paradis.</p>
-
-<p>Si Minette vaut quelque chose, c'est bien à vous qu'elle le devra.
-J'en ai été contente dans le court séjour qu'elle a fait ici: elle
-n'est pas heureuse, et c'est une bonne école. Elle a trouvé à Chartres
-un homme de mérite, à en juger d'après ce qu'elle dit, et en qui elle
-paroît avoir confiance. Je l'ai fort engagée à le voir souvent;
-j'espère qu'elle y est exacte.</p>
+<p>Il y a bien longtemps que je ne vous ai écrit, Monsieur; ce n'est pas
+faute d'en avoir envie: mais je mène une vie si coupée, qu'il ne m'est
+pas possible d'écrire comme je le voudrois. Je ne puis vous dire assez
+combien j'ai été touchée de votre lettre. Le désir que vous me
+témoignez de me voir réunie à celles qui ont tant de bontés pour moi,
+m'a fait un grand plaisir; mais il est des positions où l'on ne peut
+pas disposer de soi, et c'est là la mienne: la ligne que je dois
+suivre m'est tracée si clairement par la Providence, qu'il faut bien
+que j'y reste; tout ce que je désire, c'est que vous vouliez bien
+prier pour moi, pour obtenir de la bonté de Dieu que je sois ce qu'il
+désire. S'il me réserve encore dans ma vie des moments de calme, ah!
+je sens que j'en jouirai bien, au lieu de me soumettre aux épreuves
+qu'il m'envoie! J'envie ceux qui, calmes intérieurement et tranquilles
+à l'extérieur, peuvent à tous les instants ramener leurs âmes vers
+Dieu, lui parler, et surtout <span class="pagenum"><a id="page469" name="page469"></a>(p. 469)</span> l'écouter: pour moi, qui suis
+destinée à tout autre chose, cet état me paroît un vrai paradis.</p>
+
+<p>Si Minette vaut quelque chose, c'est bien à vous qu'elle le devra.
+J'en ai été contente dans le court séjour qu'elle a fait ici: elle
+n'est pas heureuse, et c'est une bonne école. Elle a trouvé à Chartres
+un homme de mérite, à en juger d'après ce qu'elle dit, et en qui elle
+paroît avoir confiance. Je l'ai fort engagée à le voir souvent;
+j'espère qu'elle y est exacte.</p>
<p>Je vois avec peine approcher les chaleurs; c'est un mauvais temps pour
-vous: je désire beaucoup qu'elles soient moins fortes que l'année
-passée. Adieu, Monsieur: croyez que vos lettres me font un vrai
-plaisir, et que je serai charmée le jour où je pourrai vous revoir. En
+vous: je désire beaucoup qu'elles soient moins fortes que l'année
+passée. Adieu, Monsieur: croyez que vos lettres me font un vrai
+plaisir, et que je serai charmée le jour où je pourrai vous revoir. En
attendant, priez Dieu pour nous.</p>
-<p>J'ai si peu de temps, qu'il m'est difficile de m'unir aux prières que
+<p>J'ai si peu de temps, qu'il m'est difficile de m'unir aux prières que
l'on fait; mais j'y dresserai quelquefois mon intention, pour
-participer aux grâces qu'elles doivent attirer. Vous voyez que le moi
+participer aux grâces qu'elles doivent attirer. Vous voyez que le moi
n'est point du tout mort en moi.</p>
<hr class="hr30">
<h3>LVI<br>
-<span class="smaller">A L'ABBÉ DE LUBERSAC.</span></h3>
+<span class="smaller">A L'ABBÉ DE LUBERSAC.</span></h3>
<p class="date">22 juin 1792.</p>
<p>Cette lettre sera un peu longtemps en chemin; mais j'aime mieux ne pas
-laisser échapper une occasion de causer avec vous. Je suis persuadée
+laisser échapper une occasion de causer avec vous. Je suis persuadée
que vous avez ressenti presque aussi vivement que nous, Monsieur, le
coup qui vient de nous frapper<a id="footnotetag213" name="footnotetag213"></a><a href="#footnote213" title="Go to footnote 213"><span class="smaller">[213]</span></a>; il est d'autant plus affreux,
-qu'il déchire le <span class="pagenum"><a id="page470" name="page470"></a>(p. 470)</span> c&oelig;ur, et ôte tout repos d'esprit.
-L'avenir paroît un gouffre, d'où l'on ne peut sortir que par un
-miracle de la Providence; et le méritons-nous? A cette demande, on
+qu'il déchire le <span class="pagenum"><a id="page470" name="page470"></a>(p. 470)</span> c&oelig;ur, et ôte tout repos d'esprit.
+L'avenir paroît un gouffre, d'où l'on ne peut sortir que par un
+miracle de la Providence; et le méritons-nous? A cette demande, on
sent tout le courage manquer. Qui de nous peut se flatter qu'il lui
-sera répondu: <em>Oui, tu le mérites!</em> Tout le monde souffre; mais,
-hélas! nul ne fait pénitence; on ne retourne point son c&oelig;ur vers
-Dieu. Moi-même combien de reproches n'ai-je pas à me faire! Entraînée
-par le tourbillon du malheur, je ne m'occupois pas de demander à Dieu
-les grâces dont nous avons besoin; je m'appuyois sur les secours
-humains, et j'étois plus coupable qu'un autre; car qui plus que moi
-est l'enfant de la Providence? Mais ce n'est pas tout de reconnoître
-ses fautes, il faut les réparer; je ne le puis seule, Monsieur: ayez
-la charité de m'aider. Demandez au Ciel, non pas un changement qu'il
-plaira à Dieu de nous envoyer quand il l'aura jugé convenable dans sa
-sagesse; mais bornons-nous à lui demander qu'il éclaire, qu'il touche
-les c&oelig;urs; que surtout il parle à deux êtres bien malheureux, mais
-qui le seront encore plus si Dieu ne les appelle à lui. Hélas! le sang
-de Jésus-Christ a coulé pour eux comme pour le solitaire qui pleure
-sans cesse des fautes légères. Dites-lui souvent: <em>Si vous voulez,
-vous pouvez les guérir;</em> et démontrez-lui bien la gloire qu'il en
+sera répondu: <em>Oui, tu le mérites!</em> Tout le monde souffre; mais,
+hélas! nul ne fait pénitence; on ne retourne point son c&oelig;ur vers
+Dieu. Moi-même combien de reproches n'ai-je pas à me faire! Entraînée
+par le tourbillon du malheur, je ne m'occupois pas de demander à Dieu
+les grâces dont nous avons besoin; je m'appuyois sur les secours
+humains, et j'étois plus coupable qu'un autre; car qui plus que moi
+est l'enfant de la Providence? Mais ce n'est pas tout de reconnoître
+ses fautes, il faut les réparer; je ne le puis seule, Monsieur: ayez
+la charité de m'aider. Demandez au Ciel, non pas un changement qu'il
+plaira à Dieu de nous envoyer quand il l'aura jugé convenable dans sa
+sagesse; mais bornons-nous à lui demander qu'il éclaire, qu'il touche
+les c&oelig;urs; que surtout il parle à deux êtres bien malheureux, mais
+qui le seront encore plus si Dieu ne les appelle à lui. Hélas! le sang
+de Jésus-Christ a coulé pour eux comme pour le solitaire qui pleure
+sans cesse des fautes légères. Dites-lui souvent: <em>Si vous voulez,
+vous pouvez les guérir;</em> et démontrez-lui bien la gloire qu'il en
tirera. En me lisant, vous allez me croire un peu folle, mais
-pardonnez à l'excès des maux dont mon âme est atteinte: jamais je ne
-les ai si vivement sentis. Dieu les connoît; Dieu sait les remèdes
-qu'il doit appliquer, mais sa bonté permet qu'on lui fasse les
+pardonnez à l'excès des maux dont mon âme est atteinte: jamais je ne
+les ai si vivement sentis. Dieu les connoît; Dieu sait les remèdes
+qu'il doit appliquer, mais sa bonté permet qu'on lui fasse les
demandes dont on a besoin: et j'use, comme vous voyez, de cette
permission.</p>
-<p>Je suis fâchée de vous écrire dans un style aussi noir; mais mon
+<p>Je suis fâchée de vous écrire dans un style aussi noir; mais mon
c&oelig;ur l'est tellement, qu'il me seroit bien difficile de parler
-autrement. Ne croyez pas pour cela que ma <span class="pagenum"><a id="page471" name="page471"></a>(p. 471)</span> santé s'en
-ressente; non, je me porte bien: Dieu me fait la grâce de conserver de
-la gaieté. Je désire vivement que la vôtre se conserve; je voudrois la
-savoir meilleure; mais comment l'espérer avec votre sensibilité?
-Rappelons-nous qu'il est une autre vie, où nous serons amplement
-récompensés des peines de celle-ci, et vivons dans l'espoir de nous y
-réunir un jour, après cependant avoir eu encore le plaisir de nous
-revoir dans celle-ci; car, malgré l'excès de ma noirceur, je ne puis
-croire que tout soit désespéré. Adieu, Monsieur: priez pour moi, je
-vous en prie, après avoir prié pour les autres, et donnez-moi souvent
+autrement. Ne croyez pas pour cela que ma <span class="pagenum"><a id="page471" name="page471"></a>(p. 471)</span> santé s'en
+ressente; non, je me porte bien: Dieu me fait la grâce de conserver de
+la gaieté. Je désire vivement que la vôtre se conserve; je voudrois la
+savoir meilleure; mais comment l'espérer avec votre sensibilité?
+Rappelons-nous qu'il est une autre vie, où nous serons amplement
+récompensés des peines de celle-ci, et vivons dans l'espoir de nous y
+réunir un jour, après cependant avoir eu encore le plaisir de nous
+revoir dans celle-ci; car, malgré l'excès de ma noirceur, je ne puis
+croire que tout soit désespéré. Adieu, Monsieur: priez pour moi, je
+vous en prie, après avoir prié pour les autres, et donnez-moi souvent
de vos nouvelles: c'est une consolation pour moi.</p>
<hr class="hr30">
@@ -17303,129 +17258,129 @@ de vos nouvelles: c'est une consolation pour moi.</p>
<p class="date">3 juillet 1792.</p>
<p>Depuis trois jours on comptoit sur un grand mouvement dans Paris; mais
-on croyoit avoir pris les précautions nécessaires pour parer à tous
-les dangers. Mercredi matin, la cour et le jardin étoient pleins de
-troupes. A midi, on apprend que le faubourg Saint-Antoine étoit en
-marche; il portoit une pétition à l'Assemblée, et n'annonçoit pas le
-projet de traverser les Tuileries. Quinze cents hommes défilèrent dans
-l'Assemblée, peu de gardes nationaux, quelques invalides; le reste
-étoit des sans-culottes et des femmes. Trois officiers municipaux
-vinrent demander au Roi de permettre que la troupe défilât dans le
-jardin, disant que l'Assemblée étoit gênée par l'affluence, et les
-passages si encombrés, que les portes pourroient être forcées. Le Roi
-leur dit de s'entendre avec le commandant pour les faire défiler le
-long de la terrasse des Feuillants, et sortir par la porte du Manége.
-Peu de temps après les autres portes du <span class="pagenum"><a id="page472" name="page472"></a>(p. 472)</span> jardin furent
-ouvertes, malgré les ordres donnés. Bientôt le jardin fut rempli. Les
-piques commencèrent à défiler en ordre sous la terrasse de devant le
-château, où il y avoit trois rangs de gardes nationaux; ils sortoient
+on croyoit avoir pris les précautions nécessaires pour parer à tous
+les dangers. Mercredi matin, la cour et le jardin étoient pleins de
+troupes. A midi, on apprend que le faubourg Saint-Antoine étoit en
+marche; il portoit une pétition à l'Assemblée, et n'annonçoit pas le
+projet de traverser les Tuileries. Quinze cents hommes défilèrent dans
+l'Assemblée, peu de gardes nationaux, quelques invalides; le reste
+étoit des sans-culottes et des femmes. Trois officiers municipaux
+vinrent demander au Roi de permettre que la troupe défilât dans le
+jardin, disant que l'Assemblée étoit gênée par l'affluence, et les
+passages si encombrés, que les portes pourroient être forcées. Le Roi
+leur dit de s'entendre avec le commandant pour les faire défiler le
+long de la terrasse des Feuillants, et sortir par la porte du Manége.
+Peu de temps après les autres portes du <span class="pagenum"><a id="page472" name="page472"></a>(p. 472)</span> jardin furent
+ouvertes, malgré les ordres donnés. Bientôt le jardin fut rempli. Les
+piques commencèrent à défiler en ordre sous la terrasse de devant le
+château, où il y avoit trois rangs de gardes nationaux; ils sortoient
par la porte du pont Royal, et avoient l'air de passer sur le
Carrousel, pour regagner le faubourg Saint-Antoine. A trois heures,
ils firent mine de vouloir enfoncer la porte de la grande cour. Deux
officiers municipaux l'ouvrirent. La garde nationale, qui n'avoit pas
-pu parvenir à obtenir des ordres depuis le matin, eut la douleur de
+pu parvenir à obtenir des ordres depuis le matin, eut la douleur de
les voir traverser la cour sans pouvoir leur barrer le chemin. Le
-département avoit donné ordre de repousser la force par la force; mais
-la municipalité n'en a pas tenu compte. Nous étions, dans ce moment, à
-la fenêtre du Roi. Le peu de personnes qui étoient chez son valet de
-chambre vinrent nous rejoindre. On ferme les portes; un moment après
-nous entendons cogner: c'étoient Aclocque et quelques grenadiers et
+département avoit donné ordre de repousser la force par la force; mais
+la municipalité n'en a pas tenu compte. Nous étions, dans ce moment, à
+la fenêtre du Roi. Le peu de personnes qui étoient chez son valet de
+chambre vinrent nous rejoindre. On ferme les portes; un moment après
+nous entendons cogner: c'étoient Aclocque et quelques grenadiers et
volontaires qu'il amenoit; il demanda au Roi de se montrer seul. Le
-Roi passa dans sa première antichambre. Là, M. d'Hervilly vint le
-joindre avec encore trois ou quatre grenadiers qu'il avoit engagés à
-venir avec lui. Au moment où le Roi passoit dans son antichambre, des
-gens attachés à la Reine la firent rentrer de force chez son fils.
-Plus heureuse qu'elle, je ne trouvai personne qui m'arrachât d'auprès
-du Roi. A peine la Reine l'étoit-elle, que la porte fut enfoncée par
+Roi passa dans sa première antichambre. Là, M. d'Hervilly vint le
+joindre avec encore trois ou quatre grenadiers qu'il avoit engagés à
+venir avec lui. Au moment où le Roi passoit dans son antichambre, des
+gens attachés à la Reine la firent rentrer de force chez son fils.
+Plus heureuse qu'elle, je ne trouvai personne qui m'arrachât d'auprès
+du Roi. A peine la Reine l'étoit-elle, que la porte fut enfoncée par
les piques. Le Roi, dans cet instant, monta sur des coffres qui sont
-dans les fenêtres; le maréchal de Mouchy, MM. d'Hervilly, Aclocque et
-une douzaine de grenadiers l'entourèrent. Je restai auprès du panneau,
-environnée des ministres, de M. de Marsilly et de quelques gardes
-nationaux. Les piques entrèrent dans la chambre comme la foudre; ils
+dans les fenêtres; le maréchal de Mouchy, MM. d'Hervilly, Aclocque et
+une douzaine de grenadiers l'entourèrent. Je restai auprès du panneau,
+environnée des ministres, de M. de Marsilly et de quelques gardes
+nationaux. Les piques entrèrent dans la chambre comme la foudre; ils
cherchoient le Roi, surtout un, qui, dit-on, tenoit les plus mauvais
propos. Un grenadier rangea son arme en disant: <em>Malheureux! c'est
-ton Roi!</em> Ils se mirent <span class="pagenum"><a id="page473" name="page473"></a>(p. 473)</span> en même temps à crier: <em>Vive le Roi!</em>
-Le reste des piques répondit machinalement à ce cri; la chambre fut
+ton Roi!</em> Ils se mirent <span class="pagenum"><a id="page473" name="page473"></a>(p. 473)</span> en même temps à crier: <em>Vive le Roi!</em>
+Le reste des piques répondit machinalement à ce cri; la chambre fut
pleine en moins de temps que je n'en parle, tous demandant la sanction
-et le renvoi des ministres. Pendant quatre heures, le même cri fut
-répété. Des membres de l'Assemblée vinrent peu de temps après; MM.
-Vergniaux et Isnard parlèrent fort bien au peuple pour leur dire
+et le renvoi des ministres. Pendant quatre heures, le même cri fut
+répété. Des membres de l'Assemblée vinrent peu de temps après; MM.
+Vergniaux et Isnard parlèrent fort bien au peuple pour leur dire
qu'ils avoient tort de demander ainsi au Roi la sanction, et les
-engagèrent à se retirer; mais ce fut comme s'ils ne parloient pas. Ils
-étoient bien longtemps avant que de pouvoir se faire entendre; et à
-peine avoient-ils prononcé un mot, que les cris recommençoient. Enfin
-Pétion et des membres de la municipalité arrivèrent; le premier
-harangua le peuple, et, après avoir loué la <em>dignité</em> et l'<em>ordre</em>
-avec lequel il avoit marché, il l'engagea à se retirer dans le <em>même
-calme</em>, afin que l'on ne pût lui reprocher de s'être livré à aucun
-excès dans une fête civique. Enfin, le peuple commença à défiler.
-J'oubliois de vous dire que, peu de temps après que le peuple fut
-entré, des grenadiers s'étoient fait jour et l'avoient éloigné du Roi.
-Pour moi, j'étois montée sur la fenêtre du côté de la chambre du Roi.
-Un grand nombre de gens attachés au Roi s'étoient présentés chez lui
-le matin; il leur fit donner ordre de s'éloigner, craignant la journée
-du <em>dix-huit avril</em>. Je voudrois m'étendre là-dessus; mais, ne le
+engagèrent à se retirer; mais ce fut comme s'ils ne parloient pas. Ils
+étoient bien longtemps avant que de pouvoir se faire entendre; et à
+peine avoient-ils prononcé un mot, que les cris recommençoient. Enfin
+Pétion et des membres de la municipalité arrivèrent; le premier
+harangua le peuple, et, après avoir loué la <em>dignité</em> et l'<em>ordre</em>
+avec lequel il avoit marché, il l'engagea à se retirer dans le <em>même
+calme</em>, afin que l'on ne pût lui reprocher de s'être livré à aucun
+excès dans une fête civique. Enfin, le peuple commença à défiler.
+J'oubliois de vous dire que, peu de temps après que le peuple fut
+entré, des grenadiers s'étoient fait jour et l'avoient éloigné du Roi.
+Pour moi, j'étois montée sur la fenêtre du côté de la chambre du Roi.
+Un grand nombre de gens attachés au Roi s'étoient présentés chez lui
+le matin; il leur fit donner ordre de s'éloigner, craignant la journée
+du <em>dix-huit avril</em>. Je voudrois m'étendre là-dessus; mais, ne le
pouvant, je me promets simplement d'y revenir; tout ce que je puis
-dire, c'est que celui qui a donné l'ordre a bien fait, et que la
-conduite des autres est parfaite. Mais revenons à la Reine, que j'ai
-laissée entraînée malgré elle chez mon neveu; on avoit emporté si vite
+dire, c'est que celui qui a donné l'ordre a bien fait, et que la
+conduite des autres est parfaite. Mais revenons à la Reine, que j'ai
+laissée entraînée malgré elle chez mon neveu; on avoit emporté si vite
ce dernier dans le fond de l'appartement, qu'elle ne le vit plus en
-entrant chez lui; vous pouvez imaginer l'état de désespoir où elle
-fut. M. Hue, huissier, et M. de Vincent, officier, étoient avec lui;
+entrant chez lui; vous pouvez imaginer l'état de désespoir où elle
+fut. M. Hue, huissier, et M. de Vincent, officier, étoient avec lui;
enfin on le lui ramena. Elle fit tout au monde pour rentrer chez le
Roi, mais MM. de Choiseul et d'Haussonville, ainsi que nos <span class="pagenum"><a id="page474" name="page474"></a>(p. 474)</span>
-dames qui étoient là, l'en empêchèrent. Un moment après, on entendit
+dames qui étoient là, l'en empêchèrent. Un moment après, on entendit
enfoncer les portes: il n'y en avoit plus qu'une que le peuple ne put
-trouver; et trompé par un des gens de mon neveu, qui lui dit que la
-Reine étoit à l'Assemblée, il se dispersa dans l'appartement. Pendant
-ce temps-là, les grenadiers entrèrent dans la chambre du conseil: on
-la mit, et les enfants, derrière la table du conseil; les grenadiers
-et d'autres personnes bien attachées l'entourèrent, et le peuple
-défila devant elle. Une femme lui mit le bonnet rouge sur la tête,
-ainsi qu'à mon neveu. Le Roi l'avoit presque du premier moment.
-Santerre, qui conduisoit le défilé, vint la haranguer, et lui dit
+trouver; et trompé par un des gens de mon neveu, qui lui dit que la
+Reine étoit à l'Assemblée, il se dispersa dans l'appartement. Pendant
+ce temps-là, les grenadiers entrèrent dans la chambre du conseil: on
+la mit, et les enfants, derrière la table du conseil; les grenadiers
+et d'autres personnes bien attachées l'entourèrent, et le peuple
+défila devant elle. Une femme lui mit le bonnet rouge sur la tête,
+ainsi qu'à mon neveu. Le Roi l'avoit presque du premier moment.
+Santerre, qui conduisoit le défilé, vint la haranguer, et lui dit
qu'on la trompoit en lui disant que le peuple ne l'aimoit pas; quelle
-l'étoit, et qu'il l'assuroit qu'elle n'avoit rien à craindre. «L'on ne
-craint jamais rien, répondit-elle, lorsque l'on est avec de braves
-gens.» En même temps, elle tendit la main aux grenadiers qui étoient
-auprès d'elle, qui se jetèrent tous dessus. Cela fut fort touchant.</p>
+l'étoit, et qu'il l'assuroit qu'elle n'avoit rien à craindre. «L'on ne
+craint jamais rien, répondit-elle, lorsque l'on est avec de braves
+gens.» En même temps, elle tendit la main aux grenadiers qui étoient
+auprès d'elle, qui se jetèrent tous dessus. Cela fut fort touchant.</p>
-<p>Les députés qui étoient venus étoient venus de bonne volonté. Une
-vraie députation arriva et engagea le Roi à rentrer chez lui. Comme on
+<p>Les députés qui étoient venus étoient venus de bonne volonté. Une
+vraie députation arriva et engagea le Roi à rentrer chez lui. Comme on
me le dit, et que je ne voulois pas me trouver rester dans la foule,
je sortis environ une heure avant lui; je rejoignis la Reine, et vous
-jugez avec quel plaisir je l'embrassai. J'avois pourtant ignoré les
-risques qu'elle avoit courus. Le Roi rentré dans sa chambre, rien ne
-fut plus touchant que le moment où la Reine et ses enfants se jetèrent
-à son cou. Des députés qui étoient là fondoient en larmes: les
-députations se relevèrent de demi-heure en demi-heure, jusqu'à ce que
-le calme fût rétabli totalement. On leur montra les violences qui
-avoient été commises. Ils furent tous très-bien dans l'appartement du
-Roi, lequel fut parfait pour eux. A dix heures, le château étoit vide,
+jugez avec quel plaisir je l'embrassai. J'avois pourtant ignoré les
+risques qu'elle avoit courus. Le Roi rentré dans sa chambre, rien ne
+fut plus touchant que le moment où la Reine et ses enfants se jetèrent
+à son cou. Des députés qui étoient là fondoient en larmes: les
+députations se relevèrent de demi-heure en demi-heure, jusqu'à ce que
+le calme fût rétabli totalement. On leur montra les violences qui
+avoient été commises. Ils furent tous très-bien dans l'appartement du
+Roi, lequel fut parfait pour eux. A dix heures, le château étoit vide,
et chacun se retira chez soi.</p>
-<p>Le lendemain, la garde nationale, après avoir montré la <span class="pagenum"><a id="page475" name="page475"></a>(p. 475)</span> plus
-grande douleur d'avoir eu les mains liées, et d'avoir vu devant ses
-yeux tout ce qui s'étoit passé, obtint de Pétion l'ordre de tirer. A
+<p>Le lendemain, la garde nationale, après avoir montré la <span class="pagenum"><a id="page475" name="page475"></a>(p. 475)</span> plus
+grande douleur d'avoir eu les mains liées, et d'avoir vu devant ses
+yeux tout ce qui s'étoit passé, obtint de Pétion l'ordre de tirer. A
sept heures, on dit que les faubourgs marchoient: la garde se mit sous
-les armes avec le plus grand zèle. Des députés de l'Assemblée vinrent
-de bonne volonté demander au Roi s'il croyoit qu'il y eût du danger,
-pour qu'elle se transportât chez lui. Le Roi les remercia. Vous verrez
-leur dialogue dans tous les journaux ainsi que celui de Pétion, qui
-vint dire au Roi que ce n'étoit que peu de monde qui vouloit planter
+les armes avec le plus grand zèle. Des députés de l'Assemblée vinrent
+de bonne volonté demander au Roi s'il croyoit qu'il y eût du danger,
+pour qu'elle se transportât chez lui. Le Roi les remercia. Vous verrez
+leur dialogue dans tous les journaux ainsi que celui de Pétion, qui
+vint dire au Roi que ce n'étoit que peu de monde qui vouloit planter
un mai<a id="footnotetag214" name="footnotetag214"></a><a href="#footnote214" title="Go to footnote 214"><span class="smaller">[214]</span></a>.</p>
-<p class="note">[La lettre jusqu'à cet alinéa est de main étrangère; le dernier
- paragraphe est seul de la main de Madame Élisabeth.]</p>
+<p class="note">[La lettre jusqu'à cet alinéa est de main étrangère; le dernier
+ paragraphe est seul de la main de Madame Élisabeth.]</p>
-<p>Comme je savois que la duchesse de Duras t'avoit donné de mes
-nouvelles, et que je n'ai pas trouvé un instant pour t'écrire, je ne
-me suis pas trop tourmentée; aujourd'hui même, je n'ai qu'un moment.
-Nous sommes jusqu'à ce moment tranquilles; l'arrivée de M. de La
+<p>Comme je savois que la duchesse de Duras t'avoit donné de mes
+nouvelles, et que je n'ai pas trouvé un instant pour t'écrire, je ne
+me suis pas trop tourmentée; aujourd'hui même, je n'ai qu'un moment.
+Nous sommes jusqu'à ce moment tranquilles; l'arrivée de M. de La
Fayette fait un peu de mouvement dans les esprits. Les Jacobins
-dorment. Voilà le détail de la journée du 20. Adieu, je me porte bien,
+dorment. Voilà le détail de la journée du 20. Adieu, je me porte bien,
je t'aime, je t'embrasse, et suis bien aise que tu ne te sois pas
-trouvée dans cette bagarre.</p>
+trouvée dans cette bagarre.</p>
<hr class="hr30">
@@ -17434,132 +17389,132 @@ trouvée dans cette bagarre.</p>
<p class="date">Ce 8 juillet 1792.</p>
-<p>Il faudroit vraiment toute l'éloquence de madame de Sévigné pour
-rendre tout ce qui s'est passé hier; car c'est <span class="pagenum"><a id="page476" name="page476"></a>(p. 476)</span> bien la chose
+<p>Il faudroit vraiment toute l'éloquence de madame de Sévigné pour
+rendre tout ce qui s'est passé hier; car c'est <span class="pagenum"><a id="page476" name="page476"></a>(p. 476)</span> bien la chose
la plus surprenante, la plus extraordinaire, la plus grande, la plus
-petite, etc., etc. Mais heureusement l'expérience peut un peu aider la
-compréhension. Enfin, voilà les Jacobins, les Feuillants, les
-Républicains, les Monarchistes, qui, abjurant tous leurs discordes, et
-se réunissant près de l'arbre inébranlable de la Constitution et de la
-liberté, se sont promis bien sincèrement de marcher la loi à la main,
-et de ne pas s'en écarter<a id="footnotetag215" name="footnotetag215"></a><a href="#footnote215" title="Go to footnote 215"><span class="smaller">[215]</span></a>. Heureusement, le mois d'août
-s'approche, moment où toutes les feuilles étant bien développées,
-l'arbre de la liberté présentera un ombrage plus sûr. Notre ville est
-tranquille et le sera pour la fédération. Je tremble qu'il n'y ait
-quelque cérémonie religieuse: tu connois mon goût pour elles: demande
-à Dieu, mon c&oelig;ur, qu'il me donne force et conseil. Adieu; je
+petite, etc., etc. Mais heureusement l'expérience peut un peu aider la
+compréhension. Enfin, voilà les Jacobins, les Feuillants, les
+Républicains, les Monarchistes, qui, abjurant tous leurs discordes, et
+se réunissant près de l'arbre inébranlable de la Constitution et de la
+liberté, se sont promis bien sincèrement de marcher la loi à la main,
+et de ne pas s'en écarter<a id="footnotetag215" name="footnotetag215"></a><a href="#footnote215" title="Go to footnote 215"><span class="smaller">[215]</span></a>. Heureusement, le mois d'août
+s'approche, moment où toutes les feuilles étant bien développées,
+l'arbre de la liberté présentera un ombrage plus sûr. Notre ville est
+tranquille et le sera pour la fédération. Je tremble qu'il n'y ait
+quelque cérémonie religieuse: tu connois mon goût pour elles: demande
+à Dieu, mon c&oelig;ur, qu'il me donne force et conseil. Adieu; je
t'embrasse et t'aime de tout mon c&oelig;ur.</p>
<h2><span class="pagenum"><a id="page477" name="page477"></a>(p. 477)</span> NOTES, DOCUMENTS<br>
ET<br>
-PIÈCES JUSTIFICATIVES.</h2>
+PIÈCES JUSTIFICATIVES.</h2>
<a id="doc1" name="doc1"></a>
<h3>I<br>
-<span class="smaller">LETTRE ÉCRITE DE PARIS PAR M. REPIQUET,</span></h3>
+<span class="smaller">LETTRE ÉCRITE DE PARIS PAR M. REPIQUET,</span></h3>
-<p class="note"><i>Fédéré d'Autun, district d'Autun, département de Saone et Loire,
- à M. Repiquet, son frère, citoyen audit Autun, sur les événements
- du 10 août 1792, l'an 4 de la liberté. Imprimée aux frais de
- la Société, des Amis de la Constitution de ladite ville.</i></p>
+<p class="note"><i>Fédéré d'Autun, district d'Autun, département de Saone et Loire,
+ à M. Repiquet, son frère, citoyen audit Autun, sur les événements
+ du 10 août 1792, l'an 4 de la liberté. Imprimée aux frais de
+ la Société, des Amis de la Constitution de ladite ville.</i></p>
<p class="smcap">Mon fraire, mon cher ami,</p>
-<p>Je ne peut pas atantre que les chose soit terminé pour tan faire par,
-ainsi qua toute la société des ami de la constitussion d'Autun, qui
-sont mes fraire, que jesper que tu voudra bien leur témogné la
-fraternité qui ne finira qua la mort envair moi. Je te fait par de la
+<p>Je ne peut pas atantre que les chose soit terminé pour tan faire par,
+ainsi qua toute la société des ami de la constitussion d'Autun, qui
+sont mes fraire, que jesper que tu voudra bien leur témogné la
+fraternité qui ne finira qua la mort envair moi. Je te fait par de la
bataille que nous avont u yaire vendredi dix aoust, comme je te lavais
-promis, que je ne quiterais Paris que quant le coup serait porté; mais
-se coup ne sera jamais houblié, car il doit aitre ymmortelle.</p>
+promis, que je ne quiterais Paris que quant le coup serait porté; mais
+se coup ne sera jamais houblié, car il doit aitre ymmortelle.</p>
-<p>Ci je te parle, croit que c'est un raive; si j'éxiste, c'est que la
-mort n'a pas voulu de moi. Mon ami, je te diré que la nuit du neuf au
-disse, nous somme sorti des Jacobin à minuit, ayant les hordre de nos
+<p>Ci je te parle, croit que c'est un raive; si j'éxiste, c'est que la
+mort n'a pas voulu de moi. Mon ami, je te diré que la nuit du neuf au
+disse, nous somme sorti des Jacobin à minuit, ayant les hordre de nos
commissair.</p>
-<p>Lhordre était de nous transporter tous les fédérés, les un au
-faubourgt St. Entoine, et les autre au Cordelié ou sont les
+<p>Lhordre était de nous transporter tous les fédérés, les un au
+faubourgt St. Entoine, et les autre au Cordelié ou sont les
Marsaillois; les autre dans les section les plus patriote, de fasson
-que nous avons passé cette maime nuit sans panser à dormir. Pour
-conquir sa liberté, il ne faut plus panser de fermé les yeux, au
+que nous avons passé cette maime nuit sans panser à dormir. Pour
+conquir sa liberté, il ne faut plus panser de fermé les yeux, au
contraire, il faut les ouvrire, et avoir de bonnes aureille. Moi qui
-ne connais pas assés les section de Paris, je messuis transporté de
+ne connais pas assés les section de Paris, je messuis transporté de
suite avecque quelques un des jeune gens d'Autun, dans le bataillon de
-Marsaille, comme javais ma confiance en eux. Les fédérés de Nime, de
-Monpeillé, de Macon, <span class="pagenum"><a id="page478" name="page478"></a>(p. 478)</span> nous nous somme tous joint, de fasson
-que nous nous somme trouvé aux environ de trois bataillon, tous
-desterminé à périre pour conquir la liberté. Nous lavons juré, nous la
+Marsaille, comme javais ma confiance en eux. Les fédérés de Nime, de
+Monpeillé, de Macon, <span class="pagenum"><a id="page478" name="page478"></a>(p. 478)</span> nous nous somme tous joint, de fasson
+que nous nous somme trouvé aux environ de trois bataillon, tous
+desterminé à périre pour conquir la liberté. Nous lavons juré, nous la
soutiendront: aprest nous, nos enfant prendront vengensse, et ils
-trionferont. Pour moi, mon ami, jétais chef de ploton, quand nous
-avons entré au tuillerie, il li en avait quelqun qui ne se soussiest
+trionferont. Pour moi, mon ami, jétais chef de ploton, quand nous
+avons entré au tuillerie, il li en avait quelqun qui ne se soussiest
pas di entrer, parce que les bal commensait desja a pleuvoir; pour les
en courager dantrer, je leur ai dit courage mes enfent, ce nest pas
sur nous quon tire.</p>
-<p>Je neu pas prononsé ses mot quil en tomba catorse de mon ploton, et
-moi surpri de me voir qua trois de ma section, les gueux nous on tiré
-a mitraille, car ils croyoit nous faire reculer et doné la terreur au
-peuple. Mais des fédéré qui on juré devant leur munisipalité
+<p>Je neu pas prononsé ses mot quil en tomba catorse de mon ploton, et
+moi surpri de me voir qua trois de ma section, les gueux nous on tiré
+a mitraille, car ils croyoit nous faire reculer et doné la terreur au
+peuple. Mais des fédéré qui on juré devant leur munisipalité
respective, qui sacrifirait leur sanc, leur fortune, pour la deffance
de la patrie, ne peuve pas reculer. Nous ne pouvous pas mourire pour
-la plus bel cose, et moi comme tu sai qui suis acoutumé de mourir, je
+la plus bel cose, et moi comme tu sai qui suis acoutumé de mourir, je
ni pansait pas.</p>
-<p>Je nés pas encore vu tous les jeune gensse d'Autun; je les cherche
-tous les jour, tout ce que jan sait, quil se sont bien montré et bien
-ardie au feu: il ni a que Mersié de blessé dans une main, je ne sai
-sil en sera extropié. Je cherché dans les cor mort si je ne trouverai
-pas le petit Migniot, frère du charpantier de Marchau, que lon ma dit
-avoir été tué dans la compagni de Monpellié; mais il ma été impossible
-dans navoir de nouvelle. Comme nous étion tous séparés, il ni avait
+<p>Je nés pas encore vu tous les jeune gensse d'Autun; je les cherche
+tous les jour, tout ce que jan sait, quil se sont bien montré et bien
+ardie au feu: il ni a que Mersié de blessé dans une main, je ne sai
+sil en sera extropié. Je cherché dans les cor mort si je ne trouverai
+pas le petit Migniot, frère du charpantier de Marchau, que lon ma dit
+avoir été tué dans la compagni de Monpellié; mais il ma été impossible
+dans navoir de nouvelle. Comme nous étion tous séparés, il ni avait
pas possible que nous fussion dans la maime compagnie, dhalleur il
-n'est pas possible de reconnaître personne dans les mort. On fait
-nombre de quatre mille, san conté que la riviere en est presque
+n'est pas possible de reconnaître personne dans les mort. On fait
+nombre de quatre mille, san conté que la riviere en est presque
plaine, on dirait du bois a flotter. Le chatau des tuillerie brule
-toujours trai fort, le feu ne peut si éteindre, car sest un enfaire.
+toujours trai fort, le feu ne peut si éteindre, car sest un enfaire.
Les diable son sorti et demande pardon au peuple; mais le peuple
-courageux et plaint de bonté, a méprisé ses demon, et les a lessé alé
-à leur malheureu sor. Le cheffe des diable avec proserpine se sont
-sauvé avec leur famille, dans l'assemblé nationalle ou on a commi que
-des péché mortelle; comme tu voi qui se ressemble sasemble. Il navais
-pas malle choisi, car il avait choisi des homme abillé de rouge,
-appelés Suisse, pour desfendre les crime qu'il comaitait dans ces
+courageux et plaint de bonté, a méprisé ses demon, et les a lessé alé
+à leur malheureu sor. Le cheffe des diable avec proserpine se sont
+sauvé avec leur famille, dans l'assemblé nationalle ou on a commi que
+des péché mortelle; comme tu voi qui se ressemble sasemble. Il navais
+pas malle choisi, car il avait choisi des homme abillé de rouge,
+appelés Suisse, pour desfendre les crime qu'il comaitait dans ces
enfair.</p>
-<p>Enfin, mon ami, nous étion plus de cinq cent mille soldat commandé par
+<p>Enfin, mon ami, nous étion plus de cinq cent mille soldat commandé par
le dieux de lunivert, nous ne lavons pas vu, mais nous lavon entendu;
-il a parlé dans nos c&oelig;ur, nous étion tous fraire. Des charbonier,
-des masson, des porte fait, en généralle de toute les langue, nous
+il a parlé dans nos c&oelig;ur, nous étion tous fraire. Des charbonier,
+des masson, des porte fait, en généralle de toute les langue, nous
navion que le maime langage; nous nous embrassion <span class="pagenum"><a id="page479" name="page479"></a>(p. 479)</span> tous, et
-nous ne fesion qune maime famile. Jés étés mangés par des charbonnié
+nous ne fesion qune maime famile. Jés étés mangés par des charbonnié
et par baucoup douvrier, de sorte qu'il manbrassait. Enfin mon cher
-ami il li a eu des section de Paris qui ont tiré sur nous comme sur
-des lou garou, mais nous les avons baré par la rue de Grenelle et de
-la section des grenadier des file St. Thomas. Jan on compté 48 étandu,
-entrautre le capitaine qui étais d'une grosseur a faire peur a un
-enfant trouvé; on voyoit bien que ce bougre navais été nourie quau
+ami il li a eu des section de Paris qui ont tiré sur nous comme sur
+des lou garou, mais nous les avons baré par la rue de Grenelle et de
+la section des grenadier des file St. Thomas. Jan on compté 48 étandu,
+entrautre le capitaine qui étais d'une grosseur a faire peur a un
+enfant trouvé; on voyoit bien que ce bougre navais été nourie quau
chatau des tuillerie, car il ni a que des cochon de cette espaisse. On
ne veut pas dire combien ce qui li a de mort, car cest tairible: ce
nest pas fini, car il ni a point de nosse quil ni ai de landemain.
-Aujourdhui jé vu couper au moins trois cent taite; on jette les corp
+Aujourdhui jé vu couper au moins trois cent taite; on jette les corp
dans la rivier, et porte les taite. On ne fini pas; tous les
-aristocrate i passeront: on prent leur non en écri, et il y a des
+aristocrate i passeront: on prent leur non en écri, et il y a des
comissaire pour montrer leur maison. Mais, mon ami, <em>je te prie de
-faire par à tous les patriote</em> <span class="smcap">DE FAIRE COULER DU SANG LE MOINS QU'IL
-SERA POSSIBLE</span> <em>dans notre pays</em>, peut aitre que ces gensse ecaré ne
-tarderont pas à vous demandés pardon: nessités pas à les pardonner,
+faire par à tous les patriote</em> <span class="smcap">DE FAIRE COULER DU SANG LE MOINS QU'IL
+SERA POSSIBLE</span> <em>dans notre pays</em>, peut aitre que ces gensse ecaré ne
+tarderont pas à vous demandés pardon: nessités pas à les pardonner,
mais faitte leur sentir quil sont dans la poussier; Paris leur doit
doner exemple.</p>
-<p>Toute la cavallerie étais pour nous et l'infanterie, mais il li en a
-eu baucoup de tué par les section aristocrate. Il ni a plus
-daristocrate à Paris, tous crie vive la nation; mais il ne faut pas si
-fié que quant nous en auront curé le ny. A linstant que je técri, on
-bat la généralle de toute par. Je fini vite en courant dans mon
-bataillon qui sont les Marsaillois. Les misérable ont perdu 150 homme,
-tant tué que blaissé, jé vu faire lapelle. Mon amie, tu sai que je né
-point d'ortograffe, et que je ne sé point faire de frase, mais au moin
+<p>Toute la cavallerie étais pour nous et l'infanterie, mais il li en a
+eu baucoup de tué par les section aristocrate. Il ni a plus
+daristocrate à Paris, tous crie vive la nation; mais il ne faut pas si
+fié que quant nous en auront curé le ny. A linstant que je técri, on
+bat la généralle de toute par. Je fini vite en courant dans mon
+bataillon qui sont les Marsaillois. Les misérable ont perdu 150 homme,
+tant tué que blaissé, jé vu faire lapelle. Mon amie, tu sai que je né
+point d'ortograffe, et que je ne sé point faire de frase, mais au moin
il me raiste que je parle de c&oelig;ur en jurant de vivre libre ou
mourir.</p>
@@ -17567,19 +17522,19 @@ mourir.</p>
<p><i>Poste scriptome.</i></p>
-<p>Je te diré quil métait arrivé davoir desja tué un Garde du Roi, près
-le pallais royale, et un autre le bras, qui na pas mieux vécu que le
-premier, car il avait lalter coupé, pour avoir dit vive le Roi, et
+<p>Je te diré quil métait arrivé davoir desja tué un Garde du Roi, près
+le pallais royale, et un autre le bras, qui na pas mieux vécu que le
+premier, car il avait lalter coupé, pour avoir dit vive le Roi, et
merde pour la nation. Il li a un trop lon destaille pour tans faire
par; tu le saura par les Autunois.</p>
-<p>Jés tué quatre Suise dans les cavau des tuillerie, quil sestais cachés
-derrier des taunaux: il était comme des lievre caché. Le premier je
-lui ai coupé un bras, ausito une femme la porté au bout d'une pique.
+<p>Jés tué quatre Suise dans les cavau des tuillerie, quil sestais cachés
+derrier des taunaux: il était comme des lievre caché. Le premier je
+lui ai coupé un bras, ausito une femme la porté au bout d'une pique.
Pour ten dire davantage je ne peut; tout ce qui li a, que <span class="pagenum"><a id="page480" name="page480"></a>(p. 480)</span>
-nous en avons tué soixante traise dans les cavos. Actuelment on peut
-me tué quent on voudra; jé tué le nombre que je demandais auparavant;
-mais puisque ji suis, il ne me turont quen ma présence.</p>
+nous en avons tué soixante traise dans les cavos. Actuelment on peut
+me tué quent on voudra; jé tué le nombre que je demandais auparavant;
+mais puisque ji suis, il ne me turont quen ma présence.</p>
<p class="authorsc">Repiquet.</p>
@@ -17591,38 +17546,38 @@ mais puisque ji suis, il ne me turont quen ma présence.</p>
<h3>II<br>
<span class="smaller">COMMUNE DE PARIS.</span></h3>
-<p class="entete">Le 20 octobre 1792, l'an 4<sup>e</sup> de la liberté, 1<sup>er</sup> de la République française,
- et 1<sup>er</sup> de l'égalité.</p>
+<p class="entete">Le 20 octobre 1792, l'an 4<sup>e</sup> de la liberté, 1<sup>er</sup> de la République française,
+ et 1<sup>er</sup> de l'égalité.</p>
-<p class="entete">SECRÉTAIRE-GREFFIER.</p>
+<p class="entete">SECRÉTAIRE-GREFFIER.</p>
-<p>Je joins ici, Citoyens, une lettre adressée à Madame Élisabeth, dont
-ce renvoy par devers vous a été arrêté par le conseil général de la
+<p>Je joins ici, Citoyens, une lettre adressée à Madame Élisabeth, dont
+ce renvoy par devers vous a été arrêté par le conseil général de la
Commune.</p>
-<p>Je vous prie de m'en accuser réception.</p>
+<p>Je vous prie de m'en accuser réception.</p>
-<p class="authorsc">Méyée.</p>
+<p class="authorsc">Méyée.</p>
<p>Les citoyens membres de la Convention nationale et composant la
commission des 24.</p>
<div class="poem10">
-<p>Notre s&oelig;ur Élisabeth,<br>
+<p>Notre s&oelig;ur Élisabeth,<br>
Prenez votre chapelet,<br>
Il sera la victoire,<br>
Toute pleine, de gloire.</p>
-<p>Commencés, par la Croix,<br>
+<p>Commencés, par la Croix,<br>
C'est le signe, des Roys,<br>
- Jésus, fils de Marie,<br>
+ Jésus, fils de Marie,<br>
Ditte, qu'il vous marie,</p>
-<p>Avec le Roy François,<br>
+<p>Avec le Roy François,<br>
Oh Dieu quelle joye.<br>
N'est-ce pas un bon souhait?</p>
-<p>Voilà une bonne proye.<br>
+<p>Voilà une bonne proye.<br>
Rions, chantons cette fois,<br>
L'amour a fait son employe.</p>
@@ -17633,186 +17588,186 @@ commission des 24.</p>
<span class="pagenum"><a id="page481" name="page481"></a>(p. 481)</span> Bien nager quelle gloire?<br>
Estre mis dans l'histoire.</p>
-<p>Ah le brave Français,<br>
+<p>Ah le brave Français,<br>
Je ne suis point Anglais,<br>
Parti pour l'Allemagne?<br>
- Oui voilà ma campagne.</p>
+ Oui voilà ma campagne.</p>
-<p>Traître, grand ennemi,<br>
- Trop infidèle ami!<br>
+<p>Traître, grand ennemi,<br>
+ Trop infidèle ami!<br>
Contre nous porter arme!</p>
<p>Quelle plus triste allarme!<br>
- J'aime le Roy François.<br>
+ J'aime le Roy François.<br>
Comme moy donc, franc sois.</p>
</div>
-<p>Citron est le chien du prince Louis, que j'ay vu en passant à Tours.
-Il s'amusoit avec luy, à le faire nager dans la Loire. J'ay fait ce
-petit sonnet à sa gloire. A ce titre, s'il pouvoit vous recréer un
-moment, je m'en féliciterois: et ma joye iroit de pair avec le respect
+<p>Citron est le chien du prince Louis, que j'ay vu en passant à Tours.
+Il s'amusoit avec luy, à le faire nager dans la Loire. J'ay fait ce
+petit sonnet à sa gloire. A ce titre, s'il pouvoit vous recréer un
+moment, je m'en féliciterois: et ma joye iroit de pair avec le respect
dans lequel je suis pleinement,</p>
<p class="smcap">Madame,</p>
<p class="author">Votre serviteur le plus respectueux,<br>
<span class="smcap">J. Guillemeteau</span>,<br>
- Curé de Biarge et vic. de Fontenay de Vincennes.</p>
+ Curé de Biarge et vic. de Fontenay de Vincennes.</p>
<p>7 octobre 1792.</p>
-<p><em>A Madame, Madame Élisabeth, dans le Temple,
- rue du Temple, à Paris.</em></p>
+<p><em>A Madame, Madame Élisabeth, dans le Temple,
+ rue du Temple, à Paris.</em></p>
-<p>Madame Élisabeth dit dans une de ses lettres qu'elle était effrayée de
-l'ignorance du bas clergé: elle avait bien raison. B.</p>
+<p>Madame Élisabeth dit dans une de ses lettres qu'elle était effrayée de
+l'ignorance du bas clergé: elle avait bien raison. B.</p>
<hr class="hr30">
<a id="doc3" name="doc3"></a>
<h3>III</h3>
-<p>Après avoir esquissé, au livre huitième de cette histoire, la
-distribution intérieure de l'édifice du Temple, essayons de donner une
-idée générale de sa physionomie extérieure, un aperçu du personnel
-commis à sa garde et des dispositions prises par l'autorité
-républicaine.</p>
-
-<p>A la grande porte de la rue du Temple était un portier nommé Darque,
-naguère bedeau du grand prieuré, homme simple et bon, qui n'avait pas
-la prétention de descendre du même sang que la glorieuse vierge
-d'Orléans, quoique souvent cette consonnance de noms lui attirât des
-plaisanteries grossières. Serviteur sexagénaire de l'hôtel <span class="pagenum"><a id="page482" name="page482"></a>(p. 482)</span> de
-Conti, il avait été surpris par la Révolution dans l'exercice de ses
-fonctions paisibles et dans la quiétude de ses vieux jours. Du reste,
+<p>Après avoir esquissé, au livre huitième de cette histoire, la
+distribution intérieure de l'édifice du Temple, essayons de donner une
+idée générale de sa physionomie extérieure, un aperçu du personnel
+commis à sa garde et des dispositions prises par l'autorité
+républicaine.</p>
+
+<p>A la grande porte de la rue du Temple était un portier nommé Darque,
+naguère bedeau du grand prieuré, homme simple et bon, qui n'avait pas
+la prétention de descendre du même sang que la glorieuse vierge
+d'Orléans, quoique souvent cette consonnance de noms lui attirât des
+plaisanteries grossières. Serviteur sexagénaire de l'hôtel <span class="pagenum"><a id="page482" name="page482"></a>(p. 482)</span> de
+Conti, il avait été surpris par la Révolution dans l'exercice de ses
+fonctions paisibles et dans la quiétude de ses vieux jours. Du reste,
il comprenait peu les choses qui se passaient alors sous ses yeux, et
-c'était un grand bienfait de la Providence; les vicissitudes qui
-entraînaient les hommes et les choses lui avaient laissé un abri sous
-le toit où il avait vieilli, et cela lui suffisait; il se regardait
-comme étant partie intrinsèque du Temple.</p>
-
-<p>Dans la loge de Darque pendait un cordon à sonnette correspondant par
-un fil de fer à l'intérieur de la salle du conseil, située, dès le
-premier jour de la détention du Roi dans l'intérieur du palais du
-Temple, et, à dater du 8 décembre, au rez-de-chaussée de la grosse
-tour. Un nombre de coups convenu révélait aux officiers municipaux
-préposés à la garde du Temple la nature des messages ou l'importance
-des visiteurs. Un carillon prolongé annonçait la venue d'une autorité
-supérieure. A ce bruit, les municipaux venaient eux-mêmes reconnaître
+c'était un grand bienfait de la Providence; les vicissitudes qui
+entraînaient les hommes et les choses lui avaient laissé un abri sous
+le toit où il avait vieilli, et cela lui suffisait; il se regardait
+comme étant partie intrinsèque du Temple.</p>
+
+<p>Dans la loge de Darque pendait un cordon à sonnette correspondant par
+un fil de fer à l'intérieur de la salle du conseil, située, dès le
+premier jour de la détention du Roi dans l'intérieur du palais du
+Temple, et, à dater du 8 décembre, au rez-de-chaussée de la grosse
+tour. Un nombre de coups convenu révélait aux officiers municipaux
+préposés à la garde du Temple la nature des messages ou l'importance
+des visiteurs. Un carillon prolongé annonçait la venue d'une autorité
+supérieure. A ce bruit, les municipaux venaient eux-mêmes reconnaître
les personnages puissants et les introduire, s'il y avait lieu. Ces
membres de la Commune furent d'abord au nombre de huit, jour et nuit
-de service dans l'intérieur du Temple, un près de Louis XVI, un près
+de service dans l'intérieur du Temple, un près de Louis XVI, un près
de Marie-Antoinette, et les six autres composant le conseil de la
garde du Temple. Deux couchaient dans l'antichambre du Roi et deux
dans celle de la Reine, les quatre autres dans la chambre du conseil.
Ces huit commissaires, dont le service durait pendant quarante-huit
-heures, se renouvelaient chaque jour quatre par quatre, désignés par
-le sort dans le conseil de la Commune. Étant de service auprès des
-prisonniers, ils étaient tenus de ne répondre qu'aux questions vagues
+heures, se renouvelaient chaque jour quatre par quatre, désignés par
+le sort dans le conseil de la Commune. Étant de service auprès des
+prisonniers, ils étaient tenus de ne répondre qu'aux questions vagues
et sans importance qu'on leur faisait, et le plus laconiquement
possible.</p>
-<p>A droite et à gauche, dans la cour, s'élevaient plusieurs corps de
-bâtiment affectés à différents services; à droite, était l'appartement
-de Jubaud, ancien concierge du palais; le nouvel économe, du nom de
+<p>A droite et à gauche, dans la cour, s'élevaient plusieurs corps de
+bâtiment affectés à différents services; à droite, était l'appartement
+de Jubaud, ancien concierge du palais; le nouvel économe, du nom de
Coru, occupa une partie de ce logement.</p>
-<p>Dans le bâtiment de gauche, faisant face à l'habitation de Coru,
-demeurait l'ancien suisse du château du Temple, nommé Gachet, protégé
-de M. le comte d'Artois, vieux débris, comme Darque, de cet ancien
-régime sous lequel on buvait et l'on chantait, sans prévoir quel
+<p>Dans le bâtiment de gauche, faisant face à l'habitation de Coru,
+demeurait l'ancien suisse du château du Temple, nommé Gachet, protégé
+de M. le comte d'Artois, vieux débris, comme Darque, de cet ancien
+régime sous lequel on buvait et l'on chantait, sans prévoir quel
terrible visiteur viendrait briser les verres et interrompre les
chansons. Les orages du temps avaient quelque peu assombri l'humeur
-joviale du vieux Gachet, mais ils n'avaient pas dérangé l'antique
-habitude qu'il avait prise de vendre à boire à ses voisins. Depuis
-1784 sa petite industrie était exploitée par un vieux célibataire
-nommé <span class="pagenum"><a id="page483" name="page483"></a>(p. 483)</span> Lefèvre; assez étranger au grand drame qui se jouait
-sous ses yeux, Lefèvre ne voyait dans le passage au Temple des
-officiers municipaux et de la force armée, qu'une chance heureuse pour
-son commerce, et, sans souhaiter malheur à la famille royale dont il
-avait reçu les bienfaits, il acceptait volontiers un état de choses
-qui achalandait son cabaret. La triste humanité est ainsi faite; quand
+joviale du vieux Gachet, mais ils n'avaient pas dérangé l'antique
+habitude qu'il avait prise de vendre à boire à ses voisins. Depuis
+1784 sa petite industrie était exploitée par un vieux célibataire
+nommé <span class="pagenum"><a id="page483" name="page483"></a>(p. 483)</span> Lefèvre; assez étranger au grand drame qui se jouait
+sous ses yeux, Lefèvre ne voyait dans le passage au Temple des
+officiers municipaux et de la force armée, qu'une chance heureuse pour
+son commerce, et, sans souhaiter malheur à la famille royale dont il
+avait reçu les bienfaits, il acceptait volontiers un état de choses
+qui achalandait son cabaret. La triste humanité est ainsi faite; quand
on n'est pas soutenu par un sentiment plus haut, on juge l'histoire
-générale au point de vue de sa propre histoire. On s'assemblait chez
-le père Lefèvre pour savoir ce qui se passait, pour converser sur les
-affaires du jour: c'était le rendez-vous des nouvellistes du
+générale au point de vue de sa propre histoire. On s'assemblait chez
+le père Lefèvre pour savoir ce qui se passait, pour converser sur les
+affaires du jour: c'était le rendez-vous des nouvellistes du
voisinage.</p>
-<p>A gauche également, et sous le même toit que la <em>buvette du père
-Lefèvre</em> (car c'est ainsi qu'on appelait cet établissement), se
+<p>A gauche également, et sous le même toit que la <em>buvette du père
+Lefèvre</em> (car c'est ainsi qu'on appelait cet établissement), se
trouvaient les cuisines qui alimentaient non-seulement les
prisonniers, mais les commissaires de la Commune, les officiers, et
-dans la suite le poste tout entier de la force armée; enfin tous les
-employés tenus par leur service à ne pas sortir du Temple.</p>
-
-<p>Le palais ou château faisait face à la porte d'entrée et fermait dans
-toute sa largeur la première cour. Dans le château était le grand
-poste du Temple. Il résulte des états journaliers du service de cette
-époque, que la garde du Temple se composait de: 1 commandant général,
-1 chef de légion, 1 sous-adjudant général, 1 adjudant-major, 1
-porte-drapeau, 20 artilleurs, 2 pièces de canon, et formait, avec les
+dans la suite le poste tout entier de la force armée; enfin tous les
+employés tenus par leur service à ne pas sortir du Temple.</p>
+
+<p>Le palais ou château faisait face à la porte d'entrée et fermait dans
+toute sa largeur la première cour. Dans le château était le grand
+poste du Temple. Il résulte des états journaliers du service de cette
+époque, que la garde du Temple se composait de: 1 commandant général,
+1 chef de légion, 1 sous-adjudant général, 1 adjudant-major, 1
+porte-drapeau, 20 artilleurs, 2 pièces de canon, et formait, avec les
gardes nationaux, en y comprenant les officiers et sous-officiers, un
-effectif de deux cent quatre-vingt-sept hommes. Cette garde était
-fournie chaque jour au Temple tour à tour par les huit divisions de la
-garde nationale parisienne. Après la mort du Roi, cet effectif fut
-réduit à deux cent huit hommes, y compris quatorze canonniers.</p>
-
-<p>On entrait au jardin par l'intérieur du château: ce fut pour obvier à
-cet inconvénient que, d'après l'ombrageuse inspiration de la Commune
-et sous sa surveillance sévère, le patriote Palloy (on ne le nommait
-jamais sans cette qualification) éleva plus tard, au milieu de
-l'espace qui séparait le château de la tour, un gros mur qui forma
-ainsi une nouvelle cour entre le château et le jardin.</p>
-
-<p>Ce nouveau mur avait deux portes, l'une charretière, fermée par une
-forte cloison de chêne, garnie de barres de fer et de verrous, et que
+effectif de deux cent quatre-vingt-sept hommes. Cette garde était
+fournie chaque jour au Temple tour à tour par les huit divisions de la
+garde nationale parisienne. Après la mort du Roi, cet effectif fut
+réduit à deux cent huit hommes, y compris quatorze canonniers.</p>
+
+<p>On entrait au jardin par l'intérieur du château: ce fut pour obvier à
+cet inconvénient que, d'après l'ombrageuse inspiration de la Commune
+et sous sa surveillance sévère, le patriote Palloy (on ne le nommait
+jamais sans cette qualification) éleva plus tard, au milieu de
+l'espace qui séparait le château de la tour, un gros mur qui forma
+ainsi une nouvelle cour entre le château et le jardin.</p>
+
+<p>Ce nouveau mur avait deux portes, l'une charretière, fermée par une
+forte cloison de chêne, garnie de barres de fer et de verrous, et que
l'on ne pouvait ouvrir sans le concours de deux guichetiers,
-possesseurs chacun d'une clef différente.</p>
+possesseurs chacun d'une clef différente.</p>
-<p>La seconde porte, à gauche et tout à côté de la première, consistait
-en un guichet étroit; deux clefs étaient également nécessaires pour
-en opérer l'ouverture; ces clefs étaient aux mains de deux hommes
-<span class="pagenum"><a id="page484" name="page484"></a>(p. 484)</span> dont les loges étaient situées à côté de ces deux portes,
+<p>La seconde porte, à gauche et tout à côté de la première, consistait
+en un guichet étroit; deux clefs étaient également nécessaires pour
+en opérer l'ouverture; ces clefs étaient aux mains de deux hommes
+<span class="pagenum"><a id="page484" name="page484"></a>(p. 484)</span> dont les loges étaient situées à côté de ces deux portes,
l'une en dedans, l'autre en dehors. Un fil de fer et une double
-sonnette ralliaient ces deux cases à travers le mur. Les deux
-guichetiers passaient là les jours et les nuits sans interruption
-aucune, dérangés à toute minute, dépendant l'un de l'autre, et
-condamnés, comme Sisyphe, à une action continuelle. L'un de ces
-suppliciés s'appelait Richard, l'autre Mancel.</p>
-
-<p>Dès qu'on avait franchi ces portes, tous les bâtiments contigus à la
-tour ayant été démolis, le sombre édifice, dépositaire des débris de
-la royauté, apparaissait dans sa libre tristesse, dégagé de toutes
-parts, et renfermé, avec quelques bouquets d'arbres, entre quatre
+sonnette ralliaient ces deux cases à travers le mur. Les deux
+guichetiers passaient là les jours et les nuits sans interruption
+aucune, dérangés à toute minute, dépendant l'un de l'autre, et
+condamnés, comme Sisyphe, à une action continuelle. L'un de ces
+suppliciés s'appelait Richard, l'autre Mancel.</p>
+
+<p>Dès qu'on avait franchi ces portes, tous les bâtiments contigus à la
+tour ayant été démolis, le sombre édifice, dépositaire des débris de
+la royauté, apparaissait dans sa libre tristesse, dégagé de toutes
+parts, et renfermé, avec quelques bouquets d'arbres, entre quatre
murailles nues. Son complet isolement lui imprimait encore un
-caractère plus religieux et plus redoutable. A ses angles, quatre
-tourelles rondes élançaient leurs toits aigus, que dominait de sa
-masse imposante le pignon également aigu du donjon. L'&oelig;il ne
-retrouvait dans leurs girouettes découpées à jour aucunes traces
+caractère plus religieux et plus redoutable. A ses angles, quatre
+tourelles rondes élançaient leurs toits aigus, que dominait de sa
+masse imposante le pignon également aigu du donjon. L'&oelig;il ne
+retrouvait dans leurs girouettes découpées à jour aucunes traces
d'armoiries; aucun cartouche de pierre n'indiquait non plus, au-dessus
-de la porte d'entrée, la féodalité des âges de foi: le passage des
-templiers n'y était pas inscrit; les écussons des grands maîtres
-n'étalaient point leurs émaux sur un portail guilloché. Tout le
-monument était grave et empreint de la physionomie des temps
-guerriers, mais n'ayant rien d'épique ni de romanesque dans son
-architecture simple et sévère, dépouillée de ces belles fantaisies, de
-ces images capricieuses que le moyen âge taillait dans la pierre.</p>
-
-<p>Depuis que, veuf de ses nobles hôtes, veuf aussi de son arsenal et de
-ses trophées, il avait, silencieux, servi d'asile à de poudreuses
-archives, une sombre mélancolie planait sur lui et semblait annoncer
+de la porte d'entrée, la féodalité des âges de foi: le passage des
+templiers n'y était pas inscrit; les écussons des grands maîtres
+n'étalaient point leurs émaux sur un portail guilloché. Tout le
+monument était grave et empreint de la physionomie des temps
+guerriers, mais n'ayant rien d'épique ni de romanesque dans son
+architecture simple et sévère, dépouillée de ces belles fantaisies, de
+ces images capricieuses que le moyen âge taillait dans la pierre.</p>
+
+<p>Depuis que, veuf de ses nobles hôtes, veuf aussi de son arsenal et de
+ses trophées, il avait, silencieux, servi d'asile à de poudreuses
+archives, une sombre mélancolie planait sur lui et semblait annoncer
qu'il devait un jour servir de prison. On sentait, en effet, en le
-regardant, qu'absente à l'extérieur, la gaieté ne pouvait habiter le
-dedans, et que la main de l'adversité devait seule pousser des
-habitants dans une telle demeure. Théâtre parfaitement approprié à la
-terrible tragédie qui allait s'y accomplir, l'architecte, en le
-faisant si lugubre, semblait l'avoir prédestiné à l'usage qu'il venait
+regardant, qu'absente à l'extérieur, la gaieté ne pouvait habiter le
+dedans, et que la main de l'adversité devait seule pousser des
+habitants dans une telle demeure. Théâtre parfaitement approprié à la
+terrible tragédie qui allait s'y accomplir, l'architecte, en le
+faisant si lugubre, semblait l'avoir prédestiné à l'usage qu'il venait
de recevoir.</p>
-<p>Voici l'état nominatif de toutes les personnes employées à la bouche
-et à la sûreté de la maison du Temple pendant les premiers temps de la
-captivité de la famille royale. Nous mettons en regard le traitement
-qui leur était alloué.</p>
+<p>Voici l'état nominatif de toutes les personnes employées à la bouche
+et à la sûreté de la maison du Temple pendant les premiers temps de la
+captivité de la famille royale. Nous mettons en regard le traitement
+qui leur était alloué.</p>
<table border="0" cellpadding="2" summary="Traitement.">
<colgroup>
@@ -17821,7 +17776,7 @@ qui leur était alloué.</p>
<col width="15%">
</colgroup>
<tr>
-<td>Gagnié<a id="footnotetag216" name="footnotetag216"></a><a href="#footnote216" title="Go to footnote 216"><span class="smaller">[216]</span></a>, chef de cuisine</td>
+<td>Gagnié<a id="footnotetag216" name="footnotetag216"></a><a href="#footnote216" title="Go to footnote 216"><span class="smaller">[216]</span></a>, chef de cuisine</td>
<td class="right">4,000</td>
<td class="center">fr. par an.</td>
</tr>
@@ -17831,17 +17786,17 @@ qui leur était alloué.</p>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td><span class="pagenum"><a id="page485" name="page485"></a>(p. 485)</span> Maçon, second chef d'office</td>
+<td><span class="pagenum"><a id="page485" name="page485"></a>(p. 485)</span> Maçon, second chef d'office</td>
<td class="right">2,400</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Nivet, pâtissier</td>
+<td>Nivet, pâtissier</td>
<td class="right">2,100</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Meunier, rôtisseur<a id="footnotetag217" name="footnotetag217"></a><a href="#footnote217" title="Go to footnote 217"><span class="smaller">[217]</span></a></td>
+<td>Meunier, rôtisseur<a id="footnotetag217" name="footnotetag217"></a><a href="#footnote217" title="Go to footnote 217"><span class="smaller">[217]</span></a></td>
<td class="right">2,400</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
@@ -17851,12 +17806,12 @@ qui leur était alloué.</p>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Penaut, garçon de cuisine</td>
+<td>Penaut, garçon de cuisine</td>
<td class="right">1,500</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Marchand<a id="footnotetag218" name="footnotetag218"></a><a href="#footnote218" title="Go to footnote 218"><span class="smaller">[218]</span></a>, garçon servant</td>
+<td>Marchand<a id="footnotetag218" name="footnotetag218"></a><a href="#footnote218" title="Go to footnote 218"><span class="smaller">[218]</span></a>, garçon servant</td>
<td class="right">1,500</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
@@ -17866,12 +17821,12 @@ qui leur était alloué.</p>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Chrétien<a id="footnotetag220" name="footnotetag220"></a><a href="#footnote220" title="Go to footnote 220"><span class="smaller">[220]</span></a>, <span class="add2em">id.</span></td>
+<td>Chrétien<a id="footnotetag220" name="footnotetag220"></a><a href="#footnote220" title="Go to footnote 220"><span class="smaller">[220]</span></a>, <span class="add2em">id.</span></td>
<td class="right">1,500</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Guillot, garçon d'office</td>
+<td>Guillot, garçon d'office</td>
<td class="right">1,200</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
@@ -17881,12 +17836,12 @@ qui leur était alloué.</p>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Fontaine, garçon pour le service de la bouche</td>
+<td>Fontaine, garçon pour le service de la bouche</td>
<td class="right">600</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Tison, au service de Marie-Antoinette, d'Élisabeth,
+<td>Tison, au service de Marie-Antoinette, d'Élisabeth,
et de la fille d'Antoinette</td>
<td class="right">6,000</td>
<td class="center">&mdash;</td>
@@ -17912,18 +17867,18 @@ qui leur était alloué.</p>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Richard-Fontaine<a id="footnotetag221" name="footnotetag221"></a><a href="#footnote221" title="Go to footnote 221"><span class="smaller">[221]</span></a>, gardien du guichet entre le Château et la tour</td>
+<td>Richard-Fontaine<a id="footnotetag221" name="footnotetag221"></a><a href="#footnote221" title="Go to footnote 221"><span class="smaller">[221]</span></a>, gardien du guichet entre le Château et la tour</td>
<td class="right">3,000</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mancel<a id="footnotetag222" name="footnotetag222"></a><a href="#footnote222" title="Go to footnote 222"><span class="smaller">[222]</span></a>, d'abord balayeur, depuis collègue de
+<td>Mancel<a id="footnotetag222" name="footnotetag222"></a><a href="#footnote222" title="Go to footnote 222"><span class="smaller">[222]</span></a>, d'abord balayeur, depuis collègue de
Richard-Fontaine, aux gages de</td>
<td class="right">1,000</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le Baron<a id="footnotetag223" name="footnotetag223"></a><a href="#footnote223" title="Go to footnote 223"><span class="smaller">[223]</span></a>, concierge et gardien des scellés</td>
+<td>Le Baron<a id="footnotetag223" name="footnotetag223"></a><a href="#footnote223" title="Go to footnote 223"><span class="smaller">[223]</span></a>, concierge et gardien des scellés</td>
<td class="right">2,000</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
@@ -17933,12 +17888,12 @@ qui leur était alloué.</p>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Jérôme<a id="footnotetag224" name="footnotetag224"></a><a href="#footnote224" title="Go to footnote 224"><span class="smaller">[224]</span></a>, <span class="add2em">id.</span></td>
+<td>Jérôme<a id="footnotetag224" name="footnotetag224"></a><a href="#footnote224" title="Go to footnote 224"><span class="smaller">[224]</span></a>, <span class="add2em">id.</span></td>
<td class="right">1,200</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Gourlet<a id="footnotetag225" name="footnotetag225"></a><a href="#footnote225" title="Go to footnote 225"><span class="smaller">[225]</span></a>, <span class="add2em">id.</span> <span class="add2em">et garçon du conseil</span></td>
+<td>Gourlet<a id="footnotetag225" name="footnotetag225"></a><a href="#footnote225" title="Go to footnote 225"><span class="smaller">[225]</span></a>, <span class="add2em">id.</span> <span class="add2em">et garçon du conseil</span></td>
<td class="right">1,200</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
@@ -17973,59 +17928,59 @@ qui leur était alloué.</p>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Roekenstroh, commis de l'économe (âgé de 15 ans et demi)</td>
+<td>Roekenstroh, commis de l'économe (âgé de 15 ans et demi)</td>
<td class="right">1,000</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Darque, portier à la grande porte</td>
+<td>Darque, portier à la grande porte</td>
<td class="right">1,500</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Picquet<a id="footnotetag228" name="footnotetag228"></a><a href="#footnote228" title="Go to footnote 228"><span class="smaller">[228]</span></a>, portier des écuries</td>
+<td>Picquet<a id="footnotetag228" name="footnotetag228"></a><a href="#footnote228" title="Go to footnote 228"><span class="smaller">[228]</span></a>, portier des écuries</td>
<td class="right">600</td>
<td class="center">&mdash;</td>
</tr>
</table>
-<p>Ce nombreux personnel fut successivement modifié et diminué; les
-traitements, qui tous étaient imputés sur le fonds de 500,000 francs
-décrété le 12 août 1792 pour la dépense du Roi et de sa famille,
-furent réduits; les abus qui s'étaient glissés dans une première
-organisation furent redressés par l'autorité; plusieurs employés
-furent destitués, d'autres remplacés. C'est ainsi que dès le 12
-décembre 1792 Rocher et Risbey furent renvoyés; que Guillot, Adrien et
-Fontaine furent remplacés par Caron, Lermuzeaux et Vandebourg; que
-plus tard, le 13 octobre 1793, Turgy, Chrétien et Marchand furent
-congédiés; que Coru, l'économe qui avait pris la place de Jubaud, fut
-contraint de la donner à Lelièvre; et que celui-ci, compromis par des
-dénonciations, la perdit un instant, la reprit, et finit par la céder
-à Liénard. C'est sous ce dernier, en fructidor an II, que les grandes
-réformes furent opérées. Liénard en donna lui-même l'exemple, en
-proposant de restreindre son propre traitement à 3,000 francs. Gagnié
-fut remercié et remplacé par Meunier.</p>
+<p>Ce nombreux personnel fut successivement modifié et diminué; les
+traitements, qui tous étaient imputés sur le fonds de 500,000 francs
+décrété le 12 août 1792 pour la dépense du Roi et de sa famille,
+furent réduits; les abus qui s'étaient glissés dans une première
+organisation furent redressés par l'autorité; plusieurs employés
+furent destitués, d'autres remplacés. C'est ainsi que dès le 12
+décembre 1792 Rocher et Risbey furent renvoyés; que Guillot, Adrien et
+Fontaine furent remplacés par Caron, Lermuzeaux et Vandebourg; que
+plus tard, le 13 octobre 1793, Turgy, Chrétien et Marchand furent
+congédiés; que Coru, l'économe qui avait pris la place de Jubaud, fut
+contraint de la donner à Lelièvre; et que celui-ci, compromis par des
+dénonciations, la perdit un instant, la reprit, et finit par la céder
+à Liénard. C'est sous ce dernier, en fructidor an II, que les grandes
+réformes furent opérées. Liénard en donna lui-même l'exemple, en
+proposant de restreindre son propre traitement à 3,000 francs. Gagnié
+fut remercié et remplacé par Meunier.</p>
<p>Un document indique aussi que Monnier, porte-clefs en chef de la tour
-(qui ne fut, à ce qu'il semble, employé que peu de temps en cette
-qualité, car son nom ne figure même pas sur les contrôles), avait été,
-sur la proposition de l'économe Lelièvre, remplacé par Gourlet le
-1<sup>er</sup> ventôse an II.</p>
+(qui ne fut, à ce qu'il semble, employé que peu de temps en cette
+qualité, car son nom ne figure même pas sur les contrôles), avait été,
+sur la proposition de l'économe Lelièvre, remplacé par Gourlet le
+1<sup>er</sup> ventôse an II.</p>
<hr class="hr30">
<a id="doc4" name="doc4"></a>
<h3>IV</h3>
-<p class="note">[Orthographe conservée.<a id="footnotetag229" name="footnotetag229"></a><a href="#footnote229" title="Go to footnote 229"><span class="smaller">[229]</span></a>]</p>
+<p class="note">[Orthographe conservée.<a id="footnotetag229" name="footnotetag229"></a><a href="#footnote229" title="Go to footnote 229"><span class="smaller">[229]</span></a>]</p>
-<p class="entete"><i>Mémoire de madame Marie Antoinette,</i></p>
+<p class="entete"><i>Mémoire de madame Marie Antoinette,</i></p>
<p class="entete">Pare Sainte Foy dite Breton couturier.</p>
<p class="entete">Du 27 janvier 1793.</p>
-<table border="0" cellpadding="0" summary="Mémoire.">
+<table border="0" cellpadding="0" summary="Mémoire.">
<colgroup>
<col width="10%">
<col width="70%">
@@ -18056,7 +18011,7 @@ sur la proposition de l'économe Lelièvre, remplacé par Gourlet le
<td>s.</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="2">Le 30. Une robe de même fleurés grand deuille</td>
+<td colspan="2">Le 30. Une robe de même fleurés grand deuille</td>
<td class="right">24</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18087,7 +18042,7 @@ sur la proposition de l'économe Lelièvre, remplacé par Gourlet le
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="2">Le 28 mars refaitte un pierrot et le jupon de fleurés</td>
+<td colspan="2">Le 28 mars refaitte un pierrot et le jupon de fleurés</td>
<td class="right">15</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18106,12 +18061,12 @@ sur la proposition de l'économe Lelièvre, remplacé par Gourlet le
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>Fournie une aune de fleurés pour les manches à 9<span class="small">&#35;</span></td>
+<td>Fournie une aune de fleurés pour les manches à 9<span class="small">&#35;</span></td>
<td class="right">9</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="2">Le 3 avrille faitte un pierrot de fleurés grand deuille</td>
+<td colspan="2">Le 3 avrille faitte un pierrot de fleurés grand deuille</td>
<td class="right">24</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18134,20 +18089,20 @@ sur la proposition de l'économe Lelièvre, remplacé par Gourlet le
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="2">23 mai un pierrot de fleurés grand deuille</td>
+<td colspan="2">23 mai un pierrot de fleurés grand deuille</td>
<td class="right">15</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>Fournie deux aune un quare de fleürés pour ce pierrot&mdash;à 9<span class="small">&#35;</span></td>
+<td>Fournie deux aune un quare de fleürés pour ce pierrot&mdash;à 9<span class="small">&#35;</span></td>
<td class="right">20</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>Plus une aune et 1 mis de florence pour corsage et doublure des manches à 6<span class="small">&#35;</span> 10s. f.</td>
+<td>Plus une aune et 1 mis de florence pour corsage et doublure des manches à 6<span class="small">&#35;</span> 10s. f.</td>
<td class="right">9</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">15</td>
@@ -18181,19 +18136,19 @@ sur la proposition de l'économe Lelièvre, remplacé par Gourlet le
<hr class="hr30">
-<p class="entete"><i>Mémoire des fournitures d'étoffe de soye faites pour le service de
+<p class="entete"><i>Mémoire des fournitures d'étoffe de soye faites pour le service de
Marie-Antoinette.</i></p>
-<p class="entete">Par Le Normand, marchand à Paris.</p>
+<p class="entete">Par Le Normand, marchand à Paris.</p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="1" summary="Mémoire.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="1" summary="Mémoire.">
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="4">Livré à mademoiselle Bertin:</td>
+<td colspan="4">Livré à mademoiselle Bertin:</td>
</tr>
<tr>
<td>Mars.</td>
-<td>6 aunes fleuret noir large à 9<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>6 aunes fleuret noir large à 9<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">54</td>
<td><sup class="small">&#035;</sup></td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -18206,34 +18161,34 @@ Marie-Antoinette.</i></p>
</tr>
<tr>
<td>28...</td>
-<td colspan="4">Livré à madame Chaumet:</td>
+<td colspan="4">Livré à madame Chaumet:</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>21 aunes double florence noir à 6 10</td>
+<td>21 aunes double florence noir à 6 10</td>
<td class="right">136</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="4">Livré à madame Le Breton:</td>
+<td colspan="4">Livré à madame Le Breton:</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>11 aunes fleuret noir large à 10</td>
+<td>11 aunes fleuret noir large à 10</td>
<td class="right">110</td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>5 aunes &frac12; tafétat noir première qualité à 12.</td>
+<td>5 aunes &frac12; tafétat noir première qualité à 12.</td>
<td class="right">66</td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>2 aunes &frac12; florence noire à 6 10</td>
+<td>2 aunes &frac12; florence noire à 6 10</td>
<td class="right bor_bot_yes">16</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">5</td>
@@ -18246,15 +18201,15 @@ Marie-Antoinette.</i></p>
</tr>
</table>
-<p class="entete"><span class="pagenum"><a id="page488" name="page488"></a>(p. 488)</span> <i>Memoire de madame Élisabeth</i>,<br>
+<p class="entete"><span class="pagenum"><a id="page488" name="page488"></a>(p. 488)</span> <i>Memoire de madame Élisabeth</i>,<br>
Pare Sainte Foy dite Breton couturier.</p>
<p class="entete">Du 27 janvier 1793...</p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="1" summary="Mémoire.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="1" summary="Mémoire.">
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>Une redingotte chemise de florence noire hoittés</td>
+<td>Une redingotte chemise de florence noire hoittés</td>
<td class="right">30</td>
<td><span class="small">&#035;</span></td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
@@ -18289,7 +18244,7 @@ Pare Sainte Foy dite Breton couturier.</p>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>Un pierrot de fleures grand deüille</td>
+<td>Un pierrot de fleures grand deüille</td>
<td class="right">24</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18307,7 +18262,7 @@ Pare Sainte Foy dite Breton couturier.</p>
<td class="right">10</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="2">Le 29 déshoittés la robe de florence noire</td>
+<td colspan="2">Le 29 déshoittés la robe de florence noire</td>
<td class="right">15</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18330,13 +18285,13 @@ Pare Sainte Foy dite Breton couturier.</p>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>Fournie une aune de fleürés pour manche à 9<sup class="small">&#035;</sup>, f.</td>
+<td>Fournie une aune de fleürés pour manche à 9<sup class="small">&#035;</sup>, f.</td>
<td class="right">9</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>Plus une aune de florence pour doublure à 6<sup class="small">&#035;</sup> 10 s.</td>
+<td>Plus une aune de florence pour doublure à 6<sup class="small">&#035;</sup> 10 s.</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
@@ -18401,15 +18356,15 @@ Pare Sainte Foy dite Breton couturier.</p>
<hr class="hr30">
-<p class="entete"><i>Barbier et Tétard, marchands de toutes sortes d'étoffes de soies d'or
-et d'argent, à la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
-cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris.</i></p>
+<p class="entete"><i>Barbier et Tétard, marchands de toutes sortes d'étoffes de soies d'or
+et d'argent, à la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
+cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris.</i></p>
<p class="entete">Du 26 mars 1793.</p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="1" summary="Mémoire.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="1" summary="Mémoire.">
<tr>
-<td colspan="2">Fourni à la fille d'Antoinette:</td>
+<td colspan="2">Fourni à la fille d'Antoinette:</td>
<td colspan="9">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -18417,7 +18372,7 @@ cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris.</i></p>
<td>1 aune &frac12; fleuret noir</td>
<td class="right">11</td>
<td><span class="small">&#035;</span></td>
-<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td><span class="small">&#035;</span></td>
@@ -18438,19 +18393,19 @@ cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris.</i></p>
</tr>
<tr>
<td><span class="pagenum"><a id="page489" name="page489"></a>(p. 489)</span> 5 avril,</td>
-<td>1 aune » fleuret noir.</td>
-<td class="right">»</td>
+<td>1 aune » fleuret noir.</td>
+<td class="right">»</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">11</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td>» <span class="add05em">&mdash;</span><span class="add05em">&frac12; florence noir</span></td>
+<td>» <span class="add05em">&mdash;</span><span class="add05em">&frac12; florence noir</span></td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
@@ -18462,14 +18417,14 @@ cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris.</i></p>
</tr>
<tr>
<td>23.</td>
-<td>2 <span class="add05em">&mdash;</span> <span class="add05em">»</span> florence noir.</td>
+<td>2 <span class="add05em">&mdash;</span> <span class="add05em">»</span> florence noir.</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">13</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
-<td class="right bor_bot_yes">»</td>
+<td class="right bor_bot_yes">»</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -18481,22 +18436,22 @@ cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris.</i></p>
<td>s.</td>
</table>
-<p>Certifié véritable et conforme à mon livret le présent mémoire montant
-à soixante et trois livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.</p>
+<p>Certifié véritable et conforme à mon livret le présent mémoire montant
+à soixante et trois livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.</p>
<p class="authorsc">Barbier et C<sup>ie</sup>.</p>
<hr class="hr30">
-<p class="entete"><i>Barbier et Tétard, marchands de toutes sortes d'étoffes de soie d'or
-et d'argent, à la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
-cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris.</i></p>
+<p class="entete"><i>Barbier et Tétard, marchands de toutes sortes d'étoffes de soie d'or
+et d'argent, à la Barbe-d'Or, rue des Bourdonnois, au coin du
+cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris.</i></p>
<p class="entete">Du 4 avril 1793.</p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="1" summary="Mémoire.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="1" summary="Mémoire.">
<tr>
-<td colspan="9">Fourni à Élisabeth Capet:</td>
+<td colspan="9">Fourni à Élisabeth Capet:</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
@@ -18508,7 +18463,7 @@ cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">143</td>
<td><span class="small">&#035;</span></td>
-<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -18516,11 +18471,11 @@ cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris.</i></p>
<td>10 <span class="add05em">&mdash;</span> <span class="add05em">fleuret noir.</span></td>
<td class="right">11</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
<td class="right">110</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -18528,7 +18483,7 @@ cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris.</i></p>
<td>6 aunes &frac12; taffetas noir.</td>
<td class="right">11</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">71</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -18545,8 +18500,8 @@ cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris.</i></p>
</tr>
</table>
-<p>Certifié véritable et conforme à mon livret le présent mémoire montant
-à trois cent vingt-quatre livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.</p>
+<p>Certifié véritable et conforme à mon livret le présent mémoire montant
+à trois cent vingt-quatre livres dix sols. Paris, le 4 avril 1793.</p>
<p class="authorsc">Barbier et C<sup>ie</sup>.</p>
@@ -18557,18 +18512,18 @@ cul-de-sac, vis-à-vis la rue de la Limace, à Paris.</i></p>
<a id="doc5" name="doc5"></a>
<h3>V</h3>
-<p class="entete"><i>Mémoire des médicaments fournis au Temple pendant le mois de may,
+<p class="entete"><i>Mémoire des médicaments fournis au Temple pendant le mois de may,
pour Marie Antoinette, ses enfants et sa s&oelig;ure, par le citoyen
-Robert apothicaire authorisé par la commune et par les ordonnances du
+Robert apothicaire authorisé par la commune et par les ordonnances du
citoyen docteur Thiery.</i></p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Mémoire.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Mémoire.">
<tr>
<td colspan="7">Pour Marie Antoinette:</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">1793. Mai 1<sup>er</sup>. Un bouillon medicinale fait au bain marie composé
+<td colspan="2">1793. Mai 1<sup>er</sup>. Un bouillon medicinale fait au bain marie composé
de veau, poulet, et plantes diverses.</td>
<td class="right">5</td>
<td><span class="small">&#035;</span></td>
@@ -18576,22 +18531,22 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. Chaque jours le même
- bouillon réitéré</td>
+<td colspan="2">2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. Chaque jours le même
+ bouillon réitéré</td>
<td class="right">45</td>
<td><span class="small">&#035;</span></td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
-<td>Plus une boëte de gomme pectorale</td>
+<td>Plus une boëte de gomme pectorale</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td colspan="2">11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours
- le bouillon cy dessus réitéré</td>
+ le bouillon cy dessus réitéré</td>
<td class="right">50</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18610,7 +18565,7 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td>13.</td>
-<td>Deux bouteilles de petit lait clarifié</td>
+<td>Deux bouteilles de petit lait clarifié</td>
<td class="right">2</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18631,14 +18586,14 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td>17.</td>
-<td>Une médecine composée de follicules manne
+<td>Une médecine composée de follicules manne
choisis, coriandre, et sel de Glauber</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
-<td>La même médecine de précaution</td>
+<td>La même médecine de précaution</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18692,20 +18647,20 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td>29.</td>
-<td>La médecine du 17 réitérée</td>
+<td>La médecine du 17 réitérée</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
-<td>Idem la même médecine de précaution</td>
+<td>Idem la même médecine de précaution</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td>30. 31.</td>
-<td>Le petit lait réitéré</td>
+<td>Le petit lait réitéré</td>
<td class="right">2</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18724,19 +18679,19 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="7">Pour Marie Thérèse Charlotte, fille de Marie Antoinette:</td>
+<td colspan="7">Pour Marie Thérèse Charlotte, fille de Marie Antoinette:</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">Mai 1<sup>er</sup>. Un bouillon médicinal fait au bain marie, composé
+<td colspan="2">Mai 1<sup>er</sup>. Un bouillon médicinal fait au bain marie, composé
avec sucs de plantes, sel de Glauber, etc.</td>
<td class="right">4</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. Chaque jours le même
- bouillon réitéré</td>
+<td colspan="2">2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. Chaque jours le même
+ bouillon réitéré</td>
<td class="right">40</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18749,7 +18704,7 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">22. 23. 24. 25. Le bouillon réitéré</td>
+<td colspan="2">22. 23. 24. 25. Le bouillon réitéré</td>
<td class="right">16</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18766,7 +18721,7 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="7">Pour Élisabeth s&oelig;ure de Marie Antoinette:</td>
+<td colspan="7">Pour Élisabeth s&oelig;ure de Marie Antoinette:</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
@@ -18788,22 +18743,22 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
<p class="entete"><span class="pagenum"><a id="page491" name="page491"></a>(p. 491)</span> <i>Memoire des medicaments fournis au Temple pendant le courant
du mois de juin, pour Marie Antoinette, ses enfants et sa s&oelig;ure,
-par le citoyen Robert apothicaire authorisé par la commune et par
+par le citoyen Robert apothicaire authorisé par la commune et par
ordonnance du citoyen docteur Thiery.</i></p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Mémoire.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Mémoire.">
<tr>
<td colspan="7">Pour le fils de Marie Antoinette:</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">1793. Juin 1<sup>er</sup>. Une bouteille de petit lait clarifié</td>
+<td colspan="2">1793. Juin 1<sup>er</sup>. Une bouteille de petit lait clarifié</td>
<td class="right">1</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">2. 3. 4. 5. Chaque jours le petit lait réitéré</td>
+<td colspan="2">2. 3. 4. 5. Chaque jours le petit lait réitéré</td>
<td class="right">4</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18822,15 +18777,15 @@ ordonnance du citoyen docteur Thiery.</i></p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td>13.</td>
-<td>Un bouillon médicinal fait au bain marie, composé
+<td>Un bouillon médicinal fait au bain marie, composé
avec cuisses et reins de grenouilles, avec addition
- de sucs de plantes, et terre folliée minérale</td>
+ de sucs de plantes, et terre folliée minérale</td>
<td class="right">5</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon réitéré</td>
+<td colspan="2">14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon réitéré</td>
<td class="right">35</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18842,19 +18797,19 @@ ordonnance du citoyen docteur Thiery.</i></p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="7">Pour Marie Thérèse Charlotte, fille de Marie Antoinette.</td>
+<td colspan="7">Pour Marie Thérèse Charlotte, fille de Marie Antoinette.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td>Juin 1<sup>er</sup>.</td>
-<td>Un bouillon médicinal fait au bain marie (composé
+<td>Un bouillon médicinal fait au bain marie (composé
avec sucs de plantes, sel de Glauber, etc.)</td>
<td class="right">4</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. Chaque jours le bouillon réitéré.</td>
+<td colspan="2">2. 3. 4. 5. 6. 7. 8. Chaque jours le bouillon réitéré.</td>
<td class="right">28</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18872,7 +18827,7 @@ ordonnance du citoyen docteur Thiery.</i></p>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
-<td colspan="2">14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon réitéré</td>
+<td colspan="2">14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. Chaque jours le bouillon réitéré</td>
<td class="right bor_bot_yes">28</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18888,25 +18843,25 @@ ordonnance du citoyen docteur Thiery.</i></p>
<p class="entete"><i>Memoire des medicaments fournis au Temple pendant le mois de juillet
pour Marie Antoinette, ses enfants et sa s&oelig;ure par le citoyen
-Robert apothicaire, authorisé par la commune et par ordonnances du
+Robert apothicaire, authorisé par la commune et par ordonnances du
citoyen docteur Thiery.</i></p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Mémoire.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Mémoire.">
<tr>
-<td colspan="7">Pour Marie Antoinette, sa fille et Élisabethe:<br>
- 1793, l'an II<sup>e</sup> de la République.</td>
+<td colspan="7">Pour Marie Antoinette, sa fille et Élisabethe:<br>
+ 1793, l'an II<sup>e</sup> de la République.</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td>Juillet 12.</td>
-<td>Une chopine d'eau de fleurs d'oranges double distillée au
+<td>Une chopine d'eau de fleurs d'oranges double distillée au
bain marie</td>
<td class="right">12</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
-<td>Trois flacons de sel volatil de vinaigre camphré</td>
+<td>Trois flacons de sel volatil de vinaigre camphré</td>
<td class="right">18</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18926,14 +18881,14 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
<td>Juillet 1.</td>
<td>Un bouillon medicinal fait au bain marie avec
veau, cuisses et reins de grenouilles, suc de
- plantes et terre folliée</td>
+ plantes et terre folliée</td>
<td class="right">5</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td>2.</td>
-<td>Le bouillon réitéré</td>
+<td>Le bouillon réitéré</td>
<td class="right">5</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18948,7 +18903,7 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td colspan="2">3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. Chaque jours le
- bouillon ci-dessus réitéré</td>
+ bouillon ci-dessus réitéré</td>
<td class="right">50</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -18968,7 +18923,7 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
<tr>
<td>&nbsp;</td>
<td>26.</td>
-<td>Un lavement composé avec coralline de Corse,
+<td>Un lavement composé avec coralline de Corse,
suc de citron et huile d'olive</td>
<td class="right">1</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -19057,13 +19012,13 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
-<td>Deux pintes de petit lait réitéré</td>
+<td>Deux pintes de petit lait réitéré</td>
<td class="right">4</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
-<td>La potion double réitérée</td>
+<td>La potion double réitérée</td>
<td class="right">4</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -19076,7 +19031,7 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
</tr>
<tr>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
-<td>La potion double réitérée</td>
+<td>La potion double réitérée</td>
<td class="right">4</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -19102,157 +19057,157 @@ citoyen docteur Thiery.</i></p>
</tr>
</table>
-<p>(<cite>Archives de l'Empire</cite>, série E, n<sup>o</sup> 6207.)</p>
+<p>(<cite>Archives de l'Empire</cite>, série E, n<sup>o</sup> 6207.)</p>
<hr class="hr30">
<a id="doc6" name="doc6"></a>
<h3><span class="pagenum"><a id="page493" name="page493"></a>(p. 493)</span> VI<br>
-<span class="smaller">DÉTAILS DE LA CONDUITE DU CITOYEN LOMÉNIE</span></h3>
-
-<p class="entete">Depuis le 1<sup>er</sup> mai 1789 jusqu'à ce jour.</p>
-
-<p>Au 1<sup>er</sup> mai 1789 j'étais à Paris, où je remplissais tous les devoirs
-d'un bon citoyen; j'en suis parti le 18 juin de cette année pour
-Brienne; je n'ai cessé d'y annoncer à mes concitoyens une révolution
-qui devait les rétablir dans leurs droits et faire un jour leur
-bonheur. Je n'ai cessé de prendre à tous les événements publics la
-part que tout bon patriote devait prendre; j'ai envoyé la plus grande
-partie de ma vaisselle, j'ai payé mes dons patriotiques; enfin
-l'établissement des assemblées primaires et des municipalités ayant
-été décrété, mes concitoyens me connaissant, me rendant justice depuis
-longtemps, me proposèrent d'être maire; je l'acceptai avec
-reconnaissance, en leur disant en même temps que s'ils avaient plus de
+<span class="smaller">DÉTAILS DE LA CONDUITE DU CITOYEN LOMÉNIE</span></h3>
+
+<p class="entete">Depuis le 1<sup>er</sup> mai 1789 jusqu'à ce jour.</p>
+
+<p>Au 1<sup>er</sup> mai 1789 j'étais à Paris, où je remplissais tous les devoirs
+d'un bon citoyen; j'en suis parti le 18 juin de cette année pour
+Brienne; je n'ai cessé d'y annoncer à mes concitoyens une révolution
+qui devait les rétablir dans leurs droits et faire un jour leur
+bonheur. Je n'ai cessé de prendre à tous les événements publics la
+part que tout bon patriote devait prendre; j'ai envoyé la plus grande
+partie de ma vaisselle, j'ai payé mes dons patriotiques; enfin
+l'établissement des assemblées primaires et des municipalités ayant
+été décrété, mes concitoyens me connaissant, me rendant justice depuis
+longtemps, me proposèrent d'être maire; je l'acceptai avec
+reconnaissance, en leur disant en même temps que s'ils avaient plus de
confiance en quelque autre, je les priais de le choisir; que je me
-verrais avec le même plaisir un de leurs concitoyens sans charge, et
+verrais avec le même plaisir un de leurs concitoyens sans charge, et
que je n'acceptais celle qu'ils me proposaient que par l'espoir de
-pouvoir leur être utile et leur donner des preuves de mon attachement.
-Je fus élu maire à l'unanimité; je fus également électeur, et depuis
-ce moment jusqu'à ce jour je n'ai cessé d'être maire et de recevoir
+pouvoir leur être utile et leur donner des preuves de mon attachement.
+Je fus élu maire à l'unanimité; je fus également électeur, et depuis
+ce moment jusqu'à ce jour je n'ai cessé d'être maire et de recevoir
chaque jour des marques de la confiance de mes concitoyens. Je ne suis
-pas sorti de Brienne jusqu'au mois de décembre 1791, que pour aller
-passer de temps en temps trois ou quatre jours à Sens et trois fois en
-1790, et deux autres en 1791, pour aller passer à Paris trois ou
-quatre jours chaque fois, en 1790. J'y ai passé un mois au mois de
-janvier. Au mois de décembre 1791 j'ai été à Paris et j'y suis resté
-jusqu'au mois de mai 1792, que je suis revenu à Brienne. Au mois de
-novembre précédent, lors du renouvellement des municipalités, je
-représentai à ma commune que devant aller à Paris où j'avais affaire,
-si elle pensait que mon voyage fût incompatible avec les fonctions de
-ma place de maire, je la priais de ne pas m'y réélire. Elle s'y refusa
-constamment, me réélut de nouveau, et pendant mon séjour à Paris j'ai
-fait deux ou trois petits voyages à Brienne pour venir remplir
+pas sorti de Brienne jusqu'au mois de décembre 1791, que pour aller
+passer de temps en temps trois ou quatre jours à Sens et trois fois en
+1790, et deux autres en 1791, pour aller passer à Paris trois ou
+quatre jours chaque fois, en 1790. J'y ai passé un mois au mois de
+janvier. Au mois de décembre 1791 j'ai été à Paris et j'y suis resté
+jusqu'au mois de mai 1792, que je suis revenu à Brienne. Au mois de
+novembre précédent, lors du renouvellement des municipalités, je
+représentai à ma commune que devant aller à Paris où j'avais affaire,
+si elle pensait que mon voyage fût incompatible avec les fonctions de
+ma place de maire, je la priais de ne pas m'y réélire. Elle s'y refusa
+constamment, me réélut de nouveau, et pendant mon séjour à Paris j'ai
+fait deux ou trois petits voyages à Brienne pour venir remplir
quelquefois <span class="pagenum"><a id="page494" name="page494"></a>(p. 494)</span> les fonctions de ma place. Depuis le mois de mai
-1792 jusqu'à ce jour je ne suis pas sorti de Brienne que pour aller
-quelquefois à Sens, voir trois fois ou quatre fois mon malheureux
-frère, qui vient de mourir victime des mauvais traitements que lui ont
-fait éprouver des hommes qui n'en méritent pas le nom; j'ai fait tous
-les dons patriotiques demandés, et bien au delà. Lors de l'invasion de
-l'ennemi jusqu'à Châlons, à quinze lieues de Brienne, je n'ai cessé
-d'exciter tous mes concitoyens à voler au secours de la patrie. Leur
-bonne volonté ayant été arrêtée par les ordres venus de n'envoyer que
-des hommes armés, j'ai engagé à mes dépens plusieurs citoyens, j'ai
-contribué à leur équipement, armement, et j'ai établi une
-correspondance avec nos armées pour avoir des nouvelles; mes chevaux
-ont été employés à cet usage et au service de la gendarmerie nationale
-et à des patrouilles continuelles pour surveiller les malveillants;
-ils l'ont été au transport des vivres et des fourrages. Je n'ai cessé
-d'exercer jour et nuit mes fonctions avec zèle et activité, et mes
+1792 jusqu'à ce jour je ne suis pas sorti de Brienne que pour aller
+quelquefois à Sens, voir trois fois ou quatre fois mon malheureux
+frère, qui vient de mourir victime des mauvais traitements que lui ont
+fait éprouver des hommes qui n'en méritent pas le nom; j'ai fait tous
+les dons patriotiques demandés, et bien au delà. Lors de l'invasion de
+l'ennemi jusqu'à Châlons, à quinze lieues de Brienne, je n'ai cessé
+d'exciter tous mes concitoyens à voler au secours de la patrie. Leur
+bonne volonté ayant été arrêtée par les ordres venus de n'envoyer que
+des hommes armés, j'ai engagé à mes dépens plusieurs citoyens, j'ai
+contribué à leur équipement, armement, et j'ai établi une
+correspondance avec nos armées pour avoir des nouvelles; mes chevaux
+ont été employés à cet usage et au service de la gendarmerie nationale
+et à des patrouilles continuelles pour surveiller les malveillants;
+ils l'ont été au transport des vivres et des fourrages. Je n'ai cessé
+d'exercer jour et nuit mes fonctions avec zèle et activité, et mes
concitoyens me rendront sur cet objet la justice qui m'est due.</p>
-<p>Depuis, je n'ai cessé d'exciter le zèle de mes concitoyens pour entrer
-au service de la patrie, j'en ai engagé près de vingt à mes dépens, et
-donné des gratifications aux autres; tous mes chevaux n'ont pas cessé
-de faire tous les envois utiles à la patrie; lorsque l'on a planté
-l'arbre de la liberté, j'ai parlé à mes concitoyens comme un bon
-patriote doit parler, et tous l'attesteront; j'ai établi à mes frais
-l'autel de la patrie. J'ai contribué à toutes les fêtes civiques et en
+<p>Depuis, je n'ai cessé d'exciter le zèle de mes concitoyens pour entrer
+au service de la patrie, j'en ai engagé près de vingt à mes dépens, et
+donné des gratifications aux autres; tous mes chevaux n'ont pas cessé
+de faire tous les envois utiles à la patrie; lorsque l'on a planté
+l'arbre de la liberté, j'ai parlé à mes concitoyens comme un bon
+patriote doit parler, et tous l'attesteront; j'ai établi à mes frais
+l'autel de la patrie. J'ai contribué à toutes les fêtes civiques et en
ai presque toujours fait les frais. Je suis honteux de parler de ces
-misères, personne n'est plus persuadé que moi que c'est aux riches à
-faire ces dépenses, qu'ils sont trop heureux d'être en état de les
-faire, et que les égoïstes qui s'y refusent sont des hommes
-méprisables; mais on veut un compte de ma conduite, et je le rends.</p>
-
-<p>L'armée de Mayence a passé à Brienne au mois d'août 1793, j'ai été
-averti de son passage la veille de celui de la première colonne, et
-l'on m'a annoncé que suivant toutes les apparences il faudrait fournir
-du pain; secondé par le zèle de mes concitoyens, auxquels je ne puis
-donner trop d'éloges, j'ai préparé dans la nuit même six mille rations
-de pain, j'en ai fourni à l'armée plus de quinze mille et à un prix
-très-inférieur à celui que payait la nation partout ailleurs; sachant
-la pénurie où était la ville de Troyes pour fournir cette armée, j'ai
-envoyé dix-huit cents rations de pain; la viande, le vin, le logement,
-tout a été fourni abondamment et de manière que les citoyens composant
-cette armée, en passant dans des villes bien plus considérables
-<span class="pagenum"><a id="page495" name="page495"></a>(p. 495)</span> que Brienne, criaient: Vive la commune de Brienne! J'ai passé
-quatre jours et presque quatre.....<a id="footnotetag230" name="footnotetag230"></a><a href="#footnote230" title="Go to footnote 230"><span class="smaller">[230]</span></a> [Ici s'arrête ce fragment.]</p>
+misères, personne n'est plus persuadé que moi que c'est aux riches à
+faire ces dépenses, qu'ils sont trop heureux d'être en état de les
+faire, et que les égoïstes qui s'y refusent sont des hommes
+méprisables; mais on veut un compte de ma conduite, et je le rends.</p>
+
+<p>L'armée de Mayence a passé à Brienne au mois d'août 1793, j'ai été
+averti de son passage la veille de celui de la première colonne, et
+l'on m'a annoncé que suivant toutes les apparences il faudrait fournir
+du pain; secondé par le zèle de mes concitoyens, auxquels je ne puis
+donner trop d'éloges, j'ai préparé dans la nuit même six mille rations
+de pain, j'en ai fourni à l'armée plus de quinze mille et à un prix
+très-inférieur à celui que payait la nation partout ailleurs; sachant
+la pénurie où était la ville de Troyes pour fournir cette armée, j'ai
+envoyé dix-huit cents rations de pain; la viande, le vin, le logement,
+tout a été fourni abondamment et de manière que les citoyens composant
+cette armée, en passant dans des villes bien plus considérables
+<span class="pagenum"><a id="page495" name="page495"></a>(p. 495)</span> que Brienne, criaient: Vive la commune de Brienne! J'ai passé
+quatre jours et presque quatre.....<a id="footnotetag230" name="footnotetag230"></a><a href="#footnote230" title="Go to footnote 230"><span class="smaller">[230]</span></a> [Ici s'arrête ce fragment.]</p>
<hr class="hr30">
<a id="doc7" name="doc7"></a>
<h3><span class="pagenum"><a id="page496" name="page496"></a>(p. 496)</span> VII<br>
-<span class="smaller">EXTRAIT DU REGISTRE DES DÉPÔTS<br>
-AU GREFFE DU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE.</span></h3>
+<span class="smaller">EXTRAIT DU REGISTRE DES DÉPÔTS<br>
+AU GREFFE DU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE.</span></h3>
-<p class="note">[Orthographe conservée.]</p>
+<p class="note">[Orthographe conservée.]</p>
-<p class="entete">Du 22 floréal.</p>
+<p class="entete">Du 22 floréal.</p>
<ul class="none">
<li class="min3em"><i>Femme Crussolle Damboise.</i></li>
-<li class="min2em">Est comparu le citoyen Richard, lequel a déposé:</li>
-<li class="min1em">Une tabatière d'agathe, fond vert, à cercles d'or, octogone;</li>
-<li class="min1em">Une tabatière de cristal avec un cercle et gorge d'or;</li>
+<li class="min2em">Est comparu le citoyen Richard, lequel a déposé:</li>
+<li class="min1em">Une tabatière d'agathe, fond vert, à cercles d'or, octogone;</li>
+<li class="min1em">Une tabatière de cristal avec un cercle et gorge d'or;</li>
<li class="min1em">Un petit c&oelig;ur de verre garni en or, dans lequel un petit crucifix;</li>
-<li class="min1em">Un étui à dez en or avec un dez d'or;</li>
-<li class="min1em">Un étui de nacre à gorge d'or dans sa boîte de chagrin;</li>
-<li class="min1em">Un tire-bouchon à queue d'or ou de vermeil;</li>
-<li class="min1em">Un chapelet avec médailles d'argent;</li>
+<li class="min1em">Un étui à dez en or avec un dez d'or;</li>
+<li class="min1em">Un étui de nacre à gorge d'or dans sa boîte de chagrin;</li>
+<li class="min1em">Un tire-bouchon à queue d'or ou de vermeil;</li>
+<li class="min1em">Un chapelet avec médailles d'argent;</li>
<li class="min1em">Un cachet d'argent;</li>
-<li class="min1em">Et soixante-dix-huit livres en écus qu'il a déclaré appartenir à
- la femme Crussolle Damboise, condamnée à mort.</li>
+<li class="min1em">Et soixante-dix-huit livres en écus qu'il a déclaré appartenir à
+ la femme Crussolle Damboise, condamnée à mort.</li>
</ul>
<ul class="none">
<li class="min3em"><i>Buart.</i></li>
<li class="min1em">Plus une paire de boucles d'oreilles d'or;</li>
<li class="min1em">Un anneau d'or;</li>
-<li class="min1em">Une épingle à chignon d'argent;</li>
-<li>Qu'il a déclaré appartenir à Buard, aussi condamné à mort.</li>
+<li class="min1em">Une épingle à chignon d'argent;</li>
+<li>Qu'il a déclaré appartenir à Buard, aussi condamné à mort.</li>
</ul>
<ul class="none">
<li class="min3em"><i>Inconnu.</i></li>
<li class="min1em">Plus un couteau garni en or;</li>
-<li class="min1em">Une paire de ciseaux garni en or avec étui de galuchat;</li>
-<li class="min1em">Deux couteaux à manches garnis en or, dont un à lame d'or;</li>
-<li>Qu'il a déclaré appartenir à un des condamnés à mort avec Élisabeth
+<li class="min1em">Une paire de ciseaux garni en or avec étui de galuchat;</li>
+<li class="min1em">Deux couteaux à manches garnis en or, dont un à lame d'or;</li>
+<li>Qu'il a déclaré appartenir à un des condamnés à mort avec Élisabeth
Capet, dont il ignore le nom.</li>
</ul>
<hr class="hr10">
<ul class="none">
-<li class="min3em"><i>Femmes d'Élisabeth.</i></li>
+<li class="min3em"><i>Femmes d'Élisabeth.</i></li>
<li class="min1em">Plus deux couverts;</li>
-<li class="min1em">Un couteau à lame d'argent;</li>
-<li class="min1em">Une cuillère à caffé d'argent;</li>
-<li>Qu'il a déclaré appartenir à des femmes condamnées à mort avec la
-femme Élisabeth Capet.</li>
+<li class="min1em">Un couteau à lame d'argent;</li>
+<li class="min1em">Une cuillère à caffé d'argent;</li>
+<li>Qu'il a déclaré appartenir à des femmes condamnées à mort avec la
+femme Élisabeth Capet.</li>
</ul>
<hr class="hr10">
<ul class="none">
<li class="min3em"><span class="pagenum"><a id="page497" name="page497"></a>(p. 497)</span> <i>Dubois.</i></li>
-<li>Plus vingt-cinq livres qu'il a déclaré appartenir à Dubois, aussi
- condamné à mort.</li>
+<li>Plus vingt-cinq livres qu'il a déclaré appartenir à Dubois, aussi
+ condamné à mort.</li>
</ul>
<ul class="none">
-<li class="min3em"><i>Inconnu exécuté le</i> 21.</li>
+<li class="min3em"><i>Inconnu exécuté le</i> 21.</li>
<li>Plus une montre d'argent, du nom de Lecomte, n<sup>o</sup> 557, qu'il a
- déclaré appartenir à un particulier exécuté avec Élisabeth
+ déclaré appartenir à un particulier exécuté avec Élisabeth
Capet, dont il ignore le nom.</li>
</ul>
@@ -19270,41 +19225,41 @@ femme Élisabeth Capet.</li>
<li class="min1em">Une paire de poches;</li>
<li class="min1em">Trois serviettes, un torchon, un bandeau, un sac-ouvrage de
toile;</li>
-<li>Qu'il a déclaré appartenir à la femme Crussolle, aussi condamnée
- à mort; Déchargé le 25 floréal.</li>
+<li>Qu'il a déclaré appartenir à la femme Crussolle, aussi condamnée
+ à mort; Déchargé le 25 floréal.</li>
</ul>
<ul class="none">
-<li class="min3em"><i>Femme Rosset-Crécy.</i></li>
+<li class="min3em"><i>Femme Rosset-Crécy.</i></li>
<li class="min1em">Plus une petite boite;</li>
<li class="min1em">Un peignoir;</li>
<li class="min1em">Dix fichus de mousseline ou linon;</li>
-<li class="min1em">Un bonnet monté;</li>
+<li class="min1em">Un bonnet monté;</li>
<li class="min1em">Un tabellier;</li>
<li class="min1em">Une taie d'oreiller;</li>
<li class="min1em">Une mantille noire;</li>
<li class="min1em">Sept paires de manchettes;</li>
-<li class="min1em">Et un paquet de chiffons qu'il a déclaré appartenir à la femme
- Rosset-Crécy.</li>
-<li>Déchargé le 25 floréal.</li>
+<li class="min1em">Et un paquet de chiffons qu'il a déclaré appartenir à la femme
+ Rosset-Crécy.</li>
+<li>Déchargé le 25 floréal.</li>
</ul>
<ul class="none">
-<li class="min3em"><i>Aux six femmes complices d'Élisabeth.</i></li>
+<li class="min3em"><i>Aux six femmes complices d'Élisabeth.</i></li>
<li class="min1em">Plus un drap;</li>
<li class="min1em">Neuf chemises de femme;</li>
<li class="min1em"><span class="pagenum"><a id="page498" name="page498"></a>(p. 498)</span> Quatre chemises d'homme;</li>
<li class="min1em">Douze camisoles et corsets;</li>
<li class="min1em">Sept jupons;</li>
<li class="min1em">Quatre gilets blancs et de couleur;</li>
-<li class="min1em">Une petite redingotte de toile de couleur rayée;</li>
+<li class="min1em">Une petite redingotte de toile de couleur rayée;</li>
<li class="min1em">Une autre de drap marron;</li>
-<li class="min1em">Une autre de drap mélangé verdâtre;</li>
+<li class="min1em">Une autre de drap mélangé verdâtre;</li>
<li class="min1em">Un jupon de soie vert;</li>
-<li class="min1em">Un jupon et son casaquin de toile de coton rayé;</li>
-<li class="min1em">Une robe de toile de coton rayé;</li>
-<li class="min1em">Un autre jupon aussi rayé;</li>
-<li class="min1em">Trois tabliers de différentes couleurs;</li>
+<li class="min1em">Un jupon et son casaquin de toile de coton rayé;</li>
+<li class="min1em">Une robe de toile de coton rayé;</li>
+<li class="min1em">Un autre jupon aussi rayé;</li>
+<li class="min1em">Trois tabliers de différentes couleurs;</li>
<li class="min1em">Cinquante serviettes;</li>
<li class="min1em">Trente-cinq mouchoirs blancs;</li>
<li class="min1em">Trente petits fichus simples et autres;</li>
@@ -19315,56 +19270,56 @@ femme Élisabeth Capet.</li>
<li class="min1em">Sept paires de bas;</li>
<li class="min1em">Un paquet de chiffons;</li>
<li class="min1em">Un bonnet de coton;</li>
-<li>Qu'il a déclaré appartenir à six femmes condamnées à mort avec
- Élisabeth Capet, et dont il ne se souvient pas du nom.</li>
-<li>Déchargé le 25 floréal.</li>
+<li>Qu'il a déclaré appartenir à six femmes condamnées à mort avec
+ Élisabeth Capet, et dont il ne se souvient pas du nom.</li>
+<li>Déchargé le 25 floréal.</li>
</ul>
<ul class="none">
<li class="min3em"><i>S&oelig;ur de Capet.</i></li>
<li class="min1em">Plus deux anneaux d'or;</li>
-<li class="min1em">Un étui de chagrin vert, contenant deux flacons à bouchons d'or,
- dont l'un est cassé, avec charnière et bouton d'or;</li>
-<li class="min1em">Une montre à boite d'or à répétition, portant sur le mouvement
- le n<sup>o</sup> 127, avec une chaîne d'or cassée, garnie d'un cachet
- d'or à trois compartiments, dont le premier est gravé des
+<li class="min1em">Un étui de chagrin vert, contenant deux flacons à bouchons d'or,
+ dont l'un est cassé, avec charnière et bouton d'or;</li>
+<li class="min1em">Une montre à boite d'or à répétition, portant sur le mouvement
+ le n<sup>o</sup> 127, avec une chaîne d'or cassée, garnie d'un cachet
+ d'or à trois compartiments, dont le premier est gravé des
armes de France du tems des tirans;</li>
<li class="min1em">Trois cachets en acier;</li>
<li class="min1em">Deux clefs de montre;</li>
<li class="min1em">Et deux clefs de portefeuille aussi en acier;</li>
-<li class="min1em">Une bague en or en forme de navette, sur laquelle est incrusté
- des cheveux et des lettres en perles fines, le cristal cassé;</li>
+<li class="min1em">Une bague en or en forme de navette, sur laquelle est incrusté
+ des cheveux et des lettres en perles fines, le cristal cassé;</li>
<li class="min1em">Un portefeuille de maroquin rouge;</li>
-<li><span class="pagenum"><a id="page499" name="page499"></a>(p. 499)</span> Qu'il a déclaré appartenir à ladite Élisabeth Capet, condamnée à
+<li><span class="pagenum"><a id="page499" name="page499"></a>(p. 499)</span> Qu'il a déclaré appartenir à ladite Élisabeth Capet, condamnée à
mort;</li>
-<li>Déchargé le 6 pluviôse.</li>
+<li>Déchargé le 6 pluviôse.</li>
</ul>
-<p>Et a signé avec moi, greffier soussigné.</p>
+<p>Et a signé avec moi, greffier soussigné.</p>
<p class="authorsc">Wolff <span class="add2em">Richard.</span></p>
-<p class="entete">Du même jour.</p>
+<p class="entete">Du même jour.</p>
-<p>Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'exécuteur des jugemens
-criminels, lequel a déposé:</p>
+<p>Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'exécuteur des jugemens
+criminels, lequel a déposé:</p>
<ul class="none">
-<li class="min3em"><i>Élisabeth Capet.</i></li>
-<li class="min1em">Un médaillon en verre à cercles d'or renfermant un crucifix de
- même métal;</li>
-<li class="min1em">Un cachet d'or en trois parties représentant l'un les armes de
- France et de Navarre de l'ancien régime, l'autre une colombe,
- et le dernier une tête d'homme;</li>
-<li class="min1em">Une chaîne de col en or, à laquelle est attachée un c&oelig;ur renfermant
+<li class="min3em"><i>Élisabeth Capet.</i></li>
+<li class="min1em">Un médaillon en verre à cercles d'or renfermant un crucifix de
+ même métal;</li>
+<li class="min1em">Un cachet d'or en trois parties représentant l'un les armes de
+ France et de Navarre de l'ancien régime, l'autre une colombe,
+ et le dernier une tête d'homme;</li>
+<li class="min1em">Une chaîne de col en or, à laquelle est attachée un c&oelig;ur renfermant
des cheveux et une petite croix d'or;</li>
-<li class="min1em">Une médaille d'argent représentant une immaculée conception
+<li class="min1em">Une médaille d'argent représentant une immaculée conception
de la ci-devant Vierge, et une petite clef de portefeuille;</li>
-<li>Qu'il déclare appartenir à Élisabeth Capet, condamnée à mort, et
- qu'il a trouvé sur elle en la conduisant au supplice.</li>
+<li>Qu'il déclare appartenir à Élisabeth Capet, condamnée à mort, et
+ qu'il a trouvé sur elle en la conduisant au supplice.</li>
</ul>
-<p>Et a signé avec moi, greffier soussigné.</p>
+<p>Et a signé avec moi, greffier soussigné.</p>
<p class="authorsc">Desmorest. <span class="add2em">Wolff</span>.</p>
@@ -19372,246 +19327,246 @@ criminels, lequel a déposé:</p>
<a id="doc8" name="doc8"></a>
<h3>VIII<br>
-<span class="smaller">ACTE DE DÉCÈS DE MARIE.</span></h3>
+<span class="smaller">ACTE DE DÉCÈS DE MARIE.</span></h3>
<p>Anno millesimo octingentesimo trigesimo quinto, die vero quinta
januarii, mortua est Maria Francisca, filia Francisci Josephi Magnin,
-ex Marsens, et Claudiæ natæ Bosson, ex loco Riaz, uxor vero Jacobi
+ex Marsens, et Claudiæ natæ Bosson, ex loco Riaz, uxor vero Jacobi
Bosson ex Bellegarde, Bulli habitans, et die septima ejusdem a me
-infra scripto parocho in c&oelig;meteria ecclesiæ parochialis Sancti
+infra scripto parocho in c&oelig;meteria ecclesiæ parochialis Sancti
Petri ad Vincula urbis Bulli sepulta est.</p>
<p>Quod conforme sit originali testor:</p>
<p class="author"><span class="smcap">J. J. Crausaz</span>, parochus.</p>
-<p>Bulli, die 8<sup>væ</sup> 7<sup>bris</sup> 1861.</p>
+<p>Bulli, die 8<sup>væ</sup> 7<sup>bris</sup> 1861.</p>
-<p>Marie-Françoise, fille de François-Joseph Magnin, de Marsens, et de
+<p>Marie-Françoise, fille de François-Joseph Magnin, de Marsens, et de
Claudie Bosson, du lieu de Riaz, femme de Jacques Bosson, de <span class="pagenum"><a id="page500" name="page500"></a>(p. 500)</span>
-Bellegarde, demeurant à Bulle, y est morte le 5 janvier 1835, et a été
-enterrée le 7 du même mois dans le cimetière de l'église paroissiale
+Bellegarde, demeurant à Bulle, y est morte le 5 janvier 1835, et a été
+enterrée le 7 du même mois dans le cimetière de l'église paroissiale
de Saint-Pierre aux Liens de la ville de Bulle. B.</p>
<hr class="hr30">
<a id="doc9" name="doc9"></a>
<h3>IX<br>
-<span class="smaller">ACTE DE DÉCÈS DE JACQUES.</span></h3>
+<span class="smaller">ACTE DE DÉCÈS DE JACQUES.</span></h3>
<p>38. Anno millesimo octingentesimo trigesimo sexto, die vero secunda
septembris, obiit Jacobus, filius defuncti Jacobi Boschong vel Bosson
-ex Bellegarde [<i>verbum radiatum</i>, conju], viduus vero Mariæ-Franciscæ
-natæ Magnin, ex Marsens, defuncto die quinta januarii anno millesimo
+ex Bellegarde [<i>verbum radiatum</i>, conju], viduus vero Mariæ-Franciscæ
+natæ Magnin, ex Marsens, defuncto die quinta januarii anno millesimo
octingentesimo trigesimo quinto, Bulli habitans, et die quarta ejusdem
-mensis a me infra scripto parocho in c&oelig;meterio ecclesiæ parochialis
+mensis a me infra scripto parocho in c&oelig;meterio ecclesiæ parochialis
Sancti Petri ad Vincula urbis Bulli sepultus est.</p>
<p>Quod conforme sit originali testor.</p>
<p class="author"><span class="smcap">J. J. Crausaz</span>, parochus.</p>
-<p>Bulli. die 8<sup>væ</sup> 7<sup>bris</sup> 1861.</p>
+<p>Bulli. die 8<sup>væ</sup> 7<sup>bris</sup> 1861.</p>
<p>L'an 1836, le 2 septembre, mourut Jacques, fils de feu Jacques
-Boschong ou Bosson, de Bellegarde, veuf de Marie-Françoise, née
-Magnin, de Marsens, décédée le 5 janvier 1835, demeurant à Bulle, et
-le quatrième jour du même mois a été enterré dans le cimetière de
-l'église paroissiale de Saint-Pierre aux Liens de la ville de Bulle.
+Boschong ou Bosson, de Bellegarde, veuf de Marie-Françoise, née
+Magnin, de Marsens, décédée le 5 janvier 1835, demeurant à Bulle, et
+le quatrième jour du même mois a été enterré dans le cimetière de
+l'église paroissiale de Saint-Pierre aux Liens de la ville de Bulle.
B.</p>
<hr class="hr30">
<a id="doc10" name="doc10"></a>
<h3>X<br>
-<span class="smaller">MAISON DE MADAME ÉLISABETH.</span></h3>
+<span class="smaller">MAISON DE MADAME ÉLISABETH.</span></h3>
<h4>I.<br>
-AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS.<br>
-LIBERTÉ, ÉGALITÉ.</h4>
+AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS.<br>
+LIBERTÉ, ÉGALITÉ.</h4>
-<p>Charles <span class="smcap">Delacroix</span>, représentant du peuple, en mission dans le
-département de Seine-et-Oise;</p>
+<p>Charles <span class="smcap">Delacroix</span>, représentant du peuple, en mission dans le
+département de Seine-et-Oise;</p>
-<p>Vu la loi du 7 messidor dernier, portant, art. 5, qu'il sera formé
-sans délai à Versailles un établissement d'horlogerie automatique;
-que les citoyens Lemaire et Glaesner y jouiront pendant quinze années
-<span class="pagenum"><a id="page501" name="page501"></a>(p. 501)</span> gratuitement d'une maison nationale qui sera déterminée par
-le comité d'agriculture et des arts et des finances réunis, sur le
+<p>Vu la loi du 7 messidor dernier, portant, art. 5, qu'il sera formé
+sans délai à Versailles un établissement d'horlogerie automatique;
+que les citoyens Lemaire et Glaesner y jouiront pendant quinze années
+<span class="pagenum"><a id="page501" name="page501"></a>(p. 501)</span> gratuitement d'une maison nationale qui sera déterminée par
+le comité d'agriculture et des arts et des finances réunis, sur le
rapport de la commission des arts;</p>
-<p>Que cette manufacture prendra chaque année cent élèves dont le régime
-sera le même que pour ceux de Besançon; copie certifiée de l'arrêté du
-comité de salut public, en date du 12 fructidor dernier; la lettre du
-comité d'agriculture et des arts, en date du 22 du courant, par
-laquelle il m'engage, pendant mon séjour à Versailles, à donner tous
-mes soins à l'établissement de ladite manufacture. Instruit qu'il
-avoit été pris un arrêté du comité des finances portant que ladite
-manufacture seroit établie dans la maison nationale du garde-meuble;
-mais que différents obstacles se sont opposés à l'exécution de ce
-projet, ainsi que de ceux qui y avoient substitué le ci-devant couvent
-des Ursulines ou celui des Récollets; qu'il est urgent de destiner à
-cet établissement une maison convenable et qui ne soit occupée par
-aucun établissement public:</p>
-
-<p>Après avoir visité avec lesdits citoyens Lemaire et Glaesner et le
+<p>Que cette manufacture prendra chaque année cent élèves dont le régime
+sera le même que pour ceux de Besançon; copie certifiée de l'arrêté du
+comité de salut public, en date du 12 fructidor dernier; la lettre du
+comité d'agriculture et des arts, en date du 22 du courant, par
+laquelle il m'engage, pendant mon séjour à Versailles, à donner tous
+mes soins à l'établissement de ladite manufacture. Instruit qu'il
+avoit été pris un arrêté du comité des finances portant que ladite
+manufacture seroit établie dans la maison nationale du garde-meuble;
+mais que différents obstacles se sont opposés à l'exécution de ce
+projet, ainsi que de ceux qui y avoient substitué le ci-devant couvent
+des Ursulines ou celui des Récollets; qu'il est urgent de destiner à
+cet établissement une maison convenable et qui ne soit occupée par
+aucun établissement public:</p>
+
+<p>Après avoir visité avec lesdits citoyens Lemaire et Glaesner et le
citoyen Grenus, agent de la commission d'agriculture et des arts, la
-maison d'Élisabeth, située avenue de Paris, et m'être convaincu
-qu'elle présente des emplacements convenables et suffisants pour
-l'établissement des ateliers et le logement des ouvriers, n'exigera
-que des réparations peu considérables, telles que rétablissement de
-quelques cloisons, portes et cheminées, enlevées ou détruites pour
-l'établissement d'un hôpital qui y avoit été formé; j'arrête ce qui
+maison d'Élisabeth, située avenue de Paris, et m'être convaincu
+qu'elle présente des emplacements convenables et suffisants pour
+l'établissement des ateliers et le logement des ouvriers, n'exigera
+que des réparations peu considérables, telles que rétablissement de
+quelques cloisons, portes et cheminées, enlevées ou détruites pour
+l'établissement d'un hôpital qui y avoit été formé; j'arrête ce qui
suit:</p>
-<p><span class="smcap">Article</span> 1<sup>er</sup>. La maison dite d'Élisabeth, l'orangerie et la vacherie
-qui en dépendent, les cours et terrains situés entre lesdits bâtiments
-sont affectés à la manufacture d'horlogerie automatique établie à
+<p><span class="smcap">Article</span> 1<sup>er</sup>. La maison dite d'Élisabeth, l'orangerie et la vacherie
+qui en dépendent, les cours et terrains situés entre lesdits bâtiments
+sont affectés à la manufacture d'horlogerie automatique établie à
Versailles.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 2. Lesdits terrains seront bornés au levant par un mur qui sera
+<p><span class="smcap">Art.</span> 2. Lesdits terrains seront bornés au levant par un mur qui sera
construit dans la direction de celui qui ferme le petit jardin de la
-vacherie, au levant, et prolongé jusqu'au mur de clôture du côté de
+vacherie, au levant, et prolongé jusqu'au mur de clôture du côté de
l'avenue de Paris.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 3. Les terrains au levant dudit mur resteront à la disposition de
-l'administration du district pour être aliénés. Elle sera tenue
-d'imposer à l'adjudicataire la clause expresse de construire ledit mur
-à ses frais dans six mois, pour tout délai, à compter de
+<p><span class="smcap">Art.</span> 3. Les terrains au levant dudit mur resteront à la disposition de
+l'administration du district pour être aliénés. Elle sera tenue
+d'imposer à l'adjudicataire la clause expresse de construire ledit mur
+à ses frais dans six mois, pour tout délai, à compter de
l'adjudication.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 4. Les citoyens Lemaire et Glaesner seront remis sans délai en
-possession desdits bâtiments et terrains ci-dessus désignés.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 4. Les citoyens Lemaire et Glaesner seront remis sans délai en
+possession desdits bâtiments et terrains ci-dessus désignés.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 5. Le citoyen Loiseleur, inspecteur des bâtiments nationaux à
-Versailles, est requis de faire le détail et devis estimatif des
-cloisons, <span class="pagenum"><a id="page502" name="page502"></a>(p. 502)</span> cheminées et portes à rétablir dans lesdits
-bâtiments, et des menues réparations à y faire.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 5. Le citoyen Loiseleur, inspecteur des bâtiments nationaux à
+Versailles, est requis de faire le détail et devis estimatif des
+cloisons, <span class="pagenum"><a id="page502" name="page502"></a>(p. 502)</span> cheminées et portes à rétablir dans lesdits
+bâtiments, et des menues réparations à y faire.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 6. Lesdits ouvrages, attendu l'urgence, seront faits par économie
-sous l'inspection et surveillance immédiate dudit citoyen Loiseleur,
-qui rendra compte de l'exécution à l'administration dudit département
-et à la commission d'agriculture et des arts.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 6. Lesdits ouvrages, attendu l'urgence, seront faits par économie
+sous l'inspection et surveillance immédiate dudit citoyen Loiseleur,
+qui rendra compte de l'exécution à l'administration dudit département
+et à la commission d'agriculture et des arts.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 7. Les dépenses qu'exigeront ledit ouvrage seront acquittées par
-le receveur du district de Versailles et imputées sur les fonds mis à
+<p><span class="smcap">Art.</span> 7. Les dépenses qu'exigeront ledit ouvrage seront acquittées par
+le receveur du district de Versailles et imputées sur les fonds mis à
la disposition de ladite commission.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 8. Le citoyen Loiseleur est autorisé à tirer des magasins des
-bâtiments nationaux les matériaux qui peuvent s'y trouver propres à la
-confection desdits travaux. Il l'est également à se faire délivrer,
+<p><span class="smcap">Art.</span> 8. Le citoyen Loiseleur est autorisé à tirer des magasins des
+bâtiments nationaux les matériaux qui peuvent s'y trouver propres à la
+confection desdits travaux. Il l'est également à se faire délivrer,
des exploitations qui se font dans le territoire de Versailles, les
bois de charpente, madriers et planches qui ne se trouveraient pas
-dans les magasins des bâtiments nationaux, et qui seront nécessaires
-tant pour lesdits travaux que pour l'établissement des ateliers.</p>
+dans les magasins des bâtiments nationaux, et qui seront nécessaires
+tant pour lesdits travaux que pour l'établissement des ateliers.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 9. Il sera libre auxdits citoyens de défricher les bouquets de
-bois existants dans le local ci-dessus désigné, et de les cultiver
-ainsi qu'ils jugeront à propos.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 9. Il sera libre auxdits citoyens de défricher les bouquets de
+bois existants dans le local ci-dessus désigné, et de les cultiver
+ainsi qu'ils jugeront à propos.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 10. Il sera dressé un état des lieux aussitôt après la confection
-des réparations et rétablissements ci-dessus désignés, lequel sera
+<p><span class="smcap">Art.</span> 10. Il sera dressé un état des lieux aussitôt après la confection
+des réparations et rétablissements ci-dessus désignés, lequel sera
souscrit par lesdits citoyens Lemaire et Glaesner, avec l'obligation
-de les remettre en bon état, au terme prescrit par le décret ci-dessus
-cité pour leur jouissance. Ce terme court à compter du 1<sup>er</sup> brumaire
+de les remettre en bon état, au terme prescrit par le décret ci-dessus
+cité pour leur jouissance. Ce terme court à compter du 1<sup>er</sup> brumaire
prochain.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 11. Le procureur général syndic du département, et par suite le
-commissaire national près ladite administration, est chargé de
-surveiller l'exécution du présent arrêté, qui sera de suite communiqué
-aux comités de salut public, des finances et d'agriculture et arts
-réunis. A Versailles, le 29 brumaire de l'an IV de la République
-françoise.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 11. Le procureur général syndic du département, et par suite le
+commissaire national près ladite administration, est chargé de
+surveiller l'exécution du présent arrêté, qui sera de suite communiqué
+aux comités de salut public, des finances et d'agriculture et arts
+réunis. A Versailles, le 29 brumaire de l'an IV de la République
+françoise.</p>
-<p class="author"><i>Signé:</i> <span class="smcap">Ch. Delacroix.</span> Pour copie conforme: <span class="smcap">Ch. Delacroix.</span></p>
+<p class="author"><i>Signé:</i> <span class="smcap">Ch. Delacroix.</span> Pour copie conforme: <span class="smcap">Ch. Delacroix.</span></p>
-<p class="author">Pour copie conforme: <span class="smcap">François de Neufchateau.</span></p>
+<p class="author">Pour copie conforme: <span class="smcap">François de Neufchateau.</span></p>
<hr class="hr10">
<h4><span class="pagenum"><a id="page503" name="page503"></a>(p. 503)</span> II.</h4>
-<p class="entete"><i>Extrait des registres des délibérations des consuls de la
-République.</i></p>
+<p class="entete"><i>Extrait des registres des délibérations des consuls de la
+République.</i></p>
-<p class="date">Paris, le 17 ventôse l'an IX de la République française, une et indivisible
+<p class="date">Paris, le 17 ventôse l'an IX de la République française, une et indivisible
(8 mars 1801).</p>
-<p>Les consuls de la République, sur le rapport du ministre de
-l'intérieur, le conseil d'État entendu, arrêtent:</p>
+<p>Les consuls de la République, sur le rapport du ministre de
+l'intérieur, le conseil d'État entendu, arrêtent:</p>
-<p><span class="smcap">Article</span> 1<sup>er</sup>. Les manufactures d'horlogerie établies à Versailles,
-sous la direction des citoyens Lemaire et Glaësner, et à Grenoble,
-sous celle des citoyens Flaissière et compagnie, sont supprimées.</p>
+<p><span class="smcap">Article</span> 1<sup>er</sup>. Les manufactures d'horlogerie établies à Versailles,
+sous la direction des citoyens Lemaire et Glaësner, et à Grenoble,
+sous celle des citoyens Flaissière et compagnie, sont supprimées.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 2. Le ministre de l'intérieur réglera les indemnités qui peuvent
-être dues, soit aux entrepreneurs de ces horlogeries, en supposant
+<p><span class="smcap">Art.</span> 2. Le ministre de l'intérieur réglera les indemnités qui peuvent
+être dues, soit aux entrepreneurs de ces horlogeries, en supposant
qu'ils aient rempli leurs engagements, soit aux autres artistes venus
-de l'étranger pour partager leurs travaux, à la charge par les
-entrepreneurs de rendre compte de l'emploi des fonds qui ont été mis à
-leur disposition. Les fonds nécessaires au payement des indemnités
-seront pris sur ceux accordés annuellement pour l'encouragement des
+de l'étranger pour partager leurs travaux, à la charge par les
+entrepreneurs de rendre compte de l'emploi des fonds qui ont été mis à
+leur disposition. Les fonds nécessaires au payement des indemnités
+seront pris sur ceux accordés annuellement pour l'encouragement des
arts.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 3. La régie des domaines nationaux fera faire sur-le-champ
-l'inventaire du mobilier appartenant à la nation, dépendant desdites
+<p><span class="smcap">Art.</span> 3. La régie des domaines nationaux fera faire sur-le-champ
+l'inventaire du mobilier appartenant à la nation, dépendant desdites
manufactures, et elle en prendra possession. Les maisons nationales
-occupées par ces établissements seront rendues à la disposition de la
-régie dans le délai de trois mois.</p>
+occupées par ces établissements seront rendues à la disposition de la
+régie dans le délai de trois mois.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 4. Les ministres de l'intérieur et des finances sont chargés de
-l'exécution du présent arrêté.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 4. Les ministres de l'intérieur et des finances sont chargés de
+l'exécution du présent arrêté.</p>
-<p class="author">Le Premier Consul, <i>signé:</i> <span class="smcap">Bonaparte</span>.</p>
+<p class="author">Le Premier Consul, <i>signé:</i> <span class="smcap">Bonaparte</span>.</p>
-<p class="author">Par le Premier Consul, <i>le secrétaire d'État</i>,<br>
- <i>Signé:</i> <span class="smcap">H. B. Maret.</span></p>
+<p class="author">Par le Premier Consul, <i>le secrétaire d'État</i>,<br>
+ <i>Signé:</i> <span class="smcap">H. B. Maret.</span></p>
<p>Pour ampliation,<br>
- <i>Le ministre de l'intérieur</i>, <span class="smcap">Chaptal</span>.</p>
+ <i>Le ministre de l'intérieur</i>, <span class="smcap">Chaptal</span>.</p>
<hr class="hr10">
<h4>III.</h4>
-<p class="date">Paris, le 9 fructidor an VIII de la République une et indivisible<br>
- (27 août 1800).</p>
+<p class="date">Paris, le 9 fructidor an VIII de la République une et indivisible<br>
+ (27 août 1800).</p>
-<p class="entete"><i>Le conseiller d'État ayant le département des domaines nationaux au
-préfet du département de Seine-et-Oise.</i></p>
+<p class="entete"><i>Le conseiller d'État ayant le département des domaines nationaux au
+préfet du département de Seine-et-Oise.</i></p>
-<p>Vous savez, citoyen préfet, qu'un arrêté des consuls du 17 ventôse
-dernier a supprimé la manufacture d'horlogerie établie à Versailles,
-<span class="pagenum"><a id="page504" name="page504"></a>(p. 504)</span> et ordonné que la maison dite Élisabeth, qui étoit affectée à
-cet établissement, seroit mise à la disposition de la régie du domaine
-national et de l'enregistrement dans le délai de trois mois.</p>
+<p>Vous savez, citoyen préfet, qu'un arrêté des consuls du 17 ventôse
+dernier a supprimé la manufacture d'horlogerie établie à Versailles,
+<span class="pagenum"><a id="page504" name="page504"></a>(p. 504)</span> et ordonné que la maison dite Élisabeth, qui étoit affectée à
+cet établissement, seroit mise à la disposition de la régie du domaine
+national et de l'enregistrement dans le délai de trois mois.</p>
-<p>L'architecte du palais national de Versailles ayant prévenu le
-ministre de l'intérieur que cette maison étoit tellement endommagée
+<p>L'architecte du palais national de Versailles ayant prévenu le
+ministre de l'intérieur que cette maison étoit tellement endommagée
qu'il faudroit employer une somme de vingt-cinq mille francs pour la
-réparer, ce ministre, citoyen préfet, vous a demandé votre avis, et
-vous avez pensé, ainsi que le même ministre l'a marqué à celui des
-finances, le 3 floréal dernier, qu'il seroit plus avantageux de vendre
-cette maison, dans l'état où elle se trouve, que de la réparer.</p>
-
-<p>De son côté, la régie des domaines a adressé au ministre des finances,
-le 18 du mois dernier, un devis dressé le 9 par l'architecte des
-bâtiments nationaux. Il en résulte que les frais de réparations
-indispensables s'élèveroient à 10,157 fr. 82 c., dont 4,018 fr. 61 c.
-à la charge des occupants, mais que la totalité de la dépense
-tomberoit vraisemblablement au compte de la République, attendu que
-les occupants jouissoient, soit comme attachés à la manufacture
+réparer, ce ministre, citoyen préfet, vous a demandé votre avis, et
+vous avez pensé, ainsi que le même ministre l'a marqué à celui des
+finances, le 3 floréal dernier, qu'il seroit plus avantageux de vendre
+cette maison, dans l'état où elle se trouve, que de la réparer.</p>
+
+<p>De son côté, la régie des domaines a adressé au ministre des finances,
+le 18 du mois dernier, un devis dressé le 9 par l'architecte des
+bâtiments nationaux. Il en résulte que les frais de réparations
+indispensables s'élèveroient à 10,157 fr. 82 c., dont 4,018 fr. 61 c.
+à la charge des occupants, mais que la totalité de la dépense
+tomberoit vraisemblablement au compte de la République, attendu que
+les occupants jouissoient, soit comme attachés à la manufacture
d'horlogerie, soit en vertu d'une permission du ministre de
-l'intérieur, et que lors de leur entrée en jouissance l'état des lieux
-n'a pas été constaté.</p>
+l'intérieur, et que lors de leur entrée en jouissance l'état des lieux
+n'a pas été constaté.</p>
-<p>La régie a observé que, vu le grand nombre des bâtiments inoccupés à
-Versailles, les locations de la maison Élisabeth y seroient difficiles
-et d'un foible produit; qu'en conséquence il étoit plus avantageux
-d'aliéner cette maison.</p>
+<p>La régie a observé que, vu le grand nombre des bâtiments inoccupés à
+Versailles, les locations de la maison Élisabeth y seroient difficiles
+et d'un foible produit; qu'en conséquence il étoit plus avantageux
+d'aliéner cette maison.</p>
-<p>Tout concourt donc, citoyen préfet, à ce que vous preniez des mesures
-pour l'aliénation de la maison dont il s'agit.</p>
+<p>Tout concourt donc, citoyen préfet, à ce que vous preniez des mesures
+pour l'aliénation de la maison dont il s'agit.</p>
<p>Je vous salue.</p>
<p class="authorsc">J. Regnier.</p>
@@ -19621,32 +19576,32 @@ pour l'aliénation de la maison dont il s'agit.</p>
<h4>IV.</h4>
<p class="entete">VENTE DES DOMAINES NATIONAUX<br>
- en exécution des lois des 15 et 16 floréal an X (5 et 6 mai 1802).<br>
+ en exécution des lois des 15 et 16 floréal an X (5 et 6 mai 1802).<br>
- DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE.&mdash;<i>Commune de Versailles.</i>&mdash;3<sup>e</sup>
+ DÉPARTEMENT DE SEINE-ET-OISE.&mdash;<i>Commune de Versailles.</i>&mdash;3<sup>e</sup>
arrondissement.</p>
-<p>L'an X de la République française, le vingt-troisième jour du mois de
-messidor à midi, il a été procédé, devant le préfet du département de
-Seine-et-Oise, en exécution des lois des 15 et 16 floréal an X, à la
-réception des premières enchères pour la vente des biens nationaux
-désignés dans l'affiche approuvée le 8 dudit mois messidor, laquelle a
-été publiée et apposée dans les lieux prescrits par l'article <span class="smcap">II</span> du
-titre III du décret du 14 mai 1790. En conséquence, il a été annoncé
-<span class="pagenum"><a id="page505" name="page505"></a>(p. 505)</span> que les premières enchères alloient être reçues sur chacun
-des articles de l'affiche, lecture préalablement faite d'icelle et du
-cahier des charges rédigé par le directeur de la régie de
-l'enregistrement, présent à la séance.</p>
+<p>L'an X de la République française, le vingt-troisième jour du mois de
+messidor à midi, il a été procédé, devant le préfet du département de
+Seine-et-Oise, en exécution des lois des 15 et 16 floréal an X, à la
+réception des premières enchères pour la vente des biens nationaux
+désignés dans l'affiche approuvée le 8 dudit mois messidor, laquelle a
+été publiée et apposée dans les lieux prescrits par l'article <span class="smcap">II</span> du
+titre III du décret du 14 mai 1790. En conséquence, il a été annoncé
+<span class="pagenum"><a id="page505" name="page505"></a>(p. 505)</span> que les premières enchères alloient être reçues sur chacun
+des articles de l'affiche, lecture préalablement faite d'icelle et du
+cahier des charges rédigé par le directeur de la régie de
+l'enregistrement, présent à la séance.</p>
<p class="entete">ARTICLE II DE L'AFFICHE 71.<br>
<i>Biens provenant de la ci-devant liste civile.</i></p>
-<p>La maison dite <em>Élisabeth</em> et ses dépendances, situées dans la ville
+<p>La maison dite <em>Élisabeth</em> et ses dépendances, situées dans la ville
de Versailles.</p>
-<p>Cette propriété est divisée en cinq lots, suivant le procès-verbal
-d'estimation qui en a été dressé par le citoyen Duclos, le 5
-vendémiaire an X, dûment enregistré, lesdits lots désignés et évalués
+<p>Cette propriété est divisée en cinq lots, suivant le procès-verbal
+d'estimation qui en a été dressé par le citoyen Duclos, le 5
+vendémiaire an X, dûment enregistré, lesdits lots désignés et évalués
ainsi qu'il suit:</p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="3" summary="Lots.">
@@ -19654,10 +19609,10 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="7" class="center">PREMIER LOT.</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le premier lot indiqué par la lettre A au plan annexé audit procès-verbal,
- consistant dans le bâtiment d'habitation, une portion des
- deux premières cours et environ un hectare quatre-vingt-quatorze
- ares soixante centiares de jardin, est estimé valoir en revenu annuel
+<td>Le premier lot indiqué par la lettre A au plan annexé audit procès-verbal,
+ consistant dans le bâtiment d'habitation, une portion des
+ deux premières cours et environ un hectare quatre-vingt-quatorze
+ ares soixante centiares de jardin, est estimé valoir en revenu annuel
la somme de dix-sept cents francs, ci.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes valignb">1,700</td>
@@ -19665,7 +19620,7 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Lequel multiplié par six produit un capital de</td>
+<td>Lequel multiplié par six produit un capital de</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10,200</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -19678,7 +19633,7 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Il en résulte une première mise à prix de</td>
+<td>Il en résulte une première mise à prix de</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">11,220</td>
<td>f</td>
@@ -19690,21 +19645,21 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="7">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="7" class="center">DEUXIÈME LOT.</td>
+<td colspan="7" class="center">DEUXIÈME LOT.</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le deuxième lot, coté B au plan, composé des bâtiments
- dits les écuries et cuisines, des cours qu'ils renferment,
- d'une portion des deux premières cours, contenant environ
+<td>Le deuxième lot, coté B au plan, composé des bâtiments
+ dits les écuries et cuisines, des cours qu'ils renferment,
+ d'une portion des deux premières cours, contenant environ
un hectare cinquante ares soixante-douze centiares,
- est estimé valoir au revenu annuel</td>
+ est estimé valoir au revenu annuel</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes valignb">1,200</td>
<td class="bor_bot_yes valignb">f</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Et en capital le revenu multiplié comme ci-dessus</td>
+<td>Et en capital le revenu multiplié comme ci-dessus</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">7,200</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -19717,7 +19672,7 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Il en résulte un total de</td>
+<td>Il en résulte un total de</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">7,920</td>
<td>f</td>
@@ -19729,13 +19684,13 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="7">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="7" class="center">TROISIÈME LOT.</td>
+<td colspan="7" class="center">TROISIÈME LOT.</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le troisième lot, coté C au plan, composé des bâtiments
+<td>Le troisième lot, coté C au plan, composé des bâtiments
dits le logement du jardinier, de la cour au-devant, et
d'environ soixante-seize ares trente centiares de jardin,
- est estimé en revenu</td>
+ est estimé en revenu</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">240</td>
<td>f</td>
@@ -19743,7 +19698,7 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td class="bor_bot_yes" colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td class="right">Total à reporter</td>
+<td class="right">Total à reporter</td>
<td colspan="4">&nbsp;</td>
<td class="right">19,140</td>
<td>f</td>
@@ -19755,19 +19710,19 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td>f</td>
</tr>
<tr>
-<td>Et en capital le revenu multiplié par six donne</td>
+<td>Et en capital le revenu multiplié par six donne</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,440</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A quoi ajoutant le dixième</td>
+<td>A quoi ajoutant le dixième</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">144</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Il en résulte une première mise à prix de</td>
+<td>Il en résulte une première mise à prix de</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,594</td>
<td>f</td>
@@ -19778,13 +19733,13 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="7">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="7" class="center">QUATRIÈME LOT.</td>
+<td colspan="7" class="center">QUATRIÈME LOT.</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le quatrième, coté D au plan, composé du bâtiment dit
- l'orangerie et de celui connu sous la dénomination de la
+<td>Le quatrième, coté D au plan, composé du bâtiment dit
+ l'orangerie et de celui connu sous la dénomination de la
laiterie, d'une petite cour et d'environ trente-cinq ares
- cinquante-huit centiares de jardin; le tout estimé valoir
+ cinquante-huit centiares de jardin; le tout estimé valoir
un revenu annuel de 160 francs</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right valignb bor_bot_yes">160</td>
@@ -19793,7 +19748,7 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Lequel multiplié par six produit un capital de</td>
+<td>Lequel multiplié par six produit un capital de</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">960</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -19806,7 +19761,7 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Il en résulte un total de</td>
+<td>Il en résulte un total de</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,056</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -19818,12 +19773,12 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="7">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="7" class="center">CINQUIÈME LOT.</td>
+<td colspan="7" class="center">CINQUIÈME LOT.</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le cinquième et dernier lot, coté E au plan, composé du
- bâtiment dit la conciergerie, d'une cour et d'une portion
- de jardin d'environ quinze ares vingt centiares, estimé,
+<td>Le cinquième et dernier lot, coté E au plan, composé du
+ bâtiment dit la conciergerie, d'une cour et d'une portion
+ de jardin d'environ quinze ares vingt centiares, estimé,
en revenu annuel, la somme de</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right valignb bor_bot_yes">200</td>
@@ -19832,7 +19787,7 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Lequel revenu multiplié par six produit un capital de</td>
+<td>Lequel revenu multiplié par six produit un capital de</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,200</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -19844,7 +19799,7 @@ ainsi qu'il suit:</p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Il en résulte une première mise à prix de</td>
+<td>Il en résulte une première mise à prix de</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,320</td>
<td>f</td>
@@ -19860,39 +19815,39 @@ ainsi qu'il suit:</p>
</tr>
</table>
-<p class="entete"><i>Réserves.</i></p>
+<p class="entete"><i>Réserves.</i></p>
<p>Ne font point partie de la vente les glaces, tablettes, chambranles de
-marbre, bras de cheminées, bronzes incrustés ou tenant au corps
-principal de maçonnerie des cheminées, les jalousies, les poêles,
+marbre, bras de cheminées, bronzes incrustés ou tenant au corps
+principal de maçonnerie des cheminées, les jalousies, les poêles,
bancs de pierre et autres ornements qui pourroient exister dans les
-bâtiments; ces objets sont réputés mobilier et seront vendus comme
+bâtiments; ces objets sont réputés mobilier et seront vendus comme
tels.</p>
-<p class="entete"><i>Charges particulières.</i></p>
+<p class="entete"><i>Charges particulières.</i></p>
-<p>Dans le cas où la propriété dont il s'agit seroit adjugée
-partiellement, chaque acquéreur sera tenu de se conformer aux clauses
-et conditions insérées au procès-verbal d'estimation annexé au
-présent, et qui lui sont imposées relativement au partage du jardin,
-à la distribution <span class="pagenum"><a id="page507" name="page507"></a>(p. 507)</span> des eaux, à la clôture des terrains
-respectivement affectés à chaque lot, à la mitoyenneté des murs et aux
-charges auxquelles seront spécialement assujettis les acquéreurs.</p>
+<p>Dans le cas où la propriété dont il s'agit seroit adjugée
+partiellement, chaque acquéreur sera tenu de se conformer aux clauses
+et conditions insérées au procès-verbal d'estimation annexé au
+présent, et qui lui sont imposées relativement au partage du jardin,
+à la distribution <span class="pagenum"><a id="page507" name="page507"></a>(p. 507)</span> des eaux, à la clôture des terrains
+respectivement affectés à chaque lot, à la mitoyenneté des murs et aux
+charges auxquelles seront spécialement assujettis les acquéreurs.</p>
-<p>Pour l'exécution de ces clauses il sera délivré extrait dudit
-procès-verbal à chacun de ces acquéreurs, qui sera également tenu de
-laisser faire au citoyen Hubert, portier de ladite maison, la récolte
-des grains, fruits et légumes, existant actuellement sur les terrains
-dépendants de ladite propriété, sauf cependant à l'indemniser à dire
-d'experts, attendu que ledit Hubert a été autorisé à les cultiver par
-décision du préfet du 24 floréal dernier.</p>
+<p>Pour l'exécution de ces clauses il sera délivré extrait dudit
+procès-verbal à chacun de ces acquéreurs, qui sera également tenu de
+laisser faire au citoyen Hubert, portier de ladite maison, la récolte
+des grains, fruits et légumes, existant actuellement sur les terrains
+dépendants de ladite propriété, sauf cependant à l'indemniser à dire
+d'experts, attendu que ledit Hubert a été autorisé à les cultiver par
+décision du préfet du 24 floréal dernier.</p>
-<p><i>Nota.</i> Il ne sera fait aucune coupure à la conduite qui donne l'eau
-au cinquième lot: cette conduite devant subsister telle qu'elle est.</p>
+<p><i>Nota.</i> Il ne sera fait aucune coupure à la conduite qui donne l'eau
+au cinquième lot: cette conduite devant subsister telle qu'elle est.</p>
-<p>Lecture faite à haute et intelligible voix, par le secrétaire général
-de la préfecture, des charges, clauses et conditions ci-dessus, les
-enchères ont été ouvertes:</p>
+<p>Lecture faite à haute et intelligible voix, par le secrétaire général
+de la préfecture, des charges, clauses et conditions ci-dessus, les
+enchères ont été ouvertes:</p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Lots.">
<tr>
@@ -19901,7 +19856,7 @@ enchères ont été ouvertes:</p>
<tr>
<td class="right">11,220</td>
<td>f</td>
-<td>montant de la mise à prix du 1<sup>er</sup> lot.</td>
+<td>montant de la mise à prix du 1<sup>er</sup> lot.</td>
</tr>
<tr>
<td class="right">7,920</td>
@@ -19940,85 +19895,85 @@ enchères ont été ouvertes:</p>
</tr>
</table>
-<p class="noindent">de la propriété, personne n'ayant enchéri, tant sur la mise à prix de
-chacun de ces lots que sur celle de la totalité du domaine, le préfet
-a renvoyé l'adjudication définitive au 27 du mois de messidor, jour
-indiqué par l'affiche, et le présent procès-verbal a été clos.</p>
-
-<p>Et le vingt-septième jour du mois de messidor l'an X de la République
-française, le préfet du département de Seine-et-Oise, en présence du
-directeur de la régie de l'enregistrement, et lecture préalable faite
-par le secrétaire général du cahier des charges insérées dans le
-procès-verbal ci-dessus, a procédé, en exécution des lois précitées, à
-l'adjudication définitive du bien national (en question); duquel bien
-la désignation a été insérée dans le procès-verbal des premières
-enchères ci-dessus, suivant lequel il n'a point été porté d'enchère
-au-dessus de la mise à prix tant des différents lots que de l'ensemble
-de la propriété; en conséquence il a été allumé des feux, d'abord sur
-le montant de la mise à prix de chacun des lots telle qu'elle est
-établie d'autre part.</p>
+<p class="noindent">de la propriété, personne n'ayant enchéri, tant sur la mise à prix de
+chacun de ces lots que sur celle de la totalité du domaine, le préfet
+a renvoyé l'adjudication définitive au 27 du mois de messidor, jour
+indiqué par l'affiche, et le présent procès-verbal a été clos.</p>
+
+<p>Et le vingt-septième jour du mois de messidor l'an X de la République
+française, le préfet du département de Seine-et-Oise, en présence du
+directeur de la régie de l'enregistrement, et lecture préalable faite
+par le secrétaire général du cahier des charges insérées dans le
+procès-verbal ci-dessus, a procédé, en exécution des lois précitées, à
+l'adjudication définitive du bien national (en question); duquel bien
+la désignation a été insérée dans le procès-verbal des premières
+enchères ci-dessus, suivant lequel il n'a point été porté d'enchère
+au-dessus de la mise à prix tant des différents lots que de l'ensemble
+de la propriété; en conséquence il a été allumé des feux, d'abord sur
+le montant de la mise à prix de chacun des lots telle qu'elle est
+établie d'autre part.</p>
<p class="entete"><span class="pagenum"><a id="page508" name="page508"></a>(p. 508)</span> PREMIER LOT.</p>
-<p>Au huitième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand,
-moyennant 34,600 francs; un neuvième feu s'étant éteint sans que
-pendant sa durée il ait été mis aucune enchère, le préfet en a donné
+<p>Au huitième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand,
+moyennant 34,600 francs; un neuvième feu s'étant éteint sans que
+pendant sa durée il ait été mis aucune enchère, le préfet en a donné
acte audit citoyen Durand.</p>
-<p class="entete">DEUXIÈME LOT.</p>
+<p class="entete">DEUXIÈME LOT.</p>
-<p>Au quatrième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand
-pour 17,400 francs. Un cinquième feu s'étant éteint, sans qu'il ait
-été fait aucune offre, le préfet en a pareillement donné acte audit
+<p>Au quatrième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand
+pour 17,400 francs. Un cinquième feu s'étant éteint, sans qu'il ait
+été fait aucune offre, le préfet en a pareillement donné acte audit
Durand.</p>
-<p class="entete">TROISIÈME LOT.</p>
+<p class="entete">TROISIÈME LOT.</p>
-<p>Au troisième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Boucher
-pour 6,800 francs. Un sixième feu s'étant éteint sans que pendant sa
-durée il ait été mis aucune enchère, le préfet en a aussi donné acte
+<p>Au troisième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Boucher
+pour 6,800 francs. Un sixième feu s'étant éteint sans que pendant sa
+durée il ait été mis aucune enchère, le préfet en a aussi donné acte
au citoyen Boucher.</p>
-<p class="entete">QUATRIÈME LOT.</p>
+<p class="entete">QUATRIÈME LOT.</p>
-<p>Au quatrième feu, la dernière est restée au citoyen Cossin pour 6,750
-francs. Un cinquième feu s'étant éteint sans qu'il ait été fait aucune
-offre, le préfet en a donné acte au citoyen Cossin.</p>
+<p>Au quatrième feu, la dernière est restée au citoyen Cossin pour 6,750
+francs. Un cinquième feu s'étant éteint sans qu'il ait été fait aucune
+offre, le préfet en a donné acte au citoyen Cossin.</p>
-<p class="entete">CINQUIÈME LOT.</p>
+<p class="entete">CINQUIÈME LOT.</p>
-<p>Au sixième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Boucher pour
-7,850 francs. Un septième feu s'étant éteint sans que pendant sa durée
-il ait été mis aucune enchère, le préfet en a donné acte audit citoyen
+<p>Au sixième feu, la dernière enchère est restée au citoyen Boucher pour
+7,850 francs. Un septième feu s'étant éteint sans que pendant sa durée
+il ait été mis aucune enchère, le préfet en a donné acte audit citoyen
Boucher.</p>
-<p>Cette opération terminée, les enchères ont été reçues en la manière
-accoutumée sur l'ensemble du domaine, prenant pour base la somme de
-73,400 francs, montant des offres faites pour acquérir divisément
-cette même propriété.</p>
-
-<p>Au premier feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand,
-moyennant la somme de 75,200 francs; au deuxième, au citoyen Villers
-pour 75,600 francs; au troisième, au même, moyennant 75,900 francs.</p>
-
-<p>Un autre feu ayant été allumé et s'étant éteint sans que pendant sa
-durée il ait été mis aucune enchère, le préfet a déclaré le citoyen
-Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant à Paris, rue de
-l'Université, 269, adjudicataire définitif, et lui a adjugé la
-totalité de la maison dite Élisabeth et ses dépendances, tel que ce
-domaine est ci-devant désigné, moyennant le prix et somme de
+<p>Cette opération terminée, les enchères ont été reçues en la manière
+accoutumée sur l'ensemble du domaine, prenant pour base la somme de
+73,400 francs, montant des offres faites pour acquérir divisément
+cette même propriété.</p>
+
+<p>Au premier feu, la dernière enchère est restée au citoyen Durand,
+moyennant la somme de 75,200 francs; au deuxième, au citoyen Villers
+pour 75,600 francs; au troisième, au même, moyennant 75,900 francs.</p>
+
+<p>Un autre feu ayant été allumé et s'étant éteint sans que pendant sa
+durée il ait été mis aucune enchère, le préfet a déclaré le citoyen
+Jean-Michel-Maximilien Villers, demeurant à Paris, rue de
+l'Université, 269, adjudicataire définitif, et lui a adjugé la
+totalité de la maison dite Élisabeth et ses dépendances, tel que ce
+domaine est ci-devant désigné, moyennant le prix et somme de
soixante-quinze mille neuf <span class="pagenum"><a id="page509" name="page509"></a>(p. 509)</span> cents francs, aux charges, clauses
-et conditions insérées dans le premier procès-verbal d'enchères, sous
+et conditions insérées dans le premier procès-verbal d'enchères, sous
l'obligation et garantie de tous les biens meubles et immeubles,
-présents et à venir, dudit citoyen Villers, et spécialement les biens
-présentement vendus, sans qu'une obligation déroge à l'autre.</p>
+présents et à venir, dudit citoyen Villers, et spécialement les biens
+présentement vendus, sans qu'une obligation déroge à l'autre.</p>
-<p>L'acquéreur a déclaré qu'il se réservoit la faculté de nommer son
-command dans les délais prescrits par la loi.</p>
+<p>L'acquéreur a déclaré qu'il se réservoit la faculté de nommer son
+command dans les délais prescrits par la loi.</p>
<p class="authorsc">G. Garnier.</p>
-<p>Enregistré à Versailles, le 7 thermidor an X de la République. Reçu
+<p>Enregistré à Versailles, le 7 thermidor an X de la République. Reçu
seize cent soixante-neuf francs quatre-vingts centimes.</p>
<p class="authorsc">Noel.</p>
@@ -20031,27 +19986,27 @@ seize cent soixante-neuf francs quatre-vingts centimes.</p>
<h3>XI<br>
<span class="smaller">DISTRICT DE VERSAILLES.&mdash;COMMISSION DES ARTS.&mdash;PLANTES.</span></h3>
-<p>Nous, commissaire nommé par le Directoire du département de
-Seine-et-Oise, en conformité des loix et lettres ministérielles sur la
-disposition du mobilier national à l'effet d'opérer la distraction des
-objets précieux et particulièrement des plantes rares qui se
+<p>Nous, commissaire nommé par le Directoire du département de
+Seine-et-Oise, en conformité des loix et lettres ministérielles sur la
+disposition du mobilier national à l'effet d'opérer la distraction des
+objets précieux et particulièrement des plantes rares qui se
trouveront dans les maisons cy-devant royales, religieuses et des
-émigrés dudit département, pour procéder à l'enlèvement desdits objets
-et les faire transporter au lieu désigné pour le dépôt.</p>
+émigrés dudit département, pour procéder à l'enlèvement desdits objets
+et les faire transporter au lieu désigné pour le dépôt.</p>
-<p>Nous nous sommes transporté à la maison cy-devant à Élisabeth à
-Montreuil, accompagné d'un officier de la municipalité, où étant avons
-sommé le citoyen Coupry, jardinier de ladite maison, de nous
-introduire dans les jardins à l'effet d'y remplir notre mission, ce
-qu'ayant fait, nous avons procédé au triage et estimation des plantes
-de la manière suivante.</p>
+<p>Nous nous sommes transporté à la maison cy-devant à Élisabeth à
+Montreuil, accompagné d'un officier de la municipalité, où étant avons
+sommé le citoyen Coupry, jardinier de ladite maison, de nous
+introduire dans les jardins à l'effet d'y remplir notre mission, ce
+qu'ayant fait, nous avons procédé au triage et estimation des plantes
+de la manière suivante.</p>
-<p class="entete"><span class="smcap">OBJETS RÉSERVÉS POUR LE DÉPÔT.</span></p>
+<p class="entete"><span class="smcap">OBJETS RÉSERVÉS POUR LE DÉPÔT.</span></p>
<ul class="none">
<li class="add2em"><i>Plantes d'orangerie.</i></li>
<li>&nbsp;</li>
-<li>4 Atriplex portulacoïdes.</li>
+<li>4 Atriplex portulacoïdes.</li>
<li>4 Pistacia Terebinthus.</li>
<li>2 Erica mammosa.</li>
<li>2 Lavatera gallica.</li>
@@ -20067,12 +20022,12 @@ de la manière suivante.</p>
<li>2 Salvia macrophylia.</li>
<li><span class="pagenum"><a id="page510" name="page510"></a>(p. 510)</span> 1 Salvia cretica.</li>
<li>6 Teucrium latifolium.</li>
-<li>4 Teucrium betonicæfolium.</li>
+<li>4 Teucrium betonicæfolium.</li>
<li>1 Teucrium fruticans.</li>
-<li>5 Teucrium chamædrifolium hirsutum.</li>
+<li>5 Teucrium chamædrifolium hirsutum.</li>
<li>4 Artemisia capillaris.</li>
<li>3 Artemisia moxa.</li>
-<li>3 Solanum sodomæum.</li>
+<li>3 Solanum sodomæum.</li>
<li>3 Phillyrea angustifolia.</li>
<li>1 Phillyrea latifolia.</li>
<li>1 Anagyris f&oelig;tida.</li>
@@ -20080,11 +20035,11 @@ de la manière suivante.</p>
<li>2 Ephedra nova.</li>
<li>2 Cineraria populifolia.</li>
<li>4 Cineraria maritima.</li>
-<li>6 Cineraria amelloïdes.</li>
+<li>6 Cineraria amelloïdes.</li>
<li>2 Medicago arborea.</li>
<li>1 Medicago marina.</li>
<li>1 Anthyllis barba-Jovis.</li>
-<li>2 Anthyllis Hermanniæ.</li>
+<li>2 Anthyllis Hermanniæ.</li>
<li>2 Tarchonanthas camphoratus.</li>
<li>4 Rhus angustifolia.</li>
<li>1 Rhus glabra.</li>
@@ -20096,14 +20051,14 @@ de la manière suivante.</p>
<li>3 Gnaphalium f&oelig;tidum.</li>
<li>2 Gnaphalium st&oelig;chas.</li>
<li>2 Gnaphalium orientalis.</li>
-<li>12 Pots d'ixia, différentes espèces.</li>
+<li>12 Pots d'ixia, différentes espèces.</li>
<li>3 Gladiolas tristis.</li>
<li>1 Cistus populifolius.</li>
<li>1 Cistus purpareus.</li>
<li>2 Cistus laurifolius.</li>
<li>6 Cneorum tricoccum.</li>
<li>1 Asparagus acutifolius.</li>
-<li>1 Serratula chamæpeuce.</li>
+<li>1 Serratula chamæpeuce.</li>
<li>2 Carthamus salicifolius.</li>
<li>2 Quercus suber.</li>
<li>4 Physalis somnifera.</li>
@@ -20124,7 +20079,7 @@ de la manière suivante.</p>
<li>1 Aristolochia sempervirens.</li>
<li>2 Rumex Lunaria.</li>
<li>2 Lavandula st&oelig;chas.</li>
-<li>1 Scabiosa palæstina.</li>
+<li>1 Scabiosa palæstina.</li>
<li>1 Ficus pumila.</li>
<li>1 Statice monopetala latifolia.</li>
<li>1 Psoralea pinnata.</li>
@@ -20134,7 +20089,7 @@ de la manière suivante.</p>
<li>2 &OElig;nothera rosea.</li>
<li>6 &OElig;nothera pumila.</li>
<li>1 Urtica nivea.</li>
-<li>3 Inula crithmoïdes.</li>
+<li>3 Inula crithmoïdes.</li>
<li>1 Hypoxis japonica.</li>
<li>4 Senecio halimifolia.</li>
<li>1 Tanacetum novum.</li>
@@ -20142,7 +20097,7 @@ de la manière suivante.</p>
<li>1 Phlomis laciniata.</li>
<li>1 Chrysophyllum glabrum.</li>
<li>3 Arenaria balearica.</li>
-<li>3 Linnæa borealis.</li>
+<li>3 Linnæa borealis.</li>
<li>Arundo donax variegata.</li>
<li>1 Ulmus pumila.</li>
<li>1 Clutia pulchella.</li>
@@ -20150,7 +20105,7 @@ de la manière suivante.</p>
<li>2 Mimosa arborea.</li>
<li>2 Sterculia platanifolia.</li>
<li>1 Bignonia crucigera.</li>
-<li>1 Baccharis ivæfolia.</li>
+<li>1 Baccharis ivæfolia.</li>
<li>3 Scolymus maculatus.</li>
<li>4 Chrysanthemum serotinum.</li>
<li>1 Panicum novum.</li>
@@ -20163,11 +20118,11 @@ de la manière suivante.</p>
<li>1 Ceratonia siliqua.</li>
</ul>
-<p><span class="pagenum"><a id="page511" name="page511"></a>(p. 511)</span> La totalité des plantes en pots réservées pour le dépôt se
-monte à la quantité de deux cent quarante-cinq individus et environ un
+<p><span class="pagenum"><a id="page511" name="page511"></a>(p. 511)</span> La totalité des plantes en pots réservées pour le dépôt se
+monte à la quantité de deux cent quarante-cinq individus et environ un
cent de plantes vivaces.</p>
-<p class="entete">OBJETS DÉSIGNÉS POUR LA VENTE.</p>
+<p class="entete">OBJETS DÉSIGNÉS POUR LA VENTE.</p>
<table border="0" cellpadding="2" summary="Vente.">
<colgroup>
@@ -20220,7 +20175,7 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="4">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Treize Orangers de différentes espèces estimés l'un dans l'autre 60<sup class="small">&#035;</sup> pièce</td>
+<td>Treize Orangers de différentes espèces estimés l'un dans l'autre 60<sup class="small">&#035;</sup> pièce</td>
<td class="right">780</td>
<td><span class="small">&#035;</span></td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -20245,14 +20200,14 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="4">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Huit Orangers, petites caisses, estimés l'un dans l'autre la
+<td>Huit Orangers, petites caisses, estimés l'un dans l'autre la
somme de 24<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">192</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>15 Grenadiers de quinze à vingt-deux pouces de caisse, estimés
- l'un dans l'autre à 18<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>15 Grenadiers de quinze à vingt-deux pouces de caisse, estimés
+ l'un dans l'autre à 18<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">270</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -20262,7 +20217,7 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Oliviers, caisse, à 12<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>2 Oliviers, caisse, à 12<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">24</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -20272,27 +20227,27 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Bosia yervamora, à 10<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>2 Bosia yervamora, à 10<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">20</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>3 Justicia adathoda, à 12<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>3 Justicia adathoda, à 12<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">36</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>1 Althæa</td>
+<td>1 Althæa</td>
<td class="right">8</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>12 Lauriers-roses, à 10<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>12 Lauriers-roses, à 10<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">120</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Lentisques, à 8<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>2 Lentisques, à 8<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">16</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -20306,18 +20261,18 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="5">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>6 Atriplex portulacoïdes, à 8 sols</td>
+<td>6 Atriplex portulacoïdes, à 8 sols</td>
<td class="right">2</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Buddleia globosa, à 10 sols</td>
+<td>2 Buddleia globosa, à 10 sols</td>
<td class="right">1</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>4 Pistacia Terebinthus, à 15 sols</td>
+<td>4 Pistacia Terebinthus, à 15 sols</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -20327,56 +20282,56 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>5 Melia azedarach, à 10 sols</td>
+<td>5 Melia azedarach, à 10 sols</td>
<td class="right">2</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
</tr>
<tr>
-<td>6 Teucrium latifolium, à 10 sols</td>
+<td>6 Teucrium latifolium, à 10 sols</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Ceanothus africanus, à 15 sols</td>
+<td>2 Ceanothus africanus, à 15 sols</td>
<td class="right">1</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
</tr>
<tr>
-<td>34 Solanum pseudo-capsicum, à 10 sols</td>
+<td>34 Solanum pseudo-capsicum, à 10 sols</td>
<td class="right">17</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Solanum tomentosum, à 15 sols</td>
+<td>2 Solanum tomentosum, à 15 sols</td>
<td class="right">1</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
</tr>
<tr>
-<td>4 Solanum sodomæum, à 10 sols</td>
+<td>4 Solanum sodomæum, à 10 sols</td>
<td class="right">2</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>4 Solanum bonariense, à 8 sols</td>
+<td>4 Solanum bonariense, à 8 sols</td>
<td class="right">1</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Yucca gloriosa, à 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>2 Yucca gloriosa, à 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">2</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>4 Cupressus sempervirens, à 10 sols</td>
+<td>4 Cupressus sempervirens, à 10 sols</td>
<td class="right">2</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>6 Cineraria amelloïdes, à 10 sols</td>
+<td>6 Cineraria amelloïdes, à 10 sols</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -20386,14 +20341,14 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>5 Viburnum Tinus, à 10 sols</td>
+<td>5 Viburnum Tinus, à 10 sols</td>
<td class="right">2</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>18 Thlaspi vivaces, à 5 sols</td>
+<td>18 Thlaspi vivaces, à 5 sols</td>
<td class="right bor_bot_yes">4</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">10</td>
@@ -20412,7 +20367,7 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>6 Cneorum tricoccum, à 8 sols</td>
+<td>6 Cneorum tricoccum, à 8 sols</td>
<td class="right">2</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">8</td>
@@ -20426,69 +20381,69 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>4 Sonchus fruticosus, à 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>4 Sonchus fruticosus, à 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">4</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>1 Celastrus pyracantha, à 10 sols</td>
+<td>1 Celastrus pyracantha, à 10 sols</td>
<td class="right">&nbsp;</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>3 Celastrus buxifolius, à 10 sols</td>
+<td>3 Celastrus buxifolius, à 10 sols</td>
<td class="right">1</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Aloe verrucosa, à 8 sols</td>
+<td>2 Aloe verrucosa, à 8 sols</td>
<td class="right">&nbsp;</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">16</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>12 Mesembryanthemum ou ficoïdes de différentes espèces, à 10 sols</td>
+<td>12 Mesembryanthemum ou ficoïdes de différentes espèces, à 10 sols</td>
<td class="right">6</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>5 Cacalia laciniata, à 8 sols</td>
+<td>5 Cacalia laciniata, à 8 sols</td>
<td class="right">2</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Psoralea palæstina, à 8 sols</td>
+<td>2 Psoralea palæstina, à 8 sols</td>
<td class="right">&nbsp;</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">16</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>1 Euphorbia caput Medusæ</td>
+<td>1 Euphorbia caput Medusæ</td>
<td class="right">&nbsp;</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>8 Phlomis fruticosa, à 10 sols</td>
+<td>8 Phlomis fruticosa, à 10 sols</td>
<td class="right">4</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Inula crithmoïdes, à 18 sols</td>
+<td>2 Inula crithmoïdes, à 18 sols</td>
<td class="right">1</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">16</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>6 Leonurus ou Queue de lion, à 10 sols</td>
+<td>6 Leonurus ou Queue de lion, à 10 sols</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -20507,7 +20462,7 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Smilax aspera, à 10 sols</td>
+<td>2 Smilax aspera, à 10 sols</td>
<td class="right">1</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -20517,36 +20472,36 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Crassula orbiculata, à 8 sols</td>
+<td>2 Crassula orbiculata, à 8 sols</td>
<td class="right">&nbsp;</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">16</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>2 Physalis somnifera, à 10 sols</td>
+<td>2 Physalis somnifera, à 10 sols</td>
<td class="right">1</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>58 Geranium en pots de différentes espèces, à 8 sols</td>
+<td>58 Geranium en pots de différentes espèces, à 8 sols</td>
<td class="right">23</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">8</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>8 Geranium dans des vases de faïence, à 6<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>8 Geranium dans des vases de faïence, à 6<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">48</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>12 Vases de faïence vides mutilés, à 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>12 Vases de faïence vides mutilés, à 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">12</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>100 pots vides, à 8 sols</td>
+<td>100 pots vides, à 8 sols</td>
<td class="right">40</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -20554,82 +20509,82 @@ cent de plantes vivaces.</p>
<td colspan="5">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="5" class="center"><i>Pépinière.</i></td>
+<td colspan="5" class="center"><i>Pépinière.</i></td>
</tr>
<tr>
<td colspan="5">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>300 Pins d'Écosse, à 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>300 Pins d'Écosse, à 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">300</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>10 Sapinettes, à 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>10 Sapinettes, à 1<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td class="right">10</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>35 Thuyas, à 5 sols</td>
+<td>35 Thuyas, à 5 sols</td>
<td class="right">8</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">15</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>40 Marronniers, à 15 sols</td>
+<td>40 Marronniers, à 15 sols</td>
<td class="right">30</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>50 Spiræa populifolia, à 10 sols</td>
+<td>50 Spiræa populifolia, à 10 sols</td>
<td class="right">25</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>150 Arbres de Sainte-Lucie, à 8 sols</td>
+<td>150 Arbres de Sainte-Lucie, à 8 sols</td>
<td class="right">60</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>150 Érables à feuilles de frêne, à 10 sols</td>
+<td>150 Érables à feuilles de frêne, à 10 sols</td>
<td class="right">75</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>250 Cerisiers à grappes, à 5 sols</td>
+<td>250 Cerisiers à grappes, à 5 sols</td>
<td class="right">62</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">10</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>200 Cornouillers sanguins, à 4 sols</td>
+<td>200 Cornouillers sanguins, à 4 sols</td>
<td class="right">40</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>60 Ébéniers, à 10 sols</td>
+<td>60 Ébéniers, à 10 sols</td>
<td class="right">30</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>18 Frênes de différentes espèces, à 10 sols</td>
+<td>18 Frênes de différentes espèces, à 10 sols</td>
<td class="right">9</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>30 Lonicera Diervilla, à 2 sols</td>
+<td>30 Lonicera Diervilla, à 2 sols</td>
<td class="right">3</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>40 Seringas, à 4 sols</td>
+<td>40 Seringas, à 4 sols</td>
<td class="right">8</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>80 Lilas, à 10 sols</td>
+<td>80 Lilas, à 10 sols</td>
<td class="right bor_bot_yes">40</td>
<td class="bor_bot_yes" colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -20642,30 +20597,30 @@ cent de plantes vivaces.</p>
</tr>
</table>
-<p>Il se trouve aussi dans une des cours un dépôt de terre de bruyère que
-l'on peut estimer à soixante tombereaux environ, réserve pour le
-dépôt des plantes à Trianon. Près de cette cour est un grand carré
-<span class="pagenum"><a id="page513" name="page513"></a>(p. 513)</span> planté de différents arbres étrangers pour former une école
-de botanique; on se réserve aussi d'en enlever ce qui conviendra pour
-être transporté audit dépôt.</p>
+<p>Il se trouve aussi dans une des cours un dépôt de terre de bruyère que
+l'on peut estimer à soixante tombereaux environ, réserve pour le
+dépôt des plantes à Trianon. Près de cette cour est un grand carré
+<span class="pagenum"><a id="page513" name="page513"></a>(p. 513)</span> planté de différents arbres étrangers pour former une école
+de botanique; on se réserve aussi d'en enlever ce qui conviendra pour
+être transporté audit dépôt.</p>
<ul class="none">
-<li class="add1em">OBJETS RÉCLAMÉS PAR LA CITOYENNE BROWN,<br>
- <i>ci-devant jardinière du potager à Versailles.</i></li>
+<li class="add1em">OBJETS RÉCLAMÉS PAR LA CITOYENNE BROWN,<br>
+ <i>ci-devant jardinière du potager à Versailles.</i></li>
<li>&nbsp;</li>
-<li>28 Orangers en caisse de 14 à 18 pouces.</li>
+<li>28 Orangers en caisse de 14 à 18 pouces.</li>
<li>2 Lauriers-roses.</li>
<li>50 Pots de lilas de Perse.</li>
<li>50 Pots de rosiers.</li>
-<li>Et différents arbustes et arbres verts.</li>
+<li>Et différents arbustes et arbres verts.</li>
</ul>
-<p>Cette réclamation est attestée de nombre de citoyens.</p>
+<p>Cette réclamation est attestée de nombre de citoyens.</p>
-<p>Et après avoir fait l'examen général, tant en ce qui concerne les
+<p>Et après avoir fait l'examen général, tant en ce qui concerne les
plantes d'orangerie que celles de pleine terre, et n'y ayant plus rien
-trouvé, nous avons terminé le présent inventaire et avons signé à
-Versailles, le 8 octobre 1793, l'an deuxième de la République une et
+trouvé, nous avons terminé le présent inventaire et avons signé à
+Versailles, le 8 octobre 1793, l'an deuxième de la République une et
indivisible.</p>
<p class="author"><span class="add2em smcap">Coupry.</span>
@@ -20674,19 +20629,19 @@ indivisible.</p>
<p><i>Nota.</i> Le commissaire estime qu'il seroit plus avantageux de faire la
vente de tous ces objets sur le lieu au mois de mars prochain, que de
-transporter une partie à l'orangerie et l'autre à Trianon; que
-d'ailleurs l'orangerie de cette maison est grande et en assez bon état
-pour contenir cette quantité de plantes tant en caisses qu'en pots; en
-y faisant cependant une petite réparation, soit pour ce qui regarde la
-maçonnerie pour poser l'imposte, le vitrier pour six carreaux cassés,
-et les châssis des volets de la porte d'entrée, et le cintre à garnir
-en grosse toile; si l'administration se décide à envoyer le tout tant
-à l'orangerie qu'à Trianon, il faudra nécessairement abattre deux
-parties de mur pour la sortie des orangers. Cette dépense sera
-beaucoup plus considérable que celle pour la réparation de ladite
-orangerie, et l'opération plus longue et plus difficile.</p>
-
-<p>Cette observation a été communiquée au directoire du district.</p>
+transporter une partie à l'orangerie et l'autre à Trianon; que
+d'ailleurs l'orangerie de cette maison est grande et en assez bon état
+pour contenir cette quantité de plantes tant en caisses qu'en pots; en
+y faisant cependant une petite réparation, soit pour ce qui regarde la
+maçonnerie pour poser l'imposte, le vitrier pour six carreaux cassés,
+et les châssis des volets de la porte d'entrée, et le cintre à garnir
+en grosse toile; si l'administration se décide à envoyer le tout tant
+à l'orangerie qu'à Trianon, il faudra nécessairement abattre deux
+parties de mur pour la sortie des orangers. Cette dépense sera
+beaucoup plus considérable que celle pour la réparation de ladite
+orangerie, et l'opération plus longue et plus difficile.</p>
+
+<p>Cette observation a été communiquée au directoire du district.</p>
<p class="authorsc">Peradon.</p>
@@ -20694,67 +20649,67 @@ orangerie, et l'opération plus longue et plus difficile.</p>
<h4>II.</h4>
-<p class="entete"><i>Rapport du commissaire à la disposition des plantes, relativement au
-jardin d'Élisabeth Capet, à Montreuil.</i></p>
+<p class="entete"><i>Rapport du commissaire à la disposition des plantes, relativement au
+jardin d'Élisabeth Capet, à Montreuil.</i></p>
-<p>Le commissaire à la disposition particulière des plantes, d'après
-différents renseignements pris en ce qui concerne le jardin
-appartenant cy-devant à Élisabeth Capet, à Montreuil, et examiné les
-pièces <span class="pagenum"><a id="page514" name="page514"></a>(p. 514)</span> suivantes, particulièrement le rapport du comité de
+<p>Le commissaire à la disposition particulière des plantes, d'après
+différents renseignements pris en ce qui concerne le jardin
+appartenant cy-devant à Élisabeth Capet, à Montreuil, et examiné les
+pièces <span class="pagenum"><a id="page514" name="page514"></a>(p. 514)</span> suivantes, particulièrement le rapport du comité de
surveillance, qui annonce que celui fait par les citoyens Richard et
-Pineaux, nommés commissaires par les représentants du peuple à l'effet
+Pineaux, nommés commissaires par les représentants du peuple à l'effet
de rendre compte du produit et des frais d'entretien dudit jardin; que
-ces deux commissaires ont observé qu'il seroit plus avantageux de
-confier à deux cultivateurs l'entretien et le produit de ce jardin,
-c'est-à-dire que Virey seroit chargé de la conduite de l'orangerie et
-plantes rares, et Doré de la partie des fruits et légumes.</p>
-
-<p>Ayant examiné en outre un marché fait par le citoyen Couturier, qui
-accorde à Virey la jouissance en totalité des productions du jardin
-pour lui tenir lieu d'indemnité pour son entretien, indépendamment des
-gages d'un premier garçon qui lui seront accordés, à la charge par lui
-de fournir des légumes à l'infirmerie pour la valeur de
-200<sup class="small">&#035;</sup><a id="footnotetag231" name="footnotetag231"></a><a href="#footnote231" title="Go to footnote 231"><span class="smaller">[231]</span></a> à son estimation, ainsi qu'il est énoncé audit
-marché.</p>
-
-<p>De plus, un autre rapport des citoyens Richard et Pineaux, où il est
-dit que la dépense pour l'entretien du jardin peut être mise en
-compensation avec le produit des fruits et légumes, et que même le
-jardinier pourra fournir à l'infirmerie des légumes pour la valeur de
-200<sup class="small">&#035;</sup>, ce qui forme, on l'aperçoit, une grande différence
-avec le marché fait par le citoyen Couturier.</p>
-
-<p>D'après toutes ces observations, le commissaire estime que, pour
-l'intérêt de l'administration, aucun des marchés ou arrangements tels
+ces deux commissaires ont observé qu'il seroit plus avantageux de
+confier à deux cultivateurs l'entretien et le produit de ce jardin,
+c'est-à-dire que Virey seroit chargé de la conduite de l'orangerie et
+plantes rares, et Doré de la partie des fruits et légumes.</p>
+
+<p>Ayant examiné en outre un marché fait par le citoyen Couturier, qui
+accorde à Virey la jouissance en totalité des productions du jardin
+pour lui tenir lieu d'indemnité pour son entretien, indépendamment des
+gages d'un premier garçon qui lui seront accordés, à la charge par lui
+de fournir des légumes à l'infirmerie pour la valeur de
+200<sup class="small">&#035;</sup><a id="footnotetag231" name="footnotetag231"></a><a href="#footnote231" title="Go to footnote 231"><span class="smaller">[231]</span></a> à son estimation, ainsi qu'il est énoncé audit
+marché.</p>
+
+<p>De plus, un autre rapport des citoyens Richard et Pineaux, où il est
+dit que la dépense pour l'entretien du jardin peut être mise en
+compensation avec le produit des fruits et légumes, et que même le
+jardinier pourra fournir à l'infirmerie des légumes pour la valeur de
+200<sup class="small">&#035;</sup>, ce qui forme, on l'aperçoit, une grande différence
+avec le marché fait par le citoyen Couturier.</p>
+
+<p>D'après toutes ces observations, le commissaire estime que, pour
+l'intérêt de l'administration, aucun des marchés ou arrangements tels
que ceux susdits ne peuvent avoir lieu.</p>
-<p>1<sup>o</sup> L'entretien desdits jardins, serres et orangeries, ne doit être
-alloué qu'à une seule personne, comme il s'est pratiqué jusqu'à
-présent; 2<sup>o</sup> que le marché fait par le citoyen Couturier est onéreux à
-l'administration, par la raison qu'il s'est présenté deux
-soumissionnaires, dont l'un, connu autant par sa probité que par son
+<p>1<sup>o</sup> L'entretien desdits jardins, serres et orangeries, ne doit être
+alloué qu'à une seule personne, comme il s'est pratiqué jusqu'à
+présent; 2<sup>o</sup> que le marché fait par le citoyen Couturier est onéreux à
+l'administration, par la raison qu'il s'est présenté deux
+soumissionnaires, dont l'un, connu autant par sa probité que par son
talent, s'est offert le premier, et a fait sa soumission d'entretenir
les jardins, bosquets, orangerie, etc., pour la jouissance du produit
seulement.</p>
-<p>Quant au rapport des citoyens Richard et Pineaux, où il n'est point
-parlé de gages de premier garçon, mais au contraire que le jardinier
-sera encore assez indemnisé en fourniture sur son produit pour la
-somme de 200<sup class="small">&#035;</sup> de légumes à l'infirmerie, l'administration
-décidera dans sa sagesse sur cet objet; elle voudra bien observer que
-le citoyen Virey est un père de famille, bon patriote et bon
-cultivateur; qu'il occupe maintenant cette place, et semble mériter la
-préférence, en acceptant toutefois les conditions du premier
+<p>Quant au rapport des citoyens Richard et Pineaux, où il n'est point
+parlé de gages de premier garçon, mais au contraire que le jardinier
+sera encore assez indemnisé en fourniture sur son produit pour la
+somme de 200<sup class="small">&#035;</sup> de légumes à l'infirmerie, l'administration
+décidera dans sa sagesse sur cet objet; elle voudra bien observer que
+le citoyen Virey est un père de famille, bon patriote et bon
+cultivateur; qu'il occupe maintenant cette place, et semble mériter la
+préférence, en acceptant toutefois les conditions du premier
soumissionnaire.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page515" name="page515"></a>(p. 515)</span> Il existe dans cette maison la quantité de cinquante-huit
-panneaux, dont quelques-uns sont mutilés, et dix-huit arrosoirs en
+<p><span class="pagenum"><a id="page515" name="page515"></a>(p. 515)</span> Il existe dans cette maison la quantité de cinquante-huit
+panneaux, dont quelques-uns sont mutilés, et dix-huit arrosoirs en
cuivre rouge et jaune; l'administration voudra-t-elle accorder
-quelques-uns de ces objets à Virey pour son usage, et vendre l'autre
-partie, excepté ceux qui sont en réquisition?</p>
+quelques-uns de ces objets à Virey pour son usage, et vendre l'autre
+partie, excepté ceux qui sont en réquisition?</p>
-<p>A Versailles, le 10 ventôse, l'an II de la République une et
-indivisible (28 février 1794).</p>
+<p>A Versailles, le 10 ventôse, l'an II de la République une et
+indivisible (28 février 1794).</p>
<p class="authorsc">Peradon.</p>
@@ -20762,59 +20717,59 @@ indivisible (28 février 1794).</p>
<h4>III.</h4>
-<p class="date">14 ventôse l'an II de la République une et indivisible<br>
+<p class="date">14 ventôse l'an II de la République une et indivisible<br>
(4 mars 1794).</p>
-<p>Suivant le rapport fait à l'administration par le citoyen Peradon,
-commissaire artiste, sur le jardin cy-devant appartenant à Élisabeth
-Capet, à Montreuil, il s'est présenté pour l'entretien de ce jardin
-plusieurs soumissionnaires, également connus par leurs talents et leur
-probité, qui proposent de se charger de la culture du potager, de
+<p>Suivant le rapport fait à l'administration par le citoyen Peradon,
+commissaire artiste, sur le jardin cy-devant appartenant à Élisabeth
+Capet, à Montreuil, il s'est présenté pour l'entretien de ce jardin
+plusieurs soumissionnaires, également connus par leurs talents et leur
+probité, qui proposent de se charger de la culture du potager, de
l'orangerie et des jardins sans appointements, moyennant qu'on leur en
abandonne les produits;</p>
<p>Le citoyen Virey, qui cultive actuellement ce jardin, demande, outre
-la jouissance des fruits, le traitement annuel de premier garçon, qui
-est de 1,000 à 1,200<sup class="small">&#035;</sup>.</p>
+la jouissance des fruits, le traitement annuel de premier garçon, qui
+est de 1,000 à 1,200<sup class="small">&#035;</sup>.</p>
-<p>La disproportion qui existe entre ces différentes soumissions est
+<p>La disproportion qui existe entre ces différentes soumissions est
d'autant plus sensible que, par un rapport des citoyens Richard et
-Pineaux, où il n'est point fait mention de gages, il est dit que le
-jardinier sera suffisamment indemnisé par le produit du jardin, en
-fournissant même pour 200<sup class="small">&#035;</sup> de légumes à l'infirmerie.</p>
+Pineaux, où il n'est point fait mention de gages, il est dit que le
+jardinier sera suffisamment indemnisé par le produit du jardin, en
+fournissant même pour 200<sup class="small">&#035;</sup> de légumes à l'infirmerie.</p>
-<p>Quelques égards que mérite le citoyen Virey, on ne peut se dissimuler
-que l'intérêt de la République ne permet pas de faire en sa faveur un
+<p>Quelques égards que mérite le citoyen Virey, on ne peut se dissimuler
+que l'intérêt de la République ne permet pas de faire en sa faveur un
sacrifice annuel de 1,200<sup class="small">&#035;</sup>, lorsqu'il est notoire que le
-jardin peut être cultivé par des mains habiles sans qu'il en coûte
-rien à la nation. Tout ce que semble exiger la justice en faveur du
-citoyen Virey, bon patriote et père de famille, c'est de lui accorder
-la préférence dans le cas où il se chargeroit de l'entretien desdits
-jardins aux mêmes conditions que les autres soumissionnaires.</p>
+jardin peut être cultivé par des mains habiles sans qu'il en coûte
+rien à la nation. Tout ce que semble exiger la justice en faveur du
+citoyen Virey, bon patriote et père de famille, c'est de lui accorder
+la préférence dans le cas où il se chargeroit de l'entretien desdits
+jardins aux mêmes conditions que les autres soumissionnaires.</p>
<p>Il existe dans la maison cinquante-huit panneaux et dix-huit arrosoirs
en cuivre rouge et jaune, dont la commission propose de mettre une
-partie à la disposition du jardinier; il demande à cet égard les
+partie à la disposition du jardinier; il demande à cet égard les
ordres de l'administration;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page516" name="page516"></a>(p. 516)</span> Ouï l'agent national en ses conclusions,</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page516" name="page516"></a>(p. 516)</span> Ouï l'agent national en ses conclusions,</p>
-<p>L'administration, considérant que l'intérêt de la République lui
-impose impérieusement la loi de mettre dans toutes les parties
-l'économie dont elles sont susceptibles, lorsqu'à cette économie se
-trouvent joints les avantages qui résulteroient d'une plus forte
-dépense, et désirant d'ailleurs concilier les égards dus au citoyen
-Virey avec le bien public, premier objet de ses considérations, estime
-que les potager, orangerie et jardins, cy-devant appartenants à
-Élisabeth Capet, à Montreuil, seront loués à l'enchère en la manière
-accoutumée, et aux charges qui seront prescrites par les cahiers;</p>
+<p>L'administration, considérant que l'intérêt de la République lui
+impose impérieusement la loi de mettre dans toutes les parties
+l'économie dont elles sont susceptibles, lorsqu'à cette économie se
+trouvent joints les avantages qui résulteroient d'une plus forte
+dépense, et désirant d'ailleurs concilier les égards dus au citoyen
+Virey avec le bien public, premier objet de ses considérations, estime
+que les potager, orangerie et jardins, cy-devant appartenants à
+Élisabeth Capet, à Montreuil, seront loués à l'enchère en la manière
+accoutumée, et aux charges qui seront prescrites par les cahiers;</p>
-<p>Arrête en outre que, sur les cinquante-huit panneaux et dix-huit
-arrosoirs qui se trouvent dans ladite maison, il sera mis à la
+<p>Arrête en outre que, sur les cinquante-huit panneaux et dix-huit
+arrosoirs qui se trouvent dans ladite maison, il sera mis à la
disposition du locataire trente panneaux et dix arrosoirs, dont
-l'estimation sera faite pour qu'il ait à les représenter, lorsqu'il en
-sera requis, tels qu'il les aura reçus, et que les panneaux et
-arrosoirs restants seront mis en réserve pour servir lorsqu'il y aura
+l'estimation sera faite pour qu'il ait à les représenter, lorsqu'il en
+sera requis, tels qu'il les aura reçus, et que les panneaux et
+arrosoirs restants seront mis en réserve pour servir lorsqu'il y aura
lieu et ainsi que l'administration en ordonnera.</p>
<hr class="hr10">
@@ -20822,41 +20777,41 @@ lieu et ainsi que l'administration en ordonnera.</p>
<h4>IV.</h4>
<p class="date">
- Versailles, le 25 frimaire l'an III de la République une et indivisible<br>
- (15 décembre 1794).</p>
+ Versailles, le 25 frimaire l'an III de la République une et indivisible<br>
+ (15 décembre 1794).</p>
<p class="entete"><i>Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement et des
-domaines à l'agent national du district de Versailles.</i></p>
+domaines à l'agent national du district de Versailles.</i></p>
<p class="smcap">Citoyen,</p>
<p>Par une lettre du 15 thermidor dernier, l'administration du district a
-informé la commission des revenus nationaux que, malgré les
-précautions qu'elle avoit prises, elle n'avoit pu empêcher les
-dégradations considérables qui se commettoient journellement dans la
-maison d'Élisabeth Capet, située à Montreuil, et elle a imputé ces
-dégradations aux malades de l'hospice militaire qui avoit été établi
+informé la commission des revenus nationaux que, malgré les
+précautions qu'elle avoit prises, elle n'avoit pu empêcher les
+dégradations considérables qui se commettoient journellement dans la
+maison d'Élisabeth Capet, située à Montreuil, et elle a imputé ces
+dégradations aux malades de l'hospice militaire qui avoit été établi
dans cette maison.</p>
-<p>Il résulte des informations prises par la commission des secours
-publics, à laquelle la commission des revenus nationaux avoit porté
-ses plaintes, que ces dégradations ont été principalement commises par
+<p>Il résulte des informations prises par la commission des secours
+publics, à laquelle la commission des revenus nationaux avoit porté
+ses plaintes, que ces dégradations ont été principalement commises par
le citoyen Leblanc, locataire actuel du jardin, qui y laisse
-habituellement pâturer ses vaches.</p>
+habituellement pâturer ses vaches.</p>
-<p>Ces faits étant consignés dans un procès-verbal, rapporté le 9
-thermidor dernier par les membres du comité de surveillance de
-l'hôpital, <span class="pagenum"><a id="page517" name="page517"></a>(p. 517)</span> je te prie de faire informer sur ce délit, et
+<p>Ces faits étant consignés dans un procès-verbal, rapporté le 9
+thermidor dernier par les membres du comité de surveillance de
+l'hôpital, <span class="pagenum"><a id="page517" name="page517"></a>(p. 517)</span> je te prie de faire informer sur ce délit, et
d'intenter, s'il y a lieu, une action contre le locataire, tant en
-réparations qu'en indemnité des dommages qui seront reconnus être
-procédés de son fait. Comme je ne doute nullement qu'avant de mettre
-le locataire en jouissance il n'ait été dressé un état descriptif des
+réparations qu'en indemnité des dommages qui seront reconnus être
+procédés de son fait. Comme je ne doute nullement qu'avant de mettre
+le locataire en jouissance il n'ait été dressé un état descriptif des
lieux, et que le cahier des charges de l'adjudication ne l'ait
-expressément assujetti à les entretenir et à les rendre en bon état de
-culture à l'expiration de sa jouissance, il sera facile de l'obliger à
-réparer les dégradations commises.</p>
+expressément assujetti à les entretenir et à les rendre en bon état de
+culture à l'expiration de sa jouissance, il sera facile de l'obliger à
+réparer les dégradations commises.</p>
-<p>Salut et fraternité.</p>
+<p>Salut et fraternité.</p>
<p class="authorsc">Garnier-Deschesne.</p>
@@ -20864,450 +20819,450 @@ réparer les dégradations commises.</p>
<a id="doc12" name="doc12"></a>
<h3>XII<br>
-<span class="smaller">RÉCIT DU PÈRE CARRICHON,<br>
-PRÊTRE DE LA CONGRÉGATION DE L'ORATOIRE,</span></h3>
+<span class="smaller">RÉCIT DU PÈRE CARRICHON,<br>
+PRÊTRE DE LA CONGRÉGATION DE L'ORATOIRE,</span></h3>
<p class="note">
- Témoin de la mort de mesdames la maréchale de Noailles, la
- duchesse d'Ayen, et la vicomtesse de Noailles, condamnées à mort
- par le tribunal révolutionnaire le 4 thermidor an II (22 juillet
+ Témoin de la mort de mesdames la maréchale de Noailles, la
+ duchesse d'Ayen, et la vicomtesse de Noailles, condamnées à mort
+ par le tribunal révolutionnaire le 4 thermidor an II (22 juillet
1794).</p>
-<p>Mesdames la maréchale de Noailles, la duchesse d'Ayen et la vicomtesse
-de Noailles furent détenues dans leur hôtel depuis le mois de
-septembre 1793 jusqu'en avril 1794. Je connoissois la première de vue
-seulement, et d'une manière particulière les deux autres, que je
+<p>Mesdames la maréchale de Noailles, la duchesse d'Ayen et la vicomtesse
+de Noailles furent détenues dans leur hôtel depuis le mois de
+septembre 1793 jusqu'en avril 1794. Je connoissois la première de vue
+seulement, et d'une manière particulière les deux autres, que je
voyois ordinairement une fois la semaine. La Terreur croissoit avec le
crime. Leurs victimes devenoient plus nombreuses. Un jour qu'on en
-parloit et qu'on s'exhortoit à se préparer à l'être, je leur dis par
-une espèce de pressentiment: «Si vous allez à la guillotine et que
-Dieu m'en donne la force, je vous y accompagnerai.» Elles me prennent
-au mot, ajoutant avec vivacité: «Nous le promettez-vous?» J'hésite un
-moment. «Oui, repris-je, et pour que vous me reconnoissiez bien,
-j'aurai un habit bleu foncé et une veste rouge.» Depuis elles me
-rappelèrent souvent ma promesse. Au mois d'avril, la semaine, je
-crois, après Pâques, elles sont conduites toutes trois au Luxembourg.
-J'en ai souvent des nouvelles par celui qui leur a rendu avec un zèle
-si délicat tant de services et dans leurs personnes et dans celles de
-leurs enfants. Ma promesse est rappelée. Le 27 juin, un vendredi, il
-vient de leur part me prier de rendre au maréchal de Mouchy et à sa
+parloit et qu'on s'exhortoit à se préparer à l'être, je leur dis par
+une espèce de pressentiment: «Si vous allez à la guillotine et que
+Dieu m'en donne la force, je vous y accompagnerai.» Elles me prennent
+au mot, ajoutant avec vivacité: «Nous le promettez-vous?» J'hésite un
+moment. «Oui, repris-je, et pour que vous me reconnoissiez bien,
+j'aurai un habit bleu foncé et une veste rouge.» Depuis elles me
+rappelèrent souvent ma promesse. Au mois d'avril, la semaine, je
+crois, après Pâques, elles sont conduites toutes trois au Luxembourg.
+J'en ai souvent des nouvelles par celui qui leur a rendu avec un zèle
+si délicat tant de services et dans leurs personnes et dans celles de
+leurs enfants. Ma promesse est rappelée. Le 27 juin, un vendredi, il
+vient de leur part me prier de rendre au maréchal de Mouchy et à sa
femme le service que je leur avois promis. Je vais au palais. Je
-parviens à entrer dans la cour. Je les ai sous les yeux et de fort
-près pendant <span class="pagenum"><a id="page518" name="page518"></a>(p. 518)</span> plus d'un quart d'heure. M. et madame de Mouchy,
+parviens à entrer dans la cour. Je les ai sous les yeux et de fort
+près pendant <span class="pagenum"><a id="page518" name="page518"></a>(p. 518)</span> plus d'un quart d'heure. M. et madame de Mouchy,
que je n'avois vus qu'une fois chez eux et que je connoissois mieux
qu'ils ne me connoissoient, ne me reconnoissent point. Je fais ce que
-je peux pour eux. Le maréchal étoit singulièrement édifiant et prioit
+je peux pour eux. Le maréchal étoit singulièrement édifiant et prioit
vocalement de tout son c&oelig;ur. La veille il avoit dit, en quittant le
-Luxembourg, à ceux qui lui marquoient de l'intérêt: «A dix-sept ans
-j'ai monté à l'assaut pour mon Roi, à soixante-dix-huit je vais à
-l'échafaud pour mon Dieu; mes amis, je ne suis pas malheureux.»
-J'évite des détails qui deviendroient immenses. Ce jour-là, je crois
-inutile et même je ne me sens point capable d'aller jusqu'à la
-guillotine. J'en augure mal pour la promesse spéciale faite à leurs
-parentes. Que j'aurois à dire sur tous les nombreux convois qui
-précédèrent et suivirent celui du 27, convois fortunés ou infortunés,
-selon les dispositions de ceux qui les formoient, tableaux déchirants
-lors même que les caractères et tous les signes extérieurs annonçoient
-une mort chrétienne, lors même qu'ils étoient accompagnés des grandes
-consolations produites par les vertus chrétiennes; mais bien autrement
-déchirants, lorsqu'ils en fournissoient peu ou point, et que les
-condamnés sembloient passer de l'enfer de ce monde à celui de l'autre!</p>
-
-<p>Le 22 juillet, un mardi, jour de sainte Madeleine, j'étois chez moi,
+Luxembourg, à ceux qui lui marquoient de l'intérêt: «A dix-sept ans
+j'ai monté à l'assaut pour mon Roi, à soixante-dix-huit je vais à
+l'échafaud pour mon Dieu; mes amis, je ne suis pas malheureux.»
+J'évite des détails qui deviendroient immenses. Ce jour-là, je crois
+inutile et même je ne me sens point capable d'aller jusqu'à la
+guillotine. J'en augure mal pour la promesse spéciale faite à leurs
+parentes. Que j'aurois à dire sur tous les nombreux convois qui
+précédèrent et suivirent celui du 27, convois fortunés ou infortunés,
+selon les dispositions de ceux qui les formoient, tableaux déchirants
+lors même que les caractères et tous les signes extérieurs annonçoient
+une mort chrétienne, lors même qu'ils étoient accompagnés des grandes
+consolations produites par les vertus chrétiennes; mais bien autrement
+déchirants, lorsqu'ils en fournissoient peu ou point, et que les
+condamnés sembloient passer de l'enfer de ce monde à celui de l'autre!</p>
+
+<p>Le 22 juillet, un mardi, jour de sainte Madeleine, j'étois chez moi,
et vers onze heures. J'allois sortir. On frappe. J'ouvre et je vois
-les enfants Noailles et leur instituteur; les enfants avec la gaieté
-de leur âge qui couvroit le fond de tristesse que nourrissoit en eux
-la détention de leurs parentes; ils alloient se promener et prendre
-l'air de la campagne: l'instituteur, pâle, défiguré, pensif et
-triste.&mdash;Ce contraste me frappe. «Passons, me dit-il, dans votre
-chambre, laissons les enfants dans votre cabinet.» Nous nous séparons;
-les enfants se mettent à jouer; nous entrons dans la chambre. Il se
-jette dans un fauteuil: «C'en est fait, mon ami; ces dames sont au
-tribunal révolutionnaire. Je viens vous sommer de tenir votre parole.
-Je vais les conduire à Vincennes pour y voir la petite Euphémie. Dans
-le bois je préparerai ces malheureux enfants à cette terrible perte
-qu'ils ignorent.» Quelque préparé que je fusse depuis longtemps, je
-suis déconcerté. Toute cette affreuse situation des mères, des
-enfants, de leur digne instituteur, cette gaieté suivie de tant de
-tristesse, la petite Euphémie âgée alors d'environ quatre ans, tout se
-peint à mon imagination en traits de feu inimitables. Je reviens à moi
-à l'instant, et après quelques demandes, réponses et autres lugubres
-détails, je dis: «Partez, je vais changer d'habits. Quelle commission!
-Priez Dieu qu'il me donne la force de l'exécuter.»&mdash;Nous nous levons,
-passons dans le <span class="pagenum"><a id="page519" name="page519"></a>(p. 519)</span> cabinet où nous trouvons les enfants,
-s'amusant, gais et contents autant qu'ils pouvoient l'être; ce que
-nous éprouvions à leur vue, ce qu'ils ignoroient, ce qu'ils alloient
+les enfants Noailles et leur instituteur; les enfants avec la gaieté
+de leur âge qui couvroit le fond de tristesse que nourrissoit en eux
+la détention de leurs parentes; ils alloient se promener et prendre
+l'air de la campagne: l'instituteur, pâle, défiguré, pensif et
+triste.&mdash;Ce contraste me frappe. «Passons, me dit-il, dans votre
+chambre, laissons les enfants dans votre cabinet.» Nous nous séparons;
+les enfants se mettent à jouer; nous entrons dans la chambre. Il se
+jette dans un fauteuil: «C'en est fait, mon ami; ces dames sont au
+tribunal révolutionnaire. Je viens vous sommer de tenir votre parole.
+Je vais les conduire à Vincennes pour y voir la petite Euphémie. Dans
+le bois je préparerai ces malheureux enfants à cette terrible perte
+qu'ils ignorent.» Quelque préparé que je fusse depuis longtemps, je
+suis déconcerté. Toute cette affreuse situation des mères, des
+enfants, de leur digne instituteur, cette gaieté suivie de tant de
+tristesse, la petite Euphémie âgée alors d'environ quatre ans, tout se
+peint à mon imagination en traits de feu inimitables. Je reviens à moi
+à l'instant, et après quelques demandes, réponses et autres lugubres
+détails, je dis: «Partez, je vais changer d'habits. Quelle commission!
+Priez Dieu qu'il me donne la force de l'exécuter.»&mdash;Nous nous levons,
+passons dans le <span class="pagenum"><a id="page519" name="page519"></a>(p. 519)</span> cabinet où nous trouvons les enfants,
+s'amusant, gais et contents autant qu'ils pouvoient l'être; ce que
+nous éprouvions à leur vue, ce qu'ils ignoroient, ce qu'ils alloient
apprendre, rend le contraste plus frappant, me serre le c&oelig;ur. Je
-fais bonne contenance et les congédie. Resté seul, je me sens
-épouvanté, fatigué. Mon Dieu, ayez pitié d'elles, d'eux et de moi!</p>
+fais bonne contenance et les congédie. Resté seul, je me sens
+épouvanté, fatigué. Mon Dieu, ayez pitié d'elles, d'eux et de moi!</p>
-<p>Je change d'habits et vais faire quelques courses projetées, avec un
-poids dans l'âme bien accablant. Je les interromps pour aller au
-palais entre une et deux heures. Je veux entrer. Impossibilité. Je
+<p>Je change d'habits et vais faire quelques courses projetées, avec un
+poids dans l'âme bien accablant. Je les interromps pour aller au
+palais entre une et deux heures. Je veux entrer. Impossibilité. Je
prends des informations de quelqu'un qui sort, comme doutant encore de
-la réalité de l'annonce; l'illusion de l'espérance est la dernière
-détruite. Par ce qu'il me dit, je ne peux plus douter. Je reprends mes
+la réalité de l'annonce; l'illusion de l'espérance est la dernière
+détruite. Par ce qu'il me dit, je ne peux plus douter. Je reprends mes
courses, elles me conduisent jusqu'au faubourg Saint-Antoine, et avec
-quelle pensée, quelle agitation intérieure, quel effroi secret joint à
-une tête malade! Ayant affaire à une personne de confiance, je
+quelle pensée, quelle agitation intérieure, quel effroi secret joint à
+une tête malade! Ayant affaire à une personne de confiance, je
m'ouvre, elle m'encourage au nom de Dieu. Pour dissiper le mal de
-tête, je la prie de me faire un peu de café. Il me fait quelque bien.
-Je reviens au palais très-lentement, très-pensif, très-irrésolu,
-désirant de ne point arriver, ou de ne point trouver celles qui m'y
-appellent: j'arrive avant cinq heures. Rien n'annonce le départ. Je
-monte tristement les degrés de la Sainte-Chapelle, je me promène dans
-la grande salle, aux environs, je m'assieds, je me lève, je ne parle à
-qui que ce soit, je cache sous un air sérieux un fond très-agité et
-très-chagrin; de temps en temps un triste coup d'&oelig;il sur la cour
-pour voir si le départ s'annonce. Je reviens. Ma fréquente exclamation
-intérieure étoit: Dans deux heures, dans une heure et demie, elles ne
-seront donc plus! Je ne puis exprimer combien cette idée m'affectoit
-et m'a affecté toute la vie quand j'ai pu l'appliquer: jamais heure ne
-m'a paru si longue et si courte que celle qui s'écoula depuis cinq
-heures jusqu'à six, pour divers motifs qui se croisoient, se
-combattoient, se détruisoient et me faisoient passer des illusions du
-vain espoir à des craintes malheureusement trop réelles.</p>
+tête, je la prie de me faire un peu de café. Il me fait quelque bien.
+Je reviens au palais très-lentement, très-pensif, très-irrésolu,
+désirant de ne point arriver, ou de ne point trouver celles qui m'y
+appellent: j'arrive avant cinq heures. Rien n'annonce le départ. Je
+monte tristement les degrés de la Sainte-Chapelle, je me promène dans
+la grande salle, aux environs, je m'assieds, je me lève, je ne parle à
+qui que ce soit, je cache sous un air sérieux un fond très-agité et
+très-chagrin; de temps en temps un triste coup d'&oelig;il sur la cour
+pour voir si le départ s'annonce. Je reviens. Ma fréquente exclamation
+intérieure étoit: Dans deux heures, dans une heure et demie, elles ne
+seront donc plus! Je ne puis exprimer combien cette idée m'affectoit
+et m'a affecté toute la vie quand j'ai pu l'appliquer: jamais heure ne
+m'a paru si longue et si courte que celle qui s'écoula depuis cinq
+heures jusqu'à six, pour divers motifs qui se croisoient, se
+combattoient, se détruisoient et me faisoient passer des illusions du
+vain espoir à des craintes malheureusement trop réelles.</p>
<p>Enfin aux mouvements je juge que les victimes vont sortir de la
-prison. Je descends et vais me placer près de la grille par où elles
-sortent, puisqu'il n'est plus possible depuis quinze jours de pénétrer
-dans la cour. La première charrette se remplit, s'avance vers moi. Il
-y avoit huit dames très-édifiantes, sept pour moi inconnues; la
-dernière, dont j'étois fort proche, étoit la maréchale de Noailles. De
-n'y point voir sa belle-fille et petite-fille, ce fut là un foible et
-dernier rayon d'espérance; car, hélas! sur la deuxième charrette
-montent <span class="pagenum"><a id="page520" name="page520"></a>(p. 520)</span> la mère et la fille. Celle-ci étoit en blanc, qu'elle
-n'avoit quitté depuis la mort de son beau-père et de sa belle-mère;
-elle paroissoit âgée de vingt-quatre ans au plus; celle-là de
-quarante, en déshabillé rayé bleu et blanc. Je les voyois encore de
-loin. Six hommes se placèrent après elles, les deux premiers, je ne
-sais comment, à un peu plus de distance qu'à l'ordinaire, comme pour
-leur donner plus de liberté, et avec un air d'égard et de respect dont
-je leur sus bon gré. A peine sont-elles placées, que la fille témoigne
-à sa mère ce vif et tendre intérêt si connu: j'entends dire auprès de
-moi: «Voyez donc cette jeune fille, comme elle s'agite! comme elle
-parle!»&mdash;Elle ne paroît pas triste. Je crois qu'elle me cherche des
-yeux; il me semble entendre tout ce qu'elles se disent: «Il n'y est
-pas.&mdash;Regarde encore.&mdash;Maman, rien ne m'échappe, je vous l'assure, il
-n'y est pas.» Elles oublient que je leur avois fait annoncer
-l'impossibilité de me trouver là. La première charrette reste près de
-moi au moins un quart d'heure. Elle avance. La deuxième va passer. Je
-m'apprête. Elle passe, ces dames ne me voient pas. Je rentre dans le
-palais, fais un grand détour et viens me placer à l'entrée du pont au
+prison. Je descends et vais me placer près de la grille par où elles
+sortent, puisqu'il n'est plus possible depuis quinze jours de pénétrer
+dans la cour. La première charrette se remplit, s'avance vers moi. Il
+y avoit huit dames très-édifiantes, sept pour moi inconnues; la
+dernière, dont j'étois fort proche, étoit la maréchale de Noailles. De
+n'y point voir sa belle-fille et petite-fille, ce fut là un foible et
+dernier rayon d'espérance; car, hélas! sur la deuxième charrette
+montent <span class="pagenum"><a id="page520" name="page520"></a>(p. 520)</span> la mère et la fille. Celle-ci étoit en blanc, qu'elle
+n'avoit quitté depuis la mort de son beau-père et de sa belle-mère;
+elle paroissoit âgée de vingt-quatre ans au plus; celle-là de
+quarante, en déshabillé rayé bleu et blanc. Je les voyois encore de
+loin. Six hommes se placèrent après elles, les deux premiers, je ne
+sais comment, à un peu plus de distance qu'à l'ordinaire, comme pour
+leur donner plus de liberté, et avec un air d'égard et de respect dont
+je leur sus bon gré. A peine sont-elles placées, que la fille témoigne
+à sa mère ce vif et tendre intérêt si connu: j'entends dire auprès de
+moi: «Voyez donc cette jeune fille, comme elle s'agite! comme elle
+parle!»&mdash;Elle ne paroît pas triste. Je crois qu'elle me cherche des
+yeux; il me semble entendre tout ce qu'elles se disent: «Il n'y est
+pas.&mdash;Regarde encore.&mdash;Maman, rien ne m'échappe, je vous l'assure, il
+n'y est pas.» Elles oublient que je leur avois fait annoncer
+l'impossibilité de me trouver là. La première charrette reste près de
+moi au moins un quart d'heure. Elle avance. La deuxième va passer. Je
+m'apprête. Elle passe, ces dames ne me voient pas. Je rentre dans le
+palais, fais un grand détour et viens me placer à l'entrée du pont au
Change, dans un endroit apparent. Mesdames de Noailles jettent les
-yeux de tous côtés; elles passent et ne me voient pas. Je les suis le
-long du pont, séparé de la foule, cependant assez près d'elles; madame
-de Noailles, toujours cherchant, ne m'aperçoit pas.</p>
+yeux de tous côtés; elles passent et ne me voient pas. Je les suis le
+long du pont, séparé de la foule, cependant assez près d'elles; madame
+de Noailles, toujours cherchant, ne m'aperçoit pas.</p>
-<p>L'inquiétude se peint sur la physionomie de madame d'Ayen, sa fille
-redouble d'attention sans succès. Je suis tenté d'y renoncer. J'ai
+<p>L'inquiétude se peint sur la physionomie de madame d'Ayen, sa fille
+redouble d'attention sans succès. Je suis tenté d'y renoncer. J'ai
fait ce que j'ai pu; partout ailleurs la foule sera plus grande, il
-n'y a pas moyen. Je suis fatigué.&mdash;J'allois me retirer. Le ciel se
+n'y a pas moyen. Je suis fatigué.&mdash;J'allois me retirer. Le ciel se
couvre, le tonnerre se fait entendre au loin. Tentons encore. Et par
-des chemins détournés j'arrive dans la rue Saint-Antoine, après la rue
-de Fourcy, presque vis-à-vis la trop fameuse Force, avant la
-charrette. Alors souffle un vent violent, l'orage éclate; les éclairs,
-les coups de tonnerre se succèdent rapidement. La pluie commence.
+des chemins détournés j'arrive dans la rue Saint-Antoine, après la rue
+de Fourcy, presque vis-à-vis la trop fameuse Force, avant la
+charrette. Alors souffle un vent violent, l'orage éclate; les éclairs,
+les coups de tonnerre se succèdent rapidement. La pluie commence.
C'est un torrent. Je me retire sur le seuil d'une boutique qui m'est
-toujours présente et que je ne vois jamais sans attendrissement. En un
-instant la rue est balayée. Plus de monde qu'aux portes, boutiques et
-fenêtres: plus d'ordre dans la marche; les cavaliers, les fantassins
+toujours présente et que je ne vois jamais sans attendrissement. En un
+instant la rue est balayée. Plus de monde qu'aux portes, boutiques et
+fenêtres: plus d'ordre dans la marche; les cavaliers, les fantassins
vont plus vite, comme ils peuvent, les charrettes aussi. Elles sont au
-petit Saint-Antoine et je suis encore indécis: la première passe
-devant moi. Un mouvement précipité et comme involontaire me fait
-quitter la boutique, et me voilà seul tout près de ces dames. Madame
-de Noailles m'aperçoit, et souriant semble dire: «Vous voilà donc
+petit Saint-Antoine et je suis encore indécis: la première passe
+devant moi. Un mouvement précipité et comme involontaire me fait
+quitter la boutique, et me voilà seul tout près de ces dames. Madame
+de Noailles m'aperçoit, et souriant semble dire: «Vous voilà donc
enfin! <span class="pagenum"><a id="page521" name="page521"></a>(p. 521)</span> Ah! que nous en sommes aises! Nous vous avons bien
-cherché.&mdash;Maman, le voilà.» A cet instant madame d'Ayen renaît, et
-toutes mes irrésolutions cessent, je me sens un courage
-extraordinaire. Trempé de sueur et de pluie, je n'y pense plus, je
-continue à marcher près d'elles. Sur les marches de l'église
-Saint-Louis, j'apperçois un ami pénétré pour elles de respect,
-d'attachement, cherchant à leur rendre le même service. Son visage,
+cherché.&mdash;Maman, le voilà.» A cet instant madame d'Ayen renaît, et
+toutes mes irrésolutions cessent, je me sens un courage
+extraordinaire. Trempé de sueur et de pluie, je n'y pense plus, je
+continue à marcher près d'elles. Sur les marches de l'église
+Saint-Louis, j'apperçois un ami pénétré pour elles de respect,
+d'attachement, cherchant à leur rendre le même service. Son visage,
son attitude annoncent tout ce qu'il sent en les voyant. Je lui prends
la main avec un saisissement d'attendrissement mais aussi tout de
-force. «Bonsoir, mon ami.» Là est une place, plusieurs rues y
-aboutissent. L'orage est au plus haut point, le vent plus impétueux.
-Les dames de la première charrette en sont fort tourmentées, surtout
-la maréchale de Noailles; son grand bonnet renversé laisse voir
-quelques cheveux gris; elle chancelle sur sa misérable planche, sans
-dossier, les mains liées derrière le dos. Aussitôt un tas de gens qui
-se trouvent là, la reconnoissent, ne font attention qu'à elle, et
+force. «Bonsoir, mon ami.» Là est une place, plusieurs rues y
+aboutissent. L'orage est au plus haut point, le vent plus impétueux.
+Les dames de la première charrette en sont fort tourmentées, surtout
+la maréchale de Noailles; son grand bonnet renversé laisse voir
+quelques cheveux gris; elle chancelle sur sa misérable planche, sans
+dossier, les mains liées derrière le dos. Aussitôt un tas de gens qui
+se trouvent là, la reconnoissent, ne font attention qu'à elle, et
augmentent son tourment, qu'elle supporte avec patience, par leurs
-cris insultants. «La voilà donc cette maréchale, menant autrefois si
-grand train et qui alloit dans des beaux carrosses, la voilà dans la
-charrette tout comme les autres!» etc. Rien de plus insupportable pour
-tout être sensible que ces cris de cannibales. Les malheureux sont des
-objets sacrés, surtout quand ils sont innocents. Les cris continuent,
-le ciel est plus noir, la pluie plus forte. Nous voilà à la place qui
-précède le faubourg Saint-Antoine. Je devance, j'examine, et je me
-dis: Voilà le meilleur endroit pour leur accorder ce qu'elles désirent
-tant. La charrette alloit moins vite; je m'arrête, je me tourne vers
-elles: je fais à madame de Noailles un signe qu'elle comprend
-parfaitement.&mdash;«... Maman, M. X. va nous donner l'absolution.»
-Aussitôt elles baissent la tête avec un air de piété, de repentance,
-de joie, d'attendrissement qui m'embaume; je lève la main, reste la
-tête couverte, et prononce très-distinctement, et avec une attention
-surnaturelle, la formule entière d'absolution et les paroles qui la
+cris insultants. «La voilà donc cette maréchale, menant autrefois si
+grand train et qui alloit dans des beaux carrosses, la voilà dans la
+charrette tout comme les autres!» etc. Rien de plus insupportable pour
+tout être sensible que ces cris de cannibales. Les malheureux sont des
+objets sacrés, surtout quand ils sont innocents. Les cris continuent,
+le ciel est plus noir, la pluie plus forte. Nous voilà à la place qui
+précède le faubourg Saint-Antoine. Je devance, j'examine, et je me
+dis: Voilà le meilleur endroit pour leur accorder ce qu'elles désirent
+tant. La charrette alloit moins vite; je m'arrête, je me tourne vers
+elles: je fais à madame de Noailles un signe qu'elle comprend
+parfaitement.&mdash;«... Maman, M. X. va nous donner l'absolution.»
+Aussitôt elles baissent la tête avec un air de piété, de repentance,
+de joie, d'attendrissement qui m'embaume; je lève la main, reste la
+tête couverte, et prononce très-distinctement, et avec une attention
+surnaturelle, la formule entière d'absolution et les paroles qui la
suivent; elles s'unissent mieux que jamais. Je n'oublierai jamais ce
-ravissant tableau, digne du pinceau d'un Raphaël, après lequel tout ce
+ravissant tableau, digne du pinceau d'un Raphaël, après lequel tout ce
qui reste n'est que baume et consolation.</p>
-<p>Dès ce moment l'orage s'apaise, la pluie diminue, il semble n'avoir
-existé que pour le succès si désiré de part et d'autre; j'en bénis
-Dieu, elles en font autant, leur extérieur n'annonce que contentement,
-sérénité, allégresse. En s'avançant dans le faubourg, la foule
-curieuse revient, borde les deux côtés, insulte les premières dames,
-surtout la maréchale, rien à ses deux parentes; la pluie cesse.</p>
+<p>Dès ce moment l'orage s'apaise, la pluie diminue, il semble n'avoir
+existé que pour le succès si désiré de part et d'autre; j'en bénis
+Dieu, elles en font autant, leur extérieur n'annonce que contentement,
+sérénité, allégresse. En s'avançant dans le faubourg, la foule
+curieuse revient, borde les deux côtés, insulte les premières dames,
+surtout la maréchale, rien à ses deux parentes; la pluie cesse.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page522" name="page522"></a>(p. 522)</span> Tantôt je devance, tantôt j'accompagne. Après l'abbaye
-Saint-Antoine, j'aperçois auprès de moi un jeune homme, prêtre, dont
+<p><span class="pagenum"><a id="page522" name="page522"></a>(p. 522)</span> Tantôt je devance, tantôt j'accompagne. Après l'abbaye
+Saint-Antoine, j'aperçois auprès de moi un jeune homme, prêtre, dont
pour quelques motifs je suspecte les sentiments. Il m'embarrasse. Je
-crains qu'il ne me reconnoisse, je rétrograde, j'avance, heureusement
-il ne me reconnoît point; il double le pas et je ne le vois plus.</p>
+crains qu'il ne me reconnoisse, je rétrograde, j'avance, heureusement
+il ne me reconnoît point; il double le pas et je ne le vois plus.</p>
<p>Enfin nous arrivons au lieu fatal. Ce qui se passe en moi ne peut se
-peindre. Quel moment! Quelle séparation! Quelle douleur dans ces
-enfants, dans ces s&oelig;urs, nièces, qui restent dans cette vallée de
-larmes! Je les vois encore pleines de santé. Elles auroient été si
-utiles à leur famille, et dans un instant je ne les verrai plus!.....
-Quelle idée! quel déchirement! mais non sans de grandes consolations
-en les contemplant si résignées. Les charrettes s'arrêtent, l'échafaud
-se présente, je frissonne; les cavaliers et les fantassins
+peindre. Quel moment! Quelle séparation! Quelle douleur dans ces
+enfants, dans ces s&oelig;urs, nièces, qui restent dans cette vallée de
+larmes! Je les vois encore pleines de santé. Elles auroient été si
+utiles à leur famille, et dans un instant je ne les verrai plus!.....
+Quelle idée! quel déchirement! mais non sans de grandes consolations
+en les contemplant si résignées. Les charrettes s'arrêtent, l'échafaud
+se présente, je frissonne; les cavaliers et les fantassins
l'entourent; autour d'eux un cercle plus nombreux de spectateurs, la
-plupart riant et s'amusant de ce désolant spectacle: je suis au milieu
-d'eux dans une situation bien différente. J'aperçois le maître
-bourreau et deux valets, dont il est distingué par la jeunesse, par
-l'air d'un petit-maître manqué et le costume. L'un des valets est
-remarquable par sa taille, son embonpoint, la rose qu'il a à la
-bouche, ses manches retroussées, ses cheveux en queue et crépus, l'air
-de sang-froid et de réflexion avec lequel il agit, enfin une de ces
-physionomies régulières et frappantes, quoique sans élévation, qui ont
-pu servir de modèles aux grands peintres quand ils ont représenté des
+plupart riant et s'amusant de ce désolant spectacle: je suis au milieu
+d'eux dans une situation bien différente. J'aperçois le maître
+bourreau et deux valets, dont il est distingué par la jeunesse, par
+l'air d'un petit-maître manqué et le costume. L'un des valets est
+remarquable par sa taille, son embonpoint, la rose qu'il a à la
+bouche, ses manches retroussées, ses cheveux en queue et crépus, l'air
+de sang-froid et de réflexion avec lequel il agit, enfin une de ces
+physionomies régulières et frappantes, quoique sans élévation, qui ont
+pu servir de modèles aux grands peintres quand ils ont représenté des
bourreaux dans l'histoire des martyrs. Il faut le dire, soit par un
-fonds d'humanité, soit habitude ou désir d'avoir plus tôt fait, le
-supplice étoit singulièrement adouci par leur promptitude, leur
-attention à descendre tous les condamnés avant de commencer à les
-placer le dos à l'échafaud, de manière qu'ils ne puissent rien voir;
-je leur en sus quelque gré, ainsi que de la décence qu'ils observoient
-et de leur sérieux constant, sans aucun air riant, insultant, tout le
+fonds d'humanité, soit habitude ou désir d'avoir plus tôt fait, le
+supplice étoit singulièrement adouci par leur promptitude, leur
+attention à descendre tous les condamnés avant de commencer à les
+placer le dos à l'échafaud, de manière qu'ils ne puissent rien voir;
+je leur en sus quelque gré, ainsi que de la décence qu'ils observoient
+et de leur sérieux constant, sans aucun air riant, insultant, tout le
temps que je les vis.</p>
-<p>Pendant qu'ils aident à descendre les dames de la première charrette,
-madame de Noailles me cherche des yeux; elle m'aperçoit: c'est ici le
+<p>Pendant qu'ils aident à descendre les dames de la première charrette,
+madame de Noailles me cherche des yeux; elle m'aperçoit: c'est ici le
pendant ravissant du premier tableau, si ravissant aussi. Que ne me
-dit-elle pas par ses regards, tantôt élevés au ciel, tantôt abaissés
-vers la terre, si doux, si animés, si expressifs, si célestes, tantôt
-fixés sur moi de manière à me faire distinguer si mes compagnons
-tigres avoient été plus réfléchis! J'enfonce mon chapeau sans la
-perdre de vue; je l'entendois: «Mon sacrifice est fait. Que je laisse
-de personnes chères! Mais Dieu m'appelle; nous en avons la <span class="pagenum"><a id="page523" name="page523"></a>(p. 523)</span>
-douce et ferme espérance. Nous ne les oublierons point. Recevez nos
-tendres adieux pour elles, nos remercîments pour vous. Adieu!
-Puissions-nous nous revoir dans le ciel! Adieu!» Il est impossible de
-rendre des signes aussi pieux, aussi vifs, d'une éloquence aussi
-touchante, qui faisoient dire à mes tigres: «Ah! cette jeune, comme
-elle est contente, comme elle lève les yeux au ciel, comme elle prie!
-Mais à quoi cela lui sert-il?» Puis par réflexion: «Ah! les scélérats
-de calottins!» Le dernier adieu prononcé, elles descendent. Je ne me
-sentois plus, à la fois déchiré, attendri et consolé. Combien je
+dit-elle pas par ses regards, tantôt élevés au ciel, tantôt abaissés
+vers la terre, si doux, si animés, si expressifs, si célestes, tantôt
+fixés sur moi de manière à me faire distinguer si mes compagnons
+tigres avoient été plus réfléchis! J'enfonce mon chapeau sans la
+perdre de vue; je l'entendois: «Mon sacrifice est fait. Que je laisse
+de personnes chères! Mais Dieu m'appelle; nous en avons la <span class="pagenum"><a id="page523" name="page523"></a>(p. 523)</span>
+douce et ferme espérance. Nous ne les oublierons point. Recevez nos
+tendres adieux pour elles, nos remercîments pour vous. Adieu!
+Puissions-nous nous revoir dans le ciel! Adieu!» Il est impossible de
+rendre des signes aussi pieux, aussi vifs, d'une éloquence aussi
+touchante, qui faisoient dire à mes tigres: «Ah! cette jeune, comme
+elle est contente, comme elle lève les yeux au ciel, comme elle prie!
+Mais à quoi cela lui sert-il?» Puis par réflexion: «Ah! les scélérats
+de calottins!» Le dernier adieu prononcé, elles descendent. Je ne me
+sentois plus, à la fois déchiré, attendri et consolé. Combien je
remercie Dieu de n'avoir pas attendu ce moment pour leur donner
-l'absolution, encore plus quand elles montèrent à l'échafaud! Elles
+l'absolution, encore plus quand elles montèrent à l'échafaud! Elles
n'auroient pas pu s'unir comme elles avoient fait. Je quitte l'endroit
-où j'étois. Je passe d'un autre côté. Pendant qu'on fait descendre les
-autres, je me trouve en face de l'escalier, sur lequel étoit appuyée
-la première victime, qui étoit un vieillard en cheveux blancs, grand,
-l'air d'un bonhomme, qu'on disoit être un fermier général. Auprès de
-lui une dame très-édifiante que je ne connoissois pas; ensuite la
-maréchale, vis-à-vis de moi, en deuil, assise sur un bloc de bois ou
-de pierre qui s'étoit trouvé là, ouvrant des yeux grands, fixes. Tous
-les autres, sur plusieurs lignes, étoient rangés au bas de l'échafaud
-du côté qui regardoit l'ouest ou le faubourg Saint-Antoine. Je cherche
-ces dames. Je ne peux apercevoir que la mère, mais dans cette attitude
-de dévotion simple, noble, résignée, les yeux fermés, plus l'air
-inquiet, en un mot telle qu'elle étoit lorsqu'elle approchoit de la
-table sacrée. Quelle impression j'en reçus! Elle est ineffaçable. Plût
-à Dieu que j'en profitasse! A cet instant me revient à l'idée un
-passage de cette belle lettre des Églises de Vienne et de Lyon sur le
-martyre de saint Pothin et ses compagnons, où il est dit en parlant de
-sainte Blandine, attachée au poteau et exposée aux bêtes: «Ses
+où j'étois. Je passe d'un autre côté. Pendant qu'on fait descendre les
+autres, je me trouve en face de l'escalier, sur lequel étoit appuyée
+la première victime, qui étoit un vieillard en cheveux blancs, grand,
+l'air d'un bonhomme, qu'on disoit être un fermier général. Auprès de
+lui une dame très-édifiante que je ne connoissois pas; ensuite la
+maréchale, vis-à-vis de moi, en deuil, assise sur un bloc de bois ou
+de pierre qui s'étoit trouvé là, ouvrant des yeux grands, fixes. Tous
+les autres, sur plusieurs lignes, étoient rangés au bas de l'échafaud
+du côté qui regardoit l'ouest ou le faubourg Saint-Antoine. Je cherche
+ces dames. Je ne peux apercevoir que la mère, mais dans cette attitude
+de dévotion simple, noble, résignée, les yeux fermés, plus l'air
+inquiet, en un mot telle qu'elle étoit lorsqu'elle approchoit de la
+table sacrée. Quelle impression j'en reçus! Elle est ineffaçable. Plût
+à Dieu que j'en profitasse! A cet instant me revient à l'idée un
+passage de cette belle lettre des Églises de Vienne et de Lyon sur le
+martyre de saint Pothin et ses compagnons, où il est dit en parlant de
+sainte Blandine, attachée au poteau et exposée aux bêtes: «Ses
compagnons croyoient voir en la personne de leur s&oelig;ur Celui qui
-avoit été crucifié pour les sauver.»</p>
+avoit été crucifié pour les sauver.»</p>
<p>Tous sont descendus. Le sacrifice va commencer. La joie, le bruit, les
affreux quolibets des spectateurs tigres redoublent et accroissent le
-supplice, doux en lui-même, mais atroce par trois coups qu'on entend
-l'un après l'autre, surtout par la quantité de sang versé et la vue de
+supplice, doux en lui-même, mais atroce par trois coups qu'on entend
+l'un après l'autre, surtout par la quantité de sang versé et la vue de
cette foule bruyante et tigresse. Le bourreau et ses valets montent,
-arrangent tout. Le premier se revêt, sur ses habits, d'un surtout
-ensanglanté, se place à gauche, à l'ouest, les autres à droite, à
+arrangent tout. Le premier se revêt, sur ses habits, d'un surtout
+ensanglanté, se place à gauche, à l'ouest, les autres à droite, à
l'est, regardant Vincennes. Son grand valet est surtout l'objet de
-l'admiration et des éloges des cannibales, par son air capable et
-réfléchi, <span class="pagenum"><a id="page524" name="page524"></a>(p. 524)</span> comme ils disent. Tout étant prêt, le vieillard
-monte à l'aide des bourreaux. Le maître bourreau le prend par le bras
+l'admiration et des éloges des cannibales, par son air capable et
+réfléchi, <span class="pagenum"><a id="page524" name="page524"></a>(p. 524)</span> comme ils disent. Tout étant prêt, le vieillard
+monte à l'aide des bourreaux. Le maître bourreau le prend par le bras
gauche, le grand valet par le droit, l'autre par les jambes; en un
-instant il est couché sur le ventre, la tête séparée et jetée ensuite
-avec le corps tout habillé dans un vaste tombereau, où tout nage dans
-le sang. Et toujours de même. Quelle horrible boucherie! Comme le
-c&oelig;ur bat! C'est à ce moment qu'on voudroit être loin! c'est à ce
-moment qu'on voudroit être prêt et monter tout de suite si on étoit
-bien préparé, tant la mort, atroce pour ceux qui restent et qui sont
-sensibles, paroît facile et douce pour ceux qui s'en vont, quand on
-songe aux circonstances où il faut vivre! Combien j'ai regretté de
+instant il est couché sur le ventre, la tête séparée et jetée ensuite
+avec le corps tout habillé dans un vaste tombereau, où tout nage dans
+le sang. Et toujours de même. Quelle horrible boucherie! Comme le
+c&oelig;ur bat! C'est à ce moment qu'on voudroit être loin! c'est à ce
+moment qu'on voudroit être prêt et monter tout de suite si on étoit
+bien préparé, tant la mort, atroce pour ceux qui restent et qui sont
+sensibles, paroît facile et douce pour ceux qui s'en vont, quand on
+songe aux circonstances où il faut vivre! Combien j'ai regretté de
n'avoir pas suivi ces victimes, en pensant que plus on avance, plus on
-reçoit de grâces divines, et plus on en abuse!</p>
+reçoit de grâces divines, et plus on en abuse!</p>
-<p>La maréchale monte la troisième sur l'échafaud; il fallut échancrer le
-haut de son habillement pour lui découvrir le cou. Impatient de m'en
-aller, je voulois avaler le calice jusqu'à la lie et tenir ma parole,
-puisque Dieu me donnoit la force de me posséder au milieu de tant de
-frissonnements. Madame d'Ayen monte la dixième. Qu'elle me parut
+<p>La maréchale monte la troisième sur l'échafaud; il fallut échancrer le
+haut de son habillement pour lui découvrir le cou. Impatient de m'en
+aller, je voulois avaler le calice jusqu'à la lie et tenir ma parole,
+puisque Dieu me donnoit la force de me posséder au milieu de tant de
+frissonnements. Madame d'Ayen monte la dixième. Qu'elle me parut
contente de mourir avant sa fille, et la fille de ne pas passer avant
-la mère! Montée, le maître bourreau lui arrache son bonnet. Comme il
-tenoit par une épingle qu'il n'avoit pas eu l'attention d'ôter, les
-cheveux soulevés et tirés avec force lui causèrent une douleur qui se
-peignit sur ses traits. La mère disparoît, et sa digne et tendre fille
-la remplace. Quelle émotion en voyant cette jeune dame tout en blanc,
-paroissant beaucoup plus jeune qu'elle n'étoit, semblable à un doux et
-tendre agneau qu'on va égorger! Je croyois assister au martyre d'une
+la mère! Montée, le maître bourreau lui arrache son bonnet. Comme il
+tenoit par une épingle qu'il n'avoit pas eu l'attention d'ôter, les
+cheveux soulevés et tirés avec force lui causèrent une douleur qui se
+peignit sur ses traits. La mère disparoît, et sa digne et tendre fille
+la remplace. Quelle émotion en voyant cette jeune dame tout en blanc,
+paroissant beaucoup plus jeune qu'elle n'étoit, semblable à un doux et
+tendre agneau qu'on va égorger! Je croyois assister au martyre d'une
de ces jeunes vierges ou saintes femmes telles qu'elles sont
-représentées dans les beaux tableaux du Corrége et du Dominiquin.</p>
-
-<p>Ce qui est arrivé à sa mère lui arrive. Même inattention pour
-l'épingle, même douleur, même signe. Quel sang abondant et vermeil
-sortit de la tête et du cou! Que la voilà bienheureuse! m'écriai-je
-intérieurement quand on jeta son corps dans cet épouvantable cercueil.
-Je m'en vais; mais je suis arrêté un moment par l'air, les traits et
-la taille de celui qui venoit après elle. C'étoit un homme de cinq
-pieds huit à neuf pouces, gros à proportion, d'une figure
-très-imposante. Je l'avois remarqué au bas de l'échafaud. Il s'en
-étoit éloigné pendant qu'on immoloit les autres, afin de voir ce qui
-s'y passoit. Sa grande taille avoit servi sa curiosité. Il monte avec
-fermeté, regarde les bourreaux, le lit et l'instrument de mort avec
-des regards intrépides, trop fiers peut-être. O mon Dieu! dis-je en
-moi-même, <span class="pagenum"><a id="page525" name="page525"></a>(p. 525)</span> faites qu'il n'y ait en lui que christianisme, et
-non la seule philosophie! Quel dommage qu'un si bel homme fût damné!
-ajoutai-je en me rappelant le pape saint Grégoire, qui, en voyant à
-Rome de beaux esclaves anglois, s'écria: «Quel dommage que de si beaux
-visages soient sous l'empire du démon!» Cette vue lui donna la
-première idée de la célèbre mission d'Angleterre, dont il chargea dans
+représentées dans les beaux tableaux du Corrége et du Dominiquin.</p>
+
+<p>Ce qui est arrivé à sa mère lui arrive. Même inattention pour
+l'épingle, même douleur, même signe. Quel sang abondant et vermeil
+sortit de la tête et du cou! Que la voilà bienheureuse! m'écriai-je
+intérieurement quand on jeta son corps dans cet épouvantable cercueil.
+Je m'en vais; mais je suis arrêté un moment par l'air, les traits et
+la taille de celui qui venoit après elle. C'étoit un homme de cinq
+pieds huit à neuf pouces, gros à proportion, d'une figure
+très-imposante. Je l'avois remarqué au bas de l'échafaud. Il s'en
+étoit éloigné pendant qu'on immoloit les autres, afin de voir ce qui
+s'y passoit. Sa grande taille avoit servi sa curiosité. Il monte avec
+fermeté, regarde les bourreaux, le lit et l'instrument de mort avec
+des regards intrépides, trop fiers peut-être. O mon Dieu! dis-je en
+moi-même, <span class="pagenum"><a id="page525" name="page525"></a>(p. 525)</span> faites qu'il n'y ait en lui que christianisme, et
+non la seule philosophie! Quel dommage qu'un si bel homme fût damné!
+ajoutai-je en me rappelant le pape saint Grégoire, qui, en voyant à
+Rome de beaux esclaves anglois, s'écria: «Quel dommage que de si beaux
+visages soient sous l'empire du démon!» Cette vue lui donna la
+première idée de la célèbre mission d'Angleterre, dont il chargea dans
la suite son disciple saint Augustin.</p>
-<p>L'homme dont je viens de parler était Gossin<a id="footnotetag232" name="footnotetag232"></a><a href="#footnote232" title="Go to footnote 232"><span class="smaller">[232]</span></a> ou Gossuin, qui a
-tant contribué à diviser la France en départements. J'ai entendu dire
+<p>L'homme dont je viens de parler était Gossin<a id="footnotetag232" name="footnotetag232"></a><a href="#footnote232" title="Go to footnote 232"><span class="smaller">[232]</span></a> ou Gossuin, qui a
+tant contribué à diviser la France en départements. J'ai entendu dire
qu'il avoit de la religion, et que ses malheurs, sa prison, en avoient
-ranimé, fortifié tous les sentiments. <i>Amen.</i></p>
-
-<p>Après sa mort, je quitte tout, hors de moi-même. Je m'aperçois alors
-que je suis tout glacé, à cause d'une forte transpiration et d'une
-forte pluie que j'avois éprouvées et qui s'étoient séchées; mais,
-grâce à Dieu, je ne me sentois point incommodé. Je double le pas, tout
-rempli de ce déchirant mais bien beau, bien grand, bien consolant,
-bien touchant spectacle. Je répétois ce que j'ai répété souvent: «Non,
-je ne voudrois pas pour cent mille écus n'en avoir pas été témoin. Je
-n'ai rien vu qui approche de cela. Que de profit à en tirer!» Quand je
-le quittai, il étoit près de huit heures. En vingt minutes, on avoit
-fait descendre quarante ou cinquante personnes, et immolé douze.</p>
-
-<p>Bientôt je suis à la rue Saint-Antoine. Je monte dans une maison où
-étoit une respectable famille de ma connoissance, composée du mari, de
-la femme et d'un fils unique charmant d'environ quatre ans. «Vous
-voilà! D'où venez-vous si tard, si loin de chez vous?&mdash;Ah! je viens
-d'être témoin d'un spectacle après lequel nous sommes les plus
-insensés des hommes et les plus grands ennemis de nous-mêmes, <span class="pagenum"><a id="page526" name="page526"></a>(p. 526)</span>
-si nous n'en profitons pas pour travailler plus fortement à notre
-salut.» J'entre ensuite dans les détails qui, en produisant leur
-attendrissement, renouvelèrent le mien. J'y soupai, et me retirai fort
-tard. La nuit fut très-agitée; un sommeil entrecoupé ou accompagné de
+ranimé, fortifié tous les sentiments. <i>Amen.</i></p>
+
+<p>Après sa mort, je quitte tout, hors de moi-même. Je m'aperçois alors
+que je suis tout glacé, à cause d'une forte transpiration et d'une
+forte pluie que j'avois éprouvées et qui s'étoient séchées; mais,
+grâce à Dieu, je ne me sentois point incommodé. Je double le pas, tout
+rempli de ce déchirant mais bien beau, bien grand, bien consolant,
+bien touchant spectacle. Je répétois ce que j'ai répété souvent: «Non,
+je ne voudrois pas pour cent mille écus n'en avoir pas été témoin. Je
+n'ai rien vu qui approche de cela. Que de profit à en tirer!» Quand je
+le quittai, il étoit près de huit heures. En vingt minutes, on avoit
+fait descendre quarante ou cinquante personnes, et immolé douze.</p>
+
+<p>Bientôt je suis à la rue Saint-Antoine. Je monte dans une maison où
+étoit une respectable famille de ma connoissance, composée du mari, de
+la femme et d'un fils unique charmant d'environ quatre ans. «Vous
+voilà! D'où venez-vous si tard, si loin de chez vous?&mdash;Ah! je viens
+d'être témoin d'un spectacle après lequel nous sommes les plus
+insensés des hommes et les plus grands ennemis de nous-mêmes, <span class="pagenum"><a id="page526" name="page526"></a>(p. 526)</span>
+si nous n'en profitons pas pour travailler plus fortement à notre
+salut.» J'entre ensuite dans les détails qui, en produisant leur
+attendrissement, renouvelèrent le mien. J'y soupai, et me retirai fort
+tard. La nuit fut très-agitée; un sommeil entrecoupé ou accompagné de
tout ce que j'avois vu ou entendu. La fatigue, que j'avois peu sentie,
-se fit sentir les jours suivants, mais, grâce à Dieu, sans
-indisposition. J'étois tout attendri, mais tout embaumé. Ah!
-m'écriois-je souvent, que mon âme vive de la vie des justes et que je
-meure de leur mort! Pendant longtemps la pensée de ce spectacle a
-produit en moi un certain frémissement, surtout lorsque je passois
+se fit sentir les jours suivants, mais, grâce à Dieu, sans
+indisposition. J'étois tout attendri, mais tout embaumé. Ah!
+m'écriois-je souvent, que mon âme vive de la vie des justes et que je
+meure de leur mort! Pendant longtemps la pensée de ce spectacle a
+produit en moi un certain frémissement, surtout lorsque je passois
dans ces endroits si remarquables par ce que j'y avois vu. Ce
-frémissement venoit de ce que cette pensée étoit accompagnée d'une
+frémissement venoit de ce que cette pensée étoit accompagnée d'une
autre sur leur bonheur contrastant avec le vide qu'elles avoient
-laissé, la perte que nous avions faite, les dangers et les malheurs
-toujours renaissants où nous vivions. Le vendredi suivant, 25 juillet,
-je dînois avec et chez deux amis. Après le dîner, nous nous livrions à
-d'intéressants épanchements qui, malgré tous les accents de la
-tristesse, nous paroissoient si doux par les réflexions et
-consolations qui s'y mêloient et par la sage liberté qui y régnoit,
-dans une crise où tout étoit licence pour les méchants, tout étoit
+laissé, la perte que nous avions faite, les dangers et les malheurs
+toujours renaissants où nous vivions. Le vendredi suivant, 25 juillet,
+je dînois avec et chez deux amis. Après le dîner, nous nous livrions à
+d'intéressants épanchements qui, malgré tous les accents de la
+tristesse, nous paroissoient si doux par les réflexions et
+consolations qui s'y mêloient et par la sage liberté qui y régnoit,
+dans une crise où tout étoit licence pour les méchants, tout étoit
servitude pour les autres, au point de craindre, pour ainsi dire, que
les murs ne parlassent. A cinq heures du soir, on frappe, et je vois
-entrer le digne ami qui m'avoit déjà averti deux fois. «Qui vous
-amène?&mdash;Je vous cherche depuis deux heures; désespérant de vous
-trouver, à tout hasard je suis venu ici.&mdash;Pourquoi?&mdash;Pour vous engager
-à rendre aux tantes des enfants, mesdames de Duras et Lafayette, le
-même service que vous avez rendu à leurs mères. Elles vont partir pour
-l'échafaud.&mdash;Ah! cher ami, que demandez-vous encore? Je connois peu
-ces dames, et il n'est pas sûr qu'elles me reconnoissent et que je les
-reconnoisse.»</p>
-
-<p>Je combats, il redouble de prières; mes amis se joignent à lui. Je
-cède et je reprends ce triste chemin du palais. Il est temps, les
-charrettes sortent, s'arrêtent en attendant les dernières. Sur la
-première étoient des dames: je n'en reconnois aucune. J'examine,
-considère, tourne, retourne; non, ou je suis bien trompé, les tantes
-n'y sont point, grâce à Dieu. Cependant, pour ne rien omettre,
+entrer le digne ami qui m'avoit déjà averti deux fois. «Qui vous
+amène?&mdash;Je vous cherche depuis deux heures; désespérant de vous
+trouver, à tout hasard je suis venu ici.&mdash;Pourquoi?&mdash;Pour vous engager
+à rendre aux tantes des enfants, mesdames de Duras et Lafayette, le
+même service que vous avez rendu à leurs mères. Elles vont partir pour
+l'échafaud.&mdash;Ah! cher ami, que demandez-vous encore? Je connois peu
+ces dames, et il n'est pas sûr qu'elles me reconnoissent et que je les
+reconnoisse.»</p>
+
+<p>Je combats, il redouble de prières; mes amis se joignent à lui. Je
+cède et je reprends ce triste chemin du palais. Il est temps, les
+charrettes sortent, s'arrêtent en attendant les dernières. Sur la
+première étoient des dames: je n'en reconnois aucune. J'examine,
+considère, tourne, retourne; non, ou je suis bien trompé, les tantes
+n'y sont point, grâce à Dieu. Cependant, pour ne rien omettre,
j'interroge des spectateurs bien instruits, et avec la douleur que
-nous font éprouver ces inconnues, j'ai la joie de n'y point trouver
-les chères tantes. Dieu vouloit les conserver pour leurs familles qui
+nous font éprouver ces inconnues, j'ai la joie de n'y point trouver
+les chères tantes. Dieu vouloit les conserver pour leurs familles qui
les respectent et les aiment tant et avec tant de raison, me procurer
-l'avantage de les connoître d'une manière aussi particulière que
-celles dont la vie et <span class="pagenum"><a id="page527" name="page527"></a>(p. 527)</span> surtout la mort m'ont tant édifié, et
+l'avantage de les connoître d'une manière aussi particulière que
+celles dont la vie et <span class="pagenum"><a id="page527" name="page527"></a>(p. 527)</span> surtout la mort m'ont tant édifié, et
me faire trouver dans leur connoissance ce que j'avois perdu dans les
autres, et dans ma situation, mes chagrins, mes malheurs, dont un
-irréparable, ces marques d'intérêt, d'attachement, et ces consolations
-que partage si bien un beau-frère, ami, et que je chercherois en vain
-dans plusieurs liés cependant avec moi. Puisse le Dieu tout-puissant
-et tout miséricordieux répandre sur leurs familles toutes les
-bénédictions que je lui demande pour la mienne, et nous réunir tous
-avec celles qui nous ont devancés dans ce séjour où il n'y aura plus
-de révolution à craindre ou à espérer, dans cette patrie qui aura,
-comme dit saint Augustin, la vérité pour roi, la charité pour loi, et
-pour mesure l'éternité!</p>
+irréparable, ces marques d'intérêt, d'attachement, et ces consolations
+que partage si bien un beau-frère, ami, et que je chercherois en vain
+dans plusieurs liés cependant avec moi. Puisse le Dieu tout-puissant
+et tout miséricordieux répandre sur leurs familles toutes les
+bénédictions que je lui demande pour la mienne, et nous réunir tous
+avec celles qui nous ont devancés dans ce séjour où il n'y aura plus
+de révolution à craindre ou à espérer, dans cette patrie qui aura,
+comme dit saint Augustin, la vérité pour roi, la charité pour loi, et
+pour mesure l'éternité!</p>
<hr class="hr10">
-<p>Le Père Carrichon (Antoine-Philibert), ecclésiastique, prêtre de la
-ci-devant congrégation de l'Oratoire, est décédé le 30 juillet 1818,
-en sa maison, rue Saint-Jacques, n<sup>o</sup> 277; ses obsèques se firent le
-1<sup>er</sup> août, à sept heures du matin, en l'église de Saint-Jacques du
-Haut-Pas, sa paroisse. Il était âgé de soixante-neuf ans. B.</p>
+<p>Le Père Carrichon (Antoine-Philibert), ecclésiastique, prêtre de la
+ci-devant congrégation de l'Oratoire, est décédé le 30 juillet 1818,
+en sa maison, rue Saint-Jacques, n<sup>o</sup> 277; ses obsèques se firent le
+1<sup>er</sup> août, à sept heures du matin, en l'église de Saint-Jacques du
+Haut-Pas, sa paroisse. Il était âgé de soixante-neuf ans. B.</p>
<hr class="hr10">
<a id="doc13" name="doc13"></a>
<h3>XIII<br>
-<span class="smaller">PIÈCES DIVERSES CONCERNANT MADAME ÉLISABETH.</span></h3>
+<span class="smaller">PIÈCES DIVERSES CONCERNANT MADAME ÉLISABETH.</span></h3>
<h4>I.<br>
-<span class="smaller">ACTE DE BAPTÊME DE MADAME ÉLISABETH.</span></h4>
+<span class="smaller">ACTE DE BAPTÊME DE MADAME ÉLISABETH.</span></h4>
-<p class="entete"><span class="smcap">Extrait du registre des baptêmes</span> <i>de l'Église Royale et Paroissiale de
-Notre-Dame de Versailles, diocèse de Paris, pour l'année mil sept cent
+<p class="entete"><span class="smcap">Extrait du registre des baptêmes</span> <i>de l'Église Royale et Paroissiale de
+Notre-Dame de Versailles, diocèse de Paris, pour l'année mil sept cent
soixante-quatre,</i> fol. 33.</p>
-<p>L'an mil sept cent soixante-quatre, le trois may, très haute et très
-puissante princesse Madame Élizabethe-Philippe-Marie-Heleine de
-France, née d'aujourd'huy, fille de très haut, très puissant et
-excellent prince Louis, Dauphin de France, et de très haute, très
-puissante et excellente princesse Marie-Josèphe, princesse de Saxe,
-Dauphine de France, son épouse, a été baptizée par Monseigneur
-Charle-Antoine de la Roche-Aimon, archevêque-duc de Reims, pair et
-grand aumonier de France, en presence de nous curé soussigné. Le
-parein a été très haut et très puissant prince Dom Philippe, infant
-d'Espagne, duc de Parme, Plaisance et Guastalle; la mareine a été
-très haute, très puissante et très excellente princesse Élizabethe,
-<span class="pagenum"><a id="page528" name="page528"></a>(p. 528)</span> princesse de Parme, Reine doüarière d'Espagne. Le parein
-représenté par très haut et très puissant prince Louis-Auguste de
-France, duc de Berry, et la mareine représentée par très haute et très
-puissante princesse Madame Marie-Adélaïde de France, fille du Roy, qui
-ont été nommés l'un et l'autre à cet effet, Sa Majesté présente au
-baptême. Et ont signés à la minute:</p>
+<p>L'an mil sept cent soixante-quatre, le trois may, très haute et très
+puissante princesse Madame Élizabethe-Philippe-Marie-Heleine de
+France, née d'aujourd'huy, fille de très haut, très puissant et
+excellent prince Louis, Dauphin de France, et de très haute, très
+puissante et excellente princesse Marie-Josèphe, princesse de Saxe,
+Dauphine de France, son épouse, a été baptizée par Monseigneur
+Charle-Antoine de la Roche-Aimon, archevêque-duc de Reims, pair et
+grand aumonier de France, en presence de nous curé soussigné. Le
+parein a été très haut et très puissant prince Dom Philippe, infant
+d'Espagne, duc de Parme, Plaisance et Guastalle; la mareine a été
+très haute, très puissante et très excellente princesse Élizabethe,
+<span class="pagenum"><a id="page528" name="page528"></a>(p. 528)</span> princesse de Parme, Reine doüarière d'Espagne. Le parein
+représenté par très haut et très puissant prince Louis-Auguste de
+France, duc de Berry, et la mareine représentée par très haute et très
+puissante princesse Madame Marie-Adélaïde de France, fille du Roy, qui
+ont été nommés l'un et l'autre à cet effet, Sa Majesté présente au
+baptême. Et ont signés à la minute:</p>
<p class="author30">
LOUIS.<br>
@@ -21316,56 +21271,56 @@ baptême. Et ont signés à la minute:</p>
Louis-Auguste.<br>
Louis-Stanislas-Xavier.<br>
Charle-Philippe.<br>
- Marie-Adélaïde.<br>
- Victoire-Louise-Marie-Thérèse.<br>
- Sophie-Philippe-Élizabethe-Justine.<br>
+ Marie-Adélaïde.<br>
+ Victoire-Louise-Marie-Thérèse.<br>
+ Sophie-Philippe-Élizabethe-Justine.<br>
Louise-Marie.</span><br>
- &#8224; <span class="smcap">Charle-Antoine</span>, <i>archevêque-duc de Reims,
- grand aumônier de France</i>, et <span class="smcap">Allart</span>, curé.</p>
+ &#8224; <span class="smcap">Charle-Antoine</span>, <i>archevêque-duc de Reims,
+ grand aumônier de France</i>, et <span class="smcap">Allart</span>, curé.</p>
-<p>Nous soussigné, Prêtre de la Congrégation de la Mission, faisant les
-fonctions Curiales en l'Église Royale et Paroissiale de Notre-Dame de
-Versailles, Dépositaire des Registres de la même Église; Certifions le
-présent Extrait véritable et conforme à l'Original. A Versailles, le
-sixième du mois d'aoust mil sept cent soixante-seize.</p>
+<p>Nous soussigné, Prêtre de la Congrégation de la Mission, faisant les
+fonctions Curiales en l'Église Royale et Paroissiale de Notre-Dame de
+Versailles, Dépositaire des Registres de la même Église; Certifions le
+présent Extrait véritable et conforme à l'Original. A Versailles, le
+sixième du mois d'aoust mil sept cent soixante-seize.</p>
-<p class="author">COLLIGNON, <i>prêtre de la Mission</i><a id="footnotetag233" name="footnotetag233"></a><a href="#footnote233" title="Go to footnote 233"><span class="smaller">[233]</span></a>.</p>
+<p class="author">COLLIGNON, <i>prêtre de la Mission</i><a id="footnotetag233" name="footnotetag233"></a><a href="#footnote233" title="Go to footnote 233"><span class="smaller">[233]</span></a>.</p>
<hr class="hr10">
<h4>II.<br>
-<span class="smaller">NOURRICE DE MADAME ÉLISABETH.</span></h4>
+<span class="smaller">NOURRICE DE MADAME ÉLISABETH.</span></h4>
-<p>Marie-Thérèse Hecquet, née le lundi 24 mars 1732, sur la paroisse de
-Saint-Acheul, du légitime mariage de Charles Hecquet, laboureur,
-demeurant au village de Boutillerie, et d'Anne Merelle, ses père et
-mère; baptisée le même jour en l'église paroissiale de Saint-Acheul,
+<p>Marie-Thérèse Hecquet, née le lundi 24 mars 1732, sur la paroisse de
+Saint-Acheul, du légitime mariage de Charles Hecquet, laboureur,
+demeurant au village de Boutillerie, et d'Anne Merelle, ses père et
+mère; baptisée le même jour en l'église paroissiale de Saint-Acheul,
ayant pour parrain Antoine Hecquet, son oncle paternel, et pour
-marraine Marie-Thérèse Vasseur, sa tante, épouse dudit Antoine
+marraine Marie-Thérèse Vasseur, sa tante, épouse dudit Antoine
Hecquet.</p>
-<p>L'acte de baptême est signé Demonclot, chanoine régulier et curé de
+<p>L'acte de baptême est signé Demonclot, chanoine régulier et curé de
Saint-Acheul.</p>
-<p>L'extrait de baptême, collationné, délivré le 8 octobre 1779, est
-<span class="pagenum"><a id="page529" name="page529"></a>(p. 529)</span> signé Pelletier, prêtre, docteur en théologie de la Faculté
-de Paris et vicaire de ladite paroisse, dame Marie-Thérèse Hecquet,
-épouse du sieur Jean Levallery, bourgeois de Paris, née le 24 mars
-1732, à Saint-Acheul, élection et généralité d'Amiens, baptisée [le
-même jour] du même mois dans la paroisse dudit lieu, nourrice de Son
-Altesse Royale Madame Élisabeth de France, demeurant à Paris, au
+<p>L'extrait de baptême, collationné, délivré le 8 octobre 1779, est
+<span class="pagenum"><a id="page529" name="page529"></a>(p. 529)</span> signé Pelletier, prêtre, docteur en théologie de la Faculté
+de Paris et vicaire de ladite paroisse, dame Marie-Thérèse Hecquet,
+épouse du sieur Jean Levallery, bourgeois de Paris, née le 24 mars
+1732, à Saint-Acheul, élection et généralité d'Amiens, baptisée [le
+même jour] du même mois dans la paroisse dudit lieu, nourrice de Son
+Altesse Royale Madame Élisabeth de France, demeurant à Paris, au
Palais-Bourbon, faubourg Saint-Germain, paroisse Saint-Sulpice,
-déclare avoir obtenu du Roi les grâces pécuniaires ci-après,</p>
+déclare avoir obtenu du Roi les grâces pécuniaires ci-après,</p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="4" summary="Grâces.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="4" summary="Grâces.">
<tr>
<td colspan="4">Savoir:</td>
</tr>
<tr>
-<td>Une pension de deux mille quatre cents livres sur le trésor de la
- Maison de Sa Majesté, de l'échéance de janvier (dont il lui reste dû
- l'année 1777, l'année 1778 et la portion de temps de l'année 1779),
- ce qui lui a été accordé en sadite qualité de nourrice sans brevet,
+<td>Une pension de deux mille quatre cents livres sur le trésor de la
+ Maison de Sa Majesté, de l'échéance de janvier (dont il lui reste dû
+ l'année 1777, l'année 1778 et la portion de temps de l'année 1779),
+ ce qui lui a été accordé en sadite qualité de nourrice sans brevet,
ci</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right valignb">2,400</td>
@@ -21373,55 +21328,55 @@ déclare avoir obtenu du Roi les grâces pécuniaires ci-après,</p>
</tr>
<tr>
<td>Une autre pension de douze cent quinze livres sur le
- Trésor royal, et payée jusqu'à présent par MM. les gardes
- dudit Trésor, accordée à ladite dame Levallery, pour lui
+ Trésor royal, et payée jusqu'à présent par MM. les gardes
+ dudit Trésor, accordée à ladite dame Levallery, pour lui
tenir lieu d'une place de femme de chambre de feu Madame
- la Dauphine, employée dans l'état du Roi, sous le titre de
- <cite>Pension du bas âge</cite>, sans brevet, et dû 1778 et 1779, ci</td>
+ la Dauphine, employée dans l'état du Roi, sous le titre de
+ <cite>Pension du bas âge</cite>, sans brevet, et dû 1778 et 1779, ci</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right valignb">1,215</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Une autre pension de trois cents livres, accordée à la
- dame Levallery au même titre, pour lui tenir lieu de son
- logement, dont est dû les années 1777, 1778 et la portion
- de l'année 1779, ces trois pensions créées en 1765</td>
+<td>Une autre pension de trois cents livres, accordée à la
+ dame Levallery au même titre, pour lui tenir lieu de son
+ logement, dont est dû les années 1777, 1778 et la portion
+ de l'année 1779, ces trois pensions créées en 1765</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right valignb">300</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Une pension de huit cents livres, accordée au sieur Louis-Joseph-Frédéric Levallery,
- son fils, né le 28 janvier 1764,
- baptisé le 29 du même mois en la paroisse Saint-Sulpice
- de Paris, par un brevet de Sa Majesté du 12 novembre 1771,
- payable sur les quittances de la dame Levallery jusqu'à ce
- que son fils ait atteint l'âge de vingt ans, dont il est dû</td>
+<td>Une pension de huit cents livres, accordée au sieur Louis-Joseph-Frédéric Levallery,
+ son fils, né le 28 janvier 1764,
+ baptisé le 29 du même mois en la paroisse Saint-Sulpice
+ de Paris, par un brevet de Sa Majesté du 12 novembre 1771,
+ payable sur les quittances de la dame Levallery jusqu'à ce
+ que son fils ait atteint l'âge de vingt ans, dont il est dû</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes valignb">800</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td class="right">Montant général des grâces</td>
+<td class="right">Montant général des grâces</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right valignb">4,915</td>
<td class="valignb"><span class="small">&#035;</span></td>
</tr>
</table>
-<p>Il y a, indépendamment de cette déclaration manuscrite des grâces
-pécuniaires accordées à la nourrice de Madame Élisabeth, un brevet
-officiel, en partie imprimé, pareil à celui de la nourrice de
+<p>Il y a, indépendamment de cette déclaration manuscrite des grâces
+pécuniaires accordées à la nourrice de Madame Élisabeth, un brevet
+officiel, en partie imprimé, pareil à celui de la nourrice de
<em>Monsieur</em>, de M. le comte d'Artois, etc. B.</p>
<hr class="hr10">
<h4><span class="pagenum"><a id="page530" name="page530"></a>(p. 530)</span> III.<br>
-<span class="smaller">APPOINTEMENTS DES DAMES DE COMPAGNIE DE MADAME ÉLISABETH.</span></h4>
+<span class="smaller">APPOINTEMENTS DES DAMES DE COMPAGNIE DE MADAME ÉLISABETH.</span></h4>
-<p class="entete"><i>État des appointements que le Roi veut et ordonne être payés aux
-dames que Sa Majesté a nommées pour accompagner Madame Élisabeth,
+<p class="entete"><i>État des appointements que le Roi veut et ordonne être payés aux
+dames que Sa Majesté a nommées pour accompagner Madame Élisabeth,
depuis le 15 mai 1785 jusques et y compris le 14 mai 1786.</i></p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Appointements.">
@@ -21453,7 +21408,7 @@ depuis le 15 mai 1785 jusques et y compris le 14 mai 1786.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la dame vicomtesse d'Imécourt et la dame comtesse
+<td>A la dame vicomtesse d'Imécourt et la dame comtesse
de la Bourdonnaye, adjointe et survivante,</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">4,000</td>
@@ -21505,20 +21460,20 @@ depuis le 15 mai 1785 jusques et y compris le 14 mai 1786.</i></p>
<td>A la dame Anna-Bella-Henriette de Drummont de Melfort,
comtesse de Marguerye,</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mémoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la dame vicomtesse de Mérinville, surnuméraire sans
+<td>A la dame vicomtesse de Mérinville, surnuméraire sans
appointements,</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mémoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>A la dame marquise des Montiers, id.,</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mémoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -21529,23 +21484,23 @@ depuis le 15 mai 1785 jusques et y compris le 14 mai 1786.</i></p>
</tr>
</table>
-<p>Garde de mon Trésor royal, M<sup>e</sup> Charles-Pierre-Paul Savalette de
-Langes, payez comptant aux dames dénommées au présent état la somme de
-cinquante-deux mille livres pour leurs appointements, en leur qualité
+<p>Garde de mon Trésor royal, M<sup>e</sup> Charles-Pierre-Paul Savalette de
+Langes, payez comptant aux dames dénommées au présent état la somme de
+cinquante-deux mille livres pour leurs appointements, en leur qualité
susdite, depuis le 15 mai 1785 jusques et compris le 14 mai 1786,
-présente année.</p>
+présente année.</p>
-<p>Fait à Versailles, le 1<sup>er</sup> juin 1786.</p>
+<p>Fait à Versailles, le 1<sup>er</sup> juin 1786.</p>
-<p class="author30">Collationné.</p>
+<p class="author30">Collationné.</p>
<p class="author">Le baron de <span class="smcap">Breteuil</span>.</p>
<hr class="hr10">
-<p class="entete"><span class="pagenum"><a id="page531" name="page531"></a>(p. 531)</span> <i>État des gages, appointements et pensions que le Roi veut et
-ordonne être payés aux personnes qui servent près Madame Élisabeth
-pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
+<p class="entete"><span class="pagenum"><a id="page531" name="page531"></a>(p. 531)</span> <i>État des gages, appointements et pensions que le Roi veut et
+ordonne être payés aux personnes qui servent près Madame Élisabeth
+pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Appointements.">
<tr>
@@ -21555,16 +21510,16 @@ pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="6" class="center"><i>Aumônier ordinaire.</i></td>
+<td colspan="6" class="center"><i>Aumônier ordinaire.</i></td>
</tr>
<tr>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le sieur Hyacinthe Bonniol de Montégut, attendu
+<td>Le sieur Hyacinthe Bonniol de Montégut, attendu
qu'il n'a pas d'appointements</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mémoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -21593,13 +21548,13 @@ pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="6" class="center"><i>Premier écuyer.</i></td>
+<td colspan="6" class="center"><i>Premier écuyer.</i></td>
</tr>
<tr>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au sieur comte d'Adhémar</td>
+<td>Au sieur comte d'Adhémar</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">150</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -21656,15 +21611,15 @@ pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="6" class="center"><i>Médecin.</i></td>
+<td colspan="6" class="center"><i>Médecin.</i></td>
</tr>
<tr>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le sieur Le Monnier, y étant pourvu d'ailleurs</td>
+<td>Le sieur Le Monnier, y étant pourvu d'ailleurs</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mémoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -21677,29 +21632,29 @@ pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le sieur Loustonau, y étant pourvu d'ailleurs</td>
+<td>Le sieur Loustonau, y étant pourvu d'ailleurs</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mémoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="6" class="center"><i>Secrétaire du cabinet.</i></td>
+<td colspan="6" class="center"><i>Secrétaire du cabinet.</i></td>
</tr>
<tr>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au sieur de Champfort, à raison de 2,000<sup class="small">&#035;</sup> par an</td>
+<td>Au sieur de Champfort, à raison de 2,000<sup class="small">&#035;</sup> par an</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">500</td>
<td><span class="small">&#035;</span></td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>(Les années 1785 et 1786 ont été expédiées par ordonnance
+<td>(Les années 1785 et 1786 ont été expédiées par ordonnance
provisoire.)</td>
<td colspan="5">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -21713,8 +21668,8 @@ pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la dame Marie-Marguerite Soufflet-Pernot, première,
- et Marie-Marguerite Pernot, sa fille, épouse du
+<td>A la dame Marie-Marguerite Soufflet-Pernot, première,
+ et Marie-Marguerite Pernot, sa fille, épouse du
sieur Guichard, en survivance</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">70</td>
@@ -21729,7 +21684,7 @@ pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
<td>s</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la dame Antoinette-Jacqueline Brochet, épouse du
+<td>A la dame Antoinette-Jacqueline Brochet, épouse du
sieur de Cimery, tant pour gages que pour l'entretien
d'un valet</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -21748,13 +21703,13 @@ pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Jeanne-Françoise d'Aigremont-Malivoire</td>
+<td>A Jeanne-Françoise d'Aigremont-Malivoire</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">25</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Marie-Françoise-Victoire Dousset de Saint-Brice</td>
+<td>A Marie-Françoise-Victoire Dousset de Saint-Brice</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">25</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -21778,13 +21733,13 @@ pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Marie-Marguerite Pernot, épouse du sieur Guichard</td>
+<td>A Marie-Marguerite Pernot, épouse du sieur Guichard</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">25</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Madeleine-Félicité de Casaubon, veuve Delor
+<td>A Madeleine-Félicité de Casaubon, veuve Delor
femme de Saint-Gand</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">25</td>
@@ -21793,41 +21748,41 @@ pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
<tr>
<td>A Marie Langaudre-Tergat</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>A la dame Roube</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Sophie-Léocade le Gagneur</td>
+<td>A Sophie-Léocade le Gagneur</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Marie-Thérèse Lalin de Navarre</td>
+<td>A Marie-Thérèse Lalin de Navarre</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la dame Duprat, épouse du sieur Malmain</td>
+<td>A la dame Duprat, épouse du sieur Malmain</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>La demoiselle Charlotte-Rosalie Damesme, la demoiselle
Jeanne-Julie d'Harmeville, la demoiselle de Montgiroux,
la demoiselle Malivoire, la demoiselle la Caze,
- la dame Perronnel, la demoiselle Guéroult de MacCarty,
- surnuméraires</td>
+ la dame Perronnel, la demoiselle Guéroult de MacCarty,
+ surnuméraires</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mémoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -21862,7 +21817,7 @@ pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Marie-Thérèse Albert</td>
+<td>A Marie-Thérèse Albert</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">5</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -21883,7 +21838,7 @@ pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A elle pour façon, fournitures et charbon</td>
+<td>A elle pour façon, fournitures et charbon</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">300</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -21892,7 +21847,7 @@ pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="6" class="center"><i>Écuyer ordinaire.</i></td></tr>
+<td colspan="6" class="center"><i>Écuyer ordinaire.</i></td></tr>
<tr>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -21925,7 +21880,7 @@ pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Jean Béranger</td>
+<td>A Jean Béranger</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">50</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -21952,7 +21907,7 @@ pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td colspan="6" class="center"><i>Garçons de la chambre.</i></td></tr>
+<td colspan="6" class="center"><i>Garçons de la chambre.</i></td></tr>
<tr>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
@@ -21969,7 +21924,7 @@ pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Sébastien Thirgarder Duparc</td>
+<td>A Sébastien Thirgarder Duparc</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">25</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -22030,7 +21985,7 @@ pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A François Girard</td>
+<td>A François Girard</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">7</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -22054,7 +22009,7 @@ pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
<td colspan="6">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Catherine-Agathe Lefebvre, femme Longpré</td>
+<td>A Catherine-Agathe Lefebvre, femme Longpré</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">50</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
@@ -22089,101 +22044,101 @@ pendant le quartier de janvier de la présente année 1786.</i></p>
</tr>
</table>
-Garde de mon Trésor royal, M<sup>e</sup> Charles-Pierre-Paul Savalette de
+Garde de mon Trésor royal, M<sup>e</sup> Charles-Pierre-Paul Savalette de
Langes, payez comptant au sieur Randon de la Tour la somme de six
mille sept cent quatre-vingt-sept livres dix sols, pour employer au
-fait de sa charge même, icelle délivrer aux personnes dénommées au
-présent état, pour leurs gages pendant le quartier de janvier de la
-présente année.
+fait de sa charge même, icelle délivrer aux personnes dénommées au
+présent état, pour leurs gages pendant le quartier de janvier de la
+présente année.
-<p>Fait à Versailles, le 1<sup>er</sup> avril 1786.</p>
+<p>Fait à Versailles, le 1<sup>er</sup> avril 1786.</p>
-<p class="author30">Collationné.</p>
+<p class="author30">Collationné.</p>
<p class="author">Le baron de <span class="smcap">Breteuil</span>.</p>
<hr class="hr10">
<h4>IV<br>
-<span class="smaller">MEUBLES DE L'APPARTEMENT DE MADAME ÉLISABETH AU CHATEAU DE VERSAILLES
+<span class="smaller">MEUBLES DE L'APPARTEMENT DE MADAME ÉLISABETH AU CHATEAU DE VERSAILLES
EN 1787.</span></h4>
-<p class="entete"><i>Première antichambre.</i></p>
+<p class="entete"><i>Première antichambre.</i></p>
<p>2 banquettes couvertes d'ouvrage de Savonnerie, fond bleu, dessin de
diverses couleurs, de 6 pieds de long sur 18 pouces de profondeur,
garnies de frange de soie torse de plusieurs couleurs; les bois
-peints, l'une en rouge et filets dorés, et l'autre en blanc.</p>
+peints, l'une en rouge et filets dorés, et l'autre en blanc.</p>
-<p>2 tabourets de panne cramoisie, bois dorés.</p>
+<p>2 tabourets de panne cramoisie, bois dorés.</p>
-<p>1 lustre de fer à quatre branches peint en blanc, et binets en cuivre
+<p>1 lustre de fer à quatre branches peint en blanc, et binets en cuivre
de 18 pouces de haut, avec un cordon de soie cramoisie et or.</p>
<p>1 commode de bois de noyer de 3 pieds &frac12; de long, 20 pouces de
profondeur et 32 pouces de haut, ayant 4 tiroirs, dont 2 grands et
-<span class="pagenum"><a id="page534" name="page534"></a>(p. 534)</span> 2 petits, fermant à clef, garnie d'entrées de serrures et
+<span class="pagenum"><a id="page534" name="page534"></a>(p. 534)</span> 2 petits, fermant à clef, garnie d'entrées de serrures et
portant de bronze en couleur d'or.</p>
<p>1 petite table de sapin pliante.</p>
-<p>1 miroir de toilette à bordure de noyer.</p>
+<p>1 miroir de toilette à bordure de noyer.</p>
<p>1 chaise de paille.</p>
<p>1 paravent de 8 feuilles de 20 pouces sur 6 pieds de haut, couvert en
-toile d'Alençon cramoisie.</p>
+toile d'Alençon cramoisie.</p>
-<p>1 paravent de 6 pieds de haut à 6 feuilles de 20 pouces de large,
+<p>1 paravent de 6 pieds de haut à 6 feuilles de 20 pouces de large,
couvert idem.</p>
-<p class="entete"><i>Deuxième antichambre.</i></p>
+<p class="entete"><i>Deuxième antichambre.</i></p>
-<p>1 portière du char à or de 2 aunes &frac14; de cours sur 2 aunes <sup>7</sup>/<sub>8</sub> de
+<p>1 portière du char à or de 2 aunes &frac14; de cours sur 2 aunes <sup>7</sup>/<sub>8</sub> de
haut.</p>
-<p>1 portière semblable à la précédente.</p>
+<p>1 portière semblable à la précédente.</p>
-<p>2 tabourets de panne cramoisie à bois dorés.</p>
+<p>2 tabourets de panne cramoisie à bois dorés.</p>
-<p>1 tabouret de panne idem, bois peint en rouge et filets dorés.</p>
+<p>1 tabouret de panne idem, bois peint en rouge et filets dorés.</p>
<p>1 paravent de 6 feuilles de 6 pieds de haut, couvert de drap rouge des
-deux côtés, cloué de cloux dorés sur galon d'or faux.</p>
+deux côtés, cloué de cloux dorés sur galon d'or faux.</p>
-<p>4 parties de rideaux de croisées de 2 lés, chacune de grosdetours
-cramoisi, sur 11 pieds 6 pouces de haut, bordées de galon de soie.</p>
+<p>4 parties de rideaux de croisées de 2 lés, chacune de grosdetours
+cramoisi, sur 11 pieds 6 pouces de haut, bordées de galon de soie.</p>
-<p>1 grille à 4 branches, pelle et pincette de fer.</p>
+<p>1 grille à 4 branches, pelle et pincette de fer.</p>
-<p>1 petit lustre de grenailles et petites poires à 8 bobèches, monture
-dorée, 21 pouces de diamètre sur 32 pouces de haut, avec un cordon de
+<p>1 petit lustre de grenailles et petites poires à 8 bobèches, monture
+dorée, 21 pouces de diamètre sur 32 pouces de haut, avec un cordon de
soie cramoisie et or.</p>
-<p>2 commodes plaquées de bois de rose et violette, chacune de 4 pieds de
+<p>2 commodes plaquées de bois de rose et violette, chacune de 4 pieds de
long, 23 pouces de profondeur sur 31 pouces de haut, ayant 4 tiroirs,
-dont 2 grands et 2 petits, fermant à clef, garnies d'entrées de
-serrures, portants et chaussons de cuivre doré d'or moulu, avec dessus
-de marbre brèche d'Alep, dont un cassé par le milieu.</p>
+dont 2 grands et 2 petits, fermant à clef, garnies d'entrées de
+serrures, portants et chaussons de cuivre doré d'or moulu, avec dessus
+de marbre brèche d'Alep, dont un cassé par le milieu.</p>
-<p>1 table ronde ployante de bois d'acajou de 5 pieds de diamètre,
-couverte de velours verd, pieds tournés.</p>
+<p>1 table ronde ployante de bois d'acajou de 5 pieds de diamètre,
+couverte de velours verd, pieds tournés.</p>
-<p>1 petite table à écrire de bois de noyer.</p>
+<p>1 petite table à écrire de bois de noyer.</p>
-<p>1 écritoire en pupitre portatif de bois rose et violet, garnie
-d'encrier, poudrier et boîte à éponge d'argent, argenterie non
-numérotée ni poids marqué.</p>
+<p>1 écritoire en pupitre portatif de bois rose et violet, garnie
+d'encrier, poudrier et boîte à éponge d'argent, argenterie non
+numérotée ni poids marqué.</p>
-<p>1 commode de bois de noyer à 2 grands et 2 petits tiroirs, ornée de
-portants et entrées de serrures en couleur, avec dessus de marbre de 3
+<p>1 commode de bois de noyer à 2 grands et 2 petits tiroirs, ornée de
+portants et entrées de serrures en couleur, avec dessus de marbre de 3
pieds &frac12; de large, 22 pouces de profondeur.</p>
-<p class="entete"><i>Pièce à côté pour les garçons de la chambre.</i></p>
+<p class="entete"><i>Pièce à côté pour les garçons de la chambre.</i></p>
-<p>1 couchette à 2 chevets de 3 pieds de large, à fond sanglé, garnie
-<span class="pagenum"><a id="page535" name="page535"></a>(p. 535)</span> de roulettes à galets.&mdash;Le coucher composé de: 1 sommier crin
-et toile à carreaux;</p>
+<p>1 couchette à 2 chevets de 3 pieds de large, à fond sanglé, garnie
+<span class="pagenum"><a id="page535" name="page535"></a>(p. 535)</span> de roulettes à galets.&mdash;Le coucher composé de: 1 sommier crin
+et toile à carreaux;</p>
<p>2 mattelas de laine et toile idem;</p>
@@ -22191,331 +22146,331 @@ et toile à carreaux;</p>
<p>2 couvertures de laine;</p>
-<p>2 rideaux d'alcôve à 4 lés chaque sur 11 pieds &frac12;;</p>
+<p>2 rideaux d'alcôve à 4 lés chaque sur 11 pieds &frac12;;</p>
<p>1 pente de 6 pieds de long, le tout de fleuret bleu et blanc;</p>
-<p>2 parties de rideaux de croisée d'un lé chaque de toile de coton sur 6
+<p>2 parties de rideaux de croisée d'un lé chaque de toile de coton sur 6
pieds de haut;</p>
-<p>1 table de hêtre avec un tiroir à la face de 3 pieds &frac12; de long, 2
+<p>1 table de hêtre avec un tiroir à la face de 3 pieds &frac12; de long, 2
pieds de profondeur;</p>
-<p>6 chaises de paille satinée verd et blanc.</p>
+<p>6 chaises de paille satinée verd et blanc.</p>
-<p class="entete"><i>Cabinet, ou Pièces de nobles en été.</i></p>
+<p class="entete"><i>Cabinet, ou Pièces de nobles en été.</i></p>
-<p>1 meuble de damas de Gênes cramoisi, orné de grand et petit galon,
+<p>1 meuble de damas de Gênes cramoisi, orné de grand et petit galon,
avec frange et molet en or, consistant en:</p>
<p>12 ployants garnis d'un grand galon de 20 lignes et d'un autre de 12
-lignes, avec frange de 3 pouces, et les bois sculptés dorés;</p>
+lignes, avec frange de 3 pouces, et les bois sculptés dorés;</p>
-<p>1 paravent de 6 feuilles de 4 pieds de haut, orné des mêmes galons, et
-cloué à triple rang de cloux dorés sur galon d'or fin et charnières en
-étoffe;</p>
+<p>1 paravent de 6 feuilles de 4 pieds de haut, orné des mêmes galons, et
+cloué à triple rang de cloux dorés sur galon d'or fin et charnières en
+étoffe;</p>
-<p>1 écran sculpté et orné idem;</p>
+<p>1 écran sculpté et orné idem;</p>
-<p>6 parties de portières de 3 lés chacune, ornés aux montants et travers
-du haut de molet et frange d'or par le bas, doublées de taffetas, sur
+<p>6 parties de portières de 3 lés chacune, ornés aux montants et travers
+du haut de molet et frange d'or par le bas, doublées de taffetas, sur
10 pieds de haut;</p>
-<p>6 parties de rideaux de croisées de 2 lés chacune de grosdetours
+<p>6 parties de rideaux de croisées de 2 lés chacune de grosdetours
cramoisi, avec frange et mollet d'or idem, sur 12 pieds de haut;</p>
-<p>6 parties de rideaux de vitrage d'un lé &frac12; chaque de mousseline rayée
-et brodée sur 4 pieds de haut;</p>
+<p>6 parties de rideaux de vitrage d'un lé &frac12; chaque de mousseline rayée
+et brodée sur 4 pieds de haut;</p>
-<p>2 encoignures de marqueterie plaquées en bois satiné et champ de bois
-d'amaranthe, ouvrant à un venteau dont le devant est orné d'un vase de
-fleurs plaqué sur fond de bois gris satiné, la frise à tiroir plaqué
-en bois vert, ornées de moulures, encadrements de panneaux ciselés,
-rinceaux, pieds et chûtes de pilastres, frise à entrelacs d'ornements,
-le tout en bronze doré d'or moulu et dessus de marbre fin de 25 pouces
+<p>2 encoignures de marqueterie plaquées en bois satiné et champ de bois
+d'amaranthe, ouvrant à un venteau dont le devant est orné d'un vase de
+fleurs plaqué sur fond de bois gris satiné, la frise à tiroir plaqué
+en bois vert, ornées de moulures, encadrements de panneaux ciselés,
+rinceaux, pieds et chûtes de pilastres, frise à entrelacs d'ornements,
+le tout en bronze doré d'or moulu et dessus de marbre fin de 25 pouces
de profondeur sur 34 pouces &frac12; de haut;</p>
-<p>2 lustres à 6 lumières de cristal de Bohême, montures dorées, de 26
-pouces de diamètre sur 3 pieds 9 pouces de haut, avec:</p>
+<p>2 lustres à 6 lumières de cristal de Bohême, montures dorées, de 26
+pouces de diamètre sur 3 pieds 9 pouces de haut, avec:</p>
-<p>2 cordons et 4 glands en soie cramoisie, ornés de cartisanne et
+<p>2 cordons et 4 glands en soie cramoisie, ornés de cartisanne et
couronnes;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page536" name="page536"></a>(p. 536)</span> 4 girandoles à 5 lumières de cristal de Bohême terminées par
-une fleur de lys, montures de cuivre doré, à trépied et plateaux en
-bronze doré, 30 pouces de haut, 16 pouces de large;</p>
-
-<p>1 feu à 4 branches à recouvrement orné sur le devant de postes et
-doubles pilastres surmontés de cassollettes et couronne, boucliers
-posés au centre du recouvrement, le grand socle à consoles surmonté
-d'un vase à anses, orné de guirlandes, terminé par une flamme de
-bronze doré, 17 pouces de haut sur 17 de large;</p>
-
-<p>2 paires bras de cheminée à trois branches, celles de côté torses et
-toutes trois fixées sur une gaîne ornée de palmettes, avec frises à
-entrelacs surmontées d'un vase à cannelure torse et à anses d'ornement
-terminé par un bouton de graine, 22 pouces de haut, 17 pouces de
-large, bassin à cannelure et festons;</p>
-
-<p>1 belle pendule de cheminée en marbre blanc représentant un portique
-d'architecture orné dans la frise du bas de 3 bas-reliefs, l'un
-caractérisant la Paix, l'autre l'Abondance, et l'autre la Gloire
-tenant un buste oval, figure d'Henri IV; le portique orné de pilastres
-cannelés et moulures au contour du chapiteau à oves et dards, surmonté
-d'un vase à anses et paquets de laurier sur le ceintre du chapiteau,
-la pendule placée au centre du portique dans sa boîte à ornements; le
-tout de bronze doré au mat, ainsi que la lentille, figure de soleil,
-de 26 pouces de haut sur 15 pouces de face, par Lépine.</p>
-
-<p class="entete"><i>Pièce des nobles en hiver.</i></p>
-
-<p>1 meuble de velours de soie cramoisi doublé de grosdetours cramoisi,
-orné de 2 galons d'or, dont 1 de 23 lignes et l'autre de 9 lignes &frac12;,
+<p><span class="pagenum"><a id="page536" name="page536"></a>(p. 536)</span> 4 girandoles à 5 lumières de cristal de Bohême terminées par
+une fleur de lys, montures de cuivre doré, à trépied et plateaux en
+bronze doré, 30 pouces de haut, 16 pouces de large;</p>
+
+<p>1 feu à 4 branches à recouvrement orné sur le devant de postes et
+doubles pilastres surmontés de cassollettes et couronne, boucliers
+posés au centre du recouvrement, le grand socle à consoles surmonté
+d'un vase à anses, orné de guirlandes, terminé par une flamme de
+bronze doré, 17 pouces de haut sur 17 de large;</p>
+
+<p>2 paires bras de cheminée à trois branches, celles de côté torses et
+toutes trois fixées sur une gaîne ornée de palmettes, avec frises à
+entrelacs surmontées d'un vase à cannelure torse et à anses d'ornement
+terminé par un bouton de graine, 22 pouces de haut, 17 pouces de
+large, bassin à cannelure et festons;</p>
+
+<p>1 belle pendule de cheminée en marbre blanc représentant un portique
+d'architecture orné dans la frise du bas de 3 bas-reliefs, l'un
+caractérisant la Paix, l'autre l'Abondance, et l'autre la Gloire
+tenant un buste oval, figure d'Henri IV; le portique orné de pilastres
+cannelés et moulures au contour du chapiteau à oves et dards, surmonté
+d'un vase à anses et paquets de laurier sur le ceintre du chapiteau,
+la pendule placée au centre du portique dans sa boîte à ornements; le
+tout de bronze doré au mat, ainsi que la lentille, figure de soleil,
+de 26 pouces de haut sur 15 pouces de face, par Lépine.</p>
+
+<p class="entete"><i>Pièce des nobles en hiver.</i></p>
+
+<p>1 meuble de velours de soie cramoisi doublé de grosdetours cramoisi,
+orné de 2 galons d'or, dont 1 de 23 lignes et l'autre de 9 lignes &frac12;,
consistant en:</p>
-<p>6 parties de portière de 3 lés chacune doublées de grosdetours et
-ornées des 2 galons, sur 10 pieds 4 pouces de haut;</p>
+<p>6 parties de portière de 3 lés chacune doublées de grosdetours et
+ornées des 2 galons, sur 10 pieds 4 pouces de haut;</p>
-<p>1 paravent de 6 feuilles sur 4 pieds, charnière en étoffe, chaque
-feuille ornée des 2 galons, 1 rang de cloux dorés au pourtour et 1
+<p>1 paravent de 6 feuilles sur 4 pieds, charnière en étoffe, chaque
+feuille ornée des 2 galons, 1 rang de cloux dorés au pourtour et 1
rang idem sur le champ, sur galon d'or fin;</p>
-<p>1 écran à coulisse, le châssis orné des 2 côtés des 2 galons d'or avec
-tresse et galon d'or, le bois sculpté doré;</p>
+<p>1 écran à coulisse, le châssis orné des 2 côtés des 2 galons d'or avec
+tresse et galon d'or, le bois sculpté doré;</p>
-<p>11 pliants ornés des 2 galons et frange de 3 pouces en or, les bois
-sculptés dorés.</p>
+<p>11 pliants ornés des 2 galons et frange de 3 pouces en or, les bois
+sculptés dorés.</p>
-<p>Les rideaux de croisées servent pour les deux saisons: voyez le meuble
-d'été à l'Inventaire.</p>
+<p>Les rideaux de croisées servent pour les deux saisons: voyez le meuble
+d'été à l'Inventaire.</p>
-<p class="entete"><i>Chambre à coucher en hiver.</i></p>
+<p class="entete"><i>Chambre à coucher en hiver.</i></p>
-<p>4 parties de portières de 3 lés chacune, de velours, doublées de
-<span class="pagenum"><a id="page537" name="page537"></a>(p. 537)</span> grosdetours cramoisi sur 2 aunes <sup>7</sup>/<sub>8</sub> de haut, ornées de 2
+<p>4 parties de portières de 3 lés chacune, de velours, doublées de
+<span class="pagenum"><a id="page537" name="page537"></a>(p. 537)</span> grosdetours cramoisi sur 2 aunes <sup>7</sup>/<sub>8</sub> de haut, ornées de 2
galons, dont 1 de 23 lignes et l'autre de 9 lignes &frac12; de large.</p>
-<p class="entete"><i>Chambre à coucher en été.</i></p>
+<p class="entete"><i>Chambre à coucher en été.</i></p>
-<p>Un meuble de damas de Lyon verd, dessin à palmes, orné de grand et
-petit galon à la Bourgogne et frange d'or, suivant le détail ci-après,
-les pentes chantournées et soubassements ornés de broderie d'or.</p>
+<p>Un meuble de damas de Lyon verd, dessin à palmes, orné de grand et
+petit galon à la Bourgogne et frange d'or, suivant le détail ci-après,
+les pentes chantournées et soubassements ornés de broderie d'or.</p>
-<p>1 tapisserie en 3 pièces galonnées de grand et petit galon d'or,
+<p>1 tapisserie en 3 pièces galonnées de grand et petit galon d'or,
contenant ensemble 47 pieds 9 pouces de cours sur 14 pieds 2 pouces de
-haut, doublée de toile.</p>
+haut, doublée de toile.</p>
-<p>1 lit à colonnes à 2 chevets de 5 pieds de large, 6 pieds &frac12; de long,
-11 pieds 6 pouces de haut, impériale en voussure surmontée d'une
-corniche sculptée à feuilles d'acanthe et perles; la couchette à 2
-dossiers chantournés à bois couvert, ainsi que les soubassements; le
+<p>1 lit à colonnes à 2 chevets de 5 pieds de large, 6 pieds &frac12; de long,
+11 pieds 6 pouces de haut, impériale en voussure surmontée d'une
+corniche sculptée à feuilles d'acanthe et perles; la couchette à 2
+dossiers chantournés à bois couvert, ainsi que les soubassements; le
bois peint en blanc, ferrures apparentes, double-tringles et agraffes
-dorées, garniture de roulettes à équerre et chassis du fond sanglé.</p>
-
-<p>Les étoffes composées d'une impériale et son petit fond à double
-galon, 4 petites pentes ornées de frange par le bas et petit galon par
-le haut; 4 grandes pentes ornées de grand et petit galon, frange de 4
-pouces brodée en ornements sur le corps, 2 chantournés à double face
-brodés <i>idem</i> et ornés de grand et petit galon, 3 soubassements
-brodés, galonnés comme les grandes pentes avec frange par le bas; 4
-rideaux de 7 lés chaque ornés de grand et petit galon sur les montants
-travers du bas et cantonnières, 4 foureaux des colonnes en damas, 4
+dorées, garniture de roulettes à équerre et chassis du fond sanglé.</p>
+
+<p>Les étoffes composées d'une impériale et son petit fond à double
+galon, 4 petites pentes ornées de frange par le bas et petit galon par
+le haut; 4 grandes pentes ornées de grand et petit galon, frange de 4
+pouces brodée en ornements sur le corps, 2 chantournés à double face
+brodés <i>idem</i> et ornés de grand et petit galon, 3 soubassements
+brodés, galonnés comme les grandes pentes avec frange par le bas; 4
+rideaux de 7 lés chaque ornés de grand et petit galon sur les montants
+travers du bas et cantonnières, 4 foureaux des colonnes en damas, 4
embrasse-rideaux en gros cordon d'or avec glands <i>idem</i>;</p>
-<p>1 courtepointe ornée d'un grand et deux rangs de petit galon;</p>
+<p>1 courtepointe ornée d'un grand et deux rangs de petit galon;</p>
-<p>2 rideaux d'entour de 7 lés chaque bordés au pourtour de petit galon
-et double-rang sur les montants des cantonnières du devant seulement
+<p>2 rideaux d'entour de 7 lés chaque bordés au pourtour de petit galon
+et double-rang sur les montants des cantonnières du devant seulement
en grosdetours verd.</p>
-<p>Le coucher composé de:</p>
+<p>Le coucher composé de:</p>
<p>4 malelats laine et futaine;</p>
<p>1 lit et 2 traversins de duvet et basin avec souilles de taffetas
blanc;</p>
-<p>4 parties de portières de 4 lés chacune, galonnées d'un grand et petit
-galon d'or, doublées de grosdetours, sur 10 pieds de haut;</p>
+<p>4 parties de portières de 4 lés chacune, galonnées d'un grand et petit
+galon d'or, doublées de grosdetours, sur 10 pieds de haut;</p>
-<p>2 parties de rideaux de croisées de 2 lés chaque en grosdetours verd,
-ornées d'un petit galon d'or au pourtour, sur 13 pieds de haut,
-rempliées à 11 pieds 6 pouces;</p>
+<p>2 parties de rideaux de croisées de 2 lés chaque en grosdetours verd,
+ornées d'un petit galon d'or au pourtour, sur 13 pieds de haut,
+rempliées à 11 pieds 6 pouces;</p>
-<p>2 fauteuils pieds à gaine, cannelures torses sculptées de culots
-enfilés dans la ceinture du siége, <i>idem</i> aux accotoirs avec
-palmettes, feuilles d'eau à refend au pourtour du dossier, garnis et
-couverts <span class="pagenum"><a id="page538" name="page538"></a>(p. 538)</span> comme le meuble avec grand et petit galons, cloués
-de cloux dorés sur galon d'or fin, les bois sculptés dorés;</p>
+<p>2 fauteuils pieds à gaine, cannelures torses sculptées de culots
+enfilés dans la ceinture du siége, <i>idem</i> aux accotoirs avec
+palmettes, feuilles d'eau à refend au pourtour du dossier, garnis et
+couverts <span class="pagenum"><a id="page538" name="page538"></a>(p. 538)</span> comme le meuble avec grand et petit galons, cloués
+de cloux dorés sur galon d'or fin, les bois sculptés dorés;</p>
-<p>2 carreaux ornés de 1 grand et 2 petits galons avec 4 glands d'or aux
+<p>2 carreaux ornés de 1 grand et 2 petits galons avec 4 glands d'or aux
coins desdits;</p>
-<p>8 ployants garnis de large galon et frange d'or; 1 écran garni de
+<p>8 ployants garnis de large galon et frange d'or; 1 écran garni de
large galon et d'un gland d'or avec sa tresse de soie verte; 1
-paravent de 6 feuilles à bois couvert des 2 côtés, garni d'un grand
-galon d'or, et triple rang de cloux doré sur galon d'or fin, sur 4
-pieds de hauteur; le bois sculpté doré; le tout avec housses de
+paravent de 6 feuilles à bois couvert des 2 côtés, garni d'un grand
+galon d'or, et triple rang de cloux doré sur galon d'or fin, sur 4
+pieds de hauteur; le bois sculpté doré; le tout avec housses de
grosdetours;</p>
-<p>1 marchepied à 2 degrés de damas cramoisi avec sa housse de
+<p>1 marchepied à 2 degrés de damas cramoisi avec sa housse de
grosdetours verd;</p>
-<p>1 commode de marquetterie à dessus de marbre verd campan, ayant 5
-tiroirs dont 2 grands et 3 petits dans la frise, plaqué en bois verd,
-4 paneaux de côté en bois satiné avec filets noir et blanc et champ de
-bois d'amaranthe, une table saillante au milieu, représentant un
-trophée pastoral et vase en placage sur fond de bois gris satiné, les
-arrière-corps en mosaïque de bois ombrés sur fond même bois; ladite
-commode ornée de socle, pieds à rouleaux et palmettes ornées de gaine,
-chûtes et paquets de laurier, cadres de panneaux, moulures unies à
+<p>1 commode de marquetterie à dessus de marbre verd campan, ayant 5
+tiroirs dont 2 grands et 3 petits dans la frise, plaqué en bois verd,
+4 paneaux de côté en bois satiné avec filets noir et blanc et champ de
+bois d'amaranthe, une table saillante au milieu, représentant un
+trophée pastoral et vase en placage sur fond de bois gris satiné, les
+arrière-corps en mosaïque de bois ombrés sur fond même bois; ladite
+commode ornée de socle, pieds à rouleaux et palmettes ornées de gaine,
+chûtes et paquets de laurier, cadres de panneaux, moulures unies à
chapelets et feuilles, rais-de-c&oelig;ur, et rosettes guirlandes de
-laurier et chûtes en paquet, portants à ornements et corbeilles, la
-frise du centre en entrelacs, à rosettes et culots, le tout de bronze
-doré d'or moulu, longue de 5 pieds &frac12; sur 25 pouces de profondeur et
+laurier et chûtes en paquet, portants à ornements et corbeilles, la
+frise du centre en entrelacs, à rosettes et culots, le tout de bronze
+doré d'or moulu, longue de 5 pieds &frac12; sur 25 pouces de profondeur et
37 pouces de haut;</p>
-<p>1 feu dont la grille à 4 branches en 2 parties de fer poli de 23
+<p>1 feu dont la grille à 4 branches en 2 parties de fer poli de 23
pouces de profondeur, ayant chacune sur le devant une forte garniture
-à recouvrement de bronze ciselé et doré d'or moulu, orné d'entrelacs
-et rosettes, et sur le dessus d'une volute à palmettes et laurier en
-paquet, et petit vase à anse de 15 pouces de haut, le grand socle à
-piédouche orné de guirlandes de fleurs, d'entrelacs dans la frise,
-surmonté d'un fort vase à cannelures et godrons, guirlandes de laurier
-à anses et tête de bélier, terminé par un bouton de graine, 22 pouces
+à recouvrement de bronze ciselé et doré d'or moulu, orné d'entrelacs
+et rosettes, et sur le dessus d'une volute à palmettes et laurier en
+paquet, et petit vase à anse de 15 pouces de haut, le grand socle à
+piédouche orné de guirlandes de fleurs, d'entrelacs dans la frise,
+surmonté d'un fort vase à cannelures et godrons, guirlandes de laurier
+à anses et tête de bélier, terminé par un bouton de graine, 22 pouces
de haut sur 18 pouces de face, avec pelle, pincette et tenaille
-garnies de boutons de cuivre ciselés et dorés;</p>
+garnies de boutons de cuivre ciselés et dorés;</p>
-<p>1 lustre de cristal de Bohême à 8 lumières accouplées sur double
-bobèche, monture dorée, 32 pouces de diamètre sur 3 pieds 6 pouces de
-haut, avec 1 cordon et 2 glands de soie verte et or, orné de
+<p>1 lustre de cristal de Bohême à 8 lumières accouplées sur double
+bobèche, monture dorée, 32 pouces de diamètre sur 3 pieds 6 pouces de
+haut, avec 1 cordon et 2 glands de soie verte et or, orné de
cartisanne d'or;</p>
-<p>2 paires de bras à 3 branches, celles de côté torses, ornées de
-palmettes et graine, cannelure et godrons, binets à festons, la gaine
-à <span class="pagenum"><a id="page539" name="page539"></a>(p. 539)</span> palmettes et culots avec frise à entrelacs surmonté d'un
+<p>2 paires de bras à 3 branches, celles de côté torses, ornées de
+palmettes et graine, cannelure et godrons, binets à festons, la gaine
+à <span class="pagenum"><a id="page539" name="page539"></a>(p. 539)</span> palmettes et culots avec frise à entrelacs surmonté d'un
bouton de graine, 22 pouces de haut, 18 pouces de large;</p>
-<p>1 belle pendule de cheminée en marbre blanc, architecture et
-chapiteau, le socle orné de frises à entrelacs d'ornements, porté par
-8 piédouches, une double frise <i>idem</i> avec moulure, ciselés, surmontés
+<p>1 belle pendule de cheminée en marbre blanc, architecture et
+chapiteau, le socle orné de frises à entrelacs d'ornements, porté par
+8 piédouches, une double frise <i>idem</i> avec moulure, ciselés, surmontés
de 2 enfants soutenant le chapiteau et portant une guirlande de fruits
-et fleurs, le dessous du chapiteau orné d'oves et surmonté d'un nuage
-et de deux enfants, l'un tenant une couronne et l'autre traçant une
-carte géographique, la pendule placée au centre du chapiteau avec son
-cadre de bronze ciselé doré d'or mat, 19 pouces de haut, 21 pouces de
+et fleurs, le dessous du chapiteau orné d'oves et surmonté d'un nuage
+et de deux enfants, l'un tenant une couronne et l'autre traçant une
+carte géographique, la pendule placée au centre du chapiteau avec son
+cadre de bronze ciselé doré d'or mat, 19 pouces de haut, 21 pouces de
face;</p>
-<p>1 écran de bois d'acajou à châssis de taffetas verd;</p>
+<p>1 écran de bois d'acajou à châssis de taffetas verd;</p>
-<p>2 rideaux de vitrage d'un lé &frac12; chaque, de mousseline rayée et brodée
+<p>2 rideaux de vitrage d'un lé &frac12; chaque, de mousseline rayée et brodée
sur 4 pieds de haut.</p>
<p class="entete"><i>Meuble d'hyver.</i></p>
-<p>Un meuble de velours de soie cramoisi orné de frange et galon d'or,
+<p>Un meuble de velours de soie cramoisi orné de frange et galon d'or,
consistant en:</p>
-<p>1 lit à la duchesse, composé de trois grandes et 4 petites pentes
+<p>1 lit à la duchesse, composé de trois grandes et 4 petites pentes
enrichies de feuilles et ornements de broderie, et de 2 galons d'or
-garnies de grande frange d'or, fond grand, dossier chantourné aussi
-brodé en or, bonnes-grâces en dedans et au dehors, courtepointe garnie
+garnies de grande frange d'or, fond grand, dossier chantourné aussi
+brodé en or, bonnes-grâces en dedans et au dehors, courtepointe garnie
de sesd. 2 galons et 3 soubassements garnis desd. galons et frange, et
-2 rideaux sur 3 au. &frac14; de haut, garnis desd. galons et doublés de
+2 rideaux sur 3 au. &frac14; de haut, garnis desd. galons et doublés de
grosdetours cramoisi, avec 4 pommes, 4 bouquets de plumes et 4
aigrettes.</p>
-<p>Le bois du lit à fond sanglé en 2 parties dont les vis sont dorées, de
+<p>Le bois du lit à fond sanglé en 2 parties dont les vis sont dorées, de
5 pieds de large, 6 pieds 4 pouces de long, sur 12 pieds &frac12; de haut.</p>
<p>Le coucher:</p>
-<p>3 fauteuils à carreaux, 12 ployants, 1 écran, 1 paravent de 6 feuilles
-sur 4 pieds de haut; garni d'un galon d'or avec une tresse à l'écran,
-les bois sculptés dorés;</p>
+<p>3 fauteuils à carreaux, 12 ployants, 1 écran, 1 paravent de 6 feuilles
+sur 4 pieds de haut; garni d'un galon d'or avec une tresse à l'écran,
+les bois sculptés dorés;</p>
-<p>4 portières (pour cet article, voir, page <a href="#page536">536</a>,
-<em>Chambre à coucher en hiver</em>: 4 parties de portières, etc.)</p>
+<p>4 portières (pour cet article, voir, page <a href="#page536">536</a>,
+<em>Chambre à coucher en hiver</em>: 4 parties de portières, etc.)</p>
-<p>4 parties de rideaux de croisées de 2 lés chacune de grosdetours
+<p>4 parties de rideaux de croisées de 2 lés chacune de grosdetours
cramoisi, garnis de galon d'or sur 13 pieds de haut.</p>
-<p>Pièces tapisserie, dessin de Teniers, de la manufacture de Beauvais.</p>
+<p>Pièces tapisserie, dessin de Teniers, de la manufacture de Beauvais.</p>
<p class="entete"><i>Grand cabinet.</i></p>
-<p>Un meuble de grosdetours fond blanc à bouquets et ruban bleu brochés,
-encadré de bordures de même étoffe, dessein à treillage <span class="pagenum"><a id="page540" name="page540"></a>(p. 540)</span> verd
-et fleurs, profilet de milleret verd, et orné d'une crête de soie nuée
+<p>Un meuble de grosdetours fond blanc à bouquets et ruban bleu brochés,
+encadré de bordures de même étoffe, dessein à treillage <span class="pagenum"><a id="page540" name="page540"></a>(p. 540)</span> verd
+et fleurs, profilet de milleret verd, et orné d'une crête de soie nuée
assortie, consistant en:</p>
-<p>1 lit de repos de 6 pieds de long et 27 pouces de profondeur, garni à
-plateforme, 1 matelas portant son soubassement drapé, orné de frange
+<p>1 lit de repos de 6 pieds de long et 27 pouces de profondeur, garni à
+plateforme, 1 matelas portant son soubassement drapé, orné de frange
et glands, 3 oreillers avec 4 glands chacun; les oreillers garnis de
mouchoirs de taffetas blanc.</p>
-<p>Au dessus dud. lit de repos: 1 pente drapée de 6 pieds de long avec
-écharpe de 2 pieds 6 pouces, frange et 8 galons doublés de grosdetours
-blanc, 2 écharpes doubles en bonnes-grâces de 2 lés chaque, encadrées,
-ornés de molets et frangeou doublées de taffetas blanc avec cordon et
+<p>Au dessus dud. lit de repos: 1 pente drapée de 6 pieds de long avec
+écharpe de 2 pieds 6 pouces, frange et 8 galons doublés de grosdetours
+blanc, 2 écharpes doubles en bonnes-grâces de 2 lés chaque, encadrées,
+ornés de molets et frangeou doublées de taffetas blanc avec cordon et
6 glands de 9 pieds de haut;</p>
-<p>5 cordons de soie nuée, dont 4 avec glands.</p>
+<p>5 cordons de soie nuée, dont 4 avec glands.</p>
-<p>2 bergères quarrées, 2 bergères ceintrées, 8 fauteuils, 6 chaises, à
-carreaux, 1 chaise sans carreau, 1 écran à chapeau, garnis de crête,
-les bois sculptés à rais-de-c&oelig;ur et perles à la ceinture, pieds à
+<p>2 bergères quarrées, 2 bergères ceintrées, 8 fauteuils, 6 chaises, à
+carreaux, 1 chaise sans carreau, 1 écran à chapeau, garnis de crête,
+les bois sculptés à rais-de-c&oelig;ur et perles à la ceinture, pieds à
gaine, palmettes et pilastres aux consoles rais-de-c&oelig;ur, ficelle et
pommes de graine au dossier peint en blanc avec mouchoir de taffetas
blanc.</p>
-<p>A la croisée: une pente drapée et ses deux écharpes de 3 pieds de
-long, 2 doubles écharpes en bonnes-grâces encadrées et bordées de
+<p>A la croisée: une pente drapée et ses deux écharpes de 3 pieds de
+long, 2 doubles écharpes en bonnes-grâces encadrées et bordées de
molet et frangeou de 12 pieds de haut, garnies de 12 glands, cordon et
n&oelig;uds d'embrasses;</p>
-<p>2 parties de rideaux de croisée de 2 lés de grosdetours blanc, avec
-grande bordure et molet de soie nuée;</p>
+<p>2 parties de rideaux de croisée de 2 lés de grosdetours blanc, avec
+grande bordure et molet de soie nuée;</p>
-<p>2 parties de rideau de vitrage de 2 lés chacun de taffetas blanc sur 5
+<p>2 parties de rideau de vitrage de 2 lés chacun de taffetas blanc sur 5
pieds de haut;</p>
-<p>1 chaise de damas bleu, clouée de cloux dorés sur bois à moulures,
-pieds à gaine peint en blanc;</p>
-
-<p>3 petits écrans de bois d'acajou avec châssis de taffetas cramoisi;</p>
-
-<p>1 lustre à 6 lumières de cristal de roche, monture dorée, garniture de
-grenailles à rosette et en filage et poire depuis 3 pouces &frac12; à 2
-pouces, la boule de 3 pouces &frac12; de diamètre, le lustre de 25 pouces
-de diamètre sur 36 pouces de haut, avec 1 cordon, 1 rosasse et 1 gland
-de soie nuée ornés de cartisane;</p>
-
-<p>1 feu à 4 branches et à recouvrement avec frise sur le devant ornées à
-entrelacs à rosettes, culots et cadres de perles, le dessus orné de
-branches et fruits de vigne, sur le dedans un socle à colonne cannelée
-sur piedouche, surmonté d'un nuage et de 2 tourterelles; le grand
-socle à cannelures et tigettes avec guirlandes de fleurs et fruits de
-vigne, surmonté d'un vase à cassolette à trépied et tête de satyre;
-<span class="pagenum"><a id="page541" name="page541"></a>(p. 541)</span> le corps de la cassolette à cannelures torses, terminé par
-une flamme, 17 pouces de haut sur 16 pouces de large, bronze doré,
-pelle, pincette et tenaille à boutons dorés;</p>
-
-<p>2 paires de bras à trois branches, celles de côté torses, ornées de
-palmettes et graine, cannelures et godrons, binets à festons, la gaine
-à palmettes et culots avec frise à entrelacs surmonté d'un vase à
-anses et cannelures torses, terminé d'un boulon de graine, 22 pouces
+<p>1 chaise de damas bleu, clouée de cloux dorés sur bois à moulures,
+pieds à gaine peint en blanc;</p>
+
+<p>3 petits écrans de bois d'acajou avec châssis de taffetas cramoisi;</p>
+
+<p>1 lustre à 6 lumières de cristal de roche, monture dorée, garniture de
+grenailles à rosette et en filage et poire depuis 3 pouces &frac12; à 2
+pouces, la boule de 3 pouces &frac12; de diamètre, le lustre de 25 pouces
+de diamètre sur 36 pouces de haut, avec 1 cordon, 1 rosasse et 1 gland
+de soie nuée ornés de cartisane;</p>
+
+<p>1 feu à 4 branches et à recouvrement avec frise sur le devant ornées à
+entrelacs à rosettes, culots et cadres de perles, le dessus orné de
+branches et fruits de vigne, sur le dedans un socle à colonne cannelée
+sur piedouche, surmonté d'un nuage et de 2 tourterelles; le grand
+socle à cannelures et tigettes avec guirlandes de fleurs et fruits de
+vigne, surmonté d'un vase à cassolette à trépied et tête de satyre;
+<span class="pagenum"><a id="page541" name="page541"></a>(p. 541)</span> le corps de la cassolette à cannelures torses, terminé par
+une flamme, 17 pouces de haut sur 16 pouces de large, bronze doré,
+pelle, pincette et tenaille à boutons dorés;</p>
+
+<p>2 paires de bras à trois branches, celles de côté torses, ornées de
+palmettes et graine, cannelures et godrons, binets à festons, la gaine
+à palmettes et culots avec frise à entrelacs surmonté d'un vase à
+anses et cannelures torses, terminé d'un boulon de graine, 22 pouces
de haut, 18 pouces de large.</p>
-<p>A la croisée, 1 store de 6 pieds 6 pouces de large, avec son taffetas
+<p>A la croisée, 1 store de 6 pieds 6 pouces de large, avec son taffetas
de 12 pieds de haut.</p>
<p class="entete"><i>Garde-robe.</i></p>
-<p>1 table de nuit de bois d'acajou à 2 tablettes de marbre blanc veiné,
-ayant un tiroir à droite à bouton et rosette de bronze en couleur.</p>
+<p>1 table de nuit de bois d'acajou à 2 tablettes de marbre blanc veiné,
+ayant un tiroir à droite à bouton et rosette de bronze en couleur.</p>
-<p class="entete"><i>Escalier qui conduit du grand cabinet à la bibliothèque.</i></p>
+<p class="entete"><i>Escalier qui conduit du grand cabinet à la bibliothèque.</i></p>
<p>Les marches couvertes en moquettes.</p>
@@ -22523,271 +22478,271 @@ ayant un tiroir à droite à bouton et rosette de bronze en couleur.</p>
<p>La rampe garnie et couverte de fleuret bleu.</p>
-<p>1 cordon d'écuyer en fil bleu.</p>
+<p>1 cordon d'écuyer en fil bleu.</p>
-<p class="entete"><i>Pièce du billard et bibliothèque.</i></p>
+<p class="entete"><i>Pièce du billard et bibliothèque.</i></p>
-<p>Un meuble de damas (de Lyon) verd et blanc, dessin à figures à
-enfants, cascades et fleurs, orné de frange, glands, cordon et crête à
+<p>Un meuble de damas (de Lyon) verd et blanc, dessin à figures à
+enfants, cascades et fleurs, orné de frange, glands, cordon et crête à
la niche.</p>
-<p>1 pente et 2 doubles écharpes de 6 pieds 4 pouces de haut, le tout de
-22 pouces de long, doublées de grosdetours verd avec cordon, 10
+<p>1 pente et 2 doubles écharpes de 6 pieds 4 pouces de haut, le tout de
+22 pouces de long, doublées de grosdetours verd avec cordon, 10
glands, 2 n&oelig;uds et une cocarde.</p>
-<p>1 banquette à plateforme de 6 pieds 2 pouces de long sur 27 pouces de
-profondeur, avec son matelas, le devant relevé en draperie avec 8
+<p>1 banquette à plateforme de 6 pieds 2 pouces de long sur 27 pouces de
+profondeur, avec son matelas, le devant relevé en draperie avec 8
glands; 3 oreillers garnis de 4 glands chacun, 2 rondins avec 2 glands
-à chacun.</p>
+à chacun.</p>
-<p>1 canapé à joncs fermé de 5 pieds 6 pouces, garni à plateforme avec
-son matelas, soubassement drapé orné de frange et 6 glands, 2 carreaux
-et 2 rondins garnis de glands; le tout en damas verd et blanc, orné de
-crête assortie, le bois à moulures peint en blanc.</p>
+<p>1 canapé à joncs fermé de 5 pieds 6 pouces, garni à plateforme avec
+son matelas, soubassement drapé orné de frange et 6 glands, 2 carreaux
+et 2 rondins garnis de glands; le tout en damas verd et blanc, orné de
+crête assortie, le bois à moulures peint en blanc.</p>
-<p>2 bergères, 8 fauteuils, à carreaux, 1 écran à chapeau, couverts dudit
-damas, ornés de crête assortie clouée, bois à moulures peints en
+<p>2 bergères, 8 fauteuils, à carreaux, 1 écran à chapeau, couverts dudit
+damas, ornés de crête assortie clouée, bois à moulures peints en
blanc.</p>
-<p>1 pente drapée formant le ceintre de la croisée, ornée de 8 glands et
+<p>1 pente drapée formant le ceintre de la croisée, ornée de 8 glands et
1 n&oelig;ud.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page542" name="page542"></a>(p. 542)</span> 1 tapis de pied à moquette, dessin cordon jaune à médaillons
-de 9 lés et 2 bandes, non compris bordure sur 16 pieds.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page542" name="page542"></a>(p. 542)</span> 1 tapis de pied à moquette, dessin cordon jaune à médaillons
+de 9 lés et 2 bandes, non compris bordure sur 16 pieds.</p>
-<p>1 embrassement de croisée de 4 lés sans bordure sur 7 pieds 6 pouces
-de long, doublé de toile.</p>
+<p>1 embrassement de croisée de 4 lés sans bordure sur 7 pieds 6 pouces
+de long, doublé de toile.</p>
-<p>1 bureau plaqué de bois satiné et amaranthe de 4 pieds 3 pouces de
+<p>1 bureau plaqué de bois satiné et amaranthe de 4 pieds 3 pouces de
large, 24 pouces de profondeur et 26 pouces de haut avec roulettes
-sous les pieds, une tablette entre les pieds, ceintrée, 3 tiroirs par
-devant, fermant à clef, dans l'un une écritoire portative ornée de
+sous les pieds, une tablette entre les pieds, ceintrée, 3 tiroirs par
+devant, fermant à clef, dans l'un une écritoire portative ornée de
bronze de 9 pouces sur 5 pouces &frac12;, garnie d'encrier, poudrier, boite
-à éponge de cuivre doré, les pieds à gaine, le dessus de maroquin verd
-avec vignette d'or au pourtour, une balustrade à jour par 3 côtés,
+à éponge de cuivre doré, les pieds à gaine, le dessus de maroquin verd
+avec vignette d'or au pourtour, une balustrade à jour par 3 côtés,
ainsi que la tablette du dessous, avec cadres de panneaux et des pieds
-en gaine et anneaux de cuivre ciselé, doré d'or moulu.</p>
+en gaine et anneaux de cuivre ciselé, doré d'or moulu.</p>
-<p>1 feu à 4 branches et à recouvrement porté sur piédouche orné dans la
-frise de rinceaux et épis, et sur le dessus d'entrelacs surmontés
-d'une coque et d'&oelig;ufs unis, le grand socle avec frise à épis,
-surmonté d'un vase uni avec anneaux et chaînes, terminé d'une flamme,
+<p>1 feu à 4 branches et à recouvrement porté sur piédouche orné dans la
+frise de rinceaux et épis, et sur le dessus d'entrelacs surmontés
+d'une coque et d'&oelig;ufs unis, le grand socle avec frise à épis,
+surmonté d'un vase uni avec anneaux et chaînes, terminé d'une flamme,
15 pouces de hauteur sur 14 pouces &frac12;.</p>
-<p>2 paires de bras à 3 branches, dont 2 à cannelures, la 3<sup>e</sup> composée de
-branches, feuilles et fruits de laurier, le tout lié d'un ruban sur le
-carquois auquel est réuni un arc, le tout portant 30 pouces de haut
-sur 13 pouces de large, à carquois et flèches de bronze doré, or
+<p>2 paires de bras à 3 branches, dont 2 à cannelures, la 3<sup>e</sup> composée de
+branches, feuilles et fruits de laurier, le tout lié d'un ruban sur le
+carquois auquel est réuni un arc, le tout portant 30 pouces de haut
+sur 13 pouces de large, à carquois et flèches de bronze doré, or
moulu.</p>
-<p>1 billard en bois de chêne couleur d'acajou, 5 pieds 9 pouces sur 11
-pieds de long, couvert de son drap vert cloué de cloux dorés sur galon
+<p>1 billard en bois de chêne couleur d'acajou, 5 pieds 9 pouces sur 11
+pieds de long, couvert de son drap vert cloué de cloux dorés sur galon
d'or fin, et garni de tous ses accessoirs.</p>
-<p>1 housse de basanne jaune doublée de toile verte.</p>
+<p>1 housse de basanne jaune doublée de toile verte.</p>
-<p>1 banvole de bois de chêne, cordon de banvole en soie verte et gland
+<p>1 banvole de bois de chêne, cordon de banvole en soie verte et gland
au milieu <i>idem</i>.</p>
-<p class="entete"><i>Cabinet près la pièce des bains.</i></p>
+<p class="entete"><i>Cabinet près la pièce des bains.</i></p>
-<p>Un meuble de damas cramoisi et blanc (de Lyon), dessin à cartouche de
-fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre, orné de
-frange, crête et glands.</p>
+<p>Un meuble de damas cramoisi et blanc (de Lyon), dessin à cartouche de
+fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre, orné de
+frange, crête et glands.</p>
-<p>7 pièces de tapisserie produisant ensemble 12 lés sur 7 pieds de haut,
-bordée chacune d'une crête de soie nuée.</p>
+<p>7 pièces de tapisserie produisant ensemble 12 lés sur 7 pieds de haut,
+bordée chacune d'une crête de soie nuée.</p>
-<p>4 parties de rideaux de 4 lés &frac12; chacune, doublées de taffetas blanc,
-bordée de crête sur 10 pieds de haut, avec 4 n&oelig;uds et 8 glands.</p>
+<p>4 parties de rideaux de 4 lés &frac12; chacune, doublées de taffetas blanc,
+bordée de crête sur 10 pieds de haut, avec 4 n&oelig;uds et 8 glands.</p>
-<p>1 fauteuil quarré, 4 cabriolets, 2 chaises à la Reine; ces siéges
-sont <span class="pagenum"><a id="page543" name="page543"></a>(p. 543)</span> à carreaux couverts dud. damas, cloués de cloux dorés à
-olive avec nervure, les bois sculptés peints en blanc, avec mouchoirs
+<p>1 fauteuil quarré, 4 cabriolets, 2 chaises à la Reine; ces siéges
+sont <span class="pagenum"><a id="page543" name="page543"></a>(p. 543)</span> à carreaux couverts dud. damas, cloués de cloux dorés à
+olive avec nervure, les bois sculptés peints en blanc, avec mouchoirs
de taffetas blanc.</p>
-<p>4 rideaux de vitrage d'un lé &frac12; chaque, de mousseline rayée et brodée
+<p>4 rideaux de vitrage d'un lé &frac12; chaque, de mousseline rayée et brodée
sur 3 pieds de haut.</p>
-<p>2 <i>idem</i> de porte-vitrées d'un lé, plissés haut et bas sur 4 pieds de
+<p>2 <i>idem</i> de porte-vitrées d'un lé, plissés haut et bas sur 4 pieds de
haut.</p>
<p>2 autres <i>idem</i> sur 6 pieds &frac12; de haut.</p>
<p>2 cordons de sonnette et 2 glands de soie cramoisi et blanc.</p>
-<p>1 encoignure de marquetterie à 1 venteau plaqué en bois de palixandre,
-panneau et arrière-corps en mosaïque ombré sur fond de bois gris
-satiné, la frise du bas en bois gris, celle du haut en bois verd,
-pilastres des pieds en bois gris à filets; le tout orné de sabots à
-palmettes, rinceaux et moulures, quart de rond à godrons, cadres,
-panneaux à rais-de-c&oelig;ur, rosettes aux angles, la frise du milieu à
-cannaux et tigettes, celles de côté à entrelacs d'ornements, rosasses
-de soleil dans les cases, 1 médaillon au milieu du panneau du centre
-composé de nuages, carquois et tourterelles au cadre, branches de
-laurier et n&oelig;ud en ruban, le tout en bronze doré d'or au mat, avec
-dessus de marbre blanc veiné de 19 pouces de profondeur sur 34 pouces
+<p>1 encoignure de marquetterie à 1 venteau plaqué en bois de palixandre,
+panneau et arrière-corps en mosaïque ombré sur fond de bois gris
+satiné, la frise du bas en bois gris, celle du haut en bois verd,
+pilastres des pieds en bois gris à filets; le tout orné de sabots à
+palmettes, rinceaux et moulures, quart de rond à godrons, cadres,
+panneaux à rais-de-c&oelig;ur, rosettes aux angles, la frise du milieu à
+cannaux et tigettes, celles de côté à entrelacs d'ornements, rosasses
+de soleil dans les cases, 1 médaillon au milieu du panneau du centre
+composé de nuages, carquois et tourterelles au cadre, branches de
+laurier et n&oelig;ud en ruban, le tout en bronze doré d'or au mat, avec
+dessus de marbre blanc veiné de 19 pouces de profondeur sur 34 pouces
de haut.</p>
-<p>Bras de cheminée à 1 branche garni à cannelures et tigettes, porté par
-une écharpe liée sur un clou de bronze doré, de 13 pouces de haut.</p>
+<p>Bras de cheminée à 1 branche garni à cannelures et tigettes, porté par
+une écharpe liée sur un clou de bronze doré, de 13 pouces de haut.</p>
-<p>1 feu à 4 branches à recouvrement anglois orné dans la frise
-d'entrelacs en balustres à jour surmonté de cornes de brandons à
-cannelures, terminées de flammes, 10 pouces de haut et 10 pouces de
-large, avec pelle et pincette ornées de boutons.</p>
+<p>1 feu à 4 branches à recouvrement anglois orné dans la frise
+d'entrelacs en balustres à jour surmonté de cornes de brandons à
+cannelures, terminées de flammes, 10 pouces de haut et 10 pouces de
+large, avec pelle et pincette ornées de boutons.</p>
<p class="entete"><i>Boudoir.</i></p>
-<p>Un meuble de damas cramoisi et blanc de Lyon, dessin à cartouche de
-fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre, orné de
-frange, crête et glands.</p>
+<p>Un meuble de damas cramoisi et blanc de Lyon, dessin à cartouche de
+fleurs et ruban, corbeilles suspendues et bouquets au centre, orné de
+frange, crête et glands.</p>
-<p>4 pièces de tapisserie produisant ensemble 8 lés sur 7 pieds de haut,
-bordée de crête de soie unie.</p>
+<p>4 pièces de tapisserie produisant ensemble 8 lés sur 7 pieds de haut,
+bordée de crête de soie unie.</p>
-<p>1 lit de repos ou banquette ceintrée dans le pourtour de la croisée,
-de 6 pieds 8 pouces du derrière et le retour de 4 pieds chaque côté, 9
-pouces de hauteur de siége, pieds à gaine cannelés, peint en blanc,
-garni à plateforme, un carreau de duvet et coutil avec soubassement
+<p>1 lit de repos ou banquette ceintrée dans le pourtour de la croisée,
+de 6 pieds 8 pouces du derrière et le retour de 4 pieds chaque côté, 9
+pouces de hauteur de siége, pieds à gaine cannelés, peint en blanc,
+garni à plateforme, un carreau de duvet et coutil avec soubassement
<span class="pagenum"><a id="page544" name="page544"></a>(p. 544)</span> en draperie garnie de frange avec cordon et 12 glands chacun
et mouchoirs de taffetas blanc.</p>
-<p>1 pente et 2 écharpes de 6 pieds 4 pouces de haut doublées en taffetas
-blanc, ornées de frange avec cordon, 12 glands et 1 n&oelig;ud.</p>
+<p>1 pente et 2 écharpes de 6 pieds 4 pouces de haut doublées en taffetas
+blanc, ornées de frange avec cordon, 12 glands et 1 n&oelig;ud.</p>
-<p>2 rideaux de 4 lés chaque, bordés de crête, doublés de taffetas blanc.</p>
+<p>2 rideaux de 4 lés chaque, bordés de crête, doublés de taffetas blanc.</p>
<p>2 n&oelig;uds, cordon et 1 glands.</p>
-<p>3 grands fauteuils, 1 bergère, 4 chaises, à carreaux couverts <i>idem</i>,
-cloués de cloux dorés à olives avec nervure, les bois sculptés, peints
+<p>3 grands fauteuils, 1 bergère, 4 chaises, à carreaux couverts <i>idem</i>,
+cloués de cloux dorés à olives avec nervure, les bois sculptés, peints
en blanc et mouchoirs de taffetas blanc.</p>
<p>4 cordons de sonnette et 4 glands.</p>
-<p>2 rideaux de vitrage de 2 lés, mousseline rayée et brodée sur 3 pieds
+<p>2 rideaux de vitrage de 2 lés, mousseline rayée et brodée sur 3 pieds
de haut.</p>
-<p>2 bras à une branche, garni, à cannelures et tigettes, portés par une
-écharpe liée sur un clou, de bronze doré de 30 pouces de haut.</p>
+<p>2 bras à une branche, garni, à cannelures et tigettes, portés par une
+écharpe liée sur un clou, de bronze doré de 30 pouces de haut.</p>
-<p>1 feu à 4 branches à recouvrement porté sur 4 pieds cannelés avec
-frise en soubassement orné de palmettes et feuillage, surmonté d'un
-rang de perles, le dessus du socle orné d'un sphinx, et draperie en
-bronze doré, or moulu, 10 pouces de haut sur 10 pouces &frac12; de large,
-pelle, pincette ornées de boulons dorés.</p>
+<p>1 feu à 4 branches à recouvrement porté sur 4 pieds cannelés avec
+frise en soubassement orné de palmettes et feuillage, surmonté d'un
+rang de perles, le dessus du socle orné d'un sphinx, et draperie en
+bronze doré, or moulu, 10 pouces de haut sur 10 pouces &frac12; de large,
+pelle, pincette ornées de boulons dorés.</p>
-<p class="entete"><span class="smcap">PREMIÈRE FEMME DE CHAMBRE.</span></p>
+<p class="entete"><span class="smcap">PREMIÈRE FEMME DE CHAMBRE.</span></p>
<p class="entete"><i>Chambre.</i></p>
<p>Un meuble de toile peinte, fond dessin courant de roses et diverses
-fleurs, bordé en galon de soie verd, composé de:</p>
+fleurs, bordé en galon de soie verd, composé de:</p>
-<p>2 pièces de tapisserie, ensemble 10 lés, sur 6 pieds 4 pouces de haut;</p>
+<p>2 pièces de tapisserie, ensemble 10 lés, sur 6 pieds 4 pouces de haut;</p>
-<p>1 lit en niche de lad. toile, composé de 3 dossiers, 1 fond sur son
+<p>1 lit en niche de lad. toile, composé de 3 dossiers, 1 fond sur son
chassis et la tringle, 1 pente de dehors, 4 pentes de dedans, 2
-rideaux de 3 lés chacun sur 8 pieds 10 pouces de haut, doublées de
-toile Laval blanche, 2 chantournés doublés de toile d'Alençon écrue, 1
-courtepointe festonnée et 2 mains, le tout de toile Laval bordé de
+rideaux de 3 lés chacun sur 8 pieds 10 pouces de haut, doublées de
+toile Laval blanche, 2 chantournés doublés de toile d'Alençon écrue, 1
+courtepointe festonnée et 2 mains, le tout de toile Laval bordé de
galon de soie verd;</p>
-<p>La couchette peinte en blanc à 2 chantournés, roulettes à galets,
-coulisses dessous, et fond sanglé de 6 pieds de long, 3 pieds 4 pouces
+<p>La couchette peinte en blanc à 2 chantournés, roulettes à galets,
+coulisses dessous, et fond sanglé de 6 pieds de long, 3 pieds 4 pouces
de large;</p>
-<p>Le coucher composé d'un sommier crin et toile, 2 malelats laine et
+<p>Le coucher composé d'un sommier crin et toile, 2 malelats laine et
futaine, 1 lit et 1 traversin de plume et coutil, un traversin de
toile et crin, et 2 couvertures 5 points;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page545" name="page545"></a>(p. 545)</span> 1 bergère en cabriolet à carreau, 2 fauteuils en cabriolet
-garni, 4 chaises à la Reine <i>idem</i>, couverts de lad. toile avec crête
-de soie nuée, bois à moulures, peints en blanc;</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page545" name="page545"></a>(p. 545)</span> 1 bergère en cabriolet à carreau, 2 fauteuils en cabriolet
+garni, 4 chaises à la Reine <i>idem</i>, couverts de lad. toile avec crête
+de soie nuée, bois à moulures, peints en blanc;</p>
-<p>1 secrétaire en armoire de bois de noyer couleur d'acajou, de 2 pieds
+<p>1 secrétaire en armoire de bois de noyer couleur d'acajou, de 2 pieds
&frac12; de large sur 4 pieds &frac12; de haut, avec dessus de marbre blanc
-veiné avec garniture à anneaux dorés d'or moulu;</p>
+veiné avec garniture à anneaux dorés d'or moulu;</p>
-<p>1 commode de bois de noyer couleur d'acajou à 3 grands tiroirs fermant
-à clef, garnie d'anneaux et entrées de cuivre en couleur d'or de 3
+<p>1 commode de bois de noyer couleur d'acajou à 3 grands tiroirs fermant
+à clef, garnie d'anneaux et entrées de cuivre en couleur d'or de 3
pieds &frac12; sur 22 pouces de profondeur, avec dessus de marbre blanc
-veiné;</p>
+veiné;</p>
-<p>1 table à écrire de bois de noyer de 27 pouces de large;</p>
+<p>1 table à écrire de bois de noyer de 27 pouces de large;</p>
<p>1 demi-toilette en bois de noyer et sa garniture complette, de 29
pouces de large, 16 pouces &frac12; de profondeur, et garniture complette
ordinaire;</p>
-<p>2 chaises de paille satinée verd et blanc;</p>
+<p>2 chaises de paille satinée verd et blanc;</p>
-<p>1 grille à 4 branches, pelle et pincette de fer poli, garniture en
+<p>1 grille à 4 branches, pelle et pincette de fer poli, garniture en
cuivre.</p>
<p class="entete"><i>Salon.</i></p>
-<p>2 pièces de tapisserie contenant ensemble 7 lés &frac12; de toile peinte
-sur 7 pieds de haut, pareille à celle du meuble de la chambre.</p>
+<p>2 pièces de tapisserie contenant ensemble 7 lés &frac12; de toile peinte
+sur 7 pieds de haut, pareille à celle du meuble de la chambre.</p>
-<p>1 canapé à jonc de 6 pieds de long, garni à la plateforme avec un
-matelas et 2 oreillers de paille à carreaux de fonds et dossiers de
+<p>1 canapé à jonc de 6 pieds de long, garni à la plateforme avec un
+matelas et 2 oreillers de paille à carreaux de fonds et dossiers de
lad. toile.</p>
-<p>1 bergère en bois de tourneur, dossier à carreau et jonc, fermée, fond
+<p>1 bergère en bois de tourneur, dossier à carreau et jonc, fermée, fond
de paille et plateforme, avec son carreau en plume de lad. toile.</p>
-<p>2 chaises à la Reine garnies, bois à moulures, peints en blanc,
+<p>2 chaises à la Reine garnies, bois à moulures, peints en blanc,
couvertes de lad. toile.</p>
-<p>1 rideau d'un lé &frac12; de toile de coton sur 3 pieds &frac12; de haut.</p>
+<p>1 rideau d'un lé &frac12; de toile de coton sur 3 pieds &frac12; de haut.</p>
-<p>1 grille de fer à 4 branches avec pelle et pincette de fer poli.</p>
+<p>1 grille de fer à 4 branches avec pelle et pincette de fer poli.</p>
-<p>1 lit dans une armoire sur un fond sanglé à bascule, garni de 2
+<p>1 lit dans une armoire sur un fond sanglé à bascule, garni de 2
matelas laine et toile, 1 traversin plume et coutil, 2 couvertures
laine blanche.</p>
-<p class="entete"><i>Petite pièce à côté.</i></p>
+<p class="entete"><i>Petite pièce à côté.</i></p>
-<p>1 commode en bois de noyer à pieds tournés, 2 grands et petits
-tiroirs, garniture à anneaux ciselés à perles, entrées de serrures de
+<p>1 commode en bois de noyer à pieds tournés, 2 grands et petits
+tiroirs, garniture à anneaux ciselés à perles, entrées de serrures de
bronze en couleur de 3 pieds &frac12; de large sur 20 pouces.</p>
-<p>1 miroir de toilette à bordure de noyer, garni d'équerres et
-charnières de cuivre de 14 pouces sur 12 pouces.</p>
+<p>1 miroir de toilette à bordure de noyer, garni d'équerres et
+charnières de cuivre de 14 pouces sur 12 pouces.</p>
-<p>1 bidet à planche de bois de noyer. <span class="pagenum"><a id="page546" name="page546"></a>(p. 546)</span> 2 chaises d'affaires en
-pot à oille en bois <i>idem</i>.</p>
+<p>1 bidet à planche de bois de noyer. <span class="pagenum"><a id="page546" name="page546"></a>(p. 546)</span> 2 chaises d'affaires en
+pot à oille en bois <i>idem</i>.</p>
-<p>3 chaises de paille satinée verd et blanc.</p>
+<p>3 chaises de paille satinée verd et blanc.</p>
-<p>1 dite à la capucine.</p>
+<p>1 dite à la capucine.</p>
<p class="entete"><i>Garde-robe aux atours.</i></p>
-<p>1 lit à colonnes de 4 pieds de large, 6 pieds de long et 6 pieds de
-haut, en fleuret rayé bleu et blanc.</p>
+<p>1 lit à colonnes de 4 pieds de large, 6 pieds de long et 6 pieds de
+haut, en fleuret rayé bleu et blanc.</p>
-<p>Les étoffes composées d'un fond, 4 petites et 3 grandes pentes, un
-dossier, 2 rideaux de 7 lés chacun, 2 bonnes-grâces d'un lé &frac12; sur 6
-pieds de haut, 1 chantourné, 1 courtepointe, 2 mains, 4 fourreaux de
+<p>Les étoffes composées d'un fond, 4 petites et 3 grandes pentes, un
+dossier, 2 rideaux de 7 lés chacun, 2 bonnes-grâces d'un lé &frac12; sur 6
+pieds de haut, 1 chantourné, 1 courtepointe, 2 mains, 4 fourreaux de
colonnes, 4 petites et 2 grandes pentes.</p>
-<p>La couchette à 1 chevet, fond sanglé et roulettes à galets.</p>
+<p>La couchette à 1 chevet, fond sanglé et roulettes à galets.</p>
<p>2 matelas, dont un de futaine, 1 sommier crin et toile de Flandre, 1
lit de plume en coutil, 1 traversin de <i>idem</i>, 2 couvertures de laine
blanche, [le tout] de quatre pieds de large.</p>
-<p>Deux parties de rideaux d'un lé et demi chaque, sur 6 pieds 4 pouces
+<p>Deux parties de rideaux d'un lé et demi chaque, sur 6 pieds 4 pouces
de haut.</p>
<p>4 fauteuils en cabriolet couvert de moquette bleue et blanche, les
bois vernis.</p>
-<p>Une table à quadrille pliante, couverte de drap verd; le dessus plaqué
+<p>Une table à quadrille pliante, couverte de drap verd; le dessus plaqué
en damier en bois de merisier et filet.</p>
<p>6 chaises de paille fine.</p>
@@ -22798,11 +22753,11 @@ en damier en bois de merisier et filet.</p>
matelas laine et toile, 1 traversin de plume et coutil, 2 couvertures
de laine.</p>
-<p>1 grille à 4 branches à 2 pommes, le tout de fer poli.</p>
+<p>1 grille à 4 branches à 2 pommes, le tout de fer poli.</p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Inventaire.">
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><span class="smcap">argenterie marquée E.</span><br>
+<td colspan="4" class="center"><span class="smcap">argenterie marquée E.</span><br>
<i>Chambre.</i><br>
Vermeil.</td>
</tr>
@@ -22822,18 +22777,18 @@ de laine.</p>
<td>Deux flacons et leurs bouchons</td>
<td class="right">4</td>
<td class="right">3</td>
-<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
</tr>
<tr>
-<td>Deux boites à poudre couvertes</td>
+<td>Deux boites à poudre couvertes</td>
<td class="right">6</td>
-<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
<td>Une tasse couverte et sa soucoupe</td>
<td class="right">6</td>
-<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
@@ -22843,13 +22798,13 @@ de laine.</p>
<td class="right">7</td>
</tr>
<tr>
-<td>Un pot à l'eau et sa jatte ovale</td>
+<td>Un pot à l'eau et sa jatte ovale</td>
<td class="right">9</td>
<td class="right">5</td>
-<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
</tr>
<tr>
-<td>Deux boites à mouches</td>
+<td>Deux boites à mouches</td>
<td class="right">1</td>
<td class="right">6</td>
<td class="right">2</td>
@@ -22861,13 +22816,13 @@ de laine.</p>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td><span class="pagenum"><a id="page547" name="page547"></a>(p. 547)</span> Un pot à pâtes</td>
-<td class="right">»</td>
+<td><span class="pagenum"><a id="page547" name="page547"></a>(p. 547)</span> Un pot à pâtes</td>
+<td class="right">»</td>
<td class="right">5</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Deux couverts composés chacun d'une cuiller, fourchette
+<td>Deux couverts composés chacun d'une cuiller, fourchette
et couteau, pesant</td>
<td class="right">1</td>
<td class="right">5</td>
@@ -22886,16 +22841,16 @@ de laine.</p>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td>Six assiettes chantournées</td>
+<td>Six assiettes chantournées</td>
<td class="right">16</td>
-<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
<td>La garniture du miroir de toilette</td>
<td class="right">9</td>
-<td class="right">»</td>
-<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
+<td class="right">»</td>
</tr>
<tr>
<td>Deux flambeaux de poing</td>
@@ -22904,7 +22859,7 @@ de laine.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Une gantière</td>
+<td>Une gantière</td>
<td class="right">6</td>
<td class="right">4</td>
<td class="right">6</td>
@@ -22916,8 +22871,8 @@ de laine.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Deux petites cuillers à café</td>
-<td class="right bor_bot_yes">»</td>
+<td>Deux petites cuillers à café</td>
+<td class="right bor_bot_yes">»</td>
<td class="right bor_bot_yes">2</td>
<td class="right bor_bot_yes">7</td>
</tr>
@@ -22931,8 +22886,8 @@ de laine.</p>
<tr><td colspan="4" class="center">Argent blanc.</td></tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>12 flambeaux modèle pareil à ceux du Roi, haut de
- 9 pouces 2 lignes, avec bobêches</td>
+<td>12 flambeaux modèle pareil à ceux du Roi, haut de
+ 9 pouces 2 lignes, avec bobêches</td>
<td class="right">42</td>
<td class="right">4</td>
<td class="right">7</td>
@@ -22940,73 +22895,73 @@ de laine.</p>
</table>
<h4>V.<br>
-<span class="smaller">ÉTAT DES DIAMANTS ET PERLES APPARTENANTS A MADAME ÉLISABETH.</span></h4>
+<span class="smaller">ÉTAT DES DIAMANTS ET PERLES APPARTENANTS A MADAME ÉLISABETH.</span></h4>
-<p><span class="smcap">Article</span> 1<sup>er</sup>. Une grande paire de girandoles à trois poires composée
+<p><span class="smcap">Article</span> 1<sup>er</sup>. Une grande paire de girandoles à trois poires composée
de cent trente-six brillants.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 2. Cinq boucles de corset composées de quatre-vingts brillants.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 2. Cinq boucles de corset composées de quatre-vingts brillants.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 3. Une montre avec des cercles en diamants et sa chaîne aussi en
-diamants; la montre et la chaîne sont composées de cent quarante-trois
+<p><span class="smcap">Art.</span> 3. Une montre avec des cercles en diamants et sa chaîne aussi en
+diamants; la montre et la chaîne sont composées de cent quarante-trois
brillants.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 4. Une paire d'anneaux montée en chaîne, composés de vingt
+<p><span class="smcap">Art.</span> 4. Une paire d'anneaux montée en chaîne, composés de vingt
brillants.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 5. Douze gerbes composées de neuf cent soixante-six brillants.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 5. Douze gerbes composées de neuf cent soixante-six brillants.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 6. Cent soixante et un châtons de brillants montés à jour.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 6. Cent soixante et un châtons de brillants montés à jour.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 7. Un anneau en diamants, monté à jour, composé de treize
+<p><span class="smcap">Art.</span> 7. Un anneau en diamants, monté à jour, composé de treize
brillants.</p>
<p><span class="smcap">Art.</span> 8. Deux bagues formant huit pans avec un gros diamant sur les
-compositions. Plus une bague à cheveux avec un entourage composé de
+compositions. Plus une bague à cheveux avec un entourage composé de
seize brillants.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 9. Une chaîne en perles et diamants avec deux barettes; la
-<span class="pagenum"><a id="page548" name="page548"></a>(p. 548)</span> première barette est composée de deux brillants: la grande
-barette est composée de cinq brillants; les glands, la clef et les
-porte-mousquetons de ladite chaîne sont garnis de petits brillants.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 9. Une chaîne en perles et diamants avec deux barettes; la
+<span class="pagenum"><a id="page548" name="page548"></a>(p. 548)</span> première barette est composée de deux brillants: la grande
+barette est composée de cinq brillants; les glands, la clef et les
+porte-mousquetons de ladite chaîne sont garnis de petits brillants.</p>
-<p class="entete">ÉTAT DES PERLES.</p>
+<p class="entete">ÉTAT DES PERLES.</p>
-<p><span class="smcap">Article</span> 1<sup>er</sup>. Une paire d'anneaux enfilée composée de quarante-deux
+<p><span class="smcap">Article</span> 1<sup>er</sup>. Une paire d'anneaux enfilée composée de quarante-deux
perles.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 2. Une paire de catenats, montée en or avec dix perles sur le
-milieu du catenat et trente-six sur les côtés: les douze rangs de
-perles desdits catenats sont composés de deux cent quatre-vingt-huit
+<p><span class="smcap">Art.</span> 2. Une paire de catenats, montée en or avec dix perles sur le
+milieu du catenat et trente-six sur les côtés: les douze rangs de
+perles desdits catenats sont composés de deux cent quatre-vingt-huit
perles.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 3. Cinq boucles de corsets montées en or composées de cent dix
+<p><span class="smcap">Art.</span> 3. Cinq boucles de corsets montées en or composées de cent dix
perles.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 4. Un médaillon avec un portrait entouré de vingt-quatre perles.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 4. Un médaillon avec un portrait entouré de vingt-quatre perles.</p>
-<p><span class="smcap">Art.</span> 5. Un esclavage composé de cent dix perles.</p>
+<p><span class="smcap">Art.</span> 5. Un esclavage composé de cent dix perles.</p>
-<p>Plus cinq rangs de perles composés de trois cent trois perles.</p>
+<p>Plus cinq rangs de perles composés de trois cent trois perles.</p>
-<p>Plus un petit rang composé de neuf perles médiocres.</p>
+<p>Plus un petit rang composé de neuf perles médiocres.</p>
-<p>Plus un anneau monté en or avec des perles.</p>
+<p>Plus un anneau monté en or avec des perles.</p>
-<p>Plus une bague à cheveux avec une perle sur le milieu du cristal.</p>
+<p>Plus une bague à cheveux avec une perle sur le milieu du cristal.</p>
<hr class="hr10">
<h4>VI.<br>
-<span class="smaller">ÉTAT DES DISTRIBUTIONS.</span></h4>
+<span class="smaller">ÉTAT DES DISTRIBUTIONS.</span></h4>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Étrennes.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Étrennes.">
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Étrennes.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Étrennes.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Aux cochers et postillons de la grande écurie</td>
+<td>Aux cochers et postillons de la grande écurie</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td><span class="small">&#035;</span></td>
@@ -23024,19 +22979,19 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux cochers de la petite écurie</td>
+<td>Aux cochers de la petite écurie</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux postillons de la petite écurie</td>
+<td>Aux postillons de la petite écurie</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux palfreniers de la petite écurie</td>
+<td>Aux palfreniers de la petite écurie</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23067,7 +23022,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Écurie de Monsieur.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Écurie de Monsieur.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -23090,7 +23045,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Écurie de Madame.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Écurie de Madame.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -23113,7 +23068,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Écurie de M<sup>gr</sup> comte d'Artois.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Écurie de M<sup>gr</sup> comte d'Artois.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -23136,7 +23091,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Écurie de Madame comtesse d'Artois.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Écurie de Madame comtesse d'Artois.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -23163,13 +23118,13 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Aux garçons du garde-meuble</td>
+<td>Aux garçons du garde-meuble</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux garçons de boutique</td>
+<td>Aux garçons de boutique</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">18</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23181,13 +23136,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au suisse du côté du Roi</td>
+<td>Au suisse du côté du Roi</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au suisse du côté de Madame</td>
+<td>Au suisse du côté de Madame</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23218,7 +23173,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>A plusieurs garçons.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>A plusieurs garçons.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -23234,7 +23189,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garçon des glacières</td>
+<td>Au garçon des glacières</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23276,24 +23231,24 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux garçons apothicaires</td>
+<td>Aux garçons apothicaires</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Aux gardes françoises, suisses et autres.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Aux gardes françoises, suisses et autres.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>A la musique et tambours des gardes françoises</td>
+<td>A la musique et tambours des gardes françoises</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux mêmes des gardes suisses</td>
+<td>Aux mêmes des gardes suisses</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23328,7 +23283,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la Charité de Paris</td>
+<td>A la Charité de Paris</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23339,13 +23294,13 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Aux garçons du gobelet</td>
+<td>Aux garçons du gobelet</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">60</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A l'homme chargé de l'eau de Ville d'Avrai et la glace</td>
+<td>A l'homme chargé de l'eau de Ville d'Avrai et la glace</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23356,13 +23311,13 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Aux garçons de la bouche</td>
+<td>Aux garçons de la bouche</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">60</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux garçons de vaisselle</td>
+<td>Aux garçons de vaisselle</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23380,7 +23335,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux garçons servants</td>
+<td>Aux garçons servants</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">72</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23404,7 +23359,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la jardinière de Sceaux</td>
+<td>A la jardinière de Sceaux</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23422,7 +23377,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au courrier de la petite écurie</td>
+<td>Au courrier de la petite écurie</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23464,13 +23419,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux garçons allumeurs de l'appartement</td>
+<td>Aux garçons allumeurs de l'appartement</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux commis des bâtiments, pour les réverbères</td>
+<td>Aux commis des bâtiments, pour les réverbères</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23488,7 +23443,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour la bûche de Noël</td>
+<td>Pour la bûche de Noël</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23506,7 +23461,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au frère carme qui apporte une boëte d'eau</td>
+<td>Au frère carme qui apporte une boëte d'eau</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23524,13 +23479,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au fontainier qui fournit l'eau des réservoirs des bornes</td>
+<td>Au fontainier qui fournit l'eau des réservoirs des bornes</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au laveur des marbres pour toute l'année</td>
+<td>Au laveur des marbres pour toute l'année</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23542,20 +23497,20 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garçon de M<sup>lle</sup> Moulliard</td>
+<td>Au garçon de M<sup>lle</sup> Moulliard</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">6</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td class="right">Total des étrennes</td>
+<td class="right">Total des étrennes</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1743</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Étrennes de la Petite Maison.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Étrennes de la Petite Maison.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -23595,13 +23550,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Coupery, premier garçon jardinier</td>
+<td>A Coupery, premier garçon jardinier</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">96</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au deuxième garçon</td>
+<td>Au deuxième garçon</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">72</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23632,13 +23587,13 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td><span class="pagenum"><a id="page550" name="page550"></a>(p. 550)</span> <i>A la fête des jardiniers, à Coupery</i></td>
+<td><span class="pagenum"><a id="page550" name="page550"></a>(p. 550)</span> <i>A la fête des jardiniers, à Coupery</i></td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">72</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au second garçon</td>
+<td>Au second garçon</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23656,7 +23611,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Pâques.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Pâques.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -23672,7 +23627,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour les pâques, à chaque paroisse 120<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>Pour les pâques, à chaque paroisse 120<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">240</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23684,7 +23639,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux 13 couvents de S<sup>te</sup>-Claire, à chacun 6<sup class="small">&#035;</sup></td>
+<td>Aux 13 couvents de S<sup>te</sup>-Claire, à chacun 6<sup class="small">&#035;</sup></td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">78</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23702,19 +23657,19 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A l'Ave-Maria d'Alençon</td>
+<td>A l'Ave-Maria d'Alençon</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A l'Ave-Maria de Pont-à-Mousson</td>
+<td>A l'Ave-Maria de Pont-à-Mousson</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A l'écaillier, à la mi-carême</td>
+<td>A l'écaillier, à la mi-carême</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">24</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -23726,71 +23681,71 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Pain béni.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Pain béni.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Pain béni du Roi</td>
+<td>Pain béni du Roi</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain béni de la Reine</td>
+<td>Pain béni de la Reine</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain béni de Monsieur</td>
+<td>Pain béni de Monsieur</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain béni de Madame</td>
+<td>Pain béni de Madame</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain béni de M<sup>gr</sup> comte d'Artois</td>
+<td>Pain béni de M<sup>gr</sup> comte d'Artois</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain béni de M<sup>me</sup> comtesse d'Artois</td>
+<td>Pain béni de M<sup>me</sup> comtesse d'Artois</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain béni de Madame Élisabeth</td>
+<td>Pain béni de Madame Élisabeth</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain béni de Madame Adélaïde</td>
+<td>Pain béni de Madame Adélaïde</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain béni de Madame Victoire</td>
+<td>Pain béni de Madame Victoire</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain béni de Monsieur le duc d'Orléans</td>
+<td>Pain béni de Monsieur le duc d'Orléans</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain béni de Monsieur le duc de Penthièvre</td>
+<td>Pain béni de Monsieur le duc de Penthièvre</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">12</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -23802,7 +23757,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Mois de février.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Mois de février.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -23812,13 +23767,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour celui du Saint-Sépulcre</td>
+<td>Pour celui du Saint-Sépulcre</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour celui de Notre-Dame de Bonne délivrance</td>
+<td>Pour celui de Notre-Dame de Bonne délivrance</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">24</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -23840,7 +23795,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Tambours et musique des gardes françoises</td>
+<td>Tambours et musique des gardes françoises</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23876,7 +23831,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour le changement de meuble d'été</td>
+<td>Pour le changement de meuble d'été</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -23986,11 +23941,11 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Mois d'août.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Mois d'août.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Pour le pain béni de S<sup>t</sup>-Roch</td>
+<td>Pour le pain béni de S<sup>t</sup>-Roch</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24032,13 +23987,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour le pain béni de la confrairie de S<sup>t</sup>-Roch</td>
+<td>Pour le pain béni de la confrairie de S<sup>t</sup>-Roch</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour le pain béni de la confrairie de S<sup>t</sup>-Louis</td>
+<td>Pour le pain béni de la confrairie de S<sup>t</sup>-Louis</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">6</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -24054,7 +24009,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Aux Frères des Bons-Hommes, pour du muscat</td>
+<td>Aux Frères des Bons-Hommes, pour du muscat</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24088,7 +24043,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux Hermites de Sénart</td>
+<td>Aux Hermites de Sénart</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">120</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24118,19 +24073,19 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour la confrairie de l'Immaculée Conception, au mois de décembre</td>
+<td>Pour la confrairie de l'Immaculée Conception, au mois de décembre</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour la brioche de S<sup>te</sup>-Geneviève</td>
+<td>Pour la brioche de S<sup>te</sup>-Geneviève</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour le pain béni de S<sup>t</sup>-Antoine, au mois de janvier</td>
+<td>Pour le pain béni de S<sup>t</sup>-Antoine, au mois de janvier</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">6</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -24170,7 +24125,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M. le curé, pour les pauvres</td>
+<td>A M. le curé, pour les pauvres</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">120</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24182,7 +24137,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux porteurs bleùs</td>
+<td>Aux porteurs bleùs</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24229,19 +24184,19 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garçon de boutique</td>
+<td>Au garçon de boutique</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">9</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A celui qui entre et ôte les lits</td>
+<td>A celui qui entre et ôte les lits</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">9</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garçon du garde-meuble</td>
+<td>Au garçon du garde-meuble</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24259,7 +24214,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garçon de fourière</td>
+<td>Au garçon de fourière</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24277,7 +24232,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au petit clerc qui porte l'eau bénite</td>
+<td>Au petit clerc qui porte l'eau bénite</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">3</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24324,19 +24279,19 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au maître d'hôtel qui sert les femmes.</td>
+<td>Au maître d'hôtel qui sert les femmes.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au maître d'hôtel des hommes.</td>
+<td>Au maître d'hôtel des hommes.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garçon de vaisselle.</td>
+<td>Au garçon de vaisselle.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24354,7 +24309,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garçon linger.</td>
+<td>Au garçon linger.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24379,7 +24334,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Voyage de Compiègne.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Voyage de Compiègne.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -24389,19 +24344,19 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la concierge du grand château.</td>
+<td>A la concierge du grand château.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">120</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux deux inspecteurs des bâtimens.</td>
+<td>Aux deux inspecteurs des bâtimens.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">120</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux deux suisses du château.</td>
+<td>Aux deux suisses du château.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24412,7 +24367,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Aux garçons du garde-meuble.</td>
+<td>Aux garçons du garde-meuble.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">72</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24424,7 +24379,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garçon de boutique.</td>
+<td>Au garçon de boutique.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24437,53 +24392,53 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>A l'Église.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>A l'Église.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Au curé de S<sup>t</sup>-Jacques.</td>
+<td>Au curé de S<sup>t</sup>-Jacques.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au curé de S<sup>t</sup>-Antoine.</td>
+<td>Au curé de S<sup>t</sup>-Antoine.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux S&oelig;urs de la Charité de S<sup>t</sup>-Jacques.</td>
+<td>Aux S&oelig;urs de la Charité de S<sup>t</sup>-Jacques.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux S&oelig;urs de la Charité de S<sup>t</sup>-Antoine.</td>
+<td>Aux S&oelig;urs de la Charité de S<sup>t</sup>-Antoine.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A l'Hôpital général.</td>
+<td>A l'Hôpital général.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la tourière des Carmélites.</td>
+<td>A la tourière des Carmélites.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">9</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la tourière de S<sup>t</sup>-Marie.</td>
+<td>A la tourière de S<sup>t</sup>-Marie.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">9</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la tourière de l'Hôtel-Dieu.</td>
+<td>A la tourière de l'Hôtel-Dieu.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">9</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24525,7 +24480,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux Frères des écolles.</td>
+<td>Aux Frères des écolles.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24543,26 +24498,26 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux Carmélites.</td>
+<td>Aux Carmélites.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">240</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour la quête des fêtes et grandes messes.</td>
+<td>Pour la quête des fêtes et grandes messes.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">288</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour les quêtes de S<sup>t</sup>-Jacques.</td>
+<td>Pour les quêtes de S<sup>t</sup>-Jacques.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">120</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>A plusieurs garçons.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>A plusieurs garçons.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -24584,13 +24539,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A celui qui nettoye les privés.</td>
+<td>A celui qui nettoye les privés.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A l'homme des glacières.</td>
+<td>A l'homme des glacières.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24620,7 +24575,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au frotteur du château.</td>
+<td>Au frotteur du château.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24644,20 +24599,20 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garçon de fourière.</td>
+<td>Au garçon de fourière.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux deux garçons qui apportent le bois.</td>
+<td>Aux deux garçons qui apportent le bois.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Écurie.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Écurie.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -24690,7 +24645,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garçon de vaisselle.</td>
+<td>Au garçon de vaisselle.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24702,7 +24657,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garçon qui apporte la glace.</td>
+<td>Au garçon qui apporte la glace.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24725,7 +24680,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux garçons servants.</td>
+<td>Aux garçons servants.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24738,7 +24693,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Pain béni.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Pain béni.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -24778,13 +24733,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Celui de Madame Élisabeth</td>
+<td>Celui de Madame Élisabeth</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Celui de Madame Adélaïde</td>
+<td>Celui de Madame Adélaïde</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24802,7 +24757,7 @@ perles.</p>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Total du voyage de Compiègne</td>
+<td>Total du voyage de Compiègne</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">3720</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24813,7 +24768,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Au concierge du grand château, cour royale</td>
+<td>Au concierge du grand château, cour royale</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">120</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24831,13 +24786,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A l'inspecteur des bâtimens</td>
+<td>A l'inspecteur des bâtimens</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">96</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au suisse du château</td>
+<td>Au suisse du château</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">18</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24849,7 +24804,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A l'inspecteur des bâtimens, pour distribuer aux ouvriers</td>
+<td>A l'inspecteur des bâtimens, pour distribuer aux ouvriers</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">60</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24867,13 +24822,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux frotteurs de Madame Élisabeth</td>
+<td>Aux frotteurs de Madame Élisabeth</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garçon de fourière</td>
+<td>Au garçon de fourière</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24885,7 +24840,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A celui qui nettoye les privés</td>
+<td>A celui qui nettoye les privés</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24956,13 +24911,13 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Aux garçons du garde-meuble</td>
+<td>Aux garçons du garde-meuble</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">72</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux garçons de boutique</td>
+<td>Aux garçons de boutique</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -24981,7 +24936,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>A l'Église.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>A l'Église.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -24997,25 +24952,25 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au curé de la paroisse</td>
+<td>Au curé de la paroisse</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la Charité d'Avons</td>
+<td>A la Charité d'Avons</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux S&oelig;urs de la Charité</td>
+<td>Aux S&oelig;urs de la Charité</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux S&oelig;urs des écoles</td>
+<td>Aux S&oelig;urs des écoles</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25062,7 +25017,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garçon de vaisselle</td>
+<td>Au garçon de vaisselle</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25074,7 +25029,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garçon linger</td>
+<td>Au garçon linger</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25097,14 +25052,14 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Aux garçons servants</td>
+<td>Aux garçons servants</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Écurie.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Écurie.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -25133,59 +25088,59 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Pain béni.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Pain béni.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Pain béni du Roi</td>
+<td>Pain béni du Roi</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain béni de la Reine</td>
+<td>Pain béni de la Reine</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain béni de Monsieur</td>
+<td>Pain béni de Monsieur</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain béni de Madame</td>
+<td>Pain béni de Madame</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain béni de M<sup>gr</sup> comte d'Artois</td>
+<td>Pain béni de M<sup>gr</sup> comte d'Artois</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain béni de Madame comtesse d'Artois</td>
+<td>Pain béni de Madame comtesse d'Artois</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain béni de Madame Élisabeth</td>
+<td>Pain béni de Madame Élisabeth</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain béni de Madame Adélaïde</td>
+<td>Pain béni de Madame Adélaïde</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pain béni de Madame Victoire</td>
+<td>Pain béni de Madame Victoire</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25220,7 +25175,7 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour le gobelet à M<sup>rs</sup> Grandeau et Bernard.</td>
+<td>Pour le gobelet à M<sup>rs</sup> Grandeau et Bernard.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">7</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -25237,7 +25192,7 @@ perles.</p>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Aux garçons du château.</td>
+<td>Aux garçons du château.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">96</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25267,13 +25222,13 @@ perles.</p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au maître d'hôtel des femmes.</td>
+<td>Au maître d'hôtel des femmes.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">24</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au maître d'hôtel des hommes.</td>
+<td>Au maître d'hôtel des hommes.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25325,8 +25280,8 @@ perles.</p>
<hr class="hr10">
<h4>VII.<br>
-<span class="smaller">ÉTAT DES PENSIONS QUE FAIT MADAME<br> et dont madame Desguichard est
-chargée.</span></h4>
+<span class="smaller">ÉTAT DES PENSIONS QUE FAIT MADAME<br> et dont madame Desguichard est
+chargée.</span></h4>
<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Pensions.">
<tr>
@@ -25336,7 +25291,7 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>rs</sup> les curés pour aumônes.</td>
+<td>A M<sup>rs</sup> les curés pour aumônes.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1728</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25360,7 +25315,7 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la protégée de M<sup>me</sup> de Tilly.</td>
+<td>A la protégée de M<sup>me</sup> de Tilly.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">200</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25402,7 +25357,7 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>lle</sup> de Loyens, à payer à M. de Gassouville.</td>
+<td>A M<sup>lle</sup> de Loyens, à payer à M. de Gassouville.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">300</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25414,13 +25369,13 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M. l'abbé de Montaigu, pour M. de Nancré.</td>
+<td>A M. l'abbé de Montaigu, pour M. de Nancré.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">400</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>lle</sup> Dorival, pour M<sup>lle</sup> de Berne, l'aînée.</td>
+<td>A M<sup>lle</sup> Dorival, pour M<sup>lle</sup> de Berne, l'aînée.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">300</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25432,7 +25387,7 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la protégée de M<sup>me</sup> d'Aumale.</td>
+<td>A la protégée de M<sup>me</sup> d'Aumale.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">300</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25450,7 +25405,7 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M. Noël Offroy, ancien porteur.</td>
+<td>A M. Noël Offroy, ancien porteur.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">144</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25486,13 +25441,13 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Joseph Pauleur à Bicêtre, à payer à M. Duval.</td>
+<td>A Joseph Pauleur à Bicêtre, à payer à M. Duval.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">150</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A La Plasse, maçon.</td>
+<td>A La Plasse, maçon.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">72</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25552,13 +25507,13 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>me</sup> Maréchal de Vassant.</td>
+<td>A M<sup>me</sup> Maréchal de Vassant.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">200</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M. l'abbé Le Sure.</td>
+<td>A M. l'abbé Le Sure.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">150</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25576,7 +25531,7 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la s&oelig;ur Françoise, pour la veuve Dubois.</td>
+<td>A la s&oelig;ur Françoise, pour la veuve Dubois.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">144</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25588,7 +25543,7 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la femme Le Rête.</td>
+<td>A la femme Le Rête.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">72</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25606,13 +25561,13 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au petit garçon qui est à Paris.</td>
+<td>Au petit garçon qui est à Paris.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">120</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au petit garçon de la femme Robinet.</td>
+<td>Au petit garçon de la femme Robinet.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">36</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25624,19 +25579,19 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M. de Boisgelin pour une place fondée.</td>
+<td>A M. de Boisgelin pour une place fondée.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">300</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>lle</sup> de Pelleport, à payer en avril.</td>
+<td>A M<sup>lle</sup> de Pelleport, à payer en avril.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">300</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M. de Jussan, à payer à M. de Béon.</td>
+<td>A M. de Jussan, à payer à M. de Béon.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">48</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25654,13 +25609,13 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Total des pensions par année que paye M<sup>me</sup> Desguichard.</td>
+<td>Total des pensions par année que paye M<sup>me</sup> Desguichard.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">15741</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td class="right">Le douzième.</td>
+<td class="right">Le douzième.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1311</td>
<td><span class="small">#</span> 15s.</td>
@@ -25701,7 +25656,7 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>lle</sup> Bénard.</td>
+<td>A M<sup>lle</sup> Bénard.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">140</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25731,13 +25686,13 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M. l'abbé de Montaigu, pour M. de Nancré.</td>
+<td>A M. l'abbé de Montaigu, pour M. de Nancré.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">100</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>me</sup> d'Aumale, pour sa protégée.</td>
+<td>A M<sup>me</sup> d'Aumale, pour sa protégée.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">75</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25791,7 +25746,7 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Noël Offroy.</td>
+<td>A Noël Offroy.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">36</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25821,19 +25776,19 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A La Plasse, maçon.</td>
+<td>A La Plasse, maçon.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">18</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>me</sup> Maréchal de Vassant.</td>
+<td>A M<sup>me</sup> Maréchal de Vassant.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">50</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M. l'abbé Le Sure.</td>
+<td>A M. l'abbé Le Sure.</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">37</td>
<td class="bor_bot_yes">10</td>
@@ -25851,11 +25806,11 @@ chargée.</span></h4>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Pensions à payer par mois.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Pensions à payer par mois.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>A Messieurs les curés</td>
+<td>A Messieurs les curés</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">144</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25915,13 +25870,13 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la boulangère de pain de seigle, même époque pour l'année</td>
+<td>A la boulangère de pain de seigle, même époque pour l'année</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la s&oelig;ur Françoise, pour la veuve Dubois</td>
+<td>A la s&oelig;ur Françoise, pour la veuve Dubois</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25945,7 +25900,7 @@ chargée.</span></h4>
<td><span class="small">#</span> 5s.</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la femme Le Rête</td>
+<td>A la femme Le Rête</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">6</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -25981,7 +25936,7 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au petit garçon qui est à Paris</td>
+<td>Au petit garçon qui est à Paris</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">10</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -25993,7 +25948,7 @@ chargée.</span></h4>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Pensions à payer par madame de Cimeri.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Pensions à payer par madame de Cimeri.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -26045,7 +26000,7 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>me</sup> L'Échevin</td>
+<td>A M<sup>me</sup> L'Échevin</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">400</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26081,7 +26036,7 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la petite Pêchés</td>
+<td>A la petite Pêchés</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">150</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26099,7 +26054,7 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td class="center">Payé en janvier.</td>
+<td class="center">Payé en janvier.</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -26115,7 +26070,7 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Au garçon du gobelet</td>
+<td>Au garçon du gobelet</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">12</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26133,26 +26088,26 @@ chargée.</span></h4>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Total des pensions payées par M<sup>me</sup> de Cimery</td>
+<td>Total des pensions payées par M<sup>me</sup> de Cimery</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">7038</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td class="right">Le douzième</td>
+<td class="right">Le douzième</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">586</td>
<td><span class="small">#</span> 10s</td>
</tr>
<tr>
-<td>L'abbé Osselin</td>
+<td>L'abbé Osselin</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">400</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Pensions à payer par quartier.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Pensions à payer par quartier.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
@@ -26204,7 +26159,7 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M<sup>me</sup> L'Échevin</td>
+<td>A M<sup>me</sup> L'Échevin</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">100</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26240,7 +26195,7 @@ chargée.</span></h4>
<td>10s</td>
</tr>
<tr>
-<td>A la petite Pechés</td>
+<td>A la petite Pechés</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">112</td>
<td>10</td>
@@ -26252,7 +26207,7 @@ chargée.</span></h4>
<td>10</td>
</tr>
<tr>
-<td>A M Déroune</td>
+<td>A M Déroune</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">216</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -26270,42 +26225,42 @@ chargée.</span></h4>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td colspan="4" class="center"><i>Récapitulation.</i></td>
+<td colspan="4" class="center"><i>Récapitulation.</i></td>
</tr>
<tr><td colspan="4">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Étrennes</td>
+<td>Étrennes</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1743</td>
<td><span class="small">#</span></td>
</tr>
<tr>
-<td>Étrennes de la petite maison de Madame</td>
+<td>Étrennes de la petite maison de Madame</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1020</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour la fête des jardiniers</td>
+<td>Pour la fête des jardiniers</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">228</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour les pâques</td>
+<td>Pour les pâques</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">534</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour les pains bénis</td>
+<td>Pour les pains bénis</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">132</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour le mois de février</td>
+<td>Pour le mois de février</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">72</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26329,7 +26284,7 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour le mois d'août</td>
+<td>Pour le mois d'août</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">210</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26353,7 +26308,7 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pour le voyage de Compiègne</td>
+<td>Pour le voyage de Compiègne</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">3720</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26377,13 +26332,13 @@ chargée.</span></h4>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pensions par année payées par madame Desguichards</td>
+<td>Pensions par année payées par madame Desguichards</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">15741</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pensions payées par madame de Cimery</td>
+<td>Pensions payées par madame de Cimery</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">7038</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -26400,8 +26355,8 @@ chargée.</span></h4>
<h4>VIII.</h4>
-<p class="entete"><i>État des appointements que le Roi veut et ordonne être payés aux
-dames que Sa Majesté a nommées pour accompagner Madame Élisabeth,
+<p class="entete"><i>État des appointements que le Roi veut et ordonne être payés aux
+dames que Sa Majesté a nommées pour accompagner Madame Élisabeth,
depuis le 15 mai 1789 jusques et compris le 14 mai 1790.</i></p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Appointements.">
@@ -26484,27 +26439,27 @@ depuis le 15 mai 1789 jusques et compris le 14 mai 1790.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>La dame vicomtesse de Mérinville, surnuméraire sans appointements</td>
+<td>La dame vicomtesse de Mérinville, surnuméraire sans appointements</td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mémoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>La dame marquise des Montiers, <span class="add2em">id.</span></td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mémoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>La dame comtesse de Deux-Ponts, <span class="add2em">id.</span></td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right">Mémoire.</td>
+<td class="right">Mémoire.</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
<td>La dame marquise de La Rochefontenille, <span class="add2em">id.</span></td>
<td>&nbsp;</td>
-<td class="right bor_bot_yes">Mémoire.</td>
+<td class="right bor_bot_yes">Mémoire.</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -26515,18 +26470,18 @@ depuis le 15 mai 1789 jusques et compris le 14 mai 1790.</i></p>
</tr>
</table>
-<p>Administrateur de mon Trésor royal, chargé du département de la
-caisse générale, M<sup>e</sup> Joseph Durney, payés comptant au sieur Savalete
-<span class="pagenum"><a id="page558" name="page558"></a>(p. 558)</span> de Langes, l'un des administrateurs de mon Trésor royal
-chargé du payement des pensions et autres dépenses énoncées dans mon
-édit du mois de mars 1788, la somme de cinquante-deux mille livres
-pour les appointements des dames dénommées au présent état, depuis le
-15 mai 1789, jusques et compris le 14 mai de la présente année. Fait à
+<p>Administrateur de mon Trésor royal, chargé du département de la
+caisse générale, M<sup>e</sup> Joseph Durney, payés comptant au sieur Savalete
+<span class="pagenum"><a id="page558" name="page558"></a>(p. 558)</span> de Langes, l'un des administrateurs de mon Trésor royal
+chargé du payement des pensions et autres dépenses énoncées dans mon
+édit du mois de mars 1788, la somme de cinquante-deux mille livres
+pour les appointements des dames dénommées au présent état, depuis le
+15 mai 1789, jusques et compris le 14 mai de la présente année. Fait à
Paris, le seize mai mil sept cent quatre-vingt-dix.</p>
<p class="author">LOUIS.</p>
-<p>Comptant au Trésor royal.<br>
+<p>Comptant au Trésor royal.<br>
<i>Bon:</i> LOUIS.</p>
<p class="author">De Saint-Priest.</p>
@@ -26534,11 +26489,11 @@ Paris, le seize mai mil sept cent quatre-vingt-dix.</p>
<hr class="hr10">
<h4>IX.<br>
-<span class="smaller">DÉTAIL DES DÉPENSES EXTRAORDINAIRES DE LA CHAMBRE DE MADAME ÉLISABETH.</span></h4>
+<span class="smaller">DÉTAIL DES DÉPENSES EXTRAORDINAIRES DE LA CHAMBRE DE MADAME ÉLISABETH.</span></h4>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dépenses.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dépenses.">
<tr>
-<td>En 1788 elle a coûté</td>
+<td>En 1788 elle a coûté</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">70,585</td>
<td><span class="small">#</span></td>
@@ -26566,7 +26521,7 @@ Paris, le seize mai mil sept cent quatre-vingt-dix.</p>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">17,548</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
-<td class="right bor_bot_yes">»</td>
+<td class="right bor_bot_yes">»</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -26581,10 +26536,10 @@ Paris, le seize mai mil sept cent quatre-vingt-dix.</p>
<hr class="hr10">
-<p class="entete"><i>Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires de la
-chambre de Madame Élisabeth, pendant l'année 1788.</i></p>
+<p class="entete"><i>Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires de la
+chambre de Madame Élisabeth, pendant l'année 1788.</i></p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dépenses.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dépenses.">
<tr>
<td>A Jubin, tapissier</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26592,7 +26547,7 @@ chambre de Madame Élisabeth, pendant l'année 1788.</i></p>
<td><span class="small">#</span></td>
</tr>
<tr>
-<td>A Lenormand, étoffes</td>
+<td>A Lenormand, étoffes</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">3,801</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26604,19 +26559,19 @@ chambre de Madame Élisabeth, pendant l'année 1788.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Vanot, lingère</td>
+<td>A Vanot, lingère</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">3,340</td>
<td><span class="small">#</span> 10s</td>
</tr>
<tr>
-<td>A Daguerre, ébéniste</td>
+<td>A Daguerre, ébéniste</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">15,583</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Manufacture de Sève</td>
+<td>Manufacture de Sève</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">3,855</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26628,7 +26583,7 @@ chambre de Madame Élisabeth, pendant l'année 1788.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Grégoire, libraire</td>
+<td>Grégoire, libraire</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,854</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26669,7 +26624,7 @@ chambre de Madame Élisabeth, pendant l'année 1788.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Baince, lait d'ânesse</td>
+<td>Baince, lait d'ânesse</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,200</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26681,19 +26636,19 @@ chambre de Madame Élisabeth, pendant l'année 1788.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Massé, orphèvre</td>
+<td>Massé, orphèvre</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">81</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Beaulieu, soyes à broder</td>
+<td>Beaulieu, soyes à broder</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">500</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Cabat d'or, soyes à broder</td>
+<td>Cabat d'or, soyes à broder</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">677</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26717,7 +26672,7 @@ chambre de Madame Élisabeth, pendant l'année 1788.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Habillements de deux garçons</td>
+<td>Habillements de deux garçons</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">920</td>
<td>4</td>
@@ -26749,17 +26704,17 @@ chambre de Madame Élisabeth, pendant l'année 1788.</i></p>
<hr class="hr10">
-<p class="entete"><i>Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires de la
-chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1789.</i></p>
+<p class="entete"><i>Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires de la
+chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1789.</i></p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dépenses.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dépenses.">
<tr>
-<td>Bertin, modes, pour ancien mémoire</td>
+<td>Bertin, modes, pour ancien mémoire</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">7,761</td>
<td><span class="small">#</span>
<tr>
-<td>Le Normand, étoffes</td>
+<td>Le Normand, étoffes</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">200</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26783,7 +26738,7 @@ chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1789.</i></p>
<td>10s</td>
</tr>
<tr>
-<td>Cabat d'or, soyes à broder</td>
+<td>Cabat d'or, soyes à broder</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">973</td>
<td>6</td>
@@ -26801,7 +26756,7 @@ chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1789.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>D'aguerre, ébéniste</td>
+<td>D'aguerre, ébéniste</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,968</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26819,7 +26774,7 @@ chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1789.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Grégoire, libraire</td>
+<td>Grégoire, libraire</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">887</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26855,7 +26810,7 @@ chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1789.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Habillement des garçons</td>
+<td>Habillement des garçons</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">531</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26881,18 +26836,18 @@ chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1789.</i></p>
<hr class="hr10">
-<p class="entete"><span class="pagenum"><a id="page560" name="page560"></a>(p. 560)</span> <i>Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires
-de la chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1790.</i></p>
+<p class="entete"><span class="pagenum"><a id="page560" name="page560"></a>(p. 560)</span> <i>Détail abrégé a quoy ont monté les dépenses extraordinaires
+de la chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1790.</i></p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dépenses.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dépenses.">
<tr>
-<td>Bertin, intérêts, et reste d'un mémoire</td>
+<td>Bertin, intérêts, et reste d'un mémoire</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">3,125</td>
<td><span class="small">#</span>
<tr>
-<td>Le Normand, étoffes</td>
+<td>Le Normand, étoffes</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">804</td>
<td>15s</td>
@@ -26904,13 +26859,13 @@ de la chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1790.</i></p>
<td>16</td>
</tr>
<tr>
-<td>Cabat d'or, soyes à broder</td>
+<td>Cabat d'or, soyes à broder</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">112</td>
<td>10</td>
</tr>
<tr>
-<td>De la Roue, ébéniste</td>
+<td>De la Roue, ébéniste</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">263</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26952,7 +26907,7 @@ de la chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1790.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Habillement des garçons</td>
+<td>Habillement des garçons</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">531</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -26970,7 +26925,7 @@ de la chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1790.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Dépenses du secrétaire de la chambre</td>
+<td>Dépenses du secrétaire de la chambre</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">289</td>
<td>10</td>
@@ -26989,10 +26944,10 @@ de la chambre de Madame Élisabeth pendant l'année 1790.</i></p>
<hr class="hr10">
-<p class="entete"><i>État et détail des traitements affectés sur les dépenses annuelles
-extraordinaires de la chambre de Madame Élisabeth.</i></p>
+<p class="entete"><i>État et détail des traitements affectés sur les dépenses annuelles
+extraordinaires de la chambre de Madame Élisabeth.</i></p>
-<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dépenses.">
+<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Dépenses.">
<tr>
<td>Grandin, commissionnaire</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -27018,31 +26973,31 @@ extraordinaires de la chambre de Madame Élisabeth.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Léonard, coëffeur</td>
+<td>Léonard, coëffeur</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">600</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Quatre garçons de la chambre à 600<sup class="small">#</sup></td>
+<td>Quatre garçons de la chambre à 600<sup class="small">#</sup></td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">2,400</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Sorel, surnuméraire</td>
+<td>Sorel, surnuméraire</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">750</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Quatre valets de chambre à chacun 600<sup class="small">#</sup></td>
+<td>Quatre valets de chambre à chacun 600<sup class="small">#</sup></td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">2,400</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Merieux, surnuméraire</td>
+<td>Merieux, surnuméraire</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">600</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -27054,19 +27009,19 @@ extraordinaires de la chambre de Madame Élisabeth.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Deux portéffets à 900<sup class="small">#</sup></td>
+<td>Deux portéffets à 900<sup class="small">#</sup></td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,800</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Deux frotteurs à 700<sup class="small">#</sup></td>
+<td>Deux frotteurs à 700<sup class="small">#</sup></td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">1,400</td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Deux feutiers à 300<sup class="small">#</sup></td>
+<td>Deux feutiers à 300<sup class="small">#</sup></td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right">600</td>
<td>&nbsp;</td>
@@ -27084,7 +27039,7 @@ extraordinaires de la chambre de Madame Élisabeth.</i></p>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Imbert, secrétaire de la chambre pour tout</td>
+<td>Imbert, secrétaire de la chambre pour tout</td>
<td>&nbsp;</td>
<td class="right bor_bot_yes">1,800</td>
<td class="bor_bot_yes">&nbsp;</td>
@@ -27099,16 +27054,16 @@ extraordinaires de la chambre de Madame Élisabeth.</i></p>
<hr class="hr10">
<h4><span class="pagenum"><a id="page561" name="page561"></a>(p. 561)</span> X.<br>
-<span class="smaller">DÉMÉNAGEMENT DES MEUBLES DE LA CHAMBRE DE MADAME ÉLISABETH,</span></h4>
+<span class="smaller">DÉMÉNAGEMENT DES MEUBLES DE LA CHAMBRE DE MADAME ÉLISABETH,</span></h4>
-<p>qui ont été transportés au Garde-meuble, rue Neuve-Notre-Dame, n<sup>o</sup> 9,
+<p>qui ont été transportés au Garde-meuble, rue Neuve-Notre-Dame, n<sup>o</sup> 9,
par Jubin, valet de chambre, tapissier.</p>
-<p>Sçavoir:</p>
+<p>Sçavoir:</p>
-<p class="entete"><i>Première antichambre.</i></p>
+<p class="entete"><i>Première antichambre.</i></p>
-<p>Un charriot à bois.</p>
+<p>Un charriot à bois.</p>
<p>Deux paniers.</p>
@@ -27116,9 +27071,9 @@ par Jubin, valet de chambre, tapissier.</p>
<p>Une grande table des valets de pied.</p>
-<p>Une grande table ronde à manger, faite en bois d'acajou.</p>
+<p>Une grande table ronde à manger, faite en bois d'acajou.</p>
-<p>Douze chaises de table, garnies en velours, dont quatre sont à
+<p>Douze chaises de table, garnies en velours, dont quatre sont à
carreau.</p>
<p>Une bouillotte de verre, garnie en argent, pour faire de
@@ -27126,7 +27081,7 @@ l'herbe-aux-charpentiers.</p>
<p class="entete"><i>Chapelle.</i></p>
-<p>La chapelle est composée d'un autel et de deux coffres, dont je n'ai
+<p>La chapelle est composée d'un autel et de deux coffres, dont je n'ai
pas les clefs.</p>
<p>Le coffre de l'argenterie de la chambre, dont je n'ai point la clef.</p>
@@ -27134,91 +27089,91 @@ pas les clefs.</p>
<p>Un grand panier rempli des pots de chambre de garde-robe.</p>
<p>Le Couronnement de Louis XVI, en gravure, pris de la chambre des
-garçons de la chambre.</p>
+garçons de la chambre.</p>
<p>Un marchepied d'antichambre.</p>
<p class="entete"><i>Cabinet des nobles.</i></p>
-<p>Quatre servantes en bois d'acajou, où il manque un sceau argenté.</p>
+<p>Quatre servantes en bois d'acajou, où il manque un sceau argenté.</p>
-<p>Une table ronde du déjeuner de Madame, ayant un dessus de marbre
+<p>Une table ronde du déjeuner de Madame, ayant un dessus de marbre
blanc, et couverte en drap.</p>
-<p>Deux voyageuses en bois doré, couvertes de velours vert.</p>
+<p>Deux voyageuses en bois doré, couvertes de velours vert.</p>
<p>Une table de tric-trac avec sa garniture en bois de rose.</p>
-<p>Deux chaises carrées pour les femmes, couvertes en velours d'Utrecht
+<p>Deux chaises carrées pour les femmes, couvertes en velours d'Utrecht
cramoisi.</p>
-<p>Deux tables à jouer couvertes en velours, une de piquet, une de
+<p>Deux tables à jouer couvertes en velours, une de piquet, une de
quinze.</p>
-<p>Une boîte à livres de la voiture de Madame.</p>
+<p>Une boîte à livres de la voiture de Madame.</p>
-<p>Deux boîtes à échecs, une d'ivoire et l'autre en bois.</p>
+<p>Deux boîtes à échecs, une d'ivoire et l'autre en bois.</p>
<p>Le damier de Madame.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page562" name="page562"></a>(p. 562)</span> Un jeu d'oie en bois de rose.</p>
-<p>Une boîte en façon de nacre qui en renferme plusieurs petites.</p>
+<p>Une boîte en façon de nacre qui en renferme plusieurs petites.</p>
<p>Un petit coffre en basane rouge.</p>
<p>Le jeu de loto.</p>
-<p>Un dévidoir des valets de pied.</p>
+<p>Un dévidoir des valets de pied.</p>
-<p class="entete"><i>Chambre à coucher.</i></p>
+<p class="entete"><i>Chambre à coucher.</i></p>
<p>Le coffre de toilette et son pied, dont je n'ai point la clef.</p>
<p>La table de toilette.</p>
-<p>Deux vases de dessus la cheminée, tous deux de porcelaine, où sont
+<p>Deux vases de dessus la cheminée, tous deux de porcelaine, où sont
peints des petits oiseaux, un des deux ayant le bouton de son
-couvercle cassé.</p>
+couvercle cassé.</p>
<p>Le groupe de Madame, fille du Roi, assise sur un dauphin, sa colonne
-de stuc, le groupe de plâtre; la figure a le pouce du pied cassé et un
+de stuc, le groupe de plâtre; la figure a le pouce du pied cassé et un
doigt de la main gauche.</p>
-<p>Huit écrans en bois d'acajou, un brodé.</p>
+<p>Huit écrans en bois d'acajou, un brodé.</p>
-<p>Une boîte, remplie de huit livres, à madame de Clermont.</p>
+<p>Une boîte, remplie de huit livres, à madame de Clermont.</p>
-<p>Un livre de musique, intitulé <cite>Sargine</cite>.</p>
+<p>Un livre de musique, intitulé <cite>Sargine</cite>.</p>
-<p>Le grand carton à soie, rempli de plusieurs effets, tels que un sac de
-damas, orné tout autour d'un galon et de deux glands en or, et
+<p>Le grand carton à soie, rempli de plusieurs effets, tels que un sac de
+damas, orné tout autour d'un galon et de deux glands en or, et
d'autres menus effets.</p>
-<p>Une petite écritoire noire.</p>
+<p>Une petite écritoire noire.</p>
-<p>Trois petits cartons à filets.</p>
+<p>Trois petits cartons à filets.</p>
-<p>Une grande boîte à poudre en bois d'acajou, avec sa houppe.</p>
+<p>Une grande boîte à poudre en bois d'acajou, avec sa houppe.</p>
-<p>Un petit fouet vert, avec une poignée en or et trois viroles.</p>
+<p>Un petit fouet vert, avec une poignée en or et trois viroles.</p>
<p>Une grande corbeille du coucher, garnie de taffetas vert et d'une
dentelle d'or.</p>
<p>Deux petites corbeilles.</p>
-<p>Une grosse pelote en satin blanc brodé, qui sert à renfermer les
+<p>Une grosse pelote en satin blanc brodé, qui sert à renfermer les
linges de toilette.</p>
-<p>Un petit groupe représentant Madame et Monseigneur le Dauphin, avec
+<p>Un petit groupe représentant Madame et Monseigneur le Dauphin, avec
son pied de porcelaine.</p>
-<p>Un grand sceau à laver les pieds.</p>
+<p>Un grand sceau à laver les pieds.</p>
-<p>Un moulin à battre le beurre.</p>
+<p>Un moulin à battre le beurre.</p>
-<p>Deux petits cadres, représentant Monsieur le Dauphin défunt et Madame
+<p>Deux petits cadres, représentant Monsieur le Dauphin défunt et Madame
la Dauphine.</p>
<p class="entete"><i>Garde-robe.</i></p>
@@ -27230,15 +27185,15 @@ la Dauphine.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page563" name="page563"></a>(p. 563)</span> Un corps de tablettes pour les pots-de-chambre, avant un
dessus de marbre et une galerie en cuivre.</p>
-<p>Une table de nuit à dessus de marbre blanc.</p>
+<p>Une table de nuit à dessus de marbre blanc.</p>
-<p class="entete"><i>Lieux à l'anglaise.</i></p>
+<p class="entete"><i>Lieux à l'anglaise.</i></p>
-<p>Un petit corps de tablettes à dessus de marbre.</p>
+<p>Un petit corps de tablettes à dessus de marbre.</p>
<p>Une garniture de cuivre en forme de galerie.</p>
-<p>Un sceau de faïence à laver les pieds.</p>
+<p>Un sceau de faïence à laver les pieds.</p>
<p>Une lunette en maroquin noir.</p>
@@ -27248,23 +27203,23 @@ dessus de marbre et une galerie en cuivre.</p>
<p>Dix bourdalous en porcelaine.</p>
-<p>Sept bourdalous en faïence.</p>
+<p>Sept bourdalous en faïence.</p>
-<p class="entete"><i>Cabinet intérieur.</i></p>
+<p class="entete"><i>Cabinet intérieur.</i></p>
<p>Une table en bois de rose garnie de velours, dont je n'ai pas la clef.</p>
-<p>Deux petites chiffonnières rondes à dessus de marbre.</p>
+<p>Deux petites chiffonnières rondes à dessus de marbre.</p>
<p>Une grande pendule avec ses garnitures.</p>
-<p>Le Portrait de Madame de Piémont, en petit.</p>
+<p>Le Portrait de Madame de Piémont, en petit.</p>
<p>Louis XV, en gravure.</p>
-<p>Madame de Piémont, peinte sur un cadre oval.</p>
+<p>Madame de Piémont, peinte sur un cadre oval.</p>
-<p>Un tableau représentant Jacques I<sup>er</sup>, roi de la Grande-Bretagne.</p>
+<p>Un tableau représentant Jacques I<sup>er</sup>, roi de la Grande-Bretagne.</p>
<p>Un petit chien, dans un cadre oval.</p>
@@ -27274,98 +27229,98 @@ dessus de marbre et une galerie en cuivre.</p>
<p>Une petite table en bois de rose et dessus de marbre.</p>
-<p>Une petite bibliothèque à panneaux grillés, à dessus de marbre commun.</p>
+<p>Une petite bibliothèque à panneaux grillés, à dessus de marbre commun.</p>
<p>Un devidoir.</p>
-<p>Un petit coffre de noyer, où il manque un tiroir.</p>
+<p>Un petit coffre de noyer, où il manque un tiroir.</p>
<p>Un petit coffre de bois d'acajou, garni de cuivre, dont je n'ai pas la
clef.</p>
-<p>Deux boîtes renfermant quatre cylindres de la pendule: trois dans une,
+<p>Deux boîtes renfermant quatre cylindres de la pendule: trois dans une,
et une dans l'autre.</p>
-<p>Un verre de microscope monté en cuivre.</p>
+<p>Un verre de microscope monté en cuivre.</p>
-<p>Quatre écrans de cheminée à main.</p>
+<p>Quatre écrans de cheminée à main.</p>
-<p>Une petite boîte en nacre à parfiler.</p>
+<p>Une petite boîte en nacre à parfiler.</p>
-<p>Une autre petite boîte, en forme d'éventail, sans clef.</p>
+<p>Une autre petite boîte, en forme d'éventail, sans clef.</p>
<p>Un petit marteau avec une hache.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page564" name="page564"></a>(p. 564)</span> Deux petits dévidoirs.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page564" name="page564"></a>(p. 564)</span> Deux petits dévidoirs.</p>
-<p>Quatre cannes et le petit bâton pour peindre.</p>
+<p>Quatre cannes et le petit bâton pour peindre.</p>
-<p class="entete"><i>Bibliothèque.</i></p>
+<p class="entete"><i>Bibliothèque.</i></p>
-<p>Une écritoire sans fin, composée de plusieurs choses, telles que: un
-grattoir, un poinçon, un manche de canif d'ivoire, une petite règle
-d'ébène, un moyen compas et une grande paire de ciseaux.</p>
+<p>Une écritoire sans fin, composée de plusieurs choses, telles que: un
+grattoir, un poinçon, un manche de canif d'ivoire, une petite règle
+d'ébène, un moyen compas et une grande paire de ciseaux.</p>
<p>Un bureau en bois de rose, de cinq pieds de long, couvert en maroquin
-vert et orné d'une petite galerie.</p>
+vert et orné d'une petite galerie.</p>
-<p>Une petite écritoire dorée, en bois de rose.</p>
+<p>Une petite écritoire dorée, en bois de rose.</p>
<p>Deux petits globes terrestres; il y en a un qui a quelque chose de
-cassé.</p>
+cassé.</p>
-<p>Deux petits vases de porcelaine, ornés de bouquets de fleurs en
+<p>Deux petits vases de porcelaine, ornés de bouquets de fleurs en
biscuit, et leurs bocaux de verre.</p>
-<p>Deux bras de cheminée en flèche.</p>
+<p>Deux bras de cheminée en flèche.</p>
-<p>Un feu à vase, pelle et tenaille.</p>
+<p>Un feu à vase, pelle et tenaille.</p>
<p>Deux petits tableaux en bordure de sapin.</p>
-<p>Un moyen tableau représentant la ville et le port de Syra.</p>
+<p>Un moyen tableau représentant la ville et le port de Syra.</p>
<p>Un marchepied en bois d'acajou.</p>
-<p>La lunette des lieux à l'anglaise.</p>
+<p>La lunette des lieux à l'anglaise.</p>
-<p>Quatre métiers de tapisserie, deux de bois d'acajou et deux de noyer.</p>
+<p>Quatre métiers de tapisserie, deux de bois d'acajou et deux de noyer.</p>
<p class="entete"><span class="smcap">CABINET AUX ENTRESOLS.</span></p>
<p class="entete"><i>Garde-robe.</i></p>
-<p>Un petit corps de tablettes à pots de chambre.</p>
+<p>Un petit corps de tablettes à pots de chambre.</p>
<p>Un pot-pourri en porcelaine.</p>
<p>Un gros globe.</p>
-<p>Une table en bois de hêtre, garnie de dorure.</p>
+<p>Une table en bois de hêtre, garnie de dorure.</p>
<p>Deux petits globes pleins.</p>
-<p>Deux petits vases blancs à tête de bélier, montés en girandole.</p>
+<p>Deux petits vases blancs à tête de bélier, montés en girandole.</p>
<p>Un feu en galerie, pelle, tenaille et pincette.</p>
-<p>Un tableau représentant saint Labre.</p>
+<p>Un tableau représentant saint Labre.</p>
-<p class="entete"><i>Cabinet à côté des bains.</i></p>
+<p class="entete"><i>Cabinet à côté des bains.</i></p>
<p>Un feu en galerie, tenaille, pelle et pincette.</p>
-<p>Deux girandoles portées par deux femmes dorées, sur une colonne de
+<p>Deux girandoles portées par deux femmes dorées, sur une colonne de
marbre blanc.</p>
-<p>Deux tables de mathématique en bois d'acajou, une sans clef, avec deux
-bougeoirs doubles dorés, et deux petits pupitres.</p>
+<p>Deux tables de mathématique en bois d'acajou, une sans clef, avec deux
+bougeoirs doubles dorés, et deux petits pupitres.</p>
-<p>Un pupitre à jour en bois de noyer.</p>
+<p>Un pupitre à jour en bois de noyer.</p>
<p><span class="pagenum"><a id="page565" name="page565"></a>(p. 565)</span> Un violon.</p>
-<p>Deux bras de cheminée ayant chacun une bobèche.</p>
+<p>Deux bras de cheminée ayant chacun une bobèche.</p>
<p>Le meuble de bains complet.</p>
@@ -27373,14 +27328,14 @@ bougeoirs doubles dorés, et deux petits pupitres.</p>
<p>Une table en bois d'acajou couverte en drap.</p>
-<p class="entete smcap">ÉTAT DE CE QUI ÉTAIT RENFERMÉ DANS LA COMMMODE DES GARÇONS DE LA
+<p class="entete smcap">ÉTAT DE CE QUI ÉTAIT RENFERMÉ DANS LA COMMMODE DES GARÇONS DE LA
CHAMBRE.</p>
-<p>Une boîte à fiches.</p>
+<p>Une boîte à fiches.</p>
-<p>Une boîte de loto.</p>
+<p>Une boîte de loto.</p>
-<p>Une boîte à fiches, où il manque une corbeille.</p>
+<p>Une boîte à fiches, où il manque une corbeille.</p>
<p>Deux sacs de peau, pour mettre des livres.</p>
@@ -27390,7 +27345,7 @@ CHAMBRE.</p>
<p>Cinq petits paniers, dont quatre garnis.</p>
-<p class="entete"><i>Lit des garçons de la chambre.</i></p>
+<p class="entete"><i>Lit des garçons de la chambre.</i></p>
<p>Deux matelas.</p>
@@ -27402,9 +27357,9 @@ CHAMBRE.</p>
<p>Cinq petits paravents.</p>
-<p>Un écran.</p>
+<p>Un écran.</p>
-<p>Une échelle double.</p>
+<p>Une échelle double.</p>
<p>Deux pliants en bois, de maroquin vert.</p>
@@ -27415,7 +27370,7 @@ CHAMBRE.</p>
<hr class="hr10">
<h4>XI.<br>
-<span class="smaller">LISTE DES LIVRES DE MADAME PORTÉS A PARIS.</span></h4>
+<span class="smaller">LISTE DES LIVRES DE MADAME PORTÉS A PARIS.</span></h4>
<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Livres.">
<tr>
@@ -27426,7 +27381,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="smcap">VOL.</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire universelle, par une société de gens de lettres,</td>
+<td>Histoire universelle, par une société de gens de lettres,</td>
<td class="right">43</td>
</tr>
<tr>
@@ -27434,11 +27389,11 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">16</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire de l'Église gallicane,</td>
+<td>Histoire de l'Église gallicane,</td>
<td class="right">16</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire de l'Église, par M. l'abbé de Choisy,</td>
+<td>Histoire de l'Église, par M. l'abbé de Choisy,</td>
<td class="right">11</td>
</tr>
<tr>
@@ -27450,7 +27405,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">7</td>
</tr>
<tr>
-<td>Abrégé chronologique de l'histoire de France, par Mezeray,</td>
+<td>Abrégé chronologique de l'histoire de France, par Mezeray,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
@@ -27462,7 +27417,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td><span class="pagenum"><a id="page566" name="page566"></a>(p. 566)</span> Histoire de l'Asie, de l'Affrique et de l'Amérique,</td>
+<td><span class="pagenum"><a id="page566" name="page566"></a>(p. 566)</span> Histoire de l'Asie, de l'Affrique et de l'Amérique,</td>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
@@ -27473,23 +27428,23 @@ CHAMBRE.</p>
<tr><td colspan="2" class="center"><i>In-8<sup>o</sup>.</i></td></tr>
<tr><td colspan="2">&nbsp;</td></tr>
<tr>
-<td>Offices et traité de Cicéron,</td>
+<td>Offices et traité de Cicéron,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Pensées de Marc Aurèle,</td>
+<td>Pensées de Marc Aurèle,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Traité des loix civiles,</td>
+<td>Traité des loix civiles,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Traité de la puissance ecclésiastique,</td>
+<td>Traité de la puissance ecclésiastique,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Les Quatre âges de la pairie,</td>
+<td>Les Quatre âges de la pairie,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -27505,15 +27460,15 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Principes de la législation universelle,</td>
+<td>Principes de la législation universelle,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>La Trigonométrie,</td>
+<td>La Trigonométrie,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Leçons de mathématique, par l'abbé de la Caille et Marie,</td>
+<td>Leçons de mathématique, par l'abbé de la Caille et Marie,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
@@ -27529,19 +27484,19 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Des &oelig;uvres du chevalier Linné,</td>
+<td>Des &oelig;uvres du chevalier Linné,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>&OElig;uvres de Demosthènes,</td>
+<td>&OElig;uvres de Demosthènes,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>&OElig;uvres de Virgile, par l'abbé Desfontaines,</td>
+<td>&OElig;uvres de Virgile, par l'abbé Desfontaines,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>L'Iliade, traduite en vers français,</td>
+<td>L'Iliade, traduite en vers français,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -27561,7 +27516,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>L'Eneïde de Virgile, par Annibal Caro,</td>
+<td>L'Eneïde de Virgile, par Annibal Caro,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -27581,11 +27536,11 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Théâtre des Grecs, traduction nouvelle,</td>
+<td>Théâtre des Grecs, traduction nouvelle,</td>
<td class="right">10</td>
</tr>
<tr>
-<td>&OElig;uvres de Racine, édition de Didot,</td>
+<td>&OElig;uvres de Racine, édition de Didot,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
@@ -27593,7 +27548,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Théâtre des jeunes personnes, par M<sup>me</sup> de Genlis,</td>
+<td>Théâtre des jeunes personnes, par M<sup>me</sup> de Genlis,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
@@ -27601,7 +27556,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire de la poësie, par Brown,</td>
+<td>Histoire de la poësie, par Brown,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
@@ -27621,7 +27576,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Vie privée des François,</td>
+<td>Vie privée des François,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
@@ -27633,7 +27588,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le Théâtre du monde,</td>
+<td>Le Théâtre du monde,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
@@ -27649,23 +27604,23 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Loisirs du chevalier Déon,</td>
+<td>Loisirs du chevalier Déon,</td>
<td class="right">13</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mélanges d'une grande bibliothèque,</td>
+<td>Mélanges d'une grande bibliothèque,</td>
<td class="right">58</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire de la littérature d'Italie,</td>
+<td>Histoire de la littérature d'Italie,</td>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
-<td>Lettres sur l'éducation, par M<sup>me</sup> de Genlis,</td>
+<td>Lettres sur l'éducation, par M<sup>me</sup> de Genlis,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Cours d'études, par M. l'abbé de Condillac,</td>
+<td>Cours d'études, par M. l'abbé de Condillac,</td>
<td class="right">10</td>
</tr>
<tr>
@@ -27673,31 +27628,31 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td>Dictionnaire des antiquités romaines,</td>
+<td>Dictionnaire des antiquités romaines,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire d'Espagne, par Ferreras; (les 3 premiers prêtés à M. le Comte),</td>
+<td>Histoire d'Espagne, par Ferreras; (les 3 premiers prêtés à M. le Comte),</td>
<td class="right">16</td>
</tr>
<tr>
-<td>Collection des Mémoires sur l'histoire de France,</td>
+<td>Collection des Mémoires sur l'histoire de France,</td>
<td class="right">36</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires sur les Isles de ponce,</td>
+<td>Mémoires sur les Isles de ponce,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Négociations de la France et de l'Angleterre,</td>
+<td>Négociations de la France et de l'Angleterre,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Voyage à l'Isle de France,</td>
+<td>Voyage à l'Isle de France,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le Mercure françois,</td>
+<td>Le Mercure françois,</td>
<td class="right">25</td>
</tr>
<tr>
@@ -27705,15 +27660,15 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>La Satyre Ménippée,</td>
+<td>La Satyre Ménippée,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires sur l'histoire de France,</td>
+<td>Mémoires sur l'histoire de France,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le Cabinet des fées,</td>
+<td>Le Cabinet des fées,</td>
<td class="right">37</td>
</tr>
<tr><td colspan="2">&nbsp;</td></tr>
@@ -27728,7 +27683,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Sermons du P. Bourdaloüe,</td>
+<td>Sermons du P. Bourdaloüe,</td>
<td class="right">20</td>
</tr>
<tr>
@@ -27736,19 +27691,19 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">15</td>
</tr>
<tr>
-<td>L'Année du chrétien,</td>
+<td>L'Année du chrétien,</td>
<td class="right">18</td>
</tr>
<tr>
-<td>L'Année évangélique,</td>
+<td>L'Année évangélique,</td>
<td class="right">7</td>
</tr>
<tr>
-<td>L'Évangile médité,</td>
+<td>L'Évangile médité,</td>
<td class="right">12</td>
</tr>
<tr>
-<td>La Religion méditée,</td>
+<td>La Religion méditée,</td>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
@@ -27760,7 +27715,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td><span class="pagenum"><a id="page567" name="page567"></a>(p. 567)</span> Prières du P. Sanadon,</td>
+<td><span class="pagenum"><a id="page567" name="page567"></a>(p. 567)</span> Prières du P. Sanadon,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
@@ -27768,7 +27723,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Bréviaire de Paris avec le supplément,</td>
+<td>Bréviaire de Paris avec le supplément,</td>
<td class="right">9</td>
</tr>
<tr>
@@ -27776,7 +27731,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>Livre d'église,</td>
+<td>Livre d'église,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -27796,7 +27751,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Prières du matin,</td>
+<td>Prières du matin,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
@@ -27808,11 +27763,11 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Recueil de prières,</td>
+<td>Recueil de prières,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Prières durant la messe,</td>
+<td>Prières durant la messe,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
@@ -27820,7 +27775,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Manuel d'Épictète,</td>
+<td>Manuel d'Épictète,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -27836,15 +27791,15 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire naturelle, générale et particulière, par M. de Buffon,</td>
+<td>Histoire naturelle, générale et particulière, par M. de Buffon,</td>
<td class="right">51</td>
</tr>
<tr>
-<td>Leçons de physique, par l'abbé Nollet,</td>
+<td>Leçons de physique, par l'abbé Nollet,</td>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td>&OElig;uvres d'Homère, traduction par M. Gin,</td>
+<td>&OElig;uvres d'Homère, traduction par M. Gin,</td>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
@@ -27852,7 +27807,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>C. Julii Cæsaris Commentarios, etc.,</td>
+<td>C. Julii Cæsaris Commentarios, etc.,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -27860,7 +27815,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>La Lusiade de Camoëns,</td>
+<td>La Lusiade de Camoëns,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
@@ -27872,19 +27827,19 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Lettres de M<sup>me</sup> de Sévigné,</td>
+<td>Lettres de M<sup>me</sup> de Sévigné,</td>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>Lettres d'un François, par l'abbé Le Blanc,</td>
+<td>Lettres d'un François, par l'abbé Le Blanc,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Traité des études, par M. Rollin,</td>
+<td>Traité des études, par M. Rollin,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>École de littérature,</td>
+<td>École de littérature,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -27900,7 +27855,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">10</td>
</tr>
<tr>
-<td>Théâtre de P. Corneille,</td>
+<td>Théâtre de P. Corneille,</td>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
@@ -27916,31 +27871,31 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>Théâtre françois,</td>
+<td>Théâtre françois,</td>
<td class="right">12</td>
</tr>
<tr>
-<td>Nouveau théâtre françois,</td>
+<td>Nouveau théâtre françois,</td>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire du théâtre françois, par MM. Parfait,</td>
+<td>Histoire du théâtre françois, par MM. Parfait,</td>
<td class="right">15</td>
</tr>
<tr>
-<td>Théâtre anglois,</td>
+<td>Théâtre anglois,</td>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>Lettre sur le théâtre anglois,</td>
+<td>Lettre sur le théâtre anglois,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Dissertation sur la tragédie,</td>
+<td>Dissertation sur la tragédie,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Remarques sur Racine et la vie du même,</td>
+<td>Remarques sur Racine et la vie du même,</td>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
@@ -27972,7 +27927,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Poésies de Malleville,</td>
+<td>Poésies de Malleville,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
@@ -27980,7 +27935,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>De la Bibliothèque des romans,</td>
+<td>De la Bibliothèque des romans,</td>
<td class="right">97</td>
</tr>
<tr>
@@ -27992,15 +27947,15 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires politiques et militaires de France,</td>
+<td>Mémoires politiques et militaires de France,</td>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire du règne de Henry II,</td>
+<td>Histoire du règne de Henry II,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de M<sup>me</sup> de Staal,</td>
+<td>Mémoires de M<sup>me</sup> de Staal,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
@@ -28008,11 +27963,11 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de M<sup>lle</sup> de Montpensier,</td>
+<td>Mémoires de M<sup>lle</sup> de Montpensier,</td>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de la duchesse de Nemours,</td>
+<td>Mémoires de la duchesse de Nemours,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
@@ -28024,7 +27979,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Parallèle du cardinal de Richelieu et du cardinal de Mazarin,</td>
+<td>Parallèle du cardinal de Richelieu et du cardinal de Mazarin,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
@@ -28040,7 +27995,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Vieilleville,</td>
+<td>Mémoires de Vieilleville,</td>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
@@ -28048,11 +28003,11 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">18</td>
</tr>
<tr>
-<td><span class="pagenum"><a id="page568" name="page568"></a>(p. 568)</span> Histoire d'Écosse, par Robertson,</td>
+<td><span class="pagenum"><a id="page568" name="page568"></a>(p. 568)</span> Histoire d'Écosse, par Robertson,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires d'Anne d'Autriche,</td>
+<td>Mémoires d'Anne d'Autriche,</td>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
@@ -28072,51 +28027,51 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Laporte,</td>
+<td>Mémoires de Laporte,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de M<sup>me</sup> de Lafayette,</td>
+<td>Mémoires de M<sup>me</sup> de Lafayette,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Lenet,</td>
+<td>Mémoires de Lenet,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire du prince de Condé,</td>
+<td>Histoire du prince de Condé,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire de la régence de Marie de Médicis,</td>
+<td>Histoire de la régence de Marie de Médicis,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Vie de Marie de Médicis,</td>
+<td>Vie de Marie de Médicis,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires du comte d'Avaux,</td>
+<td>Mémoires du comte d'Avaux,</td>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Montausier,</td>
+<td>Mémoires de Montausier,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Berwick,</td>
+<td>Mémoires de Berwick,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires du marquis de Feuquières,</td>
+<td>Mémoires du marquis de Feuquières,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Traité de paix de Nimègue,</td>
+<td>Traité de paix de Nimègue,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Traité de Westphalie,</td>
+<td>Traité de Westphalie,</td>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
@@ -28132,15 +28087,15 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires du prince de Tarente,</td>
+<td>Mémoires du prince de Tarente,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire de Tancrède de Rohan,</td>
+<td>Histoire de Tancrède de Rohan,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires du duc de Villars,</td>
+<td>Mémoires du duc de Villars,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
@@ -28148,15 +28103,15 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires sur la succession d'Espagne,</td>
+<td>Mémoires sur la succession d'Espagne,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire de Russie, par M. Lévêque,</td>
+<td>Histoire de Russie, par M. Lévêque,</td>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire du traité des Pyrénées,</td>
+<td>Histoire du traité des Pyrénées,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -28164,11 +28119,11 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Gourville,</td>
+<td>Mémoires de Gourville,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires du comte de Gramont,</td>
+<td>Mémoires du comte de Gramont,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -28176,11 +28131,11 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Géographie moderne,</td>
+<td>Géographie moderne,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de la Colonie,</td>
+<td>Mémoires de la Colonie,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -28196,11 +28151,11 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le Courtisan prédestiné,</td>
+<td>Le Courtisan prédestiné,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Bellièvre,</td>
+<td>Mémoires de Bellièvre,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -28208,19 +28163,19 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le Siècle de Louis XIV,</td>
+<td>Le Siècle de Louis XIV,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires du maréchal de Berwick,</td>
+<td>Mémoires du maréchal de Berwick,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires pour servir à l'histoire de France,</td>
+<td>Mémoires pour servir à l'histoire de France,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>L'Âme des Bourbons,</td>
+<td>L'Âme des Bourbons,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -28228,35 +28183,35 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Bassompierre,</td>
+<td>Mémoires de Bassompierre,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Montrésor,</td>
+<td>Mémoires de Montrésor,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Louis XIV,</td>
+<td>Mémoires de Louis XIV,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Navailles,</td>
+<td>Mémoires de Navailles,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Villegomblain,</td>
+<td>Mémoires de Villegomblain,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires sur la paix de Riswick,</td>
+<td>Mémoires sur la paix de Riswick,</td>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires d'Omer Talon,</td>
+<td>Mémoires d'Omer Talon,</td>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>Vie du maréchal de Villars,</td>
+<td>Vie du maréchal de Villars,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
@@ -28284,15 +28239,15 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Louis XIV,</td>
+<td>Mémoires de Louis XIV,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires du cardinal de Retz,</td>
+<td>Mémoires du cardinal de Retz,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de M. Joly,</td>
+<td>Mémoires de M. Joly,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
@@ -28300,7 +28255,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Brienne,</td>
+<td>Mémoires de Brienne,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -28308,7 +28263,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Abrégé chronologique du droit public d'Allemagne,</td>
+<td>Abrégé chronologique du droit public d'Allemagne,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -28316,51 +28271,51 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Montglat,</td>
+<td>Mémoires de Montglat,</td>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Abrégé chronologique de l'histoire d'Italie,</td>
+<td>Abrégé chronologique de l'histoire d'Italie,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Terlon,</td>
+<td>Mémoires de Terlon,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires du marquis de La Fare,</td>
+<td>Mémoires du marquis de La Fare,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires du comte de Forbin,</td>
+<td>Mémoires du comte de Forbin,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Lahoussaye,</td>
+<td>Mémoires de Lahoussaye,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Condé,</td>
+<td>Mémoires de Condé,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de M. de Tavanes,</td>
+<td>Mémoires de M. de Tavanes,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Puységur,</td>
+<td>Mémoires de Puységur,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Tourville,</td>
+<td>Mémoires de Tourville,</td>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Histoire de François I<sup>er</sup>,</td>
+<td>Histoire de François I<sup>er</sup>,</td>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Dubellay-Langey,</td>
+<td>Mémoires de Dubellay-Langey,</td>
<td class="right">7</td>
</tr>
<tr>
@@ -28372,27 +28327,27 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires du comte d'Estrade,</td>
+<td>Mémoires du comte d'Estrade,</td>
<td class="right">9</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires sur la paix d'Utrecht,</td>
+<td>Mémoires sur la paix d'Utrecht,</td>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td>Congrès d'Utrecht,</td>
+<td>Congrès d'Utrecht,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Campagne du duc de Vendôme,</td>
+<td>Campagne du duc de Vendôme,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td><span class="pagenum"><a id="page569" name="page569"></a>(p. 569)</span> Mémoires du chevalier Temple,</td>
+<td><span class="pagenum"><a id="page569" name="page569"></a>(p. 569)</span> Mémoires du chevalier Temple,</td>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires du duc de Guise,</td>
+<td>Mémoires du duc de Guise,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
@@ -28400,7 +28355,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Mémoires de Sully,</td>
+<td>Mémoires de Sully,</td>
<td class="right">8</td>
</tr>
<tr>
@@ -28408,7 +28363,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">4</td>
</tr>
<tr>
-<td>Lettres et Mémoires de M<sup>me</sup> de Maintenon,</td>
+<td>Lettres et Mémoires de M<sup>me</sup> de Maintenon,</td>
<td class="right">15</td>
</tr>
<tr>
@@ -28416,15 +28371,15 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">3</td>
</tr>
<tr>
-<td>La Mémoire artificielle,</td>
+<td>La Mémoire artificielle,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Tables chronologiques de l'abbé Lenglet,</td>
+<td>Tables chronologiques de l'abbé Lenglet,</td>
<td class="right">2</td>
</tr>
<tr>
-<td>Abrégé chronologique de l'histoire de France,</td>
+<td>Abrégé chronologique de l'histoire de France,</td>
<td class="right">5</td>
</tr>
<tr>
@@ -28432,7 +28387,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">1</td>
</tr>
<tr>
-<td>Lettres édifiantes,</td>
+<td>Lettres édifiantes,</td>
<td class="right">26</td>
</tr>
<tr>
@@ -28440,7 +28395,7 @@ CHAMBRE.</p>
<td class="right">6</td>
</tr>
<tr>
-<td>Vie de sainte Thérèse, de Madame Louise et quelques histoires de Maimbourg,</td>
+<td>Vie de sainte Thérèse, de Madame Louise et quelques histoires de Maimbourg,</td>
<td class="right">15</td>
</tr>
<tr>
@@ -28454,26 +28409,26 @@ CHAMBRE.</p>
</table>
<p>Cette liste contient deux mille soixante et quinze volumes. Seyaux
-n'ayant trouvé ni Missel, ni Bréviaire romain en françois, croit
-qu'ils ont été portés à Bellevüe.</p>
+n'ayant trouvé ni Missel, ni Bréviaire romain en françois, croit
+qu'ils ont été portés à Bellevüe.</p>
<hr class="hr10">
<h4>XII.<br>
-<span class="smaller">LIVRES RETIRÉS DE LA BIBLIOTHÈQUE DE MONTREUIL.</span></h4>
+<span class="smaller">LIVRES RETIRÉS DE LA BIBLIOTHÈQUE DE MONTREUIL.</span></h4>
<p class="entete">Chefs d'&oelig;uvre de P. et de Th. Corneille, le premier tome petit
in-12, les deux autres manquent.</p>
<ul class="none livre">
-<li>Robinson Crusöé, trois vol. in-12.</li>
+<li>Robinson Crusöé, trois vol. in-12.</li>
<li>Cleveland, six vol. in-12.</li>
<li>Romans de mad. Riccoboni, 2 vol.</li>
-<li>Amours de Théagenes et Chariclée, 2 vol. in-12.</li>
+<li>Amours de Théagenes et Chariclée, 2 vol. in-12.</li>
<li>Les mille et une nuits, 6 vol.</li>
-<li>Cabinet des Fées, 37 vol., dont il manque les tomes 14 et 26.</li>
-<li>Lettres sur l'éducation ou Adèle et Théodore, 3 vol, in-8<sup>o</sup>.</li>
-<li>Télémaque, 2 vol. in-12.</li>
+<li>Cabinet des Fées, 37 vol., dont il manque les tomes 14 et 26.</li>
+<li>Lettres sur l'éducation ou Adèle et Théodore, 3 vol, in-8<sup>o</sup>.</li>
+<li>Télémaque, 2 vol. in-12.</li>
</ul>
<p>Il manque encore dans la classe des romans:</p>
@@ -28482,7 +28437,7 @@ in-12, les deux autres manquent.</p>
<li>Miss Anysie, 1 vol. in-12.</li>
<li>Histoire de Marguerite de Valois, Reine de Navarre, 6 vol. in-12.</li>
<li>The history of Emily Montague, 4 vol. in-12.</li>
-<li>Contes des Fées, par mad. d'Aunoy, 4 vol. in-12.</li>
+<li>Contes des Fées, par mad. d'Aunoy, 4 vol. in-12.</li>
</ul>
<hr class="hr10">
@@ -28491,192 +28446,192 @@ in-12, les deux autres manquent.</p>
<span class="smaller">NOUVELLES PUBLICATIONS.</span></h4>
<ul class="none livre">
-<li>Observations sur la société et les moyens de ramener l'ordre,
+<li>Observations sur la société et les moyens de ramener l'ordre,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Mémoire sur le mariage des Protestants,
+<li>Mémoire sur le mariage des Protestants,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Discours sur le projet d'accorder un état civil aux Protestants,
+<li>Discours sur le projet d'accorder un état civil aux Protestants,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Éclaircissements historiques sur la révocation de l'Édit de Nantes,
+<li>Éclaircissements historiques sur la révocation de l'Édit de Nantes,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Assemblée des Notables en 1787. Mémoires et observations en 4 divisions,
+<li>Assemblée des Notables en 1787. Mémoires et observations en 4 divisions,
<span class="ralign5">2 vol. in-4<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Réponse de M. de Calonne à M. Necker, avec les pièces justificatives,
+<li>Réponse de M. de Calonne à M. Necker, avec les pièces justificatives,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Des Droits et des Devoirs du Citoyen, par l'abbé de Mably,
+<li>Des Droits et des Devoirs du Citoyen, par l'abbé de Mably,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
<li>Constitution de l'Angleterre, par M. de Lolme,
<span class="ralign5">2 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Aux Bataves, sur le Statoudhérat, par le comte de Mirabeau,
+<li>Aux Bataves, sur le Statoudhérat, par le comte de Mirabeau,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Exposition et Défense de notre Constitution monarchique, par M. Moreau,
+<li>Exposition et Défense de notre Constitution monarchique, par M. Moreau,
<span class="ralign5">2 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Demandes aux États Généraux ou Recueil des Cahiers, 1789,
+<li>Demandes aux États Généraux ou Recueil des Cahiers, 1789,
<span class="ralign5">4 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Situation politique de la France, et ses rapports actuels avec toutes les puissances de l'Europe, par M. Peyssonnet, 1789,
<span class="ralign5">2 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Observations sur le Contrat social de J. J. Rousseau, par le P. Berthier, 1789,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Le mal et le remède; mémoire sur la milice de l'armée, 1789,
+<li>Le mal et le remède; mémoire sur la milice de l'armée, 1789,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Réponse à la motion et au discours de M. l'abbé de Périgord, évêque d'Autun, 1789,
+<li>Réponse à la motion et au discours de M. l'abbé de Périgord, évêque d'Autun, 1789,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
<li>Le vrai Patriote, par M. Putod, 1789,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>V&oelig;u d'un Patriote sur la médecine en France, 1789,
+<li>V&oelig;u d'un Patriote sur la médecine en France, 1789,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Maison du Roi, ce qu'elle étoit, ce qu'elle est, ce qu'elle devroit être, 1789,
+<li>Maison du Roi, ce qu'elle étoit, ce qu'elle est, ce qu'elle devroit être, 1789,
<span class="ralign5">1 vol. in-4<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Le Déficit vaincu, par M. de Favras, 1789,
-<span class="ralign5">1 vol. in-4<sup>o</sup> broché.</span></li>
-<li>Principes opposés au système de M. Necker, par le même,
-<span class="ralign5">1 vol. in-4<sup>o</sup> broché.</span></li>
-<li><span class="pagenum"><a id="page571" name="page571"></a>(p. 571)</span> Appel au Tribunal de l'Opinion publique, par M. Mounier; Genève, 1790,
+<li>Le Déficit vaincu, par M. de Favras, 1789,
+<span class="ralign5">1 vol. in-4<sup>o</sup> broché.</span></li>
+<li>Principes opposés au système de M. Necker, par le même,
+<span class="ralign5">1 vol. in-4<sup>o</sup> broché.</span></li>
+<li><span class="pagenum"><a id="page571" name="page571"></a>(p. 571)</span> Appel au Tribunal de l'Opinion publique, par M. Mounier; Genève, 1790,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Affaires de Nismes des 13, 14 et 15 juin 1790,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Compte rendu de cette affaire, par M. de Marguerites, député à l'Assemblée et maire de Nismes.</li>
-<li>L'Art du fabricant d'étoffes de soye, par M. Paulet, 1789, in-f<sup>o</sup> broché.<br>
+<li>Compte rendu de cette affaire, par M. de Marguerites, député à l'Assemblée et maire de Nismes.</li>
+<li>L'Art du fabricant d'étoffes de soye, par M. Paulet, 1789, in-f<sup>o</sup> broché.<br>
(Ouvrage en huit sections; il en faudrait sept
- pour compléter cet objet, Madame n'en ayant qu'une.)</li>
-<li>Plan d'Éducation nationale ou abrégé des études de l'homme fait, 1789,
+ pour compléter cet objet, Madame n'en ayant qu'une.)</li>
+<li>Plan d'Éducation nationale ou abrégé des études de l'homme fait, 1789,
<span class="ralign5">2 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Opinions de l'abbé Maury, 1790, 1791, 1 vol. in-8<sup>o</sup>.</li>
+<li>Opinions de l'abbé Maury, 1790, 1791, 1 vol. in-8<sup>o</sup>.</li>
<li>Recueil des opinions du comte Stanislas de Clermont-Tonnerre, Paris, 1791,
<span class="ralign5">4 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Réflexions sur les affaires politiques du temps présent de la France, 1790,
+<li>Réflexions sur les affaires politiques du temps présent de la France, 1790,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>De l'État de la France présent et à venir, par M. de Calonne, 1790,
+<li>De l'État de la France présent et à venir, par M. de Calonne, 1790,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Réflexions sur la Révolution de France, par M. Burke, 4<sup>e</sup> édition, 1791,
+<li>Réflexions sur la Révolution de France, par M. Burke, 4<sup>e</sup> édition, 1791,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Discours et lettres de M. Burke, 1790 et 1791,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Discours sur les finances de l'État, par M. Necker, à l'Assemblée,
+<li>Discours sur les finances de l'État, par M. Necker, à l'Assemblée,
<span class="ralign5">1 vol. in-4<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Sur l'Administration de M. Necker, par lui-même, 1791,
+<li>Sur l'Administration de M. Necker, par lui-même, 1791,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Offrande aux François, 1791, 1 vol. in-8<sup>o</sup>.</li>
-<li>Le <em>Naviget antyciras</em> ou système sans principes, 1791,
+<li>Offrande aux François, 1791, 1 vol. in-8<sup>o</sup>.</li>
+<li>Le <em>Naviget antyciras</em> ou système sans principes, 1791,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Situation actuelle de la France, par M. Bonvalet-Desbrosses, 1791,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Procédure criminelle au Châtelet en 1789 et 1790,
+<li>Procédure criminelle au Châtelet en 1789 et 1790,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Justification de M. de Favras, 1791,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
</ul>
-<p class="entete"><i>Recueil de pièces en 4 volumes</i>.</p>
+<p class="entete"><i>Recueil de pièces en 4 volumes</i>.</p>
<p>Le premier renfermant:</p>
<ul class="none livre">
-<li>1<sup>o</sup> L'Adresse du Département de Paris au Roi;</li>
-<li>2<sup>o</sup> L'Adresse du même Département à l'Assemblée;</li>
-<li>3<sup>o</sup> Compte rendu par une partie des membres de l'Assemblée sur le
-Décret du 28 mars 1791;</li>
-<li><span class="pagenum"><a id="page572" name="page572"></a>(p. 572)</span> 4<sup>o</sup> Le Règne de Louis XVI mis sous les yeux de l'Europe;</li>
-<li>5<sup>o</sup> Elan du c&oelig;ur et de la raison, ou Justice rendüe à la Reine;</li>
-<li>6<sup>o</sup> Adresse de l'abbé Raynal lüe le 31 mai 1791 à l'Assemblée;</li>
-<li>7<sup>o</sup> Triomphe prochain de la Royauté et de la Monarchie françoise;</li>
+<li>1<sup>o</sup> L'Adresse du Département de Paris au Roi;</li>
+<li>2<sup>o</sup> L'Adresse du même Département à l'Assemblée;</li>
+<li>3<sup>o</sup> Compte rendu par une partie des membres de l'Assemblée sur le
+Décret du 28 mars 1791;</li>
+<li><span class="pagenum"><a id="page572" name="page572"></a>(p. 572)</span> 4<sup>o</sup> Le Règne de Louis XVI mis sous les yeux de l'Europe;</li>
+<li>5<sup>o</sup> Elan du c&oelig;ur et de la raison, ou Justice rendüe à la Reine;</li>
+<li>6<sup>o</sup> Adresse de l'abbé Raynal lüe le 31 mai 1791 à l'Assemblée;</li>
+<li>7<sup>o</sup> Triomphe prochain de la Royauté et de la Monarchie françoise;</li>
<li>8<sup>o</sup> Plan d'une constitution libre et heureuse;</li>
-<li>9<sup>o</sup> Hommage et Bouquet à Louis XVI;</li>
-<li>10<sup>o</sup> Adresse de M. Putod, médecin du Roi;</li>
-<li>11<sup>o</sup> Adresse des Bons François au Roi.</li>
+<li>9<sup>o</sup> Hommage et Bouquet à Louis XVI;</li>
+<li>10<sup>o</sup> Adresse de M. Putod, médecin du Roi;</li>
+<li>11<sup>o</sup> Adresse des Bons François au Roi.</li>
</ul>
<p>Le second renfermant:</p>
<ul class="none livre">
-<li>1<sup>o</sup> Précis de ce qui s'est passé à la séance de l'Assemblée du 13
-février 1790;</li>
-<li>2<sup>o</sup> Motion sur la suppression des ordres religieux, par M. l'Évêque de
+<li>1<sup>o</sup> Précis de ce qui s'est passé à la séance de l'Assemblée du 13
+février 1790;</li>
+<li>2<sup>o</sup> Motion sur la suppression des ordres religieux, par M. l'Évêque de
Nancy;</li>
-<li>3<sup>o</sup> Réflexions sur l'état religieux;</li>
-<li>4<sup>o</sup> Discours de M. l'Archevêque d'Aix sur la vente des biens du
-Clergé;</li>
-<li>5<sup>o</sup> Quelle doit être l'influence de l'Assemblée sur les matières
-ecclésiastiques et religieuses? par l'Évêque de Nancy;</li>
-<li>6<sup>o</sup> Insuffisance de la Déclaration de M. l'Evêque de Clermont au sujet
+<li>3<sup>o</sup> Réflexions sur l'état religieux;</li>
+<li>4<sup>o</sup> Discours de M. l'Archevêque d'Aix sur la vente des biens du
+Clergé;</li>
+<li>5<sup>o</sup> Quelle doit être l'influence de l'Assemblée sur les matières
+ecclésiastiques et religieuses? par l'Évêque de Nancy;</li>
+<li>6<sup>o</sup> Insuffisance de la Déclaration de M. l'Evêque de Clermont au sujet
du Serment civique;</li>
-<li>7<sup>o</sup> Discours de M. l'Évêque de Lisieux aux Officiers municipaux;</li>
-<li>8<sup>o</sup> Réflexions sur la Liberté du Culte;</li>
-<li>9<sup>o</sup> Courtes observations sur la Liberté des Cultes;</li>
-<li>10<sup>o</sup> Lettre de l'Evêque de Rennes aux Électeurs du Département d'Isle
+<li>7<sup>o</sup> Discours de M. l'Évêque de Lisieux aux Officiers municipaux;</li>
+<li>8<sup>o</sup> Réflexions sur la Liberté du Culte;</li>
+<li>9<sup>o</sup> Courtes observations sur la Liberté des Cultes;</li>
+<li>10<sup>o</sup> Lettre de l'Evêque de Rennes aux Électeurs du Département d'Isle
et Vilaine;</li>
-<li>11<sup>o</sup> Lettre de l'Archevêque d'Aix aux Électeurs du Département des
-Bouches du Rhône;</li>
-<li>12<sup>o</sup> Instruction pastorale de l'Evêque de Boulogne;</li>
-<li>13<sup>o</sup> Le Comte Duprat devenu Théologien;</li>
+<li>11<sup>o</sup> Lettre de l'Archevêque d'Aix aux Électeurs du Département des
+Bouches du Rhône;</li>
+<li>12<sup>o</sup> Instruction pastorale de l'Evêque de Boulogne;</li>
+<li>13<sup>o</sup> Le Comte Duprat devenu Théologien;</li>
<li>14<sup>o</sup> Mon Apologie;</li>
<li>15<sup>o</sup> Adresse aux vrais Catholiques de France, par M. Pottier;</li>
-<li>16<sup>o</sup> Adresse aux Vierges chrétiennes et religieuses de France, par le
-même.</li>
+<li>16<sup>o</sup> Adresse aux Vierges chrétiennes et religieuses de France, par le
+même.</li>
</ul>
-<p>Le troisième renfermant:</p>
+<p>Le troisième renfermant:</p>
<ul class="none livre">
<li>1<sup>o</sup> Lettre du comte de Lally-Tollendal, du 10 octobre 1789;</li>
-<li>2<sup>o</sup> Protestation du Prince-Evêque de Spire;</li>
-<li>3<sup>o</sup> Lettre du marquis de Laqueuille à ses commettans du ..... février
+<li>2<sup>o</sup> Protestation du Prince-Evêque de Spire;</li>
+<li>3<sup>o</sup> Lettre du marquis de Laqueuille à ses commettans du ..... février
1790;</li>
-<li><span class="pagenum"><a id="page573" name="page573"></a>(p. 573)</span> 4<sup>o</sup> Extrait d'une lettre écrite de Valenciennes, le 8 février
-1790, à M. Nicodême, Député;</li>
-<li>5<sup>o</sup> Motion de M. Malouet sur le Discours du Roi, du 4 février 1790;</li>
-<li>6<sup>o</sup> Opinion de M. Malouet, prononcée le 20 février 1790, sur le
-rétablissement de l'ordre public;</li>
-<li>7<sup>o</sup> Opinion de l'Abbé de Bonneval sur le même sujet;</li>
-<li>8<sup>o</sup> Opinion du comte de la Galissonnière sur l'exercice du Droit de la
+<li><span class="pagenum"><a id="page573" name="page573"></a>(p. 573)</span> 4<sup>o</sup> Extrait d'une lettre écrite de Valenciennes, le 8 février
+1790, à M. Nicodême, Député;</li>
+<li>5<sup>o</sup> Motion de M. Malouet sur le Discours du Roi, du 4 février 1790;</li>
+<li>6<sup>o</sup> Opinion de M. Malouet, prononcée le 20 février 1790, sur le
+rétablissement de l'ordre public;</li>
+<li>7<sup>o</sup> Opinion de l'Abbé de Bonneval sur le même sujet;</li>
+<li>8<sup>o</sup> Opinion du comte de la Galissonnière sur l'exercice du Droit de la
Guerre et de la Paix;</li>
-<li>9<sup>o</sup> Opinion du marquis d'Estourmel sur la même question;</li>
-<li>10<sup>o</sup> Second compte rendu par M. le marquis d'Estourmel à ses
+<li>9<sup>o</sup> Opinion du marquis d'Estourmel sur la même question;</li>
+<li>10<sup>o</sup> Second compte rendu par M. le marquis d'Estourmel à ses
commettans;</li>
-<li>11<sup>o</sup> Compte rendu par le même;</li>
-<li>12<sup>o</sup> Observations de M. Henry, député, sur une partie du rapport de M.
+<li>11<sup>o</sup> Compte rendu par le même;</li>
+<li>12<sup>o</sup> Observations de M. Henry, député, sur une partie du rapport de M.
Chabroud;</li>
-<li>13<sup>o</sup> Opinion de M. de Guilhermi, député, sur le même rapport;</li>
-<li>14<sup>o</sup> Compte par une partie des membres de l'Assemblée sur le même
+<li>13<sup>o</sup> Opinion de M. de Guilhermi, député, sur le même rapport;</li>
+<li>14<sup>o</sup> Compte par une partie des membres de l'Assemblée sur le même
rapport;</li>
-<li>15<sup>o</sup> Lettre de M. Guilhermi à ses commettans du 22 octobre 1790;</li>
-<li>16<sup>o</sup> Développement des principes de plusieurs Députés laïcs;</li>
-<li>17<sup>o</sup> Déclaration d'une partie des Députés aux États Généraux sur
+<li>15<sup>o</sup> Lettre de M. Guilhermi à ses commettans du 22 octobre 1790;</li>
+<li>16<sup>o</sup> Développement des principes de plusieurs Députés laïcs;</li>
+<li>17<sup>o</sup> Déclaration d'une partie des Députés aux États Généraux sur
l'acte constitutionnel;</li>
-<li>18<sup>o</sup> Compte rendu par une partie des Députés à leurs commétans;</li>
-<li>19<sup>o</sup> Troisième Lettre de l'Abbé Bonneval à ses commettans;</li>
-<li>20<sup>o</sup> Opinion de M. Savary de Lancosme, député, sur la révision des
-décrets.</li>
+<li>18<sup>o</sup> Compte rendu par une partie des Députés à leurs commétans;</li>
+<li>19<sup>o</sup> Troisième Lettre de l'Abbé Bonneval à ses commettans;</li>
+<li>20<sup>o</sup> Opinion de M. Savary de Lancosme, député, sur la révision des
+décrets.</li>
</ul>
-<p>Le quatrième volume renfermant:</p>
+<p>Le quatrième volume renfermant:</p>
<ul class="none livre">
-<li>1<sup>o</sup> Les Cromwels françois démasqués;</li>
+<li>1<sup>o</sup> Les Cromwels françois démasqués;</li>
<li>2<sup>o</sup> Point d'accomodement;</li>
-<li>3<sup>o</sup> Les torts et les intérêts de chacun;</li>
-<li>4<sup>o</sup> Réflexions politiques importantes sur la révision des décrets;</li>
-<li>5<sup>o</sup> Dénonciation, par le viconte de Mirabeau;</li>
+<li>3<sup>o</sup> Les torts et les intérêts de chacun;</li>
+<li>4<sup>o</sup> Réflexions politiques importantes sur la révision des décrets;</li>
+<li>5<sup>o</sup> Dénonciation, par le viconte de Mirabeau;</li>
<li>6<sup>o</sup> Des Clubs politiques et des libelles;</li>
-<li>7<sup>o</sup> Réflexions d'un Garde National de province;</li>
-<li>8<sup>o</sup> Problème à résoudre relativement au serment prêté par M. de
-Brienne, Archevêque de Sens;</li>
-<li>9<sup>o</sup> Trahison découverte du comte de Mirabeau;</li>
+<li>7<sup>o</sup> Réflexions d'un Garde National de province;</li>
+<li>8<sup>o</sup> Problème à résoudre relativement au serment prêté par M. de
+Brienne, Archevêque de Sens;</li>
+<li>9<sup>o</sup> Trahison découverte du comte de Mirabeau;</li>
<li>10<sup>o</sup> Lettre de M. le Duc de Villequier et de M. le Marquis de Duras;</li>
-<li>11<sup>o</sup> Mémoire des Officiers du Corps des Carabiniers;</li>
-<li><span class="pagenum"><a id="page574" name="page574"></a>(p. 574)</span> 12<sup>o</sup> Réflexions d'un Militaire au sujet du Serment proposé
-aux Officiers de l'Armée;</li>
-<li>13<sup>o</sup> La Révolution Françoise, pot-pourri.</li>
+<li>11<sup>o</sup> Mémoire des Officiers du Corps des Carabiniers;</li>
+<li><span class="pagenum"><a id="page574" name="page574"></a>(p. 574)</span> 12<sup>o</sup> Réflexions d'un Militaire au sujet du Serment proposé
+aux Officiers de l'Armée;</li>
+<li>13<sup>o</sup> La Révolution Françoise, pot-pourri.</li>
</ul>
<hr class="hr10">
<h4>XIV.</h4>
-<p class="entete"><i>Mémoire des ouvrages fait et fournis pour Son Altesse Royale Madame
-Élisabeth de France</i>,</p>
+<p class="entete"><i>Mémoire des ouvrages fait et fournis pour Son Altesse Royale Madame
+Élisabeth de France</i>,</p>
-<p class="entete">Par Bourbon, cordonnier, rüe des Vieux Auxgustins, à Paris.</p>
+<p class="entete">Par Bourbon, cordonnier, rüe des Vieux Auxgustins, à Paris.</p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Ouvrages.">
<tr>
@@ -28852,60 +28807,60 @@ aux Officiers de l'Armée;</li>
</tr>
</table>
-<p><span class="pagenum"><a id="page575" name="page575"></a>(p. 575)</span> Il y a dans la même liasse un mémoire des médicaments livrés
-à madame Lejeune à la Garde-robe des atours de Madame Élisabeth de
-France,&mdash;mémoire du 11 janvier au 20 décembre 1791, montant à la somme
-de 96<sup>#</sup> 17 s.,&mdash;et acquitté le 30 janvier 1792, à Paris.</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page575" name="page575"></a>(p. 575)</span> Il y a dans la même liasse un mémoire des médicaments livrés
+à madame Lejeune à la Garde-robe des atours de Madame Élisabeth de
+France,&mdash;mémoire du 11 janvier au 20 décembre 1791, montant à la somme
+de 96<sup>#</sup> 17 s.,&mdash;et acquitté le 30 janvier 1792, à Paris.</p>
-<p class="author">«Pour MM. les apothicaires du Roi: <span class="smcap">Pailhés</span>.»</p>
+<p class="author">«Pour MM. les apothicaires du Roi: <span class="smcap">Pailhés</span>.»</p>
<hr class="hr10">
-<h2>DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON ÉLISABETH,<br>
+<h2>DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON ÉLISABETH,<br>
SISE AU GRAND MONTREUIL.</h2>
<h3>I.</h3>
-<p class="entete"><i>État du produit de la maison et jardin situé près la porte de Buc, à
+<p class="entete"><i>État du produit de la maison et jardin situé près la porte de Buc, à
Montreuil</i>.</p>
-<p class="entete">Année 1790.</p>
+<p class="entete">Année 1790.</p>
<table class="auto" border="0" cellpadding="2" summary="Ouvrages.">
<tr>
-<td>Un millier de bottes de foin évalué au prix de 25<span class="small">#</span>
+<td>Un millier de bottes de foin évalué au prix de 25<span class="small">#</span>
le cent, cy</td>
<td class="right">250</td>
<td><span class="small">#</span></td>
<td>&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>350 bottes de reguain à 15<span class="small">#</span></td>
+<td>350 bottes de reguain à 15<span class="small">#</span></td>
<td class="right">52</td>
<td>&nbsp;</td>
<td>10s.</td>
</tr>
<tr>
-<td>5 septiers d'avoine à 20<span class="small">#</span></td>
+<td>5 septiers d'avoine à 20<span class="small">#</span></td>
<td class="right">100</td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>4 septiers &frac12; d'orge à 12<span class="small">#</span></td>
+<td>4 septiers &frac12; d'orge à 12<span class="small">#</span></td>
<td class="right">54</td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>La pâture des vaches après la récolte est estimée au plus à</td>
+<td>La pâture des vaches après la récolte est estimée au plus à</td>
<td class="right">24</td>
<td colspan="2">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
-<td>Le fruit n'a pas donné cette année. Ils ont tous manqués
-au printemps; il n'est restée que quelques
-pêches de mauvaises qualités et des raisins
-qui sont mangées par les oiseaux et par les insectes.</td>
+<td>Le fruit n'a pas donné cette année. Ils ont tous manqués
+au printemps; il n'est restée que quelques
+pêches de mauvaises qualités et des raisins
+qui sont mangées par les oiseaux et par les insectes.</td>
<td colspan="3">&nbsp;</td>
</tr>
<tr>
@@ -28916,20 +28871,20 @@ qui sont mangées par les oiseaux et par les insectes.</td>
</tr>
</table>
-<p>La récolte des fruits dans une bonne année ne peut pas excéder la
-valeur de 150 liv.; les arbres étant très-vieux, leur produit ne peut
+<p>La récolte des fruits dans une bonne année ne peut pas excéder la
+valeur de 150 liv.; les arbres étant très-vieux, leur produit ne peut
que diminuer.</p>
-<p>La maison est en très-mauvais état et susceptible de fortes
-réparations.</p>
+<p>La maison est en très-mauvais état et susceptible de fortes
+réparations.</p>
-<p>Les murs de clostures ont le plus grand besoin d'être recrepis pour
-détruire les insectes, et conserver le fruit des espaliers.</p>
+<p>Les murs de clostures ont le plus grand besoin d'être recrepis pour
+détruire les insectes, et conserver le fruit des espaliers.</p>
-<p>L'abondance des fourages en fait baisser le prix, qui, année commune,
-peut être porté au tiers en sus de ceux mentionnés cy-dessus. Il en
-résulte que, année commune, le fruit compris, le produit pourroit
-<span class="pagenum"><a id="page576" name="page576"></a>(p. 576)</span> être de 700<sup class="small">#</sup>, non compris la maison, dont on
+<p>L'abondance des fourages en fait baisser le prix, qui, année commune,
+peut être porté au tiers en sus de ceux mentionnés cy-dessus. Il en
+résulte que, année commune, le fruit compris, le produit pourroit
+<span class="pagenum"><a id="page576" name="page576"></a>(p. 576)</span> être de 700<sup class="small">#</sup>, non compris la maison, dont on
pourroit tirer party.</p>
<hr class="hr10">
@@ -28937,193 +28892,193 @@ pourroit tirer party.</p>
<h3>II.</h3>
<p class="entete"><i>Consigne du suisse de garde pour le jardin et bosquets de la maison
-de Madame Élisabeth, à Montreuil.</i></p>
+de Madame Élisabeth, à Montreuil.</i></p>
-<p class="entete">Première consigne donné par M. Huvé.</p>
+<p class="entete">Première consigne donné par M. Huvé.</p>
<p>1<sup>o</sup> Le suisse du jardin s'entendra avec le suisse de la porte pour
-qu'il n'entre personne dans les jardins, sous quelque prétexte que ce
-soit, lorsque Madame y est, et même personne en aucun tems, à moins
-qu'on ne soit accompagné du concierge ou munie d'un billet de Madame.</p>
+qu'il n'entre personne dans les jardins, sous quelque prétexte que ce
+soit, lorsque Madame y est, et même personne en aucun tems, à moins
+qu'on ne soit accompagné du concierge ou munie d'un billet de Madame.</p>
-<p>2<sup>o</sup> Ne laisser sortir aucun ouvrier par les portes du jardin, à moins
+<p>2<sup>o</sup> Ne laisser sortir aucun ouvrier par les portes du jardin, à moins
qu'il ne travail au jardinage. Ils ont les portes des cours ou on
travaille qui doivent leur suffire.</p>
-<p>3<sup>o</sup> Faire une tournée au moins par nuit et toujours à des heures
-différentes, en observant que s'il se trouve des gens du dehors,
-essayant d'entrer soit en forçant les serures, soit par-dessus les
-murs, de les déposer, si il le peut, chez le suisse, ou du moins de
+<p>3<sup>o</sup> Faire une tournée au moins par nuit et toujours à des heures
+différentes, en observant que s'il se trouve des gens du dehors,
+essayant d'entrer soit en forçant les serures, soit par-dessus les
+murs, de les déposer, si il le peut, chez le suisse, ou du moins de
bien prendre leur signalement, si ce netoit quelqu'un de la maison;
-alors il en feroit seulement la declaration au sieur Huvé, inspecteur
-des bâtiments, ou à touttes autres personnes que Madame indiqueroit.</p>
+alors il en feroit seulement la declaration au sieur Huvé, inspecteur
+des bâtiments, ou à touttes autres personnes que Madame indiqueroit.</p>
-<p>4<sup>o</sup> Enfin le suisse garde-bosquet veilleroit à ce que rien ne fut
-enlevé de nuit ou de jour, qu'il n'en puisse rendre compte, sans
-aucunes conivances ni animosité pour ou contre qui que ce soit.</p>
+<p>4<sup>o</sup> Enfin le suisse garde-bosquet veilleroit à ce que rien ne fut
+enlevé de nuit ou de jour, qu'il n'en puisse rendre compte, sans
+aucunes conivances ni animosité pour ou contre qui que ce soit.</p>
<hr class="hr10">
<h3>III.</h3>
<p class="entete"><i>Consigne du suisse de garde pour les jardins et bosquets de la maison
-de Madame Élisabeth, à Montreuil.</i></p>
+de Madame Élisabeth, à Montreuil.</i></p>
-<p class="entete">Donné par le s<sup>r</sup> Sulleau, concierge de la maison, comme suplément
- à celle à lui donné par M. Huvé.</p>
+<p class="entete">Donné par le s<sup>r</sup> Sulleau, concierge de la maison, comme suplément
+ à celle à lui donné par M. Huvé.</p>
-<p>1<sup>o</sup> Le suisse du jardin, en se conformant exactement à ce qui lui est
-enjoint par la consigne que lui a donné M. Huvé, observera que
-personne ne sorte par le jardin aucuns meubles ou paquets, à moins que
-ce ne soit par l'ordre de Madame ou que le concierge présent ne lui
-dise que cela est nécessaire; cette circonstance excepté, on doit
+<p>1<sup>o</sup> Le suisse du jardin, en se conformant exactement à ce qui lui est
+enjoint par la consigne que lui a donné M. Huvé, observera que
+personne ne sorte par le jardin aucuns meubles ou paquets, à moins que
+ce ne soit par l'ordre de Madame ou que le concierge présent ne lui
+dise que cela est nécessaire; cette circonstance excepté, on doit
toujours <span class="pagenum"><a id="page577" name="page577"></a>(p. 577)</span> passer par la porte du suisse. Si quelqu'un vouloit
-tenter de le faire, il en avertiroit le concierge après les avoir fait
+tenter de le faire, il en avertiroit le concierge après les avoir fait
retourner sur leurs pas.</p>
<p>2<sup>o</sup> Quelques soient les personnes qui entreront avec permission de
Madame, et essentiellement si Madame permettoit qu'on entrat les
dimanches, le suisse observera qu'on ne touche point aux fleurs et
-qu'on ne joue à aucuns jeux; enfin que toutte décence soit observé. Si
-quelqu'un manquoit à cette règle, il leur en feroit l'observation pour
+qu'on ne joue à aucuns jeux; enfin que toutte décence soit observé. Si
+quelqu'un manquoit à cette règle, il leur en feroit l'observation pour
que cela cessent sur-le-champ.</p>
<p>3<sup>o</sup> Les personnes de la maison ne doivent en aucun tems faire entrer
personne dans le jardin, surtout quand Madame est chez elle ou quand
elle doit y venir. Ils ne doivent jamais y faire entrer de compagnie
-sans la permission de Madame. Cependant la volonté de Madame n'étant
-pas de les empêcher de voir leur famille touttesfois que ce sont gens
-honnêtes, et ce pendant les abcences et voyages, si il leur arivent de
-sortir avec eux, la bonté de Madame peut alors être interprettée, cela
+sans la permission de Madame. Cependant la volonté de Madame n'étant
+pas de les empêcher de voir leur famille touttesfois que ce sont gens
+honnêtes, et ce pendant les abcences et voyages, si il leur arivent de
+sortir avec eux, la bonté de Madame peut alors être interprettée, cela
n'arrivant que rarement et eux ne quittant pas les personnes; alors le
suisse peut les laisser passer, mais en observant quil n'ayent pas de
compagnie, et s'il leur arivoit de repetter cela souvent, le suisse
alors prendroit note des jours et du nombre de personnes qu'ils auroit
conduit, et la remettroit au concierge, pour quil leur montre la
circonspection qu'ils doivent avoir, et alors ils seroit
-personnellement privés de voir même leur parent, si ils ne l'observoit
+personnellement privés de voir même leur parent, si ils ne l'observoit
pas soigneusement.</p>
-<p>Les garçons jardiniers ne doivent faire entrer aucune compagnie dans
-le jardin, et si quelques personnes entrent de la part du maître
-jardinier, il doit toujours les accompagner, devant seul répondre des
+<p>Les garçons jardiniers ne doivent faire entrer aucune compagnie dans
+le jardin, et si quelques personnes entrent de la part du maître
+jardinier, il doit toujours les accompagner, devant seul répondre des
motifs pour lesquels il les aura fait entrer.</p>
-<p>4<sup>o</sup> A l'égard de la sortie et entrée des arbres et arbustes, le
-jardinier seul doit répondre de son service; mais lui seul aussi doit
-faire, ou être présent à la sortie, pour justifier que c'est lui qui
+<p>4<sup>o</sup> A l'égard de la sortie et entrée des arbres et arbustes, le
+jardinier seul doit répondre de son service; mais lui seul aussi doit
+faire, ou être présent à la sortie, pour justifier que c'est lui qui
le fait faire.</p>
-<p>5<sup>o</sup> Le suisse doit veiller avec soins à ce que, qui que ce puissent
-être, ne tentent de pêcher dans la rivière du jardin; il saisira et
-emportera tous les ustensiles propre à la pêche, et il fera en sorte
-de savoir qui auroit cherché à en faire usage; il en avertira le
-concierge, qui en rendra compte à Madame.</p>
+<p>5<sup>o</sup> Le suisse doit veiller avec soins à ce que, qui que ce puissent
+être, ne tentent de pêcher dans la rivière du jardin; il saisira et
+emportera tous les ustensiles propre à la pêche, et il fera en sorte
+de savoir qui auroit cherché à en faire usage; il en avertira le
+concierge, qui en rendra compte à Madame.</p>
<p>6<sup>o</sup> Le suisse observera que tout cela devant se faire pour le bon
-ordre, il ne faut mettre ni humeur ni vivacité toujours déplacée, et
-qui sont blâmables dans tous les cas, en ce qu'elles sont opposées au
-respect düe à Madame et à sa maison.</p>
+ordre, il ne faut mettre ni humeur ni vivacité toujours déplacée, et
+qui sont blâmables dans tous les cas, en ce qu'elles sont opposées au
+respect düe à Madame et à sa maison.</p>
<hr class="hr10">
<h3><span class="pagenum"><a id="page578" name="page578"></a>(p. 578)</span> IV.</h3>
-<p class="entete"><span class="smcap">OUVRAGES DE LA BIBLIOTHÈQUE DE MONTREUIL</span><br>
-qui seroient également bien placés dans celle de Paris.</p>
+<p class="entete"><span class="smcap">OUVRAGES DE LA BIBLIOTHÈQUE DE MONTREUIL</span><br>
+qui seroient également bien placés dans celle de Paris.</p>
<ul class="none livre">
-<li>Entretiens de Cicéron sur la nature des dieux, par l'abbé d'Olivet,
+<li>Entretiens de Cicéron sur la nature des dieux, par l'abbé d'Olivet,
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>Pensées de Cicéron, trad. par le même,
+<li>Pensées de Cicéron, trad. par le même,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Offices de Cicéron, trad. par de Barett,
+<li>Offices de Cicéron, trad. par de Barett,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>&OElig;uvres de Sénèque, trad. par La Grange,
+<li>&OElig;uvres de Sénèque, trad. par La Grange,
<span class="ralign5">6 vol. in-12.</span></li>
<li>&OElig;uvres morales de Plutarque, trad. par Amyot</li>
-<li>Traité de l'Amitié, par M. de Sacy,
+<li>Traité de l'Amitié, par M. de Sacy,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Panégyrique de Trajan, par Pline le Jeune; trad. par de Sacy,
+<li>Panégyrique de Trajan, par Pline le Jeune; trad. par de Sacy,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Philippiques de Démosthènes et Catilinaires de Cicéron, Paris, 1777, par l'abbé d'Olivet,
+<li>Philippiques de Démosthènes et Catilinaires de Cicéron, Paris, 1777, par l'abbé d'Olivet,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Traité de l'Orateur de Cicéron, trad. par l'abbé Colin,
+<li>Traité de l'Orateur de Cicéron, trad. par l'abbé Colin,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Tusculanes de Cicéron, trad. par l'abbé d'Olivet,
+<li>Tusculanes de Cicéron, trad. par l'abbé d'Olivet,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>La mort d'Abel, poëme de Gessner,
+<li>La mort d'Abel, poëme de Gessner,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
<li>Lettres de Pline le Jeune,
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>De la Décadence des Lettres et des M&oelig;urs, par M. de Juvigny,
+<li>De la Décadence des Lettres et des M&oelig;urs, par M. de Juvigny,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Abrégé de l'Histoire grecque,
+<li>Abrégé de l'Histoire grecque,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoires de Salluste, trad. par M. Beauzée,
+<li>Histoires de Salluste, trad. par M. Beauzée,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
<li>Vie d'Alexandre, trad. de Quint-Curce, trad. par Mignot,
<span class="ralign5">2 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Essai sur les règnes de Claude et de Néron et sur les m&oelig;urs et écrits de Sénèque,
+<li>Essai sur les règnes de Claude et de Néron et sur les m&oelig;urs et écrits de Sénèque,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire de la Décadence de l'Empire romain, trad. de Gibbon,
+<li>Histoire de la Décadence de l'Empire romain, trad. de Gibbon,
<span class="ralign5">4 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Vie de l'Empereur Julien, par l'abbé de la Bléterie,
+<li>Vie de l'Empereur Julien, par l'abbé de la Bléterie,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Vie de l'Empereur Jovien, par le même,
+<li>Vie de l'Empereur Jovien, par le même,
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire de la dernière révolution de Suède, trad. de Schéridan,
+<li>Histoire de la dernière révolution de Suède, trad. de Schéridan,
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
</ul>
-<p class="entete"><span class="smcap">AUGMENTATIONS PROPOSÉES.</span></p>
+<p class="entete"><span class="smcap">AUGMENTATIONS PROPOSÉES.</span></p>
-<p class="entete"><i>Théologie</i>.</p>
+<p class="entete"><i>Théologie</i>.</p>
<ul class="none livre">
-<li>La Sainte Bible, trad. par Le Maistre de Sacy, édition de 1746. (Chés Onfroy.),
+<li>La Sainte Bible, trad. par Le Maistre de Sacy, édition de 1746. (Chés Onfroy.),
<span class="ralign5">31 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li><span class="pagenum"><a id="page579" name="page579"></a>(p. 579)</span> La même, par de Carrières, seulement en françois.</li>
-<li>Élévations sur les Mystères, de Bossuet.</li>
-<li>Sermons du même.</li>
+<li><span class="pagenum"><a id="page579" name="page579"></a>(p. 579)</span> La même, par de Carrières, seulement en françois.</li>
+<li>Élévations sur les Mystères, de Bossuet.</li>
+<li>Sermons du même.</li>
<li>Sermons du P. Terasson.</li>
<li>Sermons du P. Cheminais.</li>
-<li>Sermons du P. Ségaud.</li>
-<li>Sermons de l'abbé de Maroles.</li>
-<li>Sermons de l'abbé Clément.</li>
-<li>Et bientôt ceux de l'ancien évêque de Senez.</li>
-<li>Catéchisme du Bougeant
+<li>Sermons du P. Ségaud.</li>
+<li>Sermons de l'abbé de Maroles.</li>
+<li>Sermons de l'abbé Clément.</li>
+<li>Et bientôt ceux de l'ancien évêque de Senez.</li>
+<li>Catéchisme du Bougeant
<span class="ralign5">4 vol. in-12.</span></li>
-<li>Catéchisme de Paris.</li>
+<li>Catéchisme de Paris.</li>
<li>L'Influence de la Religion naturelle, par le P. Griffet
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
<li>Confessions de saint Augustin, trad. par D. J. Martin, 1741
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>Soliloques et Méditations de saint Augustin.</li>
+<li>Soliloques et Méditations de saint Augustin.</li>
<li>L'Ange conducteur.</li>
-<li>Mandement de M. l'évêque de Saint-Malo sur les saints Anges, 1757.</li>
-<li>Traité de la véritable et solide piété, d'après saint François de Sales.</li>
-<li>Instruction pastorale du cardinal de Luynes contre la Doctrine des incrédules
+<li>Mandement de M. l'évêque de Saint-Malo sur les saints Anges, 1757.</li>
+<li>Traité de la véritable et solide piété, d'après saint François de Sales.</li>
+<li>Instruction pastorale du cardinal de Luynes contre la Doctrine des incrédules
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Le Déisme réfuté par lui-même.</li>
-<li>Les Fondements de la foy, par Aymé
+<li>Le Déisme réfuté par lui-même.</li>
+<li>Les Fondements de la foy, par Aymé
<span class="ralign5">2 vol.</span></li>
-<li>Existence de Dieu, par Fénélon.</li>
-<li>Lettres sur la Religion, par le même.</li>
-<li>De l'Éducation des filles, du même.</li>
-<li>Traité des devoirs de la vie chrétienne, par le P. de Tracy, théatin
+<li>Existence de Dieu, par Fénélon.</li>
+<li>Lettres sur la Religion, par le même.</li>
+<li>De l'Éducation des filles, du même.</li>
+<li>Traité des devoirs de la vie chrétienne, par le P. de Tracy, théatin
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>Instruction de l'Empereur François I<sup>er</sup> aux Princes ses enfants
+<li>Instruction de l'Empereur François I<sup>er</sup> aux Princes ses enfants
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>L'Esprit de sainte Thérèse, recueilli de ses ouvrages
+<li>L'Esprit de sainte Thérèse, recueilli de ses ouvrages
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Voyes du salut dans les principes de saint Charles
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
<li>Dictionnaire des Conciles
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Dictionnaire des hérésies, des erreurs et des schismes
+<li>Dictionnaire des hérésies, des erreurs et des schismes
<span class="ralign5">2 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Dictionnaire historique des Auteurs ecclésiastiques
+<li>Dictionnaire historique des Auteurs ecclésiastiques
<span class="ralign5">2 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Institution au droit canonique, de Fleury, avec des notes de Boucher d'Argis.</li>
</ul>
@@ -29131,11 +29086,11 @@ qui seroient également bien placés dans celle de Paris.</p>
<p class="entete"><span class="pagenum"><a id="page580" name="page580"></a>(p. 580)</span> <i>Sciences et arts.</i></p>
<ul class="none livre">
-<li>École des M&oelig;urs, par l'abbé Blanchard
+<li>École des M&oelig;urs, par l'abbé Blanchard
<span class="ralign5">3 vol. in-12.</span></li>
<li>Spectacle de la Nature, de Pluche
<span class="ralign5">9 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire du Ciel, du même
+<li>Histoire du Ciel, du même
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
<li>&OElig;uvres de Sigaud de La Fond, physique.</li>
</ul>
@@ -29143,9 +29098,9 @@ qui seroient également bien placés dans celle de Paris.</p>
<p class="entete"><i>Belles-Lettres.</i></p>
<ul class="none livre">
-<li>Principes de Littérature, de Le Batteux
+<li>Principes de Littérature, de Le Batteux
<span class="ralign5">5 vol. in-12.</span></li>
-<li>Oraisons funèbres de Mascaron.</li>
+<li>Oraisons funèbres de Mascaron.</li>
<li>Horace, trad. par M. Binet.</li>
<li>&OElig;uvres de Lefranc de Pompignan.</li>
</ul>
@@ -29153,95 +29108,95 @@ qui seroient également bien placés dans celle de Paris.</p>
<p class="entete"><i>Histoire.</i></p>
<ul class="none livre">
-<li>Géographie de Grenet.</li>
-<li>L'Art de vérifier les dates.</li>
-<li>Histoire sacrée de Pridaux
+<li>Géographie de Grenet.</li>
+<li>L'Art de vérifier les dates.</li>
+<li>Histoire sacrée de Pridaux
<span class="ralign5">6 vol. in-12.</span></li>
-<li>Abrégé de l'histoire ecclésiastique de Lhomond
+<li>Abrégé de l'histoire ecclésiastique de Lhomond
<span class="ralign5">1 vol.</span></li>
-<li>Histoire abrégée de la Religion, du même
+<li>Histoire abrégée de la Religion, du même
<span class="ralign5">1 vol.</span></li>
<li>Vie des Saints, par Mezenguy
<span class="ralign5">1 vol.</span></li>
<li>Vie des Saints, trad. de l'anglais, par Godescard
<span class="ralign5">12 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Vie des Pères du Désert, par le P. Marin
+<li>Vie des Pères du Désert, par le P. Marin
<span class="ralign5">9 vol. in-12.</span></li>
<li>Histoire des Celtes
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire de France depuis l'établissement de la monarchie
- françoise jusqu'à Louis XV, par le P. Daniel,
- continuée et enrichie de notes par le
+<li>Histoire de France depuis l'établissement de la monarchie
+ françoise jusqu'à Louis XV, par le P. Daniel,
+ continuée et enrichie de notes par le
P. Grifet
<span class="ralign5">17 vol. in-4<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Tableau de l'histoire de France
<span class="ralign5">2 vol.</span></li>
<li>L'Esprit de la Fronde, par Mailly
<span class="ralign5">5 vol.</span></li>
-<li>Mémoires et Réflexions sur les principaux événements
- du règne de Louis XIV
+<li>Mémoires et Réflexions sur les principaux événements
+ du règne de Louis XIV
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Mémoires pour servir à l'histoire de Louis XIV, par
- l'abbé de Choisy
+<li>Mémoires pour servir à l'histoire de Louis XIV, par
+ l'abbé de Choisy
<span class="ralign5">1 vol. in-12.</span></li>
-<li>Journal historique ou fastes du Règne de Louis XV
+<li>Journal historique ou fastes du Règne de Louis XV
<span class="ralign5">1 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Histoire des Campagnes du maréchal de Maillebois
+<li>Histoire des Campagnes du maréchal de Maillebois
en Italie, en 1745 et 1746
<span class="ralign5">3 vol. in-4<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Histoire du maréchal de Saxe, par le baron d'Espagnac
+<li>Histoire du maréchal de Saxe, par le baron d'Espagnac
<span class="ralign5">3 vol. in-12.</span></li>
<li>Lettres du cardinal d'Ossat.</li>
-<li>Mémoires de M. de Torcy pour servir à l'histoire
- des négociations depuis le traité de paix de Riswick
- jusqu'à la paix d'Utrecht.</li>
-<li><span class="pagenum"><a id="page581" name="page581"></a>(p. 581)</span> Histoire des traités de Westphalie, par le P. Bougeant
+<li>Mémoires de M. de Torcy pour servir à l'histoire
+ des négociations depuis le traité de paix de Riswick
+ jusqu'à la paix d'Utrecht.</li>
+<li><span class="pagenum"><a id="page581" name="page581"></a>(p. 581)</span> Histoire des traités de Westphalie, par le P. Bougeant
<span class="ralign5">6 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire de Suède, par le baron de Puffendorff
+<li>Histoire de Suède, par le baron de Puffendorff
<span class="ralign5">3 vol. in-12.</span></li>
<li>Histoire de Danemark, par Mallet
<span class="ralign5">6 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire générale de Pologne, par l'abbé de Solignac
+<li>Histoire générale de Pologne, par l'abbé de Solignac
<span class="ralign5">5 vol. in-12.</span></li>
<li>Histoire de Jean Sobiesky, Roi de Pologne, par
- l'abbé Coyer
+ l'abbé Coyer
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire de l'état présent de la Russie depuis 1714
+<li>Histoire de l'état présent de la Russie depuis 1714
jusqu'en 1720
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>Révolutions de Corse
+<li>Révolutions de Corse
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire générale de Portugal, par La Clède
+<li>Histoire générale de Portugal, par La Clède
<span class="ralign5">2 vol. in-4<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Abrégé chronologique de l'histoire de Lorraine
+<li>Abrégé chronologique de l'histoire de Lorraine
<span class="ralign5">2 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Histoire de la vie et du règne de Frédéric-Guillaume,
+<li>Histoire de la vie et du règne de Frédéric-Guillaume,
Roi de Prusse
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
<li>Histoire de l'Empire ottoman, par M. Mignot, 1771
<span class="ralign5">4 vol. in-12.</span></li>
<li>Histoire des Arabes sous le gouvernement des Califes,
- par l'abbé de Marigny
+ par l'abbé de Marigny
<span class="ralign5">4 vol. in-12.</span></li>
<li>Histoire du Japon, par le P. Charlevoix, 1754
<span class="ralign5">6 vol. in-12.</span></li>
<li>Histoire de Siam, par M. Turpin, 1771
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire générale des conjurations et conspirations,
+<li>Histoire générale des conjurations et conspirations,
par Duport du Tertre, Paris, 1762
<span class="ralign5">10 vol. in-12.</span></li>
<li>Dictionnaire historique des Grands Hommes
<span class="ralign5">9 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
<li>Dictionnaire historique des Grands Hommes, de
- l'abbé L'Advocat
+ l'abbé L'Advocat
<span class="ralign5">3 vol. in-8<sup>o</sup>.</span></li>
-<li>Histoire de l'Académie françoise depuis son établissement
- jusqu'en 1652, par Pélisson
+<li>Histoire de l'Académie françoise depuis son établissement
+ jusqu'en 1652, par Pélisson
<span class="ralign5">2 vol. in-12.</span></li>
-<li>Histoire de l'Académie royale des Belles-Lettres, par
+<li>Histoire de l'Académie royale des Belles-Lettres, par
M. de Boze, 1740
<span class="ralign5">3 vol. in-12.</span></li>
-<li>Bibliothèque des Anciens Philosophes, trad. par
+<li>Bibliothèque des Anciens Philosophes, trad. par
Dacier
<span class="ralign5">11 vol. in-12.</span></li>
</ul>
@@ -29250,132 +29205,132 @@ qui seroient également bien placés dans celle de Paris.</p>
<h3>V.</h3>
-<p>L'an second de la République françoise, de l'ère ancienne mil sept
-cent quatre-vingt douze, le 12 mars, à cinq heures de relevée, en
-vertu de l'arrêté du directoire du district de Versailles, en date du
+<p>L'an second de la République françoise, de l'ère ancienne mil sept
+cent quatre-vingt douze, le 12 mars, à cinq heures de relevée, en
+vertu de l'arrêté du directoire du district de Versailles, en date du
9 du courant, nous, Jean Gazard, commis de l'administration du
-district, nous sommes transporté avec le citoyen Huvé, inspecteur
-<span class="pagenum"><a id="page582" name="page582"></a>(p. 582)</span> des bâtiments, en cette ville, avenue de Paris, à la maison
-dite de Madame Élisabeth, conformément à la réquisition du citoyen
-Couturier, régisseur du domaine de Versailles, à l'effet de lever et
-apposer les scellés sur plusieurs portes de ladite maison; où étant,
-nous avons levé le scellé apposé sur une porte cochère, donnant de la
-petite cour dudit bâtiment sur l'avenue de Paris, afin de laisser
-l'usage libre du guichet de ladite porte, et l'avons apposé sur le
-verrouil de ladite grande porte; de là nous sommes transportés à deux
+district, nous sommes transporté avec le citoyen Huvé, inspecteur
+<span class="pagenum"><a id="page582" name="page582"></a>(p. 582)</span> des bâtiments, en cette ville, avenue de Paris, à la maison
+dite de Madame Élisabeth, conformément à la réquisition du citoyen
+Couturier, régisseur du domaine de Versailles, à l'effet de lever et
+apposer les scellés sur plusieurs portes de ladite maison; où étant,
+nous avons levé le scellé apposé sur une porte cochère, donnant de la
+petite cour dudit bâtiment sur l'avenue de Paris, afin de laisser
+l'usage libre du guichet de ladite porte, et l'avons apposé sur le
+verrouil de ladite grande porte; de là nous sommes transportés à deux
autres petites portes, communiquant du jardin dans une des cours du
-bâtiment, où nous avons également apposé le scellé sur l'entrée des
+bâtiment, où nous avons également apposé le scellé sur l'entrée des
serrures; et, n'ayant point le cachet du district, nous nous sommes
servi d'un petit cachet de montre, ayant pour empreinte un c&oelig;ur
-percé de deux flèches, surmonté de ces mots: <em>Je suis blessé</em>, lequel
+percé de deux flèches, surmonté de ces mots: <em>Je suis blessé</em>, lequel
cachet, nous avons remis entre les mains des administrateurs du
-directoire du district pour servir à la confrontation et
-reconnoissance desdits scellés quand le cas le requerra; et du tout,
-avons dressé le présent procès-verbal, les jours et an que d'autre
+directoire du district pour servir à la confrontation et
+reconnoissance desdits scellés quand le cas le requerra; et du tout,
+avons dressé le présent procès-verbal, les jours et an que d'autre
part.</p>
<p class="author"><span class="smcap">Gazard</span>, <i>commissaire</i>.
-<span class="add2em smcap">Huvé.</span></p>
+<span class="add2em smcap">Huvé.</span></p>
<hr class="hr10">
<h3>VI.</h3>
<p>Le citoyen Sulleau, concierge garde-meuble de la maison de Madame
-Élisabeth à Montreuil, a l'honneur d'observer à monsieur le maire et
+Élisabeth à Montreuil, a l'honneur d'observer à monsieur le maire et
messieurs les officiers municipaux de Versailles, qu'il est en sa
-qualité de garde-meuble chargé sur sa responsabilité de tous les
-effets contenus en laditte maison, sous l'inspection général de M.
-Restout, nommé par M. le ministre de l'intérieur à cet effet, et à qui
-il doit rendre compte de tous les objets remis à sa garde et
-responsabilité suivant les inventaires généraux, déposés au
+qualité de garde-meuble chargé sur sa responsabilité de tous les
+effets contenus en laditte maison, sous l'inspection général de M.
+Restout, nommé par M. le ministre de l'intérieur à cet effet, et à qui
+il doit rendre compte de tous les objets remis à sa garde et
+responsabilité suivant les inventaires généraux, déposés au
Garde-meuble.</p>
-<p>Le citoyen Sulleau a pour l'aider à la surveillance et manutention de
-sa place le nommé Flury, homme honnête et sûre dont il garantie la
-fidélité et l'honnêteté comme de tous autres gens de la maison qui lui
-sont subordonnés.&mdash;Il s'est trouvé de nécessité en 1791 à réclamer la
-justice de messieurs de la municipalité, sur les prétentions et
-démarches du suisse nommé Hubert, et il a eu la satisfaction
-d'éprouver alors une justice satisfaisante.</p>
-
-<p>Aujourd'hui 8 octobre 1792, il vient d'être apposé des scellés sur
-toutes les portes extérieures de la maison, sous prétexte qu'on
-pourrait <span class="pagenum"><a id="page583" name="page583"></a>(p. 583)</span> on sortir des effets; cette précaution ne peut en
-rien augmenter la responsabilité du dépositaire, devient nul pour le
-résultat, mais infiniment sensible et douloureuse pour tous les
-individus attachés à la maison. Ils en ont tous marqué leur douleur au
-citoyen Sulleau, qui bien convaincu de leur honnêteté reconnue depuis
-dix ans, ne peut se refuser de réclamer l'attention de monsieur le
-maire sur un acte qui véritablement ne porte que sur eux seuls, et
-avec d'autant plus d'injustice que cette précaution est sollicité par
+<p>Le citoyen Sulleau a pour l'aider à la surveillance et manutention de
+sa place le nommé Flury, homme honnête et sûre dont il garantie la
+fidélité et l'honnêteté comme de tous autres gens de la maison qui lui
+sont subordonnés.&mdash;Il s'est trouvé de nécessité en 1791 à réclamer la
+justice de messieurs de la municipalité, sur les prétentions et
+démarches du suisse nommé Hubert, et il a eu la satisfaction
+d'éprouver alors une justice satisfaisante.</p>
+
+<p>Aujourd'hui 8 octobre 1792, il vient d'être apposé des scellés sur
+toutes les portes extérieures de la maison, sous prétexte qu'on
+pourrait <span class="pagenum"><a id="page583" name="page583"></a>(p. 583)</span> on sortir des effets; cette précaution ne peut en
+rien augmenter la responsabilité du dépositaire, devient nul pour le
+résultat, mais infiniment sensible et douloureuse pour tous les
+individus attachés à la maison. Ils en ont tous marqué leur douleur au
+citoyen Sulleau, qui bien convaincu de leur honnêteté reconnue depuis
+dix ans, ne peut se refuser de réclamer l'attention de monsieur le
+maire sur un acte qui véritablement ne porte que sur eux seuls, et
+avec d'autant plus d'injustice que cette précaution est sollicité par
un homme qui n'est responsable de rien, et qui de touts les temps a
-fait preuve du désir de nuire, et cela sans aucun...</p>
+fait preuve du désir de nuire, et cela sans aucun...</p>
<p class="authorsc">Sulleau.</p>
-<p>Nous, commissaire nommé pour examiner la nécessité de lever le scellé
-sur la porte cochère du côté du jardinier, avons reconnu qu'elle étoit
-réelle, le service des fumiers et autres charois ne pouvant avoir lieu
-que par là. En foi de quoi nous avons signé le présent rapport, à la
-maison commune, le 8 octobre 1792, l'an premier de la République
-françoise.</p>
+<p>Nous, commissaire nommé pour examiner la nécessité de lever le scellé
+sur la porte cochère du côté du jardinier, avons reconnu qu'elle étoit
+réelle, le service des fumiers et autres charois ne pouvant avoir lieu
+que par là. En foi de quoi nous avons signé le présent rapport, à la
+maison commune, le 8 octobre 1792, l'an premier de la République
+françoise.</p>
-<p class="authorsc">Huvé.</p>
+<p class="authorsc">Huvé.</p>
<hr class="hr10">
<h3>VII.</h3>
-<p>L'an premier de la République françoise, les citoyens Boissy et Borel
-ayant été autorisséz par un réquisitoire de la municipalité de
-Versailles signéz Richaud maire, Couturier procureur de la Commune,
+<p>L'an premier de la République françoise, les citoyens Boissy et Borel
+ayant été autorisséz par un réquisitoire de la municipalité de
+Versailles signéz Richaud maire, Couturier procureur de la Commune,
Gaucher municipal, ce sont transportez en la maison de la s&oelig;ur du
-ci-devant Roi, avenuë de Paris, est ont apposez les scellés sur toutes
-les portes extérieur de la sudite maison et du jardin. Le sieur
-Heuber, suisse et gardien, nous ayant représentéz de ne point apposéz
-le scelléz sur la porte extérieur de la vacherie en nous disant qu'ils
-étoit nécessaire que les animeaux sortent pour aller aux champs, ce
-que nous avons vûe raisonnable cela ne nous nous (<em>sic</em>) a pourtant
-pas empêchéz de les poser sur toutes les portes intérieur qui
-communiquent de la susdite vacherie au jardin, afin d'empêcher toutes
-les communications. Nous nous sommes transportéz de là à une petite
-maison qui n'est séparéz que d'une porte en treilliage fermant à clef,
-n'ayant pas trouvéz cette fermeture suffisante, nous avons voulut
-apposer le scelléz sur la porte de clôture qui donne sur une petite
-rüe. Le citoyen Pélican et la dame Piout cetant présentéz à l'instant
-nous ont exibéz une oppositions de leurs part en nous représentant
-que cette petite maison appartenoit <span class="pagenum"><a id="page584" name="page584"></a>(p. 584)</span> à la ci-devant baronne de
-Mackau; sur les représentations du citoyen Heuber, suisse et gardien
-qu'il sufisoit seulement de poser le scelléz sur la sudite porte de
-treilliage, ce que nous avons fait à l'instant, le sieur Sulleau
-s'étant aussi présentéz avec le jardinier, n'ayant point parût
-satisfaits de notre opération, même nous exibant en plusieurs pièces,
-nous disant qu'ils étoient les ministres de l'intérieur et nous disant
-d'une voix foible qu'ils croyoient être suffisamment autorissez par le
-moyens de ces pieces de s'opposer au scelléz nous avons regardez cela
-comme des mots qui ne peuvent convenirent qu'à des hommes foibles.
-Nous lui avons dits que s'il avoit des droits qui les fassent valoir à
-la maison comune, pour nous, cela ne nous empècheroient pas de
-continuer nos opérations. C'est ce que nous avons fait s'en crainte,
-est avons signées le présent à Versailles, ce 8 octobre 1792, l'an
-premier de République françoise.</p>
+ci-devant Roi, avenuë de Paris, est ont apposez les scellés sur toutes
+les portes extérieur de la sudite maison et du jardin. Le sieur
+Heuber, suisse et gardien, nous ayant représentéz de ne point apposéz
+le scelléz sur la porte extérieur de la vacherie en nous disant qu'ils
+étoit nécessaire que les animeaux sortent pour aller aux champs, ce
+que nous avons vûe raisonnable cela ne nous nous (<em>sic</em>) a pourtant
+pas empêchéz de les poser sur toutes les portes intérieur qui
+communiquent de la susdite vacherie au jardin, afin d'empêcher toutes
+les communications. Nous nous sommes transportéz de là à une petite
+maison qui n'est séparéz que d'une porte en treilliage fermant à clef,
+n'ayant pas trouvéz cette fermeture suffisante, nous avons voulut
+apposer le scelléz sur la porte de clôture qui donne sur une petite
+rüe. Le citoyen Pélican et la dame Piout cetant présentéz à l'instant
+nous ont exibéz une oppositions de leurs part en nous représentant
+que cette petite maison appartenoit <span class="pagenum"><a id="page584" name="page584"></a>(p. 584)</span> à la ci-devant baronne de
+Mackau; sur les représentations du citoyen Heuber, suisse et gardien
+qu'il sufisoit seulement de poser le scelléz sur la sudite porte de
+treilliage, ce que nous avons fait à l'instant, le sieur Sulleau
+s'étant aussi présentéz avec le jardinier, n'ayant point parût
+satisfaits de notre opération, même nous exibant en plusieurs pièces,
+nous disant qu'ils étoient les ministres de l'intérieur et nous disant
+d'une voix foible qu'ils croyoient être suffisamment autorissez par le
+moyens de ces pieces de s'opposer au scelléz nous avons regardez cela
+comme des mots qui ne peuvent convenirent qu'à des hommes foibles.
+Nous lui avons dits que s'il avoit des droits qui les fassent valoir à
+la maison comune, pour nous, cela ne nous empècheroient pas de
+continuer nos opérations. C'est ce que nous avons fait s'en crainte,
+est avons signées le présent à Versailles, ce 8 octobre 1792, l'an
+premier de République françoise.</p>
<p class="authorsc">Boissy. <span class="add2em">Boret.</span></p>
-<p>Faite en présence des citoyens <span class="smcap">Heuber</span>, <span class="smcap">Bonifacy</span>, <i>garde-bosquet</i>.</p>
+<p>Faite en présence des citoyens <span class="smcap">Heuber</span>, <span class="smcap">Bonifacy</span>, <i>garde-bosquet</i>.</p>
<hr class="hr10">
<h3>VIII.</h3>
-<p class="entete"><i>État de ce que nous avons trouvéz dans la vacherie.</i></p>
+<p class="entete"><i>État de ce que nous avons trouvéz dans la vacherie.</i></p>
<p>Cinq vaches est une genise, un cheval est une petite voiture d'osier
couverte, avec tous ces harnois; nous avons crue devoir prendre ce
-détail à cause que ces animeaux sont sujette à la sortie pour leurs
+détail à cause que ces animeaux sont sujette à la sortie pour leurs
subsistance. A Versailles, le 8 octobre 1792, l'an premier de la
-République françoise.</p>
+République françoise.</p>
<p class="authorsc">Boissy. <span class="add2em">Boret.</span></p>
@@ -29383,18 +29338,18 @@ République françoise.</p>
<h3>IX.</h3>
-<p>Sur la réprésentation que les citoyens Heuber, suisse et gardien,
-Bonifacy, garde-bosquet, que l'on dévastoient tout les jours les
-jardins par la coupe journailliere des arbres et la pêche qui si fait
-continuellement par des gens de la maison, ainsi que des étrangers
-qu'ils introduisent à leurs compagnies, croyant toujours être sous la
+<p>Sur la réprésentation que les citoyens Heuber, suisse et gardien,
+Bonifacy, garde-bosquet, que l'on dévastoient tout les jours les
+jardins par la coupe journailliere des arbres et la pêche qui si fait
+continuellement par des gens de la maison, ainsi que des étrangers
+qu'ils introduisent à leurs compagnies, croyant toujours être sous la
protection de la s&oelig;ur du ci-devant Roi, nous ont dits qu'ils
-seroient bien aise d'être autorisséz d'un pouvoir de la municipalités
-qui les autorisent à pouvoir empêcher tous ces desordres, est ont
-signées.</p>
+seroient bien aise d'être autorisséz d'un pouvoir de la municipalités
+qui les autorisent à pouvoir empêcher tous ces desordres, est ont
+signées.</p>
<p class="author"><span class="smcap">Heuber</span>, <span class="smcap">Bonifacy</span>, <i>garde-bosquet</i>,<br>
- <span class="smcap">Prévot</span>, <i>commissionnaire du sieur Fleury, garçon tapissier</i>.</p>
+ <span class="smcap">Prévot</span>, <i>commissionnaire du sieur Fleury, garçon tapissier</i>.</p>
<hr class="hr10">
@@ -29402,18 +29357,18 @@ signées.</p>
<p class="smcap">Messieurs,</p>
-<p>Noël Gauthier et Julien Gauthier frères, tous deux frotteurs des
-appartements de la petite maison de Madame Élisabeth, avenuë de Paris,</p>
+<p>Noël Gauthier et Julien Gauthier frères, tous deux frotteurs des
+appartements de la petite maison de Madame Élisabeth, avenuë de Paris,</p>
-<p>Ont l'honneur de vous représenter que depuis le départ de cette
-princesse, ils sont resté gardien l'un de l'aile droite et l'autre de
+<p>Ont l'honneur de vous représenter que depuis le départ de cette
+princesse, ils sont resté gardien l'un de l'aile droite et l'autre de
l'aile gauche de laditte maison, couchant dans les appartements,
ignorent le motif pour lequel M. Suleau concierge vient de nommer et
-faire recevoir deux autres gardiens, au préjudice des exposants qui
+faire recevoir deux autres gardiens, au préjudice des exposants qui
osent se flatter qu'on ne peut rien leur reprocher,</p>
-<p>Pendant les trois mois qu'ils ont gardés le premier scellé les jours
-et nuits par ordres du sieur Suleau dont il en ont point été payé.</p>
+<p>Pendant les trois mois qu'ils ont gardés le premier scellé les jours
+et nuits par ordres du sieur Suleau dont il en ont point été payé.</p>
<p>Ils vous supplient, Messieurs, de vouloir bien leur rendre justice.</p>
@@ -29421,45 +29376,45 @@ et nuits par ordres du sieur Suleau dont il en ont point été payé.</p>
<h3>XI.</h3>
-<p class="entete"><i>Procès-verbal.</i></p>
-
-<p>Aujourd'hui le 9 octobre 1792, l'an premier de la République, en vertu
-d'un réquisitoire du bureau municipal, signé des citoyens Couturier
-procureur de la commune, Huvé et Gauchez officiers municipaux, qui ont
-nommé les citoyens Boissy et Geoffroy comissaires a l'apposition des
-scellées dans la maison de la Damme Élisabeth, s&oelig;ur du ci-devant
-Roi, ont pris pour témoins l'apposition desdits scellées, le citoyens
-Flury, attaché à la conciergerie du Garde-meuble de ladite maison,
-ainsi que le nommé Prévot, journallier employé par le citoyen Sulleau,
-qu'il a été posé quatre-vingt et tant de scellées dont
-quatre-vingt-une clef, il est resté ouvert et à la jouissance des
-personnes dénommées ci-apprès et qui sont meublés conformément aux
-inventaires dont la minute est déposé au bureau du Garde-meuble
-national à Versailles, dont le citoyen le Clerc se charge de la
-représenter à la première réquisition de la municipalité; lesdits
-logements actuellement occuppées par les personnes susdites, consiste
+<p class="entete"><i>Procès-verbal.</i></p>
+
+<p>Aujourd'hui le 9 octobre 1792, l'an premier de la République, en vertu
+d'un réquisitoire du bureau municipal, signé des citoyens Couturier
+procureur de la commune, Huvé et Gauchez officiers municipaux, qui ont
+nommé les citoyens Boissy et Geoffroy comissaires a l'apposition des
+scellées dans la maison de la Damme Élisabeth, s&oelig;ur du ci-devant
+Roi, ont pris pour témoins l'apposition desdits scellées, le citoyens
+Flury, attaché à la conciergerie du Garde-meuble de ladite maison,
+ainsi que le nommé Prévot, journallier employé par le citoyen Sulleau,
+qu'il a été posé quatre-vingt et tant de scellées dont
+quatre-vingt-une clef, il est resté ouvert et à la jouissance des
+personnes dénommées ci-apprès et qui sont meublés conformément aux
+inventaires dont la minute est déposé au bureau du Garde-meuble
+national à Versailles, dont le citoyen le Clerc se charge de la
+représenter à la première réquisition de la municipalité; lesdits
+logements actuellement occuppées par les personnes susdites, consiste
savoir celui du citoyen Sullau, concierge du Garde-meuble; Fleury,
-garçon du Garde-meuble attaché au concierge, et le représentant en son
+garçon du Garde-meuble attaché au concierge, et le représentant en son
absence; la veuve du Coudray, femme de charge et lingerie; la
-demoiselle Simon, ouvrière; Marie, laitièrre, Prévot, journallier;
-Noël, frotteur, Juillien, second frotteur, Doré, garçon jardinier, le
-suisse de la porte, nommé <span class="pagenum"><a id="page586" name="page586"></a>(p. 586)</span> Ubert, Boniface, suisse
+demoiselle Simon, ouvrière; Marie, laitièrre, Prévot, journallier;
+Noël, frotteur, Juillien, second frotteur, Doré, garçon jardinier, le
+suisse de la porte, nommé <span class="pagenum"><a id="page586" name="page586"></a>(p. 586)</span> Ubert, Boniface, suisse
garde-bosquet; Cadeau, balayeur, demeurant sur l'ancienne cour basse,
-sur l'avenuë, et dans le pavillon, ruë ci-devant Champ-la-Garde;
-Jaques Bosson, vacher; Coupry, maître jardinier.</p>
+sur l'avenuë, et dans le pavillon, ruë ci-devant Champ-la-Garde;
+Jaques Bosson, vacher; Coupry, maître jardinier.</p>
-<p>Lesdits commissaires ont nommé les citoyens Flury et Prévots ci-dessus
-dénommés gardiens de l'intérieur et extérieur de ladite maison, qu'ils
-l'ont acceptés et signés avec nous le présent procès-verbal, et est
-comparu au moment où l'on posoit les scellées, le citoyen Sullau
-ci-devant dénommé, et qui a signé avec nous.</p>
+<p>Lesdits commissaires ont nommé les citoyens Flury et Prévots ci-dessus
+dénommés gardiens de l'intérieur et extérieur de ladite maison, qu'ils
+l'ont acceptés et signés avec nous le présent procès-verbal, et est
+comparu au moment où l'on posoit les scellées, le citoyen Sullau
+ci-devant dénommé, et qui a signé avec nous.</p>
-<p>De plus, avons établi les citoyens Ubert suisse des portes, et
-Bonifacy garde-bosquet, a qui nous avons délivré des pouvoirs comme
-gardiens des scellées extérieurs et sureté générale dans leurs postes.</p>
+<p>De plus, avons établi les citoyens Ubert suisse des portes, et
+Bonifacy garde-bosquet, a qui nous avons délivré des pouvoirs comme
+gardiens des scellées extérieurs et sureté générale dans leurs postes.</p>
-<p>Clos le présent présent (<em>sic</em>) procès-verbal en présence des citoyens
-Sullau, Fleury, Prévot, Ubert, Boniface, le Clerc.</p>
+<p>Clos le présent présent (<em>sic</em>) procès-verbal en présence des citoyens
+Sullau, Fleury, Prévot, Ubert, Boniface, le Clerc.</p>
<p class="author"><span class="add2em smcap">Sulleau.</span>
<span class="add2em smcap">Flury.</span>
@@ -29474,41 +29429,41 @@ Sullau, Fleury, Prévot, Ubert, Boniface, le Clerc.</p>
<h3>XII.</h3>
-<p class="date">A Versailles, le 5 mars 1793, l'an II de la République.</p>
+<p class="date">A Versailles, le 5 mars 1793, l'an II de la République.</p>
<p class="smcap">Citoyen,</p>
-<p>J'ai ordonné ce matin, en conséquence de votre lettre d'hier, la
-fermeture de deux portes à la maison cy-devant de Madame Élisabeth,
-mais on m'a observé que si l'on condamnoit celle de la petite cour
-côté de l'avenuë de Paris, le gardien de ce côté-là ne pourroit plus
-sortir d'aucun côté.</p>
+<p>J'ai ordonné ce matin, en conséquence de votre lettre d'hier, la
+fermeture de deux portes à la maison cy-devant de Madame Élisabeth,
+mais on m'a observé que si l'on condamnoit celle de la petite cour
+côté de l'avenuë de Paris, le gardien de ce côté-là ne pourroit plus
+sortir d'aucun côté.</p>
<p>Il n'y auroit d'autre moyen, en persistant de lui interdire le passage
par le jardin, que de lui faire ouvrir le guichet de la grande porte,
-après en avoir levé les scellés, car ils sont sur toutes les portes
-intérieures qui conduisent à la grande cour; mais il y communiqueroit
+après en avoir levé les scellés, car ils sont sur toutes les portes
+intérieures qui conduisent à la grande cour; mais il y communiqueroit
par dehors.</p>
-<p>J'ai appris, cher concitoyen, que vous étiez débarassé de votre rhume,
+<p>J'ai appris, cher concitoyen, que vous étiez débarassé de votre rhume,
j'en suis bien aise, mais moi je suis pris par tous les bouts, au pied
-par une reculade imprévue, à la tête par un rhume oppiniâtre, et par
+par une reculade imprévue, à la tête par un rhume oppiniâtre, et par
tout le corps je ne scais pourquoi.</p>
-<p>Je suis votre frère en patriotisme,</p>
+<p>Je suis votre frère en patriotisme,</p>
-<p class="author"><i>Le maire de Versailles</i>, <span class="smcap">Huvé</span>.</p>
+<p class="author"><i>Le maire de Versailles</i>, <span class="smcap">Huvé</span>.</p>
<p>Vu par nous administrateurs composant le directoire du district de
-<span class="pagenum"><a id="page587" name="page587"></a>(p. 587)</span> Versailles, pour être exécuté par le citoyen inspecteur des
-bâtiments de l'arrondissement, en présence du citoyen Gazard, commis
-de l'administration, chargé de lever et apposer les scellés où besoin
+<span class="pagenum"><a id="page587" name="page587"></a>(p. 587)</span> Versailles, pour être exécuté par le citoyen inspecteur des
+bâtiments de l'arrondissement, en présence du citoyen Gazard, commis
+de l'administration, chargé de lever et apposer les scellés où besoin
sera.</p>
-<p>A Versailles, 9 mars 1793, l'an deux de la République.</p>
+<p>A Versailles, 9 mars 1793, l'an deux de la République.</p>
<p class="author"><span class="smcap">Boyelleau,</span>
-<span class="add2em smcap">Bézard,</span> <i>v. p.</i>
+<span class="add2em smcap">Bézard,</span> <i>v. p.</i>
<span class="add2em smcap">Deveze,</span> <i>pr. s.</i>
<span class="add2em smcap">Chailliou.</span><br>
<span class="smcap">Courraut.</span></p>
@@ -29517,55 +29472,55 @@ sera.</p>
<h3>XIII.</h3>
-<p class="date">A Versailles, le 7 mars 1793, l'an II de la République.</p>
+<p class="date">A Versailles, le 7 mars 1793, l'an II de la République.</p>
<p class="smcap">Citoyen,</p>
-<p>Je vous prévient que Madame Élisabeth, avoit une chien de sûreté a sa
+<p>Je vous prévient que Madame Élisabeth, avoit une chien de sûreté a sa
maison, elle faisoit donner six livres de pain par jour, le citoyen
Thierry, boulanger du ci-devant Roi, est m'en avoit donnez la garde
-comme étant le gardien de ladite maison, mais trouvant qu'un seul
-chien ne suffisoit pas pour la sûreté de la maison, Madame Élisabeth
-m'a ordonnez en différentes fois d'en élever plusieurs, comme il
-plaisoit à Madame Élisabeth d'en disposer à sa volonté, et quel en
+comme étant le gardien de ladite maison, mais trouvant qu'un seul
+chien ne suffisoit pas pour la sûreté de la maison, Madame Élisabeth
+m'a ordonnez en différentes fois d'en élever plusieurs, comme il
+plaisoit à Madame Élisabeth d'en disposer à sa volonté, et quel en
faisoit des cadots, laqu'elle m'avoit promis un dedomagement, mais
-comme n'étant point revenuë, je n'ai toujours eut que la nouriture du
+comme n'étant point revenuë, je n'ai toujours eut que la nouriture du
premier, dont ledit citoyen Thierry a cessez de fournir le pain le
-1<sup>er</sup> mars de la présente année 1793; est je me trouve avoir trois
-gros chiens à ma charge, est des frais d'en avoir elever et nourries
-plusieurs dont deux jusqu'à présent s'en avoir eut aucun dédomagement;
-est ayant prévenüe les citoyens qui ont posez les scellés, comment est
-que je pouroit faire avec ces chiens, s'il falloit m'en défaire, où en
-prévenir la municipalité, ils monts ordonnez de les garder jusqu'à la
-levée des scellés. Mais n'ayant plus le pain est n'ayant aucun
-dédomagement pour les nourirents je ne peut pas garder trois gros
-chiens à ma charge.</p>
-
-<p class="author"><span class="smcap">Heuber</span>, <i>gardien de la maison ci-devant Madame Élisabeth</i>.</p>
+1<sup>er</sup> mars de la présente année 1793; est je me trouve avoir trois
+gros chiens à ma charge, est des frais d'en avoir elever et nourries
+plusieurs dont deux jusqu'à présent s'en avoir eut aucun dédomagement;
+est ayant prévenüe les citoyens qui ont posez les scellés, comment est
+que je pouroit faire avec ces chiens, s'il falloit m'en défaire, où en
+prévenir la municipalité, ils monts ordonnez de les garder jusqu'à la
+levée des scellés. Mais n'ayant plus le pain est n'ayant aucun
+dédomagement pour les nourirents je ne peut pas garder trois gros
+chiens à ma charge.</p>
+
+<p class="author"><span class="smcap">Heuber</span>, <i>gardien de la maison ci-devant Madame Élisabeth</i>.</p>
<hr class="hr10">
-<p class="entete"><i>Avis du directeur de la régie nationale de l'enregistrement.</i></p>
+<p class="entete"><i>Avis du directeur de la régie nationale de l'enregistrement.</i></p>
-<p>Le directeur de la régie nationale qui a pris communication de la
-pétition de l'autre part, est d'avis:</p>
+<p>Le directeur de la régie nationale qui a pris communication de la
+pétition de l'autre part, est d'avis:</p>
-<p>1<sup>o</sup> Que le citoyen Hubert soit autorisé à conserver un chien de
-basse-cour pour la garde de la maison Élisabeth Capet, située à
-l'extrémité de l'avenüe de Paris;</p>
+<p>1<sup>o</sup> Que le citoyen Hubert soit autorisé à conserver un chien de
+basse-cour pour la garde de la maison Élisabeth Capet, située à
+l'extrémité de l'avenüe de Paris;</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page588" name="page588"></a>(p. 588)</span> 2<sup>o</sup> Qu'il lui soit tenu compte de cet objet de dépense à
-compter du 1<sup>er</sup> de ce mois, sur le pied qui sera déterminé par le
+<p><span class="pagenum"><a id="page588" name="page588"></a>(p. 588)</span> 2<sup>o</sup> Qu'il lui soit tenu compte de cet objet de dépense à
+compter du 1<sup>er</sup> de ce mois, sur le pied qui sera déterminé par le
directoire du district;</p>
<p>3<sup>o</sup> Enfin, que ledit Hubert vende, s'il est possible, ou donne les
autres chiens qui sont inutiles. Le directeur observe au surplus que
-si les meubles existants dans cette maison étoient vendus ou
-transportés ailleurs, on trouveroit sans doute à la louer, ce qui
-produiroit le double avantage de supprimer toute espèce de dépense, et
-de procurer à la République un revenu dont elle est privée.</p>
+si les meubles existants dans cette maison étoient vendus ou
+transportés ailleurs, on trouveroit sans doute à la louer, ce qui
+produiroit le double avantage de supprimer toute espèce de dépense, et
+de procurer à la République un revenu dont elle est privée.</p>
-<p>Versailles, 18 mars 1793, le deuxième de la République françoise.</p>
+<p>Versailles, 18 mars 1793, le deuxième de la République françoise.</p>
<p class="authorsc">Deschesne.</p>
@@ -29573,98 +29528,98 @@ de procurer à la République un revenu dont elle est privée.</p>
<h3>XIV.</h3>
-<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du directoire du département de
+<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du directoire du département de
Seine-et-Oise.</i></p>
-<p class="entete">Séance publique du 8 juin 1793, l'an II de la République française.</p>
+<p class="entete">Séance publique du 8 juin 1793, l'an II de la République française.</p>
-<p>Vu par le directeur la réclamation de sept ouvriers jardiniers,
-employés au jardin ci-devant appartenant à la s&oelig;ur de Louis Capet,
-dépendant de la liste civile et situé au grand Montreuil, qui a pour
-objet le payement de trente-six livres chacun, qu'ils déclarent avoir
-ci-devant été dans l'usage de recevoir annuellement à titre de
-gratification, et n'avoir pas touché depuis 1791 inclusivement;</p>
+<p>Vu par le directeur la réclamation de sept ouvriers jardiniers,
+employés au jardin ci-devant appartenant à la s&oelig;ur de Louis Capet,
+dépendant de la liste civile et situé au grand Montreuil, qui a pour
+objet le payement de trente-six livres chacun, qu'ils déclarent avoir
+ci-devant été dans l'usage de recevoir annuellement à titre de
+gratification, et n'avoir pas touché depuis 1791 inclusivement;</p>
<p>Le certificat du jardinier de ce jardin qui atteste cet usage;</p>
<p>Le renvoi de ladite demande de la part du district au directeur de la
-régie;</p>
+régie;</p>
-<p>L'avis du directeur de la régie du 2 janvier dernier;</p>
+<p>L'avis du directeur de la régie du 2 janvier dernier;</p>
<p>L'avis au district de Versailles du 11 dudit mois de janvier;</p>
-<p>Ouï le procureur général sindic,</p>
+<p>Ouï le procureur général sindic,</p>
-<p>Le directoire, attendû que les sept ouvriers réclamants n'étoient pas
-mis en &oelig;uvre de l'ordre direct de la ci-devant Madame Élisabeth,
+<p>Le directoire, attendû que les sept ouvriers réclamants n'étoient pas
+mis en &oelig;uvre de l'ordre direct de la ci-devant Madame Élisabeth,
mais bien pour le jardinier personnellement, et que c'est
-conséquemment à celui-ci de pourvoir tant à leurs salaires qu'à leurs
-gratifications s'il le juge à propos;</p>
+conséquemment à celui-ci de pourvoir tant à leurs salaires qu'à leurs
+gratifications s'il le juge à propos;</p>
-<p>Arrête qu'il n'y a pas lieu d'accorder les gratifications requises.</p>
+<p>Arrête qu'il n'y a pas lieu d'accorder les gratifications requises.</p>
-<p>Pour expédition, signés Richaud et Bocquet, secrétaire.</p>
+<p>Pour expédition, signés Richaud et Bocquet, secrétaire.</p>
<p>Pour copie conforme:</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Gazard</span>, <i>secrétaire</i>.</p>
+<p class="author"><span class="smcap">Gazard</span>, <i>secrétaire</i>.</p>
<hr class="hr10">
<h3><span class="pagenum"><a id="page589" name="page589"></a>(p. 589)</span> XV.</h3>
-<p>Aujourd'hui lundi cinq août mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an
-deux de la République une et indivisible, nous, J. M. Musset,
-Claude-Étienne Contant et Nicolas Monjardet, commissaires de la
-Convention nationale du district de Versailles et de la municipalité
-de ladite ville, nous sommes transportés dans la maison ci-devant
-occupée par Élisabeth Capet, avenue de Paris, à l'effet d'examiner si
-les meubles des appartements de cette maison n'étoient point
-endommagés par les vers ou autrement. Nous nous sommes fait
+<p>Aujourd'hui lundi cinq août mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an
+deux de la République une et indivisible, nous, J. M. Musset,
+Claude-Étienne Contant et Nicolas Monjardet, commissaires de la
+Convention nationale du district de Versailles et de la municipalité
+de ladite ville, nous sommes transportés dans la maison ci-devant
+occupée par Élisabeth Capet, avenue de Paris, à l'effet d'examiner si
+les meubles des appartements de cette maison n'étoient point
+endommagés par les vers ou autrement. Nous nous sommes fait
accompagner dans la visite que nous avons faite de plusieurs de ces
-appartements par le citoyen Hubert, l'épouse du citoyen Fleury et le
-citoyen Prévost, tous trois gardiens des scellés de ladite maison.</p>
-
-<p>Les meubles que nous avons examinés sont ceux des appartements dont
-les portes d'entrée sont numérotées 1 et 2, &mdash; 16 et 17, &mdash; 12 et 13,
-&mdash; 14, 15, &mdash; 18 et 20, desquelles portes nous avons levé les scellés,
-trouvés intacts.</p>
-
-<p>Voyant que ces meubles étoient tout neufs et fort peu endommagés des
-vers, nous avons jugé inutile d'en examiner un plus grand nombre, et
-nous nous sommes bornés à en faire battre plusieurs couchers et
-chaises sortis à cet effet dans la cour, en en prenant note; après
-quoi nous avons fait exactement replacer chacun à sa place, avons fait
-entièrement refermer lesdits appartements, et les scellés ont été
-réapposés par le commissaire du district sur chacune desdites portes.</p>
+appartements par le citoyen Hubert, l'épouse du citoyen Fleury et le
+citoyen Prévost, tous trois gardiens des scellés de ladite maison.</p>
+
+<p>Les meubles que nous avons examinés sont ceux des appartements dont
+les portes d'entrée sont numérotées 1 et 2, &mdash; 16 et 17, &mdash; 12 et 13,
+&mdash; 14, 15, &mdash; 18 et 20, desquelles portes nous avons levé les scellés,
+trouvés intacts.</p>
+
+<p>Voyant que ces meubles étoient tout neufs et fort peu endommagés des
+vers, nous avons jugé inutile d'en examiner un plus grand nombre, et
+nous nous sommes bornés à en faire battre plusieurs couchers et
+chaises sortis à cet effet dans la cour, en en prenant note; après
+quoi nous avons fait exactement replacer chacun à sa place, avons fait
+entièrement refermer lesdits appartements, et les scellés ont été
+réapposés par le commissaire du district sur chacune desdites portes.</p>
<p>Ensuite nous avons cru devoir, avant de terminer, visiter aussi les
-meubles de l'appartement d'Élisabeth Capet. Nous avons à cet effet
-levé les scellés mis sur la porte d'entrée, et après avoir entré dans
-l'antichambre, nous avons trouvé déchiré dans le milieu, et vis-à-vis
-la jonction des deux battants de la porte, le papier des scellés mis
-sur la porte à gauche qui est celle de l'appartement; et cette porte
-ouverte, le pesne de la serrure étant hors de la gâche, sur quoi il
-nous a été observé par lesdits gardiens que cette porte, fermée ainsi
-peut-être par inadvertance, pouvoit avoir été la cause du déchirement
-de ce papier dans quelque moment où il y aura eu du vent.</p>
-
-<p>Nous avons vérifié que les meubles de cet appartement, qui sont
-précieux, n'étoient nullement endommagés. Nous avons refermé ladite
-porte trouvée ouverte, mais sans y apposer de nouveaux scellés,
-observant que ceux de la porte d'entrée suffisoient, et les scellés
-ont été réapposés sur celle-ci.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="page590" name="page590"></a>(p. 590)</span> De tout quoi nous avons dressé le présent procès-verbal, fait
-double pour être déposé au district et l'autre entre les mains des
-représentants du peuple, et avons signé avec lesdits gardiens
-présents, l'un d'eux représentés par son épouse, les an, mois et jour
-susdits. Et avons remis à la maison commune les clefs desdits
-appartements où elles étoient déposées.</p>
+meubles de l'appartement d'Élisabeth Capet. Nous avons à cet effet
+levé les scellés mis sur la porte d'entrée, et après avoir entré dans
+l'antichambre, nous avons trouvé déchiré dans le milieu, et vis-à-vis
+la jonction des deux battants de la porte, le papier des scellés mis
+sur la porte à gauche qui est celle de l'appartement; et cette porte
+ouverte, le pesne de la serrure étant hors de la gâche, sur quoi il
+nous a été observé par lesdits gardiens que cette porte, fermée ainsi
+peut-être par inadvertance, pouvoit avoir été la cause du déchirement
+de ce papier dans quelque moment où il y aura eu du vent.</p>
+
+<p>Nous avons vérifié que les meubles de cet appartement, qui sont
+précieux, n'étoient nullement endommagés. Nous avons refermé ladite
+porte trouvée ouverte, mais sans y apposer de nouveaux scellés,
+observant que ceux de la porte d'entrée suffisoient, et les scellés
+ont été réapposés sur celle-ci.</p>
+
+<p><span class="pagenum"><a id="page590" name="page590"></a>(p. 590)</span> De tout quoi nous avons dressé le présent procès-verbal, fait
+double pour être déposé au district et l'autre entre les mains des
+représentants du peuple, et avons signé avec lesdits gardiens
+présents, l'un d'eux représentés par son épouse, les an, mois et jour
+susdits. Et avons remis à la maison commune les clefs desdits
+appartements où elles étoient déposées.</p>
<p class="author">
-<span class="smcap">Monjardet</span>, <span class="smcap">J. M. Musset</span>, <i>commissaire national</i>, <span class="smcap">Prévost</span>,<br> <span class="smcap">Coutant</span>,
+<span class="smcap">Monjardet</span>, <span class="smcap">J. M. Musset</span>, <i>commissaire national</i>, <span class="smcap">Prévost</span>,<br> <span class="smcap">Coutant</span>,
<i>commissaire du district</i>, <span class="smcap">Heuber</span>, Femme <span class="smcap">Flury</span>.</p>
<hr class="hr10">
@@ -29676,42 +29631,42 @@ Seine-et-Oise.</i></p>
<p class="smcap">Citoyens,</p>
-<p>Coupry, jardinier dans la ci-devant maison d'Élisabeth Capet, est
-décédé hier 8 nivôse à la suite d'une maladie; comme j'ai toujours
-veillié autant qu'il a dependû de moi aux interest de la République,
-si j'ai pû obtenir quelque confiance, je prie les citoyens
+<p>Coupry, jardinier dans la ci-devant maison d'Élisabeth Capet, est
+décédé hier 8 nivôse à la suite d'une maladie; comme j'ai toujours
+veillié autant qu'il a dependû de moi aux interest de la République,
+si j'ai pû obtenir quelque confiance, je prie les citoyens
administrateurs de vouloir bien me maintenir dans l'emploi provisoire
de la surveillance du jardin et orangerie, ou il ce trouve maintenant
-beaucoup de plantes appartenant à la nation auxquelles j'ai toujours
-donné mes soins.</p>
+beaucoup de plantes appartenant à la nation auxquelles j'ai toujours
+donné mes soins.</p>
<p class="authorsc">Lacolonge.</p>
-<p>A Versailles, ce 9 nivôse, l'an second de la République françoise (29
-décembre 1793).</p>
+<p>A Versailles, ce 9 nivôse, l'an second de la République françoise (29
+décembre 1793).</p>
-<p>Salut et fraternité.</p>
+<p>Salut et fraternité.</p>
<hr class="hr10">
-<p class="entete"><i>Avis du directeur de la régie nationale.</i></p>
+<p class="entete"><i>Avis du directeur de la régie nationale.</i></p>
-<p>Le directeur de la régie observe que, vû la vigilance et la probité
+<p>Le directeur de la régie observe que, vû la vigilance et la probité
bien reconnues du citoyen Lacolonge, l'administration adoptera une
-mesure fort sage, en lui confiant provisoirement le soin de veiller à
+mesure fort sage, en lui confiant provisoirement le soin de veiller à
la conservation des jardins, orangerie, plantes et arbustes de la
-maison d'Élisabeth Capet: il avoit la confiance de Coupry; personne ne
-connoît mieux que lui les détails de cette maison, il n'est donc pas
+maison d'Élisabeth Capet: il avoit la confiance de Coupry; personne ne
+connoît mieux que lui les détails de cette maison, il n'est donc pas
possible de faire meilleur choix.</p>
-<p>Il est vraisemblable que des anciens ouvriers, qui ont travaillé dans
-le jardin dépendant de ladite maison, feront des démarches pour
-remplacer Coupry; mais il seroit contraire à l'intérêt de la
-République <span class="pagenum"><a id="page591" name="page591"></a>(p. 591)</span> de les laisser s'immiscer dans une administration
-où il régnoit une foule d'abus qu'on a attribués à plusieurs
+<p>Il est vraisemblable que des anciens ouvriers, qui ont travaillé dans
+le jardin dépendant de ladite maison, feront des démarches pour
+remplacer Coupry; mais il seroit contraire à l'intérêt de la
+République <span class="pagenum"><a id="page591" name="page591"></a>(p. 591)</span> de les laisser s'immiscer dans une administration
+où il régnoit une foule d'abus qu'on a attribués à plusieurs
d'entr'eux.</p>
-<p>Versailles, ce 21 nivôse de l'an II de la République une et
+<p>Versailles, ce 21 nivôse de l'an II de la République une et
indivisible (10 janvier 1794).</p>
<p class="authorsc">Deschesne.</p>
@@ -29720,23 +29675,23 @@ indivisible (10 janvier 1794).</p>
<h3>XVII.</h3>
-<p>Aujourd'hui sept ventôse, an second de la République françoise une et
-indivisible (25 février 1794), à quatre heures de relevée, moi,
-soussigné, comissaire nommé par l'administration du district de
-Versailles, département de Seine-et-Oise, par comission en datte du 24
-pluviôse, pour la levée des scellés apposés au local du palais
-National et autres lieux dépendants de la ci-devant liste civile,
-assisté du citoyen Tissot, notable, comissaire pour la municipalité,
-nous nous sommes transporté au local dit Maison Élisabeth, où, après
-vérification faite des scellés apposés sur différentes portes
+<p>Aujourd'hui sept ventôse, an second de la République françoise une et
+indivisible (25 février 1794), à quatre heures de relevée, moi,
+soussigné, comissaire nommé par l'administration du district de
+Versailles, département de Seine-et-Oise, par comission en datte du 24
+pluviôse, pour la levée des scellés apposés au local du palais
+National et autres lieux dépendants de la ci-devant liste civile,
+assisté du citoyen Tissot, notable, comissaire pour la municipalité,
+nous nous sommes transporté au local dit Maison Élisabeth, où, après
+vérification faite des scellés apposés sur différentes portes
environnant le jardin et autres issues de la maison, nous en avons
-fait la levée ainsi qu'il suit, savoir:</p>
+fait la levée ainsi qu'il suit, savoir:</p>
<p>P<sup>o</sup> A une porte de la cour des cuisines;</p>
<p>2<sup>o</sup> Une grande porte donnant sur l'avenue de Paris;</p>
-<p>3<sup>o</sup> Une porte donnant sous la voûte qui conduit à l'avenue de Paris;</p>
+<p>3<sup>o</sup> Une porte donnant sous la voûte qui conduit à l'avenue de Paris;</p>
<p>4<sup>o</sup> Une porte donnant sur la ruelle, au bout du jardin Lemonier;</p>
@@ -29744,29 +29699,29 @@ fait la levée ainsi qu'il suit, savoir:</p>
<p>6<sup>o</sup> A la porte de communication du jardin de la citoyenne Makau;</p>
-<p>7<sup>o</sup> A la porte donnant à la maison de la femme Diane Polignac;</p>
+<p>7<sup>o</sup> A la porte donnant à la maison de la femme Diane Polignac;</p>
-<p>8<sup>o</sup> A la porte du jardin du petit bâtiment détaché;</p>
+<p>8<sup>o</sup> A la porte du jardin du petit bâtiment détaché;</p>
-<p>9<sup>o</sup> A la porte cochère du petit bâtiment id.</p>
+<p>9<sup>o</sup> A la porte cochère du petit bâtiment id.</p>
<p>Plus, le citoyen Flury, concierge de laditte maison, nous a fait voir
-des chassis de couche vitré, au nombre de soixante-dix-sept de 4 pieds
-carrés, et huit de 18 pouces sur 4 pieds, dont il a donné note au
+des chassis de couche vitré, au nombre de soixante-dix-sept de 4 pieds
+carrés, et huit de 18 pouces sur 4 pieds, dont il a donné note au
citoyen L'Oiseleur, inspecteur de laditte maison.</p>
-<p>La levée des scellés étant terminés, nous donnons décharge aux
-gardiens ci-après dénommés, savoir:</p>
+<p>La levée des scellés étant terminés, nous donnons décharge aux
+gardiens ci-après dénommés, savoir:</p>
<p>Le citoyen Flury,</p>
-<p>Prévost,</p>
+<p>Prévost,</p>
<p>Heubert,</p>
<p>Bonifacy.</p>
-<p>Et a ledit citoyen Flury signé avec nous, comme restant concierge, ce
+<p>Et a ledit citoyen Flury signé avec nous, comme restant concierge, ce
jour et an que dessus.</p>
<p class="author"><span class="smcap">Tissot,</span> <i>notable</i>.
@@ -29783,113 +29738,113 @@ Versailles.</i></p>
<p class="smcap">Citoyens,</p>
<p>Le citoyen Jean-Philippe Quadot, ci-devant balayeur de la maison de
-ci-devant Élisabeth Capet, soumets sous vos yeux sa triste position,
-etant pere de famille: est peu favorisez de la fortune, il ose espérer
+ci-devant Élisabeth Capet, soumets sous vos yeux sa triste position,
+etant pere de famille: est peu favorisez de la fortune, il ose espérer
de votre justices le soutien que tous citoyen doit attendre de vous
-magistrats, lorsque la demande d'un réclamant ce trouve fondé; c'est
+magistrats, lorsque la demande d'un réclamant ce trouve fondé; c'est
dans cette espoir qu'ils vous soumets les reclamations suivante.</p>
-<p>Jean-Philippe Quadot, âgé de soixante ans, pere de famille et
-indigent, a servie sous le règne du tyran Louis quinzième du nom, dans
-le ci-devant régiment de Normandie, où il fit cinq campagne durant les
-guerres d'Hanôvre; sortie du service militaire en 1757 (v. stile) il
-entra l'année ensuite au ci-devant château, en qualité de garçon
-marbrier pour l'entretien et la propreté de toute les marbres qui
-dépendoient des appartements dudit château, ainsi que de ceux de la
-chapelle; ayant de paye vingt sols par jour; ce qui ne pouvoit qu'à
-peine le faire subsanter lui est sa famille, mais dans lespoir où le
-réclamant étoit que l'on prendroit son sort et son ancien service en
-considération fait qu'il a toujours espérez jusqu'en 1789 (v. stile)
-où la ci-devant Élisabeth le prit à son service en qualité de
+<p>Jean-Philippe Quadot, âgé de soixante ans, pere de famille et
+indigent, a servie sous le règne du tyran Louis quinzième du nom, dans
+le ci-devant régiment de Normandie, où il fit cinq campagne durant les
+guerres d'Hanôvre; sortie du service militaire en 1757 (v. stile) il
+entra l'année ensuite au ci-devant château, en qualité de garçon
+marbrier pour l'entretien et la propreté de toute les marbres qui
+dépendoient des appartements dudit château, ainsi que de ceux de la
+chapelle; ayant de paye vingt sols par jour; ce qui ne pouvoit qu'à
+peine le faire subsanter lui est sa famille, mais dans lespoir où le
+réclamant étoit que l'on prendroit son sort et son ancien service en
+considération fait qu'il a toujours espérez jusqu'en 1789 (v. stile)
+où la ci-devant Élisabeth le prit à son service en qualité de
balayeur, ordonnant qu'il fut habillez logez chauffez et eclairez, lui
accordant aussi trente sols par jours de gage. Ce qui ne fut pas
-exécuté t'elle qu'elle l'avoit ordonnée, n'ayant étté logez qu'un an
-après etre entrée à son service, est n'ayant point étté habillez du
-tout, pour les trente sols par jour de gage la première année nayant
-étté payéz par le citoyen Sulleau concierge de la maison qui en etoit
-chargéz à raison de vingt quatre sols la seconde à raison de vingt six
-sols et la troisième à raison de vingt huit sols par jour jusqu'aux
-premier novembre; où ayant fait observer audit citoyen Sulleau que ce
-n'étoit point là les ordres de la maîtresse de le payer depuis vingt
-quatre sols jusqu'à vingt huit sols puisqu'elle avoit ordonné de le
-payer à raison de trente sols par jour; sur quoi le dit concierge lui
-dit qu'il n'étoit jamais content et comment faisoit-il au château
-lorsqu'il n'avoit que vingt sols, à quoi le citoyen Quadot a répondu
-qu'il avoit des Bonnes-âmes qui l'aidoit lui est sa famille, est que
-sa femme travailloit mais que n'étant plus jeune ni lui non plus ils
-seroit bien malheureux qu'ils fussent obligéz d'aller mendier leurs
+exécuté t'elle qu'elle l'avoit ordonnée, n'ayant étté logez qu'un an
+après etre entrée à son service, est n'ayant point étté habillez du
+tout, pour les trente sols par jour de gage la première année nayant
+étté payéz par le citoyen Sulleau concierge de la maison qui en etoit
+chargéz à raison de vingt quatre sols la seconde à raison de vingt six
+sols et la troisième à raison de vingt huit sols par jour jusqu'aux
+premier novembre; où ayant fait observer audit citoyen Sulleau que ce
+n'étoit point là les ordres de la maîtresse de le payer depuis vingt
+quatre sols jusqu'à vingt huit sols puisqu'elle avoit ordonné de le
+payer à raison de trente sols par jour; sur quoi le dit concierge lui
+dit qu'il n'étoit jamais content et comment faisoit-il au château
+lorsqu'il n'avoit que vingt sols, à quoi le citoyen Quadot a répondu
+qu'il avoit des Bonnes-âmes qui l'aidoit lui est sa famille, est que
+sa femme travailloit mais que n'étant plus jeune ni lui non plus ils
+seroit bien malheureux qu'ils fussent obligéz d'aller mendier leurs
pains, tandis <span class="pagenum"><a id="page593" name="page593"></a>(p. 593)</span> que lui concierge ne ce contentant pas de sa
-place cherchoit encor à retenir le salaire d'un malheureux. Cependant
-d'après cette explication il le paya à raison de trente sols par jour
+place cherchoit encor à retenir le salaire d'un malheureux. Cependant
+d'après cette explication il le paya à raison de trente sols par jour
depuis le mois de novembre 1792 (v. style); quand au bois et la
-chandelle, il n'en avoit pas la moitié de son besoin.</p>
+chandelle, il n'en avoit pas la moitié de son besoin.</p>
-<p>Voici le précis de son état qu'il vous a exposéz.&mdash;Actuellement voici
-où ce borne sa demarche auprès de vous citoyens administrateurs.</p>
+<p>Voici le précis de son état qu'il vous a exposéz.&mdash;Actuellement voici
+où ce borne sa demarche auprès de vous citoyens administrateurs.</p>
-<p>Le citoyen Flüry garçon du citoyen Sulleau, ordonna le 18 ventôse au
-citoyen Quadot dévacuer le logement qu'il occupe dans la maison de
-rendre les meubles dans le délai de vingt-quatre heures; le malheureux
-Quadot malade d'un coup de pied de cheval qu'il a reçue dans lestomac,
+<p>Le citoyen Flüry garçon du citoyen Sulleau, ordonna le 18 ventôse au
+citoyen Quadot dévacuer le logement qu'il occupe dans la maison de
+rendre les meubles dans le délai de vingt-quatre heures; le malheureux
+Quadot malade d'un coup de pied de cheval qu'il a reçue dans lestomac,
s'en le sols s'en lit pour ce coucher lui et sa famille...</p>
-<p>Je pase sous silence a votre humanité le tableau douloureux d'une
-famille abandonnée, réduite au désespoir.</p>
+<p>Je pase sous silence a votre humanité le tableau douloureux d'une
+famille abandonnée, réduite au désespoir.</p>
<p>N'ayant aucunes resources que de votre justices et ayant une conduite
s'en reproche.</p>
-<p>Vous fait la demande de son logement jusqu'au moment où l'on
-disposeroit de la maison autrement: en titre de charité après
+<p>Vous fait la demande de son logement jusqu'au moment où l'on
+disposeroit de la maison autrement: en titre de charité après
trente-six ans de service; est vous demande aussi de lui faire avoir
-son lit à la prissez un sixième en sus de l'estimation.</p>
+son lit à la prissez un sixième en sus de l'estimation.</p>
<p>Justices qu'il attend de vous citoyens administrateurs ce qui le
-pénétrera de la plus vive reconnoissance.</p>
+pénétrera de la plus vive reconnoissance.</p>
-<p>Le citoyen Quadot ne schachant point signée à fait une</p>
+<p>Le citoyen Quadot ne schachant point signée à fait une</p>
<p class="author">X</p>
-<p><em>La demande du sieur Quadot est appuyée ainsi par sa section.</em></p>
+<p><em>La demande du sieur Quadot est appuyée ainsi par sa section.</em></p>
-<p>Les président et secrétaires de la treizième section au nom de leurs
+<p>Les président et secrétaires de la treizième section au nom de leurs
concitoyens atestent que le citoyen Kadot est un bon citoyen, qu'il
-est père de quatre enfans dont trois à sa charge et un dans l'armée
-révolutionnaire, qu'en outre il est privé de toute fortune. En
-conséquence, il invite les membres du district de prendre en
-considération son honnêteté, les besoins de sa famille, et de
-permettre qu'il reste dans le logement qu'il occupe jusqu'à ce qu'il
-plaise à la justice du district d'en ordonner autrement.</p>
-
-<p>Versailles, le 21 ventôse, l'an deuxième de la République une et
+est père de quatre enfans dont trois à sa charge et un dans l'armée
+révolutionnaire, qu'en outre il est privé de toute fortune. En
+conséquence, il invite les membres du district de prendre en
+considération son honnêteté, les besoins de sa famille, et de
+permettre qu'il reste dans le logement qu'il occupe jusqu'à ce qu'il
+plaise à la justice du district d'en ordonner autrement.</p>
+
+<p>Versailles, le 21 ventôse, l'an deuxième de la République une et
indivisible. (11 mars 1794.)</p>
-<p class="author"><span class="smcap">Tardif</span>, <i>secrétaire</i>.</p>
+<p class="author"><span class="smcap">Tardif</span>, <i>secrétaire</i>.</p>
-<p>Le registre des délibérations de l'administration du district de
+<p>Le registre des délibérations de l'administration du district de
Versailles nous apprend que,</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page594" name="page594"></a>(p. 594)</span> Dans la séance publique du 16 germinal an II (5 avril 1794),</p>
+<p><span class="pagenum"><a id="page594" name="page594"></a>(p. 594)</span> Dans la séance publique du 16 germinal an II (5 avril 1794),</p>
-<p>«Ouï l'agent national provisoire,</p>
+<p>«Ouï l'agent national provisoire,</p>
-<p>»L'administration considérant que la position du réclamant exige des
-égards; que l'humanité souffrante ne peut qu'engager à secourir les
-infortunés;</p>
+<p>»L'administration considérant que la position du réclamant exige des
+égards; que l'humanité souffrante ne peut qu'engager à secourir les
+infortunés;</p>
-<p>»Considérant que les intérêts de la République ne doivent pas être
+<p>»Considérant que les intérêts de la République ne doivent pas être
compromis;</p>
-<p>»Arrête que le citoyen Kadot jouira provisoirement du logement qu'il
-occupe à la ci-devant maison d'Élisabeth Capet, jusqu'à ce qu'il ait
-été pris un parti par l'administration pour la vente ou la location de
+<p>»Arrête que le citoyen Kadot jouira provisoirement du logement qu'il
+occupe à la ci-devant maison d'Élisabeth Capet, jusqu'à ce qu'il ait
+été pris un parti par l'administration pour la vente ou la location de
cette maison.</p>
-<p>»Pour expédition,</p>
+<p>»Pour expédition,</p>
-<p class="author">»<span class="smcap">Bournizet</span>, <i>Américain</i>.<br>
- »<span class="smcap">Leclerc</span>, <i>p.</i> <sup>le</sup> <i>s.</i>»</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Bournizet</span>, <i>Américain</i>.<br>
+ »<span class="smcap">Leclerc</span>, <i>p.</i> <sup>le</sup> <i>s.</i>»</p>
<hr class="hr10">
@@ -29897,400 +29852,400 @@ cette maison.</p>
<h3>XIV<br>
<span class="smaller">LETTRE DES PRINCES AU ROI.</span></h3>
-<p class="smcap">Sire, notre Frère et Seigneur,</p>
+<p class="smcap">Sire, notre Frère et Seigneur,</p>
-<p>Lorsque l'assemblée qui vous doit l'existence, et qui ne l'a fait
-servir qu'à la destruction de votre pouvoir, se croit au moment de
-consommer sa coupable entreprise; lorsqu'à l'indignité de vous tenir
+<p>Lorsque l'assemblée qui vous doit l'existence, et qui ne l'a fait
+servir qu'à la destruction de votre pouvoir, se croit au moment de
+consommer sa coupable entreprise; lorsqu'à l'indignité de vous tenir
captif au milieu de votre capitale, elle ajoute la perfidie de vouloir
-que vous dégradiez votre trône de votre propre main; lorsqu'elle ose
-enfin vous présenter l'option, ou de souscrire des décrets qui
-feroient le malheur de vos peuples, ou de cesser d'être roi, nous nous
-empressons d'apprendre à Votre Majesté que les puissances dont nous
-avons réclamé pour elle le secours, sont déterminées à y employer
+que vous dégradiez votre trône de votre propre main; lorsqu'elle ose
+enfin vous présenter l'option, ou de souscrire des décrets qui
+feroient le malheur de vos peuples, ou de cesser d'être roi, nous nous
+empressons d'apprendre à Votre Majesté que les puissances dont nous
+avons réclamé pour elle le secours, sont déterminées à y employer
leurs forces; que l'Empereur et le roi de Prusse viennent d'en
-contracter l'engagement mutuel. Le sage Léopold, aussitôt après avoir
-assuré la tranquillité de ses États et amené celle de l'Europe, a
-signé cet engagement à Pilnitz, le 29 du mois dernier, conjointement
-avec le digne successeur du grand Frédéric; ils en ont remis
-l'original entre nos mains, et pour le faire parvenir à votre
-connoissance nous le ferons imprimer à la suite de cette lettre, la
-publicité étant aujourd'hui la seule voie de communication dont vos
+contracter l'engagement mutuel. Le sage Léopold, aussitôt après avoir
+assuré la tranquillité de ses États et amené celle de l'Europe, a
+signé cet engagement à Pilnitz, le 29 du mois dernier, conjointement
+avec le digne successeur du grand Frédéric; ils en ont remis
+l'original entre nos mains, et pour le faire parvenir à votre
+connoissance nous le ferons imprimer à la suite de cette lettre, la
+publicité étant aujourd'hui la seule voie de communication dont vos
cruels oppresseurs n'aient pu nous priver.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page595" name="page595"></a>(p. 595)</span> Les autres cours sont dans les mêmes dispositions que celles
-de Vienne et de Berlin. Les princes et États de l'Empire ont déjà
-protesté, dans des actes authentiques, contre les lésions faites à des
-droits qu'ils ont résolu de soutenir avec vigueur. Vous ne sauriez
-douter, Sire, du vif intérêt que les rois Bourbons prennent à votre
-situation; Leurs Majestés Catholique et Sicilienne en ont donné des
-témoignages non équivoques. Les généreux sentiments du roi de
-Sardaigne, notre beau-père, ne peuvent pas être incertains. Vous avez
+<p><span class="pagenum"><a id="page595" name="page595"></a>(p. 595)</span> Les autres cours sont dans les mêmes dispositions que celles
+de Vienne et de Berlin. Les princes et États de l'Empire ont déjà
+protesté, dans des actes authentiques, contre les lésions faites à des
+droits qu'ils ont résolu de soutenir avec vigueur. Vous ne sauriez
+douter, Sire, du vif intérêt que les rois Bourbons prennent à votre
+situation; Leurs Majestés Catholique et Sicilienne en ont donné des
+témoignages non équivoques. Les généreux sentiments du roi de
+Sardaigne, notre beau-père, ne peuvent pas être incertains. Vous avez
droit de compter sur ceux des Suisses, les bons et anciens amis de la
France. Jusque dans le fond du Nord, un roi magnanime<a id="footnotetag235" name="footnotetag235"></a><a href="#footnote235" title="Go to footnote 235"><span class="smaller">[235]</span></a> veut aussi
-contribuer à rétablir votre autorité; et l'immortelle Catherine, à qui
-aucun genre de gloire n'est étranger, ne laissera pas échapper celle
-de défendre la cause des souverains.</p>
+contribuer à rétablir votre autorité; et l'immortelle Catherine, à qui
+aucun genre de gloire n'est étranger, ne laissera pas échapper celle
+de défendre la cause des souverains.</p>
-<p>Il n'est point à craindre que la nation britannique, trop généreuse
-pour contrarier ce qu'elle trouve juste, trop éclairée pour ne pas
-désirer ce qui intéresse sa propre tranquillité, veuille s'opposer aux
-vues de cette noble et irrésistible confédération.</p>
+<p>Il n'est point à craindre que la nation britannique, trop généreuse
+pour contrarier ce qu'elle trouve juste, trop éclairée pour ne pas
+désirer ce qui intéresse sa propre tranquillité, veuille s'opposer aux
+vues de cette noble et irrésistible confédération.</p>
<p>Ainsi, dans vos malheurs, Sire, vous avez la consolation de voir les
-puissances conspirer à les faire cesser, et votre fermeté, dans le
-moment critique où vous êtes, aura pour appui l'Europe entière.</p>
+puissances conspirer à les faire cesser, et votre fermeté, dans le
+moment critique où vous êtes, aura pour appui l'Europe entière.</p>
-<p>Ceux qui savent qu'on n'ébranle vos résolutions qu'en attaquant votre
-sensibilité, voudront sans doute vous faire envisager l'aide des
-puissances étrangères comme pouvant devenir funeste à vos sujets; ce
+<p>Ceux qui savent qu'on n'ébranle vos résolutions qu'en attaquant votre
+sensibilité, voudront sans doute vous faire envisager l'aide des
+puissances étrangères comme pouvant devenir funeste à vos sujets; ce
qui n'est que vue auxiliaire, ils le travestiront en vue hostile, et
-vous peindront le royaume inondé de sang, déchiré dans toutes ses
-parties, menacé de démembrements. C'est ainsi qu'après avoir toujours
-employé les plus fausses alarmes pour causer les maux les plus réels,
-ils veulent se servir encore du même moyen pour les perpétuer; c'est
-ainsi qu'ils espèrent faire supporter le fléau de leur odieuse
+vous peindront le royaume inondé de sang, déchiré dans toutes ses
+parties, menacé de démembrements. C'est ainsi qu'après avoir toujours
+employé les plus fausses alarmes pour causer les maux les plus réels,
+ils veulent se servir encore du même moyen pour les perpétuer; c'est
+ainsi qu'ils espèrent faire supporter le fléau de leur odieuse
tyrannie, en faisant croire que tout ce qui la combat conduit au plus
dur despotisme.</p>
<p>Mais, Sire, les intentions des souverains qui vous donneront des
-secours sont aussi droites, aussi pures que le zèle qui nous les fait
-solliciter; elles n'ont rien d'effrayant ni pour l'État, ni pour vos
+secours sont aussi droites, aussi pures que le zèle qui nous les fait
+solliciter; elles n'ont rien d'effrayant ni pour l'État, ni pour vos
peuples: ce n'est point les attaquer, c'est leur rendre le plus
-signalé de tous les services, que de les arracher au despotisme des
-démagogues, aux calamités de l'anarchie. Vous vouliez assurer plus que
-jamais la liberté de vos sujets, quand des séditieux vous ont ravi la
-<span class="pagenum"><a id="page596" name="page596"></a>(p. 596)</span> vôtre; ce que nous faisons pour parvenir à vous la rendre,
-avec la mesure d'autorité qui vous appartient légitimement, ne peut
-être suspecté de volonté oppressive; c'est au contraire venger la
-liberté que de réprimer la licence; affranchir la nation, que de
-rétablir la force publique, sans laquelle elle ne peut être libre. Ces
-principes, Sire, sont les vôtres; le même esprit de modération et de
-bienfaisance qui caractérise toutes vos actions sera la règle de notre
-conduite: il est l'âme de toutes nos démarches auprès des cours
-étrangères; et dépositaires des témoignages positifs des vues aussi
-généreuses, qu'équitables qui les animent, nous pouvons garantir
-qu'elles n'ont d'autre désir que de vous remettre en possession du
-gouvernement de vos États, pour que vos peuples puissent jouir en paix
-des bienfaits que vous leur avez destinés.</p>
-
-<p>Si les rebelles opposent à ce désir une résistance opiniâtre et
-aveugle, qui force les armées étrangères de pénétrer dans le royaume,
-eux seuls les y auront attirées, sur eux seuls rejailliroit le sang
-coupable qu'il seroit nécessaire de répandre; la guerre seroit leur
-ouvrage. Le but des puissances étrangères n'est que de soutenir la
-partie saine de la nation contre la partie délirante, et d'éteindre au
-sein du royaume le volcan du fanatisme, dont les éruptions propagées
+signalé de tous les services, que de les arracher au despotisme des
+démagogues, aux calamités de l'anarchie. Vous vouliez assurer plus que
+jamais la liberté de vos sujets, quand des séditieux vous ont ravi la
+<span class="pagenum"><a id="page596" name="page596"></a>(p. 596)</span> vôtre; ce que nous faisons pour parvenir à vous la rendre,
+avec la mesure d'autorité qui vous appartient légitimement, ne peut
+être suspecté de volonté oppressive; c'est au contraire venger la
+liberté que de réprimer la licence; affranchir la nation, que de
+rétablir la force publique, sans laquelle elle ne peut être libre. Ces
+principes, Sire, sont les vôtres; le même esprit de modération et de
+bienfaisance qui caractérise toutes vos actions sera la règle de notre
+conduite: il est l'âme de toutes nos démarches auprès des cours
+étrangères; et dépositaires des témoignages positifs des vues aussi
+généreuses, qu'équitables qui les animent, nous pouvons garantir
+qu'elles n'ont d'autre désir que de vous remettre en possession du
+gouvernement de vos États, pour que vos peuples puissent jouir en paix
+des bienfaits que vous leur avez destinés.</p>
+
+<p>Si les rebelles opposent à ce désir une résistance opiniâtre et
+aveugle, qui force les armées étrangères de pénétrer dans le royaume,
+eux seuls les y auront attirées, sur eux seuls rejailliroit le sang
+coupable qu'il seroit nécessaire de répandre; la guerre seroit leur
+ouvrage. Le but des puissances étrangères n'est que de soutenir la
+partie saine de la nation contre la partie délirante, et d'éteindre au
+sein du royaume le volcan du fanatisme, dont les éruptions propagées
menacent tous les empires.</p>
-<p>D'ailleurs, Sire, il n'y a pas lieu de croire que les François,
+<p>D'ailleurs, Sire, il n'y a pas lieu de croire que les François,
quelque soin qu'on prenne d'enflammer leur bravoure naturelle, en
-exaltant, en électrisant toutes les têtes par des prestiges de
-patriotisme et de liberté, veuillent longtemps sacrifier leur repos,
+exaltant, en électrisant toutes les têtes par des prestiges de
+patriotisme et de liberté, veuillent longtemps sacrifier leur repos,
leurs biens et leur sang pour soutenir une innovation extravagante qui
-n'a fait que des malheureux. L'ivresse n'a qu'un temps; les succès du
-crime ont des bornes; et on se lasse bientôt des excès, quand on est
-soi-même victime. Bientôt on se demandera pourquoi on se bat, et l'on
+n'a fait que des malheureux. L'ivresse n'a qu'un temps; les succès du
+crime ont des bornes; et on se lasse bientôt des excès, quand on est
+soi-même victime. Bientôt on se demandera pourquoi on se bat, et l'on
verra que c'est pour servir l'ambition d'une troupe de factieux qu'on
-méprise, contre un roi qui s'est toujours montré juste et humain;
+méprise, contre un roi qui s'est toujours montré juste et humain;
pourquoi l'on se ruine, et l'on verra que c'est pour assouvir la
-cupidité de ceux qui se sont emparés de toutes les richesses de
-l'État, qui en font le plus détestable usage, et qui, chargés de
-restaurer les finances publiques, les ont précipitées dans un abîme
-épouvantable; pourquoi on viole les devoirs les plus sacrés, et l'on
+cupidité de ceux qui se sont emparés de toutes les richesses de
+l'État, qui en font le plus détestable usage, et qui, chargés de
+restaurer les finances publiques, les ont précipitées dans un abîme
+épouvantable; pourquoi on viole les devoirs les plus sacrés, et l'on
verra que c'est pour devenir plus pauvres, plus souffrants, plus
-vexés, plus imposés qu'on ne l'avoit jamais été; pourquoi on
+vexés, plus imposés qu'on ne l'avoit jamais été; pourquoi on
bouleverse l'ancien gouvernement, et l'on verra que c'est dans le vain
-espoir d'en introduire un qui, s'il étoit praticable, seroit mille
-fois plus abusif, mais dont l'exécution <span class="pagenum"><a id="page597" name="page597"></a>(p. 597)</span> est absolument
-impossible; pourquoi l'on persécute les ministres de Dieu, et l'on
+espoir d'en introduire un qui, s'il étoit praticable, seroit mille
+fois plus abusif, mais dont l'exécution <span class="pagenum"><a id="page597" name="page597"></a>(p. 597)</span> est absolument
+impossible; pourquoi l'on persécute les ministres de Dieu, et l'on
verra que c'est pour favoriser les desseins d'une secte orgueilleuse
-qui a résolu de détruire toute religion, et par conséquent de
-déchaîner tous les crimes.</p>
+qui a résolu de détruire toute religion, et par conséquent de
+déchaîner tous les crimes.</p>
-<p>Déjà même toutes ces vérités sont devenues sensibles, déjà le voile de
-l'imposture se déchire de toutes parts, et les murmures contre
-l'assemblée qui a usurpé tous les pouvoirs et anéanti tous les droits
-s'étendent d'une extrémité du royaume à l'autre.</p>
+<p>Déjà même toutes ces vérités sont devenues sensibles, déjà le voile de
+l'imposture se déchire de toutes parts, et les murmures contre
+l'assemblée qui a usurpé tous les pouvoirs et anéanti tous les droits
+s'étendent d'une extrémité du royaume à l'autre.</p>
<p>Ne jugez pas, Sire, de la disposition du plus grand nombre par le
mouvement des plus turbulents; ne jugez pas le sentiment national
-d'après l'inaction de la fidélité et son apparente indifférence.
-Lorsque vous fûtes arrêté à Varennes et lorsqu'une troupe de
-satellites vous reconduisit à Paris, l'effroi glaçoit alors tous les
-esprits et faisoit régner un morne silence. Ce qu'on vous cacha, ce
-qui dénote bien mieux le changement qui s'est fait et se fait encore
-de jour en jour dans l'opinion, ce sont les marques de mécontentement
+d'après l'inaction de la fidélité et son apparente indifférence.
+Lorsque vous fûtes arrêté à Varennes et lorsqu'une troupe de
+satellites vous reconduisit à Paris, l'effroi glaçoit alors tous les
+esprits et faisoit régner un morne silence. Ce qu'on vous cacha, ce
+qui dénote bien mieux le changement qui s'est fait et se fait encore
+de jour en jour dans l'opinion, ce sont les marques de mécontentement
qui percent de toutes les provinces, et qui n'attendent qu'un appui
-pour éclater davantage; c'est la demande que plusieurs départements
-viennent de former pour que l'Assemblée ait à rendre compte des sommes
-immenses qu'elle a dilapidées depuis sa gestion; c'est la frayeur que
-ses chefs laissent apercevoir, et leurs tentatives réitérées pour
+pour éclater davantage; c'est la demande que plusieurs départements
+viennent de former pour que l'Assemblée ait à rendre compte des sommes
+immenses qu'elle a dilapidées depuis sa gestion; c'est la frayeur que
+ses chefs laissent apercevoir, et leurs tentatives réitérées pour
entrer en accommodement; ce sont les plaintes du commerce et
-l'explosion récente du désespoir de nos colonies; c'est enfin la
-pénurie absolue du numéraire, le refus des contribuables de payer les
-impôts, l'attente d'une banqueroute prochaine, la défection des
-troupes qui, victimes de tous les genres de séduction, commencent à
-s'en indigner, et le progrès toujours croissant des émigrations. Il
-est impossible de se méprendre à de pareils signes, et leur notoriété
-est telle que l'audace même des séducteurs du peuple ne sauroit en
-contester la vérité.</p>
-
-<p>Ne croyez donc pas, Sire, à l'exagération des dangers par lesquels on
-s'efforce de vous effrayer. On sait que, peu sensible à ceux qui ne
-menaceroient que votre personne, vous l'êtes infiniment à ceux qui
+l'explosion récente du désespoir de nos colonies; c'est enfin la
+pénurie absolue du numéraire, le refus des contribuables de payer les
+impôts, l'attente d'une banqueroute prochaine, la défection des
+troupes qui, victimes de tous les genres de séduction, commencent à
+s'en indigner, et le progrès toujours croissant des émigrations. Il
+est impossible de se méprendre à de pareils signes, et leur notoriété
+est telle que l'audace même des séducteurs du peuple ne sauroit en
+contester la vérité.</p>
+
+<p>Ne croyez donc pas, Sire, à l'exagération des dangers par lesquels on
+s'efforce de vous effrayer. On sait que, peu sensible à ceux qui ne
+menaceroient que votre personne, vous l'êtes infiniment à ceux qui
tomberoient sur vos peuples, ou qui pourroient frapper des objets
-chers à votre c&oelig;ur, et c'est sur eux qu'on a la barbarie de vous
-faire frémir continuellement, en même temps qu'on a l'impudence de
-vanter votre liberté. Mais depuis trop longtemps on abuse de cet
+chers à votre c&oelig;ur, et c'est sur eux qu'on a la barbarie de vous
+faire frémir continuellement, en même temps qu'on a l'impudence de
+vanter votre liberté. Mais depuis trop longtemps on abuse de cet
artifice, et le moment est venu de rejeter sur les factieux qui vous
outragent l'arme de la terreur qui jusqu'ici a fait toute leur force.</p>
-<p>Les grands forfaits ne sont point à craindre lorsqu'il n'y a aucun
-intérêt à les commettre, ni aucun moyen d'éviter, en les commettant,
+<p>Les grands forfaits ne sont point à craindre lorsqu'il n'y a aucun
+intérêt à les commettre, ni aucun moyen d'éviter, en les commettant,
<span class="pagenum"><a id="page598" name="page598"></a>(p. 598)</span> une punition terrible. Tout Paris sait, tout Paris doit
-savoir que si une scélératesse fanatique ou soudoyée osoit attenter à
-vos jours ou à ceux de la Reine, des armées puissantes, chassant
-devant elles une milice foible par indicispline, découragée par les
-remords, viendroient aussitôt fondre sur la ville impie qui auroit
-attiré sur elle la vengeance du ciel et l'indignation de l'univers.
-Aucun des coupables ne pourroit échapper aux plus rigoureux supplices;
+savoir que si une scélératesse fanatique ou soudoyée osoit attenter à
+vos jours ou à ceux de la Reine, des armées puissantes, chassant
+devant elles une milice foible par indicispline, découragée par les
+remords, viendroient aussitôt fondre sur la ville impie qui auroit
+attiré sur elle la vengeance du ciel et l'indignation de l'univers.
+Aucun des coupables ne pourroit échapper aux plus rigoureux supplices;
donc aucun d'eux ne voudra s'y exposer.</p>
<p>Mais si la plus aveugle fureur armoit un bras parricide, vous verriez,
-Sire, n'en doutez pas, des milliers de citoyens fidèles se précipiter
+Sire, n'en doutez pas, des milliers de citoyens fidèles se précipiter
autour de la famille royale, vous couvrir, s'il le falloit, de leurs
-corps, et verser tout leur sang pour défendre le vôtre... Eh! pourquoi
+corps, et verser tout leur sang pour défendre le vôtre... Eh! pourquoi
cesseriez-vous de compter sur l'affection d'un peuple dont vous n'avez
-pas cessé un seul moment de vouloir le bonheur?</p>
+pas cessé un seul moment de vouloir le bonheur?</p>
-<p>Le François se laisse facilement égarer, mais facilement aussi il
+<p>Le François se laisse facilement égarer, mais facilement aussi il
rentre dans la route du devoir; ses m&oelig;urs sont naturellement trop
-douces pour que ses actions soient longtemps féroces; et son amour
-pour ses rois est trop enraciné dans son c&oelig;ur, pour qu'une illusion
-funeste ait pu l'en arracher entièrement.</p>
-
-<p>Qui pourroit être plus porté que nous à concevoir des alarmes sur la
-situation d'un frère tendrement chéri? Mais, au dire même de vos plus
-téméraires oppresseurs, ce refus du résumé constitutionnel, que nous
-apprenons vous avoir été présenté par l'Assemblée, le 3 de ce mois, ne
-vous exposeroit qu'au danger d'être destitué par elle de la royauté;
-or ce danger n'en est pas un. Qu'importe que vous cessiez d'être roi
+douces pour que ses actions soient longtemps féroces; et son amour
+pour ses rois est trop enraciné dans son c&oelig;ur, pour qu'une illusion
+funeste ait pu l'en arracher entièrement.</p>
+
+<p>Qui pourroit être plus porté que nous à concevoir des alarmes sur la
+situation d'un frère tendrement chéri? Mais, au dire même de vos plus
+téméraires oppresseurs, ce refus du résumé constitutionnel, que nous
+apprenons vous avoir été présenté par l'Assemblée, le 3 de ce mois, ne
+vous exposeroit qu'au danger d'être destitué par elle de la royauté;
+or ce danger n'en est pas un. Qu'importe que vous cessiez d'être roi
aux yeux des factieux, lorsque vous le seriez plus glorieusement et
plus solidement que jamais aux yeux de toute l'Europe et dans le
-c&oelig;ur de tous vos sujets fidèles? Qu'importe que, par une entreprise
-insensée, on osât vous déclarer déchu du trône de vos ancêtres,
-lorsque les forces combinées de toutes les puissances sont préparées
+c&oelig;ur de tous vos sujets fidèles? Qu'importe que, par une entreprise
+insensée, on osât vous déclarer déchu du trône de vos ancêtres,
+lorsque les forces combinées de toutes les puissances sont préparées
pour vous y maintenir et punir les vils usurpateurs qui en auroient
-souillé l'éclat?</p>
+souillé l'éclat?</p>
-<p>Le danger seroit bien plus grand si, en paroissant consentir à la
+<p>Le danger seroit bien plus grand si, en paroissant consentir à la
dissolution de la monarchie, vous paroissiez affaiblir vos droits
personnels aux secours de tous les monarques, et si vous sembliez vous
-séparer de la cause des souverains en consacrant une doctrine qu'ils
-sont obligés de proscrire. Le péril augmenteroit en proportion de ce
-que vous montreriez moins de confiance dans les moyens préservateurs;
-il augmenteroit à mesure que l'impression du caractère auguste qui
-fait trembler le crime aux pieds de la majesté royale dignement
+séparer de la cause des souverains en consacrant une doctrine qu'ils
+sont obligés de proscrire. Le péril augmenteroit en proportion de ce
+que vous montreriez moins de confiance dans les moyens préservateurs;
+il augmenteroit à mesure que l'impression du caractère auguste qui
+fait trembler le crime aux pieds de la majesté royale dignement
<span class="pagenum"><a id="page599" name="page599"></a>(p. 599)</span> soutenue, perdroit de sa force; il augmenteroit lorsque
-l'apparence de l'abandon des intérêts de la religion pourroit exciter
+l'apparence de l'abandon des intérêts de la religion pourroit exciter
la fermentation la plus redoutable; il augmenteroit enfin, si, vous
-résignant à n'avoir plus que le vain titre d'un roi sans pouvoir, vous
+résignant à n'avoir plus que le vain titre d'un roi sans pouvoir, vous
paroissiez, au jugement de l'univers, abdiquer la couronne, dont
-chacun sait que la conservation exige celle des droits inaliénables
-qui y sont essentiellement inhérents.</p>
+chacun sait que la conservation exige celle des droits inaliénables
+qui y sont essentiellement inhérents.</p>
-<p>Le plus sacré des devoirs, Sire, ainsi que le plus vif attachement,
-nous portent à mettre sous vos yeux toutes ces conséquences
-dangereuses de la moindre apparence de foiblesse, en même temps que
-nous vous présentons la masse des forces imposantes qui doit être la
-sauvegarde de votre fermeté.</p>
+<p>Le plus sacré des devoirs, Sire, ainsi que le plus vif attachement,
+nous portent à mettre sous vos yeux toutes ces conséquences
+dangereuses de la moindre apparence de foiblesse, en même temps que
+nous vous présentons la masse des forces imposantes qui doit être la
+sauvegarde de votre fermeté.</p>
-<p>Nous devons encore vous annoncer, et même nous jurons à vos pieds, que
+<p>Nous devons encore vous annoncer, et même nous jurons à vos pieds, que
si des motifs qu'il nous est impossible d'apercevoir, mais qui ne
-pourroient avoir pour principe que l'excès de la violence et une
-contrainte qui, pour être déguisée, n'en seroit que plus cruelle,
-forçoient votre main de souscrire une acceptation que votre c&oelig;ur
-rejette, que votre intérêt et celui de vos peuples repoussent, et que
-votre devoir de roi vous interdit expressément, nous protesterions à
-la face de toute la terre, et de la manière la plus solennelle, contre
-cet acte illusoire et tout ce qui pourroit en dépendre; nous
-démontrerions qu'il est nul par lui-même, nul par le défaut de
-liberté, nul par le vice radical de toutes les opérations de
-l'Assemblée usurpatrice, qui, n'étant pas assemblée d'états généraux,
-n'est rien. Nous sommes fondés sur les droits de la nation entière à
-rejeter des décrets diamétralement contraires à son v&oelig;u exprimé par
-l'unanimité des cahiers, et nous désavouerions pour elle des
-mandataires infidèles qui, en violant les ordres et transgressant la
-mission qu'elle leur avoit donnée, ont cessé d'être ses représentants;
-nous soutiendrions, ce qui est évident, qu'ayant agi contre leur
+pourroient avoir pour principe que l'excès de la violence et une
+contrainte qui, pour être déguisée, n'en seroit que plus cruelle,
+forçoient votre main de souscrire une acceptation que votre c&oelig;ur
+rejette, que votre intérêt et celui de vos peuples repoussent, et que
+votre devoir de roi vous interdit expressément, nous protesterions à
+la face de toute la terre, et de la manière la plus solennelle, contre
+cet acte illusoire et tout ce qui pourroit en dépendre; nous
+démontrerions qu'il est nul par lui-même, nul par le défaut de
+liberté, nul par le vice radical de toutes les opérations de
+l'Assemblée usurpatrice, qui, n'étant pas assemblée d'états généraux,
+n'est rien. Nous sommes fondés sur les droits de la nation entière à
+rejeter des décrets diamétralement contraires à son v&oelig;u exprimé par
+l'unanimité des cahiers, et nous désavouerions pour elle des
+mandataires infidèles qui, en violant les ordres et transgressant la
+mission qu'elle leur avoit donnée, ont cessé d'être ses représentants;
+nous soutiendrions, ce qui est évident, qu'ayant agi contre leur
titre, ils ont agi sans pouvoir, et que ce qu'ils n'ont pu faire
-légalement ne peut être accepté validement. Notre protestation, signée
-avec nous par tous les princes de votre sang qui nous sont réunis,
-seroit commune à toute la maison de Bourbon, à qui ses droits
-éventuels à la couronne imposent le devoir d'en défendre l'auguste
-dépôt. Nous protesterions pour vous-même, Sire, en protestant pour vos
+légalement ne peut être accepté validement. Notre protestation, signée
+avec nous par tous les princes de votre sang qui nous sont réunis,
+seroit commune à toute la maison de Bourbon, à qui ses droits
+éventuels à la couronne imposent le devoir d'en défendre l'auguste
+dépôt. Nous protesterions pour vous-même, Sire, en protestant pour vos
peuples, pour la religion, pour les maximes fondamentales de la
-monarchie et pour tous les ordres de l'État.</p>
+monarchie et pour tous les ordres de l'État.</p>
<p>Nous protesterions pour vous et en votre nom contre ce qui n'en auroit
-qu'une fausse empreinte. Votre voix étant étouffée par l'oppression,
-nous en serions les organes nécessaires, et nous exprimerions
-<span class="pagenum"><a id="page600" name="page600"></a>(p. 600)</span> vos vrais sentiments, tels qu'ils sont consignés au serment
-de votre avénement au trône, tels qu'ils sont constatés par les
-actions de votre vie entière, tels qu'ils se sont montrés dans la
-déclaration que vous avez faite au moment où vous vous êtes cru libre;
+qu'une fausse empreinte. Votre voix étant étouffée par l'oppression,
+nous en serions les organes nécessaires, et nous exprimerions
+<span class="pagenum"><a id="page600" name="page600"></a>(p. 600)</span> vos vrais sentiments, tels qu'ils sont consignés au serment
+de votre avénement au trône, tels qu'ils sont constatés par les
+actions de votre vie entière, tels qu'ils se sont montrés dans la
+déclaration que vous avez faite au moment où vous vous êtes cru libre;
vous ne pouvez pas, vous ne devez pas en avoir d'autres, et votre
-volonté n'existe que dans les actes où elle respire librement.</p>
+volonté n'existe que dans les actes où elle respire librement.</p>
-<p>Nous protesterions pour vos peuples, qui, dans leur délire, ne peuvent
-apercevoir combien ce fantôme de constitution nouvelle qu'on fait
-briller à leurs yeux et aux pieds duquel on les fait jurer vainement,
+<p>Nous protesterions pour vos peuples, qui, dans leur délire, ne peuvent
+apercevoir combien ce fantôme de constitution nouvelle qu'on fait
+briller à leurs yeux et aux pieds duquel on les fait jurer vainement,
leur deviendroit funeste. Lorsque ces peuples, ne connoissant plus ni
-chef légitime, ni leurs intérêts les plus chers, se laissent entraîner
-à leur perte; lorsque, aveuglés par de trompeuses promesses, ils ne
-voient pas qu'on les anime eux-mêmes à détruire les gages de leur
-sûreté, les soutiens de leur repos, les principes de leur subsistance
-et tous les liens de leur association civile, il faut en réclamer pour
-eux le rétablissement, il faut les sauver de leur propre frénésie.</p>
-
-<p>Nous protesterions pour la religion de nos pères, qui est attaquée
+chef légitime, ni leurs intérêts les plus chers, se laissent entraîner
+à leur perte; lorsque, aveuglés par de trompeuses promesses, ils ne
+voient pas qu'on les anime eux-mêmes à détruire les gages de leur
+sûreté, les soutiens de leur repos, les principes de leur subsistance
+et tous les liens de leur association civile, il faut en réclamer pour
+eux le rétablissement, il faut les sauver de leur propre frénésie.</p>
+
+<p>Nous protesterions pour la religion de nos pères, qui est attaquée
dans ses dogmes et dans son culte, comme dans ses ministres; et
-suppléant à l'impuissance où vous serez de remplir vous-même vos
-devoirs de fils aîné de l'Église, nous prendrions en votre nom la
-défense de ses droits, nous nous opposerions à des spoliations qui
-tendent à l'avenir; nous nous élèverions avec force contre des actes
+suppléant à l'impuissance où vous serez de remplir vous-même vos
+devoirs de fils aîné de l'Église, nous prendrions en votre nom la
+défense de ses droits, nous nous opposerions à des spoliations qui
+tendent à l'avenir; nous nous élèverions avec force contre des actes
qui menacent le royaume des horreurs du schisme, et nous professerions
-hautement notre attachement inaltérable aux règles ecclésiastiques
-admises dans l'État, desquelles vous avez juré de maintenir
+hautement notre attachement inaltérable aux règles ecclésiastiques
+admises dans l'État, desquelles vous avez juré de maintenir
l'observation.</p>
<p>Nous protesterions pour les maximes fondamentales de la monarchie,
-dont il ne vous est pas permis, Sire, de vous départir, que la nation
-elle-même a déclarées inviolables, et qui seroient totalement
-renversées par les décrets qu'on vous présente, spécialement par ceux
-qui, en excluant le Roi de l'exercice du pouvoir législatif,
-abolissent la royauté même; par ceux qui en détruisent tous les
-soutiens, en supprimant les rangs intermédiaires; par ceux qui, en
-nivelant tous les états, anéantissent jusqu'au principe de
-l'obéissance; par ceux qui enlèvent au monarque les fonctions les plus
-essentielles du gouvernement monarchique, ou qui le rendent subordonné
-dans celles qu'ils lui laissent; par ceux enfin qui ont armé le
-peuple, qui ont annulé la force publique, et qui, en confondant tous
+dont il ne vous est pas permis, Sire, de vous départir, que la nation
+elle-même a déclarées inviolables, et qui seroient totalement
+renversées par les décrets qu'on vous présente, spécialement par ceux
+qui, en excluant le Roi de l'exercice du pouvoir législatif,
+abolissent la royauté même; par ceux qui en détruisent tous les
+soutiens, en supprimant les rangs intermédiaires; par ceux qui, en
+nivelant tous les états, anéantissent jusqu'au principe de
+l'obéissance; par ceux qui enlèvent au monarque les fonctions les plus
+essentielles du gouvernement monarchique, ou qui le rendent subordonné
+dans celles qu'ils lui laissent; par ceux enfin qui ont armé le
+peuple, qui ont annulé la force publique, et qui, en confondant tous
les pouvoirs, ont introduit en France la tyrannie populaire.</p>
-<p><span class="pagenum"><a id="page601" name="page601"></a>(p. 601)</span> Nous protesterions pour tous les ordres de l'État, parce que,
-indépendamment de la suppression intolérable et impossible prononcée
-contre les deux premiers ordres, tous ont été lésés, vexés,
-dépouillés, et nous aurions à réclamer tout à la fois les droits du
-clergé, qui n'a voulu montrer une ferme et généreuse résistance que
-pour les intérêts du ciel et les fonctions du saint ministère; les
-droits de la noblesse, qui, plus sensible aux outrages faits au trône
-dont elle est l'appui qu'à la persécution qu'elle éprouve, sacrifie
-tout pour manifester par un zèle éclatant qu'aucun obstacle ne peut
-empêcher un chevalier françois de demeurer fidèle à son roi, à sa
-patrie, à son honneur; les droits de la magistrature qui regrette,
-beaucoup plus que la privation de son état, de se voir réduite à gémir
-en silence de l'abandon de la justice, de l'impunité des crimes et de
-la violation des lois dont elle est essentiellement dépositaire;
+<p><span class="pagenum"><a id="page601" name="page601"></a>(p. 601)</span> Nous protesterions pour tous les ordres de l'État, parce que,
+indépendamment de la suppression intolérable et impossible prononcée
+contre les deux premiers ordres, tous ont été lésés, vexés,
+dépouillés, et nous aurions à réclamer tout à la fois les droits du
+clergé, qui n'a voulu montrer une ferme et généreuse résistance que
+pour les intérêts du ciel et les fonctions du saint ministère; les
+droits de la noblesse, qui, plus sensible aux outrages faits au trône
+dont elle est l'appui qu'à la persécution qu'elle éprouve, sacrifie
+tout pour manifester par un zèle éclatant qu'aucun obstacle ne peut
+empêcher un chevalier françois de demeurer fidèle à son roi, à sa
+patrie, à son honneur; les droits de la magistrature qui regrette,
+beaucoup plus que la privation de son état, de se voir réduite à gémir
+en silence de l'abandon de la justice, de l'impunité des crimes et de
+la violation des lois dont elle est essentiellement dépositaire;
enfin, des droits des possesseurs quelconques, puisqu'il n'est point
-en France de propriété qui ait été respectée, point de citoyens
-honnêtes qui n'aient souffert.</p>
+en France de propriété qui ait été respectée, point de citoyens
+honnêtes qui n'aient souffert.</p>
-<p>Comment pourriez-vous, Sire, donner une approbation sincère et valide
-à la prétendue constitution qui a produit tant de maux!</p>
+<p>Comment pourriez-vous, Sire, donner une approbation sincère et valide
+à la prétendue constitution qui a produit tant de maux!</p>
-<p>Dépositaire usufruitier du trône que vous avez hérité de vos aïeux,
-vous ne pouvez ni en aliéner les droits patrimoniaux, ni détruire la
+<p>Dépositaire usufruitier du trône que vous avez hérité de vos aïeux,
+vous ne pouvez ni en aliéner les droits patrimoniaux, ni détruire la
base constitutive sur laquelle il est assis.</p>
-<p>Défenseur-né de la religion de vos États, vous ne pouvez pas consentir
-à ce qui tend à sa ruine, et abandonner ses ministres à l'opprobre.</p>
+<p>Défenseur-né de la religion de vos États, vous ne pouvez pas consentir
+à ce qui tend à sa ruine, et abandonner ses ministres à l'opprobre.</p>
-<p>Débiteur de la justice à vos sujets, vous ne pouvez pas renoncer à la
+<p>Débiteur de la justice à vos sujets, vous ne pouvez pas renoncer à la
fonction essentiellement royale de la leur faire rendre par les
-tribunaux légalement constitués et d'en surveiller vous-même
+tribunaux légalement constitués et d'en surveiller vous-même
l'administration.</p>
<p>Protecteur des droits de tous les ordres et des possessions de tous
-les particuliers, vous ne pouvez pas les laisser violer et anéantir
+les particuliers, vous ne pouvez pas les laisser violer et anéantir
par la plus arbitraire des oppressions.</p>
-<p>Enfin, père de vos peuples, vous ne pouvez pas les livrer au désordre
+<p>Enfin, père de vos peuples, vous ne pouvez pas les livrer au désordre
de l'anarchie.</p>
-<p>Si le crime qui vous obsède et la violence qui vous lie les mains ne
-vous permettent pas de remplir ces devoirs sacrés, ils n'en sont pas
-moins gravés dans votre c&oelig;ur en traits ineffaçables, et nous
-accomplirons votre volonté réelle en suppléant, autant qu'il est en
-nous, à l'impuissance où vous êtes de l'exercer. Dussiez-vous même
-nous le défendre, et fussiez-vous forcé de vous dire libre en nous le
-défendant, ces défenses évidemment contraires à vos sentiments,
+<p>Si le crime qui vous obsède et la violence qui vous lie les mains ne
+vous permettent pas de remplir ces devoirs sacrés, ils n'en sont pas
+moins gravés dans votre c&oelig;ur en traits ineffaçables, et nous
+accomplirons votre volonté réelle en suppléant, autant qu'il est en
+nous, à l'impuissance où vous êtes de l'exercer. Dussiez-vous même
+nous le défendre, et fussiez-vous forcé de vous dire libre en nous le
+défendant, ces défenses évidemment contraires à vos sentiments,
puisqu'elles <span class="pagenum"><a id="page602" name="page602"></a>(p. 602)</span> le seroient au premier de vos devoirs; ces
-défenses sorties du sein de votre captivité, qui ne cessera réellement
-que quand vos peuples seront rentrés dans le devoir et vos troupes
-sous votre obéissance; ces défenses qui ne pourroient avoir plus de
+défenses sorties du sein de votre captivité, qui ne cessera réellement
+que quand vos peuples seront rentrés dans le devoir et vos troupes
+sous votre obéissance; ces défenses qui ne pourroient avoir plus de
valeur que tout ce que vous avez fait avant votre sortie et que vous
-avez désavoué ensuite; ces défenses enfin, qui seroient imprégnées de
-la même nullité que l'acte approbatif contre lequel nous serions
-obligés de protester, ne pourroient certainement pas nous faire trahir
-notre devoir, sacrifier vos intérêts et manquer à ce que la France
-auroit droit d'exiger de nous en pareille circonstance; nous obéirons,
-Sire, à vos véritables commandements, en résistant à des défenses
-extorquées, et nous serions sûrs de votre approbation en suivant les
+avez désavoué ensuite; ces défenses enfin, qui seroient imprégnées de
+la même nullité que l'acte approbatif contre lequel nous serions
+obligés de protester, ne pourroient certainement pas nous faire trahir
+notre devoir, sacrifier vos intérêts et manquer à ce que la France
+auroit droit d'exiger de nous en pareille circonstance; nous obéirons,
+Sire, à vos véritables commandements, en résistant à des défenses
+extorquées, et nous serions sûrs de votre approbation en suivant les
lois de l'honneur. Notre parfaite soumission vous est trop connue pour
-que jamais elle vous paroisse douteuse. Puissions-nous être bientôt au
-moment heureux où, rétabli en pleine liberté, vous nous verrez voler
-dans vos bras, y renouveler l'hommage de notre obéissance et en donner
-l'exemple à tous vos sujets.</p>
+que jamais elle vous paroisse douteuse. Puissions-nous être bientôt au
+moment heureux où, rétabli en pleine liberté, vous nous verrez voler
+dans vos bras, y renouveler l'hommage de notre obéissance et en donner
+l'exemple à tous vos sujets.</p>
-<p>Nous sommes, Sire, notre frère et seigneur, de Votre Majesté</p>
+<p>Nous sommes, Sire, notre frère et seigneur, de Votre Majesté</p>
-<p>Les très-humbles et très-obéissants frères, serviteurs et sujets,</p>
+<p>Les très-humbles et très-obéissants frères, serviteurs et sujets,</p>
<p class="author"><span class="smcap">Louis-Stanislas-Xavier.</span>
<span class="add2em smcap">Charles-Philippe.</span>
-<p>Au château de Schonburnstust, près Coblentz, le 10 septembre 1791.</p>
+<p>Au château de Schonburnstust, près Coblentz, le 10 septembre 1791.</p>
<hr class="hr10">
<a id="doc15" name="doc15"></a>
<h3>XV<br>
<span class="smaller">PROCLAMATION DU ROI<br>
-A L'OCCASION DE LA JOURNÉE DU 20 JUIN 1792.</span></h3>
+A L'OCCASION DE LA JOURNÉE DU 20 JUIN 1792.</span></h3>
-<p>Les Français n'auront pas appris sans douleur qu'une multitude égarée
-par quelques factieux est venue à main armée dans l'habitation du Roi,
-a traîné du canon jusque dans la salle des gardes, a enfoncé les
-portes de son appartement à coups de hache, et là, abusant
-audacieusement du nom de la nation, elle a tenté d'obtenir par la
-force la sanction que Sa Majesté a constitutionnellement refusée à
-deux décrets.</p>
+<p>Les Français n'auront pas appris sans douleur qu'une multitude égarée
+par quelques factieux est venue à main armée dans l'habitation du Roi,
+a traîné du canon jusque dans la salle des gardes, a enfoncé les
+portes de son appartement à coups de hache, et là, abusant
+audacieusement du nom de la nation, elle a tenté d'obtenir par la
+force la sanction que Sa Majesté a constitutionnellement refusée à
+deux décrets.</p>
-<p>Le Roi n'a opposé aux menaces et aux insultes des factieux que sa
+<p>Le Roi n'a opposé aux menaces et aux insultes des factieux que sa
conscience et son amour pour le bien public.</p>
-<p>Le Roi ignore quel sera le terme où ils voudront s'arrêter; mais il a
-besoin de dire à la nation française que la violence, à quelque
-<span class="pagenum"><a id="page603" name="page603"></a>(p. 603)</span> excès qu'on veuille la porter, ne lui arrachera jamais un
-consentement à tout ce qu'il trouvera contraire à l'intérêt public. Il
-expose sans regret sa tranquillité, sa sûreté; il sacrifie même sans
-peine la jouissance des droits qui appartiennent à tous les hommes, et
+<p>Le Roi ignore quel sera le terme où ils voudront s'arrêter; mais il a
+besoin de dire à la nation française que la violence, à quelque
+<span class="pagenum"><a id="page603" name="page603"></a>(p. 603)</span> excès qu'on veuille la porter, ne lui arrachera jamais un
+consentement à tout ce qu'il trouvera contraire à l'intérêt public. Il
+expose sans regret sa tranquillité, sa sûreté; il sacrifie même sans
+peine la jouissance des droits qui appartiennent à tous les hommes, et
que la loi devrait faire respecter chez lui, comme chez tous les
-citoyens; mais, comme représentant héréditaire de la nation française,
-il a des devoirs sacrés à remplir; et, s'il peut faire le sacrifice de
+citoyens; mais, comme représentant héréditaire de la nation française,
+il a des devoirs sacrés à remplir; et, s'il peut faire le sacrifice de
son repos, il ne fera pas le sacrifice de ses devoirs.</p>
<p>Si ceux qui veulent renverser la monarchie ont besoin d'un crime de
-plus, ils peuvent le commettre. Dans l'état de crise où elle se
-trouve, le Roi donnera jusqu'au dernier moment à toutes les autorités
-constituées l'exemple du courage et de la fermeté qui seuls peuvent
-sauver l'empire. En conséquence, il ordonne à tous les corps
-administratifs et municipaux de veiller à la sûreté des personnes et
-des propriétés.</p>
+plus, ils peuvent le commettre. Dans l'état de crise où elle se
+trouve, le Roi donnera jusqu'au dernier moment à toutes les autorités
+constituées l'exemple du courage et de la fermeté qui seuls peuvent
+sauver l'empire. En conséquence, il ordonne à tous les corps
+administratifs et municipaux de veiller à la sûreté des personnes et
+des propriétés.</p>
-<p class="author"><i>Signé:</i> LOUIS.</p>
+<p class="author"><i>Signé:</i> LOUIS.</p>
<p class="p2 center">FIN.</p>
@@ -30298,648 +30253,648 @@ des propriétés.</p>
DU SECOND VOLUME.</h2>
<ul class="none toc">
-<li><span class="smcap">Livre</span> VIII. <span class="smcap">Captivité de la famille royale au Temple</span> (depuis le
- 13 août 1792 jusqu'au 21 janvier 1793)
+<li><span class="smcap">Livre</span> VIII. <span class="smcap">Captivité de la famille royale au Temple</span> (depuis le
+ 13 août 1792 jusqu'au 21 janvier 1793)
<span class="ralign5"><a href="#page1">1</a></span></li>
-<li>&mdash;&mdash; IX. <span class="smcap">Depuis la mort de Louis XVI jusqu'à la translation de
- Marie-Antoinette à la Conciergerie</span> (21 janvier&mdash;2 août 1793)
+<li>&mdash;&mdash; IX. <span class="smcap">Depuis la mort de Louis XVI jusqu'à la translation de
+ Marie-Antoinette à la Conciergerie</span> (21 janvier&mdash;2 août 1793)
<span class="ralign5"><a href="#page103">103</a></span></li>
-<li>&mdash;&mdash; X. <span class="smcap">Depuis le départ de la Reine jusqu'à celui de Madame
- Élisabeth.&mdash;Interrogatoire de cette princesse</span>
- (2 août 1793&mdash;9 mai 1794)
+<li>&mdash;&mdash; X. <span class="smcap">Depuis le départ de la Reine jusqu'à celui de Madame
+ Élisabeth.&mdash;Interrogatoire de cette princesse</span>
+ (2 août 1793&mdash;9 mai 1794)
<span class="ralign5"><a href="#page149">149</a></span></li>
-<li>&mdash;&mdash; XI. <span class="smcap">Meurtre de Madame Élisabeth</span>
+<li>&mdash;&mdash; XI. <span class="smcap">Meurtre de Madame Élisabeth</span>
<span class="ralign5"><a href="#page191">191</a></span></li>
-<li><span class="smcap">Appendice.</span>&mdash;<span class="smcap">Documents concernant les recherches qui ont été
+<li><span class="smcap">Appendice.</span>&mdash;<span class="smcap">Documents concernant les recherches qui ont été
faites pour retrouver et constater les restes de
- Madame Élisabeth</span>
+ Madame Élisabeth</span>
<span class="ralign5"><a href="#page263">263</a></span></li>
-<li><span class="smcap">Lettres de Madame Élisabeth</span>
+<li><span class="smcap">Lettres de Madame Élisabeth</span>
<span class="ralign5"><a href="#page371">371</a></span></li>
-<li><span class="smcap">Notes, documents et pièces justificatives</span>
+<li><span class="smcap">Notes, documents et pièces justificatives</span>
<span class="ralign5"><a href="#page477">477</a></span></li>
-<li class="add2em">I. Lettre écrite de Paris par M. Repiquet, fédéré d'Autun, département
- de Saône-et-Loire, à M. Repiquet, son frère, citoyen
- audit Autun, sur les événements du 10 août
+<li class="add2em">I. Lettre écrite de Paris par M. Repiquet, fédéré d'Autun, département
+ de Saône-et-Loire, à M. Repiquet, son frère, citoyen
+ audit Autun, sur les événements du 10 août
<span class="ralign5"><a href="#page477">477</a></span></li>
-<li class="add2em">II. Lettre du vicaire de Fontenay de Vincennes à Madame Élisabeth
+<li class="add2em">II. Lettre du vicaire de Fontenay de Vincennes à Madame Élisabeth
<span class="ralign5"><a href="#page480">480</a></span></li>
-<li class="add2em">III. Aspect extérieur de la tour du Temple; personnel commis à sa
- garde; dispositions prises pour la sûreté de cette prison
+<li class="add2em">III. Aspect extérieur de la tour du Temple; personnel commis à sa
+ garde; dispositions prises pour la sûreté de cette prison
<span class="ralign5"><a href="#page481">481</a></span></li>
-<li class="add2em">IV. Mémoire de madame Marie-Antoinette
+<li class="add2em">IV. Mémoire de madame Marie-Antoinette
<span class="ralign5"><a href="#page486">486</a></span></li>
-<li class="add2em">V. Mémoires des médicaments fournis au Temple pendant les mois
+<li class="add2em">V. Mémoires des médicaments fournis au Temple pendant les mois
de <em>mai</em>, <em>juin</em> et <em>juillet</em> 1793
<span class="ralign5"><a href="#page489">489</a></span></li>
-<li class="add2em">VI. Détails que M. de Loménie de Brienne, ancien ministre de la
+<li class="add2em">VI. Détails que M. de Loménie de Brienne, ancien ministre de la
guerre, n'a pu lire ni faire lire pour sa justification
<span class="ralign5"><a href="#page493">493</a></span></li>
-<li class="add2em">VII. Extrait du registre des dépôts au greffe du tribunal révolutionnaire
+<li class="add2em">VII. Extrait du registre des dépôts au greffe du tribunal révolutionnaire
<span class="ralign5"><a href="#page496">496</a></span></li>
-<li class="add2em">VIII. Acte de décès de Marie Magnin, femme de Jacques Bosson
+<li class="add2em">VIII. Acte de décès de Marie Magnin, femme de Jacques Bosson
<span class="ralign5"><a href="#page499">499</a></span></li>
-<li class="add2em">IX. Acte de décès de Jacques Bosson
+<li class="add2em">IX. Acte de décès de Jacques Bosson
<span class="ralign5"><a href="#page500">500</a></span></li>
-<li class="add2em">X. Maison de Madame Élisabeth
+<li class="add2em">X. Maison de Madame Élisabeth
<span class="ralign5"><a href="#page500">500</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">I.</span> Arrêté de Delacroix, affectant à la manufacture d'une horlogerie
- automatique la maison dite Élisabeth, l'orangerie et la
- vacherie qui en dépendent, et plaçant cet établissement sous la
+<li class="add4em"><span class="smcap">I.</span> Arrêté de Delacroix, affectant à la manufacture d'une horlogerie
+ automatique la maison dite Élisabeth, l'orangerie et la
+ vacherie qui en dépendent, et plaçant cet établissement sous la
direction des citoyens Glaesner et Lemaire
<span class="ralign5"><a href="#page500">500</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">II.</span> Arrêté consulaire supprimant la manufacture d'horlogerie de
+<li class="add4em"><span class="smcap">II.</span> Arrêté consulaire supprimant la manufacture d'horlogerie de
Versailles
<span class="ralign5"><a href="#page503">503</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">III.</span> L'aliénation de la maison Élisabeth est décidée
+<li class="add4em"><span class="smcap">III.</span> L'aliénation de la maison Élisabeth est décidée
<span class="ralign5"><a href="#page503">503</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">IV.</span> Vente de la maison Élisabeth
+<li class="add4em"><span class="smcap">IV.</span> Vente de la maison Élisabeth
<span class="ralign5"><a href="#page504">504</a></span></li>
-<li class="add2em"><span class="pagenum"><a id="page606" name="page606"></a>(p. 606)</span> XI.&mdash;<span class="smcap">I.</span> Le 8 octobre 1793, triage, réserve et vente des fleurs du
+<li class="add2em"><span class="pagenum"><a id="page606" name="page606"></a>(p. 606)</span> XI.&mdash;<span class="smcap">I.</span> Le 8 octobre 1793, triage, réserve et vente des fleurs du
jardin de Montreuil
<span class="ralign5"><a href="#page509">509</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">II.</span> Le 10 ventôse an II (28 février 1794), le commissaire à la disposition
+<li class="add4em"><span class="smcap">II.</span> Le 10 ventôse an II (28 février 1794), le commissaire à la disposition
des plantes fait son rapport
<span class="ralign5"><a href="#page513">513</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">III.</span> Le 14 ventôse an II (4 mars 1794), l'administration décide
+<li class="add4em"><span class="smcap">III.</span> Le 14 ventôse an II (4 mars 1794), l'administration décide
que la location des potagers, orangerie et jardins, ci-devant
- appartenant à Élisabeth Capet, sera mise à l'enchère
+ appartenant à Élisabeth Capet, sera mise à l'enchère
<span class="ralign5"><a href="#page515">515</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">IV.</span> Le 25 frimaire an III (15 décembre 1794), le directeur de
+<li class="add4em"><span class="smcap">IV.</span> Le 25 frimaire an III (15 décembre 1794), le directeur de
l'agence nationale de l'enregistrement et des domaines annonce
- qu'il résulte des informations prises que les dégradations
- journalières commises dans le jardin Élisabeth sont le fait
+ qu'il résulte des informations prises que les dégradations
+ journalières commises dans le jardin Élisabeth sont le fait
du citoyen Leblanc, locataire actuel du jardin, qui y laisse
- habituellement pâturer ses vaches. Il invite l'agent national à
- intenter au délinquant, s'il y a lieu, une action judiciaire
+ habituellement pâturer ses vaches. Il invite l'agent national à
+ intenter au délinquant, s'il y a lieu, une action judiciaire
<span class="ralign5"><a href="#page516">516</a></span></li>
-<li class="add2em">XII. Récit du Père Carrichon
+<li class="add2em">XII. Récit du Père Carrichon
<span class="ralign5"><a href="#page517">517</a></span></li>
-<li class="add2em">XIII. Pièces diverses concernant Madame Élisabeth
+<li class="add2em">XIII. Pièces diverses concernant Madame Élisabeth
<span class="ralign5"><a href="#page527">527</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">I.</span> Son acte de baptême
+<li class="add4em"><span class="smcap">I.</span> Son acte de baptême
<span class="ralign5"><a href="#page527">527</a></span></li>
<li class="add4em"><span class="smcap">II.</span> Sa nourrice
<span class="ralign5"><a href="#page528">528</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">III.</span> État des appointements de ses dames de compagnie
+<li class="add4em"><span class="smcap">III.</span> État des appointements de ses dames de compagnie
<span class="ralign5"><a href="#page530">530</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">IV.</span> État des meubles de son appartement au château de Versailles
+<li class="add4em"><span class="smcap">IV.</span> État des meubles de son appartement au château de Versailles
<span class="ralign5"><a href="#page533">533</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">V.</span> État de ses diamants et perles
+<li class="add4em"><span class="smcap">V.</span> État de ses diamants et perles
<span class="ralign5"><a href="#page547">547</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">VI.</span> État des distributions d'étrennes
+<li class="add4em"><span class="smcap">VI.</span> État des distributions d'étrennes
<span class="ralign5"><a href="#page548">548</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">VII.</span> Registre des pensions trouvé chez Madame Élisabeth
+<li class="add4em"><span class="smcap">VII.</span> Registre des pensions trouvé chez Madame Élisabeth
<span class="ralign5"><a href="#page554">554</a></span></li>
<li class="add4em"><span class="smcap">VIII.</span> Appointements de ses dames de compagnie en 1790
<span class="ralign5"><a href="#page557">557</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">IX.</span> Détail des dépenses extraordinaires de la chambre de Madame
- Élisabeth
+<li class="add4em"><span class="smcap">IX.</span> Détail des dépenses extraordinaires de la chambre de Madame
+ Élisabeth
<span class="ralign5"><a href="#page558">558</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">X.</span> Déménagement des meubles de la chambre de Madame Élisabeth,
- qui ont été transportés au Garde-meuble, rue Neuve-Notre-Dame,
+<li class="add4em"><span class="smcap">X.</span> Déménagement des meubles de la chambre de Madame Élisabeth,
+ qui ont été transportés au Garde-meuble, rue Neuve-Notre-Dame,
n<sup>o</sup> 9, par Jubin, valet de chambre tapissier
<span class="ralign5"><a href="#page561">561</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">XI.</span> Liste des livres de Madame portés à Paris
+<li class="add4em"><span class="smcap">XI.</span> Liste des livres de Madame portés à Paris
<span class="ralign5"><a href="#page565">565</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">XII.</span> Livres retirés de la bibliothèque de Montreuil
+<li class="add4em"><span class="smcap">XII.</span> Livres retirés de la bibliothèque de Montreuil
<span class="ralign5"><a href="#page569">569</a></span></li>
<li class="add4em"><span class="smcap">XIII.</span> Nouvelles publications
<span class="ralign5"><a href="#page570">570</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">XIV.</span> Mémoire des ouvrages faits et fournis pour S. A. R. Madame
- Élisabeth de France par Bourbon
+<li class="add4em"><span class="smcap">XIV.</span> Mémoire des ouvrages faits et fournis pour S. A. R. Madame
+ Élisabeth de France par Bourbon
<span class="ralign5"><a href="#page574">574</a></span></li>
</ul>
-<p class="p2 entete smcap">DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON ÉLISABETH, SISE AU GRAND MONTREUIL.</p>
+<p class="p2 entete smcap">DOCUMENTS RELATIFS A LA MAISON ÉLISABETH, SISE AU GRAND MONTREUIL.</p>
<ul class="none toc">
-<li class="add4em"><span class="smcap">I.</span> Maison de Montreuil et son jardin; le produit pendant l'année
+<li class="add4em"><span class="smcap">I.</span> Maison de Montreuil et son jardin; le produit pendant l'année
1790
<span class="ralign5"><a href="#page575">575</a></span></li>
<li class="add4em"><span class="smcap">II.</span> Consigne du suisse de garde pour le jardin et les bosquets de
- la maison de Montreuil, donnée par M. Huvé
+ la maison de Montreuil, donnée par M. Huvé
<span class="ralign5"><a href="#page576">576</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">III.</span> Autre consigne, donnée par le sieur Sulleau
+<li class="add4em"><span class="smcap">III.</span> Autre consigne, donnée par le sieur Sulleau
<span class="ralign5"><a href="#page576">576</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">IV.</span> Ouvrages de la bibliothèque de Montreuil qui seraient également
- bien placés dans celle de Paris
+<li class="add4em"><span class="smcap">IV.</span> Ouvrages de la bibliothèque de Montreuil qui seraient également
+ bien placés dans celle de Paris
<span class="ralign5"><a href="#page578">578</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">V.</span> Apposition des scellés sur les portes de la maison Élisabeth,
+<li class="add4em"><span class="smcap">V.</span> Apposition des scellés sur les portes de la maison Élisabeth,
12 mars 1792
<span class="ralign5"><a href="#page581">581</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">VI.</span> 8 octobre 1792. Les individus autorisés à demeurer dans la
- maison Élisabeth témoignent, par l'organe du citoyen Sulleau,
- <span class="pagenum"><a id="page607" name="page607"></a>(p. 607)</span> concierge garde-meuble de ladite maison, le désagrément et la
- gène qu'ils éprouvent de l'apposition des scellés
+<li class="add4em"><span class="smcap">VI.</span> 8 octobre 1792. Les individus autorisés à demeurer dans la
+ maison Élisabeth témoignent, par l'organe du citoyen Sulleau,
+ <span class="pagenum"><a id="page607" name="page607"></a>(p. 607)</span> concierge garde-meuble de ladite maison, le désagrément et la
+ gène qu'ils éprouvent de l'apposition des scellés
<span class="ralign5"><a href="#page582">582</a></span></li>
<li class="add4em"><span class="smcap">VII.</span> Les citoyens Boissy et Borel, avec l'autorisation de la commune
- de Versailles, apposent les scellés sur toutes les portes
- extérieures de la maison et du jardin Élisabeth, malgré les représentations
+ de Versailles, apposent les scellés sur toutes les portes
+ extérieures de la maison et du jardin Élisabeth, malgré les représentations
du sieur Sulleau
<span class="ralign5"><a href="#page583">583</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">VIII.</span> État de la vacherie au mois d'octobre 1792
+<li class="add4em"><span class="smcap">VIII.</span> État de la vacherie au mois d'octobre 1792
<span class="ralign5"><a href="#page584">584</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">IX.</span> Heuber, suisse et gardien de la maison Élisabeth, et Bonifacy,
- garde-bosquets, se plaignent des dégâts qui se font journellement
+<li class="add4em"><span class="smcap">IX.</span> Heuber, suisse et gardien de la maison Élisabeth, et Bonifacy,
+ garde-bosquets, se plaignent des dégâts qui se font journellement
dans l'enclos
<span class="ralign5"><a href="#page584">584</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">X.</span> Réclamations de Noël Gauthier et de Jullien Gauthier frères
+<li class="add4em"><span class="smcap">X.</span> Réclamations de Noël Gauthier et de Jullien Gauthier frères
<span class="ralign5"><a href="#page585">585</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">XI.</span> Règlement de l'apposition des scellés, noms des personnes
- employées et autorisées à loger dans la maison Élisabeth
+<li class="add4em"><span class="smcap">XI.</span> Règlement de l'apposition des scellés, noms des personnes
+ employées et autorisées à loger dans la maison Élisabeth
<span class="ralign5"><a href="#page585">585</a></span></li>
<li class="add4em"><span class="smcap">XII.</span> Lettre du maire de Versailles autorisant l'ouverture de la
- grande porte de la maison: ordre donné à ce sujet par le
+ grande porte de la maison: ordre donné à ce sujet par le
directoire du district de Versailles
<span class="ralign5"><a href="#page586">586</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">XIII.</span> Heuber, gardien de la maison Élisabeth, n'ayant pas de pain
+<li class="add4em"><span class="smcap">XIII.</span> Heuber, gardien de la maison Élisabeth, n'ayant pas de pain
pour nourrir ses trois gros chiens, demande ce qu'il doit en
faire.</li>
-<li class="add4em">Avis du directeur de la régie nationale de l'enregistrement
+<li class="add4em">Avis du directeur de la régie nationale de l'enregistrement
<span class="ralign5"><a href="#page587">587</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">XIV.</span> Sept ouvriers jardiniers de la maison Élisabeth réclament
+<li class="add4em"><span class="smcap">XIV.</span> Sept ouvriers jardiniers de la maison Élisabeth réclament
le payement de trente-six livres chacun, qu'ils recevaient annuellement,
- à titre de gratification, de l'ordre de la princesse.</li>
+ à titre de gratification, de l'ordre de la princesse.</li>
-<li class="add4em">Réponse du directoire du département
+<li class="add4em">Réponse du directoire du département
<span class="ralign5"><a href="#page588">588</a></span></li>
<li class="add4em"><span class="smcap">XV.</span> Musset, Contant et Monjardet, commissaires de la Convention
- nationale, du district de Versailles et de la municipalité de ladite
- ville, visitent la maison Élisabeth, et en examinent les
+ nationale, du district de Versailles et de la municipalité de ladite
+ ville, visitent la maison Élisabeth, et en examinent les
appartements et les meubles
<span class="ralign5"><a href="#page589">589</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">XVI.</span> Le 9 nivôse an II, Lacolonge sollicite la place de jardinier
- de la maison Élisabeth, laissée vacante par le décès de Coupry.
- Cette demande est appuyée par le directeur de la régie
+<li class="add4em"><span class="smcap">XVI.</span> Le 9 nivôse an II, Lacolonge sollicite la place de jardinier
+ de la maison Élisabeth, laissée vacante par le décès de Coupry.
+ Cette demande est appuyée par le directeur de la régie
nationale
<span class="ralign5"><a href="#page590">590</a></span></li>
-<li class="add4em"><span class="smcap">XVII.</span> Le 7 ventôse an II (25 février 1794), les scellés sont levés
- sur toutes les portes extérieures de la propriété
+<li class="add4em"><span class="smcap">XVII.</span> Le 7 ventôse an II (25 février 1794), les scellés sont levés
+ sur toutes les portes extérieures de la propriété
<span class="ralign5"><a href="#page591">591</a></span></li>
<li class="add4em"><span class="smcap">XVIII.</span> Le citoyen Quadot, qui a servi sous le tyran Louis XV, et qui
- est chargé de famille et sans ressource, réclame la faveur d'être
- réintégré dans le logement qu'il occupait dans la maison Élisabeth.
- Sa demande, appuyée par sa section, est couronnée de
- succès
+ est chargé de famille et sans ressource, réclame la faveur d'être
+ réintégré dans le logement qu'il occupait dans la maison Élisabeth.
+ Sa demande, appuyée par sa section, est couronnée de
+ succès
<span class="ralign5"><a href="#page592">592</a></span></li>
<li class="add2em"><span class="smcap">XIV.</span> Lettre des Princes au Roi
<span class="ralign5"><a href="#page594">594</a></span></li>
-<li class="add2em"><span class="smcap">XV.</span> Proclamation du Roi à propos de la journée du 20 juin 1792
+<li class="add2em"><span class="smcap">XV.</span> Proclamation du Roi à propos de la journée du 20 juin 1792
<span class="ralign5"><a href="#page602">602</a></span></li>
</ul>
<h3><span class="pagenum"><a id="page608" name="page608"></a>(p. 608)</span> PLACEMENT DES GRAVURES ET AUTOGRAPHES.</h3>
<ul class="none toc">
-<li>Portrait de Madame Élisabeth à vingt-neuf ans
+<li>Portrait de Madame Élisabeth à vingt-neuf ans
<span class="ralign5"><a href="#img002">Au frontispice.</a></span></li>
<li>Acte d'accusation
<span class="ralign5"><a href="#img007">204</a></span></li>
-<li>Procès-verbal d'exécution de mort
+<li>Procès-verbal d'exécution de mort
<span class="ralign5"><a href="#img009">230</a></span></li>
-<li>Plan du cimetière de Monceaux
+<li>Plan du cimetière de Monceaux
<span class="ralign5"><a href="#img010">232</a></span></li>
-<li>Plan de l'ancien cimetière de la Madeleine
+<li>Plan de l'ancien cimetière de la Madeleine
<span class="ralign5"><a href="#img011">251</a></span></li>
</ul>
<h2>Notes</h2>
<div class="footnote">
<p><a id="footnote1" name="footnote1"></a>
-<b><a href="#footnotetag1">1</a></b>: «M. la Fayette, qui jugeoit plus sainement alors l'état
-des choses qu'au commencement de la révolution, dit Malouet, étoit de
-bonne foi dans son désir de se consacrer au salut du Roi et de la
-Constitution, après avoir contribué à mettre l'un et l'autre fort en
-péril. Il étoit sûr de son armée et de celle de son collègue Luckner,
-si le Roi consentoit à se mettre à leur tête. Il étoit venu au mois de
-mai à Paris pour lui en faire la proposition, et comme il savoit que
-Sa Majesté avoit confiance en moi, il me fit demander un rendez-vous
-chez madame la princesse d'Hénin, où étoient madame de Poix et madame
-de Simiane.» (<cite>Mémoires de Malouet</cite>, publiés par son petit-fils, t.
+<b><a href="#footnotetag1">1</a></b>: «M. la Fayette, qui jugeoit plus sainement alors l'état
+des choses qu'au commencement de la révolution, dit Malouet, étoit de
+bonne foi dans son désir de se consacrer au salut du Roi et de la
+Constitution, après avoir contribué à mettre l'un et l'autre fort en
+péril. Il étoit sûr de son armée et de celle de son collègue Luckner,
+si le Roi consentoit à se mettre à leur tête. Il étoit venu au mois de
+mai à Paris pour lui en faire la proposition, et comme il savoit que
+Sa Majesté avoit confiance en moi, il me fit demander un rendez-vous
+chez madame la princesse d'Hénin, où étoient madame de Poix et madame
+de Simiane.» (<cite>Mémoires de Malouet</cite>, publiés par son petit-fils, t.
II, p. 143.)</p>
<p><a id="footnote2" name="footnote2"></a>
-<b><a href="#footnotetag2">2</a></b>: «Il étoit bien entendu, dit Malouet, que l'adhésion du
-Roi à l'acte constitutionnel et à ceux qui le défendoient seroit
-franche et entière.» Plus loin il ajoute: «Quels que furent les
-v&oelig;ux, les espérances de la famille royale, rien ne peut justifier
-l'imprudence du Roi de s'être isolé sans défense au milieu de ses
-ennemis, de n'avoir su ni voulu rallier à lui un parti national.»</p>
-
-<p>Malouet, malgré ses bonnes intentions, retombe ici dans la logomachie
-qui fit tant de mal à cette époque. Où était ce parti national?
-Savait-il ce qu'il voulait, ce qu'il faisait? Avant et après Varennes,
-n'avait-il pas traité le Roi en ennemi?</p>
+<b><a href="#footnotetag2">2</a></b>: «Il étoit bien entendu, dit Malouet, que l'adhésion du
+Roi à l'acte constitutionnel et à ceux qui le défendoient seroit
+franche et entière.» Plus loin il ajoute: «Quels que furent les
+v&oelig;ux, les espérances de la famille royale, rien ne peut justifier
+l'imprudence du Roi de s'être isolé sans défense au milieu de ses
+ennemis, de n'avoir su ni voulu rallier à lui un parti national.»</p>
+
+<p>Malouet, malgré ses bonnes intentions, retombe ici dans la logomachie
+qui fit tant de mal à cette époque. Où était ce parti national?
+Savait-il ce qu'il voulait, ce qu'il faisait? Avant et après Varennes,
+n'avait-il pas traité le Roi en ennemi?</p>
<p><a id="footnote3" name="footnote3"></a>
-<b><a href="#footnotetag3">3</a></b>: C'est la conviction de l'honnête Malouet: «Croira-t-on,
+<b><a href="#footnotetag3">3</a></b>: C'est la conviction de l'honnête Malouet: «Croira-t-on,
dit-il, que le Roi, qui avoit l'esprit juste; que la Reine, qui ne
-manquoit ni de lumière ni de courage; que Madame Élisabeth, qui en
-avoit beaucoup, se réduisissent volontairement, au milieu des plus
-grands dangers, à une complète inaction?»</p>
+manquoit ni de lumière ni de courage; que Madame Élisabeth, qui en
+avoit beaucoup, se réduisissent volontairement, au milieu des plus
+grands dangers, à une complète inaction?»</p>
<p><a id="footnote4" name="footnote4"></a>
-<b><a href="#footnotetag4">4</a></b>: La Reine écrivait le 4 juillet au comte de Mercy: «Vous
-connoissez déjà les événements du 20 juin, notre position devient tous
-les jours plus critique. Il n'y a que violence et rage d'un côté,
+<b><a href="#footnotetag4">4</a></b>: La Reine écrivait le 4 juillet au comte de Mercy: «Vous
+connoissez déjà les événements du 20 juin, notre position devient tous
+les jours plus critique. Il n'y a que violence et rage d'un côté,
foiblesse et inertie de l'autre. On ne peut compter ni sur la garde
-nationale ni sur l'armée; on ne sait s'il faut rester à Paris ou se
-jeter ailleurs.» La journée du 10 août donna tristement raison à la
-Reine pour la garde nationale; la nécessité où fut le général la
-Fayette de s'enfuir et d'émigrer après le 10 août lui donna tristement
-raison pour l'armée. Malouet dit lui-même: «Dans Paris, où la majorité
-constitutionnelle étoit encore plus nombreuse que dans l'Assemblée, ce
-fut la plus vile populace et les scélérats dont elle suivait
-l'impulsion qui se montrèrent les plus forts, et imprimèrent à tous
-les citoyens la terreur qui les a dominés pendant tout le cours de la
-révolution.» (Arneth, <cite>Marie-Antoinette</cite>, Joseph und Leopold, p.
+nationale ni sur l'armée; on ne sait s'il faut rester à Paris ou se
+jeter ailleurs.» La journée du 10 août donna tristement raison à la
+Reine pour la garde nationale; la nécessité où fut le général la
+Fayette de s'enfuir et d'émigrer après le 10 août lui donna tristement
+raison pour l'armée. Malouet dit lui-même: «Dans Paris, où la majorité
+constitutionnelle étoit encore plus nombreuse que dans l'Assemblée, ce
+fut la plus vile populace et les scélérats dont elle suivait
+l'impulsion qui se montrèrent les plus forts, et imprimèrent à tous
+les citoyens la terreur qui les a dominés pendant tout le cours de la
+révolution.» (Arneth, <cite>Marie-Antoinette</cite>, Joseph und Leopold, p.
265.)</p>
<p><a id="footnote5" name="footnote5"></a>
-<b><a href="#footnotetag5">5</a></b>: «Le Roi, dit Malouet, n'avoit pas contre les
-constitutionnels une aversion aussi prononcée que la Reine et Madame
-Élisabeth; mais il ne s'y fioit pas, et croyoit pouvoir éviter de s'en
-rapprocher. Le parti jacobin leur inspiroit plus de mépris que de
-crainte..... Ils supposoient les révolutionnaires plus corrompus que
+<b><a href="#footnotetag5">5</a></b>: «Le Roi, dit Malouet, n'avoit pas contre les
+constitutionnels une aversion aussi prononcée que la Reine et Madame
+Élisabeth; mais il ne s'y fioit pas, et croyoit pouvoir éviter de s'en
+rapprocher. Le parti jacobin leur inspiroit plus de mépris que de
+crainte..... Ils supposoient les révolutionnaires plus corrompus que
fanatiques. (Tome II, page 157.)</p>
<p><a id="footnote6" name="footnote6"></a>
-<b><a href="#footnotetag6">6</a></b>: La terre de Lamotte, appartenant au duc d'Orléans, qui
-cherchait en effet à la vendre. Le parc s'étendait jusqu'au bord de la
+<b><a href="#footnotetag6">6</a></b>: La terre de Lamotte, appartenant au duc d'Orléans, qui
+cherchait en effet à la vendre. Le parc s'étendait jusqu'au bord de la
mer.</p>
<p><a id="footnote7" name="footnote7"></a>
-<b><a href="#footnotetag7">7</a></b>: Voir à la fin du volume aux pièces justificatives, n<sup>o</sup>
+<b><a href="#footnotetag7">7</a></b>: Voir à la fin du volume aux pièces justificatives, n<sup>o</sup>
<a href="#doc1">I.</a></p>
<p><a id="footnote8" name="footnote8"></a>
-<b><a href="#footnotetag8">8</a></b>: Séance du 13 août 1792.</p>
+<b><a href="#footnotetag8">8</a></b>: Séance du 13 août 1792.</p>
<p><a id="footnote9" name="footnote9"></a>
-<b><a href="#footnotetag9">9</a></b>: Voir à ce sujet les registres de la Commune et les
+<b><a href="#footnotetag9">9</a></b>: Voir à ce sujet les registres de la Commune et les
Archives de l'Empire.</p>
<p><a id="footnote10" name="footnote10"></a>
-<b><a href="#footnotetag10">10</a></b>: On avait pendu Favras sur la place de Grève, on y avait
-amené les restes palpitants de Flesselles et de de Launay: mais la
-révolution ne voulut pas que le palais du peuple fût souillé du sang
+<b><a href="#footnotetag10">10</a></b>: On avait pendu Favras sur la place de Grève, on y avait
+amené les restes palpitants de Flesselles et de de Launay: mais la
+révolution ne voulut pas que le palais du peuple fût souillé du sang
de ses ennemis. Elle reporta ce spectacle devant le palais des rois.
-Le 24 août, M. de Laporte fut décapité sur la grande place du
-Carrousel, vis-à-vis du château des Tuileries. Il était âgé de
-quarante-neuf ans. C'était lui qui, le 22 juin 1791, avait remis à
-l'Assemblée nationale la déclaration que Louis XVI avait écrite avant
+Le 24 août, M. de Laporte fut décapité sur la grande place du
+Carrousel, vis-à-vis du château des Tuileries. Il était âgé de
+quarante-neuf ans. C'était lui qui, le 22 juin 1791, avait remis à
+l'Assemblée nationale la déclaration que Louis XVI avait écrite avant
de partir pour Varennes. Il avait entendu sa condamnation sans
-trouble; il monta sur l'échafaud avec dignité. Là, se tournant vers le
-peuple, il dit avec douceur: «Citoyens, soyez sûrs que je meurs
-innocent; car je ne puis regarder comme un crime ma fidélité à mon
-Roi: puisse mon sang, que vous désirez, vous donner plus de bonheur et
-rendre la paix à ma patrie!»</p>
+trouble; il monta sur l'échafaud avec dignité. Là, se tournant vers le
+peuple, il dit avec douceur: «Citoyens, soyez sûrs que je meurs
+innocent; car je ne puis regarder comme un crime ma fidélité à mon
+Roi: puisse mon sang, que vous désirez, vous donner plus de bonheur et
+rendre la paix à ma patrie!»</p>
<p><a id="footnote11" name="footnote11"></a>
-<b><a href="#footnotetag11">11</a></b>: Marchant à la mort le 25 août, fête de saint Louis,
-Durosoi s'écria: «Il est beau pour un royaliste comme moi de mourir le
-jour de saint Louis.»</p>
+<b><a href="#footnotetag11">11</a></b>: Marchant à la mort le 25 août, fête de saint Louis,
+Durosoi s'écria: «Il est beau pour un royaliste comme moi de mourir le
+jour de saint Louis.»</p>
<p><a id="footnote12" name="footnote12"></a>
-<b><a href="#footnotetag12">12</a></b>: Seul moment où il pouvait laisser tomber une parole sans
-qu'elle fût ramassée par le municipal de service.</p>
+<b><a href="#footnotetag12">12</a></b>: Seul moment où il pouvait laisser tomber une parole sans
+qu'elle fût ramassée par le municipal de service.</p>
<p><a id="footnote13" name="footnote13"></a>
-<b><a href="#footnotetag13">13</a></b>: La vertu de Madame Élisabeth a produit la même
+<b><a href="#footnotetag13">13</a></b>: La vertu de Madame Élisabeth a produit la même
impression sur tous ceux qui l'ont connue. Madame Elliot, cette
-Anglaise qui régna tour à tour à la cour du prince de Galles et à
-celle du duc d'Orléans, en parle comme Joseph de Maistre. Lorsqu'il
-s'agit de défendre la Reine contre les calomnies auxquelles cette
-grande et infortunée princesse était en butte, la première pensée qui
-lui vient à l'esprit est celle-ci: «Marie-Antoinette fut l'amie de
-Madame Élisabeth.»&mdash;«Que ses ennemis réfléchissent un moment aux
-personnes qui formoient la société la plus intime de la Reine,
-s'écrie-t-elle. C'étoit Madame Élisabeth, s&oelig;ur du Roi, qui étoit un
-ange aussi pur que la neige. L'attachement de Madame Élisabeth pour la
-Reine dura jusqu'à ses derniers moments, ce qui est une preuve
-surabondante de l'innocence de Marie-Antoinette.» (<cite>Mémoires de madame
-Elliot sur la révolution française</cite>, p. 36.)</p>
+Anglaise qui régna tour à tour à la cour du prince de Galles et à
+celle du duc d'Orléans, en parle comme Joseph de Maistre. Lorsqu'il
+s'agit de défendre la Reine contre les calomnies auxquelles cette
+grande et infortunée princesse était en butte, la première pensée qui
+lui vient à l'esprit est celle-ci: «Marie-Antoinette fut l'amie de
+Madame Élisabeth.»&mdash;«Que ses ennemis réfléchissent un moment aux
+personnes qui formoient la société la plus intime de la Reine,
+s'écrie-t-elle. C'étoit Madame Élisabeth, s&oelig;ur du Roi, qui étoit un
+ange aussi pur que la neige. L'attachement de Madame Élisabeth pour la
+Reine dura jusqu'à ses derniers moments, ce qui est une preuve
+surabondante de l'innocence de Marie-Antoinette.» (<cite>Mémoires de madame
+Elliot sur la révolution française</cite>, p. 36.)</p>
<p><a id="footnote14" name="footnote14"></a>
-<b><a href="#footnotetag14">14</a></b>: Elle était née à Ajaccio le 3 janvier 1777. Plus connue
-sous le nom d'Élisa, grande-duchesse, ayant le gouvernement des
-départements de la Toscane, elle épousa, le 5 mai 1797, Félix
-Baciocchi, gentilhomme corse, capitaine d'infanterie, nommé en 1805
+<b><a href="#footnotetag14">14</a></b>: Elle était née à Ajaccio le 3 janvier 1777. Plus connue
+sous le nom d'Élisa, grande-duchesse, ayant le gouvernement des
+départements de la Toscane, elle épousa, le 5 mai 1797, Félix
+Baciocchi, gentilhomme corse, capitaine d'infanterie, nommé en 1805
prince de Lucques et de Piombino.</p>
<p><a id="footnote15" name="footnote15"></a>
-<b><a href="#footnotetag15">15</a></b>: Son admission avait été accordée dix-sept mois plus tôt:</p>
+<b><a href="#footnotetag15">15</a></b>: Son admission avait été accordée dix-sept mois plus tôt:</p>
-<p><em>Brevet de place à Saint-Cyr pour Mademoiselle de Buonaparte.</em></p>
+<p><em>Brevet de place à Saint-Cyr pour Mademoiselle de Buonaparte.</em></p>
-<p>«Aujourd'hui 24 novembre 1782, le Roi étant à Versailles, bien informé
-que la demoiselle Marie-Anne de Buonaparte a la naissance, l'âge et
-les qualités requises pour être admise au nombre des Demoiselles qui
-doivent être reçues dans la maison royale de Saint-Louis établie à
+<p>«Aujourd'hui 24 novembre 1782, le Roi étant à Versailles, bien informé
+que la demoiselle Marie-Anne de Buonaparte a la naissance, l'âge et
+les qualités requises pour être admise au nombre des Demoiselles qui
+doivent être reçues dans la maison royale de Saint-Louis établie à
Saint-Cyr, ainsi qu'il est apparu par titres, actes, certificats et
-autres preuves, conformément aux lettres patentes des mois de juin
-1686 et mars 1694, Sa Majesté lui a accordé une des deux cent
-cinquante places de ladite maison, enjoignant à la supérieure de la
-recevoir sans délai, de lui donner des instructions convenables et de
-la faire jouir des mêmes avantages dont jouissent les autres
-Demoiselles, en vertu du présent brevet, que Sa Majesté a, pour
-assurance de sa volonté, signé de sa main, et fait contre-signer par
-moi, ministre et secrétaire d'État et de ses commandements et
+autres preuves, conformément aux lettres patentes des mois de juin
+1686 et mars 1694, Sa Majesté lui a accordé une des deux cent
+cinquante places de ladite maison, enjoignant à la supérieure de la
+recevoir sans délai, de lui donner des instructions convenables et de
+la faire jouir des mêmes avantages dont jouissent les autres
+Demoiselles, en vertu du présent brevet, que Sa Majesté a, pour
+assurance de sa volonté, signé de sa main, et fait contre-signer par
+moi, ministre et secrétaire d'État et de ses commandements et
finances.</p>
-<p class="author">»LOUIS.<br>
- »Le baron <span class="smcap">de Breteuil</span>.»</p>
+<p class="author">»LOUIS.<br>
+ »Le baron <span class="smcap">de Breteuil</span>.»</p>
-<p>Archives de la préfecture de Versailles.</p>
+<p>Archives de la préfecture de Versailles.</p>
<p><a id="footnote16" name="footnote16"></a>
<b><a href="#footnotetag16">16</a></b>:</p>
<p class="entete"><i>A Messieurs les administrateurs de Versailles.</i></p>
-<p class="smcap">«Messieurs,</p>
+<p class="smcap">«Messieurs,</p>
-<p>»Buonaparte, frère et tuteur de la Demoiselle Marianne Buonaparte, a
-l'honneur de vous exposer que la loi du 7 août, et particulièrement
-l'article additionnel décrété le 16 du même mois, supprimant la maison
-de Saint-Louis, il vient réclamer l'exécution de la loi, et ramener
+<p>»Buonaparte, frère et tuteur de la Demoiselle Marianne Buonaparte, a
+l'honneur de vous exposer que la loi du 7 août, et particulièrement
+l'article additionnel décrété le 16 du même mois, supprimant la maison
+de Saint-Louis, il vient réclamer l'exécution de la loi, et ramener
dans sa famille ladite Demoiselle sa s&oelig;ur. Des affaires
-très-pressantes et de service public l'obligeant à partir de Paris
-sans délai, il vous prie de vouloir bien ordonner qu'elle jouisse du
-bénéfice de la loi du 16, et que le trésorier du district soit
-autorisé à lui escompter les vingt sols par lieue jusqu'à la
-municipalité d'Ajaccio, en Corse, lieu du domicile de ladite
-Demoiselle, et où elle doit se rendre auprès de sa mère.</p>
+très-pressantes et de service public l'obligeant à partir de Paris
+sans délai, il vous prie de vouloir bien ordonner qu'elle jouisse du
+bénéfice de la loi du 16, et que le trésorier du district soit
+autorisé à lui escompter les vingt sols par lieue jusqu'à la
+municipalité d'Ajaccio, en Corse, lieu du domicile de ladite
+Demoiselle, et où elle doit se rendre auprès de sa mère.</p>
-<p>»Avec respect,</p>
+<p>»Avec respect,</p>
-<p class="authorsc">»Buonaparte.</p>
+<p class="authorsc">»Buonaparte.</p>
-<p>»Le 1<sup>er</sup> septembre 1792.»</p>
+<p>»Le 1<sup>er</sup> septembre 1792.»</p>
-<p>»J'ai l'honneur de faire observer à messieurs les administrateurs que
-n'ayant jamais connu d'autre père que mon frère, si ses affaires
-l'obligeoient à partir sans qu'il ne m'amène avec lui, je me
-trouverois dans une impossibilité absolue d'évacuer la maison de
+<p>»J'ai l'honneur de faire observer à messieurs les administrateurs que
+n'ayant jamais connu d'autre père que mon frère, si ses affaires
+l'obligeoient à partir sans qu'il ne m'amène avec lui, je me
+trouverois dans une impossibilité absolue d'évacuer la maison de
Saint-Cyr.</p>
-<p>»Avec respect,</p>
+<p>»Avec respect,</p>
-<p class="author">»Marianne <span class="smcap">Buonaparte</span>.»</p>
+<p class="author">»Marianne <span class="smcap">Buonaparte</span>.»</p>
<p><a id="footnote17" name="footnote17"></a>
-<b><a href="#footnotetag17">17</a></b>: C'était un paysan sans instruction, mais d'un sens
-très-juste; il a administré pendant trente-huit ans sa commune. Il est
+<b><a href="#footnotetag17">17</a></b>: C'était un paysan sans instruction, mais d'un sens
+très-juste; il a administré pendant trente-huit ans sa commune. Il est
mort en 1828.</p>
<p><a id="footnote18" name="footnote18"></a>
-<b><a href="#footnotetag18">18</a></b>: «Nous, maire et officiers municipaux de Saint-Cyr,
-district de Versailles, département de Seine-et-Oise, nous étant
-transportés en la maison de Saint-Louis établie en ce lieu, et nous
-étant fait représenter les brevets et autres titres, nous avons
-reconnu que la Demoiselle Marie-Anne Buonaparte, née le 3 janvier
-1777, est entrée le 22 juin 1784 comme élève de ladite maison de
-Saint-Louis, où elle est encore dans la même qualité. Elle nous auroit
-témoigné le désir qu'elle auroit de profiter de l'occasion du retour
-de son frère et tuteur pour rentrer dans sa famille.&mdash;Vu les
-différentes choses que nous venons d'énoncer et l'embarras où se
+<b><a href="#footnotetag18">18</a></b>: «Nous, maire et officiers municipaux de Saint-Cyr,
+district de Versailles, département de Seine-et-Oise, nous étant
+transportés en la maison de Saint-Louis établie en ce lieu, et nous
+étant fait représenter les brevets et autres titres, nous avons
+reconnu que la Demoiselle Marie-Anne Buonaparte, née le 3 janvier
+1777, est entrée le 22 juin 1784 comme élève de ladite maison de
+Saint-Louis, où elle est encore dans la même qualité. Elle nous auroit
+témoigné le désir qu'elle auroit de profiter de l'occasion du retour
+de son frère et tuteur pour rentrer dans sa famille.&mdash;Vu les
+différentes choses que nous venons d'énoncer et l'embarras où se
trouveroit ladite Demoiselle de faire un voyage aussi long, seule, et
-dès lors de l'impossibilité absolue où elle seroit d'évacuer la maison
-de Saint-Louis pour le 1<sup>er</sup> octobre, en conformité de la loi du 7
-août dernier, nous n'empêchons, et croyons même qu'il est nécessaire
-de faire droit à la demande desdits sieur et demoiselle Buonaparte.</p>
+dès lors de l'impossibilité absolue où elle seroit d'évacuer la maison
+de Saint-Louis pour le 1<sup>er</sup> octobre, en conformité de la loi du 7
+août dernier, nous n'empêchons, et croyons même qu'il est nécessaire
+de faire droit à la demande desdits sieur et demoiselle Buonaparte.</p>
-<p>»Fait et délivré à Saint-Cyr, au greffe municipal, cejourd'hui, 1<sup>er</sup>
-septembre 1792, le quatrième de la Liberté et le premier de l'Égalité.</p>
+<p>»Fait et délivré à Saint-Cyr, au greffe municipal, cejourd'hui, 1<sup>er</sup>
+septembre 1792, le quatrième de la Liberté et le premier de l'Égalité.</p>
-<p class="author">»<span class="smcap">Aubrun</span>, maire; <span class="smcap">Houdin</span>, secrétaire greffier.»</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Aubrun</span>, maire; <span class="smcap">Houdin</span>, secrétaire greffier.»</p>
<p><a id="footnote19" name="footnote19"></a>
-<b><a href="#footnotetag19">19</a></b>: Voici ce qu'était devenu M. Hue:</p>
-
-<p>Entré dans la salle de la Commune, on le plaça auprès du président. A
-quelques pas était Santerre. Ce commandant de la milice parisienne
-écoutait, d'un air grave et capable, les plans que des gens à moitié
-ivres développaient devant lui pour arrêter les armées étrangères: les
-uns, d'un air rusé, expliquaient les roueries différentes de leurs
-opérations stratégiques; les autres prenaient la ligne droite, et,
-tout franchement, proposaient de se lever en masse pour marcher à
+<b><a href="#footnotetag19">19</a></b>: Voici ce qu'était devenu M. Hue:</p>
+
+<p>Entré dans la salle de la Commune, on le plaça auprès du président. A
+quelques pas était Santerre. Ce commandant de la milice parisienne
+écoutait, d'un air grave et capable, les plans que des gens à moitié
+ivres développaient devant lui pour arrêter les armées étrangères: les
+uns, d'un air rusé, expliquaient les roueries différentes de leurs
+opérations stratégiques; les autres prenaient la ligne droite, et,
+tout franchement, proposaient de se lever en masse pour marcher à
l'ennemi. Au parquet, place ordinaire du procureur de la Commune,
-s'agitait Billaud-Varenne, l'un des substituts, et près de lui
-Robespierre, criant, donnant des ordres et paraissant très-animé.</p>
+s'agitait Billaud-Varenne, l'un des substituts, et près de lui
+Robespierre, criant, donnant des ordres et paraissant très-animé.</p>
-<p>Dans cette salle et dans les pièces voisines, le tumulte était
-extrême. Au milieu de ce désordre, le président interroge l'accusé.
-Avant que celui-ci puisse répondre, on crie de toutes parts: <em>A
-l'Abbaye! à la Force!</em> Dans ce moment on y massacrait les prisonniers.</p>
+<p>Dans cette salle et dans les pièces voisines, le tumulte était
+extrême. Au milieu de ce désordre, le président interroge l'accusé.
+Avant que celui-ci puisse répondre, on crie de toutes parts: <em>A
+l'Abbaye! à la Force!</em> Dans ce moment on y massacrait les prisonniers.</p>
-<p>Le calme se rétablit, l'interrogatoire commence. Des faits, la plupart
-imaginaires, sont reprochés. «Tu as, dit l'un des municipaux, fait
+<p>Le calme se rétablit, l'interrogatoire commence. Des faits, la plupart
+imaginaires, sont reprochés. «Tu as, dit l'un des municipaux, fait
entrer dans la tour du Temple une malle renfermant des rubans
-tricolores et divers déguisements; c'était pour faire évader la
-famille royale.&mdash;J'ai entendu, s'écrie un autre, le Roi lui dire
+tricolores et divers déguisements; c'était pour faire évader la
+famille royale.&mdash;J'ai entendu, s'écrie un autre, le Roi lui dire
<em>quarante-cinq</em> et la Reine <em>cinquante-deux</em>. Ces deux mots lui
-désignaient le prince de Poix et le traître Bouillé.» Un troisième
-prétend qu'il avait commandé une veste et une culotte couleur
+désignaient le prince de Poix et le traître Bouillé.» Un troisième
+prétend qu'il avait commandé une veste et une culotte couleur
savoyard, preuve certaine d'une intelligence avec le roi de
-Sardaigne<a id="footnotetag19-A" name="footnotetag19-A"></a><a href="#footnote19-A" title="Go to footnote 19-A"><span class="smaller">[19-A]</span></a>. Un quatrième revient sur des correspondances
-clandestines au moyen de caractères hiéroglyphiques dont nous avons
-parlé. D'autres l'accusent d'avoir chanté dans la tour l'air et les
-paroles: <em>O Richard! ô mon roi! l'univers t'abandonne!</em> etc., ce qui
-était faux, M. Hue ne chantait jamais; puis enfin de s'être attiré de
-la part de la famille royale un intérêt qu'elle affectait de lui
-témoigner, tandis qu'à peine elle parlait aux commissaires de la
-Commune, ce qui était vrai. A ce dernier reproche, l'accusé reste
-muet. Les clameurs se renouvellent: <em>A l'Abbaye! à la Force!</em> Enfin,
+Sardaigne<a id="footnotetag19-A" name="footnotetag19-A"></a><a href="#footnote19-A" title="Go to footnote 19-A"><span class="smaller">[19-A]</span></a>. Un quatrième revient sur des correspondances
+clandestines au moyen de caractères hiéroglyphiques dont nous avons
+parlé. D'autres l'accusent d'avoir chanté dans la tour l'air et les
+paroles: <em>O Richard! ô mon roi! l'univers t'abandonne!</em> etc., ce qui
+était faux, M. Hue ne chantait jamais; puis enfin de s'être attiré de
+la part de la famille royale un intérêt qu'elle affectait de lui
+témoigner, tandis qu'à peine elle parlait aux commissaires de la
+Commune, ce qui était vrai. A ce dernier reproche, l'accusé reste
+muet. Les clameurs se renouvellent: <em>A l'Abbaye! à la Force!</em> Enfin,
la fureur contre le coupable est au comble, quand Billaud-Varenne
-s'écrie: «Ce valet, renvoyé au Temple une première fois, a trahi la
-confiance du peuple; il mérite une punition exemplaire.»&mdash;Un municipal
-se lève et dit: «Citoyens, cet homme tient les fils de la trame ourdie
+s'écrie: «Ce valet, renvoyé au Temple une première fois, a trahi la
+confiance du peuple; il mérite une punition exemplaire.»&mdash;Un municipal
+se lève et dit: «Citoyens, cet homme tient les fils de la trame ourdie
dans la tour. S'assurer de lui, le mettre au secret, en tirer tous les
renseignements qu'il peut donner, sera plus utile et plus sage que de
-l'envoyer à l'Abbaye ou à la Force.» Quel que fût en ce moment le
-motif du municipal, son observation sauva la vie à M. Hue. Il fut
-décidé que l'accusé serait enfermé dans un des cachots de l'hôtel de
-ville. Remis aussitôt à la garde d'un guichetier, il fut conduit au
-lieu de réclusion qui lui était destiné.</p>
+l'envoyer à l'Abbaye ou à la Force.» Quel que fût en ce moment le
+motif du municipal, son observation sauva la vie à M. Hue. Il fut
+décidé que l'accusé serait enfermé dans un des cachots de l'hôtel de
+ville. Remis aussitôt à la garde d'un guichetier, il fut conduit au
+lieu de réclusion qui lui était destiné.</p>
<p><a id="footnote19-A" name="footnote19-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag19-A">19-A</a></b>: M. Hue avait en effet signé et fait viser par les
-commissaires de garde la demande d'un vêtement semblable pour Tison.</p>
+<b><a href="#footnotetag19-A">19-A</a></b>: M. Hue avait en effet signé et fait viser par les
+commissaires de garde la demande d'un vêtement semblable pour Tison.</p>
<p><a id="footnote20" name="footnote20"></a>
-<b><a href="#footnotetag20">20</a></b>: Madame Elliot est une de ces femmes à la vie légère du
-dix-huitième siècle qui, jusque dans le désordre, conservaient un
-c&oelig;ur dévoué, une âme forte, le sentiment de l'honneur politique et
-de la foi chrétienne. B.</p>
+<b><a href="#footnotetag20">20</a></b>: Madame Elliot est une de ces femmes à la vie légère du
+dix-huitième siècle qui, jusque dans le désordre, conservaient un
+c&oelig;ur dévoué, une âme forte, le sentiment de l'honneur politique et
+de la foi chrétienne. B.</p>
<p><a id="footnote21" name="footnote21"></a>
-<b><a href="#footnotetag21">21</a></b>: Conservé dans les archives de la préfecture de police.</p>
+<b><a href="#footnotetag21">21</a></b>: Conservé dans les archives de la préfecture de police.</p>
<p><a id="footnote22" name="footnote22"></a>
-<b><a href="#footnotetag22">22</a></b>: Madame Marie-Angélique de Fitte de Soucy, baronne de
-Mackau, sous-gouvernante des Enfants de France, née au château de
-Soucy le 16 novembre 1723, est morte à Vitry-sur-Seine le 16 février
+<b><a href="#footnotetag22">22</a></b>: Madame Marie-Angélique de Fitte de Soucy, baronne de
+Mackau, sous-gouvernante des Enfants de France, née au château de
+Soucy le 16 novembre 1723, est morte à Vitry-sur-Seine le 16 février
1800.</p>
-<p>Madame Élisabeth-Louise Le Noir, comtesse de Soucy, belle-s&oelig;ur de
+<p>Madame Élisabeth-Louise Le Noir, comtesse de Soucy, belle-s&oelig;ur de
madame de Mackau, et comme elle sous-gouvernante des Enfants de
-France, née à Paris le 31 octobre 1729, est morte à Vitry-sur-Seine le
-21 décembre 1813.</p>
+France, née à Paris le 31 octobre 1729, est morte à Vitry-sur-Seine le
+21 décembre 1813.</p>
-<p>Adélaïde Rotin, femme Camille, qui n'avait jamais quitté le service de
-ses deux maîtresses, ne s'éloigna pas d'elles après leur mort; grâce à
+<p>Adélaïde Rotin, femme Camille, qui n'avait jamais quitté le service de
+ses deux maîtresses, ne s'éloigna pas d'elles après leur mort; grâce à
une petite pension que la famille de Mackau lui faisait, elle passa
-ses derniers jours dans ce village, gardienne de deux tombes près
-desquelles elle espérait la sienne. Son v&oelig;u a été réalisé le 5
-juillet 1855. Elle était née à Versailles en 1768.</p>
+ses derniers jours dans ce village, gardienne de deux tombes près
+desquelles elle espérait la sienne. Son v&oelig;u a été réalisé le 5
+juillet 1855. Elle était née à Versailles en 1768.</p>
-<p>Nous avons visité plus d'une fois cette pauvre femme, que son
-dévouement et sa mémoire rendaient fort intéressante. Voici comment
-elle nous a raconté la manière dont elle avait échappé aux massacres
+<p>Nous avons visité plus d'une fois cette pauvre femme, que son
+dévouement et sa mémoire rendaient fort intéressante. Voici comment
+elle nous a raconté la manière dont elle avait échappé aux massacres
de septembre:</p>
-<p>«Née à Versailles en 1768, j'avois conséquemment vingt-quatre ans
-lorsque je me constituai prisonnière à la Force, après le 10 août
-1792. On fit beaucoup de difficulté pour m'admettre dans cette prison;
+<p>«Née à Versailles en 1768, j'avois conséquemment vingt-quatre ans
+lorsque je me constituai prisonnière à la Force, après le 10 août
+1792. On fit beaucoup de difficulté pour m'admettre dans cette prison;
mais mes instances furent si vives que j'eus le bonheur d'y entrer
-avec ma maîtresse, madame la baronne de Mackau. Elle et moi nous
-couchâmes sur la paille, et fûmes nourries au pain et à l'eau. En face
-de notre cachot étoit celui de la princesse de Lamballe, entrée à la
-Force quelques jours avant nous. La concierge de la prison étoit une
-très-brave femme: elle eut grande pitié de nous, et c'est à elle que
-nous dûmes de ne pas mourir de faim. Elle nous apporta pendant la nuit
-différentes nourritures pour nous soutenir.</p>
-
-<p>»Dans la matinée du 3 septembre, une espèce de tribunal s'installa à
+avec ma maîtresse, madame la baronne de Mackau. Elle et moi nous
+couchâmes sur la paille, et fûmes nourries au pain et à l'eau. En face
+de notre cachot étoit celui de la princesse de Lamballe, entrée à la
+Force quelques jours avant nous. La concierge de la prison étoit une
+très-brave femme: elle eut grande pitié de nous, et c'est à elle que
+nous dûmes de ne pas mourir de faim. Elle nous apporta pendant la nuit
+différentes nourritures pour nous soutenir.</p>
+
+<p>»Dans la matinée du 3 septembre, une espèce de tribunal s'installa à
la Force dans une salle basse. Il y avoit sept ou huit personnes de la
-maison du Roi. On nous interrogea toutes; quand on s'adressa à madame
-de Mackau: «Qu'allez-vous faire? leur dis-je; elle est aliénée, elle
-ne peut vous répondre sur rien.&mdash;Prends Dieu à témoin qu'elle est
-aliénée.&mdash;Oui, certes, je prends Dieu à témoin qu'elle est aliénée, et
-qu'il lui est impossible de répondre.&mdash;Mais elle a des parents
-émigrés?&mdash;Elle n'en a aucun, m'écriai-je, bien que je susse
-pertinemment qu'elle en avoit deux.» Mon ton assuré sauva ma
-maîtresse. Immédiatement mise en liberté, elle se réfugia chez madame
-de Chazet, sa fille. Retenue après elle à la Force, on eut la cruauté
-de me faire assister au meurtre de madame de Lamballe. Dès qu'elle eut
-passé le guichet et mis le pied sur le pavé où avoit lieu le massacre
-général et où le sang couloit à flots, elle fut abattue immédiatement;
-on la dépouilla de tous ses vêtements, on lui ouvrit le corps et on
-lui arracha le c&oelig;ur. On m'avoit entraînée pour être immolée aussi,
-et c'est ainsi que je fus témoin de toutes ces horreurs. Je perdis
-connoissance, et quand je repris mes sens j'étois toute nue moi-même
-et j'avois été livrée à toutes les brutalités. Au moment où on alloit
-me frapper, un gendarme prit intérêt à moi; il pleuroit à chaudes
-larmes; il me protégea avec son sabre, fut blessé au poing, et parvint
-à m'envelopper de son manteau. Plusieurs spectateurs prirent comme lui
-ma défense. Mon premier protecteur me fit aussitôt monter dans une
-voiture, et la populace, qui un instant auparavant avoit demandé ma
-mort, cria autour de cette voiture: «<em>Vive l'innocence reconnue!</em>» Les
-chevaux pouvoient à peine traverser les flots de cette multitude, et
-l'on mit près de deux heures à me conduire rue des
-Boucheries-Saint-Honoré, chez la lingère de madame de Mackau. Tout le
+maison du Roi. On nous interrogea toutes; quand on s'adressa à madame
+de Mackau: «Qu'allez-vous faire? leur dis-je; elle est aliénée, elle
+ne peut vous répondre sur rien.&mdash;Prends Dieu à témoin qu'elle est
+aliénée.&mdash;Oui, certes, je prends Dieu à témoin qu'elle est aliénée, et
+qu'il lui est impossible de répondre.&mdash;Mais elle a des parents
+émigrés?&mdash;Elle n'en a aucun, m'écriai-je, bien que je susse
+pertinemment qu'elle en avoit deux.» Mon ton assuré sauva ma
+maîtresse. Immédiatement mise en liberté, elle se réfugia chez madame
+de Chazet, sa fille. Retenue après elle à la Force, on eut la cruauté
+de me faire assister au meurtre de madame de Lamballe. Dès qu'elle eut
+passé le guichet et mis le pied sur le pavé où avoit lieu le massacre
+général et où le sang couloit à flots, elle fut abattue immédiatement;
+on la dépouilla de tous ses vêtements, on lui ouvrit le corps et on
+lui arracha le c&oelig;ur. On m'avoit entraînée pour être immolée aussi,
+et c'est ainsi que je fus témoin de toutes ces horreurs. Je perdis
+connoissance, et quand je repris mes sens j'étois toute nue moi-même
+et j'avois été livrée à toutes les brutalités. Au moment où on alloit
+me frapper, un gendarme prit intérêt à moi; il pleuroit à chaudes
+larmes; il me protégea avec son sabre, fut blessé au poing, et parvint
+à m'envelopper de son manteau. Plusieurs spectateurs prirent comme lui
+ma défense. Mon premier protecteur me fit aussitôt monter dans une
+voiture, et la populace, qui un instant auparavant avoit demandé ma
+mort, cria autour de cette voiture: «<em>Vive l'innocence reconnue!</em>» Les
+chevaux pouvoient à peine traverser les flots de cette multitude, et
+l'on mit près de deux heures à me conduire rue des
+Boucheries-Saint-Honoré, chez la lingère de madame de Mackau. Tout le
monde se disputa le moyen de m'apporter des secours. Pendant que je
-devenois ainsi l'objet de soins et d'égards empressés, madame de
-Mackau, qui avoit appris le massacre général des prisonniers, ne
-doutoit pas que je ne fusse moi-même au nombre des victimes, et elle
+devenois ainsi l'objet de soins et d'égards empressés, madame de
+Mackau, qui avoit appris le massacre général des prisonniers, ne
+doutoit pas que je ne fusse moi-même au nombre des victimes, et elle
me pleuroit.</p>
-<p>»La lingère me donna tout ce qu'il me falloit pour me vêtir. Le
-gendarme qui m'avoit sauvée me conduisit chez madame de Chazet, où se
-trouvoit madame de Mackau. Obligées de quitter Paris sur-le-champ,
-nous vînmes demeurer à Vitry chez madame de Soucy.</p>
+<p>»La lingère me donna tout ce qu'il me falloit pour me vêtir. Le
+gendarme qui m'avoit sauvée me conduisit chez madame de Chazet, où se
+trouvoit madame de Mackau. Obligées de quitter Paris sur-le-champ,
+nous vînmes demeurer à Vitry chez madame de Soucy.</p>
-<p>»Dans ce village où s'est écoulée presque toute mon existence, j'ai
-survécu de longues années à mes deux respectables maîtresses. Ma seule
-pensée de bonheur est de les rejoindre: ma tombe est prête auprès de
+<p>»Dans ce village où s'est écoulée presque toute mon existence, j'ai
+survécu de longues années à mes deux respectables maîtresses. Ma seule
+pensée de bonheur est de les rejoindre: ma tombe est prête auprès de
la leur.</p>
-<p class="author">»<i>Signé</i>: <span class="smcap">Adélaïde Camille</span>.</p>
+<p class="author">»<i>Signé</i>: <span class="smcap">Adélaïde Camille</span>.</p>
-<p>»A Vitry-sur-Seine, le mardi 13 juillet 1853.»</p>
+<p>»A Vitry-sur-Seine, le mardi 13 juillet 1853.»</p>
<p><a id="footnote23" name="footnote23"></a>
<b><a href="#footnotetag23">23</a></b>: Du nom de Mennessier.</p>
<p><a id="footnote24" name="footnote24"></a>
-<b><a href="#footnotetag24">24</a></b>: <cite>Mon témoignage sur la détention de Louis XVI et de sa
+<b><a href="#footnotetag24">24</a></b>: <cite>Mon témoignage sur la détention de Louis XVI et de sa
famille dans la tour du Temple</cite>, par Ch. <span class="smcap">Goret</span>, ancien membre de la
-Commune du 10 août 1792.&mdash;Paris, Maurille, 1825, in-8<sup>o</sup> de 71 pages.</p>
+Commune du 10 août 1792.&mdash;Paris, Maurille, 1825, in-8<sup>o</sup> de 71 pages.</p>
<p><a id="footnote25" name="footnote25"></a>
-<b><a href="#footnotetag25">25</a></b>: C'était encore une erreur. Madame et mademoiselle P. de
-Tourzel, sauvées de la Force par M. Hardy, avaient été conduites par
-lui dans un petit logement à Vincennes, où elles demeurèrent cachées
+<b><a href="#footnotetag25">25</a></b>: C'était encore une erreur. Madame et mademoiselle P. de
+Tourzel, sauvées de la Force par M. Hardy, avaient été conduites par
+lui dans un petit logement à Vincennes, où elles demeurèrent cachées
pendant plus de trois mois. B.</p>
<p><a id="footnote26" name="footnote26"></a>
-<b><a href="#footnotetag26">26</a></b>: C'étaient Hébert, si connu sous le nom de Père Duchêne,
+<b><a href="#footnotetag26">26</a></b>: C'étaient Hébert, si connu sous le nom de Père Duchêne,
et Destournelles, depuis ministre de l'instruction publique.</p>
<p><a id="footnote27" name="footnote27"></a>
@@ -30951,285 +30906,285 @@ et Destournelles, depuis ministre de l'instruction publique.</p>
<p><a id="footnote29" name="footnote29"></a>
<b><a href="#footnotetag29">29</a></b>:</p>
-<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du conseil
-général du 19 octobre 1792.</i></p>
+<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du conseil
+général du 19 octobre 1792.</i></p>
-<p>«Le conseil général nomme le citoyen Léger, l'un de ses membres,
+<p>«Le conseil général nomme le citoyen Léger, l'un de ses membres,
qu'<em>elle</em> charge de se transporter au Temple sur-le-champ pour y
-prendre une lettre adressée à Madame Élisabeth par le vicaire de
+prendre une lettre adressée à Madame Élisabeth par le vicaire de
Fontenay-sous-Bois, et l'apporter au conseil.</p>
-<p class="author">»<i>Signé</i>: <span class="smcap">Darnauderie</span>, vice-président;<br>
- »<span class="smcap">Coulombeau</span>, secrétaire-greffier par intérim.»</p>
+<p class="author">»<i>Signé</i>: <span class="smcap">Darnauderie</span>, vice-président;<br>
+ »<span class="smcap">Coulombeau</span>, secrétaire-greffier par intérim.»</p>
<p>(Archives de l'Empire.)</p>
<p><a id="footnote30" name="footnote30"></a>
-<b><a href="#footnotetag30">30</a></b>: Commune de Paris.&mdash;Sûreté du Temple. L'an I<sup>er</sup> de la
-République française, le 27 octobre 1792.</p>
-
-<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du conseil de service au
-Temple, en date du 26 octobre présent.</i></p>
-
-<p>«Sur les observations faites par l'un des membres de service au Temple
-que le fils de Louis Capet était jour et nuit sous la direction de
-femmes, mère et tante, considérant que cet enfant est dans l'âge où il
-doit être sous la direction des hommes, le conseil, délibérant sur cet
-objet, a arrêté et arrête qu'à l'instant le fils de Louis Capet sera
-retiré des mains des femmes pour être remis et rester entre celles de
-son père les jours et nuits, excepté qu'après l'heure du dîner il
-montera dans le logement de ses mère et tante, durant le moment où son
-père se repose, et en descendra sur les quatre à cinq heures du soir;
+<b><a href="#footnotetag30">30</a></b>: Commune de Paris.&mdash;Sûreté du Temple. L'an I<sup>er</sup> de la
+République française, le 27 octobre 1792.</p>
+
+<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du conseil de service au
+Temple, en date du 26 octobre présent.</i></p>
+
+<p>«Sur les observations faites par l'un des membres de service au Temple
+que le fils de Louis Capet était jour et nuit sous la direction de
+femmes, mère et tante, considérant que cet enfant est dans l'âge où il
+doit être sous la direction des hommes, le conseil, délibérant sur cet
+objet, a arrêté et arrête qu'à l'instant le fils de Louis Capet sera
+retiré des mains des femmes pour être remis et rester entre celles de
+son père les jours et nuits, excepté qu'après l'heure du dîner il
+montera dans le logement de ses mère et tante, durant le moment où son
+père se repose, et en descendra sur les quatre à cinq heures du soir;
le tout sous la surveillance et conduite de l'un des commissaires de
service.</p>
-<p>»Fait au Conseil séant au Temple lesdits jour et an que dessus.</p>
+<p>»Fait au Conseil séant au Temple lesdits jour et an que dessus.</p>
-<p class="author">»<i>Signé</i>: <span class="smcap">Massé</span>, <span class="smcap">Jérosme</span>, <span class="smcap">Roche</span>, <span class="smcap">Cochois</span>.</p>
+<p class="author">»<i>Signé</i>: <span class="smcap">Massé</span>, <span class="smcap">Jérosme</span>, <span class="smcap">Roche</span>, <span class="smcap">Cochois</span>.</p>
-<p>»Pour extrait conforme à l'original:</p>
+<p>»Pour extrait conforme à l'original:</p>
-<p class="author">»<span class="smcap">Roché</span>, commissaire municipal de service et président au Temple;<br>
- »<span class="smcap">Cochois</span>, <i>ségrétère</i>.»</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Roché</span>, commissaire municipal de service et président au Temple;<br>
+ »<span class="smcap">Cochois</span>, <i>ségrétère</i>.»</p>
-<p>Délivré au citoyen Cléry, de service auprès de Louis et de sa
+<p>Délivré au citoyen Cléry, de service auprès de Louis et de sa
famille.</p>
<p><a id="footnote31" name="footnote31"></a>
<b><a href="#footnotetag31">31</a></b>: Commune de Paris.</p>
-<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du conseil général, du 26
+<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du conseil général, du 26
octobre 1792.</i></p>
-<p>«Le conseil général approuve l'arrêté pris par les commissaires des
-travaux du Temple et les commissaires du conseil du Temple, relatif à
-la translation des femmes dans la grosse tour, au troisième étage, et
-le fils du ci-devant Roi avec son père.</p>
+<p>«Le conseil général approuve l'arrêté pris par les commissaires des
+travaux du Temple et les commissaires du conseil du Temple, relatif à
+la translation des femmes dans la grosse tour, au troisième étage, et
+le fils du ci-devant Roi avec son père.</p>
-<p>»Les autorise à faire disposer ses (<em>sic</em>) guichets qu'ils croiront
-nécessaires dans cette même tour.</p>
+<p>»Les autorise à faire disposer ses (<em>sic</em>) guichets qu'ils croiront
+nécessaires dans cette même tour.</p>
-<p class="author">»<i>Signé</i>: <span class="smcap">Boucher-René</span>, président en l'absence du maire;<br>
- »<span class="smcap">Coulombeau</span>, secrétaire-greffier par intérim.»</p>
+<p class="author">»<i>Signé</i>: <span class="smcap">Boucher-René</span>, président en l'absence du maire;<br>
+ »<span class="smcap">Coulombeau</span>, secrétaire-greffier par intérim.»</p>
<p><a id="footnote32" name="footnote32"></a>
<b><a href="#footnotetag32">32</a></b>: Archives de l'Empire, carton E, n<sup>o</sup> 6, 206.</p>
<p><a id="footnote33" name="footnote33"></a>
-<b><a href="#footnotetag33">33</a></b>: Le lecteur trouvera à la fin du volume (Documents et
-pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc3">III</a>) une esquisse de la physionomie
-extérieure du Temple, un aperçu du personnel commis à sa garde, et des
-dispositions prises par l'autorité républicaine.</p>
+<b><a href="#footnotetag33">33</a></b>: Le lecteur trouvera à la fin du volume (Documents et
+pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc3">III</a>) une esquisse de la physionomie
+extérieure du Temple, un aperçu du personnel commis à sa garde, et des
+dispositions prises par l'autorité républicaine.</p>
<p><a id="footnote34" name="footnote34"></a>
<b><a href="#footnotetag34">34</a></b>: Archives de l'Empire, carton E, n<sup>o</sup> 6, 206.</p>
<p><a id="footnote35" name="footnote35"></a>
-<b><a href="#footnotetag35">35</a></b>: «Le conseil général arrête:</p>
+<b><a href="#footnotetag35">35</a></b>: «Le conseil général arrête:</p>
-<p>»1<sup>o</sup> Que le citoyen Cléry, valet de chambre des prisonniers, sera logé
-et couchera dans la Tour, du côté gauche donnant dans la salle à
-manger, sans qu'il puisse coucher ailleurs sous aucun prétexte;</p>
+<p>»1<sup>o</sup> Que le citoyen Cléry, valet de chambre des prisonniers, sera logé
+et couchera dans la Tour, du côté gauche donnant dans la salle à
+manger, sans qu'il puisse coucher ailleurs sous aucun prétexte;</p>
-<p>»2<sup>o</sup> Que le conseil du Temple sera placé dans la Tour;</p>
+<p>»2<sup>o</sup> Que le conseil du Temple sera placé dans la Tour;</p>
-<p>»3<sup>o</sup> Que le citoyen Mathey, concierge, aura la surveillance de ladite
-Tour, et ne pourra en sortir sous aucun prétexte;</p>
+<p>»3<sup>o</sup> Que le citoyen Mathey, concierge, aura la surveillance de ladite
+Tour, et ne pourra en sortir sous aucun prétexte;</p>
-<p>»4<sup>o</sup> Que les guichetiers actuels, devenant inutiles par la nouvelle
-disposition, seront réformés immédiatement, après avoir été payés de
-ce qui leur est dû;</p>
+<p>»4<sup>o</sup> Que les guichetiers actuels, devenant inutiles par la nouvelle
+disposition, seront réformés immédiatement, après avoir été payés de
+ce qui leur est dû;</p>
-<p>»5<sup>o</sup> Que la cuisine sera placée dans la Tour, et que les agents
-sous-employés ne sortiront point;</p>
+<p>»5<sup>o</sup> Que la cuisine sera placée dans la Tour, et que les agents
+sous-employés ne sortiront point;</p>
-<p>»6<sup>o</sup> Pendant la nuit, deux officiers municipaux garderont les
-prisonniers de chaque étage;</p>
+<p>»6<sup>o</sup> Pendant la nuit, deux officiers municipaux garderont les
+prisonniers de chaque étage;</p>
-<p>»7<sup>o</sup> Et enfin la même cuisine servira pour les commissaires du
-Temple.»</p>
+<p>»7<sup>o</sup> Et enfin la même cuisine servira pour les commissaires du
+Temple.»</p>
<hr class="hr10">
-<p><i>Nota.</i> L'article 1<sup>o</sup> depuis longtemps était observé; chaque soir les
-municipaux avaient soin de fermer la porte de la chambre de Cléry,
-donnant dans le couloir qui conduisait à la chambre du Roi, et d'en
-emporter la clef. L'article 5<sup>o</sup> ne fut pas mis à exécution: il y eut
-impossibilité matérielle de placer la cuisine dans la Tour.</p>
+<p><i>Nota.</i> L'article 1<sup>o</sup> depuis longtemps était observé; chaque soir les
+municipaux avaient soin de fermer la porte de la chambre de Cléry,
+donnant dans le couloir qui conduisait à la chambre du Roi, et d'en
+emporter la clef. L'article 5<sup>o</sup> ne fut pas mis à exécution: il y eut
+impossibilité matérielle de placer la cuisine dans la Tour.</p>
<p><a id="footnote36" name="footnote36"></a>
-<b><a href="#footnotetag36">36</a></b>: Récit de Marie-Thérèse-Charlotte.</p>
+<b><a href="#footnotetag36">36</a></b>: Récit de Marie-Thérèse-Charlotte.</p>
<p><a id="footnote37" name="footnote37"></a>
-<b><a href="#footnotetag37">37</a></b>: Le lecteur doit connaître la lettre de cet avocat,
-ex-constituant, qui avait accepté la défense du méprisable cardinal de
-Rohan et qui refusait son ministère au Roi:</p>
-
-<p>«Depuis le décret de ce matin, il devient embarrassant pour moi
-d'avoir un avis sur les faits imputés à Louis XVI. Je dois au moins
-m'abstenir de le prononcer. Je satisferai ce devoir; mais âgé de près
-de soixante ans, fatigué de maux de nerfs, de douleurs de tête et
-d'étourdissements qui durent depuis quinze ans, qui m'ont fait quitter
-la plaidoirie en 1785, et que quatre années de travaux ont aigris à un
-point insupportable, je conserve à peine les forces suffisantes pour
-remplir pendant six heures dans chaque journée les fonctions paisibles
-de juge, et j'attends avec quelque impatience le moment d'en être
-déchargé par les prochaines élections. C'est dire assez qu'il m'est
-impossible de me charger de la défense de Louis XVI. Je n'ai
-absolument rien de ce qu'il faut pour un tel ministère, et par mon
-impuissance je trahirois à la fois et la confiance du client accusé et
-l'attente publique. C'est à l'instant même que j'apprends cette
-nomination, qu'il m'étoit impossible de prévoir. Un homme libre et
-républicain ne peut pas accepter des fonctions dont il se sent
-entièrement incapable.</p>
-
-<p class="author">»Le républicain <span class="smcap">Target</span>.»</p>
-
-<p class="p2">Notre impartialité nous oblige à réunir toutes les pièces de ce procès
-sous les yeux du lecteur. Dans une lettre adressée à M. de Lamartine,
+<b><a href="#footnotetag37">37</a></b>: Le lecteur doit connaître la lettre de cet avocat,
+ex-constituant, qui avait accepté la défense du méprisable cardinal de
+Rohan et qui refusait son ministère au Roi:</p>
+
+<p>«Depuis le décret de ce matin, il devient embarrassant pour moi
+d'avoir un avis sur les faits imputés à Louis XVI. Je dois au moins
+m'abstenir de le prononcer. Je satisferai ce devoir; mais âgé de près
+de soixante ans, fatigué de maux de nerfs, de douleurs de tête et
+d'étourdissements qui durent depuis quinze ans, qui m'ont fait quitter
+la plaidoirie en 1785, et que quatre années de travaux ont aigris à un
+point insupportable, je conserve à peine les forces suffisantes pour
+remplir pendant six heures dans chaque journée les fonctions paisibles
+de juge, et j'attends avec quelque impatience le moment d'en être
+déchargé par les prochaines élections. C'est dire assez qu'il m'est
+impossible de me charger de la défense de Louis XVI. Je n'ai
+absolument rien de ce qu'il faut pour un tel ministère, et par mon
+impuissance je trahirois à la fois et la confiance du client accusé et
+l'attente publique. C'est à l'instant même que j'apprends cette
+nomination, qu'il m'étoit impossible de prévoir. Un homme libre et
+républicain ne peut pas accepter des fonctions dont il se sent
+entièrement incapable.</p>
+
+<p class="author">»Le républicain <span class="smcap">Target</span>.»</p>
+
+<p class="p2">Notre impartialité nous oblige à réunir toutes les pièces de ce procès
+sous les yeux du lecteur. Dans une lettre adressée à M. de Lamartine,
le 22 mars 1847, lors de la publication de l'<cite>Histoire des Girondins</cite>,
-M. P. Target, alors auditeur au conseil d'État, explique ainsi la
-conduite de son grand-père: «M. Target, affaibli par une longue
-maladie, craignit que ses efforts restassent au-dessous de son zèle,
-et il aima mieux décliner l'honneur qui lui était fait que de
-présenter une défense incomplète. Mais s'il ne parla pas, il écrivit.
+M. P. Target, alors auditeur au conseil d'État, explique ainsi la
+conduite de son grand-père: «M. Target, affaibli par une longue
+maladie, craignit que ses efforts restassent au-dessous de son zèle,
+et il aima mieux décliner l'honneur qui lui était fait que de
+présenter une défense incomplète. Mais s'il ne parla pas, il écrivit.
Avant les plaidoiries, il fit imprimer, publier, colporter par les
-rues un écrit signé de son nom, et dans lequel il présentait avec
+rues un écrit signé de son nom, et dans lequel il présentait avec
beaucoup de force les seules raisons qui pussent alors sauver
-l'auguste accusé. Les faits que je viens de rappeler sont en outre
-consignés dans un éloge de mon grand-père prononcé en 1807 par M.
-Muraire, alors premier président à la Cour de cassation. «Lorsque,
+l'auguste accusé. Les faits que je viens de rappeler sont en outre
+consignés dans un éloge de mon grand-père prononcé en 1807 par M.
+Muraire, alors premier président à la Cour de cassation. «Lorsque,
dans cette circonstance difficile, disait M. Muraire, M. Target,
-renonçant à tout ce qu'il eût obtenu, se dévouait à ce qui ne lui
-offrait que du danger, faut-il laisser peser sur sa mémoire
-l'impression fâcheuse et injuste produite par un fait que ses
-détracteurs n'ont pas pris la peine d'approfondir?»</p>
+renonçant à tout ce qu'il eût obtenu, se dévouait à ce qui ne lui
+offrait que du danger, faut-il laisser peser sur sa mémoire
+l'impression fâcheuse et injuste produite par un fait que ses
+détracteurs n'ont pas pris la peine d'approfondir?»</p>
<p><a id="footnote38" name="footnote38"></a>
<b><a href="#footnotetag38">38</a></b>:</p>
-<p class="date">«Paris, 11 décembre 1792.</p>
+<p class="date">«Paris, 11 décembre 1792.</p>
-<p>»Citoyen président, j'ignore si la Convention donnera à Louis XVI un
-conseil pour le défendre et si elle lui en laisse le choix; dans ce
-cas-là, je désire que Louis XVI sache que, s'il me choisit pour cette
-fonction, je suis prêt à m'y dévouer. Je ne vous demande pas de faire
-part à la Convention de mon offre, car je suis bien éloigné de me
+<p>»Citoyen président, j'ignore si la Convention donnera à Louis XVI un
+conseil pour le défendre et si elle lui en laisse le choix; dans ce
+cas-là, je désire que Louis XVI sache que, s'il me choisit pour cette
+fonction, je suis prêt à m'y dévouer. Je ne vous demande pas de faire
+part à la Convention de mon offre, car je suis bien éloigné de me
croire un personnage assez important pour qu'elle s'occupe de moi.
-Mais j'ai été appelé deux fois au conseil de celui qui fut mon maître
-dans le temps que cette fonction étoit ambitionnée par tout le monde:
-je lui dois le même service lorsque c'est une fonction que bien des
+Mais j'ai été appelé deux fois au conseil de celui qui fut mon maître
+dans le temps que cette fonction étoit ambitionnée par tout le monde:
+je lui dois le même service lorsque c'est une fonction que bien des
gens trouvent dangereuse. Si je connoissois un moyen possible pour lui
-faire connoître mes dispositions, je ne prendrois pas la liberté de
-m'adresser à vous. J'ai pensé que, dans la place que vous occupez,
+faire connoître mes dispositions, je ne prendrois pas la liberté de
+m'adresser à vous. J'ai pensé que, dans la place que vous occupez,
vous aurez plus de moyens que personne pour lui faire passer cet avis.</p>
-<p>»Je suis avec respect, etc.</p>
+<p>»Je suis avec respect, etc.</p>
-<p class="authorsc">»Lamoignon de Malesherbes.»</p>
+<p class="authorsc">»Lamoignon de Malesherbes.»</p>
<p><a id="footnote39" name="footnote39"></a>
-<b><a href="#footnotetag39">39</a></b>: Voir la séance de la Convention du 13 décembre 1792.</p>
+<b><a href="#footnotetag39">39</a></b>: Voir la séance de la Convention du 13 décembre 1792.</p>
<p><a id="footnote40" name="footnote40"></a>
-<b><a href="#footnotetag40">40</a></b>: Dans cette lettre, le Roi félicitait le général sur la
-conduite qu'il avait tenue à Nancy.</p>
+<b><a href="#footnotetag40">40</a></b>: Dans cette lettre, le Roi félicitait le général sur la
+conduite qu'il avait tenue à Nancy.</p>
<p><a id="footnote41" name="footnote41"></a>
-<b><a href="#footnotetag41">41</a></b>: Séance du conseil général de la Commune du 27 décembre
+<b><a href="#footnotetag41">41</a></b>: Séance du conseil général de la Commune du 27 décembre
1792.</p>
<p><a id="footnote42" name="footnote42"></a>
<b><a href="#footnotetag42">42</a></b>:</p>
-<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations des commissaires
+<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations des commissaires
de la Commune de service au Temple.</i></p>
-<p class="date">«Du 22 décembre 1792, an I<sup>er</sup> de la République française.</p>
+<p class="date">«Du 22 décembre 1792, an I<sup>er</sup> de la République française.</p>
-<p>»A six heures du soir, le conseil s'est rassemblé pour prendre une
-délibération sur les deux objets ci-après:</p>
+<p>»A six heures du soir, le conseil s'est rassemblé pour prendre une
+délibération sur les deux objets ci-après:</p>
-<p>»1<sup>o</sup> Louis Capet paroît embarrassé de la longueur de sa barbe; il l'a
-témoigné diverses fois. On lui a proposé de le faire raser. Il en a
-montré de la répugnance, et a laissé voir le désir de se raser
-lui-même.</p>
+<p>»1<sup>o</sup> Louis Capet paroît embarrassé de la longueur de sa barbe; il l'a
+témoigné diverses fois. On lui a proposé de le faire raser. Il en a
+montré de la répugnance, et a laissé voir le désir de se raser
+lui-même.</p>
-<p>»Le conseil pensa hier pouvoir lui donner l'espérance d'accéder
-aujourd'hui à sa demande; mais ce matin, on s'est aperçu que les
-rasoirs de Louis Capet n'étoient pas restés au Temple: on a pris de là
-occasion de discuter de nouveau la matière; elle a été amplement
-controversée, et le résultat a été l'opinion unanime de soumettre la
-question au conseil général de la Commune, qui, dans le cas où il
-jugera convenable de permettre à Louis Capet de se faire lui-même la
-barbe, voudra bien ordonner qu'il lui soit confié un ou deux rasoirs
+<p>»Le conseil pensa hier pouvoir lui donner l'espérance d'accéder
+aujourd'hui à sa demande; mais ce matin, on s'est aperçu que les
+rasoirs de Louis Capet n'étoient pas restés au Temple: on a pris de là
+occasion de discuter de nouveau la matière; elle a été amplement
+controversée, et le résultat a été l'opinion unanime de soumettre la
+question au conseil général de la Commune, qui, dans le cas où il
+jugera convenable de permettre à Louis Capet de se faire lui-même la
+barbe, voudra bien ordonner qu'il lui soit confié un ou deux rasoirs
dont il fera usage sous les yeux de quatre commissaires auxquels ces
-mêmes rasoirs seront aussitôt rendus, et qui constateront que la
-remise leur en aura été faite.</p>
+mêmes rasoirs seront aussitôt rendus, et qui constateront que la
+remise leur en aura été faite.</p>
-<p>»2<sup>o</sup> La femme, la s&oelig;ur et la fille de Louis Capet ont demandé qu'il
-leur soit prêté des ciseaux pour se couper les ongles.</p>
+<p>»2<sup>o</sup> La femme, la s&oelig;ur et la fille de Louis Capet ont demandé qu'il
+leur soit prêté des ciseaux pour se couper les ongles.</p>
-<p>»Le conseil en ayant délibéré, a pareillement arrêté à l'unanimité que
-cette demande seroit soumise au conseil général de la Commune, qui
-seroit prié, dans le cas où il y donneroit son consentement, de fixer
-aussi le mode à employer à cet égard.</p>
+<p>»Le conseil en ayant délibéré, a pareillement arrêté à l'unanimité que
+cette demande seroit soumise au conseil général de la Commune, qui
+seroit prié, dans le cas où il y donneroit son consentement, de fixer
+aussi le mode à employer à cet égard.</p>
-<p>»Arrête que la présente délibération sera envoyée au conseil général
-de la Commune dans le jour et d'assez bonne heure pour que la réponse
-soit connue dès aujourd'hui au conseil du Temple.</p>
+<p>»Arrête que la présente délibération sera envoyée au conseil général
+de la Commune dans le jour et d'assez bonne heure pour que la réponse
+soit connue dès aujourd'hui au conseil du Temple.</p>
-<p>»Et ont signé au registre:</p>
+<p>»Et ont signé au registre:</p>
-<p class="author">»<span class="smcap">Maubert</span>, <span class="smcap">Defrasne</span>, <span class="smcap">Jon</span>, <span class="smcap">Landragin</span>, <span class="smcap">Robert</span>,<br>
+<p class="author">»<span class="smcap">Maubert</span>, <span class="smcap">Defrasne</span>, <span class="smcap">Jon</span>, <span class="smcap">Landragin</span>, <span class="smcap">Robert</span>,<br>
<span class="smcap">Malivoir</span> et <span class="smcap">Destournelles</span>.</p>
-<p>»Pour copie conforme, les jour, mois et an que dessus.</p>
+<p>»Pour copie conforme, les jour, mois et an que dessus.</p>
-<p class="author">»<span class="smcap">Destournelles</span>, officier municipal.»</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Destournelles</span>, officier municipal.»</p>
<p><a id="footnote43" name="footnote43"></a>
<b><a href="#footnotetag43">43</a></b>:</p>
-<p>«Citoyen président,</p>
+<p>«Citoyen président,</p>
-<p>»Représentant du peuple, je connois mes droits et mes devoirs, et j'ai
+<p>»Représentant du peuple, je connois mes droits et mes devoirs, et j'ai
toujours trop bien rempli les uns pour jamais perdre les autres.</p>
-<p>»Un délit a été commis en moi contre la nation: ne pas le dénoncer à
+<p>»Un délit a été commis en moi contre la nation: ne pas le dénoncer à
la nation, ce seroit la trahir.</p>
-<p>»Secrétaire de la Convention, après une séance de quarante heures, où
-s'est décidé à cinq voix le sort de plus d'un empire, je sortois avec
-le besoin extrême d'un air plus pur, lorsqu'une bande de <em>juges</em> tombe
-sur moi, <em>sur le député d'un peuple libre</em>! Mon premier mouvement fut
-de les punir à l'instant; mais j'étois dans la Convention, c'étoit à
-la Convention entière à se venger.</p>
-
-<p>»Représentants, qu'avez-vous fait? Avec la toute-puissance, vous
-n'avez pas celle d'envoyer aux quatre-vingt-quatre départements la
-liste de quelques désorganisateurs qui, par le seul talent de faire du
-bruit, vous ôtent la force de faire du bien.</p>
-
-<p>»La première fois que vous vous êtes laissé avilir, législateurs, vous
-avez exposé la France. Et tels que vous êtes (la vérité m'échappe),
-oui, tels que vous êtes, vous ne pouvez pas la sauver. L'homme de bien
-n'a plus qu'à s'envelopper de son manteau.</p>
-
-<p>»Pour moi, citoyen président, qui, quand je n'espère plus, ne crains
-encore rien, après avoir protesté à la Convention que je me
-précipiterois devant elle dans le gouffre de Curtius pour que le
-peuple fût enfin heureux, je crois devoir à ma conscience et à mes
-principes de la prévenir par ma démission, que je vous prie de
-recevoir, qu'il n'est pas en moi de le servir au poste où il m'a mis.</p>
-
-<p>»Je le servirai mieux dans mes foyers en me consacrant par mes écrits
-et par mes exemples à l'éducation de mes enfants, car il ne manque à
-la révolution que des hommes.»</p>
+<p>»Secrétaire de la Convention, après une séance de quarante heures, où
+s'est décidé à cinq voix le sort de plus d'un empire, je sortois avec
+le besoin extrême d'un air plus pur, lorsqu'une bande de <em>juges</em> tombe
+sur moi, <em>sur le député d'un peuple libre</em>! Mon premier mouvement fut
+de les punir à l'instant; mais j'étois dans la Convention, c'étoit à
+la Convention entière à se venger.</p>
+
+<p>»Représentants, qu'avez-vous fait? Avec la toute-puissance, vous
+n'avez pas celle d'envoyer aux quatre-vingt-quatre départements la
+liste de quelques désorganisateurs qui, par le seul talent de faire du
+bruit, vous ôtent la force de faire du bien.</p>
+
+<p>»La première fois que vous vous êtes laissé avilir, législateurs, vous
+avez exposé la France. Et tels que vous êtes (la vérité m'échappe),
+oui, tels que vous êtes, vous ne pouvez pas la sauver. L'homme de bien
+n'a plus qu'à s'envelopper de son manteau.</p>
+
+<p>»Pour moi, citoyen président, qui, quand je n'espère plus, ne crains
+encore rien, après avoir protesté à la Convention que je me
+précipiterois devant elle dans le gouffre de Curtius pour que le
+peuple fût enfin heureux, je crois devoir à ma conscience et à mes
+principes de la prévenir par ma démission, que je vous prie de
+recevoir, qu'il n'est pas en moi de le servir au poste où il m'a mis.</p>
+
+<p>»Je le servirai mieux dans mes foyers en me consacrant par mes écrits
+et par mes exemples à l'éducation de mes enfants, car il ne manque à
+la révolution que des hommes.»</p>
<p><a id="footnote44" name="footnote44"></a>
-<b><a href="#footnotetag44">44</a></b>: Compte rendu à la Convention par le ministre de la
+<b><a href="#footnotetag44">44</a></b>: Compte rendu à la Convention par le ministre de la
justice.</p>
<p><a id="footnote45" name="footnote45"></a>
@@ -31238,68 +31193,68 @@ dans le <cite>Moniteur universel</cite> du jeudi 24 janvier 1793:</p>
<p class="entete"><i>Commune de Paris.</i></p>
-<p>«Du 22.&mdash;On répand dans les lieux publics et dans les sociétés
+<p>«Du 22.&mdash;On répand dans les lieux publics et dans les sociétés
patriotiques que la fille de Louis est morte, que la femme de Louis
-est transférée de l'hôtel de la Force à la Conciergerie. Le conseil
-général m'autorise à démentir tous ces bruits. La fille de Louis n'est
-pas malade; les personnes qu'un décret renferme au Temple y resteront
-aussi longtemps que ce décret ne sera pas rapporté.</p>
+est transférée de l'hôtel de la Force à la Conciergerie. Le conseil
+général m'autorise à démentir tous ces bruits. La fille de Louis n'est
+pas malade; les personnes qu'un décret renferme au Temple y resteront
+aussi longtemps que ce décret ne sera pas rapporté.</p>
-<p class="author">»<span class="smcap">Réal</span>, premier substitut.»</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Réal</span>, premier substitut.»</p>
<p><a id="footnote46" name="footnote46"></a>
-<b><a href="#footnotetag46">46</a></b>: <i>Commune de Paris.</i>&mdash;Séance du mercredi 23 janvier 1793.</p>
+<b><a href="#footnotetag46">46</a></b>: <i>Commune de Paris.</i>&mdash;Séance du mercredi 23 janvier 1793.</p>
-<p>«Le conseil général entend la lecture d'un arrêté du conseil du Temple
-qui renvoie au conseil général à se prononcer sur deux demandes faites
+<p>«Le conseil général entend la lecture d'un arrêté du conseil du Temple
+qui renvoie au conseil général à se prononcer sur deux demandes faites
par Antoinette.</p>
-<p>»La première d'un habillement de deuil très-simple pour elle, sa
-s&oelig;ur et ses enfants. Le conseil général arrête qu'il sera fait
-droit à cette demande.</p>
+<p>»La première d'un habillement de deuil très-simple pour elle, sa
+s&oelig;ur et ses enfants. Le conseil général arrête qu'il sera fait
+droit à cette demande.</p>
-<p>»Sur la seconde, à ce que Cléry soit placé auprès de son fils, comme
-il l'était primitivement, le conseil général prononce l'ajournement.»</p>
+<p>»Sur la seconde, à ce que Cléry soit placé auprès de son fils, comme
+il l'était primitivement, le conseil général prononce l'ajournement.»</p>
<p><a id="footnote47" name="footnote47"></a>
-<b><a href="#footnotetag47">47</a></b>: Voir, à la fin du volume, les Pièces justificatives, n<sup>o</sup>
+<b><a href="#footnotetag47">47</a></b>: Voir, à la fin du volume, les Pièces justificatives, n<sup>o</sup>
<a href="#doc4">IV</a>.</p>
<p><a id="footnote48" name="footnote48"></a>
<b><a href="#footnotetag48">48</a></b>: Voici les quatre premiers couplets de cette &oelig;uvre
-modeste, qui emprunte aux circonstances un touchant intérêt:</p>
+modeste, qui emprunte aux circonstances un touchant intérêt:</p>
<div class="poem10">
-<p class="add1em">LA PIÉTÉ FILIALE.</p>
+<p class="add1em">LA PIÉTÉ FILIALE.</p>
-<p>Eh quoi! tu pleures, ô ma mère!<br>
- Dans tes regards fixés sur moi<br>
+<p>Eh quoi! tu pleures, ô ma mère!<br>
+ Dans tes regards fixés sur moi<br>
Se peignent l'amour et l'effroi:<br>
- J'y vois ton âme tout entière.<br>
+ J'y vois ton âme tout entière.<br>
Des maux que ton fils a soufferts<br>
Pourquoi te retracer l'image?<br>
- Puisque ma mère les partage,<br>
+ Puisque ma mère les partage,<br>
Puis-je me plaindre de mes fers?</p>
-<p>Des fers! ô Louis! ton courage<br>
+<p>Des fers! ô Louis! ton courage<br>
Les ennoblit en les portant.<br>
Ton fils n'a plus, en cet instant,<br>
- Que tes vertus pour héritage.<br>
- Trône, palais, pouvoir, grandeur,<br>
+ Que tes vertus pour héritage.<br>
+ Trône, palais, pouvoir, grandeur,<br>
Tout a fui pour moi sur la terre;<br>
- Mais je suis auprès de ma mère,<br>
+ Mais je suis auprès de ma mère,<br>
Je connais encor le bonheur.</p>
-<p>Un jour, peut-être... l'espérance<br>
- Doit être permise au malheur;<br>
+<p>Un jour, peut-être... l'espérance<br>
+ Doit être permise au malheur;<br>
Un jour, en faisant son bonheur,<br>
Je me vengerai de la France.<br>
- Un Dieu favorable à ton fils<br>
- Bientôt calmera la tempête!<br>
- L'orage qui courbe leur tête<br>
- Ne détruira jamais les lis.</p>
+ Un Dieu favorable à ton fils<br>
+ Bientôt calmera la tempête!<br>
+ L'orage qui courbe leur tête<br>
+ Ne détruira jamais les lis.</p>
-<p>Hélas! si du poids de nos chaînes<br>
+<p>Hélas! si du poids de nos chaînes<br>
Le ciel daigne nous affranchir,<br>
Nos c&oelig;urs doubleront le plaisir<br>
Par le souvenir de nos peines.<br>
@@ -31310,280 +31265,280 @@ modeste, qui emprunte aux circonstances un touchant intérêt:</p>
</div>
<p><a id="footnote49" name="footnote49"></a>
-<b><a href="#footnotetag49">49</a></b>: <cite>Quelques souvenirs ou notes fidèles sur mon service au
-Temple, depuis le 8 décembre 1792 jusqu'au 26 mars 1793.</cite> 2<sup>e</sup> édition.
+<b><a href="#footnotetag49">49</a></b>: <cite>Quelques souvenirs ou notes fidèles sur mon service au
+Temple, depuis le 8 décembre 1792 jusqu'au 26 mars 1793.</cite> 2<sup>e</sup> édition.
Paris, 1817.</p>
<p><a id="footnote50" name="footnote50"></a>
-<b><a href="#footnotetag50">50</a></b>: Nous avions été contraints d'évacuer Aix-la-Chapelle et
-de lever le siége de Maëstricht.</p>
+<b><a href="#footnotetag50">50</a></b>: Nous avions été contraints d'évacuer Aix-la-Chapelle et
+de lever le siége de Maëstricht.</p>
<p><a id="footnote51" name="footnote51"></a>
<b><a href="#footnotetag51">51</a></b>: La Reine voulut aussi remercier M. de Jarjayes et lui
-expliquer les motifs de son refus. Elle lui écrivit de sa main le
+expliquer les motifs de son refus. Elle lui écrivit de sa main le
billet suivant, qu'elle chargea Toulan de lui remettre; billet
-admirable que M. Chauveau-Lagarde fit, le premier, connaître dans sa
-<cite>Note historique sur les procès de Marie-Antoinette et de Madame
-Élisabeth</cite>.</p>
-
-<p>«<em>Nous avons fait un beau rêve. Voilà tout. Mais nous y avons beaucoup
-gagné en trouvant dans cette occasion une nouvelle preuve de votre
-entier dévouement pour moi. Ma confiance en vous est sans bornes. Vous
-trouverez toujours en moi du caractère et du courage; mais l'intérêt
+admirable que M. Chauveau-Lagarde fit, le premier, connaître dans sa
+<cite>Note historique sur les procès de Marie-Antoinette et de Madame
+Élisabeth</cite>.</p>
+
+<p>«<em>Nous avons fait un beau rêve. Voilà tout. Mais nous y avons beaucoup
+gagné en trouvant dans cette occasion une nouvelle preuve de votre
+entier dévouement pour moi. Ma confiance en vous est sans bornes. Vous
+trouverez toujours en moi du caractère et du courage; mais l'intérêt
de mon fils est le seul qui me guide. Quelque bonheur que j'eusse
-éprouvé à être hors d'ici, je ne peux consentir à me séparer de lui.
-Je ne pourrais jouir de rien sans mes enfants, et cette idée ne me
-laisse pas même un regret.</em>»</p>
+éprouvé à être hors d'ici, je ne peux consentir à me séparer de lui.
+Je ne pourrais jouir de rien sans mes enfants, et cette idée ne me
+laisse pas même un regret.</em>»</p>
<p><a id="footnote52" name="footnote52"></a>
-<b><a href="#footnotetag52">52</a></b>: Le billet de la Reine adressé à Monsieur était ainsi
-conçu:</p>
+<b><a href="#footnotetag52">52</a></b>: Le billet de la Reine adressé à Monsieur était ainsi
+conçu:</p>
-<p>«Ayant un être fidèle sur lequel nous pouvons compter, j'en profite
-pour envoyer à mon frère et ami ce dépôt qui ne peut être confié
+<p>«Ayant un être fidèle sur lequel nous pouvons compter, j'en profite
+pour envoyer à mon frère et ami ce dépôt qui ne peut être confié
qu'entre ses mains. Le porteur vous dira par quel miracle nous avons
-pu avoir ces précieux gages; je me réserve de vous dire moi-même un
-jour le nom de celui qui nous est si utile. L'impossibilité où nous
-avons été jusqu'à présent de pouvoir vous donner de nos nouvelles, et
-l'excès de nos malheurs, nous fait sentir encore plus vivement notre
-cruelle séparation; puisse-t-elle n'être pas longue! Je vous embrasse,
+pu avoir ces précieux gages; je me réserve de vous dire moi-même un
+jour le nom de celui qui nous est si utile. L'impossibilité où nous
+avons été jusqu'à présent de pouvoir vous donner de nos nouvelles, et
+l'excès de nos malheurs, nous fait sentir encore plus vivement notre
+cruelle séparation; puisse-t-elle n'être pas longue! Je vous embrasse,
en attendant, comme je vous aime, et vous savez que c'est de tout mon
c&oelig;ur.</p>
-<p class="author">»M. A.»</p>
+<p class="author">»M. A.»</p>
-<p>Au bas de ce billet, Marie-Thérèse écrivit ces deux lignes:</p>
+<p>Au bas de ce billet, Marie-Thérèse écrivit ces deux lignes:</p>
-<p>«Je suis chargée pour mon frère et moi de vous embrasser de tout notre
+<p>«Je suis chargée pour mon frère et moi de vous embrasser de tout notre
c&oelig;ur.</p>
-<p class="author">«M. T.»</p>
+<p class="author">«M. T.»</p>
-<p>Voici le billet adressé par la Reine au comte d'Artois:</p>
+<p>Voici le billet adressé par la Reine au comte d'Artois:</p>
-<p>«Ayant trouvé enfin le moyen de confier à notre frère un des seuls
-gages qui nous restent de l'être que nous chérissions et pleurons
+<p>«Ayant trouvé enfin le moyen de confier à notre frère un des seuls
+gages qui nous restent de l'être que nous chérissions et pleurons
tous, j'ai cru que vous seriez bien aise d'avoir quelque chose qui
-vînt de lui; gardez-le en signe de l'amitié la plus tendre, avec
+vînt de lui; gardez-le en signe de l'amitié la plus tendre, avec
laquelle je vous embrasse de tout mon c&oelig;ur.</p>
-<p class="author">«M. A.»</p>
+<p class="author">«M. A.»</p>
<p><a id="footnote53" name="footnote53"></a>
-<b><a href="#footnotetag53">53</a></b>: M. de Jarjayes se rendit d'abord à Turin, où le roi de
-Sardaigne le retint et l'employa auprès de sa personne. C'est ce
-prince qui envoya lui-même à Monsieur, par un courrier extraordinaire,
-les dépêches de M. de Jarjayes. Monsieur écrivit de sa main à M. de
-Jarjayes une lettre datée de Hamm, le 14 mai 1793, dans laquelle il
+<b><a href="#footnotetag53">53</a></b>: M. de Jarjayes se rendit d'abord à Turin, où le roi de
+Sardaigne le retint et l'employa auprès de sa personne. C'est ce
+prince qui envoya lui-même à Monsieur, par un courrier extraordinaire,
+les dépêches de M. de Jarjayes. Monsieur écrivit de sa main à M. de
+Jarjayes une lettre datée de Hamm, le 14 mai 1793, dans laquelle il
lui exprime ainsi ses sentiments:</p>
-<p>«Vous m'avez procuré le bien le plus précieux que j'aie au monde, la
-seule véritable consolation que j'aie éprouvée depuis nos malheurs.</p>
+<p>«Vous m'avez procuré le bien le plus précieux que j'aie au monde, la
+seule véritable consolation que j'aie éprouvée depuis nos malheurs.</p>
-<p>»Combien leur billet et l'autre gage de leur amitié, de leur
-confiance, ont pénétré mon c&oelig;ur des plus doux sentiments!...</p>
+<p>»Combien leur billet et l'autre gage de leur amitié, de leur
+confiance, ont pénétré mon c&oelig;ur des plus doux sentiments!...</p>
-<p>»Je ne puis qu'approuver les raisons qui vous font rester en Piémont.
-Continuez à servir notre jeune et malheureux Roi comme vous avez servi
-le frère que je pleurerai toute ma vie.»</p>
+<p>»Je ne puis qu'approuver les raisons qui vous font rester en Piémont.
+Continuez à servir notre jeune et malheureux Roi comme vous avez servi
+le frère que je pleurerai toute ma vie.»</p>
<p><a id="footnote54" name="footnote54"></a>
-<b><a href="#footnotetag54">54</a></b>: Municipalité de Paris.</p>
+<b><a href="#footnotetag54">54</a></b>: Municipalité de Paris.</p>
-<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du conseil général du 1<sup>er</sup>
-avril 1793, II<sup>e</sup> de la République.</i></p>
+<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du conseil général du 1<sup>er</sup>
+avril 1793, II<sup>e</sup> de la République.</i></p>
-<p>«Sur le réquisitoire du procureur de la Commune,</p>
+<p>«Sur le réquisitoire du procureur de la Commune,</p>
-<p>»Le conseil général arrête:</p>
+<p>»Le conseil général arrête:</p>
-<p>»1<sup>o</sup> Qu'aucune personne de garde au Temple ou autrement ne pourra y
+<p>»1<sup>o</sup> Qu'aucune personne de garde au Temple ou autrement ne pourra y
dessiner quoi que ce soit, et que si quelqu'un est saisi en
-contravention au présent arrêté, il sera sur-le-champ mis en état
-d'arrestation et amené au conseil général, faisant en cette partie les
+contravention au présent arrêté, il sera sur-le-champ mis en état
+d'arrestation et amené au conseil général, faisant en cette partie les
fonctions de gouverneur;</p>
-<p>»2<sup>o</sup> Enjoint aux commissaires du conseil de service au Temple de ne
-tenir aucune conversation familière avec les personnes détenues, comme
+<p>»2<sup>o</sup> Enjoint aux commissaires du conseil de service au Temple de ne
+tenir aucune conversation familière avec les personnes détenues, comme
aussi de ne se charger d'aucune commission pour elles;</p>
-<p>»3<sup>o</sup> Défenses sont pareillement faites auxdits commissaires de rien
-changer ou innover aux anciens règlements pour la police de
-l'intérieur du Temple;</p>
+<p>»3<sup>o</sup> Défenses sont pareillement faites auxdits commissaires de rien
+changer ou innover aux anciens règlements pour la police de
+l'intérieur du Temple;</p>
-<p>»4<sup>o</sup> Qu'aucun employé au service du Temple ne pourra entrer dans la
+<p>»4<sup>o</sup> Qu'aucun employé au service du Temple ne pourra entrer dans la
tour;</p>
-<p>»5<sup>o</sup> Qu'il y aura deux commissaires auprès des prisonniers;</p>
+<p>»5<sup>o</sup> Qu'il y aura deux commissaires auprès des prisonniers;</p>
-<p>»6<sup>o</sup> Que Tison ni sa femme ne pourront sortir de la tour ni
+<p>»6<sup>o</sup> Que Tison ni sa femme ne pourront sortir de la tour ni
communiquer avec qui que ce soit du dehors;</p>
-<p>»7<sup>o</sup> Qu'aucun commissaire au Temple ne pourra envoyer ou recevoir de
-lettres sans qu'elles aient été préalablement lues au conseil du
+<p>»7<sup>o</sup> Qu'aucun commissaire au Temple ne pourra envoyer ou recevoir de
+lettres sans qu'elles aient été préalablement lues au conseil du
Temple;</p>
-<p>»8<sup>o</sup> Lorsque les prisonniers se promèneront sur la plate-forme de la
-Tour, ils seront toujours accompagnés de trois commissaires et du
+<p>»8<sup>o</sup> Lorsque les prisonniers se promèneront sur la plate-forme de la
+Tour, ils seront toujours accompagnés de trois commissaires et du
commandant du poste, qui les surveilleront scrupuleusement;</p>
-<p>»9<sup>o</sup> Que, conformément aux précédents arrêtés, les membres du conseil
-qui seront nommés pour faire le service du Temple passeront à la
-censure du conseil général, et sur la réclamation non motivée d'un
-seul membre, ils ne pourront être admis;</p>
+<p>»9<sup>o</sup> Que, conformément aux précédents arrêtés, les membres du conseil
+qui seront nommés pour faire le service du Temple passeront à la
+censure du conseil général, et sur la réclamation non motivée d'un
+seul membre, ils ne pourront être admis;</p>
-<p>»10<sup>o</sup> Enfin, que le département des travaux publics fera exécuter dans
-le jour de demain les travaux mentionnés dans son arrêté du 26 mars
+<p>»10<sup>o</sup> Enfin, que le département des travaux publics fera exécuter dans
+le jour de demain les travaux mentionnés dans son arrêté du 26 mars
dernier.</p>
-<p class="author">»<i>Signé</i>: <span class="smcap">Pache</span>, maire.<br>
- »<span class="smcap">Coulombeau</span>, secrétaire greffier.</p>
+<p class="author">»<i>Signé</i>: <span class="smcap">Pache</span>, maire.<br>
+ »<span class="smcap">Coulombeau</span>, secrétaire greffier.</p>
-<p>»Pour extrait conforme:</p>
+<p>»Pour extrait conforme:</p>
-<p class="author">»<span class="smcap">Coulombeau</span>, secrétaire greffier.</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Coulombeau</span>, secrétaire greffier.</p>
-<p>»Copié au registre.</p>
+<p>»Copié au registre.</p>
-<p class="authorsc">»Yon.»</p>
+<p class="authorsc">»Yon.»</p>
<p><a id="footnote55" name="footnote55"></a>
<b><a href="#footnotetag55">55</a></b>:</p>
-<p class="entete"><i>Décret de la Convention nationale du 4 avril 1793, l'an
-II de la République française.</i></p>
+<p class="entete"><i>Décret de la Convention nationale du 4 avril 1793, l'an
+II de la République française.</i></p>
-<p>»La Convention nationale décrète que le conseil général de la Commune
+<p>»La Convention nationale décrète que le conseil général de la Commune
de Paris fera doubler sur-le-champ la garde du Temple.</p>
-<p>»Vérifié par nous, inspecteur des bureaux des procès-verbaux,</p>
+<p>»Vérifié par nous, inspecteur des bureaux des procès-verbaux,</p>
-<p class="authorsc">»Delebov.</p>
+<p class="authorsc">»Delebov.</p>
-<p>»Collationné à l'original par nous, président et secrétaire de la
+<p>»Collationné à l'original par nous, président et secrétaire de la
Convention nationale,</p>
-<p class="author">»<span class="smcap">Delmas</span>, président.<br>
- »<span class="smcap">Mellino</span>, secrétaire.</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Delmas</span>, président.<br>
+ »<span class="smcap">Mellino</span>, secrétaire.</p>
-<p>»Paris, ce 5 avril 1793, an II de la République française.»</p>
+<p>»Paris, ce 5 avril 1793, an II de la République française.»</p>
<p><a id="footnote56" name="footnote56"></a>
-<b><a href="#footnotetag56">56</a></b>: Voici ce qui se passa au conseil général de la Commune à
-l'occasion de cette dénonciation:</p>
+<b><a href="#footnotetag56">56</a></b>: Voici ce qui se passa au conseil général de la Commune à
+l'occasion de cette dénonciation:</p>
-<p>Un des commissaires du Temple fait lecture d'un procès-verbal dressé
-au Temple en présence du maire, du procureur de la Commune et des
+<p>Un des commissaires du Temple fait lecture d'un procès-verbal dressé
+au Temple en présence du maire, du procureur de la Commune et des
commissaires de service.</p>
-<p>Ce procès-verbal contient deux déclarations faites l'une par Tison,
+<p>Ce procès-verbal contient deux déclarations faites l'une par Tison,
faisant le service du Temple, et l'autre par Anne-Victoire Baudet,
-épouse de Tison, aussi employée au service du Temple.</p>
+épouse de Tison, aussi employée au service du Temple.</p>
-<p>Il résulte de ces déclarations que quelques membres du conseil,
+<p>Il résulte de ces déclarations que quelques membres du conseil,
savoir: Toulan, Lepitre, Brunot, Moelle, Vincent, entrepreneur de
-bâtiments, et le médecin du Temple, sont suspectés d'avoir eu des
-conférences secrètes avec les prisonniers du Temple; de leur avoir
-fourni de la cire et des pains à cacheter, des crayons, du papier, et
-enfin d'avoir favorisé des correspondances secrètes.</p>
+bâtiments, et le médecin du Temple, sont suspectés d'avoir eu des
+conférences secrètes avec les prisonniers du Temple; de leur avoir
+fourni de la cire et des pains à cacheter, des crayons, du papier, et
+enfin d'avoir favorisé des correspondances secrètes.</p>
-<p>Toulan et Vincent requièrent qu'à l'instant il soit nommé des
-commissaires pour apposer les scellés chez eux.</p>
+<p>Toulan et Vincent requièrent qu'à l'instant il soit nommé des
+commissaires pour apposer les scellés chez eux.</p>
-<p>En conséquence, le conseil général nomme Cailleux et Jérôme pour se
-transporter à l'instant chez le citoyen Toulan, à l'effet d'apposer
-les scellés sur ses papiers.</p>
+<p>En conséquence, le conseil général nomme Cailleux et Jérôme pour se
+transporter à l'instant chez le citoyen Toulan, à l'effet d'apposer
+les scellés sur ses papiers.</p>
-<p>Nomme pareillement Favanne et Souard pour se transporter à l'instant
-chez le citoyen Vincent, à l'effet d'apposer les scellés sur ses
-papiers, en exceptant ceux qui ont rapport à la commission des blessés
-du 10 août, dont il est chargé.</p>
+<p>Nomme pareillement Favanne et Souard pour se transporter à l'instant
+chez le citoyen Vincent, à l'effet d'apposer les scellés sur ses
+papiers, en exceptant ceux qui ont rapport à la commission des blessés
+du 10 août, dont il est chargé.</p>
-<p>A la charge par ces quatre commissaires de requérir le juge de paix de
+<p>A la charge par ces quatre commissaires de requérir le juge de paix de
la section sur laquelle ils se trouveront, pour les assister dans
-leurs opérations.</p>
+leurs opérations.</p>
<p>Quant aux citoyens suspects et absents, savoir: Lepitre, Moelle,
-Brunot et le médecin, le conseil général arrête que les
-administrateurs de police feront à l'instant apposer les scellés sur
+Brunot et le médecin, le conseil général arrête que les
+administrateurs de police feront à l'instant apposer les scellés sur
leurs papiers.</p>
-<p>Et sur le réquisitoire du procureur de la Commune, le conseil général
-nomme Follope, Minier, Louvet et Benoît, à l'effet de se transporter
+<p>Et sur le réquisitoire du procureur de la Commune, le conseil général
+nomme Follope, Minier, Louvet et Benoît, à l'effet de se transporter
sur-le-champ au Temple, pour, dans les appartements des prisonniers,
faire toutes visites et recherches qu'ils jugeront convenables, comme
aussi de fouiller lesdits prisonniers.</p>
-<p>Arrête en outre que ces mêmes commissaires lèveront les scellés
-apposés sur l'appartement du défunt Louis Capet, pour y faire
-également toutes recherches nécessaires.</p>
+<p>Arrête en outre que ces mêmes commissaires lèveront les scellés
+apposés sur l'appartement du défunt Louis Capet, pour y faire
+également toutes recherches nécessaires.</p>
-<p>Hébert, substitut du procureur syndic, a été nommé avec les autres
+<p>Hébert, substitut du procureur syndic, a été nommé avec les autres
commissaires pour aller faire des recherches chez les prisonniers du
-Temple.»</p>
+Temple.»</p>
-<p>(Séance du 20 avril 1793.)</p>
+<p>(Séance du 20 avril 1793.)</p>
<p><a id="footnote57" name="footnote57"></a>
-<b><a href="#footnotetag57">57</a></b>: <cite>Fragments historiques sur la captivité de la famille
-royale</cite>, par <span class="smcap">Turgy</span>, publiés par Eckard, à la suite de ses <cite>Mémoires
-historiques sur Louis XVII</cite>, troisième édition.</p>
+<b><a href="#footnotetag57">57</a></b>: <cite>Fragments historiques sur la captivité de la famille
+royale</cite>, par <span class="smcap">Turgy</span>, publiés par Eckard, à la suite de ses <cite>Mémoires
+historiques sur Louis XVII</cite>, troisième édition.</p>
<p><a id="footnote58" name="footnote58"></a>
<b><a href="#footnotetag58">58</a></b>:</p>
-<p class="entete"><i>Extrait du procès-verbal dressé par les commissaires nommés à
+<p class="entete"><i>Extrait du procès-verbal dressé par les commissaires nommés à
l'effet de faire une perquisition exacte chez les prisonniers
- détenus à la tour du Temple.</i></p>
+ détenus à la tour du Temple.</i></p>
-<p>«Aujourd'hui 20 avril 1793, à dix heures trois quarts du soir, en
-exécution de l'arrêté du conseil général, nous, soussignés, nous
-sommes transportés à la tour du Temple, où, à l'heure susdite, sommes
-montés à l'appartement tant de Marie-Antoinette, veuve Capet, que de
+<p>«Aujourd'hui 20 avril 1793, à dix heures trois quarts du soir, en
+exécution de l'arrêté du conseil général, nous, soussignés, nous
+sommes transportés à la tour du Temple, où, à l'heure susdite, sommes
+montés à l'appartement tant de Marie-Antoinette, veuve Capet, que de
ses enfants, pour commencer la visite des meubles et la perquisition
sur les personnes comme il suit:</p>
-<p>»D'abord, entrés dans la chambre de ladite veuve Capet, avons fouillé
-dans les meubles, où nous n'avons trouvé rien de suspect. Sur une
-table de nuit seulement, avons trouvé un petit livre intitulé:
-<cite>Journée du chrétien</cite>, où étoit une image coloriée en rouge,
-représentant d'un côté un c&oelig;ur embrasé, traversé d'une épée et
-entouré d'étoiles, avec cette légende: «<i>Cor Mariæ, ora pro nobis</i>; de
-l'autre côté, une couronne d'épines et une croix au-dessus du c&oelig;ur
-avec cette légende: <i>Cor Jesu, miserere nobis</i>. Avons trouvé de plus
-une feuille imprimée, de quatre pages, intitulée: <cite>Consécration de la
-France au sacré C&oelig;ur de Jésus</cite>; elle commence par ces mots: «O
-Jésus-Christ!» On y remarque les passages suivants: «Tous les c&oelig;urs
-de ce royaume, depuis le c&oelig;ur de notre auguste Monarque jusqu'à
-celui du plus pauvre de ses sujets, nous les réunissons par les désirs
-de la charité pour vous les offrir tous ensemble... Oui, C&oelig;ur de
-Jésus, nous vous offrons notre patrie tout entière et les c&oelig;urs de
+<p>»D'abord, entrés dans la chambre de ladite veuve Capet, avons fouillé
+dans les meubles, où nous n'avons trouvé rien de suspect. Sur une
+table de nuit seulement, avons trouvé un petit livre intitulé:
+<cite>Journée du chrétien</cite>, où étoit une image coloriée en rouge,
+représentant d'un côté un c&oelig;ur embrasé, traversé d'une épée et
+entouré d'étoiles, avec cette légende: «<i>Cor Mariæ, ora pro nobis</i>; de
+l'autre côté, une couronne d'épines et une croix au-dessus du c&oelig;ur
+avec cette légende: <i>Cor Jesu, miserere nobis</i>. Avons trouvé de plus
+une feuille imprimée, de quatre pages, intitulée: <cite>Consécration de la
+France au sacré C&oelig;ur de Jésus</cite>; elle commence par ces mots: «O
+Jésus-Christ!» On y remarque les passages suivants: «Tous les c&oelig;urs
+de ce royaume, depuis le c&oelig;ur de notre auguste Monarque jusqu'à
+celui du plus pauvre de ses sujets, nous les réunissons par les désirs
+de la charité pour vous les offrir tous ensemble... Oui, C&oelig;ur de
+Jésus, nous vous offrons notre patrie tout entière et les c&oelig;urs de
tous vos enfants... O Vierge sainte! ils sont maintenant entre vos
-mains; nous vous les avons remis en nous consacrant à vous comme à
-notre protectrice et à notre mère; aujourd'hui, nous vous en
-supplions, offrez-les au c&oelig;ur de Jésus... Ah! présentés par vous,
-il les recevra, il leur pardonnera, il les bénira, il les sanctifiera,
-il sauvera la France tout entière, il y fera revivre la sainte
-religion. Ainsi soit-il, ainsi soit-il!»</p>
-
-<p>»Dans les poches de Marie-Antoinette étoit un portefeuille en maroquin
-rouge, où nous n'avons reconnu digne de description qu'un des
-feuillets en peau anglaise, sur lequel étoit écrit au crayon ce qui
-suit: «Brugnier, quai de l'Horloge, n<sup>o</sup> 65 (et autres noms et demeures
-de différentes personnes dont les prisonniers pouvoient avoir
-besoin).» Plus, dans les mêmes poches, un nécessaire roulé, et dans
-lequel étoit un porte-crayon d'acier non garni de crayon...</p>
-
-<p>»Avons fait ensuite perquisition dans la chambre qu'occupe
-Élisabeth-Marie, s&oelig;ur de feu Louis Capet, où nous n'avons rien
-trouvé de suspect; seulement avons découvert dans une cassette un
-bâton de cire rouge à cacheter qui avoit déjà servi, avec de la poudre
-de buis dans le même papier... Et environ deux heures après minuit,
-avons clos le présent procès-verbal en présence desdites dames, qui
-ont signé avec nous.</p>
-
-<p class="author">»<i>Ainsi signé</i>: <span class="smcap">Marie-Antoinette</span>, <span class="smcap">Élisabeth-Marie</span>;<br>
- <span class="smcap">Benoît</span>, etc., etc.»</p>
+mains; nous vous les avons remis en nous consacrant à vous comme à
+notre protectrice et à notre mère; aujourd'hui, nous vous en
+supplions, offrez-les au c&oelig;ur de Jésus... Ah! présentés par vous,
+il les recevra, il leur pardonnera, il les bénira, il les sanctifiera,
+il sauvera la France tout entière, il y fera revivre la sainte
+religion. Ainsi soit-il, ainsi soit-il!»</p>
+
+<p>»Dans les poches de Marie-Antoinette étoit un portefeuille en maroquin
+rouge, où nous n'avons reconnu digne de description qu'un des
+feuillets en peau anglaise, sur lequel étoit écrit au crayon ce qui
+suit: «Brugnier, quai de l'Horloge, n<sup>o</sup> 65 (et autres noms et demeures
+de différentes personnes dont les prisonniers pouvoient avoir
+besoin).» Plus, dans les mêmes poches, un nécessaire roulé, et dans
+lequel étoit un porte-crayon d'acier non garni de crayon...</p>
+
+<p>»Avons fait ensuite perquisition dans la chambre qu'occupe
+Élisabeth-Marie, s&oelig;ur de feu Louis Capet, où nous n'avons rien
+trouvé de suspect; seulement avons découvert dans une cassette un
+bâton de cire rouge à cacheter qui avoit déjà servi, avec de la poudre
+de buis dans le même papier... Et environ deux heures après minuit,
+avons clos le présent procès-verbal en présence desdites dames, qui
+ont signé avec nous.</p>
+
+<p class="author">»<i>Ainsi signé</i>: <span class="smcap">Marie-Antoinette</span>, <span class="smcap">Élisabeth-Marie</span>;<br>
+ <span class="smcap">Benoît</span>, etc., etc.»</p>
<p><a id="footnote59" name="footnote59"></a>
<b><a href="#footnotetag59">59</a></b>: Rue Richelieu, au coin de la rue des
@@ -31591,1573 +31546,1573 @@ Filles-Saint-Thomas.</p>
<p><a id="footnote60" name="footnote60"></a>
<b><a href="#footnotetag60">60</a></b>: Il est bon de faire remarquer ici que le nombre des
-municipaux envoyés au Temple varia plusieurs fois. D'abord on en
-envoya quatre, puis huit à l'époque du procès de Louis XVI; six après
+municipaux envoyés au Temple varia plusieurs fois. D'abord on en
+envoya quatre, puis huit à l'époque du procès de Louis XVI; six après
le 21 janvier; plus tard huit encore, ensuite quatre, puis trois. Le
-nombre variait suivant la gravité des circonstances.</p>
+nombre variait suivant la gravité des circonstances.</p>
<p>Il devint quelquefois si difficile de trouver des commissaires pour
-aller au Temple qu'il fallait recourir à des mesures de rigueur pour
-triompher de la résistance des récalcitrants. L'amende et la
-dénonciation du citoyen peu zélé à sa section ne suffirent pas
-longtemps. Le conseil général se vit contraint de prendre la décision
-suivante, à la date du 12 septembre 1793:</p>
+aller au Temple qu'il fallait recourir à des mesures de rigueur pour
+triompher de la résistance des récalcitrants. L'amende et la
+dénonciation du citoyen peu zélé à sa section ne suffirent pas
+longtemps. Le conseil général se vit contraint de prendre la décision
+suivante, à la date du 12 septembre 1793:</p>
-<p>«Le conseil général arrête que lorsqu'un de ses membres auquel il aura
-été écrit pour aller au Temple refusera ce service, deux gendarmes
-seront chargés de l'aller chercher pour le conduire au Temple;</p>
+<p>«Le conseil général arrête que lorsqu'un de ses membres auquel il aura
+été écrit pour aller au Temple refusera ce service, deux gendarmes
+seront chargés de l'aller chercher pour le conduire au Temple;</p>
-<p>»Arrête en outre que le présent sera mis sur la lettre d'invitation.»</p>
+<p>»Arrête en outre que le présent sera mis sur la lettre d'invitation.»</p>
-<p>Cette mesure ne tarda pas à trouver son application: «Mercredi, 18
-septembre 1793, le conseil arrête à l'égard de Forestier la stricte
-exécution de son arrêté, qui porte que lorsqu'un membre refusera de se
-rendre au Temple, d'après l'invitation qui lui en aura été faite par
-écrit, il y sera conduit par deux gendarmes;</p>
+<p>Cette mesure ne tarda pas à trouver son application: «Mercredi, 18
+septembre 1793, le conseil arrête à l'égard de Forestier la stricte
+exécution de son arrêté, qui porte que lorsqu'un membre refusera de se
+rendre au Temple, d'après l'invitation qui lui en aura été faite par
+écrit, il y sera conduit par deux gendarmes;</p>
-<p>»Arrête en conséquence que deux gendarmes iront chercher Forestier.»</p>
+<p>»Arrête en conséquence que deux gendarmes iront chercher Forestier.»</p>
-<p>Conformément à la même décision, deux gendarmes allèrent chercher</p>
+<p>Conformément à la même décision, deux gendarmes allèrent chercher</p>
<ul class="none">
-<li>Le municipal Soulès, le 26 septembre 1793;</li>
+<li>Le municipal Soulès, le 26 septembre 1793;</li>
<li>Le municipal Mourette, le 3 novembre;</li>
<li>Le municipal Gibert, le 21 novembre;</li>
-<li>Le municipal Follope, le 13 décembre;</li>
+<li>Le municipal Follope, le 13 décembre;</li>
<li>Le municipal Laurent, le 21 janvier 1794, etc.</li>
</ul>
<p><a id="footnote61" name="footnote61"></a>
-<b><a href="#footnotetag61">61</a></b>: Cet arrêté est signé Cambon fils aîné,&mdash;L. B.
-Guyton,&mdash;Jeanbon Saint-André, G. Couthon,&mdash;B. Barère,&mdash;Danton.
+<b><a href="#footnotetag61">61</a></b>: Cet arrêté est signé Cambon fils aîné,&mdash;L. B.
+Guyton,&mdash;Jeanbon Saint-André, G. Couthon,&mdash;B. Barère,&mdash;Danton.
(Archives de l'Empire, armoire de fer, carton 13.)</p>
<p><a id="footnote62" name="footnote62"></a>
-<b><a href="#footnotetag62">62</a></b>: Demandé le 14 juin, cet ouvrage avait été mis le 23 à la
-disposition des prisonnières.</p>
+<b><a href="#footnotetag62">62</a></b>: Demandé le 14 juin, cet ouvrage avait été mis le 23 à la
+disposition des prisonnières.</p>
-<p class="date">«Du vendredi, 14 juin 1793, l'an II de la République française.</p>
+<p class="date">«Du vendredi, 14 juin 1793, l'an II de la République française.</p>
-<p>»Sur la demande des commissaires de service au Temple, le conseil
-arrête que Baron, garde de la Bibliothèque, fournira sur récépissé</p>
+<p>»Sur la demande des commissaires de service au Temple, le conseil
+arrête que Baron, garde de la Bibliothèque, fournira sur récépissé</p>
-<p>»Les livres ci-après:</p>
+<p>»Les livres ci-après:</p>
<ul class="none">
-<li>»<cite>Dictionnaire historique</cite>, 4 vol. in-8<sup>o</sup>, rel.</li>
-<li>»Les n<sup>os</sup> I, II, III et IV des <cite>&OElig;uvres de Voltaire</cite>.</li>
+<li>»<cite>Dictionnaire historique</cite>, 4 vol. in-8<sup>o</sup>, rel.</li>
+<li>»Les n<sup>os</sup> I, II, III et IV des <cite>&OElig;uvres de Voltaire</cite>.</li>
</ul>
-<p class="authorsc">»Sillans, Cazenave, Foucaux.</p>
+<p class="authorsc">»Sillans, Cazenave, Foucaux.</p>
-<p>»Nous, membres du conseil général de la Commune, de service au Temple,
-donnons le récépissé de quatre volumes intitulés: <cite>Dictionnaire
-historique</cite>, <cite>&OElig;uvres de Voltaire</cite>, qui ont été transportés à la
+<p>»Nous, membres du conseil général de la Commune, de service au Temple,
+donnons le récépissé de quatre volumes intitulés: <cite>Dictionnaire
+historique</cite>, <cite>&OElig;uvres de Voltaire</cite>, qui ont été transportés à la
Tour.</p>
-<p>»Fait au conseil du Temple ce 23 juin 1793, l'an II de la République
-française une et indivisible.</p>
+<p>»Fait au conseil du Temple ce 23 juin 1793, l'an II de la République
+française une et indivisible.</p>
-<p class="author">»<span class="smcap">Mennessier</span>, membre du conseil général;<br>
- »<span class="smcap">Dangé</span>.»</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Mennessier</span>, membre du conseil général;<br>
+ »<span class="smcap">Dangé</span>.»</p>
<p><a id="footnote63" name="footnote63"></a>
-<b><a href="#footnotetag63">63</a></b>: <cite>Fragments historiques sur la captivité de la famille
-royale</cite>, par <span class="smcap">Turgy</span>, publiés par Eckard, à la suite de ses <cite>Mémoires
-historiques sur Louis XVII</cite>, troisième édition.</p>
+<b><a href="#footnotetag63">63</a></b>: <cite>Fragments historiques sur la captivité de la famille
+royale</cite>, par <span class="smcap">Turgy</span>, publiés par Eckard, à la suite de ses <cite>Mémoires
+historiques sur Louis XVII</cite>, troisième édition.</p>
<p><a id="footnote64" name="footnote64"></a>
<b><a href="#footnotetag64">64</a></b>: Nous donnons ici sans commentaire l'extrait des
-registres du conseil du Temple relatif à l'enlèvement du Prince.</p>
-
-<p>«Le 3 juillet 1793, neuf heures et demie du soir, nous, commissaires
-de service, sommes entrés dans l'appartement de la veuve Capet, à
-laquelle nous avons notifié l'arrêté du Comité de salut public de la
-Convention nationale du 1<sup>er</sup> du présent, en l'invitant de s'y
-conformer. Après différentes instances, la veuve Capet s'est enfin
-déterminée à nous remettre son fils, qui a été conduit dans
-l'appartement désigné par l'arrêté du conseil de cejourd'hui, et mis
-entre les mains du citoyen Simon, qui s'en est chargé. Nous observons
-au surplus que la séparation s'est faite avec toute la sensibilité que
-l'on devait attendre dans cette circonstance, où les magistrats du
-peuple ont eu tous les égards compatibles avec la sévérité de leurs
+registres du conseil du Temple relatif à l'enlèvement du Prince.</p>
+
+<p>«Le 3 juillet 1793, neuf heures et demie du soir, nous, commissaires
+de service, sommes entrés dans l'appartement de la veuve Capet, à
+laquelle nous avons notifié l'arrêté du Comité de salut public de la
+Convention nationale du 1<sup>er</sup> du présent, en l'invitant de s'y
+conformer. Après différentes instances, la veuve Capet s'est enfin
+déterminée à nous remettre son fils, qui a été conduit dans
+l'appartement désigné par l'arrêté du conseil de cejourd'hui, et mis
+entre les mains du citoyen Simon, qui s'en est chargé. Nous observons
+au surplus que la séparation s'est faite avec toute la sensibilité que
+l'on devait attendre dans cette circonstance, où les magistrats du
+peuple ont eu tous les égards compatibles avec la sévérité de leurs
fonctions.</p>
-<p class="author">»<i>Signé</i>: <span class="smcap">Eudes</span>, <span class="smcap">Gagnant</span>, <span class="smcap">Arnaud</span>, <span class="smcap">Véron</span>,<br>
- <span class="smcap">Cellier</span> et <span class="smcap">Devèze</span>.»</p>
+<p class="author">»<i>Signé</i>: <span class="smcap">Eudes</span>, <span class="smcap">Gagnant</span>, <span class="smcap">Arnaud</span>, <span class="smcap">Véron</span>,<br>
+ <span class="smcap">Cellier</span> et <span class="smcap">Devèze</span>.»</p>
<p><a id="footnote65" name="footnote65"></a>
-<b><a href="#footnotetag65">65</a></b>: Nous possédons les mémoires des médicaments fournis au
+<b><a href="#footnotetag65">65</a></b>: Nous possédons les mémoires des médicaments fournis au
Temple pendant les mois de mai, juin et juillet, pour
Marie-Antoinette, ses enfants et sa s&oelig;ur, par le citoyen Robert,
-apothicaire autorisé par la Commune, et par ordonnance du citoyen
+apothicaire autorisé par la Commune, et par ordonnance du citoyen
docteur Thierry; et nous voyons que pendant tout le mois de juillet il
-y eut des remèdes livrés chaque jour pour le fils de Marie-Antoinette.
-(Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc5">V</a>).</p>
+y eut des remèdes livrés chaque jour pour le fils de Marie-Antoinette.
+(Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc5">V</a>).</p>
<p><a id="footnote66" name="footnote66"></a>
-<b><a href="#footnotetag66">66</a></b>: «Les commissaires du Temple écrivent que la citoyenne
-Tison a la tête aliénée, ainsi qu'il est constaté par les certificats
-des médecins Thierry et Soupé.</p>
+<b><a href="#footnotetag66">66</a></b>: «Les commissaires du Temple écrivent que la citoyenne
+Tison a la tête aliénée, ainsi qu'il est constaté par les certificats
+des médecins Thierry et Soupé.</p>
-<p>»Le conseil général, d'après les observations du maire, et le
-procureur de la Commune entendu, arrête:</p>
+<p>»Le conseil général, d'après les observations du maire, et le
+procureur de la Commune entendu, arrête:</p>
-<p>»1<sup>o</sup> Que la citoyenne Tison sera traitée dans l'enclos du Temple et
+<p>»1<sup>o</sup> Que la citoyenne Tison sera traitée dans l'enclos du Temple et
hors de la tour;</p>
-<p>»2<sup>o</sup> Qu'elle aura une garde particulière;</p>
+<p>»2<sup>o</sup> Qu'elle aura une garde particulière;</p>
-<p>»3<sup>o</sup> Le conseil renvoie à l'administration du Temple pour désigner le
-local.» (Conseil général de la Commune, séance du 29 juin 1793.)</p>
+<p>»3<sup>o</sup> Le conseil renvoie à l'administration du Temple pour désigner le
+local.» (Conseil général de la Commune, séance du 29 juin 1793.)</p>
-<p>«Le conseil du Temple fait part des mesures qu'il a prises
-relativement à la maladie de la citoyenne Tison.</p>
+<p>«Le conseil du Temple fait part des mesures qu'il a prises
+relativement à la maladie de la citoyenne Tison.</p>
-<p>»Le conseil général en adopte les dispositions.» (Séance du 1<sup>er</sup>
+<p>»Le conseil général en adopte les dispositions.» (Séance du 1<sup>er</sup>
juillet 1793.)</p>
<p><a id="footnote67" name="footnote67"></a>
-<b><a href="#footnotetag67">67</a></b>: Municipalité de Paris.</p>
+<b><a href="#footnotetag67">67</a></b>: Municipalité de Paris.</p>
-<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du conseil du Temple.</i></p>
+<p class="entete"><i>Extrait du registre des délibérations du conseil du Temple.</i></p>
-<p>«Et le même jour, nous nous sommes informés sur-le-champ d'une garde
-pour l'installer provisoirement. L'on nous a enseigné la nommée
+<p>«Et le même jour, nous nous sommes informés sur-le-champ d'une garde
+pour l'installer provisoirement. L'on nous a enseigné la nommée
Jeanne-Charlotte Gourlet, demeurant ordinairement au Temple. Nous
-l'avons acceptée, lui avons demandé de prêter le serment de
-discrétion, et de ne communiquer avec personne, ce qu'elle a promis et
-a fait à l'instant, et nous a déclaré ne savoir signer.</p>
+l'avons acceptée, lui avons demandé de prêter le serment de
+discrétion, et de ne communiquer avec personne, ce qu'elle a promis et
+a fait à l'instant, et nous a déclaré ne savoir signer.</p>
-<p>»Pour copie conforme:</p>
+<p>»Pour copie conforme:</p>
-<p class="author">»<span class="smcap">Mercier</span>, <span class="smcap">Dupaumier</span>, <span class="smcap">Quenet</span>, <span class="smcap">Macé</span>, commissaires.</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Mercier</span>, <span class="smcap">Dupaumier</span>, <span class="smcap">Quenet</span>, <span class="smcap">Macé</span>, commissaires.</p>
-<p>»Vu et approuvé par le conseil général de la Commune, ce 1<sup>er</sup>
- juillet 1793, l'an II de la République une et indivisible.</p>
+<p>»Vu et approuvé par le conseil général de la Commune, ce 1<sup>er</sup>
+ juillet 1793, l'an II de la République une et indivisible.</p>
-<p class="authorsc">»Dorat-Cubières.»</p>
+<p class="authorsc">»Dorat-Cubières.»</p>
<p>(Archives de l'Empire, carton E, n<sup>o</sup> 6206.)</p>
<p><a id="footnote68" name="footnote68"></a>
-<b><a href="#footnotetag68">68</a></b>: Récit de Turgy.</p>
+<b><a href="#footnotetag68">68</a></b>: Récit de Turgy.</p>
<p><a id="footnote69" name="footnote69"></a>
-<b><a href="#footnotetag69">69</a></b>: «On donne lecture d'une lettre des commissaires de
-service au Temple, accompagnée d'un certificat de chirurgiens et
-médecins, qui attestent que la citoyenne Tison, dont l'esprit est
-altéré, a besoin d'être transférée dans une maison particulière
-destinée pour le traitement de ce genre de maladie. Le conseil général
-arrête qu'elle sera transférée à l'Hôtel-Dieu et soignée aux frais de
-la Commune.» (Conseil général de la Commune, séance du 6 juillet
+<b><a href="#footnotetag69">69</a></b>: «On donne lecture d'une lettre des commissaires de
+service au Temple, accompagnée d'un certificat de chirurgiens et
+médecins, qui attestent que la citoyenne Tison, dont l'esprit est
+altéré, a besoin d'être transférée dans une maison particulière
+destinée pour le traitement de ce genre de maladie. Le conseil général
+arrête qu'elle sera transférée à l'Hôtel-Dieu et soignée aux frais de
+la Commune.» (Conseil général de la Commune, séance du 6 juillet
1793.)</p>
<p><a id="footnote70" name="footnote70"></a>
-<b><a href="#footnotetag70">70</a></b>: Récit de la captivité du Temple.</p>
+<b><a href="#footnotetag70">70</a></b>: Récit de la captivité du Temple.</p>
<p><a id="footnote71" name="footnote71"></a>
-<b><a href="#footnotetag71">71</a></b>: Municipalité de Paris.&mdash;Conseil du Temple.</p>
+<b><a href="#footnotetag71">71</a></b>: Municipalité de Paris.&mdash;Conseil du Temple.</p>
-<p class="date">«Du dimanche quatre août 1793, l'an II de la République une et indivisible.</p>
+<p class="date">«Du dimanche quatre août 1793, l'an II de la République une et indivisible.</p>
-<p class="smcap">»Citoyens collègues,</p>
+<p class="smcap">»Citoyens collègues,</p>
-<p>»Le conseil, faisant droit à votre demande de ce jour, vous envoie la
-redingote et la jupe demandées, un jupon de dessous également en
+<p>»Le conseil, faisant droit à votre demande de ce jour, vous envoie la
+redingote et la jupe demandées, un jupon de dessous également en
basin, plus deux paires de bas de filoselle, une paire de chaussettes,
-et le bas à tricoter renfermé dans une corbeille; le tout inclus dans
-une serviette marquée M, coton rouge.</p>
+et le bas à tricoter renfermé dans une corbeille; le tout inclus dans
+une serviette marquée M, coton rouge.</p>
-<p>»Il vous plaira donner un reçu desdits effets à l'ordonnance qui vous
+<p>»Il vous plaira donner un reçu desdits effets à l'ordonnance qui vous
les remettra.</p>
-<p>»Vos collègues, les commissaires composant le conseil du Temple.</p>
+<p>»Vos collègues, les commissaires composant le conseil du Temple.</p>
-<p class="authorsc">»Jonquoy, Forestier, Séguy, Daubancourt, Faro.»</p>
+<p class="authorsc">»Jonquoy, Forestier, Séguy, Daubancourt, Faro.»</p>
-<p>Département de police.&mdash;Commune de Paris.</p>
+<p>Département de police.&mdash;Commune de Paris.</p>
-<p class="date">«Le 5 août 1793, l'an II de la République française une et indivisible.</p>
+<p class="date">«Le 5 août 1793, l'an II de la République française une et indivisible.</p>
-<p>»Nous, administrateurs au département de la police, après en avoir
-conféré avec le citoyen Fouquier-Tinville, accusateur public du
-tribunal révolutionnaire, invitons nos collègues les membres du
-conseil général de la Commune formant le conseil du Temple, à faire
-porter chaque jour deux bouteilles d'eau de Ville-d'Avray à la veuve
-Capet, détenue à la maison de justice de la Conciergerie, et sur la
+<p>»Nous, administrateurs au département de la police, après en avoir
+conféré avec le citoyen Fouquier-Tinville, accusateur public du
+tribunal révolutionnaire, invitons nos collègues les membres du
+conseil général de la Commune formant le conseil du Temple, à faire
+porter chaque jour deux bouteilles d'eau de Ville-d'Avray à la veuve
+Capet, détenue à la maison de justice de la Conciergerie, et sur la
provision qui vient tous les jours de cette eau au Temple.</p>
-<p class="authorsc">»Baudrais, Marino.»</p>
+<p class="authorsc">»Baudrais, Marino.»</p>
<p>(Archives de l'Empire, carton E, n<sup>o</sup> 6206.)</p>
<p><a id="footnote72" name="footnote72"></a>
-<b><a href="#footnotetag72">72</a></b>: Privée de ses aiguilles, la Reine tira les fils d'une
-vieille tenture, et à l'aide de deux bouts de plume, elle tricota une
-espèce de jarretière, que le sieur Bault, concierge de sa prison,
-recueillit avec soin, et qu'il confia à M. Hue pour en faire hommage à
-Madame Royale, qui le reçut avec un respect religieux. (<cite>Dernières
-années du règne de Louis XVI.</cite>)</p>
+<b><a href="#footnotetag72">72</a></b>: Privée de ses aiguilles, la Reine tira les fils d'une
+vieille tenture, et à l'aide de deux bouts de plume, elle tricota une
+espèce de jarretière, que le sieur Bault, concierge de sa prison,
+recueillit avec soin, et qu'il confia à M. Hue pour en faire hommage à
+Madame Royale, qui le reçut avec un respect religieux. (<cite>Dernières
+années du règne de Louis XVI.</cite>)</p>
<p><a id="footnote73" name="footnote73"></a>
-<b><a href="#footnotetag73">73</a></b>: On la traitait déjà en condamnée avant même qu'elle fût
-jugée; voici le procès-verbal de la visite que lui firent les
+<b><a href="#footnotetag73">73</a></b>: On la traitait déjà en condamnée avant même qu'elle fût
+jugée; voici le procès-verbal de la visite que lui firent les
administrateurs de police pour s'emparer, au nom de la nation, de ces
-objets dont on ne se sépare ordinairement qu'avec la vie.</p>
+objets dont on ne se sépare ordinairement qu'avec la vie.</p>
-<p>Département de police.&mdash;Commune de Paris.</p>
+<p>Département de police.&mdash;Commune de Paris.</p>
-<p class="date">«Du 10 septembre 1793, l'an II<sup>e</sup> de la République française une et
+<p class="date">«Du 10 septembre 1793, l'an II<sup>e</sup> de la République française une et
indivisible.</p>
-<p>»Nous, administrateurs au département de police, en vertu de
-l'injonction du comité de sûreté générale de la Convention nationale,
-datée d'hier, nous sommes transportés à la maison de justice de la
-Conciergerie, où étant parvenus à la chambre occupée par la veuve
-Capet, l'avons sommée, au nom de la loi, de nous remettre ses bagues
-et joyaux, ce qu'elle a fait à l'instant, consistant en un anneau d'or
-qui s'ouvre, dans lequel elle a déclaré qu'il y avait des cheveux, et
-sur lequel il y a différents chiffres; une autre à pierre et à
-talisman; une autre à pivot, émaillée, ayant une étoile d'un côté et
-un T et un L de l'autre, laquelle elle a déclaré renfermer aussi des
-cheveux; une autre en forme de petit collier et destinée pour le petit
-doigt; une montre d'or à répétition et à quantième, inventée par
-Bréguet, à Paris, n<sup>o</sup> 46, quai de l'Horloge, marquée R. A., ensuite A.
+<p>»Nous, administrateurs au département de police, en vertu de
+l'injonction du comité de sûreté générale de la Convention nationale,
+datée d'hier, nous sommes transportés à la maison de justice de la
+Conciergerie, où étant parvenus à la chambre occupée par la veuve
+Capet, l'avons sommée, au nom de la loi, de nous remettre ses bagues
+et joyaux, ce qu'elle a fait à l'instant, consistant en un anneau d'or
+qui s'ouvre, dans lequel elle a déclaré qu'il y avait des cheveux, et
+sur lequel il y a différents chiffres; une autre à pierre et à
+talisman; une autre à pivot, émaillée, ayant une étoile d'un côté et
+un T et un L de l'autre, laquelle elle a déclaré renfermer aussi des
+cheveux; une autre en forme de petit collier et destinée pour le petit
+doigt; une montre d'or à répétition et à quantième, inventée par
+Bréguet, à Paris, n<sup>o</sup> 46, quai de l'Horloge, marquée R. A., ensuite A.
M., avec une autre aiguille dont nous n'avons connu l'usage, laquelle
-est garnie d'une chaîne en acier et à une branche, avec un cachet en
-or s'ouvrant, dont une partie représente un A et un M; un autre cachet
-en acier portant pour empreinte deux flambeaux et pour légende l'amour
-et la fidélité, et différents chiffres sur les côtés simulant un
-almanach; un médaillon en or appendu à une petite chaîne, aussi d'or,
-servant de collier, ledit médaillon renfermant des cheveux entrelacés;
-un bouton à jour qui nous a paru être d'argent.</p>
-
-<p>»Lecture à elle faite du présent, a dit icelui contenir vérité,
-qu'elle y persiste et a signé avec nous et les deux citoyens gendarmes
-de service auprès d'elle, et la citoyenne Harel, aussi de service; le
-citoyen Leblanc, chef du bureau central; la Bussière, secrétaire du
-département de police, et la citoyenne Richard, épouse du citoyen
-Richard, concierge de ladite maison de la Conciergerie; et après
-ladite lecture, nous nous sommes aperçus qu'il était dit dans le
-présent que la montre était à quantième, qu'au contraire elle est à
+est garnie d'une chaîne en acier et à une branche, avec un cachet en
+or s'ouvrant, dont une partie représente un A et un M; un autre cachet
+en acier portant pour empreinte deux flambeaux et pour légende l'amour
+et la fidélité, et différents chiffres sur les côtés simulant un
+almanach; un médaillon en or appendu à une petite chaîne, aussi d'or,
+servant de collier, ledit médaillon renfermant des cheveux entrelacés;
+un bouton à jour qui nous a paru être d'argent.</p>
+
+<p>»Lecture à elle faite du présent, a dit icelui contenir vérité,
+qu'elle y persiste et a signé avec nous et les deux citoyens gendarmes
+de service auprès d'elle, et la citoyenne Harel, aussi de service; le
+citoyen Leblanc, chef du bureau central; la Bussière, secrétaire du
+département de police, et la citoyenne Richard, épouse du citoyen
+Richard, concierge de ladite maison de la Conciergerie; et après
+ladite lecture, nous nous sommes aperçus qu'il était dit dans le
+présent que la montre était à quantième, qu'au contraire elle est à
secondes.</p>
-<p>»<i>Signé</i> à la minute:</p>
+<p>»<i>Signé</i> à la minute:</p>
-<p class="author">»<span class="smcap">Marie-Antoinette; des Frennes, Gilbert, Heussée</span>,
- administrateurs; <span class="smcap">Leblanc, la Bussière, Richard</span>
- et <span class="smcap">Harel</span>.»</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Marie-Antoinette; des Frennes, Gilbert, Heussée</span>,
+ administrateurs; <span class="smcap">Leblanc, la Bussière, Richard</span>
+ et <span class="smcap">Harel</span>.»</p>
-<p>«Et à l'instant, nous, administrateurs et dénommés d'autre part, nous
-sommes transportés au domicile du citoyen Richard, concierge, où étant
-parvenus, nous avons intimé l'ordre aux citoyens des Frennes et
-Gilbert, gendarmes, et à la citoyenne Harel de se retirer à l'instant,
+<p>«Et à l'instant, nous, administrateurs et dénommés d'autre part, nous
+sommes transportés au domicile du citoyen Richard, concierge, où étant
+parvenus, nous avons intimé l'ordre aux citoyens des Frennes et
+Gilbert, gendarmes, et à la citoyenne Harel de se retirer à l'instant,
avec tous les effets qui pourraient leur appartenir, de la chambre
-occupée par la veuve Capet, où ils ont été de garde jusqu'à présent, à
-quoi ils ont obéi à l'instant; et leur avons aussi enjoint de rester
-dans ladite maison de justice jusqu'après notre rapport fait à nos
-collègues; nous avons aussi enjoint au citoyen Richard, concierge, de
-prendre toutes les mesures et précautions envers ladite veuve Capet,
+occupée par la veuve Capet, où ils ont été de garde jusqu'à présent, à
+quoi ils ont obéi à l'instant; et leur avons aussi enjoint de rester
+dans ladite maison de justice jusqu'après notre rapport fait à nos
+collègues; nous avons aussi enjoint au citoyen Richard, concierge, de
+prendre toutes les mesures et précautions envers ladite veuve Capet,
qu'il est d'usage et d'obligation de prendre envers ceux qui sont
-détenus au secret; avons pareillement enjoint au commandant du poste
-de la gendarmerie, appelé à cet effet, de faire poser à l'instant un
-factionnaire à la porte de ladite chambre de la veuve Capet, et en
+détenus au secret; avons pareillement enjoint au commandant du poste
+de la gendarmerie, appelé à cet effet, de faire poser à l'instant un
+factionnaire à la porte de ladite chambre de la veuve Capet, et en
dehors, lequel aura pour consigne de ne laisser parler, ni
communiquer, ni approcher personne de ladite porte, que le citoyen
-concierge et son épouse, et un autre factionnaire dans la cour, près
-les fenêtres de ladite chambre occupée par la veuve Capet, lequel aura
-pour consigne de ne laisser approcher personne à la distance de dix
+concierge et son épouse, et un autre factionnaire dans la cour, près
+les fenêtres de ladite chambre occupée par la veuve Capet, lequel aura
+pour consigne de ne laisser approcher personne à la distance de dix
pas, et ne laisser parler ni communiquer qui que ce soit, sous tel
-prétexte que ce puisse être, laquelle consigne a été donnée à
-l'instant, et les factionnaires posés suivant le rapport dudit citoyen
-commandant du poste et du brigadier de service à la grande réserve,
-laquelle consigne ledit citoyen commandant s'oblige de faire exécuter
-de relevée en relevée, et transmettre à celui par qui il sera
-remplacé.</p>
+prétexte que ce puisse être, laquelle consigne a été donnée à
+l'instant, et les factionnaires posés suivant le rapport dudit citoyen
+commandant du poste et du brigadier de service à la grande réserve,
+laquelle consigne ledit citoyen commandant s'oblige de faire exécuter
+de relevée en relevée, et transmettre à celui par qui il sera
+remplacé.</p>
-<p>»Lecture à eux faite du présent, ont dit icelui contenir vérité,
-qu'ils satisferaient au contenu, et ont signé avec nous.</p>
+<p>»Lecture à eux faite du présent, ont dit icelui contenir vérité,
+qu'ils satisferaient au contenu, et ont signé avec nous.</p>
-<p>»<i>Signé</i> à la minute:</p>
+<p>»<i>Signé</i> à la minute:</p>
-<p class="author">»<span class="smcap">De Busne, Lecomte, Leblanc, Harel, Gilbert,
- des Frennes, Richard, la Bussière</span> et <span class="smcap">Heussée</span>,
+<p class="author">»<span class="smcap">De Busne, Lecomte, Leblanc, Harel, Gilbert,
+ des Frennes, Richard, la Bussière</span> et <span class="smcap">Heussée</span>,
administrateurs.</p>
-<p>»Pour copie conforme à l'original:</p>
+<p>»Pour copie conforme à l'original:</p>
-<p class="authorsc">»N. Froidure.»</p>
+<p class="authorsc">»N. Froidure.»</p>
<p><a id="footnote74" name="footnote74"></a>
-<b><a href="#footnotetag74">74</a></b>: «Citoyens collègues, Marie-Antoinette me charge de lui
-faire passer quatre chemises et une paire de souliers non numérotés,
+<b><a href="#footnotetag74">74</a></b>: «Citoyens collègues, Marie-Antoinette me charge de lui
+faire passer quatre chemises et une paire de souliers non numérotés,
dont elle a un pressant besoin.</p>
-<p>»J'espère que vous voudrez bien les faire remettre au porteur de la
-présente.</p>
+<p>»J'espère que vous voudrez bien les faire remettre au porteur de la
+présente.</p>
-<p>»Je suis avec fraternité,</p>
+<p>»Je suis avec fraternité,</p>
-<p class="author">»<span class="smcap">Michonis</span>.<br>
- »De la Conciergerie, ce 19 août.»</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Michonis</span>.<br>
+ »De la Conciergerie, ce 19 août.»</p>
<p>(Archives de l'Empire, carton E, n<sup>o</sup> 6206.)</p>
<p>Commune de Paris.</p>
-<p class="date">«Le 26 septembre 1793, l'an II de la République une et
- indivisible.»</p>
+<p class="date">«Le 26 septembre 1793, l'an II de la République une et
+ indivisible.»</p>
-<p>«Citoyens, nos collègues, sur la demande qui nous a été faite par la
-veuve Capet de différents objets relatifs à des besoins de vêtements,
-l'administration de police vous invite à faire des recherches dans
-tout ce qui reste d'habillements au Temple à l'usage de la veuve
-Capet, afin de savoir si les articles qui lui sont nécessaires et
+<p>«Citoyens, nos collègues, sur la demande qui nous a été faite par la
+veuve Capet de différents objets relatifs à des besoins de vêtements,
+l'administration de police vous invite à faire des recherches dans
+tout ce qui reste d'habillements au Temple à l'usage de la veuve
+Capet, afin de savoir si les articles qui lui sont nécessaires et
qu'elle demande sont dans la garde-robe qui est au Temple, et, dans le
-cas où ils y seraient, de nous les envoyer de suite, attendu qu'il en
-résultera une économie.</p>
+cas où ils y seraient, de nous les envoyer de suite, attendu qu'il en
+résultera une économie.</p>
-<p>»Nous vous envoyons ci-joint la note des objets.</p>
+<p>»Nous vous envoyons ci-joint la note des objets.</p>
-<p class="author">»Les administrateurs de police,<br>
- »<span class="smcap">Mennessier, Cailleux</span>.»</p>
+<p class="author">»Les administrateurs de police,<br>
+ »<span class="smcap">Mennessier, Cailleux</span>.»</p>
<p>(Archives de l'Empire, carton E, n<sup>o</sup> 6206.)</p>
<p><a id="footnote75" name="footnote75"></a>
-<b><a href="#footnotetag75">75</a></b>: Municipalité de Paris.</p>
+<b><a href="#footnotetag75">75</a></b>: Municipalité de Paris.</p>
-<p>»Nous recommandons aux citoyens commandants de la force armée de
+<p>»Nous recommandons aux citoyens commandants de la force armée de
laisser sortir la fille du citoyen Tison avec un paquet dans une
serviette, contenant des vieux souliers et un vieux paquet de gaze,
-lesquels nous avons vérifiés au Temple, ce 26 août 1793.</p>
+lesquels nous avons vérifiés au Temple, ce 26 août 1793.</p>
-<p class="author">»<span class="smcap">N. Guérin</span>, <span class="smcap">Arnaud</span>, <span class="smcap">Lubin</span>, <span class="smcap">Paquote</span>, commissaires.»</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">N. Guérin</span>, <span class="smcap">Arnaud</span>, <span class="smcap">Lubin</span>, <span class="smcap">Paquote</span>, commissaires.»</p>
<p><a id="footnote76" name="footnote76"></a>
-<b><a href="#footnotetag76">76</a></b>: Voici le compte rendu de ce qui s'était passé dans la
-journée au conseil général de la Commune.</p>
-
-<p>«Le substitut du procureur de la Commune demande, comme mesure de
-sûreté et conforme à l'égalité, que demain toute la cuisine du Temple
-soit supprimée et tous les domestiques et valets renvoyés, et que les
-prisonniers qui y sont renfermés ne soient pas traités différemment
-que tous les détenus dans les autres maisons d'arrêt, et que, dès ce
-soir, il sera nommé une commission pour aller faire exécuter cet
-arrêté au Temple. Son réquisitoire est adopté à l'unanimité.</p>
-
-<p>»Les membres nommés pour cette commission sont: Grenard, Lelièvre,
+<b><a href="#footnotetag76">76</a></b>: Voici le compte rendu de ce qui s'était passé dans la
+journée au conseil général de la Commune.</p>
+
+<p>«Le substitut du procureur de la Commune demande, comme mesure de
+sûreté et conforme à l'égalité, que demain toute la cuisine du Temple
+soit supprimée et tous les domestiques et valets renvoyés, et que les
+prisonniers qui y sont renfermés ne soient pas traités différemment
+que tous les détenus dans les autres maisons d'arrêt, et que, dès ce
+soir, il sera nommé une commission pour aller faire exécuter cet
+arrêté au Temple. Son réquisitoire est adopté à l'unanimité.</p>
+
+<p>»Les membres nommés pour cette commission sont: Grenard, Lelièvre,
Camus et Jonquoy.</p>
-<p>»Les mêmes mesures sont prises relativement à la veuve Capet; le
-conseil arrête que la nourriture de ladite Capet sera réduite au
-simple nécessaire; que, par respect pour l'égalité, elle sera traitée
+<p>»Les mêmes mesures sont prises relativement à la veuve Capet; le
+conseil arrête que la nourriture de ladite Capet sera réduite au
+simple nécessaire; que, par respect pour l'égalité, elle sera traitée
comme tous les autres prisonniers indistinctement, et qu'elle n'aura
d'autres domestiques que ceux qui servent les prisons, et que cet
-arrêté sera aussi signifié au concierge de la Conciergerie.» (Archives
-de l'hôtel de ville.)</p>
+arrêté sera aussi signifié au concierge de la Conciergerie.» (Archives
+de l'hôtel de ville.)</p>
<p><a id="footnote77" name="footnote77"></a>
-<b><a href="#footnotetag77">77</a></b>: «Un des commissaires nommés par le conseil général pour
+<b><a href="#footnotetag77">77</a></b>: «Un des commissaires nommés par le conseil général pour
faire perquisition chez les prisonniers du Temple et en retirer tous
les objets de luxe, rend compte de sa mission.</p>
-<p>»Il dit que les commissaires ont retiré et fait mettre sous les
-scellés les porcelaines qu'ils ont trouvées.</p>
+<p>»Il dit que les commissaires ont retiré et fait mettre sous les
+scellés les porcelaines qu'ils ont trouvées.</p>
-<p>»Il a ajouté qu'ils ont trouvé dans une commode appartenant à
-Élisabeth deux rouleaux chacun de quarante pièces d'or de la valeur de
-vingt-quatre livres, que ladite Élisabeth a déclaré lui avoir été
-donnés en dépôt par la veuve Lamballe à l'époque du 10 août 1792, et
-que ces mêmes pièces avaient été confiées à la veuve Lamballe par une
+<p>»Il a ajouté qu'ils ont trouvé dans une commode appartenant à
+Élisabeth deux rouleaux chacun de quarante pièces d'or de la valeur de
+vingt-quatre livres, que ladite Élisabeth a déclaré lui avoir été
+donnés en dépôt par la veuve Lamballe à l'époque du 10 août 1792, et
+que ces mêmes pièces avaient été confiées à la veuve Lamballe par une
autre personne.</p>
-<p>»Le conseil arrête le dépôt au trésor national des pièces d'or
-ci-dessus mentionnées, ainsi que des mille écus trouvés lors de la
-mort de Capet, ainsi que des différentes décorations qu'il portait de
-son vivant; et a nommé pour commissaires à cet effet les commissaires
-déjà nommés.</p>
+<p>»Le conseil arrête le dépôt au trésor national des pièces d'or
+ci-dessus mentionnées, ainsi que des mille écus trouvés lors de la
+mort de Capet, ainsi que des différentes décorations qu'il portait de
+son vivant; et a nommé pour commissaires à cet effet les commissaires
+déjà nommés.</p>
-<p>»Sur le réquisitoire du procureur de la Commune, le conseil général
-arrête que le lit, les habits et tout ce qui servait au logement et au
-vêtement de Capet sera, dimanche prochain, brûlé en place de Grève;
-les commissaires nommés à cet effet sont Grenard, Lelièvre, etc.</p>
+<p>»Sur le réquisitoire du procureur de la Commune, le conseil général
+arrête que le lit, les habits et tout ce qui servait au logement et au
+vêtement de Capet sera, dimanche prochain, brûlé en place de Grève;
+les commissaires nommés à cet effet sont Grenard, Lelièvre, etc.</p>
-<p class="author">»<span class="smcap">Lubin</span>, vice-président.<br>
- »<span class="smcap">Dorat-Cubières</span>.»</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Lubin</span>, vice-président.<br>
+ »<span class="smcap">Dorat-Cubières</span>.»</p>
-<p>(Séance du mardi 24 septembre 1793.)»</p>
+<p>(Séance du mardi 24 septembre 1793.)»</p>
<p><a id="footnote78" name="footnote78"></a>
<b><a href="#footnotetag78">78</a></b>:</p>
-<p class="entete"><i>Conseil général de la Commune de Paris.</i></p>
+<p class="entete"><i>Conseil général de la Commune de Paris.</i></p>
-<p class="date">(Séance du lundi 30 septembre 1793.)</p>
+<p class="date">(Séance du lundi 30 septembre 1793.)</p>
-<p>«Le secrétaire greffier rend compte du brûlement de la garde-robe de
-Capet, qui a eu lieu hier dimanche, 29 du présent.</p>
+<p>«Le secrétaire greffier rend compte du brûlement de la garde-robe de
+Capet, qui a eu lieu hier dimanche, 29 du présent.</p>
-<p>»Le dimanche 29 septembre 1793, l'an II de la République française, le
-citoyen Camus, commissaire nommé à cet effet par le conseil général,
-ayant fait transporter au dépôt du secrétariat de la maison commune la
-garde-robe de feu Capet, j'ai trouvé qu'elle était enveloppée dans une
-toile cousue et cachetée en six endroits; après avoir reconnu les
+<p>»Le dimanche 29 septembre 1793, l'an II de la République française, le
+citoyen Camus, commissaire nommé à cet effet par le conseil général,
+ayant fait transporter au dépôt du secrétariat de la maison commune la
+garde-robe de feu Capet, j'ai trouvé qu'elle était enveloppée dans une
+toile cousue et cachetée en six endroits; après avoir reconnu les
cachets sains et entiers, j'ai fait l'ouverture du paquet, et j'ai
-trouvé les effets suivants, savoir:</p>
+trouvé les effets suivants, savoir:</p>
-<p>»Un chapeau, une boîte d'écaille cassée, un petit paquet de lisières
+<p>»Un chapeau, une boîte d'écaille cassée, un petit paquet de lisières
et de rubans blancs, six habits, tant de drap que de soie et de petit
velours; une redingote de drap, huit vestes, tant de drap, petit
velours, soie que de lin; dix culottes idem, deux robes de chambre
-blanches, une camisole de satin ouatée, cinq pantalons, dix-neuf
+blanches, une camisole de satin ouatée, cinq pantalons, dix-neuf
vestes blanches.</p>
-<p>»Lesquels effets j'ai fait transporter sur la place de Grève par les
-garçons de bureau, après les avoir préalablement fait vérifier par les
-citoyens Pierre-Jacques Legrand et Étienne-Antoine Souard,
-commissaires, qui se sont transportés avec moi en ladite place, où
-j'ai trouvé un bûcher préparé, sur lequel tous les effets ont été
-rangés, et les commissaires y ayant mis le feu, ils ont été réduits en
-cendres, au désir de l'arrêté du conseil général.</p>
+<p>»Lesquels effets j'ai fait transporter sur la place de Grève par les
+garçons de bureau, après les avoir préalablement fait vérifier par les
+citoyens Pierre-Jacques Legrand et Étienne-Antoine Souard,
+commissaires, qui se sont transportés avec moi en ladite place, où
+j'ai trouvé un bûcher préparé, sur lequel tous les effets ont été
+rangés, et les commissaires y ayant mis le feu, ils ont été réduits en
+cendres, au désir de l'arrêté du conseil général.</p>
-<p>»<i>Signé</i> à la minute:</p>
+<p>»<i>Signé</i> à la minute:</p>
-<p class="author">»<span class="smcap">Legrand, Souard</span>, membres de la Commune;<br>
- »<span class="smcap">Coulombeau</span>, secrétaire greffier.»</p>
+<p class="author">»<span class="smcap">Legrand, Souard</span>, membres de la Commune;<br>
+ »<span class="smcap">Coulombeau</span>, secrétaire greffier.»</p>
<p><a id="footnote79" name="footnote79"></a>
-<b><a href="#footnotetag79">79</a></b>: <cite>Vie de Madame Élisabeth de France</cite>. Paris, Vauquelin,
+<b><a href="#footnotetag79">79</a></b>: <cite>Vie de Madame Élisabeth de France</cite>. Paris, Vauquelin,
1814, in-24 de 105 pages.</p>
<p><a id="footnote80" name="footnote80"></a>
<b><a href="#footnotetag80">80</a></b>:</p>
-<p class="date">«<i>Paris, ce 5 octobre 1793, l'an II<sup>e</sup> de la
-République une et indivisible.</i></p>
+<p class="date">«<i>Paris, ce 5 octobre 1793, l'an II<sup>e</sup> de la
+République une et indivisible.</i></p>
-<p class="smcap">»Citoyen président,</p>
+<p class="smcap">»Citoyen président,</p>
-<p>»<em>J'ai l'honneur d'informer la Convention que le décret par elle rendu
-le 3 de ce mois, portant que le tribunal révolutionnaire s'occupera
-sans délai et sans interruption du jugement de la veuve Capet, m'a été
-transmis hier soir. Mais jusqu'à ce jour, il ne m'a été transmis
-aucunes pièces relatives à MARIE-ANTOINETTE; de sorte que, quelque
-désir que le tribunal ait d'exécuter les décrets de la Convention, il
-se trouve dans l'impossibilité d'exécuter ce décret tant qu'il n'aura
-pas ces pièces.</em></p>
+<p>»<em>J'ai l'honneur d'informer la Convention que le décret par elle rendu
+le 3 de ce mois, portant que le tribunal révolutionnaire s'occupera
+sans délai et sans interruption du jugement de la veuve Capet, m'a été
+transmis hier soir. Mais jusqu'à ce jour, il ne m'a été transmis
+aucunes pièces relatives à MARIE-ANTOINETTE; de sorte que, quelque
+désir que le tribunal ait d'exécuter les décrets de la Convention, il
+se trouve dans l'impossibilité d'exécuter ce décret tant qu'il n'aura
+pas ces pièces.</em></p>
<p><a id="footnote81" name="footnote81"></a>
-<b><a href="#footnotetag81">81</a></b>: Le conseil général nomme Laurent et Friry, qui
+<b><a href="#footnotetag81">81</a></b>: Le conseil général nomme Laurent et Friry, qui
s'adjoindront au citoyen maire, au procureur de la Commune et aux
-commissaires déjà nommés pour aller au Temple. (Séance du 4 octobre
+commissaires déjà nommés pour aller au Temple. (Séance du 4 octobre
1793.)</p>
<p><a id="footnote82" name="footnote82"></a>
-<b><a href="#footnotetag82">82</a></b>: Déjà, depuis un mois, la Commune avait pris un arrêté
-qui expulsait du Temple Turgy, Chrétien, Marchand, et en général
-toutes les personnes suspectées d'incivisme.</p>
+<b><a href="#footnotetag82">82</a></b>: Déjà, depuis un mois, la Commune avait pris un arrêté
+qui expulsait du Temple Turgy, Chrétien, Marchand, et en général
+toutes les personnes suspectées d'incivisme.</p>
-<p>«Lecture faite d'un arrêté du conseil du Temple, qui demande le
-remplacement de plusieurs individus occupés maintenant dans cette
+<p>«Lecture faite d'un arrêté du conseil du Temple, qui demande le
+remplacement de plusieurs individus occupés maintenant dans cette
maison, et qui ont appartenu autrefois au ci-devant comte d'Artois;</p>
-<p>»Le conseil général en confirme les dispositions; arrête en
-conséquence que les citoyens Piquet et sa famille, portiers;
+<p>»Le conseil général en confirme les dispositions; arrête en
+conséquence que les citoyens Piquet et sa famille, portiers;
Rockentroh et sa famille, lingers; Baron, portier; Gourlet et sa
-femme, guichetiers; Quenel, commissionnaire; Chrétien, Marchand et
-Turgy, garçons servants; la citoyenne Leclerc, femme d'un gendarme
+femme, guichetiers; Quenel, commissionnaire; Chrétien, Marchand et
+Turgy, garçons servants; la citoyenne Leclerc, femme d'un gendarme
ci-devant piqueur du comte d'Artois; la femme et les enfants de
Salmon, ci-devant son valet de pied, et la famille Ango, au nombre de
-quatre personnes, ci-devant garçon d'argenterie, seront expulsés.»</p>
+quatre personnes, ci-devant garçon d'argenterie, seront expulsés.»</p>
<p><a id="footnote83" name="footnote83"></a>
-<b><a href="#footnotetag83">83</a></b>: Le procureur de la Commune se récrie sur les dépenses
-énormes que nécessite la garde des individus détenus dans la Tour. Il
-requiert, et le conseil arrête que, le décadi prochain, il se
-transportera en masse à la Convention pour lui demander que les
-prisonniers du Temple soient renvoyés dans les prisons ordinaires et
-traités comme les détenus ordinaires, et que ces individus soient
-jugés dans le plus court délai. (Conseil général de la Commune; séance
+<b><a href="#footnotetag83">83</a></b>: Le procureur de la Commune se récrie sur les dépenses
+énormes que nécessite la garde des individus détenus dans la Tour. Il
+requiert, et le conseil arrête que, le décadi prochain, il se
+transportera en masse à la Convention pour lui demander que les
+prisonniers du Temple soient renvoyés dans les prisons ordinaires et
+traités comme les détenus ordinaires, et que ces individus soient
+jugés dans le plus court délai. (Conseil général de la Commune; séance
du 26 brumaire an II, 16 novembre 1793.)</p>
-<p>Cette résolution fut renouvelée cinq jours après:</p>
+<p>Cette résolution fut renouvelée cinq jours après:</p>
-<p>«Le conseil général arrête que, le quintidi prochain, il se
-transportera en masse à la Convention pour lui demander à être
-déchargé de la garde du Temple, et que les prisonniers qui y sont
-détenus soient transférés dans les prisons ordinaires, et charge
-Legrand de faire une pétition à cet égard.» (Séance de la Commune du
+<p>«Le conseil général arrête que, le quintidi prochain, il se
+transportera en masse à la Convention pour lui demander à être
+déchargé de la garde du Temple, et que les prisonniers qui y sont
+détenus soient transférés dans les prisons ordinaires, et charge
+Legrand de faire une pétition à cet égard.» (Séance de la Commune du
1<sup>er</sup> frimaire an II, 21 novembre 1793.)</p>
<p><a id="footnote84" name="footnote84"></a>
-<b><a href="#footnotetag84">84</a></b>: Expression d'un membre du conseil général.</p>
+<b><a href="#footnotetag84">84</a></b>: Expression d'un membre du conseil général.</p>
<p><a id="footnote85" name="footnote85"></a>
-<b><a href="#footnotetag85">85</a></b>: <cite>Les derniers régicides, ou Madame Élisabeth de France
+<b><a href="#footnotetag85">85</a></b>: <cite>Les derniers régicides, ou Madame Élisabeth de France
et Louis XVII</cite>, par M. le Ch<sup>er</sup> de M.... (Brochure in-8<sup>o</sup> de 109
-pages, publiée à Londres; J. de Boffe, Gerard street, Soho, 1796.)</p>
+pages, publiée à Londres; J. de Boffe, Gerard street, Soho, 1796.)</p>
<p><a id="footnote86" name="footnote86"></a>
-<b><a href="#footnotetag86">86</a></b>: Le 4 germinal an II (24 mars 1794), <em>fournée</em> de
-dix-neuf personnes, parmi lesquelles le général Ronsin (ci-devant
-homme de lettres), général de l'armée révolutionnaire; Momoro,
-imprimeur-libraire et administrateur du département de Paris, et
+<b><a href="#footnotetag86">86</a></b>: Le 4 germinal an II (24 mars 1794), <em>fournée</em> de
+dix-neuf personnes, parmi lesquelles le général Ronsin (ci-devant
+homme de lettres), général de l'armée révolutionnaire; Momoro,
+imprimeur-libraire et administrateur du département de Paris, et
Anacharsis Clootz, l'orateur du genre humain.</p>
<p><a id="footnote87" name="footnote87"></a>
-<b><a href="#footnotetag87">87</a></b>: Le 16 germinal an II (5 avril 1794), <em>fournée</em> de
-quinze, parmi lesquels figurent Fabre d'Églantine, François Chabot,
-Camille Desmoulins, Phelippeaux, Bazire, Hérault de Séchelles, les
-deux frères Frey et le général Westermann.</p>
+<b><a href="#footnotetag87">87</a></b>: Le 16 germinal an II (5 avril 1794), <em>fournée</em> de
+quinze, parmi lesquels figurent Fabre d'Églantine, François Chabot,
+Camille Desmoulins, Phelippeaux, Bazire, Hérault de Séchelles, les
+deux frères Frey et le général Westermann.</p>
<p><a id="footnote88" name="footnote88"></a>
-<b><a href="#footnotetag88">88</a></b>: Le 24 germinal an II (13 avril 1794), <em>fournée</em> de vingt
-et un. On y remarque le général Arthur Dillon, Gobel, ci-devant évêque
+<b><a href="#footnotetag88">88</a></b>: Le 24 germinal an II (13 avril 1794), <em>fournée</em> de vingt
+et un. On y remarque le général Arthur Dillon, Gobel, ci-devant évêque
de Paris, et la jeune veuve de Camille Desmoulins.</p>
<p><a id="footnote89" name="footnote89"></a>
-<b><a href="#footnotetag89">89</a></b>: Voici comment, dès le 6 avril 1793, la Commune de Paris
-avait prescrit l'exécution de cette mesure:</p>
+<b><a href="#footnotetag89">89</a></b>: Voici comment, dès le 6 avril 1793, la Commune de Paris
+avait prescrit l'exécution de cette mesure:</p>
-<p>«Le conseil général, considérant la négligence que les citoyens
-apportent à l'exécution de la loi concernant l'affiche, à l'extérieur
+<p>«Le conseil général, considérant la négligence que les citoyens
+apportent à l'exécution de la loi concernant l'affiche, à l'extérieur
des maisons, des noms de tous les individus qui y habitent;</p>
-<p>»Arrête que l'instruction suivante sera imprimée, affichée, et que les
+<p>»Arrête que l'instruction suivante sera imprimée, affichée, et que les
commissaires de police des sections seront tenus, sous leur
-responsabilité, de faire mettre ladite loi à exécution.</p>
+responsabilité, de faire mettre ladite loi à exécution.</p>
-<p><em>»Instruction relative au tableau qui doit être fait de tous les
-citoyens habitants de Paris, et placé à l'extérieur de chaque maison,
-aux termes du décret du 29 mars dernier.</em></p>
+<p><em>»Instruction relative au tableau qui doit être fait de tous les
+citoyens habitants de Paris, et placé à l'extérieur de chaque maison,
+aux termes du décret du 29 mars dernier.</em></p>
<ul class="none">
- <li>»1<sup>o</sup> Indiquer en tête le nom du propriétaire, s'il habite la
- maison, ou à son défaut le principal locataire, s'il y en a un,
- ou du régisseur.</li>
+ <li>»1<sup>o</sup> Indiquer en tête le nom du propriétaire, s'il habite la
+ maison, ou à son défaut le principal locataire, s'il y en a un,
+ ou du régisseur.</li>
- <li>»2<sup>o</sup> Diviser par étages de la manière suivante:</li>
+ <li>»2<sup>o</sup> Diviser par étages de la manière suivante:</li>
</ul>
-<p class="center">REZ-DE-CHAUSSÉE.<br>
+<p class="center">REZ-DE-CHAUSSÉE.<br>
N. N.<br>
ENTRE-SOL.<br>
- PREMIER ÉTAGE, ETC.</p>
+ PREMIER ÉTAGE, ETC.</p>
-<p>»L'état doit présenter sans interruption toutes les personnes qui
-logent au même étage, et même toutes celles qui composent un ménage.</p>
+<p>»L'état doit présenter sans interruption toutes les personnes qui
+logent au même étage, et même toutes celles qui composent un ménage.</p>
<p>Exemple:</p>
-<p class="entete"><i>A tel étage: Le citoyen tel, son épouse, tant d'enfants de tel sexe;
+<p class="entete"><i>A tel étage: Le citoyen tel, son épouse, tant d'enfants de tel sexe;
ensuite les domestiques.</i></p>
-<p>»Il est nécessaire de mettre les prénoms ou noms de baptême et les
-surnoms, le sexe et l'âge de chacun. Le nom principal à désigner est
+<p>»Il est nécessaire de mettre les prénoms ou noms de baptême et les
+surnoms, le sexe et l'âge de chacun. Le nom principal à désigner est
celui que porte ordinairement l'individu et sous lequel il est
-généralement connu, et non celui de sa famille, si ce n'est pas celui
+généralement connu, et non celui de sa famille, si ce n'est pas celui
qu'on lui donne dans le public.</p>
-<p>»On ne peut se dispenser de faire connaître l'état de chaque individu
-ou de déclarer qu'il est sans état, car le titre de <em>citoyen</em> ou de
-<em>citoyenne</em> est une désignation trop vague ou plutôt n'en est pas une.</p>
+<p>»On ne peut se dispenser de faire connaître l'état de chaque individu
+ou de déclarer qu'il est sans état, car le titre de <em>citoyen</em> ou de
+<em>citoyenne</em> est une désignation trop vague ou plutôt n'en est pas une.</p>
-<p>»L'affiche doit être écrite lisiblement, placée au lieu le plus
-apparent à l'extérieur, et de manière que tout le monde puisse
-aisément la parcourir des yeux tout entière sans en perdre un seul
+<p>»L'affiche doit être écrite lisiblement, placée au lieu le plus
+apparent à l'extérieur, et de manière que tout le monde puisse
+aisément la parcourir des yeux tout entière sans en perdre un seul
nom.</p>
-<p>»Il ne doit être omis aucune personne; une seule omission enfreint la
-loi et expose à des peines sévères.</p>
+<p>»Il ne doit être omis aucune personne; une seule omission enfreint la
+loi et expose à des peines sévères.</p>
-<p>»Chaque fois qu'il y a du changement, il faut en faire mention dans
-l'affiche, soit en retranchant le nom des personnes qui ont quitté la
+<p>»Chaque fois qu'il y a du changement, il faut en faire mention dans
+l'affiche, soit en retranchant le nom des personnes qui ont quitté la
maison, soit en ajoutant celui des nouveaux locataires et de ceux
-mêmes qui ne logent que momentanément.</p>
+mêmes qui ne logent que momentanément.</p>
-<p>»Toutes les contraventions seront imputées aux propriétaires ou
-principaux locataires, ou régisseurs, et seront punies avec sévérité;
+<p>»Toutes les contraventions seront imputées aux propriétaires ou
+principaux locataires, ou régisseurs, et seront punies avec sévérité;
car on ne veut pas que cette mesure de salut public reste sans
-exécution ou soit éludée et tournée en dérision.</p>
+exécution ou soit éludée et tournée en dérision.</p>
-<p>»Le conseil général arrête que le double des tableaux d'inscription
-sera visé par les comités des sections;</p>
+<p>»Le conseil général arrête que le double des tableaux d'inscription
+sera visé par les comités des sections;</p>
-<p>»Que les commissaires de police vérifieront l'exactitude desdits
-tableaux et prendront les mesures nécessaires pour empêcher qu'ils ne
-soient enlevés ou détériorés.» (Séance du conseil général de la
+<p>»Que les commissaires de police vérifieront l'exactitude desdits
+tableaux et prendront les mesures nécessaires pour empêcher qu'ils ne
+soient enlevés ou détériorés.» (Séance du conseil général de la
Commune de Paris du samedi 6 avril 1793.)</p>
<p><a id="footnote90" name="footnote90"></a>
<b><a href="#footnotetag90">90</a></b>: Au milieu de tant d'immolations, la tristesse de la
-physionomie était devenue une trahison et la gaieté un devoir. Dans la
-séance du 23 ventôse an II (15 mars 1794), Barère disait:</p>
-
-<p>«Allez aujourd'hui dans les rues de Paris, vous y reconnaîtrez les
-aristocrates à leur mine allongée...»</p>
-
-<p>«Oui, ajoutait Couthon, en temps de révolution, tous les bons citoyens
-doivent être physionomistes: c'est sur la physionomie que vous
-reconnaîtrez un conspirateur, le complice des traîtres mis sous la loi
-de la justice; ces hommes ont l'&oelig;il hagard, l'air consterné, des
-mines basses et patibulaires. Bons citoyens, saisissez ces traîtres et
-arrêtez-les!» (Vifs applaudissements.)&mdash;(<cite>Moniteur</cite> du 26 ventôse an
+physionomie était devenue une trahison et la gaieté un devoir. Dans la
+séance du 23 ventôse an II (15 mars 1794), Barère disait:</p>
+
+<p>«Allez aujourd'hui dans les rues de Paris, vous y reconnaîtrez les
+aristocrates à leur mine allongée...»</p>
+
+<p>«Oui, ajoutait Couthon, en temps de révolution, tous les bons citoyens
+doivent être physionomistes: c'est sur la physionomie que vous
+reconnaîtrez un conspirateur, le complice des traîtres mis sous la loi
+de la justice; ces hommes ont l'&oelig;il hagard, l'air consterné, des
+mines basses et patibulaires. Bons citoyens, saisissez ces traîtres et
+arrêtez-les!» (Vifs applaudissements.)&mdash;(<cite>Moniteur</cite> du 26 ventôse an
II, 16 mars 1794.)</p>
<p><a id="footnote91" name="footnote91"></a>
-<b><a href="#footnotetag91">91</a></b>: <cite>Mémoires et correspondance secrète du Père Lenfant</cite>.
+<b><a href="#footnotetag91">91</a></b>: <cite>Mémoires et correspondance secrète du Père Lenfant</cite>.
Paris, 1834, t. I, p. 343.</p>
<p><a id="footnote92" name="footnote92"></a>
<b><a href="#footnotetag92">92</a></b>: J'ai voulu lire dans le tome III de Bonneville l'article
qui commence ainsi:</p>
-<p>«Huitième et dernier enfant de Louis, Dauphin de France, fils de Louis
-XV, et de Marie-Josèphe <em>de Saxe</em>, sa seconde femme,
-Élisabeth-Philippine-Marie-Hélène, dite <em>de France</em>, eut bien peu de
-temps à se féliciter du hasard qui avoit placé son berceau à côté du
-trône...» Je n'infligerai pas cet odieux <em>factum</em> à mes lecteurs. Il
-est d'autant plus infâme qu'il est hypocrite. Bonneville procède par
-insinuation et par réticence, et il n'a pas même le triste courage de
-ses ineptes calomnies. Il affecte même quelquefois de prendre la
-défense de Madame Élisabeth contre les attaques inqualifiables qu'il
-reproduit. Il a de la peine, dit-il, à croire qu'elles soient
-vraies... C'est une vipère qui panse avec sa bave la blessure que
+<p>«Huitième et dernier enfant de Louis, Dauphin de France, fils de Louis
+XV, et de Marie-Josèphe <em>de Saxe</em>, sa seconde femme,
+Élisabeth-Philippine-Marie-Hélène, dite <em>de France</em>, eut bien peu de
+temps à se féliciter du hasard qui avoit placé son berceau à côté du
+trône...» Je n'infligerai pas cet odieux <em>factum</em> à mes lecteurs. Il
+est d'autant plus infâme qu'il est hypocrite. Bonneville procède par
+insinuation et par réticence, et il n'a pas même le triste courage de
+ses ineptes calomnies. Il affecte même quelquefois de prendre la
+défense de Madame Élisabeth contre les attaques inqualifiables qu'il
+reproduit. Il a de la peine, dit-il, à croire qu'elles soient
+vraies... C'est une vipère qui panse avec sa bave la blessure que
vient de faire sa dent venimeuse.</p>
<p><a id="footnote93" name="footnote93"></a>
-<b><a href="#footnotetag93">93</a></b>: Procès-verbal de la translation d'Élisabeth-Marie Capet
-à la Conciergerie.</p>
+<b><a href="#footnotetag93">93</a></b>: Procès-verbal de la translation d'Élisabeth-Marie Capet
+à la Conciergerie.</p>
<p><a id="footnote94" name="footnote94"></a>
-<b><a href="#footnotetag94">94</a></b>: Guillotiné le 11 thermidor an II.</p>
+<b><a href="#footnotetag94">94</a></b>: Guillotiné le 11 thermidor an II.</p>
<p><a id="footnote95" name="footnote95"></a>
<b><a href="#footnotetag95">95</a></b>: On appelle guichet une petite porte haute d'environ
-trois pieds et demi, pratiquée dans une porte plus grande. Lorsqu'on
-entre, il faut en même temps hausser le pied et baisser
-considérablement la tête, de manière que si on ne se casse pas le nez
-sur son genou, on court risque de se fendre le crâne contre la pièce
-de traverse de la grande porte, ce qui est arrivé plus d'une fois. On
-appelle aussi guichet la première pièce d'entrée.</p>
+trois pieds et demi, pratiquée dans une porte plus grande. Lorsqu'on
+entre, il faut en même temps hausser le pied et baisser
+considérablement la tête, de manière que si on ne se casse pas le nez
+sur son genou, on court risque de se fendre le crâne contre la pièce
+de traverse de la grande porte, ce qui est arrivé plus d'une fois. On
+appelle aussi guichet la première pièce d'entrée.</p>
<p><a id="footnote96" name="footnote96"></a>
-<b><a href="#footnotetag96">96</a></b>: Nous reproduisons ici la continuation de ce récit, à la
-fin duquel on verra dans quel état tombaient les âmes qui n'étaient
+<b><a href="#footnotetag96">96</a></b>: Nous reproduisons ici la continuation de ce récit, à la
+fin duquel on verra dans quel état tombaient les âmes qui n'étaient
point soutenues par la force surnaturelle de la religion: elles se
-dissolvaient pour ainsi dire sous l'excès de la souffrance, et le
-sentiment moral, ce soleil des intelligences, s'y éteignait.</p>
-
-<p>«Du greffe, on entre de plain-pied, en ouvrant toutefois d'énormes
-portes, dans des cachots appelés <em>la Souricière</em>. Il faudroit plutôt
-les nommer <em>la Ratière</em>. Un citoyen nommé <em>Beauregard</em>, homme aussi
-honnête qu'aimable, acquitté par le tribunal révolutionnaire, fut mis
-à son arrivée dans ce cachot. Les rats lui mangèrent en différents
-endroits sa culotte, sans respect pour son derrière; nombre de
-prisonniers ont vu les trous, et il fut obligé de se couvrir toute la
+dissolvaient pour ainsi dire sous l'excès de la souffrance, et le
+sentiment moral, ce soleil des intelligences, s'y éteignait.</p>
+
+<p>«Du greffe, on entre de plain-pied, en ouvrant toutefois d'énormes
+portes, dans des cachots appelés <em>la Souricière</em>. Il faudroit plutôt
+les nommer <em>la Ratière</em>. Un citoyen nommé <em>Beauregard</em>, homme aussi
+honnête qu'aimable, acquitté par le tribunal révolutionnaire, fut mis
+à son arrivée dans ce cachot. Les rats lui mangèrent en différents
+endroits sa culotte, sans respect pour son derrière; nombre de
+prisonniers ont vu les trous, et il fut obligé de se couvrir toute la
nuit la figure de ses mains pour sauver son nez et ses oreilles.</p>
-<p>»Le jour pénètre à peine dans ces cachots; les pailles dont se compose
-la litière des prisonniers, bientôt corrompues par le défaut d'air et
-par la puanteur des seaux (en terme de prison <em>griaches</em>) où les
+<p>»Le jour pénètre à peine dans ces cachots; les pailles dont se compose
+la litière des prisonniers, bientôt corrompues par le défaut d'air et
+par la puanteur des seaux (en terme de prison <em>griaches</em>) où les
prisonniers font leurs besoins, exhalent une infection telle, que dans
-le greffe même on est empoisonné lorsqu'on ouvre les portes.</p>
+le greffe même on est empoisonné lorsqu'on ouvre les portes.</p>
-<p>»En face de la porte d'entrée est le guichet qui conduit à la cour des
-femmes, à l'infirmerie, et en général ce qu'on appelle, je ne sais
-pourquoi, <em>le côté des douze</em>. Nous y reviendrons.</p>
+<p>»En face de la porte d'entrée est le guichet qui conduit à la cour des
+femmes, à l'infirmerie, et en général ce qu'on appelle, je ne sais
+pourquoi, <em>le côté des douze</em>. Nous y reviendrons.</p>
-<p>»A droite, sur deux angles, sont des fenêtres qui éclairent fort
-imparfaitement deux cabinets où couchent les guichetiers de garde
-pendant la nuit; c'est aussi dans ces cabinets qu'on dépose les femmes
-qui ont été condamnées à mort. Entre ces deux angles est un troisième
-guichet qui conduit au <em>préau</em>; c'est le côté le plus recommandable de
+<p>»A droite, sur deux angles, sont des fenêtres qui éclairent fort
+imparfaitement deux cabinets où couchent les guichetiers de garde
+pendant la nuit; c'est aussi dans ces cabinets qu'on dépose les femmes
+qui ont été condamnées à mort. Entre ces deux angles est un troisième
+guichet qui conduit au <em>préau</em>; c'est le côté le plus recommandable de
cette prison et le mieux fait pour fixer le regard de l'observateur.
-Il faut pour y arriver franchir quatre guichets. On laisse à gauche la
-chapelle et la chambre du conseil, deux pièces également remplies de
-lits dans ces derniers temps; la seconde étoit occupée par la veuve de
+Il faut pour y arriver franchir quatre guichets. On laisse à gauche la
+chapelle et la chambre du conseil, deux pièces également remplies de
+lits dans ces derniers temps; la seconde étoit occupée par la veuve de
Capet.</p>
-<p>»Je n'entreprendrai point de décrire tous les lieux de cette vaste et
-dégoûtante enceinte. Je remarquerai seulement qu'à droite en entrant
-dans la cour, à l'extrémité d'une espèce de galerie, est une double
-porte, dont l'une entièrement de fer; que ces portes ferment le cachot
-surnommé <em>de la Bûche nationale</em> depuis le massacre du mois de
+<p>»Je n'entreprendrai point de décrire tous les lieux de cette vaste et
+dégoûtante enceinte. Je remarquerai seulement qu'à droite en entrant
+dans la cour, à l'extrémité d'une espèce de galerie, est une double
+porte, dont l'une entièrement de fer; que ces portes ferment le cachot
+surnommé <em>de la Bûche nationale</em> depuis le massacre du mois de
septembre 1792 (vieux style), et que l'on traverse ce cachot pour
arriver dans les salles du palais, au moyen d'un obscur escalier
-dérobé et verrouillé dans deux ou trois endroits différents. Les
-prisonniers sont à la pistole, ou à la paille, ou dans les cachots.
-Ces prisonniers ont un régime différent. Les cachots ne s'ouvrent que
+dérobé et verrouillé dans deux ou trois endroits différents. Les
+prisonniers sont à la pistole, ou à la paille, ou dans les cachots.
+Ces prisonniers ont un régime différent. Les cachots ne s'ouvrent que
pour donner la nourriture, faire les visites et vider les <em>griaches</em>.
-Les chambres de la paille ne diffèrent des cachots qu'en ce que leurs
+Les chambres de la paille ne diffèrent des cachots qu'en ce que leurs
malheureux habitants sont tenus d'en sortir entre huit et neuf heures
du matin. On les fait rentrer environ une heure avant le soleil
-couché. Pendant la journée, les portes de leurs cachots sont fermées,
-et ils sont obligés de se morfondre dans la cour ou de s'entasser,
-s'il pleut, dans les galeries qui l'entourent, où ils sont infectés de
-l'odeur des urines, etc. Du reste, mêmes incommodités dans ces
+couché. Pendant la journée, les portes de leurs cachots sont fermées,
+et ils sont obligés de se morfondre dans la cour ou de s'entasser,
+s'il pleut, dans les galeries qui l'entourent, où ils sont infectés de
+l'odeur des urines, etc. Du reste, mêmes incommodités dans ces
hideuses demeures; point d'air, des pailles pourries.</p>
-<p>»Entassés jusqu'à cinquante dans un même trou, le nez sur leurs
-ordures, ils se communiquent les maladies, les malpropretés dont ils
-sont accablés. Allez visiter les cachots qui sont pratiqués dans les
+<p>»Entassés jusqu'à cinquante dans un même trou, le nez sur leurs
+ordures, ils se communiquent les maladies, les malpropretés dont ils
+sont accablés. Allez visiter les cachots qui sont pratiqués dans les
grosses tours que vous voyez du quai de l'Horloge, ceux qu'on appelle
-<em>le grand César, Bonbec, Saint-Vincent, Bel-Air</em>, etc., et dites si la
-mort n'est pas préférable à un pareil séjour.</p>
-
-<p>»Ne croyez pas que les incommodités du logement soient les seules que
-les prisonniers aient à supporter; il faudroit pour juger jusqu'à
-quelle humiliation, jusqu'à quelle dégradation on peut réduire des
-hommes, il faudroit assister à la fermeture des portes et à l'appel
-nominal qui la précède. Figurez-vous trois ou quatre guichetiers
-ivres, avec une demi-douzaine de chiens en arrêt, tenant en main une
+<em>le grand César, Bonbec, Saint-Vincent, Bel-Air</em>, etc., et dites si la
+mort n'est pas préférable à un pareil séjour.</p>
+
+<p>»Ne croyez pas que les incommodités du logement soient les seules que
+les prisonniers aient à supporter; il faudroit pour juger jusqu'à
+quelle humiliation, jusqu'à quelle dégradation on peut réduire des
+hommes, il faudroit assister à la fermeture des portes et à l'appel
+nominal qui la précède. Figurez-vous trois ou quatre guichetiers
+ivres, avec une demi-douzaine de chiens en arrêt, tenant en main une
liste incorrecte qu'ils ne peuvent lire. Ils appellent un nom,
-personne ne se reconnoît; ils jurent, tempêtent, menacent; ils
-appellent de nouveau, on s'explique, on les aide, on parvient enfin à
+personne ne se reconnoît; ils jurent, tempêtent, menacent; ils
+appellent de nouveau, on s'explique, on les aide, on parvient enfin à
comprendre qui ils ont voulu nommer. Ils font entrer en comptant le
-troupeau, ils se trompent; alors, avec une colère toujours croissante,
+troupeau, ils se trompent; alors, avec une colère toujours croissante,
ils ordonnent de sortir; on sort, on rentre, on se trompe encore, et
-ce n'est quelquefois qu'après trois ou quatre épreuves que leur vue
-brouillée parvient enfin à s'assurer que le nombre est complet.</p>
+ce n'est quelquefois qu'après trois ou quatre épreuves que leur vue
+brouillée parvient enfin à s'assurer que le nombre est complet.</p>
-<p>»Mais quel contraste! Est-ce une bizarrerie de la nature ou un effet
-de sa sagesse? La première lueur d'espérance, l'approche d'un plaisir
+<p>»Mais quel contraste! Est-ce une bizarrerie de la nature ou un effet
+de sa sagesse? La première lueur d'espérance, l'approche d'un plaisir
dissipent en un instant les plus noirs chagrins, les plus cruelles
-inquiétudes, et la prison la plus hideuse, l'enfer va se changer en un
-temple de Gnide. Vous entendez dans la cour du préau un éternel
+inquiétudes, et la prison la plus hideuse, l'enfer va se changer en un
+temple de Gnide. Vous entendez dans la cour du préau un éternel
bourdonnement, un murmure sombre et les cris effrayants des
-guichetiers; ils ont des voix terribles et qui semblent avoir été
-faites exprès. Rien n'est plus fatigant que ce bruit et ce spectacle,
-si vous pouvez y échapper pour revenir au principal guichet.</p>
-
-<p>»Après avoir franchi la première grille, j'ai déjà dit qu'il y en a
-quatre, vous vous trouvez dans une enceinte formée toute de barreaux
-de fer. Lorsque les communications avec l'extérieur subsistoient,
-c'est là que les prisonniers de ce côté voyoient leurs connoissances.
-Les femmes, dont la sensibilité, le courage plus résolu, l'âme plus
-compatissante, plus portée à secourir, à partager le malheur, les
-femmes étoient presque les seules qui osassent y pénétrer....</p>
-
-<p>»Le guichet d'entrée, occupé de même par les prisonniers du côté des
+guichetiers; ils ont des voix terribles et qui semblent avoir été
+faites exprès. Rien n'est plus fatigant que ce bruit et ce spectacle,
+si vous pouvez y échapper pour revenir au principal guichet.</p>
+
+<p>»Après avoir franchi la première grille, j'ai déjà dit qu'il y en a
+quatre, vous vous trouvez dans une enceinte formée toute de barreaux
+de fer. Lorsque les communications avec l'extérieur subsistoient,
+c'est là que les prisonniers de ce côté voyoient leurs connoissances.
+Les femmes, dont la sensibilité, le courage plus résolu, l'âme plus
+compatissante, plus portée à secourir, à partager le malheur, les
+femmes étoient presque les seules qui osassent y pénétrer....</p>
+
+<p>»Le guichet d'entrée, occupé de même par les prisonniers du côté des
douze, n'offroit pas un spectacle moins pittoresque. En effet, quoi de
plus singulier pour l'&oelig;il de l'observateur? des femmes et leurs
-maris, des maîtresses et leurs amants rangés sur des bancs contre les
-murs: les uns s'attendrissent, versent des larmes; d'autres, condamnés
-à mort, quelquefois chantent. Par une fenêtre de ces cabinets, on
-aperçoit sur un lit de douleur une malheureuse femme veillée par un
-gendarme, et qui attend, la pâleur sur le front, l'instant de son
+maris, des maîtresses et leurs amants rangés sur des bancs contre les
+murs: les uns s'attendrissent, versent des larmes; d'autres, condamnés
+à mort, quelquefois chantent. Par une fenêtre de ces cabinets, on
+aperçoit sur un lit de douleur une malheureuse femme veillée par un
+gendarme, et qui attend, la pâleur sur le front, l'instant de son
supplice. Des gendarmes remplissent les guichets; ceux-ci conduisent
-des prisonniers, dont on délie les mains, et que l'on précipite dans
-un cachot; ceux-là demandent d'autres prisonniers pour les transférer,
-les lient et les emmènent, tandis qu'un huissier, à l'&oelig;il hagard, à
-la voix insolente, donne des ordres, se fâche, et se croit un héros
-parce qu'il insulte impunément à des malheureux qui ne peuvent lui
-répondre par des coups de bâton.</p>
-
-<p>»Il n'y a rien d'exagéré dans ce que je viens de dire, et plusieurs
-personnes qui sont venues ou ont vécu dans les prisons se rappelleront
-d'avoir vu tout cela dans le même moment.</p>
-
-<p>»J'ai dit que les chiens jouoient un grand rôle dans ces prisons;
+des prisonniers, dont on délie les mains, et que l'on précipite dans
+un cachot; ceux-là demandent d'autres prisonniers pour les transférer,
+les lient et les emmènent, tandis qu'un huissier, à l'&oelig;il hagard, à
+la voix insolente, donne des ordres, se fâche, et se croit un héros
+parce qu'il insulte impunément à des malheureux qui ne peuvent lui
+répondre par des coups de bâton.</p>
+
+<p>»Il n'y a rien d'exagéré dans ce que je viens de dire, et plusieurs
+personnes qui sont venues ou ont vécu dans les prisons se rappelleront
+d'avoir vu tout cela dans le même moment.</p>
+
+<p>»J'ai dit que les chiens jouoient un grand rôle dans ces prisons;
cependant un fait que j'ai entendu souvent raconter prouvera que leur
-fidélité n'est pas à toute épreuve. Parmi ces chiens, il en est un
-distingué par sa taille, sa force et son intelligence. Ce Cerbère se
-nomme <em>Ravage</em>. Il étoit chargé pendant la nuit de la garde de la cour
-du préau. Des prisonniers avoient, pour s'échapper, fait un trou (en
-argot, un <em>housard</em>); rien ne s'opposoit plus à leur dessein, sinon la
+fidélité n'est pas à toute épreuve. Parmi ces chiens, il en est un
+distingué par sa taille, sa force et son intelligence. Ce Cerbère se
+nomme <em>Ravage</em>. Il étoit chargé pendant la nuit de la garde de la cour
+du préau. Des prisonniers avoient, pour s'échapper, fait un trou (en
+argot, un <em>housard</em>); rien ne s'opposoit plus à leur dessein, sinon la
vigilance de <em>Ravage</em> et le bruit qu'il pourroit faire. <em>Ravage</em> se
-tait; mais le lendemain matin, on s'aperçut qu'on lui avoit attaché à
-la queue un assignat de cent sous avec un petit billet où étoient
-écrits ces mots: <em>On peut corrompre Ravage avec un assignat de cent
+tait; mais le lendemain matin, on s'aperçut qu'on lui avoit attaché à
+la queue un assignat de cent sous avec un petit billet où étoient
+écrits ces mots: <em>On peut corrompre Ravage avec un assignat de cent
sous et un paquet de pieds de mouton</em>. Ravage promenant et publiant
-ainsi son infamie, fut un peu décontenancé par les attroupements qui
-se formèrent autour de lui et les éclats de rire qui partoient de tous
-côtés. Il en fut quitte, dit-on, pour cette petite humiliation et
+ainsi son infamie, fut un peu décontenancé par les attroupements qui
+se formèrent autour de lui et les éclats de rire qui partoient de tous
+côtés. Il en fut quitte, dit-on, pour cette petite humiliation et
quelques heures de cachot.</p>
-<p>»Revenons au côté <em>des douze</em>. Ce côté a aussi une cour qu'occupent
-les femmes. La partie occupée par les hommes n'a d'autre promenade
-qu'un corridor obscur, dans lequel il faut tenir le jour le réverbère
-allumé, et un petit vestibule séparé de la cour des femmes par une
-grille. Les hommes peuvent parler aux femmes à travers cette grille,
-et plus d'une fois les tendres épanchements de l'amour y ont fait
+<p>»Revenons au côté <em>des douze</em>. Ce côté a aussi une cour qu'occupent
+les femmes. La partie occupée par les hommes n'a d'autre promenade
+qu'un corridor obscur, dans lequel il faut tenir le jour le réverbère
+allumé, et un petit vestibule séparé de la cour des femmes par une
+grille. Les hommes peuvent parler aux femmes à travers cette grille,
+et plus d'une fois les tendres épanchements de l'amour y ont fait
oublier aux malheureux l'horreur de leur demeure.</p>
-<p>»Les chambres des femmes sont aussi divisées en chambres à la pistole
-et en chambres à la paille. Les pistoles occupent le premier, les
-chambres des <em>pailleuses</em><a id="footnotetag96-A" name="footnotetag96-A"></a><a href="#footnote96-A" title="Go to footnote 96-A"><span class="smaller">[96-A]</span></a> sont au rez-de-chaussée, derrière une
+<p>»Les chambres des femmes sont aussi divisées en chambres à la pistole
+et en chambres à la paille. Les pistoles occupent le premier, les
+chambres des <em>pailleuses</em><a id="footnotetag96-A" name="footnotetag96-A"></a><a href="#footnote96-A" title="Go to footnote 96-A"><span class="smaller">[96-A]</span></a> sont au rez-de-chaussée, derrière une
arcade; elles sont obscures, humides, et aussi malsaines que
malpropres. Le gouvernement devroit bien s'occuper de les rendre
-salubres, en n'oubliant jamais que l'innocence a été forcée de les
-habiter. Il faudroit aussi un régime qui ne tendît pas à dégrader les
-êtres qui y sont soumis.</p>
+salubres, en n'oubliant jamais que l'innocence a été forcée de les
+habiter. Il faudroit aussi un régime qui ne tendît pas à dégrader les
+êtres qui y sont soumis.</p>
-<p>»Il n'y a de ce côté pour les hommes que des chambres a la pistole,
-c'est-à-dire que l'on paye le loyer des lits que l'on occupe. Il y a
+<p>»Il n'y a de ce côté pour les hommes que des chambres a la pistole,
+c'est-à-dire que l'on paye le loyer des lits que l'on occupe. Il y a
autant de lits dans une chambre qu'elle en peut contenir. On payoit
d'abord pour un lit 27 livres 12 sous le premier mois et 22 livres 10
-sous les mois suivans. On a réduit ce loyer à 15 livres par mois. Le
-même lit a souvent rapporté plusieurs loyers en un mois<a id="footnotetag96-B" name="footnotetag96-B"></a><a href="#footnote96-B" title="Go to footnote 96-B"><span class="smaller">[96-B]</span></a>; aussi
-la Conciergerie est-elle le premier hôtel garni de Paris quant au
+sous les mois suivans. On a réduit ce loyer à 15 livres par mois. Le
+même lit a souvent rapporté plusieurs loyers en un mois<a id="footnotetag96-B" name="footnotetag96-B"></a><a href="#footnote96-B" title="Go to footnote 96-B"><span class="smaller">[96-B]</span></a>; aussi
+la Conciergerie est-elle le premier hôtel garni de Paris quant au
produit.</p>
-<p>»L'un des grands inconvénients de ce côté étoit le voisinage de
-l'infirmerie; on y a longtemps vécu au milieu des fièvres les plus
-dangereuses. Les malades, entassés deux à deux sur de méchants
-grabats, étoient bien ce que la misère humaine peut offrir de plus
-déplorable: les médecins daignoient à peine les examiner; il sembloit
-qu'il y eût des c&oelig;urs faits pour s'endurcir à l'approche du
-malheur. Ils avoient une ou deux <em>ptisannes</em> qui étoient, comme on
-dit, des selles à tous chevaux, et qu'ils appliquoient à toutes
-maladies, encore étoient-elles administrées avec une négligence
-vraiment impardonnable. C'étoit une chose curieuse de voir avec quel
-dédain et quelle suffisance ils faisoient leurs visites. Un jour, le
-docteur en chef s'approche d'un lit et tâte le pouls du malade. «Ah!
-dit-il, il est mieux qu'hier.&mdash;Oui, citoyen docteur, répond
-l'infirmier, il est beaucoup mieux, mais ce n'est pas le même; le
+<p>»L'un des grands inconvénients de ce côté étoit le voisinage de
+l'infirmerie; on y a longtemps vécu au milieu des fièvres les plus
+dangereuses. Les malades, entassés deux à deux sur de méchants
+grabats, étoient bien ce que la misère humaine peut offrir de plus
+déplorable: les médecins daignoient à peine les examiner; il sembloit
+qu'il y eût des c&oelig;urs faits pour s'endurcir à l'approche du
+malheur. Ils avoient une ou deux <em>ptisannes</em> qui étoient, comme on
+dit, des selles à tous chevaux, et qu'ils appliquoient à toutes
+maladies, encore étoient-elles administrées avec une négligence
+vraiment impardonnable. C'étoit une chose curieuse de voir avec quel
+dédain et quelle suffisance ils faisoient leurs visites. Un jour, le
+docteur en chef s'approche d'un lit et tâte le pouls du malade. «Ah!
+dit-il, il est mieux qu'hier.&mdash;Oui, citoyen docteur, répond
+l'infirmier, il est beaucoup mieux, mais ce n'est pas le même; le
malade d'hier est mort, et celui-ci a pris sa place.&mdash;Ah! c'est
-différent; eh bien, qu'on fasse la <em>ptisanne</em>.»</p>
+différent; eh bien, qu'on fasse la <em>ptisanne</em>.»</p>
-<p>»Cette anecdote en rappelle une autre qui eut lieu à peu près dans le
-même temps. On se souvient peut-être d'un individu qui se faisoit
-appeler <em>Marat-Mauger</em>, commissaire du pouvoir exécutif à Nancy et
-dans le département de la Meurthe, dénoncé comme ayant usé envers les
+<p>»Cette anecdote en rappelle une autre qui eut lieu à peu près dans le
+même temps. On se souvient peut-être d'un individu qui se faisoit
+appeler <em>Marat-Mauger</em>, commissaire du pouvoir exécutif à Nancy et
+dans le département de la Meurthe, dénoncé comme ayant usé envers les
citoyens de toutes sortes de vexations. Ce Mauger donna l'exemple le
-plus terrible de la manière dont un coquin peut être tourmenté par les
+plus terrible de la manière dont un coquin peut être tourmenté par les
remords. Il rappela les fureurs d'Oreste, et Le Kain auroit pu trouver
-en lui un modèle. Attaqué d'une fièvre très-violente, il se levoit sur
-son lit, et là, avec des convulsions vraiment effrayantes, et d'une
-voix épouvantée, il s'écrioit: «<em>Voyez-vous dans les ombres de ces
-voûtes la main de mon frère? Il écrit en lettres de sang: Tu as mérité
-la mort!</em>» Il périt en effet au milieu des transports de cette
-frénésie<a id="footnotetag96-C" name="footnotetag96-C"></a><a href="#footnote96-C" title="Go to footnote 96-C"><span class="smaller">[96-C]</span></a>.</p>
-
-<p>»Il régnoit parmi les prisonniers de ce côté un genre de courage et de
-gaieté vraiment remarquable; on ne se fera jamais une idée juste d'une
-existence semblable: aussi je n'entreprendrai pas de la dépeindre; je
+en lui un modèle. Attaqué d'une fièvre très-violente, il se levoit sur
+son lit, et là, avec des convulsions vraiment effrayantes, et d'une
+voix épouvantée, il s'écrioit: «<em>Voyez-vous dans les ombres de ces
+voûtes la main de mon frère? Il écrit en lettres de sang: Tu as mérité
+la mort!</em>» Il périt en effet au milieu des transports de cette
+frénésie<a id="footnotetag96-C" name="footnotetag96-C"></a><a href="#footnote96-C" title="Go to footnote 96-C"><span class="smaller">[96-C]</span></a>.</p>
+
+<p>»Il régnoit parmi les prisonniers de ce côté un genre de courage et de
+gaieté vraiment remarquable; on ne se fera jamais une idée juste d'une
+existence semblable: aussi je n'entreprendrai pas de la dépeindre; je
me contenterai de citer quelques passages de deux lettres de l'un de
-ces prisonniers à un ami, et que celui-ci a bien voulu me communiquer:</p>
+ces prisonniers à un ami, et que celui-ci a bien voulu me communiquer:</p>
-<p>«....... Si je vois avec quelque sang-froid le moment où je perdrois
-la vie, je le dois surtout au spectacle qui se renouvelle à chaque
+<p>«....... Si je vois avec quelque sang-froid le moment où je perdrois
+la vie, je le dois surtout au spectacle qui se renouvelle à chaque
instant dans cette maison; elle est l'antichambre de la mort. Nous
vivons avec elle. On soupe, on rit avec des compagnons d'infortune;
-l'arrêt fatal est dans leur poche. On les appelle le lendemain au
-tribunal; quelques heures après nous apprenons leur condamnation; ils
+l'arrêt fatal est dans leur poche. On les appelle le lendemain au
+tribunal; quelques heures après nous apprenons leur condamnation; ils
nous font faire leurs compliments en nous assurant de leur courage.
-Notre train de vie ne change point pour cela; c'est un mélange
-d'horreur sur ce que nous voyons et d'une gaieté en quelque sorte
-féroce, car nous plaisantons souvent sur les objets les plus
-effrayants, au point que nous démontrions tous les jours à un nouvel
-arrivé de quelle manière cela se fait, par le moyen d'une chaise à qui
+Notre train de vie ne change point pour cela; c'est un mélange
+d'horreur sur ce que nous voyons et d'une gaieté en quelque sorte
+féroce, car nous plaisantons souvent sur les objets les plus
+effrayants, au point que nous démontrions tous les jours à un nouvel
+arrivé de quelle manière cela se fait, par le moyen d'une chaise à qui
nous faisions faire la bascule. Tiens, dans ce moment, en voici un qui
chante:</p>
-<p class="poem10">Quand ils m'auront guillotiné,<br>
- Je n'aurai plus besoin de né.</p>
+<p class="poem10">Quand ils m'auront guillotiné,<br>
+ Je n'aurai plus besoin de né.</p>
-<p>»Je dois t'ajouter, pour te prouver combien nous avons de moyens de
-nous endurcir, qu'une malheureuse femme condamnée vient de me faire
-appeler: «<em>La source de mes larmes est tarie, m'a-t-elle dit, il ne
-m'en est pas échappé une depuis hier soir. La plus sensible des femmes
+<p>»Je dois t'ajouter, pour te prouver combien nous avons de moyens de
+nous endurcir, qu'une malheureuse femme condamnée vient de me faire
+appeler: «<em>La source de mes larmes est tarie, m'a-t-elle dit, il ne
+m'en est pas échappé une depuis hier soir. La plus sensible des femmes
n'est plus susceptible d'aucun sentiment; les affections qui faisoient
le bonheur de ma vie ont perdu toute leur force. Je ne regrette rien,
-et je vois avec indifférence le moment de ma mort.</em>»</p>
-
-<p>»Cette femme est madame <em>Lariolette de Tournay</em>: elle dit avoir
-dépensé des sommes énormes pour la cause de la liberté; commissaires
-nationaux, généraux, officiers des armées françoises, ont été
-accueillis dans sa maison avec autant de distinction que de zèle. Elle
-attribue ses malheurs à son mari. Elle s'est fait peindre ces jours-ci
-la main appuyée sur une tête de mort; elle a dû lui envoyer ce
-portrait. L'allégorie est cruelle si le motif en est vrai!...</p>
-
-<p>»Les hommes sont trop méchants, trop inutilement atroces, et je ne
-regretterois pas une existence aussi pénible et qui ne me présente
+et je vois avec indifférence le moment de ma mort.</em>»</p>
+
+<p>»Cette femme est madame <em>Lariolette de Tournay</em>: elle dit avoir
+dépensé des sommes énormes pour la cause de la liberté; commissaires
+nationaux, généraux, officiers des armées françoises, ont été
+accueillis dans sa maison avec autant de distinction que de zèle. Elle
+attribue ses malheurs à son mari. Elle s'est fait peindre ces jours-ci
+la main appuyée sur une tête de mort; elle a dû lui envoyer ce
+portrait. L'allégorie est cruelle si le motif en est vrai!...</p>
+
+<p>»Les hommes sont trop méchants, trop inutilement atroces, et je ne
+regretterois pas une existence aussi pénible et qui ne me présente
qu'un avenir encore plus affreux. Tu vas me croire fou; ma foi, non!</p>
-<p>»Je ne fus jamais si raisonnable; j'apprécie les choses ce qu'elles
+<p>»Je ne fus jamais si raisonnable; j'apprécie les choses ce qu'elles
valent, et le plus grand bienfait de la nature (la vie, dont tu me
-parles dans une de tes lettres), me paroît à moi une corvée fort
+parles dans une de tes lettres), me paroît à moi une corvée fort
incommode, que la nature, si toutefois elle n'est pas une force
-aveugle, pouvoit épargner à des êtres qui n'ont pas même assez de
+aveugle, pouvoit épargner à des êtres qui n'ont pas même assez de
raison pour apercevoir leurs sottises. Je suis si las de vivre parmi
-les hommes, que je ne serois pas fâché de les quitter. J'ai déjà,
-comme je t'ai dit, essayé l'épreuve; c'est le moment de véritable
-calme que j'aie goûté depuis que je suis ici, etc...»</p>
+les hommes, que je ne serois pas fâché de les quitter. J'ai déjà,
+comme je t'ai dit, essayé l'épreuve; c'est le moment de véritable
+calme que j'aie goûté depuis que je suis ici, etc...»</p>
-<p>»C'étoit une chose touchante de voir un nombre de prisonniers prévenus
-de délits contre la patrie ne respirer cependant que pour elle et pour
-sa liberté.»</p>
+<p>»C'étoit une chose touchante de voir un nombre de prisonniers prévenus
+de délits contre la patrie ne respirer cependant que pour elle et pour
+sa liberté.»</p>
<p><a id="footnote96-A" name="footnote96-A"></a>
<b><a href="#footnotetag96-A">96-A</a></b>: On appelle <em>pailleux</em> et <em>pailleuses</em> ceux et celles
-qui, n'ayant pas de moyen de payer le loyer d'un lit, sont obligés de
+qui, n'ayant pas de moyen de payer le loyer d'un lit, sont obligés de
coucher sur la paille.</p>
<p><a id="footnote96-B" name="footnote96-B"></a>
<b><a href="#footnotetag96-B">96-B</a></b>: Dans les derniers temps de la tyrannie de Robespierre,
-lorsque le tribunal envoyait les victimes à la mort par charretées,
-quarante ou cinquante lits étaient occupés tous les jours par de
-nouveaux hôtes qui payaient quinze livres pour une nuit, ce qui
-donnait par mois un produit de dix-huit à vingt-deux mille livres.</p>
+lorsque le tribunal envoyait les victimes à la mort par charretées,
+quarante ou cinquante lits étaient occupés tous les jours par de
+nouveaux hôtes qui payaient quinze livres pour une nuit, ce qui
+donnait par mois un produit de dix-huit à vingt-deux mille livres.</p>
<p><a id="footnote96-C" name="footnote96-C"></a>
-<b><a href="#footnotetag96-C">96-C</a></b>: On honore sa mémoire de cette épitaphe:</p>
+<b><a href="#footnotetag96-C">96-C</a></b>: On honore sa mémoire de cette épitaphe:</p>
<p class="poem10">Dans un corps sale et pourri<br>
- Gisait une âme épouvantable.<br>
+ Gisait une âme épouvantable.<br>
Depuis ce matin, Dieu merci,<br>
- Et l'âme et le corps sont au diable.</p>
+ Et l'âme et le corps sont au diable.</p>
<p><a id="footnote97" name="footnote97"></a>
-<b><a href="#footnotetag97">97</a></b>: Madame de la Fayette, née Noailles, était un modèle de
-bienveillance, de piété et de dévouement conjugal. La journée du 15
-octobre 1795 fut un des plus beaux jours de sa vie. Ce jour-là, elle
-obtint la faveur de se constituer prisonnière avec ses deux filles
-dans les cachots d'Olmutz, auprès de son mari, dont elle partagea la
-captivité pendant deux ans.</p>
-
-<p>Elle mourut à Paris dans la nuit de Noël (25 décembre) 1807, et fut,
-selon son désir, inhumée à Picpus, funèbre asile qu'elle avait fondé
+<b><a href="#footnotetag97">97</a></b>: Madame de la Fayette, née Noailles, était un modèle de
+bienveillance, de piété et de dévouement conjugal. La journée du 15
+octobre 1795 fut un des plus beaux jours de sa vie. Ce jour-là, elle
+obtint la faveur de se constituer prisonnière avec ses deux filles
+dans les cachots d'Olmutz, auprès de son mari, dont elle partagea la
+captivité pendant deux ans.</p>
+
+<p>Elle mourut à Paris dans la nuit de Noël (25 décembre) 1807, et fut,
+selon son désir, inhumée à Picpus, funèbre asile qu'elle avait fondé
avec sa s&oelig;ur, la marquise de Montaigu. B.</p>
<p><a id="footnote98" name="footnote98"></a>
<b><a href="#footnotetag98">98</a></b>: <cite>Les prisons en 1793</cite>, par madame la comtesse <span class="smcap">de Bohme</span>,
-née de Girardin, 1 vol. in-8<sup>o</sup>, p. 130.</p>
+née de Girardin, 1 vol. in-8<sup>o</sup>, p. 130.</p>
<p><a id="footnote99" name="footnote99"></a>
-<b><a href="#footnotetag99">99</a></b>: Nous intercalons à cette page le commencement de ce
-factum, reproduisant en <em>fac-simile</em> la pièce imprimée et remplie par
-l'écriture autographe de l'accusateur public.</p>
+<b><a href="#footnotetag99">99</a></b>: Nous intercalons à cette page le commencement de ce
+factum, reproduisant en <em>fac-simile</em> la pièce imprimée et remplie par
+l'écriture autographe de l'accusateur public.</p>
<p><a id="footnote100" name="footnote100"></a>
-<b><a href="#footnotetag100">100</a></b>: Nous possédons quelques pages écrites par lui à la hâte
-pour sa défense, et qu'on ne lui donna point le temps de lire devant
-le tribunal. Voir aux Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc6">VI</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag100">100</a></b>: Nous possédons quelques pages écrites par lui à la hâte
+pour sa défense, et qu'on ne lui donna point le temps de lire devant
+le tribunal. Voir aux Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc6">VI</a>.</p>
<p><a id="footnote101" name="footnote101"></a>
-<b><a href="#footnotetag101">101</a></b>: Voir, p. <a href="#page205">205</a>, la liste des coaccusés de Madame
-Élisabeth.</p>
+<b><a href="#footnotetag101">101</a></b>: Voir, p. <a href="#page205">205</a>, la liste des coaccusés de Madame
+Élisabeth.</p>
<p><a id="footnote102" name="footnote102"></a>
-<b><a href="#footnotetag102">102</a></b>: Cejourdhuy vingt un floréal, l'an deuxième de la
-République, sur l'avis à nous donné par l'accusateur public qu'une des
-condamnées par jugement du tribunal de cejourd'huy avoit des
-déclarations à faire, nous Pierre André Coffinhal, juge du tribunal,
-en présence de Michel Nicolas Gribauval, l'un des substituts de
-l'accusateur public, et assisté de Anne Ducray, commis greffier, nous
-sommes transporté au greffe de la maison d'arrêt de la Conciergerie,
-où nous avons mandé et fait venir par devant nous la nommée Anne Marie
-Louise Thomas, femme Serilly, âgée de trente un ans, condamnée à la
+<b><a href="#footnotetag102">102</a></b>: Cejourdhuy vingt un floréal, l'an deuxième de la
+République, sur l'avis à nous donné par l'accusateur public qu'une des
+condamnées par jugement du tribunal de cejourd'huy avoit des
+déclarations à faire, nous Pierre André Coffinhal, juge du tribunal,
+en présence de Michel Nicolas Gribauval, l'un des substituts de
+l'accusateur public, et assisté de Anne Ducray, commis greffier, nous
+sommes transporté au greffe de la maison d'arrêt de la Conciergerie,
+où nous avons mandé et fait venir par devant nous la nommée Anne Marie
+Louise Thomas, femme Serilly, âgée de trente un ans, condamnée à la
peine de mort par jugement du tribunal de cejourdhuy, laquelle nous a
-déclaré quelle étoit enceinte d'environ six semaines, de laquelle
-déclaration lui avons donné acte; en conséquence et ouy l'accusateur
-public, disons quelle sera vue et visitée à l'instant par les
-officiers de santé assermentés près le tribunal, pour, après leur
-rapport sur l'état deladitte f<sup>e</sup> Serilly, être par l'accusateur public
-requis et par le tribunal ordonné ce qu'il appartiendra.</p>
-
-<p>De ce que dessus avons dressé le présent procès verbal, que nous avons
-signé avec laditte f<sup>e</sup> Serilly, l'accusateur public et le commis
+déclaré quelle étoit enceinte d'environ six semaines, de laquelle
+déclaration lui avons donné acte; en conséquence et ouy l'accusateur
+public, disons quelle sera vue et visitée à l'instant par les
+officiers de santé assermentés près le tribunal, pour, après leur
+rapport sur l'état deladitte f<sup>e</sup> Serilly, être par l'accusateur public
+requis et par le tribunal ordonné ce qu'il appartiendra.</p>
+
+<p>De ce que dessus avons dressé le présent procès verbal, que nous avons
+signé avec laditte f<sup>e</sup> Serilly, l'accusateur public et le commis
greffier.</p>
<p class="author"><span class="smcap">Gribauval</span>, subst. <span class="smcap">Ducray</span>. <span class="smcap">Thomas Serilly</span>. <span class="smcap">Coffinhal</span>.</p>
-<p class="p2">Nous, officiers de santé assermentés au tribunal criminel
-révolutionnaire, assiste de la citoyene Paquin, femme sage, pour le
+<p class="p2">Nous, officiers de santé assermentés au tribunal criminel
+révolutionnaire, assiste de la citoyene Paquin, femme sage, pour le
tribunal;</p>
-<p>Sur la réquisitoire de laqusateur publique, nous nous sommes
+<p>Sur la réquisitoire de laqusateur publique, nous nous sommes
transporte en la maison dite de la Conciergerie pour y voir et visiter
-la nomé Anne Marie Louise Thomas, femme Cerilly, condanné à mort
-cejourdhuy par jugement dudit tribunal, afin dy constater létat de
-grossesse de six semaine, conformément à sa déclaration.</p>
-
-<p>Après la visite la plus scrupuleuse tant des parties intérieures
-questerieure, nous avons trouvée le col de la matrice très bas et dure
-et gonflé, le ventre tendue et gonflé, les seins douloureux et peu
-élevé; nous ayant répondue sur les diférentes questions que nous lui
-avons faite sur son état, quel avoit éprouvé quelque uns des simptomes
-et accident qu'éprouvent ordinairements les femmes dans le
+la nomé Anne Marie Louise Thomas, femme Cerilly, condanné à mort
+cejourdhuy par jugement dudit tribunal, afin dy constater létat de
+grossesse de six semaine, conformément à sa déclaration.</p>
+
+<p>Après la visite la plus scrupuleuse tant des parties intérieures
+questerieure, nous avons trouvée le col de la matrice très bas et dure
+et gonflé, le ventre tendue et gonflé, les seins douloureux et peu
+élevé; nous ayant répondue sur les diférentes questions que nous lui
+avons faite sur son état, quel avoit éprouvé quelque uns des simptomes
+et accident qu'éprouvent ordinairements les femmes dans le
commencement de leurs grossesse. Nous avons reconue que tout ces
-signes annonçoient bien un commencement de grossesse, que depuis près
-de deux mois elle n'avoit pas ses règles. Mais comme tout ces signes
+signes annonçoient bien un commencement de grossesse, que depuis près
+de deux mois elle n'avoit pas ses règles. Mais comme tout ces signes
et simptomes souvent en imposent et ne sont pas sufisans pour porter
-un jugement définitif, nous renvoyons a un termes plus éloigné, qui
-est le cinquième mois, ou la nature n'y les simptomes ne peuvent plus
-en imposer. A Paris, ce vingt un floréal de l'an deux de la République
-françoise une et indivisible.</p>
+un jugement définitif, nous renvoyons a un termes plus éloigné, qui
+est le cinquième mois, ou la nature n'y les simptomes ne peuvent plus
+en imposer. A Paris, ce vingt un floréal de l'an deux de la République
+françoise une et indivisible.</p>
<p class="author"><span class="smcap">Paquin</span>, veuve <span class="smcap">Prioux</span>. <span class="smcap">Bavard</span>.</p>
-<p class="p2 entete"><i>Tribunal révolutionnaire.</i></p>
+<p class="p2 entete"><i>Tribunal révolutionnaire.</i></p>
-<p>Vu par le tribunal révolutionnaire établi par la loi du 10 mars 1793,
+<p>Vu par le tribunal révolutionnaire établi par la loi du 10 mars 1793,
sans recours au tribunal de cassation, et encore en vertu des pouvoirs
-délégués au tribunal par la loi du cinq avril de la même année, séant
-au Palais de justice, à Paris, la déclaration faite par Anne Marie
-Louise Thomas, femme Serilly, le vingt-un floréal présent mois,
-l'ordonnance du tribunal étant ensuite; ensemble le rapport des
-officiers de santé et matrone assermentés; ensemble le réquisitoire de
-l'accusateur public; tout considéré,</p>
-
-<p>Le tribunal assemblé en la chambre du conseil, attendu l'incertitude
-sur l'état actuel de la femme Serilly, résultant du rapport des
-officiers de santé du tribunal, ordonne qu'il sera surcis à
-l'exécution du jugement dujourdhuy à l'égard de la femme Serilly,
-jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné.</p>
-
-<p>Fait et jugé en la chambre du conseil, le vingt deux floréal l'an
-deuxième de la République, par les citoyens Subleyrac, vice président,
-Denizot, Ardouin, Deliége et Maire, juges, qui ont signé le présent
+délégués au tribunal par la loi du cinq avril de la même année, séant
+au Palais de justice, à Paris, la déclaration faite par Anne Marie
+Louise Thomas, femme Serilly, le vingt-un floréal présent mois,
+l'ordonnance du tribunal étant ensuite; ensemble le rapport des
+officiers de santé et matrone assermentés; ensemble le réquisitoire de
+l'accusateur public; tout considéré,</p>
+
+<p>Le tribunal assemblé en la chambre du conseil, attendu l'incertitude
+sur l'état actuel de la femme Serilly, résultant du rapport des
+officiers de santé du tribunal, ordonne qu'il sera surcis à
+l'exécution du jugement dujourdhuy à l'égard de la femme Serilly,
+jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné.</p>
+
+<p>Fait et jugé en la chambre du conseil, le vingt deux floréal l'an
+deuxième de la République, par les citoyens Subleyrac, vice président,
+Denizot, Ardouin, Deliége et Maire, juges, qui ont signé le présent
jugement avec le commis greffier.</p>
<p class="authorsc">Subleyrac.<br>
Denizot. <span class="add2em">A. M. Maire</span>. <span class="add2em">Ardouin</span>.<br>
- Deliége.</p>
+ Deliége.</p>
-<p><i>Nota</i>. Anne-Marie-Louise Thomas, femme Megret-Serilly, fut transférée
-à l'Évêché, d'où elle fut mise en liberté après le 9 thermidor. B.</p>
+<p><i>Nota</i>. Anne-Marie-Louise Thomas, femme Megret-Serilly, fut transférée
+à l'Évêché, d'où elle fut mise en liberté après le 9 thermidor. B.</p>
<p><a id="footnote103" name="footnote103"></a>
-<b><a href="#footnotetag103">103</a></b>: Cette expression ironique <em>Élisabeth de France</em> dans la
-bouche de Dumas, en rappelant la réponse qu'elle lui a faite elle-même
-quand il lui a demandé son nom, apporte, ce me semble, une grande
-force à l'opinion que j'ai émise plus haut. B.</p>
+<b><a href="#footnotetag103">103</a></b>: Cette expression ironique <em>Élisabeth de France</em> dans la
+bouche de Dumas, en rappelant la réponse qu'elle lui a faite elle-même
+quand il lui a demandé son nom, apporte, ce me semble, une grande
+force à l'opinion que j'ai émise plus haut. B.</p>
<p><a id="footnote104" name="footnote104"></a>
-<b><a href="#footnotetag104">104</a></b>: Ces détails ont été affirmés par des membres du jury et
-par des spectateurs présents au jugement; M. Georges Duval, qui les
+<b><a href="#footnotetag104">104</a></b>: Ces détails ont été affirmés par des membres du jury et
+par des spectateurs présents au jugement; M. Georges Duval, qui les
tenait d'eux, les rapporte dans ses <cite>Souvenirs thermidoriens</cite>.</p>
<p><a id="footnote105" name="footnote105"></a>
-<b><a href="#footnotetag105">105</a></b>: Nous devons ces détails au sieur Ferry, garçon de
-bureau (en 1825) au département des beaux-arts, qui les tenait du
-sieur Geoffroy, son oncle, gardien (en 1794) de la maison d'arrêt de
-la Folie-Renaud, lequel se trouvait à cette heure à la Conciergerie,
-où il venait, selon l'usage, faire le dépôt de la défroque des
-suppliciés.</p>
+<b><a href="#footnotetag105">105</a></b>: Nous devons ces détails au sieur Ferry, garçon de
+bureau (en 1825) au département des beaux-arts, qui les tenait du
+sieur Geoffroy, son oncle, gardien (en 1794) de la maison d'arrêt de
+la Folie-Renaud, lequel se trouvait à cette heure à la Conciergerie,
+où il venait, selon l'usage, faire le dépôt de la défroque des
+suppliciés.</p>
<p><a id="footnote106" name="footnote106"></a>
<b><a href="#footnotetag106">106</a></b>: Une sainte fille du nom de <em>Marguerite</em>, au service de
-M. le marquis de Fenouil, et qui avait été jetée à la Conciergerie
-pour n'avoir point voulu déposer contre son maître, fut témoin de
-cette scène. Elle connaissait madame de Montmorin, dont son père
-infirme avait reçu plus d'un bienfait. Ayant appris en 1828 que
-Marguerite était au service de M. le marquis de la Suze, grand
-maréchal des logis du Roi, je demandai à la voir, et elle me raconta
-ces détails, que je suis heureux de consigner ici. B.</p>
+M. le marquis de Fenouil, et qui avait été jetée à la Conciergerie
+pour n'avoir point voulu déposer contre son maître, fut témoin de
+cette scène. Elle connaissait madame de Montmorin, dont son père
+infirme avait reçu plus d'un bienfait. Ayant appris en 1828 que
+Marguerite était au service de M. le marquis de la Suze, grand
+maréchal des logis du Roi, je demandai à la voir, et elle me raconta
+ces détails, que je suis heureux de consigner ici. B.</p>
<p><a id="footnote107" name="footnote107"></a>
-<b><a href="#footnotetag107">107</a></b>: S'il était vrai, comme on l'a prétendu, que Fouquier
-eût <em>fait la proposition de saigner les condamnés pour affaiblir le
-courage qui les accompagnait jusqu'à la mort</em>, on serait disposé à
+<b><a href="#footnotetag107">107</a></b>: S'il était vrai, comme on l'a prétendu, que Fouquier
+eût <em>fait la proposition de saigner les condamnés pour affaiblir le
+courage qui les accompagnait jusqu'à la mort</em>, on serait disposé à
croire qu'il regretta que l'application de cette atroce mesure n'ait
-pu être faite à la fournée du 10 mai 1794.</p>
+pu être faite à la fournée du 10 mai 1794.</p>
-<p>«Le fait de cette proposition, dit M. Berriat-Saint-Prix, ne figure
+<p>«Le fait de cette proposition, dit M. Berriat-Saint-Prix, ne figure
pas dans le compte rendu de Donzelot, mais il n'en est pas moins
-prouvé à mes yeux, et voici mes raisons:&mdash;Les questions résolues
+prouvé à mes yeux, et voici mes raisons:&mdash;Les questions résolues
affirmativement par le jury embrassaient vingt-neuf faits distincts, y
-compris celui-là<a id="footnotetag107-A" name="footnotetag107-A"></a><a href="#footnote107-A" title="Go to footnote 107-A"><span class="smaller">[107-A]</span></a>; sur ce nombre, vingt-sept se retrouvent dans
-le compte rendu, lequel s'arrête à l'audience du 2 floréal. Il est
-permis de supposer que la proposition de <em>la saignée</em> fut établie sur
+compris celui-là<a id="footnotetag107-A" name="footnotetag107-A"></a><a href="#footnote107-A" title="Go to footnote 107-A"><span class="smaller">[107-A]</span></a>; sur ce nombre, vingt-sept se retrouvent dans
+le compte rendu, lequel s'arrête à l'audience du 2 floréal. Il est
+permis de supposer que la proposition de <em>la saignée</em> fut établie sur
les neuf audiences suivantes, omises par Donzelot. On ne comprend pas,
-en effet, comment le jury aurait sans preuve déclaré constant ce fait
-si étrange, alors qu'il ne constatait les vingt-sept autres que sur
-d'évidentes démonstrations.»</p>
+en effet, comment le jury aurait sans preuve déclaré constant ce fait
+si étrange, alors qu'il ne constatait les vingt-sept autres que sur
+d'évidentes démonstrations.»</p>
-<p>(<cite>La Justice révolutionnaire à Paris</cite>, Cosse et Marchal, place
+<p>(<cite>La Justice révolutionnaire à Paris</cite>, Cosse et Marchal, place
Dauphine, 1861.)</p>
<p><a id="footnote107-A" name="footnote107-A"></a>
-<b><a href="#footnotetag107-A">107-A</a></b>: Jugement rendu contre Fouquier, in-4<sup>o</sup>, page 1 à 5.
-Bibliothèque du Louvre.</p>
+<b><a href="#footnotetag107-A">107-A</a></b>: Jugement rendu contre Fouquier, in-4<sup>o</sup>, page 1 à 5.
+Bibliothèque du Louvre.</p>
<p><a id="footnote108" name="footnote108"></a>
-<b><a href="#footnotetag108">108</a></b>: Son mari. A. E. F. G. Crussol d'Amboise, âgé de
-soixante-sept ans, ex-membre de l'Assemblée constituante, né à
-Aurillac, département du Cantal, domicilié à Paris, fut condamné à
+<b><a href="#footnotetag108">108</a></b>: Son mari. A. E. F. G. Crussol d'Amboise, âgé de
+soixante-sept ans, ex-membre de l'Assemblée constituante, né à
+Aurillac, département du Cantal, domicilié à Paris, fut condamné à
mort comme conspirateur, le 8 thermidor an II (26 juillet 1794), par
-le tribunal révolutionnaire de Paris.</p>
+le tribunal révolutionnaire de Paris.</p>
<p><a id="footnote109" name="footnote109"></a>
-<b><a href="#footnotetag109">109</a></b>: Extrait du registre des dépôts au greffe du tribunal
-révolutionnaire, à la date du 22 floréal.</p>
+<b><a href="#footnotetag109">109</a></b>: Extrait du registre des dépôts au greffe du tribunal
+révolutionnaire, à la date du 22 floréal.</p>
-<p>«Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'exécuteur des jugemens
-criminels, lequel a déposé un médaillon en verre à cercles d'or
-renfermant un crucifix de même métal;</p>
+<p>«Est comparu le citoyen Desmouret, commis de l'exécuteur des jugemens
+criminels, lequel a déposé un médaillon en verre à cercles d'or
+renfermant un crucifix de même métal;</p>
-<p>»Un cachet d'or en trois parties représentant l'un les armes de France
-et de Navarre de l'ancien régime, l'autre une colombe, et le dernier
-une tête d'homme;</p>
+<p>»Un cachet d'or en trois parties représentant l'un les armes de France
+et de Navarre de l'ancien régime, l'autre une colombe, et le dernier
+une tête d'homme;</p>
-<p>»Une chaîne de col en or, à laquelle est attaché un c&oelig;ur renfermant
+<p>»Une chaîne de col en or, à laquelle est attaché un c&oelig;ur renfermant
des cheveux et une petite croix d'or;</p>
-<p>»Une médaille d'argent représentant une Immaculée Conception de la
-ci-devant Vierge, et une petite clef de portefeuille qu'il déclare
-appartenir à Élisabeth Capet, condamnée à mort, et qu'il a trouvée sur
-elle en la conduisant au supplice, et a signé avec moi greffier
-soussigné.</p>
+<p>»Une médaille d'argent représentant une Immaculée Conception de la
+ci-devant Vierge, et une petite clef de portefeuille qu'il déclare
+appartenir à Élisabeth Capet, condamnée à mort, et qu'il a trouvée sur
+elle en la conduisant au supplice, et a signé avec moi greffier
+soussigné.</p>
-<p class="authorsc">»Desmorest, <span class="add2em">Wolff</span>.»</p>
+<p class="authorsc">»Desmorest, <span class="add2em">Wolff</span>.»</p>
-<p>Cette déclaration du commis de l'exécuteur est précédée (sur le
-registre des dépôts faits au greffe du tribunal révolutionnaire) de la
-déclaration faite par le concierge de la maison d'arrêt de la
-Conciergerie des objets de garde-robe ou autres appartenant à
-<em>Élisabeth Capet et à ses complices</em>. Voir aux Documents, n<sup>o</sup> <a href="#doc7">VII</a>.</p>
+<p>Cette déclaration du commis de l'exécuteur est précédée (sur le
+registre des dépôts faits au greffe du tribunal révolutionnaire) de la
+déclaration faite par le concierge de la maison d'arrêt de la
+Conciergerie des objets de garde-robe ou autres appartenant à
+<em>Élisabeth Capet et à ses complices</em>. Voir aux Documents, n<sup>o</sup> <a href="#doc7">VII</a>.</p>
<p><a id="footnote110" name="footnote110"></a>
-<b><a href="#footnotetag110">110</a></b>: Le témoin dont il est ici question est madame Marie
-Valienne, femme Hervé, puis femme Baudoin, concierge de l'hospice
+<b><a href="#footnotetag110">110</a></b>: Le témoin dont il est ici question est madame Marie
+Valienne, femme Hervé, puis femme Baudoin, concierge de l'hospice
Devillas, rue du Regard.</p>
<p><a id="footnote111" name="footnote111"></a>
-<b><a href="#footnotetag111">111</a></b>: <cite>Mémoires de madame de Genlis</cite>. Paris, Ladvocat, 1825,
+<b><a href="#footnotetag111">111</a></b>: <cite>Mémoires de madame de Genlis</cite>. Paris, Ladvocat, 1825,
t. VI, p. 117.</p>
-<p>Madame de Genlis ajoute en note: «On voit dans la <em>Vie des saints</em> que
-ce miracle d'une odeur suave se répandant tout à coup est arrivé plus
-d'une fois au moment de la mort de saints personnages.»</p>
+<p>Madame de Genlis ajoute en note: «On voit dans la <em>Vie des saints</em> que
+ce miracle d'une odeur suave se répandant tout à coup est arrivé plus
+d'une fois au moment de la mort de saints personnages.»</p>
-<p>On trouve dans l'ouvrage de Görres intitulé: <cite>la Mystique divine</cite>, le
-récit d'une multitude de phénomènes identiques. En voici un extrait:</p>
+<p>On trouve dans l'ouvrage de Görres intitulé: <cite>la Mystique divine</cite>, le
+récit d'une multitude de phénomènes identiques. En voici un extrait:</p>
-<p>«Lorsqu'on dit de quelqu'un qu'il est en odeur de sainteté, cette
-expression n'est pas seulement une figure, mais elle est fondée sur
-l'expérience. La chambre de la bienheureuse Liduine était, au
-témoignage de Thomas à Kempis, remplie d'un parfum délicieux
-qu'exhalait sa personne, et qui faisait croire à tous ceux qui
+<p>«Lorsqu'on dit de quelqu'un qu'il est en odeur de sainteté, cette
+expression n'est pas seulement une figure, mais elle est fondée sur
+l'expérience. La chambre de la bienheureuse Liduine était, au
+témoignage de Thomas à Kempis, remplie d'un parfum délicieux
+qu'exhalait sa personne, et qui faisait croire à tous ceux qui
entraient qu'elle avait sur elle quelque aromate.</p>
-<p>»Lorsque saint Ménard fut assassiné dans sa solitude, il sortit de son
-cadavre une odeur très-agréable qui se répandit jusque dans la forêt
+<p>»Lorsque saint Ménard fut assassiné dans sa solitude, il sortit de son
+cadavre une odeur très-agréable qui se répandit jusque dans la forêt
environnante. Le corps de saint Dominique exhalait une odeur
semblable, et elle s'attacha pour longtemps aux mains de ceux qui
-l'avaient enseveli. Après la mort de saint Gandolphe, son corps
-répandit aussi un doux parfum qui remplit la maison pendant quinze
-jours. Ce même phénomène se reproduisit chez le frère Robert, de
-Naples, chez Jeanne de la Croix, chez François de Sainte-Marie et chez
-François de la Conception, quoique tous fussent morts de maladies qui
-ont coutume d'être accompagnées de mauvaises odeurs. Il faut que ce
-parfum de sainteté soit bien pénétrant, puisque les actes de saint
-Trévère rapportent qu'on le sentait à un mille à la ronde lorsqu'on
-ouvrit son tombeau.» (<cite>La Mystique divine, naturelle et diabolique</cite>,
-par <span class="smcap">Görres</span>, ouvrage traduit de l'allemand par C. Sainte-Foi;
+l'avaient enseveli. Après la mort de saint Gandolphe, son corps
+répandit aussi un doux parfum qui remplit la maison pendant quinze
+jours. Ce même phénomène se reproduisit chez le frère Robert, de
+Naples, chez Jeanne de la Croix, chez François de Sainte-Marie et chez
+François de la Conception, quoique tous fussent morts de maladies qui
+ont coutume d'être accompagnées de mauvaises odeurs. Il faut que ce
+parfum de sainteté soit bien pénétrant, puisque les actes de saint
+Trévère rapportent qu'on le sentait à un mille à la ronde lorsqu'on
+ouvrit son tombeau.» (<cite>La Mystique divine, naturelle et diabolique</cite>,
+par <span class="smcap">Görres</span>, ouvrage traduit de l'allemand par C. Sainte-Foi;
Poussielgue-Rusand. Paris, 1854. Tome I, chap. <span class="smcap">IV</span>, p. 292 et 295.)</p>
<p><a id="footnote112" name="footnote112"></a>
-<b><a href="#footnotetag112">112</a></b>: Les charrettes qui devaient transporter les condamnés à
-l'échafaud étaient commandées d'avance en nombre suffisant; les places
-des victimes étaient comptées; ces charrettes arrivaient à la porte de
+<b><a href="#footnotetag112">112</a></b>: Les charrettes qui devaient transporter les condamnés à
+l'échafaud étaient commandées d'avance en nombre suffisant; les places
+des victimes étaient comptées; ces charrettes arrivaient à la porte de
la Conciergerie vers dix heures du matin, midi au plus tard. Plusieurs
-fois l'audience de la salle de l'<em>Égalité</em> (aujourd'hui la chambre
-civile de la Cour de cassation) ayant été terminée par la condamnation
-de cinq ou six accusés seulement, Fouquier fit ajouter au bas de
-l'ordre pour l'exécuteur, que lui présentait à signer le greffier:
-«L'exécuteur fera amener six ou sept charrettes», ce qui annonçait
-l'espoir que les accusés alors en jugement dans la salle de la
-<em>Liberté</em>, au nombre de trente, plus ou moins, seraient également
-condamnés. (Note empruntée au livre de M. Berriat Saint-Prix, <cite>la
-Justice révolutionnaire</cite>.)</p>
+fois l'audience de la salle de l'<em>Égalité</em> (aujourd'hui la chambre
+civile de la Cour de cassation) ayant été terminée par la condamnation
+de cinq ou six accusés seulement, Fouquier fit ajouter au bas de
+l'ordre pour l'exécuteur, que lui présentait à signer le greffier:
+«L'exécuteur fera amener six ou sept charrettes», ce qui annonçait
+l'espoir que les accusés alors en jugement dans la salle de la
+<em>Liberté</em>, au nombre de trente, plus ou moins, seraient également
+condamnés. (Note empruntée au livre de M. Berriat Saint-Prix, <cite>la
+Justice révolutionnaire</cite>.)</p>
<p><a id="footnote113" name="footnote113"></a>
-<b><a href="#footnotetag113">113</a></b>: Déjà, à l'époque des grandes chaleurs de l'été
-précédent, les habitants du quartier de la Madeleine avaient exprimé
-des plaintes à ce sujet. Un citoyen du quartier du Roule, dans la
-séance de sa section, le 17 juillet 1793, avait proposé d'adresser à
-cet égard une réclamation au conseil de la Commune. Les exigences
-hygiéniques avaient enfin déterminé l'ouverture d'un nouveau
-cimetière.</p>
+<b><a href="#footnotetag113">113</a></b>: Déjà, à l'époque des grandes chaleurs de l'été
+précédent, les habitants du quartier de la Madeleine avaient exprimé
+des plaintes à ce sujet. Un citoyen du quartier du Roule, dans la
+séance de sa section, le 17 juillet 1793, avait proposé d'adresser à
+cet égard une réclamation au conseil de la Commune. Les exigences
+hygiéniques avaient enfin déterminé l'ouverture d'un nouveau
+cimetière.</p>
-<p class="date">«<i>Séance de la section du Roule du 17 juillet 1793.</i></p>
+<p class="date">«<i>Séance de la section du Roule du 17 juillet 1793.</i></p>
-<p>»Un membre monte à la tribune, et lit un mémoire signé d'un grand
-nombre de citoyens, tendant à inviter la Commune à donner un autre
-emplacement au cimetière de la paroisse de la Madeleine, dont l'odeur
-cadavéreuse et putréfiante, y est-il dit, devient insupportable aux
-citoyens qui l'avoisinent, et dangereuse à la ville de Paris.</p>
+<p>»Un membre monte à la tribune, et lit un mémoire signé d'un grand
+nombre de citoyens, tendant à inviter la Commune à donner un autre
+emplacement au cimetière de la paroisse de la Madeleine, dont l'odeur
+cadavéreuse et putréfiante, y est-il dit, devient insupportable aux
+citoyens qui l'avoisinent, et dangereuse à la ville de Paris.</p>
-<p>»La section arrête que cette demande sera transmise à la Commune.»</p>
+<p>»La section arrête que cette demande sera transmise à la Commune.»</p>
-<p class="date">«<i>Séance du 18.</i></p>
+<p class="date">«<i>Séance du 18.</i></p>
-<p>»À propos de la lecture du procès-verbal, un membre fait observer que
-l'arrêté pris dans la séance précédente est dangereux, impolitique et
-capable d'accréditer les bruits faux que les ennemis du bien public
-font courir en disant que la peste règne dans Paris.</p>
+<p>»À propos de la lecture du procès-verbal, un membre fait observer que
+l'arrêté pris dans la séance précédente est dangereux, impolitique et
+capable d'accréditer les bruits faux que les ennemis du bien public
+font courir en disant que la peste règne dans Paris.</p>
-<p>»L'assemblée, considérant qu'il n'est rien que la malveillance
-n'emploie pour éloigner les bons citoyens de Paris, rapporte son
-arrêté.»</p>
+<p>»L'assemblée, considérant qu'il n'est rien que la malveillance
+n'emploie pour éloigner les bons citoyens de Paris, rapporte son
+arrêté.»</p>
<p><a id="footnote114" name="footnote114"></a>
-<b><a href="#footnotetag114">114</a></b>: Le lecteur trouvera à la fin de l'Appendice les listes
-des fournées de victimes qui ont précédé, accompagné ou suivi dans
-l'enclos du Christ la dépouille de Madame Élisabeth.</p>
+<b><a href="#footnotetag114">114</a></b>: Le lecteur trouvera à la fin de l'Appendice les listes
+des fournées de victimes qui ont précédé, accompagné ou suivi dans
+l'enclos du Christ la dépouille de Madame Élisabeth.</p>
<p><a id="footnote115" name="footnote115"></a>
<b><a href="#footnotetag115">115</a></b>: <span class="smcap">Ludovico Bottiglia</span>. Traduction de J. B. Idt, professeur
-au collége royal de Lyon. Lyon et Paris, in-8<sup>o</sup>, p. 79 à 82.</p>
+au collége royal de Lyon. Lyon et Paris, in-8<sup>o</sup>, p. 79 à 82.</p>
<p><a id="footnote116" name="footnote116"></a>
-<b><a href="#footnotetag116">116</a></b>: L'année 1796 devait la soumettre à de nouvelles
-épreuves. La mort du roi Victor-Amédée appelait son époux au trône de
-Sardaigne, ébranlé depuis quatre ans par la révolution française. La
-nouvelle reine se servit de son autorité pour honorer la religion,
-protéger les arts et soulager les pauvres. Elle ne jouit guère que
-deux ans de cette consolation. Le 6 décembre 1798, le Directoire
-déclara la guerre à Charles-Emmanuel IV, et le força de quitter Turin.
-La Reine le suivit en Toscane, et s'embarqua avec lui à Livourne.
-Arrivés en Sardaigne, ils y passèrent sept mois. Ayant un moment
-espéré que quelques avantages remportés par les Russes pourraient leur
-ouvrir la route de leurs États, ils revinrent sur le continent: la
-fortune se tourna de nouveau contre eux, et les réduisit à changer
-souvent de séjour. Ils habitèrent tour à tour Florence, Rome et
-Naples. Dans ces différentes demeures, les habitudes de la Reine
-restaient les mêmes: elle prodiguait à son mari, souffrant fort
-souvent d'une névralgie, les soins les plus assidus comme les plus
-affectueux; et le temps qu'elle avait de libre après l'accomplissement
+<b><a href="#footnotetag116">116</a></b>: L'année 1796 devait la soumettre à de nouvelles
+épreuves. La mort du roi Victor-Amédée appelait son époux au trône de
+Sardaigne, ébranlé depuis quatre ans par la révolution française. La
+nouvelle reine se servit de son autorité pour honorer la religion,
+protéger les arts et soulager les pauvres. Elle ne jouit guère que
+deux ans de cette consolation. Le 6 décembre 1798, le Directoire
+déclara la guerre à Charles-Emmanuel IV, et le força de quitter Turin.
+La Reine le suivit en Toscane, et s'embarqua avec lui à Livourne.
+Arrivés en Sardaigne, ils y passèrent sept mois. Ayant un moment
+espéré que quelques avantages remportés par les Russes pourraient leur
+ouvrir la route de leurs États, ils revinrent sur le continent: la
+fortune se tourna de nouveau contre eux, et les réduisit à changer
+souvent de séjour. Ils habitèrent tour à tour Florence, Rome et
+Naples. Dans ces différentes demeures, les habitudes de la Reine
+restaient les mêmes: elle prodiguait à son mari, souffrant fort
+souvent d'une névralgie, les soins les plus assidus comme les plus
+affectueux; et le temps qu'elle avait de libre après l'accomplissement
de ses devoirs, elle le consacrait aux pratiques de la religion, au
-soulagement de la souffrance et de la misère, auxquelles elle donnait
-elle-même l'exemple de la douceur, de la patience et de l'humilité.</p>
+soulagement de la souffrance et de la misère, auxquelles elle donnait
+elle-même l'exemple de la douceur, de la patience et de l'humilité.</p>
-<p>Ayant appris que le souverain Pontife avait été enlevé de Rome, et se
-trouvait momentanément dans la Chartreuse, près de Florence, le Roi et
+<p>Ayant appris que le souverain Pontife avait été enlevé de Rome, et se
+trouvait momentanément dans la Chartreuse, près de Florence, le Roi et
la Reine de Sardaigne, ainsi que le grand-duc de Toscane,
-s'empressèrent de l'aller visiter. On imagine mieux qu'on ne le décrit
+s'empressèrent de l'aller visiter. On imagine mieux qu'on ne le décrit
ce que dut avoir de touchant une telle entrevue, dans une circonstance
-qui réunissait des exemples si éclatants de la fragilité des grandeurs
-humaines. En s'inclinant devant le chef suprême de l'Église,
-Charles-Emmanuel lui dit: «J'oublie dans des moments si doux toutes
-mes disgrâces; je ne regrette point le trône que j'ai perdu: je
-retrouve tout à vos pieds.&mdash;Hélas! cher Prince, répondit le
-Saint-Père, tout n'est que vanité; nous en sommes, vous et moi, la
-triste preuve. Portons nos regards vers le ciel, c'est là que nous
-attendent des trônes qui ne périront jamais.» Le Roi et la Reine, qui
-se disposaient à retourner en Sardaigne, pressaient le saint vieillard
-de les accompagner. «Venez, venez avec nous, Saint-Père, disait la
-s&oelig;ur de Madame Élisabeth, nous nous consolerons ensemble: vous
-trouverez dans vos enfants tous les soins respectueux que mérite un si
-tendre père.&mdash;Je ne puis accepter vos offres généreuses, répondit le
-Pape, mon grand âge ne le permet pas, mes infirmités le refusent, et
-la crainte d'éveiller le soupçon de nos ennemis le défend.» Leurs
-adieux furent déchirants: c'était la séparation d'amis qui ne doivent
+qui réunissait des exemples si éclatants de la fragilité des grandeurs
+humaines. En s'inclinant devant le chef suprême de l'Église,
+Charles-Emmanuel lui dit: «J'oublie dans des moments si doux toutes
+mes disgrâces; je ne regrette point le trône que j'ai perdu: je
+retrouve tout à vos pieds.&mdash;Hélas! cher Prince, répondit le
+Saint-Père, tout n'est que vanité; nous en sommes, vous et moi, la
+triste preuve. Portons nos regards vers le ciel, c'est là que nous
+attendent des trônes qui ne périront jamais.» Le Roi et la Reine, qui
+se disposaient à retourner en Sardaigne, pressaient le saint vieillard
+de les accompagner. «Venez, venez avec nous, Saint-Père, disait la
+s&oelig;ur de Madame Élisabeth, nous nous consolerons ensemble: vous
+trouverez dans vos enfants tous les soins respectueux que mérite un si
+tendre père.&mdash;Je ne puis accepter vos offres généreuses, répondit le
+Pape, mon grand âge ne le permet pas, mes infirmités le refusent, et
+la crainte d'éveiller le soupçon de nos ennemis le défend.» Leurs
+adieux furent déchirants: c'était la séparation d'amis qui ne doivent
plus se revoir.</p>
-<p>Marie-Clotilde mourut à Naples le 7 mars 1802. Dans tous les lieux
-qu'elle avait habités, la réputation de sa sainteté s'était répandue.
-Le pape Pie VII, qui avait été témoin de ses vertus, la déclara
-vénérable par un décret du 10 avril 1808.</p>
+<p>Marie-Clotilde mourut à Naples le 7 mars 1802. Dans tous les lieux
+qu'elle avait habités, la réputation de sa sainteté s'était répandue.
+Le pape Pie VII, qui avait été témoin de ses vertus, la déclara
+vénérable par un décret du 10 avril 1808.</p>
<p><a id="footnote117" name="footnote117"></a>
-<b><a href="#footnotetag117">117</a></b>: Le prince Béda, abbé de Saint-Gall, était propriétaire
-du château de Wartegg.</p>
+<b><a href="#footnotetag117">117</a></b>: Le prince Béda, abbé de Saint-Gall, était propriétaire
+du château de Wartegg.</p>
-<p>Il avait donné à bail ce manoir à la famille de la Tour-Valsassina,
-qui, au moment de l'émigration française, le loua au marquis de
+<p>Il avait donné à bail ce manoir à la famille de la Tour-Valsassina,
+qui, au moment de l'émigration française, le loua au marquis de
Bombelles.</p>
-<p>Dans son journal manuscrit, conservé aux archives de Saint-Gall, t.
-284, nous voyons que la famille de Bombelles était installée à Wartegg
-en décembre 1791, et que le 4 janvier 1792 M. de Bombelles vint avec
-toute sa famille à Saint-Gall faire visite au prince abbé et dîner
+<p>Dans son journal manuscrit, conservé aux archives de Saint-Gall, t.
+284, nous voyons que la famille de Bombelles était installée à Wartegg
+en décembre 1791, et que le 4 janvier 1792 M. de Bombelles vint avec
+toute sa famille à Saint-Gall faire visite au prince abbé et dîner
avec lui.</p>
<p><a id="footnote118" name="footnote118"></a>
<b><a href="#footnotetag118">118</a></b>:</p>
-<p class="entete"><i>Traduction d'un article de la Gazette de Brünn du
+<p class="entete"><i>Traduction d'un article de la Gazette de Brünn du
mercredi 1<sup>er</sup> octobre 1800.</i></p>
-<p>«Le vrai mérite est sans ostentation; il n'appartient qu'à la justice
-de l'histoire de lui ériger un autel incorruptible dans le c&oelig;ur de
-tout homme de bien. La vertu la plus pure, la piété sans hypocrisie,
-la tendresse conjugale et maternelle portée au plus haut degré, le
-courage et la grandeur d'âme dans les plus grands malheurs, la bonté
-du c&oelig;ur, une bienfaisance sans bornes dans une situation gênée, un
-esprit cultivé, une amitié noble et constante, toutes ces qualités se
-trouvoient réunies dans une femme: toutes ces qualités firent vénérer
-madame de Bombelles, qu'une mort prématurée arracha des bras de six
-orphelins, à la suite d'une couche malheureuse, dans la
-trente-neuvième année de son âge, et conduisit dans un monde où elle
-reçoit la récompense due à ses souffrances et à ses vertus. Tous ceux
-qui l'ont connue, qui l'ont vue grande et élevée dans le malheur, qui
-l'ont admirée sous les titres respectables de mère, d'épouse et
-d'amie, ne pourront refuser des larmes à sa mémoire, et à ses mânes le
-souhait d'une paix sainte et inaltérable.»</p>
-
-<p class="entete"><i>Traduction d'un autre article de la même gazette, du samedi 4 octobre
+<p>«Le vrai mérite est sans ostentation; il n'appartient qu'à la justice
+de l'histoire de lui ériger un autel incorruptible dans le c&oelig;ur de
+tout homme de bien. La vertu la plus pure, la piété sans hypocrisie,
+la tendresse conjugale et maternelle portée au plus haut degré, le
+courage et la grandeur d'âme dans les plus grands malheurs, la bonté
+du c&oelig;ur, une bienfaisance sans bornes dans une situation gênée, un
+esprit cultivé, une amitié noble et constante, toutes ces qualités se
+trouvoient réunies dans une femme: toutes ces qualités firent vénérer
+madame de Bombelles, qu'une mort prématurée arracha des bras de six
+orphelins, à la suite d'une couche malheureuse, dans la
+trente-neuvième année de son âge, et conduisit dans un monde où elle
+reçoit la récompense due à ses souffrances et à ses vertus. Tous ceux
+qui l'ont connue, qui l'ont vue grande et élevée dans le malheur, qui
+l'ont admirée sous les titres respectables de mère, d'épouse et
+d'amie, ne pourront refuser des larmes à sa mémoire, et à ses mânes le
+souhait d'une paix sainte et inaltérable.»</p>
+
+<p class="entete"><i>Traduction d'un autre article de la même gazette, du samedi 4 octobre
1800.</i></p>
-<p>«Les hommes reconnoissants forment, dans le grand tableau du monde, le
-groupe le plus intéressant; car il n'est aucune vertu, si élevée
-qu'elle soit, à laquelle le céleste sentiment de la reconnoissance ne
-mérite de servir de pendant. Nous fûmes témoin, lundi dernier, d'une
-scène des plus touchantes, des plus sublimes, près du cercueil de la
-défunte madame de Bombelles. La gratitude y célébra une fête digne du
-Ciel, et offrit un laurier à la vertu dans le tombeau. Les habitants
-de Menowitz (village non loin de Brünn, où la défunte habita quelque
-temps) apprirent la mort de cette vénérable femme, et plusieurs
-d'entre eux se hâtèrent d'arriver à la ville et dans la maison du
-deuil. C'étoit le jour des funérailles, et le cercueil étoit déjà
-fermé. Les bonnes gens en demandèrent l'ouverture avec des cris
-déchirants, pour voir encore une fois leur bienfaitrice, leur mère,
+<p>«Les hommes reconnoissants forment, dans le grand tableau du monde, le
+groupe le plus intéressant; car il n'est aucune vertu, si élevée
+qu'elle soit, à laquelle le céleste sentiment de la reconnoissance ne
+mérite de servir de pendant. Nous fûmes témoin, lundi dernier, d'une
+scène des plus touchantes, des plus sublimes, près du cercueil de la
+défunte madame de Bombelles. La gratitude y célébra une fête digne du
+Ciel, et offrit un laurier à la vertu dans le tombeau. Les habitants
+de Menowitz (village non loin de Brünn, où la défunte habita quelque
+temps) apprirent la mort de cette vénérable femme, et plusieurs
+d'entre eux se hâtèrent d'arriver à la ville et dans la maison du
+deuil. C'étoit le jour des funérailles, et le cercueil étoit déjà
+fermé. Les bonnes gens en demandèrent l'ouverture avec des cris
+déchirants, pour voir encore une fois leur bienfaitrice, leur mère,
pour baiser encore une fois ses froides mains. Le cercueil fut ouvert;
-et ces créatures reconnoissantes, pâles et plongées dans une douleur
-muette, les yeux baignés de larmes, entourèrent le corps de leur
-bienfaitrice. Ce spectacle étoit digne de compassion, et en même temps
-de l'enthousiasme des âmes sensibles qui savent apprécier le mérite de
-la vertu. Enfin ce chagrin muet éclata en plaintes amères: alors sa
-main glacée fut couverte de baisers brûlants; alors les vêtements de
-la défunte furent arrosés des larmes du sentiment, de ces larmes que
-tous les trésors de la terre ne peuvent acheter sans la vertu, dont
+et ces créatures reconnoissantes, pâles et plongées dans une douleur
+muette, les yeux baignés de larmes, entourèrent le corps de leur
+bienfaitrice. Ce spectacle étoit digne de compassion, et en même temps
+de l'enthousiasme des âmes sensibles qui savent apprécier le mérite de
+la vertu. Enfin ce chagrin muet éclata en plaintes amères: alors sa
+main glacée fut couverte de baisers brûlants; alors les vêtements de
+la défunte furent arrosés des larmes du sentiment, de ces larmes que
+tous les trésors de la terre ne peuvent acheter sans la vertu, dont
elles sont le prix. Chacun de ces hommes reconnoissants essaya de
-peindre aux assistants, avec tout le feu renfermé dans ses veines, les
-bienfaits qu'il en avoit reçus: «<em>Au lit de ma femme malade, elle
-veilloit jour et nuit.&mdash;Elle ferma les yeux de ma mère.&mdash;Elle me donna
+peindre aux assistants, avec tout le feu renfermé dans ses veines, les
+bienfaits qu'il en avoit reçus: «<em>Au lit de ma femme malade, elle
+veilloit jour et nuit.&mdash;Elle ferma les yeux de ma mère.&mdash;Elle me donna
des drogues de sa propre main et me soigna.&mdash;Elle pansa mes plaies, et
-me mit en état de soutenir mes vieux parents.</em>» Ainsi s'écrioient
+me mit en état de soutenir mes vieux parents.</em>» Ainsi s'écrioient
ensemble ces c&oelig;urs nobles et sensibles; et ils adressoient leurs
-v&oelig;ux au Ciel pour qu'il accordât la paix éternelle à sa belle âme,
-pour prix de tant de bienfaits. Que sont toutes les louange achetées
-avec de l'or auprès d'un tel éloge funèbre! Oh! celui qui, au récit de
-pareilles scènes, n'aimeroit pas la vertu, n'ouvriroit pas son c&oelig;ur
-aux malheureux, qui ne répandroit pas des trésors, souvent mal acquis,
-dans le sein des infortunés; celui qui ne cesseroit pas de poursuivre
-la vertu, d'opprimer le mérite, qu'il descende un jour au tombeau sans
-être aimé, sans être pleuré! c'est la plus grande punition, et dont
-il sentira, dans un autre monde seulement, toute l'étendue.»</p>
+v&oelig;ux au Ciel pour qu'il accordât la paix éternelle à sa belle âme,
+pour prix de tant de bienfaits. Que sont toutes les louange achetées
+avec de l'or auprès d'un tel éloge funèbre! Oh! celui qui, au récit de
+pareilles scènes, n'aimeroit pas la vertu, n'ouvriroit pas son c&oelig;ur
+aux malheureux, qui ne répandroit pas des trésors, souvent mal acquis,
+dans le sein des infortunés; celui qui ne cesseroit pas de poursuivre
+la vertu, d'opprimer le mérite, qu'il descende un jour au tombeau sans
+être aimé, sans être pleuré! c'est la plus grande punition, et dont
+il sentira, dans un autre monde seulement, toute l'étendue.»</p>
<p><a id="footnote119" name="footnote119"></a>
-<b><a href="#footnotetag119">119</a></b>: «<cite>Liste civile.</cite>&mdash;Bosson et sa femme, ci-devant
-attachés au service d'Élisabeth Capet, réclament de la justice des
+<b><a href="#footnotetag119">119</a></b>: «<cite>Liste civile.</cite>&mdash;Bosson et sa femme, ci-devant
+attachés au service d'Élisabeth Capet, réclament de la justice des
magistrats administrateurs du directoire du district les six derniers
-mois 1793 de leurs gages, et jusqu'à l'évacuation de leur logement,
-pour laquelle ils ont obéis à l'instant même que les ordres leur a été
-signifiés, au lieu qu'ils occupoient en la maison du Grand-Montreuil.</p>
+mois 1793 de leurs gages, et jusqu'à l'évacuation de leur logement,
+pour laquelle ils ont obéis à l'instant même que les ordres leur a été
+signifiés, au lieu qu'ils occupoient en la maison du Grand-Montreuil.</p>
-<p>»Ils sont sans place et sans pain;&mdash;se recommandent à votre
+<p>»Ils sont sans place et sans pain;&mdash;se recommandent à votre
bienfaisance.</p>
-<p class="authorsc">»Bosson.»</p>
+<p class="authorsc">»Bosson.»</p>
-<p>«Soit communiqué au directeur de l'agence nationale de
+<p>«Soit communiqué au directeur de l'agence nationale de
l'enregistrement et des domaines, pour donner des renseignements et
-son avis le plus promptement possible, attendu l'extrême misère où les
-requérants ont été réduits par l'effet d'une détention non méritée.
+son avis le plus promptement possible, attendu l'extrême misère où les
+requérants ont été réduits par l'effet d'une détention non méritée.
Fait au district de Versailles, le trois germinal, l'an second de la
-République.</p>
+République.</p>
-<p class="authorsc">«Gauthier. <span class="add2em">Macé Baigneux.</span>»</p>
+<p class="authorsc">«Gauthier. <span class="add2em">Macé Baigneux.</span>»</p>
-<p>«<cite>Avis du directeur de l'agence nationale de l'enregistrement.</cite>&mdash;Vû la
-pétition du citoyen Bosson et de sa femme, tendante à obtenir de
+<p>«<cite>Avis du directeur de l'agence nationale de l'enregistrement.</cite>&mdash;Vû la
+pétition du citoyen Bosson et de sa femme, tendante à obtenir de
l'administration le payement de leurs gages des six derniers mois de
-1793, comme attachés à la maison du Grand-Montreuil, séquestrée sur
-Élisabeth Capet.</p>
+1793, comme attachés à la maison du Grand-Montreuil, séquestrée sur
+Élisabeth Capet.</p>
-<p>»Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement observe que
-Bosson et sa femme, qui n'ont justifié ny de leur qualité ny de leurs
-droits, étoient l'un vacher et la femme laitière dans la maison
-d'Élisabeth Capet;</p>
+<p>»Le directeur de l'agence nationale de l'enregistrement observe que
+Bosson et sa femme, qui n'ont justifié ny de leur qualité ny de leurs
+droits, étoient l'un vacher et la femme laitière dans la maison
+d'Élisabeth Capet;</p>
-<p>»Que les vaches ayant été vendues en octobre 1792, le vacher et la
-laitière sont devenus inutiles; que les dispositions des loix
+<p>»Que les vaches ayant été vendues en octobre 1792, le vacher et la
+laitière sont devenus inutiles; que les dispositions des loix
concernant les gagistes de la cy devant liste civile sont communes aux
-personnes qui étoient attachées à Élisabeth Capet;</p>
+personnes qui étoient attachées à Élisabeth Capet;</p>
-<p>»Qu'ainsi Bosson et sa femme ont dû se regarder comme supprimés à
-compter du 31 décembre 1792; mais qu'ils ont droit aux indemnités ou
-pensions promises par le décret du 27 août 1793, et qu'ils doivent
-être renvoyés devant le citoyen Henry, commissaire-liquidateur de la
+<p>»Qu'ainsi Bosson et sa femme ont dû se regarder comme supprimés à
+compter du 31 décembre 1792; mais qu'ils ont droit aux indemnités ou
+pensions promises par le décret du 27 août 1793, et qu'ils doivent
+être renvoyés devant le citoyen Henry, commissaire-liquidateur de la
cy-devant liste civile.</p>
-<p>»A Versailles, 11 germinal de l'an II de la République françoise, une
+<p>»A Versailles, 11 germinal de l'an II de la République françoise, une
et indivisible.</p>
-<p class="authorsc">»Deschesne.»</p>
+<p class="authorsc">»Deschesne.»</p>
<p><a id="footnote120" name="footnote120"></a>
-<b><a href="#footnotetag120">120</a></b>: Nous en avons trouvé des traces dans le registre des
+<b><a href="#footnotetag120">120</a></b>: Nous en avons trouvé des traces dans le registre des
archives de la noble bourgeoisie et ville de Bulle:</p>
-<p class="date">«1798.</p>
+<p class="date">«1798.</p>
-<p>»Cette année mémorable qui changea la face des affaires en Suisse fut
-précédée par des démonstrations qui furent très-vives dans le pays de
-Vaux déjà dès le commencement du mois de décembre. Le lendemain de la
-foire du mois de janvier 1798 fut le jour où l'arbre de la liberté fut
-arboré sur le Tilleul, à Bulle. Dès lors Bulle se constitua en comité
-central correspondant avec Vevey et Lausanne. Un autre comité central
-s'établit à Grand-Villard, qui correspondit aussi, comme celui de
-Bulle, avec Vevey et Lausanne. Il s'agissait de récupérer les droits
+<p>»Cette année mémorable qui changea la face des affaires en Suisse fut
+précédée par des démonstrations qui furent très-vives dans le pays de
+Vaux déjà dès le commencement du mois de décembre. Le lendemain de la
+foire du mois de janvier 1798 fut le jour où l'arbre de la liberté fut
+arboré sur le Tilleul, à Bulle. Dès lors Bulle se constitua en comité
+central correspondant avec Vevey et Lausanne. Un autre comité central
+s'établit à Grand-Villard, qui correspondit aussi, comme celui de
+Bulle, avec Vevey et Lausanne. Il s'agissait de récupérer les droits
de l'ancienne patrie de Vaux.</p>
-<p>»Parmi les actes de dévouement pour la cause de la liberté, on peut
-citer celui des frères Gex, qui fabriquèrent un canon de bois cerclé
-en fer, et qui figura au camp de Russille, près d'Avry-devant-Pont.</p>
+<p>»Parmi les actes de dévouement pour la cause de la liberté, on peut
+citer celui des frères Gex, qui fabriquèrent un canon de bois cerclé
+en fer, et qui figura au camp de Russille, près d'Avry-devant-Pont.</p>
-<p>»Les détails de cette révolution se trouveront dans un autre ouvrage.
-L'heure étoit venue où la Suisse devoit aussi avoir son tour, et au 4
-mars les François entrèrent à Fribourg; combat meurtrier à la Singine;
+<p>»Les détails de cette révolution se trouveront dans un autre ouvrage.
+L'heure étoit venue où la Suisse devoit aussi avoir son tour, et au 4
+mars les François entrèrent à Fribourg; combat meurtrier à la Singine;
Berne est prise par Schombourg; les gouvernements aristocratiques
-disparoissent; la Suisse se constitue en une république une et
-indivisible; un directoire, un sénat, un grand conseil, siégent
-d'abord à Arau, ensuite à Lucerne, enfin à Berne, où, après plusieurs
-changements dans ces premières autorités et dans sa forme, le
-gouvernement unitaire fut culbuté par la troupe du général Bachman et
-de son collègue Aufdermour, qui forcèrent le gouvernement unitaire à
-se réfugier à Lausanne, où le général Rapp se trouva et fit connoître
-aux Suisses la volonté de Napoléon, premier consul de France, d'être
-le médiateur de la Suisse. Bachman et sa compagnie mirent bas les
-armes; le gouvernement unitaire fut rétabli à Berne, et une consulte
-fut envoyée à Paris de toute la Suisse, qui en apporta l'acte de
-médiation, qui fut mis en activité par M. le comte Louis d'Affry, en
-sa qualité de premier landamman de la Suisse; avoyer de Fribourg sous
-ce régime, mort d'un coup d'apoplexie, il emporta les regrets de ses
+disparoissent; la Suisse se constitue en une république une et
+indivisible; un directoire, un sénat, un grand conseil, siégent
+d'abord à Arau, ensuite à Lucerne, enfin à Berne, où, après plusieurs
+changements dans ces premières autorités et dans sa forme, le
+gouvernement unitaire fut culbuté par la troupe du général Bachman et
+de son collègue Aufdermour, qui forcèrent le gouvernement unitaire à
+se réfugier à Lausanne, où le général Rapp se trouva et fit connoître
+aux Suisses la volonté de Napoléon, premier consul de France, d'être
+le médiateur de la Suisse. Bachman et sa compagnie mirent bas les
+armes; le gouvernement unitaire fut rétabli à Berne, et une consulte
+fut envoyée à Paris de toute la Suisse, qui en apporta l'acte de
+médiation, qui fut mis en activité par M. le comte Louis d'Affry, en
+sa qualité de premier landamman de la Suisse; avoyer de Fribourg sous
+ce régime, mort d'un coup d'apoplexie, il emporta les regrets de ses
concitoyens.</p>
-<p>»Sous le gouvernement de l'acte de médiation tout comme sous
-l'unitaire, Bulle conserva une préfecture et un tribunal de première
+<p>»Sous le gouvernement de l'acte de médiation tout comme sous
+l'unitaire, Bulle conserva une préfecture et un tribunal de première
instance.</p>
-<p class="p2">»L'acte de médiation faisoit de Bulle le chef-lieu d'un des cinq
-districts du canton de Fribourg.&mdash;Il donna un membre au conseil d'État
-dans la personne de M. Nicolas-André de Castella, dernier banneret de
-Bulle.» (Extrait d'un registre intitulé: <cite>Annalise des Archives de la
+<p class="p2">»L'acte de médiation faisoit de Bulle le chef-lieu d'un des cinq
+districts du canton de Fribourg.&mdash;Il donna un membre au conseil d'État
+dans la personne de M. Nicolas-André de Castella, dernier banneret de
+Bulle.» (Extrait d'un registre intitulé: <cite>Annalise des Archives de la
noble bourgeoisie et ville de Bulle</cite>.)</p>
<p><a id="footnote121" name="footnote121"></a>
-<b><a href="#footnotetag121">121</a></b>: Voir, aux Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc8">VIII</a>, son acte de
-décès.</p>
+<b><a href="#footnotetag121">121</a></b>: Voir, aux Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc8">VIII</a>, son acte de
+décès.</p>
<p><a id="footnote122" name="footnote122"></a>
-<b><a href="#footnotetag122">122</a></b>: Voir son acte de décès, au n<sup>o</sup> <a href="#doc9">IX</a> des Pièces
+<b><a href="#footnotetag122">122</a></b>: Voir son acte de décès, au n<sup>o</sup> <a href="#doc9">IX</a> des Pièces
justificatives.</p>
<p><a id="footnote123" name="footnote123"></a>
-<b><a href="#footnotetag123">123</a></b>: Voir Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc10">X</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag123">123</a></b>: Voir Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc10">X</a>.</p>
<p><a id="footnote124" name="footnote124"></a>
-<b><a href="#footnotetag124">124</a></b>: Voir Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc10">X</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag124">124</a></b>: Voir Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc10">X</a>.</p>
<p><a id="footnote125" name="footnote125"></a>
-<b><a href="#footnotetag125">125</a></b>: Voir Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc10">X</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag125">125</a></b>: Voir Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc10">X</a>.</p>
<p><a id="footnote126" name="footnote126"></a>
-<b><a href="#footnotetag126">126</a></b>: Voir Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc10">X</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag126">126</a></b>: Voir Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc10">X</a>.</p>
<p><a id="footnote127" name="footnote127"></a>
-<b><a href="#footnotetag127">127</a></b>: Voir Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc11">XI</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag127">127</a></b>: Voir Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc11">XI</a>.</p>
<p><a id="footnote128" name="footnote128"></a>
-<b><a href="#footnotetag128">128</a></b>: Ce cimetière qui porta d'abord la dénomination de
-<em>Champ de Repos</em>, fut créé par un arrêté de l'administration centrale
-du département de la Seine, du 8 messidor an VI (26 juin 1798), dans
-un terrain d'un hectare deux mille sept cent trente-six mètres
-cinquante-sept centimètres, situé au-dessus du boulevard de la
-barrière Blanche, cédé à la ville par le citoyen Aymé pour la somme de
-quatre mille huit cents francs. Par cet arrêté, le cimetière Roch fut
-définitivement fermé.</p>
-
-<p>Le <em>Champ de Repos</em> se trouva bientôt trop petit.</p>
-
-<p>Par un décret, daté du camp impérial d'Ebersdorf, du 28 mai 1809, le
-conseiller d'État, préfet du département de la Seine, fut autorisé à
-acquérir, pour cause d'utilité publique, au nom de la ville de Paris,
-un terrain de quinze hectares, situé à l'entrée de la plaine de
-Clichy, pour servir à l'établissement d'un nouveau lieu de sépulture,
-destiné à remplacer le cimetière Montmartre.</p>
-
-<p>Un autre décret impérial, du 13 août 1811, modifiant ce décret,
-ordonna que le cimetière existant au bas de Montmartre serait agrandi
-dans sa partie nord et nord-ouest, et autorisa la ville de Paris à
+<b><a href="#footnotetag128">128</a></b>: Ce cimetière qui porta d'abord la dénomination de
+<em>Champ de Repos</em>, fut créé par un arrêté de l'administration centrale
+du département de la Seine, du 8 messidor an VI (26 juin 1798), dans
+un terrain d'un hectare deux mille sept cent trente-six mètres
+cinquante-sept centimètres, situé au-dessus du boulevard de la
+barrière Blanche, cédé à la ville par le citoyen Aymé pour la somme de
+quatre mille huit cents francs. Par cet arrêté, le cimetière Roch fut
+définitivement fermé.</p>
+
+<p>Le <em>Champ de Repos</em> se trouva bientôt trop petit.</p>
+
+<p>Par un décret, daté du camp impérial d'Ebersdorf, du 28 mai 1809, le
+conseiller d'État, préfet du département de la Seine, fut autorisé à
+acquérir, pour cause d'utilité publique, au nom de la ville de Paris,
+un terrain de quinze hectares, situé à l'entrée de la plaine de
+Clichy, pour servir à l'établissement d'un nouveau lieu de sépulture,
+destiné à remplacer le cimetière Montmartre.</p>
+
+<p>Un autre décret impérial, du 13 août 1811, modifiant ce décret,
+ordonna que le cimetière existant au bas de Montmartre serait agrandi
+dans sa partie nord et nord-ouest, et autorisa la ville de Paris à
faire acquisition de douze hectares de terrain pour l'agrandissement
-du cimetière, en le prolongeant à travers le chemin des Batignolles,
-qui sera déplacé.</p>
+du cimetière, en le prolongeant à travers le chemin des Batignolles,
+qui sera déplacé.</p>
-<p>Enfin, un arrêté préfectoral du 10 février 1818 fit procéder
-immédiatement au mesurage des douze hectares de terrain dont
-l'acquisition est ordonnée par le décret susrelaté. B.</p>
+<p>Enfin, un arrêté préfectoral du 10 février 1818 fit procéder
+immédiatement au mesurage des douze hectares de terrain dont
+l'acquisition est ordonnée par le décret susrelaté. B.</p>
<p><a id="footnote129" name="footnote129"></a>
<b><a href="#footnotetag129">129</a></b>: Voir page <a href="#page232">232</a> de ce volume.</p>
<p><a id="footnote130" name="footnote130"></a>
-<b><a href="#footnotetag130">130</a></b>: Le sieur Fauconnier, 12, rue d'Asnières,
+<b><a href="#footnotetag130">130</a></b>: Le sieur Fauconnier, 12, rue d'Asnières,
Batignolles-Paris.</p>
<p><a id="footnote131" name="footnote131"></a>
<b><a href="#footnotetag131">131</a></b>:</p>
-<p class="entete"><i>Déclaration de M. Descloseaux, chevalier de l'Ordre du Roi,
+<p class="entete"><i>Déclaration de M. Descloseaux, chevalier de l'Ordre du Roi,
du 22 mai 1816,
- devant M<sup>e</sup> Deguingand, notaire à Monceaux</i>.</p>
-
-<p>Je soussigné, Pierre-Louis <span class="smcap">Ollivier Descloseaux</span>, chevalier de l'Ordre
-du Roi, demeurant actuellement rue d'Anjou, faubourg Saint-Honoré, n<sup>o</sup>
-62, premier arrondissement, déclare erroné le certificat que j'ai
-signé le quatre juin mil huit cent quatorze, étant à la suite d'une
-liste imprimée par Lottin, dans le courant de la même année, ayant
-pour titre: «<cite>Liste des personnes qui ont péri par jugement du
-tribunal révolutionnaire, depuis le vingt-six août dix-sept cent
+ devant M<sup>e</sup> Deguingand, notaire à Monceaux</i>.</p>
+
+<p>Je soussigné, Pierre-Louis <span class="smcap">Ollivier Descloseaux</span>, chevalier de l'Ordre
+du Roi, demeurant actuellement rue d'Anjou, faubourg Saint-Honoré, n<sup>o</sup>
+62, premier arrondissement, déclare erroné le certificat que j'ai
+signé le quatre juin mil huit cent quatorze, étant à la suite d'une
+liste imprimée par Lottin, dans le courant de la même année, ayant
+pour titre: «<cite>Liste des personnes qui ont péri par jugement du
+tribunal révolutionnaire, depuis le vingt-six août dix-sept cent
quatre-vingt-douze, jusqu'au treize juin dix-sept cent
quatre-vingt-quatorze (vingt-cinq prairial an deux), laquelle liste
-contient les noms de treize cent quarante-trois victimes.</cite>»</p>
+contient les noms de treize cent quarante-trois victimes.</cite>»</p>
<p>Attendu qu'il est constant et hors de doute que, sur la demande des
-propriétaires et habitans de la rue d'Anjou, le cimetière de la
-Madeleine a été fermé antérieurement au vingt-quatre mars dix-sept
+propriétaires et habitans de la rue d'Anjou, le cimetière de la
+Madeleine a été fermé antérieurement au vingt-quatre mars dix-sept
cent quatre-vingt-quatorze (quatre germinal an deux), et que de suite
-il a été ouvert près de la barrière de Monceaux (vulgairement
-Mousseaux) un autre cimetière, dans lequel a été porté <span class="smcap">Hébert</span>, dit le
-<em>Père Duchesne</em>, indiqué sous le n<sup>o</sup> 496 de ladite liste, d'où il
-résulte la preuve, d'après la liste imprimée par Lottin, que huit cent
-quarante-huit victimes ont été portées au cimetière de Monceaux, et
-non à celui de la rue d'Anjou; en conséquence je déclare, moi
+il a été ouvert près de la barrière de Monceaux (vulgairement
+Mousseaux) un autre cimetière, dans lequel a été porté <span class="smcap">Hébert</span>, dit le
+<em>Père Duchesne</em>, indiqué sous le n<sup>o</sup> 496 de ladite liste, d'où il
+résulte la preuve, d'après la liste imprimée par Lottin, que huit cent
+quarante-huit victimes ont été portées au cimetière de Monceaux, et
+non à celui de la rue d'Anjou; en conséquence je déclare, moi
Descloseaux, que c'est par erreur qu'il est dit, dans le certificat
-signé de moi, que toutes les personnes comprises dans cette liste, et
-au nombre de treize cent quarante-trois, ont été inhumées dans le
-cimetière de la rue d'Anjou, et que je n'ai pas entendu y comprendre
-celles qui ont été reçues au cimetière de Monceaux, indiquées sous les
-huit cent quarante-huit derniers numéros. Cette erreur provient de ce
-que j'ai considéré la désignation du cimetière de la Madeleine comme
-étant commune aux deux cimetières de la rue d'Anjou et Monceaux,
-attendu qu'ils avaient successivement servi au même usage.</p>
-
-<p>De ce qui vient d'être dit, il reste constant que les tristes restes
-de <span class="smcap">Madame ÉLISABETH</span>, s&oelig;ur de Sa Majesté Louis XVI, et de M. de
-<span class="smcap">Malesherbes</span>, sont déposés dans le cimetière de Monceaux. (Voir les
+signé de moi, que toutes les personnes comprises dans cette liste, et
+au nombre de treize cent quarante-trois, ont été inhumées dans le
+cimetière de la rue d'Anjou, et que je n'ai pas entendu y comprendre
+celles qui ont été reçues au cimetière de Monceaux, indiquées sous les
+huit cent quarante-huit derniers numéros. Cette erreur provient de ce
+que j'ai considéré la désignation du cimetière de la Madeleine comme
+étant commune aux deux cimetières de la rue d'Anjou et Monceaux,
+attendu qu'ils avaient successivement servi au même usage.</p>
+
+<p>De ce qui vient d'être dit, il reste constant que les tristes restes
+de <span class="smcap">Madame ÉLISABETH</span>, s&oelig;ur de Sa Majesté Louis XVI, et de M. de
+<span class="smcap">Malesherbes</span>, sont déposés dans le cimetière de Monceaux. (Voir les
n<sup>os</sup> 679 et 901.)</p>
-<p>En foi de quoi j'ai signé le présent certificat pour rendre hommage à
-la vérité, consentant qu'il soit déposé par-devant notaire, et qu'il
-en soit délivré toutes copies nécessaires à qui de droit et à mes
+<p>En foi de quoi j'ai signé le présent certificat pour rendre hommage à
+la vérité, consentant qu'il soit déposé par-devant notaire, et qu'il
+en soit délivré toutes copies nécessaires à qui de droit et à mes
frais.</p>
<p>A Paris, ce dix-neuf mai dix-huit cent seize.</p>
-<p>Approuvé le contenu au certificat ci-dessus écrit de la main de M.
-d'Anjou, mon gendre. <i>Signé</i> <span class="smcap">Ollivier Descloseaux</span>, chevalier de
+<p>Approuvé le contenu au certificat ci-dessus écrit de la main de M.
+d'Anjou, mon gendre. <i>Signé</i> <span class="smcap">Ollivier Descloseaux</span>, chevalier de
l'Ordre du Roi.</p>
-<p>En marge est écrit: Enregistré à Neuilly, le vingt-un mai mil huit
-cent seize, fol. 14 recto, cases 1 et 2. Reçu deux francs vingt
-centimes. <i>Signé</i> <span class="smcap">Mauroy</span>.</p>
+<p>En marge est écrit: Enregistré à Neuilly, le vingt-un mai mil huit
+cent seize, fol. 14 recto, cases 1 et 2. Reçu deux francs vingt
+centimes. <i>Signé</i> <span class="smcap">Mauroy</span>.</p>
-<p>«Il est ainsi en ladite déclaration, duement certifiée véritable,
-signée, paraphée et annexée à un acte de dépôt passé devant M<sup>e</sup> Élie
-<span class="smcap">Deguingand</span>, notaire à Monceaux, boulevard extérieur de Paris,
-soussigné, le vingt-deux mai mil huit cent seize, enregistré; le tout
-étant en la possession dudit M<sup>e</sup> <span class="smcap">Deguingand</span>.» Délivré ces présentes le
+<p>«Il est ainsi en ladite déclaration, duement certifiée véritable,
+signée, paraphée et annexée à un acte de dépôt passé devant M<sup>e</sup> Élie
+<span class="smcap">Deguingand</span>, notaire à Monceaux, boulevard extérieur de Paris,
+soussigné, le vingt-deux mai mil huit cent seize, enregistré; le tout
+étant en la possession dudit M<sup>e</sup> <span class="smcap">Deguingand</span>.» Délivré ces présentes le
trente juin mil huit cent seize.</p>
<p class="authorsc">Deguingand.</p>
@@ -33165,467 +33120,467 @@ trente juin mil huit cent seize.</p>
<p><a id="footnote132" name="footnote132"></a>
<b><a href="#footnotetag132">132</a></b>:</p>
-<p class="entete"><i>Acte de notoriété concernant le cimetière de Monceaux,
+<p class="entete"><i>Acte de notoriété concernant le cimetière de Monceaux,
du 30 et 31 mars 1817,
devant M<sup>e</sup> Deguingand, notaire.</i></p>
-<p>Par-devant M<sup>e</sup> Élie <span class="smcap">Deguingand</span>, notaire royal à la résidence de
-Monceaux, boulevard extérieur de Paris, en présence des témoins
-ci-après nommés, soussignés,</p>
+<p>Par-devant M<sup>e</sup> Élie <span class="smcap">Deguingand</span>, notaire royal à la résidence de
+Monceaux, boulevard extérieur de Paris, en présence des témoins
+ci-après nommés, soussignés,</p>
<p class="smcap">Sont comparus:</p>
<ul class="none">
<li>1<sup>o</sup> M. Philippe <span class="smcap">Cardinet</span>, marchand de vin traiteur;</li>
-<li>2<sup>o</sup> M. Louis-Auguste <span class="smcap">Poitevin</span>, propriétaire et cultivateur;</li>
+<li>2<sup>o</sup> M. Louis-Auguste <span class="smcap">Poitevin</span>, propriétaire et cultivateur;</li>
-<li>3<sup>o</sup> M. François <span class="smcap">Curel</span>, propriétaire et marchand épicier;</li>
+<li>3<sup>o</sup> M. François <span class="smcap">Curel</span>, propriétaire et marchand épicier;</li>
-<li>4<sup>o</sup> M. Étienne <span class="smcap">Desgrais</span>, propriétaire et cultivateur;</li>
+<li>4<sup>o</sup> M. Étienne <span class="smcap">Desgrais</span>, propriétaire et cultivateur;</li>
-<li>5<sup>o</sup> M. François <span class="smcap">Charles</span>, propriétaire et cultivateur;</li>
+<li>5<sup>o</sup> M. François <span class="smcap">Charles</span>, propriétaire et cultivateur;</li>
-<li>6<sup>o</sup> M. Étienne-François <span class="smcap">Fauconnier</span>, propriétaire et cultivateur;</li>
+<li>6<sup>o</sup> M. Étienne-François <span class="smcap">Fauconnier</span>, propriétaire et cultivateur;</li>
-<li>7<sup>o</sup> M. Pierre <span class="smcap">Gillet</span>, propriétaire et cultivateur;</li>
+<li>7<sup>o</sup> M. Pierre <span class="smcap">Gillet</span>, propriétaire et cultivateur;</li>
-<li>8<sup>o</sup> M. Claude <span class="smcap">Lebert</span>, cultivateur et propriétaire;</li>
+<li>8<sup>o</sup> M. Claude <span class="smcap">Lebert</span>, cultivateur et propriétaire;</li>
-<li>9<sup>o</sup> Et M. Jacques-Louis <span class="smcap">Charles</span>, propriétaire et paveur;</li>
+<li>9<sup>o</sup> Et M. Jacques-Louis <span class="smcap">Charles</span>, propriétaire et paveur;</li>
</ul>
-<p>Tous demeurant à Monceaux, commune de Clichy-la-Garenne, département
+<p>Tous demeurant à Monceaux, commune de Clichy-la-Garenne, département
de la Seine;</p>
-<p>Lesquels ont attesté pour notoriété constante, et comme étant à leur
-parfaite connaissance, les faits ci-après rapportés;</p>
+<p>Lesquels ont attesté pour notoriété constante, et comme étant à leur
+parfaite connaissance, les faits ci-après rapportés;</p>
<p class="smcap">Savoir:</p>
-<p>1<sup>o</sup> Que, lors de la fermeture du cimetière de la Madeleine de Paris,
-c'est-à-dire au mois de mars dix-sept cent quatre-vingt-quatorze, le
-Gouvernement, existant à cette époque s'est emparé pour le même usage
-d'un terrain dépendant de la maison dite <em>du Christ</em>, située à la
-barrière de Monceaux (vulgairement <em>Mousseaux</em>).</p>
+<p>1<sup>o</sup> Que, lors de la fermeture du cimetière de la Madeleine de Paris,
+c'est-à-dire au mois de mars dix-sept cent quatre-vingt-quatorze, le
+Gouvernement, existant à cette époque s'est emparé pour le même usage
+d'un terrain dépendant de la maison dite <em>du Christ</em>, située à la
+barrière de Monceaux (vulgairement <em>Mousseaux</em>).</p>
-<p>2<sup>o</sup> Que pour l'entrée de ce dernier cimetière on a démoli une partie
-du mur d'enceinte de Paris, et pratiqué sur le boulevard extérieur,
-vis-à-vis le bâtiment de la barrière, une ouverture, depuis fermée par
+<p>2<sup>o</sup> Que pour l'entrée de ce dernier cimetière on a démoli une partie
+du mur d'enceinte de Paris, et pratiqué sur le boulevard extérieur,
+vis-à-vis le bâtiment de la barrière, une ouverture, depuis fermée par
une grande porte qui existe encore actuellement.</p>
-<p>3<sup>o</sup> Et que c'est dans ce lieu qu'ont été portés, le dix mai dix-sept
-cent quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de <span class="smcap">Madame ÉLISABETH</span>,
-s&oelig;ur de Sa Majesté Louis XVIII, roi de France.</p>
+<p>3<sup>o</sup> Et que c'est dans ce lieu qu'ont été portés, le dix mai dix-sept
+cent quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de <span class="smcap">Madame ÉLISABETH</span>,
+s&oelig;ur de Sa Majesté Louis XVIII, roi de France.</p>
-<p>Trois jours après, l'ancien concierge du cimetière de Monceaux faisait
-devant le même officier public la déclaration suivante:</p>
+<p>Trois jours après, l'ancien concierge du cimetière de Monceaux faisait
+devant le même officier public la déclaration suivante:</p>
-<p>Par-devant M<sup>e</sup> Élie <span class="smcap">Deguingand</span>, notaire royal, à la résidence de
-Monceaux, boulevard extérieur de Paris, en présence des témoins
-ci-après nommés, soussignés,</p>
+<p>Par-devant M<sup>e</sup> Élie <span class="smcap">Deguingand</span>, notaire royal, à la résidence de
+Monceaux, boulevard extérieur de Paris, en présence des témoins
+ci-après nommés, soussignés,</p>
<p class="smcap">Est comparu,</p>
-<p>Étienne-Pierre <span class="smcap">Joly</span>, ancien concierge du cimetière de Monceaux, et
-actuellement concierge du cimetière de Montmartre, demeurant aux
+<p>Étienne-Pierre <span class="smcap">Joly</span>, ancien concierge du cimetière de Monceaux, et
+actuellement concierge du cimetière de Montmartre, demeurant aux
Batignolles, n<sup>o</sup> 42, commune de Clichy.</p>
-<p>Lequel a attesté pour notoriété constante, et comme étant à sa
-parfaite connaissance, les faits ci-après rapportés;</p>
+<p>Lequel a attesté pour notoriété constante, et comme étant à sa
+parfaite connaissance, les faits ci-après rapportés;</p>
<p class="smcap">Savoir:</p>
-<p>1<sup>o</sup> Que, lors de la fermeture du cimetière de la Madeleine de Paris,
-c'est-à-dire au mois de mars mil sept cent quatre-vingt-quatorze, le
-gouvernement existant à cette époque s'est emparé, pour le même usage,
-d'un terrain actuellement dépendant de la maison dite du <em>Christ</em>,
-situé à la barrière de Monceaux (vulgairement Mousseaux);</p>
+<p>1<sup>o</sup> Que, lors de la fermeture du cimetière de la Madeleine de Paris,
+c'est-à-dire au mois de mars mil sept cent quatre-vingt-quatorze, le
+gouvernement existant à cette époque s'est emparé, pour le même usage,
+d'un terrain actuellement dépendant de la maison dite du <em>Christ</em>,
+situé à la barrière de Monceaux (vulgairement Mousseaux);</p>
-<p>2<sup>o</sup> Que pour l'entrée de ce dernier cimetière on a démoli une partie
-du mur d'enceinte de Paris, et pratiqué sur le boulevard extérieur de
-Paris, vis-à-vis le bâtiment de la barrière, une ouverture, depuis
-fermée par une grande porte qui existe encore actuellement;</p>
+<p>2<sup>o</sup> Que pour l'entrée de ce dernier cimetière on a démoli une partie
+du mur d'enceinte de Paris, et pratiqué sur le boulevard extérieur de
+Paris, vis-à-vis le bâtiment de la barrière, une ouverture, depuis
+fermée par une grande porte qui existe encore actuellement;</p>
-<p>3<sup>o</sup> Que c'est dans ce lieu qu'ont été portés, le dix mai mil sept cent
-quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de <span class="smcap">Madame ÉLISABETH</span>, s&oelig;ur
+<p>3<sup>o</sup> Que c'est dans ce lieu qu'ont été portés, le dix mai mil sept cent
+quatre-vingt-quatorze, les restes mortels de <span class="smcap">Madame ÉLISABETH</span>, s&oelig;ur
de <span class="smcap">S. M. Louis XVIII</span>, <span class="smcap">roi</span> de France;</p>
-<p>4<sup>o</sup> Et enfin que c'est dans ce lieu qu'ont aussi été apportés tous les
-corps des personnes qui ont été condamnées par le tribunal
-révolutionnaire, et exécutées sur la place <span class="smcap">Louis XV</span>, depuis le quatre
+<p>4<sup>o</sup> Et enfin que c'est dans ce lieu qu'ont aussi été apportés tous les
+corps des personnes qui ont été condamnées par le tribunal
+révolutionnaire, et exécutées sur la place <span class="smcap">Louis XV</span>, depuis le quatre
germinal an deux (vingt-quatre mars mil sept cent
-quatre-vingt-quatorze) jusqu'à la fermeture dudit cimetière.</p>
+quatre-vingt-quatorze) jusqu'à la fermeture dudit cimetière.</p>
-<p>Desquelles déclarations il a été dressé le présent acte pour servir et
+<p>Desquelles déclarations il a été dressé le présent acte pour servir et
valoir ce que de raison.</p>
-<p>Fait et passé à Monceaux, en l'étude, l'an mil huit cent dix-sept, le
-trois avril, en présence de Jean-Nicolas Couttard, instituteur, et
-Pierre-Augustin Meigneux, commis marchand épicier, demeurant tous deux
-audit Monceaux, témoins instrumentaires requis conformément à la loi,
-et a le comparant signé avec lesdits témoins et ledit M<sup>e</sup> <span class="smcap">Deguingand</span>,
-notaire soussigné, après lecture faite de la minute des présentes,
-demeurée à M<sup>e</sup> <span class="smcap">Deguingand</span>, notaire soussigné.</p>
+<p>Fait et passé à Monceaux, en l'étude, l'an mil huit cent dix-sept, le
+trois avril, en présence de Jean-Nicolas Couttard, instituteur, et
+Pierre-Augustin Meigneux, commis marchand épicier, demeurant tous deux
+audit Monceaux, témoins instrumentaires requis conformément à la loi,
+et a le comparant signé avec lesdits témoins et ledit M<sup>e</sup> <span class="smcap">Deguingand</span>,
+notaire soussigné, après lecture faite de la minute des présentes,
+demeurée à M<sup>e</sup> <span class="smcap">Deguingand</span>, notaire soussigné.</p>
-<p>En marge de ladite minute est écrit:</p>
+<p>En marge de ladite minute est écrit:</p>
-<p>Enregistré à Neuilly, le quatre avril mil huit cent dix-sept, folio
-167 recto, case 7. Reçu deux francs vingt centimes. <i>Signé</i> <span class="smcap">Mauroy</span>.</p>
+<p>Enregistré à Neuilly, le quatre avril mil huit cent dix-sept, folio
+167 recto, case 7. Reçu deux francs vingt centimes. <i>Signé</i> <span class="smcap">Mauroy</span>.</p>
-<p>Délivré ces présentes le cinq avril mil huit cent dix-sept.</p>
+<p>Délivré ces présentes le cinq avril mil huit cent dix-sept.</p>
<p class="authorsc">Deguingand.</p>
<p><a id="footnote133" name="footnote133"></a>
-<b><a href="#footnotetag133">133</a></b>: Se déclarant <em>propriétaire et gardien depuis vingt-sept
-ans de l'enceinte où repose la dépouille mortelle de Madame Élisabeth,
-clos inaccessible au public, resté inculte et vierge depuis le 10 mai
-1792</em>, et ayant pour objet <em>la possibilité de l'érection d'un monument
-à la mémoire de cette princesse</em>. (Catalogue Laverdet, mai 1857.)</p>
+<b><a href="#footnotetag133">133</a></b>: Se déclarant <em>propriétaire et gardien depuis vingt-sept
+ans de l'enceinte où repose la dépouille mortelle de Madame Élisabeth,
+clos inaccessible au public, resté inculte et vierge depuis le 10 mai
+1792</em>, et ayant pour objet <em>la possibilité de l'érection d'un monument
+à la mémoire de cette princesse</em>. (Catalogue Laverdet, mai 1857.)</p>
<p><a id="footnote134" name="footnote134"></a>
<b><a href="#footnotetag134">134</a></b>: C'est par erreur qu'un article du <em>Droit</em> du mois de
-juillet 1865, et après lui plusieurs autres journaux, ont prétendu que
-«cet emplacement faisait autrefois partie du cimetière de la Madeleine
-de la Ville-l'Évêque, où avaient été déposés les corps de Louis XVI et
-de Marie-Antoinette, ainsi que ceux des victimes de la Terreur.» Il y
-avait loin du cimetière de la Madeleine au cimetière de Monceaux. B.</p>
+juillet 1865, et après lui plusieurs autres journaux, ont prétendu que
+«cet emplacement faisait autrefois partie du cimetière de la Madeleine
+de la Ville-l'Évêque, où avaient été déposés les corps de Louis XVI et
+de Marie-Antoinette, ainsi que ceux des victimes de la Terreur.» Il y
+avait loin du cimetière de la Madeleine au cimetière de Monceaux. B.</p>
<p><a id="footnote135" name="footnote135"></a>
-<b><a href="#footnotetag135">135</a></b>: MM. les vicaires généraux ont cherché à connaître et à
-retrouver ceux d'entre les ecclésiastiques qui, par pitié comme par
-humanité, suivaient discrètement, encourageaient, consolaient,
-exhortaient des yeux les victimes qu'on traînait à la mort par
-vingtaine et trentaine à la fois, afin de savoir si quelqu'un de ces
-prêtres bienfaisants n'aurait pas quelques lumières à donner sur la
-sépulture de Madame Élisabeth. M. de Sambucy est jusqu'à présent le
-seul qu'ils aient pu découvrir. Mais M. de Sambucy n'a suivi les
-victimes ce jour-là que jusqu'à la place où elles ont été frappées; il
+<b><a href="#footnotetag135">135</a></b>: MM. les vicaires généraux ont cherché à connaître et à
+retrouver ceux d'entre les ecclésiastiques qui, par pitié comme par
+humanité, suivaient discrètement, encourageaient, consolaient,
+exhortaient des yeux les victimes qu'on traînait à la mort par
+vingtaine et trentaine à la fois, afin de savoir si quelqu'un de ces
+prêtres bienfaisants n'aurait pas quelques lumières à donner sur la
+sépulture de Madame Élisabeth. M. de Sambucy est jusqu'à présent le
+seul qu'ils aient pu découvrir. Mais M. de Sambucy n'a suivi les
+victimes ce jour-là que jusqu'à la place où elles ont été frappées; il
se rappelle des circonstances de leur supplice, et notamment de celui
-de Madame Élisabeth, qui fut réservée pour la dernière et avait dû
-voir périr conséquemment dix-huit personnes avant elle, suivant M. de
-Sambucy, et vingt-quatre suivant ce qu'ont assuré les dames
+de Madame Élisabeth, qui fut réservée pour la dernière et avait dû
+voir périr conséquemment dix-huit personnes avant elle, suivant M. de
+Sambucy, et vingt-quatre suivant ce qu'ont assuré les dames
Desclozeaux<a id="footnotetag135-A" name="footnotetag135-A"></a><a href="#footnote135-A" title="Go to footnote 135-A"><span class="smaller">[135-A]</span></a>. Sur d'autres indications, MM. les vicaires
-généraux doivent voir encore deux ecclésiastiques, et donner
-connaissance demain au ministre de l'intérieur de ce qu'ils auraient
+généraux doivent voir encore deux ecclésiastiques, et donner
+connaissance demain au ministre de l'intérieur de ce qu'ils auraient
pu apprendre.</p>
<p><a id="footnote135-A" name="footnote135-A"></a>
<b><a href="#footnotetag135-A">135-A</a></b>: Il est de notre devoir de rectifier cette note sur
-deux points: 1<sup>o</sup> Ni M. de Sambucy ni mesdames Desclozeaux n'étaient
-dans le vrai: la fournée du 21 floréal an II (10 mai 1794) se
+deux points: 1<sup>o</sup> Ni M. de Sambucy ni mesdames Desclozeaux n'étaient
+dans le vrai: la fournée du 21 floréal an II (10 mai 1794) se
composait de vingt-cinq personnes qui toutes, sans exception, furent
-condamnées à mort. Madame Mégret de Sérilly, quoiqu'elle se crût
-enceinte, ne réclama point. Madame Élisabeth, nous l'avons dit plus
-haut, avertie de l'état de cette malheureuse femme, le dénonça au
-tribunal, qui fit suspendre pour elle l'exécution du jugement. Donc le
-nombre exact des victimes de cette journée était de vingt-quatre. 2<sup>o</sup>
-Je m'étonne que MM. les vicaires généraux n'aient point cité le nom du
-respectable Père Carrichon à côté de celui de M. de Sambucy. Le
-lecteur trouvera, au n<sup>o</sup> XII des documents mis à la fin de ce volume,
-un témoignage éclatant du dévouement de ce digne prêtre.</p>
+condamnées à mort. Madame Mégret de Sérilly, quoiqu'elle se crût
+enceinte, ne réclama point. Madame Élisabeth, nous l'avons dit plus
+haut, avertie de l'état de cette malheureuse femme, le dénonça au
+tribunal, qui fit suspendre pour elle l'exécution du jugement. Donc le
+nombre exact des victimes de cette journée était de vingt-quatre. 2<sup>o</sup>
+Je m'étonne que MM. les vicaires généraux n'aient point cité le nom du
+respectable Père Carrichon à côté de celui de M. de Sambucy. Le
+lecteur trouvera, au n<sup>o</sup> XII des documents mis à la fin de ce volume,
+un témoignage éclatant du dévouement de ce digne prêtre.</p>
<p><a id="footnote136" name="footnote136"></a>
-<b><a href="#footnotetag136">136</a></b>: Le sieur Joly n'a point été consulté par le
-propriétaire avant qu'il eût désigné par une pierre le lieu où il
-supposait que reposent les cendres de Madame Élisabeth, mais depuis il
-fut appelé par le sieur de Jolival. Celui-ci lui montrant le terrain
-et l'affaissement qu'il avait désignés comme recouvrant les restes de
-la princesse, le concierge Joly lui dit: «Vous vous trompez, elle
-n'est pas là. Mais il ne lui indiqua point, ajouta-t-il, l'endroit où
-elle est réellement.»</p>
+<b><a href="#footnotetag136">136</a></b>: Le sieur Joly n'a point été consulté par le
+propriétaire avant qu'il eût désigné par une pierre le lieu où il
+supposait que reposent les cendres de Madame Élisabeth, mais depuis il
+fut appelé par le sieur de Jolival. Celui-ci lui montrant le terrain
+et l'affaissement qu'il avait désignés comme recouvrant les restes de
+la princesse, le concierge Joly lui dit: «Vous vous trompez, elle
+n'est pas là. Mais il ne lui indiqua point, ajouta-t-il, l'endroit où
+elle est réellement.»</p>
<p>Le sieur Joly n'a revu que cette seule fois le terrain de l'enclos,
-qui, étant déjà cultivé, avait bien changé d'aspect.</p>
+qui, étant déjà cultivé, avait bien changé d'aspect.</p>
<p><a id="footnote137" name="footnote137"></a>
<b><a href="#footnotetag137">137</a></b>: A l'exception d'un commissaire ou agent de la Commune,
quand il s'agissait d'inhumations ordinaires, car il assure que pour
-les suppliciés on ne faisait pas de procès-verbal d'inhumation, que
-l'on se contentait de tenir note de leurs dépouilles.</p>
+les suppliciés on ne faisait pas de procès-verbal d'inhumation, que
+l'on se contentait de tenir note de leurs dépouilles.</p>
<p><a id="footnote138" name="footnote138"></a>
-<b><a href="#footnotetag138">138</a></b>: Une plus ample explication et des questions réitérées
-faites au sieur Joly font connaître qu'outre le premier rang
-horizontal on plaçait immédiatement un second rang horizontal sur le
+<b><a href="#footnotetag138">138</a></b>: Une plus ample explication et des questions réitérées
+faites au sieur Joly font connaître qu'outre le premier rang
+horizontal on plaçait immédiatement un second rang horizontal sur le
premier, et toujours le haut du corps et les pieds en opposition ou
-sens opposé, ainsi que les faces, afin de ménager l'emplacement. Cette
-observation fait prévoir les plus grandes difficultés à obtenir un
-résultat, mais enfin il faut dire les choses comme elles se passaient
+sens opposé, ainsi que les faces, afin de ménager l'emplacement. Cette
+observation fait prévoir les plus grandes difficultés à obtenir un
+résultat, mais enfin il faut dire les choses comme elles se passaient
et comme elles sont.</p>
<p><a id="footnote139" name="footnote139"></a>
-<b><a href="#footnotetag139">139</a></b>: Cependant, afin d'écarter toute possibilité et même
-tout soupçon de fraude et de supercherie, il serait convenable de
+<b><a href="#footnotetag139">139</a></b>: Cependant, afin d'écarter toute possibilité et même
+tout soupçon de fraude et de supercherie, il serait convenable de
nommer plusieurs commissaires, dont un au moins serait sans cesse
-présent au travail et en dresserait chaque jour une espèce de rapport
-ou procès-verbal.</p>
+présent au travail et en dresserait chaque jour une espèce de rapport
+ou procès-verbal.</p>
-<p>Il conviendrait aussi, en cas que l'entreprise fût faite, que la fosse
-fût garantie par un toit en planches ou une toile, afin que la pluie
-ne dérangeât point le travail et ne nuisît point aux opérations.</p>
+<p>Il conviendrait aussi, en cas que l'entreprise fût faite, que la fosse
+fût garantie par un toit en planches ou une toile, afin que la pluie
+ne dérangeât point le travail et ne nuisît point aux opérations.</p>
<p><a id="footnote140" name="footnote140"></a>
-<b><a href="#footnotetag140">140</a></b>: Dans sa déclaration du 28 avril, le sieur Joly a dit le
+<b><a href="#footnotetag140">140</a></b>: Dans sa déclaration du 28 avril, le sieur Joly a dit le
contraire. B.</p>
<p><a id="footnote141" name="footnote141"></a>
-<b><a href="#footnotetag141">141</a></b>: «Le ci-devant duc de Villeroy, le plus nul des hommes
+<b><a href="#footnotetag141">141</a></b>: «Le ci-devant duc de Villeroy, le plus nul des hommes
et le plus circonspect, fut une des victimes de la loi des suspects;
-ses domestiques l'accompagnèrent et ne le quittèrent que quand les
-verrous furent tirés sur lui. Personne n'avait fait plus de dons à la
-nation. Sommes immenses, chevaux, équipages, il avait tout offert à
+ses domestiques l'accompagnèrent et ne le quittèrent que quand les
+verrous furent tirés sur lui. Personne n'avait fait plus de dons à la
+nation. Sommes immenses, chevaux, équipages, il avait tout offert à
son pays. Ses gens avaient ordre de ne le plus servir, de faire
-exactement leur service dans la garde nationale; à ces conditions, ils
-étaient par lui nourris, logés et vêtus; il était riche, il faisait le
-bien, il fut à l'échafaud.» (<cite>Mémoires sur les prisons</cite>, t. II, <em>la
+exactement leur service dans la garde nationale; à ces conditions, ils
+étaient par lui nourris, logés et vêtus; il était riche, il faisait le
+bien, il fut à l'échafaud.» (<cite>Mémoires sur les prisons</cite>, t. II, <em>la
Mairie</em>, <em>la Force</em> et <em>le Plessis</em>, p. 238.)</p>
-<p>«Le duc de Villeroy et le comte de Brienne, lors de leur détention à
-la Conciergerie, refusèrent un jour de faire une partie de piquet,
-parce qu'on leur présentait des cartes qui n'étaient pas
-républicaines. (<span class="smcap">Riouffe</span>, <cite>Mémoires d'un détenu</cite>, p. 85.)</p>
+<p>«Le duc de Villeroy et le comte de Brienne, lors de leur détention à
+la Conciergerie, refusèrent un jour de faire une partie de piquet,
+parce qu'on leur présentait des cartes qui n'étaient pas
+républicaines. (<span class="smcap">Riouffe</span>, <cite>Mémoires d'un détenu</cite>, p. 85.)</p>
-<p>(Détails reproduits dans le <cite>Tribunal révolutionnaire de Paris</cite>, de <span class="smcap">E.
+<p>(Détails reproduits dans le <cite>Tribunal révolutionnaire de Paris</cite>, de <span class="smcap">E.
Campardon</span>, in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 311.)</p>
<p><a id="footnote142" name="footnote142"></a>
-<b><a href="#footnotetag142">142</a></b>: Le jeune comte de Fleury avait été, en 1793, envoyé
+<b><a href="#footnotetag142">142</a></b>: Le jeune comte de Fleury avait été, en 1793, envoyé
comme suspect dans la prison du Luxembourg. Il conservait, quoique
-détenu, toute la gaieté, tous les goûts de son âge, et jouait pendant
-une bonne partie de la journée à la balle et aux barres dans la cour
-du Luxembourg. Ayant vu périr presque toute sa famille, il écrivit au
-président du tribunal révolutionnaire le billet suivant, que deux ou
-trois feuilles du temps ont publié: «Homme de sang, égorgeur,
-cannibale, monstre, scélérat, tu as fait périr ma famille; tu vas
-envoyer à l'échafaud ceux qui paraissent aujourd'hui devant ton
-tribunal; tu peux me faire subir le même sort, car je te déclare que
-je partage leurs sentiments.» Dumas dit à Fouquier en lui présentant
-le petit papier: «Voilà le billet doux qu'on m'écrit; je t'invite à en
-prendre lecture; que faut-il répondre à celui qui me l'adresse?&mdash;Ce
-monsieur me paraît pressé, répond l'accusateur public; eh bien, nous
-allons le satisfaire.» Des gendarmes tout aussitôt furent chercher ce
+détenu, toute la gaieté, tous les goûts de son âge, et jouait pendant
+une bonne partie de la journée à la balle et aux barres dans la cour
+du Luxembourg. Ayant vu périr presque toute sa famille, il écrivit au
+président du tribunal révolutionnaire le billet suivant, que deux ou
+trois feuilles du temps ont publié: «Homme de sang, égorgeur,
+cannibale, monstre, scélérat, tu as fait périr ma famille; tu vas
+envoyer à l'échafaud ceux qui paraissent aujourd'hui devant ton
+tribunal; tu peux me faire subir le même sort, car je te déclare que
+je partage leurs sentiments.» Dumas dit à Fouquier en lui présentant
+le petit papier: «Voilà le billet doux qu'on m'écrit; je t'invite à en
+prendre lecture; que faut-il répondre à celui qui me l'adresse?&mdash;Ce
+monsieur me paraît pressé, répond l'accusateur public; eh bien, nous
+allons le satisfaire.» Des gendarmes tout aussitôt furent chercher ce
jeune homme, que l'on fit monter sur les gradins avec cinquante-trois
-personnes accusées d'être les assassins ou les complices des assassins
+personnes accusées d'être les assassins ou les complices des assassins
de Collot d'Herbois ou de Maximilien Robespierre. Il n'en connaissait
-aucun. Il n'en fut pas moins, comme les autres, conduit à l'échafaud
+aucun. Il n'en fut pas moins, comme les autres, conduit à l'échafaud
en chemise rouge.</p>
<p><a id="footnote143" name="footnote143"></a>
-<b><a href="#footnotetag143">143</a></b>: Madame Élisabeth assistait volontiers aux professions
-religieuses, y trouvant une sorte d'édification.</p>
+<b><a href="#footnotetag143">143</a></b>: Madame Élisabeth assistait volontiers aux professions
+religieuses, y trouvant une sorte d'édification.</p>
<p><a id="footnote144" name="footnote144"></a>
-<b><a href="#footnotetag144">144</a></b>: M. van Blarenberghe, maître de dessin de Madame
-Élisabeth et des princes, fils du comte d'Artois.</p>
+<b><a href="#footnotetag144">144</a></b>: M. van Blarenberghe, maître de dessin de Madame
+Élisabeth et des princes, fils du comte d'Artois.</p>
<p><a id="footnote145" name="footnote145"></a>
<b><a href="#footnotetag145">145</a></b>: La comtesse Diane de Polignac, dame d'honneur de Madame
-Élisabeth.</p>
+Élisabeth.</p>
<p><a id="footnote146" name="footnote146"></a>
-<b><a href="#footnotetag146">146</a></b>: Médecin du Roi, n'ayant quartier.</p>
+<b><a href="#footnotetag146">146</a></b>: Médecin du Roi, n'ayant quartier.</p>
<p><a id="footnote147" name="footnote147"></a>
<b><a href="#footnotetag147">147</a></b>: Fille du marquis de Montesquiou-Fezensac, qui avait
-pris dans la révolution un parti dont sa famille était fort affligée.</p>
+pris dans la révolution un parti dont sa famille était fort affligée.</p>
<p><a id="footnote148" name="footnote148"></a>
<b><a href="#footnotetag148">148</a></b>: Madame la comtesse de Choiseul-Gouffier, femme de
-l'ambassadeur du Roi à Constantinople.</p>
+l'ambassadeur du Roi à Constantinople.</p>
<p><a id="footnote149" name="footnote149"></a>
-<b><a href="#footnotetag149">149</a></b>: Voitures du temps qui étaient encore en usage sous la
-Restauration et stationnaient sur la place Louis XV; elles étaient
+<b><a href="#footnotetag149">149</a></b>: Voitures du temps qui étaient encore en usage sous la
+Restauration et stationnaient sur la place Louis XV; elles étaient
alors connues sous le nom de coucous.</p>
<p><a id="footnote150" name="footnote150"></a>
-<b><a href="#footnotetag150">150</a></b>: Né à Lyon le 6 septembre 1726, l'abbé Lenfant, jésuite,
-avait été prédicateur du roi de Pologne Stanislas et de l'empereur
-Joseph II. Rentré en France, il fut choisi par Louis XVI pour son
-confesseur, lorsque l'abbé Poupart, curé de Saint-Eustache, eut prêté
-serment à la constitution civile du clergé. Conduit à l'Abbaye après
-la catastrophe du 10 août, il y fut massacré dans la matinée du 3
+<b><a href="#footnotetag150">150</a></b>: Né à Lyon le 6 septembre 1726, l'abbé Lenfant, jésuite,
+avait été prédicateur du roi de Pologne Stanislas et de l'empereur
+Joseph II. Rentré en France, il fut choisi par Louis XVI pour son
+confesseur, lorsque l'abbé Poupart, curé de Saint-Eustache, eut prêté
+serment à la constitution civile du clergé. Conduit à l'Abbaye après
+la catastrophe du 10 août, il y fut massacré dans la matinée du 3
septembre.</p>
-<p>«Le lundi 3 septembre, raconte Saint-Méard, à dix heures du matin,
-l'abbé Lenfant et l'abbé de Rastignac parurent dans la tribune de la
-chapelle qui nous servoit de prison. Ils nous annoncèrent que notre
-dernière heure approchoit, et nous invitèrent à nous recueillir pour
-recevoir leur bénédiction. Un mouvement électrique impossible à
-définir nous précipita tous à genoux, et, les mains jointes, nous la
-reçûmes. Ce moment, quoique consolant, fut un des plus terribles que
-nous ayons éprouvés. A la veille de paroître devant l'Être suprême,
-agenouillés devant deux de ses ministres, nous présentions un
-spectacle indéfinissable. L'âge avancé de ces deux vieillards (l'abbé
+<p>«Le lundi 3 septembre, raconte Saint-Méard, à dix heures du matin,
+l'abbé Lenfant et l'abbé de Rastignac parurent dans la tribune de la
+chapelle qui nous servoit de prison. Ils nous annoncèrent que notre
+dernière heure approchoit, et nous invitèrent à nous recueillir pour
+recevoir leur bénédiction. Un mouvement électrique impossible à
+définir nous précipita tous à genoux, et, les mains jointes, nous la
+reçûmes. Ce moment, quoique consolant, fut un des plus terribles que
+nous ayons éprouvés. A la veille de paroître devant l'Être suprême,
+agenouillés devant deux de ses ministres, nous présentions un
+spectacle indéfinissable. L'âge avancé de ces deux vieillards (l'abbé
Lenfant avait soixante-dix ans), leur position au-dessus de nous, la
-mort planant sur nos têtes et nous environnant de toutes parts, tout
-répandoit sur cette cérémonie une teinte auguste et lugubre; elle nous
-rapprochoit de la Divinité; elle nous rendoit le courage; tout
-raisonnement étoit suspendu, et le plus froid, le plus incrédule en
-reçut autant d'impression que le plus ardent et le plus sensible. Une
-demi-heure après, ces deux prêtres furent massacrés, et nous
-entendîmes leurs cris. (<cite>Agonie de trente-huit heures.</cite>)</p>
+mort planant sur nos têtes et nous environnant de toutes parts, tout
+répandoit sur cette cérémonie une teinte auguste et lugubre; elle nous
+rapprochoit de la Divinité; elle nous rendoit le courage; tout
+raisonnement étoit suspendu, et le plus froid, le plus incrédule en
+reçut autant d'impression que le plus ardent et le plus sensible. Une
+demi-heure après, ces deux prêtres furent massacrés, et nous
+entendîmes leurs cris. (<cite>Agonie de trente-huit heures.</cite>)</p>
<p><a id="footnote151" name="footnote151"></a>
-<b><a href="#footnotetag151">151</a></b>: Ce docteur de Sorbonne, principal du collége
-d'Harcourt, était né à Vire en 1682, et avait pris le goût de la
-poésie dans la compagnie de Thomas Corneille. Ses vers, empreints d'un
-caractère religieux, furent couronnés aux Jeux floraux, voire à
-l'Académie française; ce qui ne l'empêcha pas de mourir presque ignoré
-dans sa retraite, à Issy, le 11 octobre 1767.</p>
+<b><a href="#footnotetag151">151</a></b>: Ce docteur de Sorbonne, principal du collége
+d'Harcourt, était né à Vire en 1682, et avait pris le goût de la
+poésie dans la compagnie de Thomas Corneille. Ses vers, empreints d'un
+caractère religieux, furent couronnés aux Jeux floraux, voire à
+l'Académie française; ce qui ne l'empêcha pas de mourir presque ignoré
+dans sa retraite, à Issy, le 11 octobre 1767.</p>
<p><a id="footnote152" name="footnote152"></a>
-<b><a href="#footnotetag152">152</a></b>: La physique, dont l'abbé Nollet avait fait une étude
-particulière, et dont il avait répandu le goût en France. Ce savant,
-né en 1700 au village de Pimpré, près de Noyon, mourut entre les bras
-de ses élèves le 24 avril 1770, aux galeries du Louvre, où le Roi lui
-avait accordé un logement.</p>
+<b><a href="#footnotetag152">152</a></b>: La physique, dont l'abbé Nollet avait fait une étude
+particulière, et dont il avait répandu le goût en France. Ce savant,
+né en 1700 au village de Pimpré, près de Noyon, mourut entre les bras
+de ses élèves le 24 avril 1770, aux galeries du Louvre, où le Roi lui
+avait accordé un logement.</p>
<p><a id="footnote153" name="footnote153"></a>
<b><a href="#footnotetag153">153</a></b>: Madame de Raigecourt.</p>
<p><a id="footnote154" name="footnote154"></a>
-<b><a href="#footnotetag154">154</a></b>: Ces trois mots, placés en tête de la lettre, sont de la
-main de Madame Élisabeth.</p>
+<b><a href="#footnotetag154">154</a></b>: Ces trois mots, placés en tête de la lettre, sont de la
+main de Madame Élisabeth.</p>
<p><a id="footnote155" name="footnote155"></a>
<b><a href="#footnotetag155">155</a></b>: Le baron de Breteuil, alors ministre de la maison du
-Roi et du département de Paris, avait été représentant du Roi près
-l'électeur de Cologne, près Catherine II, près le roi de Suède, puis
-avait remplacé le cardinal Louis de Rohan près l'empereur d'Autriche.
-Dans les phases diverses de sa carrière, il avait conquis l'estime de
+Roi et du département de Paris, avait été représentant du Roi près
+l'électeur de Cologne, près Catherine II, près le roi de Suède, puis
+avait remplacé le cardinal Louis de Rohan près l'empereur d'Autriche.
+Dans les phases diverses de sa carrière, il avait conquis l'estime de
tous les gens de bien.</p>
<p><a id="footnote156" name="footnote156"></a>
-<b><a href="#footnotetag156">156</a></b>: Le maréchal de Castries.</p>
+<b><a href="#footnotetag156">156</a></b>: Le maréchal de Castries.</p>
<p><a id="footnote157" name="footnote157"></a>
<b><a href="#footnotetag157">157</a></b>: La reproduction de cette lettre et des deux suivantes,
-jusqu'à ce jour inédites, est interdite.</p>
+jusqu'à ce jour inédites, est interdite.</p>
<p><a id="footnote158" name="footnote158"></a>
<b><a href="#footnotetag158">158</a></b>: Le premier Dauphin.</p>
<p><a id="footnote159" name="footnote159"></a>
-<b><a href="#footnotetag159">159</a></b>: Architecte des bâtiments royaux, restaurait en ce
+<b><a href="#footnotetag159">159</a></b>: Architecte des bâtiments royaux, restaurait en ce
moment la maison de la princesse.</p>
<p><a id="footnote160" name="footnote160"></a>
<b><a href="#footnotetag160">160</a></b>: M. de Breteuil.</p>
<p><a id="footnote161" name="footnote161"></a>
-<b><a href="#footnotetag161">161</a></b>: Constantinople. Cette ambassade, dont les émoluments
-étaient considérables, était l'objet de l'ambition de M. de Bombelles,
-qui n'avait point de fortune, avait déjà plusieurs enfants, et était,
-par sa position officielle, obligé à une grande représentation. B.</p>
+<b><a href="#footnotetag161">161</a></b>: Constantinople. Cette ambassade, dont les émoluments
+étaient considérables, était l'objet de l'ambition de M. de Bombelles,
+qui n'avait point de fortune, avait déjà plusieurs enfants, et était,
+par sa position officielle, obligé à une grande représentation. B.</p>
<p><a id="footnote162" name="footnote162"></a>
<b><a href="#footnotetag162">162</a></b>: Madame la marquise de Causans avait quatre filles:</p>
-<p>L'aînée, mademoiselle de Causans, avait épousé M. de Sade;</p>
+<p>L'aînée, mademoiselle de Causans, avait épousé M. de Sade;</p>
-<p>La seconde, Caroline de Causans, titrée comtesse de Vincens, fut
-mariée au marquis de Raigecourt;</p>
+<p>La seconde, Caroline de Causans, titrée comtesse de Vincens, fut
+mariée au marquis de Raigecourt;</p>
-<p>La troisième, Marie de Causans, comtesse de Mauléon, après avoir perdu
-sa mère, était entrée comme novice au Saint-Sépulcre, à Bellechasse.
-Les troubles de la Révolution mirent forcément obstacle à la
-réalisation de son projet d'entrer en religion.</p>
+<p>La troisième, Marie de Causans, comtesse de Mauléon, après avoir perdu
+sa mère, était entrée comme novice au Saint-Sépulcre, à Bellechasse.
+Les troubles de la Révolution mirent forcément obstacle à la
+réalisation de son projet d'entrer en religion.</p>
-<p>Elle en éprouvait d'autant plus de regrets qu'elle avait sous sa garde
-sa jeune s&oelig;ur, Françoise de Causans, comtesse d'Ampurie, dont il
-est ici question, et qui plus tard fut mariée au comte de
+<p>Elle en éprouvait d'autant plus de regrets qu'elle avait sous sa garde
+sa jeune s&oelig;ur, Françoise de Causans, comtesse d'Ampurie, dont il
+est ici question, et qui plus tard fut mariée au comte de
Schulenburg.</p>
<p><a id="footnote163" name="footnote163"></a>
-<b><a href="#footnotetag163">163</a></b>: Les petits défauts qui sont à peine remarqués dans le
-monde deviennent un objet de <em>scandale</em> au couvent, où l'on doit vivre
+<b><a href="#footnotetag163">163</a></b>: Les petits défauts qui sont à peine remarqués dans le
+monde deviennent un objet de <em>scandale</em> au couvent, où l'on doit vivre
de la vie parfaite. Les lignes qui suivent expliquent clairement la
-pensée de Madame Élisabeth.</p>
+pensée de Madame Élisabeth.</p>
<p><a id="footnote164" name="footnote164"></a>
<b><a href="#footnotetag164">164</a></b>: M. le baron de Breteuil.</p>
<p><a id="footnote165" name="footnote165"></a>
-<b><a href="#footnotetag165">165</a></b>: M. Champion de Cicé. Ce prélat, député de la
-sénéchaussée de Bordeaux aux états généraux, passa un des premiers à
-la chambre du tiers, fit, le 27 juillet 1789, au nom du comité de
+<b><a href="#footnotetag165">165</a></b>: M. Champion de Cicé. Ce prélat, député de la
+sénéchaussée de Bordeaux aux états généraux, passa un des premiers à
+la chambre du tiers, fit, le 27 juillet 1789, au nom du comité de
constitution, un long rapport sur les droits de l'homme et sur la
-forme à donner au Corps législatif. La popularité que ces actes lui
-acquirent le porta à la place de garde des sceaux. Il contre-signa à
-ce titre le décret de la constitution civile du clergé. Il donna sa
-démission en novembre 1790, époque à laquelle on déclara que les
-ministres avaient perdu la confiance de la nation. Il passa à
-l'étranger, revint en France le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799),
-fut pourvu en 1802, par le premier consul, de l'archevêché d'Aix. Né à
-Rennes en 1735, il est mort en 1810. Mademoiselle Champion de Cicé, sa
-s&oelig;ur, avait été compromise dans le complot du 3 nivôse an IX (24
-décembre 1800) (pour avoir donné asile à Carbon, dit le petit
-François, qui conduisait la charrette de la machine infernale); mais
-elle fut acquittée par le tribunal criminel de la Seine.</p>
+forme à donner au Corps législatif. La popularité que ces actes lui
+acquirent le porta à la place de garde des sceaux. Il contre-signa à
+ce titre le décret de la constitution civile du clergé. Il donna sa
+démission en novembre 1790, époque à laquelle on déclara que les
+ministres avaient perdu la confiance de la nation. Il passa à
+l'étranger, revint en France le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799),
+fut pourvu en 1802, par le premier consul, de l'archevêché d'Aix. Né à
+Rennes en 1735, il est mort en 1810. Mademoiselle Champion de Cicé, sa
+s&oelig;ur, avait été compromise dans le complot du 3 nivôse an IX (24
+décembre 1800) (pour avoir donné asile à Carbon, dit le petit
+François, qui conduisait la charrette de la machine infernale); mais
+elle fut acquittée par le tribunal criminel de la Seine.</p>
<p><a id="footnote166" name="footnote166"></a>
-<b><a href="#footnotetag166">166</a></b>: Né en 1715, ce frère de l'auteur de <em>Didon</em>, fort
-recommandable par ses lumières et ses m&oelig;urs, étant premier aumônier
-de Louis XV, répondit à ce prince qui lui demandait s'il saurait bien
-dire le <em>Benedicite</em>: «Non, Sire, près de Votre Majesté, je ne sais
-que rendre grâce.» D'abord évêque du Puy, puis archevêque de Vienne,
-il combattit les philosophes et les idéologues. Entré au conseil et
-chargé de la feuille des bénéfices, le Pape s'adressa à lui pour
-l'engager à combattre de tous ses efforts toute innovation relative au
-clergé. «Vous êtes, lui disait-il, mieux à même que tout autre de
-rendre le service éminent que je vous demande. Vous avez déjà plus
-d'une fois prouvé votre zèle à sauvegarder la saine doctrine. Le temps
-presse; il n'y a pas un moment à perdre pour sauver la religion, le
-Roi et votre patrie. Vous pourrez certainement engager Sa Majesté à
-refuser cette funeste sanction. La résistance fût-elle pleine de
-dangers, il n'est jamais permis de paroître un instant abandonner la
-foi catholique, même avec le dessein de revenir sur ses pas quand les
-circonstances auront changé.» L'archevêque était affaibli par l'âge,
-et n'avait plus assez de caractère pour faire une telle démarche. Sa
-santé périclitant de jour en jour, il s'éteignit le 29 décembre 1790,
-dans sa soixante-quinzième année.</p>
+<b><a href="#footnotetag166">166</a></b>: Né en 1715, ce frère de l'auteur de <em>Didon</em>, fort
+recommandable par ses lumières et ses m&oelig;urs, étant premier aumônier
+de Louis XV, répondit à ce prince qui lui demandait s'il saurait bien
+dire le <em>Benedicite</em>: «Non, Sire, près de Votre Majesté, je ne sais
+que rendre grâce.» D'abord évêque du Puy, puis archevêque de Vienne,
+il combattit les philosophes et les idéologues. Entré au conseil et
+chargé de la feuille des bénéfices, le Pape s'adressa à lui pour
+l'engager à combattre de tous ses efforts toute innovation relative au
+clergé. «Vous êtes, lui disait-il, mieux à même que tout autre de
+rendre le service éminent que je vous demande. Vous avez déjà plus
+d'une fois prouvé votre zèle à sauvegarder la saine doctrine. Le temps
+presse; il n'y a pas un moment à perdre pour sauver la religion, le
+Roi et votre patrie. Vous pourrez certainement engager Sa Majesté à
+refuser cette funeste sanction. La résistance fût-elle pleine de
+dangers, il n'est jamais permis de paroître un instant abandonner la
+foi catholique, même avec le dessein de revenir sur ses pas quand les
+circonstances auront changé.» L'archevêque était affaibli par l'âge,
+et n'avait plus assez de caractère pour faire une telle démarche. Sa
+santé périclitant de jour en jour, il s'éteignit le 29 décembre 1790,
+dans sa soixante-quinzième année.</p>
<p><a id="footnote167" name="footnote167"></a>
-<b><a href="#footnotetag167">167</a></b>: La Tour du Pin (Jean-Frédéric, comte de), lieutenant
-général des armées du Roi, fut député de la noblesse de Saintes aux
-états généraux, se rangea du côté de la minorité de son ordre, et fut
-bientôt après appelé au ministère de la guerre. Le 4 août, il informa
-l'Assemblée de sa nomination, protesta de son attachement à ses
-décrets, et présenta un plan pour l'organisation de l'armée. Il donna
-sa démission avec les autres ministres dès qu'ils furent déclarés
-avoir perdu la confiance nationale. Appelé en témoignage dans le
-procès de la Reine, il rendit à cette auguste princesse la justice
-qu'elle méritait et l'entoura des respects qui lui étaient dus.
-Traduit quelques jours après elle, il monta à son tour sur le même
-échafaud. Né à Grenoble en 1728, il périt le 28 avril 1794.</p>
+<b><a href="#footnotetag167">167</a></b>: La Tour du Pin (Jean-Frédéric, comte de), lieutenant
+général des armées du Roi, fut député de la noblesse de Saintes aux
+états généraux, se rangea du côté de la minorité de son ordre, et fut
+bientôt après appelé au ministère de la guerre. Le 4 août, il informa
+l'Assemblée de sa nomination, protesta de son attachement à ses
+décrets, et présenta un plan pour l'organisation de l'armée. Il donna
+sa démission avec les autres ministres dès qu'ils furent déclarés
+avoir perdu la confiance nationale. Appelé en témoignage dans le
+procès de la Reine, il rendit à cette auguste princesse la justice
+qu'elle méritait et l'entoura des respects qui lui étaient dus.
+Traduit quelques jours après elle, il monta à son tour sur le même
+échafaud. Né à Grenoble en 1728, il périt le 28 avril 1794.</p>
<p><a id="footnote168" name="footnote168"></a>
-<b><a href="#footnotetag168">168</a></b>: Si le maréchal Charles-Just de Beauvau eût précédé
-Bayard, on lui eût probablement donné le surnom de cet incomparable
-chevalier. Nommé gouverneur du Languedoc, Beauvau se distingua dans
-ses nouvelles fonctions par la chaleur de son zèle à secourir les
-tristes victimes de la révocation de l'édit de Nantes, et par une
-persévérance que la crainte même d'une disgrâce ne put ébranler. Des
-femmes protestantes qui gémissaient dans les cachots durent à
-l'humanité du maréchal un adoucissement à leurs maux. Le chevalier de
-Boufflers, qui a fait son éloge, raconte la belle réponse faite par M.
-de Beauvau à quelqu'un qui lui adressait une observation à ce sujet:
-«Le Roi, monsieur, est maître de m'ôter le commandement qu'il m'a
-donné, mais non de m'empêcher de remplir mes devoirs selon ma
-conscience et mon honneur.»&mdash;Né à Lunéville le 10 septembre 1720, le
-maréchal de Beauvau mourut à Paris le 21 mai 1793.</p>
+<b><a href="#footnotetag168">168</a></b>: Si le maréchal Charles-Just de Beauvau eût précédé
+Bayard, on lui eût probablement donné le surnom de cet incomparable
+chevalier. Nommé gouverneur du Languedoc, Beauvau se distingua dans
+ses nouvelles fonctions par la chaleur de son zèle à secourir les
+tristes victimes de la révocation de l'édit de Nantes, et par une
+persévérance que la crainte même d'une disgrâce ne put ébranler. Des
+femmes protestantes qui gémissaient dans les cachots durent à
+l'humanité du maréchal un adoucissement à leurs maux. Le chevalier de
+Boufflers, qui a fait son éloge, raconte la belle réponse faite par M.
+de Beauvau à quelqu'un qui lui adressait une observation à ce sujet:
+«Le Roi, monsieur, est maître de m'ôter le commandement qu'il m'a
+donné, mais non de m'empêcher de remplir mes devoirs selon ma
+conscience et mon honneur.»&mdash;Né à Lunéville le 10 septembre 1720, le
+maréchal de Beauvau mourut à Paris le 21 mai 1793.</p>
<p><a id="footnote169" name="footnote169"></a>
<b><a href="#footnotetag169">169</a></b>: 5 et 6 octobre.</p>
<p><a id="footnote170" name="footnote170"></a>
-<b><a href="#footnotetag170">170</a></b>: Concierge de la maison Élisabeth.</p>
+<b><a href="#footnotetag170">170</a></b>: Concierge de la maison Élisabeth.</p>
<p><a id="footnote171" name="footnote171"></a>
-<b><a href="#footnotetag171">171</a></b>: Maître jardinier, mort le 8 nivôse an II (28 décembre
+<b><a href="#footnotetag171">171</a></b>: Maître jardinier, mort le 8 nivôse an II (28 décembre
1793).</p>
<p><a id="footnote172" name="footnote172"></a>
@@ -33633,40 +33588,40 @@ maréchal de Beauvau mourut à Paris le 21 mai 1793.</p>
<p><a id="footnote173" name="footnote173"></a>
<b><a href="#footnotetag173">173</a></b>: Target passait avec raison pour le membre le plus actif
-du comité de la constitution. Aussi dans le monde n'était-il question
+du comité de la constitution. Aussi dans le monde n'était-il question
que des couches de M<sup>e</sup> Target. On publia <cite>cinq bulletins des couches
-de M<sup>e</sup> Target, père et mère de la constitution des ci-devant François,
-conçue aux Menus, présentée au Jeu de paume et née au Manège.</cite></p>
+de M<sup>e</sup> Target, père et mère de la constitution des ci-devant François,
+conçue aux Menus, présentée au Jeu de paume et née au Manège.</cite></p>
<p><a id="footnote174" name="footnote174"></a>
-<b><a href="#footnotetag174">174</a></b>: «Il étoit question de m'employer militairement à la
-suite de M. le comte d'Artois, et Madame Élisabeth le voyoit avec
-peine.» (<cite>Note du marquis de Bombelles.</cite>)</p>
+<b><a href="#footnotetag174">174</a></b>: «Il étoit question de m'employer militairement à la
+suite de M. le comte d'Artois, et Madame Élisabeth le voyoit avec
+peine.» (<cite>Note du marquis de Bombelles.</cite>)</p>
<p><a id="footnote175" name="footnote175"></a>
-<b><a href="#footnotetag175">175</a></b>: Mère de M. Beaugeard, secrétaire des commandements de
-la Reine <em>pour les années paires</em>.</p>
+<b><a href="#footnotetag175">175</a></b>: Mère de M. Beaugeard, secrétaire des commandements de
+la Reine <em>pour les années paires</em>.</p>
<p><a id="footnote176" name="footnote176"></a>
<b><a href="#footnotetag176">176</a></b>: La reproduction de cette lettre et de la suivante est
interdite.</p>
<p><a id="footnote177" name="footnote177"></a>
-<b><a href="#footnotetag177">177</a></b>: Stanislas, l'aîné de ses enfants, filleul de <em>Monsieur</em>
-et de Madame Élisabeth.</p>
+<b><a href="#footnotetag177">177</a></b>: Stanislas, l'aîné de ses enfants, filleul de <em>Monsieur</em>
+et de Madame Élisabeth.</p>
<p><a id="footnote178" name="footnote178"></a>
-<b><a href="#footnotetag178">178</a></b>: M. de Bombelles retournait à son poste.</p>
+<b><a href="#footnotetag178">178</a></b>: M. de Bombelles retournait à son poste.</p>
<p><a id="footnote179" name="footnote179"></a>
<b><a href="#footnotetag179">179</a></b>: L'Empereur. (<cite>Note de M. de Bombelles.</cite>)</p>
<p><a id="footnote180" name="footnote180"></a>
-<b><a href="#footnotetag180">180</a></b>: Diane de Polignac, dame d'honneur de Madame Élisabeth.
+<b><a href="#footnotetag180">180</a></b>: Diane de Polignac, dame d'honneur de Madame Élisabeth.
(<cite>Note de M. de Bombelles.</cite>)</p>
<p><a id="footnote181" name="footnote181"></a>
-<b><a href="#footnotetag181">181</a></b>: Première femme de chambre de la princesse; elle était
+<b><a href="#footnotetag181">181</a></b>: Première femme de chambre de la princesse; elle était
de son nom mademoiselle Antoinette-Jacqueline Brochet.</p>
<p><a id="footnote182" name="footnote182"></a>
@@ -33674,130 +33629,130 @@ de son nom mademoiselle Antoinette-Jacqueline Brochet.</p>
<p><a id="footnote183" name="footnote183"></a>
<b><a href="#footnotetag183">183</a></b>: Il est question de M. Le Blond au premier livre de cet
-ouvrage comme donnant des leçons d'histoire et de géographie à Madame
-Élisabeth.</p>
+ouvrage comme donnant des leçons d'histoire et de géographie à Madame
+Élisabeth.</p>
<p><a id="footnote184" name="footnote184"></a>
-<b><a href="#footnotetag184">184</a></b>: Deux députés du côté gauche, que l'excès du mal
-ramenait à de meilleurs principes, et qui avaient eu aux Tuileries des
-conférences pour concerter ce qu'ils voulaient ou pouvaient faire.
-Madame Élisabeth repousse les idées que la méchanceté voulait attacher
-à ces entretiens. (<cite>Note de M. Ferrand.</cite>)</p>
+<b><a href="#footnotetag184">184</a></b>: Deux députés du côté gauche, que l'excès du mal
+ramenait à de meilleurs principes, et qui avaient eu aux Tuileries des
+conférences pour concerter ce qu'ils voulaient ou pouvaient faire.
+Madame Élisabeth repousse les idées que la méchanceté voulait attacher
+à ces entretiens. (<cite>Note de M. Ferrand.</cite>)</p>
-<p>Ces deux députés étaient Danton et Guadet. (Voir <cite>Louis XVII</cite>, tome
-1<sup>er</sup>, livre V, p. 227, 6<sup>e</sup> édition, in-8<sup>o</sup>.&mdash;Henri Plon.)</p>
+<p>Ces deux députés étaient Danton et Guadet. (Voir <cite>Louis XVII</cite>, tome
+1<sup>er</sup>, livre V, p. 227, 6<sup>e</sup> édition, in-8<sup>o</sup>.&mdash;Henri Plon.)</p>
<p><a id="footnote185" name="footnote185"></a>
-<b><a href="#footnotetag185">185</a></b>: C'est de M. de Calonne que Madame Élisabeth entend
+<b><a href="#footnotetag185">185</a></b>: C'est de M. de Calonne que Madame Élisabeth entend
parler ici.</p>
<p><a id="footnote186" name="footnote186"></a>
-<b><a href="#footnotetag186">186</a></b>: Le prince de Condé.</p>
+<b><a href="#footnotetag186">186</a></b>: Le prince de Condé.</p>
<p><a id="footnote187" name="footnote187"></a>
<b><a href="#footnotetag187">187</a></b>: Les ressorts qui faisaient mouvoir le peuple l'avaient
-dirigé, le lundi 28 février, vers le donjon de Vincennes. Depuis la
+dirigé, le lundi 28 février, vers le donjon de Vincennes. Depuis la
prise de la Bastille, on ne voulait plus de prisons royales: en
-conséquence, rien ne paraissait plus sage et plus juste que de
-détruire celle-là aussi bien que les autres. Pendant que La Fayette se
-portait avec la troupe à la défense du donjon, un flot de peuple
-envahissait le château des Tuileries, d'où l'on tentait, criaient-ils,
-d'enlever le Roi pour le conduire à Metz. De leur côté, environ quatre
-cents jeunes gens armés s'étaient donné rendez-vous au château,
-croyant le Roi en danger. Cette échauffourée reçut le nom de <em>Journée
+conséquence, rien ne paraissait plus sage et plus juste que de
+détruire celle-là aussi bien que les autres. Pendant que La Fayette se
+portait avec la troupe à la défense du donjon, un flot de peuple
+envahissait le château des Tuileries, d'où l'on tentait, criaient-ils,
+d'enlever le Roi pour le conduire à Metz. De leur côté, environ quatre
+cents jeunes gens armés s'étaient donné rendez-vous au château,
+croyant le Roi en danger. Cette échauffourée reçut le nom de <em>Journée
des poignards</em>.</p>
<p><a id="footnote188" name="footnote188"></a>
-<b><a href="#footnotetag188">188</a></b>: Jour et heure de la naissance de Madame Élisabeth.
-«Comme toutes ces petites recherches de l'amitié sont bonnes, simples,
-touchantes! Il n'y a ni étude ni contrainte; c'est un c&oelig;ur plein
-qui a besoin de s'épancher.» (<cite>Note de M. Ferrand.</cite>) Voir aux Pièces
-justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc13">XIII</a>, à la fin de ce volume, et autres documents
-concernant Madame Élisabeth.</p>
+<b><a href="#footnotetag188">188</a></b>: Jour et heure de la naissance de Madame Élisabeth.
+«Comme toutes ces petites recherches de l'amitié sont bonnes, simples,
+touchantes! Il n'y a ni étude ni contrainte; c'est un c&oelig;ur plein
+qui a besoin de s'épancher.» (<cite>Note de M. Ferrand.</cite>) Voir aux Pièces
+justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc13">XIII</a>, à la fin de ce volume, et autres documents
+concernant Madame Élisabeth.</p>
<p><a id="footnote189" name="footnote189"></a>
-<b><a href="#footnotetag189">189</a></b>: Officier des gardes du corps, fort dévoué à la famille
-royale, émigré en 1790; rentré en France après le 18 brumaire, il
-vécut dans la retraite jusqu'à la Restauration. Louis XVIII le nomma
-major général de ses gardes du corps.</p>
+<b><a href="#footnotetag189">189</a></b>: Officier des gardes du corps, fort dévoué à la famille
+royale, émigré en 1790; rentré en France après le 18 brumaire, il
+vécut dans la retraite jusqu'à la Restauration. Louis XVIII le nomma
+major général de ses gardes du corps.</p>
<p><a id="footnote190" name="footnote190"></a>
-<b><a href="#footnotetag190">190</a></b>: Dans la <cite>Correspondance de Madame Élisabeth</cite>, page 245,
+<b><a href="#footnotetag190">190</a></b>: Dans la <cite>Correspondance de Madame Élisabeth</cite>, page 245,
M. Feuillet de Conches nous apprend que le signe &#8854;
veut dire le comte d'Artois, et le signe &#9067; M.
de Calonne.</p>
<p><a id="footnote191" name="footnote191"></a>
<b><a href="#footnotetag191">191</a></b>: Cette princesse venait de donner sur sa cassette une
-pension de douze mille livres à M. de Bombelles. (Voir la page <a href="#page240">240</a> de
+pension de douze mille livres à M. de Bombelles. (Voir la page <a href="#page240">240</a> de
ce volume.)</p>
<p><a id="footnote192" name="footnote192"></a>
-<b><a href="#footnotetag192">192</a></b>: Ce jour-là, le Roi avait formé le projet d'aller à
-Saint-Cloud pour faire ses pâques. On répandit dans le public que ce
-voyage n'était qu'un prétexte pour fuir la capitale. On appuyait ces
-soupçons sur le départ des évêques de Senlis et de Metz, les premiers
-aumôniers de Louis XVI. Une masse de peuple pénétra dans les cours du
-palais. Malgré les cris d'opposition qui s'élevaient, le Roi parut et
-monta en voiture. M. de La Fayette voulut protéger la volonté du Roi,
-la troupe refusa de lui obéir. Plus d'une heure se passe entre la
-volonté du Prince et celle du peuple, entre une partie des troupes qui
-veut obéir et l'autre qui refuse. Ennuyé d'une scène aussi
+<b><a href="#footnotetag192">192</a></b>: Ce jour-là, le Roi avait formé le projet d'aller à
+Saint-Cloud pour faire ses pâques. On répandit dans le public que ce
+voyage n'était qu'un prétexte pour fuir la capitale. On appuyait ces
+soupçons sur le départ des évêques de Senlis et de Metz, les premiers
+aumôniers de Louis XVI. Une masse de peuple pénétra dans les cours du
+palais. Malgré les cris d'opposition qui s'élevaient, le Roi parut et
+monta en voiture. M. de La Fayette voulut protéger la volonté du Roi,
+la troupe refusa de lui obéir. Plus d'une heure se passe entre la
+volonté du Prince et celle du peuple, entre une partie des troupes qui
+veut obéir et l'autre qui refuse. Ennuyé d'une scène aussi
scandaleuse, Louis XVI descendit de voiture, et rentra dans son
-palais. Il se rendit au sein de l'Assemblée, et lui fit part de son
-mécontentement avec d'autant plus de raison qu'il eût désiré prouver
-à l'Europe <em>qu'il était libre dans Paris</em>.</p>
+palais. Il se rendit au sein de l'Assemblée, et lui fit part de son
+mécontentement avec d'autant plus de raison qu'il eût désiré prouver
+à l'Europe <em>qu'il était libre dans Paris</em>.</p>
<p><a id="footnote193" name="footnote193"></a>
<b><a href="#footnotetag193">193</a></b>: La reproduction de cette lettre est interdite.</p>
<p><a id="footnote194" name="footnote194"></a>
-<b><a href="#footnotetag194">194</a></b>: Voir aux Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc14">XIV</a>.</p>
+<b><a href="#footnotetag194">194</a></b>: Voir aux Pièces justificatives, n<sup>o</sup> <a href="#doc14">XIV</a>.</p>
<p><a id="footnote195" name="footnote195"></a>
-<b><a href="#footnotetag195">195</a></b>: Réunis au château de Pilnitz, en Saxe, où s'était rendu
-le comte d'Artois, l'empereur Léopold II, Frédéric-Guillaume II, roi
-de Prusse, et Frédéric-Auguste, électeur de Saxe, signèrent la célèbre
-déclaration dans laquelle ils signalaient à toutes les cours de
+<b><a href="#footnotetag195">195</a></b>: Réunis au château de Pilnitz, en Saxe, où s'était rendu
+le comte d'Artois, l'empereur Léopold II, Frédéric-Guillaume II, roi
+de Prusse, et Frédéric-Auguste, électeur de Saxe, signèrent la célèbre
+déclaration dans laquelle ils signalaient à toutes les cours de
l'Europe la cause du Roi de France comme la cause commune de toutes
-les têtes couronnées. Ce château royal, détruit en 1818, a été rebâti
+les têtes couronnées. Ce château royal, détruit en 1818, a été rebâti
depuis.</p>
<p><a id="footnote196" name="footnote196"></a>
-<b><a href="#footnotetag196">196</a></b>: «Montreuil, où Madame Élisabeth avoit une maison de
-campagne, et qui est une sorte de faubourg de Versailles.» (<cite>Note de
+<b><a href="#footnotetag196">196</a></b>: «Montreuil, où Madame Élisabeth avoit une maison de
+campagne, et qui est une sorte de faubourg de Versailles.» (<cite>Note de
M. de Bombelles.</cite>)</p>
<p><a id="footnote197" name="footnote197"></a>
-<b><a href="#footnotetag197">197</a></b>: Clément-Venceslas, prince de Saxe, né le 28 septembre
-1739, électeur et archevêque de Trèves le 10 février 1768.</p>
+<b><a href="#footnotetag197">197</a></b>: Clément-Venceslas, prince de Saxe, né le 28 septembre
+1739, électeur et archevêque de Trèves le 10 février 1768.</p>
<p><a id="footnote198" name="footnote198"></a>
-<b><a href="#footnotetag198">198</a></b>: Voici ce décret, qui était l'&oelig;uvre de Couthon:</p>
+<b><a href="#footnotetag198">198</a></b>: Voici ce décret, qui était l'&oelig;uvre de Couthon:</p>
-<p>Article I. Au moment où le Roi entrera dans l'Assemblée, tous les
-membres se tiendront debout et découverts.</p>
+<p>Article I. Au moment où le Roi entrera dans l'Assemblée, tous les
+membres se tiendront debout et découverts.</p>
-<p>Art. II. Le Roi arrivé au bureau, chacun des membres pourra s'asseoir
+<p>Art. II. Le Roi arrivé au bureau, chacun des membres pourra s'asseoir
et se couvrir.</p>
-<p>Art. III. Il y aura au bureau, et sur la même ligne, deux fauteuils
-semblables; celui à gauche du président sera destiné pour le Roi.</p>
+<p>Art. III. Il y aura au bureau, et sur la même ligne, deux fauteuils
+semblables; celui à gauche du président sera destiné pour le Roi.</p>
-<p>Art. IV. Dans le cas où le président ou tout autre membre de
-l'Assemblée auroit été préalablement chargé par l'Assemblée d'adresser
-la parole au Roi, il ne lui donnera, conformément à la Constitution,
-d'autre titre que celui de <em>Roi des Français</em>, et il en sera de même
-dans les députations qui pourront être envoyées au Roi.</p>
+<p>Art. IV. Dans le cas où le président ou tout autre membre de
+l'Assemblée auroit été préalablement chargé par l'Assemblée d'adresser
+la parole au Roi, il ne lui donnera, conformément à la Constitution,
+d'autre titre que celui de <em>Roi des Français</em>, et il en sera de même
+dans les députations qui pourront être envoyées au Roi.</p>
-<p>Art. V. Lorsque le Roi se retirera de l'Assemblée, les membres seront,
-comme à son arrivée, debout et découverts.</p>
+<p>Art. V. Lorsque le Roi se retirera de l'Assemblée, les membres seront,
+comme à son arrivée, debout et découverts.</p>
-<p>Art. VI. Enfin la députation qui recevra et qui reconduira le Roi sera
+<p>Art. VI. Enfin la députation qui recevra et qui reconduira le Roi sera
de douze membres.</p>
-<p>Ce décret, dès qu'il fut connu dans Paris, y produisit le plus fâcheux
-effet; il fut dès le lendemain matin rapporté sur la proposition de M.
+<p>Ce décret, dès qu'il fut connu dans Paris, y produisit le plus fâcheux
+effet; il fut dès le lendemain matin rapporté sur la proposition de M.
Vosgien.</p>
<p><a id="footnote199" name="footnote199"></a>
@@ -33807,55 +33762,55 @@ Vosgien.</p>
<b><a href="#footnotetag200">200</a></b>: Lecteur de la Chambre et du Cabinet du Roi.</p>
<p><a id="footnote201" name="footnote201"></a>
-<b><a href="#footnotetag201">201</a></b>: Philibert-François Rouvel de Blanchelande, gouverneur
-de Saint-Domingue, né à Dijon en 1735, dut tout à lui-même. Resté
-orphelin en bas âge, sans fortune, il entra à douze ans dans un
-régiment d'artillerie, et devint, jeune encore, major au régiment des
-grenadiers de France. S'étant plus tard distingué dans la défense de
-l'île de Saint-Vincent, où avec cent cinquante hommes il força quatre
-mille Anglais à reprendre la mer, il reçut pour récompense le grade de
-brigadier, suivi de près du gouvernement de l'île de Tabago. A
-l'époque de la Révolution, il rentra en France, et se retira dans le
-village de Chaussin, en Franche-Comté; bientôt après il fut arraché au
+<b><a href="#footnotetag201">201</a></b>: Philibert-François Rouvel de Blanchelande, gouverneur
+de Saint-Domingue, né à Dijon en 1735, dut tout à lui-même. Resté
+orphelin en bas âge, sans fortune, il entra à douze ans dans un
+régiment d'artillerie, et devint, jeune encore, major au régiment des
+grenadiers de France. S'étant plus tard distingué dans la défense de
+l'île de Saint-Vincent, où avec cent cinquante hommes il força quatre
+mille Anglais à reprendre la mer, il reçut pour récompense le grade de
+brigadier, suivi de près du gouvernement de l'île de Tabago. A
+l'époque de la Révolution, il rentra en France, et se retira dans le
+village de Chaussin, en Franche-Comté; bientôt après il fut arraché au
repos pour aller reprendre le gouvernement de Saint-Domingue. A cette
-époque, un décret de la Convention affranchissait les nègres;
-Blanchelande ne put conjurer l'orage; il mit quelque temps sa tête à
-l'abri en cherchant un refuge au Cap; dénoncé par Brissot et Lasource,
-il fut amené en France, et sur la proposition de Garnier, de Saintes,
-il fut envoyé au tribunal révolutionnaire, où, malgré les efforts de
-Tronçon-Ducoudray, il fut condamné à mort le 15 avril 1793. Le
-président lui ayant demandé s'il avait quelque chose à dire: «Je jure
-par Dieu que je vais voir tout à l'heure, répondit-il, que je n'ai
-trempé pour rien dans le fait que l'on m'impute.» Il était âgé de
-cinquante-huit ans. Son fils, qui avait été son aide de camp, fut
-traduit aussi devant le tribunal de sang et mis à mort le 2 thermidor
+époque, un décret de la Convention affranchissait les nègres;
+Blanchelande ne put conjurer l'orage; il mit quelque temps sa tête à
+l'abri en cherchant un refuge au Cap; dénoncé par Brissot et Lasource,
+il fut amené en France, et sur la proposition de Garnier, de Saintes,
+il fut envoyé au tribunal révolutionnaire, où, malgré les efforts de
+Tronçon-Ducoudray, il fut condamné à mort le 15 avril 1793. Le
+président lui ayant demandé s'il avait quelque chose à dire: «Je jure
+par Dieu que je vais voir tout à l'heure, répondit-il, que je n'ai
+trempé pour rien dans le fait que l'on m'impute.» Il était âgé de
+cinquante-huit ans. Son fils, qui avait été son aide de camp, fut
+traduit aussi devant le tribunal de sang et mis à mort le 2 thermidor
an II (20 juillet 1794). Il n'avait que vingt ans.</p>
<p><a id="footnote202" name="footnote202"></a>
-<b><a href="#footnotetag202">202</a></b>: «Voilà qui réfute les mensongères assertions de M. de
+<b><a href="#footnotetag202">202</a></b>: «Voilà qui réfute les mensongères assertions de M. de
Bertrand de Moleville sur ce que le baron de Breteuil n'avoit pas de
-pleins pouvoirs du Roi en novembre 1791.» (<cite>Note du comte de
+pleins pouvoirs du Roi en novembre 1791.» (<cite>Note du comte de
Bombelles.</cite>)</p>
-<p>Voici quelle était la formule des pleins pouvoirs confiés par Louis
-XVI à M. de Breteuil:</p>
+<p>Voici quelle était la formule des pleins pouvoirs confiés par Louis
+XVI à M. de Breteuil:</p>
-<p>«Monsieur le baron de Breteuil, connoissant tout votre zèle et votre
-fidélité, et voulant vous donner une preuve de ma confiance, je vous
-ai choisi pour vous confier les intérêts de ma couronne. Les
+<p>«Monsieur le baron de Breteuil, connoissant tout votre zèle et votre
+fidélité, et voulant vous donner une preuve de ma confiance, je vous
+ai choisi pour vous confier les intérêts de ma couronne. Les
circonstances ne me permettent pas de vous donner des instructions sur
tel ou tel objet et d'avoir avec vous une correspondance suivie. Je
-vous envoie la présente pour vous servir de pleins pouvoirs et
-d'autorisation vis-à-vis les différentes puissances avec lesquelles
-vous pouvez avoir à traiter pour moi. Vous connoissez mes intentions,
-et je laisse à votre prudence à en faire l'usage que vous jugerez
-nécessaire pour le bien de mon service. J'approuve tout ce que vous
-ferez pour arriver au but que je me propose, qui est le rétablissement
-de mon autorité légitime et le bonheur de mon peuple. Sur ce, je prie
-Dieu, monsieur le baron de Breteuil,» etc.</p>
+vous envoie la présente pour vous servir de pleins pouvoirs et
+d'autorisation vis-à-vis les différentes puissances avec lesquelles
+vous pouvez avoir à traiter pour moi. Vous connoissez mes intentions,
+et je laisse à votre prudence à en faire l'usage que vous jugerez
+nécessaire pour le bien de mon service. J'approuve tout ce que vous
+ferez pour arriver au but que je me propose, qui est le rétablissement
+de mon autorité légitime et le bonheur de mon peuple. Sur ce, je prie
+Dieu, monsieur le baron de Breteuil,» etc.</p>
<p><a id="footnote203" name="footnote203"></a>
-<b><a href="#footnotetag203">203</a></b>: Le papier est arraché à cette place.</p>
+<b><a href="#footnotetag203">203</a></b>: Le papier est arraché à cette place.</p>
<p><a id="footnote204" name="footnote204"></a>
<b><a href="#footnotetag204">204</a></b>: La reproduction de cette lettre est interdite.</p>
@@ -33864,7 +33819,7 @@ Dieu, monsieur le baron de Breteuil,» etc.</p>
<b><a href="#footnotetag205">205</a></b>: Les Trappistes.</p>
<p><a id="footnote206" name="footnote206"></a>
-<b><a href="#footnotetag206">206</a></b>: Françoise de Causans, comtesse d'Ampurie, s&oelig;ur de
+<b><a href="#footnotetag206">206</a></b>: Françoise de Causans, comtesse d'Ampurie, s&oelig;ur de
madame de Raigecourt.</p>
<p><a id="footnote207" name="footnote207"></a>
@@ -33878,29 +33833,29 @@ madame de Raigecourt.</p>
<p><a id="footnote210" name="footnote210"></a>
<b><a href="#footnotetag210">210</a></b>: Le comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur de l'Empereur
-près le Roi.</p>
+près le Roi.</p>
<p><a id="footnote211" name="footnote211"></a>
-<b><a href="#footnotetag211">211</a></b>: Henri-Louis-René Desnos, sacré le 25 décembre 1769,
-dépossédé en 1790.</p>
-
-<p>A sa place, que rendait vacante son refus de prêter serment à la
-constitution civile du clergé, fut élu Jean-Baptiste Aubry, curé de
-Véel dans le duché de Bar. Le président de l'Assemblée nationale, à
-l'ouverture de la séance du 24 février 1791, annonça la nomination
-d'Aubry comme évêque constitutionnel de la Meuse en même temps que
-celle de Robert Lindet, évêque de l'Eure, et celle de Massieu, évêque
-de l'Oise. Aubry était inconnu. Député du clergé du bailliage de
-Bar-le-Duc aux états généraux, il n'y avait donné aucun signe de vie:
-son silence y fut regardé comme une adhésion aux principes
-révolutionnaires, et les suffrages étaient volontiers allés chercher
-un homme dont l'existence était simple, et paraissait étrangère à
-toute intrigue. Il quitta en 1793 la crosse épiscopale pour exercer la
+<b><a href="#footnotetag211">211</a></b>: Henri-Louis-René Desnos, sacré le 25 décembre 1769,
+dépossédé en 1790.</p>
+
+<p>A sa place, que rendait vacante son refus de prêter serment à la
+constitution civile du clergé, fut élu Jean-Baptiste Aubry, curé de
+Véel dans le duché de Bar. Le président de l'Assemblée nationale, à
+l'ouverture de la séance du 24 février 1791, annonça la nomination
+d'Aubry comme évêque constitutionnel de la Meuse en même temps que
+celle de Robert Lindet, évêque de l'Eure, et celle de Massieu, évêque
+de l'Oise. Aubry était inconnu. Député du clergé du bailliage de
+Bar-le-Duc aux états généraux, il n'y avait donné aucun signe de vie:
+son silence y fut regardé comme une adhésion aux principes
+révolutionnaires, et les suffrages étaient volontiers allés chercher
+un homme dont l'existence était simple, et paraissait étrangère à
+toute intrigue. Il quitta en 1793 la crosse épiscopale pour exercer la
profession d'avocat, et devint ensuite administrateur de son
-département.</p>
+département.</p>
-<p>Lors de la réorganisation des tribunaux, qui eut lieu en 1811, il
-obtint la place de conseiller à la cour impériale de Colmar, qu'il
+<p>Lors de la réorganisation des tribunaux, qui eut lieu en 1811, il
+obtint la place de conseiller à la cour impériale de Colmar, qu'il
occupait encore au moment de la Restauration.</p>
<p><a id="footnote212" name="footnote212"></a>
@@ -33908,56 +33863,56 @@ occupait encore au moment de la Restauration.</p>
I<sup>er</sup>.</p>
<p><a id="footnote213" name="footnote213"></a>
-<b><a href="#footnotetag213">213</a></b>: Journée du 20 juin.</p>
+<b><a href="#footnotetag213">213</a></b>: Journée du 20 juin.</p>
-<p>La même date avait, on le voit, après un an, ramené de nouveaux
-malheurs: le Roi, blessé dans ses droits les plus sacrés par la
-violation de sa propre demeure et les outrages dirigés contre sa
+<p>La même date avait, on le voit, après un an, ramené de nouveaux
+malheurs: le Roi, blessé dans ses droits les plus sacrés par la
+violation de sa propre demeure et les outrages dirigés contre sa
personne et sa famille, n'obtint d'autres satisfactions que celles
-qu'il se fit à lui-même, en publiant une proclamation pleine de
-sagesse, de courage et de modération. Voir aux Pièces justificatives,
+qu'il se fit à lui-même, en publiant une proclamation pleine de
+sagesse, de courage et de modération. Voir aux Pièces justificatives,
n<sup>o</sup> <a href="#doc15">XV</a>.</p>
<p><a id="footnote214" name="footnote214"></a>
-<b><a href="#footnotetag214">214</a></b>: Le 6 juillet, le directoire du département de Paris,
-considérant que Pétion avait manqué à son devoir en n'empêchant point
-les désordres de cette affreuse journée, le suspendit de ses
-fonctions, sans avoir égard à la défense élevée en sa faveur par
-R&oelig;derer, procureur général du département.</p>
+<b><a href="#footnotetag214">214</a></b>: Le 6 juillet, le directoire du département de Paris,
+considérant que Pétion avait manqué à son devoir en n'empêchant point
+les désordres de cette affreuse journée, le suspendit de ses
+fonctions, sans avoir égard à la défense élevée en sa faveur par
+R&oelig;derer, procureur général du département.</p>
-<p>Le Roi, à la date du 11 juillet, approuva cette mesure; l'Assemblée,
-par un décret daté du 13, leva la suspension, après avoir, par un
-décret du 11, proclamé la patrie en danger.</p>
+<p>Le Roi, à la date du 11 juillet, approuva cette mesure; l'Assemblée,
+par un décret daté du 13, leva la suspension, après avoir, par un
+décret du 11, proclamé la patrie en danger.</p>
<p><a id="footnote215" name="footnote215"></a>
-<b><a href="#footnotetag215">215</a></b>: Dans la séance du samedi 7 juillet 1792, Lamourette,
-évêque constitutionnel du Rhône, rappela l'Assemblée nationale à
-l'union et à la concorde: «A quoi, dit-il, se réduisent ces défiances?
-Une partie de l'Assemblée attribue à l'autre le dessein séditieux de
-vouloir détruire la monarchie; les autres attribuent à leurs collègues
-le dessein de vouloir la destruction de l'Église constitutionnelle,
+<b><a href="#footnotetag215">215</a></b>: Dans la séance du samedi 7 juillet 1792, Lamourette,
+évêque constitutionnel du Rhône, rappela l'Assemblée nationale à
+l'union et à la concorde: «A quoi, dit-il, se réduisent ces défiances?
+Une partie de l'Assemblée attribue à l'autre le dessein séditieux de
+vouloir détruire la monarchie; les autres attribuent à leurs collègues
+le dessein de vouloir la destruction de l'Église constitutionnelle,
et le gouvernement aristocratique connu sous le nom des deux Chambres.
-Voilà les défiances désastreuses qui divisent l'empire. Eh bien,
-foudroyons, Messieurs, par une exécration commune et par un
-irrévocable serment, foudroyons et la République et les deux Chambres.
-(La salle retentit d'applaudissements unanimes de l'Assemblée et des
-tribunes, et des cris plusieurs fois répétés de: <em>Oui, oui, nous ne
+Voilà les défiances désastreuses qui divisent l'empire. Eh bien,
+foudroyons, Messieurs, par une exécration commune et par un
+irrévocable serment, foudroyons et la République et les deux Chambres.
+(La salle retentit d'applaudissements unanimes de l'Assemblée et des
+tribunes, et des cris plusieurs fois répétés de: <em>Oui, oui, nous ne
voulons que la Constitution!</em>) Jurons de n'avoir qu'un seul esprit,
-qu'un seul sentiment, de nous confondre en une seule et même masse
-d'hommes libres, également redoutables et à l'anarchie et à l'esprit
-féodal... Je demande que l'Assemblée mette aux voix cette proposition
-simple: <em>Que ceux qui abjurent également et exècrent la République et
-les deux Chambres se lèvent.</em> (Les applaudissements des tribunes
-continuent. L'Assemblée se lève tout entière. Tous les membres se
+qu'un seul sentiment, de nous confondre en une seule et même masse
+d'hommes libres, également redoutables et à l'anarchie et à l'esprit
+féodal... Je demande que l'Assemblée mette aux voix cette proposition
+simple: <em>Que ceux qui abjurent également et exècrent la République et
+les deux Chambres se lèvent.</em> (Les applaudissements des tribunes
+continuent. L'Assemblée se lève tout entière. Tous les membres se
confondent et s'embrassent.)</p>
-<p>Cette scène est connue sous le nom de <cite>Baiser de Lamourette</cite>.</p>
+<p>Cette scène est connue sous le nom de <cite>Baiser de Lamourette</cite>.</p>
<p><a id="footnote216" name="footnote216"></a>
-<b><a href="#footnotetag216">216</a></b>: Ci-devant employé à la bouche du Roi, aux Tuileries.</p>
+<b><a href="#footnotetag216">216</a></b>: Ci-devant employé à la bouche du Roi, aux Tuileries.</p>
<p><a id="footnote217" name="footnote217"></a>
-<b><a href="#footnotetag217">217</a></b>: Ci-devant employé à la bouche du Roi, aux Tuileries.</p>
+<b><a href="#footnotetag217">217</a></b>: Ci-devant employé à la bouche du Roi, aux Tuileries.</p>
<p><a id="footnote218" name="footnote218"></a>
<b><a href="#footnotetag218">218</a></b>: Ci-devant servant aux Tuileries.</p>
@@ -33972,500 +33927,122 @@ confondent et s'embrassent.)</p>
<b><a href="#footnotetag221">221</a></b>: Ci-devant terrassier.</p>
<p><a id="footnote222" name="footnote222"></a>
-<b><a href="#footnotetag222">222</a></b>: Ci-devant balayeur à la maison d'Artois. Vieil invalide
-auquel le comte d'Artois avait donné cette retraite.</p>
+<b><a href="#footnotetag222">222</a></b>: Ci-devant balayeur à la maison d'Artois. Vieil invalide
+auquel le comte d'Artois avait donné cette retraite.</p>
<p><a id="footnote223" name="footnote223"></a>
-<b><a href="#footnotetag223">223</a></b>: Ci-devant frotteur à la maison d'Artois (dont il
-portait la livrée ainsi que Mancel).</p>
+<b><a href="#footnotetag223">223</a></b>: Ci-devant frotteur à la maison d'Artois (dont il
+portait la livrée ainsi que Mancel).</p>
<p><a id="footnote224" name="footnote224"></a>
<b><a href="#footnotetag224">224</a></b>: Ci-devant tourneur.</p>
<p><a id="footnote225" name="footnote225"></a>
-<b><a href="#footnotetag225">225</a></b>: Ci-devant employé au service du citoyen Jubaud.</p>
+<b><a href="#footnotetag225">225</a></b>: Ci-devant employé au service du citoyen Jubaud.</p>
<p><a id="footnote226" name="footnote226"></a>
-<b><a href="#footnotetag226">226</a></b>: Ci-devant gardien d'argenterie à la maison d'Artois.</p>
+<b><a href="#footnotetag226">226</a></b>: Ci-devant gardien d'argenterie à la maison d'Artois.</p>
<p><a id="footnote227" name="footnote227"></a>
-<b><a href="#footnotetag227">227</a></b>: Ci-devant employée en cette qualité à la maison
+<b><a href="#footnotetag227">227</a></b>: Ci-devant employée en cette qualité à la maison
d'Artois.</p>
<p><a id="footnote228" name="footnote228"></a>
-<b><a href="#footnotetag228">228</a></b>: Ci-devant employé en cette qualité à la maison
+<b><a href="#footnotetag228">228</a></b>: Ci-devant employé en cette qualité à la maison
d'Artois.</p>
<p><a id="footnote229" name="footnote229"></a>
-<b><a href="#footnotetag229">229</a></b>: Nous avons cru devoir conserver à ces pièces leur orthographe.</p>
+<b><a href="#footnotetag229">229</a></b>: Nous avons cru devoir conserver à ces pièces leur orthographe.</p>
<p><a id="footnote230" name="footnote230"></a>
-<b><a href="#footnotetag230">230</a></b>: Note conservée au dossier de Madame Élisabeth, Archives
-de l'Empire, W. 363; pièce n<sup>o</sup> 24:</p>
+<b><a href="#footnotetag230">230</a></b>: Note conservée au dossier de Madame Élisabeth, Archives
+de l'Empire, W. 363; pièce n<sup>o</sup> 24:</p>
-<p>«Jugement du 21 floréal.</p>
+<p>«Jugement du 21 floréal.</p>
-<p>»Acte d'accusation contre Loménie et autres.</p>
+<p>»Acte d'accusation contre Loménie et autres.</p>
-<p>»Il y avait au procès une foule de délibérations de communes qui
-attestaient le civisme de Loménie de Brienne, ex-ministre, et
+<p>»Il y avait au procès une foule de délibérations de communes qui
+attestaient le civisme de Loménie de Brienne, ex-ministre, et
cependant Fouquier, qui ne pouvait pas ignorer toutes ces
attestations, lui en fait un crime dans son acte d'accusation.</p>
-<p>»<em>Le jugement a été signé en blanc rempli depuis; un grand blanc est
-rayé, il est signé</em> <span class="smcap">Deliége</span>, <span class="smcap">Dumas</span>, <span class="smcap">Maire</span>.</p>
+<p>»<em>Le jugement a été signé en blanc rempli depuis; un grand blanc est
+rayé, il est signé</em> <span class="smcap">Deliége</span>, <span class="smcap">Dumas</span>, <span class="smcap">Maire</span>.</p>
-<p>»Dans la même affaire, la femme Maigret de Sérilly s'étant déclarée
-enceinte, il a été sursis à son exécution. Quoiqu'elle ait été
-postérieurement élargie par ordre du comité de sûreté générale, elle
-est néanmoins inscrite au nombre des morts sur les registres de la
-Commune.»</p>
+<p>»Dans la même affaire, la femme Maigret de Sérilly s'étant déclarée
+enceinte, il a été sursis à son exécution. Quoiqu'elle ait été
+postérieurement élargie par ordre du comité de sûreté générale, elle
+est néanmoins inscrite au nombre des morts sur les registres de la
+Commune.»</p>
-<p class="p2">Madame Maigret de Sérilly, on le voit, ne monta point sur l'échafaud.
-Cependant son nom est inscrit sur les registres de l'état civil comme
-ayant péri avec Madame Élisabeth. Au procès de Fouquier-Tinville, le
-17 floréal an III (6 mai 1795), elle se présenta à l'audience, tenant
-en main son extrait mortuaire, qui lui avait été délivré par la
-municipalité de Paris.</p>
+<p class="p2">Madame Maigret de Sérilly, on le voit, ne monta point sur l'échafaud.
+Cependant son nom est inscrit sur les registres de l'état civil comme
+ayant péri avec Madame Élisabeth. Au procès de Fouquier-Tinville, le
+17 floréal an III (6 mai 1795), elle se présenta à l'audience, tenant
+en main son extrait mortuaire, qui lui avait été délivré par la
+municipalité de Paris.</p>
-<p>Grandpré fit la déposition suivante dans le procès de
+<p>Grandpré fit la déposition suivante dans le procès de
Fouquier-Tinville:</p>
-<p>«Je me rappelle que le tour d'un des Loménie venu, il dit au tribunal:
-«Vous m'accusez d'émigration; je n'ai pas eu le pouvoir de produire
-mes moyens de défense à un défenseur officieux; mais je n'en ai pas
-besoin, j'ai dans ma poche tous mes certificats de résidence qui
-constatent ma présence en France depuis le commencement de la
-Révolution jusqu'au moment de mon incarcération. Ils sont signés, aux
-termes de la loi, de neuf témoins, et ils sont sans interruption.
-Comme je ne suis prévenu que du fait d'émigration, ma défense consiste
-dans la représentation de ces certificats, et je demande au tribunal
-de vouloir bien les faire mettre sous les yeux des jurés.» Ces
-certificats ont été effectivement remis sur-le-champ aux jurés, qui
-les emportèrent, sans les lire, dans la chambre des délibérations, et
-revinrent une demi-heure après, bien convaincus des crimes de tous les
-accusés. Loménie fut condamné comme tous les autres en qualité
-d'émigré.» B.</p>
+<p>«Je me rappelle que le tour d'un des Loménie venu, il dit au tribunal:
+«Vous m'accusez d'émigration; je n'ai pas eu le pouvoir de produire
+mes moyens de défense à un défenseur officieux; mais je n'en ai pas
+besoin, j'ai dans ma poche tous mes certificats de résidence qui
+constatent ma présence en France depuis le commencement de la
+Révolution jusqu'au moment de mon incarcération. Ils sont signés, aux
+termes de la loi, de neuf témoins, et ils sont sans interruption.
+Comme je ne suis prévenu que du fait d'émigration, ma défense consiste
+dans la représentation de ces certificats, et je demande au tribunal
+de vouloir bien les faire mettre sous les yeux des jurés.» Ces
+certificats ont été effectivement remis sur-le-champ aux jurés, qui
+les emportèrent, sans les lire, dans la chambre des délibérations, et
+revinrent une demi-heure après, bien convaincus des crimes de tous les
+accusés. Loménie fut condamné comme tous les autres en qualité
+d'émigré.» B.</p>
<p><a id="footnote231" name="footnote231"></a>
-<b><a href="#footnotetag231">231</a></b>: Surchargé: il y avait auparavant 150.</p>
+<b><a href="#footnotetag231">231</a></b>: Surchargé: il y avait auparavant 150.</p>
<p><a id="footnote232" name="footnote232"></a>
-<b><a href="#footnotetag232">232</a></b>: P. F. Gossin, né à Souilly, arrondissement et à trois
-lieues et demie de Verdun, âgé de quarante ans, un des plus beaux
+<b><a href="#footnotetag232">232</a></b>: P. F. Gossin, né à Souilly, arrondissement et à trois
+lieues et demie de Verdun, âgé de quarante ans, un des plus beaux
hommes de ce temps, ex-lieutenant civil et criminel au bailliage de
-Bar-le-Duc et ex-député aux États généraux, avait été mandé par le roi
-de Prusse à Verdun, après la prise de cette ville, en septembre 1792.
-Il avait d'abord refusé d'obéir; mais ayant fini par céder aux désirs
-du peuple de Bar et aux instances de ses collègues, ses ennemis en
-profitèrent, après la retraite des Prussiens, pour l'accuser de
-trahison. Le 5 septembre, il annonça à l'Assemblée nationale qu'il
-<em>avait été forcé d'obtempérer à la sommation du duc de Brunswick, pour
-régler les affaires du département</em>. Un décret le mit en accusation.
-D'abord enfermé au Luxembourg, il fut condamné à mort le 4 thermidor
-an II (22 juillet 1794) par le tribunal révolutionnaire de Paris,
-comme ayant obéi aux ordres du roi de Prusse et comme complice d'une
-conspiration dans la prison où il était détenu. B.</p>
+Bar-le-Duc et ex-député aux États généraux, avait été mandé par le roi
+de Prusse à Verdun, après la prise de cette ville, en septembre 1792.
+Il avait d'abord refusé d'obéir; mais ayant fini par céder aux désirs
+du peuple de Bar et aux instances de ses collègues, ses ennemis en
+profitèrent, après la retraite des Prussiens, pour l'accuser de
+trahison. Le 5 septembre, il annonça à l'Assemblée nationale qu'il
+<em>avait été forcé d'obtempérer à la sommation du duc de Brunswick, pour
+régler les affaires du département</em>. Un décret le mit en accusation.
+D'abord enfermé au Luxembourg, il fut condamné à mort le 4 thermidor
+an II (22 juillet 1794) par le tribunal révolutionnaire de Paris,
+comme ayant obéi aux ordres du roi de Prusse et comme complice d'une
+conspiration dans la prison où il était détenu. B.</p>
<p><a id="footnote233" name="footnote233"></a>
<b><a href="#footnotetag233">233</a></b>: Archives, section historique, K 147, n<sup>o</sup> 4.</p>
<p><a id="footnote234" name="footnote234"></a>
-<b><a href="#footnotetag234">234</a></b>: Retirée le 14 janvier en 1787, remplacée par la
+<b><a href="#footnotetag234">234</a></b>: Retirée le 14 janvier en 1787, remplacée par la
demoiselle Malivoire.</p>
<p><a id="footnote235" name="footnote235"></a>
-<b><a href="#footnotetag235">235</a></b>: Le roi de Suède.</p>
+<b><a href="#footnotetag235">235</a></b>: Le roi de Suède.</p>
</div>
<div class="p4 tn">
-<p>Notes au lecteur de ce fichier numérique:</p>
+<p>Notes au lecteur de ce fichier numérique:</p>
-<p>L'orthographe trouvée dans le livre a été conservée, mais certains
-accents ont été restaurés pour faciliter la lecture.
+<p>L'orthographe trouvée dans le livre a été conservée, mais certains
+accents ont été restaurés pour faciliter la lecture.
-<p>L'ouvrage utilise une "demi-dièse" pour représenter le signe monétaire,
+<p>L'ouvrage utilise une "demi-dièse" pour représenter le signe monétaire,
ce fichier utilise <span class="small">&#35;</span>.</p>
</div>
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-<pre>
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-
-End of the Project Gutenberg EBook of La Vie de Madame Élisabeth, soeur de
-Louis XVI (Volume 2 / 2), by Alcide de Beauchesne
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA VIE DE MADAME ELISABETH, VOL 2 ***
-
-***** This file should be named 42463-h.htm or 42463-h.zip *****
-This and all associated files of various formats will be found in:
- http://www.gutenberg.org/4/2/4/6/42463/
-
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-and the Online Distributed Proofreading Team at
-http://www.pgdp.net (This book was created from images of
-public domain material made available by the University
-of Toronto Libraries
-(http://link.library.utoronto.ca/booksonline/).)
-
-
-Updated editions will replace the previous one--the old editions
-will be renamed.
-
-Creating the works from public domain print editions means that no
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-(and you!) can copy and distribute it in the United States without
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-set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
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-Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
-charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
-do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
-rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
-such as creation of derivative works, reports, performances and
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-If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
-Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
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-1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
-used on or associated in any way with an electronic work by people who
-agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
-and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
-works. See paragraph 1.E below.
-
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
-or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
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-collection are in the public domain in the United States. If an
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-Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
-1.E.9.
-
-1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
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-permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
-
-1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
-License terms from this work, or any files containing a part of this
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- money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
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