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+++ b/43686-h/43686-h.htm
@@ -3,10 +3,10 @@
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<head>
- <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1" />
+ <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=UTF-8" />
<meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" />
- <title>The Project Gutenberg eBook of De la démonialité des animaux incubes et succubes, par Sinistrari d'Ameno, traduit par Isidore Liseux.</title>
+ <title>The Project Gutenberg eBook of De la démonialité des animaux incubes et succubes, par Sinistrari d'Ameno, traduit par Isidore Liseux.</title>
<style type="text/css">
/*<![CDATA[*/
@@ -434,86 +434,45 @@
</head>
<body>
-
-
-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of De la démonialité des animaux incubes et
-succubes, by Louis Marie Sinistrari d'Ameno
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
-
-
-Title: De la démonialité des animaux incubes et succubes
-
-Author: Louis Marie Sinistrari d'Ameno
-
-Translator: Isidore Liseux
-
-Release Date: September 10, 2013 [EBook #43686]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DE LA DÉMONIALITÉ DES ***
-
-
-
-
-Produced by Laurent Vogel, Ian Swainson and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-book was produced from scanned images of public domain
-material from the Google Print project.)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43686 ***</div>
<div class="center">
<img id="coverpage" src="images/cover.jpg" width="411" height="600" alt="Book cover"/>
</div>
<h1>DE LA<br />
- DÉMONIALITÉ</h1>
+ DÉMONIALITÉ</h1>
<div class="motteroz"><img src=
"images/motteroz.jpg" alt="motteroz" title="motteroz" /></div>
<p class="dela-top">
<span class="ctr-150">DE LA</span><br />
- <span class="ctr-400-red">Démonialité</span><br />
+ <span class="ctr-400-red">Démonialité</span><br />
<span class="ctr-150"><i>ET DES
ANIMAUX</i></span><br />
<span class="ctr-150">INCUBES ET
SUCCUBES</span></p>
- <p class="lapreuve center"><i>où l'on prouve qu'il existe sur terre des créatures<br />
+ <p class="lapreuve center"><i>où l'on prouve qu'il existe sur terre des créatures<br />
raisonnables autres que l'homme, ayant comme lui<br />
-un corps et une âme, naissant et mourant comme<br />
-lui, rachetées par N. S. Jésus-Christ et capables<br/>
+un corps et une âme, naissant et mourant comme<br />
+lui, rachetées par N. S. Jésus-Christ et capables<br/>
de salut ou de damnation,</i></p>
<p class="authors"> <span class="smcap-ctr" >Par le R. P.</span><br />
<span class="smcap-ctr" >Louis Marie</span> SINISTRARI <span class=
"smcap">d'Ameno</span><br />
- de l'Ordre des Mineurs Réformés de l'étroite Observance<br />
- de Saint-François (<span class="smcap2">XVII</span><sup>e</sup>
- siècle)</p>
+ de l'Ordre des Mineurs Réformés de l'étroite Observance<br />
+ de Saint-François (<span class="smcap2">XVII</span><sup>e</sup>
+ siècle)</p>
<p class="publie">
- <i>Publié d'après le Manuscrit original découvert<br />
- à Londres en 1872 et traduit du Latin par</i><br />
+ <i>Publié d'après le Manuscrit original découvert<br />
+ à Londres en 1872 et traduit du Latin par</i><br />
<span class="onetwofive">ISIDORE LISEUX</span><br />
- <span class="seconde-edition">SECONDE ÉDITION</span></p>
+ <span class="seconde-edition">SECONDE ÉDITION</span></p>
<div class="scientia"><img src=
"images/scientia_duce.png" alt="scientia_duce" title=
@@ -523,32 +482,32 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<i>Isidore LISEUX, 5, Rue Scribe</i><br />
<i>1876</i></p>
- <p class="top-8 stdindent"><i>La première édition de cet ouvrage,
- publiée il y a quelques mois à peine, est aujourd'hui
- épuisée.</i></p>
-
- <p class="stdindent"><i>En le réimprimant, l'Éditeur est heureux de pouvoir remercier les
- lecteurs d'élite qui ont si favorablement accueilli, dès son apparition,
- le chef-d'&oelig;uvre du Père Sinistrari. Comme il fallait s'y attendre, une
- bonne part de ces remercîments revient au Clergé catholique: avec leur
- perspicacité habituelle, les Ecclésiastiques réguliers et
- séculiers ont compris ce qu'un tel livre ajoutait d'éclat à
- l'enseignement de l'Église Romaine; leur concours seul devait suffire pour en
- assurer le succès.</i></p>
-
- <p class="stdindent"><i>Mais ce qui a le plus touché l'Éditeur, il l'avoue
- ingénument, c'est le témoignage tout spontané de
- satisfaction qui lui a été adressé par l'un des supérieurs
- de l'Ordre même auquel appartenait son auteur, par le R. P. Provincial des
- Capucins pour la province de P..... On trouvera à la fin du volume la lettre du
- Révérend Père A.....: elle est de nature à éclairer
- les personnes défiantes qui, ne voulant croire à la
- sincérité de cette publication, avaient osé formuler leurs
- soupçons par le vilain mot de «facétie bibliographique». Ces
- hommes de peu de foi sont excusables peut-être de ne pas pousser le Christianisme
- jusqu'à dire avec Saint Augustin, </i>Credo quia absurdum<i>: ils devraient au
- moins ne pas se montrer plus incrédules que la sagesse payenne, et observer avec
- Horace qu'il ne faut s'étonner de rien, </i>nil admirari<i>.</i></p>
+ <p class="top-8 stdindent"><i>La première édition de cet ouvrage,
+ publiée il y a quelques mois à peine, est aujourd'hui
+ épuisée.</i></p>
+
+ <p class="stdindent"><i>En le réimprimant, l'Éditeur est heureux de pouvoir remercier les
+ lecteurs d'élite qui ont si favorablement accueilli, dès son apparition,
+ le chef-d'&oelig;uvre du Père Sinistrari. Comme il fallait s'y attendre, une
+ bonne part de ces remercîments revient au Clergé catholique: avec leur
+ perspicacité habituelle, les Ecclésiastiques réguliers et
+ séculiers ont compris ce qu'un tel livre ajoutait d'éclat à
+ l'enseignement de l'Église Romaine; leur concours seul devait suffire pour en
+ assurer le succès.</i></p>
+
+ <p class="stdindent"><i>Mais ce qui a le plus touché l'Éditeur, il l'avoue
+ ingénument, c'est le témoignage tout spontané de
+ satisfaction qui lui a été adressé par l'un des supérieurs
+ de l'Ordre même auquel appartenait son auteur, par le R. P. Provincial des
+ Capucins pour la province de P..... On trouvera à la fin du volume la lettre du
+ Révérend Père A.....: elle est de nature à éclairer
+ les personnes défiantes qui, ne voulant croire à la
+ sincérité de cette publication, avaient osé formuler leurs
+ soupçons par le vilain mot de «facétie bibliographique». Ces
+ hommes de peu de foi sont excusables peut-être de ne pas pousser le Christianisme
+ jusqu'à dire avec Saint Augustin, </i>Credo quia absurdum<i>: ils devraient au
+ moins ne pas se montrer plus incrédules que la sagesse payenne, et observer avec
+ Horace qu'il ne faut s'étonner de rien, </i>nil admirari<i>.</i></p>
<p class="indentb">Mai 1876.</p>
@@ -559,155 +518,155 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<h2 id="avtpropos">AVANT-PROPOS</h2>
- <p class="ctr-smaller-0 stdindent">DE LA PREMIÈRE
- ÉDITION (<i>Paris, 1875</i>)</p>
+ <p class="ctr-smaller-0 stdindent">DE LA PREMIÈRE
+ ÉDITION (<i>Paris, 1875</i>)</p>
<div class="centered-10"><hr /></div>
<div><img class="drop-cap" src="images/j.jpg" width="100" alt="J" align="left" hspace="10" vspace="5"
- title="J" /></div><p class="drop-cap">J'étais à
- Londres en l'année 1872, et j'y bouquinais,</p>
+ title="J" /></div><p class="drop-cap">J'étais à
+ Londres en l'année 1872, et j'y bouquinais,</p>
<div class="poetry-container">
<div class="poetry">
<div class="stanza f-smaller">
- Car que faire <i>là-bas</i>, à moins qu'on ne <i>bouquine</i>?
+ Car que faire <i>là-bas</i>, à moins qu'on ne <i>bouquine</i>?
</div>
</div>
</div>
- <p class="indent0">Les vieux livres me faisaient vivre dans les âges
- passés, heureux d'échapper au présent, d'échanger les
- petites passions du jour contre la tranquille intimité des Alde, des Dolet ou
+ <p class="indent0">Les vieux livres me faisaient vivre dans les âges
+ passés, heureux d'échapper au présent, d'échanger les
+ petites passions du jour contre la tranquille intimité des Alde, des Dolet ou
des Estienne.</p>
- <p class="stdindent">Un de mes libraires favoris était M. Allen, respectable vieillard,
- établi dans l'<i>Euston Road</i>, presque à la porte de <i>Regent's
- Park</i>. Non que sa boutique fût particulièrement riche en bouquins poudreux:
- au contraire, elle était fort petite, et cependant jamais remplie. A peine
- quatre ou cinq cents volumes à la fois, bien époussetés, bien
- luisants, rangés avec symétrie sur des rayons à portée de
- la main; ceux du haut restaient vides. A droite, la Théologie; à gauche,
- les Classiques Grecs et Latins, en majorité, avec quelques livres
- Français et Italiens; car telles étaient les spécialités de
- M. Allen: on eût dit qu'il ignorait absolument Shakespeare et Byron, et que la
- littérature de sa nation n'allait pas pour lui au delà des sermons de
+ <p class="stdindent">Un de mes libraires favoris était M. Allen, respectable vieillard,
+ établi dans l'<i>Euston Road</i>, presque à la porte de <i>Regent's
+ Park</i>. Non que sa boutique fût particulièrement riche en bouquins poudreux:
+ au contraire, elle était fort petite, et cependant jamais remplie. A peine
+ quatre ou cinq cents volumes à la fois, bien époussetés, bien
+ luisants, rangés avec symétrie sur des rayons à portée de
+ la main; ceux du haut restaient vides. A droite, la Théologie; à gauche,
+ les Classiques Grecs et Latins, en majorité, avec quelques livres
+ Français et Italiens; car telles étaient les spécialités de
+ M. Allen: on eût dit qu'il ignorait absolument Shakespeare et Byron, et que la
+ littérature de sa nation n'allait pas pour lui au delà des sermons de
Blair ou de Macculloch.</p>
- <p class="stdindent">Ce qui, au premier coup d'&oelig;il, frappait dans ces livres, c'était la
- modicité de leur prix, comparée à leur excellent état de
- conservation. Évidemment ils n'avaient pas été achetés au
- tas, au mètre cube, comme les rebuts des ventes publiques, et pourtant les plus
- beaux, les plus anciens, les plus vénérables par leur format, in-folio ou
- in-quarto, n'étaient pas cotés plus de 2 à 3 shillings; les
+ <p class="stdindent">Ce qui, au premier coup d'&oelig;il, frappait dans ces livres, c'était la
+ modicité de leur prix, comparée à leur excellent état de
+ conservation. Évidemment ils n'avaient pas été achetés au
+ tas, au mètre cube, comme les rebuts des ventes publiques, et pourtant les plus
+ beaux, les plus anciens, les plus vénérables par leur format, in-folio ou
+ in-quarto, n'étaient pas cotés plus de 2 à 3 shillings; les
in-octavo se vendaient 1 shilling, les in-douze six pence: chacun suivant sa taille.
- Ainsi le décidait M. Allen, homme méthodique s'il en fut, et bien il s'en
- trouvait, car sa clientèle de <i>clergymen</i>, de <i>scholars</i> et de
- <i>collectors</i> lui restant fidèle, son <i>stock</i> se renouvelait avec une
- rapidité que des spéculateurs plus prétentieux eussent
- peut-être enviée.</p>
-
- <p class="stdindent">Mais comment se procurait-il ces volumes bien reliés et bien
- conservés, qui, partout ailleurs, eussent été cotés cinq ou
- six fois plus cher? Ici, encore, M. Allen avait sa méthode, sûre et
- régulière. Personne ne suivait plus assidûment que lui les ventes
- publiques qui se font chaque jour à Londres: sa place était
- marquée au bas du pupitre de l'<i>auctioneer</i>. Les livres les plus rares, les
- plus précieux, passaient devant lui, disputés à des prix souvent
+ Ainsi le décidait M. Allen, homme méthodique s'il en fut, et bien il s'en
+ trouvait, car sa clientèle de <i>clergymen</i>, de <i>scholars</i> et de
+ <i>collectors</i> lui restant fidèle, son <i>stock</i> se renouvelait avec une
+ rapidité que des spéculateurs plus prétentieux eussent
+ peut-être enviée.</p>
+
+ <p class="stdindent">Mais comment se procurait-il ces volumes bien reliés et bien
+ conservés, qui, partout ailleurs, eussent été cotés cinq ou
+ six fois plus cher? Ici, encore, M. Allen avait sa méthode, sûre et
+ régulière. Personne ne suivait plus assidûment que lui les ventes
+ publiques qui se font chaque jour à Londres: sa place était
+ marquée au bas du pupitre de l'<i>auctioneer</i>. Les livres les plus rares, les
+ plus précieux, passaient devant lui, disputés à des prix souvent
fabuleux par les Quaritch, les Sotheran, les Pickering, les Toovey, et autres
bibliopoles de la capitale Britannique; M. Allen souriait de ces folies: une fois
- l'enchère mise par tout autre, il n'eût pas ajouté un <i>penny</i>,
- se fût-il agi d'un <i>Gutenberg</i> inconnu ou du Boccace de <i>Valdarfer</i>.
- Mais si de temps à autre, soit distraction, soit lassitude, la concurrence des
- acheteurs faiblissait (<i>habent sua fata libelli</i>), M. Allen était
- là: <i>six pence!</i> murmurait-il, et parfois l'article lui restait; parfois
- même, deux numéros consécutifs, réunis faute de trouver
- acheteur isolément, lui étaient adjugés, toujours pour ce minimum de
- <i>six pence</i>, qui était, à lui, son maximum.</p>
-
- <p class="stdindent">Beaucoup de ces dédaignés méritaient sans doute leur sort; mais
- il pouvait s'en glisser dans le nombre qui n'étaient pas indignes des honneurs
- du catalogue, et que, à tout autre moment, des acheteurs plus attentifs ou moins
- capricieux eussent peut-être couverts d'or. Ceci, toutefois, n'entrait pour rien
- dans les calculs de M. Allen: la seule règle de son estimation, c'était
+ l'enchère mise par tout autre, il n'eût pas ajouté un <i>penny</i>,
+ se fût-il agi d'un <i>Gutenberg</i> inconnu ou du Boccace de <i>Valdarfer</i>.
+ Mais si de temps à autre, soit distraction, soit lassitude, la concurrence des
+ acheteurs faiblissait (<i>habent sua fata libelli</i>), M. Allen était
+ là: <i>six pence!</i> murmurait-il, et parfois l'article lui restait; parfois
+ même, deux numéros consécutifs, réunis faute de trouver
+ acheteur isolément, lui étaient adjugés, toujours pour ce minimum de
+ <i>six pence</i>, qui était, à lui, son maximum.</p>
+
+ <p class="stdindent">Beaucoup de ces dédaignés méritaient sans doute leur sort; mais
+ il pouvait s'en glisser dans le nombre qui n'étaient pas indignes des honneurs
+ du catalogue, et que, à tout autre moment, des acheteurs plus attentifs ou moins
+ capricieux eussent peut-être couverts d'or. Ceci, toutefois, n'entrait pour rien
+ dans les calculs de M. Allen: la seule règle de son estimation, c'était
le format.</p>
- <p class="stdindent">Or, un jour qu'à la suite d'une vente publique considérable, il avait
- exhibé dans sa boutique des achats plus nombreux que d'ordinaire, je remarquai
- spécialement quelques Manuscrits en langue Latine, dont le papier,
- l'écriture, la reliure, dénotaient une origine Italienne, et qui
+ <p class="stdindent">Or, un jour qu'à la suite d'une vente publique considérable, il avait
+ exhibé dans sa boutique des achats plus nombreux que d'ordinaire, je remarquai
+ spécialement quelques Manuscrits en langue Latine, dont le papier,
+ l'écriture, la reliure, dénotaient une origine Italienne, et qui
pouvaient avoir deux cents ans d'existence. L'un avait pour titre, je crois: <i>De
- Venenis</i>, un autre: <i>De Viperis</i>, un troisième (c'est le présent
- ouvrage): <i>De Dæmonialitate</i>, <i>et Incubis</i>, <i>et Succubis</i>. Tous
- trois, d'ailleurs, d'auteurs différents, et indépendants l'un de l'autre.
- Poisons, vipères, démons, que d'horreurs réunies! pourtant, ne
- fût-ce que par politesse, il fallait acheter quelque chose; après un peu
- d'hésitation, ce fut le dernier que je choisis: Démons il est vrai, mais
+ Venenis</i>, un autre: <i>De Viperis</i>, un troisième (c'est le présent
+ ouvrage): <i>De Dæmonialitate</i>, <i>et Incubis</i>, <i>et Succubis</i>. Tous
+ trois, d'ailleurs, d'auteurs différents, et indépendants l'un de l'autre.
+ Poisons, vipères, démons, que d'horreurs réunies! pourtant, ne
+ fût-ce que par politesse, il fallait acheter quelque chose; après un peu
+ d'hésitation, ce fut le dernier que je choisis: Démons il est vrai, mais
Incubes, mais Succubes, le sujet n'est pas vulgaire, et moins vulgaire encore
- était la façon dont il me semblait traité. Bref, j'eus le volume
+ était la façon dont il me semblait traité. Bref, j'eus le volume
pour <i>six pence</i> (63 centimes), un prix de faveur pour un in-quarto: M. Allen
- jugeait sans doute ce gribouillage au-dessous du tarif de la lettre moulée.</p>
+ jugeait sans doute ce gribouillage au-dessous du tarif de la lettre moulée.</p>
<p class="stdindent">Ce manuscrit, en papier fort du <span class="smcap2">XVII</span><sup>e</sup>
- siècle, relié en parchemin d'Italie, et d'une conservation parfaite, a 86
- pages de texte. Le titre et la première page sont de la main de l'auteur, une
- écriture de vieillard; le reste est fort nettement écrit par une autre
- main, mais sous sa direction, comme en témoignent des additions et
- rectifications <i>autographes</i> répandues dans tout le corps de l'ouvrage.
+ siècle, relié en parchemin d'Italie, et d'une conservation parfaite, a 86
+ pages de texte. Le titre et la première page sont de la main de l'auteur, une
+ écriture de vieillard; le reste est fort nettement écrit par une autre
+ main, mais sous sa direction, comme en témoignent des additions et
+ rectifications <i>autographes</i> répandues dans tout le corps de l'ouvrage.
C'est donc bien le Manuscrit original, selon toute apparence unique et
- inédit.</p>
+ inédit.</p>
- <p class="stdindent">Notre bouquiniste avait fait cette acquisition quelques jours auparavant à la
- salle <i>Sotheby</i>, où avait eu lieu (du 6 au 16 Décembre 1871) la
- vente des livres du baron Seymour Kirkup, collectionneur Anglais, mort à
- Florence. Le Manuscrit était ainsi indiqué dans le Catalogue de la
+ <p class="stdindent">Notre bouquiniste avait fait cette acquisition quelques jours auparavant à la
+ salle <i>Sotheby</i>, où avait eu lieu (du 6 au 16 Décembre 1871) la
+ vente des livres du baron Seymour Kirkup, collectionneur Anglais, mort à
+ Florence. Le Manuscrit était ainsi indiqué dans le Catalogue de la
vente:</p>
<p class="hanging-indent-smaller-font">N<sup>o</sup>
145. <span class="smcap">Ameno</span> (<i>R. P. Ludovicus Maria</i> [Cotta] de). De
- Dæmonialitate, et Incubis, et Succubis, <i>Manuscript</i>. <i>Sæc. XVII&ndash;XVIII.</i></p>
+ Dæmonialitate, et Incubis, et Succubis, <i>Manuscript</i>. <i>Sæc. XVII&ndash;XVIII.</i></p>
- <p class="stdindent">Quel est cet écrivain? a-t-il laissé des ouvrages imprimés?
- c'est une question que j'abandonne aux bibliographes, car, malgré de nombreuses
- recherches dans les Dictionnaires spéciaux, je n'ai rien pu apprendre à
- cet égard. Brunet (<i>Manuel du libraire</i>, art. <span class=
- "smcap">Cotta</span> d'Ameno) soupçonne vaguement son existence, mais il le
+ <p class="stdindent">Quel est cet écrivain? a-t-il laissé des ouvrages imprimés?
+ c'est une question que j'abandonne aux bibliographes, car, malgré de nombreuses
+ recherches dans les Dictionnaires spéciaux, je n'ai rien pu apprendre à
+ cet égard. Brunet (<i>Manuel du libraire</i>, art. <span class=
+ "smcap">Cotta</span> d'Ameno) soupçonne vaguement son existence, mais il le
confond avec son homonyme, et sans doute aussi son compatriote, Lazaro Agostino Cotta
- d'Ameno, avocat et littérateur Novarais. «L'auteur», dit-il,
- «dont, à ce qu'il paraît, les véritables prénoms
- seraient <i>Ludovico-Maria</i>, a écrit plusieurs ouvrages sérieux...»
- L'erreur est évidente. Ce qui est certain, c'est que notre auteur
- vivait dans les dernières années du <span class=
- "smcap2">XVII</span><sup>e</sup> siècle, comme il résulte de son propre
- témoignage, et qu'il avait professé la théologie à
+ d'Ameno, avocat et littérateur Novarais. «L'auteur», dit-il,
+ «dont, à ce qu'il paraît, les véritables prénoms
+ seraient <i>Ludovico-Maria</i>, a écrit plusieurs ouvrages sérieux...»
+ L'erreur est évidente. Ce qui est certain, c'est que notre auteur
+ vivait dans les dernières années du <span class=
+ "smcap2">XVII</span><sup>e</sup> siècle, comme il résulte de son propre
+ témoignage, et qu'il avait professé la théologie à
Pavie.</p>
- <p class="stdindent">Quoi qu'il en soit, son livre m'a paru très-intéressant à
- divers points de vue, et je le donne en toute confiance à ce public choisi, pour
- qui le monde invisible n'est pas une chimère. Je serais fort
- étonné qu'après l'avoir ouvert à une page quelconque, on ne
- fût pas tenté de revenir sur ses pas et d'aller jusqu'au bout. Le
- philosophe, le confesseur, le médecin, y trouveront, avec la foi robuste du
- Moyen-âge, des aperçus neufs et ingénieux; le lettré, le
- curieux apprécieront la solidité du raisonnement, la clarté du
- style, la gaîté des récits (car il y a des historiettes, et
- finement contées). Tous les théologiens ont consacré plus ou moins
- de pages à la question des rapports matériels de l'homme avec le
- démon; de gros volumes ont été écrits sur la sorcellerie,
- et le mérite de ce travail serait assez mince s'il se bornait à
- développer la thèse ordinaire; mais tel n'est pas son caractère.
+ <p class="stdindent">Quoi qu'il en soit, son livre m'a paru très-intéressant à
+ divers points de vue, et je le donne en toute confiance à ce public choisi, pour
+ qui le monde invisible n'est pas une chimère. Je serais fort
+ étonné qu'après l'avoir ouvert à une page quelconque, on ne
+ fût pas tenté de revenir sur ses pas et d'aller jusqu'au bout. Le
+ philosophe, le confesseur, le médecin, y trouveront, avec la foi robuste du
+ Moyen-âge, des aperçus neufs et ingénieux; le lettré, le
+ curieux apprécieront la solidité du raisonnement, la clarté du
+ style, la gaîté des récits (car il y a des historiettes, et
+ finement contées). Tous les théologiens ont consacré plus ou moins
+ de pages à la question des rapports matériels de l'homme avec le
+ démon; de gros volumes ont été écrits sur la sorcellerie,
+ et le mérite de ce travail serait assez mince s'il se bornait à
+ développer la thèse ordinaire; mais tel n'est pas son caractère.
Le fond de l'ouvrage, ce qui lui donne un cachet vraiment original et philosophique,
- c'est la démonstration toute nouvelle de l'existence des Incubes et des Succubes
- en tant qu'animaux raisonnables, corporels à la fois et spirituels comme nous,
+ c'est la démonstration toute nouvelle de l'existence des Incubes et des Succubes
+ en tant qu'animaux raisonnables, corporels à la fois et spirituels comme nous,
vivant au milieu de nous, naissant et mourant comme nous, comme nous enfin
- rachetés par les mérites de Jésus-Christ et capables de salut ou
- de damnation. Pour le Père d'Ameno, ces créatures douées de sens
- et de raison, entièrement distinctes des Anges ou des Démons purs esprits, ne
- sont autres que les Faunes, les Sylvains, les Satyres du paganisme, continués
- par nos Sylphes, nos Lutins, nos Follets; et ainsi se trouve renouée la
- chaîne des croyances. A ce titre seulement, et sans parler de
- l'intérêt des détails, ce livre appellerait l'attention des
- lecteurs sérieux: je suis persuadé qu'elle ne lui fera pas
- défaut.</p>
+ rachetés par les mérites de Jésus-Christ et capables de salut ou
+ de damnation. Pour le Père d'Ameno, ces créatures douées de sens
+ et de raison, entièrement distinctes des Anges ou des Démons purs esprits, ne
+ sont autres que les Faunes, les Sylvains, les Satyres du paganisme, continués
+ par nos Sylphes, nos Lutins, nos Follets; et ainsi se trouve renouée la
+ chaîne des croyances. A ce titre seulement, et sans parler de
+ l'intérêt des détails, ce livre appellerait l'attention des
+ lecteurs sérieux: je suis persuadé qu'elle ne lui fera pas
+ défaut.</p>
<p class="signature">I. L.</p>
@@ -716,17 +675,17 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<div class="centered-10"><hr /></div>
- <p class="top-4 stdindent">L'Avertissement qui précède était
- <i>composé</i> à l'imprimerie et prêt à mettre sous presse,
+ <p class="top-4 stdindent">L'Avertissement qui précède était
+ <i>composé</i> à l'imprimerie et prêt à mettre sous presse,
lorsque, en me promenant sur les quais, je rencontrai par hasard un exemplaire de
- l'<i>Index librorum prohibitorum</i>. Machinalement je l'ouvris, et la première
+ l'<i>Index librorum prohibitorum</i>. Machinalement je l'ouvris, et la première
chose qui me tomba sous les yeux fut l'article suivant:</p>
<p class="ctr-smaller">de Ameno Ludovicus Maria. <i>Vide</i> Sinistrari.</p>
- <p class="stdindent">Mon c&oelig;ur battait très-fort, je l'avoue. Étais-je enfin sur la
- trace de mon auteur? était-ce la <i>Démonialité</i> que
- j'allais voir clouée au pilori de l'<i>Index</i>? Je courus aux dernières
+ <p class="stdindent">Mon c&oelig;ur battait très-fort, je l'avoue. Étais-je enfin sur la
+ trace de mon auteur? était-ce la <i>Démonialité</i> que
+ j'allais voir clouée au pilori de l'<i>Index</i>? Je courus aux dernières
pages du redoutable volume, et je lus:</p>
<p class="hanging-indent-smaller-font"><span class=
@@ -736,96 +695,96 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<p class="hanging-indent-smaller-font"><i>Correctus autem juxta
editionem Romanam anni 1753 permittitur.</i></p>
- <p class="stdindent">C'était bien lui. Le vrai nom du Père d'Ameno était
- <i>Sinistrari</i>, et je possédais le titre d'un au moins de ces «ouvrages
- sérieux» auxquels le bibliographe Brunet faisait allusion. Ce titre
- même, <i>De Delictis et P&oelig;nis</i>, n'était pas sans rapport avec
+ <p class="stdindent">C'était bien lui. Le vrai nom du Père d'Ameno était
+ <i>Sinistrari</i>, et je possédais le titre d'un au moins de ces «ouvrages
+ sérieux» auxquels le bibliographe Brunet faisait allusion. Ce titre
+ même, <i>De Delictis et P&oelig;nis</i>, n'était pas sans rapport avec
celui de mon Manuscrit, et j'avais lieu de supposer que la
- <i>Démonialité</i> était au nombre des délits
- examinés et jugés par le Père Sinistrari: en d'autres termes, ce
- manuscrit, en apparence inédit, se trouvait peut-être publié dans
- le volumineux ouvrage qui m'était révélé; peut-être
- encore était-ce à cette monographie de la
- <i>Démonialité</i> que le <i>Tractatus de Delictis et P&oelig;nis</i>
- devait sa condamnation par la Congrégation de l'<i>Index</i>. Tous ces points
- étaient à vérifier.</p>
-
- <p class="stdindent">Mais il faut avoir tenté des investigations de ce genre pour en
- connaître les difficultés. J'interrogeai les Catalogues de livres anciens
- qui me tombèrent sous la main; je fouillai les arrière-boutiques des
+ <i>Démonialité</i> était au nombre des délits
+ examinés et jugés par le Père Sinistrari: en d'autres termes, ce
+ manuscrit, en apparence inédit, se trouvait peut-être publié dans
+ le volumineux ouvrage qui m'était révélé; peut-être
+ encore était-ce à cette monographie de la
+ <i>Démonialité</i> que le <i>Tractatus de Delictis et P&oelig;nis</i>
+ devait sa condamnation par la Congrégation de l'<i>Index</i>. Tous ces points
+ étaient à vérifier.</p>
+
+ <p class="stdindent">Mais il faut avoir tenté des investigations de ce genre pour en
+ connaître les difficultés. J'interrogeai les Catalogues de livres anciens
+ qui me tombèrent sous la main; je fouillai les arrière-boutiques des
bouquinistes, des <i>antiquaires</i>, comme on dit en Allemagne, m'adressant
- particulièrement aux deux ou trois maisons qui exploitent à Paris la
- vieille Théologie; j'écrivis aux principaux libraires de Londres, de
- Milan, de Florence, de Rome, de Naples: le tout sans résultat; le nom même
- du P. Sinistrari d'Ameno semblait inconnu. J'aurais dû sans doute commencer par
- une enquête à notre Bibliothèque Nationale; force me fut d'y
- recourir, et là du moins j'eus un commencement de satisfaction. On me
- présenta deux ouvrages de mon auteur: un in-4<sup>o</sup> de 1704, <i>De
+ particulièrement aux deux ou trois maisons qui exploitent à Paris la
+ vieille Théologie; j'écrivis aux principaux libraires de Londres, de
+ Milan, de Florence, de Rome, de Naples: le tout sans résultat; le nom même
+ du P. Sinistrari d'Ameno semblait inconnu. J'aurais dû sans doute commencer par
+ une enquête à notre Bibliothèque Nationale; force me fut d'y
+ recourir, et là du moins j'eus un commencement de satisfaction. On me
+ présenta deux ouvrages de mon auteur: un in-4<sup>o</sup> de 1704, <i>De
Incorrigibilium expulsione ab Ordinibus Regularibus</i>, et le premier tome d'une
- collection de ses &OElig;uvres complètes: <i>R. P. Ludovici Mariæ
- Sinistrari de Ameno Opera omnia (Romæ, in domo Caroli Giannini</i>, 1753&ndash;1754, 3
+ collection de ses &OElig;uvres complètes: <i>R. P. Ludovici Mariæ
+ Sinistrari de Ameno Opera omnia (Romæ, in domo Caroli Giannini</i>, 1753&ndash;1754, 3
vol. in-folio). Malheureusement ce premier tome ne contenait que la <i>Practica
Criminalis Minorum illustrata</i>: le <i>De Delictis et P&oelig;nis</i> faisait l'objet
- du tome troisième, et ce dernier volume, aussi bien que le second, manquait
- à la Bibliothèque.</p>
+ du tome troisième, et ce dernier volume, aussi bien que le second, manquait
+ à la Bibliothèque.</p>
<p class="stdindent"> J'avais cependant un renseignement positif, et je
- continuai mes recherches. Peut-être serais-je plus heureux à la
- Bibliothèque du Séminaire de Saint-Sulpice. Elle n'est pas publique, il
- est vrai, mais les Pères Sulpiciens sont hospitaliers: n'ont-ils pas jadis
- donné asile à Des Grieux repentant, et Manon Lescaut elle-même
- n'a-t-elle pas foulé les dalles de leur parloir? J'osai donc m'aventurer dans
- cette sainte Maison; il était midi et demi, le dîner finissait; je
- demandai le bibliothécaire, et au bout de quelques minutes, je vis venir
- à moi un petit vieillard d'une politesse irréprochable, lequel me fit
+ continuai mes recherches. Peut-être serais-je plus heureux à la
+ Bibliothèque du Séminaire de Saint-Sulpice. Elle n'est pas publique, il
+ est vrai, mais les Pères Sulpiciens sont hospitaliers: n'ont-ils pas jadis
+ donné asile à Des Grieux repentant, et Manon Lescaut elle-même
+ n'a-t-elle pas foulé les dalles de leur parloir? J'osai donc m'aventurer dans
+ cette sainte Maison; il était midi et demi, le dîner finissait; je
+ demandai le bibliothécaire, et au bout de quelques minutes, je vis venir
+ à moi un petit vieillard d'une politesse irréprochable, lequel me fit
traverser le parloir commun pour m'introduire dans un autre beaucoup plus
- étroit, une simple cellule donnant sur un corridor, vitrée dans toute sa
- largeur et ouverte ainsi à tous les yeux. Précaution ingénieuse
- dont l'évasion de Des Grieux avait bien montré l'urgence. Ce ne fut pas
- sans peine que je fis comprendre au bon père, qui était sourd et myope,
- le but de ma visite. Il me laissa pour se rendre à la bibliothèque, et
- revint bientôt, mais les mains vides: là aussi, dans ce sanctuaire de la
- Théologie Catholique, le Père Sinistrari d'Ameno était
- entièrement ignoré. Je n'avais plus qu'une ressource:
- c'était d'aller trouver ses frères en Saint François, les
- Pères Capucins, en leur couvent de la Rue de la Santé! Cruelle
- extrémité, on en conviendra, car j'avais peu de chance d'y rencontrer
+ étroit, une simple cellule donnant sur un corridor, vitrée dans toute sa
+ largeur et ouverte ainsi à tous les yeux. Précaution ingénieuse
+ dont l'évasion de Des Grieux avait bien montré l'urgence. Ce ne fut pas
+ sans peine que je fis comprendre au bon père, qui était sourd et myope,
+ le but de ma visite. Il me laissa pour se rendre à la bibliothèque, et
+ revint bientôt, mais les mains vides: là aussi, dans ce sanctuaire de la
+ Théologie Catholique, le Père Sinistrari d'Ameno était
+ entièrement ignoré. Je n'avais plus qu'une ressource:
+ c'était d'aller trouver ses frères en Saint François, les
+ Pères Capucins, en leur couvent de la Rue de la Santé! Cruelle
+ extrémité, on en conviendra, car j'avais peu de chance d'y rencontrer
comme ici l'ombre aimable de Manon.</p>
<p class="stdindent">Enfin, une lettre de Milan vint me tirer d'embarras. Le livre introuvable
- était trouvé; je recevais à la fois la première
- édition du <i>De Delictis et P&oelig;nis</i> (<i>Venetiis, apud Hieronymum
- Albriccium, 1700</i>), et l'édition de <i>Rome, 1754</i>.</p>
+ était trouvé; je recevais à la fois la première
+ édition du <i>De Delictis et P&oelig;nis</i> (<i>Venetiis, apud Hieronymum
+ Albriccium, 1700</i>), et l'édition de <i>Rome, 1754</i>.</p>
- <p class="stdindent">C'est un traité complet, <i>tractatus absolutissimus</i>, de tous les crimes,
- délits, péchés imaginables; mais, hâtons-nous de le dire,
+ <p class="stdindent">C'est un traité complet, <i>tractatus absolutissimus</i>, de tous les crimes,
+ délits, péchés imaginables; mais, hâtons-nous de le dire,
dans l'un comme dans l'autre de ces volumineux in-folio, la
- <i>Démonialité</i> occupe à peine cinq pages, sans aucune
- différence de texte entre les deux éditions. Et ces cinq pages ne sont
- même pas un résumé de l'ouvrage manuscrit que je donne aujourd'hui
+ <i>Démonialité</i> occupe à peine cinq pages, sans aucune
+ différence de texte entre les deux éditions. Et ces cinq pages ne sont
+ même pas un résumé de l'ouvrage manuscrit que je donne aujourd'hui
au public, elles en comprennent seulement l'exposition et la conclusion (N<sup>os</sup>
- 1 à 27 et 112 à 115). Quant à ce qui fait l'originalité du
- livre: à savoir, la théorie de ces animaux raisonnables, incubes et
- succubes, doués comme nous de corps et d'âme et capables de salut ou de
+ 1 à 27 et 112 à 115). Quant à ce qui fait l'originalité du
+ livre: à savoir, la théorie de ces animaux raisonnables, incubes et
+ succubes, doués comme nous de corps et d'âme et capables de salut ou de
damnation, on l'y chercherait vainement.</p>
- <p class="stdindent">Ainsi, après tant d'efforts, j'étais
- fixé sur tous les points que je m'étais proposé d'élucider:
- j'avais découvert l'identité du Père d'Ameno;<a name="FNanchor_1_1"
+ <p class="stdindent">Ainsi, après tant d'efforts, j'étais
+ fixé sur tous les points que je m'étais proposé d'élucider:
+ j'avais découvert l'identité du Père d'Ameno;<a name="FNanchor_1_1"
id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">[1]</a> la comparaison
- des deux éditions du <i>De Delictis et P&oelig;nis</i>, la première
- condamnée, la seconde permise par la Congrégation de l'<i>Index</i>,
- m'avait appris que les fragments imprimés de la <i>Démonialité</i>
- n'étaient pour rien dans la condamnation du livre, puisqu'ils n'avaient subi
- aucune correction; enfin, j'étais arrivé à la conviction que, sauf
- pour quelques pages, mon Manuscrit était absolument inédit. Heureuse
- terminaison de cette Odyssée bibliographique, qu'on me pardonnera d'avoir
- contée tout au long «pour l'esbattement» des Bibliophiles «et
- non aultres».</p>
+ des deux éditions du <i>De Delictis et P&oelig;nis</i>, la première
+ condamnée, la seconde permise par la Congrégation de l'<i>Index</i>,
+ m'avait appris que les fragments imprimés de la <i>Démonialité</i>
+ n'étaient pour rien dans la condamnation du livre, puisqu'ils n'avaient subi
+ aucune correction; enfin, j'étais arrivé à la conviction que, sauf
+ pour quelques pages, mon Manuscrit était absolument inédit. Heureuse
+ terminaison de cette Odyssée bibliographique, qu'on me pardonnera d'avoir
+ contée tout au long «pour l'esbattement» des Bibliophiles «et
+ non aultres».</p>
<p class="signature">I. L.</p>
- <p class="indentb"><i>Août 1875.</i></p>
+ <p class="indentb"><i>Août 1875.</i></p>
<div class="top-8-0 footnotes"><h2>NOTE</h2>
@@ -834,7 +793,7 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<div class="footnote">
<p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span class=
- "fnlabel">[1]</span></a> Voir la notice biographique à la fin de ce
+ "fnlabel">[1]</span></a> Voir la notice biographique à la fin de ce
volume. </p>
</div>
</div>
@@ -844,7 +803,7 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<h2 class="maintxtstart">
- <span class="onefivezero">DÉMONIALITÉ</span><br />
+ <span class="onefivezero">DÉMONIALITÉ</span><br />
ou<br />
<span class="onetwofive">INCUBES ET SUCCUBES</span><br /></h2>
@@ -852,15 +811,15 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<img src="images/demonalite.jpg" alt="demonalite" title=
"demonalite" /></div>
- <table summary="Le texte, en latin et en français, présenté côte à côte">
+ <table summary="Le texte, en latin et en français, présenté côte à côte">
<tr>
<td class="center">
- <h3>DÆMONIALITAS</h3>
+ <h3>DÆMONIALITAS</h3>
<div class="centered-10"><hr /></div>
</td>
<td class="center">
- <h3>DÉMONIALITÉ</h3>
+ <h3>DÉMONIALITÉ</h3>
<div class="centered-10"><hr /></div>
</td>
</tr>
@@ -868,131 +827,131 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<tr id="no1">
<td xml:lang="la" lang="la"><div class="dropcap-container"><img class="drop-cap" src="images/v.jpg" width="100" alt="V"
- title="V" /></div><p xml:lang="la" lang="la" class="drop-cap italics">Vocabulum <i>Dæmonialitatis</i>
+ title="V" /></div><p xml:lang="la" lang="la" class="drop-cap italics">Vocabulum <i>Dæmonialitatis</i>
primo inventum reperio a Jo.
Caramuele in sua <i>Theologia fundamentali</i>, nec ante illum inveni Auctorem, qui
de hoc crimine tanquam distincto a <i>Bestialitate</i> locutus sit. Omnes enim
Theologi Morales, secuti D. Thomam, 2.2., q. 154. <i>in corp.</i>, sub specie
<i>Bestialitatis</i> recensent <i>omnem concubitum cum re non ejusdem speciei</i>, ut
ibi loquitur D. Thomas, et proinde Cajetanus, in Commentario illius
- quæstionis et articuli, 2.2., q. 154., ad 3. dub., coitum cum Dæmone
+ quæstionis et articuli, 2.2., q. 154., ad 3. dub., coitum cum Dæmone
ponit in specie Bestialitatis; et Cajetanum sequitur Silvester,
v<sup>o</sup> <i>Luxuria</i>, Bonacina, <i>de Matrim.</i>, q. 4., et alii.</p></td>
<td><div class="dropcap-container"><img class="drop-cap" src="images/l.jpg" width="100" alt="L" align="left" hspace="10" vspace="0"
title="L" /></div><p class="drop-cap">Le premier auteur qui,
- à ma connaissance, ait imaginé le mot de
- <i>Démonialité</i>, est Jean Caramuel, dans sa <i>Théologie
- fondamentale</i>, et personne avant lui ne me paraît avoir distingué
- ce crime de celui de <i>Bestialité</i>. En effet, tous les
- Théologiens Moralistes, à la suite de S. Thomas (2, 2, question 154),
- comprennent, sous le titre spécifique de <i>Bestialité</i>,
- «<i>toute sorte de commerce charnel avec un objet quelconque d'espèce
- différente</i>»: ce sont les propres termes de S. Thomas. Cajetan, par
+ à ma connaissance, ait imaginé le mot de
+ <i>Démonialité</i>, est Jean Caramuel, dans sa <i>Théologie
+ fondamentale</i>, et personne avant lui ne me paraît avoir distingué
+ ce crime de celui de <i>Bestialité</i>. En effet, tous les
+ Théologiens Moralistes, à la suite de S. Thomas (2, 2, question 154),
+ comprennent, sous le titre spécifique de <i>Bestialité</i>,
+ «<i>toute sorte de commerce charnel avec un objet quelconque d'espèce
+ différente</i>»: ce sont les propres termes de S. Thomas. Cajetan, par
exemple, dans son Commentaire sur cette question, classe le commerce
- avec le Démon dans l'espèce de Bestialité; de même
+ avec le Démon dans l'espèce de Bestialité; de même
Sylvestre, au mot <i>Luxuria</i>, Bonacina, <i>de Matrimonio</i>, question 4, et
les autres.</p></td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">2. Sed revera D. Thomas in illo loco considerationem non habuit ad coitum
- cum Dæmone: ut enim infra probabimus, hic coitus non potest in specie
- specialissima <i>Bestialitatis</i> comprehendi; et ut veritati cohæreat
+ cum Dæmone: ut enim infra probabimus, hic coitus non potest in specie
+ specialissima <i>Bestialitatis</i> comprehendi; et ut veritati cohæreat
sententia S. Doctoris, dicendum est, quod in citato loco, quando ait, quod peccatum
contra naturam, <i>alio modo si fiat per concubitum ad rem non ejusdem speciei
vocatur Bestialitas</i>: sub nomine <i>rei non ejusdem speciei</i> intellexerit
animal vivens, non ejusdem speciei cum homine: non enim usurpare potuit ibi
nomen <i>rei</i> pro re, puta, ente communi ad animatum et inanimatum: si enim quis
coiret cum cadavere humano, concubitum haberet ad rem non ejusdem speciei cum
- homine (maxime apud Thomistas, qui formam corporeitatis humanæ negant in
+ homine (maxime apud Thomistas, qui formam corporeitatis humanæ negant in
cadavere), quod etiam esset si cadaveri bestiali copularetur; et tamen talis coitus
- non esset bestialitas, sed mollities. Voluit igitur ibi D. Thomas præcise
+ non esset bestialitas, sed mollities. Voluit igitur ibi D. Thomas præcise
intelligere concubitum cum re vivente non ejusdem speciei cum homine, hoc est cum
- bruto, nullo autem modo comprehendere voluit coitum cum Dæmone.</td>
+ bruto, nullo autem modo comprehendere voluit coitum cum Dæmone.</td>
<td class="stdindent">2. Cependant il est certain que S. Thomas, dans le passage en question, n'a eu
- nullement en vue le commerce avec le Démon. Comme je le prouverai plus loin,
- ce commerce ne peut être compris dans l'espèce
- très-spéciale de la <i>Bestialité</i>; et, pour faire cadrer
+ nullement en vue le commerce avec le Démon. Comme je le prouverai plus loin,
+ ce commerce ne peut être compris dans l'espèce
+ très-spéciale de la <i>Bestialité</i>; et, pour faire cadrer
avec le vrai cette sentence du saint Docteur, il faut admettre qu'en disant du
- péché contre nature, que «<i>lorsqu'il se commet par commerce
- avec un objet d'espèce différente, il prend le nom de
- Bestialité</i>», sous cette dénomination <i>d'objet
- d'espèce différente</i>, S. Thomas entend désigner un animal
- vivant, d'une autre espèce que l'homme; car il n'a pu employer ici le mot
- <i>objet</i> ou <i>chose</i> dans son sens le plus général, pour
- exprimer indifféremment un être animé ou inanimé. Qu'un
+ péché contre nature, que «<i>lorsqu'il se commet par commerce
+ avec un objet d'espèce différente, il prend le nom de
+ Bestialité</i>», sous cette dénomination <i>d'objet
+ d'espèce différente</i>, S. Thomas entend désigner un animal
+ vivant, d'une autre espèce que l'homme; car il n'a pu employer ici le mot
+ <i>objet</i> ou <i>chose</i> dans son sens le plus général, pour
+ exprimer indifféremment un être animé ou inanimé. Qu'un
homme, en effet, s'avise de forniquer <i>cum cadavere humano</i>, il aura affaire
- à un objet d'une autre espèce que lui (surtout pour les Thomistes,
- qui refusent au cadavre la forme de corporéité humaine); même
+ à un objet d'une autre espèce que lui (surtout pour les Thomistes,
+ qui refusent au cadavre la forme de corporéité humaine); même
chose <i>si cadaveri bestiali copularetur</i>; et pourtant <i>talis coitus</i> ne
- sera pas bestialité, mais pollution ou mollesse. Ce que S. Thomas a donc
- voulu préciser ici, c'est le commerce charnel avec un objet vivant d'une
- autre espèce que l'homme, c'est-à-dire avec une bête, et il n'a
- pas songé le moins du monde au commerce avec le Démon.</td>
+ sera pas bestialité, mais pollution ou mollesse. Ce que S. Thomas a donc
+ voulu préciser ici, c'est le commerce charnel avec un objet vivant d'une
+ autre espèce que l'homme, c'est-à-dire avec une bête, et il n'a
+ pas songé le moins du monde au commerce avec le Démon.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">3. Coitus igitur cum Dæmone, sive Incubo, sive Succubo (qui proprie
- est Dæmonialitas), specie differt a Bestialitate, nec cum ea facit unam
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">3. Coitus igitur cum Dæmone, sive Incubo, sive Succubo (qui proprie
+ est Dæmonialitas), specie differt a Bestialitate, nec cum ea facit unam
speciem specialissimam, ut opinatus est Cajetanus: peccata enim contra naturam
specie inter se distingui contra opinionem nonnullorum Antiquorum, et Caramuelis,
Summ. Armill., v. <i>Luxur.</i> n. 5., Jabien., eo. v. n. 6., Asten. lib. 2. tit.
46. art. 7., Caram. <i>Theol. fundam.</i> post Filliucium, et Crespinum a Borgia,
est opinio communis; et contraria est damnata in proposit. 24. ex damnatis ab
Alexandro VII.; tum quia singula continent peculiarem, et distinctam turpitudinem
- repugnantem castitati, et humanæ generationi; tum quia quodlibet ex iis
+ repugnantem castitati, et humanæ generationi; tum quia quodlibet ex iis
privat bono aliquo secundum naturam, et institutionem actus venerei, ordinati ad
- finem generationis humanæ; tum quia quodlibet ipsorum habet diversum motivum,
+ finem generationis humanæ; tum quia quodlibet ipsorum habet diversum motivum,
per se sufficiens ad privandum eodem bono diversimode, ut optime
philosophatur Filliuc., tom. 2. c. 8. tract. 30. qu. 3. n<sup>o</sup> 142.; Cresp.,
q. mor. sel. contro.; Caramuel. q. 5. <i>per tot</i>.</td>
- <td class="stdindent">3. Donc, le commerce avec le Démon, soit Incube, soit Succube (qui est
- proprement <i>Démonialité</i>), diffère en espèce de la
- Bestialité, et ne saurait être confondu avec ce dernier crime, comme
- le pense à tort Cajetan, sous la qualification d'espèce
- très-spéciale; car, malgré qu'en aient dit quelques Anciens,
- et après eux Caramuel, dans sa <i>Théologie fondamentale</i>, les
- péchés contre nature sont entre eux d'espèce bien distincte.
- C'est du moins la doctrine générale, et l'opinion contraire a
- été condamnée par Alexandre VII: d'abord, parce que chacun de
- ces péchés porte avec lui sa turpitude particulière et
- distincte, contraire à la chasteté et à la
- génération humaine; ensuite, parce qu'en le commettant, on sacrifie
- chaque fois quelque avantage naturellement attaché à l'institution de
- l'acte vénérien, lequel a pour but normal la génération
- humaine; enfin, parce que tous ont un motif différent, mais suffisant en
- soi pour produire de diverses manières la privation du même bien,
- comme, le déduisent excellemment Filliucius, Crespin et Caramuel.</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">4. Ex his autem infertur, quod etiam Dæmonialitas specie differt a
+ <td class="stdindent">3. Donc, le commerce avec le Démon, soit Incube, soit Succube (qui est
+ proprement <i>Démonialité</i>), diffère en espèce de la
+ Bestialité, et ne saurait être confondu avec ce dernier crime, comme
+ le pense à tort Cajetan, sous la qualification d'espèce
+ très-spéciale; car, malgré qu'en aient dit quelques Anciens,
+ et après eux Caramuel, dans sa <i>Théologie fondamentale</i>, les
+ péchés contre nature sont entre eux d'espèce bien distincte.
+ C'est du moins la doctrine générale, et l'opinion contraire a
+ été condamnée par Alexandre VII: d'abord, parce que chacun de
+ ces péchés porte avec lui sa turpitude particulière et
+ distincte, contraire à la chasteté et à la
+ génération humaine; ensuite, parce qu'en le commettant, on sacrifie
+ chaque fois quelque avantage naturellement attaché à l'institution de
+ l'acte vénérien, lequel a pour but normal la génération
+ humaine; enfin, parce que tous ont un motif différent, mais suffisant en
+ soi pour produire de diverses manières la privation du même bien,
+ comme, le déduisent excellemment Filliucius, Crespin et Caramuel.</td>
+ </tr>
+
+ <tr>
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">4. Ex his autem infertur, quod etiam Dæmonialitas specie differt a
Bestialitate: singula enim ipsarum peculiarem, et distinctam turpitudinem
- castitati, ac humanæ generationi repugnantem involvit; siquidem Bestialitas
- est copula cum bruto vivente, ac sensibus et motu proprio prædito:
- Dæmonialitas autem est commixtio cum cadavere (stando in sententia communi,
+ castitati, ac humanæ generationi repugnantem involvit; siquidem Bestialitas
+ est copula cum bruto vivente, ac sensibus et motu proprio prædito:
+ Dæmonialitas autem est commixtio cum cadavere (stando in sententia communi,
quam infra examinabimus), nec sensum, nec motum vitalem habente; et per accidens
- est, quod a Dæmone moveatur. Quod si immunditia commissa cum brutali
+ est, quod a Dæmone moveatur. Quod si immunditia commissa cum brutali
cadavere, vel humano, differt specie a Sodomia et Bestialitate, ab ista differt
- pariter specie etiam <i>Dæmonialitas</i>, in qua, juxta communem sententiam,
+ pariter specie etiam <i>Dæmonialitas</i>, in qua, juxta communem sententiam,
homo cum cadavere concumbit accidentaliter moto.</td>
- <td class="stdindent">4. Il suit de là que la Démonialité diffère en
- espèce de la Bestialité, car chacune d'elles a sa turpitude
- particulière et distincte, contraire à la chasteté et à
- la génération humaine. La Bestialité est l'union avec une
- bête vivante, douée de sentiments et de mouvements qui lui sont
- propres: la Démonialité, au contraire, est la copulation avec un
- cadavre (au moins d'après la doctrine générale, que
- j'examinerai ci-après), lequel cadavre n'a ni sentiment ni mouvement, et ne
- se trouve mû qu'accidentellement, par un artifice du Démon. Or, si la
- fornication commise avec un cadavre d'homme, de femme ou de bête,
- diffère en espèce de la Sodomie et de la Bestialité, la
- même différence existe pour la <i>Démonialité</i> qui,
- dans l'opinion commune, est le commerce de l'homme avec un cadavre mû
+ <td class="stdindent">4. Il suit de là que la Démonialité diffère en
+ espèce de la Bestialité, car chacune d'elles a sa turpitude
+ particulière et distincte, contraire à la chasteté et à
+ la génération humaine. La Bestialité est l'union avec une
+ bête vivante, douée de sentiments et de mouvements qui lui sont
+ propres: la Démonialité, au contraire, est la copulation avec un
+ cadavre (au moins d'après la doctrine générale, que
+ j'examinerai ci-après), lequel cadavre n'a ni sentiment ni mouvement, et ne
+ se trouve mû qu'accidentellement, par un artifice du Démon. Or, si la
+ fornication commise avec un cadavre d'homme, de femme ou de bête,
+ diffère en espèce de la Sodomie et de la Bestialité, la
+ même différence existe pour la <i>Démonialité</i> qui,
+ dans l'opinion commune, est le commerce de l'homme avec un cadavre mû
accidentellement.</td>
</tr>
@@ -1001,271 +960,271 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
(hoc est, ea ad quam regulariter non potest sequi generatio) habet rationem
generis; subjectum vero talis seminationis est differentia constituens species sub
tali genere, unde si seminatio fiat in terram, aut corpus inanime, est mollities:
- si fiat cum homine in vase præpostero, est Sodomia; si fiat cum bruto, est
- bestialitas; quæ absque controversia inter se specie differunt, eo quod
- terra, seu cadaver, homo, et brutum, quæ sunt subjecta talis seminationis,
- specie differunt inter se. Sed Dæmon a bruto non solum differt specie, sed
- plusquam specie: differunt enim per corporeum, et incorporeum, quæ sunt
- differentiæ genericæ. Sequitur ergo quod seminationes factæ cum
+ si fiat cum homine in vase præpostero, est Sodomia; si fiat cum bruto, est
+ bestialitas; quæ absque controversia inter se specie differunt, eo quod
+ terra, seu cadaver, homo, et brutum, quæ sunt subjecta talis seminationis,
+ specie differunt inter se. Sed Dæmon a bruto non solum differt specie, sed
+ plusquam specie: differunt enim per corporeum, et incorporeum, quæ sunt
+ differentiæ genericæ. Sequitur ergo quod seminationes factæ cum
aliis differunt inter se specie, quod est intentum.</td>
- <td class="stdindent">5. Autre preuve: dans les péchés contre nature, la
- sémination anti-naturelle (c'est-à-dire qui ne peut être
- régulièrement suivie de génération) constitue un genre;
- mais le sujet de cette sémination est la différence qui constitue les
- espèces classées sous le genre. Ainsi, que la sémination ait
- lieu sur la terre, ou sur un corps inanimé, c'est pollution; qu'elle
- s'opère <i>cum homine in vase præpostero</i>, c'est Sodomie; avec une
- bête, c'est bestialité: tous crimes qui, sans contredit,
- diffèrent en espèce entre eux, par la même raison que la terre,
- le cadavre, l'homme et la bête, sujets passifs <i>talis seminationis</i>,
- sont entre eux d'espèce différente. Mais la différence du
- Démon avec la bête n'est pas seulement spécifique, elle est
- plus que spécifique: la nature de l'une est corporelle, l'autre
- incorporelle, ce qui établit une différence générique.
- D'où il suit <i>quod seminationes</i> pratiquées sur des sujets
- différents diffèrent en espèce entre elles; ce qu'il fallait
- démontrer.</td>
+ <td class="stdindent">5. Autre preuve: dans les péchés contre nature, la
+ sémination anti-naturelle (c'est-à-dire qui ne peut être
+ régulièrement suivie de génération) constitue un genre;
+ mais le sujet de cette sémination est la différence qui constitue les
+ espèces classées sous le genre. Ainsi, que la sémination ait
+ lieu sur la terre, ou sur un corps inanimé, c'est pollution; qu'elle
+ s'opère <i>cum homine in vase præpostero</i>, c'est Sodomie; avec une
+ bête, c'est bestialité: tous crimes qui, sans contredit,
+ diffèrent en espèce entre eux, par la même raison que la terre,
+ le cadavre, l'homme et la bête, sujets passifs <i>talis seminationis</i>,
+ sont entre eux d'espèce différente. Mais la différence du
+ Démon avec la bête n'est pas seulement spécifique, elle est
+ plus que spécifique: la nature de l'une est corporelle, l'autre
+ incorporelle, ce qui établit une différence générique.
+ D'où il suit <i>quod seminationes</i> pratiquées sur des sujets
+ différents diffèrent en espèce entre elles; ce qu'il fallait
+ démontrer.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">6. Pariter, trita est doctrina Moralistarum fundata in Tridentino, sess. 14.
c. 5. D. Th. in 4. dist. 16. q. 3. art. 2., Vasquez, q. 91. art. 1. dub. 2. n. 6.,
Reginald. Valenz. Medin. Zerola. Pesant. Sajir. Sott. Pitig. Henriquez apud
- Bonac. <i>de Sac.</i> disp. 5. q. 5. sect. 2. punct. 2. § 3. diffic.
- 3. n. 5., et tradita per Theologos, quod in confessione manifestandæ sint
- tantum circumstantiæ quæ mutant speciem peccatorum. Si igitur
- Dæmonialitas et Bestialitas sunt ejusdem speciei specialissimæ,
+ Bonac. <i>de Sac.</i> disp. 5. q. 5. sect. 2. punct. 2. § 3. diffic.
+ 3. n. 5., et tradita per Theologos, quod in confessione manifestandæ sint
+ tantum circumstantiæ quæ mutant speciem peccatorum. Si igitur
+ Dæmonialitas et Bestialitas sunt ejusdem speciei specialissimæ,
sufficit in confessione dicere: <i>Bestialitatis peccatum commisi</i>, quantumvis
- confitens cum Dæmone concubuerit. Hoc autem falsum est: igitur non sunt
- ejusdem speciei specialissimæ.</td>
+ confitens cum Dæmone concubuerit. Hoc autem falsum est: igitur non sunt
+ ejusdem speciei specialissimæ.</td>
- <td class="stdindent">6. J'invoquerai encore la doctrine bien connue des Moralistes, établie
- dans le Concile de Trente, session 14, et admise par les Théologiens,
- à savoir: que, dans la confession, il suffit d'énoncer les
- circonstances qui modifient l'espèce des péchés. Si donc la
- Démonialité et la Bestialité sont d'une même
- espèce très-spéciale, il suffira au pénitent, chaque
- fois qu'il aura forniqué avec le Démon, de dire à son
- confesseur: <i>J'ai commis le péché de Bestialité</i>. Or,
- ceci est faux: donc ces deux péchés ne sont pas de même
- espèce très-spéciale.</td>
+ <td class="stdindent">6. J'invoquerai encore la doctrine bien connue des Moralistes, établie
+ dans le Concile de Trente, session 14, et admise par les Théologiens,
+ à savoir: que, dans la confession, il suffit d'énoncer les
+ circonstances qui modifient l'espèce des péchés. Si donc la
+ Démonialité et la Bestialité sont d'une même
+ espèce très-spéciale, il suffira au pénitent, chaque
+ fois qu'il aura forniqué avec le Démon, de dire à son
+ confesseur: <i>J'ai commis le péché de Bestialité</i>. Or,
+ ceci est faux: donc ces deux péchés ne sont pas de même
+ espèce très-spéciale.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">7. Quod si dicatur, aperiendum esse in confessione circumstantiam concubitus
- cum Dæmone ratione peccati contra Religionem: peccatum contra Religionem
+ cum Dæmone ratione peccati contra Religionem: peccatum contra Religionem
committitur, aut ex cultu, aut ex reverentia, aut ex deprecatione, aut ex pacto,
- aut ex societate cum Dæmone (D. Thomas, 2. 2. q. 90. art. 2. et q. 95. art.
+ aut ex societate cum Dæmone (D. Thomas, 2. 2. q. 90. art. 2. et q. 95. art.
4. in corp.); sed, ut infra dicemus, dantur Succubi, et Incubi, quibus nullum
- prædictorum exhibetur, et tamen copula sequitur: igitur respectu istorum
+ prædictorum exhibetur, et tamen copula sequitur: igitur respectu istorum
nulla intervenit irreligiositas, et commixtio cum istis nullam habebit rationem
ulteriorem, quam puri et simplicis coitus, qui, si est ejusdem speciei cum<i>
Bestialitate</i>, sufficienter exprimetur dicendo: <i>Bestialitatem commisi</i>;
quod tamen falsum est.</td>
- <td class="stdindent">7. On dira peut-être que si les circonstances du commerce avec le
- Démon doivent être révélées au confesseur, c'est
- à cause de l'atteinte qu'il porte à la Religion; cette atteinte
- résulte, en effet, soit du culte rendu au Démon, soit des hommages ou
- des prières qu'on lui adresse, soit du pacte de société conclu
+ <td class="stdindent">7. On dira peut-être que si les circonstances du commerce avec le
+ Démon doivent être révélées au confesseur, c'est
+ à cause de l'atteinte qu'il porte à la Religion; cette atteinte
+ résulte, en effet, soit du culte rendu au Démon, soit des hommages ou
+ des prières qu'on lui adresse, soit du pacte de société conclu
avec lui (<i>S. Thomas</i>, quest. 90). Mais, comme on le verra dans la suite, il
est des Incubes et des Succubes auxquels rien de tout cela ne s'applique, et
- cependant <i>copula sequitur</i>. Il n'y a donc, dans ce cas spécial, aucun
- élément d'impiété, aucun caractère autre <i>quam
- puri et simplicis coitus</i>; et, s'il est de même espèce que la
- <i>Bestialité</i>, on l'énoncera suffisamment en disant: <i>J'ai
- commis le péché de Bestialité</i>, ce qui est faux.</td>
+ cependant <i>copula sequitur</i>. Il n'y a donc, dans ce cas spécial, aucun
+ élément d'impiété, aucun caractère autre <i>quam
+ puri et simplicis coitus</i>; et, s'il est de même espèce que la
+ <i>Bestialité</i>, on l'énoncera suffisamment en disant: <i>J'ai
+ commis le péché de Bestialité</i>, ce qui est faux.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">8. Ulterius in confesso est apud omnes Theologos Morales, quod
- longe gravior est copula cum Dæmone, quam cum quolibet bruto; in eadem autem
+ longe gravior est copula cum Dæmone, quam cum quolibet bruto; in eadem autem
specie specialissima peccati non datur unum peccatum gravius altero, sed omnia
- æque gravia sunt; perinde enim est coire cum cane, aut asina, aut equa;
- sequitur ergo, quod si <i>Dæmonialitas</i> est gravior Bestialitate, non sint
- ambo ejusdem speciei. Nec dicendum gravitatem majorem in <i>Dæmonialitate</i>
+ æque gravia sunt; perinde enim est coire cum cane, aut asina, aut equa;
+ sequitur ergo, quod si <i>Dæmonialitas</i> est gravior Bestialitate, non sint
+ ambo ejusdem speciei. Nec dicendum gravitatem majorem in <i>Dæmonialitate</i>
petendam esse ab irreligiositate, seu superstitione ex societate cum
- Dæmone, ut scribit Cajetanus ad 2. 2. q. 154., ar. 11. § ad 3. in fine,
+ Dæmone, ut scribit Cajetanus ad 2. 2. q. 154., ar. 11. § ad 3. in fine,
quia hoc fallit in aliquibus Succubis et Incubis, ut supra dictum est; tum quia
- gravitas major statuitur in <i>Dæmonialitate</i> præ Bestialitate, in
+ gravitas major statuitur in <i>Dæmonialitate</i> præ Bestialitate, in
genere vitii contra naturam: major autem gravitas in illa supra istam ratione
irreligiositatis exorbitat ex illo genere, proinde non facit in illo genere, et ex
se graviorem.</td>
- <td class="stdindent">8. En outre, de l'aveu de tous les Théologiens Moralistes,
- <i>copula cum Dæmone</i> est beaucoup plus grave que pareil acte commis avec
- n'importe quelle bête. Or, dans une même espèce
- très-spéciale de péché, un péché n'est
- pas plus grave qu'un autre, mais tous sont également graves: c'est
- même chose d'avoir commerce avec une chienne, ou une ânesse, ou une
- jument; d'où il suit que, si la <i>Démonialité</i> est plus
- grave que la Bestialité, ces deux actes ne sont pas de même
- espèce. Et qu'on ne prétende pas, comme le fait Cajetan, attribuer
- plus de gravité à la <i>Démonialité</i>, à cause
- de l'outrage que recevrait la Religion du culte rendu au Démon ou du pacte
- de société conclu avec lui: ceci, en effet, on l'a vu plus haut, ne
+ <td class="stdindent">8. En outre, de l'aveu de tous les Théologiens Moralistes,
+ <i>copula cum Dæmone</i> est beaucoup plus grave que pareil acte commis avec
+ n'importe quelle bête. Or, dans une même espèce
+ très-spéciale de péché, un péché n'est
+ pas plus grave qu'un autre, mais tous sont également graves: c'est
+ même chose d'avoir commerce avec une chienne, ou une ânesse, ou une
+ jument; d'où il suit que, si la <i>Démonialité</i> est plus
+ grave que la Bestialité, ces deux actes ne sont pas de même
+ espèce. Et qu'on ne prétende pas, comme le fait Cajetan, attribuer
+ plus de gravité à la <i>Démonialité</i>, à cause
+ de l'outrage que recevrait la Religion du culte rendu au Démon ou du pacte
+ de société conclu avec lui: ceci, en effet, on l'a vu plus haut, ne
se rencontre pas toujours dans le commerce de l'homme avec les Incubes et les
- Succubes; de plus si, dans le genre du péché contre nature, la
- <i>Démonialité</i> est plus grave que la Bestialité, l'outrage
- à la Religion n'est pour rien dans cette aggravation, puisqu'il est
- étranger à ce genre lui-même.</td>
+ Succubes; de plus si, dans le genre du péché contre nature, la
+ <i>Démonialité</i> est plus grave que la Bestialité, l'outrage
+ à la Religion n'est pour rien dans cette aggravation, puisqu'il est
+ étranger à ce genre lui-même.</td>
</tr>
<tr id="no9">
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">9. Statuta igitur differentia specifica <i>Dæmonialitatis</i> a
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">9. Statuta igitur differentia specifica <i>Dæmonialitatis</i> a
Bestialitate, ut gravitas illius percipiatur in ordine ad p&oelig;nam de qua
principaliter nobis tractandum est, est necessarium inquirere quotupliciter
- <i>Dæmonialitas</i> accidat. Non desunt qui sibi nimis scioli negant quod
+ <i>Dæmonialitas</i> accidat. Non desunt qui sibi nimis scioli negant quod
gravissimi Auctores scripsere, et quod quotidiana constat experientia,
- Dæmonem scilicet tum Incubum, tum Succubum, non solum hominibus, sed etiam
+ Dæmonem scilicet tum Incubum, tum Succubum, non solum hominibus, sed etiam
brutis carnaliter conjungi. Aiunt proinde esse hominum imaginationem,
- phantasmatibus a Dæmone perturbatis læsam, seu dæmoniaca esse
- præstigia: sicuti etiam Sagæ, seu Striges, sola imaginatione perturbata
- a Dæmone, sibi videntur assistere ludis, choreis, conviviis, et conventibus
- nocturnis, et carnaliter Dæmoni commisceri; nullo vero reali modo deferuntur
+ phantasmatibus a Dæmone perturbatis læsam, seu dæmoniaca esse
+ præstigia: sicuti etiam Sagæ, seu Striges, sola imaginatione perturbata
+ a Dæmone, sibi videntur assistere ludis, choreis, conviviis, et conventibus
+ nocturnis, et carnaliter Dæmoni commisceri; nullo vero reali modo deferuntur
corpore ad ejusmodi loca, et actiones, prout textualiter dicitur in quodam
Capitulo, ac duobus Conciliis. <i>Cap. Episcop.</i> 26. q. 5., <i>Conc. Ancyr.</i>
c. 24., <i>Conc. Rom.</i> 4. <i>sub Damaso</i>, c. 5. <i>apud Laur.
Epitom.</i> v<sup>o</sup> <i>Saga</i>.</td>
- <td class="stdindent">9. Or, ayant établi la différence spécifique de la
- <i>Démonialité</i> d'avec la Bestialité, de telle sorte qu'on
- puisse en apprécier la gravité et déterminer le
- degré de pénitence qu'elle mérite (ce qui, pour nous, est le
- point capital), il nous faut maintenant rechercher de combien de manières
- différentes ce péché de <i>Démonialité</i> peut
- être commis. Il ne manque pas de gens, trop infatués de leur petit
- savoir, qui osent nier ce qu'ont écrit les plus graves Auteurs et ce
- qu'atteste l'expérience de chaque jour: à savoir que le Démon,
+ <td class="stdindent">9. Or, ayant établi la différence spécifique de la
+ <i>Démonialité</i> d'avec la Bestialité, de telle sorte qu'on
+ puisse en apprécier la gravité et déterminer le
+ degré de pénitence qu'elle mérite (ce qui, pour nous, est le
+ point capital), il nous faut maintenant rechercher de combien de manières
+ différentes ce péché de <i>Démonialité</i> peut
+ être commis. Il ne manque pas de gens, trop infatués de leur petit
+ savoir, qui osent nier ce qu'ont écrit les plus graves Auteurs et ce
+ qu'atteste l'expérience de chaque jour: à savoir que le Démon,
soit Incube, soit Succube, s'unit charnellement, non-seulement aux hommes ou aux
- femmes, mais aussi aux bêtes. A les en croire, tout cela n'a de fondement que
- dans l'imagination humaine, troublée par l'artifice du Démon; ce ne
+ femmes, mais aussi aux bêtes. A les en croire, tout cela n'a de fondement que
+ dans l'imagination humaine, troublée par l'artifice du Démon; ce ne
sont que fantasmagories et prestiges diaboliques. Pareille chose, disent-ils,
- arrive aux Sorcières ou Sagas qui, sous l'empire d'une illusion produite par
- le Démon, s'imaginent assister aux jeux, danses, festins et sabbats
- nocturnes, et avoir avec le Démon un commerce charnel, sans y être en
- réalité présentes ou agissantes de corps, ainsi que l'ont
- textuellement défini un Capitule et deux Conciles.</td>
+ arrive aux Sorcières ou Sagas qui, sous l'empire d'une illusion produite par
+ le Démon, s'imaginent assister aux jeux, danses, festins et sabbats
+ nocturnes, et avoir avec le Démon un commerce charnel, sans y être en
+ réalité présentes ou agissantes de corps, ainsi que l'ont
+ textuellement défini un Capitule et deux Conciles.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">10. Sed non negatur, quin aliquando mulierculæ, illusæ a
- Dæmonibus, videantur nocturnis Sagarum ludis corporaliter interesse, dum
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">10. Sed non negatur, quin aliquando mulierculæ, illusæ a
+ Dæmonibus, videantur nocturnis Sagarum ludis corporaliter interesse, dum
tamen sola imaginaria visione ipsis hoc accidit: sicut etiam in somnis videtur
nonnullis cum f&oelig;mina aliqua concumbere, et semen vere excernitur, non tamen
concubitus ille realis est, sed tantum phantasticus, paratus non raro per
illusionem diabolicam; et in hoc verissimum est quod habent citatum Capitulum et
- Concilia. Sed hoc non semper est; sed ut in pluribus, corpore deferuntur Sagæ
- ad ludos nocturnos, et vere carnaliter corpore conjunguntur Dæmoni, et
- Malefici non minus Dæmoni succubo miscentur, et hæc est sententia
+ Concilia. Sed hoc non semper est; sed ut in pluribus, corpore deferuntur Sagæ
+ ad ludos nocturnos, et vere carnaliter corpore conjunguntur Dæmoni, et
+ Malefici non minus Dæmoni succubo miscentur, et hæc est sententia
Theologorum, et jure consultorum Catholicorum, quos abunde citat Frater Franciscus
Maria Guaccius in suo libro intitulato <i>Compendium Maleficarum</i>; Grilland.
Remig. Petr. Damian. Sylvest. Alphon. a Cast. Abul. Cajet. Senon. Crespet. Spine.
- Anan. apud Guaccium, <i>Comp. Malef.</i>, c. 15. § <i>Altera, quam verissimam...
- </i> n. 69. lib. p.; quæ sententia confirmatur decem et octo exemplis,
+ Anan. apud Guaccium, <i>Comp. Malef.</i>, c. 15. § <i>Altera, quam verissimam...
+ </i> n. 69. lib. p.; quæ sententia confirmatur decem et octo exemplis,
ibidem allatis et relatis per viros doctos et veridicos de quorum fide ambigendum
non est, quibus probatur Maleficos et Sagas corporaliter ad ludos convenire, et cum
- Dæmonibus succubis et incubis corporaliter turpissime commisceri. Et pro
+ Dæmonibus succubis et incubis corporaliter turpissime commisceri. Et pro
omnibus sufficere debet auctoritas Divi Augustini, qui loquens de concubitu hominum
- cum Dæmonibus, sic ait lib. 15. de <i>Civitate Dei</i>, c.
- 23.: <i>«Et quoniam creberrima fama est, multique se expertos, vel ab eis
+ cum Dæmonibus, sic ait lib. 15. de <i>Civitate Dei</i>, c.
+ 23.: <i>«Et quoniam creberrima fama est, multique se expertos, vel ab eis
qui experti essent, de quorum fide dubitandum non est, audivisse confirmant,
- Sylvanos et Faunos, quos vulgo Incubos vocant, improbos sæpe extitisse
- mulieribus, et earum appetiisse et peregisse concubitum. Et quosdam Dæmones,
+ Sylvanos et Faunos, quos vulgo Incubos vocant, improbos sæpe extitisse
+ mulieribus, et earum appetiisse et peregisse concubitum. Et quosdam Dæmones,
quos Dusios Galli nuncupant, hanc assidue immunditiam et tentare et efficere,
- plures talesque asseverant, ut hoc negare impudentia videatur.»</i> Hæc
+ plures talesque asseverant, ut hoc negare impudentia videatur.»</i> Hæc
Augustinus.</td>
<td class="stdindent">10. Mais, sans doute, on ne conteste pas que parfois de jeunes femmes,
- trompées par le Démon, se figurent prendre part, en chair et en os,
- aux sabbats nocturnes des Sorcières, sans qu'il y ait là autre chose
- qu'une vision imaginaire. C'est ainsi qu'en rêve, on s'imagine assez souvent
+ trompées par le Démon, se figurent prendre part, en chair et en os,
+ aux sabbats nocturnes des Sorcières, sans qu'il y ait là autre chose
+ qu'une vision imaginaire. C'est ainsi qu'en rêve, on s'imagine assez souvent
<i>cum f&oelig;mina aliqua concumbere, et semen vere excernitur, non tamen
- concubitus ille realis est</i>, mais seulement fantastique et fréquemment
+ concubitus ille realis est</i>, mais seulement fantastique et fréquemment
l'&oelig;uvre d'une illusion diabolique: en quoi le Capitule et les Conciles
- ci-dessus cités ont parfaitement raison. Mais ceci n'est pas toujours le
- cas; il arrive, au contraire, le plus souvent, que les Sorcières sont bien
- présentes de corps aux sabbats nocturnes, qu'elles ont avec le Démon
+ ci-dessus cités ont parfaitement raison. Mais ceci n'est pas toujours le
+ cas; il arrive, au contraire, le plus souvent, que les Sorcières sont bien
+ présentes de corps aux sabbats nocturnes, qu'elles ont avec le Démon
un commerce parfaitement charnel et corporel, et que tout pareillement les Sorciers
- s'accolent au Démon femelle ou succube. C'est là l'opinion des
- Théologiens comme des Jurisconsultes catholiques, qu'on trouvera
- cités tout au long dans le <i>Compendium Maleficarum</i>, ou
- <i>Répertoire des Sorcières</i>, de Frère
- François-Marie Guaccius. On y verra cette doctrine confirmée par
- dix-huit exemples tirés des récits d'hommes savants et
- véridiques, dont le témoignage est au-dessus du soupçon, et
- qui prouvent que les Sorciers et Sorcières sont bien présents de
+ s'accolent au Démon femelle ou succube. C'est là l'opinion des
+ Théologiens comme des Jurisconsultes catholiques, qu'on trouvera
+ cités tout au long dans le <i>Compendium Maleficarum</i>, ou
+ <i>Répertoire des Sorcières</i>, de Frère
+ François-Marie Guaccius. On y verra cette doctrine confirmée par
+ dix-huit exemples tirés des récits d'hommes savants et
+ véridiques, dont le témoignage est au-dessus du soupçon, et
+ qui prouvent que les Sorciers et Sorcières sont bien présents de
corps aux sabbats, et font bel et bien l'&oelig;uvre de chair avec les
- Démons incubes ou succubes. En définitive, nous avons, pour trancher
- la question, l'autorité de S. Augustin, lequel, parlant du commerce charnel
- des hommes avec le Démon, s'exprime ainsi au livre 15, chap. 23, de la
- <i>Cité de Dieu</i>: «<i>C'est une opinion
- très-répandue, et confirmée par les témoignages directs
+ Démons incubes ou succubes. En définitive, nous avons, pour trancher
+ la question, l'autorité de S. Augustin, lequel, parlant du commerce charnel
+ des hommes avec le Démon, s'exprime ainsi au livre 15, chap. 23, de la
+ <i>Cité de Dieu</i>: «<i>C'est une opinion
+ très-répandue, et confirmée par les témoignages directs
ou indirects de personnes absolument dignes de foi, que les Sylvains et les Faunes,
- vulgairement appelés Incubes, ont souvent tourmenté les femmes,
- sollicité et obtenu d'elles le coït. Il y a même des
- Démons, nommés par les Gaulois Duses (</i>ou<i> lutins), qui se
- livrent très-régulièrement à ces pratiques impures:
- ceci est attesté par des autorités si nombreuses et si graves, qu'il
- y aurait impudence à vouloir le nier.</i>» Tels sont les propres
+ vulgairement appelés Incubes, ont souvent tourmenté les femmes,
+ sollicité et obtenu d'elles le coït. Il y a même des
+ Démons, nommés par les Gaulois Duses (</i>ou<i> lutins), qui se
+ livrent très-régulièrement à ces pratiques impures:
+ ceci est attesté par des autorités si nombreuses et si graves, qu'il
+ y aurait impudence à vouloir le nier.</i>» Tels sont les propres
termes de S. Augustin.</td>
</tr>
<tr id="no11">
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">11. Prout autem apud diversos Auctores legitur, et pluribus experimentis
- comprobatur, duplici modo Dæmon hominibus carnaliter copulatur: uno modo quo
+ comprobatur, duplici modo Dæmon hominibus carnaliter copulatur: uno modo quo
Maleficis et Sagis jungitur, alio modo quo aliis hominibus minime maleficis
miscetur.</td>
- <td class="stdindent">11. Or divers Auteurs nous enseignent, et leur opinion est confirmée par
- de nombreuses expériences, que le Démon a deux manières de
- s'unir charnellement aux hommes ou aux femmes: l'une qu'il emploie à
- l'égard des Sorciers ou des Sorcières, l'autre à
- l'égard d'autres hommes ou femmes parfaitement étrangers à
+ <td class="stdindent">11. Or divers Auteurs nous enseignent, et leur opinion est confirmée par
+ de nombreuses expériences, que le Démon a deux manières de
+ s'unir charnellement aux hommes ou aux femmes: l'une qu'il emploie à
+ l'égard des Sorciers ou des Sorcières, l'autre à
+ l'égard d'autres hommes ou femmes parfaitement étrangers à
toute sorcellerie.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">12. Quantum ad primum modum, non copulatur Dæmon Sagis, seu
- Maleficis, nisi præmissa solemni professione, qua iniquissimi homines
- Dæmoni addicuntur; quæ professio, ut ex variis Auctoribus referentibus
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">12. Quantum ad primum modum, non copulatur Dæmon Sagis, seu
+ Maleficis, nisi præmissa solemni professione, qua iniquissimi homines
+ Dæmoni addicuntur; quæ professio, ut ex variis Auctoribus referentibus
confessiones Sagarum judiciales in tormentis factas, quas collegit Franciscus Maria
Guaccius, <i>Comp. Malef.</i>, c. 7., lib. 1., consistit in undecim
ceremoniis.</td>
- <td class="stdindent">12. Dans le premier cas, le Démon ne s'accole aux
- Sorcières ou aux Sorciers qu'après une profession solennelle, en
- vertu de laquelle ces misérables créatures humaines s'abandonnent
- à lui. Suivant plusieurs auteurs, qui ont rapporté les aveux
- judiciaires arrachés aux Sorcières dans les tortures, et dont les
- récits ont été recueillis par François-Marie Guaccius,
+ <td class="stdindent">12. Dans le premier cas, le Démon ne s'accole aux
+ Sorcières ou aux Sorciers qu'après une profession solennelle, en
+ vertu de laquelle ces misérables créatures humaines s'abandonnent
+ à lui. Suivant plusieurs auteurs, qui ont rapporté les aveux
+ judiciaires arrachés aux Sorcières dans les tortures, et dont les
+ récits ont été recueillis par François-Marie Guaccius,
<i>Compend. Malef.</i>, livre I<sup>er</sup>, chap. 7, cette profession consiste en
- onze cérémonies:</td>
+ onze cérémonies:</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">13. Primo, ineunt pactum expressum cum Dæmone, aut alio Mago seu
- Malefico vicem Dæmonis gerente, et testibus præsentibus, de servitio
- diabolico suscipiendo: Dæmon vero viceversa honores, divitias, et carnales
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">13. Primo, ineunt pactum expressum cum Dæmone, aut alio Mago seu
+ Malefico vicem Dæmonis gerente, et testibus præsentibus, de servitio
+ diabolico suscipiendo: Dæmon vero viceversa honores, divitias, et carnales
delectationes illis pollicetur. <i>Guacc.</i> loc. cit. fol. 34.</td>
- <td class="stdindent">13. Premièrement, les Novices doivent conclure un pacte exprès
- avec le Démon, ou avec quelque autre Sorcier ou Magicien agissant au lieu et
- place du Démon, par quoi, en présence de témoins, ils
- s'enrôlent au service du Diable. Le Démon, de son côté,
+ <td class="stdindent">13. Premièrement, les Novices doivent conclure un pacte exprès
+ avec le Démon, ou avec quelque autre Sorcier ou Magicien agissant au lieu et
+ place du Démon, par quoi, en présence de témoins, ils
+ s'enrôlent au service du Diable. Le Démon, de son côté,
leur garantit honneurs, richesses et plaisirs charnels.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">14. Secundo, abnegant catholicam fidem, subducunt se obedientiæ Dei,
- renuntiant Christo, et protectioni Beatissimæ Virginis Mariæ, ac
- Ecclesiæ omnibus sacramentis. <i>Guacc.</i> loc. cit.</td>
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">14. Secundo, abnegant catholicam fidem, subducunt se obedientiæ Dei,
+ renuntiant Christo, et protectioni Beatissimæ Virginis Mariæ, ac
+ Ecclesiæ omnibus sacramentis. <i>Guacc.</i> loc. cit.</td>
- <td class="stdindent">14. Deuxièmement, ils abjurent la foi catholique, se soustraient
- à l'obéissance de Dieu, renoncent au Christ et à la protection
- de la Très-Bienheureuse Vierge Marie, et à tous les Sacrements de
- l'Église.</td>
+ <td class="stdindent">14. Deuxièmement, ils abjurent la foi catholique, se soustraient
+ à l'obéissance de Dieu, renoncent au Christ et à la protection
+ de la Très-Bienheureuse Vierge Marie, et à tous les Sacrements de
+ l'Église.</td>
</tr>
<tr>
@@ -1275,38 +1234,38 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
benedicti gestabant, et pedibus ea proculcant. <i>Guacc.</i> loc. cit. fol. 35.
Grilland.</td>
- <td class="stdindent">15. Troisièmement, ils jettent loin d'eux la Couronne ou le Rosaire de
- la Très-Bienheureuse Vierge Marie, le Cordon de S. François d'Assise
- ou la Courroie de S. Augustin, ou le Scapulaire des Carmélites, selon qu'ils
- appartiennent à tel ou tel ordre, la Croix, les Médailles, les
+ <td class="stdindent">15. Troisièmement, ils jettent loin d'eux la Couronne ou le Rosaire de
+ la Très-Bienheureuse Vierge Marie, le Cordon de S. François d'Assise
+ ou la Courroie de S. Augustin, ou le Scapulaire des Carmélites, selon qu'ils
+ appartiennent à tel ou tel ordre, la Croix, les Médailles, les
<i>Agnus Dei</i>, enfin tout ce qu'ils pouvaient porter de saint ou de
- bénit, et ils foulent tout cela aux pieds.</td>
+ bénit, et ils foulent tout cela aux pieds.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">16. Quarto, vovent in manibus Diaboli obedientiam, et subjectionem, eique
- præstant homagium et vassallagium, tangendo quoddam volumen nigerrimum.
- Spondent, quod nunquam redibunt ad fidem Christi, nec Dei præcepta servabunt,
- nec ulla bona opera facient, sed ad sola mandata Dæmonis attendent, et ad
+ præstant homagium et vassallagium, tangendo quoddam volumen nigerrimum.
+ Spondent, quod nunquam redibunt ad fidem Christi, nec Dei præcepta servabunt,
+ nec ulla bona opera facient, sed ad sola mandata Dæmonis attendent, et ad
conventus nocturnos diligenter accedent. <i>Guacc.</i> loc. cit. fol. 36.</td>
- <td class="stdindent">16. Quatrièmement, ils jurent entre les mains du Diable
- obéissance et soumission; ils lui rendent hommage et vasselage, les doigts
- posés sur un certain volume très-noir. Ils s'engagent à ne
- jamais revenir à la foi du Christ, à ne tenir aucun compte des
- préceptes divins, à ne faire aucune bonne &oelig;uvre, mais à
- obéir au Diable seul, et à fréquenter assidûment les
- réunions nocturnes.</td>
+ <td class="stdindent">16. Quatrièmement, ils jurent entre les mains du Diable
+ obéissance et soumission; ils lui rendent hommage et vasselage, les doigts
+ posés sur un certain volume très-noir. Ils s'engagent à ne
+ jamais revenir à la foi du Christ, à ne tenir aucun compte des
+ préceptes divins, à ne faire aucune bonne &oelig;uvre, mais à
+ obéir au Diable seul, et à fréquenter assidûment les
+ réunions nocturnes.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">17. Quinto, spondent se enixe curaturos, et omni studio ac sedulitate
procuraturos adducere alios mares et f&oelig;minas ad suam sectam, et cultum
- Dæmonis. <i>Guacc.</i> loc. cit.</td>
+ Dæmonis. <i>Guacc.</i> loc. cit.</td>
- <td class="stdindent">17. Cinquièmement, ils promettent de faire tous leurs efforts,
- d'employer tout leur zèle et tous leurs soins, pour enrôler dans leur
- secte, au service du Diable, d'autres créatures mâles et
+ <td class="stdindent">17. Cinquièmement, ils promettent de faire tous leurs efforts,
+ d'employer tout leur zèle et tous leurs soins, pour enrôler dans leur
+ secte, au service du Diable, d'autres créatures mâles et
femelles.</td>
</tr>
@@ -1317,12 +1276,12 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
qui ipsos instruant in arte maleficiorum, et imponitur nomen novum, quod plerumque
scurrile est. <i>Guacc.</i> loc. cit.</td>
- <td class="stdindent">18. Sixièmement, le Diable leur administre une sorte de baptême
- sacrilége, et, après avoir renié les Parrains et Marraines
- qu'ils ont eus au Baptême du Christ et à la Confirmation, ils se font
- assigner par le Diable un Parrain et une Marraine nouveaux, chargés de les
- instruire dans l'art des maléfices; ils quittent le nom qu'ils portaient
- avant et en reçoivent un nouveau, qui le plus souvent est un sobriquet
+ <td class="stdindent">18. Sixièmement, le Diable leur administre une sorte de baptême
+ sacrilége, et, après avoir renié les Parrains et Marraines
+ qu'ils ont eus au Baptême du Christ et à la Confirmation, ils se font
+ assigner par le Diable un Parrain et une Marraine nouveaux, chargés de les
+ instruire dans l'art des maléfices; ils quittent le nom qu'ils portaient
+ avant et en reçoivent un nouveau, qui le plus souvent est un sobriquet
bouffon.</td>
</tr>
@@ -1331,30 +1290,30 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
Diabolo in signum homagii, et Diabolus illam asportat, et servat. <i>Guacc.
</i> loc. cit. fol. 38.</td>
- <td class="stdindent">19. Septièmement, ils coupent une partie de leurs propres
- vêtements pour l'offrir au Diable en signe d'hommage, et le Diable l'emporte
+ <td class="stdindent">19. Septièmement, ils coupent une partie de leurs propres
+ vêtements pour l'offrir au Diable en signe d'hommage, et le Diable l'emporte
et la garde.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">20. Octavo, format Diabolus circulum super terram, et in eo stantes Novitii
- Malefici et Sagæ firmant juramento omnia, quæ ut dictum est
+ Malefici et Sagæ firmant juramento omnia, quæ ut dictum est
promiserunt. <i>Guacc.</i> loc. cit.</td>
- <td class="stdindent">20. Huitièmement, le Diable trace sur la terre un cercle, et dans ce
- cercle se tiennent les Novices, Sorciers et Sorcières, pour y confirmer tous
+ <td class="stdindent">20. Huitièmement, le Diable trace sur la terre un cercle, et dans ce
+ cercle se tiennent les Novices, Sorciers et Sorcières, pour y confirmer tous
les serments qu'ils ont faits comme il est dit ci-dessus.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">21. Nono, petunt a Diabolo deleri a libro Christi, et describi in libro suo,
- et profertur liber nigerrimus, quem tetigerunt præstando homagium, ut dictum
+ et profertur liber nigerrimus, quem tetigerunt præstando homagium, ut dictum
est supra, et ungue Diaboli in eo exarantur. <i>Guacc.</i> loc. cit.</td>
- <td class="stdindent">21. Neuvièmement, ils demandent au Diable de les rayer du livre du
- Christ, et de les immatriculer dans le sien. Alors paraît ce livre
- très-noir qu'ils ont touché en rendant hommage (voyez plus haut), et
- dans ce livre ils sont enregistrés par la griffe du Diable.</td>
+ <td class="stdindent">21. Neuvièmement, ils demandent au Diable de les rayer du livre du
+ Christ, et de les immatriculer dans le sien. Alors paraît ce livre
+ très-noir qu'ils ont touché en rendant hommage (voyez plus haut), et
+ dans ce livre ils sont enregistrés par la griffe du Diable.</td>
</tr>
<tr>
@@ -1364,19 +1323,19 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
generis, ut grandines, tempestates, incendia, mortem animalium, etc. <i>Guacc.
</i>loc. cit. fol. 40.</td>
- <td class="stdindent">22. Dixièmement, ils promettent au Diable, à des époques
- déterminées, des sacrifices et des offrandes: tous les quinze
+ <td class="stdindent">22. Dixièmement, ils promettent au Diable, à des époques
+ déterminées, des sacrifices et des offrandes: tous les quinze
jours, ou au moins tous les mois, le meurtre de quelque enfant, ou un
- sortilége homicide, et chaque semaine d'autres méfaits au
- préjudice du genre humain, tels que grêles, tempêtes, incendies,
- épizooties, etc.</td>
+ sortilége homicide, et chaque semaine d'autres méfaits au
+ préjudice du genre humain, tels que grêles, tempêtes, incendies,
+ épizooties, etc.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">23. Undecimo, sigillantur a Dæmone aliquo caractere, maxime ii, de
- quorum constantia dubitat. Caracter vero non est semper ejusdem formæ, aut
- figuræ: aliquando enim est simile lepori, aliquando pedi bufonis, aliquando
- araneæ, vel catello, vel gliri; imprimitur autem in locis corporeis magis
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">23. Undecimo, sigillantur a Dæmone aliquo caractere, maxime ii, de
+ quorum constantia dubitat. Caracter vero non est semper ejusdem formæ, aut
+ figuræ: aliquando enim est simile lepori, aliquando pedi bufonis, aliquando
+ araneæ, vel catello, vel gliri; imprimitur autem in locis corporeis magis
occultis: viris quidem aliquando sub palpebris, aliquando sub axillis, aut labiis,
aut humeris, aut sede ima, aut alibi; mulieribus autem plerumque in mammis, aut
locis muliebribus. Porro sigillum, quo talia signa imprimuntur, est unguis Diaboli.
@@ -1385,189 +1344,189 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
V. M. futuros; conculcaturos ac conspurcaturos Sacras Imagines, Crucem, ac
Sanctorum Reliquias; nunquam usuros Sacramentis, aut sacramentalibus, nisi ad
maleficia; integram confessionem sacramentalem sacerdoti nunquam facturos, et suum
- cum Dæmone commercium semper celaturos. Et Diabolus vicissim pollicetur, se
- illis semper præsto futurum; se in hoc mundo votis eorum satisfacturum, et
+ cum Dæmone commercium semper celaturos. Et Diabolus vicissim pollicetur, se
+ illis semper præsto futurum; se in hoc mundo votis eorum satisfacturum, et
post mortem illos esse beaturum. Sic peracta professione solemni, assignatur
singulis eorum Diabolus, qui appellatur <i>Magistellus</i>, cum quo in partes
- secedunt, et carnaliter commiscentur: ille quidem in specie f&oelig;minæ, si
+ secedunt, et carnaliter commiscentur: ille quidem in specie f&oelig;minæ, si
initiatus est vir; in forma autem viri, et aliquando satyri, aliquando hirci, si
f&oelig;mina est saga professa. <i>Guacc.</i> loc. cit. fol. 42 et 43.</td>
- <td class="stdindent">23. Onzièmement, ils sont marqués par le Démon de quelque
+ <td class="stdindent">23. Onzièmement, ils sont marqués par le Démon de quelque
signe, ceux surtout dont la constance lui est suspecte. Ce signe, du reste, n'est
- pas toujours de même forme ou figure: tantôt c'est l'image d'un
- lièvre, tantôt une patte de crapaud, tantôt une araignée,
+ pas toujours de même forme ou figure: tantôt c'est l'image d'un
+ lièvre, tantôt une patte de crapaud, tantôt une araignée,
un petit chien, un loir. Il s'imprime dans les endroits du corps les plus
- cachés: chez les hommes, sous les paupières, ou sous l'aisselle, ou
- sur les lèvres, sur l'épaule, au fondement ou ailleurs; quant aux
- femmes, c'est généralement aux seins ou aux parties sexuelles.
+ cachés: chez les hommes, sous les paupières, ou sous l'aisselle, ou
+ sur les lèvres, sur l'épaule, au fondement ou ailleurs; quant aux
+ femmes, c'est généralement aux seins ou aux parties sexuelles.
Maintenant, le cachet qui imprime ces marques n'est autre que la griffe du Diable.
- Tout ceci étant accompli suivant les instructions des Maîtres qui ont
- initié les Novices, ces derniers, pour conclure, promettent de n'adorer
+ Tout ceci étant accompli suivant les instructions des Maîtres qui ont
+ initié les Novices, ces derniers, pour conclure, promettent de n'adorer
jamais l'Eucharistie; d'accabler d'insultes tous les Saints et surtout la
- Très-Bienheureuse Vierge Marie; de fouler aux pieds et vilipender les
+ Très-Bienheureuse Vierge Marie; de fouler aux pieds et vilipender les
Saintes Images, la Croix et les Reliques des Saints; de ne jamais faire usage des
- Sacrements ou cérémonies sacramentelles, sinon pour les
- maléfices; de ne jamais faire au prêtre la confession sacramentelle
- complète, et de lui cacher toujours leur commerce avec le Démon. Le
- Démon, de son côté, s'engage à leur donner toujours
- prompte assistance; à combler leurs v&oelig;ux en ce monde, et à les
- rendre heureux après leur mort. La profession solennelle ainsi accomplie,
- chacun d'eux se voit assigner un Diable, appelé <i>Magistelle</i> ou
- Petit-Maître, avec lequel il se retire en particulier pour consommer l'union
- charnelle; ce Diable, naturellement, a la forme d'une femme si l'initié est
+ Sacrements ou cérémonies sacramentelles, sinon pour les
+ maléfices; de ne jamais faire au prêtre la confession sacramentelle
+ complète, et de lui cacher toujours leur commerce avec le Démon. Le
+ Démon, de son côté, s'engage à leur donner toujours
+ prompte assistance; à combler leurs v&oelig;ux en ce monde, et à les
+ rendre heureux après leur mort. La profession solennelle ainsi accomplie,
+ chacun d'eux se voit assigner un Diable, appelé <i>Magistelle</i> ou
+ Petit-Maître, avec lequel il se retire en particulier pour consommer l'union
+ charnelle; ce Diable, naturellement, a la forme d'une femme si l'initié est
un homme: ou la forme d'un homme, et quelquefois d'un satyre, quelquefois d'un
- bouc, si c'est une femme qui est reçue sorcière.</td>
+ bouc, si c'est une femme qui est reçue sorcière.</td>
</tr>
<tr id="no24">
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">24. Quod si quæratur ab Auctoribus, quomodo possit Dæmon, qui
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">24. Quod si quæratur ab Auctoribus, quomodo possit Dæmon, qui
corpus non habet, corporalem commixtionem habere cum homine? Respondent communiter,
- quod Dæmon aut assumit alterius maris, aut f&oelig;minæ, juxta
+ quod Dæmon aut assumit alterius maris, aut f&oelig;minæ, juxta
exigentiam, cadaver, aut ex mixtione aliarum materiarum effingit sibi corpus, quod
- movet, et mediante quo homini unitur. Et subdunt, quod quando f&oelig;minæ
- gaudent imprægnari a Dæmone (quod non fit, nisi in
- gratiam f&oelig;minarum hoc optantium), Dæmon se transformat in succubam, et
+ movet, et mediante quo homini unitur. Et subdunt, quod quando f&oelig;minæ
+ gaudent imprægnari a Dæmone (quod non fit, nisi in
+ gratiam f&oelig;minarum hoc optantium), Dæmon se transformat in succubam, et
juncta homini semen ab eo recipit; aut per illusionem nocturnam in somnis procurat
ab homine pollutionem, et semen prolectum in suo nativo calore, et cum vitali
- spiritu conservat, et incubando f&oelig;minæ infert in ipsius matricem, ex
+ spiritu conservat, et incubando f&oelig;minæ infert in ipsius matricem, ex
quo sequitur conceptio. Ita multis citatis docet Guaccius, l. 1. c. 12., per totum,
- qui prædicta multis exemplis desumptis a variis Doctoribus
+ qui prædicta multis exemplis desumptis a variis Doctoribus
confirmat.</td>
- <td class="stdindent">24. Mais, demandera-t-on aux Auteurs, comment se fait-il que le Démon,
+ <td class="stdindent">24. Mais, demandera-t-on aux Auteurs, comment se fait-il que le Démon,
qui n'a pas de corps, ait cependant avec l'homme ou la femme un commerce charnel?
- Ils vous répondent tout d'une voix que le Démon emprunte le cadavre
- d'un autre être humain, mâle ou femelle, suivant le cas, ou bien qu'il
- se forme avec d'autres matières un corps à l'aide duquel il s'unit
- à l'homme. Et lorsqu'il prend aux femmes la fantaisie de concevoir
- des &oelig;uvres du Démon (ce qui n'a lieu que du consentement et suivant le
- désir exprès desdites femmes), le Démon se transforme en
+ Ils vous répondent tout d'une voix que le Démon emprunte le cadavre
+ d'un autre être humain, mâle ou femelle, suivant le cas, ou bien qu'il
+ se forme avec d'autres matières un corps à l'aide duquel il s'unit
+ à l'homme. Et lorsqu'il prend aux femmes la fantaisie de concevoir
+ des &oelig;uvres du Démon (ce qui n'a lieu que du consentement et suivant le
+ désir exprès desdites femmes), le Démon se transforme en
succube femelle, <i>et juncta homini semen ab eo recipit</i>; ou bien, il provoque
- chez cet homme, dans son sommeil, quelque rêve lascif suivi de pollution,
+ chez cet homme, dans son sommeil, quelque rêve lascif suivi de pollution,
<i>et semen prolectum in suo nativo calore, et cum vitali spiritu conservat, et
- incubando f&oelig;minæ infert in ipsius matricem</i>, d'où
- résulte la conception. C'est là ce qu'enseigne <i>Guaccius</i>, livre
- I, chap. 12, en apportant à l'appui de sa thèse une foule de
- citations et d'exemples empruntés à divers Docteurs.</td>
+ incubando f&oelig;minæ infert in ipsius matricem</i>, d'où
+ résulte la conception. C'est là ce qu'enseigne <i>Guaccius</i>, livre
+ I, chap. 12, en apportant à l'appui de sa thèse une foule de
+ citations et d'exemples empruntés à divers Docteurs.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">25. Alio modo jungitur Dæmon tum Incubus, tum Succubus, hominibus,
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">25. Alio modo jungitur Dæmon tum Incubus, tum Succubus, hominibus,
f&oelig;minis aut maribus, a quibus nec honorem, nec sacrificia, oblationes,
- maleficia, quæ a Sagis et Maleficis, ut supra dictum est, prætendit,
+ maleficia, quæ a Sagis et Maleficis, ut supra dictum est, prætendit,
recipit; sed ostendens deperdite amorem, nil aliud appetit, quam carnaliter
- commisceri cum iis quos amat. Multa sunt de hoc exempla, quæ ab Auctoribus
+ commisceri cum iis quos amat. Multa sunt de hoc exempla, quæ ab Auctoribus
referuntur, ut Menippi Lycii, qui fuit sollicitatus a quadam f&oelig;mina ad sibi
- nubendum, postquam cum ea multoties coivit; et detecta f&oelig;mina quænam
+ nubendum, postquam cum ea multoties coivit; et detecta f&oelig;mina quænam
esset a quodam Philosopho, qui convivio nuptiali intererat, et
- Menippo dixit illam esse <i>Compusam</i>, puta Dæmonem succubam, statim
+ Menippo dixit illam esse <i>Compusam</i>, puta Dæmonem succubam, statim
ejulans evanuit, ut narrat C&oelig;lius Rodiginus, <i>Antiq.</i> lib. 29, c. 5.
- Pariter adolescens quidam Scotus a Dæmone succuba omnium gratissima, quas
- vidisset, forma, quæ occlusis cubiculi foribus ad se ventitabat, blanditiis,
+ Pariter adolescens quidam Scotus a Dæmone succuba omnium gratissima, quas
+ vidisset, forma, quæ occlusis cubiculi foribus ad se ventitabat, blanditiis,
osculis, amplexibus per multos menses fuit sollicitatus, ut secum coiret, ut
scribit Hector Boethius, <i>Hist. Scotor.</i> lib. 8., quod tamen a casto juvene
obtinere non potuit.</td>
- <td class="stdindent">25. D'autres fois aussi le Démon, soit incube, soit succube, s'accouple
- avec des hommes ou des femmes dont il ne reçoit rien des hommages,
+ <td class="stdindent">25. D'autres fois aussi le Démon, soit incube, soit succube, s'accouple
+ avec des hommes ou des femmes dont il ne reçoit rien des hommages,
sacrifices ou offrandes qu'il a coutume d'imposer aux Sorciers et aux
- Sorcières, comme on l'a vu plus haut. C'est alors simplement un amoureux
- passionné, n'ayant qu'un but, un désir: posséder charnellement
+ Sorcières, comme on l'a vu plus haut. C'est alors simplement un amoureux
+ passionné, n'ayant qu'un but, un désir: posséder charnellement
la personne qu'il aime. Il y a de ceci une foule d'exemples, qu'on peut trouver
- dans les Auteurs, entre autres celui de Menippus Lycius, lequel, après avoir
- maintes et maintes fois paillardé avec une femme, en fut
- prié de l'épouser; mais un certain Philosophe, qui assistait au repas
- de noces, ayant deviné ce qu'était cette femme, dit à Menippus
- qu'il avait affaire à une <i>Compuse</i>, c'est-à-dire à une
- Diablesse succube: aussitôt notre mariée de s'évanouir en
- gémissant..... Lisez là-dessus C&oelig;lius Rodiginus, <i>Antiq.</i>,
+ dans les Auteurs, entre autres celui de Menippus Lycius, lequel, après avoir
+ maintes et maintes fois paillardé avec une femme, en fut
+ prié de l'épouser; mais un certain Philosophe, qui assistait au repas
+ de noces, ayant deviné ce qu'était cette femme, dit à Menippus
+ qu'il avait affaire à une <i>Compuse</i>, c'est-à-dire à une
+ Diablesse succube: aussitôt notre mariée de s'évanouir en
+ gémissant..... Lisez là-dessus C&oelig;lius Rodiginus, <i>Antiq.</i>,
livre 29, chap. 5. Hector Boethius, <i>Hist. Scot.</i>, raconte aussi le cas d'un
- jeune Écossais qui, pendant plusieurs mois, reçut dans sa chambre,
- quoique les portes et fenêtres en fussent hermétiquement
- fermées, les visites d'une Diablesse succube, de la plus ravissante
- beauté; caresses, baisers, embrassements, sollicitations, cette Diablesse
+ jeune Écossais qui, pendant plusieurs mois, reçut dans sa chambre,
+ quoique les portes et fenêtres en fussent hermétiquement
+ fermées, les visites d'une Diablesse succube, de la plus ravissante
+ beauté; caresses, baisers, embrassements, sollicitations, cette Diablesse
mit tout en &oelig;uvre <i>ut secum coiret</i>: ce qu'elle ne put toutefois obtenir
de ce vertueux jeune homme.</td>
</tr>
<tr id="no26">
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">26. Similiter, multas f&oelig;minas legimus ab Incubo Dæmone expetitas
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">26. Similiter, multas f&oelig;minas legimus ab Incubo Dæmone expetitas
ad coitum, ipsisque repugnantibus facinus admittere, precibus, fletibus,
blanditiis, non secus, ac perditissimus amasius procurasse animum ipsarum
demulcere, et ad congressum inclinare; et quamvis aliquoties hoc eveniat ob
- maleficium, ut nempe Dæmon missus a maleficis hoc procuret: tamen non raro
- Dæmon ex se hoc agit, ut scribit Guaccius, <i>Comp. Mal.</i>, lib.
+ maleficium, ut nempe Dæmon missus a maleficis hoc procuret: tamen non raro
+ Dæmon ex se hoc agit, ut scribit Guaccius, <i>Comp. Mal.</i>, lib.
3. c. 8., et non solum hoc evenit cum mulieribus, sed etiam cum equabus, cum quibus
- commiscetur; quæ si libenter coitum admittunt, ab eo curantur optime, ac
- ipsarum jubæ varie artificiosis et inextricabilibus nodis texuntur; si autem
+ commiscetur; quæ si libenter coitum admittunt, ab eo curantur optime, ac
+ ipsarum jubæ varie artificiosis et inextricabilibus nodis texuntur; si autem
illum adversentur, eas male tractat, percutit, macras reddit, et tandem necat, ut
quotidiana constat experientia.</td>
- <td class="stdindent">26. On peut lire encore nombre d'exemples de femmes sollicitées au
- coït par le Démon Incube, et qui, si elles répugnent d'abord
- à sauter le pas, se laissent bientôt fléchir par ses
- prières, ses larmes, ses caresses; c'est un amoureux fou, il faut lui
- céder. Et quoique ceci résulte parfois des maléfices de
- quelque sorcier, qui emploie le Démon comme intermédiaire, il n'est
- point rare cependant que le Démon agisse pour son propre compte,
- comme l'écrit Guaccius; et ce n'est pas seulement aux femmes qu'il
- s'attaque, mais aussi aux juments: sont-elles dociles à ses désirs,
- il les accable de soins, de caresses, il tresse leur crinière en une
- infinité de n&oelig;uds inextricables; mais si elles résistent, il
+ <td class="stdindent">26. On peut lire encore nombre d'exemples de femmes sollicitées au
+ coït par le Démon Incube, et qui, si elles répugnent d'abord
+ à sauter le pas, se laissent bientôt fléchir par ses
+ prières, ses larmes, ses caresses; c'est un amoureux fou, il faut lui
+ céder. Et quoique ceci résulte parfois des maléfices de
+ quelque sorcier, qui emploie le Démon comme intermédiaire, il n'est
+ point rare cependant que le Démon agisse pour son propre compte,
+ comme l'écrit Guaccius; et ce n'est pas seulement aux femmes qu'il
+ s'attaque, mais aussi aux juments: sont-elles dociles à ses désirs,
+ il les accable de soins, de caresses, il tresse leur crinière en une
+ infinité de n&oelig;uds inextricables; mais si elles résistent, il
les maltraite, les frappe, leur donne la morve, et finalement les tue, comme il est
- constaté par l'expérience de chaque jour.</td>
+ constaté par l'expérience de chaque jour.</td>
</tr>
<tr id="no27">
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">27. Et quod mirum est, et pene incapabile, tales Incubi, qui Italice
vocantur <i>Folletti</i>, Hispanice <i>Duendes</i>, Gallice <i>Follets</i>, nec
Exorcistis obediunt, nec exorcismos pavent, nec res sacras reverentur ad earum
- approximationem timorem ostendendo, sicuti faciunt Dæmones, qui obsessos
+ approximationem timorem ostendendo, sicuti faciunt Dæmones, qui obsessos
vexant; quantumvis enim maligni Spiritus sint obstinati, nec parere velint
- Exorcistæ præcipienti, ut exeant a corporibus quæ obsident, tamen
- ad prolationem Sanctissimi Nominis Jesu, aut Mariæ, aut aliquorum Versuum
- Sacræ Scripturæ, impositionem Reliquiarum, maxime Ligni Sanctæ
+ Exorcistæ præcipienti, ut exeant a corporibus quæ obsident, tamen
+ ad prolationem Sanctissimi Nominis Jesu, aut Mariæ, aut aliquorum Versuum
+ Sacræ Scripturæ, impositionem Reliquiarum, maxime Ligni Sanctæ
Crucis, approximationem Sacrarum Imaginum, ad os obsessi rugiunt, strident,
frendent, concutiuntur, et timorem, ac horrorem ostendunt. Folletti vero nihil
horum, ut dictum est, ostendunt, nec a divexatione, nisi post
longum tempus, cessant. Hujus rei testis sum oculatus, et historiam recito
- quæ reipsa humanam fidem superat: sed testis mihi sit Deus quod puram
+ quæ reipsa humanam fidem superat: sed testis mihi sit Deus quod puram
veritatem multorum testimonio comprobatam describo.</td>
- <td class="stdindent">27. Enfin, chose prodigieuse et presque incompréhensible, ces Incubes,
+ <td class="stdindent">27. Enfin, chose prodigieuse et presque incompréhensible, ces Incubes,
qu'on appelle en Italien <i>Folletti</i>, en Espagnol <i>Duendes</i>, en
- Français <i>Follets</i>, n'obéissent pas aux Exorcistes, n'ont aucune
- peur des exorcismes, aucune vénération pour les objets sacrés,
- à l'approche desquels ils ne manifestent pas la moindre frayeur: bien
- différents en cela des Démons qui tourmentent les
- possédés; car, si obstinés que soient ces malins Esprits, si
- rétifs qu'ils se montrent à l'injonction de l'Exorciste qui leur
- commande de déloger du corps du possédé, il suffit pourtant de
- prononcer le très-saint nom de Jésus ou de Marie ou quelques versets
- des Saintes Écritures, d'imposer des Reliques, principalement le Bois de la
- Sainte Croix, ou d'approcher les Saintes Images, pour qu'aussitôt on les
- entende rugir à la bouche du possédé, et qu'on
- les voie grincer des dents, s'agiter, frémir, montrer, en un mot, tous les
+ Français <i>Follets</i>, n'obéissent pas aux Exorcistes, n'ont aucune
+ peur des exorcismes, aucune vénération pour les objets sacrés,
+ à l'approche desquels ils ne manifestent pas la moindre frayeur: bien
+ différents en cela des Démons qui tourmentent les
+ possédés; car, si obstinés que soient ces malins Esprits, si
+ rétifs qu'ils se montrent à l'injonction de l'Exorciste qui leur
+ commande de déloger du corps du possédé, il suffit pourtant de
+ prononcer le très-saint nom de Jésus ou de Marie ou quelques versets
+ des Saintes Écritures, d'imposer des Reliques, principalement le Bois de la
+ Sainte Croix, ou d'approcher les Saintes Images, pour qu'aussitôt on les
+ entende rugir à la bouche du possédé, et qu'on
+ les voie grincer des dents, s'agiter, frémir, montrer, en un mot, tous les
signes de la crainte et de l'horreur. Mais ces coquins de Follets, rien de tout
cela n'a d'effet sur eux: s'ils discontinuent leurs vexations, ce n'est
- qu'après longtemps et quand ils le veulent bien. De ceci je suis
- témoin oculaire, et je vais en conter une histoire qui réellement
- passe toute croyance humaine: mais, que Dieu m'en soit témoin! c'est la pure
- vérité, confirmée d'ailleurs par de nombreux
- témoignages.</td>
+ qu'après longtemps et quand ils le veulent bien. De ceci je suis
+ témoin oculaire, et je vais en conter une histoire qui réellement
+ passe toute croyance humaine: mais, que Dieu m'en soit témoin! c'est la pure
+ vérité, confirmée d'ailleurs par de nombreux
+ témoignages.</td>
</tr>
<tr id="no28">
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">28. Viginti quinque abhinc annis plus, minusve, dum essem Lector Sacræ
- Theologiæ in Conventu Sanctæ Crucis Papiæ, reperiebatur in illa
- civitate honesta quædam f&oelig;mina maritata optimæ conscientiæ,
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">28. Viginti quinque abhinc annis plus, minusve, dum essem Lector Sacræ
+ Theologiæ in Conventu Sanctæ Crucis Papiæ, reperiebatur in illa
+ civitate honesta quædam f&oelig;mina maritata optimæ conscientiæ,
et bonum habens ab omnibus eam agnoscentibus, maxime Religiosis, testimonium,
- quæ vocabatur Hieronyma; et habitabat in Parochia Sancti Michaelis. Hæc
- quadam die domi suæ panem pinserat, et per furnarium miserat ad illum
+ quæ vocabatur Hieronyma; et habitabat in Parochia Sancti Michaelis. Hæc
+ quadam die domi suæ panem pinserat, et per furnarium miserat ad illum
decoquendum. Reportat panes coctos furnarius, et cum illis grandem quamdam
placentam curiose elaboratam, conditam butyro, et pastulis Venetis, ut in ea
- civitate solent fieri placentæ hujusmodi. Renuit illa placentam recipere, dicens,
+ civitate solent fieri placentæ hujusmodi. Renuit illa placentam recipere, dicens,
se talem nullam fecisse. Replicat furnarius, se illa
die alium panem coquendum non habuisse, nisi illum quem ab ea habuerat; oportere
proinde, etiam placentam a se fuisse factam, licet minime de illa recordaretur.
@@ -1576,93 +1535,93 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
expergefacta est a quadam tenuissima voce, velut acutissimi sibili ad ipsius aures
susurrante, verbis tamen distinctis: interrogavit autem f&oelig;minam, <i>num
placenta illi placuisset</i>? Pavens f&oelig;mina c&oelig;pit se munire signo
- Crucis, et invocare sæpius nomina Jesu et Mariæ. Replicabat vox, ne
- paveret, se nolle illi nocere, immo quæcumque illi placerent paratum exequi,
- esse filo captum pulchritudinis suæ, et nil amplius desiderare, quam ejus
+ Crucis, et invocare sæpius nomina Jesu et Mariæ. Replicabat vox, ne
+ paveret, se nolle illi nocere, immo quæcumque illi placerent paratum exequi,
+ esse filo captum pulchritudinis suæ, et nil amplius desiderare, quam ejus
amplexu frui. Tum f&oelig;mina sensit aliquem suaviantem ipsius genas, sed tactus
ita levis, ac mollis, ac si esset gossipium subtilissime carminatum id, a quo tacta
fuit. Respuit illa invitantem, nec ullum responsum illi dedit: sed jugiter nomen
- Jesu, et Mariæ repetebat, et se Crucis signo muniebat, et sic per spatium
- quasi horæ dimidiæ tentata fuit, et postea abscessit tentator.</td>
+ Jesu, et Mariæ repetebat, et se Crucis signo muniebat, et sic per spatium
+ quasi horæ dimidiæ tentata fuit, et postea abscessit tentator.</td>
- <td class="stdindent">28. Il y a environ vingt-cinq ans, alors que j'étais Professeur de
- Théologie Sacrée au couvent de Sainte-Croix, à Pavie, habitait
- dans cette ville une femme mariée, d'excellentes m&oelig;urs, et dont tous
+ <td class="stdindent">28. Il y a environ vingt-cinq ans, alors que j'étais Professeur de
+ Théologie Sacrée au couvent de Sainte-Croix, à Pavie, habitait
+ dans cette ville une femme mariée, d'excellentes m&oelig;urs, et dont tous
ceux qui la connaissaient, principalement les Moines, disaient le plus grand
bien. Elle se nommait Hieronyma, et demeurait sur la paroisse de Saint-Michel. Un
- jour, cette femme avait pétri chez elle du pain, qu'elle confia ensuite au
+ jour, cette femme avait pétri chez elle du pain, qu'elle confia ensuite au
fournier pour le faire cuire. Le fournier lui rapporte le pain cuit, et en
- même temps une grande galette de forme très-curieuse, arrangée
- au beurre et aux pâtes de Venise, comme on a coutume de faire les
- gâteaux dans ce pays-là. Elle refuse de recevoir
- cette galette, disant qu'elle n'a rien fait de pareil. «Mais, dit le
- fournier, je n'ai pas eu aujourd'hui d'autre pain à cuire que le
- vôtre: il faut bien que la galette aussi vienne de chez vous; votre
- mémoire est en défaut.» Notre bonne dame se laisse convaincre;
+ même temps une grande galette de forme très-curieuse, arrangée
+ au beurre et aux pâtes de Venise, comme on a coutume de faire les
+ gâteaux dans ce pays-là. Elle refuse de recevoir
+ cette galette, disant qu'elle n'a rien fait de pareil. «Mais, dit le
+ fournier, je n'ai pas eu aujourd'hui d'autre pain à cuire que le
+ vôtre: il faut bien que la galette aussi vienne de chez vous; votre
+ mémoire est en défaut.» Notre bonne dame se laisse convaincre;
elle accepte la galette, et la mange en compagnie de son mari, de sa petite fille
- âgée de trois ans et de sa servante. La nuit d'après, tandis
- qu'elle était couchée avec son mari et que tous deux dormaient, la
- voici qui s'éveille au son d'une voix extrêmement fine, quelque chose
- comme un sifflement aigu, mais qui cependant lui murmurait à l'oreille des
- paroles très-distinctes: cette voix lui demandait «si le gâteau
- avait été de son goût.» Effrayée, notre bonne dame
- commence à se munir du signe de la Croix, et à invoquer coup sur coup
- les noms de Jésus et de Marie, «Ne crains rien,» disait la voix,
- «je ne te veux pas de mal; bien au contraire, il n'est rien que je ne fasse
- pour t'être agréable, je suis épris de ta beauté, et mon
- plus grand désir, c'est de jouir de tes embrassements.» En même
+ âgée de trois ans et de sa servante. La nuit d'après, tandis
+ qu'elle était couchée avec son mari et que tous deux dormaient, la
+ voici qui s'éveille au son d'une voix extrêmement fine, quelque chose
+ comme un sifflement aigu, mais qui cependant lui murmurait à l'oreille des
+ paroles très-distinctes: cette voix lui demandait «si le gâteau
+ avait été de son goût.» Effrayée, notre bonne dame
+ commence à se munir du signe de la Croix, et à invoquer coup sur coup
+ les noms de Jésus et de Marie, «Ne crains rien,» disait la voix,
+ «je ne te veux pas de mal; bien au contraire, il n'est rien que je ne fasse
+ pour t'être agréable, je suis épris de ta beauté, et mon
+ plus grand désir, c'est de jouir de tes embrassements.» En même
temps, elle sentait quelqu'un qui lui baisait les joues, mais si
- légèrement, si mollement, qu'elle se serait crue frôlée
- par un duvet de coton de la plus extrême finesse. Elle
- résista, sans rien répondre, se bornant à
- répéter maintes et maintes fois le nom de Jésus et de Marie,
- et à faire le signe de la Croix: la tentation dura ainsi près d'une
- demi-heure, après quoi le tentateur se retira.</td>
+ légèrement, si mollement, qu'elle se serait crue frôlée
+ par un duvet de coton de la plus extrême finesse. Elle
+ résista, sans rien répondre, se bornant à
+ répéter maintes et maintes fois le nom de Jésus et de Marie,
+ et à faire le signe de la Croix: la tentation dura ainsi près d'une
+ demi-heure, après quoi le tentateur se retira.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="italics">Sequenti mane fuit mulier ad Confessarium virum prudentem ac
doctum, a quo fuit in fide confirmata et exhortata, ut viriliter, sicut fecerat,
resisteret, et sacris Reliquiis se muniret. Sequentibus noctibus par priori fuit
- tentatio, et verbis, et osculis, et par etiam in muliere constantia. Hæc
- pertæsa talem ac tantam molestiam, ad Confessarii consultationem, et aliorum
+ tentatio, et verbis, et osculis, et par etiam in muliere constantia. Hæc
+ pertæsa talem ac tantam molestiam, ad Confessarii consultationem, et aliorum
gravium virorum, per Exorcistas peritos fecit se exorcizare ad sciendum, num esset
obsessa; et cum invenissent a nullo malo spiritu possideri, benedixerunt domui,
- cubiculo, lecto, et præceptum Incubo fecerunt, ne auderet molestiam amplius
+ cubiculo, lecto, et præceptum Incubo fecerunt, ne auderet molestiam amplius
mulieri inferre. Sed omnia incassum; siquidem tentationem inceptam prosequebatur,
- ac si præ amore langueret, ploratus, et ejulatus emittebat ad mulierem
- demulcendam, quæ tamen gratia Dei adjuta semper viriliter restitit. Renovavit
+ ac si præ amore langueret, ploratus, et ejulatus emittebat ad mulierem
+ demulcendam, quæ tamen gratia Dei adjuta semper viriliter restitit. Renovavit
Incubus tentationem, ipsi apparens interdiu in forma pusionis, seu parvi homunculi
- pulcherrimi, cæsariem habens rutilam et crispam, barbamque fulvam
+ pulcherrimi, cæsariem habens rutilam et crispam, barbamque fulvam
ac splendentem velut aurum, glaucosque oculos, ut flos lini, incedebatque indutus
habitu Hispanico. Apparebat autem illi quamvis cum ea alii morarentur; et questus,
prout faciunt amantes, exercens, et jactando basia, solitasque preces repetendo
tentabat mulierem, ut ad illius amplexus admitteretur. Videbatque, et audiebat illa
- sola præsentem ac loquentem, minime autem cæteri adstantes.</td>
+ sola præsentem ac loquentem, minime autem cæteri adstantes.</td>
<td>Le matin venu, la dame alla trouver son Confesseur, homme grave et savant,
- lequel la confirma dans la foi, et l'exhorta à continuer la
- résistance vigoureuse qu'elle avait faite et à se munir de quelques
+ lequel la confirma dans la foi, et l'exhorta à continuer la
+ résistance vigoureuse qu'elle avait faite et à se munir de quelques
saintes Reliques. Les nuits suivantes, pareille tentation, avec paroles et baisers
- de même sorte; pareille constance aussi chez la dame. Fatiguée
- cependant d'épreuves si pénibles et si prolongées, elle prit
- le parti, sur le conseil de son Confesseur et d'autres hommes sérieux, de se
- faire exorciser par des Exorcistes expérimentés pour savoir si, par
- hasard, elle n'était pas possédée. Les Exorcistes, n'ayant
- rien trouvé en elle qui indiquât la présence de l'Esprit malin,
- bénirent la maison, la chambre à coucher, le lit, et firent
- injonction à l'Incube d'avoir à cesser ses importunités. Mais
+ de même sorte; pareille constance aussi chez la dame. Fatiguée
+ cependant d'épreuves si pénibles et si prolongées, elle prit
+ le parti, sur le conseil de son Confesseur et d'autres hommes sérieux, de se
+ faire exorciser par des Exorcistes expérimentés pour savoir si, par
+ hasard, elle n'était pas possédée. Les Exorcistes, n'ayant
+ rien trouvé en elle qui indiquât la présence de l'Esprit malin,
+ bénirent la maison, la chambre à coucher, le lit, et firent
+ injonction à l'Incube d'avoir à cesser ses importunités. Mais
chansons que tout cela! la tentation continua de plus belle; le galant faisant mine
- de mourir d'amour, et pleurant, et gémissant pour attendrir la dame, qui
- pourtant, avec la grâce de Dieu, resta invincible. L'Incube, alors, s'y
- prit d'une autre manière: il apparut à sa belle sous la forme d'un
- jeune garçon ou petit homme de la plus grande beauté, à la
- chevelure dorée et frisée, à la barbe blonde et
- resplendissante comme l'or, aux yeux glauques pareils à la fleur du lin, et,
- pour ajouter au charme, élégamment vêtu à l'Espagnole.
- D'ailleurs, il ne laissait pas de lui apparaître, malgré qu'elle se
- trouvât en compagnie; il se plaignait, comme font les amants, il pleurait, il
- lui envoyait des baisers, employait en un mot tous les moyens de séduction
+ de mourir d'amour, et pleurant, et gémissant pour attendrir la dame, qui
+ pourtant, avec la grâce de Dieu, resta invincible. L'Incube, alors, s'y
+ prit d'une autre manière: il apparut à sa belle sous la forme d'un
+ jeune garçon ou petit homme de la plus grande beauté, à la
+ chevelure dorée et frisée, à la barbe blonde et
+ resplendissante comme l'or, aux yeux glauques pareils à la fleur du lin, et,
+ pour ajouter au charme, élégamment vêtu à l'Espagnole.
+ D'ailleurs, il ne laissait pas de lui apparaître, malgré qu'elle se
+ trouvât en compagnie; il se plaignait, comme font les amants, il pleurait, il
+ lui envoyait des baisers, employait en un mot tous les moyens de séduction
possibles pour obtenir ses faveurs. Elle seule le voyait et l'entendait: pour tout
autre qu'elle, il n'y avait rien.</td>
</tr>
@@ -1671,14 +1630,14 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<td xml:lang="la" lang="la" class="italics">Perseverabat in illa constantia mulier, donec contra eam iratus Incubus,
post aliquos menses blanditiarum novum persecutionis genus adortus est. Primo
abstulit ab ea crucem argenteam plenam Reliquiis Sanctorum, et ceram benedictam,
- sive Agnum papalem B. Pontificis Pii V., quæ secum semper portabat; mox etiam
+ sive Agnum papalem B. Pontificis Pii V., quæ secum semper portabat; mox etiam
annulos et alia jocalia aurea et argentea ipsius, intactis seris, sub quibus
custodiebantur, in arca suffuratus est. Exinde c&oelig;pit illam acriter percutere,
et apparebant post verbera contusiones, et livores in facie, brachiis, aliisque
- corporis partibus, quæ per diem unum, vel alterum
+ corporis partibus, quæ per diem unum, vel alterum
perdurabant, mox in momento disparebant contra ordinem contusionis naturalis,
- quæ sensim paulatimque decrescit. Aliquoties ipsius infantulam lactentem
- cunis eripiebat, et illam, nunc super tecta in limine præcipitii locabat,
+ quæ sensim paulatimque decrescit. Aliquoties ipsius infantulam lactentem
+ cunis eripiebat, et illam, nunc super tecta in limine præcipitii locabat,
nunc occultabat, nihil tamen mali in illa apparuit. Aliquoties totam domus
supellectilem evertebat; aliquoties ollas, paropsides, et alia vasa testea
minutatim frangebat, subinde fracta restituebat integra. Semel dum ipsa cum viro
@@ -1686,63 +1645,63 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
et dum ipsa de more constans resisteret, in furorem actus Incubus abscessit, et
infra breve temporis spatium reversus est, secum ferens magnam copiam laminarum
saxearum, quibus Genuenses in civitate sua et universa Liguria domos tegunt, et ex
- ipsis fabricavit murum circa lectum tantæ altitudinis, ut ejus conopeum
- adæquaret, unde necesse fuit scalis uti, si debuerunt de cubili surgere.
+ ipsis fabricavit murum circa lectum tantæ altitudinis, ut ejus conopeum
+ adæquaret, unde necesse fuit scalis uti, si debuerunt de cubili surgere.
Murus autem fuit absque calce, et ipso destructo, saxa in angulo seposita,
- quæ ibi per duos dies remanserunt visa a multis, qui ad spectaculum
+ quæ ibi per duos dies remanserunt visa a multis, qui ad spectaculum
convenerant; et post biduum disparuerunt.</td>
- <td>Notre bonne dame, donc, persévérait dans cette admirable
- constance, quand enfin, au bout de quelques mois, l'Incube irrité recourut
- à un nouveau genre de persécutions. D'abord il lui enleva une croix
- d'argent remplie de saintes Reliques, et une cire bénite ou Agneau papal du
+ <td>Notre bonne dame, donc, persévérait dans cette admirable
+ constance, quand enfin, au bout de quelques mois, l'Incube irrité recourut
+ à un nouveau genre de persécutions. D'abord il lui enleva une croix
+ d'argent remplie de saintes Reliques, et une cire bénite ou Agneau papal du
Bienheureux Pontife Pie V, qu'elle portait toujours sur elle; puis, ce fut le tour
- des bagues et autres bijoux d'or et d'argent, qu'il déroba, sans toucher aux
- serrures, dans la cassette où ils étaient enfermés. Ensuite il
- commença à la frapper cruellement, et après chaque
- volée de coups on lui voyait à la figure, au bras et à
+ des bagues et autres bijoux d'or et d'argent, qu'il déroba, sans toucher aux
+ serrures, dans la cassette où ils étaient enfermés. Ensuite il
+ commença à la frapper cruellement, et après chaque
+ volée de coups on lui voyait à la figure, au bras et à
d'autres endroits du corps, des contusions et des bleus qui duraient un jour ou
- deux, et tout à coup disparaissaient en un moment, au rebours des contusions
- naturelles, qui décroissent peu à peu et par degrés.
- Quelquefois, tandis qu'elle donnait à teter à sa petite fille, il la
+ deux, et tout à coup disparaissaient en un moment, au rebours des contusions
+ naturelles, qui décroissent peu à peu et par degrés.
+ Quelquefois, tandis qu'elle donnait à teter à sa petite fille, il la
lui enlevait de dessus ses genoux, pour la placer sur le toit, au bord de la
- gouttière, ou bien il la cachait, mais sans jamais lui occasionner aucun
- mal. Tantôt il mettait sens dessus dessous tout le ménage,
- tantôt il cassait en mille pièces les marmites, les assiettes et
- autres vases de terre, et en un clin d'&oelig;il les rétablissait dans leur
- état primitif. Une nuit qu'elle était couchée avec son mari,
- l'Incube, lui apparaissant sous sa forme habituelle, la pria énergiquement
- de se laisser faire; elle résista comme de coutume. Furieux, l'Incube se
- retire et, fort peu de temps après, le voici qui rentre avec une charge
- énorme de ces plaquettes de pierre, dont les habitants de Gênes et de
- la Ligurie en général se servent pour couvrir leurs maisons. De ces
- pierres, il bâtit autour du lit un mur si élevé qu'il en
- atteignait le ciel et que nos époux, pour en sortir, eurent besoin de se
- faire apporter une échelle. Ce mur, du reste, était construit sans
- chaux; on le détruisit, et on mit les pierres dans un coin, où elles
- restèrent exposées à tous les regards pendant deux jours,
- après quoi elles disparurent.</td>
+ gouttière, ou bien il la cachait, mais sans jamais lui occasionner aucun
+ mal. Tantôt il mettait sens dessus dessous tout le ménage,
+ tantôt il cassait en mille pièces les marmites, les assiettes et
+ autres vases de terre, et en un clin d'&oelig;il les rétablissait dans leur
+ état primitif. Une nuit qu'elle était couchée avec son mari,
+ l'Incube, lui apparaissant sous sa forme habituelle, la pria énergiquement
+ de se laisser faire; elle résista comme de coutume. Furieux, l'Incube se
+ retire et, fort peu de temps après, le voici qui rentre avec une charge
+ énorme de ces plaquettes de pierre, dont les habitants de Gênes et de
+ la Ligurie en général se servent pour couvrir leurs maisons. De ces
+ pierres, il bâtit autour du lit un mur si élevé qu'il en
+ atteignait le ciel et que nos époux, pour en sortir, eurent besoin de se
+ faire apporter une échelle. Ce mur, du reste, était construit sans
+ chaux; on le détruisit, et on mit les pierres dans un coin, où elles
+ restèrent exposées à tous les regards pendant deux jours,
+ après quoi elles disparurent.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="italics">Invitaverat Maritus ejus in die S. Stephani quosdam amicos viros
militares ad prandium, et pro hospitum dignitate dapes paraverat; dum de more
lavantur manus ante accubitum, disparet in momento mensa parata in triclinio;
- disparent obsonia cuncta, olla, caldaria, patinæ, ac omnia vasa in coquina;
- disparent amphoræ, canthari, calices parati ad potum. Attoniti ad hoc stupent
+ disparent obsonia cuncta, olla, caldaria, patinæ, ac omnia vasa in coquina;
+ disparent amphoræ, canthari, calices parati ad potum. Attoniti ad hoc stupent
commensales, qui erant octo, inter quos Dux peditum Hispanus ad alios conversus
ait: Ne paveatis, ista est illusio, sed pro certo mensa in loco in quo erat, adhuc
est, et modo modo eam tactu percipiam. Hisque dictis circuibat c&oelig;naculum
manibus extentis tentans mensam deprehendere, sed cum post multos circuitus
- incassum laborasset, et nil præter ærem tangeret, irrisus fuit a
- cæteris; cumque jam grandis esset prandii hora, pallium proprium eorum
+ incassum laborasset, et nil præter ærem tangeret, irrisus fuit a
+ cæteris; cumque jam grandis esset prandii hora, pallium proprium eorum
unusquisque sumpsit propriam domum petiturus. Jam erant omnes prope januam domus in
- procinctu eundi associati a marito vexatæ mulieris, urbanitatis causa; cum
+ procinctu eundi associati a marito vexatæ mulieris, urbanitatis causa; cum
grandem quendam strepitum in c&oelig;naculo audiunt. Subsistunt parumper ad
cognoscendum causam strepitus, et accurrens famula nuntiat in coquina vasa nova
obsoniis plena apparuisse, mensamque in c&oelig;naculo jam paratam esse restitutam.
Revertuntur in c&oelig;naculum, et stupent mensam mappis et manutergiis insolitis,
- salino, et lancibus insolitis argenteis, salsamentis, ac obsoniis, quæ domi
+ salino, et lancibus insolitis argenteis, salsamentis, ac obsoniis, quæ domi
parata non fuerant, instructam. A latere magna erecta erat credentia, supra quam
optimo ordine stabant calices crystallini, argentini, et aurei cum variis amphoris,
lagenis, cantharis plenis vinis exteris, puta Cretensi, Campano, Canariensi,
@@ -1750,53 +1709,53 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
varia obsonia. Dubitarunt prius nonnulli ex iis eas dapes gustare, sed confirmati
ab aliis accubuerunt, et exquisitissime omnia condita repererunt; ac immediate a
prandio, dum omnes pro usu illius temporis ad ignem sedent, omnia ustensilia cum
- reliquiis ciborum disparuere, et repertæ sunt antiquæ domus
- supellectiles simul cum dapibus, quæ prius paratæ fuerant; et quod
- mirum est, convivæ omnes saturati sunt, ita ut nullus eorum c&oelig;nam
- sumpserit præ prandii lautitia. Quo convincitur cibos appositos reales
- fuisse, et non ex præstigio repræsentatos.</td>
-
- <td>Le jour de la Saint-Etienne, le mari avait invité à dîner
- quelques braves militaires de ses amis, et, pour faire honneur à ses
- hôtes, avait préparé un repas respectable. Tandis que, suivant
- l'usage, on se lave les mains avant de s'asseoir, zest! voilà tout à
+ reliquiis ciborum disparuere, et repertæ sunt antiquæ domus
+ supellectiles simul cum dapibus, quæ prius paratæ fuerant; et quod
+ mirum est, convivæ omnes saturati sunt, ita ut nullus eorum c&oelig;nam
+ sumpserit præ prandii lautitia. Quo convincitur cibos appositos reales
+ fuisse, et non ex præstigio repræsentatos.</td>
+
+ <td>Le jour de la Saint-Etienne, le mari avait invité à dîner
+ quelques braves militaires de ses amis, et, pour faire honneur à ses
+ hôtes, avait préparé un repas respectable. Tandis que, suivant
+ l'usage, on se lave les mains avant de s'asseoir, zest! voilà tout à
coup la table disparue: disparus aussi tous les mets, les marmites, les chaudrons,
les plats et toute la vaisselle dans la cuisine; disparus les cruches, les flacons,
- les verses. Je vous laisse à penser l'étonnement, la stupeur de nos
- convives; ils étaient huit, et dans le nombre un capitaine d'infanterie
- Espagnol, lequel, se tournant vers ses camarades, leur dit: «N'ayez pas peur,
+ les verses. Je vous laisse à penser l'étonnement, la stupeur de nos
+ convives; ils étaient huit, et dans le nombre un capitaine d'infanterie
+ Espagnol, lequel, se tournant vers ses camarades, leur dit: «N'ayez pas peur,
c'est une farce, mais sacrebleu! il y avait une table ici, elle y est encore;
- minute, je vais la retrouver.» Ceci dit, notre brave fait le tour de la
- salle, les mains étendues, essayant de saisir la table; mais après
- bien des tours, voyant qu'il n'arrivait à rien qu'à toucher de l'air,
- les autres se moquèrent de lui; et comme il était déjà
- grand temps de dîner, chacun prit sa capote et se mit en devoir de rentrer
- chez soi. Ils étaient déjà tous à la porte de la maison
+ minute, je vais la retrouver.» Ceci dit, notre brave fait le tour de la
+ salle, les mains étendues, essayant de saisir la table; mais après
+ bien des tours, voyant qu'il n'arrivait à rien qu'à toucher de l'air,
+ les autres se moquèrent de lui; et comme il était déjà
+ grand temps de dîner, chacun prit sa capote et se mit en devoir de rentrer
+ chez soi. Ils étaient déjà tous à la porte de la maison
avec le mari qui, par politesse, leur faisait un bout de conduite,
- lorsqu'ils entendent un grand bruit dans la salle à manger. Ils
- s'arrêtent pour en savoir la cause, et bientôt la servante accourt leur
- annoncer que la cuisine est pleine de vases nouveaux chargés de mets, et que
- la table est remise en place dans la salle à manger. Ils y reviennent, et ne
+ lorsqu'ils entendent un grand bruit dans la salle à manger. Ils
+ s'arrêtent pour en savoir la cause, et bientôt la servante accourt leur
+ annoncer que la cuisine est pleine de vases nouveaux chargés de mets, et que
+ la table est remise en place dans la salle à manger. Ils y reviennent, et ne
sont pas peu surpris de voir la table couverte de nappes, de serviettes, de
- salières, de plateaux qui n'appartenaient pas à la maison, et de mets
- qui n'y avaient pas été préparés. Sur le
- côté était une grande crédence, où l'on admirait,
- disposés dans le meilleur ordre, des calices de cristal, d'argent et d'or,
+ salières, de plateaux qui n'appartenaient pas à la maison, et de mets
+ qui n'y avaient pas été préparés. Sur le
+ côté était une grande crédence, où l'on admirait,
+ disposés dans le meilleur ordre, des calices de cristal, d'argent et d'or,
avec toutes sortes d'amphores, de flacons, de coupes, remplis de vins
- étrangers: vin de Crète, de Campanie, des Canaries, du Rhin, etc.
- Dans la cuisine aussi, une abondante variété de mets dans des
+ étrangers: vin de Crète, de Campanie, des Canaries, du Rhin, etc.
+ Dans la cuisine aussi, une abondante variété de mets dans des
marmites et des plats qu'on n'avait jamais vus. Plusieurs de nos convives
- hésitèrent d'abord à goûter de ces mets; toutefois,
- encouragés par d'autres, ils se mirent à table, et tous eurent
- bientôt fait leur affaire du repas, qu'ils trouvèrent exquis.
- Immédiatement après, comme ils étaient assis devant le feu
- suivant l'habitude de la saison, tout disparut à la fois, vaisselle et
- desserte, et à la place reparut l'ancien couvert du logis avec les
- plats qui avaient été préparés; mais, chose
- étonnante, tous les convives étaient rassasiés, si bien que
- personne n'eut envie de souper après un dîner de cette magnificence.
- Ce qui prouve assez que les mets substitués aux premiers étaient
- réels et non imaginaires.</td>
+ hésitèrent d'abord à goûter de ces mets; toutefois,
+ encouragés par d'autres, ils se mirent à table, et tous eurent
+ bientôt fait leur affaire du repas, qu'ils trouvèrent exquis.
+ Immédiatement après, comme ils étaient assis devant le feu
+ suivant l'habitude de la saison, tout disparut à la fois, vaisselle et
+ desserte, et à la place reparut l'ancien couvert du logis avec les
+ plats qui avaient été préparés; mais, chose
+ étonnante, tous les convives étaient rassasiés, si bien que
+ personne n'eut envie de souper après un dîner de cette magnificence.
+ Ce qui prouve assez que les mets substitués aux premiers étaient
+ réels et non imaginaires.</td>
</tr>
<tr>
@@ -1808,50 +1767,50 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
vexatione liberaretur. Et de facto die 28. Septembris, qui est pervigilium
Dedicationis S. Michaelis Archangeli, et festum B. Bernardini, ipsa veste votiva
induta est. Mane sequenti, quod est festum S. Michaelis, ibat vexata ad ecclesiam
- S. Michaelis, quæ ut diximus erat parochialis ipsius, circa medium mane, dum
- frequens populus ad illam confluebat; et cum pervenisset ad medium plateæ
- ecclesiæ, omnia ipsius indumenta et ornamenta ceciderunt in terram et rapta
+ S. Michaelis, quæ ut diximus erat parochialis ipsius, circa medium mane, dum
+ frequens populus ad illam confluebat; et cum pervenisset ad medium plateæ
+ ecclesiæ, omnia ipsius indumenta et ornamenta ceciderunt in terram et rapta
vento statim disparuerunt, ipsa relicta nuda. Adfuerunt sorte inter alios duo
- equites viri longævi, qui factum videntes dejectis ab humero propriis palliis
- mulieris nuditatem, ut potuerunt, velarunt, et rhedæ impositam ad propriam
- domum duxerunt. Vestes et jocalia quæ rapuerat Incubus, non restituit nisi
+ equites viri longævi, qui factum videntes dejectis ab humero propriis palliis
+ mulieris nuditatem, ut potuerunt, velarunt, et rhedæ impositam ad propriam
+ domum duxerunt. Vestes et jocalia quæ rapuerat Incubus, non restituit nisi
post sex menses.</td>
- <td>Cependant il y avait plusieurs mois que durait cette persécution,
+ <td>Cependant il y avait plusieurs mois que durait cette persécution,
lorsque la dame s'adressa au Bienheureux Bernardin de Feltre, dont on
- vénère le corps dans l'église de Saint-Jacques, à une
+ vénère le corps dans l'église de Saint-Jacques, à une
petite distance des murs de la ville. Elle lui fit v&oelig;u de rester une
- année entière revêtue d'un froc gris, serré avec une
- corde, pareil à ceux que portent les Frères Mineurs, à l'Ordre
- desquels appartenait ce Bienheureux Bernardin, espérant, par son
- intercession, être enfin délivrée des persécutions de
- l'Incube. Et de fait, le 28 septembre, qui est la Vigile de la Dédicace de
- Saint-Michel Archange, et la fête du Bienheureux Bernardin, elle
- revêtit la robe votive. Le lendemain matin, fête de Saint-Michel, notre
- affligée prit le chemin de l'église de Saint-Michel, qui
- était, comme je l'ai dit, sa propre paroisse; c'était vers les dix
- heures, au moment où une foule énorme se rendait à la messe.
- Or, la pauvrette n'eut pas plutôt mis le pied sur le parvis de l'église,
- que tout à coup ses vêtements et ornements tombèrent à
- terre, et disparurent enlevés par le vent, la laissant elle-même nue
- comme la main. Il se trouva là fort heureusement, parmi la foule, deux
- cavaliers d'un âge mûr, lesquels, voyant la chose,
- s'empressèrent de quitter leurs manteaux, pour en cacher tant bien que mal
- la nudité de cette femme; et, l'ayant mise dans une voiture, la
- reconduisirent chez elle. Quant aux vêtements et aux bijoux
- dérobés par l'Incube, il ne les rendit qu'au bout de six mois.</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="italics">Multa alia, et quidem stupenda operatus est contra eam Incubus, quæ
- tædet excribere, et per multos annos in ea tentatione permansit, tandemque
+ année entière revêtue d'un froc gris, serré avec une
+ corde, pareil à ceux que portent les Frères Mineurs, à l'Ordre
+ desquels appartenait ce Bienheureux Bernardin, espérant, par son
+ intercession, être enfin délivrée des persécutions de
+ l'Incube. Et de fait, le 28 septembre, qui est la Vigile de la Dédicace de
+ Saint-Michel Archange, et la fête du Bienheureux Bernardin, elle
+ revêtit la robe votive. Le lendemain matin, fête de Saint-Michel, notre
+ affligée prit le chemin de l'église de Saint-Michel, qui
+ était, comme je l'ai dit, sa propre paroisse; c'était vers les dix
+ heures, au moment où une foule énorme se rendait à la messe.
+ Or, la pauvrette n'eut pas plutôt mis le pied sur le parvis de l'église,
+ que tout à coup ses vêtements et ornements tombèrent à
+ terre, et disparurent enlevés par le vent, la laissant elle-même nue
+ comme la main. Il se trouva là fort heureusement, parmi la foule, deux
+ cavaliers d'un âge mûr, lesquels, voyant la chose,
+ s'empressèrent de quitter leurs manteaux, pour en cacher tant bien que mal
+ la nudité de cette femme; et, l'ayant mise dans une voiture, la
+ reconduisirent chez elle. Quant aux vêtements et aux bijoux
+ dérobés par l'Incube, il ne les rendit qu'au bout de six mois.</td>
+ </tr>
+
+ <tr>
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="italics">Multa alia, et quidem stupenda operatus est contra eam Incubus, quæ
+ tædet excribere, et per multos annos in ea tentatione permansit, tandemque
Incubus videns operam in ea perdere, destitit a tam importuna et insolita
vexatione.</td>
- <td>Bref, je pourrais vous conter bien d'autres tours, et des plus drôles,
- que lui joua encore cet Incube, mais il y a terme à tout. Qu'il suffise de
- savoir que, pendant nombre d'années, il persista dans sa tentation; mais,
- enfin, voyant qu'il y perdait son temps et sa peine, force lui fut de lever le siége.</td>
+ <td>Bref, je pourrais vous conter bien d'autres tours, et des plus drôles,
+ que lui joua encore cet Incube, mais il y a terme à tout. Qu'il suffise de
+ savoir que, pendant nombre d'années, il persista dans sa tentation; mais,
+ enfin, voyant qu'il y perdait son temps et sa peine, force lui fut de lever le siége.</td>
</tr>
<tr>
@@ -1859,78 +1818,78 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
nullum actum contra Religionem tentat, sed solum contra castitatem. Hinc fit quod
ipsi consentiens non peccat irreligiositate, sed incontinentia.</td>
- <td class="stdindent">29. Dans le cas ci-dessus, comme dans quelques autres de même sorte qu'on
+ <td class="stdindent">29. Dans le cas ci-dessus, comme dans quelques autres de même sorte qu'on
peut lire ou entendre raconter de temps en temps, l'Incube ne fait tentation
- d'aucun acte contraire à la Religion, mais seulement à la
- chasteté. En conséquence, si l'on cède à la tentation,
- on ne pèche point par impiété, mais par
+ d'aucun acte contraire à la Religion, mais seulement à la
+ chasteté. En conséquence, si l'on cède à la tentation,
+ on ne pèche point par impiété, mais par
incontinence.</td>
</tr>
<tr id="no30">
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">30. In confesso autem est apud Theologos et Philosophos, quod ex
- commixtione hominis, cum Dæmone aliquoties nascuntur homines et tali modo
+ commixtione hominis, cum Dæmone aliquoties nascuntur homines et tali modo
nasciturum esse Antichristum opinantur nonnulli Doctores: Bellarm., lib. 1. <i>de
Rom. Pont.</i> cap. 12., Suarez, tom. 2. disp. 54. sec. 1.; Maluend., <i>de
Antichr.</i> l. 2. c. 8. Immo observant, quod, qui gignuntur ab hujusmodi Incubis,
naturali causa etiam evenit, ut nascantur grandes, robustissimi, ferocissimi,
- superbissimi, ac nequissimi ut scripsit Maluenda, <i>loc. cit. § Ad illud;</i>
+ superbissimi, ac nequissimi ut scripsit Maluenda, <i>loc. cit. § Ad illud;</i>
et hujus rationem recitat ex Vallesio Archiat. Reggio. <i>Sac. Philosoph.</i> c.
8., dicente quod Incubi <i>summittunt in uteros non qualecumque, neque
quantumcumque semen, sed plurimum, crassissimum, calidissimum, spiritibus affluens
et seri expers. Id vero est eis facile conquirere, deligendo homines calidos,
robustos, et abundantes multo semine, quibus succumbant, deinde, et mulieres tales,
quibus incumbant, atque utrisque voluptatem solito majorem afferendo, tanto enim
- abundantius emittitur semen, quanto cum majori voluptate excernitur</i>. Hæc
+ abundantius emittitur semen, quanto cum majori voluptate excernitur</i>. Hæc
Vallesius. Confirmat vero Maluenda supradicta, probando, ex variis et classicis
Auctoribus, ex hujusmodi concubitu natos: Romulum ac Remum,
Liv. <i>decad. 1.</i>; Plutarch. <i>in vit. Romul., et Parallel.</i>; Servium
Tullium, sextum regem Romanorum, Dionys. Halicar. lib. 4., Plin. lib. 36. c. 27.;
Platonem Philosophum, Laer. l. 9. de <i>Vit. Philos.</i>, D. Hyeron. l. 1.
<i>Controvers. Jovinian.</i>; Alexandrum Magnum, Plutarch., <i>in vit. Alex. M.</i>;
- Quint. Curt., l. 4. <i>de Gest. Alex. M.</i>; Seleucum, regem Syriæ,
+ Quint. Curt., l. 4. <i>de Gest. Alex. M.</i>; Seleucum, regem Syriæ,
Just., <i>Hist.</i> l. 15., Appian., <i>in Syriac.</i>; Scipionem Africanum
- Majorem, Liv., <i>decad.</i> 3. lib. 6.; Cæsarem Augustum Imperatorem,
+ Majorem, Liv., <i>decad.</i> 3. lib. 6.; Cæsarem Augustum Imperatorem,
Sueton., <i>in Octa.</i> c. 94.; Aristomenem Messenium, strenuissimum ducem
- Græcorum, Strabo, <i>de Sit. Orb.</i> lib. 8., Pausan. <i>de Rebus
- Græcor.</i> lib. 3.; et Merlinum, seu Melchinum Anglicum ex Incubo et Filia
+ Græcorum, Strabo, <i>de Sit. Orb.</i> lib. 8., Pausan. <i>de Rebus
+ Græcor.</i> lib. 3.; et Merlinum, seu Melchinum Anglicum ex Incubo et Filia
Caroli Magni Moniali, Hauller, volum. 2. Generat. 7.; quod etiam de Martino
Luthero, perditissimo Heresiarca, scribit Cocleus apud Maluendam, de<i>
- Antich.</i> lib. 2. c. 6.<i> § Cæterum</i>.</td>
+ Antich.</i> lib. 2. c. 6.<i> § Cæterum</i>.</td>
- <td class="stdindent">30. Or, il est avéré pour les Théologiens et les
- Philosophes, que de la copulation de l'homme, mâle ou femelle, avec le
- Démon, naissent quelquefois des hommes; et c'est de la sorte que doit
- naître l'Antechrist, suivant bon nombre de Docteurs: Bellarmin, Suarez,
+ <td class="stdindent">30. Or, il est avéré pour les Théologiens et les
+ Philosophes, que de la copulation de l'homme, mâle ou femelle, avec le
+ Démon, naissent quelquefois des hommes; et c'est de la sorte que doit
+ naître l'Antechrist, suivant bon nombre de Docteurs: Bellarmin, Suarez,
Maluenda, etc. Ils observent en outre que, par une cause toute naturelle, les
- enfants ainsi procréés par les Incubes, sont grands,
- très-robustes, très-audacieux, très-superbes et
- très-méchants. Voyez là-dessus Maluenda; quant à la
- cause en question, il nous la donne d'après Vallesius, Archiatre de Reggio.
- «Ce que les Incubes introduisent <i>in uteros</i>, n'est pas <i>qualecumque,
- neque quantumcumque semen</i>, mais abondant, très-épais,
- très-chaud, très-chargé d'esprits et sans aucune
- sérosité. Ceci est d'ailleurs pour eux chose facile: ils n'ont
- qu'à choisir des hommes chauds, robustes, <i>et abundantes multo semine,
- quibus succumbant</i>; puis des femmes de même tempérament, <i>quibus
+ enfants ainsi procréés par les Incubes, sont grands,
+ très-robustes, très-audacieux, très-superbes et
+ très-méchants. Voyez là-dessus Maluenda; quant à la
+ cause en question, il nous la donne d'après Vallesius, Archiatre de Reggio.
+ «Ce que les Incubes introduisent <i>in uteros</i>, n'est pas <i>qualecumque,
+ neque quantumcumque semen</i>, mais abondant, très-épais,
+ très-chaud, très-chargé d'esprits et sans aucune
+ sérosité. Ceci est d'ailleurs pour eux chose facile: ils n'ont
+ qu'à choisir des hommes chauds, robustes, <i>et abundantes multo semine,
+ quibus succumbant</i>; puis des femmes de même tempérament, <i>quibus
incumbant</i>, en ayant soin de procurer aux uns et aux autres <i>voluptatem solito
majorem, tanto enim abundantius emittitur semen, quanto cum majori voluptate
- excernitur</i>.» Tels sont les termes de Vallesius. Maluenda confirme
- ce qui a été dit plus haut, prouvant, par le témoignage de
- divers Auteurs, classiques la plupart, que c'est à pareilles unions que
- doivent leur naissance: Romulus et Rémus, d'après <i>Tite-Live</i> et
- <i>Plutarque</i>; Servius-Tullius, sixième roi des Romains, d'après
+ excernitur</i>.» Tels sont les termes de Vallesius. Maluenda confirme
+ ce qui a été dit plus haut, prouvant, par le témoignage de
+ divers Auteurs, classiques la plupart, que c'est à pareilles unions que
+ doivent leur naissance: Romulus et Rémus, d'après <i>Tite-Live</i> et
+ <i>Plutarque</i>; Servius-Tullius, sixième roi des Romains, d'après
<i>Denys d'Halicarnasse</i> et <i>Pline l'Ancien</i>; Platon le Philosophe,
- d'après <i>Diogène Laërce</i> et <i>Saint
- Jérôme</i>; Alexandre le Grand, d'après <i>Plutarque</i> et
- <i>Quinte-Curce</i>; Séleucus, roi de Syrie, d'après <i>Justin</i> et
- <i>Appien</i>; Scipion l'Africain, premier du nom, d'après <i>Tite-Live</i>;
- l'empereur César-Auguste, d'après <i>Suétone</i>;
- Aristomène de Messénie, illustre général Grec,
- d'après <i>Strabon</i> et <i>Pausanias</i>. Ajoutons encore l'Anglais Merlin
- ou Melchin, né d'un Incube et d'une Religieuse, fille de Charlemagne; et,
- enfin, comme l'écrit Cocleus, cité par Maluenda, ce damné
- Hérésiarque, qui a nom Martin Luther.</td>
+ d'après <i>Diogène Laërce</i> et <i>Saint
+ Jérôme</i>; Alexandre le Grand, d'après <i>Plutarque</i> et
+ <i>Quinte-Curce</i>; Séleucus, roi de Syrie, d'après <i>Justin</i> et
+ <i>Appien</i>; Scipion l'Africain, premier du nom, d'après <i>Tite-Live</i>;
+ l'empereur César-Auguste, d'après <i>Suétone</i>;
+ Aristomène de Messénie, illustre général Grec,
+ d'après <i>Strabon</i> et <i>Pausanias</i>. Ajoutons encore l'Anglais Merlin
+ ou Melchin, né d'un Incube et d'une Religieuse, fille de Charlemagne; et,
+ enfin, comme l'écrit Cocleus, cité par Maluenda, ce damné
+ Hérésiarque, qui a nom Martin Luther.</td>
</tr>
<tr id="no31">
@@ -1939,10 +1898,10 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
optime opinatur Pererius, tom. 2. <i>in Genes.</i> cap. 6. disp. 5., tota vis et
efficacia humani seminis consistit in spiritibus, qui difflantur, et evanescunt,
statim ac sunt extra genitalia vasa, a quibus foventur, et conservantur, ut
- scribunt Medici. Nequit proinde Dæmon semen acceptum conservare, ita ut aptum
+ scribunt Medici. Nequit proinde Dæmon semen acceptum conservare, ita ut aptum
sit generationi, quia vas, quodcumque sit illud, in quo semen conservare tentaret,
- oporteret, quod caleret calore assimetro a nativo organorum humanæ
- generationis; similarem enim a nullo alio præterquam ab organis ipsis habere
+ oporteret, quod caleret calore assimetro a nativo organorum humanæ
+ generationis; similarem enim a nullo alio præterquam ab organis ipsis habere
potest. In vase autem non calente vi tali calore, sed alieno, spiritus resolvuntur,
nec sequi potest generatio. Tum quia generatio actus vitalis est, per quem homo
generans de propria substantia semen defert per organa naturalia ad locum
@@ -1959,84 +1918,84 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
nasceretur: et hoc est contra id, quod homo genitus ab Incubo non est illius
filius, sed est filius ejus viri, a quo Incubus semen sumpsit.</td>
- <td class="stdindent">31. Cependant, sauf le respect dû à tant et de si grands Docteurs,
- je ne vois pas comment leur opinion pourrait résister à l'examen. En
- effet, comme l'observe très-bien Pererius, dans son <i>Commentaire sur la
- Genèse, chap. 6</i>, toute la force, toute l'efficacité du
- sperme humain consiste dans les esprits, qui s'évaporent et
- s'évanouissent aussitôt sortis des vases génitaux, où
- ils étaient chaudement emmagasinés: les Médecins sont d'accord
- là-dessus. Il n'est donc pas possible au Démon de conserver le sperme
- qu'il a reçu, dans un état d'intégrité suffisant pour
- produire génération; car, quel que soit le vase où il
- essayerait de le retenir, il faudrait que le vase eût une chaleur
- égale à la chaleur naturelle des organes génitaux humains,
- laquelle ne se trouve nulle part que dans ces mêmes organes. Or, dans un vase
- où cette chaleur n'est pas naturelle, mais factice, les esprits se
- résolvent, et aucune génération n'est possible. Une seconde
- objection, c'est que la génération est un acte vital par lequel
+ <td class="stdindent">31. Cependant, sauf le respect dû à tant et de si grands Docteurs,
+ je ne vois pas comment leur opinion pourrait résister à l'examen. En
+ effet, comme l'observe très-bien Pererius, dans son <i>Commentaire sur la
+ Genèse, chap. 6</i>, toute la force, toute l'efficacité du
+ sperme humain consiste dans les esprits, qui s'évaporent et
+ s'évanouissent aussitôt sortis des vases génitaux, où
+ ils étaient chaudement emmagasinés: les Médecins sont d'accord
+ là-dessus. Il n'est donc pas possible au Démon de conserver le sperme
+ qu'il a reçu, dans un état d'intégrité suffisant pour
+ produire génération; car, quel que soit le vase où il
+ essayerait de le retenir, il faudrait que le vase eût une chaleur
+ égale à la chaleur naturelle des organes génitaux humains,
+ laquelle ne se trouve nulle part que dans ces mêmes organes. Or, dans un vase
+ où cette chaleur n'est pas naturelle, mais factice, les esprits se
+ résolvent, et aucune génération n'est possible. Une seconde
+ objection, c'est que la génération est un acte vital par lequel
l'homme, engendrant de sa propre substance, introduit le sperme, au moyen d'organes
- naturels, dans le lieu propre à la génération. Au contraire,
- dans le cas spécial qui nous occupe, l'introduction du sperme ne peut pas
- être un acte vital de l'homme engendrant, puisque ce n'est point par lui
- qu'il est introduit dans la matrice; et, par la même raison, on ne peut pas
- dire que l'homme, à qui appartenait le sperme, ait engendré le
- f&oelig;tus qui en est procréé. L'Incube, non plus, ne saurait
- être considéré comme son père, puisque le sperme n'est
- pas de sa propre substance. Voilà donc un enfant mis au monde, et n'ayant
- personne pour père, ce qui est absurde. Troisième objection: quand le
- père engendre naturellement, il y a concours de deux causalités:
- l'une matérielle, car il fournit le sperme, qui est la matière de la
- génération; l'autre efficiente, car il est l'agent principal dans la
- génération, suivant l'opinion commune des Philosophes. Mais, dans
- notre espèce, l'homme, se bornant à fournir le sperme, ne ferait
- l'apport que d'une matière pure et simple, sans aucune action tendant
- à génération; donc, il ne pourrait être
- considéré comme le père de l'enfant procréé dans
- ces circonstances: et ceci est contraire à la notion que l'enfant
- engendré par un Incube n'est pas le fils de l'Incube, mais le fils de
- l'homme dont cet Incube a emprunté le sperme.</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">32. Præterea omni probabilitate caret quod scribit Vallesius, et ex eo
+ naturels, dans le lieu propre à la génération. Au contraire,
+ dans le cas spécial qui nous occupe, l'introduction du sperme ne peut pas
+ être un acte vital de l'homme engendrant, puisque ce n'est point par lui
+ qu'il est introduit dans la matrice; et, par la même raison, on ne peut pas
+ dire que l'homme, à qui appartenait le sperme, ait engendré le
+ f&oelig;tus qui en est procréé. L'Incube, non plus, ne saurait
+ être considéré comme son père, puisque le sperme n'est
+ pas de sa propre substance. Voilà donc un enfant mis au monde, et n'ayant
+ personne pour père, ce qui est absurde. Troisième objection: quand le
+ père engendre naturellement, il y a concours de deux causalités:
+ l'une matérielle, car il fournit le sperme, qui est la matière de la
+ génération; l'autre efficiente, car il est l'agent principal dans la
+ génération, suivant l'opinion commune des Philosophes. Mais, dans
+ notre espèce, l'homme, se bornant à fournir le sperme, ne ferait
+ l'apport que d'une matière pure et simple, sans aucune action tendant
+ à génération; donc, il ne pourrait être
+ considéré comme le père de l'enfant procréé dans
+ ces circonstances: et ceci est contraire à la notion que l'enfant
+ engendré par un Incube n'est pas le fils de l'Incube, mais le fils de
+ l'homme dont cet Incube a emprunté le sperme.</td>
+ </tr>
+
+ <tr>
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">32. Præterea omni probabilitate caret quod scribit Vallesius, et ex eo
recitavimus supra n<sup>o</sup> 30.; mirorque a doctissimi viri calamo talia
excidisse. Notissimum enim est apud Physicos, quod magnitudo f&oelig;tus non est a
quantitate molis, sed est a quantitate virtutis, hoc est spirituum in semine:
ab ea enim tota generationis ratio dependet, ut optime testatur
Michael Ettmullerus, <i>Instit. Medic. Physiolog.</i> car. 22. thes. 1. fol. m.
39., scribens: <i>Tota generationis ratio dependet a spiritu genitali sub
- crassioris materiæ involucro excreto; ista materia seminis crassa nullo modo,
+ crassioris materiæ involucro excreto; ista materia seminis crassa nullo modo,
vel in utero subsistente, vel ceu materia f&oelig;tum constituente: sed solus
spiritus genitalis maris unitus cum spiritu genitali mulieris in poros uteri, seu
quod rarius fit in tubos uteri se insinuat, indeque uterum fecundum reddit</i>. Quid
ergo facere potest magna quantitas seminis ad f&oelig;tus magnitudinem?
- Præterea nec semper verum est, quod tales geniti ab Incubis magnitudine molis
- corporeæ insignes sint: Alexander enim Magnus, qui, ut diximus, natus taliter
+ Præterea nec semper verum est, quod tales geniti ab Incubis magnitudine molis
+ corporeæ insignes sint: Alexander enim Magnus, qui, ut diximus, natus taliter
scribitur, statura pusillus erat; unde carmen,</td>
- <td class="stdindent">32. En outre, ce qu'écrit Vallesius, et que nous avons cité
- d'après lui (voir plus haut, n<sup>o</sup> 30), n'a pas la moindre
- probabilité; et je m'étonne qu'une telle énormité ait
- pu tomber de la plume d'un si docte personnage. Les Médecins, en effet,
- savent parfaitement que la grandeur du f&oelig;tus ne tient pas à la
- quantité de matière, mais à la quantité de vertu,
- c'est-à-dire d'esprits contenus dans la semence; là est tout le
- secret de la génération, comme le remarque très-bien Michel
- Ettmuller, <i>Institut. Medic. Physiolog.</i>: «La
- génération,» dit-il, «dépend entièrement de
- l'esprit génital contenu dans une enveloppe de matière plus
- épaisse; cette matière spermatique ne reste pas dans l'utérus,
- et ne contribue en rien à former le f&oelig;tus; seul, l'esprit
- génital du mâle, uni à l'esprit génital de la femme,
- pénètre dans les pores, ou, plus rarement, dans les tubes de
- l'utérus, qu'il féconde par ce moyen.» Quel peut donc
- être l'effet d'une grande quantité de sperme, au point de vue de la
+ <td class="stdindent">32. En outre, ce qu'écrit Vallesius, et que nous avons cité
+ d'après lui (voir plus haut, n<sup>o</sup> 30), n'a pas la moindre
+ probabilité; et je m'étonne qu'une telle énormité ait
+ pu tomber de la plume d'un si docte personnage. Les Médecins, en effet,
+ savent parfaitement que la grandeur du f&oelig;tus ne tient pas à la
+ quantité de matière, mais à la quantité de vertu,
+ c'est-à-dire d'esprits contenus dans la semence; là est tout le
+ secret de la génération, comme le remarque très-bien Michel
+ Ettmuller, <i>Institut. Medic. Physiolog.</i>: «La
+ génération,» dit-il, «dépend entièrement de
+ l'esprit génital contenu dans une enveloppe de matière plus
+ épaisse; cette matière spermatique ne reste pas dans l'utérus,
+ et ne contribue en rien à former le f&oelig;tus; seul, l'esprit
+ génital du mâle, uni à l'esprit génital de la femme,
+ pénètre dans les pores, ou, plus rarement, dans les tubes de
+ l'utérus, qu'il féconde par ce moyen.» Quel peut donc
+ être l'effet d'une grande quantité de sperme, au point de vue de la
grandeur du f&oelig;tus? De plus, il n'est pas toujours vrai que les hommes ainsi
- engendrés par des Incubes, soient remarquables par la grandeur de leur
- corps; Alexandre le Grand, par exemple, qu'on raconte être né de cette
- manière, comme nous l'avons dit, était de fort petite taille,
- d'où ce vers:</td>
+ engendrés par des Incubes, soient remarquables par la grandeur de leur
+ corps; Alexandre le Grand, par exemple, qu'on raconte être né de cette
+ manière, comme nous l'avons dit, était de fort petite taille,
+ d'où ce vers:</td>
</tr>
<tr>
@@ -2061,251 +2020,251 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="italics">Item quamvis taliter concepti supra cæteros homines excellant, non
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="italics">Item quamvis taliter concepti supra cæteros homines excellant, non
tamen hoc semper est in vitiis, sed aliquando in virtutibus etiam in moralibus, ut
- patet in Scipione Africano, Cæsare Augusto, et Platone Philosopho, de quibus
+ patet in Scipione Africano, Cæsare Augusto, et Platone Philosopho, de quibus
Livius, Suetonius et Laertius respective scribunt, quod optimi in moribus fuere; ut
proinde arguere possimus, quod si alii eodem modo geniti pessimi fuere, hoc
non fuerit ex hoc, quod fuerint ab Incubo geniti, sed quia tales ex proprio
arbitrio extitere.</td>
- <td>Enfin, quoique les personnages conçus dans ces conditions soient
- généralement supérieurs aux autres hommes, ce n'est pas
+ <td>Enfin, quoique les personnages conçus dans ces conditions soient
+ généralement supérieurs aux autres hommes, ce n'est pas
toujours dans les vices qu'ils excellent, mais quelquefois aussi dans les vertus,
- même morales; exemple: Scipion l'Africain, César-Auguste et Platon le
- Philosophe, qui, d'après les témoignages respectifs de Tite-Live,
- Suétone et Diogène Laërce, étaient de m&oelig;urs
+ même morales; exemple: Scipion l'Africain, César-Auguste et Platon le
+ Philosophe, qui, d'après les témoignages respectifs de Tite-Live,
+ Suétone et Diogène Laërce, étaient de m&oelig;urs
excellentes. De quoi nous pouvons conclure que si d'autres individus,
- engendrés de même manière, ont été de parfaits
- coquins, ce n'est pas parce qu'ils devaient la vie à un Incube, mais parce
- que, de leur libre arbitre, il leur avait plu d'être tels.</td>
+ engendrés de même manière, ont été de parfaits
+ coquins, ce n'est pas parce qu'ils devaient la vie à un Incube, mais parce
+ que, de leur libre arbitre, il leur avait plu d'être tels.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="italics">Pariter ex textu Sacræ Scripturæ, <i>Gen.</i> c. 6. v. 4.,
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="italics">Pariter ex textu Sacræ Scripturæ, <i>Gen.</i> c. 6. v. 4.,
habemus quod gigantes nati sunt ex concubitu filiorum Dei cum filiabus hominum, et
hoc ad litteram sacri textus. Gigantes autem homines erant <i>statura magna</i>, ut
eos vocat Baruch, c. 3. v. 26, et excedente communem hominum proceritatem.
Monstruosa statura, robore, latrociniis, et tyrannide insignes; unde Gigantes per
sua scelera fuerunt maxima, et potissima causa Diluvii, ait Cornelius a Lapid.
- <i>in Gen.</i> c. 6. v. 4. <i>§ Burgensis</i>. Non quadrat autem quorumdam
+ <i>in Gen.</i> c. 6. v. 4. <i>§ Burgensis</i>. Non quadrat autem quorumdam
expositio, quod nomine filiorum Dei veniant filii Seth, et vocabulo filiarum
- hominum filiæ Cain, eo quod illi erant pietati, Religioni, et
- cæteris virtutibus addicti, descendentes autem a Cain viceversa: nam salva
+ hominum filiæ Cain, eo quod illi erant pietati, Religioni, et
+ cæteris virtutibus addicti, descendentes autem a Cain viceversa: nam salva
opinantium, Chrysost. Cyrill. Theodor. Rupert. Ab., et Hilar. in Psalm. 132. apud
- Cornel. a Lap. c. 6. G. v. 2. <i>§ Verum dies</i>, reverentia, talis expositio
- non cohæret sensui patenti litteræ; ait enim Scriptura, quod ex
- conjunctione talium nati sunt homines monstruosæ proceritatis corporeæ:
+ Cornel. a Lap. c. 6. G. v. 2. <i>§ Verum dies</i>, reverentia, talis expositio
+ non cohæret sensui patenti litteræ; ait enim Scriptura, quod ex
+ conjunctione talium nati sunt homines monstruosæ proceritatis corporeæ:
ante illam ergo tales gigantes non extiterunt: quod si ex ea orti sunt, hoc non
potuit esse ex eo, quod filii Seth coivissent cum filiabus Cain, quia illi erant
- staturæ ordinariæ, prout etiam filiæ Cain, unde oriri ex his
- naturaliter non potuerunt, nisi filii staturæ ordinariæ; si ergo
+ staturæ ordinariæ, prout etiam filiæ Cain, unde oriri ex his
+ naturaliter non potuerunt, nisi filii staturæ ordinariæ; si ergo
monstruosa statura filii nati sunt ex tali conjunctione, hoc fuit, quia non fuerunt
- prognati ex ordinaria conjunctione viri cum muliere, sed ex Incubis dæmonibus
- qui ratione naturæ ipsorum optime possunt vocari filii Dei, et in hac
+ prognati ex ordinaria conjunctione viri cum muliere, sed ex Incubis dæmonibus
+ qui ratione naturæ ipsorum optime possunt vocari filii Dei, et in hac
sententia sunt Philosophi Platonici, et Franciscus Georgius Venetus, tom. 1.
- problem. 74.: nec dissentiunt ab eadem Joseph. Hebræus, Philo Judæus,
+ problem. 74.: nec dissentiunt ab eadem Joseph. Hebræus, Philo Judæus,
S. Justinus Martyr, Clemens Alexandrinus, et Tertullianus. Joseph.
- Hebræus, <i>Antiq.</i> l. 1., Philo, l. <i>de Gigant.</i>, S. Justinus
+ Hebræus, <i>Antiq.</i> l. 1., Philo, l. <i>de Gigant.</i>, S. Justinus
M., <i>Apolog.</i> 1., Clemens Alex., lib. 3., Tertull., lib. <i>de Habit.
Mul.</i>, apud Cornel., loc. cit., Hugo de S. Victor., <i>Annot. in Gen.</i>, c. 6.,
qui opinantur illos fuisse Angelos quosdam corporeos qui in luxuriam cum mulieribus
- delapsi sunt, ut enim infra ostendemus istæ duæ sententiæ in
+ delapsi sunt, ut enim infra ostendemus istæ duæ sententiæ in
unam, et eamdem conveniunt.</td>
- <td class="stdindent">On lit aussi dans la Sainte Écriture, <i>Genèse, chap. 6, verset
- 4</i>, que des géants sont nés du commerce des fils de Dieu avec les
- filles des hommes: ceci est la lettre même du texte sacré. Or, ces
- géants étaient des hommes de <i>grande stature</i>, comme il est dit
- dans <i>Baruch, chap. 3, verset 26</i>, et de beaucoup supérieurs aux autres
+ <td class="stdindent">On lit aussi dans la Sainte Écriture, <i>Genèse, chap. 6, verset
+ 4</i>, que des géants sont nés du commerce des fils de Dieu avec les
+ filles des hommes: ceci est la lettre même du texte sacré. Or, ces
+ géants étaient des hommes de <i>grande stature</i>, comme il est dit
+ dans <i>Baruch, chap. 3, verset 26</i>, et de beaucoup supérieurs aux autres
hommes. Outre cette taille monstrueuse, ils se signalaient encore par leur force,
- leurs rapines, leur tyrannie; aussi est-ce aux crimes des Géants qu'il
- convient d'attribuer la cause première et principale du Déluge,
- suivant Cornelius a Lapide, dans son <i>Commentaire sur la Genèse</i>.
- Quelques-uns prétendent que, sous le nom de Fils de Dieu, il faut
+ leurs rapines, leur tyrannie; aussi est-ce aux crimes des Géants qu'il
+ convient d'attribuer la cause première et principale du Déluge,
+ suivant Cornelius a Lapide, dans son <i>Commentaire sur la Genèse</i>.
+ Quelques-uns prétendent que, sous le nom de Fils de Dieu, il faut
entendre les fils de Seth, et, sous celui de Filles des hommes, les filles de
- Caïn, parce que les premiers pratiquaient la piété, la religion
- et toutes les autres vertus, au rebours des enfants de Caïn, qui se
- signalaient par tout le contraire; mais, sauf le respect dû à
+ Caïn, parce que les premiers pratiquaient la piété, la religion
+ et toutes les autres vertus, au rebours des enfants de Caïn, qui se
+ signalaient par tout le contraire; mais, sauf le respect dû à
Chrysostome, Cyrille, Hilaire et autres qui partagent cette opinion, on avouera
- qu'elle est en désaccord avec le sens patent du texte. Que dit en effet
- l'Écriture? Que de la conjonction des susdits sont nés des hommes
- d'une monstrueuse grandeur corporelle: donc, ces géants n'existaient pas
- auparavant; et si leur naissance a été le résultat de cette
+ qu'elle est en désaccord avec le sens patent du texte. Que dit en effet
+ l'Écriture? Que de la conjonction des susdits sont nés des hommes
+ d'une monstrueuse grandeur corporelle: donc, ces géants n'existaient pas
+ auparavant; et si leur naissance a été le résultat de cette
union, il n'est pas admissible qu'on puisse l'attribuer au commerce des fils de
- Seth avec les filles de Caïn, lesquels, étant eux-mêmes de taille
- ordinaire, n'ont pu procréer que des enfants de taille ordinaire. Par
- conséquent, si la conjonction dont il s'agit a donné le jour à
- des êtres d'une monstrueuse stature, il faut y voir, non le commerce
- ordinaire de l'homme avec la femme, mais l'opération des Démons
- Incubes, qui, à raison de leur nature, peuvent très-bien être
- appelés fils de Dieu. Cet avis est celui des Philosophes Platoniciens et de
- François Georges de Venise; et il n'est pas en contradiction avec celui
- de Josèphe l'Historien, Philon de Judée, S. Justin martyr,
- Clément d'Alexandrie et Tertullien, d'après lesquels ces Incubes
- seraient des Anges corporels qui se sont laissés glisser dans le
- péché de luxure avec les femmes. En effet, comme nous le montrerons
- plus loin, il n'y a là, sous une apparence double, qu'une seule et
- même opinion.</td>
+ Seth avec les filles de Caïn, lesquels, étant eux-mêmes de taille
+ ordinaire, n'ont pu procréer que des enfants de taille ordinaire. Par
+ conséquent, si la conjonction dont il s'agit a donné le jour à
+ des êtres d'une monstrueuse stature, il faut y voir, non le commerce
+ ordinaire de l'homme avec la femme, mais l'opération des Démons
+ Incubes, qui, à raison de leur nature, peuvent très-bien être
+ appelés fils de Dieu. Cet avis est celui des Philosophes Platoniciens et de
+ François Georges de Venise; et il n'est pas en contradiction avec celui
+ de Josèphe l'Historien, Philon de Judée, S. Justin martyr,
+ Clément d'Alexandrie et Tertullien, d'après lesquels ces Incubes
+ seraient des Anges corporels qui se sont laissés glisser dans le
+ péché de luxure avec les femmes. En effet, comme nous le montrerons
+ plus loin, il n'y a là, sous une apparence double, qu'une seule et
+ même opinion.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">33. Si ergo Incubi tales, ut fert communis sententia, Gigantes genuerunt,
accepto semine ab homine, juxta id, quod supra dictum est, non potuerunt ex illo
- semine nasci nisi homines ejusdem staturæ plus, minusve, cum eo a quo semen
+ semine nasci nisi homines ejusdem staturæ plus, minusve, cum eo a quo semen
acceptum est: nec enim facit ad altiorem corporis staturam major seminis quantitas,
- ita ut attracta insolite a Dæmone, dum succubus fit homini, augeat ultra
+ ita ut attracta insolite a Dæmone, dum succubus fit homini, augeat ultra
illius staturam enormiter corpus ab eo geniti; quia, ut supra diximus, hoc residet
in spiritu, et non in mole seminis: ut proinde necesse sit concludere, quod ab alio
- semine, quam humano hujusmodi gigantes nati sint, et proinde Dæmon Incubus
+ semine, quam humano hujusmodi gigantes nati sint, et proinde Dæmon Incubus
non humano, sed alio semine utatur ad generationem. Quid igitur dicendum?</td>
- <td class="stdindent">33. Si donc ces Incubes, d'après l'avis commun, ont engendré des
- Géants au moyen de sperme emprunté à l'homme ainsi qu'il a
- été dit plus haut, il est impossible qu'il soit né de ce
- sperme autre chose que des hommes de même taille, plus ou moins, que celui
- qui l'avait fourni; car ce serait en vain que le Démon, en jouant avec
- l'homme son rôle de Succube, lui soutirerait une dose extraordinaire de
- liqueur prolifique pour en procréer des enfants de plus forte taille: la
- dose ici ne fait rien à l'affaire, puisque, comme nous l'avons dit, tout
- dépend de la vitalité de cette liqueur, non de sa quantité.
- Nous arrivons donc forcément à cette conclusion: que les
- Géants sont nés d'un sperme autre que celui de l'homme, et que, par
- conséquent, le Démon Incube, pour engendrer, emploie un sperme qui
- n'est pas emprunté à l'homme. Mais alors, que faut-il dire?</td>
+ <td class="stdindent">33. Si donc ces Incubes, d'après l'avis commun, ont engendré des
+ Géants au moyen de sperme emprunté à l'homme ainsi qu'il a
+ été dit plus haut, il est impossible qu'il soit né de ce
+ sperme autre chose que des hommes de même taille, plus ou moins, que celui
+ qui l'avait fourni; car ce serait en vain que le Démon, en jouant avec
+ l'homme son rôle de Succube, lui soutirerait une dose extraordinaire de
+ liqueur prolifique pour en procréer des enfants de plus forte taille: la
+ dose ici ne fait rien à l'affaire, puisque, comme nous l'avons dit, tout
+ dépend de la vitalité de cette liqueur, non de sa quantité.
+ Nous arrivons donc forcément à cette conclusion: que les
+ Géants sont nés d'un sperme autre que celui de l'homme, et que, par
+ conséquent, le Démon Incube, pour engendrer, emploie un sperme qui
+ n'est pas emprunté à l'homme. Mais alors, que faut-il dire?</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">34. Quantum ad hoc, sub correctione Sanctæ Matris
- Ecclesiæ, et mere opinative dico, Incubum Dæmonem dum mulieribus
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">34. Quantum ad hoc, sub correctione Sanctæ Matris
+ Ecclesiæ, et mere opinative dico, Incubum Dæmonem dum mulieribus
commiscetur, ex proprio ipsius semine hominem generare.</td>
- <td class="stdindent">34. Sous le contrôle de Notre Sainte Mère Église, et
- à titre de simple opinion, je dis que le Démon Incube, dans son
+ <td class="stdindent">34. Sous le contrôle de Notre Sainte Mère Église, et
+ à titre de simple opinion, je dis que le Démon Incube, dans son
commerce avec les femmes, engendre le f&oelig;tus humain de sa propre semence.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">35. Paradoxa in fide, et parum sana nonnullis videbitur hæc opinio;
- sed lectorem meum deprecor, ut judicium non præcipitet de ea: ut enim
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">35. Paradoxa in fide, et parum sana nonnullis videbitur hæc opinio;
+ sed lectorem meum deprecor, ut judicium non præcipitet de ea: ut enim
incivile est nondum tota lege perspecta judicare, ut Celsus, lib. 24. ff. de legib.
et S. C., ait, ita neque damnanda est opinio, nisi prius examinatis, ac solutis
argumentis, quibus innititur. Ad probandam igitur supradatam conclusionem, nonnulla
- sunt necessario præmittenda.</td>
+ sunt necessario præmittenda.</td>
- <td class="stdindent">35. Beaucoup de gens trouveront cette proposition hétérodoxe et
- peu sensée, mais je supplie mon lecteur de ne pas la condamner à la
- légère; car si, comme l'observe Celse, il n'est pas convenable de
- prononcer un jugement sans avoir examiné la loi sous toutes ses faces, de
- même il est injuste de condamner une opinion avant d'avoir pesé et
- réfuté les arguments sur lesquels elle s'appuie. Il s'agit donc de
- prouver ma conclusion, et je dois nécessairement, à cet effet, entrer
- dans quelques développements.</td>
+ <td class="stdindent">35. Beaucoup de gens trouveront cette proposition hétérodoxe et
+ peu sensée, mais je supplie mon lecteur de ne pas la condamner à la
+ légère; car si, comme l'observe Celse, il n'est pas convenable de
+ prononcer un jugement sans avoir examiné la loi sous toutes ses faces, de
+ même il est injuste de condamner une opinion avant d'avoir pesé et
+ réfuté les arguments sur lesquels elle s'appuie. Il s'agit donc de
+ prouver ma conclusion, et je dois nécessairement, à cet effet, entrer
+ dans quelques développements.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">36. Præmittendum primo de fide est, quod dentur Creaturæ pure
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">36. Præmittendum primo de fide est, quod dentur Creaturæ pure
spirituales nullo modo de materia corporea participantes, prout habetur ex
Concillio Lateranensi, sub Innocentio Tertio, c. Firm. de Sum. Trin. et Fid. Cath.
Conc. Eph. in Epist. Cyrill. ad Reggia, et alibi. Hujusmodi autem sunt
- Angeli beati, et Dæmones damnati ad ignem perpetuum. Quamvis vero nonnulli
+ Angeli beati, et Dæmones damnati ad ignem perpetuum. Quamvis vero nonnulli
Doctores, Bann. par. 1. q. 5. ar. 1. Can. <i>de Loc. Theol.</i> l. 5. c. 5. Sixt.
seu <i>Bibliot. San.</i> l. 5. annot. 8., Mirand. <i>Sum. Concil.</i> v<sup>o</sup>.
<i>Angelus</i>, Molina, p. 1. q. 50., a. 1., Carranz., <i>Annot.
ad Synod.</i> 7., etiam post Concilium illud docuerint spiritualitatem Angelorum et
- Dæmonum non esse de fide, ita ut nonnulli alii, Bonav. in lib. 2. sent. dist.
+ Dæmonum non esse de fide, ita ut nonnulli alii, Bonav. in lib. 2. sent. dist.
3. q. 1., Scot. <i>de Anim.</i> q. 15., Cajet. <i>in Gen.</i> c. 4., Franc.
- Georg. <i>Problem.</i> l. 2. c. 57., August. Hyph., <i>de Dæmon.</i>, l. 3.
- c. 3., scripserint illos esse corporeos, et proinde Angelos Dæmonesque
- corpore et spiritu constare non esse propositionem hæreticam, neque erroneam
+ Georg. <i>Problem.</i> l. 2. c. 57., August. Hyph., <i>de Dæmon.</i>, l. 3.
+ c. 3., scripserint illos esse corporeos, et proinde Angelos Dæmonesque
+ corpore et spiritu constare non esse propositionem hæreticam, neque erroneam
probet Bonaventura Baro, <i>Scot. Defens.</i> tom. 9. apolog. 2., act. 1., p.
- § 7.: tamen quia Concilium ipsum statuit de fide tenendum, <i>Deum esse
+ § 7.: tamen quia Concilium ipsum statuit de fide tenendum, <i>Deum esse
Creatorem omnium visibilium, et invisibilium, spiritualium, et corporalium, qui
utramque de nihilo condidit creaturam spiritualem et corporalem Angelicam,
videlicet ut mundanam</i>: ideo dico de fide esse quasdam creaturas dari mere
spirituales, et tales esse Angelos, non quidem omnes, sed quosdam.</td>
<td class="stdindent">36. En premier lieu, je constate, comme un article de foi, l'existence de
- Créatures purement spirituelles, n'ayant aucun rapport avec la
- matière corporelle, ainsi que l'a décidé le Concile de Latran,
- sous Innocent III. Tels sont les Anges bienheureux, et les Démons
- condamnés au feu éternel. Un certain nombre de
- Docteurs, il est vrai, ont enseigné, même après ce Concile, que
- la spiritualité des Anges et des Démons n'était pas article de
- foi; d'autres même, allant plus loin, ont affirmé qu'ils
- étaient corporels, d'où Bonaventure Baron a conclu qu'il n'y avait
- rien d'hérétique ni d'incohérent à donner aux Anges et
- aux Démons une double substance, corporelle et spirituelle. Cependant, en
- présence de la déclaration formelle du Concile, qu'il est de foi que
- <i>Dieu est le Créateur de toutes choses visibles et invisibles,
- spirituelles et corporelles, qui a tiré du néant toute
- créature spirituelle et corporelle, Angélique ou terrestre</i>, je
- dis qu'il est de foi d'admettre l'existence de certaines créatures purement
+ Créatures purement spirituelles, n'ayant aucun rapport avec la
+ matière corporelle, ainsi que l'a décidé le Concile de Latran,
+ sous Innocent III. Tels sont les Anges bienheureux, et les Démons
+ condamnés au feu éternel. Un certain nombre de
+ Docteurs, il est vrai, ont enseigné, même après ce Concile, que
+ la spiritualité des Anges et des Démons n'était pas article de
+ foi; d'autres même, allant plus loin, ont affirmé qu'ils
+ étaient corporels, d'où Bonaventure Baron a conclu qu'il n'y avait
+ rien d'hérétique ni d'incohérent à donner aux Anges et
+ aux Démons une double substance, corporelle et spirituelle. Cependant, en
+ présence de la déclaration formelle du Concile, qu'il est de foi que
+ <i>Dieu est le Créateur de toutes choses visibles et invisibles,
+ spirituelles et corporelles, qui a tiré du néant toute
+ créature spirituelle et corporelle, Angélique ou terrestre</i>, je
+ dis qu'il est de foi d'admettre l'existence de certaines créatures purement
spirituelles, et que tels sont les Anges: non pas tous, mais un certain
nombre.</td>
</tr>
<tr id="no37">
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">37. Inaudita forsan erit sententia hæc, sed non destituta
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">37. Inaudita forsan erit sententia hæc, sed non destituta
erit probabilitate. Si enim a Theologis tanta inter Angelos diversitas specifica,
- et proinde essentialis statuitur, ut in via D. Thomæ, p. p., q. 50., ar. 4.,
+ et proinde essentialis statuitur, ut in via D. Thomæ, p. p., q. 50., ar. 4.,
plures Angeli nequeant esse in eadem specie, sed quilibet Angelus propriam speciem
constituat, profecto nulla invenitur repugnantia, quod Angelorum nonnulli sint
- purissimi spiritus, et proinde excellentissimæ naturæ, alii autem
+ purissimi spiritus, et proinde excellentissimæ naturæ, alii autem
corporei, et minus excellentes, et eorum differentia petatur per corporeum, et
incorporeum. Accedit quod hac sententia facile solvitur alias insolubilis
contradictio inter duo Concilia &OElig;cumenica, nempe Septimam Synodum generalem, et
- dictum Concilium Lateranense: siquidem in illa Synodo, quæ est secunda
- Nicæna, actione quinta, productus est liber Joannis Thessalonicensis scriptus
+ dictum Concilium Lateranense: siquidem in illa Synodo, quæ est secunda
+ Nicæna, actione quinta, productus est liber Joannis Thessalonicensis scriptus
contra quemdam Philosophum gentilem, in quo ita habetur: <i>De Angelis, et
Archangelis, atque eorum Potestatibus, quibus nostras Animas adjungo, ipsa
Catholica Ecclesia sic sentit, esse quidem intelligibiles, sed non omnino corporis
expertes, et insensibiles, ut vos Gentiles dicitis, verum tenui corpore
- præditos, et æreo, sive igneo, sicut scriptum est: qui facit Angelos
+ præditos, et æreo, sive igneo, sicut scriptum est: qui facit Angelos
suos spiritus, et ministros suos ignem urentem</i>. Et infra: <i>Quamquam autem
non sint ut nos, corporei, utpote ex quatuor elementis, nemo tamen vel Angelos, vel
- Dæmones, vel Animas dixerit incorporeas: multoties enim in proprio corpore
+ Dæmones, vel Animas dixerit incorporeas: multoties enim in proprio corpore
visi sunt ab illis, quibus Dominus oculos aperuit</i>. Et cum omnia lecta fuissent
coram Patribus synodaliter congregatis, Tharasius, Patriarcha Constantinopolitanus,
- poposcit adprobationem Sanctæ Synodi his verbis: <i>Ostendit Pater, quod
+ poposcit adprobationem Sanctæ Synodi his verbis: <i>Ostendit Pater, quod
Angelos pingi oporteat, quoniam circumscribi possunt, et ut homines
apparuerunt</i>. Synodus autem uno ore respondit: <i>Etiam, Domine</i>.</td>
- <td class="stdindent">37. Ceci paraîtra étrange peut-être, mais on
- conviendra que ce n'est pas improbable. Si en effet les Théologiens
- s'accordent à constater parmi les Anges une diversité
- spécifique, et par suite essentielle, si grande que, à en croire S.
- Thomas, il n'existe pas deux Anges de même espèce, mais que chacun
- d'eux constitue une espèce à lui seul, quelle difficulté
- trouvera-t-on à ce que certains Anges soient des esprits très-purs,
- conséquemment de nature très-supérieure, et qu'il y en ait
- d'autres qui soient corporels et de nature moins parfaite, différant ainsi
+ <td class="stdindent">37. Ceci paraîtra étrange peut-être, mais on
+ conviendra que ce n'est pas improbable. Si en effet les Théologiens
+ s'accordent à constater parmi les Anges une diversité
+ spécifique, et par suite essentielle, si grande que, à en croire S.
+ Thomas, il n'existe pas deux Anges de même espèce, mais que chacun
+ d'eux constitue une espèce à lui seul, quelle difficulté
+ trouvera-t-on à ce que certains Anges soient des esprits très-purs,
+ conséquemment de nature très-supérieure, et qu'il y en ait
+ d'autres qui soient corporels et de nature moins parfaite, différant ainsi
les uns des autres par leur substance corporelle et incorporelle? Cette doctrine,
- remarquons-le, a l'avantage de concilier aisément les décisions,
- autrement incompatibles, de deux Conciles &OElig;cuméniques, savoir le
- Septième Synode Général, et le susdit Concile de Latran. En
- effet, dans la cinquième séance de ce Synode, qui est le
- deuxième de Nicée, on produisit un livre de Jean de Thessalonique,
- écrit contre un Philosophe païen, où se trouvent les
- propositions suivantes: «<i>A l'égard des Anges, des Archanges et de
- leurs Puissances, auxquelles j'adjoindrai nos propres Ames, l'avis réel de
- l'Église Catholique est que ce sont des intelligences, mais non tout
- à fait dépourvues de corps et insensibles comme vous autres Gentils le
- prétendez; elle leur reconnaît au contraire un corps subtil, de la
- nature de l'air ou du feu, suivant ce qui est écrit: Il fait des esprits ses
- Anges, et du feu ardent son Ministre.</i>» Et encore: «<i>Bien qu'ils
- ne soient pas corporels à notre manière, c'est-à-dire
- composés des quatre éléments, il est néanmoins
- impossible de dire que les Anges, les Démons et les Ames sont incorporels;
- car ils sont apparus nombre de fois, revêtus de leur propre corps, à
- ceux dont le Seigneur a daigné ouvrir les yeux.</i>» Et après
- que ce livre eut été lu dans son entier devant tous les Pères
- réunis en synode, Tharasius, Patriarche de Constantinople, le soumit en ces
- termes à l'approbation du Saint Synode: «<i>La démonstration du
- Père conclut à ce que les Anges doivent être
- représentés en peinture, puisque leur forme est circonscrite, et
- qu'on les a vus sous la figure humaine.</i>» A quoi le Synode, d'une voix
- unanime, répondit: «<i>Oui, Monseigneur.</i>»</td>
+ remarquons-le, a l'avantage de concilier aisément les décisions,
+ autrement incompatibles, de deux Conciles &OElig;cuméniques, savoir le
+ Septième Synode Général, et le susdit Concile de Latran. En
+ effet, dans la cinquième séance de ce Synode, qui est le
+ deuxième de Nicée, on produisit un livre de Jean de Thessalonique,
+ écrit contre un Philosophe païen, où se trouvent les
+ propositions suivantes: «<i>A l'égard des Anges, des Archanges et de
+ leurs Puissances, auxquelles j'adjoindrai nos propres Ames, l'avis réel de
+ l'Église Catholique est que ce sont des intelligences, mais non tout
+ à fait dépourvues de corps et insensibles comme vous autres Gentils le
+ prétendez; elle leur reconnaît au contraire un corps subtil, de la
+ nature de l'air ou du feu, suivant ce qui est écrit: Il fait des esprits ses
+ Anges, et du feu ardent son Ministre.</i>» Et encore: «<i>Bien qu'ils
+ ne soient pas corporels à notre manière, c'est-à-dire
+ composés des quatre éléments, il est néanmoins
+ impossible de dire que les Anges, les Démons et les Ames sont incorporels;
+ car ils sont apparus nombre de fois, revêtus de leur propre corps, à
+ ceux dont le Seigneur a daigné ouvrir les yeux.</i>» Et après
+ que ce livre eut été lu dans son entier devant tous les Pères
+ réunis en synode, Tharasius, Patriarche de Constantinople, le soumit en ces
+ termes à l'approbation du Saint Synode: «<i>La démonstration du
+ Père conclut à ce que les Anges doivent être
+ représentés en peinture, puisque leur forme est circonscrite, et
+ qu'on les a vus sous la figure humaine.</i>» A quoi le Synode, d'une voix
+ unanime, répondit: «<i>Oui, Monseigneur.</i>»</td>
</tr>
<tr id="no38">
@@ -2317,66 +2276,66 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
corporeitate Angelorum, quia non de illa re agebatur. Alius, Bann., in p. p. q.
10., ait, quod Synodus adprobavit conclusionem, nempe Angelos pingi posse, non
tamen adprobavit rationem, <i>quia corporei sunt</i>. Alius, Molin., in p. p., q.
- 50. a. 1., ait, quod definitiones Conciliares in illa Synodo factæ sunt
- solum <i>actione septima</i>, proinde ea quæ habentur in actionibus
- præcedentibus non esse definitiones de fide. Alii, Joverc. et Mirand., Sum.
- Conc., scribunt nec Nicænum, nec Lateranense Concilium intendisse definere de
- fide quæstionem; et Nicænum quidem locutum fuisse juxta opinionem
- Platonicorum, quæ ponit Angelos corporeos, et tunc prævalebat;
+ 50. a. 1., ait, quod definitiones Conciliares in illa Synodo factæ sunt
+ solum <i>actione septima</i>, proinde ea quæ habentur in actionibus
+ præcedentibus non esse definitiones de fide. Alii, Joverc. et Mirand., Sum.
+ Conc., scribunt nec Nicænum, nec Lateranense Concilium intendisse definere de
+ fide quæstionem; et Nicænum quidem locutum fuisse juxta opinionem
+ Platonicorum, quæ ponit Angelos corporeos, et tunc prævalebat;
Lateranense autem locutum esse juxta mentem Aristotelis, qui, l. 12.
- <i>Metaphys.</i>, tex. 49., ponit intelligentias incorporeas, quæ sententia
+ <i>Metaphys.</i>, tex. 49., ponit intelligentias incorporeas, quæ sententia
contra Platonicos apud plerosque Doctores invaluit expost.</td>
<td class="stdindent">38. Maintenant, que cette approbation par un Concile de la doctrine
- exposée tout au long dans le livre de Jean, constitue un article de foi
- à l'égard de la corporéité des Anges, ceci ne fait pas
- l'ombre d'un doute: aussi les Théologiens suent-ils sang et eau pour enlever
- à cette décision ce qu'elle a de contradictoire avec la
- définition, rapportée plus haut, du Concile de Latran. A en
- croire Suarez, si les Pères n'ont pas contredit une telle assertion de la
- corporéité des Anges, c'est que ce n'était pas de cela qu'il
- s'agissait. Un autre prétend que le Synode a bien approuvé la
- conclusion, à savoir qu'on pouvait peindre les Anges, mais non le motif
- donné, <i>qu'ils sont corporels</i>. Un troisième, Molina, fait
- observer que les définitions conciliaires émises par ce Synode, l'ont
- été seulement dans <i>la septième séance</i>,
- d'où il conclut que celles des séances précédentes ne
- sont pas des définitions de foi. D'autres, enfin, écrivent que ni le
- Concile de Nicée, ni celui de Latran n'ont entendu définir une
- question de foi: le Concile de Nicée ayant parlé suivant l'opinion
- des Platoniciens, qui fait des Anges des êtres corporels et qui
- prévalait alors; le Concile de Latran, au contraire, ayant suivi
- l'autorité d'Aristote, lequel, au livre 12 de sa <i>Métaphysique</i>,
- établit l'existence d'intelligences incorporelles, doctrine qui, depuis, a
- eu gain de cause contre les Platoniciens auprès de la plupart des
+ exposée tout au long dans le livre de Jean, constitue un article de foi
+ à l'égard de la corporéité des Anges, ceci ne fait pas
+ l'ombre d'un doute: aussi les Théologiens suent-ils sang et eau pour enlever
+ à cette décision ce qu'elle a de contradictoire avec la
+ définition, rapportée plus haut, du Concile de Latran. A en
+ croire Suarez, si les Pères n'ont pas contredit une telle assertion de la
+ corporéité des Anges, c'est que ce n'était pas de cela qu'il
+ s'agissait. Un autre prétend que le Synode a bien approuvé la
+ conclusion, à savoir qu'on pouvait peindre les Anges, mais non le motif
+ donné, <i>qu'ils sont corporels</i>. Un troisième, Molina, fait
+ observer que les définitions conciliaires émises par ce Synode, l'ont
+ été seulement dans <i>la septième séance</i>,
+ d'où il conclut que celles des séances précédentes ne
+ sont pas des définitions de foi. D'autres, enfin, écrivent que ni le
+ Concile de Nicée, ni celui de Latran n'ont entendu définir une
+ question de foi: le Concile de Nicée ayant parlé suivant l'opinion
+ des Platoniciens, qui fait des Anges des êtres corporels et qui
+ prévalait alors; le Concile de Latran, au contraire, ayant suivi
+ l'autorité d'Aristote, lequel, au livre 12 de sa <i>Métaphysique</i>,
+ établit l'existence d'intelligences incorporelles, doctrine qui, depuis, a
+ eu gain de cause contre les Platoniciens auprès de la plupart des
Docteurs.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">39. Sed quam frigidæ sint istæ responsiones nemo non
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">39. Sed quam frigidæ sint istæ responsiones nemo non
videt, ac eas minime satisfacere oppositioni palmariter demonstrat Bonaventura
- Baro, <i>Scot. Defens.</i>, tom. 9., apolog. 2., actio. 1., § 2. per
- totum. Proinde ad tollendam contradictionem Conciliorum dicendum est, Nicænum
+ Baro, <i>Scot. Defens.</i>, tom. 9., apolog. 2., actio. 1., § 2. per
+ totum. Proinde ad tollendam contradictionem Conciliorum dicendum est, Nicænum
locutum esse de una, Lateranense autem de alia specie Angelorum, et illam quidem
corpoream, hanc vero penitus incorpoream; et sic conciliantur, aliter
irreconciliabilia Concilia.</td>
- <td class="stdindent">39. Mais il est aisé de voir combien ces réponses sont
- faibles, et Bonaventure Baron (<i>Scot. Defens.</i>, tome 9), démontre
- jusqu'à l'évidence qu'elles ne supportent pas l'examen. Donc, pour
- mettre d'accord ces deux Conciles, il faut dire que celui de Nicée a voulu
- parler d'une espèce d'Anges, et celui de Latran d'une autre espèce:
- la première corporelle, la seconde, au contraire, absolument incorporelle;
+ <td class="stdindent">39. Mais il est aisé de voir combien ces réponses sont
+ faibles, et Bonaventure Baron (<i>Scot. Defens.</i>, tome 9), démontre
+ jusqu'à l'évidence qu'elles ne supportent pas l'examen. Donc, pour
+ mettre d'accord ces deux Conciles, il faut dire que celui de Nicée a voulu
+ parler d'une espèce d'Anges, et celui de Latran d'une autre espèce:
+ la première corporelle, la seconde, au contraire, absolument incorporelle;
et c'est ainsi que se concilient deux Conciles autrement inconciliables.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">40. Præmittendum 2<sup>o</sup>., nomen Angeli esse nomen officii, non
- naturæ, ut concorditer scribunt S. S. Patres: Ambros. in c. 1. <i>epist. ad
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">40. Præmittendum 2<sup>o</sup>., nomen Angeli esse nomen officii, non
+ naturæ, ut concorditer scribunt S. S. Patres: Ambros. in c. 1. <i>epist. ad
Hebr.</i>, Hilarius, l. 5. <i>de Trin.</i>, Augustinus, lib. 15. <i>de Civit. Dei.</i>
c. 23., Gregorius, <i>Hom. 34. in Evang.</i>, Isidorus, l. <i>de Sum.
- Bonit.</i>, c. 12.; unde præclare ait D. Ambrosius: Angelus non ex eo quod est
- spiritus, ex eo quod agit, Angelus, quia <i>Angelus</i> Græce, Latine
+ Bonit.</i>, c. 12.; unde præclare ait D. Ambrosius: Angelus non ex eo quod est
+ spiritus, ex eo quod agit, Angelus, quia <i>Angelus</i> Græce, Latine
<i>Nuntius</i> dicitur; sequitur igitur ex hoc, quod illi, qui ad aliquod ministerium a
Deo mittuntur, sive spiritus sint, sive homines, Angeli vocari possunt; et de facto
ita vocantur in Scripturis Sacris: nam de Sacerdotibus, Concionatoribus, ac
@@ -2384,139 +2343,139 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
voluntatem, dicitur, <i>Malach.</i> c. 2. v. 7.: <i>Labia Sacerdotis custodient
scientiam, et legem requirent ex ore ejus, quia Angelus Domini exercituum est</i>.
D. Joannes Baptista ab eodem Propheta, c. 3. v. 1., vocatur Angelus, dum
- ait: <i>Ecce ego mitto Angelum meum, et præparabit viam ante faciem meam</i>.
+ ait: <i>Ecce ego mitto Angelum meum, et præparabit viam ante faciem meam</i>.
Et hanc prophetiam esse ad litteram de S. Joanne Baptista testatur Christus
- Dominus in <i>Evangelio Matthæi</i>, 11., v. 10. Immo et ipse Deus, quia fuit
- missus a Patre in mundum ad evangelizandum legem gratiæ, vocatur Angelus. Ita
- in prophetia Isaiæ, c. 9. v. 6., juxta versionem Septuaginta: <i>Vocabitur
- nomen ejus magni consilii Angelus</i>, et clarius in Malachiæ c. 3. v.
- 1.,: <i>Veniet ad templum sanctum suum Dominator quem vos quæritis, et
- Angelus testamenti, quem vos vultis</i>. Quæ prophetia ad litteram est de
+ Dominus in <i>Evangelio Matthæi</i>, 11., v. 10. Immo et ipse Deus, quia fuit
+ missus a Patre in mundum ad evangelizandum legem gratiæ, vocatur Angelus. Ita
+ in prophetia Isaiæ, c. 9. v. 6., juxta versionem Septuaginta: <i>Vocabitur
+ nomen ejus magni consilii Angelus</i>, et clarius in Malachiæ c. 3. v.
+ 1.,: <i>Veniet ad templum sanctum suum Dominator quem vos quæritis, et
+ Angelus testamenti, quem vos vultis</i>. Quæ prophetia ad litteram est de
Christo Domino. Sequitur igitur nullum absurdum sequi ex hoc, quod dicimus Angelos
quosdam esse corporeos, nam et homines, qui corpore constant, Angeli vocabulo
efferuntur.</td>
- <td class="stdindent">40. En deuxième lieu, nous devons observer que le nom d'Ange ne
- s'applique pas à la nature, mais à la fonction: là-dessus les
- Saints Pères sont d'accord (S. Ambroise, sur l'<i>Épître aux
- Hébreux</i>; S. Augustin, <i>Cité de Dieu</i>; S. Grégoire,
- <i>Homélie 34 sur les Évangiles</i>; S. Isidore, <i>de la
- Suprême Bonté</i>). L'Ange, dit très-bien S. Ambroise, n'est
- pas ainsi appelé pour sa qualité d'esprit, mais pour la fonction
+ <td class="stdindent">40. En deuxième lieu, nous devons observer que le nom d'Ange ne
+ s'applique pas à la nature, mais à la fonction: là-dessus les
+ Saints Pères sont d'accord (S. Ambroise, sur l'<i>Épître aux
+ Hébreux</i>; S. Augustin, <i>Cité de Dieu</i>; S. Grégoire,
+ <i>Homélie 34 sur les Évangiles</i>; S. Isidore, <i>de la
+ Suprême Bonté</i>). L'Ange, dit très-bien S. Ambroise, n'est
+ pas ainsi appelé pour sa qualité d'esprit, mais pour la fonction
qu'il remplit: &#x1f0c;&gamma;&gamma;&epsilon;&lambda;&omicron;&sigmaf; en Grec,
en Latin <i>Nuntius</i>,
- c'est-à-dire <i>Envoyé</i>; d'où il résulte que ceux
- à qui Dieu confie quelque mission, esprits ou hommes, peuvent recevoir la
- qualification d'Anges, et c'est réellement ce qui a lieu dans les Saintes
- Écritures, où se lisent les paroles suivantes appliquées
- aux Prêtres, aux Prédicateurs et aux Docteurs qui, en qualité
- d'Envoyés de Dieu, expliquent aux hommes la volonté divine
- (<i>Malachie</i>, chap. 2, v. 7): «<i>Les lèvres du prêtre
- seront les dépositaires de la science, et c'est de sa bouche qu'on
+ c'est-à-dire <i>Envoyé</i>; d'où il résulte que ceux
+ à qui Dieu confie quelque mission, esprits ou hommes, peuvent recevoir la
+ qualification d'Anges, et c'est réellement ce qui a lieu dans les Saintes
+ Écritures, où se lisent les paroles suivantes appliquées
+ aux Prêtres, aux Prédicateurs et aux Docteurs qui, en qualité
+ d'Envoyés de Dieu, expliquent aux hommes la volonté divine
+ (<i>Malachie</i>, chap. 2, v. 7): «<i>Les lèvres du prêtre
+ seront les dépositaires de la science, et c'est de sa bouche qu'on
recherchera la connaissance de la loi, parce qu'il est l'Ange du Seigneur des
- armées.</i>» Le même prophète, chap. 3, v. 1, donne le
- nom d'Ange à S. Jean-Baptiste, dans ce passage: «<i>Je vais vous
- envoyer mon ange, qui préparera ma voie devant ma face.</i>» Que cette
- prophétie se rapporte à la lettre à S. Jean-Baptiste, c'est ce
- qu'atteste Notre-Seigneur Jésus-Christ, <i>Evangile selon S. Mathieu</i>,
- 11, v. 10. Il y a plus: Dieu lui-même est appelé Ange, parce qu'il a
- été envoyé par son Père pour annoncer au monde la loi
- de grâce. Témoin la prophétie d'Isaïe, chap. 9, v. 6,
- suivant la version des Septante: «<i>Il sera appelé Ange de grand
- conseil.</i>» Et plus clairement encore dans Malachie, chap. 3, v. 1:
- «<i>Le Dominateur que vous cherchez, et l'Ange de l'alliance si
- désiré de vous, viendra dans son temple</i>», prophétie
- qui s'applique littéralement au Seigneur Christ. Il n'y a donc, de notre
- part, aucune absurdité à dire que certains Anges sont corporels,
- puisque ce nom d'Ange est donné à des hommes, qui,
- assurément, ont un corps.</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">41. Præmittendum 3<sup>o</sup>., nondum rerum naturalium,
- quæ sunt in Mundo, satis perspectam esse existentiam, aut naturam, ut proinde
+ armées.</i>» Le même prophète, chap. 3, v. 1, donne le
+ nom d'Ange à S. Jean-Baptiste, dans ce passage: «<i>Je vais vous
+ envoyer mon ange, qui préparera ma voie devant ma face.</i>» Que cette
+ prophétie se rapporte à la lettre à S. Jean-Baptiste, c'est ce
+ qu'atteste Notre-Seigneur Jésus-Christ, <i>Evangile selon S. Mathieu</i>,
+ 11, v. 10. Il y a plus: Dieu lui-même est appelé Ange, parce qu'il a
+ été envoyé par son Père pour annoncer au monde la loi
+ de grâce. Témoin la prophétie d'Isaïe, chap. 9, v. 6,
+ suivant la version des Septante: «<i>Il sera appelé Ange de grand
+ conseil.</i>» Et plus clairement encore dans Malachie, chap. 3, v. 1:
+ «<i>Le Dominateur que vous cherchez, et l'Ange de l'alliance si
+ désiré de vous, viendra dans son temple</i>», prophétie
+ qui s'applique littéralement au Seigneur Christ. Il n'y a donc, de notre
+ part, aucune absurdité à dire que certains Anges sont corporels,
+ puisque ce nom d'Ange est donné à des hommes, qui,
+ assurément, ont un corps.</td>
+ </tr>
+
+ <tr>
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">41. Præmittendum 3<sup>o</sup>., nondum rerum naturalium,
+ quæ sunt in Mundo, satis perspectam esse existentiam, aut naturam, ut proinde
aliquid negandum sit ex eo, quod de illo nunquam alias dictum, aut scriptum fuerit.
Patet enim tractu temporis detectas esse novas terras, quas Antiqui nostri
ignorarunt, novaque animalia, herbas, plantas, fructus, semina nunquam alias visa;
et si pervia esset Terra Australis incognita, cujus indagatio, et lustratio a
multis hucusque incassum tentata est, adhuc nova nobis alia panderentur. Patet
adhuc, quod per inventionem Microscopii, et alias machinas, et organa
- Philosophiæ experimentales modernæ, sicut etiam per exactiorem
+ Philosophiæ experimentales modernæ, sicut etiam per exactiorem
indaginem Anatomistarum, multarum rerum naturalium existentiam, vires, naturamque
- tum innotuisse, tum dietim innotescere, quæ præcedentes Philosophi
+ tum innotuisse, tum dietim innotescere, quæ præcedentes Philosophi
ignorarunt, ut patet in auro fulminante, phosphoro, et centum aliis chymicis
experimentis, circulatione sanguinis, venis lacteis, vasis lymphaticis, et aliis
- hujusmodi quæ nuper Anatomistæ adinvenerunt. Proinde ineptum erit
+ hujusmodi quæ nuper Anatomistæ adinvenerunt. Proinde ineptum erit
aliquod exsibillare ex hoc quod de eo nullus Antiquorum scripserit, attento
maxime Logicorum axiomate, quod locus ab auctoritate negativa non tenet.</td>
- <td class="stdindent">41. En troisième lieu, il faut bien convenir que l'on n'a pas encore
- assez scruté l'existence ni la nature des choses naturelles de ce monde,
+ <td class="stdindent">41. En troisième lieu, il faut bien convenir que l'on n'a pas encore
+ assez scruté l'existence ni la nature des choses naturelles de ce monde,
pour qu'il soit permis de nier un fait, par cela seul que d'autres n'en ont jamais
- rien dit ou écrit. N'est-il pas avéré que, dans le cours des
- temps, de nouvelles terres ont été découvertes que nos Anciens
- avaient ignorées? de même des animaux nouveaux, des herbes, des
+ rien dit ou écrit. N'est-il pas avéré que, dans le cours des
+ temps, de nouvelles terres ont été découvertes que nos Anciens
+ avaient ignorées? de même des animaux nouveaux, des herbes, des
plantes, des fruits, des semences que nulle part ailleurs on n'avait vus? Et si
- l'on arrivait enfin à explorer cette mystérieuse Terre Australe,
- comme tant de voyageurs l'ont vainement tenté jusqu'ici, combien de choses
- nouvelles nous seraient encore révélées! N'est-ce pas aussi un
- fait avéré que l'invention du Microscope et d'autres instruments
- employés par la Philosophie expérimentale moderne, jointe aux
- procédés d'investigation plus exacts des Anatomistes, a mis ou met
- tous les jours en lumière l'existence, les propriétés, le
- caractère d'une foule de choses naturelles inconnues aux anciens
+ l'on arrivait enfin à explorer cette mystérieuse Terre Australe,
+ comme tant de voyageurs l'ont vainement tenté jusqu'ici, combien de choses
+ nouvelles nous seraient encore révélées! N'est-ce pas aussi un
+ fait avéré que l'invention du Microscope et d'autres instruments
+ employés par la Philosophie expérimentale moderne, jointe aux
+ procédés d'investigation plus exacts des Anatomistes, a mis ou met
+ tous les jours en lumière l'existence, les propriétés, le
+ caractère d'une foule de choses naturelles inconnues aux anciens
Philosophes, telles que l'or fulminant, le phosphore, et cent autres compositions
- chimiques, la circulation du sang, les veines lactées, les vases
- lymphatiques et autres phénomènes semblables récemment
- découverts par les Anatomistes? Persifler une doctrine parce qu'on n'en
+ chimiques, la circulation du sang, les veines lactées, les vases
+ lymphatiques et autres phénomènes semblables récemment
+ découverts par les Anatomistes? Persifler une doctrine parce qu'on n'en
trouve mention dans aucun auteur ancien, est donc chose inepte, surtout si l'on
veut bien tenir compte de cet axiome de Logique: <i>locus ab auctoritate negativa
non tenet</i>.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">42. Præmittendum 4<sup>o</sup>., quod in Sacra Scriptura, et
- Ecclesiasticis traditionibus non traditur nisi id, quod ad Animæ salutem
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">42. Præmittendum 4<sup>o</sup>., quod in Sacra Scriptura, et
+ Ecclesiasticis traditionibus non traditur nisi id, quod ad Animæ salutem
necessarium est, quoad credendum, sperandum et amandum; unde inferre non licet ex
eo, quod nec ex Scriptura, nec ex traditione aliquod habetur, proinde negandum sit,
quod illud tale existat: aut nos quidem Fides docet, Deum per Verbum suum omnia
creasse visibilia, et invisibilia; pariterque ex Jesu Christi Domini nostri meritis
- tum gratiam, tum gloriam omni, et cuivis rationali creaturæ conferri. Num
+ tum gratiam, tum gloriam omni, et cuivis rationali creaturæ conferri. Num
autem alius Mundus a nostro, quem incolimus, sit; et in eo alii homines non ab Adam
prognati, sed alio modo a Deo creati existant (sicut ponunt illi, qui lunarem
globum habitatum opinantur); pariterque num in hoc Mundo, quem incolimus,
- aliæ existant creaturæ rationales ultra homines, et
- Spiritus Angelicos, quæ regulariter hominibus sint invisibiles, et per
+ aliæ existant creaturæ rationales ultra homines, et
+ Spiritus Angelicos, quæ regulariter hominibus sint invisibiles, et per
accidens, et earum executiva potentia fiant visibiles: hoc nullo modo spectat ad
fidem, et hoc scire, aut ignorare non est ad salutem hominis necessarium, sicut nec
scire rerum omnium physicarum numerum aut naturam.</td>
- <td class="stdindent">42. En quatrième lieu, observons que la Sainte Écriture et les
- traditions ecclésiastiques ne nous enseignent rien au delà de ce qui
- est nécessaire au salut de l'âme, c'est-à-dire à la Foi,
- à l'Espérance et à la Charité. Donc, de ce qu'une chose
- n'est constatée ni par l'Écriture, ni par la tradition, il ne faut
+ <td class="stdindent">42. En quatrième lieu, observons que la Sainte Écriture et les
+ traditions ecclésiastiques ne nous enseignent rien au delà de ce qui
+ est nécessaire au salut de l'âme, c'est-à-dire à la Foi,
+ à l'Espérance et à la Charité. Donc, de ce qu'une chose
+ n'est constatée ni par l'Écriture, ni par la tradition, il ne faut
pas conclure que cette chose n'existe pas. Par exemple, la Foi nous enseigne que
- Dieu, par son Verbe, a créé des choses visibles et invisibles; et
- pareillement, que toute créature raisonnable obtient personnellement la
- grâce et la gloire par les mérites de Notre-Seigneur
- Jésus-Christ. Maintenant, qu'il existe un Monde, autre que celui que nous
- habitons; que dans ce monde-là il y ait des hommes non issus d'Adam, mais
- créés par Dieu de quelque autre manière, comme le supposent
- ceux qui logent des habitants dans la lune; ou encore, que dans ce Monde même
- que nous habitons, il y ait des créatures raisonnables indépendamment
- des hommes et des Esprits Angéliques, lesquelles créatures nous sont
- généralement invisibles et ne se découvrent à l'homme
- que par accident, par un acte de leur propre puissance: tout cela n'a rien à
- faire avec la Foi, et le savoir ou l'ignorer n'est pas plus nécessaire au
+ Dieu, par son Verbe, a créé des choses visibles et invisibles; et
+ pareillement, que toute créature raisonnable obtient personnellement la
+ grâce et la gloire par les mérites de Notre-Seigneur
+ Jésus-Christ. Maintenant, qu'il existe un Monde, autre que celui que nous
+ habitons; que dans ce monde-là il y ait des hommes non issus d'Adam, mais
+ créés par Dieu de quelque autre manière, comme le supposent
+ ceux qui logent des habitants dans la lune; ou encore, que dans ce Monde même
+ que nous habitons, il y ait des créatures raisonnables indépendamment
+ des hommes et des Esprits Angéliques, lesquelles créatures nous sont
+ généralement invisibles et ne se découvrent à l'homme
+ que par accident, par un acte de leur propre puissance: tout cela n'a rien à
+ faire avec la Foi, et le savoir ou l'ignorer n'est pas plus nécessaire au
salut de l'homme, que de savoir le nombre ou la nature de toutes les choses
physiques.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">43. Præmittendum 5<sup>o</sup>., nullam inveniri repugnantiam, nec in
- Philosophia, nec in Theologia, quod dari possint creaturæ rationales
- constantes spiritu et corpore, aliæ ab homine, quia si esset repugnantia hoc
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">43. Præmittendum 5<sup>o</sup>., nullam inveniri repugnantiam, nec in
+ Philosophia, nec in Theologia, quod dari possint creaturæ rationales
+ constantes spiritu et corpore, aliæ ab homine, quia si esset repugnantia hoc
esset vel ex parte Dei (et hoc non quia ipse omnipotens est), vel ex parte rei
creabilis; et neque hoc, quia sicut creatura mere spiritualis, ut Angeli, creata
est, et mere materialis, ut Mundus, et partim spiritualis, partim corporea,
@@ -2527,71 +2486,71 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
creare creaturam rationalem corpoream, cui naturaliter indita sit corporis
subtilitas, sicut per gratiam corpori glorioso confertur.</td>
- <td class="stdindent">43. En cinquième lieu, ni la Philosophie, ni la Théologie ne
- fournissent aucune objection à cette donnée de créatures
+ <td class="stdindent">43. En cinquième lieu, ni la Philosophie, ni la Théologie ne
+ fournissent aucune objection à cette donnée de créatures
raisonnables ayant esprit et corps, et distinctes de l'homme. L'objection, en
- effet, ne saurait être qu'une impossibilité tirée soit de Dieu
- (ce qui est faux puisque Dieu est tout-puissant); soit de la chose à
- créer, ce qui est faux encore, car, de même qu'il existe des
- créatures purement spirituelles, comme les Anges, ou purement
- matérielles, comme le Monde, ou enfin moitié spirituelles,
- moitié corporelles, et d'une corporéité terrestre et
- épaisse, comme l'homme, de même peut-on admettre une créature
- douée d'un esprit raisonnable, et d'une corporéité moins
- épaisse et plus subtile que l'homme. Il n'est pas douteux d'ailleurs
- qu'après la Résurrection, l'âme des Bienheureux sera unie
- à un corps glorieux et subtil: d'où il est permis de conclure que
- Dieu a pu créer un être raisonnable et corporel, dont le corps est
- naturellement subtil comme le corps glorieux transfiguré par la
- grâce.</td>
+ effet, ne saurait être qu'une impossibilité tirée soit de Dieu
+ (ce qui est faux puisque Dieu est tout-puissant); soit de la chose à
+ créer, ce qui est faux encore, car, de même qu'il existe des
+ créatures purement spirituelles, comme les Anges, ou purement
+ matérielles, comme le Monde, ou enfin moitié spirituelles,
+ moitié corporelles, et d'une corporéité terrestre et
+ épaisse, comme l'homme, de même peut-on admettre une créature
+ douée d'un esprit raisonnable, et d'une corporéité moins
+ épaisse et plus subtile que l'homme. Il n'est pas douteux d'ailleurs
+ qu'après la Résurrection, l'âme des Bienheureux sera unie
+ à un corps glorieux et subtil: d'où il est permis de conclure que
+ Dieu a pu créer un être raisonnable et corporel, dont le corps est
+ naturellement subtil comme le corps glorieux transfiguré par la
+ grâce.</td>
</tr>
<tr id="no44">
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">44. Astruitur autem magis talium creaturarum possibilitas ex solutione
- argumentorum, quæ contra positam conclusionem fieri possunt, pariterque ex
- responsione ad interrogationes, quæ possunt circa eam formari.</td>
+ argumentorum, quæ contra positam conclusionem fieri possunt, pariterque ex
+ responsione ad interrogationes, quæ possunt circa eam formari.</td>
- <td class="stdindent">44. Mais, pour mieux établir la possibilité de ces
- créatures, nous allons résoudre les arguments qu'on peut former
- contre notre conclusion et répondre aux questions qu'elle
- soulève.</td>
+ <td class="stdindent">44. Mais, pour mieux établir la possibilité de ces
+ créatures, nous allons résoudre les arguments qu'on peut former
+ contre notre conclusion et répondre aux questions qu'elle
+ soulève.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">45. Prima interrogatio est, an tales creaturæ dicendæ essent
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">45. Prima interrogatio est, an tales creaturæ dicendæ essent
animalia rationalia? Quod si sic, quomodo different ab homine, cum quo communem
haberent definitionem?</td>
- <td class="stdindent">45. Première question: ces créatures devraient-elles être
- appelées animaux raisonnables? et dans l'affirmative, en quoi
- différeraient-elles de l'homme, avec lequel cette définition leur
+ <td class="stdindent">45. Première question: ces créatures devraient-elles être
+ appelées animaux raisonnables? et dans l'affirmative, en quoi
+ différeraient-elles de l'homme, avec lequel cette définition leur
serait commune?</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">46. Respondeo quod essent animalia rationalia sensibus, et organis corporis
- prædita, sicut homo: differrent autem ab homine non solum ratione corporis
- tenuioris, sed etiam materiæ. Homo siquidem ex crassiore elementorum omnium
+ prædita, sicut homo: differrent autem ab homine non solum ratione corporis
+ tenuioris, sed etiam materiæ. Homo siquidem ex crassiore elementorum omnium
parte, puta ex luto, nempe aqua et terra crassa formatus est, ut constat ex
Scriptura, <i>Gen. 2.</i> v. 7.; ista vero formata essent ex subtiliore parte
omnium, aut unius, seu alterius elementorum; ut proinde alia essent terrea, alia
- aquea, alia ærea, et alia ignea, et ut eorum definitio cum hominis
+ aquea, alia ærea, et alia ignea, et ut eorum definitio cum hominis
definitione non conveniret, addendum esset definitioni hominis crassa materialitas
sui corporis, per quam a dictis animalibus differret.</td>
- <td class="stdindent">46. Je réponds: oui, ce seraient des animaux raisonnables, munis de sens
- et d'organes corporels, ainsi que l'homme; toutefois, elles différeraient de
+ <td class="stdindent">46. Je réponds: oui, ce seraient des animaux raisonnables, munis de sens
+ et d'organes corporels, ainsi que l'homme; toutefois, elles différeraient de
l'homme, non-seulement par la nature plus subtile de leur corps, mais par la
- matière. En effet, l'homme a été formé, comme le
- constate l'Écriture, de la partie la plus épaisse de tous les
- éléments, c'est-à-dire de boue, mélange épais
- d'eau et de terre: ces créatures, au contraire, seraient formées de
- la partie la plus subtile de tous les éléments, ou de l'un d'eux;
+ matière. En effet, l'homme a été formé, comme le
+ constate l'Écriture, de la partie la plus épaisse de tous les
+ éléments, c'est-à-dire de boue, mélange épais
+ d'eau et de terre: ces créatures, au contraire, seraient formées de
+ la partie la plus subtile de tous les éléments, ou de l'un d'eux;
ainsi les unes tiendraient de la terre, les autres de l'eau, ou de l'air, ou du
- feu, et pour éviter de les définir dans les mêmes termes que
- l'homme, il faudrait ajouter à la définition de ce dernier la mention
- de la matérialité épaisse de son corps, par où il
- différerait de ces créatures.</td>
+ feu, et pour éviter de les définir dans les mêmes termes que
+ l'homme, il faudrait ajouter à la définition de ce dernier la mention
+ de la matérialité épaisse de son corps, par où il
+ différerait de ces créatures.</td>
</tr>
<tr>
@@ -2599,10 +2558,10 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
condita, et num cum brutis producta a terra, aut ab aqua, ut quadrupedia, et aves
respective; an vero a Domino Deo formata, ut fuit homo?</td>
- <td class="stdindent">47. Seconde question: A quelle époque faudrait-il assigner l'origine de
+ <td class="stdindent">47. Seconde question: A quelle époque faudrait-il assigner l'origine de
ces animaux, et seraient-ils le produit de la terre ou de l'eau, comme les
- bêtes, quadrupèdes, oiseaux, etc.; ou, au contraire, auraient-ils
- été créés, ainsi que l'homme, par le Seigneur
+ bêtes, quadrupèdes, oiseaux, etc.; ou, au contraire, auraient-ils
+ été créés, ainsi que l'homme, par le Seigneur
Dieu?</td>
</tr>
@@ -2615,54 +2574,54 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
comprehensa. Quo vero ad eorum formationem, decuisse ipsorum corpus a Deo
ministerio Angelorum formatum fuisse, sicut a Deo formatum legimus corpus hominis,
quia ipsi copulandus erat spiritus immortalis, quandoquidem spiritus incorporeus,
- et proinde nobilissimus corpori pariter originaliter nobiliori cæteris brutis
+ et proinde nobilissimus corpori pariter originaliter nobiliori cæteris brutis
jungendus erat.</td>
- <td class="stdindent">48. Je réponds: Il est de foi, et le Concile de Latran l'a
- expressément défini, que tout ce qui existe de fait et actuellement,
- a été créé dès le commencement du monde. Par sa
- vertu toute-puissante, Dieu a tiré ensemble du néant, à
- l'origine des siècles, les deux ordres de créatures, spirituelles et
+ <td class="stdindent">48. Je réponds: Il est de foi, et le Concile de Latran l'a
+ expressément défini, que tout ce qui existe de fait et actuellement,
+ a été créé dès le commencement du monde. Par sa
+ vertu toute-puissante, Dieu a tiré ensemble du néant, à
+ l'origine des siècles, les deux ordres de créatures, spirituelles et
corporelles. Or, les animaux en question seraient compris dans la
- généralité des créatures. Quant à leur formation,
- on pourrait dire que c'est Dieu lui-même qui, par le ministère des
- Anges, a fait leur corps comme il a fait celui de l'homme, auquel devait être
- uni un esprit immortel. En effet, ce corps étant, de sa nature, plus noble
+ généralité des créatures. Quant à leur formation,
+ on pourrait dire que c'est Dieu lui-même qui, par le ministère des
+ Anges, a fait leur corps comme il a fait celui de l'homme, auquel devait être
+ uni un esprit immortel. En effet, ce corps étant, de sa nature, plus noble
que celui des autres animaux, il y avait lieu d'y joindre un esprit incorporel et
- très-noble.</td>
+ très-noble.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">49. Tertia interrogatio, an talia animalia habuissent originem ab uno solo,
velut omnes homines ab Adam, an vero plura simul formata essent sicut fuit de
- cæteris animantibus a terra, et aqua productis, in quibus fuerunt Mares, et
- F&oelig;minæ quæ speciem per generationem conservant? Et si hoc
+ cæteris animantibus a terra, et aqua productis, in quibus fuerunt Mares, et
+ F&oelig;minæ quæ speciem per generationem conservant? Et si hoc
oporteret inter talia animalia esse distinctionem sexus; ipsa nasci, et interire;
passionibus sensus affici, nutriri, crescere; et tunc quo alimenta vescerentur,
- esset quærendum; præterea an vitam socialem ducerent, ut homines; qua
+ esset quærendum; præterea an vitam socialem ducerent, ut homines; qua
politica regerentur; num urbes ad habitandum struxissent; num artes, studia,
possessiones, et bella inter ea essent, sicut est in hominibus.</td>
- <td class="stdindent">49. Troisième question: Ces animaux descendraient-ils d'un seul
+ <td class="stdindent">49. Troisième question: Ces animaux descendraient-ils d'un seul
individu, comme tous les hommes d'Adam; ou, au contraire, y en aurait-il eu
- plusieurs de créés en même temps, comme dans les
- différentes espèces produites de la terre et de l'eau, où se
- sont trouvés des mâles et des femelles pour se perpétuer par la
- génération? Ensuite, y aurait-il entre eux des distinctions de sexes?
- Seraient-ils sujets à naître et à mourir? Auraient-ils des
- sens, des passions, besoin de nourriture, faculté de croissance? Et alors,
- quels seraient leurs aliments? Enfin, vivraient-ils en société, comme
- les hommes? Par quelles lois seraient-ils régis? Bâtiraient-ils des
+ plusieurs de créés en même temps, comme dans les
+ différentes espèces produites de la terre et de l'eau, où se
+ sont trouvés des mâles et des femelles pour se perpétuer par la
+ génération? Ensuite, y aurait-il entre eux des distinctions de sexes?
+ Seraient-ils sujets à naître et à mourir? Auraient-ils des
+ sens, des passions, besoin de nourriture, faculté de croissance? Et alors,
+ quels seraient leurs aliments? Enfin, vivraient-ils en société, comme
+ les hommes? Par quelles lois seraient-ils régis? Bâtiraient-ils des
villes pour y habiter? Cultiveraient-ils les arts et les lettres?
- Posséderaient-ils des biens et se feraient-ils la guerre entre eux, comme
+ Posséderaient-ils des biens et se feraient-ils la guerre entre eux, comme
les hommes?</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">50. Respondeo: potuit esse quod omnia ab uno, velut homines ab
Adam, sint progenita; potuit pariter esse, quod ex iis multi mares, et plures
- f&oelig;minæ fuissent formatæ, a quibus per generationem eorum species
- essent propagatæ. Ultro admitteremus talia animalia oriri, et mori; mares
+ f&oelig;minæ fuissent formatæ, a quibus per generationem eorum species
+ essent propagatæ. Ultro admitteremus talia animalia oriri, et mori; mares
alios, alias f&oelig;minas inter ea esse; passionibus, sensibus agitari velut
homines; nutriri et crescere secundum molem sui corporis; cibum autem ipsorum non
crassum qualem requirit crassities corporis humani, sed substantiam tenuem, et
@@ -2671,76 +2630,76 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
fructuum, florum, aromatum, a quibus copiosa hujusmodi effluvia usque ad totalem
partium subtiliorum, ac volatilium evaporationem scaturiunt. Talia autem animalia
civilem vitam ducere posse, et inter ea distinctos esse gradus dominantium ac
- servientium pro conditione naturæ ipsorum, artesque, scientias, ministeria,
+ servientium pro conditione naturæ ipsorum, artesque, scientias, ministeria,
exercitia, loca, mansiones, ac alia necessaria ad eorum conservationem, nullam
penitus importat repugnantiam.</td>
- <td class="stdindent">50. Je réponds: Il se peut que tous descendent d'un seul
- individu, comme les hommes d'Adam; il se peut aussi qu'il en ait été
- créé, dès l'origine, un certain nombre, mâles et
- femelles, qui ont servi à propager l'espèce. Nous admettrons encore
- qu'ils naissent et qu'ils meurent; qu'ils se divisent en mâles et en
+ <td class="stdindent">50. Je réponds: Il se peut que tous descendent d'un seul
+ individu, comme les hommes d'Adam; il se peut aussi qu'il en ait été
+ créé, dès l'origine, un certain nombre, mâles et
+ femelles, qui ont servi à propager l'espèce. Nous admettrons encore
+ qu'ils naissent et qu'ils meurent; qu'ils se divisent en mâles et en
femelles; qu'ils ont, comme les hommes, des sens et des passions; que leur corps se
- nourrit et se développe: toutefois, leur nourriture ne doit pas être
- grossière comme celle qu'exige le corps humain, mais une substance
- délicate et vaporeuse, émanant par effluves spiritueuses de tout ce
- qui, dans la nature, abonde en corpuscules très-volatils, comme le fumet des
- viandes, et spécialement des viandes rôties, la vapeur du vin, des
- fruits, des fleurs, des aromates, d'où se dégagent des effluves de ce
- genre, jusqu'à évaporation parfaite des parties subtiles et
- volatiles. Que, du reste, ils puissent vivre en société; qu'il y ait
- entre eux différentes conditions de rang et de préséance;
+ nourrit et se développe: toutefois, leur nourriture ne doit pas être
+ grossière comme celle qu'exige le corps humain, mais une substance
+ délicate et vaporeuse, émanant par effluves spiritueuses de tout ce
+ qui, dans la nature, abonde en corpuscules très-volatils, comme le fumet des
+ viandes, et spécialement des viandes rôties, la vapeur du vin, des
+ fruits, des fleurs, des aromates, d'où se dégagent des effluves de ce
+ genre, jusqu'à évaporation parfaite des parties subtiles et
+ volatiles. Que, du reste, ils puissent vivre en société; qu'il y ait
+ entre eux différentes conditions de rang et de préséance;
qu'ils cultivent les arts et les sciences; qu'ils exercent des fonctions,
- entretiennent des armées, bâtissent des villes, et fassent enfin tout
- ce qui est nécessaire à leur conservation: c'est à quoi je ne
- verrais, au fond, rien à objecter.</td>
+ entretiennent des armées, bâtissent des villes, et fassent enfin tout
+ ce qui est nécessaire à leur conservation: c'est à quoi je ne
+ verrais, au fond, rien à objecter.</td>
</tr>
<tr id="no51">
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">51. Quarta interrogatio est, qualis esset eorum corporis
figuratio, an humanam, an aliam formam, et qualem haberent, et an partes corporis
- ipsorum haberent ordinem essentialem inter se, ut corpora cæterorum
+ ipsorum haberent ordinem essentialem inter se, ut corpora cæterorum
animalium, an vero accidentalem tantum, ut corpora fluidarum substantiarum, ut
- olei, aquæ, nubis, fumi, etc.; et num substantiæ suarum partium
- organicarum diversimode constarent, ut organa hominum, in quibus sunt aliæ
- partes crassissimæ, ut ossa, aliæ minus crassæ, ut cartilagines,
- aliæ tenues, ut membranæ.</td>
+ olei, aquæ, nubis, fumi, etc.; et num substantiæ suarum partium
+ organicarum diversimode constarent, ut organa hominum, in quibus sunt aliæ
+ partes crassissimæ, ut ossa, aliæ minus crassæ, ut cartilagines,
+ aliæ tenues, ut membranæ.</td>
- <td class="stdindent">51. Quatrième question: Quelle serait la forme de leur corps?
+ <td class="stdindent">51. Quatrième question: Quelle serait la forme de leur corps?
Serait-ce la forme humaine ou quelque autre? Y aurait-il, entre les diverses
parties de leur corps, un ordre essentiel, comme on le voit dans les autres
animaux, ou seulement accidentel, comme dans les substances fluides, telles que
- l'huile, l'eau, les nuées, la fumée, etc.? Ces parties organiques
- seraient-elles composées de substances différentes, comme les organes
- du corps humain, où se trouvent des parties très-épaisses,
- telles que les os; d'autres moins épaisses, telles que les cartilages; et
+ l'huile, l'eau, les nuées, la fumée, etc.? Ces parties organiques
+ seraient-elles composées de substances différentes, comme les organes
+ du corps humain, où se trouvent des parties très-épaisses,
+ telles que les os; d'autres moins épaisses, telles que les cartilages; et
d'autres minces, telles que les membranes?</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">52. Respondeo, quod quantum ad figuram corpoream nihil certi affirmare
debemus, aut possumus, cum talis figura non sit exacte nobis sensibilis, nec quoad
- visum, nec quoad tactum præ sui corporis tenuitate, ac perspicacitate; qualis
+ visum, nec quoad tactum præ sui corporis tenuitate, ac perspicacitate; qualis
proinde vere sit, noverent ipsi, aliique, qui substantias immateriales intuitive
cognoscere possunt. Quoad congruentiam et probabilitatem dico, illa referre speciem
corporis humani, cum aliquo distinctivo a corpore humano, nisi forte ad hoc
sufficiat sua ipsorum tenuitas. Ducor, quia corpus humanum plasmatum a Deo
- perfectissimum est, inter animalia quæque, et cum
- cætera bruta in terram sint prona, eo quia anima eorum mortalis est, Deus, ut
+ perfectissimum est, inter animalia quæque, et cum
+ cætera bruta in terram sint prona, eo quia anima eorum mortalis est, Deus, ut
ait poeta Ovid., <i>Metamorphos.</i>:</td>
- <td class="stdindent">52. Je réponds: En ce qui concerne la forme de leur corps, nous ne
+ <td class="stdindent">52. Je réponds: En ce qui concerne la forme de leur corps, nous ne
devons ni ne pouvons rien affirmer de certain, puisque cette forme ne tombe pas
- sous nos sens, étant trop délicate pour notre vue et notre toucher.
- Laissons donc cette connaissance à eux-mêmes et à ceux qui ont
- le privilége de discerner intuitivement les substances immatérielles.
- Mais, en tant que probabilité, je dis que cette forme doit se rapporter
- à celle du corps humain, avec quelque particularité distinctive, si
- la délicatesse même de leur corps n'en est pas une suffisante. Et ce
- qui me confirme dans cette opinion, c'est de considérer que le corps
+ sous nos sens, étant trop délicate pour notre vue et notre toucher.
+ Laissons donc cette connaissance à eux-mêmes et à ceux qui ont
+ le privilége de discerner intuitivement les substances immatérielles.
+ Mais, en tant que probabilité, je dis que cette forme doit se rapporter
+ à celle du corps humain, avec quelque particularité distinctive, si
+ la délicatesse même de leur corps n'en est pas une suffisante. Et ce
+ qui me confirme dans cette opinion, c'est de considérer que le corps
humain, de tous les ouvrages de Dieu, est le plus parfait; que, tandis que tous les
- autres animaux, dont l'âme est mortelle, sont courbés vers la terre,
- Dieu, comme dit le poète Ovide, en ses <i>Métamorphoses</i>,</td>
+ autres animaux, dont l'âme est mortelle, sont courbés vers la terre,
+ Dieu, comme dit le poète Ovide, en ses <i>Métamorphoses</i>,</td>
</tr>
<tr>
@@ -2759,8 +2718,8 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<div class="poetry-container">
<div class="poetry">
<div class="stanza ">
- <div class="verse f-smaller"><i>A donné à l'homme un visage sublime, lui ordonnant de contempler le ciel,</i></div>
- <div class="verse f-smaller"><i>Et de tenir tes yeux élevés vers les astres,</i></div>
+ <div class="verse f-smaller"><i>A donné à l'homme un visage sublime, lui ordonnant de contempler le ciel,</i></div>
+ <div class="verse f-smaller"><i>Et de tenir tes yeux élevés vers les astres,</i></div>
</div>
</div>
</div>
@@ -2776,126 +2735,126 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
se essentialem habere deberent; nec enim pes capiti, aut ventri manus conjungi
deberet: sed congrua membrorum essentiali dispositione ordinata, ut essent idonea
ministeriis propriis perficiendis. Quo autem ad partes componentes ipsarum organa,
- dico quod necessarium esset, ut nonnullæ ipsarum essent solidiores,
- aliæ minus solidæ, aliæ tenues, aliæ tenuissimæ pro
- necessitate operationis organicæ. Nec contra hanc positionem facile potest
+ dico quod necessarium esset, ut nonnullæ ipsarum essent solidiores,
+ aliæ minus solidæ, aliæ tenues, aliæ tenuissimæ pro
+ necessitate operationis organicæ. Nec contra hanc positionem facile potest
asseri tenuitas ipsorum corporum: quippe soliditas aut crassities
organicarum partium, de qua dicimus, non esset talis simpliciter, sed comparative
ad alias partes tenuiores. Et hoc patere potest in omnibus corporibus fluidis
naturalibus, ut vino, oleo, lacte, etc.; quantumvis enim omnes partes in ipsis
- videantur homogeneæ, ac similares, non tamen ita est; nam in ipsis est pars
- terrea, pars aquea, sal fixum, sal volatile, et pars sulfurea, quæ omnia
+ videantur homogeneæ, ac similares, non tamen ita est; nam in ipsis est pars
+ terrea, pars aquea, sal fixum, sal volatile, et pars sulfurea, quæ omnia
manipulatione spargirica oculis subjici possunt. Ita esset in casu nostro: posito
enim quod talium animalium corpora subtilia, et tenuia, ut corpora naturalia
- fluida, velut aqua, et ær, essent, non tamen tolleretur, quin in ipsorum
- partibus diversæ inter se essent qualitates, et aliquæ ipsarum
- comparative ad alias essent solidæ, et aliæ tenuiores, quamvis totum
+ fluida, velut aqua, et ær, essent, non tamen tolleretur, quin in ipsorum
+ partibus diversæ inter se essent qualitates, et aliquæ ipsarum
+ comparative ad alias essent solidæ, et aliæ tenuiores, quamvis totum
corpus ex ipsis compositum tenue dici posset.</td>
- <td>et cela, parce que l'âme de l'homme a été
- créée immortelle, en vue de la demeure céleste. Or, les
- animaux dont nous parlons, possédant un esprit immatériel, rationnel
- et immortel, conséquemment capable de béatitude et de damnation, il
+ <td>et cela, parce que l'âme de l'homme a été
+ créée immortelle, en vue de la demeure céleste. Or, les
+ animaux dont nous parlons, possédant un esprit immatériel, rationnel
+ et immortel, conséquemment capable de béatitude et de damnation, il
est logique d'admettre que le corps, auquel cet esprit est uni, soit semblable au
- corps le plus noble qui existe dans l'ordre animal, c'est-à-dire au corps
- humain. D'où il suit que les différentes parties de ce corps doivent
+ corps le plus noble qui existe dans l'ordre animal, c'est-à-dire au corps
+ humain. D'où il suit que les différentes parties de ce corps doivent
avoir entre elles un ordre essentiel; que, par exemple, le pied n'est pas un
- appendice de la tête, ni la main du ventre, mais que chaque organe est bien
- à sa place, suivant les fonctions auxquelles il est destiné.
+ appendice de la tête, ni la main du ventre, mais que chaque organe est bien
+ à sa place, suivant les fonctions auxquelles il est destiné.
Maintenant, pour ce qui est des parties constitutives desdits organes, il est,
- à mon avis, nécessaire qu'il y en ait de plus ou moins solides,
- de plus ou moins délicates, afin de répondre aux exigences de
- l'opération organique. Et si l'on objectait, sur ce point, la
- délicatesse même de leur corps, je dirais que la solidité, la
+ à mon avis, nécessaire qu'il y en ait de plus ou moins solides,
+ de plus ou moins délicates, afin de répondre aux exigences de
+ l'opération organique. Et si l'on objectait, sur ce point, la
+ délicatesse même de leur corps, je dirais que la solidité, la
consistance des parties organiques dont nous parlons, ne serait pas absolue, mais
- seulement relative aux autres parties plus délicates. C'est, d'ailleurs, ce
+ seulement relative aux autres parties plus délicates. C'est, d'ailleurs, ce
qu'on peut observer dans tous les corps fluides naturels, comme le vin, l'huile, le
- lait, etc.: si homogènes, si semblables entre elles que paraissent toutes
+ lait, etc.: si homogènes, si semblables entre elles que paraissent toutes
les parties dont ils se composent, il n'en est cependant pas ainsi; car les unes
sont argileuses, les autres aqueuses: il y a du sel fixe, du sel volatil, du
- soufre; et tout cela n'a besoin, pour sauter aux yeux, que d'être soumis
- à l'analyse chimique. De même dans le cas qui nous occupe; car, en
- supposant que les corps de ces animaux fussent subtils et délicats comme les
+ soufre; et tout cela n'a besoin, pour sauter aux yeux, que d'être soumis
+ à l'analyse chimique. De même dans le cas qui nous occupe; car, en
+ supposant que les corps de ces animaux fussent subtils et délicats comme les
corps naturels fluides: l'eau, l'air, etc., il n'en faudrait pas moins
- reconnaître des différences dans la qualité de leurs parties
+ reconnaître des différences dans la qualité de leurs parties
constitutives, dont les unes seraient solides en comparaison d'autres plus menues,
- sans que les corps ainsi composés, pris dans leur ensemble, cessassent de
- pouvoir être dits délicats.</td>
+ sans que les corps ainsi composés, pris dans leur ensemble, cessassent de
+ pouvoir être dits délicats.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">53. Quod si dicatur, quod hæc repugnant positioni supra
- firmatæ, circa partium essentialem ordinationem inter se: quandoquidem
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">53. Quod si dicatur, quod hæc repugnant positioni supra
+ firmatæ, circa partium essentialem ordinationem inter se: quandoquidem
videmus, quod in corporibus fluidis, ac tenuibus una pars non servat ordinem
- essentialem ad aliam, sed accidentalem tantum, ita ut hæc pars vini,
- quæ modo alteri parti contigua est, mox inverso vase, aut moto vino, alteri
+ essentialem ad aliam, sed accidentalem tantum, ita ut hæc pars vini,
+ quæ modo alteri parti contigua est, mox inverso vase, aut moto vino, alteri
parti unitur, et sic omnes partes diversam positionem habent quantumvis semper idem
vinum sit, et ex hoc sequeretur, quod talium animalium corpora figurata stabiliter
non essent, et consequenter, nec organica.</td>
- <td class="stdindent">53. Mais, objectera-t-on, ceci répugne à ce qui a
- été dit plus haut de l'ordination essentielle des parties entre
+ <td class="stdindent">53. Mais, objectera-t-on, ceci répugne à ce qui a
+ été dit plus haut de l'ordination essentielle des parties entre
elles; car il est visible que, dans les corps fluides et subtils, une partie n'est
- pas coordonnée essentiellement, mais seulement accidentellement avec une
- autre: ainsi, telle partie de vin qui, tout à l'heure, était
- contiguë à telle autre partie, se trouve bientôt, soit qu'on
- renverse le vase ou qu'on agite le vin, en contact avec une troisième; et
- toutes les parties changent à la fois de position, quoique ce soit toujours
- le même vin. D'où il suivrait que les corps de ces animaux n'auraient
- pas de figure stable et, conséquemment, ne seraient pas organiques.</td>
+ pas coordonnée essentiellement, mais seulement accidentellement avec une
+ autre: ainsi, telle partie de vin qui, tout à l'heure, était
+ contiguë à telle autre partie, se trouve bientôt, soit qu'on
+ renverse le vase ou qu'on agite le vin, en contact avec une troisième; et
+ toutes les parties changent à la fois de position, quoique ce soit toujours
+ le même vin. D'où il suivrait que les corps de ces animaux n'auraient
+ pas de figure stable et, conséquemment, ne seraient pas organiques.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">54. Respondeo negando assumptum; etenim in corporibus fluidis, quamvis non
appareat, manet tamen essentialis partium ordinatio, qua stante stat in suo esse
compositum, et hoc patet manifeste in vino: expressum enim ab uvis videtur liquor
- totaliter homogeneus, non tamen ita est; in eo enim sunt partes crassæ,
- quæ tractu temporis subsident in doliis: sunt etiam partes tenues, quæ
- evaporant: sunt partes fixæ, ut tartarus, sunt partes volatiles, ut sulphur,
- sive spiritus ardens; sunt partes mediæ inter
- volatile ac fixum, ut phlegma. Partes istæ ordinem essentialem inter se
+ totaliter homogeneus, non tamen ita est; in eo enim sunt partes crassæ,
+ quæ tractu temporis subsident in doliis: sunt etiam partes tenues, quæ
+ evaporant: sunt partes fixæ, ut tartarus, sunt partes volatiles, ut sulphur,
+ sive spiritus ardens; sunt partes mediæ inter
+ volatile ac fixum, ut phlegma. Partes istæ ordinem essentialem inter se
mutant; nam statim, ac expressum est ab uvis, et mustum dicitur sulphur, sive
spiritus volatilis, ita implicatum manet particulis tartari, qui fixus est, ut
nullo modo avolare valeat.</td>
- <td class="stdindent">54. Ma réponse est bien simple: je nie la mineure. En effet si, dans les
+ <td class="stdindent">54. Ma réponse est bien simple: je nie la mineure. En effet si, dans les
corps fluides, l'ordination essentielle des parties n'est pas apparente, elle n'en
- est pas moins réelle, et c'est par là qu'un corps composé
- reste ce qu'il est. Voyez, par exemple, le vin: à peine exprimé de la
- grappe, on dirait une liqueur tout à fait homogène, et qui ne l'est
- point pourtant; car il y a des parties épaisses qui, à la longue,
- déposent au fond du tonneau; il y a aussi des parties menues, qui
- s'évaporent; des parties fixes, comme le tartre;
+ est pas moins réelle, et c'est par là qu'un corps composé
+ reste ce qu'il est. Voyez, par exemple, le vin: à peine exprimé de la
+ grappe, on dirait une liqueur tout à fait homogène, et qui ne l'est
+ point pourtant; car il y a des parties épaisses qui, à la longue,
+ déposent au fond du tonneau; il y a aussi des parties menues, qui
+ s'évaporent; des parties fixes, comme le tartre;
des parties volatiles, comme le soufre ou l'alcool; enfin des parties
- intermédiaires entre le volatil et le fixe, comme le flegme. Ces diverses
- parties ne gardent pas respectivement un ordre essentiel; car, aussitôt que
- le moût a été exprimé des grappes, et qu'il prend le nom
- de soufre ou esprit volatil, il demeure si étroitement lié aux
+ intermédiaires entre le volatil et le fixe, comme le flegme. Ces diverses
+ parties ne gardent pas respectivement un ordre essentiel; car, aussitôt que
+ le moût a été exprimé des grappes, et qu'il prend le nom
+ de soufre ou esprit volatil, il demeure si étroitement lié aux
particules du tartre, qui sont fixes, qu'il lui est impossible de
- s'échapper.</td>
+ s'échapper.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">55. Hinc est, quod a musto recenter ab uvis expresso nullo modo potest
- distillari spiritus sulphureus, qui communiter vocatur <i>aqua vitæ</i>: sed
- post quadraginta dies fermentationis particulæ vini ordinem mutant, ita ut
+ distillari spiritus sulphureus, qui communiter vocatur <i>aqua vitæ</i>: sed
+ post quadraginta dies fermentationis particulæ vini ordinem mutant, ita ut
spiritus, qui alligati erant particulis tartareis, et propria volatilitate eas
suspensas tenebant, et vicissim ab eis, ne possent avolare detinebantur, ac
tartareis particulis separantur, et divulsi, ac confusi remanent cum partibus
phlegmaticis, a quibus per actionem ignis faciliter separantur, et avolant; sicque
- per distillationem fit aqua vitæ, quæ aliud non est quam sulphur vini
+ per distillationem fit aqua vitæ, quæ aliud non est quam sulphur vini
volatile cum tenuiore parte phlegmatis simul cum dicto sulphure vi ignis elevata.
- Post quadraginta dies, alia incipit vini fermentatio, quæ longiori, aut
+ Post quadraginta dies, alia incipit vini fermentatio, quæ longiori, aut
minus longo tempore perficitur, pro vini perfectiori, aut
imperfectiori maturitate, et alio, atque alio modo terminatur, pro minore aut
majore spiritus sulphurei abundantia. Si enim abundat in vino sulphur, acescit
fermentatione, et evadit acetum; si autem parum sulphuris continet, lentescit
vinum, et Italice dicitur <i>vino molle</i>, aut <i>vino guasto</i>. Quod si vinum
- maturum sit, ut cæteris paribus est, vinum dulce breviori tempore, aut
+ maturum sit, ut cæteris paribus est, vinum dulce breviori tempore, aut
acescit, aut lentescit, ut quotidiana constat experientia. In dicta autem
fermentatione ordo essentialis partium vini mutatur; non enim ipsius quantitas, aut
materia imminuitur, aut mutatur: videmus enim lagenam vino plenam tractu temporis
- evadere plenam aceto, nullatenus mutata circa quantitatem materiæ, quæ
+ evadere plenam aceto, nullatenus mutata circa quantitatem materiæ, quæ
prius ibi extabat, sed tantum mutato partium essentiali ordine: nam sulphur, quod,
ut diximus, erat phlegmati unitum, ac a tartaro separatum, iterum tartaro
implicatur, et cum eo fixatur, et proinde si distilletur acetum, primo prodit
@@ -2908,206 +2867,206 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
erudito opere Nicolai Lemerii, Regis Galliarum Aromatarii, <i>Curs. de Chimi.</i>,
p. 2. c. 9.</td>
- <td class="stdindent">55. C'est pour cela que le moût récemment exprimé des
- grappes, ne se prête en aucune façon à la distillation de
- l'esprit sulfureux, vulgairement nommé <i>eau-de-vie</i>; mais, après
- quarante jours de fermentation, les particules du vin se déplacent; les
- esprits qui, étant liés aux particules tartriques, les tenaient
- suspendues par leur propre volatilité, tandis que celles-ci les retenaient
- eux-mêmes, de manière à en empêcher l'évaporation,
- se séparent de ces particules, et demeurent mêlés
- confusément aux parties flegmatiques, puis s'en dégagent facilement
- par l'action du feu, et s'évaporent: ainsi, au moyen de la distillation, se
+ <td class="stdindent">55. C'est pour cela que le moût récemment exprimé des
+ grappes, ne se prête en aucune façon à la distillation de
+ l'esprit sulfureux, vulgairement nommé <i>eau-de-vie</i>; mais, après
+ quarante jours de fermentation, les particules du vin se déplacent; les
+ esprits qui, étant liés aux particules tartriques, les tenaient
+ suspendues par leur propre volatilité, tandis que celles-ci les retenaient
+ eux-mêmes, de manière à en empêcher l'évaporation,
+ se séparent de ces particules, et demeurent mêlés
+ confusément aux parties flegmatiques, puis s'en dégagent facilement
+ par l'action du feu, et s'évaporent: ainsi, au moyen de la distillation, se
fait l'eau-de-vie, qui n'est pas autre chose que le soufre contenu dans le vin,
- volatilisé par la chaleur avec la partie la plus délicate
+ volatilisé par la chaleur avec la partie la plus délicate
du flegme. Au bout de quarante jours, commence une autre fermentation qui se
- prolonge plus ou moins, suivant que la maturité du vin est plus ou moins
- parfaite, et se termine d'une façon ou d'une autre, selon que l'esprit
+ prolonge plus ou moins, suivant que la maturité du vin est plus ou moins
+ parfaite, et se termine d'une façon ou d'une autre, selon que l'esprit
sulfureux est plus ou moins abondant. En effet, s'il y a dans le vin abondance de
soufre, il s'aigrit par la fermentation et tourne au vinaigre; si, au contraire, il
contient peu de soufre, le vin s'amollit, et c'est ce qu'on appelle en Italien:
- <i>vino molle</i>, ou <i>vino guasto</i>. Si le vin est mûr tout d'abord,
- comme il arrive dans d'autres cas, il tourne en moins de temps du doux à
- l'aigre, ou s'amollit, comme le démontre l'expérience de chaque jour.
- Or, dans la fermentation dont il est parlé, l'ordre essentiel des parties du
- vin subit un changement, mais non sa quantité ou sa matière, qui ne
+ <i>vino molle</i>, ou <i>vino guasto</i>. Si le vin est mûr tout d'abord,
+ comme il arrive dans d'autres cas, il tourne en moins de temps du doux à
+ l'aigre, ou s'amollit, comme le démontre l'expérience de chaque jour.
+ Or, dans la fermentation dont il est parlé, l'ordre essentiel des parties du
+ vin subit un changement, mais non sa quantité ou sa matière, qui ne
change, ni ne diminue: une bouteille pleine de vin, par exemple, au bout d'un
- certain temps, se trouve être pleine de vinaigre, sans qu'il y ait rien de
- changé quant à la quantité de matière; l'ordre
- essentiel des parties est seul changé: le soufre qui, comme nous l'avons
- dit, était uni au flegme et séparé du tartre, se mêle de
- nouveau au tartre et reste fixé avec lui; de sorte que si l'on distille le
+ certain temps, se trouve être pleine de vinaigre, sans qu'il y ait rien de
+ changé quant à la quantité de matière; l'ordre
+ essentiel des parties est seul changé: le soufre qui, comme nous l'avons
+ dit, était uni au flegme et séparé du tartre, se mêle de
+ nouveau au tartre et reste fixé avec lui; de sorte que si l'on distille le
vinaigre, il en sort d'abord un flegme insipide, puis un esprit de vinaigre,
- qui est le soufre de vin entremêlé de particules de tartre moins fixe.
+ qui est le soufre de vin entremêlé de particules de tartre moins fixe.
Or, la mutation essentielle des susdites parties affecte la substance de la liqueur
- exprimée du raisin, comme le prouvent manifestement les effets contraires et
- variés du moût, du vin, du vinaigre et du vin mou ou corrompu; ce qui
- fait que les deux premiers sont matière propre à la
- consécration, mais non les deux autres.&mdash;Nous avons emprunté
- cette exposition de l'économie du vin au savant ouvrage de Nicolas
- Lémery, Parfumeur du Roi de France, <i>Cours de chimie</i>, p. 2. c. 9.</td>
+ exprimée du raisin, comme le prouvent manifestement les effets contraires et
+ variés du moût, du vin, du vinaigre et du vin mou ou corrompu; ce qui
+ fait que les deux premiers sont matière propre à la
+ consécration, mais non les deux autres.&mdash;Nous avons emprunté
+ cette exposition de l'économie du vin au savant ouvrage de Nicolas
+ Lémery, Parfumeur du Roi de France, <i>Cours de chimie</i>, p. 2. c. 9.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">56. Datam ergo naturalem doctrinam applicando consequenter dico, quod data
dictorum animalium corporeitate subtili, et tenui, sicut corpora liquidorum, et
- data pariter eorundem organizatione et figuratione, quæ partium essentialem
+ data pariter eorundem organizatione et figuratione, quæ partium essentialem
ordinationem exigunt, non sequerentur inconvenientia ex adverso illata: nam sicut
(quemadmodum dicebamus) ex confusione partium vini, et diversa ipsarum accidentali
positione non variatur ordinatio earumdem essentialis, ita esset in corpore tenui
dictorum animalium.</td>
- <td class="stdindent">56. Maintenant, si nous appliquons à notre sujet la doctrine naturelle
- ci-dessus, je dis qu'étant donné la corporéité subtile
- et délicate des animaux en question, analogue à la substance des
- liquides; étant donné pareillement leur organisation et leur figure,
- qui exigent une ordination essentielle des parties, il n'y aurait, à
- supposer le contraire, aucun argument à élever contre leur existence:
- car de même, avons-nous dit, que la confusion des parties du vin et la
- diversité de leurs positions accidentelles n'affectent en rien l'ordination
- essentielle de ces parties, de même il en serait à
- l'égard du corps subtil de nos animaux.</td>
+ <td class="stdindent">56. Maintenant, si nous appliquons à notre sujet la doctrine naturelle
+ ci-dessus, je dis qu'étant donné la corporéité subtile
+ et délicate des animaux en question, analogue à la substance des
+ liquides; étant donné pareillement leur organisation et leur figure,
+ qui exigent une ordination essentielle des parties, il n'y aurait, à
+ supposer le contraire, aucun argument à élever contre leur existence:
+ car de même, avons-nous dit, que la confusion des parties du vin et la
+ diversité de leurs positions accidentelles n'affectent en rien l'ordination
+ essentielle de ces parties, de même il en serait à
+ l'égard du corps subtil de nos animaux.</td>
</tr>
<tr id="no57">
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">57. Quinta interrogatio est, an talia obnoxia essent
- ægritudinibus, ac aliis imperfectionibus, quibus homines laborant, ut
+ ægritudinibus, ac aliis imperfectionibus, quibus homines laborant, ut
ignorantia, metu, segnitie, sensuum impedimentis, etc.? An laborando lassarentur,
et ad virium reparationem egerent somno, cibo, ac potu, et quo? et consequenter an
- interirent, et subinde, an a cæteris animalibus casu, aut ruina possent
+ interirent, et subinde, an a cæteris animalibus casu, aut ruina possent
occidi?</td>
- <td class="stdindent">57. Cinquième question: Ces animaux seraient-ils sujets aux maladies et
- autres infirmités dont souffrent les hommes, telles que l'ignorance, la
+ <td class="stdindent">57. Cinquième question: Ces animaux seraient-ils sujets aux maladies et
+ autres infirmités dont souffrent les hommes, telles que l'ignorance, la
peur, la paresse, la paralysie des sens, etc.? Se fatigueraient-ils par le travail,
- et auraient-ils besoin, pour réparer leurs forces, de dormir, de manger, de
+ et auraient-ils besoin, pour réparer leurs forces, de dormir, de manger, de
boire? Quelles seraient leur nourriture et leur boisson? Seraient-ils
- destinés à mourir, et pourraient-ils être tués soit par
+ destinés à mourir, et pourraient-ils être tués soit par
accident, soit par le fait d'autres animaux?</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">58. Respondeo, quod ex quo corpora ipsorum, quamvis tenuia, essent
materiata, essent quidem corruptioni obnoxia; et ex consequenti possent pati ab
- agentibus contrariis, et ita ægrotare, puta, aut simpliciter, aut nisi
- ægre, perverse, aut vitiose præstare non posse munera, ad quæ
+ agentibus contrariis, et ita ægrotare, puta, aut simpliciter, aut nisi
+ ægre, perverse, aut vitiose præstare non posse munera, ad quæ
eorum organa essent ordinata; in hoc siquidem consistit animalium quorumdam
- ægritudo quævis: ut resolutive docet præstantissimus Michael
+ ægritudo quævis: ut resolutive docet præstantissimus Michael
Ettmullerus, <i>Physiol.</i> c. 5., thes. 1. Verum est, quod ex eo, quod tantam
- materiæ crassitatem non haberent, et forte ex tot elementorum mixtione
+ materiæ crassitatem non haberent, et forte ex tot elementorum mixtione
eorum corpus non constaret, et minus compositum esset, quam humanum,
- non tam facile paterentur a contrariis, et consequenter non tot ægritudinibus
+ non tam facile paterentur a contrariis, et consequenter non tot ægritudinibus
velut homines essent obnoxia, et longiorem, etiam homine, vitam ducerent: quo enim
- perfectius est animal, a tota specie, etiam cæteris, diutius vivit, ut patet
- de specie humana, cujus vita longior cæteris animalibus est. Nec enim admitto
- sæcularem vitam cornicum, cervorum, corvorum, et similium, de quibus more suo
- fabulatur Plinius, et ejus somnia sine prævia discussione secuti sunt
- cæteri: quandoquidem nullus est, qui talium animalium natale et interitum
+ perfectius est animal, a tota specie, etiam cæteris, diutius vivit, ut patet
+ de specie humana, cujus vita longior cæteris animalibus est. Nec enim admitto
+ sæcularem vitam cornicum, cervorum, corvorum, et similium, de quibus more suo
+ fabulatur Plinius, et ejus somnia sine prævia discussione secuti sunt
+ cæteri: quandoquidem nullus est, qui talium animalium natale et interitum
fideliter adnotaverit, ut pari modo de eo scripserit; sed insolitam diu fabulam
quisque secutus est; sicut etiam illud, quod de Ph&oelig;nice dicitur, quod ut quid
- fabulosum, circa ejus vitæ spatium recenset Tacitus, l. 6. <i>Annal.</i>
+ fabulosum, circa ejus vitæ spatium recenset Tacitus, l. 6. <i>Annal.</i>
Inferendum subinde esset quod illorum animalium vita etiam humana deberet esse
diuturnior: ut enim infra dicemus, illa essent homine nobiliora, consequenter
- dicendum esset, quod essent obnoxia cæteris corporeis pathematis, et quiete,
+ dicendum esset, quod essent obnoxia cæteris corporeis pathematis, et quiete,
et cibo indigerent, quale diximus supra n<sup>o</sup> 50. Quia vero rationalia, et
- proinde disciplinabilia essent, ex consequenti etiam capacia ignorantiæ, si
+ proinde disciplinabilia essent, ex consequenti etiam capacia ignorantiæ, si
eorum ingenia non essent exculta studiis, et disciplina, et inter ea pro
intellectus eorum majori, et minori acumine essent aliqua magis, aliqua minus in
scientiis excellentia: universaliter vero, et a tota specie essent homine doctiora,
non ob eorum corpoream subtilitatem, tum forte, ob majorem spirituum activitatem,
- tum ob diuturniorem vitæ durationem, in qua plura, quam homines discere
- possent, quas causas assignat D. Augustinus, lib. de <i>Divin. Dæm.</i> c. 3.
+ tum ob diuturniorem vitæ durationem, in qua plura, quam homines discere
+ possent, quas causas assignat D. Augustinus, lib. de <i>Divin. Dæm.</i> c. 3.
init. tom. 3., et lib. de <i>Spir. et Anima</i>, c. 37., pro futurorum
- prænotione in Dæmonibus. Ab agentibus autem naturalibus pati quidem
+ prænotione in Dæmonibus. Ab agentibus autem naturalibus pati quidem
possent, ac difficulter occidi ratione velocitatis, qua possunt se subtrahere a
nocentibus; quapropter, nec a brutis, nec ab homine armis naturalibus, seu
artificialibus nisi maxima difficultate possent occidi, aut mutilari, et maxima
eorumdem velocitate in declinando contrarium impetum. Possent vero in somno, aut in
non advertentia occidi, et mutilari a corpore solido, ut ense vibrato ab homine,
aut lapide delapso per ruinam, quia eorum corpus licet tenue, tamen et quantum, et
- divisibile esset, velut ær qui ferro, fuste, aut alio corpore solido
+ divisibile esset, velut ær qui ferro, fuste, aut alio corpore solido
dividitur quamvis tenuis sit. Eorum autem spiritus impartibilis esset, et ceu anima
hominis totus in toto, et totus in quavis corporis parte. Hinc
- fieret quod diviso corpore ipsorum, ut præfertur, per aliud corpus, sequi
+ fieret quod diviso corpore ipsorum, ut præfertur, per aliud corpus, sequi
posset mutilatio, et proinde etiam mors: non enim fieri posset ut diviso corpore
idem spiritus utramque partem informaret, cum ipse indivisibilis esset. Verum est
- quod sicut partes æris divisæ, per intermedium corpus, hoc sublato
- iterum uniuntur, et evadit idem ær, possent pariter partes corporis
- divisæ, ut supra ponitur, reuniri, et ab eodem spiritu revivificari. Sed hoc
+ quod sicut partes æris divisæ, per intermedium corpus, hoc sublato
+ iterum uniuntur, et evadit idem ær, possent pariter partes corporis
+ divisæ, ut supra ponitur, reuniri, et ab eodem spiritu revivificari. Sed hoc
modo nequirent talia animalia ab agentibus naturalibus, aut artificialibus occidi:
sed rationabilior esset prima positio; ex hoc enim, quod communicarent cum
- cæteris in materia, æquum est, ut a cæteris, etiam usque ad eorum
- interitum pati possent, ut fit cum cæteris.</td>
+ cæteris in materia, æquum est, ut a cæteris, etiam usque ad eorum
+ interitum pati possent, ut fit cum cæteris.</td>
- <td class="stdindent">58. Je réponds: Du moment que leurs corps, quoique subtils, seraient
- matériels, ils seraient par cela même sujets à corruption;
- conséquemment, ils pourraient souffrir des agents contraires et, par suite,
- être malades, c'est-à-dire que leurs organes se refuseraient à
+ <td class="stdindent">58. Je réponds: Du moment que leurs corps, quoique subtils, seraient
+ matériels, ils seraient par cela même sujets à corruption;
+ conséquemment, ils pourraient souffrir des agents contraires et, par suite,
+ être malades, c'est-à-dire que leurs organes se refuseraient à
remplir, ou ne rempliraient qu'avec peine et imparfaitement les fonctions qui leur
- seraient assignées, car c'est en cela que consiste toute maladie quelconque
- chez certains animaux, comme l'enseigne doctoralement le très-illustre
- Michel Ettmuller, <i>Physiologie</i>, c. 5, thèse 1. A la
- vérité, comme la matière de leur corps serait moins
- épaisse que celle du corps humain, comme elle serait formée de moins
- d'éléments mêlés ensemble, partant moins composite, ils
- ne souffriraient pas aussi aisément de l'action des contraires, ils seraient
+ seraient assignées, car c'est en cela que consiste toute maladie quelconque
+ chez certains animaux, comme l'enseigne doctoralement le très-illustre
+ Michel Ettmuller, <i>Physiologie</i>, c. 5, thèse 1. A la
+ vérité, comme la matière de leur corps serait moins
+ épaisse que celle du corps humain, comme elle serait formée de moins
+ d'éléments mêlés ensemble, partant moins composite, ils
+ ne souffriraient pas aussi aisément de l'action des contraires, ils seraient
donc moins sujets que l'homme aux maladies, et leur vie serait aussi plus longue:
- car, plus l'animal est parfait, pris dans son espèce, plus il vit longtemps,
- témoin l'espèce humaine, dont l'existence est plus longue que celle
- des autres animaux. Je n'admets pas, en effet, la vie séculaire des
+ car, plus l'animal est parfait, pris dans son espèce, plus il vit longtemps,
+ témoin l'espèce humaine, dont l'existence est plus longue que celle
+ des autres animaux. Je n'admets pas, en effet, la vie séculaire des
corneilles, des cerfs, des corbeaux et autres semblables, dont Pline nous conte des
- fables à sa manière; et, quoique ses rêveries aient
- été reproduites, sans examen préalable, par divers auteurs, il
- n'en est pas moins certain que personne, pour écrire ainsi, n'a exactement
- pris note de la naissance et de la mort de ces créatures: on s'est
- contenté d'adopter la fable courante, comme on l'a fait à
- l'égard du Phénix, dont la longévité est traitée
- de conte par Tacite, <i>Annales</i>, l. 6. Il faudrait donc inférer que les
- animaux dont nous parlons surpasseraient l'homme lui-même en
- longévité; car, ainsi que nous le dirons plus bas, ils seraient plus
- nobles que l'homme; conséquemment aussi, ils seraient sujets aux autres
+ fables à sa manière; et, quoique ses rêveries aient
+ été reproduites, sans examen préalable, par divers auteurs, il
+ n'en est pas moins certain que personne, pour écrire ainsi, n'a exactement
+ pris note de la naissance et de la mort de ces créatures: on s'est
+ contenté d'adopter la fable courante, comme on l'a fait à
+ l'égard du Phénix, dont la longévité est traitée
+ de conte par Tacite, <i>Annales</i>, l. 6. Il faudrait donc inférer que les
+ animaux dont nous parlons surpasseraient l'homme lui-même en
+ longévité; car, ainsi que nous le dirons plus bas, ils seraient plus
+ nobles que l'homme; conséquemment aussi, ils seraient sujets aux autres
affections corporelles, et auraient besoin de repos et de nourriture comme nous
- l'avons dit au n<sup>o</sup> 50. Maintenant, en leur qualité d'êtres
- raisonnables et, par suite, éducables, ils pourraient aussi rester ignorants
- si leurs esprits n'étaient pas cultivés par l'étude et la
- discipline, et il s'en trouverait parmi eux de plus ou moins versés dans les
+ l'avons dit au n<sup>o</sup> 50. Maintenant, en leur qualité d'êtres
+ raisonnables et, par suite, éducables, ils pourraient aussi rester ignorants
+ si leurs esprits n'étaient pas cultivés par l'étude et la
+ discipline, et il s'en trouverait parmi eux de plus ou moins versés dans les
sciences, de plus ou moins habiles, suivant que leur intelligence aurait
- été plus ou moins exercée. Toutefois, à les prendre en
- général et dans l'universalité de leur espèce, ils
- seraient plus instruits que l'homme, non à cause de la subtilité de
- leur corps, mais peut-être soit parce que leur esprit serait plus actif, soit
+ été plus ou moins exercée. Toutefois, à les prendre en
+ général et dans l'universalité de leur espèce, ils
+ seraient plus instruits que l'homme, non à cause de la subtilité de
+ leur corps, mais peut-être soit parce que leur esprit serait plus actif, soit
parce que leur vie serait plus longue et leur permettrait d'apprendre plus de
- choses que les hommes: telles sont effectivement les causes assignées par
- Saint Augustin (<i>Divin. Démon.</i>, ch. 3, et de <i>l'Esprit et de
- l'Ame</i>, ch. 37), à la prescience des choses futures chez les
- Démons. Il pourraient, d'ailleurs, souffrir par le fait d'agents naturels,
- mais difficilement être tués, à cause de la vitesse avec
- laquelle ils échappent au danger; aussi paraît-il à peine
- concevable qu'ils puissent être tués ou mutilés par les
- bêtes ou par l'homme, au moyen d'armes naturelles ou artificielles, tant
- ils sont prompts à éviter le coup qui les menace. Cependant, ils
- pourraient être tués ou mutilés pendant leur sommeil, ou dans
- un moment d'inadvertance, au moyen d'un corps solide, tel qu'une épée
- vibrée par un homme ou une pierre lancée avec force; car, quoique
+ choses que les hommes: telles sont effectivement les causes assignées par
+ Saint Augustin (<i>Divin. Démon.</i>, ch. 3, et de <i>l'Esprit et de
+ l'Ame</i>, ch. 37), à la prescience des choses futures chez les
+ Démons. Il pourraient, d'ailleurs, souffrir par le fait d'agents naturels,
+ mais difficilement être tués, à cause de la vitesse avec
+ laquelle ils échappent au danger; aussi paraît-il à peine
+ concevable qu'ils puissent être tués ou mutilés par les
+ bêtes ou par l'homme, au moyen d'armes naturelles ou artificielles, tant
+ ils sont prompts à éviter le coup qui les menace. Cependant, ils
+ pourraient être tués ou mutilés pendant leur sommeil, ou dans
+ un moment d'inadvertance, au moyen d'un corps solide, tel qu'une épée
+ vibrée par un homme ou une pierre lancée avec force; car, quoique
subtil, leur corps serait divisible, comme l'air qui, tout vaporeux qu'il soit, est
- cependant divisé par une épée, un bâton, ou quelque
- autre corps solide. Quant à leur esprit, il serait indivisible et, comme
- l'âme humaine, tout entier dans tout et dans chaque partie du corps.
- Conséquemment, la division de leur corps effectuée, comme il est dit
- ci-dessus, par un autre corps, peut causer une mutilation et même la mort,
- car il ne serait pas possible à l'esprit, qui est lui-même
- indivisible, d'animer l'une et l'autre partie d'un corps divisé. Sans doute,
- de même que les parties de l'air, divisées par l'intermédiaire
- d'un corps, se réunissent aussitôt ce corps retiré, pour former
- le même air qu'auparavant; de même les parties du corps divisé,
- comme il est dit plus haut, pourraient se réunir et revivre avec le
- même esprit. Mais, de cette manière, il faudrait conclure que nos
- animaux ne pourraient être tués par des agents naturels ou
- artificiels: il serait plus raisonnable de nous en tenir à notre
- première position; car, du moment qu'ils seraient communs en matière
- avec les autres créatures, il est naturel qu'ils soient exposés
- à souffrir du fait de ces créatures, suivant la loi commune, et
- jusqu'à la mort même.</td>
+ cependant divisé par une épée, un bâton, ou quelque
+ autre corps solide. Quant à leur esprit, il serait indivisible et, comme
+ l'âme humaine, tout entier dans tout et dans chaque partie du corps.
+ Conséquemment, la division de leur corps effectuée, comme il est dit
+ ci-dessus, par un autre corps, peut causer une mutilation et même la mort,
+ car il ne serait pas possible à l'esprit, qui est lui-même
+ indivisible, d'animer l'une et l'autre partie d'un corps divisé. Sans doute,
+ de même que les parties de l'air, divisées par l'intermédiaire
+ d'un corps, se réunissent aussitôt ce corps retiré, pour former
+ le même air qu'auparavant; de même les parties du corps divisé,
+ comme il est dit plus haut, pourraient se réunir et revivre avec le
+ même esprit. Mais, de cette manière, il faudrait conclure que nos
+ animaux ne pourraient être tués par des agents naturels ou
+ artificiels: il serait plus raisonnable de nous en tenir à notre
+ première position; car, du moment qu'ils seraient communs en matière
+ avec les autres créatures, il est naturel qu'ils soient exposés
+ à souffrir du fait de ces créatures, suivant la loi commune, et
+ jusqu'à la mort même.</td>
</tr>
<tr>
@@ -3116,10 +3075,10 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
possent in eodem loco materiali consistere, et ad quantum spatium extenderetur, seu
restringeretur eorum corpus?</td>
- <td class="stdindent">59. Sixième question: Leur corps pourrait-il pénétrer
- d'autres corps, comme les murs, le bois, les métaux, le verre, etc.?
- Pourraient-ils résider en grand nombre dans un même lieu
- matériel, et à quel espace s'étendrait ou se restreindrait
+ <td class="stdindent">59. Sixième question: Leur corps pourrait-il pénétrer
+ d'autres corps, comme les murs, le bois, les métaux, le verre, etc.?
+ Pourraient-ils résider en grand nombre dans un même lieu
+ matériel, et à quel espace s'étendrait ou se restreindrait
leur corps?</td>
</tr>
@@ -3133,182 +3092,182 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
tenuiora essent istis liquoribus illorum corpora. Quamvis autem plures Angeli
possint esse in eodem loco materiali, et etiam restringi ad locum
minorem minore non tamen in infinitum, ut probat Scotus in 2. dist. 2. q. 6.
- § <i>Ad proposi.</i> et quæst. 8., per totum, hoc tamen concedendum non
+ § <i>Ad proposi.</i> et quæst. 8., per totum, hoc tamen concedendum non
esset de corporibus talium animalium; tum quia corpora ipsa essent quanta, et eorum
dimensio non esset reciproce penetrabilis; tum quia si duo corpora gloriosa non
possunt esse in eodem loco, quamvis possint simul esse gloriosum, et non gloriosum,
ut voluit Gotofredus de Fontibus, quodlibet 6. q. 5., a quo non discordat Scotus in
2. distinct. 2. q. 8. in fine; multo minus possent simul esse istorum corpora,
- quæ, licet subtilia, non tamen æquarent subtilitatem corporis gloriosi.
+ quæ, licet subtilia, non tamen æquarent subtilitatem corporis gloriosi.
Quo autem ad extensionem, et restrictionem dicendum esset, quod sicut ex
- rarefactione, et condensatione majus, aut minus spatium occupatur ab ære, qui
- etiam arte potest constringi, ut in minori loco contineatur, quam sit suæ
- quantitati naturaliter debitus, ut patet in magnis pilis lusoriis, quæ per
- fistulam seu tubum inflatorium inflantur: in his siquidem ær violenter
+ rarefactione, et condensatione majus, aut minus spatium occupatur ab ære, qui
+ etiam arte potest constringi, ut in minori loco contineatur, quam sit suæ
+ quantitati naturaliter debitus, ut patet in magnis pilis lusoriis, quæ per
+ fistulam seu tubum inflatorium inflantur: in his siquidem ær violenter
immittitur, et constringitur, et ejus major ibi continetur quantitas, quam
- naturalis pilæ capacitas exigat; ita pariformiter talia corpora ex ipsorum
+ naturalis pilæ capacitas exigat; ita pariformiter talia corpora ex ipsorum
naturali virtute possent ad majus spatium non tamen excedens eorumdem
quantitatem, extendi: ut pariter etiam restringi, non tamen circa determinatum
- locum suæ quantitati debitum. Et quia ipsorum nonnulla prout etiam in
+ locum suæ quantitati debitum. Et quia ipsorum nonnulla prout etiam in
hominibus est, essent magna, et nonnulla parva, congruum esset, ut magna possent
- plus extendi, quam parva et hæc ad minorem locum restringi, quam
+ plus extendi, quam parva et hæc ad minorem locum restringi, quam
magna.</td>
- <td class="stdindent">60. Je réponds: Tous les corps, si compactes qu'ils soient, ont des
- pores, témoin les métaux qui, plus que tous les autres, sembleraient
- devoir en être privés; en effet, à l'aide d'un microscope
- parfaitement organisé, on discerne les pores des métaux, avec leurs
- différentes figures. Or, ces animaux pourraient s'insinuer par les pores
- dans d'autres corps quelconques et ainsi les pénétrer, encore bien
- que ces mêmes pores soient impénétrables à des liqueurs
- ou esprits matériels, de vin, de sel ammoniac ou autres semblables, parce
+ <td class="stdindent">60. Je réponds: Tous les corps, si compactes qu'ils soient, ont des
+ pores, témoin les métaux qui, plus que tous les autres, sembleraient
+ devoir en être privés; en effet, à l'aide d'un microscope
+ parfaitement organisé, on discerne les pores des métaux, avec leurs
+ différentes figures. Or, ces animaux pourraient s'insinuer par les pores
+ dans d'autres corps quelconques et ainsi les pénétrer, encore bien
+ que ces mêmes pores soient impénétrables à des liqueurs
+ ou esprits matériels, de vin, de sel ammoniac ou autres semblables, parce
que leurs corps seraient de beaucoup plus subtils que ces liqueurs.
- Cependant, quoique plusieurs Anges puissent résider dans un même lieu
- matériel, et même se resserrer dans un espace de plus en plus
- étroit, non toutefois jusqu'à l'infini, comme le prouve Scott, il
- serait téméraire d'accorder la même faculté aux corps
- des animaux dont il s'agit; leurs corps, en effet, sont déterminés en
- substance, impénétrables l'un à l'autre; et si deux corps
- glorieux ne peuvent être dans un même lieu, bien qu'un glorieux et un
+ Cependant, quoique plusieurs Anges puissent résider dans un même lieu
+ matériel, et même se resserrer dans un espace de plus en plus
+ étroit, non toutefois jusqu'à l'infini, comme le prouve Scott, il
+ serait téméraire d'accorder la même faculté aux corps
+ des animaux dont il s'agit; leurs corps, en effet, sont déterminés en
+ substance, impénétrables l'un à l'autre; et si deux corps
+ glorieux ne peuvent être dans un même lieu, bien qu'un glorieux et un
non glorieux puissent s'y trouver ensemble, comme le veulent certains docteurs,
bien moins encore le pourraient les corps de ces animaux, subtils sans doute, mais
- non jusqu'à égaler la subtilité du corps glorieux. En ce qui
+ non jusqu'à égaler la subtilité du corps glorieux. En ce qui
regarde leur pouvoir d'extension ou de compression, nous prendrions exemple de
- l'air, qui, raréfié et condensé, occupe un espace plus ou
- moins grand, et peut même, par des moyens artificiels, être
- resserré au point de tenir dans un espace plus étroit que son volume
+ l'air, qui, raréfié et condensé, occupe un espace plus ou
+ moins grand, et peut même, par des moyens artificiels, être
+ resserré au point de tenir dans un espace plus étroit que son volume
naturel ne l'exigerait; c'est en effet ce qu'on voit dans ces ballons qu'on enfle
pour s'amuser, au moyen d'un chalumeau ou d'un tube: l'air y est introduit et
- comprimé violemment, et le ballon en contient une quantité plus
- grande que sa capacité naturelle ne l'exigerait. Tout pareillement, les
+ comprimé violemment, et le ballon en contient une quantité plus
+ grande que sa capacité naturelle ne l'exigerait. Tout pareillement, les
corps des animaux dont il s'agit pourraient, par leur vertu naturelle,
- s'étendre à un espace plus grand, mais qui n'excéderait pas
+ s'étendre à un espace plus grand, mais qui n'excéderait pas
cependant leur propre substance; ils pourraient aussi se comprimer, mais non en
- de&ccedil;à de l'espace déterminé exigé par cette
- même substance. Et comme parmi eux, de même que parmi les hommes, il y
+ de&ccedil;à de l'espace déterminé exigé par cette
+ même substance. Et comme parmi eux, de même que parmi les hommes, il y
en aurait de grands et de petits, il serait naturel que les grands pussent
- s'étendre plus que les petits, et ceux-ci se comprimer plus que les
+ s'étendre plus que les petits, et ceux-ci se comprimer plus que les
grands.</td>
</tr>
<tr id="no61">
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">61. Septima interrogatio est, an hujusmodi animalia in peccato originali
nascerentur, et a Christo Domino fuissent redempta; an ipsis conferretur gratia, et
- per quæ sacramenta; sub qua lege viverent, et an Beatitudinis, et Damnationis
+ per quæ sacramenta; sub qua lege viverent, et an Beatitudinis, et Damnationis
essent capacia?</td>
- <td class="stdindent">61. Septième question: Ces animaux naîtraient-ils dans le
- péché originel, et auraient-ils été rachetés par
- le Seigneur Christ? La grâce leur serait-elle conférée, et par
+ <td class="stdindent">61. Septième question: Ces animaux naîtraient-ils dans le
+ péché originel, et auraient-ils été rachetés par
+ le Seigneur Christ? La grâce leur serait-elle conférée, et par
quels sacrements? Sous quelle loi vivraient-ils, et seraient-ils capables de
- Béatitude et de Damnation?</td>
+ Béatitude et de Damnation?</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">62. Respondeo, quod articulus Fidei est, quod Christus Dominus pro universa
creatura rationali gratiam, et gloriam meruit. Pariter articulus Fidei est, quod
- Creaturæ rationali gloria non confertur nisi præcedat in ea gratia,
- quæ est dispositio ad gloriam. Similis articulus est quod gloria non
- confertur nisi per merita. Hæc vero fundantur in observantia perfecta
+ Creaturæ rationali gloria non confertur nisi præcedat in ea gratia,
+ quæ est dispositio ad gloriam. Similis articulus est quod gloria non
+ confertur nisi per merita. Hæc vero fundantur in observantia perfecta
mandatorum Dei adimpleta per gratiam. Ex his satis fit positis interrogationibus.
- Incertum est an tales Creaturæ originaliter peccavissent, necne. Certum tamen
+ Incertum est an tales Creaturæ originaliter peccavissent, necne. Certum tamen
est, quod si ipsarum Prothoparens peccasset, sicut peccavit Adam, ipsius
descendentes in peccato originali nascerentur, quemadmodum nascuntur homines. Et
quia Deus nunquam reliquit Creaturam rationalem sine remedio, dum ipsa est in via;
- si hujusmodi creaturæ in peccato originali, aut actuali inficerentur, Deus
+ si hujusmodi creaturæ in peccato originali, aut actuali inficerentur, Deus
providisset illis de remedio, sed quale sit, an fecisset, noverit Deus, noverint
- ipsæ. Hoc certum est si inter ipsas essent eadem, aut alia Sacramenta, ac
+ ipsæ. Hoc certum est si inter ipsas essent eadem, aut alia Sacramenta, ac
sunt in Ecclesia humana militanti, ipsa habuissent, et institutionem, et efficaciam
a meritis Jesu Christi, qui omnium creaturarum rationalium Redemptor, et
Satisfactor universalis est. Convenientissimum pariter, immo necessarium esset quod
sub aliqua lege a Deo sibi data viverent, ut per ipsius observantiam possent sibi
- beatitudinem mereri; quænam autem lex fuisset, an naturalis tantum, aut
+ beatitudinem mereri; quænam autem lex fuisset, an naturalis tantum, aut
scripta, Mosaica, aut Evangelica, aut alia ab his omnibus differens, prout Deo
placuisset, hoc nobis incognitum. Quoquomodo autem fuisset, nulla resultaret
repugnantia possibilitatem talium creaturarum excludens.</td>
- <td class="stdindent">62. Je réponds: C'est un article de foi, que le Christ a
- mérité la grâce et la gloire pour toute créature
+ <td class="stdindent">62. Je réponds: C'est un article de foi, que le Christ a
+ mérité la grâce et la gloire pour toute créature
raisonnable. C'est encore un article de foi, que la gloire n'est
- conférée à la créature raisonnable qu'autant qu'elle a
- d'abord été dotée de la grâce, qui est la disposition
- à la gloire. Un autre article, c'est que la gloire n'est
- conférée que par les mérites. Or ces mérites
+ conférée à la créature raisonnable qu'autant qu'elle a
+ d'abord été dotée de la grâce, qui est la disposition
+ à la gloire. Un autre article, c'est que la gloire n'est
+ conférée que par les mérites. Or ces mérites
ont leur fondement dans l'observance parfaite des commandements de Dieu, accomplie
- par la grâce. Les questions ci-dessus posées se trouvent ainsi
- résolues. Maintenant, ces créatures ont-elles péché
+ par la grâce. Les questions ci-dessus posées se trouvent ainsi
+ résolues. Maintenant, ces créatures ont-elles péché
originellement ou non, je ne saurais l'affirmer. Il est certain, toutefois, que si
- leur premier Père avait péché, comme a péché
- Adam, ses descendants naîtraient dans le péché originel, comme
- y naissent les hommes. Et comme Dieu ne laisse jamais sans remède la
- créature raisonnable, aussi longtemps qu'elle est dans la voie, si les
- créatures en question étaient entachées du
- péché, soit originel, soit actuel, Dieu les aurait pourvues d'un
- remède; mais est-ce le cas et de quelle sorte est ce remède, ceci est
- leur secret, à Lui et à elles. Assurément, si elles
- disposaient de Sacrements identiques ou analogues à ceux en usage dans
- l'Église humaine militante, elles en devraient l'institution et
- l'efficacité aux mérites de Jésus-Christ, qui est le
- Rédempteur et Sauveur universel de toutes les créatures raisonnables.
- Il serait également convenable, nécessaire même, d'admettre
- qu'elles vivraient sous quelque loi à elles donnée par Dieu, et dont
- l'observance leur pourrait mériter la béatitude; mais quelle
- serait cette loi, naturelle seulement ou écrite, Mosaïque ou
- Évangélique, ou entièrement distincte et spécialement
- instituée par Dieu, ceci nous est inconnu. Quelle qu'elle fût
- cependant, il n'en résulterait aucune objection contre l'existence de ces
- créatures.</td>
+ leur premier Père avait péché, comme a péché
+ Adam, ses descendants naîtraient dans le péché originel, comme
+ y naissent les hommes. Et comme Dieu ne laisse jamais sans remède la
+ créature raisonnable, aussi longtemps qu'elle est dans la voie, si les
+ créatures en question étaient entachées du
+ péché, soit originel, soit actuel, Dieu les aurait pourvues d'un
+ remède; mais est-ce le cas et de quelle sorte est ce remède, ceci est
+ leur secret, à Lui et à elles. Assurément, si elles
+ disposaient de Sacrements identiques ou analogues à ceux en usage dans
+ l'Église humaine militante, elles en devraient l'institution et
+ l'efficacité aux mérites de Jésus-Christ, qui est le
+ Rédempteur et Sauveur universel de toutes les créatures raisonnables.
+ Il serait également convenable, nécessaire même, d'admettre
+ qu'elles vivraient sous quelque loi à elles donnée par Dieu, et dont
+ l'observance leur pourrait mériter la béatitude; mais quelle
+ serait cette loi, naturelle seulement ou écrite, Mosaïque ou
+ Évangélique, ou entièrement distincte et spécialement
+ instituée par Dieu, ceci nous est inconnu. Quelle qu'elle fût
+ cependant, il n'en résulterait aucune objection contre l'existence de ces
+ créatures.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">63. Unicum porro argumentum, et quidem satis debile post longam meditationem
mihi subit contra talium creaturarum possibilitatem: et est quod si tales
- creaturæ in Mundo existerent, de ipsis notitia aliqua tradita fuisset a
+ creaturæ in Mundo existerent, de ipsis notitia aliqua tradita fuisset a
Philosophis, Sacra Scriptura, Traditione Ecclesiastica, aut Sanctis Patribus; quod
cum non fuerit, tales creaturas minime possibiles esse concludendum est.</td>
- <td class="stdindent">63. Le seul argument, et encore assez faible, qu'une longue méditation
- me suggère contre la possibilité de ces créatures, c'est que,
- s'il en existait réellement dans le Monde, nous les trouverions
- mentionnées quelque part dans les Philosophes, la Sainte Écriture, la
- Tradition Ecclésiastique ou les Saints Pères: pareille mention
- n'existant pas, il faudrait conclure à l'impossibilité absolue de ces
- créatures.</td>
+ <td class="stdindent">63. Le seul argument, et encore assez faible, qu'une longue méditation
+ me suggère contre la possibilité de ces créatures, c'est que,
+ s'il en existait réellement dans le Monde, nous les trouverions
+ mentionnées quelque part dans les Philosophes, la Sainte Écriture, la
+ Tradition Ecclésiastique ou les Saints Pères: pareille mention
+ n'existant pas, il faudrait conclure à l'impossibilité absolue de ces
+ créatures.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">64. Sed hoc argumentum, quod revera magis pulsat existentiam, quam
- possibilitatem illarum, facili negotio solvitur ex iis quæ præmissimus
+ possibilitatem illarum, facili negotio solvitur ex iis quæ præmissimus
supra n<sup>o</sup> 41. et 42. Argumentum enim ab auctoritate negativa non tenet.
- Præterquam quod falsum est, quod de illis notitiam non tradiderint tum
+ Præterquam quod falsum est, quod de illis notitiam non tradiderint tum
Philosophi, tum Scriptura, tum Patres. Plato siquidem, ut refert Apuleius <i>de
Deo Socratis</i> et Plutarchus <i>de Isid.</i> apud Baronem, <i>Scot. Defens.</i>,
- tom. 9. <i>Apparat.</i> p. 1. fol. 2., voluit Dæmones esse animalia
- genere, animo passiva, mente rationalia, corpore ærea, tempore æterna:
- creaturasque istas nomine <i>Dæmonum</i> intitulavit; quod tamen nomen non
+ tom. 9. <i>Apparat.</i> p. 1. fol. 2., voluit Dæmones esse animalia
+ genere, animo passiva, mente rationalia, corpore ærea, tempore æterna:
+ creaturasque istas nomine <i>Dæmonum</i> intitulavit; quod tamen nomen non
male sonat ex se: importat enim <i>plenum sapientia</i>; unde cum Diabolum (Angelum
- nempe malum) volunt auctores exprimere, non simpliciter Dæmonem, sed
- <i>Cacodæmonem</i> vocant: sicut <i>Eudæmonem</i>, quando bonum Angelum
+ nempe malum) volunt auctores exprimere, non simpliciter Dæmonem, sed
+ <i>Cacodæmonem</i> vocant: sicut <i>Eudæmonem</i>, quando bonum Angelum
volunt intelligi. Similiter in Scriptura Sacra et Patribus, de dictis creaturis
habetur mentio, et de hoc infra dicemus.</td>
- <td class="stdindent">64. Mais cet argument qui, en réalité, attaque plutôt leur
- existence que leur possibilité, se résout facilement par les
- prémisses que nous avons posées ci-dessus, n<sup>os</sup> 41 et 42.
- En effet, un argument ne peut valoir par autorité négative. Ensuite,
- il est faux que ni les Philosophes, ni l'Écriture, ni les Pères, ne
- nous disent rien à leur sujet. Platon, comme le rapportent Apulée
- (<i>Démon de Socrate</i>) et Plutarque (<i>d'Isis et d'Osiris</i>),
- définit ainsi les Démons: des êtres du genre animal, âmes
- passives, intelligences raisonnables, corps aériens,
- éternels quant à la durée; et il donne à ces
- créatures le nom de <i>Démon</i>, qui en lui-même n'a rien de
+ <td class="stdindent">64. Mais cet argument qui, en réalité, attaque plutôt leur
+ existence que leur possibilité, se résout facilement par les
+ prémisses que nous avons posées ci-dessus, n<sup>os</sup> 41 et 42.
+ En effet, un argument ne peut valoir par autorité négative. Ensuite,
+ il est faux que ni les Philosophes, ni l'Écriture, ni les Pères, ne
+ nous disent rien à leur sujet. Platon, comme le rapportent Apulée
+ (<i>Démon de Socrate</i>) et Plutarque (<i>d'Isis et d'Osiris</i>),
+ définit ainsi les Démons: des êtres du genre animal, âmes
+ passives, intelligences raisonnables, corps aériens,
+ éternels quant à la durée; et il donne à ces
+ créatures le nom de <i>Démon</i>, qui en lui-même n'a rien de
malsonnant, car il signifie <i>plein de sagesse</i>; aussi lorsque les auteurs
- veulent désigner le Diable (ou mauvais Ange), ils ne l'appellent pas
- simplement Démon, mais <i>Cacodémon</i>, et ils disent de même
- <i>Eudémon</i> lorsqu'ils veulent parler du bon Ange. Quant à la
- Sainte Écriture et aux Pères, ils font également mention de
- ces créatures, comme nous le montrerons ci-après.</td>
+ veulent désigner le Diable (ou mauvais Ange), ils ne l'appellent pas
+ simplement Démon, mais <i>Cacodémon</i>, et ils disent de même
+ <i>Eudémon</i> lorsqu'ils veulent parler du bon Ange. Quant à la
+ Sainte Écriture et aux Pères, ils font également mention de
+ ces créatures, comme nous le montrerons ci-après.</td>
</tr>
<tr id="no65">
@@ -3320,33 +3279,33 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
ipse, cum juxta principia philosophica propria passio fluat a natura, sive ubi
reperiuntur actiones, seu operationes sensus, ibidem reperitur sensus ipse, cum
operationes et actiones sint a forma. Atqui in hujusmodi Incubis aut Succubis,
- sunt actiones, operationes, ac propriæ passiones,
- quæ sunt a sensibus; ergo in iisdem reperitur sensus: sed sensus reperiri
- nequit nisi adsint organa composita, nempe ex potentia animæ et determinata
+ sunt actiones, operationes, ac propriæ passiones,
+ quæ sunt a sensibus; ergo in iisdem reperitur sensus: sed sensus reperiri
+ nequit nisi adsint organa composita, nempe ex potentia animæ et determinata
parte corporis: ergo in iisdem reperiuntur corpus et anima; erunt igitur animalia:
- sed etiam in ipsis et ab ipsis sunt actiones, et operationes animæ
+ sed etiam in ipsis et ab ipsis sunt actiones, et operationes animæ
rationalis: ergo eorum anima erit rationalis: et ita de primo ad ultimum tales
Incubi sunt animalia rationalia.</td>
- <td class="stdindent">65. Maintenant que nous avons établi la possibilité des
- créatures en question, allons plus loin et prouvons leur existence. Nous
- admettons d'abord la véracité des récits qui nous sont faits
+ <td class="stdindent">65. Maintenant que nous avons établi la possibilité des
+ créatures en question, allons plus loin et prouvons leur existence. Nous
+ admettons d'abord la véracité des récits qui nous sont faits
touchant le commerce des Incubes et des Succubes avec les hommes et les
- bêtes, récits tellement nombreux que ce serait impudence de nier le
- fait, comme dit S. Augustin, dont le témoignage est cité ci-dessus
- (n<sup>o</sup> 10). Ceci posé, nous arguons: Là où est la
- passion propre du sens, là est nécessairement le sens lui-même,
- car, suivant les principes philosophiques, la passion propre découle de la
- nature, c'est-à-dire que là où sont les actions ou
- opérations du sens, là est le sens lui-même, les
- opérations et actions n'étant que sa forme extérieure. Or,
+ bêtes, récits tellement nombreux que ce serait impudence de nier le
+ fait, comme dit S. Augustin, dont le témoignage est cité ci-dessus
+ (n<sup>o</sup> 10). Ceci posé, nous arguons: Là où est la
+ passion propre du sens, là est nécessairement le sens lui-même,
+ car, suivant les principes philosophiques, la passion propre découle de la
+ nature, c'est-à-dire que là où sont les actions ou
+ opérations du sens, là est le sens lui-même, les
+ opérations et actions n'étant que sa forme extérieure. Or,
chez les Incubes et les Succubes qui nous occupent, on observe des actions, des
- opérations, des passions propres qui viennent des sens: donc ils
- possèdent le sens; mais le sens ne peut exister sans accompagnement
- d'organes composites, sans une combinaison d'âme et de corps: donc ils ont un
- corps et une âme, et conséquemment ce seront des animaux; mais leurs
- actions et opérations sont aussi celles d'une âme raisonnable: donc
- leur âme sera raisonnable; et ainsi, du premier au dernier point, ces Incubes
+ opérations, des passions propres qui viennent des sens: donc ils
+ possèdent le sens; mais le sens ne peut exister sans accompagnement
+ d'organes composites, sans une combinaison d'âme et de corps: donc ils ont un
+ corps et une âme, et conséquemment ce seront des animaux; mais leurs
+ actions et opérations sont aussi celles d'une âme raisonnable: donc
+ leur âme sera raisonnable; et ainsi, du premier au dernier point, ces Incubes
sont des animaux raisonnables.</td>
</tr>
@@ -3354,275 +3313,275 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">66. Minor probatur quoad singulas ejus partes. Passio siquidem appetitiva
coitus est passio sensus; m&oelig;ror, ac tristitia, ac iracundia et furor ex coitu
denegato passiones sensus sunt, ut patet in quibusvis animalibus; generatio per
- coitum est operatio sensus, ut notum est. Hæc porro omnia in Incubis sunt, ut
+ coitum est operatio sensus, ut notum est. Hæc porro omnia in Incubis sunt, ut
enim probavimus supra a n<sup>o</sup> 25. et seq.; ipsi coitum muliebrem, et
quandoque virilem appetunt, tristantur, et furunt, ut amantes, amentes, si ipsis
denegetur; coeunt perfecte et quandoque generant. Concludendum
ergo quod polleant sensu, et proinde corpore; unde inferendum etiam perfecta
animalia esse. Pariter clausis ostiis ac fenestris intrant ubivis locorum: igitur
- ipsorum corpus tenue est; item futura prænoscunt, annuntiant, componunt, ac
- dividunt; quæ operationes sunt propriæ animæ rationalis: ergo
+ ipsorum corpus tenue est; item futura prænoscunt, annuntiant, componunt, ac
+ dividunt; quæ operationes sunt propriæ animæ rationalis: ergo
anima rationali pollent; et ita sunt vera animalia rationalia.</td>
- <td class="stdindent">66. Notre mineure se démontre facilement par l'analyse. En effet, la
- passion appétitive du coït est une passion du sens; le chagrin, la
- tristesse, la colère, la fureur causés par le refus de coït sont
+ <td class="stdindent">66. Notre mineure se démontre facilement par l'analyse. En effet, la
+ passion appétitive du coït est une passion du sens; le chagrin, la
+ tristesse, la colère, la fureur causés par le refus de coït sont
des passions du sens, comme on le voit chez tous les animaux; la
- génération par le coït est évidemment une
- opération du sens. Or tout cela s'observe chez les Incubes, ainsi que nous
- l'avons prouvé plus haut: ils sollicitent les femmes, quelquefois même
- les hommes; éprouvent-ils un refus, ils s'attristent, se mettent
+ génération par le coït est évidemment une
+ opération du sens. Or tout cela s'observe chez les Incubes, ainsi que nous
+ l'avons prouvé plus haut: ils sollicitent les femmes, quelquefois même
+ les hommes; éprouvent-ils un refus, ils s'attristent, se mettent
en fureur, comme les amants: <i>amantes, amentes</i>; ils pratiquent parfaitement
- le coït, et engendrent quelquefois. Donc il faut conclure qu'ils sont
- doués de sens, et conséquemment qu'ils ont un corps;
- conséquemment aussi, qu'ils sont des animaux parfaits. Il y a plus: portes
- et fenêtres closes, ils entrent partout à leur fantaisie, donc leur
+ le coït, et engendrent quelquefois. Donc il faut conclure qu'ils sont
+ doués de sens, et conséquemment qu'ils ont un corps;
+ conséquemment aussi, qu'ils sont des animaux parfaits. Il y a plus: portes
+ et fenêtres closes, ils entrent partout à leur fantaisie, donc leur
corps est subtil; enfin ils connaissent et annoncent l'avenir, ils composent et ils
- divisent, toutes opérations qui sont le propre d'une âme raisonnable,
- donc ils sont doués d'une âme raisonnable, et ce sont bien, en
- réalité, des animaux raisonnables.</td>
+ divisent, toutes opérations qui sont le propre d'une âme raisonnable,
+ donc ils sont doués d'une âme raisonnable, et ce sont bien, en
+ réalité, des animaux raisonnables.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="italics">Respondent communiter Doctores, quod malus Dæmon est ille qui tales
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="italics">Respondent communiter Doctores, quod malus Dæmon est ille qui tales
impudicitias operatur, quod passiones, nempe amorem, tristitiamque simulat ex coitu
denegato, ut animas ad peccandum alliciat, et eas perdat; et si coit, et generat,
hoc est ex semine, et in corpore alieno, ut dictum fuit supra n<sup>o</sup>
24.</td>
- <td>A cela les Docteurs répondent communément que ces actes impurs
+ <td>A cela les Docteurs répondent communément que ces actes impurs
sont le fait du Malin Esprit: lui seul simule les passions, l'amour, le chagrin du
- refus de coït, afin de faire tomber les âmes dans le péché
- et de les perdre; et si parfois il pratique le coït, s'il engendre, c'est
- d'une semence et à l'aide d'un corps empruntés, comme il a
- été dit plus haut (n<sup>o</sup> 24).</td>
+ refus de coït, afin de faire tomber les âmes dans le péché
+ et de les perdre; et si parfois il pratique le coït, s'il engendre, c'est
+ d'une semence et à l'aide d'un corps empruntés, comme il a
+ été dit plus haut (n<sup>o</sup> 24).</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">67. Sed contra Incubi nonnulli rem habent cum equis, equabus, aliisque etiam
- brutis, quæ si coitum adversentur, male ab ipsis tractantur, ut quotidiana
+ brutis, quæ si coitum adversentur, male ab ipsis tractantur, ut quotidiana
constat experientia; sed in istis cessat ratio adducta, nempe quod fingat
appetitum coitus, ut animas perdat, cum anima brutorum damnationis
- æternæ sit incapax. Præterea amoris et iræ passiones in
+ æternæ sit incapax. Præterea amoris et iræ passiones in
ipso contrarios effectus reales producunt. Si enim aut mulier aut brutum amatum
illis morem gerant, optime ab Incubis tractantur; viceversa pessime habentur, si ex
denegato coitu irascantur et furant; et hoc firmatur quotidiana experientia; ergo
- in ipsis sunt veræ passiones sensus. Insuper mali Dæmones, ac
+ in ipsis sunt veræ passiones sensus. Insuper mali Dæmones, ac
incorporei, qui rem habent cum Sagis et Maleficis, ipsas cogunt ad eorum
adorationem, ad denegandam Fidem Orthodoxam, ad maleficia et scelera enormia
perpetranda tanquam pensum infamis coitus, ut supra n<sup>o</sup> 11. dictum fuit:
- nihil horum prætendunt Incubi, ergo mali Dæmones non sunt. Ulterius
- malus Dæmon, ut ex Peltano et Thyreo scribit Guaccius, <i>Compend. Malef.</i>
- lib. 1. c. 19. fol. 128., ad prolationem nominis Jesu aut Mariæ, ad
+ nihil horum prætendunt Incubi, ergo mali Dæmones non sunt. Ulterius
+ malus Dæmon, ut ex Peltano et Thyreo scribit Guaccius, <i>Compend. Malef.</i>
+ lib. 1. c. 19. fol. 128., ad prolationem nominis Jesu aut Mariæ, ad
formationem signi Crucis, ad approximationem sacrarum Reliquiarum, sive rerum
- benedictarum, et ad exorcismos, adjurationes, aut præcepta sacerdotum, aut
+ benedictarum, et ad exorcismos, adjurationes, aut præcepta sacerdotum, aut
fugit aut pavet, concutiturque, et stridet, ut conspicitur quotidie in energumenis,
et constat ex tot historiis, quas recitat Guaccius, ex quibus habetur, quod in
nocturnis ludis Sagarum facto ab aliquo assistentium signo Crucis, aut
- pronuntiato nomine Jesu, Diaboli et secum Sagæ omnes disparuerunt. Sed Incubi
+ pronuntiato nomine Jesu, Diaboli et secum Sagæ omnes disparuerunt. Sed Incubi
ad supradicta nec fugiunt, nec pavent, quandoque cachinnis exorcismos excipiunt, et
- quandoque ipsos Exorcistas cædunt, et sacras vestes discerpunt. Quod si mali
- Dæmones, utpote a D. N. J. C. domiti, ad ipsius nomen, Crucem, et res sacras
+ quandoque ipsos Exorcistas cædunt, et sacras vestes discerpunt. Quod si mali
+ Dæmones, utpote a D. N. J. C. domiti, ad ipsius nomen, Crucem, et res sacras
pavent: boni autem Angeli eisdem rebus gaudent, non tamen homines ad peccata et Dei
offensam sollicitant: Incubi vero sacra non timent, et ad peccata provocant,
- convincitur ipsos nec malos Dæmones, nec bonos Angelos esse; sed patet, quod
+ convincitur ipsos nec malos Dæmones, nec bonos Angelos esse; sed patet, quod
nec homines sunt, cum tamen ratione utantur. Quid ergo erunt? Si in termino sunt,
et simplices spiritus sunt, erunt aut damnati aut beati: non enim in bona Theologia
dantur puri spiritus viatores. Si damnati, nomen et Crucem Christi revererentur; si
beati, homines ad peccandum non provocarent; ergo aliud erunt a puris spiritibus;
et sic erunt corporati, et viatores.</td>
- <td class="stdindent">67. Mais répliquons-nous, il y a des Incubes qui s'attaquent à
- des chevaux, à des juments ou à d'autres bêtes, et qui, s'ils
- les trouvent rebelles à leur passion, les maltraitent, comme cela se voit
- tous les jours: là, pourtant, il n'est plus possible d'avancer que
- le Démon simule le désir du coït afin de perdre les âmes,
- puisque les âmes des brutes ne sont pas sujettes à damnation
- éternelle. De plus, l'amour et la colère produisent chez eux des
- effets entièrement opposés. Si, en effet, la femme ou l'animal
- aimé cèdent à leurs caprices, ces Incubes les traitent
- parfaitement; au contraire, il n'est pas de sévices qu'ils ne leur fassent
- subir sous l'impression de la colère, de la fureur causée par le
- refus de coït: l'expérience de chaque jour le démontre assez.
- Donc ces Incubes ont réellement les passions du sens. En outre, les Malins
- Esprits, les Démons incorporels qui ont affaire aux Sorcières et aux
- Possédées, les contraignent à les adorer, à renier la
- Foi Orthodoxe, à commettre des maléfices et des crimes
- énormes, le tout comme condition de l'infâme coït, ainsi qu'il a
- été dit ci-dessus (n<sup>o</sup> 11): or les Incubes n'exigent rien
+ <td class="stdindent">67. Mais répliquons-nous, il y a des Incubes qui s'attaquent à
+ des chevaux, à des juments ou à d'autres bêtes, et qui, s'ils
+ les trouvent rebelles à leur passion, les maltraitent, comme cela se voit
+ tous les jours: là, pourtant, il n'est plus possible d'avancer que
+ le Démon simule le désir du coït afin de perdre les âmes,
+ puisque les âmes des brutes ne sont pas sujettes à damnation
+ éternelle. De plus, l'amour et la colère produisent chez eux des
+ effets entièrement opposés. Si, en effet, la femme ou l'animal
+ aimé cèdent à leurs caprices, ces Incubes les traitent
+ parfaitement; au contraire, il n'est pas de sévices qu'ils ne leur fassent
+ subir sous l'impression de la colère, de la fureur causée par le
+ refus de coït: l'expérience de chaque jour le démontre assez.
+ Donc ces Incubes ont réellement les passions du sens. En outre, les Malins
+ Esprits, les Démons incorporels qui ont affaire aux Sorcières et aux
+ Possédées, les contraignent à les adorer, à renier la
+ Foi Orthodoxe, à commettre des maléfices et des crimes
+ énormes, le tout comme condition de l'infâme coït, ainsi qu'il a
+ été dit ci-dessus (n<sup>o</sup> 11): or les Incubes n'exigent rien
de pareil, donc ce ne sont pas de Malins Esprits. Enfin, pour mettre en fuite le
- mauvais Démon, pour le faire trembler et frémir, il suffit, comme
- l'écrit Guaccius, du nom de Jésus ou de Marie, du signe de la Croix,
- de l'approche des saintes reliques ou des objets bénits, des exorcismes,
- adjurations ou injonctions des prêtres; c'est ce qu'on voit tous les jours
- dans le cas des énergumènes, et Guaccius en rapporte maints exemples
- tirés des jeux nocturnes des Sorcières, où, au signe de la
- Croix formé par l'un des assistants, au nom de Jésus simplement
- prononcé, Diables et Sorcières disparaissent tous ensemble. Les
- Incubes, au contraire, soumis à ces épreuves, ne prennent nullement
- la fuite, ne manifestent aucune frayeur; parfois même c'est par des
+ mauvais Démon, pour le faire trembler et frémir, il suffit, comme
+ l'écrit Guaccius, du nom de Jésus ou de Marie, du signe de la Croix,
+ de l'approche des saintes reliques ou des objets bénits, des exorcismes,
+ adjurations ou injonctions des prêtres; c'est ce qu'on voit tous les jours
+ dans le cas des énergumènes, et Guaccius en rapporte maints exemples
+ tirés des jeux nocturnes des Sorcières, où, au signe de la
+ Croix formé par l'un des assistants, au nom de Jésus simplement
+ prononcé, Diables et Sorcières disparaissent tous ensemble. Les
+ Incubes, au contraire, soumis à ces épreuves, ne prennent nullement
+ la fuite, ne manifestent aucune frayeur; parfois même c'est par des
ricanements qu'ils accueillent les exorcismes; il y en a qui battent les Exorcistes
- eux-mêmes et déchirent les vêtements sacrés. Or, si les
- mauvais Démons, subjugués par Notre-Seigneur Jésus-Christ,
- tremblent d'effroi au bruit de son nom, à la vue de la Croix et des objets
- sacrés; si, d'autre part, les bons Anges se réjouissent des
- mêmes choses, sans cependant exciter les hommes à pécher et
- à offenser Dieu, tandis que les Incubes, tout en n'ayant aucune peur des
- choses sacrées, provoquent au péché: il est clair que ces
- Incubes ne sont ni de mauvais Démons, ni de bons Anges; il est clair
- également que ce ne sont pas des hommes, encore qu'ils soient doués
- de raison. Que seront-ils donc? Si on les suppose arrivés au terme, et de
- purs esprits, ils seront damnés ou bienheureux, car, en
- bonne Théologie, il n'y a pas de purs esprits en voie de salut.
- Damnés, ils auraient en révération le nom et la Croix du
- Christ; bienheureux, ils ne provoqueraient pas les hommes au péché;
- donc ils seront autre chose que de purs esprits, et, par conséquent, ils
+ eux-mêmes et déchirent les vêtements sacrés. Or, si les
+ mauvais Démons, subjugués par Notre-Seigneur Jésus-Christ,
+ tremblent d'effroi au bruit de son nom, à la vue de la Croix et des objets
+ sacrés; si, d'autre part, les bons Anges se réjouissent des
+ mêmes choses, sans cependant exciter les hommes à pécher et
+ à offenser Dieu, tandis que les Incubes, tout en n'ayant aucune peur des
+ choses sacrées, provoquent au péché: il est clair que ces
+ Incubes ne sont ni de mauvais Démons, ni de bons Anges; il est clair
+ également que ce ne sont pas des hommes, encore qu'ils soient doués
+ de raison. Que seront-ils donc? Si on les suppose arrivés au terme, et de
+ purs esprits, ils seront damnés ou bienheureux, car, en
+ bonne Théologie, il n'y a pas de purs esprits en voie de salut.
+ Damnés, ils auraient en révération le nom et la Croix du
+ Christ; bienheureux, ils ne provoqueraient pas les hommes au péché;
+ donc ils seront autre chose que de purs esprits, et, par conséquent, ils
auront un corps, et seront dans la voie du salut.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">68. Præterea agens materiale non potest agere nisi in passum
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">68. Præterea agens materiale non potest agere nisi in passum
similiter materiale; tritum siquidem est axioma philosophorum, quod agens, et
patiens debent communicare in subjecto; nec id quod materiatum est, potest agere in
- rem pure spiritualem. Dantur autem agentia naturalia, quæ agunt contra
- hujusmodi Dæmones Incubos; sequitur igitur quod isti materiati, seu corporei
- sunt. Minor probatur ex iis quæ scribunt Dioscorides, l. 2. c. 168. et l. 1.
+ rem pure spiritualem. Dantur autem agentia naturalia, quæ agunt contra
+ hujusmodi Dæmones Incubos; sequitur igitur quod isti materiati, seu corporei
+ sunt. Minor probatur ex iis quæ scribunt Dioscorides, l. 2. c. 168. et l. 1.
c. 100., Plinius, lib. 15. c. 4., Aristoteles, <i>Probl. 34.</i>, et Apuleius,
l. <i>De Virtute Herbarum</i>, apud Guaccium, <i>Comp. Malef.</i>, l. 3. c. 13. fol.
316., et confirmatur experientia, nempe de pluribus herbis, lapidibus ac
- animalibus, quæ Dæmones depellunt, ut ruta, hypericon, verbena,
+ animalibus, quæ Dæmones depellunt, ut ruta, hypericon, verbena,
scordium, palma Christi, centaureum, adamas, corallium, gagates, jaspis, pellis
capitis lupi aut asini, menstruum muliebre, et centum alia; unde habetur 26,
- q. 7. cap. final.: <i>Dæmonium sustinenti liceat petras, vel herbas habere
+ q. 7. cap. final.: <i>Dæmonium sustinenti liceat petras, vel herbas habere
sine incantatione</i>. Ex quo habetur, petras aut herbas posse sua vi naturali
- Dæmonis vires compescere, aliter Canon hoc non permitteret, sed ut
+ Dæmonis vires compescere, aliter Canon hoc non permitteret, sed ut
superstitiosum vetaret. Et de hoc luculentum exemplum habemus in Sacra Scriptura,
- ubi Angelus Raphael dixit Tobiæ, c. 6. v. 8.: <i>cordis ejus</i> (nempe
+ ubi Angelus Raphael dixit Tobiæ, c. 6. v. 8.: <i>cordis ejus</i> (nempe
piscis, quem a Tigri attraxerat) <i>particulam, si super carbones ponas, fumus
- ejus extricat omne genus Dæmoniorum</i>. Et ejus virtutem experientia
+ ejus extricat omne genus Dæmoniorum</i>. Et ejus virtutem experientia
comprobavit: nam incenso jecore piscis, fugatus est Incubus, qui Saram
deperiebat.</td>
- <td class="stdindent">68. Observons aussi qu'un agent matériel ne peut agir que sur un passif
- également matériel. C'est, en effet, un axiome philosophique bien
+ <td class="stdindent">68. Observons aussi qu'un agent matériel ne peut agir que sur un passif
+ également matériel. C'est, en effet, un axiome philosophique bien
connu, que l'agent et le patient doivent avoir un sujet commun: ce qui est purement
- matière ne peut agir sur un objet purement spirituel. Or, il y a des agents
- naturels qui agissent contre les Démons Incubes en question; il s'ensuit
- donc que ces Incubes sont matériels, ou corporels. Notre mineure est
- prouvée par les témoignages de Dioscoride, de Pline, d'Aristote et
- d'Apulée, cités par Guaccius, <i>Comp. Malef.</i>, l. 3, chap. 13,
- fol. 316; elle est confirmée par la connaissance que nous avons de plusieurs
+ matière ne peut agir sur un objet purement spirituel. Or, il y a des agents
+ naturels qui agissent contre les Démons Incubes en question; il s'ensuit
+ donc que ces Incubes sont matériels, ou corporels. Notre mineure est
+ prouvée par les témoignages de Dioscoride, de Pline, d'Aristote et
+ d'Apulée, cités par Guaccius, <i>Comp. Malef.</i>, l. 3, chap. 13,
+ fol. 316; elle est confirmée par la connaissance que nous avons de plusieurs
herbes, pierres et substances animales qui ont la vertu de chasser les
- Démons, comme la rue, le mille-pertuis, la verveine, la germandrée,
- le palma-christi, la centaurée, le diamant, le corail, le jais, le jaspe, la
- peau de la tête du loup ou de l'âne, les menstrues des
- femmes et cent autres: pour quoi il est écrit: <i>A celui qui soutient
- l'assaut du Démon, il est permis d'avoir des pierres, ou des herbes, mais
- sans recourir aux enchantements</i>. D'où il résulte que les pierres
- ou les herbes peuvent, par leur vertu naturelle, maîtriser l'effort du
- Démon: autrement le Canon susvisé n'en permettrait pas l'emploi, et
- l'interdirait au contraire comme superstitieux. Un exemple éclatant de ce
- fait est celui que nous trouvons dans la Sainte Écriture, où l'Ange
- Raphaël dit à Tobie, ch. 6, v. 8, en parlant du poisson qu'il avait
- péché dans le Tigre: «<i>Si tu jettes sur des charbons une
- parcelle de son foie, la fumée fera fuir toute espèce de
- Démons.</i>» L'expérience démontra la
- vérité de ces paroles, car le foie du poisson ne fut pas plus
- tôt livré au feu, que l'Incube amoureux de Sara prit la fuite et
+ Démons, comme la rue, le mille-pertuis, la verveine, la germandrée,
+ le palma-christi, la centaurée, le diamant, le corail, le jais, le jaspe, la
+ peau de la tête du loup ou de l'âne, les menstrues des
+ femmes et cent autres: pour quoi il est écrit: <i>A celui qui soutient
+ l'assaut du Démon, il est permis d'avoir des pierres, ou des herbes, mais
+ sans recourir aux enchantements</i>. D'où il résulte que les pierres
+ ou les herbes peuvent, par leur vertu naturelle, maîtriser l'effort du
+ Démon: autrement le Canon susvisé n'en permettrait pas l'emploi, et
+ l'interdirait au contraire comme superstitieux. Un exemple éclatant de ce
+ fait est celui que nous trouvons dans la Sainte Écriture, où l'Ange
+ Raphaël dit à Tobie, ch. 6, v. 8, en parlant du poisson qu'il avait
+ péché dans le Tigre: «<i>Si tu jettes sur des charbons une
+ parcelle de son foie, la fumée fera fuir toute espèce de
+ Démons.</i>» L'expérience démontra la
+ vérité de ces paroles, car le foie du poisson ne fut pas plus
+ tôt livré au feu, que l'Incube amoureux de Sara prit la fuite et
disparut pour ne plus revenir.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">69. Respondent ad hæc communiter Theologi, quod talia agentia
- naturalia inchoative tantum fugant Dæmonem, completive autem vis
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">69. Respondent ad hæc communiter Theologi, quod talia agentia
+ naturalia inchoative tantum fugant Dæmonem, completive autem vis
supernaturalis Dei aut Angeli, ita ut virtus supernaturalis sit causa primaria,
directa, et principalis, naturalis autem secondaria, indirecta, et minus
- principalis. Unde ab probationem, quæ supra adducta est de
- Dæmone fugato a fumo jecoris piscis incensi a Tobia, respondet Vallesius,
+ principalis. Unde ab probationem, quæ supra adducta est de
+ Dæmone fugato a fumo jecoris piscis incensi a Tobia, respondet Vallesius,
<i>De Sac. Philosoph.</i>, c. 28., quod tali fumo indita fuit a Deo vis supernaturalis
fugandi Incubum, sicut igni materiali Inferni data est virtus torquendi
- Dæmones et animas Damnatorum. Ad eamdem autem probationem respondet Lyranus,
+ Dæmones et animas Damnatorum. Ad eamdem autem probationem respondet Lyranus,
et Cornelius ad c. 6. Tob. v. 8., Abulentis in 1. Reg. c. 16. q. 46., Pererius
in <i>Daniel.</i>, pag. 272., apud Cornel. <i>loc. cit.</i>, fumum cordis piscis
- expulisse Dæmonem inchoate vi naturali, sed complete vi angelica et
- c&oelig;lesti: naturali autem impediendo actionem Dæmonis per dispositionem
+ expulisse Dæmonem inchoate vi naturali, sed complete vi angelica et
+ c&oelig;lesti: naturali autem impediendo actionem Dæmonis per dispositionem
contrariam, quia hic agit per naturales causas et humores, quorum qualitates
- expugnantur a qualitatibus contrariis rerum naturalium, quæ dicuntur
- Dæmones fugare; et in eadem sententia sunt omnes loquentes de arte
+ expugnantur a qualitatibus contrariis rerum naturalium, quæ dicuntur
+ Dæmones fugare; et in eadem sententia sunt omnes loquentes de arte
exorcista.</td>
- <td class="stdindent">69. A cela les Théologiens répondent d'ordinaire que ces agents
- naturels chassent bien le Démon, mais seulement inchoativement, et que
- l'effet complétif est dû à la force surnaturelle de Dieu ou de
- l'Ange: de telle sorte que la force surnaturelle est la cause première,
- directe et principale, la force naturelle n'étant que secondaire,
- indirecte et subordonnée. Ainsi, pour expliquer comment la fumée du
- foie de ce poisson brûlé par Tobie put mettre le Démon en
- fuite, Vallesius allègue que cette fumée avait reçu de Dieu le
- pouvoir surnaturel de chasser l'Incube, de même que le feu matériel de
- l'Enfer a le pouvoir de torturer les Démons et les âmes des
- Damnés. D'autres, comme Lyranus et Cornelius, enseignent que la fumée
- du c&oelig;ur du poisson a chassé le Démon inchoativement par vertu
- naturelle, mais complétivement par vertu angélique et céleste:
- par vertu naturelle, en opposant à l'action du Démon une action
+ <td class="stdindent">69. A cela les Théologiens répondent d'ordinaire que ces agents
+ naturels chassent bien le Démon, mais seulement inchoativement, et que
+ l'effet complétif est dû à la force surnaturelle de Dieu ou de
+ l'Ange: de telle sorte que la force surnaturelle est la cause première,
+ directe et principale, la force naturelle n'étant que secondaire,
+ indirecte et subordonnée. Ainsi, pour expliquer comment la fumée du
+ foie de ce poisson brûlé par Tobie put mettre le Démon en
+ fuite, Vallesius allègue que cette fumée avait reçu de Dieu le
+ pouvoir surnaturel de chasser l'Incube, de même que le feu matériel de
+ l'Enfer a le pouvoir de torturer les Démons et les âmes des
+ Damnés. D'autres, comme Lyranus et Cornelius, enseignent que la fumée
+ du c&oelig;ur du poisson a chassé le Démon inchoativement par vertu
+ naturelle, mais complétivement par vertu angélique et céleste:
+ par vertu naturelle, en opposant à l'action du Démon une action
contraire, car l'Esprit Malin met en &oelig;uvre des causes et des humeurs
- naturelles, dont les qualités sont combattues par les qualités
+ naturelles, dont les qualités sont combattues par les qualités
contraires de choses naturelles que l'on sait capables de chasser les
- Démons; et cette opinion est partagée par tous les auteurs qui
+ Démons; et cette opinion est partagée par tous les auteurs qui
traitent de l'art des exorcismes.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">70. Sed hæc responsio, que tamen validas habet instantias, ad plus
- quadrare potest contra malos Dæmones obsidentes corpora, aut per maleficia
- inferentes ipsis ægritudines, aut alia incommoda, sed nullo modo facit ad
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">70. Sed hæc responsio, que tamen validas habet instantias, ad plus
+ quadrare potest contra malos Dæmones obsidentes corpora, aut per maleficia
+ inferentes ipsis ægritudines, aut alia incommoda, sed nullo modo facit ad
propositum de Incubis: siquidem isti nec corpora obsident, nec ipsis officiunt
- per ægritudines habituales, sed ad plus ictibus et percussionibus torquent.
+ per ægritudines habituales, sed ad plus ictibus et percussionibus torquent.
Quod si equas coitum adversantes macras reddunt, hoc faciunt subducendo illis
- cibum, et hoc modo macrescere, et tandem interire eas faciunt. Ad hæc autem
+ cibum, et hoc modo macrescere, et tandem interire eas faciunt. Ad hæc autem
patranda non eget Incubus alicujus rei naturalis applicatione (qua tamen eget malus
- Dæmon inferens ægritudinem habitualem), ea enim potest ex sua vi
- organica naturali. Pariter Dæmon malus plerumque obsidet corpora, et infert
- ægritudines ad signa cum ipso conventa et posita a Saga aut Malefico,
- quæ signa multoties res naturales sunt, præditæ vi nativa
- nocendi, quibus naturaliter resistunt alia pariter naturalia contrariæ
+ Dæmon inferens ægritudinem habitualem), ea enim potest ex sua vi
+ organica naturali. Pariter Dæmon malus plerumque obsidet corpora, et infert
+ ægritudines ad signa cum ipso conventa et posita a Saga aut Malefico,
+ quæ signa multoties res naturales sunt, præditæ vi nativa
+ nocendi, quibus naturaliter resistunt alia pariter naturalia contrariæ
virtutis. Incubus vero non sic; quia ex se, et nulla concurrente aut Saga aut
- Malefico, suas vexationes infert. Præterea res naturales fugantes Incubos
+ Malefico, suas vexationes infert. Præterea res naturales fugantes Incubos
suam virtutem exercent, ac effectum sortiuntur absque interventu alicujus exorcismi
- aut sacræ benedictionis; ut proinde dici non possit, quod fuga Incubi
+ aut sacræ benedictionis; ut proinde dici non possit, quod fuga Incubi
inchoative sit a virtute naturali, completive autem a vi divina, quia ibi nulla
particularis intervenit divini nominis invocatio, sed est purus effectus rei
naturalis, ad quem non concurrit Deus, nisi concursu universali, tanquam
- auctor naturæ, et causa universalis, et prima in ordine
+ auctor naturæ, et causa universalis, et prima in ordine
efficientium.</td>
<td class="stdindent">70. Mais cette explication, si plausibles que soient les faits sur lesquels
- elle se fonde, peut tout au plus être admise à l'égard des
- Esprits Malins qui obsèdent les corps ou, au moyen de maléfices, leur
- communiquent des maladies ou autres infirmités. En ce qui est des
- Incubes, elle manque absolument de portée. Ceux-ci, en effet,
- n'obsèdent pas les corps; ils ne leur communiquent pas de maladies, et leur
- méchanceté se borne à des coups, à des mauvais
- traitements. S'ils font maigrir les juments qui se refusent au coït, c'est en
- leur enlevant leur nourriture, par suite de quoi elles dépérissent et
+ elle se fonde, peut tout au plus être admise à l'égard des
+ Esprits Malins qui obsèdent les corps ou, au moyen de maléfices, leur
+ communiquent des maladies ou autres infirmités. En ce qui est des
+ Incubes, elle manque absolument de portée. Ceux-ci, en effet,
+ n'obsèdent pas les corps; ils ne leur communiquent pas de maladies, et leur
+ méchanceté se borne à des coups, à des mauvais
+ traitements. S'ils font maigrir les juments qui se refusent au coït, c'est en
+ leur enlevant leur nourriture, par suite de quoi elles dépérissent et
finissent par mourir. Pour ce faire, l'Incube n'a pas besoin d'employer un agent
naturel, comme l'Esprit Malin lorsqu'il veut communiquer une maladie: il lui suffit
- d'exercer sa force organique naturelle. De même, quand l'Esprit Malin
- obsède les corps et leur communique des maladies, c'est le plus souvent
- à l'aide de signes convenus avec lui et disposés par une
- sorcière ou un sorcier, lesquels signes sont généralement des
- choses naturelles, ayant en elles-mêmes vertu de nuire, auxquelles on oppose
- naturellement d'autres choses également naturelles et douées de vertu
- contraire. L'Incube, lui, procède différemment: c'est de
- lui-même, et sans le concours d'aucun sorcier ou
- sorcière, qu'il inflige les mauvais traitements. En outre, les choses
+ d'exercer sa force organique naturelle. De même, quand l'Esprit Malin
+ obsède les corps et leur communique des maladies, c'est le plus souvent
+ à l'aide de signes convenus avec lui et disposés par une
+ sorcière ou un sorcier, lesquels signes sont généralement des
+ choses naturelles, ayant en elles-mêmes vertu de nuire, auxquelles on oppose
+ naturellement d'autres choses également naturelles et douées de vertu
+ contraire. L'Incube, lui, procède différemment: c'est de
+ lui-même, et sans le concours d'aucun sorcier ou
+ sorcière, qu'il inflige les mauvais traitements. En outre, les choses
naturelles qui mettent les Incubes en fuite, exercent leur vertu et produisent ce
- résultat sans l'intervention d'aucun exorcisme ou bénédiction;
- on ne saurait dire par conséquent que l'Incube soit chassé
- inchoativement par vertu naturelle et complétivement par force divine,
+ résultat sans l'intervention d'aucun exorcisme ou bénédiction;
+ on ne saurait dire par conséquent que l'Incube soit chassé
+ inchoativement par vertu naturelle et complétivement par force divine,
puisqu'il n'y a ici aucune invocation du nom divin, mais effet pur et simple d'une
- chose naturelle, auquel Dieu ne concourt qu'à titre d'agent universel, comme
- auteur de la nature, cause universelle et première dans l'ordre des
+ chose naturelle, auquel Dieu ne concourt qu'à titre d'agent universel, comme
+ auteur de la nature, cause universelle et première dans l'ordre des
efficientes.</td>
</tr>
@@ -3630,206 +3589,206 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">71. Duas circa hoc historias do, quarum primam habui a Confessario
Monialium, viro gravi, ac fide dignissimo. Alterius vero sum testis oculatus.</td>
- <td class="stdindent">71. Voici à ce sujet deux histoires: je tiens la première d'un
- Confesseur de Nonnes, homme grave et très-digne de foi; quant à la
- seconde, j'en suis témoin oculaire. </td>
+ <td class="stdindent">71. Voici à ce sujet deux histoires: je tiens la première d'un
+ Confesseur de Nonnes, homme grave et très-digne de foi; quant à la
+ seconde, j'en suis témoin oculaire. </td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">In quodam Sanctimonalium monasterio degebat ad educationem Virgo quædam
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">In quodam Sanctimonalium monasterio degebat ad educationem Virgo quædam
nobilis tentata ab Incubo, qui diu noctuque ipsi apparebat, ipsam ad coitum
- sollicitando eniximis precibus, tamquam amasius præ amore dementatus; ipsa
+ sollicitando eniximis precibus, tamquam amasius præ amore dementatus; ipsa
tamen semper restitit tentanti gratia Dei, ac sacramentorum frequentia roborata.
Incassum abiere plures devotiones, jejunia et vota facta a puella vexata,
- exorcismi, benedictiones, et præcepta ab exorcistis facta Incubo, ut
+ exorcismi, benedictiones, et præcepta ab exorcistis facta Incubo, ut
desisteret a molestia illa; nec quidquam proficiebatur multitudo reliquiarum,
- aliarumque rerum benedictarum disposita in camera virginis tentatæ, nec
- benedictæ candelæ noctu ibidem ardentes impediebant,
+ aliarumque rerum benedictarum disposita in camera virginis tentatæ, nec
+ benedictæ candelæ noctu ibidem ardentes impediebant,
quominus juxta consuetum appareret ad tentandum in forma speciosissimi juvenis.
- Consultas inter alios viros doctos fuit quidam Theologus magnæ eruditionis:
+ Consultas inter alios viros doctos fuit quidam Theologus magnæ eruditionis:
iste advertens virginem tentatam esse temperamenti phlegmatici a toto, conjectavit
- Incubum esse dæmonem aqueum (dantur enim ut scribit Guaccius, <i>Comp.
- Malefic.</i> l. 1. c. 19. fol. 129., Dæmones ignei, ærei, phlegmatici,
+ Incubum esse dæmonem aqueum (dantur enim ut scribit Guaccius, <i>Comp.
+ Malefic.</i> l. 1. c. 19. fol. 129., Dæmones ignei, ærei, phlegmatici,
terrei, subterranei, et lucifugi), et consuluit quod in camera virginis
- tentatæ continue fieret suffimentum vaporosum sequens. Requirunt ollam novam
+ tentatæ continue fieret suffimentum vaporosum sequens. Requirunt ollam novam
figulinam vitreatam; in hac ponitur calami aromatici, cubebarum seminis,
- aristolochiæ utriusque radicum, cardamomi majoris et minoris, gingiberis,
- piperis longi, caryophyllorum, cinnamomi, canellæ caryophyllatæ, macis,
- nucum myristicarum, styracis calamitæ, benzoini, ligni ac radicis
- rodiæ, ligni aloes, triasantalorum una uncia, semiaquæ vitæ
- libræ tres; ponitur olla supra cineres calidas ut vapor suffimenti ascendat,
+ aristolochiæ utriusque radicum, cardamomi majoris et minoris, gingiberis,
+ piperis longi, caryophyllorum, cinnamomi, canellæ caryophyllatæ, macis,
+ nucum myristicarum, styracis calamitæ, benzoini, ligni ac radicis
+ rodiæ, ligni aloes, triasantalorum una uncia, semiaquæ vitæ
+ libræ tres; ponitur olla supra cineres calidas ut vapor suffimenti ascendat,
et cella clausa tenetur. Facto suffimento advenit denuo Incubus, sed ingredi cellam
nunquam ausus est: sed si tentata extra eam ibat, et per viridarium ac claustra
- spatiabatur, aliis invisibilis sibi visus apparebat Incubus, et puellæ collo
+ spatiabatur, aliis invisibilis sibi visus apparebat Incubus, et puellæ collo
injectis brachiis violenter, ac quasi furtive oscula rapiebat: quod
- molestissimum honestæ virgini erat. Consultus denuo Theologus ille ordinavit
- puellæ, ut deferret pixidulas unguentarias exquisitorum odorum, ut moschi,
- ambræ, zibetti, balsami Peruviani, ac aliorum compositorum; quod cum
- fecisset, deambulanti per viridarium puellæ apparuit Incubus faci minaci, ac
+ molestissimum honestæ virgini erat. Consultus denuo Theologus ille ordinavit
+ puellæ, ut deferret pixidulas unguentarias exquisitorum odorum, ut moschi,
+ ambræ, zibetti, balsami Peruviani, ac aliorum compositorum; quod cum
+ fecisset, deambulanti per viridarium puellæ apparuit Incubus faci minaci, ac
furenti; non tamen ad illam approximavit, sed digitum sibi momordit tanquam
meditans vindictam; tandem disparuit, nec amplius ab ea visus fuit.</td>
- <td class="stdindent">Dans un monastère de saintes
+ <td class="stdindent">Dans un monastère de saintes
Religieuses vivait comme pensionnaire une jeune vierge de noble famille, laquelle
- était tentée par un Incube qui lui apparaissait jour et nuit, et,
- avec les plus instantes prières, avec les allures de l'amant le plus
- passionné, la sollicitait sans cesse au péché: elle cependant,
- soutenue par la grâce de Dieu et la fréquentation des sacrements,
- demeurait ferme dans sa résistance. Mais malgré toutes ses
- dévotions, ses jeûnes, ses v&oelig;ux; malgré les exorcismes,
- les bénédictions, les injonctions faites par les exorcistes à
- l'Incube de renoncer à ses persécutions; en dépit de la
- multitude de reliques et autres objets sacrés accumulés
+ était tentée par un Incube qui lui apparaissait jour et nuit, et,
+ avec les plus instantes prières, avec les allures de l'amant le plus
+ passionné, la sollicitait sans cesse au péché: elle cependant,
+ soutenue par la grâce de Dieu et la fréquentation des sacrements,
+ demeurait ferme dans sa résistance. Mais malgré toutes ses
+ dévotions, ses jeûnes, ses v&oelig;ux; malgré les exorcismes,
+ les bénédictions, les injonctions faites par les exorcistes à
+ l'Incube de renoncer à ses persécutions; en dépit de la
+ multitude de reliques et autres objets sacrés accumulés
dans la chambre de la jeune fille, des flambeaux ardents qu'on y entretenait toute
- la nuit, l'Incube n'en persistait pas moins à lui apparaître comme de
- coutume sous la forme d'un très-beau jeune homme. Enfin, parmi les doctes
- personnages consultés à ce propos, se trouva un Théologien
- d'une grande érudition: lequel, observant que la jeune fille tentée
- était d'un tempérament tout à fait flegmatique, conjectura que
- cet Incube devait être un démon aqueux (il y a en effet, comme en
- témoigne Guaccius, des démons ignés, aériens,
- flegmatiques, terrestres, souterrains, ennemis du jour), et ordonna qu'on fît
- immédiatement dans la chambre de la jeune fille une fumigation de vapeur. On
- apporte en conséquence une marmite neuve en terre transparente; on y met une
- once de canne aromatique, de poivre cubèbe, de racines d'aristoloche des
- deux espèces, de cardamome grand et petit, de gingembre, de poivre long, de
- caryophylles, de cinnamome, de canelle caryophyllée, de macis, de noix
- muscades, de storax calamite, de benjoin, de bois d'aloès, et de trisanthes,
+ la nuit, l'Incube n'en persistait pas moins à lui apparaître comme de
+ coutume sous la forme d'un très-beau jeune homme. Enfin, parmi les doctes
+ personnages consultés à ce propos, se trouva un Théologien
+ d'une grande érudition: lequel, observant que la jeune fille tentée
+ était d'un tempérament tout à fait flegmatique, conjectura que
+ cet Incube devait être un démon aqueux (il y a en effet, comme en
+ témoigne Guaccius, des démons ignés, aériens,
+ flegmatiques, terrestres, souterrains, ennemis du jour), et ordonna qu'on fît
+ immédiatement dans la chambre de la jeune fille une fumigation de vapeur. On
+ apporte en conséquence une marmite neuve en terre transparente; on y met une
+ once de canne aromatique, de poivre cubèbe, de racines d'aristoloche des
+ deux espèces, de cardamome grand et petit, de gingembre, de poivre long, de
+ caryophylles, de cinnamome, de canelle caryophyllée, de macis, de noix
+ muscades, de storax calamite, de benjoin, de bois d'aloès, et de trisanthes,
le tout dans trois livres d'eau-de-vie demi-pure; on place la marmite sur des
cendres chaudes, afin de faire monter la vapeur fumigante, et l'on tient la
chambre close. La fumigation faite arrive l'Incube, mais qui, cette fois, n'osa
- jamais pénétrer dans la chambre; seulement, si la jeune fille en
- sortait pour se promener dans le jardin ou dans le cloître, il lui
- apparaissait aussitôt tout en restant invisible aux autres, et lui jetant ses
- bras autour du cou, lui dérobait ou plutôt lui arrachait des baisers,
- ce qui faisait cruellement souffrir cette honnête pucelle. Enfin,
- après nouvelle consultation, notre Théologien ordonna à la
- jeune fille de porter sur elle de petites boulettes composées de parfums
- exquis, tels que musc, ambre, civette, baume du Pérou et autres. Ainsi
- munie, elle s'en alla se promener dans le jardin où sur-le-champ lui apparut
- l'Incube, furieux et menaçant; toutefois il n'osa point l'approcher, et
- après s'être mordillé le doigt, comme s'il méditait une
+ jamais pénétrer dans la chambre; seulement, si la jeune fille en
+ sortait pour se promener dans le jardin ou dans le cloître, il lui
+ apparaissait aussitôt tout en restant invisible aux autres, et lui jetant ses
+ bras autour du cou, lui dérobait ou plutôt lui arrachait des baisers,
+ ce qui faisait cruellement souffrir cette honnête pucelle. Enfin,
+ après nouvelle consultation, notre Théologien ordonna à la
+ jeune fille de porter sur elle de petites boulettes composées de parfums
+ exquis, tels que musc, ambre, civette, baume du Pérou et autres. Ainsi
+ munie, elle s'en alla se promener dans le jardin où sur-le-champ lui apparut
+ l'Incube, furieux et menaçant; toutefois il n'osa point l'approcher, et
+ après s'être mordillé le doigt, comme s'il méditait une
vengeance, il disparut pour ne plus revenir.</td>
</tr>
<tr id="no72">
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">72. Alia historia est, quod in Conventu Magnæ Cartusiæ
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">72. Alia historia est, quod in Conventu Magnæ Cartusiæ
Ticinensis, fuit quidam Diaconus, nomine dictus Augustinus, maximas, ac inauditas,
- et pene incredibiles sustinens a quodam Dæmone vexationes; quæ tolli
+ et pene incredibiles sustinens a quodam Dæmone vexationes; quæ tolli
nullo remedio spirituali (quamvis plura juxta plures exorcistas, qui
liberationem, sed incassum tentarunt, fuissent adhibita) potuerunt. Me consuluit
illius Conventus vicarius, qui curam divexati, utpote Clerici ex officio habebat.
- Ego videns frustranea fuisse consueta exorcismorum remedia, exemplo historiæ
- suprarecensitæ consului suffimentum simile superiori, utque divexatus
+ Ego videns frustranea fuisse consueta exorcismorum remedia, exemplo historiæ
+ suprarecensitæ consului suffimentum simile superiori, utque divexatus
pixidulas odoramentorum supradictas deferret; et quia tabacchi usum habebat, et
- aqua vitæ delectabatur, suasi, ut et tabaccho et aqua vitæ moschata
- uteretur. Dæmon illi apparebat diu, noctuque ultra alias species, puta
+ aqua vitæ delectabatur, suasi, ut et tabaccho et aqua vitæ moschata
+ uteretur. Dæmon illi apparebat diu, noctuque ultra alias species, puta
scheleti, suis, asini, Angeli, avis, modo in forma unius, modo alterius ex suis
- Religiosis, et semel in forma sui Prælati, nempe Prioris, qui hortatus est
- vexatum ad puritatem conscientiæ, ad confidentiam in Deum, et ad frequentiam
+ Religiosis, et semel in forma sui Prælati, nempe Prioris, qui hortatus est
+ vexatum ad puritatem conscientiæ, ad confidentiam in Deum, et ad frequentiam
confessionis; suasit ut sibi sacramentalem confessionem faceret, quod etiam fecit;
et expost Psalmos <i>Exsurgat Deus</i> et <i>Qui habitat</i>, et mox Evangelium S.
Joannis simul cum vexato recitavit, et ad ea verba <i>Verbum caro factum est</i>
- genuflexit, et accepta stola, quæ in cella erat, et aspergillo aquæ
- benedictæ benedixit cellæ, ac lecto vexati, et ac si revera fuisset
- ipsius Prior præceptum fecit Dæmoni, ne auderet illum suum subditum
- amplius divexare, et post hæc disparuit, sicque prodidit quisnam esset:
- aliter vexatus illum suum Prælatum esse reputaverat. Postquam igitur
- suffimentum, ac odores, ut supra dictum est, consulueram, non destitit Dæmon
+ genuflexit, et accepta stola, quæ in cella erat, et aspergillo aquæ
+ benedictæ benedixit cellæ, ac lecto vexati, et ac si revera fuisset
+ ipsius Prior præceptum fecit Dæmoni, ne auderet illum suum subditum
+ amplius divexare, et post hæc disparuit, sicque prodidit quisnam esset:
+ aliter vexatus illum suum Prælatum esse reputaverat. Postquam igitur
+ suffimentum, ac odores, ut supra dictum est, consulueram, non destitit Dæmon
juxta solitum apparere; imo assumpta figura vexati fuit ad cameram Vicarii, et ab
- eo petiit aquam vitæ, ac tabaccum moschatum, dicens sibi talia valde placere.
+ eo petiit aquam vitæ, ac tabaccum moschatum, dicens sibi talia valde placere.
Vicarius utrumque illi dedit: quibus acceptis disparuit in momento, quo facto
- cognovit Vicarius se fuisse illusum a Dæmone tali pacto: quod magis
+ cognovit Vicarius se fuisse illusum a Dæmone tali pacto: quod magis
confirmavit assertum vexati, qui cum juramento affirmavit, se illa die nullo modo
fuisse in cella Vicarii. Iste mihi totum retulit, et ex tali facto conjeci
- Dæmonem illum non fuisse aqueum, ut erat Incubus, qui virginem ad coitum
- sollicitabat, ut dictum supra est, sed igneum, vel ad minus æreum, ex quo
- gaudebat vaporibus, ac odoribus, tabacco, et aqua vitæ, quæ calida
- sunt. Et conjecturæ vim addidit temperamentum divexati, quod erat colericum
- quo ad prædominium cum subdominio, tamen sanguineo. Dæmones enim tales
+ Dæmonem illum non fuisse aqueum, ut erat Incubus, qui virginem ad coitum
+ sollicitabat, ut dictum supra est, sed igneum, vel ad minus æreum, ex quo
+ gaudebat vaporibus, ac odoribus, tabacco, et aqua vitæ, quæ calida
+ sunt. Et conjecturæ vim addidit temperamentum divexati, quod erat colericum
+ quo ad prædominium cum subdominio, tamen sanguineo. Dæmones enim tales
non accedunt nisi ad eos, qui secum in temperamento symbolizant; ex quo validatur
opinio mea de illorum corporeitate. Unde suasi Vicario, ut acciperet
- herbas natura frigidas, ut nymphæam, hepaticam, portulacam,
+ herbas natura frigidas, ut nymphæam, hepaticam, portulacam,
mandragoram, sempervivam, plantaginem, hyoscyamum, et alias similes, et ex iis
- compositum fasciculum fenestræ, alium ostio cellæ suspenderet;
+ compositum fasciculum fenestræ, alium ostio cellæ suspenderet;
similibusque herbis, tum cameram, tum lectum divexati sterneret. Mirum dictu!
- comparuit denuo Dæmon, manens tamen extra cameram, nec ingredi voluit, et cum
+ comparuit denuo Dæmon, manens tamen extra cameram, nec ingredi voluit, et cum
divexatus illum interrogasset, quare de more intrare non auderet, multis verbis
injuriosis jactatis contra me, qui talia consulueram, disparuit, nec amplius
reversus est.</td>
<td class="stdindent">72. Voici l'autre histoire: dans le Couvent de la Grande Chartreuse de Pavie
- vivait un Diacre nommé Augustin, lequel était en butte, de la part de
- certain démon, à des vexations excessives, inouïes et presque
- incroyables; plusieurs exorcistes avaient tenté en
- vain de le délivrer: tous les remèdes spirituels étaient
- restés sans effet. Le Vicaire du couvent, qui avait la charge spirituelle de
- ce pauvre clerc, vint me consulter. Moi, voyant l'inefficacité des
- exorcismes ordinaires, et me rappelant l'exemple ci-dessus rapporté, je
- conseillai une fumigation de parfums semblable à celle dont il a
- été question, et ordonnai au diacre de porter sur lui des boulettes
- odoriférantes de même nature; de plus, comme il avait l'usage du tabac
+ vivait un Diacre nommé Augustin, lequel était en butte, de la part de
+ certain démon, à des vexations excessives, inouïes et presque
+ incroyables; plusieurs exorcistes avaient tenté en
+ vain de le délivrer: tous les remèdes spirituels étaient
+ restés sans effet. Le Vicaire du couvent, qui avait la charge spirituelle de
+ ce pauvre clerc, vint me consulter. Moi, voyant l'inefficacité des
+ exorcismes ordinaires, et me rappelant l'exemple ci-dessus rapporté, je
+ conseillai une fumigation de parfums semblable à celle dont il a
+ été question, et ordonnai au diacre de porter sur lui des boulettes
+ odoriférantes de même nature; de plus, comme il avait l'usage du tabac
et qu'il aimait beaucoup l'eau-de-vie, je lui recommandai le tabac et l'eau-de-vie
- musquée. Le démon lui apparaissait sous différentes formes:
- squelette, cochon, âne, Ange, oiseau; ou bien il empruntait les traits de
- quelques Religieux du couvent; une fois même ce fut son propre Abbé ou
- Prieur, lequel l'exhorta à purifier sa conscience, à se confier en
- Dieu, à user fréquemment de la confession; il lui persuada de lui
- faire sa confession sacramentelle, récita avec lui les psaumes <i>Exsurgat
- Deus</i> et <i>Qui habitat</i>, et l'Évangile de Saint Jean: aux mots
- <i>Verbum caro factum est</i> il fléchit le genou, puis saisissant une
- étole qui était dans la cellule et le goupillon d'eau bénite,
- il bénit la cellule et le lit, et, comme s'il eût été
- réellement le Prieur, il enjoignit au démon de ne plus
- oser à l'avenir tourmenter son subordonné: après quoi il
- disparut, trahissant ainsi ce qu'il était, car autrement le jeune diacre le
- prenait pour son véritable Prieur. Or, nonobstant les fumigations et les
- parfums que j'avais conseillés, ce démon n'en continua pas moins ses
- obsessions; bien plus, il revêtit les traits de sa victime pour se
- présenter chez le Vicaire, auquel il demanda de l'eau-de-vie et du tabac
- musqué, choses qu'il aimait, disait-il, passionnément. Ayant obtenu
+ musquée. Le démon lui apparaissait sous différentes formes:
+ squelette, cochon, âne, Ange, oiseau; ou bien il empruntait les traits de
+ quelques Religieux du couvent; une fois même ce fut son propre Abbé ou
+ Prieur, lequel l'exhorta à purifier sa conscience, à se confier en
+ Dieu, à user fréquemment de la confession; il lui persuada de lui
+ faire sa confession sacramentelle, récita avec lui les psaumes <i>Exsurgat
+ Deus</i> et <i>Qui habitat</i>, et l'Évangile de Saint Jean: aux mots
+ <i>Verbum caro factum est</i> il fléchit le genou, puis saisissant une
+ étole qui était dans la cellule et le goupillon d'eau bénite,
+ il bénit la cellule et le lit, et, comme s'il eût été
+ réellement le Prieur, il enjoignit au démon de ne plus
+ oser à l'avenir tourmenter son subordonné: après quoi il
+ disparut, trahissant ainsi ce qu'il était, car autrement le jeune diacre le
+ prenait pour son véritable Prieur. Or, nonobstant les fumigations et les
+ parfums que j'avais conseillés, ce démon n'en continua pas moins ses
+ obsessions; bien plus, il revêtit les traits de sa victime pour se
+ présenter chez le Vicaire, auquel il demanda de l'eau-de-vie et du tabac
+ musqué, choses qu'il aimait, disait-il, passionnément. Ayant obtenu
l'un et l'autre, il disparut en un clin d'&oelig;il, montrant ainsi au Vicaire
- qu'il avait été le jouet du Démon: et ceci fut amplement
- confirmé par le Diacre, qui affirma avec serment qu'il n'était pas
- allé ce jour-là dans la cellule du Vicaire. Le tout me fut
- rapporté, d'où je conclus que loin d'être aqueux, comme
- l'Incube amoureux de la jeune fille dont il a été parlé plus
- haut, ce démon était igné ou tout au moins aérien,
- puisqu'il se délectait de substances chaudes, comme vapeurs, parfums, tabac
- et eau-de-vie. Le tempérament du jeune diacre, bilieux et sanguin, mais
- où le bilieux l'emportait, ne fit que fortifier mes conjectures, car ces
- démons ne s'attaquent jamais qu'à ceux dont le tempérament est
- conforme au leur: nouvelle preuve de la vérité de mon
- opinion sur leur corporéité. Je recommandai en conséquence au
- Vicaire de faire prendre à son pénitent des herbes froides de leur
- nature, telles que nénuphar, hépatique, euphorbe, mandragore,
+ qu'il avait été le jouet du Démon: et ceci fut amplement
+ confirmé par le Diacre, qui affirma avec serment qu'il n'était pas
+ allé ce jour-là dans la cellule du Vicaire. Le tout me fut
+ rapporté, d'où je conclus que loin d'être aqueux, comme
+ l'Incube amoureux de la jeune fille dont il a été parlé plus
+ haut, ce démon était igné ou tout au moins aérien,
+ puisqu'il se délectait de substances chaudes, comme vapeurs, parfums, tabac
+ et eau-de-vie. Le tempérament du jeune diacre, bilieux et sanguin, mais
+ où le bilieux l'emportait, ne fit que fortifier mes conjectures, car ces
+ démons ne s'attaquent jamais qu'à ceux dont le tempérament est
+ conforme au leur: nouvelle preuve de la vérité de mon
+ opinion sur leur corporéité. Je recommandai en conséquence au
+ Vicaire de faire prendre à son pénitent des herbes froides de leur
+ nature, telles que nénuphar, hépatique, euphorbe, mandragore,
joubarde, plantain, jusquiame, et autres semblables, pour en composer deux
- faisceaux dont il suspendrait l'un à la fenêtre, l'autre à la
- porte de la cellule, ayant soin également d'en joncher sa chambre et son
- lit. Chose prodigieuse! le Démon apparut encore, mais en restant hors de la
+ faisceaux dont il suspendrait l'un à la fenêtre, l'autre à la
+ porte de la cellule, ayant soin également d'en joncher sa chambre et son
+ lit. Chose prodigieuse! le Démon apparut encore, mais en restant hors de la
cellule, sans vouloir entrer; et comme le diacre lui demandait la cause de cette
- réserve inusitée, pour toute réponse il se répandit en
- injures contre moi qui avais conseillé ces moyens de défense, puis il
+ réserve inusitée, pour toute réponse il se répandit en
+ injures contre moi qui avais conseillé ces moyens de défense, puis il
disparut et jamais plus ne revint.</td>
</tr>
<tr id="no73">
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">73. Ex his duabus historiis apparet tales odores, et herbas respective sua
- naturali virtute, nullaque interveniente vi supernaturali Dæmones propulisse;
+ naturali virtute, nullaque interveniente vi supernaturali Dæmones propulisse;
unde convincitur quod Incubi patiuntur a qualitatibus materialibus, ut proinde
concludi debeat, quod communicant in materia cum iis rebus naturalibus, a quibus
- fugantur, et ex consequenti corpore sint præditi, quod est intentum.</td>
+ fugantur, et ex consequenti corpore sint præditi, quod est intentum.</td>
- <td class="stdindent">73. Ces deux histoires établissent clairement la mise en fuite des
- Démons par la seule vertu naturelle des herbes ou des parfums, suivant le
+ <td class="stdindent">73. Ces deux histoires établissent clairement la mise en fuite des
+ Démons par la seule vertu naturelle des herbes ou des parfums, suivant le
cas, sans nulle intervention de force surnaturelle; donc les Incubes sont sujets
- à être affectés par des qualités matérielles;
- donc ils participent de la matière de ces mêmes choses naturelles qui
+ à être affectés par des qualités matérielles;
+ donc ils participent de la matière de ces mêmes choses naturelles qui
ont le pouvoir de les mettre en fuite, et
- conséquemment ils ont un corps, ce que nous voulons démontrer.</td>
+ conséquemment ils ont un corps, ce que nous voulons démontrer.</td>
</tr>
<tr id="no74">
@@ -3837,343 +3796,343 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
supracitatorum, dicentium, Incubum abactum a Sara fuisse vi Angeli Raphaelis, non
vero jecoris piscis callionymi, qualis fuit piscis a Tobia apprehensus ad ripam
Tigris, ut cum Vallesio, <i>Sacr. Philos.</i>, c. 42., scribit Cornelius a Lap.
- <i>in Tob. </i>c. 6., v. 2., <i>§ Quarto ergo</i>: salva enim tantorum Doctorum
+ <i>in Tob. </i>c. 6., v. 2., <i>§ Quarto ergo</i>: salva enim tantorum Doctorum
reverentia, talis expositio manifeste adversatur sensui patenti Textus, a quo nullo
modo recedendum est dummodo non sequantur absurda. En verba Angeli ad Tobiam:
- «<i>Cordis ejus particulam, si super carbones ponas, fumus ejus extricat
- omne genus Dæmoniorum, sive a viro, sive a muliere, ita ut ultra non accedant
+ «<i>Cordis ejus particulam, si super carbones ponas, fumus ejus extricat
+ omne genus Dæmoniorum, sive a viro, sive a muliere, ita ut ultra non accedant
ad eos, et fel valet ad unguendos oculos, in quibus fuerit albugo, et
- sanabuntur.</i>» (<i>Tob.</i>, c. 6. v. 8. et 9.) Notetur, quæso,
+ sanabuntur.</i>» (<i>Tob.</i>, c. 6. v. 8. et 9.) Notetur, quæso,
assertio Angeli absoluta, et universalis de virtute cordis, seu jecoris, et fellis
illius piscis: non enim dicit: <i>Si pones particulas cordis ejus super carbones,
- fugabis omne genus Dæmoniorum, et si felle unges oculos, in quibus fuerit
+ fugabis omne genus Dæmoniorum, et si felle unges oculos, in quibus fuerit
albugo, sanabuntur</i>: si enim ita dixisset congrua esset
expositio, quod nempe Raphael supernaturali sua virtute illos effectus patrasset,
ad quos perficiendos inepta esset applicatio fumi, et fellis: sed non ita loquitur,
sed ait talem esse virtutem fumi, et fellis absolute.</td>
<td class="stdindent">74. Mais, pour mieux asseoir notre conclusion, il convient de signaler l'erreur
- où sont tombés certains docteurs, comme Vallesius et Cornelius a
- Lapide, quand ils prétendent que Sara fut délivrée de l'Incube
- par la vertu de l'Ange Raphaël, et non par celle du foie de ce poisson
+ où sont tombés certains docteurs, comme Vallesius et Cornelius a
+ Lapide, quand ils prétendent que Sara fut délivrée de l'Incube
+ par la vertu de l'Ange Raphaël, et non par celle du foie de ce poisson
callionyme que Tobie avait pris sur les bords du Tigre. En effet, sauf le respect
- dû à de si grands docteurs, une telle interprétation est
- évidemment contraire au sens précis du Texte, dont il n'est jamais
- permis de s'écarter tant qu'il ne conduit pas à l'absurde. Or, voici
- les paroles de l'Ange à Tobie: «<i>Si tu jettes sur des charbons une
- parcelle de son foie, la fumée fait fuir toute espèce de
- Démons, et le possédé, homme ou femme, en est
- débarrassé pour toujours; quant à son fiel, il est souverain
- pour la guérison des yeux atteints d'albugo.</i>» (<i>Tobie</i>, c.
+ dû à de si grands docteurs, une telle interprétation est
+ évidemment contraire au sens précis du Texte, dont il n'est jamais
+ permis de s'écarter tant qu'il ne conduit pas à l'absurde. Or, voici
+ les paroles de l'Ange à Tobie: «<i>Si tu jettes sur des charbons une
+ parcelle de son foie, la fumée fait fuir toute espèce de
+ Démons, et le possédé, homme ou femme, en est
+ débarrassé pour toujours; quant à son fiel, il est souverain
+ pour la guérison des yeux atteints d'albugo.</i>» (<i>Tobie</i>, c.
6., v. 8 et 9.) Notez, je vous prie, que cette assertion de l'Ange touchant la
vertu du c&oelig;ur ou du foie et du fiel de ce poisson, est absolue, universelle;
- car il ne dit pas: «<i>Si tu jettes sur des charbons des parcelles de son
- foie, tu feras fuir toute espèce de Démons, et si tu
+ car il ne dit pas: «<i>Si tu jettes sur des charbons des parcelles de son
+ foie, tu feras fuir toute espèce de Démons, et si tu
appliques son fiel sur des yeux atteints d'albugo, ils seront
- guéris.</i>» S'il eût dit cela, j'admettrais avec les
- commentateurs que Raphaël eût réalisé, par sa propre vertu
- surnaturelle, les effets que la simple application de la fumée et du fiel
- était impuissante à produire: mais il ne parle pas ainsi, il dit au
- contraire, et d'une façon absolue, que telle est la vertu de la fumée
+ guéris.</i>» S'il eût dit cela, j'admettrais avec les
+ commentateurs que Raphaël eût réalisé, par sa propre vertu
+ surnaturelle, les effets que la simple application de la fumée et du fiel
+ était impuissante à produire: mais il ne parle pas ainsi, il dit au
+ contraire, et d'une façon absolue, que telle est la vertu de la fumée
et du fiel.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">75. Quæro modo, an Angelus veritatem puram dixerit de virtute rerum,
- an mentiri potuerit; pariter an albugo ab oculis Tobiæ senioris ablata sit vi
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">75. Quæro modo, an Angelus veritatem puram dixerit de virtute rerum,
+ an mentiri potuerit; pariter an albugo ab oculis Tobiæ senioris ablata sit vi
naturali fellis piscis, aut virtute supernaturali Angeli Raphaelis? Angelum mentiri
- potuisse blasphemia hæreticalis est; sequitur igitur puram veritatem fuisse
- ab eo assertam; talis autem non esset, si omne genus Dæmoniorum non
+ potuisse blasphemia hæreticalis est; sequitur igitur puram veritatem fuisse
+ ab eo assertam; talis autem non esset, si omne genus Dæmoniorum non
extricaretur a fumo jecoris piscis nisi addita vi supernaturali Angeli, maxime, si
- hæc esset causa principalis talis effectus, quemadmodum scribunt de hoc casu
+ hæc esset causa principalis talis effectus, quemadmodum scribunt de hoc casu
Doctores. Mentiretur absque dubio medicus qui diceret, talis herba curat taliter
pleuritidem, sive epilepsiam, ut amplius non revertatur: si herba illa non curaret
- illas ægritudines nisi inchoate, et perfecta illarum sanatio esset ab alia
+ illas ægritudines nisi inchoate, et perfecta illarum sanatio esset ab alia
herba conjuncta priori; sic pari modo mentitus fuisset Raphael asserens
- fumum jecoris extricare omne genus Dæmoniorum ita ut ultra non accedant, si
+ fumum jecoris extricare omne genus Dæmoniorum ita ut ultra non accedant, si
talis effectus esset a fumo solum inchoate, principaliter vero, et perfecte a
- virtute Angeli. Præterea talis fuga Dæmonis, vel secutura erat
+ virtute Angeli. Præterea talis fuga Dæmonis, vel secutura erat
universaliter, et semper posito jecore piscis super carbones a quoquam, vel debebat
sequi in illo solummodo casu particulari, jecore incusso a juniore Tobia. Si
primum, ergo oportet, quod cuicumque talem fumum per accensionem jecoris paranti,
- assistat Angelus qui supernaturali virtute Dæmonem miraculose abigat
+ assistat Angelus qui supernaturali virtute Dæmonem miraculose abigat
regulariter; et hoc est absurdum; ad positionem enim rei naturalis deberet
regulariter sequi miraculum, quod est incongruum, et si absque Angeli operatione
- fuga Dæmonis non sequeretur, mentitus fuisset Raphael asserens eam esse
+ fuga Dæmonis non sequeretur, mentitus fuisset Raphael asserens eam esse
virtutem jecoris. Si autem effectus ille sequi non debeat, nisi in illo casu
particulari, mentitus fuisset Angelus enuncians universaliter virtutem piscis, in
- fugando omni Dæmoniorum genere, quod non est dicendum.</td>
-
- <td class="stdindent">75. On demandera si l'Ange a dit la vérité pure de la vertu des
- choses, ou s'il a pu mentir; et pareillement, si l'albugo a été
- enlevée des yeux du vieux Tobie par l'effet du fiel du poisson, ou par la
- vertu surnaturelle de l'Ange Raphaël? Dire que l'Ange a pu mentir serait
- blasphème et hérésie, donc il a exprimé la
- vérité pure; mais ce ne serait plus cette vérité si
- toute espèce de démons n'était pas chassée par la
- fumée du foie du poisson sans l'intervention de la force surnaturelle de
- l'Ange, et surtout si cette intervention était la cause principale de
- l'effet produit. Le médecin qui dirait: telle herbe guérit
- radicalement la pleurésie ou l'épilepsie, mentirait sans aucun doute
- si cette herbe ne guérissait que d'une façon inchoative et si, pour
- obtenir la parfaite guérison, il fallait ajouter une autre
- herbe à la première; de même que Raphaël aurait menti en
- affirmant que la fumée du foie chassait toute sorte de démons, sans
- qu'ils pussent revenir, si ce résultat était obtenu par la
- fumée d'une façon inchoative seulement, et principalement,
- complétement, par la vertu de l'Ange. En outre, ce phénomène
- de la mise en fuite du démon devait se produire universellement et par le
+ fugando omni Dæmoniorum genere, quod non est dicendum.</td>
+
+ <td class="stdindent">75. On demandera si l'Ange a dit la vérité pure de la vertu des
+ choses, ou s'il a pu mentir; et pareillement, si l'albugo a été
+ enlevée des yeux du vieux Tobie par l'effet du fiel du poisson, ou par la
+ vertu surnaturelle de l'Ange Raphaël? Dire que l'Ange a pu mentir serait
+ blasphème et hérésie, donc il a exprimé la
+ vérité pure; mais ce ne serait plus cette vérité si
+ toute espèce de démons n'était pas chassée par la
+ fumée du foie du poisson sans l'intervention de la force surnaturelle de
+ l'Ange, et surtout si cette intervention était la cause principale de
+ l'effet produit. Le médecin qui dirait: telle herbe guérit
+ radicalement la pleurésie ou l'épilepsie, mentirait sans aucun doute
+ si cette herbe ne guérissait que d'une façon inchoative et si, pour
+ obtenir la parfaite guérison, il fallait ajouter une autre
+ herbe à la première; de même que Raphaël aurait menti en
+ affirmant que la fumée du foie chassait toute sorte de démons, sans
+ qu'ils pussent revenir, si ce résultat était obtenu par la
+ fumée d'une façon inchoative seulement, et principalement,
+ complétement, par la vertu de l'Ange. En outre, ce phénomène
+ de la mise en fuite du démon devait se produire universellement et par le
seul fait du placement par n'importe qui du foie du poisson sur des charbons
ardents, ou bien il ne devait se produire que dans ce seul cas particulier,
- à savoir du placement du foie par le jeune Tobie. En admettant la
- première hypothèse, il faut supposer que toute personne à qui
- il plaira de faire cette fumée en brûlant le foie, sera
- assistée d'un Ange pour chasser le Démon, par sa vertu surnaturelle,
- miraculeusement et régulièrement tout ensemble: ce qui est absurde,
- car, ou les mots n'ont plus de sens, ou un fait naturel ne saurait être
- régulièrement suivi de miracle; et si le Démon n'était
- pas mis en fuite sans le secours de l'Ange, Raphaël aurait menti en affirmant
+ à savoir du placement du foie par le jeune Tobie. En admettant la
+ première hypothèse, il faut supposer que toute personne à qui
+ il plaira de faire cette fumée en brûlant le foie, sera
+ assistée d'un Ange pour chasser le Démon, par sa vertu surnaturelle,
+ miraculeusement et régulièrement tout ensemble: ce qui est absurde,
+ car, ou les mots n'ont plus de sens, ou un fait naturel ne saurait être
+ régulièrement suivi de miracle; et si le Démon n'était
+ pas mis en fuite sans le secours de l'Ange, Raphaël aurait menti en affirmant
que le foie avait cette vertu. Si au contraire l'effet en question ne devait se
- produire que dans ce cas particulier, Raphaël aurait encore menti en
- attribuant à ce poisson, d'une manière générale et
- absolue, la propriété de mettre en fuite le Démon: or, que
+ produire que dans ce cas particulier, Raphaël aurait encore menti en
+ attribuant à ce poisson, d'une manière générale et
+ absolue, la propriété de mettre en fuite le Démon: or, que
l'Ange ait menti, cela ne se peut dire.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">76. Ulterius albugo oculorum detracta est ab oculis Tobiæ
- senioris, et ipsius cæcitas sanata est a virtute naturali fellis piscis
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">76. Ulterius albugo oculorum detracta est ab oculis Tobiæ
+ senioris, et ipsius cæcitas sanata est a virtute naturali fellis piscis
illius, ut Doctores affirmant (Liran. Dyonisius; et Seraci. <i>apud Cornel. in
Tobi.</i>, c. 6. v. 9). Piscis enim Callionymus, qui vocatur Italice <i>bocca in
capo</i>, et quo usus est Tobias, fel habet pro celeberrimo remedio ad detegendas
albugines oculorum, ut scribunt concorditer Dioscorides, l. 1. c. 96., Galenus,
<i>De Simpl. Medicam.</i>, Plinius, l. 32. c. 7., Aclanius, <i>De Ver. Histor.</i>, l.
- 13. c. 14. et Vallesius, <i>De Sacr. Philos.</i>, c. 47. Textus Græcus
- <i>Tobiæ</i>, c. 11. v. 13., habet: «<i>Inspersit fel super oculos patris
+ 13. c. 14. et Vallesius, <i>De Sacr. Philos.</i>, c. 47. Textus Græcus
+ <i>Tobiæ</i>, c. 11. v. 13., habet: «<i>Inspersit fel super oculos patris
sui, dicens: Confide, Pater; ut autem erosi sunt, detrivit oculos suos, et
- disquamatæ sunt ab angulis oculorum albugines.</i>» Cum igitur eodem
- contextu Angelus aperuerit Tobiæ virtutem jecoris, et fellis piscis, et hoc
- sua naturali virtute cæcitatem Tobiæ senioris curaverit, concludendum
+ disquamatæ sunt ab angulis oculorum albugines.</i>» Cum igitur eodem
+ contextu Angelus aperuerit Tobiæ virtutem jecoris, et fellis piscis, et hoc
+ sua naturali virtute cæcitatem Tobiæ senioris curaverit, concludendum
est, quod etiam fumus jecoris sua naturali vi Incubum fugaverit:
- quod concludenter confirmatur a Textu Græco, qui ad <i>Tobiæ</i> c. 8.
- v. 2., ubi Vulgata habet: «<i>Partem jecoris posuit super carbones
- vivos</i>», sic habet: «<i>Accepit cinerem, sive prunam thimiamatum, et
- imposuit cor piscis, et hepar, fumumque fecit, et quando odoratus est Dæmon
- odores, fugit.</i>» Et Textus Hebraicus ita cantat: «<i>Percepit
- Asmodeus odorem, et fugit.</i>» Ex quibus textibus apparet, quod Dæmon
+ quod concludenter confirmatur a Textu Græco, qui ad <i>Tobiæ</i> c. 8.
+ v. 2., ubi Vulgata habet: «<i>Partem jecoris posuit super carbones
+ vivos</i>», sic habet: «<i>Accepit cinerem, sive prunam thimiamatum, et
+ imposuit cor piscis, et hepar, fumumque fecit, et quando odoratus est Dæmon
+ odores, fugit.</i>» Et Textus Hebraicus ita cantat: «<i>Percepit
+ Asmodeus odorem, et fugit.</i>» Ex quibus textibus apparet, quod Dæmon
fugit ad perceptionem fumi, sibi contrarii, ac nocentis, non autem a virtute Angeli
- supernaturali. Quod si in tali liberatione Saræ ab impetitione Incubi
+ supernaturali. Quod si in tali liberatione Saræ ab impetitione Incubi
Asmodei, ultra fumum jecoris intervenit operatio Raphaelis, hoc fuit in alligatione
- Dæmonis in deserto superioris Ægypti, ut dicitur c. 8. v. 3.
- <i>Tobiæ</i>; fumus quippe jecoris nequibat in tanta distantia agere in
- Dæmonem, aut illum alligare. Quod inservire potest pro concordia
- supracitatorum Doctorum (qui voluerunt Saram perfecte liberatam a Dæmone
+ Dæmonis in deserto superioris Ægypti, ut dicitur c. 8. v. 3.
+ <i>Tobiæ</i>; fumus quippe jecoris nequibat in tanta distantia agere in
+ Dæmonem, aut illum alligare. Quod inservire potest pro concordia
+ supracitatorum Doctorum (qui voluerunt Saram perfecte liberatam a Dæmone
virtute Raphaelis) cum sententia, quam tuemur: dico enim, quod ipsi senserint, quod
- perfecta curatio Saræ a Dæmone fuerit in alligatione ejus in deserto,
- quæ fuit ab Angelo, quod et nos concedimus; sed extricatio, sive fugatio
- ejusdem a cubiculo Saræ fuerit a vi innativa jecoris piscis, quod nos
+ perfecta curatio Saræ a Dæmone fuerit in alligatione ejus in deserto,
+ quæ fuit ab Angelo, quod et nos concedimus; sed extricatio, sive fugatio
+ ejusdem a cubiculo Saræ fuerit a vi innativa jecoris piscis, quod nos
tuemur.</td>
- <td class="stdindent">76. Passons maintenant au vieux Tobie: l'albugo a été
- enlevée de ses yeux et sa cécité guérie par la vertu
- naturelle du fiel de ce même poisson, comme l'affirment les Docteurs. En
- effet le poisson callionyme, appelé en Italien <i>bocca in capo</i>, et dont
- s'est servi Tobie, possède un fiel très-renommé pour la
- guérison de l'albugo: là-dessus, tout le monde est d'accord,
+ <td class="stdindent">76. Passons maintenant au vieux Tobie: l'albugo a été
+ enlevée de ses yeux et sa cécité guérie par la vertu
+ naturelle du fiel de ce même poisson, comme l'affirment les Docteurs. En
+ effet le poisson callionyme, appelé en Italien <i>bocca in capo</i>, et dont
+ s'est servi Tobie, possède un fiel très-renommé pour la
+ guérison de l'albugo: là-dessus, tout le monde est d'accord,
Dioscoride, Galien, Pline, Aclanius, Vallesius, etc. Le texte Grec de <i>Tobie</i>.
- c. 11, v. 13, porte ce qui suit: «<i>Il répandit le fiel sur les yeux
- de son père en disant: Ayez confiance, mon père; et comme il y avait
- érosion, il lui frotta les yeux et enleva l'albugo par écailles aux
- angles des paupières.</i>» Or, puisque, d'après le même
- texte, l'Ange a révélé à Tobie la vertu du foie et du
- fiel du poisson, et que le fiel, par sa vertu naturelle, a guéri la
- cécité du vieux Tobie, il faut en conclure que c'est également
- par sa force naturelle que la fumée du foie a mis en fuite l'Incube. Et
- ceci est confirmé d'une façon concluante par le texte
- Grec, qui, dans <i>Tobie</i>, c. 8., v. 2, au lieu de cette leçon de la
- Vulgate: «<i>Il jeta des charbons ardents</i>,» porte tout au long:
- «<i>Il prit de la cendre ou de la braise de parfums, y mit le c&oelig;ur et
- le foie du poisson, et fit de la fumée: le Démon n'eut pas
- plutôt senti l'odeur, qu'il s'enfuit.</i>» Quant au texte
- Hébreu, il dit: «<i>Asmodée sentit l'odeur et
- s'enfuit.</i>» De tous ces textes, il résulte que le Démon
- s'est sauvé pour avoir senti une fumée qui lui était contraire
+ c. 11, v. 13, porte ce qui suit: «<i>Il répandit le fiel sur les yeux
+ de son père en disant: Ayez confiance, mon père; et comme il y avait
+ érosion, il lui frotta les yeux et enleva l'albugo par écailles aux
+ angles des paupières.</i>» Or, puisque, d'après le même
+ texte, l'Ange a révélé à Tobie la vertu du foie et du
+ fiel du poisson, et que le fiel, par sa vertu naturelle, a guéri la
+ cécité du vieux Tobie, il faut en conclure que c'est également
+ par sa force naturelle que la fumée du foie a mis en fuite l'Incube. Et
+ ceci est confirmé d'une façon concluante par le texte
+ Grec, qui, dans <i>Tobie</i>, c. 8., v. 2, au lieu de cette leçon de la
+ Vulgate: «<i>Il jeta des charbons ardents</i>,» porte tout au long:
+ «<i>Il prit de la cendre ou de la braise de parfums, y mit le c&oelig;ur et
+ le foie du poisson, et fit de la fumée: le Démon n'eut pas
+ plutôt senti l'odeur, qu'il s'enfuit.</i>» Quant au texte
+ Hébreu, il dit: «<i>Asmodée sentit l'odeur et
+ s'enfuit.</i>» De tous ces textes, il résulte que le Démon
+ s'est sauvé pour avoir senti une fumée qui lui était contraire
et nuisible, et nullement par l'effet de la vertu surnaturelle de l'Ange. Que si,
- dans cette délivrance de Sara des poursuites de l'Incube Asmodée,
- l'opération de la fumée du foie fut suivie d'une intervention de
- Raphaël, ce fut pour enchaîner le Démon dans le désert de
- la Haute-Égypte, comme il est dit dans <i>Tobie</i>, c. 8, v. 3; car,
- à une si grande distance, la fumée du foie ne pouvait agir sur le
- Démon, ni l'enchaîner. Et ici nous avons un moyen de concilier notre
- opinion avec celle des docteurs cités plus haut, lesquels attribuent la
- délivrance parfaite de Sara à l'opération de Raphaël: en
- effet, pour ces docteurs, Sara ne fut parfaitement guérie qu'après
- que le Démon eut été enchaîné dans le
- désert, ce qui fut l'&oelig;uvre de l'Ange, et nous le
- concédons; mais la délivrance proprement dite, l'expulsion de la
- chambre à coucher de Sara, ce fut, nous le maintenons, l'effet direct de la
+ dans cette délivrance de Sara des poursuites de l'Incube Asmodée,
+ l'opération de la fumée du foie fut suivie d'une intervention de
+ Raphaël, ce fut pour enchaîner le Démon dans le désert de
+ la Haute-Égypte, comme il est dit dans <i>Tobie</i>, c. 8, v. 3; car,
+ à une si grande distance, la fumée du foie ne pouvait agir sur le
+ Démon, ni l'enchaîner. Et ici nous avons un moyen de concilier notre
+ opinion avec celle des docteurs cités plus haut, lesquels attribuent la
+ délivrance parfaite de Sara à l'opération de Raphaël: en
+ effet, pour ces docteurs, Sara ne fut parfaitement guérie qu'après
+ que le Démon eut été enchaîné dans le
+ désert, ce qui fut l'&oelig;uvre de l'Ange, et nous le
+ concédons; mais la délivrance proprement dite, l'expulsion de la
+ chambre à coucher de Sara, ce fut, nous le maintenons, l'effet direct de la
vertu native du foie du poisson.</td>
</tr>
<tr id="no77">
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">77. Probatur tertio principaliter nostra conclusio de existentia talium
animalium, seu de Incuborum corporeitate, ex auctoritate D. Hieronymi, <i>in vita
- S. Pauli primi Eremitæ</i>. Refert is D. Antonium iter per desertum
- arripuisse, ut ad visendum D. Paulum perveniret, et post nonnullas diætas
+ S. Pauli primi Eremitæ</i>. Refert is D. Antonium iter per desertum
+ arripuisse, ut ad visendum D. Paulum perveniret, et post nonnullas diætas
itineris Centaurum reperiisse, a quo cum fuisset percontatus mansionem D. Pauli, et
- ille barbarum quid infrendens potius, quam proloquens, dextræ protensione
+ ille barbarum quid infrendens potius, quam proloquens, dextræ protensione
manus iter D. Antonio demonstrasset, in sylvam se abdidit cursu concitatissimo.
Prosecutus iter S. Abbas in quadam valle invenit haud grandem quemdam homunculum,
aduncis manibus, fronte cornibus asperata, cujus extrema pars corporis in caprarum
pedes desinebat. Ad ejus aspectum substitit Antonius, et timens Diaboli artes signo
- Sanctæ Crucis se munivit. Ad tale signum nec fugit, nec metuit homuncio ille,
+ Sanctæ Crucis se munivit. Ad tale signum nec fugit, nec metuit homuncio ille,
immo ad sanctum senem actu humili appropinquans palmarum fructus ad viaticum quasi
pacis obsides illi offerebat. Tum B. Antonius quisnam esset interrogans, hoc ab
- eo responsum accepit: «<i>Mortalis ego sum, et unus ex accolis Eremi, quos
+ eo responsum accepit: «<i>Mortalis ego sum, et unus ex accolis Eremi, quos
vario errore delusa Gentilitas Faunos, Satyros, et Incubos vocans colit; legatione
fungor gregis mei; precamur, ut pro nobis communem Deum depreceris, quem pro salute
- mundi venisse cognovimus, et universam terram exiit sonus ejus.</i>» Ad
- quæ gaudens D. Antonius de gloria Christi, conversus ad Alexandriam, et
- baculo terram percutiens, ait: «<i>Veh tibi, Civitas meretrix, quæ pro
- diis animalia veneraris!</i>» Hæc D. Hieronymus, qui late prosequitur
+ mundi venisse cognovimus, et universam terram exiit sonus ejus.</i>» Ad
+ quæ gaudens D. Antonius de gloria Christi, conversus ad Alexandriam, et
+ baculo terram percutiens, ait: «<i>Veh tibi, Civitas meretrix, quæ pro
+ diis animalia veneraris!</i>» Hæc D. Hieronymus, qui late prosequitur
hoc factum, ipsius virtutem longo comprobans sermone.</td>
- <td class="stdindent">77. Une troisième preuve principale de notre conclusion touchant
+ <td class="stdindent">77. Une troisième preuve principale de notre conclusion touchant
l'existence des animaux dont il s'agit, en d'autres termes, touchant la
- corporéité des Incubes, c'est le témoignage de S.
- Jérôme dans la Vie de S. Paul, le premier ermite. S. Antoine, raconte
- ce docteur, se mit un jour en route pour aller voir S. Paul. Après plusieurs
- journées de voyage, il rencontra un Centaure, auquel il demanda la demeure
- de l'ermite: sur quoi le Centaure, en balbutiant quelques mots barbares et à
+ corporéité des Incubes, c'est le témoignage de S.
+ Jérôme dans la Vie de S. Paul, le premier ermite. S. Antoine, raconte
+ ce docteur, se mit un jour en route pour aller voir S. Paul. Après plusieurs
+ journées de voyage, il rencontra un Centaure, auquel il demanda la demeure
+ de l'ermite: sur quoi le Centaure, en balbutiant quelques mots barbares et à
peine intelligibles, lui indiqua de la main la route de l'ermitage et courut au
- galop se cacher dans la forêt. Le saint Abbé continua son chemin:
+ galop se cacher dans la forêt. Le saint Abbé continua son chemin:
nouvelle rencontre, cette fois d'un petit homme, presque un nain, au mains
- crochues, au front hérissé de cornes, et dont
- l'extrémité du corps se terminait en pieds de chèvre. A cette
- vue, S. Antoine s'arrêta et, craignant les artifices du diable, se munit du
- signe de la Sainte Croix. Mais, loin de fuir à ce signe, loin même
- d'en paraître effrayé, le petit homme s'approcha
+ crochues, au front hérissé de cornes, et dont
+ l'extrémité du corps se terminait en pieds de chèvre. A cette
+ vue, S. Antoine s'arrêta et, craignant les artifices du diable, se munit du
+ signe de la Sainte Croix. Mais, loin de fuir à ce signe, loin même
+ d'en paraître effrayé, le petit homme s'approcha
respectueusement du saint vieillard et lui offrit des fruits de palmier, comme pour
- témoigner de ses intentions pacifiques. Alors le bienheureux Antoine lui
- ayant demandé qui il était: «<i>Je suis mortel</i>,»
- répondit-il, «<i>et l'un des habitants du Désert, que la
- Gentilité, dans son erreur capricieuse, honore sous les noms divers de
- Faunes, de Satyres et d'Incubes; je suis envoyé en mission par mon troupeau;
+ témoigner de ses intentions pacifiques. Alors le bienheureux Antoine lui
+ ayant demandé qui il était: «<i>Je suis mortel</i>,»
+ répondit-il, «<i>et l'un des habitants du Désert, que la
+ Gentilité, dans son erreur capricieuse, honore sous les noms divers de
+ Faunes, de Satyres et d'Incubes; je suis envoyé en mission par mon troupeau;
nous venons te demander de prier pour nous le Dieu commun, que nous savons
- être descendu pour le salut du monde et dont les louanges retentissent dans
- toute la terre.</i>» A ces mots, à cette glorification du Christ, S.
- Antoine, transporté de joie, se tourna vers Alexandrie, et, frappant la
- terre de son bâton, s'écria: «<i>Malheur à toi, Ville
- prostituée, qui adores des animaux comme des dieux!</i>» Tel est le
- récit de S. Jérôme, qui s'étend au long sur ce fait et
- en développe toutes les conséquences.</td>
+ être descendu pour le salut du monde et dont les louanges retentissent dans
+ toute la terre.</i>» A ces mots, à cette glorification du Christ, S.
+ Antoine, transporté de joie, se tourna vers Alexandrie, et, frappant la
+ terre de son bâton, s'écria: «<i>Malheur à toi, Ville
+ prostituée, qui adores des animaux comme des dieux!</i>» Tel est le
+ récit de S. Jérôme, qui s'étend au long sur ce fait et
+ en développe toutes les conséquences.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">78. De hujus historiæ veritate dubitare temerarium est, cum eam
- constanter referat SS. Ecclesiæ Doctorum maximus D. Hieronymus, de cujus
- auctoritate nullus Catholicus dubitabit. Addit <i>fol. 21. 25.</i> Notandæ
- proinde veniunt illius circumstantiæ, quæ sententiam
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">78. De hujus historiæ veritate dubitare temerarium est, cum eam
+ constanter referat SS. Ecclesiæ Doctorum maximus D. Hieronymus, de cujus
+ auctoritate nullus Catholicus dubitabit. Addit <i>fol. 21. 25.</i> Notandæ
+ proinde veniunt illius circumstantiæ, quæ sententiam
nostram evidentissime confirmant.</td>
- <td class="stdindent">78. Douter de la vérité de cette histoire, quand elle est
- affirmée par le plus grand des Docteurs de l'Église, par S.
- Jérôme, dont aucun catholique ne contestera jamais l'autorité,
- serait assurément chose téméraire. Examinons-en donc les
- circonstances, et faisons voir à quel point elles confirment
+ <td class="stdindent">78. Douter de la vérité de cette histoire, quand elle est
+ affirmée par le plus grand des Docteurs de l'Église, par S.
+ Jérôme, dont aucun catholique ne contestera jamais l'autorité,
+ serait assurément chose téméraire. Examinons-en donc les
+ circonstances, et faisons voir à quel point elles confirment
notre opinion.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">79. Primo notandum est, quod si ullus Sanctorum artibus Dæmonis
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">79. Primo notandum est, quod si ullus Sanctorum artibus Dæmonis
impetitus fuit; si ullus diversas ejus artes nocendi calluit; si ullus victorias,
ac illustria de eodem trophea reportavit, is fuit D. Antonius, ut constat ex ejus
vita a D. Athanasio descripta. Dum igitur D. Antonius homunculum illum non tanquam
Diabolum agnovit, sed animal intitulavit dicens: <i>Veh tibi, Civitas meretrix,
- quæ pro Diis animalia veneraris!</i> convincitur, quod ille nullo modo fuit
+ quæ pro Diis animalia veneraris!</i> convincitur, quod ille nullo modo fuit
Diabolus, seu purus spiritus de c&oelig;lo dejectus, ac damnatus, sed aliquod aliud
animal. Et confirmatur, quia D. Antonius erudiens suos monachos, eosque animans ad
- metuendas Dæmonis violentias, aiebat, prout habetur in lectionibus Breviarii
- Romani <i>in festo S. Antonii Abb.</i> l. 1., quæ recitantur in festo ipsius:
- «<i>Mihi credite, Fratres, pertimescit Satanas piorum vigilias, orationes,
+ metuendas Dæmonis violentias, aiebat, prout habetur in lectionibus Breviarii
+ Romani <i>in festo S. Antonii Abb.</i> l. 1., quæ recitantur in festo ipsius:
+ «<i>Mihi credite, Fratres, pertimescit Satanas piorum vigilias, orationes,
jejunia, voluntariam paupertatem, misericordiam, et humilitatem; maxime vero
- ardentem amorem in Christum Dominum, cujus unico Sanctissimæ Crucis signo
- debilitatus fugit.</i>» Dum igitur homunculus ille, contra quem D.
+ ardentem amorem in Christum Dominum, cujus unico Sanctissimæ Crucis signo
+ debilitatus fugit.</i>» Dum igitur homunculus ille, contra quem D.
Antonius Crucis signo se munivit, ad ejus aspectum, nec pavit, nec fugit, immo
confidenter, humiliterque accessit ad eum dactalos illi offerens, signum est, illum
nullo modo Diabolum fuisse.</td>
- <td class="stdindent">79. Premièrement, il faut noter que si jamais saint fut en butte aux
- artifices du Démon, pénétra son art infernal et remporta sur
- lui victoires et trophées, à coup sûr ce fut S. Antoine, comme
- le constate sa vie, écrite par S. Athanase. Or S. Antoine ne reconnut pas un
- diable dans ce petit homme, mais un animal, disant: «<i>Malheur à toi,
- Ville prostituée, qui adores des animaux comme des dieux!</i>»,
- d'où il ressort que ce n'était nullement un diable ou pur esprit,
- chassé du ciel et damné, mais un animal quelconque. Il y a plus: S.
+ <td class="stdindent">79. Premièrement, il faut noter que si jamais saint fut en butte aux
+ artifices du Démon, pénétra son art infernal et remporta sur
+ lui victoires et trophées, à coup sûr ce fut S. Antoine, comme
+ le constate sa vie, écrite par S. Athanase. Or S. Antoine ne reconnut pas un
+ diable dans ce petit homme, mais un animal, disant: «<i>Malheur à toi,
+ Ville prostituée, qui adores des animaux comme des dieux!</i>»,
+ d'où il ressort que ce n'était nullement un diable ou pur esprit,
+ chassé du ciel et damné, mais un animal quelconque. Il y a plus: S.
Antoine instruisant ses moines et les mettant en garde contre les entreprises du
- Démon, leur disait, comme le rapporte le Bréviaire Romain
- (<i>fête de S. Antoine, Abbé</i>): «<i>Croyez-moi, mes
- frères, ce que Satan redoute dans les hommes pieux, ce sont les veilles, les
- prières, les jeûnes, la pauvreté volontaire, la
- miséricorde, l'humilité: par-dessus tout, l'ardent amour du Christ
+ Démon, leur disait, comme le rapporte le Bréviaire Romain
+ (<i>fête de S. Antoine, Abbé</i>): «<i>Croyez-moi, mes
+ frères, ce que Satan redoute dans les hommes pieux, ce sont les veilles, les
+ prières, les jeûnes, la pauvreté volontaire, la
+ miséricorde, l'humilité: par-dessus tout, l'ardent amour du Christ
Notre-Seigneur, puisque, pour le mettre en fuite, il suffit du signe de la
- Très-Sainte Croix.</i>» Or le petit homme en question, lorsque S.
+ Très-Sainte Croix.</i>» Or le petit homme en question, lorsque S.
Antoine crut devoir se munir contre lui du signe de la Croix,
- ne montra aucune frayeur, ne songea nullement à s'enfuir; bien au contraire,
+ ne montra aucune frayeur, ne songea nullement à s'enfuir; bien au contraire,
il s'approcha du saint d'un air confiant et respectueux, en lui offrant des dattes:
- preuve certaine que ce n'était pas un diable.</td>
+ preuve certaine que ce n'était pas un diable.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">80. Secundo notandum, quod homunculus ille dixit: <i>Mortalis et ego sum;</i>
ex quibus verbis docemur, quod ille erat animal morti obnoxium, et proinde, quod
per generationem esse accepit: spiritus enim immaterialis immortalis est, quia
- simplex, et ideo non accipit esse per generationem ex præjacente materia, sed
- per creationem; unde nec amittit esse per corruptionem, quæ dicitur mors, sed
+ simplex, et ideo non accipit esse per generationem ex præjacente materia, sed
+ per creationem; unde nec amittit esse per corruptionem, quæ dicitur mors, sed
per annihilationem tantum potest desinere esse. Quod si ille se mortalem esse
dixit, professus est se esse animal.</td>
- <td class="stdindent">80. Secondement, il faut noter que ce petit homme dit: «<i>Je suis
- mortel, moi aussi</i>», d'où il résulte que c'était un
- animal sujet à la mort, et qui avait reçu l'être par
- génération; en effet, un esprit immatériel est immortel parce
- qu'il est simple, et conséquemment ne reçoit pas l'être par
- génération d'une manière préexistante, mais par
- création; conséquemment encore, il ne perd pas l'être par
- corruption, autrement dite mort; et il ne saurait cesser d'être que par
- annihilation. Donc, en se disant mortel, il a déclaré être un
+ <td class="stdindent">80. Secondement, il faut noter que ce petit homme dit: «<i>Je suis
+ mortel, moi aussi</i>», d'où il résulte que c'était un
+ animal sujet à la mort, et qui avait reçu l'être par
+ génération; en effet, un esprit immatériel est immortel parce
+ qu'il est simple, et conséquemment ne reçoit pas l'être par
+ génération d'une manière préexistante, mais par
+ création; conséquemment encore, il ne perd pas l'être par
+ corruption, autrement dite mort; et il ne saurait cesser d'être que par
+ annihilation. Donc, en se disant mortel, il a déclaré être un
animal.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">81. Tertio notandum, quod ait se cognovisse communem Deum in carne humana
fuisse passum. Ex his verbis convincitur illud fuisse animal rationale: siquidem
- bruta nihil agnoscunt, nisi sensibile et præsens, unde ab ipsis Deus nullo
+ bruta nihil agnoscunt, nisi sensibile et præsens, unde ab ipsis Deus nullo
modo cognosci potest. Quod si homunculus ille ait, se cum aliis suis
cognovisse Deum in carne humana passum, hoc probat, quod aliquo revelante habuit
notitiam de Deo, sicut etiam nos habemus de illo fidem revelatam; pariterque Deum
- carnem humanam assumpsisse, et in ea passum: quæ duo sunt articuli
- nostræ Fidei principales, nempe Dei unius, et Trini existentia, et ipsius
+ carnem humanam assumpsisse, et in ea passum: quæ duo sunt articuli
+ nostræ Fidei principales, nempe Dei unius, et Trini existentia, et ipsius
Incarnatio, Passio, et Resurrectio; ex quibus omnibus habetur, ut dicebam, illud
- fuisse animal rationale capax divinæ cognitionis, per revelationem, ut nos,
+ fuisse animal rationale capax divinæ cognitionis, per revelationem, ut nos,
et proinde pollens anima rationali, et ex consequenti immortali.</td>
- <td class="stdindent">81. Troisième observation: Il sait, dit-il, que le Dieu commun a
- souffert dans la chair de l'homme. Ces paroles prouvent que c'était un
- animal raisonnable. En effet, les bêtes ne connaissent rien au delà du
- sensible et du présent, et ne peuvent conséquemment
+ <td class="stdindent">81. Troisième observation: Il sait, dit-il, que le Dieu commun a
+ souffert dans la chair de l'homme. Ces paroles prouvent que c'était un
+ animal raisonnable. En effet, les bêtes ne connaissent rien au delà du
+ sensible et du présent, et ne peuvent conséquemment
avoir aucune connaissance de Dieu. Si, comme le dit ce petit homme, lui et ses
pareils savent que Dieu a souffert dans la chair humaine, cela prouve que,
- grâce à quelque révélation, il a eu connaissance de
- Dieu, de la même manière que nous en avons nous-mêmes la foi
- révélée; et cette notion, que Dieu a revêtu la chair
+ grâce à quelque révélation, il a eu connaissance de
+ Dieu, de la même manière que nous en avons nous-mêmes la foi
+ révélée; et cette notion, que Dieu a revêtu la chair
humaine et y a souffert, constitue les deux principaux articles de notre Foi:
d'abord, l'existence de Dieu un et triple, puis son Incarnation, sa Passion et sa
- Résurrection. Tout cela démontre, comme je l'ai dit, que
- c'était un animal raisonnable, capable de la connaissance divine par voie de
- révélation, ainsi que nous-mêmes, doué d'une âme
- raisonnable, et, par conséquent, immortelle.</td>
+ Résurrection. Tout cela démontre, comme je l'ai dit, que
+ c'était un animal raisonnable, capable de la connaissance divine par voie de
+ révélation, ainsi que nous-mêmes, doué d'une âme
+ raisonnable, et, par conséquent, immortelle.</td>
</tr>
<tr>
@@ -4182,39 +4141,39 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
deducitur, quod homunculus ille capax erat beatitudinis, et damnationis, et quod
non erat in termino, sed in via: ex hoc enim, quod, ut supra probatum est, se
prodidit rationalem, et anima immortali consequenter donatum, consequens est, quod,
- et beatitudinis, et damnationis capax sit: hæc enim propria
- passio est Creaturæ rationalis, ut constat ex natura angelica, et humana.
+ et beatitudinis, et damnationis capax sit: hæc enim propria
+ passio est Creaturæ rationalis, ut constat ex natura angelica, et humana.
Item deducitur, quod ipse erat in via, et proinde capax meriti, et demeriti: si
enim fuisset in termino, fuisset vel beatus, vel damnatus; neutrum autem potuit
esse, quia orationes D. Antonii, quibus se commendabat, ipsi nullo modo prodesse
potuissent, si fuisset finaliter damnatus; et si beatus fuisset illis non eguisset.
Quod ipsi se commendavit, signum est eas sibi prodesse potuisse, et proinde in
- statu viæ, et meriti.</td>
+ statu viæ, et meriti.</td>
- <td class="stdindent">82. Quatrième observation: Au nom de tout son troupeau, dont il se
- déclare le délégué, il demande à S. Antoine de
- prier pour eux le Dieu commun. D'où je déduis que ce petit homme
- était capable de béatitude et de damnation, et qu'il n'était
+ <td class="stdindent">82. Quatrième observation: Au nom de tout son troupeau, dont il se
+ déclare le délégué, il demande à S. Antoine de
+ prier pour eux le Dieu commun. D'où je déduis que ce petit homme
+ était capable de béatitude et de damnation, et qu'il n'était
pas <i>in termino</i>, mais <i>in via</i>; en effet, du moment qu'il est un animal
- raisonnable, et, conséquemment, doué d'une âme immortelle,
- comme il a été prouvé plus haut, la logique veut
- également qu'il soit capable de béatitude et de
- damnation: c'est là, effectivement, le propre de la créature
- raisonnable, ange ou homme. De même, je déduis qu'il était dans
- la voie, <i>in via</i>, c'est-à-dire capable de mérite et de
- démérite; car, s'il eût été au terme, <i>in
- termino</i>, il eût été ou bienheureux ou damné. Or, il
- ne pouvait être ni l'un, ni l'autre; car les prières de S. Antoine,
- auxquelles il se recommandait, ne pouvaient lui être d'aucun secours, s'il
- était définitivement damné; et, s'il était bienheureux,
- il n'en avait pas besoin. Puisqu'il se recommandait à ses prières,
- c'est qu'elles pouvaient lui servir, et qu'il était, par conséquent,
- dans la voie du salut, <i>in statu viæ et meriti</i>.</td>
+ raisonnable, et, conséquemment, doué d'une âme immortelle,
+ comme il a été prouvé plus haut, la logique veut
+ également qu'il soit capable de béatitude et de
+ damnation: c'est là, effectivement, le propre de la créature
+ raisonnable, ange ou homme. De même, je déduis qu'il était dans
+ la voie, <i>in via</i>, c'est-à-dire capable de mérite et de
+ démérite; car, s'il eût été au terme, <i>in
+ termino</i>, il eût été ou bienheureux ou damné. Or, il
+ ne pouvait être ni l'un, ni l'autre; car les prières de S. Antoine,
+ auxquelles il se recommandait, ne pouvaient lui être d'aucun secours, s'il
+ était définitivement damné; et, s'il était bienheureux,
+ il n'en avait pas besoin. Puisqu'il se recommandait à ses prières,
+ c'est qu'elles pouvaient lui servir, et qu'il était, par conséquent,
+ dans la voie du salut, <i>in statu viæ et meriti</i>.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">83. Quinto notandum, quod homunculus ille professus est, se esse legatum
- aliorum suæ speciei, dum dixit <i>legatione fungor gregis mei</i>, ex quibus
+ aliorum suæ speciei, dum dixit <i>legatione fungor gregis mei</i>, ex quibus
verbis plura deducuntur. Unum est, quod homunculus ille non solus erat, unde
potuisset credi monstrum raro contingens, sed quod plures erant ejusdem speciei;
tum quia simul congregati gregem faciebant; tum quia nomine omnium veniebat: quod
@@ -4226,36 +4185,36 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
quisnam ille esset cujusve sanctitatis; necessarium igitur fuit, quod alibi eum
cognoverint, et ex consequenti extra desertum illum vagaverint.</td>
- <td class="stdindent">83. Cinquième observation: Ce petit homme, en disant: «<i>Je suis
- envoyé en mission par mon troupeau</i>», se déclare le
- délégué d'autres créatures de son espèce.
- D'où nous pouvons tirer plusieurs conséquences: d'abord, que ce petit
- homme n'était pas seul, c'est-à-dire un monstre exceptionnel et rare,
- mais qu'il en existait plusieurs de même espèce, puisque,
- réunis ensemble, ils formaient un troupeau, et qu'il se présentait au
- nom de tous: ce qui n'eût pas été vrai, si un grand nombre de
- volontés n'eussent concouru à le déléguer. Ensuite, que ces animaux vivent en société, puisqu'ils
- envoient l'un d'eux pour les représenter tous. Enfin que, tout en habitant
- le Désert, ils n'y sont cependant pas fixés à l'état
+ <td class="stdindent">83. Cinquième observation: Ce petit homme, en disant: «<i>Je suis
+ envoyé en mission par mon troupeau</i>», se déclare le
+ délégué d'autres créatures de son espèce.
+ D'où nous pouvons tirer plusieurs conséquences: d'abord, que ce petit
+ homme n'était pas seul, c'est-à-dire un monstre exceptionnel et rare,
+ mais qu'il en existait plusieurs de même espèce, puisque,
+ réunis ensemble, ils formaient un troupeau, et qu'il se présentait au
+ nom de tous: ce qui n'eût pas été vrai, si un grand nombre de
+ volontés n'eussent concouru à le déléguer. Ensuite, que ces animaux vivent en société, puisqu'ils
+ envoient l'un d'eux pour les représenter tous. Enfin que, tout en habitant
+ le Désert, ils n'y sont cependant pas fixés à l'état
permanent: en effet, S. Antoine n'ayant jamais eu jusqu'alors l'occasion de visiter
- cette solitude, qui était très-éloignée de son
- ermitage, ils n'auraient pu savoir qui il était, ni à quel
- degré de sainteté il était parvenu; il était donc
- nécessaire qu'ils l'eussent connu ailleurs, et, conséquemment, qu'ils
- eussent voyagé hors de ce désert.</td>
+ cette solitude, qui était très-éloignée de son
+ ermitage, ils n'auraient pu savoir qui il était, ni à quel
+ degré de sainteté il était parvenu; il était donc
+ nécessaire qu'ils l'eussent connu ailleurs, et, conséquemment, qu'ils
+ eussent voyagé hors de ce désert.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">84. Ultimo notandum, quod homunculus ille ait esse ex iis,<i> quos
- cæco errore delusa Gentilitas Faunos, Satyros et Incubos</i> appellant; et ex
+ cæco errore delusa Gentilitas Faunos, Satyros et Incubos</i> appellant; et ex
his verbis convincitur nostrum intentum principale, Incubos nempe esse animalia
rationalia beatitatis, et damnationis capacia.</td>
- <td class="stdindent">84. Dernière observation: Ce petit homme dit être de ceux que
- <i>les Gentils, abusés par une erreur aveugle, appellent Faunes, Satyres et
- Incubes</i>: ce qui prouve bien la vérité de notre thèse
+ <td class="stdindent">84. Dernière observation: Ce petit homme dit être de ceux que
+ <i>les Gentils, abusés par une erreur aveugle, appellent Faunes, Satyres et
+ Incubes</i>: ce qui prouve bien la vérité de notre thèse
principale, savoir: que les Incubes sont des animaux raisonnables, capables de
- béatitude et de damnation.</td>
+ béatitude et de damnation.</td>
</tr>
<tr>
@@ -4264,229 +4223,229 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
nempe coram fossoribus minerarum comparent induti habitu, qualem habent fossores
ipsi, et jocantur inter se, tripudiantque, ac rident et cachinnantur, parvosque
lapides joco mittunt in metallarios, et tunc signum est, ait Auctor
- prædictus, optimi proventus, ac inventionis alicujus rami, aut trunci
+ prædictus, optimi proventus, ac inventionis alicujus rami, aut trunci
principalis arboris mineralis.</td>
- <td class="stdindent">85. L'apparition de petits hommes de cette sorte est fréquente dans les
- mines métalliques, comme l'enseigne Gregorius Agricola, dans son livre <i>De
- Animal. subterran</i>. Ils se font voir aux mineurs vêtus des mêmes
+ <td class="stdindent">85. L'apparition de petits hommes de cette sorte est fréquente dans les
+ mines métalliques, comme l'enseigne Gregorius Agricola, dans son livre <i>De
+ Animal. subterran</i>. Ils se font voir aux mineurs vêtus des mêmes
habits qu'eux; ils jouent et badinent ensemble, rient, plaisantent, jettent
- aux mineurs de petites pierres en manière de jeu; et c'est
- alors bon signe, dit l'auteur précité: on est sûr de
- découvrir quelque riche rameau ou même un tronc d'arbre
- minéral.</td>
+ aux mineurs de petites pierres en manière de jeu; et c'est
+ alors bon signe, dit l'auteur précité: on est sûr de
+ découvrir quelque riche rameau ou même un tronc d'arbre
+ minéral.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">86. Tales homunculos subterraneos negat Petrus Thyræus Novesianus,
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">86. Tales homunculos subterraneos negat Petrus Thyræus Novesianus,
lib. <i>De Terrificatio. Noctur.</i>, c. 2., <i>per totum</i>, nixus argumentis
- sane puerilibus, quæ sunt hæc: si darentur hujusmodi homunciones,
- ubinam degunt, et quænam, et ubi habent sua domicilia, qua ratione genus suum
+ sane puerilibus, quæ sunt hæc: si darentur hujusmodi homunciones,
+ ubinam degunt, et quænam, et ubi habent sua domicilia, qua ratione genus suum
conservant, si per generationem, aut quomodo? si oriantur, et intereant, quo cibo
vitam suam sustentent; si beatitudinis, et damnationis capaces sunt, et quibus
- mediis propriam salutem consequantur? Hæc sunt argumenta Thyræi, quibus
+ mediis propriam salutem consequantur? Hæc sunt argumenta Thyræi, quibus
permotus negat talem existentiam.</td>
- <td class="stdindent">86. Pierre Thyræus, de Neuss, dans son livre <i>De Terrification.
+ <td class="stdindent">86. Pierre Thyræus, de Neuss, dans son livre <i>De Terrification.
Nocturn.</i>, nie l'existence de ces petits hommes, en s'appuyant sur des arguments
- qu'on trouvera sans aucun doute puérils. Étant donné, dit-il,
- de petits hommes de cette espèce, où vivent-ils, comment et où
- logent-ils? de quelle manière se perpétue leur espèce, par
- génération ou autrement? naissent-ils, meurent-ils, usent-ils de
- nourriture pour soutenir leur vie? sont-ils capables de béatitude et de
+ qu'on trouvera sans aucun doute puérils. Étant donné, dit-il,
+ de petits hommes de cette espèce, où vivent-ils, comment et où
+ logent-ils? de quelle manière se perpétue leur espèce, par
+ génération ou autrement? naissent-ils, meurent-ils, usent-ils de
+ nourriture pour soutenir leur vie? sont-ils capables de béatitude et de
damnation? et par quels moyens obtiennent-ils leur salut? Tels sont les arguments
- qui suffisent à Thyræus pour nier cette existence.</td>
+ qui suffisent à Thyræus pour nier cette existence.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">87. Sed viri parum cordati est negare id, quod graves Aucthores, fideque
- digni scribunt, quodque quotidiana constat experientia. Argumenta Thyræi nec
+ digni scribunt, quodque quotidiana constat experientia. Argumenta Thyræi nec
minimum cogunt, ac ea solvimus supra a n<sup>o</sup> 45. et seq. Remanet solum
- satisfacere quæstioni ubinam locorum habitent hujusmodi homunculi, seu
+ satisfacere quæstioni ubinam locorum habitent hujusmodi homunculi, seu
Incubi? Ad quod dico, quod ut supra dedimus n<sup>o</sup> 71. ex Guaccio,
- istorum alii sunt terrei, alii aquei, alii ærei, alii ignei, quorum nempe
+ istorum alii sunt terrei, alii aquei, alii ærei, alii ignei, quorum nempe
corpora, aut constant ex talium elementorum subtiliori parte, sive licet ex
- pluribus constent elementis, prævalet tamen in iis, aut aqua, aut ær
+ pluribus constent elementis, prævalet tamen in iis, aut aqua, aut ær
pro ipsorum natura. Mansiones igitur, et domicilia eorum erunt in elemento illo
- cujus natura in eorum corporibus prævalet: ignei enim nisi violenter, et
- forte nullomodo in aquis aut locis palustribus morabuntur, cum hæc sint sibi
- contraria, nec aquei ad superiorem ætheris partem ascendere poterunt ob sibi
+ cujus natura in eorum corporibus prævalet: ignei enim nisi violenter, et
+ forte nullomodo in aquis aut locis palustribus morabuntur, cum hæc sint sibi
+ contraria, nec aquei ad superiorem ætheris partem ascendere poterunt ob sibi
repugnantem regionis illius subtilitatem, quod etiam videmus accidere hominibus,
- qui ad quorumdam Alpium summa juga pervenire nequeunt præ summa æris
- subtilitate, quæ homines crassiori æri assuetos nutrire
+ qui ad quorumdam Alpium summa juga pervenire nequeunt præ summa æris
+ subtilitate, quæ homines crassiori æri assuetos nutrire
nequit.</td>
<td class="stdindent">87. Mais, on l'avouera, c'est faire preuve de peu de sens que d'oser nier ce
- qu'ont écrit des auteurs graves et dignes de foi, ce qu'atteste d'ailleurs
- une expérience de chaque jour. Les arguments de Thyræus n'ont pas la
- moindre portée, et nous les avons résolus d'avance, n<sup>os</sup> 45
- et suivants. La seule question à laquelle il reste à satisfaire
- est celle-ci: où demeurent ces petits hommes, ces Incubes?
- A cela je réponds: ainsi qu'il a été exposé plus
- haut (n<sup>o</sup> 71) d'après Guaccius, les uns sont terrestres, d'autres
- aqueux, d'autres aériens, d'autres ignés, c'est-à-dire que
- leurs corps sont composés de la partie la plus subtile de l'un des
- éléments, ou si plusieurs éléments s'y trouvent
- réunis, il y en a pourtant un qui domine, soit l'eau, soit l'air, suivant
- leur nature. Leurs demeures, conséquemment, se trouveront dans celui de ces
- éléments qui entrera comme partie dominante dans la composition de
- leur corps; les Incubes ignés, par exemple, ne résideront pas
- volontiers ou même ne résideront jamais dans l'eau ou dans les
- marécages, qui leur sont contraires, et les Incubes aqueux ne pourront
- s'élever jusqu'à la partie supérieure de l'éther, cette
- région étant trop subtile pour leur nature. Ceci même s'observe
- dans les hommes qui, accoutumés à un air épais, ne peuvent
- résider sur certains sommets des Alpes où l'air est trop subtil pour
+ qu'ont écrit des auteurs graves et dignes de foi, ce qu'atteste d'ailleurs
+ une expérience de chaque jour. Les arguments de Thyræus n'ont pas la
+ moindre portée, et nous les avons résolus d'avance, n<sup>os</sup> 45
+ et suivants. La seule question à laquelle il reste à satisfaire
+ est celle-ci: où demeurent ces petits hommes, ces Incubes?
+ A cela je réponds: ainsi qu'il a été exposé plus
+ haut (n<sup>o</sup> 71) d'après Guaccius, les uns sont terrestres, d'autres
+ aqueux, d'autres aériens, d'autres ignés, c'est-à-dire que
+ leurs corps sont composés de la partie la plus subtile de l'un des
+ éléments, ou si plusieurs éléments s'y trouvent
+ réunis, il y en a pourtant un qui domine, soit l'eau, soit l'air, suivant
+ leur nature. Leurs demeures, conséquemment, se trouveront dans celui de ces
+ éléments qui entrera comme partie dominante dans la composition de
+ leur corps; les Incubes ignés, par exemple, ne résideront pas
+ volontiers ou même ne résideront jamais dans l'eau ou dans les
+ marécages, qui leur sont contraires, et les Incubes aqueux ne pourront
+ s'élever jusqu'à la partie supérieure de l'éther, cette
+ région étant trop subtile pour leur nature. Ceci même s'observe
+ dans les hommes qui, accoutumés à un air épais, ne peuvent
+ résider sur certains sommets des Alpes où l'air est trop subtil pour
eux.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">88. Pluribus sanctorum Patrum auctoritatibus, quas congerit Molina in p. p.
- D. Thom., q. 50., ar. 1. circa med., probare possemus Dæmonum corporeitatem;
- quæ tamen stante determinatione Concilii Lateranensis de incorporeitate
- Angelorum, ut dictum fuit supra n<sup>o</sup> 37., exponi debent de Dæmonibus
+ D. Thom., q. 50., ar. 1. circa med., probare possemus Dæmonum corporeitatem;
+ quæ tamen stante determinatione Concilii Lateranensis de incorporeitate
+ Angelorum, ut dictum fuit supra n<sup>o</sup> 37., exponi debent de Dæmonibus
istis Incubis, ac viatoribus adhuc, non autem de Damnatis. Tamen ne nimis longus
- sim, solius D. Augustini, summi Ecclesiæ Doctoris, aucthoritates damus,
+ sim, solius D. Augustini, summi Ecclesiæ Doctoris, aucthoritates damus,
quibus evidenter convincitur illum fuisse in sententia, quam nos docemus.</td>
- <td class="stdindent">88. Molina, dans son <i>Commentaire de S. Thomas</i>, réunit plusieurs
- témoignages des Saints Pères, qui pourraient nous servir à
- prouver la corporéité des Démons; mais, en présence
- de la décision du Concile de Latran, rapportée plus haut
- (n<sup>o</sup> 87), touchant l'incorporéité des Anges, nous devons
- entendre que les Saints Pères ont eu en vue ces Démons Incubes, qui
- sont encore dans la voie du salut, et non les Anges damnés. Cependant, sans
- aller plus loin, nous nous bornerons à citer S. Augustin, ce grand Docteur
- de l'Église, et l'on verra à quel point sa doctrine concorde avec la
- nôtre.</td>
+ <td class="stdindent">88. Molina, dans son <i>Commentaire de S. Thomas</i>, réunit plusieurs
+ témoignages des Saints Pères, qui pourraient nous servir à
+ prouver la corporéité des Démons; mais, en présence
+ de la décision du Concile de Latran, rapportée plus haut
+ (n<sup>o</sup> 87), touchant l'incorporéité des Anges, nous devons
+ entendre que les Saints Pères ont eu en vue ces Démons Incubes, qui
+ sont encore dans la voie du salut, et non les Anges damnés. Cependant, sans
+ aller plus loin, nous nous bornerons à citer S. Augustin, ce grand Docteur
+ de l'Église, et l'on verra à quel point sa doctrine concorde avec la
+ nôtre.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">89. D. Augustinus igitur, lib. 2. <i>super Genesim</i> ad litteram c.
- 17. <i>de Dæmonibus</i>, sic habet: «<i>Quædam vera nosse,
+ 17. <i>de Dæmonibus</i>, sic habet: «<i>Quædam vera nosse,
partim quia subtiliore sensus acumine, partim quia subtilioribus corporibus
- vigent,</i>» et lib. 3. c. 1., «<i>etsi Dæmones ærea sunt
- animalia, quoniam corporum æreorum natura vigent.</i>» Et Epistola 115.
- ad Hebridium affirmat, eos esse «<i>animantia ærea, seu ætherea
- acerrimi sensus.</i>» Et <i>de Civit. Dei</i> lib. 11. c. 23, affirmat
- «<i>Dæmonem pessimum habere corpus æreum.</i>» Et lib. 21.
- c. 10. scripsit: «<i>Sunt sua quædam etiam Dæmonibus corpora,
- sicut doctis hominibus visum est, ex isto ære crasso et humido.</i>» Et
- lib. 15. c. 23. ait «<i>se non audere definire, an Angeli corpore
- æreo, ita corporati possint etiam hanc pati libidinem, ut quomodo
- possint, sentientibus f&oelig;minis misceantur.</i>» Et in Enarrat. in Psal.
- 85. ait «<i>corpora beatorum futura post resurrectionem, qualia sunt corpora
- Angelorum;</i>» et Enarrat. in Psal. 14. 5. ait «<i>corpus Angelicum
- inferius esse anima.</i>» Et lib.<i> De Divinit. Dæmonum</i>, passim per
- totum, maxime c. 23., docet «<i>Dæmones subtilia habere
- corpora.</i>»</td>
-
- <td class="stdindent">89. S. Augustin donc, dans son <i>Commentaire de la Genèse</i>, liv. 2,
- ch. 17, s'exprime ainsi au sujet des Démons: «<i>Ils connaissent
- certaines vérités, soit parce que leurs sens sont plus vifs et plus
- subtils, soit parce que leurs corps eux-mêmes sont plus subtils,</i>»
- et au livre 3, ch. 1<sup>er</sup>: «<i>les Démons sont des animaux
- aériens, parce qu'ils participent de la nature des corps
- aériens.</i>» Dans son Épitre 115 à Hebridius, il
- affirme que ce sont «<i>des animaux aériens, ou
- éthérés, doués d'un sens
- très-délicat</i>.» Dans la <i>Cité de Dieu</i>, liv. 11,
- ch. 23, il dit que «<i>le pire Démon a un corps
- aérien</i>.» Au livre 21, ch. 10, il écrit: «<i>Certains
- Démons ont même des corps composés, comme l'ont cru des
- philosophes, de l'air épais et humide que nous respirons.</i>» Au
- livre 15, ch. 23: «<i>il n'ose définir si les Anges, doués d'un
- corps aérien, pourraient ressentir cette passion sensuelle qui les
- pousserait à s'unir aux femmes</i>.» Dans son commentaire du Psaume
- 85, il dit que «<i>les corps des bienheureux seront, après la
- résurrection, pareils aux corps des Anges</i>;» au Psaume 14, il
- observe que «<i>le corps des Anges est inférieur à
- l'âme</i>.» Enfin, dans son livre de la <i>Divination des
- Démons</i>, notamment ch. 23, il enseigne que «<i>les Démons
- ont des corps subtils</i>».</td>
+ vigent,</i>» et lib. 3. c. 1., «<i>etsi Dæmones ærea sunt
+ animalia, quoniam corporum æreorum natura vigent.</i>» Et Epistola 115.
+ ad Hebridium affirmat, eos esse «<i>animantia ærea, seu ætherea
+ acerrimi sensus.</i>» Et <i>de Civit. Dei</i> lib. 11. c. 23, affirmat
+ «<i>Dæmonem pessimum habere corpus æreum.</i>» Et lib. 21.
+ c. 10. scripsit: «<i>Sunt sua quædam etiam Dæmonibus corpora,
+ sicut doctis hominibus visum est, ex isto ære crasso et humido.</i>» Et
+ lib. 15. c. 23. ait «<i>se non audere definire, an Angeli corpore
+ æreo, ita corporati possint etiam hanc pati libidinem, ut quomodo
+ possint, sentientibus f&oelig;minis misceantur.</i>» Et in Enarrat. in Psal.
+ 85. ait «<i>corpora beatorum futura post resurrectionem, qualia sunt corpora
+ Angelorum;</i>» et Enarrat. in Psal. 14. 5. ait «<i>corpus Angelicum
+ inferius esse anima.</i>» Et lib.<i> De Divinit. Dæmonum</i>, passim per
+ totum, maxime c. 23., docet «<i>Dæmones subtilia habere
+ corpora.</i>»</td>
+
+ <td class="stdindent">89. S. Augustin donc, dans son <i>Commentaire de la Genèse</i>, liv. 2,
+ ch. 17, s'exprime ainsi au sujet des Démons: «<i>Ils connaissent
+ certaines vérités, soit parce que leurs sens sont plus vifs et plus
+ subtils, soit parce que leurs corps eux-mêmes sont plus subtils,</i>»
+ et au livre 3, ch. 1<sup>er</sup>: «<i>les Démons sont des animaux
+ aériens, parce qu'ils participent de la nature des corps
+ aériens.</i>» Dans son Épitre 115 à Hebridius, il
+ affirme que ce sont «<i>des animaux aériens, ou
+ éthérés, doués d'un sens
+ très-délicat</i>.» Dans la <i>Cité de Dieu</i>, liv. 11,
+ ch. 23, il dit que «<i>le pire Démon a un corps
+ aérien</i>.» Au livre 21, ch. 10, il écrit: «<i>Certains
+ Démons ont même des corps composés, comme l'ont cru des
+ philosophes, de l'air épais et humide que nous respirons.</i>» Au
+ livre 15, ch. 23: «<i>il n'ose définir si les Anges, doués d'un
+ corps aérien, pourraient ressentir cette passion sensuelle qui les
+ pousserait à s'unir aux femmes</i>.» Dans son commentaire du Psaume
+ 85, il dit que «<i>les corps des bienheureux seront, après la
+ résurrection, pareils aux corps des Anges</i>;» au Psaume 14, il
+ observe que «<i>le corps des Anges est inférieur à
+ l'âme</i>.» Enfin, dans son livre de la <i>Divination des
+ Démons</i>, notamment ch. 23, il enseigne que «<i>les Démons
+ ont des corps subtils</i>».</td>
</tr>
<tr id="no90">
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">90. Potest etiam sententia nostra aucthoritatibus Sacræ
- Scripturæ comprobari, quæ licet ab Expositoribus aliter declarentur,
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">90. Potest etiam sententia nostra aucthoritatibus Sacræ
+ Scripturæ comprobari, quæ licet ab Expositoribus aliter declarentur,
non incongrue tamen ad nostrum intentum possunt aptari. Prima est Psalmi 77., v.
24. et 25., ubi habetur: <i>panem Angelorum manducavit homo, panem c&oelig;li
dedit eis</i>. Hic loquitur David de Manna, qua cibatus fuit Populus Israel toto
- tempore, quo peregrinus fuit in deserto. Quærendum ergo venit, quo sensu
+ tempore, quo peregrinus fuit in deserto. Quærendum ergo venit, quo sensu
Manna dici possit <i>panis Angelorum</i>. Scio quidem plerosque Doctores exponere
hunc passum in sensu mystico, aientes in Manna figuratam esse <i>Sacram
- Eucharistiam</i>, quæ vocatur <i>panis Angelorum</i>, quia Angeli
+ Eucharistiam</i>, quæ vocatur <i>panis Angelorum</i>, quia Angeli
fruuntur visione Dei, qui per concomitantiam in Eucharistia
reperitur.</td>
- <td class="stdindent">90. Notre doctrine peut également s'appuyer sur les témoignages
- des Saintes Écritures, quelque diverse que soit l'interprétation
+ <td class="stdindent">90. Notre doctrine peut également s'appuyer sur les témoignages
+ des Saintes Écritures, quelque diverse que soit l'interprétation
qu'en donnent les Commentateurs. Nous avons d'abord le Psaume 77, v. 24 et 25,
- où il est dit: «<i>l'homme a mangé le pain des Anges, il leur a
- donné le pain du ciel</i>.» David parle ici de la Manne, dont le
- peuple d'Israël s'est nourri tout le temps qu'il a erré dans le
- désert. Or, on demandera dans quel sens on peut dire de la Manne que c'est
+ où il est dit: «<i>l'homme a mangé le pain des Anges, il leur a
+ donné le pain du ciel</i>.» David parle ici de la Manne, dont le
+ peuple d'Israël s'est nourri tout le temps qu'il a erré dans le
+ désert. Or, on demandera dans quel sens on peut dire de la Manne que c'est
le <i>pain des Anges</i>. La plupart des Docteurs, je ne l'ignore pas,
- interprètent ce passage dans un sens mystique, disant que la Manne figure la
- <i>Sainte Eucharistie</i>, appelée aussi le <i>pain des Anges</i>, parce
+ interprètent ce passage dans un sens mystique, disant que la Manne figure la
+ <i>Sainte Eucharistie</i>, appelée aussi le <i>pain des Anges</i>, parce
que les Anges jouissent de la vue de Dieu, qui se trouve par concomitance dans
l'Eucharistie.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">91. Sed hæc expositio aptissima est quidem, et quam amplectitur
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">91. Sed hæc expositio aptissima est quidem, et quam amplectitur
Ecclesia in officio <i>Sanctissimi Corporis Christi</i>, sed in sensu spirituali
- est. Ego autem quæro sensum litteralem: neque enim in illo Psalmo David
+ est. Ego autem quæro sensum litteralem: neque enim in illo Psalmo David
loquitur prophetice de futuris, sicut facit in aliis locis, ut proinde facile non
- sit sensum litteralem habere; sed loquitur historice de præteritis. Ille enim
+ sit sensum litteralem habere; sed loquitur historice de præteritis. Ille enim
Psalmus, ut patet legenti, est pura anacephalestis, seu compendium omnium
- beneficiorum, quæ contulit Deus Populo Hebræo ab egressu ipsius de
+ beneficiorum, quæ contulit Deus Populo Hebræo ab egressu ipsius de
Aegypto, usque ad tempus Davidis, et in eo versu loquitur de Manna Deserti, ut
- proinde quæratur quomodo, et quo sensu Manna vocetur Panis
+ proinde quæratur quomodo, et quo sensu Manna vocetur Panis
Angelorum.</td>
- <td class="stdindent">91. Cette interprétation est assurément très-admissible,
- et elle est adoptée par l'Église dans l'office du
- <i>Très-Saint Corps de Jésus-Christ</i>, mais c'est là un sens
- spirituel. Or, ce que je cherche, c'est le sens littéral, car, dans ce
- psaume, David ne parle pas en prophète de choses futures, comme il le fait
- dans d'autres endroits où il est difficile de trouver un sens
- littéral; il parle ici en historien, de choses passées. Ce psaume, en
- effet, pour quiconque le lit, est une pure anacéphaléose, soit une
- récapitulation de tous les bienfaits conférés par Dieu au
- peuple Hébreu depuis sa sortie d'Égypte jusqu'au temps de David, et
- il y est parlé de la Manne du Désert, qu'il appelle le Pain des
- Anges: pourquoi et dans quel sens, voilà la question.</td>
+ <td class="stdindent">91. Cette interprétation est assurément très-admissible,
+ et elle est adoptée par l'Église dans l'office du
+ <i>Très-Saint Corps de Jésus-Christ</i>, mais c'est là un sens
+ spirituel. Or, ce que je cherche, c'est le sens littéral, car, dans ce
+ psaume, David ne parle pas en prophète de choses futures, comme il le fait
+ dans d'autres endroits où il est difficile de trouver un sens
+ littéral; il parle ici en historien, de choses passées. Ce psaume, en
+ effet, pour quiconque le lit, est une pure anacéphaléose, soit une
+ récapitulation de tous les bienfaits conférés par Dieu au
+ peuple Hébreu depuis sa sortie d'Égypte jusqu'au temps de David, et
+ il y est parlé de la Manne du Désert, qu'il appelle le Pain des
+ Anges: pourquoi et dans quel sens, voilà la question.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">92. Scio alios, Lyran., Euthim., Bellarm., Titelman., Genebrard., in Psal.
77. v. 24. et 25., interpretari Panem Angelorum Panem ab Angelis paratum, seu
Angelorum ministerio a C&oelig;lo demissum; Hugonem autem Cardinalem Panem
- Angelorum exponere: quia ille cibus hoc efficiebat in Judæis, quod
+ Angelorum exponere: quia ille cibus hoc efficiebat in Judæis, quod
in Angelis efficit cibus illorum, pro parte: Angeli enim non incurrunt
- infirmitatem. Voluerunt enim expositores Hebræi, ut etiam asseverat Josephus,
- quod Judæi in Deserto vescentes manna, nec senescerent, nec ægrotarent,
+ infirmitatem. Voluerunt enim expositores Hebræi, ut etiam asseverat Josephus,
+ quod Judæi in Deserto vescentes manna, nec senescerent, nec ægrotarent,
nec lassarentur; proinde illa esset tanquam panis, quo vescuntur Angeli, qui nec
- senio, nec ægritudine, nec lassitudine unquam laborant.</td>
+ senio, nec ægritudine, nec lassitudine unquam laborant.</td>
<td class="stdindent">92. D'autres docteurs, je le sais encore, voient dans le <i>Pain des Anges</i>
- un pain préparé par les Anges, ou envoyé du Ciel par le
- ministère des Anges. Le cardinal Hugo explique cette qualification, en
+ un pain préparé par les Anges, ou envoyé du Ciel par le
+ ministère des Anges. Le cardinal Hugo explique cette qualification, en
disant que cette nourriture produisait en partie sur les Juifs l'effet que la
nourriture des Anges produit sur ces derniers. Les Anges, effectivement, ne sont
- sujets à aucune infirmité; et d'un autre côté, les
- commentateurs Hébreux, et Josèphe lui-même, affirment que tout
- le temps que les Juifs sont restés dans le Désert, se nourrissant de
+ sujets à aucune infirmité; et d'un autre côté, les
+ commentateurs Hébreux, et Josèphe lui-même, affirment que tout
+ le temps que les Juifs sont restés dans le Désert, se nourrissant de
la manne, ils n'ont connu ni vieillesse, ni maladie, ni fatigue; cette manne
- était donc semblable au pain dont se nourrissent les Anges, qui ne
- vieillissent pas et ne sont sujets à aucune fatigue ni maladie.</td>
+ était donc semblable au pain dont se nourrissent les Anges, qui ne
+ vieillissent pas et ne sont sujets à aucune fatigue ni maladie.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">93. Istas quidem expositiones recipere æquum est, utpote tantorum
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">93. Istas quidem expositiones recipere æquum est, utpote tantorum
Doctorum aucthoritate suffultas. Facessit tamen difficultatem, quod ministerio
- Angelorum Hebræis non minus parata fuere columna nubis, et ignis, coturnices,
+ Angelorum Hebræis non minus parata fuere columna nubis, et ignis, coturnices,
et aqua de petra, quam manna; nec tamen ista dicta fuere columna, aqua, aut potus
Angelorum. Cur ergo potius vocari deberet manna, quia parata ministerio
Angelorum, <i>Panis Angelorum</i>, quam <i>Potus Angelorum</i> aqua eorumdem
@@ -4504,273 +4463,273 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
qui ipsum conficit, affert, aut parat. Commode igitur in loco citato Psalmi accipi
potest <i>Panis Angelorum</i>, cibus quo vescuntur Angeli non quidem incorporei
(isti enim materiali cibo non egent), sed corporei, ista nempe rationalia animalia,
- de quibus hucusque disseruimus, degentia in ære, et quæ ratione
- tenuitatis suorum corporum, ac rationalis naturæ, quam maxime ad Angelos
+ de quibus hucusque disseruimus, degentia in ære, et quæ ratione
+ tenuitatis suorum corporum, ac rationalis naturæ, quam maxime ad Angelos
immateriales accedunt, ut proinde nuncupentur.</td>
- <td class="stdindent">93. Ces interprétations, assurément, méritent d'être
- accueillies avec le respect dû à l'autorité de si grands
- Docteurs. Il y a cependant une difficulté: c'est que, indépendamment
- de la manne, le ministère des Anges a également procuré aux
- Hébreux la colonne de nuée et de feu, les cailles, l'eau du rocher,
- et que l'Écriture ne dit pas: la colonne des Anges, l'eau ou la boisson des
+ <td class="stdindent">93. Ces interprétations, assurément, méritent d'être
+ accueillies avec le respect dû à l'autorité de si grands
+ Docteurs. Il y a cependant une difficulté: c'est que, indépendamment
+ de la manne, le ministère des Anges a également procuré aux
+ Hébreux la colonne de nuée et de feu, les cailles, l'eau du rocher,
+ et que l'Écriture ne dit pas: la colonne des Anges, l'eau ou la boisson des
Anges. Pourquoi donc appeler la manne le <i>Pain des Anges</i>, parce qu'elle
- était préparée par leur ministère, et ne pas appeler
- <i>Boisson des Anges</i> cette eau qui était tirée du roc aussi par
- leur ministère? De plus, dans la Sainte Écriture, quand il est dit
+ était préparée par leur ministère, et ne pas appeler
+ <i>Boisson des Anges</i> cette eau qui était tirée du roc aussi par
+ leur ministère? De plus, dans la Sainte Écriture, quand il est dit
d'un pain que c'est le <i>pain de quelqu'un</i>, c'est toujours le <i>pain de
- celui</i> qui s'en nourrit, non de celui qui le prépare ou le
+ celui</i> qui s'en nourrit, non de celui qui le prépare ou le
fabrique. Les exemples en sont infinis: ainsi, dans l'<i>Exode</i>, ch. 23, v. 25:
- «<i>Afin que je bénisse ton pain et ton eau</i>;» au livre 2 des
- <i>Rois</i>, ch. 12, v. 3: «<i>Mangeant de son pain</i>;» dans
- <i>Tobie</i>, ch. 4, v. 17: «<i>Mange ton pain avec les pauvres</i>,»
- et v. 18: «<i>Répands ton pain sur la sépulture du
- Juste</i>;» dans l'<i>Ecclésiaste</i> ch. 11, v. 1;
- «<i>Répands ton pain sur les eaux qui passent</i>;» dans
- <i>Isaïe</i>, ch. 58, v, 7: «<i>Romps ton pain avec celui qui a
- faim</i>;» dans Jérémie, c. 11, v. 19: «<i>Mettons du
- bois dans son pain</i>;» dans <i>S. Mathieu</i>, ch. 15, v. 26: «<i>Il
- n'est pas juste de prendre le pain des enfants</i>;» dans <i>S. Luc</i>, ch.
- 11, v. 3: «<i>Notre pain quotidien</i>.» Tous ces passages
- démontrent surabondamment que le pain de quelqu'un, dans le langage des
- Écritures, c'est le pain de celui qui s'en nourrit, et non de celui qui le
- fait, l'apporte ou le prépare. Il est donc très-naturel, dans
- l'endroit du Psaume que nous avons cité, d'entendre par <i>Pain des
+ «<i>Afin que je bénisse ton pain et ton eau</i>;» au livre 2 des
+ <i>Rois</i>, ch. 12, v. 3: «<i>Mangeant de son pain</i>;» dans
+ <i>Tobie</i>, ch. 4, v. 17: «<i>Mange ton pain avec les pauvres</i>,»
+ et v. 18: «<i>Répands ton pain sur la sépulture du
+ Juste</i>;» dans l'<i>Ecclésiaste</i> ch. 11, v. 1;
+ «<i>Répands ton pain sur les eaux qui passent</i>;» dans
+ <i>Isaïe</i>, ch. 58, v, 7: «<i>Romps ton pain avec celui qui a
+ faim</i>;» dans Jérémie, c. 11, v. 19: «<i>Mettons du
+ bois dans son pain</i>;» dans <i>S. Mathieu</i>, ch. 15, v. 26: «<i>Il
+ n'est pas juste de prendre le pain des enfants</i>;» dans <i>S. Luc</i>, ch.
+ 11, v. 3: «<i>Notre pain quotidien</i>.» Tous ces passages
+ démontrent surabondamment que le pain de quelqu'un, dans le langage des
+ Écritures, c'est le pain de celui qui s'en nourrit, et non de celui qui le
+ fait, l'apporte ou le prépare. Il est donc très-naturel, dans
+ l'endroit du Psaume que nous avons cité, d'entendre par <i>Pain des
Anges</i>, la nourriture dont se servent non pas les Anges incorporels (puisque
- ceux-ci n'ont pas besoin de nourriture matérielle), mais les Anges
- corporels, c'est-à-dire ces animaux raisonnables dont nous traitons ici, qui
- vivent dans l'air, et qui, par la subtilité de leurs corps et leur
- qualité d'êtres raisonnables, approchent de si près des Anges
- immatériels, que la même dénomination leur est
- appliquée.</td>
+ ceux-ci n'ont pas besoin de nourriture matérielle), mais les Anges
+ corporels, c'est-à-dire ces animaux raisonnables dont nous traitons ici, qui
+ vivent dans l'air, et qui, par la subtilité de leurs corps et leur
+ qualité d'êtres raisonnables, approchent de si près des Anges
+ immatériels, que la même dénomination leur est
+ appliquée.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">94. Ducor, quia cum animalia sint, et ideo generabilia et
- corruptibilia, egent cibo, ut restauretur substantia corporea, quæ per
+ corruptibilia, egent cibo, ut restauretur substantia corporea, quæ per
effluvia deperditur; vita enim sentientis non consistit nisi in motu partium
- corporearum quæ fluunt, ac refluunt, acquiruntur, ac deperduntur, ac iterum
- reparantur; quæ reparatio fit per substantias spirituosas, materiales tamen,
- attractas a vivente, tum per æris inspirationem, tum per fermentationem cibi,
+ corporearum quæ fluunt, ac refluunt, acquiruntur, ac deperduntur, ac iterum
+ reparantur; quæ reparatio fit per substantias spirituosas, materiales tamen,
+ attractas a vivente, tum per æris inspirationem, tum per fermentationem cibi,
per quam substantia illius spiritualizatur, ut rationatur doctissimus
Ettmullerus, <i>Instit. Medic. Physiolog.</i>, c. 2.</td>
- <td class="stdindent">94. Je déduis: étant des animaux, c'est-à-dire se
- reproduisant par génération et sujets à corruption, ils ont
+ <td class="stdindent">94. Je déduis: étant des animaux, c'est-à-dire se
+ reproduisant par génération et sujets à corruption, ils ont
besoin de nourriture pour restaurer leur substance corporelle, dont la
- déperdition a lieu par les effluves: la vie de tout être sentant ne
- consiste, en effet, que dans le va-et-vient des éléments corporels
- qui affluent et refluent, s'acquièrent, se perdent et se réparent, au
- moyen de substances spiritueuses, matérielles pourtant, que l'être
+ déperdition a lieu par les effluves: la vie de tout être sentant ne
+ consiste, en effet, que dans le va-et-vient des éléments corporels
+ qui affluent et refluent, s'acquièrent, se perdent et se réparent, au
+ moyen de substances spiritueuses, matérielles pourtant, que l'être
vivant s'assimile soit par la respiration de l'air, soit par la fermentation de la
- nourriture, qui spiritualise sa substance, comme l'enseigne le très-docte
+ nourriture, qui spiritualise sa substance, comme l'enseigne le très-docte
Ettmuller (<i>Instit. Medic. Physiolog.</i>, ch. 2).</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">95. Quia autem eorum corpus tenue est, tenui pariter, et subtili eget
alimento. Hinc est quod sicut odoribus aliisque substantiis vaporosis, ac
- volatilibus suæ naturæ contrariis læduntur ac fugantur, ut
+ volatilibus suæ naturæ contrariis læduntur ac fugantur, ut
constat ex historiis recitatis supra, n<sup>o</sup> 71. et 72., ita paribus rebus
sibi convenientibus delectantur, et aluntur. Porro <i>manna non est aliud, quam
- halitus aquæ, terræque, solis calore exacte
- attenuatus et coctus, a frigore secutæ noctis in unum coactus,
+ halitus aquæ, terræque, solis calore exacte
+ attenuatus et coctus, a frigore secutæ noctis in unum coactus,
densatusque</i>, ut scribit Cornelius; manna dico, quam demissam de c&oelig;lo
- comederunt Hebræi, quæ toto c&oelig;lo differt a manna nostrate,
- quæ in medicinis adhibetur; nam hæc, ut scribit Ettmullerus
+ comederunt Hebræi, quæ toto c&oelig;lo differt a manna nostrate,
+ quæ in medicinis adhibetur; nam hæc, ut scribit Ettmullerus
Schroder, <i>Dilucid. Physiolog.</i>, c. 1. <i>de Manna</i>, fol. m. 154.,
<i>nihil aliud est, quam succus quarumdam arborum tenuis, vel earum transsudatio,
- quæ nocturno tempore permixta cum rore, matutino tempore superventu caloris
- solis coagulatur, et inspissatur</i>. Manna autem Hebræorum diversis orta
+ quæ nocturno tempore permixta cum rore, matutino tempore superventu caloris
+ solis coagulatur, et inspissatur</i>. Manna autem Hebræorum diversis orta
principiis calore solis non coagulabatur, sed vice versa liquefiebat, ut patet ex
- Scriptura, <i>Exod.</i> c. 16. v. 22. Manna ergo Hebræorum utpote constans ex
- halitibus tenuibus terræ et aquæ, profecto tenuissimæ erat
- substantiæ, utpote, quæ a sole solvebatur, et disparebat; optime ergo
+ Scriptura, <i>Exod.</i> c. 16. v. 22. Manna ergo Hebræorum utpote constans ex
+ halitibus tenuibus terræ et aquæ, profecto tenuissimæ erat
+ substantiæ, utpote, quæ a sole solvebatur, et disparebat; optime ergo
potuit esse talium animalium cibus, ita ut diceretur a David <i>Panis
Angelorum</i>.</td>
<td class="stdindent">95. Or, comme leur corps est subtil, la nourriture qui lui convient doit
- être également délicate et subtile. Aussi, de même que
+ être également délicate et subtile. Aussi, de même que
les parfums et autres substances vaporeuses et volatiles, quand elles sont
- contraires à leur nature, les offusquent et les mettent en fuite,
- témoin ce que nous avons raconté ci-dessus (n<sup>os</sup> 71 et 72),
- de même aussi, lorsque leur nature y est conforme, ils se
- délectent de ces substances ou autres pareilles et en font leur nourriture.
- Or, «<i>la manne n'est pas autre chose</i>,» comme l'écrit
- Cornelius, «<i>qu'une émanation d'eau et de terre raffinée et
- cuite par la chaleur du soleil, puis coagulée et condensée par la
- fraîcheur de la nuit</i>»: je parle, bien entendu, de la manne
- envoyée du ciel pour la nourriture des Hébreux, laquelle
- diffère du tout au tout de la manne nostrate ou médicinale: celle-ci
- en effet, suivant Ettmuller (<i>Dilucid. Physiol.</i>, ch. 1), «<i>n'est pas
- autre chose que le suc ou la transsudation de certains arbres qui se mêle la
- nuit à la rosée et, le matin venu, se coagule et s'épaissit
- à la chaleur du soleil</i>.» La manne des Hébreux, au
- contraire, formée de principes différents, loin de se coaguler, se
- liquéfiait à la chaleur du soleil, comme l'atteste l'Écriture,
- <i>Exode</i>, ch. 16, v. 22. Cette manne des Hébreux était donc une
- substance extraordinairement subtile, puisqu'elle était composée
- d'émanations de terre et d'eau, et que le soleil la faisait dissoudre et
- disparaître; il se peut donc très-bien qu'elle soit la nourriture des
- animaux en question, et qu'ainsi David l'ait appelée avec raison le <i>Pain
+ contraires à leur nature, les offusquent et les mettent en fuite,
+ témoin ce que nous avons raconté ci-dessus (n<sup>os</sup> 71 et 72),
+ de même aussi, lorsque leur nature y est conforme, ils se
+ délectent de ces substances ou autres pareilles et en font leur nourriture.
+ Or, «<i>la manne n'est pas autre chose</i>,» comme l'écrit
+ Cornelius, «<i>qu'une émanation d'eau et de terre raffinée et
+ cuite par la chaleur du soleil, puis coagulée et condensée par la
+ fraîcheur de la nuit</i>»: je parle, bien entendu, de la manne
+ envoyée du ciel pour la nourriture des Hébreux, laquelle
+ diffère du tout au tout de la manne nostrate ou médicinale: celle-ci
+ en effet, suivant Ettmuller (<i>Dilucid. Physiol.</i>, ch. 1), «<i>n'est pas
+ autre chose que le suc ou la transsudation de certains arbres qui se mêle la
+ nuit à la rosée et, le matin venu, se coagule et s'épaissit
+ à la chaleur du soleil</i>.» La manne des Hébreux, au
+ contraire, formée de principes différents, loin de se coaguler, se
+ liquéfiait à la chaleur du soleil, comme l'atteste l'Écriture,
+ <i>Exode</i>, ch. 16, v. 22. Cette manne des Hébreux était donc une
+ substance extraordinairement subtile, puisqu'elle était composée
+ d'émanations de terre et d'eau, et que le soleil la faisait dissoudre et
+ disparaître; il se peut donc très-bien qu'elle soit la nourriture des
+ animaux en question, et qu'ainsi David l'ait appelée avec raison le <i>Pain
des Anges</i>.</td>
</tr>
<tr id="no96">
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">96. Alia auctoritas habetur in Evangelio Joannis, in quo,
- <i>Joannes</i>, c. 10. v. 16., ita dicitur: <i>Alias oves habeo, quæ non sunt ex
+ <i>Joannes</i>, c. 10. v. 16., ita dicitur: <i>Alias oves habeo, quæ non sunt ex
hoc ovili, et illas oportet me adducere, et vocem meam audient, et fiet unum ovile,
- et unus Pastor.</i> Si quæramus quænam sint oves, quæ non sunt ex
+ et unus Pastor.</i> Si quæramus quænam sint oves, quæ non sunt ex
hoc ovili, et qualenam sit ovile de quo loquitur Christus Dominus, respondent
communiter Expositores unum ovile Christi esse Ecclesiam, ad quam perducendi erant
- per prædicationem Evangelii Gentiles, qui erant oves alterius ovilis, ab
- ovili Hebræorum: opinantur enim Synagogam esse Christi ovile, quia dicebat
- David, <i>Psal.</i> 94. v. 9: <i>Nos populus ejus et oves pascuæ ejus</i>; et
+ per prædicationem Evangelii Gentiles, qui erant oves alterius ovilis, ab
+ ovili Hebræorum: opinantur enim Synagogam esse Christi ovile, quia dicebat
+ David, <i>Psal.</i> 94. v. 9: <i>Nos populus ejus et oves pascuæ ejus</i>; et
quia Messias promissus fuerat Abraham et David oriturus ex eorum semine, et a
- populo Hebræo expectatus, et a Prophetis qui Hebræi erant vaticinatus,
+ populo Hebræo expectatus, et a Prophetis qui Hebræi erant vaticinatus,
et ejus adventus, conversatio, passio, mors et resurrectio in sacrificiis, cultu,
- et ceremoniis Hebræorum legis erant præfigurata.</td>
+ et ceremoniis Hebræorum legis erant præfigurata.</td>
- <td class="stdindent">96. Nous avons de plus, à l'appui de notre thèse,
- l'Évangile de S. Jean, ch. 10, v. 16, où il est dit: «<i>J'ai
+ <td class="stdindent">96. Nous avons de plus, à l'appui de notre thèse,
+ l'Évangile de S. Jean, ch. 10, v. 16, où il est dit: «<i>J'ai
encore d'autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie; il faut aussi que je les
- amène, et elles entendront ma voix, et il n'y aura qu'une seule bergerie et
- qu'un seul berger.</i>» Si nous demandons quelles peuvent être ces
+ amène, et elles entendront ma voix, et il n'y aura qu'une seule bergerie et
+ qu'un seul berger.</i>» Si nous demandons quelles peuvent être ces
brebis qui ne sont pas de cette bergerie, et quelle est cette bergerie dont parle
- le Seigneur Christ, tous les Commentateurs nous répondent que la seule
- bergerie du Christ, c'est l'Église, à laquelle la prédication
- de l'Évangile devait amener les Gentils, qui étaient d'une autre
- bergerie que celle des Hébreux. Pour eux, en effet, la bergerie du Christ,
- c'était la Synagogue, d'abord parce que David avait dit, <i>Psaume</i> 94,
- v. 7: «<i>Nous sommes son peuple et ses brebis qu'il nourrit dans ses
- pâturages</i>»; puis, parce que la promesse avait été
- faite à Abraham et à David que le Messie sortirait de leur race,
- parce qu'il était attendu par le peuple Hébreu, annoncé par
- les Prophètes, qui étaient Hébreux, et que son
- avénement, ses actes, sa passion, sa mort et sa résurrection
- étaient comme figurés d'avance dans les sacrifices, le culte et les
- cérémonies de la loi des Hébreux.</td>
+ le Seigneur Christ, tous les Commentateurs nous répondent que la seule
+ bergerie du Christ, c'est l'Église, à laquelle la prédication
+ de l'Évangile devait amener les Gentils, qui étaient d'une autre
+ bergerie que celle des Hébreux. Pour eux, en effet, la bergerie du Christ,
+ c'était la Synagogue, d'abord parce que David avait dit, <i>Psaume</i> 94,
+ v. 7: «<i>Nous sommes son peuple et ses brebis qu'il nourrit dans ses
+ pâturages</i>»; puis, parce que la promesse avait été
+ faite à Abraham et à David que le Messie sortirait de leur race,
+ parce qu'il était attendu par le peuple Hébreu, annoncé par
+ les Prophètes, qui étaient Hébreux, et que son
+ avénement, ses actes, sa passion, sa mort et sa résurrection
+ étaient comme figurés d'avance dans les sacrifices, le culte et les
+ cérémonies de la loi des Hébreux.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">97. Sed salva semper Sanctorum Patrum, ac aliorum Doctorum
reverentia, non videtur talis expositio ad plenum satisfacere. Habemus enim quod de
fide est a principio mundi Ecclesiam Fidelium extitisse unam, usque ad finem
- sæculi duraturam. Cujus Ecclesiæ caput est mediator Dei et hominum
+ sæculi duraturam. Cujus Ecclesiæ caput est mediator Dei et hominum
Christus Jesus, cujus contemplatione creata sunt universa, et omnia per ipsum
facta. Fides enim unius Dei Trini (quamvis non ita explicite), et Verbi Incarnatio
revelata fuit primo homini, et ab ipso edocti ejus filii, et ab iis descendentes.
Hinc est quod quamvis plerique homines ad idolatriam deflexerint, ac veram fidem
deseruerint, multi tamen veram fidem a patribus sibi traditam retinuerunt, et legem
- naturæ servantes in vera Ecclesia Fidelium permanserunt, ut observat
+ naturæ servantes in vera Ecclesia Fidelium permanserunt, ut observat
Cardinalis Toletus in <i>Job</i>, c. 10. v. 16., et apparet in Job, qui inter
- Gentiles Idololatras sanctus fuit. Quamvis autem Deus populo Hebræo speciales
- favores contulerit, peculiaremque legem, ac ceremonias illi præscripserit, ac
+ Gentiles Idololatras sanctus fuit. Quamvis autem Deus populo Hebræo speciales
+ favores contulerit, peculiaremque legem, ac ceremonias illi præscripserit, ac
a Gentilibus segregaverit, non tamen ad eam legem Gentes tenebantur, nec fideles
- Hebræi aliam Ecclesiam constituebant ab Ecclesia Gentilium, qui fidem unius
- Dei et Messiæ venturi profitebantur.</td>
+ Hebræi aliam Ecclesiam constituebant ab Ecclesia Gentilium, qui fidem unius
+ Dei et Messiæ venturi profitebantur.</td>
- <td class="stdindent">97. Mais, sauf le respect dû aux Saints Pères et autres
+ <td class="stdindent">97. Mais, sauf le respect dû aux Saints Pères et autres
Docteurs, cette explication n'est pas de tout point satisfaisante. Il est de foi en
- effet que l'Église des Fidèles a été une et a
- existé depuis le commencement du monde, et qu'elle durera ainsi
- jusqu'à la fin des siècles. Le chef de cette Église est
- Jésus-Christ, médiateur de «Dieu et des hommes, créateur
- et auteur de toutes choses. La foi dans la Trinité divine, (quoique moins
- explicite) et l'Incarnation du Verbe ont été
- révélées au premier homme, lequel en a instruit ses fils, et
- ceux-ci à leur tour leurs descendants. Aussi, bien que la plupart des hommes
- se fussent laissé égarer dans l'idolâtrie et eussent
- déserté la vraie foi, beaucoup cependant gardèrent cette foi
- qui leur venait de leurs pères, et, observant la loi naturelle,
- restèrent dans la vraie Église des Fidèles. C'est la remarque
- que fait le Cardinal Tolet, à propos de Job, qui fut un saint au milieu des
- Gentils Idolâtres. Et quoique Dieu eût conféré des
- faveurs spéciales au peuple Hébreu, qu'il eût établi
- pour lui une loi et des cérémonies spéciales, et qu'il
- l'eût séparé des Gentils, cette loi n'était pas
- cependant obligatoire pour les Gentils, et les Hébreux fidèles ne
- constituaient pas une Église différente de l'Église des
+ effet que l'Église des Fidèles a été une et a
+ existé depuis le commencement du monde, et qu'elle durera ainsi
+ jusqu'à la fin des siècles. Le chef de cette Église est
+ Jésus-Christ, médiateur de «Dieu et des hommes, créateur
+ et auteur de toutes choses. La foi dans la Trinité divine, (quoique moins
+ explicite) et l'Incarnation du Verbe ont été
+ révélées au premier homme, lequel en a instruit ses fils, et
+ ceux-ci à leur tour leurs descendants. Aussi, bien que la plupart des hommes
+ se fussent laissé égarer dans l'idolâtrie et eussent
+ déserté la vraie foi, beaucoup cependant gardèrent cette foi
+ qui leur venait de leurs pères, et, observant la loi naturelle,
+ restèrent dans la vraie Église des Fidèles. C'est la remarque
+ que fait le Cardinal Tolet, à propos de Job, qui fut un saint au milieu des
+ Gentils Idolâtres. Et quoique Dieu eût conféré des
+ faveurs spéciales au peuple Hébreu, qu'il eût établi
+ pour lui une loi et des cérémonies spéciales, et qu'il
+ l'eût séparé des Gentils, cette loi n'était pas
+ cependant obligatoire pour les Gentils, et les Hébreux fidèles ne
+ constituaient pas une Église différente de l'Église des
Gentils qui professaient la foi en un seul Dieu et en la venue du
Messie.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">98. Hinc est, quod etiam ex Gentilibus fuere, qui Christi
- adventum, et alia Christianæ fidei dogmata prophetarunt, ut patet de
+ adventum, et alia Christianæ fidei dogmata prophetarunt, ut patet de
<i>Balaam, Mercurio Trismegisto, Hydaspe</i>, ac <i>Sibyllis</i> de quibus loquitur
Lactantius, lib. 1. c. 6., ut scribit Cardinalis Baronius in <i>Apparatu Annal.</i>
n<sup>o</sup> 18. Et quod Messias erat a Gentilibus expectatus habet Isaias in
- pluribus locis, et luculentum testimonium de hoc est prophetia Patriarchæ
- Jacob de Messia, quæ sic ait, <i>Gen.</i> c. 49. v. 10: <i>Non auferetur
+ pluribus locis, et luculentum testimonium de hoc est prophetia Patriarchæ
+ Jacob de Messia, quæ sic ait, <i>Gen.</i> c. 49. v. 10: <i>Non auferetur
sceptrum de Juda, et dux de femore ejus, donec veniat qui mittendus est, et ipse
- erit expectatio Gentium</i>. Item Prophetia Aggæi, c. 2. v. 8: <i>Movebo
+ erit expectatio Gentium</i>. Item Prophetia Aggæi, c. 2. v. 8: <i>Movebo
omnes Gentes, et veniet desideratus cunctis gentibus</i>, quem locum explicans
- Cornelius a Lap. <i>in Aggæ.</i> c. 2. v. 8. § <i>Denique gentes</i>,
- ait: <i>Gentes ante Christum credentes in Deum lege naturæ, æque ac
- Judæi expectabant ac desiderabant Christum</i>. Pariter Christus ita se
- prodidit, et manifestavit Gentibus, sicut Judæis: si enim in ipsius
+ Cornelius a Lap. <i>in Aggæ.</i> c. 2. v. 8. § <i>Denique gentes</i>,
+ ait: <i>Gentes ante Christum credentes in Deum lege naturæ, æque ac
+ Judæi expectabant ac desiderabant Christum</i>. Pariter Christus ita se
+ prodidit, et manifestavit Gentibus, sicut Judæis: si enim in ipsius
nativitate per Angelum ejus notitia data fuit Pastoribus, per stellam miraculosam
ad sui adorationem vocavit Magos, qui cum essent Gentiles fuerunt
- primitiæ Gentium in Christo agnoscendo, et adorando, ut ait S.
- Fulgentius, <i>Sermon. 6. de Epiph.</i>, sicut Pastores fuerunt primitiæ
- Judæorum. Itidem manifestatio adventus Christi per prædicationem (non
- quidem Apostolorum) prius facta est Gentilibus, quam Judæis: siquidem ut
+ primitiæ Gentium in Christo agnoscendo, et adorando, ut ait S.
+ Fulgentius, <i>Sermon. 6. de Epiph.</i>, sicut Pastores fuerunt primitiæ
+ Judæorum. Itidem manifestatio adventus Christi per prædicationem (non
+ quidem Apostolorum) prius facta est Gentilibus, quam Judæis: siquidem ut
scribit Ven. Mater Soror Maria de Agreda, in <i>Vita J. C. et B. M. V.</i>, p. 1.
l. 4. c. 26. n. 664: <i>Quando B. M. Virgo cum S. Joseph portavit Puerum Jesum in
Aegyptum, fugiendo Herodis persecutionem, mansit ibi per septennium: quo tempore
- ipsa Beatissima Virgo prædicavit Aegyptiis veri Dei fidem, et Filii Dei in
+ ipsa Beatissima Virgo prædicavit Aegyptiis veri Dei fidem, et Filii Dei in
carne humana adventum</i>. Ulterius in Christi nativitate multa fuere prodigia non
- solum in Judæa, sed in Aegypto, ubi corruerunt idola, ac oracula conticuere;
- Romæ ubi fons olei scaturiit; visus globus aurei coloris de c&oelig;lo in
+ solum in Judæa, sed in Aegypto, ubi corruerunt idola, ac oracula conticuere;
+ Romæ ubi fons olei scaturiit; visus globus aurei coloris de c&oelig;lo in
terram descendere; apparuere tres soles; ac contra naturam circulus variegatus ad
- modum Iridis solis discum circumscripsit; in Græcia, ubi oraculum Delphicum
+ modum Iridis solis discum circumscripsit; in Græcia, ubi oraculum Delphicum
obmutuit, et interrogatus Apollo ab Augusto ipsi sacrificante in proprio palatio,
ubi eidem aram extruxerat, de causa silentii sui, respondit, ut referunt
Nicephorus, l. 1. c. 17., Suidas, verbo <i>Augustus</i>, et Cedrenus,
<i>Compend. Histor.</i>:</td>
- <td class="stdindent">98. On remarquera de plus que, même parmi les Gentils, il y en eut qui
- prophétisèrent la venue du Christ et les autres dogmes de la foi
- Chrétienne, témoin Balaam, Mercure Trismégiste, Hydaspe et les
+ <td class="stdindent">98. On remarquera de plus que, même parmi les Gentils, il y en eut qui
+ prophétisèrent la venue du Christ et les autres dogmes de la foi
+ Chrétienne, témoin Balaam, Mercure Trismégiste, Hydaspe et les
Sibylles, dont parle Lactance, <i>livre 1, ch. 6</i>; voir aussi Baronius,
- <i>Apparat. Annal., n<sup>o</sup> 18</i>. Que le Messie fût attendu par les
- Gentils, nous en avons la preuve dans plusieurs passages d'Isaïe, et surtout
- dans la Prophétie du Patriarche Jacob touchant le Messie, ainsi
- conçue, <i>Genèse</i>, c. 49, v. 10: «<i>Le sceptre ne sortira
- point de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu'à ce que
- vienne celui qui doit être envoyé; et c'est lui qui sera l'attente des
- nations.</i>» De même dans la prophétie d'Aggée, c. 2, v.
- 8: «<i>J'ébranlerai toutes les Nations, et le désiré de
- toutes les nations viendra</i>», ce que Cornelius <i>a Lapide</i> commente en
- ces termes: «<i>Les Gentils antérieurs à la venue du Christ,
+ <i>Apparat. Annal., n<sup>o</sup> 18</i>. Que le Messie fût attendu par les
+ Gentils, nous en avons la preuve dans plusieurs passages d'Isaïe, et surtout
+ dans la Prophétie du Patriarche Jacob touchant le Messie, ainsi
+ conçue, <i>Genèse</i>, c. 49, v. 10: «<i>Le sceptre ne sortira
+ point de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu'à ce que
+ vienne celui qui doit être envoyé; et c'est lui qui sera l'attente des
+ nations.</i>» De même dans la prophétie d'Aggée, c. 2, v.
+ 8: «<i>J'ébranlerai toutes les Nations, et le désiré de
+ toutes les nations viendra</i>», ce que Cornelius <i>a Lapide</i> commente en
+ ces termes: «<i>Les Gentils antérieurs à la venue du Christ,
qui croyaient en Dieu et observaient la loi de nature, attendaient et
- désiraient le Christ aussi bien que les Juifs.</i>» Le Christ
- lui-même s'est annoncé et manifesté aux Gentils ainsi qu'aux
- Juifs; car en même temps que l'Ange donnait aux bergers la nouvelle de
- sa nativité, au moyen de l'étoile miraculeuse il conviait à
- l'adorer les Mages qui, étant Gentils, furent les premiers d'entre les
- Nations, comme les bergers le furent parmi les Juifs, à reconnaître et
- adorer le Christ (voyez S. Fulgence, <i>Sermon sur l'Épiphanie</i>). De
- même, ce furent les Gentils qui, avant les Juifs, connurent
- l'avénement du Christ par la prédication (je ne dis pas la
- prédication des Apôtres). En effet, comme l'écrit la
- Vénérable Mère S&oelig;ur Marie d'Agreda, dans sa <i>Vie de
- Jésus-Christ et de la Bienheureuse Vierge Marie</i>: «<i>Lorsque la
- Bienheureuse Vierge Marie, fuyant avec S. Joseph la persécution
- d'Hérode, emporta en Égypte l'Enfant Jésus, elle y resta sept
- ans; et pendant ce temps-là la Bienheureuse Vierge prêcha
- elle-même aux Égyptiens la foi du vrai Dieu et la venue du Fils de
- Dieu dans la chair humaine.</i>» En outre, lors de la nativité du
- Christ, il y eut de nombreux prodiges, non-seulement en Judée, mais en
- Égypte, où les idoles s'écroulèrent et les oracles se
- turent; à Rome, où jaillit une fontaine d'huile, où l'on vit
- un globe de couleur d'or descendre du ciel sur la terre, où trois soleils
- apparurent, et où un cercle extraordinaire, de nuances variées
- comme l'arc-en-ciel, entoura le disque du soleil; en Grèce, où
- l'oracle de Delphes devint muet; au sujet de quoi Apollon, interrogé par
- l'empereur Auguste qui lui sacrifiait dans son propre palais, où il lui
- avait élevé un autel, répondit:</td>
+ désiraient le Christ aussi bien que les Juifs.</i>» Le Christ
+ lui-même s'est annoncé et manifesté aux Gentils ainsi qu'aux
+ Juifs; car en même temps que l'Ange donnait aux bergers la nouvelle de
+ sa nativité, au moyen de l'étoile miraculeuse il conviait à
+ l'adorer les Mages qui, étant Gentils, furent les premiers d'entre les
+ Nations, comme les bergers le furent parmi les Juifs, à reconnaître et
+ adorer le Christ (voyez S. Fulgence, <i>Sermon sur l'Épiphanie</i>). De
+ même, ce furent les Gentils qui, avant les Juifs, connurent
+ l'avénement du Christ par la prédication (je ne dis pas la
+ prédication des Apôtres). En effet, comme l'écrit la
+ Vénérable Mère S&oelig;ur Marie d'Agreda, dans sa <i>Vie de
+ Jésus-Christ et de la Bienheureuse Vierge Marie</i>: «<i>Lorsque la
+ Bienheureuse Vierge Marie, fuyant avec S. Joseph la persécution
+ d'Hérode, emporta en Égypte l'Enfant Jésus, elle y resta sept
+ ans; et pendant ce temps-là la Bienheureuse Vierge prêcha
+ elle-même aux Égyptiens la foi du vrai Dieu et la venue du Fils de
+ Dieu dans la chair humaine.</i>» En outre, lors de la nativité du
+ Christ, il y eut de nombreux prodiges, non-seulement en Judée, mais en
+ Égypte, où les idoles s'écroulèrent et les oracles se
+ turent; à Rome, où jaillit une fontaine d'huile, où l'on vit
+ un globe de couleur d'or descendre du ciel sur la terre, où trois soleils
+ apparurent, et où un cercle extraordinaire, de nuances variées
+ comme l'arc-en-ciel, entoura le disque du soleil; en Grèce, où
+ l'oracle de Delphes devint muet; au sujet de quoi Apollon, interrogé par
+ l'empereur Auguste qui lui sacrifiait dans son propre palais, où il lui
+ avait élevé un autel, répondit:</td>
</tr>
<tr>
@@ -4778,7 +4737,7 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<div class="poetry-container">
<div class="poetry">
<div class="stanza ">
- <div class="verse f-smaller">Me puer Hebræus, Divos Deus ipse gubernans,</div>
+ <div class="verse f-smaller">Me puer Hebræus, Divos Deus ipse gubernans,</div>
<div class="verse f-smaller">Cedere sede jubet, tristemque redire sub orcum;</div>
<div class="verse f-smaller">Aris ergo dehinc tacitis abscedito nostris.</div>
</div>
@@ -4790,9 +4749,9 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<div class="poetry-container">
<div class="poetry">
<div class="stanza ">
- <div class="verse f-smaller"><i>«Un enfant Hébreu, qui commande aux Dieux et est Dieu lui-même,</i></div>
- <div class="verse f-smaller"><i>M'ordonne de quitter mon siége, et de rentrer dans les Enfers;</i></div>
- <div class="verse f-smaller"><i>Nos autels sont muets maintenant, il faut t'en éloigner.</i>»</div>
+ <div class="verse f-smaller"><i>«Un enfant Hébreu, qui commande aux Dieux et est Dieu lui-même,</i></div>
+ <div class="verse f-smaller"><i>M'ordonne de quitter mon siége, et de rentrer dans les Enfers;</i></div>
+ <div class="verse f-smaller"><i>Nos autels sont muets maintenant, il faut t'en éloigner.</i>»</div>
</div>
</div>
</div>
@@ -4800,67 +4759,67 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="italics">Et multa alia acciderunt prodigia, quibus prænuntiabatur Gentilibus
- Filii Dei adventus, quæ ex variis Aucthoribus recitat Baronius, <i>Apparat.
- Annal. Eccles.</i> n<sup>o</sup> 24. et seq., et Cornelius <i>in Aggæ.</i> c.
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="italics">Et multa alia acciderunt prodigia, quibus prænuntiabatur Gentilibus
+ Filii Dei adventus, quæ ex variis Aucthoribus recitat Baronius, <i>Apparat.
+ Annal. Eccles.</i> n<sup>o</sup> 24. et seq., et Cornelius <i>in Aggæ.</i> c.
2. v. 8.</td>
- <td>Il y eut encore beaucoup d'autres prodiges annonçant aux Gentils
- l'avénement du Fils de Dieu: on les trouvera relatés dans Baronius,
+ <td>Il y eut encore beaucoup d'autres prodiges annonçant aux Gentils
+ l'avénement du Fils de Dieu: on les trouvera relatés dans Baronius,
<i>Apparat. Annal. Eccles.</i>, et dans Cornelius, <i>Commentaire
- d'Aggée</i>.</td>
+ d'Aggée</i>.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">99. Ex istis patet, quod etiam Gentiles pertinebant ad ovile Christi idem,
- ad quod spectabant Judæi, puta ad Ecclesiam eamdem fidelem; igitur non potest
- recte dici, quod illa verba Christi: <i>Alias oves habeo, quæ non sunt ex
- hoc ovili</i>, accipienda sint de Gentilibus, qui communem cum Hebræis
+ ad quod spectabant Judæi, puta ad Ecclesiam eamdem fidelem; igitur non potest
+ recte dici, quod illa verba Christi: <i>Alias oves habeo, quæ non sunt ex
+ hoc ovili</i>, accipienda sint de Gentilibus, qui communem cum Hebræis
habuerunt de Deo fidem, de Messia spem, prophetiam, expectationem, et signa, et
- prædicationem.</td>
+ prædicationem.</td>
- <td class="stdindent">99. De tout ceci il appert que les Gentils eux-mêmes appartenaient, comme
- les Juifs, à la bergerie du Christ, c'est-à-dire à la
- même Église des fidèles. Par conséquent, ces paroles du
- Christ: «<i>J'ai d'autres brebis qui ne sont pas de cette
- bergerie</i>», ne sauraient s'entendre des Gentils qui eurent, de commun avec
- les Hébreux, la foi en Dieu, l'espérance du Messie, les
- prophéties, l'attente, les prodiges et la prédication de son
- avénement.</td>
+ <td class="stdindent">99. De tout ceci il appert que les Gentils eux-mêmes appartenaient, comme
+ les Juifs, à la bergerie du Christ, c'est-à-dire à la
+ même Église des fidèles. Par conséquent, ces paroles du
+ Christ: «<i>J'ai d'autres brebis qui ne sont pas de cette
+ bergerie</i>», ne sauraient s'entendre des Gentils qui eurent, de commun avec
+ les Hébreux, la foi en Dieu, l'espérance du Messie, les
+ prophéties, l'attente, les prodiges et la prédication de son
+ avénement.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">100. Dico igitur quod nomine <i>aliarum ovium</i> commode possunt
- intelligi Creaturæ istæ rationales, sive animalia de quibus hucusque
+ intelligi Creaturæ istæ rationales, sive animalia de quibus hucusque
disseruimus. Cum enim, ut diximus, capaces sint beatitudinis, et damnationis, et
- Christus Jesus sit mediator Dei, et hominum, immo totius rationalis Creaturæ
- (creaturæ enim rationales, quæ beatitudinem consequuntur, hanc obtinent
+ Christus Jesus sit mediator Dei, et hominum, immo totius rationalis Creaturæ
+ (creaturæ enim rationales, quæ beatitudinem consequuntur, hanc obtinent
intuitu meritorum Christi per ab eo sibi collatam gratiam, sine qua nequit
beatitudo obtineri), debuit omnis rationalis creatura de eo venturo spem habere,
- sicut de uno Deo fidem, et de ipsius in carne nativitate, et de præceptis
- legis gratiæ manifestationem. Istæ igitur erant oves, quæ non
- erant <i>ex hoc ovili humano</i>, et quas adducere Christum oportebat, et quæ
+ sicut de uno Deo fidem, et de ipsius in carne nativitate, et de præceptis
+ legis gratiæ manifestationem. Istæ igitur erant oves, quæ non
+ erant <i>ex hoc ovili humano</i>, et quas adducere Christum oportebat, et quæ
ejus vocem nempe notitiam de ipsius adventu, et de evangelica doctrina, quantum per
se, tum per Apostolos Christus erat manifestaturus audire debebant, et ex iis, ac
hominibus in c&oelig;lo beatificatis fieri <i>unum ovile, et unus Pastor</i>.</td>
<td class="stdindent">100. Je dis donc que par ces mots: d'<i>autres brebis</i>, on peut
- fort bien entendre ces créatures ou animaux raisonnables dont nous avons
- traité jusqu'ici. En effet, nous avons établi qu'elles sont capables
- de béatitude et de damnation; or Jésus-Christ étant
- médiateur de Dieu et des hommes, ainsi que de toute créature
- raisonnable (car c'est par l'application des mérites du Christ que les
- créatures raisonnables obtiennent la béatitude, au moyen de la
- grâce qu'il leur confère), il en résulte que toute
- créature raisonnable a dû avoir, en même temps que la foi en un
- seul Dieu, l'espérance de l'avénement du Christ, et la
- révélation de sa naissance dans la chair et des préceptes de
- la loi de grâce. Voilà donc les brebis qui n'étaient pas <i>de
+ fort bien entendre ces créatures ou animaux raisonnables dont nous avons
+ traité jusqu'ici. En effet, nous avons établi qu'elles sont capables
+ de béatitude et de damnation; or Jésus-Christ étant
+ médiateur de Dieu et des hommes, ainsi que de toute créature
+ raisonnable (car c'est par l'application des mérites du Christ que les
+ créatures raisonnables obtiennent la béatitude, au moyen de la
+ grâce qu'il leur confère), il en résulte que toute
+ créature raisonnable a dû avoir, en même temps que la foi en un
+ seul Dieu, l'espérance de l'avénement du Christ, et la
+ révélation de sa naissance dans la chair et des préceptes de
+ la loi de grâce. Voilà donc les brebis qui n'étaient pas <i>de
cette bergerie humaine</i>, et qu'il lui fallait amener; les brebis qui devaient
- entendre sa voix, c'est-à-dire l'annonce de son avénement et de la
- doctrine évangélique, soit directement de lui-même, soit par
- l'intermédiaire des Apôtres; les brebis enfin qui, réunies aux
- hommes dans la béatitude céleste, devaient réaliser cette
+ entendre sa voix, c'est-à-dire l'annonce de son avénement et de la
+ doctrine évangélique, soit directement de lui-même, soit par
+ l'intermédiaire des Apôtres; les brebis enfin qui, réunies aux
+ hommes dans la béatitude céleste, devaient réaliser cette
promesse <i>d'une seule bergerie et d'un seul berger.</i></td>
</tr>
@@ -4872,150 +4831,150 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
habuerunt de adventu, et morte Christi, quem tamquam Deum optabant sibi propitium,
ut proinde ad hoc intercessionem D. Antonii expostularent.</td>
- <td class="stdindent">101. Cette interprétation, à mon avis très-raisonnable,
- tire une nouvelle force de ce que nous avons rapporté, d'après S.
- Jérôme, de ce petit homme qui demanda à S. Antoine de
+ <td class="stdindent">101. Cette interprétation, à mon avis très-raisonnable,
+ tire une nouvelle force de ce que nous avons rapporté, d'après S.
+ Jérôme, de ce petit homme qui demanda à S. Antoine de
<i>prier</i> pour lui et les siens le Dieu commun, qu'il savait avoir souffert dans
la chair humaine. Ceci implique, en effet, qu'ils avaient connaissance de
- l'avénement et de la mort du Christ, et qu'ils désiraient, en sa
- qualité de Dieu, se le rendre favorable, puisqu'ils recouraient, dans ce
- but, à l'intercession de S. Antoine.</td>
+ l'avénement et de la mort du Christ, et qu'ils désiraient, en sa
+ qualité de Dieu, se le rendre favorable, puisqu'ils recouraient, dans ce
+ but, à l'intercession de S. Antoine.</td>
</tr>
<tr id="no102">
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">102. Facit ad idem id, quod ex Eusebio de <i>Præparat. Evang.</i> l.
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">102. Facit ad idem id, quod ex Eusebio de <i>Præparat. Evang.</i> l.
5. c. 9., et Plutarcho l. de <i>Defectu Oracul.</i>, refert Cardinalis Baronius
- <i>Appar. Annal.</i> n<sup>o</sup> 129., et recenset inter prodigia, quæ tempore
+ <i>Appar. Annal.</i> n<sup>o</sup> 129., et recenset inter prodigia, quæ tempore
mortis Christi evenere. Recitat igitur ex citatis Aucthoribus quod Tiberii
Imperatoris, sub quo passus est Christus, tempore, navigantibus nonnullis a
- Græcia in Italiam, circa Insulas Echinades, cessatis ventis, noctu navigium
- appulit prope terram. Audita fuit ab omnibus vox magna quæ vocavit Tramnum.
+ Græcia in Italiam, circa Insulas Echinades, cessatis ventis, noctu navigium
+ appulit prope terram. Audita fuit ab omnibus vox magna quæ vocavit Tramnum.
Erat is Nauclerus navigii, quo respondente <i>Adsum</i>, replicavit vox: <i>Quando
perveneris prope quandam paludem, annunciabis <span class="smcap">Magnum Pana
mortuum esse</span></i>: quod cum Tramnus fecisset, auditi sunt repente
- multorum, imo multitudinis prope infinitæ gemitus, et ululatus. Profecto isti
- fuerunt Dæmones, seu Angeli corporei, seu animalia rationalia prope paludem
- degentia, utpote aquea, quæ audita morte Christi, qui nomine magni Pan
- efferebatur, in lacrymas, et lamenta effusa sunt; prout etiam Hebræi nonnulli
+ multorum, imo multitudinis prope infinitæ gemitus, et ululatus. Profecto isti
+ fuerunt Dæmones, seu Angeli corporei, seu animalia rationalia prope paludem
+ degentia, utpote aquea, quæ audita morte Christi, qui nomine magni Pan
+ efferebatur, in lacrymas, et lamenta effusa sunt; prout etiam Hebræi nonnulli
visa Christi morte percutientes pectora sua revertebantur (<i>Luc.</i> c. 23. v.
- 48.). Ex hucusque igitur deductis patet, quod dantur hujusmodi Dæmones,
+ 48.). Ex hucusque igitur deductis patet, quod dantur hujusmodi Dæmones,
succubi et incubi, constantes sensu, et ipsius passionibus obnoxii, ut probatum
est; qui generantur, corrumpuntur, et capaces sunt beatitudinis, et damnationis, et
ratione corporis subtilioris, nobiliores homine sunt, et qui si cum hominibus,
maribus aut f&oelig;minis, carnaliter commiscentur, peccant, et eo peccato, quo
peccat homo jungendo se cum bruto, quod est homine ignobilius; proinde non raro hi
- Dæmones consuetudinem habentes cum homine, equabus aut plurimum post longam
+ Dæmones consuetudinem habentes cum homine, equabus aut plurimum post longam
habitam communicationem eas interficiunt. Causa porro hujus est, quod si inter
tales datur peccatum, cum sint in via, dari etiam debet p&oelig;nitentia; sicut
ergo homini peccanti consuetudinaliter cum bruto, ad tollendam occasionem
recidivandi, Confessarius injungit, ut brutum tollat de medio, ita
- tali Dæmoni consuetudinario in peccato, et tandem p&oelig;nitenti accidit, ut
+ tali Dæmoni consuetudinario in peccato, et tandem p&oelig;nitenti accidit, ut
animal cum quo peccavit, sive homo, sive brutum fuerit, occidat; nec enim tali
- Dæmoni mors data homini peccatum erit, sicut mors data bruto non imputatur
- tamquam peccatum homini: ratione enim essentialis differentiæ inter
- Dæmonem hujusmodi, et hominem, idem erit homo Dæmoni, quod est homini
+ Dæmoni mors data homini peccatum erit, sicut mors data bruto non imputatur
+ tamquam peccatum homini: ratione enim essentialis differentiæ inter
+ Dæmonem hujusmodi, et hominem, idem erit homo Dæmoni, quod est homini
brutum.</td>
- <td class="stdindent">102. Un autre fait à l'appui de ma conclusion, c'est celui que mentionne
- le Cardinal Baronius (<i>Appar. Annal.</i>, n<sup>o</sup> 129), d'après
- Eusèbe et Plutarque, comme un des prodiges qui signalèrent la mort du
- Christ. Au temps de l'Empereur Tibère, sous qui eut lieu la passion du
- Christ, des navigateurs allant de Grèce en Italie et se trouvant la nuit,
- par un temps calme, dans le voisinage des îles Échinades, leur navire
- vint à toucher la terre. Alors une grande voix fut entendue de tous, qui
- appelait Tramnus. C'était le nocher: «<i>Présent,</i>»
- répondit-il; et la même voix répliqua: «<i>Lorsque tu
- seras arrivé auprès de tel marais, tu annonceras que</i> <span class=
- "smcap">Le Grand Pan est mort</span>.» Tramnus obéit, et tout à
- coup une immense clameur s'éleva comme d'une multitude
- infinie, éclatant à la fois en gémissements et en sanglots.
- Qui étaient-ce donc, sinon des Démons ou Anges corporels, ou des
- animaux raisonnables habitant près de ces marais, à cause, sans
- doute, de leur nature aqueuse, et qui, à l'annonce de la mort du Christ
- désigné par ce nom de Grand Pan, se répandaient en larmes et
- en lamentations? Ainsi, parmi les Juifs qui avaient assisté à la mort
- du Christ, il y en eut un grand nombre qui s'en retournèrent en se frappant
- la poitrine (<i>S. Luc</i>, c. 23, v. 48). De toutes les déductions
- ci-dessus, il ressort donc qu'il existe des Démons de cette sorte, succubes
- et incubes, lesquels sont doués de sens, et sujets aux passions des sens,
- comme il a été prouvé; qui naissent par
- génération et meurent par corruption; qui sont capables de
- béatitude et de damnation; qui, à raison de la subtilité de
+ <td class="stdindent">102. Un autre fait à l'appui de ma conclusion, c'est celui que mentionne
+ le Cardinal Baronius (<i>Appar. Annal.</i>, n<sup>o</sup> 129), d'après
+ Eusèbe et Plutarque, comme un des prodiges qui signalèrent la mort du
+ Christ. Au temps de l'Empereur Tibère, sous qui eut lieu la passion du
+ Christ, des navigateurs allant de Grèce en Italie et se trouvant la nuit,
+ par un temps calme, dans le voisinage des îles Échinades, leur navire
+ vint à toucher la terre. Alors une grande voix fut entendue de tous, qui
+ appelait Tramnus. C'était le nocher: «<i>Présent,</i>»
+ répondit-il; et la même voix répliqua: «<i>Lorsque tu
+ seras arrivé auprès de tel marais, tu annonceras que</i> <span class=
+ "smcap">Le Grand Pan est mort</span>.» Tramnus obéit, et tout à
+ coup une immense clameur s'éleva comme d'une multitude
+ infinie, éclatant à la fois en gémissements et en sanglots.
+ Qui étaient-ce donc, sinon des Démons ou Anges corporels, ou des
+ animaux raisonnables habitant près de ces marais, à cause, sans
+ doute, de leur nature aqueuse, et qui, à l'annonce de la mort du Christ
+ désigné par ce nom de Grand Pan, se répandaient en larmes et
+ en lamentations? Ainsi, parmi les Juifs qui avaient assisté à la mort
+ du Christ, il y en eut un grand nombre qui s'en retournèrent en se frappant
+ la poitrine (<i>S. Luc</i>, c. 23, v. 48). De toutes les déductions
+ ci-dessus, il ressort donc qu'il existe des Démons de cette sorte, succubes
+ et incubes, lesquels sont doués de sens, et sujets aux passions des sens,
+ comme il a été prouvé; qui naissent par
+ génération et meurent par corruption; qui sont capables de
+ béatitude et de damnation; qui, à raison de la subtilité de
leur corps, sont plus nobles que l'homme, et qui, s'il leur arrive d'avoir un
- commerce charnel avec l'homme ou la femme, commettent un péché
- analogue à celui dont l'homme se rend coupable en s'unissant avec la brute,
- qui lui est inférieure. Aussi n'est-il pas rare que ces démons,
- après avoir entretenu des rapports prolongés avec des hommes, des
+ commerce charnel avec l'homme ou la femme, commettent un péché
+ analogue à celui dont l'homme se rend coupable en s'unissant avec la brute,
+ qui lui est inférieure. Aussi n'est-il pas rare que ces démons,
+ après avoir entretenu des rapports prolongés avec des hommes, des
femmes ou des juments, finissent par tuer leur complice, et cela s'explique:
- étant sujets à pécher, ils doivent aussi, puisqu'ils sont dans
- la voie du salut, <i>in via</i>, pouvoir se repentir; or, de même que
- l'homme, qui pèche habituellement avec une bête, reçoit de son
- confesseur l'injonction de détruire cette bête afin de supprimer les
- occasions de récidive, de même il peut arriver au démon
- repentant de tuer l'homme ou la bête avec qui il péchait d'habitude;
- et ce démon, en donnant ainsi la mort à un homme, ne péchera
- pas, pas plus que ne pèche l'homme en donnant la mort à une
- bête: car, étant observé la différence essentielle qui
- sépare de l'homme un démon de cette sorte, l'homme sera au
- démon ce que la bête est à l'homme.</td>
+ étant sujets à pécher, ils doivent aussi, puisqu'ils sont dans
+ la voie du salut, <i>in via</i>, pouvoir se repentir; or, de même que
+ l'homme, qui pèche habituellement avec une bête, reçoit de son
+ confesseur l'injonction de détruire cette bête afin de supprimer les
+ occasions de récidive, de même il peut arriver au démon
+ repentant de tuer l'homme ou la bête avec qui il péchait d'habitude;
+ et ce démon, en donnant ainsi la mort à un homme, ne péchera
+ pas, pas plus que ne pèche l'homme en donnant la mort à une
+ bête: car, étant observé la différence essentielle qui
+ sépare de l'homme un démon de cette sorte, l'homme sera au
+ démon ce que la bête est à l'homme.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">103. Scio multos, et forte plerosque, qui hæc legerint, dicturos de
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">103. Scio multos, et forte plerosque, qui hæc legerint, dicturos de
me, quod Epicurei, et Stoici Philosophi nonnulli dixerunt de Divo Paulo, <i>Actor.</i>
- c. 17. v. 18.: <i>Novorum Dæmoniorum videtur annunciator</i>, et datam
+ c. 17. v. 18.: <i>Novorum Dæmoniorum videtur annunciator</i>, et datam
doctrinam exsibillabunt. Sed isti tenebuntur solvere argumenta supra posita, et
- dicere quinam sint Dæmones isti Incubi vulgo <i>Folletti</i>, qui exorcismos,
+ dicere quinam sint Dæmones isti Incubi vulgo <i>Folletti</i>, qui exorcismos,
res sacras, et Christi Crucem non pavent, ac alios effectus istorum, ac
- phænomena salvare, quæ nos ex data doctrina ostendimus.</td>
+ phænomena salvare, quæ nos ex data doctrina ostendimus.</td>
- <td class="stdindent">103. Je sais que beaucoup de mes lecteurs, la plupart peut-être, diront
- de moi ce que les Épicuriens et bon nombre de Philosophes Stoïciens
- disaient de S. Paul (<i>Actes des Apôtres</i>, c. 17, v. 18): «<i>Il
- semble qu'il annonce des divinités nouvelles</i>», et tourneront ma
- doctrine en ridicule. Mais ils n'en seront pas moins tenus de détruire les
- arguments qui précèdent, de nous dire ce que c'est que ces
- Démons Incubes, vulgairement appelés <i>Follets</i>,
- qui n'ont peur ni des exorcismes, ni des objets sacrés, ni de la Croix du
- Christ, et enfin de nous expliquer les divers effets et phénomènes
- relatés par nous dans l'exposition de cette doctrine.</td>
+ <td class="stdindent">103. Je sais que beaucoup de mes lecteurs, la plupart peut-être, diront
+ de moi ce que les Épicuriens et bon nombre de Philosophes Stoïciens
+ disaient de S. Paul (<i>Actes des Apôtres</i>, c. 17, v. 18): «<i>Il
+ semble qu'il annonce des divinités nouvelles</i>», et tourneront ma
+ doctrine en ridicule. Mais ils n'en seront pas moins tenus de détruire les
+ arguments qui précèdent, de nous dire ce que c'est que ces
+ Démons Incubes, vulgairement appelés <i>Follets</i>,
+ qui n'ont peur ni des exorcismes, ni des objets sacrés, ni de la Croix du
+ Christ, et enfin de nous expliquer les divers effets et phénomènes
+ relatés par nous dans l'exposition de cette doctrine.</td>
</tr>
<tr id="no104">
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">104. Solvitur ergo ex his, quæ hucusque deducta sunt, quæstio,
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">104. Solvitur ergo ex his, quæ hucusque deducta sunt, quæstio,
quam proposuimus supra n<sup>o</sup> 30. et n<sup>o</sup> 34.: resolutive innuimus;
- quomodo mulier potest ingravidari a Dæmone Incubo. Non enim hoc
- præstare potest ex semine sumpto ab homine, ut fert communis opinio, quam
- confutavimus n<sup>o</sup> 31 et 32: sequitur ergo, quod ipsa imprægnatur a
+ quomodo mulier potest ingravidari a Dæmone Incubo. Non enim hoc
+ præstare potest ex semine sumpto ab homine, ut fert communis opinio, quam
+ confutavimus n<sup>o</sup> 31 et 32: sequitur ergo, quod ipsa imprægnatur a
semine Incubi, cum enim animal sit, et generet, proprio pollet semine: et hoc modo
optime salvatur generatio Gigantum secuta ex commixtione Filiorum Dei cum Filiabus
hominum; nati siquidem sunt ex tali concubitu Gigantes, qui licet homini essent
- similes, corpore tamen erant majores: et quamvis a Dæmonibus geniti, viribus
- proinde pollerent, non tamen Dæmonum vires et potentiam æquabant, ut
+ similes, corpore tamen erant majores: et quamvis a Dæmonibus geniti, viribus
+ proinde pollerent, non tamen Dæmonum vires et potentiam æquabant, ut
sequitur in mulis, hinnis et burdonibus, qui medii quodammodo sunt inter eas
species animalium, a quibus promiscue generantur, et superant quidem
imperfectiorem, non attingunt autem perfectiorem speciem generantium:
- mulus enim superat asinum, sed non æquat perfectionem equæ, a quibus
+ mulus enim superat asinum, sed non æquat perfectionem equæ, a quibus
generatur.</td>
- <td class="stdindent">104. Les arguments déduits ci-dessus nous amènent donc à
- une solution du problème posé aux n<sup>os</sup> 30 et 34, à
- savoir: comment une femme peut être fécondée par un
- Démon Incube. Ceci, en effet, ne peut provenir de sperme emprunté
- d'un homme, malgré l'opinion commune que nous avons réfutée,
+ <td class="stdindent">104. Les arguments déduits ci-dessus nous amènent donc à
+ une solution du problème posé aux n<sup>os</sup> 30 et 34, à
+ savoir: comment une femme peut être fécondée par un
+ Démon Incube. Ceci, en effet, ne peut provenir de sperme emprunté
+ d'un homme, malgré l'opinion commune que nous avons réfutée,
n<sup>os</sup> 31 et 32; il s'ensuit donc qu'elle est directement
- imprégnée par le sperme de l'Incube, lequel, étant animal et
+ imprégnée par le sperme de l'Incube, lequel, étant animal et
capable d'engendrer, dispose d'un sperme qui lui est propre. Ainsi se trouve
- parfaitement expliquée la génération des Géants,
- résultat du commerce des Fils de Dieu avec les Filles des hommes: car,
- quoique semblables à l'homme, ces Géants étaient de plus haute
- stature; et quoique engendrés par des Démons qui leur communiquaient
- de leur force, ils ne les égalaient pourtant ni en vigueur, ni en pouvoir.
+ parfaitement expliquée la génération des Géants,
+ résultat du commerce des Fils de Dieu avec les Filles des hommes: car,
+ quoique semblables à l'homme, ces Géants étaient de plus haute
+ stature; et quoique engendrés par des Démons qui leur communiquaient
+ de leur force, ils ne les égalaient pourtant ni en vigueur, ni en pouvoir.
C'est exactement le cas des mulets, des bardeaux ou des muletons, qui tiennent en
- quelque sorte le milieu entre les espèces d'animaux dont ils sont
- engendrés, surpassant la plus imparfaite, mais n'égalant pas la plus
- parfaite: exemple le mulet, produit de l'âne et de la jument, qui est
- supérieur au premier, mais n'atteint pas à la perfection de la
+ quelque sorte le milieu entre les espèces d'animaux dont ils sont
+ engendrés, surpassant la plus imparfaite, mais n'égalant pas la plus
+ parfaite: exemple le mulet, produit de l'âne et de la jument, qui est
+ supérieur au premier, mais n'atteint pas à la perfection de la
seconde.</td>
</tr>
@@ -5023,208 +4982,208 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">105. Confirmat autem hanc sententiam consideratio, quod animalia genita ex
commixtione diversarum specierum non generant; sed sunt sterilia, ut patet in
mulis. Gigantes autem non leguntur Gigantes generasse, sed natos a Filiis Dei, puta
- Incubis, et filiabus hominum: cum enim concepti fuerint ex semine Dæmoniaco
- mixto cum humano, non potuerunt, tamquam mediæ speciei inter Dæmonem et
+ Incubis, et filiabus hominum: cum enim concepti fuerint ex semine Dæmoniaco
+ mixto cum humano, non potuerunt, tamquam mediæ speciei inter Dæmonem et
hominem, generare.</td>
<td class="stdindent">105. A l'appui de cette conclusion, nous ferons observer que les animaux
- engendrés de l'union d'espèces différentes n'engendrent pas
- eux-mêmes, mais sont stériles, comme on le voit dans les mulets. Or
- nous ne lisons nulle part que les Géants aient été
- engendrés par d'autres Géants, mais bien qu'ils sont nés des
- Fils de Dieu, c'est-à-dire des Incubes, et des Filles des hommes: ainsi
- conçus du sperme démoniaque mêlé au sperme humain,
- formant une espèce mitoyenne entre le Démon et l'homme, ils n'avaient
+ engendrés de l'union d'espèces différentes n'engendrent pas
+ eux-mêmes, mais sont stériles, comme on le voit dans les mulets. Or
+ nous ne lisons nulle part que les Géants aient été
+ engendrés par d'autres Géants, mais bien qu'ils sont nés des
+ Fils de Dieu, c'est-à-dire des Incubes, et des Filles des hommes: ainsi
+ conçus du sperme démoniaque mêlé au sperme humain,
+ formant une espèce mitoyenne entre le Démon et l'homme, ils n'avaient
pas pouvoir d'engendrer.</td>
</tr>
<tr id="no106">
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">106. Dicetur fortasse contra hoc, non posse, ex semine Dæmonum, quod
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">106. Dicetur fortasse contra hoc, non posse, ex semine Dæmonum, quod
pro sui natura oportet esse tenuissimum, fieri mixturam cum semine humano, quod
crassum est; unde nec generatio sequi possit.</td>
- <td class="stdindent">106. On objectera peut-être que le sperme des Démons qui, de sa
- nature, doit nécessairement être très-fluide, ne saurait se
- mélanger avec le sperme humain, qui est épais; et que, par
- conséquent, il n'en pourrait suivre aucune génération.</td>
+ <td class="stdindent">106. On objectera peut-être que le sperme des Démons qui, de sa
+ nature, doit nécessairement être très-fluide, ne saurait se
+ mélanger avec le sperme humain, qui est épais; et que, par
+ conséquent, il n'en pourrait suivre aucune génération.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">107. Respondeo quod, ut dictum fuit supra n<sup>o</sup> 32: virtus
generandi consistit in spiritu, qui simul cum materia spumosa et viscida deciditur
- a generante; sequitur ex hoc, quod semen Dæmonis quantumvis tenuissimum, quia
+ a generante; sequitur ex hoc, quod semen Dæmonis quantumvis tenuissimum, quia
tamen materiale, optime potest commisceri cum spiritu materiali seminis humani, ac
fieri generatio.</td>
- <td class="stdindent">107. Je réponds, suivant ce qui a été dit plus
- haut, n<sup>o</sup> 32: la vertu génératrice consiste dans l'esprit
- qui est répandu par l'opérateur avec la matière spumeuse et
- visqueuse; donc le sperme du Démon, si fluide qu'il soit, étant
- cependant matériel, peut très-bien se mêler avec l'esprit
- matériel du sperme humain, et produire génération.</td>
+ <td class="stdindent">107. Je réponds, suivant ce qui a été dit plus
+ haut, n<sup>o</sup> 32: la vertu génératrice consiste dans l'esprit
+ qui est répandu par l'opérateur avec la matière spumeuse et
+ visqueuse; donc le sperme du Démon, si fluide qu'il soit, étant
+ cependant matériel, peut très-bien se mêler avec l'esprit
+ matériel du sperme humain, et produire génération.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">108. Replicabitur adhuc contra conclusionem, quod si vere fuisset Gigantum
generatio ex semine Incuborum et Mulierum, nunc quoque Gigantes nascerentur, non
desunt enim mulieres coeuntes cum Incubis, ut patet ex gestis SS. Bernardi et Petri
- de Alcantara, et aliarum historiarum, quæ passim ab Auctoribus
+ de Alcantara, et aliarum historiarum, quæ passim ab Auctoribus
recitantur.</td>
- <td class="stdindent">108. On répliquera que si la génération des Géants
- était réellement sortie du sperme combiné des Incubes et des
- Femmes, il naîtrait aujourd'hui encore des Géants; car il ne manque
+ <td class="stdindent">108. On répliquera que si la génération des Géants
+ était réellement sortie du sperme combiné des Incubes et des
+ Femmes, il naîtrait aujourd'hui encore des Géants; car il ne manque
pas de femmes ayant commerce avec les Incubes, comme on le voit dans les Gestes de
- S. Bernard et de Pierre d'Alcantara, et d'autres histoires racontées par
+ S. Bernard et de Pierre d'Alcantara, et d'autres histoires racontées par
divers auteurs.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">109. Respondeo, quod prout ex Guaccio dictum fuit supra n<sup>o</sup> 81:
- alii sunt hujusmodi Dæmones terrei, alii aquei, ærei alii, et alii
+ alii sunt hujusmodi Dæmones terrei, alii aquei, ærei alii, et alii
ignei, qui respective in propriis eorum elementis habitant. Videmus autem animalia
eo majora esse, quo majus est elementum in quo degunt, ut patet in piscibus, inter
quos licet multi sint minuti, ut etiam sunt plura animalia terrestria minutissima,
- et tamen quia elementum aquæ majus est elemento terræ
+ et tamen quia elementum aquæ majus est elemento terræ
(utpote continens majus semper est contento), ideo pisces a tota specie superant in
magnitudine molis animalia terrestria, ut patet in balenis, orcynis, pistis seu
pistricibus, thynnis, ac aliis piscibus cetaceis, seu viviparis, qui quodvis animal
- terrestre longe superant. Porro cum Dæmones hujusmodi animalia sint, ut
+ terrestre longe superant. Porro cum Dæmones hujusmodi animalia sint, ut
hucusque probatum est, eo erunt majores in magnitudine quo elementum majus pro sui
- natura inhabitabunt. Et cum ær excedat aquam, et ignis ære major sit,
- sequitur, quod Dæmones ætherei, ac ignei longe superabunt terrestres et
+ natura inhabitabunt. Et cum ær excedat aquam, et ignis ære major sit,
+ sequitur, quod Dæmones ætherei, ac ignei longe superabunt terrestres et
aqueos, tum in mole corporis, tum in virtute. Nec contra hoc facit instantia de
- avibus, qui licet incolant ærem, qui major est aqua, tamen corpore minores
- sunt a tota specie piscibus et quadrupedibus, quia aves licet per ærem volatu
- spatientur, revera tamen pertinent ad elementum terræ, in qua quiescunt;
+ avibus, qui licet incolant ærem, qui major est aqua, tamen corpore minores
+ sunt a tota specie piscibus et quadrupedibus, quia aves licet per ærem volatu
+ spatientur, revera tamen pertinent ad elementum terræ, in qua quiescunt;
aliter enim pisces nonnulli qui volant, ut hirundo marina, et alii, dici deberent
- animalia ærea, quod falsum est.</td>
+ animalia ærea, quod falsum est.</td>
- <td class="stdindent">109. Je réponds, suivant ce qui a été dit ci-dessus,
- n<sup>o</sup> 81, d'après Guaccius: des Démons dont il s'agit, les
- uns sont terrestres, les autres aqueux, les autres aériens, les autres
- ignés, et chacun réside dans l'élément qui lui est
+ <td class="stdindent">109. Je réponds, suivant ce qui a été dit ci-dessus,
+ n<sup>o</sup> 81, d'après Guaccius: des Démons dont il s'agit, les
+ uns sont terrestres, les autres aqueux, les autres aériens, les autres
+ ignés, et chacun réside dans l'élément qui lui est
propre. Or un fait connu, c'est que les animaux sont d'autant plus grands, que plus
- grand est l'élément où ils demeurent, témoin les
- poissons: beaucoup sans doute sont très-petits, comme il
- arrive pour les animaux terrestres, mais de même que l'élément
- aqueux est plus grand que l'élément terrestre (le contenant
- étant toujours plus grand que le contenu), de même les poissons dans
- toute leur espèce dépassent en grandeur la masse des animaux
- terrestres: ceci est clair à voir les baleines, les thons, les cachalots et
- autres poissons cétacés ou vivipares, qui l'emportent de beaucoup sur
- n'importe quel animal terrestre. Conséquemment, les Démons dont il
- s'agit étant des animaux, comme nous l'avons prouvé, leur grandeur
- corporelle sera en proportion de la grandeur de l'élément où
+ grand est l'élément où ils demeurent, témoin les
+ poissons: beaucoup sans doute sont très-petits, comme il
+ arrive pour les animaux terrestres, mais de même que l'élément
+ aqueux est plus grand que l'élément terrestre (le contenant
+ étant toujours plus grand que le contenu), de même les poissons dans
+ toute leur espèce dépassent en grandeur la masse des animaux
+ terrestres: ceci est clair à voir les baleines, les thons, les cachalots et
+ autres poissons cétacés ou vivipares, qui l'emportent de beaucoup sur
+ n'importe quel animal terrestre. Conséquemment, les Démons dont il
+ s'agit étant des animaux, comme nous l'avons prouvé, leur grandeur
+ corporelle sera en proportion de la grandeur de l'élément où
ils habiteront suivant leur nature. Et comme l'air l'emporte sur l'eau, et le feu
- sur l'air, il s'ensuit que les Démons éthérés et
- ignés l'emporteront de beaucoup sur leurs congénères
+ sur l'air, il s'ensuit que les Démons éthérés et
+ ignés l'emporteront de beaucoup sur leurs congénères
terrestres et aqueux, soit en grandeur corporelle, soit en vigueur. On objectera
- peut-être que les oiseaux, habitants de l'air, qui est plus grand que l'eau,
- sont néanmoins, pris en général, plus petits que les poissons
- et les quadrupèdes; mais ceci ne prouve rien, car les oiseaux, tout en
- parcourant l'air de leur vol, n'en appartiennent pas moins à la terre,
- où ils se reposent; autrement il faudrait classer certains
- poissons volants, comme l'hirondelle de mer, parmi les animaux aériens, ce
+ peut-être que les oiseaux, habitants de l'air, qui est plus grand que l'eau,
+ sont néanmoins, pris en général, plus petits que les poissons
+ et les quadrupèdes; mais ceci ne prouve rien, car les oiseaux, tout en
+ parcourant l'air de leur vol, n'en appartiennent pas moins à la terre,
+ où ils se reposent; autrement il faudrait classer certains
+ poissons volants, comme l'hirondelle de mer, parmi les animaux aériens, ce
qui est faux.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">110. Advertendum autem, quod post diluvium ær iste terraqueo
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">110. Advertendum autem, quod post diluvium ær iste terraqueo
globo citissimus magis incrassatus est ex humiditate aquarum, quam fuerit ante
diluvium, et hinc forte est, quod ex tali humido, quod est principium corruptionis,
- fiat, quod homines non ætatem ita producant, ut faciebant ante diluvium. Ex
- ista autem æris crassitie fit, quod Dæmones ætherei, ac ignei,
- cæteris corpulentiores, nequeunt diutius manere in hoc ære crasso, et
+ fiat, quod homines non ætatem ita producant, ut faciebant ante diluvium. Ex
+ ista autem æris crassitie fit, quod Dæmones ætherei, ac ignei,
+ cæteris corpulentiores, nequeunt diutius manere in hoc ære crasso, et
si descendunt aliquando hoc fit violenter, et eo modo quo urinatores ad ima maris
descendunt.</td>
- <td class="stdindent">110. Maintenant, une remarque essentielle, c'est qu'après le
- déluge, cet air qui enveloppe notre globe terrestre et aqueux est devenu,
- par suite de l'humidité des eaux, plus épais qu'il n'était
- avant le déluge; et comme l'humidité est le principe de la
- corruption, c'est peut-être pour cela que la vie des hommes ne se prolonge
- plus autant que dans les âges antédiluviens. Cette épaisseur de
- l'air est aussi cause que les Démons éthérés et
- ignés, d'une corpulence plus forte que les autres, ne peuvent plus demeurer
- dans cet air épais, et s'ils y descendent quelquefois, c'est violemment et
- de la même manière que les plongeurs descendent au fond de la
+ <td class="stdindent">110. Maintenant, une remarque essentielle, c'est qu'après le
+ déluge, cet air qui enveloppe notre globe terrestre et aqueux est devenu,
+ par suite de l'humidité des eaux, plus épais qu'il n'était
+ avant le déluge; et comme l'humidité est le principe de la
+ corruption, c'est peut-être pour cela que la vie des hommes ne se prolonge
+ plus autant que dans les âges antédiluviens. Cette épaisseur de
+ l'air est aussi cause que les Démons éthérés et
+ ignés, d'une corpulence plus forte que les autres, ne peuvent plus demeurer
+ dans cet air épais, et s'ils y descendent quelquefois, c'est violemment et
+ de la même manière que les plongeurs descendent au fond de la
mer.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">111. Ante diluvium autem, cum adhuc ær non ita crassus erat, veniebant
- Dæmones, et cum mulieribus miscebantur, et gigantes procreabant, qui
- magnitudinem corpoream Dæmonum generantium æmulabantur. Nunc vero ita
- non est: Dæmones enim Incubi, qui f&oelig;minas incessunt, sunt
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">111. Ante diluvium autem, cum adhuc ær non ita crassus erat, veniebant
+ Dæmones, et cum mulieribus miscebantur, et gigantes procreabant, qui
+ magnitudinem corpoream Dæmonum generantium æmulabantur. Nunc vero ita
+ non est: Dæmones enim Incubi, qui f&oelig;minas incessunt, sunt
aquei quorum corporis moles magna non est: et proinde in forma homuncionum
apparent, et quia aquei etiam salacissimi sunt; luxuria enim in humido est: ut
- proinde Venerem e mari natam Poetæ finxerint, quod Mythologi explicant de
- libidine, quæ oritur ab humiditate. Cum ergo Dæmones, qui corpore parvi
- sunt, his temporibus mulieres imprægnent, non gigantes, sed staturæ
- ordinariæ filii nascuntur. Sciendum porro quod si miscentur corporaliter cum
- mulieribus Dæmones in sua ipsorum corpulentia naturali, nulla facta
+ proinde Venerem e mari natam Poetæ finxerint, quod Mythologi explicant de
+ libidine, quæ oritur ab humiditate. Cum ergo Dæmones, qui corpore parvi
+ sunt, his temporibus mulieres imprægnent, non gigantes, sed staturæ
+ ordinariæ filii nascuntur. Sciendum porro quod si miscentur corporaliter cum
+ mulieribus Dæmones in sua ipsorum corpulentia naturali, nulla facta
immutatione aut artificio, mulieres illos non vident, nisi tanquam umbram
- pæne incertam, ac quasi insensibilem, ut patet in muliere illa, de qua
- diximus supra n<sup>o</sup> 28., quæ osculabatur ab incubo, cujus tactus vix
+ pæne incertam, ac quasi insensibilem, ut patet in muliere illa, de qua
+ diximus supra n<sup>o</sup> 28., quæ osculabatur ab incubo, cujus tactus vix
ab ea sentiebatur. Quando vero volunt se visibiles amasiis reddere, atque ipsis
delectationem in congressu carnali afferre, sibi indumentum visibile assumunt, et
corpus crassum reddunt. Qua vero hoc arte fiat, ipsi norunt. Nobis curta nostra
Philosophia hoc non pandit. Unum scire possumus, et est, quod tale indumentum seu
- corpus ex solo ære concreto constare nequiret, hoc enim esse deberet per
+ corpus ex solo ære concreto constare nequiret, hoc enim esse deberet per
condensationem, et proinde per frigus; unde oporteret, quod corpus illud ad tactum
esset veluti glacies, et ita in coitu mulieres non delectaret, sed
torqueret, cum tamen contrarium eveniat.</td>
- <td class="stdindent">111. Or avant le déluge, lorsque l'air n'était pas encore aussi
- épais, les Démons venaient sur la terre et avaient commerce avec les
- femmes, procréant de la sorte des Géants d'une stature presque
- égale à celle des Démons leurs pères. Mais à
- présent il n'en est plus ainsi: les Démons Incubes qui
+ <td class="stdindent">111. Or avant le déluge, lorsque l'air n'était pas encore aussi
+ épais, les Démons venaient sur la terre et avaient commerce avec les
+ femmes, procréant de la sorte des Géants d'une stature presque
+ égale à celle des Démons leurs pères. Mais à
+ présent il n'en est plus ainsi: les Démons Incubes qui
accolent les femmes sont aqueux et de taille restreinte; aussi les voit-on
- paraître sous la forme de petits hommes, et, par la raison qu'ils sont
- aqueux, ils sont excessivement lascifs. Luxure et humidité sont deux termes
- correspondants: ce n'est pas sans raison que les Poëtes ont fait naître
- Vénus de la mer, voulant indiquer, comme l'expliquent les Mythologues, que
- la luxure a sa source dans l'humidité. Donc lorsque les Démons, qui
+ paraître sous la forme de petits hommes, et, par la raison qu'ils sont
+ aqueux, ils sont excessivement lascifs. Luxure et humidité sont deux termes
+ correspondants: ce n'est pas sans raison que les Poëtes ont fait naître
+ Vénus de la mer, voulant indiquer, comme l'expliquent les Mythologues, que
+ la luxure a sa source dans l'humidité. Donc lorsque les Démons, qui
sont de petite stature, engrossent aujourd'hui les femmes, ils leur font des
- enfants de taille ordinaire et non des géants. Ici se place une observation:
+ enfants de taille ordinaire et non des géants. Ici se place une observation:
lorsque ces Incubes s'unissent charnellement aux femmes dans leur corps propre et
- naturel, sans métamorphose ni artifice, les femmes ne les voient pas, ou, si
- elles les voient, c'est comme une ombre presque incertaine et à peine
- sensible: tel était le cas de cette dame dont nous avons parlé au
- n<sup>o</sup> 28, qui recevait les baisers d'un incube dont elle sentait à
+ naturel, sans métamorphose ni artifice, les femmes ne les voient pas, ou, si
+ elles les voient, c'est comme une ombre presque incertaine et à peine
+ sensible: tel était le cas de cette dame dont nous avons parlé au
+ n<sup>o</sup> 28, qui recevait les baisers d'un incube dont elle sentait à
peine le contact. Quand, au contraire, les galants veulent se rendre visibles
- à leurs maîtresses, <i>atque ipsis delectationem in congressu carnali
- afferre</i>, alors ils revêtent une enveloppe visible, et leur corps devient
- palpable. Par quel art, ceci est leur secret. Notre philosophie à courte vue
- est impuissante à le découvrir. Tout ce que nous
+ à leurs maîtresses, <i>atque ipsis delectationem in congressu carnali
+ afferre</i>, alors ils revêtent une enveloppe visible, et leur corps devient
+ palpable. Par quel art, ceci est leur secret. Notre philosophie à courte vue
+ est impuissante à le découvrir. Tout ce que nous
savons, c'est que cette enveloppe ou ce corps ne pourrait consister seulement en
air concret, car ceci ne s'effectuerait que par la condensation, et
- conséquemment par le froid; un corps ainsi formé produirait au
+ conséquemment par le froid; un corps ainsi formé produirait au
toucher l'effet de la glace; <i>et ita in coitu mulieres non delectaret</i>, il les
- ferait plutôt souffrir, lorsque cependant c'est le contraire qui arrive.</td>
+ ferait plutôt souffrir, lorsque cependant c'est le contraire qui arrive.</td>
</tr>
<tr id="no112">
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">112. Visa igitur differentia Dæmonum spiritualium, qui cum sagis
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">112. Visa igitur differentia Dæmonum spiritualium, qui cum sagis
coeunt, et Incuborum, qui cum f&oelig;minis minime sagis rem habent, perpendenda
est gravitas hujus criminis in utroque casu.</td>
- <td class="stdindent">112. Etant donc admis la distinction des Démons spirituels, qui ont
- commerce avec les sorcières, et des Incubes, qui ont affaire à des
- femmes pas du tout sorcières, il nous reste à peser la gravité
+ <td class="stdindent">112. Etant donc admis la distinction des Démons spirituels, qui ont
+ commerce avec les sorcières, et des Incubes, qui ont affaire à des
+ femmes pas du tout sorcières, il nous reste à peser la gravité
du crime dans l'un et l'autre cas.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">113. In coitu Sagarum cum Dæmonibus, eo quia non fit nisi cum
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">113. In coitu Sagarum cum Dæmonibus, eo quia non fit nisi cum
apostasia a Fide, et Diaboli cultu, et tot aliis impietatibus quas recensuimus
- supra a n<sup>o</sup> 12. ad 24., est maximum quorumque peccatorum, quæ ab
- hominibus fieri possunt: et ratione tantæ enormitatis contra Religionem,
- quæ præsupponitur coitu cum Diabolo, profecto Dæmonialitas
+ supra a n<sup>o</sup> 12. ad 24., est maximum quorumque peccatorum, quæ ab
+ hominibus fieri possunt: et ratione tantæ enormitatis contra Religionem,
+ quæ præsupponitur coitu cum Diabolo, profecto Dæmonialitas
maximum est criminum carnalium. Sed spectato delicto carnis ut sic, et ut abstracto
- a peccatis contra Religionem, Dæmonialitas redigenda est ad simplicem
+ a peccatis contra Religionem, Dæmonialitas redigenda est ad simplicem
pollutionem. Ratio, et quidem convincentissima, est quia Diabolus, qui rem habet
cum sagis, purus spiritus est, et est in termino ac damnatus ut dictum supra fuit;
proinde si cum sagis coit, hoc facit in corpore assumpto, aut a se formato, ut
@@ -5234,73 +5193,73 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
esset simplex mollities, ut alias demonstravimus. Verum est, quod, ut observavit
etiam Cajetanus, talis coitus effective potest habere deformitates aliorum criminum
juxta corpus a Diabolo assumptum, et vas: si enim assumeret corpus virginis
- consanguineæ, aut sacræ, effective esset tale crimen incestus aut
- sacrilegium, et si in figura bruti coiret, aut in vase præpostero, evaderet
+ consanguineæ, aut sacræ, effective esset tale crimen incestus aut
+ sacrilegium, et si in figura bruti coiret, aut in vase præpostero, evaderet
bestialitas, aut Sodomia.</td>
- <td class="stdindent">113. Le commerce des Sorcières avec les Démons, par les
+ <td class="stdindent">113. Le commerce des Sorcières avec les Démons, par les
circonstances qui l'accompagnent: apostasie de la Foi, culte du Diable, et tant
- d'autres impiétés que nous avons énumérées plus
- haut, n<sup>os</sup> 12 à 24, est le plus grand de tous les
- péchés qu'il soit donné à l'homme de commettre; et si
- l'on considère l'énormité de cet attentat contre la Religion,
- que présuppose le coït avec le Diable, assurément la
- Démonialité est le plus grand, de tous les crimes de la chair. Mais
- à envisager le péché de la chair comme tel, et
- abstraction faite du péché contre la Religion, la
- Démonialité n'est plus que pollution simple. La raison, et une raison
- très-convaincante, c'est que le Diable qui a affaire aux Sorcières,
- est un pur esprit, arrivé au terme et damné, comme il a
- été dit plus haut; conséquemment, s'il paillarde avec les
- Sorcières, c'est au moyen d'un corps emprunté, ou qu'il s'est
- formé lui-même, suivant l'opinion commune des Théologiens. Or,
- quoique mis en mouvement, ce corps, toutefois, n'est pas vivant; d'où suit
- que l'être humain, mâle ou femelle, <i>coiens cum tali corpore</i>,
- commet le même délit que s'il le faisait avec un corps inanimé,
+ d'autres impiétés que nous avons énumérées plus
+ haut, n<sup>os</sup> 12 à 24, est le plus grand de tous les
+ péchés qu'il soit donné à l'homme de commettre; et si
+ l'on considère l'énormité de cet attentat contre la Religion,
+ que présuppose le coït avec le Diable, assurément la
+ Démonialité est le plus grand, de tous les crimes de la chair. Mais
+ à envisager le péché de la chair comme tel, et
+ abstraction faite du péché contre la Religion, la
+ Démonialité n'est plus que pollution simple. La raison, et une raison
+ très-convaincante, c'est que le Diable qui a affaire aux Sorcières,
+ est un pur esprit, arrivé au terme et damné, comme il a
+ été dit plus haut; conséquemment, s'il paillarde avec les
+ Sorcières, c'est au moyen d'un corps emprunté, ou qu'il s'est
+ formé lui-même, suivant l'opinion commune des Théologiens. Or,
+ quoique mis en mouvement, ce corps, toutefois, n'est pas vivant; d'où suit
+ que l'être humain, mâle ou femelle, <i>coiens cum tali corpore</i>,
+ commet le même délit que s'il le faisait avec un corps inanimé,
un cadavre: ce qui serait pollution simple ou mollesse, comme nous l'avons
- démontré ailleurs. Il est vrai, du reste, ainsi que l'a
- observé Cajetan, qu'un commerce de cette nature peut très-bien
- revêtir les caractères honteux d'autres crimes, suivant le corps
- emprunté par le Démon et l'organe employé: car s'il empruntait
+ démontré ailleurs. Il est vrai, du reste, ainsi que l'a
+ observé Cajetan, qu'un commerce de cette nature peut très-bien
+ revêtir les caractères honteux d'autres crimes, suivant le corps
+ emprunté par le Démon et l'organe employé: car s'il empruntait
le corps d'une parente ou d'une religieuse, le crime serait effectivement inceste
- ou sacrilége; et s'il paillardait sous la forme d'une bête, ou <i>in
- vase præpostero</i>, ce serait bestialité ou Sodomie.</td>
+ ou sacrilége; et s'il paillardait sous la forme d'une bête, ou <i>in
+ vase præpostero</i>, ce serait bestialité ou Sodomie.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">114. In coitu autem cum Incubo, in quo nulla habetur qualitas, vel
minima, criminis contra Religionem, difficile est rationem invenire, per quam tale
delictum Bestialitate et Sodomia gravior esset. Siquidem gravitas Bestialitatis
- præ Sodomia, prout supra diximus, consistit in hoc, quod homo vilificat
- dignitatem suæ speciei jungendose cum bruto, quod est speciei longe
+ præ Sodomia, prout supra diximus, consistit in hoc, quod homo vilificat
+ dignitatem suæ speciei jungendose cum bruto, quod est speciei longe
inferioris sua. In coitu autem cum Incubo diversa est ratio: nam Incubus ratione
- spiritus rationalis, ac immortalis, æqualis est homini; ratione vero corporis
+ spiritus rationalis, ac immortalis, æqualis est homini; ratione vero corporis
nobilioris, nempe subtilioris, est perfectior, et dignior homine; et hoc modo homo
jungens se Incubo non vilificat, immo dignificat suam naturam, et ita, juxta hanc
- considerationem, Dæmonialitas nequit esse gravior Bestialitate.</td>
+ considerationem, Dæmonialitas nequit esse gravior Bestialitate.</td>
- <td class="stdindent">114. Quant au commerce avec l'Incube, où ne se rencontre aucun
- élément, si faible soit-il, d'offense contre la Religion, il est
- difficile de voir pourquoi ce délit serait plus grave que la
- Bestialité et la Sodomie. En effet, si la Bestialité est plus grave
+ <td class="stdindent">114. Quant au commerce avec l'Incube, où ne se rencontre aucun
+ élément, si faible soit-il, d'offense contre la Religion, il est
+ difficile de voir pourquoi ce délit serait plus grave que la
+ Bestialité et la Sodomie. En effet, si la Bestialité est plus grave
que la Sodomie, comme nous l'avons dit plus haut, c'est que l'homme avilit la
- dignité de son espèce en s'unissant avec la brute, qui est d'une
- espèce bien inférieure à la sienne. Mais dans le commerce avec
+ dignité de son espèce en s'unissant avec la brute, qui est d'une
+ espèce bien inférieure à la sienne. Mais dans le commerce avec
l'Incube, c'est le contraire qui a lieu: car l'Incube, du chef de son esprit
- raisonnable et immortel, est égal à l'homme; du chef de son corps
+ raisonnable et immortel, est égal à l'homme; du chef de son corps
plus noble et plus subtil, il est plus parfait et plus digne que l'homme.
- Conséquemment, l'homme qui s'unit à l'Incube n'avilit pas sa nature,
- il la dignifie plutôt; et à considérer la chose à ce
- point de vue, la Démonialité ne saurait être plus grave que la
- Bestialité.</td>
+ Conséquemment, l'homme qui s'unit à l'Incube n'avilit pas sa nature,
+ il la dignifie plutôt; et à considérer la chose à ce
+ point de vue, la Démonialité ne saurait être plus grave que la
+ Bestialité.</td>
</tr>
<tr id="no115">
<td xml:lang="la" lang="la" class="stdindent italics">115. Tamen gravior communiter censetur, et ratio, meo videri, potest esse:
- quia peccatum contra Religionem est, quævis communicatio cum Diabolo, sive ex
+ quia peccatum contra Religionem est, quævis communicatio cum Diabolo, sive ex
pacto, sive non; puta habendo cum eo consuetudinem aut familiaritatem, seu ab eo
petendo auxilium consilium, favorem, aut ab ipso
- quærendo revelationem futurorum, relationem præteritorum, absentium,
+ quærendo revelationem futurorum, relationem præteritorum, absentium,
aut alias occultorum. Hujusmodi autem homines, seu mulieres, concumbendo cum
Incubis, quos nesciunt animalia esse, sed putant esse diabolos, contra conscientiam
erroneam delinquunt; et hoc modo ex conscientia erronea ita peccant cum Incubis se
@@ -5308,19 +5267,19 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
incurrunt.</td>
<td class="stdindent">115. Cependant l'opinion commune veut qu'elle soit plus grave; et voici,
- à mon sens, ce qui peut justifier cette manière de voir: c'est qu'il
- y a péché contre la Religion dans toute communication avec le Diable,
+ à mon sens, ce qui peut justifier cette manière de voir: c'est qu'il
+ y a péché contre la Religion dans toute communication avec le Diable,
soit en vertu d'un pacte, soit sans pacte, comme, par exemple, en ayant
- avec lui des relations d'habitude ou de familiarité, ou en lui demandant
- secours, avis, faveur, ou en cherchant à obtenir de lui la
- révélation des choses futures, la connaissance des choses
- passées, absentes ou cachées. Hommes et femmes, en s'unissant ainsi
- avec des Incubes qu'ils ne savent pas être des animaux, mais croient
- être des diables, pèchent par intention ou erreur de conscience, <i>ex
- conscientia erronea</i>, et leur péché est le même en ayant
- affaire à des Incubes que s'ils avaient commerce avec des diables;
- d'où il suit que la gravité de leur crime est exactement la
- même.</td>
+ avec lui des relations d'habitude ou de familiarité, ou en lui demandant
+ secours, avis, faveur, ou en cherchant à obtenir de lui la
+ révélation des choses futures, la connaissance des choses
+ passées, absentes ou cachées. Hommes et femmes, en s'unissant ainsi
+ avec des Incubes qu'ils ne savent pas être des animaux, mais croient
+ être des diables, pèchent par intention ou erreur de conscience, <i>ex
+ conscientia erronea</i>, et leur péché est le même en ayant
+ affaire à des Incubes que s'ils avaient commerce avec des diables;
+ d'où il suit que la gravité de leur crime est exactement la
+ même.</td>
</tr>
<tr>
@@ -5338,35 +5297,35 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<h2 id="appendice">APPENDICE</h2>
<hr />
- <p class="stdindent">Le Manuscrit de la <i>Démonialité</i> s'arrête sur la conclusion
- qu'on vient de lire. Au point de vue purement philosophique et théorique,
- l'&oelig;uvre est complète: car il suffisait à l'auteur de
- déterminer en termes généraux la gravité du crime, sans
- s'occuper de la procédure à suivre pour en établir la
- <i>preuve</i>, ni de la <i>peine</i> à édicter. Ces deux questions, au
- contraire, avaient leur place naturellement marquée dans le grand ouvrage <i>De
- Delictis et P&oelig;nis</i>, qui est un véritable <i>Code de
- l'Inquisiteur</i>; et le Père Sinistrari d'Ameno ne pouvait manquer de les y
- traiter avec tout le soin et toute la conscience dont il a donné tant de preuves
- dans les pages qui précèdent.</p>
+ <p class="stdindent">Le Manuscrit de la <i>Démonialité</i> s'arrête sur la conclusion
+ qu'on vient de lire. Au point de vue purement philosophique et théorique,
+ l'&oelig;uvre est complète: car il suffisait à l'auteur de
+ déterminer en termes généraux la gravité du crime, sans
+ s'occuper de la procédure à suivre pour en établir la
+ <i>preuve</i>, ni de la <i>peine</i> à édicter. Ces deux questions, au
+ contraire, avaient leur place naturellement marquée dans le grand ouvrage <i>De
+ Delictis et P&oelig;nis</i>, qui est un véritable <i>Code de
+ l'Inquisiteur</i>; et le Père Sinistrari d'Ameno ne pouvait manquer de les y
+ traiter avec tout le soin et toute la conscience dont il a donné tant de preuves
+ dans les pages qui précèdent.</p>
<p class="stdindent">On sera bien aise de trouver ici cette conclusion pratique de la
- <i>Démonialité</i>.</p>
+ <i>Démonialité</i>.</p>
- <p class="indentg"><i>(Note de l'Éditeur.)</i><br /></p>
+ <p class="indentg"><i>(Note de l'Éditeur.)</i><br /></p>
<div class="ctr-8-4-0">
<img src="images/smallheader.jpg" alt="smallheader" title="header" /></div>
- <table summary="Preuve de la Démonialité, en latin et en français, présenté coté à coté">
+ <table summary="Preuve de la Démonialité, en latin et en français, présenté coté à coté">
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="italics">
- <h2>Probatio Dæmonialitatis</h2>
+ <h2>Probatio Dæmonialitatis</h2>
<div class="centered"><hr class="double" /></div>
</td>
<td>
- <h2><i>Preuve de la Démonialité</i></h2>
+ <h2><i>Preuve de la Démonialité</i></h2>
<div class="centered"><hr class="double" /></div>
</td>
</tr>
@@ -5382,23 +5341,23 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="italics">1. De probatione criminis Dæmonialitatis, distinguendum est.</td>
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="italics">1. De probatione criminis Dæmonialitatis, distinguendum est.</td>
- <td><i>1. Distinctions à établir dans la preuve du crime de
- Démonialité.</i></td>
+ <td><i>1. Distinctions à établir dans la preuve du crime de
+ Démonialité.</i></td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="italics">2. Indicia probantia coitum Sagæ cum Diabolo.</td>
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="italics">2. Indicia probantia coitum Sagæ cum Diabolo.</td>
- <td><i>2. Indices servant à prouver le commerce d'une Sorcière avec
+ <td><i>2. Indices servant à prouver le commerce d'une Sorcière avec
le Diable.</i></td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="italics">3. Requiritur confessio ipsius malefici ad plenam probationem.</td>
- <td><i>3. Pour la preuve absolue, l'aveu du Sorcier lui-même est
+ <td><i>3. Pour la preuve absolue, l'aveu du Sorcier lui-même est
indispensable.</i></td>
</tr>
@@ -5416,75 +5375,75 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<td>
- <i>5. Si l'accusation s'appuie sur des récits de témoins oculaires,
- on peut recourir à la torture.</i>
+ <i>5. Si l'accusation s'appuie sur des récits de témoins oculaires,
+ on peut recourir à la torture.</i>
</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="italics"> <hr />1. Quantum ad probationem hujus criminis attinet, distinguendum est de
- Dæmonialitate, puta, vel ejus, quæ a Sagis, seu Maleficis fit cum
- Diabolis; sive de ea, quæ ab aliis fit cum Incubis.</td>
+ Dæmonialitate, puta, vel ejus, quæ a Sagis, seu Maleficis fit cum
+ Diabolis; sive de ea, quæ ab aliis fit cum Incubis.</td>
- <td> <hr />1. En ce qui touche la preuve de ce crime, il faut distinguer l'espèce
- de Démonialité: à savoir celle qui se pratique entre
- Sorcières ou Sorciers et le Diable, d'une part, et d'autre part, celle que
+ <td> <hr />1. En ce qui touche la preuve de ce crime, il faut distinguer l'espèce
+ de Démonialité: à savoir celle qui se pratique entre
+ Sorcières ou Sorciers et le Diable, d'une part, et d'autre part, celle que
d'autres personnes pratiquent avec les Incubes.</td>
</tr>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="italics">2. Quoad primam, probato crimine pacti facti cum Diabolo, probata
- remanet <i>Dæmonialitas</i> ex consequentia necessaria; nam scopus tum
+ remanet <i>Dæmonialitas</i> ex consequentia necessaria; nam scopus tum
Sagarum, tum Maleficorum in ludis nocturnis, ultra convivia, et choreas, est
hujusmodi infamis congressus: aliter, illius criminis nullus potest esse testis,
- quia Diabolus, qui Sagæ visibilis est, aliorum oculos effugit. Verum est,
- quod aliquoties visæ sunt mulieres in sylvis, agris, et nemoribus,
- supinæ jacentes, ad umbilicum tenus denudatæ, et juxta dispositionem
+ quia Diabolus, qui Sagæ visibilis est, aliorum oculos effugit. Verum est,
+ quod aliquoties visæ sunt mulieres in sylvis, agris, et nemoribus,
+ supinæ jacentes, ad umbilicum tenus denudatæ, et juxta dispositionem
actus venerei, divaricatis, et adductis cruribus, clunes agitare, prout scribit
- Guacc., lib. p. cap. 12, v. <i>Sciendum est sæpius, fol. 65.</i> Tali casu
+ Guacc., lib. p. cap. 12, v. <i>Sciendum est sæpius, fol. 65.</i> Tali casu
emergeret suspicio vehemens talis criminis, dummodo esset aliunde adminiculata, et
crederem talem actum per testes sufficienter probatum, sufficere Judici ad
indagandam tormentis veritatem; et hoc maxime, si post aliqualem moram in illo
actu, visus fuisset a muliere elevari quasi fumus niger, et tunc mulierem surgere,
- prout ibidem scribit Guaccius; talis enim fumus, aut umbra, Dæmonem fuisse
+ prout ibidem scribit Guaccius; talis enim fumus, aut umbra, Dæmonem fuisse
concumbentem cum f&oelig;mina inferre potest. Sicut etiam, si mulier visa fuisset
concumbere cum homine, qui post actum de repente evanuit, ut non semel accidisse
idem auctor ibidem narrat</td>
- <td>2. Quant à la première, étant prouvé le
- pacte fait avec le Diable, la <i>Démonialité</i> se trouve par
- là même prouvée; car le but des Sorcières, aussi bien
- que des Sorciers, dans leurs sabbats nocturnes, après les festins et les
- danses, est le commerce infâme dont il s'agit: autrement, il ne peut exister
- aucun témoin de ce crime, parce que le Diable, qui est visible pour la
- Sorcière, se dérobe aux yeux des autres. Quelquefois, il est vrai,
- des femmes ont été vues dans les forêts, dans les champs, dans
- les bocages, couchées sur le dos, <i>ad umbilicum tenus nudatæ, et
+ <td>2. Quant à la première, étant prouvé le
+ pacte fait avec le Diable, la <i>Démonialité</i> se trouve par
+ là même prouvée; car le but des Sorcières, aussi bien
+ que des Sorciers, dans leurs sabbats nocturnes, après les festins et les
+ danses, est le commerce infâme dont il s'agit: autrement, il ne peut exister
+ aucun témoin de ce crime, parce que le Diable, qui est visible pour la
+ Sorcière, se dérobe aux yeux des autres. Quelquefois, il est vrai,
+ des femmes ont été vues dans les forêts, dans les champs, dans
+ les bocages, couchées sur le dos, <i>ad umbilicum tenus nudatæ, et
juxta dispositionem actus venerei</i>, les jambes <i>divaricatis et adductis,
- clunes agitare</i>, ainsi que l'écrit Guaccius, liv. 1, chap. 12, v.
- <i>Sciendum est sæpius</i>, fol. 65. En pareil cas, la présomption du
- crime de Démonialité serait très-forte, pourvu qu'il
- existât d'ailleurs d'autres indices; et je croirais qu'un tel acte,
- suffisamment prouvé par témoins, autoriserait le Juge à
- employer la torture pour connaître la vérité; surtout si, peu
- après cet acte, on avait vu s'élever de la femme comme une
- fumée noire, et alors la femme se redresser, comme l'écrit encore
- <i>Guaccius</i>; car dans cette fumée ou cette ombre on pourrait voir le
- Démon lui-même, <i>concumbentem cum f&oelig;mina</i>.
- Même conclusion, si, comme il est arrivé plus d'une fois
- au rapport du même auteur, on a vu une femme <i>concumbere cum homine</i>,
- lequel, l'acte fini, disparaît tout à coup.</td>
- </tr>
-
- <tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="italics">3. Cæterum, ad probandum concludenter aliquem esse
+ clunes agitare</i>, ainsi que l'écrit Guaccius, liv. 1, chap. 12, v.
+ <i>Sciendum est sæpius</i>, fol. 65. En pareil cas, la présomption du
+ crime de Démonialité serait très-forte, pourvu qu'il
+ existât d'ailleurs d'autres indices; et je croirais qu'un tel acte,
+ suffisamment prouvé par témoins, autoriserait le Juge à
+ employer la torture pour connaître la vérité; surtout si, peu
+ après cet acte, on avait vu s'élever de la femme comme une
+ fumée noire, et alors la femme se redresser, comme l'écrit encore
+ <i>Guaccius</i>; car dans cette fumée ou cette ombre on pourrait voir le
+ Démon lui-même, <i>concumbentem cum f&oelig;mina</i>.
+ Même conclusion, si, comme il est arrivé plus d'une fois
+ au rapport du même auteur, on a vu une femme <i>concumbere cum homine</i>,
+ lequel, l'acte fini, disparaît tout à coup.</td>
+ </tr>
+
+ <tr>
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="italics">3. Cæterum, ad probandum concludenter aliquem esse
Maleficum, seu Maleficam, requiritur propria Confessio; nullus enim haberi potest
de hoc testis, nisi forte sint alii Malefici, qui in judicio deponunt de
complicibus; sed quia socii criminis sunt, eorum dictum non concludit, nec etiam ad
torturam sufficit, nisi alia exstent indicia, puta, sigillum Diaboli impressum in
eorum corpore, prout diximus supra <i>num. 23.</i>; et in eorum domibus, facta
- perquisitione, inveniantur signa, ac instrumenta artis diabolicæ, ut ossa
- mortuorum, præsertim calvariam; crines artificiose contextos; nodos plumarum
+ perquisitione, inveniantur signa, ac instrumenta artis diabolicæ, ut ossa
+ mortuorum, præsertim calvariam; crines artificiose contextos; nodos plumarum
intricatos; alas, aut pedes, aut ossicula vespertilionum, aut bufonum, aut
serpentium; ignotas seminum species; figuras cereas; vasculos plenos incognito
pulvere, aut oleo, aut unguentis minime notis, etc., ut ordinarie contingit
@@ -5493,23 +5452,23 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
de Off. S. Inquis., <i>Par. 2. Dub. 206. num. 7</i>.</td>
- <td>3. Du reste, pour prouver d'une manière concluante qu'un homme est un
- Sorcier ou une femme une Sorcière, il faut avoir obtenu son propre aveu: car
- il ne peut exister de ce fait aucun témoin si ce n'est peut-être
- d'autres Sorciers qui déposent au procès contre leurs complices;
- mais, par cela même qu'ils sont associés dans le crime, leur dire
+ <td>3. Du reste, pour prouver d'une manière concluante qu'un homme est un
+ Sorcier ou une femme une Sorcière, il faut avoir obtenu son propre aveu: car
+ il ne peut exister de ce fait aucun témoin si ce n'est peut-être
+ d'autres Sorciers qui déposent au procès contre leurs complices;
+ mais, par cela même qu'ils sont associés dans le crime, leur dire
n'est pas concluant et ne suffit pas pour autoriser la torture. Il faudrait pour
- cela qu'il y eût d'autres indices, comme, par exemple, le cachet du Diable
- imprimé sur leur corps, ainsi que nous avons dit plus haut (n<sup>o</sup> 23), ou
- qu'après perquisition faite dans leurs maisons, on eût trouvé
+ cela qu'il y eût d'autres indices, comme, par exemple, le cachet du Diable
+ imprimé sur leur corps, ainsi que nous avons dit plus haut (n<sup>o</sup> 23), ou
+ qu'après perquisition faite dans leurs maisons, on eût trouvé
des signes et des instruments de l'art diabolique, tels que des os de morts et
- surtout un crâne; des cheveux artistement arrangés; des n&oelig;uds de
- plumes embrouillés; des ailes, ou des pieds, ou des ossements de
+ surtout un crâne; des cheveux artistement arrangés; des n&oelig;uds de
+ plumes embrouillés; des ailes, ou des pieds, ou des ossements de
chauves-souris, de crapauds, de serpents; des sortes de graines, des figures en
cire, des vases remplis de poudre ou d'huile, ou d'onguents inconnus,
- etc., comme en découvrent ordinairement les Juges qui, sur une accusation de
- ce genre portée contre des Sorciers, procèdent à leur
- arrestation et à une visite domiciliaire.</td>
+ etc., comme en découvrent ordinairement les Juges qui, sur une accusation de
+ ce genre portée contre des Sorciers, procèdent à leur
+ arrestation et à une visite domiciliaire.</td>
</tr>
<tr>
@@ -5518,78 +5477,78 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
videri se faciunt a sola amasia. Tamen non raro accidit, quod etiam visi sint
Incubi modo sub una, modo sub alia specie in actu carnali cum mulieribus.</td>
- <td>4. Quant à la preuve du commerce avec un Incube, la difficulté
- est la même; car l'Incube, tout aussi bien que les Diables, se rend quand il
- le veut invisible à tout autre qu'à sa maîtresse. Cependant, il
- arrive encore plus d'une fois aux Incubes de se laisser surprendre, tantôt
- sous une forme, tantôt sous une autre, en flagrant délit de
+ <td>4. Quant à la preuve du commerce avec un Incube, la difficulté
+ est la même; car l'Incube, tout aussi bien que les Diables, se rend quand il
+ le veut invisible à tout autre qu'à sa maîtresse. Cependant, il
+ arrive encore plus d'une fois aux Incubes de se laisser surprendre, tantôt
+ sous une forme, tantôt sous une autre, en flagrant délit de
cohabitation charnelle avec les femmes.</td>
</tr>
<tr>
- <td xml:lang="la" lang="la" class="italics">In quodam Monasterio (nomen ejus et urbis taceo, ne veterem ignominiam memoriæ
- refricem) quædam fuit Monialis, quæ cum alia Moniali, quæ cellam
- habebat suæ contiguam, simultatem ex levibus causis, ut assolet inter
- Mulieres, maxime Religiosas, habebat. Hæc sagax in observando quascunque
- actiones Monialis sibi adversæ, per plures dies vidit, quod ista in diebus
- æstivis, statim a prandio non spatiabatur per viridarium cum aliis, sed ab
+ <td xml:lang="la" lang="la" class="italics">In quodam Monasterio (nomen ejus et urbis taceo, ne veterem ignominiam memoriæ
+ refricem) quædam fuit Monialis, quæ cum alia Moniali, quæ cellam
+ habebat suæ contiguam, simultatem ex levibus causis, ut assolet inter
+ Mulieres, maxime Religiosas, habebat. Hæc sagax in observando quascunque
+ actiones Monialis sibi adversæ, per plures dies vidit, quod ista in diebus
+ æstivis, statim a prandio non spatiabatur per viridarium cum aliis, sed ab
iis sequestra, se retrahebat in cellam, quam sera obserabat. Observatrix igitur
- æmula curiositate investigans, quid tali tempore illa facere
+ æmula curiositate investigans, quid tali tempore illa facere
posset, etiam ipsa in propriam cellam se recipiebat; c&oelig;pit autem audire
submissam quasi duorum insimul colloquentium vocem (quod facile erat, nam cella
parvo simplicis, scilicet lateris unius, disterminio dividebatur), mox sonitum
poppysmatum,<a name="FNanchor_2_1" id="FNanchor_2_1"></a><a href="#Footnote_2_1"
class="fnanchor">[1]</a> concussionis lecti, gannitus, ac anhelitus, quasi duorum
- concumbentium; unde aucta in æmula curiositate, accuratius stetit in
+ concumbentium; unde aucta in æmula curiositate, accuratius stetit in
observatione, ut sciret, quinam in illa cella essent. Postquam autem per tres vices
- vidit, nullam aliam Monialem egressam e cella illa, præter æmulam,
- dominam cellæ, suspicata est, Monialem in camera absconditum aliquem virum,
- clanculum introductum retinere; unde et rem detulit ad Abbatissam, quæ
+ vidit, nullam aliam Monialem egressam e cella illa, præter æmulam,
+ dominam cellæ, suspicata est, Monialem in camera absconditum aliquem virum,
+ clanculum introductum retinere; unde et rem detulit ad Abbatissam, quæ
consilio habita cum Discretis, voluit audire sonitus,
- et observare indicia relata ab accusatrice, ne præcipitanter, et
+ et observare indicia relata ab accusatrice, ne præcipitanter, et
inconsiderate ageret. Abbatissa igitur cum Discretis se receperunt in Cellam
observatricis, et audierunt strepitus, et voces, quas accusatrix detulerat. Facta
igitur inquisitione, an ulla Monialium potuisset secum in illa Cella clausa esse,
- et reperto, quod non; Abbatissa cum Discretis fuit ad ostium Cellæ
- clausæ, et pulsato frustra pluries ostio, cum Monialis nec respondere, nec
+ et reperto, quod non; Abbatissa cum Discretis fuit ad ostium Cellæ
+ clausæ, et pulsato frustra pluries ostio, cum Monialis nec respondere, nec
aperire vellet; Abbatissa minata est, se velle ostium prosterni facere, et vecte
aggredi opus fecit a quadam conversa. Tunc aperuit ostium Monialis, et facta
perquisitione, nullus inventus est in camera. Interrogata Monialis cum quonam
loqueretur, et de causa concussionis lecti, anhelituum, etc., omnia negavit.</td>
- <td>Dans un Monastère (je ne cite ni son
- nom, ni celui de la ville où il est situé, pour ne pas
- rafraîchir la mémoire d'un vieux scandale), il y avait une Nonne,
- laquelle, à propos de riens, comme c'est l'habitude des femmes, et surtout
- des Religieuses, s'était brouillée avec une autre Nonne qui occupait
- la cellule contiguë à la sienne. Celle-ci, fine mouche, s'étant
- mise à épier tous les pas et démarches de son ennemie,
- remarqua plusieurs jours de suite, pendant l'été, qu'au lieu de se
- promener avec les autres dans le jardin au sortir de table, elle s'éloignait
- pour se retirer dans sa chambre, dont elle fermait la porte à double
- tour. Vivement intriguée, notre observatrice voulut savoir ce qu'elle
- pouvait bien faire tout ce temps-là, et dans ce but, elle s'enferma de son
- côté dans sa cellule. Bientôt, elle entendit comme deux
- personnes qui parlaient ensemble à voix basse (c'était facile, car
- les deux cellules n'étaient séparées que par une simple
- cloison très-mince); puis certain bruit de frottement, des craquements de
- lit, des gémissements, des soupirs, <i>quasi duorum concumbentium</i>; c'en
- était assez pour surexciter sa curiosité: elle redoubla d'attention,
- afin de savoir qui était dans la cellule. Mais, comme par trois fois elle
- n'en vit sortir que la Nonne son ennemie, elle soupçonna qu'un homme s'y
- était secrètement introduit, et qu'elle l'y tenait caché.
- Alors elle rapporta la chose à l'Abbesse qui, après avoir pris
- conseil de personnes discrètes, voulut entendre les bruits et observer les
- indices qu'on lui dénonçait, de peur d'agir précipitamment et
- sans réflexion. En conséquence, l'Abbesse et ses affidées se
- postèrent dans la chambre de l'observatrice, d'où elles entendirent
- parfaitement les voix et autres bruits signalés. On fit une enquête
- pour s'assurer qu'aucune des Religieuses ne pouvait être enfermée avec
- l'autre dans cette cellule, et le résultat se trouvant négatif,
- l'Abbesse et sa suite se présentèrent à la porte de la cellule
- fermée, où elles frappèrent à plusieurs reprises, mais
- en vain: la Nonne ne voulait ni répondre, ni ouvrir. L'Abbesse dut la
- menacer de faire enfoncer la porte, et ordonna même à une s&oelig;ur
+ <td>Dans un Monastère (je ne cite ni son
+ nom, ni celui de la ville où il est situé, pour ne pas
+ rafraîchir la mémoire d'un vieux scandale), il y avait une Nonne,
+ laquelle, à propos de riens, comme c'est l'habitude des femmes, et surtout
+ des Religieuses, s'était brouillée avec une autre Nonne qui occupait
+ la cellule contiguë à la sienne. Celle-ci, fine mouche, s'étant
+ mise à épier tous les pas et démarches de son ennemie,
+ remarqua plusieurs jours de suite, pendant l'été, qu'au lieu de se
+ promener avec les autres dans le jardin au sortir de table, elle s'éloignait
+ pour se retirer dans sa chambre, dont elle fermait la porte à double
+ tour. Vivement intriguée, notre observatrice voulut savoir ce qu'elle
+ pouvait bien faire tout ce temps-là, et dans ce but, elle s'enferma de son
+ côté dans sa cellule. Bientôt, elle entendit comme deux
+ personnes qui parlaient ensemble à voix basse (c'était facile, car
+ les deux cellules n'étaient séparées que par une simple
+ cloison très-mince); puis certain bruit de frottement, des craquements de
+ lit, des gémissements, des soupirs, <i>quasi duorum concumbentium</i>; c'en
+ était assez pour surexciter sa curiosité: elle redoubla d'attention,
+ afin de savoir qui était dans la cellule. Mais, comme par trois fois elle
+ n'en vit sortir que la Nonne son ennemie, elle soupçonna qu'un homme s'y
+ était secrètement introduit, et qu'elle l'y tenait caché.
+ Alors elle rapporta la chose à l'Abbesse qui, après avoir pris
+ conseil de personnes discrètes, voulut entendre les bruits et observer les
+ indices qu'on lui dénonçait, de peur d'agir précipitamment et
+ sans réflexion. En conséquence, l'Abbesse et ses affidées se
+ postèrent dans la chambre de l'observatrice, d'où elles entendirent
+ parfaitement les voix et autres bruits signalés. On fit une enquête
+ pour s'assurer qu'aucune des Religieuses ne pouvait être enfermée avec
+ l'autre dans cette cellule, et le résultat se trouvant négatif,
+ l'Abbesse et sa suite se présentèrent à la porte de la cellule
+ fermée, où elles frappèrent à plusieurs reprises, mais
+ en vain: la Nonne ne voulait ni répondre, ni ouvrir. L'Abbesse dut la
+ menacer de faire enfoncer la porte, et ordonna même à une s&oelig;ur
converse de l'attaquer avec un levier. Sur cette menace, la Nonne ouvrit sa porte:
perquisition faite, on ne trouva rien. On l'interrogea: avec qui parlait-elle?
pourquoi ces craquements de lit, ces soupirs, etc.? elle nia tout.</td>
@@ -5597,19 +5556,19 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="italics">Cum vero res perseveraret, accuratior, ac curiosior reddita
- Monialis æmula perforavit tabulas lacunaris, ut posset Cellam introspicere;
+ Monialis æmula perforavit tabulas lacunaris, ut posset Cellam introspicere;
et vidit elegantem quemdam juvenem cum Moniali concumbentem, quem etiam eodem modo
ab aliis Monialibus videndum curavit. Delata mox accusatione ad Episcopum, ipsaque
Moniali omnia negante, tandem metu tormentorum comminatorum adacta, confessa est,
se cum Incubo consuetudinem habuisse.</td>
- <td>Enfin, comme le manége continuait de plus belle, la Nonne rivale devenue plus
- attentive, plus curieuse que jamais, imagina de faire un trou à la cloison,
- de manière à voir ce qui se passait dans la cellule; et que vit-elle?
- un élégant jouvenceau couché avec la Religieuse. Les autres
- Nonnes vinrent à la suite, à qui elle fit voir la même
- chose. L'accusation fut bientôt portée devant l'Évêque:
- la Nonne coupable voulut tout nier encore, mais, effrayée par la menace de
+ <td>Enfin, comme le manége continuait de plus belle, la Nonne rivale devenue plus
+ attentive, plus curieuse que jamais, imagina de faire un trou à la cloison,
+ de manière à voir ce qui se passait dans la cellule; et que vit-elle?
+ un élégant jouvenceau couché avec la Religieuse. Les autres
+ Nonnes vinrent à la suite, à qui elle fit voir la même
+ chose. L'accusation fut bientôt portée devant l'Évêque:
+ la Nonne coupable voulut tout nier encore, mais, effrayée par la menace de
la torture, elle finit par avouer qu'elle avait eu commerce avec un Incube.</td>
</tr>
@@ -5618,18 +5577,18 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
intervenerunt, posset utique in rigoroso examine Rea constitui; sine tamen ejus
confessione, non censendum est delictum plene probatum, quantumvis a testibus visus
fuisset congressus; siquidem aliquando accidit, quod Diabolus ut infamiam alicui
- innocenti pararet, præstigiose talem concubitum repræsentaverit. Unde
+ innocenti pararet, præstigiose talem concubitum repræsentaverit. Unde
in his casibus debet Judex Ecclesiasticus esse perfecte oculatus.</td>
<td>5. Lors donc qu'il existe des indices de la nature de ceux qui viennent
- d'être relatés, il y aurait lieu, après un rigoureux examen,
- à prononcer la mise en accusation; toutefois, à défaut de
- l'aveu de l'accusée, le délit ne doit pas être
- considéré comme pleinement prouvé, lors même que le
- congrès serait attesté par des témoins oculaires, car il
+ d'être relatés, il y aurait lieu, après un rigoureux examen,
+ à prononcer la mise en accusation; toutefois, à défaut de
+ l'aveu de l'accusée, le délit ne doit pas être
+ considéré comme pleinement prouvé, lors même que le
+ congrès serait attesté par des témoins oculaires, car il
arrive parfois que le Diable, afin de perdre une innocente, simule ce
- congrès par quelque apparence fantastique. C'est pourquoi le Juge
- Ecclésiastique doit, en pareil cas, ne s'en rapporter qu'à ses
+ congrès par quelque apparence fantastique. C'est pourquoi le Juge
+ Ecclésiastique doit, en pareil cas, ne s'en rapporter qu'à ses
propres yeux.</td>
</tr>
@@ -5637,7 +5596,7 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<td xml:lang="la" lang="la" class="italics">
<div class="centered"><hr class="double" /></div>
- <h2>P&oelig;næ</h2>
+ <h2>P&oelig;næ</h2>
</td>
<td>
@@ -5649,26 +5608,26 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<tr>
<td xml:lang="la" lang="la" class="italics">
- Quantum ad p&oelig;nas <i>Dæmonialitatis</i>, nulla lex Civilis, aut
- Canonica, quam legerim, reperitur, quæ p&oelig;nam sanciat contra crimen
+ Quantum ad p&oelig;nas <i>Dæmonialitatis</i>, nulla lex Civilis, aut
+ Canonica, quam legerim, reperitur, quæ p&oelig;nam sanciat contra crimen
hujusmodi. Tamen, quia crimen hoc supponit pactum, ac societatem cum
- Dæmone, ac apostasiam a fide, ultra veneficia, atque alia infinita
- propemodum damna, quæ a Maleficis inferuntur, regulariter extra Italiam,
+ Dæmone, ac apostasiam a fide, ultra veneficia, atque alia infinita
+ propemodum damna, quæ a Maleficis inferuntur, regulariter extra Italiam,
suspendio, et incendio punitur. In Italia autem, rarissime traduntur hujusmodi
- Malefici ab Inquisitoribus Curiæ sæculari.
+ Malefici ab Inquisitoribus Curiæ sæculari.
</td>
<td>
- Quant aux peines afférentes à la <i>Démonialité</i>,
- aucune loi civile ni canonique, que je sache, n'édicte de peine contre un
+ Quant aux peines afférentes à la <i>Démonialité</i>,
+ aucune loi civile ni canonique, que je sache, n'édicte de peine contre un
crime de ce genre. Cependant, comme un tel crime suppose pacte et
- société avec le Démon, apostasie de la foi, sans parler des
- maléfices et autres scélératesses en nombre presque infini
- que commettent les Sorciers, il est puni régulièrement, hors
- d'Italie, de la hart et du feu. Mais, en Italie, il est très-rare que les
- Inquisiteurs livrent ces malheureux au bras séculier.
+ société avec le Démon, apostasie de la foi, sans parler des
+ maléfices et autres scélératesses en nombre presque infini
+ que commettent les Sorciers, il est puni régulièrement, hors
+ d'Italie, de la hart et du feu. Mais, en Italie, il est très-rare que les
+ Inquisiteurs livrent ces malheureux au bras séculier.
</td>
@@ -5690,39 +5649,39 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<div class="centered"><hr class="double" /></div>
- <p class="stdindent">Le Père Louis Marie Sinistrari, de l'Ordre des Mineurs Réformés
- de l'étroite Observance de Saint-François, naquit à Ameno, petite
- ville du district de Saint-Jules, dans le diocèse de Novare, le 26
- Février 1622. Il reçut une éducation libérale et fit ses
- humanités à Pavie, où il entra, en 1647, dans l'Ordre des
- Franciscains. Se consacrant alors à l'enseignement, il fut d'abord professeur de
- Philosophie; puis il enseigna dans la même ville la Théologie pendant
- quinze années consécutives, au milieu d'un concours nombreux
- d'étudiants que sa réputation avait attirés de tous les pays de
- l'Europe. Ses prédications dans les principales villes de l'Italie, en même
- temps qu'elles firent admirer son éloquence, produisirent pour la
- piété les meilleurs résultats. Également cher au
- Siècle et à la Religion, il avait reçu de la nature les dons les
- plus brillants: stature carrée, haute taille, visage ouvert, front large,
- &oelig;il vif, teint coloré, conversation agréable et pleine de
+ <p class="stdindent">Le Père Louis Marie Sinistrari, de l'Ordre des Mineurs Réformés
+ de l'étroite Observance de Saint-François, naquit à Ameno, petite
+ ville du district de Saint-Jules, dans le diocèse de Novare, le 26
+ Février 1622. Il reçut une éducation libérale et fit ses
+ humanités à Pavie, où il entra, en 1647, dans l'Ordre des
+ Franciscains. Se consacrant alors à l'enseignement, il fut d'abord professeur de
+ Philosophie; puis il enseigna dans la même ville la Théologie pendant
+ quinze années consécutives, au milieu d'un concours nombreux
+ d'étudiants que sa réputation avait attirés de tous les pays de
+ l'Europe. Ses prédications dans les principales villes de l'Italie, en même
+ temps qu'elles firent admirer son éloquence, produisirent pour la
+ piété les meilleurs résultats. Également cher au
+ Siècle et à la Religion, il avait reçu de la nature les dons les
+ plus brillants: stature carrée, haute taille, visage ouvert, front large,
+ &oelig;il vif, teint coloré, conversation agréable et pleine de
saillies;<a name="FNanchor_2_3" id="FNanchor_2_3"></a><a href="#Footnote_2_3" class=
- "fnanchor">[3]</a> mais ce qui était plus précieux, il possédait
- aussi les dons de la grâce, qui lui faisait supporter avec une résignation
- invincible les attaques d'une maladie arthritique à laquelle il était
- sujet; remarquable d'ailleurs par son humilité, sa candeur et sa soumission
- absolue aux règles de son Ordre. Homme de toutes sciences,<a name="FNanchor_2_4"
+ "fnanchor">[3]</a> mais ce qui était plus précieux, il possédait
+ aussi les dons de la grâce, qui lui faisait supporter avec une résignation
+ invincible les attaques d'une maladie arthritique à laquelle il était
+ sujet; remarquable d'ailleurs par son humilité, sa candeur et sa soumission
+ absolue aux règles de son Ordre. Homme de toutes sciences,<a name="FNanchor_2_4"
id="FNanchor_2_4"></a><a href="#Footnote_2_4" class="fnanchor">[4]</a> il avait appris
- sans maître les langues étrangères, et souvent, dans les Comices
- généraux de son Ordre, tenus à Rome, il soutint des thèses
- publiques <i>de omni scibili</i>. Toutefois, il s'adonna plus particulièrement
- à l'étude des Droits Civil et Canonique. Il occupa à Rome le poste
- de Consulteur au Tribunal suprême de la Sainte Inquisition; fut pendant
- près de deux ans Vicaire-Général de l'Archevêque d'Avignon,
- et ensuite Théologien attaché à l'Archevêque de Milan. En
- 1688, chargé par les Comices généraux des Franciscains de compiler
- les statuts de l'Ordre, il s'acquitta de cette tâche dans son traité
- intitulé <i>Practica criminalis Minorum illustrata</i>. Il mourut l'an de
- grâce 1701, le 6 Mars, à l'âge de soixante-dix-neuf ans.<a name=
+ sans maître les langues étrangères, et souvent, dans les Comices
+ généraux de son Ordre, tenus à Rome, il soutint des thèses
+ publiques <i>de omni scibili</i>. Toutefois, il s'adonna plus particulièrement
+ à l'étude des Droits Civil et Canonique. Il occupa à Rome le poste
+ de Consulteur au Tribunal suprême de la Sainte Inquisition; fut pendant
+ près de deux ans Vicaire-Général de l'Archevêque d'Avignon,
+ et ensuite Théologien attaché à l'Archevêque de Milan. En
+ 1688, chargé par les Comices généraux des Franciscains de compiler
+ les statuts de l'Ordre, il s'acquitta de cette tâche dans son traité
+ intitulé <i>Practica criminalis Minorum illustrata</i>. Il mourut l'an de
+ grâce 1701, le 6 Mars, à l'âge de soixante-dix-neuf ans.<a name=
"FNanchor_2_5" id="FNanchor_2_5"></a><a href="#Footnote_2_5" class=
"fnanchor">[5]</a></p>
@@ -5730,10 +5689,10 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<img src="images/face.jpg" alt="face" title="face" /></div>
- <h2>TABLE DES MATIÈRES</h2>
+ <h2>TABLE DES MATIÈRES</h2>
<hr />
- <table summary="Peines, en latin et en français, présenté coté à coté">
+ <table summary="Peines, en latin et en français, présenté coté à coté">
<tr>
@@ -5748,28 +5707,28 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
</tr>
<tr>
- <td class="hanging-indent-tdm" >Démonialité:
- origine du mot&mdash;En quoi ce crime diffère de ceux de Bestialité
- et de Sodomie.&mdash;Opinion de Saint Thomas. <a href="#no1">N<sup>os</sup> 1 à 8</a>.</td>
+ <td class="hanging-indent-tdm" >Démonialité:
+ origine du mot&mdash;En quoi ce crime diffère de ceux de Bestialité
+ et de Sodomie.&mdash;Opinion de Saint Thomas. <a href="#no1">N<sup>os</sup> 1 à 8</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">1</td>
</tr>
<tr>
- <td class="hanging-indent-tdm" >Le commerce matériel avec
- les Incubes et les Succubes n'est pas imaginaire; témoignage de Saint
+ <td class="hanging-indent-tdm" >Le commerce matériel avec
+ les Incubes et les Succubes n'est pas imaginaire; témoignage de Saint
Augustin. <a href="#no9">N<sup>os</sup> 9 et 10</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">15</td>
</tr>
<tr>
- <td class="hanging-indent-tdm" >Sorciers et Sorcières;
- leurs rapports avec le Diable; cérémonies de leur profession.
- <a href="#no11">N<sup>os</sup> 11 à 23</a>.</td>
+ <td class="hanging-indent-tdm" >Sorciers et Sorcières;
+ leurs rapports avec le Diable; cérémonies de leur profession.
+ <a href="#no11">N<sup>os</sup> 11 à 23</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">21</td>
</tr>
<tr>
- <td class="hanging-indent-tdm" >Artifices employés par le
+ <td class="hanging-indent-tdm" >Artifices employés par le
Diable pour se donner un corps. <a href="#no24">N<sup>o</sup> 24</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">31</td>
</tr>
@@ -5788,74 +5747,74 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<tr>
<td class="hanging-indent-tdm" >Histoire plaisante de la signora
- Hieronyma: le repas enchanté. <a href="#no28">N<sup>o</sup> 28</a>.</td>
+ Hieronyma: le repas enchanté. <a href="#no28">N<sup>o</sup> 28</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">39</td>
</tr>
<tr>
- <td class="hanging-indent-tdm" >Hommes procréés par
- les Incubes: Romulus et Rémus, Platon, Alexandre le Grand,
- César-Auguste, Merlin l'Enchanteur, Martin Luther.&mdash;C'est d'un Incube
- que doit naître l'Antechrist. <a href="#no30">N<sup>o</sup> 30</a>.</td>
+ <td class="hanging-indent-tdm" >Hommes procréés par
+ les Incubes: Romulus et Rémus, Platon, Alexandre le Grand,
+ César-Auguste, Merlin l'Enchanteur, Martin Luther.&mdash;C'est d'un Incube
+ que doit naître l'Antechrist. <a href="#no30">N<sup>o</sup> 30</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">57</td>
</tr>
<tr>
<td class="hanging-indent-tdm" >Les Incubes ne sont pas de purs
esprits: ils engendrent, donc ils ont un corps qui leur est
- propre.&mdash;Observation sur les Géants. <a href="#no31">N<sup>os</sup> 31 à
+ propre.&mdash;Observation sur les Géants. <a href="#no31">N<sup>os</sup> 31 à
33</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">59</td>
</tr>
<tr>
<td class="hanging-indent-tdm" >Les Anges ne sont pas tous de
- purs esprits: décision conforme du deuxième Concile de Nicée.
+ purs esprits: décision conforme du deuxième Concile de Nicée.
<a href="#no37">N<sup>o</sup> 37</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">77</td>
</tr>
<tr>
- <td class="hanging-indent-tdm" >Existence de créatures ou
+ <td class="hanging-indent-tdm" >Existence de créatures ou
animaux raisonnables, autres que l'homme, et ayant comme lui un corps et une
- âme. <a href="#no38">N<sup>os</sup> 38 à 43</a>.</td>
+ âme. <a href="#no38">N<sup>os</sup> 38 à 43</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">79</td>
</tr>
<tr>
<td class="hanging-indent-tdm" >En quoi ces animaux
- diffèrent-ils de l'homme? Quelle est leur origine? Descendent-ils, comme
+ diffèrent-ils de l'homme? Quelle est leur origine? Descendent-ils, comme
tous les hommes d'Adam, d'un seul individu? Y a-t-il entre eux distinction de
sexes? Quelles sont leurs m&oelig;urs, leurs lois, leurs habitudes sociales?
- <a href="#no44">N<sup>os</sup> 44 à 50</a>.</td>
+ <a href="#no44">N<sup>os</sup> 44 à 50</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">93</td>
</tr>
<tr>
<td class="hanging-indent-tdm" >Quelles sont la forme et
- l'organisation de leur corps? Comparaison tirée de la formation du vin.
- <a href="#no51">N<sup>os</sup> 51 à 56</a>.</td>
+ l'organisation de leur corps? Comparaison tirée de la formation du vin.
+ <a href="#no51">N<sup>os</sup> 51 à 56</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">101</td>
</tr>
<tr>
<td class="hanging-indent-tdm" >Ces animaux sont-ils sujets aux
- maladies, aux infirmités physiques et morales, à la mort?
+ maladies, aux infirmités physiques et morales, à la mort?
<a href="#no57">N<sup>os</sup> 57 et 58</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">115</td>
</tr>
<tr>
<td class="hanging-indent-tdm" >Naissent-ils dans le
- péché originel? Ont-ils été rachetés par
- Jésus-Christ, et sont-ils capables de béatitude et de damnation?
+ péché originel? Ont-ils été rachetés par
+ Jésus-Christ, et sont-ils capables de béatitude et de damnation?
<a href="#no61">N<sup>os</sup> 61 et 62</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">127</td>
</tr>
<tr>
<td class="hanging-indent-tdm" >Preuves de leur existence.
- <a href="#no65">N<sup>os</sup> 65 à 70</a>.</td>
+ <a href="#no65">N<sup>os</sup> 65 à 70</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">133</td>
</tr>
@@ -5872,72 +5831,72 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
</tr>
<tr>
- <td class="hanging-indent-tdm" >Les Incubes sont affectés
- par des substances matérielles: donc ils participent de la matière de
+ <td class="hanging-indent-tdm" >Les Incubes sont affectés
+ par des substances matérielles: donc ils participent de la matière de
ces substances. <a href="#no73">N<sup>o</sup> 73</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">161</td>
</tr>
<tr>
- <td class="hanging-indent-tdm" >Exemple tiré de l'histoire
- de Tobie: expulsion de l'Incube qui tourmentait Sara; guérison du vieux
- Tobie. <a href="#no74">N<sup>os</sup> 74 à 76</a>.</td>
+ <td class="hanging-indent-tdm" >Exemple tiré de l'histoire
+ de Tobie: expulsion de l'Incube qui tourmentait Sara; guérison du vieux
+ Tobie. <a href="#no74">N<sup>os</sup> 74 à 76</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">163</td>
</tr>
<tr>
<td class="hanging-indent-tdm" >Saint Antoine rencontre un Faune
- dans le désert: leur conversation. <a href="#no77">N<sup>os</sup> 77 à 84</a>.</td>
+ dans le désert: leur conversation. <a href="#no77">N<sup>os</sup> 77 à 84</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">173</td>
</tr>
<tr>
<td class="hanging-indent-tdm" >Autres preuves de la
- corporéité des Incubes, notamment la Manne des Hébreux ou Pain
- des Anges. <a href="#no90">N<sup>os</sup> 90 à 95</a>.</td>
+ corporéité des Incubes, notamment la Manne des Hébreux ou Pain
+ des Anges. <a href="#no90">N<sup>os</sup> 90 à 95</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">193</td>
</tr>
<tr>
<td class="hanging-indent-tdm" >Comment il faut entendre ces
- paroles du Christ: «<i>J'ai d'autres brebis qui ne sont pas de cette
- bergerie</i>».&mdash;Discours d'Apollon à l'Empereur Auguste: la fin
- des Dieux. <a href="#no96">N<sup>os</sup> 96 à 101</a>.</td>
+ paroles du Christ: «<i>J'ai d'autres brebis qui ne sont pas de cette
+ bergerie</i>».&mdash;Discours d'Apollon à l'Empereur Auguste: la fin
+ des Dieux. <a href="#no96">N<sup>os</sup> 96 à 101</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">205</td>
</tr>
<tr>
- <td class="hanging-indent-tdm" >«<span class="smcap">Le
- Grand Pan est mort</span>», ou la mort du Christ annoncée aux Faunes,
+ <td class="hanging-indent-tdm" >«<span class="smcap">Le
+ Grand Pan est mort</span>», ou la mort du Christ annoncée aux Faunes,
Sylvains et Satyres; leurs lamentations. <a href="#no102">N<sup>o</sup> 102</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">217</td>
</tr>
<tr>
- <td class="hanging-indent-tdm" >Solution du problème:
- Comment une femme peut être fécondée par un
- Incube.&mdash;Comparaison des Géants avec les mulets.
- <a href="#no104">N<sup>os</sup> 104 à 105</a>.</td>
+ <td class="hanging-indent-tdm" >Solution du problème:
+ Comment une femme peut être fécondée par un
+ Incube.&mdash;Comparaison des Géants avec les mulets.
+ <a href="#no104">N<sup>os</sup> 104 à 105</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">224</td>
</tr>
<tr>
<td class="hanging-indent-tdm" >En quoi consiste la vertu
- génératrice; pourquoi il ne naît plus de Géants.
- <i>Luxuria in humido</i>. <a href="#no106">N<sup>os</sup> 106 à 111</a>.</td>
+ génératrice; pourquoi il ne naît plus de Géants.
+ <i>Luxuria in humido</i>. <a href="#no106">N<sup>os</sup> 106 à 111</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">224</td>
</tr>
<tr>
- <td class="hanging-indent-tdm" >Appréciation du crime de
- Démonialité: 1<sup>o</sup> commis avec le Diable; 2<sup>o</sup>
- commis avec l'Incube. <a href="#no112">N<sup>os</sup> 112 à 114</a>.</td>
+ <td class="hanging-indent-tdm" >Appréciation du crime de
+ Démonialité: 1<sup>o</sup> commis avec le Diable; 2<sup>o</sup>
+ commis avec l'Incube. <a href="#no112">N<sup>os</sup> 112 à 114</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">234</td>
</tr>
<tr>
- <td class="hanging-indent-tdm" >La Démonialité
- est-elle plus grave que la Bestialité?&mdash;Conclusion.
+ <td class="hanging-indent-tdm" >La Démonialité
+ est-elle plus grave que la Bestialité?&mdash;Conclusion.
<a href="#no115">N<sup>o</sup> 115</a>.</td>
<td class="indent-page-tdm">238</td>
</tr>
@@ -5971,21 +5930,21 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<p class="indentc">5, rue Scribe, Paris.</p>
- <p class="stdindent"><i>J'ai parcouru l'ouvrage que vous m'avez envoyé hier et, vraiment, j'ai
- été content de l'édition; ce n'est pas encore le moment de donner
- mon avis sur la valeur de l'&oelig;uvre en elle-même. Ici vous n'auriez
- trouvé, en fait d'ouvrages du R. P. Louis-Marie d'Ameno, que son livre:
+ <p class="stdindent"><i>J'ai parcouru l'ouvrage que vous m'avez envoyé hier et, vraiment, j'ai
+ été content de l'édition; ce n'est pas encore le moment de donner
+ mon avis sur la valeur de l'&oelig;uvre en elle-même. Ici vous n'auriez
+ trouvé, en fait d'ouvrages du R. P. Louis-Marie d'Ameno, que son livre:
</i>Practica criminalis Minorum<i>; le </i>De Delictis et P&oelig;nis<i> se trouve, je
- crois, dans un autre de nos couvents; mais vous auriez reçu un excellent
- accueil. Je crois que Des Grieux n'a guère habité le Saint-Sulpice
+ crois, dans un autre de nos couvents; mais vous auriez reçu un excellent
+ accueil. Je crois que Des Grieux n'a guère habité le Saint-Sulpice
actuel, qui ne date que de 1816.</i></p>
- <p class="stdindent"><i>J'ai remarqué, à la page 132&ndash;133, une erreur de traduction assez
+ <p class="stdindent"><i>J'ai remarqué, à la page 132&ndash;133, une erreur de traduction assez
grave: vous rendez </i>Carthusia Ticinensis<i> par </i>Chartreuse du Tessin<i>, quand
il s'agit de la fameuse Chartreuse de Pavie, fort connue de tous les voyageurs en
Italie. Il y a aussi, autant qu'un coup d'&oelig;il superficiel m'a permis de m'en
rendre compte, quelques autres erreurs; mais, en somme, l'&oelig;uvre est bonne, et
- vous pouvez recevoir les félicitations de</i></p>
+ vous pouvez recevoir les félicitations de</i></p>
<p class="indentd"><i>Votre tout petit serviteur</i>,</p>
@@ -6005,16 +5964,16 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
<div class="footnote">
<p><a name="Footnote_2_1" id="Footnote_2_1" href="#FNanchor_2_1" class="label">[1]</a> <i>Poppysmatum.</i> Cette
- expression étant peu usitée, il n'est pas inutile de consigner ici la
- définition qu'en donne le <i>Glossarium eroticum linguæ Latinæ</i>
+ expression étant peu usitée, il n'est pas inutile de consigner ici la
+ définition qu'en donne le <i>Glossarium eroticum linguæ Latinæ</i>
(auctore P. P., <i>Paris</i>, 1826):</p>
<p xml:lang="la" lang="la" class="hanging-indent-tdm italics"><span class="smcap2"><i>POPPYSMA.</i></span>&mdash;Oris pressi
sonus, similis illi quo permulcentur equi et canes. Obscene vero de susurro cunni
labiorum, quum frictu madescunt.</p>
- <p class="indent0">Le P. Sinistrari, très-versé dans la littérature classique,
- avait fait son profit de l'épigramme suivante de Martial (l. <span class=
+ <p class="indent0">Le P. Sinistrari, très-versé dans la littérature classique,
+ avait fait son profit de l'épigramme suivante de Martial (l. <span class=
"smcap2">VII</span>, 18):</p>
@@ -6042,418 +6001,36 @@ de salut ou de damnation,</i></p>
</div>
- <p class="notedeled"><i>(Note de l'éditeur.)</i></p>
+ <p class="notedeled"><i>(Note de l'éditeur.)</i></p>
<p><a name="Footnote_2_2" id="Footnote_2_2" href="#FNanchor_2_2" class="label">[2]</a>
- Cette Notice est extraite du tome I<sup>er</sup> des &OElig;uvres complètes du P. Sinistrari (<i>Romæ</i>, 1753).</p>
+ Cette Notice est extraite du tome I<sup>er</sup> des &OElig;uvres complètes du P. Sinistrari (<i>Romæ</i>, 1753).</p>
<p xml:lang="la" lang="la"><a name="Footnote_2_3" id="Footnote_2_3" href="#FNanchor_2_3" class="label">[3]</a>
- «Quadrato corpore, statura procera, facie liberali, fronte spatiosa, oculis rutilantibus, colore vivido,
- jucundæ conversationis, ac lepidorum salium.»</p>
+ «Quadrato corpore, statura procera, facie liberali, fronte spatiosa, oculis rutilantibus, colore vivido,
+ jucundæ conversationis, ac lepidorum salium.»</p>
<p xml:lang="la" lang="la"><a name="Footnote_2_4" id="Footnote_2_4" href="#FNanchor_2_4" class="label">[4]</a>
- «Omnium scientiarum vir.»</p>
+ «Omnium scientiarum vir.»</p>
<p><a name="Footnote_2_5" id="Footnote_2_5" href="#FNanchor_2_5" class="label">[5]</a>
- Les &OElig;uvres complètes du P. Sinistrari (<i>Romæ, Giannini</i>, 1753&ndash;1754, 3 vol.
+ Les &OElig;uvres complètes du P. Sinistrari (<i>Romæ, Giannini</i>, 1753&ndash;1754, 3 vol.
in-folio), comprennent les livres suivants: <i>Practica criminalis Minorum
illustrata,&mdash;Formularium criminale,&mdash;De Incorrigibilium expulsione ab
Ordinibus Regularibus,&mdash;De Delictis et P&oelig;nis</i>, auxquels il convient
- d'ajouter le présent ouvrage: <i>De Dæmonialitate</i>, publié
- pour la première fois en 1875.</p>
+ d'ajouter le présent ouvrage: <i>De Dæmonialitate</i>, publié
+ pour la première fois en 1875.</p>
</div>
</div>
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of De la démonialité des animaux incubes
-et succubes, by Louis Marie Sinistrari d'Ameno
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DE LA DÉMONIALITÉ DES ***
-
-***** This file should be named 43686-h.htm or 43686-h.zip *****
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-rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
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-
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-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
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-and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
-works. See paragraph 1.E below.
-
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
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-through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
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-1.E.9.
-
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-terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
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-permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
-
-1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
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-work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
-
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-electronic work, or any part of this electronic work, without
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-
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-posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
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-request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
-form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
-License as specified in paragraph 1.E.1.
-
-1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
-performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
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-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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-including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
-because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
-people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
-http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
-permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
-throughout numerous locations. Its business office is located at
-809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
-business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
-information can be found at the Foundation's web site and official
-page at http://pglaf.org
-
-For additional contact information:
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To
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-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations.
-To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
-
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
-works.
-
-Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
-
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
-unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
-keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
-
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-Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
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- http://www.gutenberg.org
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-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
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