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You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org/license - - -Title: De la démonialité des animaux incubes et succubes - -Author: Louis Marie Sinistrari d'Ameno - -Translator: Isidore Liseux - -Release Date: September 10, 2013 [EBook #43686] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DE LA DÉMONIALITÉ DES *** - - - - -Produced by Laurent Vogel, Ian Swainson and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -book was produced from scanned images of public domain -material from the Google Print project.) - - - - - - - - - -DE LA -DÉMONIALITÉ - -[Marque d'imprimeur] - - -DE LA -Démonialité -_ET DES ANIMAUX_ -INCUBES ET SUCCUBES - - -_où l'on prouve qu'il existe sur terre des créatures -raisonnables autres que l'homme, ayant comme lui -un corps et une âme, naissant et mourant comme -lui, rachetées par N. S. Jésus-Christ et capables -de salut ou de damnation,_ - -Par le R. P. -Louis Marie SINISTRARI d'Ameno -de l'Ordre des Mineurs Réformés de l'étroite Observance -de Saint-François (XVIIe siècle) - -_Publié d'après le Manuscrit original découvert -à Londres en 1872 et traduit du Latin par_ -ISIDORE LISEUX -SECONDE ÉDITION - -PARIS -_Isidore LISEUX, 5, Rue Scribe_ -_1876_ - - - - -_La première édition de cet ouvrage, publiée il y a quelques mois à -peine, est aujourd'hui épuisée._ - -_En le réimprimant, l'Éditeur est heureux de pouvoir remercier les -lecteurs d'élite qui ont si favorablement accueilli, dès son apparition, -le chef-d'oeuvre du Père Sinistrari. Comme il fallait s'y attendre, -une bonne part de ces remercîments revient au Clergé catholique: avec -leur perspicacité habituelle, les Ecclésiastiques réguliers et séculiers -ont compris ce qu'un tel livre ajoutait d'éclat à l'enseignement de -l'Église Romaine; leur concours seul devait suffire pour en assurer le -succès._ - -_Mais ce qui a le plus touché l'Éditeur, il l'avoue ingénument, c'est le -témoignage tout spontané de satisfaction qui lui a été adressé par l'un -des supérieurs de l'Ordre même auquel appartenait son auteur, par le R. -P. Provincial des Capucins pour la province de P..... On trouvera à la -fin du volume la lettre du Révérend Père A.....: elle est de nature à -éclairer les personnes défiantes qui, ne voulant croire à la sincérité -de cette publication, avaient osé formuler leurs soupçons par le vilain -mot de «facétie bibliographique». Ces hommes de peu de foi sont -excusables peut-être de ne pas pousser le Christianisme jusqu'à dire -avec Saint Augustin, _Credo quia absurdum_: ils devraient au moins ne -pas se montrer plus incrédules que la sagesse payenne, et observer avec -Horace qu'il ne faut s'étonner de rien, _nil admirari_._ - -Mai 1876. - - -AVANT-PROPOS - -DE LA PREMIÈRE ÉDITION (_Paris, 1875_) - - - - -J'étais à Londres en l'année 1872, et j'y bouquinais, - - Car que faire _là-bas_, à moins qu'on ne _bouquine_? - -Les vieux livres me faisaient vivre dans les âges passés, heureux -d'échapper au présent, d'échanger les petites passions du jour contre la -tranquille intimité des Alde, des Dolet ou des Estienne. - -Un de mes libraires favoris était M. Allen, respectable vieillard, -établi dans l'_Euston Road_, presque à la porte de _Regent's Park_. Non -que sa boutique fût particulièrement riche en bouquins poudreux: au -contraire, elle était fort petite, et cependant jamais remplie. A peine -quatre ou cinq cents volumes à la fois, bien époussetés, bien luisants, -rangés avec symétrie sur des rayons à portée de la main; ceux du haut -restaient vides. A droite, la Théologie; à gauche, les Classiques Grecs -et Latins, en majorité, avec quelques livres Français et Italiens; car -telles étaient les spécialités de M. Allen: on eût dit qu'il ignorait -absolument Shakespeare et Byron, et que la littérature de sa nation -n'allait pas pour lui au delà des sermons de Blair ou de Macculloch. - -Ce qui, au premier coup d'oeil, frappait dans ces livres, c'était la -modicité de leur prix, comparée à leur excellent état de conservation. -Évidemment ils n'avaient pas été achetés au tas, au mètre cube, comme -les rebuts des ventes publiques, et pourtant les plus beaux, les plus -anciens, les plus vénérables par leur format, in-folio ou in-quarto, -n'étaient pas cotés plus de 2 à 3 shillings; les in-octavo se vendaient -1 shilling, les in-douze six pence: chacun suivant sa taille. Ainsi le -décidait M. Allen, homme méthodique s'il en fut, et bien il s'en -trouvait, car sa clientèle de _clergymen_, de _scholars_ et de -_collectors_ lui restant fidèle, son _stock_ se renouvelait avec une -rapidité que des spéculateurs plus prétentieux eussent peut-être enviée. - -Mais comment se procurait-il ces volumes bien reliés et bien conservés, -qui, partout ailleurs, eussent été cotés cinq ou six fois plus cher? -Ici, encore, M. Allen avait sa méthode, sûre et régulière. Personne ne -suivait plus assidûment que lui les ventes publiques qui se font chaque -jour à Londres: sa place était marquée au bas du pupitre de -l'_auctioneer_. Les livres les plus rares, les plus précieux, passaient -devant lui, disputés à des prix souvent fabuleux par les Quaritch, les -Sotheran, les Pickering, les Toovey, et autres bibliopoles de la -capitale Britannique; M. Allen souriait de ces folies: une fois -l'enchère mise par tout autre, il n'eût pas ajouté un _penny_, se fût-il -agi d'un _Gutenberg_ inconnu ou du Boccace de _Valdarfer_. Mais si de -temps à autre, soit distraction, soit lassitude, la concurrence des -acheteurs faiblissait (_habent sua fata libelli_), M. Allen était là: -_six pence!_ murmurait-il, et parfois l'article lui restait; parfois -même, deux numéros consécutifs, réunis faute de trouver acheteur -isolément, lui étaient adjugés, toujours pour ce minimum de _six pence_, -qui était, à lui, son maximum. - -Beaucoup de ces dédaignés méritaient sans doute leur sort; mais il -pouvait s'en glisser dans le nombre qui n'étaient pas indignes des -honneurs du catalogue, et que, à tout autre moment, des acheteurs plus -attentifs ou moins capricieux eussent peut-être couverts d'or. Ceci, -toutefois, n'entrait pour rien dans les calculs de M. Allen: la seule -règle de son estimation, c'était le format. - -Or, un jour qu'à la suite d'une vente publique considérable, il avait -exhibé dans sa boutique des achats plus nombreux que d'ordinaire, je -remarquai spécialement quelques Manuscrits en langue Latine, dont le -papier, l'écriture, la reliure, dénotaient une origine Italienne, et qui -pouvaient avoir deux cents ans d'existence. L'un avait pour titre, je -crois: _De Venenis_, un autre: _De Viperis_, un troisième (c'est le -présent ouvrage): _De Dæmonialitate_, _et Incubis_, _et Succubis_. Tous -trois, d'ailleurs, d'auteurs différents, et indépendants l'un de -l'autre. Poisons, vipères, démons, que d'horreurs réunies! pourtant, ne -fût-ce que par politesse, il fallait acheter quelque chose; après un peu -d'hésitation, ce fut le dernier que je choisis: Démons il est vrai, mais -Incubes, mais Succubes, le sujet n'est pas vulgaire, et moins vulgaire -encore était la façon dont il me semblait traité. Bref, j'eus le volume -pour _six pence_ (63 centimes), un prix de faveur pour un in-quarto: M. -Allen jugeait sans doute ce gribouillage au-dessous du tarif de la -lettre moulée. - -Ce manuscrit, en papier fort du XVIIe siècle, relié en parchemin -d'Italie, et d'une conservation parfaite, a 86 pages de texte. Le titre -et la première page sont de la main de l'auteur, une écriture de -vieillard; le reste est fort nettement écrit par une autre main, mais -sous sa direction, comme en témoignent des additions et rectifications -_autographes_ répandues dans tout le corps de l'ouvrage. C'est donc bien -le Manuscrit original, selon toute apparence unique et inédit. - -Notre bouquiniste avait fait cette acquisition quelques jours auparavant -à la salle _Sotheby_, où avait eu lieu (du 6 au 16 Décembre 1871) la -vente des livres du baron Seymour Kirkup, collectionneur Anglais, mort à -Florence. Le Manuscrit était ainsi indiqué dans le Catalogue de la -vente: - - - Nº 145. AMENO (_R. P. Ludovicus Maria_ [Cotta] de). - De Dæmonialitate, et Incubis, et Succubis, _Manuscript_. - _Sæc. XVII-XVIII._ - - -Quel est cet écrivain? a-t-il laissé des ouvrages imprimés? c'est une -question que j'abandonne aux bibliographes, car, malgré de nombreuses -recherches dans les Dictionnaires spéciaux, je n'ai rien pu apprendre à -cet égard. Brunet (_Manuel du libraire_, art. Cotta d'Ameno) soupçonne -vaguement son existence, mais il le confond avec son homonyme, et sans -doute aussi son compatriote, Lazaro Agostino Cotta d'Ameno, avocat et -littérateur Novarais. «L'auteur», dit-il, «dont, à ce qu'il paraît, les -véritables prénoms seraient _Ludovico-Maria_, a écrit plusieurs ouvrages -sérieux...» L'erreur est évidente. Ce qui est certain, c'est que notre -auteur vivait dans les dernières années du XVIIe siècle, comme il -résulte de son propre témoignage, et qu'il avait professé la théologie à -Pavie. - -Quoi qu'il en soit, son livre m'a paru très-intéressant à divers points -de vue, et je le donne en toute confiance à ce public choisi, pour qui -le monde invisible n'est pas une chimère. Je serais fort étonné qu'après -l'avoir ouvert à une page quelconque, on ne fût pas tenté de revenir sur -ses pas et d'aller jusqu'au bout. Le philosophe, le confesseur, le -médecin, y trouveront, avec la foi robuste du Moyen-âge, des aperçus -neufs et ingénieux; le lettré, le curieux apprécieront la solidité du -raisonnement, la clarté du style, la gaîté des récits (car il y a des -historiettes, et finement contées). Tous les théologiens ont consacré -plus ou moins de pages à la question des rapports matériels de l'homme -avec le démon; de gros volumes ont été écrits sur la sorcellerie, et le -mérite de ce travail serait assez mince s'il se bornait à développer la -thèse ordinaire; mais tel n'est pas son caractère. Le fond de l'ouvrage, -ce qui lui donne un cachet vraiment original et philosophique, c'est la -démonstration toute nouvelle de l'existence des Incubes et des Succubes -en tant qu'animaux raisonnables, corporels à la fois et spirituels comme -nous, vivant au milieu de nous, naissant et mourant comme nous, comme -nous enfin rachetés par les mérites de Jésus-Christ et capables de salut -ou de damnation. Pour le Père d'Ameno, ces créatures douées de sens et -de raison, entièrement distinctes des Anges ou des Démons purs esprits, -ne sont autres que les Faunes, les Sylvains, les Satyres du paganisme, -continués par nos Sylphes, nos Lutins, nos Follets; et ainsi se trouve -renouée la chaîne des croyances. A ce titre seulement, et sans parler de -l'intérêt des détails, ce livre appellerait l'attention des lecteurs -sérieux: je suis persuadé qu'elle ne lui fera pas défaut. - -I. L. - -_Mai 1875._ - -* * * * * - -L'Avertissement qui précède était _composé_ à l'imprimerie et prêt à -mettre sous presse, lorsque, en me promenant sur les quais, je -rencontrai par hasard un exemplaire de l'_Index librorum prohibitorum_. -Machinalement je l'ouvris, et la première chose qui me tomba sous les -yeux fut l'article suivant: - - de Ameno Ludovicus Maria. _Vide_ Sinistrari. - -Mon coeur battait très-fort, je l'avoue. Étais-je enfin sur la trace -de mon auteur? était-ce la _Démonialité_ que j'allais voir clouée au -pilori de l'_Index_? Je courus aux dernières pages du redoutable volume, -et je lus: - - SINISTRARI (Ludovicus Maria) de Ameno, De Delictis - et Poenis Tractatus absolutissimus. _Donec corrigatur. - Decr. 4 Martii 1709._ - - _Correctus autem juxta editionem Romanam anni - 1753 permittitur._ - -C'était bien lui. Le vrai nom du Père d'Ameno était _Sinistrari_, et je -possédais le titre d'un au moins de ces «ouvrages sérieux» auxquels le -bibliographe Brunet faisait allusion. Ce titre même, _De Delictis et -Poenis_, n'était pas sans rapport avec celui de mon Manuscrit, et -j'avais lieu de supposer que la _Démonialité_ était au nombre des délits -examinés et jugés par le Père Sinistrari: en d'autres termes, ce -manuscrit, en apparence inédit, se trouvait peut-être publié dans le -volumineux ouvrage qui m'était révélé; peut-être encore était-ce à cette -monographie de la _Démonialité_ que le _Tractatus de Delictis et -Poenis_ devait sa condamnation par la Congrégation de l'_Index_. Tous -ces points étaient à vérifier. - -Mais il faut avoir tenté des investigations de ce genre pour en -connaître les difficultés. J'interrogeai les Catalogues de livres -anciens qui me tombèrent sous la main; je fouillai les arrière-boutiques -des bouquinistes, des _antiquaires_, comme on dit en Allemagne, -m'adressant particulièrement aux deux ou trois maisons qui exploitent à -Paris la vieille Théologie; j'écrivis aux principaux libraires de -Londres, de Milan, de Florence, de Rome, de Naples: le tout sans -résultat; le nom même du P. Sinistrari d'Ameno semblait inconnu. -J'aurais dû sans doute commencer par une enquête à notre Bibliothèque -Nationale; force me fut d'y recourir, et là du moins j'eus un -commencement de satisfaction. On me présenta deux ouvrages de mon -auteur: un in-4º de 1704, _De Incorrigibilium expulsione ab Ordinibus -Regularibus_, et le premier tome d'une collection de ses OEuvres -complètes: _R. P. Ludovici Mariæ Sinistrari de Ameno Opera omnia (Romæ, -in domo Caroli Giannini_, 1753-1754, 3 vol. in-folio). Malheureusement -ce premier tome ne contenait que la _Practica Criminalis Minorum -illustrata_: le _De Delictis et Poenis_ faisait l'objet du tome -troisième, et ce dernier volume, aussi bien que le second, manquait à la -Bibliothèque. - -J'avais cependant un renseignement positif, et je continuai mes -recherches. Peut-être serais-je plus heureux à la Bibliothèque du -Séminaire de Saint-Sulpice. Elle n'est pas publique, il est vrai, mais -les Pères Sulpiciens sont hospitaliers: n'ont-ils pas jadis donné asile -à Des Grieux repentant, et Manon Lescaut elle-même n'a-t-elle pas foulé -les dalles de leur parloir? J'osai donc m'aventurer dans cette sainte -Maison; il était midi et demi, le dîner finissait; je demandai le -bibliothécaire, et au bout de quelques minutes, je vis venir à moi un -petit vieillard d'une politesse irréprochable, lequel me fit traverser -le parloir commun pour m'introduire dans un autre beaucoup plus étroit, -une simple cellule donnant sur un corridor, vitrée dans toute sa largeur -et ouverte ainsi à tous les yeux. Précaution ingénieuse dont l'évasion -de Des Grieux avait bien montré l'urgence. Ce ne fut pas sans peine que -je fis comprendre au bon père, qui était sourd et myope, le but de ma -visite. Il me laissa pour se rendre à la bibliothèque, et revint -bientôt, mais les mains vides: là aussi, dans ce sanctuaire de la -Théologie Catholique, le Père Sinistrari d'Ameno était entièrement -ignoré. Je n'avais plus qu'une ressource: c'était d'aller trouver ses -frères en Saint François, les Pères Capucins, en leur couvent de la Rue -de la Santé! Cruelle extrémité, on en conviendra, car j'avais peu de -chance d'y rencontrer comme ici l'ombre aimable de Manon. - -Enfin, une lettre de Milan vint me tirer d'embarras. Le livre -introuvable était trouvé; je recevais à la fois la première édition du -_De Delictis et Poenis_ (_Venetiis, apud Hieronymum Albriccium, -1700_), et l'édition de _Rome, 1754_. - -C'est un traité complet, _tractatus absolutissimus_, de tous les crimes, -délits, péchés imaginables; mais, hâtons-nous de le dire, dans l'un -comme dans l'autre de ces volumineux in-folio, la _Démonialité_ occupe à -peine cinq pages, sans aucune différence de texte entre les deux -éditions. Et ces cinq pages ne sont même pas un résumé de l'ouvrage -manuscrit que je donne aujourd'hui au public, elles en comprennent -seulement l'exposition et la conclusion (Nºs 1 à 27 et 112 à 115). Quant -à ce qui fait l'originalité du livre: à savoir, la théorie de ces -animaux raisonnables, incubes et succubes, doués comme nous de corps et -d'âme et capables de salut ou de damnation, on l'y chercherait -vainement. Ainsi, après tant d'efforts, j'étais fixé sur tous les points -que je m'étais proposé d'élucider: j'avais découvert l'identité du Père -d'Ameno;[1] la comparaison des deux éditions du _De Delictis et -Poenis_, la première condamnée, la seconde permise par la Congrégation -de l'_Index_, m'avait appris que les fragments imprimés de la -_Démonialité_ n'étaient pour rien dans la condamnation du livre, -puisqu'ils n'avaient subi aucune correction; enfin, j'étais arrivé à la -conviction que, sauf pour quelques pages, mon Manuscrit était absolument -inédit. Heureuse terminaison de cette Odyssée bibliographique, qu'on me -pardonnera d'avoir contée tout au long «pour l'esbattement» des -Bibliophiles «et non aultres». - -I. L. - -_Août 1875._ - - - - -NOTE - -[1] Voir la notice biographique à la fin de ce volume. - -* * * * * - - - - -DÉMONIALITÉ -ou -INCUBES ET SUCCUBES - - -DÆMONIALITAS - - -_Vocabulum _Dæmonialitatis_ primo inventum reperio a Jo. Caramuele in -sua _Theologia fundamentali_, nec ante illum inveni Auctorem, qui de hoc -crimine tanquam distincto a _Bestialitate_ locutus sit. Omnes enim -Theologi Morales, secuti D. Thomam, 2.2., q. 154. _in corp._, sub -specie _Bestialitatis_ recensent _omnem concubitum cum re non ejusdem -speciei_, ut ibi loquitur D. Thomas, et proinde Cajetanus, in -Commentario illius quæstionis et articuli, 2.2., q. 154., ad 3. dub., -coitum cum Dæmone ponit in specie Bestialitatis; et Cajetanum sequitur -Silvester, vº _Luxuria_, Bonacina, _de Matrim._, q. 4., et alii._ - - -DÉMONIALITÉ - - -Le premier auteur qui, à ma connaissance, ait imaginé le mot de -_Démonialité_, est Jean Caramuel, dans sa _Théologie fondamentale_, et -personne avant lui ne me paraît avoir distingué ce crime de celui de -_Bestialité_. En effet, tous les Théologiens Moralistes, à la suite de -S. Thomas (2, 2, question 154), comprennent, sous le titre spécifique de -_Bestialité_, «_toute sorte de commerce charnel avec un objet quelconque -d'espèce différente_»: ce sont les propres termes de S. Thomas. Cajetan, -par exemple, dans son Commentaire sur cette question, classe le commerce -avec le Démon dans l'espèce de Bestialité; de même Sylvestre, au mot -_Luxuria_, Bonacina, _de Matrimonio_, question 4, et les autres. - -_2. Sed revera D. Thomas in illo loco considerationem non habuit ad -coitum cum Dæmone: ut enim infra probabimus, hic coitus non potest in -specie specialissima _Bestialitatis_ comprehendi; et ut veritati -cohæreat sententia S. Doctoris, dicendum est, quod in citato loco, -quando ait, quod peccatum contra naturam, _alio modo si fiat per -concubitum ad rem non ejusdem speciei vocatur Bestialitas_: sub nomine -_rei non ejusdem speciei_ intellexerit animal vivens, non ejusdem -speciei cum homine: non enim usurpare potuit ibi nomen _rei_ pro re, -puta, ente communi ad animatum et inanimatum: si enim quis coiret cum -cadavere humano, concubitum haberet ad rem non ejusdem speciei cum -homine (maxime apud Thomistas, qui formam corporeitatis humanæ negant in -cadavere), quod etiam esset si cadaveri bestiali copularetur; et tamen -talis coitus non esset bestialitas, sed mollities. Voluit igitur ibi D. -Thomas præcise intelligere concubitum cum re vivente non ejusdem speciei -cum homine, hoc est cum bruto, nullo autem modo comprehendere voluit -coitum cum Dæmone._ - -2. Cependant il est certain que S. Thomas, dans le passage en question, -n'a eu nullement en vue le commerce avec le Démon. Comme je le prouverai -plus loin, ce commerce ne peut être compris dans l'espèce très-spéciale -de la _Bestialité_; et, pour faire cadrer avec le vrai cette sentence du -saint Docteur, il faut admettre qu'en disant du péché contre nature, que -«_lorsqu'il se commet par commerce avec un objet d'espèce différente, il -prend le nom de Bestialité_», sous cette dénomination _d'objet d'espèce -différente_, S. Thomas entend désigner un animal vivant, d'une autre -espèce que l'homme; car il n'a pu employer ici le mot _objet_ ou _chose_ -dans son sens le plus général, pour exprimer indifféremment un être -animé ou inanimé. Qu'un homme, en effet, s'avise de forniquer _cum -cadavere humano_, il aura affaire à un objet d'une autre espèce que lui -(surtout pour les Thomistes, qui refusent au cadavre la forme de -corporéité humaine); même chose _si cadaveri bestiali copularetur_; et -pourtant _talis coitus_ ne sera pas bestialité, mais pollution ou -mollesse. Ce que S. Thomas a donc voulu préciser ici, c'est le commerce -charnel avec un objet vivant d'une autre espèce que l'homme, -c'est-à-dire avec une bête, et il n'a pas songé le moins du monde au -commerce avec le Démon. - -_3. Coitus igitur cum Dæmone, sive Incubo, sive Succubo (qui proprie est -Dæmonialitas), specie differt a Bestialitate, nec cum ea facit unam -speciem specialissimam, ut opinatus est Cajetanus: peccata enim contra -naturam specie inter se distingui contra opinionem nonnullorum -Antiquorum, et Caramuelis, Summ. Armill., v. _Luxur._ n. 5., Jabien., -eo. v. n. 6., Asten. lib. 2. tit. 46. art. 7., Caram. _Theol. fundam._ -post Filliucium, et Crespinum a Borgia, est opinio communis; et -contraria est damnata in proposit. 24. ex damnatis ab Alexandro VII.; -tum quia singula continent peculiarem, et distinctam turpitudinem -repugnantem castitati, et humanæ generationi; tum quia quodlibet ex iis -privat bono aliquo secundum naturam, et institutionem actus venerei, -ordinati ad finem generationis humanæ; tum quia quodlibet ipsorum habet -diversum motivum, per se sufficiens ad privandum eodem bono diversimode, -ut optime philosophatur Filliuc., tom. 2. c. 8. tract. 30. qu. 3. nº -142.; Cresp., q. mor. sel. contro.; Caramuel. q. 5. _per tot.__ - -3. Donc, le commerce avec le Démon, soit Incube, soit Succube (qui est -proprement _Démonialité_), diffère en espèce de la Bestialité, et ne -saurait être confondu avec ce dernier crime, comme le pense à tort -Cajetan, sous la qualification d'espèce très-spéciale; car, malgré qu'en -aient dit quelques Anciens, et après eux Caramuel, dans sa _Théologie -fondamentale_, les péchés contre nature sont entre eux d'espèce bien -distincte. C'est du moins la doctrine générale, et l'opinion contraire a -été condamnée par Alexandre VII: d'abord, parce que chacun de ces péchés -porte avec lui sa turpitude particulière et distincte, contraire à la -chasteté et à la génération humaine; ensuite, parce qu'en le commettant, -on sacrifie chaque fois quelque avantage naturellement attaché à -l'institution de l'acte vénérien, lequel a pour but normal la génération -humaine; enfin, parce que tous ont un motif différent, mais suffisant en -soi pour produire de diverses manières la privation du même bien, comme, -le déduisent excellemment Filliucius, Crespin et Caramuel. - -_4. Ex his autem infertur, quod etiam Dæmonialitas specie differt a -Bestialitate: singula enim ipsarum peculiarem, et distinctam -turpitudinem castitati, ac humanæ generationi repugnantem involvit; -siquidem Bestialitas est copula cum bruto vivente, ac sensibus et motu -proprio prædito: Dæmonialitas autem est commixtio cum cadavere (stando -in sententia communi, quam infra examinabimus), nec sensum, nec motum -vitalem habente; et per accidens est, quod a Dæmone moveatur. Quod si -immunditia commissa cum brutali cadavere, vel humano, differt specie a -Sodomia et Bestialitate, ab ista differt pariter specie etiam -_Dæmonialitas_, in qua, juxta communem sententiam, homo cum cadavere -concumbit accidentaliter moto._ - -4. Il suit de là que la Démonialité diffère en espèce de la Bestialité, -car chacune d'elles a sa turpitude particulière et distincte, contraire -à la chasteté et à la génération humaine. La Bestialité est l'union avec -une bête vivante, douée de sentiments et de mouvements qui lui sont -propres: la Démonialité, au contraire, est la copulation avec un cadavre -(au moins d'après la doctrine générale, que j'examinerai ci-après), -lequel cadavre n'a ni sentiment ni mouvement, et ne se trouve mû -qu'accidentellement, par un artifice du Démon. Or, si la fornication -commise avec un cadavre d'homme, de femme ou de bête, diffère en espèce -de la Sodomie et de la Bestialité, la même différence existe pour la -_Démonialité_ qui, dans l'opinion commune, est le commerce de l'homme -avec un cadavre mû accidentellement. - -_5. Et confirmatur: quia in peccatis contra naturam, seminatio -innaturalis (hoc est, ea ad quam regulariter non potest sequi generatio) -habet rationem generis; subjectum vero talis seminationis est -differentia constituens species sub tali genere, unde si seminatio fiat -in terram, aut corpus inanime, est mollities: si fiat cum homine in vase -præpostero, est Sodomia; si fiat cum bruto, est bestialitas; quæ absque -controversia inter se specie differunt, eo quod terra, seu cadaver, -homo, et brutum, quæ sunt subjecta talis seminationis, specie differunt -inter se. Sed Dæmon a bruto non solum differt specie, sed plusquam -specie: differunt enim per corporeum, et incorporeum, quæ sunt -differentiæ genericæ. Sequitur ergo quod seminationes factæ cum aliis -differunt inter se specie, quod est intentum._ - -5. Autre preuve: dans les péchés contre nature, la sémination -anti-naturelle (c'est-à-dire qui ne peut être régulièrement suivie de -génération) constitue un genre; mais le sujet de cette sémination est la -différence qui constitue les espèces classées sous le genre. Ainsi, que -la sémination ait lieu sur la terre, ou sur un corps inanimé, c'est -pollution; qu'elle s'opère _cum homine in vase præpostero_, c'est -Sodomie; avec une bête, c'est bestialité: tous crimes qui, sans -contredit, diffèrent en espèce entre eux, par la même raison que la -terre, le cadavre, l'homme et la bête, sujets passifs _talis -seminationis_, sont entre eux d'espèce différente. Mais la différence du -Démon avec la bête n'est pas seulement spécifique, elle est plus que -spécifique: la nature de l'une est corporelle, l'autre incorporelle, ce -qui établit une différence générique. D'où il suit _quod seminationes_ -pratiquées sur des sujets différents diffèrent en espèce entre elles; ce -qu'il fallait démontrer. - -_6. Pariter, trita est doctrina Moralistarum fundata in Tridentino, -sess. 14. c. 5. D. Th. in 4. dist. 16. q. 3. art. 2., Vasquez, q. 91. -art. 1. dub. 2. n. 6., Reginald. Valenz. Medin. Zerola. Pesant. Sajir. -Sott. Pitig. Henriquez apud Bonac. _de Sac._ disp. 5. q. 5. sect. 2. -punct. 2. § 3. diffic. 3. n. 5., et tradita per Theologos, quod in -confessione manifestandæ sint tantum circumstantiæ quæ mutant speciem -peccatorum. Si igitur Dæmonialitas et Bestialitas sunt ejusdem speciei -specialissimæ, sufficit in confessione dicere: _Bestialitatis peccatum -commisi_, quantumvis confitens cum Dæmone concubuerit. Hoc autem falsum -est: igitur non sunt ejusdem speciei specialissimæ._ - -6. J'invoquerai encore la doctrine bien connue des Moralistes, établie -dans le Concile de Trente, session 14, et admise par les Théologiens, à -savoir: que, dans la confession, il suffit d'énoncer les circonstances -qui modifient l'espèce des péchés. Si donc la Démonialité et la -Bestialité sont d'une même espèce très-spéciale, il suffira au pénitent, -chaque fois qu'il aura forniqué avec le Démon, de dire à son confesseur: -_J'ai commis le péché de Bestialité_. Or, ceci est faux: donc ces deux -péchés ne sont pas de même espèce très-spéciale. - -_7. Quod si dicatur, aperiendum esse in confessione circumstantiam -concubitus cum Dæmone ratione peccati contra Religionem: peccatum contra -Religionem committitur, aut ex cultu, aut ex reverentia, aut ex -deprecatione, aut ex pacto, aut ex societate cum Dæmone (D. Thomas, 2. -2. q. 90. art. 2. et q. 95. art. 4. in corp.); sed, ut infra dicemus, -dantur Succubi, et Incubi, quibus nullum prædictorum exhibetur, et tamen -copula sequitur: igitur respectu istorum nulla intervenit -irreligiositas, et commixtio cum istis nullam habebit rationem -ulteriorem, quam puri et simplicis coitus, qui, si est ejusdem speciei -cum _Bestialitate_, sufficienter exprimetur dicendo: _Bestialitatem -commisi_; quod tamen falsum est._ - -7. On dira peut-être que si les circonstances du commerce avec le Démon -doivent être révélées au confesseur, c'est à cause de l'atteinte qu'il -porte à la Religion; cette atteinte résulte, en effet, soit du culte -rendu au Démon, soit des hommages ou des prières qu'on lui adresse, soit -du pacte de société conclu avec lui (_S. Thomas_, quest. 90). Mais, -comme on le verra dans la suite, il est des Incubes et des Succubes -auxquels rien de tout cela ne s'applique, et cependant _copula -sequitur_. Il n'y a donc, dans ce cas spécial, aucun élément d'impiété, -aucun caractère autre _quam puri et simplicis coitus_; et, s'il est de -même espèce que la _Bestialité_, on l'énoncera suffisamment en disant: -_J'ai commis le péché de Bestialité_, ce qui est faux. - -_8. Ulterius in confesso est apud omnes Theologos Morales, quod longe -gravior est copula cum Dæmone, quam cum quolibet bruto; in eadem autem -specie specialissima peccati non datur unum peccatum gravius altero, sed -omnia æque gravia sunt; perinde enim est coire cum cane, aut asina, aut -equa; sequitur ergo, quod si _Dæmonialitas_ est gravior Bestialitate, -non sint ambo ejusdem speciei. Nec dicendum gravitatem majorem in -_Dæmonialitate_ petendam esse ab irreligiositate, seu superstitione ex -societate cum Dæmone, ut scribit Cajetanus ad 2. 2. q. 154., ar. 11. § -ad 3. in fine, quia hoc fallit in aliquibus Succubis et Incubis, ut -supra dictum est; tum quia gravitas major statuitur in _Dæmonialitate_ -præ Bestialitate, in genere vitii contra naturam: major autem gravitas -in illa supra istam ratione irreligiositatis exorbitat ex illo genere, -proinde non facit in illo genere, et ex se graviorem._ - -8. En outre, de l'aveu de tous les Théologiens Moralistes, _copula cum -Dæmone_ est beaucoup plus grave que pareil acte commis avec n'importe -quelle bête. Or, dans une même espèce très-spéciale de péché, un péché -n'est pas plus grave qu'un autre, mais tous sont également graves: c'est -même chose d'avoir commerce avec une chienne, ou une ânesse, ou une -jument; d'où il suit que, si la _Démonialité_ est plus grave que la -Bestialité, ces deux actes ne sont pas de même espèce. Et qu'on ne -prétende pas, comme le fait Cajetan, attribuer plus de gravité à la -_Démonialité_, à cause de l'outrage que recevrait la Religion du culte -rendu au Démon ou du pacte de société conclu avec lui: ceci, en effet, -on l'a vu plus haut, ne se rencontre pas toujours dans le commerce de -l'homme avec les Incubes et les Succubes; de plus si, dans le genre du -péché contre nature, la _Démonialité_ est plus grave que la Bestialité, -l'outrage à la Religion n'est pour rien dans cette aggravation, -puisqu'il est étranger à ce genre lui-même. - -_9. Statuta igitur differentia specifica _Dæmonialitatis_ a -Bestialitate, ut gravitas illius percipiatur in ordine ad poenam de -qua principaliter nobis tractandum est, est necessarium inquirere -quotupliciter _Dæmonialitas_ accidat. Non desunt qui sibi nimis scioli -negant quod gravissimi Auctores scripsere, et quod quotidiana constat -experientia, Dæmonem scilicet tum Incubum, tum Succubum, non solum -hominibus, sed etiam brutis carnaliter conjungi. Aiunt proinde esse -hominum imaginationem, phantasmatibus a Dæmone perturbatis læsam, seu -dæmoniaca esse præstigia: sicuti etiam Sagæ, seu Striges, sola -imaginatione perturbata a Dæmone, sibi videntur assistere ludis, -choreis, conviviis, et conventibus nocturnis, et carnaliter Dæmoni -commisceri; nullo vero reali modo deferuntur corpore ad ejusmodi loca, -et actiones, prout textualiter dicitur in quodam Capitulo, ac duobus -Conciliis. _Cap. Episcop._ 26. q. 5., _Conc. Ancyr._ c. 24., _Conc. -Rom._ 4. _sub Damaso_, c. 5. _apud Laur. Epitom._ vº _Saga_._ - -9. Or, ayant établi la différence spécifique de la _Démonialité_ d'avec -la Bestialité, de telle sorte qu'on puisse en apprécier la gravité et -déterminer le degré de pénitence qu'elle mérite (ce qui, pour nous, est -le point capital), il nous faut maintenant rechercher de combien de -manières différentes ce péché de _Démonialité_ peut être commis. Il ne -manque pas de gens, trop infatués de leur petit savoir, qui osent nier -ce qu'ont écrit les plus graves Auteurs et ce qu'atteste l'expérience de -chaque jour: à savoir que le Démon, soit Incube, soit Succube, s'unit -charnellement, non-seulement aux hommes ou aux femmes, mais aussi aux -bêtes. A les en croire, tout cela n'a de fondement que dans -l'imagination humaine, troublée par l'artifice du Démon; ce ne sont que -fantasmagories et prestiges diaboliques. Pareille chose, disent-ils, -arrive aux Sorcières ou Sagas qui, sous l'empire d'une illusion produite -par le Démon, s'imaginent assister aux jeux, danses, festins et sabbats -nocturnes, et avoir avec le Démon un commerce charnel, sans y être en -réalité présentes ou agissantes de corps, ainsi que l'ont textuellement -défini un Capitule et deux Conciles. - -_10. Sed non negatur, quin aliquando mulierculæ, illusæ a Dæmonibus, -videantur nocturnis Sagarum ludis corporaliter interesse, dum tamen sola -imaginaria visione ipsis hoc accidit: sicut etiam in somnis videtur -nonnullis cum foemina aliqua concumbere, et semen vere excernitur, non -tamen concubitus ille realis est, sed tantum phantasticus, paratus non -raro per illusionem diabolicam; et in hoc verissimum est quod habent -citatum Capitulum et Concilia. Sed hoc non semper est; sed ut in -pluribus, corpore deferuntur Sagæ ad ludos nocturnos, et vere carnaliter -corpore conjunguntur Dæmoni, et Malefici non minus Dæmoni succubo -miscentur, et hæc est sententia Theologorum, et jure consultorum -Catholicorum, quos abunde citat Frater Franciscus Maria Guaccius in suo -libro intitulato _Compendium Maleficarum_; Grilland. Remig. Petr. -Damian. Sylvest. Alphon. a Cast. Abul. Cajet. Senon. Crespet. Spine. -Anan. apud Guaccium, _Comp. Malef._, c. 15. _§ Altera, quam -verissimam_... n. 69. lib. p.; quæ sententia confirmatur decem et octo -exemplis, ibidem allatis et relatis per viros doctos et veridicos de -quorum fide ambigendum non est, quibus probatur Maleficos et Sagas -corporaliter ad ludos convenire, et cum Dæmonibus succubis et incubis -corporaliter turpissime commisceri. Et pro omnibus sufficere debet -auctoritas Divi Augustini, qui loquens de concubitu hominum cum -Dæmonibus, sic ait lib. 15. de _Civitate Dei_, c. 23.:_ «Et quoniam -creberrima fama est, multique se expertos, vel ab eis qui experti -essent, de quorum fide dubitandum non est, audivisse confirmant, -Sylvanos et Faunos, quos vulgo Incubos vocant, improbos sæpe extitisse -mulieribus, et earum appetiisse et peregisse concubitum. Et quosdam -Dæmones, quos Dusios Galli nuncupant, hanc assidue immunditiam et -tentare et efficere, plures talesque asseverant, ut hoc negare -impudentia videatur.» _Hæc Augustinus._ - -10. Mais, sans doute, on ne conteste pas que parfois de jeunes femmes, -trompées par le Démon, se figurent prendre part, en chair et en os, aux -sabbats nocturnes des Sorcières, sans qu'il y ait là autre chose qu'une -vision imaginaire. C'est ainsi qu'en rêve, on s'imagine assez souvent -_cum foemina aliqua concumbere, et semen vere excernitur, non tamen -concubitus ille realis est_, mais seulement fantastique et fréquemment -l'oeuvre d'une illusion diabolique: en quoi le Capitule et les -Conciles ci-dessus cités ont parfaitement raison. Mais ceci n'est pas -toujours le cas; il arrive, au contraire, le plus souvent, que les -Sorcières sont bien présentes de corps aux sabbats nocturnes, qu'elles -ont avec le Démon un commerce parfaitement charnel et corporel, et que -tout pareillement les Sorciers s'accolent au Démon femelle ou succube. -C'est là l'opinion des Théologiens comme des Jurisconsultes catholiques, -qu'on trouvera cités tout au long dans le _Compendium Maleficarum_, ou -_Répertoire des Sorcières_, de Frère François-Marie Guaccius. On y verra -cette doctrine confirmée par dix-huit exemples tirés des récits d'hommes -savants et véridiques, dont le témoignage est au-dessus du soupçon, et -qui prouvent que les Sorciers et Sorcières sont bien présents de corps -aux sabbats, et font bel et bien l'oeuvre de chair avec les Démons -incubes ou succubes. En définitive, nous avons, pour trancher la -question, l'autorité de S. Augustin, lequel, parlant du commerce charnel -des hommes avec le Démon, s'exprime ainsi au livre 15, chap. 23, de la -_Cité de Dieu_: «_C'est une opinion très-répandue, et confirmée par les -témoignages directs ou indirects de personnes absolument dignes de foi, -que les Sylvains et les Faunes, vulgairement appelés Incubes, ont -souvent tourmenté les femmes, sollicité et obtenu d'elles le coït. Il y -a même des Démons, nommés par les Gaulois Duses (_ou_ lutins), qui se -livrent très-régulièrement à ces pratiques impures: ceci est attesté par -des autorités si nombreuses et si graves, qu'il y aurait impudence à -vouloir le nier._» Tels sont les propres termes de S. Augustin. - -_11. Prout autem apud diversos Auctores legitur, et pluribus -experimentis comprobatur, duplici modo Dæmon hominibus carnaliter -copulatur: uno modo quo Maleficis et Sagis jungitur, alio modo quo aliis -hominibus minime maleficis miscetur._ - -11. Or divers Auteurs nous enseignent, et leur opinion est confirmée par -de nombreuses expériences, que le Démon a deux manières de s'unir -charnellement aux hommes ou aux femmes: l'une qu'il emploie à l'égard -des Sorciers ou des Sorcières, l'autre à l'égard d'autres hommes ou -femmes parfaitement étrangers à toute sorcellerie. - -_12. Quantum ad primum modum, non copulatur Dæmon Sagis, seu Maleficis, -nisi præmissa solemni professione, qua iniquissimi homines Dæmoni -addicuntur; quæ professio, ut ex variis Auctoribus referentibus -confessiones Sagarum judiciales in tormentis factas, quas collegit -Franciscus Maria Guaccius, _Comp. Malef._, c. 7., lib. 1., consistit in -undecim ceremoniis._ - -12. Dans le premier cas, le Démon ne s'accole aux Sorcières ou aux -Sorciers qu'après une profession solennelle, en vertu de laquelle ces -misérables créatures humaines s'abandonnent à lui. Suivant plusieurs -auteurs, qui ont rapporté les aveux judiciaires arrachés aux Sorcières -dans les tortures, et dont les récits ont été recueillis par -François-Marie Guaccius, _Compend. Malef._, livre Ier, chap. 7, cette -profession consiste en onze cérémonies: - -_13. Primo, ineunt pactum expressum cum Dæmone, aut alio Mago seu -Malefico vicem Dæmonis gerente, et testibus præsentibus, de servitio -diabolico suscipiendo: Dæmon vero viceversa honores, divitias, et -carnales delectationes illis pollicetur. _Guacc._ loc. cit. fol. 34._ - -13. Premièrement, les Novices doivent conclure un pacte exprès avec le -Démon, ou avec quelque autre Sorcier ou Magicien agissant au lieu et -place du Démon, par quoi, en présence de témoins, ils s'enrôlent au -service du Diable. Le Démon, de son côté, leur garantit honneurs, -richesses et plaisirs charnels. - -_14. Secundo, abnegant catholicam fidem, subducunt se obedientiæ Dei, -renuntiant Christo, et protectioni Beatissimæ Virginis Mariæ, ac -Ecclesiæ omnibus sacramentis. _Guacc._ loc. cit._ - -14. Deuxièmement, ils abjurent la foi catholique, se soustraient à -l'obéissance de Dieu, renoncent au Christ et à la protection de la -Très-Bienheureuse Vierge Marie, et à tous les Sacrements de l'Église. - -_15. Tertio, projiciunt a se Coronam, seu Rosarium B. V. M., Chordam S. -P. Francisci, aut Corrigiam S. Augustini, aut Scapulare Carmelitarum, si -quod habent, Crucem, Medaleas, Agnos Dei, et quidquid sacri aut -benedicti gestabant, et pedibus ea proculcant. _Guacc._ loc. cit. fol. -35. Grilland._ - -15. Troisièmement, ils jettent loin d'eux la Couronne ou le Rosaire de -la Très-Bienheureuse Vierge Marie, le Cordon de S. François d'Assise ou -la Courroie de S. Augustin, ou le Scapulaire des Carmélites, selon -qu'ils appartiennent à tel ou tel ordre, la Croix, les Médailles, les -_Agnus Dei_, enfin tout ce qu'ils pouvaient porter de saint ou de bénit, -et ils foulent tout cela aux pieds. - -_16. Quarto, vovent in manibus Diaboli obedientiam, et subjectionem, -eique præstant homagium et vassallagium, tangendo quoddam volumen -nigerrimum. Spondent, quod nunquam redibunt ad fidem Christi, nec Dei -præcepta servabunt, nec ulla bona opera facient, sed ad sola mandata -Dæmonis attendent, et ad conventus nocturnos diligenter accedent. -_Guacc._ loc. cit. fol. 36._ - -16. Quatrièmement, ils jurent entre les mains du Diable obéissance et -soumission; ils lui rendent hommage et vasselage, les doigts posés sur -un certain volume très-noir. Ils s'engagent à ne jamais revenir à la foi -du Christ, à ne tenir aucun compte des préceptes divins, à ne faire -aucune bonne oeuvre, mais à obéir au Diable seul, et à fréquenter -assidûment les réunions nocturnes. - -_17. Quinto, spondent se enixe curaturos, et omni studio ac sedulitate -procuraturos adducere alios mares et foeminas ad suam sectam, et -cultum Dæmonis. _Guacc._ loc. cit._ - -17. Cinquièmement, ils promettent de faire tous leurs efforts, -d'employer tout leur zèle et tous leurs soins, pour enrôler dans leur -secte, au service du Diable, d'autres créatures mâles et femelles. - -_18. Sexto, baptizantur a Diabolo sacrilego quodam baptismo, et -abnegatis Patrinis et Matrinis baptismi Christi, et Confirmationis, et -nomine, quod sibi fuit primo impositum, a Diabolo sibi assignantur -Patrinus et Matrina novi, qui ipsos instruant in arte maleficiorum, et -imponitur nomen novum, quod plerumque scurrile est. _Guacc._ loc. cit._ - -18. Sixièmement, le Diable leur administre une sorte de baptême -sacrilége, et, après avoir renié les Parrains et Marraines qu'ils ont -eus au Baptême du Christ et à la Confirmation, ils se font assigner par -le Diable un Parrain et une Marraine nouveaux, chargés de les instruire -dans l'art des maléfices; ils quittent le nom qu'ils portaient avant et -en reçoivent un nouveau, qui le plus souvent est un sobriquet bouffon. - -_19. Septimo, abscindunt partem propriorum indumentorum, et illam -offerunt Diabolo in signum homagii, et Diabolus illam asportat, et -servat. _Guacc._ loc. cit. fol. 38._ - -19. Septièmement, ils coupent une partie de leurs propres vêtements pour -l'offrir au Diable en signe d'hommage, et le Diable l'emporte et la -garde. - -_20. Octavo, format Diabolus circulum super terram, et in eo stantes -Novitii Malefici et Sagæ firmant juramento omnia, quæ ut dictum est -promiserunt. _Guacc._ loc. cit._ - -20. Huitièmement, le Diable trace sur la terre un cercle, et dans ce -cercle se tiennent les Novices, Sorciers et Sorcières, pour y confirmer -tous les serments qu'ils ont faits comme il est dit ci-dessus. - -_21. Nono, petunt a Diabolo deleri a libro Christi, et describi in libro -suo, et profertur liber nigerrimus, quem tetigerunt præstando homagium, -ut dictum est supra, et ungue Diaboli in eo exarantur. _Guacc._ loc. -cit._ - -21. Neuvièmement, ils demandent au Diable de les rayer du livre du -Christ, et de les immatriculer dans le sien. Alors paraît ce livre -très-noir qu'ils ont touché en rendant hommage (voyez plus haut), et -dans ce livre ils sont enregistrés par la griffe du Diable. - -_22. Decimo, promittunt Diabolo statis temporibus sacrificia, et -oblationes; singulis quindecim diebus, vel singulo mense saltem necem -alicujus infantis, aut mortale veneficium, et singulis hebdomadis alia -mala in damnum humani generis, ut grandines, tempestates, incendia, -mortem animalium, etc. _Guacc._ loc. cit. fol. 40._ - -22. Dixièmement, ils promettent au Diable, à des époques déterminées, -des sacrifices et des offrandes: tous les quinze jours, ou au moins tous -les mois, le meurtre de quelque enfant, ou un sortilége homicide, et -chaque semaine d'autres méfaits au préjudice du genre humain, tels que -grêles, tempêtes, incendies, épizooties, etc. - -_23. Undecimo, sigillantur a Dæmone aliquo caractere, maxime ii, de -quorum constantia dubitat. Caracter vero non est semper ejusdem formæ, -aut figuræ: aliquando enim est simile lepori, aliquando pedi bufonis, -aliquando araneæ, vel catello, vel gliri; imprimitur autem in locis -corporeis magis occultis: viris quidem aliquando sub palpebris, -aliquando sub axillis, aut labiis, aut humeris, aut sede ima, aut alibi; -mulieribus autem plerumque in mammis, aut locis muliebribus. Porro -sigillum, quo talia signa imprimuntur, est unguis Diaboli. Quibus -peractis ad instructionem Magistrorum qui Novitios initiarunt, hi -promittunt denuo, se nunquam Eucharistiam adoraturos; injuriosos Sanctis -omnibus, et maxime B. V. M. futuros; conculcaturos ac conspurcaturos -Sacras Imagines, Crucem, ac Sanctorum Reliquias; nunquam usuros -Sacramentis, aut sacramentalibus, nisi ad maleficia; integram -confessionem sacramentalem sacerdoti nunquam facturos, et suum cum -Dæmone commercium semper celaturos. Et Diabolus vicissim pollicetur, se -illis semper præsto futurum; se in hoc mundo votis eorum satisfacturum, -et post mortem illos esse beaturum. Sic peracta professione solemni, -assignatur singulis eorum Diabolus, qui appellatur _Magistellus_, cum -quo in partes secedunt, et carnaliter commiscentur: ille quidem in -specie foeminæ, si initiatus est vir; in forma autem viri, et -aliquando satyri, aliquando hirci, si foemina est saga professa. -_Guacc._ loc. cit. fol. 42 et 43._ - -23. Onzièmement, ils sont marqués par le Démon de quelque signe, ceux -surtout dont la constance lui est suspecte. Ce signe, du reste, n'est -pas toujours de même forme ou figure: tantôt c'est l'image d'un lièvre, -tantôt une patte de crapaud, tantôt une araignée, un petit chien, un -loir. Il s'imprime dans les endroits du corps les plus cachés: chez les -hommes, sous les paupières, ou sous l'aisselle, ou sur les lèvres, sur -l'épaule, au fondement ou ailleurs; quant aux femmes, c'est généralement -aux seins ou aux parties sexuelles. Maintenant, le cachet qui imprime -ces marques n'est autre que la griffe du Diable. Tout ceci étant -accompli suivant les instructions des Maîtres qui ont initié les -Novices, ces derniers, pour conclure, promettent de n'adorer jamais -l'Eucharistie; d'accabler d'insultes tous les Saints et surtout la -Très-Bienheureuse Vierge Marie; de fouler aux pieds et vilipender les -Saintes Images, la Croix et les Reliques des Saints; de ne jamais faire -usage des Sacrements ou cérémonies sacramentelles, sinon pour les -maléfices; de ne jamais faire au prêtre la confession sacramentelle -complète, et de lui cacher toujours leur commerce avec le Démon. Le -Démon, de son côté, s'engage à leur donner toujours prompte assistance; -à combler leurs voeux en ce monde, et à les rendre heureux après leur -mort. La profession solennelle ainsi accomplie, chacun d'eux se voit -assigner un Diable, appelé _Magistelle_ ou Petit-Maître, avec lequel il -se retire en particulier pour consommer l'union charnelle; ce Diable, -naturellement, a la forme d'une femme si l'initié est un homme: ou la -forme d'un homme, et quelquefois d'un satyre, quelquefois d'un bouc, si -c'est une femme qui est reçue sorcière. - -_24. Quod si quæratur ab Auctoribus, quomodo possit Dæmon, qui corpus -non habet, corporalem commixtionem habere cum homine? Respondent -communiter, quod Dæmon aut assumit alterius maris, aut foeminæ, juxta -exigentiam, cadaver, aut ex mixtione aliarum materiarum effingit sibi -corpus, quod movet, et mediante quo homini unitur. Et subdunt, quod -quando foeminæ gaudent imprægnari a Dæmone (quod non fit, nisi in -gratiam foeminarum hoc optantium), Dæmon se transformat in succubam, -et juncta homini semen ab eo recipit; aut per illusionem nocturnam in -somnis procurat ab homine pollutionem, et semen prolectum in suo nativo -calore, et cum vitali spiritu conservat, et incubando foeminæ infert -in ipsius matricem, ex quo sequitur conceptio. Ita multis citatis docet -Guaccius, l. 1. c. 12., per totum, qui prædicta multis exemplis -desumptis a variis Doctoribus confirmat._ - -24. Mais, demandera-t-on aux Auteurs, comment se fait-il que le Démon, -qui n'a pas de corps, ait cependant avec l'homme ou la femme un commerce -charnel? Ils vous répondent tout d'une voix que le Démon emprunte le -cadavre d'un autre être humain, mâle ou femelle, suivant le cas, ou bien -qu'il se forme avec d'autres matières un corps à l'aide duquel il s'unit -à l'homme. Et lorsqu'il prend aux femmes la fantaisie de concevoir des -oeuvres du Démon (ce qui n'a lieu que du consentement et suivant le -désir exprès desdites femmes), le Démon se transforme en succube -femelle, _et juncta homini semen ab eo recipit_; ou bien, il provoque -chez cet homme, dans son sommeil, quelque rêve lascif suivi de -pollution, _et semen prolectum in suo nativo calore, et cum vitali -spiritu conservat, et incubando foeminæ infert in ipsius matricem_, -d'où résulte la conception. C'est là ce qu'enseigne _Guaccius_, livre I, -chap. 12, en apportant à l'appui de sa thèse une foule de citations et -d'exemples empruntés à divers Docteurs. - -_25. Alio modo jungitur Dæmon tum Incubus, tum Succubus, hominibus, -foeminis aut maribus, a quibus nec honorem, nec sacrificia, -oblationes, maleficia, quæ a Sagis et Maleficis, ut supra dictum est, -prætendit, recipit; sed ostendens deperdite amorem, nil aliud appetit, -quam carnaliter commisceri cum iis quos amat. Multa sunt de hoc exempla, -quæ ab Auctoribus referuntur, ut Menippi Lycii, qui fuit sollicitatus a -quadam foemina ad sibi nubendum, postquam cum ea multoties coivit; et -detecta foemina quænam esset a quodam Philosopho, qui convivio -nuptiali intererat, et Menippo dixit illam esse _Compusam_, puta Dæmonem -succubam, statim ejulans evanuit, ut narrat Coelius Rodiginus, -_Antiq._ lib. 29, c. 5. Pariter adolescens quidam Scotus a Dæmone -succuba omnium gratissima, quas vidisset, forma, quæ occlusis cubiculi -foribus ad se ventitabat, blanditiis, osculis, amplexibus per multos -menses fuit sollicitatus, ut secum coiret, ut scribit Hector Boethius, -_Hist. Scotor._ lib. 8., quod tamen a casto juvene obtinere non potuit._ - -25. D'autres fois aussi le Démon, soit incube, soit succube, s'accouple -avec des hommes ou des femmes dont il ne reçoit rien des hommages, -sacrifices ou offrandes qu'il a coutume d'imposer aux Sorciers et aux -Sorcières, comme on l'a vu plus haut. C'est alors simplement un amoureux -passionné, n'ayant qu'un but, un désir: posséder charnellement la -personne qu'il aime. Il y a de ceci une foule d'exemples, qu'on peut -trouver dans les Auteurs, entre autres celui de Menippus Lycius, lequel, -après avoir maintes et maintes fois paillardé avec une femme, en fut -prié de l'épouser; mais un certain Philosophe, qui assistait au repas de -noces, ayant deviné ce qu'était cette femme, dit à Menippus qu'il avait -affaire à une _Compuse_, c'est-à-dire à une Diablesse succube: aussitôt -notre mariée de s'évanouir en gémissant..... Lisez là-dessus Coelius -Rodiginus, _Antiq._, livre 29, chap. 5. Hector Boethius, _Hist. Scot._, -raconte aussi le cas d'un jeune Écossais qui, pendant plusieurs mois, -reçut dans sa chambre, quoique les portes et fenêtres en fussent -hermétiquement fermées, les visites d'une Diablesse succube, de la plus -ravissante beauté; caresses, baisers, embrassements, sollicitations, -cette Diablesse mit tout en oeuvre _ut secum coiret_: ce qu'elle ne -put toutefois obtenir de ce vertueux jeune homme. - -_26. Similiter, multas foeminas legimus ab Incubo Dæmone expetitas ad -coitum, ipsisque repugnantibus facinus admittere, precibus, fletibus, -blanditiis, non secus, ac perditissimus amasius procurasse animum -ipsarum demulcere, et ad congressum inclinare; et quamvis aliquoties hoc -eveniat ob maleficium, ut nempe Dæmon missus a maleficis hoc procuret: -tamen non raro Dæmon ex se hoc agit, ut scribit Guaccius, _Comp. Mal._, -lib. 3. c. 8., et non solum hoc evenit cum mulieribus, sed etiam cum -equabus, cum quibus commiscetur; quæ si libenter coitum admittunt, ab eo -curantur optime, ac ipsarum jubæ varie artificiosis et inextricabilibus -nodis texuntur; si autem illum adversentur, eas male tractat, percutit, -macras reddit, et tandem necat, ut quotidiana constat experientia._ - -26. On peut lire encore nombre d'exemples de femmes sollicitées au coït -par le Démon Incube, et qui, si elles répugnent d'abord à sauter le pas, -se laissent bientôt fléchir par ses prières, ses larmes, ses caresses; -c'est un amoureux fou, il faut lui céder. Et quoique ceci résulte -parfois des maléfices de quelque sorcier, qui emploie le Démon comme -intermédiaire, il n'est point rare cependant que le Démon agisse pour -son propre compte, comme l'écrit Guaccius; et ce n'est pas seulement aux -femmes qu'il s'attaque, mais aussi aux juments: sont-elles dociles à ses -désirs, il les accable de soins, de caresses, il tresse leur crinière en -une infinité de noeuds inextricables; mais si elles résistent, il les -maltraite, les frappe, leur donne la morve, et finalement les tue, comme -il est constaté par l'expérience de chaque jour. - -_27. Et quod mirum est, et pene incapabile, tales Incubi, qui Italice -vocantur _Folletti_, Hispanice _Duendes_, Gallice _Follets_, nec -Exorcistis obediunt, nec exorcismos pavent, nec res sacras reverentur ad -earum approximationem timorem ostendendo, sicuti faciunt Dæmones, qui -obsessos vexant; quantumvis enim maligni Spiritus sint obstinati, nec -parere velint Exorcistæ præcipienti, ut exeant a corporibus quæ -obsident, tamen ad prolationem Sanctissimi Nominis Jesu, aut Mariæ, aut -aliquorum Versuum Sacræ Scripturæ, impositionem Reliquiarum, maxime -Ligni Sanctæ Crucis, approximationem Sacrarum Imaginum, ad os obsessi -rugiunt, strident, frendent, concutiuntur, et timorem, ac horrorem -ostendunt. Folletti vero nihil horum, ut dictum est, ostendunt, nec a -divexatione, nisi post longum tempus, cessant. Hujus rei testis sum -oculatus, et historiam recito quæ reipsa humanam fidem superat: sed -testis mihi sit Deus quod puram veritatem multorum testimonio -comprobatam describo._ - -27. Enfin, chose prodigieuse et presque incompréhensible, ces Incubes, -qu'on appelle en Italien _Folletti_, en Espagnol _Duendes_, en Français -_Follets_, n'obéissent pas aux Exorcistes, n'ont aucune peur des -exorcismes, aucune vénération pour les objets sacrés, à l'approche -desquels ils ne manifestent pas la moindre frayeur: bien différents en -cela des Démons qui tourmentent les possédés; car, si obstinés que -soient ces malins Esprits, si rétifs qu'ils se montrent à l'injonction -de l'Exorciste qui leur commande de déloger du corps du possédé, il -suffit pourtant de prononcer le très-saint nom de Jésus ou de Marie ou -quelques versets des Saintes Écritures, d'imposer des Reliques, -principalement le Bois de la Sainte Croix, ou d'approcher les Saintes -Images, pour qu'aussitôt on les entende rugir à la bouche du possédé, et -qu'on les voie grincer des dents, s'agiter, frémir, montrer, en un mot, -tous les signes de la crainte et de l'horreur. Mais ces coquins de -Follets, rien de tout cela n'a d'effet sur eux: s'ils discontinuent -leurs vexations, ce n'est qu'après longtemps et quand ils le veulent -bien. De ceci je suis témoin oculaire, et je vais en conter une histoire -qui réellement passe toute croyance humaine: mais, que Dieu m'en soit -témoin! c'est la pure vérité, confirmée d'ailleurs par de nombreux -témoignages. - -_28. Viginti quinque abhinc annis plus, minusve, dum essem Lector Sacræ -Theologiæ in Conventu Sanctæ Crucis Papiæ, reperiebatur in illa civitate -honesta quædam foemina maritata optimæ conscientiæ, et bonum habens ab -omnibus eam agnoscentibus, maxime Religiosis, testimonium, quæ vocabatur -Hieronyma; et habitabat in Parochia Sancti Michaelis. Hæc quadam die -domi suæ panem pinserat, et per furnarium miserat ad illum decoquendum. -Reportat panes coctos furnarius, et cum illis grandem quamdam placentam -curiose elaboratam, conditam butyro, et pastulis Venetis, ut in ea -civitate solent fieri placentæ hujusmodi. Renuit illa placentam -recipere, dicens, se talem nullam fecisse. Replicat furnarius, se illa -die alium panem coquendum non habuisse, nisi illum quem ab ea habuerat; -oportere proinde, etiam placentam a se fuisse factam, licet minime de -illa recordaretur. Acquievit foemina, et placentam cum viro suo, filia -quam habebat triennem, et famula comedit. Sequenti nocte, dum cubaret -mulier cum viro suo, et ambo dormirent, expergefacta est a quadam -tenuissima voce, velut acutissimi sibili ad ipsius aures susurrante, -verbis tamen distinctis: interrogavit autem foeminam, _num placenta -illi placuisset_? Pavens foemina coepit se munire signo Crucis, et -invocare sæpius nomina Jesu et Mariæ. Replicabat vox, ne paveret, se -nolle illi nocere, immo quæcumque illi placerent paratum exequi, esse -filo captum pulchritudinis suæ, et nil amplius desiderare, quam ejus -amplexu frui. Tum foemina sensit aliquem suaviantem ipsius genas, sed -tactus ita levis, ac mollis, ac si esset gossipium subtilissime -carminatum id, a quo tacta fuit. Respuit illa invitantem, nec ullum -responsum illi dedit: sed jugiter nomen Jesu, et Mariæ repetebat, et se -Crucis signo muniebat, et sic per spatium quasi horæ dimidiæ tentata -fuit, et postea abscessit tentator._ - -28. Il y a environ vingt-cinq ans, alors que j'étais Professeur de -Théologie Sacrée au couvent de Sainte-Croix, à Pavie, habitait dans -cette ville une femme mariée, d'excellentes moeurs, et dont tous ceux -qui la connaissaient, principalement les Moines, disaient le plus grand -bien. Elle se nommait Hieronyma, et demeurait sur la paroisse de -Saint-Michel. Un jour, cette femme avait pétri chez elle du pain, -qu'elle confia ensuite au fournier pour le faire cuire. Le fournier lui -rapporte le pain cuit, et en même temps une grande galette de forme -très-curieuse, arrangée au beurre et aux pâtes de Venise, comme on a -coutume de faire les gâteaux dans ce pays-là. Elle refuse de recevoir -cette galette, disant qu'elle n'a rien fait de pareil. «Mais, dit le -fournier, je n'ai pas eu aujourd'hui d'autre pain à cuire que le vôtre: -il faut bien que la galette aussi vienne de chez vous; votre mémoire est -en défaut.» Notre bonne dame se laisse convaincre; elle accepte la -galette, et la mange en compagnie de son mari, de sa petite fille âgée -de trois ans et de sa servante. La nuit d'après, tandis qu'elle était -couchée avec son mari et que tous deux dormaient, la voici qui s'éveille -au son d'une voix extrêmement fine, quelque chose comme un sifflement -aigu, mais qui cependant lui murmurait à l'oreille des paroles -très-distinctes: cette voix lui demandait «si le gâteau avait été de son -goût.» Effrayée, notre bonne dame commence à se munir du signe de la -Croix, et à invoquer coup sur coup les noms de Jésus et de Marie, «Ne -crains rien,» disait la voix, «je ne te veux pas de mal; bien au -contraire, il n'est rien que je ne fasse pour t'être agréable, je suis -épris de ta beauté, et mon plus grand désir, c'est de jouir de tes -embrassements.» En même temps, elle sentait quelqu'un qui lui baisait -les joues, mais si légèrement, si mollement, qu'elle se serait crue -frôlée par un duvet de coton de la plus extrême finesse. Elle résista, -sans rien répondre, se bornant à répéter maintes et maintes fois le nom -de Jésus et de Marie, et à faire le signe de la Croix: la tentation dura -ainsi près d'une demi-heure, après quoi le tentateur se retira. - -_Sequenti mane fuit mulier ad Confessarium virum prudentem ac doctum, a -quo fuit in fide confirmata et exhortata, ut viriliter, sicut fecerat, -resisteret, et sacris Reliquiis se muniret. Sequentibus noctibus par -priori fuit tentatio, et verbis, et osculis, et par etiam in muliere -constantia. Hæc pertæsa talem ac tantam molestiam, ad Confessarii -consultationem, et aliorum gravium virorum, per Exorcistas peritos fecit -se exorcizare ad sciendum, num esset obsessa; et cum invenissent a nullo -malo spiritu possideri, benedixerunt domui, cubiculo, lecto, et -præceptum Incubo fecerunt, ne auderet molestiam amplius mulieri inferre. -Sed omnia incassum; siquidem tentationem inceptam prosequebatur, ac si -præ amore langueret, ploratus, et ejulatus emittebat ad mulierem -demulcendam, quæ tamen gratia Dei adjuta semper viriliter restitit. -Renovavit Incubus tentationem, ipsi apparens interdiu in forma pusionis, -seu parvi homunculi pulcherrimi, cæsariem habens rutilam et crispam, -barbamque fulvam ac splendentem velut aurum, glaucosque oculos, ut flos -lini, incedebatque indutus habitu Hispanico. Apparebat autem illi -quamvis cum ea alii morarentur; et questus, prout faciunt amantes, -exercens, et jactando basia, solitasque preces repetendo tentabat -mulierem, ut ad illius amplexus admitteretur. Videbatque, et audiebat -illa sola præsentem ac loquentem, minime autem cæteri adstantes._ - -Le matin venu, la dame alla trouver son Confesseur, homme grave et -savant, lequel la confirma dans la foi, et l'exhorta à continuer la -résistance vigoureuse qu'elle avait faite et à se munir de quelques -saintes Reliques. Les nuits suivantes, pareille tentation, avec paroles -et baisers de même sorte; pareille constance aussi chez la dame. -Fatiguée cependant d'épreuves si pénibles et si prolongées, elle prit le -parti, sur le conseil de son Confesseur et d'autres hommes sérieux, de -se faire exorciser par des Exorcistes expérimentés pour savoir si, par -hasard, elle n'était pas possédée. Les Exorcistes, n'ayant rien trouvé -en elle qui indiquât la présence de l'Esprit malin, bénirent la maison, -la chambre à coucher, le lit, et firent injonction à l'Incube d'avoir à -cesser ses importunités. Mais chansons que tout cela! la tentation -continua de plus belle; le galant faisant mine de mourir d'amour, et -pleurant, et gémissant pour attendrir la dame, qui pourtant, avec la -grâce de Dieu, resta invincible. L'Incube, alors, s'y prit d'une autre -manière: il apparut à sa belle sous la forme d'un jeune garçon ou petit -homme de la plus grande beauté, à la chevelure dorée et frisée, à la -barbe blonde et resplendissante comme l'or, aux yeux glauques pareils à -la fleur du lin, et, pour ajouter au charme, élégamment vêtu à -l'Espagnole. D'ailleurs, il ne laissait pas de lui apparaître, malgré -qu'elle se trouvât en compagnie; il se plaignait, comme font les amants, -il pleurait, il lui envoyait des baisers, employait en un mot tous les -moyens de séduction possibles pour obtenir ses faveurs. Elle seule le -voyait et l'entendait: pour tout autre qu'elle, il n'y avait rien. - -_Perseverabat in illa constantia mulier, donec contra eam iratus -Incubus, post aliquos menses blanditiarum novum persecutionis genus -adortus est. Primo abstulit ab ea crucem argenteam plenam Reliquiis -Sanctorum, et ceram benedictam, sive Agnum papalem B. Pontificis Pii V., -quæ secum semper portabat; mox etiam annulos et alia jocalia aurea et -argentea ipsius, intactis seris, sub quibus custodiebantur, in arca -suffuratus est. Exinde coepit illam acriter percutere, et apparebant -post verbera contusiones, et livores in facie, brachiis, aliisque -corporis partibus, quæ per diem unum, vel alterum perdurabant, mox in -momento disparebant contra ordinem contusionis naturalis, quæ sensim -paulatimque decrescit. Aliquoties ipsius infantulam lactentem cunis -eripiebat, et illam, nunc super tecta in limine præcipitii locabat, nunc -occultabat, nihil tamen mali in illa apparuit. Aliquoties totam domus -supellectilem evertebat; aliquoties ollas, paropsides, et alia vasa -testea minutatim frangebat, subinde fracta restituebat integra. Semel -dum ipsa cum viro suo cubaret, apparens Incubus in forma solita, enixe -deprecabatur ab ea concubitum, et dum ipsa de more constans resisteret, -in furorem actus Incubus abscessit, et infra breve temporis spatium -reversus est, secum ferens magnam copiam laminarum saxearum, quibus -Genuenses in civitate sua et universa Liguria domos tegunt, et ex ipsis -fabricavit murum circa lectum tantæ altitudinis, ut ejus conopeum -adæquaret, unde necesse fuit scalis uti, si debuerunt de cubili surgere. -Murus autem fuit absque calce, et ipso destructo, saxa in angulo -seposita, quæ ibi per duos dies remanserunt visa a multis, qui ad -spectaculum convenerant; et post biduum disparuerunt._ - -Notre bonne dame, donc, persévérait dans cette admirable constance, -quand enfin, au bout de quelques mois, l'Incube irrité recourut à un -nouveau genre de persécutions. D'abord il lui enleva une croix d'argent -remplie de saintes Reliques, et une cire bénite ou Agneau papal du -Bienheureux Pontife Pie V, qu'elle portait toujours sur elle; puis, ce -fut le tour des bagues et autres bijoux d'or et d'argent, qu'il déroba, -sans toucher aux serrures, dans la cassette où ils étaient enfermés. -Ensuite il commença à la frapper cruellement, et après chaque volée de -coups on lui voyait à la figure, au bras et à d'autres endroits du -corps, des contusions et des bleus qui duraient un jour ou deux, et tout -à coup disparaissaient en un moment, au rebours des contusions -naturelles, qui décroissent peu à peu et par degrés. Quelquefois, tandis -qu'elle donnait à teter à sa petite fille, il la lui enlevait de dessus -ses genoux, pour la placer sur le toit, au bord de la gouttière, ou bien -il la cachait, mais sans jamais lui occasionner aucun mal. Tantôt il -mettait sens dessus dessous tout le ménage, tantôt il cassait en mille -pièces les marmites, les assiettes et autres vases de terre, et en un -clin d'oeil les rétablissait dans leur état primitif. Une nuit qu'elle -était couchée avec son mari, l'Incube, lui apparaissant sous sa forme -habituelle, la pria énergiquement de se laisser faire; elle résista -comme de coutume. Furieux, l'Incube se retire et, fort peu de temps -après, le voici qui rentre avec une charge énorme de ces plaquettes de -pierre, dont les habitants de Gênes et de la Ligurie en général se -servent pour couvrir leurs maisons. De ces pierres, il bâtit autour du -lit un mur si élevé qu'il en atteignait le ciel et que nos époux, pour -en sortir, eurent besoin de se faire apporter une échelle. Ce mur, du -reste, était construit sans chaux; on le détruisit, et on mit les -pierres dans un coin, où elles restèrent exposées à tous les regards -pendant deux jours, après quoi elles disparurent. - -_Invitaverat Maritus ejus in die S. Stephani quosdam amicos viros -militares ad prandium, et pro hospitum dignitate dapes paraverat; dum de -more lavantur manus ante accubitum, disparet in momento mensa parata in -triclinio; disparent obsonia cuncta, olla, caldaria, patinæ, ac omnia -vasa in coquina; disparent amphoræ, canthari, calices parati ad potum. -Attoniti ad hoc stupent commensales, qui erant octo, inter quos Dux -peditum Hispanus ad alios conversus ait: Ne paveatis, ista est illusio, -sed pro certo mensa in loco in quo erat, adhuc est, et modo modo eam -tactu percipiam. Hisque dictis circuibat coenaculum manibus extentis -tentans mensam deprehendere, sed cum post multos circuitus incassum -laborasset, et nil præter ærem tangeret, irrisus fuit a cæteris; cumque -jam grandis esset prandii hora, pallium proprium eorum unusquisque -sumpsit propriam domum petiturus. Jam erant omnes prope januam domus in -procinctu eundi associati a marito vexatæ mulieris, urbanitatis causa; -cum grandem quendam strepitum in coenaculo audiunt. Subsistunt -parumper ad cognoscendum causam strepitus, et accurrens famula nuntiat -in coquina vasa nova obsoniis plena apparuisse, mensamque in coenaculo -jam paratam esse restitutam. Revertuntur in coenaculum, et stupent -mensam mappis et manutergiis insolitis, salino, et lancibus insolitis -argenteis, salsamentis, ac obsoniis, quæ domi parata non fuerant, -instructam. A latere magna erecta erat credentia, supra quam optimo -ordine stabant calices crystallini, argentini, et aurei cum variis -amphoris, lagenis, cantharis plenis vinis exteris, puta Cretensi, -Campano, Canariensi, Rhenano, etc. In coquina pariter in ollis, et vasis -itidem in ea domo nunquam visis varia obsonia. Dubitarunt prius nonnulli -ex iis eas dapes gustare, sed confirmati ab aliis accubuerunt, et -exquisitissime omnia condita repererunt; ac immediate a prandio, dum -omnes pro usu illius temporis ad ignem sedent, omnia ustensilia cum -reliquiis ciborum disparuere, et repertæ sunt antiquæ domus -supellectiles simul cum dapibus, quæ prius paratæ fuerant; et quod mirum -est, convivæ omnes saturati sunt, ita ut nullus eorum coenam sumpserit -præ prandii lautitia. Quo convincitur cibos appositos reales fuisse, et -non ex præstigio repræsentatos._ - -Le jour de la Saint-Etienne, le mari avait invité à dîner quelques -braves militaires de ses amis, et, pour faire honneur à ses hôtes, avait -préparé un repas respectable. Tandis que, suivant l'usage, on se lave -les mains avant de s'asseoir, zest! voilà tout à coup la table disparue: -disparus aussi tous les mets, les marmites, les chaudrons, les plats et -toute la vaisselle dans la cuisine; disparus les cruches, les flacons, -les verses. Je vous laisse à penser l'étonnement, la stupeur de nos -convives; ils étaient huit, et dans le nombre un capitaine d'infanterie -Espagnol, lequel, se tournant vers ses camarades, leur dit: «N'ayez pas -peur, c'est une farce, mais sacrebleu! il y avait une table ici, elle y -est encore; minute, je vais la retrouver.» Ceci dit, notre brave fait le -tour de la salle, les mains étendues, essayant de saisir la table; mais -après bien des tours, voyant qu'il n'arrivait à rien qu'à toucher de -l'air, les autres se moquèrent de lui; et comme il était déjà grand -temps de dîner, chacun prit sa capote et se mit en devoir de rentrer -chez soi. Ils étaient déjà tous à la porte de la maison avec le mari -qui, par politesse, leur faisait un bout de conduite, lorsqu'ils -entendent un grand bruit dans la salle à manger. Ils s'arrêtent pour en -savoir la cause, et bientôt la servante accourt leur annoncer que la -cuisine est pleine de vases nouveaux chargés de mets, et que la table -est remise en place dans la salle à manger. Ils y reviennent, et ne sont -pas peu surpris de voir la table couverte de nappes, de serviettes, de -salières, de plateaux qui n'appartenaient pas à la maison, et de mets -qui n'y avaient pas été préparés. Sur le côté était une grande crédence, -où l'on admirait, disposés dans le meilleur ordre, des calices de -cristal, d'argent et d'or, avec toutes sortes d'amphores, de flacons, de -coupes, remplis de vins étrangers: vin de Crète, de Campanie, des -Canaries, du Rhin, etc. Dans la cuisine aussi, une abondante variété de -mets dans des marmites et des plats qu'on n'avait jamais vus. Plusieurs -de nos convives hésitèrent d'abord à goûter de ces mets; toutefois, -encouragés par d'autres, ils se mirent à table, et tous eurent bientôt -fait leur affaire du repas, qu'ils trouvèrent exquis. Immédiatement -après, comme ils étaient assis devant le feu suivant l'habitude de la -saison, tout disparut à la fois, vaisselle et desserte, et à la place -reparut l'ancien couvert du logis avec les plats qui avaient été -préparés; mais, chose étonnante, tous les convives étaient rassasiés, si -bien que personne n'eut envie de souper après un dîner de cette -magnificence. Ce qui prouve assez que les mets substitués aux premiers -étaient réels et non imaginaires. - -_Interea effluxerant multi menses, ex quo coeperat hujusmodi -persecutio: et mulier votum fecit B. Bernardino Feltrensi, cujus sacrum -corpus veneratur in Ecclesia S. Jacobi prope murum illius urbis, -incedendi per annum integrum indutam panno griseo, et chordulato, quo -utuntur Fratres Minores, de quorum ordine fuit B. Bernardinus, ut per -ipsius patrocinium a tanta incubi vexatione liberaretur. Et de facto die -28. Septembris, qui est pervigilium Dedicationis S. Michaelis -Archangeli, et festum B. Bernardini, ipsa veste votiva induta est. Mane -sequenti, quod est festum S. Michaelis, ibat vexata ad ecclesiam S. -Michaelis, quæ ut diximus erat parochialis ipsius, circa medium mane, -dum frequens populus ad illam confluebat; et cum pervenisset ad medium -plateæ ecclesiæ, omnia ipsius indumenta et ornamenta ceciderunt in -terram et rapta vento statim disparuerunt, ipsa relicta nuda. Adfuerunt -sorte inter alios duo equites viri longævi, qui factum videntes dejectis -ab humero propriis palliis mulieris nuditatem, ut potuerunt, velarunt, -et rhedæ impositam ad propriam domum duxerunt. Vestes et jocalia quæ -rapuerat Incubus, non restituit nisi post sex menses._ - -Cependant il y avait plusieurs mois que durait cette persécution, -lorsque la dame s'adressa au Bienheureux Bernardin de Feltre, dont on -vénère le corps dans l'église de Saint-Jacques, à une petite distance -des murs de la ville. Elle lui fit voeu de rester une année entière -revêtue d'un froc gris, serré avec une corde, pareil à ceux que portent -les Frères Mineurs, à l'Ordre desquels appartenait ce Bienheureux -Bernardin, espérant, par son intercession, être enfin délivrée des -persécutions de l'Incube. Et de fait, le 28 septembre, qui est la Vigile -de la Dédicace de Saint-Michel Archange, et la fête du Bienheureux -Bernardin, elle revêtit la robe votive. Le lendemain matin, fête de -Saint-Michel, notre affligée prit le chemin de l'église de Saint-Michel, -qui était, comme je l'ai dit, sa propre paroisse; c'était vers les dix -heures, au moment où une foule énorme se rendait à la messe. Or, la -pauvrette n'eut pas plutôt mis le pied sur le parvis de l'église, que -tout à coup ses vêtements et ornements tombèrent à terre, et disparurent -enlevés par le vent, la laissant elle-même nue comme la main. Il se -trouva là fort heureusement, parmi la foule, deux cavaliers d'un âge -mûr, lesquels, voyant la chose, s'empressèrent de quitter leurs -manteaux, pour en cacher tant bien que mal la nudité de cette femme; et, -l'ayant mise dans une voiture, la reconduisirent chez elle. Quant aux -vêtements et aux bijoux dérobés par l'Incube, il ne les rendit qu'au -bout de six mois. - -_Multa alia, et quidem stupenda operatus est contra eam Incubus, quæ -tædet excribere, et per multos annos in ea tentatione permansit, -tandemque Incubus videns operam in ea perdere, destitit a tam importuna -et insolita vexatione._ - -Bref, je pourrais vous conter bien d'autres tours, et des plus drôles, -que lui joua encore cet Incube, mais il y a terme à tout. Qu'il suffise -de savoir que, pendant nombre d'années, il persista dans sa tentation; -mais, enfin, voyant qu'il y perdait son temps et sa peine, force lui fut -de lever le siége. - -_29. In hoc casu, et similibus qui passim audiuntur et leguntur, Incubus -ad nullum actum contra Religionem tentat, sed solum contra castitatem. -Hinc fit quod ipsi consentiens non peccat irreligiositate, sed -incontinentia._ - -29. Dans le cas ci-dessus, comme dans quelques autres de même sorte -qu'on peut lire ou entendre raconter de temps en temps, l'Incube ne fait -tentation d'aucun acte contraire à la Religion, mais seulement à la -chasteté. En conséquence, si l'on cède à la tentation, on ne pèche point -par impiété, mais par incontinence. - -_30. In confesso autem est apud Theologos et Philosophos, quod ex -commixtione hominis, cum Dæmone aliquoties nascuntur homines et tali -modo nasciturum esse Antichristum opinantur nonnulli Doctores: Bellarm., -lib. 1. _de Rom. Pont._ cap. 12., Suarez, tom. 2. disp. 54. sec. 1.; -Maluend., _de Antichr._ l. 2. c. 8. Immo observant, quod, qui gignuntur -ab hujusmodi Incubis, naturali causa etiam evenit, ut nascantur grandes, -robustissimi, ferocissimi, superbissimi, ac nequissimi ut scripsit -Maluenda, _loc. cit. § Ad illud_; et hujus rationem recitat ex Vallesio -Archiat. Reggio. _Sac. Philosoph._ c. 8., dicente quod Incubi -_summittunt in uteros non qualecumque, neque quantumcumque semen, sed -plurimum, crassissimum, calidissimum, spiritibus affluens et seri -expers. Id vero est eis facile conquirere, deligendo homines calidos, -robustos, et abundantes multo semine, quibus succumbant, deinde, et -mulieres tales, quibus incumbant, atque utrisque voluptatem solito -majorem afferendo, tanto enim abundantius emittitur semen, quanto cum -majori voluptate excernitur_. Hæc Vallesius. Confirmat vero Maluenda -supradicta, probando, ex variis et classicis Auctoribus, ex hujusmodi -concubitu natos: Romulum ac Remum, Liv. _decad. 1._; Plutarch. _in vit. -Romul., et Parallel._; Servium Tullium, sextum regem Romanorum, Dionys. -Halicar. lib. 4., Plin. lib. 36. c. 27.; Platonem Philosophum, Laer. l. -9. de _Vit. Philos._, D. Hyeron. l. 1. _Controvers. Jovinian._; -Alexandrum Magnum, Plutarch., _in vit. Alex. M._; Quint. Curt., l. 4. -_de Gest. Alex. M._; Seleucum, regem Syriæ, Just., _Hist._ l. 15., -Appian., _in Syriac._; Scipionem Africanum Majorem, Liv., _decad._ 3. -lib. 6.; Cæsarem Augustum Imperatorem, Sueton., _in Octa._ c. 94.; -Aristomenem Messenium, strenuissimum ducem Græcorum, Strabo, _de Sit. -Orb._ lib. 8., Pausan. _de Rebus Græcor._ lib. 3.; et Merlinum, seu -Melchinum Anglicum ex Incubo et Filia Caroli Magni Moniali, Hauller, -volum. 2. Generat. 7.; quod etiam de Martino Luthero, perditissimo -Heresiarca, scribit Cocleus apud Maluendam, de _Antich._ lib. 2. c. 6. -_§ Cæterum_._ - -30. Or, il est avéré pour les Théologiens et les Philosophes, que de la -copulation de l'homme, mâle ou femelle, avec le Démon, naissent -quelquefois des hommes; et c'est de la sorte que doit naître -l'Antechrist, suivant bon nombre de Docteurs: Bellarmin, Suarez, -Maluenda, etc. Ils observent en outre que, par une cause toute -naturelle, les enfants ainsi procréés par les Incubes, sont grands, -très-robustes, très-audacieux, très-superbes et très-méchants. Voyez -là-dessus Maluenda; quant à la cause en question, il nous la donne -d'après Vallesius, Archiatre de Reggio. «Ce que les Incubes introduisent -_in uteros_, n'est pas _qualecumque, neque quantumcumque semen_, mais -abondant, très-épais, très-chaud, très-chargé d'esprits et sans aucune -sérosité. Ceci est d'ailleurs pour eux chose facile: ils n'ont qu'à -choisir des hommes chauds, robustes, _et abundantes multo semine, quibus -succumbant_; puis des femmes de même tempérament, _quibus incumbant_, en -ayant soin de procurer aux uns et aux autres _voluptatem solito majorem, -tanto enim abundantius emittitur semen, quanto cum majori voluptate -excernitur_.» Tels sont les termes de Vallesius. Maluenda confirme ce -qui a été dit plus haut, prouvant, par le témoignage de divers Auteurs, -classiques la plupart, que c'est à pareilles unions que doivent leur -naissance: Romulus et Rémus, d'après _Tite-Live_ et _Plutarque_; -Servius-Tullius, sixième roi des Romains, d'après _Denys d'Halicarnasse_ -et _Pline l'Ancien_; Platon le Philosophe, d'après _Diogène Laërce_ et -_Saint Jérôme_; Alexandre le Grand, d'après _Plutarque_ et -_Quinte-Curce_; Séleucus, roi de Syrie, d'après _Justin_ et _Appien_; -Scipion l'Africain, premier du nom, d'après _Tite-Live_; l'empereur -César-Auguste, d'après _Suétone_; Aristomène de Messénie, illustre -général Grec, d'après _Strabon_ et _Pausanias_. Ajoutons encore -l'Anglais Merlin ou Melchin, né d'un Incube et d'une Religieuse, fille -de Charlemagne; et, enfin, comme l'écrit Cocleus, cité par Maluenda, ce -damné Hérésiarque, qui a nom Martin Luther. - -_31. Salva tamen tot, et tantorum Doctorum, qui in ea opinione -conveniunt, reverentia, non video, quomodo ipsorum sententia possit -subsistere; tum quia, ut optime opinatur Pererius, tom. 2. _in Genes._ -cap. 6. disp. 5., tota vis et efficacia humani seminis consistit in -spiritibus, qui difflantur, et evanescunt, statim ac sunt extra -genitalia vasa, a quibus foventur, et conservantur, ut scribunt Medici. -Nequit proinde Dæmon semen acceptum conservare, ita ut aptum sit -generationi, quia vas, quodcumque sit illud, in quo semen conservare -tentaret, oporteret, quod caleret calore assimetro a nativo organorum -humanæ generationis; similarem enim a nullo alio præterquam ab organis -ipsis habere potest. In vase autem non calente vi tali calore, sed -alieno, spiritus resolvuntur, nec sequi potest generatio. Tum quia -generatio actus vitalis est, per quem homo generans de propria -substantia semen defert per organa naturalia ad locum generationi -congruentem. In casu autem delatio seminis non potest esse actus vitalis -hominis generantis, quia ab eo non infertur in matricem; proinde nec -dici potest, quod homo cujus est semen, generet foetum, qui ex eo -nascitur. Neque Incubus ipsius pater dici potest; quia de ipsius -substantia semen non est. Hinc fiet, quod nascetur homo, cujus nemo -pater sit, quod est incongruum. Tum quia in patre naturaliter generante -duplex causalitas concurrit, nempe materialis, quia semen, quod materia -generationis, ministrat, et efficiens, quia agens principale est in -generatione, ut communiter statuunt Philosophi. In casu autem nostro -homo ministrando solum semen, puram materiam exhiberet absque ulla -actione in ordine ad generationem; proinde non posset dici pater filii, -qui nasceretur: et hoc est contra id, quod homo genitus ab Incubo non -est illius filius, sed est filius ejus viri, a quo Incubus semen -sumpsit._ - -31. Cependant, sauf le respect dû à tant et de si grands Docteurs, je ne -vois pas comment leur opinion pourrait résister à l'examen. En effet, -comme l'observe très-bien Pererius, dans son _Commentaire sur la Genèse, -chap. 6_, toute la force, toute l'efficacité du sperme humain consiste -dans les esprits, qui s'évaporent et s'évanouissent aussitôt sortis des -vases génitaux, où ils étaient chaudement emmagasinés: les Médecins sont -d'accord là-dessus. Il n'est donc pas possible au Démon de conserver le -sperme qu'il a reçu, dans un état d'intégrité suffisant pour produire -génération; car, quel que soit le vase où il essayerait de le retenir, -il faudrait que le vase eût une chaleur égale à la chaleur naturelle des -organes génitaux humains, laquelle ne se trouve nulle part que dans ces -mêmes organes. Or, dans un vase où cette chaleur n'est pas naturelle, -mais factice, les esprits se résolvent, et aucune génération n'est -possible. Une seconde objection, c'est que la génération est un acte -vital par lequel l'homme, engendrant de sa propre substance, introduit -le sperme, au moyen d'organes naturels, dans le lieu propre à la -génération. Au contraire, dans le cas spécial qui nous occupe, -l'introduction du sperme ne peut pas être un acte vital de l'homme -engendrant, puisque ce n'est point par lui qu'il est introduit dans la -matrice; et, par la même raison, on ne peut pas dire que l'homme, à qui -appartenait le sperme, ait engendré le foetus qui en est procréé. -L'Incube, non plus, ne saurait être considéré comme son père, puisque le -sperme n'est pas de sa propre substance. Voilà donc un enfant mis au -monde, et n'ayant personne pour père, ce qui est absurde. Troisième -objection: quand le père engendre naturellement, il y a concours de deux -causalités: l'une matérielle, car il fournit le sperme, qui est la -matière de la génération; l'autre efficiente, car il est l'agent -principal dans la génération, suivant l'opinion commune des Philosophes. -Mais, dans notre espèce, l'homme, se bornant à fournir le sperme, ne -ferait l'apport que d'une matière pure et simple, sans aucune action -tendant à génération; donc, il ne pourrait être considéré comme le père -de l'enfant procréé dans ces circonstances: et ceci est contraire à la -notion que l'enfant engendré par un Incube n'est pas le fils de -l'Incube, mais le fils de l'homme dont cet Incube a emprunté le sperme. - -_32. Præterea omni probabilitate caret quod scribit Vallesius, et ex eo -recitavimus supra nº 30.; mirorque a doctissimi viri calamo talia -excidisse. Notissimum enim est apud Physicos, quod magnitudo foetus -non est a quantitate molis, sed est a quantitate virtutis, hoc est -spirituum in semine: ab ea enim tota generationis ratio dependet, ut -optime testatur Michael Ettmullerus, _Instit. Medic. Physiolog._ car. -22. thes. 1. fol. m. 39., scribens: _Tota generationis ratio dependet a -spiritu genitali sub crassioris materiæ involucro excreto; ista materia -seminis crassa nullo modo, vel in utero subsistente, vel ceu materia -foetum constituente: sed solus spiritus genitalis maris unitus cum -spiritu genitali mulieris in poros uteri, seu quod rarius fit in tubos -uteri se insinuat, indeque uterum fecundum reddit_. Quid ergo facere -potest magna quantitas seminis ad foetus magnitudinem? Præterea nec -semper verum est, quod tales geniti ab Incubis magnitudine molis -corporeæ insignes sint: Alexander enim Magnus, qui, ut diximus, natus -taliter scribitur, statura pusillus erat; unde carmen,_ - - Magnus Alexander corpore parvus erat. - -32. En outre, ce qu'écrit Vallesius, et que nous avons cité d'après lui -(voir plus haut, nº 30), n'a pas la moindre probabilité; et je m'étonne -qu'une telle énormité ait pu tomber de la plume d'un si docte -personnage. Les Médecins, en effet, savent parfaitement que la grandeur -du foetus ne tient pas à la quantité de matière, mais à la quantité -de vertu, c'est-à-dire d'esprits contenus dans la semence; là est tout -le secret de la génération, comme le remarque très-bien Michel -Ettmuller, _Institut. Medic. Physiolog._: «La génération,» dit-il, -«dépend entièrement de l'esprit génital contenu dans une enveloppe de -matière plus épaisse; cette matière spermatique ne reste pas dans -l'utérus, et ne contribue en rien à former le foetus; seul, -l'esprit génital du mâle, uni à l'esprit génital de la femme, pénètre -dans les pores, ou, plus rarement, dans les tubes de l'utérus, qu'il -féconde par ce moyen.» Quel peut donc être l'effet d'une grande quantité -de sperme, au point de vue de la grandeur du foetus? De plus, il -n'est pas toujours vrai que les hommes ainsi engendrés par des Incubes, -soient remarquables par la grandeur de leur corps; Alexandre le Grand, -par exemple, qu'on raconte être né de cette manière, comme nous l'avons -dit, était de fort petite taille, d'où ce vers: - - _Magnus Alexander corpore parvus erat._ - -_Item quamvis taliter concepti supra cæteros homines excellant, non -tamen hoc semper est in vitiis, sed aliquando in virtutibus etiam in -moralibus, ut patet in Scipione Africano, Cæsare Augusto, et Platone -Philosopho, de quibus Livius, Suetonius et Laertius respective scribunt, -quod optimi in moribus fuere; ut proinde arguere possimus, quod si alii -eodem modo geniti pessimi fuere, hoc non fuerit ex hoc, quod fuerint ab -Incubo geniti, sed quia tales ex proprio arbitrio extitere._ - -Enfin, quoique les personnages conçus dans ces conditions soient -généralement supérieurs aux autres hommes, ce n'est pas toujours dans -les vices qu'ils excellent, mais quelquefois aussi dans les vertus, même -morales; exemple: Scipion l'Africain, César-Auguste et Platon le -Philosophe, qui, d'après les témoignages respectifs de Tite-Live, -Suétone et Diogène Laërce, étaient de moeurs excellentes. De quoi nous -pouvons conclure que si d'autres individus, engendrés de même manière, -ont été de parfaits coquins, ce n'est pas parce qu'ils devaient la vie à -un Incube, mais parce que, de leur libre arbitre, il leur avait plu -d'être tels. - -_Pariter ex textu Sacræ Scripturæ, _Gen._ c. 6. v. 4., habemus quod -gigantes nati sunt ex concubitu filiorum Dei cum filiabus hominum, et -hoc ad litteram sacri textus. Gigantes autem homines erant _statura -magna_, ut eos vocat Baruch, c. 3. v. 26, et excedente communem hominum -proceritatem. Monstruosa statura, robore, latrociniis, et tyrannide -insignes; unde Gigantes per sua scelera fuerunt maxima, et potissima -causa Diluvii, ait Cornelius a Lapid. _in Gen._ c. 6. v. 4. _§ -Burgensis_. Non quadrat autem quorumdam expositio, quod nomine filiorum -Dei veniant filii Seth, et vocabulo filiarum hominum filiæ Cain, eo quod -illi erant pietati, Religioni, et cæteris virtutibus addicti, -descendentes autem a Cain viceversa: nam salva opinantium, Chrysost. -Cyrill. Theodor. Rupert. Ab., et Hilar. in Psalm. 132. apud Cornel. a -Lap. c. 6. G. v. 2. _§ Verum dies_, reverentia, talis expositio non -cohæret sensui patenti litteræ; ait enim Scriptura, quod ex conjunctione -talium nati sunt homines monstruosæ proceritatis corporeæ: ante illam -ergo tales gigantes non extiterunt: quod si ex ea orti sunt, hoc non -potuit esse ex eo, quod filii Seth coivissent cum filiabus Cain, quia -illi erant staturæ ordinariæ, prout etiam filiæ Cain, unde oriri ex his -naturaliter non potuerunt, nisi filii staturæ ordinariæ; si ergo -monstruosa statura filii nati sunt ex tali conjunctione, hoc fuit, quia -non fuerunt prognati ex ordinaria conjunctione viri cum muliere, sed ex -Incubis dæmonibus qui ratione naturæ ipsorum optime possunt vocari filii -Dei, et in hac sententia sunt Philosophi Platonici, et Franciscus -Georgius Venetus, tom. 1. problem. 74.: nec dissentiunt ab eadem Joseph. -Hebræus, Philo Judæus, S. Justinus Martyr, Clemens Alexandrinus, et -Tertullianus. Joseph. Hebræus, _Antiq._ l. 1., Philo, l. _de Gigant._, -S. Justinus M., _Apolog._ 1., Clemens Alex., lib. 3., Tertull., lib. _de -Habit. Mul._, apud Cornel., loc. cit., Hugo de S. Victor., _Annot. in -Gen._, c. 6., qui opinantur illos fuisse Angelos quosdam corporeos qui -in luxuriam cum mulieribus delapsi sunt, ut enim infra ostendemus istæ -duæ sententiæ in unam, et eamdem conveniunt._ - -On lit aussi dans la Sainte Écriture, _Genèse, chap. 6, verset 4_, que -des géants sont nés du commerce des fils de Dieu avec les filles des -hommes: ceci est la lettre même du texte sacré. Or, ces géants étaient -des hommes de _grande stature_, comme il est dit dans _Baruch, chap. 3, -verset 26_, et de beaucoup supérieurs aux autres hommes. Outre cette -taille monstrueuse, ils se signalaient encore par leur force, leurs -rapines, leur tyrannie; aussi est-ce aux crimes des Géants qu'il -convient d'attribuer la cause première et principale du Déluge, suivant -Cornelius a Lapide, dans son _Commentaire sur la Genèse_. Quelques-uns -prétendent que, sous le nom de Fils de Dieu, il faut entendre les fils -de Seth, et, sous celui de Filles des hommes, les filles de Caïn, parce -que les premiers pratiquaient la piété, la religion et toutes les autres -vertus, au rebours des enfants de Caïn, qui se signalaient par tout le -contraire; mais, sauf le respect dû à Chrysostome, Cyrille, Hilaire et -autres qui partagent cette opinion, on avouera qu'elle est en désaccord -avec le sens patent du texte. Que dit en effet l'Écriture? Que de la -conjonction des susdits sont nés des hommes d'une monstrueuse grandeur -corporelle: donc, ces géants n'existaient pas auparavant; et si leur -naissance a été le résultat de cette union, il n'est pas admissible -qu'on puisse l'attribuer au commerce des fils de Seth avec les filles de -Caïn, lesquels, étant eux-mêmes de taille ordinaire, n'ont pu procréer -que des enfants de taille ordinaire. Par conséquent, si la conjonction -dont il s'agit a donné le jour à des êtres d'une monstrueuse stature, il -faut y voir, non le commerce ordinaire de l'homme avec la femme, mais -l'opération des Démons Incubes, qui, à raison de leur nature, peuvent -très-bien être appelés fils de Dieu. Cet avis est celui des Philosophes -Platoniciens et de François Georges de Venise; et il n'est pas en -contradiction avec celui de Josèphe l'Historien, Philon de Judée, S. -Justin martyr, Clément d'Alexandrie et Tertullien, d'après lesquels ces -Incubes seraient des Anges corporels qui se sont laissés glisser dans le -péché de luxure avec les femmes. En effet, comme nous le montrerons plus -loin, il n'y a là, sous une apparence double, qu'une seule et même -opinion. - -_33. Si ergo Incubi tales, ut fert communis sententia, Gigantes -genuerunt, accepto semine ab homine, juxta id, quod supra dictum est, -non potuerunt ex illo semine nasci nisi homines ejusdem staturæ plus, -minusve, cum eo a quo semen acceptum est: nec enim facit ad altiorem -corporis staturam major seminis quantitas, ita ut attracta insolite a -Dæmone, dum succubus fit homini, augeat ultra illius staturam enormiter -corpus ab eo geniti; quia, ut supra diximus, hoc residet in spiritu, et -non in mole seminis: ut proinde necesse sit concludere, quod ab alio -semine, quam humano hujusmodi gigantes nati sint, et proinde Dæmon -Incubus non humano, sed alio semine utatur ad generationem. Quid igitur -dicendum?_ - -33. Si donc ces Incubes, d'après l'avis commun, ont engendré des Géants -au moyen de sperme emprunté à l'homme ainsi qu'il a été dit plus haut, -il est impossible qu'il soit né de ce sperme autre chose que des hommes -de même taille, plus ou moins, que celui qui l'avait fourni; car ce -serait en vain que le Démon, en jouant avec l'homme son rôle de Succube, -lui soutirerait une dose extraordinaire de liqueur prolifique pour en -procréer des enfants de plus forte taille: la dose ici ne fait rien à -l'affaire, puisque, comme nous l'avons dit, tout dépend de la vitalité -de cette liqueur, non de sa quantité. Nous arrivons donc forcément à -cette conclusion: que les Géants sont nés d'un sperme autre que celui de -l'homme, et que, par conséquent, le Démon Incube, pour engendrer, -emploie un sperme qui n'est pas emprunté à l'homme. Mais alors, que -faut-il dire? - -_34. Quantum ad hoc, sub correctione Sanctæ Matris Ecclesiæ, et mere -opinative dico, Incubum Dæmonem dum mulieribus commiscetur, ex proprio -ipsius semine hominem generare._ - -34. Sous le contrôle de Notre Sainte Mère Église, et à titre de simple -opinion, je dis que le Démon Incube, dans son commerce avec les femmes, -engendre le foetus humain de sa propre semence. - -_35. Paradoxa in fide, et parum sana nonnullis videbitur hæc opinio; sed -lectorem meum deprecor, ut judicium non præcipitet de ea: ut enim -incivile est nondum tota lege perspecta judicare, ut Celsus, lib. 24. -ff. de legib. et S. C., ait, ita neque damnanda est opinio, nisi prius -examinatis, ac solutis argumentis, quibus innititur. Ad probandam igitur -supradatam conclusionem, nonnulla sunt necessario præmittenda._ - -35. Beaucoup de gens trouveront cette proposition hétérodoxe et peu -sensée, mais je supplie mon lecteur de ne pas la condamner à la légère; -car si, comme l'observe Celse, il n'est pas convenable de prononcer un -jugement sans avoir examiné la loi sous toutes ses faces, de même il est -injuste de condamner une opinion avant d'avoir pesé et réfuté les -arguments sur lesquels elle s'appuie. Il s'agit donc de prouver ma -conclusion, et je dois nécessairement, à cet effet, entrer dans quelques -développements. - -_36. Præmittendum primo de fide est, quod dentur Creaturæ pure -spirituales nullo modo de materia corporea participantes, prout habetur -ex Concillio Lateranensi, sub Innocentio Tertio, c. Firm. de Sum. Trin. -et Fid. Cath. Conc. Eph. in Epist. Cyrill. ad Reggia, et alibi. -Hujusmodi autem sunt Angeli beati, et Dæmones damnati ad ignem -perpetuum. Quamvis vero nonnulli Doctores, Bann. par. 1. q. 5. ar. 1. -Can. _de Loc. Theol._ l. 5. c. 5. Sixt. seu _Bibliot. San._ l. 5. annot. -8., Mirand. _Sum. Concil._ vº. _Angelus_, Molina, p. 1. q. 50., a. 1., -Carranz., _Annot. ad Synod._ 7., etiam post Concilium illud docuerint -spiritualitatem Angelorum et Dæmonum non esse de fide, ita ut nonnulli -alii, Bonav. in lib. 2. sent. dist. 3. q. 1., Scot. _de Anim._ q. 15., -Cajet. _in Gen._ c. 4., Franc. Georg. _Problem._ l. 2. c. 57., August. -Hyph., _de Dæmon._, l. 3. c. 3., scripserint illos esse corporeos, et -proinde Angelos Dæmonesque corpore et spiritu constare non esse -propositionem hæreticam, neque erroneam probet Bonaventura Baro, _Scot. -Defens._ tom. 9. apolog. 2., act. 1., p. § 7.: tamen quia Concilium -ipsum statuit de fide tenendum, _Deum esse Creatorem omnium visibilium, -et invisibilium, spiritualium, et corporalium, qui utramque de nihilo -condidit creaturam spiritualem et corporalem Angelicam, videlicet ut -mundanam_: ideo dico de fide esse quasdam creaturas dari mere -spirituales, et tales esse Angelos, non quidem omnes, sed quosdam._ - -36. En premier lieu, je constate, comme un article de foi, l'existence -de Créatures purement spirituelles, n'ayant aucun rapport avec la -matière corporelle, ainsi que l'a décidé le Concile de Latran, sous -Innocent III. Tels sont les Anges bienheureux, et les Démons condamnés -au feu éternel. Un certain nombre de Docteurs, il est vrai, ont -enseigné, même après ce Concile, que la spiritualité des Anges et des -Démons n'était pas article de foi; d'autres même, allant plus loin, ont -affirmé qu'ils étaient corporels, d'où Bonaventure Baron a conclu qu'il -n'y avait rien d'hérétique ni d'incohérent à donner aux Anges et aux -Démons une double substance, corporelle et spirituelle. Cependant, en -présence de la déclaration formelle du Concile, qu'il est de foi que -_Dieu est le Créateur de toutes choses visibles et invisibles, -spirituelles et corporelles, qui a tiré du néant toute créature -spirituelle et corporelle, Angélique ou terrestre_, je dis qu'il est de -foi d'admettre l'existence de certaines créatures purement spirituelles, -et que tels sont les Anges: non pas tous, mais un certain nombre. - -_37. Inaudita forsan erit sententia hæc, sed non destituta erit -probabilitate. Si enim a Theologis tanta inter Angelos diversitas -specifica, et proinde essentialis statuitur, ut in via D. Thomæ, p. p., -q. 50., ar. 4., plures Angeli nequeant esse in eadem specie, sed -quilibet Angelus propriam speciem constituat, profecto nulla invenitur -repugnantia, quod Angelorum nonnulli sint purissimi spiritus, et proinde -excellentissimæ naturæ, alii autem corporei, et minus excellentes, et -eorum differentia petatur per corporeum, et incorporeum. Accedit quod -hac sententia facile solvitur alias insolubilis contradictio inter duo -Concilia OEcumenica, nempe Septimam Synodum generalem, et dictum -Concilium Lateranense: siquidem in illa Synodo, quæ est secunda Nicæna, -actione quinta, productus est liber Joannis Thessalonicensis scriptus -contra quemdam Philosophum gentilem, in quo ita habetur: _De Angelis, et -Archangelis, atque eorum Potestatibus, quibus nostras Animas adjungo, -ipsa Catholica Ecclesia sic sentit, esse quidem intelligibiles, sed non -omnino corporis expertes, et insensibiles, ut vos Gentiles dicitis, -verum tenui corpore præditos, et æreo, sive igneo, sicut scriptum est: -qui facit Angelos suos spiritus, et ministros suos ignem urentem._ Et -infra: _Quamquam autem non sint ut nos, corporei, utpote ex quatuor -elementis, nemo tamen vel Angelos, vel Dæmones, vel Animas dixerit -incorporeas: multoties enim in proprio corpore visi sunt ab illis, -quibus Dominus oculos aperuit._ Et cum omnia lecta fuissent coram -Patribus synodaliter congregatis, Tharasius, Patriarcha -Constantinopolitanus, poposcit adprobationem Sanctæ Synodi his verbis: -_Ostendit Pater, quod Angelos pingi oporteat, quoniam circumscribi -possunt, et ut homines apparuerunt_. Synodus autem uno ore respondit: -_Etiam, Domine_._ - -37. Ceci paraîtra étrange peut-être, mais on conviendra que ce n'est pas -improbable. Si en effet les Théologiens s'accordent à constater parmi -les Anges une diversité spécifique, et par suite essentielle, si grande -que, à en croire S. Thomas, il n'existe pas deux Anges de même espèce, -mais que chacun d'eux constitue une espèce à lui seul, quelle difficulté -trouvera-t-on à ce que certains Anges soient des esprits très-purs, -conséquemment de nature très-supérieure, et qu'il y en ait d'autres qui -soient corporels et de nature moins parfaite, différant ainsi les uns -des autres par leur substance corporelle et incorporelle? Cette -doctrine, remarquons-le, a l'avantage de concilier aisément les -décisions, autrement incompatibles, de deux Conciles OEcuméniques, -savoir le Septième Synode Général, et le susdit Concile de Latran. En -effet, dans la cinquième séance de ce Synode, qui est le deuxième de -Nicée, on produisit un livre de Jean de Thessalonique, écrit contre un -Philosophe païen, où se trouvent les propositions suivantes: «_A l'égard -des Anges, des Archanges et de leurs Puissances, auxquelles j'adjoindrai -nos propres Ames, l'avis réel de l'Église Catholique est que ce sont des -intelligences, mais non tout à fait dépourvues de corps et insensibles -comme vous autres Gentils le prétendez; elle leur reconnaît au contraire -un corps subtil, de la nature de l'air ou du feu, suivant ce qui est -écrit: Il fait des esprits ses Anges, et du feu ardent son Ministre._» -Et encore: «_Bien qu'ils ne soient pas corporels à notre manière, -c'est-à-dire composés des quatre éléments, il est néanmoins impossible -de dire que les Anges, les Démons et les Ames sont incorporels; car ils -sont apparus nombre de fois, revêtus de leur propre corps, à ceux dont -le Seigneur a daigné ouvrir les yeux._» Et après que ce livre eut été lu -dans son entier devant tous les Pères réunis en synode, Tharasius, -Patriarche de Constantinople, le soumit en ces termes à l'approbation du -Saint Synode: «_La démonstration du Père conclut à ce que les Anges -doivent être représentés en peinture, puisque leur forme est -circonscrite, et qu'on les a vus sous la figure humaine._» A quoi le -Synode, d'une voix unanime, répondit: «_Oui, Monseigneur._» - -_38. Hanc autem Conciliarem adprobationem de materia ad longum -pertractata a D. Joanne in libro coram Patribus lecto, statuere -articulum fidei circa corporeitatem Angelorum, perspicuum est: unde ad -tollendam contradictionem hujus, cum allata definitione Concilii -Lateranensis multum desudant Theologi. Unus enim, Suarez, _de Angelis_, -ait, quod Patres non contradixerunt tali asserto de corporeitate -Angelorum, quia non de illa re agebatur. Alius, Bann., in p. p. q. 10., -ait, quod Synodus adprobavit conclusionem, nempe Angelos pingi posse, -non tamen adprobavit rationem, _quia corporei sunt_. Alius, Molin., in -p. p., q. 50. a. 1., ait, quod definitiones Conciliares in illa Synodo -factæ sunt solum _actione septima_, proinde ea quæ habentur in -actionibus præcedentibus non esse definitiones de fide. Alii, Joverc. et -Mirand., Sum. Conc., scribunt nec Nicænum, nec Lateranense Concilium -intendisse definere de fide quæstionem; et Nicænum quidem locutum fuisse -juxta opinionem Platonicorum, quæ ponit Angelos corporeos, et tunc -prævalebat; Lateranense autem locutum esse juxta mentem Aristotelis, -qui, l. 12. _Metaphys._, tex. 49., ponit intelligentias incorporeas, quæ -sententia contra Platonicos apud plerosque Doctores invaluit expost._ - -38. Maintenant, que cette approbation par un Concile de la doctrine -exposée tout au long dans le livre de Jean, constitue un article de foi -à l'égard de la corporéité des Anges, ceci ne fait pas l'ombre d'un -doute: aussi les Théologiens suent-ils sang et eau pour enlever à cette -décision ce qu'elle a de contradictoire avec la définition, rapportée -plus haut, du Concile de Latran. A en croire Suarez, si les Pères n'ont -pas contredit une telle assertion de la corporéité des Anges, c'est que -ce n'était pas de cela qu'il s'agissait. Un autre prétend que le Synode -a bien approuvé la conclusion, à savoir qu'on pouvait peindre les Anges, -mais non le motif donné, _qu'ils sont corporels_. Un troisième, Molina, -fait observer que les définitions conciliaires émises par ce Synode, -l'ont été seulement dans _la septième séance_, d'où il conclut que -celles des séances précédentes ne sont pas des définitions de foi. -D'autres, enfin, écrivent que ni le Concile de Nicée, ni celui de Latran -n'ont entendu définir une question de foi: le Concile de Nicée ayant -parlé suivant l'opinion des Platoniciens, qui fait des Anges des êtres -corporels et qui prévalait alors; le Concile de Latran, au contraire, -ayant suivi l'autorité d'Aristote, lequel, au livre 12 de sa -_Métaphysique_, établit l'existence d'intelligences incorporelles, -doctrine qui, depuis, a eu gain de cause contre les Platoniciens auprès -de la plupart des Docteurs. - -_39. Sed quam frigidæ sint istæ responsiones nemo non videt, ac eas -minime satisfacere oppositioni palmariter demonstrat Bonaventura Baro, -_Scot. Defens._, tom. 9., apolog. 2., actio. 1., § 2. per totum. Proinde -ad tollendam contradictionem Conciliorum dicendum est, Nicænum locutum -esse de una, Lateranense autem de alia specie Angelorum, et illam quidem -corpoream, hanc vero penitus incorpoream; et sic conciliantur, aliter -irreconciliabilia Concilia._ - -39. Mais il est aisé de voir combien ces réponses sont faibles, et -Bonaventure Baron (_Scot. Defens._, tome 9), démontre jusqu'à l'évidence -qu'elles ne supportent pas l'examen. Donc, pour mettre d'accord ces deux -Conciles, il faut dire que celui de Nicée a voulu parler d'une espèce -d'Anges, et celui de Latran d'une autre espèce: la première corporelle, -la seconde, au contraire, absolument incorporelle; et c'est ainsi que se -concilient deux Conciles autrement inconciliables. - -_40. Præmittendum 2º., nomen Angeli esse nomen officii, non naturæ, ut -concorditer scribunt S. S. Patres: Ambros. in c. 1. _epist. ad Hebr._, -Hilarius, l. 5. _de Trin._, Augustinus, lib. 15. _de Civit. Dei._ c. -23., Gregorius, _Hom. 34. in Evang._, Isidorus, l. _de Sum. Bonit._, c. -12.; unde præclare ait D. Ambrosius: Angelus non ex eo quod est -spiritus, ex eo quod agit, Angelus, quia _Angelus_ Græce, Latine -_Nuntius_ dicitur; sequitur igitur ex hoc, quod illi, qui ad aliquod -ministerium a Deo mittuntur, sive spiritus sint, sive homines, Angeli -vocari possunt; et de facto ita vocantur in Scripturis Sacris: nam de -Sacerdotibus, Concionatoribus, ac Doctoribus, qui tanquam Nuntii Dei -explicant hominibus divinam voluntatem, dicitur, _Malach._ c. 2. v. 7.: -_Labia Sacerdotis custodient scientiam, et legem requirent ex ore ejus, -quia Angelus Domini exercituum est_. D. Joannes Baptista ab eodem -Propheta, c. 3. v. 1., vocatur Angelus, dum ait: _Ecce ego mitto Angelum -meum, et præparabit viam ante faciem meam._ Et hanc prophetiam esse ad -litteram de S. Joanne Baptista testatur Christus Dominus in _Evangelio -Matthæi_, 11., v. 10. Immo et ipse Deus, quia fuit missus a Patre in -mundum ad evangelizandum legem gratiæ, vocatur Angelus. Ita in prophetia -Isaiæ, c. 9. v. 6., juxta versionem Septuaginta: _Vocabitur nomen ejus -magni consilii Angelus_, et clarius in Malachiæ c. 3. v. 1.,: _Veniet ad -templum sanctum suum Dominator quem vos quæritis, et Angelus testamenti, -quem vos vultis_. Quæ prophetia ad litteram est de Christo Domino. -Sequitur igitur nullum absurdum sequi ex hoc, quod dicimus Angelos -quosdam esse corporeos, nam et homines, qui corpore constant, Angeli -vocabulo efferuntur._ - -40. En deuxième lieu, nous devons observer que le nom d'Ange ne -s'applique pas à la nature, mais à la fonction: là-dessus les Saints -Pères sont d'accord (S. Ambroise, sur l'_Épître aux Hébreux_; S. -Augustin, _Cité de Dieu_; S. Grégoire, _Homélie 34 sur les Évangiles_; -S. Isidore, _de la Suprême Bonté_). L'Ange, dit très-bien S. Ambroise, -n'est pas ainsi appelé pour sa qualité d'esprit, mais pour la fonction -qu'il remplit: [Grec: Angelos] en Grec, en Latin _Nuntius_, c'est-à-dire -_Envoyé_; d'où il résulte que ceux à qui Dieu confie quelque mission, -esprits ou hommes, peuvent recevoir la qualification d'Anges, et c'est -réellement ce qui a lieu dans les Saintes Écritures, où se lisent les -paroles suivantes appliquées aux Prêtres, aux Prédicateurs et aux -Docteurs qui, en qualité d'Envoyés de Dieu, expliquent aux hommes la -volonté divine (_Malachie_, chap. 2, v. 7): «_Les lèvres du prêtre -seront les dépositaires de la science, et c'est de sa bouche qu'on -recherchera la connaissance de la loi, parce qu'il est l'Ange du -Seigneur des armées_.» Le même prophète, chap. 3, v. 1, donne le nom -d'Ange à S. Jean-Baptiste, dans ce passage: «_Je vais vous envoyer mon -ange, qui préparera ma voie devant ma face._» Que cette prophétie se -rapporte à la lettre à S. Jean-Baptiste, c'est ce qu'atteste -Notre-Seigneur Jésus-Christ, _Evangile selon S. Mathieu_, 11, v. 10. Il -y a plus: Dieu lui-même est appelé Ange, parce qu'il a été envoyé par -son Père pour annoncer au monde la loi de grâce. Témoin la prophétie -d'Isaïe, chap. 9, v. 6, suivant la version des Septante: «_Il sera -appelé Ange de grand conseil._» Et plus clairement encore dans Malachie, -chap. 3, v. 1: «_Le Dominateur que vous cherchez, et l'Ange de -l'alliance si désiré de vous, viendra dans son temple_», prophétie qui -s'applique littéralement au Seigneur Christ. Il n'y a donc, de notre -part, aucune absurdité à dire que certains Anges sont corporels, puisque -ce nom d'Ange est donné à des hommes, qui, assurément, ont un corps. - -_41. Præmittendum 3º., nondum rerum naturalium, quæ sunt in Mundo, satis -perspectam esse existentiam, aut naturam, ut proinde aliquid negandum -sit ex eo, quod de illo nunquam alias dictum, aut scriptum fuerit. Patet -enim tractu temporis detectas esse novas terras, quas Antiqui nostri -ignorarunt, novaque animalia, herbas, plantas, fructus, semina nunquam -alias visa; et si pervia esset Terra Australis incognita, cujus -indagatio, et lustratio a multis hucusque incassum tentata est, adhuc -nova nobis alia panderentur. Patet adhuc, quod per inventionem -Microscopii, et alias machinas, et organa Philosophiæ experimentales -modernæ, sicut etiam per exactiorem indaginem Anatomistarum, multarum -rerum naturalium existentiam, vires, naturamque tum innotuisse, tum -dietim innotescere, quæ præcedentes Philosophi ignorarunt, ut patet in -auro fulminante, phosphoro, et centum aliis chymicis experimentis, -circulatione sanguinis, venis lacteis, vasis lymphaticis, et aliis -hujusmodi quæ nuper Anatomistæ adinvenerunt. Proinde ineptum erit -aliquod exsibillare ex hoc quod de eo nullus Antiquorum scripserit, -attento maxime Logicorum axiomate, quod locus ab auctoritate negativa -non tenet._ - -41. En troisième lieu, il faut bien convenir que l'on n'a pas encore -assez scruté l'existence ni la nature des choses naturelles de ce monde, -pour qu'il soit permis de nier un fait, par cela seul que d'autres n'en -ont jamais rien dit ou écrit. N'est-il pas avéré que, dans le cours des -temps, de nouvelles terres ont été découvertes que nos Anciens avaient -ignorées? de même des animaux nouveaux, des herbes, des plantes, des -fruits, des semences que nulle part ailleurs on n'avait vus? Et si l'on -arrivait enfin à explorer cette mystérieuse Terre Australe, comme tant -de voyageurs l'ont vainement tenté jusqu'ici, combien de choses -nouvelles nous seraient encore révélées! N'est-ce pas aussi un fait -avéré que l'invention du Microscope et d'autres instruments employés par -la Philosophie expérimentale moderne, jointe aux procédés -d'investigation plus exacts des Anatomistes, a mis ou met tous les jours -en lumière l'existence, les propriétés, le caractère d'une foule de -choses naturelles inconnues aux anciens Philosophes, telles que l'or -fulminant, le phosphore, et cent autres compositions chimiques, la -circulation du sang, les veines lactées, les vases lymphatiques et -autres phénomènes semblables récemment découverts par les Anatomistes? -Persifler une doctrine parce qu'on n'en trouve mention dans aucun auteur -ancien, est donc chose inepte, surtout si l'on veut bien tenir compte de -cet axiome de Logique: _locus ab auctoritate negativa non tenet_. - -_42. Præmittendum 4º., quod in Sacra Scriptura, et Ecclesiasticis -traditionibus non traditur nisi id, quod ad Animæ salutem necessarium -est, quoad credendum, sperandum et amandum; unde inferre non licet ex -eo, quod nec ex Scriptura, nec ex traditione aliquod habetur, proinde -negandum sit, quod illud tale existat: aut nos quidem Fides docet, Deum -per Verbum suum omnia creasse visibilia, et invisibilia; pariterque ex -Jesu Christi Domini nostri meritis tum gratiam, tum gloriam omni, et -cuivis rationali creaturæ conferri. Num autem alius Mundus a nostro, -quem incolimus, sit; et in eo alii homines non ab Adam prognati, sed -alio modo a Deo creati existant (sicut ponunt illi, qui lunarem globum -habitatum opinantur); pariterque num in hoc Mundo, quem incolimus, aliæ -existant creaturæ rationales ultra homines, et Spiritus Angelicos, quæ -regulariter hominibus sint invisibiles, et per accidens, et earum -executiva potentia fiant visibiles: hoc nullo modo spectat ad fidem, et -hoc scire, aut ignorare non est ad salutem hominis necessarium, sicut -nec scire rerum omnium physicarum numerum aut naturam._ - -42. En quatrième lieu, observons que la Sainte Écriture et les -traditions ecclésiastiques ne nous enseignent rien au delà de ce qui est -nécessaire au salut de l'âme, c'est-à-dire à la Foi, à l'Espérance et à -la Charité. Donc, de ce qu'une chose n'est constatée ni par l'Écriture, -ni par la tradition, il ne faut pas conclure que cette chose n'existe -pas. Par exemple, la Foi nous enseigne que Dieu, par son Verbe, a créé -des choses visibles et invisibles; et pareillement, que toute créature -raisonnable obtient personnellement la grâce et la gloire par les -mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Maintenant, qu'il existe un -Monde, autre que celui que nous habitons; que dans ce monde-là il y ait -des hommes non issus d'Adam, mais créés par Dieu de quelque autre -manière, comme le supposent ceux qui logent des habitants dans la lune; -ou encore, que dans ce Monde même que nous habitons, il y ait des -créatures raisonnables indépendamment des hommes et des Esprits -Angéliques, lesquelles créatures nous sont généralement invisibles et ne -se découvrent à l'homme que par accident, par un acte de leur propre -puissance: tout cela n'a rien à faire avec la Foi, et le savoir ou -l'ignorer n'est pas plus nécessaire au salut de l'homme, que de savoir -le nombre ou la nature de toutes les choses physiques. - -_43. Præmittendum 5º., nullam inveniri repugnantiam, nec in Philosophia, -nec in Theologia, quod dari possint creaturæ rationales constantes -spiritu et corpore, aliæ ab homine, quia si esset repugnantia hoc esset -vel ex parte Dei (et hoc non quia ipse omnipotens est), vel ex parte rei -creabilis; et neque hoc, quia sicut creatura mere spiritualis, ut -Angeli, creata est, et mere materialis, ut Mundus, et partim -spiritualis, partim corporea, corporeitate terrestri, et crassa, ut -homo, ita creabilis est creatura constans spiritu rationali, et -corporeitate minus crassa, sed subtiliore, quam sit homo. Et profecto -post Resurrectionem Anima Beatorum erit unita corpori glorioso dote -subtilitatis donato: ut proinde concludi posset, potuisse Deum creare -creaturam rationalem corpoream, cui naturaliter indita sit corporis -subtilitas, sicut per gratiam corpori glorioso confertur._ - -43. En cinquième lieu, ni la Philosophie, ni la Théologie ne fournissent -aucune objection à cette donnée de créatures raisonnables ayant esprit -et corps, et distinctes de l'homme. L'objection, en effet, ne saurait -être qu'une impossibilité tirée soit de Dieu (ce qui est faux puisque -Dieu est tout-puissant); soit de la chose à créer, ce qui est faux -encore, car, de même qu'il existe des créatures purement spirituelles, -comme les Anges, ou purement matérielles, comme le Monde, ou enfin -moitié spirituelles, moitié corporelles, et d'une corporéité terrestre -et épaisse, comme l'homme, de même peut-on admettre une créature douée -d'un esprit raisonnable, et d'une corporéité moins épaisse et plus -subtile que l'homme. Il n'est pas douteux d'ailleurs qu'après la -Résurrection, l'âme des Bienheureux sera unie à un corps glorieux et -subtil: d'où il est permis de conclure que Dieu a pu créer un être -raisonnable et corporel, dont le corps est naturellement subtil comme le -corps glorieux transfiguré par la grâce. - -_44. Astruitur autem magis talium creaturarum possibilitas ex solutione -argumentorum, quæ contra positam conclusionem fieri possunt, pariterque -ex responsione ad interrogationes, quæ possunt circa eam formari._ - -44. Mais, pour mieux établir la possibilité de ces créatures, nous -allons résoudre les arguments qu'on peut former contre notre conclusion -et répondre aux questions qu'elle soulève. - -_45. Prima interrogatio est, an tales creaturæ dicendæ essent animalia -rationalia? Quod si sic, quomodo different ab homine, cum quo communem -haberent definitionem?_ - -45. Première question: ces créatures devraient-elles être appelées -animaux raisonnables? et dans l'affirmative, en quoi différeraient-elles -de l'homme, avec lequel cette définition leur serait commune? - -_46. Respondeo quod essent animalia rationalia sensibus, et organis -corporis prædita, sicut homo: differrent autem ab homine non solum -ratione corporis tenuioris, sed etiam materiæ. Homo siquidem ex -crassiore elementorum omnium parte, puta ex luto, nempe aqua et terra -crassa formatus est, ut constat ex Scriptura, _Gen. 2._ v. 7.; ista vero -formata essent ex subtiliore parte omnium, aut unius, seu alterius -elementorum; ut proinde alia essent terrea, alia aquea, alia ærea, et -alia ignea, et ut eorum definitio cum hominis definitione non -conveniret, addendum esset definitioni hominis crassa materialitas sui -corporis, per quam a dictis animalibus differret._ - -46. Je réponds: oui, ce seraient des animaux raisonnables, munis de sens -et d'organes corporels, ainsi que l'homme; toutefois, elles -différeraient de l'homme, non-seulement par la nature plus subtile de -leur corps, mais par la matière. En effet, l'homme a été formé, comme le -constate l'Écriture, de la partie la plus épaisse de tous les éléments, -c'est-à-dire de boue, mélange épais d'eau et de terre: ces créatures, au -contraire, seraient formées de la partie la plus subtile de tous les -éléments, ou de l'un d'eux; ainsi les unes tiendraient de la terre, les -autres de l'eau, ou de l'air, ou du feu, et pour éviter de les définir -dans les mêmes termes que l'homme, il faudrait ajouter à la définition -de ce dernier la mention de la matérialité épaisse de son corps, par où -il différerait de ces créatures. - -_47. Secunda interrogatio est, quandonam hujus modi animalia fuissent -condita, et num cum brutis producta a terra, aut ab aqua, ut -quadrupedia, et aves respective; an vero a Domino Deo formata, ut fuit -homo?_ - -47. Seconde question: A quelle époque faudrait-il assigner l'origine de -ces animaux, et seraient-ils le produit de la terre ou de l'eau, comme -les bêtes, quadrupèdes, oiseaux, etc.; ou, au contraire, auraient-ils -été créés, ainsi que l'homme, par le Seigneur Dieu? - -_48. Respondeo quod de fide est, quod posito, quod existant de facto, -creata sint a principio Mundi: sic enim definitur a Concilia Lateranensi -(Firm. de Sum. Trinit. et Fide cathol.); nempe quod Deus sua omnipotenti -virtute simul ab initio temporis utramque de nihilo condidit creaturam, -spiritualem et corporalem. Sub illa etenim Creaturarum generalitate -etiam illa animalia essent comprehensa. Quo vero ad eorum formationem, -decuisse ipsorum corpus a Deo ministerio Angelorum formatum fuisse, -sicut a Deo formatum legimus corpus hominis, quia ipsi copulandus erat -spiritus immortalis, quandoquidem spiritus incorporeus, et proinde -nobilissimus corpori pariter originaliter nobiliori cæteris brutis -jungendus erat._ - -48. Je réponds: Il est de foi, et le Concile de Latran l'a expressément -défini, que tout ce qui existe de fait et actuellement, a été créé dès -le commencement du monde. Par sa vertu toute-puissante, Dieu a tiré -ensemble du néant, à l'origine des siècles, les deux ordres de -créatures, spirituelles et corporelles. Or, les animaux en question -seraient compris dans la généralité des créatures. Quant à leur -formation, on pourrait dire que c'est Dieu lui-même qui, par le -ministère des Anges, a fait leur corps comme il a fait celui de l'homme, -auquel devait être uni un esprit immortel. En effet, ce corps étant, de -sa nature, plus noble que celui des autres animaux, il y avait lieu d'y -joindre un esprit incorporel et très-noble. - -_49. Tertia interrogatio, an talia animalia habuissent originem ab uno -solo, velut omnes homines ab Adam, an vero plura simul formata essent -sicut fuit de cæteris animantibus a terra, et aqua productis, in quibus -fuerunt Mares, et Foeminæ quæ speciem per generationem conservant? Et -si hoc oporteret inter talia animalia esse distinctionem sexus; ipsa -nasci, et interire; passionibus sensus affici, nutriri, crescere; et -tunc quo alimenta vescerentur, esset quærendum; præterea an vitam -socialem ducerent, ut homines; qua politica regerentur; num urbes ad -habitandum struxissent; num artes, studia, possessiones, et bella inter -ea essent, sicut est in hominibus._ - -49. Troisième question: Ces animaux descendraient-ils d'un seul -individu, comme tous les hommes d'Adam; ou, au contraire, y en aurait-il -eu plusieurs de créés en même temps, comme dans les différentes espèces -produites de la terre et de l'eau, où se sont trouvés des mâles et des -femelles pour se perpétuer par la génération? Ensuite, y aurait-il entre -eux des distinctions de sexes? Seraient-ils sujets à naître et à mourir? -Auraient-ils des sens, des passions, besoin de nourriture, faculté de -croissance? Et alors, quels seraient leurs aliments? Enfin, -vivraient-ils en société, comme les hommes? Par quelles lois -seraient-ils régis? Bâtiraient-ils des villes pour y habiter? -Cultiveraient-ils les arts et les lettres? Posséderaient-ils des biens -et se feraient-ils la guerre entre eux, comme les hommes? - -_50. Respondeo: potuit esse quod omnia ab uno, velut homines ab Adam, -sint progenita; potuit pariter esse, quod ex iis multi mares, et plures -foeminæ fuissent formatæ, a quibus per generationem eorum species -essent propagatæ. Ultro admitteremus talia animalia oriri, et mori; -mares alios, alias foeminas inter ea esse; passionibus, sensibus -agitari velut homines; nutriri et crescere secundum molem sui corporis; -cibum autem ipsorum non crassum qualem requirit crassities corporis -humani, sed substantiam tenuem, et vaporosam emanantem per effluvia -spirituosa a rebus physicis pollentibus corpusculis maxime volatilibus, -ut nidor carnium maxime assatarum, vapor vini, fructuum, florum, -aromatum, a quibus copiosa hujusmodi effluvia usque ad totalem partium -subtiliorum, ac volatilium evaporationem scaturiunt. Talia autem -animalia civilem vitam ducere posse, et inter ea distinctos esse gradus -dominantium ac servientium pro conditione naturæ ipsorum, artesque, -scientias, ministeria, exercitia, loca, mansiones, ac alia necessaria ad -eorum conservationem, nullam penitus importat repugnantiam._ - -50. Je réponds: Il se peut que tous descendent d'un seul individu, comme -les hommes d'Adam; il se peut aussi qu'il en ait été créé, dès -l'origine, un certain nombre, mâles et femelles, qui ont servi à -propager l'espèce. Nous admettrons encore qu'ils naissent et qu'ils -meurent; qu'ils se divisent en mâles et en femelles; qu'ils ont, comme -les hommes, des sens et des passions; que leur corps se nourrit et se -développe: toutefois, leur nourriture ne doit pas être grossière comme -celle qu'exige le corps humain, mais une substance délicate et -vaporeuse, émanant par effluves spiritueuses de tout ce qui, dans la -nature, abonde en corpuscules très-volatils, comme le fumet des viandes, -et spécialement des viandes rôties, la vapeur du vin, des fruits, des -fleurs, des aromates, d'où se dégagent des effluves de ce genre, jusqu'à -évaporation parfaite des parties subtiles et volatiles. Que, du reste, -ils puissent vivre en société; qu'il y ait entre eux différentes -conditions de rang et de préséance; qu'ils cultivent les arts et les -sciences; qu'ils exercent des fonctions, entretiennent des armées, -bâtissent des villes, et fassent enfin tout ce qui est nécessaire à leur -conservation: c'est à quoi je ne verrais, au fond, rien à objecter. - -_51. Quarta interrogatio est, qualis esset eorum corporis figuratio, an -humanam, an aliam formam, et qualem haberent, et an partes corporis -ipsorum haberent ordinem essentialem inter se, ut corpora cæterorum -animalium, an vero accidentalem tantum, ut corpora fluidarum -substantiarum, ut olei, aquæ, nubis, fumi, etc.; et num substantiæ -suarum partium organicarum diversimode constarent, ut organa hominum, in -quibus sunt aliæ partes crassissimæ, ut ossa, aliæ minus crassæ, ut -cartilagines, aliæ tenues, ut membranæ._ - -51. Quatrième question: Quelle serait la forme de leur corps? Serait-ce -la forme humaine ou quelque autre? Y aurait-il, entre les diverses -parties de leur corps, un ordre essentiel, comme on le voit dans les -autres animaux, ou seulement accidentel, comme dans les substances -fluides, telles que l'huile, l'eau, les nuées, la fumée, etc.? Ces -parties organiques seraient-elles composées de substances différentes, -comme les organes du corps humain, où se trouvent des parties -très-épaisses, telles que les os; d'autres moins épaisses, telles que -les cartilages; et d'autres minces, telles que les membranes? - -_52. Respondeo, quod quantum ad figuram corpoream nihil certi affirmare -debemus, aut possumus, cum talis figura non sit exacte nobis sensibilis, -nec quoad visum, nec quoad tactum præ sui corporis tenuitate, ac -perspicacitate; qualis proinde vere sit, noverent ipsi, aliique, qui -substantias immateriales intuitive cognoscere possunt. Quoad -congruentiam et probabilitatem dico, illa referre speciem corporis -humani, cum aliquo distinctivo a corpore humano, nisi forte ad hoc -sufficiat sua ipsorum tenuitas. Ducor, quia corpus humanum plasmatum a -Deo perfectissimum est, inter animalia quæque, et cum cætera bruta in -terram sint prona, eo quia anima eorum mortalis est, Deus, ut ait poeta -Ovid., _Metamorphos._:_ - - Os homini sublime dedit, coelumque tueri - Jussit, et erectos ad sidera tollere vultus; - -_quia anima hominis immortalis ordinata est ad coelestem mansionem. -Cum igitur animalia, de quibus loquimur, spiritum haberent immaterialem, -rationalem, ac immortalem, et proinde capacem beatitudinis, ac -damnationis, congruum est, quod corpus, cui talis spiritus copulatur, -simile sit omnium animalium nobilissimo, corpori humano. Ex hac -positione sequitur, quod ejus corporis partes ordinem inter se -essentialem habere deberent; nec enim pes capiti, aut ventri manus -conjungi deberet: sed congrua membrorum essentiali dispositione -ordinata, ut essent idonea ministeriis propriis perficiendis. Quo autem -ad partes componentes ipsarum organa, dico quod necessarium esset, ut -nonnullæ ipsarum essent solidiores, aliæ minus solidæ, aliæ tenues, aliæ -tenuissimæ pro necessitate operationis organicæ. Nec contra hanc -positionem facile potest asseri tenuitas ipsorum corporum: quippe -soliditas aut crassities organicarum partium, de qua dicimus, non esset -talis simpliciter, sed comparative ad alias partes tenuiores. Et hoc -patere potest in omnibus corporibus fluidis naturalibus, ut vino, oleo, -lacte, etc.; quantumvis enim omnes partes in ipsis videantur homogeneæ, -ac similares, non tamen ita est; nam in ipsis est pars terrea, pars -aquea, sal fixum, sal volatile, et pars sulfurea, quæ omnia -manipulatione spargirica oculis subjici possunt. Ita esset in casu -nostro: posito enim quod talium animalium corpora subtilia, et tenuia, -ut corpora naturalia fluida, velut aqua, et ær, essent, non tamen -tolleretur, quin in ipsorum partibus diversæ inter se essent qualitates, -et aliquæ ipsarum comparative ad alias essent solidæ, et aliæ tenuiores, -quamvis totum corpus ex ipsis compositum tenue dici posset._ - -52. Je réponds: En ce qui concerne la forme de leur corps, nous ne -devons ni ne pouvons rien affirmer de certain, puisque cette forme ne -tombe pas sous nos sens, étant trop délicate pour notre vue et notre -toucher. Laissons donc cette connaissance à eux-mêmes et à ceux qui ont -le privilége de discerner intuitivement les substances immatérielles. -Mais, en tant que probabilité, je dis que cette forme doit se rapporter -à celle du corps humain, avec quelque particularité distinctive, si la -délicatesse même de leur corps n'en est pas une suffisante. Et ce qui me -confirme dans cette opinion, c'est de considérer que le corps humain, de -tous les ouvrages de Dieu, est le plus parfait; que, tandis que tous les -autres animaux, dont l'âme est mortelle, sont courbés vers la terre, -Dieu, comme dit le poète Ovide, en ses _Métamorphoses_, - - _A donné à l'homme un visage sublime, lui ordonnant de contempler le - ciel, - Et de tenir tes yeux élevés vers les astres,_ - -et cela, parce que l'âme de l'homme a été créée immortelle, en vue de la -demeure céleste. Or, les animaux dont nous parlons, possédant un esprit -immatériel, rationnel et immortel, conséquemment capable de béatitude et -de damnation, il est logique d'admettre que le corps, auquel cet esprit -est uni, soit semblable au corps le plus noble qui existe dans l'ordre -animal, c'est-à-dire au corps humain. D'où il suit que les différentes -parties de ce corps doivent avoir entre elles un ordre essentiel; que, -par exemple, le pied n'est pas un appendice de la tête, ni la main du -ventre, mais que chaque organe est bien à sa place, suivant les -fonctions auxquelles il est destiné. Maintenant, pour ce qui est des -parties constitutives desdits organes, il est, à mon avis, nécessaire -qu'il y en ait de plus ou moins solides, de plus ou moins délicates, -afin de répondre aux exigences de l'opération organique. Et si l'on -objectait, sur ce point, la délicatesse même de leur corps, je dirais -que la solidité, la consistance des parties organiques dont nous -parlons, ne serait pas absolue, mais seulement relative aux autres -parties plus délicates. C'est, d'ailleurs, ce qu'on peut observer dans -tous les corps fluides naturels, comme le vin, l'huile, le lait, etc.: -si homogènes, si semblables entre elles que paraissent toutes les -parties dont ils se composent, il n'en est cependant pas ainsi; car les -unes sont argileuses, les autres aqueuses: il y a du sel fixe, du sel -volatil, du soufre; et tout cela n'a besoin, pour sauter aux yeux, que -d'être soumis à l'analyse chimique. De même dans le cas qui nous occupe; -car, en supposant que les corps de ces animaux fussent subtils et -délicats comme les corps naturels fluides: l'eau, l'air, etc., il n'en -faudrait pas moins reconnaître des différences dans la qualité de leurs -parties constitutives, dont les unes seraient solides en comparaison -d'autres plus menues, sans que les corps ainsi composés, pris dans leur -ensemble, cessassent de pouvoir être dits délicats. - -_53. Quod si dicatur, quod hæc repugnant positioni supra firmatæ, circa -partium essentialem ordinationem inter se: quandoquidem videmus, quod in -corporibus fluidis, ac tenuibus una pars non servat ordinem essentialem -ad aliam, sed accidentalem tantum, ita ut hæc pars vini, quæ modo alteri -parti contigua est, mox inverso vase, aut moto vino, alteri parti -unitur, et sic omnes partes diversam positionem habent quantumvis semper -idem vinum sit, et ex hoc sequeretur, quod talium animalium corpora -figurata stabiliter non essent, et consequenter, nec organica._ - -53. Mais, objectera-t-on, ceci répugne à ce qui a été dit plus haut de -l'ordination essentielle des parties entre elles; car il est visible -que, dans les corps fluides et subtils, une partie n'est pas coordonnée -essentiellement, mais seulement accidentellement avec une autre: ainsi, -telle partie de vin qui, tout à l'heure, était contiguë à telle autre -partie, se trouve bientôt, soit qu'on renverse le vase ou qu'on agite le -vin, en contact avec une troisième; et toutes les parties changent à la -fois de position, quoique ce soit toujours le même vin. D'où il suivrait -que les corps de ces animaux n'auraient pas de figure stable et, -conséquemment, ne seraient pas organiques. - -_54. Respondeo negando assumptum; etenim in corporibus fluidis, quamvis -non appareat, manet tamen essentialis partium ordinatio, qua stante stat -in suo esse compositum, et hoc patet manifeste in vino: expressum enim -ab uvis videtur liquor totaliter homogeneus, non tamen ita est; in eo -enim sunt partes crassæ, quæ tractu temporis subsident in doliis: sunt -etiam partes tenues, quæ evaporant: sunt partes fixæ, ut tartarus, sunt -partes volatiles, ut sulphur, sive spiritus ardens; sunt partes mediæ -inter volatile ac fixum, ut phlegma. Partes istæ ordinem essentialem -inter se mutant; nam statim, ac expressum est ab uvis, et mustum dicitur -sulphur, sive spiritus volatilis, ita implicatum manet particulis -tartari, qui fixus est, ut nullo modo avolare valeat._ - -54. Ma réponse est bien simple: je nie la mineure. En effet si, dans les -corps fluides, l'ordination essentielle des parties n'est pas apparente, -elle n'en est pas moins réelle, et c'est par là qu'un corps composé -reste ce qu'il est. Voyez, par exemple, le vin: à peine exprimé de la -grappe, on dirait une liqueur tout à fait homogène, et qui ne l'est -point pourtant; car il y a des parties épaisses qui, à la longue, -déposent au fond du tonneau; il y a aussi des parties menues, qui -s'évaporent; des parties fixes, comme le tartre; des parties volatiles, -comme le soufre ou l'alcool; enfin des parties intermédiaires entre le -volatil et le fixe, comme le flegme. Ces diverses parties ne gardent pas -respectivement un ordre essentiel; car, aussitôt que le moût a été -exprimé des grappes, et qu'il prend le nom de soufre ou esprit volatil, -il demeure si étroitement lié aux particules du tartre, qui sont fixes, -qu'il lui est impossible de s'échapper. - -_55. Hinc est, quod a musto recenter ab uvis expresso nullo modo potest -distillari spiritus sulphureus, qui communiter vocatur _aqua vitæ_: sed -post quadraginta dies fermentationis particulæ vini ordinem mutant, ita -ut spiritus, qui alligati erant particulis tartareis, et propria -volatilitate eas suspensas tenebant, et vicissim ab eis, ne possent -avolare detinebantur, ac tartareis particulis separantur, et divulsi, ac -confusi remanent cum partibus phlegmaticis, a quibus per actionem ignis -faciliter separantur, et avolant; sicque per distillationem fit aqua -vitæ, quæ aliud non est quam sulphur vini volatile cum tenuiore parte -phlegmatis simul cum dicto sulphure vi ignis elevata. Post quadraginta -dies, alia incipit vini fermentatio, quæ longiori, aut minus longo -tempore perficitur, pro vini perfectiori, aut imperfectiori maturitate, -et alio, atque alio modo terminatur, pro minore aut majore spiritus -sulphurei abundantia. Si enim abundat in vino sulphur, acescit -fermentatione, et evadit acetum; si autem parum sulphuris continet, -lentescit vinum, et Italice dicitur _vino molle_, aut _vino guasto_. -Quod si vinum maturum sit, ut cæteris paribus est, vinum dulce breviori -tempore, aut acescit, aut lentescit, ut quotidiana constat experientia. -In dicta autem fermentatione ordo essentialis partium vini mutatur; non -enim ipsius quantitas, aut materia imminuitur, aut mutatur: videmus enim -lagenam vino plenam tractu temporis evadere plenam aceto, nullatenus -mutata circa quantitatem materiæ, quæ prius ibi extabat, sed tantum -mutato partium essentiali ordine: nam sulphur, quod, ut diximus, erat -phlegmati unitum, ac a tartaro separatum, iterum tartaro implicatur, et -cum eo fixatur, et proinde si distilletur acetum, primo prodit phlegma -insipidum, et post spiritus aceti, qui est sulphur vini illaqueatum -particulis tartari minus fixi. Mutatio autem essentialis partium -supradictarum variat substantiam liquoris expressi ab uva, quod -manifeste patet ex variis, et contrariis effectibus, quos causant -mustum, vinum, et acetum, et vinum lentum, quod vocatur corruptum, ut -proinde duo prima apta materia sint ad consecrationem, secus alia duo. -Hanc porro vini economiam hausimus ab erudito opere Nicolai Lemerii, -Regis Galliarum Aromatarii, _Curs. de Chimi._, p. 2. c. 9._ - -55. C'est pour cela que le moût récemment exprimé des grappes, ne se -prête en aucune façon à la distillation de l'esprit sulfureux, -vulgairement nommé _eau-de-vie_; mais, après quarante jours de -fermentation, les particules du vin se déplacent; les esprits qui, étant -liés aux particules tartriques, les tenaient suspendues par leur propre -volatilité, tandis que celles-ci les retenaient eux-mêmes, de manière à -en empêcher l'évaporation, se séparent de ces particules, et demeurent -mêlés confusément aux parties flegmatiques, puis s'en dégagent -facilement par l'action du feu, et s'évaporent: ainsi, au moyen de la -distillation, se fait l'eau-de-vie, qui n'est pas autre chose que le -soufre contenu dans le vin, volatilisé par la chaleur avec la partie la -plus délicate du flegme. Au bout de quarante jours, commence une autre -fermentation qui se prolonge plus ou moins, suivant que la maturité du -vin est plus ou moins parfaite, et se termine d'une façon ou d'une -autre, selon que l'esprit sulfureux est plus ou moins abondant. En -effet, s'il y a dans le vin abondance de soufre, il s'aigrit par la -fermentation et tourne au vinaigre; si, au contraire, il contient peu de -soufre, le vin s'amollit, et c'est ce qu'on appelle en Italien: _vino -molle_, ou _vino guasto_. Si le vin est mûr tout d'abord, comme il -arrive dans d'autres cas, il tourne en moins de temps du doux à l'aigre, -ou s'amollit, comme le démontre l'expérience de chaque jour. Or, dans la -fermentation dont il est parlé, l'ordre essentiel des parties du vin -subit un changement, mais non sa quantité ou sa matière, qui ne change, -ni ne diminue: une bouteille pleine de vin, par exemple, au bout d'un -certain temps, se trouve être pleine de vinaigre, sans qu'il y ait rien -de changé quant à la quantité de matière; l'ordre essentiel des parties -est seul changé: le soufre qui, comme nous l'avons dit, était uni au -flegme et séparé du tartre, se mêle de nouveau au tartre et reste fixé -avec lui; de sorte que si l'on distille le vinaigre, il en sort d'abord -un flegme insipide, puis un esprit de vinaigre, qui est le soufre de vin -entremêlé de particules de tartre moins fixe. Or, la mutation -essentielle des susdites parties affecte la substance de la liqueur -exprimée du raisin, comme le prouvent manifestement les effets -contraires et variés du moût, du vin, du vinaigre et du vin mou ou -corrompu; ce qui fait que les deux premiers sont matière propre à la -consécration, mais non les deux autres.--Nous avons emprunté cette -exposition de l'économie du vin au savant ouvrage de Nicolas Lémery, -Parfumeur du Roi de France, _Cours de chimie_, p. 2. c. 9. - -_56. Datam ergo naturalem doctrinam applicando consequenter dico, quod -data dictorum animalium corporeitate subtili, et tenui, sicut corpora -liquidorum, et data pariter eorundem organizatione et figuratione, quæ -partium essentialem ordinationem exigunt, non sequerentur inconvenientia -ex adverso illata: nam sicut (quemadmodum dicebamus) ex confusione -partium vini, et diversa ipsarum accidentali positione non variatur -ordinatio earumdem essentialis, ita esset in corpore tenui dictorum -animalium._ - -56. Maintenant, si nous appliquons à notre sujet la doctrine naturelle -ci-dessus, je dis qu'étant donné la corporéité subtile et délicate des -animaux en question, analogue à la substance des liquides; étant donné -pareillement leur organisation et leur figure, qui exigent une -ordination essentielle des parties, il n'y aurait, à supposer le -contraire, aucun argument à élever contre leur existence: car de même, -avons-nous dit, que la confusion des parties du vin et la diversité de -leurs positions accidentelles n'affectent en rien l'ordination -essentielle de ces parties, de même il en serait à l'égard du corps -subtil de nos animaux. - -_57. Quinta interrogatio est, an talia obnoxia essent ægritudinibus, ac -aliis imperfectionibus, quibus homines laborant, ut ignorantia, metu, -segnitie, sensuum impedimentis, etc.? An laborando lassarentur, et ad -virium reparationem egerent somno, cibo, ac potu, et quo? et -consequenter an interirent, et subinde, an a cæteris animalibus casu, -aut ruina possent occidi?_ - -57. Cinquième question: Ces animaux seraient-ils sujets aux maladies et -autres infirmités dont souffrent les hommes, telles que l'ignorance, la -peur, la paresse, la paralysie des sens, etc.? Se fatigueraient-ils par -le travail, et auraient-ils besoin, pour réparer leurs forces, de -dormir, de manger, de boire? Quelles seraient leur nourriture et leur -boisson? Seraient-ils destinés à mourir, et pourraient-ils être tués -soit par accident, soit par le fait d'autres animaux? - -_58. Respondeo, quod ex quo corpora ipsorum, quamvis tenuia, essent -materiata, essent quidem corruptioni obnoxia; et ex consequenti possent -pati ab agentibus contrariis, et ita ægrotare, puta, aut simpliciter, -aut nisi ægre, perverse, aut vitiose præstare non posse munera, ad quæ -eorum organa essent ordinata; in hoc siquidem consistit animalium -quorumdam ægritudo quævis: ut resolutive docet præstantissimus Michael -Ettmullerus, _Physiol._ c. 5., thes. 1. Verum est, quod ex eo, quod -tantam materiæ crassitatem non haberent, et forte ex tot elementorum -mixtione eorum corpus non constaret, et minus compositum esset, quam -humanum, non tam facile paterentur a contrariis, et consequenter non tot -ægritudinibus velut homines essent obnoxia, et longiorem, etiam homine, -vitam ducerent: quo enim perfectius est animal, a tota specie, etiam -cæteris, diutius vivit, ut patet de specie humana, cujus vita longior -cæteris animalibus est. Nec enim admitto sæcularem vitam cornicum, -cervorum, corvorum, et similium, de quibus more suo fabulatur Plinius, -et ejus somnia sine prævia discussione secuti sunt cæteri: quandoquidem -nullus est, qui talium animalium natale et interitum fideliter -adnotaverit, ut pari modo de eo scripserit; sed insolitam diu fabulam -quisque secutus est; sicut etiam illud, quod de Phoenice dicitur, quod -ut quid fabulosum, circa ejus vitæ spatium recenset Tacitus, l. 6. -_Annal._ Inferendum subinde esset quod illorum animalium vita etiam -humana deberet esse diuturnior: ut enim infra dicemus, illa essent -homine nobiliora, consequenter dicendum esset, quod essent obnoxia -cæteris corporeis pathematis, et quiete, et cibo indigerent, quale -diximus supra nº 50. Quia vero rationalia, et proinde disciplinabilia -essent, ex consequenti etiam capacia ignorantiæ, si eorum ingenia non -essent exculta studiis, et disciplina, et inter ea pro intellectus eorum -majori, et minori acumine essent aliqua magis, aliqua minus in scientiis -excellentia: universaliter vero, et a tota specie essent homine -doctiora, non ob eorum corpoream subtilitatem, tum forte, ob majorem -spirituum activitatem, tum ob diuturniorem vitæ durationem, in qua -plura, quam homines discere possent, quas causas assignat D. Augustinus, -lib. de _Divin. Dæm._ c. 3. init. tom. 3., et lib. de _Spir. et Anima_, -c. 37., pro futurorum prænotione in Dæmonibus. Ab agentibus autem -naturalibus pati quidem possent, ac difficulter occidi ratione -velocitatis, qua possunt se subtrahere a nocentibus; quapropter, nec a -brutis, nec ab homine armis naturalibus, seu artificialibus nisi maxima -difficultate possent occidi, aut mutilari, et maxima eorumdem velocitate -in declinando contrarium impetum. Possent vero in somno, aut in non -advertentia occidi, et mutilari a corpore solido, ut ense vibrato ab -homine, aut lapide delapso per ruinam, quia eorum corpus licet tenue, -tamen et quantum, et divisibile esset, velut ær qui ferro, fuste, aut -alio corpore solido dividitur quamvis tenuis sit. Eorum autem spiritus -impartibilis esset, et ceu anima hominis totus in toto, et totus in -quavis corporis parte. Hinc fieret quod diviso corpore ipsorum, ut -præfertur, per aliud corpus, sequi posset mutilatio, et proinde etiam -mors: non enim fieri posset ut diviso corpore idem spiritus utramque -partem informaret, cum ipse indivisibilis esset. Verum est quod sicut -partes æris divisæ, per intermedium corpus, hoc sublato iterum uniuntur, -et evadit idem ær, possent pariter partes corporis divisæ, ut supra -ponitur, reuniri, et ab eodem spiritu revivificari. Sed hoc modo -nequirent talia animalia ab agentibus naturalibus, aut artificialibus -occidi: sed rationabilior esset prima positio; ex hoc enim, quod -communicarent cum cæteris in materia, æquum est, ut a cæteris, etiam -usque ad eorum interitum pati possent, ut fit cum cæteris._ - -58. Je réponds: Du moment que leurs corps, quoique subtils, seraient -matériels, ils seraient par cela même sujets à corruption; -conséquemment, ils pourraient souffrir des agents contraires et, par -suite, être malades, c'est-à-dire que leurs organes se refuseraient à -remplir, ou ne rempliraient qu'avec peine et imparfaitement les -fonctions qui leur seraient assignées, car c'est en cela que consiste -toute maladie quelconque chez certains animaux, comme l'enseigne -doctoralement le très-illustre Michel Ettmuller, _Physiologie_, c. 5, -thèse 1. A la vérité, comme la matière de leur corps serait moins -épaisse que celle du corps humain, comme elle serait formée de moins -d'éléments mêlés ensemble, partant moins composite, ils ne souffriraient -pas aussi aisément de l'action des contraires, ils seraient donc moins -sujets que l'homme aux maladies, et leur vie serait aussi plus longue: -car, plus l'animal est parfait, pris dans son espèce, plus il vit -longtemps, témoin l'espèce humaine, dont l'existence est plus longue que -celle des autres animaux. Je n'admets pas, en effet, la vie séculaire -des corneilles, des cerfs, des corbeaux et autres semblables, dont Pline -nous conte des fables à sa manière; et, quoique ses rêveries aient été -reproduites, sans examen préalable, par divers auteurs, il n'en est pas -moins certain que personne, pour écrire ainsi, n'a exactement pris note -de la naissance et de la mort de ces créatures: on s'est contenté -d'adopter la fable courante, comme on l'a fait à l'égard du Phénix, dont -la longévité est traitée de conte par Tacite, _Annales_, l. 6. Il -faudrait donc inférer que les animaux dont nous parlons surpasseraient -l'homme lui-même en longévité; car, ainsi que nous le dirons plus bas, -ils seraient plus nobles que l'homme; conséquemment aussi, ils seraient -sujets aux autres affections corporelles, et auraient besoin de repos et -de nourriture comme nous l'avons dit au nº 50. Maintenant, en leur -qualité d'êtres raisonnables et, par suite, éducables, ils pourraient -aussi rester ignorants si leurs esprits n'étaient pas cultivés par -l'étude et la discipline, et il s'en trouverait parmi eux de plus ou -moins versés dans les sciences, de plus ou moins habiles, suivant que -leur intelligence aurait été plus ou moins exercée. Toutefois, à les -prendre en général et dans l'universalité de leur espèce, ils seraient -plus instruits que l'homme, non à cause de la subtilité de leur corps, -mais peut-être soit parce que leur esprit serait plus actif, soit parce -que leur vie serait plus longue et leur permettrait d'apprendre plus de -choses que les hommes: telles sont effectivement les causes assignées -par Saint Augustin (_Divin. Démon._, ch. 3, et de _l'Esprit et de -l'Ame_, ch. 37), à la prescience des choses futures chez les Démons. Il -pourraient, d'ailleurs, souffrir par le fait d'agents naturels, mais -difficilement être tués, à cause de la vitesse avec laquelle ils -échappent au danger; aussi paraît-il à peine concevable qu'ils puissent -être tués ou mutilés par les bêtes ou par l'homme, au moyen d'armes -naturelles ou artificielles, tant ils sont prompts à éviter le coup qui -les menace. Cependant, ils pourraient être tués ou mutilés pendant leur -sommeil, ou dans un moment d'inadvertance, au moyen d'un corps solide, -tel qu'une épée vibrée par un homme ou une pierre lancée avec force; -car, quoique subtil, leur corps serait divisible, comme l'air qui, tout -vaporeux qu'il soit, est cependant divisé par une épée, un bâton, ou -quelque autre corps solide. Quant à leur esprit, il serait indivisible -et, comme l'âme humaine, tout entier dans tout et dans chaque partie du -corps. Conséquemment, la division de leur corps effectuée, comme il est -dit ci-dessus, par un autre corps, peut causer une mutilation et même la -mort, car il ne serait pas possible à l'esprit, qui est lui-même -indivisible, d'animer l'une et l'autre partie d'un corps divisé. Sans -doute, de même que les parties de l'air, divisées par l'intermédiaire -d'un corps, se réunissent aussitôt ce corps retiré, pour former le même -air qu'auparavant; de même les parties du corps divisé, comme il est dit -plus haut, pourraient se réunir et revivre avec le même esprit. Mais, de -cette manière, il faudrait conclure que nos animaux ne pourraient être -tués par des agents naturels ou artificiels: il serait plus raisonnable -de nous en tenir à notre première position; car, du moment qu'ils -seraient communs en matière avec les autres créatures, il est naturel -qu'ils soient exposés à souffrir du fait de ces créatures, suivant la -loi commune, et jusqu'à la mort même. - -_59. Sexta interrogatio est, an ipsorum corpora possent alia corpora -penetrare, ut parietes, ligna, metalla, vitrum, etc., et an multa -ipsorum possent in eodem loco materiali consistere, et ad quantum -spatium extenderetur, seu restringeretur eorum corpus?_ - -59. Sixième question: Leur corps pourrait-il pénétrer d'autres corps, -comme les murs, le bois, les métaux, le verre, etc.? Pourraient-ils -résider en grand nombre dans un même lieu matériel, et à quel espace -s'étendrait ou se restreindrait leur corps? - -_60. Respondeo, quod cum in omnibus corporibus quantumvis compactis -dentur pori, ut ad sensum patet in metallis, de quibus major esset -ratio, quod in ipsis non darentur pori: microscopio perfecte elaborato -discernuntur pori metallorum, cum suis diversis figuris, utique possent -per poros insinuari quibusvis corporibus, et hoc modo ista penetrare, -quantumvis tales pori penetrari non possent ab alio liquore, aut spiritu -materiali, aut vini, salis ammoniaci, aut similium, quia longe tenuiora -essent istis liquoribus illorum corpora. Quamvis autem plures Angeli -possint esse in eodem loco materiali, et etiam restringi ad locum -minorem minore non tamen in infinitum, ut probat Scotus in 2. dist. 2. -q. 6. § _Ad proposi._ et quæst. 8., per totum, hoc tamen concedendum non -esset de corporibus talium animalium; tum quia corpora ipsa essent -quanta, et eorum dimensio non esset reciproce penetrabilis; tum quia si -duo corpora gloriosa non possunt esse in eodem loco, quamvis possint -simul esse gloriosum, et non gloriosum, ut voluit Gotofredus de -Fontibus, quodlibet 6. q. 5., a quo non discordat Scotus in 2. distinct. -2. q. 8. in fine; multo minus possent simul esse istorum corpora, quæ, -licet subtilia, non tamen æquarent subtilitatem corporis gloriosi. Quo -autem ad extensionem, et restrictionem dicendum esset, quod sicut ex -rarefactione, et condensatione majus, aut minus spatium occupatur ab -ære, qui etiam arte potest constringi, ut in minori loco contineatur, -quam sit suæ quantitati naturaliter debitus, ut patet in magnis pilis -lusoriis, quæ per fistulam seu tubum inflatorium inflantur: in his -siquidem ær violenter immittitur, et constringitur, et ejus major ibi -continetur quantitas, quam naturalis pilæ capacitas exigat; ita -pariformiter talia corpora ex ipsorum naturali virtute possent ad majus -spatium non tamen excedens eorumdem quantitatem, extendi: ut pariter -etiam restringi, non tamen circa determinatum locum suæ quantitati -debitum. Et quia ipsorum nonnulla prout etiam in hominibus est, essent -magna, et nonnulla parva, congruum esset, ut magna possent plus extendi, -quam parva et hæc ad minorem locum restringi, quam magna._ - -60. Je réponds: Tous les corps, si compactes qu'ils soient, ont des -pores, témoin les métaux qui, plus que tous les autres, sembleraient -devoir en être privés; en effet, à l'aide d'un microscope parfaitement -organisé, on discerne les pores des métaux, avec leurs différentes -figures. Or, ces animaux pourraient s'insinuer par les pores dans -d'autres corps quelconques et ainsi les pénétrer, encore bien que ces -mêmes pores soient impénétrables à des liqueurs ou esprits matériels, de -vin, de sel ammoniac ou autres semblables, parce que leurs corps -seraient de beaucoup plus subtils que ces liqueurs. Cependant, quoique -plusieurs Anges puissent résider dans un même lieu matériel, et même se -resserrer dans un espace de plus en plus étroit, non toutefois jusqu'à -l'infini, comme le prouve Scott, il serait téméraire d'accorder la même -faculté aux corps des animaux dont il s'agit; leurs corps, en effet, -sont déterminés en substance, impénétrables l'un à l'autre; et si deux -corps glorieux ne peuvent être dans un même lieu, bien qu'un glorieux et -un non glorieux puissent s'y trouver ensemble, comme le veulent certains -docteurs, bien moins encore le pourraient les corps de ces animaux, -subtils sans doute, mais non jusqu'à égaler la subtilité du corps -glorieux. En ce qui regarde leur pouvoir d'extension ou de compression, -nous prendrions exemple de l'air, qui, raréfié et condensé, occupe un -espace plus ou moins grand, et peut même, par des moyens artificiels, -être resserré au point de tenir dans un espace plus étroit que son -volume naturel ne l'exigerait; c'est en effet ce qu'on voit dans ces -ballons qu'on enfle pour s'amuser, au moyen d'un chalumeau ou d'un tube: -l'air y est introduit et comprimé violemment, et le ballon en contient -une quantité plus grande que sa capacité naturelle ne l'exigerait. Tout -pareillement, les corps des animaux dont il s'agit pourraient, par leur -vertu naturelle, s'étendre à un espace plus grand, mais qui n'excéderait -pas cependant leur propre substance; ils pourraient aussi se comprimer, -mais non en deçà de l'espace déterminé exigé par cette même substance. -Et comme parmi eux, de même que parmi les hommes, il y en aurait de -grands et de petits, il serait naturel que les grands pussent s'étendre -plus que les petits, et ceux-ci se comprimer plus que les grands. - -_61. Septima interrogatio est, an hujusmodi animalia in peccato -originali nascerentur, et a Christo Domino fuissent redempta; an ipsis -conferretur gratia, et per quæ sacramenta; sub qua lege viverent, et an -Beatitudinis, et Damnationis essent capacia?_ - -61. Septième question: Ces animaux naîtraient-ils dans le péché -originel, et auraient-ils été rachetés par le Seigneur Christ? La grâce -leur serait-elle conférée, et par quels sacrements? Sous quelle loi -vivraient-ils, et seraient-ils capables de Béatitude et de Damnation? - -_62. Respondeo, quod articulus Fidei est, quod Christus Dominus pro -universa creatura rationali gratiam, et gloriam meruit. Pariter -articulus Fidei est, quod Creaturæ rationali gloria non confertur nisi -præcedat in ea gratia, quæ est dispositio ad gloriam. Similis articulus -est quod gloria non confertur nisi per merita. Hæc vero fundantur in -observantia perfecta mandatorum Dei adimpleta per gratiam. Ex his satis -fit positis interrogationibus. Incertum est an tales Creaturæ -originaliter peccavissent, necne. Certum tamen est, quod si ipsarum -Prothoparens peccasset, sicut peccavit Adam, ipsius descendentes in -peccato originali nascerentur, quemadmodum nascuntur homines. Et quia -Deus nunquam reliquit Creaturam rationalem sine remedio, dum ipsa est in -via; si hujusmodi creaturæ in peccato originali, aut actuali -inficerentur, Deus providisset illis de remedio, sed quale sit, an -fecisset, noverit Deus, noverint ipsæ. Hoc certum est si inter ipsas -essent eadem, aut alia Sacramenta, ac sunt in Ecclesia humana militanti, -ipsa habuissent, et institutionem, et efficaciam a meritis Jesu Christi, -qui omnium creaturarum rationalium Redemptor, et Satisfactor universalis -est. Convenientissimum pariter, immo necessarium esset quod sub aliqua -lege a Deo sibi data viverent, ut per ipsius observantiam possent sibi -beatitudinem mereri; quænam autem lex fuisset, an naturalis tantum, aut -scripta, Mosaica, aut Evangelica, aut alia ab his omnibus differens, -prout Deo placuisset, hoc nobis incognitum. Quoquomodo autem fuisset, -nulla resultaret repugnantia possibilitatem talium creaturarum -excludens._ - -62. Je réponds: C'est un article de foi, que le Christ a mérité la grâce -et la gloire pour toute créature raisonnable. C'est encore un article de -foi, que la gloire n'est conférée à la créature raisonnable qu'autant -qu'elle a d'abord été dotée de la grâce, qui est la disposition à la -gloire. Un autre article, c'est que la gloire n'est conférée que par les -mérites. Or ces mérites ont leur fondement dans l'observance parfaite -des commandements de Dieu, accomplie par la grâce. Les questions -ci-dessus posées se trouvent ainsi résolues. Maintenant, ces créatures -ont-elles péché originellement ou non, je ne saurais l'affirmer. Il est -certain, toutefois, que si leur premier Père avait péché, comme a péché -Adam, ses descendants naîtraient dans le péché originel, comme y -naissent les hommes. Et comme Dieu ne laisse jamais sans remède la -créature raisonnable, aussi longtemps qu'elle est dans la voie, si les -créatures en question étaient entachées du péché, soit originel, soit -actuel, Dieu les aurait pourvues d'un remède; mais est-ce le cas et de -quelle sorte est ce remède, ceci est leur secret, à Lui et à elles. -Assurément, si elles disposaient de Sacrements identiques ou analogues à -ceux en usage dans l'Église humaine militante, elles en devraient -l'institution et l'efficacité aux mérites de Jésus-Christ, qui est le -Rédempteur et Sauveur universel de toutes les créatures raisonnables. Il -serait également convenable, nécessaire même, d'admettre qu'elles -vivraient sous quelque loi à elles donnée par Dieu, et dont l'observance -leur pourrait mériter la béatitude; mais quelle serait cette loi, -naturelle seulement ou écrite, Mosaïque ou Évangélique, ou entièrement -distincte et spécialement instituée par Dieu, ceci nous est inconnu. -Quelle qu'elle fût cependant, il n'en résulterait aucune objection -contre l'existence de ces créatures. - -_63. Unicum porro argumentum, et quidem satis debile post longam -meditationem mihi subit contra talium creaturarum possibilitatem: et est -quod si tales creaturæ in Mundo existerent, de ipsis notitia aliqua -tradita fuisset a Philosophis, Sacra Scriptura, Traditione -Ecclesiastica, aut Sanctis Patribus; quod cum non fuerit, tales -creaturas minime possibiles esse concludendum est._ - -63. Le seul argument, et encore assez faible, qu'une longue méditation -me suggère contre la possibilité de ces créatures, c'est que, s'il en -existait réellement dans le Monde, nous les trouverions mentionnées -quelque part dans les Philosophes, la Sainte Écriture, la Tradition -Ecclésiastique ou les Saints Pères: pareille mention n'existant pas, il -faudrait conclure à l'impossibilité absolue de ces créatures. - -_64. Sed hoc argumentum, quod revera magis pulsat existentiam, quam -possibilitatem illarum, facili negotio solvitur ex iis quæ præmissimus -supra nº 41. et 42. Argumentum enim ab auctoritate negativa non tenet. -Præterquam quod falsum est, quod de illis notitiam non tradiderint tum -Philosophi, tum Scriptura, tum Patres. Plato siquidem, ut refert -Apuleius _de Deo Socratis_ et Plutarchus _de Isid._ apud Baronem, _Scot. -Defens._, tom. 9. _Apparat._ p. 1. fol. 2., voluit Dæmones esse animalia -genere, animo passiva, mente rationalia, corpore ærea, tempore æterna: -creaturasque istas nomine _Dæmonum_ intitulavit; quod tamen nomen non -male sonat ex se: importat enim _plenum sapientia_; unde cum Diabolum -(Angelum nempe malum) volunt auctores exprimere, non simpliciter -Dæmonem, sed _Cacodæmonem_ vocant: sicut _Eudæmonem_, quando bonum -Angelum volunt intelligi. Similiter in Scriptura Sacra et Patribus, de -dictis creaturis habetur mentio, et de hoc infra dicemus._ - -64. Mais cet argument qui, en réalité, attaque plutôt leur existence que -leur possibilité, se résout facilement par les prémisses que nous avons -posées ci-dessus, nºs 41 et 42. En effet, un argument ne peut valoir par -autorité négative. Ensuite, il est faux que ni les Philosophes, ni -l'Écriture, ni les Pères, ne nous disent rien à leur sujet. Platon, -comme le rapportent Apulée (_Démon de Socrate_) et Plutarque (_d'Isis et -d'Osiris_), définit ainsi les Démons: des êtres du genre animal, âmes -passives, intelligences raisonnables, corps aériens, éternels quant à la -durée; et il donne à ces créatures le nom de _Démon_, qui en lui-même -n'a rien de malsonnant, car il signifie _plein de sagesse_; aussi -lorsque les auteurs veulent désigner le Diable (ou mauvais Ange), ils ne -l'appellent pas simplement Démon, mais _Cacodémon_, et ils disent de -même _Eudémon_ lorsqu'ils veulent parler du bon Ange. Quant à la Sainte -Écriture et aux Pères, ils font également mention de ces créatures, -comme nous le montrerons ci-après. - -_65. Stabilita huc usque talium creaturarum possibilitate, ad earumdem -existentiam probandam descendamus. Supposita tot historiarum veritate de -coitu hujusmodi Incuborum et Succuborum cum hominibus et brutis, ita ut -hoc negare impudentia videatur, ut ait D. Augustinus quem dedimus, supra -nº 10., ita arguo: Ubi reperitur propria passio sensus, ibidem -necessario reperitur sensus ipse, cum juxta principia philosophica -propria passio fluat a natura, sive ubi reperiuntur actiones, seu -operationes sensus, ibidem reperitur sensus ipse, cum operationes et -actiones sint a forma. Atqui in hujusmodi Incubis aut Succubis, sunt -actiones, operationes, ac propriæ passiones, quæ sunt a sensibus; ergo -in iisdem reperitur sensus: sed sensus reperiri nequit nisi adsint -organa composita, nempe ex potentia animæ et determinata parte corporis: -ergo in iisdem reperiuntur corpus et anima; erunt igitur animalia: sed -etiam in ipsis et ab ipsis sunt actiones, et operationes animæ -rationalis: ergo eorum anima erit rationalis: et ita de primo ad ultimum -tales Incubi sunt animalia rationalia._ - -65. Maintenant que nous avons établi la possibilité des créatures en -question, allons plus loin et prouvons leur existence. Nous admettons -d'abord la véracité des récits qui nous sont faits touchant le commerce -des Incubes et des Succubes avec les hommes et les bêtes, récits -tellement nombreux que ce serait impudence de nier le fait, comme dit S. -Augustin, dont le témoignage est cité ci-dessus (nº 10). Ceci posé, nous -arguons: Là où est la passion propre du sens, là est nécessairement le -sens lui-même, car, suivant les principes philosophiques, la passion -propre découle de la nature, c'est-à-dire que là où sont les actions ou -opérations du sens, là est le sens lui-même, les opérations et actions -n'étant que sa forme extérieure. Or, chez les Incubes et les Succubes -qui nous occupent, on observe des actions, des opérations, des passions -propres qui viennent des sens: donc ils possèdent le sens; mais le sens -ne peut exister sans accompagnement d'organes composites, sans une -combinaison d'âme et de corps: donc ils ont un corps et une âme, et -conséquemment ce seront des animaux; mais leurs actions et opérations -sont aussi celles d'une âme raisonnable: donc leur âme sera raisonnable; -et ainsi, du premier au dernier point, ces Incubes sont des animaux -raisonnables. - -_66. Minor probatur quoad singulas ejus partes. Passio siquidem -appetitiva coitus est passio sensus; moeror, ac tristitia, ac -iracundia et furor ex coitu denegato passiones sensus sunt, ut patet in -quibusvis animalibus; generatio per coitum est operatio sensus, ut notum -est. Hæc porro omnia in Incubis sunt, ut enim probavimus supra a nº 25. -et seq.; ipsi coitum muliebrem, et quandoque virilem appetunt, -tristantur, et furunt, ut amantes, amentes, si ipsis denegetur; coeunt -perfecte et quandoque generant. Concludendum ergo quod polleant sensu, -et proinde corpore; unde inferendum etiam perfecta animalia esse. -Pariter clausis ostiis ac fenestris intrant ubivis locorum: igitur -ipsorum corpus tenue est; item futura prænoscunt, annuntiant, componunt, -ac dividunt; quæ operationes sunt propriæ animæ rationalis: ergo anima -rationali pollent; et ita sunt vera animalia rationalia._ - -66. Notre mineure se démontre facilement par l'analyse. En effet, la -passion appétitive du coït est une passion du sens; le chagrin, la -tristesse, la colère, la fureur causés par le refus de coït sont des -passions du sens, comme on le voit chez tous les animaux; la génération -par le coït est évidemment une opération du sens. Or tout cela s'observe -chez les Incubes, ainsi que nous l'avons prouvé plus haut: ils -sollicitent les femmes, quelquefois même les hommes; éprouvent-ils un -refus, ils s'attristent, se mettent en fureur, comme les amants: -_amantes, amentes_; ils pratiquent parfaitement le coït, et engendrent -quelquefois. Donc il faut conclure qu'ils sont doués de sens, et -conséquemment qu'ils ont un corps; conséquemment aussi, qu'ils sont des -animaux parfaits. Il y a plus: portes et fenêtres closes, ils entrent -partout à leur fantaisie, donc leur corps est subtil; enfin ils -connaissent et annoncent l'avenir, ils composent et ils divisent, toutes -opérations qui sont le propre d'une âme raisonnable, donc ils sont doués -d'une âme raisonnable, et ce sont bien, en réalité, des animaux -raisonnables. - -_Respondent communiter Doctores, quod malus Dæmon est ille qui tales -impudicitias operatur, quod passiones, nempe amorem, tristitiamque -simulat ex coitu denegato, ut animas ad peccandum alliciat, et eas -perdat; et si coit, et generat, hoc est ex semine, et in corpore alieno, -ut dictum fuit supra nº 24._ - -A cela les Docteurs répondent communément que ces actes impurs sont le -fait du Malin Esprit: lui seul simule les passions, l'amour, le chagrin -du refus de coït, afin de faire tomber les âmes dans le péché et de les -perdre; et si parfois il pratique le coït, s'il engendre, c'est d'une -semence et à l'aide d'un corps empruntés, comme il a été dit plus haut -(nº 24). - -_67. Sed contra Incubi nonnulli rem habent cum equis, equabus, aliisque -etiam brutis, quæ si coitum adversentur, male ab ipsis tractantur, ut -quotidiana constat experientia; sed in istis cessat ratio adducta, nempe -quod fingat appetitum coitus, ut animas perdat, cum anima brutorum -damnationis æternæ sit incapax. Præterea amoris et iræ passiones in ipso -contrarios effectus reales producunt. Si enim aut mulier aut brutum -amatum illis morem gerant, optime ab Incubis tractantur; viceversa -pessime habentur, si ex denegato coitu irascantur et furant; et hoc -firmatur quotidiana experientia; ergo in ipsis sunt veræ passiones -sensus. Insuper mali Dæmones, ac incorporei, qui rem habent cum Sagis et -Maleficis, ipsas cogunt ad eorum adorationem, ad denegandam Fidem -Orthodoxam, ad maleficia et scelera enormia perpetranda tanquam pensum -infamis coitus, ut supra nº 11. dictum fuit: nihil horum prætendunt -Incubi, ergo mali Dæmones non sunt. Ulterius malus Dæmon, ut ex Peltano -et Thyreo scribit Guaccius, _Compend. Malef._ lib. 1. c. 19. fol. 128., -ad prolationem nominis Jesu aut Mariæ, ad formationem signi Crucis, ad -approximationem sacrarum Reliquiarum, sive rerum benedictarum, et ad -exorcismos, adjurationes, aut præcepta sacerdotum, aut fugit aut pavet, -concutiturque, et stridet, ut conspicitur quotidie in energumenis, et -constat ex tot historiis, quas recitat Guaccius, ex quibus habetur, quod -in nocturnis ludis Sagarum facto ab aliquo assistentium signo Crucis, -aut pronuntiato nomine Jesu, Diaboli et secum Sagæ omnes disparuerunt. -Sed Incubi ad supradicta nec fugiunt, nec pavent, quandoque cachinnis -exorcismos excipiunt, et quandoque ipsos Exorcistas cædunt, et sacras -vestes discerpunt. Quod si mali Dæmones, utpote a D. N. J. C. domiti, ad -ipsius nomen, Crucem, et res sacras pavent: boni autem Angeli eisdem -rebus gaudent, non tamen homines ad peccata et Dei offensam sollicitant: -Incubi vero sacra non timent, et ad peccata provocant, convincitur ipsos -nec malos Dæmones, nec bonos Angelos esse; sed patet, quod nec homines -sunt, cum tamen ratione utantur. Quid ergo erunt? Si in termino sunt, et -simplices spiritus sunt, erunt aut damnati aut beati: non enim in bona -Theologia dantur puri spiritus viatores. Si damnati, nomen et Crucem -Christi revererentur; si beati, homines ad peccandum non provocarent; -ergo aliud erunt a puris spiritibus; et sic erunt corporati, et -viatores._ - -67. Mais répliquons-nous, il y a des Incubes qui s'attaquent à des -chevaux, à des juments ou à d'autres bêtes, et qui, s'ils les trouvent -rebelles à leur passion, les maltraitent, comme cela se voit tous les -jours: là, pourtant, il n'est plus possible d'avancer que le Démon -simule le désir du coït afin de perdre les âmes, puisque les âmes des -brutes ne sont pas sujettes à damnation éternelle. De plus, l'amour et -la colère produisent chez eux des effets entièrement opposés. Si, en -effet, la femme ou l'animal aimé cèdent à leurs caprices, ces Incubes -les traitent parfaitement; au contraire, il n'est pas de sévices qu'ils -ne leur fassent subir sous l'impression de la colère, de la fureur -causée par le refus de coït: l'expérience de chaque jour le démontre -assez. Donc ces Incubes ont réellement les passions du sens. En outre, -les Malins Esprits, les Démons incorporels qui ont affaire aux Sorcières -et aux Possédées, les contraignent à les adorer, à renier la Foi -Orthodoxe, à commettre des maléfices et des crimes énormes, le tout -comme condition de l'infâme coït, ainsi qu'il a été dit ci-dessus (nº -11): or les Incubes n'exigent rien de pareil, donc ce ne sont pas de -Malins Esprits. Enfin, pour mettre en fuite le mauvais Démon, pour le -faire trembler et frémir, il suffit, comme l'écrit Guaccius, du nom de -Jésus ou de Marie, du signe de la Croix, de l'approche des saintes -reliques ou des objets bénits, des exorcismes, adjurations ou -injonctions des prêtres; c'est ce qu'on voit tous les jours dans le cas -des énergumènes, et Guaccius en rapporte maints exemples tirés des jeux -nocturnes des Sorcières, où, au signe de la Croix formé par l'un des -assistants, au nom de Jésus simplement prononcé, Diables et Sorcières -disparaissent tous ensemble. Les Incubes, au contraire, soumis à ces -épreuves, ne prennent nullement la fuite, ne manifestent aucune frayeur; -parfois même c'est par des ricanements qu'ils accueillent les -exorcismes; il y en a qui battent les Exorcistes eux-mêmes et déchirent -les vêtements sacrés. Or, si les mauvais Démons, subjugués par -Notre-Seigneur Jésus-Christ, tremblent d'effroi au bruit de son nom, à -la vue de la Croix et des objets sacrés; si, d'autre part, les bons -Anges se réjouissent des mêmes choses, sans cependant exciter les hommes -à pécher et à offenser Dieu, tandis que les Incubes, tout en n'ayant -aucune peur des choses sacrées, provoquent au péché: il est clair que -ces Incubes ne sont ni de mauvais Démons, ni de bons Anges; il est clair -également que ce ne sont pas des hommes, encore qu'ils soient doués de -raison. Que seront-ils donc? Si on les suppose arrivés au terme, et de -purs esprits, ils seront damnés ou bienheureux, car, en bonne Théologie, -il n'y a pas de purs esprits en voie de salut. Damnés, ils auraient en -révération le nom et la Croix du Christ; bienheureux, ils ne -provoqueraient pas les hommes au péché; donc ils seront autre chose que -de purs esprits, et, par conséquent, ils auront un corps, et seront dans -la voie du salut. - -_68. Præterea agens materiale non potest agere nisi in passum similiter -materiale; tritum siquidem est axioma philosophorum, quod agens, et -patiens debent communicare in subjecto; nec id quod materiatum est, -potest agere in rem pure spiritualem. Dantur autem agentia naturalia, -quæ agunt contra hujusmodi Dæmones Incubos; sequitur igitur quod isti -materiati, seu corporei sunt. Minor probatur ex iis quæ scribunt -Dioscorides, l. 2. c. 168. et l. 1. c. 100., Plinius, lib. 15. c. 4., -Aristoteles, _Probl. 34._, et Apuleius, _l. De Virtute Herbarum_, apud -Guaccium, _Comp. Malef._, l. 3. c. 13. fol. 316., et confirmatur -experientia, nempe de pluribus herbis, lapidibus ac animalibus, quæ -Dæmones depellunt, ut ruta, hypericon, verbena, scordium, palma Christi, -centaureum, adamas, corallium, gagates, jaspis, pellis capitis lupi aut -asini, menstruum muliebre, et centum alia; unde habetur 26, q. 7. cap. -final.: _Dæmonium sustinenti liceat petras, vel herbas habere sine -incantatione_. Ex quo habetur, petras aut herbas posse sua vi naturali -Dæmonis vires compescere, aliter Canon hoc non permitteret, sed ut -superstitiosum vetaret. Et de hoc luculentum exemplum habemus in Sacra -Scriptura, ubi Angelus Raphael dixit Tobiæ, c. 6. v. 8.: _cordis ejus_ -(nempe piscis, quem a Tigri attraxerat) _particulam, si super carbones -ponas, fumus ejus extricat omne genus Dæmoniorum_. Et ejus virtutem -experientia comprobavit: nam incenso jecore piscis, fugatus est Incubus, -qui Saram deperiebat._ - -68. Observons aussi qu'un agent matériel ne peut agir que sur un passif -également matériel. C'est, en effet, un axiome philosophique bien connu, -que l'agent et le patient doivent avoir un sujet commun: ce qui est -purement matière ne peut agir sur un objet purement spirituel. Or, il y -a des agents naturels qui agissent contre les Démons Incubes en -question; il s'ensuit donc que ces Incubes sont matériels, ou corporels. -Notre mineure est prouvée par les témoignages de Dioscoride, de Pline, -d'Aristote et d'Apulée, cités par Guaccius, _Comp. Malef._, l. 3, chap. -13, fol. 316; elle est confirmée par la connaissance que nous avons de -plusieurs herbes, pierres et substances animales qui ont la vertu de -chasser les Démons, comme la rue, le mille-pertuis, la verveine, la -germandrée, le palma-christi, la centaurée, le diamant, le corail, le -jais, le jaspe, la peau de la tête du loup ou de l'âne, les menstrues -des femmes et cent autres: pour quoi il est écrit: _A celui qui soutient -l'assaut du Démon, il est permis d'avoir des pierres, ou des herbes, -mais sans recourir aux enchantements_. D'où il résulte que les pierres -ou les herbes peuvent, par leur vertu naturelle, maîtriser l'effort du -Démon: autrement le Canon susvisé n'en permettrait pas l'emploi, et -l'interdirait au contraire comme superstitieux. Un exemple éclatant de -ce fait est celui que nous trouvons dans la Sainte Écriture, où l'Ange -Raphaël dit à Tobie, ch. 6, v. 8, en parlant du poisson qu'il avait -péché dans le Tigre: «_Si tu jettes sur des charbons une parcelle de son -foie, la fumée fera fuir toute espèce de Démons._» L'expérience démontra -la vérité de ces paroles, car le foie du poisson ne fut pas plus tôt -livré au feu, que l'Incube amoureux de Sara prit la fuite et disparut -pour ne plus revenir. - -_69. Respondent ad hæc communiter Theologi, quod talia agentia naturalia -inchoative tantum fugant Dæmonem, completive autem vis supernaturalis -Dei aut Angeli, ita ut virtus supernaturalis sit causa primaria, -directa, et principalis, naturalis autem secondaria, indirecta, et minus -principalis. Unde ab probationem, quæ supra adducta est de Dæmone fugato -a fumo jecoris piscis incensi a Tobia, respondet Vallesius, _De Sac. -Philosoph._, c. 28., quod tali fumo indita fuit a Deo vis supernaturalis -fugandi Incubum, sicut igni materiali Inferni data est virtus torquendi -Dæmones et animas Damnatorum. Ad eamdem autem probationem respondet -Lyranus, et Cornelius ad c. 6. Tob. v. 8., Abulentis in 1. Reg. c. 16. -q. 46., Pererius in _Daniel._, pag. 272., apud Cornel. _loc. cit._, -fumum cordis piscis expulisse Dæmonem inchoate vi naturali, sed complete -vi angelica et coelesti: naturali autem impediendo actionem Dæmonis -per dispositionem contrariam, quia hic agit per naturales causas et -humores, quorum qualitates expugnantur a qualitatibus contrariis rerum -naturalium, quæ dicuntur Dæmones fugare; et in eadem sententia sunt -omnes loquentes de arte exorcista._ - -69. A cela les Théologiens répondent d'ordinaire que ces agents naturels -chassent bien le Démon, mais seulement inchoativement, et que l'effet -complétif est dû à la force surnaturelle de Dieu ou de l'Ange: de telle -sorte que la force surnaturelle est la cause première, directe et -principale, la force naturelle n'étant que secondaire, indirecte et -subordonnée. Ainsi, pour expliquer comment la fumée du foie de ce -poisson brûlé par Tobie put mettre le Démon en fuite, Vallesius allègue -que cette fumée avait reçu de Dieu le pouvoir surnaturel de chasser -l'Incube, de même que le feu matériel de l'Enfer a le pouvoir de -torturer les Démons et les âmes des Damnés. D'autres, comme Lyranus et -Cornelius, enseignent que la fumée du coeur du poisson a chassé le -Démon inchoativement par vertu naturelle, mais complétivement par vertu -angélique et céleste: par vertu naturelle, en opposant à l'action du -Démon une action contraire, car l'Esprit Malin met en oeuvre des -causes et des humeurs naturelles, dont les qualités sont combattues par -les qualités contraires de choses naturelles que l'on sait capables de -chasser les Démons; et cette opinion est partagée par tous les auteurs -qui traitent de l'art des exorcismes. - -_70. Sed hæc responsio, que tamen validas habet instantias, ad plus -quadrare potest contra malos Dæmones obsidentes corpora, aut per -maleficia inferentes ipsis ægritudines, aut alia incommoda, sed nullo -modo facit ad propositum de Incubis: siquidem isti nec corpora obsident, -nec ipsis officiunt per ægritudines habituales, sed ad plus ictibus et -percussionibus torquent. Quod si equas coitum adversantes macras -reddunt, hoc faciunt subducendo illis cibum, et hoc modo macrescere, et -tandem interire eas faciunt. Ad hæc autem patranda non eget Incubus -alicujus rei naturalis applicatione (qua tamen eget malus Dæmon inferens -ægritudinem habitualem), ea enim potest ex sua vi organica naturali. -Pariter Dæmon malus plerumque obsidet corpora, et infert ægritudines ad -signa cum ipso conventa et posita a Saga aut Malefico, quæ signa -multoties res naturales sunt, præditæ vi nativa nocendi, quibus -naturaliter resistunt alia pariter naturalia contrariæ virtutis. Incubus -vero non sic; quia ex se, et nulla concurrente aut Saga aut Malefico, -suas vexationes infert. Præterea res naturales fugantes Incubos suam -virtutem exercent, ac effectum sortiuntur absque interventu alicujus -exorcismi aut sacræ benedictionis; ut proinde dici non possit, quod fuga -Incubi inchoative sit a virtute naturali, completive autem a vi divina, -quia ibi nulla particularis intervenit divini nominis invocatio, sed est -purus effectus rei naturalis, ad quem non concurrit Deus, nisi concursu -universali, tanquam auctor naturæ, et causa universalis, et prima in -ordine efficientium._ - -70. Mais cette explication, si plausibles que soient les faits sur -lesquels elle se fonde, peut tout au plus être admise à l'égard des -Esprits Malins qui obsèdent les corps ou, au moyen de maléfices, leur -communiquent des maladies ou autres infirmités. En ce qui est des -Incubes, elle manque absolument de portée. Ceux-ci, en effet, n'obsèdent -pas les corps; ils ne leur communiquent pas de maladies, et leur -méchanceté se borne à des coups, à des mauvais traitements. S'ils font -maigrir les juments qui se refusent au coït, c'est en leur enlevant leur -nourriture, par suite de quoi elles dépérissent et finissent par mourir. -Pour ce faire, l'Incube n'a pas besoin d'employer un agent naturel, -comme l'Esprit Malin lorsqu'il veut communiquer une maladie: il lui -suffit d'exercer sa force organique naturelle. De même, quand l'Esprit -Malin obsède les corps et leur communique des maladies, c'est le plus -souvent à l'aide de signes convenus avec lui et disposés par une -sorcière ou un sorcier, lesquels signes sont généralement des choses -naturelles, ayant en elles-mêmes vertu de nuire, auxquelles on oppose -naturellement d'autres choses également naturelles et douées de vertu -contraire. L'Incube, lui, procède différemment: c'est de lui-même, et -sans le concours d'aucun sorcier ou sorcière, qu'il inflige les mauvais -traitements. En outre, les choses naturelles qui mettent les Incubes en -fuite, exercent leur vertu et produisent ce résultat sans l'intervention -d'aucun exorcisme ou bénédiction; on ne saurait dire par conséquent que -l'Incube soit chassé inchoativement par vertu naturelle et -complétivement par force divine, puisqu'il n'y a ici aucune invocation -du nom divin, mais effet pur et simple d'une chose naturelle, auquel -Dieu ne concourt qu'à titre d'agent universel, comme auteur de la -nature, cause universelle et première dans l'ordre des efficientes. - -_71. Duas circa hoc historias do, quarum primam habui a Confessario -Monialium, viro gravi, ac fide dignissimo. Alterius vero sum testis -oculatus._ - -71. Voici à ce sujet deux histoires: je tiens la première d'un -Confesseur de Nonnes, homme grave et très-digne de foi; quant à la -seconde, j'en suis témoin oculaire. - -_In quodam Sanctimonalium monasterio degebat ad educationem Virgo quædam -nobilis tentata ab Incubo, qui diu noctuque ipsi apparebat, ipsam ad -coitum sollicitando eniximis precibus, tamquam amasius præ amore -dementatus; ipsa tamen semper restitit tentanti gratia Dei, ac -sacramentorum frequentia roborata. Incassum abiere plures devotiones, -jejunia et vota facta a puella vexata, exorcismi, benedictiones, et -præcepta ab exorcistis facta Incubo, ut desisteret a molestia illa; nec -quidquam proficiebatur multitudo reliquiarum, aliarumque rerum -benedictarum disposita in camera virginis tentatæ, nec benedictæ candelæ -noctu ibidem ardentes impediebant, quominus juxta consuetum appareret ad -tentandum in forma speciosissimi juvenis. Consultas inter alios viros -doctos fuit quidam Theologus magnæ eruditionis: iste advertens virginem -tentatam esse temperamenti phlegmatici a toto, conjectavit Incubum esse -dæmonem aqueum (dantur enim ut scribit Guaccius, _Comp. Malefic._ l. 1. -c. 19. fol. 129., Dæmones ignei, ærei, phlegmatici, terrei, subterranei, -et lucifugi), et consuluit quod in camera virginis tentatæ continue -fieret suffimentum vaporosum sequens. Requirunt ollam novam figulinam -vitreatam; in hac ponitur calami aromatici, cubebarum seminis, -aristolochiæ utriusque radicum, cardamomi majoris et minoris, -gingiberis, piperis longi, caryophyllorum, cinnamomi, canellæ -caryophyllatæ, macis, nucum myristicarum, styracis calamitæ, benzoini, -ligni ac radicis rodiæ, ligni aloes, triasantalorum una uncia, semiaquæ -vitæ libræ tres; ponitur olla supra cineres calidas ut vapor suffimenti -ascendat, et cella clausa tenetur. Facto suffimento advenit denuo -Incubus, sed ingredi cellam nunquam ausus est: sed si tentata extra eam -ibat, et per viridarium ac claustra spatiabatur, aliis invisibilis sibi -visus apparebat Incubus, et puellæ collo injectis brachiis violenter, ac -quasi furtive oscula rapiebat: quod molestissimum honestæ virgini erat. -Consultus denuo Theologus ille ordinavit puellæ, ut deferret pixidulas -unguentarias exquisitorum odorum, ut moschi, ambræ, zibetti, balsami -Peruviani, ac aliorum compositorum; quod cum fecisset, deambulanti per -viridarium puellæ apparuit Incubus faci minaci, ac furenti; non tamen ad -illam approximavit, sed digitum sibi momordit tanquam meditans -vindictam; tandem disparuit, nec amplius ab ea visus fuit._ - -Dans un monastère de saintes Religieuses vivait comme pensionnaire une -jeune vierge de noble famille, laquelle était tentée par un Incube qui -lui apparaissait jour et nuit, et, avec les plus instantes prières, avec -les allures de l'amant le plus passionné, la sollicitait sans cesse au -péché: elle cependant, soutenue par la grâce de Dieu et la fréquentation -des sacrements, demeurait ferme dans sa résistance. Mais malgré toutes -ses dévotions, ses jeûnes, ses voeux; malgré les exorcismes, les -bénédictions, les injonctions faites par les exorcistes à l'Incube de -renoncer à ses persécutions; en dépit de la multitude de reliques et -autres objets sacrés accumulés dans la chambre de la jeune fille, des -flambeaux ardents qu'on y entretenait toute la nuit, l'Incube n'en -persistait pas moins à lui apparaître comme de coutume sous la forme -d'un très-beau jeune homme. Enfin, parmi les doctes personnages -consultés à ce propos, se trouva un Théologien d'une grande érudition: -lequel, observant que la jeune fille tentée était d'un tempérament tout -à fait flegmatique, conjectura que cet Incube devait être un démon -aqueux (il y a en effet, comme en témoigne Guaccius, des démons ignés, -aériens, flegmatiques, terrestres, souterrains, ennemis du jour), et -ordonna qu'on fît immédiatement dans la chambre de la jeune fille une -fumigation de vapeur. On apporte en conséquence une marmite neuve en -terre transparente; on y met une once de canne aromatique, de poivre -cubèbe, de racines d'aristoloche des deux espèces, de cardamome grand et -petit, de gingembre, de poivre long, de caryophylles, de cinnamome, de -canelle caryophyllée, de macis, de noix muscades, de storax calamite, de -benjoin, de bois d'aloès, et de trisanthes, le tout dans trois livres -d'eau-de-vie demi-pure; on place la marmite sur des cendres chaudes, -afin de faire monter la vapeur fumigante, et l'on tient la chambre -close. La fumigation faite arrive l'Incube, mais qui, cette fois, n'osa -jamais pénétrer dans la chambre; seulement, si la jeune fille en sortait -pour se promener dans le jardin ou dans le cloître, il lui apparaissait -aussitôt tout en restant invisible aux autres, et lui jetant ses bras -autour du cou, lui dérobait ou plutôt lui arrachait des baisers, ce qui -faisait cruellement souffrir cette honnête pucelle. Enfin, après -nouvelle consultation, notre Théologien ordonna à la jeune fille de -porter sur elle de petites boulettes composées de parfums exquis, tels -que musc, ambre, civette, baume du Pérou et autres. Ainsi munie, elle -s'en alla se promener dans le jardin où sur-le-champ lui apparut -l'Incube, furieux et menaçant; toutefois il n'osa point l'approcher, et -après s'être mordillé le doigt, comme s'il méditait une vengeance, il -disparut pour ne plus revenir. - -_72. Alia historia est, quod in Conventu Magnæ Cartusiæ Ticinensis, fuit -quidam Diaconus, nomine dictus Augustinus, maximas, ac inauditas, et -pene incredibiles sustinens a quodam Dæmone vexationes; quæ tolli nullo -remedio spirituali (quamvis plura juxta plures exorcistas, qui -liberationem, sed incassum tentarunt, fuissent adhibita) potuerunt. Me -consuluit illius Conventus vicarius, qui curam divexati, utpote Clerici -ex officio habebat. Ego videns frustranea fuisse consueta exorcismorum -remedia, exemplo historiæ suprarecensitæ consului suffimentum simile -superiori, utque divexatus pixidulas odoramentorum supradictas deferret; -et quia tabacchi usum habebat, et aqua vitæ delectabatur, suasi, ut et -tabaccho et aqua vitæ moschata uteretur. Dæmon illi apparebat diu, -noctuque ultra alias species, puta scheleti, suis, asini, Angeli, avis, -modo in forma unius, modo alterius ex suis Religiosis, et semel in forma -sui Prælati, nempe Prioris, qui hortatus est vexatum ad puritatem -conscientiæ, ad confidentiam in Deum, et ad frequentiam confessionis; -suasit ut sibi sacramentalem confessionem faceret, quod etiam fecit; et -expost Psalmos _Exsurgat Deus_ et _Qui habitat_, et mox Evangelium S. -Joannis simul cum vexato recitavit, et ad ea verba _Verbum caro factum -est_ genuflexit, et accepta stola, quæ in cella erat, et aspergillo aquæ -benedictæ benedixit cellæ, ac lecto vexati, et ac si revera fuisset -ipsius Prior præceptum fecit Dæmoni, ne auderet illum suum subditum -amplius divexare, et post hæc disparuit, sicque prodidit quisnam esset: -aliter vexatus illum suum Prælatum esse reputaverat. Postquam igitur -suffimentum, ac odores, ut supra dictum est, consulueram, non destitit -Dæmon juxta solitum apparere; imo assumpta figura vexati fuit ad cameram -Vicarii, et ab eo petiit aquam vitæ, ac tabaccum moschatum, dicens sibi -talia valde placere. Vicarius utrumque illi dedit: quibus acceptis -disparuit in momento, quo facto cognovit Vicarius se fuisse illusum a -Dæmone tali pacto: quod magis confirmavit assertum vexati, qui cum -juramento affirmavit, se illa die nullo modo fuisse in cella Vicarii. -Iste mihi totum retulit, et ex tali facto conjeci Dæmonem illum non -fuisse aqueum, ut erat Incubus, qui virginem ad coitum sollicitabat, ut -dictum supra est, sed igneum, vel ad minus æreum, ex quo gaudebat -vaporibus, ac odoribus, tabacco, et aqua vitæ, quæ calida sunt. Et -conjecturæ vim addidit temperamentum divexati, quod erat colericum quo -ad prædominium cum subdominio, tamen sanguineo. Dæmones enim tales non -accedunt nisi ad eos, qui secum in temperamento symbolizant; ex quo -validatur opinio mea de illorum corporeitate. Unde suasi Vicario, ut -acciperet herbas natura frigidas, ut nymphæam, hepaticam, portulacam, -mandragoram, sempervivam, plantaginem, hyoscyamum, et alias similes, et -ex iis compositum fasciculum fenestræ, alium ostio cellæ suspenderet; -similibusque herbis, tum cameram, tum lectum divexati sterneret. Mirum -dictu! comparuit denuo Dæmon, manens tamen extra cameram, nec ingredi -voluit, et cum divexatus illum interrogasset, quare de more intrare non -auderet, multis verbis injuriosis jactatis contra me, qui talia -consulueram, disparuit, nec amplius reversus est._ - -72. Voici l'autre histoire: dans le Couvent de la Grande Chartreuse de -Pavie vivait un Diacre nommé Augustin, lequel était en butte, de la part -de certain démon, à des vexations excessives, inouïes et presque -incroyables; plusieurs exorcistes avaient tenté en vain de le délivrer: -tous les remèdes spirituels étaient restés sans effet. Le Vicaire du -couvent, qui avait la charge spirituelle de ce pauvre clerc, vint me -consulter. Moi, voyant l'inefficacité des exorcismes ordinaires, et me -rappelant l'exemple ci-dessus rapporté, je conseillai une fumigation de -parfums semblable à celle dont il a été question, et ordonnai au diacre -de porter sur lui des boulettes odoriférantes de même nature; de plus, -comme il avait l'usage du tabac et qu'il aimait beaucoup l'eau-de-vie, -je lui recommandai le tabac et l'eau-de-vie musquée. Le démon lui -apparaissait sous différentes formes: squelette, cochon, âne, Ange, -oiseau; ou bien il empruntait les traits de quelques Religieux du -couvent; une fois même ce fut son propre Abbé ou Prieur, lequel -l'exhorta à purifier sa conscience, à se confier en Dieu, à user -fréquemment de la confession; il lui persuada de lui faire sa confession -sacramentelle, récita avec lui les psaumes _Exsurgat Deus_ et _Qui -habitat_, et l'Évangile de Saint Jean: aux mots _Verbum caro factum est_ -il fléchit le genou, puis saisissant une étole qui était dans la cellule -et le goupillon d'eau bénite, il bénit la cellule et le lit, et, comme -s'il eût été réellement le Prieur, il enjoignit au démon de ne plus oser -à l'avenir tourmenter son subordonné: après quoi il disparut, trahissant -ainsi ce qu'il était, car autrement le jeune diacre le prenait pour son -véritable Prieur. Or, nonobstant les fumigations et les parfums que -j'avais conseillés, ce démon n'en continua pas moins ses obsessions; -bien plus, il revêtit les traits de sa victime pour se présenter chez le -Vicaire, auquel il demanda de l'eau-de-vie et du tabac musqué, choses -qu'il aimait, disait-il, passionnément. Ayant obtenu l'un et l'autre, il -disparut en un clin d'oeil, montrant ainsi au Vicaire qu'il avait été -le jouet du Démon: et ceci fut amplement confirmé par le Diacre, qui -affirma avec serment qu'il n'était pas allé ce jour-là dans la cellule -du Vicaire. Le tout me fut rapporté, d'où je conclus que loin d'être -aqueux, comme l'Incube amoureux de la jeune fille dont il a été parlé -plus haut, ce démon était igné ou tout au moins aérien, puisqu'il se -délectait de substances chaudes, comme vapeurs, parfums, tabac et -eau-de-vie. Le tempérament du jeune diacre, bilieux et sanguin, mais où -le bilieux l'emportait, ne fit que fortifier mes conjectures, car ces -démons ne s'attaquent jamais qu'à ceux dont le tempérament est conforme -au leur: nouvelle preuve de la vérité de mon opinion sur leur -corporéité. Je recommandai en conséquence au Vicaire de faire prendre à -son pénitent des herbes froides de leur nature, telles que nénuphar, -hépatique, euphorbe, mandragore, joubarde, plantain, jusquiame, et -autres semblables, pour en composer deux faisceaux dont il suspendrait -l'un à la fenêtre, l'autre à la porte de la cellule, ayant soin -également d'en joncher sa chambre et son lit. Chose prodigieuse! le -Démon apparut encore, mais en restant hors de la cellule, sans vouloir -entrer; et comme le diacre lui demandait la cause de cette réserve -inusitée, pour toute réponse il se répandit en injures contre moi qui -avais conseillé ces moyens de défense, puis il disparut et jamais plus -ne revint. - -_73. Ex his duabus historiis apparet tales odores, et herbas respective -sua naturali virtute, nullaque interveniente vi supernaturali Dæmones -propulisse; unde convincitur quod Incubi patiuntur a qualitatibus -materialibus, ut proinde concludi debeat, quod communicant in materia -cum iis rebus naturalibus, a quibus fugantur, et ex consequenti corpore -sint præditi, quod est intentum._ - -73. Ces deux histoires établissent clairement la mise en fuite des -Démons par la seule vertu naturelle des herbes ou des parfums, suivant -le cas, sans nulle intervention de force surnaturelle; donc les Incubes -sont sujets à être affectés par des qualités matérielles; donc ils -participent de la matière de ces mêmes choses naturelles qui ont le -pouvoir de les mettre en fuite, et conséquemment ils ont un corps, ce -que nous voulons démontrer. - -_74. Et magis conclusio firmatur, si impugnetur sententia Doctorum -supracitatorum, dicentium, Incubum abactum a Sara fuisse vi Angeli -Raphaelis, non vero jecoris piscis callionymi, qualis fuit piscis a -Tobia apprehensus ad ripam Tigris, ut cum Vallesio, _Sacr. Philos._, c. -42., scribit Cornelius a Lap. _in Tob._ c. 6., v. 2., _§ Quarto ergo_: -salva enim tantorum Doctorum reverentia, talis expositio manifeste -adversatur sensui patenti Textus, a quo nullo modo recedendum est -dummodo non sequantur absurda. En verba Angeli ad Tobiam: «_Cordis ejus -particulam, si super carbones ponas, fumus ejus extricat omne genus -Dæmoniorum, sive a viro, sive a muliere, ita ut ultra non accedant ad -eos, et fel valet ad unguendos oculos, in quibus fuerit albugo, et -sanabuntur._» (_Tob._, c. 6. v. 8. et 9.) Notetur, quæso, assertio -Angeli absoluta, et universalis de virtute cordis, seu jecoris, et -fellis illius piscis: non enim dicit: _Si pones particulas cordis ejus -super carbones, fugabis omne genus Dæmoniorum, et si felle unges oculos, -in quibus fuerit albugo, sanabuntur_: si enim ita dixisset congrua esset -expositio, quod nempe Raphael supernaturali sua virtute illos effectus -patrasset, ad quos perficiendos inepta esset applicatio fumi, et fellis: -sed non ita loquitur, sed ait talem esse virtutem fumi, et fellis -absolute._ - -74. Mais, pour mieux asseoir notre conclusion, il convient de signaler -l'erreur où sont tombés certains docteurs, comme Vallesius et Cornelius -a Lapide, quand ils prétendent que Sara fut délivrée de l'Incube par la -vertu de l'Ange Raphaël, et non par celle du foie de ce poisson -callionyme que Tobie avait pris sur les bords du Tigre. En effet, sauf -le respect dû à de si grands docteurs, une telle interprétation est -évidemment contraire au sens précis du Texte, dont il n'est jamais -permis de s'écarter tant qu'il ne conduit pas à l'absurde. Or, voici les -paroles de l'Ange à Tobie: «_Si tu jettes sur des charbons une parcelle -de son foie, la fumée fait fuir toute espèce de Démons, et le possédé, -homme ou femme, en est débarrassé pour toujours; quant à son fiel, il -est souverain pour la guérison des yeux atteints d'albugo._» (_Tobie_, -c. 6., v. 8 et 9.) Notez, je vous prie, que cette assertion de l'Ange -touchant la vertu du coeur ou du foie et du fiel de ce poisson, est -absolue, universelle; car il ne dit pas: «_Si tu jettes sur des charbons -des parcelles de son foie, tu feras fuir toute espèce de Démons, et si -tu appliques son fiel sur des yeux atteints d'albugo, ils seront -guéris._» S'il eût dit cela, j'admettrais avec les commentateurs que -Raphaël eût réalisé, par sa propre vertu surnaturelle, les effets que la -simple application de la fumée et du fiel était impuissante à produire: -mais il ne parle pas ainsi, il dit au contraire, et d'une façon absolue, -que telle est la vertu de la fumée et du fiel. - -_75. Quæro modo, an Angelus veritatem puram dixerit de virtute rerum, an -mentiri potuerit; pariter an albugo ab oculis Tobiæ senioris ablata sit -vi naturali fellis piscis, aut virtute supernaturali Angeli Raphaelis? -Angelum mentiri potuisse blasphemia hæreticalis est; sequitur igitur -puram veritatem fuisse ab eo assertam; talis autem non esset, si omne -genus Dæmoniorum non extricaretur a fumo jecoris piscis nisi addita vi -supernaturali Angeli, maxime, si hæc esset causa principalis talis -effectus, quemadmodum scribunt de hoc casu Doctores. Mentiretur absque -dubio medicus qui diceret, talis herba curat taliter pleuritidem, sive -epilepsiam, ut amplius non revertatur: si herba illa non curaret illas -ægritudines nisi inchoate, et perfecta illarum sanatio esset ab alia -herba conjuncta priori; sic pari modo mentitus fuisset Raphael asserens -fumum jecoris extricare omne genus Dæmoniorum ita ut ultra non accedant, -si talis effectus esset a fumo solum inchoate, principaliter vero, et -perfecte a virtute Angeli. Præterea talis fuga Dæmonis, vel secutura -erat universaliter, et semper posito jecore piscis super carbones a -quoquam, vel debebat sequi in illo solummodo casu particulari, jecore -incusso a juniore Tobia. Si primum, ergo oportet, quod cuicumque talem -fumum per accensionem jecoris paranti, assistat Angelus qui -supernaturali virtute Dæmonem miraculose abigat regulariter; et hoc est -absurdum; ad positionem enim rei naturalis deberet regulariter sequi -miraculum, quod est incongruum, et si absque Angeli operatione fuga -Dæmonis non sequeretur, mentitus fuisset Raphael asserens eam esse -virtutem jecoris. Si autem effectus ille sequi non debeat, nisi in illo -casu particulari, mentitus fuisset Angelus enuncians universaliter -virtutem piscis, in fugando omni Dæmoniorum genere, quod non est -dicendum._ - -75. On demandera si l'Ange a dit la vérité pure de la vertu des choses, -ou s'il a pu mentir; et pareillement, si l'albugo a été enlevée des yeux -du vieux Tobie par l'effet du fiel du poisson, ou par la vertu -surnaturelle de l'Ange Raphaël? Dire que l'Ange a pu mentir serait -blasphème et hérésie, donc il a exprimé la vérité pure; mais ce ne -serait plus cette vérité si toute espèce de démons n'était pas chassée -par la fumée du foie du poisson sans l'intervention de la force -surnaturelle de l'Ange, et surtout si cette intervention était la cause -principale de l'effet produit. Le médecin qui dirait: telle herbe guérit -radicalement la pleurésie ou l'épilepsie, mentirait sans aucun doute si -cette herbe ne guérissait que d'une façon inchoative et si, pour obtenir -la parfaite guérison, il fallait ajouter une autre herbe à la première; -de même que Raphaël aurait menti en affirmant que la fumée du foie -chassait toute sorte de démons, sans qu'ils pussent revenir, si ce -résultat était obtenu par la fumée d'une façon inchoative seulement, et -principalement, complétement, par la vertu de l'Ange. En outre, ce -phénomène de la mise en fuite du démon devait se produire -universellement et par le seul fait du placement par n'importe qui du -foie du poisson sur des charbons ardents, ou bien il ne devait se -produire que dans ce seul cas particulier, à savoir du placement du foie -par le jeune Tobie. En admettant la première hypothèse, il faut supposer -que toute personne à qui il plaira de faire cette fumée en brûlant le -foie, sera assistée d'un Ange pour chasser le Démon, par sa vertu -surnaturelle, miraculeusement et régulièrement tout ensemble: ce qui est -absurde, car, ou les mots n'ont plus de sens, ou un fait naturel ne -saurait être régulièrement suivi de miracle; et si le Démon n'était pas -mis en fuite sans le secours de l'Ange, Raphaël aurait menti en -affirmant que le foie avait cette vertu. Si au contraire l'effet en -question ne devait se produire que dans ce cas particulier, Raphaël -aurait encore menti en attribuant à ce poisson, d'une manière générale -et absolue, la propriété de mettre en fuite le Démon: or, que l'Ange ait -menti, cela ne se peut dire. - -_76. Ulterius albugo oculorum detracta est ab oculis Tobiæ senioris, et -ipsius cæcitas sanata est a virtute naturali fellis piscis illius, ut -Doctores affirmant (Liran. Dyonisius; et Seraci. _apud Cornel. in -Tobi._, c. 6. v. 9). Piscis enim Callionymus, qui vocatur Italice _bocca -in capo_, et quo usus est Tobias, fel habet pro celeberrimo remedio ad -detegendas albugines oculorum, ut scribunt concorditer Dioscorides, l. -1. c. 96., Galenus, _De Simpl. Medicam._, Plinius, l. 32. c. 7., -Aclanius, _De Ver. Histor._, l. 13. c. 14. et Vallesius, _De Sacr. -Philos._, c. 47. Textus Græcus _Tobiæ_, c. 11. v. 13., habet: -«_Inspersit fel super oculos patris sui, dicens: Confide, Pater; ut -autem erosi sunt, detrivit oculos suos, et disquamatæ sunt ab angulis -oculorum albugines._» Cum igitur eodem contextu Angelus aperuerit Tobiæ -virtutem jecoris, et fellis piscis, et hoc sua naturali virtute -cæcitatem Tobiæ senioris curaverit, concludendum est, quod etiam fumus -jecoris sua naturali vi Incubum fugaverit: quod concludenter confirmatur -a Textu Græco, qui ad _Tobiæ_ c. 8. v. 2., ubi Vulgata habet: «_Partem -jecoris posuit super carbones vivos_», sic habet: «_Accepit cinerem, -sive prunam thimiamatum, et imposuit cor piscis, et hepar, fumumque -fecit, et quando odoratus est Dæmon odores, fugit._» Et Textus Hebraicus -ita cantat: «_Percepit Asmodeus odorem, et fugit._» Ex quibus textibus -apparet, quod Dæmon fugit ad perceptionem fumi, sibi contrarii, ac -nocentis, non autem a virtute Angeli supernaturali. Quod si in tali -liberatione Saræ ab impetitione Incubi Asmodei, ultra fumum jecoris -intervenit operatio Raphaelis, hoc fuit in alligatione Dæmonis in -deserto superioris Ægypti, ut dicitur c. 8. v. 3. _Tobiæ_; fumus quippe -jecoris nequibat in tanta distantia agere in Dæmonem, aut illum -alligare. Quod inservire potest pro concordia supracitatorum Doctorum -(qui voluerunt Saram perfecte liberatam a Dæmone virtute Raphaelis) cum -sententia, quam tuemur: dico enim, quod ipsi senserint, quod perfecta -curatio Saræ a Dæmone fuerit in alligatione ejus in deserto, quæ fuit ab -Angelo, quod et nos concedimus; sed extricatio, sive fugatio ejusdem a -cubiculo Saræ fuerit a vi innativa jecoris piscis, quod nos tuemur._ - -76. Passons maintenant au vieux Tobie: l'albugo a été enlevée de ses -yeux et sa cécité guérie par la vertu naturelle du fiel de ce même -poisson, comme l'affirment les Docteurs. En effet le poisson callionyme, -appelé en Italien _bocca in capo_, et dont s'est servi Tobie, possède un -fiel très-renommé pour la guérison de l'albugo: là-dessus, tout le monde -est d'accord, Dioscoride, Galien, Pline, Aclanius, Vallesius, etc. Le -texte Grec de _Tobie_. c. 11, v. 13, porte ce qui suit: «_Il répandit le -fiel sur les yeux de son père en disant: Ayez confiance, mon père; et -comme il y avait érosion, il lui frotta les yeux et enleva l'albugo par -écailles aux angles des paupières._» Or, puisque, d'après le même texte, -l'Ange a révélé à Tobie la vertu du foie et du fiel du poisson, et que -le fiel, par sa vertu naturelle, a guéri la cécité du vieux Tobie, il -faut en conclure que c'est également par sa force naturelle que la fumée -du foie a mis en fuite l'Incube. Et ceci est confirmé d'une façon -concluante par le texte Grec, qui, dans _Tobie_, c. 8., v. 2, au lieu de -cette leçon de la Vulgate: «_Il jeta des charbons ardents_,» porte tout -au long: «_Il prit de la cendre ou de la braise de parfums, y mit le -coeur et le foie du poisson, et fit de la fumée: le Démon n'eut pas -plutôt senti l'odeur, qu'il s'enfuit._» Quant au texte Hébreu, il dit: -«_Asmodée sentit l'odeur et s'enfuit._» De tous ces textes, il résulte -que le Démon s'est sauvé pour avoir senti une fumée qui lui était -contraire et nuisible, et nullement par l'effet de la vertu surnaturelle -de l'Ange. Que si, dans cette délivrance de Sara des poursuites de -l'Incube Asmodée, l'opération de la fumée du foie fut suivie d'une -intervention de Raphaël, ce fut pour enchaîner le Démon dans le désert -de la Haute-Égypte, comme il est dit dans _Tobie_, c. 8, v. 3; car, à -une si grande distance, la fumée du foie ne pouvait agir sur le Démon, -ni l'enchaîner. Et ici nous avons un moyen de concilier notre opinion -avec celle des docteurs cités plus haut, lesquels attribuent la -délivrance parfaite de Sara à l'opération de Raphaël: en effet, pour ces -docteurs, Sara ne fut parfaitement guérie qu'après que le Démon eut été -enchaîné dans le désert, ce qui fut l'oeuvre de l'Ange, et nous le -concédons; mais la délivrance proprement dite, l'expulsion de la chambre -à coucher de Sara, ce fut, nous le maintenons, l'effet direct de la -vertu native du foie du poisson. - -_77. Probatur tertio principaliter nostra conclusio de existentia talium -animalium, seu de Incuborum corporeitate, ex auctoritate D. Hieronymi, -_in vita S. Pauli primi Eremitæ_. Refert is D. Antonium iter per -desertum arripuisse, ut ad visendum D. Paulum perveniret, et post -nonnullas diætas itineris Centaurum reperiisse, a quo cum fuisset -percontatus mansionem D. Pauli, et ille barbarum quid infrendens potius, -quam proloquens, dextræ protensione manus iter D. Antonio demonstrasset, -in sylvam se abdidit cursu concitatissimo. Prosecutus iter S. Abbas in -quadam valle invenit haud grandem quemdam homunculum, aduncis manibus, -fronte cornibus asperata, cujus extrema pars corporis in caprarum pedes -desinebat. Ad ejus aspectum substitit Antonius, et timens Diaboli artes -signo Sanctæ Crucis se munivit. Ad tale signum nec fugit, nec metuit -homuncio ille, immo ad sanctum senem actu humili appropinquans palmarum -fructus ad viaticum quasi pacis obsides illi offerebat. Tum B. Antonius -quisnam esset interrogans, hoc ab eo responsum accepit: «_Mortalis ego -sum, et unus ex accolis Eremi, quos vario errore delusa Gentilitas -Faunos, Satyros, et Incubos vocans colit; legatione fungor gregis mei; -precamur, ut pro nobis communem Deum depreceris, quem pro salute mundi -venisse cognovimus, et universam terram exiit sonus ejus._» Ad quæ -gaudens D. Antonius de gloria Christi, conversus ad Alexandriam, et -baculo terram percutiens, ait: «_Veh tibi, Civitas meretrix, quæ pro -diis animalia veneraris!_» Hæc D. Hieronymus, qui late prosequitur hoc -factum, ipsius virtutem longo comprobans sermone._ - -77. Une troisième preuve principale de notre conclusion touchant -l'existence des animaux dont il s'agit, en d'autres termes, touchant la -corporéité des Incubes, c'est le témoignage de S. Jérôme dans la Vie de -S. Paul, le premier ermite. S. Antoine, raconte ce docteur, se mit un -jour en route pour aller voir S. Paul. Après plusieurs journées de -voyage, il rencontra un Centaure, auquel il demanda la demeure de -l'ermite: sur quoi le Centaure, en balbutiant quelques mots barbares et -à peine intelligibles, lui indiqua de la main la route de l'ermitage et -courut au galop se cacher dans la forêt. Le saint Abbé continua son -chemin: nouvelle rencontre, cette fois d'un petit homme, presque un -nain, au mains crochues, au front hérissé de cornes, et dont l'extrémité -du corps se terminait en pieds de chèvre. A cette vue, S. Antoine -s'arrêta et, craignant les artifices du diable, se munit du signe de la -Sainte Croix. Mais, loin de fuir à ce signe, loin même d'en paraître -effrayé, le petit homme s'approcha respectueusement du saint vieillard -et lui offrit des fruits de palmier, comme pour témoigner de ses -intentions pacifiques. Alors le bienheureux Antoine lui ayant demandé -qui il était: «_Je suis mortel_,» répondit-il, «_et l'un des habitants -du Désert, que la Gentilité, dans son erreur capricieuse, honore sous -les noms divers de Faunes, de Satyres et d'Incubes; je suis envoyé en -mission par mon troupeau; nous venons te demander de prier pour nous le -Dieu commun, que nous savons être descendu pour le salut du monde et -dont les louanges retentissent dans toute la terre._» A ces mots, à -cette glorification du Christ, S. Antoine, transporté de joie, se tourna -vers Alexandrie, et, frappant la terre de son bâton, s'écria: «_Malheur -à toi, Ville prostituée, qui adores des animaux comme des dieux!_» Tel -est le récit de S. Jérôme, qui s'étend au long sur ce fait et en -développe toutes les conséquences. - -_78. De hujus historiæ veritate dubitare temerarium est, cum eam -constanter referat SS. Ecclesiæ Doctorum maximus D. Hieronymus, de cujus -auctoritate nullus Catholicus dubitabit. Addit _fol. 21. 25._ Notandæ -proinde veniunt illius circumstantiæ, quæ sententiam nostram -evidentissime confirmant._ - -78. Douter de la vérité de cette histoire, quand elle est affirmée par -le plus grand des Docteurs de l'Église, par S. Jérôme, dont aucun -catholique ne contestera jamais l'autorité, serait assurément chose -téméraire. Examinons-en donc les circonstances, et faisons voir à quel -point elles confirment notre opinion. - -_79. Primo notandum est, quod si ullus Sanctorum artibus Dæmonis -impetitus fuit; si ullus diversas ejus artes nocendi calluit; si ullus -victorias, ac illustria de eodem trophea reportavit, is fuit D. -Antonius, ut constat ex ejus vita a D. Athanasio descripta. Dum igitur -D. Antonius homunculum illum non tanquam Diabolum agnovit, sed animal -intitulavit dicens: _Veh tibi, Civitas meretrix, quæ pro Diis animalia -veneraris!_ convincitur, quod ille nullo modo fuit Diabolus, seu purus -spiritus de coelo dejectus, ac damnatus, sed aliquod aliud animal. Et -confirmatur, quia D. Antonius erudiens suos monachos, eosque animans ad -metuendas Dæmonis violentias, aiebat, prout habetur in lectionibus -Breviarii Romani _in festo S. Antonii Abb._ l. 1., quæ recitantur in -festo ipsius: «_Mihi credite, Fratres, pertimescit Satanas piorum -vigilias, orationes, jejunia, voluntariam paupertatem, misericordiam, et -humilitatem; maxime vero ardentem amorem in Christum Dominum, cujus -unico Sanctissimæ Crucis signo debilitatus fugit._» Dum igitur -homunculus ille, contra quem D. Antonius Crucis signo se munivit, ad -ejus aspectum, nec pavit, nec fugit, immo confidenter, humiliterque -accessit ad eum dactalos illi offerens, signum est, illum nullo modo -Diabolum fuisse._ - -79. Premièrement, il faut noter que si jamais saint fut en butte aux -artifices du Démon, pénétra son art infernal et remporta sur lui -victoires et trophées, à coup sûr ce fut S. Antoine, comme le constate -sa vie, écrite par S. Athanase. Or S. Antoine ne reconnut pas un diable -dans ce petit homme, mais un animal, disant: «_Malheur à toi, Ville -prostituée, qui adores des animaux comme des dieux!_», d'où il ressort -que ce n'était nullement un diable ou pur esprit, chassé du ciel et -damné, mais un animal quelconque. Il y a plus: S. Antoine instruisant -ses moines et les mettant en garde contre les entreprises du Démon, leur -disait, comme le rapporte le Bréviaire Romain (_fête de S. Antoine, -Abbé_): «_Croyez-moi, mes frères, ce que Satan redoute dans les hommes -pieux, ce sont les veilles, les prières, les jeûnes, la pauvreté -volontaire, la miséricorde, l'humilité: par-dessus tout, l'ardent amour -du Christ Notre-Seigneur, puisque, pour le mettre en fuite, il suffit du -signe de la Très-Sainte Croix._» Or le petit homme en question, lorsque -S. Antoine crut devoir se munir contre lui du signe de la Croix, ne -montra aucune frayeur, ne songea nullement à s'enfuir; bien au -contraire, il s'approcha du saint d'un air confiant et respectueux, en -lui offrant des dattes: preuve certaine que ce n'était pas un diable. - -_80. Secundo notandum, quod homunculus ille dixit: _Mortalis et ego -sum_; ex quibus verbis docemur, quod ille erat animal morti obnoxium, et -proinde, quod per generationem esse accepit: spiritus enim immaterialis -immortalis est, quia simplex, et ideo non accipit esse per generationem -ex præjacente materia, sed per creationem; unde nec amittit esse per -corruptionem, quæ dicitur mors, sed per annihilationem tantum potest -desinere esse. Quod si ille se mortalem esse dixit, professus est se -esse animal._ - -80. Secondement, il faut noter que ce petit homme dit: «_Je suis mortel, -moi aussi_», d'où il résulte que c'était un animal sujet à la mort, et -qui avait reçu l'être par génération; en effet, un esprit immatériel est -immortel parce qu'il est simple, et conséquemment ne reçoit pas l'être -par génération d'une manière préexistante, mais par création; -conséquemment encore, il ne perd pas l'être par corruption, autrement -dite mort; et il ne saurait cesser d'être que par annihilation. Donc, en -se disant mortel, il a déclaré être un animal. - -_81. Tertio notandum, quod ait se cognovisse communem Deum in carne -humana fuisse passum. Ex his verbis convincitur illud fuisse animal -rationale: siquidem bruta nihil agnoscunt, nisi sensibile et præsens, -unde ab ipsis Deus nullo modo cognosci potest. Quod si homunculus ille -ait, se cum aliis suis cognovisse Deum in carne humana passum, hoc -probat, quod aliquo revelante habuit notitiam de Deo, sicut etiam nos -habemus de illo fidem revelatam; pariterque Deum carnem humanam -assumpsisse, et in ea passum: quæ duo sunt articuli nostræ Fidei -principales, nempe Dei unius, et Trini existentia, et ipsius Incarnatio, -Passio, et Resurrectio; ex quibus omnibus habetur, ut dicebam, illud -fuisse animal rationale capax divinæ cognitionis, per revelationem, ut -nos, et proinde pollens anima rationali, et ex consequenti immortali._ - -81. Troisième observation: Il sait, dit-il, que le Dieu commun a -souffert dans la chair de l'homme. Ces paroles prouvent que c'était un -animal raisonnable. En effet, les bêtes ne connaissent rien au delà du -sensible et du présent, et ne peuvent conséquemment avoir aucune -connaissance de Dieu. Si, comme le dit ce petit homme, lui et ses -pareils savent que Dieu a souffert dans la chair humaine, cela prouve -que, grâce à quelque révélation, il a eu connaissance de Dieu, de la -même manière que nous en avons nous-mêmes la foi révélée; et cette -notion, que Dieu a revêtu la chair humaine et y a souffert, constitue -les deux principaux articles de notre Foi: d'abord, l'existence de Dieu -un et triple, puis son Incarnation, sa Passion et sa Résurrection. Tout -cela démontre, comme je l'ai dit, que c'était un animal raisonnable, -capable de la connaissance divine par voie de révélation, ainsi que -nous-mêmes, doué d'une âme raisonnable, et, par conséquent, immortelle. - -_82. Quarto notandum, quod oraverit nomine omnium gregis sui, cujus -legatione fungi se profitebatur, D. Antonium, ut communem Deum pro illis -deprecaretur. Ex his deducitur, quod homunculus ille capax erat -beatitudinis, et damnationis, et quod non erat in termino, sed in via: -ex hoc enim, quod, ut supra probatum est, se prodidit rationalem, et -anima immortali consequenter donatum, consequens est, quod, et -beatitudinis, et damnationis capax sit: hæc enim propria passio est -Creaturæ rationalis, ut constat ex natura angelica, et humana. Item -deducitur, quod ipse erat in via, et proinde capax meriti, et demeriti: -si enim fuisset in termino, fuisset vel beatus, vel damnatus; neutrum -autem potuit esse, quia orationes D. Antonii, quibus se commendabat, -ipsi nullo modo prodesse potuissent, si fuisset finaliter damnatus; et -si beatus fuisset illis non eguisset. Quod ipsi se commendavit, signum -est eas sibi prodesse potuisse, et proinde in statu viæ, et meriti._ - -82. Quatrième observation: Au nom de tout son troupeau, dont il se -déclare le délégué, il demande à S. Antoine de prier pour eux le Dieu -commun. D'où je déduis que ce petit homme était capable de béatitude et -de damnation, et qu'il n'était pas _in termino_, mais _in via_; en -effet, du moment qu'il est un animal raisonnable, et, conséquemment, -doué d'une âme immortelle, comme il a été prouvé plus haut, la logique -veut également qu'il soit capable de béatitude et de damnation: c'est -là, effectivement, le propre de la créature raisonnable, ange ou homme. -De même, je déduis qu'il était dans la voie, _in via_, c'est-à-dire -capable de mérite et de démérite; car, s'il eût été au terme, _in -termino_, il eût été ou bienheureux ou damné. Or, il ne pouvait être ni -l'un, ni l'autre; car les prières de S. Antoine, auxquelles il se -recommandait, ne pouvaient lui être d'aucun secours, s'il était -définitivement damné; et, s'il était bienheureux, il n'en avait pas -besoin. Puisqu'il se recommandait à ses prières, c'est qu'elles -pouvaient lui servir, et qu'il était, par conséquent, dans la voie du -salut, _in statu viæ et meriti_. - -_83. Quinto notandum, quod homunculus ille professus est, se esse -legatum aliorum suæ speciei, dum dixit _legatione fungor gregis mei_, ex -quibus verbis plura deducuntur. Unum est, quod homunculus ille non solus -erat, unde potuisset credi monstrum raro contingens, sed quod plures -erant ejusdem speciei; tum quia simul congregati gregem faciebant; tum -quia nomine omnium veniebat: quod esse non posset si multorum voluntates -in illum non convenissent. Aliud est, quod isti profitentur vitam -socialem: ex quo nomine multorum unus ex ipsis missus est. Aliud est, -quod quamvis dicantur habitare in Eremo, non tamen in eo fixa est eorum -permanentia: siquidem cum D. Antonius in illa eremo alias non fuisset -(distabat enim illa per multas dietas ab eremo D. Antonii), scire non -potuerunt quisnam ille esset cujusve sanctitatis; necessarium igitur -fuit, quod alibi eum cognoverint, et ex consequenti extra desertum illum -vagaverint._ - -83. Cinquième observation: Ce petit homme, en disant: «_Je suis envoyé -en mission par mon troupeau_», se déclare le délégué d'autres créatures -de son espèce. D'où nous pouvons tirer plusieurs conséquences: d'abord, -que ce petit homme n'était pas seul, c'est-à-dire un monstre -exceptionnel et rare, mais qu'il en existait plusieurs de même espèce, -puisque, réunis ensemble, ils formaient un troupeau, et qu'il se -présentait au nom de tous: ce qui n'eût pas été vrai, si un grand nombre -de volontés n'eussent concouru à le déléguer. Ensuite, que ces animaux -vivent en société, puisqu'ils envoient l'un d'eux pour les représenter -tous. Enfin que, tout en habitant le Désert, ils n'y sont cependant pas -fixés à l'état permanent: en effet, S. Antoine n'ayant jamais eu -jusqu'alors l'occasion de visiter cette solitude, qui était -très-éloignée de son ermitage, ils n'auraient pu savoir qui il était, ni -à quel degré de sainteté il était parvenu; il était donc nécessaire -qu'ils l'eussent connu ailleurs, et, conséquemment, qu'ils eussent -voyagé hors de ce désert. - -_84. Ultimo notandum, quod homunculus ille ait esse ex iis, _quos cæco -errore delusa Gentilitas Faunos, Satyros et Incubos_ appellant; et ex -his verbis convincitur nostrum intentum principale, Incubos nempe esse -animalia rationalia beatitatis, et damnationis capacia._ - -84. Dernière observation: Ce petit homme dit être de ceux que _les -Gentils, abusés par une erreur aveugle, appellent Faunes, Satyres et -Incubes_: ce qui prouve bien la vérité de notre thèse principale, -savoir: que les Incubes sont des animaux raisonnables, capables de -béatitude et de damnation. - -_85. Talium homuncionum frequens est apparitio in metallorum fodinis, ut -scribit Gregorius Agricola, lib. _De Animal. subterran._, prope finem. -Isti nempe coram fossoribus minerarum comparent induti habitu, qualem -habent fossores ipsi, et jocantur inter se, tripudiantque, ac rident et -cachinnantur, parvosque lapides joco mittunt in metallarios, et tunc -signum est, ait Auctor prædictus, optimi proventus, ac inventionis -alicujus rami, aut trunci principalis arboris mineralis._ - -85. L'apparition de petits hommes de cette sorte est fréquente dans les -mines métalliques, comme l'enseigne Gregorius Agricola, dans son livre -_De Animal. subterran_. Ils se font voir aux mineurs vêtus des mêmes -habits qu'eux; ils jouent et badinent ensemble, rient, plaisantent, -jettent aux mineurs de petites pierres en manière de jeu; et c'est alors -bon signe, dit l'auteur précité: on est sûr de découvrir quelque riche -rameau ou même un tronc d'arbre minéral. - -_86. Tales homunculos subterraneos negat Petrus Thyræus Novesianus, lib. -_De Terrificatio. Noctur._, c. 2., _per totum_, nixus argumentis sane -puerilibus, quæ sunt hæc: si darentur hujusmodi homunciones, ubinam -degunt, et quænam, et ubi habent sua domicilia, qua ratione genus suum -conservant, si per generationem, aut quomodo? si oriantur, et intereant, -quo cibo vitam suam sustentent; si beatitudinis, et damnationis capaces -sunt, et quibus mediis propriam salutem consequantur? Hæc sunt argumenta -Thyræi, quibus permotus negat talem existentiam._ - -86. Pierre Thyræus, de Neuss, dans son livre _De Terrification. -Nocturn._, nie l'existence de ces petits hommes, en s'appuyant sur des -arguments qu'on trouvera sans aucun doute puérils. Étant donné, dit-il, -de petits hommes de cette espèce, où vivent-ils, comment et où -logent-ils? de quelle manière se perpétue leur espèce, par génération ou -autrement? naissent-ils, meurent-ils, usent-ils de nourriture pour -soutenir leur vie? sont-ils capables de béatitude et de damnation? et -par quels moyens obtiennent-ils leur salut? Tels sont les arguments qui -suffisent à Thyræus pour nier cette existence. - -_87. Sed viri parum cordati est negare id, quod graves Aucthores, -fideque digni scribunt, quodque quotidiana constat experientia. -Argumenta Thyræi nec minimum cogunt, ac ea solvimus supra a nº 45. et -seq. Remanet solum satisfacere quæstioni ubinam locorum habitent -hujusmodi homunculi, seu Incubi? Ad quod dico, quod ut supra dedimus nº -71. ex Guaccio, istorum alii sunt terrei, alii aquei, alii ærei, alii -ignei, quorum nempe corpora, aut constant ex talium elementorum -subtiliori parte, sive licet ex pluribus constent elementis, prævalet -tamen in iis, aut aqua, aut ær pro ipsorum natura. Mansiones igitur, et -domicilia eorum erunt in elemento illo cujus natura in eorum corporibus -prævalet: ignei enim nisi violenter, et forte nullomodo in aquis aut -locis palustribus morabuntur, cum hæc sint sibi contraria, nec aquei ad -superiorem ætheris partem ascendere poterunt ob sibi repugnantem -regionis illius subtilitatem, quod etiam videmus accidere hominibus, qui -ad quorumdam Alpium summa juga pervenire nequeunt præ summa æris -subtilitate, quæ homines crassiori æri assuetos nutrire nequit._ - -87. Mais, on l'avouera, c'est faire preuve de peu de sens que d'oser -nier ce qu'ont écrit des auteurs graves et dignes de foi, ce qu'atteste -d'ailleurs une expérience de chaque jour. Les arguments de Thyræus n'ont -pas la moindre portée, et nous les avons résolus d'avance, nºs 45 et -suivants. La seule question à laquelle il reste à satisfaire est -celle-ci: où demeurent ces petits hommes, ces Incubes? A cela je -réponds: ainsi qu'il a été exposé plus haut (nº 71) d'après Guaccius, -les uns sont terrestres, d'autres aqueux, d'autres aériens, d'autres -ignés, c'est-à-dire que leurs corps sont composés de la partie la plus -subtile de l'un des éléments, ou si plusieurs éléments s'y trouvent -réunis, il y en a pourtant un qui domine, soit l'eau, soit l'air, -suivant leur nature. Leurs demeures, conséquemment, se trouveront dans -celui de ces éléments qui entrera comme partie dominante dans la -composition de leur corps; les Incubes ignés, par exemple, ne résideront -pas volontiers ou même ne résideront jamais dans l'eau ou dans les -marécages, qui leur sont contraires, et les Incubes aqueux ne pourront -s'élever jusqu'à la partie supérieure de l'éther, cette région étant -trop subtile pour leur nature. Ceci même s'observe dans les hommes qui, -accoutumés à un air épais, ne peuvent résider sur certains sommets des -Alpes où l'air est trop subtil pour eux. - -_88. Pluribus sanctorum Patrum auctoritatibus, quas congerit Molina in -p. p. D. Thom., q. 50., ar. 1. circa med., probare possemus Dæmonum -corporeitatem; quæ tamen stante determinatione Concilii Lateranensis de -incorporeitate Angelorum, ut dictum fuit supra nº 37., exponi debent de -Dæmonibus istis Incubis, ac viatoribus adhuc, non autem de Damnatis. -Tamen ne nimis longus sim, solius D. Augustini, summi Ecclesiæ Doctoris, -aucthoritates damus, quibus evidenter convincitur illum fuisse in -sententia, quam nos docemus._ - -88. Molina, dans son _Commentaire de S. Thomas_, réunit plusieurs -témoignages des Saints Pères, qui pourraient nous servir à prouver la -corporéité des Démons; mais, en présence de la décision du Concile de -Latran, rapportée plus haut (nº 87), touchant l'incorporéité des Anges, -nous devons entendre que les Saints Pères ont eu en vue ces Démons -Incubes, qui sont encore dans la voie du salut, et non les Anges damnés. -Cependant, sans aller plus loin, nous nous bornerons à citer S. -Augustin, ce grand Docteur de l'Église, et l'on verra à quel point sa -doctrine concorde avec la nôtre. - -_89. D. Augustinus igitur, lib. 2. _super Genesim_ ad litteram c. 17. -_de Dæmonibus_, sic habet: «_Quædam vera nosse, partim quia subtiliore -sensus acumine, partim quia subtilioribus corporibus vigent_,» et lib. -3. c. 1., «_etsi Dæmones ærea sunt animalia, quoniam corporum æreorum -natura vigent_.» Et Epistola 115. ad Hebridium affirmat, eos esse -«_animantia ærea, seu ætherea acerrimi sensus_.» Et _de Civit. Dei_ lib. -11. c. 23, affirmat «_Dæmonem pessimum habere corpus æreum_.» Et lib. -21. c. 10. scripsit: «_Sunt sua quædam etiam Dæmonibus corpora, sicut -doctis hominibus visum est, ex isto ære crasso et humido_.» Et lib. 15. -c. 23. ait «_se non audere definire, an Angeli corpore æreo, ita -corporati possint etiam hanc pati libidinem, ut quomodo possint, -sentientibus foeminis misceantur_.» Et in Enarrat. in Psal. 85. ait -«_corpora beatorum futura post resurrectionem, qualia sunt corpora -Angelorum_;» et Enarrat. in Psal. 14. 5. ait «_corpus Angelicum inferius -esse anima_.» Et lib. _De Divinit. Dæmonum_, passim per totum, maxime c. -23., docet «_Dæmones subtilia habere corpora_.»_ - -89. S. Augustin donc, dans son _Commentaire de la Genèse_, liv. 2, ch. -17, s'exprime ainsi au sujet des Démons: «_Ils connaissent certaines -vérités, soit parce que leurs sens sont plus vifs et plus subtils, soit -parce que leurs corps eux-mêmes sont plus subtils_,» et au livre 3, ch. -1er: «_les Démons sont des animaux aériens, parce qu'ils participent de -la nature des corps aériens_.» Dans son Épitre 115 à Hebridius, il -affirme que ce sont «_des animaux aériens, ou éthérés, doués d'un sens -très-délicat_.» Dans la _Cité de Dieu_, liv. 11, ch. 23, il dit que «_le -pire Démon a un corps aérien_.» Au livre 21, ch. 10, il écrit: -«_Certains Démons ont même des corps composés, comme l'ont cru des -philosophes, de l'air épais et humide que nous respirons_.» Au livre 15, -ch. 23: «_il n'ose définir si les Anges, doués d'un corps aérien, -pourraient ressentir cette passion sensuelle qui les pousserait à s'unir -aux femmes_.» Dans son commentaire du Psaume 85, il dit que «_les corps -des bienheureux seront, après la résurrection, pareils aux corps des -Anges_;» au Psaume 14, il observe que «_le corps des Anges est inférieur -à l'âme_.» Enfin, dans son livre de la _Divination des Démons_, -notamment ch. 23, il enseigne que «_les Démons ont des corps subtils_». - -_90. Potest etiam sententia nostra aucthoritatibus Sacræ Scripturæ -comprobari, quæ licet ab Expositoribus aliter declarentur, non incongrue -tamen ad nostrum intentum possunt aptari. Prima est Psalmi 77., v. 24. -et 25., ubi habetur: _panem Angelorum manducavit homo, panem coeli -dedit eis_. Hic loquitur David de Manna, qua cibatus fuit Populus Israel -toto tempore, quo peregrinus fuit in deserto. Quærendum ergo venit, quo -sensu Manna dici possit _panis Angelorum_. Scio quidem plerosque -Doctores exponere hunc passum in sensu mystico, aientes in Manna -figuratam esse _Sacram Eucharistiam_, quæ vocatur _panis Angelorum_, -quia Angeli fruuntur visione Dei, qui per concomitantiam in Eucharistia -reperitur._ - -90. Notre doctrine peut également s'appuyer sur les témoignages des -Saintes Écritures, quelque diverse que soit l'interprétation qu'en -donnent les Commentateurs. Nous avons d'abord le Psaume 77, v. 24 et 25, -où il est dit: «_l'homme a mangé le pain des Anges, il leur a donné le -pain du ciel_.» David parle ici de la Manne, dont le peuple d'Israël -s'est nourri tout le temps qu'il a erré dans le désert. Or, on demandera -dans quel sens on peut dire de la Manne que c'est le _pain des Anges_. -La plupart des Docteurs, je ne l'ignore pas, interprètent ce passage -dans un sens mystique, disant que la Manne figure la _Sainte -Eucharistie_, appelée aussi le _pain des Anges_, parce que les Anges -jouissent de la vue de Dieu, qui se trouve par concomitance dans -l'Eucharistie. - -_91. Sed hæc expositio aptissima est quidem, et quam amplectitur -Ecclesia in officio _Sanctissimi Corporis Christi_, sed in sensu -spirituali est. Ego autem quæro sensum litteralem: neque enim in illo -Psalmo David loquitur prophetice de futuris, sicut facit in aliis locis, -ut proinde facile non sit sensum litteralem habere; sed loquitur -historice de præteritis. Ille enim Psalmus, ut patet legenti, est pura -anacephalestis, seu compendium omnium beneficiorum, quæ contulit Deus -Populo Hebræo ab egressu ipsius de Aegypto, usque ad tempus Davidis, et -in eo versu loquitur de Manna Deserti, ut proinde quæratur quomodo, et -quo sensu Manna vocetur Panis Angelorum._ - -91. Cette interprétation est assurément très-admissible, et elle est -adoptée par l'Église dans l'office du _Très-Saint Corps de -Jésus-Christ_, mais c'est là un sens spirituel. Or, ce que je cherche, -c'est le sens littéral, car, dans ce psaume, David ne parle pas en -prophète de choses futures, comme il le fait dans d'autres endroits où -il est difficile de trouver un sens littéral; il parle ici en historien, -de choses passées. Ce psaume, en effet, pour quiconque le lit, est une -pure anacéphaléose, soit une récapitulation de tous les bienfaits -conférés par Dieu au peuple Hébreu depuis sa sortie d'Égypte jusqu'au -temps de David, et il y est parlé de la Manne du Désert, qu'il appelle -le Pain des Anges: pourquoi et dans quel sens, voilà la question. - -_92. Scio alios, Lyran., Euthim., Bellarm., Titelman., Genebrard., in -Psal. 77. v. 24. et 25., interpretari Panem Angelorum Panem ab Angelis -paratum, seu Angelorum ministerio a Coelo demissum; Hugonem autem -Cardinalem Panem Angelorum exponere: quia ille cibus hoc efficiebat in -Judæis, quod in Angelis efficit cibus illorum, pro parte: Angeli enim -non incurrunt infirmitatem. Voluerunt enim expositores Hebræi, ut etiam -asseverat Josephus, quod Judæi in Deserto vescentes manna, nec -senescerent, nec ægrotarent, nec lassarentur; proinde illa esset tanquam -panis, quo vescuntur Angeli, qui nec senio, nec ægritudine, nec -lassitudine unquam laborant._ - -92. D'autres docteurs, je le sais encore, voient dans le _Pain des -Anges_ un pain préparé par les Anges, ou envoyé du Ciel par le ministère -des Anges. Le cardinal Hugo explique cette qualification, en disant que -cette nourriture produisait en partie sur les Juifs l'effet que la -nourriture des Anges produit sur ces derniers. Les Anges, effectivement, -ne sont sujets à aucune infirmité; et d'un autre côté, les commentateurs -Hébreux, et Josèphe lui-même, affirment que tout le temps que les Juifs -sont restés dans le Désert, se nourrissant de la manne, ils n'ont connu -ni vieillesse, ni maladie, ni fatigue; cette manne était donc semblable -au pain dont se nourrissent les Anges, qui ne vieillissent pas et ne -sont sujets à aucune fatigue ni maladie. - -_93. Istas quidem expositiones recipere æquum est, utpote tantorum -Doctorum aucthoritate suffultas. Facessit tamen difficultatem, quod -ministerio Angelorum Hebræis non minus parata fuere columna nubis, et -ignis, coturnices, et aqua de petra, quam manna; nec tamen ista dicta -fuere columna, aqua, aut potus Angelorum. Cur ergo potius vocari deberet -manna, quia parata ministerio Angelorum, _Panis Angelorum_, quam _Potus -Angelorum_ aqua eorumdem ministerio saxo educta? Insuper in sacra -Scriptura panis dum dicitur _panis alicujus_, dicitur _panis ejus_ qui -illo vescitur, non ejus qui illum parat, aut fabricat, et de hoc -infinita habemus exempla in sacra Scriptura: ut _Exod._ c. 23. v. 25. -_Benedicam panibus tuis, et aquis_; lib. 2. _Reg._ c. 12. v. 3. _De pane -illius comedens;_ _Tob._ c. 4. v. 17. _Panem tuum cum egenis comede;_ et -v. 18. _Panem tuum super sepulturam Justi constitue_; _Ecclesiast._ c. -11. v. 1. _Mitte panem tuum super transeuntes aquas_; _Isai._ c. 58. v. -7. _Frange esurienti panem tuum_; _Jerem._ c. 11. v. 19. _Mittamus -lignum in panem ejus_; _Matth._ c. 15. v. 26. _Non est bonum sumere -panem filiorum;_ _Luc._ c. 11. v. 3. _Panem nostrum quotidianum_. Ex -quibus locis patenter habetur, quod panis dicitur ejus, qui eo vescitur, -non vero, qui ipsum conficit, affert, aut parat. Commode igitur in loco -citato Psalmi accipi potest _Panis Angelorum_, cibus quo vescuntur -Angeli non quidem incorporei (isti enim materiali cibo non egent), sed -corporei, ista nempe rationalia animalia, de quibus hucusque -disseruimus, degentia in ære, et quæ ratione tenuitatis suorum corporum, -ac rationalis naturæ, quam maxime ad Angelos immateriales accedunt, ut -proinde nuncupentur._ - -93. Ces interprétations, assurément, méritent d'être accueillies avec le -respect dû à l'autorité de si grands Docteurs. Il y a cependant une -difficulté: c'est que, indépendamment de la manne, le ministère des -Anges a également procuré aux Hébreux la colonne de nuée et de feu, les -cailles, l'eau du rocher, et que l'Écriture ne dit pas: la colonne des -Anges, l'eau ou la boisson des Anges. Pourquoi donc appeler la manne le -_Pain des Anges_, parce qu'elle était préparée par leur ministère, et ne -pas appeler _Boisson des Anges_ cette eau qui était tirée du roc aussi -par leur ministère? De plus, dans la Sainte Écriture, quand il est dit -d'un pain que c'est le _pain de quelqu'un_, c'est toujours le _pain de -celui_ qui s'en nourrit, non de celui qui le prépare ou le fabrique. Les -exemples en sont infinis: ainsi, dans l'_Exode_, ch. 23, v. 25: «_Afin -que je bénisse ton pain et ton eau_;» au livre 2 des _Rois_, ch. 12, v. -3: «_Mangeant de son pain_;» dans _Tobie_, ch. 4, v. 17: «_Mange ton -pain avec les pauvres_,» et v. 18: «_Répands ton pain sur la sépulture -du Juste_;» dans l'_Ecclésiaste_ ch. 11, v. 1; «_Répands ton pain sur -les eaux qui passent_;» dans _Isaïe_, ch. 58, v, 7: «_Romps ton pain -avec celui qui a faim_;» dans Jérémie, c. 11, v. 19: «_Mettons du bois -dans son pain_;» dans _S. Mathieu_, ch. 15, v. 26: «_Il n'est pas juste -de prendre le pain des enfants_;» dans _S. Luc_, ch. 11, v. 3: «_Notre -pain quotidien_.» Tous ces passages démontrent surabondamment que le -pain de quelqu'un, dans le langage des Écritures, c'est le pain de celui -qui s'en nourrit, et non de celui qui le fait, l'apporte ou le prépare. -Il est donc très-naturel, dans l'endroit du Psaume que nous avons cité, -d'entendre par _Pain des Anges_, la nourriture dont se servent non pas -les Anges incorporels (puisque ceux-ci n'ont pas besoin de nourriture -matérielle), mais les Anges corporels, c'est-à-dire ces animaux -raisonnables dont nous traitons ici, qui vivent dans l'air, et qui, par -la subtilité de leurs corps et leur qualité d'êtres raisonnables, -approchent de si près des Anges immatériels, que la même dénomination -leur est appliquée. - -_94. Ducor, quia cum animalia sint, et ideo generabilia et -corruptibilia, egent cibo, ut restauretur substantia corporea, quæ per -effluvia deperditur; vita enim sentientis non consistit nisi in motu -partium corporearum quæ fluunt, ac refluunt, acquiruntur, ac -deperduntur, ac iterum reparantur; quæ reparatio fit per substantias -spirituosas, materiales tamen, attractas a vivente, tum per æris -inspirationem, tum per fermentationem cibi, per quam substantia illius -spiritualizatur, ut rationatur doctissimus Ettmullerus, _Instit. Medic. -Physiolog._, c. 2._ - -94. Je déduis: étant des animaux, c'est-à-dire se reproduisant par -génération et sujets à corruption, ils ont besoin de nourriture pour -restaurer leur substance corporelle, dont la déperdition a lieu par les -effluves: la vie de tout être sentant ne consiste, en effet, que dans le -va-et-vient des éléments corporels qui affluent et refluent, -s'acquièrent, se perdent et se réparent, au moyen de substances -spiritueuses, matérielles pourtant, que l'être vivant s'assimile soit -par la respiration de l'air, soit par la fermentation de la nourriture, -qui spiritualise sa substance, comme l'enseigne le très-docte Ettmuller -(_Instit. Medic. Physiolog._, ch. 2). - -_95. Quia autem eorum corpus tenue est, tenui pariter, et subtili eget -alimento. Hinc est quod sicut odoribus aliisque substantiis vaporosis, -ac volatilibus suæ naturæ contrariis læduntur ac fugantur, ut constat ex -historiis recitatis supra, nº 71. et 72., ita paribus rebus sibi -convenientibus delectantur, et aluntur. Porro _manna non est aliud, quam -halitus aquæ, terræque, solis calore exacte attenuatus et coctus, a -frigore secutæ noctis in unum coactus, densatusque_, ut scribit -Cornelius; manna dico, quam demissam de coelo comederunt Hebræi, quæ -toto coelo differt a manna nostrate, quæ in medicinis adhibetur; nam -hæc, ut scribit Ettmullerus Schroder, _Dilucid. Physiolog._, c. 1. _de -Manna_, fol. m. 154., _nihil aliud est, quam succus quarumdam arborum -tenuis, vel earum transsudatio, quæ nocturno tempore permixta cum rore, -matutino tempore superventu caloris solis coagulatur, et inspissatur_. -Manna autem Hebræorum diversis orta principiis calore solis non -coagulabatur, sed vice versa liquefiebat, ut patet ex Scriptura, _Exod._ -c. 16. v. 22. Manna ergo Hebræorum utpote constans ex halitibus tenuibus -terræ et aquæ, profecto tenuissimæ erat substantiæ, utpote, quæ a sole -solvebatur, et disparebat; optime ergo potuit esse talium animalium -cibus, ita ut diceretur a David _Panis Angelorum_._ - -95. Or, comme leur corps est subtil, la nourriture qui lui convient doit -être également délicate et subtile. Aussi, de même que les parfums et -autres substances vaporeuses et volatiles, quand elles sont contraires à -leur nature, les offusquent et les mettent en fuite, témoin ce que nous -avons raconté ci-dessus (nºs 71 et 72), de même aussi, lorsque leur -nature y est conforme, ils se délectent de ces substances ou autres -pareilles et en font leur nourriture. Or, «_la manne n'est pas autre -chose_,» comme l'écrit Cornelius, «_qu'une émanation d'eau et de terre -raffinée et cuite par la chaleur du soleil, puis coagulée et condensée -par la fraîcheur de la nuit_»: je parle, bien entendu, de la manne -envoyée du ciel pour la nourriture des Hébreux, laquelle diffère du tout -au tout de la manne nostrate ou médicinale: celle-ci en effet, suivant -Ettmuller (_Dilucid. Physiol._, ch. 1), «_n'est pas autre chose que le -suc ou la transsudation de certains arbres qui se mêle la nuit à la -rosée et, le matin venu, se coagule et s'épaissit à la chaleur du -soleil_.» La manne des Hébreux, au contraire, formée de principes -différents, loin de se coaguler, se liquéfiait à la chaleur du soleil, -comme l'atteste l'Écriture, _Exode_, ch. 16, v. 22. Cette manne des -Hébreux était donc une substance extraordinairement subtile, puisqu'elle -était composée d'émanations de terre et d'eau, et que le soleil la -faisait dissoudre et disparaître; il se peut donc très-bien qu'elle soit -la nourriture des animaux en question, et qu'ainsi David l'ait appelée -avec raison le _Pain des Anges_. - -_96. Alia auctoritas habetur in Evangelio Joannis, in quo, _Joannes_, c. -10. v. 16., ita dicitur: _Alias oves habeo, quæ non sunt ex hoc ovili, -et illas oportet me adducere, et vocem meam audient, et fiet unum ovile, -et unus Pastor_. Si quæramus quænam sint oves, quæ non sunt ex hoc -ovili, et qualenam sit ovile de quo loquitur Christus Dominus, -respondent communiter Expositores unum ovile Christi esse Ecclesiam, ad -quam perducendi erant per prædicationem Evangelii Gentiles, qui erant -oves alterius ovilis, ab ovili Hebræorum: opinantur enim Synagogam esse -Christi ovile, quia dicebat David, _Psal._ 94. v. 9: _Nos populus ejus -et oves pascuæ ejus_; et quia Messias promissus fuerat Abraham et David -oriturus ex eorum semine, et a populo Hebræo expectatus, et a Prophetis -qui Hebræi erant vaticinatus, et ejus adventus, conversatio, passio, -mors et resurrectio in sacrificiis, cultu, et ceremoniis Hebræorum legis -erant præfigurata._ - -96. Nous avons de plus, à l'appui de notre thèse, l'Évangile de S. Jean, -ch. 10, v. 16, où il est dit: «_J'ai encore d'autres brebis qui ne sont -pas de cette bergerie; il faut aussi que je les amène, et elles -entendront ma voix, et il n'y aura qu'une seule bergerie et qu'un seul -berger_.» Si nous demandons quelles peuvent être ces brebis qui ne sont -pas de cette bergerie, et quelle est cette bergerie dont parle le -Seigneur Christ, tous les Commentateurs nous répondent que la seule -bergerie du Christ, c'est l'Église, à laquelle la prédication de -l'Évangile devait amener les Gentils, qui étaient d'une autre bergerie -que celle des Hébreux. Pour eux, en effet, la bergerie du Christ, -c'était la Synagogue, d'abord parce que David avait dit, _Psaume_ 94, v. -7: «_Nous sommes son peuple et ses brebis qu'il nourrit dans ses -pâturages_»; puis, parce que la promesse avait été faite à Abraham et à -David que le Messie sortirait de leur race, parce qu'il était attendu -par le peuple Hébreu, annoncé par les Prophètes, qui étaient Hébreux, et -que son avénement, ses actes, sa passion, sa mort et sa résurrection -étaient comme figurés d'avance dans les sacrifices, le culte et les -cérémonies de la loi des Hébreux. - -_97. Sed salva semper Sanctorum Patrum, ac aliorum Doctorum reverentia, -non videtur talis expositio ad plenum satisfacere. Habemus enim quod de -fide est a principio mundi Ecclesiam Fidelium extitisse unam, usque ad -finem sæculi duraturam. Cujus Ecclesiæ caput est mediator Dei et hominum -Christus Jesus, cujus contemplatione creata sunt universa, et omnia per -ipsum facta. Fides enim unius Dei Trini (quamvis non ita explicite), et -Verbi Incarnatio revelata fuit primo homini, et ab ipso edocti ejus -filii, et ab iis descendentes. Hinc est quod quamvis plerique homines ad -idolatriam deflexerint, ac veram fidem deseruerint, multi tamen veram -fidem a patribus sibi traditam retinuerunt, et legem naturæ servantes in -vera Ecclesia Fidelium permanserunt, ut observat Cardinalis Toletus in -_Job_, c. 10. v. 16., et apparet in Job, qui inter Gentiles Idololatras -sanctus fuit. Quamvis autem Deus populo Hebræo speciales favores -contulerit, peculiaremque legem, ac ceremonias illi præscripserit, ac a -Gentilibus segregaverit, non tamen ad eam legem Gentes tenebantur, nec -fideles Hebræi aliam Ecclesiam constituebant ab Ecclesia Gentilium, qui -fidem unius Dei et Messiæ venturi profitebantur._ - -97. Mais, sauf le respect dû aux Saints Pères et autres Docteurs, cette -explication n'est pas de tout point satisfaisante. Il est de foi en -effet que l'Église des Fidèles a été une et a existé depuis le -commencement du monde, et qu'elle durera ainsi jusqu'à la fin des -siècles. Le chef de cette Église est Jésus-Christ, médiateur de «Dieu et -des hommes, créateur et auteur de toutes choses. La foi dans la Trinité -divine, (quoique moins explicite) et l'Incarnation du Verbe ont été -révélées au premier homme, lequel en a instruit ses fils, et ceux-ci à -leur tour leurs descendants. Aussi, bien que la plupart des hommes se -fussent laissé égarer dans l'idolâtrie et eussent déserté la vraie foi, -beaucoup cependant gardèrent cette foi qui leur venait de leurs pères, -et, observant la loi naturelle, restèrent dans la vraie Église des -Fidèles. C'est la remarque que fait le Cardinal Tolet, à propos de Job, -qui fut un saint au milieu des Gentils Idolâtres. Et quoique Dieu eût -conféré des faveurs spéciales au peuple Hébreu, qu'il eût établi pour -lui une loi et des cérémonies spéciales, et qu'il l'eût séparé des -Gentils, cette loi n'était pas cependant obligatoire pour les Gentils, -et les Hébreux fidèles ne constituaient pas une Église différente de -l'Église des Gentils qui professaient la foi en un seul Dieu et en la -venue du Messie. - -_98. Hinc est, quod etiam ex Gentilibus fuere, qui Christi adventum, et -alia Christianæ fidei dogmata prophetarunt, ut patet de _Balaam, -Mercurio Trismegisto, Hydaspe_, ac _Sibyllis_ de quibus loquitur -Lactantius, lib. 1. c. 6., ut scribit Cardinalis Baronius in _Apparatu -Annal._ nº 18. Et quod Messias erat a Gentilibus expectatus habet Isaias -in pluribus locis, et luculentum testimonium de hoc est prophetia -Patriarchæ Jacob de Messia, quæ sic ait, _Gen._ c. 49. v. 10: _Non -auferetur sceptrum de Juda, et dux de femore ejus, donec veniat qui -mittendus est, et ipse erit expectatio Gentium_. Item Prophetia Aggæi, -c. 2. v. 8: _Movebo omnes Gentes, et veniet desideratus cunctis -gentibus_, quem locum explicans Cornelius a Lap. _in Aggæ._ c. 2. v. 8. -§ _Denique gentes_, ait: _Gentes ante Christum credentes in Deum lege -naturæ, æque ac Judæi expectabant ac desiderabant Christum_. Pariter -Christus ita se prodidit, et manifestavit Gentibus, sicut Judæis: si -enim in ipsius nativitate per Angelum ejus notitia data fuit Pastoribus, -per stellam miraculosam ad sui adorationem vocavit Magos, qui cum essent -Gentiles fuerunt primitiæ Gentium in Christo agnoscendo, et adorando, ut -ait S. Fulgentius, _Sermon. 6. de Epiph._, sicut Pastores fuerunt -primitiæ Judæorum. Itidem manifestatio adventus Christi per -prædicationem (non quidem Apostolorum) prius facta est Gentilibus, quam -Judæis: siquidem ut scribit Ven. Mater Soror Maria de Agreda, in _Vita -J. C. et B. M. V._, p. 1. l. 4. c. 26. n. 664: _Quando B. M. Virgo cum -S. Joseph portavit Puerum Jesum in Aegyptum, fugiendo Herodis -persecutionem, mansit ibi per septennium: quo tempore ipsa Beatissima -Virgo prædicavit Aegyptiis veri Dei fidem, et Filii Dei in carne humana -adventum_. Ulterius in Christi nativitate multa fuere prodigia non solum -in Judæa, sed in Aegypto, ubi corruerunt idola, ac oracula conticuere; -Romæ ubi fons olei scaturiit; visus globus aurei coloris de coelo in -terram descendere; apparuere tres soles; ac contra naturam circulus -variegatus ad modum Iridis solis discum circumscripsit; in Græcia, ubi -oraculum Delphicum obmutuit, et interrogatus Apollo ab Augusto ipsi -sacrificante in proprio palatio, ubi eidem aram extruxerat, de causa -silentii sui, respondit, ut referunt Nicephorus, l. 1. c. 17., Suidas, -verbo _Augustus_, et Cedrenus, _Compend. Histor._:_ - -98. On remarquera de plus que, même parmi les Gentils, il y en eut qui -prophétisèrent la venue du Christ et les autres dogmes de la foi -Chrétienne, témoin Balaam, Mercure Trismégiste, Hydaspe et les Sibylles, -dont parle Lactance, _livre 1, ch. 6_; voir aussi Baronius, _Apparat. -Annal., nº 18_. Que le Messie fût attendu par les Gentils, nous en avons -la preuve dans plusieurs passages d'Isaïe, et surtout dans la Prophétie -du Patriarche Jacob touchant le Messie, ainsi conçue, _Genèse_, c. 49, -v. 10: «_Le sceptre ne sortira point de Juda, ni le prince de sa -postérité, jusqu'à ce que vienne celui qui doit être envoyé; et c'est -lui qui sera l'attente des nations_.» De même dans la prophétie d'Aggée, -c. 2, v. 8: «_J'ébranlerai toutes les Nations, et le désiré de toutes -les nations viendra_», ce que Cornelius _a Lapide_ commente en ces -termes: «_Les Gentils antérieurs à la venue du Christ, qui croyaient en -Dieu et observaient la loi de nature, attendaient et désiraient le -Christ aussi bien que les Juifs_.» Le Christ lui-même s'est annoncé et -manifesté aux Gentils ainsi qu'aux Juifs; car en même temps que l'Ange -donnait aux bergers la nouvelle de sa nativité, au moyen de l'étoile -miraculeuse il conviait à l'adorer les Mages qui, étant Gentils, furent -les premiers d'entre les Nations, comme les bergers le furent parmi les -Juifs, à reconnaître et adorer le Christ (voyez S. Fulgence, _Sermon sur -l'Épiphanie_). De même, ce furent les Gentils qui, avant les Juifs, -connurent l'avénement du Christ par la prédication (je ne dis pas la -prédication des Apôtres). En effet, comme l'écrit la Vénérable Mère -Soeur Marie d'Agreda, dans sa _Vie de Jésus-Christ et de la -Bienheureuse Vierge Marie_: «_Lorsque la Bienheureuse Vierge Marie, -fuyant avec S. Joseph la persécution d'Hérode, emporta en Égypte -l'Enfant Jésus, elle y resta sept ans; et pendant ce temps-là la -Bienheureuse Vierge prêcha elle-même aux Égyptiens la foi du vrai Dieu -et la venue du Fils de Dieu dans la chair humaine_.» En outre, lors de -la nativité du Christ, il y eut de nombreux prodiges, non-seulement en -Judée, mais en Égypte, où les idoles s'écroulèrent et les oracles se -turent; à Rome, où jaillit une fontaine d'huile, où l'on vit un globe de -couleur d'or descendre du ciel sur la terre, où trois soleils -apparurent, et où un cercle extraordinaire, de nuances variées comme -l'arc-en-ciel, entoura le disque du soleil; en Grèce, où l'oracle de -Delphes devint muet; au sujet de quoi Apollon, interrogé par l'empereur -Auguste qui lui sacrifiait dans son propre palais, où il lui avait élevé -un autel, répondit: - -Me puer Hebræus, Divos Deus ipse gubernans, Cedere sede jubet, -tristemque redire sub orcum; Aris ergo dehinc tacitis abscedito nostris. - -«_Un enfant Hébreu, qui commande aux Dieux et est Dieu lui-même, -M'ordonne de quitter mon siége, et de rentrer dans les Enfers; Nos -autels sont muets maintenant, il faut t'en éloigner._» - -_Et multa alia acciderunt prodigia, quibus prænuntiabatur Gentilibus -Filii Dei adventus, quæ ex variis Aucthoribus recitat Baronius, -_Apparat. Annal. Eccles._ nº 24. et seq., et Cornelius _in Aggæ._ c. 2. -v. 8._ - -Il y eut encore beaucoup d'autres prodiges annonçant aux Gentils -l'avénement du Fils de Dieu: on les trouvera relatés dans Baronius, -_Apparat. Annal. Eccles._, et dans Cornelius, _Commentaire d'Aggée_. - -_99. Ex istis patet, quod etiam Gentiles pertinebant ad ovile Christi -idem, ad quod spectabant Judæi, puta ad Ecclesiam eamdem fidelem; igitur -non potest recte dici, quod illa verba Christi: _Alias oves habeo, quæ -non sunt ex hoc ovili_, accipienda sint de Gentilibus, qui communem cum -Hebræis habuerunt de Deo fidem, de Messia spem, prophetiam, -expectationem, et signa, et prædicationem._ - -99. De tout ceci il appert que les Gentils eux-mêmes appartenaient, -comme les Juifs, à la bergerie du Christ, c'est-à-dire à la même Église -des fidèles. Par conséquent, ces paroles du Christ: «_J'ai d'autres -brebis qui ne sont pas de cette bergerie_», ne sauraient s'entendre des -Gentils qui eurent, de commun avec les Hébreux, la foi en Dieu, -l'espérance du Messie, les prophéties, l'attente, les prodiges et la -prédication de son avénement. - -_100. Dico igitur quod nomine _aliarum ovium_ commode possunt intelligi -Creaturæ istæ rationales, sive animalia de quibus hucusque disseruimus. -Cum enim, ut diximus, capaces sint beatitudinis, et damnationis, et -Christus Jesus sit mediator Dei, et hominum, immo totius rationalis -Creaturæ (creaturæ enim rationales, quæ beatitudinem consequuntur, hanc -obtinent intuitu meritorum Christi per ab eo sibi collatam gratiam, sine -qua nequit beatitudo obtineri), debuit omnis rationalis creatura de eo -venturo spem habere, sicut de uno Deo fidem, et de ipsius in carne -nativitate, et de præceptis legis gratiæ manifestationem. Istæ igitur -erant oves, quæ non erant _ex hoc ovili humano_, et quas adducere -Christum oportebat, et quæ ejus vocem nempe notitiam de ipsius adventu, -et de evangelica doctrina, quantum per se, tum per Apostolos Christus -erat manifestaturus audire debebant, et ex iis, ac hominibus in coelo -beatificatis fieri _unum ovile, et unus Pastor_._ - -100. Je dis donc que par ces mots: d'_autres brebis_, on peut fort bien -entendre ces créatures ou animaux raisonnables dont nous avons traité -jusqu'ici. En effet, nous avons établi qu'elles sont capables de -béatitude et de damnation; or Jésus-Christ étant médiateur de Dieu et -des hommes, ainsi que de toute créature raisonnable (car c'est par -l'application des mérites du Christ que les créatures raisonnables -obtiennent la béatitude, au moyen de la grâce qu'il leur confère), il en -résulte que toute créature raisonnable a dû avoir, en même temps que la -foi en un seul Dieu, l'espérance de l'avénement du Christ, et la -révélation de sa naissance dans la chair et des préceptes de la loi de -grâce. Voilà donc les brebis qui n'étaient pas _de cette bergerie -humaine_, et qu'il lui fallait amener; les brebis qui devaient entendre -sa voix, c'est-à-dire l'annonce de son avénement et de la doctrine -évangélique, soit directement de lui-même, soit par l'intermédiaire des -Apôtres; les brebis enfin qui, réunies aux hommes dans la béatitude -céleste, devaient réaliser cette promesse _d'une seule bergerie et d'un -seul berger_. - -_101. Huic expositioni quam incongruam non puto, vim addit id quod supra -nº 77. ex D. Hieronymo retulimus de homunculo illo qui rogavit D. -Antonium, ut communem Deum, quem in carne humana esse passum cognoverat, -pro se et suis _deprecaretur_. Innuitur enim ex his, quod illi notitiam -habuerunt de adventu, et morte Christi, quem tamquam Deum optabant sibi -propitium, ut proinde ad hoc intercessionem D. Antonii expostularent._ - -101. Cette interprétation, à mon avis très-raisonnable, tire une -nouvelle force de ce que nous avons rapporté, d'après S. Jérôme, de ce -petit homme qui demanda à S. Antoine de _prier_ pour lui et les siens le -Dieu commun, qu'il savait avoir souffert dans la chair humaine. Ceci -implique, en effet, qu'ils avaient connaissance de l'avénement et de la -mort du Christ, et qu'ils désiraient, en sa qualité de Dieu, se le -rendre favorable, puisqu'ils recouraient, dans ce but, à l'intercession -de S. Antoine. - -_102. Facit ad idem id, quod ex Eusebio de _Præparat. Evang._ l. 5. c. -9., et Plutarcho l. de _Defectu Oracul._, refert Cardinalis Baronius -_Appar. Annal._ nº 129., et recenset inter prodigia, quæ tempore mortis -Christi evenere. Recitat igitur ex citatis Aucthoribus quod Tiberii -Imperatoris, sub quo passus est Christus, tempore, navigantibus -nonnullis a Græcia in Italiam, circa Insulas Echinades, cessatis ventis, -noctu navigium appulit prope terram. Audita fuit ab omnibus vox magna -quæ vocavit Tramnum. Erat is Nauclerus navigii, quo respondente _Adsum_, -replicavit vox: _Quando perveneris prope quandam paludem, annunciabis -MAGNUM PANA MORTUUM ESSE_: quod cum Tramnus fecisset, auditi sunt -repente multorum, imo multitudinis prope infinitæ gemitus, et ululatus. -Profecto isti fuerunt Dæmones, seu Angeli corporei, seu animalia -rationalia prope paludem degentia, utpote aquea, quæ audita morte -Christi, qui nomine magni Pan efferebatur, in lacrymas, et lamenta -effusa sunt; prout etiam Hebræi nonnulli visa Christi morte percutientes -pectora sua revertebantur (_Luc._ c. 23. v. 48.). Ex hucusque igitur -deductis patet, quod dantur hujusmodi Dæmones, succubi et incubi, -constantes sensu, et ipsius passionibus obnoxii, ut probatum est; qui -generantur, corrumpuntur, et capaces sunt beatitudinis, et damnationis, -et ratione corporis subtilioris, nobiliores homine sunt, et qui si cum -hominibus, maribus aut foeminis, carnaliter commiscentur, peccant, et -eo peccato, quo peccat homo jungendo se cum bruto, quod est homine -ignobilius; proinde non raro hi Dæmones consuetudinem habentes cum -homine, equabus aut plurimum post longam habitam communicationem eas -interficiunt. Causa porro hujus est, quod si inter tales datur peccatum, -cum sint in via, dari etiam debet poenitentia; sicut ergo homini -peccanti consuetudinaliter cum bruto, ad tollendam occasionem -recidivandi, Confessarius injungit, ut brutum tollat de medio, ita tali -Dæmoni consuetudinario in peccato, et tandem poenitenti accidit, ut -animal cum quo peccavit, sive homo, sive brutum fuerit, occidat; nec -enim tali Dæmoni mors data homini peccatum erit, sicut mors data bruto -non imputatur tamquam peccatum homini: ratione enim essentialis -differentiæ inter Dæmonem hujusmodi, et hominem, idem erit homo Dæmoni, -quod est homini brutum._ - -102. Un autre fait à l'appui de ma conclusion, c'est celui que mentionne -le Cardinal Baronius (_Appar. Annal._, nº 129), d'après Eusèbe et -Plutarque, comme un des prodiges qui signalèrent la mort du Christ. Au -temps de l'Empereur Tibère, sous qui eut lieu la passion du Christ, des -navigateurs allant de Grèce en Italie et se trouvant la nuit, par un -temps calme, dans le voisinage des îles Échinades, leur navire vint à -toucher la terre. Alors une grande voix fut entendue de tous, qui -appelait Tramnus. C'était le nocher: «_Présent_,» répondit-il; et la -même voix répliqua: «_Lorsque tu seras arrivé auprès de tel marais, tu -annonceras que_ LE GRAND PAN EST MORT.» Tramnus obéit, et tout à coup -une immense clameur s'éleva comme d'une multitude infinie, éclatant à la -fois en gémissements et en sanglots. Qui étaient-ce donc, sinon des -Démons ou Anges corporels, ou des animaux raisonnables habitant près de -ces marais, à cause, sans doute, de leur nature aqueuse, et qui, à -l'annonce de la mort du Christ désigné par ce nom de Grand Pan, se -répandaient en larmes et en lamentations? Ainsi, parmi les Juifs qui -avaient assisté à la mort du Christ, il y en eut un grand nombre qui -s'en retournèrent en se frappant la poitrine (_S. Luc_, c. 23, v. 48). -De toutes les déductions ci-dessus, il ressort donc qu'il existe des -Démons de cette sorte, succubes et incubes, lesquels sont doués de sens, -et sujets aux passions des sens, comme il a été prouvé; qui naissent par -génération et meurent par corruption; qui sont capables de béatitude et -de damnation; qui, à raison de la subtilité de leur corps, sont plus -nobles que l'homme, et qui, s'il leur arrive d'avoir un commerce charnel -avec l'homme ou la femme, commettent un péché analogue à celui dont -l'homme se rend coupable en s'unissant avec la brute, qui lui est -inférieure. Aussi n'est-il pas rare que ces démons, après avoir -entretenu des rapports prolongés avec des hommes, des femmes ou des -juments, finissent par tuer leur complice, et cela s'explique: étant -sujets à pécher, ils doivent aussi, puisqu'ils sont dans la voie du -salut, _in via_, pouvoir se repentir; or, de même que l'homme, qui pèche -habituellement avec une bête, reçoit de son confesseur l'injonction de -détruire cette bête afin de supprimer les occasions de récidive, de même -il peut arriver au démon repentant de tuer l'homme ou la bête avec qui -il péchait d'habitude; et ce démon, en donnant ainsi la mort à un homme, -ne péchera pas, pas plus que ne pèche l'homme en donnant la mort à une -bête: car, étant observé la différence essentielle qui sépare de l'homme -un démon de cette sorte, l'homme sera au démon ce que la bête est à -l'homme. - -_103. Scio multos, et forte plerosque, qui hæc legerint, dicturos de me, -quod Epicurei, et Stoici Philosophi nonnulli dixerunt de Divo Paulo, -_Actor._ c. 17. v. 18.: _Novorum Dæmoniorum videtur annunciator_, et -datam doctrinam exsibillabunt. Sed isti tenebuntur solvere argumenta -supra posita, et dicere quinam sint Dæmones isti Incubi vulgo -_Folletti_, qui exorcismos, res sacras, et Christi Crucem non pavent, ac -alios effectus istorum, ac phænomena salvare, quæ nos ex data doctrina -ostendimus._ - -103. Je sais que beaucoup de mes lecteurs, la plupart peut-être, diront -de moi ce que les Épicuriens et bon nombre de Philosophes Stoïciens -disaient de S. Paul (_Actes des Apôtres_, c. 17, v. 18): «_Il semble -qu'il annonce des divinités nouvelles_», et tourneront ma doctrine en -ridicule. Mais ils n'en seront pas moins tenus de détruire les arguments -qui précèdent, de nous dire ce que c'est que ces Démons Incubes, -vulgairement appelés _Follets_, qui n'ont peur ni des exorcismes, ni des -objets sacrés, ni de la Croix du Christ, et enfin de nous expliquer les -divers effets et phénomènes relatés par nous dans l'exposition de cette -doctrine. - -_104. Solvitur ergo ex his, quæ hucusque deducta sunt, quæstio, quam -proposuimus supra nº 30. et nº 34.: resolutive innuimus; quomodo mulier -potest ingravidari a Dæmone Incubo. Non enim hoc præstare potest ex -semine sumpto ab homine, ut fert communis opinio, quam confutavimus nº -31 et 32: sequitur ergo, quod ipsa imprægnatur a semine Incubi, cum enim -animal sit, et generet, proprio pollet semine: et hoc modo optime -salvatur generatio Gigantum secuta ex commixtione Filiorum Dei cum -Filiabus hominum; nati siquidem sunt ex tali concubitu Gigantes, qui -licet homini essent similes, corpore tamen erant majores: et quamvis a -Dæmonibus geniti, viribus proinde pollerent, non tamen Dæmonum vires et -potentiam æquabant, ut sequitur in mulis, hinnis et burdonibus, qui -medii quodammodo sunt inter eas species animalium, a quibus promiscue -generantur, et superant quidem imperfectiorem, non attingunt autem -perfectiorem speciem generantium: mulus enim superat asinum, sed non -æquat perfectionem equæ, a quibus generatur._ - -104. Les arguments déduits ci-dessus nous amènent donc à une solution du -problème posé aux nºs 30 et 34, à savoir: comment une femme peut être -fécondée par un Démon Incube. Ceci, en effet, ne peut provenir de sperme -emprunté d'un homme, malgré l'opinion commune que nous avons réfutée, -nºs 31 et 32; il s'ensuit donc qu'elle est directement imprégnée par le -sperme de l'Incube, lequel, étant animal et capable d'engendrer, dispose -d'un sperme qui lui est propre. Ainsi se trouve parfaitement expliquée -la génération des Géants, résultat du commerce des Fils de Dieu avec les -Filles des hommes: car, quoique semblables à l'homme, ces Géants étaient -de plus haute stature; et quoique engendrés par des Démons qui leur -communiquaient de leur force, ils ne les égalaient pourtant ni en -vigueur, ni en pouvoir. C'est exactement le cas des mulets, des bardeaux -ou des muletons, qui tiennent en quelque sorte le milieu entre les -espèces d'animaux dont ils sont engendrés, surpassant la plus -imparfaite, mais n'égalant pas la plus parfaite: exemple le mulet, -produit de l'âne et de la jument, qui est supérieur au premier, mais -n'atteint pas à la perfection de la seconde. - -_105. Confirmat autem hanc sententiam consideratio, quod animalia genita -ex commixtione diversarum specierum non generant; sed sunt sterilia, ut -patet in mulis. Gigantes autem non leguntur Gigantes generasse, sed -natos a Filiis Dei, puta Incubis, et filiabus hominum: cum enim concepti -fuerint ex semine Dæmoniaco mixto cum humano, non potuerunt, tamquam -mediæ speciei inter Dæmonem et hominem, generare._ - -105. A l'appui de cette conclusion, nous ferons observer que les animaux -engendrés de l'union d'espèces différentes n'engendrent pas eux-mêmes, -mais sont stériles, comme on le voit dans les mulets. Or nous ne lisons -nulle part que les Géants aient été engendrés par d'autres Géants, mais -bien qu'ils sont nés des Fils de Dieu, c'est-à-dire des Incubes, et des -Filles des hommes: ainsi conçus du sperme démoniaque mêlé au sperme -humain, formant une espèce mitoyenne entre le Démon et l'homme, ils -n'avaient pas pouvoir d'engendrer. - -_106. Dicetur fortasse contra hoc, non posse, ex semine Dæmonum, quod -pro sui natura oportet esse tenuissimum, fieri mixturam cum semine -humano, quod crassum est; unde nec generatio sequi possit._ - -106. On objectera peut-être que le sperme des Démons qui, de sa nature, -doit nécessairement être très-fluide, ne saurait se mélanger avec le -sperme humain, qui est épais; et que, par conséquent, il n'en pourrait -suivre aucune génération. - -_107. Respondeo quod, ut dictum fuit supra nº 32: virtus generandi -consistit in spiritu, qui simul cum materia spumosa et viscida deciditur -a generante; sequitur ex hoc, quod semen Dæmonis quantumvis tenuissimum, -quia tamen materiale, optime potest commisceri cum spiritu materiali -seminis humani, ac fieri generatio._ - -107. Je réponds, suivant ce qui a été dit plus haut, nº 32: la vertu -génératrice consiste dans l'esprit qui est répandu par l'opérateur avec -la matière spumeuse et visqueuse; donc le sperme du Démon, si fluide -qu'il soit, étant cependant matériel, peut très-bien se mêler avec -l'esprit matériel du sperme humain, et produire génération. - -_108. Replicabitur adhuc contra conclusionem, quod si vere fuisset -Gigantum generatio ex semine Incuborum et Mulierum, nunc quoque Gigantes -nascerentur, non desunt enim mulieres coeuntes cum Incubis, ut patet ex -gestis SS. Bernardi et Petri de Alcantara, et aliarum historiarum, quæ -passim ab Auctoribus recitantur._ - -108. On répliquera que si la génération des Géants était réellement -sortie du sperme combiné des Incubes et des Femmes, il naîtrait -aujourd'hui encore des Géants; car il ne manque pas de femmes ayant -commerce avec les Incubes, comme on le voit dans les Gestes de S. -Bernard et de Pierre d'Alcantara, et d'autres histoires racontées par -divers auteurs. - -_109. Respondeo, quod prout ex Guaccio dictum fuit supra nº 81: alii -sunt hujusmodi Dæmones terrei, alii aquei, ærei alii, et alii ignei, qui -respective in propriis eorum elementis habitant. Videmus autem animalia -eo majora esse, quo majus est elementum in quo degunt, ut patet in -piscibus, inter quos licet multi sint minuti, ut etiam sunt plura -animalia terrestria minutissima, et tamen quia elementum aquæ majus est -elemento terræ (utpote continens majus semper est contento), ideo pisces -a tota specie superant in magnitudine molis animalia terrestria, ut -patet in balenis, orcynis, pistis seu pistricibus, thynnis, ac aliis -piscibus cetaceis, seu viviparis, qui quodvis animal terrestre longe -superant. Porro cum Dæmones hujusmodi animalia sint, ut hucusque -probatum est, eo erunt majores in magnitudine quo elementum majus pro -sui natura inhabitabunt. Et cum ær excedat aquam, et ignis ære major -sit, sequitur, quod Dæmones ætherei, ac ignei longe superabunt -terrestres et aqueos, tum in mole corporis, tum in virtute. Nec contra -hoc facit instantia de avibus, qui licet incolant ærem, qui major est -aqua, tamen corpore minores sunt a tota specie piscibus et -quadrupedibus, quia aves licet per ærem volatu spatientur, revera tamen -pertinent ad elementum terræ, in qua quiescunt; aliter enim pisces -nonnulli qui volant, ut hirundo marina, et alii, dici deberent animalia -ærea, quod falsum est._ - -109. Je réponds, suivant ce qui a été dit ci-dessus, nº 81, d'après -Guaccius: des Démons dont il s'agit, les uns sont terrestres, les autres -aqueux, les autres aériens, les autres ignés, et chacun réside dans -l'élément qui lui est propre. Or un fait connu, c'est que les animaux -sont d'autant plus grands, que plus grand est l'élément où ils -demeurent, témoin les poissons: beaucoup sans doute sont très-petits, -comme il arrive pour les animaux terrestres, mais de même que l'élément -aqueux est plus grand que l'élément terrestre (le contenant étant -toujours plus grand que le contenu), de même les poissons dans toute -leur espèce dépassent en grandeur la masse des animaux terrestres: ceci -est clair à voir les baleines, les thons, les cachalots et autres -poissons cétacés ou vivipares, qui l'emportent de beaucoup sur n'importe -quel animal terrestre. Conséquemment, les Démons dont il s'agit étant -des animaux, comme nous l'avons prouvé, leur grandeur corporelle sera en -proportion de la grandeur de l'élément où ils habiteront suivant leur -nature. Et comme l'air l'emporte sur l'eau, et le feu sur l'air, il -s'ensuit que les Démons éthérés et ignés l'emporteront de beaucoup sur -leurs congénères terrestres et aqueux, soit en grandeur corporelle, soit -en vigueur. On objectera peut-être que les oiseaux, habitants de l'air, -qui est plus grand que l'eau, sont néanmoins, pris en général, plus -petits que les poissons et les quadrupèdes; mais ceci ne prouve rien, -car les oiseaux, tout en parcourant l'air de leur vol, n'en -appartiennent pas moins à la terre, où ils se reposent; autrement il -faudrait classer certains poissons volants, comme l'hirondelle de mer, -parmi les animaux aériens, ce qui est faux. - -_110. Advertendum autem, quod post diluvium ær iste terraqueo globo -citissimus magis incrassatus est ex humiditate aquarum, quam fuerit ante -diluvium, et hinc forte est, quod ex tali humido, quod est principium -corruptionis, fiat, quod homines non ætatem ita producant, ut faciebant -ante diluvium. Ex ista autem æris crassitie fit, quod Dæmones ætherei, -ac ignei, cæteris corpulentiores, nequeunt diutius manere in hoc ære -crasso, et si descendunt aliquando hoc fit violenter, et eo modo quo -urinatores ad ima maris descendunt._ - -110. Maintenant, une remarque essentielle, c'est qu'après le déluge, cet -air qui enveloppe notre globe terrestre et aqueux est devenu, par suite -de l'humidité des eaux, plus épais qu'il n'était avant le déluge; et -comme l'humidité est le principe de la corruption, c'est peut-être pour -cela que la vie des hommes ne se prolonge plus autant que dans les âges -antédiluviens. Cette épaisseur de l'air est aussi cause que les Démons -éthérés et ignés, d'une corpulence plus forte que les autres, ne peuvent -plus demeurer dans cet air épais, et s'ils y descendent quelquefois, -c'est violemment et de la même manière que les plongeurs descendent au -fond de la mer. - -_111. Ante diluvium autem, cum adhuc ær non ita crassus erat, veniebant -Dæmones, et cum mulieribus miscebantur, et gigantes procreabant, qui -magnitudinem corpoream Dæmonum generantium æmulabantur. Nunc vero ita -non est: Dæmones enim Incubi, qui foeminas incessunt, sunt aquei -quorum corporis moles magna non est: et proinde in forma homuncionum -apparent, et quia aquei etiam salacissimi sunt; luxuria enim in humido -est: ut proinde Venerem e mari natam Poetæ finxerint, quod Mythologi -explicant de libidine, quæ oritur ab humiditate. Cum ergo Dæmones, qui -corpore parvi sunt, his temporibus mulieres imprægnent, non gigantes, -sed staturæ ordinariæ filii nascuntur. Sciendum porro quod si miscentur -corporaliter cum mulieribus Dæmones in sua ipsorum corpulentia naturali, -nulla facta immutatione aut artificio, mulieres illos non vident, nisi -tanquam umbram pæne incertam, ac quasi insensibilem, ut patet in muliere -illa, de qua diximus supra nº 28., quæ osculabatur ab incubo, cujus -tactus vix ab ea sentiebatur. Quando vero volunt se visibiles amasiis -reddere, atque ipsis delectationem in congressu carnali afferre, sibi -indumentum visibile assumunt, et corpus crassum reddunt. Qua vero hoc -arte fiat, ipsi norunt. Nobis curta nostra Philosophia hoc non pandit. -Unum scire possumus, et est, quod tale indumentum seu corpus ex solo ære -concreto constare nequiret, hoc enim esse deberet per condensationem, et -proinde per frigus; unde oporteret, quod corpus illud ad tactum esset -veluti glacies, et ita in coitu mulieres non delectaret, sed torqueret, -cum tamen contrarium eveniat._ - -111. Or avant le déluge, lorsque l'air n'était pas encore aussi épais, -les Démons venaient sur la terre et avaient commerce avec les femmes, -procréant de la sorte des Géants d'une stature presque égale à celle des -Démons leurs pères. Mais à présent il n'en est plus ainsi: les Démons -Incubes qui accolent les femmes sont aqueux et de taille restreinte; -aussi les voit-on paraître sous la forme de petits hommes, et, par la -raison qu'ils sont aqueux, ils sont excessivement lascifs. Luxure et -humidité sont deux termes correspondants: ce n'est pas sans raison que -les Poëtes ont fait naître Vénus de la mer, voulant indiquer, comme -l'expliquent les Mythologues, que la luxure a sa source dans l'humidité. -Donc lorsque les Démons, qui sont de petite stature, engrossent -aujourd'hui les femmes, ils leur font des enfants de taille ordinaire et -non des géants. Ici se place une observation: lorsque ces Incubes -s'unissent charnellement aux femmes dans leur corps propre et naturel, -sans métamorphose ni artifice, les femmes ne les voient pas, ou, si -elles les voient, c'est comme une ombre presque incertaine et à peine -sensible: tel était le cas de cette dame dont nous avons parlé au nº 28, -qui recevait les baisers d'un incube dont elle sentait à peine le -contact. Quand, au contraire, les galants veulent se rendre visibles à -leurs maîtresses, _atque ipsis delectationem in congressu carnali -afferre_, alors ils revêtent une enveloppe visible, et leur corps -devient palpable. Par quel art, ceci est leur secret. Notre philosophie -à courte vue est impuissante à le découvrir. Tout ce que nous savons, -c'est que cette enveloppe ou ce corps ne pourrait consister seulement en -air concret, car ceci ne s'effectuerait que par la condensation, et -conséquemment par le froid; un corps ainsi formé produirait au toucher -l'effet de la glace; _et ita in coitu mulieres non delectaret_, il les -ferait plutôt souffrir, lorsque cependant c'est le contraire qui arrive. - -_112. Visa igitur differentia Dæmonum spiritualium, qui cum sagis -coeunt, et Incuborum, qui cum foeminis minime sagis rem habent, -perpendenda est gravitas hujus criminis in utroque casu._ - -112. Etant donc admis la distinction des Démons spirituels, qui ont -commerce avec les sorcières, et des Incubes, qui ont affaire à des -femmes pas du tout sorcières, il nous reste à peser la gravité du crime -dans l'un et l'autre cas. - -_113. In coitu Sagarum cum Dæmonibus, eo quia non fit nisi cum apostasia -a Fide, et Diaboli cultu, et tot aliis impietatibus quas recensuimus -supra a nº 12. ad 24., est maximum quorumque peccatorum, quæ ab -hominibus fieri possunt: et ratione tantæ enormitatis contra Religionem, -quæ præsupponitur coitu cum Diabolo, profecto Dæmonialitas maximum est -criminum carnalium. Sed spectato delicto carnis ut sic, et ut abstracto -a peccatis contra Religionem, Dæmonialitas redigenda est ad simplicem -pollutionem. Ratio, et quidem convincentissima, est quia Diabolus, qui -rem habet cum sagis, purus spiritus est, et est in termino ac damnatus -ut dictum supra fuit; proinde si cum sagis coit, hoc facit in corpore -assumpto, aut a se formato, ut sentiunt communiter Theologi. Porro -corpus illud quamvis moveatur, non tamen vivens est; sequitur ergo quod -coiens cum tali corpore, sive mas sive foemina fuerit, idem delictum -committit, ac si cum corpore inanimato, aut cadavere coiret, quod esset -simplex mollities, ut alias demonstravimus. Verum est, quod, ut -observavit etiam Cajetanus, talis coitus effective potest habere -deformitates aliorum criminum juxta corpus a Diabolo assumptum, et vas: -si enim assumeret corpus virginis consanguineæ, aut sacræ, effective -esset tale crimen incestus aut sacrilegium, et si in figura bruti -coiret, aut in vase præpostero, evaderet bestialitas, aut Sodomia._ - -113. Le commerce des Sorcières avec les Démons, par les circonstances -qui l'accompagnent: apostasie de la Foi, culte du Diable, et tant -d'autres impiétés que nous avons énumérées plus haut, nºs 12 à 24, est -le plus grand de tous les péchés qu'il soit donné à l'homme de -commettre; et si l'on considère l'énormité de cet attentat contre la -Religion, que présuppose le coït avec le Diable, assurément la -Démonialité est le plus grand, de tous les crimes de la chair. Mais à -envisager le péché de la chair comme tel, et abstraction faite du péché -contre la Religion, la Démonialité n'est plus que pollution simple. La -raison, et une raison très-convaincante, c'est que le Diable qui a -affaire aux Sorcières, est un pur esprit, arrivé au terme et damné, -comme il a été dit plus haut; conséquemment, s'il paillarde avec les -Sorcières, c'est au moyen d'un corps emprunté, ou qu'il s'est formé -lui-même, suivant l'opinion commune des Théologiens. Or, quoique mis en -mouvement, ce corps, toutefois, n'est pas vivant; d'où suit que l'être -humain, mâle ou femelle, _coiens cum tali corpore_, commet le même délit -que s'il le faisait avec un corps inanimé, un cadavre: ce qui serait -pollution simple ou mollesse, comme nous l'avons démontré ailleurs. Il -est vrai, du reste, ainsi que l'a observé Cajetan, qu'un commerce de -cette nature peut très-bien revêtir les caractères honteux d'autres -crimes, suivant le corps emprunté par le Démon et l'organe employé: car -s'il empruntait le corps d'une parente ou d'une religieuse, le crime -serait effectivement inceste ou sacrilége; et s'il paillardait sous la -forme d'une bête, ou _in vase præpostero_, ce serait bestialité ou -Sodomie. - -_114. In coitu autem cum Incubo, in quo nulla habetur qualitas, vel -minima, criminis contra Religionem, difficile est rationem invenire, per -quam tale delictum Bestialitate et Sodomia gravior esset. Siquidem -gravitas Bestialitatis præ Sodomia, prout supra diximus, consistit in -hoc, quod homo vilificat dignitatem suæ speciei jungendose cum bruto, -quod est speciei longe inferioris sua. In coitu autem cum Incubo diversa -est ratio: nam Incubus ratione spiritus rationalis, ac immortalis, -æqualis est homini; ratione vero corporis nobilioris, nempe subtilioris, -est perfectior, et dignior homine; et hoc modo homo jungens se Incubo -non vilificat, immo dignificat suam naturam, et ita, juxta hanc -considerationem, Dæmonialitas nequit esse gravior Bestialitate._ - -114. Quant au commerce avec l'Incube, où ne se rencontre aucun élément, -si faible soit-il, d'offense contre la Religion, il est difficile de -voir pourquoi ce délit serait plus grave que la Bestialité et la -Sodomie. En effet, si la Bestialité est plus grave que la Sodomie, comme -nous l'avons dit plus haut, c'est que l'homme avilit la dignité de son -espèce en s'unissant avec la brute, qui est d'une espèce bien inférieure -à la sienne. Mais dans le commerce avec l'Incube, c'est le contraire qui -a lieu: car l'Incube, du chef de son esprit raisonnable et immortel, est -égal à l'homme; du chef de son corps plus noble et plus subtil, il est -plus parfait et plus digne que l'homme. Conséquemment, l'homme qui -s'unit à l'Incube n'avilit pas sa nature, il la dignifie plutôt; et à -considérer la chose à ce point de vue, la Démonialité ne saurait être -plus grave que la Bestialité. - -_115. Tamen gravior communiter censetur, et ratio, meo videri, potest -esse: quia peccatum contra Religionem est, quævis communicatio cum -Diabolo, sive ex pacto, sive non; puta habendo cum eo consuetudinem aut -familiaritatem, seu ab eo petendo auxilium consilium, favorem, aut ab -ipso quærendo revelationem futurorum, relationem præteritorum, -absentium, aut alias occultorum. Hujusmodi autem homines, seu mulieres, -concumbendo cum Incubis, quos nesciunt animalia esse, sed putant esse -diabolos, contra conscientiam erroneam delinquunt; et hoc modo ex -conscientia erronea ita peccant cum Incubis se jungendo, ac si cum -diabolis coirent: unde et gravitatem ejusdem criminis incurrunt._ - -_FINIS_ - -115. Cependant l'opinion commune veut qu'elle soit plus grave; et voici, -à mon sens, ce qui peut justifier cette manière de voir: c'est qu'il y a -péché contre la Religion dans toute communication avec le Diable, soit -en vertu d'un pacte, soit sans pacte, comme, par exemple, en ayant avec -lui des relations d'habitude ou de familiarité, ou en lui demandant -secours, avis, faveur, ou en cherchant à obtenir de lui la révélation -des choses futures, la connaissance des choses passées, absentes ou -cachées. Hommes et femmes, en s'unissant ainsi avec des Incubes qu'ils -ne savent pas être des animaux, mais croient être des diables, pèchent -par intention ou erreur de conscience, _ex conscientia erronea_, et leur -péché est le même en ayant affaire à des Incubes que s'ils avaient -commerce avec des diables; d'où il suit que la gravité de leur crime est -exactement la même. - -FIN. - - - - -APPENDICE - - -Le Manuscrit de la _Démonialité_ s'arrête sur la conclusion qu'on vient -de lire. Au point de vue purement philosophique et théorique, l'oeuvre -est complète: car il suffisait à l'auteur de déterminer en termes -généraux la gravité du crime, sans s'occuper de la procédure à suivre -pour en établir la _preuve_, ni de la _peine_ à édicter. Ces deux -questions, au contraire, avaient leur place naturellement marquée dans -le grand ouvrage _De Delictis et Poenis_, qui est un véritable _Code -de l'Inquisiteur_; et le Père Sinistrari d'Ameno ne pouvait manquer de -les y traiter avec tout le soin et toute la conscience dont il a donné -tant de preuves dans les pages qui précèdent. - -On sera bien aise de trouver ici cette conclusion pratique de la -_Démonialité_. - -_(Note de l'Éditeur.)_ - - -Probatio Dæmonialitatis - -SUMMARIUM - - - 1. De probatione criminis Dæmonialitatis, distinguendum est. - - 2. Indicia probantia coitum Sagæ cum Diabolo. - - 3. Requiritur confessio ipsius malefici ad plenam probationem. - - 4. Historia de Moniali habente consuetudinem cum Incubo. - - 5. Si adsint indicia visa in recitata historia, potest ad torturam -deveniri. - - -_Preuve de la Démonialité_ - -_SOMMAIRE_ - - - _1. Distinctions à établir dans la preuve du crime de Démonialité._ - - _2. Indices servant à prouver le commerce d'une Sorcière avec -le Diable._ - - _3. Pour la preuve absolue, l'aveu du Sorcier lui-même est -indispensable._ - - _4. Histoire d'une Nonne qui entretenait de relations avec un Incube._ - - _5. Si l'accusation s'appuie sur des récits de témoins oculaires, -on peut recourir à la torture._ - - - - -_1. Quantum ad probationem hujus criminis attinet, distinguendum est de -Dæmonialitate, puta, vel ejus, quæ a Sagis, seu Maleficis fit cum -Diabolis; sive de ea, quæ ab aliis fit cum Incubis._ - -1. En ce qui touche la preuve de ce crime, il faut distinguer l'espèce -de Démonialité: à savoir celle qui se pratique entre Sorcières ou -Sorciers et le Diable, d'une part, et d'autre part, celle que d'autres -personnes pratiquent avec les Incubes. - -_2. Quoad primam, probato crimine pacti facti cum Diabolo, probata -remanet _Dæmonialitas_ ex consequentia necessaria; nam scopus tum -Sagarum, tum Maleficorum in ludis nocturnis, ultra convivia, et choreas, -est hujusmodi infamis congressus: aliter, illius criminis nullus potest -esse testis, quia Diabolus, qui Sagæ visibilis est, aliorum oculos -effugit. Verum est, quod aliquoties visæ sunt mulieres in sylvis, agris, -et nemoribus, supinæ jacentes, ad umbilicum tenus denudatæ, et juxta -dispositionem actus venerei, divaricatis, et adductis cruribus, clunes -agitare, prout scribit Guacc., lib. p. cap. 12, v. _Sciendum est sæpius, -fol. 65_. Tali casu emergeret suspicio vehemens talis criminis, dummodo -esset aliunde adminiculata, et crederem talem actum per testes -sufficienter probatum, sufficere Judici ad indagandam tormentis -veritatem; et hoc maxime, si post aliqualem moram in illo actu, visus -fuisset a muliere elevari quasi fumus niger, et tunc mulierem surgere, -prout ibidem scribit Guaccius; talis enim fumus, aut umbra, Dæmonem -fuisse concumbentem cum foemina inferre potest. Sicut etiam, si mulier -visa fuisset concumbere cum homine, qui post actum de repente evanuit, -ut non semel accidisse idem auctor ibidem narrat._ - -2. Quant à la première, étant prouvé le pacte fait avec le Diable, la -_Démonialité_ se trouve par là même prouvée; car le but des Sorcières, -aussi bien que des Sorciers, dans leurs sabbats nocturnes, après les -festins et les danses, est le commerce infâme dont il s'agit: autrement, -il ne peut exister aucun témoin de ce crime, parce que le Diable, qui -est visible pour la Sorcière, se dérobe aux yeux des autres. -Quelquefois, il est vrai, des femmes ont été vues dans les forêts, dans -les champs, dans les bocages, couchées sur le dos, _ad umbilicum tenus -nudatæ, et juxta dispositionem actus venerei_, les jambes _divaricatis -et adductis, clunes agitare_, ainsi que l'écrit Guaccius, liv. 1, chap. -12, v. _Sciendum est sæpius_, fol. 65. En pareil cas, la présomption du -crime de Démonialité serait très-forte, pourvu qu'il existât d'ailleurs -d'autres indices; et je croirais qu'un tel acte, suffisamment prouvé par -témoins, autoriserait le Juge à employer la torture pour connaître la -vérité; surtout si, peu après cet acte, on avait vu s'élever de la femme -comme une fumée noire, et alors la femme se redresser, comme l'écrit -encore _Guaccius_; car dans cette fumée ou cette ombre on pourrait voir -le Démon lui-même, _concumbentem cum foemina_. Même conclusion, si, -comme il est arrivé plus d'une fois au rapport du même auteur, on a vu -une femme _concumbere cum homine_, lequel, l'acte fini, disparaît tout à -coup. - -_3. Cæterum, ad probandum concludenter aliquem esse Maleficum, seu -Maleficam, requiritur propria Confessio; nullus enim haberi potest de -hoc testis, nisi forte sint alii Malefici, qui in judicio deponunt de -complicibus; sed quia socii criminis sunt, eorum dictum non concludit, -nec etiam ad torturam sufficit, nisi alia exstent indicia, puta, -sigillum Diaboli impressum in eorum corpore, prout diximus supra _num. -23._; et in eorum domibus, facta perquisitione, inveniantur signa, ac -instrumenta artis diabolicæ, ut ossa mortuorum, præsertim calvariam; -crines artificiose contextos; nodos plumarum intricatos; alas, aut -pedes, aut ossicula vespertilionum, aut bufonum, aut serpentium; ignotas -seminum species; figuras cereas; vasculos plenos incognito pulvere, aut -oleo, aut unguentis minime notis, etc., ut ordinarie contingit reperiri -a Judicibus, qui, accepta accusatione de hujusmodi Sagis, ad capturam, -et domus visitationem deveniunt, ut scribit _Delbene_, de Off. S. -Inquis., _Par. 2. Dub. 206. num. 7_._ - -3. Du reste, pour prouver d'une manière concluante qu'un homme est un -Sorcier ou une femme une Sorcière, il faut avoir obtenu son propre aveu: -car il ne peut exister de ce fait aucun témoin si ce n'est peut-être -d'autres Sorciers qui déposent au procès contre leurs complices; mais, -par cela même qu'ils sont associés dans le crime, leur dire n'est pas -concluant et ne suffit pas pour autoriser la torture. Il faudrait pour -cela qu'il y eût d'autres indices, comme, par exemple, le cachet du -Diable imprimé sur leur corps, ainsi que nous avons dit plus haut (nº -23), ou qu'après perquisition faite dans leurs maisons, on eût trouvé -des signes et des instruments de l'art diabolique, tels que des os de -morts et surtout un crâne; des cheveux artistement arrangés; des -noeuds de plumes embrouillés; des ailes, ou des pieds, ou des -ossements de chauves-souris, de crapauds, de serpents; des sortes de -graines, des figures en cire, des vases remplis de poudre ou d'huile, ou -d'onguents inconnus, etc., comme en découvrent ordinairement les Juges -qui, sur une accusation de ce genre portée contre des Sorciers, -procèdent à leur arrestation et à une visite domiciliaire. - -_4. Quantum vero ad probationem congressus cum Incubo, par est -difficultas; non minus enim Incubus, ac alii Diaboli effugiunt, quando -volunt, visum aliorum, ut videri se faciunt a sola amasia. Tamen non -raro accidit, quod etiam visi sint Incubi modo sub una, modo sub alia -specie in actu carnali cum mulieribus._ - -4. Quant à la preuve du commerce avec un Incube, la difficulté est la -même; car l'Incube, tout aussi bien que les Diables, se rend quand il le -veut invisible à tout autre qu'à sa maîtresse. Cependant, il arrive -encore plus d'une fois aux Incubes de se laisser surprendre, tantôt sous -une forme, tantôt sous une autre, en flagrant délit de cohabitation -charnelle avec les femmes. - -_In quodam Monasterio (nomen ejus et urbis taceo, ne veterem ignominiam -memoriæ refricem) quædam fuit Monialis, quæ cum alia Moniali, quæ cellam -habebat suæ contiguam, simultatem ex levibus causis, ut assolet inter -Mulieres, maxime Religiosas, habebat. Hæc sagax in observando quascunque -actiones Monialis sibi adversæ, per plures dies vidit, quod ista in -diebus æstivis, statim a prandio non spatiabatur per viridarium cum -aliis, sed ab iis sequestra, se retrahebat in cellam, quam sera -obserabat. Observatrix igitur æmula curiositate investigans, quid tali -tempore illa facere posset, etiam ipsa in propriam cellam se recipiebat; -coepit autem audire submissam quasi duorum insimul colloquentium vocem -(quod facile erat, nam cella parvo simplicis, scilicet lateris unius, -disterminio dividebatur), mox sonitum poppysmatum[1], concussionis -lecti, gannitus, ac anhelitus, quasi duorum concumbentium; unde aucta in -æmula curiositate, accuratius stetit in observatione, ut sciret, quinam -in illa cella essent. Postquam autem per tres vices vidit, nullam aliam -Monialem egressam e cella illa, præter æmulam, dominam cellæ, suspicata -est, Monialem in camera absconditum aliquem virum, clanculum introductum -retinere; unde et rem detulit ad Abbatissam, quæ consilio habita cum -Discretis, voluit audire sonitus, et observare indicia relata ab -accusatrice, ne præcipitanter, et inconsiderate ageret. Abbatissa igitur -cum Discretis se receperunt in Cellam observatricis, et audierunt -strepitus, et voces, quas accusatrix detulerat. Facta igitur -inquisitione, an ulla Monialium potuisset secum in illa Cella clausa -esse, et reperto, quod non; Abbatissa cum Discretis fuit ad ostium Cellæ -clausæ, et pulsato frustra pluries ostio, cum Monialis nec respondere, -nec aperire vellet; Abbatissa minata est, se velle ostium prosterni -facere, et vecte aggredi opus fecit a quadam conversa. Tunc aperuit -ostium Monialis, et facta perquisitione, nullus inventus est in camera. -Interrogata Monialis cum quonam loqueretur, et de causa concussionis -lecti, anhelituum, etc., omnia negavit._ - -Dans un Monastère (je ne cite ni son nom, ni celui de la ville où il est -situé, pour ne pas rafraîchir la mémoire d'un vieux scandale), il y -avait une Nonne, laquelle, à propos de riens, comme c'est l'habitude des -femmes, et surtout des Religieuses, s'était brouillée avec une autre -Nonne qui occupait la cellule contiguë à la sienne. Celle-ci, fine -mouche, s'étant mise à épier tous les pas et démarches de son ennemie, -remarqua plusieurs jours de suite, pendant l'été, qu'au lieu de se -promener avec les autres dans le jardin au sortir de table, elle -s'éloignait pour se retirer dans sa chambre, dont elle fermait la porte -à double tour. Vivement intriguée, notre observatrice voulut savoir ce -qu'elle pouvait bien faire tout ce temps-là, et dans ce but, elle -s'enferma de son côté dans sa cellule. Bientôt, elle entendit comme deux -personnes qui parlaient ensemble à voix basse (c'était facile, car les -deux cellules n'étaient séparées que par une simple cloison très-mince); -puis certain bruit de frottement, des craquements de lit, des -gémissements, des soupirs, _quasi duorum concumbentium_; c'en était -assez pour surexciter sa curiosité: elle redoubla d'attention, afin de -savoir qui était dans la cellule. Mais, comme par trois fois elle n'en -vit sortir que la Nonne son ennemie, elle soupçonna qu'un homme s'y -était secrètement introduit, et qu'elle l'y tenait caché. Alors elle -rapporta la chose à l'Abbesse qui, après avoir pris conseil de personnes -discrètes, voulut entendre les bruits et observer les indices qu'on lui -dénonçait, de peur d'agir précipitamment et sans réflexion. En -conséquence, l'Abbesse et ses affidées se postèrent dans la chambre de -l'observatrice, d'où elles entendirent parfaitement les voix et autres -bruits signalés. On fit une enquête pour s'assurer qu'aucune des -Religieuses ne pouvait être enfermée avec l'autre dans cette cellule, et -le résultat se trouvant négatif, l'Abbesse et sa suite se présentèrent à -la porte de la cellule fermée, où elles frappèrent à plusieurs reprises, -mais en vain: la Nonne ne voulait ni répondre, ni ouvrir. L'Abbesse dut -la menacer de faire enfoncer la porte, et ordonna même à une soeur -converse de l'attaquer avec un levier. Sur cette menace, la Nonne ouvrit -sa porte: perquisition faite, on ne trouva rien. On l'interrogea: avec -qui parlait-elle? pourquoi ces craquements de lit, ces soupirs, etc.? -elle nia tout. - -_Cum vero res perseveraret, accuratior, ac curiosior reddita Monialis -æmula perforavit tabulas lacunaris, ut posset Cellam introspicere; et -vidit elegantem quemdam juvenem cum Moniali concumbentem, quem etiam -eodem modo ab aliis Monialibus videndum curavit. Delata mox accusatione -ad Episcopum, ipsaque Moniali omnia negante, tandem metu tormentorum -comminatorum adacta, confessa est, se cum Incubo consuetudinem -habuisse._ - -Enfin, comme le manége continuait de plus belle, la Nonne rivale devenue -plus attentive, plus curieuse que jamais, imagina de faire un trou à la -cloison, de manière à voir ce qui se passait dans la cellule; et que -vit-elle? un élégant jouvenceau couché avec la Religieuse. Les autres -Nonnes vinrent à la suite, à qui elle fit voir la même chose. -L'accusation fut bientôt portée devant l'Évêque: la Nonne coupable -voulut tout nier encore, mais, effrayée par la menace de la torture, -elle finit par avouer qu'elle avait eu commerce avec un Incube. - -_5. Quando igitur adessent talia indicia, sicut in recitata historia -intervenerunt, posset utique in rigoroso examine Rea constitui; sine -tamen ejus confessione, non censendum est delictum plene probatum, -quantumvis a testibus visus fuisset congressus; siquidem aliquando -accidit, quod Diabolus ut infamiam alicui innocenti pararet, præstigiose -talem concubitum repræsentaverit. Unde in his casibus debet Judex -Ecclesiasticus esse perfecte oculatus._ - -5. Lors donc qu'il existe des indices de la nature de ceux qui viennent -d'être relatés, il y aurait lieu, après un rigoureux examen, à prononcer -la mise en accusation; toutefois, à défaut de l'aveu de l'accusée, le -délit ne doit pas être considéré comme pleinement prouvé, lors même que -le congrès serait attesté par des témoins oculaires, car il arrive -parfois que le Diable, afin de perdre une innocente, simule ce congrès -par quelque apparence fantastique. C'est pourquoi le Juge Ecclésiastique -doit, en pareil cas, ne s'en rapporter qu'à ses propres yeux. - - - - -Poenæ - - -_Quantum ad poenas _Dæmonialitatis_, nulla lex Civilis, aut Canonica, -quam legerim, reperitur, quæ poenam sanciat contra crimen hujusmodi. -Tamen, quia crimen hoc supponit pactum, ac societatem cum Dæmone, ac -apostasiam a fide, ultra veneficia, atque alia infinita propemodum -damna, quæ a Maleficis inferuntur, regulariter extra Italiam, suspendio, -et incendio punitur. In Italia autem, rarissime traduntur hujusmodi -Malefici ab Inquisitoribus Curiæ sæculari._ - - - - -_Peines_ - - -Quant aux peines afférentes à la _Démonialité_, aucune loi civile ni -canonique, que je sache, n'édicte de peine contre un crime de ce genre. -Cependant, comme un tel crime suppose pacte et société avec le Démon, -apostasie de la foi, sans parler des maléfices et autres scélératesses -en nombre presque infini que commettent les Sorciers, il est puni -régulièrement, hors d'Italie, de la hart et du feu. Mais, en Italie, il -est très-rare que les Inquisiteurs livrent ces malheureux au bras -séculier. - - - - -NOTICE BIOGRAPHIQUE[2] - - -Le Père Louis Marie Sinistrari, de l'Ordre des Mineurs Réformés de -l'étroite Observance de Saint-François, naquit à Ameno, petite ville du -district de Saint-Jules, dans le diocèse de Novare, le 26 Février 1622. -Il reçut une éducation libérale et fit ses humanités à Pavie, où il -entra, en 1647, dans l'Ordre des Franciscains. Se consacrant alors à -l'enseignement, il fut d'abord professeur de Philosophie; puis il -enseigna dans la même ville la Théologie pendant quinze années -consécutives, au milieu d'un concours nombreux d'étudiants que sa -réputation avait attirés de tous les pays de l'Europe. Ses prédications -dans les principales villes de l'Italie, en même temps qu'elles firent -admirer son éloquence, produisirent pour la piété les meilleurs -résultats. Également cher au Siècle et à la Religion, il avait reçu de -la nature les dons les plus brillants: stature carrée, haute taille, -visage ouvert, front large, oeil vif, teint coloré, conversation -agréable et pleine de saillies;[3] mais ce qui était plus précieux, il -possédait aussi les dons de la grâce, qui lui faisait supporter avec une -résignation invincible les attaques d'une maladie arthritique à laquelle -il était sujet; remarquable d'ailleurs par son humilité, sa candeur et -sa soumission absolue aux règles de son Ordre. Homme de toutes -sciences,[4] il avait appris sans maître les langues étrangères, et -souvent, dans les Comices généraux de son Ordre, tenus à Rome, il -soutint des thèses publiques _de omni scibili_. Toutefois, il s'adonna -plus particulièrement à l'étude des Droits Civil et Canonique. Il occupa -à Rome le poste de Consulteur au Tribunal suprême de la Sainte -Inquisition; fut pendant près de deux ans Vicaire-Général de -l'Archevêque d'Avignon, et ensuite Théologien attaché à l'Archevêque de -Milan. En 1688, chargé par les Comices généraux des Franciscains de -compiler les statuts de l'Ordre, il s'acquitta de cette tâche dans son -traité intitulé _Practica criminalis Minorum illustrata_. Il mourut l'an -de grâce 1701, le 6 Mars, à l'âge de soixante-dix-neuf ans.[5] - - - - -TABLE DES MATIÈRES - - -Avant-propos - -Démonialité: origine du mot--En quoi ce crime diffère de ceux de -Bestialité et de Sodomie.--Opinion de Saint Thomas. Nºs 1 à 8. - -Le commerce matériel avec les Incubes et les Succubes n'est pas -imaginaire; témoignage de Saint Augustin. Nºs 9 et 10. - -Sorciers et Sorcières; leurs rapports avec le Diable; cérémonies de leur -profession. Nºs 11 à 23. - -Artifices employés par le Diable pour se donner un corps. Nº 24. - -Les Incubes ne s'attaquent pas seulement aux femmes. Nº 26. - -Esprits _Follets_: n'ont aucune frayeur des exorcismes. Nº 27. - -Histoire plaisante de la signora Hieronyma: le repas enchanté. Nº 28. - -Hommes procréés par les Incubes: Romulus et Rémus, Platon, Alexandre le -Grand, César-Auguste, Merlin l'Enchanteur, Martin Luther.--C'est d'un -Incube que doit naître l'Antechrist. Nº 30. - -Les Incubes ne sont pas de purs esprits: ils engendrent, donc ils ont un -corps qui leur est propre.--Observation sur les Géants. Nºs 31 à 33. - -Les Anges ne sont pas tous de purs esprits: décision conforme du -deuxième Concile de Nicée. Nº 37. - -Existence de créatures ou animaux raisonnables, autres que l'homme, et -ayant comme lui un corps et une âme. Nºs 38 à 43. - -En quoi ces animaux diffèrent-ils de l'homme? Quelle est leur origine? -Descendent-ils, comme tous les hommes d'Adam, d'un seul individu? Y -a-t-il entre eux distinction de sexes? Quelles sont leurs moeurs, -leurs lois, leurs habitudes sociales? Nºs 44 à 50. - -Quelles sont la forme et l'organisation de leur corps? Comparaison tirée -de la formation du vin. Nºs 51 à 56. - -Ces animaux sont-ils sujets aux maladies, aux infirmités physiques et -morales, à la mort? Nºs 57 et 58. - -Naissent-ils dans le péché originel? Ont-ils été rachetés par -Jésus-Christ, et sont-ils capables de béatitude et de damnation? Nºs 61 -et 62. - -Preuves de leur existence. Nºs 65 à 70. - -Histoire d'un Incube et d'une jeune nonne. Nº 71. - -Histoire d'un jeune diacre. Nº 72. - -Les Incubes sont affectés par des substances matérielles: donc ils -participent de la matière de ces substances. Nº 73. - -Exemple tiré de l'histoire de Tobie: expulsion de l'Incube qui -tourmentait Sara; guérison du vieux Tobie. Nºs 74 à 76. - -Saint Antoine rencontre un Faune dans le désert: leur conversation. Nºs -77 à 84. - -Autres preuves de la corporéité des Incubes, notamment la Manne des -Hébreux ou Pain des Anges. Nºs 90 à 95. - -Comment il faut entendre ces paroles du Christ: «_J'ai d'autres brebis -qui ne sont pas de cette bergerie_».--Discours d'Apollon à l'Empereur -Auguste: la fin des Dieux. Nºs 96 à 101. - -«LE GRAND PAN EST MORT», ou la mort du Christ annoncée aux Faunes, -Sylvains et Satyres; leurs lamentations. Nº 102. - -Solution du problème: Comment une femme peut être fécondée par un -Incube.--Comparaison des Géants avec les mulets. Nºs 104 à 105. - -En quoi consiste la vertu génératrice; pourquoi il ne naît plus de -Géants. _Luxuria in humido._ Nºs 106 à 111. - -Appréciation du crime de Démonialité: 1º commis avec le Diable; 2º -commis avec l'Incube. Nºs 112 à 114. - -La Démonialité est-elle plus grave que la Bestialité?--Conclusion. Nº -115. - -APPENDICE. - -NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE. - - - - -LETTRE -du -_R. P. PROVINCIAL DES CAPUCINS_ -POUR LA PROVINCE DE P.... - -_P..., vendredi [8 octobre 1875]._ -+ -Pax - -MONSIEUR ISIDORE LISEUX, -5, rue Scribe, Paris. - -_J'ai parcouru l'ouvrage que vous m'avez envoyé hier et, vraiment, j'ai -été content de l'édition; ce n'est pas encore le moment de donner mon -avis sur la valeur de l'oeuvre en elle-même. Ici vous n'auriez -trouvé, en fait d'ouvrages du R. P. Louis-Marie d'Ameno, que son livre: -_Practica criminalis Minorum_; le _De Delictis et Poenis_ se trouve, -je crois, dans un autre de nos couvents; mais vous auriez reçu un -excellent accueil. Je crois que Des Grieux n'a guère habité le -Saint-Sulpice actuel, qui ne date que de 1816._ - -_J'ai remarqué, à la page 132-133, une erreur de traduction assez grave: -vous rendez _Carthusia Ticinensis_ par _Chartreuse du Tessin_, quand il -s'agit de la fameuse Chartreuse de Pavie, fort connue de tous les -voyageurs en Italie. Il y a aussi, autant qu'un coup d'oeil -superficiel m'a permis de m'en rendre compte, quelques autres erreurs; -mais, en somme, l'oeuvre est bonne, et vous pouvez recevoir les -félicitations de_ - -_Votre tout petit serviteur_, -_Fr. A....._ -o. m. c. -m. p. - -_Couvent des Capucins, rue..._ - - -Paris.--Typographie MOTTEROZ, 31, rue du Dragon. - - - - -NOTES - - -[1] _Poppysmatum._ Cette expression étant peu usitée, il n'est pas -inutile de consigner ici la définition qu'en donne le _Glossarium -eroticum linguæ Latinæ_ (auctore P. P., _Paris_, 1826): - - POPPYSMA.--_Oris pressi sonus, similis illi quo - permulcentur equi et canes. Obscene vero de - susurro cunni labiorum, quum frictu madescunt._ - -Le P. Sinistrari, très-versé dans la littérature classique, avait fait -son profit de l'épigramme suivante de Martial (l. VII, 18): - -_IN GALLAM_ - - _Quum tibi sit facies, de qua nec foemina possit - Dicere, quum corpus nulla litura notet; - Cur te tam rarus cupiat, repetat que fututor, - Miraris? Vitium est non leve, Galla, tibi. - Accessi quoties ad opus, mixtisque movemur - Inguinibus, cunnus non tacet, ipsa taces. - Di facerent, ut tu loquereris, et ipse taceret! - Offendor cunni garrulitate tui. - Pedere te mallem: namque hoc nec inutile dicit - Symmachus, et risum res movet ista simul. - Quis ridere potest fatui _poppysmata_ cunni? - Quum sonat hic, eut non mentula mensque cadit? - Dic aliquid saltem, clamosoque obstrepe cunno: - Et si adeo muta es, disce vel inde loqui._ -_(Note de l'éditeur.)_ - -[2] Cette Notice est extraite du tome Ier des OEuvres complètes du P. -Sinistrari (_Romæ_, 1753). - -[3] «Quadrato corpore, statura procera, facie liberali, fronte spatiosa, -oculis rutilantibus, colore vivido, jucundæ conversationis, ac lepidorum -salium.» - -[4] «Omnium scientiarum vir.» - -[5] Les OEuvres complètes du P. Sinistrari (_Romæ, Giannini_, -1753-1754, 3 vol. in-folio), comprennent les livres suivants: -_Practica criminalis Minorum illustrata,--Formularium criminale,--De -Incorrigibilium expulsione ab Ordinibus Regularibus,--De Delictis -et Poenis_, auxquels il convient d'ajouter le présent ouvrage: -_De Dæmonialitate_, publié pour la première fois en 1875. - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of De la démonialité des animaux incubes -et succubes, by Louis Marie Sinistrari d'Ameno - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK DE LA DÉMONIALITÉ DES *** - -***** This file should be named 43686-8.txt or 43686-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/4/3/6/8/43686/ - -Produced by Laurent Vogel, Ian Swainson and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -book was produced from scanned images of public domain -material from the Google Print project.) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. 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It exists -because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from -people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. -To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 -and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive -Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at -http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent -permitted by U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. -Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered -throughout numerous locations. Its business office is located at -809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email -business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact -information can be found at the Foundation's web site and official -page at http://pglaf.org - -For additional contact information: - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. 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