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-Project Gutenberg's Le château de Coucy, by Eugène Lefèvre-Pontalis
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
-
-
-Title: Le château de Coucy
-
-Author: Eugène Lefèvre-Pontalis
-
-Release Date: September 5, 2016 [EBook #52990]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CHÂTEAU DE COUCY ***
-
-
-
-
-Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
-
-
-
-
-
-
-
-Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le
-typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et
-n'a pas été harmonisée.
-
-Les mots et phrases imprimés en gras dans le texte d'origine
-sont marqués =ainsi=.
-
-
-
-
- Le Château
- de Coucy
-
-
-
-
-PETITES MONOGRAPHIES
-
-DES GRANDS ÉDIFICES DE LA FRANCE
-
-
-_PARU_:
-
- =La Cathédrale de Chartres=, par René MERLET, ancien archiviste
- d'Eure-et-Loir.
-
-
-_EN PRÉPARATION_:
-
- =L'Hôtel des Invalides=, par Louis DIMIER.
-
- =L'Abbaye de Vézelay=, par Charles PORÉE, archiviste de l'Yonne.
-
- =La Cathédrale de Reims=, par Louis DEMAISON, archiviste de la
- ville de Reims.
-
- =La Cathédrale du Mans=, par Gabriel FLEURY.
-
- =Le Château de Rambouillet=, par Henri LONGNON.
-
- =Saint-Pol-de-Léon=, par Ch. LECUREUX.
-
- =L'Abbaye de Moissac=, par A. ANGLÈS.
-
- =La Cathédrale d'Albi=, par Jean LARAN.
-
- =La Cathédrale de Coutances=, par Eugène LEFÈVRE-PONTALIS.
-
-
- [Illustration: PLAN DE L'ENCEINTE DE LA VILLE ET DU CHATEAU DE COUCY
- A. Ventre, del.
- A, porte de Chauny.
- B, tour Mangard.
- C, porte de Laon.
- D, barbacane.
- E, église.
- H, porte de Soissons.
- K, porte restituée.]
-
-
-
-
- Petites Monographies des Grands Édifices
- * * * de la France * * *
-
- Publiées sous la direction de M. E. LEFEVRE-PONTALIS
-
-
- Le Château
- de Coucy
-
- PAR
-
- EUGÈNE LEFÈVRE-PONTALIS
-
- Directeur de la Société française d'Archéologie.
-
- INTRODUCTION HISTORIQUE DE PH. LAUER
-
- Ouvrage illustré de 32 gravures et de plans.
- Relevés de M. A. VENTRE, architecte.
-
- [Logo]
-
- PARIS
- HENRI LAURENS, ÉDITEUR
- 6, rue de Tournon, 6
-
- Tous droits de traduction et de reproduction réservés
- pour tous pays.
-
-
-
-
-AVANT-PROPOS
-
-
-Il est peut-être téméraire de consacrer une nouvelle étude aux ruines
-imposantes du château de Coucy après Viollet-le-Duc qui a décrit et
-dessiné dans son _Dictionnaire_ toutes ses parties principales, en
-expliquant le système de défense primitif. Cependant j'aurai l'occasion
-de rectifier beaucoup d'erreurs du célèbre architecte. Il eut tort de
-reproduire le plan très inexact d'Androuet du Cerceau, sans vérifier sur
-place l'absence de la petite tour du Nord, le diamètre des salles, la
-plantation des escaliers et des latrines dans les grosses tours et sans
-indiquer par des hachures les remaniements de tous les corps de logis. On
-remarquera donc d'importantes différences entre le plan de Viollet-le-Duc
-et celui que j'ai dressé avec le précieux concours de M. André Ventre,
-architecte en chef des Monuments historiques, qui a bien voulu relever
-avec le plus grand soin tous les détails nécessaires à l'illustration.
-
-L'histoire des sires de Coucy et des sièges de la ville avait grand
-besoin d'être mise au point à l'aide des documents conservés à la
-Bibliothèque Nationale. Mon confrère, M. Philippe Lauer, bibliothécaire
-au département des manuscrits, a dépouillé les meilleures sources pour la
-résumer en tête de cette notice. Je ne saurais trop le remercier d'avoir
-prouvé une fois de plus que l'histoire et l'archéologie doivent se prêter
-un mutuel appui.
-
-Les archéologues et les touristes qui voulaient visiter sérieusement la
-ville de Coucy, n'avaient à leur disposition que la notice de
-Viollet-le-Duc qui ne décrit ni l'enceinte, ni la basse-cour, ni
-certaines parties du château, mais qui met bien en relief l'importance du
-donjon. Je me suis donc efforcé de rédiger une petite monographie plus
-complète en distinguant soigneusement les constructions du XIIIe siècle
-de celles du XIVe siècle, afin de faire mieux comprendre l'intérêt
-exceptionnel de ce chef-d'œuvre de l'architecture militaire du moyen
-âge.
-
-
- [Illustration:
- LA FACE OPPOSITE FACIES INGRESSVI
- DE LENTREE OPPOSITA
- Androuet du Cerceau del.
- LE CHATEAU EN 1576
- Vue prise à l'ouest.]
-
-
-
-
-INTRODUCTION HISTORIQUE
-
-LES SIRES DE COUCY
-
-
-L'origine de Coucy-la-Ville (_Codiciacum villa_) en Laonnais, dans
-l'ancienne cité des Rémois, date certainement de l'époque gallo-romaine.
-Ce lieu est d'ailleurs situé à proximité de la voie romaine de Soissons à
-Saint-Quentin. La plus ancienne mention de Coucy ne remonte cependant
-qu'au IXe siècle: on la rencontre dans la _Vie de saint Rémi_, par
-Hincmar, qui fait remonter au temps de Clovis la donation de ce domaine à
-l'église de Reims[1]. Au début du siècle suivant, l'archevêque de Reims,
-Hervé, fit construire un château fort (_municio_), à l'extrémité de la
-colline allongée qui domine Coucy-la-Ville: ce fut l'origine de
-_Coucy-le-Château_[2].
-
- [1] _Monumenta Germaniæ historica, Scriptores_, t. III, p. 256,
- 307, 322 et 343.
-
- [2] Flodoardus, _Historia ecclesiæ Remensis_, lib. IV, c. 13 (_M.
- G. hist., Scriptores_, t. XIII, p. 576).
-
-Herbert II, comte de Vermandois, père de l'archevêque Hugues, ne tarda
-pas à s'en emparer. Après avoir été concédé comme fief à Anseau de Vitry,
-vassal de Boson, frère du roi Raoul (930), Coucy passa successivement à
-Bernard de Senlis et Thibaud le Tricheur, vassaux de Hugues le Grand, duc
-de France. C'est là que, selon Dudon de Saint-Quentin, le jeune duc de
-Normandie, Richard, fut caché par son fidèle Osmond, à la suite de son
-évasion de Laon (vers 944).
-
-En 950, la garnison de Coucy qui, l'année précédente, avait passé au
-parti de l'archevêque de Reims, Artaud, revint à celui de Thibaud le
-Tricheur. Celui-ci s'établit solidement dans le donjon roman, et en
-confia la garde à son vassal Harduin. Les hommes d'armes du roi et de
-l'archevêque essayèrent en vain de l'en déloger. En 958, cependant, les
-partisans d'Artaud pénétrèrent par surprise à l'intérieur de la
-forteresse. Le châtelain Harduin se réfugia dans le donjon, déjà presque
-inexpugnable. Pour le réduire, il fallut que le roi vînt en personne
-l'assiéger, en compagnie d'Artaud et de bon nombre de comtes et
-d'évêques. Le siège dura deux semaines environ. Harduin donna ses
-neveux comme otages, et l'armée assiégeante se retira. Thibaud parvint
-cependant à y rentrer, on ne sait comment, quelque temps après, puisqu'en
-964 nous le voyons consentir à rendre de nouveau Coucy à l'archevêque
-pour être absous de l'excommunication, mais il exigeait que Coucy fût
-inféodé à son fils Eudes Ier. Celui-ci mourut en 995, et on ignore entre
-les mains de qui passa l'héritage de Coucy.
-
- [Illustration:
- Photo Neurdein.
- LE CHATEAU DE COUCY
- Vue prise au sud-ouest.]
-
-En 1059 paraît un certain Aubri de Coucy. On le trouve mentionné dans la
-charte d'Élinand, évêque de Laon, en faveur de Nogent (1059); dans les
-diplômes de Philippe Ier pour Saint-Médard de Soissons (1065) et l'église
-de Laon (1071); dans un acte du cartulaire de Notre-Dame de Paris (1067);
-enfin, dans une charte de Robert Courteheuse en faveur du
-Mont-Saint-Michel (1088). Le biographe de saint Arnoul, évêque de
-Soissons, fait allusion à des circonstances où Aubri de Coucy aurait été
-saisi par ses ennemis, traîné, garrotté, puis exilé et privé à jamais de
-son habitation ou domaine de Coucy. Un fait est certain, c'est sa
-présence en Angleterre, à la cour de Guillaume le Conquérant, où il était
-peut-être en exil; car, dans le _Domesday-book_, il est question d'une
-«terre d'Aubri de Coucy», située dans le comté d'York[3].
-
- [3] L. Delisle, _La Commémoration du Domesday-book, à Londres_,
- en 1886, dans l'_Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de
- France_, 1886, p. 179-180 et 183.
-
-Après Aubri, on trouve, comme sire de Coucy, Enguerrand Ier, fils aîné de
-Dreux de Boves, dont la mère était de la famille comtale d'Amiens. Par
-son mariage avec Ade de Roucy, il devint seigneur de Marle et de La Fère.
-Devenu veuf, il enleva et épousa Sibylle, fille de Roger, comte de
-Château-Porcien, et femme du comte Godefroi de Namur. L'évêque de Laon,
-parent d'Enguerrand, ne l'excommunia pas; mais une guerre acharnée et
-féroce s'ensuivit entre les seigneurs de Coucy et de Namur. Ce dernier
-finit par se consoler en épousant Ermanson de Luxembourg.
-
-Enguerrand Ier prit part à la première croisade avec son fils du premier
-lit, Thomas de Marle. Dans cette expédition, selon la légende, ne
-trouvant pas, au cours d'une surprise, sa bannière, il coupa un morceau
-de son manteau écarlate, fourré de pannes de vair, d'où l'origine du
-blason des Coucy, ainsi décrit par les anciens auteurs: _Fascé de vair et
-de gueules de six pieces_.
-
-Au retour de la Terre sainte, Thomas épousa une parente dont la dot fut
-la seigneurie de Montaigu. Ses brigandages le rendirent odieux à son
-propre père, qui d'ailleurs sous l'influence de Sibylle, le croyait
-maintenant adultérin. Enguerrand assiégea Montaigu. Mais Thomas
-s'échappa, et, grâce à la protection royale, parvint à rentrer à
-Montaigu. Une horrible guerre d'extermination commença entre le père et
-le fils. Thomas soutint les habitants de Laon contre leur évêque, et ceux
-d'Amiens contre leur comte Enguerrand. Celui-ci offrit enfin, en 1113, la
-paix à son fils, qui l'aida à soumettre Amiens. Cela n'empêcha pas
-Sibylle de préparer une embuscade d'où Thomas s'échappa avec une
-blessure.
-
-Les évêques réunis au Concile de Beauvais, en 1115, excommunièrent Thomas
-de Marle comme scélérat et ennemi du nom chrétien, à cause de sa cruauté.
-A quelque temps de là, ses protégés, les Laonnais révoltés étaient
-massacrés à Crécy par Louis le Gros.
-
-L'année suivante, Enguerrand étant mort, Thomas lui succéda sans
-difficulté. Bientôt Louis le Gros vint assiéger le château de Coucy pour
-punir Thomas du rôle qu'il avait joué à Laon. Mais le rusé seigneur
-manifesta le plus grand repentir et promit de réparer tous les dommages
-par lui causés. Louis se retira, et, peu après, Thomas, malgré ses
-promesses, fit assassiner Henri de Chaumont, frère de Raoul, comte de
-Vermandois, qui lui disputait le comté d'Amiens, et il osa même arrêter
-des marchands munis d'un sauf-conduit royal. Louis le Gros, accompagné du
-comte de Vermandois, marcha immédiatement sur Coucy qui était considéré
-comme presque imprenable. Thomas commit la faute de leur tendre une
-embuscade: il y périt inopinément de la main même de Raoul de Vermandois
-(1130)[4].
-
- [4] A. Luchaire, _Louis VI le Gros, annales de sa vie et de son
- règne_, nos 26, 183, 189, 203, 220, 266, 309, 379, 461 et 491.
-
-Son fils, Enguerrand II, qui lui succéda, avait épousé Agnès de
-Beaugency, fille de Mahaut, la propre cousine du roi. Il s'efforça
-d'atténuer les conséquences des excès paternels, puis partit en 1146 pour
-la deuxième croisade, d'où il semble n'être point revenu; et son fils
-Raoul Ier qui eut pour femme Alix de Dreux, nièce de Louis VII, fit une
-fin semblable en Terre sainte.
-
-C'est à l'époque de Raoul Ier qu'on rapporte généralement la légende du
-joli roman du _Chastelain de Couci et de la dame de Faiel_. Gaston Paris
-a montré[5] qu'il n'y avait rien d'historique dans l'aventure de ce sire
-de Fayel, qui aurait fait manger à sa femme le cœur de son amant, le
-châtelain de Coucy, Renaud. La légende du Cœur Mangé que la littérature
-populaire attribue maintenant au sire de Vergy, est bien antérieure au
-XIIe siècle. Il n'en reste pas moins vrai qu'il exista, vers 1198-1218,
-un gardien du château de Coucy ou «châtelain» appelé Renaud de Magny,
-jadis chanoine de Noyon, doué d'un très beau talent poétique, dont
-quelques-unes des chansons nous sont parvenues, grâce à Jakemes Sakesep,
-l'auteur du roman du _Chastelain de Couci_.
-
- [5] _Histoire littéraire_, t. XXIII, p. 370; Ch.-V. Langlois,
- _La Société française, au XIIIe siècle_, p. 188.
-
-Enguerrand III, fils et successeur de Raoul Ier, assista à l'éclosion du
-mouvement communal déjà commencé sous son père en Soissonnais[6]. Sa
-minorité favorisa la création de la commune de Coucy, dont la charte
-datée de 1197 fut copiée sur celle de Laon. C'est le moment de l'apogée
-de la maison de Coucy, qui, par ses brillantes alliances, était arrivée à
-étendre au loin ses domaines. La reconstruction de l'enceinte de la
-ville et du château remonte à cette époque, mais elle ne fut pas faite
-d'un seul jet.
-
- [6] G. Bourgin, _La commune de Soissons et le groupe communal
- soissonnais_, p. 20.
-
-Enguerrand III eut quelques démêlés, pour des contestations obscures de
-droits de juridiction avec l'archevêque de Reims et surtout le chapitre
-de Laon, dont il arrêta le doyen en pleine cathédrale. En 1209, il prit
-part à l'expédition contre les Albigeois, et, en 1214, se signala à la
-bataille de Bouvines.
-
-Par ses mariages successifs, il agrandit encore ses domaines. Eustache de
-Roucy lui apporta le comté de Roucy; Mahaut, fille d'Henri duc de Saxe,
-et sœur d'Otton IV, le comté de Perche; Marie de Montmirail, la vicomté
-de Meaux et la châtellenie de Cambrai. Ainsi parvenu au plus haut degré
-de la puissance, et enivré de ses immenses richesses, il aspira à devenir
-le maître du royaume. La minorité de Louis IX semblait justement lui
-offrir une occasion des plus favorables. Il complota avec les ennemis de
-Blanche de Castille l'enlèvement du jeune roi. On raconte même qu'il
-avait fait faire une couronne d'or et des ornements royaux pour s'en
-revêtir devant ses favoris[7]. Mais au bout de deux années d'intrigues et
-de sourdes menées, il se vit obligé de renoncer à ses projets ambitieux,
-et prêta serment de fidélité entre les mains du roi, qui feignit d'avoir
-ignoré ses desseins. Il mourut accidentellement d'une chute de cheval au
-passage d'un gué, en 1242.
-
- [7] Élie Berger, _Histoire de Blanche de Castille, reine de
- France_, p. 121.
-
-L'aînée des filles d'Enguerrand III, Marie, épousa d'abord le roi
-d'Écosse Alexandre II, puis Jean de Brienne, grand bouteiller de France,
-fils puîné de Jean de Brienne, roi de Jérusalem. Son fils aîné, Raoul II,
-eut une fin prématurée. Il trouva la mort à la bataille de Mansourah
-(1250), en Égypte, où il avait suivi saint Louis. Il venait de sauver la
-vie au comte d'Artois, frère du roi.
-
-Enguerrand IV recueillit la succession de son frère Raoul. Il se signala
-comme le digne héritier de Thomas de Marle. Sa cruauté à l'égard des gens
-de l'abbaye de Saint-Nicolas-au-Bois lui valut d'être jugé par le roi en
-personne. Peu s'en fallut qu'il ne fût exécuté. Enfin il s'en tira
-moyennant une énorme amende. Il vécut ensuite dans le calme, et, vers la
-fin de sa vie, répartit des aumônes entre les léproseries de ses
-domaines.
-
-Comme il ne laissait pas d'enfants, ses deux sœurs, Marie de Coucy,
-l'aînée, puis la seconde, Alix, femme d'Arnoul III de Guines, lui
-succédèrent, l'une après l'autre, Marie de Coucy n'ayant pas eu
-d'héritiers.
-
-Enguerrand V, fils d'Alix, est la tige de la seconde maison de Coucy.
-Élevé à la cour du roi d'Écosse, il épousa une parente de celui-ci,
-Chrétienne de Bailleul. Il porta toute sa vie les armes de Guines.
-
-Son troisième fils, Guillaume, qui lui succéda en 1321, reprit le blason
-des Coucy. Il eut pour femme Isabeau, fille de Gui III de Châtillon,
-comte de Saint-Pol, grand bouteiller de France. La comtesse d'Eu, Jeanne
-de Guines, contestait alors à Enguerrand la possession même de Coucy,
-qu'elle revendiquait du chef de son père Baudoin, fils aîné d'Arnoul III,
-comte de Guines et d'Alix de Coucy. Ces prétentions amenèrent un procès
-qui dura dix-huit ans, et qui se termina en faveur de Guillaume dont la
-succession fut ainsi assurée à son fils Enguerrand VI. Ce puissant
-seigneur se maria en 1338 avec Catherine d'Autriche, fille de l'empereur
-Léopold et de Catherine de Savoie, alliance qui permit plus tard à son
-fils de briguer la couronne impériale.
-
-La guerre de Cent Ans était à ses débuts. Dès l'année 1339, Coucy fut
-menacé par le roi d'Angleterre, Édouard III. Enguerrand VI se joignit au
-roi de France, son suzerain, pour lutter contre l'envahisseur. Il prit
-une part active aux expéditions contre Jean de Montfort et les Anglais,
-et perdit la vie à la bataille de Crécy (1346), ne laissant qu'un enfant
-en bas âge.
-
-Survinrent la captivité du roi Jean, les pillages anglais et leurs
-conséquences: la misère des campagnes avec la Jacquerie. Enguerrand VII,
-arrivé à l'âge d'homme, prit une sérieuse part à la répression et fit
-exécuter sans merci les factieux. Il fut envoyé peu après en otage en
-Angleterre, pour garantir le paiement de la rançon du roi Jean. Alors
-commença véritablement sa vie extraordinaire d'aventures, qui en font une
-des figures les plus attachantes du XIVe siècle. Il se fit si bien
-remarquer à la cour de Londres qu'Édouard III lui donna en mariage sa
-seconde fille, Isabelle; et Enguerrand ajouta ainsi aux domaines anglais,
-qui lui venaient de sa grand'mère Chrétienne de Bailleul, le comté de
-Bedford, en même temps qu'il obtenait la restitution du comté de
-Soissons, engagé pour sa rançon.
-
-A son retour en France (1368), Enguerrand, trouvant ses domaines
-incultes, s'efforça d'y attirer les habitants d'alentour par l'octroi
-d'une charte collective d'affranchissement à un grand nombre de ses
-bourgs et villages, y compris Coucy.
-
-Lorsque la guerre se ralluma avec l'Angleterre, il garda la plus stricte
-neutralité à cause de son mariage, et partit même en croisade contre les
-Visconti, tyrans de Milan excommuniés par le pape. En 1373, il tailla en
-pièces l'armée de Barnabo Visconti, près de Bologne, puis celle du fils
-de Galéas; et entreprit le siège de Plaisance avec le duc de Savoie. Une
-grave maladie de ce dernier contraignit Enguerrand à se retirer. Pendant
-ce temps, les Anglais de Robert Knoll avaient respecté les domaines de
-Coucy.
-
-Sur ces entrefaites, l'empereur Léopold étant mort sans autre héritier
-que Catherine d'Autriche, Enguerrand tenta de revendiquer, les armes à la
-main, l'héritage de sa mère. A la tête d'une bande de mercenaires,
-secondé par un grand nombre de seigneurs français, et aidé des subsides
-fournis par le roi de France, il entreprit une expédition des plus
-hasardeuses qui échoua malheureusement. Cet insuccès l'amena, dit-on, à
-fonder l'Ordre de la Couronne, dont l'emblème était une couronne
-renversée,--allusion à ses droits méconnus.
-
-A la mort d'Édouard III, il rompit tout lien avec l'Angleterre, où il
-renvoya sa femme Isabelle, ne gardant près de lui que sa fille aînée
-Marie. Sa seconde fille, Philippote, n'était jamais venue en France: elle
-épousa Robert de Veer, duc d'Irlande et comte d'Oxford, auquel elle
-apporta en dot les domaines anglais de son père. Dès lors, Enguerrand
-prit une part active à la lutte contre les Anglais, en Guyenne et en
-Normandie. Il refusa l'épée de connétable de Duguesclin, que Charles V
-lui offrait et l'engagea à la confier plutôt à Olivier de Clisson. Devenu
-gouverneur de Picardie, il donna la chasse aux troupes ennemies
-débarquées à Calais, en 1380.
-
-Il assista, comme haut baron, au sacre de Charles VI, et fut chargé de
-conclure la paix avec le duc de Bretagne. A partir de ce moment, il
-s'affirma de plus en plus comme un habile diplomate: c'est lui qui traita
-avec les Maillotins et apaisa leur révolte, lui encore qui, après la
-bataille de Rosebeck, négocia le retour du roi dans Paris[8].
-
- [8] L. Mirot, _Les insurrections urbaines au début du règne de
- Charles VI_. Paris, 1906, pp. 130, 137, 138, 145, 152, 154, 155
- et 181.
-
-On le voit ensuite en Écosse, où il avait opéré une descente, avec
-l'amiral Jean de Vienne, pour ravager les frontières septentrionales de
-l'Angleterre.
-
-Son gendre, Robert de Veer, duc d'Irlande, abandonnant sa femme, réussit
-à faire prononcer son divorce par le pape Urbain VI. Battu par les
-révoltés de Londres, qu'il avait tenté de soumettre, ce seigneur se
-réfugia en Hollande, d'où il ne craignit pas de se rendre à la cour de
-France. Enguerrand la quitta aussitôt, chargé d'une mission auprès du duc
-de Bretagne, à Vannes. Il y réussit si bien que non seulement il obtint
-la restitution à Olivier de Clisson de ses châteaux confisqués, mais
-encore l'hommage solennel rendu par le duc en personne au roi, à Paris
-même. Robert de Veer reçut l'ordre de quitter la France.
-
-Cependant Coucy se trouvait dépeuplé à la suite des guerres et des
-pillages ou incendies qu'elles avaient attirés. En 1388, Enguerrand fit
-décider, par le roi, que deux foires annuelles s'y tiendraient à la
-Saint-Nicolas d'été, et à celle d'hiver. Un grenier à sel y fut aussi
-établi.
-
-Enguerrand paraît ensuite en Espagne où il conduit le fils du duc
-d'Anjou, fiancé de la fille de Jean Ier, roi d'Aragon; à Arezzo qu'il
-assiège pour Louis d'Anjou; à Gênes auprès du duc de Bourbon, chef de
-l'expédition contre les pirates des côtes barbaresques. Il prend part à
-la descente des Gênois en Afrique. En 1393, il est à la cour de Savoie,
-s'occupant avec ardeur d'aplanir les difficultés élevées au sujet de la
-régence de cet État, durant la minorité d'Amédée VIII. Deux ans plus
-tard, il est chargé des intérêts du duc d'Orléans auprès de la République
-de Gênes, qui cherchait un roi parmi les princes du sang.
-
-L'entreprise capitale et la dernière de sa vie fut la croisade de
-Nicopolis. Il y accompagna le comte de Nevers, sur la demande instante de
-ses parents, à titre de guide et conseil. On sait comment, après une
-heureuse escarmouche d'Enguerrand, les Croisés furent taillés en pièces
-par l'armée du sultan Bajazet (28 septembre 1396). Enguerrand, fait
-prisonnier, fut reconnu par l'interprète picard Jacques de Heilly qui fut
-chargé de négocier en France le rachat des captifs. Aussitôt la nouvelle
-connue, le duc d'Orléans envoya Robert d'Esne pour obtenir la délivrance
-d'Henri de Bar et d'Enguerrand; mais Robert apprit à Vienne, en même
-temps, la maladie et la mort du célèbre baron qui venait d'expirer à
-Brousse le 18 février 1397. Jacques Wilay, de Saint-Gobain, ramena son
-cœur à l'abbaye de Villeneuve, près Nogent[9].
-
- [9] Delaville le Roux, _La France en Orient au XIVe siècle_, pp.
- 257, 262, 270 et suiv., et p. 313.--Mangin, _Enguerrand VII, sire
- de Coucy_, dans le _Bulletin de la Société académique de Laon_,
- t. XXIV, p. 40.
-
-Avec lui finit l'histoire de cette fameuse maison de Coucy, alliée aux
-familles royales de France, d'Angleterre et d'Autriche, qui produisit un
-Enguerrand III et un Enguerrand VII. C'est à ces deux seigneurs, dont la
-vie marque les périodes brillantes de la dynastie, qu'il faut attribuer
-la construction et la restauration de leur magnifique château, dont la
-mâle architecture était le symbole de la puissance politique des sires de
-Coucy. Il ne nous reste malheureusement aucun compte d'Enguerrand III,
-mais les Archives de l'Aisne ont eu la bonne fortune de s'enrichir,
-l'année dernière, grâce à M. Broche, d'un registre des recettes et
-dépenses de la châtellenie en 1386-1387. A cette époque, Enguerrand VII,
-comme on le verra plus loin, avait déjà fait rebâtir la salle des Preux
-et la salle des Preuses. A l'occasion de la visite de Charles VI, qui eut
-lieu le 23 mars 1387, un jeu de paume fut établi dans la cour.
-
-Les revenus de la seigneurie se composaient alors des droits féodaux, des
-produits du domaine, couvert de vignobles, de la pêche des viviers et des
-coupes de bois. Les divers chapitres de dépenses mentionnent les deux
-chapelains qui desservaient la chapelle des Onze mille Vierges et celle
-de la Madeleine, dans l'enceinte du château, l'affrètement d'un bateau
-qui transporta de Soissons à Rouen des approvisionnements de tout genre
-en vue d'une descente en Angleterre, projetée par Charles VI, le séjour
-de Guillaume de Verdun, astronome du châtelain, à Soissons, à l'hôtel du
-Mouton, les frais de déplacement d'Enguerrand VII à Dijon et à Soissons,
-et le carrosse amené de Lorraine par sa seconde femme, fille du duc Jean
-Ier.
-
-Enguerrand mort, sa fille aînée Marie, femme d'Henri de Bar, prit
-possession des domaines de son père, avec leurs nombreuses dépendances,
-parmi lesquelles le comté de Soissons. Mais une fille cadette, Isabeau,
-issue de son second mariage, et femme de Philippe de Nevers, réclama le
-partage et intenta un procès. Sur ces entrefaites, le frère du roi
-Charles VI, Louis duc d'Orléans, voyant la riche baronnie de Coucy entre
-les mains d'une femme, offrit à Marie de l'acheter. On négocia, et, le 15
-novembre 1400, fut conclu l'acte de vente moyennant 400.000 francs, et
-l'abandon des revenus à titre viager; mais en réalité le duc ne paya
-jamais que 104.000 francs, comme M. Lacaille a pu l'établir. Marie de
-Coucy s'éteignit cinq ans plus tard. Sa sœur Isabeau, à qui un arrêt du
-Parlement avait adjugé la moitié de Coucy, Marle, La Fère et Origny, le
-quart de Montcornet et Pinon, avec le cinquième de Ham, décéda à son
-tour, en 1411, laissant une fille unique qui la suivit de près dans la
-tombe. Le fils de Marie de Coucy, Robert de Bar, demeuré seul héritier,
-poursuivit le duc d'Orléans en paiement d'une somme de 120.000 livres,
-restée due sur le prix de vente de la seigneurie. Une transaction
-intervint: le comte de Bar consentit à tenir quitte de sa dette le duc
-d'Orléans moyennant la restitution des châtellenies de La Fère et de
-Marle.
-
-La partie de la baronnie qui ne fut pas réunie à la couronne, sous Louis
-XII, passa plus tard dans la maison de Luxembourg, puis dans celle de
-Bourbon, par les Vendôme et Alençon, et fut enfin réunie à la couronne
-par Henri IV.
-
-Coucy était dès ce temps le siège d'une prévôté royale, transformée plus
-tard en bailliage, et d'une maîtrise des eaux et forêts ou gruerie. En
-matière judiciaire, les causes allaient en appel devant les présidiaux de
-Soissons et de Laon. Le duc d'Orléans obtint du roi, en 1405, l'érection
-de Coucy en pairie, pour lui et ses descendants.
-
-La possession de ce magnifique domaine excita la convoitise du duc de
-Bourgogne et des maisons de Luxembourg et de Lorraine: ceux-ci le
-revendiquèrent, en vertu d'anciennes alliances. Ce fut une des causes de
-l'hostilité des Bourguignons contre les Armagnacs, partisans du duc
-d'Orléans.
-
-Le duc d'Orléans périt assassiné en 1407, et ses enfants prirent les
-armes pour le venger. Aussitôt Charles VI, qui s'était montré favorable
-aux Bourguignons, prononça la confiscation du domaine de Coucy. Valeran
-de Luxembourg, comte de Saint-Pol, fut chargé d'aller l'occuper.
-
-Celui-ci marcha sur Coucy, et y entra sans coup férir (1411); mais il ne
-put forcer le château où commandait Robert d'Esne. Malgré toutes les
-sommations, ce vaillant capitaine refusait opiniâtrement de se rendre,
-confiant dans la solidité des murailles et le courage de compagnons
-déterminés à tenir tant qu'il y aurait des vivres. Le comte de Saint-Pol
-fut obligé de commencer un siège en règle. Il employa, à cet effet, un
-procédé considéré alors comme une innovation, la mine. Des ouvriers
-liégeois furent chargés de pratiquer une galerie au-dessous de la tour de
-la porte basse du château ou porte Maître-Odon. Les chevaliers et hommes
-d'armes assiégeants descendaient à tour de rôle dans le souterrain,
-curieux de voir de près la nouveauté du jour. Or, il arriva qu'à
-l'endroit où la galerie passait sous les fondations de la muraille
-extérieure du château, on négligea de l'étayer suffisamment: tout à coup
-la voûte s'effondra sous le poids d'une portion de la base croulante de
-la tour, ensevelissant ouvriers et visiteurs. _Et encores y sont-ils_,
-ajoute le chroniqueur Juvénal des Ursins, en manière d'oraison funèbre
-des victimes[10].
-
- [10] Le fait est aussi rapporté par Pierre de Fenin, Jean
- Lefebvre de Saint-Remy et Monstrelet.
-
-L'affaissement d'une tour n'avança en rien le siège de la place qui dura
-encore trois mois. Enfin Robert d'Esne ne recevant aucun secours du
-dehors se trouva contraint de capituler. Ce succès valut au comte de
-Saint-Pol l'épée de connétable.
-
-Deux années plus tard, Coucy fut restitué au duc d'Orléans, à la suite du
-traité de paix conclu avec le duc de Bourgogne. Mais, de nouveau, en
-1419, la place fut livrée aux Bourguignons, cette fois de la façon la
-plus extraordinaire. Voici comment: Pierre de Saintrailles était
-gouverneur du château pour le dauphin. Ses serviteurs furent gagnés par
-les nombreux prisonniers bourguignons enfermés par La Hire dans le
-donjon. Sur leurs instances, ils dérobèrent les clefs de la tour et en
-ouvrirent les portes nuitamment. Les Bourguignons conduits par le fameux
-sire de Maucourt et Lionnel de Bournonville, se saisirent des premières
-armes venues et se précipitèrent au logis de Saintrailles, qu'ils
-égorgèrent avec ses sentinelles et mirent le poste hors d'état de nuire.
-En même temps des émissaires furent dépêchés au duc de Bourgogne pour
-appeler à l'aide. La Hire, stupéfait et furieux, à son retour d'une
-course dans le voisinage, ne put même pas essayer de rentrer dans le
-château, et dut bientôt se retirer devant les renforts bourguignons[11].
-
- [11] Germain Lefèvre-Pontalis, _La Guerre de partisans dans la
- Haute-Normandie_ dans la _Bibliothèque de l'École des Chartes_,
- t. LVI, 1895, p. 455. L'anecdote est racontée par Fenin et
- Monstrelet.
-
-Le duc de Bourgogne ne profita guère du coup d'audace de l'«écorcheur»
-Maucourt, puisqu'il fut assassiné avant même la fin de l'année. La Hire
-et Poton de Saintrailles rentrèrent dans Coucy à quelque temps de là. En
-1423, le comte de Suffolk vint assiéger la place, s'en rendit maître et
-la livra à Jean de Luxembourg, comte de Saint-Pol, un des plus chauds
-partisans des Anglais. A la mort de ce dernier (1440), le véritable
-propriétaire de Coucy, Charles d'Orléans, qui était retenu prisonnier en
-Angleterre, depuis Azincourt, pensa pouvoir acheter sa rançon en offrant
-au duc de Bourgogne la baronnie de Coucy avec celle de La
-Fère-en-Tardenois et le comté de Soissons, moyennant 45.600 écus d'or.
-Charles VII s'entremit, et pour faciliter, avec la conclusion du marché,
-le retour du duc d'Orléans, il renonça formellement et définitivement à
-ses droits de _quint_ et de _requint_ sur ces seigneuries. Les
-propositions durent être agréées de part et d'autre, car Charles
-d'Orléans revint en France cette année même.
-
-La terre de Coucy apparaît cependant dans des actes, de peu postérieurs,
-comme dépendant à nouveau de la maison d'Orléans, sans qu'on sache au
-juste comment. Le duc Charles mourut en 1465, et son fils Louis d'Orléans
-disputa la régence à Anne de Beaujeu. Tandis qu'il était vaincu et fait
-prisonnier à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier (1487), Pierre d'Urfé,
-grand écuyer de France, se présenta devant Coucy avec les troupes royales
-et s'en empara au bout de huit jours. Quelques années s'écoulèrent. Le
-duc d'Orléans se réconcilia avec Charles VIII, obtint restitution de la
-place, qu'il réunit au domaine de la couronne en devenant roi sous le nom
-de Louis XII (1498). Sa fille, Claude de France, reçut la baronnie en
-apanage, lors de son union avec François d'Angoulême (1514). Un an après,
-nouveau retour au domaine royal, à l'avènement de François Ier.
-
-La forteresse de Coucy fut, de bonne heure, une des places convoitées par
-les Calvinistes. Dès 1567, ils s'en emparèrent et y établirent leur point
-d'appui. Henri III la fit bientôt reprendre et la donna, avec ses
-dépendances, en apanage à Diane de France ou de Valois, duchesse
-d'Angoulême sa fille naturelle (1576).
-
-Les troupes royales l'occupaient pendant la Ligue, et s'élançaient à
-l'improviste de son château sur les partisans de la sainte union, par
-exemple sur les habitants de Mons-en-Laonnais, devenus de véritables
-bandits, ou sur ceux de Monampteuil. Puis, subitement, sans raison
-apparente, la ville de Coucy se déclara pour la Ligue. Le sieur de
-Lameth, commandant ligueur de la place de Coucy, finit, en 1594, par
-faire sa soumission au roi et lui remit le château.
-
-Occupé au siège de Laon, Henri IV ne trouva l'hospitalité, pour Gabrielle
-d'Estrées, qu'à Coucy, chez le maire où elle mit au monde le duc de
-Vendôme le 7 juin 1594.
-
-En 1615, les princes et les grands, mécontents du gouvernement de Marie
-de Médicis, s'emparèrent de cette forte position, voisine de Paris. La
-cour négocia avec eux et parvint à leur faire déposer les armes. Ils
-tirèrent prétexte de l'arrestation du prince de Condé pour reprendre
-Coucy, l'année suivante, et s'y maintinrent jusqu'à la mort du maréchal
-d'Ancre (1617).
-
-Diane de France, apanagiste de Coucy, mourut en 1619, et son domaine fut
-donné à François de Valois, second fils du duc d'Angoulême, qui mourut
-lui-même, en 1622, sans postérité. En 1645, Louis XIV engagea Coucy à
-Roger de Longueval, moyennant plusieurs milliers de livres.
-
-Durant la Fronde, Hébert, gouverneur de Coucy, devint suspect à Mazarin.
-Sommé de remettre la place au maréchal d'Estrées, gouverneur de Laon, il
-répondit qu'il la tenait directement du roi. Sur ce refus, d'Estrées eut
-ordre de faire avancer des troupes et d'investir la place. Le sieur de
-Manicamp, gouverneur de La Fère, s'étant joint à lui avec six pièces de
-canon amenées de La Fère et Péronne, le siège commença le 10 mai 1652.
-L'artillerie ouvrit une large brèche dans les murs. Les assiégés tinrent
-encore quelque temps dans la ville et ne se retirèrent derrière
-l'enceinte du château que le 19. Trois jours après, les troupes lorraines
-arrivèrent au secours d'Hébert, et leur cavalerie ayant défait un
-régiment d'assiégeants, ceux-ci se retirèrent en désordre, abandonnant la
-ville aux Frondeurs.
-
-Les habitants de Coucy ne tardèrent pas toutefois à se soumettre au roi.
-Le cardinal Mazarin chargea Clément Métezeau, l'ingénieur qui avait
-dirigé le siège de La Rochelle et probablement aussi son fils de
-démanteler les fortifications du château, en vertu d'un ordre royal daté
-du 11 septembre 1652[12]. Ils firent sauter à coups de mine les portes
-d'entrée de la basse-cour et du château, la chemise du donjon, les voûtes
-d'ogives de ses trois salles, mais l'explosion ne produisit que trois
-lézardes dans l'énorme cylindre. Ils rendirent inhabitables les tours
-d'angle, tous les corps de logis, et les ruines furent dès lors
-exploitées comme une carrière. Le tremblement de terre de 1692 acheva
-l'œuvre de la mine.
-
- [12] Arch. nat. O{1}3, fol. 288 vº. Clément Métezeau mourut le
- 28 novembre 1652.
-
-En 1673, Louis XIV donna Coucy, avec Folembray, en apanage à Philippe de
-France, duc d'Orléans, pour lui et ses descendants mâles, qui depuis lors
-portèrent le titre de sires de Coucy. La chapelle de la Madeleine, qui
-avait été épargnée dans le château, fut désaffectée, et ses revenus
-attribués à l'Hôtel-Dieu.
-
-Pendant la Révolution, le tribunal du district de Chauny fut établi à
-Coucy, dont le dernier seigneur fut Louis-Philippe-Joseph d'Orléans.
-Coucy-la-Ville prit le nom de Coucy-la-Vallée, et Coucy-le-Château celui
-de Coucy-la-Montagne. Le château, dont la grosse tour servit de prison
-aux malfaiteurs arrêtés dans les forêts voisines, devint un bien
-national. Attribué à l'Hôtel-Dieu de Coucy, qui continua à laisser les
-habitants de la ville et des environs arracher les parements des murs,
-moyennant une redevance de 3 francs par charrette de pierres, il fut
-racheté en 1829, par le duc d'Orléans, au prix de 6.000 francs. Son
-architecte, M. Malpièce, combla le fossé devant la porte, et fit boucher
-les trois lézardes du donjon, mais ce travail était tout à fait
-insuffisant.
-
-En 1856, quand l'Etat devint propriétaire du château, la commission des
-Monuments historiques, sur l'initiative de Viollet-le-Duc, prit en main
-le sauvetage des ruines de Coucy. Le donjon, qui menaçait de s'écrouler,
-fut chaîné par deux cercles de fer, à la hauteur des corbeaux, et
-recouvert d'une toiture; on reprit ses lézardes avec le plus grand soin.
-Le déblaiement du fossé dallé, de la poterne qui passe sous la chemise,
-de la chapelle, des soubassements des deux grandes salles se poursuivit
-méthodiquement, en ramenant au jour les débris de sculpture qui forment
-le musée lapidaire.
-
-L'imagination du voyageur moderne, en visitant les ruines d'un antique
-château féodal, se plaît au récit des légendes qui animent les vieux murs
-croulants. A défaut du roman de son châtelain, qui n'a aucun fondement
-sérieux et se rapporte plutôt au château de Fayel, Coucy a du moins
-l'histoire vraie, merveilleuse et souvent romanesque de ses seigneurs
-d'antan, dont on connaît la devise présomptueuse, mais justifiée:
-
- Roi ne suis
- Ne prince, ne duc, ne comte aussi,
- Je suis le sire de Coucy.
-
- PH. LAUER.
-
-
-
-
- [Illustration:
- Photo Neurdein.
- PORTE DE LAON]
-
-
-LA VILLE ET LE CHATEAU
-
-
-I
-
-ENCEINTE DE COUCY
-
-
-La ville de Coucy, fièrement campée sur un promontoire qui domine la
-vallée de la Lette, affluent de l'Oise, occupe une position stratégique
-de premier ordre aux confins du Soissonnais et du Laonnais. Son enceinte
-du XIIIe siècle encore intacte, flanquée de vingt-huit tours en y
-comprenant celles du château et de sa basse-cour, ne présentait qu'un
-point faible correspondant au plateau dont l'axe est occupé par la route
-de Laon. Cette raison suffit à expliquer la valeur défensive
-exceptionnelle de la porte de Laon qui jouait le même rôle que la porte
-Saint-Nazaire à Carcassonne. Viollet-le-Duc, qui en a décrit les
-ingénieuses dispositions avec le plus grand soin l'attribue avec raison à
-une époque un peu antérieure à celle du château[13].
-
- [13] _Dictionnaire d'architecture_, t. VII, p. 322-335.
-
-
-=Porte de Laon.=--Au XIIIe siècle, cette porte était précédée d'une
-barbacane en demi-lune où les routes de Laon et de Chauny venaient se
-réunir en passant chacune entre deux tours pour aboutir à un viaduc
-coudé[14] qui traversait une tour ronde isolée devant l'entrée de la
-porte. Cette tour fut remplacée en 1551 par un bastion pentagonal qui
-coûta la somme de 2.331 livres[15]. De nouvelles galeries de contre-mine
-dont le plan est très compliqué vinrent alors se souder à celles du XIIIe
-siècle. Un couloir voûté qui passe entre les anciennes piles du viaduc
-primitif permet d'y pénétrer, mais au XIIIe siècle ce passage aboutissait
-à deux ponts à bascule destinés aux défenseurs qui voulaient passer dans
-l'intérieur de la barbacane sans faire ouvrir la grande porte.
-
- [14] On en voit trois arcades en tiers-point dans le verger du
- commandant Mangard.
-
- [15] Cf. Mandat de paiement du 2 janvier 1552, publié par De
- L'Epinois, _Histoire de la ville et des sires de Coucy_, p. 374.
-
- [Illustration:
- Viollet-le-Duc del.
- PORTE DE LAON
- Coupe transversale.]
-
-Le plan de la porte se compose d'un rectangle flanqué de deux tours en
-hémicycle du côté extérieur. Un long passage voûté en berceau brisé et
-précédé d'un pont-levis donnait accès dans la ville. Deux archères
-s'ouvraient sur ce couloir du côté de l'orient et débouchaient dans la
-salle ronde inférieure des tours, éclairée par deux autres ouvertures du
-même genre. A l'autre extrémité, plus large, un couloir coudé pour
-dissimuler le nombre des défenseurs aboutissait de chaque côté à un
-corps de garde carré en ruines surmonté d'un plafond de bois[16] comme
-toutes les autres salles et chauffé par une cheminée. Au-dessus de ces
-deux pièces et du passage, une grande salle longue de 22 mètres et large
-de 8 mètres pouvait servir à loger les hommes du poste. Elle était
-éclairée à l'ouest par cinq fenêtres à linteau recoupées par un meneau
-vertical: on y montait par deux escaliers à vis[17].
-
- [16] Un pilier central soulageait la portée des poutres.
-
- [17] M. Champion, propriétaire de l'hôtel de la Pomme d'Or,
- possède deux curieuses faitières en terre cuite vernissée de
- couleur verte qui proviennent de la toiture de la porte de Laon.
-
-Chaque tour ronde était divisée en quatre étages non voûtés au-dessus
-d'une cave sans aération. Les archères encore intactes très longues et
-très étroites à l'extérieur se chevauchaient pour ne pas affaiblir les
-murs épais de 5 mètres à la base. A l'intérieur, elles sont encadrées
-sous des arcs en tiers-point. La chambre qui renfermait le treuil des
-deux herses se trouvait au-dessus du passage entre les deux tours et le
-pont-levis se manœuvrait plus haut dans le même axe. On voit encore une
-sablière courbée sur les corbeaux profilés en quart de rond qui dominent
-l'entrée. C'est un débris des hourds en bois qui contournaient le sommet
-des tours sous leur toit conique, suivant la disposition adoptée
-également par le constructeur du château, mais comme les marques de
-tâcherons diffèrent, il est évident que la porte et le château ne furent
-pas élevés par les mêmes ouvriers.
-
-A droite de la porte de Laon, on remarque une grosse tour ronde qu'on
-peut visiter en traversant le jardin du commandant Mangard toujours
-aimable pour les archéologues. Elle fut ajoutée au XIIIe siècle de chaque
-côté d'un rempart déjà bâti, car la salle du rez-de-chaussée est coupée
-en deux par un mur de refend à talus extérieur. Du côté de la ville, une
-salle carrée voûtée en berceau avec marques de tâcherons communique par
-une porte avec un hémicycle recouvert de six branches d'ogives aux angles
-abattus. Plus loin, à l'angle nord-est de l'enceinte, se trouve la tour
-éventrée par la mine pendant le siège de 1652.
-
-Deux autres portes donnaient accès dans la ville. Au sud, la porte de
-Soissons, s'ouvre dans un angle rentrant sous un arc brisé au pied d'une
-grosse tour ronde. Au nord-ouest, une porte moderne a remplacé l'ancienne
-porte de Chauny ou de Gommeron aujourd'hui bouchée et flanquée d'une
-petite tour. Des marques de tâcherons profondément gravées comme celles
-du château sont visibles sur certaines parties de l'enceinte, mais elles
-font défaut sur d'autres murs sans qu'on puisse conclure à un
-remaniement. L'épaisseur des remparts atteint 10 à 12 mètres à droite et
-à gauche de la porte de Laon, mais comme plusieurs salles sont comblées
-ou murées, il est difficile de dater ces renforcements successifs qui
-sont indiqués par des hachures sur le plan de la ville.
-
-Toute la ville de Coucy est bâtie sur des caves à plusieurs étages qui
-sont d'anciennes carrières aménagées par les habitants. Celles qui se
-trouvent dans le voisinage de la grande place aboutissaient au puits
-principal pour pouvoir puiser de l'eau en temps de guerre. Une galerie
-creusée par le maréchal d'Estrées après la brèche du siège de 1652
-traverse la ville depuis la porte de Laon jusqu'au château. Elle vient se
-relier à celle qui passe sous la partie nord de la basse-cour dont M.
-Colin, gardien du château, a reconnu l'existence. Une autre galerie
-transversale coupait le plateau en avant de la basse-cour.
-
-Il faut encore signaler une grande maison du XIIIe siècle près de la
-porte de Soissons, des maisons qui se distinguent par leurs pignons en
-gradins comme celles des villages du Soissonnais, une maison voisine de
-l'hôtel de la Pomme d'Or dont les linteaux de fenêtres sont décorés de
-motifs du style flamboyant et l'hôtel du gouverneur qui renferme
-d'intéressantes collections et des souvenirs de Gabrielle d'Estrées.
-
-
-=Église.=--L'église du XIIe siècle fut presque entièrement rebâtie au
-XIIIe, puis au XVIe siècle. La nef gothique comprenait trois larges
-travées dont il reste deux piles à huit colonnes du XIIIe siècle, mais au
-XVIe siècle les grandes arcades, les voûtes d'ogives à liernes et
-tiercerons et les bas côtés furent reconstruits. On subdivisa les
-anciennes travées par des piles ondulées très minces dont deux furent
-remplacées par un support rectangulaire à l'époque moderne. Le chœur à
-cinq pans du XIIIe siècle fut revoûté d'ogives au XVIe siècle, comme le
-carré du transept dont les piles d'angle sont du XIIIe siècle sauf les
-chapiteaux. Il faut attribuer à la même époque d'élégants fonts
-baptismaux en marbre noir dont la cuve octogone ornée de masques et de
-feuillages repose sur huit colonnettes.
-
-La partie centrale de la façade est une œuvre remarquable de la seconde
-moitié du XIIe siècle. Six colonnettes soutiennent le portail en plein
-cintre: l'une de ses voussures ornée de palmettes et de fruits d'arum
-encadre un tympan moderne. Au-dessus de la fenêtre qui s'ouvre dans l'axe
-de la nef, six arcatures trilobées et un oculus tréflé entouré de bâtons
-rompus décorent le pignon.
-
-
-
-
-II
-
-BASSE-COUR DU CHATEAU
-
-
-Le château occupe l'extrémité orientale du promontoire escarpé qui forme
-la défense naturelle de Coucy. Sa vaste basse-cour ou baille forme un
-hexagone irrégulier qui ne devait pas se relier comme aujourd'hui à
-l'enceinte de la ville. Au XIIIe siècle, un profond fossé creusé entre
-deux murs avec tours d'angle coupait le plateau en avant de la porte de
-la basse-cour. Cette porte était sans doute reliée par un viaduc entre
-deux ponts-levis à une porte de ville également flanquée de deux tours
-dont il ne reste plus trace. Si j'ai cru devoir restituer ce tracé sur le
-plan primitif de l'enceinte, c'est que des courtines aux deux bouts du
-fossé auraient rendu sa valeur défensive tout à fait illusoire. En outre,
-la plantation des tours d'angle nord-est et sud-est de la basse-cour
-prouve qu'elles étaient dégagées sur les trois quarts de leur
-circonférence, comme on le voit sur le plan d'Androuet du Cerceau. Les
-murs qui viennent buter contre leur parement sont relativement modernes.
-Il fallait fortifier la contrescarpe pour fermer la ville en face de
-l'entrée du château, sinon l'enceinte aurait été ouverte sur le front
-occidental.
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- PORTE DE LA BASSE-COUR]
-
-
-=Porte d'entrée.=--La porte B de la basse-cour, flanquée de deux tours en
-ruines et désignée sous le nom de porte Maître-Odon, devait ressembler à
-la porte de Laon avant sa démolition par l'ingénieur Métezeau en 1652.
-C'est une œuvre de la première moitié du XIIIe siècle dont le plan
-primitif ne comportait peut-être pas des corps de garde aussi vastes. La
-longue voûte en berceau brisé du passage s'est effondrée: elle était
-soutenue par cinq doubleaux qui retombaient sur des corbeaux moulurés. Au
-revers, c'est-à-dire à l'ouest, un arc en tiers-point encore intact
-encadre la porte derrière la rainure d'une herse. Ses deux rangs de
-claveaux nus sont appareillés sous un cordon de fleurs à sept pétales qui
-accuse une période peu avancée du XIIIe siècle, comme le cavet des
-tailloirs. De chaque côté du passage, deux arcatures en tiers-point sans
-moulures s'appuient sur des pilastres de grès, mais au XIIIe siècle ces
-arcades aveugles étaient au nombre de quatre à droite et à gauche.
-
-On voit encore une amorce du parement arrondi de la tour du sud. L'autre
-tour, éventrée par la mine, conserve sous une petite voûte en berceau
-brisé l'amorce d'une feuillure de porte qui donnait accès dans une salle
-ronde voûtée d'ogives en amande. En arrière, on pénètre à l'ouest dans un
-corps de garde par une porte dont le linteau repose sur deux consoles
-moulurées. Cette pièce qui communiquait avec la salle ronde de la tour
-est recouverte de deux voûtes d'ogives sans formerets dont le tore
-aminci repose sur des consoles mutilées. Deux doubleaux en tiers-point,
-ornés d'un filet entre deux boudins et reliés par une voûte en berceau
-brisé, séparent les deux croisées d'ogives pour éviter la retombée d'un
-arc dans l'axe des portes. Le corps de garde du sud est démoli, mais
-l'amorce de ses ogives et les corbeaux qui les soutiennent sont encore
-visibles.
-
-
-=Tours de la basse-cour.=--Le côté nord de la basse-cour est beaucoup
-moins bien défendu que la face méridionale. En partant de la grosse tour
-nord-est du château, on rencontre d'abord une large brèche, puis le
-rempart garni de marques de tâcherons du XIIIe siècle forme un pan coupé
-percé d'une poterne. Au point où Androuet du Cerceau indique une tour
-d'angle dont je n'ai pu retrouver aucune trace, des corbeaux devaient
-soutenir une bretèche. Le mur à talus suit une ligne droite de 100
-mètres: ses assises dépourvues de marques de tâcheron, se décrochent à
-l'extrémité occidentale en formant un angle obtus avec le rempart
-primitif. Il ne faut pas en conclure que le front nord fut presque
-entièrement reconstruit, car les marques de tâcheron font également
-défaut sur les tours du sud qui doivent être attribuées au XIIIe siècle.
-La tour d'angle nord-est A de la basse-cour était ronde, mais il n'en
-reste plus qu'un quart engagé dans un pan coupé moderne. Rebâtie au XIVe
-siècle sur son talus primitif, décollée par un coup de mine au XVIIe
-siècle, puis remaniée dans sa partie haute, elle n'offre plus
-aujourd'hui aucun intérêt.
-
-Au sud-est, une tour ronde C du XIIIe siècle s'élevait à l'angle de la
-baille, en face de celle qui est encore engagée dans le mur de la ville,
-mais le coup de mine qui en a détruit la moitié a fait incliner l'autre.
-La brèche fut murée plus tard et défendue par une échauguette sans
-caractère. A la suite, le rempart du XIIIe siècle se distingue par ses
-tours rondes antérieures à celles du château et plus rapprochées que
-celles de la ville. Elles sont au nombre de cinq jusqu'au retour d'angle
-de l'enceinte: leurs étroites archères forment à l'extérieur de longues
-fentes dans le parement, mais leur couronnement a disparu.
-
- [Illustration: Photo Lefèvre-Pontalis.
- TOURS DE LA BASSE-COUR]
-
-A l'angle sud-est de la basse-cour, on a creusé vainement jusqu'aux
-fondations, en 1865, pour découvrir les restes des gens de guerre du
-comte de Saint-Paul, enfouis dans une galerie de mine en 1411. En partant
-de ce point, on pénètre d'abord dans une salle ronde de la seconde tour
-D. Sa voûte d'ogives aux arêtes abattues est très grossière: la clef se
-compose d'une pierre carrée au lieu d'être taillée en croix. Les nervures
-viennent s'engager dans le mur au niveau des retombées. Trois archères
-recouvertes de linteaux en saillie les uns sur les autres éclairent la
-pièce. On monte au second étage recouvert d'un plancher par un escalier
-qui suit la courbe de la tour.
-
-La troisième tour E, qui remonte également au premier quart du XIIIe
-siècle, ne diffère de la précédente que par deux grandes arcatures en
-plein cintre soutenues par des pilastres au revers du mur intérieur. Les
-ogives plates de la voûte aux angles abattus et les archères à linteau
-sont du même type, mais les marches de l'escalier courbe portent sur un
-chanfrein qui se décroche, comme dans le donjon. La tour suivante F
-conserve sa voûte d'ogives et quatre archères, mais dans la quatrième,
-désignée sur le plan par la lettre G, les nervures de même profil, à clef
-cruciforme, retombent sur des culots moulurés. Les archères plus hautes
-et plus larges sont surmontées de cinq linteaux. Un escalier à vis
-conduit au second étage. Il est donc certain que les murs de la baille
-furent bâtis en allant de l'est à l'ouest. Les trois premières tours
-intactes sont les plus anciennes de toute l'enceinte.
-
-La porte de la sixième tour H, qui défend l'angle sud-ouest de la
-basse-cour, est amortie par un tympan monolithe sous un arc de décharge
-en plein cintre. Les deux étages reliés par un escalier à vis étaient
-voûtés d'ogives retombant sur des consoles moulurées. L'épaisseur des
-murs atteint 2m,35. Les quatre archères à linteau du second étage où l'on
-pouvait accéder directement par une porte et une échelle sont surmontées
-d'un arc de décharge, ce qui indique un nouveau progrès. Après cette tour
-très saillante, le mur de la baille fait un coude pour rejoindre la
-grosse tour sud-est du château. Ce front est défendu par deux tours.
-
-La septième tour I n'a pas le même plan que les précédentes, car la salle
-basse voûtée d'ogives a la forme d'un hémicycle fermé par un mur droit.
-On y entre par une porte à linteau tréflé dont l'arc de décharge est en
-plein cintre. Un escalier à vis dessert le second étage dont la porte sur
-la cour et les archères présentent la même disposition que dans la tour
-H.
-
-Entre cette tour et la suivante J dont la voûte d'ogives et l'escalier à
-vis sont en ruines s'ouvre une poterne en tiers-point précédée d'une
-archivolte en plein cintre. A côté, deux arcs de décharge plus ou moins
-enterrés sont surmontés de deux rainures qui semblent destinées à
-recevoir les bras d'un pont-levis intérieur. La tour K, tombée dans le
-fossé, devait ressembler à toutes celles du front sud de la basse-cour.
-Plus loin, après une autre poterne, le mur de la baille vient rejoindre
-la courtine qui relie la grosse tour sud-est du château à la chemise du
-donjon.
-
-=Chapelle romane.=--La basse-cour renferme, au sud de l'allée centrale,
-un puits[18], et près de la maison du gardien les fondations d'une
-chapelle romane. Sa nef unique et son transept flanqué de deux absidioles
-arrondies n'étaient pas voûtés; mais l'abside en hémicycle, dépourvue de
-contreforts, était recouverte d'un cul de four précédé d'une voûte en
-berceau. On voit la trace de deux arcatures de chaque côté du chœur dans
-la partie droite. La base de l'une de leurs colonnes, encore intacte, et
-celle des six colonnettes du portail de la façade, permettent d'attribuer
-cette chapelle au XIIe siècle et non pas au XIe siècle, comme
-Viollet-le-Duc le prétend. Cette date se trouve confirmée par les
-fragments d'une corniche garnie de palmettes, semblable à celle de
-l'église de Berzy-le-Sec, près de Soissons, et par les débris d'une croix
-de pignon formée de cercles découpés à jour, comme à Bruyères-sous-Laon.
-Trois chapiteaux à crochets, du XIIIe siècle, retrouvés dans les
-fouilles, et posés sur une pile d'angle, sont peut-être des témoins d'un
-remaniement exécuté dans cette chapelle, au XIIIe siècle.
-
- [18] Le compte de 1386-1387 mentionne la construction d'une
- étable dans la basse-cour, avec de vieux matériaux.
-
-
-
-
-III
-
-DESCRIPTION DU CHATEAU
-
-
-=Date de la construction.=--Viollet-le-Duc a voulu limiter la durée des
-travaux du château à cinq ans, de 1225 à 1230, d'après les profils et le
-caractère de la sculpture, mais cette hypothèse ne repose sur aucun
-fondement. A défaut de textes, la science archéologique permet de
-distinguer deux campagnes dans la construction de la basse-cour, et deux
-autres pour le château proprement dit. Je crois que le donjon fut élevé
-en dernier lieu avec la chapelle, aussitôt après l'achèvement de
-l'enceinte, comme le prouve le style avancé des figurines sculptées sur
-les consoles de la salle basse. Le profil des ogives des grosses tours,
-les clefs de voûte, les chapiteaux à crochets, portent l'empreinte du
-style en usage dans la première moitié du XIIIe siècle.
-
-Un détail, qui a son importance, permet de rajeunir quelque peu la
-forteresse, c'est le bec des tailloirs qui n'était pas d'usage courant
-avant 1225 environ. Sans doute, on en voit des exemples précoces à la
-cathédrale de Soissons, dans la chapelle haute du croisillon sud,
-terminée au XIIIe siècle et dans le rond-point consacré en 1212, mais à
-Longpont, dont l'église abbatiale fut livrée au culte en 1227, le plan
-carré des tailloirs persiste. Par contre, à Royaumont où la dédicace de
-l'église eut lieu en 1235, les tailloirs du bas côté sud encore en place,
-présentent un bec caractéristique, comme dans les tours de Coucy. En
-outre, la corniche à crochets du donjon est identique à celle qui fut
-refaite au chevet de Notre-Dame de Paris vers 1240.
-
-Il est donc probable que la période de grande activité des chantiers dut
-plutôt correspondre au second quart qu'au premier quart du XIIIe siècle.
-Ces observations techniques sont d'accord avec la tradition qui attribue
-à Enguerrand III l'honneur d'avoir construit le château, car le gros
-œuvre devait être terminé quand il mourut en 1242.
-
-Nous sommes beaucoup mieux renseignés sur l'époque du remaniement des
-bâtiments d'habitation, grâce à un registre des comptes de la châtellenie
-de Coucy, commencé le 1er octobre 1386 et terminé le 30 septembre
-1387[19]. Ce précieux document, écrit de la main de Jean Plançon,
-receveur d'Enguerrand VII, a été récemment vendu par un libraire de Caen
-à M. Lucien Broche, archiviste départemental, qui l'a fait entrer dans
-les archives de l'Aisne.
-
- [19] Ce registre, en assez mauvais état, se composait de 168
- feuillets, mais il en manque 20. Sa cote provisoire est E. 672.
-
-Plusieurs mentions prouvent qu'on achevait à cette époque la salle des
-Preux et la salle des Preuses, après avoir exhaussé les courtines avec
-des pierres provenant des carrières de Neuville-sur-Margival et de
-Courval. La porterie et les bâtiments adossés au mur du nord furent sans
-doute également l'œuvre des architectes d'Enguerrand VII secondés par
-Jean de Cambrai et Robinet Carême, maîtres-maçons de Coucy. En tout cas,
-il faut rapporter à la campagne de 1386-1387 la cheminée du boudoir de la
-salle des Preuses, l'établissement d'un cachot, à l'ouest du grand
-cellier, pour «gesir Bonnifface et Guedon»[20], la restauration des
-arcades aveugles du premier étage, et le remplacement de la voûte de
-cette salle par un plancher dans la tour nord-ouest, la captation dans un
-réservoir de la source qui jaillit au pied de la chemise du donjon, la
-pose de conduits pour évacuer les eaux de la cuisine, les lambris du
-plafond de la galerie de la chambre aux Aigles et de l'oratoire voisin
-des «chambres neuves», la réparation des charpentes et de toutes les
-toitures avec des tuiles de Pinon, et la décoration du parloir contigu à
-la salle des Preuses par trois peintres de Paris. La note gaie est
-fournie par des dépenses de vitrerie causées par les ébats du singe
-d'Isabelle de Lorraine, femme d'Enguerrand VII[21]. Malgré l'opinion de
-Viollet-le-Duc, ces importants travaux ne doivent plus être attribués à
-Louis d'Orléans, qui se rendit acquéreur de la baronnie en 1400.
-
- [20] Ce cachot se trouvait sous le trésor.
-
- [21] Huit charpentiers, deux menuisiers, un couvreur, un
- verrier, un plombier et deux serruriers, cités dans les comptes,
- furent employés à ces travaux. Ils étaient originaires de Coucy,
- de La Fère, de Laon et de Soissons.
-
-
-=Plan et appareil.=--Le château proprement dit forme un quadrilatère
-irrégulier, flanqué de quatre tours d'angle, et dominé par le château,
-qui s'élève au milieu de la face orientale. Le front nord mesure 92m,45,
-entre les tours; le côté ouest 35 mètres; la face du midi 50m,80; et le
-front est 88 mètres. C'est grâce à une vue cavalière dessinée par
-Androuet du Cerceau, avant 1576, que nous pouvons nous faire une idée de
-l'aspect du château à cette époque. Viollet-le-Duc s'est borné à tirer un
-heureux parti de cette perspective; mais il aurait dû prévenir ses
-lecteurs que son croquis représente le château non pas au XIIIe siècle,
-comme on se l'imagine, mais au XVIe siècle. En effet, vers 1250, je suis
-persuadé qu'il n'y avait aucun bâtiment au revers de la porte et du mur
-nord, mais seulement des arcades en tiers-point destinées à porter un
-large chemin de ronde. La cour, bordée par des logements à l'ouest et au
-sud où la chapelle faisait une saillie prononcée sur la grande salle,
-occupait donc une superficie plus grande au XIIIe siècle qu'au XVIe
-siècle.
-
-La pierre calcaire, à gros grain parsemée de coquillages, qui a servi à
-construire le château, provient des carrières de la ville et du plateau.
-Certaines assises atteignent 1m,34 et même 1m,90; mais leur longueur
-moyenne est de 0m,80. L'épaisseur des lits varie de 0m,33 à 0m,40. Les
-dalles qui recouvrent des couloirs mesurent souvent 2 mètres de longueur
-et 1 mètre de largeur sur 40 centimètres d'épaisseur. J'ai relevé des
-linteaux épais de 0m,60, des claveaux de 0m,00, des murs de 3 à 5 mètres
-à la base des tours.
-
- [Illustration: MARQUES DE TACHERONS DU XIIIe SIÈCLE]
-
-L'appareil est donc plus grand que dans les églises du XIIIe siècle. Les
-marques de tâcherons si nombreuses dans le château et si rares dans la
-basse-cour, présentent une soixantaine de types différents qui
-correspondent au nombre des tailleurs de pierre pour les parements. On
-peut distinguer du premier coup d'œil une assise du XIIIe siècle d'une
-pierre mise en place à la fin du XIVe siècle dans la salle des Preux ou
-dans la salle des Preuses; car les signes les plus anciens sont gravés
-très profondément.
-
-
-=Souterrains.=--Il faudrait entreprendre des fouilles très coûteuses pour
-tracer le plan des souterrains qui facilitaient les communications entre
-les diverses parties du château et qui devaient permettre de prendre
-l'ennemi à revers au dehors de l'enceinte. L'architecte avait pris la
-précaution, comme on le fit plus tard à Pierrefonds, de n'en creuser
-aucun derrière la porte d'entrée, pour que les mineurs rencontrent un
-terre-plein. Au revers du mur nord de la cour, un escalier à vis du XIVe
-siècle, établi après coup, descend dans un souterrain du XIIIe siècle
-voûté en berceau qui se rétrécit près d'une rainure de herse et qui
-conduit à la cave circulaire de la tour nord-est. Cette galerie qui se
-continuait jadis à l'ouest était recoupée au bas de l'escalier par un
-autre souterrain partant de la courtine, comme l'indique une bouche
-d'aérage.
-
-Sous la salle des Preux, à l'est, un bel escalier droit, encadré par des
-archivoltes en plein cintre qui forment un ressaut au-dessus de chaque
-marche, comme à l'entrée des caves de Pontoise, de Senlis, de Noyon,
-d'Elincourt-Sainte-Marguerite (Oise), et du château de Pierrefonds,
-conduit dans une cave encore intacte. Ses deux galeries parallèles,
-voûtées en berceau brisé, communiquent par des arcades en plein cintre,
-et dans la seconde une porte donne accès dans la salle basse de la tour
-sud-est. Vers la droite, les lits d'assises du parement ne se raccordent
-pas, mais l'identité des marques de tâcherons permet de conclure à une
-erreur d'appareil plutôt qu'à deux constructions d'âge différent. A
-l'extrémité occidentale, un escalier du XIVe siècle aboutit au
-rez-de-chaussée de la salle des Preuses. M. Colin, gardien du château, a
-trouvé d'autres amorces de souterrains qui s'enfoncent dans le sol aux
-deux extrémités de ces galeries, mais les caves des tours nord-ouest et
-sud-ouest n'étaient pas desservies par des couloirs inférieurs, car on
-n'y voit aucune trace de porte. Est-il besoin d'ajouter que les prétendus
-souterrains, qui auraient relié au château les abbayes de Nogent et de
-Prémontré, n'ont jamais existé que dans l'imagination des romanciers?
-
-
-=Porte d'entrée.=--Un dessin d'Androuet du Cerceau donne une idée des
-défenses extérieures de la porte d'entrée. Pour franchir le fossé, large
-de vingt mètres, il fallait passer sous deux portes, en traversant un
-pont de bois à deux bascules qui reposait sur des massifs de maçonnerie
-et sur les piles de deux petits corps de garde isolés. En 1829, leurs
-débris furent enfouis sous le remblai actuel. Le parement extérieur de la
-porte est arraché, mais on voit encore de chaque côté les rainures des
-trois herses qui glissaient entre des arcs en tiers-point. Au XIIIe
-siècle, la porte était flanquée au revers de deux grandes arcades en
-tiers-point; celle de gauche encadre une archère; celle de droite, à mur
-plein, fut convertie en logement à l'époque moderne. Je suis persuadé que
-le corps de garde, désigné par la lettre H sur le plan de Viollet-le-Duc,
-et dont il reste les substructions, fut une addition de la fin du XIVe
-siècle, car il est évident que les piédroits, les écoinçons et les
-claveaux des arcades n'étaient pas destinés à être englobés dans un
-bâtiment quelconque. A son point de rencontre avec la chemise du donjon,
-le mur ne présente aucune trace de collage, mais au niveau du sol on voit
-la feuillure d'une porte relancée dans les assises primitives et
-l'ouverture d'une fosse d'aisances rectangulaire appliquée après coup
-contre le parement du fossé.
-
- [Illustration:
- LA FACE DE LENTREE FACIES INGRESSVS
- Androuet du Cerceau del.
- LE CHATEAU EN 1576. Vue prise à l'est.]
-
-A gauche de l'entrée, le sommier d'une branche d'ogives aux arêtes
-abattues vient s'incruster dans les claveaux de l'arcade aveugle, déjà
-signalée. Comme le profil de la nervure est identique à ceux des voûtes
-faites vers 1385, sous les salles des Preux et des Preuses, de l'est à
-l'ouest, il faut en conclure que le corps de garde carré, divisé par
-quatre piles centrales en neuf travées et recouvert de croisées d'ogives,
-avait été ajouté à la même époque. L'architecte du XIIIe siècle avait
-calculé que la porte de la basse-cour suffirait à tenir en échec
-l'assaillant. D'ailleurs l'ennemi qui aurait voulu forcer l'entrée du
-château se serait fait écraser par les projectiles lancés du haut du
-donjon et de la grosse tour nord-est. Il était donc inutile d'adopter la
-même disposition qu'à la porte de Laon, mais une chambre de manœuvre des
-herses devait s'élever au milieu de la courtine, défendue par une
-bretèche.
-
-
-
-
-IV
-
-TOURS D'ANGLE
-
-
-=Tour nord-est.=--A côté de la porte du château s'élève une grosse tour
-ronde O dont le diamètre extérieur est de dix-neuf mètres. La salle
-circulaire du sous-sol, voûtée par six ogives aux arêtes abattues qui
-retombent sur des consoles, est enclavée par deux archères à linteaux
-superposés. On y accédait par une porte en plein cintre au bout du
-souterrain déjà signalé, qui longe la courtine du nord. Au
-rez-de-chaussée, une porte à linteau précède une voûte en berceau brisé
-qui vient buter contre deux grandes dalles. Dans ce couloir venait
-déboucher l'escalier à vis, dépourvu de marches, qui conduisait
-directement à la plate-forme supérieure[22]. La salle hexagone est
-recouverte par six nervures en amande qui se réunissent autour d'une clef
-à feuillage et qui s'appuient sur de courtes colonnettes. Les crochets de
-leurs chapiteaux se recourbent sous des tailloirs à bec moulurés. Les
-formerets à claveaux nus encadrent de larges niches en tiers-point. A
-l'ouest, une fenêtre de la même forme, avec glacis en escalier, s'ouvre
-dans le mur, épais de 4m,80. Un couloir coudé, éclairé par une archère,
-conduit à des latrines dont la fosse, très profonde, se compose d'un
-puits rond surmonté d'un puits carré.
-
- [22] Viollet-le-Duc a mal planté les latrines de cette tour.
-
- [Illustration:
- A Ventre del.
- CHAPITEAU DE LA TOUR NORD-EST]
-
-Au premier étage, la voûte s'est écroulée; mais on voit l'amorce de l'une
-des six ogives à tore aminci. Cette salle, à six pans, communiquait par
-une porte avec la courtine du nord. Ses grandes niches en tiers-point,
-ses cinq archères, sa cheminée et ses latrines sont encore intactes. Le
-dernier étage, hexagone, n'était pas voûté: ses niches au nombre de six,
-ne correspondaient pas aux précédentes pour donner plus de solidité à la
-maçonnerie. La toiture reposait sur un mur circulaire percé de baies à
-linteau, et les hourds de bois prenaient leur point d'appui sur de gros
-corbeaux de pierre, dont le profil est formé de quatre quarts de rond,
-comme au sommet du donjon.
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- COURTINE ET TOUR NORD-EST]
-
-
-=Musée lapidaire.=--Le déblaiement des ruines a permis de
-recueillir, dans la salle du rez-de-chaussée de cette tour, des
-sculptures très intéressantes, comme un chapiteau du XIIe siècle,
-à larges feuilles recourbées en volutes, qui devait orner une
-salle du château roman, et qui couronnait une colonne isolée. Une
-large clef de voûte, du XIIIe siècle, dont le trou central est
-entouré d'une guirlande de feuillages, provient de la chapelle
-gothique, comme le prouvent les amorces de ces quatre branches
-d'ogives, tandis que deux clefs à six nervures faisaient partie
-des voûtes dans les grosses tours. Deux grosses gargouilles, à
-tête d'animal et des débris des quatre pinacles terminés par un
-fleuron sortant d'un cercle de boules, qui se trouvaient jadis au
-sommet du donjon, méritent d'attirer l'attention avec un
-personnage assis, les jambes croisées, qui décorait un sommier de
-la voûte d'ogives du rez-de-chaussée.
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- MUSÉE LAPIDAIRE.--SCULPTURES DU XIVe SIÈCLE
- A droite, têtes d'un Preux et d'une Preuse provenant des cheminées.]
-
-Trois lions mutilés du XIIIe siècle, dont l'un dévorait un enfant
-et l'autre un chien, portaient sur leur dos une table de pierre
-qui servait de siège à un autre lion assis. C'était l'ancien
-perron dessiné par Androuet du Cerceau, où les vassaux des sires
-de Coucy juraient foi et hommage à l'entrée du château. «Devant
-ladite figure, dit-il, se paye certain tribut par les voisins du
-lieu, scavoir est qu'ils sont tenus envoyer tous les ans un
-rustique, ayant en sa main un fouet, pour sonner d'iceluy trois
-coups: avec ce une hotte pleine de tartres et gasteaux qu'il
-fault qu'il distribue aux seigneurs de là». La redevance de
-quarante rissoles par l'abbé de Nogent donnait lieu à une bizarre
-cérémonie.
-
-Une petite gargouille, des chapiteaux à crochets, des carreaux
-vernissés, des boulets de pierre et de fonte complètent cette
-collection ainsi que les têtes d'un Preux et d'une Preuse qui
-ornaient au XIVe siècle les cheminées des salles du même nom; des
-figurines et des chapitaux de la même époque; la tombe plate d'un
-bourgeois de Coucy, mort en 1596. Enfin, il faut signaler une
-couleuvrine en cuivre à six pans.
-
- [Illustration:
- ANTE LEONIS HVIVS COVVSSI
- STATVAM FIDELITATIS DEVANT LA FIGVRE DE CE
- IVRA PRÆSTANTVR LION SE PAIE LHOMMAGE
- Androuet du Cerceau del.
- ANCIEN PERRON DU CHATEAU]
-
-
-=Tour nord-ouest.=--Les trois autres tours d'angle offrant des
-dispositions à peu près identiques avec quelques variantes, il serait bon
-de les visiter successivement. Celle du nord-ouest, dite du Roi,
-renferme une cave ronde d'un diamètre inférieur à celui des autres
-salles[23]. Ses ogives, sans moulures, au nombre de six, viennent
-s'assembler autour d'un œil central, large de 0m,80, qui permettait le
-passage d'un homme: la voûte a deux mètres d'épaisseur. On ne pouvait
-descendre dans cette cave qu'avec un treuil. La salle hexagone du
-rez-de-chaussée, dont les murs ont 2m,80 d'épaisseur, était voûtée
-d'ogives, car on voit encore les amorces des lunettes. Une profonde
-arcade en tiers-point fait corps avec chaque pan coupé, comme dans les
-trois autres étages, mais toutes ces niches sont désaxées par rapport à
-celles qui les précèdent ou qui les surmontent. Les archères sont au
-nombre de cinq, à cause de la cheminée. Il est difficile d'expliquer
-pourquoi cette salle est dépourvue de latrines: on y entre de plain-pied
-avec le soubassement de la salle des Preuses.
-
- [23] La coupe de cette tour N, dessinée par Viollet-le-Duc, est
- très inexacte. Cf. _Dictionnaire d'architecture_, t. IX, p. 83.
- Son diamètre est de 17m,50.
-
-L'escalier à vis s'interrompait à chaque étage pour obliger les hommes
-d'armes à se faire reconnaître, en traversant les salles. Le premier
-étage communiquait avec la courtine par une porte: on voit encore les
-corbeaux qui soutenaient les solives du plafond, car la voûte de cette
-salle, détruite par un incendie, fut supprimée en 1386 quand on restaura
-les niches, comme le prouve le compte déjà cité. Un plancher séparait le
-second et le troisième étage, percés d'archères, et chauffés par des
-cheminées. Tous les murs étaient recouverts d'un enduit très mince peint
-en jaune avec faux joints rouges. Une archère supérieure fut transformée
-en fenêtre, à la fin du XVIe siècle. Les corbeaux sont semblables à ceux
-que j'ai déjà décrits.
-
-=Tour sud-ouest[24].=--La salle souterraine de cette tour M, voûtée
-d'ogives et dépourvue de toute ouverture, est identique à celle de la
-tour précédente: elle renferme des latrines. La voûte du rez-de-chaussée
-est également intacte, avec ses six nervures en amande qui retombent sur
-des colonnettes, engagées entre les cinq profondes niches et la cheminée
-de la salle hexagone. On y pénètre en passant sous un linteau surmonté
-d'un arc de décharge. Derrière cette porte, à droite, s'ouvre un couloir
-voûté en berceau brisé qui débouche sous la salle des Preuses. A gauche,
-un long couloir coudé conduit à des latrines, éclairées par une archère,
-suivant une disposition qui n'existe pas dans les autres tours. Une autre
-différence, c'est que la salle du rez-de-chaussée et celle du premier
-étage ne sont pas reliées par un escalier à vis, parce qu'on pouvait
-passer de la salle des Preux et de la salle des Preuses dans la tour du
-sud-ouest.
-
- [Illustration:
- A Ventre del.
- COUPE DE LA TOUR SUD-OUEST]
-
- [24] Sa hauteur est de 44m,50 et son diamètre extérieur de 18
- mètres.
-
-Le second étage, voûté d'ogives, d'après les amorces des compartiments de
-remplissage, était éclairé par quatre archères, et chauffé par une grande
-cheminée. A côté, on voit dans l'épaisseur du mur le conduit de fumée
-de la salle inférieure. A l'angle de la courtine occidentale et de cette
-tour, des latrines en encorbellement pouvaient servir au besoin de
-mâchicoulis. On montait au troisième étage, recouvert d'un plancher de
-bois, par une cage d'escalier. La clef de ses niches correspond à l'axe
-des piédroits de celles du second étage, suivant une disposition qui se
-répète dans les quatre tours d'angle. Pour arriver sous la toiture
-conique, au niveau des hourds, il fallait gravir un escalier de bois.
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- INTÉRIEUR DE LA TOUR SUD-OUEST]
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- TOUR SUD-EST]
-
-
-=Tour sud-est.=--En descendant dans l'une des caves situées sous la
-salle des Preux, on pénètre dans la salle souterraine et circulaire de
-cette tour L par une porte en tiers-point, suivie d'une herse et d'une
-porte en plein cintre. Le couloir intermédiaire, recouvert de linteaux,
-communique avec un escalier à vis qui dessert tous les étages. Six
-branches d'ogives aux arêtes abattues rayonnent autour de la clef de
-voûte, et viennent rejoindre des consoles: deux archères sont percées
-dans les murs épais de 5m,20. Au-dessus se trouve une salle hexagone,
-sans archères et sans cheminée, qui était voûtée par six nervures à tore
-aminci, dont les retombées s'appuient sur des chapiteaux à crochets et
-des colonnes engagées. Une fenêtre s'ouvre au levant au fond de l'une des
-six niches en tiers-point, et les latrines sont établies sur une fosse
-carrée, profonde de 18 mètres, qui s'élève au-dessus d'un puits rond.
-
-Au premier étage, on voit encore des amorces de la voûte d'ogives, les
-niches habituelles, cinq archères et une cheminée. La porte à linteau
-s'ouvrait à l'extrémité orientale de la salle des Preux, en avant d'un
-passage coudé qui communiquait avec l'escalier à vis. En traversant la
-cage, on pouvait circuler, à l'intérieur d'un gros mur, dans un couloir
-recouvert de grandes dalles qui rejoignait la chemise du donjon. Des
-latrines en encorbellement s'élèvent dans l'angle rentrant de la courtine
-méridionale, comme dans les tours précédentes. Les étages supérieurs sont
-inaccessibles.
-
-
-
-
-V
-
-CORPS DE LOGIS
-
-
-=Côté nord.=--On voit encore dans la cour les débris des treize arcades
-aveugles en tiers-point qui retombaient sur des contreforts intérieurs au
-revers de la courtine du nord, afin d'élargir le chemin de ronde. Ce
-système, qui devint plus tard si fréquent dans l'architecture militaire
-du midi de la France et dans les églises fortifiées de la même région,
-apparut dans l'Ile-de-France autour du mur d'enceinte du château de
-Farcheville, près d'Étampes, construit par Hugues de Bouville, sénéchal
-de Philippe Auguste. L'architecte du château de Coucy eut soin de monter
-le parement supérieur du mur de fond après le décintrage des voussures,
-afin de remédier aux effets du tassement. Les marques de tâcherons, la
-disposition des supports, le champ plat de quelques écoinçons, suffisent
-à prouver qu'aucun bâtiment ne venait s'adosser à la courtine du nord, au
-XIIIe siècle.
-
-Vers la fin du XIVe siècle, comme l'indiquent quelques profils et la
-finesse des marques de tâcherons, on éleva la porterie et un corps de
-logis contre la même courtine, à l'intérieur de la cour. On remplit de
-maçonnerie la plupart des arcades qui se trouvèrent englobées dans de
-petites pièces à solives apparentes. Trois escaliers à vis desservaient
-l'unique étage; le premier, en partant de la porte du château, descend
-dans un souterrain du XIIIe siècle, à travers la voûte; le troisième
-s'élève à l'angle du bâtiment de la salle des Preuses. Ce qui est
-extraordinaire, c'est qu'Androuet du Cerceau figure au milieu de la
-courtine du nord une petite tour ronde assez saillante, dont il est
-impossible de retrouver la trace. Viollet-le-Duc l'indique à tort sur son
-plan; mais il suffit d'examiner le parement extérieur du mur pour
-constater l'absence de tout collage ou d'une brèche rebouchée: on n'a
-jamais relancé aucune pierre dans les assises primitives. Etait-ce une
-œuvre du XIVe siècle? Je n'en sais rien, mais j'affirme qu'au XIIIe
-siècle il n'y avait pas de petite tour partant de fond entre les deux
-grosses tours du nord.
-
-
-=Côté ouest.=--Le grand corps de logis dont on voit les ruines entre les
-tours nord-ouest et sud-ouest fut presque entièrement reconstruit par
-Enguerrand VII, un peu avant le voyage de Charles VI à Coucy, le 23 mars
-1387, comme le prouve le compte publié par M. Broche; mais le magasin P
-du rez-de-chaussée est une œuvre du XIIIe siècle. On y entrait de
-plain-pied, comme dans une halle, par cinq larges arcades en tiers-point,
-qui s'ouvraient sur la cour et qui retombaient sur des piles
-rectangulaires. Aucune trace de fermeture ou de mur de clôture contre les
-supports. Au revers du mur extérieur, cinq profondes arcades en
-tiers-point, construites avant le parement supérieur du fond, étaient
-destinées à réduire la portée des solives du plancher de la salle des
-Preuses, comme dans le cellier méridional. Les marques de tâcherons
-permettent de distinguer toutes les assises et les claveaux du XIIIe
-siècle.
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- VUE PRISE SOUS LA SALLE DES PREUSES]
-
-Vers 1385, le plafond de bois primitif fut remplacé par cinq croisées
-d'ogives aux angles abattus, dont on voit les amorces sur les anciennes
-piles. Les doubleaux, en cintre surbaissé, présentaient le même profil.
-Les nervures de la première voûte au nord, tangente à une arcade aveugle
-du XIIIe siècle, viennent d'être rétablies par les soins de M.
-Bœswillwald. La voûte suivante butait contre un gros mur de refend,
-monté au XIVe siècle pour soutenir un escalier à vis qui reliait la salle
-des Preuses au second étage. La seconde arcade, en partant du nord, se
-trouve donc en partie bouchée comme la première, adossée aux bâtiments du
-nord et à une voûte d'ogives du XIVe siècle. Pour se rendre à la salle
-des Preuses et à celle des Preux, on montait un large escalier tournant,
-dont la cage et la porte à colonnettes prismatiques sont encore intactes
-dans l'angle sud-ouest de la cour.
-
- [Illustration:
- Photo Neurdein.
- CÔTÉ OUEST DE LA COUR
- Ruines de la salle des Preuses.]
-
-=Salle des Preuses.=--Le compte de 1386-1387 mentionne la construction de
-la cheminée du boudoir attenant à cette salle, qui venait d'être achevée.
-L'architecte d'Enguerrand VII fit remplacer le parement du mur
-occidental, à l'intérieur, nomme l'indiquent les fines marques de
-tâcherons. A droite, il piocha la courbe de la tour nord-ouest pour faire
-un angle, encadré par un gros arc de décharge en plein cintre, au-dessus
-du second étage. A gauche, derrière un décrochement, un large couloir du
-XIIIe siècle voûté en berceau brisé, fait communiquer la tour sud-ouest
-avec la salle des Preuses. Au XIVe siècle, trois grandes fenêtres,
-amorties par un arc surbaissé, furent percées après coup dans le mur
-occidental. La baie centrale s'ouvrait au fond d'un boudoir qui renferme
-une petite cheminée. Sa voûte se compose de deux petites croisées
-d'ogives, dont la baguette à filet saillant retombe sur des anges.
-
- [Illustration: MARQUES DE TACHERONS DU XIVe SIÈCLE]
-
-Cette salle était en outre chauffée par une grande cheminée à deux âtres,
-dessinée par Androuet du Cerceau et décorée des statues des neuf Preuses,
-suivant la description poétique d'Antoine d'Asti, secrétaire du duc
-Charles d'Orléans, vers 1440. Au-dessus du plafond de bois, une autre
-salle, aussi vaste mais plus basse, était de même éclairée par trois
-baies; celle du milieu conserve encore deux voûtes d'ogives de faible
-dimension. Près de la tour nord-ouest, une cage d'escalier, coupée en
-deux, correspond au mur de refend où passait le conduit de la grande
-cheminée. Au revers, deux petites pièces superposées étaient éclairées
-par deux fenêtres ouvertes au XIVe siècle.
-
-
-=Côté sud.=--Le vaste bâtiment qui renfermait la salle des Preux s'élève
-au-dessus des deux caves parallèles, voûtées en berceau brisé, que j'ai
-déjà décrites. Le grand cellier R du rez-de-chaussée fut remanié vers
-1385, comme le magasin qui se trouve sous la salle des Preuses. Au XIIIe
-siècle, des poutres de fort équarrissage portaient le plancher du premier
-étage. Elles devaient être soulagées par des piliers de pierre, à cause
-de leur grande portée, suivant un système appliqué au château de Chillon
-et dans l'abbaye du Moncel (Oise). Neuf arcades en tiers-point, assez
-profondes, soutenues par des piédroits, et marquées de signes de
-tâcherons, faisaient corps avec le mur méridional pour donner aux solives
-un point d'appui.
-
-L'architecte d'Enguerrand VII modifia cette disposition pour voûter le
-cellier. Il dressa dans l'axe longitudinal une file de colonnes où les
-ogives aux arêtes abattues et les doubleaux de même profil qui
-décrivaient une courbe en segment de cercle venaient retomber en
-pénétration. Le sommier de l'un des fûts, d'où partaient huit arcs, et
-des amorces de nervures sont encore visibles contre une pile occidentale
-et à l'entrée de la cave de la tour sud-est. Chaque galerie fut donc
-recouverte de neuf voûtes soigneusement appareillées: entre les deux
-dernières voûtes, à l'ouest, deux larges doubleaux s'appuyaient sur un
-massif de maçonnerie flanquée de colonnes engagées, et d'un mur de refend
-qui venait buter contre une ancienne niche en tiers-point.
-
-Plus loin, un arc surbaissé du XIIIe siècle, formé de deux rangs
-d'énormes claveaux, supportait le mur de fond et la cheminée de la salle
-des Preux. Par mesure de prudence, on le fit murer au XIVe siècle; au
-revers, une petite voûte en berceau, et une voûte d'ogives à trois
-nervures furent montées à la même époque; mais primitivement une poutre
-franchissait l'espace triangulaire entre la tour sud-ouest et l'arc
-transversal au droit d'un corbeau, encore intact, qui soutenait une
-contre-fiche.
-
-
-=Salle des Preux.=--Cette magnifique salle fut rebâtie, en même temps que
-la salle des Preuses, dans le dernier quart du XIVe siècle. L'architecte
-fit arracher l'ancien parement intérieur du mur méridional, pour y
-substituer de nouvelles assises. Il perça du même côté deux larges
-fenêtres à plate-bande appareillée, qui étaient recoupées par un meneau
-central et deux arcs tréflés. Au dehors, un boudin coudé encadrait
-chacune des baies. Les deux cheminées, très larges, conservent leur foyer
-encadré par un arc surbaissé sous un arc de décharge en tiers-point. Les
-quatre niches sont flanquées de deux colonnettes, et leurs dais à sept
-pans garnis de petits arcs trilobés portent déjà l'empreinte du style
-flamboyant.
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- RUINES DE LA SALLE DES PREUX]
-
-Un bandeau de feuilles frisées marque le niveau de la charpente en carène
-renversée de la salle des Preux. Trois lucarnes à meneau central, dont
-on voit encore les glacis, correspondaient à une voussure de bois en
-pénétration dans le berceau. A l'extérieur, une ligne de corbeaux
-moulurés accuse le sommet de la courtine surélevée, comme entre les
-autres tours.
-
-On montait à la tribune occidentale, destinée aux musiciens, par un petit
-escalier à vis accolé à la tour sud-ouest et coiffé d'une voûte d'ogives
-à six branches qui retombent sur des petits anges. A l'autre extrémité,
-c'est-à-dire à l'orient, une immense verrière s'ouvrait dans le pignon
-pour éclairer la salle. Au niveau de son appui on avait élevé une tribune
-en bois décorée de pampres et de fruits, comme les deux autres, qui
-étaient réservées aux dames.
-
-La belle cheminée occidentale de cette salle se divisait en deux foyers
-séparés par un pilier. Les statues des Preux étaient au nombre de dix,
-car Charles d'Orléans y avait ajouté Bertrand du Guesclin. Ce détail se
-trouve dans le poème de son secrétaire, Antoine d'Asti.
-
-
-=Chapelle.=--Orientée vers le nord-est et adossée au bâtiment de la salle
-des Preux, cette chapelle du XIIIe siècle, à chevet plat, a presque
-entièrement disparu; mais on peut encore relever le plan de ses
-soubassements. Le rez-de-chaussée S divisé par de fortes piles et
-recouvert de quatre voûtes d'ogives sur chaque galerie, servait de
-passage, comme sous la chapelle du château de Senlis, pour entrer soit
-dans le grand cellier, situé sous la salle des Preux, par une porte en
-tiers-point de six mètres d'épaisseur, soit dans la cuisine, qui
-s'élevait à l'orient. Entre les contreforts à bandeau inférieur mouluré,
-des arcs de décharge encadraient des murs percés de portes.
-
- [Illustration:
- A Ventre del.
- CLEF DE VOUTE DE LA CHAPELLE]
-
-Au premier étage, deux grandes voûtes d'ogives retombaient sur des
-faisceaux de cinq colonnettes dont il reste des assises au pied de la
-courtine du nord. L'une des clefs à trou central, ornée d'une guirlande
-de feuillages, est déposée au musée de la tour nord-est: les amorces de
-ses grosses nervures en amande accusent une époque peu avancée du XIIIe
-siècle. J'ai retrouvé aussi quelques débris des meneaux, épais de 0m,75,
-qui divisaient les fenêtres; le fût de leurs colonnettes et leur
-feuillure sont bien visibles. Plusieurs morceaux de quatrefeuilles ou de
-rosaces à cinq lobes, provenant du remplage, sont épars sur le sol.
-
-Loin de ressembler à la Sainte-Chapelle de Paris, comme un dessin de
-Viollet-le-Duc pourrait le faire supposer, la chapelle du château de
-Coucy était plutôt une œuvre du même style que le chevet de la
-cathédrale de Soissons. La riche décoration de cette chapelle avait
-frappé Antoine d'Asti, secrétaire du duc Charles d'Orléans, car il décrit
-dans ses _Lettres héroïques_, vers 1440, les figures peintes sur les
-voûtes qui étaient rehaussées de dorures, les statues, les vitraux, qui
-représentaient des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Il affirme
-que pendant la guerre de Cent Ans, le prince Jean aurait acheté les
-anciennes verrières au prix de douze mille écus d'or.
-
-
-=Cuisine.=--Une petite cour séparait le côté sud de la chapelle, de la
-cuisine T recoupée en deux pièces, dont les murs sont démolis presque à
-ras de terre. Les eaux de vaisselle, vidées sur un évier, se déversaient
-par un caniveau dans un grand puisard, dissimulé dans l'épaisseur de la
-chemise du donjon, et surmonté d'un réduit voûté en berceau brisé.
-
-
-
-
-VI
-
-DONJON
-
-
-=Chemise.=--Les défenses extérieures du donjon V, qui commandait à la
-fois la basse-cour et la cour du château, se composaient d'un fossé large
-de 6m,36 et d'une chemise annulaire qui s'interrompait en face de
-l'entrée de la tour. Cette chemise, aujourd'hui découronnée et éventrée
-par la mine en 1652, mesurait 20 mètres de hauteur, en partant du fond du
-fossé. Elle se reliait, au nord, à la courtine de la porte du château, et
-au midi à la tour sud-est par un gros mur dont le couloir intérieur
-communiquait avec celui de la chemise surmontée d'un chemin de ronde
-crénelé. On y montait rapidement, au XIIIe siècle, par une rampe courbe
-partant du sol de la cour en face de la porte du donjon: au-dessous, des
-arcs de décharge formaient des niches. L'escalier à vis, adossé au
-puisard des cuisines, fut appliqué contre la chemise au XIVe siècle.
-
-Plus loin, un escalier droit du XIIIe siècle, recouvert d'énormes
-dalles, descend dans un passage, ménagé à travers la chemise, au niveau
-des fondations. On pouvait donc passer du fossé intérieur au fossé
-extérieur, mais comme l'ennemi aurait pu prendre le même chemin, une
-herse manœuvrée dans une petite chambre permettait de barrer ce couloir
-vers le sud. Cette poterne correspondait par un pont volant avec celle
-que j'ai déjà signalée au pied de la tour sud-est.
-
-Vers 1386, on eut l'idée d'établir au pied de la chemise, dans le fossé
-extérieur, une galerie de contre-mine, voûtée en quart de cercle, et
-recouverte d'un talus. Cette date se déduit d'une dépense inscrite dans
-le registre de comptes de la châtellenie pour la captation de la source
-qui s'y trouve, et qui devait nécessairement être protégée en cas de
-siège. Viollet-le-Duc et d'autres archéologues ont eu tort de croire que
-la galerie pouvait remonter au XIIIe siècle. A l'entrée, ses doubleaux
-avec arêtes abattues et ses voussoirs en pierre jaune sont d'un tout
-autre grain que la roche à coquillages primitive. C'est donc un simple
-collage contre le vieux mur.
-
-
-=Procédé de construction.=--Le donjon, du XIIIe siècle, est bâti
-sur un plan circulaire, comme ceux de Rouen, de Lillebone, ou
-comme les tours d'angle des châteaux de Gisors et de Falaise,
-œuvres des ingénieurs militaires de Philippe Auguste, qui ont pu
-servir de prototype à l'architecte. Sa hauteur, prise du fond du
-fossé, atteint 54 mètres; son diamètre mesure exactement
-31m,25; et l'épaisseur du mur, au rez-de-chaussée, est de
-7m,46: c'est donc la plus grosse tour du monde.
-
- [Illustration:
- Photo Neurdein.
- DONJON ET TOUR NORD-EST]
-
-Viollet-le-Duc a deviné le premier à l'aide de quel ingénieux procédé sa
-construction fut menée à bonne fin. Des trous de boulin disposés en
-spirale, de la base au sommet, correspondaient à deux poutrelles reliées
-par des contrefiches qui soutenaient un chemin en encorbellement, dont la
-pente était assez douce à cause du diamètre énorme du donjon. La largeur
-de cette rampe en hélice pouvait atteindre cinq mètres, ce qui permettait
-aux ouvriers de monter les pierres à l'aide de petits chariots. Un rayon
-de bois, tournant horizontalement autour d'un axe, suffisait à régler la
-courbe du parement. Suivant un principe appliqué dès le XIIe siècle, le
-mur du donjon était cerclé par des longrines de bois noyées dans la
-maçonnerie, à trois hauteurs différentes: une enrayure, dont les trous
-sont visibles, venait s'assembler dans ce chaînage au niveau du second
-étage.
-
-
-=Salle basse.=--On entrait au rez-de-chaussée par un pont à bascule qui
-franchissait le fossé de la chemise et qui s'abattait sur deux corbeaux,
-encore intacts. La porte en tiers-point est flanquée de deux colonnettes:
-on a remplacé ses chapiteaux, le linteau et la plus grande partie du
-tympan, qui représente la lutte d'un chevalier contre un lion. La croupe,
-la queue et une patte de l'animal sont seules anciennes. Dès le XIIe
-siècle, on a reproduit la même scène sur un grand nombre de chapiteaux
-romans, comme à Laffaux et à Saconin, près de Soissons. Dom Toussaint
-Duplessis y voit bien à tort un souvenir de la lutte d'Enguerrand III
-contre les Albigeois, mais ce n'est qu'un symbole de la bravoure
-chevaleresque[25]. Au XVIe siècle, Androuet du Cerceau et L'Alouète ont
-voulu expliquer ce bas-relief par une légende qui se rattache à
-Enguerrand Ier et à la fondation de l'abbaye de Prémontré en 1119, grâce
-à un jeu de mots ridicule répété par tous les auteurs modernes.
-
- [Illustration:
- Photo Neurdein.
- TYMPAN DE LA PORTE DU DONJON]
-
- [25] Notre savant confrère, M. Mâle, est d'avis que ce combat
- n'a aucun rapport avec la lutte de Samson et du lion ou avec
- l'iconographie religieuse. Le sujet a pu en être fourni aux
- sculpteurs romans par des motifs orientaux.
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- SALLE BASSE DU DONJON
- Statuette sous la retombée des voûtes.]
-
-Huit figurines se détachent sur la voussure, mais comme les attributs des
-trois statuettes primitives sont cassés, il est difficile de les
-identifier avec telle ou telle vertu. L'archivolte, garnie de crochets,
-retombe sur deux consoles ornées d'une chimère et de deux aigles
-becquetant des masques.
-
-Le couloir de la porte était défendu par un assommoir rectangulaire et
-par une herse que l'on manœuvrait dans une petite chambre qui communique
-avec l'escalier. Dans le passage voûté en berceau débouchent des
-latrines recouvertes de dalles et éclairées par une archère. On pénètre
-dans la salle du rez-de-chaussée en passant sous un linteau qui repose
-sur deux corbeaux: à droite, un lion mutilé est flanqué d'un masque; à
-gauche, une chouette se dresse à côté de deux oiseaux affrontés.
-
- [Illustration:
- Viollet-le-Duc del.
- COUPE DU DONJON]
-
-Le donjon ne renferme pas de rotonde souterraine, comme les autres tours;
-son soubassement, qui forme talus, est plein afin d'opposer plus de
-résistance à la sape. Ses trois salles, dont la largeur est de 16m,33 et
-la hauteur moyenne de 13 mètres étaient recouvertes de douze branches
-d'ogives qui rayonnaient autour d'une clef centrale; mais l'ingénieur
-Métézeau et son fils firent sauter les trois voûtes, en 1652, à l'aide
-d'une mine dont on a retrouvé les traces à deux mètres de profondeur et
-qui fit trois lézardes dans les murs de la tour. Au rez-de-chaussée, dont
-le plan est un dodécagone, les amorces du boudin en amande et des deux
-tores des nervures prennent naissance sur des sommiers ornés d'un
-personnage mutilé, assis les jambes croisées, qui correspond à une courte
-colonnette surmontée d'un chapiteau à crochets et d'un tailloir à bec. De
-chaque côté de la figurine, un culot garni de feuillages servait de point
-d'appui à une colonnette des douze arcatures supérieures, qui jouaient le
-rôle de formerets.
-
- [Illustration: SALLE BASSE DU DONJON
- Sommier d'une ogive.]
-
-Les niches en tiers-point du premier rang, dépourvues de moulures,
-s'ouvrent entre de robustes piédroits. Larges de 3m,10 et profondes de
-1m,70, elles servaient pour loger des provisions: leur mur de fond est
-plein. Au sud, une large cheminée restaurée chauffait la salle; à
-l'ouest, une niche abrite le puits qui fut creusé avant les fondations du
-donjon. Son diamètre est de 2m,14 et le rouet se trouve à 64m,50 de
-profondeur, comme on l'a constaté en 1819, en vidant les déblais qui le
-remplissaient entièrement[26]. Ce travail a fait découvrir des boulets de
-pierre et de fer, deux têtes de statues dorées, et le petit canon en
-cuivre du musée. A dix mètres au-dessous du sol, on voit l'orifice d'un
-souterrain qui devait communiquer avec les caves de la salle des Preux.
-
- [26] Aujourd'hui le puits ne mesure plus que 30 mètres de
- profondeur.
-
-La salle basse était décorée d'un second rang de niches plus hautes,
-souligné par un bandeau de crochets. Leur archivolte en tiers-point, dont
-le tore est bien dégagé, retombait sur deux colonnettes et sur des
-chapiteaux à crochets. Trois fenêtres de la même forme, surmontées
-d'énormes linteaux de fond, s'ouvrent dans les murs: elles sont carrées à
-l'extérieur: leurs glacis en escalier, où l'on accédait par une échelle,
-permettaient de les utiliser pour la défense. La niche qui correspond à
-la cheminée est recoupée par deux arcatures secondaires, pour masquer le
-passage du conduit. Sous quelques voussures, on voit des rinceaux rouges
-et des faux-joints, de la même couleur, qui se détachaient sur un fond
-ocre, car les salles du donjon étaient peintes très sobrement.
-
-
-=Etages supérieurs.=--On monte aux deux étages et à la plate-forme
-supérieure par un bel escalier à vis, dont la cage a 3m,05 de diamètre.
-Les marches, au nombre de 215, mesurent 0m,20 de hauteur, et sont posées
-sur des chanfreins qui se détachent en saillie sur le parement et sur le
-noyau. Les onze fenêtres percées dans la cage jouaient le même rôle que
-des archères. L'architecte avait pris la sage précaution de planter
-l'escalier du côté de la cour pour éviter le danger d'une brèche faite
-par les machines de guerre au point où le mur présentait un point faible.
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- INTÉRIEUR DU DONJON]
-
-La salle du premier étage était également voûtée par douze ogives à trois
-tores qui viennent rejoindre les chapiteaux à crochets de colonnettes en
-délit. La clef centrale était percée d'un large trou pour le passage des
-projectiles dans un panier monté par un treuil. On remarquera l'absence
-de formerets sous les lunettes. Chacun des douze pans coupés conserve une
-niche en tiers-point, beaucoup plus haute que celles du rez-de-chaussée;
-ses claveaux sont nus comme les pilastres qui les soutiennent. Trois
-fenêtres s'ouvrent autour de la salle; près du passage de la cheminée une
-petite porte devait aboutir à un pont volant jeté sur le fossé, au niveau
-du chemin de ronde de la chemise. A l'est, des latrines correspondaient à
-celles du rez-de-chaussée: au nord, il faut signaler, sous l'une des
-arcades, un four à pain voûté en berceau brisé qui s'ouvre sous un arc
-surbaissé, repris en moellons neufs. A côté, on voit la porte qui donne
-dans la cage de l'escalier.
-
- [Illustration:
- A Ventre del.
- PLAN DU SECOND ÉTAGE DU DONJON]
-
-Si la voûte d'ogives du second étage diffère de celle du premier par le
-profil de ses douze nervures aux arêtes abattues, le plan dodécagone de
-la salle supérieure offre également une variante. En effet, un couloir
-circulaire, à 4m,55 au-dessus du dallage, permettait d'en faire le tour.
-La première idée de ce chemin de ronde intérieur se trouve appliquée dans
-les donjons de Chambois (Orne) et de Châteaudun; mais à Coucy, le couloir
-traverse de grandes arcades en tiers-point qui s'ouvrent sur la salle
-haute. Cette tribune a 3m,45 de profondeur: on avait augmenté sa largeur
-au moyen d'un plancher de bois qui s'avançait jusqu'au dosseret des
-colonnettes, car la trace des trous des barres du parapet est encore
-visible. Il était donc facile de loger des approvisionnements dans les
-niches comme aux étages inférieurs.
-
-Le mode de voûtement de cette tribune mérite d'attirer l'attention. Au
-milieu de chaque voussure, un arc en tiers-point nu, qui pénètre dans les
-piles rectangulaires marque le changement de direction de la voûte. Il en
-résulte que l'arc brisé qui traverse le passage au droit de chaque
-support s'évase du côté extérieur de la tour et repose de l'autre côté
-sur un pilastre à trois pans coupés dont le sommier forme console aux
-deux angles[27].
-
- [27] Viollet-le-Duc. _Dictionnaire d'architecture_, t. IV. p.
- 269.
-
- [Illustration:
- A. Ventre del.
- FLEURON D'UN PINACLE
- DU DONJON]
-
-Cette disposition, destinée à donner le maximum de résistance à un mur
-circulaire qui renferme une galerie, est unique en son genre. La salle
-était éclairée par deux fenêtres en tiers-point divisées par un meneau:
-comme elles se trouvaient au niveau de la tribune, l'architecte avait
-établi deux bancs de pierre dans chaque baie.
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- DERNIER ÉTAGE DU DONJON]
-
-Au XIIIe siècle, la plate-forme supérieure, recouverte de dalles de
-pierre, n'était pas surmontée d'une toiture conique comme les grosses
-tours. Les deux rangs de larges feuilles à crochets de la corniche
-intérieure et de la corniche extérieure, bordés d'un tore, étaient
-couronnés d'un glacis à double pente où quatre pinacles venaient
-s'engager, comme l'indique un dessin d'Androuet du Cerceau. On en a
-retrouvé les débris dans le fossé avec deux grosses gargouilles qui
-servaient à l'écoulement des eaux. L'escalier à vis se continue jusqu'au
-sommet du mur, large de quatre mètres, mais on a muré la cage pour éviter
-les accidents.
-
-Le mur circulaire est percé de vingt-quatre baies en tiers-point à
-claveaux nus: une archère s'ouvre dans chaque trumeau, de façon à pouvoir
-abriter les défenseurs dans le cas où les hourds auraient fait défaut.
-Frappé de la difficulté que devait présenter la pose rapide de ces
-galeries de bois en encorbellement, qui jouaient un rôle capital dans la
-défense du donjon, l'architecte avait disposé quarante-huit corbeaux de
-pierre, profilés en quatre quarts de rond, pour supporter les hourds à
-deux étages. Des pièces de bois formant un angle obtus s'appliquaient sur
-les deux glacis pour former le toit à double pente des hourds intérieurs
-et extérieurs, sinon les défenseurs n'auraient pas été à l'abri des
-intempéries. Elles venaient s'assembler dans des poteaux inclinés, reliés
-par des moises et un plancher intermédiaire. Un charmant dessin de
-Viollet-le-Duc aide à saisir comment cette opération s'exécutait.
-
-La vue très étendue dont on jouit au sommet du donjon fait bien
-comprendre l'assiette du château. Au nord, l'église de Coucy-la-Ville
-avec son clocher central roman et la flèche de son clocher-porche du XVIe
-siècle, attire les regards. A l'est, la route de Laon traverse le plateau
-en laissant à gauche la tour de Moyenbrie. La vallée de la Lette, où
-viennent aboutir les routes de Soissons et de Noyon, forme un fossé
-naturel du côté sud. A l'ouest, le château, vu de la route de Chauny, se
-présente sous son aspect le plus romantique, au soleil couchant, avec
-l'énorme masse circulaire du donjon, qui domine les courtines et les
-quatre tours d'angle, encadrées par les arbres. C'est de là que l'œuvre
-audacieuse et forte d'Enguerrand III, remaniée par Enguerrand VII, évoque
-tout un passé de grandeur et de décadence.
-
- [Illustration:
- A. Ventre del.
- GARGOUILLE DU DONJON]
-
-
-
-
-BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE
-
-
- ANDROUET DU CERCEAU (Jacques).--_Les plus excellens bastiments de
- France_, nouvelle édition. Paris. Lévy, 1872, t. I.
-
- ASTI (Antoine d').--Extrait des _Lettres héroïques_ dans
- Lépinois, _Histoire de Coucy_, p. 355.
-
- BEAUMONT (Edouard de).--_Notice sur les gens de guerre du comte de
- Saint-Paul qui sont enfouis à Coucy depuis 1411_, 2e édition.
- Paris, 1886, in-4º.
-
- BROCHE (Lucien).--_Notes sur d'anciens comptes de la châtellenie
- de Coucy_ (1386-1387), dans le _Bulletin de la Société académique
- de Laon_, t. XXXII, 1908, p. 339.
-
- CHARTES DES SIRES DE COUCY (XIIIe s.).--Bibl. nat. nouv.
- acq. lat. 2309.
-
- DU CHESNE (André).--_Histoire des maisons de Guines et de Coucy_,
- 1631.
-
- DUPLESSIS (Dom Toussaint).--_Histoire de la ville et des seigneurs
- de Coucy_, Paris, 1728, in-4º.
-
- DURRIEU (le comte Paul).--_La prise d'Arezzo par Enguerrand VII,
- sire de Coucy, en 1384_, dans la _Bibliothèque de l'Ecole des
- Chartes_, t. XLI, 1880, p. 161.
-
- GRÉGOIRE (Théophile).--_Les ruines de Coucy_, 1846, in-8º.
-
- GRÉGOIRE (Théophile).--_Mémoire sur les oubliettes du château de
- Coucy_, dans le _Bulletin de la Société académique de Laon_,
- t. V, 1856, p. 372.
-
- GRÉGOIRE (Théophile).--_Notice sur les travaux de restauration de
- l'ancien château de Coucy_, dans le _Bulletin de la Société
- académique de Laon_, t. XI, 1861, p. 22.
-
- GRENIER (Dom).--Collection de Picardie, Bibl. nat. Ms. fr. 18760.
-
- JOVET.--_Histoire des anciens seigneurs de Coucy._ Laon, 1682,
- in-12.
-
- LACAILLE (Henri).--_La vente de la baronnie de Coucy_ (1400) dans
- la _Bibliothèque de l'Ecole des Chartes_, t. LV, 1894, p. 573.
-
- L'ALOUÈTE (Fr. de).--_Traité des nobles avec une histoire de la
- maison de Coucy_, 1577.
-
- LÉGENDES DU CHATEAU DE COUCY.--Coucy, 1903, in-18.
-
- LÉPINOIS père et LÉPINOIS (le chevalier de).--_Souvenirs de Coucy,
- dessins lithographiés accompagnés d'un texte historique et
- descriptif._ Coucy, 1834, in-fol.
-
- LÉPINOIS (E. de).--_Histoire de la ville et des sires de Coucy._
- Paris, Dumoulin, 1858, in-8º.
-
- MANGIN.--_Enguerrand VII, sire de Coucy_, dans le _Bulletin de la
- Société académique de Laon_, t. XXIV, p. 40.
-
- MELLEVILLE.--_Histoire de la ville et des sires de Coucy-le-Château._
- Laon, 1848, in-8º.
-
- MELLEVILLE.--_Le château de Coucy, notice historique et
- archéologique_, 2e édition. Laon, 1854, in-8º.
-
- MOREAU (Jules).--_Notice sur les sires de Coucy_, 2e édition.
- Chauny, Moreau, 1871, in-8º.
-
- MOREAU (Jules).--_Notice historique sur le château fort de Coucy_,
- 2e édition. Chauny, 1889, in-8º.
-
- PERIN (C.).--_Recherches bibliographiques sur le département de
- l'Aisne_, 1866-1883, t. I, p. 91-97; t. II, p. 73-78 et t. III,
- p. 127-131.
-
- ROMAIN (E.).--_Une excursion à Coucy-le-Château._ Laon, 1882, in-16.
-
- TARDIF (Joseph).--_Enguerrand IV de Coucy._ En préparation.
-
- ULAUSS (Jérôme).--_Notice sur les sires de Coucy, accompagnée d'une
- description du château de cette ville._ Coucy, Guérin, 1862,
- in-12.
-
- VERNIER (l'abbé).--_Coucy, ses sires, ses légendes et ses
- ruines._ Paris, Dumoulin, 1874, in-12.
-
- VIOLLET-LE-DUC (E.).--_Dictionnaire raisonné de l'architecture
- française du XIe au XVIe siècle._ Paris, Morel, 1867, 10 vol.
- in-8º, t. I, p. 35, 152, 371, 383; t. II, p. 270, 399,
- 440; t. III, p. 108, 201; t. IV, p. 253, 256, 263, 264,
- 313; t. V, p. 75, 104, 209, 550; t. VI, p. 132, 164, 377,
- 392, 397; t. VII, p. 84, 114, 118, 149, 178, 322, 324,
- 374; t. VIII, p. 84, 90, 401, 441, et t. IX, p. 81.
-
- VIOLLET-LE-DUC (E.).--_Description du château de Coucy._
- Paris, Eggimann, in-8º.
-
-
- [Illustration:
- Photo Lefèvre-Pontalis.
- DONJON ET TOUR NORD-EST]
-
-
-
-
-TABLE DES GRAVURES[28]
-
-
- Plan de la ville Au titre
-
- Plan du château Au titre
-
- Le château en 1576 vu de l'ouest 9
-
- Le château vu du sud-ouest 11
-
- Porte de Laon 33
-
- Coupe de la porte de Laon 35
-
- Porte de la basse-cour 41
-
- Tours de la basse-cour 45
-
- Marques de tâcherons du XIIIe siècle 52
-
- Le château en 1576 vu de l'est 55
-
- Chapiteau de la tour nord-est 58
-
- Courtine et tour nord-est 59
-
- Sculptures du XIVe siècle 61
-
- Ancien perron du château 62
-
- Coupe de la tour sud-ouest 65
-
- Intérieur de la tour sud-ouest 66
-
- Tour sud-est 67
-
- Vue prise sous la salle des Preuses 71
-
- Ruines de la salle des Preuses 73
-
- Marques de tâcherons du XIVe siècle 74
-
- Ruines de la salle des Preux 77
-
- Clef de voûte de la chapelle 79
-
- Donjon et tour nord-est 83
-
- Tympan de la porte du donjon 85
-
- Statuette sous la retombée des voûtes 86
-
- Coupe du donjon 87
-
- Sommier d'une ogive 89
-
- Intérieur du donjon 91
-
- Plan du second étage 93
-
- Fleuron d'un pinacle 94
-
- Dernier étage du donjon 95
-
- Gargouille du donjon 97
-
- Donjon et tour nord-est 101
-
- Porte de Laon 104
-
- [28] Nous remercions vivement M. Eggimann de nous avoir
- autorisé à reproduire aux pages 35 et 87 des figures extraites du
- _Dictionnaire d'architecture_ de Viollet-le-Duc et M. Emile Lévy
- de nous avoir permis d'exécuter nos reproductions des pages 9, 55
- et 62 d'après sa belle réimpression de _Les plus excellents
- bastiments de France_ de Jacques Androuet du Cerceau.
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-
- =Avant-propos= 7
-
- =Introduction historique: Les Sires de Coucy= 9
-
- =I.--Enceinte de Coucy= 33
- Porte de Laon 34
- Eglise 38
-
- =II.--Basse-cour du château= 40
- Porte d'entrée 42
- Tours de la basse-cour 43
- Chapelle romane 47
-
- =III.--Description du château= 48
- Date de la construction 48
- Plan et appareil 51
- Souterrains 53
- Porte d'entrée 54
-
- =IV.--Tours d'angle= 57
- Tour nord-est 57
- Musée lapidaire 60
- Tour nord-ouest 62
- Tour sud-ouest 64
- Tour sud-est 66
-
- =V.--Corps de logis= 69
- Côté nord 69
- Côté ouest 70
- Salle des Preuses 72
- Côté sud 75
- Salle des Preux 76
- Chapelle 78
- Cuisine 80
-
- =VI.--Donjon= 81
- Chemise 81
- Procédé de construction 82
- Salle basse 84
- Etages supérieurs 90
-
- =Bibliographie sommaire= 98
-
- =Table des gravures= 101
-
- [Illustration:
- Photo Neurdein.
- PORTE DE LAON]
-
-
-ÉVREUX, IMPRIMERIE CH. HÉRISSEY ET FILS
-
-
-
-
-
-End of Project Gutenberg's Le château de Coucy, by Eugène Lefèvre-Pontalis
-
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-
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- The Project Gutenberg's eBook of Le château de Coucy, by Lefèvre-Pontalis, Eugène</title>
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-<body>
-
-
-<pre>
-
-Project Gutenberg's Le château de Coucy, by Eugène Lefèvre-Pontalis
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
-
-
-Title: Le château de Coucy
-
-Author: Eugène Lefèvre-Pontalis
-
-Release Date: September 5, 2016 [EBook #52990]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CHÂTEAU DE COUCY ***
-
-
-
-
-Produced by Clarity, Hélène de Mink, and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-file was produced from images generously made available
-by The Internet Archive/Canadian Libraries)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
-
-<div class="tnote">
-<p>Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
-L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.
-Les numéros des pages blanches n'ont pas été repris.</p>
-</div>
-
-<h1 class="xlarge">Le Château<br />
-<span class="i4">de Coucy</span></h1>
-
-<div class="hangingindent">
-<p class="space ad medium">PETITES MONOGRAPHIES<br />
-DES GRANDS ÉDIFICES DE LA FRANCE</p>
-
-<p class="i2"><i>PARU</i>:</p>
-
-<p><b>La Cathédrale de Chartres</b>, par René <span class="cap">M</span><span class="smallc">ERLET</span>, ancien archiviste
-d'Eure-et-Loir.</p>
-
-<p class="i2"><i>EN PRÉPARATION</i>:</p>
-
-<p><b>L'Hôtel des Invalides</b>, par Louis <span class="cap">D</span><span class="smallc">IMIER</span>.</p>
-
-<p><b>L'Abbaye de Vézelay</b>, par Charles <span class="cap">P</span><span class="smallc">ORÉE</span>, archiviste de
-l'Yonne.</p>
-
-<p><b>La Cathédrale de Reims</b>, par Louis <span class="cap">D</span><span class="smallc">EMAISON</span>, archiviste de
-la ville de Reims.</p>
-
-<p><b>La Cathédrale du Mans</b>, par Gabriel <span class="cap">F</span><span class="smallc">LEURY</span>.</p>
-
-<p><b>Le Château de Rambouillet</b>, par Henri <span class="cap">L</span><span class="smallc">ONGNON</span>.</p>
-
-<p><b>Saint-Pol-de-Léon</b>, par Ch. <span class="cap">L</span><span class="smallc">ECUREUX</span>.</p>
-
-<p><b>L'Abbaye de Moissac</b>, par A. <span class="cap">A</span><span class="smallc">NGLÈS</span>.</p>
-
-<p><b>La Cathédrale d'Albi</b>, par Jean <span class="cap">L</span><span class="smallc">ARAN</span>.</p>
-
-<p><b>La Cathédrale de Coutances</b>, par Eugène <span class="cap">L</span><span class="smallc">EFÈVRE-</span><span class="cap">P</span><span class="smallc">ONTALIS</span>.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_1"> 1</a></span>
-<span class="pagenumh"><a id="Page_2"> 2</a></span></p>
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_004.jpg" width="300" height="251" alt="PLAN DE L'ENCEINTE DE LA VILLE ET DU CHATEAU DE COUCY" />
-
-<div class="caption">
-<p class="i9"> <span class="i2 small">A. Ventre, del.</span><br />
-A, porte de Chauny.<br />
-B, tour Mangard.<br />
-C, porte de Laon.<br />
-D, barbacane.<br />
-E, église.<br />
-H, porte de Soissons.<br />
-K, porte restituée.</p>
-</div></div>
-
-<div class="caption">
-<p class="i9 small">PLAN DE L'ENCEINTE DE LA VILLE<br />
-ET DU CHATEAU DE COUCY</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_3"> 3</a></span></p>
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_005.jpg" width="250" height="359" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9 small">A. Ventre, del.</p>
-</div></div>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_4"> 4</a></span>
-<span class="pagenumh"><a id="Page_5"> 5</a></span></p>
-
-<div class="topspace titlepage">
-<p><span class="small">Petites Monographies des Grands Édifices</span>
-<span class="small">* * * de la France * * *</span><br />
-<span class="xs">Publiées sous la direction de M. E. LEFEVRE-PONTALIS</span></p>
-<p><span class="large">Le Château</span><br />
-<span class="i4">de Coucy</span><br />
-<span class="xs">PAR</span><br />
-<span class="cap">E</span><span class="smallc">UGÈNE</span> <span class="medium">LEFÈVRE-PONTALIS</span><br />
-<span class="xxs">Directeur de la Société française d'Archéologie.</span><br />
-<span class="span">INTRODUCTION HISTORIQUE DE PH. LAUER</span><br />
-<span class="xxs">Ouvrage illustré de 32 gravures et de plans.</span><br />
-<span class="xxs">Relevés de M. A. VENTRE, architecte.</span></p>
-<div class="figcenter">
-<img src="images/illus_007.jpg" width="50" height="53" alt="" />
-</div>
-<p><span class="large">PARIS</span><br />
-<span class="medium">HENRI LAURENS, ÉDITEUR</span><br />
-<span class="xs">6, rue de Tournon, 6</span><br />
-<span class="xxs">Tous droits de traduction et de reproduction réservés
-pour tous pays</span>.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_6"> 6</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_7"> 7</a></span></p>
-<h2 class="normal">AVANT-PROPOS</h2>
-</div>
-
-<p>Il est peut-être téméraire de consacrer une nouvelle
-étude aux ruines imposantes du château de
-Coucy après Viollet-le-Duc qui a décrit et dessiné
-dans son <i>Dictionnaire</i> toutes ses parties principales,
-en expliquant le système de défense primitif.
-Cependant j'aurai l'occasion de rectifier beaucoup
-d'erreurs du célèbre architecte. Il eut tort de
-reproduire le plan très inexact d'Androuet du Cerceau,
-sans vérifier sur place l'absence de la petite
-tour du Nord, le diamètre des salles, la plantation
-des escaliers et des latrines dans les grosses tours
-et sans indiquer par des hachures les remaniements
-de tous les corps de logis. On remarquera donc
-d'importantes différences entre le plan de Viollet-le-Duc
-et celui que j'ai dressé avec le précieux
-concours de M. André Ventre, architecte en chef
-des Monuments historiques, qui a bien voulu
-relever avec le plus grand soin tous les détails
-nécessaires à l'illustration.</p>
-
-<p>L'histoire des sires de Coucy et des sièges de
-la ville avait grand besoin d'être mise au point à
-<span class="pagenum"><a id="Page_8"> 8</a></span>
-l'aide des documents conservés à la Bibliothèque
-Nationale. Mon confrère, M. Philippe Lauer, bibliothécaire
-au département des manuscrits, a dépouillé
-les meilleures sources pour la résumer en tête de
-cette notice. Je ne saurais trop le remercier d'avoir
-prouvé une fois de plus que l'histoire et l'archéologie
-doivent se prêter un mutuel appui.</p>
-
-<p>Les archéologues et les touristes qui voulaient
-visiter sérieusement la ville de Coucy, n'avaient à
-leur disposition que la notice de Viollet-le-Duc qui
-ne décrit ni l'enceinte, ni la basse-cour, ni certaines
-parties du château, mais qui met bien en
-relief l'importance du donjon. Je me suis donc
-efforcé de rédiger une petite monographie plus
-complète en distinguant soigneusement les constructions
-du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle de celles du <span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> siècle,
-afin de faire mieux comprendre l'intérêt exceptionnel
-de ce chef-d'&oelig;uvre de l'architecture militaire
-du moyen âge.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_9"> 9</a></span></p>
-<div class="figcenter">
-<img src="images/illus_011.jpg" width="400" height="282" alt="" />
-</div>
-
-<h2 class="normal">INTRODUCTION HISTORIQUE<br />
-<span class="medium">LES SIRES DE COUCY</span></h2>
-</div>
-
-<p>L'origine de Coucy-la-Ville (<i>Codiciacum villa</i>)
-en Laonnais, dans l'ancienne cité des Rémois,
-date certainement de l'époque gallo-romaine. Ce
-lieu est d'ailleurs situé à proximité de la voie
-romaine de Soissons à Saint-Quentin. La plus
-ancienne mention de Coucy ne remonte cependant
-qu'au <span class="smallc">IX</span><sup>e</sup> siècle: on la rencontre dans la <i>Vie de
-saint Rémi</i>, par Hincmar, qui fait remonter au
-temps de Clovis la donation de ce domaine à l'église
-de Reims<a id="FNanchor_1" href="#Footnote_1" class="fnanchor">&nbsp;[1]</a>. Au début du siècle suivant, l'archevêque
-<span class="pagenum"><a id="Page_10"> 10</a></span>
-de Reims, Hervé, fit construire un château
-fort (<i>municio</i>), à l'extrémité de la colline allongée
-qui domine Coucy-la-Ville: ce fut l'origine de
-<i>Coucy-le-Château</i><a id="FNanchor_2" href="#Footnote_2" class="fnanchor">&nbsp;[2]</a>.</p>
-
-<p>Herbert II, comte de Vermandois, père de l'archevêque
-Hugues, ne tarda pas à s'en emparer.
-Après avoir été concédé comme fief à Anseau de
-Vitry, vassal de Boson, frère du roi Raoul (930),
-Coucy passa successivement à Bernard de Senlis et
-Thibaud le Tricheur, vassaux de Hugues le Grand,
-duc de France. C'est là que, selon Dudon de
-Saint-Quentin, le jeune duc de Normandie, Richard,
-fut caché par son fidèle Osmond, à la suite de son
-évasion de Laon (vers 944).</p>
-
-<p>En 950, la garnison de Coucy qui, l'année précédente,
-avait passé au parti de l'archevêque de
-Reims, Artaud, revint à celui de Thibaud le Tricheur.
-Celui-ci s'établit solidement dans le donjon
-roman, et en confia la garde à son vassal Harduin.
-Les hommes d'armes du roi et de l'archevêque
-essayèrent en vain de l'en déloger. En 958, cependant,
-les partisans d'Artaud pénétrèrent par surprise
-à l'intérieur de la forteresse. Le châtelain
-Harduin se réfugia dans le donjon, déjà presque
-inexpugnable. Pour le réduire, il fallut que le roi
-vînt en personne l'assiéger, en compagnie d'Artaud
-et de bon nombre de comtes et d'évêques.
-Le siège dura deux semaines environ. Harduin
-<span class="pagenum"><a id="Page_11"> 11</a></span>
-<span class="pagenum"><a id="Page_12"> 12</a></span>
-donna ses neveux comme otages, et l'armée assiégeante
-se retira. Thibaud parvint cependant à y
-rentrer, on ne sait comment, quelque temps après,
-puisqu'en 964 nous le voyons consentir à rendre de
-nouveau Coucy à l'archevêque pour être absous de
-l'excommunication, mais il exigeait que Coucy fût
-inféodé à son fils Eudes I<sup>er</sup>. Celui-ci mourut
-en 995, et on ignore entre les mains de qui passa
-l'héritage de Coucy.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_013.jpg" width="500" height="286" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i2">Photo Neurdein.</span><br />
-<span class="cap">L</span><span class="smallc">E CHATEAU DE</span> <span class="cap">C</span><span class="smallc">OUCY</span><br />
-<span class="small">Vue prise au sud-ouest.</span></p>
-</div></div>
-
-<p>En 1059 paraît un certain Aubri de Coucy. On le
-trouve mentionné dans la charte d'Élinand, évêque
-de Laon, en faveur de Nogent (1059); dans les
-diplômes de Philippe I<sup>er</sup> pour Saint-Médard de
-Soissons (1065) et l'église de Laon (1071); dans un
-acte du cartulaire de Notre-Dame de Paris (1067);
-enfin, dans une charte de Robert Courteheuse en
-faveur du Mont-Saint-Michel (1088). Le biographe
-de saint Arnoul, évêque de Soissons, fait allusion
-à des circonstances où Aubri de Coucy aurait été
-saisi par ses ennemis, traîné, garrotté, puis exilé et
-privé à jamais de son habitation ou domaine de
-Coucy. Un fait est certain, c'est sa présence en
-Angleterre, à la cour de Guillaume le Conquérant,
-où il était peut-être en exil; car, dans le
-<i>Domesday-book</i>, il est question d'une «terre d'Aubri
-de Coucy», située dans le comté d'York<a id="FNanchor_3" href="#Footnote_3" class="fnanchor">&nbsp;[3]</a>.</p>
-
-<p>Après Aubri, on trouve, comme sire de Coucy,
-Enguerrand I<sup>er</sup>, fils aîné de Dreux de Boves, dont
-<span class="pagenum"><a id="Page_13"> 13</a></span>
-la mère était de la famille comtale d'Amiens. Par
-son mariage avec Ade de Roucy, il devint seigneur
-de Marle et de La Fère. Devenu veuf, il enleva et
-épousa Sibylle, fille de Roger, comte de Château-Porcien,
-et femme du comte Godefroi de Namur.
-L'évêque de Laon, parent d'Enguerrand, ne l'excommunia
-pas; mais une guerre acharnée et féroce
-s'ensuivit entre les seigneurs de Coucy et de Namur.
-Ce dernier finit par se consoler en épousant Ermanson
-de Luxembourg.</p>
-
-<p>Enguerrand I<sup>er</sup> prit part à la première croisade
-avec son fils du premier lit, Thomas de Marle.
-Dans cette expédition, selon la légende, ne trouvant
-pas, au cours d'une surprise, sa bannière, il
-coupa un morceau de son manteau écarlate, fourré
-de pannes de vair, d'où l'origine du blason des
-Coucy, ainsi décrit par les anciens auteurs: <i>Fascé
-de vair et de gueules de six pieces</i>.</p>
-
-<p>Au retour de la Terre sainte, Thomas épousa une
-parente dont la dot fut la seigneurie de Montaigu.
-Ses brigandages le rendirent odieux à son propre
-père, qui d'ailleurs sous l'influence de Sibylle, le
-croyait maintenant adultérin. Enguerrand assiégea
-Montaigu. Mais Thomas s'échappa, et, grâce à la
-protection royale, parvint à rentrer à Montaigu. Une
-horrible guerre d'extermination commença entre le
-père et le fils. Thomas soutint les habitants de Laon
-contre leur évêque, et ceux d'Amiens contre leur
-comte Enguerrand. Celui-ci offrit enfin, en 1113,
-la paix à son fils, qui l'aida à soumettre Amiens.
-Cela n'empêcha pas Sibylle de préparer une embuscade
-<span class="pagenum"><a id="Page_14"> 14</a></span>
-d'où Thomas s'échappa avec une blessure.</p>
-
-<p>Les évêques réunis au Concile de Beauvais, en
-1115, excommunièrent Thomas de Marle comme
-scélérat et ennemi du nom chrétien, à cause de sa
-cruauté. A quelque temps de là, ses protégés, les
-Laonnais révoltés étaient massacrés à Crécy par
-Louis le Gros.</p>
-
-<p>L'année suivante, Enguerrand étant mort,
-Thomas lui succéda sans difficulté. Bientôt Louis
-le Gros vint assiéger le château de Coucy pour
-punir Thomas du rôle qu'il avait joué à Laon. Mais
-le rusé seigneur manifesta le plus grand repentir
-et promit de réparer tous les dommages par lui
-causés. Louis se retira, et, peu après, Thomas,
-malgré ses promesses, fit assassiner Henri de
-Chaumont, frère de Raoul, comte de Vermandois,
-qui lui disputait le comté d'Amiens, et il osa même
-arrêter des marchands munis d'un sauf-conduit
-royal. Louis le Gros, accompagné du comte de Vermandois,
-marcha immédiatement sur Coucy qui
-était considéré comme presque imprenable. Thomas
-commit la faute de leur tendre une embuscade:
-il y périt inopinément de la main même de Raoul
-de Vermandois (1130)<a id="FNanchor_4" href="#Footnote_4" class="fnanchor">&nbsp;[4]</a>.</p>
-
-<p>Son fils, Enguerrand II, qui lui succéda, avait
-épousé Agnès de Beaugency, fille de Mahaut, la
-propre cousine du roi. Il s'efforça d'atténuer les
-conséquences des excès paternels, puis partit
-en 1146 pour la deuxième croisade, d'où il semble
-<span class="pagenum"><a id="Page_15"> 15</a></span>
-n'être point revenu; et son fils Raoul I<sup>er</sup> qui eut
-pour femme Alix de Dreux, nièce de Louis VII, fit
-une fin semblable en Terre sainte.</p>
-
-<p>C'est à l'époque de Raoul I<sup>er</sup> qu'on rapporte
-généralement la légende du joli roman du <i>Chastelain
-de Couci et de la dame de Faiel</i>. Gaston
-Paris a montré<a id="FNanchor_5" href="#Footnote_5" class="fnanchor">&nbsp;[5]</a> qu'il n'y avait rien d'historique
-dans l'aventure de ce sire de Fayel, qui aurait fait
-manger à sa femme le c&oelig;ur de son amant, le châtelain
-de Coucy, Renaud. La légende du C&oelig;ur
-Mangé que la littérature populaire attribue maintenant
-au sire de Vergy, est bien antérieure au
-<span class="smallc">XII</span><sup>e</sup> siècle. Il n'en reste pas moins vrai qu'il exista,
-vers 1198-1218, un gardien du château de Coucy
-ou «châtelain» appelé Renaud de Magny, jadis
-chanoine de Noyon, doué d'un très beau talent
-poétique, dont quelques-unes des chansons nous
-sont parvenues, grâce à Jakemes Sakesep, l'auteur
-du roman du <i>Chastelain de Couci</i>.</p>
-
-<p>Enguerrand III, fils et successeur de Raoul I<sup>er</sup>,
-assista à l'éclosion du mouvement communal déjà
-commencé sous son père en Soissonnais<a id="FNanchor_6" href="#Footnote_6" class="fnanchor">&nbsp;[6]</a>. Sa minorité
-favorisa la création de la commune de Coucy,
-dont la charte datée de 1197 fut copiée sur celle de
-Laon. C'est le moment de l'apogée de la maison
-de Coucy, qui, par ses brillantes alliances, était
-arrivée à étendre au loin ses domaines. La reconstruction
-<span class="pagenum"><a id="Page_16"> 16</a></span>
-de l'enceinte de la ville et du château
-remonte à cette époque, mais elle ne fut pas faite
-d'un seul jet.</p>
-
-<p>Enguerrand III eut quelques démêlés, pour des
-contestations obscures de droits de juridiction avec
-l'archevêque de Reims et surtout le chapitre de
-Laon, dont il arrêta le doyen en pleine cathédrale.
-En 1209, il prit part à l'expédition contre les Albigeois,
-et, en 1214, se signala à la bataille de Bouvines.</p>
-
-<p>Par ses mariages successifs, il agrandit encore
-ses domaines. Eustache de Roucy lui apporta le
-comté de Roucy; Mahaut, fille d'Henri duc de Saxe,
-et s&oelig;ur d'Otton IV, le comté de Perche; Marie de
-Montmirail, la vicomté de Meaux et la châtellenie de
-Cambrai. Ainsi parvenu au plus haut degré de la
-puissance, et enivré de ses immenses richesses, il
-aspira à devenir le maître du royaume. La minorité
-de Louis IX semblait justement lui offrir une
-occasion des plus favorables. Il complota avec les
-ennemis de Blanche de Castille l'enlèvement du
-jeune roi. On raconte même qu'il avait fait faire
-une couronne d'or et des ornements royaux pour
-s'en revêtir devant ses favoris<a id="FNanchor_7" href="#Footnote_7" class="fnanchor">&nbsp;[7]</a>. Mais au bout de
-deux années d'intrigues et de sourdes menées, il
-se vit obligé de renoncer à ses projets ambitieux,
-et prêta serment de fidélité entre les mains du roi,
-qui feignit d'avoir ignoré ses desseins. Il mourut
-accidentellement d'une chute de cheval au passage
-d'un gué, en 1242.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_17"> 17</a></span>
-L'aînée des filles d'Enguerrand III, Marie, épousa
-d'abord le roi d'Écosse Alexandre II, puis Jean de
-Brienne, grand bouteiller de France, fils puîné de
-Jean de Brienne, roi de Jérusalem. Son fils aîné,
-Raoul II, eut une fin prématurée. Il trouva la mort
-à la bataille de Mansourah (1250), en Égypte, où il
-avait suivi saint Louis. Il venait de sauver la vie au
-comte d'Artois, frère du roi.</p>
-
-<p>Enguerrand IV recueillit la succession de son
-frère Raoul. Il se signala comme le digne héritier
-de Thomas de Marle. Sa cruauté à l'égard des gens
-de l'abbaye de Saint-Nicolas-au-Bois lui valut d'être
-jugé par le roi en personne. Peu s'en fallut qu'il
-ne fût exécuté. Enfin il s'en tira moyennant une
-énorme amende. Il vécut ensuite dans le calme, et,
-vers la fin de sa vie, répartit des aumônes entre
-les léproseries de ses domaines.</p>
-
-<p>Comme il ne laissait pas d'enfants, ses deux
-s&oelig;urs, Marie de Coucy, l'aînée, puis la seconde,
-Alix, femme d'Arnoul III de Guines, lui succédèrent,
-l'une après l'autre, Marie de Coucy n'ayant
-pas eu d'héritiers.</p>
-
-<p>Enguerrand V, fils d'Alix, est la tige de la seconde
-maison de Coucy. Élevé à la cour du roi d'Écosse,
-il épousa une parente de celui-ci, Chrétienne de
-Bailleul. Il porta toute sa vie les armes de Guines.</p>
-
-<p>Son troisième fils, Guillaume, qui lui succéda en
-1321, reprit le blason des Coucy. Il eut pour femme
-Isabeau, fille de Gui III de Châtillon, comte de
-Saint-Pol, grand bouteiller de France. La comtesse
-d'Eu, Jeanne de Guines, contestait alors à Enguerrand
-<span class="pagenum"><a id="Page_18"> 18</a></span>
-la possession même de Coucy, qu'elle revendiquait
-du chef de son père Baudoin, fils aîné d'Arnoul
-III, comte de Guines et d'Alix de Coucy. Ces
-prétentions amenèrent un procès qui dura dix-huit
-ans, et qui se termina en faveur de Guillaume dont
-la succession fut ainsi assurée à son fils Enguerrand
-VI. Ce puissant seigneur se maria en 1338 avec
-Catherine d'Autriche, fille de l'empereur Léopold
-et de Catherine de Savoie, alliance qui permit plus
-tard à son fils de briguer la couronne impériale.</p>
-
-<p>La guerre de Cent Ans était à ses débuts. Dès
-l'année 1339, Coucy fut menacé par le roi d'Angleterre,
-Édouard III. Enguerrand VI se joignit au
-roi de France, son suzerain, pour lutter contre
-l'envahisseur. Il prit une part active aux expéditions
-contre Jean de Montfort et les Anglais, et perdit la
-vie à la bataille de Crécy (1346), ne laissant qu'un
-enfant en bas âge.</p>
-
-<p>Survinrent la captivité du roi Jean, les pillages
-anglais et leurs conséquences: la misère des campagnes
-avec la Jacquerie. Enguerrand VII, arrivé
-à l'âge d'homme, prit une sérieuse part à la répression
-et fit exécuter sans merci les factieux. Il fut
-envoyé peu après en otage en Angleterre, pour
-garantir le paiement de la rançon du roi Jean.
-Alors commença véritablement sa vie extraordinaire
-d'aventures, qui en font une des figures les
-plus attachantes du <span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> siècle. Il se fit si bien
-remarquer à la cour de Londres qu'Édouard III
-lui donna en mariage sa seconde fille, Isabelle; et
-Enguerrand ajouta ainsi aux domaines anglais, qui
-<span class="pagenum"><a id="Page_19"> 19</a></span>
-lui venaient de sa grand'mère Chrétienne de Bailleul,
-le comté de Bedford, en même temps qu'il
-obtenait la restitution du comté de Soissons, engagé
-pour sa rançon.</p>
-
-<p>A son retour en France (1368), Enguerrand, trouvant
-ses domaines incultes, s'efforça d'y attirer
-les habitants d'alentour par l'octroi d'une charte
-collective d'affranchissement à un grand nombre
-de ses bourgs et villages, y compris Coucy.</p>
-
-<p>Lorsque la guerre se ralluma avec l'Angleterre,
-il garda la plus stricte neutralité à cause de son
-mariage, et partit même en croisade contre les
-Visconti, tyrans de Milan excommuniés par le
-pape. En 1373, il tailla en pièces l'armée de Barnabo
-Visconti, près de Bologne, puis celle du fils
-de Galéas; et entreprit le siège de Plaisance avec
-le duc de Savoie. Une grave maladie de ce dernier
-contraignit Enguerrand à se retirer. Pendant ce
-temps, les Anglais de Robert Knoll avaient respecté
-les domaines de Coucy.</p>
-
-<p>Sur ces entrefaites, l'empereur Léopold étant
-mort sans autre héritier que Catherine d'Autriche,
-Enguerrand tenta de revendiquer, les armes à la
-main, l'héritage de sa mère. A la tête d'une bande
-de mercenaires, secondé par un grand nombre de
-seigneurs français, et aidé des subsides fournis par
-le roi de France, il entreprit une expédition des
-plus hasardeuses qui échoua malheureusement.
-Cet insuccès l'amena, dit-on, à fonder l'Ordre de la
-Couronne, dont l'emblème était une couronne renversée,&mdash;allusion
-à ses droits méconnus.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_20"> 20</a></span>
-A la mort d'Édouard III, il rompit tout lien avec
-l'Angleterre, où il renvoya sa femme Isabelle, ne
-gardant près de lui que sa fille aînée Marie. Sa
-seconde fille, Philippote, n'était jamais venue en
-France: elle épousa Robert de Veer, duc d'Irlande
-et comte d'Oxford, auquel elle apporta en dot les
-domaines anglais de son père. Dès lors, Enguerrand
-prit une part active à la lutte contre les
-Anglais, en Guyenne et en Normandie. Il refusa
-l'épée de connétable de Duguesclin, que Charles V
-lui offrait et l'engagea à la confier plutôt à Olivier
-de Clisson. Devenu gouverneur de Picardie, il
-donna la chasse aux troupes ennemies débarquées
-à Calais, en 1380.</p>
-
-<p>Il assista, comme haut baron, au sacre de
-Charles VI, et fut chargé de conclure la paix avec
-le duc de Bretagne. A partir de ce moment, il
-s'affirma de plus en plus comme un habile diplomate:
-c'est lui qui traita avec les Maillotins et
-apaisa leur révolte, lui encore qui, après la bataille
-de Rosebeck, négocia le retour du roi dans Paris<a id="FNanchor_8" href="#Footnote_8" class="fnanchor">&nbsp;[8]</a>.</p>
-
-<p>On le voit ensuite en Écosse, où il avait opéré une
-descente, avec l'amiral Jean de Vienne, pour ravager
-les frontières septentrionales de l'Angleterre.</p>
-
-<p>Son gendre, Robert de Veer, duc d'Irlande,
-abandonnant sa femme, réussit à faire prononcer
-son divorce par le pape Urbain VI. Battu par les
-révoltés de Londres, qu'il avait tenté de soumettre,
-ce seigneur se réfugia en Hollande, d'où il ne
-<span class="pagenum"><a id="Page_21"> 21</a></span>
-craignit pas de se rendre à la cour de France.
-Enguerrand la quitta aussitôt, chargé d'une mission
-auprès du duc de Bretagne, à Vannes. Il y
-réussit si bien que non seulement il obtint la restitution
-à Olivier de Clisson de ses châteaux confisqués,
-mais encore l'hommage solennel rendu
-par le duc en personne au roi, à Paris même.
-Robert de Veer reçut l'ordre de quitter la France.</p>
-
-<p>Cependant Coucy se trouvait dépeuplé à la suite
-des guerres et des pillages ou incendies qu'elles
-avaient attirés. En 1388, Enguerrand fit décider,
-par le roi, que deux foires annuelles s'y tiendraient
-à la Saint-Nicolas d'été, et à celle d'hiver. Un grenier
-à sel y fut aussi établi.</p>
-
-<p>Enguerrand paraît ensuite en Espagne où il conduit
-le fils du duc d'Anjou, fiancé de la fille de
-Jean I<sup>er</sup>, roi d'Aragon; à Arezzo qu'il assiège pour
-Louis d'Anjou; à Gênes auprès du duc de Bourbon,
-chef de l'expédition contre les pirates des
-côtes barbaresques. Il prend part à la descente des
-Gênois en Afrique. En 1393, il est à la cour de
-Savoie, s'occupant avec ardeur d'aplanir les difficultés
-élevées au sujet de la régence de cet État,
-durant la minorité d'Amédée VIII. Deux ans plus
-tard, il est chargé des intérêts du duc d'Orléans
-auprès de la République de Gênes, qui cherchait
-un roi parmi les princes du sang.</p>
-
-<p>L'entreprise capitale et la dernière de sa vie
-fut la croisade de Nicopolis. Il y accompagna le
-comte de Nevers, sur la demande instante de ses
-parents, à titre de guide et conseil. On sait comment,
-<span class="pagenum"><a id="Page_22"> 22</a></span>
-après une heureuse escarmouche d'Enguerrand,
-les Croisés furent taillés en pièces par l'armée
-du sultan Bajazet (28 septembre 1396). Enguerrand,
-fait prisonnier, fut reconnu par l'interprète
-picard Jacques de Heilly qui fut chargé de négocier
-en France le rachat des captifs. Aussitôt la nouvelle
-connue, le duc d'Orléans envoya Robert d'Esne
-pour obtenir la délivrance d'Henri de Bar et d'Enguerrand;
-mais Robert apprit à Vienne, en même
-temps, la maladie et la mort du célèbre baron qui
-venait d'expirer à Brousse le 18 février 1397. Jacques
-Wilay, de Saint-Gobain, ramena son c&oelig;ur à
-l'abbaye de Villeneuve, près Nogent<a id="FNanchor_9" href="#Footnote_9" class="fnanchor">&nbsp;[9]</a>.</p>
-
-<p>Avec lui finit l'histoire de cette fameuse maison
-de Coucy, alliée aux familles royales de France,
-d'Angleterre et d'Autriche, qui produisit un Enguerrand
-III et un Enguerrand VII. C'est à ces
-deux seigneurs, dont la vie marque les périodes
-brillantes de la dynastie, qu'il faut attribuer la
-construction et la restauration de leur magnifique
-château, dont la mâle architecture était le symbole
-de la puissance politique des sires de Coucy. Il ne
-nous reste malheureusement aucun compte d'Enguerrand
-III, mais les Archives de l'Aisne ont eu
-la bonne fortune de s'enrichir, l'année dernière,
-grâce à M. Broche, d'un registre des recettes et
-dépenses de la châtellenie en 1386-1387. A cette
-époque, Enguerrand VII, comme on le verra plus
-<span class="pagenum"><a id="Page_23"> 23</a></span>
-loin, avait déjà fait rebâtir la salle des Preux et la
-salle des Preuses. A l'occasion de la visite de
-Charles VI, qui eut lieu le 23 mars 1387, un jeu
-de paume fut établi dans la cour.</p>
-
-<p>Les revenus de la seigneurie se composaient
-alors des droits féodaux, des produits du domaine,
-couvert de vignobles, de la pêche des viviers et des
-coupes de bois. Les divers chapitres de dépenses
-mentionnent les deux chapelains qui desservaient
-la chapelle des Onze mille Vierges et celle de la
-Madeleine, dans l'enceinte du château, l'affrètement
-d'un bateau qui transporta de Soissons à
-Rouen des approvisionnements de tout genre en
-vue d'une descente en Angleterre, projetée par
-Charles VI, le séjour de Guillaume de Verdun,
-astronome du châtelain, à Soissons, à l'hôtel du
-Mouton, les frais de déplacement d'Enguerrand VII
-à Dijon et à Soissons, et le carrosse amené de Lorraine
-par sa seconde femme, fille du duc Jean I<sup>er</sup>.</p>
-
-<p>Enguerrand mort, sa fille aînée Marie, femme
-d'Henri de Bar, prit possession des domaines de
-son père, avec leurs nombreuses dépendances,
-parmi lesquelles le comté de Soissons. Mais une
-fille cadette, Isabeau, issue de son second mariage,
-et femme de Philippe de Nevers, réclama le partage
-et intenta un procès. Sur ces entrefaites, le frère
-du roi Charles VI, Louis duc d'Orléans, voyant la
-riche baronnie de Coucy entre les mains d'une
-femme, offrit à Marie de l'acheter. On négocia, et,
-le 15 novembre 1400, fut conclu l'acte de vente
-moyennant 400.000 francs, et l'abandon des revenus
-<span class="pagenum"><a id="Page_24"> 24</a></span>
-à titre viager; mais en réalité le duc ne paya
-jamais que 104.000 francs, comme M. Lacaille a
-pu l'établir. Marie de Coucy s'éteignit cinq ans
-plus tard. Sa s&oelig;ur Isabeau, à qui un arrêt du Parlement
-avait adjugé la moitié de Coucy, Marle,
-La Fère et Origny, le quart de Montcornet et Pinon,
-avec le cinquième de Ham, décéda à son tour,
-en 1411, laissant une fille unique qui la suivit de
-près dans la tombe. Le fils de Marie de Coucy,
-Robert de Bar, demeuré seul héritier, poursuivit
-le duc d'Orléans en paiement d'une somme de
-120.000 livres, restée due sur le prix de vente de
-la seigneurie. Une transaction intervint: le comte
-de Bar consentit à tenir quitte de sa dette le duc
-d'Orléans moyennant la restitution des châtellenies
-de La Fère et de Marle.</p>
-
-<p>La partie de la baronnie qui ne fut pas réunie à
-la couronne, sous Louis XII, passa plus tard dans
-la maison de Luxembourg, puis dans celle de
-Bourbon, par les Vendôme et Alençon, et fut enfin
-réunie à la couronne par Henri IV.</p>
-
-<p>Coucy était dès ce temps le siège d'une prévôté
-royale, transformée plus tard en bailliage, et d'une
-maîtrise des eaux et forêts ou gruerie. En matière
-judiciaire, les causes allaient en appel devant les
-présidiaux de Soissons et de Laon. Le duc d'Orléans
-obtint du roi, en 1405, l'érection de Coucy en
-pairie, pour lui et ses descendants.</p>
-
-<p>La possession de ce magnifique domaine excita
-la convoitise du duc de Bourgogne et des maisons
-de Luxembourg et de Lorraine: ceux-ci le revendiquèrent,
-<span class="pagenum"><a id="Page_25"> 25</a></span>
-en vertu d'anciennes alliances. Ce fut
-une des causes de l'hostilité des Bourguignons
-contre les Armagnacs, partisans du duc d'Orléans.</p>
-
-<p>Le duc d'Orléans périt assassiné en 1407, et ses
-enfants prirent les armes pour le venger. Aussitôt
-Charles VI, qui s'était montré favorable aux Bourguignons,
-prononça la confiscation du domaine de
-Coucy. Valeran de Luxembourg, comte de Saint-Pol,
-fut chargé d'aller l'occuper.</p>
-
-<p>Celui-ci marcha sur Coucy, et y entra sans coup
-férir (1411); mais il ne put forcer le château où
-commandait Robert d'Esne. Malgré toutes les
-sommations, ce vaillant capitaine refusait opiniâtrement
-de se rendre, confiant dans la solidité
-des murailles et le courage de compagnons déterminés
-à tenir tant qu'il y aurait des vivres. Le
-comte de Saint-Pol fut obligé de commencer un
-siège en règle. Il employa, à cet effet, un procédé
-considéré alors comme une innovation, la mine.
-Des ouvriers liégeois furent chargés de pratiquer
-une galerie au-dessous de la tour de la porte basse
-du château ou porte Maître-Odon. Les chevaliers
-et hommes d'armes assiégeants descendaient à tour
-de rôle dans le souterrain, curieux de voir de près
-la nouveauté du jour. Or, il arriva qu'à l'endroit
-où la galerie passait sous les fondations de la muraille
-extérieure du château, on négligea de l'étayer
-suffisamment: tout à coup la voûte s'effondra sous
-le poids d'une portion de la base croulante de la
-tour, ensevelissant ouvriers et visiteurs. <i>Et encores
-y sont-ils</i>, ajoute le chroniqueur Juvénal des Ursins,
-<span class="pagenum"><a id="Page_26"> 26</a></span>
-en manière d'oraison funèbre des victimes<a id="FNanchor_10" href="#Footnote_10" class="fnanchor">&nbsp;[10]</a>.</p>
-
-<p>L'affaissement d'une tour n'avança en rien le
-siège de la place qui dura encore trois mois. Enfin
-Robert d'Esne ne recevant aucun secours du dehors
-se trouva contraint de capituler. Ce succès
-valut au comte de Saint-Pol l'épée de connétable.</p>
-
-<p>Deux années plus tard, Coucy fut restitué au duc
-d'Orléans, à la suite du traité de paix conclu avec
-le duc de Bourgogne. Mais, de nouveau, en 1419,
-la place fut livrée aux Bourguignons, cette fois de
-la façon la plus extraordinaire. Voici comment:
-Pierre de Saintrailles était gouverneur du château
-pour le dauphin. Ses serviteurs furent gagnés par
-les nombreux prisonniers bourguignons enfermés
-par La Hire dans le donjon. Sur leurs instances,
-ils dérobèrent les clefs de la tour et en ouvrirent
-les portes nuitamment. Les Bourguignons conduits
-par le fameux sire de Maucourt et Lionnel de Bournonville,
-se saisirent des premières armes venues
-et se précipitèrent au logis de Saintrailles, qu'ils
-égorgèrent avec ses sentinelles et mirent le poste
-hors d'état de nuire. En même temps des émissaires
-furent dépêchés au duc de Bourgogne pour appeler
-à l'aide. La Hire, stupéfait et furieux, à son retour
-d'une course dans le voisinage, ne put même pas
-essayer de rentrer dans le château, et dut bientôt
-se retirer devant les renforts bourguignons<a id="FNanchor_11" href="#Footnote_11" class="fnanchor">&nbsp;[11]</a>.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_27"> 27</a></span>
-Le duc de Bourgogne ne profita guère du coup
-d'audace de l'«écorcheur» Maucourt, puisqu'il fut
-assassiné avant même la fin de l'année. La Hire et
-Poton de Saintrailles rentrèrent dans Coucy à quelque
-temps de là. En 1423, le comte de Suffolk
-vint assiéger la place, s'en rendit maître et la livra
-à Jean de Luxembourg, comte de Saint-Pol, un des
-plus chauds partisans des Anglais. A la mort de ce
-dernier (1440), le véritable propriétaire de Coucy,
-Charles d'Orléans, qui était retenu prisonnier en
-Angleterre, depuis Azincourt, pensa pouvoir acheter
-sa rançon en offrant au duc de Bourgogne la
-baronnie de Coucy avec celle de La Fère-en-Tardenois
-et le comté de Soissons, moyennant
-45.600 écus d'or. Charles VII s'entremit, et pour
-faciliter, avec la conclusion du marché, le retour
-du duc d'Orléans, il renonça formellement et définitivement
-à ses droits de <i>quint</i> et de <i>requint</i> sur
-ces seigneuries. Les propositions durent être
-agréées de part et d'autre, car Charles d'Orléans
-revint en France cette année même.</p>
-
-<p>La terre de Coucy apparaît cependant dans des
-actes, de peu postérieurs, comme dépendant à
-nouveau de la maison d'Orléans, sans qu'on sache
-au juste comment. Le duc Charles mourut en 1465,
-et son fils Louis d'Orléans disputa la régence à
-Anne de Beaujeu. Tandis qu'il était vaincu et fait
-prisonnier à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier
-(1487), Pierre d'Urfé, grand écuyer de France, se
-présenta devant Coucy avec les troupes royales et
-s'en empara au bout de huit jours. Quelques années
-<span class="pagenum"><a id="Page_28"> 28</a></span>
-s'écoulèrent. Le duc d'Orléans se réconcilia avec
-Charles VIII, obtint restitution de la place, qu'il
-réunit au domaine de la couronne en devenant roi
-sous le nom de Louis XII (1498). Sa fille, Claude
-de France, reçut la baronnie en apanage, lors de
-son union avec François d'Angoulême (1514). Un
-an après, nouveau retour au domaine royal, à
-l'avènement de François I<sup>er</sup>.</p>
-
-<p>La forteresse de Coucy fut, de bonne heure, une
-des places convoitées par les Calvinistes. Dès
-1567, ils s'en emparèrent et y établirent leur point
-d'appui. Henri III la fit bientôt reprendre et la
-donna, avec ses dépendances, en apanage à Diane
-de France ou de Valois, duchesse d'Angoulême sa
-fille naturelle (1576).</p>
-
-<p>Les troupes royales l'occupaient pendant la
-Ligue, et s'élançaient à l'improviste de son château
-sur les partisans de la sainte union, par exemple
-sur les habitants de Mons-en-Laonnais, devenus
-de véritables bandits, ou sur ceux de Monampteuil.
-Puis, subitement, sans raison apparente, la ville de
-Coucy se déclara pour la Ligue. Le sieur de Lameth,
-commandant ligueur de la place de Coucy,
-finit, en 1594, par faire sa soumission au roi et lui
-remit le château.</p>
-
-<p>Occupé au siège de Laon, Henri IV ne trouva
-l'hospitalité, pour Gabrielle d'Estrées, qu'à Coucy,
-chez le maire où elle mit au monde le duc de Vendôme
-le 7 juin 1594.</p>
-
-<p>En 1615, les princes et les grands, mécontents
-du gouvernement de Marie de Médicis, s'emparèrent
-<span class="pagenum"><a id="Page_29"> 29</a></span>
-de cette forte position, voisine de Paris. La
-cour négocia avec eux et parvint à leur faire déposer
-les armes. Ils tirèrent prétexte de l'arrestation
-du prince de Condé pour reprendre Coucy, l'année
-suivante, et s'y maintinrent jusqu'à la mort du
-maréchal d'Ancre (1617).</p>
-
-<p>Diane de France, apanagiste de Coucy, mourut
-en 1619, et son domaine fut donné à François
-de Valois, second fils du duc d'Angoulême, qui
-mourut lui-même, en 1622, sans postérité. En 1645,
-Louis XIV engagea Coucy à Roger de Longueval,
-moyennant plusieurs milliers de livres.</p>
-
-<p>Durant la Fronde, Hébert, gouverneur de Coucy,
-devint suspect à Mazarin. Sommé de remettre la
-place au maréchal d'Estrées, gouverneur de Laon,
-il répondit qu'il la tenait directement du roi. Sur
-ce refus, d'Estrées eut ordre de faire avancer des
-troupes et d'investir la place. Le sieur de Manicamp,
-gouverneur de La Fère, s'étant joint à lui
-avec six pièces de canon amenées de La Fère et
-Péronne, le siège commença le 10 mai 1652. L'artillerie
-ouvrit une large brèche dans les murs. Les
-assiégés tinrent encore quelque temps dans la ville
-et ne se retirèrent derrière l'enceinte du château
-que le 19. Trois jours après, les troupes lorraines
-arrivèrent au secours d'Hébert, et leur cavalerie
-ayant défait un régiment d'assiégeants, ceux-ci
-se retirèrent en désordre, abandonnant la ville aux
-Frondeurs.</p>
-
-<p>Les habitants de Coucy ne tardèrent pas toutefois
-à se soumettre au roi. Le cardinal Mazarin
-<span class="pagenum"><a id="Page_30"> 30</a></span>
-chargea Clément Métezeau, l'ingénieur qui avait
-dirigé le siège de La Rochelle et probablement
-aussi son fils de démanteler les fortifications du
-château, en vertu d'un ordre royal daté du 11 septembre
-1652<a id="FNanchor_12" href="#Footnote_12" class="fnanchor">&nbsp;[12]</a>. Ils firent sauter à coups de mine les
-portes d'entrée de la basse-cour et du château, la
-chemise du donjon, les voûtes d'ogives de ses trois
-salles, mais l'explosion ne produisit que trois
-lézardes dans l'énorme cylindre. Ils rendirent
-inhabitables les tours d'angle, tous les corps de
-logis, et les ruines furent dès lors exploitées comme
-une carrière. Le tremblement de terre de 1692
-acheva l'&oelig;uvre de la mine.</p>
-
-<p>En 1673, Louis XIV donna Coucy, avec Folembray,
-en apanage à Philippe de France, duc d'Orléans,
-pour lui et ses descendants mâles, qui depuis
-lors portèrent le titre de sires de Coucy. La chapelle
-de la Madeleine, qui avait été épargnée dans
-le château, fut désaffectée, et ses revenus attribués
-à l'Hôtel-Dieu.</p>
-
-<p>Pendant la Révolution, le tribunal du district de
-Chauny fut établi à Coucy, dont le dernier seigneur
-fut Louis-Philippe-Joseph d'Orléans. Coucy-la-Ville
-prit le nom de Coucy-la-Vallée, et Coucy-le-Château
-celui de Coucy-la-Montagne. Le château, dont la
-grosse tour servit de prison aux malfaiteurs arrêtés
-dans les forêts voisines, devint un bien national.
-Attribué à l'Hôtel-Dieu de Coucy, qui continua à laisser
-les habitants de la ville et des environs arracher
-<span class="pagenum"><a id="Page_31"> 31</a></span>
-les parements des murs, moyennant une redevance
-de 3 francs par charrette de pierres, il fut racheté
-en 1829, par le duc d'Orléans, au prix de 6.000 francs.
-Son architecte, M. Malpièce, combla le fossé
-devant la porte, et fit boucher les trois lézardes du
-donjon, mais ce travail était tout à fait insuffisant.</p>
-
-<p>En 1856, quand l'Etat devint propriétaire du
-château, la commission des Monuments historiques,
-sur l'initiative de Viollet-le-Duc, prit en
-main le sauvetage des ruines de Coucy. Le donjon,
-qui menaçait de s'écrouler, fut chaîné par deux cercles
-de fer, à la hauteur des corbeaux, et recouvert
-d'une toiture; on reprit ses lézardes avec le plus
-grand soin. Le déblaiement du fossé dallé, de la
-poterne qui passe sous la chemise, de la chapelle,
-des soubassements des deux grandes salles se poursuivit
-méthodiquement, en ramenant au jour les
-débris de sculpture qui forment le musée lapidaire.</p>
-
-<p>L'imagination du voyageur moderne, en visitant
-les ruines d'un antique château féodal, se plaît au
-récit des légendes qui animent les vieux murs
-croulants. A défaut du roman de son châtelain, qui
-n'a aucun fondement sérieux et se rapporte plutôt
-au château de Fayel, Coucy a du moins l'histoire
-vraie, merveilleuse et souvent romanesque de ses
-seigneurs d'antan, dont on connaît la devise présomptueuse,
-mais justifiée:</p>
-
-<div class="poetry"><div class="stanza">
-<p class="i4"> Roi ne suis</p>
-<p>Ne prince, ne duc, ne comte aussi,</p>
-<p>Je suis le sire de Coucy.</p>
-</div>
-<div class="stanza">
-<p class="i6"><span class="smallc">Ph. Lauer.</span></p>
-</div></div>
-
-<p><span class="pagenumh"><a id="Page_32"> 32</a></span></p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_33"> 33</a></span></p>
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_035.jpg" width="400" height="294" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i2">Photo Neurdein.</span><br />
-<span class="cap">P</span><span class="smallc">ORTE DE</span> <span class="cap">L</span><span class="smallc">AON</span></p>
-</div></div>
-
-<h2 class="normal">LA VILLE ET LE CHATEAU<br />
-<span class="large">I</span><br />
-<span class="medium">ENCEINTE DE COUCY</span></h2>
-</div>
-
-<p>La ville de Coucy, fièrement campée sur un
-promontoire qui domine la vallée de la Lette,
-affluent de l'Oise, occupe une position stratégique
-de premier ordre aux confins du Soissonnais et du
-Laonnais. Son enceinte du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle encore
-intacte, flanquée de vingt-huit tours en y comprenant
-<span class="pagenum"><a id="Page_34"> 34</a></span>
-celles du château et de sa basse-cour, ne présentait
-qu'un point faible correspondant au plateau
-dont l'axe est occupé par la route de Laon. Cette
-raison suffit à expliquer la valeur défensive exceptionnelle
-de la porte de Laon qui jouait le même rôle
-que la porte Saint-Nazaire à Carcassonne. Viollet-le-Duc,
-qui en a décrit les ingénieuses dispositions
-avec le plus grand soin l'attribue avec raison à une
-époque un peu antérieure à celle du château<a id="FNanchor_13" href="#Footnote_13" class="fnanchor">&nbsp;[13]</a>.</p>
-
-<p class="space"><b>Porte de Laon.</b>&mdash;Au <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle, cette porte était
-précédée d'une barbacane en demi-lune où les
-routes de Laon et de Chauny venaient se réunir
-en passant chacune entre deux tours pour aboutir
-à un viaduc coudé<a id="FNanchor_14" href="#Footnote_14" class="fnanchor">&nbsp;[14]</a> qui traversait une tour ronde
-isolée devant l'entrée de la porte. Cette tour fut
-remplacée en 1551 par un bastion pentagonal qui
-coûta la somme de 2.331 livres<a id="FNanchor_15" href="#Footnote_15" class="fnanchor">&nbsp;[15]</a>. De nouvelles
-galeries de contre-mine dont le plan est très compliqué
-vinrent alors se souder à celles du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle.
-Un couloir voûté qui passe entre les anciennes piles
-du viaduc primitif permet d'y pénétrer, mais au
-<span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle ce passage aboutissait à deux ponts à
-bascule destinés aux défenseurs qui voulaient
-passer dans l'intérieur de la barbacane sans faire
-ouvrir la grande porte.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_35"> 35</a></span></p>
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_035.jpg" width="400" height="294" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="i2">Viollet-le-Duc del.</span><br />
-<span class="cap">P</span><span class="smallc">ORTE DE</span> <span class="cap">L</span><span class="smallc">AON</span><br />
-<span class="small">Coupe transversale.</span></p>
-</div></div>
-
-<p>Le plan de la porte se compose d'un rectangle
-flanqué de deux tours en hémicycle du côté extérieur.
-<span class="pagenum"><a id="Page_36"> 36</a></span>
-Un long passage voûté en berceau brisé et
-précédé d'un pont-levis donnait accès dans la
-ville. Deux archères s'ouvraient sur ce couloir du
-côté de l'orient et débouchaient dans la salle ronde
-inférieure des tours, éclairée par deux autres
-ouvertures du même genre. A l'autre extrémité,
-plus large, un couloir coudé pour dissimuler le
-nombre des défenseurs aboutissait de chaque côté
-à un corps de garde carré en ruines surmonté
-d'un plafond de bois<a id="FNanchor_16" href="#Footnote_16" class="fnanchor">&nbsp;[16]</a> comme toutes les autres
-salles et chauffé par une cheminée. Au-dessus de
-ces deux pièces et du passage, une grande salle
-longue de 22 mètres et large de 8 mètres pouvait
-servir à loger les hommes du poste. Elle était
-éclairée à l'ouest par cinq fenêtres à linteau
-recoupées par un meneau vertical: on y montait
-par deux escaliers à vis<a id="FNanchor_17" href="#Footnote_17" class="fnanchor">&nbsp;[17]</a>.</p>
-
-<p>Chaque tour ronde était divisée en quatre étages
-non voûtés au-dessus d'une cave sans aération.
-Les archères encore intactes très longues et très
-étroites à l'extérieur se chevauchaient pour ne pas
-affaiblir les murs épais de 5 mètres à la base. A
-l'intérieur, elles sont encadrées sous des arcs en
-tiers-point. La chambre qui renfermait le treuil des
-deux herses se trouvait au-dessus du passage
-entre les deux tours et le pont-levis se man&oelig;uvrait
-plus haut dans le même axe. On voit encore une
-<span class="pagenum"><a id="Page_37"> 37</a></span>
-sablière courbée sur les corbeaux profilés en quart
-de rond qui dominent l'entrée. C'est un débris des
-hourds en bois qui contournaient le sommet des
-tours sous leur toit conique, suivant la disposition
-adoptée également par le constructeur du château,
-mais comme les marques de tâcherons diffèrent,
-il est évident que la porte et le château ne furent
-pas élevés par les mêmes ouvriers.</p>
-
-<p>A droite de la porte de Laon, on remarque une
-grosse tour ronde qu'on peut visiter en traversant
-le jardin du commandant Mangard toujours
-aimable pour les archéologues. Elle fut ajoutée au
-<span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle de chaque côté d'un rempart déjà bâti,
-car la salle du rez-de-chaussée est coupée en deux
-par un mur de refend à talus extérieur. Du côté de
-la ville, une salle carrée voûtée en berceau avec
-marques de tâcherons communique par une porte
-avec un hémicycle recouvert de six branches
-d'ogives aux angles abattus. Plus loin, à l'angle
-nord-est de l'enceinte, se trouve la tour éventrée
-par la mine pendant le siège de 1652.</p>
-
-<p>Deux autres portes donnaient accès dans la ville.
-Au sud, la porte de Soissons, s'ouvre dans un
-angle rentrant sous un arc brisé au pied d'une
-grosse tour ronde. Au nord-ouest, une porte moderne
-a remplacé l'ancienne porte de Chauny ou
-de Gommeron aujourd'hui bouchée et flanquée
-d'une petite tour. Des marques de tâcherons profondément
-gravées comme celles du château sont
-visibles sur certaines parties de l'enceinte, mais
-elles font défaut sur d'autres murs sans qu'on puisse
-<span class="pagenum"><a id="Page_38"> 38</a></span>
-conclure à un remaniement. L'épaisseur des remparts
-atteint 10 à 12 mètres à droite et à gauche
-de la porte de Laon, mais comme plusieurs salles
-sont comblées ou murées, il est difficile de dater
-ces renforcements successifs qui sont indiqués par
-des hachures sur le plan de la ville.</p>
-
-<p>Toute la ville de Coucy est bâtie sur des caves
-à plusieurs étages qui sont d'anciennes carrières
-aménagées par les habitants. Celles qui se trouvent
-dans le voisinage de la grande place aboutissaient
-au puits principal pour pouvoir puiser de
-l'eau en temps de guerre. Une galerie creusée par
-le maréchal d'Estrées après la brèche du siège
-de 1652 traverse la ville depuis la porte de Laon
-jusqu'au château. Elle vient se relier à celle qui
-passe sous la partie nord de la basse-cour dont
-M. Colin, gardien du château, a reconnu l'existence.
-Une autre galerie transversale coupait le plateau
-en avant de la basse-cour.</p>
-
-<p>Il faut encore signaler une grande maison du
-<span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle près de la porte de Soissons, des
-maisons qui se distinguent par leurs pignons en
-gradins comme celles des villages du Soissonnais,
-une maison voisine de l'hôtel de la Pomme d'Or
-dont les linteaux de fenêtres sont décorés de
-motifs du style flamboyant et l'hôtel du gouverneur
-qui renferme d'intéressantes collections et
-des souvenirs de Gabrielle d'Estrées.</p>
-
-<p class="space"><b>Église.</b>&mdash;L'église du <span class="smallc">XII</span><sup>e</sup> siècle fut presque
-entièrement rebâtie au <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup>, puis au <span class="smallc">XVI</span><sup>e</sup> siècle. La
-<span class="pagenum"><a id="Page_39"> 39</a></span>
-nef gothique comprenait trois larges travées dont
-il reste deux piles à huit colonnes du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle,
-mais au <span class="smallc">XVI</span><sup>e</sup> siècle les grandes arcades, les voûtes
-d'ogives à liernes et tiercerons et les bas côtés
-furent reconstruits. On subdivisa les anciennes
-travées par des piles ondulées très minces dont
-deux furent remplacées par un support rectangulaire
-à l'époque moderne. Le ch&oelig;ur à cinq pans du
-<span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle fut revoûté d'ogives au <span class="smallc">XVI</span><sup>e</sup> siècle,
-comme le carré du transept dont les piles d'angle
-sont du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle sauf les chapiteaux. Il faut attribuer
-à la même époque d'élégants fonts baptismaux
-en marbre noir dont la cuve octogone ornée
-de masques et de feuillages repose sur huit colonnettes.</p>
-
-<p>La partie centrale de la façade est une &oelig;uvre
-remarquable de la seconde moitié du <span class="smallc">XII</span><sup>e</sup> siècle.
-Six colonnettes soutiennent le portail en plein
-cintre: l'une de ses voussures ornée de palmettes
-et de fruits d'arum encadre un tympan moderne.
-Au-dessus de la fenêtre qui s'ouvre dans l'axe de
-la nef, six arcatures trilobées et un oculus tréflé
-entouré de bâtons rompus décorent le pignon.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_40"> 40</a></span></p>
-<h2 class="small">II<br />
-<span class="medium">BASSE-COUR DU CHATEAU</span></h2>
-</div>
-
-<p>Le château occupe l'extrémité orientale du promontoire
-escarpé qui forme la défense naturelle de
-Coucy. Sa vaste basse-cour ou baille forme un
-hexagone irrégulier qui ne devait pas se relier
-comme aujourd'hui à l'enceinte de la ville. Au
-<span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle, un profond fossé creusé entre deux
-murs avec tours d'angle coupait le plateau en
-avant de la porte de la basse-cour. Cette porte
-était sans doute reliée par un viaduc entre deux
-ponts-levis à une porte de ville également flanquée
-de deux tours dont il ne reste plus trace. Si j'ai cru
-devoir restituer ce tracé sur le plan primitif de
-l'enceinte, c'est que des courtines aux deux bouts
-du fossé auraient rendu sa valeur défensive tout à
-fait illusoire. En outre, la plantation des tours
-d'angle nord-est et sud-est de la basse-cour prouve
-qu'elles étaient dégagées sur les trois quarts de
-leur circonférence, comme on le voit sur le plan
-d'Androuet du Cerceau. Les murs qui viennent buter
-contre leur parement sont relativement modernes.
-<span class="pagenum"><a id="Page_41"> 41</a></span>
-Il fallait fortifier la contrescarpe pour fermer la
-ville en face de l'entrée du château, sinon l'enceinte
-aurait été ouverte sur le front occidental.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_043.jpg" width="300" height="401" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i2">Photo Lefèvre-Pontalis.</span><br />
-<span class="cap">P</span><span class="smallc">ORTE DE LA BASSE-COUR</span></p>
-</div></div>
-
-<p class="space"><span class="pagenum"><a id="Page_42"> 42</a></span>
-<b>Porte d'entrée.</b>&mdash;La porte B de la basse-cour,
-flanquée de deux tours en ruines et désignée sous
-le nom de porte Maître-Odon, devait ressembler à
-la porte de Laon avant sa démolition par l'ingénieur
-Métezeau en 1652. C'est une &oelig;uvre de la
-première moitié du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle dont le plan primitif
-ne comportait peut-être pas des corps de garde
-aussi vastes. La longue voûte en berceau brisé du
-passage s'est effondrée: elle était soutenue par
-cinq doubleaux qui retombaient sur des corbeaux
-moulurés. Au revers, c'est-à-dire à l'ouest, un arc
-en tiers-point encore intact encadre la porte derrière
-la rainure d'une herse. Ses deux rangs de
-claveaux nus sont appareillés sous un cordon de
-fleurs à sept pétales qui accuse une période peu
-avancée du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle, comme le cavet des tailloirs.
-De chaque côté du passage, deux arcatures en
-tiers-point sans moulures s'appuient sur des pilastres
-de grès, mais au <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle ces arcades
-aveugles étaient au nombre de quatre à droite et
-à gauche.</p>
-
-<p>On voit encore une amorce du parement arrondi
-de la tour du sud. L'autre tour, éventrée par la
-mine, conserve sous une petite voûte en berceau
-brisé l'amorce d'une feuillure de porte qui donnait
-accès dans une salle ronde voûtée d'ogives en
-amande. En arrière, on pénètre à l'ouest dans un
-corps de garde par une porte dont le linteau
-repose sur deux consoles moulurées. Cette pièce
-qui communiquait avec la salle ronde de la tour
-est recouverte de deux voûtes d'ogives sans formerets
-<span class="pagenum"><a id="Page_43"> 43</a></span>
-dont le tore aminci repose sur des consoles
-mutilées. Deux doubleaux en tiers-point,
-ornés d'un filet entre deux boudins et reliés par
-une voûte en berceau brisé, séparent les deux
-croisées d'ogives pour éviter la retombée d'un arc
-dans l'axe des portes. Le corps de garde du sud
-est démoli, mais l'amorce de ses ogives et les
-corbeaux qui les soutiennent sont encore visibles.</p>
-
-<p class="space"><b>Tours de la basse-cour.</b>&mdash;Le côté nord de la
-basse-cour est beaucoup moins bien défendu que
-la face méridionale. En partant de la grosse tour
-nord-est du château, on rencontre d'abord une
-large brèche, puis le rempart garni de marques de
-tâcherons du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle forme un pan coupé percé
-d'une poterne. Au point où Androuet du Cerceau
-indique une tour d'angle dont je n'ai pu retrouver
-aucune trace, des corbeaux devaient soutenir
-une bretèche. Le mur à talus suit une ligne droite
-de 100 mètres: ses assises dépourvues de marques
-de tâcheron, se décrochent à l'extrémité occidentale
-en formant un angle obtus avec le rempart
-primitif. Il ne faut pas en conclure que le front
-nord fut presque entièrement reconstruit, car les
-marques de tâcheron font également défaut sur
-les tours du sud qui doivent être attribuées au
-<span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle. La tour d'angle nord-est A de la
-basse-cour était ronde, mais il n'en reste plus
-qu'un quart engagé dans un pan coupé moderne.
-Rebâtie au <span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> siècle sur son talus primitif, décollée
-par un coup de mine au <span class="smallc">XVII</span><sup>e</sup> siècle, puis
-<span class="pagenum"><a id="Page_44"> 44</a></span>
-remaniée dans sa partie haute, elle n'offre plus
-aujourd'hui aucun intérêt.</p>
-
-<p>Au sud-est, une tour ronde C du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle
-s'élevait à l'angle de la baille, en face de celle qui
-est encore engagée dans le mur de la ville, mais le
-coup de mine qui en a détruit la moitié a fait incliner
-l'autre. La brèche fut murée plus tard et défendue
-par une échauguette sans caractère. A la suite,
-le rempart du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle se distingue par ses tours
-rondes antérieures à celles du château et plus
-rapprochées que celles de la ville. Elles sont au
-nombre de cinq jusqu'au retour d'angle de l'enceinte:
-leurs étroites archères forment à l'extérieur
-de longues fentes dans le parement, mais leur
-couronnement a disparu.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_047.jpg" width="350" height="272" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i2">Photo Lefèvre-Pontalis.</span><br />
-<span class="cap">T</span><span class="smallc">OURS DE LA BASSE-COUR</span></p>
-</div></div>
-
-<p>A l'angle sud-est de la basse-cour, on a creusé
-vainement jusqu'aux fondations, en 1865, pour
-découvrir les restes des gens de guerre du comte
-de Saint-Paul, enfouis dans une galerie de mine en
-1411. En partant de ce point, on pénètre d'abord
-dans une salle ronde de la seconde tour D. Sa
-voûte d'ogives aux arêtes abattues est très grossière:
-la clef se compose d'une pierre carrée au
-lieu d'être taillée en croix. Les nervures viennent
-s'engager dans le mur au niveau des retombées.
-Trois archères recouvertes de linteaux en saillie
-les uns sur les autres éclairent la pièce. On monte
-au second étage recouvert d'un plancher par un
-escalier qui suit la courbe de la tour.</p>
-
-<p>La troisième tour E, qui remonte également au
-premier quart du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle, ne diffère de la précédente
-<span class="pagenum"><a id="Page_45"> 45</a></span>
-que par deux grandes arcatures en plein
-cintre soutenues par des pilastres au revers du mur
-intérieur. Les ogives plates de la voûte aux angles
-abattus et les archères à linteau sont du même type,
-mais les marches de l'escalier courbe portent sur
-un chanfrein qui se décroche, comme dans le donjon.
-La tour suivante F conserve sa voûte d'ogives
-et quatre archères, mais dans la quatrième, désignée
-sur le plan par la lettre G, les nervures de
-même profil, à clef cruciforme, retombent sur des
-culots moulurés. Les archères plus hautes et plus
-larges sont surmontées de cinq linteaux. Un escalier
-à vis conduit au second étage. Il est donc certain
-<span class="pagenum"><a id="Page_46"> 46</a></span>
-que les murs de la baille furent bâtis en allant
-de l'est à l'ouest. Les trois premières tours intactes
-sont les plus anciennes de toute l'enceinte.</p>
-
-<p>La porte de la sixième tour H, qui défend l'angle
-sud-ouest de la basse-cour, est amortie par un
-tympan monolithe sous un arc de décharge en plein
-cintre. Les deux étages reliés par un escalier à vis
-étaient voûtés d'ogives retombant sur des consoles
-moulurées. L'épaisseur des murs atteint 2<sup>m</sup>,35. Les
-quatre archères à linteau du second étage où l'on
-pouvait accéder directement par une porte et une
-échelle sont surmontées d'un arc de décharge, ce
-qui indique un nouveau progrès. Après cette tour
-très saillante, le mur de la baille fait un coude pour
-rejoindre la grosse tour sud-est du château. Ce
-front est défendu par deux tours.</p>
-
-<p>La septième tour I n'a pas le même plan que les
-précédentes, car la salle basse voûtée d'ogives a la
-forme d'un hémicycle fermé par un mur droit. On
-y entre par une porte à linteau tréflé dont l'arc de
-décharge est en plein cintre. Un escalier à vis dessert
-le second étage dont la porte sur la cour et
-les archères présentent la même disposition que
-dans la tour H.</p>
-
-<p>Entre cette tour et la suivante J dont la voûte
-d'ogives et l'escalier à vis sont en ruines s'ouvre
-une poterne en tiers-point précédée d'une archivolte
-en plein cintre. A côté, deux arcs de décharge
-plus ou moins enterrés sont surmontés de deux
-rainures qui semblent destinées à recevoir les bras
-d'un pont-levis intérieur. La tour K, tombée dans
-<span class="pagenum"><a id="Page_47"> 47</a></span>
-le fossé, devait ressembler à toutes celles du front
-sud de la basse-cour. Plus loin, après une autre
-poterne, le mur de la baille vient rejoindre la courtine
-qui relie la grosse tour sud-est du château à
-la chemise du donjon.</p>
-
-<p class="space"><b>Chapelle romane.</b>&mdash;La basse-cour renferme,
-au sud de l'allée centrale, un puits<a id="FNanchor_18" href="#Footnote_18" class="fnanchor">&nbsp;[18]</a>, et près de la
-maison du gardien les fondations d'une chapelle
-romane. Sa nef unique et son transept flanqué de
-deux absidioles arrondies n'étaient pas voûtés;
-mais l'abside en hémicycle, dépourvue de contreforts,
-était recouverte d'un cul de four précédé
-d'une voûte en berceau. On voit la trace de deux
-arcatures de chaque côté du ch&oelig;ur dans la partie
-droite. La base de l'une de leurs colonnes, encore
-intacte, et celle des six colonnettes du portail de
-la façade, permettent d'attribuer cette chapelle au
-<span class="smallc">XII</span><sup>e</sup> siècle et non pas au <span class="smallc">XI</span><sup>e</sup> siècle, comme Viollet-le-Duc
-le prétend. Cette date se trouve confirmée
-par les fragments d'une corniche garnie de palmettes,
-semblable à celle de l'église de Berzy-le-Sec,
-près de Soissons, et par les débris d'une croix
-de pignon formée de cercles découpés à jour,
-comme à Bruyères-sous-Laon. Trois chapiteaux à
-crochets, du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle, retrouvés dans les fouilles,
-et posés sur une pile d'angle, sont peut-être des
-témoins d'un remaniement exécuté dans cette chapelle,
-au <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_48"> 48</a></span></p>
-<h2 class="normal"><span class="small">III</span><br />
-<span class="medium">DESCRIPTION DU CHATEAU</span></h2>
-</div>
-
-<p class="space"><b>Date de la construction.</b>&mdash;Viollet-le-Duc a
-voulu limiter la durée des travaux du château à
-cinq ans, de 1225 à 1230, d'après les profils et le
-caractère de la sculpture, mais cette hypothèse ne
-repose sur aucun fondement. A défaut de textes, la
-science archéologique permet de distinguer deux
-campagnes dans la construction de la basse-cour,
-et deux autres pour le château proprement dit. Je
-crois que le donjon fut élevé en dernier lieu avec
-la chapelle, aussitôt après l'achèvement de l'enceinte,
-comme le prouve le style avancé des figurines
-sculptées sur les consoles de la salle basse.
-Le profil des ogives des grosses tours, les clefs
-de voûte, les chapiteaux à crochets, portent l'empreinte
-du style en usage dans la première moitié
-du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle.</p>
-
-<p>Un détail, qui a son importance, permet de
-rajeunir quelque peu la forteresse, c'est le bec des
-tailloirs qui n'était pas d'usage courant avant 1225
-<span class="pagenum"><a id="Page_49"> 49</a></span>
-environ. Sans doute, on en voit des exemples précoces
-à la cathédrale de Soissons, dans la chapelle
-haute du croisillon sud, terminée au <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle et
-dans le rond-point consacré en 1212, mais à Longpont,
-dont l'église abbatiale fut livrée au culte en
-1227, le plan carré des tailloirs persiste. Par contre,
-à Royaumont où la dédicace de l'église eut lieu en
-1235, les tailloirs du bas côté sud encore en place,
-présentent un bec caractéristique, comme dans les
-tours de Coucy. En outre, la corniche à crochets
-du donjon est identique à celle qui fut refaite
-au chevet de Notre-Dame de Paris vers 1240.</p>
-
-<p>Il est donc probable que la période de grande
-activité des chantiers dut plutôt correspondre au
-second quart qu'au premier quart du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle.
-Ces observations techniques sont d'accord avec la
-tradition qui attribue à Enguerrand III l'honneur
-d'avoir construit le château, car le gros &oelig;uvre
-devait être terminé quand il mourut en 1242.</p>
-
-<p>Nous sommes beaucoup mieux renseignés sur
-l'époque du remaniement des bâtiments d'habitation,
-grâce à un registre des comptes de la châtellenie
-de Coucy, commencé le 1<sup>er</sup> octobre 1386 et
-terminé le 30 septembre 1387<a id="FNanchor_19" href="#Footnote_19" class="fnanchor">&nbsp;[19]</a>. Ce précieux document,
-écrit de la main de Jean Plançon, receveur
-d'Enguerrand VII, a été récemment vendu par un
-libraire de Caen à M. Lucien Broche, archiviste
-départemental, qui l'a fait entrer dans les archives
-de l'Aisne.</p>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_50"> 50</a></span>
-Plusieurs mentions prouvent qu'on achevait à
-cette époque la salle des Preux et la salle des
-Preuses, après avoir exhaussé les courtines avec
-des pierres provenant des carrières de Neuville-sur-Margival
-et de Courval. La porterie et les bâtiments
-adossés au mur du nord furent sans doute
-également l'&oelig;uvre des architectes d'Enguerrand
-VII secondés par Jean de Cambrai et Robinet
-Carême, maîtres-maçons de Coucy. En tout cas, il
-faut rapporter à la campagne de 1386-1387 la cheminée
-du boudoir de la salle des Preuses, l'établissement
-d'un cachot, à l'ouest du grand cellier,
-pour «gesir Bonnifface et Guedon»<a id="FNanchor_20" href="#Footnote_20" class="fnanchor">&nbsp;[20]</a>, la restauration
-des arcades aveugles du premier étage, et le
-remplacement de la voûte de cette salle par un
-plancher dans la tour nord-ouest, la captation dans
-un réservoir de la source qui jaillit au pied de la
-chemise du donjon, la pose de conduits pour évacuer
-les eaux de la cuisine, les lambris du plafond
-de la galerie de la chambre aux Aigles et de l'oratoire
-voisin des «chambres neuves», la réparation
-des charpentes et de toutes les toitures avec des
-tuiles de Pinon, et la décoration du parloir contigu
-à la salle des Preuses par trois peintres de Paris.
-La note gaie est fournie par des dépenses de vitrerie
-causées par les ébats du singe d'Isabelle de
-Lorraine, femme d'Enguerrand VII<a id="FNanchor_21" href="#Footnote_21" class="fnanchor">&nbsp;[21]</a>. Malgré l'opinion
-<span class="pagenum"><a id="Page_51"> 51</a></span>
-de Viollet-le-Duc, ces importants travaux ne
-doivent plus être attribués à Louis d'Orléans, qui
-se rendit acquéreur de la baronnie en 1400.</p>
-
-<p class="space"><b>Plan et appareil.</b>&mdash;Le château proprement dit
-forme un quadrilatère irrégulier, flanqué de quatre
-tours d'angle, et dominé par le château, qui s'élève
-au milieu de la face orientale. Le front nord mesure
-92<sup>m</sup>,45, entre les tours; le côté ouest 35 mètres; la
-face du midi 50<sup>m</sup>,80; et le front est 88 mètres. C'est
-grâce à une vue cavalière dessinée par Androuet
-du Cerceau, avant 1576, que nous pouvons nous
-faire une idée de l'aspect du château à cette époque.
-Viollet-le-Duc s'est borné à tirer un heureux parti
-de cette perspective; mais il aurait dû prévenir ses
-lecteurs que son croquis représente le château non
-pas au <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle, comme on se l'imagine, mais au
-<span class="smallc">XVI</span><sup>e</sup> siècle. En effet, vers 1250, je suis persuadé
-qu'il n'y avait aucun bâtiment au revers de la porte
-et du mur nord, mais seulement des arcades en
-tiers-point destinées à porter un large chemin de
-ronde. La cour, bordée par des logements à l'ouest
-et au sud où la chapelle faisait une saillie prononcée
-sur la grande salle, occupait donc une superficie
-plus grande au <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle qu'au <span class="smallc">XVI</span><sup>e</sup> siècle.</p>
-
-<p>La pierre calcaire, à gros grain parsemée de
-coquillages, qui a servi à construire le château,
-provient des carrières de la ville et du plateau.
-Certaines assises atteignent 1<sup>m</sup>,34 et même 1<sup>m</sup>,90;
-mais leur longueur moyenne est de 0<sup>m</sup>,80. L'épaisseur
-des lits varie de 0<sup>m</sup>,33 à 0<sup>m</sup>,40. Les dalles qui
-<span class="pagenum"><a id="Page_52"> 52</a></span>
-recouvrent des couloirs mesurent souvent 2 mètres
-de longueur et 1 mètre de largeur sur 40 centimètres
-d'épaisseur. J'ai relevé des linteaux épais
-de 0<sup>m</sup>,60, des claveaux de 0<sup>m</sup>,00, des murs de 3 à
-5 mètres à la base des tours.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_054.jpg" width="300" height="307" alt="" />
-<div class="caption">
-<span class="cap">M</span><span class="smallc">ARQUES DE TACHERONS DU XIII</span>e <span class="smallc">SIÈCLE</span><br />
-</div></div>
-
-<p>L'appareil est donc plus grand que dans les
-églises du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle. Les marques de tâcherons si
-nombreuses dans le château et si rares dans la
-basse-cour, présentent une soixantaine de types
-différents qui correspondent au nombre des tailleurs
-de pierre pour les parements. On peut distinguer
-du premier coup d'&oelig;il une assise du
-<span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle d'une pierre mise en place à la fin du
-<span class="pagenum"><a id="Page_53"> 53</a></span>
-<span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> siècle dans la salle des Preux ou dans la salle
-des Preuses; car les signes les plus anciens sont
-gravés très profondément.</p>
-
-<p class="space"><b>Souterrains.</b>&mdash;Il faudrait entreprendre des
-fouilles très coûteuses pour tracer le plan des souterrains
-qui facilitaient les communications entre
-les diverses parties du château et qui devaient permettre
-de prendre l'ennemi à revers au dehors de
-l'enceinte. L'architecte avait pris la précaution,
-comme on le fit plus tard à Pierrefonds, de n'en
-creuser aucun derrière la porte d'entrée, pour que
-les mineurs rencontrent un terre-plein. Au revers
-du mur nord de la cour, un escalier à vis du
-<span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> siècle, établi après coup, descend dans un
-souterrain du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle voûté en berceau qui se
-rétrécit près d'une rainure de herse et qui conduit à
-la cave circulaire de la tour nord-est. Cette galerie
-qui se continuait jadis à l'ouest était recoupée au
-bas de l'escalier par un autre souterrain partant de
-la courtine, comme l'indique une bouche d'aérage.</p>
-
-<p>Sous la salle des Preux, à l'est, un bel escalier
-droit, encadré par des archivoltes en plein cintre
-qui forment un ressaut au-dessus de chaque
-marche, comme à l'entrée des caves de Pontoise,
-de Senlis, de Noyon, d'Elincourt-Sainte-Marguerite
-(Oise), et du château de Pierrefonds, conduit dans
-une cave encore intacte. Ses deux galeries parallèles,
-voûtées en berceau brisé, communiquent par
-des arcades en plein cintre, et dans la seconde une
-porte donne accès dans la salle basse de la tour
-<span class="pagenum"><a id="Page_54"> 54</a></span>
-sud-est. Vers la droite, les lits d'assises du parement
-ne se raccordent pas, mais l'identité des
-marques de tâcherons permet de conclure à une
-erreur d'appareil plutôt qu'à deux constructions
-d'âge différent. A l'extrémité occidentale, un escalier
-du <span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> siècle aboutit au rez-de-chaussée de la
-salle des Preuses. M. Colin, gardien du château, a
-trouvé d'autres amorces de souterrains qui s'enfoncent
-dans le sol aux deux extrémités de ces galeries,
-mais les caves des tours nord-ouest et sud-ouest
-n'étaient pas desservies par des couloirs
-inférieurs, car on n'y voit aucune trace de porte.
-Est-il besoin d'ajouter que les prétendus souterrains,
-qui auraient relié au château les abbayes de
-Nogent et de Prémontré, n'ont jamais existé que
-dans l'imagination des romanciers?</p>
-
-<p class="space"><b>Porte d'entrée.</b>&mdash;Un dessin d'Androuet du Cerceau
-donne une idée des défenses extérieures de la
-porte d'entrée. Pour franchir le fossé, large de vingt
-mètres, il fallait passer sous deux portes, en traversant
-un pont de bois à deux bascules qui reposait
-sur des massifs de maçonnerie et sur les piles
-de deux petits corps de garde isolés. En 1829,
-leurs débris furent enfouis sous le remblai actuel.
-Le parement extérieur de la porte est arraché,
-mais on voit encore de chaque côté les rainures
-des trois herses qui glissaient entre des arcs en
-tiers-point. Au <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle, la porte était flanquée
-au revers de deux grandes arcades en tiers-point;
-celle de gauche encadre une archère; celle de
-<span class="pagenum"><a id="Page_55"> 55</a></span>
-droite, à mur plein, fut convertie en logement à
-l'époque moderne. Je suis persuadé que le corps
-de garde, désigné par la lettre H sur le plan de
-Viollet-le-Duc, et dont il reste les substructions,
-fut une addition de la fin du <span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> siècle, car il est
-évident que les piédroits, les écoinçons et les claveaux
-des arcades n'étaient pas destinés à être
-englobés dans un bâtiment quelconque. A son
-point de rencontre avec la chemise du donjon, le
-mur ne présente aucune trace de collage, mais au
-niveau du sol on voit la feuillure d'une porte
-relancée dans les assises primitives et l'ouverture
-d'une fosse d'aisances rectangulaire appliquée
-après coup contre le parement du fossé.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_057.jpg" width="400" height="229" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i2">Androuet du Cerceau del.</span><br />
-<span class="cap">L</span><span class="smallc">E CHATEAU EN 1576.</span><br />
-<span class="small">Vue prise à l'est.</span></p>
-</div></div>
-
-<p>A gauche de l'entrée, le sommier d'une branche
-d'ogives aux arêtes abattues vient s'incruster dans
-<span class="pagenum"><a id="Page_56"> 56</a></span>
-les claveaux de l'arcade aveugle, déjà signalée.
-Comme le profil de la nervure est identique à ceux
-des voûtes faites vers 1385, sous les salles des
-Preux et des Preuses, de l'est à l'ouest, il faut en
-conclure que le corps de garde carré, divisé par
-quatre piles centrales en neuf travées et recouvert
-de croisées d'ogives, avait été ajouté à la même
-époque. L'architecte du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle avait calculé
-que la porte de la basse-cour suffirait à tenir en
-échec l'assaillant. D'ailleurs l'ennemi qui aurait
-voulu forcer l'entrée du château se serait fait
-écraser par les projectiles lancés du haut du donjon
-et de la grosse tour nord-est. Il était donc
-inutile d'adopter la même disposition qu'à la porte
-de Laon, mais une chambre de man&oelig;uvre des
-herses devait s'élever au milieu de la courtine,
-défendue par une bretèche.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_57"> 57</a></span></p>
-<h2 class="normal"><span class="small">IV</span><br />
-<span class="medium">TOURS D'ANGLE</span></h2>
-</div>
-
-<p class="space"><b>Tour nord-est.</b>&mdash;A côté de la porte du château
-s'élève une grosse tour ronde O dont le diamètre
-extérieur est de dix-neuf mètres. La salle circulaire
-du sous-sol, voûtée par six ogives aux arêtes abattues
-qui retombent sur des consoles, est enclavée
-par deux archères à linteaux superposés. On y accédait
-par une porte en plein cintre au bout du souterrain
-déjà signalé, qui longe la courtine du nord.
-Au rez-de-chaussée, une porte à linteau précède une
-voûte en berceau brisé qui vient buter contre deux
-grandes dalles. Dans ce couloir venait déboucher
-l'escalier à vis, dépourvu de marches, qui conduisait
-directement à la plate-forme supérieure<a id="FNanchor_22" href="#Footnote_22" class="fnanchor">&nbsp;[22]</a>. La
-salle hexagone est recouverte par six nervures en
-amande qui se réunissent autour d'une clef à
-feuillage et qui s'appuient sur de courtes colonnettes.
-Les crochets de leurs chapiteaux se recourbent
-<span class="pagenum"><a id="Page_58"> 58</a></span>
-sous des tailloirs à bec moulurés. Les
-formerets à claveaux nus encadrent de larges niches
-en tiers-point. A l'ouest, une fenêtre de la même
-forme, avec glacis
-en escalier, s'ouvre
-dans le mur, épais
-de 4<sup>m</sup>,80. Un couloir
-coudé, éclairé par
-une archère, conduit
-à des latrines
-dont la fosse, très
-profonde, se compose
-d'un puits rond
-surmonté d'un puits
-carré.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_060.jpg" width="250" height="388" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="i2">A Ventre del.</span><br />
-<span class="cap">C</span><span class="smallc">HAPITEAU DE LA TOUR NORD-EST</span></p>
-</div></div>
-
-<p>Au premier étage,
-la voûte s'est écroulée;
-mais on voit
-l'amorce de l'une
-des six ogives à tore
-aminci. Cette salle,
-à six pans, communiquait
-par une
-porte avec la courtine
-du nord. Ses
-grandes niches en
-tiers-point, ses cinq
-archères, sa cheminée et ses latrines sont encore
-intactes. Le dernier étage, hexagone, n'était pas
-voûté: ses niches au nombre de six, ne correspondaient
-pas aux précédentes pour donner plus
-<span class="pagenum"><a id="Page_59"> 59</a></span>
-de solidité à la maçonnerie. La toiture reposait sur
-un mur circulaire percé de baies à linteau, et les
-<span class="pagenum"><a id="Page_60"> 60</a></span>
-hourds de bois prenaient leur point d'appui sur de
-gros corbeaux de pierre, dont le profil est formé
-de quatre quarts de rond, comme au sommet du
-donjon.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_061.jpg" width="250" height="333" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i2">Photo Lefèvre-Pontalis.</span><br />
-<span class="cap">C</span><span class="smallc">OURTINE ET TOUR NORD-EST</span></p>
-</div></div>
-
-<p class="space"><b>Musée lapidaire.</b>&mdash;Le déblaiement des ruines
-a permis de recueillir, dans la salle du rez-de-chaussée
-de cette tour, des sculptures très intéressantes,
-comme un chapiteau du <span class="smallc">XII</span><sup>e</sup> siècle, à larges
-feuilles recourbées en volutes, qui devait orner une
-salle du château roman, et qui couronnait une
-colonne isolée. Une large clef de voûte, du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle,
-dont le trou central est entouré d'une guirlande
-de feuillages, provient de la chapelle gothique,
-comme le prouvent les amorces de ces quatre
-branches d'ogives, tandis que deux clefs à six nervures
-faisaient partie des voûtes dans les grosses
-tours. Deux grosses gargouilles, à tête d'animal
-et des débris des quatre pinacles terminés par un
-fleuron sortant d'un cercle de boules, qui se trouvaient
-jadis au sommet du donjon, méritent d'attirer
-l'attention avec un personnage assis, les jambes
-croisées, qui décorait un sommier de la voûte
-d'ogives du rez-de-chaussée.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_063.jpg" width="250" height="272" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i4"><span class="small i6">Photo Lefèvre-Pontalis.</span><br />
-<span class="cap">M</span><span class="smallc">USÉE LAPIDAIRE.&mdash;SCULPTURES DU XIV</span>e <span class="smallc">SIÈCLE</span><br />
-<span class="small">A droite, têtes d'un Preux et d'une Preuse provenant des cheminées.</span></p>
-</div></div>
-
-<p>Trois lions mutilés du XIIIe siècle, dont l'un dévorait
-un enfant et l'autre un chien, portaient sur leur
-dos une table de pierre qui servait de siège à un
-autre lion assis. C'était l'ancien perron dessiné par
-Androuet du Cerceau, où les vassaux des sires de
-Coucy juraient foi et hommage à l'entrée du château.
-«Devant ladite figure, dit-il, se paye certain
-<span class="pagenum"><a id="Page_61"> 61</a></span>
-tribut par les voisins du lieu, scavoir est qu';ils
-sont tenus envoyer tous les ans un rustique, ayant
-en sa main un fouet, pour sonner d'iceluy trois
-coups: avec ce une hotte pleine de tartres et gasteaux
-qu'il fault qu'il distribue aux seigneurs de
-<span class="pagenum"><a id="Page_62"> 62</a></span>
-là». La redevance de quarante rissoles par l'abbé
-de Nogent donnait lieu à une bizarre cérémonie.</p>
-
-<p>Une petite gargouille, des chapiteaux à crochets,
-des carreaux vernissés, des boulets de pierre et
-de fonte complètent cette collection ainsi que les
-têtes d'un Preux et d'une Preuse qui ornaient
-au XIVe siècle les cheminées des salles du même
-nom; des figurines et des chapitaux de la même
-époque; la tombe plate d'un bourgeois de Coucy,
-mort en 1596. Enfin, il faut signaler une couleuvrine
-en cuivre à six pans.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_064.jpg" width="300" height="174" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i2">Androuet du Cerceau del.</span><br />
-<span class="cap">A</span><span class="smallc">NCIEN PERRON DU CHATEAU</span><br />
-<span class="small">Photo Lefèvre-Pontalis.</span></p>
-</div></div>
-
-<p>Tour nord-ouest.&mdash;Les trois autres tours d'angle
-offrant des dispositions à peu près identiques avec
-quelques variantes, il serait bon de les visiter successivement.
-Celle du nord-ouest, dite du Roi,<span class="pagenum"><a id="Page_63"> 63</a></span>
-renferme une cave ronde d'un diamètre inférieur à
-celui des autres salles<a id="FNanchor_23" href="#Footnote_23" class="fnanchor">&nbsp;[23]</a>
-Ses ogives, sans moulures,
-au nombre de six, viennent s'assembler autour d'un
-&oelig;il central, large de 0<sup>m</sup>,80, qui permettait le passage
-d'un homme: la voûte a deux mètres d'épaisseur.
-On ne pouvait descendre dans cette cave
-qu'avec un treuil. La salle hexagone du rez-de-chaussée,
-dont les murs ont 2<sup>m</sup>,80 d'épaisseur, était voûtée
-d'ogives, car on voit encore les amorces des
-lunettes. Une profonde arcade en tiers-point fait
-corps avec chaque pan coupé, comme dans les
-trois autres étages, mais toutes ces niches sont
-désaxées par rapport à celles qui les précèdent ou
-qui les surmontent. Les archères sont au nombre
-de cinq, à cause de la cheminée. Il est difficile
-d'expliquer pourquoi cette salle est dépourvue de
-latrines: on y entre de plain-pied avec le soubassement
-de la salle des Preuses.</p>
-
-<p>L'escalier à vis s'interrompait à chaque étage
-pour obliger les hommes d'armes à se faire reconnaître,
-en traversant les salles. Le premier étage
-communiquait avec la courtine par une porte: on
-voit encore les corbeaux qui soutenaient les solives
-du plafond, car la voûte de cette salle, détruite
-par un incendie, fut supprimée en 1386 quand on
-restaura les niches, comme le prouve le compte
-déjà cité. Un plancher séparait le second et le troisième
-étage, percés d'archères, et chauffés par
-<span class="pagenum"><a id="Page_64"> 64</a></span>
-des cheminées. Tous les murs étaient recouverts
-d'un enduit très mince peint en jaune avec faux
-joints rouges. Une archère supérieure fut transformée
-en fenêtre, à la fin du <span class="smallc">XVI</span><sup>e</sup> siècle. Les corbeaux
-sont semblables à ceux que j'ai déjà décrits.</p>
-
-<p><b>Tour sud-ouest<a id="FNanchor_24" href="#Footnote_24" class="fnanchor">&nbsp;[24]</a>.</b>&mdash;La salle souterraine de cette
-tour M, voûtée d'ogives et dépourvue de toute ouverture,
-est identique à celle de la tour précédente:
-elle renferme des latrines. La voûte du rez-de-chaussée
-est également intacte, avec ses six nervures
-en amande qui retombent sur des colonnettes,
-engagées entre les cinq profondes niches
-et la cheminée de la salle hexagone. On y pénètre
-en passant sous un linteau surmonté d'un arc de
-décharge. Derrière cette porte, à droite, s'ouvre un
-couloir voûté en berceau brisé qui débouche sous
-la salle des Preuses. A gauche, un long couloir
-coudé conduit à des latrines, éclairées par une
-archère, suivant une disposition qui n'existe pas
-dans les autres tours. Une autre différence, c'est que
-la salle du rez-de-chaussée et celle du premier
-étage ne sont pas reliées par un escalier à vis,
-parce qu'on pouvait passer de la salle des Preux
-et de la salle des Preuses dans la tour du sud-ouest.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_067.jpg" width="250" height="396" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i2">A Ventre del.</span><br />
-<span class="cap">C</span><span class="smallc">OUPE DE LA TOUR SUD-OUEST</span></p>
-</div></div>
-
-<p>Le second étage, voûté d'ogives, d'après les
-amorces des compartiments de remplissage, était
-éclairé par quatre archères, et chauffé par une
-grande cheminée. A côté, on voit dans l'épaisseur
-<span class="pagenum"><a id="Page_65"> 65</a></span>
-<span class="pagenum"><a id="Page_66"> 66</a></span>
-du mur le conduit de fumée de la salle inférieure.
-A l'angle de la courtine occidentale et de cette
-tour, des latrines en encorbellement pouvaient
-servir au besoin de mâchicoulis. On montait au
-troisième étage, recouvert d'un plancher de bois,
-par une cage d'escalier. La clef de ses niches correspond
-à l'axe des piédroits de celles du second
-étage, suivant une disposition qui se répète dans
-les quatre tours d'angle. Pour arriver sous la
-toiture conique, au niveau des hourds, il fallait
-gravir un escalier de bois.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_068.jpg" width="300" height="229" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i6"><span class="small i2">Photo Lefèvre-Pontalis.</span><br />
-<span class="cap">I</span><span class="smallc">NTÉRIEUR DE LA TOUR SUD-OUEST</span></p>
-</div></div>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_069.jpg" width="250" height="332" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i2">Photo Lefèvre-Pontalis.</span><br />
-<span class="cap">T</span><span class="smallc">OUR SUD-EST</span></p>
-</div></div>
-
-<p><b>Tour sud-est.</b>&mdash;En descendant dans l'une des
-<span class="pagenum"><a id="Page_67"> 67</a></span>
-caves situées sous la salle des Preux, on pénètre
-dans la salle souterraine et circulaire de cette
-tour L par une porte en tiers-point, suivie d'une
-<span class="pagenum"><a id="Page_68"> 68</a></span>
-herse et d'une porte en plein cintre. Le couloir
-intermédiaire, recouvert de linteaux, communique
-avec un escalier à vis qui dessert tous les étages.
-Six branches d'ogives aux arêtes abattues rayonnent
-autour de la clef de voûte, et viennent rejoindre
-des consoles: deux archères sont percées dans
-les murs épais de 5<sup>m</sup>,20. Au-dessus se trouve une
-salle hexagone, sans archères et sans cheminée,
-qui était voûtée par six nervures à tore aminci,
-dont les retombées s'appuient sur des chapiteaux
-à crochets et des colonnes engagées. Une fenêtre
-s'ouvre au levant au fond de l'une des six niches
-en tiers-point, et les latrines sont établies sur une
-fosse carrée, profonde de 18 mètres, qui s'élève
-au-dessus d'un puits rond.</p>
-
-
-<p>Au premier étage, on voit encore des amorces
-de la voûte d'ogives, les niches habituelles, cinq
-archères et une cheminée. La porte à linteau s'ouvrait
-à l'extrémité orientale de la salle des Preux,
-en avant d'un passage coudé qui communiquait
-avec l'escalier à vis. En traversant la cage, on
-pouvait circuler, à l'intérieur d'un gros mur, dans
-un couloir recouvert de grandes dalles qui rejoignait
-la chemise du donjon. Des latrines en encorbellement
-s'élèvent dans l'angle rentrant de la
-courtine méridionale, comme dans les tours précédentes.
-Les étages supérieurs sont inaccessibles.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_69"> 69</a></span></p>
-<h2 class="normal"><span class="small">V</span><br />
-<span class="medium">CORPS DE LOGIS</span></h2>
-</div>
-
-<p class="space"><b>Côté nord.</b>&mdash;On voit encore dans la cour les
-débris des treize arcades aveugles en tiers-point qui
-retombaient sur des contreforts intérieurs au revers
-de la courtine du nord, afin d'élargir le chemin de
-ronde. Ce système, qui devint plus tard si fréquent
-dans l'architecture militaire du midi de la France
-et dans les églises fortifiées de la même région,
-apparut dans l'Ile-de-France autour du mur d'enceinte
-du château de Farcheville, près d'Étampes,
-construit par Hugues de Bouville, sénéchal de
-Philippe Auguste. L'architecte du château de
-Coucy eut soin de monter le parement supérieur
-du mur de fond après le décintrage des voussures,
-afin de remédier aux effets du tassement. Les
-marques de tâcherons, la disposition des supports,
-le champ plat de quelques écoinçons, suffisent à
-prouver qu'aucun bâtiment ne venait s'adosser à
-la courtine du nord, au <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle.</p>
-
-<p>Vers la fin du <span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> siècle, comme l'indiquent
-<span class="pagenum"><a id="Page_70"> 70</a></span>
-quelques profils et la finesse des marques de
-tâcherons, on éleva la porterie et un corps de logis
-contre la même courtine, à l'intérieur de la cour.
-On remplit de maçonnerie la plupart des arcades
-qui se trouvèrent englobées dans de petites pièces
-à solives apparentes. Trois escaliers à vis desservaient
-l'unique étage; le premier, en partant de
-la porte du château, descend dans un souterrain
-du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle, à travers la voûte; le troisième
-s'élève à l'angle du bâtiment de la salle des Preuses.
-Ce qui est extraordinaire, c'est qu'Androuet du
-Cerceau figure au milieu de la courtine du nord
-une petite tour ronde assez saillante, dont il est
-impossible de retrouver la trace. Viollet-le-Duc
-l'indique à tort sur son plan; mais il suffit
-d'examiner le parement extérieur du mur pour
-constater l'absence de tout collage ou d'une
-brèche rebouchée: on n'a jamais relancé aucune
-pierre dans les assises primitives. Etait-ce une
-&oelig;uvre du <span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> siècle? Je n'en sais rien, mais j'affirme
-qu'au <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle il n'y avait pas de petite
-tour partant de fond entre les deux grosses tours
-du nord.</p>
-
-<p class="space"><b>Côté ouest.</b>&mdash;Le grand corps de logis dont on voit
-les ruines entre les tours nord-ouest et sud-ouest
-fut presque entièrement reconstruit par Enguerrand
-VII, un peu avant le voyage de Charles VI à
-Coucy, le 23 mars 1387, comme le prouve le
-compte publié par M. Broche; mais le magasin P
-du rez-de-chaussée est une &oelig;uvre du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle.
-<span class="pagenum"><a id="Page_71"> 71</a></span>
-On y entrait de plain-pied, comme dans une halle,
-par cinq larges arcades en tiers-point, qui s'ouvraient
-sur la cour et qui retombaient sur des piles
-rectangulaires. Aucune trace de fermeture ou de
-mur de clôture contre les supports. Au revers du
-<span class="pagenum"><a id="Page_72"> 72</a></span>
-mur extérieur, cinq profondes arcades en tiers-point,
-construites avant le parement supérieur du
-fond, étaient destinées à réduire la portée des
-solives du plancher de la salle des Preuses, comme
-dans le cellier méridional. Les marques de tâcherons
-permettent de distinguer toutes les assises et
-les claveaux du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_073.jpg" width="300" height="227" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i6"><span class="small i2">Photo Lefèvre-Pontalis.</span><br />
-<span class="cap">V</span><span class="smallc">UE PRISE SOUS LA SALLE DES</span> <span class="cap">P</span><span class="smallc">REUSES</span></p>
-</div></div>
-
-<p>Vers 1385, le plafond de bois primitif fut remplacé
-par cinq croisées d'ogives aux angles abattus,
-dont on voit les amorces sur les anciennes piles.
-Les doubleaux, en cintre surbaissé, présentaient
-le même profil. Les nervures de la première voûte
-au nord, tangente à une arcade aveugle du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle,
-viennent d'être rétablies par les soins de
-M. B&oelig;swillwald. La voûte suivante butait contre
-un gros mur de refend, monté au <span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> siècle pour
-soutenir un escalier à vis qui reliait la salle des
-Preuses au second étage. La seconde arcade, en
-partant du nord, se trouve donc en partie bouchée
-comme la première, adossée aux bâtiments du
-nord et à une voûte d'ogives du <span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> siècle. Pour
-se rendre à la salle des Preuses et à celle des Preux,
-on montait un large escalier tournant, dont la cage
-et la porte à colonnettes prismatiques sont encore
-intactes dans l'angle sud-ouest de la cour.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_075.jpg" width="300" height="199" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i2">Photo Neurdein.</span><br />
-<span class="cap">C</span><span class="smallc">ÔTÉ OUEST DE LA COUR</span><br />
-<span class="small">Ruines de la salle des Preuses.</span></p>
-</div></div>
-
-<p class="space"><b>Salle des Preuses.</b>&mdash;Le compte de 1386-1387
-mentionne la construction de la cheminée du
-boudoir attenant à cette salle, qui venait d'être
-achevée. L'architecte d'Enguerrand VII fit remplacer
-le parement du mur occidental, à l'intérieur,
-<span class="pagenum"><a id="Page_73"> 73</a></span>
-nomme l'indiquent les fines marques de
-tâcherons. A droite, il piocha la courbe de la tour
-nord-ouest pour faire un angle, encadré par un
-<span class="pagenum"><a id="Page_74"> 74</a></span>
-gros arc de décharge en plein cintre, au-dessus
-du second étage. A gauche, derrière un décrochement,
-un large couloir du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle voûté en
-berceau brisé, fait
-communiquer la
-tour sud-ouest avec
-la salle des Preuses.
-Au <span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> siècle, trois
-grandes fenêtres,
-amorties par un arc
-surbaissé, furent
-percées après coup
-dans le mur occidental.
-La baie centrale
-s'ouvrait au
-fond d'un boudoir
-qui renferme une
-petite cheminée. Sa
-voûte se compose
-de deux petites
-croisées d'ogives,
-dont la baguette à
-filet saillant retombe sur des anges.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_076.jpg" width="250" height="360" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i6"><span class="cap">M</span><span class="smallc">ARQUES DE TACHERONS DU XIV</span>e <span class="smallc">SIÈCLE</span></p>
-</div></div>
-
-<p>Cette salle était en outre chauffée par une grande
-cheminée à deux âtres, dessinée par Androuet du
-Cerceau et décorée des statues des neuf Preuses,
-suivant la description poétique d'Antoine d'Asti,
-secrétaire du duc Charles d'Orléans, vers 1440. Au-dessus
-du plafond de bois, une autre salle, aussi
-vaste mais plus basse, était de même éclairée par
-trois baies; celle du milieu conserve encore deux
-<span class="pagenum"><a id="Page_75"> 75</a></span>
-voûtes d'ogives de faible dimension. Près de la tour
-nord-ouest, une cage d'escalier, coupée en deux,
-correspond au mur de refend où passait le conduit
-de la grande cheminée. Au revers, deux petites
-pièces superposées étaient éclairées par deux fenêtres
-ouvertes au <span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> siècle.</p>
-
-<p class="space"><b>Côté sud.</b>&mdash;Le vaste bâtiment qui renfermait la
-salle des Preux s'élève au-dessus des deux caves
-parallèles, voûtées en berceau brisé, que j'ai déjà
-décrites. Le grand cellier R du rez-de-chaussée fut
-remanié vers 1385, comme le magasin qui se trouve
-sous la salle des Preuses. Au <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle, des poutres
-de fort équarrissage portaient le plancher du
-premier étage. Elles devaient être soulagées par
-des piliers de pierre, à cause de leur grande
-portée, suivant un système appliqué au château de
-Chillon et dans l'abbaye du Moncel (Oise). Neuf
-arcades en tiers-point, assez profondes, soutenues
-par des piédroits, et marquées de signes de tâcherons,
-faisaient corps avec le mur méridional pour
-donner aux solives un point d'appui.</p>
-
-<p>L'architecte d'Enguerrand VII modifia cette disposition
-pour voûter le cellier. Il dressa dans l'axe
-longitudinal une file de colonnes où les ogives aux
-arêtes abattues et les doubleaux de même profil
-qui décrivaient une courbe en segment de cercle
-venaient retomber en pénétration. Le sommier de
-l'un des fûts, d'où partaient huit arcs, et des
-amorces de nervures sont encore visibles contre
-une pile occidentale et à l'entrée de la cave de la
-<span class="pagenum"><a id="Page_76"> 76</a></span>
-tour sud-est. Chaque galerie fut donc recouverte
-de neuf voûtes soigneusement appareillées: entre
-les deux dernières voûtes, à l'ouest, deux larges
-doubleaux s'appuyaient sur un massif de maçonnerie
-flanquée de colonnes engagées, et d'un mur
-de refend qui venait buter contre une ancienne
-niche en tiers-point.</p>
-
-<p>Plus loin, un arc surbaissé du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle, formé
-de deux rangs d'énormes claveaux, supportait le
-mur de fond et la cheminée de la salle des Preux.
-Par mesure de prudence, on le fit murer au
-<span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> siècle; au revers, une petite voûte en berceau,
-et une voûte d'ogives à trois nervures furent montées
-à la même époque; mais primitivement une
-poutre franchissait l'espace triangulaire entre la
-tour sud-ouest et l'arc transversal au droit d'un corbeau,
-encore intact, qui soutenait une contre-fiche.</p>
-
-<p class="space"><b>Salle des Preux.</b>&mdash;Cette magnifique salle fut
-rebâtie, en même temps que la salle des Preuses,
-dans le dernier quart du <span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> siècle. L'architecte fit
-arracher l'ancien parement intérieur du mur méridional,
-pour y substituer de nouvelles assises. Il
-perça du même côté deux larges fenêtres à plate-bande
-appareillée, qui étaient recoupées par un
-meneau central et deux arcs tréflés. Au dehors, un
-boudin coudé encadrait chacune des baies. Les
-deux cheminées, très larges, conservent leur foyer
-encadré par un arc surbaissé sous un arc de décharge
-en tiers-point. Les quatre niches sont flanquées
-de deux colonnettes, et leurs dais à sept
-<span class="pagenum"><a id="Page_77"> 77</a></span>
-pans garnis de petits arcs trilobés portent déjà
-l'empreinte du style flamboyant.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_079.jpg" width="350" height="258" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i8"><span class="small i2">Photo Lefèvre-Pontalis.</span><br />
-<span class="cap">R</span><span class="smallc">UINES DE LA SALLE DES</span> <span class="cap">P</span><span class="smallc">REUX</span></p>
-</div></div>
-
-<p>Un bandeau de feuilles frisées marque le niveau
-de la charpente en carène renversée de la salle
-des Preux. Trois lucarnes à meneau central, dont
-<span class="pagenum"><a id="Page_78"> 78</a></span>
-on voit encore les glacis, correspondaient à une
-voussure de bois en pénétration dans le berceau.
-A l'extérieur, une ligne de corbeaux moulurés
-accuse le sommet de la courtine surélevée, comme
-entre les autres tours.</p>
-
-<p>On montait à la tribune occidentale, destinée
-aux musiciens, par un petit escalier à vis accolé à
-la tour sud-ouest et coiffé d'une voûte d'ogives à
-six branches qui retombent sur des petits anges.
-A l'autre extrémité, c'est-à-dire à l'orient, une
-immense verrière s'ouvrait dans le pignon pour
-éclairer la salle. Au niveau de son appui on avait
-élevé une tribune en bois décorée de pampres et
-de fruits, comme les deux autres, qui étaient réservées
-aux dames.</p>
-
-<p>La belle cheminée occidentale de cette salle se
-divisait en deux foyers séparés par un pilier. Les
-statues des Preux étaient au nombre de dix, car
-Charles d'Orléans y avait ajouté Bertrand du Guesclin.
-Ce détail se trouve dans le poème de son
-secrétaire, Antoine d'Asti.</p>
-
-<p class="space"><b>Chapelle.</b>&mdash;Orientée vers le nord-est et adossée
-au bâtiment de la salle des Preux, cette chapelle
-du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle, à chevet plat, a presque entièrement
-disparu; mais on peut encore relever le plan de
-ses soubassements. Le rez-de-chaussée S divisé
-par de fortes piles et recouvert de quatre voûtes
-d'ogives sur chaque galerie, servait de passage,
-comme sous la chapelle du château de Senlis,
-pour entrer soit dans le grand cellier, situé sous
-<span class="pagenum"><a id="Page_79"> 79</a></span>
-la salle des Preux, par une porte en tiers-point de
-six mètres d'épaisseur, soit dans la cuisine, qui
-s'élevait à l'orient. Entre les contreforts à bandeau
-inférieur mouluré, des arcs de décharge encadraient
-des murs percés de portes.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_081.jpg" width="200" height="188" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i8"><span class="small i4">A Ventre del.</span><br />
-<span class="cap">C</span><span class="smallc">LEF DE VOUTE DE LA CHAPELLE</span></p>
-</div></div>
-
-<p>Au premier étage, deux grandes voûtes d'ogives
-retombaient sur des faisceaux de cinq colonnettes
-dont il reste des assises au pied de la courtine du
-nord. L'une des clefs à trou central, ornée d'une
-guirlande de feuillages, est déposée au musée de
-la tour nord-est: les amorces de ses grosses nervures
-en amande accusent une époque peu avancée
-du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle. J'ai retrouvé aussi quelques débris
-des meneaux, épais de 0<sup>m</sup>,75, qui divisaient les
-<span class="pagenum"><a id="Page_80"> 80</a></span>
-fenêtres; le fût de leurs colonnettes et leur feuillure
-sont bien visibles. Plusieurs morceaux de
-quatrefeuilles ou de rosaces à cinq lobes, provenant
-du remplage, sont épars sur le sol.</p>
-
-<p>Loin de ressembler à la Sainte-Chapelle de
-Paris, comme un dessin de Viollet-le-Duc pourrait
-le faire supposer, la chapelle du château de Coucy
-était plutôt une &oelig;uvre du même style que le chevet
-de la cathédrale de Soissons. La riche décoration
-de cette chapelle avait frappé Antoine d'Asti,
-secrétaire du duc Charles d'Orléans, car il décrit
-dans ses <i>Lettres héroïques</i>, vers 1440, les figures
-peintes sur les voûtes qui étaient rehaussées de
-dorures, les statues, les vitraux, qui représentaient
-des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament.
-Il affirme que pendant la guerre de Cent
-Ans, le prince Jean aurait acheté les anciennes
-verrières au prix de douze mille écus d'or.</p>
-
-<p class="space"><b>Cuisine.</b>&mdash;Une petite cour séparait le côté sud
-de la chapelle, de la cuisine T recoupée en deux
-pièces, dont les murs sont démolis presque à ras de
-terre. Les eaux de vaisselle, vidées sur un évier,
-se déversaient par un caniveau dans un grand puisard,
-dissimulé dans l'épaisseur de la chemise du
-donjon, et surmonté d'un réduit voûté en berceau
-brisé.</p>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_81"> 81</a></span></p>
-<h2 class="normal"><span class="small">VI</span><br />
-<span class="medium">DONJON</span></h2>
-</div>
-
-<p class="space"><b>Chemise.</b>&mdash;Les défenses extérieures du donjon
-V, qui commandait à la fois la basse-cour et la
-cour du château, se composaient d'un fossé large
-de 6<sup>m</sup>,36 et d'une chemise annulaire qui s'interrompait
-en face de l'entrée de la tour. Cette chemise,
-aujourd'hui découronnée et éventrée par la
-mine en 1652, mesurait 20 mètres de hauteur, en
-partant du fond du fossé. Elle se reliait, au nord,
-à la courtine de la porte du château, et au midi à la
-tour sud-est par un gros mur dont le couloir intérieur
-communiquait avec celui de la chemise surmontée
-d'un chemin de ronde crénelé. On y montait
-rapidement, au <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle, par une rampe
-courbe partant du sol de la cour en face de la porte
-du donjon: au-dessous, des arcs de décharge formaient
-des niches. L'escalier à vis, adossé au puisard
-des cuisines, fut appliqué contre la chemise
-au <span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> siècle.</p>
-
-<p>Plus loin, un escalier droit du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle, recouvert
-<span class="pagenum"><a id="Page_82"> 82</a></span>
-d'énormes dalles, descend dans un passage,
-ménagé à travers la chemise, au niveau des fondations.
-On pouvait donc passer du fossé intérieur
-au fossé extérieur, mais comme l'ennemi aurait pu
-prendre le même chemin, une herse man&oelig;uvrée
-dans une petite chambre permettait de barrer ce
-couloir vers le sud. Cette poterne correspondait
-par un pont volant avec celle que j'ai déjà signalée
-au pied de la tour sud-est.</p>
-
-<p>Vers 1386, on eut l'idée d'établir au pied de la
-chemise, dans le fossé extérieur, une galerie de
-contre-mine, voûtée en quart de cercle, et recouverte
-d'un talus. Cette date se déduit d'une dépense
-inscrite dans le registre de comptes de la châtellenie
-pour la captation de la source qui s'y trouve, et
-qui devait nécessairement être protégée en cas de
-siège. Viollet-le-Duc et d'autres archéologues ont
-eu tort de croire que la galerie pouvait remonter
-au <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle. A l'entrée, ses doubleaux avec arêtes
-abattues et ses voussoirs en pierre jaune sont d'un
-tout autre grain que la roche à coquillages primitive.
-C'est donc un simple collage contre le vieux mur.</p>
-
-<p class="space"><b>Procédé de construction.</b>&mdash;Le donjon, du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup>
-siècle, est bâti sur un plan circulaire, comme ceux
-de Rouen, de Lillebone, ou comme les tours
-d'angle des châteaux de Gisors et de Falaise,
-&oelig;uvres des ingénieurs militaires de Philippe
-Auguste, qui ont pu servir de prototype à l'architecte.
-Sa hauteur, prise du fond du fossé, atteint
-54 mètres; son diamètre mesure exactement 31<sup>m</sup>,25;
-<span class="pagenum"><a id="Page_83"> 83</a></span>
-<span class="pagenum"><a id="Page_84"> 84</a></span>
-et l'épaisseur du mur, au rez-de-chaussée, est de
-7<sup>m</sup>,46: c'est donc la plus grosse tour du monde.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_085.jpg" width="300" height="405" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i4">Photo Neurdein.</span><br />
-<span class="cap">D</span><span class="smallc">ONJON ET TOUR NORD-EST</span></p>
-</div></div>
-
-<p>Viollet-le-Duc a deviné le premier à l'aide de
-quel ingénieux procédé sa construction fut menée
-à bonne fin. Des trous de boulin disposés en spirale,
-de la base au sommet, correspondaient à
-deux poutrelles reliées par des contrefiches qui
-soutenaient un chemin en encorbellement, dont la
-pente était assez douce à cause du diamètre énorme
-du donjon. La largeur de cette rampe en hélice
-pouvait atteindre cinq mètres, ce qui permettait
-aux ouvriers de monter les pierres à l'aide de petits
-chariots. Un rayon de bois, tournant horizontalement
-autour d'un axe, suffisait à régler la courbe
-du parement. Suivant un principe appliqué dès le
-<span class="smallc">XII</span><sup>e</sup> siècle, le mur du donjon était cerclé par des
-longrines de bois noyées dans la maçonnerie, à
-trois hauteurs différentes: une enrayure, dont les
-trous sont visibles, venait s'assembler dans ce
-chaînage au niveau du second étage.</p>
-
-<p class="space"><b>Salle basse.</b>&mdash;On entrait au rez-de-chaussée par
-un pont à bascule qui franchissait le fossé de la
-chemise et qui s'abattait sur deux corbeaux, encore
-intacts. La porte en tiers-point est flanquée de
-deux colonnettes: on a remplacé ses chapiteaux,
-le linteau et la plus grande partie du tympan, qui
-représente la lutte d'un chevalier contre un lion.
-La croupe, la queue et une patte de l'animal sont
-seules anciennes. Dès le <span class="smallc">XII</span><sup>e</sup> siècle, on a reproduit
-la même scène sur un grand nombre de chapiteaux
-romans, comme à Laffaux et à Saconin, près
-de Soissons. Dom Toussaint Duplessis y voit bien à
-<span class="pagenum"><a id="Page_85"> 85</a></span>
-tort un souvenir de la lutte d'Enguerrand III contre
-les Albigeois, mais ce n'est qu'un symbole de la
-bravoure chevaleresque<a id="FNanchor_25" href="#Footnote_25" class="fnanchor">&nbsp;[25]</a>. Au <span class="smallc">XVI</span><sup>e</sup> siècle, Androuet
-du Cerceau et L'Alouète ont voulu expliquer ce
-bas-relief par une légende qui se rattache à Enguerrand
-I<sup>er</sup> et à la fondation de l'abbaye de Prémontré
-en 1119, grâce à un jeu de mots ridicule répété par
-tous les auteurs modernes.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_087.jpg" width="300" height="254" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i4">Photo Neurdein.</span><br />
-<span class="cap">T</span><span class="smallc">YMPAN DE LA PORTE DU DONJON</span></p>
-</div></div>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_86"> 86</a></span></p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_088.jpg" width="200" height="262" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i8"><span class="small i2">Photo Lefèvre-Pontalis.</span><br />
-<span class="cap">S</span><span class="smallc">ALLE BASSE DU DONJON</span><br />
-<span class="small ni2">Statuette sous la retombée des voûtes.</span></p>
-</div></div>
-
-<p>Huit figurines se détachent sur la voussure,
-mais comme les attributs des trois statuettes primitives
-sont cassés, il est difficile de les identifier
-avec telle ou telle vertu. L'archivolte, garnie de
-crochets, retombe sur deux consoles ornées d'une
-chimère et de deux aigles becquetant des masques.</p>
-
-<p>Le couloir de la porte était défendu par un assommoir
-rectangulaire et par une herse que l'on
-man&oelig;uvrait dans une petite chambre qui communique
-<span class="pagenum"><a id="Page_87"> 87</a></span>
-<span class="pagenum"><a id="Page_88"> 88</a></span>
-avec l'escalier. Dans le passage voûté en
-berceau débouchent des latrines recouvertes de
-dalles et éclairées par une archère. On pénètre
-dans la salle du rez-de-chaussée en passant sous un
-linteau qui repose sur deux corbeaux: à droite, un
-lion mutilé est flanqué d'un masque; à gauche, une
-chouette se dresse à côté de deux oiseaux affrontés.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_089.jpg" width="250" height="349" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i2">Viollet-le-Duc del.</span><br />
-<span class="cap">C</span><span class="smallc">OUPE DU DONJON</span></p>
-</div></div>
-
-<p>Le donjon ne renferme pas de rotonde souterraine,
-comme les autres tours; son soubassement,
-qui forme talus, est plein afin d'opposer plus de
-résistance à la sape. Ses trois salles, dont la largeur
-est de 16<sup>m</sup>,33 et la hauteur moyenne de 13 mètres
-étaient recouvertes de douze branches d'ogives qui
-rayonnaient autour d'une clef centrale; mais l'ingénieur
-Métézeau et son fils firent sauter les trois
-voûtes, en 1652, à l'aide d'une mine dont on a
-retrouvé les traces à deux mètres de profondeur
-et qui fit trois lézardes dans les murs de la tour.
-Au rez-de-chaussée, dont le plan est un dodécagone,
-les amorces du boudin en amande et des
-deux tores des nervures prennent naissance sur
-des sommiers ornés d'un personnage mutilé, assis
-les jambes croisées, qui correspond à une courte
-colonnette surmontée d'un chapiteau à crochets
-et d'un tailloir à bec. De chaque côté de la figurine,
-un culot garni de feuillages servait de point
-d'appui à une colonnette des douze arcatures supérieures,
-qui jouaient le rôle de formerets.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_091.jpg" width="300" height="371" alt="" />
-<div class="caption">
-<p><span class="i9 cap">S</span><span class="smallc">ALLE BASSE DU DONJON</span><br />
-<span class="i9 small">Sommier d'une ogive.</span></p>
-</div></div>
-
-<p>Les niches en tiers-point du premier rang, dépourvues
-de moulures, s'ouvrent entre de robustes
-piédroits. Larges de 3<sup>m</sup>,10 et profondes de 1<sup>m</sup>,70,
-<span class="pagenum"><a id="Page_89"> 89</a></span>
-elles servaient pour loger des provisions: leur mur
-de fond est plein. Au sud, une large cheminée restaurée
-chauffait la salle; à l'ouest, une niche abrite
-le puits qui fut creusé avant les fondations du donjon.
-Son diamètre est de 2<sup>m</sup>,14 et le rouet se trouve
-<span class="pagenum"><a id="Page_90"> 90</a></span>
-à 64<sup>m</sup>,50 de profondeur, comme on l'a constaté
-en 1819, en vidant les déblais qui le remplissaient
-entièrement<a id="FNanchor_26" href="#Footnote_26" class="fnanchor">&nbsp;[26]</a>. Ce travail a fait découvrir des boulets
-de pierre et de fer, deux têtes de statues
-dorées, et le petit canon en cuivre du musée. A
-dix mètres au-dessous du sol, on voit l'orifice
-d'un souterrain qui devait communiquer avec les
-caves de la salle des Preux.</p>
-
-<p>La salle basse était décorée d'un second rang de
-niches plus hautes, souligné par un bandeau de
-crochets. Leur archivolte en tiers-point, dont le
-tore est bien dégagé, retombait sur deux colonnettes
-et sur des chapiteaux à crochets. Trois
-fenêtres de la même forme, surmontées d'énormes
-linteaux de fond, s'ouvrent dans les murs: elles
-sont carrées à l'extérieur: leurs glacis en escalier,
-où l'on accédait par une échelle, permettaient de
-les utiliser pour la défense. La niche qui correspond
-à la cheminée est recoupée par deux arcatures
-secondaires, pour masquer le passage du
-conduit. Sous quelques voussures, on voit des
-rinceaux rouges et des faux-joints, de la même
-couleur, qui se détachaient sur un fond ocre, car
-les salles du donjon étaient peintes très sobrement.</p>
-
-<p class="space"><b>Etages supérieurs.</b>&mdash;On monte aux deux étages
-et à la plate-forme supérieure par un bel escalier
-à vis, dont la cage a 3<sup>m</sup>,05 de diamètre. Les marches,
-<span class="pagenum"><a id="Page_91"> 91</a></span>
-au nombre de 215, mesurent 0<sup>m</sup>,20 de hauteur,
-et sont posées sur des chanfreins qui se détachent
-en saillie sur le parement et sur le noyau.
-<span class="pagenum"><a id="Page_92"> 92</a></span>
-Les onze fenêtres percées dans la cage jouaient
-le même rôle que des archères. L'architecte avait
-pris la sage précaution de planter l'escalier du côté
-de la cour pour éviter le danger d'une brèche faite
-par les machines de guerre au point où le mur
-présentait un point faible.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_093.jpg" width="300" height="396" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i2">Photo Lefèvre-Pontalis.</span><br />
-<span class="cap">I</span><span class="smallc">NTÉRIEUR DU DONJON</span></p>
-</div></div>
-
-<p>La salle du premier étage était également voûtée
-par douze ogives à trois tores qui viennent rejoindre
-les chapiteaux à crochets de colonnettes
-en délit. La clef centrale était percée d'un large
-trou pour le passage des projectiles dans un panier
-monté par un treuil. On remarquera l'absence de
-formerets sous les lunettes. Chacun des douze pans
-coupés conserve une niche en tiers-point, beaucoup
-plus haute que celles du rez-de-chaussée;
-ses claveaux sont nus comme les pilastres qui les
-soutiennent. Trois fenêtres s'ouvrent autour de la
-salle; près du passage de la cheminée une petite
-porte devait aboutir à un pont volant jeté sur le
-fossé, au niveau du chemin de ronde de la chemise.
-A l'est, des latrines correspondaient à celles
-du rez-de-chaussée: au nord, il faut signaler, sous
-l'une des arcades, un four à pain voûté en berceau
-brisé qui s'ouvre sous un arc surbaissé, repris en
-moellons neufs. A côté, on voit la porte qui donne
-dans la cage de l'escalier.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_095.jpg" width="300" height="321" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i4">A Ventre del.</span><br />
-<span class="ni2 cap">P</span><span class="smallc">LAN DU SECOND ÉTAGE DU DONJON</span></p>
-</div></div>
-
-<p>Si la voûte d'ogives du second étage diffère de
-celle du premier par le profil de ses douze nervures
-aux arêtes abattues, le plan dodécagone de
-la salle supérieure offre également une variante.
-En effet, un couloir circulaire, à 4<sup>m</sup>,55 au-dessus
-<span class="pagenum"><a id="Page_93"> 93</a></span>
-du dallage, permettait d'en faire le tour. La première
-idée de ce chemin de ronde intérieur se
-trouve appliquée dans les donjons de Chambois
-(Orne) et de Châteaudun; mais à Coucy, le couloir
-traverse de grandes arcades en tiers-point qui
-s'ouvrent sur la salle haute. Cette tribune a 3<sup>m</sup>,45
-de profondeur: on avait augmenté sa largeur au
-moyen d'un plancher de bois qui s'avançait jusqu'au
-dosseret des colonnettes, car la trace des
-trous des barres du parapet est encore visible. Il
-était donc facile de loger des approvisionnements
-<span class="pagenum"><a id="Page_94"> 94</a></span>
-dans les niches comme aux étages inférieurs.</p>
-
-<p>Le mode de voûtement de cette tribune mérite
-d'attirer l'attention.
-Au milieu de chaque
-voussure, un arc en
-tiers-point nu, qui pénètre
-dans les piles
-rectangulaires marque
-le changement de direction
-de la voûte. Il
-en résulte que l'arc
-brisé qui traverse le
-passage au droit de
-chaque support s'évase
-du côté extérieur de la
-tour et repose de
-l'autre côté sur un
-pilastre à trois pans
-coupés dont le sommier
-forme console
-aux deux angles<a id="FNanchor_27" href="#Footnote_27" class="fnanchor">&nbsp;[27]</a>.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_096.jpg" width="150" height="295" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i3">A. Ventre del.</span><br />
-<span class="cap">F</span><span class="smallc">LEURON D'UN PINACLE</span><br />
-<span class="i2 cap">D</span><span class="smallc">U DONJON</span></p>
-</div></div>
-
-<p>Cette disposition,
-destinée à donner le
-maximum de résistance
-à un mur circulaire
-qui renferme une
-galerie, est unique en
-son genre. La salle était éclairée par deux fenêtres
-en tiers-point divisées par un meneau: comme elles
-se trouvaient au niveau de la tribune, l'architecte
-<span class="pagenum"><a id="Page_95"> 95</a></span>
-avait établi deux bancs de pierre dans chaque baie.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_097.jpg" width="300" height="402" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i2">Photo Lefèvre-Pontalis.</span><br />
-<span class="cap">D</span><span class="smallc">ERNIER ÉTAGE DU DONJON</span></p>
-</div></div>
-
-<p>Au <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle, la plate-forme supérieure, recouverte
-de dalles de pierre, n'était pas surmontée
-<span class="pagenum"><a id="Page_96"> 96</a></span>
-d'une toiture conique comme les grosses tours. Les
-deux rangs de larges feuilles à crochets de la corniche
-intérieure et de la corniche extérieure, bordés
-d'un tore, étaient couronnés d'un glacis à double
-pente où quatre pinacles venaient s'engager, comme
-l'indique un dessin d'Androuet du Cerceau. On en
-a retrouvé les débris dans le fossé avec deux
-grosses gargouilles qui servaient à l'écoulement
-des eaux. L'escalier à vis se continue jusqu'au
-sommet du mur, large de quatre mètres, mais on
-a muré la cage pour éviter les accidents.</p>
-
-<p>Le mur circulaire est percé de vingt-quatre baies
-en tiers-point à claveaux nus: une archère s'ouvre
-dans chaque trumeau, de façon à pouvoir abriter les
-défenseurs dans le cas où les hourds auraient fait
-défaut. Frappé de la difficulté que devait présenter
-la pose rapide de ces galeries de bois en encorbellement,
-qui jouaient un rôle capital dans la défense
-du donjon, l'architecte avait disposé quarante-huit
-corbeaux de pierre, profilés en quatre quarts
-de rond, pour supporter les hourds à deux étages.
-Des pièces de bois formant un angle obtus s'appliquaient
-sur les deux glacis pour former le toit à
-double pente des hourds intérieurs et extérieurs,
-sinon les défenseurs n'auraient pas été à l'abri des
-intempéries. Elles venaient s'assembler dans des
-poteaux inclinés, reliés par des moises et un plancher
-intermédiaire. Un charmant dessin de Viollet-le-Duc
-aide à saisir comment cette opération
-s'exécutait.</p>
-
-<p>La vue très étendue dont on jouit au sommet du
-<span class="pagenum"><a id="Page_97"> 97</a></span>
-donjon fait bien comprendre l'assiette du château.
-Au nord, l'église de Coucy-la-Ville avec son clocher
-central roman et la flèche de son clocher-porche
-du <span class="smallc">XVI</span><sup>e</sup> siècle, attire les regards. A l'est, la
-route de Laon traverse le plateau en laissant à
-gauche la tour de Moyenbrie. La vallée de la Lette,
-où viennent aboutir les routes de Soissons et de
-Noyon, forme un fossé naturel du côté sud. A
-l'ouest, le château, vu de la route de Chauny, se
-présente sous son aspect le plus romantique, au
-soleil couchant, avec l'énorme masse circulaire du
-donjon, qui domine les courtines et les quatre
-tours d'angle, encadrées par les arbres. C'est de
-là que l'&oelig;uvre audacieuse et forte d'Enguerrand III,
-remaniée par Enguerrand VII, évoque tout un
-passé de grandeur et de décadence.</p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_099.jpg" width="300" height="214" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i3">A. Ventre del.</span><br />
-<span class="cap">G</span><span class="smallc">ARGOUILLE DU DONJON</span></p>
-</div></div>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_98"> 98</a></span></p>
-<h2 class="normal">BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE</h2></div>
-
-<div class="hanging indent">
-
-<p><span class="cap">A</span><span class="smallc">NDROUET DU</span> <span class="cap">C</span><span class="smallc">ERCEAU</span> (Jacques).&mdash;<i>Les plus excellens
-bastiments de France</i>, nouvelle édition. Paris. Lévy,
-1872, t. I.</p>
-
-<p><span class="cap">A</span><span class="smallc">STI</span> (Antoine d').&mdash;Extrait des <i>Lettres héroïques</i> dans
-Lépinois, <i>Histoire de Coucy</i>, p. 355.</p>
-
-<p><span class="cap">B</span><span class="smallc">EAUMONT</span> (Edouard de).&mdash;<i>Notice sur les gens de guerre du
-comte de Saint-Paul qui sont enfouis à Coucy depuis
-1411</i>, 2<sup>e</sup> édition. Paris, 1886, in-4<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><span class="cap">B</span><span class="smallc">ROCHE</span> (Lucien).&mdash;<i>Notes sur d'anciens comptes de la châtellenie
-de Coucy</i> (1386-1387), dans le <i>Bulletin de la
-Société académique de Laon</i>, t. XXXII, 1908, p. 339.</p>
-
-<p><span class="cap">C</span><span class="smallc">HARTES DES SIRES DE</span> <span class="cap">C</span><span class="smallc">OUCY</span> (<span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> s.).&mdash;Bibl. nat. nouv.
-acq. lat. 2309.</p>
-
-<p><span class="cap">D</span><span class="smallc">U</span> <span class="cap">C</span><span class="smallc">HESNE</span> (André).&mdash;<i>Histoire des maisons de Guines et de
-Coucy</i>, 1631.</p>
-
-<p><span class="cap">D</span><span class="smallc">UPLESSIS</span> (Dom Toussaint).&mdash;<i>Histoire de la ville et des
-seigneurs de Coucy</i>, Paris, 1728, in-4<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><span class="cap">D</span><span class="smallc">URRIEU</span> (le comte Paul).&mdash;<i>La prise d'Arezzo par Enguerrand
-VII, sire de Coucy, en 1384</i>, dans la <i>Bibliothèque
-de l'Ecole des Chartes</i>, t. XLI, 1880, p. 161.</p>
-
-<p><span class="cap">G</span><span class="smallc">RÉGOIRE</span> (Théophile).&mdash;<i>Les ruines de Coucy</i>, 1846, in-8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><span class="cap">G</span><span class="smallc">RÉGOIRE</span> (Théophile).&mdash;<i>Mémoire sur les oubliettes du</i>
-<span class="pagenum"><a id="Page_99"> 99</a></span>
-<i>château de Coucy</i>, dans le <i>Bulletin de la Société académique
-de Laon</i>, t. V, 1856, p. 372.</p>
-
-<p><span class="cap">G</span><span class="smallc">RÉGOIRE</span> (Théophile).&mdash;<i>Notice sur les travaux de restauration
-de l'ancien château de Coucy</i>, dans le <i>Bulletin
-de la Société académique de Laon</i>, t. XI, 1861, p. 22.</p>
-
-<p><span class="cap">G</span><span class="smallc">RENIER</span> (Dom).&mdash;Collection de Picardie, Bibl. nat. Ms.
-fr. 18760.</p>
-
-<p><span class="cap">J</span><span class="smallc">OVET.</span>&mdash;<i>Histoire des anciens seigneurs de Coucy.</i> Laon,
-1682, in-12.</p>
-
-<p><span class="cap">L</span><span class="smallc">ACAILLE</span> (Henri).&mdash;<i>La vente de la baronnie de Coucy</i>
-(1400) dans la <i>Bibliothèque de l'Ecole des Chartes</i>, t. LV,
-1894, p. 573.</p>
-
-<p><span class="cap">L</span><span class="smallc">'ALOUÈTE</span> (Fr. de).&mdash;<i>Traité des nobles avec une histoire de
-la maison de Coucy</i>, 1577.</p>
-
-<p><span class="cap">L</span><span class="smallc">ÉGENDES DU CHATEAU DE</span> <span class="cap">C</span><span class="smallc">OUCY.</span>&mdash;Coucy, 1903, in-18.</p>
-
-<p><span class="cap">L</span><span class="smallc">ÉPINOIS</span> père et <span class="cap">L</span><span class="smallc">ÉPINOIS</span> (le chevalier de).&mdash;<i>Souvenirs de
-Coucy, dessins lithographiés accompagnés d'un texte
-historique et descriptif.</i> Coucy, 1834, in-fol.</p>
-
-<p><span class="cap">L</span><span class="smallc">ÉPINOIS</span> (E. de).&mdash;<i>Histoire de la ville et des sires de Coucy.</i>
-Paris, Dumoulin, 1858, in-8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><span class="cap">M</span><span class="smallc">ANGIN.</span>&mdash;<i>Enguerrand VII, sire de Coucy</i>, dans le <i>Bulletin
-de la Société académique de Laon</i>, t. XXIV, p. 40.</p>
-
-<p><span class="cap">M</span><span class="smallc">ELLEVILLE.</span>&mdash;<i>Histoire de la ville et des sires de Coucy-le-Château.</i>
-Laon, 1848, in-8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><span class="cap">M</span><span class="smallc">ELLEVILLE.</span>&mdash;<i>Le château de Coucy, notice historique et
-archéologique</i>, 2<sup>e</sup> édition. Laon, 1854, in-8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><span class="cap">M</span><span class="smallc">OREAU</span> (Jules).&mdash;<i>Notice sur les sires de Coucy</i>, 2<sup>e</sup> édition.
-Chauny, Moreau, 1871, in-8<sup>o</sup>.]</p>
-
-<p><span class="cap">M</span><span class="smallc">OREAU</span> (Jules).&mdash;<i>Notice historique sur le château fort de
-Coucy</i>, 2<sup>e</sup> édition. Chauny, 1889, in-8<sup>o</sup>.</p>
-
-<p><span class="cap">P</span><span class="smallc">ERIN</span> (C.).&mdash;<i>Recherches bibliographiques sur le département
-de l'Aisne</i>, 1866-1883, t. I, p. 91-97; t. II, p. 73-78 et
-t. III, p. 127-131.</p>
-
-<p><span class="cap">R</span><span class="smallc">OMAIN</span> (E.).&mdash;<i>Une excursion à Coucy-le-Château.</i> Laon,
-1882, in-16.</p>
-
-<p><span class="cap">T</span><span class="smallc">ARDIF</span> (Joseph).&mdash;<i>Enguerrand IV de Coucy.</i> En préparation.</p>
-
-<p><span class="cap">U</span><span class="smallc">LAUSS</span> (Jérôme).&mdash;<i>Notice sur les sires de Coucy, accompagnée
-<span class="pagenum"><a id="Page_100"> 100</a></span>
-d'une description du château de cette ville.</i> Coucy,
-Guérin, 1862, in-12.</p>
-
-<p><span class="cap">V</span><span class="smallc">ERNIER</span> (l'abbé).&mdash;<i>Coucy, ses sires, ses légendes et ses
-ruines.</i> Paris, Dumoulin, 1874, in-12.</p>
-
-<p><span class="cap">V</span><span class="smallc">IOLLET-LE-</span><span class="cap">D</span><span class="smallc">UC</span> (E.).&mdash;<i>Dictionnaire raisonné de l'architecture
-française du <span class="smallc">XI</span><sup>e</sup> au <span class="smallc">XVI</span><sup>e</sup> siècle.</i> Paris, Morel, 1867,
-10 vol. in-8<sup>o</sup>, t. I, p. 35, 152, 371, 383; t. II, p. 270, 399,
-440; t. III, p. 108, 201; t. IV, p. 253, 256, 263, 264,
-313; t. V, p. 75, 104, 209, 550; t. VI, p. 132, 164, 377,
-392, 397; t. VII, p. 84, 114, 118, 149, 178, 322, 324,
-374; t. VIII, p. 84, 90, 401, 441, et t. IX, p. 81.</p>
-
-<p><span class="cap">V</span><span class="smallc">IOLLET-LE-</span><span class="cap">D</span><span class="smallc">UC</span> (E.).&mdash;<i>Description du château de Coucy.</i>
-Paris, Eggimann, in-8<sup>o</sup>.</p>
-</div>
-
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_101"> 101</a></span></p>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_103.jpg" width="300" height="227" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i2">Photo Lefèvre-Pontalis.</span><br />
-<span class="cap">D</span><span class="smallc">ONJON ET TOUR NORD-EST</span></p>
-</div></div>
-
-<h2 class="normal">TABLE DES GRAVURES<a id="FNanchor_28" href="#Footnote_28" class="fnanchor">&nbsp;[28]</a></h2>
-<table id="gravtab" summary="gravures">
-<tr>
-<td class="tdl">Plan de la ville</td>
-<td class="tdr">Au titre</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Plan du château</td>
-<td class="tdr">Au titre</td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Le château en 1576 vu de l'ouest</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_9"> 9</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Le château vu du sud-ouest</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_11"> 11</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Porte de Laon</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_33"> 33</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Coupe de la porte de Laon</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_35"> 35</a>
-<span class="pagenum"><a id="Page_102"> 102</a></span></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Porte de la basse-cour</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_41"> 41</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Tours de la basse-cour</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_45"> 45</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Marques de tâcherons du <span class="smallc">XIII</span><sup>e</sup> siècle</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_52"> 52</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Le château en 1576 vu de l'est</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_55"> 55</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Chapiteau de la tour nord-est</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_58"> 58</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Courtine et tour nord-est</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_59"> 59</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Sculptures du <span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> siècle</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_61"> 61</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Ancien perron du château</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_62"> 62</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Coupe de la tour sud-ouest</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_65"> 65</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Intérieur de la tour sud-ouest</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_66"> 66</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Tour sud-est</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_67"> 67</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Vue prise sous la salle des Preuses</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_71"> 71</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Ruines de la salle des Preuses</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_73"> 73</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Marques de tâcherons du <span class="smallc">XIV</span><sup>e</sup> siècle</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_74"> 74</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Ruines de la salle des Preux</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_77"> 77</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Clef de voûte de la chapelle</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_79"> 79</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Donjon et tour nord-est</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_83"> 83</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Tympan de la porte du donjon</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_85"> 85</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Statuette sous la retombée des voûtes</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_86"> 86</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Coupe du donjon</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_87"> 87</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Sommier d'une ogive</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_89"> 89</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Intérieur du donjon</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_91"> 91</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Plan du second étage</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_93"> 93</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Fleuron d'un pinacle</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_94"> 94</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Dernier étage du donjon</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_95"> 95</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Gargouille du donjon</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_97"> 97</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Donjon et tour nord-est</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_101"> 101</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Porte de Laon</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_104"> 104</a></td>
-</tr>
-</table>
-
-<div class="chapter">
-<p><span class="pagenum"><a id="Page_103"> 103</a></span></p>
-<h2 class="normal">TABLE DES MATIÈRES</h2>
-</div>
-
-<table id="ToC" summary="contents">
-<tr>
-<td><b>Avant-propos</b></td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_7"> 7</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td><b>Introduction historique: Les Sires de Coucy</b></td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_9"> 9</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td><b>I.&mdash;Enceinte de Coucy</b></td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_33"> 33</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Porte de Laon</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_34"> 34</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Eglise</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_38"> 38</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td><b>II.&mdash;Basse-cour du château</b></td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_40"> 40</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Porte d'entrée</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_42"> 42</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Tours de la basse-cour</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_45"> 45</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Chapelle romane</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_47"> 47</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td><b>III.&mdash;Description du château</b></td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_48"> 48</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Date de la construction</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_48"> 48</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Plan et appareil</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_51"> 51</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Souterrains</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_53"> 53</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Porte d'entrée</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_54"> 54</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td><b>IV.&mdash;Tours d'angle</b></td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_57"> 57</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Tour nord-est</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_57"> 57</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Musée lapidaire</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_60"> 60</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Tour nord-ouest</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_62"> 62</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Tour sud-ouest</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_64"> 64</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Tour sud-est</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_66"> 66</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td><b>V.&mdash;Corps de logis</b></td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_69"> 69</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Côté nord</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_69"> 69</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Côté ouest</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_70">70</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Salle des Preuses</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_72"> 72</a>
-<span class="pagenum"><a id="Page_104"> 104</a></span></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Côté sud</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_75"> 75</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Salle des Preux</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_76"> 76</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Chapelle</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_78"> 78</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Cuisine</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_80"> 80</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td><b>VI.&mdash;Donjon</b></td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_81"> 81</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Chemise</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_81"> 81</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Procédé de construction</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_82"> 82</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Salle basse</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_84"> 84</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td class="tdl">Etages supérieurs</td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_90"> 90</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td><b>Bibliographie sommaire</b></td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_98"> 98</a></td>
-</tr>
-<tr>
-<td><b>Table des gravures</b></td>
-<td class="tdr"><a href="#Page_101"> 101</a></td>
-</tr>
-</table>
-
-<div class="topspace figcenter">
-<img src="images/illus_106.jpg" width="300" height="217" alt="" />
-<div class="caption">
-<p class="i9"><span class="small i2">Photo Neurdein.</span><br />
-<span class="i1 cap">P</span><span class="smallc">ORTE DE</span> <span class="cap">L</span><span class="smallc">AON</span></p>
-</div></div>
-
-<div class="chapter">
-<div class="footnotes">
-<h2 class="normal">NOTES:</h2>
-<div class="footnote">
-
-<p><a id="Footnote_1" href="#FNanchor_1" class="label">[1]</a> <i>Monumenta Germaniæ historica, Scriptores</i>, t. III, p. 256, 307, 322
-et 343.</p>
-
-<p><a id="Footnote_2" href="#FNanchor_2" class="label">[2]</a> Flodoardus, <i>Historia ecclesiæ Remensis</i>, lib. IV, c. 13 (<i>M. G. hist.,
-Scriptores</i>, t. XIII, p. 576).</p>
-
-<p><a id="Footnote_3" href="#FNanchor_3" class="label">[3]</a> L. Delisle, <i>La Commémoration du Domesday-book, à Londres</i>, en
-1886, dans l'<i>Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de France</i>,
-1886, p. 179-180 et 183.</p>
-
-<p><a id="Footnote_4" href="#FNanchor_4" class="label">[4]</a> A. Luchaire, <i>Louis VI le Gros, annales de sa vie et de son règne</i>,
-n<sup>os</sup> 26, 183, 189, 203, 220, 266, 309, 379, 461 et 491.</p>
-
-<p><a id="Footnote_5" href="#FNanchor_5" class="label">[5]</a> <i>Histoire littéraire</i>, t. XXIII, p. 370; Ch.-V. Langlois, <i>La Société
-française, au XIII<sup>e</sup> siècle</i>, p. 188.</p>
-
-<p><a id="Footnote_6" href="#FNanchor_6" class="label">[6]</a> G. Bourgin, <i>La commune de Soissons et le groupe communal soissonnais</i>,
-p. 20.</p>
-
-<p><a id="Footnote_7" href="#FNanchor_7" class="label">[7]</a> Élie Berger, <i>Histoire de Blanche de Castille, reine de France</i>, p. 121.</p>
-
-<p><a id="Footnote_8" href="#FNanchor_8" class="label">[8]</a> L. Mirot, <i>Les insurrections urbaines au début du règne de Charles VI</i>.
-Paris, 1906, pp. 130, 137, 138, 145, 152, 154, 155 et 181.</p>
-
-<p><a id="Footnote_9" href="#FNanchor_9" class="label">[9]</a> Delaville le Roux, <i>La France en Orient au XIV<sup>e</sup> siècle</i>, pp. 257,
-262, 270 et suiv., et p. 313.&mdash;Mangin, <i>Enguerrand VII, sire de Coucy</i>,
-dans le <i>Bulletin de la Société académique de Laon</i>, t. XXIV, p. 40.</p>
-
-<p><a id="Footnote_10" href="#FNanchor_10" class="label">[10]</a> Le fait est aussi rapporté par Pierre de Fenin, Jean Lefebvre de
-Saint-Remy et Monstrelet.</p>
-</div>
-<div class="footnote">
-
-<p><a id="Footnote_11" href="#FNanchor_11" class="label">[11]</a> Germain Lefèvre-Pontalis, <i>La Guerre de partisans dans la Haute-Normandie</i>
-dans la <i>Bibliothèque de l'École des Chartes</i>, t. LVI, 1895,
-p. 455. L'anecdote est racontée par Fenin et Monstrelet.</p>
-
-<p><a id="Footnote_12" href="#FNanchor_12" class="label">[12]</a> Arch. nat. O<sup>{</sup>1}3, fol. 288 v<sup>o</sup>. Clément Métezeau mourut le 28 novembre
-1652.</p>
-
-<p><a id="Footnote_13" href="#FNanchor_13" class="label">[13]</a> <i>Dictionnaire d'architecture</i>, t. VII, p. 322-335.</p>
-
-<p><a id="Footnote_14" href="#FNanchor_14" class="label">[14]</a> On en voit trois arcades en tiers-point dans le verger du commandant
-Mangard.</p>
-
-<p><a id="Footnote_15" href="#FNanchor_15" class="label">[15]</a> Cf. Mandat de paiement du 2 janvier 1552, publié par De L'Epinois,
-<i>Histoire de la ville et des sires de Coucy</i>, p. 374.</p>
-
-<p><a id="Footnote_16" href="#FNanchor_16" class="label">[16]</a> Un pilier central soulageait la portée des poutres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_17" href="#FNanchor_17" class="label">[17]</a> M. Champion, propriétaire de l'hôtel de la Pomme d'Or, possède
-deux curieuses faitières en terre cuite vernissée de couleur verte qui
-proviennent de la toiture de la porte de Laon.</p>
-
-<p><a id="Footnote_18" href="#FNanchor_18" class="label">[18]</a> Le compte de 1386-1387 mentionne la construction d'une étable
-dans la basse-cour, avec de vieux matériaux.</p>
-
-<p><a id="Footnote_19" href="#FNanchor_19" class="label">[19]</a> Ce registre, en assez mauvais état, se composait de 168 feuillets,
-mais il en manque 20. Sa cote provisoire est E. 672.</p>
-
-<p><a id="Footnote_20" href="#FNanchor_20" class="label">[20]</a> Ce cachot se trouvait sous le trésor.</p>
-
-<p><a id="Footnote_21" href="#FNanchor_21" class="label">[21]</a> Huit charpentiers, deux menuisiers, un couvreur, un verrier, un
-plombier et deux serruriers, cités dans les comptes, furent employés
-à ces travaux. Ils étaient originaires de Coucy, de La Fère, de Laon
-et de Soissons.</p>
-
-<p><a id="Footnote_22" href="#FNanchor_22" class="label">[22]</a> Viollet-le-Duc a mal planté les latrines de cette tour.</p>
-
-<p><a id="Footnote_23" href="#FNanchor_23" class="label">[23]</a> La coupe de cette tour N, dessinée par Viollet-le-Duc, est très
-inexacte. Cf. <i>Dictionnaire d'architecture</i>, t. IX, p. 83. Son diamètre
-est de 17<sup>m</sup>,50.</p>
-
-<p><a id="Footnote_24" href="#FNanchor_24" class="label">[24]</a> Sa hauteur est de 44<sup>m</sup>,50 et son diamètre extérieur de 18 mètres.</p>
-
-<p><a id="Footnote_25" href="#FNanchor_25" class="label">[25]</a> Notre savant confrère, M. Mâle, est d'avis que ce combat n'a aucun
-rapport avec la lutte de Samson et du lion ou avec l'iconographie
-religieuse. Le sujet a pu en être fourni aux sculpteurs romans par
-des motifs orientaux.</p>
-
-<p><a id="Footnote_26" href="#FNanchor_26" class="label">[26]</a> Aujourd'hui le puits ne mesure plus que 30 mètres de profondeur.</p>
-
-<p><a id="Footnote_27" href="#FNanchor_27" class="label">[27]</a> Viollet-le-Duc. <i>Dictionnaire d'architecture</i>, t. IV. p. 269.</p>
-
-<p><a id="Footnote_28" href="#FNanchor_28" class="label">[28]</a> Nous remercions vivement M. Eggimann de nous avoir autorisé
-à reproduire aux pages 35 et 87 des figures extraites du <i>Dictionnaire
-d'architecture</i> de Viollet-le-Duc et M. Emile Lévy de nous avoir permis
-d'exécuter nos reproductions des pages 9, 55 et 62 d'après sa belle
-réimpression de <i>Les plus excellents bastiments de France</i> de Jacques
-Androuet du Cerceau.</p>
- </div>
- </div>
-</div>
-
-
-<p class="end">ÉVREUX, IMPRIMERIE CH. HÉRISSEY ET FILS</p>
-
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of Project Gutenberg's Le château de Coucy, by Eugène Lefèvre-Pontalis
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE CHÂTEAU DE COUCY ***
-
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diff --git a/old/52990-h/images/illus_096.jpg b/old/52990-h/images/illus_096.jpg
deleted file mode 100644
index 07a8c20..0000000
--- a/old/52990-h/images/illus_096.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/52990-h/images/illus_097.jpg b/old/52990-h/images/illus_097.jpg
deleted file mode 100644
index 4f539e2..0000000
--- a/old/52990-h/images/illus_097.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/52990-h/images/illus_099.jpg b/old/52990-h/images/illus_099.jpg
deleted file mode 100644
index 89da605..0000000
--- a/old/52990-h/images/illus_099.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/52990-h/images/illus_103.jpg b/old/52990-h/images/illus_103.jpg
deleted file mode 100644
index 51f6f18..0000000
--- a/old/52990-h/images/illus_103.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/old/52990-h/images/illus_106.jpg b/old/52990-h/images/illus_106.jpg
deleted file mode 100644
index 49827e0..0000000
--- a/old/52990-h/images/illus_106.jpg
+++ /dev/null
Binary files differ