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+<!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.0 Transitional//EN">
+<html>
+<head>
+<meta http-equiv="Content-Type" content="text/html; charset=iso-8859-1">
+<meta name="generator" content="HTML Tidy, see www.w3.org">
+<title>Les Indes noires</title>
+</head>
+<body>
+<h2>The Project Gutenberg EBook of Les Indes Noires, by Jules Verne</h2>
+<h3>(#24 in our series by Jules Verne)</h3>
+<pre>
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+**Welcome To The World of Free Plain Vanilla Electronic Texts**
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+**eBooks Readable By Both Humans and By Computers, Since 1971**
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+*****These eBooks Were Prepared By Thousands of Volunteers!*****
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+
+Title: Les Indes Noires
+
+Author: Jules Verne
+
+Release Date: February, 2004 [EBook #5081]
+[Yes, we are more than one year ahead of schedule]
+[This file was first posted on April 18, 2002]
+[Date last updated: January 16, 2005]
+
+Edition: 10
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK, LES INDES NOIRES ***
+
+
+
+
+This eBook was produced by Norman Wolcott.
+
+
+</pre>
+
+<center>
+<h4>Les Indes noires</h4>
+
+<h4>par</h4>
+
+<h4>JULES VERNE</h4>
+
+<h4>TABLE DES MATI&Egrave;RES</h4>
+</center>
+
+<table summary="Verne">
+<tr>
+<td>I &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>Deux lettres contradictoires</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>II &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>Chemin faisant</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>III &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>Le sous-sol du Royaume-Uni</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>IV &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>La fosse Dochart</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>V &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>La Famille Ford</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>VI &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>Quelques ph&eacute;nom&egrave;nes inexplicables</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>VII &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>Une exp&eacute;rience de Simon Ford</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>VIII &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>Un coup de dynamite</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>IX &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>La Nouvelle-Aberfoyle</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>X &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>Aller et retour</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>XI &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>Les Dames de feu</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>XII &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>Les Exploits de Jack Ryan</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>XIII &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>Coal-city</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>XIV &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>Suspendu &agrave; un fil</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>XV &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>Nell au cottage</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>XVI &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>Sur l'&eacute;chelle oscillante</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>XVII &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>Un lever de soleil</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>XVIII &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>Du lac Lomond au lac Katrine</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>XIX &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>Une derni&egrave;re menace</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>XX &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>Le p&eacute;nitent</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>XXI &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>Le mariage de Nell</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>XXII &nbsp; &nbsp;</td>
+<td>La l&eacute;gende du vieux Silfax</td>
+</tr>
+</table>
+
+<hr>
+<center>
+<h4>I</h4>
+
+<h4>Deux lettres contradictoires</h4>
+</center>
+
+<blockquote>
+<p><i>&laquo;&nbsp;Mr. J. R. Starr, ing&eacute;nieur,</i><br>
+<i>&nbsp;&nbsp;&laquo;&nbsp;30, Canongate.</i><br>
+<i>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&laquo;&nbsp;&Eacute;dimbourg.</i></p>
+</blockquote>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Si monsieur James Starr veut se rendre demain aux houill&egrave;res d'Aberfoyle, fosse Dochart, puits Yarrow, il lui sera fait une communication de nature &agrave; l'int&eacute;resser.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Monsieur James Starr sera attendu, toute la journ&eacute;e, &agrave; la gare de Callander, par Harry Ford, fils de l'ancien overman Simon Ford.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Il est pri&eacute; de tenir cette invitation secr&egrave;te.&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Telle fut la lettre que James Starr re&ccedil;ut par le premier courrier &agrave; la date du 3 d&eacute;cembre 18.., &mdash; lettre qui portait le timbre du bureau de poste d'Aberfoyle, comt&eacute; de Stirling, &Eacute;cosse.</p>
+
+<p>La curiosit&eacute; de l'ing&eacute;nieur fut piqu&eacute;e au vif. Il ne lui vint m&ecirc;me pas &agrave; la pens&eacute;e que cette lettre p&ucirc;t renfermer une mystification. Il connaissait, de longue date, Simon Ford, l'un des anciens contrema&icirc;tres des mines d'Aberfoyle, dont lui, James Starr, avait &eacute;t&eacute;, pendant vingt ans, le directeur, &mdash; ce que, dans les houill&egrave;res anglaises, on appelle le &laquo;&nbsp;viewer&nbsp;&raquo;.</p>
+
+<p>James Starr &eacute;tait un homme solidement constitu&eacute;, auquel ses cinquante-cinq ans ne pesaient pas plus que s'il n'en e&ucirc;t port&eacute; que quarante. Il appartenait &agrave; une vieille famille d'&Eacute;dimbourg, dont il &eacute;tait l'un des membres les plus distingu&eacute;s. Ses travaux honoraient la respectable corporation de ces ing&eacute;nieurs qui d&eacute;vorent peu &agrave; peu le sous-sol carbonif&egrave;re du Royaume-Uni, aussi bien &agrave; Cardiff, &agrave; Newcastle que dans les bas comt&eacute;s de l'&Eacute;cosse. Toutefois, c'&eacute;tait plus particuli&egrave;rement au fond de ces myst&eacute;rieuses houill&egrave;res d'Aberfoyle, qui confinent aux mines d'Alloa et occupent une partie du comt&eacute; de Stirling, que le nom de Starr avait conquis l'estime g&eacute;n&eacute;rale. L&agrave; s'&eacute;tait &eacute;coul&eacute;e presque toute son existence. En outre, James Starr faisait partie de la Soci&eacute;t&eacute; des antiquaires &eacute;cossais, dont il avait &eacute;t&eacute; nomm&eacute; pr&eacute;sident. Il comptait aussi parmi les membres les plus actifs de &laquo;&nbsp;Royal Institution&nbsp;&raquo;, et la <i>Revue d'&Eacute;dimbourg</i> publiait fr&eacute;quemment de remarquables articles sign&eacute;s de lui. C'&eacute;tait, on le voit, un de ces savants pratiques auxquels est due la prosp&eacute;rit&eacute; de l'Angleterre. Il tenait un haut rang dans cette vieille capitale de l'&Eacute;cosse, qui, non seulement au point de vue physique, mais encore au point de vue moral, a pu m&eacute;riter le nom d'&laquo;&nbsp;Ath&egrave;nes du Nord&nbsp;&raquo;.</p>
+
+<p>On sait que les Anglais ont donn&eacute; &agrave; l'ensemble de leurs vastes houill&egrave;res un nom tr&egrave;s significatif. Ils les appellent tr&egrave;s justement les &laquo;&nbsp;Indes noires&nbsp;&raquo;, et ces Indes ont peut-&ecirc;tre plus contribu&eacute; que les Indes orientales &agrave; accro&icirc;tre la surprenante richesse du Royaume-Uni. L&agrave;, en effet, tout un peuple de mineurs travaille, nuit et jour, &agrave; extraire du sous-sol britannique le charbon, ce pr&eacute;cieux combustible, indispensable &eacute;l&eacute;ment de la vie industrielle.</p>
+
+<p>A cette &eacute;poque, la limite de temps, assign&eacute;e par les hommes sp&eacute;ciaux &agrave; l'&eacute;puisement des houill&egrave;res, &eacute;tait fort recul&eacute;e, et la disette n'&eacute;tait pas &agrave; craindre &agrave; court d&eacute;lai. Il y avait encore &agrave; exploiter largement les gisements carbonif&egrave;res des deux mondes. Les fabriques, appropri&eacute;es &agrave; tant d'usages divers, les locomotives, les locomobiles, les steamers, les usines &agrave; gaz, etc., n'&eacute;taient pas pr&egrave;s de manquer du combustible min&eacute;ral. Seulement, la consommation s'&eacute;tait tellement accrue pendant ces derni&egrave;res ann&eacute;es, que certaines couches avaient &eacute;t&eacute; &eacute;puis&eacute;es jusque dans leurs plus maigres filons. Abandonn&eacute;es maintenant, ces mines trouaient et sillonnaient inutilement le sol de leurs puits d&eacute;laiss&eacute;s et de leurs galeries d&eacute;sertes.</p>
+
+<p>Tel &eacute;tait, pr&eacute;cis&eacute;ment, le cas des houill&egrave;res d'Aberfoyle.</p>
+
+<p>Dix ans auparavant, la derni&egrave;re benne avait enlev&eacute; la derni&egrave;re tonne de houille de ce gisement. Le mat&eacute;riel du &laquo;&nbsp;fond [1*]&nbsp;&raquo;, machines destin&eacute;es &agrave; la traction m&eacute;canique sur les rails des galeries, berlines formant les trains subterran&eacute;s, tramways souterrains, cages desservant les puits d'extraction, tuyaux dont l'air comprim&eacute; actionnait des perforatrices, &mdash; en un mot, tout ce qui constituait l'outillage d'exploitation avait &eacute;t&eacute; retir&eacute; des profondeurs des fosses et abandonn&eacute; &agrave; la surface du sol. La houill&egrave;re, &eacute;puis&eacute;e, &eacute;tait comme le cadavre d'un mastodonte de grandeur fantastique, auquel on a enlev&eacute; les divers organes de la vie et laiss&eacute; seulement l'ossature.</p>
+
+<p>De ce mat&eacute;riel, il n'&eacute;tait rest&eacute; que de longues &eacute;chelles de bois, desservant les profondeurs de la houill&egrave;re par le puits Yarow le seul qui donn&acirc;t maintenant acc&egrave;s aux galeries inf&eacute;rieures de la fosse Dochart, depuis la cessation des travaux.</p>
+
+<p>A l'ext&eacute;rieur, les b&acirc;timents, abritant autrefois aux travaux du &laquo;&nbsp;jour&nbsp;&raquo;, indiquaient encore la place o&ugrave; avaient &eacute;t&eacute; fonc&eacute;s les puits de ladite fosse, compl&egrave;tement abandonn&eacute;e, comme l'&eacute;taient les autres fosses, dont l'ensemble constituait les houill&egrave;res d'Aberfoyle.</p>
+
+<p>Ce fut un triste jour, lorsque, pour la derni&egrave;re fois, les mineurs quitt&egrave;rent la mine, dans laquelle ils avaient v&eacute;cu tant d'ann&eacute;es.</p>
+
+<p>L'ing&eacute;nieur James Starr avait r&eacute;uni ces quelques milliers de travailleurs, qui composaient l'active et courageuse population de la houill&egrave;re. Piqueurs, rouleurs, conducteurs, remblayeurs, boiseurs, cantonniers, receveurs, basculeurs, forgerons, charpentiers, tous, femmes, enfants, vieillards, ouvriers du fond et du jour, &eacute;taient rassembl&eacute;s dans l'immense cour de la fosse Dochart, autrefois encombr&eacute;e du trop-plein de la houill&egrave;re.</p>
+
+<p>Ces braves gens, que les n&eacute;cessit&eacute;s de l'existence allaient disperser &mdash; eux, qui pendant de longues ann&eacute;es, s'&eacute;taient succ&eacute;d&eacute; de p&egrave;re en fils dans la vieille Aberfoyle &mdash;, attendaient, avant de la quitter pour jamais, les derniers adieux de l'ing&eacute;nieur. La Compagnie leur avait fait distribuer, &agrave; titre de gratification, les b&eacute;n&eacute;fices de l'ann&eacute;e courante. Peu de chose, en v&eacute;rit&eacute;, car le rendement des filons avait d&eacute;pass&eacute; de bien peu les frais d'exploitation; mais cela devait leur permettre d'attendre qu'ils fussent embauch&eacute;s, soit dans les houill&egrave;res voisines, soit dans les fermes ou les usines du comt&eacute;.</p>
+
+<p>James Starr se tenait debout, devant la porte du vaste appentis, sous lequel avaient si longtemps fonctionn&eacute; les puissantes machines &agrave; vapeur du puits d'extraction.</p>
+
+<p>Simon Ford, l'overman de la fosse Dochart, alors &acirc;g&eacute; de cinquante-cinq ans, et quelques autres conducteurs de travaux l'entouraient.</p>
+
+<p>James Starr se d&eacute;couvrit. Les mineurs, chapeau bas, gardaient un profond silence.</p>
+
+<p>Cette sc&egrave;ne d'adieux avait un caract&egrave;re touchant, qui ne manquait pas de grandeur.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Mes amis, dit l'ing&eacute;nieur, le moment de nous s&eacute;parer est venu. Les houill&egrave;res d'Aberfoyle, qui, depuis tant d'ann&eacute;es, nous r&eacute;unissaient dans un travail commun, sont maintenant &eacute;puis&eacute;es. Nos recherches n'ont pu amener la d&eacute;couverte d'un nouveau filon, et le dernier morceau de houille vient d'&ecirc;tre extrait de la fosse Dochart&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Et, &agrave; l'appui de sa parole, James Starr montrait aux mineurs un bloc de charbon qui avait &eacute;t&eacute; gard&eacute; au fond d'une benne.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Ce morceau de houille, mes amis, reprit James Starr, c'est comme le dernier globule du sang qui circulait &agrave; travers les veines de la houill&egrave;re&nbsp;! Nous le conserverons, comme nous avons conserv&eacute; le premier fragment de charbon extrait, il y a cent cinquante ans, des gisements d'Aberfoyle. Entre ces deux morceaux, bien des g&eacute;n&eacute;rations de travailleurs se sont succ&eacute;d&eacute; dans nos fosses&nbsp;! Maintenant, c'est fini&nbsp;! Les derni&egrave;res paroles que vous adresse votre ing&eacute;nieur sont des paroles d'adieu. Vous avez v&eacute;cu de la mine, qui s'est vid&eacute;e sous votre main. Le travail a &eacute;t&eacute; dur, mais non sans profit pour vous. Notre grande famille va se disperser, et il n'est pas probable que l'avenir en r&eacute;unisse jamais les membres &eacute;pars. Mais n'oubliez pas que nous avons longtemps v&eacute;cu ensemble, et que, chez les mineurs d'Aberfoyle, c'est un devoir de s'entraider. Vos anciens chefs ne l'oublieront pas, non plus. Quand on a travaill&eacute; ensemble, on ne saurait &ecirc;tre des &eacute;trangers les uns pour les autres. Nous veillerons sur vous, et, partout o&ugrave; vous irez en honn&ecirc;tes gens, nos recommandations vous suivront. Adieu donc, mes amis, et que le Ciel vous assiste&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Cela dit, James Starr pressa dans ses bras le plus vieil ouvrier de la houill&egrave;re, dont les yeux s'&eacute;taient mouill&eacute;s de larmes. Puis, les overmen des diff&eacute;rentes fosses vinrent serrer la main de l'ing&eacute;nieur, pendant que les mineurs agitaient leur chapeau et criaient&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Adieu, James Starr, notre chef et notre ami&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Ces adieux devaient laisser un imp&eacute;rissable souvenir dans tous ces braves c&oelig;urs. Mais, peu &agrave; peu, il le fallut, cette population quitta tristement la vaste cour. Le vide se fit autour de James Starr. Le sol noir des chemins, conduisant &agrave; la fosse Dochart, retentit une derni&egrave;re fois sous le pied des mineurs, et le silence succ&eacute;da &agrave; cette bruyante animation, qui avait empli jusqu'alors la houill&egrave;re d'Aberfoyle.</p>
+
+<p>Un homme &eacute;tait rest&eacute; seul pr&egrave;s de James Starr.</p>
+
+<p>C'&eacute;tait l'overman Simon Ford. Pr&egrave;s de lui se tenait un jeune gar&ccedil;on, &acirc;g&eacute; de quinze ans, son fils Harry, qui, depuis quelques ann&eacute;es d&eacute;j&agrave;, &eacute;tait employ&eacute; aux travaux du fond.</p>
+
+<p>James Starr et Simon Ford se connaissaient, et, se connaissant, s'estimaient l'un l'autre.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Adieu, Simon, dit l'ing&eacute;nieur.</p>
+
+<p>&mdash; Adieu, monsieur James, r&eacute;pondit l'overman, ou plut&ocirc;t, laissez-moi ajouter&nbsp;: Au revoir&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Oui, au revoir, Simon&nbsp;! reprit James Starr. Vous savez que je serai toujours heureux de vous retrouver et de pouvoir parler avec vous du pass&eacute; de notre vieille Aberfoyle&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Je le sais, monsieur James.</p>
+
+<p>&mdash; Ma maison d'&Eacute;dimbourg vous est ouverte&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; C'est loin, &Eacute;dimbourg&nbsp;! r&eacute;pondit l'overman en secouant la t&ecirc;te. Oui&nbsp;! loin de la fosse Dochart&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Loin, Simon&nbsp;! O&ugrave; comptez-vous donc demeurer&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Ici m&ecirc;me, monsieur James&nbsp;! Nous n'abandonnerons pas la mine, notre vieille nourrice, parce que son lait s'est tari&nbsp;! Ma femme, mon fils et moi, nous nous arrangerons pour lui rester fid&egrave;les&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Adieu donc, Simon, r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur, dont la voix, malgr&eacute; lui, trahissait l'&eacute;motion.</p>
+
+<p>&mdash; Non, je vous r&eacute;p&egrave;te&nbsp;: au revoir, monsieur James&nbsp;! r&eacute;pondit l'overman, et non adieu&nbsp;! Foi de Simon Ford, Aberfoyle vous reverra&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>L'ing&eacute;nieur ne voulut pas enlever cette derni&egrave;re illusion &agrave; l'overman. Il embrassa le jeune Harry, qui le regardait de ses grands yeux &eacute;mus. Il serra une derni&egrave;re fois la main de Simon Ford et quitta d&eacute;finitivement la houill&egrave;re.</p>
+
+<p>Voil&agrave; ce qui s'&eacute;tait pass&eacute; dix ans auparavant; mais, malgr&eacute; le d&eacute;sir que venait d'exprimer l'overman de le revoir quelque jour, James Starr n'avait plus entendu parler de lui.</p>
+
+<p>Et c'&eacute;tait apr&egrave;s dix ans de s&eacute;paration, que lui arrivait cette lettre de Simon Ford, qui le conviait &agrave; reprendre sans d&eacute;lai le chemin des anciennes houill&egrave;res d'Aberfoyle.</p>
+
+<p>Une communication de nature &agrave; l'int&eacute;resser, qu'&eacute;tait-ce donc&nbsp;? La fosse Dochart, le puits Yarow&nbsp;! Quels souvenirs du pass&eacute; ces noms rappelaient &agrave; son esprit&nbsp;! Oui&nbsp;! c'&eacute;tait le bon temps, celui du travail, de la lutte &mdash;, le meilleur temps de sa vie d'ing&eacute;nieur&nbsp;!</p>
+
+<p>James Starr relisait la lettre. Il la retournait dans tous les sens. Il regrettait, en v&eacute;rit&eacute;, qu'une ligne de plus n'e&ucirc;t pas &eacute;t&eacute; ajout&eacute;e par Simon Ford. Il lui en voulait d'avoir &eacute;t&eacute; si laconique.</p>
+
+<p>&Eacute;tait-il donc possible que le vieil overman e&ucirc;t d&eacute;couvert quelque nouveau filon &agrave; exploiter&nbsp;? Non&nbsp;!</p>
+
+<p>James Starr se rappelait avec quel soin minutieux les houill&egrave;res d'Aberfoyle avaient &eacute;t&eacute; explor&eacute;es avant la cessation d&eacute;finitive des travaux. Il avait lui-m&ecirc;me proc&eacute;d&eacute; aux derniers sondages, sans trouver aucun nouveau gisement dans ce sol ruin&eacute; par une exploitation pouss&eacute;e &agrave; l'exc&egrave;s. On avait m&ecirc;me tent&eacute; de reprendre le terrain houiller sous les couches qui lui sont ordinairement inf&eacute;rieures, telles que le gr&eacute;s rouge d&eacute;vonien, mais sans r&eacute;sultat. James Starr avait donc abandonn&eacute; la mine avec l'absolue conviction qu'elle ne poss&eacute;dait plus un morceau de combustible.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Non, se r&eacute;p&eacute;tait-il, non&nbsp;! Comment admettre que ce qui aurait &eacute;chapp&eacute; &agrave; mes recherches se serait r&eacute;v&eacute;l&eacute; &agrave; celles de Simon Ford&nbsp;? Pourtant, le vieil overman doit bien savoir qu'une seule chose au monde peut m'int&eacute;resser, et cette invitation, que je dois tenir secr&egrave;te, de me rendre &agrave; la fosse Dochart&nbsp;!...&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>James Starr en revenait toujours l&agrave;.</p>
+
+<p>D'autre part, l'ing&eacute;nieur connaissait Simon Ford pour un habile mineur, particuli&egrave;rement dou&eacute; de l'instinct du m&eacute;tier. Il ne l'avait pas revu depuis l'&eacute;poque o&ugrave; les exploitations d'Aberfoyle avaient &eacute;t&eacute; abandonn&eacute;es. Il ignorait m&ecirc;me ce qu'&eacute;tait devenu le vieil overman. Il n'aurait pu dire &agrave; quoi il s'occupait, ni m&ecirc;me o&ugrave; il demeurait, avec sa femme et son fils. Tout ce qu'il savait, c'est que rendez-vous lui &eacute;tait donn&eacute; au puits Yarow, et qu'Harry, le fils de Simon Ford, l'attendrait &agrave; la gare de Callander pendant toute la journ&eacute;e du lendemain. Il s'agissait donc &eacute;videmment de visiter la fosse Dochart.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;J'irai, j'irai&nbsp;!&nbsp;&raquo; dit James Starr, qui sentait sa surexcitation s'accro&icirc;tre &agrave; mesure que s'avan&ccedil;ait l'heure.</p>
+
+<p>C'est qu'il appartenait, ce digne ing&eacute;nieur, &agrave; cette cat&eacute;gorie de gens passionn&eacute;s, dont le cerveau est toujours en &eacute;bullition, comme une bouilloire plac&eacute;e sur une flamme ardente. Il est de ces bouilloires dans lesquelles les id&eacute;es cuisent &agrave; gros bouillons, d'autres o&ugrave; elles mijotent paisiblement. Or, ce jour-l&agrave;, les id&eacute;es de James Starr bouillaient &agrave; plein feu.</p>
+
+<p>Mais, alors, un incident tr&egrave;s inattendu se produisit. Ce fut la goutte d'eau froide, qui allait momentan&eacute;ment condenser toutes les vapeurs de ce cerveau.</p>
+
+<p>En effet, vers six heures du soir, par le troisi&egrave;me courrier, le domestique de James Starr apporta une seconde lettre.</p>
+
+<p>Cette lettre &eacute;tait renferm&eacute;e dans une enveloppe grossi&egrave;re, dont la suscription indiquait une main peu exerc&eacute;e au maniement de la plume.</p>
+
+<p>James Starr d&eacute;chira cette enveloppe. Elle ne contenait qu'un morceau de papier, jauni par le temps, et qui semblait avoir &eacute;t&eacute; arrach&eacute; &agrave; quelque vieux cahier hors d'usage.</p>
+
+<p>Sur ce papier il n'y avait qu'une seule phrase, ainsi con&ccedil;ue&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Inutile &agrave; l'ing&eacute;nieur James Starr de se d&eacute;ranger, &mdash; la lettre de Simon Ford &eacute;tant maintenant sans objet.&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Et pas de signature.</p>
+
+<p>[1] L'exploitation d'une mine se divise en travaux du &laquo;&nbsp;fond&nbsp;&raquo; et travaux du &laquo;&nbsp;jour&nbsp;&raquo;; les uns s'accomplissant &agrave; l'int&eacute;rieur, les autres &agrave; l'exr&eacute;rieur.</p>
+
+<center>
+<h4>II</h4>
+
+<h4>Chemin faisant</h4>
+</center>
+
+<p>Le cours des id&eacute;es de James Starr fut brusquement arr&ecirc;t&eacute;, lorsqu'il eut lu cette seconde lettre, contradictoire de la premi&egrave;re.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Qu'est-ce que cela veut dire&nbsp;?&nbsp;&raquo; se demanda-t-il.</p>
+
+<p>James Starr reprit l'enveloppe &agrave; demi d&eacute;chir&eacute;e. Elle portait, ainsi que l'autre, le timbre du bureau de poste d'Aberfoyle. Elle &eacute;tait donc partie de ce m&ecirc;me point du comt&eacute; de Stirling. Ce n'&eacute;tait pas le vieux mineur qui l'avait &eacute;crite, &mdash; &eacute;videmment. Mais, non moins &eacute;videmment, l'auteur de cette seconde lettre connaissait le secret de l'overman, puisqu'il contremandait formellement l'invitation faite &agrave; l'ing&eacute;nieur de se rendre au puits Yarow.</p>
+
+<p>&Eacute;tait-il donc vrai que cette premi&egrave;re communication f&ucirc;t maintenant sans objet&nbsp;? voulait-on emp&ecirc;cher James Starr de se d&eacute;ranger, soit inutilement, soit utilement&nbsp;? N'y avait-il pas l&agrave; plut&ocirc;t une intention malveillante de contrecarrer les projets de Simon Ford&nbsp;?</p>
+
+<p>C'est ce que pensa James Starr, apr&egrave;s m&ucirc;re r&eacute;flexion. Cette contradiction, qui existait entre les deux lettres, ne fit na&icirc;tre en lui qu'un plus vif d&eacute;sir de se rendre &agrave; la fosse Dochart. D'ailleurs, si, dans tout cela, il n'y avait qu'une mystification, mieux valait s'en assurer. Mais il semblait bien &agrave; James Starr qu'il convenait d'accorder plus de cr&eacute;ance &agrave; la premi&egrave;re lettre qu'&agrave; la seconde, &mdash; c'est-&agrave;-dire &agrave; la demande d'un homme tel que Simon Ford plut&ocirc;t qu'&agrave; cet avis de son contradicteur anonyme.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;En v&eacute;rit&eacute;, puisqu'on pr&eacute;tend influencer ma r&eacute;solution, se dit-il, c'est que la communication de Simon Ford doit avoir une extr&ecirc;me importance&nbsp;! Demain, je serai au rendez-vous indiqu&eacute; et &agrave; l'heure convenue&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Le soir venu, James Starr fit ses pr&eacute;paratifs de d&eacute;part. Comme il pouvait arriver que son absence se prolonge&acirc;t pendant quelques jours, il pr&eacute;vint, par lettre, Sir W. Elphiston, le pr&eacute;sident de &laquo;&nbsp;Royal Institution&nbsp;&raquo;, qu'il ne pourrait assister &agrave; la prochaine s&eacute;ance de la Soci&eacute;t&eacute;. Il se d&eacute;gagea &eacute;galement de deux ou trois affaires, qui devaient l'occuper pendant la semaine. Puis, apr&egrave;s avoir donn&eacute; l'ordre &agrave; son domestique de pr&eacute;parer un sac de voyage, il se coucha, plus impressionn&eacute; que l'affaire ne le comportait peut-&ecirc;tre.</p>
+
+<p>Le lendemain, &agrave; cinq heures, James Starr sautait hors de son lit, s'habillait chaudement &mdash; car il tombait une pluie froide &mdash;, et il quittait sa maison de la Canongate, pour aller prendre &agrave; Granton-pier le steam-boat qui, en trois heures, remonte le Forth jusqu'&agrave; Stirling.</p>
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+<p>Pour la premi&egrave;re fois, peut-&ecirc;tre, James Starr, en traversant la Canongate [1*], ne se retourna pas pour regarder Holyrood, ce palais des anciens souverains de l'&Eacute;cosse. Il n'aper&ccedil;ut pas, devant sa poterne, les sentinelles rev&ecirc;tues de l'antique costume &eacute;cossais, jupon d'&eacute;toffe verte, plaid quadrill&eacute; et sac de peau de ch&egrave;vre &agrave; longs poils pendant sur la cuisse. Bien qu'il f&ucirc;t fanatique de Walter Scott, comme l'est tout vrai fils de la vieille Cal&eacute;donie, l'ing&eacute;nieur, ainsi qu'il ne manquait jamais de le faire, ne donna m&ecirc;me pas un coup d'&oelig;il &agrave; l'auberge o&ugrave; Waverley descendit, et dans laquelle le tailleur lui apporta ce fameux costume en tartan de guerre qu'admirait si na&iuml;vement la veuve Flockhart. Il ne salua pas, non plus, la petite place o&ugrave; les montagnards d&eacute;charg&egrave;rent leurs fusils, apr&egrave;s la victoire du Pr&eacute;tendant, au risque de tuer Flora Mac Ivor. L'horloge de la prison tendait au milieu de la rue son cadran d&eacute;sol&eacute;&nbsp;: il n'y regarda que pour s'assurer qu'il ne manquerait point l'heure du d&eacute;part. On doit avouer aussi qu'il n'entrevit pas dans Nelher-Bow la maison du grand r&eacute;formateur John Knox, le seul homme que ne purent s&eacute;duire les sourires de Marie Stuart. Mais, prenant par High-street, la rue populaire, si minutieusement d&eacute;crite dans le roman de <i>L'Abb&eacute;</i>, il s'&eacute;lan&ccedil;a vers le pont gigantesque de Bridgestreet, qui relie les trois collines d'&Eacute;dimbourg.</p>
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+<p>Quelques minutes apr&egrave;s, James Starr arrivait &agrave; la gare du &laquo;&nbsp;G&eacute;n&eacute;ral railway&nbsp;&raquo;, et le train le d&eacute;barquait, une demi-heure apr&egrave;s, &agrave; Newhaven, joli village de p&ecirc;cheurs, situ&eacute; &agrave; un mille de Leith, qui forme le port d'&Eacute;dimbourg. La mar&eacute;e montante recouvrait alors la plage noir&acirc;tre et rocailleuse du littoral. Les premiers flots baignaient une estacade, sorte de jet&eacute;e support&eacute;e par des cha&icirc;nes. A gauche, un de ces bateaux qui font le service du Forth, entre &Eacute;dimbourg et Stirling, &eacute;tait amarr&eacute; au &laquo;&nbsp;pier&nbsp;&raquo; de Granton.</p>
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+<p>En ce moment, la chemin&eacute;e du <i>Prince de Galles</i> vomissait des tourbillons de fum&eacute;e noire, et sa chaudi&egrave;re ronflait sourdement. Au son de la cloche, qui ne tinta que quelques coups, les voyageurs en retard se h&acirc;t&egrave;rent d'accourir. Il y avait l&agrave; une foule de marchands, de fermiers, de ministres, ces derniers reconnaissables &agrave; leurs culottes courtes, &agrave; leurs longues redingotes, au mince lis&eacute;r&eacute; blanc qui cerclait leur cou.</p>
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+<p>James Starr ne fut pas le dernier &agrave; s'embarquer. Il sauta lestement sur le pont du <i>Prince de Galles</i>. Bien que la pluie tomb&acirc;t avec violence, pas un de ces passagers ne songeait &agrave; chercher un abri dans le salon du steam-boat. Tous restaient immobiles, envelopp&eacute;s de leurs couvertures de voyage, quelques-uns se ranimant de temps &agrave; autre avec le gin ou le whisky de leur bouteille, &mdash; ce qu'ils appellent &laquo;&nbsp;se v&ecirc;tir &agrave; l'int&eacute;rieur&nbsp;&raquo;. Un dernier coup de cloche se fit entendre, les amarres furent largu&eacute;es, et le <i>Prince de Galles</i> &eacute;volua pour sortir du petit bassin, qui l'abritait contre les lames de la mer du Nord.</p>
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+<p>Le Firth of Forth, tel est le nom que l'on donne au golfe creus&eacute; entre les rives du comt&eacute; de Fife, au nord, et celles des comt&eacute;s de Linlilhgow, d'&Eacute;dimbourg et Haddington, au sud. Il forme l'estuaire du Forth, fleuve peu important, sorte de Tamise ou de Mersey aux eaux profondes, qui, descendu des flancs ouest du Ben Lomond, se jette dans la mer &agrave; Kincardine.</p>
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+<p>Ce ne serait qu'une courte travers&eacute;e que celle de Granton-pier &agrave; l'extr&eacute;mit&eacute; de ce golfe, si la n&eacute;cessit&eacute; de faire escale aux diverses stations des deux rives n'obligeait &agrave; de nombreux d&eacute;tours. Les villes, les villages, les cottages s'&eacute;talent sur les bords du Forth entre les arbres d'une campagne fertile. James Starr, abrit&eacute; sous la large passerelle jet&eacute;e entre les tambours, ne cherchait pas &agrave; rien voir de ce paysage, alors ray&eacute; par les fines hachures de la pluie. Il s'inqui&eacute;tait plut&ocirc;t d'observer s'il n'attirait pas sp&eacute;cialement l'attention de quelque passager. Peut-&ecirc;tre, en effet, l'auteur anonyme de la seconde lettre &eacute;tait-il sur le bateau. Cependant, l'ing&eacute;nieur ne put surprendre aucun regard suspect.</p>
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+<p>Le <i>Prince de Galles</i>, en quittant Granton-pier, se dirigea vers l'&eacute;troit pertuis qui se glisse entre les deux pointes de Southoueensferry et North-oueensferry, au-del&agrave; duquel le Forth forme une sorte de lac, praticable pour les navires de cent tonneaux. Entre les brumes du fond apparaissaient, dans de courtes &eacute;claircies, les sommets neigeux des monts Grampian.</p>
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+<p>Bient&ocirc;t, le steam-boat eut perdu de vue le village d'Aberdour, l'&icirc;le de Colm, couronn&eacute;e par les ruines d'un monast&egrave;re du XII<sup>e</sup> si&egrave;cle, les restes du ch&acirc;teau de Barnbougle, puis Donibristle, o&ugrave; fut assassin&eacute; le gendre du r&eacute;gent Murray, puis l'&icirc;lot fortifi&eacute; de Garvie. Il franchit le d&eacute;troit de oueensferry, laissa &agrave; gauche le ch&acirc;teau de Rosyth, o&ugrave; r&eacute;sidait autrefois une branche des Stuarts &agrave; laquelle &eacute;tait alli&eacute;e la m&egrave;re de Cromwell, d&eacute;passa Blacknesscastle, toujours fortifi&eacute;, conform&eacute;ment &agrave; l'un des articles du trait&eacute; de l'Union, et longea les quais du petit port de Charleston, d'o&ugrave; s'exporte la chaux des carri&egrave;res de Lord Elgin. Enfin, la cloche du <i>Prince de Galles</i> signala la station de Crombie-Point.</p>
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+<p>Le temps &eacute;tait alors tr&egrave;s mauvais. La pluie, fouett&eacute;e par une brise violente, se pulv&eacute;risait au milieu de ces mugissantes rafales, qui passaient comme des trombes.</p>
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+<p>James Starr n'&eacute;tait pas sans quelque inqui&eacute;tude. Le fils d'Harry Ford se trouverait-il au rendez-vous&nbsp;? Il le savait par exp&eacute;rience&nbsp;: les mineurs, habitu&eacute;s au calme profond des houill&egrave;res, affrontent moins volontiers que les ouvriers ou les laboureurs ces grands troubles de l'atmosph&egrave;re. De Callander &agrave; la fosse Dochart et au puits Yarow, il fallait compter une distance de quatre milles. C'&eacute;taient l&agrave; des raisons qui pouvaient, dans une certaine mesure, retarder le fils du vieil overman. Toutefois, l'ing&eacute;nieur se pr&eacute;occupait davantage de l'id&eacute;e que le rendez-vous donn&eacute; dans la premi&egrave;re lettre e&ucirc;t &eacute;t&eacute; contremand&eacute; dans la seconde. &mdash; C'&eacute;tait, &agrave; vrai dire, son plus gros souci.</p>
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+<p>En tout cas, si Harry Ford ne se trouvait pas &agrave; l'arriv&eacute;e du train &agrave; Callander, James Starr &eacute;tait bien d&eacute;cid&eacute; &agrave; se rendre seul &agrave; la fosse Dochart, et m&ecirc;me, s'il le fallait, jusqu'au village d'Aberfoyle. L&agrave;, il aurait sans doute des nouvelles de Simon Ford, et il apprendrait en quel lieu r&eacute;sidait actuellement le vieil overman.</p>
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+<p>Cependant, le <i>Prince de Galles</i> continuait &agrave; soulever de grosses lames sous la pouss&eacute;e de ses aubes. On ne voyait rien des deux rives du fleuve, ni du village de Crombie, ni Torryburn, ni Torry-house, ni Newmills, ni Carridenhouse, ni Ilirkgrange, ni Salt-Pans, sur la droite. Le petit port de Bowness, le port de Grangemouth, creus&eacute; &agrave; l'embouchure du canal de la Clyde, disparaissaient dans l'humide brouillard. Culross, le vieux bourg et les ruines de son abbaye de C&icirc;teaux, Ilinkardine et ses chantiers de construction, auxquels le steam-boat fit escale, Ayrthcastle et sa tour carr&eacute;e du XIII<sup><small>e</small></sup> si&egrave;cle, Clackmannan et son ch&acirc;teau, b&acirc;ti par Robert Bruce, n'&eacute;taient m&ecirc;me pas visibles &agrave; travers les rayures obliques de la pluie.</p>
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+<p>Le <i>Prince de Galles</i> s'arr&ecirc;ta &agrave; l'embarcad&egrave;re d'Alloa pour d&eacute;poser quelques voyageurs. James Starr eut le c&oelig;ur serr&eacute; en passant, apr&egrave;s dix ans d'absence, pr&egrave;s de cette petite ville, si&egrave;ge d'exploitation d'importantes houill&egrave;res qui nourrissaient toujours une nombreuse population de travailleurs. Son imagination l'entra&icirc;nait dans ce sous-sol, que le pic des mineurs creusait encore &agrave; grand profit. Ces mines d'Alloa, presque contigu&euml;s &agrave; celles d'Aberfoyle, continuaient &agrave; enrichir le comt&eacute;, tandis que les gisements voisins, &eacute;puis&eacute;s depuis tant d'ann&eacute;es, ne comptaient plus un seul ouvrier&nbsp;!</p>
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+<p>Le steam-boat, en quittant Alloa, s'enfon&ccedil;a dans les nombreux d&eacute;tours que fait le Forth sur un parcours de dix-neuf milles. Il circulait rapidement entre les grands arbres des deux rives. Un instant, dans une &eacute;claircie, apparurent les ruines de l'abbaye de Cambuskenneth, qui date du XII<sup><small>e</small></sup> si&egrave;cle. Puis, ce furent le ch&acirc;teau de Stirling et le bourg royal de ce nom, o&ugrave; le Forth, travers&eacute; par deux ponts, n'est plus navigable aux navires de hautes m&acirc;tures.</p>
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+<p>A peine le <i>Prince de Galles</i> avait-il accost&eacute;, que l'ing&eacute;nieur sautait lestement sur le quai. Cinq minutes apr&egrave;s, il arrivait &agrave; la gare de Stirling. Une heure plus tard, il descendait du train &agrave; Callander, gros village situ&eacute; sur la rive gauche du Teith.</p>
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+<p>L&agrave;, devant la gare, attendait un jeune homme, qui s'avan&ccedil;a aussit&ocirc;t vers l'ing&eacute;nieur.</p>
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+<p>C'&eacute;tait Harry, le fils de Simon Ford.</p>
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+<p>[1] Principale et c&eacute;l&egrave;bre rue du vieil &Eacute;dimbourg.</p>
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+<h4>III</h4>
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+<h4>Le sous-sol du Royaume-Uni</h4>
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+<p>Il est convenable, pour l'intelligence de ce r&eacute;cit, de rappeler en quelques mots quelle est l'origine de la houille.</p>
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+<p>Pendant les &eacute;poques g&eacute;ologiques, lorsque le sph&eacute;ro&iuml;de terrestre &eacute;tait encore en voie de formation, une &eacute;paisse atmosph&egrave;re l'entourait, toute satur&eacute;e de vapeurs d'eau et largement impr&eacute;gn&eacute;e d'acide carbonique. Peu &agrave; peu, ces vapeurs se condens&egrave;rent en pluies diluviennes, qui tomb&egrave;rent comme si elles eussent &eacute;t&eacute; projet&eacute;es du goulot de quelques millions de milliards de bouteilles d'eau de Seltz. C'&eacute;tait, en effet, un liquide charg&eacute; d'acide carbonique qui se d&eacute;versait torrentiellement sur un sol p&acirc;teux, mal consolid&eacute;, sujet aux d&eacute;formations brusques ou lentes, &agrave; la fois maintenu dans cet &eacute;tat semi-fluide autant par les feux du soleil que par les feux de la masse int&eacute;rieure. C'est que la chaleur interne n'&eacute;tait pas encore emmagasin&eacute;e au centre du globe. La cro&ucirc;te terrestre, peu &eacute;paisse et incompl&egrave;tement durcie, la laissait s'&eacute;pancher &agrave; travers ses pores. De l&agrave;, une ph&eacute;nom&eacute;nale v&eacute;g&eacute;tation, &mdash; telle, sans doute, qu'elle se produit peut-&ecirc;tre &agrave; la surface des plan&egrave;tes inf&eacute;rieures, V&eacute;nus ou Mercure, plus rapproch&eacute;es que la terre de l'astre radieux.</p>
+
+<p>Le sol des continents, encore mal fix&eacute;, se couvrit donc de for&ecirc;ts immenses; l'acide carbonique, si propre au d&eacute;veloppement du r&egrave;gne v&eacute;g&eacute;tal, abondait. Aussi les v&eacute;g&eacute;taux se d&eacute;veloppaient-ils sous la forme arborescente. Il n'y avait pas une seule plante herbac&eacute;e. C'&eacute;taient partout d'&eacute;normes massifs d'arbres, sans fleurs, sans fruits, d'un aspect monotone, qui n'auraient pu suffire &agrave; la nourriture d'aucun &ecirc;tre vivant. La terre n'&eacute;tait pas pr&ecirc;te encore pour l'apparition du r&egrave;gne animal.</p>
+
+<p>Voici quelle &eacute;tait la composition de ces for&ecirc;ts ant&eacute;diluviennes. La classe des cryptogames vasculaires y dominait. Les calamites, vari&eacute;t&eacute;s de pr&ecirc;les arborescentes, les l&eacute;pidodendrons, sortes de lycopodes g&eacute;ants, hauts de vingt-cinq ou trente m&egrave;tres, larges d'un m&egrave;tre &agrave; leur base, des ast&eacute;rophylles, des foug&egrave;res, des sigillaires de proportions gigantesques, dont on a retrouv&eacute; des empreintes dans les mines de Saint-&Eacute;tienne &mdash; toutes plantes grandioses alors, auxquelles on ne reconna&icirc;trait d'analogues que parmi les plus humbles sp&eacute;cimens de la terre habitable &mdash;, tels &eacute;taient, peu vari&eacute;s dans leur esp&egrave;ce, mais &eacute;normes dans leur d&eacute;veloppement, les v&eacute;g&eacute;taux qui composaient exclusivement les for&ecirc;ts de cette &eacute;poque.</p>
+
+<p>Ces arbres noyaient alors leur pied dans une sorte d'immense lagune, rendue profond&eacute;ment humide par le m&eacute;lange des eaux douces et des eaux marines. Ils s'assimilaient avidement le carbone qu'ils soutiraient peu &agrave; peu de l'atmosph&egrave;re, encore impropre au fonctionnement de la vie, et on peut dire qu'ils &eacute;taient destin&eacute;s &agrave; l'emmagasiner, sous forme de houille, dans les entrailles m&ecirc;mes du globe.</p>
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+<p>En effet, c'&eacute;tait l'&eacute;poque des tremblements de terre, de ces secouements du sol, dus aux r&eacute;volutions int&eacute;rieures et au travail plutonique, qui modifiaient subitement les lin&eacute;aments encore incertains de la surface terrestre. Ici, des intumescences qui devenaient montagnes; l&agrave;, des gouffres que devaient emplir des oc&eacute;ans ou des mers. Et alors, des for&ecirc;ts enti&egrave;res s'enfon&ccedil;aient dans la cro&ucirc;te terrestre, &agrave; travers les couches mouvantes, jusqu'&agrave; ce qu'elles eussent trouv&eacute; un point d'appui, tel que le sol primitif des roches granito&iuml;des, ou que, par le tassement, elles formassent un tout r&eacute;sistant.</p>
+
+<p>En effet, l'&eacute;difice g&eacute;ologique se pr&eacute;sente suivant cet ordre dans les entrailles du globe&nbsp;: le sol primitif, que surmonte le sol de remblai, compos&eacute; des terrains primaires, puis les terrains secondaires dont les gisements houillers occupent l'&eacute;tage inf&eacute;rieur, puis les terrains tertiaires, et au-dessus, le terrain des alluvions anciennes et modernes.</p>
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+<p>A cette &eacute;poque, les eaux, qu'aucun lit ne retenait encore et que la condensation engendrait sur tous les points du globe, se pr&eacute;cipitaient en arrachant aux roches, &agrave; peine form&eacute;es, de quoi composer les schistes, les gr&egrave;s, les calcaires. Elles arrivaient au dessus des for&ecirc;ts tourbeuses et d&eacute;posaient les &eacute;l&eacute;ments de ces terrains qui allaient se superposer au terrain houiller. Avec le temps &mdash; des p&eacute;riodes qui se chiffrent par millions d'ann&eacute;es &mdash;, ces terrains se durcirent, s'&eacute;tag&egrave;rent et enferm&egrave;rent sous une &eacute;paisse carapace de poudingues, de schistes, de gr&egrave;s compacts ou friables, de gravier, de cailloux, toute la masse des for&ecirc;ts enlis&eacute;es.</p>
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+<p>Que se passa-t-il dans ce creuset gigantesque, o&ugrave; s'accumulait la mati&egrave;re v&eacute;g&eacute;tale, enfonc&eacute;e &agrave; des profondeurs variables&nbsp;? Une v&eacute;ritable op&eacute;ration chimique, une sorte de distillation. Tout le carbone que contenaient ces v&eacute;g&eacute;taux s'agglom&eacute;rait, et peu &agrave; peu la houille se formait sous la double influence d'une pression &eacute;norme et de la haute temp&eacute;rature que lui fournissaient les feux internes, si voisins d'elle &agrave; cette &eacute;poque.</p>
+
+<p>Ainsi donc un r&egrave;gne se substituait &agrave; l'autre dans cette lente, mais irr&eacute;sistible r&eacute;action. Le v&eacute;g&eacute;tal se transformait en min&eacute;ral. Toutes ces plantes, qui avaient v&eacute;cu de la vie v&eacute;g&eacute;tative sous l'active s&egrave;ve des premiers jours, se p&eacute;trifiaient. Quelques-unes des substances enferm&eacute;es dans ce vaste herbier, incompl&egrave;tement d&eacute;form&eacute;es, laissaient leur empreinte aux autres produits plus rapidement min&eacute;ralis&eacute;s, qui les pressaient comme e&ucirc;t fait une presse hydraulique d'une puissance incalculable. En m&ecirc;me temps, des coquilles, des zoophytes tels qu'&eacute;toiles de mer, polypiers, spirif&egrave;res, jusqu'&agrave; des poissons, jusqu'&agrave; des l&eacute;zards, entra&icirc;n&eacute;s par les eaux, laissaient sur la houille, tendre encore, leur impression nette et comme &laquo;&nbsp;admirablement tir&eacute;e [1*]&nbsp;&raquo;.</p>
+
+<p>La pression semble avoir jou&eacute; un r&ocirc;le consid&eacute;rable dans la formation des gisements carbonif&egrave;res. En effet, c'est &agrave; son degr&eacute; de puissance que sont dues les diverses sortes de houilles dont l'industrie fait usage. Ainsi, aux plus basses couches du terrain houiller appara&icirc;t l'anthracite, qui, presque enti&egrave;rement d&eacute;pourvue de mati&egrave;re volatile, contient la plus grande quantit&eacute; de carbone. Aux plus hautes couches se montrent, au contraire, le lignite et le bois fossile, substances dans lesquelles la quantit&eacute; de carbone est infiniment moindre. Entre ces deux couches, suivant le degr&eacute; de pression qu'elles ont subie, se rencontrent les filons de graphites, les houilles grasses ou maigres. On peut m&ecirc;me affirmer que c'est faute d'une pression suffisante que la couche des marais tourbeux n'a pas &eacute;t&eacute; compl&egrave;tement modifi&eacute;e.</p>
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+<p>Ainsi donc, l'origine des houill&egrave;res, en quelque point du globe qu'on les ait d&eacute;couvertes, est celle-ci&nbsp;: engloutissement dans la cro&ucirc;te terrestre des grandes for&ecirc;ts de l'&eacute;poque g&eacute;ologique, puis, min&eacute;ralisation des v&eacute;g&eacute;taux obtenue avec le temps, sous l'influence de la pression et de la chaleur, et sous l'action de l'acide carbonique.</p>
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+<p>Cependant, la nature, si prodigue d'ordinaire, n'a pas enfoui assez de for&ecirc;ts pour une consommation qui comprendrait quelques milliers d'ann&eacute;es. La houille manquera un jour, &mdash; cela est certain. Un ch&ocirc;mage forc&eacute; s'imposera donc aux machines du monde entier, si quelque nouveau combustible ne remplace pas le charbon. A une &eacute;poque plus ou moins recul&eacute;e, il n'y aura plus de gisements carbonif&egrave;res, si ce n'est ceux qu'une &eacute;ternelle couche de glace recouvre au Gr&oelig;nland, aux environs de la mer de Baffin, et dont l'exploitation est &agrave; peu pr&egrave;s impossible. C'est le sort in&eacute;vitable. Les bassins houillers de l'Am&eacute;rique, prodigieusement riches encore, ceux du lac Sal&eacute;, de l'or&eacute;gon, de la Californie, n'auront plus, un jour, qu'un rendement insuffisant. Il en sera ainsi des houill&egrave;res du cap Breton et du Saint-Laurent, des gisements des Alleghanis, de la Pennsylvanie, de la Virginie, de l'Illinois, de l'Indiana, du Missouri. Bien que les g&icirc;tes carbonif&egrave;res du Nord-Am&eacute;rique soient dix fois plus consid&eacute;rables que tous les gisements du monde entier, cent si&egrave;cles ne s'&eacute;couleront pas sans que le monstre &agrave; millions de gueules de l'industrie n'ait d&eacute;vor&eacute; le dernier morceau de houille du globe.</p>
+
+<p>La disette, on le comprend, se fera plus promptement sentir dans l'ancien monde. Il existe bien des couches de combustible min&eacute;ral en Abyssinie, &agrave; Natal, au Zamb&egrave;ze, &agrave; Mozambique, &agrave; Madagascar, mais leur exploitation r&eacute;guli&egrave;re offre les plus grandes difficult&eacute;s. Celles de la Birmanie, de la Chine, de la Cochinchine, du Japon, de l'Asie centrale, seront assez vite &eacute;puis&eacute;es. Les Anglais auront certainement vid&eacute; l'Australie des produits houillers, assez abondamment enfouis dans son sol, avant le jour o&ugrave; le charbon manquera au Royaume-Uni. A cette &eacute;poque, d&eacute;j&agrave;, les filons carbonif&egrave;res de l'Europe, atteints jusque dans leurs derni&egrave;res veines, auront &eacute;t&eacute; abandonn&eacute;s.</p>
+
+<p>Que l'on juge par les chiffres suivants des quantit&eacute;s de houille qui ont &eacute;t&eacute; consomm&eacute;es depuis la d&eacute;couverte des premiers gisements. Les bassins houillers de la Russie, de la Saxe et de la Bavi&egrave;re comprennent six cent mille hectares; ceux de l'Espagne, cent cinquante mille; ceux de la Boh&ecirc;me et de l'Autriche, cent cinquante mille. Les bassins de la Belgique, longs de quarante lieues, larges de trois, comptent &eacute;galement cent cinquante mille hectares, qui s'&eacute;tendent sous les territoires de Li&egrave;ge, de Namur, de Mons et de Charleroi. En France, le bassin situ&eacute; entre la Loire et le Rh&ocirc;ne, Rive-de-Gier, Saint-&Eacute;tienne, Givors, &Eacute;pinac, Blanzy, le Creuzot &mdash; les exploitations du Gard, Alais, La Grand-Combe, &mdash; celles de l'Aveyron &agrave; Aubin &mdash; les gisements de Carmaux, de Bassac, de Graissessac &mdash;, dans le Nord, Anzin, Valenciennes, Lens, B&eacute;thune, recouvrent environ trois cent cinquante mille hectares.</p>
+
+<p>Le pays le plus riche en charbon, c'est incontestablement le Royaume-Uni. Celui-ci, en exceptant l'Irlande, &agrave; laquelle manque presque absolument le combustible min&eacute;ral, poss&egrave;de d'&eacute;normes richesses carbonif&egrave;res, &mdash; mais &eacute;puisables comme toutes richesses. Le plus important de ces divers bassins, celui de Newcastle, qui occupe le sous-sol du comt&eacute; de Northumberland, produit par an jusqu'&agrave; trente millions de tonnes, c'est-&agrave;-dire pr&egrave;s du tiers de la consommation anglaise et plus du double de la production fran&ccedil;aise. Le bassin du pays de Galles, qui a concentr&eacute; toute une population de mineurs &agrave; Cardiff, &agrave; Swansea, &agrave; Newport, rend annuellement dix millions de tonnes de cette houille si recherch&eacute;e qui porte son nom. Au centre, s'exploitent les bassins des comt&eacute;s d'York, de Lancaster, de Derby, de Stafford, moins productifs, mais d'un rendement consid&eacute;rable encore. Enfin, dans cette portion de l'&Eacute;cosse situ&eacute;e entre &Eacute;dimbourg et Glasgow, entre ces deux mers qui l'&eacute;chancrent si profond&eacute;ment, se d&eacute;veloppe l'un des plus vastes gisements houillers du Royaume-Uni. L'ensemble de ces divers bassins ne comprend pas moins de seize cent mille hectares, et produit annuellement jusqu'&agrave; cent millions de tonnes du noir combustible.</p>
+
+<p>Mais qu'importe&nbsp;! La consommation deviendra telle, pour les besoins de l'industrie et du commerce, que ces richesses s'&eacute;puiseront. Le troisi&egrave;me mill&eacute;naire de l'&egrave;re chr&eacute;tienne ne sera pas achev&eacute;, que la main du mineur aura vid&eacute;, en Europe, ces magasins dans lesquels, suivant une juste image, s'est concentr&eacute;e la chaleur solaire des premiers jours [2*].</p>
+
+<p>Or, pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; l'&eacute;poque o&ugrave; se passe cette histoire, l'une des plus importantes houill&egrave;res du bassin &eacute;cossais avait &eacute;t&eacute; &eacute;puis&eacute;e par une exploitation trop rapide. En effet, c'&eacute;tait dans ce territoire, qui se d&eacute;veloppe entre &Eacute;dimbourg et Glasgow, sur une largeur moyenne de dix &agrave; douze milles, que se creusait la houill&egrave;re d'Aberfoyle, dont l'ing&eacute;nieur James Starr avait si longtemps dirig&eacute; les travaux.</p>
+
+<p>Or, depuis dix ans, ces mines avaient d&ucirc; &ecirc;tre abandonn&eacute;es. On n'avait pu d&eacute;couvrir de nouveaux gisements, bien que les sondages eussent &eacute;t&eacute; port&eacute;s jusqu'&agrave; la profondeur de quinze cents et m&ecirc;me de deux mille pieds, et lorsque James Starr s'&eacute;tait retir&eacute;, c'&eacute;tait avec la certitude que le plus mince filon avait &eacute;t&eacute; exploit&eacute; jusqu'&agrave; complet &eacute;puisement.</p>
+
+<p>Il &eacute;tait donc plus qu'&eacute;vident que, en de telles conditions, la d&eacute;couverte d'un nouveau bassin houiller dans les profondeurs du sous-sol anglais aurait &eacute;t&eacute; un &eacute;v&eacute;nement consid&eacute;rable. La communication annonc&eacute;e par Simon Ford se rapportait-elle &agrave; un fait de cette nature&nbsp;? C'est ce que se demandait James Starr, c'est ce qu'il voulait esp&eacute;rer.</p>
+
+<p>En un mot, &eacute;tait-ce un autre coin de ces riches Indes noires dont on l'appelait &agrave; faire de nouveau la conqu&ecirc;te&nbsp;? Il voulait le croire.</p>
+
+<p>La seconde lettre avait un instant d&eacute;rout&eacute; ses id&eacute;es &agrave; ce sujet, mais maintenant il n'en tenait plus compte. D'ailleurs, le fils du vieil overman &eacute;tait l&agrave;, l'attendant au rendez-vous indiqu&eacute;. La lettre anonyme n'avait donc plus aucune valeur.</p>
+
+<p>A l'instant o&ugrave; l'ing&eacute;nieur prenait pied sur le quai, le jeune homme s'avan&ccedil;a vers lui.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Tu es Harry Ford&nbsp;? lui demanda vivement James Starr, sans autre entr&eacute;e en mati&egrave;re.</p>
+
+<p>&mdash; Oui, monsieur Starr.</p>
+
+<p>&mdash; Je ne t'aurais pas reconnu, mon gar&ccedil;on&nbsp;! Ah&nbsp;! c'est que, depuis dix ans, tu es devenu un homme&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Moi, je vous ai reconnu, r&eacute;pondit le jeune mineur, qui tenait son chapeau &agrave; la main. vous n'avez pas chang&eacute;, monsieur. vous &ecirc;tes celui qui m'a embrass&eacute; le jour des adieux &agrave; la fosse Dochart&nbsp;! &Ccedil;a ne s'oublie pas, ces choses-l&agrave;&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Couvre-toi donc, Harry, dit l'ing&eacute;nieur. Il pleut &agrave; torrents, et la politesse ne doit pas aller jusqu'au rhume.</p>
+
+<p>&mdash; Voulez-vous que nous nous mettions &agrave; l'abri, monsieur Starr&nbsp;? demanda Harry Ford.</p>
+
+<p>&mdash; Non, Harry. Le temps est pris. Il pleuvra toute la journ&eacute;e, et je suis press&eacute;. Partons.</p>
+
+<p>&mdash; A vos ordres, r&eacute;pondit le jeune homme.</p>
+
+<p>&mdash; Dis-moi, Harry, le p&egrave;re se porte bien&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Tr&egrave;s bien, monsieur Starr.</p>
+
+<p>&mdash; Et la m&egrave;re&nbsp;?...</p>
+
+<p>&mdash; La m&egrave;re aussi.</p>
+
+<p>&mdash; C'est ton p&egrave;re qui m'a &eacute;crit, pour me donner rendez-vous au puits de Yarow&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Non, c'est moi.</p>
+
+<p>&mdash; Mais Simon Ford m'a-t-il donc adress&eacute; une seconde lettre pour contremander ce rendez-vous&nbsp;? demanda vivement l'ing&eacute;nieur.</p>
+
+<p>&mdash; Non, monsieur Starr, r&eacute;pondit le jeune mineur.</p>
+
+<p>&mdash; Bien&nbsp;!&nbsp;&raquo; r&eacute;pondit James Starr, sans parler davantage de la lettre anonyme.</p>
+
+<p>Puis, reprenant&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Et peux-tu m'apprendre ce que me veut le vieux Simon&nbsp;? demanda-t-il au jeune homme.</p>
+
+<p>&mdash; Monsieur Starr, mon p&egrave;re s'est r&eacute;serv&eacute; le soin de vous le dire lui-m&ecirc;me.</p>
+
+<p>&mdash; Mais tu le sais&nbsp;?...</p>
+
+<p>&mdash; Je le sais.</p>
+
+<p>&mdash; Eh bien, Harry, je ne t'en demande pas plus. En route donc, car j'ai h&acirc;te de causer avec Simon Ford. &mdash; A propos, o&ugrave; demeure-t-il&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Dans la mine.</p>
+
+<p>&mdash; Quoi&nbsp;! Dans la fosse Dochart&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Oui, monsieur Starr, r&eacute;pondit Harry Ford.</p>
+
+<p>&mdash; Comment&nbsp;! ta famille n'a pas quitt&eacute; la vieille mine depuis la cessation des travaux&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Pas un jour, monsieur Starr. vous connaissez le p&egrave;re. C'est l&agrave; qu'il est n&eacute;, c'est l&agrave; qu'il veut mourir&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Je comprends cela, Harry... Je comprends cela&nbsp;! Sa houill&egrave;re natale&nbsp;! Il n'a pas voulu l'abandonner&nbsp;! Et vous vous plaisez l&agrave;&nbsp;?...</p>
+
+<p>&mdash; Oui, monsieur Starr, r&eacute;pondit le jeune mineur, car nous nous aimons cordialement, et nous n'avons que peu de besoins&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Bien, Harry, dit l'ing&eacute;nieur. En route&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Et James Starr, suivant le jeune homme, se dirigea &agrave; travers les rues de Callander.</p>
+
+<p>Dix minutes apr&egrave;s, tous deux avaient quitt&eacute; la ville.</p>
+
+<p>[1] Il faut, d'ailleurs, remarquer que toutes ces plantes, dont les enpreintes ont &eacute;t&eacute; retrouv&eacute;es, appartiennent aux esp&egrave;ces aujourd'hui r&eacute;serv&eacute;es aux zones &eacute;quatoriales du globe. On peut donc conclure que, &agrave; cette &eacute;poque, la chaleur &eacute;tait &eacute;gale sur toute la terre, soit qu'elle y f&ucirc;t apport&eacute;e par des courants d'eaux chaudes, soit que les feux interieurs se fissent sentir &agrave; sa surface &agrave; travers la cro&ucirc;te poreuse. Ainsi s'explique la formation de gisements carbonif&egrave;res sous toutes les latitudes terestres.</p>
+
+<p>[2]Voici, en tenant compte de la progression de la consommation de la houille, ce que les derniers calculs assignent, en Europe, &agrave; l'&eacute;puisement des combustibles min&eacute;raux:</p>
+
+<blockquote>
+<table summary="Verne" style="FONT-SIZE: small; BORDER-TOP-STYLE: none; BORDER-RIGHT-STYLE: none; BORDER-LEFT-STYLE: none; BORDER-BOTTOM-STYLE: none">
+<tbody>
+<tr>
+<td>France</td>
+<td>dans</td>
+<td align="right">1140</td>
+<td>ans.</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Angleterre</td>
+<td align="center">&mdash;</td>
+<td align="right">800</td>
+<td align="center">&mdash;</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Belgique</td>
+<td align="center">&mdash;</td>
+<td align="right">750</td>
+<td align="center">&mdash;</td>
+</tr>
+
+<tr>
+<td>Allemagne</td>
+<td align="center">&mdash;</td>
+<td align="right">300</td>
+<td align="center">&mdash;</td>
+</tr>
+</tbody>
+</table>
+</blockquote>
+
+<p>En Am&eacute;rique, &agrave; raison de 500 millions de tonnes annuellement, les g&icirc;tes pourraient produire du charbon pendant 6000 ans.</p>
+
+<center>
+<h4>IV</h4>
+
+<h4>La fosse Dochart</h4>
+</center>
+
+<p>Harry Ford &eacute;tait un grand gar&ccedil;on de vingt-cinq ans, vigoureux, bien d&eacute;coupl&eacute;. Sa physionomie un peu s&eacute;rieuse, son attitude habituellement pensive, l'avaient, d&egrave;s son enfance, fait remarquer entre ses camarades de la mine. Ses traits r&eacute;guliers, ses yeux profonds et doux, ses cheveux assez rudes, plut&ocirc;t ch&acirc;tains que blonds, le charme naturel de sa personne, tout concordait &agrave; en faire le type accompli du Lowlander, c'est-&agrave;-dire un superbe sp&eacute;cimen de l'&Eacute;cossais de la plaine. Endurci presque d&egrave;s son bas &acirc;ge au travail de la houill&egrave;re, c'&eacute;tait, en m&ecirc;me temps qu'un solide compagnon, une brave et bonne nature. Guid&eacute; par son p&egrave;re, pouss&eacute; par ses propres instincts, il avait travaill&eacute;, il s'&eacute;tait instruit de bonne heure, et, &agrave; un &acirc;ge o&ugrave; l'on n'est gu&egrave;re qu'un apprenti, il &eacute;tait arriv&eacute; &agrave; se faire quelqu'un &mdash; l'un des premiers de sa condition &mdash;, dans un pays qui compte peu d'ignorants, car il fait tout pour supprimer l'ignorance. Si, pendant les premi&egrave;res ann&eacute;es de son adolescence, le pic ne quitta pas la main d'Harry Ford, n&eacute;anmoins le jeune mineur ne tarda pas &agrave; acqu&eacute;rir les connaissances suffisantes pour s'&eacute;lever dans la hi&eacute;rarchie de la houill&egrave;re, et il aurait certainement succ&eacute;d&eacute; &agrave; son p&egrave;re en qualit&eacute; d'overman de la fosse Dochart, si la mine n'e&ucirc;t pas &eacute;t&eacute; abandonn&eacute;e.</p>
+
+<p>James Starr &eacute;tait un bon marcheur encore, et, cependant, il n'aurait pas suivi facilement son guide, si celui-ci n'e&ucirc;t mod&eacute;r&eacute; son pas.</p>
+
+<p>La pluie tombait alors avec moins de violence. Les larges gouttes se pulv&eacute;risaient avant d'atteindre le sol. C'&eacute;taient plut&ocirc;t des rafales humides, qui couraient dans l'air, soulev&eacute;es par une fra&icirc;che brise.</p>
+
+<p>Harry Ford et James Starr &mdash; le jeune homme portant le l&eacute;ger bagage de l'ing&eacute;nieur &mdash; suivirent la rive gauche du fleuve pendant un mille environ. Apr&egrave;s avoir long&eacute; sa plage sinueuse, ils prirent une route qui s'enfon&ccedil;ait dans les terres sous les grands arbres ruisselants. De vastes p&acirc;turages se d&eacute;veloppaient d'un c&ocirc;t&eacute; et de l'autre, autour de fermes isol&eacute;es. Quelques. troupeaux paissaient tranquillement l'herbe toujours verte de ces prairies de la basse &Eacute;cosse. C'&eacute;taient des vaches sans cornes, ou de petits moutons &agrave; laine soyeuse, qui ressemblaient aux moutons des bergeries d'enfants. Aucun berger ne se laissait voir, abrit&eacute; qu'il &eacute;tait sans doute dans quelque creux d'arbre; mais le &laquo;&nbsp;colley&nbsp;&raquo;, chien particulier &agrave; cette contr&eacute;e du Royaume-Uni et renomm&eacute; pour sa vigilance, r&ocirc;dait autour du p&acirc;turage.</p>
+
+<p>Le puits Yarow &eacute;tait situ&eacute; &agrave; quatre milles environ de Callander. James Starr, tout en marchant, ne laissait pas d'&ecirc;tre impressionn&eacute;. Il n'avait pas revu le pays depuis le jour o&ugrave; la derni&egrave;re tonne des houill&egrave;res d'Aberfoyle avait &eacute;t&eacute; vers&eacute;e dans les wagons du railway de Glasgow. La vie agricole rempla&ccedil;ait, maintenant, la vie industrielle, toujours plus bruyante, plus active. Le contraste &eacute;tait d'autant plus frappant que, pendant l'hiver, les travaux des champs subissent une sorte de ch&ocirc;mage. Mais autrefois, en toute saison, la population des mineurs, au-dessus comme au-dessous, animait ce territoire. Les grands charrois de charbon passaient nuit et jour. Les rails, maintenant enterr&eacute;s sur leurs traverses pourries, grin&ccedil;aient sous le poids des wagons. A pr&eacute;sent, le chemin de pierre et de terre se substituait peu &agrave; peu aux anciens tramways de l'exploitation. James Starr croyait traverser un d&eacute;sert.</p>
+
+<p>L'ing&eacute;nieur regardait donc autour de lui d'un &oelig;il attrist&eacute;. Il s'arr&ecirc;tait par instants pour reprendre haleine. Il &eacute;coutait. L'air ne s'emplissait plus &agrave; pr&eacute;sent des sifflements lointains et du fracas haletant des machines. A l'horizon, pas une de ces vapeurs noir&acirc;tres, que l'industriel aime &agrave; retrouver, m&ecirc;l&eacute;es aux grands nuages. Nulle haute chemin&eacute;e cylindrique ou prismatique vomissant des fum&eacute;es, apr&egrave;s s'&ecirc;tre aliment&eacute;e au gisement m&ecirc;me, nul tuyau d'&eacute;chappement s'&eacute;poumonant &agrave; souffler sa vapeur blanche. Le sol, autrefois sali par la poussi&egrave;re de la houille, avait un aspect propre, auquel les yeux de James Starr n'&eacute;taient plus habitu&eacute;s.</p>
+
+<p>Lorsque l'ing&eacute;nieur s'arr&ecirc;tait, Harry Ford s'arr&ecirc;tait aussi. Le jeune mineur attendait en silence. Il sentait bien ce qui se passait dans l'esprit de son compagnon, et il partageait vivement cette impression, &mdash; lui, un enfant de la houill&egrave;re, dont toute la vie s'&eacute;tait &eacute;coul&eacute;e dans les profondeurs de ce sol.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Oui, Harry, tout cela est chang&eacute;, dit James Starr. Mais, &agrave; force d'y prendre, il fallait bien que les tr&eacute;sors de houille s'&eacute;puisassent un jour&nbsp;! Tu regrettes ce temps&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Je le regrette, monsieur Starr, r&eacute;pondit Harry. Le travail &eacute;tait dur, mais il int&eacute;ressait, comme toute lutte.</p>
+
+<p>&mdash; Sans doute, mon gar&ccedil;on&nbsp;! La lutte de tous les instants, le danger des &eacute;boulements, des incendies, des inondations, des coups de grisou qui frappent comme la foudre&nbsp;! Il fallait parer &agrave; ces p&eacute;rils&nbsp;! Tu dis bien&nbsp;! C'&eacute;tait la lutte, et, par cons&eacute;quent, la vie &eacute;mouvante&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Les mineurs d'Alloa ont &eacute;t&eacute; plus favoris&eacute;s que les mineurs d'Aberfoyle, monsieur Starr&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Oui, Harry, r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur.</p>
+
+<p>&mdash; En v&eacute;rit&eacute;, s'&eacute;cria le jeune homme, il est &agrave; regretter que tout le globe terrestre n'ait pas &eacute;t&eacute; uniquement compos&eacute; de charbon&nbsp;! Il y en aurait eu pour quelques millions d'ann&eacute;es&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Sans doute, Harry, mais il faut avouer, cependant, que la nature s'est montr&eacute;e pr&eacute;voyante en formant notre sph&eacute;ro&iuml;de plus principalement de gr&egrave;s, de calcaire, de granit, que le feu ne peut consumer&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Voulez-vous dire, monsieur Starr, que les humains auraient fini par br&ucirc;ler leur globe&nbsp;?...</p>
+
+<p>&mdash; Oui&nbsp;! Tout entier, mon gar&ccedil;on, r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur. La terre aurait pass&eacute; jusqu'au dernier morceau dans les fourneaux des locomotives, des locomobiles, des steamers, des usines &agrave; gaz, et, certainement, c'est ainsi que notre monde e&ucirc;t fini un beau jour&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Cela n'est plus &agrave; craindre, monsieur Starr. Mais aussi, les houill&egrave;res s'&eacute;puiseront, sans doute, plus rapidement que ne l'&eacute;tablissent les statistiques&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Cela arrivera, Harry, et, suivant moi, l'Angleterre a peut-&ecirc;tre tort d'&eacute;changer son combustible contre l'or des autres nations&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; En effet, r&eacute;pondit Harry.</p>
+
+<p>&mdash; Je sais bien, ajouta l'ing&eacute;nieur, que ni l'hydraulique, ni l'&eacute;lectricit&eacute; n'ont encore dit leur dernier mot, et qu'on utilisera plus compl&egrave;tement un jour ces deux forces. Mais n'importe&nbsp;! La houille est d'un emploi tr&egrave;s pratique et se pr&ecirc;te facilement aux divers besoins de l'industrie&nbsp;! Malheureusement, les hommes ne peuvent la produire &agrave; volont&eacute;&nbsp;! Si les for&ecirc;ts ext&eacute;rieures repoussent incessamment sous l'influence de la chaleur et de l'eau, les for&ecirc;ts int&eacute;rieures, elles, ne se reproduisent pas, et le globe ne se retrouvera jamais dans les conditions voulues pour les refaire&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>James Starr et son guide, tout en causant, avaient repris leur marche d'un pas rapide. Une heure apr&egrave;s avoir quitt&eacute; Callander, ils arrivaient &agrave; la fosse Dochart.</p>
+
+<p>Un indiff&eacute;rent lui-m&ecirc;me e&ucirc;t &eacute;t&eacute; touch&eacute; du triste aspect que pr&eacute;sentait l'&eacute;tablissement abandonn&eacute;. C'&eacute;tait comme le squelette de ce qui avait &eacute;t&eacute; si vivant autrefois.</p>
+
+<p>Dans un vaste cadre, bord&eacute; de quelques maigres arbres, le sol disparaissait encore sous la noire poussi&egrave;re du combustible min&eacute;ral, mais on n'y voyait plus ni escarbilles, ni gailleteries, ni aucun fragment de houille. Tout avait &eacute;t&eacute; enlev&eacute; et consomm&eacute; depuis longtemps.</p>
+
+<p>Sur une colline peu &eacute;lev&eacute;e, se d&eacute;coupait la silhouette d'une &eacute;norme charpente que le soleil et la pluie rongeaient lentement. Au sommet de cette charpente apparaissait une vaste molette ou roue de fonte, et plus bas s'arrondissaient ces gros tambours, sur lesquels s'enroulaient autrefois les c&acirc;bles qui ramenaient les cages &agrave; la surface du sol.</p>
+
+<p>A l'&eacute;tage inf&eacute;rieur, on reconnaissait la chambre d&eacute;labr&eacute;e des machines, autrefois si luisantes dans les parties du m&eacute;canisme faites d'acier ou de cuivre. Quelques pans de murs gisaient &agrave; terre au milieu de solives bris&eacute;es et verdies par l'humidit&eacute;. Des restes de balanciers auxquels s'articulait la tige des pompes d'&eacute;juisement, des coussinets cass&eacute;s ou encrass&eacute;s, des pignons &eacute;dent&eacute;s, des engins de basculage renvers&eacute;s, quelques &eacute;chelons fix&eacute;s aux chevalets et figurant de grandes ar&ecirc;tes d'ichthyosaures, des rails port&eacute;s sur quelque traverse rompue que soutenaient encore deux ou trois pilotis branlants, des tramways qui n'auraient pas r&eacute;sist&eacute; au poids d'un wagonnet vide, &mdash; tel &eacute;tait l'aspect d&eacute;sol&eacute; de la fosse Dochart.</p>
+
+<p>La margelle des puits, aux pierres &eacute;raill&eacute;es, disparaissait sous les mousses &eacute;paisses. Ici, on reconnaissait les vestiges d'une cage, l&agrave; les restes d'un parc o&ugrave; s'emmagasinait le charbon, qui devait &ecirc;tre tri&eacute; suivant sa qualit&eacute; ou sa grosseur. Enfin, d&eacute;bris de tonnes auxquelles pendait un bout de cha&icirc;ne, fragments de chevalets gigantesques, t&ocirc;les d'une chaudi&egrave;re &eacute;ventr&eacute;e, pistons tordus, longs balanciers qui se penchaient sur l'orifice des puits de pompes, passerelles tremblant au vent, ponceaux fr&eacute;missant au pied, murailles l&eacute;zard&eacute;es, toits &agrave; demi effondr&eacute;s qui dominaient des chemin&eacute;es aux briques disjointes, ressemblant &agrave; ces canons modernes dont la culasse est frett&eacute;e d'anneaux cylindriques, de tout cela il sortait une vive impression d'abandon, de mis&egrave;re, de tristesse, que n'offrent pas les ruines du vieux ch&acirc;teau de pierre, ni les restes d'une forteresse d&eacute;mantel&eacute;e.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;C'est une d&eacute;solation&nbsp;!&nbsp;&raquo; dit James Starr, en regardant le jeune homme qui ne r&eacute;pondit pas.</p>
+
+<p>Tous deux p&eacute;n&eacute;tr&egrave;rent alors sous l'appentis qui recouvrait l'orifice du puits Yarow, dont les &eacute;chelles donnaient encore acc&egrave;s jusqu'aux galeries inf&eacute;rieures de la fosse.</p>
+
+<p>L'ing&eacute;nieur se pencha sur l'orifice.</p>
+
+<p>De l&agrave; s'&eacute;panchait autrefois le souffle puissant de l'air aspir&eacute; par les ventilateurs. C'&eacute;tait maintenant un ab&icirc;me silencieux. Il semblait qu'on f&ucirc;t &agrave; la bouche de quelque volcan &eacute;teint.</p>
+
+<p>James Starr et Harry mirent pied sur le premier palier.</p>
+
+<p>A l'&eacute;poque de l'exploitation, d'ing&eacute;nieux engins desservaient certains puits des houill&egrave;res d'Aberfoyle, qui, sous ce rapport, &eacute;taient parfaitement outill&eacute;es&nbsp;: cages munies de parachutes automatiques, mordant sur des glissi&egrave;res en bois, &eacute;chelles oscillantes, nomm&eacute;es &laquo;&nbsp;engine-men&nbsp;&raquo;, qui, par un simple mouvement d'oscillation, permettaient aux mineurs de descendre sans danger ou de remonter sans fatigue.</p>
+
+<p>Mais ces appareils perfectionn&eacute;s avaient &eacute;t&eacute; enlev&eacute;s, depuis la cessation des travaux. Il ne restait au puits Yarow qu'une longue succession d'&eacute;chelles, s&eacute;par&eacute;es par des paliers &eacute;troits de cinquante en cinquante pieds. Trente de ces &eacute;chelles, ainsi plac&eacute;es bout &agrave; bout, permettaient de descendre jusqu'&agrave; la semelle de la galerie inf&eacute;rieure, &agrave; une profondeur de quinze cents pieds. C'&eacute;tait la seule voie de communication qui exist&acirc;t entre le fond de la fosse Dochart et le sol. Quant &agrave; l'a&eacute;ration, elle s'op&eacute;rait par le puits Yarow, que les galeries faisaient communiquer avec un autre puits dont l'orifice s'ouvrait &agrave; un niveau sup&eacute;rieur, &mdash; l'air chaud se d&eacute;gageant naturellement par cette esp&egrave;ce de siphon renvers&eacute;.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Je te suis, mon gar&ccedil;on, dit l'ing&eacute;nieur, en faisant signe au jeune homme de le pr&eacute;c&eacute;der.</p>
+
+<p>&mdash; A vos ordres, monsieur Starr.</p>
+
+<p>&mdash; Tu as ta lampe&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Oui, et pl&ucirc;t au Ciel que ce f&ucirc;t encore la lampe de s&ucirc;ret&eacute; dont nous nous servions autrefois&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; En effet, r&eacute;pondit James Starr, les coups de grisou ne sont plus &agrave; craindre maintenant&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Harry n'&eacute;tait muni que d'une simple lampe &agrave; huile, dont il alluma la m&egrave;che. Dans la houill&egrave;re, vide de charbon, les fuites du gaz hydrog&egrave;ne protocarbon&eacute; ne pouvaient plus se produire. Donc, aucune explosion &agrave; redouter, et nulle n&eacute;cessit&eacute; d'interposer entre la flamme et l'air ambiant cette toile m&eacute;tallique qui emp&ecirc;che le gaz de prendre feu &agrave; l'ext&eacute;rieur. La lampe de Davy, si perfectionn&eacute;e alors, ne trouvait plus ici son emploi. Mais si le danger n'existait pas, c'est que la cause en avait disparu, et, avec cette cause, le combustible qui faisait autrefois la richesse de la fosse Dochart.</p>
+
+<p>Harry descendit les premiers &eacute;chelons de l'&eacute;chelle sup&eacute;rieure. James Starr le suivit. Tous deux se trouv&egrave;rent bient&ocirc;t dans une obscurit&eacute; profonde que rompait seul l'&eacute;clat de la lampe. Le jeune homme l'&eacute;levait au-dessus de sa t&ecirc;te, afin de mieux &eacute;clairer son compagnon.</p>
+
+<p>Une dizaine d'&eacute;chelles furent descendues par l'ing&eacute;nieur et son guide de ce pas mesur&eacute; habituel au mineur. Elles &eacute;taient encore en bon &eacute;tat.</p>
+
+<p>James Starr observait curieusement ce que l'insuffisante lueur lui laissait apercevoir des parois du sombre puits, qu'un cuvelage en bois, &agrave; demi pourri, rev&ecirc;tait encore.</p>
+
+<p>Arriv&eacute;s au quinzi&egrave;me palier, c'est-&agrave;-dire &agrave; mi-chemin, ils firent halte pour quelques instants.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;D&eacute;cid&eacute;ment, je n'ai pas tes jambes, mon gar&ccedil;on, dit l'ing&eacute;nieur en respirant longuement, mais enfin, cela va encore&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Vous &ecirc;tes solide, monsieur Starr, r&eacute;pondit Harry, et c'est quelque chose, voyez-vous, que d'avoir longtemps v&eacute;cu dans la mine.</p>
+
+<p>&mdash; Tu as raison, Harry. Autrefois, lorsque j'avais vingt ans, j'aurais descendu tout d'une haleine. Allons, en route&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Mais, au moment o&ugrave; tous deux allaient quitter le palier, une voix, encore &eacute;loign&eacute;e, se fit entendre dans les profondeurs du puits. Elle arrivait comme une onde sonore qui se gonfle progressivement, et elle devenait de plus en plus distincte.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Eh&nbsp;! qui vient l&agrave;&nbsp;? demanda l'ing&eacute;nieur en arr&ecirc;tant Harry.</p>
+
+<p>&mdash; Je ne pourrais le dire, r&eacute;pondit le jeune mineur.</p>
+
+<p>&mdash; Ce n'est pas le vieux p&egrave;re&nbsp;?...</p>
+
+<p>&mdash; Lui&nbsp;! monsieur Starr, non.</p>
+
+<p>&mdash; Quelque voisin, alors&nbsp;?...</p>
+
+<p>&mdash; Nous n'avons pas de voisins au fond de la fosse, r&eacute;pondit Harry. Nous sommes seuls, bien seuls.</p>
+
+<p>&mdash; Bon&nbsp;! laissons passer cet intrus, dit James Starr. C'est &agrave; ceux qui descendent de c&eacute;der le pas &agrave; ceux qui montent.&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Tous deux attendirent.</p>
+
+<p>La voix r&eacute;sonnait en ce moment avec un magnifique &eacute;clat, comme si elle e&ucirc;t &eacute;t&eacute; port&eacute;e par un vaste pavillon acoustique, et bient&ocirc;t quelques paroles d'une chanson &eacute;cossaise arriv&egrave;rent assez nettement aux oreilles du jeune mineur.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;La chanson des lacs&nbsp;! s'&eacute;cria Harry. Ah&nbsp;! je serais bien surpris si elle s'&eacute;chappait d'une autre bouche que de celle de Jack Ryan.</p>
+
+<p>&mdash; Et qu'est-ce, ce Jack Ryan, qui chante d'une si superbe fa&ccedil;on&nbsp;? demanda James Starr.</p>
+
+<p>&mdash; Un ancien camarade de la houill&egrave;re&nbsp;&raquo;, r&eacute;pondit Harry.</p>
+
+<p>Puis, se pendant au-dessus du palier&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Eh&nbsp;! Jack&nbsp;! cria-t-il.</p>
+
+<p>&mdash; C'est toi, Harry&nbsp;? fut-il r&eacute;pondu. Attends-moi, j'arrive.&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Et la chanson reprit de plus belle.</p>
+
+<p>Quelques instants apr&egrave;s, un grand gar&ccedil;on de vingt-cinq ans, la figure gaie, les yeux souriants, la bouche joyeuse, la chevelure d'un blond ardent, apparaissait au fond du c&ocirc;ne lumineux que projetait sa lanterne, et il prenait pied sur le palier de la quinzi&egrave;me &eacute;chelle.</p>
+
+<p>Son premier acte fut de serrer vigoureusement la main que venait de lui tendre Harry.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Enchant&eacute; de te rencontrer&nbsp;! s'&eacute;cria-t-il. Mais, saint Mungo me prot&egrave;ge&nbsp;! si j'avais su que tu revenais &agrave; terre aujourd'hui, je me serais bien &eacute;pargn&eacute; cette descente au puits Yarow&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Monsieur James Starr, dit alors Harry, en tournant sa lampe vers l'ing&eacute;nieur, qui &eacute;tait rest&eacute; dans l'ombre.</p>
+
+<p>&mdash; Monsieur Starr&nbsp;! r&eacute;pondit Jack Ryan. Ah&nbsp;! monsieur l'ing&eacute;nieur, je ne vous aurais pas reconnu. Depuis que j'ai quitt&eacute; la fosse, mes yeux ne sont plus habitu&eacute;s, comme autrefois, &agrave; voir dans l'obscurit&eacute;.</p>
+
+<p>&mdash; Et moi, je me rappelle maintenant un gamin qui chantait toujours. voil&agrave; bien dix ans de cela, mon gar&ccedil;on&nbsp;! C'&eacute;tait toi, sans doute&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Moi-m&ecirc;me, monsieur Starr, et, en changeant de m&eacute;tier, je n'ai pas chang&eacute; d'humeur, voyez-vous&nbsp;? Bah&nbsp;! rire et chanter, cela vaut mieux, j'imagine, que pleurer et geindre&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Sans doute, Jack Ryan. &mdash; Et que fais-tu, depuis que tu as quitt&eacute; la mine&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Je travaille &agrave; la ferme de Melrose, pr&egrave;s d'Irvine, dans le comt&eacute; de Renfrew, &agrave; quarante milles d'ici. Ah&nbsp;! &ccedil;a ne vaut pas nos houill&egrave;res d'Aberfoyle&nbsp;! Le pic allait mieux &agrave; ma main que la b&ecirc;che ou l'aiguillon&nbsp;! Et puis, dans la vieille fosse, il y avait des coins sonores, des &eacute;chos joyeux qui vous renvoyaient gaillardement vos chansons, tandis que l&agrave;-haut&nbsp;!... Mais vous allez donc rendre visite au vieux Simon, monsieur Starr&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Oui, Jack, r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur.</p>
+
+<p>&mdash; Que je ne vous retarde pas...</p>
+
+<p>&mdash; Dis-moi, Jack, demanda Harry, quel motif t'a amen&eacute; au cottage aujourd'hui&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Je voulais te voir, camarade, r&eacute;pondit Jack Ryan, et t'inviter &agrave; la f&ecirc;te du clan d'Irvine. Tu sais, je suis le &laquo;&nbsp;piper [1*] &nbsp;&raquo; de l'endroit&nbsp;! On chantera, on dansera&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Merci, Jack, mais cela m'est impossible.</p>
+
+<p>&mdash; Impossible&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Oui, la visite de M. Starr peut se prolonger, et je dois le reconduire &agrave; Callander.</p>
+
+<p>&mdash; Eh&nbsp;! Harry, la f&ecirc;te du clan d'Irvine n'arrive que dans huit jours. D'ici l&agrave;, la visite de M. Starr sera termin&eacute;e, je suppose, et rien ne te retiendra plus au cottage&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; En effet, Harry, r&eacute;pondit James Starr. Il faut profiter de l'invitation que te fait ton camarade Jack&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Eh bien, j'accepte, Jack, dit Harry. Dans huit jours, nous nous retrouverons &agrave; la f&ecirc;te d'Irvine.</p>
+
+<p>&mdash; Dans huit jours, c'est bien convenu, r&eacute;pondit Jack Ryan. Adieu, Harry&nbsp;! votre serviteur, monsieur Starr&nbsp;! Je suis tr&egrave;s content de vous avoir revu&nbsp;! Je pourrai donner de vos nouvelles aux amis. Personne ne vous a oubli&eacute;, monsieur l'ing&eacute;nieur.</p>
+
+<p>&mdash; Et je n'ai oubli&eacute; personne, dit James Starr.</p>
+
+<p>&mdash; Merci pour tous, monsieur, r&eacute;pondit Jack Ryan.</p>
+
+<p>&mdash; Adieu, Jack&nbsp;!&nbsp;&raquo; dit Harry, en serrant une derni&egrave;re fois la main de son camarade.</p>
+
+<p>Et Jack Ryan, reprenant sa chanson, disparut bient&ocirc;t dans les hauteurs du puits, vaguement &eacute;clair&eacute;es par sa lampe.</p>
+
+<p>Un quart d'heure apr&egrave;s, James Starr et Harry descendaient la derni&egrave;re &eacute;chelle, et mettaient le pied sur le sol du dernier &eacute;tage de la fosse.</p>
+
+<p>Autour du rond-point que formait le fond du puits Yarow rayonnaient diverses galeries qui avaient servi &agrave; l'exploitation du dernier filon carbonif&egrave;re de la mine. Elles s'enfon&ccedil;aient dans le massif de schistes et de gr&egrave;s, les unes &eacute;tan&ccedil;onn&eacute;es par des trap&egrave;zes de grosses poutres &agrave; peine &eacute;quarries, les autres doubl&eacute;es d'un &eacute;pais rev&ecirc;tement de pierre. Partout des remblais rempla&ccedil;aient les veines d&eacute;vor&eacute;es par l'exploitation. Les piliers artificiels &eacute;taient faits de pierres arrach&eacute;es aux carri&egrave;res voisines, et maintenant ils supportaient le sol, c'est-&agrave;-dire le double &eacute;tage des terrains tertiaires et quaternaires, qui reposaient autrefois sur le gisement m&ecirc;me. L'obscurit&eacute; emplissait alors ces galeries, jadis &eacute;clair&eacute;es soit par la lampe du mineur soit par la lumi&egrave;re &eacute;lectrique, dont, pendant les derni&egrave;res ann&eacute;es, l'emploi avait &eacute;t&eacute; introduit dans les fosses. Mais les sombres tunnels ne r&eacute;sonnaient plus du grincement des wagonnets roulant sur leurs rails, ni du bruit des portes d'air qui se refermaient brusquement, ni des &eacute;clats de voix des rouleurs, ni du hennissement des chevaux et des mules, ni des coups de pic de l'ouvrier, ni des fracas du foudroyage qui faisait &eacute;clater le massif.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Voulez-vous vous reposer un instant, monsieur Starr&nbsp;? demanda le jeune homme.</p>
+
+<p>&mdash; Non, mon gar&ccedil;on, r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur, car j'ai h&acirc;te d'arriver au cottage du vieux Simon.</p>
+
+<p>&mdash; Suivez-moi donc, monsieur Starr. Je vais vous guider, et, cependant, je suis s&ucirc;r que vous reconna&icirc;triez parfaitement votre route dans cet obscur d&eacute;dale des galeries.</p>
+
+<p>&mdash; Oui, certes&nbsp;! J'ai encore dans la t&ecirc;te tout le plan de la vieille fosse.&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Harry, suivi de l'ing&eacute;nieur et levant sa lampe pour le mieux &eacute;clairer, s'enfon&ccedil;a dans une haute galerie, semblable &agrave; une contre-nef de cath&eacute;drale. Leur pied, &agrave; tous deux, heurtait encore les traverses de bois qui supportaient les rails &agrave; l'&eacute;poque de l'exploitation.</p>
+
+<p>Mais &agrave; peine avaient-ils fait cinquante pas, qu'une &eacute;norme pierre vint tomber aux pieds de James Starr.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Prenez garde, monsieur Starr&nbsp;! s'&eacute;cria Harry, en saisissant le bras de l'ing&eacute;nieur.</p>
+
+<p>&mdash; Une pierre, Harry&nbsp;! Ah&nbsp;! ces vieilles vo&ucirc;tes ne sont plus assez solides, sans doute, et...</p>
+
+<p>&mdash; Monsieur Starr, r&eacute;pondit Harry Ford, il me semble que la pierre a &eacute;t&eacute; jet&eacute;e... et jet&eacute;e par une main d'homme&nbsp;!...</p>
+
+<p>&mdash; Jet&eacute;e&nbsp;! s'&eacute;cria James Starr. Que veux-tu dire, mon gar&ccedil;on&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Rien, rien... monsieur Starr, r&eacute;pondit &eacute;vasivement Harry, dont le regard, devenu s&eacute;rieux, aurait voulu percer ces &eacute;paisses murailles. Continuons notre route. Prenez mon bras, je vous prie, et n'ayez aucune crainte de faire un faux pas.</p>
+
+<p>&mdash; Me voil&agrave;, Harry&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Et tous deux s'avanc&egrave;rent, pendant qu'Harry regardait en arri&egrave;re, en projetant l'&eacute;clat de sa lampe dans les profondeurs de la galerie.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Serons-nous bient&ocirc;t arriv&eacute;s&nbsp;? demanda l'ing&eacute;nieur.</p>
+
+<p>&mdash; Dans dix minutes au plus.</p>
+
+<p>&mdash; Bien.</p>
+
+<p>&mdash; Mais, murmurait Harry, cela n'en est pas moins singulier. C'est la premi&egrave;re fois que pareille chose m'arrive. Il a fallu que cette pierre v&icirc;nt tomber juste au moment o&ugrave; nous passions&nbsp;!...</p>
+
+<p>&mdash; Harry, il n'y a eu l&agrave; qu'un hasard&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Un hasard... r&eacute;pondit le jeune homme en secouant la t&ecirc;te. Oui... un hasard...&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Harry s'&eacute;tait arr&ecirc;t&eacute;. Il &eacute;coutait.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Qu'y a-t-il, Harry&nbsp;? demanda l'ing&eacute;nieur.</p>
+
+<p>&mdash; J'ai cru entendre marcher derri&egrave;re nous&nbsp;&raquo;, r&eacute;pondit le jeune mineur, qui pr&ecirc;ta plus attentivement l'oreille.</p>
+
+<p>Puis&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Non&nbsp;! je me serai tromp&eacute;, dit-il. Appuyez-vous bien sur mon bras, monsieur Starr. Servez-vous de moi comme d'un b&acirc;ton...</p>
+
+<p>&mdash; Un b&acirc;ton solide, Harry, r&eacute;pondit James Starr. Il n'en est pas de meilleur qu'un brave gar&ccedil;on tel que toi&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Tous deux continu&egrave;rent &agrave; marcher silencieusement &agrave; travers la sombre nef.</p>
+
+<p>Souvent, Harry, &eacute;videmment pr&eacute;occup&eacute;, se retournait, essayant de surprendre, soit un bruit &eacute;loign&eacute;, soit quelque lueur lointaine.</p>
+
+<p>Mais, derri&egrave;re et devant lui, tout n'&eacute;tait que silence et t&eacute;n&egrave;bres.</p>
+
+<p>[1] Le <i>piper</i> est le joueur de cornemuse en &Eacute;cosse.</p>
+
+<center>
+<h4>V</h4>
+
+<h4>La Famille Ford</h4>
+</center>
+
+<p>Dix minutes apr&egrave;s, James Starr et Harry sortaient enfin de la galerie principale.</p>
+
+<p>Le jeune mineur et son compagnon &eacute;taient arriv&eacute;s au fond d'une clairi&egrave;re, &mdash; si toutefois ce mot peut servir &agrave; d&eacute;signer une vaste et obscure excavation. Cette excavation, cependant, n'&eacute;tait pas absolument d&eacute;pourvue de jour. Quelques rayons lui arrivaient par l'orifice d'un puits abandonn&eacute;, qui avait &eacute;t&eacute; fonc&eacute; dans les &eacute;tages sup&eacute;rieurs. C'&eacute;tait par ce conduit que s'&eacute;tablissait le courant d'a&eacute;ration de la fosse Dochart. Gr&acirc;ce &agrave; sa moindre densit&eacute;, l'air chaud de l'int&eacute;rieur &eacute;tait entra&icirc;n&eacute; vers le puits Yarow.</p>
+
+<p>Donc, un peu d'air et de clart&eacute; p&eacute;n&eacute;trait &agrave; la fois &agrave; travers l'&eacute;paisse vo&ucirc;te de schiste jusqu'&agrave; la clairi&egrave;re.</p>
+
+<p>C'&eacute;tait l&agrave; que Simon Ford habitait depuis dix ans, avec sa famille, une souterraine demeure, &eacute;vid&eacute;e dans le massif schisteux, &agrave; l'endroit m&ecirc;me o&ugrave; fonctionnaient autrefois les puissantes machines, destin&eacute;es &agrave; op&eacute;rer la traction m&eacute;canique de la fosse Dochart.</p>
+
+<p>Telle &eacute;tait l'habitation &mdash; &agrave; laquelle il donnait volontiers le nom de &laquo;&nbsp;cottage&nbsp;&raquo; &mdash;, o&ugrave; r&eacute;sidait le vieil overman. Gr&acirc;ce &agrave; une certaine aisance, due &agrave; une longue existence de travail, Simon Ford aurait pu vivre en plein soleil, au milieu des arbres, dans n'importe quelle ville du royaume; mais les siens et lui avaient pr&eacute;f&eacute;r&eacute; ne pas quitter la houill&egrave;re, o&ugrave; ils &eacute;taient heureux, ayant m&ecirc;mes id&eacute;es, m&ecirc;mes go&ucirc;ts. Oui&nbsp;! il leur plaisait, ce cottage, enfoui &agrave; quinze cents pieds au-dessous du sol &eacute;cossais. Entre autres avantages, il n'y avait pas &agrave; craindre que les agents du fisc, les &laquo;&nbsp;stentmaters&nbsp;&raquo; charg&eacute;s d'&eacute;tablir la capitation, vinssent jamais y relancer ses h&ocirc;tes&nbsp;!</p>
+
+<p>A cette &eacute;poque, Simon Ford, l'ancien overman de la fosse Dochart, portait vigoureusement encore ses soixante-cinq ans. Grand, robuste, bien taill&eacute;, il e&ucirc;t &eacute;t&eacute; regard&eacute; comme l'un des plus remarquables &laquo;&nbsp;sawneys [1*]&nbsp;&raquo; du canton, qui fournissait tant de beaux hommes aux r&eacute;giments de Highlanders.</p>
+
+<p>Simon Ford descendait d'une ancienne famille de mineurs, et sa g&eacute;n&eacute;alogie remontait aux premiers temps o&ugrave; furent exploit&eacute;s les gisements carbonif&egrave;res en &Eacute;cosse.</p>
+
+<p>Sans rechercher arch&eacute;ologiquement si les Grecs et les Romains ont fait usage de la houille, si les Chinois utilisaient les mines de charbon bien avant l'&egrave;re chr&eacute;tienne, sans discuter si r&eacute;ellement le combustible min&eacute;ral doit son nom au mar&eacute;chal ferrant Houillos, qui vivait en Belgique dans le XII<sup>e</sup> si&egrave;cle, on peut affirmer que les bassins de la Grande-Bretagne furent les premiers dont l'exploitation fut mise en cours r&eacute;gulier. Au XI<sup>e</sup> si&egrave;cle, d&eacute;j&agrave;, Guillaume le Conqu&eacute;rant partageait entre ses compagnons d'armes les produits du bassin de Newcastle. Au XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle, une licence d'exploitation du &laquo;&nbsp;charbon marin&nbsp;&raquo; &eacute;tait conc&eacute;d&eacute;e par Henri III. Enfin, vers la fin du m&ecirc;me si&egrave;cle, il est fait mention des gisements de l'&Eacute;cosse et du pays de Galles.</p>
+
+<p>Ce fut vers ce temps que les anc&ecirc;tres de Simon Ford p&eacute;n&eacute;tr&egrave;rent dans les entrailles du sol cal&eacute;donien, pour n'en plus sortir, de p&egrave;re en fils. Ce n'&eacute;taient que de simples ouvriers. Ils travaillaient comme des for&ccedil;ats &agrave; l'extraction du pr&eacute;cieux combustible. On croit m&ecirc;me que les charbonniers mineurs, tout comme les sauniers de cette &eacute;poque, &eacute;taient alors de v&eacute;ritables esclaves. En effet, au XVIII<sup>e</sup> si&egrave;cle, cette opinion &eacute;tait si bien &eacute;tablie en &Eacute;cosse, que, pendant la guerre du Pr&eacute;tendant, on put craindre que vingt mille mineurs de Newcastle ne se soulevassent pour reconqu&eacute;rir une libert&eacute; &mdash; qu'ils ne croyaient pas avoir.</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit, Simon Ford &eacute;tait fier d'appartenir &agrave; cette grande famille des houilleurs &eacute;cossais. Il avait travaill&eacute; de ses mains, l&agrave; m&ecirc;me o&ugrave; ses anc&ecirc;tres avaient mani&eacute; le pic, la pince, la rivelaine et la pioche. A trente ans, il &eacute;tait overman de la fosse Dochart, la plus importante des houill&egrave;res d'Aberfoyle. Il aimait passionn&eacute;ment son m&eacute;tier. Pendant de longues ann&eacute;es, il exer&ccedil;a ses fonctions avec z&egrave;le. Son seul chagrin &eacute;tait de voir la couche s'appauvrir et de pr&eacute;voir l'heure tr&egrave;s prochaine o&ugrave; le gisement serait &eacute;puis&eacute;.</p>
+
+<p>C'est alors qu'il s'&eacute;tait adonn&eacute; &agrave; la recherche de nouveaux filons dans toutes les fosses d'Aberfoyle, qui communiquaient souterrainement entre elles. Il avait eu le bonheur d'en d&eacute;couvrir quelques-uns pendant la derni&egrave;re p&eacute;riode d'exploitation. Son instinct de mineur le servait merveilleusement, et l'ing&eacute;nieur James Starr l'appr&eacute;ciait fort. On e&ucirc;t dit qu'il devinait les gisements dans les entrailles de la houill&egrave;re, comme un hydroscope devine les sources sous la couche du sol.</p>
+
+<p>Mais le moment arriva, on l'a dit, o&ugrave; la mati&egrave;re combustible manqua tout &agrave; fait &agrave; la houill&egrave;re. Les sondages ne donn&egrave;rent plus aucun r&eacute;sultat. Il fut &eacute;vident que le g&icirc;te carbonif&egrave;re &eacute;tait enti&egrave;rement &eacute;puis&eacute;. L'exploitation cessa. Les mineurs se retir&egrave;rent.</p>
+
+<p>Le croira-t-on&nbsp;? Ce fut un d&eacute;sespoir pour le plus grand nombre. Tous ceux qui savent que l'homme, au fond, aime sa peine, ne s'en &eacute;tonneront pas. Simon Ford, sans contredit, fut le plus atteint. Il &eacute;tait, par excellence, le type du mineur, dont l'existence est indissolublement li&eacute;e &agrave; celle de sa mine. Depuis sa naissance, il n'avait cess&eacute; de l'habiter, et, lorsque les travaux furent abandonn&eacute;s, il voulut y demeurer encore. Il resta donc. Harry, son fils, fut charg&eacute; du ravitaillement de l'habitation souterraine; mais quant &agrave; lui, depuis dix ans, il n'&eacute;tait pas remont&eacute; dix fois &agrave; la surface du sol.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Aller l&agrave;-haut&nbsp;! A quoi bon&nbsp;?&nbsp;&raquo; r&eacute;p&eacute;tait-il, et il ne quittait pas son noir domaine.</p>
+
+<p>Dans ce milieu parfaitement sain, d'ailleurs, soumis &agrave; une temp&eacute;rature toujours moyenne, le vieil overman ne connaissait ni les chaleurs de l'&eacute;t&eacute;, ni les froids de l'hiver. Les siens se portaient bien. Que pouvait-il d&eacute;sirer de plus&nbsp;?</p>
+
+<p>Au fond, il &eacute;tait s&eacute;rieusement attrist&eacute;. Il regrettait l'animation, le mouvement, la vie d'autrefois, dans la fosse si laborieusement exploit&eacute;e. Cependant, il &eacute;tait soutenu par une id&eacute;e fixe.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Non&nbsp;! non&nbsp;! la houill&egrave;re n'est pas &eacute;puis&eacute;e&nbsp;!&nbsp;&raquo; r&eacute;p&eacute;tait-il.</p>
+
+<p>Et celui-l&agrave; se serait fait un mauvais parti, qui aurait mis en doute devant Simon Ford qu'un jour l'ancienne Aberfoyle ressusciterait d'entre les mortes&nbsp;! Il n'avait donc jamais abandonn&eacute; l'espoir de d&eacute;couvrir quelque nouvelle couche qui rendrait &agrave; la mine sa splendeur pass&eacute;e. Oui&nbsp;! il aurait volontiers, s'il l'avait fallu, repris le pic du mineur, et ses vieux bras, solides encore, se seraient vigoureusement attaqu&eacute;s &agrave; la roche. Il allait donc &agrave; travers les obscures galeries, tant&ocirc;t seul, tant&ocirc;t avec son fils, observant, cherchant, pour rentrer chaque jour fatigu&eacute;, mais non d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;, au cottage.</p>
+
+<p>La digne compagne de Simon Ford, c'&eacute;tait Madge, grande et forte, la &laquo;&nbsp;goodwife&nbsp;&raquo;, la &laquo;&nbsp;bonne femme&nbsp;&raquo;, suivant l'expression &eacute;cossaise. Pas plus que son mari, Madge n'e&ucirc;t voulu quitter la fosse Dochart. Elle partageait &agrave; cet &eacute;gard toutes ses esp&eacute;rances et ses regrets. Elle l'encourageait, elle le poussait en avant, elle lui parlait avec une sorte de gravit&eacute;, qui r&eacute;chauffait le c&oelig;ur du vieil overman.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Aberfoyle n'est qu'endormie, Simon, lui disait-elle. C'est toi qui as raison. Ce n'est qu'un repos, ce n'est pas la mort&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Madge savait aussi se passer du monde ext&eacute;rieur et concentrer le bonheur d'une existence &agrave; trois dans le sombre cottage.</p>
+
+<p>Ce fut l&agrave; qu'arriva James Starr.</p>
+
+<p>L'ing&eacute;nieur &eacute;tait bien attendu. Simon Ford, debout sur sa porte, du plus loin que la lampe d'Harry lui annon&ccedil;a l'arriv&eacute;e de son ancien &laquo;&nbsp;viewer&nbsp;&raquo;, s'avan&ccedil;a vers lui.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Soyez le bienvenu, monsieur James&nbsp;! lui cria-t-il d'une voix qui r&eacute;sonnait sous la vo&ucirc;te du schiste. Soyez le bienvenu au cottage du vieil overman&nbsp;! Pour &ecirc;tre enfouie &agrave; quinze cents pieds sous terre, la maison de la famille Ford n'en est pas moins hospitali&egrave;re&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Comment allez-vous, brave Simon&nbsp;? demanda James Starr, en serrant la main que lui tendait son h&ocirc;te.</p>
+
+<p>&mdash; Tr&egrave;s bien, monsieur Starr. Et comment en serait-il autrement ici, &agrave; l'abri de toute intemp&eacute;rie de l'air&nbsp;? vos ladies qui vont respirer &agrave; Newhaven ou &agrave; Porto-Bello [2*] , pendant l'&eacute;t&eacute;, feraient mieux de passer quelques mois dans la houill&egrave;re d'Aberfoyle&nbsp;! Elles ne risqueraient point d'y gagner quelque gros rhume, comme dans les rues humides de la vieille capitale.</p>
+
+<p>&mdash; Ce n'est pas moi qui vous contredirai, Simon, r&eacute;pondit James Starr, heureux de retrouver l'overman tel qu'il &eacute;tait autrefois&nbsp;! vraiment, je me demande pourquoi je ne change pas ma maison de la Canongate pour quelque cottage voisin du v&ocirc;tre&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; A votre service, monsieur Starr. Je connais un de vos anciens mineurs qui serait particuli&egrave;rement enchant&eacute; de n'avoir entre vous et lui qu'un mur mitoyen.</p>
+
+<p>&mdash; Et Madge&nbsp;?... demanda l'ing&eacute;nieur.</p>
+
+<p>&mdash; La bonne femme se porte encore mieux que moi, si cela est possible&nbsp;! r&eacute;pondit Simon Ford, et elle se fait une joie de vous voir &agrave; sa table. Je pense qu'elle se sera surpass&eacute;e pour vous recevoir.</p>
+
+<p>&mdash; Nous verrons cela, Simon, nous verrons cela&nbsp;! dit l'ing&eacute;nieur, que l'annonce d'un bon d&eacute;jeuner ne pouvait laisser indiff&eacute;rent, apr&egrave;s cette longue marche.</p>
+
+<p>&mdash; Vous avez faim, monsieur Starr&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Positivement faim. Le voyage m'a ouvert l'app&eacute;tit. Je suis venu par un temps affreux&nbsp;!...</p>
+
+<p>&mdash; Ah&nbsp;! il pleut, l&agrave;-haut&nbsp;! r&eacute;pondit Simon Ford d'un air de piti&eacute; tr&egrave;s marqu&eacute;.</p>
+
+<p>&mdash; Oui, Simon, et les eaux du Forth sont agit&eacute;es aujourd'hui comme celles d'une mer&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Eh bien, monsieur James, ici, il ne pleut jamais. Mais je n'ai pas &agrave; vous peindre des avantages que vous connaissez aussi bien que moi&nbsp;! vous voil&agrave; arriv&eacute; au cottage. C'est le principal, et, je vous le r&eacute;p&egrave;te, soyez le bienvenu&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Simon Ford, suivi d'Harry, fit entrer dans l'habitation James Starr, qui se trouva au milieu d'une vaste salle, &eacute;clair&eacute;e par plusieurs lampes, dont l'une &eacute;tait suspendue aux solives colori&eacute;es du plafond.</p>
+
+<p>La table, recouverte d'une nappe &eacute;gay&eacute;e de fra&icirc;ches couleurs, n'attendait plus que les convives, auxquels quatre chaises, rembourr&eacute;es de vieux cuir, &eacute;taient r&eacute;serv&eacute;es.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Bonjour, Madge, dit l'ing&eacute;nieur.</p>
+
+<p>&mdash; Bonjour, monsieur James, r&eacute;pondit la brave &Eacute;cossaise, qui se leva pour recevoir son h&ocirc;te.</p>
+
+<p>&mdash; Je vous revois avec plaisir, Madge.</p>
+
+<p>&mdash; Et vous avez raison, monsieur James, car il est agr&eacute;able de retrouver ceux pour lesquels on s'est toujours montr&eacute; bon.</p>
+
+<p>&mdash; La soupe attend, femme, dit alors Simon Ford, et il ne faut pas la faire attendre, non plus que M. James. Il a une faim de mineur, et il verra que notre gar&ccedil;on ne nous laisse manquer de rien au cottage&nbsp;! &mdash; A propos, Harry, ajouta le vieil overman en se retournant vers son fils, Jack Ryan est venu te voir.</p>
+
+<p>&mdash; Je le sais, p&egrave;re&nbsp;! Nous l'avons rencontr&eacute; dans le puits Yarow.</p>
+
+<p>&mdash; C'est un bon et gai camarade, dit Simon Ford. Mais il semble se plaire l&agrave;-haut&nbsp;! &Ccedil;a n'avait pas du vrai sang de mineur dans les veines. &mdash; A table, monsieur James, et d&eacute;jeunons copieusement, car il est possible que nous ne puissions souper que fort tard.&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Au moment o&ugrave; l'ing&eacute;nieur et ses h&ocirc;tes allaient prendre place&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Un instant, Simon, dit James Starr, voulez-vous que je mange de bon app&eacute;tit&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Ce sera nous faire tout l'honneur possible, monsieur James, r&eacute;pondit Simon Ford.</p>
+
+<p>&mdash; Eh bien, il faut pour cela n'avoir aucune pr&eacute;occupation. &mdash; Or, j'ai deux questions &agrave; vous adresser.</p>
+
+<p>&mdash; Allez, monsieur James.</p>
+
+<p>&mdash; Votre lettre me parle d'une communication qui doit &ecirc;tre de nature &agrave; m'int&eacute;resser&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Elle est tr&egrave;s int&eacute;ressante, en effet.</p>
+
+<p>&mdash; Pour vous&nbsp;?...</p>
+
+<p>&mdash; Pour vous et pour moi, monsieur James. Mais je d&eacute;sire ne vous la faire qu'apr&egrave;s le repas et sur les lieux m&ecirc;mes. Sans cela, vous ne voudriez pas me croire.</p>
+
+<p>&mdash; Simon, reprit l'ing&eacute;nieur, regardez-moi bien... l&agrave;... dans les yeux. Une communication int&eacute;ressante&nbsp;?... Oui... Bon&nbsp;!... Je ne vous en demande pas davantage, ajouta-t-il, comme s'il e&ucirc;t lu la r&eacute;ponse qu'il esp&eacute;rait dans le regard du vieil overman.</p>
+
+<p>&mdash; Et la deuxi&egrave;me question&nbsp;? demanda celui-ci.</p>
+
+<p>&mdash; Savez-vous, Simon, quelle est la personne qui a pu m'&eacute;crire ceci&nbsp;?&nbsp;&raquo; r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur, en pr&eacute;sentant la lettre anonyme qu'il avait re&ccedil;ue.</p>
+
+<p>Simon Ford prit la lettre, et il la lut tr&egrave;s attentivement.</p>
+
+<p>Puis, la montrant &agrave; son fils&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Connais-tu cette &eacute;criture&nbsp;? dit-il.</p>
+
+<p>&mdash; Non, p&egrave;re, r&eacute;pondit Harry.</p>
+
+<p>&mdash; Et cette lettre &eacute;tait timbr&eacute;e du bureau de poste d'Aberfoyle&nbsp;? demanda Simon Ford &agrave; l'ing&eacute;nieur.</p>
+
+<p>&mdash; Oui, comme la v&ocirc;tre, r&eacute;pondit James Starr.</p>
+
+<p>&mdash; Que penses-tu de cela, Harry&nbsp;? dit Simon Ford, dont le front s'assombrit un instant.</p>
+
+<p>&mdash; Je pense, p&egrave;re, r&eacute;pondit Harry, que quelqu'un a eu un int&eacute;r&ecirc;t quelconque &agrave; emp&ecirc;cher M. James Starr de venir au rendez-vous que vous lui donniez.</p>
+
+<p>&mdash; Mais qui&nbsp;? s'&eacute;cria le vieux mineur. Qui donc a pu p&eacute;n&eacute;trer assez avant dans le secret de ma pens&eacute;e&nbsp;?...&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Et Simon Ford, pensif, tomba dans une r&ecirc;verie dont la voix de Madge le tira bient&ocirc;t.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Asseyons-nous, monsieur Starr, dit-elle. La soupe va refroidir. Pour le moment, ne songeons plus &agrave; cette lettre&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Et, sur l'invitation de la vieille femme, chacun prit place &agrave; la table &mdash; James Starr vis-&agrave;-vis de Madge, pour lui faire honneur &mdash;, le p&egrave;re et le fils l'un vis-&agrave;-vis de l'autre.</p>
+
+<p>Ce fut un bon repas &eacute;cossais. Et, d'abord, on mangea d'un &laquo;&nbsp;hotchpotch&nbsp;&raquo;, soupe dont la viande nageait au milieu d'un excellent bouillon. Au dire du vieux Simon, sa compagne ne connaissait pas de rivale dans l'art de pr&eacute;parer le hotchpotch.</p>
+
+<p>Il en &eacute;tait de m&ecirc;me, d'ailleurs, du &laquo;&nbsp;cockyleeky&nbsp;&raquo;, sorte de rago&ucirc;t de coq, accommod&eacute; aux poireaux, qui ne m&eacute;ritait que des &eacute;loges.</p>
+
+<p>Le tout fut arros&eacute; d'une excellente ale, puis&eacute;e aux meilleurs brassins des fabriques d'&Eacute;dimbourg.</p>
+
+<p>Mais le plat principal consista en un &laquo;&nbsp;haggis&nbsp;&raquo;, pouding national, fait de viandes et de farine d'orge. Ce mets remarquable, qui inspira au po&egrave;te Burns l'une de ses meilleures odes, eut le sort r&eacute;serv&eacute; aux belles choses de ce monde&nbsp;: il passa comme un r&ecirc;ve.</p>
+
+<p>Madge re&ccedil;ut les sinc&egrave;res compliments de son h&ocirc;te.</p>
+
+<p>Le d&eacute;jeuner se termina par un dessert compos&eacute; de fromage et de &laquo;&nbsp;cakes&nbsp;&raquo;, g&acirc;teaux d'avoine, finement pr&eacute;par&eacute;s, accompagn&eacute;s de quelques petits verres &laquo;&nbsp;d'usquebaugh&nbsp;&raquo;, excellente eau-de-vie de grains, qui avait vingt-cinq ans, &mdash; juste l'&acirc;ge d'Harry.</p>
+
+<p>Ce repas dura une bonne heure. James Starr et Simon Ford n'avaient pas seulement bien mang&eacute;, ils avaient aussi bien caus&eacute;,&mdash; principalement du pass&eacute; de la vieille houill&egrave;re d'Aberfoyle.</p>
+
+<p>Harry, lui, &eacute;tait plut&ocirc;t rest&eacute; silencieux. Deux fois il avait quitt&eacute; la table et m&ecirc;me la maison. Il &eacute;tait &eacute;vident qu'il &eacute;prouvait quelque inqui&eacute;tude depuis l'incident de la pierre, et il voulait observer les alentours du cottage. La lettre anonyme n'&eacute;tait pas faite, non plus, pour le rassurer.</p>
+
+<p>Ce fut pendant une de ces sorties que l'ing&eacute;nieur dit &agrave; Simon Ford et Madge&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Un brave gar&ccedil;on que vous avez l&agrave;, mes amis&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Oui, monsieur James, un &ecirc;tre bon et d&eacute;vou&eacute;, r&eacute;pondit vivement le vieil overman.</p>
+
+<p>&mdash; Il se pla&icirc;t avec vous, au cottage&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Il ne voudrait pas nous quitter.</p>
+
+<p>&mdash; Vous songerez &agrave; le marier, cependant&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Marier Harry&nbsp;! s'&eacute;cria Simon Ford. Et &agrave; qui&nbsp;? A une fille de l&agrave;-haut, qui aimerait les f&ecirc;tes, la danse, qui pr&eacute;f&eacute;rerait son clan &agrave; notre houill&egrave;re&nbsp;! Harry n'en voudrait pas&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Simon, r&eacute;pondit Madge, tu n'exigeras pourtant pas que jamais notre Harry ne prenne femme...</p>
+
+<p>&mdash; Je n'exigerai rien, r&eacute;pondit le vieux mineur, mais cela ne presse pas&nbsp;! Qui sait si nous ne lui trouverons point...&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Harry rentrait en ce moment, et Simon Ford se tut.</p>
+
+<p>Lorsque Madge se leva de table, tous l'imit&egrave;rent et vinrent s'asseoir un instant &agrave; la porte du cottage.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Eh bien, Simon, dit l'ing&eacute;nieur, je vous &eacute;coute&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Monsieur James, r&eacute;pondit Simon Ford, je n'ai pas besoin de vos oreilles, mais de vos jambes. &mdash; Vous &ecirc;tes-vous bien repos&eacute;&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Bien repos&eacute; et bien refait, Simon. Je suis pr&ecirc;t &agrave; vous accompagner partout o&ugrave; il vous plaira.</p>
+
+<p>&mdash; Harry, dit Simon Ford, en se retournant vers son fils, allume nos lampes de s&ucirc;ret&eacute;.</p>
+
+<p>&mdash; Vous prenez des lampes de s&ucirc;ret&eacute;&nbsp;! s'&eacute;cria James Starr, assez surpris, puisque les explosions de grisou n'&eacute;taient plus &agrave; craindre dans une fosse absolument vide de charbon.</p>
+
+<p>&mdash; Oui, monsieur James, par prudence&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; N'allez-vous pas aussi, mon brave Simon, me proposer de rev&ecirc;tir un habit de mineur&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Pas encore, monsieur James&nbsp;! pas encore&nbsp;!&nbsp;&raquo; r&eacute;pondit le vieil overman, dont les yeux brillaient singuli&egrave;rement sous leurs profondes orbites.</p>
+
+<p>Harry, qui &eacute;tait rentr&eacute; dans le cottage, en ressortit presque aussit&ocirc;t, rapportant trois lampes de s&ucirc;ret&eacute;.</p>
+
+<p>Harry remit une de ces lampes &agrave; l'ing&eacute;nieur, l'autre &agrave; son p&egrave;re, et il garda la troisi&egrave;me suspendue &agrave; sa main gauche, pendant que sa main droite s'armait d'un long b&acirc;ton.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;En route&nbsp;! dit Simon Ford, qui prit un pic solide, d&eacute;pos&eacute; &agrave; la porte du cottage.</p>
+
+<p>&mdash; En route&nbsp;! r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur. &mdash; Au revoir Madge&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Dieu vous assiste&nbsp;! r&eacute;pondit l'&Eacute;cossaise.</p>
+
+<p>&mdash; Un bon souper, femme, tu entends, s'&eacute;cria Simon Ford. Nous aurons faim &agrave; notre retour, et nous lui ferons honneur&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>[1] Le sawney, c'est l'&Eacute;cossais, comme John Bull est l'Anglais, et Paddy l'Irlandais.</p>
+
+<p>[2] Stations baln&eacute;aires des environs d'&Eacute;dimbourg.</p>
+
+<center>
+<h4>VI</h4>
+
+<h4>Quelques ph&eacute;nom&egrave;nes inexplicables</h4>
+</center>
+
+<p>On sait ce que sont les croyances superstitieuses dans les hautes et basses terres de l'&Eacute;cosse. En certains clans, les tenanciers du laird, r&eacute;unis pour la veill&eacute;e, aiment &agrave; redire les contes emprunt&eacute;s au r&eacute;pertoire de la mythologie hyperbor&eacute;enne. L'instruction, quoique largement et lib&eacute;ralement r&eacute;pandue dans le pays, n'a pas pu r&eacute;duire encore &agrave; l'&eacute;tat de fictions ces l&eacute;gendes, qui semblent inh&eacute;rentes au sol m&ecirc;me de la vieille Cal&eacute;donie. C'est encore le pays des esprits et des revenants, des lutins et des f&eacute;es. L&agrave; apparaissent toujours le g&eacute;nie malfaisant qui ne s'&eacute;loigne que moyennant finances, le &laquo;&nbsp;Seer&nbsp;&raquo; des Highlanders, qui, par un don de seconde vue, pr&eacute;dit les morts prochaines, le &laquo;&nbsp;May Moullach&nbsp;&raquo;, qui se montre sous la forme d'une jeune fille aux bras velus et pr&eacute;vient les familles des malheurs dont elles sont menac&eacute;es, la f&eacute;e &laquo;&nbsp;Branshie&nbsp;&raquo;, qui annonce les &eacute;v&eacute;nements funestes, les &laquo;&nbsp;Brawnies&nbsp;&raquo;, auxquels est confi&eacute;e la garde du mobilier domestique, l'&laquo;&nbsp;Urisk&nbsp;&raquo;, qui fr&eacute;quente plus particuli&egrave;rement les gorges sauvages du lac Katrine, &mdash; et tant d'autres.</p>
+
+<p>Il va de soi que la population des houill&egrave;res &eacute;cossaises devait fournir son contingent de l&eacute;gendes et de fables &agrave; ce r&eacute;pertoire mythologique. Si les montagnes des Hautes-Terres sont peupl&eacute;es d'&ecirc;tres chim&eacute;riques, bons ou mauvais, &agrave; plus forte raison les sombres houill&egrave;res devaient-elles &ecirc;tre hant&eacute;es jusque dans leurs derni&egrave;res profondeurs. Qui fait trembler le gisement pendant les nuits d'orage, qui met sur la trace du filon encore inexploit&eacute;, qui allume le grisou et pr&eacute;side aux explosions terribles, sinon quelque g&eacute;nie de la mine&nbsp;? C'&eacute;tait, du moins, l'opinion commun&eacute;ment r&eacute;pandue parmi ces superstitieux &Eacute;cossais. En v&eacute;rit&eacute;, la plupart des mineurs croyaient volontiers au fantastique, quand il ne s'agissait que de ph&eacute;nom&egrave;nes purement physiques, et on e&ucirc;t perdu son temps &agrave; vouloir les d&eacute;sabuser. O&ugrave; la cr&eacute;dulit&eacute; se f&ucirc;t-elle d&eacute;velopp&eacute;e plus librement qu'au fond de ces ab&icirc;mes&nbsp;?</p>
+
+<p>Or, les houill&egrave;res d'Aberfoyle, pr&eacute;cis&eacute;ment parce qu'elles &eacute;taient exploit&eacute;es dans le pays des l&eacute;gendes, devaient se pr&ecirc;ter plus naturellement &agrave; tous les incidents du surnaturel.</p>
+
+<p>Donc les l&eacute;gendes y abondaient. Il faut dire, d'ailleurs, que certains ph&eacute;nom&egrave;nes, inexpliqu&eacute;s jusqu'alors, ne pouvaient que fournir un nouvel aliment &agrave; la cr&eacute;dulit&eacute; publique.</p>
+
+<p>Au premier rang des superstitieux de la fosse Dochart, figurait Jack Ryan, le camarade d'Harry. C'&eacute;tait le plus grand partisan du surnaturel qui f&ucirc;t. Toutes ces fantastiques histoires, il les transformait en chansons, qui lui valaient de beaux succ&egrave;s pendant les veill&eacute;es d'hiver.</p>
+
+<p>Mais Jack Ryan n'&eacute;tait pas le seul &agrave; faire montre de sa cr&eacute;dulit&eacute;. Ses camarades affirmaient, non moins hautement, que les fosses d'Aberfoyle &eacute;taient hant&eacute;es, que certains &ecirc;tres insaisissables y apparaissaient fr&eacute;quemment, comme cela arrivait dans les Hautes-Terres. A les entendre, ce qui m&ecirc;me aurait &eacute;t&eacute; extraordinaire, c'e&ucirc;t &eacute;t&eacute; qu'il n'en f&ucirc;t pas ainsi. Est-il donc, en effet, un milieu mieux dispos&eacute; qu'une sombre et profonde houill&egrave;re pour les &eacute;bats des g&eacute;nies, des lutins, des follets et autres acteurs des drames fantastiques&nbsp;? Le d&eacute;cor &eacute;tait tout dress&eacute;, pourquoi les personnages surnaturels n'y seraient pas venus jouer leur r&ocirc;le&nbsp;?</p>
+
+<p>Ainsi raisonnaient Jack Ryan et ses camarades des houill&egrave;res d'Aberfoyle. On a dit que les diff&eacute;rentes fosses communiquaient entre elles par les longues galeries souterraines, m&eacute;nag&eacute;es entre les filons. Il existait ainsi sous le comt&eacute; de Stirling un &eacute;norme massif, sillonn&eacute; de tunnels, trou&eacute; de caves, for&eacute; de puits, une sorte d'hypog&eacute;e, de labyrinthe subterran&eacute;, qui offrait l'aspect d'une vaste fourmili&egrave;re.</p>
+
+<p>Les mineurs des divers fonds se rencontraient donc souvent, soit lorsqu'ils se rendaient sur les travaux d'exploitation, soit lorsqu'ils en revenaient. De l&agrave;, une facilit&eacute; constante d'&eacute;changer des propos et de faire circuler d'une fosse &agrave; l'autre les histoires qui tiraient leur origine de la houill&egrave;re. Les r&eacute;cits se transmettaient ainsi avec une rapidit&eacute; merveilleuse, passant de bouche en bouche et s'accroissant comme il convient.</p>
+
+<p>Cependant, deux hommes plus instruits et de temp&eacute;rament plus positif que les autres, avaient toujours r&eacute;sist&eacute; &agrave; cet entra&icirc;nement. Ils n'admettaient &agrave; aucun degr&eacute; l'intervention des lutins, des g&eacute;nies ou des f&eacute;es.</p>
+
+<p>C'&eacute;taient Simon Ford et son fils. Et ils le prouv&egrave;rent bien en continuant d'habiter la sombre crypte, apr&egrave;s l'abandon de la fosse Dochart. Peut-&ecirc;tre la bonne Madge avait-elle quelque penchant au surnaturel, comme toute &Eacute;cossaise des Hautes-Terres. Mais ces histoires d'apparitions, elle &eacute;tait r&eacute;duite &agrave; se les raconter &agrave; elle-m&ecirc;me, &mdash; ce qu'elle faisait consciencieusement, d'ailleurs, pour ne point perdre les vieilles traditions.</p>
+
+<p>Simon et Harry Ford eussent-ils &eacute;t&eacute; aussi cr&eacute;dules que leurs camarades, ils n'auraient abandonn&eacute; la houill&egrave;re ni aux g&eacute;nies, ni aux f&eacute;es. L'espoir de d&eacute;couvrir un nouveau filon leur e&ucirc;t fait braver toute la fantastique cohorte des lutins. Ils n'&eacute;taient cr&eacute;dules, ils n'&eacute;taient croyants que sur un point&nbsp;: ils ne pouvaient admettre que le gisement carbonif&egrave;re d'Aberfoyle f&ucirc;t totalement &eacute;puis&eacute;. On peut dire, avec quelque justesse, que Simon Ford et son fils avaient &agrave; ce sujet &laquo;&nbsp;la foi du charbonnier&nbsp;&raquo;, cette foi en Dieu que rien ne peut &eacute;branler.</p>
+
+<p>C'est pourquoi depuis dix ans, sans y manquer un seul jour, obstin&eacute;s, immuables dans leurs convictions, le p&egrave;re et le fils prenaient leur pic, leur b&acirc;ton et leur lampe. Ils allaient ainsi tous les deux, cherchant, t&acirc;tant la roche d'un coup sec, &eacute;coutant si elle rendait un son favorable.</p>
+
+<p>Tant que les sondages n'auraient pas &eacute;t&eacute; pouss&eacute;s jusqu'au granit du terrain primaire, Simon et Harry Ford &eacute;taient d'accord que la recherche, inutile aujourd'hui, pouvait &ecirc;tre utile demain, et qu'elle devait &ecirc;tre reprise. Leur vie enti&egrave;re, ils la passeraient &agrave; essayer de rendre &agrave; la houill&egrave;re d'Aberfoyle son ancienne prosp&eacute;rit&eacute;. Si le p&egrave;re devait succomber avant l'heure de la r&eacute;ussite, le fils reprendrait la t&acirc;che &agrave; lui seul.</p>
+
+<p>En m&ecirc;me temps, ces deux gardiens passionn&eacute;s de la houill&egrave;re la visitaient au point de vue de sa conservation. Ils s'assuraient de la solidit&eacute; des remblais et des vo&ucirc;tes. Ils recherchaient si un &eacute;boulement &eacute;tait &agrave; craindre, et s'il devenait urgent de condamner quelque partie de la fosse. Ils examinaient les traces d'infiltration des eaux sup&eacute;rieures, ils les d&eacute;rivaient, ils les canalisaient pour les envoyer &agrave; quelque puisard. Enfin, ils s'&eacute;taient volontairement constitu&eacute;s les protecteurs et conservateurs de ce domaine improductif, duquel &eacute;taient sorties tant de richesses, maintenant dissoutes en fum&eacute;es&nbsp;!</p>
+
+<p>Ce fut pendant quelques-unes de ces excursions qu'il arriva &agrave; Harry, plus particuli&egrave;rement, d'&ecirc;tre frapp&eacute; de certains ph&eacute;nom&egrave;nes, dont il cherchait en vain l'explication.</p>
+
+<p>Ainsi, plusieurs fois, lorsqu'il suivait quelque &eacute;troite contre galerie, il lui sembla entendre des bruits analogues &agrave; ceux qu'auraient pu produire de violents coups de pic, frapp&eacute;s sur la paroi remblay&eacute;e.</p>
+
+<p>Harry, que le surnaturel, non plus que le naturel, ne pouvait effrayer, avait press&eacute; le pas pour surprendre la cause de ce myst&eacute;rieux travail.</p>
+
+<p>Le tunnel &eacute;tait d&eacute;sert. La lampe du jeune mineur, promen&eacute;e sur la paroi, n'avait laiss&eacute; voir aucune trace r&eacute;cente de coups de pince ou de pic. Harry se demandait donc s'il n'&eacute;tait pas le jouet d'une illusion d'acoustique, de quelque bizarre ou fantasque &eacute;cho.</p>
+
+<p>D'autres fois, en projetant subitement une vive lumi&egrave;re vers une anfractuosit&eacute; suspecte, il avait cru voir passer une ombre. Il s'&eacute;tait &eacute;lanc&eacute;... Rien, alors m&ecirc;me qu'aucune issue n'e&ucirc;t permis &agrave; un &ecirc;tre humain de se d&eacute;rober &agrave; sa poursuite&nbsp;!</p>
+
+<p>A deux reprises depuis un mois, Harry, visitant la partie ouest de la fosse, entendit distinctement des d&eacute;tonations lointaines, comme si quelque mineur e&ucirc;t fait &eacute;clater une cartouche de dynamite.</p>
+
+<p>La derni&egrave;re fois, apr&egrave;s de minutieuses recherches, il avait reconnu qu'un pilier venait d'&ecirc;tre &eacute;ventr&eacute; par un coup de mine.</p>
+
+<p>A la clart&eacute; de sa lampe, Harry examina attentivement la paroi attaqu&eacute;e par la mine. Elle n'&eacute;tait point faite d'un simple remblayage de pierres, mais d'un pan de schiste, qui avait p&eacute;n&eacute;tr&eacute; &agrave; cette profondeur dans l'&eacute;tage du gisement houiller. Le coup de mine avait-il eu pour objet de provoquer la d&eacute;couverte d'un nouveau filon&nbsp;? N'avait-on voulu que produire un &eacute;boulement de cette portion de la houill&egrave;re&nbsp;? C'est ce que se demanda Harry, et, quand il fit conna&icirc;tre ce fait &agrave; son p&egrave;re, ni le vieil overman, ni lui ne purent r&eacute;soudre la question d'une fa&ccedil;on satisfaisante.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;C'est singulier, r&eacute;p&eacute;tait souvent Harry. La pr&eacute;sence dans la mine d'un &ecirc;tre inconnu semble impossible, et, cependant, elle ne peut &ecirc;tre mise en doute&nbsp;! Un autre que nous voudrait-il donc chercher s'il n'existe pas encore quelque veine exploitable&nbsp;? Ou plut&ocirc;t, ne tenterait-il pas d'an&eacute;antir ce qui reste des houill&egrave;res d'Aberfoyle&nbsp;? Mais dans quel but&nbsp;? Je le saurai, quand il devrait m'en co&ucirc;ter la vie&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Quinze jours avant cette journ&eacute;e, pendant laquelle Harry Ford guidait l'ing&eacute;nieur &agrave; travers le d&eacute;dale de la fosse Dochart, il s'&eacute;tait vu sur le point d'atteindre le but de ses recherches.</p>
+
+<p>Il parcourait l'extr&eacute;mit&eacute; du sud-ouest de la houill&egrave;re, un puissant fanal &agrave; la main.</p>
+
+<p>Tout &agrave; coup, il lui sembla qu'une lumi&egrave;re venait de s'&eacute;teindre, &agrave; quelques centaines de pieds devant lui, au fond d'une &eacute;troite chemin&eacute;e, qui coupait obliquement le massif. Il se pr&eacute;cipita vers la lueur suspecte...</p>
+
+<p>Recherche inutile. Comme Harry n'admettait pas pour les choses physiques d'explication surnaturelle, il en conclut que, certainement, un &ecirc;tre inconnu r&ocirc;dait dans la fosse. Mais, quoi qu'il f&icirc;t, cherchant avec le plus extr&ecirc;me soin, scrutant les moindres anfractuosit&eacute;s de la galerie, il en fut pour sa peine, et ne put arriver &agrave; une certitude quelconque.</p>
+
+<p>Harry s'en remit donc au hasard pour lui d&eacute;voiler ce myst&egrave;re. De loin en loin, il vit encore appara&icirc;tre des lueurs qui voltigeaient d'un point &agrave; l'autre comme des feux de Saint-Elme; mais leur apparition n'avait que la dur&eacute;e d'un &eacute;clair et il fallut renoncer &agrave; en d&eacute;couvrir la cause.</p>
+
+<p>Si Jack Ryan et les autres superstitieux de la houill&egrave;re eussent aper&ccedil;u ces flammes fantastiques, ils n'auraient certainement pas manqu&eacute; de crier au surnaturel&nbsp;!.</p>
+
+<p>Mais Harry n'y songeait m&ecirc;me pas. Le vieux Simon non plus. Et lorsque tous deux causaient de ces ph&eacute;nom&egrave;nes, dus &eacute;videmment &agrave; une cause purement physique&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Mon gar&ccedil;on, r&eacute;pondait le vieil overman, attendons&nbsp;! Tout cela s'expliquera quelque jour&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Toutefois, il faut observer que jamais, jusqu'alors, ni Harry, ni son p&egrave;re n'avaient &eacute;t&eacute; en butte &agrave; un acte de violence.</p>
+
+<p>Si la pierre, tomb&eacute;e ce jour m&ecirc;me aux pieds de James Starr, avait &eacute;t&eacute; lanc&eacute;e par la main d'un malfaiteur, c'&eacute;tait le premier acte criminel de ce genre.</p>
+
+<p>James Starr, interrog&eacute;, fut d'avis que cette pierre s'&eacute;tait d&eacute;tach&eacute;e de la vo&ucirc;te de la galerie. Mais Harry n'admit pas une explication si simple. La pierre, suivant lui, n'&eacute;tait pas tomb&eacute;e, elle avait &eacute;t&eacute; lanc&eacute;e. A moins de rebondir, elle n'e&ucirc;t jamais d&eacute;crit une trajectoire, si elle n'e&ucirc;t &eacute;t&eacute; mue par une impulsion &eacute;trang&egrave;re.</p>
+
+<p>Harry voyait donc l&agrave; une tentative directe contre lui et son p&egrave;re, ou m&ecirc;me contre l'ing&eacute;nieur. Apr&egrave;s ce qu'on sait, peut-&ecirc;tre conviendra-t-on qu'il &eacute;tait fond&eacute; &agrave; le croire.</p>
+
+<p><br>
+</p>
+
+<center>
+<h4>VII</h4>
+
+<h4>Une exp&eacute;rience de Simon Ford</h4>
+</center>
+
+<p>Midi sonnait &agrave; la vieille horloge de bois de la salle, lorsque James Starr et ses deux compagnons quitt&egrave;rent le cottage.</p>
+
+<p>La lumi&egrave;re, p&eacute;n&eacute;trant &agrave; travers le puits d'a&eacute;ration, &eacute;clairait vaguement la clairi&egrave;re. La lampe d'Harry e&ucirc;t &eacute;t&eacute; inutile alors, mais elle ne devait pas tarder &agrave; servir, car c'&eacute;tait vers l'extr&eacute;mit&eacute; m&ecirc;me de la fosse Dochart que le vieil overman allait conduire l'ing&eacute;nieur.</p>
+
+<p>Apr&egrave;s avoir suivi sur un espace de deux milles la galerie principale, les trois explorateurs &mdash; on verra qu'il s'agissait d'une exploration &mdash; arriv&egrave;rent &agrave; l'orifice d'un &eacute;troit tunnel. C'&eacute;tait comme une contre-nef dont la vo&ucirc;te reposait sur un boisage, tapiss&eacute; d'une mousse blanch&acirc;tre. Elle suivait &agrave; peu pr&egrave;s la ligne que tra&ccedil;ait, &agrave; quinze cents pieds au-dessus, le haut cours du Forth.</p>
+
+<p>Pour le cas o&ugrave; James Starr e&ucirc;t &eacute;t&eacute; moins familiaris&eacute; qu'autrefois avec le d&eacute;dale de la fosse Dochart, Simon Ford lui rappelait les dispositions du plan g&eacute;n&eacute;ral, en les comparant au trac&eacute; g&eacute;ographique du sol.</p>
+
+<p>James Starr et Simon Ford marchaient donc en causant.</p>
+
+<p>En avant, Harry &eacute;clairait la route. Il cherchait, en projetant brusquement de vifs &eacute;clats lumineux vers les sombres anfractuosit&eacute;s, &agrave; d&eacute;couvrir quelque ombre suspecte.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Irons-nous loin ainsi, vieux Simon&nbsp;? demanda l'ing&eacute;nieur.</p>
+
+<p>&mdash; Encore un demi-mille, monsieur James&nbsp;! Autrefois, nous aurions fait cette route en berline, sur les tramways &agrave; traction m&eacute;canique&nbsp;! Mais que ces temps sont loin&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Nous nous dirigeons donc vers l'extr&eacute;mit&eacute; du dernier filon&nbsp;? demanda James Starr.</p>
+
+<p>&mdash; Oui.&nbsp;! Je vois que vous connaissez encore bien la mine.</p>
+
+<p>&mdash; Eh&nbsp;! Simon, r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur, il serait difficile d'aller plus loin, si je ne me trompe&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; En effet, monsieur James. C'est l&agrave; que nos rivelaines ont arrach&eacute; le dernier morceau de houille du gisement&nbsp;! Je me le rappelle comme si j'y &eacute;tais encore&nbsp;! C'est moi qui ai donn&eacute; ce dernier coup, et il a retenti dans ma poitrine plus violemment que sur la roche&nbsp;! Tout n'&eacute;tait plus que gr&egrave;s ou schiste autour de nous, et, quand le wagonnet a roul&eacute; vers le puits d'extraction, je l'ai suivi, le c&oelig;ur &eacute;mu, comme on suit un convoi de pauvre&nbsp;! Il me semblait que c'&eacute;tait l'&acirc;me de la mine qui s'en allait avec lui&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>La gravit&eacute; avec laquelle le vieil overman pronon&ccedil;a ces paroles impressionna l'ing&eacute;nieur, bien pr&egrave;s de partager de tels sentiments. Ce sont ceux du marin qui abandonne son navire d&eacute;sempar&eacute;, ceux du laird qui voit abattre la maison de ses anc&ecirc;tres&nbsp;!</p>
+
+<p>James Starr avait serr&eacute; la main de Simon Ford. Mais, &agrave; son tour, celui-ci venait de prendre la main de l'ing&eacute;nieur, et la pressant fortement&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Ce jour-l&agrave;, nous nous &eacute;tions tous tromp&eacute;s, dit-il. Non&nbsp;! La vieille houill&egrave;re n'&eacute;tait pas morte&nbsp;! Ce n'&eacute;tait pas un cadavre que les mineurs allaient abandonner, et j'oserais affirmer, monsieur James, que son c&oelig;ur bat encore&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Parlez donc, Simon&nbsp;! vous avez d&eacute;couvert un nouveau filon&nbsp;? s'&eacute;cria l'ing&eacute;nieur, qui ne fut pas ma&icirc;tre de lui. Je le savais bien&nbsp;! votre lettre ne pouvait signifier autre chose&nbsp;! Une communication &agrave; me faire, et cela dans la fosse Dochart&nbsp;! Et quelle autre d&eacute;couverte que celle d'une couche carbonif&egrave;re aurait pu m'int&eacute;resser&nbsp;?...</p>
+
+<p>&mdash; Monsieur James, r&eacute;pondit Simon Ford, je n'ai pas voulu pr&eacute;venir un autre que vous...</p>
+
+<p>&mdash; Et vous avez bien fait, Simon&nbsp;! Mais dites-moi comment, par quels sondages, vous vous &ecirc;tes assur&eacute;&nbsp;?...</p>
+
+<p>&mdash; &Eacute;coutez-moi, monsieur James, r&eacute;pondit Simon Ford. Ce n'est pas un gisement que j'ai retrouv&eacute;...</p>
+
+<p>&mdash; Qu'est-ce donc&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; C'est seulement la preuve mat&eacute;rielle que ce gisement existe.</p>
+
+<p>&mdash; Et cette preuve&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Pouvez-vous admettre qu'il se d&eacute;gage du grisou des entrailles du sol, si la houille n'est pas l&agrave; pour le produire&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Non, certes&nbsp;! r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur. Pas de charbon, pas de grisou&nbsp;! Il n'y a pas d'effets sans cause...</p>
+
+<p>&mdash; Comme il n'y a pas de fum&eacute;e sans feu&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Et vous avez constat&eacute;, &agrave; nouveau, la pr&eacute;sence de l'hydrog&egrave;ne protocarbon&eacute;&nbsp;?...</p>
+
+<p>&mdash; Un vieux mineur ne s'y laisserait pas prendre, r&eacute;pondit Simon Ford. J'ai reconnu l&agrave; notre vieil ennemi, le grisou&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Mais si c'&eacute;tait un autre gaz&nbsp;! dit James Starr. Le grisou est presque sans odeur, il est sans couleur&nbsp;! Il ne trahit v&eacute;ritablement sa pr&eacute;sence que par l'explosion&nbsp;!...</p>
+
+<p>&mdash; Monsieur James, r&eacute;pondit Simon Ford, voulez-vous me permettre de vous raconter ce que j'ai fait... et comment je l'ai fait... &agrave; ma fa&ccedil;on, en excusant les longueurs&nbsp;?&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>James Starr connaissait le vieil overman, et savait que le mieux &eacute;tait de le laisser aller.</p>
+
+<p>&mdash; Monsieur James, reprit Simon Ford, depuis dix ans, il ne s'est pas pass&eacute; un jour sans qu'Harry et moi, nous ayons song&eacute; &agrave; rendre &agrave; la houill&egrave;re son ancienne prosp&eacute;rit&eacute;, &mdash; non, pas un jour&nbsp;! S'il existait encore quelque gisement, nous &eacute;tions d&eacute;cid&eacute;s &agrave; le d&eacute;couvrir. Quels moyens employer&nbsp;? Les sondages&nbsp;? Cela ne nous &eacute;tait pas possible, mais nous avions l'instinct du mineur, et souvent on va plus droit au but par l'instinct que par la raison. &mdash; Du moins, c'est mon id&eacute;e...</p>
+
+<p>&mdash; Que je ne contredis pas, r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur.</p>
+
+<p>&mdash; Or, voici ce qu'Harry avait une ou deux fois observ&eacute; pendant ses excursions dans l'ouest de la houill&egrave;re. Des feux, qui s'&eacute;teignaient soudain, apparaissaient quelquefois &agrave; travers le schiste ou le remblai des galeries extr&ecirc;mes. Par quelle cause ces feux s'allumaient-ils&nbsp;? Je ne pouvais et je ne puis le dire encore. Mais enfin, ces feux n'&eacute;taient &eacute;videmment dus qu'&agrave; la pr&eacute;sence du grisou, et, pour moi, le grisou, c'&eacute;tait le filon de houille.</p>
+
+<p>&mdash; Ces feux ne produisaient aucune explosion&nbsp;? demanda vivement l'ing&eacute;nieur.</p>
+
+<p>&mdash; Si, de petites explosions partielles, r&eacute;pondit Simon Ford, et telles que j'en provoquai moi-m&ecirc;me, lorsque je voulus constater la pr&eacute;sence de ce grisou, vous vous souvenez de quelle mani&egrave;re on cherchait autrefois &agrave; pr&eacute;venir les explosions dans les mines, avant que notre bon g&eacute;nie, Humphry Davy, e&ucirc;t invent&eacute; sa lampe de s&ucirc;ret&eacute;&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Oui, r&eacute;pondit James Starr. vous voulez parler du &laquo;&nbsp;p&eacute;nitent&nbsp;&raquo;&nbsp;? Mais je ne l'ai jamais vu dans l'exercice de ses fonctions.</p>
+
+<p>&mdash; En effet, monsieur James, vous &ecirc;tes trop jeune, malgr&eacute; vos cinquante-cinq ans, pour avoir vu cela. Mais moi, avec dix ans de plus que vous, j'ai vu fonctionner le dernier p&eacute;nitent de la houill&egrave;re. On l'appelait ainsi parce qu'il portait une grande robe de moine. Son nom vrai &eacute;tait le &laquo;&nbsp;fireman&nbsp;&raquo;, l'homme du feu. A cette &eacute;poque, on n'avait d'autre moyen de d&eacute;truire le mauvais gaz qu'en le d&eacute;composant par de petites explosions, avant que sa l&eacute;g&egrave;ret&eacute; l'e&ucirc;t amass&eacute; en trop grandes quantit&eacute;s dans les hauteurs des galeries. C'est pourquoi le p&eacute;nitent, la face masqu&eacute;e, la t&ecirc;te encapuchonn&eacute;e dans son &eacute;paisse cagoule, tout le corps &eacute;troitement serr&eacute; dans sa robe de bure, allait en rampant sur le sol. Il respirait dans les basses couches, dont l'air &eacute;tait pur, et, de sa main droite, il promenait, en l'&eacute;levant au-dessus de sa t&ecirc;te, une torche enflamm&eacute;e. Lorsque le grisou se trouvait r&eacute;pandu dans l'air de mani&egrave;re &agrave; former un m&eacute;lange d&eacute;tonant, l'explosion se produisait sans &ecirc;tre funeste, et, en renouvelant souvent cette op&eacute;ration, on parvenait &agrave; pr&eacute;venir les catastrophes. Quelquefois, le p&eacute;nitent, frapp&eacute; d'un coup de grisou, mourait &agrave; la peine. Un autre le rempla&ccedil;ait. Ce fut ainsi jusqu'au moment o&ugrave; la lampe de Davy fut adopt&eacute;e dans toutes les houill&egrave;res. Mais je connaissais le proc&eacute;d&eacute;, et c'est en l'employant que j'ai reconnu la pr&eacute;sence du grisou, et, par cons&eacute;quent, celle d'un nouveau gisement carbonif&egrave;re dans la fosse Dochart.&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Tout ce que le vieil overman avait racont&eacute; du p&eacute;nitent &eacute;tait rigoureusement exact. C'est ainsi que l'on proc&eacute;dait autrefois dans les houill&egrave;res pour purifier l'air des galeries.</p>
+
+<p>Le grisou, autrement dit l'hydrog&egrave;ne protocarbon&eacute; ou gaz des marais, incolore, presque inodore, ayant un pouvoir peu &eacute;clairant, est absolument impropre &agrave; la respiration. Le mineur ne saurait vivre dans un milieu rempli de ce gaz malfaisant, &mdash; pas plus qu'on ne pourrait vivre au milieu d'un gazom&egrave;tre plein de gaz d'&eacute;clairage. En outre, de m&ecirc;me que celui-ci, qui est de l'hydrog&egrave;ne bicarbon&eacute;, le grisou forme un m&eacute;lange d&eacute;tonant, d&egrave;s que l'air y entre dans une proportion de huit et peut-&ecirc;tre m&ecirc;me de cinq pour cent. L'inflammation de ce m&eacute;lange se fait-elle par une cause quelconque, il y a explosion, presque toujours suivie d'&eacute;pouvantables catastrophes.</p>
+
+<p>C'est &agrave; ce danger que pare l'appareil de Davy, en isolant la flamme des lampes dans un tube de toile m&eacute;tallique, qui br&ucirc;le le gaz &agrave; l'int&eacute;rieur du tube, sans jamais laisser l'inflammation se propager au-dehors. Cette lampe de s&ucirc;ret&eacute; a &eacute;t&eacute; perfectionn&eacute;e de vingt fa&ccedil;ons. Si elle vient &agrave; se briser, elle s'&eacute;teint. Si, malgr&eacute; les d&eacute;fenses formelles, le mineur veut l'ouvrir, elle s'&eacute;teint encore. Pourquoi donc les explosions se produisent-elles&nbsp;? C'est que rien ne peut obvier &agrave; l'imprudence d'un ouvrier qui veut quand m&ecirc;me allumer sa pipe, ni au choc de l'outil qui peut produire une &eacute;tincelle.</p>
+
+<p>Toutes les houill&egrave;res ne sont pas infect&eacute;es par le grisou. Dans celles o&ugrave; il ne s'en produit pas, on autorise l'emploi de la lampe ordinaire. Telle est, entre autres, la fosse Thiers, aux mines d'Anzin. Mais, lorsque la houille du gisement exploit&eacute; est grasse, elle renferme une certaine quantit&eacute; de mati&egrave;res volatiles, et le grisou peut s'&eacute;chapper avec une grande abondance. La lampe de s&ucirc;ret&eacute; seule est combin&eacute;e de mani&egrave;re &agrave; emp&ecirc;cher des explosions d'autant plus terribles, que les mineurs qui n'ont pas &eacute;t&eacute; directement atteints par le coup de grisou, courent risque d'&ecirc;tre instantan&eacute;ment asphyxi&eacute;s dans les galeries remplies du gaz d&eacute;l&eacute;t&egrave;re, form&eacute; apr&egrave;s l'inflammation, c'est-&agrave;-dire d'acide carbonique.</p>
+
+<p>Tout en marchant, Simon Ford apprit &agrave; l'ing&eacute;nieur ce qu'il avait fait pour atteindre son but, comment il s'&eacute;tait assur&eacute; que le d&eacute;gagement du grisou se faisait au fond m&ecirc;me de l'extr&ecirc;me galerie de la fosse, dans sa portion occidentale, de quelle fa&ccedil;on il avait provoqu&eacute; &agrave; l'affleurement des feuillets de schistes quelques explosions partielles, ou plut&ocirc;t certaines inflammations, qui ne laissaient aucun doute sur la nature du gaz, dont la fuite s'op&eacute;rait &agrave; petite dose, mais d'une mani&egrave;re permanente.</p>
+
+<p>Une heure apr&egrave;s avoir quitt&eacute; le cottage, James Starr et ses deux compagnons avaient franchi une distance de quatre milles. L'ing&eacute;nieur, entra&icirc;n&eacute; par le d&eacute;sir et l'espoir, venait de faire ce trajet sans aucunement songer &agrave; sa longueur. Il r&eacute;fl&eacute;chissait &agrave; tout ce que lui disait le vieux mineur. Il pesait, mentalement, les arguments que celui-ci donnait en faveur de sa th&egrave;se. Il croyait, avec lui, que cette &eacute;mission continue d'hydrog&egrave;ne protocarbon&eacute; indiquait, avec certitude, l'existence d'un nouveau gisement carbonif&egrave;re. Si ce n'e&ucirc;t &eacute;t&eacute; qu'une sorte de poche, pleine de gaz, comme il s'en rencontre quelquefois entre les feuillets, elle se f&ucirc;t promptement vid&eacute;e, et le ph&eacute;nom&egrave;ne e&ucirc;t cess&eacute; de se produire. Mais loin de l&agrave;. Au dire de Simon Ford, l'hydrog&egrave;ne se d&eacute;gageait sans cesse, et l'on en pouvait conclure &agrave; l'existence de quelque important filon. Cons&eacute;quemment, les richesses de la fosse Dochart pouvaient n'&ecirc;tre pas enti&egrave;rement &eacute;puis&eacute;es. Toutefois, s'agissait-il d'une couche dont le rendement serait peu consid&eacute;rable, ou d'un gisement occupant un large &eacute;tage du terrain houiller&nbsp;? c'&eacute;tait l&agrave;, v&eacute;ritablement, la grosse question.</p>
+
+<p>Harry, qui pr&eacute;c&eacute;dait son p&egrave;re et l'ing&eacute;nieur, s'&eacute;tait arr&ecirc;t&eacute;.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Nous voici arriv&eacute;s&nbsp;! s'&eacute;cria le vieux mineur. Enfin, gr&acirc;ce &agrave; Dieu, monsieur James, vous &ecirc;tes l&agrave;, et nous allons savoir...&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>La voix si ferme du vieil overman tremblait l&eacute;g&egrave;rement.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Mon brave Simon, lui dit l'ing&eacute;nieur, calmez-vous&nbsp;! Je suis aussi &eacute;mu que vous l'&ecirc;tes, mais il ne faut pas perdre de temps&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>A cet endroit, l'extr&ecirc;me galerie de la fosse formait en s'&eacute;vasant une sorte de caverne obscure. Aucun puits n'avait &eacute;t&eacute; fonc&eacute; dans cette portion du massif, et la galerie, profond&eacute;ment ouverte dans les entrailles du sol, &eacute;tait sans communication directe avec la surface du comt&eacute; de Stirling.</p>
+
+<p>James Starr, vivement int&eacute;ress&eacute;, examinait d'un &oelig;il grave l'endroit o&ugrave; il se trouvait.</p>
+
+<p>On voyait encore sur la paroi terminale de cette caverne la marque des derniers coups de pic, et m&ecirc;me quelques trous de cartouches, qui avaient provoqu&eacute; l'&eacute;clatement de la roche, vers la fin de l'exploitation. Cette mati&egrave;re schisteuse &eacute;tait extr&ecirc;mement dure, et il n'avait pas &eacute;t&eacute; n&eacute;cessaire de remblayer les assises de ce cul-de-sac, au fond duquel les travaux avaient d&ucirc; s'arr&ecirc;ter. L&agrave;, en effet, venait mourir le filon carbonif&egrave;re, entre les schistes et les gr&egrave;s du terrain tertiaire. L&agrave;, &agrave; cette place m&ecirc;me, avait &eacute;t&eacute; extrait le dernier morceau de combustible de la fosse Dochart.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;C'est ici, monsieur James, dit Simon Ford en soulevant son pic, c'est ici que nous attaquerons la faille, car, derri&egrave;re cette paroi, &agrave; une profondeur plus ou moins consid&eacute;rable, se trouve assur&eacute;ment le nouveau filon dont j'affirme l'existence.</p>
+
+<p>&mdash; Et c'est &agrave; la surface de ces roches, demanda James Starr, que vous avez constat&eacute; la pr&eacute;sence du grisou&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; L&agrave; m&ecirc;me, monsieur James, r&eacute;pondit Simon Ford, et j'ai pu l'allumer rien qu'en approchant ma lampe, &agrave; l'affleurement des feuillets. Harry l'a fait comme moi.</p>
+
+<p>&mdash; A quelle hauteur&nbsp;? demanda James Starr.</p>
+
+<p>&mdash; A dix pieds au-dessus du sol&nbsp;&raquo;, r&eacute;pondit Harry.</p>
+
+<p>James Starr s'&eacute;tait assis sur une roche. On e&ucirc;t dit que, apr&egrave;s avoir hum&eacute; l'air de la caverne, il regardait les deux mineurs, comme s'il se f&ucirc;t pris &agrave; douter de leurs paroles, si affirmatives cependant.</p>
+
+<p>C'est que, en effet, l'hydrog&egrave;ne protocarbon&eacute; n'est pas compl&egrave;tement inodore, et l'ing&eacute;nieur &eacute;tait tout d'abord &eacute;tonn&eacute; que son odorat, qu'il avait tr&egrave;s fin, ne lui e&ucirc;t pas r&eacute;v&eacute;l&eacute; la pr&eacute;sence du gaz explosif. En tout cas, si ce gaz &eacute;tait m&ecirc;l&eacute; &agrave; l'air ambiant, ce n'&eacute;tait qu'&agrave; bien faible dose. Donc, pas d'explosion &agrave; craindre, et l'on pouvait sans danger ouvrir la lampe de s&ucirc;ret&eacute; pour tenter l'exp&eacute;rience, ainsi que le vieux mineur l'avait d&eacute;j&agrave; fait.</p>
+
+<p>Ce qui inqui&eacute;tait James Starr en ce moment, ce n'&eacute;tait donc pas qu'il y e&ucirc;t trop de gaz m&eacute;lang&eacute; &agrave; l'air, c'&eacute;tait qu'il n'y en e&ucirc;t pas assez, &mdash; et m&ecirc;me pas du tout.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Se seraient-ils tromp&eacute;s&nbsp;? murmura-t-il. Non&nbsp;! Ce sont des hommes qui s'y connaissent&nbsp;! Et pourtant&nbsp;!...&nbsp;&raquo; Il attendait donc, non sans une certaine anxi&eacute;t&eacute;, que le ph&eacute;nom&egrave;ne signal&eacute; par Simon Ford s'accompl&icirc;t en sa pr&eacute;sence. Mais, &agrave; ce moment, il para&icirc;t que ce qu'il venait d'observer, c'est-&agrave;-dire cette absence de l'odeur caract&eacute;ristique du grisou, avait &eacute;t&eacute; aussi remarqu&eacute;e par Harry, car celui-ci, d'une voix alt&eacute;r&eacute;e, dit&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;P&egrave;re, il semble que la fuite du gaz ne se fait plus &agrave; travers les feuillets de schiste&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Ne se fait plus&nbsp;!&nbsp;:..&nbsp;&raquo; s'&eacute;cria le vieux mineur.</p>
+
+<p>Et Simon Ford, apr&egrave;s avoir herm&eacute;tiquement serr&eacute; ses l&egrave;vres, aspira fortement du nez, &agrave; plusieurs reprises.</p>
+
+<p>Puis, tout d'un coup, et d'un mouvement brusque&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Donne ta lampe, Harry&nbsp;!&nbsp;&raquo; dit-il.</p>
+
+<p>Simon Ford prit la lampe d'une main qui s'agitait f&eacute;brilement. Il d&eacute;vissa l'enveloppe de toile m&eacute;tallique qui entourait la m&egrave;che, et la flamme br&ucirc;la &agrave; l'air libre.</p>
+
+<p>Ainsi qu'on s'y attendait, il ne se produisit aucune explosion; mais, ce qui &eacute;tait plus grave, il ne se fit pas m&ecirc;me ce l&eacute;ger gr&eacute;sillement, qui indique la pr&eacute;sence du grisou &agrave; faible dose.</p>
+
+<p>Simon Ford prit le b&acirc;ton que tenait Harry, et, fixant la lampe &agrave; son extr&eacute;mit&eacute;, il l'&eacute;leva dans les couches d'air sup&eacute;rieures, l&agrave; o&ugrave; le gaz, en raison de sa l&eacute;g&egrave;ret&eacute; sp&eacute;cifique, aurait d&ucirc; plut&ocirc;t s'accumuler, en si minime quantit&eacute; que ce f&ucirc;t.</p>
+
+<p>La flamme de la lampe, droite et blanche, ne d&eacute;cela aucune trace d'hydrog&egrave;ne protocarbon&eacute;.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;A la paroi&nbsp;! dit l'ing&eacute;nieur.</p>
+
+<p>&mdash; Oui&nbsp;!&nbsp;&raquo; r&eacute;pondit Simon Ford, en portant la lampe sur cette partie de la paroi &agrave; travers laquelle son fils et lui avaient, la veille encore, constat&eacute; la fuite du gaz.</p>
+
+<p>Le bras du vieux mineur tremblait, tandis qu'il essayait de promener la lampe &agrave; la hauteur des fissures du feuillet de schiste.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Remplace-moi, Harry&nbsp;&raquo;, dit-il.</p>
+
+<p>Harry prit le b&acirc;ton et pr&eacute;senta successivement la lampe aux divers points de la paroi o&ugrave; les feuillets semblaient se d&eacute;doubler... mais il secouait la t&ecirc;te, car ce l&eacute;ger craquement, particulier au grisou qui s'&eacute;chappe, n'arrivait pas &agrave; son oreille.</p>
+
+<p>L'inflammation ne se fit pas. Il &eacute;tait donc &eacute;vident qu'aucune mol&eacute;cule de gaz ne fusait &agrave; travers la paroi.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Rien&nbsp;!&nbsp;&raquo; s'&eacute;cria Simon Ford, dont le poing se tendit sous une impression de col&egrave;re plut&ocirc;t que de d&eacute;sappointement.</p>
+
+<p>Un cri s'&eacute;chappa alors de la bouche d'Harry.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Qu'as-tu&nbsp;? demanda vivement James Starr.</p>
+
+<p>&mdash; On a bouch&eacute; les fissures du schiste&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Dis-tu vrai&nbsp;? s'&eacute;cria le vieux mineur.</p>
+
+<p>&mdash; Regardez, p&egrave;re&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Harry ne s'&eacute;tait pas tromp&eacute;. L'obturation des fissures &eacute;tait nettement visible &agrave; la lumi&egrave;re de la lampe. Un lutage, r&eacute;cemment pratiqu&eacute; et fait &agrave; la chaux, laissait voir sur la paroi une longue trace blanch&acirc;tre, mal dissimul&eacute;e sous une couche de poussi&egrave;re de charbon.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Lui&nbsp;! s'&eacute;cria Hardy. Ce ne peut &ecirc;tre que lui&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Lui&nbsp;! r&eacute;p&eacute;ta James Starr.</p>
+
+<p>&mdash; Oui&nbsp;! r&eacute;pondit le jeune homme, cet &ecirc;tre myst&eacute;rieux qui hante notre domaine, celui que j'ai cent fois guett&eacute; sans pouvoir l'atteindre, l'auteur, d&egrave;s &agrave; pr&eacute;sent certain, de cette lettre qui voulait vous emp&ecirc;cher de venir au rendez-vous que vous donnait mon p&egrave;re, monsieur Starr, celui, enfin, qui nous a lanc&eacute; cette pierre dans la galerie du puits Yarow&nbsp;! Ah&nbsp;! aucun doute n'est plus possible&nbsp;! La main d'un homme est dans tout cela&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Harry avait parl&eacute; avec une telle &eacute;nergie, que sa conviction passa instantan&eacute;ment et tout enti&egrave;re dans l'esprit de l'ing&eacute;nieur. Quant au vieil overman, il n'&eacute;tait plus &agrave; convaincre. D'ailleurs, on se trouvait en pr&eacute;sence d'un fait ind&eacute;niable&nbsp;: l'obturation des fissures &agrave; travers lesquelles le gaz s'&eacute;chappait librement la veille.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Prends ton pic, Harry, s'&eacute;cria Simon Ford. Monte sur mes &eacute;paules, mon gar&ccedil;on&nbsp;! Je suis assez solide encore pour te porter&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Harry avait compris. Son p&egrave;re s'accota &agrave; la paroi. Harry s'&eacute;leva sur ses &eacute;paules, de mani&egrave;re que son pic p&ucirc;t atteindre la trace suffisamment visible du lutage. Puis, &agrave; coups redoubl&eacute;s, il entama la partie de roche schisteuse que ce lutage recouvrait.</p>
+
+<p>Aussit&ocirc;t un l&eacute;ger p&eacute;tillement se produisit, semblable &agrave; celui que fait le vin de Champagne lorsqu'il s'&eacute;chappe d'une bouteille,&mdash; bruit qui, dans les houill&egrave;res anglaises, est connu sous le nom onomatopique de &laquo;&nbsp;puff&nbsp;&raquo;.</p>
+
+<p>Harry saisit alors sa lampe, et il l'approcha de la fissure...</p>
+
+<p>Une l&eacute;g&egrave;re d&eacute;tonation se fit entendre, et une petite flamme rouge, un peu bleu&acirc;tre &agrave; son contour, voltigea sur la paroi, comme e&ucirc;t fait un follet de feu Saint-Elme.</p>
+
+<p>Harry sauta aussit&ocirc;t &agrave; terre, et le vieil overman, ne pouvant contenir sa joie, saisit les mains de l'ing&eacute;nieur, en s'&eacute;criant&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Hurrah&nbsp;! hurrah&nbsp;! hurrah&nbsp;! monsieur James&nbsp;! Le grisou br&ucirc;le&nbsp;! Donc, le filon est l&agrave;&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p><br>
+</p>
+
+<center>
+<h4>VIII</h4>
+
+<h4>Un coup de dynamite</h4>
+</center>
+
+<p>L'experience annonc&eacute;e par le vieil overman avait r&eacute;ussi. L'hydrog&egrave;ne protocarbon&eacute;, on le sait, ne se d&eacute;veloppe que dans les gisements houillers. Donc, l'existence d'un filon du pr&eacute;cieux combustible ne pouvait &ecirc;tre mise en doute. Quelles &eacute;taient son importance et sa qualit&eacute;&nbsp;? on les d&eacute;terminerait plus tard.</p>
+
+<p>Telles furent les cons&eacute;quences que l'ing&eacute;nieur d&eacute;duisit du ph&eacute;nom&egrave;ne qu'il venait d'observer. Elles &eacute;taient en tout conformes &agrave; celles qu'en avait d&eacute;j&agrave; tir&eacute;es Simon Ford.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Oui, se dit James Starr, derri&egrave;re cette paroi s'&eacute;tend une couche carbonif&egrave;re que nos sondages n'ont pas su atteindre&nbsp;! Cela est f&acirc;cheux, puisque tout l'outillage de la mine abandonn&eacute;e depuis dix ans, est maintenant &agrave; refaire&nbsp;! N'importe&nbsp;! Nous avons retrouv&eacute; la veine que l'on croyait &eacute;puis&eacute;e, et, cette fois, nous l'exploiterons jusqu'au bout&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Eh bien, monsieur James, demanda Simon Ford, que pensez-vous de notre d&eacute;couverte&nbsp;? Ai-je eu tort de vous d&eacute;ranger&nbsp;? Regrettez-vous cette derni&egrave;re visite faite &agrave; la fosse Dochart&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Non, non, mon vieux compagnon&nbsp;! r&eacute;pondit James Starr. Nous n'avons pas perdu notre temps, mais nous le perdrions maintenant, si nous ne retournions imm&eacute;diatement au cottage. Demain, nous reviendrons ici. Nous ferons &eacute;clater cette paroi &agrave; coups de dynamite. Nous mettrons au jour l'affleurement du nouveau filon, et, apr&egrave;s une s&eacute;rie de sondages, si la couche para&icirc;t &ecirc;tre importante, je reconstituerai une Soci&eacute;t&eacute; de la Nouvelle Aberfoyle, &agrave; l'extr&ecirc;me satisfaction des anciens actionnaires&nbsp;! Avant trois mois, il faut que les premi&egrave;res bennes de houille aient &eacute;t&eacute; extraites du nouveau gisement&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Bien parl&eacute;, monsieur James&nbsp;! s'&eacute;cria Simon Ford. La vieille houill&egrave;re va donc rajeunir, comme une veuve qui se remarie&nbsp;! L'animation des anciens jours recommencera avec les coups de pioche, les coups de pic, les coups de mine, le roulement des wagons, le hennissement des chevaux, le grincement des bennes, le grondement des machines&nbsp;! Je reverrai donc tout cela, moi&nbsp;! J'esp&egrave;re, monsieur James, que vous ne me trouverez pas trop vieux pour reprendre mes fonctions d'overman&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Non, brave Simon, non, certes&nbsp;! vous &ecirc;tes rest&eacute; plus jeune que moi, mon vieux camarade&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Et, que saint Mungo nous prot&egrave;ge&nbsp;! vous serez encore notre &laquo;&nbsp;viewer&nbsp;&raquo;&nbsp;! Puisse la nouvelle exploitation durer de longues ann&eacute;es, et fasse le Ciel que j'aie la consolation de mourir sans en avoir vu la fin&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>La joie du vieux mineur d&eacute;bordait. James Starr la partageait tout enti&egrave;re, mais il laissait Simon Ford s'enthousiasmer pour deux.</p>
+
+<p>Seul, Harry demeurait pensif. Dans son souvenir reparaissait la succession des circonstances singuli&egrave;res, inexplicables, au milieu desquelles s'&eacute;tait op&eacute;r&eacute;e la d&eacute;couverte du nouveau gisement. Cela ne laissait pas de l'inqui&eacute;ter pour l'avenir.</p>
+
+<p>Une heure apr&egrave;s, James Starr et ses deux compagnons &eacute;taient de retour au cottage.</p>
+
+<p>L'ing&eacute;nieur soupa avec grand app&eacute;tit, approuvant du geste tous les plans que d&eacute;veloppait le vieil overman, et, n'e&ucirc;t &eacute;t&eacute; son imp&eacute;rieux d&eacute;sir d'&ecirc;tre au lendemain, jamais il n'aurait mieux dormi que dans ce calme absolu du cottage.</p>
+
+<p>Le lendemain, apr&egrave;s un d&eacute;jeuner substantiel, James Starr, Simon Ford, Harry et Madge elle-m&ecirc;me reprenaient le chemin d&eacute;j&agrave; parcouru la veille. Tous allaient l&agrave; en v&eacute;ritables mineurs. Ils emportaient divers outils et des cartouches de dynamite, destin&eacute;es &agrave; faire sauter la paroi terminale. Harry, en m&ecirc;me temps qu'un puissant fanal, prit une grosse lampe de s&ucirc;ret&eacute; qui pouvait br&ucirc;ler pendant douze heures. C'&eacute;tait plus qu'il ne fallait pour op&eacute;rer le voyage d'aller et de retour, en y comprenant les haltes n&eacute;cessaires &agrave; l'exploration, &mdash; si une exploration devenait possible.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;A l'&oelig;uvre&nbsp;!&nbsp;&raquo; s'&eacute;cria Simon, lorsque ses compagnons et lui furent arriv&eacute;s &agrave; l'extr&eacute;mit&eacute; de la galerie.</p>
+
+<p>Et sa main saisit une lourde pince qu'elle brandit avec vigueur.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Un instant, dit alors James Starr. Observons si aucun changement ne s'est produit et si le grisou fuse toujours &agrave; travers les feuillets de la paroi.</p>
+
+<p>&mdash; Vous avez raison, monsieur Starr, r&eacute;pondit Harry. Ce qui &eacute;tait bouch&eacute; hier pourrait bien l'&ecirc;tre encore aujourd'hui&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Madge, assise sur une roche, observait attentivement l'excavation et la muraille qu'il s'agissait d'&eacute;ventrer.</p>
+
+<p>Il fut constat&eacute; que les choses &eacute;taient telles qu'on les avait laiss&eacute;es. Les fissures des feuillets n'avaient subi aucune alt&eacute;ration. L'hydrog&egrave;ne protocarbon&eacute; fusait au travers, mais assez faiblement. Cela tenait sans doute &agrave; ce que, depuis la veille, il trouvait un libre passage pour s'&eacute;pancher. Toutefois, cette &eacute;mission &eacute;tait si peu importante, qu'elle ne pouvait former avec l'air int&eacute;rieur un m&eacute;lange d&eacute;tonant. James Starr et ses compagnons allaient donc pouvoir proc&eacute;der en toute s&eacute;curit&eacute;. D'ailleurs, cet air se purifierait peu &agrave; peu, en gagnant les hautes couches de la fosse Dochart, et le grisou, perdu dans toute cette atmosph&egrave;re, ne pourrait plus produire aucune explosion.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;A l'&oelig;uvre, donc&nbsp;!&nbsp;&raquo; reprit Simon Ford.</p>
+
+<p>Et bient&ocirc;t, sous sa pince, vigoureusement mani&eacute;e, la roche ne tarda pas &agrave; voler en &eacute;clats.</p>
+
+<p>Cette faille se composait principalement de poudingues, interpos&eacute;s entre le gr&egrave;s et le schiste, tels qu'il s'en rencontre le plus souvent &agrave; l'affleurement des filons carbonif&egrave;res.</p>
+
+<p>James Starr ramassait les morceaux que l'outil abattait, et il les examinait avec soin, esp&eacute;rant y d&eacute;couvrir quelque indice de charbon.</p>
+
+<p>Ce premier travail dura environ une heure. Il en r&eacute;sulta un &eacute;videment assez profond dans la paroi terminale.</p>
+
+<p>James Starr choisit alors l'emplacement o&ugrave; devaient &ecirc;tre for&eacute;s les trous de mine, travail qui s'accomplit rapidement sous la main d'Harry avec le fleuret et la massette. Des cartouches de dynamite furent introduites dans ces trous. D&egrave;s qu'on y eut plac&eacute; la longue m&egrave;che goudronn&eacute;e d'une fus&eacute;e de s&ucirc;ret&eacute;, qui aboutissait &agrave; une capsule de fulminate, elle fut allum&eacute;e au ras du sol. James Starr et ses compagnons se mirent &agrave; l'&eacute;cart.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Ah&nbsp;! monsieur James, dit Simon Ford, en proie &agrave; une v&eacute;ritable &eacute;motion qu'il ne cherchait pas &agrave; dissimuler, jamais, non, jamais mon vieux c&oelig;ur n'a battu si vite&nbsp;! Je voudrais d&eacute;j&agrave; attaquer le filon&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Patience, Simon, r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur, vous n'avez pas la pr&eacute;tention de trouver derri&egrave;re cette paroi une galerie tout ouverte&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Excusez-moi, monsieur James, r&eacute;pondit le vieil overman. J'ai toutes les pr&eacute;tentions possibles&nbsp;! S'il y a eu bonne chance dans la mani&egrave;re dont Harry et moi nous avons d&eacute;couvert ce g&icirc;te, pourquoi cette chance ne continuerait-elle pas jusqu'au bout&nbsp;?&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>L'explosion de la dynamite se produisit. Un roulement sourd se propagea &agrave; travers le r&eacute;seau des galeries souterraines.</p>
+
+<p>James Starr, Madge, Harry et Simon Ford revinrent aussit&ocirc;t vers la paroi de la caverne.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Monsieur James&nbsp;! monsieur James&nbsp;! s'&eacute;cria le vieil overman. voyez&nbsp;! La porte est enfonc&eacute;e&nbsp;!...&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Cette comparaison de Simon Ford &eacute;tait justifi&eacute;e par l'apparition d'une excavation, dont on ne pouvait estimer la profondeur.</p>
+
+<p>Harry allait s'&eacute;lancer par l'ouverture...</p>
+
+<p>L'ing&eacute;nieur, extr&ecirc;mement surpris, d'ailleurs, de trouver l&agrave; cette cavit&eacute;, retint le jeune mineur.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Laisse le temps &agrave; l'air int&eacute;rieur de se purifier, dit-il.</p>
+
+<p>&mdash; Oui&nbsp;! gare aux mofettes&nbsp;!&nbsp;&raquo; s'&eacute;cria Simon Ford.</p>
+
+<p>Un quart d'heure se passa dans une anxieuse attente. Le fanal, plac&eacute; au bout d'un b&acirc;ton, fut alors introduit dans l'excavation et continua de br&ucirc;ler avec un inalt&eacute;rable &eacute;clat.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Va donc, Harry, dit James Starr, nous te suivrons.&nbsp;&raquo; L'ouverture produite par la dynamite &eacute;tait plus que suffisante pour qu'un homme p&ucirc;t y passer.</p>
+
+<p>Harry, le fanal &agrave; la main, s'y introduisit sans h&eacute;siter et disparut dans les t&eacute;n&egrave;bres.</p>
+
+<p>James Starr, Simon Ford et Madge, immobiles, attendaient.</p>
+
+<p>Une minute &mdash; qui leur parut bien longue &mdash; s'&eacute;coula. Harry ne reparaissait pas, il n'appelait pas. En s'approchant de l'orifice, James Starr n'aper&ccedil;ut m&ecirc;me plus la lueur de sa lampe, qui aurait d&ucirc; &eacute;clairer cette sombre cavit&eacute;.</p>
+
+<p>Le sol avait-il donc manqu&eacute; subitement sous les pieds d'Harry&nbsp;? Le jeune mineur &eacute;tait-il tomb&eacute; dans quelque anfractuosit&eacute;&nbsp;? Sa voix ne pouvait-elle plus arriver jusqu'&agrave; ses compagnons&nbsp;?</p>
+
+<p>Le vieil overman, ne voulant rien &eacute;couter, allait s'introduire &agrave; son tour par l'orifice, lorsque parut une lueur, vague d'abord, qui se renfor&ccedil;a peu &agrave; peu, et Harry fit entendre ces paroles&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Venez, monsieur Starr&nbsp;! venez, mon p&egrave;re&nbsp;! La route est libre dans la Nouvelle-Aberfoyle.&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p><br>
+</p>
+
+<center>
+<h4>IX</h4>
+
+<h4>La Nouvelle-Aberfoyle</h4>
+</center>
+
+<p>Si, par quelque puissance surhumaine, des ing&eacute;nieurs eussent pu enlever d'un bloc et sur une &eacute;paisseur de mille pieds toute cette portion de la cro&ucirc;te terrestre qui supporte cet ensemble de lacs, de fleuves, de golfes et les territoires riverains des comt&eacute;s de Stirling, de Dumbarton et de Renfrew, ils auraient trouv&eacute;, sous cet &eacute;norme couvercle, une excavation immense, et telle qu'il n'en existait qu'une autre au monde qui p&ucirc;t lui &ecirc;tre compar&eacute;e, &mdash; la c&eacute;l&egrave;bre grotte de Mammouth, dans le Kentucky.</p>
+
+<p>Cette excavation se composait de plusieurs centaines d'alv&eacute;oles, de toutes formes et de toutes grandeurs. On e&ucirc;t dit une ruche, avec ses nombreux &eacute;tages de cellules, capricieusement dispos&eacute;es, mais une ruche construite sur une vaste &eacute;chelle, et qui, au lieu d'abeilles, e&ucirc;t suffi &agrave; loger tous les ichthyosaures, les m&eacute;gath&eacute;riums, et les pt&eacute;rodactyles de l'&eacute;poque g&eacute;ologique&nbsp;!</p>
+
+<p>Un labyrinthe de galeries, les unes plus &eacute;lev&eacute;es que les plus hautes vo&ucirc;tes des cath&eacute;drales, les autres semblables &agrave; des contrenefs, r&eacute;tr&eacute;cies et tortueuses, celles-ci suivant la ligne horizontale, celles-l&agrave; remontant ou descendant obliquement en toutes directions, &mdash; r&eacute;unissaient ces cavit&eacute;s et laissaient libre communication entre elles.</p>
+
+<p>Les piliers qui soutenaient ces vo&ucirc;tes, dont la courbe admettait tous les styles, les &eacute;paisses murailles, solidement assises entre les galeries, les nefs elles-m&ecirc;mes, dans cet &eacute;tage des terrains secondaires, &eacute;taient faits de gr&egrave;s et de roches schisteuses. Mais, entre ces couches inutilisables, et puissamment press&eacute;es par elles, couraient d'admirables veines de charbon, comme si le sang noir de cette &eacute;trange houill&egrave;re e&ucirc;t circul&eacute; &agrave; travers leur inextricable r&eacute;seau. Ces gisements se d&eacute;veloppaient sur une &eacute;tendue de quarante milles du nord au sud, et ils s'enfon&ccedil;aient m&ecirc;me sous le canal du Nord. L'importance de ce bassin n'aurait pu &ecirc;tre &eacute;valu&eacute;e qu'apr&egrave;s sondages, mais elle devait d&eacute;passer celle des couches carbonif&egrave;res de Cardiff, dans le pays de Galles, et des gisements de Newcastle, dans le comt&eacute; de Northumberland.</p>
+
+<p>Il faut ajouter que l'exploitation de cette houill&egrave;re allait &ecirc;tre singuli&egrave;rement facilit&eacute;e, puisque, par une disposition bizarre des terrains secondaires, par un inexplicable retrait des mati&egrave;res min&eacute;rales &agrave; l'&eacute;poque g&eacute;ologique o&ugrave; ce massif se solidifiait, la nature avait d&eacute;j&agrave; multipli&eacute; les galeries et les tunnels de la Nouvelle-Aberfoyle.</p>
+
+<p>Oui, la nature seule&nbsp;! On aurait pu croire, tout d'abord, &agrave; la d&eacute;couverte de quelque exploitation abandonn&eacute;e depuis des si&egrave;cles. Il n'en &eacute;tait rien. On ne d&eacute;laisse pas de telles richesses. Les termites humains n'avaient jamais rong&eacute; cette portion du sous-sol de l'&Eacute;cosse, et c'&eacute;tait la nature qui avait ainsi fait les choses. Mais, on le r&eacute;p&egrave;te, nul hypog&eacute;e de l'&eacute;poque &eacute;gyptienne, nulle catacombe de l'&eacute;poque romaine, n'auraient pu lui &ecirc;tre compar&eacute;s, &mdash; si ce n'est les c&eacute;l&egrave;bres grottes de Mammouth, qui, sur une longueur de plus de vingt milles, comptent deux cent vingt-six avenues, onze lacs, sept rivi&egrave;res, huit cataractes, trente-deux puits insondables et cinquante-sept d&ocirc;mes, dont quelques-uns sont suspendus &agrave; plus de quatre cent cinquante pieds de hauteur.</p>
+
+<p>Ainsi que ces grottes, la Nouvelle-Aberfoyle &eacute;tait, non l'&oelig;uvre des hommes, mais l'&oelig;uvre du Cr&eacute;ateur.</p>
+
+<p>Tel &eacute;tait ce nouveau domaine, d'une incomparable richesse, dont la d&eacute;couverte appartenait en propre au vieil overman. Dix ans de s&eacute;jour dans l'ancienne houill&egrave;re, une rare persistance de recherches, une foi absolue, soutenue par un merveilleux instinct de mineur, il lui avait fallu toutes ces conditions r&eacute;unies pour r&eacute;ussir, l&agrave; o&ugrave; tant d'autres auraient &eacute;chou&eacute;. Pourquoi les sondages, pratiqu&eacute;s sous la direction de James Starr, pendant les derni&egrave;res ann&eacute;es d'exploitation, s'&eacute;taient-ils pr&eacute;cis&eacute;ment arr&ecirc;t&eacute;s &agrave; cette limite, sur la fronti&egrave;re m&ecirc;me de la nouvelle mine&nbsp;? cela &eacute;tait d&ucirc; au hasard, dont la part est grande dans les recherches de ce genre.</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit, il y avait l&agrave;, dans le sous-sol &eacute;cossais, une sorte de comt&eacute; souterrain, auquel il ne manquait, pour &ecirc;tre habitable, que les rayons du soleil, ou, &agrave; son d&eacute;faut, la clart&eacute; d'un astre sp&eacute;cial.</p>
+
+<p>L'eau y &eacute;tait localis&eacute;e dans certaines d&eacute;pressions, formant de vastes &eacute;tangs, ou m&ecirc;me des lacs plus grands que le lac Katrine, situ&eacute; pr&eacute;cis&eacute;ment au-dessus. Sans doute, ces lacs n'avaient pas le mouvement des eaux, les courants, le ressac. Ils ne refl&eacute;taient pas la silhouette de quelque vieux ch&acirc;teau gothique. Ni les bouleaux ni les ch&ecirc;nes ne se penchaient sur leurs rives, les montagnes n'allongeaient pas de grandes ombres &agrave; leur surface, les steamboats ne les sillonnaient pas, aucune lumi&egrave;re ne se r&eacute;verb&eacute;rait dans leurs eaux, le soleil ne les impr&eacute;gnait pas de ses rayons &eacute;clatants, la lune ne se levait jamais sur leur horizon. Et pourtant, ces lacs profonds, dont la brise ne ridait pas le miroir, n'auraient pas &eacute;t&eacute; sans charme, &agrave; la lumi&egrave;re de quelque astre &eacute;lectrique, et, r&eacute;unis par un lacet de canaux, ils compl&eacute;taient bien la g&eacute;ographie de cet &eacute;trange domaine.</p>
+
+<p>Quoiqu'il f&ucirc;t impropre &agrave; toute production v&eacute;g&eacute;tale, ce sous-sol e&ucirc;t, cependant, pu servir de demeure &agrave; toute une population. Et qui sait si, dans ces milieux &agrave; temp&eacute;rature constante, au fond de ces houill&egrave;res d'Aberfoyle, aussi bien que dans celles de Newcastle, d'Alloa ou de Cardiff, lorsque leurs gisements seront &eacute;puis&eacute;s, &mdash; qui sait si la classe pauvre du Royaume-Uni ne trouvera pas refuge quelque jour&nbsp;?</p>
+
+<p><br>
+</p>
+
+<center>
+<h4>X</h4>
+
+<h4>Aller et retour</h4>
+</center>
+
+<p>A la voix d'Harry, James Starr, Madge et Simon Ford s'&eacute;taient introduits par l'&eacute;troit orifice qui mettait en communication la fosse Dochart avec la nouvelle houill&egrave;re.</p>
+
+<p>Ils se trouvaient alors &agrave; la naissance d'une galerie assez large. On aurait pu croire qu'elle avait &eacute;t&eacute; perc&eacute;e de main d'homme, que le pic et la pioche l'avaient &eacute;vid&eacute;e pour l'exploitation d'un nouveau gisement. Les explorateurs devaient se demander si, par un singulier hasard, ils n'avaient pas &eacute;t&eacute; transport&eacute;s dans quelque ancienne houill&egrave;re, dont les plus vieux mineurs du comt&eacute; n'auraient jamais connu l'existence.</p>
+
+<p>Non&nbsp;! C'&eacute;taient les couches g&eacute;ologiques qui avaient &laquo;&nbsp;&eacute;pargn&eacute;&nbsp;&raquo; cette galerie, &agrave; l'&eacute;poque o&ugrave; se faisait le tassement des terrains secondaires. Peut-&ecirc;tre quelque torrent l'avait-il parcourue autrefois, lorsque les eaux sup&eacute;rieures allaient se m&eacute;langer aux v&eacute;g&eacute;taux enlis&eacute;s; mais, maintenant, elle &eacute;tait aussi s&egrave;che que si elle e&ucirc;t &eacute;t&eacute; for&eacute;e, quelque mille pieds plus bas, dans l'&eacute;tage des roches granito&iuml;des. En m&ecirc;me temps, l'air y circulait avec aisance, &mdash; ce qui indiquait que certains &laquo;&nbsp;&eacute;ventoirs&nbsp;&raquo; naturels la mettaient en communication avec l'atmosph&egrave;re ext&eacute;rieure.</p>
+
+<p>Cette observation, qui fut faite par l'ing&eacute;nieur, &eacute;tait juste, et l'on sentait que l'a&eacute;ration s'op&eacute;rait facilement dans la nouvelle mine. Quant &agrave; ce grisou qui fusait nagu&egrave;re &agrave; travers les schistes de la paroi, il semblait qu'il n'e&ucirc;t &eacute;t&eacute; contenu que dans une simple &laquo;&nbsp;poche&nbsp;&raquo;, vide maintenant, et il &eacute;tait certain que l'atmosph&egrave;re de la galerie n'en conservait pas la moindre trace. Cependant, et par pr&eacute;caution, Harry n'avait emport&eacute; que la lampe de s&ucirc;ret&eacute;, qui lui assurait un &eacute;clairage de douze heures.</p>
+
+<p>James Starr et ses compagnons &eacute;prouvaient alors une joie compl&egrave;te. C'&eacute;tait l'enti&egrave;re satisfaction de leurs d&eacute;sirs. Autour d'eux, tout n'&eacute;tait que houille. Une certaine &eacute;motion les rendait silencieux. Simon Ford, lui-m&ecirc;me, se contenait. Sa joie d&eacute;bordait, non en longues phrases, mais par petites interjections.</p>
+
+<p>C'&eacute;tait peut-&ecirc;tre imprudent, &agrave; eux, de s'engager si profond&eacute;ment dans la crypte. Bah&nbsp;! ils ne songeaient gu&egrave;re au retour. La galerie &eacute;tait praticable, peu sinueuse. Nulle crevasse n'en barrait le passage, nulle &laquo;&nbsp;pousse&nbsp;&raquo; n'y propageait d'exhalaisons malfaisantes. Il n'y avait donc aucune raison pour s'arr&ecirc;ter, et, pendant une heure, James Starr, Madge, Harry et Simon Ford all&egrave;rent ainsi, sans que rien p&ucirc;t leur indiquer quelle &eacute;tait l'exacte orientation de ce tunnel inconnu.</p>
+
+<p>Et, sans doute, ils auraient &eacute;t&eacute; plus loin encore, s'ils ne fussent arriv&eacute;s &agrave; l'extr&eacute;mit&eacute; m&ecirc;me de cette large voie qu'ils suivaient depuis leur entr&eacute;e dans la houill&egrave;re.</p>
+
+<p>La galerie aboutissait &agrave; une &eacute;norme caverne, dont on ne pouvait estimer ni la hauteur, ni la profondeur. A quelle altitude s'arrondissait la vo&ucirc;te de cette excavation, &agrave; quelle distance se reculait sa paroi oppos&eacute;e&nbsp;? les t&eacute;n&egrave;bres qui l'emplissaient ne permettaient pas de le reconna&icirc;tre. Mais, &agrave; la lueur de la lampe, les explorateurs purent constater que son d&ocirc;me recouvrait une vaste &eacute;tendue d'eau dormante &mdash; &eacute;tang ou lac &mdash;, dont les rives pittoresques, accident&eacute;es de hautes roches, se perdaient dans l'obscurit&eacute;.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Halte&nbsp;! s'&eacute;cria Simon Ford, en s'arr&ecirc;tant brusquement. Un pas de plus, et nous roulions peut-&ecirc;tre dans quelque ab&icirc;me&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Reposons-nous donc, mes amis, r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur. Aussi bien, il faudra songer &agrave; retourner au cottage.</p>
+
+<p>&mdash; Notre lampe peut nous &eacute;clairer pendant dix heures encore, monsieur Starr, dit Harry.</p>
+
+<p>&mdash; Eh bien, faisons halte, reprit James Starr. J'avoue que mes jambes en ont besoin&nbsp;! &mdash; Et vous, Madge, est-ce que vous ne vous ressentez pas des fatigues d'une aussi longue course&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Mais pas trop, monsieur James, r&eacute;pondit la robuste &Eacute;cossaise. Nous avions l'habitude d'explorer pendant des journ&eacute;es enti&egrave;res l'ancienne houill&egrave;re d'Aberfoyle.</p>
+
+<p>&mdash; Bah&nbsp;! ajouta Simon Ford, Madge ferait dix fois cette route, s'il le fallait&nbsp;! Mais j'insiste, monsieur James, ma communication valait-elle la peine de vous &ecirc;tre faite&nbsp;? Osez dire non, monsieur James, osez dire non&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Eh&nbsp;! mon vieux compagnon, il y a longtemps que je n'ai ressenti une telle joie&nbsp;! r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur. Le peu que nous avons explor&eacute; de cette merveilleuse houill&egrave;re semble indiquer que son &eacute;tendue est tr&egrave;s consid&eacute;rable, au moins en longueur.</p>
+
+<p>&mdash; En largeur et en profondeur aussi, monsieur James&nbsp;! r&eacute;pliqua Simon Ford.</p>
+
+<p>&mdash; C'est ce que nous saurons plus tard.</p>
+
+<p>&mdash; Et moi, j'en r&eacute;ponds&nbsp;! Rapportez-vous-en &agrave; mon instinct de vieux mineur. Il ne m'a jamais tromp&eacute;&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Je veux vous croire, Simon, r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur en souriant. Mais enfin, tel que j'en puis juger par cette courte exploration, nous poss&eacute;dons les &eacute;l&eacute;ments d'une exploitation qui durera des si&egrave;cles&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Des si&egrave;cles&nbsp;! s'&eacute;cria Simon Ford. Je le crois bien, monsieur James&nbsp;! Il se passera mille ans et plus, avant que le dernier morceau de charbon ait &eacute;t&eacute; extrait de notre nouvelle mine&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Dieu vous entende&nbsp;! r&eacute;pondit James Starr. Quant &agrave; la qualit&eacute; de la houille qui vient affleurer ces parois...</p>
+
+<p>&mdash; Superbe&nbsp;! monsieur James, superbe&nbsp;! r&eacute;pondit Simon Ford. Voyez cela vous-m&ecirc;me&nbsp;!&nbsp;&raquo; Et, ce disant, il d&eacute;tacha d'un coup de pic un fragment de roche noire.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Voyez&nbsp;! voyez&nbsp;! r&eacute;p&eacute;ta-t-il en l'approchant de sa lampe. Les surfaces de ce morceau de charbon sont luisantes&nbsp;! Nous aurons l&agrave; de la houille grasse, riche en mati&egrave;res bitumeuses&nbsp;! Et comme elle se d&eacute;taillera en gailleteries, presque sans poussi&egrave;re&nbsp;! Ah&nbsp;! monsieur James, il y a vingt ans, voici un gisement qui aurait fait une rude concurrence au Swansea et au Cardiff&nbsp;! Eh bien, les chauffeurs se le disputeront encore, et, s'il co&ucirc;te peu &agrave; extraire de la mine, il ne s'en vendra pas moins cher au-dehors&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; En effet, dit Madge, qui avait pris le fragment de houille et l'examinait en connaisseuse. C'est l&agrave; du charbon de bonne qualit&eacute;. &mdash; Emporte-le, Simon, emporte-le au cottage&nbsp;! Je veux que ce premier morceau de houille br&ucirc;le sous notre bouilloire&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Bien parl&eacute;, femme&nbsp;! r&eacute;pondit le vieil overman, et tu verras que je ne me suis pas tromp&eacute;.</p>
+
+<p>&mdash; Monsieur Starr, demanda alors Harry, avez-vous quelque id&eacute;e de l'orientation probable de cette longue galerie que nous avons suivie depuis notre entr&eacute;e dans la nouvelle houill&egrave;re&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Non, mon gar&ccedil;on, r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur. Avec une boussole, j'aurais peut-&ecirc;tre pu &eacute;tablir sa direction g&eacute;n&eacute;rale. Mais, sans boussole, je suis ici comme un marin en pleine mer, au milieu des brumes, lorsque l'absence de soleil ne lui permet pas de relever sa position.</p>
+
+<p>&mdash; Sans doute, monsieur James, r&eacute;pliqua Simon Ford, mais, je vous en prie, ne comparez pas notre position &agrave; celle du marin, qui a toujours et partout l'ab&icirc;me sous ses pieds&nbsp;! Nous sommes en terre ferme, ici, et nous n'avons pas &agrave; craindre de jamais sombrer&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Je ne vous ferai pas cette peine, vieux Simon, r&eacute;pondit James Starr. Loin de moi la pens&eacute;e de d&eacute;pr&eacute;cier la nouvelle houill&egrave;re d'Aberfoyle par une comparaison injuste&nbsp;! Je n'ai voulu dire qu'une chose, c'est que nous ne savons pas o&ugrave; nous sommes.</p>
+
+<p>&mdash; Nous sommes dans le sous-sol du comt&eacute; de Stirling, monsieur James, r&eacute;pondit Simon Ford, et cela, je l'affirme comme si...</p>
+
+<p>&mdash; &Eacute;coutez&nbsp;!&nbsp;&raquo; dit Harry en interrompant le vieil overman.</p>
+
+<p>Tous pr&ecirc;t&egrave;rent l'oreille, ainsi que le faisait le jeune mineur. Le nerf auditif, tr&egrave;s exerc&eacute; chez lui, avait surpris un bruit sourd, comme e&ucirc;t &eacute;t&eacute; un murmure lointain. James Starr, Simon et Madge ne tard&egrave;rent pas &agrave; l'entendre eux-m&ecirc;mes. Il se produisait, dans les couches sup&eacute;rieures du massif, une sorte de roulement, dont on percevait distinctement le crescendo et le decrescendo successif, si faible qu'il f&ucirc;t.</p>
+
+<p>Tous quatre rest&egrave;rent pendant quelques minutes, l'oreille tendue, sans prof&eacute;rer une parole.</p>
+
+<p>Puis, tout &agrave; coup, Simon Ford de s'&eacute;crier&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Eh&nbsp;! par saint Mungo&nbsp;! Est-ce que les wagonnets courent d&eacute;j&agrave; sur les rails de la nouvelle Aberfoyle&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; P&egrave;re, r&eacute;pondit Harry, il me semble bien que c'est le bruit que font des eaux en roulant sur un littoral.</p>
+
+<p>&mdash; Nous ne sommes pourtant pas sous la mer&nbsp;! s'&eacute;cria le vieil overman.</p>
+
+<p>&mdash; Non, r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur, mais il ne serait pas impossible que nous ne fussions sous le lit m&ecirc;me du lac Katrine.</p>
+
+<p>&mdash; Il faudrait donc que la vo&ucirc;te f&ucirc;t peu &eacute;paisse en cet endroit, puisque le bruit des eaux est perceptible&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Peu &eacute;paisse, en effet, r&eacute;pondit James Starr, et c'est ce qui fait que cette excavation est si vaste.</p>
+
+<p>&mdash; Vous devez avoir raison, monsieur Starr, dit Harry.</p>
+
+<p>&mdash; En outre, il fait si mauvais temps au-dehors, reprit James Starr, que les eaux du lac doivent &ecirc;tre soulev&eacute;es comme celles du golfe de Forth.</p>
+
+<p>&mdash; Eh&nbsp;! qu'importe, apr&egrave;s tout, r&eacute;pondit Simon Ford. La couche carbonif&egrave;re n'en sera pas plus mauvaise pour se d&eacute;velopper au-dessous d'un lac&nbsp;! Ce ne serait pas la premi&egrave;re fois que l'on irait chercher la houille sous le lit m&ecirc;me de l'Oc&eacute;an&nbsp;! Quand nous devrions exploiter tout le fonds et le tr&eacute;fonds du canal du Nord, o&ugrave; serait le mal&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Bien dit, Simon, s'&eacute;cria l'ing&eacute;nieur, qui ne put retenir un sourire en regardant l'enthousiaste overman. Poussons nos tranch&eacute;es sous les eaux de la mer&nbsp;! Trouons comme une &eacute;cumoire le lit de l'Atlantique&nbsp;! Allons rejoindre &agrave; coups de pioche nos fr&egrave;res des &Eacute;tats-Unis &agrave; travers le sous-sol de l'Oc&eacute;an&nbsp;! Fon&ccedil;ons jusqu'au centre du globe, s'il le faut, pour lui arracher son dernier morceau de houille&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Croyez-vous rire, monsieur James&nbsp;? demanda Simon Ford d'un air tant soit peu goguenard.</p>
+
+<p>&mdash; Moi, rire&nbsp;! vieux Simon&nbsp;! Non&nbsp;! Mais vous &ecirc;tes si enthousiaste, que vous m'entra&icirc;nez jusque dans l'impossible&nbsp;! Tenez, revenons &agrave; la r&eacute;alit&eacute;, qui est d&eacute;j&agrave; belle. Laissons l&agrave; nos pics, que nous retrouverons un autre jour, et reprenons le chemin du cottage&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Il n'y avait pas autre chose &agrave; faire pour le moment. Plus tard, l'ing&eacute;nieur, accompagn&eacute; d'une brigade de mineurs et muni des lampes et ustensiles n&eacute;cessaires, reprendrait l'exploration de la Nouvelle-Aberfoyle. Mais il &eacute;tait urgent de retourner &agrave; la fosse Dochart. La route &eacute;tait facile, d'ailleurs. La galerie courait presque droit &agrave; travers le massif jusqu'&agrave; l'orifice ouvert par la dynamite. Donc, nulle crainte de s'&eacute;garer.</p>
+
+<p>Mais, au moment o&ugrave; James Starr se dirigeait vers la galerie, Simon Ford l'arr&ecirc;ta.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Monsieur James, lui dit-il, vous voyez cette caverne immense, ce lac souterrain qu'elle recouvre, cette gr&egrave;ve que les eaux viennent baigner &agrave; nos pieds&nbsp;? Eh bien, c'est ici que je veux transporter ma demeure, c'est ici que je me b&acirc;tirai un nouveau cottage, et, si quelques braves compagnons veulent suivre mon exemple, avant un an, on comptera un bourg de plus dans le massif de notre vieille Angleterre&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>James Starr, approuvant d'un sourire les projets de Simon Ford, lui serra la main, et tous trois, pr&eacute;c&eacute;dant Madge, s'enfonc&egrave;rent dans la galerie, afin de regagner la fosse Dochart.</p>
+
+<p>Pendant le premier mille, aucun incident ne se produisit. Harry marchait en avant, &eacute;levant la lampe au-dessus de sa t&ecirc;te. Il suivait soigneusement la galerie principale, sans jamais s'&eacute;carter dans les tunnels &eacute;troits qui rayonnaient &agrave; droite et &agrave; gauche. Il semblait donc que le retour d&ucirc;t s'accomplir aussi facilement que l'aller, lorsqu'une f&acirc;cheuse complication survint, qui rendit fort grave la situation des explorateurs.</p>
+
+<p>En effet, &agrave; un moment o&ugrave; Harry levait sa lampe, un vif d&eacute;placement de l'air s'op&eacute;ra, comme s'il e&ucirc;t &eacute;t&eacute; caus&eacute; par un battement d'ailes invisibles. La lampe, frapp&eacute;e de biais, s'&eacute;chappa des mains d'Harry, tomba sur le sol rocheux de la galerie et se brisa.</p>
+
+<p>James Starr et ses compagnons furent subitement plong&eacute;s dans une obscurit&eacute; absolue. Leur lampe, dont l'huile s'&eacute;tait r&eacute;pandue, ne pouvait plus servir.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Eh bien, Harry, s'&eacute;cria Simon Ford, veux-tu donc que nous nous rompions le cou en retournant au cottage&nbsp;?&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Harry ne r&eacute;pondit pas. Il r&eacute;fl&eacute;chissait. Devait-il voir encore la main d'un &ecirc;tre myst&eacute;rieux dans ce dernier accident&nbsp;? Existait-il donc en ces profondeurs un ennemi dont l'inexplicable antagonisme pouvait cr&eacute;er, un jour, de s&eacute;rieuses difficult&eacute;s&nbsp;? Quelqu'un avait-il int&eacute;r&ecirc;t &agrave; d&eacute;fendre le nouveau g&icirc;te carbonif&egrave;re contre toute tentative d'exploitation&nbsp;? En v&eacute;rit&eacute;, cela &eacute;tait absurde, mais les faits parlaient d'eux-m&ecirc;mes, et ils s'accumulaient de mani&egrave;re &agrave; changer de simples pr&eacute;somptions en certitudes.</p>
+
+<p>En attendant, la situation des explorateurs &eacute;tait assez mauvaise. Il leur fallait, au milieu de profondes t&eacute;n&egrave;bres, suivre pendant environ cinq milles la galerie qui conduisait &agrave; la fosse Dochart. Puis, ils auraient encore une heure de route avant d'avoir atteint le cottage.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Continuons, dit Simon Ford. Nous n'avons pas un instant &agrave; perdre. Nous marcherons en t&acirc;tonnant, comme des aveugles. Il n'est pas possible de s'&eacute;garer. Les tunnels qui s'ouvrent sur notre chemin ne sont que de v&eacute;ritables boyaux de taupini&egrave;res, et, en suivant la galerie principale, nous arriverons in&eacute;vitablement &agrave; l'orifice qui nous a livr&eacute; passage. Ensuite, c'est la vieille houill&egrave;re. Nous la connaissons, et ce ne sera pas la premi&egrave;re fois qu'Harry ou moi nous nous y serons trouv&eacute;s dans l'obscurit&eacute;. D'ailleurs, nous retrouverons l&agrave; les lampes que nous avons laiss&eacute;es. En route, donc&nbsp;! &mdash; Harry, prends la t&ecirc;te. Monsieur James, suivez-le. Madge, tu viendras apr&egrave;s, et moi, je fermerai la marche. Ne nous s&eacute;parons pas surtout, et qu'on se sente les talons, sinon les coudes&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Il n'y avait qu'&agrave; se conformer aux instructions du vieil overman. Comme il le disait, en t&acirc;tonnant on ne pouvait gu&egrave;re se tromper de route. Il fallait seulement remplacer les yeux par les mains, et se fier &agrave; cet instinct qui, chez Simon Ford et son fils, &eacute;tait devenu une seconde nature.</p>
+
+<p>Donc, James Starr et ses compagnons march&egrave;rent dans l'ordre indiqu&eacute;. Ils ne parlaient pas, mais ce n'&eacute;tait pas faute de penser. Il devenait &eacute;vident qu'ils avaient un adversaire. Mais quel &eacute;tait-il, et comment se d&eacute;fendre de ces attaques si myst&eacute;rieusement pr&eacute;par&eacute;es&nbsp;? Ces id&eacute;es assez inqui&eacute;tantes affluaient &agrave; leur cerveau. Cependant, ce n'&eacute;tait pas le moment de se d&eacute;courager.</p>
+
+<p>Harry, les bras &eacute;tendus, s'avan&ccedil;ait d'un pas assur&eacute;. Il allait successivement d'une paroi &agrave; l'autre de la galerie. Une anfractuosit&eacute;, un orifice lat&eacute;ral se pr&eacute;sentaient-ils, il reconnaissait &agrave; la main qu'il ne fallait pas s'y engager, soit que l'anfractuosit&eacute; f&ucirc;t peu profonde, soit que l'orifice f&ucirc;t trop &eacute;troit, et il se maintenait ainsi dans le droit chemin.</p>
+
+<p>Au milieu d'une obscurit&eacute; &agrave; laquelle les yeux ne pouvaient se faire, puisqu'elle &eacute;tait absolue, ce difficile retour dura deux heures environ. En supputant le temps &eacute;coul&eacute;, en tenant compte de ce que la marche n'avait pu &ecirc;tre rapide, James Starr estimait que ses compagnons et lui devaient &ecirc;tre bien pr&egrave;s de l'issue.</p>
+
+<p>En effet, presque aussit&ocirc;t, Harry s'arr&ecirc;ta.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Sommes-nous enfin arriv&eacute;s &agrave; l'extr&eacute;mit&eacute; de la galerie&nbsp;? demanda Simon Ford.</p>
+
+<p>&mdash; Oui, r&eacute;pondit le jeune mineur.</p>
+
+<p>&mdash; Eh bien, tu dois retrouver l'orifice qui &eacute;tablit la communication entre la Nouvelle-Aberfoyle et la fosse Dochart&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Non&nbsp;&raquo;, r&eacute;pondit Harry, dont les mains crisp&eacute;es ne rencontraient que la surface pleine d'une paroi.</p>
+
+<p>Le vieil overman fit quelques pas en avant, et vint palper lui m&ecirc;me la roche schisteuse.</p>
+
+<p>Un cri lui &eacute;chappa.</p>
+
+<p>Ou les explorateurs s'&eacute;taient &eacute;gar&eacute;s pendant le retour, ou l'&eacute;troit orifice, creus&eacute; dans la paroi par la dynamite, avait &eacute;t&eacute; bouch&eacute; r&eacute;cemment&nbsp;!</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit, James Starr et ses compagnons &eacute;taient emprisonn&eacute;s dans la Nouvelle-Aberfoyle&nbsp;!</p>
+
+<p><br>
+</p>
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+<center>
+<h4>XI</h4>
+
+<h4>Les Dames de feu</h4>
+</center>
+
+<p>Huit jours apr&egrave;s ces &eacute;v&eacute;nements, les amis de James Starr &eacute;taient fort inquiets. L'ing&eacute;nieur avait disparu sans qu'aucun motif p&ucirc;t &ecirc;tre all&eacute;gu&eacute; &agrave; cette disparition. On avait appris, en interrogeant son domestique, qu'il s'&eacute;tait embarqu&eacute; &agrave; Grantonpier, et on savait par le capitaine du steam-boat <i>Prince de Galles</i> qu'il avait d&eacute;barqu&eacute; &agrave; Stirling. Mais, depuis ce moment, plus de traces de James Starr. La lettre de Simon Ford lui avait recommand&eacute; le secret, et il n'avait rien dit de son d&eacute;part pour les houill&egrave;res d'Aberfoyle.</p>
+
+<p>Donc, &agrave; &Eacute;dimbourg, il ne fut plus question que de l'absence inexplicable de l'ing&eacute;nieur. Sir W. Elphiston, le pr&eacute;sident de &laquo;&nbsp;Royal Institution&nbsp;&raquo;, communiqua &agrave; ses coll&egrave;gues la lettre que lui avait adress&eacute;e James Starr, en s'excusant de ne pouvoir assister &agrave; la prochaine s&eacute;ance de la Soci&eacute;t&eacute;. Deux ou trois autres personnes produisirent aussi des lettres analogues. Mais, si ces documents prouvaient que James Starr avait quitt&eacute; &Eacute;dimbourg &mdash; ce que l'on savait de reste &mdash;, rien n'indiquait ce qu'il &eacute;tait devenu. Or, de la part d'un tel homme, cette absence, en dehors de ses habitudes, devait surprendre d'abord, inqui&eacute;ter ensuite, puisqu'elle se prolongeait.</p>
+
+<p>Aucun des amis de l'ing&eacute;nieur n'aurait pu supposer qu'il se f&ucirc;t rendu aux houill&egrave;res d'Aberfoyle. On savait qu'il n'e&ucirc;t point aim&eacute; &agrave; revoir l'ancien th&eacute;&acirc;tre de ses travaux. Il n'y avait jamais remis les pieds, depuis le jour o&ugrave; la derni&egrave;re benne &eacute;tait remont&eacute;e &agrave; la surface du sol. Cependant, puisque le steam-boat l'avait d&eacute;pos&eacute; au d&eacute;barcad&egrave;re de Stirling, on fit quelques recherches de ce c&ocirc;t&eacute;.</p>
+
+<p>Les recherches n'aboutirent pas. Personne ne se rappelait avoir vu l'ing&eacute;nieur dans le pays. Seul, Jack Ryan, qui l'avait rencontr&eacute; en compagnie d'Harry sur un des paliers du puits Yarow, e&ucirc;t pu satisfaire la curiosit&eacute; publique. Mais le joyeux gar&ccedil;on, on le sait, travaillait &agrave; la ferme de Melrose, &agrave; quarante milles dans le sud-ouest du comt&eacute; de Renfrew, et il ne se doutait gu&egrave;re que l'on s'inqui&eacute;t&acirc;t &agrave; ce point de la disparition de James Starr. Donc, huit jours apr&egrave;s sa visite au cottage, Jack Ryan e&ucirc;t continu&eacute; &agrave; chanter de plus belle pendant les veill&eacute;es du clan d'Irvine, &mdash; s'il n'e&ucirc;t eu, lui aussi, un motif de vive inqui&eacute;tude dont il sera bient&ocirc;t parl&eacute;.</p>
+
+<p>James Starr &eacute;tait un homme trop consid&eacute;rable et trop consid&eacute;r&eacute;, non seulement dans la ville, mais dans toute l'&Eacute;cosse, pour qu'un fait le concernant p&ucirc;t passer inaper&ccedil;u. Le lord pr&eacute;v&ocirc;t, premier magistrat d'&Eacute;dimbourg, les baillis, les conseillers, dont la plupart &eacute;taient des amis de l'ing&eacute;nieur, firent commencer les plus actives recherches. Des agents furent mis en campagne, mais aucun r&eacute;sultat ne fut obtenu.</p>
+
+<p>Il fallut donc ins&eacute;rer dans les principaux journaux du Royaume-Uni une note relative &agrave; l'ing&eacute;nieur James Starr, donnant son signalement, indiquant la date &agrave; laquelle il avait quitt&eacute; &Eacute;dimbourg, et il n'y eut plus qu'&agrave; attendre. Cela ne se fit pas sans grande anxi&eacute;t&eacute;. Le monde savant de l'Angleterre n'&eacute;tait pas &eacute;loign&eacute; de croire &agrave; la disparition d&eacute;finitive de l'un de ses membres les plus distingu&eacute;s.</p>
+
+<p>En m&ecirc;me temps que l'on s'inqui&eacute;tait ainsi de la personne de James Starr, la personne d'Harry &eacute;tait le sujet de pr&eacute;occupations non moins vives. Seulement, au lieu d'occuper l'opinion publique, le fils du vieil overman ne troublait que la bonne humeur de son ami Jack Ryan.</p>
+
+<p>On se rappelle que, lors de leur rencontre dans le puits Yarow, Jack Ryan avait invit&eacute; Harry &agrave; venir, huit jours apr&egrave;s, &agrave; la f&ecirc;te du clan d'Irvine. Il y avait eu acceptation et promesse formelle d'Harry de se rendre &agrave; cette c&eacute;r&eacute;monie. Jack Ryan savait, pour l'avoir constat&eacute; en maintes circonstances, que son camarade &eacute;tait homme de parole. Avec lui, chose promise, chose faite.</p>
+
+<p>Or, &agrave; la f&ecirc;te d'Irvine, rien n'avait manqu&eacute;, ni les chants, ni les danses, ni les r&eacute;jouissances de toutes sortes, rien, &mdash; si ce n'est Harry Ford.</p>
+
+<p>Jack Ryan avait commenc&eacute; par lui en vouloir, parce que l'absence de son ami influait sur sa bonne humeur. Il en perdit m&ecirc;me la m&eacute;moire au milieu d'une de ses chansons, et, pour la premi&egrave;re fois, il resta court pendant une gigue, qui lui valait d'ordinaire des applaudissements m&eacute;rit&eacute;s.</p>
+
+<p>Il faut dire ici que la note relative &agrave; James Starr, et publi&eacute;e dans les journaux, n'&eacute;tait pas encore tomb&eacute;e sous les yeux de Jack Ryan. Ce brave gar&ccedil;on ne se pr&eacute;occupait donc que de l'absence d'Harry, se disant bien qu'une grave circonstance avait seule pu l'emp&ecirc;cher de tenir sa promesse. Aussi, le lendemain de la f&ecirc;te d'Irvine, Jack Ryan comptait-il prendre le railway de Glasgow pour se rendre &agrave; la fosse Dochart, et il l'aurait fait, &mdash; s'il n'e&ucirc;t &eacute;t&eacute; retenu par un accident qui faillit lui co&ucirc;ter la vie.</p>
+
+<p>Voici ce qui &eacute;tait arriv&eacute; pendant la nuit du 12 d&eacute;cembre. En v&eacute;rit&eacute;, le fait &eacute;tait de nature &agrave; donner raison &agrave; tous les partisans du surnaturel, et ils &eacute;taient nombreux &agrave; la ferme de Melrose.</p>
+
+<p>Irvine, petite ville maritime du comt&eacute; de Renfrew, qui compte environ sept mille habitants, est b&acirc;tie dans un brusque retour que fait la c&ocirc;te &eacute;cossaise, presque &agrave; l'ouverture du golfe de Clyde. Son port, assez bien abrit&eacute; contre les vents du large, est &eacute;clair&eacute; par un feu important qui indique les atterrissages, de telle fa&ccedil;on qu'un marin prudent ne peut s'y tromper. Aussi, les naufrages &eacute;taient-ils rares sur cette portion du littoral, et les caboteurs ou long-courriers, qu'ils voulussent, soit embouquer le golfe de Clyde pour se rendre &agrave; Glasgow, soit donner dans la baie d'Irvine, pouvaient-ils man&oelig;uvrer sans danger, m&ecirc;me par les nuits obscures.</p>
+
+<p>Lorsqu'une ville est pourvue d'un pass&eacute; historique, si mince qu'il soit, lorsque son ch&acirc;teau a appartenu autrefois &agrave; un Robert Stuart, elle n'est pas sans poss&eacute;der quelques ruines.</p>
+
+<p>Or, en &Eacute;cosse, toutes les ruines sont hant&eacute;es par des esprits. &mdash; Du moins, c'est l'opinion commune dans les Hautes et Basses Terres.</p>
+
+<p>Les ruines les plus anciennes, et aussi les plus mal fam&eacute;es de cette partie du littoral, &eacute;taient pr&eacute;cis&eacute;ment celles de ce ch&acirc;teau de Robert Stuart, qui porte le nom de Dundonald-Castle.</p>
+
+<p>A cette &eacute;poque, le ch&acirc;teau de Dundonald, refuge de tous les lutins errants de la contr&eacute;e, &eacute;tait vou&eacute; au plus complet abandon. On allait peu le visiter sur le haut rocher qu'il occupait au-dessus de la mer, &agrave; deux milles de la ville. Peut-&ecirc;tre quelques &eacute;trangers avaient-ils encore l'id&eacute;e d'interroger ces vieux restes historiques, mais alors ils s'y rendaient seuls. Les habitants d'Irvine ne les y eussent point conduits, &agrave; quelque prix que ce f&ucirc;t. En effet, quelques histoires couraient sur le compte de certaines &laquo;&nbsp;Dames de feu&nbsp;&raquo; qui hantaient le vieux ch&acirc;teau.</p>
+
+<p>Les plus superstitieux affirmaient avoir vu, de leurs yeux vu, ces fantastiques cr&eacute;atures. Naturellement, Jack Ryan &eacute;tait de ces derniers.</p>
+
+<p>La v&eacute;rit&eacute; est que, de temps &agrave; autre, de longues flammes apparaissaient, tant&ocirc;t sur un pan de mur &agrave; demi &eacute;boul&eacute;, tant&ocirc;t au sommet de la tour qui domine l'ensemble des ruines de Dundonald-Castle.</p>
+
+<p>Ces flammes avaient-elles forme humaine, comme on l'assurait&nbsp;? M&eacute;ritaient-elles ce nom de &laquo;&nbsp;Dames de feu&nbsp;&raquo; que leur avaient donn&eacute; les &Eacute;cossais du littoral&nbsp;? Ce n'&eacute;tait &eacute;videmment l&agrave; qu'une illusion de cerveaux port&eacute;s &agrave; la cr&eacute;dulit&eacute;, et la science e&ucirc;t expliqu&eacute; physiquement ce ph&eacute;nom&egrave;ne.</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit, les Dames de feu avaient dans toute la contr&eacute;e la r&eacute;putation bien &eacute;tablie de fr&eacute;quenter les ruines du vieux ch&acirc;teau et d'y ex&eacute;cuter parfois d'&eacute;tranges sarabandes, surtout pendant les nuits obscures. Jack Ryan, quelque hardi compagnon qu'il f&ucirc;t, ne se serait point hasard&eacute; &agrave; les accompagner aux sons de sa cornemuse.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Le vieux Nick leur suffit&nbsp;! disait-il, et il n'a pas besoin de moi pour compl&eacute;ter son orchestre infernal&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>On le pense bien, ces bizarres apparitions formaient le texte oblig&eacute; des r&eacute;cits pendant la veill&eacute;e. Aussi, Jack Ryan poss&eacute;dait-il tout un r&eacute;pertoire de l&eacute;gendes sur les Dames de feu, et ne se trouvait-il jamais &agrave; court, quand il s'agissait d'en conter &agrave; leur sujet&nbsp;!</p>
+
+<p>Donc, pendant cette derni&egrave;re veill&eacute;e, bien arros&eacute;e d'ale, de brandy et de whisky, qui avait termin&eacute; la f&ecirc;te du clan d'Irvine, Jack Ryan n'avait pas manqu&eacute; de reprendre son th&egrave;me favori, au grand plaisir et peut-&ecirc;tre au grand effroi de ses auditeurs.</p>
+
+<p>La veill&eacute;e se faisait dans une vaste grange de la ferme de Melrose, sur la limite du littoral. Un bon feu de coke br&ucirc;lait dans un large tr&eacute;pied de t&ocirc;le, au milieu de l'assembl&eacute;e.</p>
+
+<p>Il y avait gros temps au-dehors. Des brumes &eacute;paisses roulaient sur les lames, qu'une forte brise de sud-ouest amenait du large. Une nuit tr&egrave;s noire, pas une seule &eacute;claircie dans les nuages, la terre, le ciel et l'eau se confondant dans de profondes t&eacute;n&egrave;bres, c'&eacute;tait l&agrave; de quoi rendre difficiles les atterrages de la baie d'Irvine, si quelque navire s'y f&ucirc;t aventur&eacute; avec ces vents qui battaient en c&ocirc;te.</p>
+
+<p>Le petit port d'Irvine n'est pas tr&egrave;s fr&eacute;quent&eacute;, &mdash; du moins par les navires d'un certain tonnage. C'est un peu plus au nord que les b&acirc;timents de commerce, &agrave; voiles ou vapeur, attaquent la terre, lorsqu'ils veulent donner dans le golfe de Clyde. Ce soir-l&agrave;, cependant, quelque p&ecirc;cheur, attard&eacute; sur le rivage, e&ucirc;t aper&ccedil;u, non sans surprise, un navire qui se dirigeait vers la c&ocirc;te. Si le jour se f&ucirc;t fait tout &agrave; coup, ce n'est plus avec surprise, mais avec effroi, que ce b&acirc;timent e&ucirc;t &eacute;t&eacute; vu, courant vent arri&egrave;re, avec toute la toile qu'il pouvait porter. L'entr&eacute;e du golfe manqu&eacute;e, il n'existait aucun refuge entre les roches formidables du littoral. Si cet imprudent navire s'obstinait &agrave; s'en approcher encore, comment parviendrait-il &agrave; se relever&nbsp;?</p>
+
+<p>La veill&eacute;e allait finir sur une derni&egrave;re histoire de Jack Ryan. Ses auditeurs, transport&eacute;s dans le monde des fant&ocirc;mes, &eacute;taient bien dans les conditions voulues pour faire acte de cr&eacute;dulit&eacute;, le cas &eacute;ch&eacute;ant.</p>
+
+<p>Tout &agrave; coup, des cris retentirent au-dehors.</p>
+
+<p>Jack Ryan suspendit aussit&ocirc;t son r&eacute;cit, et tous quitt&egrave;rent pr&eacute;cipitamment la grange.</p>
+
+<p>La nuit &eacute;tait profonde. De longues rafales de pluie et de vent couraient &agrave; la surface de la gr&egrave;ve.</p>
+
+<p>Deux ou trois p&ecirc;cheurs, arc-bout&eacute;s pr&egrave;s d'un rocher, afin de mieux r&eacute;sister aux pouss&eacute;es de l'air, appelaient avec de grands &eacute;clats de voix.</p>
+
+<p>Jack Ryan et ses compagnons coururent &agrave; eux.</p>
+
+<p>Ces cris, ce n'&eacute;tait pas aux habitants de la ferme qu'ils s'adressaient, mais &agrave; un &eacute;quipage qui, sans le savoir, courait &agrave; sa perte.</p>
+
+<p>En effet, une masse sombre apparaissait confus&eacute;ment &agrave; quelques encablures au large. C'&eacute;tait un navire, bien reconnaissable &agrave; ses feux de position, car il portait &agrave; sa hune de misaine un feu blanc, &agrave; tribord un feu vert, &agrave; b&acirc;bord un feu rouge. On le voyait donc par l'avant, et il &eacute;tait manifeste qu'il se dirigeait &agrave; toute vitesse vers la c&ocirc;te.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Un navire en perdition&nbsp;? s'&eacute;cria Jack Ryan.</p>
+
+<p>&mdash; Oui, r&eacute;pondit un des p&ecirc;cheurs, et maintenant il voudrait virer de bord, qu'il ne le pourrait plus&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Des signaux, des signaux&nbsp;! cria l'un des &Eacute;cossais.</p>
+
+<p>&mdash; Lesquels&nbsp;? r&eacute;pliqua le p&ecirc;cheur. Par cette bourrasque, on ne pourrait pas tenir une torche allum&eacute;e&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Et, pendant que ces propos s'&eacute;changeaient rapidement, de nouveaux cris &eacute;taient pouss&eacute;s. Mais comment e&ucirc;t-on pu les entendre au milieu de cette temp&ecirc;te&nbsp;? L'&eacute;quipage du navire n'avait plus aucune chance d'&eacute;chapper au naufrage.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Pourquoi man&oelig;uvrer ainsi&nbsp;? s'&eacute;criait un marin.</p>
+
+<p>&mdash; Veut-il donc faire c&ocirc;te&nbsp;? r&eacute;pondit un autre.</p>
+
+<p>&mdash; Le capitaine n'a donc pas eu connaissance du feu d'Irvine&nbsp;? demanda Jack Ryan.</p>
+
+<p>&mdash; Il faut le croire, r&eacute;pondit un des p&ecirc;cheurs, &agrave; moins qu'il n'ait &eacute;t&eacute; tromp&eacute; par quelque...&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Le p&ecirc;cheur n'avait pas achev&eacute; sa phrase, que Jack Ryan poussait un formidable cri. Fut-il entendu de l'&eacute;quipage&nbsp;? En tout cas, il &eacute;tait trop tard pour que le b&acirc;timent p&ucirc;t se relever de la ligne des brisants qui blanchissait dans les t&eacute;n&egrave;bres.</p>
+
+<p>Mais ce n'&eacute;tait pas, comme on aurait pu le croire, un supr&ecirc;me avertissement que Jack Ryan avait tent&eacute; de faire parvenir au b&acirc;timent en perdition. Jack Ryan tournait alors le dos &agrave; la mer. Ses compagnons, eux aussi, regardaient un point situ&eacute; &agrave; un demi mille en arri&egrave;re de la gr&egrave;ve.</p>
+
+<p>C'&eacute;tait le ch&acirc;teau de Dundonald. Une longue flamme se tordait sous les rafales au sommet de la vieille tour.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;La Dame de feu&nbsp;!&nbsp;&raquo; s'&eacute;cri&egrave;rent avec grande terreur tous ces superstitieux &Eacute;cossais.</p>
+
+<p>Franchement, il fallait une bonne dose d'imagination pour trouver &agrave; cette flamme une apparence humaine. Agit&eacute;e comme un pavillon lumineux sous la brise, elle semblait parfois s'envoler du sommet de la tour, comme si elle e&ucirc;t &eacute;t&eacute; sur le point de s'&eacute;teindre, et, un instant apr&egrave;s, elle s'y rattachait de nouveau par sa pointe bleu&acirc;tre.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;La Dame de feu&nbsp;! la Dame de feu&nbsp;!&nbsp;&raquo; criaient les p&ecirc;cheurs et les paysans effar&eacute;s.</p>
+
+<p>Tout s'expliquait alors. Il &eacute;tait &eacute;vident que le navire, d&eacute;sorient&eacute; dans les brumes, avait fait fausse route, et qu'il avait pris cette flamme, allum&eacute;e au sommet du ch&acirc;teau de Dundonald, pour le feu d'Irvine. Il se croyait &agrave; l'entr&eacute;e du golfe, situ&eacute;e dix milles plus au nord, et il courait vers une franche terre, qui ne lui offrait aucun refuge&nbsp;!</p>
+
+<p>Que pouvait-on faire pour le sauver, s'il en &eacute;tait temps encore&nbsp;? Peut-&ecirc;tre e&ucirc;t-il fallu monter jusqu'aux ruines et tenter d'&eacute;teindre ce feu, pour qu'il ne f&ucirc;t pas possible de le confondre plus longtemps avec le phare du port d'Irvine&nbsp;!</p>
+
+<p>Sans doute, c'&eacute;tait ainsi qu'il convenait d'agir, sans retard; mais lequel de ces &Eacute;cossais e&ucirc;t eu la pens&eacute;e, et, apr&egrave;s la pens&eacute;e, l'audace de braver la Dame de feu&nbsp;? Jack Ryan, peut-&ecirc;tre, car il &eacute;tait courageux, et sa cr&eacute;dulit&eacute;, si forte qu'elle f&ucirc;t, ne pouvait l'arr&ecirc;ter dans un g&eacute;n&eacute;reux mouvement.</p>
+
+<p>Il &eacute;tait trop tard. Un horrible craquement retentit au milieu du fracas des &eacute;l&eacute;ments.</p>
+
+<p>Le navire venait de talonner par son arri&egrave;re. Ses feux de position s'&eacute;teignirent. La ligne blanch&acirc;tre du ressac sembla bris&eacute;e un instant. C'&eacute;tait le b&acirc;timent qui l'abordait, se couchait sur le flanc et se disloquait entre les r&eacute;cifs.</p>
+
+<p>Et, &agrave; ce m&ecirc;me instant, par une co&iuml;ncidence qui ne pouvait &ecirc;tre due qu'au hasard, la longue flamme disparut, comme si elle e&ucirc;t &eacute;t&eacute; arrach&eacute;e par une violente rafale. La mer, le ciel, la gr&egrave;ve furent aussit&ocirc;t replong&eacute;s dans les plus profondes t&eacute;n&egrave;bres.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;La Dame de feu&nbsp;!&nbsp;&raquo; avait une derni&egrave;re fois cri&eacute; Jack Ryan, lorsque cette apparition, surnaturelle pour ses compagnons et lui, se fut &eacute;vanouie subitement.</p>
+
+<p>Mais alors, le courage que ces superstitieux &Eacute;cossais n'auraient pas eu contre un danger chim&eacute;rique, ils le retrouv&egrave;rent en face d'un danger r&eacute;el, maintenant qu'il s'agissait de sauver leurs semblables. Les &eacute;l&eacute;ments d&eacute;cha&icirc;n&eacute;s ne les arr&ecirc;t&egrave;rent pas. Au moyen de cordes lanc&eacute;es dans les lames &mdash; h&eacute;ro&iuml;ques autant qu'ils avaient &eacute;t&eacute; cr&eacute;dules &mdash;, ils se jet&egrave;rent au secours du b&acirc;timent naufrag&eacute;.</p>
+
+<p>Heureusement, ils r&eacute;ussirent, non sans que quelques-uns &mdash; et le hardi Jack Ryan &eacute;tait du nombre &mdash; se fussent gri&egrave;vement meurtris sur les roches; mais le capitaine du navire et les huit hommes de l'&eacute;quipage purent &ecirc;tre d&eacute;pos&eacute;s, sains et saufs, sur la gr&egrave;ve.</p>
+
+<p>Ce navire &eacute;tait le brick norv&eacute;gien <i>Motala</i>, charg&eacute; de bois du nord, faisant route pour Glasgow.</p>
+
+<p>Il n'&eacute;tait que trop vrai. Le capitaine, tromp&eacute; par ce feu, allum&eacute; sur la tour du ch&acirc;teau de Dundonald, &eacute;tait venu donner en pleine c&ocirc;te, au lieu d'embouquer le golfe de Clyde.</p>
+
+<p>Et maintenant, du <i>Motala</i>, il ne restait plus que de rares &eacute;paves, dont le ressac achevait de briser les d&eacute;bris sur les roches du littoral.</p>
+
+<p><br>
+</p>
+
+<center>
+<h4>XII</h4>
+
+<h4>Les Exploits de Jack Ryan</h4>
+</center>
+
+<p>Jack Ryan et trois de ses compagnons, bless&eacute;s comme lui, avaient &eacute;t&eacute; transport&eacute;s dans une des chambres de la ferme de Melrose, o&ugrave; des soins leur furent imm&eacute;diatement prodigu&eacute;s.</p>
+
+<p>Jack Ryan avait &eacute;t&eacute; le plus maltrait&eacute;, car, au moment o&ugrave;, la corde aux reins, il s'&eacute;tait jet&eacute; &agrave; la mer, les lames furieuses l'avaient rudement roul&eacute; sur les r&eacute;cifs. Peu s'en &eacute;tait fallu, m&ecirc;me, que ses camarades ne l'eussent rapport&eacute; sans vie sur le rivage.</p>
+
+<p>Le brave gar&ccedil;on fut donc clou&eacute; au lit pour quelques jours, &mdash; ce dont il enragea fort. Cependant, lorsqu'on lui eut permis de chanter autant qu'il le voudrait, il prit son mal en patience, et la ferme de Melrose retentit, &agrave; toute heure, des joyeux &eacute;clats de sa voix. Mais Jack Ryan, dans cette aventure, ne puisa qu'un plus vif sentiment de crainte &agrave; l'&eacute;gard de ces brawnies et autres lutins qui s'amusent &agrave; tracasser le pauvre monde, et ce fut eux qu'il rendit responsables de la catastrophe du <i>Motala</i>. On f&ucirc;t mal venu &agrave; lui soutenir que les Dames de feu n'existaient pas, et que cette flamme, si soudainement projet&eacute;e entre les ruines, n'&eacute;tait due qu'&agrave; un ph&eacute;nom&egrave;ne physique. Aucun raisonnement ne l'e&ucirc;t convaincu. Ses compagnons &eacute;taient encore plus obstin&eacute;s que lui dans leur cr&eacute;dulit&eacute;. A les entendre, une des Dames de feu avait m&eacute;chamment attir&eacute; le <i>Motala</i> &agrave; la c&ocirc;te. Quant &agrave; vouloir l'en punir, autant mettre l'ouragan &agrave; l'amende&nbsp;! Les magistrats pouvaient d&eacute;cr&eacute;ter toutes poursuites qui leur conviendraient. On n'emprisonne pas une flamme, on n'encha&icirc;ne pas un &ecirc;tre impalpable. Et, s'il faut le dire, les recherches qui furent ult&eacute;rieurement faites, sembl&egrave;rent donner raison &mdash; au moins en apparence &mdash; &agrave; cette fa&ccedil;on superstitieuse d'expliquer les choses.</p>
+
+<p>En effet, le magistrat, charg&eacute; de diriger une enqu&ecirc;te relativement &agrave; la perte du <i>Motala</i>, vint interroger les divers t&eacute;moins de la catastrophe. Tous furent d'accord sur ce point que le naufrage &eacute;tait d&ucirc; &agrave; l'apparition surnaturelle de la Dame de feu dans les ruines du ch&acirc;teau de Dundonald.</p>
+
+<p>On le pense bien, la justice ne pouvait se payer de semblables raisons. Qu'un ph&eacute;nom&egrave;ne purement physique se f&ucirc;t produit dans ces ruines, pas de doute &agrave; cet &eacute;gard. Mais &eacute;tait-ce accident ou malveillance&nbsp;? c'est ce que le magistrat devait chercher &agrave; &eacute;tablir.</p>
+
+<p>Que ce mot &laquo;&nbsp;malveillance&nbsp;&raquo; ne surprenne pas. Il ne faudrait pas remonter haut dans l'histoire armoricaine pour en trouver la justification. Bien des pilleurs d'&eacute;paves du littoral breton ont fait ce m&eacute;tier d'attirer les navires &agrave; la c&ocirc;te afin de s'en partager les d&eacute;pouilles. Tant&ocirc;t un bouquet d'arbres r&eacute;sineux, enflamm&eacute;s pendant la nuit, guidait un b&acirc;timent dans des passes dont il ne pouvait plus sortir. Tant&ocirc;t une torche, attach&eacute;e aux cornes d'un taureau et promen&eacute;e au caprice de l'animal, trompait un &eacute;quipage sur la route &agrave; suivre. Le r&eacute;sultat de ces man&oelig;uvres &eacute;tait in&eacute;vitablement quelque naufrage, dont les pillards profitaient. Il avait fallu l'intervention de la justice et de s&eacute;v&egrave;res exemples pour d&eacute;truire ces barbares coutumes. Or, ne pouvait-il se faire que, dans cette circonstance, une main criminelle n'e&ucirc;t repris les anciennes traditions des pilleurs d'&eacute;paves&nbsp;?</p>
+
+<p>C'est ce que pensaient les gens de la police, quoi qu'en eussent Jack Ryan et ses compagnons. Lorsque ceux-ci entendirent parler d'enqu&ecirc;te, ils se divis&egrave;rent en deux camps&nbsp;: les uns se content&egrave;rent de hausser les &eacute;paules; les autres, plus craintifs, annonc&egrave;rent que, tr&egrave;s certainement, &agrave; provoquer ainsi les &ecirc;tres surnaturels, on am&egrave;nerait de nouvelles catastrophes.</p>
+
+<p>N&eacute;anmoins, l'enqu&ecirc;te fut faite avec beaucoup de soin. Les gens de police se transport&egrave;rent au ch&acirc;teau de Dundonald, et ils proc&eacute;d&egrave;rent aux recherches les plus rigoureuses.</p>
+
+<p>Le magistrat voulut d'abord reconna&icirc;tre si le sol avait conserv&eacute; quelques empreintes de pas, pouvant &ecirc;tre attribu&eacute;es &agrave; d'autres pieds que des pieds de lutins. Il fut impossible de relever la plus l&eacute;g&egrave;re trace, ni ancienne ni nouvelle. Cependant, la terre, encore tout humide des pluies de la veille, e&ucirc;t conserv&eacute; le moindre vestige.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Des pas de brawnies&nbsp;! s'&eacute;cria Jack Ryan, lorsqu'il connut l'insucc&egrave;s des premi&egrave;res recherches. Autant vouloir retrouver les traces d'un follet sur l'eau d'un mar&eacute;cage&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Cette premi&egrave;re partie de l'enqu&ecirc;te ne produisit donc aucun r&eacute;sultat. Il n'&eacute;tait pas probable que la seconde partie en donn&acirc;t davantage.</p>
+
+<p>Il s'agissait d'&eacute;tablir, en effet, comment le feu avait pu &ecirc;tre allum&eacute; au sommet de la vieille tour, quels &eacute;l&eacute;ments avaient &eacute;t&eacute; fournis &agrave; la combustion, et enfin quels r&eacute;sidus cette combustion avait laiss&eacute;s.</p>
+
+<p>Sur le premier point, rien, ni restes d'allumettes, ni chiffons de papier, ayant pu servir &agrave; allumer un feu quelconque.</p>
+
+<p>Sur le second point, n&eacute;ant non moins absolu. On ne retrouva ni herbes dess&eacute;ch&eacute;es, ni fragments de bois, dont ce foyer, si intense, avait pourtant d&ucirc; &ecirc;tre largement aliment&eacute; pendant la nuit.</p>
+
+<p>Quant au troisi&egrave;me point, il ne put &ecirc;tre &eacute;clairci davantage. L'absence de toutes cendres, de tout r&eacute;sidu d'un combustible quelconque, ne permit pas m&ecirc;me de retrouver l'endroit o&ugrave; le foyer avait d&ucirc; &ecirc;tre &eacute;tabli. Il n'existait aucune place noircie, ni sur la terre, ni sur la roche. Fallait-il donc en conclure que le foyer avait &eacute;t&eacute; tenu par la main de quelque malfaiteur&nbsp;? C'&eacute;tait bien invraisemblable, puisque, au dire des t&eacute;moins, la flamme pr&eacute;sentait un d&eacute;veloppement gigantesque, tel que l'&eacute;quipage du <i>Motala</i> avait pu, malgr&eacute; les brumes, l'apercevoir de plusieurs milles au large.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Bon&nbsp;! s'&eacute;cria Jack Ryan, la Dame de feu sait bien se passer d'allumettes&nbsp;! Elle souffle, cela suffit &agrave; embraser l'air autour d'elle, et son foyer ne laisse jamais de cendres&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Il r&eacute;sulta donc de tout ceci que les magistrats en furent pour leur peine, qu'une nouvelle l&eacute;gende s'ajouta &agrave; tant d'autres, l&eacute;gende qui devait perp&eacute;tuer le souvenir de la catastrophe du <i>Motala</i> et affirmer plus indiscutablement encore l'apparition des Dames de feu.</p>
+
+<p>Cependant, un si brave gar&ccedil;on que Jack Ryan, et d'une si vigoureuse constitution, ne pouvait demeurer longtemps alit&eacute;. Quelques foulures et luxations n'&eacute;taient pas pour le coucher sur le flanc plus qu'il ne convenait. Il n'avait pas le temps d'&ecirc;tre malade. Or, lorsque ce temps-l&agrave; manque, on ne l'est gu&egrave;re dans ces r&eacute;gions salubres des Lowlands.</p>
+
+<p>Jack Ryan se r&eacute;tablit donc promptement. D&egrave;s qu'il fut sur pied, avant de reprendre sa besogne &agrave; la ferme de Melrose, il voulut mettre certain projet &agrave; ex&eacute;cution. Il s'agissait d'aller faire visite &agrave; son camarade Harry, afin de savoir pourquoi celui-ci avait manqu&eacute; &agrave; la f&ecirc;te du clan d'Irvine. De la part d'un homme tel qu'Harry, qui ne promettait jamais sans tenir, cette absence ne s'expliquait pas. Il &eacute;tait invraisemblable, d'ailleurs, que le fils du vieil overman n'e&ucirc;t pas entendu parler de la catastrophe du <i>Motala</i> rapport&eacute;e &agrave; grands d&eacute;tails par les journaux. Il devait savoir la part que Jack Ryan avait prise au sauvetage, ce qui en &eacute;tait advenu pour lui, et c'e&ucirc;t &eacute;t&eacute; trop d'indiff&eacute;rence de la part d'Harry que de ne pas pousser jusqu'&agrave; la ferme pour serrer la main de son ami Jack Ryan.</p>
+
+<p>Si donc Harry n'&eacute;tait pas venu, c'est qu'il n'avait pu venir.</p>
+
+<p>Jack Ryan e&ucirc;t plut&ocirc;t ni&eacute; l'existence des Dames de feu que de croire &agrave; l'indiff&eacute;rence d'Harry &agrave; son &eacute;gard.</p>
+
+<p>Donc, deux jours apr&egrave;s la catastrophe, Jack Ryan quitta la ferme, gaillardement, comme un solide gar&ccedil;on qui ne se ressentait aucunement de ses blessures. D'un joyeux refrain lanc&eacute; &agrave; pleine poitrine, il fit r&eacute;sonner les &eacute;chos de la falaise, et se rendit &agrave; la gare du railway qui, par Glasgow, conduit &agrave; Stirling et &agrave; Callander.</p>
+
+<p>L&agrave;, pendant qu'il attendait dans la gare, ses regards furent tout d'abord attir&eacute;s par une affiche, reproduite &agrave; profusion sur les murs, et qui contenait l'avis suivant&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Le 4 d&eacute;cembre dernier, l'ing&eacute;nieur James Starr, d'&Eacute;dimbourg, s'est embarqu&eacute; &agrave; Granton-pier sur le <i>Prince de Galles</i>. Il a d&eacute;barqu&eacute; le m&ecirc;me jour &agrave; Stirling. Depuis ce temps, on est sans nouvelles de lui.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Pri&egrave;re d'adresser toute information le concernant au pr&eacute;sident de Royal Institution, &agrave; &Eacute;dimbourg.&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Jack Ryan, arr&ecirc;t&eacute; devant une de ces affiches, la lut par deux fois, non sans donner les signes de la plus extr&ecirc;me surprise.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Monsieur Starr&nbsp;! s'&eacute;cria-t-il. Mais, le 4 d&eacute;cembre, je l'ai pr&eacute;cis&eacute;ment rencontr&eacute; avec Harry sur les &eacute;chelles du puits Yarow&nbsp;! voil&agrave; dix jours de cela&nbsp;! Et, depuis ce temps, il n'aurait pas reparu&nbsp;! Cela expliquerait-il pourquoi mon camarade n'est pas venu &agrave; la f&ecirc;te d'Irvine&nbsp;?&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Et, sans prendre le temps d'informer par lettre le pr&eacute;sident de Royal Institution de ce qu'il savait relativement &agrave; James Starr, le brave gar&ccedil;on sauta dans le train, avec l'intention bien arr&ecirc;t&eacute;e de se rendre tout d'abord au puits Yarow. Cela fait, il descendrait jusqu'au fond de la fosse Dochart, s'il le fallait, pour retrouver Harry, et avec lui l'ing&eacute;nieur James Starr.</p>
+
+<p>Trois heures apr&egrave;s, il quittait le train &agrave; la gare de Callander, et se dirigeait rapidement vers le puits Yarow.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Ils n'ont pas reparu, se disait-il. Pourquoi&nbsp;? Est-ce quelque obstacle qui les en a emp&ecirc;ch&eacute;s&nbsp;? Est-ce un travail dont l'importance les retient encore au fond de la houill&egrave;re&nbsp;? Je le saurai&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Et Jack Ryan, allongeant le pas, arriva en moins d'une heure au puits Yarow.</p>
+
+<p>Ext&eacute;rieurement, rien de chang&eacute;. M&ecirc;me silence aux abords de la fosse. Pas un &ecirc;tre vivant dans ce d&eacute;sert.</p>
+
+<p>Jack Ryan p&eacute;n&eacute;tra sous l'appentis en ruine qui recouvrait l'orifice du puits. Il plongea son regard dans ce gouffre... Il ne vit rien. Il &eacute;couta... Il n'entendit rien.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Et ma lampe&nbsp;! s'&eacute;cria-t-il. Ne serait-elle donc plus &agrave; sa place&nbsp;?&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>La lampe, dont Jack Ryan se servait pendant ses visites &agrave; la fosse, &eacute;tait ordinairement d&eacute;pos&eacute;e dans un coin, pr&egrave;s du palier de l'&eacute;chelle sup&eacute;rieure.</p>
+
+<p>Cette lampe avait disparu.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Voil&agrave; une premi&egrave;re complication&nbsp;!&nbsp;&raquo; dit Jack Ryan, qui commen&ccedil;a &agrave; devenir tr&egrave;s inquiet.</p>
+
+<p>Puis, sans h&eacute;siter, tout superstitieux qu'il f&ucirc;t&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;J'irai, dit-il, quand il devrait faire plus noir dans la fosse que dans le tr&eacute;fonds de l'enfer&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Et il commen&ccedil;a &agrave; descendre la longue suite d'&eacute;chelles, qui s'enfon&ccedil;aient dans le sombre puits.</p>
+
+<p>Il fallait que Jack Ryan n'e&ucirc;t point perdu de ses anciennes habitudes de mineur, et qu'il conn&ucirc;t bien la fosse Dochart, pour se hasarder ainsi. Il descendait prudemment d'ailleurs. Son pied t&acirc;tait chaque &eacute;chelon, dont quelques-uns &eacute;taient vermoulus. Tout faux pas e&ucirc;t entra&icirc;n&eacute; une chute mortelle, dans ce vide de quinze cents pieds. Jack Ryan comptait donc chacun des paliers qu'il quittait successivement pour atteindre un &eacute;tage inf&eacute;rieur. Il savait que son pied ne toucherait la semelle de la fosse qu'apr&egrave;s avoir d&eacute;pass&eacute; le trenti&egrave;me. Une fois l&agrave;, il ne serait pas g&ecirc;n&eacute;, pensait-il, de retrouver le cottage, b&acirc;ti, comme on sait, &agrave; l'extr&eacute;mit&eacute; de la galerie principale.</p>
+
+<p>Jack Ryan arriva ainsi au vingt-sixi&egrave;me palier, et, par cons&eacute;quent, deux cents pieds, au plus, le s&eacute;paraient alors du fond.</p>
+
+<p>A cet endroit, il baissa la jambe pour chercher le premier &eacute;chelon de la vingt-septi&egrave;me &eacute;chelle. Mais sa jambe, se balan&ccedil;ant dans le vide, ne trouva aucun point d'appui.</p>
+
+<p>Jack Ryan s'agenouilla sur le palier. Il voulut saisir avec la main l'extr&eacute;mit&eacute; de l'&eacute;chelle... Ce fut en vain.</p>
+
+<p>Il &eacute;tait &eacute;vident que la vingt-septi&egrave;me &eacute;chelle ne se trouvait pas &agrave; sa place, et, par cons&eacute;quent, qu'elle avait &eacute;t&eacute; retir&eacute;e.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Il faut que le vieux Nick ait pass&eacute; par l&agrave;&nbsp;!&nbsp;&raquo; se dit-il, non sans &eacute;prouver un certain sentiment d'effroi.</p>
+
+<p>Debout, les bras crois&eacute;s, voulant toujours percer cette ombre imp&eacute;n&eacute;trable, Jack Ryan attendit. Puis, il lui vint &agrave; la pens&eacute;e que, si lui ne pouvait descendre, les habitants de la houill&egrave;re, eux, n'avaient pu remonter. Il n'existait plus, en effet, aucune communication entre le sol du comt&eacute; et les profondeurs de la fosse. Si cet enl&egrave;vement des &eacute;chelles inf&eacute;rieures du puits Yarow avait &eacute;t&eacute; pratiqu&eacute; depuis sa derni&egrave;re visite au cottage, qu'&eacute;taient devenus Simon Ford, sa femme, son fils et l'ing&eacute;nieur&nbsp;? L'absence prolong&eacute;e de James Starr prouvait &eacute;videmment qu'il n'avait pas quitt&eacute; la fosse depuis le jour o&ugrave; Jack Ryan s'&eacute;tait crois&eacute; avec lui dans le puits Yarow. Comment, depuis lors, s'&eacute;tait fait le ravitaillement du cottage&nbsp;? Les vivres n'avaient-ils pas manqu&eacute; &agrave; ces malheureux, emprisonn&eacute;s &agrave; quinze cents pieds sous terre&nbsp;?</p>
+
+<p>Toutes ces pens&eacute;es travers&egrave;rent l'esprit de Jack Ryan. Il vit bien qu'il ne pouvait rien par lui-m&ecirc;me pour arriver jusqu'au cottage. Y avait-il eu malveillance dans ce fait que les communications &eacute;taient interrompues&nbsp;? cela ne lui paraissait pas douteux. En tout cas, les magistrats aviseraient, mais il fallait les pr&eacute;venir au plus vite.</p>
+
+<p>Jack Ryan se pencha au-dessus du palier.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Harry&nbsp;! Harry&nbsp;!&nbsp;&raquo; cria-t-il de sa voix puissante.</p>
+
+<p>Les &eacute;chos se renvoy&egrave;rent &agrave; plusieurs reprises le nom d'Harry, qui s'&eacute;teignit enfin dans les derni&egrave;res profondeurs du puits Yarow.</p>
+
+<p>Jack Ryan remonta rapidement les &eacute;chelles sup&eacute;rieures, et revit la lumi&egrave;re du jour. Il ne perdit pas un instant. Tout d'une traite, il regagna la gare de Callander. Il ne lui fallut attendre que quelques minutes le passage de l'express d'&Eacute;dimbourg, et, &agrave; trois heures de l'apr&egrave;s-midi, il se pr&eacute;sentait chez le lord-pr&eacute;v&ocirc;t de la capitale.</p>
+
+<p>L&agrave;, sa d&eacute;claration fut re&ccedil;ue. Les d&eacute;tails pr&eacute;cis qu'il donna ne permettaient pas de soup&ccedil;onner sa v&eacute;racit&eacute;. Sir W. Elphiston, pr&eacute;sident de Royal Institution, non seulement coll&egrave;gue, mais ami particulier de James Starr, fut aussit&ocirc;t averti, et il demanda &agrave; diriger les recherches qui allaient &ecirc;tre faites sans d&eacute;lai &agrave; la fosse Dochart. On mit &agrave; sa disposition plusieurs agents, qui se munirent de lampes, de pics, de longues &eacute;chelles de corde, sans oublier vivres et cordiaux. Puis, conduits par Jack Ryan, tous prirent imm&eacute;diatement le chemin des houill&egrave;res d'Aberfoyle.</p>
+
+<p>Le soir m&ecirc;me, Sir W. Elphiston, Jack Ryan et les agents arriv&egrave;rent &agrave; l'orifice du puits Yarow, et ils descendirent jusqu'au vingt-septi&egrave;me palier, sur lequel Jack s'&eacute;tait arr&ecirc;t&eacute;, quelques heures auparavant.</p>
+
+<p>Les lampes, attach&eacute;es au bout de longues cordes, furent envoy&eacute;es dans les profondeurs du puits, et l'on put alors constater que les quatre derni&egrave;res &eacute;chelles manquaient.</p>
+
+<p>Nul doute que toute communication entre le dedans et le dehors de la fosse Dochart n'e&ucirc;t &eacute;t&eacute; intentionnellement rompue.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Qu'attendons-nous, monsieur&nbsp;? demanda l'impatient Jack Ryan.</p>
+
+<p>&mdash; Nous attendons que ces lampes soient remont&eacute;es, mon gar&ccedil;on, r&eacute;pondit Sir W. Elphiston. Puis, nous descendrons jusqu'au sol de la derni&egrave;re galerie, et tu nous conduiras...</p>
+
+<p>&mdash; Au cottage, s'&eacute;cria Jack Ryan, et, s'il le faut, jusque dans les derniers ab&icirc;mes de la fosse&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>D&egrave;s que les lampes eurent &eacute;t&eacute; retir&eacute;es, les agents fix&egrave;rent au palier les &eacute;chelles de corde, qui se d&eacute;roul&egrave;rent dans le puits. Les paliers inf&eacute;rieurs subsistaient encore. On put descendre de l'un &agrave; l'autre.</p>
+
+<p>Cela ne se fit pas sans de grandes difficult&eacute;s. Jack Ryan, le premier, s'&eacute;tait suspendu &agrave; ces &eacute;chelles vacillantes, et, le premier, il atteignit le fond de la houill&egrave;re.</p>
+
+<p>Sir W. Elphiston et les agents l'eurent bient&ocirc;t rejoint.</p>
+
+<p>Le rond-point, form&eacute; par le fond du puits Yarow, &eacute;tait absolument d&eacute;sert, mais Sir W. Elphiston ne fut pas m&eacute;diocrement surpris d'entendre Jack Ryan s'&eacute;crier&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Voici quelques fragments des &eacute;chelles, et ce sont des fragments &agrave; demi br&ucirc;l&eacute;s&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Br&ucirc;l&eacute;s&nbsp;! r&eacute;p&eacute;ta Sir W. Elphiston. En effet, voil&agrave; des cendres refroidies depuis longtemps&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Pensez-vous, monsieur, demanda Jack Ryan, que l'ing&eacute;nieur James Starr ait eu int&eacute;r&ecirc;t &agrave; br&ucirc;ler ces &eacute;chelles et &agrave; interrompre toute communication avec le dehors&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Non, r&eacute;pondit Sir W. Elphiston, qui demeura pensif. Allons, mon gar&ccedil;on, au cottage&nbsp;! C'est l&agrave; que nous saurons la v&eacute;rit&eacute;.&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Jack Ryan hocha la t&ecirc;te, en homme peu convaincu. Mais, prenant une lampe des mains d'un agent, il s'avan&ccedil;a rapidement &agrave; travers la galerie principale de la fosse Dochart.</p>
+
+<p>Tous le suivaient.</p>
+
+<p>Un quart d'heure plus tard, Sir W. Elphiston et ses compagnons avaient atteint l'excavation au fond de laquelle &eacute;tait b&acirc;ti le cottage de Simon Ford. Aucune lumi&egrave;re n'en &eacute;clairait les fen&ecirc;tres.</p>
+
+<p>Jack Ryan se pr&eacute;cipita vers la porte, qu'il repoussa vivement.</p>
+
+<p>Le cottage &eacute;tait abandonn&eacute;.</p>
+
+<p>On visita les chambres de la sombre habitation. Nulle trace de violence &agrave; l'int&eacute;rieur. Tout &eacute;tait en ordre, comme si la vieille Madge e&ucirc;t encore &eacute;t&eacute; l&agrave;. La r&eacute;serve de vivres &eacute;tait m&ecirc;me abondante, et e&ucirc;t suffi pendant plusieurs jours &agrave; la famille Ford.</p>
+
+<p>L'absence des h&ocirc;tes du cottage &eacute;tait donc inexplicable. Mais pouvait-on constater d'une mani&egrave;re pr&eacute;cise &agrave; quelle &eacute;poque ils l'avaient quitt&eacute;&nbsp;? &mdash; Oui, car, dans ce milieu o&ugrave; ne se succ&eacute;daient ni les nuits, ni les jours, Madge avait coutume de marquer d'une croix chaque quanti&egrave;me de son calendrier.</p>
+
+<p>Ce calendrier &eacute;tait suspendu au mur de la salle. Or, la derni&egrave;re croix avait &eacute;t&eacute; faite &agrave; la date du 6 d&eacute;cembre, c'est-&agrave;-dire un jour apr&egrave;s l'arriv&eacute;e de James Starr, &mdash; ce que Jack Ryan fut en mesure d'affirmer. Il &eacute;tait donc manifeste que depuis le 6 d&eacute;cembre, c'est-&agrave;-dire depuis dix jours, Simon Ford, sa femme, son fils et son h&ocirc;te avaient quitt&eacute; le cottage. Une nouvelle exploration de la fosse, entreprise par l'ing&eacute;nieur, pouvait-elle donner la raison d'une si longue absence&nbsp;? Non, &eacute;videmment.</p>
+
+<p>Ainsi, du moins, le pensa Sir W. Elphiston. Apr&egrave;s avoir minutieusement inspect&eacute; le cottage, il fut tr&egrave;s embarrass&eacute; sur ce qu'il convenait de faire.</p>
+
+<p>L'obscurit&eacute; &eacute;tait profonde. L'&eacute;clat des lampes, balanc&eacute;es aux mains des agents, &eacute;toilait seulement ces imp&eacute;n&eacute;trables t&eacute;n&egrave;bres.</p>
+
+<p>Soudain, Jack Ryan poussa un cri.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;L&agrave;&nbsp;! l&agrave;&nbsp;!&nbsp;&raquo; dit-il.</p>
+
+<p>Et son doigt montrait une assez vive lueur, qui s'agitait dans l'obscur lointain de la galerie.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Mes amis, courons sur ce feu&nbsp;! r&eacute;pondit Sir W. Elphiston.</p>
+
+<p>&mdash; Un feu de brawnie&nbsp;! s'&eacute;cria Jack Ryan. A quoi bon&nbsp;? Nous ne l'atteindrons jamais&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Le pr&eacute;sident de Royal Institution et les agents, peu enclins &agrave; la cr&eacute;dulit&eacute;, s'&eacute;lanc&egrave;rent dans la direction indiqu&eacute;e par la lueur mouvante. Jack Ryan, prenant bravement son parti, ne resta pas le dernier en route.</p>
+
+<p>Ce fut une longue et fatigante poursuite. Le falot lumineux semblait port&eacute; par un &ecirc;tre de petite taille, mais singuli&egrave;rement agile. A chaque instant, cet &ecirc;tre disparaissait derri&egrave;re quelque remblai; puis, on le revoyait au fond d'une galerie transversale. De rapides crochets le mettaient ensuite hors de vue. Il semblait avoir d&eacute;finitivement disparu, et, soudain, la lueur de son falot jetait de nouveau un vif &eacute;clat. En somme, on gagnait peu sur lui, et Jack Ryan persistait &agrave; croire, non sans raison, qu'on ne l'atteindrait pas.</p>
+
+<p>Pendant une heure de cette inutile poursuite, Sir W. Elphiston et ses compagnons s'enfonc&egrave;rent dans la portion sud-ouest de la fosse Dochart. Ils en arrivaient, eux aussi, &agrave; se demander s'ils n'avaient pas affaire &agrave; quelque follet insaisissable.</p>
+
+<p>A ce moment, cependant, il sembla que la distance commen&ccedil;ait &agrave; diminuer entre le follet et ceux qui cherchaient &agrave; l'atteindre. &Eacute;tait-ce fatigue de l'&ecirc;tre quelconque qui fuyait, ou cet &ecirc;tre voulait-il attirer Sir W. Elphiston et ses compagnons l&agrave; o&ugrave; les habitants du cottage avaient peut-&ecirc;tre &eacute;t&eacute; attir&eacute;s eux-m&ecirc;mes&nbsp;? Il e&ucirc;t &eacute;t&eacute; malais&eacute; de r&eacute;soudre la question.</p>
+
+<p>Toutefois, les agents, voyant s'amoindrir cette distance redoubl&egrave;rent leurs efforts. La lueur, qui avait toujours brill&eacute; &agrave; plus de deux cents pas en avant d'eux, se tenait maintenant &agrave; moins de cinquante. Cet intervalle diminua encore. Le porteur du falot devint plus visible. Quelquefois, lorsqu'il retournait la t&ecirc;te, on pouvait reconna&icirc;tre le vague profil d'une figure humaine, et, &agrave; moins qu'un lutin n'e&ucirc;t pris cette forme, Jack Ryan &eacute;tait forc&eacute; de convenir qu'il ne s'agissait point l&agrave; d'un &ecirc;tre surnaturel.</p>
+
+<p>Et alors, tout en courant plus vite&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Hardi, camarades&nbsp;! criait-il. Il se fatigue&nbsp;! Nous l'atteindrons bient&ocirc;t, et, s'il parle aussi bien qu'il d&eacute;tale, il pourra nous en dire long&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Cependant, la poursuite devenait plus difficile alors. En effet, au milieu des derni&egrave;res profondeurs de la fosse, d'&eacute;troits tunnels s'entrecroisaient comme les all&eacute;es d'un labyrinthe. Dans ce d&eacute;dale, le porteur du falot pouvait ais&eacute;ment &eacute;chapper aux agents.</p>
+
+<p>Il lui suffisait d'&eacute;teindre sa lanterne et de se jeter de c&ocirc;t&eacute; au fond de quelque refuge obscur.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Et, au fait, pensait Sir W. Elphiston, s'il veut nous &eacute;chapper, pourquoi ne le fait-il pas&nbsp;?&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Cet &ecirc;tre insaisissable ne l'avait pas fait jusqu'alors; mais, au moment o&ugrave; cette pens&eacute;e traversait l'esprit de Sir W. Elphiston, la lueur disparut subitement, et les agents, continuant leur poursuite, arriv&egrave;rent presque aussit&ocirc;t devant une &eacute;troite ouverture que les roches schisteuses laissaient entre elles, &agrave; l'extr&eacute;mit&eacute; d'un &eacute;troit boyau.</p>
+
+<p>S'y glisser, apr&egrave;s avoir raviv&eacute; leurs lampes, s'&eacute;lancer &agrave; travers cet orifice qui s'ouvrait devant eux, ce fut pour Sir W. Elphiston, Jack Ryan et leurs compagnons l'affaire d'un instant.</p>
+
+<p>Mais ils n'avaient pas fait cent pas dans une nouvelle galerie, plus large et plus haute, qu'ils s'arr&ecirc;taient soudain.</p>
+
+<p>L&agrave;, pr&egrave;s de la paroi, quatre corps &eacute;taient &eacute;tendus sur le sol, quatre cadavres peut-&ecirc;tre&nbsp;!</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;James Starr&nbsp;! dit Sir W. Elphiston.</p>
+
+<p>&mdash; Harry&nbsp;! Harry&nbsp;!&nbsp;&raquo; s'&eacute;cria Jack Ryan, en se pr&eacute;cipitant sur le corps de son camarade.</p>
+
+<p>C'&eacute;taient, en effet, l'ing&eacute;nieur, Madge, Simon et Harry Ford, qui &eacute;taient &eacute;tendus l&agrave;, sans mouvement.</p>
+
+<p>Mais, alors, l'un de ces corps se redressa, et l'on entendit la voix &eacute;puis&eacute;e de la vieille Madge murmurer ces mots&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Eux&nbsp;! eux, d'abord&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Sir W. Elphiston, Jack Ryan, les agents, essay&egrave;rent de ranimer l'ing&eacute;nieur et ses compagnons, en leur faisant avaler quelques gouttes de cordial. Ils y r&eacute;ussirent presque aussit&ocirc;t. Ces infortun&eacute;s, s&eacute;questr&eacute;s depuis dix jours dans la Nouvelle-Aberfoyle, mouraient d'inanition.</p>
+
+<p>Et, s'ils n'avaient pas succomb&eacute; pendant ce long emprisonnement &mdash; James Starr l'apprit &agrave; Sir W. Elphiston &mdash;, c'est que trois fois ils avaient trouv&eacute; pr&egrave;s d'eux un pain et une cruche d'eau&nbsp;! Sans doute, l'&ecirc;tre secourable auquel ils devaient de vivre encore n'avait pas pu faire davantage&nbsp;!...</p>
+
+<p>Sir W. Elphiston se demanda si ce n'&eacute;tait pas l&agrave; l'&oelig;uvre de cet insaisissable follet qui venait de les attirer pr&eacute;cis&eacute;ment &agrave; l'endroit o&ugrave; gisaient James Starr et ses compagnons.</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit, l'ing&eacute;nieur, Madge, Simon et Harry Ford &eacute;taient sauv&eacute;s. Ils furent reconduits au cottage, en repassant par l'&eacute;troite issue que le porteur du falot semblait avoir voulu indiquer &agrave; Sir W. Elphiston.</p>
+
+<p>Et si James Starr et ses compagnons n'avaient pu retrouver l'orifice de la galerie que leur avait ouvert la dynamite, c'est que cet orifice avait &eacute;t&eacute; solidement bouch&eacute; au moyen de roches superpos&eacute;es, que, dans cette profonde obscurit&eacute;, ils n'avaient pu ni reconna&icirc;tre ni disjoindre.</p>
+
+<p>Ainsi donc, pendant qu'ils exploraient la vaste crypte, toute communication avait &eacute;t&eacute; volontairement ferm&eacute;e par une main ennemie entre l'ancienne et la Nouvelle-Aberfoyle&nbsp;!</p>
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+<p><br>
+</p>
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+<center>
+<h4>XIII</h4>
+
+<h4>Coal-city</h4>
+</center>
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+<p>Trois ans apr&egrave;s les &eacute;v&eacute;nements qui viennent d'&ecirc;tre racont&eacute;s, les Guides Joanne ou Murray recommandaient, &laquo;&nbsp;comme grande attraction&nbsp;&raquo;, aux nombreux touristes qui parcouraient le comt&eacute; de Stirling, une visite de quelques heures aux houill&egrave;res de la Nouvelle-Aberfoyle.</p>
+
+<p>Aucune mine, en n'importe quel pays du nouveau ou de l'ancien monde, ne pr&eacute;sentait un plus curieux aspect.</p>
+
+<p>Tout d'abord, le visiteur &eacute;tait transport&eacute; sans danger ni fatigue jusqu'au sol de l'exploitation, &agrave; quinze cents pieds au-dessous de la surface du comt&eacute;.</p>
+
+<p>En effet, &agrave; sept milles, dans le sud-ouest de Callander, un tunnel oblique, d&eacute;cor&eacute; d'une entr&eacute;e monumentale, avec tourelles, cr&eacute;neaux et m&acirc;chicoulis, affleurait le sol. Ce tunnel, &agrave; pente douce, largement &eacute;vid&eacute;, venait aboutir directement &agrave; cette crypte si singuli&egrave;rement creus&eacute;e dans le massif du sol &eacute;cossais.</p>
+
+<p>Un double railway, dont les wagons &eacute;taient mus par une force hydraulique, desservait, d'heure en heure, le village qui s'&eacute;tait fond&eacute; dans le sous-sol du comt&eacute;, sous le nom un peu ambitieux peut-&ecirc;tre de &laquo;&nbsp;Coal-city&nbsp;&raquo;, c'est-&agrave;-dire la Cit&eacute; du Charbon.</p>
+
+<p>Le visiteur, arriv&eacute; &agrave; Coal-city, se trouvait dans un milieu o&ugrave; l'&eacute;lectricit&eacute; jouait un r&ocirc;le de premier ordre, comme agent de chaleur et de lumi&egrave;re.</p>
+
+<p>En effet, les puits d'a&eacute;ration, quoiqu'ils fussent nombreux, n'auraient pas pu m&ecirc;ler assez de jour &agrave; l'obscurit&eacute; profonde de la Nouvelle-Aberfoyle. Cependant, une lumi&egrave;re intense emplissait ce sombre milieu, o&ugrave; de nombreux disques &eacute;lectriques rempla&ccedil;aient le disque solaire. Suspendus sous l'intrados des vo&ucirc;tes, accroch&eacute;s aux piliers naturels, tous aliment&eacute;s par des courants continus que produisaient des machines &eacute;lectromagn&eacute;tiques &mdash; les uns soleils, les autres &eacute;toiles -, ils &eacute;clairaient largement ce domaine. Lorsque l'heure du repos arrivait, un interrupteur suffisait &agrave; produire artificiellement la nuit dans ces profonds ab&icirc;mes de la houill&egrave;re.</p>
+
+<p>Tous ces appareils, grands ou petits, fonctionnaient dans le vide, c'est-&agrave;-dire que leurs arcs lumineux ne communiquaient aucunement avec l'air ambiant. Si bien que, pour le cas o&ugrave; l'atmosph&egrave;re e&ucirc;t &eacute;t&eacute; m&eacute;lang&eacute;e de grisou dans une proportion d&eacute;tonante, aucune explosion n'e&ucirc;t &eacute;t&eacute; &agrave; craindre. Aussi l'agent &eacute;lectrique &eacute;tait-il invariablement employ&eacute; &agrave; tous les besoins de la vie industrielle et de la vie domestique, aussi bien dans les maisons de Coal-city que dans les galeries exploit&eacute;es de la Nouvelle-Aberfoyle.</p>
+
+<p>Il faut dire, avant tout, que les pr&eacute;visions de l'ing&eacute;nieur James Starr &mdash; en ce qui concernait l'exploitation de la nouvelle houill&egrave;re &mdash; n'avaient point &eacute;t&eacute; d&eacute;&ccedil;ues. La richesse des filons carbonif&egrave;res &eacute;tait incalculable. C'&eacute;tait dans l'ouest de la crypte, &agrave; un quart de mille de Coal-city, que les premi&egrave;res veines avaient &eacute;t&eacute; attaqu&eacute;es par le pic des mineurs. La cit&eacute; ouvri&egrave;re n'occupait donc pas le centre de l'exploitation. Les travaux du fond &eacute;taient directement reli&eacute;s aux travaux du jour par les puits d'a&eacute;ration et d'extraction, qui mettaient les divers &eacute;tages de la mine en communication avec le sol. Le grand tunnel, o&ugrave; fonctionnait le railway &agrave; traction hydraulique, ne servait qu'au transport des habitants de Coal-city.</p>
+
+<p>On se rappelle quelle &eacute;tait la singuli&egrave;re conformation de cette vaste caverne, o&ugrave; le vieil overman et ses compagnons s'&eacute;taient arr&ecirc;t&eacute;s pendant leur premi&egrave;re exploration. L&agrave;, au-dessus de leur t&ecirc;te, s'arrondissait un d&ocirc;me de courbure ogivale. Les piliers qui le soutenaient allaient se perdre dans la vo&ucirc;te de schiste, &agrave; une hauteur de trois cents pieds, &mdash; hauteur presque &eacute;gale &agrave; celle du &laquo;&nbsp;Mammouth-D&ocirc;me&nbsp;&raquo;, des grottes du Kentucky.</p>
+
+<p>On sait que cette &eacute;norme halle &mdash; la plus grande de tout l'hypog&eacute;e am&eacute;ricain &mdash; peut ais&eacute;ment contenir cinq mille personnes. Dans cette partie de la Nouvelle-Aberfoyle, c'&eacute;tait m&ecirc;me proportion et aussi m&ecirc;me disposition. Mais, au lieu des admirables stalactites de la c&eacute;l&egrave;bre grotte, le regard s'accrochait ici &agrave; des intumescences de filons carbonif&egrave;res, qui semblaient jaillir de toutes les parois sous la pression des failles schisteuses. On e&ucirc;t dit des rondes-bosses de jais dont les paillettes s'allumaient sous le rayonnement des disques.</p>
+
+<p>Au-dessous de ce d&ocirc;me s'&eacute;tendait un lac comparable pour son &eacute;tendue &agrave; la mer Morte des &laquo;&nbsp;Mammouth-Caves&nbsp;&raquo;, &mdash; lac profond dont les eaux transparentes fourmillaient de poissons sans yeux, et auquel l'ing&eacute;nieur donna le nom de lac Malcolm.</p>
+
+<p>C'&eacute;tait l&agrave;, dans cette immense excavation naturelle, que Simon Ford avait b&acirc;ti son nouveau cottage, et il ne l'e&ucirc;t pas &eacute;chang&eacute; pour le plus bel h&ocirc;tel de Princes-street, &agrave; &Eacute;dimbourg. Cette habitation &eacute;tait situ&eacute;e au bord du lac, et ses cinq fen&ecirc;tres s'ouvraient sur les eaux sombres, qui s'&eacute;tendaient au-del&agrave; de la limite du regard.</p>
+
+<p>Deux mois apr&egrave;s, une seconde habitation s'&eacute;tait &eacute;lev&eacute;e dans le voisinage du cottage de Simon Ford. Ce fut celle de James Starr. L'ing&eacute;nieur s'&eacute;tait donn&eacute; corps et &acirc;me &agrave; la Nouvelle-Aberfoyle. Il avait, lui aussi, voulu l'habiter, et il fallait que ses affaires l'y obligeassent imp&eacute;rieusement pour qu'il consent&icirc;t &agrave; remonter au dehors. L&agrave;, en effet, il vivait au milieu de son monde de mineurs.</p>
+
+<p>Depuis la d&eacute;couverte des nouveaux gisements, tous les ouvriers de l'ancienne houill&egrave;re s'&eacute;taient h&acirc;t&eacute;s d'abandonner la charme et la herse pour reprendre le pic ou la pioche. Attir&eacute;s par la certitude que le travail ne leur manquerait jamais, all&eacute;ch&eacute;s par les hauts prix que la prosp&eacute;rit&eacute; de l'exploitation allait permettre d'affecter &agrave; la main-d'&oelig;uvre, ils avaient abandonn&eacute; le dessus du sol pour le dessous, et s'&eacute;taient log&eacute;s dans la houill&egrave;re, qui, par sa disposition naturelle, se pr&ecirc;tait &agrave; cette installation.</p>
+
+<p>Ces maisons de mineurs, construites en briques, s'&eacute;taient peu &agrave; peu dispos&eacute;es d'une fa&ccedil;on pittoresque, les unes sur les rives du lac Malcolm, les autres sous ces arceaux, qui semblaient faits pour r&eacute;sister &agrave; la pouss&eacute;e des vo&ucirc;tes comme les contreforts d'une cath&eacute;drale. Piqueurs qui abattent la roche, rouleurs qui transportent le charbon, conducteurs de travaux, boiseurs qui &eacute;tan&ccedil;onnent les galeries, cantonniers auxquels est confi&eacute;e la r&eacute;paration des voies, remblayeurs qui substituent la pierre &agrave; la houille dans les parties exploit&eacute;es, tous ces ouvriers enfin, qui sont plus sp&eacute;cialement employ&eacute;s aux travaux du fond, fix&egrave;rent leur domicile dans la Nouvelle-Aberfoyle et fond&egrave;rent peu &agrave; peu Coal-city, situ&eacute;e sous la pointe orientale du lac Katrine, dans le nord du comt&eacute; de Stirling.</p>
+
+<p>C'&eacute;tait donc une sorte de village flamand, qui s'&eacute;tait &eacute;lev&eacute; sur les bords du lac Malcolm. Une chapelle, &eacute;rig&eacute;e sous l'invocation de Saint-Gilles, dominait tout cet ensemble du haut d'un &eacute;norme rocher, dont le pied se baignait dans les eaux de cette mer subterran&eacute;enne.</p>
+
+<p>Lorsque ce bourg souterrain s'&eacute;clairait des vifs rayons projet&eacute;s par les disques, suspendus aux piliers du d&ocirc;me ou aux arceaux des contre-nefs, il se pr&eacute;sentait sous un aspect quelque peu fantastique, d'un effet &eacute;trange, qui justifiait la recommandation des Guides Murray ou Joanne. C'est pourquoi les visiteurs affluaient.</p>
+
+<p>Si les habitants de Coal-city se montraient fiers de leur installation, cela va sans dire. Aussi ne quittaient-ils que rarement la cit&eacute; ouvri&egrave;re, imitant en cela Simon Ford, qui, lui, n'en voulait jamais sortir. Le vieil overman pr&eacute;tendait qu'il pleuvait toujours &laquo;&nbsp;l&agrave;-haut&nbsp;&raquo;, et, &eacute;tant donn&eacute; le climat du Royaume-Uni, il faut convenir qu'il n'avait pas absolument tort. Les familles de la Nouvelle-Aberfoyle prosp&eacute;raient donc. Depuis trois ans, elles &eacute;taient arriv&eacute;es &agrave; une certaine aisance, qu'elles n'eussent jamais obtenue &agrave; la surface du comt&eacute;. Bien des b&eacute;b&eacute;s, qui &eacute;taient n&eacute;s &agrave; l'&eacute;poque o&ugrave; les travaux furent repris, n'avaient encore jamais respir&eacute; l'air ext&eacute;rieur.</p>
+
+<p>Ce qui faisait dire &agrave; Jack Ryan&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Voil&agrave; dix-huit mois qu'ils ont cess&eacute; de t&eacute;ter leurs m&egrave;res, et, pourtant, ils n'ont pas encore vu le jour&nbsp;!&nbsp;&raquo; Il faut noter, &agrave; ce propos, qu'un des premiers accourus &agrave; l'appel de l'ing&eacute;nieur avait &eacute;t&eacute; Jack Ryan. Ce joyeux compagnon s'&eacute;tait fait un devoir de reprendre son ancien m&eacute;tier. La ferme de Melrose avait donc perdu son chanteur et son piper ordinaire. Mais ce n'est pas dire que Jack Ryan ne chantait plus. Au contraire, et les &eacute;chos sonores de la Nouvelle-Aberfoyle usaient leurs poumons de pierre &agrave; lui r&eacute;pondre.</p>
+
+<p>Jack Ryan s'&eacute;tait install&eacute; au nouveau cottage de Simon Ford. On lui avait offert une chambre qu'il avait accept&eacute;e sans fa&ccedil;on, en homme simple et franc qu'il &eacute;tait. La vieille Madge l'aimait pour son bon caract&egrave;re et sa belle humeur. Elle partageait tant soit peu ses id&eacute;es au sujet des &ecirc;tres fantastiques qui devaient hanter la houill&egrave;re, et, tous deux, quand ils &eacute;taient seuls, se racontaient des histoires &agrave; faire fr&eacute;mir, histoires bien dignes d'enrichir la mythologie hyperbor&eacute;enne.</p>
+
+<p>Jack Ryan devint ainsi la joie du cottage. C'&eacute;tait, d'ailleurs, un bon sujet, un solide ouvrier. Six mois apr&egrave;s la reprise des travaux, il &eacute;tait chef d'une brigade des travaux du fond.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Voil&agrave; qui est bien travaill&eacute;, monsieur Ford, disait-il, quelques jours apr&egrave;s son installation. vous avez trouv&eacute; un nouveau filon, et, si vous avez failli payer de votre vie cette d&eacute;couverte, eh bien, ce n'est pas trop cher&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Non, Jack, c'est m&ecirc;me un bon march&eacute; que nous avons fait l&agrave;&nbsp;! r&eacute;pondit le vieil overman. Mais ni M. Starr, ni moi, nous n'oublierons que c'est &agrave; toi que nous devons la vie&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Mais non, reprit Jack Ryan. C'est &agrave; votre fils Harry, puisqu'il a eu la bonne pens&eacute;e d'accepter mon invitation pour la f&ecirc;te d'Irvine...</p>
+
+<p>&mdash; Et de n'y point aller, n'est-ce pas&nbsp;? r&eacute;pliqua Harry, en serrant la main de son camarade. Non, Jack, c'est &agrave; toi, &agrave; peine remis de tes blessures, &agrave; toi, qui n'as perdu ni un jour, ni une heure, que nous devons d'avoir &eacute;t&eacute; retrouv&eacute;s vivants dans la houill&egrave;re&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Eh bien, non&nbsp;! riposta l'ent&ecirc;t&eacute; gar&ccedil;on. Je ne laisserai pas dire des choses qui ne sont point&nbsp;! J'ai pu faire diligence pour savoir ce que tu &eacute;tais devenu, Harry, et voil&agrave; tout. Mais, afin de rendre &agrave; chacun ce qui lui est d&ucirc;, j'ajouterai que sans cet insaisissable lutin...</p>
+
+<p>&mdash; Ah&nbsp;! nous y voil&agrave;&nbsp;! s'&eacute;cria Simon Ford. Un lutin&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Un lutin, un brawnie, un fils de f&eacute;e, r&eacute;p&eacute;ta Jack Ryan, un petit-fils des Dames de feu, un Urisk, ce que vous voudrez enfin&nbsp;! Il n'en est pas moins certain que, sans lui, nous n'aurions jamais p&eacute;n&eacute;tr&eacute; dans la galerie, d'o&ugrave; vous ne pouviez plus sortir&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Sans doute, Jack, r&eacute;pondit Harry. Il reste &agrave; savoir si cet &ecirc;tre est aussi surnaturel que tu veux le croire.</p>
+
+<p>&mdash; Surnaturel&nbsp;! s'&eacute;cria Jack Ryan. Mais il est aussi surnaturel qu'un follet, qu'on verrait courir son falot &agrave; la main, qu'on voudrait attraper, qui vous &eacute;chapperait comme un sylphe, qui s'&eacute;vanouirait comme une ombre&nbsp;! Sois tranquille, Harry, on le reverra un jour ou l'autre&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Eh bien, Jack, dit Simon Ford, follet ou non, nous chercherons &agrave; le retrouver, et il faudra que tu nous aides &agrave; cela.</p>
+
+<p>&mdash; Vous vous ferez l&agrave; une mauvaise affaire, monsieur Ford&nbsp;! r&eacute;pondit Jack Ryan.</p>
+
+<p>&mdash; Bon&nbsp;! laisse venir, Jack&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>On se figure ais&eacute;ment combien ce domaine de la Nouvelle Aberfoyle devint bient&ocirc;t familier aux membres de la famille Ford, et plus particuli&egrave;rement &agrave; Harry. Celui-ci apprit &agrave; en conna&icirc;tre les plus secrets d&eacute;tours. Il en arriva m&ecirc;me &agrave; pouvoir dire &agrave; quel point de la surface du sol correspondait tel ou tel point de la houill&egrave;re. Il savait qu'au-dessus de cette couche se d&eacute;veloppait le golfe de Clyde, que l&agrave; s'&eacute;tendait le lac Lomond ou le lac Katrine. Ces piliers, c'&eacute;tait un contrefort des monts Grampians qu'ils supportaient. Cette vo&ucirc;te, elle servait de soubassement &agrave; Dumbarton. Au-dessus de ce large &eacute;tang passait le railway de Balloch. L&agrave; finissait le littoral &eacute;cossais. L&agrave; commen&ccedil;ait la mer, dont on entendait distinctement les fracas, pendant les grandes tourmentes de l'&eacute;quinoxe. Harry e&ucirc;t &eacute;t&eacute; un merveilleux &laquo;&nbsp;leader&nbsp;&raquo; de ces catacombes naturelles, et, ce que font les guides des Alpes sur les sommets neigeux, en pleine lumi&egrave;re, il l'e&ucirc;t fait dans la houill&egrave;re, en pleine ombre, avec une incomparable s&ucirc;ret&eacute; d'instinct.</p>
+
+<p>Aussi l'aimait-il, cette Nouvelle-Aberfoyle&nbsp;! Que de fois, sa lampe au chapeau, il s'aventurait jusque dans ses plus extr&ecirc;mes profondeurs&nbsp;! Il explorait ses &eacute;tangs sur un canot qu'il man&oelig;uvrait adroitement. Il chassait m&ecirc;me, car de nombreux oiseaux sauvages s'&eacute;taient introduits dans la crypte, pilets, b&eacute;cassines, macreuses, qui se nourrissaient des poissons dont fourmillaient ces eaux noires. Il semblait que les yeux d'Harry fussent faits aux espaces sombres, comme les yeux d'un marin aux horizons &eacute;loign&eacute;s.</p>
+
+<p>Mais, courant ainsi, Harry &eacute;tait comme irr&eacute;sistiblement entra&icirc;n&eacute; par l'espoir de retrouver l'&ecirc;tre myst&eacute;rieux, dont l'intervention, pour dire le vrai, l'avait sauv&eacute; plus que toute autre, et les siens avec lui. R&eacute;ussirait-il&nbsp;? Oui, &agrave; n'en pas douter, s'il en croyait ses pressentiments. Non, s'il fallait conclure du peu de succ&egrave;s que ses recherches avaient obtenu jusqu'alors.</p>
+
+<p>Quant aux attaques dirig&eacute;es contre la famille du vieil overman, avant la d&eacute;couverte de la Nouvelle-Aberfoyle, elles ne s'&eacute;taient pas renouvel&eacute;es.</p>
+
+<p>Ainsi allaient les choses dans cet &eacute;trange domaine.</p>
+
+<p>Il ne faudrait pas s'imaginer que, m&ecirc;me &agrave; l'&eacute;poque o&ugrave; les lin&eacute;aments de Coal-city se dessinaient &agrave; peine, toute distraction f&ucirc;t &eacute;cart&eacute;e de la souterraine cit&eacute;, et que l'existence y f&ucirc;t monotone.</p>
+
+<p>Il n'en &eacute;tait rien. Cette population, ayant m&ecirc;mes int&eacute;r&ecirc;ts, m&ecirc;mes go&ucirc;ts, &agrave; peu pr&egrave;s m&ecirc;me somme d'aisance, constituait, &agrave; vrai dire, une grande famille. On se connaissait, on se coudoyait, et le besoin d'aller chercher quelques plaisirs au-dehors se faisait peu sentir.</p>
+
+<p>D'ailleurs, chaque dimanche, promenades dans la houill&egrave;re, excursions sur les lacs et les &eacute;tangs, c'&eacute;taient autant d'agr&eacute;ables distractions.</p>
+
+<p>Souvent aussi, on entendait les sons de la cornemuse retentir sur les bords du lac Malcolm. Les &Eacute;cossais accouraient &agrave; l'appel de leur instrument national. On dansait, et ce jour-l&agrave;, Jack Ryan, rev&ecirc;tu de son costume de Highlander, &eacute;tait le roi de la f&ecirc;te.</p>
+
+<p>Enfin, de tout cela il r&eacute;sultait, au dire de Simon Ford, que Coal-city pouvait d&eacute;j&agrave; se poser en rivale de la capitale de l'&Eacute;cosse, de cette cit&eacute; soumise aux froids de l'hiver, aux chaleurs de l'&eacute;t&eacute;, aux intemp&eacute;ries d'un climat d&eacute;testable, et qui, dans une atmosph&egrave;re encrass&eacute;e de la fum&eacute;e de ses usines, justifiait trop justement son surnom de &laquo;&nbsp;Vieille-Enfum&eacute;e &nbsp;&raquo;.</p>
+
+<p><br>
+</p>
+
+<center>
+<h4>XIV</h4>
+
+<h4>Suspendu &agrave; un fil</h4>
+</center>
+
+<p>Dans de telles conditions, ses plus chers d&eacute;sirs satisfaits, la famille de Simon Ford &eacute;tait heureuse. Cependant, on e&ucirc;t pu observer qu'Harry, d&eacute;j&agrave; d'un caract&egrave;re un peu sombre, &eacute;tait de plus en plus &laquo;&nbsp;en dedans&nbsp;&raquo;, comme disait Madge. Jack Ryan, malgr&eacute; sa bonne humeur si communicative, ne parvenait pas &agrave; le mettre &laquo;&nbsp;en dehors&nbsp;&raquo;.</p>
+
+<p>Un dimanche &mdash; c'&eacute;tait au mois de juin &mdash;, les deux amis se promenaient sur les bords du lac Malcolm. Coal-city ch&ocirc;mait. A l'ext&eacute;rieur, le temps &eacute;tait orageux. De violentes pluies faisaient sortir de la terre une bu&eacute;e chaude. On ne respirait pas &agrave; la surface du comt&eacute;.</p>
+
+<p>Au contraire, &agrave; Coal-city, calme absolu, temp&eacute;rature douce, ni pluie ni vent. Rien n'y transpirait de la lutte des &eacute;l&eacute;ments du dehors. Aussi, un certain nombre de promeneurs de Stirling et des environs &eacute;taient-ils venus chercher un peu de fra&icirc;cheur dans les profondeurs de la houill&egrave;re.</p>
+
+<p>Les disques &eacute;lectriques jetaient un &eacute;clat qu'e&ucirc;t certainement envi&eacute; le soleil britannique, plus embrum&eacute; qu'il ne convient &agrave; un soleil des dimanches.</p>
+
+<p>Jack Ryan faisait remarquer ce tumultueux concours de visiteurs &agrave; son camarade Harry. Mais celui-ci ne semblait pr&ecirc;ter &agrave; ses paroles qu'une m&eacute;diocre attention.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Regarde donc, Harry&nbsp;! s'&eacute;criait Jack Ryan. Quel empressement &agrave; venir nous voir.&nbsp;! Allons, mon camarade&nbsp;! Chasse un peu tes id&eacute;es tristes pour mieux faire les honneurs de notre domaine&nbsp;! Tu donnerais &agrave; penser, &agrave; tous ces gens du dessus, que l'on peut envier leur sort&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Jack, r&eacute;pondit Harry, ne t'occupe pas de moi&nbsp;! Tu es gai pour deux, et cela suffit&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Que le vieux Nick m'emporte&nbsp;! riposta Jack Ryan, si ta m&eacute;lancolie ne finit pas par d&eacute;teindre sur moi&nbsp;! Mes yeux se rembrunissent, mes l&egrave;vres se resserrent, le rire me reste au fond du gosier, la m&eacute;moire des chansons m'abandonne&nbsp;! voyons, Harry, qu'as-tu&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Tu le sais, Jack.</p>
+
+<p>&mdash; Toujours cette pens&eacute;e&nbsp;?...</p>
+
+<p>&mdash; Toujours.</p>
+
+<p>&mdash; Ah&nbsp;! mon pauvre Harry&nbsp;! r&eacute;pondit Jack Ryan en haussant les &eacute;paules, si, comme moi, tu mettais tout cela sur le compte des lutins de la mine, tu aurais l'esprit plus tranquille&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Tu sais bien, Jack, que les lutins n'existent que dans ton imagination, et que, depuis la reprise des travaux, on n'en a pas revu un seul dans la Nouvelle-Aberfoyle.</p>
+
+<p>&mdash; Soit, Harry&nbsp;! mais, si les brawnies ne se montrent plus, il me semble que ceux auxquels tu veux rapporter toutes ces choses extraordinaires ne se montrent pas davantage&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Je les retrouverai, Jack&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Ah&nbsp;! Harry&nbsp;! Harry&nbsp;! Les g&eacute;nies de la Nouvelle-Aberfoyle ne sont pas faciles &agrave; surprendre&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Je les retrouverai, tes pr&eacute;tendus g&eacute;nies&nbsp;! reprit Harry avec l'accent de la plus &eacute;nergique conviction.</p>
+
+<p>&mdash; Ainsi, tu pr&eacute;tends punir&nbsp;?...</p>
+
+<p>&mdash; Punir et r&eacute;compenser, Jack. Si une main nous a emprisonn&eacute;s dans cette galerie, je n'oublie pas qu'une autre main nous a secourus&nbsp;! Non&nbsp;! je ne l'oublie pas&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Eh&nbsp;! Harry&nbsp;! r&eacute;pondit Jack Ryan, es-tu bien s&ucirc;r que ces deux mains-l&agrave; n'appartiennent pas au m&ecirc;me corps&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Pourquoi, Jack&nbsp;? D'o&ugrave; peut te venir cette id&eacute;e&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Dame... tu sais... Harry&nbsp;! Ces &ecirc;tres, qui vivent dans les ab&icirc;mes... ne sont pas faits comme nous&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Ils sont faits comme nous, Jack&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Eh non&nbsp;! Harry... non... D'ailleurs, ne peut-on supposer que quelque fou est parvenu &agrave; s'introduire...</p>
+
+<p>&mdash; Un fou&nbsp;! r&eacute;pondit Harry&nbsp;! Un fou qui aurait une telle suite dans les id&eacute;es&nbsp;! Un fou, ce malfaiteur qui, depuis le jour o&ugrave; il a rompu les &eacute;chelles du puits Yarow, n'a cess&eacute; de nous faire du mal&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Mais il n'en fait plus, Harry. Depuis trois ans, aucun acte malveillant n'a &eacute;t&eacute; renouvel&eacute; ni contre toi, ni contre les tiens&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Il n'importe, Jack, r&eacute;pondit Harry. J'ai le pressentiment que cet &ecirc;tre mauvais, quel qu'il soit, n'a pas renonc&eacute; &agrave; ses projets. Sur quoi je me fonde pour te parler ainsi, je ne pourrais le dire. Aussi, Jack, dans l'int&eacute;r&ecirc;t de la nouvelle exploitation, je veux savoir qui il est et d'o&ugrave; il vient.</p>
+
+<p>&mdash; Dans l'int&eacute;r&ecirc;t de la nouvelle exploitation&nbsp;?... demanda Jack Ryan, assez &eacute;tonn&eacute;.</p>
+
+<p>&mdash; Oui, Jack, reprit Harry. Je ne sais si je m'abuse, mais je vois dans toute cette affaire un int&eacute;r&ecirc;t contraire au n&ocirc;tre. J'y ai souvent song&eacute;, et je ne crois pas me tromper. Rappelle-toi la s&eacute;rie de ces faits inexplicables, qui s'encha&icirc;nent logiquement l'un &agrave; l'autre. Cette lettre anonyme, contradictoire de celle de mon p&egrave;re, prouve, tout d'abord, qu'un homme a eu connaissance de nos projets et qu'il a voulu en emp&ecirc;cher l'accomplissement. M. Starr vient nous rendre visite &agrave; la fosse Dochart. A peine l'y ai-je introduit, qu'une &eacute;norme pierre est lanc&eacute;e sur nous, et que toute communication est aussit&ocirc;t interrompue par la rupture des &eacute;chelles du puits Yarow. Notre exploration commence. Une exp&eacute;rience, qui doit r&eacute;v&eacute;ler l'existence du nouveau gisement, est alors rendue impossible par l'obturation des fissures du schiste. N&eacute;anmoins, la constatation s'op&egrave;re, le filon est trouv&eacute;. Nous revenons sur nos pas. Un grand souffle se produit dans l'air. Notre lampe est bris&eacute;e. L'obscurit&eacute; se fait autour de nous. Nous parvenons, cependant, &agrave; suivre la sombre galerie... Plus d'issue pour en sortir. L'orifice &eacute;tait bouch&eacute;. Nous &eacute;tions s&eacute;questr&eacute;s. Eh bien, Jack, ne vois-tu pas dans tout cela une pens&eacute;e criminelle&nbsp;? Oui&nbsp;! un &ecirc;tre, insaisissable jusqu'ici, mais non pas surnaturel, comme tu persistes &agrave; le croire, &eacute;tait cach&eacute; dans la houill&egrave;re. Dans un int&eacute;r&ecirc;t que je ne puis comprendre, il cherchait &agrave; nous en interdire l'acc&egrave;s. Il y &eacute;tait&nbsp;!... Un pressentiment me dit qu'il y est encore, et qui sait s'il ne pr&eacute;pare pas quelque coup terrible&nbsp;! &mdash; Eh bien, Jack, duss&eacute;-je y risquer ma vie, je le d&eacute;couvrirai&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Harry avait parl&eacute; avec une conviction qui &eacute;branla s&eacute;rieusement son camarade.</p>
+
+<p>Jack Ryan sentait bien qu'Harry avait raison, &mdash; au moins pour le pass&eacute;. Que ces faits extraordinaires eussent une cause naturelle ou surnaturelle, ils n'en &eacute;taient pas moins patents.</p>
+
+<p>Cependant, le brave gar&ccedil;on ne renon&ccedil;ait pas &agrave; sa mani&egrave;re d'expliquer ces &eacute;v&eacute;nements. Mais, comprenant qu'Harry n'admettrait jamais l'intervention d'un g&eacute;nie myst&eacute;rieux, il se rabattit sur l'incident qui semblait inconciliable avec le sentiment de malveillance dirig&eacute;e contre la famille Ford.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Eh bien, Harry, dit-il, si je suis oblig&eacute; de te donner raison sur un certain nombre de points, ne penseras-tu pas avec moi que quelque bienfaisant brawnie, en vous apportant le pain et l'eau, a pu vous sauver de...</p>
+
+<p>&mdash; Jack, r&eacute;pondit Harry en l'interrompant, l'&ecirc;tre secourable dont tu veux faire un &ecirc;tre surnaturel existe aussi r&eacute;ellement que le malfaiteur en question, et, tous deux, je les chercherai jusque dans les plus lointaines profondeurs de la houill&egrave;re.</p>
+
+<p>&mdash; Mais as-tu quelque indice qui puisse guider tes recherches&nbsp;? demanda Jack Ryan.</p>
+
+<p>&mdash; Peut-&ecirc;tre, r&eacute;pondit Harry. &Eacute;coute-moi bien. A cinq milles dans l'ouest de la Nouvelle-Aberfoyle, sous la portion du massif qui supporte le Lomond, il existe un puits naturel qui s'enfonce perpendiculairement dans les entrailles m&ecirc;mes du gisement. Il y a huit jours, j'ai voulu en sonder la profondeur. Or, pendant que ma sonde descendait, alors que j'&eacute;tais pench&eacute; sur l'orifice de ce puits, il m'a sembl&eacute; que l'air s'agitait &agrave; l'int&eacute;rieur, comme s'il e&ucirc;t &eacute;t&eacute; battu de grands coups d'ailes.</p>
+
+<p>&mdash; C'&eacute;tait quelque oiseau &eacute;gar&eacute; dans les galeries inf&eacute;rieures de la houill&egrave;re, r&eacute;pondit Jack.</p>
+
+<p>&mdash; Ce n'est pas tout, Jack, reprit Harry. Ce matin m&ecirc;me, je suis retourn&eacute; &agrave; ce puits, et l&agrave;, pr&ecirc;tant l'oreille, j'ai cru surprendre comme une sorte de g&eacute;missement...</p>
+
+<p>&mdash; Un g&eacute;missement&nbsp;! s'&eacute;cria Jack. Tu t'es tromp&eacute;, Harry&nbsp;! C'est une pouss&eacute;e d'air.., &agrave; moins qu'un lutin...</p>
+
+<p>&mdash; Demain, Jack, reprit Harry, je saurai &agrave; quoi m'en tenir.</p>
+
+<p>&mdash; Demain&nbsp;? r&eacute;pondit Jack en regardant son camarade.</p>
+
+<p>&mdash; Oui&nbsp;! Demain, je descendrai dans cet ab&icirc;me.</p>
+
+<p>&mdash; Harry, c'est tenter Dieu, cela&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Non, Jack, car j'implorerai son aide pour y descendre. Demain, nous nous rendrons tous deux &agrave; ce puits avec quelques-uns de nos camarades. Une longue corde, &agrave; laquelle je m'attacherai, vous permettra de me descendre et de me retirer &agrave; un signal convenu. &mdash; Je puis compter sur toi, Jack&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Harry, r&eacute;pondit Jack Ryan en hochant la t&ecirc;te, je ferai ce que tu me demandes, et cependant, je te le r&eacute;p&egrave;te, tu as tort.</p>
+
+<p>&mdash; Mieux vaut avoir tort de faire que remords de n'avoir pas fait, dit Harry d'un ton d&eacute;cid&eacute;. Donc, demain matin, &agrave; six heures, et silence&nbsp;! Adieu, Jack&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Et, pour ne pas continuer une conversation dans laquelle Jack Ryan e&ucirc;t encore essay&eacute; de combattre ses projets, Harry quitta brusquement son camarade et rentra au cottage.</p>
+
+<p>Il faut, cependant, convenir que les appr&eacute;hensions de Jack n'&eacute;taient point exag&eacute;r&eacute;es. Si quelque ennemi personnel mena&ccedil;ait Harry, s'il se trouvait au fond de ce puits o&ugrave; le jeune mineur allait le chercher, Harry s'exposait. Cependant, quelle vraisemblance d'admettre qu'il en f&ucirc;t ainsi&nbsp;?</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Et, au surplus, r&eacute;p&eacute;tait Jack Ryan, pourquoi se donner tant de mal pour expliquer une s&eacute;rie de faits, qui s'expliquaient si ais&eacute;ment par une intervention surnaturelle des g&eacute;nies de la mine&nbsp;?&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit, le lendemain, Jack Ryan et trois mineurs de sa brigade arrivaient en compagnie d'Harry &agrave; l'orifice du puits suspect.</p>
+
+<p>Harry n'avait rien dit de son projet, ni &agrave; James Starr, ni au vieil overman. De son c&ocirc;t&eacute;, Jack Ryan avait &eacute;t&eacute; assez discret pour ne point parler. Les autres mineurs, en les voyant partir, avaient pens&eacute; qu'il ne s'agissait l&agrave; que d'une simple exploration du gisement suivant sa coupe verticale.</p>
+
+<p>Harry s'&eacute;tait muni d'une longue corde, mesurant deux cents pieds. Cette corde n'&eacute;tait pas grosse, mais elle &eacute;tait solide. Harry ne devant ni descendre ni remonter &agrave; la force des poignets, il suffisait que la corde f&ucirc;t assez forte pour supporter son poids. C'&eacute;tait &agrave; ses compagnons qu'incomberait la t&acirc;che de le laisser glisser dans le gouffre, &agrave; eux de l'en retirer. Une secousse, imprim&eacute;e &agrave; la corde, servirait de signal entre eux et lui.</p>
+
+<p>Le puits &eacute;tait assez large, ayant douze pieds de diam&egrave;tre &agrave; son orifice. Une poutre fut plac&eacute;e en travers, comme un pont, de mani&egrave;re que la corde, en glissant &agrave; sa surface, p&ucirc;t se maintenir dans l'axe du puits. Pr&eacute;caution indispensable &agrave; prendre pour qu'Harry ne f&ucirc;t pas heurt&eacute;, pendant la descente, aux parois lat&eacute;rales.</p>
+
+<p>Harry &eacute;tait pr&ecirc;t.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Tu persistes dans ton projet d'explorer cet ab&icirc;me&nbsp;? lui demanda Jack Ryan &agrave; voix basse.</p>
+
+<p>&mdash; Oui, Jack&nbsp;&raquo;, r&eacute;pondit Harry.</p>
+
+<p>La corde fut d'abord attach&eacute;e autour des reins d'Harry, puis sous ses aisselles, afin que son corps ne p&ucirc;t basculer.</p>
+
+<p>Ainsi maintenu, Harry &eacute;tait libre de ses deux mains. A sa ceinture, il suspendit une lampe de s&ucirc;ret&eacute;, &agrave; son c&ocirc;t&eacute;, un de ces larges couteaux &eacute;cossais qui sont engain&eacute;s dans un fourreau de cuir.</p>
+
+<p>Harry s'avan&ccedil;a jusqu'au milieu de la poutre, autour de laquelle la corde fut pass&eacute;e.</p>
+
+<p>Puis, ses compagnons le laissant glisser, il s'enfon&ccedil;a lentement dans le puits. Comme la corde subissait un l&eacute;ger mouvement de rotation, la lueur de sa lampe se portait successivement sur chaque point des parois, et Harry put les examiner avec soin.</p>
+
+<p>Ces parois &eacute;taient faites de schiste houiller. Elles &eacute;taient assez lisses pour qu'il f&ucirc;t impossible de se hisser &agrave; leur surface.</p>
+
+<p>Harry calcula qu'il descendait avec une vitesse mod&eacute;r&eacute;e, environ un pied par seconde. Il avait donc possibilit&eacute; de bien voir, facilit&eacute; de se tenir pr&ecirc;t &agrave; tout &eacute;v&eacute;nement.</p>
+
+<p>Au bout de deux minutes, c'est-&agrave;-dire &agrave; une profondeur de cent vingt pieds &agrave; peu pr&egrave;s, la descente s'&eacute;tait op&eacute;r&eacute;e sans incident. Il n'existait aucune galerie lat&eacute;rale dans la paroi du puits, lequel s'&eacute;tranglait peu &agrave; peu, en forme d'entonnoir. Mais Harry commen&ccedil;ait &agrave; sentir un air plus frais, qui venait d'en bas, &mdash; d'o&ugrave; il conclut que l'extr&eacute;mit&eacute; inf&eacute;rieure du puits communiquait avec quelque boyau de l'&eacute;tage inf&eacute;rieur de la crypte.</p>
+
+<p>La corde glissait toujours. L'obscurit&eacute; &eacute;tait absolue. Le silence, absolu aussi. Si un &ecirc;tre vivant, quel qu'il f&ucirc;t, avait cherch&eacute; refuge dans ce myst&eacute;rieux et profond ab&icirc;me, ou il n'y &eacute;tait pas alors, ou aucun mouvement ne trahissait sa pr&eacute;sence.</p>
+
+<p>Harry, plus d&eacute;fiant &agrave; mesure qu'il descendait, avait tir&eacute; le couteau de sa gaine, et il le tenait de sa main droite.</p>
+
+<p>A une profondeur de cent quatre-vingts pieds, Harry sentit qu'il avait atteint le sol inf&eacute;rieur, car la corde mollit et ne se d&eacute;roula plus. Harry respira un instant. Une des craintes qu'il avait pu concevoir ne s'&eacute;tait pas r&eacute;alis&eacute;e, c'est-&agrave;-dire que, pendant sa descente, la corde ne f&ucirc;t coup&eacute;e au-dessus de lui. Il n'avait, d'ailleurs, remarqu&eacute; aucune anfractuosit&eacute; dans les parois qui p&ucirc;t receler un &ecirc;tre quelconque.</p>
+
+<p>L'extr&eacute;mit&eacute; inf&eacute;rieure du puits &eacute;tait fort r&eacute;tr&eacute;cie.</p>
+
+<p>Harry, d&eacute;tachant la lampe de sa ceinture, la promena sur le sol. Il ne s'&eacute;tait pas tromp&eacute; dans ses conjectures.</p>
+
+<p>Un &eacute;troit boyau s'enfon&ccedil;ait lat&eacute;ralement dans l'&eacute;tage inf&eacute;rieur du gisement. Il e&ucirc;t fallu se courber pour y p&eacute;n&eacute;trer, et se tra&icirc;ner sur les mains pour le suivre.</p>
+
+<p>Harry voulut voir en quelle direction se ramifiait cette galerie, et si elle aboutissait &agrave; quelque ab&icirc;me.</p>
+
+<p>Il se coucha sur le sol et commen&ccedil;a &agrave; ramper. Mais un obstacle l'arr&ecirc;ta presque aussit&ocirc;t.</p>
+
+<p>Il crut sentir au toucher que cet obstacle &eacute;tait un corps qui obstruait le passage.</p>
+
+<p>Harry recula, d'abord, par un vif sentiment de r&eacute;pulsion, puis il revint.</p>
+
+<p>Ses sens ne l'avaient pas tromp&eacute;. Ce qui l'avait arr&ecirc;t&eacute;, c'&eacute;tait, en effet, un corps. Il le saisit, et se rendit compte que, glac&eacute; aux extr&eacute;mit&eacute;s, il n'&eacute;tait pas encore refroidi tout &agrave; fait.</p>
+
+<p>L'attirer &agrave; soi, le ramener au fond du puits, projeter sur lui la lumi&egrave;re de la lampe, ce fut fait en moins de temps qu'il ne faut &agrave; le dire.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Un enfant&nbsp;!&nbsp;&raquo; s'&eacute;cria Harry.</p>
+
+<p>L'enfant, retrouv&eacute; au fond de cet ab&icirc;me, respirait encore, mais son souffle &eacute;tait si faible qu'Harry put croire qu'il allait cesser. Il fallait donc, sans perdre un instant, ramener cette pauvre petite cr&eacute;ature &agrave; l'orifice du puits, et la conduire au cottage, o&ugrave; Madge lui prodiguerait ses soins.</p>
+
+<p>Harry, oubliant toute autre pr&eacute;occupation, rajusta la corde &agrave; sa ceinture, y attacha sa lampe, prit l'enfant qu'il soutint de son bras gauche contre sa poitrine, et, gardant son bras droit libre et arm&eacute;, il fit le signal convenu, afin que la corde f&ucirc;t hal&eacute;e doucement.</p>
+
+<p>La corde se tendit, et la remont&eacute;e commen&ccedil;a &agrave; s'op&eacute;rer r&eacute;guli&egrave;rement.</p>
+
+<p>Harry regardait autour de lui avec un redoublement d'attention. Il n'&eacute;tait plus seul expos&eacute;, maintenant.</p>
+
+<p>Tout alla bien pendant les premi&egrave;res minutes de l'ascension, aucun incident ne semblait devoir survenir, lorsque Harry crut entendre un souffle puissant qui d&eacute;pla&ccedil;ait les couches d'air dans les profondeurs du puits. Il regarda au-dessous de lui et aper&ccedil;ut, dans la p&eacute;nombre, une masse, qui, s'&eacute;levant peu &agrave; peu, le fr&ocirc;la en passant.</p>
+
+<p>C'&eacute;tait un &eacute;norme oiseau, dont il ne put reconna&icirc;tre l'esp&egrave;ce, et qui montait &agrave; grands coups d'ailes.</p>
+
+<p>Le monstrueux volatile s'arr&ecirc;ta, plana un instant, puis fondit sur Harry avec un acharnement f&eacute;roce.</p>
+
+<p>Harry n'avait que son bras droit dont il p&ucirc;t faire usage pour parer les coups du formidable bec de l'animal.</p>
+
+<p>Harry se d&eacute;fendit donc, tout en prot&eacute;geant l'enfant du mieux qu'il put. Mais ce n'&eacute;tait pas &agrave; l'enfant, c'&eacute;tait &agrave; lui que l'oiseau s'attaquait. G&ecirc;n&eacute; par la rotation de la corde, il ne parvenait pas &agrave; le frapper mortellement.</p>
+
+<p>La lutte se prolongeait. Harry cria de toute la force de ses poumons, esp&eacute;rant que ses cris seraient entendus d'en haut.</p>
+
+<p>C'est ce qui arriva, car la corde fut aussit&ocirc;t hal&eacute;e plus vite.</p>
+
+<p>Il restait encore une hauteur de quatre-vingts pieds &agrave; franchir. L'oiseau se jeta plus violemment alors sur Harry. Celui-ci, d'un coup de son couteau, le blessa &agrave; l'aile; l'oiseau, poussant un cri rauque, disparut dans les profondeurs du puits.</p>
+
+<p>Mais, circonstance terrible, Harry, en brandissant son couteau pour frapper l'oiseau, avait entam&eacute; la corde, dont un toron &eacute;tait maintenant coup&eacute;.</p>
+
+<p>Les cheveux d'Harry se dress&egrave;rent sur sa t&ecirc;te.</p>
+
+<p>La corde c&eacute;dait peu &agrave; peu, &agrave; plus de cent pieds au-dessus du fond de l'ab&icirc;me&nbsp;!...</p>
+
+<p>Harry poussa un cri d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;.</p>
+
+<p>Un second toron manqua sous le double fardeau que supportait la corde &agrave; demi tranch&eacute;e.</p>
+
+<p>Harry l&acirc;cha son couteau, et, par un effort surhumain, au moment o&ugrave; la corde allait se rompre, il parvint &agrave; la saisir de la main droite au-dessus de la section. Mais, bien que son poignet f&ucirc;t de fer, il sentit la corde glisser peu &agrave; peu entre ses doigts.</p>
+
+<p>Il aurait pu ressaisir cette corde &agrave; deux mains, en sacrifiant l'enfant qu'il soutenait d'un bras... Il n'y voulut m&ecirc;me pas penser.</p>
+
+<p>Cependant, Jack Ryan et ses compagnons, surexcit&eacute;s par les cris d'Harry, halaient plus vivement.</p>
+
+<p>Harry crut qu'il ne pourrait tenir bon jusqu'&agrave; ce qu'il f&ucirc;t remont&eacute; &agrave; l'orifice du puits. Sa face s'injecta. Il ferma un instant les yeux, s'attendant &agrave; tomber dans l'ab&icirc;me, puis il les rouvrit...</p>
+
+<p>Mais, au moment o&ugrave; il allait l&acirc;cher la corde, qu'il ne tenait plus que par son extr&eacute;mit&eacute;, il fut saisi et d&eacute;pos&eacute; sur le sol avec l'enfant.</p>
+
+<p>La r&eacute;action se fit alors, et Harry tomba sans connaissance entre les bras de ses camarades.</p>
+
+<p><br>
+</p>
+
+<center>
+<h4>XV</h4>
+
+<h4>Nell au cottage</h4>
+</center>
+
+<p>Deux heures apr&egrave;s, Harry, qui n'avait pas aussit&ocirc;t recouvr&eacute; ses sens, et l'enfant, dont la faiblesse &eacute;tait extr&ecirc;me, arrivaient au cottage avec l'aide de Jack Ryan et de ses compagnons.</p>
+
+<p>L&agrave;, le r&eacute;cit de ces &eacute;v&eacute;nements fut fait au vieil overman, et Madge prodigua ses soins &agrave; la pauvre cr&eacute;ature, que son fils venait de sauver.</p>
+
+<p>Harry avait cru retirer un enfant de l'ab&icirc;me... C'&eacute;tait une jeune fille de quinze &agrave; seize ans, au plus. Son regard vague et plein d'&eacute;tonnement, sa figure maigre, allong&eacute;e par la souffrance, son teint de blonde que la lumi&egrave;re ne semblait avoir jamais baign&eacute;, sa taille fr&ecirc;le et petite, tout en faisait un &ecirc;tre &agrave; la fois bizarre et charmant. Jack Ryan, avec quelque raison, la compara &agrave; un farfadet d'aspect un peu surnaturel. &Eacute;tait-ce d&ucirc; aux circonstances particuli&egrave;res, au milieu exceptionnel dans lequel cette jeune fille avait peut-&ecirc;tre v&eacute;cu jusqu'alors, mais elle paraissait n'appartenir qu'&agrave; demi &agrave; l'humanit&eacute;. Sa physionomie &eacute;tait &eacute;trange. Ses yeux, que l'&eacute;clat des lampes du cottage semblait fatiguer, regardaient confus&eacute;ment, comme si tout e&ucirc;t &eacute;t&eacute; nouveau pour eux.</p>
+
+<p>A cet &ecirc;tre singulier, alors d&eacute;pos&eacute; sur le lit de Madge et qui revint &agrave; la vie comme s'il sortait d'un long sommeil, la vieille &Eacute;cossaise adressa d'abord la parole&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Comment te nommes-tu&nbsp;? lui demanda-t-elle.</p>
+
+<p>&mdash; Nell, r&eacute;pondit la jeune fille.</p>
+
+<p>&mdash; Nell, reprit Madge, souffres-tu&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; J'ai faim, r&eacute;pondit Nell. Je n'ai pas mang&eacute; depuis... depuis...&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>A ce peu de mots qu'elle venait de prononcer, on sentait que Nell n'&eacute;tait pas habitu&eacute;e &agrave; parler. La langue dont elle se servait &eacute;tait ce vieux ga&eacute;lique, dont Simon Ford et les siens faisaient souvent usage.</p>
+
+<p>Sur la r&eacute;ponse de la jeune fille, Madge lui apporta aussit&ocirc;t quelques aliments. Nell se mourait de faim. Depuis quand &eacute;tait elle au fond de ce puits&nbsp;? on ne pouvait le dire.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Combien de jours as-tu pass&eacute;s l&agrave;-bas, ma fille&nbsp;?&nbsp;&raquo; demanda Madge.</p>
+
+<p>Nell ne r&eacute;pondit pas. Elle ne semblait pas comprendre la question qui lui &eacute;tait faite.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Depuis combien de jours&nbsp;?... reprit Madge.</p>
+
+<p>&mdash; Jours&nbsp;?...&nbsp;&raquo; r&eacute;pondit Nell, pour qui ce mot semblait &ecirc;tre d&eacute;pourvu de toute signification.</p>
+
+<p>Puis, elle secoua la t&ecirc;te comme une personne qui ne comprend pas ce qu'on lui demande.</p>
+
+<p>Madge avait pris la main de Nell et la caressait pour lui donner toute confiance&nbsp;:.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Quel &acirc;ge as-tu, ma fille&nbsp;?&nbsp;&raquo; demanda-t-elle, en lui faisant de bons yeux, bien rassurants.</p>
+
+<p>M&ecirc;me signe n&eacute;gatif de Nell.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Oui, oui, reprit Madge, combien d'ann&eacute;es&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Ann&eacute;es&nbsp;?...&nbsp;&raquo; r&eacute;pondit Nell.</p>
+
+<p>Et ce mot, pas plus que le mot &laquo;&nbsp;jour&nbsp;&raquo;, ne parut avoir de signification pour la jeune fille.</p>
+
+<p>Simon Ford, Harry, Jack Ryan et ses compagnons la regardaient avec un double sentiment de piti&eacute; et de sympathie. L'&eacute;tat de ce pauvre &ecirc;tre, v&ecirc;tu d'une mis&eacute;rable cotte de grosse &eacute;toffe, &eacute;tait bien fait pour les impressionner.</p>
+
+<p>Harry, plus que tout autre, se sentait irr&eacute;sistiblement attir&eacute; par l'&eacute;tranget&eacute; m&ecirc;me de Nell.</p>
+
+<p>Il s'approcha alors. Il prit dans sa main la main que Madge venait d'abandonner. Il regarda bien en face Nell, dont les l&egrave;vres &eacute;bauch&egrave;rent une sorte de sourire, et il lui dit&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Nell... l&agrave;-bas.., dans la houill&egrave;re... &eacute;tais-tu seule&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Seule&nbsp;! seule&nbsp;!&nbsp;&raquo; s'&eacute;cria la jeune fille en se redressant.</p>
+
+<p>Sa physionomie d&eacute;celait alors l'&eacute;pouvante. Ses yeux, qui s'&eacute;taient adoucis sous le regard du jeune homme, redevinrent sauvages.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Seule&nbsp;! seule&nbsp;!&nbsp;&raquo; r&eacute;p&eacute;ta-t-elle, et elle retomba sur le lit de Madge, comme si les forces lui eussent manqu&eacute; tout &agrave; fait.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Cette pauvre enfant est encore trop faible pour nous r&eacute;pondre, dit Madge, apr&egrave;s avoir recouch&eacute; la jeune fille. Quelques heures de repos, un peu de bonne nourriture, lui rendront ses forces. Viens, Simon&nbsp;! viens, Harry&nbsp;! venez tous, mes amis, et laissons faire le sommeil&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Sur le conseil de Madge, Nell fut laiss&eacute;e seule, et on put s'assurer, un instant apr&egrave;s, qu'elle dormait profond&eacute;ment.</p>
+
+<p>Cet &eacute;v&eacute;nement n'alla pas sans faire grand bruit, non seulement dans la houill&egrave;re, mais aussi dans le comt&eacute; de Stirling, et, peu apr&egrave;s, dans tout le Royaume-Uni. Le renom d'&eacute;tranget&eacute; de Nell s'en accrut. On aurait trouv&eacute; une jeune fille enferm&eacute;e dans la roche schisteuse, comme un de ces &ecirc;tres ant&eacute;diluviens qu'un coup de pic d&eacute;livre de leur gangue de pierre, que l'affaire n'e&ucirc;t pas eu plus d'&eacute;clat.</p>
+
+<p>Sans le savoir, Nell devint fort &agrave; la mode. Les gens superstitieux trouv&egrave;rent l&agrave; un nouveau texte &agrave; leurs r&eacute;cits l&eacute;gendaires. Ils pensaient volontiers que Nell &eacute;tait le g&eacute;nie de la Nouvelle Aberfoyle, et lorsque Jack Ryan le disait &agrave; son camarade Harry&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Soit, r&eacute;pondait le jeune homme, pour conclure, soit, Jack&nbsp;! Mais, en tout cas, c'est le bon g&eacute;nie&nbsp;! C'est celui qui nous a secourus, qui nous a apport&eacute; le pain et l'eau, lorsque nous &eacute;tions emprisonn&eacute;s dans la houill&egrave;re&nbsp;! Ce ne peut &ecirc;tre que lui&nbsp;! Quant au mauvais g&eacute;nie, s'il est rest&eacute; dans la mine, il faudra bien que nous le d&eacute;couvrions un jour&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>On le pense bien, l'ing&eacute;nieur James Starr avait &eacute;t&eacute; inform&eacute; tout d'abord de ce qui s'&eacute;tait pass&eacute;.</p>
+
+<p>La jeune fille, ayant recouvr&eacute; ses forces d&egrave;s le lendemain de son entr&eacute;e au cottage, fut interrog&eacute;e par lui avec la plus grande sollicitude. Elle lui parut ignorer la plupart des choses de la vie. Cependant, elle &eacute;tait intelligente, on le reconnut bient&ocirc;t, mais certaines notions &eacute;l&eacute;mentaires lui manquaient&nbsp;: celle du temps, entre autres. On voyait qu'elle n'avait &eacute;t&eacute; habitu&eacute;e &agrave; diviser le temps ni par heures, ni par jours, et que ces mots m&ecirc;mes lui &eacute;taient inconnus. En outre, ses yeux, accoutum&eacute;s &agrave; la nuit, se faisaient difficilement &agrave; l'&eacute;clat des disques &eacute;lectriques; mais, dans l'obscurit&eacute;, son regard poss&eacute;dait une extraordinaire acuit&eacute;, et sa pupille, largement dilat&eacute;e, lui permettait de voir au milieu des plus profondes t&eacute;n&egrave;bres. Il fut aussi constant que son cerveau n'avait jamais re&ccedil;u les impressions du monde ext&eacute;rieur, que nul autre horizon que celui de la houill&egrave;re ne s'&eacute;tait d&eacute;velopp&eacute; &agrave; ses yeux, que l'humanit&eacute; tout enti&egrave;re avait tenu pour elle dans cette sombre crypte. Savait-elle, cette pauvre fille, qu'il y e&ucirc;t un soleil et des &eacute;toiles, des villes et des campagnes, un univers dans lequel fourmillaient les mondes&nbsp;? On devait en douter jusqu'au moment o&ugrave; certains mots qu'elle ignorait encore prendraient dans son esprit une signification pr&eacute;cise.</p>
+
+<p>Quant &agrave; la question de savoir si Nell vivait seule dans les profondeurs de la Nouvelle-Aberfoyle, James Starr dut renoncer &agrave; la r&eacute;soudre. En effet, toute allusion &agrave; ce sujet jetait l'&eacute;pouvante dans cette &eacute;trange nature. Ou bien Nell ne pouvait, ou elle ne voulait pas r&eacute;pondre; mais, certainement, il existait l&agrave; quelque secret qu'elle e&ucirc;t pu d&eacute;voiler.</p>
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+<p>&laquo;&nbsp;Veux-tu rester avec nous&nbsp;? veux-tu retourner l&agrave; o&ugrave; tu &eacute;tais&nbsp;?&nbsp;&raquo; lui avait demand&eacute; James Starr.</p>
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+<p>A la premi&egrave;re de ces deux questions&nbsp;: &laquo;&nbsp;Oh oui&nbsp;!&nbsp;&raquo; avait dit la jeune fille. A la seconde, elle n'avait r&eacute;pondu que par un cri de terreur, mais rien de plus.</p>
+
+<p>Devant ce silence obstin&eacute;, James Starr, et avec lui Simon et Harry Ford, ne laissaient pas d'&eacute;prouver une certaine appr&eacute;hension. Ils ne pouvaient oublier les faits inexplicables qui avaient accompagn&eacute; la d&eacute;couverte de la houill&egrave;re. Or, bien que depuis trois ans aucun nouvel incident ne se f&ucirc;t produit, ils s'attendaient toujours &agrave; quelque nouvelle agression de la part de leur invisible ennemi. Aussi voulurent-ils explorer le puits myst&eacute;rieux. Ils le firent donc, bien arm&eacute;s et bien accompagn&eacute;s. Mais ils n'y trouv&egrave;rent aucune trace suspecte. Le puits communiquait avec les &eacute;tages inf&eacute;rieurs de la crypte, creus&eacute;s dans la couche carbonif&egrave;re.</p>
+
+<p>James Starr, Simon et Harry causaient souvent de ces choses. Si un ou plusieurs &ecirc;tres malfaisants &eacute;taient cach&eacute;s dans la houill&egrave;re, s'ils pr&eacute;paraient quelques emb&ucirc;ches, Nell aurait pu le dire peut-&ecirc;tre, mais elle ne parlait pas. La moindre allusion au pass&eacute; de la jeune fille provoquait des crises, et il parut bon de ne point insister. Avec le temps, son secret lui &eacute;chapperait sans doute.</p>
+
+<p>Quinze jours apr&egrave;s son arriv&eacute;e au cottage, Nell &eacute;tait l'aide la plus intelligente et la plus z&eacute;l&eacute;e de la vieille Madge. &Eacute;videmment, ne plus jamais quitter cette maison o&ugrave; elle avait &eacute;t&eacute; si charitablement accueillie, cela lui semblait tout naturel, et peut-&ecirc;tre m&ecirc;me ne s'imaginait-elle pas que d&eacute;sormais elle p&ucirc;t vivre ailleurs. La famille Ford lui suffisait, et il va sans dire que, dans la pens&eacute;e de ces braves gens, du moment que Nell &eacute;tait entr&eacute;e au cottage, elle &eacute;tait devenue leur enfant d'adoption.</p>
+
+<p>Nell &eacute;tait charmante, en v&eacute;rit&eacute;. Sa nouvelle existence l'embellissait. C'&eacute;taient sans doute les premiers jours heureux de sa vie. Elle se sentait pleine de reconnaissance pour ceux auxquels elle les devait. Madge s'&eacute;tait pris pour Nell d'une sympathie toute maternelle. Le vieil overman en raffola bient&ocirc;t &agrave; son tour. Tous l'aimaient, d'ailleurs. L'ami Jack Ryan ne regrettait qu'une chose&nbsp;: c'&eacute;tait de ne pas l'avoir sauv&eacute;e lui-m&ecirc;me. Il venait souvent au cottage. Il chantait, et Nell, qui n'avait jamais entendu chanter, trouvait cela fort beau; mais on e&ucirc;t pu voir que la jeune fille pr&eacute;f&eacute;rait aux chansons de Jack Ryan les entretiens plus s&eacute;rieux d'Harry, qui, peu &agrave; peu, lui apprit ce qu'elle ignorait encore des choses du monde ext&eacute;rieur.</p>
+
+<p>Il faut dire que, depuis que Nell avait apparu sous sa forme naturelle, Jack Ryan s'&eacute;tait vu forc&eacute; de convenir que sa croyance aux lutins faiblissait dans une certaine mesure. En outre, deux mois apr&egrave;s, sa cr&eacute;dulit&eacute; re&ccedil;ut un nouveau coup.</p>
+
+<p>En effet, vers cette &eacute;poque, Harry fit une d&eacute;couverte assez inattendue, mais qui expliquait en partie l'apparition des Dames de feu dans les ruines du ch&acirc;teau de Dundonald, &agrave; Irvine.</p>
+
+<p>Un jour, apr&egrave;s une longue exploration de la partie sud de la houill&egrave;re &mdash; exploration qui avait dur&eacute; plusieurs jours &agrave; travers les derni&egrave;res galeries de cette &eacute;norme substruction &mdash;, Harry avait p&eacute;niblement gravi une &eacute;troite galerie, &eacute;vid&eacute;e dans un &eacute;cartement de la roche schisteuse. Tout &agrave; coup, il fut tr&egrave;s surpris de se trouver en plein air. La galerie, apr&egrave;s avoir remont&eacute; obliquement vers la surface du sol, aboutissait pr&eacute;cis&eacute;ment aux ruines de Dundonald Castle. Il y existait donc une communication secr&egrave;te entre la Nouvelle-Aberfoyle et la colline que couronnait le vieux ch&acirc;teau. L'orifice sup&eacute;rieur de cette galerie e&ucirc;t &eacute;t&eacute; impossible &agrave; d&eacute;couvrir ext&eacute;rieurement, tant il &eacute;tait obstru&eacute; de pierres et de broussailles. Aussi, lors de l'enqu&ecirc;te, les magistrats n'avaient-ils pu y p&eacute;n&eacute;trer.</p>
+
+<p>Quelques jours apr&egrave;s, James Starr, conduit par Harry, vint reconna&icirc;tre lui-m&ecirc;me cette disposition naturelle du gisement houiller.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Voil&agrave;, dit-il, de quoi convaincre les superstitieux de la mine. Adieu, les brawnies, les lutins et les Dames de feu&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Je ne crois pas, monsieur Starr, r&eacute;pondit Harry, que nous ayons lieu de nous en f&eacute;liciter&nbsp;! Leurs rempla&ccedil;ants ne valent pas mieux et peuvent &ecirc;tre pires, assur&eacute;ment&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; En effet, Harry, reprit l'ing&eacute;nieur, mais qu'y faire&nbsp;? &Eacute;videmment, les &ecirc;tres quelconques qui se cachent dans la mine, communiquent par cette galerie avec la surface du sol. Ce sont eux, sans doute, qui, la torche &agrave; la main, pendant cette nuit de tourmente, ont attir&eacute; le Motala &agrave; la c&ocirc;te, et, comme les anciens pilleurs d'&eacute;paves, ils en eussent vol&eacute; les d&eacute;bris, si Jack Ryan et ses compagnons ne se fussent pas trouv&eacute;s l&agrave;&nbsp;! Quoi qu'il en soit, enfin, tout s'explique. Voil&agrave; l'orifice du repaire&nbsp;! Quant &agrave; ceux qui l'habitaient, l'habitent-ils encore&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Oui, puisque Nell tremble, lorsqu'on lui en parle&nbsp;! r&eacute;pondit Harry avec conviction. Oui, puisque Nell ne veut pas ou n'ose pas en parler&nbsp;!&nbsp;&raquo; Harry devait avoir raison. Si les myst&eacute;rieux h&ocirc;tes de la houill&egrave;re l'eussent abandonn&eacute;e, ou s'ils &eacute;taient morts, quelle raison aurait eue la jeune fille de garder le silence&nbsp;?</p>
+
+<p>Cependant, James Starr tenait absolument &agrave; p&eacute;n&eacute;trer ce secret. Il pressentait que l'avenir de la nouvelle exploitation pouvait en d&eacute;pendre. On prit donc de nouveau les plus s&eacute;v&egrave;res pr&eacute;cautions. Les magistrats furent pr&eacute;venus. Des agents occup&egrave;rent secr&egrave;tement les ruines de Dundonald-Castle. Harry lui-m&ecirc;me se cacha, pendant plusieurs nuits, au milieu des broussailles qui h&eacute;rissaient la colline. Peine inutile. On ne d&eacute;couvrit rien. Nul &ecirc;tre humain n'apparut &agrave; travers l'orifice.</p>
+
+<p>On en arriva bient&ocirc;t &agrave; cette conclusion, que les malfaiteurs avaient d&ucirc; d&eacute;finitivement quitter la Nouvelle-Aberfoyle, et que, quant &agrave; Nell, ils la croyaient morte au fond de ce puits o&ugrave; ils l'avaient abandonn&eacute;e. Avant l'exploitation, la houill&egrave;re pouvait leur offrir un refuge assur&eacute;, &agrave; l'abri de toute perquisition. Mais, depuis, les circonstances n'&eacute;taient plus les m&ecirc;mes. Le g&icirc;te devenait difficile &agrave; cacher. On aurait donc d&ucirc; raisonnablement esp&eacute;rer qu'il n'y avait plus rien &agrave; craindre pour l'avenir. Cependant, James Starr n'&eacute;tait pas absolument rassur&eacute;. Harry, non plus, ne pouvait se rendre, et il r&eacute;p&eacute;tait souvent&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Nell a &eacute;t&eacute; &eacute;videmment m&ecirc;l&eacute;e &agrave; tout ce myst&egrave;re. Si elle n'avait plus rien &agrave; redouter, pourquoi garderait-elle le silence&nbsp;? On ne peut douter qu'elle soit heureuse d'&ecirc;tre avec nous&nbsp;! Elle nous aime tous&nbsp;! Elle adore ma m&egrave;re&nbsp;! Si elle se tait sur son pass&eacute;, sur ce qui pourrait nous rassurer pour l'avenir, c'est donc que quelque terrible secret, que sa conscience lui interdit de d&eacute;voiler, p&egrave;se sur elle&nbsp;! Peut-&ecirc;tre aussi, dans notre int&eacute;r&ecirc;t plus que dans le sien, croit-elle devoir se renfermer dans cet inexplicable mutisme&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>C'est par suite de ces diverses consid&eacute;rations que, d'un accord commun, il avait &eacute;t&eacute; convenu qu'on &eacute;carterait de la conversation tout ce qui pouvait rappeler son pass&eacute; &agrave; la jeune fille.</p>
+
+<p>Un jour, cependant, Harry fut amen&eacute; &agrave; faire conna&icirc;tre &agrave; Nell ce que James Starr, son p&egrave;re, sa m&egrave;re et lui-m&ecirc;me croyaient devoir &agrave; son intervention.</p>
+
+<p>C'&eacute;tait jour de f&ecirc;te. Les bras ch&ocirc;maient aussi bien &agrave; la surface du comt&eacute; de Stirling que dans le domaine souterrain. On s'y promenait un peu partout. Des chants retentissaient, en vingt endroits, sous les vo&ucirc;tes sonores de la Nouvelle-Aberfoyle.</p>
+
+<p>Harry et Nell avaient quitt&eacute; le cottage et suivaient &agrave; pas lents la rive gauche du lac Malcolm. L&agrave;, les &eacute;clats &eacute;lectriques se projetaient avec moins de violence, et leurs faisceaux se brisaient capricieusement aux angles de quelques pittoresques rochers qui soutenaient le d&ocirc;me. Cette p&eacute;nombre convenait mieux aux yeux de Nell, qui ne se faisaient que tr&egrave;s difficilement &agrave; la lumi&egrave;re.</p>
+
+<p>Apr&egrave;s une heure de marche, Harry et sa compagne s'arr&ecirc;t&egrave;rent en face de la chapelle de Saint-Gilles, sur une sorte de terrasse naturelle, qui dominait les eaux du lac.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Tes yeux, Nell, ne sont pas encore habitu&eacute;s au jour, dit Harry, et certainement, ils ne pourraient supporter l'&eacute;clat du soleil.</p>
+
+<p>&mdash; Non, sans doute, r&eacute;pondit la jeune fille, si le soleil est tel que tu me l'as d&eacute;peint, Harry.</p>
+
+<p>&mdash; Nell, reprit Harry, en te parlant, je n'ai pu te donner une juste id&eacute;e de sa splendeur ni des beaut&eacute;s de cet univers que tes regards n'ont jamais observ&eacute;. &mdash; Mais, dis-moi, se peut-il que depuis le jour o&ugrave; tu es n&eacute;e dans les profondeurs de la houill&egrave;re, se peut-il que tu ne sois jamais remont&eacute;e &agrave; la surface du sol&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Jamais, Harry, r&eacute;pondit Nell, et je ne pense pas que, m&ecirc;me petite, ni un p&egrave;re ni une m&egrave;re m'y aient jamais port&eacute;e. J'aurais certainement gard&eacute; quelque souvenir du dehors&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Je le crois, r&eacute;pondit Harry. D'ailleurs, &agrave; cette &eacute;poque, Nell, bien d'autres que toi ne quittaient jamais la mine. Les communications avec l'ext&eacute;rieur &eacute;taient difficiles, et j'ai connu plus d'un jeune gar&ccedil;on ou d'une jeune fille, qui, &agrave; ton &acirc;ge, ignoraient encore tout ce que tu ignores des choses de l&agrave;-haut&nbsp;! Mais maintenant, en quelques minutes, le railway du grand tunnel nous transporte &agrave; la surface du comt&eacute;. J'ai donc h&acirc;te, Nell, de t'entendre me dire&nbsp;: &laquo;&nbsp;viens, Harry, mes yeux peuvent supporter la lumi&egrave;re du jour, et je veux voir le soleil&nbsp;! Je veux voir l'&oelig;uvre de Dieu&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>&mdash; Je te le dirai, Harry, r&eacute;pondit la jeune fille, avant peu, je l'esp&egrave;re. J'irai admirer avec toi ce monde ext&eacute;rieur, et cependant...</p>
+
+<p>&mdash; Que veux-tu dire, Nell&nbsp;? demanda vivement Harry. Aurais-tu quelque regret d'avoir abandonn&eacute; le sombre ab&icirc;me dans lequel tu as v&eacute;cu pendant les premi&egrave;res ann&eacute;es de ta vie, et dont nous t'avons retir&eacute;e presque morte&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Non, Harry, r&eacute;pondit Nell. Je pensais seulement que les t&eacute;n&egrave;bres sont belles aussi. Si tu savais tout ce qu'y voient des yeux habitu&eacute;s &agrave; leur profondeur&nbsp;! Il y a des ombres qui passent et qu'on aimerait &agrave; suivre dans leur vol&nbsp;! Parfois ce sont des cercles qui s'entrecroisent devant le regard et dont on ne voudrait plus sortir&nbsp;! Il existe, au fond de la houill&egrave;re, des trous noirs, pleins de vagues lumi&egrave;res. Et puis, on entend des bruits qui vous parlent&nbsp;! vois-tu, Harry, il faut avoir v&eacute;cu l&agrave; pour comprendre ce que je ressens, ce que je ne puis t'exprimer&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Et tu n'avais pas peur, Nell, quand tu &eacute;tais seule&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Harry, r&eacute;pondit la jeune fille, c'est quand j'&eacute;tais seule que je n'avais pas peur&nbsp;!&nbsp;&raquo; La voix de Nell s'&eacute;tait l&eacute;g&egrave;rement alt&eacute;r&eacute;e en pronon&ccedil;ant ces paroles. Harry, cependant, crut devoir la presser un peu, et il dit&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Mais on pouvait se perdre dans ces longues galeries, Nell. Ne craignais-tu donc pas de t'y &eacute;garer&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Non, Harry. Je connaissais, depuis longtemps, tous les d&eacute;tours de la nouvelle houill&egrave;re&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; N'en sortais-tu pas quelquefois&nbsp;?...</p>
+
+<p>&mdash; Oui.., quelquefois.., r&eacute;pondit en h&eacute;sitant la jeune fille, quelquefois, je venais jusque dans l'ancienne mine d'Aberfoyle.</p>
+
+<p>&mdash; Tu connaissais donc le vieux cottage&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Le cottage.., oui.., mais, de bien loin seulement, ceux qui l'habitaient&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; C'&eacute;taient mon p&egrave;re et ma m&egrave;re, r&eacute;pondit Harry, c'&eacute;tait moi&nbsp;! Nous n'avions jamais voulu abandonner notre ancienne demeure&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Peut-&ecirc;tre cela aurait-il mieux valu pour vous&nbsp;!... murmura la jeune fille.</p>
+
+<p>&mdash; Et pourquoi, Nell&nbsp;? N'est-ce pas notre obstination &agrave; ne pas la quitter, qui nous a fait d&eacute;couvrir le nouveau gisement&nbsp;? Et cette d&eacute;couverte n'a-t-elle pas eu des cons&eacute;quences heureuses pour toute une population qui a reconquis ici l'aisance par le travail, pour toi, Nell, qui, rendue &agrave; la vie, as trouv&eacute; des c&oelig;urs tout &agrave; toi&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Pour moi&nbsp;! r&eacute;pondit vivement Nell... Oui&nbsp;! quoi qu'il puisse arriver&nbsp;! Pour les autres.., qui sait&nbsp;?...</p>
+
+<p>&mdash; Que veux-tu dire&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Rien... rien&nbsp;!... Mais, il y avait danger &agrave; s'introduire, alors, dans la nouvelle houill&egrave;re&nbsp;! Oui&nbsp;! grand danger&nbsp;! Harry&nbsp;! Un jour, des imprudents ont p&eacute;n&eacute;tr&eacute; dans ces ab&icirc;mes. Ils ont &eacute;t&eacute; loin, bien loin&nbsp;! Ils se sont &eacute;gar&eacute;s...</p>
+
+<p>&mdash; &Eacute;gar&eacute;s&nbsp;? dit Harry en regardant Nell.</p>
+
+<p>&mdash; Oui... &eacute;gar&eacute;s... r&eacute;pondit Nell, dont la voix tremblait. Leur lampe s'est &eacute;teinte&nbsp;! Ils n'ont pu retrouver leur chemin...</p>
+
+<p>&mdash; Et l&agrave;, s'&eacute;cria Harry, emprisonn&eacute;s pendant huit longs jours, Nell, ils ont &eacute;t&eacute; pr&egrave;s de mourir&nbsp;! Et sans un &ecirc;tre secourable, que Dieu leur a envoy&eacute;, un ange peut-&ecirc;tre, qui leur a secr&egrave;tement apport&eacute; un peu de nourriture, sans un guide myst&eacute;rieux qui, plus tard, a conduit jusqu'&agrave; eux leurs lib&eacute;rateurs, ils ne seraient jamais sortis de cette tombe&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Et comment le sais-tu&nbsp;? demanda la jeune fille.</p>
+
+<p>&mdash; Parce que ces hommes c'&eacute;tait James Starr.., c'&eacute;tait mon p&egrave;re... c'&eacute;tait moi, Nell&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Nell, relevant la t&ecirc;te, saisit la main du jeune homme, et elle le regarda avec une telle fixit&eacute;, que celui-ci se sentit troubl&eacute; jusqu'au plus profond de son c&oelig;ur.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Toi&nbsp;! r&eacute;p&eacute;ta la jeune fille.</p>
+
+<p>&mdash; Oui&nbsp;! r&eacute;pondit Harry, apr&egrave;s un instant de silence, et celle &agrave; qui nous devons de vivre, c'&eacute;tait toi,</p>
+
+<p>Nell&nbsp;! Ce ne pouvait &ecirc;tre que toi&nbsp;!&nbsp;&raquo; Nell laissa tomber sa t&ecirc;te entre ses deux mains, sans r&eacute;pondre. Jamais Harry ne l'avait vue aussi vivement impressionn&eacute;e.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Ceux qui t'ont sauv&eacute;e, Nell, ajouta-t-il d'une voix &eacute;mue, te devaient d&eacute;j&agrave; la vie, et crois-tu qu'ils puissent jamais l'oublier&nbsp;?&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p><br>
+</p>
+
+<center>
+<h4>XVI</h4>
+
+<h4>Sur l'&eacute;chelle oscillante</h4>
+</center>
+
+<p>Cependant, les travaux d'exploitation de la Nouvelle-Aberfoyle &eacute;taient conduits avec grand profit. Il va sans dire que l'ing&eacute;nieur James Starr et Simon Ford &mdash; les premiers d&eacute;couvreurs de ce riche bassin carbonif&egrave;re &mdash; participaient largement &agrave; ces b&eacute;n&eacute;fices. Harry devenait donc un parti. Mais il ne songeait gu&egrave;re &agrave; quitter le cottage. Il avait remplac&eacute; son p&egrave;re dans les fonctions d'overman et surveillait assid&ucirc;ment tout ce monde de mineurs.</p>
+
+<p>Jack Ryan &eacute;tait fier et ravi de toute cette fortune qui arrivait &agrave; son camarade. Lui aussi, il faisait bien ses affaires. Tous deux se voyaient souvent, soit au cottage, soit dans les travaux du fond. Jack Ryan n'&eacute;tait pas sans avoir observ&eacute; les sentiments qu'&eacute;prouvait Harry pour la jeune fille. Harry n'avouait pas, mais Jack riait &agrave; belles dents, lorsque son camarade secouait la t&ecirc;te en signe de d&eacute;n&eacute;gation.</p>
+
+<p>Il faut dire que l'un des plus vifs d&eacute;sirs de Jack Ryan &eacute;tait d'accompagner Nell, lorsqu'elle ferait sa premi&egrave;re visite &agrave; la surface du comt&eacute;. Il voulait voir ses &eacute;tonnements, son admiration devant cette nature encore inconnue d'elle. Il esp&eacute;rait bien qu'Harry l'emm&egrave;nerait pendant cette excursion. Jusqu'ici, cependant, celui-ci ne lui en avait pas fait la proposition, &mdash; ce qui ne laissait pas de l'inqui&eacute;ter un peu.</p>
+
+<p>Un jour, Jack Ryan descendait l'un des puits d'a&eacute;ration par lequel les &eacute;tages inf&eacute;rieurs de la houill&egrave;re communiquaient avec la surface du sol. Il avait pris l'une de ces &eacute;chelles qui, en se relevant et en s'abaissant par oscillations successives, permettent de descendre et de monter sans fatigue. Vingt oscillations de l'appareil l'avaient abaiss&eacute; de cent cinquante pieds environ, lorsque, sur l'&eacute;troit palier o&ugrave; il avait pris place, il se rencontra avec Harry, qui remontait aux travaux du jour.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;C'est toi&nbsp;? dit Jack, en regardant son compagnon, &eacute;clair&eacute; par la lumi&egrave;re des lampes &eacute;lectriques du puits.</p>
+
+<p>&mdash; Oui, Jack, r&eacute;pondit Harry, et je suis content de te voir. J'ai une proposition &agrave; te faire...</p>
+
+<p>&mdash; Je n'&eacute;coute rien avant que tu m'aies donn&eacute; des nouvelles de Nell&nbsp;! s'&eacute;cria Jack Ryan.</p>
+
+<p>&mdash; Nell va bien, Jack, et si bien m&ecirc;me que, dans un mois ou six semaines, je l'esp&egrave;re...</p>
+
+<p>&mdash; Tu l'&eacute;pouseras, Harry&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Tu ne sais ce que tu dis, Jack&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; C'est possible, Harry, mais je sais bien ce que je ferai&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Et que feras-tu&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Je l'&eacute;pouserai, moi, si tu ne l'&eacute;pouses pas, toi&nbsp;! r&eacute;pliqua Jack, en &eacute;clatant de rire. Saint Mungo me prot&egrave;ge&nbsp;! mais elle me pla&icirc;t, la gentille Nell&nbsp;! Une jeune et bonne cr&eacute;ature qui n'a jamais quitt&eacute; la mine, c'est bien la femme qu'il faut &agrave; un mineur&nbsp;! Elle est orpheline comme je suis orphelin, et, pour peu que tu ne penses vraiment pas &agrave; elle, et qu'elle veuille de ton camarade, Harry&nbsp;!...&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Harry regardait gravement Jack. Il le laissait parler, sans m&ecirc;me essayer de lui r&eacute;pondre.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Ce que je dis l&agrave; ne te rend pas jaloux, Harry&nbsp;? demanda Jack Ryan d'un ton un peu plus s&eacute;rieux.</p>
+
+<p>&mdash; Non, Jack, r&eacute;pondit tranquillement Harry.</p>
+
+<p>&mdash; Cependant, si tu ne fais pas de Nell ta femme, tu n'as pas la pr&eacute;tention qu'elle reste vieille fille&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Je n'ai aucune pr&eacute;tention&nbsp;&raquo;, r&eacute;pondit Harry.</p>
+
+<p>Une oscillation de l'&eacute;chelle vint alors permettre aux deux amis de se s&eacute;parer, l'un pour descendre, l'autre pour remonter le puits. Cependant, ils ne se s&eacute;par&egrave;rent pas.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Harry, dit Jack, crois-tu que je t'aie parl&eacute; s&eacute;rieusement tout &agrave; l'heure &agrave; propos de Nell&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Non, Jack, r&eacute;pondit Harry.</p>
+
+<p>&mdash; Eh bien, je vais le faire alors&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Toi, parler s&eacute;rieusement&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Mon brave Harry, r&eacute;pondit Jack, je suis capable de donner un bon conseil &agrave; un ami.</p>
+
+<p>&mdash; Donne, Jack.</p>
+
+<p>&mdash; Eh bien, voil&agrave;&nbsp;! Tu aimes Nell de tout l'amour dont elle est digne, Harry&nbsp;! Ton p&egrave;re, le vieux Simon, ta m&egrave;re, la vieille Madge, l'aiment aussi comme si elle &eacute;tait leur enfant. Or, tu aurais bien peu &agrave; faire pour qu'elle dev&icirc;nt tout &agrave; fait leur fille&nbsp;! &mdash; Pourquoi ne l'&eacute;pouses-tu pas&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Pour t'avancer ainsi, Jack, r&eacute;pondit Harry, connais-tu donc les sentiments de Nell&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Personne ne les ignore, pas m&ecirc;me toi, Harry, et c'est pour cela que tu n'es point jaloux ni de moi, ni des autres. &mdash; Mais voici l'&eacute;chelle qui va descendre, et...</p>
+
+<p>&mdash; Attends, Jack, dit Harry, en retenant son camarade, dont le pied avait d&eacute;j&agrave; quitt&eacute; le palier pour se poser sur l'&eacute;chelon mobile.</p>
+
+<p>&mdash; Bon, Harry&nbsp;! s'&eacute;cria Jack en riant, tu vas me faire &eacute;carteler&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; &Eacute;coute s&eacute;rieusement, Jack, r&eacute;pondit Harry, car, &agrave; mon tour, c'est s&eacute;rieusement que je parle.</p>
+
+<p>&mdash; J'&eacute;coute... jusqu'&agrave; la prochaine oscillation, mais pas plus&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Jack, reprit Harry, je n'ai point &agrave; cacher que j'aime Nell.</p>
+
+<p>Mon plus vif d&eacute;sir est d'en faire ma femme...</p>
+
+<p>&mdash; Bien, cela.</p>
+
+<p>&mdash; Mais, telle qu'elle est encore, j'ai comme un scrupule de conscience &agrave; lui demander de prendre une d&eacute;termination qui doit &ecirc;tre irr&eacute;vocable.</p>
+
+<p>&mdash; Que veux-tu dire, Harry&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Je veux dire, Jack, que Nell n'a jamais quitt&eacute; ces profondeurs de la houill&egrave;re o&ugrave; elle est n&eacute;e, sans doute. Elle ne sait rien, elle ne conna&icirc;t rien du dehors. Elle a tout &agrave; apprendre par les yeux, et peut-&ecirc;tre aussi par le c&oelig;ur. Qui sait ce que seront ses pens&eacute;es, lorsque de nouvelles impressions na&icirc;tront en elle&nbsp;! Elle n'a encore rien de terrestre, et il me semble que ce serait la tromper, avant qu'elle se soit d&eacute;cid&eacute;e, en pleine connaissance, &agrave; pr&eacute;f&eacute;rer &agrave; tout autre le s&eacute;jour dans la houill&egrave;re. &mdash; Me comprends-tu, Jack&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Oui... vaguement... Je comprends surtout que tu vas encore me faire manquer la prochaine oscillation&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Jack, r&eacute;pondit Harry d'une voix grave, quand ces appareils ne devraient plus jamais fonctionner, quand ce palier devrait manquer sous nos pieds, tu &eacute;couteras ce que j'ai &agrave; te dire&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; A la bonne heure&nbsp;! Harry. Voil&agrave; comment j'aime qu'on me parle&nbsp;! &mdash; Nous disons donc qu'avant d'&eacute;pouser Nell, tu vas l'envoyer dans un pensionnat de la vieille-Enfum&eacute;e&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Non, Jack, r&eacute;pondit Harry, je saurai bien moi-m&ecirc;me faire l'&eacute;ducation de celle qui devra &ecirc;tre ma femme&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Et cela n'en vaudra que mieux, Harry&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Mais, auparavant, reprit Harry, je veux, comme je viens de te le dire, que Nell ait une vraie connaissance du monde ext&eacute;rieur. Une comparaison, Jack. Si tu aimais une jeune fille aveugle, et si l'on venait te dire&nbsp;: &laquo;&nbsp;Dans un mois elle sera gu&eacute;rie&nbsp;!&nbsp;&raquo; n'attendrais-tu pas pour l'&eacute;pouser que sa gu&eacute;rison f&ucirc;t faite&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Oui, ma foi, oui&nbsp;! r&eacute;pondit Jack Ryan.</p>
+
+<p>&mdash; Eh bien, Jack, Nell est encore aveugle, et, avant d'en faire ma femme, je veux qu'elle sache bien que c'est moi, que ce sont les conditions de ma vie qu'elle pr&eacute;f&egrave;re et accepte. Je veux que ses yeux se soient ouverts enfin &agrave; la lumi&egrave;re du jour&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Bien, Harry, bien, tr&egrave;s bien&nbsp;! s'&eacute;cria Jack Ryan. Je te comprends &agrave; cette heure. Et &agrave; quelle &eacute;poque l'op&eacute;ration&nbsp;?...</p>
+
+<p>&mdash; Dans un mois, Jack, r&eacute;pondit Harry. Les yeux de Nell s'habituent peu &agrave; peu &agrave; la clart&eacute; de nos disques. C'est une pr&eacute;paration. Dans un mois, je l'esp&egrave;re, elle aura vu la terre et ses merveilles, le ciel et ses splendeurs&nbsp;! Elle saura que la nature a donn&eacute; au regard humain des horizons plus recul&eacute;s que ceux d'une sombre houill&egrave;re&nbsp;! Elle verra que les limites de l'univers sont infinies&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Mais, tandis qu'Harry se laissait ainsi entra&icirc;ner par son imagination, Jack Ryan, quittant le palier, avait saut&eacute; sur l'&eacute;chelon oscillant de l'appareil.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Eh&nbsp;! Jack, cria Harry, o&ugrave; es-tu donc&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Au-dessous de toi, r&eacute;pondit en riant le joyeux comp&egrave;re. Pendant que tu t'&eacute;l&egrave;ves dans l'infini, moi, je descends dans l'ab&icirc;me&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Adieu, Jack&nbsp;! r&eacute;pondit Harry, en se cramponnant lui-m&ecirc;me &agrave; l'&eacute;chelle remontante. Je te recommande de ne parler &agrave; personne de ce que je viens de te dire&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; A personne&nbsp;! cria Jack Ryan, mais &agrave; une condition pourtant...</p>
+
+<p>&mdash; Laquelle&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; C'est que je vous accompagnerai tous les deux pendant la premi&egrave;re excursion que Nell fera &agrave; la surface du globe&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Oui, Jack, je te le promets&nbsp;&raquo;, r&eacute;pondit Harry.</p>
+
+<p>Une nouvelle pulsation de l'appareil mit encore un intervalle plus consid&eacute;rable entre les deux amis. Leur voix n'arrivait plus que tr&egrave;s affaiblie de l'un &agrave; l'autre.</p>
+
+<p>Et, cependant, Harry put encore entendre Jack crier&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Et lorsque Nell aura vu les &eacute;toiles, la lune et le soleil, sais-tu bien ce qu'elle leur pr&eacute;f&eacute;rera&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Non, Jack&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Ce sera toi, mon camarade, toi encore, toi toujours&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Et la voix de Jack Ryan s'&eacute;teignit enfin dans un dernier hurrah&nbsp;!</p>
+
+<p>Cependant, Harry consacrait toutes ses heures inoccup&eacute;es &agrave; l'&eacute;ducation de Nell. Il lui avait appris &agrave; lire, &agrave; &eacute;crire, &mdash; toutes choses dans lesquelles la jeune fille fit de rapides progr&egrave;s. On e&ucirc;t dit qu'elle &laquo;&nbsp;savait&nbsp;&raquo; d'instinct. Jamais intelligence plus vive ne triompha plus vite d'une aussi compl&egrave;te ignorance. C'&eacute;tait un &eacute;tonnement pour ceux qui l'approchaient.</p>
+
+<p>Simon et Madge se sentaient chaque jour plus &eacute;troitement li&eacute;s &agrave; leur enfant d'adoption, dont le pass&eacute; ne laissait pas de les pr&eacute;occuper, cependant. Ils avaient bien reconnu la nature des sentiments d'Harry pour Nell, et cela ne leur d&eacute;plaisait point.</p>
+
+<p>On se rappelle que lors de sa premi&egrave;re visite &agrave; l'ancien cottage, le vieil overman avait dit &agrave; l'ing&eacute;nieur&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Pourquoi mon fils se marierait-il&nbsp;? Quelle cr&eacute;ature de l&agrave;-haut conviendrait &agrave; un gar&ccedil;on dont la vie doit s'&eacute;couler dans les profondeurs d'une mine&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Eh bien, ne semblait-il pas que la Providence lui e&ucirc;t envoy&eacute; la seule compagne qui p&ucirc;t v&eacute;ritablement convenir &agrave; son fils&nbsp;? N'&eacute;tait-ce pas l&agrave; comme une faveur du Ciel&nbsp;?</p>
+
+<p>Aussi, le vieil overman se promettait-il bien que, si ce mariage se faisait, ce jour-l&agrave;, il y aurait &agrave; Coal-city une f&ecirc;te qui ferait &eacute;poque pour les mineurs de la Nouvelle-Aberfoyle.</p>
+
+<p>Simon Ford ne savait pas si bien dire&nbsp;!</p>
+
+<p>Il faut ajouter qu'un autre encore d&eacute;sirait non moins ardemment cette union de Nell et d'Harry. C'&eacute;tait l'ing&eacute;nieur James Starr. Certes, le bonheur de ces deux jeunes gens, il le voulait par-dessus tout. Mais un mobile, d'un int&eacute;r&ecirc;t plus g&eacute;n&eacute;ral, peut-&ecirc;tre, le poussait aussi dans ce sens.</p>
+
+<p>On le sait, James Starr avait conserv&eacute; certaines appr&eacute;hensions, bien que rien dans le pr&eacute;sent ne les justifi&acirc;t plus. Cependant, ce qui avait &eacute;t&eacute; pouvait &ecirc;tre encore. Ce myst&egrave;re de la nouvelle houill&egrave;re, Nell &eacute;tait &eacute;videmment la seule &agrave; le conna&icirc;tre. Or, si l'avenir devait r&eacute;server de nouveaux dangers aux mineurs d'Aberfoyle, comment se mettre en garde contre de telles &eacute;ventualit&eacute;s, sans en savoir au moins la cause&nbsp;?</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Nell n'a pas voulu parler, r&eacute;p&eacute;tait souvent James Starr, mais ce qu'elle a tu jusqu'ici &agrave; tout autre, elle ne saurait le taire longtemps &agrave; son mari&nbsp;! Le danger menacerait Harry comme il nous menacerait nous-m&ecirc;mes. Donc, un mariage qui doit donner le bonheur aux &eacute;poux et la s&eacute;curit&eacute; &agrave; leurs amis, est un bon mariage, ou il ne s'en fera jamais ici-bas&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Ainsi raisonnait, non sans quelque logique, l'ing&eacute;nieur James Starr. Ce raisonnement, il le communiqua m&ecirc;me au vieux Simon, qui ne fut pas sans le go&ucirc;ter. Rien ne semblait donc devoir s'opposer &agrave; ce qu'Harry dev&icirc;nt l'&eacute;poux de Nell.</p>
+
+<p>Et qui donc l'aurait pu&nbsp;? Harry et Nell s'aimaient. Les vieux parents ne r&ecirc;vaient pas d'autre compagne pour leur fils. Les camarades d'Harry enviaient son bonheur, tout en reconnaissant qu'il lui &eacute;tait bien d&ucirc;. La jeune fille ne relevait que d'elle-m&ecirc;me et n'avait d'autre consentement &agrave; obtenir que celui de son propre c&oelig;ur.</p>
+
+<p>Mais, si personne ne semblait pouvoir mettre obstacle &agrave; ce mariage, pourquoi, lorsque les disques &eacute;lectriques s'&eacute;teignaient &agrave; l'heure du repos, quand la nuit se faisait sur la cit&eacute; ouvri&egrave;re, lorsque les habitants de Coal-city avaient regagn&eacute; leur cottage, pourquoi, de l'un des coins les plus sombres de la Nouvelle Aberfoyle, un &ecirc;tre myst&eacute;rieux se glissait-il dans les t&eacute;n&egrave;bres&nbsp;? Quel instinct guidait ce fant&ocirc;me &agrave; travers certaines galeries si &eacute;troites qu'on devait les croire impraticables&nbsp;? Pourquoi cet &ecirc;tre &eacute;nigmatique, dont les yeux per&ccedil;aient la plus profonde obscurit&eacute;, venait-il en rampant sur le rivage du lac Malcolm&nbsp;? Pourquoi se dirigeait-il si obstin&eacute;ment vers l'habitation de Simon Ford, et si prudemment aussi, qu'il avait jusqu'alors d&eacute;jou&eacute; toute surveillance&nbsp;? Pourquoi venait-il appuyer son oreille aux fen&ecirc;tres et essayait-il de surprendre des lambeaux de conversation &agrave; travers les volets du cottage&nbsp;?</p>
+
+<p>Et, lorsque certaines paroles arrivaient jusqu'&agrave; lui, pourquoi son poing se dressait-il pour menacer la tranquille demeure&nbsp;? Pourquoi, enfin ces mots s'&eacute;chappaient-ils de sa bouche, contract&eacute;e par la col&egrave;re&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Elle et lui&nbsp;! Jamais&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p><br>
+</p>
+
+<center>
+<h4>XVII</h4>
+
+<h4>Un lever de soleil</h4>
+</center>
+
+<p>Un mois apr&egrave;s &mdash; c'&eacute;tait le soir du 20 ao&ucirc;t &mdash;, Simon Ford et Madge saluaient de leurs meilleurs &laquo;&nbsp;wishes&nbsp;&raquo; quatre touristes qui s'appr&ecirc;taient &agrave; quitter le cottage.</p>
+
+<p>James Starr, Harry et Jack Ryan allaient conduire Nell sur un sol que son pied n'avait jamais foul&eacute;, dans cet &eacute;clatant milieu, dont ses regards ne connaissaient pas encore la lumi&egrave;re.</p>
+
+<p>L'excursion devait se prolonger pendant deux jours. James Starr, d'accord avec Harry, voulait qu'apr&egrave;s ces quarante-huit heures pass&eacute;es au-dehors, la jeune fille e&ucirc;t vu tout ce qu'elle n'avait pu voir dans la sombre houill&egrave;re, c'est-&agrave;-dire les divers aspects du globe, comme si un panorama mouvant de villes, de plaines, de montagnes, de fleuves, de lacs, de golfes, de mers, se f&ucirc;t d&eacute;roul&eacute; devant ses yeux.</p>
+
+<p>Or, dans cette portion de l'&Eacute;cosse, comprise entre &Eacute;dimbourg et Glasgow, il semblait que la nature e&ucirc;t voulu pr&eacute;cis&eacute;ment r&eacute;unir ces merveilles terrestres, et, quant aux cieux, ils seraient l&agrave; comme partout, avec leurs nu&eacute;es changeantes, leur lune sereine ou voil&eacute;e, leur soleil radieux, leur fourmillement d'&eacute;toiles.</p>
+
+<p>L'excursion projet&eacute;e avait donc &eacute;t&eacute; combin&eacute;e de mani&egrave;re &agrave; satisfaire aux conditions de ce programme.</p>
+
+<p>Simon Ford et Madge eussent &eacute;t&eacute; tr&egrave;s heureux d'accompagner Nell; mais, on les conna&icirc;t, ils ne quittaient pas volontiers le cottage, et, finalement, ils ne purent se r&eacute;soudre &agrave; abandonner, m&ecirc;me pour un jour, leur souterraine demeure.</p>
+
+<p>James Starr allait l&agrave; en observateur, en philosophe, tr&egrave;s curieux, au point de vue psychologique, d'observer les na&iuml;ves impressions de Nell, &mdash; peut-&ecirc;tre m&ecirc;me de surprendre quelque peu des myst&eacute;rieux &eacute;v&eacute;nements auxquels son enfance avait &eacute;t&eacute; m&ecirc;l&eacute;e.</p>
+
+<p>Harry, lui, se demandait, non sans appr&eacute;hension, si une autre jeune fille que celle qu'il aimait et qu'il avait connue jusqu'alors, n'allait pas se r&eacute;v&eacute;ler pendant cette rapide initiation aux choses du monde ext&eacute;rieur.</p>
+
+<p>Quant &agrave; Jack Ryan, il &eacute;tait joyeux comme un pinson qui s'envole aux premiers rayons de soleil. Il esp&eacute;rait bien que sa contagieuse gaiet&eacute; se communiquerait &agrave; ses compagnons de voyage. Ce serait une fa&ccedil;on de payer sa bienvenue.</p>
+
+<p>Nell &eacute;tait pensive et comme recueillie.</p>
+
+<p>James Starr avait d&eacute;cid&eacute;, non sans raison, que le d&eacute;part se ferait le soir. Mieux valait, en effet, que la jeune fille ne pass&acirc;t que par une gradation insensible des t&eacute;n&egrave;bres de la nuit aux clart&eacute;s du jour. Or, c'est le r&eacute;sultat qui serait obtenu, puisque, de minuit &agrave; midi, elle subirait ces phases successives d'ombre et de lumi&egrave;re, auxquelles son regard pourrait s'habituer peu &agrave; peu.</p>
+
+<p>Au moment de quitter le cottage, Nell prit la main d'Harry, et lui dit&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Harry, est-il donc n&eacute;cessaire que j'abandonne notre houill&egrave;re, ne f&ucirc;t-ce que quelques jours&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Oui, Nell, r&eacute;pondit le jeune homme, il le faut&nbsp;! Il le faut pour toi et pour moi&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Cependant, Harry, reprit Nell, depuis que tu m'as recueillie, je suis heureuse autant qu'on peut l'&ecirc;tre. Tu m'as instruite. Cela ne suffit-il pas&nbsp;? Que vais-je faire l&agrave;-haut&nbsp;?&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Harry la regarda sans r&eacute;pondre. Les pens&eacute;es qu'exprimait Nell &eacute;taient presque les siennes.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Ma fille, dit alors James Starr, je comprends ton h&eacute;sitation, mais il est bon que tu viennes avec nous. Ceux que tu aimes t'accompagnent, et ils te ram&egrave;neront. Que tu veuilles, ensuite, continuer de vivre dans la houill&egrave;re, comme le vieux Simon, comme Madge, comme Harry, libre &agrave; toi&nbsp;! Je ne doute pas qu'il en doive &ecirc;tre ainsi, et je t'approuve. Mais, au moins, tu pourras comparer ce que tu laisses avec ce que tu prends, et agir en toute libert&eacute;. viens donc&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Viens, ma ch&egrave;re Nell, dit Harry.</p>
+
+<p>&mdash; Harry, je suis pr&ecirc;te &agrave; te suivre&nbsp;&raquo;, r&eacute;pondit la jeune fille.</p>
+
+<p>A neuf heures, le dernier train du tunnel entra&icirc;nait Nell et ses compagnons &agrave; la surface du comt&eacute;. vingt minutes apr&egrave;s, il les d&eacute;posait &agrave; la gare o&ugrave; se reliait le petit embranchement, d&eacute;tach&eacute; du railway de Dumbarton &agrave; Stirling, qui desservait la Nouvelle Aberfoyle.</p>
+
+<p>La nuit &eacute;tait d&eacute;j&agrave; sombre. De l'horizon au z&eacute;nith, quelques vapeurs peu compactes couraient encore dans les hauteurs du ciel, sous la pouss&eacute;e d'une brise de nord-ouest qui rafra&icirc;chissait l'atmosph&egrave;re. La journ&eacute;e avait &eacute;t&eacute; belle. La nuit devait l'&ecirc;tre aussi.</p>
+
+<p>Arriv&eacute;s &agrave; Stirling, Nell et ses compagnons, abandonnant le train, sortirent aussit&ocirc;t de la gare.</p>
+
+<p>Devant eux, entre de grands arbres, se d&eacute;veloppait une route qui conduisait aux rives du Forth.</p>
+
+<p>La premi&egrave;re impression physique qu'&eacute;prouva la jeune fille, fut celle de l'air pur que ses poumons aspir&egrave;rent avidement.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Respire bien, Nell, dit James Starr, respire cet air charg&eacute; de toutes les vivifiantes senteurs de la campagne&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Quelles sont ces grandes fum&eacute;es qui courent au-dessus de notre t&ecirc;te&nbsp;? demanda Nell.</p>
+
+<p>&mdash; Ce sont des nuages, r&eacute;pondit Harry, ce sont des vapeurs &agrave; demi condens&eacute;es que le vent pousse dans l'ouest.</p>
+
+<p>&mdash; Ah&nbsp;! fit Nell, que j'aimerais &agrave; me sentir emport&eacute;e dans leur silencieux tourbillon&nbsp;! &mdash; Et quels sont ces points scintillants qui brillent &agrave; travers les d&eacute;chirures des nu&eacute;es&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Ce sont les &eacute;toiles dont je t'ai parl&eacute;, Nell. Autant de soleils, autant de centres de mondes, peut-&ecirc;tre semblables au n&ocirc;tre&nbsp;!&nbsp;&raquo; Les constellations se dessinaient plus nettement alors sur le bleu-noir du firmament, que le vent purifiait peu &agrave; peu.</p>
+
+<p>Nell regardait ces milliers d'&eacute;toiles brillantes qui fourmillaient au-dessus de sa t&ecirc;te.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Mais, dit-elle, si ce sont des soleils, comment mes yeux peuvent-ils en supporter l'&eacute;clat&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Ma fille, r&eacute;pondit James Starr, ce sont des soleils, en effet, mais des soleils qui gravitent &agrave; une distance &eacute;norme. Le plus rapproch&eacute; de ces milliers d'astres, dont les rayons arrivent jusqu'&agrave; nous, c'est cette &eacute;toile de la Lyre, Wega, que tu vois l&agrave; presque au z&eacute;nith, et elle est encore &agrave; cinquante mille milliards de lieues. Son &eacute;clat ne peut donc affecter ton regard. Mais notre soleil se l&egrave;vera demain &agrave; trente-huit millions de lieues seulement, et aucun &oelig;il humain ne peut le regarder fixement, car il est plus ardent qu'un foyer de fournaise. Mais viens, Nell, viens&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>On prit la route. James Starr tenait la jeune fille par la main. Harry marchait &agrave; son c&ocirc;t&eacute;. Jack Ryan allait et venait comme e&ucirc;t fait un jeune chien, impatient de la lenteur de ses ma&icirc;tres.</p>
+
+<p>Le chemin &eacute;tait d&eacute;sert. Nell regardait la silhouette des grands arbres que le vent agitait dans l'ombre. Elle les e&ucirc;t volontiers pris pour quelques g&eacute;ants qui gesticulaient. Le bruissement de la brise dans les hautes branches, le profond silence pendant les accalmies, cette ligne d'horizon qui s'accusait plus nettement, lorsque la route coupait une plaine, tout l'impr&eacute;gnait de sentiments nouveaux et tra&ccedil;ait en elle des impressions ineffa&ccedil;ables. Apr&egrave;s avoir interrog&eacute; d'abord, Nell se taisait, et, d'un commun propos, ses compagnons respectaient son silence. Ils ne voulaient point influencer par leurs paroles l'imagination sensible de la jeune fille. Ils pr&eacute;f&eacute;raient laisser les id&eacute;es na&icirc;tre d'elles-m&ecirc;mes en son esprit.</p>
+
+<p>A onze heures et demie environ, la rive septentrionale du golfe de Forth &eacute;tait atteinte.</p>
+
+<p>L&agrave;, une barque, qui avait &eacute;t&eacute; fr&eacute;t&eacute;e par James Starr, attendait. Elle devait, en quelques heures, les porter, ses compagnons et lui, jusqu'au port d'Edimbourg.</p>
+
+<p>Nell vit l'eau brillante qui ondulait &agrave; ses pieds sous l'action du ressac et semblait constell&eacute;e d'&eacute;toiles tremblotantes.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Est-ce un lac&nbsp;? demanda-t-elle.</p>
+
+<p>&mdash; Non, r&eacute;pondit Harry, c'est un vaste golfe avec des eaux courantes, c'est l'embouchure d'un fleuve, c'est presque un bras de mer. Prends un peu de cette eau dans le creux de ta main, Nell, et tu verras qu'elle n'est pas douce comme celle du lac Malcolm.&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>La jeune fille se baissa, trempa sa main dans les premiers flots et la porta &agrave; ses l&egrave;vres.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Cette eau est sal&eacute;e, dit-elle.</p>
+
+<p>-Oui, r&eacute;pondit Harry, la mer a reflu&eacute; jusqu'ici, car la mar&eacute;e est pleine. Les trois quarts de notre globe sont recouverts de cette eau sal&eacute;e, dont tu viens de boire quelques gouttes&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Mais si l'eau des fleuves n'est que celle de la mer que leur versent les nuages, pourquoi est-elle douce&nbsp;? demanda Nell.</p>
+
+<p>&mdash; Parce que l'eau se dessale en s'&eacute;vaporant, r&eacute;pondit James Starr. Les nuages ne sont form&eacute;s que par l'&eacute;vaporation et renvoient sous forme de pluie cette eau douce &agrave; la mer.</p>
+
+<p>&mdash; Harry, Harry&nbsp;! s'&eacute;cria alors la jeune fille, quelle est cette lueur rouge&acirc;tre qui enflamme l'horizon&nbsp;? Est-ce donc une for&ecirc;t en feu&nbsp;?&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Et Nell montrait un point du ciel, au milieu des basses brumes qui se coloraient dans l'est.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Non, Nell, r&eacute;pondit Harry. C'est la lune &agrave; son lever.</p>
+
+<p>&mdash; Oui, la lune&nbsp;! s'&eacute;cria Jack Ryan, un superbe plateau d'argent que les g&eacute;nies c&eacute;lestes font circuler dans le firmament, et qui recueille toute une monnaie d'&eacute;toiles&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Vraiment, Jack&nbsp;! r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur en riant, je ne te connaissais pas ce penchant aux comparaisons hardies&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Eh&nbsp;! monsieur Starr, ma comparaison est juste&nbsp;! vous voyez bien que les &eacute;toiles disparaissent &agrave; mesure que la lune s'avance. Je suppose donc qu'elles tombent dedans&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; C'est-&agrave;-dire, Jack, r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur, que c'est la lune qui &eacute;teint par son &eacute;clat les &eacute;toiles de sixi&egrave;me grandeur, et voil&agrave; pourquoi celles-ci s'effacent sur son passage.</p>
+
+<p>&mdash; Que tout cela est beau&nbsp;! r&eacute;p&eacute;tait Nell, qui ne vivait plus que par le regard. Mais je croyais que la lune &eacute;tait toute ronde&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Elle est ronde quand elle est pleine, r&eacute;pondit James Starr, c'est-&agrave;-dire lorsqu'elle se trouve en opposition avec le soleil. Mais, cette nuit, la lune entre dans son dernier quartier, elle est &eacute;corn&eacute;e d&eacute;j&agrave;, et le plateau d'argent de notre ami Jack n'est plus qu'un plat &agrave; barbe&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Ah&nbsp;! monsieur Starr, s'&eacute;cria Jack Ryan, quelle indigne comparaison&nbsp;! J'allais justement entonner ce couplet en l'honneur de la lune&nbsp;:</p>
+
+<blockquote>Astre des nuits qui dans ton cours<br>
+Viens caresser...</blockquote>
+
+Mais non&nbsp;! C'est maintenant impossible&nbsp;! votre plat &agrave; barbe m'a coup&eacute; l'inspiration&nbsp;!&nbsp;&raquo;
+
+<p>Cependant, la lune montait peu &agrave; peu sur l'horizon. Devant elle s'&eacute;vanouissaient les derni&egrave;res vapeurs. Au z&eacute;nith et dans l'ouest, les &eacute;toiles brillaient encore sur un fond noir que l'&eacute;clat lunaire allait graduellement p&acirc;lir. Nell contemplait en silence cet admirable spectacle, ses yeux supportaient sans fatigue cette douce lueur argent&eacute;e, mais sa main fr&eacute;missait dans celle d'Harry et parlait pour elle.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Embarquons-nous, mes amis, dit James Starr. Il faut que nous ayons gravi les pentes de l'Arthur-Seat avant le lever du soleil&nbsp;!&nbsp;&raquo; La barque &eacute;tait amarr&eacute;e &agrave; un pieu de la rive. Un marinier la gardait. Nell et ses compagnons y prirent place. La voile fut hiss&eacute;e et se gonfla sous la brise du nord-ouest.</p>
+
+<p>Quelle nouvelle impression ressentit alors la jeune fille&nbsp;! Elle avait navigu&eacute; quelquefois sur les lacs de la Nouvelle-Aberfoyle, mais l'aviron, si doucement mani&eacute; qu'il f&ucirc;t par la main d'Harry, trahissait toujours l'effort du rameur. Ici, pour la premi&egrave;re fois, Nell se sentait entra&icirc;n&eacute;e avec un glissement presque aussi doux que celui du ballon &agrave; travers l'atmosph&egrave;re. Le golfe &eacute;tait uni comme un lac. A demi couch&eacute;e &agrave; l'arri&egrave;re, Nell se laissait aller &agrave; ce balancement. Par instants, en de certaines embard&eacute;es, un rayon de lune filtrait jusqu'&agrave; la surface du Forth, et l'embarcation semblait courir sur une nappe d'argent toute scintillante. De petites ondulations chantaient le long du bordage. C'&eacute;tait un ravissement.</p>
+
+<p>Mais il arriva alors que les yeux de Nell se ferm&egrave;rent involontairement. Une sorte d'assoupissement passager la prit. Sa t&ecirc;te s'inclina sur la poitrine d'Harry, et elle s'endormit d'un tranquille sommeil.</p>
+
+<p>Harry voulait la r&eacute;veiller, afin qu'elle ne perd&icirc;t rien des magnificences de cette belle nuit.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Laisse-la dormir, mon gar&ccedil;on, lui dit l'ing&eacute;nieur. Deux heures de repos la pr&eacute;pareront mieux &agrave; supporter les impressions du jour.&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>A deux heures du matin, l'embarcation arrivait au pier de Granton. Nell se r&eacute;veilla, d&egrave;s qu'elle toucha terre.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;J'ai dormi&nbsp;? demanda-t-elle.</p>
+
+<p>&mdash; Non, ma fille, r&eacute;pondit James Starr. Tu as simplement r&ecirc;v&eacute; que tu dormais, voil&agrave; tout.&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>La nuit &eacute;tait tr&egrave;s claire alors. La lune, &agrave; mi-chemin de l'horizon au z&eacute;nith, dispersait ses rayons &agrave; tous les points du ciel.</p>
+
+<p>Le petit port de Granton ne contenait que deux ou trois bateaux de p&ecirc;che, que balan&ccedil;ait doucement la houle du golfe. La brise calmissait aux approches du matin. L'atmosph&egrave;re, nettoy&eacute;e de brumes, promettait une de ces d&eacute;licieuses journ&eacute;es d'ao&ucirc;t que le voisinage de la mer rend plus belles encore. Une sorte de bu&eacute;e chaude se d&eacute;gageait de l'horizon, mais si fine, si transparente, que les premiers feux du soleil devaient la boire en un instant. La jeune fille put donc observer cet aspect de la mer, lorsqu'elle se confond avec l'extr&ecirc;me p&eacute;rim&egrave;tre du ciel. La port&eacute;e de sa vue s'en trouvait agrandie, mais son regard ne subissait pas cette impression particuli&egrave;re que donne l'Oc&eacute;an, lorsque la lumi&egrave;re semble en reculer les bornes &agrave; l'infini.</p>
+
+<p>Harry prit la main de Nell. Tous deux suivirent James Starr et Jack Ryan qui s'avan&ccedil;aient par les rues d&eacute;sertes. Dans la pens&eacute;e de Nell, ce faubourg de la capitale n'&eacute;tait qu'un assemblage de maisons sombres, qui lui rappelait Coal-city, avec cette seule diff&eacute;rence que sa vo&ucirc;te &eacute;tait plus &eacute;lev&eacute;e et scintillait de points brillants. Elle allait d'un pas l&eacute;ger, et jamais Harry n'&eacute;tait oblig&eacute; de ralentir le sien, par crainte de la fatiguer.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Tu n'es pas lasse&nbsp;? lui demanda-t-il, apr&egrave;s une demi-heure de marche.</p>
+
+<p>&mdash; Non, r&eacute;pondit-elle. Mes pieds ne semblent m&ecirc;me pas toucher &agrave; la terre&nbsp;! Ce ciel est si haut au-dessus de nous que j'ai l'envie de m'envoler, comme si j'avais des ailes&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Retiens-la&nbsp;! s'&eacute;cria Jack Ryan. C'est qu'elle est bonne &agrave; garder, notre petite Nell&nbsp;! Moi aussi, j'&eacute;prouve cet effet, lorsque je suis rest&eacute; quelque temps sans sortir de la houill&egrave;re&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Cela est d&ucirc;, dit James Starr, &agrave; ce que nous ne nous sentons plus &eacute;cras&eacute;s par la vo&ucirc;te de schiste qui recouvre Coal-city&nbsp;! Il semble alors que le firmament soit comme un profond ab&icirc;me dans lequel on est tent&eacute; de s'&eacute;lancer. &mdash; N'est-ce pas ce que tu ressens, Nell&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Oui, monsieur Starr, r&eacute;pondit la jeune fille, c'est bien cela. J'&eacute;prouve comme une sorte de vertige&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Tu t'y feras, Nell, r&eacute;pondit Harry. Tu te feras &agrave; cette immensit&eacute; du monde ext&eacute;rieur, et peut-&ecirc;tre oublieras-tu alors notre sombre houill&egrave;re&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Jamais, Harry&nbsp;!&nbsp;&raquo; r&eacute;pondit Nell.</p>
+
+<p>Et elle appuya sa main sur ses yeux, comme si elle e&ucirc;t voulu refaire dans son esprit le souvenir de tout ce qu'elle venait de quitter.</p>
+
+<p>Entre les maisons endormies de la ville, James Starr et ses compagnons travers&egrave;rent Leith-Walk. Ils contourn&egrave;rent Calton Hill, o&ugrave; se dressaient dans la p&eacute;nombre l'Observatoire et le monument de Nelson. Ils suivirent la rue du R&eacute;gent, franchirent un pont, et arriv&egrave;rent par un l&eacute;ger d&eacute;tour &agrave; l'extr&eacute;mit&eacute; de la Canongate.</p>
+
+<p>Aucun mouvement ne se faisait encore dans la ville. Deux heures sonnaient au clocher gothique de Canongate-Church.</p>
+
+<p>En cet endroit, Nell s'arr&ecirc;ta.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Quelle est cette masse confuse&nbsp;? demanda-t-elle en montrant un &eacute;difice isol&eacute; qui s'&eacute;levait au fond d'une petite place.</p>
+
+<p>&mdash; Cette masse, Nell, r&eacute;pondit James Starr, c'est le palais des anciens souverains de l'&Eacute;cosse, Holyrood, o&ugrave; se sont accomplis tant d'&eacute;v&eacute;nements fun&egrave;bres&nbsp;! L&agrave;, l'historien pourrait &eacute;voquer bien des ombres royales, depuis l'ombre de l'infortun&eacute;e Marie Stuart jusqu'&agrave; celle du vieux roi fran&ccedil;ais Charles X&nbsp;! Et pourtant, malgr&eacute; ces fun&egrave;bres souvenirs, lorsque le jour sera venu, Nell, tu ne trouveras pas &agrave; cette r&eacute;sidence un aspect trop lugubre&nbsp;! Avec ses quatre grosses tours cr&eacute;nel&eacute;es, Holyrood ne ressemble pas mal &agrave; quelque ch&acirc;teau de plaisance, auquel le bon plaisir de son propri&eacute;taire a conserv&eacute; son caract&egrave;re f&eacute;odal&nbsp;! &mdash; Mais continuons notre marche. L&agrave;, dans l'enceinte m&ecirc;me de l'ancienne abbaye d'Holyrood, se dressent ces roches superbes de Salisbury que domine l'Arthur-Seat. C'est l&agrave; que nous monterons. C'est &agrave; sa cime, Nell, que tes yeux verront le soleil appara&icirc;tre au-dessus de l'horizon de mer.&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Ils entr&egrave;rent dans le Parc du Roi. Puis, s'&eacute;levant graduellement, ils travers&egrave;rent victoria-Drive, magnifique route circulaire, praticable aux voitures, que Walter Scott se f&eacute;licite d'avoir obtenue avec quelques lignes de roman.</p>
+
+<p>L'Arthur-Seat n'est, &agrave; vrai dire, qu'une colline haute de sept cent cinquante pieds, dont la t&ecirc;te isol&eacute;e domine les hauteurs environnantes. En moins d'une demi-heure, par un sentier tournant qui en rendait l'ascension facile, James Starr et ses compagnons atteignirent le cr&acirc;ne de ce lion auquel ressemble l'Arthur Seat, lorsqu'on l'observe du c&ocirc;t&eacute; de l'ouest.</p>
+
+<p>L&agrave;, tous quatre s'assirent, et James Starr, toujours riche de citations emprunt&eacute;es au grand romancier &eacute;cossais, se borna &agrave; dire&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Voici ce qu'a &eacute;crit Walter Scott, au huit de la <i>Prison d'&Eacute;dimbourg</i>&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Si j'avais &agrave; choisir un lieu d'o&ugrave; l'on p&ucirc;t voir le mieux possible le lever et le coucher du soleil, ce serait cet endroit m&ecirc;me.&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Attends donc, Nell. Le soleil ne va pas tarder &agrave; para&icirc;tre, et, pour la premi&egrave;re fois, tu pourras le contempler dans toute sa splendeur.&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Les regards de la jeune fille &eacute;taient alors tourn&eacute;s vers l'est. Harry, plac&eacute; pr&egrave;s d'elle, l'observait avec une anxieuse attention. N'allait-elle pas &ecirc;tre trop vivement impressionn&eacute;e par les premiers rayons du jour&nbsp;? Tous demeur&egrave;rent silencieux. Jack Ryan lui-m&ecirc;me se tut.</p>
+
+<p>D&eacute;j&agrave; une petite ligne p&acirc;le, nuanc&eacute;e de rose, se dessinait au-dessus de l'horizon sur un fond de brumes l&eacute;g&egrave;res. Un reste de vapeurs, &eacute;gar&eacute;es au Z&eacute;nith, fut attaqu&eacute; par le premier trait de lumi&egrave;re. Au pied d'Arthur-Seat, dans le calme absolu de la nuit, &Eacute;dimbourg, assoupie encore, apparaissait confus&eacute;ment. Quelques points lumineux piquaient &ccedil;&agrave; et l&agrave; l'obscurit&eacute;. C'&eacute;taient les &eacute;toiles matinales qu'allumaient les gens de la vieille ville. En arri&egrave;re, dans l'ouest, l'horizon, coup&eacute; de silhouettes capricieuses, bornait une r&eacute;gion accident&eacute;e de pics, auxquels chaque rayon solaire allait mettre une aigrette de feu.</p>
+
+<p>Cependant, le p&eacute;rim&egrave;tre de la mer se tra&ccedil;ait plus vivement vers l'est. La gamme des couleurs se disposait peu &agrave; peu suivant l'ordre que donne le spectre solaire. Le rouge des premi&egrave;res brumes allait par d&eacute;gradation jusqu'au violet du z&eacute;nith. De seconde en seconde, la palette prenait plus de vigueur&nbsp;: le rose devenait rouge, le rouge devenait feu. Le jour se faisait au point d'intersection que l'arc diurne allait fixer sur la circonf&eacute;rence de la mer.</p>
+
+<p>En ce moment, les regards de Nell couraient du pied de la colline jusqu'&agrave; la ville, dont les quartiers commen&ccedil;aient &agrave; se d&eacute;tacher par groupes. De hauts monuments, quelques clochers aigus &eacute;mergeaient &ccedil;&agrave; et l&agrave;, et leurs lin&eacute;aments se profilaient alors avec plus de nettet&eacute;. Il se r&eacute;pandait comme une sorte de lumi&egrave;re cendr&eacute;e dans l'espace. Enfin, un premier rayon atteignit l'&oelig;il de la jeune fille. C'&eacute;tait ce rayon vert, qui, soir ou matin, se d&eacute;gage de la mer, lorsque l'horizon est pur.</p>
+
+<p>Une demi-minute plus tard, Nell se redressait et tendait la main vers un point qui dominait les quartiers de la nouvelle ville.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Un feu&nbsp;! dit-elle.</p>
+
+<p>&mdash; Non, Nell, r&eacute;pondit Harry, ce n'est pas un feu. C'est une touche d'or que le soleil pose au sommet du monument de Walter Scott&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Et, en effet, l'extr&ecirc;me pointe du clocheton, haut de deux cents pieds, brillait comme un phare de premier ordre.</p>
+
+<p>Le jour &eacute;tait fait. Le soleil d&eacute;borda. Son disque semblait encore humide, comme s'il f&ucirc;t r&eacute;ellement sorti des eaux de la mer. D'abord &eacute;largi par la r&eacute;fraction, il se r&eacute;tr&eacute;cit peu &agrave; peu, de mani&egrave;re &agrave; prendre la forme circulaire. Son &eacute;clat, bient&ocirc;t insoutenable, &eacute;tait celui d'une bouche de fournaise qui e&ucirc;t trou&eacute; le ciel.</p>
+
+<p>Nell dut presque aussit&ocirc;t fermer les yeux. Sur leurs paupi&egrave;res, trop minces, il lui fallut m&ecirc;me appliquer ses doigts, serr&eacute;s &eacute;troitement.</p>
+
+<p>Harry voulait qu'elle se retourn&acirc;t vers l'horizon oppos&eacute;.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Non, Harry, dit-elle. Il faut que mes yeux s'habituent &agrave; voir ce que savent voir tes yeux&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>A travers la paume de ses mains, Nell percevait encore une lueur rose, qui blanchissait &agrave; mesure que le soleil s'&eacute;levait au dessus de l'horizon. Son regard s'y faisait graduellement. Puis, ses paupi&egrave;res se soulev&egrave;rent, et ses yeux s'impr&eacute;gn&egrave;rent enfin de la lumi&egrave;re du jour.</p>
+
+<p>La pieuse enfant tomba &agrave; genoux, s'&eacute;criant&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Mon Dieu, que votre monde est beau&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>La jeune fille baissa les yeux alors et regarda. A ses pieds se d&eacute;roulait le panorama d'&Eacute;dimbourg&nbsp;: les quartiers neufs et bien align&eacute;s de la nouvelle ville, l'amas confus des maisons et le r&eacute;seau bizarre des rues de l'Auld-Recky. Deux hauteurs dominaient cet ensemble, le ch&acirc;teau accroch&eacute; &agrave; son rocher de basalte et Calton Hill, portant sur sa croupe arrondie les ruines modernes d'un monument grec. De magnifiques routes plant&eacute;es rayonnaient de la capitale &agrave; la campagne. Au nord, un bras de mer, le golfe de Forth, entaillait profond&eacute;ment la c&ocirc;te, sur laquelle s'ouvrait le port de Leith. Au-dessus, en troisi&egrave;me plan, se d&eacute;veloppait l'harmonieux littoral du comt&eacute; de Fife. Une voie, droite comme celle du Pir&eacute;e, reliait &agrave; la mer cette Ath&egrave;nes du Nord. Vers l'ouest s'allongeaient les belles plages de Newhaven et de Porto-Bello, dont le sable teignait en jaune les premi&egrave;res lames du ressac. Au large, quelques chaloupes animaient les eaux du golfe, et deux ou trois steamers empanachaient le ciel d'un c&ocirc;ne de fum&eacute;e noire. Puis, au-del&agrave;, verdoyait l'immense campagne. De modestes collines bossuaient &ccedil;&agrave; et l&agrave; la plaine. Au nord, les Lomond-Hills, dans l'ouest, le Ben-Lomond et le Ben-Ledi r&eacute;verb&eacute;raient les rayons solaires, comme si des glaces &eacute;ternelles en eussent tapiss&eacute; les cimes.</p>
+
+<p>Nell ne pouvait parler. Ses l&egrave;vres ne murmuraient que des mots vagues. Ses bras fr&eacute;missaient. Sa t&ecirc;te &eacute;tait prise de vertiges. Un instant, ses forces l'abandonn&egrave;rent. Dans cet air si pur, devant ce spectacle sublime, elle se sentit tout &agrave; coup faiblir, et tomba sans connaissance dans les bras d'Harry, pr&ecirc;ts &agrave; la recevoir.</p>
+
+<p>Cette jeune fille, dont la vie s'&eacute;tait &eacute;coul&eacute;e jusqu'alors dans les entrailles du massif terrestre, avait enfin contempl&eacute; ce qui constitue presque tout l'univers, tel que l'ont fait le Cr&eacute;ateur et l'homme. Ses regards, apr&egrave;s avoir plan&eacute; sur la ville et sur la campagne, venaient de s'&eacute;tendre, pour la premi&egrave;re fois, sur l'immensit&eacute; de la mer et l'infini du ciel.</p>
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+<p><br>
+</p>
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+<h4>XVIII</h4>
+
+<h4>Du lac Lomond au lac Katrine</h4>
+</center>
+
+<p>Harry portant Nell dans ses bras, suivi de James Starr et de Jack Ryan, redescendit les pentes d'Arthur-Seat. Apr&egrave;s quelques heures de repos et un d&eacute;jeuner r&eacute;confortant qui fut pris &agrave; Lambret's-Hotel, on songea &agrave; compl&eacute;ter l'excursion par une promenade &agrave; travers le pays des lacs.</p>
+
+<p>Nell avait recouvr&eacute; ses forces. Ses yeux pouvaient d&eacute;sormais s'ouvrir tout grands &agrave; la lumi&egrave;re, et ses poumons aspirer largement cet air vivifiant et salubre. Le vert des arbres, la nuance vari&eacute;e des plantes, l'azur du ciel, avaient d&eacute;ploy&eacute; devant ses regards la gamme des couleurs.</p>
+
+<p>Le train qu'ils prirent &agrave; G&eacute;n&eacute;ral railway station, conduisit Nell et ses compagnons &agrave; Glasgow. L&agrave;, du dernier pont jet&eacute; sur la Clyde, ils purent admirer le curieux mouvement maritime du fleuve. Puis, ils pass&egrave;rent la nuit &agrave; Comrie's Royal-h&ocirc;tel.</p>
+
+<p>Le lendemain, de la gare d'&laquo;&nbsp;&Eacute;dimbourg and Glasgow railway&nbsp;&raquo;, le train devait les conduire rapidement, par Dumbarton et Balloch, &agrave; l'extr&eacute;mit&eacute; m&eacute;ridionale du lac Lomond.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;C'est l&agrave; le pays de Rob Roy et de Fergus Mac Gregor&nbsp;! s'&eacute;cria James Starr, le territoire si po&eacute;tiquement c&eacute;l&eacute;br&eacute; par Walter Scott&nbsp;! &mdash; Tu ne connais pas ce pays, Jack&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Je le connais par ses chansons, monsieur Starr, r&eacute;pondit Jack Ryan, et, lorsqu'un pays a &eacute;t&eacute; si bien chant&eacute;, il doit &ecirc;tre superbe&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Il l'est, en effet, s'&eacute;cria l'ing&eacute;nieur, et notre ch&egrave;re Nell en conservera le meilleur souvenir&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Avec un guide tel que vous, monsieur Starr, r&eacute;pondit Harry, ce sera double profit, car vous nous raconterez l'histoire du pays pendant que nous le regarderons.</p>
+
+<p>&mdash; Oui, Harry, dit l'ing&eacute;nieur, autant que ma m&eacute;moire me le permettra, mais &agrave; une condition, cependant&nbsp;: c'est que le joyeux Jack me viendra en aide&nbsp;! Lorsque je serai fatigu&eacute; de raconter, il chantera&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Il ne faudra pas me le dire deux fois&nbsp;&raquo;, r&eacute;pliqua Jack Ryan en lan&ccedil;ant une note vibrante, comme s'il e&ucirc;t voulu monter son gosier au <i>la</i> du diapason.</p>
+
+<p>Par le railway de Glasgow &agrave; Balloch, entre la m&eacute;tropole commerciale de l'&Eacute;cosse et l'extr&eacute;mit&eacute; m&eacute;ridionale du lac Lomond, on ne compte qu'une vingtaine de milles.</p>
+
+<p>Le train passa par Dumbarton, bourg royal et chef-lieu de comt&eacute;, dont le ch&acirc;teau, toujours fortifi&eacute;, conform&eacute;ment au trait&eacute; de l'Union, est pittoresquement camp&eacute; sur les deux pics d'un gros rocher de basalte.</p>
+
+<p>Dumbarton est situ&eacute; au confluent de la Clyde et de la Leven. A ce propos, James Starr raconta quelques particularit&eacute;s de l'aventureuse histoire de Marie Stuart. En effet, ce fut de ce bourg qu'elle partit pour aller &eacute;pouser Fran&ccedil;ois II et devenir reine de France. L&agrave; aussi, apr&egrave;s 1815, le minist&egrave;re anglais m&eacute;dita d'interner Napol&eacute;on; mais le choix de Sainte-H&eacute;l&egrave;ne pr&eacute;valut, et voil&agrave; pourquoi le prisonnier de l'Angleterre alla mourir sur un roc de l'Atlantique, pour le plus grand profit de la l&eacute;gendaire m&eacute;moire.</p>
+
+<p>Bient&ocirc;t, le train s'arr&ecirc;ta &agrave; Balloch, pr&egrave;s d'une estacade en bois qui descendait au niveau du lac.</p>
+
+<p>Un bateau &agrave; vapeur, le <i>Sinclair</i>, attendait les touristes qui font l'excursion des lacs. Nell et ses compagnons s'y embarqu&egrave;rent, apr&egrave;s avoir pris leur billet pour Inversnaid, &agrave; l'extr&eacute;mit&eacute; nord du lac Lomond.</p>
+
+<p>La journ&eacute;e commen&ccedil;ait par un beau soleil, bien d&eacute;gag&eacute; de ces brumes britanniques, dont il se voile le plus ordinairement. Aucun d&eacute;tail de ce paysage, qui allait se d&eacute;rouler sur un parcours de trente milles, ne devait &eacute;chapper aux voyageurs du <i>Sinclair</i>. Nell, assise &agrave; l'arri&egrave;re entre James Starr et Harry, aspirait par tous ses sens la po&eacute;sie superbe, dont cette belle nature &eacute;cossaise est si largement empreinte.</p>
+
+<p>Jack Ryan allait et venait sur le pont du <i>Sinclair</i>, interrogeant sans cesse l'ing&eacute;nieur, qui, cependant, n'avait pas besoin d'&ecirc;tre interrog&eacute;. A mesure que ce pays de Rob Roy se d&eacute;veloppait &agrave; ses regards, il le d&eacute;crivait en admirateur enthousiaste.</p>
+
+<p>Dans les premi&egrave;res eaux du lac Lomond, apparurent d'abord de nombreuses petites &icirc;les ou &icirc;lots. C'&eacute;tait comme un semis. Le <i>Sinclair</i> c&ocirc;toyait leurs rives escarp&eacute;es, et, dans l'entre-deux des &icirc;les, se dessinaient, tant&ocirc;t une vall&eacute;e solitaire, tant&ocirc;t une gorge sauvage, h&eacute;riss&eacute;e de rocs abrupts.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Nell, dit James Starr, chacun de ces &icirc;lots a sa l&eacute;gende, et peut-&ecirc;tre sa chanson, aussi bien que les monts qui encadrent le lac. On peut dire, sans trop de pr&eacute;tention, que l'histoire de cette contr&eacute;e est &eacute;crite avec ces caract&egrave;res gigantesques d'&icirc;les et de montagnes.</p>
+
+<p>&mdash; Savez-vous, monsieur Starr, dit Harry, ce que me rappelle cette partie du lac Lomond&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Que te rappelle-t-elle, Harry&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Les mille &icirc;les du lac Ontario, si admirablement d&eacute;crites par Cooper. Tu dois &ecirc;tre comme moi frapp&eacute;e de cette ressemblance, ma ch&egrave;re Nell, car, il y a quelques jours, je t'ai lu ce roman qu'on a pu justement nommer le chef-d'&oelig;uvre de l'auteur am&eacute;ricain.</p>
+
+<p>&mdash; En effet, Harry, r&eacute;pondit la jeune fille, c'est le m&ecirc;me aspect, et le <i>Sinclair</i> se glisse entre ces &icirc;les, comme faisait au lac Ontario le cutter de Jasper Eau-douce&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Eh bien, reprit l'ing&eacute;nieur, cela prouve que les deux sites m&eacute;ritaient d'&ecirc;tre &eacute;galement chant&eacute;s par deux po&egrave;tes&nbsp;! Je ne connais pas ces mille &icirc;les de l'Ontario, Harry, mais je doute que l'aspect en soit plus vari&eacute; que celui de cet archipel du Lomond. Regardez ce paysage&nbsp;! voici l'&icirc;le Murray, avec son vieux fort Lennox, o&ugrave; r&eacute;sida la vieille duchesse d'Albany, apr&egrave;s la mort de son p&egrave;re, de son &eacute;poux, de ses deux fils, d&eacute;capit&eacute;s par ordre de Jacques Ier. Voici l'&icirc;le Clar, l'&icirc;le Cro, l'&icirc;le Torr, les unes rocheuses, sauvages, sans apparence de v&eacute;g&eacute;tation, les autres, montrant leur croupe verte et arrondie. Ici, des m&eacute;l&egrave;zes et des bouleaux. L&agrave;, des champs de bruy&egrave;res jaunes et dess&eacute;ch&eacute;es. En v&eacute;rit&eacute;&nbsp;! j'ai quelque peine &agrave; croire que les mille &icirc;les du lac Ontario offrent une telle vari&eacute;t&eacute; de sites&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Quel est ce petit port&nbsp;? demanda Nell, qui s'&eacute;tait retourn&eacute;e vers la rive orientale du lac.</p>
+
+<p>&mdash; C'est Balmaha, qui forme l'entr&eacute;e des Highlands, r&eacute;pondit James Starr. L&agrave; commencent nos hautes terres d'&Eacute;cosse. Les ruines que tu aper&ccedil;ois, Nell, sont celles d'un ancien couvent de femmes, et ces tombes &eacute;parses renferment divers membres de la famille des Mac Gregor, dont le nom est encore c&eacute;l&egrave;bre dans toute la contr&eacute;e.</p>
+
+<p>&mdash; C&eacute;l&egrave;bre par le sang que cette famille a r&eacute;pandu et fait r&eacute;pandre&nbsp;! fit observer Harry.</p>
+
+<p>&mdash; Tu as raison, r&eacute;pondit James Starr, et il faut bien avouer que la c&eacute;l&eacute;brit&eacute;, due aux batailles, est encore la plus retentissante. Ils vont loin &agrave; travers les &acirc;ges ces r&eacute;cits de combats...</p>
+
+<p>&mdash; Et ils se perp&eacute;tuent par les chansons&nbsp;&raquo;, ajouta Jack Ryan.</p>
+
+<p>Et, &agrave; l'appui de son dire, le brave gar&ccedil;on entonna le premier couplet d'un vieux chant de guerre, qui relatait les exploits d'Alexandre Mac Gregor, du glen Sra&euml;, contre sir Humphry Colquhour, de Luss.</p>
+
+<p>Nell &eacute;coutait, mais, de ces r&eacute;cits de combats, elle ne recevait qu'une impression triste. Pourquoi tant de sang vers&eacute; sur ces plaines que la jeune fille trouvait immenses, l&agrave; o&ugrave; la place, cependant, ne devait manquer &agrave; personne&nbsp;?</p>
+
+<p>Les rives du lac, qui mesurent de trois &agrave; quatre milles, tendaient &agrave; se rapprocher aux abords du petit port de Luss. Nell put apercevoir un instant la vieille tour de l'ancien ch&acirc;teau. Puis, le <i>Sinclair</i> remit le cap au nord, et aux yeux des touristes se montra le Ben Lomond, qui s'&eacute;l&egrave;ve &agrave; pr&egrave;s de trois mille pieds au-dessus du niveau du lac.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;L'admirable montagne&nbsp;! s'&eacute;cria Nell, et, de son sommet, que la vue doit &ecirc;tre belle&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Oui, Nell, r&eacute;pondit James Starr. Regarde comme cette cime se d&eacute;gage fi&egrave;rement de la corbeille de ch&ecirc;nes, de bouleaux, de m&eacute;l&egrave;zes, qui tapissent la zone inf&eacute;rieure du mont&nbsp;! De l&agrave;, on aper&ccedil;oit les deux tiers de notre vieille Cal&eacute;donie. C'est ici que le clan de Mac Gregor faisait sa r&eacute;sidence habituelle, sur la partie orientale du lac. Non loin, les querelles des Jacobites et des Hanovriens ont plus d'une fois ensanglant&eacute; ces gorges d&eacute;sol&eacute;es. L&agrave;, pendant les belles nuits, se l&egrave;ve cette p&acirc;le lune, que les vieux r&eacute;cits nomment &laquo;&nbsp;la lanterne de Mac Farlane&nbsp;&raquo;. L&agrave;, les &eacute;chos r&eacute;p&egrave;tent encore les noms imp&eacute;rissables de Rob Roy et de Mac Gregor Campbell&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Le Ben Lomond, dernier pic de la cha&icirc;ne des Grampians, m&eacute;rite vraiment d'avoir &eacute;t&eacute; c&eacute;l&eacute;br&eacute; par le grand romancier &eacute;cossais. Ainsi que le fit observer James Starr, il existe de plus hautes montagnes, dont la cime rev&ecirc;t des neiges &eacute;ternelles, mais il n'en est peut-&ecirc;tre pas de plus po&eacute;tique en aucun coin du monde.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Et, ajouta-t-il, quand je pense que ce Ben Lomond appartient tout entier au duc de Montrose&nbsp;! Sa Gr&acirc;ce poss&egrave;de une montagne comme un bourgeois de Londres poss&egrave;de un boulingrin dans son jardinet.&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Pendant ce temps, le <i>Sinclair</i> arrivait au village de Tarbet, sur la rive oppos&eacute;e du lac, o&ugrave; il d&eacute;posa les voyageurs qui se rendaient &agrave; Inverary. De cet endroit, le Ben Lomond apparaissait dans toute sa beaut&eacute;. Ses flancs, z&eacute;br&eacute;s par le lit des torrents, miroitaient comme des plaques d'argent en fusion.</p>
+
+<p>A mesure que le <i>Sinclair</i> longeait la base de la montagne, le pays devenait de plus en plus abrupt. A peine, &ccedil;&agrave; et l&agrave;, des arbres isol&eacute;s, entre autres quelques-uns de ces saules, dont les baguettes servaient autrefois &agrave; pendre les gens de petite condition.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Pour &eacute;conomiser le chanvre&nbsp;&raquo;, fit observer James Starr.</p>
+
+<p>Le lac, cependant, se r&eacute;tr&eacute;cissait en s'allongeant vers le nord. Les montagnes lat&eacute;rales l'enserraient plus &eacute;troitement. Le bateau &agrave; vapeur longea encore quelques &icirc;les et &icirc;lots, Inveruglas, Eilad Whou, o&ugrave; se dressaient les vestiges d'une forteresse qui appartenait aux Mac Farlane. Enfin les deux rives se rejoignirent, et le <i>Sinclair</i> s'arr&ecirc;ta &agrave; la station d'Inverslaid.</p>
+
+<p>L&agrave;, pendant qu'on pr&eacute;parait leur d&eacute;jeuner, Nell et ses compagnons all&egrave;rent visiter, pr&egrave;s du lieu de d&eacute;barquement, un torrent qui se pr&eacute;cipitait dans le lac d'une assez grande hauteur. Il paraissait avoir &eacute;t&eacute; plant&eacute; l&agrave; comme un d&eacute;cor, pour le plaisir des touristes. Un pont tremblant sautait par-dessus les eaux tumultueuses, au milieu d'une poussi&egrave;re liquide. De cet endroit, le regard embrassait une grande partie du Lomond, et le <i>Sinclair</i> ne paraissait plus &ecirc;tre qu'un point &agrave; sa surface.</p>
+
+<p>Le d&eacute;jeuner achev&eacute;, il s'agissait de se rendre au lac Katrine. Plusieurs voitures, aux armes de la famille Breadalbane &mdash; cette famille qui assurait autrefois le bois et l'eau &agrave; Rob Roy fugitif &mdash; &eacute;taient &agrave; la disposition des voyageurs et leur offraient tout ce confort qui distingue la carrosserie anglaise.</p>
+
+<p>Harry installa Nell sur l'imp&eacute;riale, conform&eacute;ment &agrave; la mode du jour. Ses compagnons et lui prirent place aupr&egrave;s d'elle. Un magnifique cocher, &agrave; livr&eacute;e rouge, r&eacute;unit dans sa main gauche les guides de ses quatre chevaux, et l'attelage commen&ccedil;a &agrave; gravir le flanc de la montagne, en c&ocirc;toyant le lit sinueux du torrent.</p>
+
+<p>La route &eacute;tait fort escarp&eacute;e. A mesure qu'elle s'&eacute;levait, la forme des cimes environnantes semblait se modifier. On voyait grandir superbement toute la cha&icirc;ne de la rive oppos&eacute;e du lac et les sommets d'Arroquhar, dominant la vall&eacute;e d'Inveruglas. A gauche pointait le Ben Lomond, qui d&eacute;couvrait ainsi le brusque escarpement de son flanc septentrional.</p>
+
+<p>Le pays compris entre le lac Lomond et le lac Katrine pr&eacute;sentait un aspect sauvage. La vall&eacute;e commen&ccedil;ait par des d&eacute;fil&eacute;s &eacute;troits qui aboutissaient au glen d'Aberfoyle. Ce nom rappela douloureusement &agrave; la jeune fille ces ab&icirc;mes remplis d'&eacute;pouvante, au fond desquels s'&eacute;tait &eacute;coul&eacute;e son enfance. Aussi James Starr s'empressa-t-il de la distraire par ses r&eacute;cits.</p>
+
+<p>La contr&eacute;e y pr&ecirc;tait, d'ailleurs. C'est sur les bords du petit lac d'Ard que se sont accomplis les principaux &eacute;v&eacute;nements de la vie de Rob Roy. L&agrave; se dressaient des roches calcaires d'un aspect sinistre, entrem&ecirc;l&eacute;es de cailloux, que l'action du temps et de l'atmosph&egrave;re avait durcis comme du ciment. De mis&eacute;rables huttes, semblables &agrave; des tani&egrave;res &mdash; de celles qu'on appelle &laquo;&nbsp;bourrochs&nbsp;&raquo; &mdash;, gisaient au milieu des bergeries en ruine. On n'e&ucirc;t pu dire si elles &eacute;taient habit&eacute;es par des cr&eacute;atures humaines ou des b&ecirc;tes sauvages. Quelques marmots, aux cheveux d&eacute;j&agrave; d&eacute;color&eacute;s par l'intemp&eacute;rie du climat, regardaient passer les voitures avec de grands yeux &eacute;bahis.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Voil&agrave; bien, dit James Starr, ce que l'on peut plus particuli&egrave;rement appeler le pays de Rob Roy. C'est ici que l'excellent bailli Nichol Jarvie, digne fils de son p&egrave;re le diacre, fut saisi par la milice du comte de Lennox. C'est &agrave; cet endroit m&ecirc;me qu'il resta suspendu par le fond de sa culotte, heureusement faite d'un bon drap d'&Eacute;cosse, et non de ces camelots l&eacute;gers de France&nbsp;! Non loin des sources du Forth, qu'alimentent les torrents du Ben Lomond, se voit encore le gu&eacute; que franchit le h&eacute;ros pour &eacute;chapper aux soldats du duc de Montrose. Ah&nbsp;! s'il avait connu les sombres retraites de notre houill&egrave;re, il aurait pu y d&eacute;fier toutes les recherches&nbsp;! vous le voyez, mes amis, on ne peut faire un pas dans cette contr&eacute;e, merveilleuse &agrave; tant de titres, sans rencontrer ces souvenirs du pass&eacute; dont s'est inspir&eacute; Walter Scott, lorsqu'il a paraphras&eacute; en strophes magnifiques l'appel aux armes du clan des Mac Gregor&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Tout cela est bien dit, monsieur Starr, r&eacute;pliqua Jack Ryan, mais, s'il est vrai que Nichol Jarvie resta suspendu par le fond de sa culotte, que devient notre proverbe&nbsp;: &laquo;&nbsp;Bien malin celui qui pourra jamais prendre la culotte d'un &Eacute;cossais&nbsp;?&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>&mdash; Ma foi, Jack, tu as raison, r&eacute;pondit en riant James Starr, et cela prouve tout simplement que, ce jour-l&agrave;, notre bailli n'&eacute;tait pas v&ecirc;tu &agrave; la mode de ses anc&ecirc;tres&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Il eut tort, monsieur Starr&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Je n'en disconviens pas, Jack&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>L'attelage, apr&egrave;s avoir gravi les abruptes rives du torrent, redescendit dans une vall&eacute;e sans arbres, sans eaux, uniquement couverte d'une maigre bruy&egrave;re. En certains endroits, quelques tas de pierres s'&eacute;levaient en pyramides.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Ce sont des cairns, dit James Starr. Chaque passant, autrefois, devait y apporter une pierre, pour honorer le h&eacute;ros couch&eacute; sous ces tombes. De l&agrave; est venu le dicton ga&eacute;lique&nbsp;: &laquo;&nbsp;Malheur &agrave; qui passe devant un cairn sans y d&eacute;poser la pierre du dernier salut&nbsp;!&nbsp;&raquo; Si les fils avaient conserv&eacute; la foi de leurs p&egrave;res, ces amas de pierres seraient maintenant des collines. En v&eacute;rit&eacute;, dans cette contr&eacute;e, tout contribue &agrave; d&eacute;velopper cette po&eacute;sie naturelle inn&eacute;e au c&oelig;ur des montagnards&nbsp;! Il en est ainsi de tous les pays de montagne. L'imagination y est surexcit&eacute;e par ces merveilles, et, si les Grecs eussent habit&eacute; un pays de plaines, ils n'auraient jamais invent&eacute; la mythologie antique&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Pendant ces discours et bien d'autres, la voiture s'enfon&ccedil;ait dans les d&eacute;fil&eacute;s d'une vall&eacute;e &eacute;troite, qui e&ucirc;t &eacute;t&eacute; tr&egrave;s propice aux &eacute;bats des brawnies familiers de la grande Meg M&eacute;rillies. Le petit lac d'Arklet fut laiss&eacute; sur la gauche, et une route &agrave; pente raide se pr&eacute;senta, qui conduisait &agrave; l'auberge de Stronachlacar, sur la rive du lac Katrine.</p>
+
+<p>L&agrave;, au musoir d'une l&eacute;g&egrave;re estacade, se balan&ccedil;ait un petit steam-boat, qui portait naturellement le nom de <i>Rob-Roy</i>. Les voyageurs s'y embarqu&egrave;rent aussit&ocirc;t&nbsp;: il allait partir.</p>
+
+<p>Le lac Katrine ne mesure que dix milles de longueur, sur une largeur qui ne d&eacute;passe jamais deux milles. Les premi&egrave;res collines du littoral sont encore empreintes d'un grand caract&egrave;re.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Voil&agrave; donc ce lac, s'&eacute;cria James Starr, que l'on a justement compar&eacute; &agrave; une longue anguille&nbsp;! On affirme qu'il ne g&egrave;le jamais. Je n'en sais rien, mais ce qu'il ne faut point oublier, c'est qu'il a servi de th&eacute;&acirc;tre aux exploits de la <i>Dame du lac</i>. Je suis certain que, si notre ami Jack regardait bien, il verrait glisser encore &agrave; sa surface l'ombre l&eacute;g&egrave;re de la belle H&eacute;l&egrave;ne Douglas&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Certainement, monsieur Starr, r&eacute;pondit Jack Ryan, et pourquoi ne la verrais-je point&nbsp;? Pourquoi cette jolie femme ne serait elle pas aussi visible sur les eaux du lac Katrine, que le sont les lutins de la houill&egrave;re sur les eaux du lac Malcolm&nbsp;?&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>En cet instant, les sons clairs d'une cornemuse se firent entendre &agrave; l'arri&egrave;re du <i>Rob-Roy</i>.</p>
+
+<p>L&agrave;, un Highlander en costume national pr&eacute;ludait, sur son &laquo;&nbsp;bag-pipe&nbsp;&raquo; &agrave; trois bourdons, dont le plus gros sonnait le <i>sol</i>, le second le <i>si</i>, et le plus petit l'octave du gros. Quant au chalumeau, perc&eacute; de huit trous, il donnait une gamme de <i>sol</i> majeur dont le <i>fa</i> &eacute;tait naturel.</p>
+
+<p>Le refrain du Highlander &eacute;tait un chant simple, doux et na&iuml;f. On peut croire, v&eacute;ritablement, que ces m&eacute;lodies nationales n'ont &eacute;t&eacute; compos&eacute;es par personne, qu'elles sont un m&eacute;lange naturel du souffle de la brise, du murmure des eaux, du bruissement des feuilles. La forme du refrain, qui revenait &agrave; intervalles r&eacute;guliers, &eacute;tait bizarre. Sa phrase se composait de trois mesures &agrave; deux temps, et d'une mesure &agrave; trois temps, finissant sur le temps faible. Contrairement aux chants de la vieille &eacute;poque, il &eacute;tait en majeur, et l'on e&ucirc;t pu l'&eacute;crire comme suit, dans ce langage chiffr&eacute; qui donne, non les notes, mais les intervalles des tons&nbsp;:</p>
+
+<pre>
+ 5 | 1.2 | 3525 | 1.765 | 22.22
+ &middot;&middot;&middot;
+
+ 1.2 | 3525 | 1.765 | 11.11
+ &middot;&middot;&middot;
+</pre>
+
+<p>Un homme v&eacute;ritablement heureux alors, ce fut Jack Ryan. Ce chant des lacs d'&Eacute;cosse, il le savait. Aussi, pendant que le Highlander l'accompagnait sur sa cornemuse, il chanta de sa voix sonore un hymne, consacr&eacute; aux po&eacute;tiques l&eacute;gendes de la vieille Cal&eacute;donie&nbsp;:</p>
+
+<blockquote>Beaux lacs aux ondes dormantes,<br>
+&nbsp; &nbsp; Gardez &agrave; jamais<br>
+Vos l&eacute;gendes charmantes,<br>
+&nbsp; &nbsp; Beaux lacs &eacute;cossais&nbsp;!<br>
+<br>
+Sur vos bords on trouve la trace<br>
+De ces h&eacute;ros tant regrett&eacute;s,<br>
+Ces descendants de noble race,<br>
+Que notre Walter a chant&eacute;s&nbsp;!<br>
+Voici la tour o&ugrave; les sorci&egrave;res<br>
+Pr&eacute;paraient leur repas frugal;<br>
+L&agrave;, les vastes champs de bruy&egrave;res,<br>
+O&ugrave; revient l'ombre de Fingal.<br>
+<br>
+Ici passent dans la nuit sombre<br>
+Les folles danses des lutins.<br>
+L&agrave;, sinistre, appara&icirc;t dans l'ombre<br>
+La face des vieux Puritains&nbsp;!<br>
+Et parmi les rochers sauvages,<br>
+Le soir, on peut surprendre encore<br>
+Waverley, qui, vers vos rivages,<br>
+Entra&icirc;ne Flora Mac Ivor&nbsp;!<br>
+<br>
+La Dame du Lac vient sans doute<br>
+Errer l&agrave; sur son palefroi,<br>
+Et Diana, non loin, &eacute;coute<br>
+R&eacute;sonner le cor de Rob Roy&nbsp;!<br>
+N'a-t-on pas entendu nagu&egrave;re<br>
+Fergus au milieu de ses clans,<br>
+Entonnant ses pibrochs de guerre,<br>
+R&eacute;veiller l'&eacute;cho des Highlands<br>
+<br>
+Si loin de vous, lacs po&eacute;tiques,<br>
+Que le destin m&egrave;ne nos pas,<br>
+Ravins, rochers, grottes antiques,<br>
+Nos yeux ne vous oublieront pas&nbsp;!<br>
+&Ocirc; vision trop t&ocirc;t finie,<br>
+Vers nous ne peux-tu revenir<br>
+A toi, vieille Cal&eacute;donie,<br>
+A toi, tout notre souvenir&nbsp;!<br>
+<br>
+Beaux lacs aux ondes dormantes,<br>
+ &nbsp; &nbsp; Gardez &agrave; jamais<br>
+Vos l&eacute;gendes charmantes,<br>
+&nbsp; &nbsp; Beaux lacs &eacute;cossais&nbsp;!<br>
+</blockquote>
+
+<p>Il &eacute;tait trois heures du soir. Les rives occidentales du lac Katrine, moins accident&eacute;es, se d&eacute;tachaient alors dans le double cadre du Ben An et du Ben venue. D&eacute;j&agrave;, &agrave; un demi-mille, se dessinait l'&eacute;troit bassin, au fond duquel le <i>Rob-Roy</i> allait d&eacute;barquer les voyageurs, qui se rendaient &agrave; Stirling par Callander.</p>
+
+<p>Nell &eacute;tait comme &eacute;puis&eacute;e par la tension continue de son esprit. Un seul mot sortait de ses l&egrave;vres&nbsp;: &laquo;&nbsp;Mon Dieu&nbsp;! mon Dieu&nbsp;!&nbsp;&raquo; chaque fois qu'un nouveau sujet d'admiration s'offrait &agrave; sa vue. Il lui fallait quelques heures de repos, ne f&ucirc;t-ce que pour fixer plus durablement le souvenir de tant de merveilles.</p>
+
+<p>A ce moment, Harry avait repris sa main. Il regarda la jeune fille avec &eacute;motion et lui dit&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Nell, ma ch&egrave;re Nell, bient&ocirc;t nous serons rentr&eacute;s dans notre sombre domaine&nbsp;! Ne regretteras-tu rien de ce que tu as vu pendant ces quelques heures pass&eacute;es &agrave; la pleine lumi&egrave;re du jour&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Non, Harry, r&eacute;pondit la jeune fille. Je me souviendrai, mais c'est avec bonheur que je rentrerai avec toi dans notre bien-aim&eacute;e houill&egrave;re.</p>
+
+<p>&mdash; Nell, demanda Harry d'une voix dont il voulait en vain contenir l'&eacute;motion, veux-tu qu'un lien sacr&eacute; nous unisse &agrave; jamais devant Dieu et devant les hommes&nbsp;? veux-tu de moi pour &eacute;poux&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Je le veux, Harry, r&eacute;pondit Nell, en le regardant de ses yeux si purs, je le veux, si tu crois que je puisse suffire &agrave; ta vie...&nbsp;&raquo; Nell n'avait pas achev&eacute; cette phrase, dans laquelle se r&eacute;sumait tout l'avenir d'Harry, qu'un inexplicable ph&eacute;nom&egrave;ne se produisait.</p>
+
+<p>Le <i>Rob-Roy</i>, bien qu'il f&ucirc;t encore &agrave; un demi-mille de la rive, &eacute;prouvait un choc brusque. Sa quille venait de heurter le fond du lac, et sa machine, malgr&eacute; tous ses efforts, ne put l'en arracher.</p>
+
+<p>Et si cet accident &eacute;tait arriv&eacute;, c'est que, dans sa portion orientale, le lac Katrine venait de se vider presque subitement, comme si une immense fissure se f&ucirc;t ouverte sous son lit. En quelques secondes, il s'&eacute;tait ass&eacute;ch&eacute;, ainsi qu'un littoral au plus bas d'une grande mar&eacute;e d'&eacute;quinoxe. Presque tout son contenu avait fui &agrave; travers les entrailles du sol.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Mes amis, s'&eacute;tait &eacute;cri&eacute; James Starr, comme si la cause du ph&eacute;nom&egrave;ne se f&ucirc;t soudain r&eacute;v&eacute;l&eacute;e &agrave; son esprit, Dieu sauve la Nouvelle-Aberfoyle&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>&nbsp;<br>
+</p>
+
+<center>
+<h4>XIX</h4>
+
+<h4>Une derni&egrave;re menace</h4>
+</center>
+
+<p>Ce jour-l&agrave;, dans la Nouvelle-Aberfoyle, les travaux s'accomplissaient d'une fa&ccedil;on r&eacute;guli&egrave;re. On entendait au loin le fracas des cartouches de dynamite, faisant &eacute;clater le filon carbonif&egrave;re. Ici, c'&eacute;taient les coups de pic et de pince qui provoquaient l'abatage du charbon; l&agrave;, le grincement des perforatrices, dont les fleurets trouaient les failles de gr&egrave;s ou de schiste. Il se faisait de longs bruits caverneux. L'air aspir&eacute; par les machines fusait &agrave; travers les galeries d'a&eacute;ration. Les portes de bois se refermaient brusquement sous ces violentes pouss&eacute;es. Dans les tunnels inf&eacute;rieurs, les trains de wagonnets, mus m&eacute;caniquement, passaient avec une vitesse de quinze milles &agrave; l'heure, et les timbres automatiques pr&eacute;venaient les ouvriers de se blottir dans les refuges. Les cages montaient et descendaient sans rel&acirc;che, hal&eacute;es par les &eacute;normes tambours des machines install&eacute;es &agrave; la surface du sol. Les disques, pouss&eacute;s &agrave; plein feu, &eacute;clairaient vivement Coal-city.</p>
+
+<p>L'exploitation &eacute;tait donc conduite avec la plus grande activit&eacute;. Le filon s'&eacute;grenait dans les wagonnets, qui venaient par centaines se vider dans les bennes, au fond des puits d'extraction. Pendant qu'une partie des mineurs se reposait apr&egrave;s les travaux nocturnes, les &eacute;quipes de jour travaillaient sans perdre une heure.</p>
+
+<p>Simon Ford et Madge, leur d&icirc;ner termin&eacute;, s'&eacute;taient install&eacute;s dans la cour du cottage. Le vieil overman faisait sa sieste accoutum&eacute;e. Il fumait sa pipe bourr&eacute;e d'excellent tabac de France. Lorsque les deux &eacute;poux causaient, c'&eacute;tait pour parler de Nell, de leur gar&ccedil;on, de James Starr, de cette excursion &agrave; la surface de la terre. O&ugrave; &eacute;taient-ils&nbsp;? Que faisaient-ils en ce moment&nbsp;? Comment, sans &eacute;prouver la nostalgie de la houill&egrave;re, pouvaient-ils rester si longtemps au-dehors&nbsp;?</p>
+
+<p>En ce moment, un mugissement d'une violence extraordinaire se fit soudain entendre. C'&eacute;tait &agrave; croire qu'une &eacute;norme cataracte se pr&eacute;cipitait dans la houill&egrave;re.</p>
+
+<p>Simon Ford et Madge s'&eacute;taient lev&eacute;s brusquement.</p>
+
+<p>Presque aussit&ocirc;t les eaux du lac Malcolm se gonfl&egrave;rent. Une haute vague, d&eacute;ferlant comme une lame de mascaret, envahit la rive et vint se briser contre le mur du cottage.</p>
+
+<p>Simon Ford, saisissant Madge, l'avait rapidement entra&icirc;n&eacute;e au premier &eacute;tage de l'habitation.</p>
+
+<p>En m&ecirc;me temps, des cris s'&eacute;levaient de toutes parts dans Coalcity, menac&eacute;e par cette inondation subite. Ses habitants cherchaient refuge jusque sur les hautes roches schisteuses, qui formaient le littoral du lac.</p>
+
+<p>La terreur &eacute;tait au comble. D&eacute;j&agrave; quelques familles de mineurs, &agrave; demi affol&eacute;es, se pr&eacute;cipitaient vers le tunnel, pour gagner les &eacute;tages sup&eacute;rieurs. On pouvait craindre que la mer n'e&ucirc;t fait irruption dans la houill&egrave;re, dont les galeries s'enfon&ccedil;aient jusque sous le canal du Nord. La crypte, si vaste qu'elle f&ucirc;t, aurait &eacute;t&eacute; enti&egrave;rement noy&eacute;e. Pas un des habitants de la Nouvelle-Aberfoyle n'e&ucirc;t &eacute;chapp&eacute; &agrave; la mort.</p>
+
+<p>Mais, au moment o&ugrave; les premiers fuyards atteignaient l'orifice du tunnel, ils se trouv&egrave;rent en face de Simon Ford, qui avait aussit&ocirc;t quitt&eacute; le cottage.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Arr&ecirc;tez, arr&ecirc;tez, mes amis&nbsp;! leur cria le vieil overman. Si notre cit&eacute; devait &ecirc;tre envahie, l'inondation courrait plus vite que vous, et personne ne lui &eacute;chapperait&nbsp;! Mais les eaux ne croissent plus&nbsp;! Tout danger para&icirc;t &ecirc;tre &eacute;cart&eacute;.</p>
+
+<p>&mdash; Et nos compagnons qui sont occup&eacute;s aux travaux du fond&nbsp;? s'&eacute;cri&egrave;rent quelques-uns des mineurs.</p>
+
+<p>&mdash; Il n'y a rien &agrave; craindre pour eux, r&eacute;pondit Simon Ford. L'exploitation se fait &agrave; un &eacute;tage sup&eacute;rieur au lit du lac&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Les faits devaient donner raison au vieil overman. L'envahissement de l'eau s'&eacute;tait produit subitement; mais, r&eacute;parti &agrave; l'&eacute;tage inf&eacute;rieur de la vaste houill&egrave;re, il n'avait eu d'autre effet que de sur&eacute;lever de quelques pieds le niveau du lac Malcolm. Coal-city n'&eacute;tait donc pas compromise, et l'on pouvait esp&eacute;rer que l'inondation, entra&icirc;n&eacute;e dans les plus basses profondeurs de la houill&egrave;re, encore inexploit&eacute;es, n'aurait fait aucune victime.</p>
+
+<p>Quant &agrave; cette inondation, si elle &eacute;tait due &agrave; l'&eacute;panchement d'une nappe int&eacute;rieure &agrave; travers les fissures du massif, ou si quelque cours d'eau du sol s'&eacute;tait pr&eacute;cipit&eacute; par son lit effondr&eacute; jusqu'aux derniers &eacute;tages de la mine, Simon Ford et ses compagnons ne pouvaient le dire. Quant &agrave; penser qu'il s'agissait l&agrave; d'un simple accident, tel qu'il s'en produit quelquefois dans les charbonnages, cela ne faisait doute pour personne.</p>
+
+<p>Mais, le soir m&ecirc;me, on savait &agrave; quoi s'en tenir. Les journaux du comt&eacute; publiaient le r&eacute;cit de cet &eacute;trange ph&eacute;nom&egrave;ne, dont le lac Katrine avait &eacute;t&eacute; le th&eacute;&acirc;tre. Nell, Harry, James Starr et Jack Ryan, qui &eacute;taient revenus en toute h&acirc;te au cottage, confirmaient ces nouvelles, et apprenaient, non sans grande satisfaction, que tout se bornait &agrave; des d&eacute;g&acirc;ts mat&eacute;riels dans la Nouvelle-Aberfoyle.</p>
+
+<p>Ainsi donc, le lit du lac Katrine s'&eacute;tait subitement effondr&eacute;. Ses eaux avaient fait irruption &agrave; travers une large fissure jusque dans la houill&egrave;re. Au lac favori du romancier &eacute;cossais, il ne restait plus de quoi mouiller les jolis pieds de la Dame du Lac, &mdash; du moins dans toute sa partie m&eacute;ridionale. Un &eacute;tang de quelques acres, voil&agrave; &agrave; quoi il &eacute;tait r&eacute;duit, l&agrave; o&ugrave; son lit se trouvait en contrebas de la portion effondr&eacute;e.</p>
+
+<p>Quel retentissement eut cet &eacute;v&eacute;nement bizarre&nbsp;! C'&eacute;tait la premi&egrave;re fois, sans doute, qu'un lac se vidait en quelques instants dans les entrailles du sol. Il n'y avait plus, maintenant, qu'&agrave; rayer celui-ci des cartes du Royaume-Uni, jusqu'&agrave; ce qu'on l'e&ucirc;t rempli de nouveau &mdash; par souscription publique &mdash;, apr&egrave;s avoir pr&eacute;alablement bouch&eacute; la fissure. Walter Scott en f&ucirc;t mort de d&eacute;sespoir, &mdash; s'il e&ucirc;t encore &eacute;t&eacute; de ce monde&nbsp;!</p>
+
+<p>Apr&egrave;s tout, l'accident &eacute;tait explicable. En effet, entre la profonde cavit&eacute; et le lit du lac, l'&eacute;tage des terrains secondaires se r&eacute;duisait &agrave; une mince couche, par suite d'une disposition g&eacute;ologique particuli&egrave;re du massif.</p>
+
+<p>Mais, si cet &eacute;boulement semblait &ecirc;tre d&ucirc; &agrave; une cause naturelle, James Starr, Simon et Harry Ford se demand&egrave;rent, eux, s'il ne fallait pas l'attribuer &agrave; la malveillance. Les soup&ccedil;ons &eacute;taient revenus avec plus de force &agrave; leur esprit. Le g&eacute;nie malfaisant allait-il donc recommencer ses entreprises contre les exploitants de la riche houill&egrave;re&nbsp;?</p>
+
+<p>Quelques jours apr&egrave;s, James Starr en causait au cottage avec le vieil overman et son fils.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Simon, dit-il, suivant moi, bien que le fait puisse s'expliquer de lui-m&ecirc;me, j'ai comme un pressentiment qu'il rentre dans la cat&eacute;gorie de ceux dont nous recherchons encore la cause&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Je pense comme vous, monsieur James, r&eacute;pondit Simon Ford; mais, si vous m'en croyez, n'&eacute;bruitons rien et faisons notre enqu&ecirc;te nous-m&ecirc;mes.</p>
+
+<p>&mdash; Oh&nbsp;! s'&eacute;cria l'ing&eacute;nieur, j'en connais le r&eacute;sultat d'avance&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Eh&nbsp;! quel sera-t-il&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Nous trouverons les preuves de la malveillance, mais non le malfaiteur&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Cependant il existe&nbsp;! r&eacute;pondit Simon Ford. O&ugrave; se cache-t-il&nbsp;? Un seul &ecirc;tre, si pervers qu'il soit, pourrait-il mener &agrave; bien une id&eacute;e aussi infernale que celle de provoquer l'effondrement d'un lac&nbsp;? vraiment, je finirai par croire, avec Jack Ryan, que c'est quelque g&eacute;nie de la houill&egrave;re, qui nous en veut d'avoir envahi son domaine&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Il va sans dire que Nell, autant que possible, &eacute;tait tenue en dehors de ces conciliabules. Elle aidait, d'ailleurs, au d&eacute;sir qu'on avait de ne lui en rien laisser soup&ccedil;onner. Son attitude t&eacute;moignait, toutefois, qu'elle partageait les pr&eacute;occupations de sa famille adoptive. Sa figure attrist&eacute;e portait la marque des combats int&eacute;rieurs qui l'agitaient.</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit, il fut r&eacute;solu que James Starr, Simon et Harry Ford retourneraient sur le lieu m&ecirc;me de l'&eacute;boulement, et qu'ils essaieraient de se rendre compte de ses causes. Ils ne parl&egrave;rent &agrave; personne de leur projet. A qui n'e&ucirc;t pas connu l'ensemble des faits qui lui servaient de base, l'opinion de James Starr et de ses amis devait sembler absolument inadmissible.</p>
+
+<p>Quelques jours apr&egrave;s, tous trois, montant un l&eacute;ger canot que man&oelig;uvrait Harry, vinrent examiner les piliers naturels qui soutenaient la partie du massif, dans laquelle se creusait le lit du lac Katrine.</p>
+
+<p>Cet examen leur donna raison. Les piliers avaient &eacute;t&eacute; attaqu&eacute;s &agrave; coups de mine. Les traces noircies &eacute;taient encore visibles, car les eaux avaient baiss&eacute; par suite d'infiltrations, et l'on pouvait arriver jusqu'&agrave; la base de la substruction.</p>
+
+<p>Cette chute d'une portion des vo&ucirc;tes du d&ocirc;me avait &eacute;t&eacute; pr&eacute;m&eacute;dit&eacute;e, puis ex&eacute;cut&eacute;e de main d'homme.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Aucun doute n'est possible, dit James Starr. Et qui sait ce qui serait arriv&eacute;, si, au lieu de ce petit lac, l'effondrement e&ucirc;t ouvert passage aux eaux d'une mer&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Oui&nbsp;! s'&eacute;cria le vieil overman avec un sentiment de fiert&eacute;, il n'aurait pas fallu moins d'une mer pour noyer notre Aberfoyle&nbsp;! Mais, encore une fois, quel int&eacute;r&ecirc;t peut avoir un &ecirc;tre quelconque &agrave; la ruine de notre exploitation&nbsp;?.</p>
+
+<p>&mdash; C'est incompr&eacute;hensible, r&eacute;pondit James Starr. Il ne s'agit pas l&agrave; d'une bande de malfaiteurs vulgaires qui, de l'antre o&ugrave; ils s'abritent, se r&eacute;pandraient sur le pays pour voler et piller&nbsp;! De tels m&eacute;faits, depuis trois ans, auraient r&eacute;v&eacute;l&eacute; leur existence&nbsp;! Il ne s'agit pas, non plus, comme j'y ai pens&eacute; quelquefois, de contrebandiers ou de faux monnayeurs, cachant dans quelque recoin encore ignor&eacute; de ces immenses cavernes leur coupable industrie, et int&eacute;ress&eacute;s par suite &agrave; nous en chasser. On ne fait ni de la fausse monnaie ni de la contrebande pour la garder&nbsp;! Il est clair cependant qu'un ennemi implacable a jur&eacute; la perte de la Nouvelle Aberfoyle, et qu'un int&eacute;r&ecirc;t le pousse &agrave; chercher tous les moyens possibles d'assouvir la haine qu'il trous a vou&eacute;e&nbsp;! Trop faible, sans doute, pour agir ouvertement, c'est dans l'ombre qu'il pr&eacute;pare ses emb&ucirc;ches, mais l'intelligence qu'il y d&eacute;ploie fait de lui un &ecirc;tre redoutable. Mes amis, il poss&egrave;de mieux que nous tous les secrets de notre domaine, puisque depuis si longtemps il &eacute;chappe &agrave; toutes nos recherches&nbsp;! C'est un homme du m&eacute;tier, un habile parmi les habiles, &agrave; coup s&ucirc;r, Simon. Ce que nous avons surpris de sa fa&ccedil;on d'op&eacute;rer en est la preuve manifeste. Voyons&nbsp;! avez-vous jamais eu quelque ennemi personnel, sur lequel vos soup&ccedil;ons puissent se porter&nbsp;? Cherchez bien. Il y a des monomanies de haine que le temps n'&eacute;teint pas. Remontez au plus haut dans votre vie, s'il le faut. Tout ce qui se passe est l'&oelig;uvre d'une sorte de folie froide et patiente, qui exige que vous &eacute;voquiez sur ce point jusqu'&agrave; vos plus lointains souvenirs&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Simon Ford ne r&eacute;pondit pas. On voyait que l'honn&ecirc;te overman, avant de s'expliquer, interrogeait avec candeur tout son pass&eacute;. Enfin, relevant la t&ecirc;te&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Non, dit-il, devant Dieu, ni Madge, ni moi, nous n'avons jamais fait de mal &agrave; personne. Nous ne croyons pas que nous puissions avoir un ennemi, un seul&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Ah&nbsp;! s'&eacute;cria l'ing&eacute;nieur, si Nell voulait enfin parler&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Monsieur Starr, et vous, mon p&egrave;re, r&eacute;pondit Harry, je vous en supplie, gardons encore pour nous seuls le secret de notre enqu&ecirc;te&nbsp;! N'interrogez pas ma pauvre Nell&nbsp;! Je la sens d&eacute;j&agrave; anxieuse et tourment&eacute;e. Il est certain pour moi que son c&oelig;ur contient &agrave; grand-peine un secret qui l'&eacute;touffe. Si elle se tait, c'est ou qu'elle n'a rien &agrave; dire, ou qu'elle ne croit pas devoir parler&nbsp;! Nous ne pouvons pas douter de son affection pour nous, pour nous tous&nbsp;! Plus tard, si elle m'apprend ce qu'elle nous a tu jusqu'ici, vous en serez instruits aussit&ocirc;t.</p>
+
+<p>&mdash; Soit, Harry, r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur, et cependant ce silence, si Nell sait quelque chose, est vraiment bien inexplicable&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Et comme Harry allait se r&eacute;crier&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Sois tranquille, ajouta l'ing&eacute;nieur. Nous ne dirons rien &agrave; celle qui doit &ecirc;tre ta femme.</p>
+
+<p>&mdash; Et qui le serait sans plus attendre, si vous le vouliez, mon p&egrave;re&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Mon gar&ccedil;on, dit Simon Ford, dans un mois, jour pour jour, ton mariage se fera. &mdash; vous tiendrez lieu de p&egrave;re &agrave; Nell, monsieur James&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Comptez sur moi, Simon&nbsp;&raquo;, r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur.</p>
+
+<p>James Starr et ses deux compagnons revinrent au cottage. Ils ne dirent rien du r&eacute;sultat de leur exploration, et, pour tout le monde de la houill&egrave;re, l'effondrement des vo&ucirc;tes resta &agrave; l'&eacute;tat de simple accident. Il n'y avait qu'un lac de moins en &Eacute;cosse.</p>
+
+<p>Nell avait peu &agrave; peu repris ses occupations habituelles. De cette visite &agrave; la surface du comt&eacute;, elle avait gard&eacute; d'imp&eacute;rissables souvenirs qu'Harry utilisait pour son instruction. Mais cette initiation &agrave; la vie du dehors ne lui avait laiss&eacute; aucun regret. Elle aimait, comme avant cette exploration, le sombre domaine o&ugrave;, femme, elle continuerait de demeurer, apr&egrave;s y avoir v&eacute;cu enfant et jeune fille.</p>
+
+<p>Cependant, le mariage prochain de Harry Ford et de Nell avait fait grand bruit dans la Nouvelle-Aberfoyle. Les compliments afflu&egrave;rent au cottage. Jack Ryan ne fut pas le dernier &agrave; y apporter les siens. On le surprenait aussi &agrave; &eacute;tudier au loin ses meilleures chansons pour une f&ecirc;te &agrave; laquelle toute la population de Coal-city devait prendre part.</p>
+
+<p>Mais il arriva que, pendant le mois qui pr&eacute;c&eacute;da le mariage, la Nouvelle-Aberfoyle fut plus &eacute;prouv&eacute;e qu'elle ne l'avait jamais &eacute;t&eacute;. On e&ucirc;t dit que l'approche de l'union de Nell et d'Harry provoquait catastrophes sur catastrophes. Les accidents se produisaient principalement dans les travaux du fond, sans que la v&eacute;ritable cause p&ucirc;t en &ecirc;tre connue.</p>
+
+<p>Ainsi, un incendie d&eacute;vora le boisage d'une galerie inf&eacute;rieure, et on retrouva la lampe que l'incendiaire avait employ&eacute;e. Harry et ses compagnons durent risquer leur vie pour arr&ecirc;ter ce feu, qui mena&ccedil;ait de d&eacute;truire le gisement, et ils n'y parvinrent qu'en employant les extincteurs, remplis d'une eau charg&eacute;e d'acide carbonique, dont la houill&egrave;re &eacute;tait prudemment pourvue.</p>
+
+<p>Une autre fois, ce fut un &eacute;boulement d&ucirc; &agrave; la rupture des &eacute;tan&ccedil;ons d'un puits, et James Starr constata que ces &eacute;tan&ccedil;ons avaient &eacute;t&eacute; pr&eacute;alablement attaqu&eacute;s &agrave; la scie. Harry, qui surveillait les travaux sur ce point, fut enseveli sous les d&eacute;combres et n'&eacute;chappa que par miracle &agrave; la mort.</p>
+
+<p>Quelques jours apr&egrave;s, sur le tramway &agrave; traction m&eacute;canique, le train de wagonnets sur lequel Harry &eacute;tait mont&eacute;, tamponna un obstacle et fut culbut&eacute;. On reconnut ensuite qu'une poutre avait &eacute;t&eacute; plac&eacute;e en travers de la voie.</p>
+
+<p>Bref, ces faits se multipli&egrave;rent tellement, qu'une sorte de panique se d&eacute;clara parmi les mineurs. Il ne fallait rien de moins que la pr&eacute;sence de leurs chefs pour les retenir sur les travaux.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Mais ils sont donc toute une bande, ces malfaiteurs&nbsp;! r&eacute;p&eacute;tait Simon Ford, et nous ne pouvons mettre la main sur un seul&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>On recommen&ccedil;a les recherches. La police du comt&eacute; se tint sur pied nuit et jour, mais elle ne put rien d&eacute;couvrir. James Starr d&eacute;fendit &agrave; Harry, que cette malveillance semblait viser plus directement, de s'aventurer jamais seul hors du centre des travaux.</p>
+
+<p>On en agit de m&ecirc;me &agrave; l'&eacute;gard de Nell, &agrave; laquelle, sur les instances de Harry, on cachait, n&eacute;anmoins, toutes ces tentatives criminelles, qui pouvaient lui rappeler le souvenir du pass&eacute;. Simon Ford et Madge la gardaient jour et nuit avec une sorte de s&eacute;v&eacute;rit&eacute;, ou plut&ocirc;t de sollicitude farouche. La pauvre enfant s'en rendait compte, mais pas une remarque, pas une plainte ne lui &eacute;chappa. Se disait-elle que si l'on en agissait ainsi, c'&eacute;tait dans son int&eacute;r&ecirc;t&nbsp;? Oui, probablement. Toutefois, elle aussi, &agrave; sa fa&ccedil;on, semblait veiller sur les autres, et ne se montrait tranquille, que lorsque tous ceux qu'elle aimait &eacute;taient r&eacute;unis au cottage. Le soir, quand Harry rentrait, elle ne pouvait retenir un mouvement de joie folle, peu compatible avec sa nature, d'ordinaire plus r&eacute;serv&eacute;e qu'expansive. La nuit une fois pass&eacute;e, elle &eacute;tait debout, avant tous les autres. Son inqui&eacute;tude la reprenait d&egrave;s le matin, &agrave; l'heure de la sortie pour les travaux du fond.</p>
+
+<p>Harry aurait voulu, pour lui rendre le repos, que leur mariage f&ucirc;t un fait accompli, Il lui semblait que, devant cet acte irr&eacute;vocable, la malveillance, devenue inutile, d&eacute;sarmerait, et que Nell ne se sentirait en s&ucirc;ret&eacute; que lorsqu'elle serait sa femme. Cette impatience &eacute;tait d'ailleurs partag&eacute;e par James Starr aussi bien que par Simon Ford et Madge. Chacun comptait les jours.</p>
+
+<p>La v&eacute;rit&eacute; est que chacun &eacute;tait sous le coup des plus sinistres pressentiments. Cet ennemi cach&eacute;, qu'on ne savait o&ugrave; prendre et comment combattre, on se disait tout bas que rien de ce qui concernait Nell ne lui &eacute;tait sans doute indiff&eacute;rent. Cet acte solennel du mariage d'Harry et de la jeune fille pouvait donc &ecirc;tre l'occasion de quelque machination nouvelle de sa haine.</p>
+
+<p>Un matin, huit jours avant l'&eacute;poque convenue pour la c&eacute;r&eacute;monie, Nell, pouss&eacute;e sans doute par quelque sinistre pressentiment, &eacute;tait parvenue &agrave; sortir la premi&egrave;re du cottage, dont elle voulait observer les abords.</p>
+
+<p>Arriv&eacute;e au seuil, un cri d'indicible angoisse s'&eacute;chappa de sa bouche.</p>
+
+<p>Ce cri retentit dans toute l'habitation, et attira en un instant Madge, Simon et Harry pr&egrave;s de la jeune fille.</p>
+
+<p>Nell &eacute;tait p&acirc;le comme la mort, le visage boulevers&eacute;, les traits empreints d'une &eacute;pouvante inexprimable. Hors d'&eacute;tat de parler, son regard &eacute;tait fix&eacute; sur la porte du cottage, qu'elle venait d'ouvrir. Sa main crisp&eacute;e y d&eacute;signait ces lignes, qui avaient &eacute;t&eacute; trac&eacute;es pendant la nuit et dont la vue la terrifiait&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Simon Ford, tu m'as vol&eacute; le dernier filon de nos vieilles houill&egrave;res&nbsp;! Harry, ton fils, m'a vol&eacute; Nell&nbsp;! Malheur &agrave; vous&nbsp;! malheur &agrave; tous&nbsp;! malheur &agrave; la Nouvelle-Aberfoyle&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p align="right">&nbsp; &nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp; &nbsp;&laquo;&nbsp; SILFAX.&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Silfax&nbsp;! s'&eacute;cri&egrave;rent &agrave; la fois Simon Ford et Madge.</p>
+
+<p>&mdash; Quel est cet homme&nbsp;? demanda Harry, dont le regard se portait alternativement de son p&egrave;re &agrave; la jeune fille.</p>
+
+<p>&mdash; Silfax&nbsp;! r&eacute;p&eacute;tait Nell avec d&eacute;sespoir, Silfax&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Et tout son &ecirc;tre fr&eacute;missait en murmurant ce nom, pendant que Madge, s'emparant d'elle, la reconduisait presque de force &agrave; sa chambre.</p>
+
+<p>James Starr &eacute;tait accouru. Apr&egrave;s avoir lu et relu la phrase mena&ccedil;ante&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;La main qui a trac&eacute; ces lignes, dit-il, est celle qui m'avait &eacute;crit la lettre contradictoire de la v&ocirc;tre, Simon&nbsp;! Cet homme se nomme Silfax&nbsp;! Je vois &agrave; votre trouble que vous le connaissez&nbsp;! Quel est ce Silfax&nbsp;?&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p><br>
+</p>
+
+<center>
+<h4>XX</h4>
+
+<h4>Le p&eacute;nitent</h4>
+</center>
+
+<p>Ce nom avait &eacute;t&eacute; toute une r&eacute;v&eacute;lation pour le vieil overman.</p>
+
+<p>C'&eacute;tait celui du dernier &laquo;&nbsp;p&eacute;nitent&nbsp;&raquo; de la fosse Dochart.</p>
+
+<p>Autrefois, avant l'invention de la lampe de s&ucirc;ret&eacute;, Simon Ford avait connu cet homme farouche, qui, au risque de sa vie, allait chaque jour provoquer les explosions partielles du grisou. Il avait vu cet &ecirc;tre &eacute;trange, r&ocirc;dant dans la mine, toujours accompagn&eacute; d'un &eacute;norme harfang, sorte de chouette monstrueuse, qui l'aidait dans son p&eacute;rilleux m&eacute;tier en portant une m&egrave;che enflamm&eacute;e l&agrave; o&ugrave; la main de Silfax ne pouvait atteindre. Un jour, ce vieillard avait disparu, et, en m&ecirc;me temps que lui, une petite orpheline, n&eacute;e dans la mine et qui n'avait plus pour parent que lui, son arri&egrave;re-grand-p&egrave;re. Cette enfant, &eacute;videmment, c'&eacute;tait Nell. Depuis quinze ans, tous deux auraient donc v&eacute;cu dans quelque secret ab&icirc;me, jusqu'au jour o&ugrave; Nell fut sauv&eacute;e par Harry.</p>
+
+<p>Le vieil overman, en proie &agrave; la fois &agrave; un sentiment de piti&eacute; et de col&egrave;re, communiqua &agrave; l'ing&eacute;nieur et &agrave; son fils ce que la vue de ce nom de Silfax venait de lui r&eacute;v&eacute;ler.</p>
+
+<p>Cela &eacute;claircissait toute la situation. Silfax &eacute;tait l'&ecirc;tre myst&eacute;rieux vainement cherch&eacute; dans les profondeurs de la Nouvelle Aberfoyle&nbsp;!</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Ainsi, vous l'avez connu, Simon&nbsp;? demanda l'ing&eacute;nieur.</p>
+
+<p>&mdash; Oui, en v&eacute;rit&eacute;, r&eacute;pondit l'overman. L'homme au harfang&nbsp;! Il n'&eacute;tait d&eacute;j&agrave; plus jeune. Il devait avoir quinze ou vingt ans de plus que moi. Une sorte de sauvage, qui ne frayait avec personne, qui passait pour ne craindre ni l'eau ni le feu&nbsp;! C'&eacute;tait par go&ucirc;t qu'il avait choisi le m&eacute;tier de p&eacute;nitent, dont peu se souciaient. Cette dangereuse profession avait d&eacute;rang&eacute; ses id&eacute;es. On le disait m&eacute;chant, et il n'&eacute;tait peut-&ecirc;tre que fou. Sa force &eacute;tait prodigieuse. Il connaissait la houill&egrave;re comme pas un, &mdash; aussi bien que moi tout au moins. On lui accordait une certaine aisance. Ma foi, je le croyais mort depuis bien des ann&eacute;es.</p>
+
+<p>&mdash; Mais, reprit James Starr, qu'entend-il par ces mots&nbsp;: &laquo;&nbsp;Tu m'as vol&eacute; le dernier filon de nos vieilles houill&egrave;res&nbsp;&raquo;&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Ah&nbsp;! voil&agrave;, r&eacute;pondit Simon Ford. Il y a longtemps d&eacute;j&agrave;, Silfax, dont la cervelle, je vous l'ai dit, a toujours &eacute;t&eacute; d&eacute;rang&eacute;e, pr&eacute;tendait avoir des droits sur l'ancienne Aberfoyle. Aussi son humeur devenait-elle de plus en plus farouche &agrave; mesure que la fosse Dochart, &mdash; sa fosse&nbsp;! &mdash; s'&eacute;puisait&nbsp;! Il semblait que ce fussent ses propres entrailles que chaque coup de pic lui arrach&acirc;t du corps&nbsp;! &mdash; Tu dois te. souvenir de cela, Madge&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Oui, Simon, r&eacute;pondit la vieille &Eacute;cossaise.</p>
+
+<p>&mdash; Cela me revient maintenant, reprit Simon Ford, depuis que j'ai vu le nom de Silfax sur cette porte; mais, je le r&eacute;p&egrave;te, je le croyais mort, et je ne pouvais imaginer que cet &ecirc;tre malfaisant, que nous avons tant cherch&eacute;, f&ucirc;t l'ancien p&eacute;nitent de la fosse Dochart&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; En effet, dit James Starr, tout s'explique. Un hasard a r&eacute;v&eacute;l&eacute; &agrave; Silfax l'existence du nouveau gisement. Dans son &eacute;go&iuml;sme de fou, il aura voulu s'en constituer le d&eacute;fenseur, vivant dans la houill&egrave;re, la parcourant nuit et jour, il aura surpris votre secret, Simon, et su que vous me demandiez en toute h&acirc;te au cottage. De l&agrave;, cette lettre contradictoire de la v&ocirc;tre; de l&agrave;, apr&egrave;s mon arriv&eacute;e, le bloc de pierre lanc&eacute; contre Harry et les &eacute;chelles d&eacute;truites du puits Yarow; de l&agrave;, l'obturation des fissures &agrave; la paroi du nouveau gisement; de l&agrave;, enfin, notre s&eacute;questration, puis notre d&eacute;livrance, qui s'est accomplie gr&acirc;ce &agrave; la secourable Nell, sans doute, &agrave; l'insu et malgr&eacute; ce Silfax&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Vous venez de raconter les choses comme elles ont &eacute;videmment d&ucirc; se passer, monsieur James, r&eacute;pondit Simon Ford. Le vieux p&eacute;nitent est certainement fou, maintenant&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Cela vaut mieux, dit Madge.</p>
+
+<p>&mdash; Je ne sais, reprit James Starr en secouant la t&ecirc;te, car ce doit &ecirc;tre une folie terrible que la sienne&nbsp;! Ah&nbsp;! je comprends que Nell ne puisse songer &agrave; lui sans &eacute;pouvante, et je comprends aussi qu'elle n'ait pas voulu d&eacute;noncer son grand-p&egrave;re&nbsp;! Quelles tristes ann&eacute;es elle a d&ucirc; passer pr&egrave;s de ce vieillard&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Bien tristes&nbsp;! r&eacute;pondit Simon Ford, entre ce sauvage et son harfang, non moins sauvage que lui&nbsp;! Car, bien s&ucirc;r, il n'est pas mort, cet oiseau&nbsp;! Ce ne peut &ecirc;tre que lui qui a &eacute;teint notre lampe, lui qui a failli couper la corde &agrave; laquelle &eacute;taient suspendus Harry et Nell&nbsp;!...</p>
+
+<p>&mdash; Et je comprends, dit Madge, que la nouvelle du mariage de sa petite-fille avec notre fils semble avoir exasp&eacute;r&eacute; la rancune et redoubl&eacute; la rage de Silfax&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Le mariage de Nell avec le fils de celui qu'il accuse de lui avoir vol&eacute; le dernier gisement des Aberfoyle ne peut, en effet, qu'avoir port&eacute; son irritation au comble&nbsp;! reprit Simon Ford.</p>
+
+<p>&mdash; Il faudra pourtant bien qu'il prenne son parti de cette union&nbsp;! s'&eacute;cria Harry. Si &eacute;tranger qu'il soit &agrave; la vie commune, on finira bien par l'amener &agrave; reconna&icirc;tre que la nouvelle existence de Nell vaut mieux que celle qu'il lui faisait dans les ab&icirc;mes de la houill&egrave;re&nbsp;! Je suis s&ucirc;r, monsieur Starr, que si nous pouvions mettre la main sur lui, nous parviendrions &agrave; lui faire entendre raison&nbsp;!...</p>
+
+<p>&mdash; On ne raisonne pas avec la folie, mon pauvre Harry&nbsp;! r&eacute;pondit l'ing&eacute;nieur. Mieux vaut sans doute conna&icirc;tre son ennemi que l'ignorer, mais tout n'est pas fini, parce que nous savons aujourd'hui ce qu'il est. Tenons-nous sur nos gardes, mes amis, et pour commencer, Harry, il faut interroger Nell&nbsp;! Il le faut&nbsp;! Elle comprendra que, &agrave; l'heure qu'il est, son silence n'aurait plus de raison. Dans l'int&eacute;r&ecirc;t m&ecirc;me de son grand-p&egrave;re, il convient qu'elle parle. Il importe autant pour lui que pour nous, que nous puissions mettre &agrave; n&eacute;ant ses sinistres projets.</p>
+
+<p>&mdash; Je ne doute pas, monsieur Starr, r&eacute;pondit Harry, que Nell ne vienne de son propre mouvement au-devant de vos questions. Vous le savez maintenant, c'est par conscience, c'est par devoir qu'elle s'est tue jusqu'ici. C'est par devoir, c'est par conscience qu'elle parlera d&egrave;s que vous le voudrez. Ma m&egrave;re a bien fait de la reconduire dans sa chambre. Elle avait grand besoin de se recueillir, mais je vais l'aller chercher...</p>
+
+<p>&mdash; C'est inutile, Harry&nbsp;&raquo;, dit d'une voix ferme et claire la jeune fille, qui entrait au moment m&ecirc;me dans la grande salle du cottage.</p>
+
+<p>Nell &eacute;tait p&acirc;le. Ses yeux disaient combien elle avait pleur&eacute;; mais on la sentait r&eacute;solue &agrave; la d&eacute;marche que sa loyaut&eacute; lui commandait en ce moment.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Nell&nbsp;! s'&eacute;tait &eacute;cri&eacute; Harry, en s'&eacute;lan&ccedil;ant vers la jeune fille.</p>
+
+<p>&mdash; Harry, r&eacute;pondit Nell, qui d'un geste arr&ecirc;ta son fianc&eacute;, ton p&egrave;re, ta m&egrave;re et toi, il faut aujourd'hui que vous sachiez tout. Il faut que vous n'ignoriez rien non plus, monsieur Starr, de ce qui concerne l'enfant que vous avez accueillie sans la conna&icirc;tre et qu'Harry pour son malheur, h&eacute;las&nbsp;! a tir&eacute;e de l'ab&icirc;me.</p>
+
+<p>&mdash; Nell&nbsp;! s'&eacute;cria Harry.</p>
+
+<p>&mdash; Laisse parler Nell, dit James Starr, en imposant silence &agrave; Harry.</p>
+
+<p>&mdash; Je suis la petite-fille du vieux Silfax, reprit Nell. Je n'ai jamais connu de m&egrave;re que le jour o&ugrave; je suis entr&eacute;e ici, ajouta-t-elle en regardant Madge.</p>
+
+<p>&mdash; Que ce jour soit b&eacute;ni, ma fille&nbsp;! r&eacute;pondit la vieille &Eacute;cossaise.</p>
+
+<p>&mdash; Je n'ai jamais connu de p&egrave;re que le jour o&ugrave; j'ai vu Simon Ford, reprit Nell, et d'ami que le jour o&ugrave; la main d'Harry a touch&eacute; la mienne&nbsp;! Seule, j'ai v&eacute;cu pendant quinze ans, dans les recoins les plus recul&eacute;s de la mine, avec mon grand-p&egrave;re. Avec lui, c'est beaucoup dire. Par lui serait plus juste. Je le voyais &agrave; peine. Lorsqu'il disparut de l'ancienne Aberfoyle, il se r&eacute;fugia dans ces profondeurs que lui seul connaissait. A sa fa&ccedil;on, il &eacute;tait alors bon pour moi, quoique effrayant. Il me nourrissait de ce qu'il allait chercher au-dehors; mais j'ai le vague souvenir que, d'abord, pendant mes plus jeunes ann&eacute;es, j'ai eu pour nourrice une ch&egrave;vre, dont la perte m'a bien d&eacute;sol&eacute;e. Grand-p&egrave;re, me voyant si chagrine, la rempla&ccedil;a d'abord par un autre animal, &mdash; un chien, me dit-il. Malheureusement, ce chien &eacute;tait gai. Il aboyait. Grand-p&egrave;re n'aimait pas la gaiet&eacute;. Il avait horreur du bruit. Il m'avait appris le silence, et n'avait pu l'apprendre au chien. Le pauvre animal disparut presque aussit&ocirc;t. Grand-p&egrave;re avait pour compagnon un oiseau farouche, un harfang, qui d'abord me fit horreur; mais cet oiseau, malgr&eacute; la r&eacute;pulsion qu'il m'inspirait, me prit en une telle affection, que je finis par la lui rendre. Il en &eacute;tait venu &agrave; m'ob&eacute;ir mieux qu'&agrave; son ma&icirc;tre, et cela m&ecirc;me m'inqui&eacute;tait pour lui. Grand-p&egrave;re &eacute;tait jaloux. Le harfang et moi, nous nous cachions le plus que nous pouvions d'&ecirc;tre trop bien ensemble&nbsp;! Nous comprenions qu'il le fallait&nbsp;!... Mais c'est trop vous parler de moi&nbsp;! C'est de vous qu'il s'agit...</p>
+
+<p>&mdash; Non, ma fille, r&eacute;pondit James Starr. Dis les choses comme elles te viennent.</p>
+
+<p>&mdash; Mon grand-p&egrave;re, reprit Nell, avait toujours vu d'un tr&egrave;s mauvais &oelig;il votre voisinage dans la houill&egrave;re. L'espace ne manquait pas, cependant. C'&eacute;tait loin, bien loin de vous qu'il se choisissait des refuges. Cela lui d&eacute;plaisait de vous sentir l&agrave;. Quand je le questionnais sur les gens de l&agrave;-haut, son visage s'assombrissait, il ne r&eacute;pondait pas et devenait comme muet pour longtemps. Mais o&ugrave; sa col&egrave;re &eacute;clata, ce fut quand il s'aper&ccedil;ut que, ne vous contentant plus du vieux domaine, vous sembliez vouloir empi&eacute;ter sur le sien. Il jura que si vous parveniez &agrave; p&eacute;n&eacute;trer dans la nouvelle houill&egrave;re, connue de lui seul jusqu'alors, vous p&eacute;ririez&nbsp;! Malgr&eacute; son &acirc;ge, sa force est encore extraordinaire, et ses menaces me firent trembler pour vous et pour lui.</p>
+
+<p>&mdash; Continue, Nell, dit Simon Ford &agrave; la jeune fille, qui s'&eacute;tait interrompue un instant, comme pour mieux rassembler ses souvenirs.</p>
+
+<p>&mdash; Apr&egrave;s votre premi&egrave;re tentative, reprit Nell, d&egrave;s que grand p&egrave;re vous vit p&eacute;n&eacute;trer dans la galerie de la Nouvelle-Aberfoyle, il en boucha l'ouverture et en fit une prison pour vous. Je ne vous connaissais que comme des ombres, vaguement entrevues dans l'obscure houill&egrave;re; mais je ne pus supporter l'id&eacute;e que des chr&eacute;tiens allaient mourir de faim dans ces profondeurs, et, au risque d'&ecirc;tre prise sur le fait, je parvins &agrave; vous procurer pendant quelques jours un peu d'eau et de pain&nbsp;!... J'aurais voulu vous guider au-dehors, mais il &eacute;tait si difficile de tromper la surveillance de mon grand-p&egrave;re&nbsp;! vous alliez mourir&nbsp;! Jack Ryan et ses compagnons arriv&egrave;rent... Dieu a permis que je les aie rencontr&eacute;s ce jour-l&agrave;&nbsp;! Je les entra&icirc;nai jusqu'&agrave; vous. Au retour, mon grand-p&egrave;re me surprit. Sa col&egrave;re contre moi fut terrible. Je crus que j'allais p&eacute;rir de sa main&nbsp;! Depuis lors, la vie devint insupportable pour moi. Les id&eacute;es de mon grand-p&egrave;re s'&eacute;gar&egrave;rent tout &agrave; fait. Il se proclamait le roi de l'ombre et du feu&nbsp;! Quand il entendait vos pics frapper ces filons qu'il regardait comme les siens, il devenait furieux et me battait avec rage. Je voulus fuir. Ce fut impossible; tant il me gardait de pr&egrave;s. Enfin, il y a trois mois, dans un acc&egrave;s de d&eacute;mence sans nom, il me descendit dans l'ab&icirc;me o&ugrave; vous m'avez trouv&eacute;e, et il disparut, apr&egrave;s avoir vainement appel&eacute; l'harfang, qui resta fid&egrave;lement pr&egrave;s de moi. Depuis quand &eacute;tais-je l&agrave;&nbsp;? je l'ignore&nbsp;! Tout ce que je sais, c'est que je me sentais mourir, quand tu es arriv&eacute;, mon Harry, et quand tu m'as sauv&eacute;e&nbsp;! Mais, tu le vois, la petite-fille du vieux Silfax ne peut pas &ecirc;tre la femme d'Harry Ford, puisqu'il y va de ta vie, de votre vie &agrave; tous&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Nell&nbsp;! s'&eacute;cria Harry.</p>
+
+<p>&mdash; Non, reprit la jeune fille. Mon sacrifice est fait. Il n'est qu'un moyen de conjurer votre perte&nbsp;: c'est que je retourne pr&egrave;s de mon grand-p&egrave;re. Il menace toute la Nouvelle-Aberfoyle&nbsp;!... C'est une &acirc;me incapable de pardon, et nul ne peut savoir ce que le g&eacute;nie de la vengeance lui aura inspir&eacute;&nbsp;! Mon devoir est clair. Je serais la plus mis&eacute;rable des cr&eacute;atures si j'h&eacute;sitais &agrave; l'accomplir. Adieu&nbsp;! et merci&nbsp;! vous m'avez fait conna&icirc;tre le bonheur d&egrave;s ce monde&nbsp;! Quoi qu'il arrive, pensez que mon c&oelig;ur tout entier restera au milieu de vous&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>A ces mots, Simon Ford, Madge, Harry fou de douleur, s'&eacute;taient lev&eacute;s.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Quoi, Nell&nbsp;! s'&eacute;cri&egrave;rent-ils avec d&eacute;sespoir, tu voudrais nous quitter&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>James Starr les &eacute;carta d'un geste plein d'autorit&eacute;, et, allant droit &agrave; Nell, il lui prit les deux mains.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;C'est bien, mon enfant, lui dit-il. Tu as dit ce que tu devais dire; mais voici ce que nous avons &agrave; te r&eacute;pondre. Nous ne te laisserons pas partir, et, s'il le faut, nous te retiendrons par la force. Nous crois-tu donc capables de cette l&acirc;chet&eacute; d'accepter ton offre g&eacute;n&eacute;reuse&nbsp;? Les menaces de Silfax sont redoutables, soit&nbsp;! Mais, apr&egrave;s tout, un homme n'est qu'un homme, et nous prendrons nos pr&eacute;cautions. Cependant, peux-tu, dans l'int&eacute;r&ecirc;t de Silfax m&ecirc;me, nous renseigner sur ses habitudes, nous dire o&ugrave; il se cache&nbsp;? Nous ne voulons qu'une chose&nbsp;: le mettre hors d'&eacute;tat de nuire, et peut-&ecirc;tre le ramener &agrave; la raison.</p>
+
+<p>&mdash; Vous voulez l'impossible, r&eacute;pondit Nell. Mon grand-p&egrave;re est partout et nulle part. Je n'ai jamais connu ses retraites&nbsp;! Je ne l'ai jamais vu endormi. Quand il avait trouv&eacute; quelque refuge, il me laissait seule et disparaissait. Lorsque j'ai pris ma r&eacute;solution, monsieur Starr, je savais tout ce que vous pouviez me r&eacute;pondre. Croyez-moi&nbsp;! Il n'y a qu'un moyen de d&eacute;sarmer mon grand-p&egrave;re&nbsp;: c'est que je parvienne &agrave; le retrouver. Il est invisible, lui, mais il voit tout. Demandez-vous comment il aurait d&eacute;couvert vos plus secr&egrave;tes pens&eacute;es, depuis la lettre &eacute;crite &agrave; M. Starr, jusqu'au projet de mon mariage avec Harry, s'il n'avait pas l'inexplicable facult&eacute; de tout savoir. Mon grand-p&egrave;re, autant que je puis en juger, est, dans sa folie m&ecirc;me, un homme puissant par l'esprit. Autrefois, il lui est arriv&eacute; de me dire de grandes choses. Il m'a appris Dieu, et ne m'a tromp&eacute;e que sur un point&nbsp;: c'est quand il m'a fait croire que tous les hommes &eacute;taient perfides, lorsqu'il a voulu m'inspirer sa haine contre l'humanit&eacute; tout enti&egrave;re. Lorsque Harry m'a rapport&eacute;e dans ce cottage, vous avez pens&eacute; que j'&eacute;tais ignorante seulement&nbsp;! J'&eacute;tais plus que cela. J'&eacute;tais &eacute;pouvant&eacute;e&nbsp;! Ah&nbsp;! pardonnez-moi&nbsp;! mais, pendant quelques jours, je me suis crue au pouvoir des m&eacute;chants, et je voulais vous fuir&nbsp;! Ce qui a commenc&eacute; &agrave; ramener mon esprit au vrai, c'est vous, Madge, non par vos paroles, mais par le spectacle de votre vie, alors que je vous voyais aim&eacute;e et respect&eacute;e de votre mari et de votre fils&nbsp;! Puis, quand j'ai vu ces travailleurs, heureux et bons, v&eacute;n&eacute;rer M. Starr, dont je les ai crus d'abord les esclaves, lorsque pour la premi&egrave;re fois j'ai vu toute la population d'Aberfoyle venir &agrave; la chapelle, s'y agenouiller, prier Dieu et le remercier de ses bont&eacute;s infinies, alors je me suis dit&nbsp;: &laquo;&nbsp;Mon grand-p&egrave;re m'a tromp&eacute;e&nbsp;!&nbsp;&raquo; Mais aujourd'hui, &eacute;clair&eacute;e par ce que vous m'avez appris, je pense qu'il s'est tromp&eacute; lui-m&ecirc;me&nbsp;! Je vais donc reprendre les chemins secrets par lesquels je l'accompagnais autrefois. Il doit me guetter&nbsp;! Je l'appellerai... il m'entendra, et qui sait si, en retournant vers lui, je ne le ram&egrave;nerai pas &agrave; la v&eacute;rit&eacute;&nbsp;?&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Tous avaient laiss&eacute; parler la jeune fille. Chacun sentait qu'il devait lui &ecirc;tre bon d'ouvrir son c&oelig;ur tout entier &agrave; ses amis, au moment o&ugrave;, dans sa g&eacute;n&eacute;reuse illusion, elle croyait qu'elle allait les quitter pour toujours. Mais quand, &eacute;puis&eacute;e, les yeux pleins de larmes, elle se tut, Harry, se tournant vers Madge, dit&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Ma m&egrave;re, que penseriez-vous de l'homme qui abandonnerait la noble fille que vous venez d'entendre&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Je penserais, r&eacute;pondit Madge, que cet homme est un l&acirc;che, et, s'il &eacute;tait mon fils, je le renierais, je le maudirais&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Nell, tu as entendu notre m&egrave;re, reprit Harry. O&ugrave; que tu ailles, je te suivrai. Si tu persistes &agrave; partir, nous partirons ensemble...</p>
+
+<p>&mdash; Harry&nbsp;! Harry&nbsp;!&nbsp;&raquo; s'&eacute;cria Nell.</p>
+
+<p>Mais l'&eacute;motion &eacute;tait trop forte. On vit bl&ecirc;mir les l&egrave;vres de la jeune fille, et elle tomba dans les bras de Madge, qui pria l'ing&eacute;nieur, Simon et Harry de la laisser seule avec elle.</p>
+
+<p><br>
+</p>
+
+<center>
+<h4>XXI</h4>
+
+<h4>Le mariage de Nell</h4>
+</center>
+
+<p>On se s&eacute;para, mais il fut d'abord convenu que les h&ocirc;tes du cottage seraient plus que jamais sur leurs gardes. La menace du vieux Silfax &eacute;tait trop directe pour qu'il n'en f&ucirc;t pas tenu compte. C'&eacute;tait &agrave; se demander si l'ancien p&eacute;nitent ne disposait pas de quelque moyen terrible qui pouvait an&eacute;antir toute l'Aberfoyle.</p>
+
+<p>Des gardiens arm&eacute;s furent donc post&eacute;s aux diverses issues de la houill&egrave;re, avec ordre de veiller jour et nuit. Tout &eacute;tranger &agrave; la mine dut &ecirc;tre amen&eacute; devant James Starr, afin qu'il p&ucirc;t constater son identit&eacute;. On ne craignit pas de mettre les habitants de Coal-city au courant des menaces dont la colonie souterraine &eacute;tait l'objet. Silfax n'ayant aucune intelligence dans la place, il n'y avait nulle trahison &agrave; craindre. On fit conna&icirc;tre &agrave; Nell toutes les mesures de s&ucirc;ret&eacute; qui venaient d'&ecirc;tre prises, et, sans qu'elle f&ucirc;t rassur&eacute;e compl&egrave;tement, elle retrouva quelque tranquillit&eacute;. Mais la r&eacute;solution d'Harry de la suivre partout o&ugrave; elle irait, avait plus que tout contribu&eacute; &agrave; lui arracher la promesse de ne pas s'enfuir.</p>
+
+<p>Pendant la semaine qui pr&eacute;c&eacute;da le mariage de Nell et d'Harry, aucun incident ne troubla la Nouvelle-Aberfoyle. Aussi les mineurs, sans se d&eacute;partir de la surveillance organis&eacute;e, revinrent-ils de cette panique, qui avait failli compromettre l'exploitation.</p>
+
+<p>Cependant James Starr continuait &agrave; faire rechercher le vieux Silfax. Le vindicatif vieillard ayant d&eacute;clar&eacute; que Nell n'&eacute;pouserait jamais Harry, on devait admettre qu'il ne reculerait devant rien pour emp&ecirc;cher ce mariage. Le mieux aurait &eacute;t&eacute; de s'emparer de sa personne, tout en respectant sa vie. L'exploration de la Nouvelle-Aberfoyle fut donc minutieusement recommenc&eacute;e. On fouilla les galeries jusque dans les &eacute;tages sup&eacute;rieurs qui affleuraient les ruines de Dundonald-Castle, &agrave; Irvine. On supposait avec raison que c'&eacute;tait par le vieux ch&acirc;teau que Silfax communiquait avec l'ext&eacute;rieur et qu'il s'approvisionnait des choses n&eacute;cessaires &agrave; sa mis&eacute;rable existence, soit en achetant, soit en maraudant. Quant aux &laquo;&nbsp;Dames de feu&nbsp;&raquo;, James Starr eut la pens&eacute;e que quelque jet de grisou, qui se produisait dans cette partie de la houill&egrave;re, avait pu &ecirc;tre allum&eacute; par Silfax et produire ce ph&eacute;nom&egrave;ne. Il ne se trompait pas. Mais les recherches furent vaines.</p>
+
+<p>James Starr, pendant cette lutte de tous les instants contre un &ecirc;tre insaisissable, fut, sans en rien faire voir, le plus malheureux des hommes. A mesure que s'approchait le jour du mariage, ses craintes s'accroissaient, et il avait cru devoir, par exception, en faire part au vieil overman, qui devint bient&ocirc;t plus inquiet que lui.</p>
+
+<p>Enfin le jour arriva.</p>
+
+<p>Silfax n'avait pas donn&eacute; signe de vie.</p>
+
+<p>D&egrave;s le matin, toute la population de Coal-city fut sur pied. Les travaux de la Nouvelle-Aberfoyle avaient &eacute;t&eacute; suspendus. Chefs et ouvriers tenaient &agrave; rendre hommage au vieil overman et &agrave; son fils. Ce n'&eacute;tait que payer une dette de reconnaissance aux deux hommes hardis et pers&eacute;v&eacute;rants, qui avaient rendu &agrave; la houill&egrave;re la prosp&eacute;rit&eacute; d'autrefois.</p>
+
+<p>C'&eacute;tait &agrave; onze heures, dans la chapelle de Saint-Gilles, &eacute;lev&eacute;e sur la rive du lac Malcolm, que la c&eacute;r&eacute;monie allait s'accomplir.</p>
+
+<p>A l'heure dite, on vit sortir du cottage Harry donnant le bras &agrave; sa m&egrave;re, Simon Ford donnant le bras &agrave; Nell.</p>
+
+<p>Suivaient l'ing&eacute;nieur James Starr, impassible en apparence, mais au fond s'attendant &agrave; tout, et Jack Ryan, superbe dans ses habits de piper.</p>
+
+<p>Puis, venaient les autres ing&eacute;nieurs de la mine, les notables de Coal-city, les amis, les compagnons du vieil overman, tous les membres de cette grande famille de mineurs, qui formait la population sp&eacute;ciale de la Nouvelle-Aberfoyle.</p>
+
+<p>Au-dehors, il faisait une de ces journ&eacute;es torrides du mois d'ao&ucirc;t, qui sont particuli&egrave;rement p&eacute;nibles dans les pays du Nord. L'air orageux p&eacute;n&eacute;trait jusque dans les profondeurs de la houill&egrave;re, o&ugrave; la temp&eacute;rature s'&eacute;tait &eacute;lev&eacute;e d'une fa&ccedil;on anormale. L'atmosph&egrave;re s'y saturait d'&eacute;lectricit&eacute;, &agrave; travers les puits d'a&eacute;ration et le vaste tunnel de Malcolm.</p>
+
+<p>On aurait pu constater &mdash; ph&eacute;nom&egrave;ne assez rare &mdash; que le barom&egrave;tre, &agrave; Coal-city, avait baiss&eacute; d'une quantit&eacute; consid&eacute;rable. C'&eacute;tait &agrave; se demander, vraiment, si quelque orage n'allait pas &eacute;clater sous la vo&ucirc;te de schiste, qui formait le ciel de l'immense crypte.</p>
+
+<p>Mais la v&eacute;rit&eacute; est que personne, au-dedans, ne se pr&eacute;occupait des menaces atmosph&eacute;riques du dehors.</p>
+
+<p>Chacun, cela va sans dire, avait rev&ecirc;tu ses plus beaux habits pour la circonstance.</p>
+
+<p>Madge portait un costume qui rappelait ceux du vieux temps. Elle &eacute;tait coiff&eacute;e d'un &laquo;&nbsp;toy&nbsp;&raquo;, comme les anciennes matrones, et sur ses &eacute;paules flottait le &laquo;&nbsp;rokelay&nbsp;&raquo;, sorte de mantille quadrill&eacute;e que les &Eacute;cossaises portent avec une certaine &eacute;l&eacute;gance.</p>
+
+<p>Nell s'&eacute;tait promis de ne rien laisser voir des agitations de sa pens&eacute;e. Elle d&eacute;fendit &agrave; son c&oelig;ur de battre, &agrave; ses secr&egrave;tes angoisses de se trahir, et la courageuse enfant parvint &agrave; montrer &agrave; tous un visage calme et recueilli.</p>
+
+<p>Elle &eacute;tait simplement mise, et la simplicit&eacute; de son v&ecirc;tement, qu'elle avait pr&eacute;f&eacute;r&eacute; &agrave; des ajustements plus riches, ajoutait encore au charme de sa personne. Sa seule coiffure &eacute;tait un &laquo;&nbsp;snood&nbsp;&raquo;, ruban de couleurs vari&eacute;es, dont se parent ordinairement les jeunes Cal&eacute;doniennes.</p>
+
+<p>Simon Ford avait un habit que n'aurait pas d&eacute;savou&eacute; le digne bailli Nichol Jarvie, de Walter Scott.</p>
+
+<p>Tout ce monde se dirigea vers la chapelle de Saint-Gilles, qui avait &eacute;t&eacute; luxueusement d&eacute;cor&eacute;e.</p>
+
+<p>Au ciel de Coal-city, les disques &eacute;lectriques, raviv&eacute;s par des courants plus intenses, resplendissaient comme autant de soleils. Une atmosph&egrave;re lumineuse emplissait toute la Nouvelle Aberfoyle.</p>
+
+<p>Dans la chapelle, les lampes &eacute;lectriques projetaient aussi de vives lueurs, et les vitraux colori&eacute;s brillaient comme des kal&eacute;idoscopes de feux.</p>
+
+<p>C'&eacute;tait le r&eacute;v&eacute;rend William Hobson qui devait officier. A la porte m&ecirc;me de Saint-Gilles, il attendait l'arriv&eacute;e des &eacute;poux.</p>
+
+<p>Le cort&egrave;ge approchait, apr&egrave;s avoir majestueusement contourn&eacute; la rive du lac Malcolm.</p>
+
+<p>En ce moment, l'orgue se fit entendre, et les deux couples, pr&eacute;c&eacute;d&eacute;s du r&eacute;v&eacute;rend Hobson, se dirig&egrave;rent vers le chevet de Saint-Gilles.</p>
+
+<p>La b&eacute;n&eacute;diction c&eacute;leste fut d'abord appel&eacute;e sur toute l'assistance; puis, Harry et Nell rest&egrave;rent seuls devant le ministre, qui tenait le livre sacr&eacute; &agrave; la main.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Harry, demanda le r&eacute;v&eacute;rend Hobson, voulez-vous prendre Nell pour femme, et jurez-vous de l'aimer toujours&nbsp;?</p>
+
+<p>&mdash; Je le jure, r&eacute;pondit le jeune homme d'une voix forte.</p>
+
+<p>&mdash; Et vous, Nell, reprit le ministre, voulez-vous prendre pour &eacute;poux Harry Ford, et...&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>La jeune fille n'avait pas eu le temps de r&eacute;pondre, qu'une immense clameur retentissait au-dehors.</p>
+
+<p>Un de ces &eacute;normes rochers, formant terrasse, qui surplombait la rive du lac Malcolm, &agrave; cent pas de la chapelle, venait de s'ouvrir subitement, sans explosion, comme si sa chute e&ucirc;t &eacute;t&eacute; pr&eacute;par&eacute;e &agrave; l'avance. Au-dessous, les eaux s'engouffraient dans une excavation profonde, que personne ne savait exister l&agrave;.</p>
+
+<p>Puis soudain, entre les roches &eacute;boul&eacute;es, apparut un canot, qu'une pouss&eacute;e vigoureuse lan&ccedil;a &agrave; la surface du lac.</p>
+
+<p>Sur ce canot, un vieillard, v&ecirc;tu d'une sombre cagoule, les cheveux h&eacute;riss&eacute;s, une longue barbe blanche tombant sur sa poitrine, se tenait debout.</p>
+
+<p>Il avait &agrave; la main une lampe Davy, dans laquelle brillait une flamme, prot&eacute;g&eacute;e par la toile m&eacute;tallique de l'appareil.</p>
+
+<p>En m&ecirc;me temps, d'une voix forte, le vieillard criait&nbsp;:</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Le grisou&nbsp;! le grisou&nbsp;! Malheur &agrave; tous&nbsp;! malheur&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>En ce moment, la l&eacute;g&egrave;re odeur qui caract&eacute;rise l'hydrog&egrave;ne protocarbon&eacute; se r&eacute;pandit dans l'atmosph&egrave;re.</p>
+
+<p>Et s'il en &eacute;tait ainsi, c'est que la chute du rocher avait livr&eacute; passage &agrave; une &eacute;norme quantit&eacute; de gaz explosif, emmagasin&eacute; dans d'&eacute;normes &laquo;&nbsp;soufflards&nbsp;&raquo; dont les schistes obturaient l'orifice. Les jets de grisou fusaient vers les vo&ucirc;tes du d&ocirc;me, sous une pression de cinq &agrave; six atmosph&egrave;res.</p>
+
+<p>Le vieillard connaissait l'existence de ces soufflards, et il les avait brusquement ouverts, de mani&egrave;re &agrave; rendre d&eacute;tonante l'atmosph&egrave;re de la crypte.</p>
+
+<p>Cependant James Starr et quelques autres, quittant pr&eacute;cipitamment la chapelle, s'&eacute;taient &eacute;lanc&eacute;s sur la rive.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Hors de la mine&nbsp;! hors de la mine&nbsp;!&nbsp;&raquo; cria l'ing&eacute;nieur, qui, ayant compris l'imminence du danger, vint jeter ce cri d'alarme &agrave; la porte de Saint-Gilles.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Le grisou&nbsp;! le grisou&nbsp;!&nbsp;&raquo; r&eacute;p&eacute;tait le vieillard, en poussant son canot plus avant sur les eaux du lac.</p>
+
+<p>Harry, entra&icirc;nant sa fianc&eacute;e, son p&egrave;re, sa m&egrave;re, avait pr&eacute;cipitamment quitt&eacute; la chapelle.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Hors de la mine&nbsp;! hors de la mine&nbsp;!&nbsp;&raquo; r&eacute;p&eacute;tait James Starr.</p>
+
+<p>Il &eacute;tait trop tard pour fuir&nbsp;! Le vieux Silfax &eacute;tait l&agrave;, pr&ecirc;t &agrave; accomplir sa derni&egrave;re menace, pr&ecirc;t &agrave; emp&ecirc;cher le mariage de Nell et d'Harry, en ensevelissant toute la population de Coal-city sous les ruines de la houill&egrave;re.</p>
+
+<p>Au-dessus de sa t&ecirc;te, volait son &eacute;norme harfang, dont le plumage blanc &eacute;tait tach&eacute; de points noirs.</p>
+
+<p>Mais alors, un homme se pr&eacute;cipita dans les eaux du lac, qui nagea vigoureusement vers le canot.</p>
+
+<p>C'&eacute;tait Jack Ryan. Il s'effor&ccedil;ait d'atteindre le fou, avant que celui-ci n'e&ucirc;t accompli son &oelig;uvre de destruction.</p>
+
+<p>Silfax le vit venir. Il brisa le verre de sa lampe, et, apr&egrave;s avoir arrach&eacute; la m&egrave;che allum&eacute;e, il la promena dans l'air.</p>
+
+<p>Un silence de mort planait sur toute l'assistance atterr&eacute;e.</p>
+
+<p>James Starr, r&eacute;sign&eacute;, s'&eacute;tonnait que l'explosion, in&eacute;vitable, n'e&ucirc;t pas d&eacute;j&agrave; an&eacute;anti la Nouvelle-Aberfoyle.</p>
+
+<p>Silfax, les traits crisp&eacute;s, se rendit compte que le grisou, trop l&eacute;ger pour se maintenir dans les basses couches, s'&eacute;tait accumul&eacute; vers les hauteurs du d&ocirc;me.</p>
+
+<p>Mais alors le harfang, sur un geste de Silfax, saisissant dans sa patte la m&egrave;che incendiaire, comme il faisait autrefois dans les galeries de la fosse Dochart, commen&ccedil;a &agrave; monter vers la haute vo&ucirc;te, que le vieillard lui montrait de la main.</p>
+
+<p>Encore quelques secondes, et la Nouvelle-Aberfoyle avait v&eacute;cu&nbsp;!...</p>
+
+<p>A ce moment, Nell s'&eacute;chappa des bras d'Harry.</p>
+
+<p>Calme et inspir&eacute;e tout &agrave; la fois, elle courut vers la rive du lac, jusqu'&agrave; la lisi&egrave;re des eaux.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Harfang&nbsp;! Harfang&nbsp;! cria-t-elle d'une voix claire, &agrave; moi&nbsp;! viens &agrave; moi&nbsp;!&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>L'oiseau fid&egrave;le, &eacute;tonn&eacute;, avait h&eacute;sit&eacute; un instant. Mais soudain, ayant reconnu la voix de Nell, il avait laiss&eacute; tomber la m&egrave;che enflamm&eacute;e dans les eaux du lac, et, tra&ccedil;ant un large cercle, il &eacute;tait venu s'abattre aux pieds de la jeune fille.</p>
+
+<p>Les hautes couches explosives dans lesquelles le grisou s'&eacute;tait m&eacute;lang&eacute; &agrave; l'air, n'avaient pas &eacute;t&eacute; atteintes&nbsp;!</p>
+
+<p>Alors un cri terrible retentit sous le d&ocirc;me. Ce fut le dernier que jeta le vieux Silfax.</p>
+
+<p>A l'instant o&ugrave; Jack Ryan allait mettre la main sur le bordage du canot, le vieillard, voyant sa vengeance lui &eacute;chapper, s'&eacute;tait pr&eacute;cipit&eacute; dans les eaux du lac.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Sauvez-le&nbsp;! sauvez-le&nbsp;!&nbsp;&raquo; s'&eacute;cria Nell d'une voix d&eacute;chirante.</p>
+
+<p>Harry l'entendit. Se jetant &agrave; son tour &agrave; la nage, il eut bient&ocirc;t rejoint Jack Ryan et plongea &agrave; plusieurs reprises.</p>
+
+<p>Mais ses efforts furent inutiles.</p>
+
+<p>Les eaux du lac Malcolm ne rendirent pas leur proie. Elles s'&eacute;taient &agrave; jamais referm&eacute;es sur le vieux Silfax.</p>
+
+<p><br>
+</p>
+
+<center>
+<h4>XXII</h4>
+
+<h4>La l&eacute;gende du vieux Silfax</h4>
+</center>
+
+<p>Six mois apr&egrave;s ces &eacute;v&eacute;nements, le mariage, si &eacute;trangement interrompu, d'Harry Ford et de Nell, se c&eacute;l&eacute;brait dans la chapelle de Saint-Gilles. Apr&egrave;s que le r&eacute;v&eacute;rend Hobson eut b&eacute;ni leur union, les jeunes &eacute;poux, encore v&ecirc;tus de noir, rentr&egrave;rent au cottage.</p>
+
+<p>James Starr et Simon Ford, d&eacute;sormais exempts de toute inqui&eacute;tude, pr&eacute;sid&egrave;rent joyeusement &agrave; la f&ecirc;te qui suivit la c&eacute;r&eacute;monie et se prolongea jusqu'au lendemain.</p>
+
+<p>Ce fut dans ces m&eacute;morables circonstances que Jack Ryan, rev&ecirc;tu de son costume de piper, apr&egrave;s avoir gonfl&eacute; d'air l'outre de sa cornemuse, obtint ce triple r&eacute;sultat de jouer, de chanter et de danser tout &agrave; la fois, aux applaudissements de toute l'assembl&eacute;e.</p>
+
+<p>Et, le lendemain, les travaux du jour et du fond recommenc&egrave;rent, sous la direction de l'ing&eacute;nieur James Starr.</p>
+
+<p>Harry et Nell furent heureux, il est superflu de le dire. Ces deux c&oelig;urs, tant &eacute;prouv&eacute;s, trouv&egrave;rent dans leur union le bonheur qu'ils m&eacute;ritaient.</p>
+
+<p>Quant &agrave; Simon Ford, l'overman honoraire de la Nouvelle Aberfoyle, il comptait bien vivre assez pour c&eacute;l&eacute;brer sa cinquantaine avec la bonne Madge, qui ne demandait pas mieux, d'ailleurs.</p>
+
+<p>&laquo;&nbsp;Et apr&egrave;s celle-l&agrave;, pourquoi pas une autre&nbsp;? disait Jack Ryan. Deux cinquantaines, ce ne serait pas trop pour vous, monsieur Simon&nbsp;!</p>
+
+<p>&mdash; Tu as raison, mon gar&ccedil;on, r&eacute;pondit tranquillement le vieil overman. Qu'y aurait-il d'&eacute;tonnant &agrave; ce que sous le climat de la Nouvelle-Aberfoyle, dans ce milieu qui ne conna&icirc;t pas les intemp&eacute;ries du dehors, on dev&icirc;nt deux fois centenaire&nbsp;?&nbsp;&raquo;</p>
+
+<p>Les habitants de Coal-city devaient-ils jamais assister &agrave; cette seconde c&eacute;r&eacute;monie&nbsp;? L'avenir le dira.</p>
+
+<p>En tout cas, un oiseau, qui semblait devoir atteindre une long&eacute;vit&eacute; extraordinaire, c'&eacute;tait le harfang du vieux Silfax. Il hantait toujours le sombre domaine. Mais apr&egrave;s la mort du vieillard, bien que Nell e&ucirc;t essay&eacute; de le retenir, il s'&eacute;tait enfui au bout de quelques jours. Outre que la soci&eacute;t&eacute; des hommes ne lui plaisait d&eacute;cid&eacute;ment pas plus qu'&agrave; son ancien ma&icirc;tre, il semblait qu'il e&ucirc;t gard&eacute; une sorte de rancune particuli&egrave;re &agrave; Harry, et que cet oiseau jaloux e&ucirc;t toujours reconnu et d&eacute;test&eacute; en lui le premier ravisseur de Nell, celui &agrave; qui il l'avait disput&eacute;e en vain dans l'ascension du gouffre.</p>
+
+<p>Depuis ce temps, Nell ne le revoyait qu'&agrave; de longs intervalles, planant au-dessus du lac Malcolm.</p>
+
+<p>Voulait-il revoir son amie d'autrefois&nbsp;? voulait-il plonger ses regards p&eacute;n&eacute;trants jusqu'au fond de l'ab&icirc;me o&ugrave; s'&eacute;tait englouti Silfax&nbsp;?</p>
+
+<p>Les deux versions furent admises, car le harfang devint l&eacute;gendaire, et il inspira &agrave; Jack Ryan plus d'une fantastique histoire.</p>
+
+<p>C'est gr&acirc;ce &agrave; ce joyeux compagnon qu'on chante encore dans les veill&eacute;es &eacute;cossaises la l&eacute;gende de l'oiseau du vieux Silfax, l'ancien p&eacute;nitent des houill&egrave;res d'Aberfoyle.</p>
+
+<center>
+<h4>The End</h4>
+</center>
+
+<pre>
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK, LES INDES NOIRES ***
+
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+
+Those of you who want to download any eBook before announcement
+can get to them as follows, and just download by date. This is
+also a good way to get them instantly upon announcement, as the
+indexes our cataloguers produce obviously take a while after an
+announcement goes out in the Project Gutenberg Newsletter.
+
+<a href="http://www.ibiblio.org/gutenberg/etext04">http://www.ibiblio.org/gutenberg/etext04</a> or
+<a href="ftp://ftp.ibiblio.org/pub/docs/books/gutenberg/etext03">ftp://ftp.ibiblio.org/pub/docs/books/gutenberg/etext03</a>
+
+Or /etext03, 02, 01, 00, 99, 98, 97, 96, 95, 94, 93, 92, 92, 91 or 90
+
+Just search by the first five letters of the filename you want,
+as it appears in our Newsletters.
+
+
+Information about Project Gutenberg (one page)
+
+We produce about two million dollars for each hour we work. The
+time it takes us, a rather conservative estimate, is fifty hours
+to get any eBook selected, entered, proofread, edited, copyright
+searched and analyzed, the copyright letters written, etc. Our
+projected audience is one hundred million readers. If the value
+per text is nominally estimated at one dollar then we produce $2
+million dollars per hour in 2002 as we release over 100 new text
+files per month: 1240 more eBooks in 2001 for a total of 4000+
+We are already on our way to trying for 2000 more eBooks in 2002
+If they reach just 1-2% of the world's population then the total
+will reach over half a trillion eBooks given away by year's end.
+
+The Goal of Project Gutenberg is to Give Away 1 Trillion eBooks!
+This is ten thousand titles each to one hundred million readers,
+which is only about 4% of the present number of computer users.
+
+Here is the briefest record of our progress (* means estimated):
+
+eBooks Year Month
+
+ 1 1971 July
+ 10 1991 January
+ 100 1994 January
+ 1000 1997 August
+ 1500 1998 October
+ 2000 1999 December
+ 2500 2000 December
+ 3000 2001 November
+ 4000 2001 October/November
+ 6000 2002 December*
+ 9000 2003 November*
+10000 2004 January*
+
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation has been created
+to secure a future for Project Gutenberg into the next millennium.
+
+We need your donations more than ever!
+
+As of February, 2002, contributions are being solicited from people
+and organizations in: Alabama, Alaska, Arkansas, Connecticut,
+Delaware, District of Columbia, Florida, Georgia, Hawaii, Illinois,
+Indiana, Iowa, Kansas, Kentucky, Louisiana, Maine, Massachusetts,
+Michigan, Mississippi, Missouri, Montana, Nebraska, Nevada, New
+Hampshire, New Jersey, New Mexico, New York, North Carolina, Ohio,
+Oklahoma, Oregon, Pennsylvania, Rhode Island, South Carolina, South
+Dakota, Tennessee, Texas, Utah, Vermont, Virginia, Washington, West
+Virginia, Wisconsin, and Wyoming.
+
+We have filed in all 50 states now, but these are the only ones
+that have responded.
+
+As the requirements for other states are met, additions to this list
+will be made and fund raising will begin in the additional states.
+Please feel free to ask to check the status of your state.
+
+In answer to various questions we have received on this:
+
+We are constantly working on finishing the paperwork to legally
+request donations in all 50 states. If your state is not listed and
+you would like to know if we have added it since the list you have,
+just ask.
+
+While we cannot solicit donations from people in states where we are
+not yet registered, we know of no prohibition against accepting
+donations from donors in these states who approach us with an offer to
+donate.
+
+International donations are accepted, but we don't know ANYTHING about
+how to make them tax-deductible, or even if they CAN be made
+deductible, and don't have the staff to handle it even if there are
+ways.
+
+Donations by check or money order may be sent to:
+
+Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+PMB 113
+1739 University Ave.
+Oxford, MS 38655-4109
+
+Contact us if you want to arrange for a wire transfer or payment
+method other than by check or money order.
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation has been approved by
+the US Internal Revenue Service as a 501(c)(3) organization with EIN
+[Employee Identification Number] 64-622154. Donations are
+tax-deductible to the maximum extent permitted by law. As fund-raising
+requirements for other states are met, additions to this list will be
+made and fund-raising will begin in the additional states.
+
+We need your donations more than ever!
+
+You can get up to date donation information online at:
+
+<a href="http://www.gutenberg.net/donation.html">http://www.gutenberg.net/donation.html</a>
+
+
+***
+
+If you can't reach Project Gutenberg,
+you can always email directly to:
+
+Michael S. Hart &lt;hart@pobox.com&gt;
+
+Prof. Hart will answer or forward your message.
+
+We would prefer to send you information by email.
+
+
+**The Legal Small Print**
+
+
+(Three Pages)
+
+***START**THE SMALL PRINT!**FOR PUBLIC DOMAIN EBOOKS**START***
+Why is this "Small Print!" statement here? You know: lawyers.
+They tell us you might sue us if there is something wrong with
+your copy of this eBook, even if you got it for free from
+someone other than us, and even if what's wrong is not our
+fault. So, among other things, this "Small Print!" statement
+disclaims most of our liability to you. It also tells you how
+you may distribute copies of this eBook if you want to.
+
+*BEFORE!* YOU USE OR READ THIS EBOOK
+By using or reading any part of this PROJECT GUTENBERG-tm
+eBook, you indicate that you understand, agree to and accept
+this "Small Print!" statement. If you do not, you can receive
+a refund of the money (if any) you paid for this eBook by
+sending a request within 30 days of receiving it to the person
+you got it from. If you received this eBook on a physical
+medium (such as a disk), you must return it with your request.
+
+ABOUT PROJECT GUTENBERG-TM EBOOKS
+This PROJECT GUTENBERG-tm eBook, like most PROJECT GUTENBERG-tm eBooks,
+is a "public domain" work distributed by Professor Michael S. Hart
+through the Project Gutenberg Association (the "Project").
+Among other things, this means that no one owns a United States copyright
+on or for this work, so the Project (and you!) can copy and
+distribute it in the United States without permission and
+without paying copyright royalties. Special rules, set forth
+below, apply if you wish to copy and distribute this eBook
+under the "PROJECT GUTENBERG" trademark.
+
+Please do not use the "PROJECT GUTENBERG" trademark to market
+any commercial products without permission.
+
+To create these eBooks, the Project expends considerable
+efforts to identify, transcribe and proofread public domain
+works. Despite these efforts, the Project's eBooks and any
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+things, Defects may take the form of incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other
+intellectual property infringement, a defective or damaged
+disk or other eBook medium, a computer virus, or computer
+codes that damage or cannot be read by your equipment.
+
+LIMITED WARRANTY; DISCLAIMER OF DAMAGES
+But for the "Right of Replacement or Refund" described below,
+[1] Michael Hart and the Foundation (and any other party you may
+receive this eBook from as a PROJECT GUTENBERG-tm eBook) disclaims
+all liability to you for damages, costs and expenses, including
+legal fees, and [2] YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE OR
+UNDER STRICT LIABILITY, OR FOR BREACH OF WARRANTY OR CONTRACT,
+INCLUDING BUT NOT LIMITED TO INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE
+OR INCIDENTAL DAMAGES, EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE
+POSSIBILITY OF SUCH DAMAGES.
+
+If you discover a Defect in this eBook within 90 days of
+receiving it, you can receive a refund of the money (if any)
+you paid for it by sending an explanatory note within that
+time to the person you received it from. If you received it
+on a physical medium, you must return it with your note, and
+such person may choose to alternatively give you a replacement
+copy. If you received it electronically, such person may
+choose to alternatively give you a second opportunity to
+receive it electronically.
+
+THIS EBOOK IS OTHERWISE PROVIDED TO YOU "AS-IS". NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, ARE MADE TO YOU AS
+TO THE EBOOK OR ANY MEDIUM IT MAY BE ON, INCLUDING BUT NOT
+LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR A
+PARTICULAR PURPOSE.
+
+Some states do not allow disclaimers of implied warranties or
+the exclusion or limitation of consequential damages, so the
+above disclaimers and exclusions may not apply to you, and you
+may have other legal rights.
+
+INDEMNITY
+You will indemnify and hold Michael Hart, the Foundation,
+and its trustees and agents, and any volunteers associated
+with the production and distribution of Project Gutenberg-tm
+texts harmless, from all liability, cost and expense, including
+legal fees, that arise directly or indirectly from any of the
+following that you do or cause: [1] distribution of this eBook,
+[2] alteration, modification, or addition to the eBook,
+or [3] any Defect.
+
+DISTRIBUTION UNDER "PROJECT GUTENBERG-tm"
+You may distribute copies of this eBook electronically, or by
+disk, book or any other medium if you either delete this
+"Small Print!" and all other references to Project Gutenberg,
+or:
+
+[1] Only give exact copies of it. Among other things, this
+ requires that you do not remove, alter or modify the
+ eBook or this "small print!" statement. You may however,
+ if you wish, distribute this eBook in machine readable
+ binary, compressed, mark-up, or proprietary form,
+ including any form resulting from conversion by word
+ processing or hypertext software, but only so long as
+ *EITHER*:
+
+ [*] The eBook, when displayed, is clearly readable, and
+ does *not* contain characters other than those
+ intended by the author of the work, although tilde
+ (~), asterisk (*) and underline (_) characters may
+ be used to convey punctuation intended by the
+ author, and additional characters may be used to
+ indicate hypertext links; OR
+
+ [*] The eBook may be readily converted by the reader at
+ no expense into plain ASCII, EBCDIC or equivalent
+ form by the program that displays the eBook (as is
+ the case, for instance, with most word processors);
+ OR
+
+ [*] You provide, or agree to also provide on request at
+ no additional cost, fee or expense, a copy of the
+ eBook in its original plain ASCII form (or in EBCDIC
+ or other equivalent proprietary form).
+
+[2] Honor the eBook refund and replacement provisions of this
+ "Small Print!" statement.
+
+[3] Pay a trademark license fee to the Foundation of 20% of the
+ gross profits you derive calculated using the method you
+ already use to calculate your applicable taxes. If you
+ don't derive profits, no royalty is due. Royalties are
+ payable to "Project Gutenberg Literary Archive Foundation"
+ the 60 days following each date you prepare (or were
+ legally required to prepare) your annual (or equivalent
+ periodic) tax return. Please contact us beforehand to
+ let us know your plans and to work out the details.
+
+WHAT IF YOU *WANT* TO SEND MONEY EVEN IF YOU DON'T HAVE TO?
+Project Gutenberg is dedicated to increasing the number of
+public domain and licensed works that can be freely distributed
+in machine readable form.
+
+The Project gratefully accepts contributions of money, time,
+public domain materials, or royalty free copyright licenses.
+Money should be paid to the:
+"Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+If you are interested in contributing scanning equipment or
+software or other items, please contact Michael Hart at:
+<a href="mailto:hart@pobox.com">hart@pobox.com</a>
+
+[Portions of this eBook's header and trailer may be reprinted only
+when distributed free of all fees. Copyright (C) 2001, 2002 by
+Michael S. Hart. Project Gutenberg is a TradeMark and may not be
+used in any sales of Project Gutenberg eBooks or other materials be
+they hardware or software or any other related product without
+express permission.]
+
+*END THE SMALL PRINT! FOR PUBLIC DOMAIN EBOOKS*Ver.02/11/02*END*
+</pre>
+
+</body>
+</html>
+