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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43718 ***
+
+Les Divins Oracles de Zoroastre, ancien Philosophe Grec, interpretez en
+Rime Francoise, par Francois Habert de Berry, Avec un Commentaire moral
+sur ledit Zoroastre, en Poesie Francoise, et Latine.
+
+Plus, la Comedie du Monarque, et autres petis oeuvres.
+
+ Ce que Terre produict, est subject à trespas,
+ La vertu vient du Ciel, & mortelle n'est pas.
+
+A Paris,
+
+De l'imprimerie de Philippe Danfrie, et Richard Breton, Rue sainct
+Jacques, à l'Escrevisse.
+
+M. vc. lviij.
+
+Avec Privilege du Roy.
+
+
+
+
+Pierre Habert Escrivain à Paris, aux Lecteurs.
+
+
+ Si tu requiers voir chose magnifique,
+ Ou recevras grand consolation,
+ Voy Zoroastre, Homme fort autentique,
+ Qui fut remply de grand perfection.
+ Icy verras mainte autre instruction
+ Et bons propos, pour te donner plaisir.
+ Outre cela tu verras à loisir
+ (Dont recevras double contentement)
+ Les traicts nouveaux d'une Francoise letre,
+ Que cy devant Paris n'a sceu permettre
+ Aux bons Esprits la voir aucunement.
+
+ Vertu vault mieux que mondaine richesse.
+
+
+
+
+A tresnoble & illustre personne Monseigneur Claude du Bourg, Seigneur de
+Guerigné, Chevalier, Conseiller, et Thresorier de France, estably à
+Rion, Francois Habert son treshumble et obeissant serviteur, desire
+salut, et felicité perpetuelle.
+
+
+ Celle qui peut toutes choses, Nature,
+ (A scavoir Dieu) donne à sa creature
+ Dons differens, aux uns hautain scavoir,
+ Aux uns beauté, aux autres riche Avoir:
+ Mais ce dont plus la personne bien née
+ Est noblement en ce Monde exornee,
+ C'est la beauté en l'Esprit permanente,
+ Beauté qui est hautaine et eminente,
+ Ceste beauté exquise, et de hault pris,
+ (Qui nobles rend et heureux les esprits)
+ Reluit en vous, voire de telle sorte
+ (Noble seigneur) que la Palme ell'emporte
+ Dessus plusieurs, en liberalité,
+ Et jugement plein d'immortalité,
+ Dont à bon droict convient que ma Minerve
+ En ses escrits tel honeur vous reserve,
+ Que l'oeil aigu de la posterité
+ Juge combien vous avez merité,
+ Qui ressemblez au Phenix seul et rare
+ Par un destin du Ciel, qui vous separe
+ Des ords desirs d'un avaricieux
+ Qui l'or terrien trouve plus precieux,
+ Que la vertu tant noble, rare, et saincte
+ En vostre esprit divinement empraincte,
+ En ensuivant voz Majeurs excellans,
+ Qui ont esté en France vigilans,
+ Au bien public, mesmes pour la couronne
+ Qui de noz Roys le chef digne environne.
+ Ce hault renom de la rare vertu,
+ Dont vostre sens est noblement vestu,
+ M'a incité de tirer hors du coffre
+ De ma Pallas, l'oeuvre que je vous offre,
+ C'est Zoroastre, un Philosophe grand,
+ De hault Scavoir, les autres denigrant,
+ Y fust Platon, le riant Democrite,
+ Y fust aussi le plorant Heraclite,
+ Voire tous ceux qui par l'antiquité
+ Ont jusqu'icy los et auctorité.
+
+ Outre verrez morale Comedie,
+ Qu'à voz vertus et graces je dedie,
+ Ou vous verrez mon introduction
+ D'un fort grand Roy, plein d'imperfection
+ Premierement, puis de grand excellence
+ Pour avoir crainct de Mort la violence,
+ Bien esperant qu'en tirerez plaisir
+ En le lisant quelque fois à loisir,
+ Combien qu'avec vostre honeur magnifique
+ Vous abondiez de scavoir poetique,
+ Et de scavoir encores plus exquis.
+ Que vous avez divinement acquis.
+ Sur ce je pry l'eternelle puissance
+ De voz desirs vous donner jouissance,
+ Puis qu'advenant vostre ordonné trespas
+ Preniez au Ciel cest immortel repas,
+ Qui est promis par l'Eternel à ceux
+ Qui aux vertus n'ont esté paresseux,
+ Ainsi que vous, plein de graces infuses
+ Le Mecenas des lettres et des Muses.
+
+
+
+
+A mondict Seigneur le Thresorier.
+
+Sonnet.
+
+
+ Tous les thresors du Monde ambicieux
+ (Tant soient ilz grands) on voit deperissables:
+ Mais les thresors à jamais perdurables,
+ Sont en l'esprit, qui ha source des Cieux.
+
+ De ces thresors saincts, rares, precieux,
+ Vestus ne sont avares detestables
+ Qui ayment moins les vertus souhaictables
+ Que l'or caché des avaricieux.
+
+ Mais la vertu d'inestimable pris,
+ Qui noblement en vous son ply a pris,
+ Donne tel los a vostre grand prudence,
+
+ Que pres des Roys, par immortel renom
+ Des vertueux, florira vostre nom,
+ Et voz vertus mettra en evidence.
+
+
+
+
+A luy encores,
+
+Sonnet en vers alexandrins.
+
+
+ Si vostre noble Esprit (qui à la Republique
+ Aporte utilité, honeur, et ornement)
+ Quelque fois reposer laisse tacitement
+ Le secret des thresors, ou vostre estat s'applique,
+
+ Je vous supply de voir cest oeuvre poetique,
+ Lequel je vous consacre, & dedie humblement,
+ Ou pourrez recevoir quelque soulagement,
+ Pource qu'il est extraict d'un Philosophe antique.
+
+ J'ay un certain espoir, O Seigneur honorable,
+ Que dessous vostre nom il sera agreable,
+ A tout oeil clair voyant de la posterité,
+
+ Et mon cueur s'esjouist d'une telle esperance,
+ Ou peuples successeurs auront la cognoissance
+ Du grand merite deu à vostre auctorité.
+
+
+
+
+Les Divins Oracles de Zoroastre, ancien Philosophe Grec.
+
+
+ Il fault qu'a ce ton sens diligemment pourvoye
+ De cognoistre & scavoir de ton ame la voye,
+ Et entendre le lieu duquel elle provient,
+ Aussi quelque action donner au corps convient.
+
+ A l'ordre noble & sainct, d'ou tu es descendu,
+ Soit par toy de rechef ton Esprit estendu,
+ Et tousjours elevé, joignant à tel office
+ Des mots saincts et sacrez le divin sacrifice.
+
+ D'un si sage & meur sens ta vie soit pourveue,
+ Que soubmise ne soit encontre bas ta veue:
+ Car la cheute est en Terre, avec vice infini,
+ Tirant du lieu qui est de sept conduicts muni,
+ Soubs lequel, pour certain, le siege est limité
+ D'une non variable, et grand necessité.
+
+ Ton corps qui est mortel, et vaisseau faict de terre,
+ Sera mangé de vers qui luy feront la guerre.
+
+ Rien ne dois adjouster au Destin éternel,
+ Qui t'à esté prescrit, car rien du Paternel
+ Ordre et commencement, n'ha imperfection:
+ Mais la saincte pensee ou gist perfection,
+ (C'est à scavoir de Dieu la haute providence)
+ Ne met les veux d'aucun en perfaicte evidence
+ Jusqu'à ce que du corps son Esprit deslié
+ Tout ce qui est charnel puisse avoir oublié,
+ Et prononcé le mot, fichant en sa memoire
+ Du Pere supernel la marque ou gist sa gloire.
+
+ Tu dois soigneusement avancer ton grand heur
+ Pour du Pere divin voir la grand resplendeur,
+ D'ou ton ame est venue, estant environnee
+ De mainte intelligence et de sens exornee.
+
+ Mais miserable, helas, est la vie de ceux
+ Qui sont trop negligens, trop froids, et paresseux
+ A contempler de Dieu l'excellente lumiere,
+ D'ou leur ame a receu origine premiere,
+ Dont par mauvaise vie, et par temerité
+ Grand reproche ilz auront de la posterité,
+ L'ame pour fuyr vice, ha des raisons utiles,
+ Qui sont par oubliance à deslier faciles.
+
+ Au senestre costé du repos, la fontaine
+ Repose de vertu excellente et hautaine,
+ Toute infuse en l'esprit divinement repeu,
+ Qui en sa fermeté n'est jamais corrompu.
+
+ L'ame de l'homme est bien de telle qualité,
+ Qu'elle retient en soy aucune deité,
+ Jamais rien de mortel, certes, elle n'embrace,
+ Doute enyvree elle est d'une divine grace,
+ Recevant gloire, honeur, & liesse assouvie
+ De se sentir conjoincte à un corps qui ha vie.
+ Car veu que l'ame ainsi est le resplendissant
+ Feu, lumiere, & splendeur du Pere toutpuissant,
+ Elle demeure aussi constante et immortelle,
+ Et de la vie ainsi dame & maistresse est elle,
+ Contemplant plusieurs lieux quand elle est en ce Monde.
+
+ Cherche le Paradis ou tout soulas abonde.
+ Garde que ton Esprit tombe à corruption
+ Par l'appetit du corps plein de pollution,
+ Et veu que l'Esprit est chose unie & subtile,
+ Ne le rend gros et lourd, pesant, & inutile.
+
+ Mesmement pour le corps de vices préservé
+ Au Paradis luisant un lieu est reservé,
+ Et pourautant tu doibs avoir le soing du corps,
+ Le gardant avec l'ame en paisibles accords,
+ A celle fin que l'ame à la solution
+ Du corps charnel, ne tombe en molestation.
+
+ Quand ton Esprit luisant tousjours eleveras,
+ Le corps foible & caduc ainsi conserveras.
+
+ Comme l'homme excellant, Chiens qui de Terre sortent,
+ Si noble naturel de la Terre n'apportent.
+
+ Nature nous aprent estre purs les Espris,
+ Et que rien de macule en iceux n'est compris,
+ Et nous suade aussi matiere vicieuse
+ Produire la senmence et bonne et fructueuse.
+
+ Les peines des mortels, c'est la concupiscence
+ Qui fort les tient liez oultre leur resistence.
+
+ Que la grandeur de l'ame immortelle et divine
+ Tousjours en toy du corps les appetits domine,
+
+ En elevant tousjours envers le Ciel les yeux
+ De ton Esprit rassis, divin, et precieux.
+
+ O Creature humaine, O noble Creature?
+ O artifice grand faict des mains de nature?
+ En me nommant ainsi, verras sans contredict
+ Que cela des long temps de l'homme fut predict,
+ Car du hault Ciel vousté la grand architecture
+ De l'oeil humain n'est veue en sa propre figure.
+
+ Les Estoilles aussi qui par le Ciel s'espandent,
+ Leur clairté naturelle à l'oeil humain ne rendent.
+ La splendeur de la Lune à noz yeux n'apparoist
+ Comme parmy les Cieux resplendissante elle est.
+
+ De tous les Elémens la Terre plus pesante
+ En sa pureté n'est à nous apparoissante.
+
+ Ne t'estime donc voir de Nature l'image
+ De voir le corps visible uni à l'ame sage,
+ Ignorante de fraude, & qui divinement
+ Du feu clair, qui est Dieu, ha son gouvernement.
+
+ Lors que tu auras veu reluire en lieu divers
+ Ce feu sainct sautellant par le Monde univers,
+ Enten du feu la voix de puissance eternelle.
+
+ De ce seul Toutpuissant la bonté paternelle
+ Aux ames à enté une marque et Enseigne
+ Qui de perfection le chemin leur enseigne.
+
+ Il te convient scavoir la chose intelligible
+ Hors de l'intelligible estre, & n'est pas possible
+ De bien la concevoir sans les graces d'en hault,
+ Ou élever tes yeux sans cesser il te fault.
+ La chose intelligible est Dieu certainement
+ Que lon doibt concevoir de pur entendement.
+
+ De ce feu éternel qui le Monde illumine,
+ Toutes choses ont pris leur estre & origine,
+ Et ce pere divin (sans lequel rien n'est faict)
+ A tout divinement accomply et perfaict,
+ En faisant apparoir sa grand beneficence
+ A tout homme, apres luy seconde intelligence,
+ Lequel pere divin par un dict coustumier
+ Humaines nations appellent le premier.
+
+ Par le pere éternel les pensees conceues
+ Sont à l'effaict aussi de concevoir receues.
+
+ Espris, Recteurs de l'ame experts et entendus
+ Tousjours saincts et constans sont au Monde espandus.
+
+ Ce pere Toutpuissant, qui regne aux Cieux supresmes,
+ De tous, comme plus grand, s'est exempté soymesmes.
+ Et en tout autre Esprit, de moindre dignité,
+ Il n'a mis la grandeur de sa Divinité,
+ Et luy qui est benin avec puissance forte,
+ Non à craincte, mais bien à espoir nous exhorte.
+
+Fin des Oracles de Zoroastre.
+
+
+
+
+Commentaire moral et sainct sur lesdicts Oracles de Zoroastre Philosophe
+Grec.
+
+
+ Certainement ceste Philosophie
+ De Zoroastre, amplement edifie
+ Les sens humains, pour cognoistre et scavoir
+ Les biens de l'ame, et pour notice avoir
+ Des dons de Dieu de puissance éternelle,
+ Et Createur de nostre ame immortelle,
+ Mise en ce corps, pour faire son office
+ En exerceant le divin Sacrifice
+ Qui est compris au Verbe du Seigneur
+ Dieu tout puissant, de l'ame gouverneur,
+ Ce que pouvons par Zoroastre aprendre,
+ Et par ses dicts la dignité comprendre
+ De nostre Esprit rarement precieux
+ Que nous debvons tousjours lever aux Cieux,
+ Et ne jetter contre bas nostre veue,
+ A celle fin que nostre ame pourveue
+ Ne soit de vice et de corruption,
+ Souffrant le corps avoir pollution.
+ Les appetis duquel dominera
+ L'homme prudent, qui se gouvernera
+ Selon l'Esprit, sachant que ce debile
+ Corps, et vaisseau faict de Terre fragile,
+ Comme mortel, doibt tomber à l'envers,
+ Et sera faict nourriture des vers.
+
+ Il ne convient que nostre ame adonnee
+ Soit, à vouloir rompre sa Destinee,
+ Car (comme dict Zoroastre) en effaict
+ De l'Eternel pere rien imperfaict
+ N'est provenu, ce que semblablement
+ A recité sainct Jaques sainctement,
+ Disant que tout du Pere de lumiere
+ Perfaict descend, mais Dieu, qui est premiere
+ Intelligence en souverain pouvoir,
+ Ne permet pas à l'ame recevoir
+ Felicité, jusqu'à ce qu'elle oublie
+ Tout le charnel, et du corps se deslie,
+ Pour contempler en toute pureté
+ Son Createur de haulte Majesté.
+
+ Ou nous debvons par le mesme conseil
+ De Zoroastre, avec soing nompareil
+ Tous aspirer, pour la splendeur divine
+ Voir du Seigneur, qui nostre ame illumine,
+ Et d'ou nostre ame experte et entendue
+ Par le divin vouloir est descendue,
+ Dont les malins de Dieu sont reprouvez
+ Qui paresseux, & trop froids sont trouvez
+ A contempler ceste lumiere grande
+ Du Toutpuissant, qui aux hommes commande
+ De reverer sa grandeur admirable.
+
+ Ce hault Recteur, divin et venerable
+ A mis en nous un Esprit, revestu
+ D'une bien fort excellente vertu,
+ Et (comme dict Aristote) combien
+ Que d'appetis communs au corps terrien
+ Il soit vexé, il garde sa nature
+ Incessamment incorruptible et pure.
+
+ L'ame de l'homme ha telle auctorité,
+ Qu'elle ha en soy un peu de Deité,
+ Car estant faicte à l'exquise semblance
+ De Dieu vivant, elle ha bien cognoissance
+ D'estre enyvree et pleine de l'odeur
+ Des biens divins, et de la resplendeur
+ De l'Eternel, duquel elle tesmoigne
+ Les haults biensfaicts, & n'ha point de vergoigne
+ D'ainsi se voir joincte à un corps mortel
+ Qui prent vigueur par l'Esprit immortel,
+ Voire bien fort elle se glorifie,
+ Et humblement les biensfaicts gratifie
+ De son autheur, dont la chose immortelle
+ Est sainctement conjoincte à la mortelle.
+
+ Voyla pourquoy Zoroastre est apris
+ De mettre l'ame en grand honeur et pris,
+ Nous enseignant qu'elle prent origine
+ De la puissance eternelle et divine
+ Du Createur et Pere Toutpuissant,
+ Et que l'ame est un feu resplendissant,
+ C'est à scavoir une divine Essence
+ Ayant le don de saincte intelligence,
+ Dont elle tend à immortalité,
+ Pour ce qu'elle est d'une Divinité
+ Participante, en Dieu toute ravie,
+ Dont il la dict Maistresse de la vie,
+ C'est à scavoir qu'aucun temps ne sera
+ Qui la vigueur de l'ame effacera.
+ Car ce qu'on peut nous oster et distraire,
+ Aucunement n'est nostre, et au contraire
+ Ce qu'on ne peut nous oster nullement,
+ Nostre sera perpetuellement,
+ C'est à scavoir ceste vie eternelle
+ Que recevons par grace supernelle.
+
+ Ce Zoroastre aussi divinement
+ En ses Escrits nous donne enseignement,
+ Nous exhortant à chercher Paradis.
+ O excellens & salutaires Dicts?
+ Certainement ce Philosophe antique
+ Approche fort du sermon Prophetique,
+ Ou nous lisons des Chrestiens l'esperance
+ De faire un jour au Ciel leur demourance
+ Dont il convient de Zoroastre suivre
+ L'enseignement et conseil, pour bien vivre,
+ Sans maculer nostre Esprit (comme il dict)
+ D'iniquitez, et de crime maudict,
+ Et sans gaster nostre ame incorruptible
+ Des appetis du vaisseau corruptible,
+ A scavoir est de ce terrestre corps,
+ Qu'il fault unir en paisibles accords
+ Avec l'Esprit, et que l'Esprit domine
+ Tousjours au corps, et de soy extermine
+ Les appetis, qui sont desordonnez,
+ Par sens rassis et fort bien ordonnez,
+ En ne laissant devenir inutile
+ Nostre Esprit bon, qui est chose subtile.
+
+ Au corps aussi de crimes preservé
+ Un lieu au Ciel dict estre reservé
+ Ce Philosophe ancien Zoroastre,
+ Ce propos la ne sent son idolastre,
+ Encores moins son Epicurien
+ Enveloupé d'un sens Venerien,
+ Et aux mondains plaisirs mettant sa cure,
+ Pour ensuivir le conseil d'Epicure
+ Qui à gasté un si grand nombre d'hommes
+ De son erreur, voire au temps ou nous sommes,
+ J'ay bien grand peur qu'en meschante union
+ Plusieurs gens soyent de son opinion,
+ En niant Dieu, et de sa providence
+ Les saincts effaicts, qui sont en evidence.
+ Par ce propos de Zoroastre expert
+ En saincte et grand Philosophie, appert
+ Des corps mortelz la resurrection,
+ Disant qu'aux lieux de consolation,
+ (Au Paradis ou l'Eternel demeure)
+ Est preparee au corps une Demeure.
+ N'est ce pas la croire certainement
+ Que le corps doibt un jour divinement
+ Resusciter? O divine sentence?
+ Le Ciceron Chrestien, qui est Lactance,
+ Refute assez ces Epicuriens
+ Trop aveuglez en plaisirs terriens,
+ Sainct Paul assez en verité persiste
+ Quand il nous dict que le corps resuscite,
+ Sainct Pierre assez nous à peu reciter
+ Qu'en corps un jour debvons resusciter.
+ Et pourautant si en nostre poictrine
+ Voulons garder de Jesus la Doctrine,
+ Ne tombons pas en ceste terreur damnable,
+ Et jugement faux et abominable
+ De nier Dieu, et croire que par Mort
+ Avec le corps l'Esprit de l'homme est mort.
+ Ce que nié mesmes ont les Etniques
+ Qui n'avoyent veu les livres Prophetiques,
+ En esperant que fuyans forfaicture,
+ Et gouvernez par les Droicts de nature,
+ Ilz auroyent lieu au Paradis tant beau,
+ Le corps estant au funebre Tombeau.
+
+ Doncques suyvant Zoroastre en son dire,
+ Il fault veiller autant qu'il doibt suffire,
+ A ne lascher la bride au corps charnel,
+ Pour le gaster de vice criminel,
+ Et en convient par toute diligence
+ Avoir le soing, pour en convalescence
+ Mieux le tenir, affin que les parties
+ Du corps mortel, soyent mieux assubjecties
+ Au vueil de l'ame, et à la dignité
+ Qu'elle recoit de sa Divinité.
+
+ Et si nostre ame est au Ciel élevee,
+ Mieux en sera la santé conservee
+ De nostre corps, de l'ame le vaisseau,
+ Certes l'homme est ainsi qu'un arbrisseau
+ Qui porte fruict, alors qu'il donne lieu
+ A bonnes meurs, et des graces de Dieu
+ N'est point ingrat, et combien que la Terre
+ (Qui en son Sein tant de choses enserre)
+ Produict les Chiens, et animaux qu'on nomme
+ De divers noms, l'excellence de l'homme
+ Les passe tous, qui peut lever les yeux
+ Pour contempler la grand vouste des Cieux,
+ En démonstrant par sa noble excellence
+ Un naturel de plus haulte apparence
+ Que tout cela que Terre produict:
+ Qui doibt en fin par Mort estre destruict,
+ Mais de nostre ame est la dignité telle,
+ Qu'elle n'est point caduque ne mortelle.
+
+ Quant aux Démons que Zoroastre dict
+ Espris entiers, pour approuver son dict,
+ Cela s'entend des Anges supernels,
+ Qui sont divins, purs, saincts, et éternels,
+ Et par lesquelz conducteurs salutaires
+ L'ame penetre aux celestes misteres.
+
+ Et des Mortels les peines recitees
+ Par Zoroastre, et dont sont agitees
+ Noz voulontez, c'est la concupiscence
+ Des appetis charnels prenant naissance,
+ Qui vient les cueurs estroictement lier,
+ Mais les prudens s'en peuvent deslier,
+ En prevoyant le conseil fort honeste
+ Dont ce predict autheur nous admoneste,
+ Alors qu'il dict de l'homme le grand heur
+ De contempler de l'ame la grandeur,
+ Et de lever les yeux et la pensee
+ Envers le Ciel. O Personne insensee,
+ Regarde un peu ceste admonition
+ D'un Philosophe, ou gist saluation,
+ Leve les yeux au Ciel, non contre bas,
+ Ou lon ne voit qu'impudiques esbas.
+
+ Considerons Nature presidente
+ Avoir donné une forme excellente
+ A l'homme noble, et qu'il ha la notice
+ Que de nature il est sainct artifice,
+ Scavoir de Dieu l'image et le pourtraict,
+ Si son Esprit est de vices distraict.
+
+ Mais ne pensons qu'en voyant la visible
+ Forme de l'homme, on puisse l'invisible
+ Image voir de ceste ame cachee,
+ Qui n'est de dol et de fraudes tachee,
+ Car si des Cieux la vraye architecture
+ Par l'oeil charnel en sa propre figure
+ Ne se peut voir, si de la Lune belle
+ On ne peut voir la splendeur naturelle,
+ Si l'oeil ne voit les Astres precieux
+ Resplendissans ainsi qu'ils sont aux Cieux,
+ Et si la Terre aussi, la plus pesante
+ Des Elemens, n'est pas apparoissante
+ En propre forme et vraye pureté,
+ Nostre ame aussi (à qui la majesté
+ Du Toutpuissant, à donné tant de bien)
+ N'est apperceue à l'oeil qui est terrien,
+ Ne la beauté divine, tant louee,
+ Dont le Recteur souverain la douee.
+
+ Et pourautant (Zoroastre le dict)
+ Quand aurons eu ce pouvoir et credit
+ De contempler ce feu luisant et monde,
+ Clair et tressainct, sautellant par le Monde,
+ Oyons la voix de ce feu supernel,
+ Signifiant le nom de l'Eternel,
+ Car comme on voit estre ardente la flame
+ Qui promptement ce qu'elle attainct, enflame,
+ Le Verbe sainct, qui de tout est vainqueur,
+ Peut penetrer les hommes jusqu'au cueur,
+ Pour contempler les graces et biensfaicts
+ Que l'Eternel par son fils nous à faicts.
+
+ Certainement ceste Essence premiere,
+ Ce Pere, seul donateur de lumiere
+ (Dict Zoroastre) aux ames à enté
+ Certaine Marque, et certain seau planté,
+ C'est à scavoir image intelligible
+ Pour concevoir maint secret invisible,
+ Et pour scavoir les essences des choses,
+ Et les raisons en Deité encloses.
+
+ Ce Philosophe, intelligible appelle
+ Ce hault Recteur de puissance éternelle,
+ Seul excellant, et de qui le pouvoir
+ Nous ne pouvons nullement concevoir
+ Fors par la part dedans nous la meilleure,
+ La fleur du sens, qui en l'Esprit demeure,
+ Ce que disoit Ovide heureusement,
+ Quand de l'Esprit il parloit sainctement.
+ Disant ainsi un Dieu dedans nous gist,
+ Qui nous enflame et tous noz sens regist,
+ Ce feu boillant en nous par vehemence
+ Retient d'Esprit une saincte semence.
+ Et comme mieux sainct Paul l'escrit pour tous:
+ Incessament l'Esprit prie pour nous,
+ Dedans le corps gemissant à toute heure
+ Pour voir le Ciel sa promise demeure.
+
+ Quand Zoroastre expert et entendu
+ A dict que tout d'un feu est descendu,
+ Cela s'entend d'une supresme essence,
+ Et d'un seul Dieu d'invincible puissance,
+ Qui à créé le Ciel, la Terre aussi,
+ Ayant pour nous d'un paternel souci,
+ Faict toute chose, et que les nations
+ Nomment premier, ses operations
+ Sainctes on voit, perfaictes, admirables,
+ Ses faicts haultains, grands, et incomparables.
+
+ Duquel avons formes intelligibles,
+ Pour concevoir ses secrets indicibles,
+ Et qui aussi noz pensees concoit,
+ Et le dedans de noz cueurs appercoit,
+ Et sans son sceu (Dieu nous le manifeste)
+ Ne tombe un seul cheveu de nostre teste.
+
+ Par les Recteurs remplis d'intelligence
+ Qui sont compris en la docte sentence
+ De Zoroastre, entendons les Esprits
+ Bons, immortels, et qui n'ont point apris
+ De varier, leur vertu éminente
+ En pureté est tousjours permanente.
+
+ Quand il escrit que ce Pere supresme
+ S'est exempté, et divisé soymesme,
+ Et qu'aux Espris de moindre dignité
+ Il n'a enclos sa grand Divinité,
+ Certes cela estoit bien raisonnable,
+ Et à sa grand majesté convenable,
+ Veu que sans fin il est commencement,
+ Et un seul Dieu, qu'il est semblablement
+ Autheur de tout, Createur du grand oeuvre
+ Du Ciel vousté, qui toutes choses cueuvre,
+ Et par lequel tout à esté perfaict,
+ Et sans lequel il n'a rien esté faict,
+ Et qui au Ciel est bien d'autre figure
+ Que le mortel paintre ne le figure.
+
+ Et veu qu'il est Pere, ayant surmonté,
+ Tous les vivans, d'une saincte bonté,
+ Et seul autheur de toute chose bonne,
+ Espoir à l'homme et non craincte il ordonne.
+
+ Voyla les poincts de ce Grec enseigneur
+ Et Philosophe, ou de nostre Seigneur
+ Nous pouvons voir la grandeur reveree,
+ Et l'espoir bon de nostre ame asseuree,
+ Qui tend au Ciel, pour voir son Createur,
+ De bien et mal le remunerateur.
+ Tirez du miel des Escrits fort louables
+ De Zoroastre, O lecteurs amiables,
+ Et bons Esprits, ou sur mes vers latins
+ Mettez voz yeux, pour tant soirs que matins
+ Louer de Dieu l'infinie puissance,
+ Qui rien de nous ne veult qu'obeissance.
+
+
+
+
+Idem commentarius, carmine heroico redditus ab eodem authore.
+
+
+ Humanas sancte ista monent oracula mentes,
+ Ut bona percipiant animae, summúmque Tonantem
+ Cognoscant, qui cuncta potest, nostrámque creavit
+ Immortalem animam, & terreno corpore clausit,
+ Officio ut perfuncta suo, summum ore parentem
+ Excoleret, sacra verba eius, mandatáque servans.
+ Quámque sit insignis, quam clarus, lucidus, ingens
+ Spiritus humanus, late haec oracula monstrant.
+ Candida quem sit fas ad sidera tollere semper,
+ Nec nostrum in Terrae demittere viscera vultum,
+ Ne terrena animae noceat corruptio, néve
+ Deliciis nostrum possit sordescere corpus.
+ Corporis at sordes poterit frenare probatus
+ Vir, pius, & prudens, quem ducit spiritus, et qui
+ Hoc vas terrenum, fluxúmque & debile corpus
+ Scit fore terrenis aliquando vermibus escam.
+
+ Ne fatum liceat nobis augere, monemur,
+ Nam quis decreto divino obsistere possit?
+ Omnipoténsque pater nulla imperfecta reliquit.
+ Sed numerris impleta suis cuncta ille creavit.
+ Divus et hoc sancta est jacobus voce loquutus,
+ A patre perfectum cum luminis omne profectum
+ Donum, inquit, sed mens patris omnipotentis, id unquam
+ Haud animae munus concessit, ut illa supernis
+ Divitiis plene, et divina luce fruatur,
+ Donec terreno seducta é corpore, quidquid
+ Terrenum est, oblita, Dei, qui condidit illam,
+ Synceram possit formam, vultúmque tueri,
+ Adspirare omnes quo nos et tendere fas est
+ Omnibus et nervis, et cunctis viribus, et nos
+ Splendorem aeternum possimus cernere, cuius
+ Semper erit, sempérque fuit suprema potestas.
+ Quique suo splendore animam illustrare benignus
+ Dignatur, simul unde anima haec illapsa videtur.
+ Verum infoelici fateamur sidere natos
+ Atque Deo invisos, qui non conamine toto
+ Nituntur, tandem ut videant hoc nobile lumen
+ Eximiúmque, ingens, tenebris delebile nullis,
+ Splendorémque patris summi, qui nos iubet huius
+ Excolere immensum, sanctum, ac venerabile Numen.
+ Omnipotens Rex ille hominum, qui condidit orbem,
+ Insevit nobis animam virtute potentem,
+ Eximia, illa etenim quanvis agitata feratur
+ Huc, illuc, vario affectu cum corpore mixto,
+ Incorrupta manet virgo, divináque servat
+ Munera naturae, quod sancto numine ductus
+ Inquit Aristoteles anima hec tam clara refulget,
+ Divina ut quadam & certa pietate nitescat.
+ Nam quod ad effigiem summi genitoris, et altum
+ Formata exemplar fuerit, cognoscere summum
+ Rectorem illa potest, sanctorum & odore bonorum
+ Ebria, testatur summi benefacta parentis,
+ Aeternúmque Dei, qui condidit omnia, lumen.
+ Nec turpi esse potest aliquo perfusa rubore,
+ Quod fluxum corpus, quod vas sit nacta caducum,
+ Cui se se herentem agnoscat, quod sentiat ipsum
+ Ex immortali mortale haurire vigorem,
+ Authorique suo grates agit undique dignas,
+ Quod numeris compacta suis mortalia cernat
+ Tam bene cum fixis ac immortalibus esse.
+
+ Sic Zoroastrum non fallit opinio, qui tam
+ Nostre anime faveat, tantúmque imponat honorem,
+ Sancta quod illius, quod sit celestis origo,
+ Quodque Deum artificem, authorem quoque sentiat illum
+ Omnia cui parent, & quod sit lucidus ignis
+ Spiritus ille hominum, seu mens divina, nec ullo
+ Tempore mortalis, Deitas cui infusa coheret,
+ Quam dominam vite ille vocat, quod nulla futura
+ Est acte, possit quae anime delere vigorem.
+ Nanquo adimi nobis aliquo que tempore possunt,
+ Haud nostri hec iuris, nec nostra vocaveris, atque
+ Tollere nemo postest, iuris sunt omnia nostri,
+ Vt sunt dona anime, vita immortalis, ab illo
+ Que Rectore datur, cui utrum est summa potestas.
+ Querere sidereas Greco hoc authore monemur
+ Et sedes, quas nemo subit, nisi pectore puro.
+ Quàm sancto sophos antiquus sermone loquutus?
+ Ille quidem sanctos imitatur voce Prophetas,
+ In quorum scriptis spes hec immota videtur
+ Qua sunt Christicole infusi, ut lucentia cernant
+ Sidera, et aeternas possint invisere sedes.
+ Iam Zoroastri moralia dicta sequamur,
+ Sobria prestantes humane pabula vite,
+ Ne maculis noster sordescat spiritus ullis,
+ Expers sitque doli, fraudésque perosus iniquas,
+ Quique incorruptus, corrupti corporis omnem
+ Abiiciat labem, terrenáque crimina culpet,
+ Imperioque regat vitiosum ac debile corpus,
+ Cúmque anima, illius studeat frenare furores
+ Illicitos, ut sit pax ipsis parta duobus,
+ Nec sinito ut tenuis crassescat spiritus unquam
+ Ex male directo asciscens sibi corpore labem.
+
+ Quinetiam vitiis purgatum corpus, in alta
+ Sede locum expectat, sic mortua membra resurgent.
+ Ex Zoroastri facile est cognoscere verbis
+ Non illum errores Epicuri, aut dicta sequutum,
+ Qui tot mortales (O pectora caeca) nefandum
+ Traxit in errorem, meritoque ad Tartara misit,
+ Horror ubi assiduus, dirae quoque Mortis imago,
+ Perpetuúsque animae cruciatus, fletus et ingens
+ Nec res tuta satis quin nostro hoc tempore multos
+ Lumine privatos, Epicuri de grege porcos
+ Esse iuvet, Domini imperium, Christúmque negantes.
+ Aut si voce illum fateantur, corde negabunt
+ et factis, ut Paulus ait, quem lumine sancto
+ Afflatum, iam Christicolas nescire scelestum est.
+ Ex Zoroastri si verbis alta paratur
+ Corporibus sedes, non posse resurgere carnem.
+ Quis dicat? sancta illa quidem sententia sancti
+ Manat ab ore viri, verum et lactantius ille
+ (Quem constat suavi Ciceronis melle repletum)
+ Hos hostes fidei sancto satis ore refellit.
+ Divus & hoc Paulus manifestum reddit abunde,
+ Idque potest Divi verbis notescere Petri,
+ Qui sancto affati debere resurgere carnem
+ Numine, dixerunt quis dicta refellere possit
+ Illorum, quos omnipotens sacro ore probavit?
+ Ergo si sanctam servare in pectore Christi
+ Doctrinam cupimus, ne nos hic polluat error
+ Spicula Crabronum superans, Hydréque venenum,
+ Nec nos esse Deum, qui condidit omne, negemus,
+ Nec cum anima corpus deleri Morte putemus,
+ Quod nec Gentiles, privati luce, putarunt,
+ Sperantes, ut si naturae iura tenerent,
+ Perpetuas ipsi possent contingere sedes
+ Cum tumulata forent illorum membra sepulchra
+ Ut Zoroastri sacra ergo voce monemur,
+ Ne sentire queat laxatas corpus habenas,
+ Teutandus labor est, opus idque perutile nobis,
+ Infandas corpus ne contrahat undique sordes,
+ Incolume ut maneat, nam sano corpore, partes
+ Corporeas animae melius parere videbis,
+ Illius et titulo, quo se diuinitus effert,
+ Et quo effecta fuit patris omnipotentis imago.
+
+ Quod si animus noster constans, erectus in altum.
+ Permaneat, vas hoc anime, delebile corpus,
+ Incolume extiterit, divino munere certe
+ Natus homo, est veluti cum fructu et frondibus arbor,
+ Si mores servare pios, rectosque peroptat,
+ Nec summi ingrato genitoris dona rependit
+ Pectore, nam quanvis diversa animalia Tellus
+ Proferat, hec hominis longe excellentia vincit.
+ Omnia prona vident tellurem animantia, verum
+ Os homini erectum est, quod clara ad sidera tollat,
+ Et quo conspiciat curvum cum lumine Celum.
+ Sic generosus homo, merito superare videtur
+ Quidquid Terra parit, morte id delebile, verum
+ Morte carens anima, ad celestia sidera migrat.
+
+ Demonas integros quos hec oracula dicunt,
+ Demonas esse reor, quorum ductricae caterva
+ Spiritus humanus divina arcana recludit
+ Ac penetrat, rebus preponens sacra prophanis.
+ Demonas at plures nemo negat esse malignos,
+ Qui fera bella movent anime, quos illa repellit
+ Invicto fidei clypeo, precibúsque, piisque
+ Moribus, et Christo fuerit si tuta patrono.
+ Quas sophos iste vocat vinctrices carmine penas,
+ Carnales crede affectus, mortalia quorum
+ Pectora sunt nexu longos constricta per annos.
+ Illorum at prudens poterit dissoluere nexum
+ Si Zoroastri divina arcana sequutus,
+ Perpendat virtutem anime, atque ad sidera vultus
+ Erigat, o vanas hominum & sine lumine mentes?
+ Saeve quid iis sanctis non vis mitescere dictis?
+ Erige sursum oculos, longe tellure relicta,
+ Luxus ubi immodicus regnat, scelerata libido,
+ Tetra superstitio, et radix odiosa malorum.
+
+ Id quoque (mortales) sit vestro in pectore fixum
+ Quam fuerit natura opifex, quid muneris in nos
+ Contulerit, quam formam homini donasse putetur,
+ Egregiam certe formam, qua noscere possit
+ Naturam artificem, qua se dicatque, putétque
+ Effigiem aeterni (purgato crimine) Regis.
+
+ At cum forma hominis carnali in pectore tantum
+ Conspicitur, ne te iactes spectare latentem
+ Formam animae, quae pulchra latet, quae nescia fraudis,
+ Cerni pura nequit, nisi tandem carne soluta.
+ Nam si celestis moles, coelique figura
+ Curva nequit, qualis vere est effecta, videri,
+ A nobis proprio si non splendore coruscans
+ Luna potest cerni, si non lucere videntur
+ Sidera, fulgore eximio hec ut in ethere lucent,
+ Atque Elementa suo quae vincit pondere Tellus,
+ Non aperit nobis qualem est sortita figuram,
+ Sic animae forma illa nequit speciosa videri
+ Corporeis oculis, huius nec splendor, honosque
+ Quo pater omnipotens illam ditescere iussit.
+
+ Subsilientem igitur sacrum si aspexeris ignem
+ Undique, id est summum cui parent cuncta, Tonantem,
+ Audi vocem eius, nempe insuperabile verbum,
+ Nam velut ardescit, quae devorat omnia, flamma
+ Quae semel attigerit, sic pectora nostra calescunt
+ Caelesti verbo, sacro et sermone calentes
+ Omnia luminibus benefacta reponimus acquis
+ Quae genitor summus per Christum contulit in nos.
+
+ Mens suprema quidem hec est Deus optimus, ingens,
+ Donator lucis, summi dominator Olympi,
+ (Si Zoroastri fas est applaudere dictis)
+ Insevit nostris animabus symbola, multo
+ Quae splendore micant, & certa insignia mentis
+ Clara, quibus noster coelestia spiritus audet
+ Concipere arcana, et Deitatis cernere numen.
+ At numen summi Regis cui immensa potestas,
+ Concipere haud possis, animi nisi flore potentis,
+ Hoc est parte hominis meliore, et robore mentis.
+ Spiritus ille hominum est, divine lucis amator,
+ Qui (quod Paulus ait) terreno corpore clausus,
+ Dissolui cupiens, gemitum et suspiria mittit,
+ Pro nobisque orans, exoptat visere sedes
+ Perpetuas, ubi pacta domus feliciter illi est.
+
+ Cum Zoroaster mox omnia dicat ab uno
+ Igne profecta, Deum, per purum intelligit ignem,
+ Nam quod habet Celum, Tellus, Mare, Lucidus Aer,
+ Id Domino rerum penitus manavit ab uno,
+ Qui Celum et Terram fecit, stellasque micantes,
+ Quidquid et hec adfert, et quidquid inheret in illo,
+ Quem gentes primum vocitant, & cuius honorant
+ Sancta opera, imperium cuius mirabile constat,
+ Quique intellectum nobis, mentésque beatas
+ Et que concipiant, et concipiantur ab illo,
+ Insevit, cum corda hominum scrutetur et unus,
+ Nec labi à nostro credamus posse capillum
+ Vertice, quin summus previderit hoc quoque rector,
+ Quod scriptura docet sacra, que non fallere possit.
+
+ Quos Zoroaster Rectores nominat, illos
+ Demonas integros, stabilésque intelligit, et qui
+ Usque regant animam, quorúmque obnoxia Morti
+ Est natura minus, verum immortalis habenda.
+
+ Denique cum summum sese rapuisse parentem
+ Zoroaster ait, sic purum concipe sensum:
+ Cum Deus omnipotens expers sit finis, et ortus,
+ At per sese extet, iustúmque piúmque videtur,
+ Ut se à Demonibus diuiserit omnibus, et non
+ Ullis ipse sue lumen Deitatis, et altum
+ Splendorem, purum, primúmque incluserit ignem,
+ Omnia qui fecit, summum testantia numen,
+ Et cuius verbo debetur concava moles
+ Celestis, cuius pictor depingere veram
+ Formam nemo potest, que in Celo sancta refulget.
+ Nam quis mortalis queat immortalia pictor
+ Pingere? cumque alti pietas, clementia, virtus
+ Sit reverenda patris, cunctorum cumque bonorum
+ Vere syncerus nobis appareat author,
+ Horrendum ille metum nobis non admovet unquam,
+ At monet, ut nobis fiducia firma, tenaxque
+ Permaneat, qua sidereas migremus in arces.
+
+ Que Zoroaster divina arcana reliquit,
+ Iam pie lector habes, nostris sat lucida Musis,
+ Alta quibus possit maiestas usque videri
+ Illius, qui cuncta regit, quibus et bona nostre
+ Perspicias anime, que summi est Regis imago,
+ Aethereas tandem cupiens invisere sedes,
+ Authorem, quo fausta suum videátque, colátque.
+
+ Vos ergo afflati mortales numine sancto,
+ Ex Zoroastri dictis mel sumite sacrum,
+ Aut mea syncero Legite hec moralia vultu
+ Carmina, et eterni genitoris dicite laudes,
+ Qui nihil à nobis quam purum expostulat usque
+ Obsequium, sanctásque preces, atque intima cordis
+ Vota pii, mente ergo pia veniamus ad illum.
+
+Commentarii in Zoroastrum Finis.
+
+
+
+
+A Monseigneur d'Aubigny, Lieutenant Particulier de Coignac en Angommois,
+Sonnet, d'un Poete Francois, en la Recommandation du present oeuvre.
+
+
+ L'opinion jadis de Pythagore
+ Aux Escoliers servoit d'auctorité,
+ Tulle facond et plein de gravité
+ Par eloquence en renom vit encore,
+
+ Du Mantouan Poete ores honore
+ Tout Helicon, le los et dignité,
+ Vostre Scavoir en tous Droicts limité
+ Juge prudent, dira pour certain ore,
+
+ Que cest Autheur faict aux doctes scavoir,
+ Que l'oraison, en Poeticq' Scavoir
+ (D'un don hautain) en cest oeuvre il assemble,
+
+ En ses doux vers c'est le mesme Maron,
+ En Réthorique un second Ciceron,
+ C'il est parfaict, qui joinct les deux ensemble.
+
+
+
+
+Divina Zoroastri, Greci Philosophi oracula, que F. Habertus in Gallicam
+Poesim transtulit, et Commentariis illustravit.
+
+
+ Perquire anime ductum, unde, quóve ordine
+ Navata corpori opera.
+ Ad ordinem unde manasti
+ Rursus erigaris, opere verbis sacro sanctis adiuncto,
+ Ne deorsum nuas, precipitium in Terra substernitur
+ E loco trahens septem meatibus predito, infra quem gravis
+ Necessitatis solium est.
+ Tuum vas fere Terre habitabunt.
+ Ne fatum auxeris,
+ Neque enim à Paterno principio imperfectum quicquam versatur.
+ At vero non admittit eius vota mens Paterna,
+ Quoad dum exierit oblivionem, atque verbum prompserit,
+ Memorie infigens sacram Patris tesseram.
+ Adspirandum tibi, properandúmque ad lumen, et Patris splendores,
+ Unde immissa tibi est anima, plurima mente circunscripta.
+ Hos autem Terra deplorat ad usque posteros,
+ Expulsores anime ac per quos respirare sit integrum, solutu sunt faciles.
+ Levo in latere cubilis, virtutis fons
+ Intus totus manet, virginitatem minime proiiciens.
+ Anima hominum Deum quadam tenus in sese cogit,
+ Mortale nihil complexa, tota divinitus inebriata est.
+ In harmonia gloriatur sub qua corpus vitale sit
+ Quoniam anima, cum sit ignis patris lucidus,
+ Et immortalis permanet, et est vite domina.
+ Eadem mundanorum quoque sinuum multos numeros possidet.
+ Quere Paradison.
+ Ne spurces spiritum, rem ve planam adaugeas,
+ Est et idolo locus in regione splendida,
+ Sed nec materiale corpus precipitio deseres.
+ Ne exegeris, uti ne quid incommodi perpetiatur.
+ Si mentem ignitam erexeris, fluxum alioqui corpus servabis.
+ E finibus Terre prosiliunt minus verum
+ Signum ostentantes mortali homini, canes.
+ Natura suaserit Demonas esse integros,
+ Ac vitiose materie germina frugi atque proba,
+ Pene mortalium vinctrices.
+ Primas in te vendicet immortalis anime altitudo
+ Oculosque pariter
+ Omnes sursum versum erige.
+ O nature homo presidentis artificium
+ Quod si mihi sepiuscule dixeris,
+ Omnino dictum cernes.
+ Nam neque celestis, eadémque curva moles visitur.
+ Stelle nunquam collucent,
+ Lune lumen conditum est.
+ Terra non extitit.
+ Ne nature imaginem nuncupaveris
+ Exemplar visile.
+ Undiquaque nescie doli anime
+ Habenis ignis extentis.
+ Cum spectaris citra formam ullam
+ Sacrosanctum ignem
+ Lucentem, huc et illuc subsilientem ad universi orbis altitudinem,
+ Audi ignis vocem.
+ Symbola mens paterna animabus insevit.
+ Certo scito intelligibile extra mentem esse.
+ Est intelligibile quod oporteat mentis flore perceptum.
+ Omnia ab uno igne profecta sunt,
+ Quippe cum omnia pater absolverit, mentique tradiderit secunde.
+ Quem primum appellitant nationes hominum.
+ Que à patre mentes concipiuntur, eedem & ipse concipiunt.
+ Rectores intellectuales, simul et inflexiles Mundus obtinet
+ Ipsum sese pater rapuit, ac ne in mente quidem entelligentie
+ Compote ignem suum inclusit.
+ Pater non metum sed suasionem admonet.
+
+
+
+
+La Comedie du Monarque.
+
+
+Les personnages.
+
+ Le Monarque.
+ Pasiphile flateur.
+ Bon zele, precepteur du Monarque.
+ Sappho, femme impudique.
+ Bacchus.
+ Verité.
+ Atropos.
+
+Virgilius.
+
+ Ut Venus enervat vires, sic copia vini,
+ Uno nanque modo vina, Venúsque nocent.
+
+Le Prologue.
+
+ Nobles Esprits, qui apprestez l'aureille
+ Pour escouter, n'ayez ce jugement
+ Que nostre voix à cela s'appareille
+ Pour detracter et mesdire asprement.
+ La Comedie orrez tant seulement
+ Introduisant un Monarque honorable,
+ Qui delaissant le vray enseignement,
+ Premierement suyt volupté damnable.
+
+ Puis ayant peur de la Mort redoubtable,
+ Il se repant de son forfaict inique,
+ Se chastiant de Bacchus détestable,
+ Et des liens de l'amour impudique.
+ Le tout est fainct par sens allegorique
+ Ou vous prendrez plaisir (comme je croy)
+ Donc faictes tous silence pacifique,
+ Car commencer veult le Monarque et Roy.
+
+Le Monarque commence.
+
+ Graces je rends au divin Createur
+ Qui tant d'honeurs me mect en evidence,
+ Et qui me rend Prince dominateur,
+ Ayant de biens copieuse abondance.
+ Sur tout cela je prise la prudence
+ De l'enseigneur dont j'ay fruition,
+ Car c'est Bon zele, homme plein d'excellence
+ Predestiné à mon instruction.
+
+ O Pasiphile, à ma conception
+ Soys ententif, appelle moy Bon zele
+ Mon precepteur, plein de perfection
+ Qui jour en jour sciences me revele.
+
+Pasiphile.
+
+ Roy souverain, vostre servant fidele
+ Je fus, je suis, seray durablement,
+ Puis qu'il vous plaist que Bon zele j'appelle,
+ J'accompliray vostre commandement.
+
+Bon zele.
+
+ Je voy venir vers moy presentement
+ Ce grand mocqueur, et flateur Pasiphile,
+ O que mon Prince est veritablement
+ Bien abusé de cest homme inutile?
+ Voyla le cours de ce Monde labile,
+ Flateurs tousjours sont aymez à la Court,
+ Et sont prisez plus qu'un conseil utile,
+ Que y feroit on? cest le Regne qui court.
+
+Pasiphile.
+
+ Je voy Bon zele, aller vers luy tout court
+ Il me convient selon mon entreprise,
+ Il ne me chaut déstre subtil ou lourd
+ En mettant fin à ma charge entreprise.
+ Seigneur Bon zele, en Scavoir que lon prise,
+ Ce Prince grand dont estes precepteur,
+ Veult que par vous ores peine soit prise
+ D'aller vers luy, comme son instructeur.
+
+Bon zele.
+
+ Le Souverain, celeste Redempteur
+ Vueille garder ce Prince debonnaire
+ De tous ennuys de ce Monde menteur,
+ Son servant suis, en tout luy veux complaire,
+ Allons vers luy, voicy l'heure ordinaire
+ Que j'ay apris de luy faire lecon.
+
+Pasiphile.
+
+ Il ne m'en chaut, mais que je puisse faire
+ Un bon repas, oyant des plats le son.
+
+Bon zele.
+
+ Il te souvient tousjours de ta chanson,
+ Du ventre plein tu fais ton Dieu et maistre,
+ Garde tu n'as d'engendrer marrisson
+ Quand trouveras bien à boire et repaistre.
+
+Pasiphile.
+
+ Allons, allons, je voudroys desja estre
+ En la maison du Prince mon Seigneur,
+ Si Dieu m'eust faict un Riche Prince naistre,
+ J'aymeroys mieux le repas que l'honeur.
+
+Le Monarque.
+
+ Voicy mon bon et fidele enseigneur,
+ Prester me fault l'aureille, pour l'entendre,
+ Car je ne scay plus sage gouverneur,
+ Pour la grandeur de ma noblesse aprendre.
+
+Bon zele.
+
+ Prince d'honeur, que je desire rendre
+ De plus en plus exorné de Scavoir,
+ Dieu vous maintienne en santé pour comprendre.
+ Les grands vertus que doibt un Prince avoir.
+
+Le Monarque.
+
+ Foy de Monarque, aise suis de vous voir,
+ Bon zele sage, honeste, et bien apris,
+ Car jour en jour je desire scavoir
+ Les biens, qui sont en grand vertu compris.
+
+Bon zele.
+
+ Escoutez donc O Prince de hault pris,
+ Car à un Roy utile est la science.
+
+Le Monarque.
+
+ Or poursuivez, comme avez entrepris,
+ Car des vertus me plaist l'experience.
+
+Bon zele.
+
+ Je vous ay mis tousjours en apparence
+ Ceste excellente et divine vertu,
+ Dont un Monarque et Prince d'excellence
+ Doibt en tout temps avoir l'Esprit vestu,
+ C'est à scavoir que vice combatu,
+ Il se maintienne en droicture et justice,
+ Honeurs mondains ne prisant un festu
+ S'il n'ha en soy de vertu l'exercice.
+
+ Car la vertu est le moyen propice
+ Que les grands Roys augmentent leur pouvoir,
+ La vertu est des Richesses tutrice
+ Et des grands liens, qu'un Prince peut avoir.
+ Vous debvez donc de vertu vous pourvoir,
+ Qui le renom des Princes éternise,
+ A celle fin qu'on puisse appercevoir
+ Que le Seigneur du Ciel vous favorise.
+
+ Tous voz majeurs lesquelz on loue et prise,
+ Par les Escrits de sage antiquité,
+ Suyvoient vertu par sapience aprise,
+ Chassoyent le tort, ambrassoyent équité.
+ Ilz ont vescu en magnanimité;
+ Dont jusqu'icy en florist la memoire,
+ Ne voulez vous en mesme dignité
+ Aux successeurs espandre vostre gloire?
+
+Le Monarque.
+
+ Vostre raison est clairement notoire,
+ Car mes majeurs sont en bruict florissant,
+ Leur corps est mort en ce bas Territoire,
+ Mais leur renom n'est pas déperissant.
+ Donc à voz dicts veux estre obeissant,
+ Pour ambrasser la vertu et l'ensuivre,
+ Si le plaisir est tel du Toutpuissant,
+ Avec vertu je veux mourir et vivre.
+
+Bon zele.
+
+ De tout ennuy mon cueur est à delivre
+ Quand je vous voy en ceste voulonté,
+ Mais gardez vous de Bacchus, qui enyvre
+ Les sens humains, tant il est deshonté.
+ Jadis il à maint grand Roy surmonté,
+ En le rendant à tous vituperable.
+ Gardez vous donc destre pris et dompté
+ Par ce Bacchus seducteur execrable.
+
+ Fuyez aussi de Vénus détestable
+ Les fols attraicts, et soyez bien records
+ Que Vénus est bien autant dommageable
+ Que ce Bacchus, à la vigueur du corps.
+ Fuyez les deux, car par unis accords
+ Ils sont nuisans à toute creature,
+ Mesme à un Roy, qui loing de tous discords
+ Doibt estre chaste et sobre par droicture.
+
+ Puis vous avez Espouse chaste et pure
+ Pour enfans beaux et nobles d'elle avoir,
+ Sans vostre lict contaminer d'ordure,
+ Ne Concubine infame recevoir.
+ D'un Prince grand voyla le vray debvoir
+ Dieu à voulu que la cure je prinse
+ De vous instruire, et faire concevoir
+ Ce qui convient au magnanime Prince.
+
+Le Monarque.
+
+ Bien heureux suis d'avoir en ma Province,
+ Un tel conseil, pour bien me gouverner,
+ Veu que je suis d'auctorité non mince,
+ Il me convient en prudence regner.
+ Amy Bon zele il fault vous guerdonner
+ Long temps y a qu'estes à mon service.
+ Sur ceux le chef je vous veux ordonner
+ Qui ont de moy charge, estat, et office.
+
+Bon zele.
+
+ Graces vous ren de ce vouloir propice
+ Prince trescher, que j'honore humblement,
+ Dieu m'a pourveu d'un fort grand benefice
+ Que j'ay tousjours de peu contentement.
+ Si vous vivez fort vertueusement
+ En ensuivant mon conseil veritable,
+ Je ne demande à Dieu tant seulement
+ Que mon conseil vous soit bien proffitable.
+
+Sappho.
+
+ Au Monde est il chose plus delectable
+ Que d'exercer le plaisir de Venus,
+ Plaisir si grand, si doux, et amiable,
+ Dont maints amants heureux sont devenus?
+ Je croy que non, car si bien sont cognus
+ Tous les plaisirs de la flame amoureuse,
+ De moy Sappho propos seront tenus
+ Comme de femme excellente et heureuse.
+
+ Fy de beauté qui est trop langoureuse,
+ En chasteté prenant tousjours son pli,
+ Follastre amour est bien plus savoureuse,
+ Quand doucement son oeuvre est accompli.
+ Vous amoureux, voyez, je vous suppli,
+ Ma grand beauté qui de graces abonde,
+ Roy n'est vivant, de chasteté rempli,
+ Qui me voyant, à m'aymer ne se fonde.
+
+ Aymer je veux un Monarque en ce Monde,
+ Pour m'enrichir de ses biens precieux,
+ S'il m'appercoit tant belle, exquise et monde,
+ En contemplant la grace de mes yeux,
+ En admirant mon maintien gracieux,
+ Mon doux parler, jestime sans doubtance,
+ Qu'il n'aura rien plus cher dessoubs les Cieux
+ Que de Sappho l'amoureuse acointance.
+
+ Parquoy convient que vers luy je m'avance
+ Pour l'aveugler de ma mondanité,
+ Bien, qu'il soit sage et remply de constance,
+ Bien qu'il ait maistre, ou gist maturité
+ Pour estre instruict, voire si verité
+ Vient en personne à luy monstrer sa voye,
+ Il ne sera pour moy moins incité,
+ Pourveu que tant gracieuse il me voye.
+
+Bacchus.
+
+ J'ay en mon cueur tousjours soulas et joye
+ Quand pres de moy j'ay les frians morceaux,
+ Il ne me chaut de pluye, mais que j'oye
+ Que tousjours pleins de vin sont mes vaisseaux
+ Boire d'autant, remplir Flaccons et Ceaux,
+ Manger jambons, avaller chair sallee,
+ Et m'engresser comme sont les Porceaux,
+ Voyla comment ma vie est consolee,
+
+ Si voyt on bien ma louange extollee
+ Quand je produy l'excellente liqueur
+ De ce Nectar, liqueur emmiellee,
+ Liqueur de vin resjouissant le cueur.
+ Si me croyez estre quelque mocqueur,
+ Vous vous trompez, regardez moy en face,
+ Je suis Bacchus, il n'ha au Monde qu'heur,
+ Qui comme moy de boire ne se lasse.
+
+ Je suis Bacchus, la tant antique race
+ De Juppiter, je suis le gros Bacchus,
+ Bons biberons me suivent à la trace,
+ Je fay venir la guerre entre bas culs.
+ On ne verroit, sans moy, tant de cocus
+ Autres que ceux qui sont sur la Ramee,
+ A bref parler, par moy furent vaincus
+ Jadis maints Roys d'auctorité famee.
+
+ Mais que me sert ma haulte Renommee,
+ Si je ne mects à execution
+ Ma grand puissance en tous lieux Renommee
+ Sur quelque Roy de grand possession?
+ Or j'en scay un par admiration
+ Riche, excellant, de sublime pouvoir,
+ D'aller vers luy c'est mon intention,
+ Je luy feray ma puissance scavoir.
+
+Sappho.
+
+ Comme je puis assez appercevoir
+ Je suis bien pres du Monarque honorable,
+ Je m'y en voys, je commence à le voir,
+ O combien m'est sa personne agreable?
+
+Pasiphile.
+
+ Sire, voicy quelque dame louable,
+ Qui vient devers vostre magnificence,
+ Sa beauté est grande et imcomparable,
+ Je croy qu'elle est d'une noble naissance.
+
+Sappho en saluant le Monarque.
+
+ Vostre Renom est de telle puissance
+ Prince d'honeur, que pour vous honorer,
+ Je vien vers vous, car j'ay la cognoissance
+ Qu'a tous Humains je vous doy preferer.
+ Et n'ay desir sinon de demourer
+ Avecques vous, de voz graces ravie,
+ Car je vous veux de ce bien asseurer
+ Que d'autre aymer je n'ay aucune envie.
+
+ Vostre grandeur à cela me convie,
+ Vous, de ma part aurez contentement,
+ Vostre seray le surplus, de ma vie.
+ Pour vous donner plaisir, esbatement,
+ Pour vous donner le vray soulagement
+ Que m'a apris la belle Cytheree,
+ Qui ambrassoit Adonis doucement
+ Quand avec luy elle estoit retiree.
+
+Le Monarque.
+
+ Je ne scay pas qui vous à attiree
+ D'ainsi m'offrir vostre amitié honeste,
+ Mais ma pensee est allieurs retiree,
+ Vostre beauté toutefois m'admoneste.
+ Ah je cognoys ceste amour deshoneste
+ Estant l'Espoux de Royne de hault pris,
+ Puis par Bon zele homme de vertu nette,
+ Et selon Dieu j'en seroys fort repris.
+
+Sappho.
+
+ Excellent Prince avez vous entrepris
+ D'obtemperer à instructeur moins sage
+ Que vous, en qui grand pouvoir est compris
+ Pour obtenir de voz plaisirs l'usage?
+ Prince changez cest endurcy courage,
+ Car vous pouvez vivre à vostre desir,
+ Laissez aux sots des vertus le presage,
+ Il n'est vertu que vivre à son plaisir.
+
+ Quand vous, verrez mes graces à loisir,
+ Et que seray entre voz bras couchee,
+ Si vous aviez au cueur tout desplaisir,
+ Plus ne sera vostre grandeur faschee,
+ Quand vostre levre aux deux miennes fichee
+ Prendra de moy un baiser savoureux,
+ Et que par vous sera ma chair touchee,
+ Sans fin de moy vous serez amoureux.
+
+ Regardez donc, Monarque vigoureux
+ A ne laisser telle resjouissance,
+ Qui vous rendra des Roys le plus heureux
+ Quand de Sappho vous aurez jouissance.
+
+Le Monarque.
+
+ Sappho, bien fort me plaist la cognoissance
+ De vostre nom, je suis en grand esmoy,
+ Que doy je faire? Amour ha grand puissance,
+ Faictes sejour ce pendant avec moy.
+
+ O Pasiphile, apertement je voy
+ Que ton propos estoit fort veritable,
+ Ceste dame est tant belle, que je croy
+ Qu'il me faudra aymer sa grace aymable.
+
+Pasiphile.
+
+ Prince excellant, Monarque inestimable,
+ Nul ne vous peut contredire en ce faict,
+ Vous ne serez pour ce moins redoubtable
+ Quand à voz veux vous aurez satisfaict.
+
+Le Monarque.
+
+ Son doux maintien en cent graces perfaict,
+ Son entretien, sa tant douce parole,
+ Son beau visage, exquis, et tant bien faict,
+ Tout cela faict que mon cueur se console.
+ De grand soulas, certes, le cueur me vole
+ Quand je la voy tant pleine de beauté,
+ Et ce qui plus encor mon cueur affolle,
+ C'est sa naive et douce privauté.
+
+ Vaincu je suis de sa speciauté,
+ Deliberant l'aymer, et luy complaire,
+ Et l'enrichir soubs ma grand Royauté,
+ Bien que cela soit aux vertus contraire.
+
+Bacchus.
+
+ Je voy le lieu ou je me doy retraire,
+ C'est vers ce Prince en Richesse excellant,
+ Je m'y en voys pour tost à moy l'attraire,
+ Il me fault estre en cela vigilant.
+
+Pasiphile.
+
+ Sire, je voy homme, qui en pas lent
+ Vient saluer vostre Majesté haulte,
+ Il ha le nez rouge et estincellant,
+ O c'est Bacchus, il n'y à point de faulte,
+ De grand soulas, certes, le cueur me saulte,
+ Car je le voy garny de la Bouteille
+ Et de Jambon, o la personne caute,
+ C'est pour la soif qui souvent le resveille.
+
+Bacchus en saluant le Monarque.
+
+ Prince, duquel la grandeur m'esmerveille,
+ A autre fin vers vous ne suis venu,
+ Que pour compter la force nompareille
+ Qui est en moy, quand bien m'aurez cognu.
+
+Le Monarque.
+
+ Hé, qui es tu? je te tien incognu,
+ Je ne vy onc une si large face.
+ Dy moy ton nom, et ou tu t'es tenu,
+ Car ton regard n'est de mauvaise grace
+
+Bacchus.
+
+ Mon nom est grand, et de grand efficace,
+ Je suis Bacchus en tous lieux Renommé,
+ Aux plus crainctifs donnant force, et audace,
+ Le Dieu Bacchus des anciens nommé
+ Par tout je suis, par tout suis estimé:
+ Par ma liqueur doucement violente,
+ Car qui en boyt, soubdain est assommé,
+ De doux sommeil qui à luy se presente.
+
+Pasiphile.
+
+ Voyla mon cas, voyla ma vraye attente,
+ Je suis des tiens, o Bacchus mon amy,
+ Car il n'y à rien qui plus me contente
+ Que d'estre saoul, et puis bien endormy,
+ Puis destre fort contre mon ennemy,
+ Batre, frapper, (o plaisant exercice)
+ Boire d'autant, et non point à demy,
+ Vivre et mourir je veux soubs ton service.
+
+Bacchus.
+
+ Monarque enten, les Roys ont soubs ma lice
+ Vescu jadis, ce grand Roy Alexandre
+ De mon pouvoir à receu la notice
+ Quand je l'ay faict à moy subject se rendre.
+ De Loth aussi un chascun peut entendre
+ Aux Escrits saincts, que ma main luy livra
+ Ce doux Nectar ou vous debvez pretendre,
+ Car ce bon Loth doucement s'enyvra.
+
+ Bref à jamais mon hault renom vivra,
+ Grands et petis ont de moy cognoissance,
+ En tous endroicts un chascun me suivra,
+ De ma liqueur cognoissant la puissance:
+ Puis ta Sappho ayme mon alliance,
+ Car sans Bacchus et Ceres, (comme on dict)
+ Froyde est Vénus en sa resjouissance,
+ Voyla comment j'ay vers elle credit.
+
+Le Monarque.
+
+ Ce tien bruvage (ainsi que m'as predict)
+ Est il si doux, que Sommeil il procure?
+ Sil est ainsi, je veux sans contredict
+ En boyre un peu.
+
+Bacchus.
+
+ Cher Prince, je vous jure
+ Qu'il est plus doux que miel, oultre mesure,
+ Et pour cela esprouver promptement,
+ Tenez, buvez, de ce je vous asseure
+ Que dormirez en grand contentement.
+
+Le Monarque bura plusieurs fois, puis dira en se couchant sur un lict.
+
+ O doux bruvage, O doux allegement,
+ Succre ne Miel ne semblent rien au pris,
+ O doux Nectar, O doux soulagement?
+ Douce liqueur donnant joye aux Espris?
+ Certainement de sommeil suis espris,
+ Vien Pasiphile, appareille ma Couche,
+ Si que par moy soudain repos soit pris
+ Faire ne puis que tost je ne me couche.
+
+Bacchus.
+
+ C'est faict, il n'est homme aucun si farouche
+ Qui endormi ne soit de mon bruvage,
+ Bruvage fort, qui jusques au cueur touche
+ Et rend subject ce Roy, grand personnage.
+ Jugez, mortels, si je porte dommage,
+ Ou bien proffit, au corps de tous Humains,
+ En voulez vous plus certain tesmoignage
+ Que d'un Monarque endormi par mes mains?
+
+ Je suis utile et nuisant en lieux maints,
+ Utile à ceux qui selon suffisance
+ De ma liqueur usent, aux inhumains,
+ Nuisant je suis par leur intemperance,
+ Ce Roy n'a sceu user de temperance,
+ En prenant trop du bruvage ordonné,
+ Voyla pourquoy il se sent à outrance
+ De ma liqueur, qui l'a tout estonné.
+
+Verité.
+
+ Ce Redempteur de vierge mere né,
+ Seul toutpuissant, celeste, veritable,
+ Pour les Humains en croix passionné,
+ Ayme celluy qui n'est point decevable,
+ Et un chacun luy sera agreable,
+ Qui sera plein de paix et charité,
+ C'est luy qui est mon pere charitable,
+ Sa fille suis, qu'on nomme Verité.
+
+ Envers les bons j'ay grand auctorité,
+ Le cueur desquelz en erreur ne se plonge,
+ Mais les remplis d'erreur et vanité,
+ Sont mes haineux, comme pleins de mensonge,
+ Comme ambrassans idolastrie et songe,
+ Comme suivans toute deception,
+ Mais des parfaicts l'esprit à rien ne songe
+ Qu'à honorer ma grand perfection.
+
+ Aux vertueux j'ay ma dilection,
+ Voire aux meschans (s'ils laissent leur fallace)
+ Je porteray fidele affection,
+ Les retenant en mon amour et grace.
+ Et pourautant il me fault pourvoir à ce
+ Que ce Monarque endormi par ses vices,
+ Chasse Bacchus, et Sappho, dont la face
+ Trop belle, l'a aveuglé de delices.
+
+ Aller luy veux remonstrer ses malices
+ Par saincts, divins, salutaires propos,
+ Et luy donner enseignemens propices,
+ Pour desormais le rendre plus dispos,
+ Il dort, il prent un excessif repos
+ Qui à son ame et corps fera nuisance
+ Si corrigé par crainte d'Atropos,
+ Il ne revient en sa force et puissance.
+
+Bon zele.
+
+ Voyci le temps ou fault que je m'avance
+ Vers mon Seigneur le Prince, pour le voir,
+ Et humblement luy faire reverance
+ Pour luy monstrer quelque utile scavoir:
+ Mais je crains fort que pour le decevoir,
+ Par devers luy Bacchus sa voye applique,
+ Ou bien qu'il vueille avec soy recevoir
+ Quelque Lais, ou Sappho impudique.
+
+ Je voy venir le flateur lunatique
+ De mon Seigneur, Pasiphile, ou vas tu?
+
+Pasiphile.
+
+ Je vien vers vous, Docteur scientifique.
+
+Bon zele.
+
+ Que faict mon Prince amoureux de vertu?
+ Est il tousjours de santé revestu?
+ Dy moy comment sa majesté se porte.
+
+Pasiphile.
+
+ Bien mal, Bacchus l'a si fort abatu
+ Que ne l'ay veu onc dormir de la sorte.
+
+ Et ce qui plus encores le transporte,
+ C'est que Venus le retient en ses laqs:
+ Car chasteté dedans son cueur est morte
+ Pour sa Sappho, qui est tout son soulas.
+
+Bon zele.
+
+ Ce que j'ay crainct, est advenu, helas
+ Rien ne luy a servi ma remonstrance
+ Il a esté bien soudainement las
+ De se tenir en sobre temperance.
+
+ Allons vers luy en prompte diligence,
+ Pour luy monstrer combien il a forfaict,
+ A celle fin que pure repentance
+ Dedans son cueur obtienne quelque effaict.
+
+Le Monarque en s'esveillant, et se regardant en un Miroir.
+
+ O que je suis triste, palle et deffaict
+ D'avoir dormi tant excessivement?
+ O qu'à Bacchus j'ay par trop satisfaict
+ De trop complaire à son enseignement.
+
+ Pour plaisir court, je recoy long torment,
+ Et grand douleur, car il fault que je die
+ Que des le jour de mon couronnement
+ Vexé ne fus de telle maladie.
+ Je perds le sens, j'ay la teste estourdie,
+ Je ne senti oncques telle douleur,
+ Et ma poictrine est si fort réfroidie,
+ Qu'en moy je n'ay naturelle chaleur.
+
+Bon zele.
+
+ Ah mon Seigneur, Prince de grand valeur,
+ Je suis marri de vostre adversité,
+ Bacchus vous a causé ce grand malheur,
+ Venus aussi vous a debilité.
+ Laissé avez vostre tranquillité,
+ Et le moyen ou vous teniez mesure,
+ Voila pourquoy fault par necessité
+ Que vostre corps griefvement en endure.
+
+ Et toutefois il fault que l'on procure
+ Vostre vigueur, et premiere santé,
+ Qui se fera, si de Sappho impure,
+ Et de Bacchus voulez estre exempté.
+
+Le Monarque.
+
+ N'en parlez plus, je suis trop tormenté,
+ Sappho me plaist, quant à Bacchus infame,
+ Je n'en veux plus, qu'il soit tost absenté
+ De ma maison, car trop il me diffame.
+
+Pasiphile.
+
+ Voila Bacchus dechassé, sur mon ame,
+ Adieu Bacchus, o dur departement?
+ Bacchus s'en va que par tout on reclame,
+ Avec lequel je buvois largement,
+ De gras jambons je perds l'allegement
+ Pour carreller mon ventre, et bien repaistre,
+ Il m'en desplaist, mais je voy clairement
+ Qu'un chacun doit obeir à son maistre.
+
+Bon zele.
+
+ Prince d'honeur, puis qu'avez, peu cognoistre
+ Combien Bacchus vous est pernicieux,
+ Aussi debvez hors vostre maison mettre
+ Ceste Sappho de cueur tant vicieux.
+
+Le Monarque.
+
+ N'en parlez plus, c'est mon bien precieux,
+ Je ne la puis effacer d'oubliance,
+ Tant que seray vivant dessous les Cieux,
+ J'auray tousjours Sappho en souvenance.
+
+Verité.
+
+ Je voy la Court du Prince d'excellance
+ Dont Sappho a sceu le cueur penetrer,
+ Il me convient luy faire reverance,
+ Puis doucement sa faute luy monstrer.
+
+Bon zele.
+
+ O combien j'ay d'heur à te rencontrer
+ O Verité, de Dieu l'humble pucelle?
+ Je te supply avecques moy entrer
+ Chez mon Seigneur, que Monarque on appelle.
+
+ A mon conseil il n'a esté rebelle
+ D'avoir chassé Bacchus de sa maison:
+ Mais sa Sappho impudiquement belle
+ Chasser ne veult par aucune raison.
+ O verité, il est heure et saison
+ Que ton conseil luy oste l'amour folle,
+ Qui son corps blesse, et sans comparaison
+ Son noble esprit plus tormente et affolle.
+
+Verité.
+
+ Allons vers luy, veritable parole
+ Aucunefois à l'homme est proffitable,
+ Verité suis qui tout homme console
+ Quand il requiert secours medicinable.
+
+Bon zele en presentant Verité au Monarque.
+
+ Puis que de moy, O Prince venerable,
+ Ne vous a pleu le conseil d'equité,
+ A tout le moins, comme Roy raisonnable,
+ Prestez l'aureille à dame Verité.
+
+Verité.
+
+ Prince qui es en grand auctorité,
+ Enten à moy, je suis du Ciel venue
+ Par le vouloir de la benignité
+ Du Toutpuissant, qui m'a chere tenue.
+
+Le Monarque.
+
+ Je suis troublé, que me sert ta venue,
+ Fors d'augmenter mon ennuy et tourment?
+
+Verité.
+
+ O Roy, quand bien par toy seray cognue,
+ Tu en auras un grand emolument.
+
+Le Monarque.
+
+ Je t'entendray, parle donc promptement,
+ Mais que Sappho de moy point ne s'absente.
+ J'obeiray à ton enseignement,
+ Car par Sappho ma pensee est contente.
+
+Verité.
+
+ Las, je cognois qu'esprit malin te tente,
+ O Prince enten ce que tu dois scavoir,
+ Le cours n'est rien de la vie presente,
+ On doibt plus hault son esperance avoir.
+ Dieu t'a voulu d'un grand Regne pourvoir,
+ Premierement pour exercer droicture,
+ Puis pour tousjours chasteté recevoir
+ Avec ta femme honeste, chaste, et pure.
+ Ne scais tu pas que par sa forfaicture
+ Le Roy David fut blasmé aigrement
+ Par l'Ange sainct, et que pour telle ordure
+ La peste occist son peuple abondamment?
+
+ Prince aveuglé, croy moy certainement
+ Qu'hommes tachez de soillure impudique,
+ N'auront les Cieux, ou perdurablement
+ Doibt vivre l'homme ayant esté pudique.
+ Veux tu laisser ce thresor magnifique
+ Des Cieux hautains, qui à ceux est promis
+ Dont le desir à chasteté s'applique
+ Dessoubs les piedz ayant tout vice mis?
+
+ Change conseil, sois en vertu remis
+ Suyvant les dicts de ton maistre Bon zele,
+ Qui a esté pour t'instruire commis
+ Pour aspirer à la vie eternelle.
+ Si à cela qu'ores je te revele
+ Tu es contraire et desobeissant,
+ Tu souffriras punition cruelle
+ Lors que ton corps sera deperissant.
+
+Le Monarque.
+
+ Tant que seray de santé jouissant,
+ Sappho tousjours me sera acceptable,
+ J'entretiendray son estat florissant
+ Je la feray grand dame et honorable.
+ C'est mon arrest et propos immuable,
+ Deporte toy doncques o Verité,
+ Ton conseil est sainctement equitable:
+ Mais j'ay le cueur au contraire incité.
+
+Verité.
+
+ O des Humains la grand temerité,
+ Ce Roy cognoist sa detestable offense,
+ Et toutefois par grand austerité
+ Il ne veult point venir à repentence.
+ O qu'il y a maint homme qui offense
+ En cest endroict, ses pechez cognoissant,
+ Et toutefois il faict perseverance
+ En ses pechez, et va Dieu offensant.
+
+Bon zele.
+
+ Prince d'honeur: d'auctorité puissant,
+ Adjoustez foy à ceste vierge saincte,
+ C'est Verité, d'elle rien n'est yssant
+ Qui ne soit bon, de fraude elle n'est ceincte
+ Toute malice en son cueur est estaincte,
+ Gardez vous bien que pour ne consentir
+ A son conseil, ou gist vertu non faincte,
+ Vous ne veniez troz tard au repentir.
+
+Le Monarque.
+
+ Vous perdez temps, pour vous en advertir,
+ Sappho me plaist, c'est ma resjouissannce,
+ Mon cueur ne peut d'elle se departir,
+ Elle sera avec moy demourance.
+
+Verité.
+
+ Puis que je voy sa rebelle ignorance
+ Continuer en son premier propos,
+ Il est besoing que mon chemin j'avance
+ Vers la cruelle et hydeuse Atropos.
+
+ Je m'y en voys, d'un courage dispos
+ Pour la prier, (pource qu'elle est terrible)
+ Venir troubler du Prince le repos
+ Avec son chef serpentin, et horrible.
+ Puis qu'il n'a creu à bon zele, paisible,
+ N'a moy qui suis Verité de hault pris,
+ Il recevra une craincte indicible
+ Par Atropos qui faict peur aux Esprits.
+
+Atropos ayant cheveux serpentins.
+
+ Tant de fureur en mon cueur est compris
+ Qu'a tous Humains je suis espouventable,
+ Il n'y a Prince ou Roy si bien apris,
+ Qui me voyant, ne soit foible, et peu stable,
+ Atropos suis, Chimere detestable,
+ Chacun me crainct, et non pas à grand tort,
+ Car quand je veux, suis si peu pitoyable,
+ Que du vivant je pourchasse la Mort.
+
+ Aux uns soulas, aux uns suis desconfort,
+ Soulas à ceux, qui ensuivent prudence,
+ Et desconfort à ceux qui n'ont cueur fort
+ Pour en vertu faire leur residence.
+ Ainsi les uns craignent ma violence,
+ Quand en leurs cueurs la vertu n'est emprainte,
+ Les autres ont en Dieu tant de fiance,
+ Que de la Mort ils n'ont aucune craincte.
+
+ Aux uns je suis utilité non faincte
+ Quand je les fay ayans la foy mourir,
+ Car Dieu alors par sa clemence saincte
+ Maugré mon vueil les faict aux Cieux florir.
+ Aux autres suis nuisante, quand perir
+ Je les contrains avecques leur ordure,
+ Trop endurcis, ne voulans acquerir
+ Contrition, ne vie saincte et pure.
+
+ Ainsi aux bons je fay plaisir qui dure,
+ Et aux mauvais, perpetuel tourment.
+ Qui voudra donc ne me trouver trop dure,
+ Au Monde bas doibt vivre sagement,
+ Sans se fier à son seul jugement:
+ Mais en croyant au conseil veritable
+ Qui vivre faict l'Ame éternellement
+ Aux lieux, ou Dieu recoit l'homme équitable.
+
+Verité.
+
+ J'approche fort d'Atropos l'execrable,
+ Prier la fault de venir avec moy,
+ Pour de propos severe, et raisonnable
+ Espouventer ce miserable Roy.
+ Il en aura craincte, comme je croy,
+ Car Mort à tous donne craincte certaine,
+ Or il est temps de parler, car je voy
+ En son sejour la Chimere villaine.
+
+Atropos.
+
+ Je mesbahis dont verité hautaine
+ Vient en ce lieu de Serpens tout rempli,
+ De son vouloir je suis toute incertaine,
+ Ne quel il est, ni ou il prent son pli.
+
+Verité.
+
+ O Atropos, parle je te suppli,
+ Ne veux tu pas quelque plaisir me faire?
+ S'il est par toy promptement accompli,
+ Je m'emploiray à bien te satisfaire.
+
+Atropos.
+
+ Preste je suis pour en tout te complaire,
+ Fille de Dieu, qui ne mens nullement,
+ Descouvre moy la fin de ton affaire,
+ J'obeiray à ton commandement.
+
+Verité.
+
+ Avecques moy il fault presentement
+ Que viennes voir en ton horrible face
+ Un Prince grand troublé recentement,
+ Et que ta voix terrible peur luy face.
+
+Atropos.
+
+ Je le veux bien, pour acquerir ta grace,
+ Marche devant, tu me passes d'honeur,
+ Je te suivray lentement à la trace
+ Jusqu'au Palais de ce riche Seigneur.
+
+Verité.
+
+ Le tout puissant, unique gouverneur
+ Qui est aux siens piteux et debonnaire,
+ Vueille donner au Prince si bon heur,
+ Que de Sappho il se puisse deffaire.
+
+Bon zele.
+
+ O qu'il me doit bien griefvement desplaire
+ De n'avoir sceu reduire aucunement
+ Ce Prince grand, ne son desir distraire
+ De folle amour, par mon enseignement?
+ Que verité n'a peu semblablement
+ Le convertir à juste penitence.
+ Si ay je espoir en Dieu fidelement
+ Qu'il perviendra au fruict de repentence.
+
+ Car le Seigneur plein de haulte clemence
+ Ha des pecheurs souventefois mercy,
+ Je le supply que sa bonté immense
+ En face autant de ce Monarque ici.
+ Las, son erreur me mect en grand souci,
+ O Toutpuissant par ta misericorde,
+ Ren de ce Roy le cueur plus adouci,
+ A celle fin qu'à ton vueil il accorde.
+
+Atropos en parlant au Monarque.
+
+ Pense Monarque à la conscience orde
+ Qui tient ton ame en grand captivité,
+ Regarde moy, et ores te recorde
+ De ton forfaict conceu d'iniquité,
+ Tu as suivi prudence et equité
+ Bien longuement, mais la perseverance
+ N'a ensuivi ce moyen limité,
+ Car en erreur tu fais ta demourance.
+
+ En bref mourras, recoy ceste asseurance
+ Non en perdant le corps tant seulement,
+ Mais l'ame aussi en extresme souffrance
+ Qui durera perpetuellement.
+
+Le Monarque.
+
+ O Dieu que j'ay en moy grand tremblement
+ De ceste voix, et vision mortelle?
+ Approchez vous de moy soudainement
+ Mon enseigneur et vray ami, Bon zele.
+
+ Je ne receu onc une craincte telle,
+ Las, c'est la Mort, O laide vision?
+ O face horrible, execrable et cruelle?
+ Mon cueur recoit humble contrition.
+ Je recognois mon imperfection,
+ Je recognois ma rebelle imprudence,
+ O Toutpuissant plein de perfection
+ Tu m'as produict ma coulpe en evidence.
+
+ Plus avec moy ne fera residence
+ Ceste Sappho, qui m'a faict tresbucher,
+ Preferer veux honeste continence
+ Aux fols souhaicts et plaisirs de la chair.
+ Doncques mon Dieu, dont le nom je tien cher,
+ Je te suppli par ta misericorde
+ Me pardonner, et me faire approcher
+ De chasteté, de paix, et de concorde.
+
+ Quant à Sappho, à present je m'accorde
+ Qu'on la dechasse ainsi qu'il est raison,
+ Car je ne veux que soillure si orde
+ Denigre plus ma Royalle maison.
+ O Dieu qui m'as en idoyne saison
+ Faict recognoistre et ma faulte et mon vice,
+ Graces te ren, et par humble oraison
+ Je te suppli d'oublier ma malice.
+
+ Ren moy constant en ta saincte justice
+ A l'entretien de paix et charité,
+ Graces vous ren O Bon zele, propice,
+ A vous aussi ma dame Verité.
+
+Bon zele.
+
+ Prince excellant en haute auctorité,
+ Dieu soit loué de son sainct benefice,
+ Dont vostre sens loing de temerité
+ A recognu son charnel malefice.
+
+ Du Tout puissant la saincte main tutrice
+ En grand santé vous vueille maintenir,
+ Tant que vivray, j'emploiray mon office
+ Pour vostre honeur garder et soustenir.
+
+Verité.
+
+ Prince, pour donc vray salut obtenir,
+ Chassez Sappho, comme chose damnable,
+ Plus desormais ne fault la retenir,
+ Car devant Dieu elle est abominable.
+
+Le Monarque.
+
+ Ainsi me plaist, Pasiphile amiable,
+ Mets la dehors de mon Palais Royal,
+ Vivre je veux au lien honorable
+ De mariage, ainsi qu'Espoux loyal.
+
+Pasiphile.
+
+ Ca dame, ca, le vueil imperial
+ M'a commandé hors ce Palais vous mettre,
+ Sortez deshors, cherchez lict nuptial,
+ Sans plus d'amour folle vous entremettre.
+
+Sappho.
+
+ O qui est cil qui t'a voulu permettre
+ D'ainsi chasser une dame d'honeur?
+ Plaindre m'en voys au Monarque ton maistre
+ Qui de ses biens m'est liberal donneur.
+
+Bon zele en poussant Sappho.
+
+ Dehors, dehors, ce n'est que deshoneur
+ De vostre faict, le Prince venerable
+ Plus ne vous quiert, car ce n'est pas bon heur
+ D'entretenir femme vituperable.
+
+Sappho en s'en allant hors de la Court du Monarque.
+
+ Las, que je suis dolente et miserable,
+ J'ay bien perdu ma joye et mes esbas,
+ O que tu es, fortune, variable
+ De mettre ainsi tous mes honeurs au bas.
+ Fortune aveugle à bon droict tu me bas,
+ Car j'ay de moy eu trop de confidence
+ Par ma beauté qui durable n'est pas,
+ Mais s'en ira bien tost en decadence.
+
+ Tout mon plaisir n'estoit qu'outrecuidance,
+ En fardement, en diverse dorure,
+ En vanitez d'excessive abondance,
+ En jeux, en ris, en prodigue parure.
+ De jour et nuict je n'avoys autre cure
+ Qu'a me farder par quelque intention,
+ Pour mieux complaire à mainte creature
+ Qui à Vénus mect sa dévotion.
+
+ Chaste ne fut onc mon affection,
+ Tousjours m'a pleu folle concupiscence,
+ Tousjours tendant à ma perdition.
+ Sans d'un vray Dieu chercher la cognoissance,
+ Dames d'honeur qui vivez en plaisance,
+ Consyderez mon infelicité,
+ De fols plaisirs laissez la jouissance,
+ Peu durera vostre felicité.
+
+ Felicité? c'est plus tost vanité,
+ Prenez exemple au torment que j'endure,
+ Je fus jadis en haulte dignité,
+ Ores je suis en peine griefve et dure.
+ Plaisir terrien c'est chose qui peu dure,
+ Honeur mondain subit son cours à pris,
+ Bref ce n'est rien du Monde qu'une ordure.
+ Ou encor plus de malheur est compris.
+
+ Doncques humains, soyez tant bien apris
+ De délaisser volupté délectable,
+ Suivez l'amour qui conjoinct deux Espris
+ En une chair, à Dieu chose acceptable.
+ Chastes soyez en ce joug venerable,
+ Sans, comme moy, ensuivir amour folle,
+ Lors vous aurez le soulas perdurable,
+ Qui les Espris divinement console.
+
+Pasiphile.
+
+ De grand soulas ores le cueur me vole,
+ Le Prince est sain tant d'Esprit que du corps
+ Sappho s'en va, mais dont je me désolé,
+ C'est de Bacchus, duquel je suis records,
+ Car luy et moy faisions joyeux accords
+ Buvans d'autant, o perte nompareille,
+ Ce n'est qu'esmoy, ce ne sont que discords
+ De perdre ainsi la sacree Bouteille.
+
+Bon zele.
+
+ Fault desormais que vostre Esprit s'esveille
+ (Roy souverain) en magnanimité,
+ Et à garder une amytié pareille
+ A vostre Espouse ayant tant merité.
+ Vous estes sain, dispos, plein d'equité,
+ Perseverez en toute temperance,
+ Et l'Eternel qui hayt iniquité,
+ Tousjours fera en vous sa demourance.
+
+Le Monarque.
+
+ Bon zele, ayez de moy ceste asseurance
+ Que par l'instinct du Seigneur toutpuissant
+ Je me tiendray selon vostre esperance
+ En vertu haulte et honeur florissant,
+ Point ne seray (Dieu aydant) flechissant,
+ Car je cognoys que pour au Ciel attaindre,
+ Et de salut devenir jouissant,
+ Il fault un Dieu aymer, servir, et craindre.
+
+Verité en concluant.
+
+ Conclusion, pour les vices estaindre,
+ Et pour avoir l'heritage des Cieux,
+ Craindre il convient l'Eternel, sans se faindre.
+ Et Atropos mettre devant les yeux,
+ Comme avez veu par un Roy vicieux
+ Non amendé du conseil veritable,
+ Mais seulement du regard furieux
+ De ceste Mort à tous espoventable.
+
+ O Peuple humain qui d'excessive table
+ Fais ton seul Dieu, pour bien remplir ta pance,
+ Et dont le cueur du Monde insatiable
+ Trop enyvré, rien que tout mal ne pense,
+ Voy que celluy qui bien et mal compense
+ Te damnera, si desir ne te mord
+ De demander pardon de ton offense
+ A Christ, qui faict revivre l'homme mort.
+
+Fin de la Comedie du Monarque.
+
+
+
+
+Deploration sur le trespas de feu monseigneur Jean Bouchetel, Seigneur
+de Sacy, Conseiller et Secretaire des commandemens du Roy.
+
+
+ Si ma plume autrefois à chanté vers lyriques,
+ Eglogue Pastorale, ou Sonnets heroiques,
+ Si par mainte Elegie on m'à veu resjouir,
+ Les aureilles de ceux qui m'ont voulu ouyr,
+ Je ne veux à present ce Labeur entreprendre
+ Pour d'un stile joyeux quelque liesse prendre.
+ Tramper je veux ma plume au lac d'Aigre Douleur,
+ Et qu'au lieu d'estre blanche, elle ait noire couleur
+ Signifiant le dueil que mon triste cueur porte
+ De voir soubs un Tombeau une personne morte,
+ Ceste personne, Helas, dont le corps est destruict,
+ Avoit assez remply la Gaule de son bruict,
+ Sans qu'on deust reciter par expresse Escriture
+ Les haults dons qu'il avoit, & graces de nature,
+ Mais le triste regret du Peuple pour sa Mort
+ Me contrainct de plorer un tant noble homme mort,
+ Et croy, amy lecteur, qu'en lisant l'ortographe
+ De son nom excellant mis sur son Epitaphe,
+ Avec moy espandras plus de souspirs et pleurs
+ Que Pomone n'avoit en son jardin de fleurs.
+ Las, c'est Jean Bouchetel, ce Royal Secretaire
+ Duquel les grands valeurs ma Muse ne peut taire,
+ Car les haultes vertus dont florissoit son nom
+ Doibvent éterniser son illustre renom.
+ Bourges qui fut le lieu de sa noble naissance,
+ Et qui de son Scavoir avoit la cognoissance,
+ Ayant sceu le trespas d'un homme tant perfaict,
+ Un si horrible cry et grand dueil en à faict,
+ Que toutes les forests et prochaines vallees
+ Se sont d'Arbres, de fleurs, et de fruict despoillees.
+ Et les prochains ruisseaux ont augmenté leurs cours,
+ Des pleurs de ses amys qui pleurent tous les jours
+ Le trespas de celluy, qui en haulte apparence
+ De grand Esprit, avoit servy deux Roys de France,
+ Le Secretaire estant de leurs commandemens,
+ En grand pris et honeur de tous entendemens.
+
+ Aussi tost que la Mort, furieuse Chimere,
+ Feit à ce Bouchetel sentir la poincte amere
+ De son Dard venimeux, & que le Peuple oyant
+ Si piteuse nouvelle, estoit tout larmoyant,
+ Et mesloit à ses pleurs une triste complaincte,
+ Des Pégasides Seurs la troupe docte & saincte
+ Du mont Pernasse ouyt les regrets & douleurs
+ Du Peuple Berruyer, qui fondoit tout en pleurs,
+ Et pource que ces Seurs avoyent tousjours prisé,
+ Ce noble Secretaire, et fort favorisé
+ A ses doctes Escrits, à sa plume doree,
+ Et à sa Poesie aux Gaules adoree,
+ Apres avoir ouy la desolation
+ Du Peuple regrettant telle perfection,
+ Elles laissent leur mont plaisant et delectable
+ Pour toutes assister au Tombeau lamentable
+ De ce corps deslié d'un Esprit precieux,
+ Qui desja place avoit au sainct repos des Cieux,
+ Qui est aux bons Espris le promis heritage.
+ Allons, mes Seurs, allons (dict Calliope sage)
+ Voir le triste cercueil du noble Bouchetel,
+ Qui pour vivre sans fin, laisse son corps mortel,
+ Allons ouyr les cris de ce Peuple fidele
+ Ou fut de nostre amy la Terre naturelle.
+ Allons pour consoler ses amys et parens,
+ Ses filles, et ses fils en honeur apparens.
+ Car vous scavez, mes Seurs, qu'un tel Esprit cupide
+ Fut à nous honorer, translatant d'Euripide
+ De Grec en son Francois les beaux tragiques vers
+ Qui au nom d'un grand Roy ont bruict par l'univers.
+ Vous scavez, je le scay, que sa plume excellante
+ Tousjours au bien public à esté vigilante,
+ Vous scavez quel honeur par sa noble nature
+ Il à tousjours porté à la litterature,
+ Et de quelle faveur il à usé vers ceux
+ Qui n'ont en Poesie onc esté paresseux.
+ Donc si nous luy avons faict honeur en sa vie,
+ N'ayons apres sa Mort moins favorable envie,
+ Que dy je Mort, mes Seurs, ceux la ne meurent pas
+ Qui ont los immortel à l'heure du trespas.
+
+ Soubdain que Calliope accomplie en Scavoir
+ Prononcea ces propos, elle feit émouvoir
+ Ses amiables Seurs, de laisser en arriere
+ Leur sainct Sejour, pour voir la ville Berruyere,
+ Ou le Peuple faisoit un dueil triste & amer
+ Pour cest homme excellant qu'on vouloit inhumer,
+ Adonc ces belles Seurs sainctes, & immortelles,
+ Pour tost y assister, se preparent des Esles,
+ Comme jadis alors que le faux Pirenee
+ Les esperoit forcer d'une amour effrenee.
+ Ainsi elles voloyent aussi legerement
+ Comme voloit jadis Mercure promptement
+ Lors que pour accomplir le vueil de Juppiter,
+ Le Berger à cent yeux il vint descapiter.
+ Donc ces belles neuf Seurs en Scavoir excellantes
+ S'en vont parmy les Cieux legerement volantes,
+ Jusqu'a ce qu'elles voyent de Berry la Contree
+ Ou de Bourges leur est la ville rencontree,
+ Ville de grand valeur, ou les loix et les arts
+ Florissantes on voyt, et ou l'un des Cesars
+ Feit faire (comme on dict) ceste puissante Tour
+ Qui de ses ennemys se défend alentour,
+ Ville qui est bornee aussi de maintes villes,
+ De chasteaux, & de bourgs, et de terres fertiles,
+ De rivieres d'estangs, et de coulans ruisseaux
+ Ou poissons delicats nagent dedans les eaux,
+ De vignobles aussi de Bacchus non indignes
+ Auquel tous sont debteurs les culteurs de noz vignes,
+ Et sur tout d'ysouldun la liqueur excellente
+ Des vins, est au pais doucement violente,
+ Vins pour faire banquets, et grand festivité,
+ Bien que ce soit le lieu de ma nativité.
+
+ Grand admiration receurent ces neuf Muses
+ De voir de ce pais les Richesses diffuses.
+ Si tost qu'en ceste ville ou lon faisoit le dueil,
+ Elle virent le Peuple espandant larmes d'oeil,
+ Une griefve douleur va saisir leur Poictrine
+ Pour le dueil qu'on faisoit du Pere de Doctrine,
+ Et du bon Mecenas de Poésie aussi,
+ Du noble Bouchetel, le Seigneur de Saci,
+ Et n'eust esté que c'est le naturel des Dieux
+ Des Déesses aussi, n'espandre l'armes d'yeux,
+ On eust veu tant plorer les filles de Mémoire,
+ Qu'on eust veu de leurs pleurs un lac grand, comme Loire,
+ Toutefois pour monstrer leurs ennuys et douleurs,
+ Elles feirent de grands souspirs au lieu de pleurs,
+ Et d'un habit de dueil elles se sont parees,
+ Pour à la sepulture estre mieux preparees.
+ Le Peuple désolé en conduisant le corps
+ Mesloit aux pleurs les cris, faisant tristes accords,
+ D'autre costé la Mort espouventable et fiere
+ Fort se glorifioit de voir en une Biere
+ Le corps par elle occis, pource qu'il est charnel,
+ Car son pouvoir n'ha rien sur l'Esprit éternel.
+ Le Peuple Berruyer voyant en l'Er la Mort
+ Tant se glorifier de ce noble corps mort,
+ Ses pleurs change en vengence, et son dueil en grand ire
+ Et tous ces mots piquans à la Mort il va dire.
+
+ Je m'esbahis comment, o laid Monstre, inhumain,
+ Monstre horrible, & cruel, repeu de sang humain,
+ Tu es tant effrené, et plein de violence,
+ De tousjours faire effort à la grand excellence.
+ O Chimere insensee, enragee Atropos,
+ Pourquoy troubles tu tant des humains le repos,
+ Te monstrant la plus grand de toutes les meurtrieres
+ De nous priver souvent des choses singulieres?
+ Il ne te suffist pas de mettre fin amere
+ Aux enfans nouveaux nez du ventre de leur mere,
+ Qui (s'ils eussent vescu) de sublime vertu
+ Eussent abondamment eu l'Esprit revestu,
+ Mais à ceux qui font fruict à une République
+ Tu fais sentir l'effort de ta mortelle Pique.
+ Tu le m'as faict scavoir, quand par toy assailli
+ Fut ce Jaques Thiboust, Seigneur de Quantilli,
+ Conjoinct par amitié à la personne morte
+ Qu'en ce triste Tombeau, pour l'inhumer on porte.
+ Et croy qu'a ce Thiboust tu vins oster la vie
+ Par l'aguillon poignant de malheureuse envie,
+ Pource qu'il estoit fort liberal aux douceurs
+ De l'Escrit agreable aux Pernassides Seurs.
+ De cela non contente O Chimere execrable
+ Tu rends pasture aux vers ce corps tant honorable
+ Du scavant Bouchetel, secretaire des Roys,
+ Dont reparer ce tort oncques tu ne pourroys.
+ Bourges avoit esté fertile et plantureuse
+ D'avoir produict ce fruict qui la rendoit heureuse,
+ Mais par ton grand outrage elle à perdu ce bien
+ Qui tant luy profitoit, et ne te sert de rien,
+ Sinon pour le monstrer Chimere furieuse,
+ D'espandre sang humain en tout temps curieuse,
+ Et pour monstrer en toy plus grande Tyrannie
+ Qu'aux Tigres affamez qui sont en Hyrcanie,
+ Tu m'as ravy l'honeur du gracieux Scavoir
+ Duquel l'homme meschant ne veult notice avoir.
+ Tu m'as osté la fleur des neuf Seurs Pégasides,
+ Et le vray ennemy des folles Pierides.
+ Tu m'as privé du fruict lequel avoit produict
+ Bourges, belle Cité, digne d'immortel bruict,
+ Ainsi Moutons paissans en l'herbageuse Plaine
+ Point ne portent pour eux dessus leur Doz la laine,
+ Semblablement pour eux petis oiseaux paissans
+ Ne bastissent leur nid, mais pour hommes passans.
+ Ainsi pour eux aussi les Beufs que le Joug serre,
+ Ne vont roulans l'Ereau sur la fertile Terre.
+ Ainsi pour leur proffit Abeilles amoureuses
+ Ne font de leur doux Miel les liqueurs savoureuses.
+ Donc, o cruelle Mort, considere l'outrage
+ Qu'a present tu me fais par tyrannique rage.
+ Considere le tort tant grand que tu m'as faict
+ De me priver ainsi d'un homme tant perfaict.
+ Si j'estoys l'Orateur dont l'Arpine se vente,
+ Ou le Grec Démosthene en parole eloquente,
+ Tu entendroys de moy des mots qui valent pis,
+ O Chimere passant le venin des Aspics.
+ Mais si ma langue n'est assez prompte & active
+ Pour me plaindre de toy de piquante invective,
+ Les bons autheurs Francoys qui mes cris entendront,
+ A ta grand cruauté par Escrit respondront,
+ Parquoy tu recevras tel vitupere et honte
+ Que tu ne serviras que de fable et de compte
+ Au Peuple simple et bas, qui de toy escrira
+ La grand iniquité, laquelle il publira.
+ Oste toy de mes yeux, O Alecto villaine,
+ Qui fais mourir les fleurs de ta puante alaine.
+ Absente toy d'icy tant les soirs que matins
+ O maudicte Atropos, aux cheveux serpentins.
+ Tu m'as assez grevé de m'oster au meur age
+ Ce secretaire exquis, tant noble personnage,
+ Et qui tant de faveur aux vertueux portoit,
+ Et les adversitez des pauvres supportoit,
+ Se monstrant mieux aymer des vertus l'exercice
+ Que les thresors acquis par mondaine avarice.
+ Assez m'as offensé, o Royne des Chimeres
+ De me faire sentir tant de douleurs ameres,
+ Me privant de celluy par mortel desarroy
+ Qui tant estoit utile à mon Gallique Roy,
+ Mais avec ton effort, de son ame immortelle
+ Tu ne triompheras, comme de la mortelle
+ Et transitoire chair de caduque action
+ Qui tombe en un moment à putrefaction,
+ Et dont j'appaiseray mon dueil, comme j'espere,
+ C'est que ce bon Seigneur en fortune prospere
+ A laissé beaux enfans de si nobles Espris,
+ Qu'ils ne mourront encor que tu les eusses pris,
+ Et par eux mon honeur apparent, on verra
+ Tant que des Bouchetelz le Tige durera,
+ Desquelz le doux regard et gracieuse forme
+ Aux divines vertus du Pere se conforme,
+ En démonstrant les dons de leur perfection
+ Aupres de l'oeil Royal, par admiration
+ Ou de leur vertu haulte et grace bien aymee
+ Immortelle sera la noble Renommee.
+ Le Peuple Berruyer tous ces regrets faisoit
+ Quand la cruelle Mort (qui adonc s'amusoit
+ A escouter les cris de ce Peuple fidele)
+ A faict sortir ces Dicts de sa bouche cruelle.
+
+ Je ne mesbahis point si avec triste habit
+ Qu'on porte par coustume au lamentable obit,
+ O Peuple humain par trop endormy en tenebres
+ Tu fais un si hault cry en tes Pompes funebres,
+ C'est faulte d'approuver l'ordonnance de Dieu,
+ Qui ceux qu'il ayme mieux, de ce terrestre lieu
+ Tire tousjours à soy, pour monstrer que ce Monde
+ Au pris de son Sejour, de vray plaisir n'abonde.
+ Le plaisir terrien passe comme fumee,
+ Ou comme seche Paille en cendres consumee,
+ Mais le plaisir d'enhault dure éternellement,
+ Que Dieu promect aux bons vivans fidelement.
+ En ce divin Sejour sont plaisirs delectables
+ Plus qu'on ne voyt au Ciel d'estoilles agreables,
+ De ces plaisirs divins il convient estimer
+ Le nombre estre plus grand, que des Sablons de Mer,
+ Et qu'il n'y à d'Espis dedans les jaunes Blez
+ Qui sont parmy les champs de Céres assemblez,
+ Et qu'on ne voyt de pluye et de neige arriver,
+ En la froyde saison du glacial Hyver.
+ Dy moy (Peuple troublé de dueil melancholique)
+ Dy tant que tu voudras que je te vexe & pique,
+ Que je porte nuisance en mettant à l'envers
+ Tant de corps, qui seront la nourriture aux vers.
+ Tant que voudras, dy moy meschante & inutile,
+ Monstre inhumain, armé de cruauté hostile,
+ Si est ce que sans moy l'Esprit plus precieux
+ Que n'est le corps mortel, ne s'en va voir les Cieux.
+ Les Cieux estoient fermez par une forfaicture
+ De cest homme premier, ouvrage de nature,
+ Mais ce sainct Redempteur l'ouverture en à faicte
+ Quand il fut mis en croix par une gent infaicte.
+ Or devant le peché de l'homme transgresseur
+ Je n'avoys aucun Dard qui peust estre agresseur
+ Pour en faire mourir & succomber les hommes
+ Au funebre tombeau, comme au temps ou nous sommes,
+ Dont ce divin Sauveur de creature humaine
+ (O peuple Berruyer) ne m'a dict inhumaine,
+ Alors que sa bonté et grace tant valut
+ De mourir en la croix, pour te donner salut,
+ Sa divine bonté jamais ne m'a tancee
+ Lors que de ses Esleus j'ay la fin avancee,
+ En faisant mourir d'eux le corps tant seulement,
+ Pour faire vivre l'Ame au Ciel durablement.
+ Il est vray que mon dard porte double poincture,
+ Scavoir douce et amere à mainte creature.
+ Ceux qui sont endurcis en fraudes et malices,
+ Et qui font tout leur Dieu de mondaines delices,
+ Trouvent amer mon dard, à leur Mort cognoissans
+ Qu'a Dieu ils ont esté trop desobeissans,
+ Mais ceux qui ont suyvi le chemin d'equité,
+ L'entretien de la paix, douceur, et charité,
+ Ne trouvent de mon dard la poincture que doulce,
+ Cognoissans que par moy leur ame au Ciel se poulse.
+ Doncques, O peuple humain, à tort de moy te plainds
+ Quand je fay succomber hommes de vertu pleins,
+ Puis que par leur vertu qui à tous se descouvre,
+ Le tout puissant Recteur son Paradis leur ouvre.
+ Puis que tel as cognu celluy dont ton oeil pleure,
+ Que ne t'asseures tu que son Esprit demeure
+ En ce divin Sejour qui est promis à ceux
+ Qui aux sainctes vertus n'ont esté paresseux?
+ Et si j'ay renversé le corps, qui n'est que cendre,
+ Tu n'en doibs contre moy en querele descendre.
+ Celluy qui est sans fin, et le commencement,
+ Ce Pere supernel, qui ayme doucement
+ Les culteurs de son nom, avoit l'heure ordonnee
+ A celluy que tu plainds, de sa fin terminee.
+ Pourtant cesse tes pleurs, tes complainctes et cris,
+ Ne me menace plus d'injurieux Escrits:
+ Mais loue le Seigneur, et sa saincte ordonnance,
+ Au veuil duquel ne fault user de repugnance.
+
+ Quand la maigre Atropos eut prononcé ces Dicts,
+ D'une voix veritable, et loing de contredicts
+ Qui peussent meriter, pour prouver le contraire,
+ Le peuple Berruyer commence à se distraire
+ De courroux enflamé, et son dueil appaisant,
+ Aux propos de la Mort n'est plus contredisant,
+ Et ainsi appaisé, monstrant meilleur visaige,
+ Suyt le corps au Tombeau du deffunct, qui tant sage
+ Et tant prudent estoit, quand son Esprit lié
+ Estoit au mortel corps, dont Dieu la deslié,
+ Et lors non sans regret fut mis en sepulture
+ Le corps, qui est subject aux vers et pourriture,
+ Et son esprit ayant des Cieux fruition,
+ Attend d'un plus beau corps la resurrection.
+
+ Lors que mis au Tombeau fut le corps miserable,
+ Des Pernassides Seurs la troupe venerable
+ Feit graver au Tombeau du trespassé le nom,
+ Avecques ses vertus de durable renom,
+ Calliope, qui est des neuf Seurs la premiere,
+ Sur le Marbrin Tombeau meit ces vers en lumiere:
+
+L'epitaphe de Monseigneur Bouchetel, par la Muse Calliope.
+
+ Celluy qui du Laurier pernassien fut digne,
+ Et qui avoit l'amour de moy & de mes Seurs,
+ Ce noble Bouchetel, le Mecenas insigne
+ De tous ceux qui aymoient Poetiques douceurs,
+ La memoire de soy delaisse aux successeurs
+ Avecques son corps mis en ceste sepulture,
+ Mais O vous viateurs, soyez certains et seurs
+ Que son renon n'est pas subject à pourriture.
+
+ Melpomené apres ce quatrain composa,
+ Et dessus le Tombeau par ordre l'apposa.
+
+L'epitaphe de mondict Seigneur Bouchetel par La Muse Melpomené.
+
+ Soubs un petit cercueil est la chair inhumee
+ D'un serviteur Royal, c'estoit Jean Bouchetel,
+ Mais de ses grands vertus ne meurt la Renommee
+ Qui à ses successeurs le rendent immortel.
+
+ Ce quatrain fut escript, adoncques Terpsicore
+ Decora le Tombeau de ces six vers encore.
+
+L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Terpsicore.
+
+ Celluy qui sans cesser de noz honeurs cupide,
+ Espandoit nostre nom par ce grand univers,
+ Et qui a triomphé sur le Grec Euripide
+ Translatant en Francois ses beaux Tragiques vers,
+ Delaisse un corps mortel au funebre tombeau,
+ Pour au divin repos voir un Regne plus beau.
+
+ Clio lors ensuivant en poetique Metre
+ Ainsi de ce defunct les louanges va mettre.
+
+Epitaphe dudict Seigneur par la Muse Clio.
+
+ Par les mains de Pallas la plume fut taillee
+ Pour en servir deux Roys de France heureusement,
+ Et par elle à celluy Bouchetel fut baillee
+ Qui par sa Mort au Ciel vit eternellement.
+
+ Lors que Clio eut faict ainsi son Epitaphe,
+ Thalie feit le sien, avec telle ortographe.
+
+L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Thalie.
+
+ Celluy qui par sa plume et par son grand Scavoir
+ Feit service à deux Roys, dont la vie est mortelle,
+ Heureusement au Ciel le Roy des Roys va voir
+ Qui à tous ses esleus donne vie immortelle.
+
+ Desque Thalie eut mis à son Escrit la fin,
+ Erato meit ces vers dessus le Marbre fin.
+
+L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Erato.
+
+ O Viateur, veux tu scavoir qui gist ici?
+ C'est le corps d'un qui eut tant de graces infuses,
+ C'est le bon Bouchetel, le Seigneur de Saci,
+ La fleur, le bruict, l'honeur des vertus et des Muses.
+
+ Lors que par Erato le Tombeau fut orné,
+ Son Epitaphe ainsi Euterpe a ordonné.
+
+L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Euterpe.
+
+ Celluy qui tant jadis vertu a faict florir,
+ Laisse son corps mortel au Tombeau lamentable,
+ Helas, c'est Bouchetel, mais son honeur mourir
+ On ne verra jamais, car il est perdurable.
+
+ Euterpe avoit ja mis ces vers portans l'honeur
+ Du noble Bouchetel, de Saci le Seigneur,
+ Alors que Polymnie en son honeur aussi
+ Apposa au Tombeau ces quatre vers ici.
+
+L'epitaphe dudict Seigneur, par la Muse Polymnie.
+
+ Bourges, tu as esté ville bien fort heureuse
+ D'avoir mis sur la Terre un homme si scavant,
+ Qui ne meurt par la Mort, la gloire plantureuse
+ De sa perfection, le rend aux Cieux Vivant.
+
+ Quand ces vers eut escrit la Muse Polymnie,
+ L'epitaphe dernier fut tel par uranie:
+
+L'epitaphe dudict Seigneur par la Muse Euranie.
+
+ Si vous voulez (Lecteurs) avoir perfection
+ En ce Monde terrien, ou vanité abonde,
+ A folles voluptez n'ayez affection,
+ Mais tous cherchez au Ciel le thresor pur et monde,
+ Comme ce Bouchetel, quand il vivoit au Monde,
+ Qui par son bon Esprit acquit auctorité,
+ Dont à present tiré hors de la Terre immonde,
+ Il contemple à loisir les lieux d'Eternité.
+ Quand ces belles neuf Seurs (dont l'honeur point ne tombe
+ Dedans le lac d'oubly) sur la Marbrine Tombe
+ Eurent gravé ces vers, avec un ordre tel
+ Eternisant le nom du noble Bouchetel,
+ Elles s'en vont voler sur leur mont de Pernasse
+ Qui de sublimité les Nues outrepasse,
+ Ou sans fin leur viendra de ce défunct memoire,
+ Et de sa Progenie ou gist honeur et gloire.
+
+Fin.
+
+
+
+
+Les Epigrammes.
+
+
+A Monseigneur Davanson, President du grand Conseil.
+
+ J'ay des neuf Seurs eu quelque fois faveur
+ (Noble Seigneur, prudent et honorable)
+ Qu'ayez trouvé en mes Escrits saveur
+ Qui sont sacrez à ce Roy venerable,
+ Mais le Scavoir qui vous rend admirable,
+ Meritoit bien stile plus doux coulant
+ Que n'est le mien, pour d'oeuvre perdurable
+ Magnifier vostre nom excellant.
+
+ Si doy je bien me monstrer vigilant
+ A honorer par humble obeissance
+ Vostre Scavoir des vertus distillant,
+ Dont noblement vous avez jouissance,
+ Combien que j'aye entiere cognoissance
+ Que vous ayez un fruict plus savoureux
+ De l'Olivier plein de resjouissance,
+ Duquel seroit Apollon amoureux.
+
+ Quand toutefois de ce fruict bien heureux
+ De l'Olivier, qui pres de vous fleuronne,
+ Vous aurez pris le plaisir plantureux,
+ En luy offrant du Laurier la Couronne,
+ Qui dignement son front sainct environne,
+ Je vous supply un peu baisser voz yeux
+ Sur les Escritz qu'humblement je vous donne,
+ Vous soubhétant toute faveur des Cieux.
+
+
+A Monseigneur M. Jean Bertrand Lieutenant Criminel de Paris.
+
+ La Prophetique Escriture
+ Ordonne judicature
+ D'hommes puissans, non pollus,
+ Craignans Dieu, loing d'avarice,
+ Pour administrer Justice,
+ Comme estans de Dieu eslus.
+
+ Ceste grand Divinité
+ Qui est une en trinité,
+ Pour l'heur de la Republique
+ Juge à Paris vous debvoit,
+ Ou droict aller on vous voyt
+ Sans chercher la voye oblique.
+
+ Et avec vostre prudence
+ Joincte à la Jurisprudence
+ Dont voz sens sont penetrez,
+ Vostre grand perfection
+ Conjoinct la dilection
+ Des lettres, et des lettrez.
+
+ Voyla pourquoy ma Minerve
+ Un los Eternel reservé
+ Aux excellentes vertus,
+ Dont par un don admirable
+ De Dieu aux bons favorable
+ Vous avez les sens vestus.
+
+ Pour la grand felicité
+ De la plus noble Cité
+ Dont nous ayons cognoissance,
+ Ceux qui vivent sagement
+ Desirent fort longuement
+ Vous voir en convalescence.
+
+ De ma part, sachant combien
+ Merite d'honeur et bien
+ Vostre constance immobile,
+ Je pry ce divin Recteur
+ Qu'il vous soit distributeur
+ De l'age de la Sibylle.
+
+
+A Monseigneur de Frelu General de Lyon.
+
+ Sachant combien ce Thresorier illustre
+ Du Bourg, cognoist vostre perfection
+ D'hommes rassis au rang avoir grand lustre,
+ Et cognoissant la grand dilection
+ De vos deux cueurs par ferme affection,
+ Ne doy je pas orner mon escriture
+ Des dons exquis par admiration
+ Qu'avez receus par graces de Nature?
+
+ Certes ouy, car si l'architecture
+ Des grands Palais Royaux est belle à voir,
+ De vostre Esprit (O noble Creature)
+ En plus grand pris fault la science avoir.
+ Royaux Palais peuvent fin recevoir,
+ Mais vostre Esprit est d'une vigueur telle,
+ Que de la Mort l'audacieux pouvoir
+ N'abolira vostre grace immortelle.
+
+
+A Monseigneur Godefroy, Conseiller du Roy, au Chastellet de Paris.
+
+Sonnet.
+
+ Si quelque fois la grand maturité
+ Des Loix & Droicts, ou vostre estat s'applique
+ Pour l'entretien d'une grand Republique,
+ Donne repos à vostre auctorité,
+
+ Je vous supply par la benignité
+ Qui tant vous rend humain et pacifique,
+ De voir un peu mon oeuvre Poetique,
+ C'est Zoroastre ou gist divinité.
+
+ En le lisant, s'il vous plaist en gré prendre
+ L'humilité, laquelle je doy rendre
+ A voz vertus, d'un cueur obeissant,
+
+ J'ay bon espoir que vous verrez autre oeuvre
+ Par cy apres, qui publie et descueuvre
+ Aux successeurs vostre nom florissant.
+
+
+A Monseigneur Hector Maniquet, Secretaire de ma Dame la Duchesse de
+sainct Paul.
+
+ Minerve un jour visitoit les fontaines
+ Que de ses piedz feit le cheval volant,
+ Ou les neuf Seurs, doctes, sainctes, haultaines,
+ Faisoient chapeaux de Laurier excellant.
+ Pallas leur dict, O Troupeau vigilant
+ Incessament à toute chose bonne,
+ Je vous supply que vostre main ordonne
+ A mon Hector le Chapeau de hault pris,
+ Cela fut faict, du Laurier la Couronne
+ Sur vostre front des lors son siege a pris.
+
+
+A Monseigneur de Luce, Secretaire de Monseigneur le Prince de Ferrare.
+
+ Résusciter il faudroict Apelles
+ Pour paindre au vif vostre magnificence,
+ Ou l'excellant graveur Praxiteles
+ Pour à jamais graver vostre excellence
+ En Marbre fin, car la supresme Essence
+ Vous a donné telle perfection
+ (Trescher Seigneur) que la mettre en silence,
+ N'est au Scavoir porter dilection.
+
+
+A Monseigneur Garnier Parisien, Receveur des Tailles.
+
+ Comme les grains sont gardez au Grenier
+ Pour des humains estre la nourriture,
+ En vous ainsi (noble Seigneur Garnier)
+ Sont conservez plusieurs dons de Nature.
+ Telle saveur portez à l'Escriture
+ En rejectant les thresors d'avarice,
+ Que ceux qui ont des lettres l'exercice,
+ Doibvent trop mieux graver qu'en Marbre fin
+ Les dons divins, qui sont en vous sans vice,
+ Et qui par Mort ne peuvent prendre fin.
+
+
+A Monseigneur de Fontenay Secretaire du Roy de Navarre.
+
+ Bien sainctement nous a faict à scavoir
+ Celluy Caton qui l'Esprit endoctrine,
+ Qu'en nous de Mort une image on peut voir,
+ Si nostre Esprit demeure sans Doctrine.
+ Celluy qui seul aveugles illumine,
+ De hault Scavoir vous a tant exorné,
+ Que vous estiez du tout predestiné
+ A faict fruict d'escriture honorable
+ En la maison de ce Roy tant bien né
+ Des Navarroys, d'honeur incomparable.
+
+
+A Monseigneur Lopin, Conseiller en la Court de Parlement.
+
+Sonnet.
+
+ Comme au matin la rubiconde Aurore
+ Donne splendeur au Monde spacieux,
+ Comme au Printemps le Soleil gracieux,
+ De rayons d'Or cest univers decore,
+
+ La grand douceur qui les prudens honore
+ Vostre renom faict voler jusqu'aux Cieux,
+ Et au Senat vous rend plus precieux
+ Que l'Argent pur, ne que l'Or fin encore.
+
+ Tels Senateurs que vous, ou grace abonde,
+ Sont estimez une perle en ce Monde,
+ Loing d'avarice, et pres de charité,
+
+ Aussi celluy qui recompensera
+ Le bien et mal, vostre ame poulsera
+ Au sainct repos du lieu de Verité.
+
+
+A Monseigneur Carles, Secretaire de Monseigneur le Prince de Condé.
+
+Sonnet.
+
+ Celluy qui peut toutes choses donner,
+ Vous a pourveu d'une telle sagesse,
+ D'un tel esprit, d'une telle largesse,
+ De tant de dons qui me font m'estonner,
+
+ Que je ne puis par escrit ordonner
+ Si hault honeur, que meritez sans cesse,
+ Representant tout acte de Noblesse,
+ Qui faict par tout vostre nom résonner.
+
+ Si l'Orateur dont l'Arpine se vente
+ Vivoit encor, par sa bouche éloquente
+ Il ne pourroit réciter voz valeurs,
+
+ Parquoy bien plus on trouveroit estrange.
+ Si je pouvois paindre vostre louange
+ (Comme il convient) de bien vifves couleurs.
+
+
+A Monseigneur, Francois Charpillet, Lyonnois.
+
+ Comme l'amoureuse Abeille
+ Du doux Miel qu'elle appareille
+ Nous donne un goust savoureux,
+ Et comme d'Atlas les Filles
+ En leurs beaux jardins fertiles
+ Recueillent l'Or plantureux,
+
+ Ainsi de vostre clemence
+ S'espand par tout la semence,
+ Et de vostre Esprit gentil,
+ Dont pour louer voz merites,
+ Il me faudroit des Carites
+ Avoir stile plus subtil.
+
+ Si est ce que les neuf Seurs
+ Qui ont tesmoignages seurs
+ De vostre tant noble zele,
+ Feront poetiques vers
+ Deubs à voz honeurs divers
+ Avec louange éternelle.
+
+
+A monsieur M. Guillaume Oger, Procureur au Chastellet de Paris.
+
+ Doy je effacer de silence
+ De voz graces l'excellence,
+ O sage et prudent Oger,
+ Qui exerceant la pratique,
+ Loing de dol et fraude inique
+ Faictes les proces juger?
+
+ Vostre nature n'est telle
+ De chercher faulse cautelle,
+ Et toute déception,
+ Car selon jurisprudence
+ Vous monstrez vostre prudence
+ En vostre vocation.
+
+ Oultre vous aymez les Muses
+ Qui voz louanges diffuses,
+ Et ce qu'avez merité
+ Par mes vers annonceront,
+ Et vostre nom laisseront
+ Aux yeux de posterité.
+
+
+A monseigneur l'Enfant, Secretaire de monseigneur le Cardinal de
+Lorraine.
+
+Sonnet.
+
+ Esprit bien né, aux lettres florissant,
+ Si autrefois vostre benigne grace,
+ A pris en gré tous mes sermons d'Horace,
+ Ovide aussi voué au Roy puissant,
+
+ Je vous supply, de vostre obeissant
+ Voir le labeur, qui ses autres efface,
+ Bien humblement il s'offre à vostre face,
+ C'est un labeur d'un Philosophe yssant.
+
+ Long temps y à que debteur je me sens
+ A vostre Esprit tant noble entre cinq cens,
+ Et le Scavoir qui vous monstre honorable,
+
+ Merite bien que je vous soys donneur
+ De quelque escrit, qui rendra vostre honeur
+ Aux successeurs dignement perdurable.
+
+
+A monseigneur Bertrand Thresorier du Roy.
+
+ On dict bien vray que l'oeuvre est couronné
+ De bonne fin, pour la fin de mon livre
+ J'ay ce petit Epigramme ordonné
+ En vostre nom digne de tousjours vivre:
+ Car l'Eternel qui ses graces vous livre,
+ Au rang heureux des hommes non pollus,
+ Le sainct Nectar qui mect l'ame à delivre,
+ Ja vous prepare avec tous ses Eslus.
+
+
+Aux Compaignons de l'imprimerie.
+
+ Le boys tortu croissant parmy la vigne
+ Duquel Bacchus a esté plantateur,
+ Et dont on boyt aussi droict qu'une ligne,
+ Faict parler l'homme ainsi qu'un Orateur.
+ O mes amys, je suis vostre debteur,
+ Pour le travail que prenez à ceste heure,
+ Buvez à moy, soulageans le labeur,
+ Si qu'une goutte en voz Pots ne demeure.
+
+
+A monseigneur, Claude de Granval, maistre d'hostel de ma dame la
+Duchesse d'Aumale.
+
+ Que n'ay je du Grec Pindare
+ L'eloquence Riche et rare
+ Pour mieux chanter vostre nom,
+ Cher Seigneur, duquel la grace
+ Tant de merites ambrace
+ Par un immortel renom?
+
+ Que n'ay je la plume exquise
+ De Ciceron tant requise
+ Au facond stile latin,
+ Pour, au desir qui me presse,
+ Chanter de vostre maistresse
+ La grandeur, soir et matin?
+
+ Ou que ne suis je à Mauni
+ Avec vous d'un cueur uni
+ Dessoubs la fresche Ramee,
+ Pour escrire la beauté,
+ La douceur, la privauté
+ De ceste Duchesse aymee?
+
+ Je dy de ceste Duchesse
+ Loise, dont la Richesse
+ Fondee en toute vertu
+ Monstre l'honeur admirable
+ De la grace incomparable
+ Dont son Esprit est vestu.
+
+ Si ay je bien ceste envie
+ Que quelque jour de ma vie
+ A Mauni vous me voyez,
+ Et que la sur la verdure
+ Alors que le Printemps dure
+ Mes joyeux Sonnetz oyez.
+
+ Ce sont Sonnetz Poetiques,
+ Et sentences heroiques,
+ Pour tout courroux appaiser,
+ Ou gist l'honeur de ma Dame,
+ Dont le nom tourné, sans blasme
+ Contient: Loy de se baiser.
+
+ Ce ne sera sans escrire
+ Quelque chose, pour bien rire,
+ Avec tous voz alliez,
+ De Boyssay tant estimable,
+ Et des Houlles honorable
+ N'y seront point oubliez.
+
+ Tandis celluy qui domine
+ Terre et Ciel, et illumine
+ Les Espris des ignorans
+ Permette à vostre noblesse
+ Que vous passiez en liesse
+ Du Facond Nestor les ans.
+
+
+
+
+Ad illustrissimum virum dominum voscum Regium, supplicum libellorum
+magistrum de viris huiusce tempestatis illustribus, doctissimisque
+oratoribus, et clarissimis Philosophie professoribus, ac Poetis.
+
+
+Epistola.
+
+Nisi prudens illa ac optimis moribus instituta vetustas, virorum
+illustrium memoriam doctissimis scriptis commendasset, vir ornatissime,
+Platonis Philosophiam, Marci Tullii inimitabilem phrasim, Titi Livii
+ubertatem, Demosthenis fulmen in dicendo, atque alios complures
+gravissimos authores ignoraremus, quorum disciplina multum frugis,
+multúmque ornamenti posteris reliquit, Neque Deus optimus maximus Gallos
+adeo esse infelices concessit, ut illi clarissimis oratoribus, ac
+eloquentissimis Philosophie professoribus carerent, Inter quos Guilelmus
+Budeus à Francisco Galliarum Rege generosissimo educatus, perpetuum
+nominis sui splendorem posteritati commendavit, adeo claris codicibus in
+lucem emissis, ut eorum eruditionem nulla unquam etas deletura sit: Nunc
+vero sub invictissimo Francorum Principe Henrico, tanti nominis
+Rhetores, Poete ac Philosophi elucescunt, ut antiquioribus cedere nullo
+modo debeant. Quo sit honore afficiendus illustrissimus ille Gallandius,
+testatur magno cum applausu universa Lutetie civitas, Petrum Ramum,
+Regium eloquentie ac Philosophie Professorem ad Coelum effert eadem
+urbs, in qua supremus Regis Senatus constitutus est. Carpentarius,
+gymnasiarcha Burgundianus, erudictissimus vetustissimum Collegium suum
+ab omni Barbarie vindicat, ac admirabili eloquentia illustrissimum
+reddit, Salligneus in Hebraica Lingua, Greca, Latináque perfectissimus,
+quid sibi aliud nisi apud posteros immortale decus pollicetur? Omitto
+brevitatis caussa, multos Senatores doctissimos, qui iurisprudentie
+humaniores litteras maximo cum honore, coniunxerunt, Quod si de aulicis
+scribero licet, cuius existimationis esse debet Danesius ille Episcopus,
+Delphini Regis excellentissimus Preceptor, cuius orationes Ciceroniane
+elocutioni non cedunt? Neque cuiquam postponendum arbitror eruditissimum
+illum virum Hectorem, Lotharingi Principis Pedagogum, in quo non solum
+eloquentie claritas, sed syncere pietatis studium relucet, unde
+generosissimus Princeps optimum iudicium, maturúmque Consilium à teneris
+annis haurire affatin possit. Sed cum ii omnes veteribus eloquentie
+professoribus postponendi non sint, non video cur et Gallici Poete
+antiquis cedere debeant. Perpetuum splendoris sui specimen posteris
+reliquit Clemens Marotus, Sangelasius, Petrus Ronsardus, Ioachinus
+Bellaius, Olivarius Magnius, Maronis gravitatem, Nasonis eloquentiam,
+Petrarche inventionem redolent, Quod si divinum ingenium illorum, sacre
+scripture argumentum sibi aliquando proponat, ex eorum scriptis fructus
+Deo hominibúsque suavis, atque acceptissimus proditurus est, Te vero,
+vir optime, quo encomio efferam qui cum iurisprudentia eloquentiam
+coniunxisti? Nulla erit etas que virtutum tuarum splendorem delere
+possit, Neque unquam tua erga me merita ingrato silentio sum
+abrogaturus.
+
+Bene vale.
+
+
+
+
+==========================
+NOTES SUR LA TRANSCRIPTION
+
+La transcription conserve à l'identique l'orthographe de l'original; on
+a toutefois résolu les abréviations conventionnelles et introduit la
+distinction entre les lettres i/j et u/v selon l'usage.
+
+La mention des "traicts nouveaux d'une Francoise letre" fait allusion au
+fait que l'original est l'un des premiers ouvrages imprimés en
+caractères de civilité.
+
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Les Divins Oracles de Zoroastre,
+ancien Philosophe Grec, Interpretez en Rime Françoise, par François Habert de Berry, by François Habert
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43718 ***